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1684, 09 (Lyon)
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S
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
・GALANT ,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1684.
1
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
7
ГЕ DICH
DEDIE
Bayerische
Staatsbibliothek
München
T
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Ouuss aurez ſans doute
leu cher Lecteur
avec bien de la fatisfaction ,
la belle Taduction que je
vous ay envoyé , il y a huit
jours de l'Ecclefiaftique , je
vous envoyeray aufli , le 4.
& s . tome des Conferances
de Luçon , le mois prochain
en attendant l'Hiſtoire de
François premier de Moná
2
AU LECTEUR.
ſieur de Varillas qui fera
achevé à la Saint Martin fans
l'on continue à
manquer ,
diſtribuer le Journal des Sçavans
regulierement pour 6. f.
le cahier.
رررررررر
A
4
LIVRES NOUVEAUX
du mois de fuillet. 1684.
Iſtoire de
:
l'Empire , contenant ſon Ori-
Hide Prote ,
ſes Revolutions la
forme de fonGouvernement , ſa Politique ,
ſes Alliances , ſes Negociations , & les nouveaux
Reglemens qui ont eſté faits par les
Traitez de Vveſtphalic ; Par le Sieur Heiff.
Eſcuyer, conſeiller , & Secretaire, interprete
du Roy en Langue Allemande , in 4. deux,
volumes , 11. liv.
Converſation nouvelles ſur divers Sujets,
parMademoiselle Scudery,in douze. 2.volumes,
6.liv.
CaraMustapha, Grand vifir, Hiſtoire contenant
fon élevation , ſes Amours dans le
Serail , ſes divers Emplois , le vray ſujet qui
luy a fait entreprendre le Siege de Vienne,
&les particularitez de ſa mort , avec une
grande Figure en taille douce comme il fut
étranglé, in douze, 30.fols .
L'Homme de Cour traduit de l'Eſpagnol
de Baltafar Gracien par le SieurAmelotde
laHouſſaye avec des notes. indouze 40. fols :
Relation Hiſtorique de tout ce qui a été
fait devant Genes par l'Armée Navale de Sa
Majesté Tres Chrétienne , avec une grande
Figure en taille douce , indouze, 20.fols.
Hiſtoire du Siege de Luxembourg,avec une
Cartedela Ville, in-douze, 20, fols.
3
CATALOGUE .
Meditations de Dupont , Traduction nouvelle
, in 4. Tome II1 . 6. liv .
Comparaiſon des Grands Hommes in
quarto , 8 liv .
Traité de Treve avec les Etats Generaux,
in quarto, 12. fols .
Petit Abregé de l'Hiſtoire Romaine , par
Demande & Réponſes, in douze, 25. fols.
Traité de l'Infaillibilité & du Louvoir de
l'Egliſe, dedié au Roy, indouze, 15.fols.
LesEloges des Hommes Sçavans , tirez
de l'Histoire de Monfieur de Thou , avec
des Additions contenant l'Abregé de leur
vie , le lugement & le Catalogue de leurs
Ouvrages; Par le Sieur Teiffier , Advocat
au Prefidial de Niſmes , indouze , deux vo-
Jumes ,4. liv.
***********
LIVRES NOUVEAUX
du mois d'Aoust 1684 .
Philofophiavetus & nova, inquarto 2.vo-
Vie du Pere Iean Chriſoftome , Religieux
Penitent, in octavo , 2.1 . 10.ſols .
Oracles des Sibilles , augmenté d'une réponſe
à la Critique par le P. Craffet , indouze
30. fols.
Traité du Nivelement , par M. Picard , de
l'Academie Royale des Sciences, in 12.30.f.
LaGeomettriePratique,par M. Ozanan Pro
CATALOGUE,
fefſeur enMathematiqne , in 12.30.f.
Hiſtoria Civilis & Ecclefiaftica , Authore
Petro Iofepho Cantelio , è Societatis
Jesus, in 4. 5. liv.
Traité de Paix avec les Algeriens, in 4. 7.f.
Diſcours d'Eufebe de Ceſarée , touchant les
Miracles attribuez par les Payens , de M.
Voiſin, in 12.20.fols .
Quatre dialogues ſur l'Immortalité , parM.
l'Abbé d'Engeau , & M. l'Abbé de Choifit ,
in 12. 30.f.
Hiſtoire de Charles VIII . par M. Godefroy,
fol.18. liv.
e
そそそそ
!
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Septembre 1684 .
362
T'Ecclefiaftique traduit en François , avec
une explication tirée des Saints Peres &
&desAutheurs Eccleſiaſtiques , par ces Mefſieurs,
in-octavo 4 liv.
Traité de la volonté de ſes Principales
actions de fes Paffions & de fesEgaremen ,
diviſé en cinq Parties , indouze 30. fols .
H
Abregé de l'Hiftoire Bizantine , de S. Nicephore
Patriarche d'Alexandrie de Conſtantinople
traduire du Grec par le fieur
Moret avec des Remarques Hiſtoriques , indouze
30. fols . 2 .
Hiſtoire Chronologique des Papes , des
Empereurs & des Kois qui ont regné en
CATALOGUE.
Europe , depuis la Naiſſance de InsUS
CHRIST , juſqu'à prefent , indouze 30.
fols.
La Doctrine des Mooeurs , qui Reprefente
en cent Tableaux en taille douces , la difference
des Paffions. Et enfeigne la maniere
deparvenir à la fageſſe univerfelle , parMonfieur
de Gomberville de l'Academie Françoiſe
, indouze so fols.
Hiſtoire des Hommes Illuſtres de Monficur
l'Abbé Tallemant avec pluficurs figures
en taille douce , ou font leur Portrait,
Nouvelles Edition , augmentée & recorri-.
gée , indouze , 8. vol. 14. liv . papier fin&
12. liv. papierordinaire,
La vie des Saints , traduction de ces Mefſieurs
y compris la vie des Patriarches, Nouvelle
Edition , in- octavo s . vol. 7. liv. 1
Les Pretendus Reformez convaincus de
Schifme , pour ſervir de réponſe à un écrit
intitulé confideration ſur les Lettres circulaires
de l'Aſſemblée du Clergé deFrance, de
l'Année 1682. par Monfieur Nicole , Autheur
des Eſſais de Morale , indouze 45. f. in
2 Reglemens & Ordonnances du Roy pour
les gens de Guerre tome cinquième, indouze
30. fols.
Traitté de la Pratique des billets & du
Preft d'Argent entre les Negocians , par un
Docteur en Theologie , in-douze 30. fols.
Difcours de Clement Alexandrin , pour
exhorter les Payens à embraſſer la religion
Chrêtienne traduit par Monfieur Coufin ,
indouze 30. ſols. 2
Dom Henrique de Caſtro ou la Conquête
し
CATALOGUE ..
des Indes , indouze 2. vol. 40. f.
De la Nature &de la cauſe des Fiévres,
indouze rs. fols.
Methode pour bien prononcer un Difcours&
pour le bien Animer , ouvrage tresutile
à tous ceux qui parlent au Public &
particulierement aux Predicateurs & aux
Advocats , par Monfieur Bary indouze 20.
fols.
-Paralleles Hiſtorique , indouze 40. f.
S. Fulgentij opera , inquarto 9. liv.
Travauxde mars avec plufieurs Figures en
taille douce, nouvelle Edition.
Il ya cent vingt ſept Volumes du Mercure
, avec les Relations & les Extraordinaires ..
ilya huit Relations qui contiennent ,
Ce qui s'eſt paſſé à la Ceremonie du MariagedeMademoiselle
avec le Roy d'Eſpague.
LeMariage de Monfieur le Prince de Conty
avecMademoiselle de Blois,
Le Mariage de Monſeigneur le Dauphin
avec la Princeſſe Anne-Chétienne Victoire
deBaviere.
5
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680..
La Négotiation du Mariagede M. le Duc
deSavoye avec l'Inf. de Portugal,
Deux Relations des Réjoüiffances qui ſe
font faites pour la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne,
Une Deſcription entiere du Siege de Vienne
,depuis le commencement juſqu'à la le
vée du Siege en 1683.
Il y a vingt- fix Extraordinaires , qui outre
les Queſtions galantes , d'érudition , & less
ās
CATALOGUE .
Ouvrages de vers , contiennent pluſieurs
Diſcours , Traitez , & Origines, ſçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer ſur la maniere
dont chacun forme ſon Ecriture. Des Devi- ,
ſes , Emblêmes , & Revers de Médailles. De
la Peinture , & de la Sculpture. Du Parche
min , & du Papier. Du Verre. Des Veritez
qui ſont contenues dans les Fables , & de
l'excellence de la Peinture . De la Conteſtation.
Des Armes , Armoiries , & de leur progrés.
De l'Imprimerie. Des Rangs & Cerémonies.
Des Talismans. De la Poudre à Canon.
De la Pierre Philoſophale . Des Feux
dont les Anciens ſe ſervoient dans leurs
Guerres, & de leur compoſition. De la ſimpathie
,& de l'antipatie des Corps. De la
Dance , de ceux qui l'ont inverrée:& de ſes
diférentes eſpeces. De ce qui contribuë le
plusdes cinq cens de Nature à la fatisfaction
del'Homme. De l'ufage de laGlace. De la
nature des Eſprits folets ,s'ils font de tous
Païs ,& ce qu'ils ont fait. De l'Harmonie ,
de ceux qui l'ont inventée ,& de ſes effets.
Du fréquent uſage de la Saignée. De la Nobleſſe.
Du bien& du mal que la frequente
Saignée peut faire. Des effets de l'Eau minérale.
De la Superstition,& des Erreurs populaires.
De la Chaffe. Des Metéores , & de
la Comete apparuë en 1680. Des Armes de
quelques Familles de France.Du Secret d'une
nouvelle invention , tres-propre à eſtre renduë
univerſelle , avec celuy d'une Langue qui
en réſulte , l'un & l'autre d'un uſage facile
pour la communication des Nations. De
l'air du Monde , de la veritable Politeffe , &
CATALOGU
5
1
4
&en quoy il conſiſte, De la Medecine. Des
progrés & de l'état préſent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs manieres .
De l'Eloquence ancienne & moderne. Du
Vin. De l'Honnêteté , &de la veritable Sageffe.
De la Pourpre & de l'Ecarlate , de leur
diférence ,&de leur uſage. De la marque la
plus effentielle de la veritable amitié. L'Abregédu
Dictionnaire Univerſel. Du mêpris
de la Mort. De l'origine des Couronnes ,&
de leurs eſpeces. Des Machines anciennes &
modernes pour élever les Eaux. Des Lunetes.
Du Secret. De la Conversation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches ,& de leur antiquité.
Des bonnes &mauvaiſes qualitez de l'Air.
DesBains. Du bon & du mauvais uſage dela
Lecture, De la facile conſtruction de toutes
fortes de Cadrans Solaires ; & des Jeux.
On fera unebonne compofition à ceux qui
prendront les cent vingt ſept Volumes , ou
la plus grande partie. Quant aux nouveaux
qui ſedebitent chaque mois, le prix ſera toûjoursde
vingt ſols relié.
Il faut payer d'avance ceux qui voudront
que l'on leurs envoyent les Mercures , & payer
le port des Lettres..
2
:
やややややややややややややや
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
ン
Rélude, contenantplus devingt
Prélude,
Actions du Roy , qui font autant
de Nouvelles ,
Extrait d'une Letre de Siam , 51
Autres Nouvelles de Siam ,
I
55
Corps d'un Archevêque de Tours qui
vivoit l'an 1291. trouvé dans l'Egliſe
Cathédrale de la mesme
Ville , 56
M. de Mailly est élû Prieurde S.
Victor ,
Ouragau ,
59
61
Sonnet ſur la derniere Eclipse, 66
Lettre curieusefur le mesmesujet ,
68
prévoyance de M. le Comte déGrignan,
92
Morts, 94
TABLE.
Pompefunebre ,
Abjurations ,
Le Satire &le Loup, Fable ,
Prodiges d'esprit ,
97
99
102
111
Confecration de l'Eglise des Capucins
de Valogne, 116
Sonnets ,
117
Monfieur le Comte de Tonnerre est
reçeu Prémier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur, 124
Mariages,
2
161
Prife de S. Maure, avecdes remarques
curieuses fur l'Iflede ce nom,
&ſurſaſituation ,
९
134
Lettre contenant plusieurs particularitez
touchant le Pere Couplet
Iefuite , arrivé depuis peu de la
Chine avec un ieune Chinois ,
148
Bons offices rendus par M. de Guilleragues
aux Venitiens , 157
Mariage, 158
Abbayes donnéespar leRoy. 159 .
TABLE.
Nouveaux Regimens donnez par le
Roy, avec les N.ms & la Famille
de ceux qui les ont eus ,
Histoire ,
Morts,
160
169
287
288
Dispute ordonnéepar le Roy, pour
la charge de Profeſſeur en l'Anque
Grecque à Caên ,
Tout ce qui s'est passé à l'Académie
de Peinture ; & de Sculpture , le
iour de la distribution des Prix,
289
Morts , 201
Monsieur le Comtede Monteffon est
nommé Enseigne des Gardes, 204
Mariage de M. d'Vrfe, & de Mademoiselle
de Gontaud , 205
Maladie de Monsieur , & depart
L
du Roy ,
Enigmes ,
Modes nouvelles ,
209
212
214
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Privilege du Roy , donné à
Pchaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
,& autres Ouvrages historiques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres -amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auffi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir fuivant l'accord fait
entr'eux.
Avis pourplacer les Figures.
LAir qui commence par Loüis
moiffonne des Lauriers , doit
regarder la page 64
La Feüille Italienne doit regarder
la page 134 : 20 19
L'Air qui commence par Ab,
ne me parlezplus des douceurs de
la vie , doit regarder la page 189
111
Σ
5
८
314
.. د .
MERCURE
GALANT.
SEPTEMBRE 1684.
S
I vous ne connoiffiez
parfaitement toutes les
grandes qualitez du
Roy , le commencement
de cette Lettre vous jetteroit
dans une ſurpriſe , dont
vous auriez de la peine à revenir
, puis que vous y allez lire
enun ſeul Article plus de vingt
Actions de grandeur , de bonté,
de charité , de magnificence , &
Septembre 1684. A
2 MERCURE
:
de liberalité , auſquelles toutes
les vertus ont part. Chaque
Action mériteroit un éloge. Cependant
je me contenteray de
les nommer toutes ; & lors
qu'elles feront ramaſſées enfemble
, elles formeront une eſpece
de Panégyrique tout de Faits
conſtans , qui parleront eux-mefmes
, & en diront plus fans art ,
& en expoſant ſeulement la verité
, que la plus vive eloquence
ne pourroit en dire , fi elle entreprenoit
de les relever chacune
ſéparément. Je commence par le
Traité qui fut arreſté entre le
Roy & les Etats Genéraux des
Provinces Unies des Païs-Bas le
29. Juindernier. Comme les Articles
en ſont imprimez , je ne
les mets point icy. Je ne vous en
envoye que le Prélude , qui vous
fera mieux comprendre que je
:
ς
GALANT.
3
ne pourrois le faire , les ſentimens
que ſa Majeſté a eus pour
le repos de l'Europe , & les avantages
de la Chreſtienté. Voicy
quels ſont les termes de ce Prélude.
Au nom de Dieu le Createur ;
A tous présens &àvenir ſoit not
ire , Que comme Tres-Haut , Tres-
Excellent , & Tres- Puiſſant Prince
LOUIS XIV. par la grace de Dieu's
Roy Tres- Chreftien de France &
de Navarre, n'a rien eu deplus à
coeur que defaire ceffer tous les Diférends
qui alloient troubler le re-
-pos de l'Europe , & de donner par
ce moyen unesecondefois la Paixà
la Chreftienté; Sa Majestén'a rien
ômis de tout ce qui pouvoit en faciliter
le rétabliſſement , mesme depuis
la Déclaration de Guerre , qui
luy a esté faite par le Roy Catholique
; & comme Sa Majesté Tres-
A2
4 MERCURE
Chreftienne a esté informée que les
Seigneurs Etats Genéraux des Provinces
Unies témoignent un tresgrand
defir de contribuer de tout
leur pouvoir à une oeuvre fi falu
taire , Elle leur a ouvert les expédiens
qu'Elle a jugé lesplus propres
pour éteindre lefeu de la Guerre ,
qui commençoit à s'allumer dans
leur voisinage , & qui mettoit non
Seulement toute leur Frontieredans
un danger inevitable, mais qui estoit
encorefur le point d'embraſſer tout
le reste de l'Europe. Et afin que ces
Diférends , dont les ſuites alloient
estre si funestes à la Chreftienté ,
puffent estre plus promptement terminez
, Sa Majesté a donné plein
pouvoirau sieur de Mesmes , Chevalier
, Comte d' Avaux , Confeiller
ordinaire enfon Confeil d'Etat , &
Son Ambassadeur Extraordinaire à
taHaye, pour arrester , conclure,&
GALANT.
1
figner avec les Seigneurs EtatsGenéraux
, ou avec leurs Députez ,
pareillement munis de Pleins-pouvoirs,
les Articles qui feront jugez
neceſſaires pour parvenir à un
prompt accommodement avec l'Efpagne
; & lesdits Seigneurs Etats
Genéraux recevant avec une extré.
meSatisfaction les témoignagesque
Sa Majesté Tres- Chrestienne leura
ſi ſouvent donnez defon affection ,
&répondant de leurpart avecune
entiere confiance au defir fincére
que Sa Majesté a derétablir la Paix
dans toute l'Europe , & d'affurer
particulierement le repos de leur
Frontiere , ont examiné avec appli
cation les ofres que Sa Majesté a
bien voulufaire pour arriveràune
fin si heureuſe , & apres en avoir
mûrement déliberé , ils ont jugé
qu'on ne pouvoit prendre d'expédiens
plus prompts , plusfaciles , ny
A 3
6 MERCURE
plus convenables , pour arreſter in.
sefſamment le cours de la Guerre ,
que celuy que Sa Majesté Tres-
Chrestienne a offert d'une Tréve de
vingt années, laquelle pouvantfaire
ceffer dés à cette heure lesfuites fåcheuſes
des Diférends qui font furvenus
entre Sa MajestéTres-Chrétienne&
Sa Majesté Catholique ,
donnera lieu dans laſuite de les terminer
entierement par une bosne
&Solide Paix. C'est pourquoy ils
ont nommé leurs Plénipotentiaires ,
pour arrester , conclure , &figner
les Articles dont on conviendroit
avec ledit Sieur Comte d'Avaux,
Ambassadeur Extraordinaire de Sa
Majesté Tres - Chrestienne , pour
parvenir à un bon & prompt accommodement.
: La concluſion de ce Traité ,
ſigné à la Haye avec les Etats
Genéraux , a fait ouvrir les yeux
GALANT.
7.
*
à l'Eſpagne & à tout l'Empire.
Les Princes qui gouvernent ces
Etats , ont reconnu que le Roy
ſçavoit mieux qu'eux ce qui étoit
de leurs intéreſts , & qu'ils ſeroient
coupables aux yeux de
Dieu & des Hommes , s'ils ne
profitoient des avantages , qu'il
avoit la bonté de vouloir bien
procurer à la Chreſtienté ; de
forte que toutes ces Puiſſances
ont auffi accepté la Tréve aux
conditions que Sa Majesté avoit
réglées , & offertes pour eux aux
Hollandois. Jamais Monarque ,
dans l'état où eſtoit le Roy , n'a
remporté de ſi grandes victoires
ſur ſoy- meſme. Il ſe voyoit en
pouvoir de porter ſes Conquetes
auſſi loin qu'il l'euft voulu . Il
avoitde nombreuſes Armées , des
Soldats intrépides , des Chefs
expérimentez au Meſtier de la
1
A 4
8. MERCURE
Guerre , & des Magazins fournis
detout ce qui pouvoit eſtre néceſſaire
pour la continuer. Ses
Cofres eſtoient remplis , & la
Fortune le favoriſoit. Enfin ildevoit
tout eſpérer de ſes forces ,&
ſes Ennemis avoient tout à craindre
de leur extréme foibleſſe .
Les Algériens avoient demandé
la Paix à ce Monarque. Il l'avoit
avec toute la Coſte de Barbarie,
&joüſſoit par là d'un avantage
auquel les Romains avoient eſté
autrefois obligez de renoncer.
Avoüez , Madame , que dans ce
haut degré de puiſſance , où jamais
aucun autre Souverain n'êtoit
parvenu , il a fallu eſtre un
Vainqueur bien moderé pour
donner ſoy- meſme des bornes à
ſes Victoires , & que les Jaloux
de la grandeur où elles ont mis
le Roy , n'en ont pas uſéde meſ
)
GALANT. هاو
me lors qu'ils ont eu quelque
avantage fur leurs Ennemis. Auffi
ne peut on nier que toute la gloirede
cette Treve ne ſoit deveà
ceMonarque. C'eſt ce que dit il
y a quelques jours avec beaucoup
de juſtice Monfieur Ranuzzi
, Nonce de Sa Sainteté. Il
avoit eſté prié d'aſſiſter à la cerémonie
de la Profeſſiond'un Religieux
de S. Victor. Le Prieur qui
le reçeut dans cette Abbaye avec
tous les honneurs poſſibles , ſe
trouva à la Porte de l'Egliſe avec
ſa Communauté ; & en le complimentant
, il le félicita comme
Miniſtre d'un ſi grand Pape , d'a
voir tant contribué à laTréve arreſtée
entre les Couronnes. La
Réponſe de Monfieur Ranuzzi
fut toute pleine d'eſprit . luydit
entr'autres chofes , Qu'il'n'avoit
estéqu'un foible instrument dont Sa
As
10 MERCURE
Sainteté avoit bien vouluſe ſervir
aupres du Roy , mais qu'on devoit
attribuer toute la gloire de cet im.
portant Ouvrage àun figrand Monarque
, à quiſeul Dieuſembloit en
avoir voulu réſerver l'entier accompliffement
.
Cette verité eſt ſi connuë ,
qu'il n'eſt permis à perſonne d'en
douter , non plus que du changement
heureux que la Tréve
va cauſer dans toute l'Europe.
La Hollande qui a eſté la premiere
à l'accepter , a joüy auſſi
la premiere des avantages qu'on
en doit attendre. Elle a veu une
partie des nouveaux Impoſts ſur
le Vin & ſur la Biere , & quelques
autres appellez Droits de
Conſomption , entierement ſuprimez
dans le renouvellement
des Fermes qui a eſté fait depuis
peu . La joye de la Ville d'AmGAALNT.
0
コ
:
ſterdam en a eſté ſi grande, qu'en
conſidération de cette Tréve,
les Bourguemeſtres y ont traité
Monfieur le Comte d'Avaux
avec beaucoup demagnificence.
Le Roy qui ne cherche qu'à faire
du bien à ſes Peuples , l'a veuë à
peine concluë , qu'il a commencé
à leur en faire ſentir les effets.
Il s'eſt fait repréſenter les com.
miſſions expédiées pour l'impo
fitiondes Tailles de l'année derniere
, par leſquelles il avoit eſté
obligé de les augmenter de la
fomme de trois millions quatre
cens quarante-quatre mille ſept
cens dix- ſept livres pour ſubvenir
aux frais de la Guerre ; & par
fon Arreſt du Conseild'Etatdu 5 .
de ce mois , Sa Majesté voulant
faire joüir ſes Sujets des fruits de
laTréve , a accordé deux millions
quatre cens quarante- quatre mille
A 6
12 MERCURE
Sept cens dix-sept livres de diminution
fur les Tailles de l'année
prochaine , outre & par deſſus le
million de livres qu'Elle avoit auparavant
accordépar le Brevet de
la Taille expedié pour la mesme
année.
Toute l'Europe en doit ſentir
de meſme les fruits , chacun
felon ſes beſoins ,&l'état de ſes
affaires. Pluſieurs ont écrit ſur
cetteTréve ,&entr'autres Monficur
Rault de Roüen , dont je
vous envoye les Vers , avec un
Sonnet de Monfieur, Dumas de
Joigny.
)
GALANT. 113
SUR LE RETOUR
DE LA PAIX
Par la Tréve concluë.
Descens, Fille du ciel,& viens la Terre ,
CentPeuplesfont laſſezdes travaux
de la Guerre ;
Pour ramener le caime , abandonne
les Cieux :
Etfay renaître enfin le repos en tous
lieux
LOVIS tout de nouveau veut cultiver
l'olive ,
Et dans l'ardent defir que ce bonheur
arrive I
L'Europe fait des voeux pour envoir
Le retour,
Etrégner dans les coeurs la Concorde
14 MERCURE
:
Lefeu trop allumé doit à lafin s'éteindre,
Et destroubles paſſez l'on ne doit
plus rien craindre ,
Puis qu'unsi grand deffein tant de
fois entrepris,
Dans la tranquillité remet tous les
esprits.
vert de gloire ,
Déja ce grandHéros , qui tout cou
Avoit centfois couru de Victoire en
Victoire,
Et réſiſté luyſeul contretant d'Ennemis
,
:
Qu'il a parsa valeur ou defaits, on
Soumis
Préfere la Concorde auxplus grandes
Conquettes,
Et l'union des Coeursàdes Couronnes
preftes,
Quandpour joüir d'un Bien qu'il
donne àses Sujets,
Il devientſeul l' Arbitre &Maistre
de la Paix.
GALANT.
15
S'il a voulu paroiſtre au front defon
Armée,
Qued'undeses regards il rendoit
animée,
C'eſtoit pourtriompher d'un inſolent
orgueil,
Qui de l'iberefaitle naufrage , on
l'écueil ;
Etfidans les momens que la Guerre
Et que ſes Ennemis s'obstinent à
est ouverte ,
leurperte,
Luxembourgſe voit pris, &fousſes
Loix réduit,
D'un légitime droit Luxembourg (ft
lefruit.
Decefameux Rocher ilfait uneBarriere,
Quoy qu'il pût conquérir une Province
entiere ;
Maisarrestantfon Char,Sa Victoire
&fespas ,
Deforpremier deffein ilne s'écarte
pas.
16 MERCURE
Nymphe , pour t'embrasser , itmet
donc bas les armes ,
Il en chaſſe le bruit ,le trouble,&tes
alarmes,
Et content des Lauriers quiluy convrent
lefront ,
Ilhafte ton retourpar un moyen plus
promt.
Ilfait ce qu'avecpeine encore'on délibere,
Et donneà cent Etats un Bienfinéceffaire.
C'est par ce grand ſecret qu'iljoint
en mesme jour
L'Olive & les Lauriers aux Myrthes
de l'Amour ,
Quand dans le mesme temps ane
auguste Alliance
Ioint le Sangde Savoye au beau Sang
de la France ,
Et que dans nos Climats nous allons
voir encor
L'Abondance qui fuit un nouveasn
Siecle d'or
GALANT...
17
Les Loix dans leur vigueur parle
retour d'Aſtrée,
Et l'Equitépar tout faintement réverée
;
La Mer libre au Commerce , & les
Ports aux Vaiſſeaux,
Où les Indes mettront mille Trésors...
nouveaux.
Oüy,ſesſoins vigilans vont rappellerfans
ceffe
Lesplaiſirs innocens, lajoye,&l'allegreffe
;
Et commefit jadis le plus grand des
Césars ,
Ilvafaire en tous lieux renaître les
beauxArts.
L'Espagne donc conſent , ainsi que
laHollande ,
A ce que ce Héros regle, ordonne, on
commande ; , :
Et l'Empire pourvoir tousſes Princes
unis ,
S'attache àvoir aussileurs diférens
finis ,
18 MERCURE
Pour tourner au plutoſt leur forces
mutuelles
Par un commun accord contre les
Infidelles ,
En arreſter le cours , en rompre les
efforts .
Se fecourant l'un l'autre , ou nefai
Sant qu'un corps.
Ils en trouvent le temps quelaTréve
t
Où chacun, s'il le veut, peut agir en
leur donne ,
personne ,
Paroiſtre dans ſon Camp ,faire des
armemens ,
Pour opprimer enfin l'orgueil des
Othomans.
Vous donc qui prenez part à ce bon
heurSupréme ,
Chaftes Filles du Ciel , que le Grand
LOVIS aime ,
Puis qu'on voitparla Paix lerepos
assuré ,
Loüiffez de ce bien qu'il vous a préparé.
GALANT.. 19
Et vous , chers Nourriffons de ces
Soeurs immortelles ,
A qui vous conſacrez vos Ouvrages
fidelles ,
Ranimez le beaufeu que vous tirez
des Cicux ,
Et ne l'attachez plus qu'aux Sujets
glorieux.
LOVIS , Le Grand LOVIS , vous ouvre
une Carriere,
Oùla Paix vous fournit une illuftre
matiere ;
Ses grandes actions ,Ses Vertus,ſes
Lauriers ,
Qui l'ont mis au deſſus desplusfameux
Guerriers ,
Vous diſent leur éclat , & quelle eft
cette gloire ,
Qui luy deſtine un Trône au Temple
de Mémoire,
Où le culte & l'encens qu'on rend
aux Immortels ,
Doivent de meſme un jourſe rendre
àses Autels.
20 MERCURE
こ
SUR LE MESME SUJET.
DEuples, ne craignez plus,
prenez les armes ,
& ne
Que pour faire éclater l'excés de
vos plaiſirs.
Ne reffentez- vous pas l'effet de vos
defirs?
LaPaix viens vous revoiravecque
tousfes charmes.
泰
:
Cen'est plus laſaiſon de répandre
des Larmes ,
N'y de poufferau Cieldes cris&des
Soupirs ;
Pour vousfaire joüirdes plus charmans
loisirs ,
Ilarreste le cours de toutes vos allarmes.
Oque l'airparoist beau,lors qu'apres
milleéclairs ,
GALANT. 21
Les rayons du Soleil ſontfi vifs &
fi clairs ,
leTonnerre.
Qu'ils diſſipent l'orage , &chaßent
)
LOVIS rendra vos jours plus heureux
quejamais;
1
Etfivous n'aviezeu lesfrayeurs de
la Guerre ,
Vous ne goûteriez pas les douceurs
de la Paix.
** Les François ne ſont pas ſeuls
obligez de le loüer. Depuis que
la Tréve eft arreſtée , il a fait
deux choſes pour les Flamans ,
qui doivent luy avoir attiré leur
amour& leur admiration . Il donna
ordre que dés le moment
qu'on l'auroit concluë , la nou
velle en fût portée à Monfieur
le Maréchal de Schomberg , avant
mefme qu'il euſt reçeuë,
22 MERCURE
parce que ſi elle estoit venuëd'abord
àla Cour , les hoftilitez auroiet
duré quelques jours de plus
en Flandre,& qu'il vouloit qu'ellesy
ceſſaſſentdés le momentque
la Tréve y pourroit eſtre ſçeuë.
Cettebonté pour les Flamans a
eſté ſuivie d'une autre encore
plus grande , & leurs miferes ayant
eſté repréſentées à ce Monarque
, il leur a remis trois millions
cinq cens mille livres ſur ce
qu'ils font obligez de luy payer
pour les Contributions. Comme
on ne doit rien négliger pendant
la Paix , de ce qui regarde la
Guerre, afinde rendre cette Paix
plus durable , en ne donnant
point occaſion de ſe faire attaquer,
Sa Majesté , quoy qu'Elle
n'euſt rien à craindre , n'a pas
laiſſé d'ordonner qu'on n'épargnaſt
rien pour faire une Place
GALANT.
23
:
r
imprenable de Luxembourg. Me
de Louvoys y a fait exprés un voyage
pour cela, Il n'en faut pas
dayantage pour vous faire concevoirque
les ordres auront eſté
aufſi-bienexécutez que biendōnez
. Monfieur le Prince de Conty
s'eſtant extrémement diſtingué
au Siege de cette Place , où
ſa libéralité, ſa prudence , & fa
valeur ont paru ,& fa naiſſance
le mettant au deſſusdebeaucoup
de récompenfes , le Roy luy a accorde
chez Luy, les entrées les
plus privilégiées , & a fait le mefme
honneur à Monfieur leDuc
du Maine. Je ne vous répete
point ce que je vous ay dit plu
ſieurs fois , en vous faiſant la
peinture de ce jeune , Prince ,
dont l'eſprit a toûjours paru au
deſſus de ſon âge.
L
Si l'on examine bien la vie de
24
MERCURE
Sa Majeſté , on trouvera qu'Elle
en paſſe peu de jours fans combler
quelqu'un de ſes bienfaits.
Nous en venons de voir une
preuve en la perſonne de Monſieur
du Harlay Procureur Generaldu
Parlement , dont l'exacte
intégrité &la parfaite intelligencedans
fon Employ ſont connuës.
Le Roy ayant augmenté
ſes Apointemens de deux mille
écus par an , luy fit un préſent
dedeux cens mille livres quel.
ques jours apres . Il a donné dix
mille écus à Monfieur de Villars
fon Ambaſſadeur en Dannemarc,
&autant à Monfieur de
Ruvigny , en conſidération de
leur mérite & de leurs ſervices.
Les Gens de Lettres ont auſſi reçeu
les gratifications de ce grand
Prince , par l'ordre qu'il luy a
plûd'en donner , & par les ſoins
de
.
GALAN T.
25
-
- de Monfieur de Lonvoys , qui
s'applique à faire fleurir les Arts
& les belles Lettres . Ces gratifi-
: cations qui ſont aſſignées fur le
. fond des Bâtimens , ſemblent étre
privilégiées, puis que la Guer
. re n'a point empeſché que la diftribution
n'en ait toûjours eſté
faite .
Le feu Roy , par ſes Lettres
Patentes du 13. Octobre 1629 .
: ayant crée une Penſion en faveur
de Monfieur d'Hozier ,
Gentilhomme ordinaire de ſa
Maiſon , pour luy donner moyen
. de vaquer plus commodement à
la recherche qu'il faiſoit par ſon
ordre des Maiſons illuftres du
Royaume , & à la connoiſſance
de l'Hiſtoire , cette Penſion luy
a toûjours eſté conſervée juſques
à ſa mort , qui arriva en 1660.
Monfieur l'Abbé le Laboureur ,
Septembre 1684. B
26 MERCURE
qui travailloit alors aux meſmes
recherches , mérite que fon travail
fuſt récompenſe de la meſme
Penſion que Monfieur d'Hozier
avoit euë pendant ſa vie. Monſieur
du Bouchet , qui vient de
mourir , a joüy auſſi de cette Penſion
depuis la mort de Monfieur
le Laboureur ; & comme le Fils
de Monfieurd'Hozier a continué
la meſme étude depuis vingtans,
& que c'eſt luy qui a fait le Recueil
genéral des Genealogies
verifiées devant Monfieur de
Caumartin par les Nobles de la
Province de Champagne , dont
le Nobiliaire eſt dans la Biblioteque
du Roy , il a fuccedé à Monfieur
d'Hozier ſon Pere dans les
Charges de Génealogiſte de ſa
Maiſon , & Juge général des Ara
mes & Blazons de France ,& Sa
Majesté l'agratifié d'une Penſion
GALAN T.
27
de cinq cens écus.
Pendant que les bienfaits de ce
grand Monarque tombent ſur les
Particuliers , les Reglemens qu'il
fait dans l'Etat font ſentir à tous
ſes Peuples l'heureux effet de ſes
foins ,&de ſon extréme application
au manîment des Affaires de
ſon Royaume. Deux Edits , &
trois Déclarations ; qui ont eſté
regiſtrées au Parlement le 7. de
cemois , en fontdes preuves.
Le premier de ces Edits porte
la réünion du Nouveau Chaſtelet
à l'Ancien. Les Habitans de
Paris eſtant obligez de répondre
àun grand nombre de luftices
Subalternes , felon la ſituation de
leurs demeures , & en recevant
beaucoup d'incommoditez à cauſe
des conflits que l'incertitude
des limites de ces luftices , & la
prévention des Officiers duCha
B2
28 MERCURE
ſtelet , faifoient ſouvent naître ,
Sa Majesté par ſon Edit du mois
de Fevrier 1674. reünit & incorpora
à la luſtice du Chaſtelet
toutes ces luſtices Subalternes
tant du Bailliage du Palais , que
des Seigneurs;& en meſme tems
pour faire promptement adminiſtrer
la luſtice à ſes Sujets , en
établiſſantun nombre confidérable
d'Officiers pour ſupléer ceux
dont les fonctions avoient ceffé
par cette réünion , Elle créa un
ſecond Siege Prefidial , & de la
Prevoſté & Vicomté de Paris ,
compofé d'un nombre confidérable
d'Officiers , qui ont fait un
ſeul & mefme Corps avec le Siege
& les Officiers déja établis ,
ſans qu'il y euſt aucune diference
entr'eux , fi ce n'eſt par la féparation
des Territoires dans lefquels
ces deux Sieges exerçoiét
GALANT.
29
S
1
:
Ia Iuſtice . Cet Etabliſſement a eu
fon effet juſqu'à aujourd'huy ;
mais l'experience journaliere
ayant fait connoiſtre qu'il avoit
un nombre infinyd'inconveniens
qui mettoient la confuſion dans
l'ordre de la luſtice ,& qui enga
geoient les Peuples à des dépenſes
immenfes , Sa Majeſté qui ne
cherche en toutes choſes qu'à
contribuer à leur foulagement ,
aéteint &Suprimé le Nouveau Siege
Présidial & de la Prevoſté &
Vicomtéde Paris , dont il luy plaiſt
que les Officiers foient of demeurent
incorporez dans le Siege Ancien ,
pour ne faire à l'avenir qu'un seul
& mesme Siege , & exercer la Jurisdiction
dans toute l'étenduë de la
Prevoſté& Vicomté de Paris , ſans
diférence ny diviſion de territoire
&limites , ordonnant que les Offices
de Prevoſt , de Lieutenant Genéral
B3
30 MERCURE
Civil , & de Lieutenant General
Criminel, qu'Elle avoit créezpar
Jon Edit de 1674. demeureront fuprimez,
commeaussi l'Office defon
Procureur de l'Ancien Chastelet , en
confequence de la démiſſion que le
Titulaire en a mis volontairemins
entre ses mains
Le ſecond Edit regarde les
Miniſtres de la Religion Prétenduë
Réformée. Vous ſçavez,
Madame , que le Roy ne s'aplique
à aucune choſe avec plus
d'ardeur , qu'à faire connoiſtre à
ceux de ſes Sujets qui ſuivent
cette Religion , l'erreur dans laquelle
ils ſe trouvent engagez ,
&que ſes ſoins ont fi heureuſement
réüſſy juſqu'à préſent ,
qu'on voit tous les jours un tresgrand
nombre de Converſions
dans toutes les Provinces du
Royaume. Cependant on a conGALANT.
31
,
nu que beaucoup de Perſonnes
touchées de ces bons exemples,
ont eſté retenuës de les ſuivre,
par la déférence aveugle qu'elles
ont pour les ſentimens des Miniſtres
établis depuis longtemps
dans le meſme Lieu , ces Minis
ſtres prenant un pouvoir fi abſo
lu ſur les eſprits , qu'ils abufent
de la confiance de ceux qui ſe
rendent trop facilement à leurs
perfuafions & leur inſpirent
ſouvent des réſolutions contraires
à leurs propres intéreſts , &
à l'obeïſſance qu'ils doivent au
Roy. C'eſt ce qui a obligé Sa
Majesté d'ordoner , qu'à l'avenir
les Ministres de la Religion Prétenduë
Réformée ne pourront exercer
leur Ministere plus de trois ans
confécutifs dans unmesme Lieu , ny
apres ce temps , ou avant mesme
qu'ilsoit expiré , estre envoyez pour
B 4
32
MERCURE
faire les fonctions de Ministres en
aucun autre , où l'exercice de cette
Religion est permis , comme réel ou
perſonnel,foit de la mesme Provin
ce ou autre , qu'il neſoit au moins
éloignéde vingt lieuës de tous ceux
où ils auront déja exercé leur Ministere
, fans qu'ils puiſſent retourner
en aucun de ces Lieux , où ils en
auront fait les fonctions pour les y
faire de nouveau , que douze ans
apres en estrefortis. Il leur est tresexpreſſément
défendu par le
meſme Edit , de demeurer , apres
avoir ceffé l'exercice de leur Ministere
, ou de ſe rétablir dans la
Suite comme Particuliers,ſous quelque
prétexte que cesoit , dans les
Lieux où ils auront esté Ministres ,
my plus pres de ces meſmes Lieux ,
que de fix lieuës , le tout à peine
d'eſtre privez pour toûjours de leur
Minifteredans le Royaume, de deux
GALAN T.
33
mille livres d'amende , & d'interdi- .
Etion de l'exercice , & démolition du
Temple dans le Lieu où l'on aura
Souffert qu'il ayent exercé leur Miniftere
, ou fait leur réſidence , au
préjudice de l'Edit du Roy.
Des trois Déclarations , il y en
a deux qui regardent encore les
Prétendus Reformez . Le Roy
ayant ſçeu que les biens donnez
par eux aux Pauvres de leur Religion
, estoient ſouvent employez
aux affaires particulieres des
Conſiſtoires qui en avoient la
diſpoſition , & que l'on s'en fervoit
meſme pour empeſcher les
Converſions , ordonna par ſa
Déclaration du 15. Ianvier de
l'année derniere , que tous les
Biens immeubles , Rentes , &
Penſionsdonnées ou léguées par
diſpoſitions faites entrevifs ou
derniere volonté , aux Pauvres
ΒΣ
34
MERCURE
de cette Religion , ou aux Conſiſtoires
, pour leur eſtre diſtribuez,
leſquels ſe trouvoiét pour
lors poffedez par ces Confiftoires
, ou alienez depuis le mois
de Iuin 1662. ſeroient délaiffez
aux Hôpitaux des Lieux où eftoient
les Confiftoires ; & en
casqu'il n'y en euſt pas , à l'Hôpital
le plus proche , pour eſtre
régis par les Directeurs de ces
Hôpitaux comme les autres Biés
qui leur apartiennent ,faufle recoursdes
Acquéreurs de ces Biés
contre leurs Vendeurs , à la chargeque
les Pauvres de cette Religion
y feroient reçûs aufſi-bien
que les Catholiques ; & traitez
avecla meſme charité , ſans qu'
onpû les y contraindre à changer
de Religion. Cette Déclaration
ayantdonné auxDirecteurs
des Hôpitaux un droit réel fur
GALANT.
35
1
-
ces Biens , ils ont eſſayé de découvrir
en quoy ils pouvoient
confifter , afin de s'en mettre en
poffeffion ; mais les Conſiſtoires
pour leur en ôter la connoiſſance
, leur ont refuſé la communication
des Regiſtres où ils pouvoient
s'en inſtruire , & ils ont
mefme prétendu que les fonds
acquis des ſommes qui avoient
eſté données pour les Pauvres ,
ou du revenu des Biens à eux léguez
, n'étoient point compris
dans la Déclaration , non plus
que ceux qui ſe trouveroient avoir
eſté donnez par ceux de certe
Religion ſans expreffion de
cauſe. Sa Majesté voulant lever
toutes ces difficultez , & empefcher
la diffipation des Biens dont
joüiſſoient pluſieurs Conſiſtoires
ſuprimez par l'interdiction de l'exercice
, & qui ne peuvent eſtre
B 6
36 MERCURE
mieux employez qu'au ſoulagement
des Pauvres , puis que perſonne
n'y a de prétention légitime
, a ordonné , non seulement
queſa Déclaration du 15. Janvier
1683. fera executée dans toute fon
étendue ; mais aussi que les Biens
qui auront esté acquis des deniers
des Pauvres de cette Religion , oль
du prix de la vente des Biens qu'on
leur aura donnez, quoy qu'alienez
depuis le mois de Iuin 1662.appar-.
tiendront aux Hôpitaux , sauf le
recours des Acquereurs de ces Biens
alienez contre leurs Vendeurs ; &
que les Biens qui auront esté leguez
par ceux de la Religion Prétenduë
Reformée Sans expreſſion de cause,
depuis la derniere Déclaration publiée
, feront auſſi délaiſſez aux Hôpitaux,
qui se mettront pareillement
en poffeffion des Bies dont joüif
Soient les ConfiftoiresSuprimezpar
GALANT.
37
l'interdiction de l'exercice , en qucy
qu'ilspuiſſent conſiſter , & à quel
que usage, qu'ils soient employez ,
à l'exception neanmoins de ceux qui
Se trouveront avoir estévendusfans
fraude. Les P.Réformez ne peuvent
ſe plaindre de ce Reglemét,
puis qu'il eſt fait , toûjours à condition
que les Pauvres de leur
Religion feront receus dans les
Hôpitaux ſans qu'on puiſſe les
obliger à ſe faire Catholiques. A
l'egard desConfiftoires quiſubſiſtent
actuellement , Sa Majestéveut que
ſi à l'avenir on en suprime encore
quelques- uns par l'interdiction de
l'exercice , les Biens dont ils font
preſentement en poffeffion , feront
auffi délaiſſez aux Hôpitaux , &
qu'à la premiere Sommation quiſera
faite par les Directeurs de ces
Hôpitaux à ceux qui doivent efire
chargez des Regiſtres de ces Confif38
MERCURE
,
toires , de leur en donner communication
en presence du Iuge du Licu
ilsferont obligezd'ySatisfaireSans
aucun délay , à peine d'y estre contraints
par corps , de cinq cens livres
d'amence applicable auxHopitaux
, & desuspension de l'exercice
dans les Lieux où il aura esté contrevenu
à ce qui est en cela de l'in
tention de Sa Majesté, jusqu'à ce
que les Regiſtres ayent esté communiquez
.
La ſeconde Déclaration a pour.
fondement les meſmes raiſons
qui ont obligé le Roy , non ſeulement
de ſuprimer les Chambres
my- parties , & d'ordonner à plufieurs
Officiers de la Religion
Prétenduë Reformée de ſe défaire
de leuts Charges , mais auffi
de défendre aux SeigneursHauts
Iufticiers d'établir dans leursTerres
d'autres luges que des CaGALANT.
39
tholiques , & à tous Officiers de
Iudicature d'appeller pour Afſeſſeurs
& Opinans aux Jugemens
des Procés aucuns Avocats
graduez & autres Perſonnes qui
profeſſent cette religion . Malgré
des Reglemens ſi loüables , les
Catholiques ne laiſſoient pas
d'eſtre ſouvent expoſez aux lugemens
de ceux de la religion
Prétenduë reformée , les luges
eſtant obligez de ſe conformer à
leurs raports lors qu'ils eſtoient
choiſis pour Experts. Pour remédier
à cét abus , Sa Majesté a ordonné
que ceux de cette Religion
ne pourront à l'avenir estre prispour
Experts , ny nommez d'office par les
Iuges en quelque occaſion que ce
Soit, fur peine contre ceux qui les
auront choisis , des dépens , dommages
, & intérests de leurs Parties ,
denullité des Arrests , Sentences
40
MERCURE
&Iugemens , quiseront intervenus
fur les raports d'Experts de cette
Religion .
La troiſiéme Déclaration du
Roy concerne les Bâtimens que
font faire les religieux Mandians
.Les dépenſesen ayant eſté
extraordinaires depuis quelque
temps , tant pour des Décorations
ſuperfluës de leurs Monaſteres
, que pour en augmenter
les Revenus , ce qui eſt contraire
à la ſainteté de leurs Regles,&
à la Police de l'Etat , Sa Majesté
a eſtimé neceſſaire de prevenir
les deſordres que la continuationde
cette liberté pouvoit produire
au préjudice de la Diſcipli
ne réguliere , & de pluſieurs de
ſes Sujets , qui s'engageoient par
diférentes voyes à préter & fourpir
aux religieux Mandians, les
ſommes dont ils pouvoient avoir
GALANT. 41
beſoin pour la conſtruction de
ces Bâtimens ; & afin d'empefcher
le ſcandale que pourroit
cauſer dans la ſuite la vente de
ces Lieux conſacrez au culte &
au ſervice de Dieu , ſi ceux de
l'argent deſquelsils auroienteſté
bâtis ſe trouvoient forcez de la
pourſuivre dans la forme ordinaire
de la Iuſtice pour la conſervation
de leurs Biens , Elle a
défendu aux Religieux Mandians ,
à peine d'estre privez de tous les
Privileges qu'Elle leur a accordez,
ou les Roys fes Prédeceffeurs , d'entreprendre
& de commencer à l'a-
• venir aucun Bâtiment dont la dépenfe
excede la ſomme de quinze
mille livres , fans en avoir obtenu
la permiſſion par des Lettres Patentes
,ſignées de fa main , & contre-
Signéespar l'un des Secretaires d'Etat
,&deSes Commandemens ,
42
MERCURE
Scellées du grand Sceau , & les avoir
fait enregistrer enfa Cour de Parlement
de Paris, ſur l'avis du Lieutenant
de Police , de fon Procureur
au Châtelet , & des Prévost des
Marchands & Echevins de la mesme
Ville. Et à l'égard des Bâtimens
, dont la dépense excedant la
Somme de trois mille livres , fera au
deſſous de celle de quinze mille livres
, Elle leur défend pareillement
de les entreprendre , qu'aprés en
avoir obtenu la permiffion par Arreft
du Parlement , qui nefera accordée
qu'avec grande connoiſſance
de cauſe , & les formalitez necef-
Saires.
Il ne ſuffit pas au Roy de veiller
en toutes chofes au bien de
ſes Peuples , il fonge aux inté- .
reſts de ſes Alliez ; & comme les
ſuites du diferent qui estoit entre
Monfieur l'Electeur de Cologne,
GALANT.
43
y & la Ville de Liège , pouvoient
eſtre dangereuſes , il fit donner
il y a un mois le Mémoire ſuivant
à Meſſieurs de Liège par
Monfieur de la Raudiere fon
Réſident.
MESSIEURS ,
Monsieur l'Electeur de Cologne a-
- yant fait representer au Roy qu'il
- n'avoiipû diférer plus long - temps
à faire marcher ſes Troupes vers
cette ville pour reduire les Habitans
à leur devoir , Sa Majestém'a
commandé de vous dire qu'elle eſti .
me que pour terminer promtement
vos diferens, qui peuvent troubler le
repos qu'Elle est préte de donner à
toute l'Europe , il n'y a pas d'autre
expédient à prendre là deſſus , que
de vous foûmettre & de rendre à
vôtre Prince ce que vous Iny devez,
44
MERCURE
Surquoy j'attendray vos réſolutions
pour enrendre compte à Sa Majesté.
Cependant , Meſſicurs , la confiance
que vous témoignez avoir en moy ,
m'oblige de me rendre aujourd'huy
à Viſet pour apprendre de Monſicur
l'Evêque de Strasbourg les prétentions
de fon Alteſſe Electorale , ne
doutant pas quesij'étois affez heureux
de pouvoir contribuer à réta
blir le repos & la tranquillité dans
cette Ville , je ne fiſſe une choſe qui
Seroit agréable à Sa Majesté , puis
que jesçay qu'Elle a toûjours la
bontéde s'y vouloir bien intereſſer.
Fait à Liège ce 23. Aoust 1684.
La Ville a eſté réduite depuis
ce temps- là ſous l'obeïſſance de
Monfieur l'Electeur de Cologne,
de la maniere que vous l'avez
fçeu.
Monfieur le Duc de Grafton
GALAN Τ.
45
?
s'eſtanttrouvé à toutes les occafions
de la derniere Campagne
de Flandres , & ayant donné des
marques de ſon courage aux Sieges
de Courtray & de Luxem-
■ bourg , a fait quelque ſéjour à
Verſailles aprés cette derniere
Expédition ; & lors qu'il à pris
congé du Roy pours'en retourner
en Angleterre , Sa Majesté
luy a fait préſentd'une Epée en
richie de Diamans .
Ce Monarque qui n'a jamais
rien de plus agreable que l'occafion
de faire du bien a donné
la Lieutenance de Roy du Limoſin
à Monfieur le Comte
d'Urfé , en conſidération de fon
Mariage avec Mademoiselle de
Gontault- Biron , Fille d'honneur
de Madame la Dauphine ,
à laquelle il a fait auſſi préſent
d'une ſomme conſidérable. Ic
46
MERCURE
vous entretiendray plus amplement
de l'un & de l'autre, quand
la cerémonie de ce Mariage aura
eſté faite ; je ne marque icy que
ce qui regarde les libéralitez du
Roy.
Mr Flury , qui a eſté Précepteur
de Meſſieurs les Princes
de Conty , & de la Roche-fur-
Yon , & de feu Mr le Comte
de Vermandois , y a eu part ,
ayant eſté gratifié de l'Abbaye
de Locdieu , Diocese de Rhodez.
C'eſt un Homme d'un mérite
reconnu , d'une pieté exemplaire
, & d'un eſprit qui n'a
pas moins de brillant que de
folide.
Peu de temps aprés , Sa Majeſté
donna l'Intendance de Marine
du Havre- de-Grace à Mr
du Fargis- Montmor , quoy qu'il
ne fuſt encore que Conſeiller à
GALANT.
47
- l'Ancien Châtelet. Ses bienfaits
ſe ſont répandus ſur toute cette
Famille , puis que le premier
jour de ce mois , Elle gratifia
Monfieur l'Evêque de Perpignan
ſon Frere, de l'Abbaye de
5. Michel de Cuxa , Ordre de
Saint Benoiſt. Elle eſt ſituée en
Rouſſillon dans le Conflans prés
la Ville de Prades , & vaquoit
depuis peu de jours par le decez
de Dom Iofeph de Villadet qui
la poſſedoit en Regle. Ces deux
graces , accordées à huit jours
l'une de l'autre, marquent beaucoup
de distinction de la part
du Roy. Aufſi ce Prélat remplitil
tres-dignement toutes les fon-
Etions de ſon Miniſtere. Vous
n'ignorez pas , madame , que
ces deux meſſieurs font Fils de
feu Monfieur de Montmor , Do
yen des maiſtres des Reques
48
MERCURE
ſtes , un des plus ſçavans Hommes
du Siecle , & des magiſtrats
de la plus grande probité . Leur
Maiſon eſt alliée à celles d'Eſtrée
, de Thémines, de Frontenac
, & à quantité dautres des
plus confiderables du Royaume.
Le Roy a donné encore d'autres
Benefices que ceux dont
je viens de vous parler. le vous
en entretiendray avant que de
fermer cette Lettre , auſſi bien
que du grand nombre de Regimens
nouveaux que Sa Majesté
a donnez à des Perſonnes diſtinguées
, ou par leur naiſſance, ou
par leur valeur , ou par leur merite
perſonnel. Ce judicieux мо-
narque leur donne par là un
Titre pendant la Paix. Ils ne laifſeront
pas de monter à meſure
que les vieux Colonels mourront
, & de devenir anciens.
Ainfi
:
49 GALANT.
Ainfi en joüiſſant meſme des
biens de la Paix , ils ne ſeront
- point privez des récompenſes
auſquelles aſpirent les Gens de
guerre.
Enfin la Cour a quité le deüil,
&l'on peut dire qu'il n'avoit jamais
eſté ſi long ny ſi régulier en
France, le Roy n'y ayant ſouffert
aucun relâchement. Il l'a fait
continuer quarante jours par de
la lebout de l'année du decez de
la Reyne; & non feulement , il
n'y a point eu de Comédie à la
Cour pendant toute cette année
, mais meſme pendant les
quarante jours ſuivans. le vous
ay promis d'abord que je vous
entretiendrois de quantité d'ations
du Roy. le vous ay tenu
parole , & ne laiſſe pas d'en réſerver
encore quelques-unes qui
auront leur place dans le cours
Septembre 1684. C
है
1
50
MERCURE
de cette Lettre. Le repos qu'il a
donné à l'Europe fait renouveler
la joye & les plaiſirs de la Cour,
&j'auray ſouvent à vous parler
de ſes Feſtes. Ce qui ſe fait tous
les jours, augmente la gloire dont
il s'eſt couvert en faiſant la Tréve
, puis qu'il eſtoit en état de
continuer la Guerre. Nous le
voyons par le remboursement
des ſommes conſidérables qui
étoient dans la Quaiſſe des Emprunts,
qu'il faut comme forcer
les Particuliers de venir reprendre
, ce qui l'a obligé de déclarer
par fon Arrest du Conseil d'Etat
, que ceux qui n'auront pas
retiré à la fin de ce mois les deniersqu'ilsont
dans cetteQuaifſe,
ſeront décheus de leurs intereſts..
!
Çét incomparable Prince s'eſt
acquis une ſi grande réputation,
GAALNT. I
a qu'elle s'étend juſque dans les
Païs les plus éloignez. Voicy
l'Extrait d'une Lettre de Siam
qui en fait foy.
EXTRAIT DE LA LETTRE
de Monfieur des Landes
Bourreau , écrite de Siam , en
datte du 22. Decembre 2682 .
Monsieur lit a preſenté les Lettres
qu'il avoit de Sa Majesté Tres-
Chrestienne pour le Roy de Siam, &
elles ont esté reçenës de la mesme
maniere que les premieres lefurent.
Cet Evêque eut le lendemain audience
de ce Monarque , à laquelle
Monsieur l'Abbé de Lyonne Seul
affifta.
Ily avoit déja longtemps que le
B 2
52
MERCURE
Barcallon m'avoit dit que le Royfon
Maistre , avant que d'aller à Lavau
, me donneroit une marque de
l'estime qu'ilfaisoit de noſtre Nation
,&de la conſidérationparticuliere
qu'il avoit pour moy , lors qu'on
m'avertit de me trouver le II . Oc
tobre au Palais du Roy. Les Am
bassadeurs du Roy de Damby devoient
le mesmejour avoiraudience.
Je m'y rendis dés lematin , &apres
avoir passé plusieurs Courts , dans
l'une desquelles , qui estoit vis à vis
le Trône du Roy , ily avoit pluſieurs
Soldats fous les armes , l'on mefit
affeoir dans un endroit tout couvert
de Tantes , aumilieu de plus defix
cens Mandians. L'on fit affeoir les
Ambaſſadeurs de Damby douzeà
quinze pas derriere moy, c'est àdi
re que j'estois plus pres du Trône du
Roy de quinze pas . Au fignal de
quelques Instrumens , pluſieurs riGALANT.
53
ches Rideaux qui couvroient le Tròne
de se Prince , ſe tirerent , & Sa
Majesté y parut avec beaucoup d'éclat
, tant pour la beaute du Trône,
que pour la richesse des Pierreries ,
dont sa tête & ses habits estoient
couverts. Apres pluſieurs fanfares
de Trompettes ,le Barcallon pyt
la parole , && luy dit , quefelon l'ordre
de Sa Majesté , je me préſen
tois àses pieds pour recevoirſesfaveurs.
Ce Prince me fit quelques
questionsfur le Roy de France , &
Sur le grand nombre de ſes Conquestes.
Apres que j'eus répondu à ce
qu'il me demandoit , l'on mit devant
moy une Bandeige d'argent ,
dans laquelle ily avoit un fufteaucorps
fait d'un Brocard d'or &d'argent
, dont nous luy avionspreſenté
quelques Pieces en arrivant icy , &
un Sabre à la maniere des Indes ,
garny d'or. Ayant élevé trois fois
C3
547 MERCURE
le tout à la hauteur de ma teste ,
l'on me reveſtit du Iufte- au- corps ,
&je recommençay la revérence à
lamode duPaïs. Aprescelal, eRoy
dit quelque chose aux Ambaſſadeurs
de Damby , & chacun d'eux
fut revestu de la mesme forte d'un
Iuste au corps de peu de valeur.Au
Signal des Inſtrumens que l'on avoit
entendus d'abord , les mesmes Ri
deaux recouvrirent le Trône Royal.
Tout le monde a esté étonnéde cet
honneur, que je ne puis attribuer
qu'à la haute eſtime que le Roy de
Siam a pour Sa Majesté Tres-
Chreftienne , dont les Anglois &les
Hollandois ne peuvent s'empescher
de parler avec admiration.
-Le Roy a ordonné que l'on bâtist
une Eglife pour Meſſieurs les Eves.
ques, proche du Seminaire qu'il leur
avoit déja fait bâtir , &une Mai
Son poury recevoir les Ambaſſadeurs
3
GALANT.
55
qu'il s'attend que nôtre invincible
Monarque luy envoyera. Ilfait faire
de la vaisselle d'argent pour leur
Service. Le Barcallon m'afait donnerunegrande
Maison de bois , que
j'ay fait élever dans noftre Enclos .
८ Jay veu une autre Lettre dù
mefme Lieu , écrite par Mon
fieur Marin , miffionnaire en ce
Païs- là. Ilmande que tous lesans
il ſe convertit des milliers de Pal
yens , Que l'Empereur des Tar
tares s'eft rendu maiſtré de toute
la Chine , à la réſerve de l'ifle de
Formofe , & que Monfieur dé
Bourge a eſté ſacré Evefque de
la Province oùil eſt ; Que le Roy
de Siam s'eft fait expliquer pluſieurs
chofes qui regardent la
Religion des Chrétiens , par l'Eveſque
de Métellopolis , qui luy
dit toute la Vie de Noſtre Sei
gneur , que ce monarque l'écouta
B 4
16
MERCURE
avec plaifir; qu'il la fit écrire a fin
d'avoir plus de temps pour y penſer
, & qu'il a donné du Riz aux
Miſſionnaires pour fix mois.
Je quite les Nouvelles Etrangeres
,pour vous apprendre une
choſe qui a fort ſurpris Meſſieurs
de l'Egliſe de Tours. En travaillant
àune nouvelle Décoration
proche leur Grand Autel , on
trouva le 14. de luin dernier du
côté de l'Evangile , le Corps d'un
de leurs Archevêques ,qui eſtoit
en ſes Habits Pontificaux dans
un Cercueil de Pierre à un pied
du rez de chauffée. Sa Chafuble
violete eſtoit encore entiere,
auſſi bien que ſon Etole , & fon
Manipule. On y remarquoit diſtinctement
pluſieurs figures
d'Evêques en broderie d'or, d'argent
, & de ſoye , que l'on cuſt
crû qui ſortoient des mains de
GALANT . 57
l'Ouvrier. L'Etole , & le Manipule
, qui eſt beaucoup plus long
que ceux d'aujourd'huy, eſtoient
chargez d'Ecuffons aux Armes
de la Ville de Tours , & de la
Maiſon de cét Archevêque , qui
font de gueules au Lyon d'argent
rampant. Son Rochet eſtoit d'un
petit Tafetas rouge , garny par
devant de Boutons de crin noir;
fes Gands blancs de ſoye brochée.
Le chaton de ſon Anneau
Pastoral eſtoit d'or , & la Pierre
plate tirant ſur l'Agate. Sa Crof
ſe n'eſtoit que de plomb doré ,
& fort petite. On ne trouva de
ſon Pallium que le plomb qui eſt
au bas; le reſte qui eſt de laine
avoit eſté conſumé , auſſi - bien
que les Patins& le Linge , comme
l'Aube , l'Amict , &c. Pour
les Offemens , ils étoient en leur
entier. Il y avoit proche de la
CS
58 MERCURE
teſte une petite Lampe de verre,
pleine d'une gomme graffe ;
mais ce qu'il y eut de plus curieux
, ce fut un Calice détain ,
d'une figure extraordinaire, dans
lequel s'étoit conſervé une liqueur
, dont ceux qui le toucherent
d'abord , eurent les
mains moüillees. Il eſtoit couvertd'une
Patenede meſme métal
, fur laquelle eſtoient gravez
ces mors , en caracteres qui tenoient
du Gothique , & du RO
main. :
H. jacet Ragus de Monte - Ba.
zonis G. D. quondam Archiepiscopus
Turonenfis. sup what ad
Ce Ragus de Mont Bazon vis
yoit ſous le Regne de Philippe
le Bel , & mourut en 1231 2. H
avoit eſté Doyen de HEglife de
Tours, & fut fait Archevêque
GALANT.
9
le croy , madame , que dans
le temps que je vous manday que
Meſſieurs les Chanoines Reguliers
de Saint Victor avoient élû
Monfieur de la Lane pour leur
Grand-Prieur , je vous marquay
qu'ils faiſoient cette Election
tous les trois ans. Elle ſe fit le
29. de l'autre mois , & Monfieur
de mailly fut mis en la place de
Monfieur de la Lane , dont les
trois ans étoient expirez. Il eſt
Fils de Monfieur le marquis de
Mailly & Frere de Monfieur le
Marquis de Nefle , & n'eſt agé
que de vingt- neuf à trante ans.
C'eſt ce qu'on n'avoit point encore
vû à Saint Victor. Aufſi ſeroit
it difficile de trouver un
Homme qui poffedaſt plus parfaitement
que lay les qualitez
qu'on n'acquiert ordinairement
qu'à force d'années , la conduite,
لو
B6
60 MERCURE
la ſageſſe, & la vertu.Ce ſont ces
qualitez qui l'ontmis en la place
qu'il occupe , aprés avoir eſté
trois ans Maître des Novices . Il
s'eſtoit tres-dignement acquité
de cét employ . Auſſi - tôt qu'il
fut élû , Monfieur Diéreville lay
en témoigna ſa joye par се ма-
drigal.
LE
E Ciel exauce ma priere
Enfin de Saint Victor vous voila
Grand- Prieur ; - :
Et chacun vient àſa maniere
Vous faire un Compliment sur ce
nouvel honneur. 10 1
Pour moy, je dis à vostre gloire .
Qu'à cette grande Dignité
-Nous n'avionspoint encore mémoire
Qu'à voſtre âge un autre cuft
monté,
Ce pas n'a rien qui nous étonne ,
Lemérite aux Maillys prèvient par
tout les ans...
GALANT. 61
•Nous en avons veu chez Bellone
Depuis peudes Faits convaincans.
Vous ne régnerezlà qu'un temps ;
Qu'il vous foit toûjours agreable ,
Et qu'ensuite le Ciel à mes voeux
favorable
Vous éleveà de plus hauts rangs.
:
Le 21. du mois d'Aouſt , fur
les onze heures du foir , il y eut
aux environs de Nogent le Roy,
une eſpece d'Ouragen , qui caufabeaucoup
d'alarmes , & fit de
tres grands fracas . Il eſtoit compoſé
de foudres , d'éclairs', de
grêle , & de pluye. Le tonnerre
ſe faifoit entendre d'une façon
fi terrible , que les moins ſujets
à s'effrayer , en parurent conſternez
. Les éclairs frapoient les
yeux coup fur coup , & failoient
voir tout le Ciel en feu . La pluye
tomboit àtorrens , & la grêle
62 MERCURE
eſtoit groſſe en quelques endroits
comme des Olives , & en d'autres
comme des oeufs de Pigeon .
Les effets de cét orage , qui ne
dura pas une heure dans fa vio
lence , furent ſurprenans . Vn
fubit débordement d'eaux, qu'il
eſtoit impoffible de prévoir , entraîna
quelques Perſonnes dans
la campagne. Beaucoup de Maiſons
furent abatuës, quantité de
Granges découvertes , ploſieurs
Clochers renverſez ; & entr'aut
tres celuy du Boulay Thierrys
un des plus beaux & des plus
élevez du Dioceſe de Chartres.
On le voyoit de cinq ou fix
lieuës , & on l'appelloit le grand
Clocher , à cauſe de ſon éleva
tion. L'Eglife fut en meſme tems
fort endommagée , aufi- bien
que le Château de Madame du
Boulay , Beile mere de Monfieur
GALANT. 63
-
l'Avocat General Talon , & de
- Monfieur le Comte de Carrouge.
Les plus gros Arbres furent fendus
, ou déracinez. Vous pouvez
juger par là quel fut le dé
gaſt des Biens de la terre. Quelques
jours auparavant , dans
un Village voiſin de Bréteüil
( Bréteüil eſt un Bourg en Nor
mandie du Dioceſe d'Evreux )
un Curé ſe préparant à dire la
Meſſe pendant un pareil orage,
le Tonnerre entra dans l'Eglife,
alla auprés de l'Autel , coupa ce
Curé en deux , tua ſa Mere
qui eſtoit derriere luy , & four
droya encore quatre ou cing
Hommes , venus dans le deſſein
*. d'entendre la Meſſe.
J'avois bien crû que les Airs
nouveaux que je vous envoye
depuis quelque temps , m'attireroient
les remerciemens que vous
64
MERCURE
m'en faites . Comme ils ſonttoujours
des plus ſçavans Maiſtres,
je ſuis fort feûr qu'ils méritent
P'approbarion que vous leurdonnez.
Celuy que vous trouverez
icy eſt d'un fort habile muſicien,
qui autrefois a eu des inſtru-
Etions de Monfieur de Bacilly.
Vous ſçavez , Madame , qu'il eſt
l'Original & l'Inventeur de ces
fortes de Recits de Baſſe . Il a
trouvé meſmeque celuy- cy avoit
tant de raport avec cet Air fameux
de ſa compoſition , Croiſſez
croiffez , jeunes Raiſins , qu'il a
eſté obligé d'en changer tout le
commencement. Les Paroles font
de Monfieur Royer.
AIR NOUVEAU .
L
OVIS moiſſonne des Lauriers
Dans un Champ inacceffible ;
:
2
Irs dans vn champinacces
siln'est rien dimpossi =
br de sa gloire ilnest
,
nef-facent
estpoint de Ce
GALAN T. 65
Il fait trembler les plus fameux
Guerriers ,
A ceHéros iln'est rien d'impoſſible,
Par tout il brave les hazards ,
Tout l'Univers est témoin deſa
gloire ;
Il n'est point d'Alexandre , il n'est
point de Césars ,
Que ſes Exploits n'effacent dans
l'Histoire.
7
Beaucoup de Perſonnes ont
tremblé de l'Eclipſe qui arriva
le 12. de Juillet. On s'en figuroit
une obſcurité qui égaleroit
celle de la nuit pendant quelques
heures. Ainſi on fut fort
forpris de voir toûjours la terre
éclairée. Si vous en voulez ſçavoir
la cauſe , vous la trouverez
dans ce Sonnet d'un jeune Inconnu
de Soiſſons..
66 MERCURE
POURQUOY LON VIT
clair pendant l'Eclipse.
LALuve un parut
ALune qui parut deſſus nostre
D'une profonde nuit devoit couvrir
les Cieux ,
Le bel Aftre du jour n'éclaire que
les Dieux ,
Gar cet Aftre éclipféperdſa clarté
: premiere.
1
Il garda cependant ſa brillante lumiere,
: ر
Et pâlit fans ceſſer de paroistre à
:
nos yeux ,
:
OùSelonSa coûtume éclatant en tous
lieux ,
Il voulut achever , & fournir sa
Carriere.
GALANT.
67
67
Le Soleil est un Aftre envieux &
jaloux ,
Qui ne veut rien céder des droits
qu'il afur nous ,
Mais moins encor de ceux qu'il a
deſſus la France ,
LOVIS , l'Aſtre vivant d'une éclatante
Cour ,
Du Soleilicy bas partageant lapuis
Sance ,
Sans fon aide eust pûScul l'éclairer
àson tour.
La maniere des Eclipſes a fait
raiſonner beaucoup de Sçavans.
La Lettre qui fuit en eſt une
marque ; je croy que vous la
lirez avec plaiſir,
:
68 MERCURE
*****
V
A. M. DE L. G.
Ous me mandez , Monsieur ,
que vous avez eu un grand
entretien avec un de vos Amis de
la Province , ſur leſujet des Ecli.
ples , & vous souhaitez en mesme
temps que je vous diſe mesſentimens
Sur cette matiere qui fait du bruit
en vos Quartiers. Ie vous avoüe
que j'ay estésurpris qu'une Perſonne
qui penetre dans les plus profonds
Secrets de la Nature , & qui en a
tiré de fi belles Morales , me confulte
fur ces Phénomenes , qui attirent
nos regards , excitent la curioſité
des Peuples , & fournissent dequoy
s'exercer aux Philofophes, aux
Historiens , aux Astronomes , aux
Medecins , & mesme aux Theolo
GALANT. 69
giens. Ie n'ay aucune des qualitez
des Grand Hommes qui ont fleury
dans ces Arts & dans ces Sciences ,
dont les Ouvrages vous donnentfouvent
du plaisir , &vous avezdans
voſtre Famille des Philosophes &
des Theologiens qui pourroient mieux
-vousfatisfaire que moy ; maisvous
- desire,z méprouver , & je ne puis
- mempeſcher de vous obeïr. Ne croyez
pourtant pas que ce je vous diray
vienne de moy , je l'ay appris dans
une Afſsemblée oùje me trouvay ily
a quelques jours ,& où cette Question
fut mife furle tapis. Comme
on demanda ce quec'estoit qu'Ecli
pſe, un des plus jeunes de la Compa
gnie qui ne faisoit que de fortirdu
College, répondit brusquement que
ce n'étoit qu'une figure de Rhétorique
, qui consiste àpaſſerſous filence
dans le discours , quelque choſe
qui en apparence feroit neceffaire
70
MERCURE
àſa perfection , cela à deſſein. Plufieurssemirent
àfoûrire de la bévuë
du jeune Homme qui répondoit
Sans estre interrogé, &mesmeSans
avoirconçû dequoy il estoit question.
On garda quelque temps lefilence ;
mais celuy qui avoitfait lapropofition
, pria la Compagnie de n'en
demeurer pas là ; &comme c'estoit
une Perſonne de qualité qui avoit
de l'esprit , & beaucoup d'inclination
pour les belles Lettres , on ne
voulut pas luy refuser ce qu'il demandoit
avec empressement. Un
des plus anciens , & qui avoit de
tres - belles connoiſſances , ayant esté
invité de parler là-deſſus , commença
àpeupres de cetteforte.
Puis que vous voulez , Mefſieurs
, que je vous entretienne
des Eclipſes , je le feray , mais
non pas fans craindre de tomber
moy-meſme en Eclipſe. Cette
GALANT.
71
- matiere eſt ſi délicate & fi fubtile,
qu'il y en a peu qui le ſoient
davantage. Chaque Faculté regarde
l'Eclipſe d'une maniere diferente.
Monfieur quia répondu
- d'abord , a crû qu'on parloit
d'une figure de Rhétorique . En
effet , il y en a une qu'on appelle
Eclipse, & Monfieur l'a affez
bien définie ; mais ce n'eſt pas
de celle-làdont nous prétendons
parler. On dit auſſi ſouvent parmy
le vulgaire , que les grands
Eſprits ſont ſujets à de grandes
Eclipſes , pour exprimer les defauts
de jugement dans leſquels
ils tombent quelquefoiss mais ce
n'eſt pas encore la Queſtion.
Tous les Sçavans reconnoiffent
que l'Eclipse n'eſt autre choſe
qu'une privation de lumiere,
cauſée par l'interpoſition d'un
corps opaque & tenébreux; &
72
!
MERCURE .
comme il y a deux grands Luminaires
que Dieu a créez pour
nous éclairer , l'un le jour , &
l'autre la nuit , & que nous fommes
privez quelquefois d'une
maniere extraordinaire de leurs
lumieres &irradiations, nous appellons
cela defaut , défaillance,
& les Grecs l'appellent Eclipse,
car Eclipſe eſt un mot Grec francifé
, & c'eſt ce qui fait aujourd'huy
l'entretien des Hommes
&des Femmes , la crainte & la
devotion des uns & des autres.
Les Philoſophes conſidérent l'Eclipſe
commeun admirable Phénomene
, dont la rareté excitant
leur admiration & leur curioſité
, ils en cherchent les principes&
les cauſes , en examinent
la nature & les effets ; ſur quoy
les Anciens & les Modernes ont
fait quantité de belles & curieufes
GALANT. 73
43
ſes remarques. Les Aſtronomes
paſſent plus avant ; car comme
c'eſt l'objet ſpécial de leur Science
, qui leur fait connoiſtre les
révolutions des Cieux, les conjonctions
des Aftres , leur diftances&
leurs approches , & meſme
prévoir & predire les effets purement
naturels qui en réſultent,
ils marquent le temps des Eclipſes
avec une grande certitude,
- juſques à déterminer non ſeulement
les années , mais encore
les mois , les ſemaines , les jours,
les heures , & juſques aux minutes.
Tous leurs Livres d'Ephé
merides ſont pleins de ces remarques
& prédictions. Ceux
qui ont lû les Hiſtoires des Indes,
ſcavent que dans le Royaume
de la Chine , & dans les Païs
nouvellement convertis à la Foy,
ces fortes de Prédictions faites
Septembre 1684 . D
74 MERCURE
par d'habiles Miſſionnaires leur
donnentune grande autorité ſur
les eſprits des Peuples , & les
diſpoſent à écouter avec docilité
des Perſonnes fi intelligentes en
ces matieres fublimes & cachées
au commun des Hommes. Les
Aftrologues n'en demeurent pas
là. Il prédiſent beaucoup de choſes
à l'occaſion des Eclipſes, mais
on ſçait combien leur prétenduë
Science eft décriée. Le ſçavant
Pic de la Mirande a compoſé
contre ces Aftrologues , qu'on
appelle Judiciaires , un excellent
Ouvrage , qu'il finit , en diſant
que leur prétenduë Science n'eſt
que folie. En effet , quand ils
veulent conclure des Eclipſes ,
l'évenement des choſes qui ſont
dépendantes de la liberté des
Hommes , comme des Revoltes ,
des Trahisons , des Guerres, &c.
GALANT.
75
ils ſe trompent manifeſtement;
mais quand ils ſe contentent de
faire des Prédictions fur les chofespurement
naturelles , comme
les ſterilitez , maladies , ſecheref
-ſes , &c. ils ont quelque raiſon,
& en ce que les Aſtronomes en
concluënt. Les Hiſtoriens de
tous les Siecles ont fait des re
marques fur les Eclipſes , & les
ont regardées comme des évenemens
finguliers qui meritent plar
ce dans l'Histoire ; ils ont écrit
avec ſoin cequi a precedé, fuivy,
& accompagné les Eclipſes . C'eſt
une choſe admirable de voir les
merveilles qu'ils en rapportent
& l'on peut dire qu'il n'a point
paru d'Eclipſe conſiderable qui
n'ait eſté précedée ou ſuivie de
divers accidens .
4
A
- Comme celuy qui parloit avoit
la mémoire merveilleuse , & qu'il
D 2
76 MERCURE
vit que la Compagnie prenoit goust
à ce qu'ildiſoit, voicy quelques- uns
des exemples d'Eclipses de Soleil
qu'ilrapporta, &dont je me fuis
Souvenu.
Sous le Regne de l'Empereur
Gordian , le Soleil défaillit d'une
zelle maniere , & les tenebres furent
fi épaiſſes , qu'il estoit impoffible de
vien faire fans allumer des Chandelles.
La Terre fut fi horriblement
ébranlée ,que des Villes entieres,&
tous leurs Habitans ,furent engloutis
dans les ouvertures quifefirents
ce que le Sénat prit pour un figne
de la mort de Gordian. Avant les
cruelles persécutions que l'Empereur
Valérian fit aux Chreftiens, la
Terrefut couverte de tenebres pen.
dant plusieursjours; ily eut d'épouvantables
tonnerres ; pluſieurs Edifices
furent abimezdans les ouvertures
quise firent à la Terre ; touGALANT.
77
:
te l' Afie Souffrit , Rome fut émuë ,
ta Libie & quantité de Terres furent
englouties , la Mer couvrit les
Filles maritimes , & de là s'enfuivit
la Peste , qui fit mourir en un
jour jusques à quinze mille Perſonnes
à Rome , & dans l'Achaie. Il
y cut une grande Eclipse de Soleil
quand les Chreftiens furent miferas
blement défaits la nuitpar les Perfes
à Syngara , qu'ils affiégerent
Niſibis , & prirent Amida. En l'an
661. de Nostre Seigneur , ily eut.
une grande Eclipse de Soleil le 10.
deMay; ensuite une cruelle Maladie
,& la Peste ,affligerent laBretagne.
Constance fut en détestation
pour Satyrannie ; pourſonfratricide
,&pourses cruautez enversles
bons Evesques. L'an 746. le 6. du
Regne de l'Empereur Copronime ,
depuis le 4. d' Aoust juſques aupremier
de Septembre , ily eut en OD
3
78- MERCURE
rient d'épaiſſes tenebres , qui furent
fuivies de prodigieux tremblemens
de Terre en la Palestine & en toute
l'Affirie; en suite la Peste defola la
Sicile; elle dura trois ans à Constantinople
, & fit un Defert de cette
grande Ville. Theophane dit que
Dieu envoya ce Fleau pour faire
amender les Hommes , & particulierement
cet Empereur impie. L'an
760. le 18. à neufheures , il y eut.
une Eclipse. Pépin , Roy de France
mourut à Paris ; le PapePaulmou
rut. Constantin fat défait par les
Bulgares , où il perdit quantité de
Nobleffe , & toutes ses Troupes 3 les
Arabes s'emparerent de l'Arménie.
L'an797. au mois de Iuillet , dans
te temps que l' Impératrice Irenefit
créver les yeux à fon Fits Constantin
, & s'empara de l'Empire , le
Soleil ne parut point durant dixfept
jours ,& les tenebres furent
GALANT . 79
figrandes , que les Vaiſſeaux neſe
pouvoient conduireSur Mer. Ily eut
de grands tremblemens de terre en
Crete , en Sicile , &fur tout à Comftantinople.
Constantin mourutbientost
apres. L'an 811. ily eut une
Eclipse de Soleil le 2. des Ides de
Iuin , à deux heures. Pépin , Fils de
Charlemagne , mourut . Les Bulgares
défirent les Romains pres du
Fleuve Strimoniura ; & l'Empereur
Nicéphore mourut ayant esté vainou
des Bulgares. L'an 813. le 4.
deMay , ilyeut une Eclipse de Soleil,
l'Empereur Michel ayant esté
vaincu des Bulgares , ſe retira de
l'Empire ,& choiſit une vie monas
tique. L'an 833. le Soleil & la Lune
éclipferent ;& dans le mesme
temps , l'Empereur Loüis , abandonné
des Siens , & mis entre les
mains deſes Enfans , fut renfermé
dans un Cloiſtre. L'an 1009. que
!
D4
30 MERCURE
les Turcs privent l'érusalem , ily eur
une Eclipse de Soleil. Celle qui arriva
en 1186. fut suivie d'une
grande Pefte en Pologne & dans la
Ruffie; le Pape Luc III. mourut ;
I'Hyver fut chaud. En 1187. ily
eut deux Eclipses merveilleuses l'une
de Soleil , & l'autre de Lune ,
avec une conjonction de Planetes.
Tous les Aftrologues du Levant, de
l'Occident , &du midy , tant Chrêtiens
que Mahométans , firent des
Prédictions qui furent toutes conformes
, commefielles fuſſentforties
d'un mesme cerveau . Des effets ne
furent pas absolument tels en Occident
qu'ils les avoient prédits , encore
quc la prise de Iérusalem par
Saladin Roy des Sarrazins , où le
Roy Baudoüin & toute la Nobleffe
furent pris , les armes des Chrêtiens
Occidentaux dans la Palesti
ne,la prise de Constantinople par
GALANT . 8r
lesmeſmes , lavenue des Tartares ,
& les horribles changemens qu'ils
apporterent presque dans toutes les
Contrées de la Terre , outre ceux
qui arriverent particulierement en
Afrique & en Espagne , témoignerent
qu'ils ne s'estoient pas entierement
trompez en leurs Prédictions .
L'Eclipse du Soleil qui arriva le 4 .
d' Aoust de l'an 939. que le Duc de
Lorraineſe noya dans le Rhin , م&
que les Espagnols donnerent la Bataille
de Simancas , est remarquable
en ce qu'elle dura plus d'une
heure , & que pendant tout ce
temps- là on vit au Ciel les Etoiles
brillantes & remuantes. Luitprand
de. Pavie qui vivoit alors , dit qu'il
en a esté témoin oculaire. La mort
du Pape Grégoire ,& la Faction des
Gibelins & des Guelphes, qui caufa .
de grandes calamitez , arriverent
apres l'Eclipse de l'an 1230. Ilyen
D
}
82 MERCURE
ent une en 1415. apres la Feste du
S. Sacrement . Iean Hus fut brûlé.
L'an 1540. l'Eté fut extrémement
chaud&fec . de forte que les Foins,
les Légumes , & toutes les autres
choſes qui viennent en abondance
dans un temps temperé,furent extrèmement
rares . Ily eutseulement
des Seigles affezraisonnablement ,
& quantité de Vins tres-forts , &
d'une bontè admirable, mesme dans
les lieux où il en croiffſoit le moins.
Le Palais Royal de Prague , & l'E
gliſe Cathédrale bâtie avec de
grandsSoins &de grandes magnificences
par les Roys de Hongrie ,
furent brûlez & ily eut de grandes:
incendies ailleurs , dont beaucoup
de Gensfurent accuse,z qui mouruvent
en protestant de leur innocence.
}
Il nous en dit beaucoup d'autres
qui avoient esté toutes ſuivies d'éGALANT.
83
venemens tragiques & extraordinaires
; mais je m'arreste à celle- cy,
qui a duraport par son commencement
aux grandes Sechereffes que
nous avons euës ce Printemps , &
au commencement de l'Eté , à la
difette des Foins & des Herbages
de toutes fortes , à la raisonnable
quantité de Seigles que l'on a ferrez
, &à la belle apparence que
chacun voit de remplir cette année
les Celiers d'excellens Vins. Mais,
avec toutes ces conformitez , de
mandons à Dieu que l'Eclipse du
12. de Iuillet de la preſente année
, àdeux heures & demie ,n'ait
point d'effets finiſtres . Apres cela ,
noſtre Docteur reprit ſon discours ,
nous dit que les Medecins ayant
confideré les principes & les effets
des Eclipses avec les Philofophes&
les Aftronomes , en concluent , fur
tout quand elles font de longue du
;
D6
84 MERCURE
i
rée , qu'il y aura des maladies,
principalement quand c'est le Soleil
qui est éclipse , car ils connoiſſent
bien que cet Aftre si benin , qui est
comme l'oeil du Monde &le Pere de
la Nature , ne nous regardant pas
de bon oeil , tout va mal; & qse
comme il agitfur les choses d'icybas
, leur communiquant ſes influences,
fon mouvement ,ſa lueur,&
Sa chaleur, cette lumiere &fes rayons,
estant arrestezſur la partie
Superieure de la Lune , qui est éclai
rée , alors contre l'ordre naturel,
cet Aftre qui est malfaiſant , nous
dérobant enpartie la lumiere , nous
ofte en mesme temps les falutaires
influences du Soleil , &comme dans
le petit monde , qui est l' Homme ,
quand l'irradiation des eſprits animaux
qui descendent du cerveau
est emp schée par quelque humeur
froide qui cause obstruction , les
GAALNT. 8
parties inférieures det Corps Souffrent
, de mesme l' irradiation du
Soleil eftant empefchée parle corps.
opaque & folide de la Lune , tous
les Animaux fouffrent par cette
interruption.
Un de la Compagnie interrompit
icy le discours , difant que l'Eclipse
estoit une chose naturelle , qui ne
produisoit aucun mauvais effet ;
qu'il ne s'enfuivoit pas que le Corps
s'en trouvaffent pis , encore que les
rayons du Soleil fuſſent détournez,
fa lumiere obfcurcie ; & que s'il
2
en arrivoit autrement
, on auroit
fujet de craindre qu'iln'y cust de
grandes maladies toutes lesfois que
Le Soleil feroit caché par des nua
ges,ou par des grands broüillards.
Noftre bon Vieillard répondit que
ce n'estoit pas une raiſon affez forte
pour combatre les sentimens des
Astronomes & des Medecins , de
86 MERCURE
dire que ce quiest naturelne produit
point demaladies. Il y a mille choſes
naturelles qui produisent bien
des maladies , comme les Tempestes,
Les Orages, les Tonnerres , les Tremblemens
de terre , les exhalaiſons
puantes & infectées des Cloaques .
Quesi quelqu'un n'avoit pas reffenty
les effets malins des Eclipſes,
elles en avoient pû produire en d'autres
Perſonnes , que dans les temps
des maladies generales , meſme con.
tagieuses, tout le monde n'estoitpas
pour cela sujet aux mesmes maladies
, que les Corps les plus forts,
vigoureux , & robustes , réſiſtent aux
venins de l'air ; que la nourriture
mesme y contribuë , mais que les
Corps foibles & mal disposez y succombent
, & qu'il avoit veu des Per-
Sonnes tomber malades , & mesme
en mourir , pour avoir efté exposées
dehors durant l'Eclipse; qu'il conGALANT..
87
feilloit mesme àses Amis de ne pas
regarder en ce temps - là trop fixementle
Soleil ny la Lune , & de les
regarder ſeulement dans un Baffin
d'eau exposé devant quelque vître,
ou par un petit trou , tel qu'on en
fait pour mirer ou pour niveler, puis
que les obſervations diférentes faitespartant
d'habiles Gensn'estoient
pas à negliger ; &fur ce que l'autre
avoit dit des nuages & des
broüillards , il répondit qu'il estoit
constant que quand il nous cachent
long- temps le Soleil , ils caufent du
defordre. C'est alorsque les Fieures
s'augmentent , queles Goutes reviennent
, que les Fluxions débor
dent du cerveau , qui étoufent fouvent
les Malades tout d'un coup ,&
qu'il arrive mille autres accidens .
comme Migraines , mauxde Dents ,
Apopléxies , &c. ८
Un autre qui estoit fort estimé
8'8 MERCURE
par sonsçavoir, crút l'embaraffer.
en luy demandant comment il eſtoit
posible que les Habitans de l'Isle de
Groenland puffſent viure , estant la
moitiéde l'année dans les tenebres ,
fans voir le Soleil , & par conféquent
privez de ſes douces influences.
Ilrépondit qu'il ne failloit pas
s'en étonner , que ces Gens. là ef-
-toient accoutumez & naturalifez
dans ces Lieux , qu'ils estoient en
un Païs froid , & quec'est lepropre
du froid de deſſecher les Corps , &
de concentrer la chaleur naturelle
au dedans , ce qui faisoit que ces
Perſonnes estoient fortes & robustes
pour resister à la groſſieretédes vapeurs
; qu'ils ne laiſſoient pas de
voir un peu de jour , & que l'habitude
est une feconde Nature. Ilajoû
te que ceux qui navigent vers
Groenland , & paffent mefme jusques
à Shisbergue, pour la pesche
GALANT. 89
:
de la Baleine , &pour chercher des
Dents de Chevaux marins & de
Vaches marines , qu'on trouve sur
tout vers Shisbergue , qui estfort
avancévers le Nord , ne vont point
en ce Païs que quand te Soleil est
bienhaut , & qu'ils le voyent quafi
toute la nuit far leurs testes. Que
fi ces Gens; quoy qu'habituez en
des Païsfroids sujets aux va
peurs & broüillards , comme font
les Hollandois , les Danois , & les
Hambourguois , alloient là dans
d'autres temps , ils n'y pourroient
vivre , ny réſiſter a la groſſiereté de
l'air , encore que les Habitans y
vivent bien. Il dit de plus , qu'ou
tre ce qu'il avoit là deſſus , ilavoit
interrogé des Officiers de Marine
qui y avoient esté ,&qui l'avoient
aſſuré que les Vaiſſeaux n'y peuvent
aller que dans les grands jours &
les grandes chaleurs , car autrement
१०
MERCURE
les Hommes ne pourroient réſiſter à
l'air épais & mataifé , remply de
browillards , & tres froid. Nostre
Vieillard ayant fatisfait à la
Question qui luy avoit esté faite .
reprit où il en estoit demeuré, &
dit que les Theologiens & les Saints
Peres parlant fort souvent des
Eclipses , fur tout de la grande &
admirable qui arriva à la mort du
Sauveur , qui avoit esté prédite
par les Prophetes ; & laquelle
estoit tout à fait miraculeuse , par
trois raiſons . La premiere , parce
qu'elle arriva dans la pleine Lune.
Laſeconde , parce qu'elle dura trois
heures , ce qui est contre l'ordre na.
turel ; & la troisième , à cause
qu'elle fut univerfelle , comme les
Evangelistes le témoignent. Et S.
Denys l' Areopagiſte, grand Philofophe
& grand Mathématicien ,
eftant alors en Egipte , dit à cette
GALAN T.
9в
occafion, Il faut que le Dieu de la
Nature ſouffre , ou toute la Machine
du Monde ſe diffout. Il
ajoûta , pour éclaircir ce qu'il avoit
dit , que l'Eclipse du Soleilnesefai
Soit suivant le commun sentiment
des Philosophes & des Aftronomes,
que dans le temps que la Lune eſt
dans la teſte ou dans la quenë du
Dragon , ou bien pres , c'eſt a dire
dans ſon commencement ou à ſa fin,
&qu'elle estoit pleine à la mort de
Nostre Seigneur; que le Soleil eftant
fort rapide danssa courſe, la Lune
ne pouvoit empeſchersi long-temps
L'influance de ſes rayons. Enfin ilfit
mille belles reflexions fur les difé.
rentes Eclipses naturelles &furnaturelles
, dont toute la Compagnie
fut extrémement contente , & luy
témoigna bien des reconnoiſſances.
F'en avois l'esprit tout remply,
quand j'ay reçen vostre Lettre , de
92
MERCURE
forte que je n'ayeu qu'à les mettre
furlepapier , mais non pasavec fon
éloquence ; ce qui metiendra lieu,
s'il vous plaiſt , d'une décharge pour
oe que vous avezdeſiréde
:
Voſtre tres humble & tresobeiffant
Serviteur ,
VIGNIER.
ARichelieu ce 15. luillet 1684,
Aux premiers bruits que les
Génois & les Eſpagnols firent
courir de la Deſcente qu'ils
avoient deſſein de faire en Provence
, Monfieur le Comte de
Grignan s'avança en hâte vers
là Côte , & donna ſi promptement
ſes ordres par tout , qu'il
affembla en tres- peu de temps ,
les Milices& la Nobleffe , & mit
toute la Côte hors d'inſulte . La
Ville d'Antibe eſtant le Poſte le
GALANT.
93
plus avancé , & le plus dangereux
, il s'y eſt tenu prés d'un
mois , & ſa préſence a eſtéauſſi
neceſſaire pour raffurer cene
Ville, &les autres de la ſeûreté
deſquelles il avoit pris foin ,
qu'elle a efté utile pour intimider
les Ennemis , puis que par
ſa vigilence l'on y eſtoit à cou
vert de toute ſurpriſe. Le Roy
fatisfait de ſa conduite, luy avoir
donné un plein pouvoir de ſe
ſervir des Troupes de la Marine,
& du Canon qui estoit dans les
principales Villes , comme il le
jugeroit à propos , en attendant
le ſecours qu'il luy devoit envoyer
; mais les Ennemis ont
pris le ſeul party qu'ils avoient
à prendre , & ils ſe ſont retirez
dans leurs Ports fitột que la Tréve
a eſté ſignée. Ainfi Monſieur
le Comte de Grignan a
}
94
MERCURE
congedié , ce qu'il avoit levé
de Milices , auſſi-bien que la
Nobleſſe , qui avoit couru le
joindre avec l'empreſſement qui
luy eſt ordinaire dans les occaſions
, où elle peut eſpérer de
donner des marques de ſa valeur
& de ſon zele pour le ſervice de
Sa Majeſté. Tous les Gentilshommes
qui s'étoient mis ſous
les armes , ſe ſont retirez avec
toute la fatisfaction poffible de
la maniere dont ils ont eſté traitez
par ce Comte , qui n'a épargné
aucune dépenſe pour les
régaler, & pour les ſoûtenir avec
éclat l'honneur de la Charge
qu'il exerce fi dignement.
Ma Lettre ſe trouva ſi remplie
le dernier mois , que je ne pus
vous apprendre la mort de Meffire
Pierre Boutet , Seigneur de
Marivats , arrivée le 19. d'Août.
GALANT ..
95
Heſtoit Chevalier des Ordres
Royaux& Militaires de Noftre-
Dame de Mont- Carmel , & de
Saint Lazare , Premier Gentil.
homme Ordinaire de Monfieur,
Grand Bailly de la Ville & Duché
d'Etampes , Gouverneur &
Capitaine de la meſme Ville. It
n'a laiſſé qu'un Fils âgé de dix
ans, auquel Son Alteſſe Royale
avoit accordé depuis quelques
mois la Survivance de la Charge
de Premier Gentil-homme ordinaire
, en confideration des fervices
de Monfieur de Marivats
fon Pere.
Le 29. du meſme mois mourut
Meffire Michel Polaſtron de la
Hilliere, Marquis de Grillemont,
Grand- Maistre de la Venerie de
Monfieur. Son mérite auſſi -bien
que fa naiſſance , luy avoit donné
beaucoup d'Amis dont il eſt
96 MERCURE
fort regrete . Monfieur l'honoroit
de ſon eſtime ,& a témoigné
eſtre touché de ſa perte. Il y avoit
environ fix ſemaines qu'il eſtoit
veuf, & quoy qu'il ne fuſt plus
en âge de ſentir l'amour , ayant
plus de ſoixante& fix ans, & que
meſme il luy fuſt reſté quelques
incommoditez d'un attaque d'apopléxie
qu'il avoit euë l'année
précedente , il s'étoit rendu au
mérite d'une Fille de qualité,
avec laquelle il venoit de réſoudre
le jour de ſon Mariage au
Lundy ſuivant , lors qu'il retomba
dans le meſme mal d'apopléxie.
Cette rechute l'emporta en
dix-huit heures.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de Monfieur le Vidame
de Vallé , Lieutenant de Vaifſeau
, arrivée à Toulon le 17. du
meſme mois , aprés cing jours
(
de
GALANT.
97
de maladie. Il eſtoit Gendre de
Monfieur le Maréchal de Humiéres
, & par conſequent Neveu
de Monfieur le Marquis de
Preüilly, Lieutenant Generaldes
Armées Navales de Sa Majeſté.
Il avoit ſervy d'Ayde de Camp
auprés de Monfieur le Maréchal
de Créquy ſon Oncle , dans toutes
ces dernieres Guerres , où il
avoit donné des marques de ſa
valeur , auffi - bien que dans le
Combat que monſieur de Relingue
a ſoûtenu depuis peu de mois
contre les trente fix Galeres
d'Eſpagne , & de Génes. Il a eſté
enterré dans l'Egliſe Cathédrale
de Toulon avec beaucoup de
magnificence. Meſſieurs duChapitre
vinrent enlever le Corps,
accompagnez desDominiquains,
des Capucins , des Minimes , des
Auguſtins , & des Peres de la
Septembre 1684.
.
Bayerische
Stomshielothek
r
E
b
98 MERCURE
Mercy , au nombrede plusde fix
cens , ayant chacun un Cierge
à la main. Il y avoit auſſi quatre
Compagnies de Penitens , ſçavoir
, blancs , bleus , noirs , &
gris , qui faisoient plus de ſept
cens Perſonnes ,& qui portoient
tous chacun un Flambeau . Les
Confreresde la miſericorde marcherent
aprés le Corps , ſuivis de
cinquante Pauvres en deüil avec .
des Flambeaux, où les Armoiries
de ſa maiſon étoient attachées.
Quatre des plus anciens Licutenans
de Vaiſſeau tenoient les
coins du Drap mortuaire; & fix
Sergens des Vaifleaux , avecun
crêpe au Chapeau , portoient le
Corps. Monfieur le marquis
d'Amfreville ſe trouva à cette
Pompe funebre avec tout le
Corps de la Marine & trois
Compagnies de Gardes Marines,
3
GALANT وو
ſçavoir , celle de Toulon , celle
de Breſt ,& celle de Rochefort,
ce qui faisoit plus de huit cens
Hommes! La marche ſe fit en
tres-bon ordre , & quand le
Convoy paffa fur le Port de la
Marine , l'Amiralele falia de
vingt cingh coups de Canon.
Quelques jours aprés , il y eut
un Service folemnel pour le repos
de ſon ame dans l'Egliſe des
Peres Carmes , qui estoit tenduë
de noir , & où l'on avoit dreſſé
une Chapelle ardente. Tout le
Corps de la Marine y aſſiſta, &la
foule y fut fi grande, l'Egliſe n'en
put contenir qu'une partie
Le Pare Alexis du Buc Théatin
, qui continuë à ſe donner
tout entier aux Controverſes , a
vu ce mois - cy font zele récompenſe
par trois Abjurations remarquables
, qu'il a requës. La
E 2
100 MERCURE
20
premiere a eſté dans l'Egliſe des
Religieuſes Angloiſes , Ruë de
Charanton, Faux - bourg Saint
Antoine, de Madempiſelle Marie
Forest , agée de cinquante
cinq ans, Femme de Monfieur
Mucer , Bourgeois de Paris, Elle
a frivy L'exemple de Monfieur
Foreft fon Pere, qui ne voulut
pas mourir dans la Religion ,où
il avoit eſté élevéams not sh
La secondea eſté dans l'Egli
ſe des Filles de Sainte Marie,
Faux bourg Saint Germain , de
Mademoiselle Fenoprecommandable
par ſes belles qualitez ,
& d'une Famille fort attachéeà
fa Religion. Elle n'en a pas plutôt
connu les erreurs, qu'elle a
genéreusement la Maifon
de ſa mere pour les abjurer. Sa
Majesté en ayant eſté informée,
nya accordé ſa prorεείρήωριστ
quité
GALANTM
La troifiéme de ces Abjurations
s'eſt faite dans l'Egliſe des
Théatins , où Monfieut de Salus,
du Païs des Grifons , Lieutenant
des Gardes Suiſſes du Roy, a fait
profeſſion des Veritez Catholiques,
en preſance de pluſieurs
Perſonnes de qualité.
L'approbation que vous avez
donnée àtouslesOuvrages que
vous avez leus du Berger de Flo
re , m'oblige à vous faire part de
celuy- cy , je croy que vous n'en
ſerez pas moins contente , que
vous l'avez eſté detous ceuxde
ſa façon , que je vous ay deja envolyezein
zioremis
1
sikrogor Two of teet temple
E
102 MERCURE
LESATYRE .
ETLELOUP.
UN
FABLES
3L
NSatire à vilain muzeau ,
Crogant avoir une voix fans pareille.
7 :
Et qu'il alloit dire merveille ,
Chanta Sur un ton de Corbeam,
AlEcho d'un Rocher, prés d'un bord
... de la seine.vἱ ουρ
Quy , oüy , j'aimerois mieux la
Bergere Circene ,
Que fon Troupeau.
Un Loup qui l'entendoit, couchéfur
la Fougere ,
Selevant tout joyeux , luy répondit
cesmots;
GALANT.
103
Nous ne ferons donc pas Rivaux
,
Car foy de Loup qui te revere,
J'aimerois le Troupeau, bien plus
que la Bergere.
La- deſſus , ils font amitié
Avec un complotfans pitiè.
Circene ce jour-là gardoit fes Brebiettes
Dans des guérets voiſins du Rocher
&de l'Eau ,
Et s'amusoit à cueillir des Flcurettes,
Pour enfaire un Feston àfon petit
Agneau.
Le Satire &le Loup l'curent tost
éventée;
I
Et des le mefme instant, l'ardeur
précipitée
De contenter leurs appétits ,
Lesfait courir comme à la Fefte,
Le Satire à la Belle, &le Loup aux
Brébis.
E 4
104
MERCURE
Maisils partent , les Etourdis ,
Sansfongerſi rien ne s'appreſte
As'oppofer à leur conqueſte,
Et leur course imprudente a justement
ſon prix ;
Penfantprendre, ilsſe trouventpris.
Le Berger Floridon, Amant de cette
Belle ,
Quin'oſoit par respectporterfespas
vers elle.
La voyantſeule, & loin de leurHa
meau ,
Eſtoit proche de là , monté ſur un
Chesneau ,
L'admiroit à ſon aiſe , & la regardoitfaire,
د
Il eut toſt découvert la marche téméraire
Des deux dangereux Ennemis.
A l'aspect dupérilque court l'objet
qu'il aime 2
1
GALANT 1ος
a
Ilfrémit,il pålit , il est hors de luymesme;
Mais grace à la Fortune, il est bientoft
remis .
Ilapperçoit quatre de ſes Amis
Venir à luy , montez à l'avantage ,
Armez d'Epieux , d'Arcs , &de
Traits,
Suivis de Chiens viſtes &frais ,
Quifortoient duprochain Bocage.
Au Satire , au Loup , Compagnons
,
Leur cria- t - il, defcendant defon
chefne.
Les voila , qui vont à Circene ;
Le Satire les tient ; le Loup eſt
au Moutons;
Secourons - les , donnons , don-
L
hons.
Le Berger court, ſa voix est enten-
Son exemple eſtſuivy des chiens&
des Ghaffeurs ,
Ε
106 MERCURE
Et tout perce une Haye élevée &
touffuë.
Qui les cachoit à nosdeux Ravif-
Seurs.
L'un & l'autre déja s'emparoit deſa
Proye
رد
Et mépriſantſes cris, lapreffoit avec
joye 249 30
Mais ce grand fecours arrivant .
Chacun tache ſapriſe ,
Et gagne au pied niste comme le
vent ,
Avec une douleurégale àfafurprise.
Les Chaffeurs & Les Chiens n'en demeurent
pas là.تا
LesChiensſuivent leLouples Chaf-
Seurs Le Sasikapi - anora
Ils courent tous , à qui plut vifte ira;
Tandis que le Berger revive
La Belle&Ses Brébis , de l'extreme
frayeur
i
GALANT.
107
Qui leurglace lefang, & leur abat
le coeur.
Aprés une longue poursuite ,
Les Chiens, enfin joignent le Loup ,
Et devenus plus hardis parfa fuite,
L'acculent, le prennent au cou ,
Et de tous les coſtez le mordent coup
Sur coup.
L'un luy perce la peau, l'autre la luy
déchire,
A l'écorcher chacun afpire.
Cefutpour lors qu'à ce pauvre Animal
Les dents firent grandmal.
Les dents des Chiens , cela s'enva
Sans dire;
Il en fouffrit un bien fâcheux martire.
Son Compagnon fuyard ne fut pas
mieux traité';
On l'attrape, ilest arresté
Malgréses fauts &ses gambades ,
Etde cent coups de bastonnades
E 6
108 MERCURE
Son cuir , s'il l'a bien dur , est sifort
éprouvé ,
Qu'elles marquent par tout leurs
traces;
Jamais à telle Feste il ne s'estoit
trouvé ,
Iamais il n'avoit fait de ſi laides
grimaces.
Ce n'est pas tout; les Malheureux .
Sont tous deux enchainez, & conduits
au Village ,
L
Puis attachez par de bons noeuds .
Au Poteau du Carcan plantéfur le
paffage
Pour estre ainsi livrezaux ris ,
Au reproche , à l'insulte , àl'injure.
à l'outrage 2117
Des Enfans , des Paſſans, de tout le
voisinage.
Les Prisonniers couchez par terre ,
Tristes , pensifs , & languiſſans
13
GALANT
109
Ne se parlerent point , tant qu'on
leur fit la guerre'; :
Mais quand la nuit eut diſſipé les
Gens,
Laſſez enfin de prendre en patience
Tant d'affrons , & tant de fouffrance,
Ils viennent àſe quereler...
1
Ce n'est que plainte, que rancune .
Ilsnefont quese harceler .
Que s'imputer leur infortune
Que se rendre garands l'un l'autre
de leurs maux.
Aprés cela , laplainte attire les gros
mots;
Les gros mots ſont ſuivis de la rude
menace ;
La menace , de coups ; & les coups
de lambeaux .
LeurSangde toutes paris coule parmy
la place
Et leur ame ſe noye en ces sanglans.
ruisseaux
T
fio MERCURE
泰
Mais comme le Deftin affez ſouvent,
nous ofte ,
Le voile àl'heure de la mort ;
Ces Avenglez, mais tard , apper-
-çoivent leur faute ,
Et pour lors , bien d'accord ,
Se demandent pardon avec beaucoup
de zele ,
Dc leurs trop choquans entretiens ,
Deleur trop funeste querelle;
Mandiffent les Chevaux , les Chaf-
Seurs ,& les Chiens ,
Et le Berger en sentinelle ;
Et malgré tous leurs déplaisirs ,
Epargnent les Objets de leurs ardens
defirs ,
Les Brébis , & la belle ;
Puis l'heure estant venue, enfin meurent
peſtans ,
D'avoir mal pris leur temps.
६.
Lecteur , ne traite pas cette Fable
nouvelle
GALANT.
De pure bagatelle ,
Puis que,s'ilfaut te l'expliquer .
Elle inſtruit ceux dont l'ordinaire
Est d'aller trop uiſteen affaire ,
Que l'on doit reconnoistre , avant
23 que d'attaquer ,
Afin que s'il est néceſſaire ,
On se puiffe aisément Soustraire
Aux vedoutables accidens ,
Qui , pour estre imprévens, perdent
les imprudens
2
Il y a des Génics heureux à
qui l'acquiſition des Sciences ne
coûte rien. C'eſt ce qu'on a vû
depuis un mois dans un jeune
Rhétoricien du College des lefuitesdeToulouſe
, qui a raiſon.
né publiquement de la Rhétori
que dans toute ſon étenduë , de
la Poëfie, & furtoutde la Françoiſe
dans toutes ſes regles , &
des Fortifications , ou Siéges do
12 MERCURE
Places dans un détail fort partie
culier. Il eſt Fils de Monfieur
Daſpe de Meilhan , & n'a encore
que quinze ans. Pendant deux
léances , auſquelles tout le Parlement
, le Clergé , les autres
Corps de la Ville , & generalement
tous les Gens de Lettres
& Curieux aſſiſterent , il répondit
avec une préſence d'eſpric
ſurprenantes aux diverſes Queſtions
qui luy furent faites fur
toutes ces choses ; & ce qu'il y
a de plus merveilleux, c'eſt qu'en,
expliquant les endroits dont on
luy demanda l'éclairciſſement
dans les Ouvrages d Homére , de
Juvenal , de Perſe , d'Horace ,
du Taffe , & de Lope de Vega ,
il parla la Langue de tous ces
Auteurs , c'est- à- dire , Grec fur
I'lliade , & fur la Batrachomyomachic
d'Homère , Italien , fur
GALANT.
113
l'Aminte , & la Jerufalem délivrée
du Taffe , & Eſpagnol , for
quelques Comédies de Lope. Il
eſt fort rarede ſçavoir cinq Langues
dans un âge ſi peu avancé,
&plus encore de les poffeder afſez
pour ne les confondre pas:
en s'en ſervant. La facilité avec
laquelle il s'énonça dans chacu
nede ces Langues , a donné lieu
à ces quatre Vers Italiens de
Monfieur Fermat Conſeiller.
Stupiron quei che favellar
l'udiro ,
)
e
3
Ed in diverſe Lingue effer fo
presto
Che Tofco in Roma , e Greco
in Epiro L.
L'haurian creduto , e quel pos
pol, e questo.
Toute la Ville parle encore,
avec ſurpriſe de ce prodige d'efpric..
1
114 MERCURE
Ce qu'on m'a mandé qui s'eſt
paffé à Lyon n'eſt guére moins
extraordinaire. Le Fils deMonfieur
du Tour Conſeiller devant
foûtenir le 7. Aouſt dernier une
Theſe de Philofophie dans le
grand College des lefuites , une
jeune Demoiselle , Fille d'un fameux
Medecin de Montpellier ,
alla trouver le Régent du Soûtenant
, pour luy demander la
permiffion d'argumenter dans
cette diſpute publique. Le Régent
l'interrogea , & furpris de
voir une Fille Philoſophe , qui
parloit tres bien Latin , illa préfenta
au Pere Recteur. D'autres
Peres de la meſme Compagnie ,
& quelques Particuliers de la
Ville, qui ſe trouverent àla conférence
qu'elle eut avecluy , admirerent
ſes vives & fpirituelles
réponſes ſur les Queſtions les
GALANT.
115
plus difficiles de la Philofophie ,
auſquelles elle fatisfit tres ſca.
vamment , & avec une hardiefſe
, qui en marquant la folidité
de ſon eſprit , nedémentoit point
la modeſtie de ſon Sexe. Cependant
comme la choſen n'avoit
point d'exemple , on la pria de
ſe contenter de la juſtice qu'on
luy rendoit ,en confeffant qu'elle
eſtoit tres-digne de paroître
dans l'Acte public qui devoit fe
faire , & qu'on l'y auroit reçuë
avec plaisir ,fi quelque uſage
avoit pu autoriferjune entrepri
ſe de dette nature , Meſſieurs da
Parlement de Dombesà qui ces
Théſes estoient dédiées , furent
fort fâchez de l'exclufion qu'on
avoit eſté contraint de luy donner.
Comme elle fit bruit , chacun
parla dans la Ville d'une
nouveauté ſi particuliere , & il
116 MERCURE
n'y eut aucune Perſonne confidérable
, qui ne fouhaitaſt con
noître cette jeune Demoiselle?
Vous pouvez juger combien elle
reçût de loüanges de tous ceux
qui s'empreſſerent à fuv faire
Compliment fur fon deffeintb
Le 27. du dernier mois , Mon
fieur l'Evêque de Contances fic
la cerémonie de la confecration!
de l'Eglifel des Peres Capucins
de Valogne , qui fur dédiée àla
Vierge ,& à Saint Jofeph. Elle
commença à fox heures du mating
& durajaſqu'à une heures
aprés midy , avec une foule incroyable
de Peuple. Toute laNo- l
bleſſe du Païs y aſſiſta , & entreautres
Madame la Marquiſe de
Saint Pierre , d'une des plusiil
luſtres Maiſons de la Province,
Cette cerémonienſe ficavec
beaucoup de magnificences Lesa
GALANT 117:
Σ
Dames entrerent dans le Convent,
où les Peres régalerent tout
cequ'il y eutd'honneſtesGens.
Je vous envoye le coup d'effay
d'une Muſe naiſſante , qui a cu
l'aplaudiſſement de toute la
Cour. Ce font quatre Sonnets
de Monsieur de Hautmont de
Saumur , ſur des Bouts - rimez ,
que l'on avoit propoſez icy à la
loüange des Héros du Siécle. Il
eutl'honneur le 8. de ce mois de
lire en préſence dde Sa Majesté
celuy qu'il a fait pour Elle . On
m'a fait efperer quelques Piéces
tendres de ſa façon, je ne doute
point qu'elles ne vous plaiſent.
Lesbords de la Loire ſont d'heureux
Climats , ooù les coeurs
blent naître pour l'amour.
sin't on live singontre anir as I
coved.s
118 MERCURE
POUR LE ROY.
T
CIjamais un Héros fut couronne
degloire ,
1
Si les Siecles jamais on produit un
grand Roy ,
Si jamais Conquérant Scent bien
donner la Loy,
C'est LOUIS, dontle
la Victoire ,
Bras couronne
:
Qu'on nenous vente plus la valeur
'hiſtoire
1
Detousces Demy-Dieuxdont la Fable
fait foy;
3
La France triomphante , & l'Europe
en effroy ,
Et l'Afrique domptée , effacent leur
memoire! 107
Il n'a rien entrepris qu'il ne l'ait
achevé ,
GALANT.
119
Au faiste des grandeurs LuySeul
s'est élevé ,
Tousſes pas ont marquéfon courage
intrépide ;
Et l'on en voit beaucoup au rang.
des Immortels ,
Au deſſus d'un César , au deffus
d'un Alcide ,
Qui bien moins que LOVIS méritent
des Autels,
J
:
A MONSEIGNEURONT
LEDAUPHIN
Eune & brillant Héros , qui cours
aprés la gloire
Sur les pas triomphans denôtreauguste
Roy
Apprens de sa justice à nous donner
la Loy,...
Et defon Bras vainqueur à forcer
la Victoire.
120 MERCURE
Ce Grec audacieux ſi vanté dans
Hiftoire ,
CeGuerrierfoudrogant dont Arbelles
fait foy ,
Du Monarque Perfan la terreur&
l'effroy ,
N'aura rien d'éclatant au prixdeta
mémoire.
Le Deſtin nous promet ce Miracle
achevé ,
In Dauphin glorieux , dont le coeur
élevé
Seconde la grandeur de LOVIS
l'intrépide.
211103
Apres l'avoir couvert de Lauriers
kaimmortels, patay
Nous leverronspompeux ,ſuivy d'un
Autre Alcide ,
Mériter àson tour des voeux&des
Autelsa 4
A
GALANT 1211
A MONSIEUR
PRINCE,
RINCE , dont le grand coeur
mérita tant de gloire , T
Dans ces champs sifameux où tu
donnas la Loyb
Ta valeur à Caffel fit bien voir à
Que PHILIPEDEFRANCE
est né pour la Victoire.
112 A
On verra les Flamans terraffez
dans l'Histoire.
Marquer tous les grands coupsdont
ce Combat fait foy ;
Les Murs de Saint Omer en tombe
rent d'effroyayo ? 010
EtfonHéros vaincu craint encorta
mémoire.
Un Epimanondas fust-ilplus achevé
?
Quenepeut le Françoisſous ce Chef
élevé? nionH
i
Septembre 1684. F
122 MERCURE
LOVIS fait tout trembler ſous ton
Bras intrepide.
Tu leſuis de bien prés au rang des
Immortels ?
Auguste dans la Paix, & dans la
Guerre Alcide ,
L'Olive & le Laurier chargent tout
-tes Autels. 7 X
A MONSIEUR
LE PRINCE.
د
dont la valeur fait
Heros eclater lagloire,
Dans ces fameux Combats admirez
detonRoy,
Pour qui ta jeune audace ofe porter
la Loy ,
Dans ces lieux de tout tempsfermez
àla Victoire.
Ces Champsfi renommézparlent de
ton Hiſtoire ;
GALAN T.
123
ز
Rocroy, Lens ; &Norlingue; &Fribourg,
en font foy ;
Dunquerque , Thionville , en confervent
l'effroy ;
Et Sénef & le Rhin redoutent ta
mémoire.
Vit- on un Conquérant plus grand,
plus achevé?
Ton Nom, de tous les Noms eft le
plus élevé ,
Prince auſſi genéreux que Guerrier
intrepide.
La France doit fon lustre à tes Faits
immortels ,
Elle n'a qu'un Condé, la Gréce qu'un
Alcide,
Mais Alcide à Condédoit ceder les
Autels.
14
Ie vous ay parlé des change
mens de Charges qui ont eſté
:
2
F 2
12:41 MERCURE
faits dans la Maiſon de Monfieur
entre les grands Officiers , àl'occafion
de la mort de Monfieur
le Duc de Choifeüil , & des libéralitez
qui leur ont eſté faites
par ce Prince ; mais je ne vous
ay pas dit que Monfieur leComte
de Tonnerre avoit eſté reçeu
dans le meſme temps Premier
Gentilhomme de ſa Chambre.Je
vous ay ſouvent parlé de ſa Maiſon
, qui eft generalement reconnue
pour une des plus illuſtres
de France. Quant à ſa perfonne
, il a un air fier , & qui
marque ſa naiſſance. Son eſprit
eft vif& plein de feu ; il eft in
trépide , & toûjours preſt àdonner
des marques de fon courage.
Le 10. du mois paffé , Monſieur
le Marquis de Briquemault
cpouſa Mademoiselle de Caſtelmoron
, Fille de François NomGALANT.
125
par de Caumont de la Force ,
MarquisdeCaſtelmoron , Lieutenant
General des Armées du
Roy, cy-devant Gouverneur de
la Principauté de Montbéliad ,
Comte de Bethford & Païs ad
jacens, &de Marguerite de Vi
cefe, & Petite Fille de lacques
Nompar de Caumont , Dere de
Ja Force, Pair &Maréchal de
France. Elle elt d'un mérite qui
répond à ſa naillance, c'eſtvous
en faire un fort grand éloge en
peu de mots MonfieurMe Mar
quis de Briquemaulteſt riche, &
bien fait. Son eſprit &fes belles
qualitez luy ont fait acquérit
beaucoup d'eſtime , & il n'eſt
pas moins confiderable,par la
que par l'ancienne nobleſſe de
fa Maiſon , dont les Hitoriens
ne ſe raiſent pas. François de
Briquemault eſtoit Chevalierde
F3
126 MERCURE
l'Ordre du Roy François I. Gen
tilhomme ordinaire de ſaChambre
, & fut fait meſtre de Camp
General de l'Infanterie Françoiſe
en Piémont l'an 1566. Cette
Maiſon porte de gueules à trois
faces, àla Bande d'Hermines brochantfurlebout.
Le s . de ce mois , on celébra
en Champagne une cinquiéme
Alliance entre les Maiſons de
Vienne & de Vignier , par le
Mariage de Monfieur le Chevalierde
Vienne avec Mademoiſelle
Vignier , Damede S. Uſage.
Le Marić eſt Fils de Meſſire lacques
de Vienne , Seigneur de
Coing , d'Argentenay , & de la
Geffe , Conſeiller d'Etat , Capitaine
, & Gouverneur pour le
Roy des Ville & Chaſteau de
Barſurſeine , & de Dame мад-
delaine Gervaiſe-la- Verſine, PeGALANT.
127
2
tit-Filis de Iean Baptiſte de Vienne,
Seigneur de Gevroles , auſſi
Capitaine & Gouverneur de
Barſurſeine, & de Dame Françoiſe
Vignier , Grande Tante de
la mariée , & Arriere- Fils d'Antoine
de Vienne , Seigneur de
Gevroles & de Breviande , & de
Dame Jacquette de Bugnes . Ce
dernier deſcendoit de ce Guil-
Jaume de Vienne , qui aſſiſta en
1329. parmy les Seigneurs de
Champagne , à l'Action celébre
que je vous lay appriſe par ma
Lettre de Decembre 1680.o
l'on à mis Gentoles pour Gevroles.
Guillaume de Vienne eſtoit Frere
de lean de Vienne , Arche.
veſque de Rheims, qui eutl'hon
neur de couronner le Roy lear,
& Fils de Hugues de Vienne 1.
du nom , Seigneur de Montdore
en Barrois ,dont le Trifayeul fot
F 4
-1-28 MERCURE
Gervais de Vienne , Frere aîné
de Geoffroy de Loupy Maréchal
de Champagne , tousdeux
Fils de ce Geoffroy de Vienne,
que Du Gheſne, marque dans
fon Hiftoirede France parmy les
Chevaliers Bannerets de cette
mefme Province , qui accompagnérent
le Roy Philippe Auguſte
dans ſes Guerres & Voyages
d'Outre mer, vers l'an 11961 &
qui eut pour Femme Matilde,
Dame de Loupy dont Geoffroy
H. prit le momy La Marice eſt
Fille d'Estienne Vignier 3 Seigner
de S. Ufage , duray , & des
Foffes , & de Dame leanne de
Vienne la Thuillerie , Petite-
Filed'EſtienneMignier, Seigneur
de Chamblain , code Dame
Claire de Vienne- Saint- Martin,
deux Dames Parentes du marié,
& Arriere - Fille de lacques ViEGALANT.
129
2
gnier , Seigneur de Chamblain
& d'Anneville , & de Dame
Habeau de Saumaize - Chazans,
Anceſtres de Madame la Comteffe
de Tonnerre la derniere
morte; de Meffieurs les Marquisde
Ricey & d'Hauterive ;
de leanne & de Françoiſe Vignier
, Mariées à Meſſieurs de
Bonnefons , & de Vienne-Tré-
-villiers ; & da Pere Vignier le
Jeſuite leur Frere , Homme ſçavant
, qui a laiſſé entr'autres
Ouvrages à imprimer , La gran-
-de Histoire de la Ville&du Dioce-
Sede Langres , & encore celle de
Sainte Salaberge , où eft contenuë,
avecd'autres Genéalogies,
-l'origine des Comtes de Champagne
, Roys de Navarre , jufqu'à
préſent inconnue , & que
le défunt Pere Vignier de l'Oratoire,
ſon Parent, avoit auffi tra
F
130
MERCURE
vaillé à faire connoiſtre , comme
je vous l'ay marqué en faiſant le
détail de ſes Livres , dans ma
Lettre de Novembre dernier.
Jacques Vignier eut pour Pere
Guy Vignier , Seigneur de
Chamblain , de la Mothe , de
Villeneuve , d'Avirey en partie,
& de Chaſſy ; & pour mere Dame
Gillette de mefgrigny , auffi
Anceſtres de cet illuſtre Pere
de l'Oratoire , & de Monfieur
Vignier , Seigneur de Villeloin,
de Nigelle , & de la motte cydevant
Capitaine & Gouverneur
des Villes & Duché de
Richelieu . L'Ayeul de Guy fut
Philippe Vignier , Ecuyer de Philippe
le Bon , & CapitaineGouverneur
pour ce Duc , de la Ville
d'Avalon. Philippe eſtoit Fils de
Guillaume Vignier , Secretaire
d'Etat,de la meſme Province de
GALAN T. 131
Bourgogne , ſous les deux Ducs
précedens , puis de France ſous
le Roy Charles VI . & Guillaume
fut Arriere Fils de Gilles Vignier
, Seigneur de Lifle , qui alla
à la Terre- Sainte avec Thibaut
V. Comte de Champagne & de
Brie , Roy de Navarre , dont il
eſtoit Chambellan. Le Préſident
Fauchet fait mention de luy dans
fon Recueil des vieux Poëtes
François . Gilles Vignier defcendoit
de N. Vignier , dit Corboran,
Seigneur de Muffy , & d'autres
Terres ſur les Frontieres de Bourgogne
& de Champagne , quialla
à la premiere des Croiſades ,
& qui y ſignala ſi bien ſa valeur ,
qu'il en rapporta ce nom de Corboran,
qui estoit celuy d'un Prince
Sarazin , peut- eſtre le meſme
avec Corbagath , General de la
prodigicuſe Armée , que le Sul-
F6
132
MERCURE
tande Perſe envoya au ſecours
d'Antioche , dans le temps de
cette premiere Croifade , comme
il ſe voitdans ſa nouvelle Hiſtoire
; Prince qu'il avoit vaincu ,
&à qui il avoit donne la vie &
rendu la liberté,&de qui par révolution
de fortune , il reçût en
fuite les mefmes graces , à conditiond'en
porter le nom. Monfieur
de Marquis de Vienne , Frere aîné
du Marié , a eu l'honneur d'eſtre
Pagedu Roy , l'un de ſes anciens
Maistresd'Hoſtel, Ayde de camp
dans ſes Armées , & auffi Capitaine
&Gouverneur de Barfurſeine.
Ces deux Freres ont un
Neveude leur mefme nom , qui a
efté Page de la Reyne de Pologne
, dont ils ont l'honneur d'être
alliez par Madame leur mere,
&qui eft préſentement Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
GAALNT. 133
Polonoiſes , où il ne ſe fait pas
moins diftinguer par fon courage
que par ſa naiſſance . La Ceremonie
du mariage ſe fit à SaintUfage
, où aſſiſtérent entr'autresParens
, Monfieur de Vienne- Gevroles
, Seigneur du Bouverot ,
de Landreville , & de Mailly ,
Coufin germain du Marié , qui
s'eſt ſignalé pluſieurs fois dans
lesArmées de Sa Majesté &dans
les Etats deBourgogne ; &le Pere
Vignier , de l'Oratoire , Frere
de la mariée , qui a fait voir fon
zele dans les miffions & dans la
Converfion des Religionnaires.
- Comme la triſteffe fuccede
affez ſouvent à la joye par l'in
conſtance des chofes humaines ,
Monfieur de Gevroles qui avoit
affifté à ce Mariage , eft mort
peu de jours apres. Il eſtoit Fils
d'Antoine de Vienne , Seigneur
134
MERCURE
de Gevroles , & d'une Niéce de
feu Monfieur Coquelay , Con
feiller en la Grand Chambre , &
Chanoine de Noſtre-Dame. II
n'a laiſſé qu'un sils , qui eftGarde
de la Marine , & qu'il a eu
d'une Dame iſſue des anciens
Seigneurs de Landreville , dont
le nom eſtoit celuy de cette
Terre.
le viens à la priſe de Sainte
Maure , dont le Siége fut formé
le 29. de Luillet par l'Armée Vénitienne
, & par les Troupes
Conféderées du Pape , du Grand
Duc de Toſcane , & de la Religion
de Malthe , ſous le commandement
de Monfieur Morofini
, Procurateur de Saint Marc,
&Generalifſime de l'Armée.L'I
lede Sainte Maure eſtoit autrefois
attachée au continent de la
Grece, qui la compte pour une
GALANT.
135
de ſes Ifles Occidentales, comme
ellemet au nombre des Orientales
celles de l'Archipel . En
effer , toute la largeur de la Grece
priſe de l'Orient à l'Occident,
ſéparé l'Archipel de Sainte Maure.
Elle estoit connue dans l'An
tiquité ſous le nomde Leucade ,
&faisoit une partiedu Royaume
d'Uliffe ; auſſi eſt elle fort
proche d'thaque , où ce Prince
&ſaFemme Penelope réſidoient.
Vn Rocher de cette Iſſe eſtoit
autrefois le refuge , où l'on voyoit
accourir en foule tous les
Amans infortunez de la Grece ,.
qui croyoient appaiſer en ce lieulà
, la violence de leurs tranfports
amoureux , en ſautant du
fommet de ce Rocher. On tient
que la fameuſe Sapho qui a compoſé
tant d'excellens Poëmes ,
donna l'exemple de fauter en
136 MERCURE
bas , lors qu'elle eut appris l'infidélité
de fon Amant Phaon .
D'autres attribuent à Cephaler,
le premier eſſay d'un remede fi
extraordinaire. Ce Rocher auroit
eſtéungrand ornement dans
la Carte de Tendre. Mais pour
ne parler que de Sainte Maure ,
il eſt certain que cette Place a
toûjours paru trés- importante.
Elle touche preſque à l'Epire ,
&eſt prés de la Morée , à l'entrée
du Golphe de Lépante , où
ſe donna en 1571. cette famenſe
Bataille , qui acquit tant de
gloire à l'Armée Chreſtienne ,
& à Dom Iuan d'Auſtriche qui
la commandoit. La Ville de Sain-
'te Maure fut réduite en 1502 .
fous l'obeiffance des Vénitiens
parBenedetto Peſaro. Ce Genéral
y eſtant venû avec le ſecours
de quelques Vaiſſeaux du Pape
GALANT.
137
de Loüis XII . Roy de France,&
ides Rhodiens, fit la décente avec
"une partie de l'Armée , & s'êtant
rendu de maiſtre du Pont ,
aprésun combat opiniaſtré,dans
lequel quantité de Turcs demeurérent
fur la place il fof-
-ça la Ville à ſe ſoûmettre ; mais
l'accommodement s'eſtant fait
quelque temps aprés entre Bajazer
H. & la République , par
la médiation du Baſſa Achmer ,
il fut arreſté , qu'on reftituërolt
au Turcliffe de Sainte Maure,
& elle lay far d'aurant plus vo
Fontiers accordée , que celle de
Céfalonie demeuroit aux Vénitiens.
La Ligue qu'ils ont faite
depuis peu avec l'Empereur &
le Roy de Pologne , contre cet
Ennemy commun de la Chrêtienté
, les autoriſant à luy deelarer
la guerre ,ils réſolurent
138 MERCURE
d'aller attaquer Sainte Maure ,
aprés que Monfieur Moroſini
leur Generaliffime eut tenu co
ſeil à Corfou le 15. de Juillet
avec les Chefs d'eſcadres , &
les Principaux Officiers de l'Armée
auxiliaires. Mais avant que
de vous entretenir de cette expédition,
il faut vous apprendre
l'état des Bâtimens de mer
de toutes les Puiſſances , qui
font entrées dans leurs intérefts
, leur nombre , & l'ordre
de Bataille qui estoit réſolu en
cas qu'on euſt eſté obligé de
combatre les forces maritimes ,
du Grand Seigneur. Je vous envoye
cét ordre de Bataille , de
la maniere qu'il a eſté dreſſé à
Corfou , & que je l'ay receu de
Véniſe. La Langue Italienne
vous eſt familiere ; ainſi je n'ay
rien à vous expliquer.
211
GALANT. 139
L'attaque de Sainte Maure
ayant eſté arreſtée dans le Conſeil
tenu à Courfou , où ſe trouverent
le Provéditeur Genéral
Cornaro, lesChefs des Eſcadres
du Pape , du Grand Duc de
Toſcane , de la Religion de malthe
, le General Strafoldo, & les
autres Officiers , Monfieur мо-
roſini fit faire la reveuë de toutes
les Troupes que l'on avoit
deſtinées au débarquement.
Deux Bataillons de fix cens
Hommes chacun, l'un desTroupes
du Pape ,& l'autre de celles
de Malthe , paſſerent en revûë
avec huit mille Hommes des autres
Troupes. La premiere Ligne
de ce dernier Bataillon avoit
quelque choſe debien éclatant,
puis qu'elle estoit compoſée de
cent Chevaliers , revétus de
leurs Cottes d'Armes de Satin
140
MERCURE
rouge , avec la Croix blanche
de la Religion . L'Armée ayant
mis à la voile le 19. de luiller,
arriva heureuſement , le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle moüilla .
-Cette Ville eft fur une langue.
de Terre du coſté du Levant
un Acqueduc de trois eens foixante
Arcades en forme de Pont,
large ſeulement de trois ou quatre
pieds , la joint au Continent
du coſté du Septentrion.Vn
Pont de bois partagé en trois lay
fournit auffi un paſſage au Continent
du coſté du Levant & du
-Couchant. Elle a une Peninfule
affez longue , dont la teſte
porte le nom de la pointe de
Saint Jean. La mer environne
tout le refte. La Fortereſſe eſt
コ
c
un Pentagone irrégulier , dont
de groffes Tours flanquent tous
GALANT A
4
..
les Angles. Deux autres Tours
qui font au tiers de la Courtine
des deux coſtez , fortifient encore
la plus grande face , quieſt,
celle du Couchant. La Flote
eſtant entrée dans le Port de
Démata , quieſt au Levant de la
Place, & qui peut tenir un grand
nombre de Vaiſſeaux , on fit le
débarquement. Monfieur Morofini
décendit auſſi à terre , où il
viſita tous les Poſtes que l'on
ayoit reconnus ,& un logement
qu'avoit fait le Capitaine Manetta
dans un lieu nommé Chiebe,
dont il s'estoit rendu maiſtre.
C'eſtoit la Maiſon de plaiſance
du Fils de l'Aga. Cependant il ne
voulut point fairetirer le Canon.
qu'il n'euſt envoyé ſommer le
Commandantde la Place. Illuy
écrivit les juſtes ſujets qu'avoit
eus la République , d'aſſembler
4
D
142
MERCURE
une puiſſante Armée , aprésque
les Turcsavoient rompu la Paix
endonnant retraite aux Corſaires
de Barbarie , & en exerçant
des hoftilitez contre les Sujets
de l'Etat Vénitien. Le Comman
dant s'étant contenté de luy répondre
, que Dieu puniroit la
Republique du pretexte qu'elle
prenoit de déclarer la guerre au
Grand Seigneur , on arbora le
Pavillon de la Generale , & les
Galeres & les Galeaſſes commencerent
à canonner la Fortereſſe.
Plus de douze cens coups
de canon qui furent tirez , endommagerent
beaucoup les maifons
& les Fortifications , & ruinerent
une moſquée. Il y eut un
feu continuel de l'artillerie des.
Tarcs. Il n'empefcha pas pourtant
les troupes du Pape , &
celles de Malthe & de roſcane,
GALAN T.
143
de s'avancer fort prés de la Place
,&de ſe loger dans les Fauxbourgs.
Ils le firent ſans obſtacle,
les Ennemis n'ayant ofé hazarder
aucune Sortie. Ils tâcherent
ſeulement en continuant un
grad feu d'Artillerie,de retarder
le travail des Affiégeans , qui
n'oublioient rien pour mettre
leur Canon en batterie , mais
tous ces efforts des Affiégez furent
inutiles. Les Batteries commencerent
à tirer avec un fort
grand ſuccés ſous les ordres du
Seigneur Lorenzo Vénier. Elles
endommagerent fort les murailles
de la Place , & les Bombes
que l'on jetta en quantité dans
la Ville , y cauferent un tresgrand
deſordre. Le premier jour
d'Aouſt ces meſmes Batteries ra
ferent entierement le Boulevards
& la Bréche qui estoit déja con-
ةمداق
144
MERCURE
ſidérable , fut augmentée. Elles
démonterent quatre Pieces de
Canon des Ennemis, &les Bombes
mirent le feu en pluſieus endroits
de la Ville , les Travaux
s'eſtant avancez à la faveur du
feu continuel du Canon & des
Mortiers , les Affiégeans commencerent
à combler le Foffé
avec des Faſcines & des Sacs à
terre . Enfin , le Dimanche 6 .
jour d'Aouſt aprés que le feu
eut continue juſqu'au foir de
para & d'autres , les Turcs éleverent
un Drapeau blanc fur
leurs Murailles , pour faire connoiſtre
qu'ils vouloient capituler.
Ils envoyerent à une heure de
nuit trois Deputez à Monfieur
Morosini , pour luy dire qu'ils
eſtoient preſts de rendre la Pla
ce, pourvu qu'on leur accordaft
une Capitulation honorable. Ils
demandoient
D
GALANT.
145
demandoient permiffion de fortir
avec tous leurs biens , & on
leur donna ſeulement la liberté
de ſe retirer avec leurs familles,
&d'emportertout ce qu'ils pourroient
porter ſur eux. Les Oftages
furent envoyez le lendemain
& on mic en liberté tous les
Eſclaves que l'on trouva dans la
Place , à condition qu'ils ferviroient
pendant un an ſur les
Vaiſſeaux, ou ſur les Galeres de
la République , en qualité de
Mariniers & de Soldats. La Garniſon
ſortit vers le ſoir par la
Porte du Couchant. Elle eſtoit
de ſept cens. Hommes , qui
avoient le Sabre & le mousquet
Les Bâtimens où ils furent embarquez
, les conduiſirent à terre
au delà du Bras de mer. En
meſme temps les Troupes Vénitiennes
entrerent dans la Ville
Septembre 1684. G
3
2
146 MERCURE
parla Breche. Le Butin que les
Soldats,y ont fait a eſté confide
rable. On trouva quantité de
Provifions dans la Place , & quatre-
vingts Piéces de Canon . Les
Vénitiens n'ont perdu que deux
cens Hommes à ce Siege. Monſieur
loüy François , Sergent major
de Bataille , & Colonel d'un
Régiment Allemanidipy fut blef
ſe à la cuiffe , & eut le bras percé
d'une mouſquetade Monfieur
Morofini fit auſſitoſt benir la
principale Moſquée , & le Te
Deum y fut chanté. Elle a eſté
dediée ſous le nom de San Salvator,
à cauſe que lesTures avoient
élevé le Drapeau: blanc le 6..
d'Aouſt, jour de la Transfigura
tion de Noſtre Seigneur. Il fit
benir une autre moſquée que
l'on dédia à Saint Gaëtan , dont
on celebroit la Feſte le jour que
"
:
}
GALANT.
147
les Troupes entrerent dans la
Place. Ilen a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien , & de la
Famille de Monfieur l'Ambaſſadeur
de Vénife , qui eft à préſentà
la Cour de France. Tous
ceux de ce nom ont rendu de
grands ſervices à la République.
Sebastien Vénier eſtoit Chefde
l'Armée Vénitienne , lors que
celle de Selim fut entierement
défaite le jour qu'on donna la
Bataille de Lépante.
1
La Lettre qui fuit eſt fort curieuſe.
Elle eſt du ſçavant Monfieur
Comiers à un de ſes Amis
de Province. Ila bien voulu m'en
donner une Copie. le l'ay demandée
pour vous , & je vous
l'envoye
G 2
148 MERCURE
A Mr D. S... DICKS.
Vous ferez Sans Ous ferez Sans doute bien ai-
Se d'apprendre que le Pere
Couplet Iefuite est de retour de la
Chine , où il estoit alle travailler
aux Miffions , & qu'il en a amené
un jeune Indien de Nanking , Capitale
de la Province du mesme
nom. Vous ſcavezque la Chine est
auſſi grande que toute l'Europe , &
qu'un de leurs Empereurs ayantfait
le dénombrement du commun du
Peuple , trouva cinquante huit
millions , cinquante-cing mille ,&
quatre-vingts Hommes ,fansy com
prendre les Eunuques , & ceux qui
font profeſſion des Lettres , où qui
portent les armes , dont on peut di
re que le nombre est infiny. La Chi.
GALANT.
149
4
ne est remplie de le tres_belles Villes.
Hanking estoit si grand autrefois ,
qu'à peine un Homme à cheval
pouvoit en deux jours faire le tour
des murailles.
Bien que lePere Couplet ſoit de
Malines , & qu'il ait demeuré
vingt- quatre ans , parmy les Chinois
, chargé de la conduite de foixante
grandes Eglises composées
deplus defoixante mille Chrétiens ,
il parle bon François , & avec ſa
riche taille,i porte bien le cara-
Etére d'un Héros de l'Evangile dans
Ja 62. année. Le jeune Chinois
qu'il a amenéparle affez bien Latin
, s'appelle Mikelh Xin. Ils
allerent le quinze de ce mois àVer-
Sailles , où ils eurent l'honneur de
falüer Sa Majesté. Ils virent en .
Suite jouer les caux , &se trouvez
rent le lendemain au dîner du Roy.
Le jeune Indien estoit enſes habits
G3
150
MERCURE
Indiens , ayant une riche Vefte de
Brocard d'or fond bleu , avec des
figures de Dragons , & un viſage
affreux fur le haut de chaque manche.
Il avoit par deſſus une espece
de Tunique de foye verte . Sa Majesté
après avoir entendu ſes Prieres
en Langue Chinoise , lay fit fervir
une afficte fur la Table , pour
voir la propreté , & l'adreſſe des
Chinois à manger avec deux petites
Baguettes d'yvoire à quatre
3
pans
00.3
& d'un pied de long, qu'ils
tiennent dans la main droite , entre
deux doigis . Monfieur Hubin
Emailleur du Roy , fi connu dans
e l'Europe par fou travail des
yeux artificiels , & par tout ce qu'il
y a de plus beau , & de plus fcntoute
Vant en matiere de verre &
mail ,Se
AM
d'é
chargea de Lour faire moin
les Expériences qu'on appelle du
Vüide, par lesquelles nous démon-
६
GALANT.
ISL
trons lapesanteur de l'air. Le Pere
Couplet , & Son Compagnon , le
Pere Pierre Vauhammé de Grand ,
avec lejeune Chinois , ſe rendirent
chez luy Mercredy dernier , & il
fit toutes ces Expériences avec ſon
adreſſfe accoûtumée , les accompa
gnant de raisonnemensſi justes, que
toute l'illustre Compagnie qui s'y
trouva , convint qu'il avoit démon
tré en plus de dix façons la necef.
fité de la peſanteur de l'air , puis
qu'on ne pouvoit attribueràaucune
autre cauſe tant d'admirables effets.
qu'il avoit fait voir par le moyen
de la machine que le commun ap
pelle, la Machine du Vüide. Il
fait publiquement de temps in
temps les mesmes Expériences pour
l'utilité du Public , & pour la cu
rioſité des Sçavans
Peu de jours aprés , Monsicur
Hubin & moy , nous allâmes à la
G4
152
MERCURE
Maison de Saint Loüis , où ces Peres
, & le jeune Chinois , nous firent
voir quantité de Portraitsfur
du Tafetas dela Chine. Cetteforte
de Peinture n'a point de corps.
Je vis avec plaisir le Portrait du
Docteur Confufius avecfes grandes
moustaches noives , qui a esté
chez les Chinois ce qu'Aristote a
depuis esté chez les Grecs , & je
remarquay que tous ces Portraits ,
comme ceux des Mandarins
tous des Chapelets. F'oubliay dede
manderfifur chaque grain ils di-
Sent comme les Tures Staferla ,
Dieu ayez pitié de nous.
ont
Lejeune Chinois a bien voulu
m'aprendre à écrire. Leur Encre
est celle que nous appellons Encre
de la Chine. UnlongPinceau leur
Sert deplume. Voicydefon écriture.
Ils appellent Dieu Tiên chú. Le
Seigneur du Ciel , ou bien Xam
GALANT.
113
Ti. Supreme Empereur; & l'Em.
pereur de la Chine est appellé
Xam hy , Empereur inferieur.
Leur Encre & leur Plume font
bien diférentes des nôtres ; mais
leur écriture l'est mille fois encore
davantage. Leur Alphabet eft composéde
plus de quatre vingts mille
diférens Caracteres ou Chiffres ,
car chaque Lettre fait un nom ;
c'est pourquoy il faut trente ans.
pour apprendre à lire , & avoirla
mémoire& l'imagination tres fortes
pour contenir l'idée de tous ces
quatre- vingts mille diférens Cara.
Eteres ,& de leurs fignifications.
Vous Sçavez que les Hébreux
écrivent de droit àgauche ; que
leurs lignes font horizontales ,&
leurs mots composez de plusieurs
lettresfans voyelles , mais avec de
certains points , aspirations ,&c.
leurs que Livres commencent
G
154 MERGURE
par où les nostres finiffent, Les
Chinois commencent de mesme
mais chaque mot n'a qu'une lettre
écrivent de baut ou caractere. Ils écriuen
en bas ainſi leurs ligues font pera
pendiculaires , & commencent à
,
Ils parlent comme comme en chantan
& les diférens accens qu tons de
voix donnent les diférentes fignifications
aux mots qu'seprononce
car pour les mots écrits on ne pent
passe tromper à les lixe, puis que
tous les Carasteres font diférens
mais un mesme mot prononcé , fuivant
qu'il est prononcé signifie
pluſicurs choses diferentes. Voicy
L'exemple que ce jeune Chinois m'a
dinné. Le monosyllabe Poo & onze
fignifications, Letan en ALOHA
diferens dont on peut le prononcer.
Ces onzefignifications font , min
ec,verte, amplitude , deviner,
GALANT.
155
point de tout , vieille , un nom
de Fleuve , égaler , rompre, cacher.
A
Les Chinois font Idolâtres , &
rendent de grands honneurs à une
Ikole à trois teftes, qui represente
leurs trois grands Philofophes ,
Confufius, Xequiam, & Tauzu.
LeursprincipauxDieux ,font comme
aux Astralogues , le Soleil , la
Lune , & les Etoiles. Ils adorent
auſſi le Diable , afin qu'il les laiſſe
vivre enrepos , & qu'il ne leur fas
Se point de mal. C'est pourquoy fa
figure eſt ſur la Prove de leur Navires
, & la Veste de Brocard d'or
du jeune Indien a cette mesme
re fur le baut de chaque manche.
Ils Junt Pytagorifiens , & croyent
la Transmigration des ames. Ils
ont quantitéd'Ecoles , & fi grande
quantité d'Hôpitaux pour les Pau
vres , qu'on nevoit point de Man
figu
G6
156 MERCURE
be
dians parmy eux. Ils ont auffiquantitéde
Temples , & un tres-grand
nombre de Prestres tous habillez
de noir , avec quatre Ordres de Religieux
, des Religieuses , des Hermites,
& des Montagnes confacrées
où l'on va en Pelerinage. Les nouvelles
&les pleines Lunesſont leurs
joursde Festes , & la principale eft
La nouvelle Lune de Février , qui
est le jour de leur nouvel an. Celuy
de la naiſſance de l'Empereur est
auſſi tres-folemnet , & chasun en
Son particulier , celebre le jour où
il estné. Bien qu'ils n'ayent aucune
connoiffance des biens & des maux
de l'autre vie , ils enterrent leurs
Parens dansdes Plaines avec gran.
de cerémonie , & ils les adorent.
Ils croyent que les Dieux sont en
courroux lors qu'il arrive quelque
Eclipse de Soleil , ou de Lune. Iugez
Monsieur , combien il est
GALANT. 197
avantageux d'estre Astronome. le
fuisvostre ,&c.
COMIERS.
A Parisle 25. Sept. 1684.
Dans une des Conférences
que cette Lettre vous marque,
le jeune Indien donna à MonfieurComiers
fa fignature,& les
noms de Dieu , & des Empe.
reurs , en caracteres Chinois ,
avec le mot Po , dans ſes onze
diférentes accentuations .le avec
envoyeray le tout gravé le mois
prochain, afin que vous voyiez
de quelle maniere ils forment
leur écriture.
Vous avez fçeu les bons offi.
ces que Monfieur de Guillera
gues a rendus à Conſtantinople
au Secretaire Capello , & aux
198 MERCURE
Principaux de la Nation Venitienne
, mais on ne vous a pas
peut-eſtre appris que dans cette
occaſion , où il y avoit tant à
craindre poureux aprés la Déclaration
de la Guerre faite par
la République au Grand Seigneur
, les François leur, ont
rendu un tres-important ſervice,
puis que c'eſt dans un de leurs
Vaiſſeaux qu'ils font revenus.
Ce Vaiſſeau que l'on nomine le
Fidelle , eſtoit commandé par
Monfieur Bidant , qui estoit allé,
de ce coſté - là pour fervir d'efcorte
à quelques Vaiſſeaux.
2. Monfieurde la guette , Filsde
Monfieur de la guette , qui a eſté
Intendant de la marine , a époufé
Mademoiselle de Bruffelle. Il
eft proche Parent de Monfieur
de Breteville , Conſeiller d'Etat ,
ordinaire , & a ſervy pluſieurs
GALANT ८७७
Ila
Campagnes, où il s'est fait diftinguer
a un Frere , qui à l'âge
de dix - neuf ans avoit déja eſté
deux fois Priſonnier de guerre,
pour s'eftre trouvé, aux occa
ſions. le ne vous dis rien de la
Famille de Mademoiselle deBrufſelle,
il y a fort peu de noms plus
connus à Paris, fish γα τον οἱ
L'Abbaye de Saint Eufebe,
Ordre de Saint Benoit, Diocele
d'Apt , a eſté donnée àMonfieur
l'Abbé du Breil Fouquet, Il y a
plus de vingt ans qu'il eſt Aumôr
nier de Sa Majesté,
jours paffé pour un Homme
d'une grande probite , & le Roy
qui aime le vray mérite , neman
que jamais à le récompenfer en
quelque ſujet qu'il le trouver
Monfieur l'Abbé Fouquet eſt de
Bretagne , & de la Famille des
Fouquets , qui eſt une des plus
conſidérables de ce Païs là.
ajoû
160 MERCURE
Ie vous ay parlé des Regi
mens nouveaux au commencement
de cette Lettre Voicy les
noms de ces Regimens , & ae
ceux qui les rempliffent. Ce que
je vous envoye , vous fera connoiſtre
en peu de paroles , de
quelle maiſon ſont ces Colonels.
Ie vous ay déja marqué les rai
ſons qui pouvoient avoir porté
le Roy à créer cesnouveaux Regimens;
mais je ne vous ay pas
dit que pendant la Paix il ne feront
compoſez que d'un Bataillon
chacun,&que ces Bataillons
font tirez de pluſieurs Regimens
qui en avoient un grand nom
bre. Ceux qui estoient à la teſte
de ces Bataillons , deviennent
Lieutenans Colonels de ces Re
gimens, qui porteront lenomdes
Provinces de France , ce qui
donne à ces nouveaux LicuteGALAN
T. 161
nans Colonels un titre qu'ils n'a
voient pas , avec l'eſpérance de
ſe voir un jour élever dans un
degré plus haut.
FLANDRES
Monfieur de Folleville, Capitaine
au Regiment du Roy, élevé
Page de la grande Ecurie. Il
eſt Fils de Guillaume le Sens , Vil
comte de Folleville en Caux ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & de marie malherbedu
Boüillon
BERRY
Monfieur de Goüezbriand ,
de Bretagne , Ecuyer ordinaire ,
& Capitaine au Regiment du
Roy. Il eſt Fils de Monfieur de
Goüezbriand , Capitaine du
Chaſteau du Toro , fur la Riviere
de Morlaix en Bretagne.
BEARN.
Monfieur de Mornay-Mont-
८
162 MERCURE
chevreüil,élevé Page dela gran
de Ecurie , puis devenu Capitaine
au Regiment du Roy. Il
eſt Fils de Henry de Mornay ,
Marquis de Montchevreüil en
Véxin , & de Marguerite Boucher
d'Orçay, Gouvernantedes
Filles d'honneur de Madame la
Dauphine. Monfieur le Marquis
de Montchevreüil fon Pere a
eſté Gouverneur de Monfieur
le Comte de Vermandois , &de
Monfieur le Duc du Maine.
HAINAULT.
Monfieur de Pompone , Capitaine
au Regiment du Roy.
Il eſt Fils de Simon Arnaud
Seigneur de Pompone , cy-devant
Secretaire & Miniſtre d'Etat
, & de Charlote Lavocat.
ANGOULMOIS
Monfieur le Marquis de Bellefons
, Premier Ecuyer de Ma
GALANT 163
dame la Dauphine , Fils deBernardin
Gigault , Marquis de Bellefons
, Marechal de France , &
de Magdelaine Foнаучном об
B 0
Monfieur le marquis de Vibraye
, Fils d'Henry Hurault ,
Marquis de Vibraye au Maine , &
de Polixéne le Cogneux , Secur
du Préſident au Mortier
PERIGORD 23
Monfieur d'Ornaiſon, Comte
de la Batic , Premier Maiſtred'Hoſtel
de Madame la Dauphine
, Fils de Clair- Gilbert d'Or
naiſon , Seigneur de Chamaran,
te en Forests Premier maistre
d'Hoſtel de Madame ja Dauphi
ne , cy-devaut Premier Valet de
Chambre du Roy , Gouverneur
de Phalsbourg & de Sarbourg en
Alface; & d'Anne de Trélon. en
XAINTONGE.
Monfieur le Camus de Bligny,
164 MERCURE
Fils de Nicolas le Camus , Pre
mier Préſident à la Cour des Aydes
, & de Marie Larcher , Fille
de Michel Larcher Préſident àla
Chambre des Comptes.
BIGORRIBI
Monfieur Pelor , élevé Page
delaGrande Ecurie ,Fils de fen
Claude Pelot , Premier Préfident
au Parlement de Rouen
&de Claude le Camus .
FORE psich
۲
-Monfieur de Barbefieres de
Chémerault , Fils unique de
Charles de Barbefieres , Comte
de Chemeraulten Poitou ,&de
Magdelaine Tabouret , Dame de
Turny en Bourgogne pro
:
CAMBRESIS
* Monfieur le marquis de Château
renaud en Touraine , Fils
de François Rouſſelet , Marquis
de Chaſteaurenaud , Lieutenant
4
ر
GAALNT.
165
de la Mestre de Camp du Regimentdes
Gardes , & de Marie
le gay, Dame de la Poffonniere.
Il eſt Neveu de Monfieur le
Chevalierde Chafteaurenaud ,
Chief Efcadreno
-100FOURNESIS P
Monfieur le Marquis de Broüillyi
de la Maiſon de Pienne. Il
eſt d'aupres de Senlis . Tous ceux
de cette Maiſon ont toûjours eſté
( dansle ſervice.
OLDSEBRESSE bait for
Monfieur le Comte de Kercado
, élevé Page de la Grande
Ecurie , Fils de René le Senéchal
,Comtede Kercado enBretagne
, Gouverneur de Dinan ,
& Brigadier de Cavalerie , & de
Marie Anne de Romaſdec-de
TLAMARCHE
Monfieur de Gontaut , Mar166
MERCURE
quis de Biron , Fils de François
de Gontaut , Marquis de Biron
en Périgord , & d'Elizabeth die
Coffe-Briffac.
< VERYiloved
Monfieur d'Amanze,Fils de
Loüis Comte d'Amanzé en Bourgogne
, Lieutenant de Roy au
Gouvernement de cette Province,&
deN... Faleonisgeab
BOB RTELMESO
Monfieur le marquis deCharoſt
, Fils d'Armand de Béthune,
Ducde Charoſt en Berry , Pair
de France , & Marie Fouquer
NIVERNOUS. on i
-Monfieur le Comte de Luffe,
Fils de François de Montmorency,
Duc de Luxembourg , Pair
&Maréchal de France , Capitaine
des gardes du Corps , &
deCatherinede Clermont-Tonnetfel,
Ducheffe de Luxembourg.
GALANT.
167
CLE SOISSONNOIS
Monfieurde Grimaldi , Duc
de Valentinois en Dauphiné ,
Fils de Loüis de Grimaldi Prince
de Monaco , Ducode Valenti
pois , Pair de France,&c &
de Charlope Catherine de Gra
mont . ed .
OLS LEDE FRANCE
-Monfieur Deſpagne de Par
daillan & de Gondrin , Marquis
d'Antin , fils de Loüis- Henry ,
Marquis de Monteſpan en Guyenne,
&de Françoife-Atenaïs
de Rochechouart Mortemar
Sur- Intendante de la Maiſon de
la fenëReyne
VEXIN.COM
Monfieur d'Hautefort, élevé
Page de da Grande Ecurie, fils
deGilles Marquisd'Hauteforten!
PérigordoComte de Montignac,
Premier Ecuyerde la feuël Rey
INT
168 MERCURE
ne , & de Marthe d'Eſtourme de
Surville.
AVNIS.
• Monfieur le marquis de Polignac
, Fils de Loüis - Armand
Vicomtede Polignac en Vellay,
Marquis de Chalançon , &c.
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Gouverneur du Puy , & de
Jacqueline de Grimoard . de
Beauvoir- du Roure.
BFAVCE.
-M. de Pompadour , Mar
quis de Lauriere en Limoufin',
Fils de Philbert de Pompadour,
Marquis de Lauriere , & de Catherine
de Sainte- Maure de
Montaufier.IXEN
DAVPHINE
Monfieur de Kercado , élevé
Page dela Grande Ecurie , Frere
de Monfieur la Comte de
Kercado , dont je viens de vous
parler.
VIVA
GALANT. 169
VIV ARAIS.
Monfieur de Breauté , Filsde
François Marquis de Breauté
en Normandie , & de François
ſe- Marie Arbalete .
LUXEMBOURG.
Monfieur de Brancas , Duc
de Villars en Provence , Pair
de France.
BASSIGNY.
Monfieur le Comte de Mailly
, Fils de Loüis Charles Marquis
de Nefle en Picardie, & de
leanne de Monchy- Montcaurel-
こつ
Quoy qu'il me reſte quantité
d'Articles à employer dans
ma Lettre , je ne veux pas oublier
à vous faire part d'une
Avanture , dont les incidens
vous divertiront. Quelques jeunes
Demoiselles , des plus jolies
qu'il y ait dans une fort grande
Septembre 1684.. Η
170
MERCURE
Ville , où il s'en trouve beaucoup
, commençant à s'ennuyer
apres un long entretien qu'elles
avoient eu enſemble , propoferent
de ſe donner le plaifir de
flater un Cavalier qu'elles connoiſſoient
, de l'eſpérance d'un
Rendez- vous amoureux. Le Cavalier
avoit du mérite. Il eſtoit
bien fait , & ne manquant ny
d'eſprit , ny de ces manieres aiſées
& infinüantes qui font que
l'on plaiſt par tout , il ſe ſeroit attiré
une eſtime genérale , s'il
euſt eſté moins perfuadé de ce
qu'il valoit; mais c'eſtoit l'homme
du monde le plus remply de
luy- meſme . Quoy que l'on pût
dire à ſon avantage , ſa ſote préfomption
n'eſtoit jamais ſatisfaite.
Il croyoit toûjours qu'on ne
diſoit pas aaffez , & ſa vanité luy
faiſant faire cent contes du com,
GALANT.
171
merce qu'il avoit avec les Dames
, il ſe donnoit des airs de
bonne fortune qui détruiſoient
les plus favorables impreſſions
qu'on auroit pû prendre pour
ſes bonnes qualitez . Ce deſſein
du Rendez- vous ayant paru fort
plaiſant aux Demoiſelles , il fut
queſtion de l'exécuter. Il s'agiſſoit
pour cela d'écrire un Billet
au Héros de l'Avanture.
L'une d'elles s'en chargea , &
contrefaiſant ſon caractere
quoy qu'il fuſt entièrement inconnu
au Cavalier , elle écrivit
ce Billet dans les meſmes termes
que vous allez lire.
BILLET.
,
Onvous prie de vous trouver de
main aux Cordeliers ſur les trois
heures. Ie ne doute point que cela
nevous étonne ; mais enfin, Monfieur,
rende-zvous justice,&Soyez
H 2
172 MERCURE
persuadé qu'ilfaut un merite auffi
extraordinaire que le vostre , pour
fairenaître desfentimens pareils à
ceux que vous m'avez inspirez,
vous pouvant affcurer avec verité
que personne n'a pû faire fur mon
coeur , aprés beaucoup de ſoins &
depeines , ce que vous y avezfait,
peut estrefans le vouloir. Vouspouvez
juger de la violence de ma
paſſion par l'aveu que je vous fais.
I'ay opposé ma fierté naturelle,j'ay
fait agirmon devoir ,& tout cela
n'apû empeſcher que je ne me fois
renduë. La distinction que l'onfait
par tout des qualitez qui vous acquierent
l'estime de tous ceux qui
vous connoiffent , justifie ce que je
Sens pour vousde tropfort, puis qu'il
y a moins de foibleſſe en moy àvous
aimer , que de force en vous pour
m'y contraindre. Ievous diray le refte
demain. Inhabit blanc , Gune
GALANT. 173
Fontange couleur de feu , me feront
connoiſtre ſi vous me cherchez au
Lieu que vous marque ceBillet.
Commeton ajoûte toûjours
aux deſſeins qu'on fait pour ſe
divertir , une jeune Demoiſelle
de la Compagnie , qui ſçavoit le
monde autant qu'aucune autre,
quoy qu'elle ne foſt fortie
du Convent que depuis deux
mois, dit que pour tirer un effet
plaiſant de la tromperie qu'on
faifoit au Cavalier , il falloit
écrire le meſme Billet àtrois ou
quatre de ſes Amis ; afin que ſe
trouvant tous au- meſme lien
dans lemefme temps , ils ſe tel
gardaſſent les uns desautres comme
des Fâcheux,qui feroient venusmalà
propos troubler une occafion
de bonne fortune , & que
pour elle qui n'avoit nulle habi
tude avec aucun d'eux , heles
H 3
174
MERCURE
connoiffant que de viſage , elle
s'engageoit à joüer le rôle de la
Demoiselle du Rendez - vous ,
afin de venir leur rendre compte
de la maniere dont tout s'y ſeroit
paffé. On approuva fon avis , &
aprés qu'on eut copié cinq fois le
Billet , il fut envoyé au Cavalier,
&àcinqde ſes Amis. Chacun y
trouvant dequoy s'applaudir fur
ſon mérite , s'en fit un triomphe
qu'il vous eft facile de vous figurer.
Ils ſe préparerent à venir
au Rendez- vous ; mais le Cavalier
fur tout ſe mit en état de
charmer la belle parſa bonnemi .
ne. Il n'oublia riende cequi pouvoit
luy donner de l'agrément.
Il prit un Habit fort propre , &
paſſa tout le matin à confulter
fon Miroir fur l'ajustement de ſa
Cravate & de fa Perruque. Il
eſtoit encoredans cette occupa
GALANT.
175
tion , lors qu'un de ſes intimes
Amis vint luy dire que des Dames
l'avoient mis d'une partie de
plaiſir ; qu'elles partoient incontinent
, aprés le dîné pour aller
paſſer le reſte du jour à une lieuë
de la Ville , & qu'elles l'avoient
chargé de le venir prendre. Vous
pouvez croire que le Cavalier
n'accepta pas le party. Il pritdiverſes
excuſes , & fon Amy qui
qui n'en recevoit aucune , perfiſtant
toûjours à le preſſer , il ſe
réſolut enfin à luy découvrir ce
qui l'obligeoit à ce refus. Sa vanité
y trouvoit ſon compte , &
il n'eſtoitpas fâché qu'on le contraigniſt
à déclarer ſon ſecret .
Apres avoir fait promettre à
ſon Amy qu'il ne diroit rien , il
luy fit lire le Billet du Rendez
vous , & ce fut affez pour luy
faire voir que rien ne l'emper-
H 4
176
MERCURE
cheroit de s'y trouver. Cet Amy
fortit , & le Cavalier plein d'impatience
ſe rendit au Lieu marqué
une heure plutoſt qu'on ne
l'y devoit attendre . Il eſtoit d'un
galant Homme d'en uſer de cette
forte , & la Belle dont il s'eſtoit
fait aimer, luy devoit ſçavoirbon
gré du ſoin qu'il prenoit de la
prévenir. Il regardoit toujours
vers la Porte , & ſe fut pour luy
un grand ſujet de ſurpriſe , lors
qu'unedemy - heure apres il vit
entrer un de ſes Amis. Il ſe détourna
pour luy cacher ſon vifage
, & fon Amy qui le reconnut,
ne ſe trouva pas moins embarrafſé
que luy. Ils eurent fort
peu de temps à examiner ce
-qu'ils devoient faire , puis qu'un
troiſième ſurvint , & qu'il fut
ſuivy preſque auſſitoſt de tous
ceux quiavoient reçeu lemeſme
GALANT . 177
Billet. le ne vous dis point quel
fut leur étonnement de ſe rencontrer
ainſi l'apreſdînée en un
Lieu , où ils ne pouvoient faire
croire que la devotion les euſt
attirez. Il n'y avoit rien de plus
furprenant que ce fuſt un pur
effet du hazard , & il l'eſtoit encore
davantage que chacun euſt
euune raiſon particuliere de ve
nir en ce Lieu-là , & en meſme
jour , & à la meſme heure. Ils
avoient tous voulu prévenir la
Belle pour ſe faire voir plus dignes
des ſentimens favorables
qu'elle leur avoit marquez , &
vous pouvez vous imaginer quel
chagrin ce fut pour eux que la
préſence de tant de Témoins
qui ſe connoiſfoient l'un l'autre,
ne leur permiſt pas de joüir du
Rendez-vous . Ce malheur toucha
d'autant plus le Cavalier
:
178 MERCURE
qu'il l'impuroit à fon indifcre
tion. Il crût que celuy à qui il
avoitconfié ſon amoureuſe avanzure
, ne s'eſtoit pas tu , & que
les Dames qui avoient voulu le
mettre de leur Partie , ayant
appris fon fecret , luy avoient
malicieusement envoyé des
Eſpions pour le traverſer dans
fon bonheur. Cependant comme
tantde Gens liez d'amitié enſemble
ne pouvoient ſe voir fans
eſtre obligez de ſe parler , ils ſe
joignirent un moment apres
qu'ils futent entrez . Chacun
apporta quelque méchante raifon
qui autoriſoit ſon arrivée, &
ils ſe donnoient encore ce mutuel
éclaireiffement , quand la
Demoiselle Habit blanc &
à la Fontange rouge , entra
dans l'Eglife , ſuivie d'une Femme
, que t'habillement marquois
GALANT. 179
V
avancée en âge. Elles étoient
toutes deux maſquées , & allerent
ſe placer à vingt pas
l'une de l'autre. Le Belle ayant
dequoy faire naître de la curioſité
par la fineſſe & l'agrément
de ſa taille , les Intéreſſez au
Rendez- vous craignirent de le
faire ſoupçonner , s'ils la regardoient
ſans rien dire d'elle. Chacun
pour cacher qu'elle fuſt venuë
pour luy , montra quelque
envie d'apprendre ce qui l'amenoit
; & le Cavalier que l'on
connoiſſoit auffi hardy que pré..
ſomptueux , s'offrit auſſitoſt à
luy aller faire compliment. C'êtoit
profiter de l'occaſion , fans
donner ſujet de croire que la
Belle l'euſt mandé. Il alla ſe
mettre à genoux à coſté d'elle ,
& il n'y fut pas plûtoſt , qu'elle
luy dit d'un ton fier , qu'il luy
H 6
180 MERCURE
eſtoit inutile d'avoir amené des
Témoins de ſon triomphe , &
que ſi elle avoit eu la foibleſſe
de luy vouloir quelque bien ,
dans la penſée qu'il en eſtoit
digne , elle auroit la force d'étoufer
des ſentimens qui n'êtoient
dûs qu'à des Gens difcrets.
Le Cavalier luy jura qu'elle
l'accuſoit injustement , que
tous ceux qu'elle voyoit êtoient
venus par hazard , ſans rien ſçavoir
du Billet qu'elle avoit eu la
bonté de luy écrire , & qu'ils
croyoient qu'il ne l'avoit abordée
que par une hardieſſe de
Cavalier , qui ne bleſſe point les
Dames quand elle eſt accompagnée
de refpect. Elle feignit
quelque temps de ne le pas croire;&
enfin comme vaincuë par
ſa paffion , elle conſentit à luy
donner rendez -vous à la mel
GALANT. 181
me heure pour le jour ſuivant ,
dans une autre Egliſe , où il venoit
peu de monde, Les meſures
qu'il falloit qu'elle gardaſt , ne
permettant pas qu'elle euſt avec
luy une plus longue converfation
devant ſes Amis ,qui en auroient
pû former des ſoupçons
contre ſa gloire , elle le pria de
les emmener , afin qu'elle puſt
fortir ſans crainte d'eſtre ſuivie.
Il la conjura de luy montrer fon
viſage, mais il ne pût l'obtenir ,
& il falut qu'il fe contentaft de
voir de beaux yeux , & des cheveuxd'un
blond cendré admirable.
Il ſe retira fort fatisfait de
s'eſtre justifié , & vint dire àfes
Rivaux qu'il n'avoit pû rien fçavoir
de la Belle , finon qu'elle
attendoit une Dame pour une
importante affaire , dont elles
-devoient conférer enſemble.En
182 MERCURE
meſme temps il leur demanda
s'ils vouloient fortir. Chacun ſe
croyoit la Dame qu'attendoit la
Belle , jugea à propos de s'éloigner
un moment , dans l'eſpérance
de ſe ſéparer des autres, &
de revenir au Rendez- vous . Ils
fortirent de l'Egliſe , ſans quela
Belle euſt détourné les yeux fur
aucun , &le Cavalier qui avoit
remis ſes prétentions au lendemain
, tâcha de les engager à la
promenade ; mais chacun eut
un prétexte, pour s'en diſpenſer,
& s'eſtant quitez preſque auſſitoſt
, ils revinrent tous au meſme
lieu par des chemins diférens
. Ils n'y trouverent perfonne
, & ce qu'il y eut d'embarafſant
, c'eſt que quelques - uns
d'entr'eux fe rencontrerent encore
une fois. Ils rejetterent
leur empreſſement à revenir fur
GALAN T. 183
l'envie de voir ce que deviendroit
la Belle , & ne pouvantdeviner
pourquoy elle avoit fitôt
diſparu , ils ſe flatterent qu'elle
auroit le ſoin de leur envoyer de
ſes nouvelles . Le Cavalier que le
ſecond Rendez- vous avoit remply
d'eſpérance , s'y trouva le
lendemain de fort bonne heure
, & l'impatience de voir arriver
la Belle le fit d'autant plus
ſouffrir , que le lieu eſtant deſert
, il ſe voyoit en pouvoir de
l'entretenir ſans eſtre obſervé ,
mais il l'attendit inutilement. Il
ne tira aucun fruit de ſes nouveaux
ſoins à ſe mettre du bel
air, & aprés plus de trois heures
quiluy parurent d'une longueur
extraordinaire , il fut contraint
de ſortir , parce qu'un Religieux
vint fermer la Porte. A fon re
tour , il trouva chez luy ce ſe-
-
184 MERCURE
cond Billet de la mesme main
que le premier.chanb
Je feignis hier de me rendre à
vosfermens pous vous ofter l'envie
de me suivre ; mais je demeuray
convaincu de vostre indifcretion ,
&je vous donnay un faux Rendez-
vous pour vous punir d'avoir
découvert le véritable. Ie valois
peut estre bien que vous cherchaffiez
àmériter ce que je faifois pour
vous ; mais laplus belle Conqueſte
ne vous touche point , fi elle
n'est sçue. Adieu , joüiffez tout à
voſtre aiſe du plaisir d'avoir parlé,
& comptez moy perduë pour toûjours.
Ce Billet mit le Cavalier au
deſeſpoir. Il ſe réſolut à rompre
avec fon amy qu'il croyoit toujours
avoir trahy ſon ſecret , &
l'ayant trouvé le lendemain , il
s'emporta contre luy avec tanr
GALANT. 185
de violence , qu'il le contraignit
de tirer l'Epée. On les ſépara , &
leur querelle ayant fait grand
bruit , tout le monde endemanda
le ſujet. Les Amis du Cavalier
qui avoient eu part à fon
Avanture , ayant voulu en eſtre
éclaircis , il leur répondit qu'ils
ſe ſouvenoient du lieu où ils
étoient venus l'épier , & qu'il
ſçavoient bien qu'ils n'y ſeroient
pas venus , ſi on n'euſt pris ſoin
de les aller avertir qu'il y eſtoit
attendu. L'un d'eux luy dit ſans
façon , qu'il y eſtoit venu pour
ſon compte , & que loin de croire
qu'il deuſt l'y trouver , il l'avoit
vû avecgrand chagrin auſſibien
que tous les autres, puis que
leur préſence avoit mis obſtacle
àun Rendez- vous , dont il n'avoit
pas voulu leur parler. Pour
luy faire voir qu'il diſoit vray , il
186 MERCURE
luy mit entre les mains le Billet
qu'il avoit eu. Les autres voyant
l'écriture de ce Billet ſemblable
à celle que l'on avoit employée
dans ceux qu'on leur avoit
apportez , ſe mirent à rire , &
les meſmes termes ſe trouvant
dans les uns & dans les autres,
ils n'curent point à douter qu'on
ne les euſt pris pour dupes , en
les faiſant tous venir dans un
meſme lieu . Le Cavalier fut déſabuſé
, & reconnoiſſant ſon in.
juſtice , il envoya faire fatisfation
à ſon Amy. Je n'ay point
ſçû s'ils ont découvert par qui
cette piéce leur a eſté faite. Le
ſçay ſeulement que quelquesuns
d'eux ont entendu raillerie,
&qu'ils ont conté la choſe ſans
aucun déguisement.
Monfieur de la Garde , reçeu
Confeiller au Parlement en
1
GALANT. 187
-- 1668. eſt mort le 4. de ce mois.
C'eſtoit un Homme encore jeu.
ne , & d'une tres grande application
pour les Affaires . Madame
de la Tour , Femme du Maiſtre
des Comptes de ce nom , qui
eſtoitde ſes Voiſines, eſtant allée
levoirdans le temps qu'on commençoit
a déſeſperer de ſa guériſon
, ſe trouva attaquée de fievreau
fortir de là, &ſes accés eurent
tant de violence , qu'elle
mourutun jour avant luy. A
Madame du Tillet eſt morte
auſſi depuis quelques jours . Elle
eſtoit Femme de Monfieur du
Tillet- Nogent , Préſident en la
-Chambre des Comptes , & Soeur
de Monfieur Fréſon , Conſeiller
au Parlement.
: Monfieur de Lariſcourt , Lieutenant
de Roy au Chatelet , eſt
mort dans le meſme temps. C'e
188 MERCURE
ſtoit un Gentilhomme , qui par
pluſieurs marques de courage &
de valeur qu'il a données dans
*le Service , & par ſon exactitude
à executer les Commiſſions dona
Sa Majesté l'honoroit ſouvent
avoit merité cette Lieutenance
de Roy qu'il a poſſedée pendant
-pluſieurs années , avec l'eſtime
de ſon Gouverneur , & l'applaudiſſement
de tout le Peuple.
La Charge de Profeſſeur en
Langue Grecque de Caën étant
vacante , le Roy a envoyé or
dre au Recteur de cette Vniverfité
de faire entrer en diſpure
ceux qui y prétendent , & Sa
Majesté veut qu'aprés que cette
diſpute aura eſté faite , on luy
nomme les trois Aſpirans , qui
auront paru les plus habiles, afin
qu'Elle faſſe tomber fon choix
&ſes graces fur celuy d'entr'eux
gel
dara
udi
COO
م ل
ភ្នំ ព ne
בט
en
GALANT
189
qu'elle jugera à propos de preferer
. On a de la gloire à obtenir
ainfi des Emplois , puis
qu'on ne les donne qu'au vé
ritable mérite..
L'Air qui ſuit eſt tout nouveau
, & de la façon d'un de
nos plus ſçavans Maiſtres.
:
AIR NOUVEAU.
A
H. ne me parlez plus des
douceurs dela vie ,
La mort est leſeul bien qui flate
mon espoir.
L'ay fait tout mon bonheur d'estre
aimé de Silvie ,
L'ingrate renonce à me volr ;
Ah, nemeparlez plus des douceurs
"
de la vie.
L'application de Monfieurde
Louvoyseſt ſi grande pour tous
190
MERCURE
tes les choſes qui regardent fon
miniſtere , qu'après avoir fait be- "
nir l'Egliſe du College des Quatre
Nations , où l'on celebre tous
les jours la Meſſe , il y a fait, fuivant
les dernieres volontez du
Cardinal Mazarin , qui en eſt
Fondateur , tranſporter leCorps
de ce Miniſtre, qui depuis vingttrois
ans eſtoit en dépoſt dans
l'Egliſe de la Sainte Chapelle de
Vincennes . Il a fait auſſi rétablir
à Paris , & à Beauvais ,le Magazin
des Tapiſſeries de la Manufacture
Royale de Flandre ,
comme le Roy luy en avoit donné
l'ordre ; & pour répondre à
l'intention de ce Grand Monarque
, & fatisfaire l'amour qu'il a
luy- meſme pour les beaux Arts,
qu'il cherche à faire fleurir par
toutes fortesde voyes , il vint le
Jeudy 14. de ce mois à l'AcadéGALANT.
191
mie Royale de Peinture,& Sculpture
dont il eſt le Protecteur. Il
y fot reçeû au bas du degré par
Monfieur le Brun quien Directeur
, & Chancelier, & par Monſieur
de Seve l'aîné , qui faiſoit
pour lors la fonction de Recteur.
Ils eſtoient accompagnez de plufieurs
autres Officiers , & Académiciens.
Monfieur de Louvoys
vit d'ahord la Salle de Geometrie
, & d'Astronomie, & enfuite
il entra dans celle où les Affemblées
ſe tiennent. Il y confidera
quelque temps les Ouvragesde
Peinture , & de Sculpture , qui
avoient eſté faits pour les
Prix que le Roy donne tous
les ans aux Etudians , qui travaillent
ſur un ſujet propoſé.
Il s'eſtoit donné la peine quelque
temps auparavant de les
aller viſiter pendant qu'ils cra
192 MERCURE
vailloient actuellement à ces Ouvrages
, & eſtoit entré dans le détail
des ordres qui ſont obſervez
dans l'Académie pour empécher
qu'ils ne tirent aucun ſecours
pour ce travail , que celuy que
leur fournit leur propre génie.
Sitoſt qu'il ſe fut aſſis dans le
Fauteüil qui luy avoit eſté préparé
ſur une Eſtrade , Monfieur
le Brun , qui en l'abſence du
Protecteur préſide à l'Académie,
ſe mit à ſa droite , & les Re-
&eurs & Profeſſeurs aprés luy.
Monfieur le Chevalier de No.
gent qui avoit accompagné
Monfieur de Louvoys , fut prié
de ſe mettre de l'autre côté
auprés de ce Miniſtre ; & Mon-
Geur de Séve , le Profeſſeur de
mois , & tous les Conſeillers ,
prirent leurs places du meſme
côté. Aprés cela MonfieurGuillet
GALANT. 193
let de S. George lût le Difcours
que je vous envoye.
MONSEIGNEUR,
L'Académie regarde l'honneur
que vous luy faites aujourd'huy
comme le comble des graces dont
vous l'avez favorisée pendant le
cours de cette année. Elle a vúfa
Pension augmentée par vos recom
mandations auprés du Roy , &
s'est ainsi trouvée en état de foûtenir
une dépense neceſſaire à tou
tes ses fonctions. Elle à vû l'ému
lation s'accroîtreparmyſes Eléves,
non feulement par les nouveaux
Prix quise font diftribuez fous vos
auspices à la fin de chaque Quar
tier ; mais encore par la bonté&
par lavigilance que vous leur avez
marquée ces jours paſſez, en venant
icy vous- mesme àdes berres inopi-
Septembre 1684. I
94 MERCURE
nées pour estre le témoin de leur
travail. Aujourd'huy elle voit que
vous voulez bien estre leur Arbitre,
lors que cherchant à l'envy la perfection
de leur Art , ils nefe difputent
la victoire que pour se rendre
plus dignes derepréſenter toutes cel
les du Roy. Ils favent , Monfeigneur,
que c'estvôtre intention , &
L'objet des Prix que vous leurpréparez
. C'est aussi la ſeule ambition
que l'Académie leur inspire. Chaque
jour elle confie le ſoin de leurs
progrés à la conduite particuliere
du Recteur , & du Profeffeur qui
font en exercice ; mais elle s'y applique
toute entiere dans les Déliberatious
des Affemblées qu'elle tient.
Vous n'ignorez pas , Monseigneur ,
que l'Assemblée du premier Samedy
de chaque mois est destinée à des
Conférences generales , tant pour
conferver l'esprit deſocieté,&d'u-
1
GALANT . 195
nion parmy les Académiciens , que
pour agiter quelque Question de
l'Art , qui faſſe voir ce que les uns
Sçavent déja , & ce que les autres
doivent apprendre. Ainſy dans la
premiere Conférence de cette année,
Monfieur Monier a fait lecture d'un
Discours qu'il a composé sur la lumiere
, &fur les ombres. Ily explique
la maniere de traiter ces deux
Parties de la Peinture , Selon que
les objets du Tableau font diversement
oppofez au corps lumineux.
Dans la Seconde Conférence on
lût un Discours de Monfieur Champagne
contre les copistes des manieres,,
qu'il accuſe de peu de cou-.
rage , & de peu d'industrie ense
bornant à une ſervile imitation .
Dans la troifiéme on fit lecture
d'un Discours de Monsieur Renaudinfur
le Bachus antique , &fur
les instructions que les Etudians en
peuvent tirer.noaa
I 2
٢٠٢
1
196 MERCURE
Dans l'Assemblée ſuivante la
Compagnie ayant confideré que la
plupart des Tableaux qui ont esté
faits pour la reception des Acadé
miciens , representoientfous desfigures
allégoriques les plus grands
Evenemens de l'Histoire du Roy.
Elle m'ordonne d'enfaire les explications
,& convia les Académi
ciens à me donner un Abregé de
leurs pensées; mais comme tous ces
mémoires ne m'ont pas encore efté
fournis , il ne m'a pas esté poſſible
de renger ces Discours ſclen l'ordre
des années. Ainsi fans obferver la
Suite des temps de chaque Evenenement
, ma premiere lecture fut
une explication du Tableau allégorique
de Monfieur Friquet . Il avoit
pris pour Sujet la Campagne que
Le Roy fit en Flandre l'année 1667.
& la premiere Conqueste de la
Franche-Comté, au commancement
GALANT 197
au
de l'annéeſuivante ; ce qui futfuivy
du Traitéd'Aix la Chapelle, &
donna licu au Peintre de marquer
combien certe Paix fut glorieuse
Roy, avantageuse à la France ,&
favorable aux Sciences ,& aux
beaux Arts. Caroles
Le premier jour de Iuillet je lûs
dans l'Assemblée l'explication du
Tableau de Monfieur Paillet , dont
leſens allegorique exprimoit la Bataille
des Dunes donnée le
1658. ce qui favoriſa la Seconde
prise de Dunkque , & facilita la
Paix des Pyrenées , dont le Peintre
marque les avantages.
Luin
Le s . jour d'Aoust , je lûs un
Discours fur le Tableau allegorique
de Monfieur Hovaſſe qui regarde
i'état , où se trouva la Hollande,
lors qu'en 1672, le Royy fit enper-
Sonne une Campagne , & que sa
waleur & sa prudence y furmon-
1.3
198 MERCURE
A
terent les divers obstacles du Rhin,
des Fortereſſes , & du Campement
des Ennemis , qui furent autant de
vaines reſources , que le Peintre à
trouvé l'art de figure.
Sous vos ordres , Monseigneur,
je donneray le reſte des Explications
à mesure qu'on m'en donnera les
Mémoires , trop heureux , fi ma
plume pouvoit répondre à l'ardeur
de mon zele , & à laricheſſe d'une
matiere , où j'entrevoy par tout les
traces de vos importans Services,
parmy les foins que le Roy prend de
porter , & de maintenir les Armes,
les Sciences, & les Arts , dans une
Splendeur qui n'a point encore eu
d'égale. T
Monfieur de Louvois ayant
marqué la fatisfaction que ce
Diſcours luy avoit donnée , &
celle qu'il recevoit de voir que
cette Compagnie ne prenoit pas
GALANT.
199
feutement le ſoin de donner des
Leçons aux Etudians ſur l'étude
des Modelles, & d'aprés lesDeffeins
des Profeſſeurs , avec toute
Fexactitude poſſible, maisqu'elle
s'appliquoit encore principalement
à rechercher tout ce qui
pouvoit contribuer à la perfe
ſtion de l'Artqu'elle profeffe, ditribua
luy-meſme les Prix à ceux
qui les avoient méritéz , for le
raport que le Secretaire lay fic
des ſentimens de l'Academie,
qui avoit examiné , & juge du
mérite des Ouvrages de ceux
qui y aſpiroient. le ne vous répete
point en quoy conſiſtoient
ces Prix. le vous en fis une def
cription la derniere fois qu'on en
donna , & on n'y a rien changé
cette année. Il exhorta les Elé
ves de s'appliquer fortement au
travail , & les affura des gratifi-
14
200 MERCURE
cations de Sa Majesté , s'ils continuoient
dans la meſme ardeur.
Ilpromit meſme qu'il en donneroit
tous les mois à quelques pauvres
Etudians , parce qu'on luy
repréſenta , que n'ayant pas eu
dequoy étudier , ils n'avoient pû
perfectionner les Ouvrages aufquels
ils avoient travaillé pour
les Prix. L'Aſſemblée finit par
les loüanges qu'on donna à ce
Miniſtre, qui s'attache avec tant
d'exactitude , de bonté , & de
genéroſité pour la gloire du Roy,
& de la France , à l'avancement
des Arts. Avant que de fortir de
l'Académie, il paſſa dans la Salle
où les Modelles eſtoient poſez
en attitude , vend toutes les
Estampes gravées d'aprés les
Graveurs de cette celebre Académie,
dont il eſt Concierge , &
d'aprés divers Tableaux des
GALANT. 201
Peintres de la meſme Compagnie.
Madame la Marquiſe de
Coeuvres eſt morte icy depuis
peu de jours , d'une fiévre qui
luy a cauſe untranſport au cerveau.
Elle n'avoit quetrente-ans,,
&eſtoit dans le quatrième mois
d'une groſſeſſe. Elle estoit Fille
de feu Monfieur de Lyonne, Mi--
niftre & Secretaire d'Etat , &
avoit épousé en 1670. François
Annibal d'Eſtrées III. du nom ,,
Marquisde Goeuvres ,Gouverneur&
LieutenantGeneral pour
le Roy de l'Ile de France , Fils
de François Annibal II . du nom,,
Duc d'Eſtrées , Pair de France ,,
Ambaſſadeur à Rome, & de Ca--
therine de Lauzieres-Thémines,,
&Petit-Filsde François Annibal
Duc d'Eſtres , Pair& Maré--
chal de France,qui eſt mort âgé
de plus de centans..
11 55
202 MERCURE
Madame la Marquiſe de Valençay
eſt morte environ dans le
meſme temps. Elle estoit Fille aînée
de François de Montmorency
de Bouteville , Soeur de Monfieur
le Maréchal Duc de Luxembourg
, & de Madame la
Princeſſe de Merlebourg , &
avoit épousé Dominique d'E--
ſtampes , Marquis de Valençay ,.
fils de Jacques d'Estampes I I. du
nom, Chevalier des Ordres du
Roy ,Grand Maréchal de Logis.
de la Maiſon de Sa Majesté , Li--
eutenantColonel de la Cavale
rie Legére , Gouverneur de
Montpelier ,& de Calais , mort à
Boulogne en 1639. Monfieur de
Valençay Chevalier de Malthe ,
Grand-Croix , & Bailly de fon.
Ordre , & qui eſt mort Grand-
Prieurde France , eſtoit Beaufre--
re de cette marquife. Elle a cus
GALANT.
203
trois Fils , dont l'aîné eſt mort , &
a laiſſé des Eefans . Les deux autres
font , Monfieur le Comte de
Valençay , Exempt des Gardes
du Roy , & Monfieur le Chevalier
de Valençay.
:
;
Ces morts ont eſté ſuivies de
cellede Monfieurle Chevalierde
Humiéres , Commandeur de
Villiers au Liége , Abbé de S..
Meſſant , & de Pretiilly , & Seigneur
de Baffigny: Ikeſtoit allé
prendre du Lait à Baville , où il
aeſté ſurpris d'un épanchement
de ſang qui l'a fait mourir ſubitement.
Louis de Crévant II. du
nom, ſon Bifayeul , Vicomte de
Brigueil , Capitaine de Cent :
Gentilshommes d'armes de la
Maiſon du Roy , Gouverneur de
Compiegne ,& de Han , fut fait
Chevalier du Saint Eſprit en
1619. &mourut en1646. âgé de :
こ
1.6
204 MERCURE
83. ans. Il avoit épousé Catherine
de Humiéres Dame de
,
7
,
Monchy Fille de lacques
Marquis de Humières , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Péronne , &
Heritiere de Charles , Chevalier
des meſmes Ordres , ſon Frere,
dont il eut Loüis de Crévat
III. du nom, Marquis de Humiéres
Gouverneur de Compiegne,
Capitaine de cent,Gentils-hommes
de la Maiſon du Roy, &
Pere de Loüis de Crévant IV. de
decenom ,Marquis de Humiéres
, Viconte de Brigueil, Maréchal
de France , Gouverneur de
Compiegne, de Lile , &c.. Frere:
deMe le Chevalier de Huriéres ,
dont le vous apprens la mort.
3 Celle de Meſſire François de
Vaudetar , Marquis de Perſan,
eſt arrivée preſque dans lemef
4
に
GALANT. 205
me temps. Il eſtoit Enſeigne des
Gardes du Corps du Roydans la
Compagnie de Monfieur le Duc
de Luxembourg.. Monfieur le
Compte de Monteffon , le plus
ancien Exempt de cette Compagnie,
a eſté pourvûde cette Enſei..
gne par Sa Majeſté. Ce Comte a
commandé long temps les Gardes
qui ſervoient auprés de la
feuë Reyne, & enſuite ceux qui
font auprés de Madame la Dau-
-phine..
Monfieur le marquis d'Urfé:.
épouſa ces jours paſſez Mademoifelle
de Gontaud- Biron , Fille:
d'honneur de Madame la Dauphine.
Elle est dans une eſtime
generale pour les agrémens de
ſa perſonne ,& pour la douceur
de ſon eſprit. Monfieur le Marquis
d'Urfé en a infiniment. On
ne doit pas en eſtre ſurpris le
206 MERCURE
coeur & l'eſprit ont toûjours
éclaté dans cette Maiſon. le vous
en ay fait un ſi grand détail dans
l'unede mes Lettres , que je ne
croy-pas vous en devoir dire davantage
; les bords du Lignon
font connus de tous le monde, &
l'on ne ſçauroit s'en ſouvenir
fans ſe remettre en mémoire la
Maiſon d'Urfé. Quant à celle de
Gontaud-Biron , elle tire ſon origine
de Perigord où eſt ſitué. Biron
, petite Villes dans les Monragnes
du côté de Quercy, l'une
des anciennes Baronnies du Païs
que le Roy Henry IV. érigea en
Duché en faveur de Charles de
Gontaud , & qui a aujourd'huy
le Titre de marquiſat. lean de
Gontaud , Baron de Biron , aprés
avoir eſté Ambaſſadeur pour le
Royen Angleterre , mourut des
bleſſures qu'il reçeur à la BarailGALANT.
207
1
lede Saint Queminen 1557.11
eut d'Anne de Bonneval Dame
de Cheboutonnes , Armand de
Gontaud, qui ſi ſignala auxBatailles
de Dreux , de Saiut Denis,
de Montcontour , & à divers
Siéges . Le Roy Henry. III. l'en
voulont recompenfer, luy donna .
le Baton de Maréchal de France :
en 1577. & la Lieutenance Ge
nerale du Gouvernement de
Guyenne , & le fit Chevalier du:
Saint Eſprit en 1581. Aprés la
mort de ce Prince , il fut le pre-- .
mierqui ſe déclara pour Henry/
le Grand , qu'il fervit utilement
aux Journées d'Arques , d'Ivry',.
&ailleurs. Il fut tué en 1992 .
devant Epernay en Champagne,
s'eſtant avancé pour reconnoi
tre la Place Illaiſſa trois Fils de
Jeanne Dame d'Orneſan , & de
Saint Blancardi, çavoir Char--
1
208 MERCURE
les de Gontaud , Jean , & Armand.
Ce dernier fut tué au
Maſſacre d'Anvers en 1583 .
Charles de Gontaud fut Duc de
Biron , Pair , Amiral , & Maréchalde
France , Gouverneur de
Bourgogne & de Breſſe. Jean de
Gontaud fon Frere qui a continué
la poſterité , épouſa en premieres
Nopces laqueline de
Gontaud Saint Géniez , Dame
de Bedefou , & en ſecondes ,
Marthe- Françoiſe de Noailles ,
Fille puiſnée de Henry Baron de
Noailles , dont il eut Henry ме-
tre'de Camp du Regiment de
Périgord , mort à Paris d'une
chute de Cheval en 1636. &
François de Gontaud Marquis
de Biron. C'eſt de ce Marquis ,
&de Dame Elizabeth de Coffe ,
Fillie puînée de François Ducde
Briffac , qu'eſt ſortic Mademois
GALANT. 209
felle de Gontaud , dont je vous
apprens le Mariage. Outre ce
que je vous ay déjadit que leRoy
avoit donné à ces nouveaux
Mariez en conſidération de certe
alliance , Sa Majesté a mis
Monfieur le Marquis d'Urfé auprés
de Monſeigneur le Dauphin
, avec la Penſion des Sei
gneurs qui doivent toûjours accompagner
ce Prince. Mademoiſelle
de Gramont , Fille da
Comte de cenom , & Niéce de
feu Monfieur le Maréchal de
Gramont , a eſté choiſie pour
remplir la place de Fille d'hon
neur demadame la Dauphine ,
que quite Mademoiselle de con ,
taud.
e Le Roy qui devoit partir le
18. de ce mois pour aller prendre
le divertiſſement de la Chaffe
au Château de Chambor , n'eſt
110 MERCURE
party de Versailles quele 21. La
maladie de Monfieur a eſté cau
ſe de ce retardement , &elle au
roit meſme empêché tout à fait
ce Voyage , fi Sa Majeſté , qui a
une extrême tendreffe pour ce
Prince , & qui a témoigné beaucoup
de chagrin de ſon mal , n'avoit
eſté affurée avant ſon de
part qu'on n'en devoit appréhender
aucun dangereux effer ,
& ne l'avoit meſme vû prêque
entierement guéry. Ce mal ef
toit une fiévre double- tierce ,
avec des rédoublemens. Une ſaignée
du bras , & du pied , que
ſes Medecins firent faire fort à
propos, jointes à quelques autres
remedes , donnerent d'abord un
grand foulagement à ce Prince ,
& le Remede Anglois a achevé
d'emporter ſa fiévre. Tant qu'on
a crû ſa maladie dangereuſe , le
GALANT. 211
:
Roy eſt venu le voir tous les
jours. Monſeigneur le Dauphin,
& Madame la Dauphine , y
font auffi venus ; & toute la
Cour , qui a- eſté ſenſiblement
touchée de ſon mal , en a donné
des marques par l'empreſſement
qu'elle a témoigné en le venant
voir en foule.
Voicy les deux Enig nes ordinaires
. Quant aux noms de
ceux qui les ont expliquées ,
vous les verrez dans l'Extraordinaire
que je vous envoyeray le
15. du mois prochain.
Vous aurez les noms de ceux
qui ont expliqué les Enigmes du
dernier mois , dans l'Extraordinaire
qui ſera donné le 15. du
mois prochain ; En voicy deux
nouvelles , qui viennent des...
Nymphes enjouées , Cliove , &.
Roſelinde..
1
212 MERCURE
ENIGME..
TEE
laiſſe à part & mavie ,&me
mort ,
Mes courts cheveux d'eternelle ver
٤١٠
Ma couleurjaune , & maforte na
ture..
Voicy le reste de monfort..
Pour mieux agir , j'ay doubles
armes.
Les employant avec vigueur
Ledétourne cent maux , j'éloigne
X leurs allarmes
Le mets l'ordre où je passe , &j'en
accrois les charmes ,
Ie fais plaisir, &mesme honneur.
ソー
Mais ce qu'on aura peine à croire,
Le deviens fec quand je suis en
repos ,
GALANT. 213
Et gras dans mes plus grands tra-
Etje
vaux ,
n'attaque point fans gagner
la victoire.
Le plus souvent dans les jeunes
Forefts
Je vais , je viens , je m'occupe à la
chaffe;
L'ajuste en d'autres, des filets
Avec tant d'adreſſe & de grace ,
Queplus d'un coeur s'y prend avec
plaisir ,
Mais quelque courſe que ie falle,
Quei'aille viste , ou que i'aille à
Loiſir .
Lamais ie ne me laſſe.
AUTRE ENIGME .
E fors des hauts Lieux , & je
fers
Apres avoirpassé par les cux , par
les fers .
214
MERCURE
Eaux boüillantes dont Dieu vous
garde,
Fers tranchans à couper chair doüillette
en morceaux ;
Au Curieux qui me regarde ,
Ouje montre les dents , ou je tourne
ledos.
Bien que je n'affecte perſonne
Dans les ſervices que je rends ,
Iamais mes soins ne font indiférens
Acellesà qui je les donne.
Iefuis cher au Brunet , plus encore
au Blondin
2
Mon employ plaist aux guais , &
divertit les mornes ;
Etpour tout dire enfin ,
Il fait mesme porter aux plus Galans
des Cornes ,
Sans qu'ils enſouffrent de chagrin.
L'Article des Modes nouvel
GALANT. 215
les que vous attendez , n'eſt pas
une choſe facile, & l'on voit encore
fi peu d'Habits d'Hyver ,
qu'il eſt mal aiſe d'aſſurer quelles
Modes auront le plus de cours
pendant cette Saifon. Cependantje
vous diray qu'on fait des
Jupes de Brocard d'or , dont le
devant & le tour d'embas ſont
d'un Brocard diférent de celuy
du reſtede la lupe , ce qui épar.
gne à celles qui s'en fervent les
Points d'Eſpagne qu'on met ordinairement
ſur les lupes qui ne
font pas de ces Brocards. La
plupart des Dames qui veulent
des lupes garnies , mettent dans
le milieu de longues Agraphes,
avecdes Boutons & des Boutonnieres
comme les Hommes les
portent ſur leursBrande bourgs;
en ſuite on metun Pointd'Eſpagnede
chaque coſté , aprés quoy
216 MERCURE
on met un autre rang d'Agraphes
, & puis un autre Point
d'Eſpagne , & ainſi alternativement
, ſuivant la quantité qu'on
veut de ces ornemens . On ne
fait plus tantde Gorges rondes
aux Manteaux , & l'on commence
à en couper beaucoup en
coeur. La plupart des Manches
font hautes , attachées par des
Agraphes pareilles à celles qu'on
met au devant des Iupes. On
en met tout autour des Manches.
On porte beaucoup d'Etofes
rayées. La plupart des Souliers
font à l'Angloiſe avec des
Boucles. Iamais on n'a tant porté
d'Echarpes toutes de Dentelle;
on n'y laiſfe pas ſeulement un
doigt de Taferas, & la Dentelle
eſt coufuë fur un Cordon. Prefque
tous les Habits des Hommes
font de Drap brun tirane
fur
GALANT.
217
S
fur la couleur de Muſc , on les
= garnit de Boutons d'or filé, avec
desGancesde meſme. Les revers .
des manches ſont de Brocard, ou
tout or , ou tout argent, ou meſlé.
Ceux qui en veulent de moins
riches , prennent de Moüere ,
tout or , ou tout argent. Quel--
ques grands Seigneurs portent
des Manches relevées , entourées
1 de Dentelles d'or , & attachées
avec de gros Noeuds de tiffus
d'or. On ne porte point de revers
aux Veſtes , & les manches
finiſſent juſtement à l'endroit où
elles doivent eſtre renverſées ..
Il y en a beaucoup dont les rebords
font travaillez , & forment
un deſſein qui finit la
Manche. Pluſieurs font encore:
garnir leurs Culotes avec des
Toufes de Rubans qui fontd'efpace
en eſpace , & que l'on ap
Septembre. 1684 .. K
1
218 MERCURE
pelle Bouquets. Rien n'eſt ſi ma
gnifique que les Noeuds d'épaule
& d'Epées de quelques grands
Seigneurs , ils ſont de diférens
tiffus d'or. On attache aux côtez
d'une partie de ces tiſſus des
Campanes or & argent, & d'autres
de meſme maniere aux
bouts , & qu'on appelle Glands,
parce qu'elles ſont plus longues.
La mode la plus nouvelle eſt de
larges Rubans unis , ſur leſquels
on couſt divers morceaux de
Point d'Eſpagne or & argent ,
qui forment pluſieurs fortes de
figures. Les coſtez & les bouts
font auffi garnis des Campanes
dont je viens de vous parler. On
fait des Sur- tout qui n'en ont
que les manches , le reſte reſſemblant
plus à un Juſte - au-
Corps qu'à un Sur- tout. Il eſt à
croire que quand le froid ſera
GALANT. 219
revenu , on ferales Corps affez.
larges pour pouvoir mettre un
Juſte- au- corps deſſous ,& ce ſeront
alors de veritables Sur- tout .
On porte des Bas mêlez de ſoye
&de laine , pour lesquels on ne
s'aſſujetit pas tout- à- fait à la
couleur de l'Habit , à cauſe du
mêlange. Ces Bas font toûjours
rayez à l'endroit où ils ſe roulent.
J'eſpere vous en mander
davantage le mois prochain .
Comme les Comédiens Italiens
ont donnédepuis deux ans
toute leur application à mériter
l'aplaudiſſement de leurs Auditeurs
, & que pour y réüſſir , ils
n'ont épargné ny ſoins , ny dépenſe
, toutes les Piéces nouvelles
qu'ils ont joiées depuis
cetemps làont eu des fuccés qui
ont paſſé ceux qu'on auroit pû
efperer autrefois des Ouvrages
K 2
220 MERCURE
3
les plus achevez. Tout Paris y
court en foule , comme aux premieres
repreſentations de l'Opera.
La Satyre vive, & juſte
dont plufieurs de leurs Scenes.
ſont remplies , paroiſt profitable
&de bon goût , & les vices
& les folies des François eſtant
deux matieres inépuiſables , ils.
peuvent ſe promettre toûjours .
de tres- grandes Affemblées, s'ils
continuent à donner de Comédies
de ce caractere. Ils en repreſentent
une depuis trois ſemaines
intitulée , La Toiſon d'or
Comique , dont les ſeuls Articles
du mariage d'Arlequin Jaſon ,
peuvent divertir les plus ſerieux.
22
? Je vous envoye deux Livres
nouveaux , que vous pouvez
faire voir àtous les Sçavans de
vôtre Province.. La maniere
GALANT. 221
leur en plaira d'autant plus, qu'-
elle eſt relevée par la netteté ,&
par l'agrément du ſtyle. L'un a
pour Titre , Discours d'Eusebe
Evêque de Cefarée , touchant les
Miracles attribuez par les Payens :
à Apollonius de Tyane , & l'autre,
Discours de Clement Alexandrin
pour exhorter les Payens à embrasfer
la Religion Chrétienne. Cefont
des Traductions faites par
Monfieur le Préſident Couſin
qui eſt un Homme d'une profonde
érudition , dont nous
avons déja la Traduction de
'Hiſtoire Biſantine. La Langue
Grecque luy eſt familiere , &
vous ne douterez point de la
bonté de ſes Ouvrages , quand
vous ſçaurez qu'il a eſté nommé
pour examiner une partie des
Livres qui ſe donnent au Public,
&que c'eſt ſur ſon raport que
K 3
222 MERCURE
l'on accorde de perm ſſion de les
imprimer. Le Sieur Amaulty
Libraire de Lyon , qui debite les
deux Diſcours dont je viensde
vous parler , commence à vendre
un autre Livre nouveau intitulé
, Dom Henrique de Castro ,
ou la Conqueste des Indes. Je ſuis
Madame vôtre , &c
FIN.
Toute la réponſe que ie puis faire
à celuy quim'a fait la grace de
m'écrire de la Haye, c'est que j'employeraysa
Lettre dans le XXVII.
Tome de l'Extraordinaire qui paroiſtra
le 15. du mois prochain.
Comme la deciſion des doutes qu'il
propoſe ſur la Langue est l'affaire
du Public , ie luy en apprendray les
Sentimens s'il s'explique la- deſſus.
Bayerische
Steatubitoothsk
Bionetien
< 36614138880013
S
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
・GALANT ,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1684.
1
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
7
ГЕ DICH
DEDIE
Bayerische
Staatsbibliothek
München
T
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Ouuss aurez ſans doute
leu cher Lecteur
avec bien de la fatisfaction ,
la belle Taduction que je
vous ay envoyé , il y a huit
jours de l'Ecclefiaftique , je
vous envoyeray aufli , le 4.
& s . tome des Conferances
de Luçon , le mois prochain
en attendant l'Hiſtoire de
François premier de Moná
2
AU LECTEUR.
ſieur de Varillas qui fera
achevé à la Saint Martin fans
l'on continue à
manquer ,
diſtribuer le Journal des Sçavans
regulierement pour 6. f.
le cahier.
رررررررر
A
4
LIVRES NOUVEAUX
du mois de fuillet. 1684.
Iſtoire de
:
l'Empire , contenant ſon Ori-
Hide Prote ,
ſes Revolutions la
forme de fonGouvernement , ſa Politique ,
ſes Alliances , ſes Negociations , & les nouveaux
Reglemens qui ont eſté faits par les
Traitez de Vveſtphalic ; Par le Sieur Heiff.
Eſcuyer, conſeiller , & Secretaire, interprete
du Roy en Langue Allemande , in 4. deux,
volumes , 11. liv.
Converſation nouvelles ſur divers Sujets,
parMademoiselle Scudery,in douze. 2.volumes,
6.liv.
CaraMustapha, Grand vifir, Hiſtoire contenant
fon élevation , ſes Amours dans le
Serail , ſes divers Emplois , le vray ſujet qui
luy a fait entreprendre le Siege de Vienne,
&les particularitez de ſa mort , avec une
grande Figure en taille douce comme il fut
étranglé, in douze, 30.fols .
L'Homme de Cour traduit de l'Eſpagnol
de Baltafar Gracien par le SieurAmelotde
laHouſſaye avec des notes. indouze 40. fols :
Relation Hiſtorique de tout ce qui a été
fait devant Genes par l'Armée Navale de Sa
Majesté Tres Chrétienne , avec une grande
Figure en taille douce , indouze, 20.fols.
Hiſtoire du Siege de Luxembourg,avec une
Cartedela Ville, in-douze, 20, fols.
3
CATALOGUE .
Meditations de Dupont , Traduction nouvelle
, in 4. Tome II1 . 6. liv .
Comparaiſon des Grands Hommes in
quarto , 8 liv .
Traité de Treve avec les Etats Generaux,
in quarto, 12. fols .
Petit Abregé de l'Hiſtoire Romaine , par
Demande & Réponſes, in douze, 25. fols.
Traité de l'Infaillibilité & du Louvoir de
l'Egliſe, dedié au Roy, indouze, 15.fols.
LesEloges des Hommes Sçavans , tirez
de l'Histoire de Monfieur de Thou , avec
des Additions contenant l'Abregé de leur
vie , le lugement & le Catalogue de leurs
Ouvrages; Par le Sieur Teiffier , Advocat
au Prefidial de Niſmes , indouze , deux vo-
Jumes ,4. liv.
***********
LIVRES NOUVEAUX
du mois d'Aoust 1684 .
Philofophiavetus & nova, inquarto 2.vo-
Vie du Pere Iean Chriſoftome , Religieux
Penitent, in octavo , 2.1 . 10.ſols .
Oracles des Sibilles , augmenté d'une réponſe
à la Critique par le P. Craffet , indouze
30. fols.
Traité du Nivelement , par M. Picard , de
l'Academie Royale des Sciences, in 12.30.f.
LaGeomettriePratique,par M. Ozanan Pro
CATALOGUE,
fefſeur enMathematiqne , in 12.30.f.
Hiſtoria Civilis & Ecclefiaftica , Authore
Petro Iofepho Cantelio , è Societatis
Jesus, in 4. 5. liv.
Traité de Paix avec les Algeriens, in 4. 7.f.
Diſcours d'Eufebe de Ceſarée , touchant les
Miracles attribuez par les Payens , de M.
Voiſin, in 12.20.fols .
Quatre dialogues ſur l'Immortalité , parM.
l'Abbé d'Engeau , & M. l'Abbé de Choifit ,
in 12. 30.f.
Hiſtoire de Charles VIII . par M. Godefroy,
fol.18. liv.
e
そそそそ
!
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Septembre 1684 .
362
T'Ecclefiaftique traduit en François , avec
une explication tirée des Saints Peres &
&desAutheurs Eccleſiaſtiques , par ces Mefſieurs,
in-octavo 4 liv.
Traité de la volonté de ſes Principales
actions de fes Paffions & de fesEgaremen ,
diviſé en cinq Parties , indouze 30. fols .
H
Abregé de l'Hiftoire Bizantine , de S. Nicephore
Patriarche d'Alexandrie de Conſtantinople
traduire du Grec par le fieur
Moret avec des Remarques Hiſtoriques , indouze
30. fols . 2 .
Hiſtoire Chronologique des Papes , des
Empereurs & des Kois qui ont regné en
CATALOGUE.
Europe , depuis la Naiſſance de InsUS
CHRIST , juſqu'à prefent , indouze 30.
fols.
La Doctrine des Mooeurs , qui Reprefente
en cent Tableaux en taille douces , la difference
des Paffions. Et enfeigne la maniere
deparvenir à la fageſſe univerfelle , parMonfieur
de Gomberville de l'Academie Françoiſe
, indouze so fols.
Hiſtoire des Hommes Illuſtres de Monficur
l'Abbé Tallemant avec pluficurs figures
en taille douce , ou font leur Portrait,
Nouvelles Edition , augmentée & recorri-.
gée , indouze , 8. vol. 14. liv . papier fin&
12. liv. papierordinaire,
La vie des Saints , traduction de ces Mefſieurs
y compris la vie des Patriarches, Nouvelle
Edition , in- octavo s . vol. 7. liv. 1
Les Pretendus Reformez convaincus de
Schifme , pour ſervir de réponſe à un écrit
intitulé confideration ſur les Lettres circulaires
de l'Aſſemblée du Clergé deFrance, de
l'Année 1682. par Monfieur Nicole , Autheur
des Eſſais de Morale , indouze 45. f. in
2 Reglemens & Ordonnances du Roy pour
les gens de Guerre tome cinquième, indouze
30. fols.
Traitté de la Pratique des billets & du
Preft d'Argent entre les Negocians , par un
Docteur en Theologie , in-douze 30. fols.
Difcours de Clement Alexandrin , pour
exhorter les Payens à embraſſer la religion
Chrêtienne traduit par Monfieur Coufin ,
indouze 30. ſols. 2
Dom Henrique de Caſtro ou la Conquête
し
CATALOGUE ..
des Indes , indouze 2. vol. 40. f.
De la Nature &de la cauſe des Fiévres,
indouze rs. fols.
Methode pour bien prononcer un Difcours&
pour le bien Animer , ouvrage tresutile
à tous ceux qui parlent au Public &
particulierement aux Predicateurs & aux
Advocats , par Monfieur Bary indouze 20.
fols.
-Paralleles Hiſtorique , indouze 40. f.
S. Fulgentij opera , inquarto 9. liv.
Travauxde mars avec plufieurs Figures en
taille douce, nouvelle Edition.
Il ya cent vingt ſept Volumes du Mercure
, avec les Relations & les Extraordinaires ..
ilya huit Relations qui contiennent ,
Ce qui s'eſt paſſé à la Ceremonie du MariagedeMademoiselle
avec le Roy d'Eſpague.
LeMariage de Monfieur le Prince de Conty
avecMademoiselle de Blois,
Le Mariage de Monſeigneur le Dauphin
avec la Princeſſe Anne-Chétienne Victoire
deBaviere.
5
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680..
La Négotiation du Mariagede M. le Duc
deSavoye avec l'Inf. de Portugal,
Deux Relations des Réjoüiffances qui ſe
font faites pour la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne,
Une Deſcription entiere du Siege de Vienne
,depuis le commencement juſqu'à la le
vée du Siege en 1683.
Il y a vingt- fix Extraordinaires , qui outre
les Queſtions galantes , d'érudition , & less
ās
CATALOGUE .
Ouvrages de vers , contiennent pluſieurs
Diſcours , Traitez , & Origines, ſçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer ſur la maniere
dont chacun forme ſon Ecriture. Des Devi- ,
ſes , Emblêmes , & Revers de Médailles. De
la Peinture , & de la Sculpture. Du Parche
min , & du Papier. Du Verre. Des Veritez
qui ſont contenues dans les Fables , & de
l'excellence de la Peinture . De la Conteſtation.
Des Armes , Armoiries , & de leur progrés.
De l'Imprimerie. Des Rangs & Cerémonies.
Des Talismans. De la Poudre à Canon.
De la Pierre Philoſophale . Des Feux
dont les Anciens ſe ſervoient dans leurs
Guerres, & de leur compoſition. De la ſimpathie
,& de l'antipatie des Corps. De la
Dance , de ceux qui l'ont inverrée:& de ſes
diférentes eſpeces. De ce qui contribuë le
plusdes cinq cens de Nature à la fatisfaction
del'Homme. De l'ufage de laGlace. De la
nature des Eſprits folets ,s'ils font de tous
Païs ,& ce qu'ils ont fait. De l'Harmonie ,
de ceux qui l'ont inventée ,& de ſes effets.
Du fréquent uſage de la Saignée. De la Nobleſſe.
Du bien& du mal que la frequente
Saignée peut faire. Des effets de l'Eau minérale.
De la Superstition,& des Erreurs populaires.
De la Chaffe. Des Metéores , & de
la Comete apparuë en 1680. Des Armes de
quelques Familles de France.Du Secret d'une
nouvelle invention , tres-propre à eſtre renduë
univerſelle , avec celuy d'une Langue qui
en réſulte , l'un & l'autre d'un uſage facile
pour la communication des Nations. De
l'air du Monde , de la veritable Politeffe , &
CATALOGU
5
1
4
&en quoy il conſiſte, De la Medecine. Des
progrés & de l'état préſent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs manieres .
De l'Eloquence ancienne & moderne. Du
Vin. De l'Honnêteté , &de la veritable Sageffe.
De la Pourpre & de l'Ecarlate , de leur
diférence ,&de leur uſage. De la marque la
plus effentielle de la veritable amitié. L'Abregédu
Dictionnaire Univerſel. Du mêpris
de la Mort. De l'origine des Couronnes ,&
de leurs eſpeces. Des Machines anciennes &
modernes pour élever les Eaux. Des Lunetes.
Du Secret. De la Conversation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches ,& de leur antiquité.
Des bonnes &mauvaiſes qualitez de l'Air.
DesBains. Du bon & du mauvais uſage dela
Lecture, De la facile conſtruction de toutes
fortes de Cadrans Solaires ; & des Jeux.
On fera unebonne compofition à ceux qui
prendront les cent vingt ſept Volumes , ou
la plus grande partie. Quant aux nouveaux
qui ſedebitent chaque mois, le prix ſera toûjoursde
vingt ſols relié.
Il faut payer d'avance ceux qui voudront
que l'on leurs envoyent les Mercures , & payer
le port des Lettres..
2
:
やややややややややややややや
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
ン
Rélude, contenantplus devingt
Prélude,
Actions du Roy , qui font autant
de Nouvelles ,
Extrait d'une Letre de Siam , 51
Autres Nouvelles de Siam ,
I
55
Corps d'un Archevêque de Tours qui
vivoit l'an 1291. trouvé dans l'Egliſe
Cathédrale de la mesme
Ville , 56
M. de Mailly est élû Prieurde S.
Victor ,
Ouragau ,
59
61
Sonnet ſur la derniere Eclipse, 66
Lettre curieusefur le mesmesujet ,
68
prévoyance de M. le Comte déGrignan,
92
Morts, 94
TABLE.
Pompefunebre ,
Abjurations ,
Le Satire &le Loup, Fable ,
Prodiges d'esprit ,
97
99
102
111
Confecration de l'Eglise des Capucins
de Valogne, 116
Sonnets ,
117
Monfieur le Comte de Tonnerre est
reçeu Prémier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur, 124
Mariages,
2
161
Prife de S. Maure, avecdes remarques
curieuses fur l'Iflede ce nom,
&ſurſaſituation ,
९
134
Lettre contenant plusieurs particularitez
touchant le Pere Couplet
Iefuite , arrivé depuis peu de la
Chine avec un ieune Chinois ,
148
Bons offices rendus par M. de Guilleragues
aux Venitiens , 157
Mariage, 158
Abbayes donnéespar leRoy. 159 .
TABLE.
Nouveaux Regimens donnez par le
Roy, avec les N.ms & la Famille
de ceux qui les ont eus ,
Histoire ,
Morts,
160
169
287
288
Dispute ordonnéepar le Roy, pour
la charge de Profeſſeur en l'Anque
Grecque à Caên ,
Tout ce qui s'est passé à l'Académie
de Peinture ; & de Sculpture , le
iour de la distribution des Prix,
289
Morts , 201
Monsieur le Comtede Monteffon est
nommé Enseigne des Gardes, 204
Mariage de M. d'Vrfe, & de Mademoiselle
de Gontaud , 205
Maladie de Monsieur , & depart
L
du Roy ,
Enigmes ,
Modes nouvelles ,
209
212
214
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Privilege du Roy , donné à
Pchaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
,& autres Ouvrages historiques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres -amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auffi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir fuivant l'accord fait
entr'eux.
Avis pourplacer les Figures.
LAir qui commence par Loüis
moiffonne des Lauriers , doit
regarder la page 64
La Feüille Italienne doit regarder
la page 134 : 20 19
L'Air qui commence par Ab,
ne me parlezplus des douceurs de
la vie , doit regarder la page 189
111
Σ
5
८
314
.. د .
MERCURE
GALANT.
SEPTEMBRE 1684.
S
I vous ne connoiffiez
parfaitement toutes les
grandes qualitez du
Roy , le commencement
de cette Lettre vous jetteroit
dans une ſurpriſe , dont
vous auriez de la peine à revenir
, puis que vous y allez lire
enun ſeul Article plus de vingt
Actions de grandeur , de bonté,
de charité , de magnificence , &
Septembre 1684. A
2 MERCURE
:
de liberalité , auſquelles toutes
les vertus ont part. Chaque
Action mériteroit un éloge. Cependant
je me contenteray de
les nommer toutes ; & lors
qu'elles feront ramaſſées enfemble
, elles formeront une eſpece
de Panégyrique tout de Faits
conſtans , qui parleront eux-mefmes
, & en diront plus fans art ,
& en expoſant ſeulement la verité
, que la plus vive eloquence
ne pourroit en dire , fi elle entreprenoit
de les relever chacune
ſéparément. Je commence par le
Traité qui fut arreſté entre le
Roy & les Etats Genéraux des
Provinces Unies des Païs-Bas le
29. Juindernier. Comme les Articles
en ſont imprimez , je ne
les mets point icy. Je ne vous en
envoye que le Prélude , qui vous
fera mieux comprendre que je
:
ς
GALANT.
3
ne pourrois le faire , les ſentimens
que ſa Majeſté a eus pour
le repos de l'Europe , & les avantages
de la Chreſtienté. Voicy
quels ſont les termes de ce Prélude.
Au nom de Dieu le Createur ;
A tous présens &àvenir ſoit not
ire , Que comme Tres-Haut , Tres-
Excellent , & Tres- Puiſſant Prince
LOUIS XIV. par la grace de Dieu's
Roy Tres- Chreftien de France &
de Navarre, n'a rien eu deplus à
coeur que defaire ceffer tous les Diférends
qui alloient troubler le re-
-pos de l'Europe , & de donner par
ce moyen unesecondefois la Paixà
la Chreftienté; Sa Majestén'a rien
ômis de tout ce qui pouvoit en faciliter
le rétabliſſement , mesme depuis
la Déclaration de Guerre , qui
luy a esté faite par le Roy Catholique
; & comme Sa Majesté Tres-
A2
4 MERCURE
Chreftienne a esté informée que les
Seigneurs Etats Genéraux des Provinces
Unies témoignent un tresgrand
defir de contribuer de tout
leur pouvoir à une oeuvre fi falu
taire , Elle leur a ouvert les expédiens
qu'Elle a jugé lesplus propres
pour éteindre lefeu de la Guerre ,
qui commençoit à s'allumer dans
leur voisinage , & qui mettoit non
Seulement toute leur Frontieredans
un danger inevitable, mais qui estoit
encorefur le point d'embraſſer tout
le reste de l'Europe. Et afin que ces
Diférends , dont les ſuites alloient
estre si funestes à la Chreftienté ,
puffent estre plus promptement terminez
, Sa Majesté a donné plein
pouvoirau sieur de Mesmes , Chevalier
, Comte d' Avaux , Confeiller
ordinaire enfon Confeil d'Etat , &
Son Ambassadeur Extraordinaire à
taHaye, pour arrester , conclure,&
GALANT.
1
figner avec les Seigneurs EtatsGenéraux
, ou avec leurs Députez ,
pareillement munis de Pleins-pouvoirs,
les Articles qui feront jugez
neceſſaires pour parvenir à un
prompt accommodement avec l'Efpagne
; & lesdits Seigneurs Etats
Genéraux recevant avec une extré.
meSatisfaction les témoignagesque
Sa Majesté Tres- Chrestienne leura
ſi ſouvent donnez defon affection ,
&répondant de leurpart avecune
entiere confiance au defir fincére
que Sa Majesté a derétablir la Paix
dans toute l'Europe , & d'affurer
particulierement le repos de leur
Frontiere , ont examiné avec appli
cation les ofres que Sa Majesté a
bien voulufaire pour arriveràune
fin si heureuſe , & apres en avoir
mûrement déliberé , ils ont jugé
qu'on ne pouvoit prendre d'expédiens
plus prompts , plusfaciles , ny
A 3
6 MERCURE
plus convenables , pour arreſter in.
sefſamment le cours de la Guerre ,
que celuy que Sa Majesté Tres-
Chrestienne a offert d'une Tréve de
vingt années, laquelle pouvantfaire
ceffer dés à cette heure lesfuites fåcheuſes
des Diférends qui font furvenus
entre Sa MajestéTres-Chrétienne&
Sa Majesté Catholique ,
donnera lieu dans laſuite de les terminer
entierement par une bosne
&Solide Paix. C'est pourquoy ils
ont nommé leurs Plénipotentiaires ,
pour arrester , conclure , &figner
les Articles dont on conviendroit
avec ledit Sieur Comte d'Avaux,
Ambassadeur Extraordinaire de Sa
Majesté Tres - Chrestienne , pour
parvenir à un bon & prompt accommodement.
: La concluſion de ce Traité ,
ſigné à la Haye avec les Etats
Genéraux , a fait ouvrir les yeux
GALANT.
7.
*
à l'Eſpagne & à tout l'Empire.
Les Princes qui gouvernent ces
Etats , ont reconnu que le Roy
ſçavoit mieux qu'eux ce qui étoit
de leurs intéreſts , & qu'ils ſeroient
coupables aux yeux de
Dieu & des Hommes , s'ils ne
profitoient des avantages , qu'il
avoit la bonté de vouloir bien
procurer à la Chreſtienté ; de
forte que toutes ces Puiſſances
ont auffi accepté la Tréve aux
conditions que Sa Majesté avoit
réglées , & offertes pour eux aux
Hollandois. Jamais Monarque ,
dans l'état où eſtoit le Roy , n'a
remporté de ſi grandes victoires
ſur ſoy- meſme. Il ſe voyoit en
pouvoir de porter ſes Conquetes
auſſi loin qu'il l'euft voulu . Il
avoitde nombreuſes Armées , des
Soldats intrépides , des Chefs
expérimentez au Meſtier de la
1
A 4
8. MERCURE
Guerre , & des Magazins fournis
detout ce qui pouvoit eſtre néceſſaire
pour la continuer. Ses
Cofres eſtoient remplis , & la
Fortune le favoriſoit. Enfin ildevoit
tout eſpérer de ſes forces ,&
ſes Ennemis avoient tout à craindre
de leur extréme foibleſſe .
Les Algériens avoient demandé
la Paix à ce Monarque. Il l'avoit
avec toute la Coſte de Barbarie,
&joüſſoit par là d'un avantage
auquel les Romains avoient eſté
autrefois obligez de renoncer.
Avoüez , Madame , que dans ce
haut degré de puiſſance , où jamais
aucun autre Souverain n'êtoit
parvenu , il a fallu eſtre un
Vainqueur bien moderé pour
donner ſoy- meſme des bornes à
ſes Victoires , & que les Jaloux
de la grandeur où elles ont mis
le Roy , n'en ont pas uſéde meſ
)
GALANT. هاو
me lors qu'ils ont eu quelque
avantage fur leurs Ennemis. Auffi
ne peut on nier que toute la gloirede
cette Treve ne ſoit deveà
ceMonarque. C'eſt ce que dit il
y a quelques jours avec beaucoup
de juſtice Monfieur Ranuzzi
, Nonce de Sa Sainteté. Il
avoit eſté prié d'aſſiſter à la cerémonie
de la Profeſſiond'un Religieux
de S. Victor. Le Prieur qui
le reçeut dans cette Abbaye avec
tous les honneurs poſſibles , ſe
trouva à la Porte de l'Egliſe avec
ſa Communauté ; & en le complimentant
, il le félicita comme
Miniſtre d'un ſi grand Pape , d'a
voir tant contribué à laTréve arreſtée
entre les Couronnes. La
Réponſe de Monfieur Ranuzzi
fut toute pleine d'eſprit . luydit
entr'autres chofes , Qu'il'n'avoit
estéqu'un foible instrument dont Sa
As
10 MERCURE
Sainteté avoit bien vouluſe ſervir
aupres du Roy , mais qu'on devoit
attribuer toute la gloire de cet im.
portant Ouvrage àun figrand Monarque
, à quiſeul Dieuſembloit en
avoir voulu réſerver l'entier accompliffement
.
Cette verité eſt ſi connuë ,
qu'il n'eſt permis à perſonne d'en
douter , non plus que du changement
heureux que la Tréve
va cauſer dans toute l'Europe.
La Hollande qui a eſté la premiere
à l'accepter , a joüy auſſi
la premiere des avantages qu'on
en doit attendre. Elle a veu une
partie des nouveaux Impoſts ſur
le Vin & ſur la Biere , & quelques
autres appellez Droits de
Conſomption , entierement ſuprimez
dans le renouvellement
des Fermes qui a eſté fait depuis
peu . La joye de la Ville d'AmGAALNT.
0
コ
:
ſterdam en a eſté ſi grande, qu'en
conſidération de cette Tréve,
les Bourguemeſtres y ont traité
Monfieur le Comte d'Avaux
avec beaucoup demagnificence.
Le Roy qui ne cherche qu'à faire
du bien à ſes Peuples , l'a veuë à
peine concluë , qu'il a commencé
à leur en faire ſentir les effets.
Il s'eſt fait repréſenter les com.
miſſions expédiées pour l'impo
fitiondes Tailles de l'année derniere
, par leſquelles il avoit eſté
obligé de les augmenter de la
fomme de trois millions quatre
cens quarante-quatre mille ſept
cens dix- ſept livres pour ſubvenir
aux frais de la Guerre ; & par
fon Arreſt du Conseild'Etatdu 5 .
de ce mois , Sa Majesté voulant
faire joüir ſes Sujets des fruits de
laTréve , a accordé deux millions
quatre cens quarante- quatre mille
A 6
12 MERCURE
Sept cens dix-sept livres de diminution
fur les Tailles de l'année
prochaine , outre & par deſſus le
million de livres qu'Elle avoit auparavant
accordépar le Brevet de
la Taille expedié pour la mesme
année.
Toute l'Europe en doit ſentir
de meſme les fruits , chacun
felon ſes beſoins ,&l'état de ſes
affaires. Pluſieurs ont écrit ſur
cetteTréve ,&entr'autres Monficur
Rault de Roüen , dont je
vous envoye les Vers , avec un
Sonnet de Monfieur, Dumas de
Joigny.
)
GALANT. 113
SUR LE RETOUR
DE LA PAIX
Par la Tréve concluë.
Descens, Fille du ciel,& viens la Terre ,
CentPeuplesfont laſſezdes travaux
de la Guerre ;
Pour ramener le caime , abandonne
les Cieux :
Etfay renaître enfin le repos en tous
lieux
LOVIS tout de nouveau veut cultiver
l'olive ,
Et dans l'ardent defir que ce bonheur
arrive I
L'Europe fait des voeux pour envoir
Le retour,
Etrégner dans les coeurs la Concorde
14 MERCURE
:
Lefeu trop allumé doit à lafin s'éteindre,
Et destroubles paſſez l'on ne doit
plus rien craindre ,
Puis qu'unsi grand deffein tant de
fois entrepris,
Dans la tranquillité remet tous les
esprits.
vert de gloire ,
Déja ce grandHéros , qui tout cou
Avoit centfois couru de Victoire en
Victoire,
Et réſiſté luyſeul contretant d'Ennemis
,
:
Qu'il a parsa valeur ou defaits, on
Soumis
Préfere la Concorde auxplus grandes
Conquettes,
Et l'union des Coeursàdes Couronnes
preftes,
Quandpour joüir d'un Bien qu'il
donne àses Sujets,
Il devientſeul l' Arbitre &Maistre
de la Paix.
GALANT.
15
S'il a voulu paroiſtre au front defon
Armée,
Qued'undeses regards il rendoit
animée,
C'eſtoit pourtriompher d'un inſolent
orgueil,
Qui de l'iberefaitle naufrage , on
l'écueil ;
Etfidans les momens que la Guerre
Et que ſes Ennemis s'obstinent à
est ouverte ,
leurperte,
Luxembourgſe voit pris, &fousſes
Loix réduit,
D'un légitime droit Luxembourg (ft
lefruit.
Decefameux Rocher ilfait uneBarriere,
Quoy qu'il pût conquérir une Province
entiere ;
Maisarrestantfon Char,Sa Victoire
&fespas ,
Deforpremier deffein ilne s'écarte
pas.
16 MERCURE
Nymphe , pour t'embrasser , itmet
donc bas les armes ,
Il en chaſſe le bruit ,le trouble,&tes
alarmes,
Et content des Lauriers quiluy convrent
lefront ,
Ilhafte ton retourpar un moyen plus
promt.
Ilfait ce qu'avecpeine encore'on délibere,
Et donneà cent Etats un Bienfinéceffaire.
C'est par ce grand ſecret qu'iljoint
en mesme jour
L'Olive & les Lauriers aux Myrthes
de l'Amour ,
Quand dans le mesme temps ane
auguste Alliance
Ioint le Sangde Savoye au beau Sang
de la France ,
Et que dans nos Climats nous allons
voir encor
L'Abondance qui fuit un nouveasn
Siecle d'or
GALANT...
17
Les Loix dans leur vigueur parle
retour d'Aſtrée,
Et l'Equitépar tout faintement réverée
;
La Mer libre au Commerce , & les
Ports aux Vaiſſeaux,
Où les Indes mettront mille Trésors...
nouveaux.
Oüy,ſesſoins vigilans vont rappellerfans
ceffe
Lesplaiſirs innocens, lajoye,&l'allegreffe
;
Et commefit jadis le plus grand des
Césars ,
Ilvafaire en tous lieux renaître les
beauxArts.
L'Espagne donc conſent , ainsi que
laHollande ,
A ce que ce Héros regle, ordonne, on
commande ; , :
Et l'Empire pourvoir tousſes Princes
unis ,
S'attache àvoir aussileurs diférens
finis ,
18 MERCURE
Pour tourner au plutoſt leur forces
mutuelles
Par un commun accord contre les
Infidelles ,
En arreſter le cours , en rompre les
efforts .
Se fecourant l'un l'autre , ou nefai
Sant qu'un corps.
Ils en trouvent le temps quelaTréve
t
Où chacun, s'il le veut, peut agir en
leur donne ,
personne ,
Paroiſtre dans ſon Camp ,faire des
armemens ,
Pour opprimer enfin l'orgueil des
Othomans.
Vous donc qui prenez part à ce bon
heurSupréme ,
Chaftes Filles du Ciel , que le Grand
LOVIS aime ,
Puis qu'on voitparla Paix lerepos
assuré ,
Loüiffez de ce bien qu'il vous a préparé.
GALANT.. 19
Et vous , chers Nourriffons de ces
Soeurs immortelles ,
A qui vous conſacrez vos Ouvrages
fidelles ,
Ranimez le beaufeu que vous tirez
des Cicux ,
Et ne l'attachez plus qu'aux Sujets
glorieux.
LOVIS , Le Grand LOVIS , vous ouvre
une Carriere,
Oùla Paix vous fournit une illuftre
matiere ;
Ses grandes actions ,Ses Vertus,ſes
Lauriers ,
Qui l'ont mis au deſſus desplusfameux
Guerriers ,
Vous diſent leur éclat , & quelle eft
cette gloire ,
Qui luy deſtine un Trône au Temple
de Mémoire,
Où le culte & l'encens qu'on rend
aux Immortels ,
Doivent de meſme un jourſe rendre
àses Autels.
20 MERCURE
こ
SUR LE MESME SUJET.
DEuples, ne craignez plus,
prenez les armes ,
& ne
Que pour faire éclater l'excés de
vos plaiſirs.
Ne reffentez- vous pas l'effet de vos
defirs?
LaPaix viens vous revoiravecque
tousfes charmes.
泰
:
Cen'est plus laſaiſon de répandre
des Larmes ,
N'y de poufferau Cieldes cris&des
Soupirs ;
Pour vousfaire joüirdes plus charmans
loisirs ,
Ilarreste le cours de toutes vos allarmes.
Oque l'airparoist beau,lors qu'apres
milleéclairs ,
GALANT. 21
Les rayons du Soleil ſontfi vifs &
fi clairs ,
leTonnerre.
Qu'ils diſſipent l'orage , &chaßent
)
LOVIS rendra vos jours plus heureux
quejamais;
1
Etfivous n'aviezeu lesfrayeurs de
la Guerre ,
Vous ne goûteriez pas les douceurs
de la Paix.
** Les François ne ſont pas ſeuls
obligez de le loüer. Depuis que
la Tréve eft arreſtée , il a fait
deux choſes pour les Flamans ,
qui doivent luy avoir attiré leur
amour& leur admiration . Il donna
ordre que dés le moment
qu'on l'auroit concluë , la nou
velle en fût portée à Monfieur
le Maréchal de Schomberg , avant
mefme qu'il euſt reçeuë,
22 MERCURE
parce que ſi elle estoit venuëd'abord
àla Cour , les hoftilitez auroiet
duré quelques jours de plus
en Flandre,& qu'il vouloit qu'ellesy
ceſſaſſentdés le momentque
la Tréve y pourroit eſtre ſçeuë.
Cettebonté pour les Flamans a
eſté ſuivie d'une autre encore
plus grande , & leurs miferes ayant
eſté repréſentées à ce Monarque
, il leur a remis trois millions
cinq cens mille livres ſur ce
qu'ils font obligez de luy payer
pour les Contributions. Comme
on ne doit rien négliger pendant
la Paix , de ce qui regarde la
Guerre, afinde rendre cette Paix
plus durable , en ne donnant
point occaſion de ſe faire attaquer,
Sa Majesté , quoy qu'Elle
n'euſt rien à craindre , n'a pas
laiſſé d'ordonner qu'on n'épargnaſt
rien pour faire une Place
GALANT.
23
:
r
imprenable de Luxembourg. Me
de Louvoys y a fait exprés un voyage
pour cela, Il n'en faut pas
dayantage pour vous faire concevoirque
les ordres auront eſté
aufſi-bienexécutez que biendōnez
. Monfieur le Prince de Conty
s'eſtant extrémement diſtingué
au Siege de cette Place , où
ſa libéralité, ſa prudence , & fa
valeur ont paru ,& fa naiſſance
le mettant au deſſusdebeaucoup
de récompenfes , le Roy luy a accorde
chez Luy, les entrées les
plus privilégiées , & a fait le mefme
honneur à Monfieur leDuc
du Maine. Je ne vous répete
point ce que je vous ay dit plu
ſieurs fois , en vous faiſant la
peinture de ce jeune , Prince ,
dont l'eſprit a toûjours paru au
deſſus de ſon âge.
L
Si l'on examine bien la vie de
24
MERCURE
Sa Majeſté , on trouvera qu'Elle
en paſſe peu de jours fans combler
quelqu'un de ſes bienfaits.
Nous en venons de voir une
preuve en la perſonne de Monſieur
du Harlay Procureur Generaldu
Parlement , dont l'exacte
intégrité &la parfaite intelligencedans
fon Employ ſont connuës.
Le Roy ayant augmenté
ſes Apointemens de deux mille
écus par an , luy fit un préſent
dedeux cens mille livres quel.
ques jours apres . Il a donné dix
mille écus à Monfieur de Villars
fon Ambaſſadeur en Dannemarc,
&autant à Monfieur de
Ruvigny , en conſidération de
leur mérite & de leurs ſervices.
Les Gens de Lettres ont auſſi reçeu
les gratifications de ce grand
Prince , par l'ordre qu'il luy a
plûd'en donner , & par les ſoins
de
.
GALAN T.
25
-
- de Monfieur de Lonvoys , qui
s'applique à faire fleurir les Arts
& les belles Lettres . Ces gratifi-
: cations qui ſont aſſignées fur le
. fond des Bâtimens , ſemblent étre
privilégiées, puis que la Guer
. re n'a point empeſché que la diftribution
n'en ait toûjours eſté
faite .
Le feu Roy , par ſes Lettres
Patentes du 13. Octobre 1629 .
: ayant crée une Penſion en faveur
de Monfieur d'Hozier ,
Gentilhomme ordinaire de ſa
Maiſon , pour luy donner moyen
. de vaquer plus commodement à
la recherche qu'il faiſoit par ſon
ordre des Maiſons illuftres du
Royaume , & à la connoiſſance
de l'Hiſtoire , cette Penſion luy
a toûjours eſté conſervée juſques
à ſa mort , qui arriva en 1660.
Monfieur l'Abbé le Laboureur ,
Septembre 1684. B
26 MERCURE
qui travailloit alors aux meſmes
recherches , mérite que fon travail
fuſt récompenſe de la meſme
Penſion que Monfieur d'Hozier
avoit euë pendant ſa vie. Monſieur
du Bouchet , qui vient de
mourir , a joüy auſſi de cette Penſion
depuis la mort de Monfieur
le Laboureur ; & comme le Fils
de Monfieurd'Hozier a continué
la meſme étude depuis vingtans,
& que c'eſt luy qui a fait le Recueil
genéral des Genealogies
verifiées devant Monfieur de
Caumartin par les Nobles de la
Province de Champagne , dont
le Nobiliaire eſt dans la Biblioteque
du Roy , il a fuccedé à Monfieur
d'Hozier ſon Pere dans les
Charges de Génealogiſte de ſa
Maiſon , & Juge général des Ara
mes & Blazons de France ,& Sa
Majesté l'agratifié d'une Penſion
GALAN T.
27
de cinq cens écus.
Pendant que les bienfaits de ce
grand Monarque tombent ſur les
Particuliers , les Reglemens qu'il
fait dans l'Etat font ſentir à tous
ſes Peuples l'heureux effet de ſes
foins ,&de ſon extréme application
au manîment des Affaires de
ſon Royaume. Deux Edits , &
trois Déclarations ; qui ont eſté
regiſtrées au Parlement le 7. de
cemois , en fontdes preuves.
Le premier de ces Edits porte
la réünion du Nouveau Chaſtelet
à l'Ancien. Les Habitans de
Paris eſtant obligez de répondre
àun grand nombre de luftices
Subalternes , felon la ſituation de
leurs demeures , & en recevant
beaucoup d'incommoditez à cauſe
des conflits que l'incertitude
des limites de ces luftices , & la
prévention des Officiers duCha
B2
28 MERCURE
ſtelet , faifoient ſouvent naître ,
Sa Majesté par ſon Edit du mois
de Fevrier 1674. reünit & incorpora
à la luſtice du Chaſtelet
toutes ces luſtices Subalternes
tant du Bailliage du Palais , que
des Seigneurs;& en meſme tems
pour faire promptement adminiſtrer
la luſtice à ſes Sujets , en
établiſſantun nombre confidérable
d'Officiers pour ſupléer ceux
dont les fonctions avoient ceffé
par cette réünion , Elle créa un
ſecond Siege Prefidial , & de la
Prevoſté & Vicomté de Paris ,
compofé d'un nombre confidérable
d'Officiers , qui ont fait un
ſeul & mefme Corps avec le Siege
& les Officiers déja établis ,
ſans qu'il y euſt aucune diference
entr'eux , fi ce n'eſt par la féparation
des Territoires dans lefquels
ces deux Sieges exerçoiét
GALANT.
29
S
1
:
Ia Iuſtice . Cet Etabliſſement a eu
fon effet juſqu'à aujourd'huy ;
mais l'experience journaliere
ayant fait connoiſtre qu'il avoit
un nombre infinyd'inconveniens
qui mettoient la confuſion dans
l'ordre de la luſtice ,& qui enga
geoient les Peuples à des dépenſes
immenfes , Sa Majeſté qui ne
cherche en toutes choſes qu'à
contribuer à leur foulagement ,
aéteint &Suprimé le Nouveau Siege
Présidial & de la Prevoſté &
Vicomtéde Paris , dont il luy plaiſt
que les Officiers foient of demeurent
incorporez dans le Siege Ancien ,
pour ne faire à l'avenir qu'un seul
& mesme Siege , & exercer la Jurisdiction
dans toute l'étenduë de la
Prevoſté& Vicomté de Paris , ſans
diférence ny diviſion de territoire
&limites , ordonnant que les Offices
de Prevoſt , de Lieutenant Genéral
B3
30 MERCURE
Civil , & de Lieutenant General
Criminel, qu'Elle avoit créezpar
Jon Edit de 1674. demeureront fuprimez,
commeaussi l'Office defon
Procureur de l'Ancien Chastelet , en
confequence de la démiſſion que le
Titulaire en a mis volontairemins
entre ses mains
Le ſecond Edit regarde les
Miniſtres de la Religion Prétenduë
Réformée. Vous ſçavez,
Madame , que le Roy ne s'aplique
à aucune choſe avec plus
d'ardeur , qu'à faire connoiſtre à
ceux de ſes Sujets qui ſuivent
cette Religion , l'erreur dans laquelle
ils ſe trouvent engagez ,
&que ſes ſoins ont fi heureuſement
réüſſy juſqu'à préſent ,
qu'on voit tous les jours un tresgrand
nombre de Converſions
dans toutes les Provinces du
Royaume. Cependant on a conGALANT.
31
,
nu que beaucoup de Perſonnes
touchées de ces bons exemples,
ont eſté retenuës de les ſuivre,
par la déférence aveugle qu'elles
ont pour les ſentimens des Miniſtres
établis depuis longtemps
dans le meſme Lieu , ces Minis
ſtres prenant un pouvoir fi abſo
lu ſur les eſprits , qu'ils abufent
de la confiance de ceux qui ſe
rendent trop facilement à leurs
perfuafions & leur inſpirent
ſouvent des réſolutions contraires
à leurs propres intéreſts , &
à l'obeïſſance qu'ils doivent au
Roy. C'eſt ce qui a obligé Sa
Majesté d'ordoner , qu'à l'avenir
les Ministres de la Religion Prétenduë
Réformée ne pourront exercer
leur Ministere plus de trois ans
confécutifs dans unmesme Lieu , ny
apres ce temps , ou avant mesme
qu'ilsoit expiré , estre envoyez pour
B 4
32
MERCURE
faire les fonctions de Ministres en
aucun autre , où l'exercice de cette
Religion est permis , comme réel ou
perſonnel,foit de la mesme Provin
ce ou autre , qu'il neſoit au moins
éloignéde vingt lieuës de tous ceux
où ils auront déja exercé leur Ministere
, fans qu'ils puiſſent retourner
en aucun de ces Lieux , où ils en
auront fait les fonctions pour les y
faire de nouveau , que douze ans
apres en estrefortis. Il leur est tresexpreſſément
défendu par le
meſme Edit , de demeurer , apres
avoir ceffé l'exercice de leur Ministere
, ou de ſe rétablir dans la
Suite comme Particuliers,ſous quelque
prétexte que cesoit , dans les
Lieux où ils auront esté Ministres ,
my plus pres de ces meſmes Lieux ,
que de fix lieuës , le tout à peine
d'eſtre privez pour toûjours de leur
Minifteredans le Royaume, de deux
GALAN T.
33
mille livres d'amende , & d'interdi- .
Etion de l'exercice , & démolition du
Temple dans le Lieu où l'on aura
Souffert qu'il ayent exercé leur Miniftere
, ou fait leur réſidence , au
préjudice de l'Edit du Roy.
Des trois Déclarations , il y en
a deux qui regardent encore les
Prétendus Reformez . Le Roy
ayant ſçeu que les biens donnez
par eux aux Pauvres de leur Religion
, estoient ſouvent employez
aux affaires particulieres des
Conſiſtoires qui en avoient la
diſpoſition , & que l'on s'en fervoit
meſme pour empeſcher les
Converſions , ordonna par ſa
Déclaration du 15. Ianvier de
l'année derniere , que tous les
Biens immeubles , Rentes , &
Penſionsdonnées ou léguées par
diſpoſitions faites entrevifs ou
derniere volonté , aux Pauvres
ΒΣ
34
MERCURE
de cette Religion , ou aux Conſiſtoires
, pour leur eſtre diſtribuez,
leſquels ſe trouvoiét pour
lors poffedez par ces Confiftoires
, ou alienez depuis le mois
de Iuin 1662. ſeroient délaiffez
aux Hôpitaux des Lieux où eftoient
les Confiftoires ; & en
casqu'il n'y en euſt pas , à l'Hôpital
le plus proche , pour eſtre
régis par les Directeurs de ces
Hôpitaux comme les autres Biés
qui leur apartiennent ,faufle recoursdes
Acquéreurs de ces Biés
contre leurs Vendeurs , à la chargeque
les Pauvres de cette Religion
y feroient reçûs aufſi-bien
que les Catholiques ; & traitez
avecla meſme charité , ſans qu'
onpû les y contraindre à changer
de Religion. Cette Déclaration
ayantdonné auxDirecteurs
des Hôpitaux un droit réel fur
GALANT.
35
1
-
ces Biens , ils ont eſſayé de découvrir
en quoy ils pouvoient
confifter , afin de s'en mettre en
poffeffion ; mais les Conſiſtoires
pour leur en ôter la connoiſſance
, leur ont refuſé la communication
des Regiſtres où ils pouvoient
s'en inſtruire , & ils ont
mefme prétendu que les fonds
acquis des ſommes qui avoient
eſté données pour les Pauvres ,
ou du revenu des Biens à eux léguez
, n'étoient point compris
dans la Déclaration , non plus
que ceux qui ſe trouveroient avoir
eſté donnez par ceux de certe
Religion ſans expreffion de
cauſe. Sa Majesté voulant lever
toutes ces difficultez , & empefcher
la diffipation des Biens dont
joüiſſoient pluſieurs Conſiſtoires
ſuprimez par l'interdiction de l'exercice
, & qui ne peuvent eſtre
B 6
36 MERCURE
mieux employez qu'au ſoulagement
des Pauvres , puis que perſonne
n'y a de prétention légitime
, a ordonné , non seulement
queſa Déclaration du 15. Janvier
1683. fera executée dans toute fon
étendue ; mais aussi que les Biens
qui auront esté acquis des deniers
des Pauvres de cette Religion , oль
du prix de la vente des Biens qu'on
leur aura donnez, quoy qu'alienez
depuis le mois de Iuin 1662.appar-.
tiendront aux Hôpitaux , sauf le
recours des Acquereurs de ces Biens
alienez contre leurs Vendeurs ; &
que les Biens qui auront esté leguez
par ceux de la Religion Prétenduë
Reformée Sans expreſſion de cause,
depuis la derniere Déclaration publiée
, feront auſſi délaiſſez aux Hôpitaux,
qui se mettront pareillement
en poffeffion des Bies dont joüif
Soient les ConfiftoiresSuprimezpar
GALANT.
37
l'interdiction de l'exercice , en qucy
qu'ilspuiſſent conſiſter , & à quel
que usage, qu'ils soient employez ,
à l'exception neanmoins de ceux qui
Se trouveront avoir estévendusfans
fraude. Les P.Réformez ne peuvent
ſe plaindre de ce Reglemét,
puis qu'il eſt fait , toûjours à condition
que les Pauvres de leur
Religion feront receus dans les
Hôpitaux ſans qu'on puiſſe les
obliger à ſe faire Catholiques. A
l'egard desConfiftoires quiſubſiſtent
actuellement , Sa Majestéveut que
ſi à l'avenir on en suprime encore
quelques- uns par l'interdiction de
l'exercice , les Biens dont ils font
preſentement en poffeffion , feront
auffi délaiſſez aux Hôpitaux , &
qu'à la premiere Sommation quiſera
faite par les Directeurs de ces
Hôpitaux à ceux qui doivent efire
chargez des Regiſtres de ces Confif38
MERCURE
,
toires , de leur en donner communication
en presence du Iuge du Licu
ilsferont obligezd'ySatisfaireSans
aucun délay , à peine d'y estre contraints
par corps , de cinq cens livres
d'amence applicable auxHopitaux
, & desuspension de l'exercice
dans les Lieux où il aura esté contrevenu
à ce qui est en cela de l'in
tention de Sa Majesté, jusqu'à ce
que les Regiſtres ayent esté communiquez
.
La ſeconde Déclaration a pour.
fondement les meſmes raiſons
qui ont obligé le Roy , non ſeulement
de ſuprimer les Chambres
my- parties , & d'ordonner à plufieurs
Officiers de la Religion
Prétenduë Reformée de ſe défaire
de leuts Charges , mais auffi
de défendre aux SeigneursHauts
Iufticiers d'établir dans leursTerres
d'autres luges que des CaGALANT.
39
tholiques , & à tous Officiers de
Iudicature d'appeller pour Afſeſſeurs
& Opinans aux Jugemens
des Procés aucuns Avocats
graduez & autres Perſonnes qui
profeſſent cette religion . Malgré
des Reglemens ſi loüables , les
Catholiques ne laiſſoient pas
d'eſtre ſouvent expoſez aux lugemens
de ceux de la religion
Prétenduë reformée , les luges
eſtant obligez de ſe conformer à
leurs raports lors qu'ils eſtoient
choiſis pour Experts. Pour remédier
à cét abus , Sa Majesté a ordonné
que ceux de cette Religion
ne pourront à l'avenir estre prispour
Experts , ny nommez d'office par les
Iuges en quelque occaſion que ce
Soit, fur peine contre ceux qui les
auront choisis , des dépens , dommages
, & intérests de leurs Parties ,
denullité des Arrests , Sentences
40
MERCURE
&Iugemens , quiseront intervenus
fur les raports d'Experts de cette
Religion .
La troiſiéme Déclaration du
Roy concerne les Bâtimens que
font faire les religieux Mandians
.Les dépenſesen ayant eſté
extraordinaires depuis quelque
temps , tant pour des Décorations
ſuperfluës de leurs Monaſteres
, que pour en augmenter
les Revenus , ce qui eſt contraire
à la ſainteté de leurs Regles,&
à la Police de l'Etat , Sa Majesté
a eſtimé neceſſaire de prevenir
les deſordres que la continuationde
cette liberté pouvoit produire
au préjudice de la Diſcipli
ne réguliere , & de pluſieurs de
ſes Sujets , qui s'engageoient par
diférentes voyes à préter & fourpir
aux religieux Mandians, les
ſommes dont ils pouvoient avoir
GALANT. 41
beſoin pour la conſtruction de
ces Bâtimens ; & afin d'empefcher
le ſcandale que pourroit
cauſer dans la ſuite la vente de
ces Lieux conſacrez au culte &
au ſervice de Dieu , ſi ceux de
l'argent deſquelsils auroienteſté
bâtis ſe trouvoient forcez de la
pourſuivre dans la forme ordinaire
de la Iuſtice pour la conſervation
de leurs Biens , Elle a
défendu aux Religieux Mandians ,
à peine d'estre privez de tous les
Privileges qu'Elle leur a accordez,
ou les Roys fes Prédeceffeurs , d'entreprendre
& de commencer à l'a-
• venir aucun Bâtiment dont la dépenfe
excede la ſomme de quinze
mille livres , fans en avoir obtenu
la permiſſion par des Lettres Patentes
,ſignées de fa main , & contre-
Signéespar l'un des Secretaires d'Etat
,&deSes Commandemens ,
42
MERCURE
Scellées du grand Sceau , & les avoir
fait enregistrer enfa Cour de Parlement
de Paris, ſur l'avis du Lieutenant
de Police , de fon Procureur
au Châtelet , & des Prévost des
Marchands & Echevins de la mesme
Ville. Et à l'égard des Bâtimens
, dont la dépense excedant la
Somme de trois mille livres , fera au
deſſous de celle de quinze mille livres
, Elle leur défend pareillement
de les entreprendre , qu'aprés en
avoir obtenu la permiffion par Arreft
du Parlement , qui nefera accordée
qu'avec grande connoiſſance
de cauſe , & les formalitez necef-
Saires.
Il ne ſuffit pas au Roy de veiller
en toutes chofes au bien de
ſes Peuples , il fonge aux inté- .
reſts de ſes Alliez ; & comme les
ſuites du diferent qui estoit entre
Monfieur l'Electeur de Cologne,
GALANT.
43
y & la Ville de Liège , pouvoient
eſtre dangereuſes , il fit donner
il y a un mois le Mémoire ſuivant
à Meſſieurs de Liège par
Monfieur de la Raudiere fon
Réſident.
MESSIEURS ,
Monsieur l'Electeur de Cologne a-
- yant fait representer au Roy qu'il
- n'avoiipû diférer plus long - temps
à faire marcher ſes Troupes vers
cette ville pour reduire les Habitans
à leur devoir , Sa Majestém'a
commandé de vous dire qu'elle eſti .
me que pour terminer promtement
vos diferens, qui peuvent troubler le
repos qu'Elle est préte de donner à
toute l'Europe , il n'y a pas d'autre
expédient à prendre là deſſus , que
de vous foûmettre & de rendre à
vôtre Prince ce que vous Iny devez,
44
MERCURE
Surquoy j'attendray vos réſolutions
pour enrendre compte à Sa Majesté.
Cependant , Meſſicurs , la confiance
que vous témoignez avoir en moy ,
m'oblige de me rendre aujourd'huy
à Viſet pour apprendre de Monſicur
l'Evêque de Strasbourg les prétentions
de fon Alteſſe Electorale , ne
doutant pas quesij'étois affez heureux
de pouvoir contribuer à réta
blir le repos & la tranquillité dans
cette Ville , je ne fiſſe une choſe qui
Seroit agréable à Sa Majesté , puis
que jesçay qu'Elle a toûjours la
bontéde s'y vouloir bien intereſſer.
Fait à Liège ce 23. Aoust 1684.
La Ville a eſté réduite depuis
ce temps- là ſous l'obeïſſance de
Monfieur l'Electeur de Cologne,
de la maniere que vous l'avez
fçeu.
Monfieur le Duc de Grafton
GALAN Τ.
45
?
s'eſtanttrouvé à toutes les occafions
de la derniere Campagne
de Flandres , & ayant donné des
marques de ſon courage aux Sieges
de Courtray & de Luxem-
■ bourg , a fait quelque ſéjour à
Verſailles aprés cette derniere
Expédition ; & lors qu'il à pris
congé du Roy pours'en retourner
en Angleterre , Sa Majesté
luy a fait préſentd'une Epée en
richie de Diamans .
Ce Monarque qui n'a jamais
rien de plus agreable que l'occafion
de faire du bien a donné
la Lieutenance de Roy du Limoſin
à Monfieur le Comte
d'Urfé , en conſidération de fon
Mariage avec Mademoiselle de
Gontault- Biron , Fille d'honneur
de Madame la Dauphine ,
à laquelle il a fait auſſi préſent
d'une ſomme conſidérable. Ic
46
MERCURE
vous entretiendray plus amplement
de l'un & de l'autre, quand
la cerémonie de ce Mariage aura
eſté faite ; je ne marque icy que
ce qui regarde les libéralitez du
Roy.
Mr Flury , qui a eſté Précepteur
de Meſſieurs les Princes
de Conty , & de la Roche-fur-
Yon , & de feu Mr le Comte
de Vermandois , y a eu part ,
ayant eſté gratifié de l'Abbaye
de Locdieu , Diocese de Rhodez.
C'eſt un Homme d'un mérite
reconnu , d'une pieté exemplaire
, & d'un eſprit qui n'a
pas moins de brillant que de
folide.
Peu de temps aprés , Sa Majeſté
donna l'Intendance de Marine
du Havre- de-Grace à Mr
du Fargis- Montmor , quoy qu'il
ne fuſt encore que Conſeiller à
GALANT.
47
- l'Ancien Châtelet. Ses bienfaits
ſe ſont répandus ſur toute cette
Famille , puis que le premier
jour de ce mois , Elle gratifia
Monfieur l'Evêque de Perpignan
ſon Frere, de l'Abbaye de
5. Michel de Cuxa , Ordre de
Saint Benoiſt. Elle eſt ſituée en
Rouſſillon dans le Conflans prés
la Ville de Prades , & vaquoit
depuis peu de jours par le decez
de Dom Iofeph de Villadet qui
la poſſedoit en Regle. Ces deux
graces , accordées à huit jours
l'une de l'autre, marquent beaucoup
de distinction de la part
du Roy. Aufſi ce Prélat remplitil
tres-dignement toutes les fon-
Etions de ſon Miniſtere. Vous
n'ignorez pas , madame , que
ces deux meſſieurs font Fils de
feu Monfieur de Montmor , Do
yen des maiſtres des Reques
48
MERCURE
ſtes , un des plus ſçavans Hommes
du Siecle , & des magiſtrats
de la plus grande probité . Leur
Maiſon eſt alliée à celles d'Eſtrée
, de Thémines, de Frontenac
, & à quantité dautres des
plus confiderables du Royaume.
Le Roy a donné encore d'autres
Benefices que ceux dont
je viens de vous parler. le vous
en entretiendray avant que de
fermer cette Lettre , auſſi bien
que du grand nombre de Regimens
nouveaux que Sa Majesté
a donnez à des Perſonnes diſtinguées
, ou par leur naiſſance, ou
par leur valeur , ou par leur merite
perſonnel. Ce judicieux мо-
narque leur donne par là un
Titre pendant la Paix. Ils ne laifſeront
pas de monter à meſure
que les vieux Colonels mourront
, & de devenir anciens.
Ainfi
:
49 GALANT.
Ainfi en joüiſſant meſme des
biens de la Paix , ils ne ſeront
- point privez des récompenſes
auſquelles aſpirent les Gens de
guerre.
Enfin la Cour a quité le deüil,
&l'on peut dire qu'il n'avoit jamais
eſté ſi long ny ſi régulier en
France, le Roy n'y ayant ſouffert
aucun relâchement. Il l'a fait
continuer quarante jours par de
la lebout de l'année du decez de
la Reyne; & non feulement , il
n'y a point eu de Comédie à la
Cour pendant toute cette année
, mais meſme pendant les
quarante jours ſuivans. le vous
ay promis d'abord que je vous
entretiendrois de quantité d'ations
du Roy. le vous ay tenu
parole , & ne laiſſe pas d'en réſerver
encore quelques-unes qui
auront leur place dans le cours
Septembre 1684. C
है
1
50
MERCURE
de cette Lettre. Le repos qu'il a
donné à l'Europe fait renouveler
la joye & les plaiſirs de la Cour,
&j'auray ſouvent à vous parler
de ſes Feſtes. Ce qui ſe fait tous
les jours, augmente la gloire dont
il s'eſt couvert en faiſant la Tréve
, puis qu'il eſtoit en état de
continuer la Guerre. Nous le
voyons par le remboursement
des ſommes conſidérables qui
étoient dans la Quaiſſe des Emprunts,
qu'il faut comme forcer
les Particuliers de venir reprendre
, ce qui l'a obligé de déclarer
par fon Arrest du Conseil d'Etat
, que ceux qui n'auront pas
retiré à la fin de ce mois les deniersqu'ilsont
dans cetteQuaifſe,
ſeront décheus de leurs intereſts..
!
Çét incomparable Prince s'eſt
acquis une ſi grande réputation,
GAALNT. I
a qu'elle s'étend juſque dans les
Païs les plus éloignez. Voicy
l'Extrait d'une Lettre de Siam
qui en fait foy.
EXTRAIT DE LA LETTRE
de Monfieur des Landes
Bourreau , écrite de Siam , en
datte du 22. Decembre 2682 .
Monsieur lit a preſenté les Lettres
qu'il avoit de Sa Majesté Tres-
Chrestienne pour le Roy de Siam, &
elles ont esté reçenës de la mesme
maniere que les premieres lefurent.
Cet Evêque eut le lendemain audience
de ce Monarque , à laquelle
Monsieur l'Abbé de Lyonne Seul
affifta.
Ily avoit déja longtemps que le
B 2
52
MERCURE
Barcallon m'avoit dit que le Royfon
Maistre , avant que d'aller à Lavau
, me donneroit une marque de
l'estime qu'ilfaisoit de noſtre Nation
,&de la conſidérationparticuliere
qu'il avoit pour moy , lors qu'on
m'avertit de me trouver le II . Oc
tobre au Palais du Roy. Les Am
bassadeurs du Roy de Damby devoient
le mesmejour avoiraudience.
Je m'y rendis dés lematin , &apres
avoir passé plusieurs Courts , dans
l'une desquelles , qui estoit vis à vis
le Trône du Roy , ily avoit pluſieurs
Soldats fous les armes , l'on mefit
affeoir dans un endroit tout couvert
de Tantes , aumilieu de plus defix
cens Mandians. L'on fit affeoir les
Ambaſſadeurs de Damby douzeà
quinze pas derriere moy, c'est àdi
re que j'estois plus pres du Trône du
Roy de quinze pas . Au fignal de
quelques Instrumens , pluſieurs riGALANT.
53
ches Rideaux qui couvroient le Tròne
de se Prince , ſe tirerent , & Sa
Majesté y parut avec beaucoup d'éclat
, tant pour la beaute du Trône,
que pour la richesse des Pierreries ,
dont sa tête & ses habits estoient
couverts. Apres pluſieurs fanfares
de Trompettes ,le Barcallon pyt
la parole , && luy dit , quefelon l'ordre
de Sa Majesté , je me préſen
tois àses pieds pour recevoirſesfaveurs.
Ce Prince me fit quelques
questionsfur le Roy de France , &
Sur le grand nombre de ſes Conquestes.
Apres que j'eus répondu à ce
qu'il me demandoit , l'on mit devant
moy une Bandeige d'argent ,
dans laquelle ily avoit un fufteaucorps
fait d'un Brocard d'or &d'argent
, dont nous luy avionspreſenté
quelques Pieces en arrivant icy , &
un Sabre à la maniere des Indes ,
garny d'or. Ayant élevé trois fois
C3
547 MERCURE
le tout à la hauteur de ma teste ,
l'on me reveſtit du Iufte- au- corps ,
&je recommençay la revérence à
lamode duPaïs. Aprescelal, eRoy
dit quelque chose aux Ambaſſadeurs
de Damby , & chacun d'eux
fut revestu de la mesme forte d'un
Iuste au corps de peu de valeur.Au
Signal des Inſtrumens que l'on avoit
entendus d'abord , les mesmes Ri
deaux recouvrirent le Trône Royal.
Tout le monde a esté étonnéde cet
honneur, que je ne puis attribuer
qu'à la haute eſtime que le Roy de
Siam a pour Sa Majesté Tres-
Chreftienne , dont les Anglois &les
Hollandois ne peuvent s'empescher
de parler avec admiration.
-Le Roy a ordonné que l'on bâtist
une Eglife pour Meſſieurs les Eves.
ques, proche du Seminaire qu'il leur
avoit déja fait bâtir , &une Mai
Son poury recevoir les Ambaſſadeurs
3
GALANT.
55
qu'il s'attend que nôtre invincible
Monarque luy envoyera. Ilfait faire
de la vaisselle d'argent pour leur
Service. Le Barcallon m'afait donnerunegrande
Maison de bois , que
j'ay fait élever dans noftre Enclos .
८ Jay veu une autre Lettre dù
mefme Lieu , écrite par Mon
fieur Marin , miffionnaire en ce
Païs- là. Ilmande que tous lesans
il ſe convertit des milliers de Pal
yens , Que l'Empereur des Tar
tares s'eft rendu maiſtré de toute
la Chine , à la réſerve de l'ifle de
Formofe , & que Monfieur dé
Bourge a eſté ſacré Evefque de
la Province oùil eſt ; Que le Roy
de Siam s'eft fait expliquer pluſieurs
chofes qui regardent la
Religion des Chrétiens , par l'Eveſque
de Métellopolis , qui luy
dit toute la Vie de Noſtre Sei
gneur , que ce monarque l'écouta
B 4
16
MERCURE
avec plaifir; qu'il la fit écrire a fin
d'avoir plus de temps pour y penſer
, & qu'il a donné du Riz aux
Miſſionnaires pour fix mois.
Je quite les Nouvelles Etrangeres
,pour vous apprendre une
choſe qui a fort ſurpris Meſſieurs
de l'Egliſe de Tours. En travaillant
àune nouvelle Décoration
proche leur Grand Autel , on
trouva le 14. de luin dernier du
côté de l'Evangile , le Corps d'un
de leurs Archevêques ,qui eſtoit
en ſes Habits Pontificaux dans
un Cercueil de Pierre à un pied
du rez de chauffée. Sa Chafuble
violete eſtoit encore entiere,
auſſi bien que ſon Etole , & fon
Manipule. On y remarquoit diſtinctement
pluſieurs figures
d'Evêques en broderie d'or, d'argent
, & de ſoye , que l'on cuſt
crû qui ſortoient des mains de
GALANT . 57
l'Ouvrier. L'Etole , & le Manipule
, qui eſt beaucoup plus long
que ceux d'aujourd'huy, eſtoient
chargez d'Ecuffons aux Armes
de la Ville de Tours , & de la
Maiſon de cét Archevêque , qui
font de gueules au Lyon d'argent
rampant. Son Rochet eſtoit d'un
petit Tafetas rouge , garny par
devant de Boutons de crin noir;
fes Gands blancs de ſoye brochée.
Le chaton de ſon Anneau
Pastoral eſtoit d'or , & la Pierre
plate tirant ſur l'Agate. Sa Crof
ſe n'eſtoit que de plomb doré ,
& fort petite. On ne trouva de
ſon Pallium que le plomb qui eſt
au bas; le reſte qui eſt de laine
avoit eſté conſumé , auſſi - bien
que les Patins& le Linge , comme
l'Aube , l'Amict , &c. Pour
les Offemens , ils étoient en leur
entier. Il y avoit proche de la
CS
58 MERCURE
teſte une petite Lampe de verre,
pleine d'une gomme graffe ;
mais ce qu'il y eut de plus curieux
, ce fut un Calice détain ,
d'une figure extraordinaire, dans
lequel s'étoit conſervé une liqueur
, dont ceux qui le toucherent
d'abord , eurent les
mains moüillees. Il eſtoit couvertd'une
Patenede meſme métal
, fur laquelle eſtoient gravez
ces mors , en caracteres qui tenoient
du Gothique , & du RO
main. :
H. jacet Ragus de Monte - Ba.
zonis G. D. quondam Archiepiscopus
Turonenfis. sup what ad
Ce Ragus de Mont Bazon vis
yoit ſous le Regne de Philippe
le Bel , & mourut en 1231 2. H
avoit eſté Doyen de HEglife de
Tours, & fut fait Archevêque
GALANT.
9
le croy , madame , que dans
le temps que je vous manday que
Meſſieurs les Chanoines Reguliers
de Saint Victor avoient élû
Monfieur de la Lane pour leur
Grand-Prieur , je vous marquay
qu'ils faiſoient cette Election
tous les trois ans. Elle ſe fit le
29. de l'autre mois , & Monfieur
de mailly fut mis en la place de
Monfieur de la Lane , dont les
trois ans étoient expirez. Il eſt
Fils de Monfieur le marquis de
Mailly & Frere de Monfieur le
Marquis de Nefle , & n'eſt agé
que de vingt- neuf à trante ans.
C'eſt ce qu'on n'avoit point encore
vû à Saint Victor. Aufſi ſeroit
it difficile de trouver un
Homme qui poffedaſt plus parfaitement
que lay les qualitez
qu'on n'acquiert ordinairement
qu'à force d'années , la conduite,
لو
B6
60 MERCURE
la ſageſſe, & la vertu.Ce ſont ces
qualitez qui l'ontmis en la place
qu'il occupe , aprés avoir eſté
trois ans Maître des Novices . Il
s'eſtoit tres-dignement acquité
de cét employ . Auſſi - tôt qu'il
fut élû , Monfieur Diéreville lay
en témoigna ſa joye par се ма-
drigal.
LE
E Ciel exauce ma priere
Enfin de Saint Victor vous voila
Grand- Prieur ; - :
Et chacun vient àſa maniere
Vous faire un Compliment sur ce
nouvel honneur. 10 1
Pour moy, je dis à vostre gloire .
Qu'à cette grande Dignité
-Nous n'avionspoint encore mémoire
Qu'à voſtre âge un autre cuft
monté,
Ce pas n'a rien qui nous étonne ,
Lemérite aux Maillys prèvient par
tout les ans...
GALANT. 61
•Nous en avons veu chez Bellone
Depuis peudes Faits convaincans.
Vous ne régnerezlà qu'un temps ;
Qu'il vous foit toûjours agreable ,
Et qu'ensuite le Ciel à mes voeux
favorable
Vous éleveà de plus hauts rangs.
:
Le 21. du mois d'Aouſt , fur
les onze heures du foir , il y eut
aux environs de Nogent le Roy,
une eſpece d'Ouragen , qui caufabeaucoup
d'alarmes , & fit de
tres grands fracas . Il eſtoit compoſé
de foudres , d'éclairs', de
grêle , & de pluye. Le tonnerre
ſe faifoit entendre d'une façon
fi terrible , que les moins ſujets
à s'effrayer , en parurent conſternez
. Les éclairs frapoient les
yeux coup fur coup , & failoient
voir tout le Ciel en feu . La pluye
tomboit àtorrens , & la grêle
62 MERCURE
eſtoit groſſe en quelques endroits
comme des Olives , & en d'autres
comme des oeufs de Pigeon .
Les effets de cét orage , qui ne
dura pas une heure dans fa vio
lence , furent ſurprenans . Vn
fubit débordement d'eaux, qu'il
eſtoit impoffible de prévoir , entraîna
quelques Perſonnes dans
la campagne. Beaucoup de Maiſons
furent abatuës, quantité de
Granges découvertes , ploſieurs
Clochers renverſez ; & entr'aut
tres celuy du Boulay Thierrys
un des plus beaux & des plus
élevez du Dioceſe de Chartres.
On le voyoit de cinq ou fix
lieuës , & on l'appelloit le grand
Clocher , à cauſe de ſon éleva
tion. L'Eglife fut en meſme tems
fort endommagée , aufi- bien
que le Château de Madame du
Boulay , Beile mere de Monfieur
GALANT. 63
-
l'Avocat General Talon , & de
- Monfieur le Comte de Carrouge.
Les plus gros Arbres furent fendus
, ou déracinez. Vous pouvez
juger par là quel fut le dé
gaſt des Biens de la terre. Quelques
jours auparavant , dans
un Village voiſin de Bréteüil
( Bréteüil eſt un Bourg en Nor
mandie du Dioceſe d'Evreux )
un Curé ſe préparant à dire la
Meſſe pendant un pareil orage,
le Tonnerre entra dans l'Eglife,
alla auprés de l'Autel , coupa ce
Curé en deux , tua ſa Mere
qui eſtoit derriere luy , & four
droya encore quatre ou cing
Hommes , venus dans le deſſein
*. d'entendre la Meſſe.
J'avois bien crû que les Airs
nouveaux que je vous envoye
depuis quelque temps , m'attireroient
les remerciemens que vous
64
MERCURE
m'en faites . Comme ils ſonttoujours
des plus ſçavans Maiſtres,
je ſuis fort feûr qu'ils méritent
P'approbarion que vous leurdonnez.
Celuy que vous trouverez
icy eſt d'un fort habile muſicien,
qui autrefois a eu des inſtru-
Etions de Monfieur de Bacilly.
Vous ſçavez , Madame , qu'il eſt
l'Original & l'Inventeur de ces
fortes de Recits de Baſſe . Il a
trouvé meſmeque celuy- cy avoit
tant de raport avec cet Air fameux
de ſa compoſition , Croiſſez
croiffez , jeunes Raiſins , qu'il a
eſté obligé d'en changer tout le
commencement. Les Paroles font
de Monfieur Royer.
AIR NOUVEAU .
L
OVIS moiſſonne des Lauriers
Dans un Champ inacceffible ;
:
2
Irs dans vn champinacces
siln'est rien dimpossi =
br de sa gloire ilnest
,
nef-facent
estpoint de Ce
GALAN T. 65
Il fait trembler les plus fameux
Guerriers ,
A ceHéros iln'est rien d'impoſſible,
Par tout il brave les hazards ,
Tout l'Univers est témoin deſa
gloire ;
Il n'est point d'Alexandre , il n'est
point de Césars ,
Que ſes Exploits n'effacent dans
l'Histoire.
7
Beaucoup de Perſonnes ont
tremblé de l'Eclipſe qui arriva
le 12. de Juillet. On s'en figuroit
une obſcurité qui égaleroit
celle de la nuit pendant quelques
heures. Ainſi on fut fort
forpris de voir toûjours la terre
éclairée. Si vous en voulez ſçavoir
la cauſe , vous la trouverez
dans ce Sonnet d'un jeune Inconnu
de Soiſſons..
66 MERCURE
POURQUOY LON VIT
clair pendant l'Eclipse.
LALuve un parut
ALune qui parut deſſus nostre
D'une profonde nuit devoit couvrir
les Cieux ,
Le bel Aftre du jour n'éclaire que
les Dieux ,
Gar cet Aftre éclipféperdſa clarté
: premiere.
1
Il garda cependant ſa brillante lumiere,
: ر
Et pâlit fans ceſſer de paroistre à
:
nos yeux ,
:
OùSelonSa coûtume éclatant en tous
lieux ,
Il voulut achever , & fournir sa
Carriere.
GALANT.
67
67
Le Soleil est un Aftre envieux &
jaloux ,
Qui ne veut rien céder des droits
qu'il afur nous ,
Mais moins encor de ceux qu'il a
deſſus la France ,
LOVIS , l'Aſtre vivant d'une éclatante
Cour ,
Du Soleilicy bas partageant lapuis
Sance ,
Sans fon aide eust pûScul l'éclairer
àson tour.
La maniere des Eclipſes a fait
raiſonner beaucoup de Sçavans.
La Lettre qui fuit en eſt une
marque ; je croy que vous la
lirez avec plaiſir,
:
68 MERCURE
*****
V
A. M. DE L. G.
Ous me mandez , Monsieur ,
que vous avez eu un grand
entretien avec un de vos Amis de
la Province , ſur leſujet des Ecli.
ples , & vous souhaitez en mesme
temps que je vous diſe mesſentimens
Sur cette matiere qui fait du bruit
en vos Quartiers. Ie vous avoüe
que j'ay estésurpris qu'une Perſonne
qui penetre dans les plus profonds
Secrets de la Nature , & qui en a
tiré de fi belles Morales , me confulte
fur ces Phénomenes , qui attirent
nos regards , excitent la curioſité
des Peuples , & fournissent dequoy
s'exercer aux Philofophes, aux
Historiens , aux Astronomes , aux
Medecins , & mesme aux Theolo
GALANT. 69
giens. Ie n'ay aucune des qualitez
des Grand Hommes qui ont fleury
dans ces Arts & dans ces Sciences ,
dont les Ouvrages vous donnentfouvent
du plaisir , &vous avezdans
voſtre Famille des Philosophes &
des Theologiens qui pourroient mieux
-vousfatisfaire que moy ; maisvous
- desire,z méprouver , & je ne puis
- mempeſcher de vous obeïr. Ne croyez
pourtant pas que ce je vous diray
vienne de moy , je l'ay appris dans
une Afſsemblée oùje me trouvay ily
a quelques jours ,& où cette Question
fut mife furle tapis. Comme
on demanda ce quec'estoit qu'Ecli
pſe, un des plus jeunes de la Compa
gnie qui ne faisoit que de fortirdu
College, répondit brusquement que
ce n'étoit qu'une figure de Rhétorique
, qui consiste àpaſſerſous filence
dans le discours , quelque choſe
qui en apparence feroit neceffaire
70
MERCURE
àſa perfection , cela à deſſein. Plufieurssemirent
àfoûrire de la bévuë
du jeune Homme qui répondoit
Sans estre interrogé, &mesmeSans
avoirconçû dequoy il estoit question.
On garda quelque temps lefilence ;
mais celuy qui avoitfait lapropofition
, pria la Compagnie de n'en
demeurer pas là ; &comme c'estoit
une Perſonne de qualité qui avoit
de l'esprit , & beaucoup d'inclination
pour les belles Lettres , on ne
voulut pas luy refuser ce qu'il demandoit
avec empressement. Un
des plus anciens , & qui avoit de
tres - belles connoiſſances , ayant esté
invité de parler là-deſſus , commença
àpeupres de cetteforte.
Puis que vous voulez , Mefſieurs
, que je vous entretienne
des Eclipſes , je le feray , mais
non pas fans craindre de tomber
moy-meſme en Eclipſe. Cette
GALANT.
71
- matiere eſt ſi délicate & fi fubtile,
qu'il y en a peu qui le ſoient
davantage. Chaque Faculté regarde
l'Eclipſe d'une maniere diferente.
Monfieur quia répondu
- d'abord , a crû qu'on parloit
d'une figure de Rhétorique . En
effet , il y en a une qu'on appelle
Eclipse, & Monfieur l'a affez
bien définie ; mais ce n'eſt pas
de celle-làdont nous prétendons
parler. On dit auſſi ſouvent parmy
le vulgaire , que les grands
Eſprits ſont ſujets à de grandes
Eclipſes , pour exprimer les defauts
de jugement dans leſquels
ils tombent quelquefoiss mais ce
n'eſt pas encore la Queſtion.
Tous les Sçavans reconnoiffent
que l'Eclipse n'eſt autre choſe
qu'une privation de lumiere,
cauſée par l'interpoſition d'un
corps opaque & tenébreux; &
72
!
MERCURE .
comme il y a deux grands Luminaires
que Dieu a créez pour
nous éclairer , l'un le jour , &
l'autre la nuit , & que nous fommes
privez quelquefois d'une
maniere extraordinaire de leurs
lumieres &irradiations, nous appellons
cela defaut , défaillance,
& les Grecs l'appellent Eclipse,
car Eclipſe eſt un mot Grec francifé
, & c'eſt ce qui fait aujourd'huy
l'entretien des Hommes
&des Femmes , la crainte & la
devotion des uns & des autres.
Les Philoſophes conſidérent l'Eclipſe
commeun admirable Phénomene
, dont la rareté excitant
leur admiration & leur curioſité
, ils en cherchent les principes&
les cauſes , en examinent
la nature & les effets ; ſur quoy
les Anciens & les Modernes ont
fait quantité de belles & curieufes
GALANT. 73
43
ſes remarques. Les Aſtronomes
paſſent plus avant ; car comme
c'eſt l'objet ſpécial de leur Science
, qui leur fait connoiſtre les
révolutions des Cieux, les conjonctions
des Aftres , leur diftances&
leurs approches , & meſme
prévoir & predire les effets purement
naturels qui en réſultent,
ils marquent le temps des Eclipſes
avec une grande certitude,
- juſques à déterminer non ſeulement
les années , mais encore
les mois , les ſemaines , les jours,
les heures , & juſques aux minutes.
Tous leurs Livres d'Ephé
merides ſont pleins de ces remarques
& prédictions. Ceux
qui ont lû les Hiſtoires des Indes,
ſcavent que dans le Royaume
de la Chine , & dans les Païs
nouvellement convertis à la Foy,
ces fortes de Prédictions faites
Septembre 1684 . D
74 MERCURE
par d'habiles Miſſionnaires leur
donnentune grande autorité ſur
les eſprits des Peuples , & les
diſpoſent à écouter avec docilité
des Perſonnes fi intelligentes en
ces matieres fublimes & cachées
au commun des Hommes. Les
Aftrologues n'en demeurent pas
là. Il prédiſent beaucoup de choſes
à l'occaſion des Eclipſes, mais
on ſçait combien leur prétenduë
Science eft décriée. Le ſçavant
Pic de la Mirande a compoſé
contre ces Aftrologues , qu'on
appelle Judiciaires , un excellent
Ouvrage , qu'il finit , en diſant
que leur prétenduë Science n'eſt
que folie. En effet , quand ils
veulent conclure des Eclipſes ,
l'évenement des choſes qui ſont
dépendantes de la liberté des
Hommes , comme des Revoltes ,
des Trahisons , des Guerres, &c.
GALANT.
75
ils ſe trompent manifeſtement;
mais quand ils ſe contentent de
faire des Prédictions fur les chofespurement
naturelles , comme
les ſterilitez , maladies , ſecheref
-ſes , &c. ils ont quelque raiſon,
& en ce que les Aſtronomes en
concluënt. Les Hiſtoriens de
tous les Siecles ont fait des re
marques fur les Eclipſes , & les
ont regardées comme des évenemens
finguliers qui meritent plar
ce dans l'Histoire ; ils ont écrit
avec ſoin cequi a precedé, fuivy,
& accompagné les Eclipſes . C'eſt
une choſe admirable de voir les
merveilles qu'ils en rapportent
& l'on peut dire qu'il n'a point
paru d'Eclipſe conſiderable qui
n'ait eſté précedée ou ſuivie de
divers accidens .
4
A
- Comme celuy qui parloit avoit
la mémoire merveilleuse , & qu'il
D 2
76 MERCURE
vit que la Compagnie prenoit goust
à ce qu'ildiſoit, voicy quelques- uns
des exemples d'Eclipses de Soleil
qu'ilrapporta, &dont je me fuis
Souvenu.
Sous le Regne de l'Empereur
Gordian , le Soleil défaillit d'une
zelle maniere , & les tenebres furent
fi épaiſſes , qu'il estoit impoffible de
vien faire fans allumer des Chandelles.
La Terre fut fi horriblement
ébranlée ,que des Villes entieres,&
tous leurs Habitans ,furent engloutis
dans les ouvertures quifefirents
ce que le Sénat prit pour un figne
de la mort de Gordian. Avant les
cruelles persécutions que l'Empereur
Valérian fit aux Chreftiens, la
Terrefut couverte de tenebres pen.
dant plusieursjours; ily eut d'épouvantables
tonnerres ; pluſieurs Edifices
furent abimezdans les ouvertures
quise firent à la Terre ; touGALANT.
77
:
te l' Afie Souffrit , Rome fut émuë ,
ta Libie & quantité de Terres furent
englouties , la Mer couvrit les
Filles maritimes , & de là s'enfuivit
la Peste , qui fit mourir en un
jour jusques à quinze mille Perſonnes
à Rome , & dans l'Achaie. Il
y cut une grande Eclipse de Soleil
quand les Chreftiens furent miferas
blement défaits la nuitpar les Perfes
à Syngara , qu'ils affiégerent
Niſibis , & prirent Amida. En l'an
661. de Nostre Seigneur , ily eut.
une grande Eclipse de Soleil le 10.
deMay; ensuite une cruelle Maladie
,& la Peste ,affligerent laBretagne.
Constance fut en détestation
pour Satyrannie ; pourſonfratricide
,&pourses cruautez enversles
bons Evesques. L'an 746. le 6. du
Regne de l'Empereur Copronime ,
depuis le 4. d' Aoust juſques aupremier
de Septembre , ily eut en OD
3
78- MERCURE
rient d'épaiſſes tenebres , qui furent
fuivies de prodigieux tremblemens
de Terre en la Palestine & en toute
l'Affirie; en suite la Peste defola la
Sicile; elle dura trois ans à Constantinople
, & fit un Defert de cette
grande Ville. Theophane dit que
Dieu envoya ce Fleau pour faire
amender les Hommes , & particulierement
cet Empereur impie. L'an
760. le 18. à neufheures , il y eut.
une Eclipse. Pépin , Roy de France
mourut à Paris ; le PapePaulmou
rut. Constantin fat défait par les
Bulgares , où il perdit quantité de
Nobleffe , & toutes ses Troupes 3 les
Arabes s'emparerent de l'Arménie.
L'an797. au mois de Iuillet , dans
te temps que l' Impératrice Irenefit
créver les yeux à fon Fits Constantin
, & s'empara de l'Empire , le
Soleil ne parut point durant dixfept
jours ,& les tenebres furent
GALANT . 79
figrandes , que les Vaiſſeaux neſe
pouvoient conduireSur Mer. Ily eut
de grands tremblemens de terre en
Crete , en Sicile , &fur tout à Comftantinople.
Constantin mourutbientost
apres. L'an 811. ily eut une
Eclipse de Soleil le 2. des Ides de
Iuin , à deux heures. Pépin , Fils de
Charlemagne , mourut . Les Bulgares
défirent les Romains pres du
Fleuve Strimoniura ; & l'Empereur
Nicéphore mourut ayant esté vainou
des Bulgares. L'an 813. le 4.
deMay , ilyeut une Eclipse de Soleil,
l'Empereur Michel ayant esté
vaincu des Bulgares , ſe retira de
l'Empire ,& choiſit une vie monas
tique. L'an 833. le Soleil & la Lune
éclipferent ;& dans le mesme
temps , l'Empereur Loüis , abandonné
des Siens , & mis entre les
mains deſes Enfans , fut renfermé
dans un Cloiſtre. L'an 1009. que
!
D4
30 MERCURE
les Turcs privent l'érusalem , ily eur
une Eclipse de Soleil. Celle qui arriva
en 1186. fut suivie d'une
grande Pefte en Pologne & dans la
Ruffie; le Pape Luc III. mourut ;
I'Hyver fut chaud. En 1187. ily
eut deux Eclipses merveilleuses l'une
de Soleil , & l'autre de Lune ,
avec une conjonction de Planetes.
Tous les Aftrologues du Levant, de
l'Occident , &du midy , tant Chrêtiens
que Mahométans , firent des
Prédictions qui furent toutes conformes
, commefielles fuſſentforties
d'un mesme cerveau . Des effets ne
furent pas absolument tels en Occident
qu'ils les avoient prédits , encore
quc la prise de Iérusalem par
Saladin Roy des Sarrazins , où le
Roy Baudoüin & toute la Nobleffe
furent pris , les armes des Chrêtiens
Occidentaux dans la Palesti
ne,la prise de Constantinople par
GALANT . 8r
lesmeſmes , lavenue des Tartares ,
& les horribles changemens qu'ils
apporterent presque dans toutes les
Contrées de la Terre , outre ceux
qui arriverent particulierement en
Afrique & en Espagne , témoignerent
qu'ils ne s'estoient pas entierement
trompez en leurs Prédictions .
L'Eclipse du Soleil qui arriva le 4 .
d' Aoust de l'an 939. que le Duc de
Lorraineſe noya dans le Rhin , م&
que les Espagnols donnerent la Bataille
de Simancas , est remarquable
en ce qu'elle dura plus d'une
heure , & que pendant tout ce
temps- là on vit au Ciel les Etoiles
brillantes & remuantes. Luitprand
de. Pavie qui vivoit alors , dit qu'il
en a esté témoin oculaire. La mort
du Pape Grégoire ,& la Faction des
Gibelins & des Guelphes, qui caufa .
de grandes calamitez , arriverent
apres l'Eclipse de l'an 1230. Ilyen
D
}
82 MERCURE
ent une en 1415. apres la Feste du
S. Sacrement . Iean Hus fut brûlé.
L'an 1540. l'Eté fut extrémement
chaud&fec . de forte que les Foins,
les Légumes , & toutes les autres
choſes qui viennent en abondance
dans un temps temperé,furent extrèmement
rares . Ily eutseulement
des Seigles affezraisonnablement ,
& quantité de Vins tres-forts , &
d'une bontè admirable, mesme dans
les lieux où il en croiffſoit le moins.
Le Palais Royal de Prague , & l'E
gliſe Cathédrale bâtie avec de
grandsSoins &de grandes magnificences
par les Roys de Hongrie ,
furent brûlez & ily eut de grandes:
incendies ailleurs , dont beaucoup
de Gensfurent accuse,z qui mouruvent
en protestant de leur innocence.
}
Il nous en dit beaucoup d'autres
qui avoient esté toutes ſuivies d'éGALANT.
83
venemens tragiques & extraordinaires
; mais je m'arreste à celle- cy,
qui a duraport par son commencement
aux grandes Sechereffes que
nous avons euës ce Printemps , &
au commencement de l'Eté , à la
difette des Foins & des Herbages
de toutes fortes , à la raisonnable
quantité de Seigles que l'on a ferrez
, &à la belle apparence que
chacun voit de remplir cette année
les Celiers d'excellens Vins. Mais,
avec toutes ces conformitez , de
mandons à Dieu que l'Eclipse du
12. de Iuillet de la preſente année
, àdeux heures & demie ,n'ait
point d'effets finiſtres . Apres cela ,
noſtre Docteur reprit ſon discours ,
nous dit que les Medecins ayant
confideré les principes & les effets
des Eclipses avec les Philofophes&
les Aftronomes , en concluent , fur
tout quand elles font de longue du
;
D6
84 MERCURE
i
rée , qu'il y aura des maladies,
principalement quand c'est le Soleil
qui est éclipse , car ils connoiſſent
bien que cet Aftre si benin , qui est
comme l'oeil du Monde &le Pere de
la Nature , ne nous regardant pas
de bon oeil , tout va mal; & qse
comme il agitfur les choses d'icybas
, leur communiquant ſes influences,
fon mouvement ,ſa lueur,&
Sa chaleur, cette lumiere &fes rayons,
estant arrestezſur la partie
Superieure de la Lune , qui est éclai
rée , alors contre l'ordre naturel,
cet Aftre qui est malfaiſant , nous
dérobant enpartie la lumiere , nous
ofte en mesme temps les falutaires
influences du Soleil , &comme dans
le petit monde , qui est l' Homme ,
quand l'irradiation des eſprits animaux
qui descendent du cerveau
est emp schée par quelque humeur
froide qui cause obstruction , les
GAALNT. 8
parties inférieures det Corps Souffrent
, de mesme l' irradiation du
Soleil eftant empefchée parle corps.
opaque & folide de la Lune , tous
les Animaux fouffrent par cette
interruption.
Un de la Compagnie interrompit
icy le discours , difant que l'Eclipse
estoit une chose naturelle , qui ne
produisoit aucun mauvais effet ;
qu'il ne s'enfuivoit pas que le Corps
s'en trouvaffent pis , encore que les
rayons du Soleil fuſſent détournez,
fa lumiere obfcurcie ; & que s'il
2
en arrivoit autrement
, on auroit
fujet de craindre qu'iln'y cust de
grandes maladies toutes lesfois que
Le Soleil feroit caché par des nua
ges,ou par des grands broüillards.
Noftre bon Vieillard répondit que
ce n'estoit pas une raiſon affez forte
pour combatre les sentimens des
Astronomes & des Medecins , de
86 MERCURE
dire que ce quiest naturelne produit
point demaladies. Il y a mille choſes
naturelles qui produisent bien
des maladies , comme les Tempestes,
Les Orages, les Tonnerres , les Tremblemens
de terre , les exhalaiſons
puantes & infectées des Cloaques .
Quesi quelqu'un n'avoit pas reffenty
les effets malins des Eclipſes,
elles en avoient pû produire en d'autres
Perſonnes , que dans les temps
des maladies generales , meſme con.
tagieuses, tout le monde n'estoitpas
pour cela sujet aux mesmes maladies
, que les Corps les plus forts,
vigoureux , & robustes , réſiſtent aux
venins de l'air ; que la nourriture
mesme y contribuë , mais que les
Corps foibles & mal disposez y succombent
, & qu'il avoit veu des Per-
Sonnes tomber malades , & mesme
en mourir , pour avoir efté exposées
dehors durant l'Eclipse; qu'il conGALANT..
87
feilloit mesme àses Amis de ne pas
regarder en ce temps - là trop fixementle
Soleil ny la Lune , & de les
regarder ſeulement dans un Baffin
d'eau exposé devant quelque vître,
ou par un petit trou , tel qu'on en
fait pour mirer ou pour niveler, puis
que les obſervations diférentes faitespartant
d'habiles Gensn'estoient
pas à negliger ; &fur ce que l'autre
avoit dit des nuages & des
broüillards , il répondit qu'il estoit
constant que quand il nous cachent
long- temps le Soleil , ils caufent du
defordre. C'est alorsque les Fieures
s'augmentent , queles Goutes reviennent
, que les Fluxions débor
dent du cerveau , qui étoufent fouvent
les Malades tout d'un coup ,&
qu'il arrive mille autres accidens .
comme Migraines , mauxde Dents ,
Apopléxies , &c. ८
Un autre qui estoit fort estimé
8'8 MERCURE
par sonsçavoir, crút l'embaraffer.
en luy demandant comment il eſtoit
posible que les Habitans de l'Isle de
Groenland puffſent viure , estant la
moitiéde l'année dans les tenebres ,
fans voir le Soleil , & par conféquent
privez de ſes douces influences.
Ilrépondit qu'il ne failloit pas
s'en étonner , que ces Gens. là ef-
-toient accoutumez & naturalifez
dans ces Lieux , qu'ils estoient en
un Païs froid , & quec'est lepropre
du froid de deſſecher les Corps , &
de concentrer la chaleur naturelle
au dedans , ce qui faisoit que ces
Perſonnes estoient fortes & robustes
pour resister à la groſſieretédes vapeurs
; qu'ils ne laiſſoient pas de
voir un peu de jour , & que l'habitude
est une feconde Nature. Ilajoû
te que ceux qui navigent vers
Groenland , & paffent mefme jusques
à Shisbergue, pour la pesche
GALANT. 89
:
de la Baleine , &pour chercher des
Dents de Chevaux marins & de
Vaches marines , qu'on trouve sur
tout vers Shisbergue , qui estfort
avancévers le Nord , ne vont point
en ce Païs que quand te Soleil est
bienhaut , & qu'ils le voyent quafi
toute la nuit far leurs testes. Que
fi ces Gens; quoy qu'habituez en
des Païsfroids sujets aux va
peurs & broüillards , comme font
les Hollandois , les Danois , & les
Hambourguois , alloient là dans
d'autres temps , ils n'y pourroient
vivre , ny réſiſter a la groſſiereté de
l'air , encore que les Habitans y
vivent bien. Il dit de plus , qu'ou
tre ce qu'il avoit là deſſus , ilavoit
interrogé des Officiers de Marine
qui y avoient esté ,&qui l'avoient
aſſuré que les Vaiſſeaux n'y peuvent
aller que dans les grands jours &
les grandes chaleurs , car autrement
१०
MERCURE
les Hommes ne pourroient réſiſter à
l'air épais & mataifé , remply de
browillards , & tres froid. Nostre
Vieillard ayant fatisfait à la
Question qui luy avoit esté faite .
reprit où il en estoit demeuré, &
dit que les Theologiens & les Saints
Peres parlant fort souvent des
Eclipses , fur tout de la grande &
admirable qui arriva à la mort du
Sauveur , qui avoit esté prédite
par les Prophetes ; & laquelle
estoit tout à fait miraculeuse , par
trois raiſons . La premiere , parce
qu'elle arriva dans la pleine Lune.
Laſeconde , parce qu'elle dura trois
heures , ce qui est contre l'ordre na.
turel ; & la troisième , à cause
qu'elle fut univerfelle , comme les
Evangelistes le témoignent. Et S.
Denys l' Areopagiſte, grand Philofophe
& grand Mathématicien ,
eftant alors en Egipte , dit à cette
GALAN T.
9в
occafion, Il faut que le Dieu de la
Nature ſouffre , ou toute la Machine
du Monde ſe diffout. Il
ajoûta , pour éclaircir ce qu'il avoit
dit , que l'Eclipse du Soleilnesefai
Soit suivant le commun sentiment
des Philosophes & des Aftronomes,
que dans le temps que la Lune eſt
dans la teſte ou dans la quenë du
Dragon , ou bien pres , c'eſt a dire
dans ſon commencement ou à ſa fin,
&qu'elle estoit pleine à la mort de
Nostre Seigneur; que le Soleil eftant
fort rapide danssa courſe, la Lune
ne pouvoit empeſchersi long-temps
L'influance de ſes rayons. Enfin ilfit
mille belles reflexions fur les difé.
rentes Eclipses naturelles &furnaturelles
, dont toute la Compagnie
fut extrémement contente , & luy
témoigna bien des reconnoiſſances.
F'en avois l'esprit tout remply,
quand j'ay reçen vostre Lettre , de
92
MERCURE
forte que je n'ayeu qu'à les mettre
furlepapier , mais non pasavec fon
éloquence ; ce qui metiendra lieu,
s'il vous plaiſt , d'une décharge pour
oe que vous avezdeſiréde
:
Voſtre tres humble & tresobeiffant
Serviteur ,
VIGNIER.
ARichelieu ce 15. luillet 1684,
Aux premiers bruits que les
Génois & les Eſpagnols firent
courir de la Deſcente qu'ils
avoient deſſein de faire en Provence
, Monfieur le Comte de
Grignan s'avança en hâte vers
là Côte , & donna ſi promptement
ſes ordres par tout , qu'il
affembla en tres- peu de temps ,
les Milices& la Nobleffe , & mit
toute la Côte hors d'inſulte . La
Ville d'Antibe eſtant le Poſte le
GALANT.
93
plus avancé , & le plus dangereux
, il s'y eſt tenu prés d'un
mois , & ſa préſence a eſtéauſſi
neceſſaire pour raffurer cene
Ville, &les autres de la ſeûreté
deſquelles il avoit pris foin ,
qu'elle a efté utile pour intimider
les Ennemis , puis que par
ſa vigilence l'on y eſtoit à cou
vert de toute ſurpriſe. Le Roy
fatisfait de ſa conduite, luy avoir
donné un plein pouvoir de ſe
ſervir des Troupes de la Marine,
& du Canon qui estoit dans les
principales Villes , comme il le
jugeroit à propos , en attendant
le ſecours qu'il luy devoit envoyer
; mais les Ennemis ont
pris le ſeul party qu'ils avoient
à prendre , & ils ſe ſont retirez
dans leurs Ports fitột que la Tréve
a eſté ſignée. Ainfi Monſieur
le Comte de Grignan a
}
94
MERCURE
congedié , ce qu'il avoit levé
de Milices , auſſi-bien que la
Nobleſſe , qui avoit couru le
joindre avec l'empreſſement qui
luy eſt ordinaire dans les occaſions
, où elle peut eſpérer de
donner des marques de ſa valeur
& de ſon zele pour le ſervice de
Sa Majeſté. Tous les Gentilshommes
qui s'étoient mis ſous
les armes , ſe ſont retirez avec
toute la fatisfaction poffible de
la maniere dont ils ont eſté traitez
par ce Comte , qui n'a épargné
aucune dépenſe pour les
régaler, & pour les ſoûtenir avec
éclat l'honneur de la Charge
qu'il exerce fi dignement.
Ma Lettre ſe trouva ſi remplie
le dernier mois , que je ne pus
vous apprendre la mort de Meffire
Pierre Boutet , Seigneur de
Marivats , arrivée le 19. d'Août.
GALANT ..
95
Heſtoit Chevalier des Ordres
Royaux& Militaires de Noftre-
Dame de Mont- Carmel , & de
Saint Lazare , Premier Gentil.
homme Ordinaire de Monfieur,
Grand Bailly de la Ville & Duché
d'Etampes , Gouverneur &
Capitaine de la meſme Ville. It
n'a laiſſé qu'un Fils âgé de dix
ans, auquel Son Alteſſe Royale
avoit accordé depuis quelques
mois la Survivance de la Charge
de Premier Gentil-homme ordinaire
, en confideration des fervices
de Monfieur de Marivats
fon Pere.
Le 29. du meſme mois mourut
Meffire Michel Polaſtron de la
Hilliere, Marquis de Grillemont,
Grand- Maistre de la Venerie de
Monfieur. Son mérite auſſi -bien
que fa naiſſance , luy avoit donné
beaucoup d'Amis dont il eſt
96 MERCURE
fort regrete . Monfieur l'honoroit
de ſon eſtime ,& a témoigné
eſtre touché de ſa perte. Il y avoit
environ fix ſemaines qu'il eſtoit
veuf, & quoy qu'il ne fuſt plus
en âge de ſentir l'amour , ayant
plus de ſoixante& fix ans, & que
meſme il luy fuſt reſté quelques
incommoditez d'un attaque d'apopléxie
qu'il avoit euë l'année
précedente , il s'étoit rendu au
mérite d'une Fille de qualité,
avec laquelle il venoit de réſoudre
le jour de ſon Mariage au
Lundy ſuivant , lors qu'il retomba
dans le meſme mal d'apopléxie.
Cette rechute l'emporta en
dix-huit heures.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de Monfieur le Vidame
de Vallé , Lieutenant de Vaifſeau
, arrivée à Toulon le 17. du
meſme mois , aprés cing jours
(
de
GALANT.
97
de maladie. Il eſtoit Gendre de
Monfieur le Maréchal de Humiéres
, & par conſequent Neveu
de Monfieur le Marquis de
Preüilly, Lieutenant Generaldes
Armées Navales de Sa Majeſté.
Il avoit ſervy d'Ayde de Camp
auprés de Monfieur le Maréchal
de Créquy ſon Oncle , dans toutes
ces dernieres Guerres , où il
avoit donné des marques de ſa
valeur , auffi - bien que dans le
Combat que monſieur de Relingue
a ſoûtenu depuis peu de mois
contre les trente fix Galeres
d'Eſpagne , & de Génes. Il a eſté
enterré dans l'Egliſe Cathédrale
de Toulon avec beaucoup de
magnificence. Meſſieurs duChapitre
vinrent enlever le Corps,
accompagnez desDominiquains,
des Capucins , des Minimes , des
Auguſtins , & des Peres de la
Septembre 1684.
.
Bayerische
Stomshielothek
r
E
b
98 MERCURE
Mercy , au nombrede plusde fix
cens , ayant chacun un Cierge
à la main. Il y avoit auſſi quatre
Compagnies de Penitens , ſçavoir
, blancs , bleus , noirs , &
gris , qui faisoient plus de ſept
cens Perſonnes ,& qui portoient
tous chacun un Flambeau . Les
Confreresde la miſericorde marcherent
aprés le Corps , ſuivis de
cinquante Pauvres en deüil avec .
des Flambeaux, où les Armoiries
de ſa maiſon étoient attachées.
Quatre des plus anciens Licutenans
de Vaiſſeau tenoient les
coins du Drap mortuaire; & fix
Sergens des Vaifleaux , avecun
crêpe au Chapeau , portoient le
Corps. Monfieur le marquis
d'Amfreville ſe trouva à cette
Pompe funebre avec tout le
Corps de la Marine & trois
Compagnies de Gardes Marines,
3
GALANT وو
ſçavoir , celle de Toulon , celle
de Breſt ,& celle de Rochefort,
ce qui faisoit plus de huit cens
Hommes! La marche ſe fit en
tres-bon ordre , & quand le
Convoy paffa fur le Port de la
Marine , l'Amiralele falia de
vingt cingh coups de Canon.
Quelques jours aprés , il y eut
un Service folemnel pour le repos
de ſon ame dans l'Egliſe des
Peres Carmes , qui estoit tenduë
de noir , & où l'on avoit dreſſé
une Chapelle ardente. Tout le
Corps de la Marine y aſſiſta, &la
foule y fut fi grande, l'Egliſe n'en
put contenir qu'une partie
Le Pare Alexis du Buc Théatin
, qui continuë à ſe donner
tout entier aux Controverſes , a
vu ce mois - cy font zele récompenſe
par trois Abjurations remarquables
, qu'il a requës. La
E 2
100 MERCURE
20
premiere a eſté dans l'Egliſe des
Religieuſes Angloiſes , Ruë de
Charanton, Faux - bourg Saint
Antoine, de Madempiſelle Marie
Forest , agée de cinquante
cinq ans, Femme de Monfieur
Mucer , Bourgeois de Paris, Elle
a frivy L'exemple de Monfieur
Foreft fon Pere, qui ne voulut
pas mourir dans la Religion ,où
il avoit eſté élevéams not sh
La secondea eſté dans l'Egli
ſe des Filles de Sainte Marie,
Faux bourg Saint Germain , de
Mademoiselle Fenoprecommandable
par ſes belles qualitez ,
& d'une Famille fort attachéeà
fa Religion. Elle n'en a pas plutôt
connu les erreurs, qu'elle a
genéreusement la Maifon
de ſa mere pour les abjurer. Sa
Majesté en ayant eſté informée,
nya accordé ſa prorεείρήωριστ
quité
GALANTM
La troifiéme de ces Abjurations
s'eſt faite dans l'Egliſe des
Théatins , où Monfieut de Salus,
du Païs des Grifons , Lieutenant
des Gardes Suiſſes du Roy, a fait
profeſſion des Veritez Catholiques,
en preſance de pluſieurs
Perſonnes de qualité.
L'approbation que vous avez
donnée àtouslesOuvrages que
vous avez leus du Berger de Flo
re , m'oblige à vous faire part de
celuy- cy , je croy que vous n'en
ſerez pas moins contente , que
vous l'avez eſté detous ceuxde
ſa façon , que je vous ay deja envolyezein
zioremis
1
sikrogor Two of teet temple
E
102 MERCURE
LESATYRE .
ETLELOUP.
UN
FABLES
3L
NSatire à vilain muzeau ,
Crogant avoir une voix fans pareille.
7 :
Et qu'il alloit dire merveille ,
Chanta Sur un ton de Corbeam,
AlEcho d'un Rocher, prés d'un bord
... de la seine.vἱ ουρ
Quy , oüy , j'aimerois mieux la
Bergere Circene ,
Que fon Troupeau.
Un Loup qui l'entendoit, couchéfur
la Fougere ,
Selevant tout joyeux , luy répondit
cesmots;
GALANT.
103
Nous ne ferons donc pas Rivaux
,
Car foy de Loup qui te revere,
J'aimerois le Troupeau, bien plus
que la Bergere.
La- deſſus , ils font amitié
Avec un complotfans pitiè.
Circene ce jour-là gardoit fes Brebiettes
Dans des guérets voiſins du Rocher
&de l'Eau ,
Et s'amusoit à cueillir des Flcurettes,
Pour enfaire un Feston àfon petit
Agneau.
Le Satire &le Loup l'curent tost
éventée;
I
Et des le mefme instant, l'ardeur
précipitée
De contenter leurs appétits ,
Lesfait courir comme à la Fefte,
Le Satire à la Belle, &le Loup aux
Brébis.
E 4
104
MERCURE
Maisils partent , les Etourdis ,
Sansfongerſi rien ne s'appreſte
As'oppofer à leur conqueſte,
Et leur course imprudente a justement
ſon prix ;
Penfantprendre, ilsſe trouventpris.
Le Berger Floridon, Amant de cette
Belle ,
Quin'oſoit par respectporterfespas
vers elle.
La voyantſeule, & loin de leurHa
meau ,
Eſtoit proche de là , monté ſur un
Chesneau ,
L'admiroit à ſon aiſe , & la regardoitfaire,
د
Il eut toſt découvert la marche téméraire
Des deux dangereux Ennemis.
A l'aspect dupérilque court l'objet
qu'il aime 2
1
GALANT 1ος
a
Ilfrémit,il pålit , il est hors de luymesme;
Mais grace à la Fortune, il est bientoft
remis .
Ilapperçoit quatre de ſes Amis
Venir à luy , montez à l'avantage ,
Armez d'Epieux , d'Arcs , &de
Traits,
Suivis de Chiens viſtes &frais ,
Quifortoient duprochain Bocage.
Au Satire , au Loup , Compagnons
,
Leur cria- t - il, defcendant defon
chefne.
Les voila , qui vont à Circene ;
Le Satire les tient ; le Loup eſt
au Moutons;
Secourons - les , donnons , don-
L
hons.
Le Berger court, ſa voix est enten-
Son exemple eſtſuivy des chiens&
des Ghaffeurs ,
Ε
106 MERCURE
Et tout perce une Haye élevée &
touffuë.
Qui les cachoit à nosdeux Ravif-
Seurs.
L'un & l'autre déja s'emparoit deſa
Proye
رد
Et mépriſantſes cris, lapreffoit avec
joye 249 30
Mais ce grand fecours arrivant .
Chacun tache ſapriſe ,
Et gagne au pied niste comme le
vent ,
Avec une douleurégale àfafurprise.
Les Chaffeurs & Les Chiens n'en demeurent
pas là.تا
LesChiensſuivent leLouples Chaf-
Seurs Le Sasikapi - anora
Ils courent tous , à qui plut vifte ira;
Tandis que le Berger revive
La Belle&Ses Brébis , de l'extreme
frayeur
i
GALANT.
107
Qui leurglace lefang, & leur abat
le coeur.
Aprés une longue poursuite ,
Les Chiens, enfin joignent le Loup ,
Et devenus plus hardis parfa fuite,
L'acculent, le prennent au cou ,
Et de tous les coſtez le mordent coup
Sur coup.
L'un luy perce la peau, l'autre la luy
déchire,
A l'écorcher chacun afpire.
Cefutpour lors qu'à ce pauvre Animal
Les dents firent grandmal.
Les dents des Chiens , cela s'enva
Sans dire;
Il en fouffrit un bien fâcheux martire.
Son Compagnon fuyard ne fut pas
mieux traité';
On l'attrape, ilest arresté
Malgréses fauts &ses gambades ,
Etde cent coups de bastonnades
E 6
108 MERCURE
Son cuir , s'il l'a bien dur , est sifort
éprouvé ,
Qu'elles marquent par tout leurs
traces;
Jamais à telle Feste il ne s'estoit
trouvé ,
Iamais il n'avoit fait de ſi laides
grimaces.
Ce n'est pas tout; les Malheureux .
Sont tous deux enchainez, & conduits
au Village ,
L
Puis attachez par de bons noeuds .
Au Poteau du Carcan plantéfur le
paffage
Pour estre ainsi livrezaux ris ,
Au reproche , à l'insulte , àl'injure.
à l'outrage 2117
Des Enfans , des Paſſans, de tout le
voisinage.
Les Prisonniers couchez par terre ,
Tristes , pensifs , & languiſſans
13
GALANT
109
Ne se parlerent point , tant qu'on
leur fit la guerre'; :
Mais quand la nuit eut diſſipé les
Gens,
Laſſez enfin de prendre en patience
Tant d'affrons , & tant de fouffrance,
Ils viennent àſe quereler...
1
Ce n'est que plainte, que rancune .
Ilsnefont quese harceler .
Que s'imputer leur infortune
Que se rendre garands l'un l'autre
de leurs maux.
Aprés cela , laplainte attire les gros
mots;
Les gros mots ſont ſuivis de la rude
menace ;
La menace , de coups ; & les coups
de lambeaux .
LeurSangde toutes paris coule parmy
la place
Et leur ame ſe noye en ces sanglans.
ruisseaux
T
fio MERCURE
泰
Mais comme le Deftin affez ſouvent,
nous ofte ,
Le voile àl'heure de la mort ;
Ces Avenglez, mais tard , apper-
-çoivent leur faute ,
Et pour lors , bien d'accord ,
Se demandent pardon avec beaucoup
de zele ,
Dc leurs trop choquans entretiens ,
Deleur trop funeste querelle;
Mandiffent les Chevaux , les Chaf-
Seurs ,& les Chiens ,
Et le Berger en sentinelle ;
Et malgré tous leurs déplaisirs ,
Epargnent les Objets de leurs ardens
defirs ,
Les Brébis , & la belle ;
Puis l'heure estant venue, enfin meurent
peſtans ,
D'avoir mal pris leur temps.
६.
Lecteur , ne traite pas cette Fable
nouvelle
GALANT.
De pure bagatelle ,
Puis que,s'ilfaut te l'expliquer .
Elle inſtruit ceux dont l'ordinaire
Est d'aller trop uiſteen affaire ,
Que l'on doit reconnoistre , avant
23 que d'attaquer ,
Afin que s'il est néceſſaire ,
On se puiffe aisément Soustraire
Aux vedoutables accidens ,
Qui , pour estre imprévens, perdent
les imprudens
2
Il y a des Génics heureux à
qui l'acquiſition des Sciences ne
coûte rien. C'eſt ce qu'on a vû
depuis un mois dans un jeune
Rhétoricien du College des lefuitesdeToulouſe
, qui a raiſon.
né publiquement de la Rhétori
que dans toute ſon étenduë , de
la Poëfie, & furtoutde la Françoiſe
dans toutes ſes regles , &
des Fortifications , ou Siéges do
12 MERCURE
Places dans un détail fort partie
culier. Il eſt Fils de Monfieur
Daſpe de Meilhan , & n'a encore
que quinze ans. Pendant deux
léances , auſquelles tout le Parlement
, le Clergé , les autres
Corps de la Ville , & generalement
tous les Gens de Lettres
& Curieux aſſiſterent , il répondit
avec une préſence d'eſpric
ſurprenantes aux diverſes Queſtions
qui luy furent faites fur
toutes ces choses ; & ce qu'il y
a de plus merveilleux, c'eſt qu'en,
expliquant les endroits dont on
luy demanda l'éclairciſſement
dans les Ouvrages d Homére , de
Juvenal , de Perſe , d'Horace ,
du Taffe , & de Lope de Vega ,
il parla la Langue de tous ces
Auteurs , c'est- à- dire , Grec fur
I'lliade , & fur la Batrachomyomachic
d'Homère , Italien , fur
GALANT.
113
l'Aminte , & la Jerufalem délivrée
du Taffe , & Eſpagnol , for
quelques Comédies de Lope. Il
eſt fort rarede ſçavoir cinq Langues
dans un âge ſi peu avancé,
&plus encore de les poffeder afſez
pour ne les confondre pas:
en s'en ſervant. La facilité avec
laquelle il s'énonça dans chacu
nede ces Langues , a donné lieu
à ces quatre Vers Italiens de
Monfieur Fermat Conſeiller.
Stupiron quei che favellar
l'udiro ,
)
e
3
Ed in diverſe Lingue effer fo
presto
Che Tofco in Roma , e Greco
in Epiro L.
L'haurian creduto , e quel pos
pol, e questo.
Toute la Ville parle encore,
avec ſurpriſe de ce prodige d'efpric..
1
114 MERCURE
Ce qu'on m'a mandé qui s'eſt
paffé à Lyon n'eſt guére moins
extraordinaire. Le Fils deMonfieur
du Tour Conſeiller devant
foûtenir le 7. Aouſt dernier une
Theſe de Philofophie dans le
grand College des lefuites , une
jeune Demoiselle , Fille d'un fameux
Medecin de Montpellier ,
alla trouver le Régent du Soûtenant
, pour luy demander la
permiffion d'argumenter dans
cette diſpute publique. Le Régent
l'interrogea , & furpris de
voir une Fille Philoſophe , qui
parloit tres bien Latin , illa préfenta
au Pere Recteur. D'autres
Peres de la meſme Compagnie ,
& quelques Particuliers de la
Ville, qui ſe trouverent àla conférence
qu'elle eut avecluy , admirerent
ſes vives & fpirituelles
réponſes ſur les Queſtions les
GALANT.
115
plus difficiles de la Philofophie ,
auſquelles elle fatisfit tres ſca.
vamment , & avec une hardiefſe
, qui en marquant la folidité
de ſon eſprit , nedémentoit point
la modeſtie de ſon Sexe. Cependant
comme la choſen n'avoit
point d'exemple , on la pria de
ſe contenter de la juſtice qu'on
luy rendoit ,en confeffant qu'elle
eſtoit tres-digne de paroître
dans l'Acte public qui devoit fe
faire , & qu'on l'y auroit reçuë
avec plaisir ,fi quelque uſage
avoit pu autoriferjune entrepri
ſe de dette nature , Meſſieurs da
Parlement de Dombesà qui ces
Théſes estoient dédiées , furent
fort fâchez de l'exclufion qu'on
avoit eſté contraint de luy donner.
Comme elle fit bruit , chacun
parla dans la Ville d'une
nouveauté ſi particuliere , & il
116 MERCURE
n'y eut aucune Perſonne confidérable
, qui ne fouhaitaſt con
noître cette jeune Demoiselle?
Vous pouvez juger combien elle
reçût de loüanges de tous ceux
qui s'empreſſerent à fuv faire
Compliment fur fon deffeintb
Le 27. du dernier mois , Mon
fieur l'Evêque de Contances fic
la cerémonie de la confecration!
de l'Eglifel des Peres Capucins
de Valogne , qui fur dédiée àla
Vierge ,& à Saint Jofeph. Elle
commença à fox heures du mating
& durajaſqu'à une heures
aprés midy , avec une foule incroyable
de Peuple. Toute laNo- l
bleſſe du Païs y aſſiſta , & entreautres
Madame la Marquiſe de
Saint Pierre , d'une des plusiil
luſtres Maiſons de la Province,
Cette cerémonienſe ficavec
beaucoup de magnificences Lesa
GALANT 117:
Σ
Dames entrerent dans le Convent,
où les Peres régalerent tout
cequ'il y eutd'honneſtesGens.
Je vous envoye le coup d'effay
d'une Muſe naiſſante , qui a cu
l'aplaudiſſement de toute la
Cour. Ce font quatre Sonnets
de Monsieur de Hautmont de
Saumur , ſur des Bouts - rimez ,
que l'on avoit propoſez icy à la
loüange des Héros du Siécle. Il
eutl'honneur le 8. de ce mois de
lire en préſence dde Sa Majesté
celuy qu'il a fait pour Elle . On
m'a fait efperer quelques Piéces
tendres de ſa façon, je ne doute
point qu'elles ne vous plaiſent.
Lesbords de la Loire ſont d'heureux
Climats , ooù les coeurs
blent naître pour l'amour.
sin't on live singontre anir as I
coved.s
118 MERCURE
POUR LE ROY.
T
CIjamais un Héros fut couronne
degloire ,
1
Si les Siecles jamais on produit un
grand Roy ,
Si jamais Conquérant Scent bien
donner la Loy,
C'est LOUIS, dontle
la Victoire ,
Bras couronne
:
Qu'on nenous vente plus la valeur
'hiſtoire
1
Detousces Demy-Dieuxdont la Fable
fait foy;
3
La France triomphante , & l'Europe
en effroy ,
Et l'Afrique domptée , effacent leur
memoire! 107
Il n'a rien entrepris qu'il ne l'ait
achevé ,
GALANT.
119
Au faiste des grandeurs LuySeul
s'est élevé ,
Tousſes pas ont marquéfon courage
intrépide ;
Et l'on en voit beaucoup au rang.
des Immortels ,
Au deſſus d'un César , au deffus
d'un Alcide ,
Qui bien moins que LOVIS méritent
des Autels,
J
:
A MONSEIGNEURONT
LEDAUPHIN
Eune & brillant Héros , qui cours
aprés la gloire
Sur les pas triomphans denôtreauguste
Roy
Apprens de sa justice à nous donner
la Loy,...
Et defon Bras vainqueur à forcer
la Victoire.
120 MERCURE
Ce Grec audacieux ſi vanté dans
Hiftoire ,
CeGuerrierfoudrogant dont Arbelles
fait foy ,
Du Monarque Perfan la terreur&
l'effroy ,
N'aura rien d'éclatant au prixdeta
mémoire.
Le Deſtin nous promet ce Miracle
achevé ,
In Dauphin glorieux , dont le coeur
élevé
Seconde la grandeur de LOVIS
l'intrépide.
211103
Apres l'avoir couvert de Lauriers
kaimmortels, patay
Nous leverronspompeux ,ſuivy d'un
Autre Alcide ,
Mériter àson tour des voeux&des
Autelsa 4
A
GALANT 1211
A MONSIEUR
PRINCE,
RINCE , dont le grand coeur
mérita tant de gloire , T
Dans ces champs sifameux où tu
donnas la Loyb
Ta valeur à Caffel fit bien voir à
Que PHILIPEDEFRANCE
est né pour la Victoire.
112 A
On verra les Flamans terraffez
dans l'Histoire.
Marquer tous les grands coupsdont
ce Combat fait foy ;
Les Murs de Saint Omer en tombe
rent d'effroyayo ? 010
EtfonHéros vaincu craint encorta
mémoire.
Un Epimanondas fust-ilplus achevé
?
Quenepeut le Françoisſous ce Chef
élevé? nionH
i
Septembre 1684. F
122 MERCURE
LOVIS fait tout trembler ſous ton
Bras intrepide.
Tu leſuis de bien prés au rang des
Immortels ?
Auguste dans la Paix, & dans la
Guerre Alcide ,
L'Olive & le Laurier chargent tout
-tes Autels. 7 X
A MONSIEUR
LE PRINCE.
د
dont la valeur fait
Heros eclater lagloire,
Dans ces fameux Combats admirez
detonRoy,
Pour qui ta jeune audace ofe porter
la Loy ,
Dans ces lieux de tout tempsfermez
àla Victoire.
Ces Champsfi renommézparlent de
ton Hiſtoire ;
GALAN T.
123
ز
Rocroy, Lens ; &Norlingue; &Fribourg,
en font foy ;
Dunquerque , Thionville , en confervent
l'effroy ;
Et Sénef & le Rhin redoutent ta
mémoire.
Vit- on un Conquérant plus grand,
plus achevé?
Ton Nom, de tous les Noms eft le
plus élevé ,
Prince auſſi genéreux que Guerrier
intrepide.
La France doit fon lustre à tes Faits
immortels ,
Elle n'a qu'un Condé, la Gréce qu'un
Alcide,
Mais Alcide à Condédoit ceder les
Autels.
14
Ie vous ay parlé des change
mens de Charges qui ont eſté
:
2
F 2
12:41 MERCURE
faits dans la Maiſon de Monfieur
entre les grands Officiers , àl'occafion
de la mort de Monfieur
le Duc de Choifeüil , & des libéralitez
qui leur ont eſté faites
par ce Prince ; mais je ne vous
ay pas dit que Monfieur leComte
de Tonnerre avoit eſté reçeu
dans le meſme temps Premier
Gentilhomme de ſa Chambre.Je
vous ay ſouvent parlé de ſa Maiſon
, qui eft generalement reconnue
pour une des plus illuſtres
de France. Quant à ſa perfonne
, il a un air fier , & qui
marque ſa naiſſance. Son eſprit
eft vif& plein de feu ; il eft in
trépide , & toûjours preſt àdonner
des marques de fon courage.
Le 10. du mois paffé , Monſieur
le Marquis de Briquemault
cpouſa Mademoiselle de Caſtelmoron
, Fille de François NomGALANT.
125
par de Caumont de la Force ,
MarquisdeCaſtelmoron , Lieutenant
General des Armées du
Roy, cy-devant Gouverneur de
la Principauté de Montbéliad ,
Comte de Bethford & Païs ad
jacens, &de Marguerite de Vi
cefe, & Petite Fille de lacques
Nompar de Caumont , Dere de
Ja Force, Pair &Maréchal de
France. Elle elt d'un mérite qui
répond à ſa naillance, c'eſtvous
en faire un fort grand éloge en
peu de mots MonfieurMe Mar
quis de Briquemaulteſt riche, &
bien fait. Son eſprit &fes belles
qualitez luy ont fait acquérit
beaucoup d'eſtime , & il n'eſt
pas moins confiderable,par la
que par l'ancienne nobleſſe de
fa Maiſon , dont les Hitoriens
ne ſe raiſent pas. François de
Briquemault eſtoit Chevalierde
F3
126 MERCURE
l'Ordre du Roy François I. Gen
tilhomme ordinaire de ſaChambre
, & fut fait meſtre de Camp
General de l'Infanterie Françoiſe
en Piémont l'an 1566. Cette
Maiſon porte de gueules à trois
faces, àla Bande d'Hermines brochantfurlebout.
Le s . de ce mois , on celébra
en Champagne une cinquiéme
Alliance entre les Maiſons de
Vienne & de Vignier , par le
Mariage de Monfieur le Chevalierde
Vienne avec Mademoiſelle
Vignier , Damede S. Uſage.
Le Marić eſt Fils de Meſſire lacques
de Vienne , Seigneur de
Coing , d'Argentenay , & de la
Geffe , Conſeiller d'Etat , Capitaine
, & Gouverneur pour le
Roy des Ville & Chaſteau de
Barſurſeine , & de Dame мад-
delaine Gervaiſe-la- Verſine, PeGALANT.
127
2
tit-Filis de Iean Baptiſte de Vienne,
Seigneur de Gevroles , auſſi
Capitaine & Gouverneur de
Barſurſeine, & de Dame Françoiſe
Vignier , Grande Tante de
la mariée , & Arriere- Fils d'Antoine
de Vienne , Seigneur de
Gevroles & de Breviande , & de
Dame Jacquette de Bugnes . Ce
dernier deſcendoit de ce Guil-
Jaume de Vienne , qui aſſiſta en
1329. parmy les Seigneurs de
Champagne , à l'Action celébre
que je vous lay appriſe par ma
Lettre de Decembre 1680.o
l'on à mis Gentoles pour Gevroles.
Guillaume de Vienne eſtoit Frere
de lean de Vienne , Arche.
veſque de Rheims, qui eutl'hon
neur de couronner le Roy lear,
& Fils de Hugues de Vienne 1.
du nom , Seigneur de Montdore
en Barrois ,dont le Trifayeul fot
F 4
-1-28 MERCURE
Gervais de Vienne , Frere aîné
de Geoffroy de Loupy Maréchal
de Champagne , tousdeux
Fils de ce Geoffroy de Vienne,
que Du Gheſne, marque dans
fon Hiftoirede France parmy les
Chevaliers Bannerets de cette
mefme Province , qui accompagnérent
le Roy Philippe Auguſte
dans ſes Guerres & Voyages
d'Outre mer, vers l'an 11961 &
qui eut pour Femme Matilde,
Dame de Loupy dont Geoffroy
H. prit le momy La Marice eſt
Fille d'Estienne Vignier 3 Seigner
de S. Ufage , duray , & des
Foffes , & de Dame leanne de
Vienne la Thuillerie , Petite-
Filed'EſtienneMignier, Seigneur
de Chamblain , code Dame
Claire de Vienne- Saint- Martin,
deux Dames Parentes du marié,
& Arriere - Fille de lacques ViEGALANT.
129
2
gnier , Seigneur de Chamblain
& d'Anneville , & de Dame
Habeau de Saumaize - Chazans,
Anceſtres de Madame la Comteffe
de Tonnerre la derniere
morte; de Meffieurs les Marquisde
Ricey & d'Hauterive ;
de leanne & de Françoiſe Vignier
, Mariées à Meſſieurs de
Bonnefons , & de Vienne-Tré-
-villiers ; & da Pere Vignier le
Jeſuite leur Frere , Homme ſçavant
, qui a laiſſé entr'autres
Ouvrages à imprimer , La gran-
-de Histoire de la Ville&du Dioce-
Sede Langres , & encore celle de
Sainte Salaberge , où eft contenuë,
avecd'autres Genéalogies,
-l'origine des Comtes de Champagne
, Roys de Navarre , jufqu'à
préſent inconnue , & que
le défunt Pere Vignier de l'Oratoire,
ſon Parent, avoit auffi tra
F
130
MERCURE
vaillé à faire connoiſtre , comme
je vous l'ay marqué en faiſant le
détail de ſes Livres , dans ma
Lettre de Novembre dernier.
Jacques Vignier eut pour Pere
Guy Vignier , Seigneur de
Chamblain , de la Mothe , de
Villeneuve , d'Avirey en partie,
& de Chaſſy ; & pour mere Dame
Gillette de mefgrigny , auffi
Anceſtres de cet illuſtre Pere
de l'Oratoire , & de Monfieur
Vignier , Seigneur de Villeloin,
de Nigelle , & de la motte cydevant
Capitaine & Gouverneur
des Villes & Duché de
Richelieu . L'Ayeul de Guy fut
Philippe Vignier , Ecuyer de Philippe
le Bon , & CapitaineGouverneur
pour ce Duc , de la Ville
d'Avalon. Philippe eſtoit Fils de
Guillaume Vignier , Secretaire
d'Etat,de la meſme Province de
GALAN T. 131
Bourgogne , ſous les deux Ducs
précedens , puis de France ſous
le Roy Charles VI . & Guillaume
fut Arriere Fils de Gilles Vignier
, Seigneur de Lifle , qui alla
à la Terre- Sainte avec Thibaut
V. Comte de Champagne & de
Brie , Roy de Navarre , dont il
eſtoit Chambellan. Le Préſident
Fauchet fait mention de luy dans
fon Recueil des vieux Poëtes
François . Gilles Vignier defcendoit
de N. Vignier , dit Corboran,
Seigneur de Muffy , & d'autres
Terres ſur les Frontieres de Bourgogne
& de Champagne , quialla
à la premiere des Croiſades ,
& qui y ſignala ſi bien ſa valeur ,
qu'il en rapporta ce nom de Corboran,
qui estoit celuy d'un Prince
Sarazin , peut- eſtre le meſme
avec Corbagath , General de la
prodigicuſe Armée , que le Sul-
F6
132
MERCURE
tande Perſe envoya au ſecours
d'Antioche , dans le temps de
cette premiere Croifade , comme
il ſe voitdans ſa nouvelle Hiſtoire
; Prince qu'il avoit vaincu ,
&à qui il avoit donne la vie &
rendu la liberté,&de qui par révolution
de fortune , il reçût en
fuite les mefmes graces , à conditiond'en
porter le nom. Monfieur
de Marquis de Vienne , Frere aîné
du Marié , a eu l'honneur d'eſtre
Pagedu Roy , l'un de ſes anciens
Maistresd'Hoſtel, Ayde de camp
dans ſes Armées , & auffi Capitaine
&Gouverneur de Barfurſeine.
Ces deux Freres ont un
Neveude leur mefme nom , qui a
efté Page de la Reyne de Pologne
, dont ils ont l'honneur d'être
alliez par Madame leur mere,
&qui eft préſentement Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
GAALNT. 133
Polonoiſes , où il ne ſe fait pas
moins diftinguer par fon courage
que par ſa naiſſance . La Ceremonie
du mariage ſe fit à SaintUfage
, où aſſiſtérent entr'autresParens
, Monfieur de Vienne- Gevroles
, Seigneur du Bouverot ,
de Landreville , & de Mailly ,
Coufin germain du Marié , qui
s'eſt ſignalé pluſieurs fois dans
lesArmées de Sa Majesté &dans
les Etats deBourgogne ; &le Pere
Vignier , de l'Oratoire , Frere
de la mariée , qui a fait voir fon
zele dans les miffions & dans la
Converfion des Religionnaires.
- Comme la triſteffe fuccede
affez ſouvent à la joye par l'in
conſtance des chofes humaines ,
Monfieur de Gevroles qui avoit
affifté à ce Mariage , eft mort
peu de jours apres. Il eſtoit Fils
d'Antoine de Vienne , Seigneur
134
MERCURE
de Gevroles , & d'une Niéce de
feu Monfieur Coquelay , Con
feiller en la Grand Chambre , &
Chanoine de Noſtre-Dame. II
n'a laiſſé qu'un sils , qui eftGarde
de la Marine , & qu'il a eu
d'une Dame iſſue des anciens
Seigneurs de Landreville , dont
le nom eſtoit celuy de cette
Terre.
le viens à la priſe de Sainte
Maure , dont le Siége fut formé
le 29. de Luillet par l'Armée Vénitienne
, & par les Troupes
Conféderées du Pape , du Grand
Duc de Toſcane , & de la Religion
de Malthe , ſous le commandement
de Monfieur Morofini
, Procurateur de Saint Marc,
&Generalifſime de l'Armée.L'I
lede Sainte Maure eſtoit autrefois
attachée au continent de la
Grece, qui la compte pour une
GALANT.
135
de ſes Ifles Occidentales, comme
ellemet au nombre des Orientales
celles de l'Archipel . En
effer , toute la largeur de la Grece
priſe de l'Orient à l'Occident,
ſéparé l'Archipel de Sainte Maure.
Elle estoit connue dans l'An
tiquité ſous le nomde Leucade ,
&faisoit une partiedu Royaume
d'Uliffe ; auſſi eſt elle fort
proche d'thaque , où ce Prince
&ſaFemme Penelope réſidoient.
Vn Rocher de cette Iſſe eſtoit
autrefois le refuge , où l'on voyoit
accourir en foule tous les
Amans infortunez de la Grece ,.
qui croyoient appaiſer en ce lieulà
, la violence de leurs tranfports
amoureux , en ſautant du
fommet de ce Rocher. On tient
que la fameuſe Sapho qui a compoſé
tant d'excellens Poëmes ,
donna l'exemple de fauter en
136 MERCURE
bas , lors qu'elle eut appris l'infidélité
de fon Amant Phaon .
D'autres attribuent à Cephaler,
le premier eſſay d'un remede fi
extraordinaire. Ce Rocher auroit
eſtéungrand ornement dans
la Carte de Tendre. Mais pour
ne parler que de Sainte Maure ,
il eſt certain que cette Place a
toûjours paru trés- importante.
Elle touche preſque à l'Epire ,
&eſt prés de la Morée , à l'entrée
du Golphe de Lépante , où
ſe donna en 1571. cette famenſe
Bataille , qui acquit tant de
gloire à l'Armée Chreſtienne ,
& à Dom Iuan d'Auſtriche qui
la commandoit. La Ville de Sain-
'te Maure fut réduite en 1502 .
fous l'obeiffance des Vénitiens
parBenedetto Peſaro. Ce Genéral
y eſtant venû avec le ſecours
de quelques Vaiſſeaux du Pape
GALANT.
137
de Loüis XII . Roy de France,&
ides Rhodiens, fit la décente avec
"une partie de l'Armée , & s'êtant
rendu de maiſtre du Pont ,
aprésun combat opiniaſtré,dans
lequel quantité de Turcs demeurérent
fur la place il fof-
-ça la Ville à ſe ſoûmettre ; mais
l'accommodement s'eſtant fait
quelque temps aprés entre Bajazer
H. & la République , par
la médiation du Baſſa Achmer ,
il fut arreſté , qu'on reftituërolt
au Turcliffe de Sainte Maure,
& elle lay far d'aurant plus vo
Fontiers accordée , que celle de
Céfalonie demeuroit aux Vénitiens.
La Ligue qu'ils ont faite
depuis peu avec l'Empereur &
le Roy de Pologne , contre cet
Ennemy commun de la Chrêtienté
, les autoriſant à luy deelarer
la guerre ,ils réſolurent
138 MERCURE
d'aller attaquer Sainte Maure ,
aprés que Monfieur Moroſini
leur Generaliffime eut tenu co
ſeil à Corfou le 15. de Juillet
avec les Chefs d'eſcadres , &
les Principaux Officiers de l'Armée
auxiliaires. Mais avant que
de vous entretenir de cette expédition,
il faut vous apprendre
l'état des Bâtimens de mer
de toutes les Puiſſances , qui
font entrées dans leurs intérefts
, leur nombre , & l'ordre
de Bataille qui estoit réſolu en
cas qu'on euſt eſté obligé de
combatre les forces maritimes ,
du Grand Seigneur. Je vous envoye
cét ordre de Bataille , de
la maniere qu'il a eſté dreſſé à
Corfou , & que je l'ay receu de
Véniſe. La Langue Italienne
vous eſt familiere ; ainſi je n'ay
rien à vous expliquer.
211
GALANT. 139
L'attaque de Sainte Maure
ayant eſté arreſtée dans le Conſeil
tenu à Courfou , où ſe trouverent
le Provéditeur Genéral
Cornaro, lesChefs des Eſcadres
du Pape , du Grand Duc de
Toſcane , de la Religion de malthe
, le General Strafoldo, & les
autres Officiers , Monfieur мо-
roſini fit faire la reveuë de toutes
les Troupes que l'on avoit
deſtinées au débarquement.
Deux Bataillons de fix cens
Hommes chacun, l'un desTroupes
du Pape ,& l'autre de celles
de Malthe , paſſerent en revûë
avec huit mille Hommes des autres
Troupes. La premiere Ligne
de ce dernier Bataillon avoit
quelque choſe debien éclatant,
puis qu'elle estoit compoſée de
cent Chevaliers , revétus de
leurs Cottes d'Armes de Satin
140
MERCURE
rouge , avec la Croix blanche
de la Religion . L'Armée ayant
mis à la voile le 19. de luiller,
arriva heureuſement , le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle moüilla .
-Cette Ville eft fur une langue.
de Terre du coſté du Levant
un Acqueduc de trois eens foixante
Arcades en forme de Pont,
large ſeulement de trois ou quatre
pieds , la joint au Continent
du coſté du Septentrion.Vn
Pont de bois partagé en trois lay
fournit auffi un paſſage au Continent
du coſté du Levant & du
-Couchant. Elle a une Peninfule
affez longue , dont la teſte
porte le nom de la pointe de
Saint Jean. La mer environne
tout le refte. La Fortereſſe eſt
コ
c
un Pentagone irrégulier , dont
de groffes Tours flanquent tous
GALANT A
4
..
les Angles. Deux autres Tours
qui font au tiers de la Courtine
des deux coſtez , fortifient encore
la plus grande face , quieſt,
celle du Couchant. La Flote
eſtant entrée dans le Port de
Démata , quieſt au Levant de la
Place, & qui peut tenir un grand
nombre de Vaiſſeaux , on fit le
débarquement. Monfieur Morofini
décendit auſſi à terre , où il
viſita tous les Poſtes que l'on
ayoit reconnus ,& un logement
qu'avoit fait le Capitaine Manetta
dans un lieu nommé Chiebe,
dont il s'estoit rendu maiſtre.
C'eſtoit la Maiſon de plaiſance
du Fils de l'Aga. Cependant il ne
voulut point fairetirer le Canon.
qu'il n'euſt envoyé ſommer le
Commandantde la Place. Illuy
écrivit les juſtes ſujets qu'avoit
eus la République , d'aſſembler
4
D
142
MERCURE
une puiſſante Armée , aprésque
les Turcsavoient rompu la Paix
endonnant retraite aux Corſaires
de Barbarie , & en exerçant
des hoftilitez contre les Sujets
de l'Etat Vénitien. Le Comman
dant s'étant contenté de luy répondre
, que Dieu puniroit la
Republique du pretexte qu'elle
prenoit de déclarer la guerre au
Grand Seigneur , on arbora le
Pavillon de la Generale , & les
Galeres & les Galeaſſes commencerent
à canonner la Fortereſſe.
Plus de douze cens coups
de canon qui furent tirez , endommagerent
beaucoup les maifons
& les Fortifications , & ruinerent
une moſquée. Il y eut un
feu continuel de l'artillerie des.
Tarcs. Il n'empefcha pas pourtant
les troupes du Pape , &
celles de Malthe & de roſcane,
GALAN T.
143
de s'avancer fort prés de la Place
,&de ſe loger dans les Fauxbourgs.
Ils le firent ſans obſtacle,
les Ennemis n'ayant ofé hazarder
aucune Sortie. Ils tâcherent
ſeulement en continuant un
grad feu d'Artillerie,de retarder
le travail des Affiégeans , qui
n'oublioient rien pour mettre
leur Canon en batterie , mais
tous ces efforts des Affiégez furent
inutiles. Les Batteries commencerent
à tirer avec un fort
grand ſuccés ſous les ordres du
Seigneur Lorenzo Vénier. Elles
endommagerent fort les murailles
de la Place , & les Bombes
que l'on jetta en quantité dans
la Ville , y cauferent un tresgrand
deſordre. Le premier jour
d'Aouſt ces meſmes Batteries ra
ferent entierement le Boulevards
& la Bréche qui estoit déja con-
ةمداق
144
MERCURE
ſidérable , fut augmentée. Elles
démonterent quatre Pieces de
Canon des Ennemis, &les Bombes
mirent le feu en pluſieus endroits
de la Ville , les Travaux
s'eſtant avancez à la faveur du
feu continuel du Canon & des
Mortiers , les Affiégeans commencerent
à combler le Foffé
avec des Faſcines & des Sacs à
terre . Enfin , le Dimanche 6 .
jour d'Aouſt aprés que le feu
eut continue juſqu'au foir de
para & d'autres , les Turcs éleverent
un Drapeau blanc fur
leurs Murailles , pour faire connoiſtre
qu'ils vouloient capituler.
Ils envoyerent à une heure de
nuit trois Deputez à Monfieur
Morosini , pour luy dire qu'ils
eſtoient preſts de rendre la Pla
ce, pourvu qu'on leur accordaft
une Capitulation honorable. Ils
demandoient
D
GALANT.
145
demandoient permiffion de fortir
avec tous leurs biens , & on
leur donna ſeulement la liberté
de ſe retirer avec leurs familles,
&d'emportertout ce qu'ils pourroient
porter ſur eux. Les Oftages
furent envoyez le lendemain
& on mic en liberté tous les
Eſclaves que l'on trouva dans la
Place , à condition qu'ils ferviroient
pendant un an ſur les
Vaiſſeaux, ou ſur les Galeres de
la République , en qualité de
Mariniers & de Soldats. La Garniſon
ſortit vers le ſoir par la
Porte du Couchant. Elle eſtoit
de ſept cens. Hommes , qui
avoient le Sabre & le mousquet
Les Bâtimens où ils furent embarquez
, les conduiſirent à terre
au delà du Bras de mer. En
meſme temps les Troupes Vénitiennes
entrerent dans la Ville
Septembre 1684. G
3
2
146 MERCURE
parla Breche. Le Butin que les
Soldats,y ont fait a eſté confide
rable. On trouva quantité de
Provifions dans la Place , & quatre-
vingts Piéces de Canon . Les
Vénitiens n'ont perdu que deux
cens Hommes à ce Siege. Monſieur
loüy François , Sergent major
de Bataille , & Colonel d'un
Régiment Allemanidipy fut blef
ſe à la cuiffe , & eut le bras percé
d'une mouſquetade Monfieur
Morofini fit auſſitoſt benir la
principale Moſquée , & le Te
Deum y fut chanté. Elle a eſté
dediée ſous le nom de San Salvator,
à cauſe que lesTures avoient
élevé le Drapeau: blanc le 6..
d'Aouſt, jour de la Transfigura
tion de Noſtre Seigneur. Il fit
benir une autre moſquée que
l'on dédia à Saint Gaëtan , dont
on celebroit la Feſte le jour que
"
:
}
GALANT.
147
les Troupes entrerent dans la
Place. Ilen a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien , & de la
Famille de Monfieur l'Ambaſſadeur
de Vénife , qui eft à préſentà
la Cour de France. Tous
ceux de ce nom ont rendu de
grands ſervices à la République.
Sebastien Vénier eſtoit Chefde
l'Armée Vénitienne , lors que
celle de Selim fut entierement
défaite le jour qu'on donna la
Bataille de Lépante.
1
La Lettre qui fuit eſt fort curieuſe.
Elle eſt du ſçavant Monfieur
Comiers à un de ſes Amis
de Province. Ila bien voulu m'en
donner une Copie. le l'ay demandée
pour vous , & je vous
l'envoye
G 2
148 MERCURE
A Mr D. S... DICKS.
Vous ferez Sans Ous ferez Sans doute bien ai-
Se d'apprendre que le Pere
Couplet Iefuite est de retour de la
Chine , où il estoit alle travailler
aux Miffions , & qu'il en a amené
un jeune Indien de Nanking , Capitale
de la Province du mesme
nom. Vous ſcavezque la Chine est
auſſi grande que toute l'Europe , &
qu'un de leurs Empereurs ayantfait
le dénombrement du commun du
Peuple , trouva cinquante huit
millions , cinquante-cing mille ,&
quatre-vingts Hommes ,fansy com
prendre les Eunuques , & ceux qui
font profeſſion des Lettres , où qui
portent les armes , dont on peut di
re que le nombre est infiny. La Chi.
GALANT.
149
4
ne est remplie de le tres_belles Villes.
Hanking estoit si grand autrefois ,
qu'à peine un Homme à cheval
pouvoit en deux jours faire le tour
des murailles.
Bien que lePere Couplet ſoit de
Malines , & qu'il ait demeuré
vingt- quatre ans , parmy les Chinois
, chargé de la conduite de foixante
grandes Eglises composées
deplus defoixante mille Chrétiens ,
il parle bon François , & avec ſa
riche taille,i porte bien le cara-
Etére d'un Héros de l'Evangile dans
Ja 62. année. Le jeune Chinois
qu'il a amenéparle affez bien Latin
, s'appelle Mikelh Xin. Ils
allerent le quinze de ce mois àVer-
Sailles , où ils eurent l'honneur de
falüer Sa Majesté. Ils virent en .
Suite jouer les caux , &se trouvez
rent le lendemain au dîner du Roy.
Le jeune Indien estoit enſes habits
G3
150
MERCURE
Indiens , ayant une riche Vefte de
Brocard d'or fond bleu , avec des
figures de Dragons , & un viſage
affreux fur le haut de chaque manche.
Il avoit par deſſus une espece
de Tunique de foye verte . Sa Majesté
après avoir entendu ſes Prieres
en Langue Chinoise , lay fit fervir
une afficte fur la Table , pour
voir la propreté , & l'adreſſe des
Chinois à manger avec deux petites
Baguettes d'yvoire à quatre
3
pans
00.3
& d'un pied de long, qu'ils
tiennent dans la main droite , entre
deux doigis . Monfieur Hubin
Emailleur du Roy , fi connu dans
e l'Europe par fou travail des
yeux artificiels , & par tout ce qu'il
y a de plus beau , & de plus fcntoute
Vant en matiere de verre &
mail ,Se
AM
d'é
chargea de Lour faire moin
les Expériences qu'on appelle du
Vüide, par lesquelles nous démon-
६
GALANT.
ISL
trons lapesanteur de l'air. Le Pere
Couplet , & Son Compagnon , le
Pere Pierre Vauhammé de Grand ,
avec lejeune Chinois , ſe rendirent
chez luy Mercredy dernier , & il
fit toutes ces Expériences avec ſon
adreſſfe accoûtumée , les accompa
gnant de raisonnemensſi justes, que
toute l'illustre Compagnie qui s'y
trouva , convint qu'il avoit démon
tré en plus de dix façons la necef.
fité de la peſanteur de l'air , puis
qu'on ne pouvoit attribueràaucune
autre cauſe tant d'admirables effets.
qu'il avoit fait voir par le moyen
de la machine que le commun ap
pelle, la Machine du Vüide. Il
fait publiquement de temps in
temps les mesmes Expériences pour
l'utilité du Public , & pour la cu
rioſité des Sçavans
Peu de jours aprés , Monsicur
Hubin & moy , nous allâmes à la
G4
152
MERCURE
Maison de Saint Loüis , où ces Peres
, & le jeune Chinois , nous firent
voir quantité de Portraitsfur
du Tafetas dela Chine. Cetteforte
de Peinture n'a point de corps.
Je vis avec plaisir le Portrait du
Docteur Confufius avecfes grandes
moustaches noives , qui a esté
chez les Chinois ce qu'Aristote a
depuis esté chez les Grecs , & je
remarquay que tous ces Portraits ,
comme ceux des Mandarins
tous des Chapelets. F'oubliay dede
manderfifur chaque grain ils di-
Sent comme les Tures Staferla ,
Dieu ayez pitié de nous.
ont
Lejeune Chinois a bien voulu
m'aprendre à écrire. Leur Encre
est celle que nous appellons Encre
de la Chine. UnlongPinceau leur
Sert deplume. Voicydefon écriture.
Ils appellent Dieu Tiên chú. Le
Seigneur du Ciel , ou bien Xam
GALANT.
113
Ti. Supreme Empereur; & l'Em.
pereur de la Chine est appellé
Xam hy , Empereur inferieur.
Leur Encre & leur Plume font
bien diférentes des nôtres ; mais
leur écriture l'est mille fois encore
davantage. Leur Alphabet eft composéde
plus de quatre vingts mille
diférens Caracteres ou Chiffres ,
car chaque Lettre fait un nom ;
c'est pourquoy il faut trente ans.
pour apprendre à lire , & avoirla
mémoire& l'imagination tres fortes
pour contenir l'idée de tous ces
quatre- vingts mille diférens Cara.
Eteres ,& de leurs fignifications.
Vous Sçavez que les Hébreux
écrivent de droit àgauche ; que
leurs lignes font horizontales ,&
leurs mots composez de plusieurs
lettresfans voyelles , mais avec de
certains points , aspirations ,&c.
leurs que Livres commencent
G
154 MERGURE
par où les nostres finiffent, Les
Chinois commencent de mesme
mais chaque mot n'a qu'une lettre
écrivent de baut ou caractere. Ils écriuen
en bas ainſi leurs ligues font pera
pendiculaires , & commencent à
,
Ils parlent comme comme en chantan
& les diférens accens qu tons de
voix donnent les diférentes fignifications
aux mots qu'seprononce
car pour les mots écrits on ne pent
passe tromper à les lixe, puis que
tous les Carasteres font diférens
mais un mesme mot prononcé , fuivant
qu'il est prononcé signifie
pluſicurs choses diferentes. Voicy
L'exemple que ce jeune Chinois m'a
dinné. Le monosyllabe Poo & onze
fignifications, Letan en ALOHA
diferens dont on peut le prononcer.
Ces onzefignifications font , min
ec,verte, amplitude , deviner,
GALANT.
155
point de tout , vieille , un nom
de Fleuve , égaler , rompre, cacher.
A
Les Chinois font Idolâtres , &
rendent de grands honneurs à une
Ikole à trois teftes, qui represente
leurs trois grands Philofophes ,
Confufius, Xequiam, & Tauzu.
LeursprincipauxDieux ,font comme
aux Astralogues , le Soleil , la
Lune , & les Etoiles. Ils adorent
auſſi le Diable , afin qu'il les laiſſe
vivre enrepos , & qu'il ne leur fas
Se point de mal. C'est pourquoy fa
figure eſt ſur la Prove de leur Navires
, & la Veste de Brocard d'or
du jeune Indien a cette mesme
re fur le baut de chaque manche.
Ils Junt Pytagorifiens , & croyent
la Transmigration des ames. Ils
ont quantitéd'Ecoles , & fi grande
quantité d'Hôpitaux pour les Pau
vres , qu'on nevoit point de Man
figu
G6
156 MERCURE
be
dians parmy eux. Ils ont auffiquantitéde
Temples , & un tres-grand
nombre de Prestres tous habillez
de noir , avec quatre Ordres de Religieux
, des Religieuses , des Hermites,
& des Montagnes confacrées
où l'on va en Pelerinage. Les nouvelles
&les pleines Lunesſont leurs
joursde Festes , & la principale eft
La nouvelle Lune de Février , qui
est le jour de leur nouvel an. Celuy
de la naiſſance de l'Empereur est
auſſi tres-folemnet , & chasun en
Son particulier , celebre le jour où
il estné. Bien qu'ils n'ayent aucune
connoiffance des biens & des maux
de l'autre vie , ils enterrent leurs
Parens dansdes Plaines avec gran.
de cerémonie , & ils les adorent.
Ils croyent que les Dieux sont en
courroux lors qu'il arrive quelque
Eclipse de Soleil , ou de Lune. Iugez
Monsieur , combien il est
GALANT. 197
avantageux d'estre Astronome. le
fuisvostre ,&c.
COMIERS.
A Parisle 25. Sept. 1684.
Dans une des Conférences
que cette Lettre vous marque,
le jeune Indien donna à MonfieurComiers
fa fignature,& les
noms de Dieu , & des Empe.
reurs , en caracteres Chinois ,
avec le mot Po , dans ſes onze
diférentes accentuations .le avec
envoyeray le tout gravé le mois
prochain, afin que vous voyiez
de quelle maniere ils forment
leur écriture.
Vous avez fçeu les bons offi.
ces que Monfieur de Guillera
gues a rendus à Conſtantinople
au Secretaire Capello , & aux
198 MERCURE
Principaux de la Nation Venitienne
, mais on ne vous a pas
peut-eſtre appris que dans cette
occaſion , où il y avoit tant à
craindre poureux aprés la Déclaration
de la Guerre faite par
la République au Grand Seigneur
, les François leur, ont
rendu un tres-important ſervice,
puis que c'eſt dans un de leurs
Vaiſſeaux qu'ils font revenus.
Ce Vaiſſeau que l'on nomine le
Fidelle , eſtoit commandé par
Monfieur Bidant , qui estoit allé,
de ce coſté - là pour fervir d'efcorte
à quelques Vaiſſeaux.
2. Monfieurde la guette , Filsde
Monfieur de la guette , qui a eſté
Intendant de la marine , a époufé
Mademoiselle de Bruffelle. Il
eft proche Parent de Monfieur
de Breteville , Conſeiller d'Etat ,
ordinaire , & a ſervy pluſieurs
GALANT ८७७
Ila
Campagnes, où il s'est fait diftinguer
a un Frere , qui à l'âge
de dix - neuf ans avoit déja eſté
deux fois Priſonnier de guerre,
pour s'eftre trouvé, aux occa
ſions. le ne vous dis rien de la
Famille de Mademoiselle deBrufſelle,
il y a fort peu de noms plus
connus à Paris, fish γα τον οἱ
L'Abbaye de Saint Eufebe,
Ordre de Saint Benoit, Diocele
d'Apt , a eſté donnée àMonfieur
l'Abbé du Breil Fouquet, Il y a
plus de vingt ans qu'il eſt Aumôr
nier de Sa Majesté,
jours paffé pour un Homme
d'une grande probite , & le Roy
qui aime le vray mérite , neman
que jamais à le récompenfer en
quelque ſujet qu'il le trouver
Monfieur l'Abbé Fouquet eſt de
Bretagne , & de la Famille des
Fouquets , qui eſt une des plus
conſidérables de ce Païs là.
ajoû
160 MERCURE
Ie vous ay parlé des Regi
mens nouveaux au commencement
de cette Lettre Voicy les
noms de ces Regimens , & ae
ceux qui les rempliffent. Ce que
je vous envoye , vous fera connoiſtre
en peu de paroles , de
quelle maiſon ſont ces Colonels.
Ie vous ay déja marqué les rai
ſons qui pouvoient avoir porté
le Roy à créer cesnouveaux Regimens;
mais je ne vous ay pas
dit que pendant la Paix il ne feront
compoſez que d'un Bataillon
chacun,&que ces Bataillons
font tirez de pluſieurs Regimens
qui en avoient un grand nom
bre. Ceux qui estoient à la teſte
de ces Bataillons , deviennent
Lieutenans Colonels de ces Re
gimens, qui porteront lenomdes
Provinces de France , ce qui
donne à ces nouveaux LicuteGALAN
T. 161
nans Colonels un titre qu'ils n'a
voient pas , avec l'eſpérance de
ſe voir un jour élever dans un
degré plus haut.
FLANDRES
Monfieur de Folleville, Capitaine
au Regiment du Roy, élevé
Page de la grande Ecurie. Il
eſt Fils de Guillaume le Sens , Vil
comte de Folleville en Caux ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & de marie malherbedu
Boüillon
BERRY
Monfieur de Goüezbriand ,
de Bretagne , Ecuyer ordinaire ,
& Capitaine au Regiment du
Roy. Il eſt Fils de Monfieur de
Goüezbriand , Capitaine du
Chaſteau du Toro , fur la Riviere
de Morlaix en Bretagne.
BEARN.
Monfieur de Mornay-Mont-
८
162 MERCURE
chevreüil,élevé Page dela gran
de Ecurie , puis devenu Capitaine
au Regiment du Roy. Il
eſt Fils de Henry de Mornay ,
Marquis de Montchevreüil en
Véxin , & de Marguerite Boucher
d'Orçay, Gouvernantedes
Filles d'honneur de Madame la
Dauphine. Monfieur le Marquis
de Montchevreüil fon Pere a
eſté Gouverneur de Monfieur
le Comte de Vermandois , &de
Monfieur le Duc du Maine.
HAINAULT.
Monfieur de Pompone , Capitaine
au Regiment du Roy.
Il eſt Fils de Simon Arnaud
Seigneur de Pompone , cy-devant
Secretaire & Miniſtre d'Etat
, & de Charlote Lavocat.
ANGOULMOIS
Monfieur le Marquis de Bellefons
, Premier Ecuyer de Ma
GALANT 163
dame la Dauphine , Fils deBernardin
Gigault , Marquis de Bellefons
, Marechal de France , &
de Magdelaine Foнаучном об
B 0
Monfieur le marquis de Vibraye
, Fils d'Henry Hurault ,
Marquis de Vibraye au Maine , &
de Polixéne le Cogneux , Secur
du Préſident au Mortier
PERIGORD 23
Monfieur d'Ornaiſon, Comte
de la Batic , Premier Maiſtred'Hoſtel
de Madame la Dauphine
, Fils de Clair- Gilbert d'Or
naiſon , Seigneur de Chamaran,
te en Forests Premier maistre
d'Hoſtel de Madame ja Dauphi
ne , cy-devaut Premier Valet de
Chambre du Roy , Gouverneur
de Phalsbourg & de Sarbourg en
Alface; & d'Anne de Trélon. en
XAINTONGE.
Monfieur le Camus de Bligny,
164 MERCURE
Fils de Nicolas le Camus , Pre
mier Préſident à la Cour des Aydes
, & de Marie Larcher , Fille
de Michel Larcher Préſident àla
Chambre des Comptes.
BIGORRIBI
Monfieur Pelor , élevé Page
delaGrande Ecurie ,Fils de fen
Claude Pelot , Premier Préfident
au Parlement de Rouen
&de Claude le Camus .
FORE psich
۲
-Monfieur de Barbefieres de
Chémerault , Fils unique de
Charles de Barbefieres , Comte
de Chemeraulten Poitou ,&de
Magdelaine Tabouret , Dame de
Turny en Bourgogne pro
:
CAMBRESIS
* Monfieur le marquis de Château
renaud en Touraine , Fils
de François Rouſſelet , Marquis
de Chaſteaurenaud , Lieutenant
4
ر
GAALNT.
165
de la Mestre de Camp du Regimentdes
Gardes , & de Marie
le gay, Dame de la Poffonniere.
Il eſt Neveu de Monfieur le
Chevalierde Chafteaurenaud ,
Chief Efcadreno
-100FOURNESIS P
Monfieur le Marquis de Broüillyi
de la Maiſon de Pienne. Il
eſt d'aupres de Senlis . Tous ceux
de cette Maiſon ont toûjours eſté
( dansle ſervice.
OLDSEBRESSE bait for
Monfieur le Comte de Kercado
, élevé Page de la Grande
Ecurie , Fils de René le Senéchal
,Comtede Kercado enBretagne
, Gouverneur de Dinan ,
& Brigadier de Cavalerie , & de
Marie Anne de Romaſdec-de
TLAMARCHE
Monfieur de Gontaut , Mar166
MERCURE
quis de Biron , Fils de François
de Gontaut , Marquis de Biron
en Périgord , & d'Elizabeth die
Coffe-Briffac.
< VERYiloved
Monfieur d'Amanze,Fils de
Loüis Comte d'Amanzé en Bourgogne
, Lieutenant de Roy au
Gouvernement de cette Province,&
deN... Faleonisgeab
BOB RTELMESO
Monfieur le marquis deCharoſt
, Fils d'Armand de Béthune,
Ducde Charoſt en Berry , Pair
de France , & Marie Fouquer
NIVERNOUS. on i
-Monfieur le Comte de Luffe,
Fils de François de Montmorency,
Duc de Luxembourg , Pair
&Maréchal de France , Capitaine
des gardes du Corps , &
deCatherinede Clermont-Tonnetfel,
Ducheffe de Luxembourg.
GALANT.
167
CLE SOISSONNOIS
Monfieurde Grimaldi , Duc
de Valentinois en Dauphiné ,
Fils de Loüis de Grimaldi Prince
de Monaco , Ducode Valenti
pois , Pair de France,&c &
de Charlope Catherine de Gra
mont . ed .
OLS LEDE FRANCE
-Monfieur Deſpagne de Par
daillan & de Gondrin , Marquis
d'Antin , fils de Loüis- Henry ,
Marquis de Monteſpan en Guyenne,
&de Françoife-Atenaïs
de Rochechouart Mortemar
Sur- Intendante de la Maiſon de
la fenëReyne
VEXIN.COM
Monfieur d'Hautefort, élevé
Page de da Grande Ecurie, fils
deGilles Marquisd'Hauteforten!
PérigordoComte de Montignac,
Premier Ecuyerde la feuël Rey
INT
168 MERCURE
ne , & de Marthe d'Eſtourme de
Surville.
AVNIS.
• Monfieur le marquis de Polignac
, Fils de Loüis - Armand
Vicomtede Polignac en Vellay,
Marquis de Chalançon , &c.
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Gouverneur du Puy , & de
Jacqueline de Grimoard . de
Beauvoir- du Roure.
BFAVCE.
-M. de Pompadour , Mar
quis de Lauriere en Limoufin',
Fils de Philbert de Pompadour,
Marquis de Lauriere , & de Catherine
de Sainte- Maure de
Montaufier.IXEN
DAVPHINE
Monfieur de Kercado , élevé
Page dela Grande Ecurie , Frere
de Monfieur la Comte de
Kercado , dont je viens de vous
parler.
VIVA
GALANT. 169
VIV ARAIS.
Monfieur de Breauté , Filsde
François Marquis de Breauté
en Normandie , & de François
ſe- Marie Arbalete .
LUXEMBOURG.
Monfieur de Brancas , Duc
de Villars en Provence , Pair
de France.
BASSIGNY.
Monfieur le Comte de Mailly
, Fils de Loüis Charles Marquis
de Nefle en Picardie, & de
leanne de Monchy- Montcaurel-
こつ
Quoy qu'il me reſte quantité
d'Articles à employer dans
ma Lettre , je ne veux pas oublier
à vous faire part d'une
Avanture , dont les incidens
vous divertiront. Quelques jeunes
Demoiselles , des plus jolies
qu'il y ait dans une fort grande
Septembre 1684.. Η
170
MERCURE
Ville , où il s'en trouve beaucoup
, commençant à s'ennuyer
apres un long entretien qu'elles
avoient eu enſemble , propoferent
de ſe donner le plaifir de
flater un Cavalier qu'elles connoiſſoient
, de l'eſpérance d'un
Rendez- vous amoureux. Le Cavalier
avoit du mérite. Il eſtoit
bien fait , & ne manquant ny
d'eſprit , ny de ces manieres aiſées
& infinüantes qui font que
l'on plaiſt par tout , il ſe ſeroit attiré
une eſtime genérale , s'il
euſt eſté moins perfuadé de ce
qu'il valoit; mais c'eſtoit l'homme
du monde le plus remply de
luy- meſme . Quoy que l'on pût
dire à ſon avantage , ſa ſote préfomption
n'eſtoit jamais ſatisfaite.
Il croyoit toûjours qu'on ne
diſoit pas aaffez , & ſa vanité luy
faiſant faire cent contes du com,
GALANT.
171
merce qu'il avoit avec les Dames
, il ſe donnoit des airs de
bonne fortune qui détruiſoient
les plus favorables impreſſions
qu'on auroit pû prendre pour
ſes bonnes qualitez . Ce deſſein
du Rendez- vous ayant paru fort
plaiſant aux Demoiſelles , il fut
queſtion de l'exécuter. Il s'agiſſoit
pour cela d'écrire un Billet
au Héros de l'Avanture.
L'une d'elles s'en chargea , &
contrefaiſant ſon caractere
quoy qu'il fuſt entièrement inconnu
au Cavalier , elle écrivit
ce Billet dans les meſmes termes
que vous allez lire.
BILLET.
,
Onvous prie de vous trouver de
main aux Cordeliers ſur les trois
heures. Ie ne doute point que cela
nevous étonne ; mais enfin, Monfieur,
rende-zvous justice,&Soyez
H 2
172 MERCURE
persuadé qu'ilfaut un merite auffi
extraordinaire que le vostre , pour
fairenaître desfentimens pareils à
ceux que vous m'avez inspirez,
vous pouvant affcurer avec verité
que personne n'a pû faire fur mon
coeur , aprés beaucoup de ſoins &
depeines , ce que vous y avezfait,
peut estrefans le vouloir. Vouspouvez
juger de la violence de ma
paſſion par l'aveu que je vous fais.
I'ay opposé ma fierté naturelle,j'ay
fait agirmon devoir ,& tout cela
n'apû empeſcher que je ne me fois
renduë. La distinction que l'onfait
par tout des qualitez qui vous acquierent
l'estime de tous ceux qui
vous connoiffent , justifie ce que je
Sens pour vousde tropfort, puis qu'il
y a moins de foibleſſe en moy àvous
aimer , que de force en vous pour
m'y contraindre. Ievous diray le refte
demain. Inhabit blanc , Gune
GALANT. 173
Fontange couleur de feu , me feront
connoiſtre ſi vous me cherchez au
Lieu que vous marque ceBillet.
Commeton ajoûte toûjours
aux deſſeins qu'on fait pour ſe
divertir , une jeune Demoiſelle
de la Compagnie , qui ſçavoit le
monde autant qu'aucune autre,
quoy qu'elle ne foſt fortie
du Convent que depuis deux
mois, dit que pour tirer un effet
plaiſant de la tromperie qu'on
faifoit au Cavalier , il falloit
écrire le meſme Billet àtrois ou
quatre de ſes Amis ; afin que ſe
trouvant tous au- meſme lien
dans lemefme temps , ils ſe tel
gardaſſent les uns desautres comme
des Fâcheux,qui feroient venusmalà
propos troubler une occafion
de bonne fortune , & que
pour elle qui n'avoit nulle habi
tude avec aucun d'eux , heles
H 3
174
MERCURE
connoiffant que de viſage , elle
s'engageoit à joüer le rôle de la
Demoiselle du Rendez - vous ,
afin de venir leur rendre compte
de la maniere dont tout s'y ſeroit
paffé. On approuva fon avis , &
aprés qu'on eut copié cinq fois le
Billet , il fut envoyé au Cavalier,
&àcinqde ſes Amis. Chacun y
trouvant dequoy s'applaudir fur
ſon mérite , s'en fit un triomphe
qu'il vous eft facile de vous figurer.
Ils ſe préparerent à venir
au Rendez- vous ; mais le Cavalier
fur tout ſe mit en état de
charmer la belle parſa bonnemi .
ne. Il n'oublia riende cequi pouvoit
luy donner de l'agrément.
Il prit un Habit fort propre , &
paſſa tout le matin à confulter
fon Miroir fur l'ajustement de ſa
Cravate & de fa Perruque. Il
eſtoit encoredans cette occupa
GALANT.
175
tion , lors qu'un de ſes intimes
Amis vint luy dire que des Dames
l'avoient mis d'une partie de
plaiſir ; qu'elles partoient incontinent
, aprés le dîné pour aller
paſſer le reſte du jour à une lieuë
de la Ville , & qu'elles l'avoient
chargé de le venir prendre. Vous
pouvez croire que le Cavalier
n'accepta pas le party. Il pritdiverſes
excuſes , & fon Amy qui
qui n'en recevoit aucune , perfiſtant
toûjours à le preſſer , il ſe
réſolut enfin à luy découvrir ce
qui l'obligeoit à ce refus. Sa vanité
y trouvoit ſon compte , &
il n'eſtoitpas fâché qu'on le contraigniſt
à déclarer ſon ſecret .
Apres avoir fait promettre à
ſon Amy qu'il ne diroit rien , il
luy fit lire le Billet du Rendez
vous , & ce fut affez pour luy
faire voir que rien ne l'emper-
H 4
176
MERCURE
cheroit de s'y trouver. Cet Amy
fortit , & le Cavalier plein d'impatience
ſe rendit au Lieu marqué
une heure plutoſt qu'on ne
l'y devoit attendre . Il eſtoit d'un
galant Homme d'en uſer de cette
forte , & la Belle dont il s'eſtoit
fait aimer, luy devoit ſçavoirbon
gré du ſoin qu'il prenoit de la
prévenir. Il regardoit toujours
vers la Porte , & ſe fut pour luy
un grand ſujet de ſurpriſe , lors
qu'unedemy - heure apres il vit
entrer un de ſes Amis. Il ſe détourna
pour luy cacher ſon vifage
, & fon Amy qui le reconnut,
ne ſe trouva pas moins embarrafſé
que luy. Ils eurent fort
peu de temps à examiner ce
-qu'ils devoient faire , puis qu'un
troiſième ſurvint , & qu'il fut
ſuivy preſque auſſitoſt de tous
ceux quiavoient reçeu lemeſme
GALANT . 177
Billet. le ne vous dis point quel
fut leur étonnement de ſe rencontrer
ainſi l'apreſdînée en un
Lieu , où ils ne pouvoient faire
croire que la devotion les euſt
attirez. Il n'y avoit rien de plus
furprenant que ce fuſt un pur
effet du hazard , & il l'eſtoit encore
davantage que chacun euſt
euune raiſon particuliere de ve
nir en ce Lieu-là , & en meſme
jour , & à la meſme heure. Ils
avoient tous voulu prévenir la
Belle pour ſe faire voir plus dignes
des ſentimens favorables
qu'elle leur avoit marquez , &
vous pouvez vous imaginer quel
chagrin ce fut pour eux que la
préſence de tant de Témoins
qui ſe connoiſfoient l'un l'autre,
ne leur permiſt pas de joüir du
Rendez-vous . Ce malheur toucha
d'autant plus le Cavalier
:
178 MERCURE
qu'il l'impuroit à fon indifcre
tion. Il crût que celuy à qui il
avoitconfié ſon amoureuſe avanzure
, ne s'eſtoit pas tu , & que
les Dames qui avoient voulu le
mettre de leur Partie , ayant
appris fon fecret , luy avoient
malicieusement envoyé des
Eſpions pour le traverſer dans
fon bonheur. Cependant comme
tantde Gens liez d'amitié enſemble
ne pouvoient ſe voir fans
eſtre obligez de ſe parler , ils ſe
joignirent un moment apres
qu'ils futent entrez . Chacun
apporta quelque méchante raifon
qui autoriſoit ſon arrivée, &
ils ſe donnoient encore ce mutuel
éclaireiffement , quand la
Demoiselle Habit blanc &
à la Fontange rouge , entra
dans l'Eglife , ſuivie d'une Femme
, que t'habillement marquois
GALANT. 179
V
avancée en âge. Elles étoient
toutes deux maſquées , & allerent
ſe placer à vingt pas
l'une de l'autre. Le Belle ayant
dequoy faire naître de la curioſité
par la fineſſe & l'agrément
de ſa taille , les Intéreſſez au
Rendez- vous craignirent de le
faire ſoupçonner , s'ils la regardoient
ſans rien dire d'elle. Chacun
pour cacher qu'elle fuſt venuë
pour luy , montra quelque
envie d'apprendre ce qui l'amenoit
; & le Cavalier que l'on
connoiſſoit auffi hardy que pré..
ſomptueux , s'offrit auſſitoſt à
luy aller faire compliment. C'êtoit
profiter de l'occaſion , fans
donner ſujet de croire que la
Belle l'euſt mandé. Il alla ſe
mettre à genoux à coſté d'elle ,
& il n'y fut pas plûtoſt , qu'elle
luy dit d'un ton fier , qu'il luy
H 6
180 MERCURE
eſtoit inutile d'avoir amené des
Témoins de ſon triomphe , &
que ſi elle avoit eu la foibleſſe
de luy vouloir quelque bien ,
dans la penſée qu'il en eſtoit
digne , elle auroit la force d'étoufer
des ſentimens qui n'êtoient
dûs qu'à des Gens difcrets.
Le Cavalier luy jura qu'elle
l'accuſoit injustement , que
tous ceux qu'elle voyoit êtoient
venus par hazard , ſans rien ſçavoir
du Billet qu'elle avoit eu la
bonté de luy écrire , & qu'ils
croyoient qu'il ne l'avoit abordée
que par une hardieſſe de
Cavalier , qui ne bleſſe point les
Dames quand elle eſt accompagnée
de refpect. Elle feignit
quelque temps de ne le pas croire;&
enfin comme vaincuë par
ſa paffion , elle conſentit à luy
donner rendez -vous à la mel
GALANT. 181
me heure pour le jour ſuivant ,
dans une autre Egliſe , où il venoit
peu de monde, Les meſures
qu'il falloit qu'elle gardaſt , ne
permettant pas qu'elle euſt avec
luy une plus longue converfation
devant ſes Amis ,qui en auroient
pû former des ſoupçons
contre ſa gloire , elle le pria de
les emmener , afin qu'elle puſt
fortir ſans crainte d'eſtre ſuivie.
Il la conjura de luy montrer fon
viſage, mais il ne pût l'obtenir ,
& il falut qu'il fe contentaft de
voir de beaux yeux , & des cheveuxd'un
blond cendré admirable.
Il ſe retira fort fatisfait de
s'eſtre justifié , & vint dire àfes
Rivaux qu'il n'avoit pû rien fçavoir
de la Belle , finon qu'elle
attendoit une Dame pour une
importante affaire , dont elles
-devoient conférer enſemble.En
182 MERCURE
meſme temps il leur demanda
s'ils vouloient fortir. Chacun ſe
croyoit la Dame qu'attendoit la
Belle , jugea à propos de s'éloigner
un moment , dans l'eſpérance
de ſe ſéparer des autres, &
de revenir au Rendez- vous . Ils
fortirent de l'Egliſe , ſans quela
Belle euſt détourné les yeux fur
aucun , &le Cavalier qui avoit
remis ſes prétentions au lendemain
, tâcha de les engager à la
promenade ; mais chacun eut
un prétexte, pour s'en diſpenſer,
& s'eſtant quitez preſque auſſitoſt
, ils revinrent tous au meſme
lieu par des chemins diférens
. Ils n'y trouverent perfonne
, & ce qu'il y eut d'embarafſant
, c'eſt que quelques - uns
d'entr'eux fe rencontrerent encore
une fois. Ils rejetterent
leur empreſſement à revenir fur
GALAN T. 183
l'envie de voir ce que deviendroit
la Belle , & ne pouvantdeviner
pourquoy elle avoit fitôt
diſparu , ils ſe flatterent qu'elle
auroit le ſoin de leur envoyer de
ſes nouvelles . Le Cavalier que le
ſecond Rendez- vous avoit remply
d'eſpérance , s'y trouva le
lendemain de fort bonne heure
, & l'impatience de voir arriver
la Belle le fit d'autant plus
ſouffrir , que le lieu eſtant deſert
, il ſe voyoit en pouvoir de
l'entretenir ſans eſtre obſervé ,
mais il l'attendit inutilement. Il
ne tira aucun fruit de ſes nouveaux
ſoins à ſe mettre du bel
air, & aprés plus de trois heures
quiluy parurent d'une longueur
extraordinaire , il fut contraint
de ſortir , parce qu'un Religieux
vint fermer la Porte. A fon re
tour , il trouva chez luy ce ſe-
-
184 MERCURE
cond Billet de la mesme main
que le premier.chanb
Je feignis hier de me rendre à
vosfermens pous vous ofter l'envie
de me suivre ; mais je demeuray
convaincu de vostre indifcretion ,
&je vous donnay un faux Rendez-
vous pour vous punir d'avoir
découvert le véritable. Ie valois
peut estre bien que vous cherchaffiez
àmériter ce que je faifois pour
vous ; mais laplus belle Conqueſte
ne vous touche point , fi elle
n'est sçue. Adieu , joüiffez tout à
voſtre aiſe du plaisir d'avoir parlé,
& comptez moy perduë pour toûjours.
Ce Billet mit le Cavalier au
deſeſpoir. Il ſe réſolut à rompre
avec fon amy qu'il croyoit toujours
avoir trahy ſon ſecret , &
l'ayant trouvé le lendemain , il
s'emporta contre luy avec tanr
GALANT. 185
de violence , qu'il le contraignit
de tirer l'Epée. On les ſépara , &
leur querelle ayant fait grand
bruit , tout le monde endemanda
le ſujet. Les Amis du Cavalier
qui avoient eu part à fon
Avanture , ayant voulu en eſtre
éclaircis , il leur répondit qu'ils
ſe ſouvenoient du lieu où ils
étoient venus l'épier , & qu'il
ſçavoient bien qu'ils n'y ſeroient
pas venus , ſi on n'euſt pris ſoin
de les aller avertir qu'il y eſtoit
attendu. L'un d'eux luy dit ſans
façon , qu'il y eſtoit venu pour
ſon compte , & que loin de croire
qu'il deuſt l'y trouver , il l'avoit
vû avecgrand chagrin auſſibien
que tous les autres, puis que
leur préſence avoit mis obſtacle
àun Rendez- vous , dont il n'avoit
pas voulu leur parler. Pour
luy faire voir qu'il diſoit vray , il
186 MERCURE
luy mit entre les mains le Billet
qu'il avoit eu. Les autres voyant
l'écriture de ce Billet ſemblable
à celle que l'on avoit employée
dans ceux qu'on leur avoit
apportez , ſe mirent à rire , &
les meſmes termes ſe trouvant
dans les uns & dans les autres,
ils n'curent point à douter qu'on
ne les euſt pris pour dupes , en
les faiſant tous venir dans un
meſme lieu . Le Cavalier fut déſabuſé
, & reconnoiſſant ſon in.
juſtice , il envoya faire fatisfation
à ſon Amy. Je n'ay point
ſçû s'ils ont découvert par qui
cette piéce leur a eſté faite. Le
ſçay ſeulement que quelquesuns
d'eux ont entendu raillerie,
&qu'ils ont conté la choſe ſans
aucun déguisement.
Monfieur de la Garde , reçeu
Confeiller au Parlement en
1
GALANT. 187
-- 1668. eſt mort le 4. de ce mois.
C'eſtoit un Homme encore jeu.
ne , & d'une tres grande application
pour les Affaires . Madame
de la Tour , Femme du Maiſtre
des Comptes de ce nom , qui
eſtoitde ſes Voiſines, eſtant allée
levoirdans le temps qu'on commençoit
a déſeſperer de ſa guériſon
, ſe trouva attaquée de fievreau
fortir de là, &ſes accés eurent
tant de violence , qu'elle
mourutun jour avant luy. A
Madame du Tillet eſt morte
auſſi depuis quelques jours . Elle
eſtoit Femme de Monfieur du
Tillet- Nogent , Préſident en la
-Chambre des Comptes , & Soeur
de Monfieur Fréſon , Conſeiller
au Parlement.
: Monfieur de Lariſcourt , Lieutenant
de Roy au Chatelet , eſt
mort dans le meſme temps. C'e
188 MERCURE
ſtoit un Gentilhomme , qui par
pluſieurs marques de courage &
de valeur qu'il a données dans
*le Service , & par ſon exactitude
à executer les Commiſſions dona
Sa Majesté l'honoroit ſouvent
avoit merité cette Lieutenance
de Roy qu'il a poſſedée pendant
-pluſieurs années , avec l'eſtime
de ſon Gouverneur , & l'applaudiſſement
de tout le Peuple.
La Charge de Profeſſeur en
Langue Grecque de Caën étant
vacante , le Roy a envoyé or
dre au Recteur de cette Vniverfité
de faire entrer en diſpure
ceux qui y prétendent , & Sa
Majesté veut qu'aprés que cette
diſpute aura eſté faite , on luy
nomme les trois Aſpirans , qui
auront paru les plus habiles, afin
qu'Elle faſſe tomber fon choix
&ſes graces fur celuy d'entr'eux
gel
dara
udi
COO
م ل
ភ្នំ ព ne
בט
en
GALANT
189
qu'elle jugera à propos de preferer
. On a de la gloire à obtenir
ainfi des Emplois , puis
qu'on ne les donne qu'au vé
ritable mérite..
L'Air qui ſuit eſt tout nouveau
, & de la façon d'un de
nos plus ſçavans Maiſtres.
:
AIR NOUVEAU.
A
H. ne me parlez plus des
douceurs dela vie ,
La mort est leſeul bien qui flate
mon espoir.
L'ay fait tout mon bonheur d'estre
aimé de Silvie ,
L'ingrate renonce à me volr ;
Ah, nemeparlez plus des douceurs
"
de la vie.
L'application de Monfieurde
Louvoyseſt ſi grande pour tous
190
MERCURE
tes les choſes qui regardent fon
miniſtere , qu'après avoir fait be- "
nir l'Egliſe du College des Quatre
Nations , où l'on celebre tous
les jours la Meſſe , il y a fait, fuivant
les dernieres volontez du
Cardinal Mazarin , qui en eſt
Fondateur , tranſporter leCorps
de ce Miniſtre, qui depuis vingttrois
ans eſtoit en dépoſt dans
l'Egliſe de la Sainte Chapelle de
Vincennes . Il a fait auſſi rétablir
à Paris , & à Beauvais ,le Magazin
des Tapiſſeries de la Manufacture
Royale de Flandre ,
comme le Roy luy en avoit donné
l'ordre ; & pour répondre à
l'intention de ce Grand Monarque
, & fatisfaire l'amour qu'il a
luy- meſme pour les beaux Arts,
qu'il cherche à faire fleurir par
toutes fortesde voyes , il vint le
Jeudy 14. de ce mois à l'AcadéGALANT.
191
mie Royale de Peinture,& Sculpture
dont il eſt le Protecteur. Il
y fot reçeû au bas du degré par
Monfieur le Brun quien Directeur
, & Chancelier, & par Monſieur
de Seve l'aîné , qui faiſoit
pour lors la fonction de Recteur.
Ils eſtoient accompagnez de plufieurs
autres Officiers , & Académiciens.
Monfieur de Louvoys
vit d'ahord la Salle de Geometrie
, & d'Astronomie, & enfuite
il entra dans celle où les Affemblées
ſe tiennent. Il y confidera
quelque temps les Ouvragesde
Peinture , & de Sculpture , qui
avoient eſté faits pour les
Prix que le Roy donne tous
les ans aux Etudians , qui travaillent
ſur un ſujet propoſé.
Il s'eſtoit donné la peine quelque
temps auparavant de les
aller viſiter pendant qu'ils cra
192 MERCURE
vailloient actuellement à ces Ouvrages
, & eſtoit entré dans le détail
des ordres qui ſont obſervez
dans l'Académie pour empécher
qu'ils ne tirent aucun ſecours
pour ce travail , que celuy que
leur fournit leur propre génie.
Sitoſt qu'il ſe fut aſſis dans le
Fauteüil qui luy avoit eſté préparé
ſur une Eſtrade , Monfieur
le Brun , qui en l'abſence du
Protecteur préſide à l'Académie,
ſe mit à ſa droite , & les Re-
&eurs & Profeſſeurs aprés luy.
Monfieur le Chevalier de No.
gent qui avoit accompagné
Monfieur de Louvoys , fut prié
de ſe mettre de l'autre côté
auprés de ce Miniſtre ; & Mon-
Geur de Séve , le Profeſſeur de
mois , & tous les Conſeillers ,
prirent leurs places du meſme
côté. Aprés cela MonfieurGuillet
GALANT. 193
let de S. George lût le Difcours
que je vous envoye.
MONSEIGNEUR,
L'Académie regarde l'honneur
que vous luy faites aujourd'huy
comme le comble des graces dont
vous l'avez favorisée pendant le
cours de cette année. Elle a vúfa
Pension augmentée par vos recom
mandations auprés du Roy , &
s'est ainsi trouvée en état de foûtenir
une dépense neceſſaire à tou
tes ses fonctions. Elle à vû l'ému
lation s'accroîtreparmyſes Eléves,
non feulement par les nouveaux
Prix quise font diftribuez fous vos
auspices à la fin de chaque Quar
tier ; mais encore par la bonté&
par lavigilance que vous leur avez
marquée ces jours paſſez, en venant
icy vous- mesme àdes berres inopi-
Septembre 1684. I
94 MERCURE
nées pour estre le témoin de leur
travail. Aujourd'huy elle voit que
vous voulez bien estre leur Arbitre,
lors que cherchant à l'envy la perfection
de leur Art , ils nefe difputent
la victoire que pour se rendre
plus dignes derepréſenter toutes cel
les du Roy. Ils favent , Monfeigneur,
que c'estvôtre intention , &
L'objet des Prix que vous leurpréparez
. C'est aussi la ſeule ambition
que l'Académie leur inspire. Chaque
jour elle confie le ſoin de leurs
progrés à la conduite particuliere
du Recteur , & du Profeffeur qui
font en exercice ; mais elle s'y applique
toute entiere dans les Déliberatious
des Affemblées qu'elle tient.
Vous n'ignorez pas , Monseigneur ,
que l'Assemblée du premier Samedy
de chaque mois est destinée à des
Conférences generales , tant pour
conferver l'esprit deſocieté,&d'u-
1
GALANT . 195
nion parmy les Académiciens , que
pour agiter quelque Question de
l'Art , qui faſſe voir ce que les uns
Sçavent déja , & ce que les autres
doivent apprendre. Ainſy dans la
premiere Conférence de cette année,
Monfieur Monier a fait lecture d'un
Discours qu'il a composé sur la lumiere
, &fur les ombres. Ily explique
la maniere de traiter ces deux
Parties de la Peinture , Selon que
les objets du Tableau font diversement
oppofez au corps lumineux.
Dans la Seconde Conférence on
lût un Discours de Monfieur Champagne
contre les copistes des manieres,,
qu'il accuſe de peu de cou-.
rage , & de peu d'industrie ense
bornant à une ſervile imitation .
Dans la troifiéme on fit lecture
d'un Discours de Monsieur Renaudinfur
le Bachus antique , &fur
les instructions que les Etudians en
peuvent tirer.noaa
I 2
٢٠٢
1
196 MERCURE
Dans l'Assemblée ſuivante la
Compagnie ayant confideré que la
plupart des Tableaux qui ont esté
faits pour la reception des Acadé
miciens , representoientfous desfigures
allégoriques les plus grands
Evenemens de l'Histoire du Roy.
Elle m'ordonne d'enfaire les explications
,& convia les Académi
ciens à me donner un Abregé de
leurs pensées; mais comme tous ces
mémoires ne m'ont pas encore efté
fournis , il ne m'a pas esté poſſible
de renger ces Discours ſclen l'ordre
des années. Ainsi fans obferver la
Suite des temps de chaque Evenenement
, ma premiere lecture fut
une explication du Tableau allégorique
de Monfieur Friquet . Il avoit
pris pour Sujet la Campagne que
Le Roy fit en Flandre l'année 1667.
& la premiere Conqueste de la
Franche-Comté, au commancement
GALANT 197
au
de l'annéeſuivante ; ce qui futfuivy
du Traitéd'Aix la Chapelle, &
donna licu au Peintre de marquer
combien certe Paix fut glorieuse
Roy, avantageuse à la France ,&
favorable aux Sciences ,& aux
beaux Arts. Caroles
Le premier jour de Iuillet je lûs
dans l'Assemblée l'explication du
Tableau de Monfieur Paillet , dont
leſens allegorique exprimoit la Bataille
des Dunes donnée le
1658. ce qui favoriſa la Seconde
prise de Dunkque , & facilita la
Paix des Pyrenées , dont le Peintre
marque les avantages.
Luin
Le s . jour d'Aoust , je lûs un
Discours fur le Tableau allegorique
de Monfieur Hovaſſe qui regarde
i'état , où se trouva la Hollande,
lors qu'en 1672, le Royy fit enper-
Sonne une Campagne , & que sa
waleur & sa prudence y furmon-
1.3
198 MERCURE
A
terent les divers obstacles du Rhin,
des Fortereſſes , & du Campement
des Ennemis , qui furent autant de
vaines reſources , que le Peintre à
trouvé l'art de figure.
Sous vos ordres , Monseigneur,
je donneray le reſte des Explications
à mesure qu'on m'en donnera les
Mémoires , trop heureux , fi ma
plume pouvoit répondre à l'ardeur
de mon zele , & à laricheſſe d'une
matiere , où j'entrevoy par tout les
traces de vos importans Services,
parmy les foins que le Roy prend de
porter , & de maintenir les Armes,
les Sciences, & les Arts , dans une
Splendeur qui n'a point encore eu
d'égale. T
Monfieur de Louvois ayant
marqué la fatisfaction que ce
Diſcours luy avoit donnée , &
celle qu'il recevoit de voir que
cette Compagnie ne prenoit pas
GALANT.
199
feutement le ſoin de donner des
Leçons aux Etudians ſur l'étude
des Modelles, & d'aprés lesDeffeins
des Profeſſeurs , avec toute
Fexactitude poſſible, maisqu'elle
s'appliquoit encore principalement
à rechercher tout ce qui
pouvoit contribuer à la perfe
ſtion de l'Artqu'elle profeffe, ditribua
luy-meſme les Prix à ceux
qui les avoient méritéz , for le
raport que le Secretaire lay fic
des ſentimens de l'Academie,
qui avoit examiné , & juge du
mérite des Ouvrages de ceux
qui y aſpiroient. le ne vous répete
point en quoy conſiſtoient
ces Prix. le vous en fis une def
cription la derniere fois qu'on en
donna , & on n'y a rien changé
cette année. Il exhorta les Elé
ves de s'appliquer fortement au
travail , & les affura des gratifi-
14
200 MERCURE
cations de Sa Majesté , s'ils continuoient
dans la meſme ardeur.
Ilpromit meſme qu'il en donneroit
tous les mois à quelques pauvres
Etudians , parce qu'on luy
repréſenta , que n'ayant pas eu
dequoy étudier , ils n'avoient pû
perfectionner les Ouvrages aufquels
ils avoient travaillé pour
les Prix. L'Aſſemblée finit par
les loüanges qu'on donna à ce
Miniſtre, qui s'attache avec tant
d'exactitude , de bonté , & de
genéroſité pour la gloire du Roy,
& de la France , à l'avancement
des Arts. Avant que de fortir de
l'Académie, il paſſa dans la Salle
où les Modelles eſtoient poſez
en attitude , vend toutes les
Estampes gravées d'aprés les
Graveurs de cette celebre Académie,
dont il eſt Concierge , &
d'aprés divers Tableaux des
GALANT. 201
Peintres de la meſme Compagnie.
Madame la Marquiſe de
Coeuvres eſt morte icy depuis
peu de jours , d'une fiévre qui
luy a cauſe untranſport au cerveau.
Elle n'avoit quetrente-ans,,
&eſtoit dans le quatrième mois
d'une groſſeſſe. Elle estoit Fille
de feu Monfieur de Lyonne, Mi--
niftre & Secretaire d'Etat , &
avoit épousé en 1670. François
Annibal d'Eſtrées III. du nom ,,
Marquisde Goeuvres ,Gouverneur&
LieutenantGeneral pour
le Roy de l'Ile de France , Fils
de François Annibal II . du nom,,
Duc d'Eſtrées , Pair de France ,,
Ambaſſadeur à Rome, & de Ca--
therine de Lauzieres-Thémines,,
&Petit-Filsde François Annibal
Duc d'Eſtres , Pair& Maré--
chal de France,qui eſt mort âgé
de plus de centans..
11 55
202 MERCURE
Madame la Marquiſe de Valençay
eſt morte environ dans le
meſme temps. Elle estoit Fille aînée
de François de Montmorency
de Bouteville , Soeur de Monfieur
le Maréchal Duc de Luxembourg
, & de Madame la
Princeſſe de Merlebourg , &
avoit épousé Dominique d'E--
ſtampes , Marquis de Valençay ,.
fils de Jacques d'Estampes I I. du
nom, Chevalier des Ordres du
Roy ,Grand Maréchal de Logis.
de la Maiſon de Sa Majesté , Li--
eutenantColonel de la Cavale
rie Legére , Gouverneur de
Montpelier ,& de Calais , mort à
Boulogne en 1639. Monfieur de
Valençay Chevalier de Malthe ,
Grand-Croix , & Bailly de fon.
Ordre , & qui eſt mort Grand-
Prieurde France , eſtoit Beaufre--
re de cette marquife. Elle a cus
GALANT.
203
trois Fils , dont l'aîné eſt mort , &
a laiſſé des Eefans . Les deux autres
font , Monfieur le Comte de
Valençay , Exempt des Gardes
du Roy , & Monfieur le Chevalier
de Valençay.
:
;
Ces morts ont eſté ſuivies de
cellede Monfieurle Chevalierde
Humiéres , Commandeur de
Villiers au Liége , Abbé de S..
Meſſant , & de Pretiilly , & Seigneur
de Baffigny: Ikeſtoit allé
prendre du Lait à Baville , où il
aeſté ſurpris d'un épanchement
de ſang qui l'a fait mourir ſubitement.
Louis de Crévant II. du
nom, ſon Bifayeul , Vicomte de
Brigueil , Capitaine de Cent :
Gentilshommes d'armes de la
Maiſon du Roy , Gouverneur de
Compiegne ,& de Han , fut fait
Chevalier du Saint Eſprit en
1619. &mourut en1646. âgé de :
こ
1.6
204 MERCURE
83. ans. Il avoit épousé Catherine
de Humiéres Dame de
,
7
,
Monchy Fille de lacques
Marquis de Humières , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Péronne , &
Heritiere de Charles , Chevalier
des meſmes Ordres , ſon Frere,
dont il eut Loüis de Crévat
III. du nom, Marquis de Humiéres
Gouverneur de Compiegne,
Capitaine de cent,Gentils-hommes
de la Maiſon du Roy, &
Pere de Loüis de Crévant IV. de
decenom ,Marquis de Humiéres
, Viconte de Brigueil, Maréchal
de France , Gouverneur de
Compiegne, de Lile , &c.. Frere:
deMe le Chevalier de Huriéres ,
dont le vous apprens la mort.
3 Celle de Meſſire François de
Vaudetar , Marquis de Perſan,
eſt arrivée preſque dans lemef
4
に
GALANT. 205
me temps. Il eſtoit Enſeigne des
Gardes du Corps du Roydans la
Compagnie de Monfieur le Duc
de Luxembourg.. Monfieur le
Compte de Monteffon , le plus
ancien Exempt de cette Compagnie,
a eſté pourvûde cette Enſei..
gne par Sa Majeſté. Ce Comte a
commandé long temps les Gardes
qui ſervoient auprés de la
feuë Reyne, & enſuite ceux qui
font auprés de Madame la Dau-
-phine..
Monfieur le marquis d'Urfé:.
épouſa ces jours paſſez Mademoifelle
de Gontaud- Biron , Fille:
d'honneur de Madame la Dauphine.
Elle est dans une eſtime
generale pour les agrémens de
ſa perſonne ,& pour la douceur
de ſon eſprit. Monfieur le Marquis
d'Urfé en a infiniment. On
ne doit pas en eſtre ſurpris le
206 MERCURE
coeur & l'eſprit ont toûjours
éclaté dans cette Maiſon. le vous
en ay fait un ſi grand détail dans
l'unede mes Lettres , que je ne
croy-pas vous en devoir dire davantage
; les bords du Lignon
font connus de tous le monde, &
l'on ne ſçauroit s'en ſouvenir
fans ſe remettre en mémoire la
Maiſon d'Urfé. Quant à celle de
Gontaud-Biron , elle tire ſon origine
de Perigord où eſt ſitué. Biron
, petite Villes dans les Monragnes
du côté de Quercy, l'une
des anciennes Baronnies du Païs
que le Roy Henry IV. érigea en
Duché en faveur de Charles de
Gontaud , & qui a aujourd'huy
le Titre de marquiſat. lean de
Gontaud , Baron de Biron , aprés
avoir eſté Ambaſſadeur pour le
Royen Angleterre , mourut des
bleſſures qu'il reçeur à la BarailGALANT.
207
1
lede Saint Queminen 1557.11
eut d'Anne de Bonneval Dame
de Cheboutonnes , Armand de
Gontaud, qui ſi ſignala auxBatailles
de Dreux , de Saiut Denis,
de Montcontour , & à divers
Siéges . Le Roy Henry. III. l'en
voulont recompenfer, luy donna .
le Baton de Maréchal de France :
en 1577. & la Lieutenance Ge
nerale du Gouvernement de
Guyenne , & le fit Chevalier du:
Saint Eſprit en 1581. Aprés la
mort de ce Prince , il fut le pre-- .
mierqui ſe déclara pour Henry/
le Grand , qu'il fervit utilement
aux Journées d'Arques , d'Ivry',.
&ailleurs. Il fut tué en 1992 .
devant Epernay en Champagne,
s'eſtant avancé pour reconnoi
tre la Place Illaiſſa trois Fils de
Jeanne Dame d'Orneſan , & de
Saint Blancardi, çavoir Char--
1
208 MERCURE
les de Gontaud , Jean , & Armand.
Ce dernier fut tué au
Maſſacre d'Anvers en 1583 .
Charles de Gontaud fut Duc de
Biron , Pair , Amiral , & Maréchalde
France , Gouverneur de
Bourgogne & de Breſſe. Jean de
Gontaud fon Frere qui a continué
la poſterité , épouſa en premieres
Nopces laqueline de
Gontaud Saint Géniez , Dame
de Bedefou , & en ſecondes ,
Marthe- Françoiſe de Noailles ,
Fille puiſnée de Henry Baron de
Noailles , dont il eut Henry ме-
tre'de Camp du Regiment de
Périgord , mort à Paris d'une
chute de Cheval en 1636. &
François de Gontaud Marquis
de Biron. C'eſt de ce Marquis ,
&de Dame Elizabeth de Coffe ,
Fillie puînée de François Ducde
Briffac , qu'eſt ſortic Mademois
GALANT. 209
felle de Gontaud , dont je vous
apprens le Mariage. Outre ce
que je vous ay déjadit que leRoy
avoit donné à ces nouveaux
Mariez en conſidération de certe
alliance , Sa Majesté a mis
Monfieur le Marquis d'Urfé auprés
de Monſeigneur le Dauphin
, avec la Penſion des Sei
gneurs qui doivent toûjours accompagner
ce Prince. Mademoiſelle
de Gramont , Fille da
Comte de cenom , & Niéce de
feu Monfieur le Maréchal de
Gramont , a eſté choiſie pour
remplir la place de Fille d'hon
neur demadame la Dauphine ,
que quite Mademoiselle de con ,
taud.
e Le Roy qui devoit partir le
18. de ce mois pour aller prendre
le divertiſſement de la Chaffe
au Château de Chambor , n'eſt
110 MERCURE
party de Versailles quele 21. La
maladie de Monfieur a eſté cau
ſe de ce retardement , &elle au
roit meſme empêché tout à fait
ce Voyage , fi Sa Majeſté , qui a
une extrême tendreffe pour ce
Prince , & qui a témoigné beaucoup
de chagrin de ſon mal , n'avoit
eſté affurée avant ſon de
part qu'on n'en devoit appréhender
aucun dangereux effer ,
& ne l'avoit meſme vû prêque
entierement guéry. Ce mal ef
toit une fiévre double- tierce ,
avec des rédoublemens. Une ſaignée
du bras , & du pied , que
ſes Medecins firent faire fort à
propos, jointes à quelques autres
remedes , donnerent d'abord un
grand foulagement à ce Prince ,
& le Remede Anglois a achevé
d'emporter ſa fiévre. Tant qu'on
a crû ſa maladie dangereuſe , le
GALANT. 211
:
Roy eſt venu le voir tous les
jours. Monſeigneur le Dauphin,
& Madame la Dauphine , y
font auffi venus ; & toute la
Cour , qui a- eſté ſenſiblement
touchée de ſon mal , en a donné
des marques par l'empreſſement
qu'elle a témoigné en le venant
voir en foule.
Voicy les deux Enig nes ordinaires
. Quant aux noms de
ceux qui les ont expliquées ,
vous les verrez dans l'Extraordinaire
que je vous envoyeray le
15. du mois prochain.
Vous aurez les noms de ceux
qui ont expliqué les Enigmes du
dernier mois , dans l'Extraordinaire
qui ſera donné le 15. du
mois prochain ; En voicy deux
nouvelles , qui viennent des...
Nymphes enjouées , Cliove , &.
Roſelinde..
1
212 MERCURE
ENIGME..
TEE
laiſſe à part & mavie ,&me
mort ,
Mes courts cheveux d'eternelle ver
٤١٠
Ma couleurjaune , & maforte na
ture..
Voicy le reste de monfort..
Pour mieux agir , j'ay doubles
armes.
Les employant avec vigueur
Ledétourne cent maux , j'éloigne
X leurs allarmes
Le mets l'ordre où je passe , &j'en
accrois les charmes ,
Ie fais plaisir, &mesme honneur.
ソー
Mais ce qu'on aura peine à croire,
Le deviens fec quand je suis en
repos ,
GALANT. 213
Et gras dans mes plus grands tra-
Etje
vaux ,
n'attaque point fans gagner
la victoire.
Le plus souvent dans les jeunes
Forefts
Je vais , je viens , je m'occupe à la
chaffe;
L'ajuste en d'autres, des filets
Avec tant d'adreſſe & de grace ,
Queplus d'un coeur s'y prend avec
plaisir ,
Mais quelque courſe que ie falle,
Quei'aille viste , ou que i'aille à
Loiſir .
Lamais ie ne me laſſe.
AUTRE ENIGME .
E fors des hauts Lieux , & je
fers
Apres avoirpassé par les cux , par
les fers .
214
MERCURE
Eaux boüillantes dont Dieu vous
garde,
Fers tranchans à couper chair doüillette
en morceaux ;
Au Curieux qui me regarde ,
Ouje montre les dents , ou je tourne
ledos.
Bien que je n'affecte perſonne
Dans les ſervices que je rends ,
Iamais mes soins ne font indiférens
Acellesà qui je les donne.
Iefuis cher au Brunet , plus encore
au Blondin
2
Mon employ plaist aux guais , &
divertit les mornes ;
Etpour tout dire enfin ,
Il fait mesme porter aux plus Galans
des Cornes ,
Sans qu'ils enſouffrent de chagrin.
L'Article des Modes nouvel
GALANT. 215
les que vous attendez , n'eſt pas
une choſe facile, & l'on voit encore
fi peu d'Habits d'Hyver ,
qu'il eſt mal aiſe d'aſſurer quelles
Modes auront le plus de cours
pendant cette Saifon. Cependantje
vous diray qu'on fait des
Jupes de Brocard d'or , dont le
devant & le tour d'embas ſont
d'un Brocard diférent de celuy
du reſtede la lupe , ce qui épar.
gne à celles qui s'en fervent les
Points d'Eſpagne qu'on met ordinairement
ſur les lupes qui ne
font pas de ces Brocards. La
plupart des Dames qui veulent
des lupes garnies , mettent dans
le milieu de longues Agraphes,
avecdes Boutons & des Boutonnieres
comme les Hommes les
portent ſur leursBrande bourgs;
en ſuite on metun Pointd'Eſpagnede
chaque coſté , aprés quoy
216 MERCURE
on met un autre rang d'Agraphes
, & puis un autre Point
d'Eſpagne , & ainſi alternativement
, ſuivant la quantité qu'on
veut de ces ornemens . On ne
fait plus tantde Gorges rondes
aux Manteaux , & l'on commence
à en couper beaucoup en
coeur. La plupart des Manches
font hautes , attachées par des
Agraphes pareilles à celles qu'on
met au devant des Iupes. On
en met tout autour des Manches.
On porte beaucoup d'Etofes
rayées. La plupart des Souliers
font à l'Angloiſe avec des
Boucles. Iamais on n'a tant porté
d'Echarpes toutes de Dentelle;
on n'y laiſfe pas ſeulement un
doigt de Taferas, & la Dentelle
eſt coufuë fur un Cordon. Prefque
tous les Habits des Hommes
font de Drap brun tirane
fur
GALANT.
217
S
fur la couleur de Muſc , on les
= garnit de Boutons d'or filé, avec
desGancesde meſme. Les revers .
des manches ſont de Brocard, ou
tout or , ou tout argent, ou meſlé.
Ceux qui en veulent de moins
riches , prennent de Moüere ,
tout or , ou tout argent. Quel--
ques grands Seigneurs portent
des Manches relevées , entourées
1 de Dentelles d'or , & attachées
avec de gros Noeuds de tiffus
d'or. On ne porte point de revers
aux Veſtes , & les manches
finiſſent juſtement à l'endroit où
elles doivent eſtre renverſées ..
Il y en a beaucoup dont les rebords
font travaillez , & forment
un deſſein qui finit la
Manche. Pluſieurs font encore:
garnir leurs Culotes avec des
Toufes de Rubans qui fontd'efpace
en eſpace , & que l'on ap
Septembre. 1684 .. K
1
218 MERCURE
pelle Bouquets. Rien n'eſt ſi ma
gnifique que les Noeuds d'épaule
& d'Epées de quelques grands
Seigneurs , ils ſont de diférens
tiffus d'or. On attache aux côtez
d'une partie de ces tiſſus des
Campanes or & argent, & d'autres
de meſme maniere aux
bouts , & qu'on appelle Glands,
parce qu'elles ſont plus longues.
La mode la plus nouvelle eſt de
larges Rubans unis , ſur leſquels
on couſt divers morceaux de
Point d'Eſpagne or & argent ,
qui forment pluſieurs fortes de
figures. Les coſtez & les bouts
font auffi garnis des Campanes
dont je viens de vous parler. On
fait des Sur- tout qui n'en ont
que les manches , le reſte reſſemblant
plus à un Juſte - au-
Corps qu'à un Sur- tout. Il eſt à
croire que quand le froid ſera
GALANT. 219
revenu , on ferales Corps affez.
larges pour pouvoir mettre un
Juſte- au- corps deſſous ,& ce ſeront
alors de veritables Sur- tout .
On porte des Bas mêlez de ſoye
&de laine , pour lesquels on ne
s'aſſujetit pas tout- à- fait à la
couleur de l'Habit , à cauſe du
mêlange. Ces Bas font toûjours
rayez à l'endroit où ils ſe roulent.
J'eſpere vous en mander
davantage le mois prochain .
Comme les Comédiens Italiens
ont donnédepuis deux ans
toute leur application à mériter
l'aplaudiſſement de leurs Auditeurs
, & que pour y réüſſir , ils
n'ont épargné ny ſoins , ny dépenſe
, toutes les Piéces nouvelles
qu'ils ont joiées depuis
cetemps làont eu des fuccés qui
ont paſſé ceux qu'on auroit pû
efperer autrefois des Ouvrages
K 2
220 MERCURE
3
les plus achevez. Tout Paris y
court en foule , comme aux premieres
repreſentations de l'Opera.
La Satyre vive, & juſte
dont plufieurs de leurs Scenes.
ſont remplies , paroiſt profitable
&de bon goût , & les vices
& les folies des François eſtant
deux matieres inépuiſables , ils.
peuvent ſe promettre toûjours .
de tres- grandes Affemblées, s'ils
continuent à donner de Comédies
de ce caractere. Ils en repreſentent
une depuis trois ſemaines
intitulée , La Toiſon d'or
Comique , dont les ſeuls Articles
du mariage d'Arlequin Jaſon ,
peuvent divertir les plus ſerieux.
22
? Je vous envoye deux Livres
nouveaux , que vous pouvez
faire voir àtous les Sçavans de
vôtre Province.. La maniere
GALANT. 221
leur en plaira d'autant plus, qu'-
elle eſt relevée par la netteté ,&
par l'agrément du ſtyle. L'un a
pour Titre , Discours d'Eusebe
Evêque de Cefarée , touchant les
Miracles attribuez par les Payens :
à Apollonius de Tyane , & l'autre,
Discours de Clement Alexandrin
pour exhorter les Payens à embrasfer
la Religion Chrétienne. Cefont
des Traductions faites par
Monfieur le Préſident Couſin
qui eſt un Homme d'une profonde
érudition , dont nous
avons déja la Traduction de
'Hiſtoire Biſantine. La Langue
Grecque luy eſt familiere , &
vous ne douterez point de la
bonté de ſes Ouvrages , quand
vous ſçaurez qu'il a eſté nommé
pour examiner une partie des
Livres qui ſe donnent au Public,
&que c'eſt ſur ſon raport que
K 3
222 MERCURE
l'on accorde de perm ſſion de les
imprimer. Le Sieur Amaulty
Libraire de Lyon , qui debite les
deux Diſcours dont je viensde
vous parler , commence à vendre
un autre Livre nouveau intitulé
, Dom Henrique de Castro ,
ou la Conqueste des Indes. Je ſuis
Madame vôtre , &c
FIN.
Toute la réponſe que ie puis faire
à celuy quim'a fait la grace de
m'écrire de la Haye, c'est que j'employeraysa
Lettre dans le XXVII.
Tome de l'Extraordinaire qui paroiſtra
le 15. du mois prochain.
Comme la deciſion des doutes qu'il
propoſe ſur la Langue est l'affaire
du Public , ie luy en apprendray les
Sentimens s'il s'explique la- deſſus.
Bayerische
Steatubitoothsk
Bionetien
Qualité de la reconnaissance optique de caractères