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1684, 05 (Lyon)
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MERCURE
GALANT ,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MANY 1684.807156
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
E Camp de Condé doit re-
Lgarderla page 178 .
La Chanſon doit regarder la
page 242.
Le Plan de Luxembourg doit
regarder la page 272.
***********
LE LIBRAIRE
50
AU LECTEUR.
J
temps.
E fuis obligé , cher Lecteur ,
de vous donner un Catalogue
de pluſieurs fortes de
Livresnouveaux , puiſque vous
m'en demandez de temps en
Livres nouveaux de l'année 1684...
Remarque de 12. Tome 4. & 5. 4.liv. 10 f. Les trois premiers
vol . ſe trouvent auſſi dans la mesme
Boutique pour 6.1.15.f. c'eſt 11.1.les 5.vol .
LePlutus& les Nuées d'Aristophane,Comedies
Grecques, traduites en François,avec
des Remarques & un Examen de chaque
Piece ſelon les regles du Theatre , parMademoisellele
Febvre, 12. 50.f.
Nouvelle Hiſtoire d'Abiſſinie ou d'Ethiopie,
tirée de 1 Hiſtoire Latine de M. Ludolf,
enrichie de Figures en taille douce, 12. 40.f.
Les nouvelles Oeuvres de M. de Moliere,
augmentées de 2.vol. 12. 9.vol.avec des taillesdouces,
15.1.
5 2
2
Le nouveau Etat de la France , avec la
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les Dimanches de Careſme de l'année , 12 .
5.vol 12.1.10.f. Le 4.& 5. Tome ſe vendent
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L'Alcoran de Mahomet,traduit d'Arabe en
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Dialogue de la Santé, 12. 30.f.
La Sainte Bible en François , fol.Paris, 8.1.
Oeuvres de Meſſieurs de Corneille , augmentées
d'un tiers, 12. 9.vol. 18.1 .
Sciences des Notaires, de la Ferriere , 4.
4.1.10f.
Le nouveau Praticien François , de la Fer
riere, 4. 5.1.
Les Inſtituts de Juſtinien , de la Ferriere,
12. 2.vol. 4.1.
Les Hommes Illuſtres, 12. 2.vol . 4.1 .
Le Caractere de l'honneſte Homme , par
M. l'Abbé de Gerard, 12 40.f.
Saluſte traduit , par M. l'Abbé Caſſagne ,
12. 50. f. M
Triple Couronne de la Vierge , par l'Autheur
de l'année Benedictine ,4. 2.vol. 12 .
Hiſtoire des Siecles , du P. Lenfant ,
6.vol. 8.1 .
12.
Anatomie du Corps Humain,8. tout rempli
de Figures en taille douce, 4 1.10.f.
Hiſtoire des Sevarambes, 12. 6.1 ,
Oeuvres de M de la Chapelle, 12. 2.1
Oeuvres de M. Poiſſon , avec la Comedie
fans Titre, 12. 2 vol. 3. k
Oeuvres de M. Sarrafin, 12. 2.vol. 3.f.
L
De la Pureté d'Intention,par M.l'Abbé de
laTrappe , Autheur de la Vie Monaftique,
12.30.1.
Nova collectio Concilior. Balus.fol. 15.1 .
DogmataTheologica Thomafini,fol.15.1.
Careſme du Pere le Febvre Recolet , &.
2 vol . 6.1 .
Vêtures de Religieux, 8. 2.vol. 5.l.
Traitté de l'Ufage du Lait, par M.Martin,
12. 15.f.
Pharmacopée de Charras, 8. 2. vol. augmentée
d'un tiers, 6.1.
Nouvelle & facile Methode Italienne
dans ſa derniere perfection,augmentée de la
moitić, par M. l'Enfredini, 12. 30.f.
L'Amant parjure , par M. Chauvigni , 12.
20. fols,
Traitté fingulier du Blaſon des Familles
de France, par M. l'Abbéla Rocque, 12. 20.f.
- Advertiſſemens de Vincent de Cervis ,
touchant l'antiquité de la Foy Catholique,
contre les nouveautez profanes de tous les
heretiques, 12. 2. 1 . 2
Methode facile pour apprendre l'Hiſtoi
re, 12. 20.f. A
Oeuvres nouvelles de la Suſe,12.4.vol.4.1.
Hiſtoire des Grands Viſir, 12. 3. vol.4.1.10.
Hiſtoire de la Louifiane, avec une grande
Carte, 12.40.f.
Le nouveau leu du Monde , avec douze
Figures en taille douce, 12, 30.f.
LeBatard de Navarre, 12.20.f.
1
A
Ordonnance des Gens de Guerre , 12
4.vol. 12.1.
Tibere, Diſcours Politiques,parM. Ame-
Hot, 4. 5.1 .
LePrince Machiavel,traduit par M.Amelot
de la Houſſaye,12.30.f.
Le nouveau Traitté de Paix, 4. 7.1.
L'Oraiſon du Coeur, ou la maniere de faixe
l'Oraiſon parmy les diſtractions les plus
crucifiantes de l'eſprit , par le R.P. Piny, 12 .
25. fols.
Exercices que le Roy a reglé pour toute
fon Infanterie, tant Françoiſe qu'Etrangere,
& pour les Compagnies des Mouſquetaires,
&celles desGentilshommes qui font à fa
folde, 10.f. う
La Vie du R.P. Beauvau de la Compagnie
de IESUS, 12. 30.f.
Hugement de Pluton ſur les deux parties
duDialogue des Morts , 12.30.1.
Sommaire de l'Histoire de France,y compris
l'Hiſtoire de Loüis XIV. avec des Figures
entaille douce, s.vol. 12.1.
Entretiens hiſtoriques , moraux & politiques,
12. 40.f.
Oeuvres meflées de S. Euremont , 3. vol .
4.liv. 10.f.
Oraiſon Funebre de la Reine, par M.PAbbé
Flechier, 4. 20. f.
La Retraitte des Daines, par le R.P.Guilliore,
12. 30. f.
Lettres ſur la neceſſité de la Retraitte, par
Le Pere Valois, Tome ſecond, 12.30.f.le premier
ſe trouve auffi pour 20.f.
L'Ecole de Chirurgie, 12. 20.6.
Obſervations ſur les Fievres & les rebri
fuges de M..Spon, 12, 20.1.
}
1
4.
Traité des Rapports en Chirurgie , ſuivant
les nouvelles Ordonnances , par M. de
Blegny, 12. 15. f.
La pratique de l'Education des Princes,
en la Perſonne de Charles- Quint , du Sçavant
M. de Varillas Hiſtoriographe de France,
qui a fait l'Hiſtoire de Charles IX 4.6.1 ..
La Vie deMadame de Montmorency , Superieure
de la Viſitation de Sainte Marie de
Moulin, 8. 2.1.10 f.
Réponſe à M. Boffatran Miniſtre , fur la
Conferance tenuë à Niort, par M. l'Abbé de
Chalucet, 12. 30. f.
Hiſtoire de la Ligue , deM Maimbourg,
12. 2.vol. fur de tres -beau papier fin, 3. 1 .
Idem le Calviniſme, ſur detres-beau
papier, 12. 2.vol . 3.1.
Idem le meſme, 4. 6.1.
Ordonnance des Eaux & Forests , augmentées
d'un tiers, avec les Edits & Declarations
juſques à 1684. 12. 40. f.
Traité de Chevalerie, du R.P. Menetrier,
12.40.1.
Les Embleſmes du R.P. Menetrier, 8. 50.f.
Les Conferances Eccleſiaſtiques du Dioceze
de Luçon, 12.3.vol. 3.1.15.f.
Lesnouveaux Dialogues des Morts , 12 .
2.vol . 3.l.de Paris , & 30.f. de Lyon.
L'Explication de l'Edit de Nantes, deM..
Bernard, 8.3.1 .
Le Journal des Sçavans, 4.pour fix fols le
Cayer,
L'en continue à diſtribuër l'Histoire du
Regne de Charles IX. du Sçavant M.de Va
tillas, 120 3.401. 3.1.10.1.
L'on trouvera auſſi un aſſortiment de toutes
manieres , des Uſages pour les Freres
Preſcheurs , tant Meſſels , Breviaires, Diurnaux,
Offices nouveaux,Office de la Vierge ,
Proceffionaux , & autres Livres pour ledit
Ordre, tant rubrique Latine que Françoiſe.
Dans trois ſemaines ou un mois au plus
tard , je vous envoyeray l'Ecclefiaftique de
Meſſieurs du Port Royal, 8. Vous ſçavez que
c'eſt une des belles Traductions de la Bible,
&peu de temps aprés vousaurez de temps
entemps la fuite de la Bible , juſques à la fin
fans diſcontinuer. Ces Livres ſe trouveront
chez le Sieur Amaulry qui les aura .
Lemois prochainje vous donneray un Catalogue
de pluſieurs autres Livres nouveaux.
Etdans quelque temps vous aurez le 4. & f .
volume des Conferances de M. de Luçon, ils
font fous la Preffe : Et l'Hiſtoire de François
I. de M de Varillas,3.vol.4. Et Hiſtoire
des Herefies auſſi en 2 vol 4. du meſine
Autheur , & quantité d'autres dont jevous
entretiendray le moispochain.
MERCU
}
MERCURE
GALANT
ΜΑΥ 1684 .
LYGP
Uoy qu'on ait fait
beaucoup de Portraits
du Roy en Vers & en
Profe , les extraordi
naires qualitez a'ai le diſtinguent
des Souverairs que l'Antiquité
nous vante le plus , ſont en ſi
grand nombre , que dans toutes
les Peintures parlantes que l'on
fai,r de luy , on trouve toûjours
May 1684.
A
2 MERCURE
quelque choſe de nouveau.C'eſt,
Madame, ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par la Ballade
que vous allez lire. Si la matiere
a fourny de grandes choſes,
vous la verrez ſoûtenuë par de
tres-heureuſes expreſſions. Ce
petit Ouvrage eſt de Monfieur
dela Chetardye. C'eſt un homme
de qualité qui a fait paroiſtre
beaucoup de délicateſſe
d'eſprit & de ſentimens , dans
tout ce qu'il a donné au Public .
Le ſuccés qu'ont eu ſes Inftru-
Etions pour un jeune Seigneur , l'a
engagé à établir fur ce meſme
Plan le Caractere d'une Honneſte
Femme. Cette ſuite qui ne
paroiſt que depuis un mois, porte
le Titre d'Inftruction pour une
jeune Princeſſe.
GALANT. 3
AU ROY.
BALLADE.
N quelque lieu que tu porte
EN ton bras ,
Plus redoutéque Mars ce Dieu terrible
,
Quand on te voit , on met les armes
bas ;
Ates deſſeins il n'est rien d'impoſſi
ble.
Tufus toûjours triomphant , invin
cible ;
Mille Lauriers , témoins de testra
vaux ,
Sont de tes faits une preuve aſſez
claire ;
La Gloirefeule est en droit de te
plaire.
Fut- il jamais un ſi parfait Hérosa
A 2
4 MERCURE
Tu fais trembler les plus grands Potentats
.
As- tu vaincu ; doux, tranquile,paifible
,
Tufais connoître aufortir des Combats
,
Que ta fierté n'est pas inacceſſfible.
A la pitié ta belle ame eſt ſenſible ;
De l'Univers tu cherche le repos ;
Si tu punis, c'est un mal néceſſaire;
Fais - tu la Guerre , on troblige à la
faire.
Fut- il jamais un ſi parfait Heros.
Pour toy la Paix eut toûjours des
apas;
Et quand l'orgueüil d'un Prince incorrigible
Te fait fortirdusein de tes Etats,
Pour luy porter une Guerre nuiſible,
Defon malheur tonregret eft viſible.
Pour éviter de fi funestes maux ,
GALANT.
1
:
Tu te vetiens, ton grand coeurſe modere
;
Tu ne connois ny haine ny colere.
Fut- il jamais un ſi parfait Heros ?
Alaraison , que tufuis pas- à-pas ,
Tu tefoûmetsfans un effort pénible;
Ton jugemet voit tout fans embaras;
Ates regards riën'est imperceptible..
Quandillcfaut ton eſprit estflexible
Maître de toy, tu fais tout àpropos,
Tusçaispercer leplusfecret mystere;
Tusçais parler , & qar plus eft te
taire.
Fut- il jamais un fi parfait Hérose
ENVO Υ.
RoySans égalque l'Univers revere,
Pour tes vertus, pour tes faits belliqueux
,
Dure toûjours une Teſteſi chere !
A 3
5 MERCURE
En la perdant nous ceſſons d'estre
heureux ;
Carfans parlerde cet air Militaire
Qui t'a ſoûmis tant d'illustres Rivaux
,
Peut on pas dire,&paroîtrefincere,
Fut- il jamais un ſi parfait Hérose
Les Propoſitions de Paix qui
ont eſté faites par Sa majesté aux
Eſpagnols à l'entrée de la Campagne
, justifient bien ce qui eſt
marqué dans cette Balade , que
c'eſt à regret que ce grand Prince
fort de ſes Etats , pour aller
porter la Guerre à ſes Ennemis.
Monfieur Magnin , Conſeiller au
Préſidial de maçon , a fait une
excellente Deviſe ſur cesPropoſitions
. Elle a pour corps le Soleil
placé au milieu des Cieux ,
formant d'un coſté l'Arc- en-Ciel
dans une Nuë , & dans l'autre,
GALANT.
des Eclairs qu'on voit briller. Il
luy donne ces mots pour ame ,
Solis opus ,
Omen utrumque
& les expliquc par ce Madrigal...
Comme
le Soleildans les airs
Forme l'Iris&les Eclairs
Pour montrer aux Humains un diférent
préſage
Dans ſa diverſe activité
D'une douce ferenité ,
,
Ou de la foudre & de l'orage ;
C'est ainſi qu àſes Ennemis
Le Grand LOUIS préſente ou la
Paix ou la Guerre.
Ilest de tous les deux l'Arbitre fur
la terre;
Malheur à qui n'est pas ſoûmis,
Quand il fait gronder Son Tonnerre.
A 4
8 MERCURE
Je vous ay appris par ma Lettre
de Janvier , que Monfieur
le Marquis de Torcy , Fils aîné
de Monfieur Colbert de Croiſſy,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
avoit eſté nommé Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté , pour
aller en Portugal complimenter
le Roy Dom Pédro fur fon avenement
à la Couronne . Le Vaifſeau
nommé le Faucon , deſtiné
pour le paffer ; ayant eſté arreſté
par les glaces dans la Riviere de
Rochefort , n'en put ſortir que
fur la fin de ce meſme mois . Il
alla moüiller aux Rades de la
Rochelle ; mais quelques ordres
que ce Marquis attendoit de
la Cour , l'empêchérent de s'embarquer
avec toute ſa Suite avant
le s . Fevrier. Le 9. on mit à la
voile , & malgré les mavais temps
on moüilla le 16. à Caſcaye.
GALANT.
C'eſt un Fort qui eſt à l'entrée
dela Riviere de Liſbonne. Le 17 .
Monfieur de S. Romain Ambaffadeur
de France , ayant eſté
averty par Monfieur le Chevalier
de Pontac , Ayde Major de
la Marine , de l'arrivée de Monfieur
le Marquis de Torcy , le
Vaiſſeau entra dans la Riviere,
Monfieur de Villette - Murſay
qui le monte , & qui commande:
les Efcadres de Brest &de Rochefort
, qui font deſtinées pour
garder les Côtes du Ponant, ne
jugeant pas à propos de ſoûtenir
le coup de vent de l'Equinoxe
dans une méchante Rade.. Le
Navire , qui estoit garny partout:
de Flames ,de Banderoles & de
Gaillardelettes de diferentess
couleurs , falia le Fort de S..
Julien , & enſuite la Tour de
Bellin , qui rendirent le Salurg.
A
10 MERCURE
On moüilla entre cette Tour &
la Ville , & Monfieur des Granges
, Conſul François , & Commiſſaire
de la Marine , vint auſſitoſt
de la partde Monfieur l'Ambaſſadeur
, conférer avec Monſieur
le Marquis de Torcy &
Monfieur de Villette. Le lendemain
18. le Commandant fit
mettre dans ſa Chaloupe une
Bande de Violons qu'il a fur
fon Bord. Le Canot où il entra
avecMonfieurde Torcy , ſuivoit
la Chaloupe de fort prés , & ils
allérent deſcendre à Bellin , devant
ce fameux Convent , dont
la magnificence & la beauté font
ſi eſtimées . Monfieur de Villette
avoit laiſſé ordre en ſortant de
ſon Bord , que dés que les Chaloupes
auroient alargué , on fift
un Salut qui témoignaſt au Public
la conſidération qu'il avoit
GALANT.
II
pour ce jeune Envoyé du Roy.
Son ordre fut tres-bien exécuté.
CinquanteGentilshommes Gardes-
Marine
, tant anciens que
nouveaux , car il y en a de deux
Claſſes ,& fept ou huit Volontaires
ou Cadets , ſe joignirent au
Vaiſſeau , pour faire une Salve
de Mouſqueterie. Elle fut précedée
de pluſieurs cris de Vive le
Roy, pouſſez par tout l'Equipage,
& ſuivie de quinze coups de
Canon. Monfieur de Rollon ,
Premier Lieutenant de ce Vaiffeau
, & Monfieur de la Thevi.
niere Premier Enſeigne , y
eſtoient demeurez. Monfieur de
Villette avoit mené avec luy
Monfieur leChevalierde Pontac,
Monfieur de Fourbin Lieutenant,
& Monfieur de Toiſy Enſeigne,
pour groffir le Cortege de Monfieur
le marquis de Torcy , que
Meſſieurs du Pré-Guittard , de
,
A 6
12 MERCURE
rr
Gendrault , de Carel , Pécor , de
S. Maixant, & du moucel, avoient
fuivy dés ſon départ de la Cour..
On. demeura quelque temps à
viſiter les Sepulcres des Roys de:
Portugal ; & le Genéral de l'Or
dredes Hierofolymitains préſen
ta un Déjeûné fort. propre à M
l'Envoyé ,qui alla enſuite entendre
la meſſe.. Elle fut dite par M
l'abbé Arnaud , Aumônier du
Bord. Les Carroffes & les Litieres
de Monfieur l'Ambaſſadeur
arriverent fur les dix heures ,.
comme on eſtoit convenu .. On
ſe partagea pour les remplir , &
on fut conduit à l'Hôtel des:
Ambaſſadeurs, de France. Mon
fieur de S Romain ſe trouva à la
Porte , quand Monfieur le maг-
quis de: Forcy & Monfieur de
Villette deſcendirent de Carcoffe;&
apres les premiersCom
GALANT. 13
plimens , il les conduiſit dans une
Salle où l'on avoit préparé un
magnifique Repas. Les jours ſuivans
ſe paſſerent a recevoir les
Viſites du Légat , & des Ambaffadeurs
Etrangers qui estoient
en cette Cour. Le 25. Monfieur
des Granges vint avertir Mon
ſieur l'envoyé,de la part du Premier
Miniſtre , qu'il auroit Audience
le lendemain ; & comme
il avoit toûjours eu deſſein
de retenir Monfieurde Villette
juſqu'à ce jours- là , il le pria de
L'accompagner. Monfieur de Villette
, pour luy faire plus d'hon
neur , mena avec luy Meſſieurs.
de Pontac , de Rollon , & Fourbin.
Sur les dix heures l'Introducteur
des Ambaſſadeurs vint :
prendre Monfieur le Marquis de:
Torcy , avec deux Carroffes du
Roy de Portugal..Ceux de Mon
1
14
MERCURE
ſieur de S. Romain ſervirent aux
Gentilshommes qui n'y pûrent
avoir place ; &d'autres François
ſuivirent dans pluſieurs Caléches
& Litieres. Monfieur de
Torcy fut reçû avec toutes les
Cerémonies dies à ſon Caractere
, & à la grandeur du Roy fon
Maiſtre. Il fut conduit à l'Appartement
du Roye de Portugal ,
précedé de tout fon Cortege , &
fit à ce Prince un tres-beau Difcours
fur fon avenement à la
Couronne. Il y joignit des Complimens
de condoleance fur la
mort de la Reyne de Portugalſa
Femme , & parla avec une affûrance
, une grace , & une netteté
qu'on auroit admirées dans une
Perſonne qui auroit vû pluſieurs
Cours ,& paffé pluſieurs années
dans les Ambaſſades de conféquence.
Il alla enfuite chez l'in
GALANT. I
fante , qu'il complimenta auſſi
ſur cette mort. Elle luy fit une
Reponſe fort civile , apres laquelle
Monfieurde Villette s'ap
procha pour luy faire la réverence
, comme il avoit eu l'honneur
de la faire au Roy. Cette
Princeſſe luy parla en Portugais,
d'une maniere tres- obligeante .
Il répondit en François , avec
beaucoup de modeſtie ; & ces
Cerémonies achevées
retira dans le meſme ordre . M
de Villette fe prépara à partir
le 27. mais le mauvais temps &
les vents contraires l'obligérent
d'attendre un changement qui
puft le faire ſortir ſans péril de
la Riviere , qui eſt des plus dangereuſes.
Le 29. on vit arriver
un Navire vent- arriere avec
Pavillon blanc , qui apres avoir
ſalué le Fort de Bellin , ving
on ſe
16 MERCURE
moüiller derriere le Faucon , qu'il
falia. Le Capitaine apprit aux
Officiers de ce Bord , que fon
Navire , appellé le Président,
appartenoit à la Compagnie des
Indes Orientales ; qu'il y avoit
trois ans qu'il eſtoit party de
France , & fix mois de la Cofte
de Coromandel ; qu'il eſtoit richement
chargé , qu'il avoit eſté
quatorze jours à la fonde de Bel
lifle ; mais que trouvant des
vents contraires & opiniâtres, &&
coulant bas d'eau , il avoit eſté:
obligé de relâcher aux Ifles de
Bayonne , d'où ayant envoyé ſon
Lieutenant avec ſa Chaloupe à
Vique , pour y faire des rafraî
chiſſemens , & demander du
fecours , cet Officier avoit eſté
arreſté , & qu'il n'avoit appris la
declaration de la Guerre , que
par cet acte d'hoſtilitédesEſpar
GALANT.
17
د
gnols ; qu'il avoit enfin eſté contraint
d'entrer dans la Riviere de
Lifbonne tant pour radouber
ſon Navire , que pour prendre
des vivres & de l'eau , dont il
manquoit. Monfieur de Villette
y envoya aufli - toft un Officier
pour le viſiter , & il y mena enfuite
fes Charpentiers , qui travaillérent
avec tantde diligence,
qu'en moins de deux jours il fut
en état de tenir la Mer. Les autres
fecours ne furent pas épargnez
; & ce Vaiffeau qui avoit
couru tant de dangers fit le 3.
d'Avril la route de France ſous
une Eſcorte tres fûre.
Je ne puis quitter Lifbonne,
fans vous dire que le Portugal
fait toûjours paroiſtre une tresſenſible
affliction de la perte de
fa Reine. Cette Princeſſe ne
brilloit pas moins par ſa grande
18 MERCURE
pieté , & par la ſolidité de ſon
eſprit , que par ſa Couronne.
Elle avoit écrit de ſa propre main
des Conſeils pour l'Infante ſa
Fille , que l'on a trouvez apres ſa
mort. Je vous envoye une Copie.
Elle me vient d'une main ſi
fûre,que vousy pouvez ajoûter la
meſme foy que vous donneriez
à l'Original . Il n'y a point à douter
que l'Infante de Portugal ne
foit toute diſpoſée à s'en ſervir
tres-utilement. On a toûjours
parlé de cette jeune Princeſſe
d'une maniere ſi avantageuſe ,
qu'il ſemble meſme qu'elle n'ait
pas beſoin de ces Conſeils. Sa
beauté répond à ſa vertu , & l'on
trouve en elle tout ce qu'il ya
de qualitez qui peuvent rendre
parfaite une Perſonne de cette
naiſſance.
GALANT.
19
CONSEILS
DE LA
REYNE DE PORTUGAL
A L'INFANTE .
Stemp
I ma main pouvoit ſuivre mon
coeur , & le defir que j'ay de
contribuer par mes conſeils à l'établiſſement
ſolide de vostre repos
& de vostre bon- heur , ceux que
je vay vous donner dans ce Papier,
feroient auſſi efficaces &persuasifs,
qu'ils feront finceres & affectueux .
Ie commenceray par le premier de
nos Devoirs , qui est envers Dieu,
comme le principal fondement de
vostre Fortune éternelle & temporelle.
10 MERCURE
CHAPITRE I.
Du Devoir envers Dieu .
N'Engagezjamais vostreCom Science pour que ce foit
évitez les pechez qui vous feroient
perdre la grace de Dieu , plus que
tous les autres maux ; & vous per-
Suadezbien que pour estre heureuſe,
mesme en cette vie , ilfaut s'entretenir
bien avec Dieu ; que fans cela
il arrivera mille chofes qui vous
troubleront , &qu'enfin , ma chere
Enfant , le peché est un si grand
mal, que moy qui donnerois ma vie
pour conſerver lavostre,par semesme
principe de veritable amour, j'aimerois
mieux vous la voir perdre,
que de vous en voir commettre un
feul, qui vous rendiſt indigne de la
grace de Dicu , puis que c'est cette
GALANT. 21
mort de la grace que nous devons
plus craindre dans tout ce que nous
aimons & dans nous- mémes , que
tous les malheurs de cette vie , &
mesme la mort.
Si par malheur vous vous eſtiez
laissée aller à quelque chose contre
voſtre Confcience, & que vous cruffiezestre
mal avec Dieu, ne demeurez
point dans cet état , mais re
mettez - vous le plûtoſt que vous
pourrez , ayant quelqu'un avecqui
vous traitiez de vostre interieur
avec confiance & ouverture , afin
qu'il vous encourage , & vous aide
àfortir du peché , & des occafions
qui s'en pourroient préfenter ; car,
ma chere Enfant , rien n'est plus
propre pour s'en détourner , ny plus
eceffaire pourle repos de l'ame ,
pour la satisfaction ſpirituelle &
temporelle du coeur , que cette ouverture
que je vous conseille , puis
22 MERCURE
que fans elle on est toûjours douteux
& craintif ſur les moindres
mouvemens qui s'y paſſent , &fur
tous les évenemens de la vie , dont
on ne peut juger fainement , ny se
confiersûrement , qu'à une Perſonne
, dont la prudence , la fidelité
& la pietéſolide nous font tout-àfait
connuës.
Les pechez où les Grands tombent
plussouvent , & qui ſont d'autant
plus dangereux qu'ils y prennent
moins garde , font les médi-
Sances , que l'on dit , ou que l'on
entend trop librement ; la haine ou
la vangeance , la colere ou l'emportement
, les injustices qu'onfait,ſoit
en écoutant ou croyant trop facilement
les rapports , ſoit en condam
nant les Gens ſans les entendre ,
Sans estre bien informez , foit en ordonnant
des choses , ou recommandant
des affaires qui ne sont pas
GALAN Τ.
23
- juſtes , ſoit en ſe laiſſant Surprendre
, & protegeant des Perſonnes
contre droit & raiſon ; enfin les
diviſions qu'on entretient & que
l'on fomente , & les defordres aufquels
on ne remedie pas quand on
le peut & qu'on le doit , lapréoccupation
d'esprit contre de certaines
Gens , & l'abus que l'on fait defon
crédit &defon authorité.
Gardez- vous sur tout de la Flaterie
, qui est lapestedes Cours , نم
La contagion la plus pernicieuse, &
laplus aisée às'introduire dans le
coeur des jeunes Princeſſes , que l'experiencene
peut pas aider àſçavoir
diftinguerle faux d'avec le vray.
zéle de ceux qui les approchent.
Souvenez vous donc , maprétieuſe
Enfant , que ceux qui vous flateront
ſur vos defants , qui ne vous
parleront que de ce qui peut vous
plaire, fans ſefoucier que cesoit
24 MERCURE
aux dépens de voſtre réputation &
de vostre confcience , &qui ne vous
avertiront jamais de ce qui peut
regarder l'une & l'autre , ne cherchent
que leur intéreſt & leur Fortune
auprés de vous , & ne vous
aiment que par rapport à leurs
avantages ; & au contraire , ceux
qui vous diront la verité au peril
de vous déplaire , qui craignent
que vos actions ne soient blåmées,
& vous avertiſſent de celles qui
peuvent l'estre , de ceux qui les
applaudiſſant devant vous , font
les premiers à les cenſurer envoſtre
absence , estimez les comme les plus
fideles & les plus Zélez; car il est
bien plus facile de flater les Princes
que de leur dire la verité ; &
ceux qui prennent le dernier party
ne sçauroient estre trop eſtimez,
puis que c'est une marque de l'affection
la plus pure & la plus
definte
GALANT.
25
* desintereſſée. Ilfaut cependant di.
ſtinguer le genre d'esprit de ceux
qui la diſent ; car il y a des Per-
Sonnes siportées à censurer , & fi
difficiles àfatisfaire , qu'elles trouvent
à redire juſqu'aux moindres
bagatelles , & se font mesme un
honneur d'estre tenuës pour telles,
&de parler librement aux Princes,
pour en estre plus loüćes dans le Public.
Deflors la verité perdſa vertu
dans leur bouche ; car outre qu'elle
y estsouvent alterée , elle estsi intéressée,
qu'elle ne peut plus estre
creve ny estimée , puis que ces Per-
Sonnes en font une oftentation qui
leur en ôte tout le mérite.
Ily en a d'autres qui diſent la
veritépar un esprit de vangeance
d'envie contre ceux que les Princes
favorisent. Elle leur doit estre
auſſiſuſpecte que dans les premiers;
puis que le principe en eſtgâté, tes
May 1684.
B
26 MERCURE
۱
Suites n'en doivent estre gueres pures
ny fidelles. Apres avoir bien
examinéle defintereſſement de ceux
qui la diront , la droiture de leur
intention , & l'affection qui les obli–
geàparler, encouragez- les à conti
nuer cette zélée conduite , en leur
témoignant de l'agrément ; car les
Princes doivent ouvrir l'oreille àla
verité , & la fermer à laflaterie,
en montrant entendre l'une avee
plaisir , & l'autre avec mépris . Je
me suis un peu trop étenduë fur ce
point , qui appartient plûtoft à la
conduite que nous devons garder envers
nous - mesmes , qu'à celle que
nous devons tenir envers Dicu ,
quoy que par les ſuccés & les con-
Sequences il ne laiſſe pas d'y avoir
du rapport ; mais je l'ay jugé
important pour une jeune Princeffe
qui va eſtre entourée d'Admirateurs
, & qui n'entendra retentir
GALANT.
27
par tout que l'Echo de ſes loüanges
, que mon Zéle m'a emporté
plus loin que je n'avois crû. Je're
viens à ma premiere matiere. Re
glons , ma chere Enfant , voſtre
Journée , de maniere qu'elle puiſſe
estre agreable dans son commencement
& dansſa ſuite à celuyà qui
nous devons les consacrer toutes ,
malgré les diverſes occupations &
les divertiſſemens,qui en rempliront
une grande partie.
Tous les matins vousferezen vous
éveillant , une élévation de coeur à
Dieu , & quelque courte priere.
Quand vous ferezhabillée , vous
vous retirerez un quart d'heure
dans vostre Cabinet ;& là , apres
avoir adoré voſtre Createur , &luy
avoir demandé sa protection pour
Toutlejour , vous lirez quelque
Pensée Chrétienne , ou quelque
Chapitre , ou de l'Imitation , ou de
B 2
2.8 MERCURE
l'Introduction à la Vie Devote , en
faisant réflexion sur ce que vous
aurez lû , & vous demandant à
vous- meſme de quelle maniere vous
le pratiquez. Vous examinerez, le
profit que vous en pouvez tirer , &
finirezparune ferme reſolution de
ne point offenfer Dieu dans cette
journée- là , prévoyant en genéval,
& s'ilse peut , en particulier , quelque
bien que vous y pouvezfaire.
Ensuite entendez la Meſſe avec
respect & avec attention , Sans y
parler à personne , & faites pendant
ce temps-là les Aites interieurs
de Foy , d'amour de Dieu , de
regret de vos pechez , que vousvous
Serez preſcrits. L'apreſdînée ayez
un temps reglé , où vous ferez une
demy heure de Lecture Spirituelle
de quelque bon Livre que v. a trou
Spirituelle
verez le plus propre àvous toucher;
accompagnez-la de quelque pratiGALANT.
29
que de devotion. Faites tous lesfoirr
vos Prieres accoûtumées , & voft e
Examen de Confcience , avant que
de vous toucher , voyant en quoy
vous aurez pû déplaire à Dieu pendant
cette journée- là , & fi vous
avez gardé l'ordre que vous vous
eſtiez proposé. Vous luy demanderez
ensuite pardon de coeur ,
réſolvant de mieuxfaire à l'avenir.
Faites vos Devotions tous les quin-
Zejours,& ayez la veille une demybeure
d'entretien avec vostre Con
feſſeur , pourvousy difpofer.
CHAPITRE IL
en
Du Devoir envers ſoy-même.
Nous metter
E vous mettez pas de mé-
, en vous aigrifſant
& vous chagrinant vous
mesme , sur tout pour les choses
B 3
30
MERCURE
7
1
ordinaires. Ne vous laissezpoint
aller à de certaines paſſions fortes&
violentes ; & quand vous vous en
fentirez émeve , remettez à une
autre heure , ou à un autre jour ,
ee que vous voudrez faire ou dire
en ce moment- là , afin de ne rien
faire dont vous ayez lieu de vous
repentir quand il n'en Sera plus
temps.
Pour vous rendre moderée &
raisonnable , réprimez chaque jour
trois ou quatre petits mouvemens
qui s'éleveront , de colere , d'impa
tience , de chagrin , de promptitu
de , d'oppoſition à voſtre volonté &
à voštre génic , les offrant à Dieu
dés le matin , & vous persuadant
que c'est le ſacrifice le plus agreable
que vous puißiez luy faire ,
le moyen le plus efficace pour vous
attirerfes graces .
Les trop grands deſirs de plaire
GALANT.
31
&d'estre louée ; l'ambition déreglée
; la présomption que l'on a de
Joy-meſme ; la liberté qu'on ſe donne
de tout faire & de tout dive ; les
empreſſemens excessifs & quelquefois
chagrins pour tout ce qu'on
veut se choquer aisément des
moindres choses que nos inférieurs
& nos Domestiques ne font pas à
nostre gré , font dans les Princes
des defauts ordinaires & journa
liers , auſquels vous devezprendre
garde , & qu'ilfaut que vous
tâchiez d'eviter le plus que vous
pourrez
:
CHAPITRE III .
Du Devoir dans le Domeſtique.
C
E Point est fiimportant que
je ne puis m'empêcher de m'y
étendre , puis que de la conduite
B 4
32
MERCURE
que vous y tiendrez dépend le boxheur
ou le malheur de toute voſtre
vie , & par conſequent celuy de vos
Peres , & de toute cette Couronne
, dont vous devez faire la felicité
..
Vous devez conferver le respect,
L'obeiſſance & l'amour à ceux qui
vous ont donné la naiſſance , puis
que celuy que vous devrez apres
voſtre Mariage au Prince que Dien
vous aura donné pour Epoux , s'ac
corde tres- bien avec les devoirs que
vous ne pouvez vous diſpenſer de
rendre àvos Peres , &que vous devez
eſtre l'union & le lien de toute la
Famille ; de forte qu'apres les
motifs du devoir & de la vertu ,
qui vous obligent d'avoir pour ce
Prince toutes les complaifances poffibles,
ce que vous devez rechercher
le plus , eſt de le gagner pour l'unir
davantageàvos Parens , & eux à
GALANT.
33
luy. C'est à quoy vous devez vous
appliquer plus qu'à aucune autre
chofe.
Dans ce deſſein , évitez tous les
rapports , quelques vrays qu'ils
vous paroiffent , tous les conseils ,&
tout ce que vous pourrez croire qui
feroit capable d'alterer cette bonne
intelligence ; car un intéreſtſecret,
une paſſion couverte , l'imprudence
ou le zele indifcret des Perſonnes
qui approchent des jeunes Princes,
c'est ce qui trouble ordinairement les
Cours. Appliquez -vous auffi tres-foigneusementàbien
cõnoître l'humeur
&le génie de ce Prince afin d'entrer
dans toutes les choses qui pourront
luy plaire , quand méme elles ſeroient
opposéesau voſtre.Ayez de la
complaisance pour ſes volontez &
our fess inclinations , en tout ce
qui ne bleſſera point voſtre conscien
ce;Suportez doucement ſes defauts
B
34 MERCURE
chacun a les ſiens , & ne dites rien
qui puiſſe le choquer ou tuy déplaire,
particulieremet dans les temps qu'il
aura quelque chagrin , ou qu'ilfera
de méchante humeur. Laiffez-la
paſſer fans l'aigrir par des réponſes
dures ouféches ; mais apres qu'elle
Sera entierement diſſipée , s'il a fait
ou dit quelque chose de contraireà
la raison , faites- le revenir avec
douceur , l'en faisant adroitement
apercevoir par careſſes & par rai-
Sons. Vous le gagnerez plus aifément
de cette maniere en peu d'années
, que vous ne feriez par une
contraire en plusieurs. Vous de
vez mesme faire ſemblant de ne
point prendre garde à beaucoup
de petites paroles & manieres qui
échapent quelquefoisfans intention
&parhumeur , &qui ne sont poin
de confequence , afin de ne pas
venirſouvent à des éclairciſſemens
GALANT.
35
qui fatiguent & aigriffent l'esprit
à la longue , quand ils font trop
reïtérez. Ces petites choses nevalent
pas qu'on en prenne de chagrin,
ny que l'on en donne aux autres .
De plus , en les méprifant on s'établit
une vie aisée qui plaiſt aux
jeunes Gens. On ne s'embaraſſe pas
fi facilement Soy - mesme de chagrins
inutiles , & l'on s'acquiert
l'estime& la bienveillance de fon
Mary ; car quand il remarquera
que vous souffrez doucement
Ses petites humeurs , que vous to
lerez ſes defaurs , fans relever
mille petites bagatelles qui pourroient
caufer des disputes entre
vous ; qu'enfin vous étudiez ſes
inclinations , & que vous vousy
accommodez , quoy que quelquesunes
foient contraires aux voſtres ,
vous gagnerez infailliblement fon
coeur.& vous remplirez parfaite
B 6
36 MERCURE
ment les devoirs que Dieuvous pref
crit en vers vostre Mary & envers
vos Peres , puis que l'amour , la
complaisance , l'union que vostre
conduïte établira entre vous , vous
donnera toute forte de facilité pour
ceux que vous rendrezà vos Parens
qui vous aiment fi tendrement , ens
inspirant les mémessentimens àvôtre
Mary. & enfin uniffant fi forte..
mentfon coeur avec le vôtre & avec
Les nostres que les quatre n'en faffentjamais
qu'un.comme je l'espere de voss
bonnes inclinations , de vostre doci -
lité,de vostre esprit , &fur tout
de la grace de Dieu , auquel vouS;
devez recommander, particulière..
ment vostre conduite en cette rencontre
, qui est la plus importante
de voſtre vie , & demander qu'il
vous inspire ce qui fera le plws
convenable pour sa gloire , & pour
vostre bonheur eternel & temporel..
GALANT..
37
S
4
Fay sià coeur l'un & l'autre , que
voulant vous donner des Conſeils
courts & abregez , dont je puiſſe
vous faciliter de vive voix la pratique
dans les occafions qui s'en
offriront ,& qui vous fervent feulement
de Mémoire pour vous en
rafraîchir l'idée de temps en temps ,
je me suis étendue fur un détail
de choses qui pourront vous fatiguer
; mais je les ay trouvées fi
néceſſaires ; que je n'ay pas voulu.
fier à ma mémoire le defir que j'avois
qu'elles s'imprimaſſent fortement
dans la voſtre , & jay mieux:
aimé laiffé couler ma plume , que
de luy laiſſer perdre une feule parole
qui vous pust estre utile furr une
matiere si importante. Je viens
aux: Avis qu'on doit vous donner
touchant vostre Domestique inférieur
, dans lequel on paſſe la plus
grande partie desa vie , & avea
38 MERCURE
lequel il est tres-à-propos desçavoir
Se conduire prudeminent . r
Pour cela vous vous donnerez
de garde des Domestiques dont
vous aurez reconnu l'Esprit inquiet
&turbulent , capable de conſeils
violens , de donner des ombrages
&des foupçons fort legerement .
de faire des rapports dangereuxſous
prétexte deZéle.
Vous ne fierez point fans néceffité
des fecrets d'importance à des
Domestiques , & particulierement
à Femmes , qui d'ordinaire ont moins
de prudencepourse taire, &plus de
facilitéàſe laiſſerſéduire ou trom
per, & qui se laiſſant gagner , ow
venant à eftre enfin mécontentes ,
pourront les découvrir au préjudice
de vostre intéreſt , & de vostre réputation.
Ily a peu de Princes qui
dans leur jeuneſſe ne faff nt sur cela
des fantes , dont ils ont enfuite
GALANT. 39
4
be loisir de se repentir , & il s'en
trouve bien peu qui n'ayent auprès
d'eux des Gens qui les trabiffent ;
& bien souvent ce font ceux à qui
ils ſefient davantage.
Ne vous engagez point Secretement
à donner à ceux-cy ou à ceuxlà
des récompenfes éloignées ou futures
, qui ſoient confiderables ; mais
faites leur seulement esperer que
vous aurezégard à leurs fervices
& à leur fidelité , & ne promettez
rien d'une maniere qui vous oblige
à tenir vostre parole , fi vous ou
eux veniezà changer , ou que l'état
préſent des choses ne vous per
mist pas de le faire ..
Vous nesouffrirez ny n'entretien
drezaucunes diviſions ou partys entre
vos Domestiques . Quand on ne
favorise ny l'un ny l'autre , ilsfont
- tous contens ; quand on en appuye
quelques - uns contre les autres, ceux
40 MERCURE
contre qui l'on s'est déclaré , font
`autant d'Ennemis que l'on a dans
La Maiſon , qui murmurent & Se
plaignent , & qui vont redire &
empoisonner tout ce quiſe paſſe. On
en estfort malfervie ; & en tout
cas cefont Gens que l'on peut gagner
quand on voudra contre leurss
Maistres.
Vous aurez foin que Dieu foit
Servy dans vostre Domestique. Vous
n'y fouffrirez point de defordre , &
ferez enforte qu'on yfoit perfuadé
que vous estimez & favoriſez la
vertu dans ceux en qui vous las
connoiffezdroite &fincere. Outreleſervice
de Dieu , que nous devons:
toûjours regarder préferablement
au nôtre,vous fereztoûjours mieux
fervie de ceux qui luy seront fidela
lesa.
GALANT.
41
CHAPITRE IV .
Du Devoir envers fes Sujets ..
Ous travaillerez avec ſoin à
vous faire aimer de vos Sujets
, en les traitant avec une bonté
& une douceur qui n'abaiſſe point la
Majesté, & qui ne les en approche
point trop , mais qui leur inſpire le
respect & l'amour , contentant de
parole ceux qu'on ne peut fausfaire
dans ce qu'ils demandent , n'offençant
jamais perſonne par un mépris
, par une raillerie , ny par une
réponſe piquante ; car par ces manieres
on sefait des Ennemis qui'ne
reviennent jamais , & elles sont
beaucoup plus blamables dans les
Princes que dans les Particuliers ,
dont les offenses neſont pas des playesfi
considérables , & dont la con42
MERCURE
2
duite n'est pasfi exposée à la cen-
Sure publique. Vous excuſerez les
defauts de ceux qui ont le privile.
ge de vous approcher , & vous ne
permettrezpas qu'on les publie en
vostre préſence.
Vous écouterezdoucement ce que
les Gens auront à vous dire , ſoit
pour vous demander des graces ,
Soit pourſe justifier de quelques accufations
; mais vous ne vous re-
Soudrezpas à les croire , ny à leur
accorder ce qu'ils vous demanderont
, qu'apres avoir bien examiné
les choses ; enfin vous montrerez à
tous de la clemence & de la com .
paſſion , &fur tout vous ferezparoiſtre
beaucoup de moderation &
d'équité dans toute vostre conduite,
car c'est ce qui attire davantage
l'amour& l'estime des Sujets.
Voila , ma chere Enfant , ce que
L'interest que je prens en vostre
GALANT.
43
1
gloire , voſtre réputation , &voſtre
# prétiense Personne,me dicte. I'efpere
que ces Conſeils vousferont encore
plus utiles à l'avenir qu'à préſent,
quoy que les lumieres que je vois
dans vostre esprit , & les bonnes
inclinations que vous avezfait pa-
-roiſtre dés vostre tendre jeunesse,
me donnent ſuiet de croire qu'en
devançant le petit nombre de vos
années , vous sçaurez mettre en
pratique les Conſeils que l'ay mis
Sur ce Papier , &enfurpaſſer mesme
la perfection , & qu'ainsij'auray
la joye de vous voir aiméc & admirée
, non seulement de ce Royaume
, mais de toute l'Europe , com.
me la Princeſſe du monde la plus
accomplie & la plus Chreftienne.
Dieu vous en faſſe la grace ; mais
foyez bien convaincue avant toutes
que c'est à luy ſeul que
vous en devez la gloire&le bonchofes
,
44 MERCURE
heur , puis que le vostre dépend
uniquement de fa divine bonté , &
de la fidelité que vous ferez voir
pourfonService.
Je vous ay fais remarquer que
la mort de Monfieur Colbert , &
celle de Monfieur de Bezons ,
avoient laiſſe deux Places va
cantes à l'Académie Françoiſe .
Monfieur de la Fontaine , &
Monfieur Deſpreaux , ont eſté
nommez pour les remplir. On
n'a encore reçeu que le premier,
parce que Monfieur Deſpreaux
a ſuivy le Roy en Flandre. La
Compagnie s'eſtant aſſemblée
le Mardy 2. de ce mois , Monfieur
de la Fontaine ouvrit la
Séance par un Eloge qu'il fit des
des Protecteurs de l'Académie ,
ſuivant ce qui ſe pratique dans
une pareille occafion. Il parla
enfuite de ceux qui compoſent
GALANT.
45
aujourd'huy cet illuſtre Corps,
comme de Perſonnes pleines de
lumieres en toutes fortes de
Sciences , & qui ne ſont pas
moins eſtimables par leur grande
pieté , que par leur profonde
érudition. Il ajoûta , qu'en les
pratiquant , leur exemple luy
feroit tres-profitable ſur toutes
ces choſes. Monfieur l'Abbé de
la Chambre , qui eſt préſentement
Directeur , répondit à
Monfieur de la Fontaine , qu'il
avoit un mérite original , & qu'il
le loüeroit encore davantage , ſi
ſa profeffion le pouvoit permettre.
Il s'étendit ſur les loüanges
de la Compagnie , également
appliquée à l'Etude ,& à tout ce
qui regarde le Chriſtianiſme , &
fit voir que l'Académie eſtoit
dans une année de douleur , à
cauſe de la perte de l'auguſte
46 MERCURE
Epouſe de LoüIS LE GRAND
fon Protecteur , & de Monfieur
Colbert , qui avoit un ſi grand
ſoin de faire fleurir les Arts &
les Lettres. Apres cela , Monſieur
Perrault lût une Epître
Chreſtienne de conſolation àun
Homme veuf. On la trouva
digne d'un Eſprit qui ſçait régner
ſur ſoy-meſme. Apres la
lecture de cet Ouvrage moral ,
Monfieur Quinaut fit celle de
deux Chants de ſa Deſcription
de Sceaux , qui furent tresapplaudis
; & Monfieur de Benſerade
lût une Traduction du
Miferere, qui doit eſtredans des
Heures auſquelles il travaille
pour le Roy. Monfieur de la
Fontaine qui avoit ouvert la
la Séance , la ferma par une
Epître en Vers , adreſſée à Madamede
la Sabliere. Cette Epître
GALANT.
47
• fait connoiſtre que tous les plaifirs
font faux & qu'il n'y en a
aucun veritable que celuy de
ſervir Dieu .
Quelques jours avant que
cette Reception euſt eſté faite ,
Monfieur l'Abbé de Lanion
avoit préſenté Monfieur Mery ,
Chirurgien de l'Hôpital Royal
des Invalides , à l'Académie des
Sciences . C'eſt un Homme conſommé
dans toutes les choſes
qui regardent ſon employ & qui
eſt depuis peu de retour de Portugal
, où Sa Majesté l'avoit
envoyé comme un des plus habiles
Homme de ſon Royaume,
&qui euſt pû foulager , & mefme
guérir la Reyne , s'il fuſt
arrivé aſſez toſt pour luy donner
du ſecours . Son mérite eſtant
genéralement reconnu , il fut.
receu avec un tres-grand ap
48 MERCURE
plaudiſſement de tous ceux qui
compoſent cette ſçavante Compagnie
ſous le nom d'Académie
des Sciences.
Ie vous envoye un Madrigal
quia eſté fait pour une aimable
Demoiſelle de Dijon , dont vous
connoiſtrez l'eſprit par ſa Réponſe.
Ily a beaucoup de galanterie
dans l'un & dans l'autre. L'Autheur
du Madrigal eſt fort eſtimé,
& l'on ne s'étonne point que
tout ce qui part de luy ſoit ſpirituel
, apres les actions qu'on luy
aveu faire.
粉粉粉
SUR
GALANT.
49
SUR LA MORT
DU MOUTON,
Favory de Mademoiſelle
D ....
L
A Bergere Doris , honneur de
La Prairie ,
Plaignoit tendrement un Agneau
Qu'une trop prompte maladie
Venoit d'ofter àfon Troupeau ;
Quand Mirtil agité d'amoureuses
alarmes ,
Luy dit , vous foûpirez pour des
Sujets legers ;
La perte d'un Mouton vous fait
verſer des larmes ,
Et vous voyez mourirfr. spitié les
Bergers.
May 1684. C
50
MERCURE
C
REPONSE.
Viconque s'oppose à mes
pleurs ,
Nefait qu'augmenter mes douleurs.
Lors que l'on perd ce que l'on aime,
Et dont on eft aimé de mesme,
Les pleurs nous font permis , & ne
font point légers ;
Je pleure mon Agneau , j'en regrete
les charmes ;
Je pourrois pleurer les Bergers ,
Maisje n'en connois point qui mérite
mes larmes .
Il y a longtemps que je ne
vous ay parlé de Hanover. Cette
Cour , qui fuit toutes les manieres
de celle de France , l'imite
auffi dans ſes divertiſſemens.
Le Ballet qu'on y a dancé depuis
peu , en eſt une marque. Une
GALANT. 51
,
Troupe de jeunes Gens des plus
qualifiez , voulant régaler d'une
petite Maſcarade Madame
# Sophie- Charlote de Brunſvvic
& de Lunebourg , Fille de Mon--
ſieur le Duc de Hanover , ſe
4 déguiſa en Princes Indiens ; &
l'Amour qui les conduiſoit , les
préſenta à cette Princeſſe. Un
grand Concert d'Inſtrumens qui
fit l'ouverture du Ballet , préce-
- da ce Dialogue , que chanterent
deux Zéphirs.
1. ΖΕΡΗIR .
Our chanter les vertus de l'au-
Pourguste Sophie ,
Préparons nos Concerts charmans,
Du Dieu favorable aux Amans,
L'ordre nous y convie.
II . ZERHIR .
Peut on former une plus noble envie?
C 2
52
MERCURE
Obeiſſons àses commandemens .
1. ΖΕΡHIR.
Publions en tous lieux sa beauté
Sans égale ,
Deſes yeux pleins de feux vantons
les traitsfi doux.
Les puiſſans charmes qu'elle étale,
Bleffent les coeurs d'inévitables
coups.
11. ΖΕΡΗIR .
Son teint de Lys & de Roses ,
Si vif& fi délicat ,
Ternit les plus belles choses
Parfon brillant éclat ;
Et la Nature qui l'afaite ,
Apris plaisir à la rendre parfaite
Non , non , jamais le Soleil
Neforma rien de pareil.
Ι . ΖΕΡΗIR .
Heureux , dont l'ardeur fidelle
GALANT.
53
Luy coûteroit quelques tendres
Soûpirs.
1
ΙΙ . ΖΕΡHIR.
Une conqueste fi belle ,
D'un grand Héros mérite les defirs.
Ι . ΖΕΡΗIR.
Qui feroit affez teméraire
De prétendre luy plaire ,
Sans avoir un fort glorieux ?
C'eſt aux Fronts couronnez d'eſpérer
cettegrace,
Et l'Amour puniroit l'audace
De tout autre Ambitieux .
ΙΙ . ΖΕΡΗIR .
Mais déja luy-mesme en ces lieux
Vient pour commencer la Fefte
Qu'enſa faveur il appreſte .
C
3
54
MERCURE
LES DEUX ZEPHIRS
enſemble.
Animons nos voix ,
Et diſons cent fois ,
Il n'est rien dans lavie
De plus beau que Sophie.
I. ENTRE'E.
Pour l'Amour , repreſenté par
Mr Grotte le cadet.
Aux plus lointains Climats on connoît
mon Empire ;
Je rangeſans égard les Mortelsſous
mes Loix ;
Et Bergers , & Princes ,& Roys,
Tout le mondeàson tourſoûpire.
Belle Princeſſe, enfin il est temps que
vos yeux
Apprennent que jesuis le plus puif-
Sant des Dieux.
Le brillant de vostre jeuneſſe
GALANT.
55
N'a point encore esté capable de tendreſſe
;
Mais j'ayforgépour vous de redou
tables traits ,
Dont vous n'échaperez jamais .
Cependant , charmante Sophie,
Dans l'attente dufier Vainqueur,
Que je rendray bientoft maistre de
voſtre coeur ,
Goutezlesdouceurs d'une vie ,
Quifans ceſſe de joye &de plaiſirs
Suivie ,
Faſſe admirer voſtre bonheur.
Ces Princes Indiens que vous voyez
paroiſtre ,
Par leurs Dances wont rendre hommage
à vos Beautez ;
Et mesfoinsferontſouvent naître
Et de ſemblables jeux ,& de ces nouveautek.
C 4
MERCURE
II . ENTRE'E.
Pour un Prince Indien , repreſenté
par Mr Grotte l'aîné.
L'Amour qui s'attache à vous
plaire .
Princeſſe , a résolu de toucher voſtre
coeur ;
Heureux fipour mefatisfaire ,
Il le rendoit , belas , ſenſible en ma
faveur.
Pour un autre Prince Indien,re
preſenté par Me Ogden .
Pour noſtre Nation barbare,
Cette conqueſte a trop d'appas,
Et nous rougirions tous qu'une Beau
téſi rare
Regnaſt dans nos foibles Etas.
GALANT. 57
III . ENTRE'E .
Pour une Princeſſe Indienne, repréſentéeparMademoiselle
la
Baronne de Platten.
LeCiel luy doit une Couronne ,
Et l'Amour l'unira par d'illustres
liens ;
Mais quoy que Princes Indiens ,
Ce n'estpas pour vos coeurs qu'un fi
grand prix ſe donne.
Pourune autre Prineeſſe Indien- :
ne, repreſentée par Mademoiſelle
de Vitrac.
Oüy , c'eſt porter trophaut levolde
vos defirs ;
Enfaveur de vosfeux, c'est en vous
loirtrop croire..
Contentez- vous de lagloire
De luy fournir desplaiſirs..
C
58
MERCURE
IV. ENTREE.
Pour un troiſiéme Prince Indien,
repreſenté par Me le Baron de
Platten.
Un teméraire orgueil n'enfle point
mon courage ,
FeSçay , graces au Ciel , regler mes
paſſions ,
Et je borne mon avantage
Ade moindres affections.
Ilfaut à l'auguste Sophie
و Unfort qui ſoit digne d'envie
Et l'Univers n'a point de Roys
Qui puiſſent faire un plus
beau choix.
Pour mériterſa bienveillance ,
Mélons nos pas enſemble, &formons
milleveux ;
Elleſe plaiſtfort à la Dance ,
Et recevrapar là nos reſpects &nos
vaux.
GALANT .
La cinquième Entrée fut
mêlée par repriſe de cette
Chanfon .
Beautez , qui d'un Amant
Evitez l'engagement ;
Pardes ardeurs eternelles
Laiſſez, laiſſez- vous charmer ;
Le grand plaisir est d'aimer ,
Quand on trouve des coeurs fidelles.
Quefervent les appas
D'un Objet qui n'aime pas ?
En vain les Ames cruelles
Refuſent de s'enflâmer ;
Le grand plaiſir est d'aimer ,
Quand on trouve des coeurs fidelles.
La fixiéme Entrée fut mêlée
de cette autre Chanson ..
Profitezde la jeunesse ,
Foüſſez de vos beaux jours ;
N'attendezpas l'importune vieilleffe
G6
60 MERCURE
Elle bannit les Jeux &les Amours
Un jeune coeur ſans tendreſſe
Paffe des momens affreux ;
Suivez l'Amour , trop de fierté le
bleffe,
Sans ſes douceurs on n'est jamais
heureux..
Apres ces fix Entrées , les
deux Zéphirs animant toute
cette belle Jeuneſſe , chanterent
cesVers..
Chantons , dançons , tout est tran
quille
Dans cet agreableSéjour.
Ah, le charmant az le !!
N'yparlons que de jeux, de plaisirs,
&d'amour.
Un grand nombre d'Inſtrumens
de pluſieurs fortes , qui ſe joignite
aux chants des Zéphirs , forma.
GALANT..
unChoeur agreable , apres quoy
on fit la ſeptiéme Entrée , qui fut
variée de pluſieurs Figures , où
chacun prenoit un Tambour de
Baſque , pour mieux marquer ſa
joye d'avoir eu l'honneur de divertir
une ſi grande Princeſſe.
La huitiéme Entrée fut d'une:
Gigue dancée par Mademoiſelle
la Baronne de Platten.. Monfieur
le Baron de Platten fit la
neufvieme , & tous deux enfemble
firent la derniere. Le Choeur
recommença ,,
Chantons, dançons, tout est tranquille
&c .
&l'on finit par la repriſe de l'Entrée
des Tambours de Baſque..
Je croy vous avoir déja parlé
pluſieurs fois de Madame la
Princeſſe Sophie qu'on a voulu
divertir par ce Ballet. L'eſprit,,
l'agrément ,& la beauté, brillente
62 MERCURE
en elle avec de grands avantages.
Elle estoit en France avec Madame
la Ducheſſe de Hanover ſa
Mere , dans le temps du Mariage
de la Reyne d'Eſpagne ; & quoy
qu'elle fuſt dans ſes premieres
années , des Perſonnes du meilleur
gouſt & du premierrang,prirent
un ſi grand plaifir à fon entretien,
qu'ils jugerent des lorsde
tout ce qui fait aujourd'huy admirer
cette Princeſſfe..
Les Philoſophes pourront
eſtre embaraſſez ſur la Lettre
dontje vous envoye une Copie..
Je la laiſſe dans les meſmes termes
qu'elle a eſté reçenë par une
Perſonne de qualité , donttoutes
les correſpondances ſont ſeûres..
Voicy ce qu'elle contient.
L
E 24. Juillet 1681. le Vaisseau
nommé l'Albermale dont
2.
GALANT.
63.
a
Edoüard Lad estoit pour lors Maître
, estant à cent lieuës de Capcod,
en latitude 48. environ 3. p.m.Se
trouva exposé à une grande Tempeste
, accompagnée de Tonnerre.
Les Eclairs brûlerent le Trinquet ,
briſerent la Hune , & fendirent le
Mats tout du long. Ce qu'ily eut
de remarquable , fut un terrible
coup de Tonnerre , qui fit plus de
bruit qu'un grand coup de Canon.
Tout l'Equipage en fut consterné.
En fuite il tomba quelque chosefur
IArriere du Vaiſſeau , qui se brifa
en pluſieurs petites preces , rompit
une des Pompes du Navire , & endommagea
beaucoup l'autre. C'eſtoit
une matiere bitumineuse , dont l'odeur
approchoit de celle de la Poudre
in Canon . Elle continua à brûler
dans le Vaisseau. On la dissipa
avec des Bâtons , & on verſa de
L'eau deßus , mais tout cela fut inu
64 MERCURE
tile ; on ne pût l'éteindre jusqu'à
ce que la matiere fut toute confumée.
Mais ce que nous allons dire
aſt encore plus ſurprenant. La nuit
estant venue , les Pilotes remarque
rent par l'obſervation des Etoiles ,
que leurs Boufſoles avoient change,
carcelle qui estoit dans l'Habitude ,
ou Boëte de ſervice , avoit changé
du point du Nord au Sud . Ily avoit
deux autres Bouffoles dans un Coffre:
qui estoit dans le Cabinet du Capitaine.
Le point du Nord estoit
au Sud comme celle de l'Habitude
dans l'une de ces Bouffoles ; mais
pour l'autre , le point du Nord
eſtoit tourné à l'Eſt ; de forte qu'ils
navigerent à la faveur d'une Aiquille
qui avoit tout à-fait change
Sa polarité. Les Matelots estoient
en peine , &ne sçavoient comment
il falloit gouverner leur Vaiſſeau ,.
parce que le point . du Sud de leurr
GALANT.
65
Boufſole venoit de se changer en
celuy du Nord ; mais aprés un peu
de pratique , l'usage leur en fut
aßezaise. Quant à la Bouffole
dont les Eclairs avoient fait tourner
l'Aiguille vers l'Est , depuis
qu'elle a esté aportée à Boston en la
Nouvelle Angleterre , elle a entierement
perdu ſa vertu , peut estre
parce que la verrine en estant caffée
, l'air y estoit entré. Vne de ces
Boußoles qui avaient changé leur
polarité du Nord au Sud , eft encore
en ce Païs entre les mains de Mr
Tuereuse Mather. L'Aiguille demeure
fixée vers le Sud , comme elle
le fut immediatement aprés que les
Eclairs y eurent aporté du changement.
Meffire Pierre d'Albertas ,
Marquis de Gemnot , Seigneur
de Vert , Virginy , d'Iguy , la
66 MERCURE
Gauvignire , & c. reçeu maiſtre
des Requeſtes en 1649. eft morrt
depuis peu de jours chez monfieur
le marquis de S. Diéry fon
Beaupere. Il ſe maria l'Hyver
dernier , âgé de 77. à une Fille
qui n'en avoit que quinze , & à
laquelle il a laiſſé de grands
Biens. Il portoit , écartelé au 1 .
d'or ,ſemé de Tours & de Fleurs-de
Lys d'azur , qui est Simiane ; au 2 .
de gueules , à la Croix de Toloſe;
au 3. de gueules , au Chasteauſom
mé de trois Tours d'or; au 4. party
& de gueules , à une Couronne d'or
mise en face ; & fur le tout , de
gueules , au Loup d'or.
Monfieur de Bragelogne , qui
a eſté Lieutenant des Gardes du
Corps , eſt mort auſſi au commencement
de ce mois. Il eſtoit
Commandeur de S. Thomas de
GALANT. 67
Fontenay-le- Comte , de l'Ordre
de S. Lazare, & de Noſtre- Dame
du Mont- Carmel .
Ces morts ont eſté ſuivies de
celle de Meffire Henry du Monts
Chanoine de S. Servais de Maëſtric
, Abbé Commandataire de
Noftre-Dame de Silly , ancien
Maiſtre de la Muſique des Chapelles
du Roy & de la Reyne , &
Maiſtre Compoſiteur de la Muſique
de Sa Majeſté. Son grand
âge l'avoit obligé depuis un an à
demander au Roy la permiffion
de ſe retirer ce qu'il avoit
obtenu.
১
Quelque précaution que l'on
prenne dans les Affaires les plus
importantes , on y fait ſouvent
de grandes fautes , & vous en
allez eſtre convaincuë par ce qui
eſt arrivé icy depuis peu de mois.
Un Homme d'une naiſſance
68 MERCURE
aſſez médiocre , devenu riche
en fort peu de temps , & par des
Succeſſions qu'il n'attendoit pas
& par le gain qu'il avoit trouvé
moyen de faire dans une Charge
de Judicature des moins confidérables
qu'il y en ait dans la
Robe , eut le plaiſir de ſe voir
faire la cour par beaucoup de
Prétendans , qui luy voyant une
Fille unique , tâchoient à l'envy
de ſe rendre dignes d'eſtre préferez
dans le choix qu'il devoit
faire d'un Gendre. Cette Fille
entroit dans ſa dixhuitieme année
; & fi elle n'avoit pas les
traits réguliers qui font la grande
beauté , elle n'avoit rien qui
dégoûtaſt . Ses yeux eſtoient fort
brillans & tout pleins de feu , &
avec un teint tres- vif on luy
voyoit beaucoup de douceur
dans le viſage .. Mais quand elle
د
GALANT. 69
n'auroit eu aucun agrément ny
dans ſa Perſonne ny dans ſes manieres
, il euſt eſté impoſſible
qu'on ne l'euſt pas trouvée belle
avec cinquante mille écus d'argent
comptant que ſon Pere luy
donnoit. C'eſtoit un bruit répandu
par tout. Cette ſomme,
tres - accommodante pour beaucoup
de Gens , fut une puiſſante
amorce pour la faire rechercher.
Elle eut des Amans de toutes
Profeſſions , mais ſon Pere , qui
ſe dépoüilloit pour elle de la
plus grande partie de ſon Bien,
ne ſe hâta point de la marier , &
voulut choiſir pour ſon argent.
Comme il n'avoit rien qui le relevaſt
que ſa fortune , il s'enteſta
de la qualité , & crût que ſi ſa
Fille eſtoit dans un rang qui la
diftinguaſt des autres , l'honneur
qu'il en recevroit feroit oublier
70
MERCURE
ſon peu de naiſſance. Ainfi ce
fut inutilement que divers Partis
ſe préſentérent. Si le Bien s'y rencontroit
, l'éclat d'une ancienne
Maiſon ne s'y trouvoit pas ; &
c'eſtoit la ſeule choſe qui pût le
déterminer fur le Mariage dont
on le preſſoit. Sa Fille eſtoit jeune
, & il pouvoit attendre encore
quelque temps à la pourvoir.
Comme ſon Employ attiroit
chez luy toutes fortes de Perſonnes
, il eſpera que quelque heureuſe
rencontre fatisferoit fon
ambition. Cette eſpérance ne fut
pointtrompée.Un Marquisd'une
Maiſon tres - conſidérable , âgé
environ de trente ans , vint le
confulter touchant quelques
Droits qu'on luy diſputoiten diferens
lieux , où il avoit de fort
belles Terres. Il l'engagea mefme
à dreſſer pour luy des Ecritu-
:
GALANT.
71
res ſur des Copies de Contracts,
dont ceux qui prenoient le ſoin
de ſes affaires dans la Province,
avoient les Originaux. Il connut
par là , & par pluſieurs converſations
particulieres , que le
Marquis poſſedoit plus de trente
mille livres de rente. Il luy
voyoit un Equipage tres propre,
un Carroſſe du bon air , de fort
beaux Chevaux , & quatre Laquais.
Il apprit d'ailleurs , que
fon Pere & fa Mere , qui estoient
morts depuis peu d'années,ne luy
avoient laiſſé que deux Soeurs ,
l'une mariée, & l'autre Religienfe.
Toutes ces choſes , tres- fatisfaiſantes
, estoient bien capables
de l'ébloüir. Il eut d'autant
moins à douter de ce grandBien,
que le hazard fit venir chez
luy diférens Plaideurs pour le
confulter fur leurs Affaires.
72
MERCURE
Ces Plaideurs y rencontrant le
Marquis , l'embraſſerent comme
un Homme qui leur eſtoit
fort connu , & s'informant de
l'état de ſes Procés , entrérent
inſenſiblement dans un détail
qui ſe rapportoit à tout ce que
le Pere de la Belle avoit déja ſçû.
Apres qu'il eut eu ainſi plufieurs
conférences avec le Marquis
, il luy demanda un jour s'il
ne ſongeoit point à ſe marier ; &
le marquis ayant répondu qu'on
luy propoſoit d'aſſez grands Partis
, s'il vouloit encore des Terres
, mais qu'il cherchoit de l'argent
, pour acheter une Charge
chez le Roy , il ajoûra que ſi cinquante
mille écus l'accommo.
doient; en attendant la ſucceſ.
ſion d'un Pere qu'on tenoit for:
àſon aiſe , il s'engageoit à les lug
faire trouver , avec une affez
jeune
GALANT.
73
jeune Perſonne , dont il ne vouloit
rien dire de plus. Le maг-
quis reçût cette propoſition d'une
maniere agreable , & tout ce
qu'il demanda ce fut qu'il puſt
voir la Belle avant qu'on parlaſt
d'aucune choſe ; non pas ,dit- il,
- qu'il luy ſouhaitaſt une beauté
réguliere , mais ſeulement qu'elle
fuſt bien faite ,& que ſon efprit
fiſt une partie de ſes agrémens.
Le Pere prit jour pour
cette entreveüe , dans une Egliſe
un peu éloignéede ſon Quartier,
&alla conter la choſe à ſa Fille,
la congratulant ſur ſon bonheur,
ſi ce qu'il avoit projetté pour
elle pouvoit réüffir. La Demoiſelle
qui ne manquoit pas debonneopinion
d'elle meſme , affûra
Lon Pere qu'elle plairoit au marquis.
Ce qui la faiſoit parler avec
tant de confiance , c'eſt que le
May 1184.
D
74
MERCURE
Marquis s'eſtant trouvé trois ou
quatre fois dans une Egliſe où
elle alloit tous les jours , avoit
toûjours eu les yeux attachez
fur elle , & l'ayant vu ſans en
eſtre veüe , lors qu'il entroit chez
ſon Pere , il ne luy avoit pas eſté
difficile de le reconnoiſtre. Fla.
tée de ce qui luy eſtoit déja arrivé
de favorable , elle prépara
tous ſes attraits pour le Rendezvous
, où il s'agiſſoit d'achever
une Conqueſte qui luy devoit
eſtre ſi avantageuſe. Le Marquis
y fut conduit par le Pere , & à
peine cut-il jetté les yeux ſur ſa
Fille , qu'il luy dit en faiſant
paroiſtre une fort grande ſurpriſe
, qu'ily avoit de la deſtinée
pour le Mariage qu'il luy propoſoit
, puis qu'il luy montroi
une Perſonne qu'il avoit déja remarquée
luſieurs fois , & dont
GALAN T.
75
il eſtoit amoureux ſans la connoiſtre.
Ce commencement donna
grande joye au Pere , & il en
eut beaucoup davantage , lors
qu'ayant abordé ſa Fille au bas
de l'Egliſe , comme ſi c'euſt eſté
une Etrangere, pour donner lieu
au Marquis de l'entretenir quelques
momens , le Marquis luy
fit connoiſtre apres une courte
converſation , qu'il eſtoit charmé
da ſon eſprit , & ajoûta comme
forcé par ſa paſſion , que quand
elle nauroit pas du coſté de la
Fortune tous les avantages qu'il
luy faiſoit eſperer , il ſentoit bien
qu'il ne pourroit s'empêcher de
ſe donner tout à elle. Le Pere
fut fort fatisfait de ce ſuccés , &-
ne pouvant renfermer ſa joye
dit au Marquis qu'il ne devot
point douter que la fomme entiere
des cinquante mille écus
i
D 2
76 MERCURE
promis ne luy fuſt comptée puis
que la perſonne qu'il venoit
de voir eſtoit ſa Fille ,& qu'il ne
s'eſtoit engagé à rien qu'il ne fuſt
preſt de tenir. Le Marquis , apres
avoir fait paroiſtre un fort grand
éronnement de cette Avanture ,
témoigna eſtre ravy de trouver
le Pere de ſa Maiſtreſſe dans celuy
qui luy avoit propoſé l'affaire
, & par un empreſſement
d'Amant il vouloit à l'heure
meſme aller affûrer la Belle des
ſentimens tendres & paſſionnez
que ſon mérite luy avoit fait
prendre ; mais ſon Pere luy demanda
quelques heures pour la
préparer à le recevoir ,& à répondre
avec autant d'agrément
u'elle devoit à l'honneur qu'il
faiſoit de penser à elle. Comme
il luy avoit communiqué ſon
enteſtement de naiflance & de
د
GALANT.
77
ز
grandeur, vous pouvez juger des
projets qu'ils firent pour bien
foûtenir une Alliance dont l'un
& l'autre ſe promettoit tant de
gloire. Ils ne voyoient aucun ſujetde
douter du bien que ſe donnoit
le Marquis. Il s'en eſtoit expliqué
de bonne foy, avant qu'on
luy euſt parlé de Mariage , par
la ſeule veüe des Ecrits dont il
avoit 'eu beſoin. Les Contracts
dont il avoit fourny les
Copies , eſtoient des preuves
qu'on ne pouvoit conteſter.
D'ailleurs il n'avoit rien dit qui
n'euſt eſté confirmé par des Perſonnes
defintéreſſées que le
hazard avoit fait venir , & tout
cela s'eſtoit fait avec ſi peu d'affectation
, & d'une maniere ſi
naturelle , que les Eſprits les plus
ſoupçonneux en auroient eſté
D
3
78 MERCURE
contens. Cependant , tout perfuadé
qu'eſtoit le Pere , il crut
ne devoir rien négliger , & jugeant
bien au train que prenoient
les chofes , que le marquis
preſſeroit , il ne diféra point à
faire écrire par tout où les Terres
de ce Gendre prétendu eſtoient
fituées. Il ne falloit pas beaucoup
de temps pour en avoir des réponſes
, & ainſi l'information
devoit être faite avant qu'il fuſt
obligé de ſe déſaiſir de ſon argent.
Le marquis alla paſſer l'aprefdînée
auprés de la Belle , & jamais
Homme ne parut fi amoureux.
Elle luy fit un accüeil
tres - obligeant , & répondit à ſa
paffion avec toutes les marques
de reconnoiſſance que l'honnêteté
luy pouvoit permettre. Elle
ne manquoit ny d'eſprit ny de
mérite , & en luy ôtant certains
GALANT. 79
airs Bourgeois , dont l'uſage du
beau Monde l'auroit corrigée
fans peine , on en pouvoit faire
une Femme tres - aimable. Le
Marquis , impatient de ſe voir
heureux , dit au Pere en le quittant
, que comme il n'eſtoit pas
juſte qu'on le cruſt ſur ſa parole
touchant le Bien qu'il avoit , il
s'offriroit à le mener dés le lendemain
à toutes ſos Terres , afin
de l'en éclaircir avec une entiere
certitude , ſi l'amour luy permettoit
de s'éloigner de ſa Fille , &
fi d'ailleurs il ne luy voyoit un
accablement d'Affaires , qui ne
fouffroit pas qu'il perdiſt quinze
ou vingt jours à faire un pareil
voyage ; mais qu'il pouvoit ſe
décharger de ce ſoin fur quelque
Amy en qui il euſt confiance ;
qu'il le prioit ſeulement de l'envoyer
ſans diférer d'un ſeul jour
D 4
80 MERCURE
&de luy vouloir toûjours donner
ſa parole , afin qu'il ſongeaſt
à un Equipage digne du rang
que devoit tenir ſa Femme. Le
Pere , qui avoit déja pris ſecretement
toutes les précautions
qu'il avoit à prendre , feignit de
ne vouloir faire aucune information
, & répondit au Marquis ,
que les Perſonnes de ſa qualité
portoient fur le front un Cara-
Bere d'honneur , qui les faiſoit
croire en toutes choſes ; qu'il luy
laiſſoit quinze jours pour les appreſts
qu'il avoit à faire ,&qu'en
attendant on pouvoit dreſſer le
Contract de Mariage , par lequel
il promettroit de luy payer
les cinquante mille écus la veille
des Nopces. Ces conditions furent
acceptées. On fit le Contract
, & le Marquis pour prouver
ſa paffion , voulut qu'il fuſt
GALANT. 81
fait entièrement à l'avantage de
ſa Maiſtreſſe. Quoy qu'il ne duſt
recevoir que cinquante mille
écus , il fit employer deux cens
mille francs , qu'il remplaça en
particulier fur la plus belle de
toutes ſes Terres. Cette genéroſité
convainquit la Belle d'un
amour tres- violent. Elle en reçût
de nouvelles marques , par une
Caffette magnifique qu'il luy envoya
peu de jours apres. Elle y
trouva une Bource de cinq cens
Loüis. Le reſte , qui conſiſtoit
en divers Bijoux , valoit bien encore
autant , & tout cela faifoit
voir qu'on avoit à faire à un
Homme riche. Il acheta un fort:
beau Caroffe , & fix Chevaux ,
donna ſes ordres pour une Livrée
tres- propre , & fit meubler
quatre Chambres dans l'Hôtel
garny où il logeoit , parce qu'il
DS
82 MERCURE
ne devoit prendre Maiſon à Paris
, qu'apres qu'il auroit mené
fix mois ſa Femme en Province ,
pour luy faire voir ſes Terres , &
un fort grand nombre de Parens.
Dixou douze jours s'eſtant écoulez
, le Pere fut éclaircy de ce
qu'il vouloit ſçavoir. Il connut
par les réponſes qui luy furent
faites , que le Marquis n'avoit
point exageré fur la valeur
de ſon Bien , & ce qui estoit fort
important , on marquoit dans
ces réponſes , que c'eſtoit un
Bien fans dêtes. Il falut conclure.
Les cinquante mille écus furent
payez au Marquis ,
jour ſuivant il épouſa la Belle
de fort grand matin , pour éviter
la foule du Peuple , qui ſe trouve
d'ordinaire à de pareils Mariages.
Aprés la Cerémonie , il l'amena
dans l'Apartement qu'on
& le
GALANT. 83
luy avoit préparé à l'Hôtel garny
, fon Pere n'ayant rien chez
luy d'aſſez ſpatieux pour loger
une Marquiſe. Le plaiſir de ſe
voirdonner ce Titre , & d'aller
ſe promener fort ſouvent à fix
Chevaux aux environs de Paris,
luy fit goûter des douceursqu'on
auroit peine à comprendre. Le
Marquis demeuré Amant , quoy
que Mary , s'en fit aimer avec
paffion ; & le temps eſtant fort
beau , il commençoit à la diſpoſer
au Voyage qu'ils avoient à
faire enſemble , lors qu'on l'avertit
d'une ſurpriſe qu'on luy avoit
faite , & dont les ſuites tuy pouvoienteſtre
d'un grand préjudice
, s'il ne ſe hâtoit d'y remédier.
Il fut obligé de partir preſque
fur l'heure. La Belle le vouloit
accompagner ; mais l'Affaire
ſouffroit ſi peu de retardement ,
D6
$4 MERCURE
que tout ce qu'il pouvoit faire ,
c'eſtoit d'aller en Carroſſe juſqu'à
la premiere de ſes Terres,
d'où il devoit faire diferentes
courſes avec une extréme diligence.
Ainſi il la pria de l'attendre
, & de vouloir bien entrer
pour trois mois dansun Convent
parce qu'enl'absence d'unMary,
l'Apartement qu'il luy faiſoit occuper
, n'eſtoit pas un lieu honneſte
pour une Perſonne auffi
jeune qu'elle. L'aſſürance qu'il
luy donna de n'eſtre pas plus de
fix ſemaines ſans revenir , quelques
Affaires qu'il trouvaſt à
terminer , la fit conſentir avec
moins de repugnance à s'accommoder
de la retraite. Elle avoit
quelque habitude auprés d'une
Abbeffe chez qui elle entra,avec
une Demoiselle & une Femme
de chambre , pour la ſervir, au
:
GALANT. 85
dedans. Deux Laquais demeurerent
au dehors, pour executer les
ordres qu'elle auroit à leur donner
, & le Marquis paya un quartier
d'avance . Trois jours apres
fon depart , elle en reçût une
Lettre , par laquelle il luy marquoit
dans les termes les plus
forts , combien ſon abſence le
faifoit fouffrir. Il s'engageoit à
luy mander la premiere fois en
quel lieu elle pourroit luy faire
réponſe , & elle attendit cette
autre Lettre avec une extréme
impatience , mais ce fut inutilementqu'elle
l'attendit. Il ſe paſſa
un mois tout entier ſans qu'elle
en reçuſt aucunes nouvelles , &
l'inquiétude où ce filence la mit,
l'obligea de faire écrire par tout
où elle crût quil ſeroit paſſe.
Perſonne ne l'avoit vû , & toutes
ſes diligences demeurerent fans
86 MERCURE
effet. Son principal Receveur ,
à qui l'on s'en informa ſans luy
découvrir par quel intereſt , répondit
qu'il y avoit plus d'un an
qu'il eſtoit party pour faire un
Voyage en Italie , & que depuis
cetemps-là il n'en avoit point
entendu parler. Cette réponſe
alarma la Belle .Le Marquis pouvoit
eſtre venu à Paris à ſon retour
d'Italie , ſans qu'on l'euſt
mandé au Receveur ; mais tous
ces incidens de Procés ſur lefquels
il avoit pris avis tant de
fois , ne convenoit point à un
Homme qui revenoit de fi loin,
& il y avoit là deſſous quelque
myſtere , où ſon raiſonnement ſe
perdoit quand elle vouloit l'aprofondir.
Son Pere s'alarma auffibien
qu'elle , & faiſant réflexion
fur ce que ces Plaideurs , qui
l'ayant trouvé chez luy avane
GALAN T. 87
1
qu'il euſt épousé ſa Fille, avoient
pris occaſion d'entrer dans ledétail
de ſon Bien , n'y eſtoient
point revenus , il craignit que ce
ne fuſt une choſe qui euſt eſté
faite de concert pour le ſurprendre
; & cette crainte luy fit paffer
de méchantes heures. Il envoya
demander à ceux qui tenoient
l'Hôtel garny où le Marquis
avoit occupé un Apartement
, s'il y avoit long- temps
qu'ils le connoiffoient. Ils répondirent
qu'ils ne l'avoient jamais
vu que cette fois , & que
meſme il ne leur avoit déclaré
fon nom que dans le temps de
fon Mariage. Toutes ces choſes
furent des ſujets d'inquiétude &
d'étonnement pour le Pere &
pour la Fille. Cependant ils trouverent
à propos de ne rien faire
éclater. L'embaras où ils eſtoient
88 MERCURE
ne pouvoit durer long- temps ;
& ce qui les conſoloit en quelque
forte , c'eſt que le nom du marquis
n'eſtoit point un nom imaginaire.
Il eſtoit certain que celuy
qui le portoit , poſſedoit tou.
tes les Terres dont ils avoient
connoiſſance , & en quelque lieu
qu'il fuſt , il falloit que le ſoin de
ſes Affaires le fiſt revenir. Cette
eſpérance calma l'eſprit de la
Belle. Elle réſolut de s'armer de
patience , &dedemeurerdans le
Convent , afin qu'il ne puſt à
ſon retour ſe plaindre de ſa conduite.
Les trois premiers mois
eſtant paſſez , le Pere avança le
ſecond quartier de la Penſion; &
cinq ou fix ſemaines apres il fut
averty par l'un des Correſpon--
dans qu'il avoit dans la Province
, que le marquis eſtoit arrivé
àune de ſes. Terres. La Belle
GALANT. 89
pleine de joye luy écrivit auſſitoſt
, meſlant beaucoup de marques
d'amour aux reproches
qu'elle luy faiſoit de fon oubly.
Cette Lettre ne ſuffiſant pas à
l'impatience qu'elle avoit de le
revoir , elle luy écrivit encore les
trois jours ſuivans par d'autres
voyes que par la premiere ; &
tant de témoignages obligeans
de ſa tendreſſe ne luy attirérent
aucune réponſe. Elle commença
à ouvrir les yeux , ſe perſuadant
qu'il n'avoit eu que ſon ſeul argent
en vûë quand il l'avoit
épousée , & la douleur qu'elle
en eut la mit dans un état déplorable
. Son Pere ayant part à
ce mépris , voulut en ſçavoir la
cauſe , & quelques Affaires qui
l'occupaſſent , if alla trouver ſon
Gendre au lieu où il avoit appris
qu'il eſtoit.. Il arriva à une ma
१०
MERCURE
niere de Château , tel qu'il luy
avoit eſté dépeint par ce Gendre
,& ayant demandé à voir le
Marquis , on le fit entrer dans
une Salle affez proprement meublée.
Peu de temps aprés , un
Homme bien- fait , de la taille
& de l'âge du Marquis , & ayant
meſme quelque choſe de ſes
traits vint ſçavoir de luy ce qu'il
fouhaitoit. Vous pouvez juger
combien il luy cauſa de ſurpriſe,
lors qu'à la maniere dont il luy
parla , il fit connoiſtre qu'il eſtoit
le Maistre du Chaſteau. Le Pere
tout conſterné luy dit d'une voix
àdemy tremblante , qu'il falloit
que deux Perſonnes portaffent
le meſme nom & que celuy
qu'il cherchoit eſtoit un Gentilhomme
qui poſſedoit telle & telle
Terre. Ce nouveau Marquis
luy répondit qu'il ne ſçavoit pas
و
GALANT.
91
fi d'autres que luy portoient ſon
nom , mais qu'il ſçavoit bien que
toutes les Terres qu'il avoit
i nommées , luy apartenoient ; &
le Pere s'eſtant écrié en foupirant
, qu'on l'avoit affronté luy
&ſa Fille,& qu'il eſtoit ruiné , le
Marquis tira quelques Lettres de
ſa poche , & luy demanda s'il
en connoiſſoit le caractere. C'étoient
celles que fa Fille avoit
écrites. Le Marquis les ayant
trouvées remplies de reproches
d'une Femme à un Mary, n'avoit
pû s'imaginer par quelle raiſon
elles luy avoient eſté envoyées ,
& le Pere luy en donna l'éclairciſſement.
Il luy expliqua enſuite
de quelle maniere il s'étoit
laiffé ébloüir pour payer comptant
les cinquante mille écus
promis à ſa Fille , apres avoir fait
pluſieurs informations , ſur lef
92
MERCURE
quelles tout autre euſt eſté trom
pé auſſi - bien que luy. Le Marquis
vit bien que quelque Filou
de bonne mine avoit profité
de ſon abfence , pour épouſer
cette Fille ſous ſon nom pendant
qu'il eſtoit à Rome , & il le
plaignit d'avoir agreé le remplacement
de ſon Mariage ſur une
Terre qu'on n'avoit pu en faire
répondre. Il en uſa avec luy fort
civilement , juſqu'à vouloir le retenir
quelques jours afin de le
conſoler ; mais l'entiere certitude
qu'il eut de la tromperie qu'on
luy avoit faite , ne luy permit pas
de s'arreſter dans un lieu , où il
avoit le chagrin de ne point trouver
de Gendre. Il partit ſur
l'heure , & alla porter ces triſtes
nouvelles à ſa Fille , qu'il reprit
chez luy fans aucun train . Ona
fait depuis quelques mois toutes
GALANT.
93
,
les perquiſitions poſſibles , pour
- trouver celuy qui l'a trompée ,
mais il n'y a aucune apparence
qu'il ſe hazarde à paroiſtre. Comme
ce malheur n'a pas laiſſe le
Pere ſans Bien , la Belle ne ſeroit
pas tout- à- fait à plaindre , ſi elle
pouvoit diſpoſer d'elle ; mais elle
demeure toûjours mariée &
peut- eſtre avec un Homme qui
ayant ailleurs une autre Femme,
n'a pas eſté en pouvoir de devenir
ſon Mary. Joignez à cela ,
que quand ce Mary mourroit,
elle ignoreroit qu'elle fuſt Veuve.
Toutes ces raiſons rendent
ſa condition bien malheureuſe.
Cependant elle a renoncé à tous
les grands airs , & elle vit chez
ſon Pere comme Fille , & avec le
nom de Fille.
Vous m'avez marqué , madame
, quel'on ſouhaitoit dans vô
94
MERCURE
tre Province avoir une Liſte de
tous les Officiers de mer , qui
ſont preſentement en ſervice. Je
vous en envoye l'Etat genéral .
Leur nombre fait voir à quel degré
de puiſſannce la France eſt
montée ſous le Regne de Loürs
LE GRAND . Jamais elle n'avoit
eu tant de forces ſur mer; auſſi
jamais aucun monarque François
n'a porté ſi haut la gloire
& les avantages de la Nation.
Tous ſes ſoins font employez à
la fûreté de ſes Sujets , & à l'agrandiſſement
de l'Etat , & ce
Prince n'épargne aucune dépenſe
pour travailler à l'un & à l'autre
avecun entier ſuccés. Cette
Liſte que je vous envoyc
exacte VOUS fera connoiſtre
combien il y a de Perſonnes de
naiſſance & de reputation dans
le ſervice. Comme ceux qui ont
,
GALANT.
95
un Sang noble à ſoûtenir , & qui
d'ailleurs ſont excitez à ſe ſignaler
par les actions de leurs Anceſtres
, font intrépides dans les
plus preſſans perils , il ne faut
pas s'étonner des choſes ſurprenantes
que font nos Armées
de mer & de terre. Je viens
aux Noms que vous attendez .
Les Officiers qui les portent
méritent que la Poſtérité leur
rende juſtice en les confervant.
遊港港
ॐॐ
96 MERCURE
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE TOULON.
Monfieur le Marquis du Queſne,
Lieutenant Genéral.
Chefs d'Escadre.
Meſſieurs le Chevalier de
Tourville.
Le Marquis d'Anfreville.
Le Chevalier de Lhery .
Capitaine du Port.
Monfieur de Beaulieu .
Capitaines de Vaisseaux.
Meſſieurs Forant.
Gravier.
De S. Aubin.
De Cogolin .
Etienne-Jean .
De la Mothe.
De la Bréteche.
De Relingue.
De
GALANT.
97
}
|
De Beaujeu .
Le Chevalier de Chaumont.
De Septemme.
De Bellifle.
Herar.
S. Amans.
Le Chevalier de Bellefontaine.
Le Chevalier duMene.
Le Marquis de la Porte.
De Sebbeville .
Le Chevalier de Cologon .
Le Marquis du Queſne Fils.
Bidaut.
Du Chalard.
Le Chevalier des Gouttes.
D'Aligre.
S. Lié.
Le Chevalier Digoine.
De Salampart .
Le Chevalier de la Galiſſonniere.
Palle.
May 1684. E
98 MERCURE
T
Du QueſneGuetton.
Le Chevalier d'Ally .
Le Chevalier de Vieuxpont.
Des Francs .
را
De la Roque -Percein .
De Feville.
De Sevigny de Montmoron.
De Champigny.
De Blenac.
Bonvouſt-de la Miotiere.
Le Chevalier de Sertigny.
Le Comte des Goutes.
Le Chevalier de la Rouvroy.
Le Chevalier de Chalais .
Ricouffe,
LeChevalierde Sainte More,
Le Chevalier des Adrets.
Le Chevalier de Genlis .
Le Comte d'Asfelt- Danois.
Du Queſne- de Monros.
Riberette.
DeBagneux.
De Villars.
THEQUE DE
LYON
GALANT.
99
D'Amfreville .
Le Chevalier de Flavacourt.
Le Chevalier de Chaſteaumorand.
Le Baron des Adrets.
Majors.
Meſſieurs de Raymondis, Major.
De Lévy, Aide-Major.
De Champagnet.
Capitaines de Frégates legeres..
Meſſieursde Chammartin.
De Fruges.
De Brévedan.
Faure.
De la Voiffiere .
Le Motheux.
Clavier.
Flotte.
Capitaines de Galiotes.
Meffieursde la Raudiere.
De Pointis.
De Combes.
LI
E 2
100 MERCURE
De Gouverton .
De la Mothe d'Airan.
Du Queſne-Monier .
Gombault.
Beauffier- Felix.
Patoulet.
Pontac. ;
Lieutenans de Port .
Meffieurs Provent .
Liſard.
Lieutenans de Vaisseaux.
Meſſieurs Boſquet.
De la Bourlaſque..
Chenac .
Delcampe.
Le Chevalier de Remond.
Pouffin .
Darmanville.
Taffy.
Languilete.
Le Chevalier de Veniſe .
De Peruſſy.
:
Dorogne.
GALANT. JOI
De S. André .
Montmejan.
Le Chevalier Ferand.
De la Varenne.
Truler.
t
i
Le Chevalier de Courbon-
Blenac .
Beauffier.
Buflon.
De Monts.
Des Fontaines.
Le Chevalierde Pradine.
Le Chevalier de Rougere.
Le Chevalier de Rhodes .
Le Chevalier de Saujeon.
Huraut..
Le Chevalier de S. Pierre- de-
Courſy.
Le Chevalier de Chaulieu .
Le Marquis de Mongon.
LeChevalier de laGuiche.
Ignardon .
De Villers- Do...
E 3
102 MERCURE
Le Chevalier du Pleſfis .
Le Chevalier d'Arginy .
Le Chevalier des Goutes.
Le Chevalier de Courtagnon .
Le Chevalier de Modennet.
Le Chevalier de Bayer.
De Biſarone.
Le Chevalier de Cambour.
Le Chevalier de la Luzerne.
De Sartayel .
DeGrimauder.
Des Boiſclairs.
DeRanée.
De Maiſonnete.
LeChevalierde Pariſor .
Le Chevalier de Chapagnet.
Le Chevalier de Beaujeu .
Le Chevalier de Feuquiere.
Le Marquis de Chaſteau-Morand.
DeTrulet.
Le Comte de Chauvigny .
Le Chevalier d'Alégre .
GALANT.
103
LeChevalier de Nointel.
Le Chevalier de Surgere.
De Boisjoly.
De la Rochehalard.
Des Goutes.
Hercules.
LaRoche.
LeComte de Bethune.
Le Chevalierde Lannion .
Le Chevalier de Mongou .
LeChevalier deGefvres.
Lieutenans de Galiotes.
Meffieurs du Mont .
De Fricambaut .
Le Chevalier de Bonneüil.
Des Chiens.
D'aires .
DeChanzé.
Le Chevalier Do.
Le Vicomte Coetlogon.
Simonet.
Le Chevalier du Coudray.
CapitainesdeBrûlots. ف
E
4
104 MERCURE
Meſſieurs de Verguin .
Deſprez.
Serpau .
Le Chevalier de Lucenay.
Plantas.
Cadenau .
De Lonchamp.
Des Lauriers .
Blin.
Enseignes de Port.
Meſſieurs de la Croix .
Cleron.
Enseignes de Vaisseaux.
Meſſieurs de Cogolin .
De Lifſfuaut.
De Burgues .
De la Bourdonniere.
Damnancourt.
De Nové.
Jean Caffaro.
Antoine Caffaro .
De Roquefeüille.
De Mouchy.
GALANT.
105
De Baudinard.
Du Groſſay.
De Sourſe .
Le Chevalier de Riviere.
De Carcavy .
De la Chenau .
De Flammicourt.
De Manneville .
De Blenac- Lomie .
Le Chevalier d'Egrefin .
De Bellimont .
De Rafilly.
LeChevalier de Lambilly.
De Bois- grenier.
Le Chevalier de Chaulieu .
De Courcelles.
Le Chevalier de la Rochehalard.
Le Chevalier de Buffy.
Des Braffars .
Le Chevalier de Longue ruë.
Le Chevalier de Lanſac .
Le Chevalier de Monloüer .
ES
106 MERCURE :
Gedoüin .
Le Chevalier de Benoiſe.
De Champoyſeau.
Le Chevalier de Ployac-Savion.
De Choiſeüil.
Beaupré.
Le Marquis de la Riviere.
Le Chevalier Dampus.
De Brançon.
Bonnanoër .
Prou de la martiniere.
De S. Loup.
Neuchaiſe.
Le Chevalier de Halgoüer.
Le Chevalier de Ferville.
De Beaujaigue.
Le Chevalier de Bellocier.
Le Chevalier du Pleſſis- Moг-
nay.
De Marolle.
Le Baron Dacy.
De mimard.
GALANT.
107
Le marquis de Calau .
Demoiſel-de Courberon.
Le Chevalier de Tourouve.
Le Chevalier Pepin.
Le Chevalier d'Amanzé.
De Prezac.
LeChevalier de Picore.
LeChevalier de Rouvroy.
De Mayancourt.
LeChevalier de Treſmes .
Enseignes de Galiotes.
Meſſieurs de Launay.
Dampierre.
De la Mothe,
Cabannes.
Le Chevalier du Queſvel.
DeVergons.
Le Chevalier de Vatan.
De Lauriere.
Le Chevalier de Fricam
baut...
Le Chevalier de Boulinvill
liers...
E6
108 MERCURE
De S. Loyer.
De Reffonnet.
Lieutenans de Frégates legeres.
Meſſieurs de Ricard.
Boi-sfort.
Il y a outre cela ſoixante - dix
Gardes-Marine ,& trois cens
Gentilshommes , pour ſervir
en qualité de Gardes pendant
toute cette année.
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE BREST
Monfieur le Marquis de Preüilly,
Lieutenant Genéral,
Chefs d'Escadre...
Meffieurs le Chevalier de
Chaſteaurenaud.
Le Comte de Sourdis .
Le Comte de Bethune.
........ Capitaine de Port..
Monfieur Herpia......
GALANT.
109
Capitaines de Vaisseaux.
Meſſieurs du magnon.
Le Chevalier de Neſmond.
De Montortié.
Le marquis de Langeron.
Le Chevalier de Roſmadec..
De Leſtrille..
De Vaudricourt.
LeChevalier de Combes..
De la Reteloire.
De la Caffiniere .
LeChevalierde Grand-Fon
taine..
De Palliere.
De Sevigny.
Le Comte d'Eſtrées.
De Rouffel ..
Des Herbiers.
Le Chevalier de Fourbin..
Majors.
Meffieurs le Chevalierd'Her
vault,Major.
De S. Clair, Aidemajor..
110 MERCURE
LeChevalier de Pourriere.
Capitaines de Frégates légeres.
Monfieur Gieillotton.
DeBeauges- le-Gouft.
Lieutenans de Port.
Meſſieurs de Joyeuſe .
De Guerquelin .
Lieutenans de Vaisseaux .
Meffieurs Rolland.
Gaffier .
Deſcorbiac.
De Sainte Marthe.
Le Chevalier de Cardaillac..
Hitton de Sainte Hermine.
LeChevalier de la Papotiere..
Deſnauts.
DesBottieres..
D'Iſury.
Gratien.
Le monic.
Le Chevalier de Sauze..
Le Vidame du mans.
LeBaron de Chattan. رم
GALANT. III
Le Chevalier du Coudray.
De Courbon.
S. Leger.
Le Chevalierde Sibois..
Le Chevalierde la Treille..
De la Hauduniere.
LeChevalierde Feuquerolles.
Capitaines de Brûlots.
Meſſieurs du Rivant..
Jean- Etienne.
De Longchamp.
Dandeſme..
Enseignes dePort.
Meſſieurs de Noailles .
Meuſnier.
Enseignes de Vaiſſeaux ..
Meſſfieurs du Buiſſon-de-Varennes
.
D'Etienne.
Des-Cartes..
De S. Vincent..
De Tourne..
LeChevalier de Blenae-Rommegon..
MERCURE
Guillon de Seloches .
Vigreux de Tartre.
S. Arbre.
De la Roche- Vezançay..
DeRotheneuve.
De la Poiffonniere.
Le Chevalier de Villeroy...
Tivas .
Chamoreau .
Du Meſnil- Patté.
Le Chevalier Marin ..
DeClérac.
Le Chevalier de Chaſteaurenaud..
De Cintre.
Lieutenans de Frégates légeres.
Meſſieurs Perrier.
Barbant.
Picard.
Imbert.
Bernard.
Trente-neuf Gardes de la
Marine..
GALANT.
113
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE ROCHEFORT .
Chef d'Escadre.
Monfieur Gabaret.
Capitaine de Port.
Monfieur Hurtin.
Capitaines de Vaisseaux.
Meffieurs le Chevalier de
Fourbin.
Le Chevalier de Flacourt .
De la Clocheterie.
De Villete.
De Rochefort.
De la mothe-Genoüille.
De Real .
De Sainte Hermine.
ColbertS.Mars .
Chabert.
Le Chevalier d'Arbouville.
Le Baron d'Audinge.
Du Rivauthuet.
Le Chevalier de Périnet..
114 MERCURE
D'Héricourt.
Machaut de Rougemont.
Capitaines de Fregates légeres.
Meſſieurs Bardan .
Pingaut.
Ifle.
Lieutenans de Port.
Meſſieurs du Buiſſon.
DeBoarges.
Lieutenans de Vaisseaux.
Meſſieurs des Noyelles .
DuTas.
Des Roches.
D'Heres .
Jullien.
De Ry.
De la Chevanière.
Audifredy.
Du Freſnoy.
De Rollon.
Le Chevalier de S.Siphorien.
Du Val.
De Malduſe.
GALANT.
De Cahonnet.
Le Chevalier de Meun.
Le Chevalier d'Oſmont .
Le Chevalier de Martel.
Le Chevalier de Fourbin.
Le Chevalier de Rocquart.
Aydes.Mayor.
Meſſieurs le Chevalier de
Sauges.
Le Chevalier de Pontac.
De Beautiran .
Capitaines de Brûlots,
Meſſieurs Tortel.
De la Borde.
Parac .
Enseigne de Port.
Monfieur Dugemont .
Enseignes de Vaisseaux.
Meſſieurs Courbon-Blenac.
Confollin .
Gabaret de la Courtiere.
De Septem.
Villemarſaux .
116 MERCURE
De Rompré.
De la Floëchere .
Hebert.
Le Chevalier Aubry .
Du Hamel.
*. DesGranges .
Du Lyon .
Le Chevalier de Bonnemie...
De Bellecourr .
Deleſtumieres .
De Landreau .
Gabarer.
De Limbraine.
Mariol .
Le Chevalier de Toizy .
De Roffel .
De Loyeuſe.
De S. André .
Picon.
De Lille.
Lieutenans de Fregates.
Meſſieurs de Ville .
De la Beaune.
GALANT.
117
De Borme.
De Hennes..
Capitaines de Flutes.
Meſſieurs Brépaur.
Gueſdon .
:
Quarante, huit Gardes de la
Marine.
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DU HAVRE.
L
Capitaines du Port.
Monfieur Albert.
Capitaines de Vaisseaux .
Meſſieurs Pannetiers .
Machaud-de- Bellemont.
De Mericourt .
De la Barre .
De Mombaur.
Capitaines de Frégates.
Meffieurs Grosbois .
Brignon.
Brevedan.
:
1
De_Failly.
118 MERCURE
Lieutenant de Port.
Monfieur S. Michel .
Lieutenans de Vaisseaux.
Meffieurs du Buiſſon . S. Germain.
De Courcelles.
De Galifert..
De Pufeche.
De Monclair.
De Montagne.
De la Rouvroye.
Du Buiffon la moyeuſe.
De Ravée.
De Villers .
Ayde.Major.
Monfieur Tourneville.
Capitaine de Brúlot.
Monfieur Bayart .
Enseignes de vaiſſeaux.
Monfieur de la Gondiniere.
De Ridonnet.
Le Chevalier de montan .
De Guermont.
GALANT.
119
D'Amberville.
Francine.
De Reaux.
Lieutenans de Fregates.
Meſſieurs de la Mothe- Michel.
Brevedan.
De Sainte Marie.
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE DONKERQUE .
Capitaine de Port.
Monfieur de la Preüille .
Capitaines de Vaisseaux.
Monfieur d'Amblimond..
Le Chevalier de Monbron .
Capitaines de Frégates,
Meſſieurs de Chelingue.
Beauregard.
Corriton .
De laGarde.
Lieutenant de Port.
Monfieur Herpin.
120 MERCURE
Lieutenans de Vaisseaux.
Meſſieurs de Burgues .
Baret.
Gaudemart.
De la Roque.
De Loleve.
Enseignes de Vaiſſeaux.
Meſſieurs de Serpaut.
Robré de Raligny.
Gravery.
De Mirme.
,
Meſſieurs de Landoüillet & de
Pontis ont eu chacun une
Compagnie de Bombardiers,
Monfieur de Pontac a eſté fait
Capitaine de Galiote , Monfieur
des Chiens Lieutenant,
& M des Forges Enſeigne.
Vous attendez la ſuite du Voyage
de Madame Royale; cependant
je ne vous parleray aujourd'huy
que du Séjour que cette
Princeſſe a fait à Lyon. Elle y
arriva
GALAN Τ. 121
arriva le Mardy , ſecond de ce
mois , ſur les deux heures aprés
midy , & fut reçûë à la Porte de
la Ville par le Corps Conſulaire
, préſenté par Monfieur de
Saintot , Maiſtre des Cerémonies.
Monfieur du Péron, Prevoſt
des marchands , qui estoit à la
teſte des Echevins , luy parla de
cette forte . ১
MADAME,
L'honneurque nous avonsde voir
Vostre Alteſſe Royale aux Portes de
cette grande Ville , qui est commiſe
ànos ſoins , nous engage ànousfervir
de ces parolesfacrées de l'Ecriture
,Que vos démarches ſont
belles , Fille du Prince ! L'aplication
en convient parfaitement à
PA. R. puis que ces démarches , en
nous procurant l'avantage de la
voir , vont auſſi faire pour toûjours
May 1684. F
122 MERCURE
la felicité de tous les Etats où Elle
va regner , & de ceux de fon voi.
finage. Il est donc juſte , Madame,
que nous vous témoignions à l'entrée
de cette Ville , combien la joye
y est grande. Elle augmentera fi
V. A. R. peut y trouver quelques
adouciſſemens aux fatigues de fon
Voyage , en quoy nous contribuërons
de tout ce qui dépendra de nous .
qui ſommes avec un profond re-
Spect , &c .
Toutes les Ruës eſtoient bordées
de Bourgeois en armes de.
puis l'entrée du Fauxbourg jufques
au Palais Archiepifcopal,
qu'on avoit pris ſoin de préparer
& de meubler magnifiquement
, pour Madame Royale . A
l'iſſuë de fon pîné , elle reçut les
Complimens du Chapitre de Ja
Cathédrale , la parole eſtant
portée par Monfieur Damas-duGALAN
T.
123
Rouſſet , qui en eſt Doyen ; du
Préſidial , par la bouche de Monſieur
de Séve- Laval , Préſident
à ce Siege ; du Bureau des Finances
de cette Generalité ; & de
l'Election.Le ſoir , toute la Maiſon
des Celestins fut illuminée ce
qui attira pendant plus de trois
quarts d'heure les regards de
cette Princeſſe , qui estoit fur
fon Balcon .
Le mercredy 3. Monfieur le
Prevoſt des marchands & les
Echevins luy firent les Préfens
accoûtumez , de Liqueurs , de
Fruits & de Confitures. Ils luy
furent préſentez par Monfieur
Gautier , Receveur de la Ville.
Le meſme jour , le Prieur des
Celestins , ſuivy de quatre Religieux
, luy, vint faire Compliment,
luy préſenta deux Corbeilles
de Fleurs. La reconnoif-
F 2
124
MERCURE
fance entroitdans ce devoir, puis
qu'ils doivent leur établiſſement
à Lyon à Amedée VIII. premier
Duc de Savoye , qui les y
fonda en 1407. Le lendemain,
Madame Royale eſtant fort parée
, & ayant dans la Coëfure
quelques-unes de leurs Fleurs,
alla entendre la meſſe chez ces
mêmes Peres , qui la reçurent
avec la Croix à la Porte de l'Eglife.
Le Prieur reveſtu en Chape,
ainſi que ſes Aſſiſtans
ſoivyde toute ſa Communauté ,
la harangua en luy préſentant
l'Eau benite , &elle fut conduite
proceſſionnellement ſur un riche
Prié Dieu , couvert d'un pais en
broderie , aux Armes de France.
L'Egliſe eſtoit ornée de belles .
Tapiſſeries , de Luftres , de Tat
bleaux de prix , & de quantiré
d'Argenterie , & couverte d'E-
,
&
GALANT .
125
• cuffons aux Armes d'Orleans&
de Savoye. On chanta le Te
Deum avec l'Orgue. Il fut fuivy
de vingtquatre Violons , & de la
décharge des Boëtes pendant la
Meſſe. Lorsqu'elle fut achevée,
cette Princeſſe paſſa dans le Cloiſtre
, & fut conduite dans une
Salle fort proprement parée , où
le Portrait de Monfieur le Duc
de Savoye eſtoir ſous un Daisa
Elle le confidéra pendant quel
que temps. L'apréſdînée elle eut
le plaifir de la Joûte& de l'Oye,
qu'elle vit de fon Balcon. Le
foir , elle donnable Bal aux Da
mes. Avant que de partir de
Lyon, elle alla chez les Religieuſes
de laViſitation de Sainte Marie
de Bellecour , & y revera le
Coeur de S. François de Sales
qui repoſe dans leur Eglife. Ellei
vit auſſi la fameuſe Biblioteque
F
3
126 MERCURE
des Jeſuîtes qui apres l'avoir reçûë
avec tout le reſpect dû à ſon
rang , luy firent faire quelques
Complimens en Vers par leurs
Ecoliers . Monfieur Franc- laufferan
parla le premier , & ſe diſtingua
par l'air & la bonne grace
dont il accompagne ce qu'il dit ,
auſſi bien que Monfieur Chomel
, Fils de Monfieur Chomel
Médecin du Roy. Ce dernier
reçût de grandes loüanges de
tous ceux qui l'entendirent. Elle
monta de là aux Chartreux , &
fut complimentée par D. Langeron
, Vicaire de cette Maiſon,
&Frere de Monfieur Langeron
Comte de S. Jean. Elle a paſſé
trois nuits à Lyon , où elle a vû
le celébre & curieux Cabinet de
Monfieur de Serviere ; & tous
les trois foirs le Convent des
celeſtins a eſté illuminé. Elle
GALANT.
127
continua ſon Voyage le Vendredy
5. de ce mois ,& partit fur
les onze heures , apres avoir
entendu la meſſe dans l'Egliſe
des Jacobins .
Vous avez appris la mort de
Monfieur le Bailly de Fourbin ,
arrivée à Peronne au commencement
de ce mois . Il eſtoit Capitaine-
Lieutenant de la Premiere
Compagnie des Mouſquetaires
, dont le Roy eſt Capitaine.
Sa Majesté l'avoit nommé
Lieutenant Genéral de ſes Armées
quelques jours avant ſa
mort . C'étoit un Homme d'une
exactitude extraordinaire pour
le ſervice , & d'une bravoure diſtinguée.
Il avoit accompagné
feu Monfieurle Ducde Guiſedan's
l'entrepriſe qu'il fit fur Naples,&
il s'y acquit beaucoup de gloire.
Il commandoit le Régiment de
F 4
128 MERCURE
ce Prince , qui fut réduit à une
Compagnie , lors que le mariage
du Roy donna la Paix à l'Eſpagne.
Quelques années après cette
Paix , il fut commandé avec
cette Compagnie , pour aller
ſervir en Hongrie contre les
Turcs , & il ſe ſignala au Paſſage
du Raab. Enſuite il fut fait Enſeigne
des Gardes du Corps de
Sa majeſté , & devint major. 11
ſe montra ſi exact dans tous les
ſervices qu'un pareil poſte l'obligeoit
à rendre , qu'il donna lieu
à beaucoup de Reglemens qu'on
fit dans ce Corps. Il fut le premier
Major qui coucha dans la
Salle des Gardes. Monfieur d'Artagnan
ayant eſté tué au Siege
de maſtric , le Roy le nomma en
ſa place pour commander la Premiere
Compagnie de ſes Moufquetaires.
Il a ſervy depuis ce
GALANT. 129
temps - là en diverſes occaſions
avec une intrépidité toûjours
égale. Sa Majesté qui ſe plaiſt à
élever le véritable mérite , luy a
fait beaucoup de bien pendant ſa
vie , & vient meſme encore d'en
faire à fa Maiſon apres ſa mort
ayant donné l'Abbaye de Breüilly
qu'il poſſedoit , à Monfieur l'Eveſque
& Comte de Beauvais ſon
Frere , & une Penſion de mille
écus à Monfieur de la Marthe ſon
autre Frere. Je ne vous dis rien
de la Maiſon de Fourbin .Elle eft
fort connue , & paſſe pour l'une
des meilleures de Provence. Sitoſt
que Monsieur le Bailly de
Fourbin fut mort,le Roy fit monter
Monfieur de Maupertuis à ſa
-place. Il eſtoit Sous- Lieutenant
de cette Premiere Compagnie
des Mouſquetaires. Monfieur de
laHogucie , & Monfieur le mare,
F
130
MERCURE
quis de Mirepoix , qui en eſtoient
Enſeigne & Cornete , ſont auſſi
montez , le premier à la Charge
de Sous- Lieutenant ,& le ſecond
à celle d'Enſeigne. Ainfi le Roy,
en récompenſant trois Perſonnes
d'un mérite diſtingué , donne de
l'émulation à tous les Subalternes
, & les engage à bien faire
leur devoir. Sa Majesté a auſſi reglé
, que lors que les deux Compagnies
feroient enſemble , elles
ſeroient commandées par Monfieur
de Jauvelle , Capitaine
Lieutenant de la Seconde. Quoy
qu'il y ait de l'équité en cela , ce
Monarque auroit pu s'en diſpenſer
ſans injustice. Si l'on d'onne le
mefme nom aux deux Corps , ils
ne laiſſent pas d'être deux Corps
diférens & il ſemble que chacun
ne doit prétendre à monter que
dans le fien. Gependant le Roy!
ร
GALANT. 131
dont la prudence ſe fait remarquer
en toutes choſe n'a pas jugé
à propos que celuy qui avoit
commandé le premier une Compagnie
de Mouſquetaires enChef,
obeïſt à celuy qui n'étoit fait qu'apres
luy Commandant d'une autre
, quoy que cette Compagnie
fuſt la Premiere. le vous ay parlé
de Monfieur de Maupertuis en diverſes
occaſions ; il a beaucoupde
naiſſance & de ſervice .
Pluſieurs Perſonnes confidérables
de l'un & de l'autre Sexe
font auffi mortes dans ce meſme
mois. En voicy les noms.
Armande-Henriete de Lorrai
ne. Elle estoit Abbeſſe de Noſtre-
Dame de Soiffons , & Soeur de
Monfieur le Comte d'Armagnac ,
Grand Ecuyer de France , de
Monfieur le Chevalier de Lorraine
, & de Monfieur le Comte de
Marian . F6
4
132
MERCURE
Meffire Henry- François de
Vaffe , dit Grongnet. Il eſtoit
Chef du nom & Armes de ſa
Maiſon , & avoit épousé Mademoiſelle
de Saint Gelais , Fille
aînée & Héritiere de Gilles de
de S. Gelais , Sieur de Lanſac ,
Marquis de Balon . Male Vidame
du Mans ſon Fils aîné , a épousé la
ſeconde Fille de Monfieur le Maréchal
de Humieres . La Maiſon
de Vaſſe eſt entrée en beaucoup
de grande Alliances , & a donné
trois Chevaliers de l'Ordre du
S. Eſprit , & quelques Eveſques.
Le nom de Grongnet eſt un Surnom
ajoûté . On le donna à un
Defcendant de cette Maiſon , à
cauſe qu'il avoit l'humeur un peu
bizarre , & qu'il n'enduroit pas
volontiers . Il étoit d'ailleurs Hommede
merité. Il y a beaucoup de
grandes Maiſons dans le Royaume
, qui ne font plus connuës
GALANT.
133
que par des Surnoms qu'on leur
a ainſi donnez .
Monfieur Culant. Il eſtoit
Grand prieurde Champagne. 11
yaeu un Grand- Maiſtre de Malte
de cette Maiſon. Monfieur le
Commandeur du Freſnoy en eſt .
Monfieur Bétau . Il a eſté Receveur
des Confignations , Préfident
aux Comptes à Dijon , &
enfuite Preſident à la Chambre
des Comptes de Paris. On ne
peut avoir plus de ſolidité d'efprit
, de fermeté & de droiture
dans les Affaires , qu'il en a toûjours
montré. Comme il n'y a jamais
eu perſonne quiait fait plaifir
à tant de Gens , & obligé de
a bonne grace , il a eſté regreté
*de tout le monde. Peu de jours
avant ſa mort , Monfieur Bétau
deChemeau ſon Fils, avoit épouſe
Mademoiſelle de Luxembour
134
MERCURE
de Beon. Je ne vous dis rien de
ces nouveaux Mariez . Lors que
Monfieur de Chemeau fut reçût
Conſeiller , je vous parlayde ſon
mérite & des qualitez qui le diſtinguent
. A l'égard de Madame
ſa Femme , qui eſt auſſi bien faite
que ſpirituelle , fon nom n'a
pas beſoin qu'on explique ſa naiffance.
Monfieur le Preſident Bétau
a laiſſe trois filles , dont plufieurs
de mes Lettres vous ont
appris l'établiſſement , foità l'occafion
des Intendances qui ont
eſté remplies par Meffieurs Poncet&
deCreil , ſoit lors que Monfieur
le Préſident molé prit ſa
place de Preſident au mortier. Il
a encore laiſſe un Fils qui s'eſt
fait Jeſuîte. Vous dire qu'il eſt de
cette ſcavante & illuftre Compagnie
, c'eſt vous dire qu'il a in
finiment de l'eſprit.
GALAN T.
135
Meffire Guillaume Bénard ,
Seigneur de Rezé. Il eſtoit Chanoine
de l'Egliſe de Paris , & Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , où il fut reçû en
1636. Le Roy l'ayant nommé à
l'Evêché de Lavaur il y a quelques
années , il pria Sa Majeſté
de trouver bon qu'il n'acceptaſt
point cette Dignité. MonfieurBenard
de Rezé Conſeiller d'Etat
eſt ſon Frere. Benard porte d'azur
à la Licorne paſſante d'argent.
Monfieur Hennequin , Conſeiller
, & Chanoine de Notre-Dame
, eſt monté à la Grand'-
Chambre , à la place de celuy
dont je vous aprens la mort.
Monfieur l'abbé Camus de
Poncarré. Il eſtoit Oncle de M
Camus de Poncarré Conſeiller
au Parlementde Paris . Monfieur
fon Pére & Monfieur fon Frere
136 MERCURE
ont eſté Conſeillers dans le mefme
Parlement. Geoffroy Camus,
Seigneur de Poncarré,mort Sous.
Doyen des Conſeillers d'Etat ,
eſtoit ſon Ayeul. Il eſtoit Petit-
Neveu de Jean Camus, Seigneur
de S. Bonnet , Intendant des Finances
, & Conſeiller d'Etat ſous
Henry III; Neveu de meſſire laques
Camus Evêque de Séez ;
Coufin de meſſire lean - Pierre
Camus Evêque & Seigneur de
Bellay , nommé à l'Eveſché d'Arras
, & proche Parent de lean &
Henry Camus , Baillifs & Gouverneurs
d'Etampes ; tous iſſus
de Pierre Camus , Maire perpetuel
d'Auxonne en Bourgogne
, dont les Pere & Ayeul ,
Maurice & Nicolas Camus , avoient
poffedé la méme Charge.
Meffire Claude Grenet. Ileftoit
Docteur de la Maiſon & Societé
GALANT.
137
de Sorbonne , & ancien Curé
de la Paroiſſe de S. Benoist .
Dame Françoiſe Bailly. Elle
eſtoit femme de meſſire François
Bitaut , Seigneur de Vaillé, Conſeiller
au Grand Conſeil .
Aprés vous avoir parlé de tant
de Perſonnes mortes dans ce
mois , j'ajoute un Article d'un
Mort de plus de vingt ans . Il regarde
feu Monfieur le Cardinal
Mazarin. Tout ſe prépare pour
ſa Sépulture dans l'Egliſe des
Quatre - Nations . Monfieur de
Louvois en prend le ſoin . Cette
Egliſe fut benite le 21. de ce
mois , jour de la Pentecofte , &
l'on commença ce meſme jour
à y celebrer la Meſſe . Quelque
accablement d'Affaires qui occupe
ce Miniſtre , ſa vigilance ne
luy laiſſe négliger aucune de celles
qui entrent dans ſes Emplois.
138 MERCURE
Il eſt arrivé une choſe rare, qui
mérite bien que je vous l'apprenne.
Vous ſçavez dans quelle ré
putation eſt icy Monfieur Gervais.
Depuis dixneufans qu'il y
demeure , il a guéry plus de quatre
mille Tumeurs froides , qui
fontconfonduës ſous le nom de
Loupes. Il y en a eu de toutes
eſpeces , & quelques unes de la
groſſeurde la teſte d'un Homme.
Cetteguériſon ſe fait par la ſeule
application de fon Emplâtre, ſans
qu'il ſe ſerve de fer ny de feu .
Quoy que ces cures foient fort
furprenantes , il n'y en a point
qui le ſoit tant que celle qu'il a
faire ce mois- cyd'une Loupe que
le Frere Bérard,Capucin du Convent
de Forges en Normandie ,
avoit fur la partie gibbe du foye.
Il en eſt ſorty plus de quarante
oeufs , les uns ſemblables à ceux
GALANT.
139
d'une Poule , & les autres aux
oeufs de Pigeon. Cette cure fait
grand bruit , à cauſe de la ſingularité
de la Loupe.
S'il y a d'habiles Gens en quelque
Profeffion que ce ſoit , c'eſt
aſſurément à Paris qu'on les rencontre.
Il ne faut pas s'étonner
qu'ils y ſoient attirez de toutes
parts , puis qu'il n'y a point de
Ville au Monde ny ſi peuplée ny
ſi grande. Cela eſt cauſe que ſes
Habitans meſme ne ſçavent pas
ce que ſon enceinte renferme de
curieux . Ainſi ils n'ont pas moins
d'obligation que les Etrangers à
l'Autheur qui a donné au Public
depuis peu de jours une Deſcription
de ce qu'il y a de remarquable
dans cette fuperbe
Ville, Toutes les remarques de
ce Livre ſont fort recherchées.
Je ne vous en fais point icy de
140
MERCURE
de détail ; le Journal des Scavans
que vous voyez , en parle am.
plement.
J'aurois beaucoup à vous dire
de la Flote de France , partie de
Toulon le s . de ce mois , pour
ſe rendre aux Ifles d'Hiere , afin
d'y attendre plufieurs Bâtimens
qui l'y devoient joindre , mais je
me réſerve àvous entretenir lors
qu'elle ſera arrivée au lieu où elle
a ordre d'aller. Chacun ſe figure
la Conqueſte qu'elle doit faire :
chacun la nomme , & veut que
ce ſoit la Place qu'il ſouhaiteroit
qu'on attaquaſt ; mais quoy qu'il
ſemble qu'on la puiſſe rencontrer
, en nommant toutes celles
qui méritent qu'on s'y attache,
je ne ſçay ſi toutes les conjectures
qu'on feroit ne ſeroient pas
fauffes tant le ſecret de Sa
Majeſté eſt impénétrable, & tant
১
GALAN T.
141
tout ce qu'on fait aujourd'huy
en France , eſt extraordinaire &
furprenant.
Quant à la Flote d'Eſpagne,
ſon Amiral s'eſt perdu , ayant
pris la Baye de Ceuta pour le
Détroit. C'eſtoit un Navire
de 80. Canons , chargé de Canons
de fonte qu'il apportoit de
Naples . Il en avoit 150 dans ſon
fond. La plus grande partie de
l'Equipage s'eſt ſauvée. Il ſemble
que les François ne ſoient
pas moins fâchez de ce malheur,
que ceux à qui il eſt arrivé , dans
la crainte que cela n'empeſche
les Eſpagnols,de mettre leur
Armée Navale en mer .
Ces derniers ne ſont pas plus
heureux à Naples , où les Bandits
les obligent à venir contre eux
à une Guerre dans les formes.
Quand ces Voleurs font des pri142
MERCURE
fonniers , ils uſent du droit de
repréſailles, en faiſant pendre les
Eſpagnols qu'ils ont pris , de meſme
que les Eſpagnols font exécuter
les Priſonniers qu'ils ont faits
ſur eux. Il y a quelque temps
que le Chien d'un de leurs
Chefs eſtant paſſé parmy les
Troupes Eſpagnoles , ils firent
faire des ofres pour retirer ce
Chien priſonnier. L'affaire ayant
eſté miſe en négotiation , il fut
arreſté que le Chef des Bandis
rendroit trois Eſpagnols pour fon
Chien. Je n'entre point dans
l'inégalité de l'échange. Il ſuffit
que vous ſçachiez que ce fut
ainſi que le diférend fut terminé
du conſentement des Parties .
Je viens au Voyage que l'opiniâtreté
des Eſpagnolsa forcé
le Roy de faire en Flandre. Je
vay vous en donner un détail,
GALAN T.
143
non pas des couchées & du
ſejour de Sa Majesté en chaque
lieu , mais de tout ce qui s'eſt
fait pendant ce Voyage , & des
Nouvelles que ce Monarque a
reçeuës de ſes Armées de terre
& de mer , & de ſes Ambaſſadeurs
dans les Cours Etrangeres,
avec une exacte deſcription de
ſes Camps. En meſme temps
qu'on apprit que ſon départ
eſtoit réſolu , on vit paroiſtre des
Vers qui méritent bien voſtre
curiofité. En voicy de Madame
des Houlieres. Son nom ſuffit
pour vous préparer à une lecture
des plus agréables .
144
MERCVRE
EPITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
AU ROY.
Dourquoy chercher une nouvelle
gloire?
Sous vos Lauriers goûtez un doux
repos ;
Affez d'Exploits d'immortelle mémoire
Vousfont paſſer les antiques Héros.
Pour vous, grand Roy , pour le bien
de la France ,
Que reste- t- il encore àſouhaiter ?
Vosfoins chez elle ont remis l'abondance
;
Vostre
GALANT.
145
Voſtre valeur qui pourroit tout dompter,
La rend terrible aux Nations étras
ges, 20
Et quelque loin qu'on porte les
loüanges ,
Il n'en est point qui vous puißent
flater.
Avous chanter nos voixſont toûjours
preftes ;
Mais quand nos Versàla Poftérité
Pourroient vous peindre auſſi grand
que vous estes ,
Quand de vos Loix ils diroient l'équité,
De voſtre Bras les rapides conqueſtes,
De voſtre Esprit la noble activité ,
De vôtre abord lecharme inevitable
Quelle en feroit pour vous l'utilité?
Lors que le vray paroist peu vrayfemblable.
Il n'a fur nous que peu d'autorité.
May 1684. G
146
MERCURE
Ces Conquerans qu'eurent Rome &
* La Grèce ,
Ces Demy - Dieux fur cent Lyres
chantez
Ont eu lefort que tropdegloire laiſſe,
On les a crûs fervilement flatez
Tant de vertus qu'en eux l'Histoire
affemble ,
Eft,diſoit-on ,le prix de leurs bienfaits
;
Et fi vous seul sous qui l'Univers
tremble ,
N'euffiez plus fait qu'ils n'ont fait
tous ensemble ,
On douteroit encor de leurs haut
Faits.
De leur valeur la vostre nous aſſure.
Vous la rendez croyable en l'éfaçant
;
Un telSecours chez la Race future
Sera pour vous un fecours impuis-
Sant.
GALANT.
147
Quelques efforts que la Naturefaſſe
Pour lesHeros quesa mainformera,
Loin d'en trouver quelqu'un qui
vous efface ,
Iamais aucun ne vous égalera.
N'allez donc plus exposer une vie
D'où le bonheur de l'Univers dépend;
VoyezlaPaix, de tous les biensfui.
vie,
Quidans les bras desPlaisirs vous
attend;
Epargnez nous de mortelles allarmes
Où courezvous par la Gloire animé
Si la Victoire a pour vous tant de
charmes,
Vous pouvez vaincre icy fans estre
armé.
C
Nappellezpoint une indigne foibleffe
:
G2
148
MERCURE
T
Quelques momens donnezà la ten-
F
dreffe ;
Les plus grands Coeurs n'ont pas le
moins aime.
F
Mais aux travauxde la fiereBellonne
,
•
Foppose en vain le repos le plus
doux.
Les faux plaiſirs que l'oifivetè
donne.
Nefontpasfaits pour un Roy comme
vous,
Inſtruit de tout , appliquéfans relâche,
Et toûjours grand dans les moindres
projets.
Lors que la Paix aux perils vous
arrache,
Une autre gloire à son tour vous
attache .
GALANT.
149
১
Et vous immole au bien de vos
Sujets.
Ainsi l'on voit le Maistre du Tonnerre
,
Diverſement occupé dans les Cieux ;
Tantoſt vainqueur dans l'infolente
Guerre
Qui fit périr les Titans furieux;
Tantoft veillant au bonheur de la
Terre,
Porterpartout un rreeggaarrdd ccuurricux ,
Yrétablir le calme, l'innocence ,
Estre de tous la crainte, l'espérance,
Et le plus grand , &le meilleur des
Dieux
Craint , adoré..... Mais j'entens la
Victoire..
Qui vous appelle à des Exploits
nouveaux . d 18
Que de hauts Faits vont groffir
vostre Histoire!
G3
150
MERCURE
Partez,courezàdes deſtinssibeaux.
Ie voy l'Espagne aux Traitez infidelle
,
Deſes Païspayerfes attentats ;
Ie voy vos coups détruire les Etats
Dufier Voisin qui foûtientfa querelle;
Etje vous voy vainqueur en cent
Combats,
Donner la Paix , & la vendre eternelle.
Ces autres Vers , pour n'être
pas adreſſez à Sa Majesté , ne
faiſſent pas de loüer ce Grand
Monarque. Ils font de l'illustre
Mademoiselle de Scudéry. Vous
ſçavez qu'elle a immortaliſé les
Fauvetes par le langage qu'elle
leur a fait tenir. Ellea continué,
& voicy ce que la Fauvete de
fon Bois adit cette année. Les
loüanges redoublent beaucoup
GALANT.
دو
de prix , quand la maniere de les
donner eſt ingénieuſe.
LA FAUVETE
A SAPHOо ,
Arrivant à ſon petit Bois le 25.
Avril, ſelon ſa coûtume.
Pres l'Hyver rigoureux ,
Je reviens fous cet ombrage . A
Le coeur toûjours amoureux ,
Etpreſt à vous rendre hommage ..
Selon mon foible ramage.
Mais dans ces aimables Bois ,
Dont la verdure m'enchante ,
Ce n'est plus comme autrefois ,
Car l'ingénieux Acante
Ne répond plus àmavoix.
Malgréson cruelfilence ,
G4
152
MERCURE
Puis qu'il chanta mes amours ,
J'ay de la reconnoiſſance ,
Je l'admireray toûjours.
FaySçeu dans malongue course ,
Qu'il n'aime plus qu'un Grand Roy
Qui du Levant jusqu'à l'ourse
Porte l'amour , ou l'effroy ,
Et foûmet tout àſa Loy.
Quand il partit de Versailles,
Je vis ce Roy fans pareil ,
Tel que le Dieu des Batailles
Plus brillant que le Soleil.
Je penſay centfois le ſuivre ,
Au lieu de venir à vous ,
Si j'euffe bien voulu vivre
Aupres d'un Héros ſi doux..
Puis ayantveu la Victoire
Quivoloit autour de luy ,
Je connus bien que la Gloire
GALANT.
153
Nous l'arrachoit aujourd'huy.
Je crûs oüir le Tonnerre ,
Je vis briller des Eclairs ,
Je Sentis trembler la Terre ,
Et je craignis que la Guerre
N'allast troubler l'Univers.
N'ayant pas l'aile affezforte
Pour ce rapide Guerrier ,
Dans le Zele qui m'emporte ,
Je reviens fur mon Meurier,
Et ne ceffe de prier
Quebientoft il nous apporte
Ou l'Olive , oule Laurier.
Je vous envoyeauffi trois Sonnets
, qui regardent le Voyage..
L'Autheur du ſecond m'eſt inconnu.
Monfieur Magnin a fait
le premier. Le troifiéme eſt de
Monfieur de Lonchamp , d'Evreux.
G
4
MERCURE
SUR LE DEPART
DU ROY.
L
E Grand LOUIS part pour
l'Armée
Avoir déja de toutesparts
Marcherſes pompeux Etendarts
Toute l'Europe est alarmée..
La nouvelle en est confirmée ,
Mais on en craint peu les hazards ,
Et la Porte du Champ de Mars
Sera, dit- on, bientoftfermée..
Lors que le Monarque des Cieux
Tonne d'un air impérieux ,
Toutfléchit, tout craint le Tonnerre
Raſſurons- nous donc désormais ;
Ce terrible appareil de Guerre
Nepeut enfanter que la Paix..
GAL'A'N'T.
155
SUR LE MESME SUJET.
V
:!
A, Grand Monarque,va ,que
ton Tonnerregronde ;
Que la rapidité d'un invincible
Mars,
Quite fait admirer, affrontant les
hazards ,
Faſſe voler ton Nom aux quatre
boutduMonde..
泰
Deton Brasindompté,la valeurfans
Seconde
Malgré tes Ennemis , guidant tes
Etendards ,
Fera voir le débris detous cesgrands
Ramparts,
Où de ces Envieux envain l'orgueil
Sefonde.
Maiss'ilnefuffit pas d'apprendre
des Mutins
G6
156
MERCURE
Que tu fçais balancer à ton gréles
Destins
Du bruit de tes Exploits remplir
toute la Terre ;
Pour mettre au plus haut point ta
gloire & nos souhaits ,
Apprens à ces Faloux qui veulent
tant la Guerre,
Que tu peux de nouveau leur im
poferlaPaix..
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN..
E Chemin, jeune Mars,qui conduit
àla Gloire , L
Par les Faits de LOUIS nouvellement
tracé ..
Expoſe à tes travaux ce que toute
Histoire
Neracontajamais des Guerriers dus
paffé..
GALANT..
157
C'est à Toy de finir ce qu'il a com
mencé;
Ce.Monarque àſon Sangne joignit
la Victoire ,
Qu'à deſſein que ton: Nom aupress
du ſien place ,
Eust à jamais écrit au Temple de
Mémoire
Wafurſes nobles pas conquérir l'Univers
وم
Aspire àsonexemple àdes Lauriers
divers ,.
Partage avecque luy l'éclat qui l'environne..
CePrince que la mort. ne fit jamais
trembler ,
Ne demandoit au Ciel , pour porter
Sa Couronne,
Que de ſe voirun Fils qui pust luy
: reſſembler ...
158 MERCURE
La Cour partit de Verſailles
le 22. Avril. Monſeigneur le
Dauphin, Madame la Dauphine,
Madame la Princeſſe de Conty ,
Madame la Maréchale de Rochefort
, & Madame de maintenon
, eſtoient dans le Carroffe
de Sa Majesté , ces deux dernieres
en qualité de Dames d'Atour
de Madame la Dauphine. Vous
ſçavez que la Charge de Dame
d'Atour donne eet honneur..
Une indiſpoſition ſurvenue à
Madame la Ducheſſede Richelieu
l'a empêchée d'eſtre da
Voyage. Si elle avoit pûle faire,
elle auroit auſſi eſté dans le Carroffe
du Roy, fa Charge de Dame
d'Honneur luy donnant ce
Privilege ,& le pas ſur les Dames
d'Atour. Madame de Monteſpan
ayant voulu mener Monfieur le
Ducdu Maine , & Mademoiselle
GALANT. 159
de Nantes , a un Equipage particulier.
Les principales Dames
qui ont ſuivy font , Madame la
Princeſſe de Soubiſe , Mesdames
les Ducheſſes de Noailles ; de
Chevreuſe , & du Lude , Madame,
la Comteſſe de Grammont,,
Madame la Marquiſe de laViéville
,Madame Colbertde Croiſ--
fy', Madame de Monchevreüil,,
Meſdemoisellede Biron,deGon--
taut , de Rambures , & de Jarnac
, ces quatre dernieres , Filles
d'Honneur de Madame la Dauphine..
La Cour alla couchier à
Louvre en Pariſis. Elle dîna le
lendemain au Fauxbourgde Senlis
, & coucha au Pons Sainte
Maixence, petite Ville ſur l'Oiſe,
celébre par ſes Eaux Minérales ..
Il y a dans l'unde ſes Fauxbourgs
un Abbaye de Filles , nommé le
Moncel , dont les revenus fonte
160 MERCURE
grands. Cette Abbaye eſt gouvernée
par Madame Briçonet.
Les Religieuſes ſont au nombre
de cinquante , toutes Filles de
qualité. Le 24. on paſſa l'Oife, &
l'on quita l'Iſle de France , pour
entrer en Picardie. On coucha
deux nuits à Mouchy. C'eſt un
Marquiſat à dix- ſept lieües de
Paris , appartenant à Monfieur le
Maréchal de Humieres . Le Chaſteau
eſt bizarre & ancien , & a
de grandes beautez. La plus
grande partie de la Cour logea
dans ce Chaſteau. Les Jardins en
fontbeaux , & il ya des eaux en
grande abondance. On y voit
des Arbre ſi ſpatieux , qu'il fournit
le couvert à trois cens Perſonnes.
Avant que de paſſer plus
avant dans le récit du Voyage , il
eſt àpropos de vous faire remarquer,
que le Roy tient tous les
GALANT. 16г
jours Confeil , meſme dans la
Route ; qu'il ſe leve tous les matins
avant huit heures & demie,
& madame la Dauphine , une
heure plus tard ; qu'on va à la
Meſſe à dix;qu'on monte en Carroffe
auffi toſt apres ; qu'on dîne
en chemin ſans en fortir ; & que
le Roy & Monſeigneur le Dau-
-phin montent tous les jours à
cheval. Le Roy ſe retire t-toſt
qu'il eſt arrivé le ſoir , & travaille
la plus grande partie du temps
juſqu'à l'heure du Soupé. On
apprit à Mouchy , que Meſſieurs
de Lunebourg avoient mandé à
Sa Majesté Impériale , qu'ils ne
pouvoient envoyer de Troupes
- en Flandre , ayant les Danois &
Monfieur de Cologne à droit &
à gauche dans leur voiſinage.
On y apprit auſſi , que la Province
d'Overiffel s'étoit jointe à cel162
MERCVRE
les de Friſe & de Groningue ,
pour redemander les Troupes
qu'elles payent. Le Roy nomma
pour ſes Aides de Camp , Monfieur
le Comte Marſan , Monfieur
le Prince d'Harcour, Monfieur le
Duc de Grammont, Meſſieurs les
Marquis de Dangeau, de Termes,
de Comenges & de Cavoye, Milord
d'Arran , Monfieur le Chevalier
de Nogent ,& Monfieur le
Marquis de Livry. Le 26. la Cour
alla coucher à Roye , qui n'eſt
qu'un grandBourg muré. Comme
il n'y avoit point de Maiſon
aſſez grande pour le Roy ,&pour
Madame la Dauphine, Sa majeſté
luy donna la Maiſon de préference,
& alla fouper à ſon ordinaire,
chez cette Princeſſe. Le 27.apres
x heures de marche on arriva à
Péronne. Les eaux qui fortifient
cette Place , l'ont juſqu'icy renGALANT.
163
duëimprenable. Le Roy y déclara
que Monfieur le maréchal de
Créquy avoit inveſty Luxembourg
, & que le 29. du mois ,
Monfieur le Comte d'Avaux devoit
l'apprendre aux Etats des
Provinces Unies. Voicy le Memoire
qu'il leur préſenta.
E Comte
I travau
d'Avaux , Ambaf-
Tres-Chrestien , pour fatisfaire aux
erdres qu'il a reçûs du RoyfonMaitre
, de faire reſſouvenir Vos Scigneuries
, que depuis que l'Espagne
a declaré la guerre à la France
, & que Sa Majesté ne s'est pû
dispenser d'employer ſes armes
dans les Païs- Bas , pour porter cette
Couronne à préferer le rétabliſ
fementde la Paix à la continuation
de la Guerre , Sa Majesté a bien
voulu apporter enmesme temps tous
164 MERCURE
(
tes les facilitez qu'on pouvoit rai-
Sonnablement defirer d'Elle , à un
prompt accommodement. VV. SS.
ont vûen effet par le Mémoire que
ledit Comte d'Avaux leur a pré-
Senté au mois de Fevrier dernier,
qu'outre l'offre d'une Trévedevingt
années, il a encore ouvert àVV.SS.
de la part de Sa Majesté, tous les
expédiens les plus capables de difposer
les Espagnols à confentir à
cette Tréve, ou au moins d'éloigner
la guerre des Pais-Bas
il y avoit d'autant plus d'apparence
que ces expediens produiroient
tout le bon effet que Sa Majesté
s'en devoit promettre , qu'ils
ne vous laifſſoient aucun sujet d'inquietude
pour la conſervation de
La Barriere , & vous donnoient le
temps neceſſaire pour porter le Roy
Catholique à consentir à ladite
Tréve , ou à quelqu'un des accom
GALANT. 165
modemens cy- devant propoſez .
Cependant les intrigues & les
follicitations des Ministres d'Efpagne
ont encore eu affez de pouvoir
à la Haye , nonseulement pour
empécher VV. SS. de déliberer fur
les dernieres offres de Sa Majesté,
mais aussi pourfaire prendre la ré
Solution de fortifier de tout ce qui
Leur reste de Troupes , le refus des
Espagnols ; en forte qu'il est au
pouvoir de ceux qui commandent
Lesdites Troupes , d'engager par
quelque acte d'hoftilité toutes les
Provinces Unies dans une guerre
avec Sa Majesté, & de rompre pour
toûjours la bonne correfpondance ,
que les villes & les Provinces les
plus attachées aux anciennes &
auxvéritables maximes de la République
, croyent encore néceffaire
degarder avec la Frances
C'est ce qui a determiné SaMa466
MERCURE
jesté à partir inceſſamment , pour
Semettreà la teste de ſes Armées,
&sefaire un chemin à la Paixpar
la force de ses armes , apres que
toutes les voyes de douceur & de
modération luy ont esté inutiles.
Mais quoy que Sa Majestéfoit entierement
dégagée des offres qu'elle
afaites, par l'expiration du temps.
qu'Elle avoit fixépouren convenir,
&qu'Elle ſçache bien qu'Elle pourroit
attaquer des Places dont la
conquefteferoit plus facile , &d'un
plusgrandavantage àſa Couronne,
que celle de Luxembourg , neanmoins
Elle a réfolu de la faire affieger,
tant parce qu'elle est entierement
détachéede tout ce qui doit
faire la Barriere des Païs-Bas &
qu'elle ne peut donner aucun fujet
de crainte à ceux qui y prennent
intérest , que parce que le deffein
qu'a Sa Majesté de s'en rendi maî
GALANT. 167
are, tend plûtoſt àfaciliter la Paix,
& à mettre ſes Sujets en fûreté,
qu'à incommoder ceux du Roy Ca.
tholique , auſquels cette Place ne
peut estre d'aucune utilité ; & que
d'ailleurs Sa Majestépoſſedant déja
tout le Pais qui l'environne , les
Espagnols ne s'attachent à lavou
loir retenir , que par l'esperance
qu'ils ont qu'elle leurfournira toûjours
des occaſions de renouveller le
Guerre , & des moyens de porter
plusdedommageàla France,qu'au
cune qui fortfous la domination du
Roy Catholique. Cependant comme
Sa Majesté ne fait la Guerre
qu'avec intention de conclure la
Paix àdes conditions raisonnables,
Elle declare par ledit Comte d' Avaux
, que fi avant le 20. du mois
de May prochain ,le Gouverneur
des Païs-Bas , fost de fon propre
mouvement , ou à la priere &fol
168 MERCURE
licitation de VV. SS. veut remettre
effectivement au pouvoir de Sa Majesté
ladite ville de Luxembourg
avec les quatorze à quinze Villages
ou Hameaux qui font de fadé.
pendance , non seulement Sa Ma
jesté conſentira que les Villes de
Dixmude& de Courtray , apres que
Sa Majesté en aura fait applanir
les Murailles & les Fortifications,
foient renduës avec leurs dépendances
au Roy Catholique ; mais aussi
Elle se deſiſtera de la demande
qu'Elle a faite des quarante Villages
qui ont esté détachezpar le
Traité de Nimegue du Gouvernement
de Tournay , & qui ont esté
reünis à la Châtelenie d'Ath ; &
Elle ne retiendra de tous les lieux
qu'Elle a occupez depuis le 20. Aoust
dernier , que celuy de Beaumont
avec les trois ou quatre Villages qui
restent de sa dépendance , Bouvi
nes
GALANT. 169
Ines qui n'en a aucun , & Chimay
- avec les douze ou quinze Villages
qui en dépendent ; en forte que par
le moyen de cette ceſſion ou renonciation
reciproque , sçavoir de la
part de Sa Majesté , tous les droits
&prétentions ſur Aloft , le Vieux-
Bourg de Gand , & autres lieux de-'
mandez par ſon Procureur General
aux Conferences de Courtray . &de
tout ce qu'Elle a occupé depuis ledit
jour 20. Aouſt dernier , àla re-
Serve desdits lieux de Beaumont,
Chimay & Bouvines , avec le pen
qui en dépend ; & de la part du
Roy Catholique , tant deſdits lieux
de Beaumont , Chimay , Bouvines
& dépendances , que de la Ville
de Luxembourg , & des Villages de
Sa Prevoſté , on peut encorc rétablir
la Paix , & ôter toutes fortes de
Sujets de diviſion qui la pourroient
alterer à l'avenir , laiſſant d'ail-
May 1684. H
170 MERCURE
leurs la France & l'Espagne au
mesme état de poffeßion auquel elles
estoient lors de la levée du Blocus
de Luxembourg,Sans qu'il puiſſe
estre mû aucune prétention depart
ny d'autre , pour quelque raison que
cefoit. Ainsi Sa Majesté a ſujet
de croire , que si VV. SS. n'ont en
vue que le rétabliſſement de la Paix
avec la conſervation de la Barriere,
ou elles obligeront les Espagnols à
Se garantir par la prompte acceptation
de ces dernieres offres de
Sa Majesté , de toutes les fuites
d'une guerre qui nepeut estre avantageuse
; ousi le Roy Catholique
n'a pas dégard à vos Remontrances
, Sa Majesté s'attend que VV.
SS. prendront des mesures , enforte
que vos Troupes n'en viennent à
aucun acte d'hostilité contre celles
defa Mujesté.
Mais comme lafincerité deſes
GALANT. 171
intentions pour le repos de l'Europe
l'a portée iusques icyà vous ouvrir
les voyes qui pouvoient procurer le
rétabliſſement de la Paix , fivous
continuezà les negliger , & à garder
aßez peu de meſures avec Elle,
pour laisser agir vos Troupes au gré
des Espagnols , Sa Majesté vent
bien vous déclarer dés à preſent .
qu'au premier acte d'hostilitéqu'elles
commettront contre les fiennes,
hors des Places fortes appartenantes
au Roy Catholique , Ellefe trou.
vera obligér ( quoy qu'avec deplaifir
) de donnerſes ordres , pourfaire
faifir tous les Vaiſſeaux , Marchandises
, &Effets qui appartiendront
à vos Suiets , & de vous confiderer
& traiter dorénavant comme cсих
qui fomentent & soûtiennent de
toutes leurs forces l'opiniâtreté des
Espagnols, & qui nefont pas moins
la guerre à Sa Maiesté , quefes Ennemis
declarez.
H 2
172 MERCURE
C'est ce que Sa Maiesté a ordonné
audit Comte d' Avaux de fairefçavoir
à VV. SS. & de leur demander
une refolution précise au plus tard
dans quinze jours , laquelle Sa Maiesté
attendra à la teste de ſes Armées
, declarant dés àpreſent , que
paffe ledit temps Elle ne pretend
plus eftre tenuë non seulement à
aucune des Propofitions qu'elle a cy.
devant faites , mais auſſi à celles
qu'Elle fait encore à preſent.
Fait à la Haye le 29. Avril 1684.
On ſçût auſſi que le Roy avoir
commandé divers Corps de Cavalerie
fur la Meuſe , pour empêcher
que le Marquis de Grana
& le Prince d'Orange ne jettafſent
du ſecours dans Luxembourg.
Sa Majesté fit partir M
de Chanlay pour aller au Camp
prés Condé , avec ordre de luy
GALANT.
173
venir rendre compte à Condé
de ce qu'il auroit vû . Monfieur
de Fourbin fut déclaré Lieutenant
General. Il apprit cette
nouvelle lors qu'il eſtoit en ſueur,
à cauſe de la fiévre qu'il avoit
depuis quelques jours. Il mourut
peu de temps apres. On traverſa
neuf Ponts le 28. pour ſortir de
Peronne , & apres deux lieües de
marche on entra dans le Cambréfis
, Païs gras & fertile , meſle
de Valons & de Montagnes , &
diverſifié par des Plaines
de petits Bois. On apperçût des
Corps de Gardes poſez de mille
pas en mille pas , avec des Vedetes
de tous coſtez , pour rendre
la Marche tres- fûre . On
arriva à Cambray ſur les quatre
heures apres midy , & le Roy
eſtant entré par la Porte de
د
&
France , ſe rendit à l'Archevel
H
3
174 MERCURE
ché , au bruit du Canon de la
Ville , & fut falué enſuitede celuyde
la Citadelle , Sa Majesté
monta auſſi- toſt à Cheval , pour
aller viſiter le Camp , qui estoit
formé deGendarmes , de Moufquetaires,&
autres Corps de Cavalerie
Legere , & de douze Bataillons.
Apres qu'Elle eut viſité
les Poftes , Elle alla ſur le Glacis
de la Citadelle, où la Compagnie
des jeunes Gentilshommes eſtoit
en Bataille àcinq de hauteur, allignée
paralellement au Glacis ,
faiſant face vers la Campagne.
Le Roy s'eſtant arreſté avec
Monſeigneur le Dauphin , Monfieur
le Duc , & une partie de la
Cour , à trente pas du front du
Bataillon , dit à Monfieur du
Freſne ,Capitaine de cette Compagnie
, & Lieutenant de Roy
dela Citadelle , Homme de méGALANT.
175
rite &de ſervice , de faire commander
l'Exercice. Monfieur de
la Fayolle , qui fait la Charge
d'Aide- major de la Compagnie,
commanda le maniement des armes
; ce qui fut exécuté avec
beaucoup d'adreſſe. Sa majeſté
en fut fort contente , auſſi-bien
que de l'air de ces jeunes Gentilshommes
, qui font en état
d'attaquer vertement une Demylune.
On alloit faire les Quarts
de Converſion , lors que le Roy
dit qu'il eſtoit trop tard . En effet
on ne voyoit plus qu'à la faveur
de la Lune , quand Sa Majesté
_ paſſa parla Porte du Secours de
la Citadelle, où Monfieur du Tilleul
, Gouverneur , quia commandé
le Régiment de la Couronne
avec gloire , préſenta les
Clefs au Roy. Sa Majesté témoigna
par un geſte qu'elle
H 4
176 MERCURE
fit , qu'Elle estoit bien aiſe qu'elles
repaſſaſſent entre les mains
d'un ſi fidelle Sujet. Ce Monarque
retourna à l'Archeveſché ,
& en paſſant par la Place , où
l'on alloit allumer un Feu d'artifice
, Sa Majesté le défendit, ne
voulant pas que ſes Peuples
fiffent des Réjoüiſſances pour le
commencement d'une Guerre
qu'Elle ne fait que parce qu'on
l'y oblige. La foule des Habitans
fut extraordinaire au Soupé de
Roy. Ils furent charmez de l'air
grand & affable de Sa Majesté,
& de ce que Madame la Dauphine
parla familiérement à quelques
uns. Le 29. le Roy alla à
la Meſſe auſſi toſt qu'il fut levé.
Lors qu'il fortit de l'Eglife , M
l'Archeveſque de Cambray le
remercia de l'honneur qu'il luy
avoit fait , apres quoy toute la
GALANT. 177
Cour partit. La Cavalerie de la
Garniſon accompagna Sa Majeſté
une partie du chemin . On
ſuivit l'Eſcaut ; on vit Bouchain
en paſſant , & l'on ſe rendit à
Valenciennes. Cette Place parut
toute changée depuis qu'elle
- eſt au Roy. Le 30. on arriva à
Condé. C'eſt une Place tres- forte
& tres - importante. Le Roy logea
dans le Chaſteau de Monfieur
le Comte de Sors , autrefois
Maiſtre & Seigneur de la
Ville.On y voit encore de grands
Apartemens , & des Jardins en
bon ordre. Le Roy choiſit ce
lieu- là pour ſon ſejour , afin d'afſembler
fur la Frontiere toutes
les Troupes qui devoient former
fon Armée , & s'y crût plus en
état qu'en aucun autre , d'examiner
les mouvemens de ſes Ennemis
, d'attendre leurs Répon
Η
178 MERCURE
ſes , & de favoriſer le Siege de
Luxembourg. Sa Majesté avant
que d'entrer dans Condé , alla
viſiter ce Camp, qui eſt ſur deux
Lignes , la droite vers Condé ,&
la gauche vers Valenciennes, faifant
face à la Riviere de l'Eſcarpe.
Il y avoit peu de Cavalerie,
mais quatre - vingts Eſcadrons
eſtoient preſts à s'y trouver an
premier ordre. On les laiſſa dans
les Villes voifines où il y a du
Fourage. Je vous envoye ce
Camp, que j'ay fait graver ; il
n'y manque que les noms des
Lieutenans Genéraux. Les voicy »
Mr le Grand- Maiſtre .
M' le Comte d'Auvergne..
Male Ducde Villeroy .
Mª de Tillader..
Me le Prince de Soubiſe..
Mrde Cuinchy.
M² de la Trouſſe absent.
ae
M
arde
ſe un
H6
ja I roune mejent.
GALAN T. 179
Mr le Duc de Noailles.
Me de Bouflers abfent ,
Le 1. de may , le Roy viſita
les Dehors de la Ville de Condé,
& fit poſer des Gardes ſur les
Avenües , parce que les Ennemis
y venoient déguiſez en Païfans ,
& attaquoient à leur avantage..
On leur enleva un Parry de vingt
Hommes. Le 2. Monſeigneur le
Dauphin eſtant monté à cheval,
alla au Camp , & vifita toutes
es Troupes , accompagné de
Monfieur le maréchal de Schomberg
, qui eſtoit de jour. Les
Dames y allérent l'apreſdînée..
Monfieur du Montal fut nommé
pour commander vingt- fix
Eſcadrons ſous Dinan, Monfieur
de Bouflers pour en commander
27. entre la Sambre & la
Meuſe , & Monfieur de la Tronfſe
un tres-grand Corps fous Se
H6
180 MERCURE
i
;
1
:
!
dan. Il reſtoit encore dix-fept
Eſcadrons au Camp, & un Corps
conſidérable diſperſé dans les
lieux voiſins . Le Roy apprit par
un Courrier , que Monfieur le
Maréchal de Créqui luy dépeſcha
, que le Prince de Chimay,
Gouverneur de Luxembourg ,
avoit fait fortir quelques Eſcadrons.
Je ne vous marquera y
point icy les particularitez de cette
Sortie. J'en uſeray de mefme
dans tous les endroits où j'auray
àvous parler de ce Siege , ayant
réſolu de referver tout ce qui le
regarde, pour vous le donner en
corps , felon ma coûtume. Le-
Roy reçût des Nouvelles de
Monfieur d'Avaux, qui luy aprenoit
que les Etats Genéraux s'alloient
affembler ſur ſon dernier
Mémoire. Sa Majesté apprit auſſi,
que Monfieur le Prince d'Oran
GALANT. 181
geayant ſçû que les Etats paroiffoient
diſpoſez à accepter les
Propoſitions du Roy , eſtoit revenu
à la Haye en grande diligence
, pour ſoûtenir ſon Party,
qu'il avoit trouvé fort chancelant;
& qu'il avoit dit à ſes Amis,
-qu'il ne sçavoit pas quelle refolution
on prendroit dans l'Aſſemblée
Genérale , mais que pourluysa refolution
estoit prife , & qu'il aimoit
mieux ſe voir a la teſte de vingt
mille Hommes ( ce qui luy ſeroit
aſſez difficile) que de vivre feul à
la Haye avec un Valet de Chambre.
Le Roy ſout en meſme temps ,
que les Troupes qui avoient
marché au ſecours des Eſpagnols ,
avoient ordre de s'en retourner;
que non ſeulement elles n'auroient
plus de Paye fi elles n'obeïſſoient
, mais qu'on les déclareroit
Ennemies de l'Etat ; que
182 MERCURE
i
fes Propoſitions eſtoient trouvées
raiſonnables , & qu'il y avoit apparence
qu'on abondonneroit les
Eſpagnols , s'ils ne les acceptoient
pas. Le s. le Roy devoit faire une
Revûë genérale, mais Sa Majesté
la remit au 7. parce qu'Elle ſe
trouva un peu enrhumée ce
jour- là , les Rhumes ayant regné
à la Cour ainſi qu'à Paris.
Le Roy connoiſſant l'impatiente
ardeur des François , qui hazardent
leur vie ſans eſtre étonnez
par le péril , envoya ordre
àMonfieur le Maréchal de Créquy
, de ne point expoſer ſes
Troupes devant Luxembourg
d'empeſcher les Volontaires &
les Officiers meſme , d'aller à la
Tranchée , ſans eſtre commandez
, de déclarer par ordre de Sa
Majesté , que tous les Volontaires
cuffent àchoisir dans quel Regimens
GALANT. 183
ils vouloientfervirpendant leSiege;
que les Officiers & Volontaires qui
iroient à la Tranchée ſans eftre de
jour , feroient mis en arreſt tant que
dureroit ce Siege ;& qu'ainsi ceux
qui feroient braves à contretemps ,
montreroient bien qu'ils n'auroient
pas envie de ſervir dans cette occafion.
Le 7. le Roy fit la Revûë de
la premiere Ligne de l'Infanterie,
&le 8. de la ſeconde. On déclara
que l'on n'ouvriroit laTranchée
que ce foir- là , & qu'on
avoit differé , afin de prendre des
précautions pour expofer moins
de monde. On ſçût le 9. que
Monfieur le Comte d'Avaux devoit
préſenter un Mémoire aux
Etats ce jour- là meſme. Comme
j'ay trouvé moyen de les avoir
tous , je vous envoye ce dernier
qu'il preſenta..
184 MERCURE
1
1
:
3
L Roy
E Comte d'Avaux , Ambaffa-
✓deur Extraordinaire du
Tres - Chrestien , ayant veu dans la
Conférence qu'il eut Dimanche dernier
7. de ce mois avec Meſſieurs les
Députez de Vos Seigneuries , qu'elles
penſoient que Sa Majesté vouloit
bien demeurer encore engagée
aux conditions proposées dans le
Mémoire qu'il leur préſenta le 17 .
de Fevrier dernier , fur lesquelles
on auroit pû pendant un ſi longtemps
faire la Paix ou la Tréve
avec l'Espagne , fit connoiſtre aux
Députez de VV. SS. le peu defonde.
ment qu'il y avoit de demeurer
dans cette pensée , puis qu'il s'eft
paſſé plus de trois mois depuis les
offres du 17. Fevrier , fans que
l'Espagne ait voulu convenir d'aucun
des Expediens propoſez de tera
miner par la Paix ou par la Tre
GALANT.
185
ve , tous les diférens qu'il y a entre
Sa Majesté & le Roy Catholi
que ; de forte que cette perte de
tempsfi considerable , avoit obligé
Sa Majesté de faire proposer de
nouvelles conditions , qui estant diférentes
des précedentes , les annullent
absolument .
• Ledit Ambassadeur ne répctera
point icy toutes les raiſons qu'il a
alleguées là- deffus aux Députez de
VV.SS. pour leur perfuader cette
verité , & comme quoy il n'est pas
vray ſemblable que quand Sa Majesté
declare qu'Elle a refolu de
faire attaquer Luxembourg ,
qu'elle le fait effectivement affieger.
Elle veüille s'en tenir à la
Tréve qu'elle a propofèe trois mois
auparavant , dans laquelle cette
Place n'a pas esté demandée. Ledit
Ambassadeur ne leur repréſen
tera point non- plus tous les longs
186 MERCURE
r
delais que Sa Majestéafucceſſirrement
& inutilement donnez depuis
ſt longtemps , mais principalement
depuis le 5. du mois de Novembre
dernier. Ilfe contentera de lesfaire
Souvenir, que dans la Réponſe qu'il
leur donna par écrit le 13. du mois
paſſé , il les exhorta de ne pas laisfer
écouler inutilement le temps ,
dans lequel ils pouvoient encore
conclure un bon Accommodement fe
trouvant mesme obligé de leur dire,
qu'il doutoit fort que le Roy for
Maître , voyant tout ce qui se pratiquoit
pourfusciter des Ennemis à
Sa Majesté , & pour allumer la
Guerre , luy laiſſaſtlongtemps le
mesme pouvoir.
C'est cela mesme en effet qui a
obligé Sa Majesté de fe rendre inceſſamment
à la teste de ſes Armées
, pour s'ouvrir un chemin à la
Paix par la force de ses armes .
GALANT. 187
apres que toutes les voyes de douccur
& de moderation luy ont esté
inutiles ; ayant bien voulu neant..
moins ordonner audit Ambassadeur
de declarer à VV. SS. le 29. du mois
passé, les dernieres conditions auf.
quelles la Paix se pouvoit encore
faire ; & bien que ledit Ambaſſadeur
voye évidemment que les paroles
de la derniere période du fufdit
Memoire , fur lesquelles VV.SS.
prétendoientsefonder pour agirfur
le pied des conditions proposées te
17. Fevrier , confirment , au lieu de
détruire , celles de la troifiéme période
du mesme Memoire , où il est
dit pofitivement , Quoy que Sa
Majefté ſoit entierement dégagée
des offres qu'elle a cy-devant
faites , neantmoins ledit Ambassadeur
, pour témoigner aux Députez
de vv. SS. le defir fincere
qu'il a de ſeconder toutes les de188
MERCVRE
:
4
:
marches qu'elles feront pour contribuer
au rétabliſſement du repos de
la Chreftienté ; a bien voulu Se
charger d'en écrire hier à Sa Majestépar
un Courrier , quelque or
dre precit qu'il ait eu de neplusſe
reglerfur des conditions de Tréve
qui ont esté ſi longtemps negligées.
Aussi est ce cette forte de negligence
qui a porté Sa Majesté à ne
faire propofer parledit Ambaſſadeur
, dans son dernier Memoire
du 29. Avril, que de nouvelles conditions
de Paix , Sans plus faire
mention de Treve ; mais comme le.
dit Ambassadeur a reconnu qu'on
panchoit plus en ce Pais à l'acceptation
d'une Treve , qu'à celle
d'une Paix , il a ſupliè le Roy fon
Maistre de l'honorer de ſes ordres.
afin d'eſtre en état de fatisfaire VV.
SS. fi elles iugeoient plus à propos
d'accepter la Treve que la Paixi
GALANT. 189
&comme Sa Maiefté , dans le defir
fincere qu'Elle a de retablir le repos
de I Europe , n'a pas seulement
fait paroistre dans toutes les rencontres
une tres- grande diſpoſition
àcontribuer avec VV.SS.tout ce qui
depend d'Elle pour arriver à une fin
fisalutaire ; mais encore qu'Elle les
a toûjours prevenues dans ce bon
deffein,par tous les expediens qu'elle
acrû les plus propres pour cet effet,
Elle a bien voulu auſſivous en donner
encore un nouveau temoignage,
en autoriſant sans perte de temps
ledit Ambaſſadeur , pour donner le
choix à VV. SS. de conclurela Paix
ou la Treve , aux conditions portées
par leMemoire du 29. d'Avril.
De forte que ledit Ambaſſadeur.
eftant préſentement en état de fatisfaire
à ce que VV. SS. n'ont fouhaité
de luy , que lors qu'il n'estoit
plus en pouvoir de le faire , leur
190
MERCURE
ny
declare par ce Memoire qu'il est
preft à cette heure deſigner la Tréve
aux mêmes conditions qu'il a dit
dans fon Memoire précedent estre
Les dernieres , fur lesquelles le Roy
fon Maistre luy avoit ordonné de
déclarer qu'on pouvoit encore faire
la Paix ; protestant qu'on ne doit
attendre aucun relâchement
aucun autre changement,que ce que
contient le Memoire du 29. d'Avril
dernier,ſur lequel les conditions de
laPaix , ainsi que celles de laTréwe,
doivent estre reglées ; & ledit
Ambassadeur Suplie instamment
VV. SS. de ne pas laiſſer écouler le
temps qui reste, Sans luyfaire une
Réponſe precise , telle que SaMajesté
l'attend inceſſamment .
Fait à la Haye le 9.May 1684.
Monfieur de Chanlay alla par
ordre du Roy prendre des FourGALANT.
191
-
a
rages aupres de Mons , qu'il apporta
à Sa Majeſté pour en examiner
la longueur, pour le Campement
dont jevous parleray en
fuite. Le Roy reçeut des nouvellesde
Monfieur de Vauban , par
leſquelles il luy mandoit que la
Place pouvoit eſtre batuë à revers
, & qu'il avoit trouvé plus
de terrequ'il ne croyoit.
Je n'ay rien à vous dire du 11 .
On n'apporta aucune nouvelle
à la Cour ; du moins il n'en eſt
point venu à ma connoiſſance.
Tout ce queje vous en apprendray
, c'eſt qu'il y avoit en ce
temps là quantité de Perſonnes
- enrhumées. Monfieur le Duc,
Madame la Princeſſe de Conty,
Monfieur le Comte de Marfan ,
& Monfieur le Maréchal de Lorge
eſtoient de ce nombre. Le 12 .
- Monfieurle maréchal de la Feüil-
1.
192 MERCURE
lade arriva au Camp en aſſez
bonne ſanté. Le 13. le Roy donne
l'Abbaye de Vauluiſant , qu'avoit
feu Monfieur de Fourbin , à
l'undes Fils de Monſieur de Louvoys
; celle de Breüilly , à Monſieur
l'Evefque & Comte de
Beauvais , comme je vous l'ay
déja dit , & celle de Silly, qu'avoit
feu Monfieur du mont , à Monfieur
de Tournefort , Maréchal
des Logis des Chevaux- Légers.
Sa Majesté fit une gratification
conſidérable à Monfieur le Comte
de Sors , pour avoir demeuré
dans ſon Chaſteau de Condé. Le
Meſme jour fut ſignalé par une
grande Nouvelle. On reçeut à la
Cour deux Lettres de Monfieur
l'Electeur de Baviere. Il y en avoit
une pour le Roy, & une autre
pour Madame la Dauphine. Ce
Prince mandoit au Roy, que les
Espagnols,
GALAN T.
193
Espagnols , &le Prince d'Orange,
le preſſoient extrémement de faire
marcher du Secours à Luxembourg ;
mais qu'il avoit répondu , qu'il ne
prenoit aucun interest à ce Siege.
qu'il avoit beſoin de ſes Troupes ;
qu'iltrouvoit que les Propoſitions que
Sa Majestéafaites pour la Tréve ou
pour la Paix , estoient tres- justes ;
qu'il la fuplioit d'estre aſſurée de
Ses bonnes intentions , de compter
Surſa parole , & de luy accorder
l'honneur defon amitié. Ce Prince
marquoit encore dans ſa Lettre,
qu'il venoit de la Courde l'Empereur
, où il n'avoit rien oublié pour
perfuaderà S. M. Impériale qu'elle
devoit accepter la Paix ou laTréve.
Cette Nouvelle donna une joye
inexprimable à madamela Dau-
2 phine,& cette Princeſſe en reçût
des Complimens. Le meſme jour
le Roy alla voir les chemins par
May 1684.
I
194
MERCURE
où ſon Armée devoit paſſer. Un
Pont ſur lequel Sa majeſté venoit
de traverſer une Riviere, ſe rompit
,& quelques- uns des Gardes
qui la ſuivoient tomberent dans
l'eau. Ce jour là il arriva beaucoup
de Seigneurs Anglois à la
Cour , ainſi qu'il en eſtoit arrivé
les jours précedens. Apres qu'ils
eurent ſalüé Sa Majesté , ils allerent
au Siege de Luxembourg.
On dit au Roy qu'on avoit vû des
Troupes des Provinces de Friſe
& de Groningue , au nombre de
huit cens Hommes , quis'en retournoient
d'Anvers où ils
avoienteſté envoyez . Ce Monarque
ſenſible aux malheurs de ſes
Sujets , eut la bonté de mander
à Monfieur l'Eveſque de Tournay
qu'il allaſt apprendre à Mon--
fieur le maréchal de Humieres
la nouvelle de la mort de mon-
,
GALANT.
195
fieur le marquis de Humieres ſon
Fils , & qu'il tâchaft de le conſoler.
Il reçeut en meſme temps
#des Dépêches de Monfieur de
Seignelay, datées des Iſles d'Hieres,
par leſquelles ce marquis luy
apprenoit la Concluſion de la Paix
avec le Divan d'Alger , aux conditions
qui luy ont esté preſcrites de
la part de Sa MajestéparMonfieur
le Chevalier de Tourville , Lieutenant
General des Armées Navales
de France ; qu'il avoit amené un
Algérien qui a commandé les Armées
de ces Peuples , qu'il est accom.
pagné de douze des Principaux du
Pais , & qu'il vient demander pars
don au Roy. On affure qu'ils rendent
par cette Paix , tous les Efclaves
faits depuis l'année 1670 .
•&qu'on peut racheter ceux qui
ont eſté faits avant ce temps- là,
pour cent écus chacun , qu'ils
:
1
2 I
196 MERCURE
rendront tous les Eſclaves qui
ont auſſi eſté faits ſur les Vaifſeaux
pourtant Baniere de France
, de quelque Nation qu'ils
puiſſent eſtre. Il y a pluſieurs
autres conditions,toutes à l'avantage
de Sa Majesté. Cinquante
ou ſoixante Eſclaves qui ſont fur
les Galeres de France , & quien
partie avoient eſté cauſe de la
derniere Guerre , ſeront rachezez
par Monfieur du Sceau , qui
en fera préſent aux Algériens, à
"cauſe de l'obligation qu'il leur a
de ce qu'ils luy laiſſent faire la
Peſche du Corail dans le Baſtion
de France , qui eſt ſur les Coſtes
d'Alger . Quoy que je ne vous
mande jamais aucunes Nouvelles
fondées ſur les bruits qui courent
, je le fais pourtant en cette
rencontre , juſqu'à ce que le
Traité ait paru ; mais je puis vous
2
GALANT.
197
D
affurer qu'on ne voit aucunes
Lettres qui ne portent toutes ces
particularitez . Les Algérien
que Monfieur de Tourville a
amenez , font la Quarantaine à
Toulon . Le Roy a envoyé Monſieur
de la Buffiere , Gentilhomme
ordinaire de ſa Maiſon , pour
les conduire juſques au lieu où
fe trouvera Sa Majeſté au temps
de leur arrivée. Le meſme jour
15. on ſçeut que Monfieur d'Avaux
devoit préſenter aux Etats
Genéraux le mémoire dont voi.
cy une Copie.
L
EComte d'Avaux , Ambaſſa
ddeeuurr Extraordinaire du Roy
Tres- Chrétien , ſe trouve obligé de
faire reſſouvenir VV. SS. qu'elles ont
û par les Memoires qu'il leur a de-
Livrez le 29. du mois paffé & le 9 .
du courant,par ordre exprès du Roy
I
3
198 MERCURE
Son Maistre , que Sa Majesté s'est
attenduë que dans l'espace de quinze
jours VV. SS. prendroient une re-
Jolution qui contiendroit une Réponse
précise àses dernieres offres.
Cependant comme les quinze jours
Se font écoulez, sans que VV.SS.
ayent fait aucune Réponſe definitive
audit Ambassadeur , quelque
instance qu'il leur en ait faite , &
que le 20. de ce mois n'est pas éloigné,
apres lequel ledit Ambaſſadeur
n'a plus le pouvoir de ſigner
l' Accommodement proposé par Sa
Majesté , il nepeut , dans le defir
fincere qu'il a deſeconder vos bonnes
intentions , ſe dispenser de vous renouveller
ſes plus vives instances,
&de vous representer encore ce que
VV. SS. connoiſſent affez d'elles-mémes
qu'il y va de la gloire de S.M
àneſe point relâcher , comme il y
va deſes interests à ne plus souf-
<
GALANT.
199
frir que les Eſpagnols abuſent plus
Long-temps defa patience , & continuent
à l'engager de plus en plus
par leur refus à des depenſes inutiles.
C'est pourquoy ledit Ambaſſadeur
prie & requiert instamment
VV.SS. de vouloir rendre une Repon-
Seprécise à fon Memoire du 29.
Avril , parce que S. M. veut fçavoir
nettement & Sans perte de
temps , à quoy s'en tenir avec elles,
Elle ſe perfuade qu'elles ne voudront
pas de leur costé perdre au
grandregret de tantde Peuples,tout
le bon fuccez que peut avoir la
prompte réſolution que VV. SS. font
en pouvoir de prendre , pour contribuer
par leur prudente conduite
à l'accomplissement d'un bien fi
preffant&fi defiré.
Fait à la Haye le 15-May 1684 .
Le Roy partit ce jour- là de
14
200 MERCURE
Condé, accompagné de Monſeigneur
le Dauphin , pour aller au
Camp de Thulin, à quatre lieuës
de Valenciennes , à trois lieües
du Queſnay , & de Condé , prefque
autant de mons , & à une
lieüe de Remerin . Ce Village eſt
fur la Haiſne, dans un beau Païs.
La gauche de ce Camp eſt vers
Boffu , & il a le dostourné à la
Riviere de Haiſne. le vous l'envoyeray
gravéle mois prochain.
Les Dames retournérent à Valenciennes
le meſme jour que le
Roy alla au Camp. Sa Majesté
ne pût ſe défendre de permettre
à beaucoup de jeunes Seigneurs
d'aller au Siege de Luxembourg,
&vit arriver toutes fes Troupes.
Elle vifita lesGardes,& marchale
foir le long des Lignes . Le 16. au
matin , ce monarque que la fatigue
ne peut rebuter , viſita la
GALANT. 201
premiere Ligne de ſon Armée ,
& l'apreſdinée la ſeconde. Mon-
■ fieur d'Avaux avoit eu ordre de
preſenter le meſme jour aux Etats
Generaux le memoire que vous
allez voir.
E d'Avaux , Ambaf-
Jadeartextraordinaire
Majesté Tres- Chrétienne ,se trou
ve obligé de faire sçavoir à Vos
Seigneuries , que Sa Majesté luy
témoigne par les Lettres qu'il vient
de recevoirdu 13. de ce mois,qu'Elle
s'attend que VV. SS. ne laiſſeront
point écouler les quinze jours dans
Lesquels Sa Majesté leur a demandé
Réponse à fes Propoſitions ; &
que comme Elle est en état de se ren.
dre Maistre de Luxembourg par la
force defes armes , Elle veut aussi
estre informée au plûtoſt de la Refolution
que VV. SS. auront priſe
IS
202 MERCURE
fur ſes offres , voulant sçavoir à
quoy s'en tenir à leur égard.
Comme Sa Majesté s'affûre que
ledit Ambassadeur aura reçû une
Réponſe de VV. SS . dans le 15 de
ce mois , Elle ſera ſans doute fort
Surprise de voir parle Courrier que
ledit Ambassadeur ſe donna l'honneur
de luy depécher hier , que jufques
à cette heure VV. SS. n'ont
point répondu au Memoire du 29.
Avril.
c'eſt pourquoy ledit Ambaſſadeur
acrù abſolument néceſſaire de vous
reiterer les mesmes Déclarations
qu'il a déjafaites trois fois , & qu'il
vous fit hier , parce que fa Mas
jesté luy reitere tes mefmes ordres,
c'est àfçavoir qu'Elle ne luy donne
pouvoir de figner avec VV. SS. les
Articles propofez que juſques au
20.de ce mois inclusivement,enforte
quefidans te 20.de ce mois le Trai
ةج
GALANT.
203
tén'est pas signé, ledit Ambaſſadeur
n'a plus aucun pouvoir , &
Sa Majesté prendra d'autres mefures.
Fait à laHaye le 16. May 1684.
La bonté du Roy paroiſt dans
ces Mémoires ſi ſouvent reïterez
, puis que dans la ſituation
où ſont les Affaires , il luy ſeroit
plus avantageux qu'on n'acceptaſt
pas des offres qu'une genérofité
& une bonté toute finguliere
luy font faire. Le 17.le Roy
retourna à Valenciennes , où δα
majeſté aprit que les Etats Generaux
avoient donné un Memoire
à figner au Penſionnaire Fagel,
qui regardoit le repos de leurs
Provinces , & ce que Sa Majefté
attendoit d'eux ; mais que ce
Penſionnaire avoit refuſé de le
figner fans l'ordre du Princed'O
16
204 MERCURE
»
range ; que fur ce refusils avoient
envoyé des Deputez à ce Prin
ce , qui leur avoit tourné le dos,
& qu'en meſme temps il avoit
pris la Poſte pour Bruxelles
plein de deſeſpoir de voir que les
Hollandois préferoient leur repos
à ſon ambition particuliere..
On ſçût qu'il avoit demandé des
Troupes au Marquis de Grana,
pour ſecourir Luxembourg,mais
que comme ce Gouverneur des
Païs-Bas n'eſtoit pas en état de
luy en fournir , il avoit pris envie
à ce Prince , d'aller ſeul ſe
faire caffer la teſte dans Luxem--
bourg: On affura que les Etats
avoient dit , qu'ils paßeroient outre
, qu'ils vouloient faire la Paix
avec le Roy , &qu'ils delibereroient
s'ils Steroient au Prince d'Orange le
pouvoir qu'ils luy avoient donné ily
a un an , de disposer comme il le
GALANT.
205
trouveroit à propos , de tout cequi
regarde les Troupes , fes Prédecef-
- Feurs n'ayant jamais eu le pouvoir
de rien refoudre, ny de rien executer
fans en confulter les Deputez de
Meffieurs les Etats,qui estoient toû
jours avec eux . Le jour meſme le
Roy dit qu'il eſtoit forty de Mons
trois Partis, qui avoient eſté pris
tous trois, ſans qu'il s'en fuſt ſauvé
un ſeul Homme. Monfieur
FArcheveſque de Cambray répondit
ſur Theure à Sa Majesté,
qu'ils avoient trouvé un moyen affez
nouveau & affczheureux pour quitter
le Service d'Espagne avec honneur.
Monfieur le Nonce eftant.
arrivé le meſme jour , ſalüa le
Roy . Sa Majesté luy dit , que s'ili
eſtoit venu deux jours plûtoft , Elle
luy auroit fait voir une Armée capable
de donner la Paix à l'Europe
&de defendre la Chrétiente..
206 MERCURE
La Réponſe que vous atten
dez aux derniers Lardons , & le
Journal du Voyage de Sa Majesté ,
dont je remets la ſuite juſques à
la finde cette Lettre, afin d'avoir
le temps de recevoir des nouvelles
néceſſaires pour l'achever ,
font deux Articles qui ont quelque
liaiſon enſemble , puis que
dans l'un & dans l'autre on voit
un Etat genéral des Affaires
mais à la vérité d'une maniere
bien différente. Il n'y a perſonne
qui ne crût que les Autheurs des
Lardons ont changé de ſtile, parce
qu'ils auroient dû en changer,
voyant la justice des prétentions
du Roy reconnuë preſque dans
toutes leurs Provinces , & nouvellement
encore par Monfieur
l'Electeur de Baviere ; de forte
que de ſept Electeurs , il y en a
fax qui demandentla Paix , com,
GALANT.
207
, VOme
on la demande en France , &
le ſeptiéme n'y eſt pas entierement
oppoſé. Cependant la plûpart
de ces Lardons ſont ſemblables
aux premiers , ils répandent
toûjours le meſme venin
miſſant les meſmes injures , &
répétent depuis un an les mef
mes choſes , ce qui fait connoître
que ceux qu'on a chargez de les
compoſer , ne font pas dans les
intéreſts de leur Patrie , puis que
loin d'eſtre de ſon ſentiment , ils
ne travaillent qu'à foutenir celuy
de quelques Particuliers ,
dont l'opiniâtreté à ne point
vouloir la Paix, n'eſt fondée que
fur l'excés d'une ambition qu'ils
prennent feule pour régle . Cela
eftant tout viſible , n'a beſoin
d'aucune preuve ,il ne faut que
voir & écouter. Les Lardons
du 25. Avril, diſent, en parlant
de la France. On ne doute point
* 208 MERCURE
ا
qu'il n'y ait des deſſeins formezfur
pluſieurs Villes du Païs -Bas Espagnol
, & peut estre aussi que ces
deffeinsfont formezfur les Intelli
gences qu'on pratique de longue
main ; car la France toute puiſſante,
& toute redoutable qu'elle est ,aime
mieuxſeſervir pourses Conquestes
de la peau du Renard que de celle
duLyon.
On ne ſçait ce qu'ils veulent
dire par ces Intelligences dont ils
parlent ſi ſouvent. On n'en a
point vû de ſuites , ny par des
choſes que ces Intelligences
ayent fait réuffir , ny par l'éclat
qu'elles auroient dû faire en
echoüant ; ainſi tout cela eſt vifion.
Les François n'attaquent
pointen Renards, mais en Lions .
Chacunen tombe d'accord , & il
n'ya que ces ſeuls Autheurs qui
en diſconviennent ; encore je
GALANT. 209
doute qu'ils croyent là-deſſus ce
qu'ils avancent . Si les François
combattoient fi mollement , il
feroit honteux au Prince d'Orange
d'en avoir eſté fi ſouvent
vaincu.Cependant il eſt conſtant
que ce Prince eſt brave ; & fi la
Hollande luy met les armes à la
main , elle ne l'éprouvera peuteſtre
que trop un jour. La France,
diſent ces meſmes Autheurs,tieno
à ses gages l'Evêque de Vennc.
Cela ne mérite point de réponſe,
& il ſuffit de le répéter , pour les
faire paſſer pour des ignorans aux
yeux de toute la terre , tant le
contraire eft généralement connu
, par des choſes de fait qui ont
eſté ſçûës de toute l'Europe , &
que je n'oſerois répéter pour
épargner la gloire de ce Prélat.
Si les autres choſes qu'ils alléguent
eſtoient auffi connuës, on
+ MERCURE 110
n'auroit que faire de répondre
pour faire voir qu'ils ne difent
rien de vray, Le Roy , ajoûtent- ils,
fait la Guerre , quandſes Ennemis
& leurs Alliezont besoin de leurs
Forces autres part. Je croy qu'on
en a toûjours uſe de la forte;
mais ce n'eſt pas dequoy il s'agit .
Le Roy n'a point fait la Guerre
aux Eſpagnols tant que lesTurcs
ont eſté en Hongrie & en Auftriche
, quoy que ces meſmes Eſpagnols
n'ayent tenté aucune chofe
pour contribuer à les en chafſer.
On ne doit pas trouver à redire
que le Roy faſſe la Guerre
aujourd'huy , aprés qu'on l'a luy
adeclarée.
On voit dans les Lardons du 27.
Avril un détail des Alliez de Sa
Majeſté. Enfuite on luy veut imputer
à crime d'avoir ces Alliez ,
& à ces meſmes Alliez , d'eſtre
GALAN T. 211
du Party de ce Monarque , comme
fi de tout temps chaque Puiffance
n'avoit pas eu ſes Alliez ,
& comme s'ils n'en avoient pas
eux- meſmes , j'entends les Princes
pour qui les Autheurs de ces
Lardons égrivent. Les Souverains
connoiffent leurs intéreſts , &
quand par l'avis de leur Conſeil
ils prennent quelque Party , ce
n'eſt pas à de ſimples Particuliers
qui ignorent les raifons d'Etat
qui les font agir , à condamner
leur conduite. Le Roy , diſent ces
Lardons , rompra la Paix & lao
Fréve , & parconfequent il n'en
faut point faire. Quand on ne veut
ny Tréve ny Paix on veut la
Guerre; & qui veut la Guerre &
la declare , ne doit point'ſe plaindre
lors qu'il eſt battu , ny calomnier
ſon Ennemy, parce qu'il
eſt le plus fort. Mais , ajoûte212
MERCURE
t- on , comment est- il poſſible que le
Royqui accorde vingt ans de Tréve,
refuſe trois mois ? On ne dit pas
que depuis pluſieurs années le
Roy donne des trois & des fix
mois de delay . Cependant ce
Prince n'a point refuſé les trois
mois dont ces Lardons parlent ,
mais il a dit qu'on l'aſſuraſt de la
Paix ou de la Tréve apres ces
trois mois , & qu'il les accorderoit
volontiers ; mais qu'il n'eſtoit
pas juſte qu'eſtant armé , il rifquaſt
le fruit qu'il pouvoit attendre
de fon Armement , en donnant
à ſes Ennemis le temps d'armer
, & de faire venir contre luy
le ſecours de leurs Alliez. Tant
de ſages Souverains blâment les
Eſpagnols &le Prince d'Orange ,
qu'il faut néceſſairement que
Linjuſtice ſoit de leur côté . On
accuſe toûjours le Roy d'aſpirer
GALANT.
213
à la Monarchie Univerſelle , afin
de cacher l'ambition démeſurée
qui porte le Prince d'Orange à
vouloir regner ; mais ſes deſſeins
font connus,& les Ecrits ne peuvent
abuſer perſonne , lors que
les Faits les démentent.
L'un des Lardons du ſecond
de May , commence par un endroit
qui ſurprend d'abord , &
qui embaraſſe. Il dit qu'un Prince
qui a le Nom de Grand , ne ſe doit
point arrêter ; que quand l'Espagne
s'est vûë la Force à la main , Sans
trop examinerla justice deſa cauſe,
elle a formé des deſſeins qu'elle a
executez. Cecy eſt adroit , &
pour en comprendre la fineſſe, il
faut ſe ſouvenir que le Prince,
qui veut la Guerre , a tâché par
toutes fortes de moyens à aigrir
l'eſprit du Roy , afin de l'éloigner
de la Paix. Il ne ſera pas dif
214 MERCURE
ficile aprés cela de s'appercevoir
que cet Article eſt un autre tout
d'adreſſe , qui ne tend qu'à mefme
fin , quoy que ce foit par des
refforts differens. On lit dans un
autre endroit, que la France a peur
d'un foible Secours , ở qu'il n'y a
rien qu'elle ne faße pour empécher
la Levée de ſeize mille Hommes.
Voila ce qui s'appelle prendre les
choſes à contre-fens ; mais il eſt
aiſé de voir que c'eſt malicieuſementqu'on
le fait. Il ne s'agit de
la Levéede ces ſeize mille Hommes
, que parce que cette Levée
embarque une Guerre que le
Roy veut éviter pour le repos de
la Chrétienté , ſans cela cette
Levée qui luy donneroit lieu de
faire des Conqueſtes en Flandres ,
luy feroit avantageufe. On blame
le Roy dans les mêmes Feuilles
d'avoir attaqué Luxembourg,
GALANT.
215
quoy qu'on avoue qu'il foit hors
- de la Barriere ; & l'on dit qu'il
ne doit pas avoir cet Equivalent,
parce que la Garniſon de cette
Place ferá des Courſes chez pluſieurs
Princes , qui ne manqueront
pas d'allumer la Guerre. La
peur n'eſt pas une raiſon pour
faire blâmer un Prince , & donner
droit à un autre ; & comme
il n'eſt point deremedes qui gueriffentde
la peur,mal- heur à ceux
qui en font malades.
Le Lardon du 4. de May apres
avoir fait un beau Portrait de la
conduite du Roy , poursuit de
cette maniere. Il est vray que les
Ialoux de la gloire de ce Monarquc,
debitent que Ses Ministres ont
crayoné le Traité de Nimegue à leur
fantaisie , & qu'ils n'y ont pas si
parfaitement particularisé toutes
chofes , que ce Traité qui devoit
216 MERCURE
établir une ſolide & durable Paix
ne fournit une pepiniere de Diſpu.
tes. Si , comme on le reconnoît
par cet Article , ce Traité fournit
des matieres de Diſputes , la
France n'a pas tort de diſputer,
& il y a de l'injuſtice à vouloir
que les Miniſtres du Roy ayent
laiſſé ces ſemences de Diſputes
plûtoſt que les autres Miniſtres
qui ont aſſiſté à ce Traité . Il y
avoit un ſi grand nombre de fins
Politiques , que c'eſt faire tort à
la penetration de leur eſprit, que
de ne pas dire qu'ils ont plûtoſt
laiſſé ces levins de diſcorde que
les François , qui ſont plus reputez
pour Gens de bonne foy , que
pour adroits Politiques. Mais il
n'eſt pas icy queſtion de ceux
qui ont travaillé à ce Traité ,
mais du Droitdu Roy , que j'ay
fait voir au long dans ma Lettre
de Janvier.
Le
ALANT. 217
Le Lardon du 5. May ( car les
deux autres du meſme Ordinaire
ne ſont pas venus ) paroît entrer
un peu plus que les précedens
dans des ſentimens raiſonnables
. On y voit que les Hollandois
commencent à avoüer
qu'ils ne ſont point obligez à
ſecourir l'Eſpagne , puis qu'elle
n'a pas en Flandres les quarante
mille Hommes , qu'elle est obligée
d'avoir avant que les Etats
Generaux luy donnent aucun ſecours.
On y remarque encore
que la Friſe , Groningue & les
Omélandes , font connoiſtre l'équité
des pretentions & du procedé
du Roy.Ces Provinces doivent
plûtoſt eſtre crûës que celles
qui s'obſtinent à la Guerre.
Comme elles n'ont point d'autre
intereſt que le bien public , la
ſeule juſtice les oblige de parler,
May 1984. K
218 MERCURE
au lieu que les autres ne diſent
rien d'elles meſmes, qu'elles demapdent
la Guerre contre leurs
propres fouhaits,& quela Brigue
leur arrache un confentement de
la faire , qu'elles nedonneroient
pas , fi ceux qui les gouvernent
n'eſtoient gagnez par crainte ou
pard'autres voyes.
On voit dans les Lardons du
8. que la Ville d'Amſterdam eſt
toûjours portée pour la Paix , &
que les hauts Alliez ne la veulent
faire qu'à leur fantaiſie, c'eſt
à dire qu'ils n'en veulent point, &
que leurs Propoſitions de Paix
font des Déclarations de Guerre,
puis qu'elles ne ſont faites que
dans la vûë qu'on ne les pourra
accepter, & qu'ainſi on ſera obligé
de faire la Guerre que fouhai
te le Prince d'Orange. On ne doit
pas en eſtre ſurpris ; cette Af-
1
GALANT .
219
ſemblée eſt preſque toute compoſée
de ſes Alliez. Si nous en
faiſions une en France ſeulement
des noſtres, elle s'accommoderoit
à nos volontez , comme celle de
la Haye s'accommode aux volontez
de l'Eſpagne , & do Prince
d'Orange ; mais ny les uns ny
les autres ne devroient eſtre Mediateurs
, & il faudroit pour cela
des Perſonnes plus deſintereſſées.
On voit dans les meſmes Fevïlles
que l'Envoyé d'Eſpagne en demandant
des Troupes pour ſecourir
Luxembourg dit que
cette Place eſtant beaucoup plus
forte que Vienne , doit ſe défendre
plus long- temps ; mais il oublie
de dire qu'elle eſt attaquée
par des François. Je ne doute
point qu'il ne le faſſe à deſſein ,
& qu'il ne connoiſſe que ce lecours
ne viendroit pas affez toſt.
,
K 2
220 MERCURE
Il a ſes raiſons , & il demande
des Troupes plus dans le deſſein
d'embarquer la Guerre,que pour
le ſecours de Luxembourg.
On lit ces termes dans les Lardons
du 9. La Couronne d'Espagne
auroit non fculement paru impuis-
Sante , mais foible , fi elle s'estoit
relâchée de quoy que cefoit. C'eſtà
dire que quand la Couronne
d'Eſpagne dévra , il ne faut pas
qu'elle paye , de peur de ſe montrer
foible; que cela n'eſt pas de
fa gravité , & qu'il vaut mieux
qu'elle perde tout , que de paroître
contrainte à payer . Voicy
ce que diſent les meſmes Lardons
en parlant de l'Eſpagne. Il
est affez particulier que devant
eſtreſur la deffenfive ſeulement , en
ézard àſes forces, elles foit sur l' offensive,
ayant declaré la Guerre la
premiere , & que la France ſoit auſſi
GALANT. 221
1
+ Sur l'offensive , quoy qu'elle n'ait
point declaré la Guerre. Toute l'Europe
est étonnée de ce que l'Espagne
a declaréla Guerre à la France . Il
Semble aux Perſonnes judicieuses,
que son conſeil qui paſſepourfort
éclairé n'ait rien conſideré de ce que
la devoit preceder; qu'elle n'ait point
pese son état préſent ; qu'elle n'ait
point envisagé ce dont elle feroit capable
; qu'elle n'ait point esté certaine
de l'aſſiſtance d'aucun Allié ,
& qu'elle n'ait point preveu les effets
& les consequences de la Guerre
- qu'elle a declarée. Je croy devoir
encore répeter icy les raiſons de
ce procedé. L'Eſpagne ne vouloit
la Guerre qu'en cas qu'elle
- fût ſecouruë de la Hollande. La
Hollande avoit intéreſt à vouloir
la Paix , & le Prince d'Orange à
vouloir la Guerre. Les plus ſages
Têtes de Hollande empêchoient
K
3
222 MERCVRE
cette Guerre pour empêcher la
ruine de leur Païs. Le Prince
d'Orange ſe trouvant alors embaraffé
, s'aviſa de conſeiller à
l'Eſpagne de déclarer la Guer
re , & luy repréſenta que com
me elle cacheroit ſa foibleſſe
par cette Declaration , ſes Alliez
la croyant en état de reſiſter, luy
prêteroient plus volontiers du
ſecours ; & que les Hollandois
voyant la Guerre fur leurs Frontieres
, feroient obligez de prendre
les Armes pour n'en pas laifſer
approcher un ſi puiſſant Voifin
que le Roy. Voila la politique
de ce Prince , qui ne manque ny
d'adreſſe n'y d'eſprit , & qui pour
ſes intéreſts ſeuls voudroit embraſer
toute la terre. Les paroles
qui ſuivent dans le meſme Lardons
ſont celles- cy ; c'eſt toûjours
en parlant de l'Elpagne. Je vous
GALANT. 223
e
prie Madame de fonger que ce
n'eſt pas moy qui parle. Quoy
que l'Eſpagne nous ait declaré la
Guerre , j'en parlerois d'une maniere
plus reſpectueuſe que ne
font ſes Amis. Mais on est dufentiment
qu'elle aagy un peu à l'étourdie
, en faisant des avances de cette
consequence ,Sans envisager auparavant
dequoy elle feroit capable ;
car que peut aujourd'huy l'Espagne?
rien du tout. Un Prince qui veut entreprendre
la Guerre , doit confidever
entre autres choses , quel est fon
Confeil , s'il a des Perfonnes capables
d'exécuter ses réſolutions ; si
Ses Finances , qui font le nerf de la
Guerre ,font én estat , & enfin quel
le eft fa Milice . A quoy l'on peut
ajoûter , s'il est fort aſſuré du secours
defes Alliez , en cas qu'il ne
Soit pas seul capable d'agir. Quant
à ce qui regarde le Conſeil d'Espa-
K 4
224
MERCURE
:
gne , l'entreprise &la suite, & non
pas le fuccez , decouvriront quel il
est. Les Perſonnesfur lesquelles elle
compte , executeront ſes reſolutions;
mais quel est leur nombre par raport
à celuy de ſes Adversaires ? Ses
Finances nefont plus telles qu'elles
eſtoient lors de la decouverte du Pé
rou ; qu'elle estoit en eftat d'acheter
le rešte de l'Europe, fi elle eust pouf-
Séàbout le deſſein qu'elle avoit de
former une Monarchie Univerſelle.
Ce diſcours doit paroiſtre aſſez
fingulier pour des Gens qui ont
eſté juſqu'icy Partiſans d'Eſpagne
, & il ſemble qu'aprés luy
avoir fait faire ce que l'on a voulu
d'elle, on la blâme de ce qu'elle
l'a fait , ou que les Hollandois
veulent montrer par là que la
faute qu'elle a faite ne vient pas
d'eux. Il y a un grand diſcours
dans l'un des Lardons du 11.pour
GALANT.
225
montrer que la France corrompt
tout & achete tout ; mais on n'a
ſceu encore faire voir qu'on luy
ait livré aucune choſe , ny nommer
les Traîtres à leurs Païs qui
s'employent pour elle . La France,..
pourſuit cet Autheur, estfemblable
au Turc , elle ne relâche rien
dansſes Traitez . Peut- on dire des
fauſſetez avec tantde hardieffe,
lors qu'on eſt dementy par des
Faits publics . Le Roy eſtoit en
état de tout entreprendre aprés
la priſe de Gand ; cependant
c'eſt dans ce temps - là meſme
que pour donner la Paix à l'Europe
, il rend douze Villes , parmy
leſquelles on compte Maſtric
&Gand. On ne peut pas dire
aprés cela que le Roy ne relâche
rien dans ſes Traitez . Des impoſtures
ſi groſſieres font juger de
celles qui ſe rencontrent dans
KS
226 MERCURE
tous les Lardons. Il pourſuit fur
le mefme ton , & dit. Il est amer
de ſe joindre avec une Puissance,
qui dans le fonds n'a point d'amitié.
ny d'égard pour personne ,&qui ne
connoît point d'autre foy que celle
defon interest. Ce qu'il en a coûté
au Roy pour faire rendre des
Villes priſes ſur ſes Alliez , me
diſpenſe de répondre à cet Article.
On lit encore ce qui fuit dans
la meſme Feüille. Les François
veulent une Treve en Allemagne
qui leur vaudra mieux que quatre
Batailles , & il ne faut point dou
ter que par les intrigues de leurs
Agens , ils ne broüillent fortement
les Affaires , &ne jettent de fi
profondes diviſions &querelles en
Allemagne,qu'en rompant la Treves
te qui fera infaillible , ils entreront:
iuſques dansſon coeur. Je puis encore
une fois dire fur cela quu'oorn
GALANT.
227
-
ne guerit pas de la peur , &
qu'une crainte affectée & politique
, ou une terreur panique ,
l'on veut, ne doit pas eftre cauſe
qu'on ne faſſe ny Paix ny Tréve,
&que tout cet Article ne roulant
que ſur les prédictions d'un faux
Prophete , on n'y doit avoir aucun
égard. Si le Roy vouloit;
comme ils diſent , broüiller les
Affaires apres avoir conclu la
Paix ou la Treve , il ne ſeroit pas
neceffaire pour cela de travailler
à conclure l'une ou l'autre , puis
que les Affaires ſont broüillées
dés à prefent , & que ceMonarque
n'auroit qu'à en profiter, ſans
ſe mettre en peine du repos de la
Chrétienté .
On voitdans l'un des Lardons
du 15. l'embaras où le Etats fe
trouvent pour prendreune réſolution
à cauſe des violentes ca-
K6
228 MERCURE
bales de ceux qui veulent la
Guerre , & c'eſt ce qu'on appelle
dans ce Lardon la plusſainepartie
de l'Etat. On y lit le troiſieme
Mémoire préſenté aux Etats par
Monfieur d'Avaux, & dont vous
avez une Copie dans le Journal
du voyage du Roy. Dans un ſecond
Lardon du meſme jour 15 .
on commence à parler un langagetout
contraire à celuy que l'on
a tenu depuis fix mois. On a toîûjours
publié depuis ce temps que
leRoy vouloit la Paix ,& on dit
preſentement qu'on connoît par
ſes oeuvres qu'il ne la veut point.
Les quatre Memoires que je
vous ay envoyez , préſentez aux
Etats par Monfieur d'Avaux ,
font voirl'égalité du Roy,&qu'il
ne manque jamais à ce qu'il promet
de faire , Le Roy , difent les
Autheurs de ces Feüilles SatiriGALANT.
229
ques , veut avoir Luxembourg fans
y avoir droit . Ce n'eſt pas là dequoy
il s'agit; les Eſpagnols luy
ont declaré la Guerre ; ce Prince
s'eſt trouvé affez fort pour y
répondre en attaquant une de
leurs Places; le fort eſt tombé
fur Luxembourg. Il n'y a rien
de nouveau dans ce procedé , &
qui ne ſe ſoit pratiqué depuis le
commencement des fiecles. Mais
diſent- ils, cette Place en incommodera
d'autres. Il n'ya point de réponſe
à cela , ſinon que chacun
ſe ſert de ſes avantages ſelon les
occafions , & que c'eſt une choſe
naturelle dont perſonne n'a jamais
eſté blâme. Si le Roy vent
la Paix , continuent-ils , il n'a
pour lafaire qu'àne rien demander.
Quandon met tout d'un côté,&
rien de l'autre , on ne ſçauroit
dire que cela s'appelle accommodement.
230
MERCURE
Le Mémoire de l'Envoyé Extraordinaire
d'Eſpagne , fait tout
le ſujet des Lardons du 16. On
ý litd'abord , que le Roy de France
s'adreſſe aux Hollandois , commesi
les Pais-Bas leur appartenoient , &
non au Roy d'Espagne ; & plus bas,
commesi c'estoit à l'Etat de Hollan
dc, &nonpas à l Espagne, à qui la
France fait la Guerre , ou commesi
cet'Etat estoit muny d'un plein pouvoir
d'Espagne pourfaire un accommodement
avec la France. Dans
un autreendroit; l'Envoyé Extraordinaire
d'Espagne voudroit Sçavoir
quand la France donne le choix
àVV. SS. pour une Paix ou pour
une Trévefi KV. SS. font les Mai-
Stres de Luxembourg &de tous les
autres Lieux& Fays que la France
pretend retenir , ou s'ils appartien_
Roy fon Maistre... Voila
biendes paroles que la ſituation
nent au
GALANT.
231
- où ſont les Affaires rend inutiles,
une fierté ſi à contre- temps ne
fignifie rien . Le Roy qui veut
bien travailler au repos de l'Eupe
, ne s'adreſſera pas aux Eſpagnols
qui luy ont declaré la
Guerre , & d'ailleurs il peut faire
parler aux Hollandois , de la
maniere que cet Envoyé con
damne , pour ſçavoir s'il pren
dront le Party de ſes Ennemis
ou non , puis qu'alors ce ſeroit
entrer dans la méme Guerre.Cer
Envoyé , apres avoir fait voir
dans le mesme Memoire , que
l'Eſpagne ne cédera rien , veut
infinuer aux Etats , qu'ils doi .
vent craindre les armes de la
France. Je n'ay rien à répondre
àcela ; c'eſt une crainte dont le
Roy a eu la bonté de les delia
vrer. Il finit en demandantda
lecours poursuxembourg; Puis
232 MERCURE
qu'on eft , dit- il, moralement aſſûré,
que cette Place fera une auſſi vigoureuse
defense qu'a fait celle de
Vienne ; que les Troupes qui l'affiegent
ne font pas en aussi grand
nombre ; & que celles qui la peu
vent Secourir , ne font pas auffi
éloignées que celles qui ont ſecouru
Vienne. Selon toutes les apparences
, cet Envoyé n'a parlé ainſi ,
que pour foûtenir le caractere de
ceux de ſa Nation , car il ne peut
ignorer que les Turcs & les François
ne ſe reſſemblent en rien .
Le premier Lardon du 18.étale
la foibleſſe du Turc , & fait
grand bruit des Troupes qui
viennent fur le Rhin , pour arreſter
le progrés de nos armes
devant Luxembourg. Ce que je
vous ay déja marqué de Monſieur
l'Electeur de Baviere , peut
ſervir de réponſe à cet Article.
GALANT.
233
د
Dans la ſeconde Feüille de mefme
date , on trouve le quatrieme
Memoire de Monfieur d'Avaux
, que je vous ay déja envoyé
, & la confufion où font
pluſieurs Villes de Hollande fur
la reſolution qu'elles doivent
prendre ce qui marque l'embaras
des veritables Republiquains
, & de ceux qui ont de
bonnes intentions pour la Paix ,
qu'un Particulier intereſſé empéche
par la crainte & par les
intrigues , de prendre d'autre
Party que le ſien. On connoiſt
encore par là , que les Hauts Alliez
que ce Particulier fait agir ,
s'obſtinent à dire qu'il ne faut
pas confentir à la ceſſion de Luxembourg.
Leur reſolution doit
peu importer au Roy ; ils n'ont
que le pouvoir qu'ils ſe ſontdonné
eux-meſmes. L'Empire les a
234
MERCURE
2
deſavoüez , & l'Aſſemblée de Ratiſbonne
l'a fait ſçavoir dans la
plupart des Cours de l'Europe.
On les doit ſeulement regarder
comme des Amis du Prince d'Orange
aſſemblez à la Haye,& qui
peuvent conferer enſemble , ſans
qu'aucune Puiſſance foit obligée
pour cela de ſuivre leurs ſentimens.
८ La troifiéme Feüille de meſme
date, trouve à redire qué le Roy
preffe les Etats Generaux de ſe
determiner, au lieu de profiter,ditil
, de l'inexecution des choses qu'il
demande. En décrivant meſme la
bonne- foy de Sa Majesté , qu'ils
ne peuvent s'empecher de faire
paroiſtre , ils veulent qu'il y ait
du myſtere dans un procedé
qu'ils loüent. Ils voyent l'honneſteté
du Roy dans toute fot
étenduë ; & lors qu'ils ne peuGALAN
Τ. 235
vent ſe défendre de la remarquer
, ils voudroient la condamner
ſans en pouvoir donner de
raifon . On lit dans la ſuite de la
meſme Feüille , que nos Troupes
font fort embaraſſées devant Luxembourg
; que cette Place eſt
fortifiée par l'Art & par la Nature
;' qu'on y perd beaucoup de
monde , & que le Roy n'oferoit
s'en approcher . La priſede cette
Place répondra à cet Article ,
avant que ma Lettre ſoit entre
vos mains. Cette Feüille finit en
parlant de Monfieur l'Electeur
de Baviere, comme s'il eſtoit preſt
d'arriver devant Luxembourg, &
dit que nos Troupes n'ayant
point de terre pour s'y fortifier;
feront obligées de lever le Siege .
Ie croy que vous n'eſtes pas d'avis
que je perde le temps à répondre
à des choſes auffi ridicules que
236 MERCURE
f
celle là, fur tout lors que chacun
connoiſt le contraire.
Le Lardon du 21. de ce mois
dit en parlant des François , & du
Siege de Luxembourg, qui leur
est un peu fâcheux , ayant fait la
guerre iusques à préſent par ruſes ,
de la faire dans les formes , & par
la force des armes Ne diriez - vous
pas à entendre ce langage , que
les François n'ont jamais combatu;
& ne paroiſt - il pas qu'on
prenne plaiſir à avancer des choſes,
dont on ſçait bien que toute
l'Europe donnera le dementy ?
Quoy que le Roy ait pris des Places
en fort peu de jours , ceux
qui avoient ſoin de les défendre,
l'ont fait en Lions ,& l'on ne peut
réſiſter avec plus de vigueur ,
qu'en ont montré la plupart
de celles de la Franche Comté.
:
GALANT.
237
0 On a pris Maſtric en treize jours
de Traché ouverte,mais il a falu
combatre une Armée entiere, enfermée
dans cette Place , & l'on
ſçait avec combien d'intrépidité
les Moufquetaires montérent
pluſieurs fois à l'Aſſaut l'épée à la
main. J'irois trop loin , ſi je vous
marquois toutes les Villes qui
n'ont eſté emportées qu'apres diférens
Affauts . On peut ſe ſouvenir
d'Ipres , dont la réſiſtance
a eſté tres-vigoureuſe ; mais on
ne doit pas ſe donner la peine de
répondre à un Autheur qui avance
une choſe , & preſque auffitoſt
dit le contraire.Vous le pouvez
voir par ce qui ſuit ; ce ſont
ſes propres termes. Le Roy veut
qu'on épargneſon monde . On n'aiamais
esté si scrupuleux ; chacun
Sçait comme dans la Guerre précedente
on ſe ioñoit de la vie des Sol
238
MERCURE
dats , & ſur tout de la Nobleſſe. Si
lon ſe joüoit de la vie des Soldats
, la guerre ſe faiſoit donc
alors dans les formes , & par la
force des armes. Voyla ce que
cet Autheur nie & aſſure en même
temps ; ainſi l'on voit que ce
qu'il dit dans fix lignes , il le détruit
dans les fix autres qui fuivent.
On s'opiniâtre , poursuit le
mefme , au Siege de Luxembourg ,
parce qu'ily va de la gloire du Roy ,
& il ajouſte ; que le Roy ne devroit
point avoir cette délicateſſe pour
faire perdre des Hommes . Autre
contradiction . Il vient de dire
que le Roy veut que l'on épargne
fon monde ; & dans le meſme
endroit il dit , que le Roy s'opiniâtre
au Siege de Luxembourg
pour faire perdre des Hommes.Il
n'y a pas affez long temps que ce
Siege dure , pour dire que l'on
GALANT.
239
s'y opiniaire , & de plus grandes
années en ont employé beaucoup
davantage devant des Places
moins fortes,fans qu'on ait accuſé
leurs Commandans d'eftre opiniâtres.
Il ſemble que ce mesme
Auteur ait réſolu de ne rien dire
de vray dans cette Feüille; ce qu'il
continuë à faire , en diſant que
les Algériens ont preſcrit au Roy
des Conditions de Paix. Il s'enfuivroit
que les Ambaſſadeurs
d'Alger , qui ſont en France,
viendroient braver le Roy jufqu'au
milieu de ſa Cour , en luy
preſcrivant des Loix. Il n'y a
point de réponſe à faire aux chorſes
qui ne font pas vray- ſemblables.
Le meſme finit pas des remontrances
qu'il fait aux Ele-
Eteurs . Il faut qu'il foit bien inſtruit
de leurs intéreſts , s'il l'eſt
plus que ces Souverains. Le pre
240 MERCURE .
mier des deux Lardons du 23 .
dit, que l'Accomodement de laFrance
& de l'Espagne auroit esté fait, ſi
l'on euſtſuivy lessentimens du Prince
d'Orange. Le contraire paroit
manifeſtement. Si l'on euſt ſuivy
le ſentimentdes Provinces éclairées
, qui ne vouloient que le
repos de leur Païs , cet Accommodement
ſeroit fait. C'eſtoit le
ſeul moyen de le conclure bientoſt.
Car comment la Paix euſtelle
pû réſulter des conſeilsd'un
Prince qui ne cherche que la
Guerre ; Elle autoit eſté embarquée
, c'eſt tout ce qu'on ſouhaitoit.
Cela paroiſt manifeſte , puis
qu'on a ofe la déclarer. Il pourſuit
en nous diſant par menace , que
les Troupes de Suéde viendront
en Allemagne , & nous donneront
de la beſogne. Je croyois
qu'un Homme auſſi habile que
luy
GALANT.
241
luy , ſçavoit que les Troupes de
Suéde ne ſçauroient faire la guerre
hors de leur Païs , ſans qu'on
leur fourniſſe de l'argent , parce
que c'eſt ſeulement chez elles
qu'elles ontdequoy faire la guerre
ſans cela ; ainſi je ne voy pas que
nous les devions craindre , quoy
quetres- braves & tres- aguerries,
parce que je ne voy aucune puiſ
fance en étatde leur en donner.
L'Article ſuivant fait la ſuite de
ce Lardon . Meffi urs de Friſe, Groningue
& Ommelandes , ont déclaré
aux Etats Generaux , qu'ils font
d'avis qu'il faut conſeiller l'Espa
gne d'accepter les propoſitions de la
France, telles qu'ellessont contenuës
dansfon Memoire du 29. Avril ,
avec la ceſſion de Luxembourg ; &
queſi les autres Provinces ne font
pas de ce sentiment , ils protestent
que leurs Provinces feront innocen
May 1684. L
2.42
MERCURE
tes de tous les maux qui peuvent en
arriver à cet Etat , &qu'on ne leur
pourra pas imputer ,ſi l'on est contraint
ensuite de faire une Paix
plus onereuse & desavantageuse.
Comme toutes les Perſonnes raifonnables
ſont du ſentiment de
ces Provinces,je n'ay rien à répliquer
à cet Article. Il paroiſt de
fi bon ſens , que je croy ne pou
voir mieux finir que par là ma
Réponſe aux Lardons de ce
Mois.
Je vous envoye un Printemps ,
qui vous plaira. Il eſt d'unde nos
plus ſçavans Maiſtres .
AIR NOUVEAU.
Rintemps , qu'attendez vous
pour embellir ces Lieux ?
D'où vient qu'on voit encor ces frimats
ennuyeux ?
2
u
cor, ces
revoir icy
re
0'
us, men ne doit
citar
aru au Lit , elle
abcés qu'elle .
veau. Ainfielle n
de joindre les mains ,
rer deux fois le nom de
qu'elle ſe maria , elle paffo
L2
AIR NOUVEAU.
Drintemps , qu'attendez- vous
pour embellir ces Lieux ?
D'où vient qu'on voit encor ces frimats
ennuyeux ?
GALAN T.
243
Il est temps que la Nature
Faſſe revoir icy ſes charmes les plus
doux ;
Rien ne doit retarderſa riante verdure.
Printemps , qu'attendez- vous ?
J'oubliay le mois paſſfé de vous
apprendre la mort de Madamela
Marquise de Chepy , arrivée en
ſon Chasteau de Chepy en Picardie.
Le jour meſme quelle
mourut , elle estoit montée en
Carroffe , & avoit eſté ſe promener
l'apreſdînée dans ſon voiſinage.
Tout le ſoir elle parut eſtre
en pleine ſanté , & en ſe mettant
au Lit , elle fut étouffée par un
abcés qu'elle avoit dans le cer
veau. Ainfi elle n'eut le temps que
de joindre les mains , & de proférer
deux fois le nom de Dieu . Lors
qu'elle ſe maria , elle paſſoit pour
1
L2
244
MERCURE
:
4
i
une des plus belles Perſonnes de
Paris. Son eſprit répondoit aux
charmes de ſon viſage , & l'on
peut dire qu'elle a eſté une Dame
des plus parfaites de ſon temps.
Sa devotion eſtoit exemplaire, &
ſa pieté édifioit toute la Province.
Elle estoitFille de feu Mt de la
Derriere , qui eſt mort Conſeiller
d'Estat Ordinaire , apres avoir
paſſé par les plus beaux Emplois
de la Robe.Me le Préſident Charreton
, Doyen du Parlement de
Paris , eſt Chefde cette Famille .
La Dame dont je vous parle
eſtoit entrée dans une des premieres
Maiſons de Picardie, qui a
donnée à la France des Hommes
auſſi diſtinguez par leurs ſervices
que par leur naiſſance.Brantome
&Monlucenfont mention auffibien
que Monſtrelet. Il eſt ſorty
de fon Mariage trois Garçons &
GALAN Τ.
245
quatre Filles , dont il y en a deux
Religieuſes. L'aîné des Garçons,
qu'on nomme Mr le Marquis de
Grebauval , eſt depuis deux mois
Pages d'Honneur de Monſeigneur
le Dauphin. Vous ſçavez
combien ce Poſte eſt avantageux
pour un jeune Gentilhomme par
- l'aſſiduité qu'il faut avoir auprés
de ce Prince , qui n'a que deux
Pages d'Honneur , & qui ſe ſert
de laMaiſon du Roy pour le reſte.
L'un des deux autres Garçons eft
deſtiné pour l'Ordre de Malte ,
&le troifiéme eſt Abbé.
La Républiqne des Lettres a fait
ce mois - cy deux grandes pertes ;
l'une en la Perſonne de Meffire
Iean du Bouchet , Gentilhomme
de la Province d'Auvergne ; &
l'autre , en celle de Meſſire Edme
Mariotte Seigneur de Chaſeüil ,&
Prieur de S. Martin. Mt du Bou-
L3
246 MERCURE
1
cher , Doyen des Chevaliers de
l'Ordre de S. Michel , Hiſtoriographe
de France , eſt mort le
Lundy 15. de ce mois , âgé de 85 .
ans. Il s'eſtoit acquis une grande
réputation , par la connoiffance
profonde qu'il avoit de l'Hiſtoire
& des Genealogies de toutes les
Maiſons de l'Europe,mais fur tout
des plus conſidérables du Royaume.
Les ſcavans Ouvrages qu'il a
donnez au public fur ces matieres
, feront toûjours vivre ſa mémoire;
& l'on n'auroit pas à ſe
conſolerde la pertede cet Illuſtre.
ſi elle n'eſtoit réparée par Meſſire
Charles d'Hofier , Genealogifte
de la Maiſon du Roy,& Iuge General
des Armes & Blafons de
France. Je vous ay parlé de luy
en pluſieurs occafions. Il eſt à
préſent ſeul Heritier du mérite
& de la capacité du feu celébre
GALANT.
247
Pierre d'Hoſier ſon Pere.
Me l'Abbé Mariotte eſt mort
le 21. de ce mois. Il eſtoit de l'Académie
Royale des Sciences , &
l'un des plus ſcavansHommes de
l'Europe. Ses Ouvrages fur diférentes
matieres de Mathematiques
& d'Aſtronomie , justifient
tout ce que je dis .
Je viens aux Enigmes du dernier
Mois . Voicy les noms de
ceux qui ont expliqué la premiere
fur le Rabat , qui en eſtoit le
vray Mot. Meſſieurs Cleret , de
Pont ſur Seine ; Le Chevalier de
Montans; Manſcourt,de Fere en
Tartenois; De Chanteloup, Amat
des Belles de Chartres,Meſdemoi.
felles Petit, de Fere en Tartenois ;
La Pinandiere, & Ducret; Nicolao
Leliargrerly ; L'Allemande
Parifienne , du Quartier S. Honore
; Le Dragon de Charleroy ;
L 4
248 MERCURE
Le jeune Notaire de l'Echelle du
Temple ; Il Cavaliero Frédino ,
de la Ruë de la vieille Draperie ;
Les Avocats de Rocquemont ;
Courtois; Le Pioqueva;Du Preau ;
Le jeune Préſident , & le Médecin
Garreau ; ces cinqderniers de
la Ville d'Eu. En Vers. Meffieurs
Bouchet, ancien Curé de Nogentle-
Roy ; De la Barre , S' de Courtevoye
; Avice , de Caen; & le
J. Goustard , âgé de dix ans.
Ceux qui ont expliqué la ſeconde
furune Medecine,qui en eft
le vray ſens, ſont Meſſieurs Lamy,
Médecin à Pont ſur Seine ; Le
Normand , Procureur à Tours ,
Chauveau , Sous- Prieur de Villenove
la grande , L'Abbé Perrin ;
Meſdemoiselles Couffy-de-Prémagny
, de Caën ; & Neuffons ,
de la Ruë des Foffez S. Germain ;
l'Inconnuë de la Ruë de Grenelle,
GALANT. 249
Tamiriſte , de la Ruë de la Ceriſaye
; L'Amant de la Belle Marchande
, prés S. Denys de la
Chartre ; Pietro Retrarti l'Hermaphrodite
; Hyacinte Ravelet
Gillotin. En Vers. M Diéreville du
Pont l'Evêque; L'Exilée de la Ville
Françoiſe du Havre ; La belle
Nourriture , du mefme lieu ; &
l'aimable Brune à l'Anagramme le
renonce àteter,de la Rue du Mail.
Toutes les deux ont eſté expliquées
dans leur vray ſens par
ceux dont j'ajoûte icy les noms.
Mrs de la Croix R; Charles ,Valet
de Chambre de Mademoiselle
d'Orleans ; P. Carrier, de Roüen;
Brunet , de la Ruë du Temple ;
De Lhoſpital Lieutenant au Grenier
à Sel de Paris ; Piet , Officier
du Grenier à Sel de Nogent fur
Seine , Giroſt , de Dormans ;
feau,Maître desPor
250
MERCURE
De la Fontaine ; Fillon , du Fauxbourg
S.Germain , Meſdemoiſelles
de la Roüe,de la Ruë S.Denys ;
Verger ; C. de Champagne de
Montbrun , de Boulogne ſur mer;
Du Perron,de Vitré en Bretagne;
De Haut-Champ,& De la Porte,
du meſme lieu; Madelon Proüais ;
L'Héroïne de Dormans ; lajeune
Iris de la Ville de Ham; L'Amant
de l'aimable Moutonne de la Ruë
de Grenelle; La Dame Solitaire;
& le Maiotus Craqueur ; Le Démocrite
Moderne; Nicodéme du
Cloud , Epicurien de Profeffion,
Pierrot de la Garde , Mouton
bien-aimé ; Le galant Amilcar, &
le Pere à juſte titre;Pierre Hardy
le Fontenier , Angevin. En Vers.
Mi ffieurs de Neufvilly; Leger de
la Verbiffonne ; Le Moine , de
Dans Hordé, de Senlis;L'ELe
Roux Médecin ,
GALANT ..
25.1
وت
&P.C.tous trois de Vitré en Bretagne
, Le Geographe parfait de
la Ruë des Noyers , Sylvie, Alci
dor, & Gygés , du Havre; C.Hu
ge,d'Orleans ; De Voginy;Nicaiſe
Calotin,Mouton de la Doucette
de la Ruë Bétizy; Avice de Caën ;
L'Angély de la Bande joyeuſe ,
Pierre Petit de Lyon , demeurant
chez le St Rochette ; Mademoiſelle
Bollioud - des-Grange du
Bourg Argental , par l'Aymable
Lancheon ..
La premiere des deux nouvelles
Enigmes que je vous envoye
eſt de la Dame Solitaire , & lautre
de Chone, Nymphe enjouée,,
autrefois de l'Empire de Flore ..
ENIGME
Ecteur, qur que tu fois , apprens
mon avanture ;
Dans la terre vadis j'eus mon com...
mencement ,
252 MERCURE
Ie nais dedans lefeu cefuperbe élément,
Et peut estre dans l'eau j'auray ma
Sepulture.
Quandil ne reſteroit aucune Créature
,
Que leGlobe terrestre & que le Firmament
Seroient tous confumez enun mesme
moment ,
Ie n'en changerois pas pour cela de
nature.
Le temps peu effacer ma plus vive
couleur ,
Le froid peut me ravirmapremiere
chateur,
Ie puis me diſſiperpar levent&par
l'onde.
Mais malgré la rigueur de tous mes
Ennemis
Ie fubfifte,erje sçay qu'ilme fera
permis
GALANT.
253
De fubfifter encore apres la fin du
Monde.
AUTRE ENIGME.
E floriſſois ſous Alexandre ,
m'éleva iusqu'aux Cieux ,
Un Magicien mefit deſcendre ,
Et par l'effet d'un amour tendre,
Apres m'avoir crévé les yeux ,
Me donna pour Maîtreſſe à quatre
Demy Dieux.
Sangde Macreuse, & coeur de Sala
mandre . :
Depuis longtemps boüilloient en eux,
Maisie ne laiſſay pas de les reduire
en cendre
A force d'élans amoureux..
Ie ne ſuis cependant ny prude , ny
coquette,
Belle , ny laideron , ny vieille , ny
ieunette ,
Je ne garde pas mesme en cela de
milieu.
Je n'eus jamais vertu, nyvice .
254
MERCURE
Bien, ny mal, Mere, ny Nourrice;
Et fi je triomphe en ce lieu
De quelques vains Esprits par un
peu de malice ,
N'est- ce pas un coup de justice ??
La Superbe déplaiſt à Dieu ,
Ils méritent qu'on les puniſſe..
C'eſt la deſtinée des François
de vainere par tout ſous le Regne
de Loüis LE GRAND. A
peine ſes Troupes paroiſſentelles
en Catalogne , que chaque
pas les conduit à la Victoire. Le
21. il arriva un Courrier de ME
le Maréchal de Bellefons , qui les
commande en ee Païs-là.On ſçût
que ce General avoit fait paffer
la Riviere à ſes Troupes , à la
vevë du Prince de Bournonville,,
Viceroy de Catalogne , qui en
detindoit le Paffage ; & que les
Regimens de Sainte- Maure & de
GALANT .
255
Coniſmarck , & celuy des Dragons
de Languedoc , s'y ſont
fignałez . Nous y avons eu 300 .
Hommes de tuez , noyez , ou
bleſſez . Les Ennemis y en ont
perdu plus de 800. fans compter
plus de 400. Prifonniers que
nous y avons faits. Le Prince de
de Bournonville a jeté ſon Infanterie
dans Gironne, qui n'est qu'à
une lieüe de l'endroit où l'Action
s'eſt paffée, & s'eſt retiré à quelques
lieües de là avec le reſte de
fa Cavalerie . Il eſtoit retranché
derriere un Pont qui eſt ſur le
Ter. Ce Paffage a eſté forcé .On
a chaffé les Troupesde leurs Retranchemens,
& Mr de Bellefons.
eſt entrédans la Plaine. Les Dragons
de Languedoc ont pafle la
la Riviere à la nage , & fe font
fervis de Bayonetes qu'ils ont mi
fes dans leurs Mousquets qui ne
256 MERCURE
pouvoient plus tirer. Mr de Calvo
a fait en cette occaſion tout ce
qu'on pouvoit attendre de luy.
Son Cheval tomba du haut d'une
Muraille haute de deux toiſes ,
ce qui luy a cauſé une grande
murtriffure àla cuiffe. Ily a grande
apparence que les Ennemis ne
devoient point eſtre forcez dans
tant de Retranchemens , & fur
tout eſtant à couvert d'une Riviere
que les Torrens venoient
degroſſir , mais les Sujets du Roy
ne ſçavent point reculer. Toutes
les fois qu'il s'eſt fait quelque
Action mémorable , je vous en
ay envoyé une Relation , compoſée
ſur toutes celles qui en ont
paru, parce qu'il n'y en a aucune
qui n'ait quelque particularité
qui ne ſe trouve point dans les
autres. Je ne puis faire la meſme
choſe aujourd'huy , Mele MaréGALANT.
257
chal de Bellefons ayant dépêché
un Courrier auffi toſt apres l'Action
, en forte que les Particuliers
n'ont point eu le temps d'écrire.
Voicy la Lettre de ce Maréchal.
RELATION DE CE
qui s'eſt paſſé en Catalogne
le 12. May.
de
'Arméepaſſa les Cols lepremier
ce mois , & se rendit a la
Jonquiere, où l'on fut obligé defaire
un petit Travail , poury établir un
Poste qui pust contribuer à lafeûreté
des Convois . Le 2.clle logea à Sainte
Locaye, d'où l'on envoya une Garni .
fon dans Figuieres , pour empefcher
les Courſes de ceux de Rofe. Le 3.elle
paſſa la Fluvia , & vint à Bafcara
L'ony apprit que les Ennemis n'ef258
MERCURE
toient pas enſemble , & que deux
jours auparavant ils avoient retiré
leur Cavalerie , qui estoit en Quartier
dans les Villages du Lampour.
dan. Cette nouvelle auroit donné la
penſée de former le Siege de Gironne ,
qui est la feule Place où l'on peut
fonger , n'ayant point d'Armée Navale
, & l'on y auroit trouvé affez
de facilité ; mais l'incommodité des
Equipages , des Vivres , & de l' Artillerie,
la difette qui est cette année
dans la Province ,& qui nous réduit
à tirer toutes les Farines du Languedoc
, nous a auſſi réduits à y demeurer
neuf jours , pour faire venir
plusieurs Convois,&donner le temps
àMr le Président Trobat Intendant,
de faire assembler les Troupes du
Roussillon , du Conflans , &du Capsi,
&pour nous faire mener du gros
Canon & des Boulets , des Farines ,
des Avoines , afin d'établir un
GALANT.
259
Magazin conſidérable dans Baſcara.
L'on manda à Mr de Chazeron de
faire virer deux Bataillons de fes
Garnisons pour les conduire , & l'on
détacha Me le Marquis de Rane
avec cinq cens Chevaux &foixante
Dragons , pour les joindre. Le 10.
ayant appris que Mode Chazerom
arrivoit ce ſoir là à Figuiere , &
qu'il pouvoit se rendre le lendemain
àBascara, l'on en délogea le matin ,
& l'on résolut de ne point paſſer
Madigan , à cause de la grande
pluye du ſoirprécedent , qui ne pouvoit
manquer d'avoir extrémement
gašté les chemins , & enflé la Riviere
du Ter. Cependant l'on avoit
mis à l'Avant-gardeM:Grillon,
avec les quatre Escadrons de fon
Régiment , les quatre de Villeneuve,
& un Bataillon de Stoup,commandé
par le S Pallavicin , afin de loger
au pied de la Coste rouge , & que
260 MERCURE
l'on pust se poster le lendemain au
Pont Major , où l'on croyoit ne trouver
aucune réſiſtance , celafondefur
tous les avis que l'on avoit que Mx
de Bournonville s'affermbloit dans
Gironne, où iln'y avoit encore que la
Garnison ordinaire. Me de Grillon
trouva au Pont de Madigan les
Miquelets Eſpagnols , &vit fur les
Hauteurs une Garde de Cavalerie.Il
fit poufferles Miquelets , qui luy
tuerent quelques Suiſſes,& la Garde
ne l'attendit pas . Je pris le party de
m'avancer au Pont- Major , pour me
remettre l'idée du Sicge de Gironne ,
oùje m'estois trouvé ily a trente&م
un an . Jefit marcher Monfieur Gritlon
, & leſuivis avec les Dragons ,
& huit autres Escadrons . En defcendant
dans la Plaine , je fus faché
de trouver la Riviere trouble&
groſſie , & je nefut pasſurpris de voir
quelque Infanterie dans les MaiGALAN
T. 261
fons du Pont - Major , avec quelque
Garde de Cavalerie en deça.C'est un
Manège que les Ennemis ont accoй-
tumé defaire toutes les fois qu'on ap
proche , & mesme ils faisoient toû
jours pouffer leurs Gardes ; & comme
ils ſe retirerent d'aſſez loin , nous
jugeâmes bien qu'ils croyoient le pouvoir
impunément à la faveur de la
Riviere. Bientoft apres , nous n'eûmes
pas lieu d'en douter. En nous
étendant dans la Plaine , nous vimes
toutes leurs Troupes en Bataille,
& qui travailloient en pluſieurs endroits
où ſont d'ordinaire les Guez ,
& que l'on faisoit plusieurs Bateries.
Quelques Paifans des Lieux
nous apprirent que M de Bournonville
y estoit arrivé leſoir avec tou
tes ſes Troupes , & qu'il s'estoit promené
tout le matinſur les avenuës.
Nous n'eûmes pas de peine à comprendre
, que le long sejour que nous
262 MERCURE
avions fait à Baſcara , l'avoit fait
changer de proiet , &qu'au lieu defe
retrancher à Oſtelric , il avoit crûle
pouvoir faire à Gironne.
Mx de Grillon , fans perdre de
temps , fit ſonder le Gué au deça du
Pont- Major, qui n'estoit point gardé
par leurs Troupes,mais il lefit inuti
lement ; on le trouva impraticable.
Ilnefaut pas compter que ces Rivieres
foient comme celles de Flandre
, où il suffit de trouver une entrée
& une fortie . La rapidité eſt ſi
grande en celles cy, & ily a tant de
groſſes pierres dans lefond , qu'elles
Sont mesmes difficiles , quand elles ne
font pas agitées par la fonte des nei
ges, ou par les pluyes. Il nous eust
eſtéfacheux qu'un corps ſi inferieur
àl'Arméedu Roy, eust oféseprésenter
devant elle , &pour n'avoir rien
à nous reprocher , nous envoyâmes
chercher le reste des Troupes qui arGALANT.
263
riverent d'aſſez bonne heure , mais
M. de Rével qui alla au devant de
l'Artillerie pour luy fairefaire diligence
, ne pût nous amener qu'avec
peine des Munitions demy heure
avant la nuit , & deux Pieces de Canon
un quart- d'heure apres.Pendant
que les Troupes prenoient de la Poudre
, on fondale mesme Gué, & l'on
trouva que l'eau estoit diminuée com
me on l'avoit eſperé , & qu'on y pouvoit
paſſfer , quoy qu'avec peine.
Voicy l'ordre avec lequelon marcha.
M. de Calvo . M. de Rével
avoit avec luy le Bataillon de Laré,
&les deux de Conismarck, les Dragons
, & trois Escadrons de Cravates ,
quatre de Grillo, quatre du Regimeut
du Chevalier Duc,& quatre de Villeneuve
, M. le Chevalier Duc commandant
la Cavalerie , M. Grillon,
Brigadier. A la droite eſtoit M. de
la Mothe,& avec luy M.du Sauſſoy.
264
MERCURE
les Gardes ordinaires , un Escadron
de Cravates qui avoient la grande
Garde , quatre Escadrons de Condé
commandez par M. le Marquis de
Toiras , le Bataillon de Castres , les
deux de Fuſtemberg , un de Stoap,
celuy de Sainte- Maure , la seconde
Ligne de quatre Escadrons de Conif
marck , le Bataillon de Dampierre,
celuy de l'Allemand ,& un de Stoup .
M.de la Mote- Paillaux Brigadier.
commandoit cette Cavalerie de la
droite , derriere la premiere Ligne
d'Infanterie, & M.de Stoup.Le 12 .
on s'étendit dans la Plaine , Le dernier
Bataillon de la Lignefut vis-àvis
le Pont - Major , & le premier
vis-à-vis du Guéretranché , & cela
àlaportée du Mousquet , en attendant
que M.de Calvo eust commencé
defaire paſſer les Dragons . Tout alla
fortbien , & heureuſement. Ils quiterent
viste leurs Chevaux . Les Cravates
GALANT. 265
wates ſuivirent.M. de Conismarck
femit àl'eau avec ſon premier Bataillon
, & M. de füigny avec celuy
de Laré. LeSecond Bataillon de Coniſmark
trouva l'eau trop haute,&
voyant beaucoup de Gens noyez du
premier, on ne jugeapas àpropos de
le commettre. M. de Calvo ne laiſſa
pas de commencer àattaquer lepremier
Pofte des Ennemis. M. de la
motheſe mit dans la Riviere, &en
peu de temps on chargea les Ennemis
par le feu des Bataillons de Castres,
de Fuſtemberg, & de Stoup . Il resta
Seulement vis-à vis de Castres un
Retranchement , duquel on ne pût
chaffertout àfait les Ennemis , dont
onfut affez incommodé; car comme
on s'obſtinoit à demeurer toûjours à
découvert, ils tuérent deux Capitaines
,&quatre autres Officiers. Le
Marquis de Laré eut un Cheval
tuésous luy ; &comme la defcente.
du Gué estoit petite & mauvaise,
мау 1684.
M
266 MERCURE
l'on difera d'en tenter le paſſage , &
l'onse contenta de continuer unfort
grandfeu. On doit ce témoignage à
Messieurs de Castres & de Fustem .
berg , de s'y estre comportez avec
beaucoup de fermeté. Pendant cela,
M. de Calvo avançoit toûjours , &
avoitjettéſes Dragons &Son Infanteriefur
la gauche. Ildepostoit peu à
pen les Dragons & les Miquelets des
Ennemis , pendant qu'avec les trois
Escadrons des Cravates défilez par
les Ravines & Rideaux,il rompit en
fuite les Escadrons Eſpagnols . Nous
pouvons dire que nous avons veu les
Lieux avec étonnement , & la quantité
de Chevaux qui y sont reſtez.
Quand on vit fur la hauteur lefeu
que faisoit M.de Calvo,&que celuy
des Ennemis ſe raprochoit du Pont-
Major,onfit attaquerpar le Bataillon
de Sainte. Maure , qui se rendit
bientoſt maître de toutes les maiſons,
& du Retranchement qui estoit au
GALAN Τ . 267
dela ; mais la Barriere du milieu du
Pont leurfut affez disputée. Elle se
trouva terrassée,&penible àcouper.
M. de Calvera , Lieutenant Colonel,
hazarda de monter ſur les Gardesfaux
du Pont, &de paſſer à demy en
l'air du costé de la Barriere. Il fut
bien ſuivy des Officiers & des Soldats
,& en peu de temps,il eut affez
de monde pour marcher à l'autre
Barriere qui estoit à l'extremitédu
Pont ,flanquéepar les maisons.Il s'en
rendit encore le maistre , malgré la
reſiſtace des Ennemis;& apres avoir
fait des ouvertures aux deux Barrieres,
il entra dans la rue,&y pouſſa
le Regiment de Bourgnymaroſtel ;
mais un moment aprés , la ruë tournant
à droit,on se trouvafort au large.
Il rencontra un Escadron,qu'il ne
rompit qu'à coups de Piques. Ce fut
là où ilperdit les Steurs de Faviers
&de Montels , lepremier Capitaine
des Grenadiers. On lefit foûtenirpar
M 2
268 MERCVRE
Je Bataillon de Stoup par celuy de Fu-
Stemberg,&par un Escadron de Conismarck
,& l'on manda à M. de la
Mothe de ne plus fongeràfaire paf-
Ser Meffieurs de Toiras & de la mote.
Paillaux à un autre Gué qu'on avoit
trouvé. Dans ce même temps,les Dragons
avec leurs Bayonnettes dans
leursfufils , les Bataillons de Conifmarck
& de Laré avec leurs Piques,
les Munitions des uns & des autres
eftant toutes moüillées , aiderent au
Regiment des Cravates à rompre le
reste de la Cavalerie ennemie , &
auſſitoſt apres M. de Calvo ſe trouvant
à l'extremité de la Hauteur,
au milieu du Pont Major,appritpar
le Sieurde la Conterie, Gentilhomme
àmoy, que le Paſſage estoit forcé, &
meſme le chemin pour descendre en
bas , qu'il cherchoit dansla grande
obscurité de la nuit pour ſuivre tes
Ennemis . Ce fut affezinutilement,
car ayant esté forcezen tous leurs
GALANT. 269
1
Poſtes, ilne leur avoit pas esté poſſible
de ſe rallierfous le grandfeu que
M. de la Mothe leur faisoitfairefur
le bord de la Riviere. Ainsi l'on ne
Songea plus qu'à ramaſſer ce qu'on
pût de Prisonniers dans les maiſons ,
& àrepaſſer la Riviere pourſe camper
à la Montagne qu'il avoit à dos.
L'obscurité de la nuit a empefche
qu'on n'ait pris la plupart de leur
Infanterie , & le grand Chemin de
Gironne a donné facilité à leur Cavalerie
de ſe retirer. Jesuisfurpris
qu'on aye pû prendre une centaine de
Chevaux. Il est inutile de donner des
éloges à Meſſieurs les Officiers Generaux
; lefuccés de la chose fait affez
voir comme ils s'y sont comportez.
M.de Rével& de Grillon culbutérent
dans l'eau,&penſerentsenoyer.
Celane les retarda pas d'un moment
dans l' Action . M. le Chevalier Duc
y areçu trois contuſions . L'on ne peut
affez loüer les Sieurs Martin , de
M 3
270 MERCURE
Sainte Riane,&de Basigan, M. de
Conismarck, & M.de Ioigny,ſeſont
jettez à l'eau,ſens en attendre l'ordre
de M. de Calvo , qui avoit peine
àſe réſoudre de le donner, voyant la
difficultédu Paſſage. Ilssesont comportez
parfaitement bien dans toute
La ſuite. Le Marquis de Gange Colone!
des Dragons, le St de Breüil,&
tous les Officiers, ontfait des chofes
qu'on n'auroit ofé attendre d'un Regiment
nouveau. Ily a peu de Combats
où l'on ait veu de part& d'au
tre tant de Gens, à qui l'on ait appuyé
le mousquet & le Pistolet dans
lateste,dont on les aveus tous brûlez,
&les Piques & Epées. Le Marquis
de Courtebonne Maréchal des Logis
de la Cavalerie , & le St de Montelas
Major General , portoient les ordres
avec netteté, & d'un gradſang
froid.M.de Zurlaube, Capitaine dans
Coniſmarck,commandant cent Hommes
, témoigna beaucoup d'activité.
GALANT .
271
La nuit ne permettant plus auCanon
de tirer , il s'avançafur la Riviere ,
où il effuya un tres grand feu avec
tousſes Gens.le loüerois la bonne vo
lontédu Marqais de Villeneuve , qui
forty d'une fiévre de huit jours , n'a
pas laissé de paſſer la Riviere avec
fon Regiment,fi cette bonne volonté
n'estoit generale dans toute l'Armée,
car il estvray que lefeul embarras
a efté de contenir les Troupes, & de
les empeſcher de tomber dans quelque
confusion par leur trop d'ardeur.
Des Soldats qui avoient esté pris
quelques jours avant l'Action , &
que M. de Bournonville m'a renvoyez
aujourd'huy, m'ont confirmé ce qu'on
m'avoit déja dit , que la Cavalerie
des Ennemis s'estoit retiréeàOftelric
avec un fi grand defordre , qu'elle
avoit laiſſe une partie de leur Bagage
en chemin. M. de Bournonvilley
arriva entre huit &neufheures du
matin. L'Armée ennemie doit estre
M 4
272 MERCURE
composée de 6000. Hommes ; plus
de 3000. que composent les Regimens,
sçavoir , ceux de D. Martin
de Guzmans ; de la Députation de
Barcelone ; de D. Antonio Serane;
de Tolade; de Ciuta ; Lacoſta, Vallence,
D. Thomaries Baſſico, Dragon
commandé par le Comte de Ranfoles,
bleffé &prisonnier,
La matiere m'accable tellement, que
je ſuis obligé de reſserrer les Nouvelles
qui me reſtent.
Tous les Officiers genéraux de l'Armée
du Roy ont eu l'honneur de dîner
avec Sa Majesté , ſous ſes Tentes au
Camp de Thulin. Le Repas fut tres
magnifique , & la joye des Conviez
extraordinaire. Quelques jours apres ,
ladiſpoſitionde ce Camp changea , &
fa tefte parut tournée vers Mons. Sa
Majesté , que le travail affidu rend in
fatigable , a eſté à la Chaſſe pluſieurs
fois apres fon retour à Valenciennes ,
&eft retournée enſuite vifiter ſon
Camp à Thulin , d'où Elle eſt revenuë.
Comme il n'eſtpoint d'occupation qui
l'empêche de faire ſes Devotions dans
:
1808
DE
LA
Trou-
M9
pes devant cette Place. Ic vous parle. ray auſſi dans la même Lettre , de tout
Attaques
,
Cam nulin, d'ou Elle est revenue .
Comme iln'eſtpoint d'occupation qui
l'empêche de faire ſes Devotions dans
ர
GALANT.
273
1
les Feſtes folemnelles , Elle les fit le
jour de la Pentecofte aux Carmes de
Valenciennes, & toucha pluſieurs Malades
. Madame l'Abbeſſe du Paraclet,
Tante de Monfieur de la Rochefoucault
a eſté pourvûë de l'Abbaye de
Noſtre-Dame de Soiſſons, que la mort
de Madame Armande - Henriete de
Lorraine a laiſſée vacante. Le Roy a
permis àMonfieur le Grand Prieur de
France , de revenir à la Cour , où il
eft préſentement. Je remets juſques au
15. de ce mois , à vous envoyer une
Relation du Siege de Luxembourg ,
afin de vous la donner complete. L'efpere
que ceux qui en ont de fidelesMémoires
, m'en voudont bien faire part
en faveur de leurs Parens , ou de leurs
Amis , qui s'y ſeront ſignalez . Voicy
un Plan de cette Place , que j'ay fait
graver , afin que vous en voyiez la
force , & par où elle a eſté attaquée ,
en attendant le corps hiſtorique que je
vous promets,du Siege. I'y joindray
une nouvelle Planche , avec toutes les
Attaques , &le Campementdes Troupes
devant cette Place. Ie vous parle.
ray auſſi dans la même Lettre , de tout
M9
274 MERCURE
A
ce qui s'eſt paſſé devant Génes. Elle
ne contiendra que ces deux Articles ,
mais ils feront traitez hiſtoriquement
& à fonds ,& je tâcheray de les purger
des erreurs qu'il eſt preſque impoſſible
d'empeſcher qui ne ſe gliffent dans les
premieres Nouvelles que l'on en écrit
au fortir d'une Action. Ceux qui les
écrivent ainſi promptement , ne peuvent
avoir le temps d'en examiner les
circonstances, & mefme il en eſt beaucoup
que la flame & la fumée leur dérobent.
Quant à ma Lettre Ordinaire ,
j'y joindray le Camp de Thulin gravé,
parce qu'il eſt beaucoup plus confidérable
que celuy de Condé , que je vous
envoye. Ie ne vous dis rien de la mort
de Meſdames les Ducheſſes de Richelieu
&de Vitry. Comme je n'ay ny
affez de temps , ny affez de place pour
enparler comme je devrois , je les ré
ſerve pour le mois prochain. Monfieur
leMarquis de Monpezat ayant eſté tué
devant Luxembourg , le Roy a donné
à Monfieur de S. Rut Lieutenant des
Gardes du Corps , le Gouvernement
de Somieres en Languedoc , qu'avoit
ce Marquis , & fon Regiment à MonGALANT.
275
ſieur de Bouligneux. On affûre que
Madame la Dauphine eſt groffe. Ie
croy ne pouvoir mieux finir ma Lettre,
que par cette agreable Nouvelle. Ie
fuis , Madame , Vôtre , &c.
I
AParis ce 31. May 1684.
Ie viens d'apprendre que la Ville de
Gironne a eſté inveſtie le 17. de ce
mois par Monfieur le Maréchal de
Bellefons.
*
ت ن
*
LIOTHEQU
DE
LYON
:
:
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
P
Rélude ,
Ballade auRoy,
Devise ,
こ
!
1
I
3
7
Arrivée de M. le Marquis de Torcy en
Portugal , &fa Reception , 8
Conſeils de la Reyne de Portugal à l'Infante.
19
Ce qui s'est passé à l'Académie Françoise
lejourde la Reception de M. de la
Fontaine. 44
Reception de M. Mery à l'Academie des
Sciences,
Madrigal ,
Réponse ,
47
49
٢٥
Sujet & Vers d'un Baletdancé à Hanover
,
Avanture de Mer ,
Mort de diverſes Perſonnes ,
Hiftoire ,
SI
67
65
67
Etat genéral de tous les Officiers de
Marine qui font préſentement auferTABLE.
vicedu Roy , 96
Madame Royale à Lyon .
Tout ce qui s'est passé à la Reception de
Mort de huit Perſonnes de marque, 127
120
Benédiction de l'Eglise du College Mazarin
, 137
Oeufsfortis d'une Loupe , 138
Description de cequ'il y a de plus remarquable
dans la Ville de Paris , donné
auPublic. 139
Depart de la Flote du Roy des Isles
d'Hieres. 140
141 Perte de l' Admiral d'Espagne,
Iournal de tout ce qui s'estfait pendant le
Voyage du Roy , des Nouvelles que се
Monarque a reçenës de ſes Armées
de terre & de mer,&de ſes Ambaſſadeurs
dans les Cours Etrangeres, avec
une exacte deſcription deſes Canons ,
& les distributions de Charges&de
Benéfices que le Roy afaites, 142
Epître de Madame des Houlieres au
Roy. 144
La Fauvette à Sapho , par Mademoiselle
de Scudery , ISI
Sonnets , 154
Réponseaux Lardons de ce mois , 206
TABLE.
Morts, 243
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes
du dernier mois ,
Enigme ,
Autre Enigme ,
247
251
253
Détail de ce qui s'eſt paſſe en Catalogne,
257
Conclusioncontenant divers Articles.272
Fin de la Table.
EXTRAIT DU PRIVILEGE
duRoy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil ,JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations , Hiſtoires,Avantures,
& autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege .
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amautry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le 18. Novembre 1683 .
GALANT ,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MANY 1684.807156
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
E Camp de Condé doit re-
Lgarderla page 178 .
La Chanſon doit regarder la
page 242.
Le Plan de Luxembourg doit
regarder la page 272.
***********
LE LIBRAIRE
50
AU LECTEUR.
J
temps.
E fuis obligé , cher Lecteur ,
de vous donner un Catalogue
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m'en demandez de temps en
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Maiſon de M. le Duc d'Anjou,12. 2.vol.4.1.
Difcours Moraux fur les Evangiles de tous
les Dimanches de Careſme de l'année , 12 .
5.vol 12.1.10.f. Le 4.& 5. Tome ſe vendent
feparé pour so f. chaque Tome.
L'Alcoran de Mahomet,traduit d'Arabe en
François, par le ſieur du Ryer, 12. 3.1.
Dialogue de la Santé, 12. 30.f.
La Sainte Bible en François , fol.Paris, 8.1.
Oeuvres de Meſſieurs de Corneille , augmentées
d'un tiers, 12. 9.vol. 18.1 .
Sciences des Notaires, de la Ferriere , 4.
4.1.10f.
Le nouveau Praticien François , de la Fer
riere, 4. 5.1.
Les Inſtituts de Juſtinien , de la Ferriere,
12. 2.vol. 4.1.
Les Hommes Illuſtres, 12. 2.vol . 4.1 .
Le Caractere de l'honneſte Homme , par
M. l'Abbé de Gerard, 12 40.f.
Saluſte traduit , par M. l'Abbé Caſſagne ,
12. 50. f. M
Triple Couronne de la Vierge , par l'Autheur
de l'année Benedictine ,4. 2.vol. 12 .
Hiſtoire des Siecles , du P. Lenfant ,
6.vol. 8.1 .
12.
Anatomie du Corps Humain,8. tout rempli
de Figures en taille douce, 4 1.10.f.
Hiſtoire des Sevarambes, 12. 6.1 ,
Oeuvres de M de la Chapelle, 12. 2.1
Oeuvres de M. Poiſſon , avec la Comedie
fans Titre, 12. 2 vol. 3. k
Oeuvres de M. Sarrafin, 12. 2.vol. 3.f.
L
De la Pureté d'Intention,par M.l'Abbé de
laTrappe , Autheur de la Vie Monaftique,
12.30.1.
Nova collectio Concilior. Balus.fol. 15.1 .
DogmataTheologica Thomafini,fol.15.1.
Careſme du Pere le Febvre Recolet , &.
2 vol . 6.1 .
Vêtures de Religieux, 8. 2.vol. 5.l.
Traitté de l'Ufage du Lait, par M.Martin,
12. 15.f.
Pharmacopée de Charras, 8. 2. vol. augmentée
d'un tiers, 6.1.
Nouvelle & facile Methode Italienne
dans ſa derniere perfection,augmentée de la
moitić, par M. l'Enfredini, 12. 30.f.
L'Amant parjure , par M. Chauvigni , 12.
20. fols,
Traitté fingulier du Blaſon des Familles
de France, par M. l'Abbéla Rocque, 12. 20.f.
- Advertiſſemens de Vincent de Cervis ,
touchant l'antiquité de la Foy Catholique,
contre les nouveautez profanes de tous les
heretiques, 12. 2. 1 . 2
Methode facile pour apprendre l'Hiſtoi
re, 12. 20.f. A
Oeuvres nouvelles de la Suſe,12.4.vol.4.1.
Hiſtoire des Grands Viſir, 12. 3. vol.4.1.10.
Hiſtoire de la Louifiane, avec une grande
Carte, 12.40.f.
Le nouveau leu du Monde , avec douze
Figures en taille douce, 12, 30.f.
LeBatard de Navarre, 12.20.f.
1
A
Ordonnance des Gens de Guerre , 12
4.vol. 12.1.
Tibere, Diſcours Politiques,parM. Ame-
Hot, 4. 5.1 .
LePrince Machiavel,traduit par M.Amelot
de la Houſſaye,12.30.f.
Le nouveau Traitté de Paix, 4. 7.1.
L'Oraiſon du Coeur, ou la maniere de faixe
l'Oraiſon parmy les diſtractions les plus
crucifiantes de l'eſprit , par le R.P. Piny, 12 .
25. fols.
Exercices que le Roy a reglé pour toute
fon Infanterie, tant Françoiſe qu'Etrangere,
& pour les Compagnies des Mouſquetaires,
&celles desGentilshommes qui font à fa
folde, 10.f. う
La Vie du R.P. Beauvau de la Compagnie
de IESUS, 12. 30.f.
Hugement de Pluton ſur les deux parties
duDialogue des Morts , 12.30.1.
Sommaire de l'Histoire de France,y compris
l'Hiſtoire de Loüis XIV. avec des Figures
entaille douce, s.vol. 12.1.
Entretiens hiſtoriques , moraux & politiques,
12. 40.f.
Oeuvres meflées de S. Euremont , 3. vol .
4.liv. 10.f.
Oraiſon Funebre de la Reine, par M.PAbbé
Flechier, 4. 20. f.
La Retraitte des Daines, par le R.P.Guilliore,
12. 30. f.
Lettres ſur la neceſſité de la Retraitte, par
Le Pere Valois, Tome ſecond, 12.30.f.le premier
ſe trouve auffi pour 20.f.
L'Ecole de Chirurgie, 12. 20.6.
Obſervations ſur les Fievres & les rebri
fuges de M..Spon, 12, 20.1.
}
1
4.
Traité des Rapports en Chirurgie , ſuivant
les nouvelles Ordonnances , par M. de
Blegny, 12. 15. f.
La pratique de l'Education des Princes,
en la Perſonne de Charles- Quint , du Sçavant
M. de Varillas Hiſtoriographe de France,
qui a fait l'Hiſtoire de Charles IX 4.6.1 ..
La Vie deMadame de Montmorency , Superieure
de la Viſitation de Sainte Marie de
Moulin, 8. 2.1.10 f.
Réponſe à M. Boffatran Miniſtre , fur la
Conferance tenuë à Niort, par M. l'Abbé de
Chalucet, 12. 30. f.
Hiſtoire de la Ligue , deM Maimbourg,
12. 2.vol. fur de tres -beau papier fin, 3. 1 .
Idem le Calviniſme, ſur detres-beau
papier, 12. 2.vol . 3.1.
Idem le meſme, 4. 6.1.
Ordonnance des Eaux & Forests , augmentées
d'un tiers, avec les Edits & Declarations
juſques à 1684. 12. 40. f.
Traité de Chevalerie, du R.P. Menetrier,
12.40.1.
Les Embleſmes du R.P. Menetrier, 8. 50.f.
Les Conferances Eccleſiaſtiques du Dioceze
de Luçon, 12.3.vol. 3.1.15.f.
Lesnouveaux Dialogues des Morts , 12 .
2.vol . 3.l.de Paris , & 30.f. de Lyon.
L'Explication de l'Edit de Nantes, deM..
Bernard, 8.3.1 .
Le Journal des Sçavans, 4.pour fix fols le
Cayer,
L'en continue à diſtribuër l'Histoire du
Regne de Charles IX. du Sçavant M.de Va
tillas, 120 3.401. 3.1.10.1.
L'on trouvera auſſi un aſſortiment de toutes
manieres , des Uſages pour les Freres
Preſcheurs , tant Meſſels , Breviaires, Diurnaux,
Offices nouveaux,Office de la Vierge ,
Proceffionaux , & autres Livres pour ledit
Ordre, tant rubrique Latine que Françoiſe.
Dans trois ſemaines ou un mois au plus
tard , je vous envoyeray l'Ecclefiaftique de
Meſſieurs du Port Royal, 8. Vous ſçavez que
c'eſt une des belles Traductions de la Bible,
&peu de temps aprés vousaurez de temps
entemps la fuite de la Bible , juſques à la fin
fans diſcontinuer. Ces Livres ſe trouveront
chez le Sieur Amaulry qui les aura .
Lemois prochainje vous donneray un Catalogue
de pluſieurs autres Livres nouveaux.
Etdans quelque temps vous aurez le 4. & f .
volume des Conferances de M. de Luçon, ils
font fous la Preffe : Et l'Hiſtoire de François
I. de M de Varillas,3.vol.4. Et Hiſtoire
des Herefies auſſi en 2 vol 4. du meſine
Autheur , & quantité d'autres dont jevous
entretiendray le moispochain.
MERCU
}
MERCURE
GALANT
ΜΑΥ 1684 .
LYGP
Uoy qu'on ait fait
beaucoup de Portraits
du Roy en Vers & en
Profe , les extraordi
naires qualitez a'ai le diſtinguent
des Souverairs que l'Antiquité
nous vante le plus , ſont en ſi
grand nombre , que dans toutes
les Peintures parlantes que l'on
fai,r de luy , on trouve toûjours
May 1684.
A
2 MERCURE
quelque choſe de nouveau.C'eſt,
Madame, ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par la Ballade
que vous allez lire. Si la matiere
a fourny de grandes choſes,
vous la verrez ſoûtenuë par de
tres-heureuſes expreſſions. Ce
petit Ouvrage eſt de Monfieur
dela Chetardye. C'eſt un homme
de qualité qui a fait paroiſtre
beaucoup de délicateſſe
d'eſprit & de ſentimens , dans
tout ce qu'il a donné au Public .
Le ſuccés qu'ont eu ſes Inftru-
Etions pour un jeune Seigneur , l'a
engagé à établir fur ce meſme
Plan le Caractere d'une Honneſte
Femme. Cette ſuite qui ne
paroiſt que depuis un mois, porte
le Titre d'Inftruction pour une
jeune Princeſſe.
GALANT. 3
AU ROY.
BALLADE.
N quelque lieu que tu porte
EN ton bras ,
Plus redoutéque Mars ce Dieu terrible
,
Quand on te voit , on met les armes
bas ;
Ates deſſeins il n'est rien d'impoſſi
ble.
Tufus toûjours triomphant , invin
cible ;
Mille Lauriers , témoins de testra
vaux ,
Sont de tes faits une preuve aſſez
claire ;
La Gloirefeule est en droit de te
plaire.
Fut- il jamais un ſi parfait Hérosa
A 2
4 MERCURE
Tu fais trembler les plus grands Potentats
.
As- tu vaincu ; doux, tranquile,paifible
,
Tufais connoître aufortir des Combats
,
Que ta fierté n'est pas inacceſſfible.
A la pitié ta belle ame eſt ſenſible ;
De l'Univers tu cherche le repos ;
Si tu punis, c'est un mal néceſſaire;
Fais - tu la Guerre , on troblige à la
faire.
Fut- il jamais un ſi parfait Heros.
Pour toy la Paix eut toûjours des
apas;
Et quand l'orgueüil d'un Prince incorrigible
Te fait fortirdusein de tes Etats,
Pour luy porter une Guerre nuiſible,
Defon malheur tonregret eft viſible.
Pour éviter de fi funestes maux ,
GALANT.
1
:
Tu te vetiens, ton grand coeurſe modere
;
Tu ne connois ny haine ny colere.
Fut- il jamais un ſi parfait Heros ?
Alaraison , que tufuis pas- à-pas ,
Tu tefoûmetsfans un effort pénible;
Ton jugemet voit tout fans embaras;
Ates regards riën'est imperceptible..
Quandillcfaut ton eſprit estflexible
Maître de toy, tu fais tout àpropos,
Tusçaispercer leplusfecret mystere;
Tusçais parler , & qar plus eft te
taire.
Fut- il jamais un fi parfait Hérose
ENVO Υ.
RoySans égalque l'Univers revere,
Pour tes vertus, pour tes faits belliqueux
,
Dure toûjours une Teſteſi chere !
A 3
5 MERCURE
En la perdant nous ceſſons d'estre
heureux ;
Carfans parlerde cet air Militaire
Qui t'a ſoûmis tant d'illustres Rivaux
,
Peut on pas dire,&paroîtrefincere,
Fut- il jamais un ſi parfait Hérose
Les Propoſitions de Paix qui
ont eſté faites par Sa majesté aux
Eſpagnols à l'entrée de la Campagne
, justifient bien ce qui eſt
marqué dans cette Balade , que
c'eſt à regret que ce grand Prince
fort de ſes Etats , pour aller
porter la Guerre à ſes Ennemis.
Monfieur Magnin , Conſeiller au
Préſidial de maçon , a fait une
excellente Deviſe ſur cesPropoſitions
. Elle a pour corps le Soleil
placé au milieu des Cieux ,
formant d'un coſté l'Arc- en-Ciel
dans une Nuë , & dans l'autre,
GALANT.
des Eclairs qu'on voit briller. Il
luy donne ces mots pour ame ,
Solis opus ,
Omen utrumque
& les expliquc par ce Madrigal...
Comme
le Soleildans les airs
Forme l'Iris&les Eclairs
Pour montrer aux Humains un diférent
préſage
Dans ſa diverſe activité
D'une douce ferenité ,
,
Ou de la foudre & de l'orage ;
C'est ainſi qu àſes Ennemis
Le Grand LOUIS préſente ou la
Paix ou la Guerre.
Ilest de tous les deux l'Arbitre fur
la terre;
Malheur à qui n'est pas ſoûmis,
Quand il fait gronder Son Tonnerre.
A 4
8 MERCURE
Je vous ay appris par ma Lettre
de Janvier , que Monfieur
le Marquis de Torcy , Fils aîné
de Monfieur Colbert de Croiſſy,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
avoit eſté nommé Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté , pour
aller en Portugal complimenter
le Roy Dom Pédro fur fon avenement
à la Couronne . Le Vaifſeau
nommé le Faucon , deſtiné
pour le paffer ; ayant eſté arreſté
par les glaces dans la Riviere de
Rochefort , n'en put ſortir que
fur la fin de ce meſme mois . Il
alla moüiller aux Rades de la
Rochelle ; mais quelques ordres
que ce Marquis attendoit de
la Cour , l'empêchérent de s'embarquer
avec toute ſa Suite avant
le s . Fevrier. Le 9. on mit à la
voile , & malgré les mavais temps
on moüilla le 16. à Caſcaye.
GALANT.
C'eſt un Fort qui eſt à l'entrée
dela Riviere de Liſbonne. Le 17 .
Monfieur de S. Romain Ambaffadeur
de France , ayant eſté
averty par Monfieur le Chevalier
de Pontac , Ayde Major de
la Marine , de l'arrivée de Monfieur
le Marquis de Torcy , le
Vaiſſeau entra dans la Riviere,
Monfieur de Villette - Murſay
qui le monte , & qui commande:
les Efcadres de Brest &de Rochefort
, qui font deſtinées pour
garder les Côtes du Ponant, ne
jugeant pas à propos de ſoûtenir
le coup de vent de l'Equinoxe
dans une méchante Rade.. Le
Navire , qui estoit garny partout:
de Flames ,de Banderoles & de
Gaillardelettes de diferentess
couleurs , falia le Fort de S..
Julien , & enſuite la Tour de
Bellin , qui rendirent le Salurg.
A
10 MERCURE
On moüilla entre cette Tour &
la Ville , & Monfieur des Granges
, Conſul François , & Commiſſaire
de la Marine , vint auſſitoſt
de la partde Monfieur l'Ambaſſadeur
, conférer avec Monſieur
le Marquis de Torcy &
Monfieur de Villette. Le lendemain
18. le Commandant fit
mettre dans ſa Chaloupe une
Bande de Violons qu'il a fur
fon Bord. Le Canot où il entra
avecMonfieurde Torcy , ſuivoit
la Chaloupe de fort prés , & ils
allérent deſcendre à Bellin , devant
ce fameux Convent , dont
la magnificence & la beauté font
ſi eſtimées . Monfieur de Villette
avoit laiſſé ordre en ſortant de
ſon Bord , que dés que les Chaloupes
auroient alargué , on fift
un Salut qui témoignaſt au Public
la conſidération qu'il avoit
GALANT.
II
pour ce jeune Envoyé du Roy.
Son ordre fut tres-bien exécuté.
CinquanteGentilshommes Gardes-
Marine
, tant anciens que
nouveaux , car il y en a de deux
Claſſes ,& fept ou huit Volontaires
ou Cadets , ſe joignirent au
Vaiſſeau , pour faire une Salve
de Mouſqueterie. Elle fut précedée
de pluſieurs cris de Vive le
Roy, pouſſez par tout l'Equipage,
& ſuivie de quinze coups de
Canon. Monfieur de Rollon ,
Premier Lieutenant de ce Vaiffeau
, & Monfieur de la Thevi.
niere Premier Enſeigne , y
eſtoient demeurez. Monfieur de
Villette avoit mené avec luy
Monfieur leChevalierde Pontac,
Monfieur de Fourbin Lieutenant,
& Monfieur de Toiſy Enſeigne,
pour groffir le Cortege de Monfieur
le marquis de Torcy , que
Meſſieurs du Pré-Guittard , de
,
A 6
12 MERCURE
rr
Gendrault , de Carel , Pécor , de
S. Maixant, & du moucel, avoient
fuivy dés ſon départ de la Cour..
On. demeura quelque temps à
viſiter les Sepulcres des Roys de:
Portugal ; & le Genéral de l'Or
dredes Hierofolymitains préſen
ta un Déjeûné fort. propre à M
l'Envoyé ,qui alla enſuite entendre
la meſſe.. Elle fut dite par M
l'abbé Arnaud , Aumônier du
Bord. Les Carroffes & les Litieres
de Monfieur l'Ambaſſadeur
arriverent fur les dix heures ,.
comme on eſtoit convenu .. On
ſe partagea pour les remplir , &
on fut conduit à l'Hôtel des:
Ambaſſadeurs, de France. Mon
fieur de S Romain ſe trouva à la
Porte , quand Monfieur le maг-
quis de: Forcy & Monfieur de
Villette deſcendirent de Carcoffe;&
apres les premiersCom
GALANT. 13
plimens , il les conduiſit dans une
Salle où l'on avoit préparé un
magnifique Repas. Les jours ſuivans
ſe paſſerent a recevoir les
Viſites du Légat , & des Ambaffadeurs
Etrangers qui estoient
en cette Cour. Le 25. Monfieur
des Granges vint avertir Mon
ſieur l'envoyé,de la part du Premier
Miniſtre , qu'il auroit Audience
le lendemain ; & comme
il avoit toûjours eu deſſein
de retenir Monfieurde Villette
juſqu'à ce jours- là , il le pria de
L'accompagner. Monfieur de Villette
, pour luy faire plus d'hon
neur , mena avec luy Meſſieurs.
de Pontac , de Rollon , & Fourbin.
Sur les dix heures l'Introducteur
des Ambaſſadeurs vint :
prendre Monfieur le Marquis de:
Torcy , avec deux Carroffes du
Roy de Portugal..Ceux de Mon
1
14
MERCURE
ſieur de S. Romain ſervirent aux
Gentilshommes qui n'y pûrent
avoir place ; &d'autres François
ſuivirent dans pluſieurs Caléches
& Litieres. Monfieur de
Torcy fut reçû avec toutes les
Cerémonies dies à ſon Caractere
, & à la grandeur du Roy fon
Maiſtre. Il fut conduit à l'Appartement
du Roye de Portugal ,
précedé de tout fon Cortege , &
fit à ce Prince un tres-beau Difcours
fur fon avenement à la
Couronne. Il y joignit des Complimens
de condoleance fur la
mort de la Reyne de Portugalſa
Femme , & parla avec une affûrance
, une grace , & une netteté
qu'on auroit admirées dans une
Perſonne qui auroit vû pluſieurs
Cours ,& paffé pluſieurs années
dans les Ambaſſades de conféquence.
Il alla enfuite chez l'in
GALANT. I
fante , qu'il complimenta auſſi
ſur cette mort. Elle luy fit une
Reponſe fort civile , apres laquelle
Monfieurde Villette s'ap
procha pour luy faire la réverence
, comme il avoit eu l'honneur
de la faire au Roy. Cette
Princeſſe luy parla en Portugais,
d'une maniere tres- obligeante .
Il répondit en François , avec
beaucoup de modeſtie ; & ces
Cerémonies achevées
retira dans le meſme ordre . M
de Villette fe prépara à partir
le 27. mais le mauvais temps &
les vents contraires l'obligérent
d'attendre un changement qui
puft le faire ſortir ſans péril de
la Riviere , qui eſt des plus dangereuſes.
Le 29. on vit arriver
un Navire vent- arriere avec
Pavillon blanc , qui apres avoir
ſalué le Fort de Bellin , ving
on ſe
16 MERCURE
moüiller derriere le Faucon , qu'il
falia. Le Capitaine apprit aux
Officiers de ce Bord , que fon
Navire , appellé le Président,
appartenoit à la Compagnie des
Indes Orientales ; qu'il y avoit
trois ans qu'il eſtoit party de
France , & fix mois de la Cofte
de Coromandel ; qu'il eſtoit richement
chargé , qu'il avoit eſté
quatorze jours à la fonde de Bel
lifle ; mais que trouvant des
vents contraires & opiniâtres, &&
coulant bas d'eau , il avoit eſté:
obligé de relâcher aux Ifles de
Bayonne , d'où ayant envoyé ſon
Lieutenant avec ſa Chaloupe à
Vique , pour y faire des rafraî
chiſſemens , & demander du
fecours , cet Officier avoit eſté
arreſté , & qu'il n'avoit appris la
declaration de la Guerre , que
par cet acte d'hoſtilitédesEſpar
GALANT.
17
د
gnols ; qu'il avoit enfin eſté contraint
d'entrer dans la Riviere de
Lifbonne tant pour radouber
ſon Navire , que pour prendre
des vivres & de l'eau , dont il
manquoit. Monfieur de Villette
y envoya aufli - toft un Officier
pour le viſiter , & il y mena enfuite
fes Charpentiers , qui travaillérent
avec tantde diligence,
qu'en moins de deux jours il fut
en état de tenir la Mer. Les autres
fecours ne furent pas épargnez
; & ce Vaiffeau qui avoit
couru tant de dangers fit le 3.
d'Avril la route de France ſous
une Eſcorte tres fûre.
Je ne puis quitter Lifbonne,
fans vous dire que le Portugal
fait toûjours paroiſtre une tresſenſible
affliction de la perte de
fa Reine. Cette Princeſſe ne
brilloit pas moins par ſa grande
18 MERCURE
pieté , & par la ſolidité de ſon
eſprit , que par ſa Couronne.
Elle avoit écrit de ſa propre main
des Conſeils pour l'Infante ſa
Fille , que l'on a trouvez apres ſa
mort. Je vous envoye une Copie.
Elle me vient d'une main ſi
fûre,que vousy pouvez ajoûter la
meſme foy que vous donneriez
à l'Original . Il n'y a point à douter
que l'Infante de Portugal ne
foit toute diſpoſée à s'en ſervir
tres-utilement. On a toûjours
parlé de cette jeune Princeſſe
d'une maniere ſi avantageuſe ,
qu'il ſemble meſme qu'elle n'ait
pas beſoin de ces Conſeils. Sa
beauté répond à ſa vertu , & l'on
trouve en elle tout ce qu'il ya
de qualitez qui peuvent rendre
parfaite une Perſonne de cette
naiſſance.
GALANT.
19
CONSEILS
DE LA
REYNE DE PORTUGAL
A L'INFANTE .
Stemp
I ma main pouvoit ſuivre mon
coeur , & le defir que j'ay de
contribuer par mes conſeils à l'établiſſement
ſolide de vostre repos
& de vostre bon- heur , ceux que
je vay vous donner dans ce Papier,
feroient auſſi efficaces &persuasifs,
qu'ils feront finceres & affectueux .
Ie commenceray par le premier de
nos Devoirs , qui est envers Dieu,
comme le principal fondement de
vostre Fortune éternelle & temporelle.
10 MERCURE
CHAPITRE I.
Du Devoir envers Dieu .
N'Engagezjamais vostreCom Science pour que ce foit
évitez les pechez qui vous feroient
perdre la grace de Dieu , plus que
tous les autres maux ; & vous per-
Suadezbien que pour estre heureuſe,
mesme en cette vie , ilfaut s'entretenir
bien avec Dieu ; que fans cela
il arrivera mille chofes qui vous
troubleront , &qu'enfin , ma chere
Enfant , le peché est un si grand
mal, que moy qui donnerois ma vie
pour conſerver lavostre,par semesme
principe de veritable amour, j'aimerois
mieux vous la voir perdre,
que de vous en voir commettre un
feul, qui vous rendiſt indigne de la
grace de Dicu , puis que c'est cette
GALANT. 21
mort de la grace que nous devons
plus craindre dans tout ce que nous
aimons & dans nous- mémes , que
tous les malheurs de cette vie , &
mesme la mort.
Si par malheur vous vous eſtiez
laissée aller à quelque chose contre
voſtre Confcience, & que vous cruffiezestre
mal avec Dieu, ne demeurez
point dans cet état , mais re
mettez - vous le plûtoſt que vous
pourrez , ayant quelqu'un avecqui
vous traitiez de vostre interieur
avec confiance & ouverture , afin
qu'il vous encourage , & vous aide
àfortir du peché , & des occafions
qui s'en pourroient préfenter ; car,
ma chere Enfant , rien n'est plus
propre pour s'en détourner , ny plus
eceffaire pourle repos de l'ame ,
pour la satisfaction ſpirituelle &
temporelle du coeur , que cette ouverture
que je vous conseille , puis
22 MERCURE
que fans elle on est toûjours douteux
& craintif ſur les moindres
mouvemens qui s'y paſſent , &fur
tous les évenemens de la vie , dont
on ne peut juger fainement , ny se
confiersûrement , qu'à une Perſonne
, dont la prudence , la fidelité
& la pietéſolide nous font tout-àfait
connuës.
Les pechez où les Grands tombent
plussouvent , & qui ſont d'autant
plus dangereux qu'ils y prennent
moins garde , font les médi-
Sances , que l'on dit , ou que l'on
entend trop librement ; la haine ou
la vangeance , la colere ou l'emportement
, les injustices qu'onfait,ſoit
en écoutant ou croyant trop facilement
les rapports , ſoit en condam
nant les Gens ſans les entendre ,
Sans estre bien informez , foit en ordonnant
des choses , ou recommandant
des affaires qui ne sont pas
GALAN Τ.
23
- juſtes , ſoit en ſe laiſſant Surprendre
, & protegeant des Perſonnes
contre droit & raiſon ; enfin les
diviſions qu'on entretient & que
l'on fomente , & les defordres aufquels
on ne remedie pas quand on
le peut & qu'on le doit , lapréoccupation
d'esprit contre de certaines
Gens , & l'abus que l'on fait defon
crédit &defon authorité.
Gardez- vous sur tout de la Flaterie
, qui est lapestedes Cours , نم
La contagion la plus pernicieuse, &
laplus aisée às'introduire dans le
coeur des jeunes Princeſſes , que l'experiencene
peut pas aider àſçavoir
diftinguerle faux d'avec le vray.
zéle de ceux qui les approchent.
Souvenez vous donc , maprétieuſe
Enfant , que ceux qui vous flateront
ſur vos defants , qui ne vous
parleront que de ce qui peut vous
plaire, fans ſefoucier que cesoit
24 MERCURE
aux dépens de voſtre réputation &
de vostre confcience , &qui ne vous
avertiront jamais de ce qui peut
regarder l'une & l'autre , ne cherchent
que leur intéreſt & leur Fortune
auprés de vous , & ne vous
aiment que par rapport à leurs
avantages ; & au contraire , ceux
qui vous diront la verité au peril
de vous déplaire , qui craignent
que vos actions ne soient blåmées,
& vous avertiſſent de celles qui
peuvent l'estre , de ceux qui les
applaudiſſant devant vous , font
les premiers à les cenſurer envoſtre
absence , estimez les comme les plus
fideles & les plus Zélez; car il est
bien plus facile de flater les Princes
que de leur dire la verité ; &
ceux qui prennent le dernier party
ne sçauroient estre trop eſtimez,
puis que c'est une marque de l'affection
la plus pure & la plus
definte
GALANT.
25
* desintereſſée. Ilfaut cependant di.
ſtinguer le genre d'esprit de ceux
qui la diſent ; car il y a des Per-
Sonnes siportées à censurer , & fi
difficiles àfatisfaire , qu'elles trouvent
à redire juſqu'aux moindres
bagatelles , & se font mesme un
honneur d'estre tenuës pour telles,
&de parler librement aux Princes,
pour en estre plus loüćes dans le Public.
Deflors la verité perdſa vertu
dans leur bouche ; car outre qu'elle
y estsouvent alterée , elle estsi intéressée,
qu'elle ne peut plus estre
creve ny estimée , puis que ces Per-
Sonnes en font une oftentation qui
leur en ôte tout le mérite.
Ily en a d'autres qui diſent la
veritépar un esprit de vangeance
d'envie contre ceux que les Princes
favorisent. Elle leur doit estre
auſſiſuſpecte que dans les premiers;
puis que le principe en eſtgâté, tes
May 1684.
B
26 MERCURE
۱
Suites n'en doivent estre gueres pures
ny fidelles. Apres avoir bien
examinéle defintereſſement de ceux
qui la diront , la droiture de leur
intention , & l'affection qui les obli–
geàparler, encouragez- les à conti
nuer cette zélée conduite , en leur
témoignant de l'agrément ; car les
Princes doivent ouvrir l'oreille àla
verité , & la fermer à laflaterie,
en montrant entendre l'une avee
plaisir , & l'autre avec mépris . Je
me suis un peu trop étenduë fur ce
point , qui appartient plûtoft à la
conduite que nous devons garder envers
nous - mesmes , qu'à celle que
nous devons tenir envers Dicu ,
quoy que par les ſuccés & les con-
Sequences il ne laiſſe pas d'y avoir
du rapport ; mais je l'ay jugé
important pour une jeune Princeffe
qui va eſtre entourée d'Admirateurs
, & qui n'entendra retentir
GALANT.
27
par tout que l'Echo de ſes loüanges
, que mon Zéle m'a emporté
plus loin que je n'avois crû. Je're
viens à ma premiere matiere. Re
glons , ma chere Enfant , voſtre
Journée , de maniere qu'elle puiſſe
estre agreable dans son commencement
& dansſa ſuite à celuyà qui
nous devons les consacrer toutes ,
malgré les diverſes occupations &
les divertiſſemens,qui en rempliront
une grande partie.
Tous les matins vousferezen vous
éveillant , une élévation de coeur à
Dieu , & quelque courte priere.
Quand vous ferezhabillée , vous
vous retirerez un quart d'heure
dans vostre Cabinet ;& là , apres
avoir adoré voſtre Createur , &luy
avoir demandé sa protection pour
Toutlejour , vous lirez quelque
Pensée Chrétienne , ou quelque
Chapitre , ou de l'Imitation , ou de
B 2
2.8 MERCURE
l'Introduction à la Vie Devote , en
faisant réflexion sur ce que vous
aurez lû , & vous demandant à
vous- meſme de quelle maniere vous
le pratiquez. Vous examinerez, le
profit que vous en pouvez tirer , &
finirezparune ferme reſolution de
ne point offenfer Dieu dans cette
journée- là , prévoyant en genéval,
& s'ilse peut , en particulier , quelque
bien que vous y pouvezfaire.
Ensuite entendez la Meſſe avec
respect & avec attention , Sans y
parler à personne , & faites pendant
ce temps-là les Aites interieurs
de Foy , d'amour de Dieu , de
regret de vos pechez , que vousvous
Serez preſcrits. L'apreſdînée ayez
un temps reglé , où vous ferez une
demy heure de Lecture Spirituelle
de quelque bon Livre que v. a trou
Spirituelle
verez le plus propre àvous toucher;
accompagnez-la de quelque pratiGALANT.
29
que de devotion. Faites tous lesfoirr
vos Prieres accoûtumées , & voft e
Examen de Confcience , avant que
de vous toucher , voyant en quoy
vous aurez pû déplaire à Dieu pendant
cette journée- là , & fi vous
avez gardé l'ordre que vous vous
eſtiez proposé. Vous luy demanderez
ensuite pardon de coeur ,
réſolvant de mieuxfaire à l'avenir.
Faites vos Devotions tous les quin-
Zejours,& ayez la veille une demybeure
d'entretien avec vostre Con
feſſeur , pourvousy difpofer.
CHAPITRE IL
en
Du Devoir envers ſoy-même.
Nous metter
E vous mettez pas de mé-
, en vous aigrifſant
& vous chagrinant vous
mesme , sur tout pour les choses
B 3
30
MERCURE
7
1
ordinaires. Ne vous laissezpoint
aller à de certaines paſſions fortes&
violentes ; & quand vous vous en
fentirez émeve , remettez à une
autre heure , ou à un autre jour ,
ee que vous voudrez faire ou dire
en ce moment- là , afin de ne rien
faire dont vous ayez lieu de vous
repentir quand il n'en Sera plus
temps.
Pour vous rendre moderée &
raisonnable , réprimez chaque jour
trois ou quatre petits mouvemens
qui s'éleveront , de colere , d'impa
tience , de chagrin , de promptitu
de , d'oppoſition à voſtre volonté &
à voštre génic , les offrant à Dieu
dés le matin , & vous persuadant
que c'est le ſacrifice le plus agreable
que vous puißiez luy faire ,
le moyen le plus efficace pour vous
attirerfes graces .
Les trop grands deſirs de plaire
GALANT.
31
&d'estre louée ; l'ambition déreglée
; la présomption que l'on a de
Joy-meſme ; la liberté qu'on ſe donne
de tout faire & de tout dive ; les
empreſſemens excessifs & quelquefois
chagrins pour tout ce qu'on
veut se choquer aisément des
moindres choses que nos inférieurs
& nos Domestiques ne font pas à
nostre gré , font dans les Princes
des defauts ordinaires & journa
liers , auſquels vous devezprendre
garde , & qu'ilfaut que vous
tâchiez d'eviter le plus que vous
pourrez
:
CHAPITRE III .
Du Devoir dans le Domeſtique.
C
E Point est fiimportant que
je ne puis m'empêcher de m'y
étendre , puis que de la conduite
B 4
32
MERCURE
que vous y tiendrez dépend le boxheur
ou le malheur de toute voſtre
vie , & par conſequent celuy de vos
Peres , & de toute cette Couronne
, dont vous devez faire la felicité
..
Vous devez conferver le respect,
L'obeiſſance & l'amour à ceux qui
vous ont donné la naiſſance , puis
que celuy que vous devrez apres
voſtre Mariage au Prince que Dien
vous aura donné pour Epoux , s'ac
corde tres- bien avec les devoirs que
vous ne pouvez vous diſpenſer de
rendre àvos Peres , &que vous devez
eſtre l'union & le lien de toute la
Famille ; de forte qu'apres les
motifs du devoir & de la vertu ,
qui vous obligent d'avoir pour ce
Prince toutes les complaifances poffibles,
ce que vous devez rechercher
le plus , eſt de le gagner pour l'unir
davantageàvos Parens , & eux à
GALANT.
33
luy. C'est à quoy vous devez vous
appliquer plus qu'à aucune autre
chofe.
Dans ce deſſein , évitez tous les
rapports , quelques vrays qu'ils
vous paroiffent , tous les conseils ,&
tout ce que vous pourrez croire qui
feroit capable d'alterer cette bonne
intelligence ; car un intéreſtſecret,
une paſſion couverte , l'imprudence
ou le zele indifcret des Perſonnes
qui approchent des jeunes Princes,
c'est ce qui trouble ordinairement les
Cours. Appliquez -vous auffi tres-foigneusementàbien
cõnoître l'humeur
&le génie de ce Prince afin d'entrer
dans toutes les choses qui pourront
luy plaire , quand méme elles ſeroient
opposéesau voſtre.Ayez de la
complaisance pour ſes volontez &
our fess inclinations , en tout ce
qui ne bleſſera point voſtre conscien
ce;Suportez doucement ſes defauts
B
34 MERCURE
chacun a les ſiens , & ne dites rien
qui puiſſe le choquer ou tuy déplaire,
particulieremet dans les temps qu'il
aura quelque chagrin , ou qu'ilfera
de méchante humeur. Laiffez-la
paſſer fans l'aigrir par des réponſes
dures ouféches ; mais apres qu'elle
Sera entierement diſſipée , s'il a fait
ou dit quelque chose de contraireà
la raison , faites- le revenir avec
douceur , l'en faisant adroitement
apercevoir par careſſes & par rai-
Sons. Vous le gagnerez plus aifément
de cette maniere en peu d'années
, que vous ne feriez par une
contraire en plusieurs. Vous de
vez mesme faire ſemblant de ne
point prendre garde à beaucoup
de petites paroles & manieres qui
échapent quelquefoisfans intention
&parhumeur , &qui ne sont poin
de confequence , afin de ne pas
venirſouvent à des éclairciſſemens
GALANT.
35
qui fatiguent & aigriffent l'esprit
à la longue , quand ils font trop
reïtérez. Ces petites choses nevalent
pas qu'on en prenne de chagrin,
ny que l'on en donne aux autres .
De plus , en les méprifant on s'établit
une vie aisée qui plaiſt aux
jeunes Gens. On ne s'embaraſſe pas
fi facilement Soy - mesme de chagrins
inutiles , & l'on s'acquiert
l'estime& la bienveillance de fon
Mary ; car quand il remarquera
que vous souffrez doucement
Ses petites humeurs , que vous to
lerez ſes defaurs , fans relever
mille petites bagatelles qui pourroient
caufer des disputes entre
vous ; qu'enfin vous étudiez ſes
inclinations , & que vous vousy
accommodez , quoy que quelquesunes
foient contraires aux voſtres ,
vous gagnerez infailliblement fon
coeur.& vous remplirez parfaite
B 6
36 MERCURE
ment les devoirs que Dieuvous pref
crit en vers vostre Mary & envers
vos Peres , puis que l'amour , la
complaisance , l'union que vostre
conduïte établira entre vous , vous
donnera toute forte de facilité pour
ceux que vous rendrezà vos Parens
qui vous aiment fi tendrement , ens
inspirant les mémessentimens àvôtre
Mary. & enfin uniffant fi forte..
mentfon coeur avec le vôtre & avec
Les nostres que les quatre n'en faffentjamais
qu'un.comme je l'espere de voss
bonnes inclinations , de vostre doci -
lité,de vostre esprit , &fur tout
de la grace de Dieu , auquel vouS;
devez recommander, particulière..
ment vostre conduite en cette rencontre
, qui est la plus importante
de voſtre vie , & demander qu'il
vous inspire ce qui fera le plws
convenable pour sa gloire , & pour
vostre bonheur eternel & temporel..
GALANT..
37
S
4
Fay sià coeur l'un & l'autre , que
voulant vous donner des Conſeils
courts & abregez , dont je puiſſe
vous faciliter de vive voix la pratique
dans les occafions qui s'en
offriront ,& qui vous fervent feulement
de Mémoire pour vous en
rafraîchir l'idée de temps en temps ,
je me suis étendue fur un détail
de choses qui pourront vous fatiguer
; mais je les ay trouvées fi
néceſſaires ; que je n'ay pas voulu.
fier à ma mémoire le defir que j'avois
qu'elles s'imprimaſſent fortement
dans la voſtre , & jay mieux:
aimé laiffé couler ma plume , que
de luy laiſſer perdre une feule parole
qui vous pust estre utile furr une
matiere si importante. Je viens
aux: Avis qu'on doit vous donner
touchant vostre Domestique inférieur
, dans lequel on paſſe la plus
grande partie desa vie , & avea
38 MERCURE
lequel il est tres-à-propos desçavoir
Se conduire prudeminent . r
Pour cela vous vous donnerez
de garde des Domestiques dont
vous aurez reconnu l'Esprit inquiet
&turbulent , capable de conſeils
violens , de donner des ombrages
&des foupçons fort legerement .
de faire des rapports dangereuxſous
prétexte deZéle.
Vous ne fierez point fans néceffité
des fecrets d'importance à des
Domestiques , & particulierement
à Femmes , qui d'ordinaire ont moins
de prudencepourse taire, &plus de
facilitéàſe laiſſerſéduire ou trom
per, & qui se laiſſant gagner , ow
venant à eftre enfin mécontentes ,
pourront les découvrir au préjudice
de vostre intéreſt , & de vostre réputation.
Ily a peu de Princes qui
dans leur jeuneſſe ne faff nt sur cela
des fantes , dont ils ont enfuite
GALANT. 39
4
be loisir de se repentir , & il s'en
trouve bien peu qui n'ayent auprès
d'eux des Gens qui les trabiffent ;
& bien souvent ce font ceux à qui
ils ſefient davantage.
Ne vous engagez point Secretement
à donner à ceux-cy ou à ceuxlà
des récompenfes éloignées ou futures
, qui ſoient confiderables ; mais
faites leur seulement esperer que
vous aurezégard à leurs fervices
& à leur fidelité , & ne promettez
rien d'une maniere qui vous oblige
à tenir vostre parole , fi vous ou
eux veniezà changer , ou que l'état
préſent des choses ne vous per
mist pas de le faire ..
Vous nesouffrirez ny n'entretien
drezaucunes diviſions ou partys entre
vos Domestiques . Quand on ne
favorise ny l'un ny l'autre , ilsfont
- tous contens ; quand on en appuye
quelques - uns contre les autres, ceux
40 MERCURE
contre qui l'on s'est déclaré , font
`autant d'Ennemis que l'on a dans
La Maiſon , qui murmurent & Se
plaignent , & qui vont redire &
empoisonner tout ce quiſe paſſe. On
en estfort malfervie ; & en tout
cas cefont Gens que l'on peut gagner
quand on voudra contre leurss
Maistres.
Vous aurez foin que Dieu foit
Servy dans vostre Domestique. Vous
n'y fouffrirez point de defordre , &
ferez enforte qu'on yfoit perfuadé
que vous estimez & favoriſez la
vertu dans ceux en qui vous las
connoiffezdroite &fincere. Outreleſervice
de Dieu , que nous devons:
toûjours regarder préferablement
au nôtre,vous fereztoûjours mieux
fervie de ceux qui luy seront fidela
lesa.
GALANT.
41
CHAPITRE IV .
Du Devoir envers fes Sujets ..
Ous travaillerez avec ſoin à
vous faire aimer de vos Sujets
, en les traitant avec une bonté
& une douceur qui n'abaiſſe point la
Majesté, & qui ne les en approche
point trop , mais qui leur inſpire le
respect & l'amour , contentant de
parole ceux qu'on ne peut fausfaire
dans ce qu'ils demandent , n'offençant
jamais perſonne par un mépris
, par une raillerie , ny par une
réponſe piquante ; car par ces manieres
on sefait des Ennemis qui'ne
reviennent jamais , & elles sont
beaucoup plus blamables dans les
Princes que dans les Particuliers ,
dont les offenses neſont pas des playesfi
considérables , & dont la con42
MERCURE
2
duite n'est pasfi exposée à la cen-
Sure publique. Vous excuſerez les
defauts de ceux qui ont le privile.
ge de vous approcher , & vous ne
permettrezpas qu'on les publie en
vostre préſence.
Vous écouterezdoucement ce que
les Gens auront à vous dire , ſoit
pour vous demander des graces ,
Soit pourſe justifier de quelques accufations
; mais vous ne vous re-
Soudrezpas à les croire , ny à leur
accorder ce qu'ils vous demanderont
, qu'apres avoir bien examiné
les choses ; enfin vous montrerez à
tous de la clemence & de la com .
paſſion , &fur tout vous ferezparoiſtre
beaucoup de moderation &
d'équité dans toute vostre conduite,
car c'est ce qui attire davantage
l'amour& l'estime des Sujets.
Voila , ma chere Enfant , ce que
L'interest que je prens en vostre
GALANT.
43
1
gloire , voſtre réputation , &voſtre
# prétiense Personne,me dicte. I'efpere
que ces Conſeils vousferont encore
plus utiles à l'avenir qu'à préſent,
quoy que les lumieres que je vois
dans vostre esprit , & les bonnes
inclinations que vous avezfait pa-
-roiſtre dés vostre tendre jeunesse,
me donnent ſuiet de croire qu'en
devançant le petit nombre de vos
années , vous sçaurez mettre en
pratique les Conſeils que l'ay mis
Sur ce Papier , &enfurpaſſer mesme
la perfection , & qu'ainsij'auray
la joye de vous voir aiméc & admirée
, non seulement de ce Royaume
, mais de toute l'Europe , com.
me la Princeſſe du monde la plus
accomplie & la plus Chreftienne.
Dieu vous en faſſe la grace ; mais
foyez bien convaincue avant toutes
que c'est à luy ſeul que
vous en devez la gloire&le bonchofes
,
44 MERCURE
heur , puis que le vostre dépend
uniquement de fa divine bonté , &
de la fidelité que vous ferez voir
pourfonService.
Je vous ay fais remarquer que
la mort de Monfieur Colbert , &
celle de Monfieur de Bezons ,
avoient laiſſe deux Places va
cantes à l'Académie Françoiſe .
Monfieur de la Fontaine , &
Monfieur Deſpreaux , ont eſté
nommez pour les remplir. On
n'a encore reçeu que le premier,
parce que Monfieur Deſpreaux
a ſuivy le Roy en Flandre. La
Compagnie s'eſtant aſſemblée
le Mardy 2. de ce mois , Monfieur
de la Fontaine ouvrit la
Séance par un Eloge qu'il fit des
des Protecteurs de l'Académie ,
ſuivant ce qui ſe pratique dans
une pareille occafion. Il parla
enfuite de ceux qui compoſent
GALANT.
45
aujourd'huy cet illuſtre Corps,
comme de Perſonnes pleines de
lumieres en toutes fortes de
Sciences , & qui ne ſont pas
moins eſtimables par leur grande
pieté , que par leur profonde
érudition. Il ajoûta , qu'en les
pratiquant , leur exemple luy
feroit tres-profitable ſur toutes
ces choſes. Monfieur l'Abbé de
la Chambre , qui eſt préſentement
Directeur , répondit à
Monfieur de la Fontaine , qu'il
avoit un mérite original , & qu'il
le loüeroit encore davantage , ſi
ſa profeffion le pouvoit permettre.
Il s'étendit ſur les loüanges
de la Compagnie , également
appliquée à l'Etude ,& à tout ce
qui regarde le Chriſtianiſme , &
fit voir que l'Académie eſtoit
dans une année de douleur , à
cauſe de la perte de l'auguſte
46 MERCURE
Epouſe de LoüIS LE GRAND
fon Protecteur , & de Monfieur
Colbert , qui avoit un ſi grand
ſoin de faire fleurir les Arts &
les Lettres. Apres cela , Monſieur
Perrault lût une Epître
Chreſtienne de conſolation àun
Homme veuf. On la trouva
digne d'un Eſprit qui ſçait régner
ſur ſoy-meſme. Apres la
lecture de cet Ouvrage moral ,
Monfieur Quinaut fit celle de
deux Chants de ſa Deſcription
de Sceaux , qui furent tresapplaudis
; & Monfieur de Benſerade
lût une Traduction du
Miferere, qui doit eſtredans des
Heures auſquelles il travaille
pour le Roy. Monfieur de la
Fontaine qui avoit ouvert la
la Séance , la ferma par une
Epître en Vers , adreſſée à Madamede
la Sabliere. Cette Epître
GALANT.
47
• fait connoiſtre que tous les plaifirs
font faux & qu'il n'y en a
aucun veritable que celuy de
ſervir Dieu .
Quelques jours avant que
cette Reception euſt eſté faite ,
Monfieur l'Abbé de Lanion
avoit préſenté Monfieur Mery ,
Chirurgien de l'Hôpital Royal
des Invalides , à l'Académie des
Sciences . C'eſt un Homme conſommé
dans toutes les choſes
qui regardent ſon employ & qui
eſt depuis peu de retour de Portugal
, où Sa Majesté l'avoit
envoyé comme un des plus habiles
Homme de ſon Royaume,
&qui euſt pû foulager , & mefme
guérir la Reyne , s'il fuſt
arrivé aſſez toſt pour luy donner
du ſecours . Son mérite eſtant
genéralement reconnu , il fut.
receu avec un tres-grand ap
48 MERCURE
plaudiſſement de tous ceux qui
compoſent cette ſçavante Compagnie
ſous le nom d'Académie
des Sciences.
Ie vous envoye un Madrigal
quia eſté fait pour une aimable
Demoiſelle de Dijon , dont vous
connoiſtrez l'eſprit par ſa Réponſe.
Ily a beaucoup de galanterie
dans l'un & dans l'autre. L'Autheur
du Madrigal eſt fort eſtimé,
& l'on ne s'étonne point que
tout ce qui part de luy ſoit ſpirituel
, apres les actions qu'on luy
aveu faire.
粉粉粉
SUR
GALANT.
49
SUR LA MORT
DU MOUTON,
Favory de Mademoiſelle
D ....
L
A Bergere Doris , honneur de
La Prairie ,
Plaignoit tendrement un Agneau
Qu'une trop prompte maladie
Venoit d'ofter àfon Troupeau ;
Quand Mirtil agité d'amoureuses
alarmes ,
Luy dit , vous foûpirez pour des
Sujets legers ;
La perte d'un Mouton vous fait
verſer des larmes ,
Et vous voyez mourirfr. spitié les
Bergers.
May 1684. C
50
MERCURE
C
REPONSE.
Viconque s'oppose à mes
pleurs ,
Nefait qu'augmenter mes douleurs.
Lors que l'on perd ce que l'on aime,
Et dont on eft aimé de mesme,
Les pleurs nous font permis , & ne
font point légers ;
Je pleure mon Agneau , j'en regrete
les charmes ;
Je pourrois pleurer les Bergers ,
Maisje n'en connois point qui mérite
mes larmes .
Il y a longtemps que je ne
vous ay parlé de Hanover. Cette
Cour , qui fuit toutes les manieres
de celle de France , l'imite
auffi dans ſes divertiſſemens.
Le Ballet qu'on y a dancé depuis
peu , en eſt une marque. Une
GALANT. 51
,
Troupe de jeunes Gens des plus
qualifiez , voulant régaler d'une
petite Maſcarade Madame
# Sophie- Charlote de Brunſvvic
& de Lunebourg , Fille de Mon--
ſieur le Duc de Hanover , ſe
4 déguiſa en Princes Indiens ; &
l'Amour qui les conduiſoit , les
préſenta à cette Princeſſe. Un
grand Concert d'Inſtrumens qui
fit l'ouverture du Ballet , préce-
- da ce Dialogue , que chanterent
deux Zéphirs.
1. ΖΕΡΗIR .
Our chanter les vertus de l'au-
Pourguste Sophie ,
Préparons nos Concerts charmans,
Du Dieu favorable aux Amans,
L'ordre nous y convie.
II . ZERHIR .
Peut on former une plus noble envie?
C 2
52
MERCURE
Obeiſſons àses commandemens .
1. ΖΕΡHIR.
Publions en tous lieux sa beauté
Sans égale ,
Deſes yeux pleins de feux vantons
les traitsfi doux.
Les puiſſans charmes qu'elle étale,
Bleffent les coeurs d'inévitables
coups.
11. ΖΕΡΗIR .
Son teint de Lys & de Roses ,
Si vif& fi délicat ,
Ternit les plus belles choses
Parfon brillant éclat ;
Et la Nature qui l'afaite ,
Apris plaisir à la rendre parfaite
Non , non , jamais le Soleil
Neforma rien de pareil.
Ι . ΖΕΡΗIR .
Heureux , dont l'ardeur fidelle
GALANT.
53
Luy coûteroit quelques tendres
Soûpirs.
1
ΙΙ . ΖΕΡHIR.
Une conqueste fi belle ,
D'un grand Héros mérite les defirs.
Ι . ΖΕΡΗIR.
Qui feroit affez teméraire
De prétendre luy plaire ,
Sans avoir un fort glorieux ?
C'eſt aux Fronts couronnez d'eſpérer
cettegrace,
Et l'Amour puniroit l'audace
De tout autre Ambitieux .
ΙΙ . ΖΕΡΗIR .
Mais déja luy-mesme en ces lieux
Vient pour commencer la Fefte
Qu'enſa faveur il appreſte .
C
3
54
MERCURE
LES DEUX ZEPHIRS
enſemble.
Animons nos voix ,
Et diſons cent fois ,
Il n'est rien dans lavie
De plus beau que Sophie.
I. ENTRE'E.
Pour l'Amour , repreſenté par
Mr Grotte le cadet.
Aux plus lointains Climats on connoît
mon Empire ;
Je rangeſans égard les Mortelsſous
mes Loix ;
Et Bergers , & Princes ,& Roys,
Tout le mondeàson tourſoûpire.
Belle Princeſſe, enfin il est temps que
vos yeux
Apprennent que jesuis le plus puif-
Sant des Dieux.
Le brillant de vostre jeuneſſe
GALANT.
55
N'a point encore esté capable de tendreſſe
;
Mais j'ayforgépour vous de redou
tables traits ,
Dont vous n'échaperez jamais .
Cependant , charmante Sophie,
Dans l'attente dufier Vainqueur,
Que je rendray bientoft maistre de
voſtre coeur ,
Goutezlesdouceurs d'une vie ,
Quifans ceſſe de joye &de plaiſirs
Suivie ,
Faſſe admirer voſtre bonheur.
Ces Princes Indiens que vous voyez
paroiſtre ,
Par leurs Dances wont rendre hommage
à vos Beautez ;
Et mesfoinsferontſouvent naître
Et de ſemblables jeux ,& de ces nouveautek.
C 4
MERCURE
II . ENTRE'E.
Pour un Prince Indien , repreſenté
par Mr Grotte l'aîné.
L'Amour qui s'attache à vous
plaire .
Princeſſe , a résolu de toucher voſtre
coeur ;
Heureux fipour mefatisfaire ,
Il le rendoit , belas , ſenſible en ma
faveur.
Pour un autre Prince Indien,re
preſenté par Me Ogden .
Pour noſtre Nation barbare,
Cette conqueſte a trop d'appas,
Et nous rougirions tous qu'une Beau
téſi rare
Regnaſt dans nos foibles Etas.
GALANT. 57
III . ENTRE'E .
Pour une Princeſſe Indienne, repréſentéeparMademoiselle
la
Baronne de Platten.
LeCiel luy doit une Couronne ,
Et l'Amour l'unira par d'illustres
liens ;
Mais quoy que Princes Indiens ,
Ce n'estpas pour vos coeurs qu'un fi
grand prix ſe donne.
Pourune autre Prineeſſe Indien- :
ne, repreſentée par Mademoiſelle
de Vitrac.
Oüy , c'eſt porter trophaut levolde
vos defirs ;
Enfaveur de vosfeux, c'est en vous
loirtrop croire..
Contentez- vous de lagloire
De luy fournir desplaiſirs..
C
58
MERCURE
IV. ENTREE.
Pour un troiſiéme Prince Indien,
repreſenté par Me le Baron de
Platten.
Un teméraire orgueil n'enfle point
mon courage ,
FeSçay , graces au Ciel , regler mes
paſſions ,
Et je borne mon avantage
Ade moindres affections.
Ilfaut à l'auguste Sophie
و Unfort qui ſoit digne d'envie
Et l'Univers n'a point de Roys
Qui puiſſent faire un plus
beau choix.
Pour mériterſa bienveillance ,
Mélons nos pas enſemble, &formons
milleveux ;
Elleſe plaiſtfort à la Dance ,
Et recevrapar là nos reſpects &nos
vaux.
GALANT .
La cinquième Entrée fut
mêlée par repriſe de cette
Chanfon .
Beautez , qui d'un Amant
Evitez l'engagement ;
Pardes ardeurs eternelles
Laiſſez, laiſſez- vous charmer ;
Le grand plaisir est d'aimer ,
Quand on trouve des coeurs fidelles.
Quefervent les appas
D'un Objet qui n'aime pas ?
En vain les Ames cruelles
Refuſent de s'enflâmer ;
Le grand plaiſir est d'aimer ,
Quand on trouve des coeurs fidelles.
La fixiéme Entrée fut mêlée
de cette autre Chanson ..
Profitezde la jeunesse ,
Foüſſez de vos beaux jours ;
N'attendezpas l'importune vieilleffe
G6
60 MERCURE
Elle bannit les Jeux &les Amours
Un jeune coeur ſans tendreſſe
Paffe des momens affreux ;
Suivez l'Amour , trop de fierté le
bleffe,
Sans ſes douceurs on n'est jamais
heureux..
Apres ces fix Entrées , les
deux Zéphirs animant toute
cette belle Jeuneſſe , chanterent
cesVers..
Chantons , dançons , tout est tran
quille
Dans cet agreableSéjour.
Ah, le charmant az le !!
N'yparlons que de jeux, de plaisirs,
&d'amour.
Un grand nombre d'Inſtrumens
de pluſieurs fortes , qui ſe joignite
aux chants des Zéphirs , forma.
GALANT..
unChoeur agreable , apres quoy
on fit la ſeptiéme Entrée , qui fut
variée de pluſieurs Figures , où
chacun prenoit un Tambour de
Baſque , pour mieux marquer ſa
joye d'avoir eu l'honneur de divertir
une ſi grande Princeſſe.
La huitiéme Entrée fut d'une:
Gigue dancée par Mademoiſelle
la Baronne de Platten.. Monfieur
le Baron de Platten fit la
neufvieme , & tous deux enfemble
firent la derniere. Le Choeur
recommença ,,
Chantons, dançons, tout est tranquille
&c .
&l'on finit par la repriſe de l'Entrée
des Tambours de Baſque..
Je croy vous avoir déja parlé
pluſieurs fois de Madame la
Princeſſe Sophie qu'on a voulu
divertir par ce Ballet. L'eſprit,,
l'agrément ,& la beauté, brillente
62 MERCURE
en elle avec de grands avantages.
Elle estoit en France avec Madame
la Ducheſſe de Hanover ſa
Mere , dans le temps du Mariage
de la Reyne d'Eſpagne ; & quoy
qu'elle fuſt dans ſes premieres
années , des Perſonnes du meilleur
gouſt & du premierrang,prirent
un ſi grand plaifir à fon entretien,
qu'ils jugerent des lorsde
tout ce qui fait aujourd'huy admirer
cette Princeſſfe..
Les Philoſophes pourront
eſtre embaraſſez ſur la Lettre
dontje vous envoye une Copie..
Je la laiſſe dans les meſmes termes
qu'elle a eſté reçenë par une
Perſonne de qualité , donttoutes
les correſpondances ſont ſeûres..
Voicy ce qu'elle contient.
L
E 24. Juillet 1681. le Vaisseau
nommé l'Albermale dont
2.
GALANT.
63.
a
Edoüard Lad estoit pour lors Maître
, estant à cent lieuës de Capcod,
en latitude 48. environ 3. p.m.Se
trouva exposé à une grande Tempeste
, accompagnée de Tonnerre.
Les Eclairs brûlerent le Trinquet ,
briſerent la Hune , & fendirent le
Mats tout du long. Ce qu'ily eut
de remarquable , fut un terrible
coup de Tonnerre , qui fit plus de
bruit qu'un grand coup de Canon.
Tout l'Equipage en fut consterné.
En fuite il tomba quelque chosefur
IArriere du Vaiſſeau , qui se brifa
en pluſieurs petites preces , rompit
une des Pompes du Navire , & endommagea
beaucoup l'autre. C'eſtoit
une matiere bitumineuse , dont l'odeur
approchoit de celle de la Poudre
in Canon . Elle continua à brûler
dans le Vaisseau. On la dissipa
avec des Bâtons , & on verſa de
L'eau deßus , mais tout cela fut inu
64 MERCURE
tile ; on ne pût l'éteindre jusqu'à
ce que la matiere fut toute confumée.
Mais ce que nous allons dire
aſt encore plus ſurprenant. La nuit
estant venue , les Pilotes remarque
rent par l'obſervation des Etoiles ,
que leurs Boufſoles avoient change,
carcelle qui estoit dans l'Habitude ,
ou Boëte de ſervice , avoit changé
du point du Nord au Sud . Ily avoit
deux autres Bouffoles dans un Coffre:
qui estoit dans le Cabinet du Capitaine.
Le point du Nord estoit
au Sud comme celle de l'Habitude
dans l'une de ces Bouffoles ; mais
pour l'autre , le point du Nord
eſtoit tourné à l'Eſt ; de forte qu'ils
navigerent à la faveur d'une Aiquille
qui avoit tout à-fait change
Sa polarité. Les Matelots estoient
en peine , &ne sçavoient comment
il falloit gouverner leur Vaiſſeau ,.
parce que le point . du Sud de leurr
GALANT.
65
Boufſole venoit de se changer en
celuy du Nord ; mais aprés un peu
de pratique , l'usage leur en fut
aßezaise. Quant à la Bouffole
dont les Eclairs avoient fait tourner
l'Aiguille vers l'Est , depuis
qu'elle a esté aportée à Boston en la
Nouvelle Angleterre , elle a entierement
perdu ſa vertu , peut estre
parce que la verrine en estant caffée
, l'air y estoit entré. Vne de ces
Boußoles qui avaient changé leur
polarité du Nord au Sud , eft encore
en ce Païs entre les mains de Mr
Tuereuse Mather. L'Aiguille demeure
fixée vers le Sud , comme elle
le fut immediatement aprés que les
Eclairs y eurent aporté du changement.
Meffire Pierre d'Albertas ,
Marquis de Gemnot , Seigneur
de Vert , Virginy , d'Iguy , la
66 MERCURE
Gauvignire , & c. reçeu maiſtre
des Requeſtes en 1649. eft morrt
depuis peu de jours chez monfieur
le marquis de S. Diéry fon
Beaupere. Il ſe maria l'Hyver
dernier , âgé de 77. à une Fille
qui n'en avoit que quinze , & à
laquelle il a laiſſé de grands
Biens. Il portoit , écartelé au 1 .
d'or ,ſemé de Tours & de Fleurs-de
Lys d'azur , qui est Simiane ; au 2 .
de gueules , à la Croix de Toloſe;
au 3. de gueules , au Chasteauſom
mé de trois Tours d'or; au 4. party
& de gueules , à une Couronne d'or
mise en face ; & fur le tout , de
gueules , au Loup d'or.
Monfieur de Bragelogne , qui
a eſté Lieutenant des Gardes du
Corps , eſt mort auſſi au commencement
de ce mois. Il eſtoit
Commandeur de S. Thomas de
GALANT. 67
Fontenay-le- Comte , de l'Ordre
de S. Lazare, & de Noſtre- Dame
du Mont- Carmel .
Ces morts ont eſté ſuivies de
celle de Meffire Henry du Monts
Chanoine de S. Servais de Maëſtric
, Abbé Commandataire de
Noftre-Dame de Silly , ancien
Maiſtre de la Muſique des Chapelles
du Roy & de la Reyne , &
Maiſtre Compoſiteur de la Muſique
de Sa Majeſté. Son grand
âge l'avoit obligé depuis un an à
demander au Roy la permiffion
de ſe retirer ce qu'il avoit
obtenu.
১
Quelque précaution que l'on
prenne dans les Affaires les plus
importantes , on y fait ſouvent
de grandes fautes , & vous en
allez eſtre convaincuë par ce qui
eſt arrivé icy depuis peu de mois.
Un Homme d'une naiſſance
68 MERCURE
aſſez médiocre , devenu riche
en fort peu de temps , & par des
Succeſſions qu'il n'attendoit pas
& par le gain qu'il avoit trouvé
moyen de faire dans une Charge
de Judicature des moins confidérables
qu'il y en ait dans la
Robe , eut le plaiſir de ſe voir
faire la cour par beaucoup de
Prétendans , qui luy voyant une
Fille unique , tâchoient à l'envy
de ſe rendre dignes d'eſtre préferez
dans le choix qu'il devoit
faire d'un Gendre. Cette Fille
entroit dans ſa dixhuitieme année
; & fi elle n'avoit pas les
traits réguliers qui font la grande
beauté , elle n'avoit rien qui
dégoûtaſt . Ses yeux eſtoient fort
brillans & tout pleins de feu , &
avec un teint tres- vif on luy
voyoit beaucoup de douceur
dans le viſage .. Mais quand elle
د
GALANT. 69
n'auroit eu aucun agrément ny
dans ſa Perſonne ny dans ſes manieres
, il euſt eſté impoſſible
qu'on ne l'euſt pas trouvée belle
avec cinquante mille écus d'argent
comptant que ſon Pere luy
donnoit. C'eſtoit un bruit répandu
par tout. Cette ſomme,
tres - accommodante pour beaucoup
de Gens , fut une puiſſante
amorce pour la faire rechercher.
Elle eut des Amans de toutes
Profeſſions , mais ſon Pere , qui
ſe dépoüilloit pour elle de la
plus grande partie de ſon Bien,
ne ſe hâta point de la marier , &
voulut choiſir pour ſon argent.
Comme il n'avoit rien qui le relevaſt
que ſa fortune , il s'enteſta
de la qualité , & crût que ſi ſa
Fille eſtoit dans un rang qui la
diftinguaſt des autres , l'honneur
qu'il en recevroit feroit oublier
70
MERCURE
ſon peu de naiſſance. Ainfi ce
fut inutilement que divers Partis
ſe préſentérent. Si le Bien s'y rencontroit
, l'éclat d'une ancienne
Maiſon ne s'y trouvoit pas ; &
c'eſtoit la ſeule choſe qui pût le
déterminer fur le Mariage dont
on le preſſoit. Sa Fille eſtoit jeune
, & il pouvoit attendre encore
quelque temps à la pourvoir.
Comme ſon Employ attiroit
chez luy toutes fortes de Perſonnes
, il eſpera que quelque heureuſe
rencontre fatisferoit fon
ambition. Cette eſpérance ne fut
pointtrompée.Un Marquisd'une
Maiſon tres - conſidérable , âgé
environ de trente ans , vint le
confulter touchant quelques
Droits qu'on luy diſputoiten diferens
lieux , où il avoit de fort
belles Terres. Il l'engagea mefme
à dreſſer pour luy des Ecritu-
:
GALANT.
71
res ſur des Copies de Contracts,
dont ceux qui prenoient le ſoin
de ſes affaires dans la Province,
avoient les Originaux. Il connut
par là , & par pluſieurs converſations
particulieres , que le
Marquis poſſedoit plus de trente
mille livres de rente. Il luy
voyoit un Equipage tres propre,
un Carroſſe du bon air , de fort
beaux Chevaux , & quatre Laquais.
Il apprit d'ailleurs , que
fon Pere & fa Mere , qui estoient
morts depuis peu d'années,ne luy
avoient laiſſé que deux Soeurs ,
l'une mariée, & l'autre Religienfe.
Toutes ces choſes , tres- fatisfaiſantes
, estoient bien capables
de l'ébloüir. Il eut d'autant
moins à douter de ce grandBien,
que le hazard fit venir chez
luy diférens Plaideurs pour le
confulter fur leurs Affaires.
72
MERCURE
Ces Plaideurs y rencontrant le
Marquis , l'embraſſerent comme
un Homme qui leur eſtoit
fort connu , & s'informant de
l'état de ſes Procés , entrérent
inſenſiblement dans un détail
qui ſe rapportoit à tout ce que
le Pere de la Belle avoit déja ſçû.
Apres qu'il eut eu ainſi plufieurs
conférences avec le Marquis
, il luy demanda un jour s'il
ne ſongeoit point à ſe marier ; &
le marquis ayant répondu qu'on
luy propoſoit d'aſſez grands Partis
, s'il vouloit encore des Terres
, mais qu'il cherchoit de l'argent
, pour acheter une Charge
chez le Roy , il ajoûra que ſi cinquante
mille écus l'accommo.
doient; en attendant la ſucceſ.
ſion d'un Pere qu'on tenoit for:
àſon aiſe , il s'engageoit à les lug
faire trouver , avec une affez
jeune
GALANT.
73
jeune Perſonne , dont il ne vouloit
rien dire de plus. Le maг-
quis reçût cette propoſition d'une
maniere agreable , & tout ce
qu'il demanda ce fut qu'il puſt
voir la Belle avant qu'on parlaſt
d'aucune choſe ; non pas ,dit- il,
- qu'il luy ſouhaitaſt une beauté
réguliere , mais ſeulement qu'elle
fuſt bien faite ,& que ſon efprit
fiſt une partie de ſes agrémens.
Le Pere prit jour pour
cette entreveüe , dans une Egliſe
un peu éloignéede ſon Quartier,
&alla conter la choſe à ſa Fille,
la congratulant ſur ſon bonheur,
ſi ce qu'il avoit projetté pour
elle pouvoit réüffir. La Demoiſelle
qui ne manquoit pas debonneopinion
d'elle meſme , affûra
Lon Pere qu'elle plairoit au marquis.
Ce qui la faiſoit parler avec
tant de confiance , c'eſt que le
May 1184.
D
74
MERCURE
Marquis s'eſtant trouvé trois ou
quatre fois dans une Egliſe où
elle alloit tous les jours , avoit
toûjours eu les yeux attachez
fur elle , & l'ayant vu ſans en
eſtre veüe , lors qu'il entroit chez
ſon Pere , il ne luy avoit pas eſté
difficile de le reconnoiſtre. Fla.
tée de ce qui luy eſtoit déja arrivé
de favorable , elle prépara
tous ſes attraits pour le Rendezvous
, où il s'agiſſoit d'achever
une Conqueſte qui luy devoit
eſtre ſi avantageuſe. Le Marquis
y fut conduit par le Pere , & à
peine cut-il jetté les yeux ſur ſa
Fille , qu'il luy dit en faiſant
paroiſtre une fort grande ſurpriſe
, qu'ily avoit de la deſtinée
pour le Mariage qu'il luy propoſoit
, puis qu'il luy montroi
une Perſonne qu'il avoit déja remarquée
luſieurs fois , & dont
GALAN T.
75
il eſtoit amoureux ſans la connoiſtre.
Ce commencement donna
grande joye au Pere , & il en
eut beaucoup davantage , lors
qu'ayant abordé ſa Fille au bas
de l'Egliſe , comme ſi c'euſt eſté
une Etrangere, pour donner lieu
au Marquis de l'entretenir quelques
momens , le Marquis luy
fit connoiſtre apres une courte
converſation , qu'il eſtoit charmé
da ſon eſprit , & ajoûta comme
forcé par ſa paſſion , que quand
elle nauroit pas du coſté de la
Fortune tous les avantages qu'il
luy faiſoit eſperer , il ſentoit bien
qu'il ne pourroit s'empêcher de
ſe donner tout à elle. Le Pere
fut fort fatisfait de ce ſuccés , &-
ne pouvant renfermer ſa joye
dit au Marquis qu'il ne devot
point douter que la fomme entiere
des cinquante mille écus
i
D 2
76 MERCURE
promis ne luy fuſt comptée puis
que la perſonne qu'il venoit
de voir eſtoit ſa Fille ,& qu'il ne
s'eſtoit engagé à rien qu'il ne fuſt
preſt de tenir. Le Marquis , apres
avoir fait paroiſtre un fort grand
éronnement de cette Avanture ,
témoigna eſtre ravy de trouver
le Pere de ſa Maiſtreſſe dans celuy
qui luy avoit propoſé l'affaire
, & par un empreſſement
d'Amant il vouloit à l'heure
meſme aller affûrer la Belle des
ſentimens tendres & paſſionnez
que ſon mérite luy avoit fait
prendre ; mais ſon Pere luy demanda
quelques heures pour la
préparer à le recevoir ,& à répondre
avec autant d'agrément
u'elle devoit à l'honneur qu'il
faiſoit de penser à elle. Comme
il luy avoit communiqué ſon
enteſtement de naiflance & de
د
GALANT.
77
ز
grandeur, vous pouvez juger des
projets qu'ils firent pour bien
foûtenir une Alliance dont l'un
& l'autre ſe promettoit tant de
gloire. Ils ne voyoient aucun ſujetde
douter du bien que ſe donnoit
le Marquis. Il s'en eſtoit expliqué
de bonne foy, avant qu'on
luy euſt parlé de Mariage , par
la ſeule veüe des Ecrits dont il
avoit 'eu beſoin. Les Contracts
dont il avoit fourny les
Copies , eſtoient des preuves
qu'on ne pouvoit conteſter.
D'ailleurs il n'avoit rien dit qui
n'euſt eſté confirmé par des Perſonnes
defintéreſſées que le
hazard avoit fait venir , & tout
cela s'eſtoit fait avec ſi peu d'affectation
, & d'une maniere ſi
naturelle , que les Eſprits les plus
ſoupçonneux en auroient eſté
D
3
78 MERCURE
contens. Cependant , tout perfuadé
qu'eſtoit le Pere , il crut
ne devoir rien négliger , & jugeant
bien au train que prenoient
les chofes , que le marquis
preſſeroit , il ne diféra point à
faire écrire par tout où les Terres
de ce Gendre prétendu eſtoient
fituées. Il ne falloit pas beaucoup
de temps pour en avoir des réponſes
, & ainſi l'information
devoit être faite avant qu'il fuſt
obligé de ſe déſaiſir de ſon argent.
Le marquis alla paſſer l'aprefdînée
auprés de la Belle , & jamais
Homme ne parut fi amoureux.
Elle luy fit un accüeil
tres - obligeant , & répondit à ſa
paffion avec toutes les marques
de reconnoiſſance que l'honnêteté
luy pouvoit permettre. Elle
ne manquoit ny d'eſprit ny de
mérite , & en luy ôtant certains
GALANT. 79
airs Bourgeois , dont l'uſage du
beau Monde l'auroit corrigée
fans peine , on en pouvoit faire
une Femme tres - aimable. Le
Marquis , impatient de ſe voir
heureux , dit au Pere en le quittant
, que comme il n'eſtoit pas
juſte qu'on le cruſt ſur ſa parole
touchant le Bien qu'il avoit , il
s'offriroit à le mener dés le lendemain
à toutes ſos Terres , afin
de l'en éclaircir avec une entiere
certitude , ſi l'amour luy permettoit
de s'éloigner de ſa Fille , &
fi d'ailleurs il ne luy voyoit un
accablement d'Affaires , qui ne
fouffroit pas qu'il perdiſt quinze
ou vingt jours à faire un pareil
voyage ; mais qu'il pouvoit ſe
décharger de ce ſoin fur quelque
Amy en qui il euſt confiance ;
qu'il le prioit ſeulement de l'envoyer
ſans diférer d'un ſeul jour
D 4
80 MERCURE
&de luy vouloir toûjours donner
ſa parole , afin qu'il ſongeaſt
à un Equipage digne du rang
que devoit tenir ſa Femme. Le
Pere , qui avoit déja pris ſecretement
toutes les précautions
qu'il avoit à prendre , feignit de
ne vouloir faire aucune information
, & répondit au Marquis ,
que les Perſonnes de ſa qualité
portoient fur le front un Cara-
Bere d'honneur , qui les faiſoit
croire en toutes choſes ; qu'il luy
laiſſoit quinze jours pour les appreſts
qu'il avoit à faire ,&qu'en
attendant on pouvoit dreſſer le
Contract de Mariage , par lequel
il promettroit de luy payer
les cinquante mille écus la veille
des Nopces. Ces conditions furent
acceptées. On fit le Contract
, & le Marquis pour prouver
ſa paffion , voulut qu'il fuſt
GALANT. 81
fait entièrement à l'avantage de
ſa Maiſtreſſe. Quoy qu'il ne duſt
recevoir que cinquante mille
écus , il fit employer deux cens
mille francs , qu'il remplaça en
particulier fur la plus belle de
toutes ſes Terres. Cette genéroſité
convainquit la Belle d'un
amour tres- violent. Elle en reçût
de nouvelles marques , par une
Caffette magnifique qu'il luy envoya
peu de jours apres. Elle y
trouva une Bource de cinq cens
Loüis. Le reſte , qui conſiſtoit
en divers Bijoux , valoit bien encore
autant , & tout cela faifoit
voir qu'on avoit à faire à un
Homme riche. Il acheta un fort:
beau Caroffe , & fix Chevaux ,
donna ſes ordres pour une Livrée
tres- propre , & fit meubler
quatre Chambres dans l'Hôtel
garny où il logeoit , parce qu'il
DS
82 MERCURE
ne devoit prendre Maiſon à Paris
, qu'apres qu'il auroit mené
fix mois ſa Femme en Province ,
pour luy faire voir ſes Terres , &
un fort grand nombre de Parens.
Dixou douze jours s'eſtant écoulez
, le Pere fut éclaircy de ce
qu'il vouloit ſçavoir. Il connut
par les réponſes qui luy furent
faites , que le Marquis n'avoit
point exageré fur la valeur
de ſon Bien , & ce qui estoit fort
important , on marquoit dans
ces réponſes , que c'eſtoit un
Bien fans dêtes. Il falut conclure.
Les cinquante mille écus furent
payez au Marquis ,
jour ſuivant il épouſa la Belle
de fort grand matin , pour éviter
la foule du Peuple , qui ſe trouve
d'ordinaire à de pareils Mariages.
Aprés la Cerémonie , il l'amena
dans l'Apartement qu'on
& le
GALANT. 83
luy avoit préparé à l'Hôtel garny
, fon Pere n'ayant rien chez
luy d'aſſez ſpatieux pour loger
une Marquiſe. Le plaiſir de ſe
voirdonner ce Titre , & d'aller
ſe promener fort ſouvent à fix
Chevaux aux environs de Paris,
luy fit goûter des douceursqu'on
auroit peine à comprendre. Le
Marquis demeuré Amant , quoy
que Mary , s'en fit aimer avec
paffion ; & le temps eſtant fort
beau , il commençoit à la diſpoſer
au Voyage qu'ils avoient à
faire enſemble , lors qu'on l'avertit
d'une ſurpriſe qu'on luy avoit
faite , & dont les ſuites tuy pouvoienteſtre
d'un grand préjudice
, s'il ne ſe hâtoit d'y remédier.
Il fut obligé de partir preſque
fur l'heure. La Belle le vouloit
accompagner ; mais l'Affaire
ſouffroit ſi peu de retardement ,
D6
$4 MERCURE
que tout ce qu'il pouvoit faire ,
c'eſtoit d'aller en Carroſſe juſqu'à
la premiere de ſes Terres,
d'où il devoit faire diferentes
courſes avec une extréme diligence.
Ainſi il la pria de l'attendre
, & de vouloir bien entrer
pour trois mois dansun Convent
parce qu'enl'absence d'unMary,
l'Apartement qu'il luy faiſoit occuper
, n'eſtoit pas un lieu honneſte
pour une Perſonne auffi
jeune qu'elle. L'aſſürance qu'il
luy donna de n'eſtre pas plus de
fix ſemaines ſans revenir , quelques
Affaires qu'il trouvaſt à
terminer , la fit conſentir avec
moins de repugnance à s'accommoder
de la retraite. Elle avoit
quelque habitude auprés d'une
Abbeffe chez qui elle entra,avec
une Demoiselle & une Femme
de chambre , pour la ſervir, au
:
GALANT. 85
dedans. Deux Laquais demeurerent
au dehors, pour executer les
ordres qu'elle auroit à leur donner
, & le Marquis paya un quartier
d'avance . Trois jours apres
fon depart , elle en reçût une
Lettre , par laquelle il luy marquoit
dans les termes les plus
forts , combien ſon abſence le
faifoit fouffrir. Il s'engageoit à
luy mander la premiere fois en
quel lieu elle pourroit luy faire
réponſe , & elle attendit cette
autre Lettre avec une extréme
impatience , mais ce fut inutilementqu'elle
l'attendit. Il ſe paſſa
un mois tout entier ſans qu'elle
en reçuſt aucunes nouvelles , &
l'inquiétude où ce filence la mit,
l'obligea de faire écrire par tout
où elle crût quil ſeroit paſſe.
Perſonne ne l'avoit vû , & toutes
ſes diligences demeurerent fans
86 MERCURE
effet. Son principal Receveur ,
à qui l'on s'en informa ſans luy
découvrir par quel intereſt , répondit
qu'il y avoit plus d'un an
qu'il eſtoit party pour faire un
Voyage en Italie , & que depuis
cetemps-là il n'en avoit point
entendu parler. Cette réponſe
alarma la Belle .Le Marquis pouvoit
eſtre venu à Paris à ſon retour
d'Italie , ſans qu'on l'euſt
mandé au Receveur ; mais tous
ces incidens de Procés ſur lefquels
il avoit pris avis tant de
fois , ne convenoit point à un
Homme qui revenoit de fi loin,
& il y avoit là deſſous quelque
myſtere , où ſon raiſonnement ſe
perdoit quand elle vouloit l'aprofondir.
Son Pere s'alarma auffibien
qu'elle , & faiſant réflexion
fur ce que ces Plaideurs , qui
l'ayant trouvé chez luy avane
GALAN T. 87
1
qu'il euſt épousé ſa Fille, avoient
pris occaſion d'entrer dans ledétail
de ſon Bien , n'y eſtoient
point revenus , il craignit que ce
ne fuſt une choſe qui euſt eſté
faite de concert pour le ſurprendre
; & cette crainte luy fit paffer
de méchantes heures. Il envoya
demander à ceux qui tenoient
l'Hôtel garny où le Marquis
avoit occupé un Apartement
, s'il y avoit long- temps
qu'ils le connoiffoient. Ils répondirent
qu'ils ne l'avoient jamais
vu que cette fois , & que
meſme il ne leur avoit déclaré
fon nom que dans le temps de
fon Mariage. Toutes ces choſes
furent des ſujets d'inquiétude &
d'étonnement pour le Pere &
pour la Fille. Cependant ils trouverent
à propos de ne rien faire
éclater. L'embaras où ils eſtoient
88 MERCURE
ne pouvoit durer long- temps ;
& ce qui les conſoloit en quelque
forte , c'eſt que le nom du marquis
n'eſtoit point un nom imaginaire.
Il eſtoit certain que celuy
qui le portoit , poſſedoit tou.
tes les Terres dont ils avoient
connoiſſance , & en quelque lieu
qu'il fuſt , il falloit que le ſoin de
ſes Affaires le fiſt revenir. Cette
eſpérance calma l'eſprit de la
Belle. Elle réſolut de s'armer de
patience , &dedemeurerdans le
Convent , afin qu'il ne puſt à
ſon retour ſe plaindre de ſa conduite.
Les trois premiers mois
eſtant paſſez , le Pere avança le
ſecond quartier de la Penſion; &
cinq ou fix ſemaines apres il fut
averty par l'un des Correſpon--
dans qu'il avoit dans la Province
, que le marquis eſtoit arrivé
àune de ſes. Terres. La Belle
GALANT. 89
pleine de joye luy écrivit auſſitoſt
, meſlant beaucoup de marques
d'amour aux reproches
qu'elle luy faiſoit de fon oubly.
Cette Lettre ne ſuffiſant pas à
l'impatience qu'elle avoit de le
revoir , elle luy écrivit encore les
trois jours ſuivans par d'autres
voyes que par la premiere ; &
tant de témoignages obligeans
de ſa tendreſſe ne luy attirérent
aucune réponſe. Elle commença
à ouvrir les yeux , ſe perſuadant
qu'il n'avoit eu que ſon ſeul argent
en vûë quand il l'avoit
épousée , & la douleur qu'elle
en eut la mit dans un état déplorable
. Son Pere ayant part à
ce mépris , voulut en ſçavoir la
cauſe , & quelques Affaires qui
l'occupaſſent , if alla trouver ſon
Gendre au lieu où il avoit appris
qu'il eſtoit.. Il arriva à une ma
१०
MERCURE
niere de Château , tel qu'il luy
avoit eſté dépeint par ce Gendre
,& ayant demandé à voir le
Marquis , on le fit entrer dans
une Salle affez proprement meublée.
Peu de temps aprés , un
Homme bien- fait , de la taille
& de l'âge du Marquis , & ayant
meſme quelque choſe de ſes
traits vint ſçavoir de luy ce qu'il
fouhaitoit. Vous pouvez juger
combien il luy cauſa de ſurpriſe,
lors qu'à la maniere dont il luy
parla , il fit connoiſtre qu'il eſtoit
le Maistre du Chaſteau. Le Pere
tout conſterné luy dit d'une voix
àdemy tremblante , qu'il falloit
que deux Perſonnes portaffent
le meſme nom & que celuy
qu'il cherchoit eſtoit un Gentilhomme
qui poſſedoit telle & telle
Terre. Ce nouveau Marquis
luy répondit qu'il ne ſçavoit pas
و
GALANT.
91
fi d'autres que luy portoient ſon
nom , mais qu'il ſçavoit bien que
toutes les Terres qu'il avoit
i nommées , luy apartenoient ; &
le Pere s'eſtant écrié en foupirant
, qu'on l'avoit affronté luy
&ſa Fille,& qu'il eſtoit ruiné , le
Marquis tira quelques Lettres de
ſa poche , & luy demanda s'il
en connoiſſoit le caractere. C'étoient
celles que fa Fille avoit
écrites. Le Marquis les ayant
trouvées remplies de reproches
d'une Femme à un Mary, n'avoit
pû s'imaginer par quelle raiſon
elles luy avoient eſté envoyées ,
& le Pere luy en donna l'éclairciſſement.
Il luy expliqua enſuite
de quelle maniere il s'étoit
laiffé ébloüir pour payer comptant
les cinquante mille écus
promis à ſa Fille , apres avoir fait
pluſieurs informations , ſur lef
92
MERCURE
quelles tout autre euſt eſté trom
pé auſſi - bien que luy. Le Marquis
vit bien que quelque Filou
de bonne mine avoit profité
de ſon abfence , pour épouſer
cette Fille ſous ſon nom pendant
qu'il eſtoit à Rome , & il le
plaignit d'avoir agreé le remplacement
de ſon Mariage ſur une
Terre qu'on n'avoit pu en faire
répondre. Il en uſa avec luy fort
civilement , juſqu'à vouloir le retenir
quelques jours afin de le
conſoler ; mais l'entiere certitude
qu'il eut de la tromperie qu'on
luy avoit faite , ne luy permit pas
de s'arreſter dans un lieu , où il
avoit le chagrin de ne point trouver
de Gendre. Il partit ſur
l'heure , & alla porter ces triſtes
nouvelles à ſa Fille , qu'il reprit
chez luy fans aucun train . Ona
fait depuis quelques mois toutes
GALANT.
93
,
les perquiſitions poſſibles , pour
- trouver celuy qui l'a trompée ,
mais il n'y a aucune apparence
qu'il ſe hazarde à paroiſtre. Comme
ce malheur n'a pas laiſſe le
Pere ſans Bien , la Belle ne ſeroit
pas tout- à- fait à plaindre , ſi elle
pouvoit diſpoſer d'elle ; mais elle
demeure toûjours mariée &
peut- eſtre avec un Homme qui
ayant ailleurs une autre Femme,
n'a pas eſté en pouvoir de devenir
ſon Mary. Joignez à cela ,
que quand ce Mary mourroit,
elle ignoreroit qu'elle fuſt Veuve.
Toutes ces raiſons rendent
ſa condition bien malheureuſe.
Cependant elle a renoncé à tous
les grands airs , & elle vit chez
ſon Pere comme Fille , & avec le
nom de Fille.
Vous m'avez marqué , madame
, quel'on ſouhaitoit dans vô
94
MERCURE
tre Province avoir une Liſte de
tous les Officiers de mer , qui
ſont preſentement en ſervice. Je
vous en envoye l'Etat genéral .
Leur nombre fait voir à quel degré
de puiſſannce la France eſt
montée ſous le Regne de Loürs
LE GRAND . Jamais elle n'avoit
eu tant de forces ſur mer; auſſi
jamais aucun monarque François
n'a porté ſi haut la gloire
& les avantages de la Nation.
Tous ſes ſoins font employez à
la fûreté de ſes Sujets , & à l'agrandiſſement
de l'Etat , & ce
Prince n'épargne aucune dépenſe
pour travailler à l'un & à l'autre
avecun entier ſuccés. Cette
Liſte que je vous envoyc
exacte VOUS fera connoiſtre
combien il y a de Perſonnes de
naiſſance & de reputation dans
le ſervice. Comme ceux qui ont
,
GALANT.
95
un Sang noble à ſoûtenir , & qui
d'ailleurs ſont excitez à ſe ſignaler
par les actions de leurs Anceſtres
, font intrépides dans les
plus preſſans perils , il ne faut
pas s'étonner des choſes ſurprenantes
que font nos Armées
de mer & de terre. Je viens
aux Noms que vous attendez .
Les Officiers qui les portent
méritent que la Poſtérité leur
rende juſtice en les confervant.
遊港港
ॐॐ
96 MERCURE
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE TOULON.
Monfieur le Marquis du Queſne,
Lieutenant Genéral.
Chefs d'Escadre.
Meſſieurs le Chevalier de
Tourville.
Le Marquis d'Anfreville.
Le Chevalier de Lhery .
Capitaine du Port.
Monfieur de Beaulieu .
Capitaines de Vaisseaux.
Meſſieurs Forant.
Gravier.
De S. Aubin.
De Cogolin .
Etienne-Jean .
De la Mothe.
De la Bréteche.
De Relingue.
De
GALANT.
97
}
|
De Beaujeu .
Le Chevalier de Chaumont.
De Septemme.
De Bellifle.
Herar.
S. Amans.
Le Chevalier de Bellefontaine.
Le Chevalier duMene.
Le Marquis de la Porte.
De Sebbeville .
Le Chevalier de Cologon .
Le Marquis du Queſne Fils.
Bidaut.
Du Chalard.
Le Chevalier des Gouttes.
D'Aligre.
S. Lié.
Le Chevalier Digoine.
De Salampart .
Le Chevalier de la Galiſſonniere.
Palle.
May 1684. E
98 MERCURE
T
Du QueſneGuetton.
Le Chevalier d'Ally .
Le Chevalier de Vieuxpont.
Des Francs .
را
De la Roque -Percein .
De Feville.
De Sevigny de Montmoron.
De Champigny.
De Blenac.
Bonvouſt-de la Miotiere.
Le Chevalier de Sertigny.
Le Comte des Goutes.
Le Chevalier de la Rouvroy.
Le Chevalier de Chalais .
Ricouffe,
LeChevalierde Sainte More,
Le Chevalier des Adrets.
Le Chevalier de Genlis .
Le Comte d'Asfelt- Danois.
Du Queſne- de Monros.
Riberette.
DeBagneux.
De Villars.
THEQUE DE
LYON
GALANT.
99
D'Amfreville .
Le Chevalier de Flavacourt.
Le Chevalier de Chaſteaumorand.
Le Baron des Adrets.
Majors.
Meſſieurs de Raymondis, Major.
De Lévy, Aide-Major.
De Champagnet.
Capitaines de Frégates legeres..
Meſſieursde Chammartin.
De Fruges.
De Brévedan.
Faure.
De la Voiffiere .
Le Motheux.
Clavier.
Flotte.
Capitaines de Galiotes.
Meffieursde la Raudiere.
De Pointis.
De Combes.
LI
E 2
100 MERCURE
De Gouverton .
De la Mothe d'Airan.
Du Queſne-Monier .
Gombault.
Beauffier- Felix.
Patoulet.
Pontac. ;
Lieutenans de Port .
Meffieurs Provent .
Liſard.
Lieutenans de Vaisseaux.
Meſſieurs Boſquet.
De la Bourlaſque..
Chenac .
Delcampe.
Le Chevalier de Remond.
Pouffin .
Darmanville.
Taffy.
Languilete.
Le Chevalier de Veniſe .
De Peruſſy.
:
Dorogne.
GALANT. JOI
De S. André .
Montmejan.
Le Chevalier Ferand.
De la Varenne.
Truler.
t
i
Le Chevalier de Courbon-
Blenac .
Beauffier.
Buflon.
De Monts.
Des Fontaines.
Le Chevalierde Pradine.
Le Chevalier de Rougere.
Le Chevalier de Rhodes .
Le Chevalier de Saujeon.
Huraut..
Le Chevalier de S. Pierre- de-
Courſy.
Le Chevalier de Chaulieu .
Le Marquis de Mongon.
LeChevalier de laGuiche.
Ignardon .
De Villers- Do...
E 3
102 MERCURE
Le Chevalier du Pleſfis .
Le Chevalier d'Arginy .
Le Chevalier des Goutes.
Le Chevalier de Courtagnon .
Le Chevalier de Modennet.
Le Chevalier de Bayer.
De Biſarone.
Le Chevalier de Cambour.
Le Chevalier de la Luzerne.
De Sartayel .
DeGrimauder.
Des Boiſclairs.
DeRanée.
De Maiſonnete.
LeChevalierde Pariſor .
Le Chevalier de Chapagnet.
Le Chevalier de Beaujeu .
Le Chevalier de Feuquiere.
Le Marquis de Chaſteau-Morand.
DeTrulet.
Le Comte de Chauvigny .
Le Chevalier d'Alégre .
GALANT.
103
LeChevalier de Nointel.
Le Chevalier de Surgere.
De Boisjoly.
De la Rochehalard.
Des Goutes.
Hercules.
LaRoche.
LeComte de Bethune.
Le Chevalierde Lannion .
Le Chevalier de Mongou .
LeChevalier deGefvres.
Lieutenans de Galiotes.
Meffieurs du Mont .
De Fricambaut .
Le Chevalier de Bonneüil.
Des Chiens.
D'aires .
DeChanzé.
Le Chevalier Do.
Le Vicomte Coetlogon.
Simonet.
Le Chevalier du Coudray.
CapitainesdeBrûlots. ف
E
4
104 MERCURE
Meſſieurs de Verguin .
Deſprez.
Serpau .
Le Chevalier de Lucenay.
Plantas.
Cadenau .
De Lonchamp.
Des Lauriers .
Blin.
Enseignes de Port.
Meſſieurs de la Croix .
Cleron.
Enseignes de Vaisseaux.
Meſſieurs de Cogolin .
De Lifſfuaut.
De Burgues .
De la Bourdonniere.
Damnancourt.
De Nové.
Jean Caffaro.
Antoine Caffaro .
De Roquefeüille.
De Mouchy.
GALANT.
105
De Baudinard.
Du Groſſay.
De Sourſe .
Le Chevalier de Riviere.
De Carcavy .
De la Chenau .
De Flammicourt.
De Manneville .
De Blenac- Lomie .
Le Chevalier d'Egrefin .
De Bellimont .
De Rafilly.
LeChevalier de Lambilly.
De Bois- grenier.
Le Chevalier de Chaulieu .
De Courcelles.
Le Chevalier de la Rochehalard.
Le Chevalier de Buffy.
Des Braffars .
Le Chevalier de Longue ruë.
Le Chevalier de Lanſac .
Le Chevalier de Monloüer .
ES
106 MERCURE :
Gedoüin .
Le Chevalier de Benoiſe.
De Champoyſeau.
Le Chevalier de Ployac-Savion.
De Choiſeüil.
Beaupré.
Le Marquis de la Riviere.
Le Chevalier Dampus.
De Brançon.
Bonnanoër .
Prou de la martiniere.
De S. Loup.
Neuchaiſe.
Le Chevalier de Halgoüer.
Le Chevalier de Ferville.
De Beaujaigue.
Le Chevalier de Bellocier.
Le Chevalier du Pleſſis- Moг-
nay.
De Marolle.
Le Baron Dacy.
De mimard.
GALANT.
107
Le marquis de Calau .
Demoiſel-de Courberon.
Le Chevalier de Tourouve.
Le Chevalier Pepin.
Le Chevalier d'Amanzé.
De Prezac.
LeChevalier de Picore.
LeChevalier de Rouvroy.
De Mayancourt.
LeChevalier de Treſmes .
Enseignes de Galiotes.
Meſſieurs de Launay.
Dampierre.
De la Mothe,
Cabannes.
Le Chevalier du Queſvel.
DeVergons.
Le Chevalier de Vatan.
De Lauriere.
Le Chevalier de Fricam
baut...
Le Chevalier de Boulinvill
liers...
E6
108 MERCURE
De S. Loyer.
De Reffonnet.
Lieutenans de Frégates legeres.
Meſſieurs de Ricard.
Boi-sfort.
Il y a outre cela ſoixante - dix
Gardes-Marine ,& trois cens
Gentilshommes , pour ſervir
en qualité de Gardes pendant
toute cette année.
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE BREST
Monfieur le Marquis de Preüilly,
Lieutenant Genéral,
Chefs d'Escadre...
Meffieurs le Chevalier de
Chaſteaurenaud.
Le Comte de Sourdis .
Le Comte de Bethune.
........ Capitaine de Port..
Monfieur Herpia......
GALANT.
109
Capitaines de Vaisseaux.
Meſſieurs du magnon.
Le Chevalier de Neſmond.
De Montortié.
Le marquis de Langeron.
Le Chevalier de Roſmadec..
De Leſtrille..
De Vaudricourt.
LeChevalier de Combes..
De la Reteloire.
De la Caffiniere .
LeChevalierde Grand-Fon
taine..
De Palliere.
De Sevigny.
Le Comte d'Eſtrées.
De Rouffel ..
Des Herbiers.
Le Chevalier de Fourbin..
Majors.
Meffieurs le Chevalierd'Her
vault,Major.
De S. Clair, Aidemajor..
110 MERCURE
LeChevalier de Pourriere.
Capitaines de Frégates légeres.
Monfieur Gieillotton.
DeBeauges- le-Gouft.
Lieutenans de Port.
Meſſieurs de Joyeuſe .
De Guerquelin .
Lieutenans de Vaisseaux .
Meffieurs Rolland.
Gaffier .
Deſcorbiac.
De Sainte Marthe.
Le Chevalier de Cardaillac..
Hitton de Sainte Hermine.
LeChevalier de la Papotiere..
Deſnauts.
DesBottieres..
D'Iſury.
Gratien.
Le monic.
Le Chevalier de Sauze..
Le Vidame du mans.
LeBaron de Chattan. رم
GALANT. III
Le Chevalier du Coudray.
De Courbon.
S. Leger.
Le Chevalierde Sibois..
Le Chevalierde la Treille..
De la Hauduniere.
LeChevalierde Feuquerolles.
Capitaines de Brûlots.
Meſſieurs du Rivant..
Jean- Etienne.
De Longchamp.
Dandeſme..
Enseignes dePort.
Meſſieurs de Noailles .
Meuſnier.
Enseignes de Vaiſſeaux ..
Meſſfieurs du Buiſſon-de-Varennes
.
D'Etienne.
Des-Cartes..
De S. Vincent..
De Tourne..
LeChevalier de Blenae-Rommegon..
MERCURE
Guillon de Seloches .
Vigreux de Tartre.
S. Arbre.
De la Roche- Vezançay..
DeRotheneuve.
De la Poiffonniere.
Le Chevalier de Villeroy...
Tivas .
Chamoreau .
Du Meſnil- Patté.
Le Chevalier Marin ..
DeClérac.
Le Chevalier de Chaſteaurenaud..
De Cintre.
Lieutenans de Frégates légeres.
Meſſieurs Perrier.
Barbant.
Picard.
Imbert.
Bernard.
Trente-neuf Gardes de la
Marine..
GALANT.
113
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE ROCHEFORT .
Chef d'Escadre.
Monfieur Gabaret.
Capitaine de Port.
Monfieur Hurtin.
Capitaines de Vaisseaux.
Meffieurs le Chevalier de
Fourbin.
Le Chevalier de Flacourt .
De la Clocheterie.
De Villete.
De Rochefort.
De la mothe-Genoüille.
De Real .
De Sainte Hermine.
ColbertS.Mars .
Chabert.
Le Chevalier d'Arbouville.
Le Baron d'Audinge.
Du Rivauthuet.
Le Chevalier de Périnet..
114 MERCURE
D'Héricourt.
Machaut de Rougemont.
Capitaines de Fregates légeres.
Meſſieurs Bardan .
Pingaut.
Ifle.
Lieutenans de Port.
Meſſieurs du Buiſſon.
DeBoarges.
Lieutenans de Vaisseaux.
Meſſieurs des Noyelles .
DuTas.
Des Roches.
D'Heres .
Jullien.
De Ry.
De la Chevanière.
Audifredy.
Du Freſnoy.
De Rollon.
Le Chevalier de S.Siphorien.
Du Val.
De Malduſe.
GALANT.
De Cahonnet.
Le Chevalier de Meun.
Le Chevalier d'Oſmont .
Le Chevalier de Martel.
Le Chevalier de Fourbin.
Le Chevalier de Rocquart.
Aydes.Mayor.
Meſſieurs le Chevalier de
Sauges.
Le Chevalier de Pontac.
De Beautiran .
Capitaines de Brûlots,
Meſſieurs Tortel.
De la Borde.
Parac .
Enseigne de Port.
Monfieur Dugemont .
Enseignes de Vaisseaux.
Meſſieurs Courbon-Blenac.
Confollin .
Gabaret de la Courtiere.
De Septem.
Villemarſaux .
116 MERCURE
De Rompré.
De la Floëchere .
Hebert.
Le Chevalier Aubry .
Du Hamel.
*. DesGranges .
Du Lyon .
Le Chevalier de Bonnemie...
De Bellecourr .
Deleſtumieres .
De Landreau .
Gabarer.
De Limbraine.
Mariol .
Le Chevalier de Toizy .
De Roffel .
De Loyeuſe.
De S. André .
Picon.
De Lille.
Lieutenans de Fregates.
Meſſieurs de Ville .
De la Beaune.
GALANT.
117
De Borme.
De Hennes..
Capitaines de Flutes.
Meſſieurs Brépaur.
Gueſdon .
:
Quarante, huit Gardes de la
Marine.
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DU HAVRE.
L
Capitaines du Port.
Monfieur Albert.
Capitaines de Vaisseaux .
Meſſieurs Pannetiers .
Machaud-de- Bellemont.
De Mericourt .
De la Barre .
De Mombaur.
Capitaines de Frégates.
Meffieurs Grosbois .
Brignon.
Brevedan.
:
1
De_Failly.
118 MERCURE
Lieutenant de Port.
Monfieur S. Michel .
Lieutenans de Vaisseaux.
Meffieurs du Buiſſon . S. Germain.
De Courcelles.
De Galifert..
De Pufeche.
De Monclair.
De Montagne.
De la Rouvroye.
Du Buiffon la moyeuſe.
De Ravée.
De Villers .
Ayde.Major.
Monfieur Tourneville.
Capitaine de Brúlot.
Monfieur Bayart .
Enseignes de vaiſſeaux.
Monfieur de la Gondiniere.
De Ridonnet.
Le Chevalier de montan .
De Guermont.
GALANT.
119
D'Amberville.
Francine.
De Reaux.
Lieutenans de Fregates.
Meſſieurs de la Mothe- Michel.
Brevedan.
De Sainte Marie.
OFFICIERS DU DEPARTEMENT
DE DONKERQUE .
Capitaine de Port.
Monfieur de la Preüille .
Capitaines de Vaisseaux.
Monfieur d'Amblimond..
Le Chevalier de Monbron .
Capitaines de Frégates,
Meſſieurs de Chelingue.
Beauregard.
Corriton .
De laGarde.
Lieutenant de Port.
Monfieur Herpin.
120 MERCURE
Lieutenans de Vaisseaux.
Meſſieurs de Burgues .
Baret.
Gaudemart.
De la Roque.
De Loleve.
Enseignes de Vaiſſeaux.
Meſſieurs de Serpaut.
Robré de Raligny.
Gravery.
De Mirme.
,
Meſſieurs de Landoüillet & de
Pontis ont eu chacun une
Compagnie de Bombardiers,
Monfieur de Pontac a eſté fait
Capitaine de Galiote , Monfieur
des Chiens Lieutenant,
& M des Forges Enſeigne.
Vous attendez la ſuite du Voyage
de Madame Royale; cependant
je ne vous parleray aujourd'huy
que du Séjour que cette
Princeſſe a fait à Lyon. Elle y
arriva
GALAN Τ. 121
arriva le Mardy , ſecond de ce
mois , ſur les deux heures aprés
midy , & fut reçûë à la Porte de
la Ville par le Corps Conſulaire
, préſenté par Monfieur de
Saintot , Maiſtre des Cerémonies.
Monfieur du Péron, Prevoſt
des marchands , qui estoit à la
teſte des Echevins , luy parla de
cette forte . ১
MADAME,
L'honneurque nous avonsde voir
Vostre Alteſſe Royale aux Portes de
cette grande Ville , qui est commiſe
ànos ſoins , nous engage ànousfervir
de ces parolesfacrées de l'Ecriture
,Que vos démarches ſont
belles , Fille du Prince ! L'aplication
en convient parfaitement à
PA. R. puis que ces démarches , en
nous procurant l'avantage de la
voir , vont auſſi faire pour toûjours
May 1684. F
122 MERCURE
la felicité de tous les Etats où Elle
va regner , & de ceux de fon voi.
finage. Il est donc juſte , Madame,
que nous vous témoignions à l'entrée
de cette Ville , combien la joye
y est grande. Elle augmentera fi
V. A. R. peut y trouver quelques
adouciſſemens aux fatigues de fon
Voyage , en quoy nous contribuërons
de tout ce qui dépendra de nous .
qui ſommes avec un profond re-
Spect , &c .
Toutes les Ruës eſtoient bordées
de Bourgeois en armes de.
puis l'entrée du Fauxbourg jufques
au Palais Archiepifcopal,
qu'on avoit pris ſoin de préparer
& de meubler magnifiquement
, pour Madame Royale . A
l'iſſuë de fon pîné , elle reçut les
Complimens du Chapitre de Ja
Cathédrale , la parole eſtant
portée par Monfieur Damas-duGALAN
T.
123
Rouſſet , qui en eſt Doyen ; du
Préſidial , par la bouche de Monſieur
de Séve- Laval , Préſident
à ce Siege ; du Bureau des Finances
de cette Generalité ; & de
l'Election.Le ſoir , toute la Maiſon
des Celestins fut illuminée ce
qui attira pendant plus de trois
quarts d'heure les regards de
cette Princeſſe , qui estoit fur
fon Balcon .
Le mercredy 3. Monfieur le
Prevoſt des marchands & les
Echevins luy firent les Préfens
accoûtumez , de Liqueurs , de
Fruits & de Confitures. Ils luy
furent préſentez par Monfieur
Gautier , Receveur de la Ville.
Le meſme jour , le Prieur des
Celestins , ſuivy de quatre Religieux
, luy, vint faire Compliment,
luy préſenta deux Corbeilles
de Fleurs. La reconnoif-
F 2
124
MERCURE
fance entroitdans ce devoir, puis
qu'ils doivent leur établiſſement
à Lyon à Amedée VIII. premier
Duc de Savoye , qui les y
fonda en 1407. Le lendemain,
Madame Royale eſtant fort parée
, & ayant dans la Coëfure
quelques-unes de leurs Fleurs,
alla entendre la meſſe chez ces
mêmes Peres , qui la reçurent
avec la Croix à la Porte de l'Eglife.
Le Prieur reveſtu en Chape,
ainſi que ſes Aſſiſtans
ſoivyde toute ſa Communauté ,
la harangua en luy préſentant
l'Eau benite , &elle fut conduite
proceſſionnellement ſur un riche
Prié Dieu , couvert d'un pais en
broderie , aux Armes de France.
L'Egliſe eſtoit ornée de belles .
Tapiſſeries , de Luftres , de Tat
bleaux de prix , & de quantiré
d'Argenterie , & couverte d'E-
,
&
GALANT .
125
• cuffons aux Armes d'Orleans&
de Savoye. On chanta le Te
Deum avec l'Orgue. Il fut fuivy
de vingtquatre Violons , & de la
décharge des Boëtes pendant la
Meſſe. Lorsqu'elle fut achevée,
cette Princeſſe paſſa dans le Cloiſtre
, & fut conduite dans une
Salle fort proprement parée , où
le Portrait de Monfieur le Duc
de Savoye eſtoir ſous un Daisa
Elle le confidéra pendant quel
que temps. L'apréſdînée elle eut
le plaifir de la Joûte& de l'Oye,
qu'elle vit de fon Balcon. Le
foir , elle donnable Bal aux Da
mes. Avant que de partir de
Lyon, elle alla chez les Religieuſes
de laViſitation de Sainte Marie
de Bellecour , & y revera le
Coeur de S. François de Sales
qui repoſe dans leur Eglife. Ellei
vit auſſi la fameuſe Biblioteque
F
3
126 MERCURE
des Jeſuîtes qui apres l'avoir reçûë
avec tout le reſpect dû à ſon
rang , luy firent faire quelques
Complimens en Vers par leurs
Ecoliers . Monfieur Franc- laufferan
parla le premier , & ſe diſtingua
par l'air & la bonne grace
dont il accompagne ce qu'il dit ,
auſſi bien que Monfieur Chomel
, Fils de Monfieur Chomel
Médecin du Roy. Ce dernier
reçût de grandes loüanges de
tous ceux qui l'entendirent. Elle
monta de là aux Chartreux , &
fut complimentée par D. Langeron
, Vicaire de cette Maiſon,
&Frere de Monfieur Langeron
Comte de S. Jean. Elle a paſſé
trois nuits à Lyon , où elle a vû
le celébre & curieux Cabinet de
Monfieur de Serviere ; & tous
les trois foirs le Convent des
celeſtins a eſté illuminé. Elle
GALANT.
127
continua ſon Voyage le Vendredy
5. de ce mois ,& partit fur
les onze heures , apres avoir
entendu la meſſe dans l'Egliſe
des Jacobins .
Vous avez appris la mort de
Monfieur le Bailly de Fourbin ,
arrivée à Peronne au commencement
de ce mois . Il eſtoit Capitaine-
Lieutenant de la Premiere
Compagnie des Mouſquetaires
, dont le Roy eſt Capitaine.
Sa Majesté l'avoit nommé
Lieutenant Genéral de ſes Armées
quelques jours avant ſa
mort . C'étoit un Homme d'une
exactitude extraordinaire pour
le ſervice , & d'une bravoure diſtinguée.
Il avoit accompagné
feu Monfieurle Ducde Guiſedan's
l'entrepriſe qu'il fit fur Naples,&
il s'y acquit beaucoup de gloire.
Il commandoit le Régiment de
F 4
128 MERCURE
ce Prince , qui fut réduit à une
Compagnie , lors que le mariage
du Roy donna la Paix à l'Eſpagne.
Quelques années après cette
Paix , il fut commandé avec
cette Compagnie , pour aller
ſervir en Hongrie contre les
Turcs , & il ſe ſignala au Paſſage
du Raab. Enſuite il fut fait Enſeigne
des Gardes du Corps de
Sa majeſté , & devint major. 11
ſe montra ſi exact dans tous les
ſervices qu'un pareil poſte l'obligeoit
à rendre , qu'il donna lieu
à beaucoup de Reglemens qu'on
fit dans ce Corps. Il fut le premier
Major qui coucha dans la
Salle des Gardes. Monfieur d'Artagnan
ayant eſté tué au Siege
de maſtric , le Roy le nomma en
ſa place pour commander la Premiere
Compagnie de ſes Moufquetaires.
Il a ſervy depuis ce
GALANT. 129
temps - là en diverſes occaſions
avec une intrépidité toûjours
égale. Sa Majesté qui ſe plaiſt à
élever le véritable mérite , luy a
fait beaucoup de bien pendant ſa
vie , & vient meſme encore d'en
faire à fa Maiſon apres ſa mort
ayant donné l'Abbaye de Breüilly
qu'il poſſedoit , à Monfieur l'Eveſque
& Comte de Beauvais ſon
Frere , & une Penſion de mille
écus à Monfieur de la Marthe ſon
autre Frere. Je ne vous dis rien
de la Maiſon de Fourbin .Elle eft
fort connue , & paſſe pour l'une
des meilleures de Provence. Sitoſt
que Monsieur le Bailly de
Fourbin fut mort,le Roy fit monter
Monfieur de Maupertuis à ſa
-place. Il eſtoit Sous- Lieutenant
de cette Premiere Compagnie
des Mouſquetaires. Monfieur de
laHogucie , & Monfieur le mare,
F
130
MERCURE
quis de Mirepoix , qui en eſtoient
Enſeigne & Cornete , ſont auſſi
montez , le premier à la Charge
de Sous- Lieutenant ,& le ſecond
à celle d'Enſeigne. Ainfi le Roy,
en récompenſant trois Perſonnes
d'un mérite diſtingué , donne de
l'émulation à tous les Subalternes
, & les engage à bien faire
leur devoir. Sa Majesté a auſſi reglé
, que lors que les deux Compagnies
feroient enſemble , elles
ſeroient commandées par Monfieur
de Jauvelle , Capitaine
Lieutenant de la Seconde. Quoy
qu'il y ait de l'équité en cela , ce
Monarque auroit pu s'en diſpenſer
ſans injustice. Si l'on d'onne le
mefme nom aux deux Corps , ils
ne laiſſent pas d'être deux Corps
diférens & il ſemble que chacun
ne doit prétendre à monter que
dans le fien. Gependant le Roy!
ร
GALANT. 131
dont la prudence ſe fait remarquer
en toutes choſe n'a pas jugé
à propos que celuy qui avoit
commandé le premier une Compagnie
de Mouſquetaires enChef,
obeïſt à celuy qui n'étoit fait qu'apres
luy Commandant d'une autre
, quoy que cette Compagnie
fuſt la Premiere. le vous ay parlé
de Monfieur de Maupertuis en diverſes
occaſions ; il a beaucoupde
naiſſance & de ſervice .
Pluſieurs Perſonnes confidérables
de l'un & de l'autre Sexe
font auffi mortes dans ce meſme
mois. En voicy les noms.
Armande-Henriete de Lorrai
ne. Elle estoit Abbeſſe de Noſtre-
Dame de Soiffons , & Soeur de
Monfieur le Comte d'Armagnac ,
Grand Ecuyer de France , de
Monfieur le Chevalier de Lorraine
, & de Monfieur le Comte de
Marian . F6
4
132
MERCURE
Meffire Henry- François de
Vaffe , dit Grongnet. Il eſtoit
Chef du nom & Armes de ſa
Maiſon , & avoit épousé Mademoiſelle
de Saint Gelais , Fille
aînée & Héritiere de Gilles de
de S. Gelais , Sieur de Lanſac ,
Marquis de Balon . Male Vidame
du Mans ſon Fils aîné , a épousé la
ſeconde Fille de Monfieur le Maréchal
de Humieres . La Maiſon
de Vaſſe eſt entrée en beaucoup
de grande Alliances , & a donné
trois Chevaliers de l'Ordre du
S. Eſprit , & quelques Eveſques.
Le nom de Grongnet eſt un Surnom
ajoûté . On le donna à un
Defcendant de cette Maiſon , à
cauſe qu'il avoit l'humeur un peu
bizarre , & qu'il n'enduroit pas
volontiers . Il étoit d'ailleurs Hommede
merité. Il y a beaucoup de
grandes Maiſons dans le Royaume
, qui ne font plus connuës
GALANT.
133
que par des Surnoms qu'on leur
a ainſi donnez .
Monfieur Culant. Il eſtoit
Grand prieurde Champagne. 11
yaeu un Grand- Maiſtre de Malte
de cette Maiſon. Monfieur le
Commandeur du Freſnoy en eſt .
Monfieur Bétau . Il a eſté Receveur
des Confignations , Préfident
aux Comptes à Dijon , &
enfuite Preſident à la Chambre
des Comptes de Paris. On ne
peut avoir plus de ſolidité d'efprit
, de fermeté & de droiture
dans les Affaires , qu'il en a toûjours
montré. Comme il n'y a jamais
eu perſonne quiait fait plaifir
à tant de Gens , & obligé de
a bonne grace , il a eſté regreté
*de tout le monde. Peu de jours
avant ſa mort , Monfieur Bétau
deChemeau ſon Fils, avoit épouſe
Mademoiſelle de Luxembour
134
MERCURE
de Beon. Je ne vous dis rien de
ces nouveaux Mariez . Lors que
Monfieur de Chemeau fut reçût
Conſeiller , je vous parlayde ſon
mérite & des qualitez qui le diſtinguent
. A l'égard de Madame
ſa Femme , qui eſt auſſi bien faite
que ſpirituelle , fon nom n'a
pas beſoin qu'on explique ſa naiffance.
Monfieur le Preſident Bétau
a laiſſe trois filles , dont plufieurs
de mes Lettres vous ont
appris l'établiſſement , foità l'occafion
des Intendances qui ont
eſté remplies par Meffieurs Poncet&
deCreil , ſoit lors que Monfieur
le Préſident molé prit ſa
place de Preſident au mortier. Il
a encore laiſſe un Fils qui s'eſt
fait Jeſuîte. Vous dire qu'il eſt de
cette ſcavante & illuftre Compagnie
, c'eſt vous dire qu'il a in
finiment de l'eſprit.
GALAN T.
135
Meffire Guillaume Bénard ,
Seigneur de Rezé. Il eſtoit Chanoine
de l'Egliſe de Paris , & Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , où il fut reçû en
1636. Le Roy l'ayant nommé à
l'Evêché de Lavaur il y a quelques
années , il pria Sa Majeſté
de trouver bon qu'il n'acceptaſt
point cette Dignité. MonfieurBenard
de Rezé Conſeiller d'Etat
eſt ſon Frere. Benard porte d'azur
à la Licorne paſſante d'argent.
Monfieur Hennequin , Conſeiller
, & Chanoine de Notre-Dame
, eſt monté à la Grand'-
Chambre , à la place de celuy
dont je vous aprens la mort.
Monfieur l'abbé Camus de
Poncarré. Il eſtoit Oncle de M
Camus de Poncarré Conſeiller
au Parlementde Paris . Monfieur
fon Pére & Monfieur fon Frere
136 MERCURE
ont eſté Conſeillers dans le mefme
Parlement. Geoffroy Camus,
Seigneur de Poncarré,mort Sous.
Doyen des Conſeillers d'Etat ,
eſtoit ſon Ayeul. Il eſtoit Petit-
Neveu de Jean Camus, Seigneur
de S. Bonnet , Intendant des Finances
, & Conſeiller d'Etat ſous
Henry III; Neveu de meſſire laques
Camus Evêque de Séez ;
Coufin de meſſire lean - Pierre
Camus Evêque & Seigneur de
Bellay , nommé à l'Eveſché d'Arras
, & proche Parent de lean &
Henry Camus , Baillifs & Gouverneurs
d'Etampes ; tous iſſus
de Pierre Camus , Maire perpetuel
d'Auxonne en Bourgogne
, dont les Pere & Ayeul ,
Maurice & Nicolas Camus , avoient
poffedé la méme Charge.
Meffire Claude Grenet. Ileftoit
Docteur de la Maiſon & Societé
GALANT.
137
de Sorbonne , & ancien Curé
de la Paroiſſe de S. Benoist .
Dame Françoiſe Bailly. Elle
eſtoit femme de meſſire François
Bitaut , Seigneur de Vaillé, Conſeiller
au Grand Conſeil .
Aprés vous avoir parlé de tant
de Perſonnes mortes dans ce
mois , j'ajoute un Article d'un
Mort de plus de vingt ans . Il regarde
feu Monfieur le Cardinal
Mazarin. Tout ſe prépare pour
ſa Sépulture dans l'Egliſe des
Quatre - Nations . Monfieur de
Louvois en prend le ſoin . Cette
Egliſe fut benite le 21. de ce
mois , jour de la Pentecofte , &
l'on commença ce meſme jour
à y celebrer la Meſſe . Quelque
accablement d'Affaires qui occupe
ce Miniſtre , ſa vigilance ne
luy laiſſe négliger aucune de celles
qui entrent dans ſes Emplois.
138 MERCURE
Il eſt arrivé une choſe rare, qui
mérite bien que je vous l'apprenne.
Vous ſçavez dans quelle ré
putation eſt icy Monfieur Gervais.
Depuis dixneufans qu'il y
demeure , il a guéry plus de quatre
mille Tumeurs froides , qui
fontconfonduës ſous le nom de
Loupes. Il y en a eu de toutes
eſpeces , & quelques unes de la
groſſeurde la teſte d'un Homme.
Cetteguériſon ſe fait par la ſeule
application de fon Emplâtre, ſans
qu'il ſe ſerve de fer ny de feu .
Quoy que ces cures foient fort
furprenantes , il n'y en a point
qui le ſoit tant que celle qu'il a
faire ce mois- cyd'une Loupe que
le Frere Bérard,Capucin du Convent
de Forges en Normandie ,
avoit fur la partie gibbe du foye.
Il en eſt ſorty plus de quarante
oeufs , les uns ſemblables à ceux
GALANT.
139
d'une Poule , & les autres aux
oeufs de Pigeon. Cette cure fait
grand bruit , à cauſe de la ſingularité
de la Loupe.
S'il y a d'habiles Gens en quelque
Profeffion que ce ſoit , c'eſt
aſſurément à Paris qu'on les rencontre.
Il ne faut pas s'étonner
qu'ils y ſoient attirez de toutes
parts , puis qu'il n'y a point de
Ville au Monde ny ſi peuplée ny
ſi grande. Cela eſt cauſe que ſes
Habitans meſme ne ſçavent pas
ce que ſon enceinte renferme de
curieux . Ainſi ils n'ont pas moins
d'obligation que les Etrangers à
l'Autheur qui a donné au Public
depuis peu de jours une Deſcription
de ce qu'il y a de remarquable
dans cette fuperbe
Ville, Toutes les remarques de
ce Livre ſont fort recherchées.
Je ne vous en fais point icy de
140
MERCURE
de détail ; le Journal des Scavans
que vous voyez , en parle am.
plement.
J'aurois beaucoup à vous dire
de la Flote de France , partie de
Toulon le s . de ce mois , pour
ſe rendre aux Ifles d'Hiere , afin
d'y attendre plufieurs Bâtimens
qui l'y devoient joindre , mais je
me réſerve àvous entretenir lors
qu'elle ſera arrivée au lieu où elle
a ordre d'aller. Chacun ſe figure
la Conqueſte qu'elle doit faire :
chacun la nomme , & veut que
ce ſoit la Place qu'il ſouhaiteroit
qu'on attaquaſt ; mais quoy qu'il
ſemble qu'on la puiſſe rencontrer
, en nommant toutes celles
qui méritent qu'on s'y attache,
je ne ſçay ſi toutes les conjectures
qu'on feroit ne ſeroient pas
fauffes tant le ſecret de Sa
Majeſté eſt impénétrable, & tant
১
GALAN T.
141
tout ce qu'on fait aujourd'huy
en France , eſt extraordinaire &
furprenant.
Quant à la Flote d'Eſpagne,
ſon Amiral s'eſt perdu , ayant
pris la Baye de Ceuta pour le
Détroit. C'eſtoit un Navire
de 80. Canons , chargé de Canons
de fonte qu'il apportoit de
Naples . Il en avoit 150 dans ſon
fond. La plus grande partie de
l'Equipage s'eſt ſauvée. Il ſemble
que les François ne ſoient
pas moins fâchez de ce malheur,
que ceux à qui il eſt arrivé , dans
la crainte que cela n'empeſche
les Eſpagnols,de mettre leur
Armée Navale en mer .
Ces derniers ne ſont pas plus
heureux à Naples , où les Bandits
les obligent à venir contre eux
à une Guerre dans les formes.
Quand ces Voleurs font des pri142
MERCURE
fonniers , ils uſent du droit de
repréſailles, en faiſant pendre les
Eſpagnols qu'ils ont pris , de meſme
que les Eſpagnols font exécuter
les Priſonniers qu'ils ont faits
ſur eux. Il y a quelque temps
que le Chien d'un de leurs
Chefs eſtant paſſé parmy les
Troupes Eſpagnoles , ils firent
faire des ofres pour retirer ce
Chien priſonnier. L'affaire ayant
eſté miſe en négotiation , il fut
arreſté que le Chef des Bandis
rendroit trois Eſpagnols pour fon
Chien. Je n'entre point dans
l'inégalité de l'échange. Il ſuffit
que vous ſçachiez que ce fut
ainſi que le diférend fut terminé
du conſentement des Parties .
Je viens au Voyage que l'opiniâtreté
des Eſpagnolsa forcé
le Roy de faire en Flandre. Je
vay vous en donner un détail,
GALAN T.
143
non pas des couchées & du
ſejour de Sa Majesté en chaque
lieu , mais de tout ce qui s'eſt
fait pendant ce Voyage , & des
Nouvelles que ce Monarque a
reçeuës de ſes Armées de terre
& de mer , & de ſes Ambaſſadeurs
dans les Cours Etrangeres,
avec une exacte deſcription de
ſes Camps. En meſme temps
qu'on apprit que ſon départ
eſtoit réſolu , on vit paroiſtre des
Vers qui méritent bien voſtre
curiofité. En voicy de Madame
des Houlieres. Son nom ſuffit
pour vous préparer à une lecture
des plus agréables .
144
MERCVRE
EPITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
AU ROY.
Dourquoy chercher une nouvelle
gloire?
Sous vos Lauriers goûtez un doux
repos ;
Affez d'Exploits d'immortelle mémoire
Vousfont paſſer les antiques Héros.
Pour vous, grand Roy , pour le bien
de la France ,
Que reste- t- il encore àſouhaiter ?
Vosfoins chez elle ont remis l'abondance
;
Vostre
GALANT.
145
Voſtre valeur qui pourroit tout dompter,
La rend terrible aux Nations étras
ges, 20
Et quelque loin qu'on porte les
loüanges ,
Il n'en est point qui vous puißent
flater.
Avous chanter nos voixſont toûjours
preftes ;
Mais quand nos Versàla Poftérité
Pourroient vous peindre auſſi grand
que vous estes ,
Quand de vos Loix ils diroient l'équité,
De voſtre Bras les rapides conqueſtes,
De voſtre Esprit la noble activité ,
De vôtre abord lecharme inevitable
Quelle en feroit pour vous l'utilité?
Lors que le vray paroist peu vrayfemblable.
Il n'a fur nous que peu d'autorité.
May 1684. G
146
MERCURE
Ces Conquerans qu'eurent Rome &
* La Grèce ,
Ces Demy - Dieux fur cent Lyres
chantez
Ont eu lefort que tropdegloire laiſſe,
On les a crûs fervilement flatez
Tant de vertus qu'en eux l'Histoire
affemble ,
Eft,diſoit-on ,le prix de leurs bienfaits
;
Et fi vous seul sous qui l'Univers
tremble ,
N'euffiez plus fait qu'ils n'ont fait
tous ensemble ,
On douteroit encor de leurs haut
Faits.
De leur valeur la vostre nous aſſure.
Vous la rendez croyable en l'éfaçant
;
Un telSecours chez la Race future
Sera pour vous un fecours impuis-
Sant.
GALANT.
147
Quelques efforts que la Naturefaſſe
Pour lesHeros quesa mainformera,
Loin d'en trouver quelqu'un qui
vous efface ,
Iamais aucun ne vous égalera.
N'allez donc plus exposer une vie
D'où le bonheur de l'Univers dépend;
VoyezlaPaix, de tous les biensfui.
vie,
Quidans les bras desPlaisirs vous
attend;
Epargnez nous de mortelles allarmes
Où courezvous par la Gloire animé
Si la Victoire a pour vous tant de
charmes,
Vous pouvez vaincre icy fans estre
armé.
C
Nappellezpoint une indigne foibleffe
:
G2
148
MERCURE
T
Quelques momens donnezà la ten-
F
dreffe ;
Les plus grands Coeurs n'ont pas le
moins aime.
F
Mais aux travauxde la fiereBellonne
,
•
Foppose en vain le repos le plus
doux.
Les faux plaiſirs que l'oifivetè
donne.
Nefontpasfaits pour un Roy comme
vous,
Inſtruit de tout , appliquéfans relâche,
Et toûjours grand dans les moindres
projets.
Lors que la Paix aux perils vous
arrache,
Une autre gloire à son tour vous
attache .
GALANT.
149
১
Et vous immole au bien de vos
Sujets.
Ainsi l'on voit le Maistre du Tonnerre
,
Diverſement occupé dans les Cieux ;
Tantoſt vainqueur dans l'infolente
Guerre
Qui fit périr les Titans furieux;
Tantoft veillant au bonheur de la
Terre,
Porterpartout un rreeggaarrdd ccuurricux ,
Yrétablir le calme, l'innocence ,
Estre de tous la crainte, l'espérance,
Et le plus grand , &le meilleur des
Dieux
Craint , adoré..... Mais j'entens la
Victoire..
Qui vous appelle à des Exploits
nouveaux . d 18
Que de hauts Faits vont groffir
vostre Histoire!
G3
150
MERCURE
Partez,courezàdes deſtinssibeaux.
Ie voy l'Espagne aux Traitez infidelle
,
Deſes Païspayerfes attentats ;
Ie voy vos coups détruire les Etats
Dufier Voisin qui foûtientfa querelle;
Etje vous voy vainqueur en cent
Combats,
Donner la Paix , & la vendre eternelle.
Ces autres Vers , pour n'être
pas adreſſez à Sa Majesté , ne
faiſſent pas de loüer ce Grand
Monarque. Ils font de l'illustre
Mademoiselle de Scudéry. Vous
ſçavez qu'elle a immortaliſé les
Fauvetes par le langage qu'elle
leur a fait tenir. Ellea continué,
& voicy ce que la Fauvete de
fon Bois adit cette année. Les
loüanges redoublent beaucoup
GALANT.
دو
de prix , quand la maniere de les
donner eſt ingénieuſe.
LA FAUVETE
A SAPHOо ,
Arrivant à ſon petit Bois le 25.
Avril, ſelon ſa coûtume.
Pres l'Hyver rigoureux ,
Je reviens fous cet ombrage . A
Le coeur toûjours amoureux ,
Etpreſt à vous rendre hommage ..
Selon mon foible ramage.
Mais dans ces aimables Bois ,
Dont la verdure m'enchante ,
Ce n'est plus comme autrefois ,
Car l'ingénieux Acante
Ne répond plus àmavoix.
Malgréson cruelfilence ,
G4
152
MERCURE
Puis qu'il chanta mes amours ,
J'ay de la reconnoiſſance ,
Je l'admireray toûjours.
FaySçeu dans malongue course ,
Qu'il n'aime plus qu'un Grand Roy
Qui du Levant jusqu'à l'ourse
Porte l'amour , ou l'effroy ,
Et foûmet tout àſa Loy.
Quand il partit de Versailles,
Je vis ce Roy fans pareil ,
Tel que le Dieu des Batailles
Plus brillant que le Soleil.
Je penſay centfois le ſuivre ,
Au lieu de venir à vous ,
Si j'euffe bien voulu vivre
Aupres d'un Héros ſi doux..
Puis ayantveu la Victoire
Quivoloit autour de luy ,
Je connus bien que la Gloire
GALANT.
153
Nous l'arrachoit aujourd'huy.
Je crûs oüir le Tonnerre ,
Je vis briller des Eclairs ,
Je Sentis trembler la Terre ,
Et je craignis que la Guerre
N'allast troubler l'Univers.
N'ayant pas l'aile affezforte
Pour ce rapide Guerrier ,
Dans le Zele qui m'emporte ,
Je reviens fur mon Meurier,
Et ne ceffe de prier
Quebientoft il nous apporte
Ou l'Olive , oule Laurier.
Je vous envoyeauffi trois Sonnets
, qui regardent le Voyage..
L'Autheur du ſecond m'eſt inconnu.
Monfieur Magnin a fait
le premier. Le troifiéme eſt de
Monfieur de Lonchamp , d'Evreux.
G
4
MERCURE
SUR LE DEPART
DU ROY.
L
E Grand LOUIS part pour
l'Armée
Avoir déja de toutesparts
Marcherſes pompeux Etendarts
Toute l'Europe est alarmée..
La nouvelle en est confirmée ,
Mais on en craint peu les hazards ,
Et la Porte du Champ de Mars
Sera, dit- on, bientoftfermée..
Lors que le Monarque des Cieux
Tonne d'un air impérieux ,
Toutfléchit, tout craint le Tonnerre
Raſſurons- nous donc désormais ;
Ce terrible appareil de Guerre
Nepeut enfanter que la Paix..
GAL'A'N'T.
155
SUR LE MESME SUJET.
V
:!
A, Grand Monarque,va ,que
ton Tonnerregronde ;
Que la rapidité d'un invincible
Mars,
Quite fait admirer, affrontant les
hazards ,
Faſſe voler ton Nom aux quatre
boutduMonde..
泰
Deton Brasindompté,la valeurfans
Seconde
Malgré tes Ennemis , guidant tes
Etendards ,
Fera voir le débris detous cesgrands
Ramparts,
Où de ces Envieux envain l'orgueil
Sefonde.
Maiss'ilnefuffit pas d'apprendre
des Mutins
G6
156
MERCURE
Que tu fçais balancer à ton gréles
Destins
Du bruit de tes Exploits remplir
toute la Terre ;
Pour mettre au plus haut point ta
gloire & nos souhaits ,
Apprens à ces Faloux qui veulent
tant la Guerre,
Que tu peux de nouveau leur im
poferlaPaix..
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN..
E Chemin, jeune Mars,qui conduit
àla Gloire , L
Par les Faits de LOUIS nouvellement
tracé ..
Expoſe à tes travaux ce que toute
Histoire
Neracontajamais des Guerriers dus
paffé..
GALANT..
157
C'est à Toy de finir ce qu'il a com
mencé;
Ce.Monarque àſon Sangne joignit
la Victoire ,
Qu'à deſſein que ton: Nom aupress
du ſien place ,
Eust à jamais écrit au Temple de
Mémoire
Wafurſes nobles pas conquérir l'Univers
وم
Aspire àsonexemple àdes Lauriers
divers ,.
Partage avecque luy l'éclat qui l'environne..
CePrince que la mort. ne fit jamais
trembler ,
Ne demandoit au Ciel , pour porter
Sa Couronne,
Que de ſe voirun Fils qui pust luy
: reſſembler ...
158 MERCURE
La Cour partit de Verſailles
le 22. Avril. Monſeigneur le
Dauphin, Madame la Dauphine,
Madame la Princeſſe de Conty ,
Madame la Maréchale de Rochefort
, & Madame de maintenon
, eſtoient dans le Carroffe
de Sa Majesté , ces deux dernieres
en qualité de Dames d'Atour
de Madame la Dauphine. Vous
ſçavez que la Charge de Dame
d'Atour donne eet honneur..
Une indiſpoſition ſurvenue à
Madame la Ducheſſede Richelieu
l'a empêchée d'eſtre da
Voyage. Si elle avoit pûle faire,
elle auroit auſſi eſté dans le Carroffe
du Roy, fa Charge de Dame
d'Honneur luy donnant ce
Privilege ,& le pas ſur les Dames
d'Atour. Madame de Monteſpan
ayant voulu mener Monfieur le
Ducdu Maine , & Mademoiselle
GALANT. 159
de Nantes , a un Equipage particulier.
Les principales Dames
qui ont ſuivy font , Madame la
Princeſſe de Soubiſe , Mesdames
les Ducheſſes de Noailles ; de
Chevreuſe , & du Lude , Madame,
la Comteſſe de Grammont,,
Madame la Marquiſe de laViéville
,Madame Colbertde Croiſ--
fy', Madame de Monchevreüil,,
Meſdemoisellede Biron,deGon--
taut , de Rambures , & de Jarnac
, ces quatre dernieres , Filles
d'Honneur de Madame la Dauphine..
La Cour alla couchier à
Louvre en Pariſis. Elle dîna le
lendemain au Fauxbourgde Senlis
, & coucha au Pons Sainte
Maixence, petite Ville ſur l'Oiſe,
celébre par ſes Eaux Minérales ..
Il y a dans l'unde ſes Fauxbourgs
un Abbaye de Filles , nommé le
Moncel , dont les revenus fonte
160 MERCURE
grands. Cette Abbaye eſt gouvernée
par Madame Briçonet.
Les Religieuſes ſont au nombre
de cinquante , toutes Filles de
qualité. Le 24. on paſſa l'Oife, &
l'on quita l'Iſle de France , pour
entrer en Picardie. On coucha
deux nuits à Mouchy. C'eſt un
Marquiſat à dix- ſept lieües de
Paris , appartenant à Monfieur le
Maréchal de Humieres . Le Chaſteau
eſt bizarre & ancien , & a
de grandes beautez. La plus
grande partie de la Cour logea
dans ce Chaſteau. Les Jardins en
fontbeaux , & il ya des eaux en
grande abondance. On y voit
des Arbre ſi ſpatieux , qu'il fournit
le couvert à trois cens Perſonnes.
Avant que de paſſer plus
avant dans le récit du Voyage , il
eſt àpropos de vous faire remarquer,
que le Roy tient tous les
GALANT. 16г
jours Confeil , meſme dans la
Route ; qu'il ſe leve tous les matins
avant huit heures & demie,
& madame la Dauphine , une
heure plus tard ; qu'on va à la
Meſſe à dix;qu'on monte en Carroffe
auffi toſt apres ; qu'on dîne
en chemin ſans en fortir ; & que
le Roy & Monſeigneur le Dau-
-phin montent tous les jours à
cheval. Le Roy ſe retire t-toſt
qu'il eſt arrivé le ſoir , & travaille
la plus grande partie du temps
juſqu'à l'heure du Soupé. On
apprit à Mouchy , que Meſſieurs
de Lunebourg avoient mandé à
Sa Majesté Impériale , qu'ils ne
pouvoient envoyer de Troupes
- en Flandre , ayant les Danois &
Monfieur de Cologne à droit &
à gauche dans leur voiſinage.
On y apprit auſſi , que la Province
d'Overiffel s'étoit jointe à cel162
MERCVRE
les de Friſe & de Groningue ,
pour redemander les Troupes
qu'elles payent. Le Roy nomma
pour ſes Aides de Camp , Monfieur
le Comte Marſan , Monfieur
le Prince d'Harcour, Monfieur le
Duc de Grammont, Meſſieurs les
Marquis de Dangeau, de Termes,
de Comenges & de Cavoye, Milord
d'Arran , Monfieur le Chevalier
de Nogent ,& Monfieur le
Marquis de Livry. Le 26. la Cour
alla coucher à Roye , qui n'eſt
qu'un grandBourg muré. Comme
il n'y avoit point de Maiſon
aſſez grande pour le Roy ,&pour
Madame la Dauphine, Sa majeſté
luy donna la Maiſon de préference,
& alla fouper à ſon ordinaire,
chez cette Princeſſe. Le 27.apres
x heures de marche on arriva à
Péronne. Les eaux qui fortifient
cette Place , l'ont juſqu'icy renGALANT.
163
duëimprenable. Le Roy y déclara
que Monfieur le maréchal de
Créquy avoit inveſty Luxembourg
, & que le 29. du mois ,
Monfieur le Comte d'Avaux devoit
l'apprendre aux Etats des
Provinces Unies. Voicy le Memoire
qu'il leur préſenta.
E Comte
I travau
d'Avaux , Ambaf-
Tres-Chrestien , pour fatisfaire aux
erdres qu'il a reçûs du RoyfonMaitre
, de faire reſſouvenir Vos Scigneuries
, que depuis que l'Espagne
a declaré la guerre à la France
, & que Sa Majesté ne s'est pû
dispenser d'employer ſes armes
dans les Païs- Bas , pour porter cette
Couronne à préferer le rétabliſ
fementde la Paix à la continuation
de la Guerre , Sa Majesté a bien
voulu apporter enmesme temps tous
164 MERCURE
(
tes les facilitez qu'on pouvoit rai-
Sonnablement defirer d'Elle , à un
prompt accommodement. VV. SS.
ont vûen effet par le Mémoire que
ledit Comte d'Avaux leur a pré-
Senté au mois de Fevrier dernier,
qu'outre l'offre d'une Trévedevingt
années, il a encore ouvert àVV.SS.
de la part de Sa Majesté, tous les
expédiens les plus capables de difposer
les Espagnols à confentir à
cette Tréve, ou au moins d'éloigner
la guerre des Pais-Bas
il y avoit d'autant plus d'apparence
que ces expediens produiroient
tout le bon effet que Sa Majesté
s'en devoit promettre , qu'ils
ne vous laifſſoient aucun sujet d'inquietude
pour la conſervation de
La Barriere , & vous donnoient le
temps neceſſaire pour porter le Roy
Catholique à consentir à ladite
Tréve , ou à quelqu'un des accom
GALANT. 165
modemens cy- devant propoſez .
Cependant les intrigues & les
follicitations des Ministres d'Efpagne
ont encore eu affez de pouvoir
à la Haye , nonseulement pour
empécher VV. SS. de déliberer fur
les dernieres offres de Sa Majesté,
mais aussi pourfaire prendre la ré
Solution de fortifier de tout ce qui
Leur reste de Troupes , le refus des
Espagnols ; en forte qu'il est au
pouvoir de ceux qui commandent
Lesdites Troupes , d'engager par
quelque acte d'hoftilité toutes les
Provinces Unies dans une guerre
avec Sa Majesté, & de rompre pour
toûjours la bonne correfpondance ,
que les villes & les Provinces les
plus attachées aux anciennes &
auxvéritables maximes de la République
, croyent encore néceffaire
degarder avec la Frances
C'est ce qui a determiné SaMa466
MERCURE
jesté à partir inceſſamment , pour
Semettreà la teste de ſes Armées,
&sefaire un chemin à la Paixpar
la force de ses armes , apres que
toutes les voyes de douceur & de
modération luy ont esté inutiles.
Mais quoy que Sa Majestéfoit entierement
dégagée des offres qu'elle
afaites, par l'expiration du temps.
qu'Elle avoit fixépouren convenir,
&qu'Elle ſçache bien qu'Elle pourroit
attaquer des Places dont la
conquefteferoit plus facile , &d'un
plusgrandavantage àſa Couronne,
que celle de Luxembourg , neanmoins
Elle a réfolu de la faire affieger,
tant parce qu'elle est entierement
détachéede tout ce qui doit
faire la Barriere des Païs-Bas &
qu'elle ne peut donner aucun fujet
de crainte à ceux qui y prennent
intérest , que parce que le deffein
qu'a Sa Majesté de s'en rendi maî
GALANT. 167
are, tend plûtoſt àfaciliter la Paix,
& à mettre ſes Sujets en fûreté,
qu'à incommoder ceux du Roy Ca.
tholique , auſquels cette Place ne
peut estre d'aucune utilité ; & que
d'ailleurs Sa Majestépoſſedant déja
tout le Pais qui l'environne , les
Espagnols ne s'attachent à lavou
loir retenir , que par l'esperance
qu'ils ont qu'elle leurfournira toûjours
des occaſions de renouveller le
Guerre , & des moyens de porter
plusdedommageàla France,qu'au
cune qui fortfous la domination du
Roy Catholique. Cependant comme
Sa Majesté ne fait la Guerre
qu'avec intention de conclure la
Paix àdes conditions raisonnables,
Elle declare par ledit Comte d' Avaux
, que fi avant le 20. du mois
de May prochain ,le Gouverneur
des Païs-Bas , fost de fon propre
mouvement , ou à la priere &fol
168 MERCURE
licitation de VV. SS. veut remettre
effectivement au pouvoir de Sa Majesté
ladite ville de Luxembourg
avec les quatorze à quinze Villages
ou Hameaux qui font de fadé.
pendance , non seulement Sa Ma
jesté conſentira que les Villes de
Dixmude& de Courtray , apres que
Sa Majesté en aura fait applanir
les Murailles & les Fortifications,
foient renduës avec leurs dépendances
au Roy Catholique ; mais aussi
Elle se deſiſtera de la demande
qu'Elle a faite des quarante Villages
qui ont esté détachezpar le
Traité de Nimegue du Gouvernement
de Tournay , & qui ont esté
reünis à la Châtelenie d'Ath ; &
Elle ne retiendra de tous les lieux
qu'Elle a occupez depuis le 20. Aoust
dernier , que celuy de Beaumont
avec les trois ou quatre Villages qui
restent de sa dépendance , Bouvi
nes
GALANT. 169
Ines qui n'en a aucun , & Chimay
- avec les douze ou quinze Villages
qui en dépendent ; en forte que par
le moyen de cette ceſſion ou renonciation
reciproque , sçavoir de la
part de Sa Majesté , tous les droits
&prétentions ſur Aloft , le Vieux-
Bourg de Gand , & autres lieux de-'
mandez par ſon Procureur General
aux Conferences de Courtray . &de
tout ce qu'Elle a occupé depuis ledit
jour 20. Aouſt dernier , àla re-
Serve desdits lieux de Beaumont,
Chimay & Bouvines , avec le pen
qui en dépend ; & de la part du
Roy Catholique , tant deſdits lieux
de Beaumont , Chimay , Bouvines
& dépendances , que de la Ville
de Luxembourg , & des Villages de
Sa Prevoſté , on peut encorc rétablir
la Paix , & ôter toutes fortes de
Sujets de diviſion qui la pourroient
alterer à l'avenir , laiſſant d'ail-
May 1684. H
170 MERCURE
leurs la France & l'Espagne au
mesme état de poffeßion auquel elles
estoient lors de la levée du Blocus
de Luxembourg,Sans qu'il puiſſe
estre mû aucune prétention depart
ny d'autre , pour quelque raison que
cefoit. Ainsi Sa Majesté a ſujet
de croire , que si VV. SS. n'ont en
vue que le rétabliſſement de la Paix
avec la conſervation de la Barriere,
ou elles obligeront les Espagnols à
Se garantir par la prompte acceptation
de ces dernieres offres de
Sa Majesté , de toutes les fuites
d'une guerre qui nepeut estre avantageuse
; ousi le Roy Catholique
n'a pas dégard à vos Remontrances
, Sa Majesté s'attend que VV.
SS. prendront des mesures , enforte
que vos Troupes n'en viennent à
aucun acte d'hostilité contre celles
defa Mujesté.
Mais comme lafincerité deſes
GALANT. 171
intentions pour le repos de l'Europe
l'a portée iusques icyà vous ouvrir
les voyes qui pouvoient procurer le
rétabliſſement de la Paix , fivous
continuezà les negliger , & à garder
aßez peu de meſures avec Elle,
pour laisser agir vos Troupes au gré
des Espagnols , Sa Majesté vent
bien vous déclarer dés à preſent .
qu'au premier acte d'hostilitéqu'elles
commettront contre les fiennes,
hors des Places fortes appartenantes
au Roy Catholique , Ellefe trou.
vera obligér ( quoy qu'avec deplaifir
) de donnerſes ordres , pourfaire
faifir tous les Vaiſſeaux , Marchandises
, &Effets qui appartiendront
à vos Suiets , & de vous confiderer
& traiter dorénavant comme cсих
qui fomentent & soûtiennent de
toutes leurs forces l'opiniâtreté des
Espagnols, & qui nefont pas moins
la guerre à Sa Maiesté , quefes Ennemis
declarez.
H 2
172 MERCURE
C'est ce que Sa Maiesté a ordonné
audit Comte d' Avaux de fairefçavoir
à VV. SS. & de leur demander
une refolution précise au plus tard
dans quinze jours , laquelle Sa Maiesté
attendra à la teste de ſes Armées
, declarant dés àpreſent , que
paffe ledit temps Elle ne pretend
plus eftre tenuë non seulement à
aucune des Propofitions qu'elle a cy.
devant faites , mais auſſi à celles
qu'Elle fait encore à preſent.
Fait à la Haye le 29. Avril 1684.
On ſçût auſſi que le Roy avoir
commandé divers Corps de Cavalerie
fur la Meuſe , pour empêcher
que le Marquis de Grana
& le Prince d'Orange ne jettafſent
du ſecours dans Luxembourg.
Sa Majesté fit partir M
de Chanlay pour aller au Camp
prés Condé , avec ordre de luy
GALANT.
173
venir rendre compte à Condé
de ce qu'il auroit vû . Monfieur
de Fourbin fut déclaré Lieutenant
General. Il apprit cette
nouvelle lors qu'il eſtoit en ſueur,
à cauſe de la fiévre qu'il avoit
depuis quelques jours. Il mourut
peu de temps apres. On traverſa
neuf Ponts le 28. pour ſortir de
Peronne , & apres deux lieües de
marche on entra dans le Cambréfis
, Païs gras & fertile , meſle
de Valons & de Montagnes , &
diverſifié par des Plaines
de petits Bois. On apperçût des
Corps de Gardes poſez de mille
pas en mille pas , avec des Vedetes
de tous coſtez , pour rendre
la Marche tres- fûre . On
arriva à Cambray ſur les quatre
heures apres midy , & le Roy
eſtant entré par la Porte de
د
&
France , ſe rendit à l'Archevel
H
3
174 MERCURE
ché , au bruit du Canon de la
Ville , & fut falué enſuitede celuyde
la Citadelle , Sa Majesté
monta auſſi- toſt à Cheval , pour
aller viſiter le Camp , qui estoit
formé deGendarmes , de Moufquetaires,&
autres Corps de Cavalerie
Legere , & de douze Bataillons.
Apres qu'Elle eut viſité
les Poftes , Elle alla ſur le Glacis
de la Citadelle, où la Compagnie
des jeunes Gentilshommes eſtoit
en Bataille àcinq de hauteur, allignée
paralellement au Glacis ,
faiſant face vers la Campagne.
Le Roy s'eſtant arreſté avec
Monſeigneur le Dauphin , Monfieur
le Duc , & une partie de la
Cour , à trente pas du front du
Bataillon , dit à Monfieur du
Freſne ,Capitaine de cette Compagnie
, & Lieutenant de Roy
dela Citadelle , Homme de méGALANT.
175
rite &de ſervice , de faire commander
l'Exercice. Monfieur de
la Fayolle , qui fait la Charge
d'Aide- major de la Compagnie,
commanda le maniement des armes
; ce qui fut exécuté avec
beaucoup d'adreſſe. Sa majeſté
en fut fort contente , auſſi-bien
que de l'air de ces jeunes Gentilshommes
, qui font en état
d'attaquer vertement une Demylune.
On alloit faire les Quarts
de Converſion , lors que le Roy
dit qu'il eſtoit trop tard . En effet
on ne voyoit plus qu'à la faveur
de la Lune , quand Sa Majesté
_ paſſa parla Porte du Secours de
la Citadelle, où Monfieur du Tilleul
, Gouverneur , quia commandé
le Régiment de la Couronne
avec gloire , préſenta les
Clefs au Roy. Sa Majesté témoigna
par un geſte qu'elle
H 4
176 MERCURE
fit , qu'Elle estoit bien aiſe qu'elles
repaſſaſſent entre les mains
d'un ſi fidelle Sujet. Ce Monarque
retourna à l'Archeveſché ,
& en paſſant par la Place , où
l'on alloit allumer un Feu d'artifice
, Sa Majesté le défendit, ne
voulant pas que ſes Peuples
fiffent des Réjoüiſſances pour le
commencement d'une Guerre
qu'Elle ne fait que parce qu'on
l'y oblige. La foule des Habitans
fut extraordinaire au Soupé de
Roy. Ils furent charmez de l'air
grand & affable de Sa Majesté,
& de ce que Madame la Dauphine
parla familiérement à quelques
uns. Le 29. le Roy alla à
la Meſſe auſſi toſt qu'il fut levé.
Lors qu'il fortit de l'Eglife , M
l'Archeveſque de Cambray le
remercia de l'honneur qu'il luy
avoit fait , apres quoy toute la
GALANT. 177
Cour partit. La Cavalerie de la
Garniſon accompagna Sa Majeſté
une partie du chemin . On
ſuivit l'Eſcaut ; on vit Bouchain
en paſſant , & l'on ſe rendit à
Valenciennes. Cette Place parut
toute changée depuis qu'elle
- eſt au Roy. Le 30. on arriva à
Condé. C'eſt une Place tres- forte
& tres - importante. Le Roy logea
dans le Chaſteau de Monfieur
le Comte de Sors , autrefois
Maiſtre & Seigneur de la
Ville.On y voit encore de grands
Apartemens , & des Jardins en
bon ordre. Le Roy choiſit ce
lieu- là pour ſon ſejour , afin d'afſembler
fur la Frontiere toutes
les Troupes qui devoient former
fon Armée , & s'y crût plus en
état qu'en aucun autre , d'examiner
les mouvemens de ſes Ennemis
, d'attendre leurs Répon
Η
178 MERCURE
ſes , & de favoriſer le Siege de
Luxembourg. Sa Majesté avant
que d'entrer dans Condé , alla
viſiter ce Camp, qui eſt ſur deux
Lignes , la droite vers Condé ,&
la gauche vers Valenciennes, faifant
face à la Riviere de l'Eſcarpe.
Il y avoit peu de Cavalerie,
mais quatre - vingts Eſcadrons
eſtoient preſts à s'y trouver an
premier ordre. On les laiſſa dans
les Villes voifines où il y a du
Fourage. Je vous envoye ce
Camp, que j'ay fait graver ; il
n'y manque que les noms des
Lieutenans Genéraux. Les voicy »
Mr le Grand- Maiſtre .
M' le Comte d'Auvergne..
Male Ducde Villeroy .
Mª de Tillader..
Me le Prince de Soubiſe..
Mrde Cuinchy.
M² de la Trouſſe absent.
ae
M
arde
ſe un
H6
ja I roune mejent.
GALAN T. 179
Mr le Duc de Noailles.
Me de Bouflers abfent ,
Le 1. de may , le Roy viſita
les Dehors de la Ville de Condé,
& fit poſer des Gardes ſur les
Avenües , parce que les Ennemis
y venoient déguiſez en Païfans ,
& attaquoient à leur avantage..
On leur enleva un Parry de vingt
Hommes. Le 2. Monſeigneur le
Dauphin eſtant monté à cheval,
alla au Camp , & vifita toutes
es Troupes , accompagné de
Monfieur le maréchal de Schomberg
, qui eſtoit de jour. Les
Dames y allérent l'apreſdînée..
Monfieur du Montal fut nommé
pour commander vingt- fix
Eſcadrons ſous Dinan, Monfieur
de Bouflers pour en commander
27. entre la Sambre & la
Meuſe , & Monfieur de la Tronfſe
un tres-grand Corps fous Se
H6
180 MERCURE
i
;
1
:
!
dan. Il reſtoit encore dix-fept
Eſcadrons au Camp, & un Corps
conſidérable diſperſé dans les
lieux voiſins . Le Roy apprit par
un Courrier , que Monfieur le
Maréchal de Créqui luy dépeſcha
, que le Prince de Chimay,
Gouverneur de Luxembourg ,
avoit fait fortir quelques Eſcadrons.
Je ne vous marquera y
point icy les particularitez de cette
Sortie. J'en uſeray de mefme
dans tous les endroits où j'auray
àvous parler de ce Siege , ayant
réſolu de referver tout ce qui le
regarde, pour vous le donner en
corps , felon ma coûtume. Le-
Roy reçût des Nouvelles de
Monfieur d'Avaux, qui luy aprenoit
que les Etats Genéraux s'alloient
affembler ſur ſon dernier
Mémoire. Sa Majesté apprit auſſi,
que Monfieur le Prince d'Oran
GALANT. 181
geayant ſçû que les Etats paroiffoient
diſpoſez à accepter les
Propoſitions du Roy , eſtoit revenu
à la Haye en grande diligence
, pour ſoûtenir ſon Party,
qu'il avoit trouvé fort chancelant;
& qu'il avoit dit à ſes Amis,
-qu'il ne sçavoit pas quelle refolution
on prendroit dans l'Aſſemblée
Genérale , mais que pourluysa refolution
estoit prife , & qu'il aimoit
mieux ſe voir a la teſte de vingt
mille Hommes ( ce qui luy ſeroit
aſſez difficile) que de vivre feul à
la Haye avec un Valet de Chambre.
Le Roy ſout en meſme temps ,
que les Troupes qui avoient
marché au ſecours des Eſpagnols ,
avoient ordre de s'en retourner;
que non ſeulement elles n'auroient
plus de Paye fi elles n'obeïſſoient
, mais qu'on les déclareroit
Ennemies de l'Etat ; que
182 MERCURE
i
fes Propoſitions eſtoient trouvées
raiſonnables , & qu'il y avoit apparence
qu'on abondonneroit les
Eſpagnols , s'ils ne les acceptoient
pas. Le s. le Roy devoit faire une
Revûë genérale, mais Sa Majesté
la remit au 7. parce qu'Elle ſe
trouva un peu enrhumée ce
jour- là , les Rhumes ayant regné
à la Cour ainſi qu'à Paris.
Le Roy connoiſſant l'impatiente
ardeur des François , qui hazardent
leur vie ſans eſtre étonnez
par le péril , envoya ordre
àMonfieur le Maréchal de Créquy
, de ne point expoſer ſes
Troupes devant Luxembourg
d'empeſcher les Volontaires &
les Officiers meſme , d'aller à la
Tranchée , ſans eſtre commandez
, de déclarer par ordre de Sa
Majesté , que tous les Volontaires
cuffent àchoisir dans quel Regimens
GALANT. 183
ils vouloientfervirpendant leSiege;
que les Officiers & Volontaires qui
iroient à la Tranchée ſans eftre de
jour , feroient mis en arreſt tant que
dureroit ce Siege ;& qu'ainsi ceux
qui feroient braves à contretemps ,
montreroient bien qu'ils n'auroient
pas envie de ſervir dans cette occafion.
Le 7. le Roy fit la Revûë de
la premiere Ligne de l'Infanterie,
&le 8. de la ſeconde. On déclara
que l'on n'ouvriroit laTranchée
que ce foir- là , & qu'on
avoit differé , afin de prendre des
précautions pour expofer moins
de monde. On ſçût le 9. que
Monfieur le Comte d'Avaux devoit
préſenter un Mémoire aux
Etats ce jour- là meſme. Comme
j'ay trouvé moyen de les avoir
tous , je vous envoye ce dernier
qu'il preſenta..
184 MERCURE
1
1
:
3
L Roy
E Comte d'Avaux , Ambaffa-
✓deur Extraordinaire du
Tres - Chrestien , ayant veu dans la
Conférence qu'il eut Dimanche dernier
7. de ce mois avec Meſſieurs les
Députez de Vos Seigneuries , qu'elles
penſoient que Sa Majesté vouloit
bien demeurer encore engagée
aux conditions proposées dans le
Mémoire qu'il leur préſenta le 17 .
de Fevrier dernier , fur lesquelles
on auroit pû pendant un ſi longtemps
faire la Paix ou la Tréve
avec l'Espagne , fit connoiſtre aux
Députez de VV. SS. le peu defonde.
ment qu'il y avoit de demeurer
dans cette pensée , puis qu'il s'eft
paſſé plus de trois mois depuis les
offres du 17. Fevrier , fans que
l'Espagne ait voulu convenir d'aucun
des Expediens propoſez de tera
miner par la Paix ou par la Tre
GALANT.
185
ve , tous les diférens qu'il y a entre
Sa Majesté & le Roy Catholi
que ; de forte que cette perte de
tempsfi considerable , avoit obligé
Sa Majesté de faire proposer de
nouvelles conditions , qui estant diférentes
des précedentes , les annullent
absolument .
• Ledit Ambassadeur ne répctera
point icy toutes les raiſons qu'il a
alleguées là- deffus aux Députez de
VV.SS. pour leur perfuader cette
verité , & comme quoy il n'est pas
vray ſemblable que quand Sa Majesté
declare qu'Elle a refolu de
faire attaquer Luxembourg ,
qu'elle le fait effectivement affieger.
Elle veüille s'en tenir à la
Tréve qu'elle a propofèe trois mois
auparavant , dans laquelle cette
Place n'a pas esté demandée. Ledit
Ambassadeur ne leur repréſen
tera point non- plus tous les longs
186 MERCURE
r
delais que Sa Majestéafucceſſirrement
& inutilement donnez depuis
ſt longtemps , mais principalement
depuis le 5. du mois de Novembre
dernier. Ilfe contentera de lesfaire
Souvenir, que dans la Réponſe qu'il
leur donna par écrit le 13. du mois
paſſé , il les exhorta de ne pas laisfer
écouler inutilement le temps ,
dans lequel ils pouvoient encore
conclure un bon Accommodement fe
trouvant mesme obligé de leur dire,
qu'il doutoit fort que le Roy for
Maître , voyant tout ce qui se pratiquoit
pourfusciter des Ennemis à
Sa Majesté , & pour allumer la
Guerre , luy laiſſaſtlongtemps le
mesme pouvoir.
C'est cela mesme en effet qui a
obligé Sa Majesté de fe rendre inceſſamment
à la teste de ſes Armées
, pour s'ouvrir un chemin à la
Paix par la force de ses armes .
GALANT. 187
apres que toutes les voyes de douccur
& de moderation luy ont esté
inutiles ; ayant bien voulu neant..
moins ordonner audit Ambassadeur
de declarer à VV. SS. le 29. du mois
passé, les dernieres conditions auf.
quelles la Paix se pouvoit encore
faire ; & bien que ledit Ambaſſadeur
voye évidemment que les paroles
de la derniere période du fufdit
Memoire , fur lesquelles VV.SS.
prétendoientsefonder pour agirfur
le pied des conditions proposées te
17. Fevrier , confirment , au lieu de
détruire , celles de la troifiéme période
du mesme Memoire , où il est
dit pofitivement , Quoy que Sa
Majefté ſoit entierement dégagée
des offres qu'elle a cy-devant
faites , neantmoins ledit Ambassadeur
, pour témoigner aux Députez
de vv. SS. le defir fincere
qu'il a de ſeconder toutes les de188
MERCVRE
:
4
:
marches qu'elles feront pour contribuer
au rétabliſſement du repos de
la Chreftienté ; a bien voulu Se
charger d'en écrire hier à Sa Majestépar
un Courrier , quelque or
dre precit qu'il ait eu de neplusſe
reglerfur des conditions de Tréve
qui ont esté ſi longtemps negligées.
Aussi est ce cette forte de negligence
qui a porté Sa Majesté à ne
faire propofer parledit Ambaſſadeur
, dans son dernier Memoire
du 29. Avril, que de nouvelles conditions
de Paix , Sans plus faire
mention de Treve ; mais comme le.
dit Ambassadeur a reconnu qu'on
panchoit plus en ce Pais à l'acceptation
d'une Treve , qu'à celle
d'une Paix , il a ſupliè le Roy fon
Maistre de l'honorer de ſes ordres.
afin d'eſtre en état de fatisfaire VV.
SS. fi elles iugeoient plus à propos
d'accepter la Treve que la Paixi
GALANT. 189
&comme Sa Maiefté , dans le defir
fincere qu'Elle a de retablir le repos
de I Europe , n'a pas seulement
fait paroistre dans toutes les rencontres
une tres- grande diſpoſition
àcontribuer avec VV.SS.tout ce qui
depend d'Elle pour arriver à une fin
fisalutaire ; mais encore qu'Elle les
a toûjours prevenues dans ce bon
deffein,par tous les expediens qu'elle
acrû les plus propres pour cet effet,
Elle a bien voulu auſſivous en donner
encore un nouveau temoignage,
en autoriſant sans perte de temps
ledit Ambaſſadeur , pour donner le
choix à VV. SS. de conclurela Paix
ou la Treve , aux conditions portées
par leMemoire du 29. d'Avril.
De forte que ledit Ambaſſadeur.
eftant préſentement en état de fatisfaire
à ce que VV. SS. n'ont fouhaité
de luy , que lors qu'il n'estoit
plus en pouvoir de le faire , leur
190
MERCURE
ny
declare par ce Memoire qu'il est
preft à cette heure deſigner la Tréve
aux mêmes conditions qu'il a dit
dans fon Memoire précedent estre
Les dernieres , fur lesquelles le Roy
fon Maistre luy avoit ordonné de
déclarer qu'on pouvoit encore faire
la Paix ; protestant qu'on ne doit
attendre aucun relâchement
aucun autre changement,que ce que
contient le Memoire du 29. d'Avril
dernier,ſur lequel les conditions de
laPaix , ainsi que celles de laTréwe,
doivent estre reglées ; & ledit
Ambassadeur Suplie instamment
VV. SS. de ne pas laiſſer écouler le
temps qui reste, Sans luyfaire une
Réponſe precise , telle que SaMajesté
l'attend inceſſamment .
Fait à la Haye le 9.May 1684.
Monfieur de Chanlay alla par
ordre du Roy prendre des FourGALANT.
191
-
a
rages aupres de Mons , qu'il apporta
à Sa Majeſté pour en examiner
la longueur, pour le Campement
dont jevous parleray en
fuite. Le Roy reçeut des nouvellesde
Monfieur de Vauban , par
leſquelles il luy mandoit que la
Place pouvoit eſtre batuë à revers
, & qu'il avoit trouvé plus
de terrequ'il ne croyoit.
Je n'ay rien à vous dire du 11 .
On n'apporta aucune nouvelle
à la Cour ; du moins il n'en eſt
point venu à ma connoiſſance.
Tout ce queje vous en apprendray
, c'eſt qu'il y avoit en ce
temps là quantité de Perſonnes
- enrhumées. Monfieur le Duc,
Madame la Princeſſe de Conty,
Monfieur le Comte de Marfan ,
& Monfieur le Maréchal de Lorge
eſtoient de ce nombre. Le 12 .
- Monfieurle maréchal de la Feüil-
1.
192 MERCURE
lade arriva au Camp en aſſez
bonne ſanté. Le 13. le Roy donne
l'Abbaye de Vauluiſant , qu'avoit
feu Monfieur de Fourbin , à
l'undes Fils de Monſieur de Louvoys
; celle de Breüilly , à Monſieur
l'Evefque & Comte de
Beauvais , comme je vous l'ay
déja dit , & celle de Silly, qu'avoit
feu Monfieur du mont , à Monfieur
de Tournefort , Maréchal
des Logis des Chevaux- Légers.
Sa Majesté fit une gratification
conſidérable à Monfieur le Comte
de Sors , pour avoir demeuré
dans ſon Chaſteau de Condé. Le
Meſme jour fut ſignalé par une
grande Nouvelle. On reçeut à la
Cour deux Lettres de Monfieur
l'Electeur de Baviere. Il y en avoit
une pour le Roy, & une autre
pour Madame la Dauphine. Ce
Prince mandoit au Roy, que les
Espagnols,
GALAN T.
193
Espagnols , &le Prince d'Orange,
le preſſoient extrémement de faire
marcher du Secours à Luxembourg ;
mais qu'il avoit répondu , qu'il ne
prenoit aucun interest à ce Siege.
qu'il avoit beſoin de ſes Troupes ;
qu'iltrouvoit que les Propoſitions que
Sa Majestéafaites pour la Tréve ou
pour la Paix , estoient tres- justes ;
qu'il la fuplioit d'estre aſſurée de
Ses bonnes intentions , de compter
Surſa parole , & de luy accorder
l'honneur defon amitié. Ce Prince
marquoit encore dans ſa Lettre,
qu'il venoit de la Courde l'Empereur
, où il n'avoit rien oublié pour
perfuaderà S. M. Impériale qu'elle
devoit accepter la Paix ou laTréve.
Cette Nouvelle donna une joye
inexprimable à madamela Dau-
2 phine,& cette Princeſſe en reçût
des Complimens. Le meſme jour
le Roy alla voir les chemins par
May 1684.
I
194
MERCURE
où ſon Armée devoit paſſer. Un
Pont ſur lequel Sa majeſté venoit
de traverſer une Riviere, ſe rompit
,& quelques- uns des Gardes
qui la ſuivoient tomberent dans
l'eau. Ce jour là il arriva beaucoup
de Seigneurs Anglois à la
Cour , ainſi qu'il en eſtoit arrivé
les jours précedens. Apres qu'ils
eurent ſalüé Sa Majesté , ils allerent
au Siege de Luxembourg.
On dit au Roy qu'on avoit vû des
Troupes des Provinces de Friſe
& de Groningue , au nombre de
huit cens Hommes , quis'en retournoient
d'Anvers où ils
avoienteſté envoyez . Ce Monarque
ſenſible aux malheurs de ſes
Sujets , eut la bonté de mander
à Monfieur l'Eveſque de Tournay
qu'il allaſt apprendre à Mon--
fieur le maréchal de Humieres
la nouvelle de la mort de mon-
,
GALANT.
195
fieur le marquis de Humieres ſon
Fils , & qu'il tâchaft de le conſoler.
Il reçeut en meſme temps
#des Dépêches de Monfieur de
Seignelay, datées des Iſles d'Hieres,
par leſquelles ce marquis luy
apprenoit la Concluſion de la Paix
avec le Divan d'Alger , aux conditions
qui luy ont esté preſcrites de
la part de Sa MajestéparMonfieur
le Chevalier de Tourville , Lieutenant
General des Armées Navales
de France ; qu'il avoit amené un
Algérien qui a commandé les Armées
de ces Peuples , qu'il est accom.
pagné de douze des Principaux du
Pais , & qu'il vient demander pars
don au Roy. On affure qu'ils rendent
par cette Paix , tous les Efclaves
faits depuis l'année 1670 .
•&qu'on peut racheter ceux qui
ont eſté faits avant ce temps- là,
pour cent écus chacun , qu'ils
:
1
2 I
196 MERCURE
rendront tous les Eſclaves qui
ont auſſi eſté faits ſur les Vaifſeaux
pourtant Baniere de France
, de quelque Nation qu'ils
puiſſent eſtre. Il y a pluſieurs
autres conditions,toutes à l'avantage
de Sa Majesté. Cinquante
ou ſoixante Eſclaves qui ſont fur
les Galeres de France , & quien
partie avoient eſté cauſe de la
derniere Guerre , ſeront rachezez
par Monfieur du Sceau , qui
en fera préſent aux Algériens, à
"cauſe de l'obligation qu'il leur a
de ce qu'ils luy laiſſent faire la
Peſche du Corail dans le Baſtion
de France , qui eſt ſur les Coſtes
d'Alger . Quoy que je ne vous
mande jamais aucunes Nouvelles
fondées ſur les bruits qui courent
, je le fais pourtant en cette
rencontre , juſqu'à ce que le
Traité ait paru ; mais je puis vous
2
GALANT.
197
D
affurer qu'on ne voit aucunes
Lettres qui ne portent toutes ces
particularitez . Les Algérien
que Monfieur de Tourville a
amenez , font la Quarantaine à
Toulon . Le Roy a envoyé Monſieur
de la Buffiere , Gentilhomme
ordinaire de ſa Maiſon , pour
les conduire juſques au lieu où
fe trouvera Sa Majeſté au temps
de leur arrivée. Le meſme jour
15. on ſçeut que Monfieur d'Avaux
devoit préſenter aux Etats
Genéraux le mémoire dont voi.
cy une Copie.
L
EComte d'Avaux , Ambaſſa
ddeeuurr Extraordinaire du Roy
Tres- Chrétien , ſe trouve obligé de
faire reſſouvenir VV. SS. qu'elles ont
û par les Memoires qu'il leur a de-
Livrez le 29. du mois paffé & le 9 .
du courant,par ordre exprès du Roy
I
3
198 MERCURE
Son Maistre , que Sa Majesté s'est
attenduë que dans l'espace de quinze
jours VV. SS. prendroient une re-
Jolution qui contiendroit une Réponse
précise àses dernieres offres.
Cependant comme les quinze jours
Se font écoulez, sans que VV.SS.
ayent fait aucune Réponſe definitive
audit Ambassadeur , quelque
instance qu'il leur en ait faite , &
que le 20. de ce mois n'est pas éloigné,
apres lequel ledit Ambaſſadeur
n'a plus le pouvoir de ſigner
l' Accommodement proposé par Sa
Majesté , il nepeut , dans le defir
fincere qu'il a deſeconder vos bonnes
intentions , ſe dispenser de vous renouveller
ſes plus vives instances,
&de vous representer encore ce que
VV. SS. connoiſſent affez d'elles-mémes
qu'il y va de la gloire de S.M
àneſe point relâcher , comme il y
va deſes interests à ne plus souf-
<
GALANT.
199
frir que les Eſpagnols abuſent plus
Long-temps defa patience , & continuent
à l'engager de plus en plus
par leur refus à des depenſes inutiles.
C'est pourquoy ledit Ambaſſadeur
prie & requiert instamment
VV.SS. de vouloir rendre une Repon-
Seprécise à fon Memoire du 29.
Avril , parce que S. M. veut fçavoir
nettement & Sans perte de
temps , à quoy s'en tenir avec elles,
Elle ſe perfuade qu'elles ne voudront
pas de leur costé perdre au
grandregret de tantde Peuples,tout
le bon fuccez que peut avoir la
prompte réſolution que VV. SS. font
en pouvoir de prendre , pour contribuer
par leur prudente conduite
à l'accomplissement d'un bien fi
preffant&fi defiré.
Fait à la Haye le 15-May 1684 .
Le Roy partit ce jour- là de
14
200 MERCURE
Condé, accompagné de Monſeigneur
le Dauphin , pour aller au
Camp de Thulin, à quatre lieuës
de Valenciennes , à trois lieües
du Queſnay , & de Condé , prefque
autant de mons , & à une
lieüe de Remerin . Ce Village eſt
fur la Haiſne, dans un beau Païs.
La gauche de ce Camp eſt vers
Boffu , & il a le dostourné à la
Riviere de Haiſne. le vous l'envoyeray
gravéle mois prochain.
Les Dames retournérent à Valenciennes
le meſme jour que le
Roy alla au Camp. Sa Majesté
ne pût ſe défendre de permettre
à beaucoup de jeunes Seigneurs
d'aller au Siege de Luxembourg,
&vit arriver toutes fes Troupes.
Elle vifita lesGardes,& marchale
foir le long des Lignes . Le 16. au
matin , ce monarque que la fatigue
ne peut rebuter , viſita la
GALANT. 201
premiere Ligne de ſon Armée ,
& l'apreſdinée la ſeconde. Mon-
■ fieur d'Avaux avoit eu ordre de
preſenter le meſme jour aux Etats
Generaux le memoire que vous
allez voir.
E d'Avaux , Ambaf-
Jadeartextraordinaire
Majesté Tres- Chrétienne ,se trou
ve obligé de faire sçavoir à Vos
Seigneuries , que Sa Majesté luy
témoigne par les Lettres qu'il vient
de recevoirdu 13. de ce mois,qu'Elle
s'attend que VV. SS. ne laiſſeront
point écouler les quinze jours dans
Lesquels Sa Majesté leur a demandé
Réponse à fes Propoſitions ; &
que comme Elle est en état de se ren.
dre Maistre de Luxembourg par la
force defes armes , Elle veut aussi
estre informée au plûtoſt de la Refolution
que VV. SS. auront priſe
IS
202 MERCURE
fur ſes offres , voulant sçavoir à
quoy s'en tenir à leur égard.
Comme Sa Majesté s'affûre que
ledit Ambassadeur aura reçû une
Réponſe de VV. SS . dans le 15 de
ce mois , Elle ſera ſans doute fort
Surprise de voir parle Courrier que
ledit Ambassadeur ſe donna l'honneur
de luy depécher hier , que jufques
à cette heure VV. SS. n'ont
point répondu au Memoire du 29.
Avril.
c'eſt pourquoy ledit Ambaſſadeur
acrù abſolument néceſſaire de vous
reiterer les mesmes Déclarations
qu'il a déjafaites trois fois , & qu'il
vous fit hier , parce que fa Mas
jesté luy reitere tes mefmes ordres,
c'est àfçavoir qu'Elle ne luy donne
pouvoir de figner avec VV. SS. les
Articles propofez que juſques au
20.de ce mois inclusivement,enforte
quefidans te 20.de ce mois le Trai
ةج
GALANT.
203
tén'est pas signé, ledit Ambaſſadeur
n'a plus aucun pouvoir , &
Sa Majesté prendra d'autres mefures.
Fait à laHaye le 16. May 1684.
La bonté du Roy paroiſt dans
ces Mémoires ſi ſouvent reïterez
, puis que dans la ſituation
où ſont les Affaires , il luy ſeroit
plus avantageux qu'on n'acceptaſt
pas des offres qu'une genérofité
& une bonté toute finguliere
luy font faire. Le 17.le Roy
retourna à Valenciennes , où δα
majeſté aprit que les Etats Generaux
avoient donné un Memoire
à figner au Penſionnaire Fagel,
qui regardoit le repos de leurs
Provinces , & ce que Sa Majefté
attendoit d'eux ; mais que ce
Penſionnaire avoit refuſé de le
figner fans l'ordre du Princed'O
16
204 MERCURE
»
range ; que fur ce refusils avoient
envoyé des Deputez à ce Prin
ce , qui leur avoit tourné le dos,
& qu'en meſme temps il avoit
pris la Poſte pour Bruxelles
plein de deſeſpoir de voir que les
Hollandois préferoient leur repos
à ſon ambition particuliere..
On ſçût qu'il avoit demandé des
Troupes au Marquis de Grana,
pour ſecourir Luxembourg,mais
que comme ce Gouverneur des
Païs-Bas n'eſtoit pas en état de
luy en fournir , il avoit pris envie
à ce Prince , d'aller ſeul ſe
faire caffer la teſte dans Luxem--
bourg: On affura que les Etats
avoient dit , qu'ils paßeroient outre
, qu'ils vouloient faire la Paix
avec le Roy , &qu'ils delibereroient
s'ils Steroient au Prince d'Orange le
pouvoir qu'ils luy avoient donné ily
a un an , de disposer comme il le
GALANT.
205
trouveroit à propos , de tout cequi
regarde les Troupes , fes Prédecef-
- Feurs n'ayant jamais eu le pouvoir
de rien refoudre, ny de rien executer
fans en confulter les Deputez de
Meffieurs les Etats,qui estoient toû
jours avec eux . Le jour meſme le
Roy dit qu'il eſtoit forty de Mons
trois Partis, qui avoient eſté pris
tous trois, ſans qu'il s'en fuſt ſauvé
un ſeul Homme. Monfieur
FArcheveſque de Cambray répondit
ſur Theure à Sa Majesté,
qu'ils avoient trouvé un moyen affez
nouveau & affczheureux pour quitter
le Service d'Espagne avec honneur.
Monfieur le Nonce eftant.
arrivé le meſme jour , ſalüa le
Roy . Sa Majesté luy dit , que s'ili
eſtoit venu deux jours plûtoft , Elle
luy auroit fait voir une Armée capable
de donner la Paix à l'Europe
&de defendre la Chrétiente..
206 MERCURE
La Réponſe que vous atten
dez aux derniers Lardons , & le
Journal du Voyage de Sa Majesté ,
dont je remets la ſuite juſques à
la finde cette Lettre, afin d'avoir
le temps de recevoir des nouvelles
néceſſaires pour l'achever ,
font deux Articles qui ont quelque
liaiſon enſemble , puis que
dans l'un & dans l'autre on voit
un Etat genéral des Affaires
mais à la vérité d'une maniere
bien différente. Il n'y a perſonne
qui ne crût que les Autheurs des
Lardons ont changé de ſtile, parce
qu'ils auroient dû en changer,
voyant la justice des prétentions
du Roy reconnuë preſque dans
toutes leurs Provinces , & nouvellement
encore par Monfieur
l'Electeur de Baviere ; de forte
que de ſept Electeurs , il y en a
fax qui demandentla Paix , com,
GALANT.
207
, VOme
on la demande en France , &
le ſeptiéme n'y eſt pas entierement
oppoſé. Cependant la plûpart
de ces Lardons ſont ſemblables
aux premiers , ils répandent
toûjours le meſme venin
miſſant les meſmes injures , &
répétent depuis un an les mef
mes choſes , ce qui fait connoître
que ceux qu'on a chargez de les
compoſer , ne font pas dans les
intéreſts de leur Patrie , puis que
loin d'eſtre de ſon ſentiment , ils
ne travaillent qu'à foutenir celuy
de quelques Particuliers ,
dont l'opiniâtreté à ne point
vouloir la Paix, n'eſt fondée que
fur l'excés d'une ambition qu'ils
prennent feule pour régle . Cela
eftant tout viſible , n'a beſoin
d'aucune preuve ,il ne faut que
voir & écouter. Les Lardons
du 25. Avril, diſent, en parlant
de la France. On ne doute point
* 208 MERCURE
ا
qu'il n'y ait des deſſeins formezfur
pluſieurs Villes du Païs -Bas Espagnol
, & peut estre aussi que ces
deffeinsfont formezfur les Intelli
gences qu'on pratique de longue
main ; car la France toute puiſſante,
& toute redoutable qu'elle est ,aime
mieuxſeſervir pourses Conquestes
de la peau du Renard que de celle
duLyon.
On ne ſçait ce qu'ils veulent
dire par ces Intelligences dont ils
parlent ſi ſouvent. On n'en a
point vû de ſuites , ny par des
choſes que ces Intelligences
ayent fait réuffir , ny par l'éclat
qu'elles auroient dû faire en
echoüant ; ainſi tout cela eſt vifion.
Les François n'attaquent
pointen Renards, mais en Lions .
Chacunen tombe d'accord , & il
n'ya que ces ſeuls Autheurs qui
en diſconviennent ; encore je
GALANT. 209
doute qu'ils croyent là-deſſus ce
qu'ils avancent . Si les François
combattoient fi mollement , il
feroit honteux au Prince d'Orange
d'en avoir eſté fi ſouvent
vaincu.Cependant il eſt conſtant
que ce Prince eſt brave ; & fi la
Hollande luy met les armes à la
main , elle ne l'éprouvera peuteſtre
que trop un jour. La France,
diſent ces meſmes Autheurs,tieno
à ses gages l'Evêque de Vennc.
Cela ne mérite point de réponſe,
& il ſuffit de le répéter , pour les
faire paſſer pour des ignorans aux
yeux de toute la terre , tant le
contraire eft généralement connu
, par des choſes de fait qui ont
eſté ſçûës de toute l'Europe , &
que je n'oſerois répéter pour
épargner la gloire de ce Prélat.
Si les autres choſes qu'ils alléguent
eſtoient auffi connuës, on
+ MERCURE 110
n'auroit que faire de répondre
pour faire voir qu'ils ne difent
rien de vray, Le Roy , ajoûtent- ils,
fait la Guerre , quandſes Ennemis
& leurs Alliezont besoin de leurs
Forces autres part. Je croy qu'on
en a toûjours uſe de la forte;
mais ce n'eſt pas dequoy il s'agit .
Le Roy n'a point fait la Guerre
aux Eſpagnols tant que lesTurcs
ont eſté en Hongrie & en Auftriche
, quoy que ces meſmes Eſpagnols
n'ayent tenté aucune chofe
pour contribuer à les en chafſer.
On ne doit pas trouver à redire
que le Roy faſſe la Guerre
aujourd'huy , aprés qu'on l'a luy
adeclarée.
On voit dans les Lardons du 27.
Avril un détail des Alliez de Sa
Majeſté. Enfuite on luy veut imputer
à crime d'avoir ces Alliez ,
& à ces meſmes Alliez , d'eſtre
GALAN T. 211
du Party de ce Monarque , comme
fi de tout temps chaque Puiffance
n'avoit pas eu ſes Alliez ,
& comme s'ils n'en avoient pas
eux- meſmes , j'entends les Princes
pour qui les Autheurs de ces
Lardons égrivent. Les Souverains
connoiffent leurs intéreſts , &
quand par l'avis de leur Conſeil
ils prennent quelque Party , ce
n'eſt pas à de ſimples Particuliers
qui ignorent les raifons d'Etat
qui les font agir , à condamner
leur conduite. Le Roy , diſent ces
Lardons , rompra la Paix & lao
Fréve , & parconfequent il n'en
faut point faire. Quand on ne veut
ny Tréve ny Paix on veut la
Guerre; & qui veut la Guerre &
la declare , ne doit point'ſe plaindre
lors qu'il eſt battu , ny calomnier
ſon Ennemy, parce qu'il
eſt le plus fort. Mais , ajoûte212
MERCURE
t- on , comment est- il poſſible que le
Royqui accorde vingt ans de Tréve,
refuſe trois mois ? On ne dit pas
que depuis pluſieurs années le
Roy donne des trois & des fix
mois de delay . Cependant ce
Prince n'a point refuſé les trois
mois dont ces Lardons parlent ,
mais il a dit qu'on l'aſſuraſt de la
Paix ou de la Tréve apres ces
trois mois , & qu'il les accorderoit
volontiers ; mais qu'il n'eſtoit
pas juſte qu'eſtant armé , il rifquaſt
le fruit qu'il pouvoit attendre
de fon Armement , en donnant
à ſes Ennemis le temps d'armer
, & de faire venir contre luy
le ſecours de leurs Alliez. Tant
de ſages Souverains blâment les
Eſpagnols &le Prince d'Orange ,
qu'il faut néceſſairement que
Linjuſtice ſoit de leur côté . On
accuſe toûjours le Roy d'aſpirer
GALANT.
213
à la Monarchie Univerſelle , afin
de cacher l'ambition démeſurée
qui porte le Prince d'Orange à
vouloir regner ; mais ſes deſſeins
font connus,& les Ecrits ne peuvent
abuſer perſonne , lors que
les Faits les démentent.
L'un des Lardons du ſecond
de May , commence par un endroit
qui ſurprend d'abord , &
qui embaraſſe. Il dit qu'un Prince
qui a le Nom de Grand , ne ſe doit
point arrêter ; que quand l'Espagne
s'est vûë la Force à la main , Sans
trop examinerla justice deſa cauſe,
elle a formé des deſſeins qu'elle a
executez. Cecy eſt adroit , &
pour en comprendre la fineſſe, il
faut ſe ſouvenir que le Prince,
qui veut la Guerre , a tâché par
toutes fortes de moyens à aigrir
l'eſprit du Roy , afin de l'éloigner
de la Paix. Il ne ſera pas dif
214 MERCURE
ficile aprés cela de s'appercevoir
que cet Article eſt un autre tout
d'adreſſe , qui ne tend qu'à mefme
fin , quoy que ce foit par des
refforts differens. On lit dans un
autre endroit, que la France a peur
d'un foible Secours , ở qu'il n'y a
rien qu'elle ne faße pour empécher
la Levée de ſeize mille Hommes.
Voila ce qui s'appelle prendre les
choſes à contre-fens ; mais il eſt
aiſé de voir que c'eſt malicieuſementqu'on
le fait. Il ne s'agit de
la Levéede ces ſeize mille Hommes
, que parce que cette Levée
embarque une Guerre que le
Roy veut éviter pour le repos de
la Chrétienté , ſans cela cette
Levée qui luy donneroit lieu de
faire des Conqueſtes en Flandres ,
luy feroit avantageufe. On blame
le Roy dans les mêmes Feuilles
d'avoir attaqué Luxembourg,
GALANT.
215
quoy qu'on avoue qu'il foit hors
- de la Barriere ; & l'on dit qu'il
ne doit pas avoir cet Equivalent,
parce que la Garniſon de cette
Place ferá des Courſes chez pluſieurs
Princes , qui ne manqueront
pas d'allumer la Guerre. La
peur n'eſt pas une raiſon pour
faire blâmer un Prince , & donner
droit à un autre ; & comme
il n'eſt point deremedes qui gueriffentde
la peur,mal- heur à ceux
qui en font malades.
Le Lardon du 4. de May apres
avoir fait un beau Portrait de la
conduite du Roy , poursuit de
cette maniere. Il est vray que les
Ialoux de la gloire de ce Monarquc,
debitent que Ses Ministres ont
crayoné le Traité de Nimegue à leur
fantaisie , & qu'ils n'y ont pas si
parfaitement particularisé toutes
chofes , que ce Traité qui devoit
216 MERCURE
établir une ſolide & durable Paix
ne fournit une pepiniere de Diſpu.
tes. Si , comme on le reconnoît
par cet Article , ce Traité fournit
des matieres de Diſputes , la
France n'a pas tort de diſputer,
& il y a de l'injuſtice à vouloir
que les Miniſtres du Roy ayent
laiſſé ces ſemences de Diſputes
plûtoſt que les autres Miniſtres
qui ont aſſiſté à ce Traité . Il y
avoit un ſi grand nombre de fins
Politiques , que c'eſt faire tort à
la penetration de leur eſprit, que
de ne pas dire qu'ils ont plûtoſt
laiſſé ces levins de diſcorde que
les François , qui ſont plus reputez
pour Gens de bonne foy , que
pour adroits Politiques. Mais il
n'eſt pas icy queſtion de ceux
qui ont travaillé à ce Traité ,
mais du Droitdu Roy , que j'ay
fait voir au long dans ma Lettre
de Janvier.
Le
ALANT. 217
Le Lardon du 5. May ( car les
deux autres du meſme Ordinaire
ne ſont pas venus ) paroît entrer
un peu plus que les précedens
dans des ſentimens raiſonnables
. On y voit que les Hollandois
commencent à avoüer
qu'ils ne ſont point obligez à
ſecourir l'Eſpagne , puis qu'elle
n'a pas en Flandres les quarante
mille Hommes , qu'elle est obligée
d'avoir avant que les Etats
Generaux luy donnent aucun ſecours.
On y remarque encore
que la Friſe , Groningue & les
Omélandes , font connoiſtre l'équité
des pretentions & du procedé
du Roy.Ces Provinces doivent
plûtoſt eſtre crûës que celles
qui s'obſtinent à la Guerre.
Comme elles n'ont point d'autre
intereſt que le bien public , la
ſeule juſtice les oblige de parler,
May 1984. K
218 MERCURE
au lieu que les autres ne diſent
rien d'elles meſmes, qu'elles demapdent
la Guerre contre leurs
propres fouhaits,& quela Brigue
leur arrache un confentement de
la faire , qu'elles nedonneroient
pas , fi ceux qui les gouvernent
n'eſtoient gagnez par crainte ou
pard'autres voyes.
On voit dans les Lardons du
8. que la Ville d'Amſterdam eſt
toûjours portée pour la Paix , &
que les hauts Alliez ne la veulent
faire qu'à leur fantaiſie, c'eſt
à dire qu'ils n'en veulent point, &
que leurs Propoſitions de Paix
font des Déclarations de Guerre,
puis qu'elles ne ſont faites que
dans la vûë qu'on ne les pourra
accepter, & qu'ainſi on ſera obligé
de faire la Guerre que fouhai
te le Prince d'Orange. On ne doit
pas en eſtre ſurpris ; cette Af-
1
GALANT .
219
ſemblée eſt preſque toute compoſée
de ſes Alliez. Si nous en
faiſions une en France ſeulement
des noſtres, elle s'accommoderoit
à nos volontez , comme celle de
la Haye s'accommode aux volontez
de l'Eſpagne , & do Prince
d'Orange ; mais ny les uns ny
les autres ne devroient eſtre Mediateurs
, & il faudroit pour cela
des Perſonnes plus deſintereſſées.
On voit dans les meſmes Fevïlles
que l'Envoyé d'Eſpagne en demandant
des Troupes pour ſecourir
Luxembourg dit que
cette Place eſtant beaucoup plus
forte que Vienne , doit ſe défendre
plus long- temps ; mais il oublie
de dire qu'elle eſt attaquée
par des François. Je ne doute
point qu'il ne le faſſe à deſſein ,
& qu'il ne connoiſſe que ce lecours
ne viendroit pas affez toſt.
,
K 2
220 MERCURE
Il a ſes raiſons , & il demande
des Troupes plus dans le deſſein
d'embarquer la Guerre,que pour
le ſecours de Luxembourg.
On lit ces termes dans les Lardons
du 9. La Couronne d'Espagne
auroit non fculement paru impuis-
Sante , mais foible , fi elle s'estoit
relâchée de quoy que cefoit. C'eſtà
dire que quand la Couronne
d'Eſpagne dévra , il ne faut pas
qu'elle paye , de peur de ſe montrer
foible; que cela n'eſt pas de
fa gravité , & qu'il vaut mieux
qu'elle perde tout , que de paroître
contrainte à payer . Voicy
ce que diſent les meſmes Lardons
en parlant de l'Eſpagne. Il
est affez particulier que devant
eſtreſur la deffenfive ſeulement , en
ézard àſes forces, elles foit sur l' offensive,
ayant declaré la Guerre la
premiere , & que la France ſoit auſſi
GALANT. 221
1
+ Sur l'offensive , quoy qu'elle n'ait
point declaré la Guerre. Toute l'Europe
est étonnée de ce que l'Espagne
a declaréla Guerre à la France . Il
Semble aux Perſonnes judicieuses,
que son conſeil qui paſſepourfort
éclairé n'ait rien conſideré de ce que
la devoit preceder; qu'elle n'ait point
pese son état préſent ; qu'elle n'ait
point envisagé ce dont elle feroit capable
; qu'elle n'ait point esté certaine
de l'aſſiſtance d'aucun Allié ,
& qu'elle n'ait point preveu les effets
& les consequences de la Guerre
- qu'elle a declarée. Je croy devoir
encore répeter icy les raiſons de
ce procedé. L'Eſpagne ne vouloit
la Guerre qu'en cas qu'elle
- fût ſecouruë de la Hollande. La
Hollande avoit intéreſt à vouloir
la Paix , & le Prince d'Orange à
vouloir la Guerre. Les plus ſages
Têtes de Hollande empêchoient
K
3
222 MERCVRE
cette Guerre pour empêcher la
ruine de leur Païs. Le Prince
d'Orange ſe trouvant alors embaraffé
, s'aviſa de conſeiller à
l'Eſpagne de déclarer la Guer
re , & luy repréſenta que com
me elle cacheroit ſa foibleſſe
par cette Declaration , ſes Alliez
la croyant en état de reſiſter, luy
prêteroient plus volontiers du
ſecours ; & que les Hollandois
voyant la Guerre fur leurs Frontieres
, feroient obligez de prendre
les Armes pour n'en pas laifſer
approcher un ſi puiſſant Voifin
que le Roy. Voila la politique
de ce Prince , qui ne manque ny
d'adreſſe n'y d'eſprit , & qui pour
ſes intéreſts ſeuls voudroit embraſer
toute la terre. Les paroles
qui ſuivent dans le meſme Lardons
ſont celles- cy ; c'eſt toûjours
en parlant de l'Elpagne. Je vous
GALANT. 223
e
prie Madame de fonger que ce
n'eſt pas moy qui parle. Quoy
que l'Eſpagne nous ait declaré la
Guerre , j'en parlerois d'une maniere
plus reſpectueuſe que ne
font ſes Amis. Mais on est dufentiment
qu'elle aagy un peu à l'étourdie
, en faisant des avances de cette
consequence ,Sans envisager auparavant
dequoy elle feroit capable ;
car que peut aujourd'huy l'Espagne?
rien du tout. Un Prince qui veut entreprendre
la Guerre , doit confidever
entre autres choses , quel est fon
Confeil , s'il a des Perfonnes capables
d'exécuter ses réſolutions ; si
Ses Finances , qui font le nerf de la
Guerre ,font én estat , & enfin quel
le eft fa Milice . A quoy l'on peut
ajoûter , s'il est fort aſſuré du secours
defes Alliez , en cas qu'il ne
Soit pas seul capable d'agir. Quant
à ce qui regarde le Conſeil d'Espa-
K 4
224
MERCURE
:
gne , l'entreprise &la suite, & non
pas le fuccez , decouvriront quel il
est. Les Perſonnesfur lesquelles elle
compte , executeront ſes reſolutions;
mais quel est leur nombre par raport
à celuy de ſes Adversaires ? Ses
Finances nefont plus telles qu'elles
eſtoient lors de la decouverte du Pé
rou ; qu'elle estoit en eftat d'acheter
le rešte de l'Europe, fi elle eust pouf-
Séàbout le deſſein qu'elle avoit de
former une Monarchie Univerſelle.
Ce diſcours doit paroiſtre aſſez
fingulier pour des Gens qui ont
eſté juſqu'icy Partiſans d'Eſpagne
, & il ſemble qu'aprés luy
avoir fait faire ce que l'on a voulu
d'elle, on la blâme de ce qu'elle
l'a fait , ou que les Hollandois
veulent montrer par là que la
faute qu'elle a faite ne vient pas
d'eux. Il y a un grand diſcours
dans l'un des Lardons du 11.pour
GALANT.
225
montrer que la France corrompt
tout & achete tout ; mais on n'a
ſceu encore faire voir qu'on luy
ait livré aucune choſe , ny nommer
les Traîtres à leurs Païs qui
s'employent pour elle . La France,..
pourſuit cet Autheur, estfemblable
au Turc , elle ne relâche rien
dansſes Traitez . Peut- on dire des
fauſſetez avec tantde hardieffe,
lors qu'on eſt dementy par des
Faits publics . Le Roy eſtoit en
état de tout entreprendre aprés
la priſe de Gand ; cependant
c'eſt dans ce temps - là meſme
que pour donner la Paix à l'Europe
, il rend douze Villes , parmy
leſquelles on compte Maſtric
&Gand. On ne peut pas dire
aprés cela que le Roy ne relâche
rien dans ſes Traitez . Des impoſtures
ſi groſſieres font juger de
celles qui ſe rencontrent dans
KS
226 MERCURE
tous les Lardons. Il pourſuit fur
le mefme ton , & dit. Il est amer
de ſe joindre avec une Puissance,
qui dans le fonds n'a point d'amitié.
ny d'égard pour personne ,&qui ne
connoît point d'autre foy que celle
defon interest. Ce qu'il en a coûté
au Roy pour faire rendre des
Villes priſes ſur ſes Alliez , me
diſpenſe de répondre à cet Article.
On lit encore ce qui fuit dans
la meſme Feüille. Les François
veulent une Treve en Allemagne
qui leur vaudra mieux que quatre
Batailles , & il ne faut point dou
ter que par les intrigues de leurs
Agens , ils ne broüillent fortement
les Affaires , &ne jettent de fi
profondes diviſions &querelles en
Allemagne,qu'en rompant la Treves
te qui fera infaillible , ils entreront:
iuſques dansſon coeur. Je puis encore
une fois dire fur cela quu'oorn
GALANT.
227
-
ne guerit pas de la peur , &
qu'une crainte affectée & politique
, ou une terreur panique ,
l'on veut, ne doit pas eftre cauſe
qu'on ne faſſe ny Paix ny Tréve,
&que tout cet Article ne roulant
que ſur les prédictions d'un faux
Prophete , on n'y doit avoir aucun
égard. Si le Roy vouloit;
comme ils diſent , broüiller les
Affaires apres avoir conclu la
Paix ou la Treve , il ne ſeroit pas
neceffaire pour cela de travailler
à conclure l'une ou l'autre , puis
que les Affaires ſont broüillées
dés à prefent , & que ceMonarque
n'auroit qu'à en profiter, ſans
ſe mettre en peine du repos de la
Chrétienté .
On voitdans l'un des Lardons
du 15. l'embaras où le Etats fe
trouvent pour prendreune réſolution
à cauſe des violentes ca-
K6
228 MERCURE
bales de ceux qui veulent la
Guerre , & c'eſt ce qu'on appelle
dans ce Lardon la plusſainepartie
de l'Etat. On y lit le troiſieme
Mémoire préſenté aux Etats par
Monfieur d'Avaux, & dont vous
avez une Copie dans le Journal
du voyage du Roy. Dans un ſecond
Lardon du meſme jour 15 .
on commence à parler un langagetout
contraire à celuy que l'on
a tenu depuis fix mois. On a toîûjours
publié depuis ce temps que
leRoy vouloit la Paix ,& on dit
preſentement qu'on connoît par
ſes oeuvres qu'il ne la veut point.
Les quatre Memoires que je
vous ay envoyez , préſentez aux
Etats par Monfieur d'Avaux ,
font voirl'égalité du Roy,&qu'il
ne manque jamais à ce qu'il promet
de faire , Le Roy , difent les
Autheurs de ces Feüilles SatiriGALANT.
229
ques , veut avoir Luxembourg fans
y avoir droit . Ce n'eſt pas là dequoy
il s'agit; les Eſpagnols luy
ont declaré la Guerre ; ce Prince
s'eſt trouvé affez fort pour y
répondre en attaquant une de
leurs Places; le fort eſt tombé
fur Luxembourg. Il n'y a rien
de nouveau dans ce procedé , &
qui ne ſe ſoit pratiqué depuis le
commencement des fiecles. Mais
diſent- ils, cette Place en incommodera
d'autres. Il n'ya point de réponſe
à cela , ſinon que chacun
ſe ſert de ſes avantages ſelon les
occafions , & que c'eſt une choſe
naturelle dont perſonne n'a jamais
eſté blâme. Si le Roy vent
la Paix , continuent-ils , il n'a
pour lafaire qu'àne rien demander.
Quandon met tout d'un côté,&
rien de l'autre , on ne ſçauroit
dire que cela s'appelle accommodement.
230
MERCURE
Le Mémoire de l'Envoyé Extraordinaire
d'Eſpagne , fait tout
le ſujet des Lardons du 16. On
ý litd'abord , que le Roy de France
s'adreſſe aux Hollandois , commesi
les Pais-Bas leur appartenoient , &
non au Roy d'Espagne ; & plus bas,
commesi c'estoit à l'Etat de Hollan
dc, &nonpas à l Espagne, à qui la
France fait la Guerre , ou commesi
cet'Etat estoit muny d'un plein pouvoir
d'Espagne pourfaire un accommodement
avec la France. Dans
un autreendroit; l'Envoyé Extraordinaire
d'Espagne voudroit Sçavoir
quand la France donne le choix
àVV. SS. pour une Paix ou pour
une Trévefi KV. SS. font les Mai-
Stres de Luxembourg &de tous les
autres Lieux& Fays que la France
pretend retenir , ou s'ils appartien_
Roy fon Maistre... Voila
biendes paroles que la ſituation
nent au
GALANT.
231
- où ſont les Affaires rend inutiles,
une fierté ſi à contre- temps ne
fignifie rien . Le Roy qui veut
bien travailler au repos de l'Eupe
, ne s'adreſſera pas aux Eſpagnols
qui luy ont declaré la
Guerre , & d'ailleurs il peut faire
parler aux Hollandois , de la
maniere que cet Envoyé con
damne , pour ſçavoir s'il pren
dront le Party de ſes Ennemis
ou non , puis qu'alors ce ſeroit
entrer dans la méme Guerre.Cer
Envoyé , apres avoir fait voir
dans le mesme Memoire , que
l'Eſpagne ne cédera rien , veut
infinuer aux Etats , qu'ils doi .
vent craindre les armes de la
France. Je n'ay rien à répondre
àcela ; c'eſt une crainte dont le
Roy a eu la bonté de les delia
vrer. Il finit en demandantda
lecours poursuxembourg; Puis
232 MERCURE
qu'on eft , dit- il, moralement aſſûré,
que cette Place fera une auſſi vigoureuse
defense qu'a fait celle de
Vienne ; que les Troupes qui l'affiegent
ne font pas en aussi grand
nombre ; & que celles qui la peu
vent Secourir , ne font pas auffi
éloignées que celles qui ont ſecouru
Vienne. Selon toutes les apparences
, cet Envoyé n'a parlé ainſi ,
que pour foûtenir le caractere de
ceux de ſa Nation , car il ne peut
ignorer que les Turcs & les François
ne ſe reſſemblent en rien .
Le premier Lardon du 18.étale
la foibleſſe du Turc , & fait
grand bruit des Troupes qui
viennent fur le Rhin , pour arreſter
le progrés de nos armes
devant Luxembourg. Ce que je
vous ay déja marqué de Monſieur
l'Electeur de Baviere , peut
ſervir de réponſe à cet Article.
GALANT.
233
د
Dans la ſeconde Feüille de mefme
date , on trouve le quatrieme
Memoire de Monfieur d'Avaux
, que je vous ay déja envoyé
, & la confufion où font
pluſieurs Villes de Hollande fur
la reſolution qu'elles doivent
prendre ce qui marque l'embaras
des veritables Republiquains
, & de ceux qui ont de
bonnes intentions pour la Paix ,
qu'un Particulier intereſſé empéche
par la crainte & par les
intrigues , de prendre d'autre
Party que le ſien. On connoiſt
encore par là , que les Hauts Alliez
que ce Particulier fait agir ,
s'obſtinent à dire qu'il ne faut
pas confentir à la ceſſion de Luxembourg.
Leur reſolution doit
peu importer au Roy ; ils n'ont
que le pouvoir qu'ils ſe ſontdonné
eux-meſmes. L'Empire les a
234
MERCURE
2
deſavoüez , & l'Aſſemblée de Ratiſbonne
l'a fait ſçavoir dans la
plupart des Cours de l'Europe.
On les doit ſeulement regarder
comme des Amis du Prince d'Orange
aſſemblez à la Haye,& qui
peuvent conferer enſemble , ſans
qu'aucune Puiſſance foit obligée
pour cela de ſuivre leurs ſentimens.
८ La troifiéme Feüille de meſme
date, trouve à redire qué le Roy
preffe les Etats Generaux de ſe
determiner, au lieu de profiter,ditil
, de l'inexecution des choses qu'il
demande. En décrivant meſme la
bonne- foy de Sa Majesté , qu'ils
ne peuvent s'empecher de faire
paroiſtre , ils veulent qu'il y ait
du myſtere dans un procedé
qu'ils loüent. Ils voyent l'honneſteté
du Roy dans toute fot
étenduë ; & lors qu'ils ne peuGALAN
Τ. 235
vent ſe défendre de la remarquer
, ils voudroient la condamner
ſans en pouvoir donner de
raifon . On lit dans la ſuite de la
meſme Feüille , que nos Troupes
font fort embaraſſées devant Luxembourg
; que cette Place eſt
fortifiée par l'Art & par la Nature
;' qu'on y perd beaucoup de
monde , & que le Roy n'oferoit
s'en approcher . La priſede cette
Place répondra à cet Article ,
avant que ma Lettre ſoit entre
vos mains. Cette Feüille finit en
parlant de Monfieur l'Electeur
de Baviere, comme s'il eſtoit preſt
d'arriver devant Luxembourg, &
dit que nos Troupes n'ayant
point de terre pour s'y fortifier;
feront obligées de lever le Siege .
Ie croy que vous n'eſtes pas d'avis
que je perde le temps à répondre
à des choſes auffi ridicules que
236 MERCURE
f
celle là, fur tout lors que chacun
connoiſt le contraire.
Le Lardon du 21. de ce mois
dit en parlant des François , & du
Siege de Luxembourg, qui leur
est un peu fâcheux , ayant fait la
guerre iusques à préſent par ruſes ,
de la faire dans les formes , & par
la force des armes Ne diriez - vous
pas à entendre ce langage , que
les François n'ont jamais combatu;
& ne paroiſt - il pas qu'on
prenne plaiſir à avancer des choſes,
dont on ſçait bien que toute
l'Europe donnera le dementy ?
Quoy que le Roy ait pris des Places
en fort peu de jours , ceux
qui avoient ſoin de les défendre,
l'ont fait en Lions ,& l'on ne peut
réſiſter avec plus de vigueur ,
qu'en ont montré la plupart
de celles de la Franche Comté.
:
GALANT.
237
0 On a pris Maſtric en treize jours
de Traché ouverte,mais il a falu
combatre une Armée entiere, enfermée
dans cette Place , & l'on
ſçait avec combien d'intrépidité
les Moufquetaires montérent
pluſieurs fois à l'Aſſaut l'épée à la
main. J'irois trop loin , ſi je vous
marquois toutes les Villes qui
n'ont eſté emportées qu'apres diférens
Affauts . On peut ſe ſouvenir
d'Ipres , dont la réſiſtance
a eſté tres-vigoureuſe ; mais on
ne doit pas ſe donner la peine de
répondre à un Autheur qui avance
une choſe , & preſque auffitoſt
dit le contraire.Vous le pouvez
voir par ce qui ſuit ; ce ſont
ſes propres termes. Le Roy veut
qu'on épargneſon monde . On n'aiamais
esté si scrupuleux ; chacun
Sçait comme dans la Guerre précedente
on ſe ioñoit de la vie des Sol
238
MERCURE
dats , & ſur tout de la Nobleſſe. Si
lon ſe joüoit de la vie des Soldats
, la guerre ſe faiſoit donc
alors dans les formes , & par la
force des armes. Voyla ce que
cet Autheur nie & aſſure en même
temps ; ainſi l'on voit que ce
qu'il dit dans fix lignes , il le détruit
dans les fix autres qui fuivent.
On s'opiniâtre , poursuit le
mefme , au Siege de Luxembourg ,
parce qu'ily va de la gloire du Roy ,
& il ajouſte ; que le Roy ne devroit
point avoir cette délicateſſe pour
faire perdre des Hommes . Autre
contradiction . Il vient de dire
que le Roy veut que l'on épargne
fon monde ; & dans le meſme
endroit il dit , que le Roy s'opiniâtre
au Siege de Luxembourg
pour faire perdre des Hommes.Il
n'y a pas affez long temps que ce
Siege dure , pour dire que l'on
GALANT.
239
s'y opiniaire , & de plus grandes
années en ont employé beaucoup
davantage devant des Places
moins fortes,fans qu'on ait accuſé
leurs Commandans d'eftre opiniâtres.
Il ſemble que ce mesme
Auteur ait réſolu de ne rien dire
de vray dans cette Feüille; ce qu'il
continuë à faire , en diſant que
les Algériens ont preſcrit au Roy
des Conditions de Paix. Il s'enfuivroit
que les Ambaſſadeurs
d'Alger , qui ſont en France,
viendroient braver le Roy jufqu'au
milieu de ſa Cour , en luy
preſcrivant des Loix. Il n'y a
point de réponſe à faire aux chorſes
qui ne font pas vray- ſemblables.
Le meſme finit pas des remontrances
qu'il fait aux Ele-
Eteurs . Il faut qu'il foit bien inſtruit
de leurs intéreſts , s'il l'eſt
plus que ces Souverains. Le pre
240 MERCURE .
mier des deux Lardons du 23 .
dit, que l'Accomodement de laFrance
& de l'Espagne auroit esté fait, ſi
l'on euſtſuivy lessentimens du Prince
d'Orange. Le contraire paroit
manifeſtement. Si l'on euſt ſuivy
le ſentimentdes Provinces éclairées
, qui ne vouloient que le
repos de leur Païs , cet Accommodement
ſeroit fait. C'eſtoit le
ſeul moyen de le conclure bientoſt.
Car comment la Paix euſtelle
pû réſulter des conſeilsd'un
Prince qui ne cherche que la
Guerre ; Elle autoit eſté embarquée
, c'eſt tout ce qu'on ſouhaitoit.
Cela paroiſt manifeſte , puis
qu'on a ofe la déclarer. Il pourſuit
en nous diſant par menace , que
les Troupes de Suéde viendront
en Allemagne , & nous donneront
de la beſogne. Je croyois
qu'un Homme auſſi habile que
luy
GALANT.
241
luy , ſçavoit que les Troupes de
Suéde ne ſçauroient faire la guerre
hors de leur Païs , ſans qu'on
leur fourniſſe de l'argent , parce
que c'eſt ſeulement chez elles
qu'elles ontdequoy faire la guerre
ſans cela ; ainſi je ne voy pas que
nous les devions craindre , quoy
quetres- braves & tres- aguerries,
parce que je ne voy aucune puiſ
fance en étatde leur en donner.
L'Article ſuivant fait la ſuite de
ce Lardon . Meffi urs de Friſe, Groningue
& Ommelandes , ont déclaré
aux Etats Generaux , qu'ils font
d'avis qu'il faut conſeiller l'Espa
gne d'accepter les propoſitions de la
France, telles qu'ellessont contenuës
dansfon Memoire du 29. Avril ,
avec la ceſſion de Luxembourg ; &
queſi les autres Provinces ne font
pas de ce sentiment , ils protestent
que leurs Provinces feront innocen
May 1684. L
2.42
MERCURE
tes de tous les maux qui peuvent en
arriver à cet Etat , &qu'on ne leur
pourra pas imputer ,ſi l'on est contraint
ensuite de faire une Paix
plus onereuse & desavantageuse.
Comme toutes les Perſonnes raifonnables
ſont du ſentiment de
ces Provinces,je n'ay rien à répliquer
à cet Article. Il paroiſt de
fi bon ſens , que je croy ne pou
voir mieux finir que par là ma
Réponſe aux Lardons de ce
Mois.
Je vous envoye un Printemps ,
qui vous plaira. Il eſt d'unde nos
plus ſçavans Maiſtres .
AIR NOUVEAU.
Rintemps , qu'attendez vous
pour embellir ces Lieux ?
D'où vient qu'on voit encor ces frimats
ennuyeux ?
2
u
cor, ces
revoir icy
re
0'
us, men ne doit
citar
aru au Lit , elle
abcés qu'elle .
veau. Ainfielle n
de joindre les mains ,
rer deux fois le nom de
qu'elle ſe maria , elle paffo
L2
AIR NOUVEAU.
Drintemps , qu'attendez- vous
pour embellir ces Lieux ?
D'où vient qu'on voit encor ces frimats
ennuyeux ?
GALAN T.
243
Il est temps que la Nature
Faſſe revoir icy ſes charmes les plus
doux ;
Rien ne doit retarderſa riante verdure.
Printemps , qu'attendez- vous ?
J'oubliay le mois paſſfé de vous
apprendre la mort de Madamela
Marquise de Chepy , arrivée en
ſon Chasteau de Chepy en Picardie.
Le jour meſme quelle
mourut , elle estoit montée en
Carroffe , & avoit eſté ſe promener
l'apreſdînée dans ſon voiſinage.
Tout le ſoir elle parut eſtre
en pleine ſanté , & en ſe mettant
au Lit , elle fut étouffée par un
abcés qu'elle avoit dans le cer
veau. Ainfi elle n'eut le temps que
de joindre les mains , & de proférer
deux fois le nom de Dieu . Lors
qu'elle ſe maria , elle paſſoit pour
1
L2
244
MERCURE
:
4
i
une des plus belles Perſonnes de
Paris. Son eſprit répondoit aux
charmes de ſon viſage , & l'on
peut dire qu'elle a eſté une Dame
des plus parfaites de ſon temps.
Sa devotion eſtoit exemplaire, &
ſa pieté édifioit toute la Province.
Elle estoitFille de feu Mt de la
Derriere , qui eſt mort Conſeiller
d'Estat Ordinaire , apres avoir
paſſé par les plus beaux Emplois
de la Robe.Me le Préſident Charreton
, Doyen du Parlement de
Paris , eſt Chefde cette Famille .
La Dame dont je vous parle
eſtoit entrée dans une des premieres
Maiſons de Picardie, qui a
donnée à la France des Hommes
auſſi diſtinguez par leurs ſervices
que par leur naiſſance.Brantome
&Monlucenfont mention auffibien
que Monſtrelet. Il eſt ſorty
de fon Mariage trois Garçons &
GALAN Τ.
245
quatre Filles , dont il y en a deux
Religieuſes. L'aîné des Garçons,
qu'on nomme Mr le Marquis de
Grebauval , eſt depuis deux mois
Pages d'Honneur de Monſeigneur
le Dauphin. Vous ſçavez
combien ce Poſte eſt avantageux
pour un jeune Gentilhomme par
- l'aſſiduité qu'il faut avoir auprés
de ce Prince , qui n'a que deux
Pages d'Honneur , & qui ſe ſert
de laMaiſon du Roy pour le reſte.
L'un des deux autres Garçons eft
deſtiné pour l'Ordre de Malte ,
&le troifiéme eſt Abbé.
La Républiqne des Lettres a fait
ce mois - cy deux grandes pertes ;
l'une en la Perſonne de Meffire
Iean du Bouchet , Gentilhomme
de la Province d'Auvergne ; &
l'autre , en celle de Meſſire Edme
Mariotte Seigneur de Chaſeüil ,&
Prieur de S. Martin. Mt du Bou-
L3
246 MERCURE
1
cher , Doyen des Chevaliers de
l'Ordre de S. Michel , Hiſtoriographe
de France , eſt mort le
Lundy 15. de ce mois , âgé de 85 .
ans. Il s'eſtoit acquis une grande
réputation , par la connoiffance
profonde qu'il avoit de l'Hiſtoire
& des Genealogies de toutes les
Maiſons de l'Europe,mais fur tout
des plus conſidérables du Royaume.
Les ſcavans Ouvrages qu'il a
donnez au public fur ces matieres
, feront toûjours vivre ſa mémoire;
& l'on n'auroit pas à ſe
conſolerde la pertede cet Illuſtre.
ſi elle n'eſtoit réparée par Meſſire
Charles d'Hofier , Genealogifte
de la Maiſon du Roy,& Iuge General
des Armes & Blafons de
France. Je vous ay parlé de luy
en pluſieurs occafions. Il eſt à
préſent ſeul Heritier du mérite
& de la capacité du feu celébre
GALANT.
247
Pierre d'Hoſier ſon Pere.
Me l'Abbé Mariotte eſt mort
le 21. de ce mois. Il eſtoit de l'Académie
Royale des Sciences , &
l'un des plus ſcavansHommes de
l'Europe. Ses Ouvrages fur diférentes
matieres de Mathematiques
& d'Aſtronomie , justifient
tout ce que je dis .
Je viens aux Enigmes du dernier
Mois . Voicy les noms de
ceux qui ont expliqué la premiere
fur le Rabat , qui en eſtoit le
vray Mot. Meſſieurs Cleret , de
Pont ſur Seine ; Le Chevalier de
Montans; Manſcourt,de Fere en
Tartenois; De Chanteloup, Amat
des Belles de Chartres,Meſdemoi.
felles Petit, de Fere en Tartenois ;
La Pinandiere, & Ducret; Nicolao
Leliargrerly ; L'Allemande
Parifienne , du Quartier S. Honore
; Le Dragon de Charleroy ;
L 4
248 MERCURE
Le jeune Notaire de l'Echelle du
Temple ; Il Cavaliero Frédino ,
de la Ruë de la vieille Draperie ;
Les Avocats de Rocquemont ;
Courtois; Le Pioqueva;Du Preau ;
Le jeune Préſident , & le Médecin
Garreau ; ces cinqderniers de
la Ville d'Eu. En Vers. Meffieurs
Bouchet, ancien Curé de Nogentle-
Roy ; De la Barre , S' de Courtevoye
; Avice , de Caen; & le
J. Goustard , âgé de dix ans.
Ceux qui ont expliqué la ſeconde
furune Medecine,qui en eft
le vray ſens, ſont Meſſieurs Lamy,
Médecin à Pont ſur Seine ; Le
Normand , Procureur à Tours ,
Chauveau , Sous- Prieur de Villenove
la grande , L'Abbé Perrin ;
Meſdemoiselles Couffy-de-Prémagny
, de Caën ; & Neuffons ,
de la Ruë des Foffez S. Germain ;
l'Inconnuë de la Ruë de Grenelle,
GALANT. 249
Tamiriſte , de la Ruë de la Ceriſaye
; L'Amant de la Belle Marchande
, prés S. Denys de la
Chartre ; Pietro Retrarti l'Hermaphrodite
; Hyacinte Ravelet
Gillotin. En Vers. M Diéreville du
Pont l'Evêque; L'Exilée de la Ville
Françoiſe du Havre ; La belle
Nourriture , du mefme lieu ; &
l'aimable Brune à l'Anagramme le
renonce àteter,de la Rue du Mail.
Toutes les deux ont eſté expliquées
dans leur vray ſens par
ceux dont j'ajoûte icy les noms.
Mrs de la Croix R; Charles ,Valet
de Chambre de Mademoiselle
d'Orleans ; P. Carrier, de Roüen;
Brunet , de la Ruë du Temple ;
De Lhoſpital Lieutenant au Grenier
à Sel de Paris ; Piet , Officier
du Grenier à Sel de Nogent fur
Seine , Giroſt , de Dormans ;
feau,Maître desPor
250
MERCURE
De la Fontaine ; Fillon , du Fauxbourg
S.Germain , Meſdemoiſelles
de la Roüe,de la Ruë S.Denys ;
Verger ; C. de Champagne de
Montbrun , de Boulogne ſur mer;
Du Perron,de Vitré en Bretagne;
De Haut-Champ,& De la Porte,
du meſme lieu; Madelon Proüais ;
L'Héroïne de Dormans ; lajeune
Iris de la Ville de Ham; L'Amant
de l'aimable Moutonne de la Ruë
de Grenelle; La Dame Solitaire;
& le Maiotus Craqueur ; Le Démocrite
Moderne; Nicodéme du
Cloud , Epicurien de Profeffion,
Pierrot de la Garde , Mouton
bien-aimé ; Le galant Amilcar, &
le Pere à juſte titre;Pierre Hardy
le Fontenier , Angevin. En Vers.
Mi ffieurs de Neufvilly; Leger de
la Verbiffonne ; Le Moine , de
Dans Hordé, de Senlis;L'ELe
Roux Médecin ,
GALANT ..
25.1
وت
&P.C.tous trois de Vitré en Bretagne
, Le Geographe parfait de
la Ruë des Noyers , Sylvie, Alci
dor, & Gygés , du Havre; C.Hu
ge,d'Orleans ; De Voginy;Nicaiſe
Calotin,Mouton de la Doucette
de la Ruë Bétizy; Avice de Caën ;
L'Angély de la Bande joyeuſe ,
Pierre Petit de Lyon , demeurant
chez le St Rochette ; Mademoiſelle
Bollioud - des-Grange du
Bourg Argental , par l'Aymable
Lancheon ..
La premiere des deux nouvelles
Enigmes que je vous envoye
eſt de la Dame Solitaire , & lautre
de Chone, Nymphe enjouée,,
autrefois de l'Empire de Flore ..
ENIGME
Ecteur, qur que tu fois , apprens
mon avanture ;
Dans la terre vadis j'eus mon com...
mencement ,
252 MERCURE
Ie nais dedans lefeu cefuperbe élément,
Et peut estre dans l'eau j'auray ma
Sepulture.
Quandil ne reſteroit aucune Créature
,
Que leGlobe terrestre & que le Firmament
Seroient tous confumez enun mesme
moment ,
Ie n'en changerois pas pour cela de
nature.
Le temps peu effacer ma plus vive
couleur ,
Le froid peut me ravirmapremiere
chateur,
Ie puis me diſſiperpar levent&par
l'onde.
Mais malgré la rigueur de tous mes
Ennemis
Ie fubfifte,erje sçay qu'ilme fera
permis
GALANT.
253
De fubfifter encore apres la fin du
Monde.
AUTRE ENIGME.
E floriſſois ſous Alexandre ,
m'éleva iusqu'aux Cieux ,
Un Magicien mefit deſcendre ,
Et par l'effet d'un amour tendre,
Apres m'avoir crévé les yeux ,
Me donna pour Maîtreſſe à quatre
Demy Dieux.
Sangde Macreuse, & coeur de Sala
mandre . :
Depuis longtemps boüilloient en eux,
Maisie ne laiſſay pas de les reduire
en cendre
A force d'élans amoureux..
Ie ne ſuis cependant ny prude , ny
coquette,
Belle , ny laideron , ny vieille , ny
ieunette ,
Je ne garde pas mesme en cela de
milieu.
Je n'eus jamais vertu, nyvice .
254
MERCURE
Bien, ny mal, Mere, ny Nourrice;
Et fi je triomphe en ce lieu
De quelques vains Esprits par un
peu de malice ,
N'est- ce pas un coup de justice ??
La Superbe déplaiſt à Dieu ,
Ils méritent qu'on les puniſſe..
C'eſt la deſtinée des François
de vainere par tout ſous le Regne
de Loüis LE GRAND. A
peine ſes Troupes paroiſſentelles
en Catalogne , que chaque
pas les conduit à la Victoire. Le
21. il arriva un Courrier de ME
le Maréchal de Bellefons , qui les
commande en ee Païs-là.On ſçût
que ce General avoit fait paffer
la Riviere à ſes Troupes , à la
vevë du Prince de Bournonville,,
Viceroy de Catalogne , qui en
detindoit le Paffage ; & que les
Regimens de Sainte- Maure & de
GALANT .
255
Coniſmarck , & celuy des Dragons
de Languedoc , s'y ſont
fignałez . Nous y avons eu 300 .
Hommes de tuez , noyez , ou
bleſſez . Les Ennemis y en ont
perdu plus de 800. fans compter
plus de 400. Prifonniers que
nous y avons faits. Le Prince de
de Bournonville a jeté ſon Infanterie
dans Gironne, qui n'est qu'à
une lieüe de l'endroit où l'Action
s'eſt paffée, & s'eſt retiré à quelques
lieües de là avec le reſte de
fa Cavalerie . Il eſtoit retranché
derriere un Pont qui eſt ſur le
Ter. Ce Paffage a eſté forcé .On
a chaffé les Troupesde leurs Retranchemens,
& Mr de Bellefons.
eſt entrédans la Plaine. Les Dragons
de Languedoc ont pafle la
la Riviere à la nage , & fe font
fervis de Bayonetes qu'ils ont mi
fes dans leurs Mousquets qui ne
256 MERCURE
pouvoient plus tirer. Mr de Calvo
a fait en cette occaſion tout ce
qu'on pouvoit attendre de luy.
Son Cheval tomba du haut d'une
Muraille haute de deux toiſes ,
ce qui luy a cauſé une grande
murtriffure àla cuiffe. Ily a grande
apparence que les Ennemis ne
devoient point eſtre forcez dans
tant de Retranchemens , & fur
tout eſtant à couvert d'une Riviere
que les Torrens venoient
degroſſir , mais les Sujets du Roy
ne ſçavent point reculer. Toutes
les fois qu'il s'eſt fait quelque
Action mémorable , je vous en
ay envoyé une Relation , compoſée
ſur toutes celles qui en ont
paru, parce qu'il n'y en a aucune
qui n'ait quelque particularité
qui ne ſe trouve point dans les
autres. Je ne puis faire la meſme
choſe aujourd'huy , Mele MaréGALANT.
257
chal de Bellefons ayant dépêché
un Courrier auffi toſt apres l'Action
, en forte que les Particuliers
n'ont point eu le temps d'écrire.
Voicy la Lettre de ce Maréchal.
RELATION DE CE
qui s'eſt paſſé en Catalogne
le 12. May.
de
'Arméepaſſa les Cols lepremier
ce mois , & se rendit a la
Jonquiere, où l'on fut obligé defaire
un petit Travail , poury établir un
Poste qui pust contribuer à lafeûreté
des Convois . Le 2.clle logea à Sainte
Locaye, d'où l'on envoya une Garni .
fon dans Figuieres , pour empefcher
les Courſes de ceux de Rofe. Le 3.elle
paſſa la Fluvia , & vint à Bafcara
L'ony apprit que les Ennemis n'ef258
MERCURE
toient pas enſemble , & que deux
jours auparavant ils avoient retiré
leur Cavalerie , qui estoit en Quartier
dans les Villages du Lampour.
dan. Cette nouvelle auroit donné la
penſée de former le Siege de Gironne ,
qui est la feule Place où l'on peut
fonger , n'ayant point d'Armée Navale
, & l'on y auroit trouvé affez
de facilité ; mais l'incommodité des
Equipages , des Vivres , & de l' Artillerie,
la difette qui est cette année
dans la Province ,& qui nous réduit
à tirer toutes les Farines du Languedoc
, nous a auſſi réduits à y demeurer
neuf jours , pour faire venir
plusieurs Convois,&donner le temps
àMr le Président Trobat Intendant,
de faire assembler les Troupes du
Roussillon , du Conflans , &du Capsi,
&pour nous faire mener du gros
Canon & des Boulets , des Farines ,
des Avoines , afin d'établir un
GALANT.
259
Magazin conſidérable dans Baſcara.
L'on manda à Mr de Chazeron de
faire virer deux Bataillons de fes
Garnisons pour les conduire , & l'on
détacha Me le Marquis de Rane
avec cinq cens Chevaux &foixante
Dragons , pour les joindre. Le 10.
ayant appris que Mode Chazerom
arrivoit ce ſoir là à Figuiere , &
qu'il pouvoit se rendre le lendemain
àBascara, l'on en délogea le matin ,
& l'on résolut de ne point paſſer
Madigan , à cause de la grande
pluye du ſoirprécedent , qui ne pouvoit
manquer d'avoir extrémement
gašté les chemins , & enflé la Riviere
du Ter. Cependant l'on avoit
mis à l'Avant-gardeM:Grillon,
avec les quatre Escadrons de fon
Régiment , les quatre de Villeneuve,
& un Bataillon de Stoup,commandé
par le S Pallavicin , afin de loger
au pied de la Coste rouge , & que
260 MERCURE
l'on pust se poster le lendemain au
Pont Major , où l'on croyoit ne trouver
aucune réſiſtance , celafondefur
tous les avis que l'on avoit que Mx
de Bournonville s'affermbloit dans
Gironne, où iln'y avoit encore que la
Garnison ordinaire. Me de Grillon
trouva au Pont de Madigan les
Miquelets Eſpagnols , &vit fur les
Hauteurs une Garde de Cavalerie.Il
fit poufferles Miquelets , qui luy
tuerent quelques Suiſſes,& la Garde
ne l'attendit pas . Je pris le party de
m'avancer au Pont- Major , pour me
remettre l'idée du Sicge de Gironne ,
oùje m'estois trouvé ily a trente&م
un an . Jefit marcher Monfieur Gritlon
, & leſuivis avec les Dragons ,
& huit autres Escadrons . En defcendant
dans la Plaine , je fus faché
de trouver la Riviere trouble&
groſſie , & je nefut pasſurpris de voir
quelque Infanterie dans les MaiGALAN
T. 261
fons du Pont - Major , avec quelque
Garde de Cavalerie en deça.C'est un
Manège que les Ennemis ont accoй-
tumé defaire toutes les fois qu'on ap
proche , & mesme ils faisoient toû
jours pouffer leurs Gardes ; & comme
ils ſe retirerent d'aſſez loin , nous
jugeâmes bien qu'ils croyoient le pouvoir
impunément à la faveur de la
Riviere. Bientoft apres , nous n'eûmes
pas lieu d'en douter. En nous
étendant dans la Plaine , nous vimes
toutes leurs Troupes en Bataille,
& qui travailloient en pluſieurs endroits
où ſont d'ordinaire les Guez ,
& que l'on faisoit plusieurs Bateries.
Quelques Paifans des Lieux
nous apprirent que M de Bournonville
y estoit arrivé leſoir avec tou
tes ſes Troupes , & qu'il s'estoit promené
tout le matinſur les avenuës.
Nous n'eûmes pas de peine à comprendre
, que le long sejour que nous
262 MERCURE
avions fait à Baſcara , l'avoit fait
changer de proiet , &qu'au lieu defe
retrancher à Oſtelric , il avoit crûle
pouvoir faire à Gironne.
Mx de Grillon , fans perdre de
temps , fit ſonder le Gué au deça du
Pont- Major, qui n'estoit point gardé
par leurs Troupes,mais il lefit inuti
lement ; on le trouva impraticable.
Ilnefaut pas compter que ces Rivieres
foient comme celles de Flandre
, où il suffit de trouver une entrée
& une fortie . La rapidité eſt ſi
grande en celles cy, & ily a tant de
groſſes pierres dans lefond , qu'elles
Sont mesmes difficiles , quand elles ne
font pas agitées par la fonte des nei
ges, ou par les pluyes. Il nous eust
eſtéfacheux qu'un corps ſi inferieur
àl'Arméedu Roy, eust oféseprésenter
devant elle , &pour n'avoir rien
à nous reprocher , nous envoyâmes
chercher le reste des Troupes qui arGALANT.
263
riverent d'aſſez bonne heure , mais
M. de Rével qui alla au devant de
l'Artillerie pour luy fairefaire diligence
, ne pût nous amener qu'avec
peine des Munitions demy heure
avant la nuit , & deux Pieces de Canon
un quart- d'heure apres.Pendant
que les Troupes prenoient de la Poudre
, on fondale mesme Gué, & l'on
trouva que l'eau estoit diminuée com
me on l'avoit eſperé , & qu'on y pouvoit
paſſfer , quoy qu'avec peine.
Voicy l'ordre avec lequelon marcha.
M. de Calvo . M. de Rével
avoit avec luy le Bataillon de Laré,
&les deux de Conismarck, les Dragons
, & trois Escadrons de Cravates ,
quatre de Grillo, quatre du Regimeut
du Chevalier Duc,& quatre de Villeneuve
, M. le Chevalier Duc commandant
la Cavalerie , M. Grillon,
Brigadier. A la droite eſtoit M. de
la Mothe,& avec luy M.du Sauſſoy.
264
MERCURE
les Gardes ordinaires , un Escadron
de Cravates qui avoient la grande
Garde , quatre Escadrons de Condé
commandez par M. le Marquis de
Toiras , le Bataillon de Castres , les
deux de Fuſtemberg , un de Stoap,
celuy de Sainte- Maure , la seconde
Ligne de quatre Escadrons de Conif
marck , le Bataillon de Dampierre,
celuy de l'Allemand ,& un de Stoup .
M.de la Mote- Paillaux Brigadier.
commandoit cette Cavalerie de la
droite , derriere la premiere Ligne
d'Infanterie, & M.de Stoup.Le 12 .
on s'étendit dans la Plaine , Le dernier
Bataillon de la Lignefut vis-àvis
le Pont - Major , & le premier
vis-à-vis du Guéretranché , & cela
àlaportée du Mousquet , en attendant
que M.de Calvo eust commencé
defaire paſſer les Dragons . Tout alla
fortbien , & heureuſement. Ils quiterent
viste leurs Chevaux . Les Cravates
GALANT. 265
wates ſuivirent.M. de Conismarck
femit àl'eau avec ſon premier Bataillon
, & M. de füigny avec celuy
de Laré. LeSecond Bataillon de Coniſmark
trouva l'eau trop haute,&
voyant beaucoup de Gens noyez du
premier, on ne jugeapas àpropos de
le commettre. M. de Calvo ne laiſſa
pas de commencer àattaquer lepremier
Pofte des Ennemis. M. de la
motheſe mit dans la Riviere, &en
peu de temps on chargea les Ennemis
par le feu des Bataillons de Castres,
de Fuſtemberg, & de Stoup . Il resta
Seulement vis-à vis de Castres un
Retranchement , duquel on ne pût
chaffertout àfait les Ennemis , dont
onfut affez incommodé; car comme
on s'obſtinoit à demeurer toûjours à
découvert, ils tuérent deux Capitaines
,&quatre autres Officiers. Le
Marquis de Laré eut un Cheval
tuésous luy ; &comme la defcente.
du Gué estoit petite & mauvaise,
мау 1684.
M
266 MERCURE
l'on difera d'en tenter le paſſage , &
l'onse contenta de continuer unfort
grandfeu. On doit ce témoignage à
Messieurs de Castres & de Fustem .
berg , de s'y estre comportez avec
beaucoup de fermeté. Pendant cela,
M. de Calvo avançoit toûjours , &
avoitjettéſes Dragons &Son Infanteriefur
la gauche. Ildepostoit peu à
pen les Dragons & les Miquelets des
Ennemis , pendant qu'avec les trois
Escadrons des Cravates défilez par
les Ravines & Rideaux,il rompit en
fuite les Escadrons Eſpagnols . Nous
pouvons dire que nous avons veu les
Lieux avec étonnement , & la quantité
de Chevaux qui y sont reſtez.
Quand on vit fur la hauteur lefeu
que faisoit M.de Calvo,&que celuy
des Ennemis ſe raprochoit du Pont-
Major,onfit attaquerpar le Bataillon
de Sainte. Maure , qui se rendit
bientoſt maître de toutes les maiſons,
& du Retranchement qui estoit au
GALAN Τ . 267
dela ; mais la Barriere du milieu du
Pont leurfut affez disputée. Elle se
trouva terrassée,&penible àcouper.
M. de Calvera , Lieutenant Colonel,
hazarda de monter ſur les Gardesfaux
du Pont, &de paſſer à demy en
l'air du costé de la Barriere. Il fut
bien ſuivy des Officiers & des Soldats
,& en peu de temps,il eut affez
de monde pour marcher à l'autre
Barriere qui estoit à l'extremitédu
Pont ,flanquéepar les maisons.Il s'en
rendit encore le maistre , malgré la
reſiſtace des Ennemis;& apres avoir
fait des ouvertures aux deux Barrieres,
il entra dans la rue,&y pouſſa
le Regiment de Bourgnymaroſtel ;
mais un moment aprés , la ruë tournant
à droit,on se trouvafort au large.
Il rencontra un Escadron,qu'il ne
rompit qu'à coups de Piques. Ce fut
là où ilperdit les Steurs de Faviers
&de Montels , lepremier Capitaine
des Grenadiers. On lefit foûtenirpar
M 2
268 MERCVRE
Je Bataillon de Stoup par celuy de Fu-
Stemberg,&par un Escadron de Conismarck
,& l'on manda à M. de la
Mothe de ne plus fongeràfaire paf-
Ser Meffieurs de Toiras & de la mote.
Paillaux à un autre Gué qu'on avoit
trouvé. Dans ce même temps,les Dragons
avec leurs Bayonnettes dans
leursfufils , les Bataillons de Conifmarck
& de Laré avec leurs Piques,
les Munitions des uns & des autres
eftant toutes moüillées , aiderent au
Regiment des Cravates à rompre le
reste de la Cavalerie ennemie , &
auſſitoſt apres M. de Calvo ſe trouvant
à l'extremité de la Hauteur,
au milieu du Pont Major,appritpar
le Sieurde la Conterie, Gentilhomme
àmoy, que le Paſſage estoit forcé, &
meſme le chemin pour descendre en
bas , qu'il cherchoit dansla grande
obscurité de la nuit pour ſuivre tes
Ennemis . Ce fut affezinutilement,
car ayant esté forcezen tous leurs
GALANT. 269
1
Poſtes, ilne leur avoit pas esté poſſible
de ſe rallierfous le grandfeu que
M. de la Mothe leur faisoitfairefur
le bord de la Riviere. Ainsi l'on ne
Songea plus qu'à ramaſſer ce qu'on
pût de Prisonniers dans les maiſons ,
& àrepaſſer la Riviere pourſe camper
à la Montagne qu'il avoit à dos.
L'obscurité de la nuit a empefche
qu'on n'ait pris la plupart de leur
Infanterie , & le grand Chemin de
Gironne a donné facilité à leur Cavalerie
de ſe retirer. Jesuisfurpris
qu'on aye pû prendre une centaine de
Chevaux. Il est inutile de donner des
éloges à Meſſieurs les Officiers Generaux
; lefuccés de la chose fait affez
voir comme ils s'y sont comportez.
M.de Rével& de Grillon culbutérent
dans l'eau,&penſerentsenoyer.
Celane les retarda pas d'un moment
dans l' Action . M. le Chevalier Duc
y areçu trois contuſions . L'on ne peut
affez loüer les Sieurs Martin , de
M 3
270 MERCURE
Sainte Riane,&de Basigan, M. de
Conismarck, & M.de Ioigny,ſeſont
jettez à l'eau,ſens en attendre l'ordre
de M. de Calvo , qui avoit peine
àſe réſoudre de le donner, voyant la
difficultédu Paſſage. Ilssesont comportez
parfaitement bien dans toute
La ſuite. Le Marquis de Gange Colone!
des Dragons, le St de Breüil,&
tous les Officiers, ontfait des chofes
qu'on n'auroit ofé attendre d'un Regiment
nouveau. Ily a peu de Combats
où l'on ait veu de part& d'au
tre tant de Gens, à qui l'on ait appuyé
le mousquet & le Pistolet dans
lateste,dont on les aveus tous brûlez,
&les Piques & Epées. Le Marquis
de Courtebonne Maréchal des Logis
de la Cavalerie , & le St de Montelas
Major General , portoient les ordres
avec netteté, & d'un gradſang
froid.M.de Zurlaube, Capitaine dans
Coniſmarck,commandant cent Hommes
, témoigna beaucoup d'activité.
GALANT .
271
La nuit ne permettant plus auCanon
de tirer , il s'avançafur la Riviere ,
où il effuya un tres grand feu avec
tousſes Gens.le loüerois la bonne vo
lontédu Marqais de Villeneuve , qui
forty d'une fiévre de huit jours , n'a
pas laissé de paſſer la Riviere avec
fon Regiment,fi cette bonne volonté
n'estoit generale dans toute l'Armée,
car il estvray que lefeul embarras
a efté de contenir les Troupes, & de
les empeſcher de tomber dans quelque
confusion par leur trop d'ardeur.
Des Soldats qui avoient esté pris
quelques jours avant l'Action , &
que M. de Bournonville m'a renvoyez
aujourd'huy, m'ont confirmé ce qu'on
m'avoit déja dit , que la Cavalerie
des Ennemis s'estoit retiréeàOftelric
avec un fi grand defordre , qu'elle
avoit laiſſe une partie de leur Bagage
en chemin. M. de Bournonvilley
arriva entre huit &neufheures du
matin. L'Armée ennemie doit estre
M 4
272 MERCURE
composée de 6000. Hommes ; plus
de 3000. que composent les Regimens,
sçavoir , ceux de D. Martin
de Guzmans ; de la Députation de
Barcelone ; de D. Antonio Serane;
de Tolade; de Ciuta ; Lacoſta, Vallence,
D. Thomaries Baſſico, Dragon
commandé par le Comte de Ranfoles,
bleffé &prisonnier,
La matiere m'accable tellement, que
je ſuis obligé de reſserrer les Nouvelles
qui me reſtent.
Tous les Officiers genéraux de l'Armée
du Roy ont eu l'honneur de dîner
avec Sa Majesté , ſous ſes Tentes au
Camp de Thulin. Le Repas fut tres
magnifique , & la joye des Conviez
extraordinaire. Quelques jours apres ,
ladiſpoſitionde ce Camp changea , &
fa tefte parut tournée vers Mons. Sa
Majesté , que le travail affidu rend in
fatigable , a eſté à la Chaſſe pluſieurs
fois apres fon retour à Valenciennes ,
&eft retournée enſuite vifiter ſon
Camp à Thulin , d'où Elle eſt revenuë.
Comme il n'eſtpoint d'occupation qui
l'empêche de faire ſes Devotions dans
:
1808
DE
LA
Trou-
M9
pes devant cette Place. Ic vous parle. ray auſſi dans la même Lettre , de tout
Attaques
,
Cam nulin, d'ou Elle est revenue .
Comme iln'eſtpoint d'occupation qui
l'empêche de faire ſes Devotions dans
ர
GALANT.
273
1
les Feſtes folemnelles , Elle les fit le
jour de la Pentecofte aux Carmes de
Valenciennes, & toucha pluſieurs Malades
. Madame l'Abbeſſe du Paraclet,
Tante de Monfieur de la Rochefoucault
a eſté pourvûë de l'Abbaye de
Noſtre-Dame de Soiſſons, que la mort
de Madame Armande - Henriete de
Lorraine a laiſſée vacante. Le Roy a
permis àMonfieur le Grand Prieur de
France , de revenir à la Cour , où il
eft préſentement. Je remets juſques au
15. de ce mois , à vous envoyer une
Relation du Siege de Luxembourg ,
afin de vous la donner complete. L'efpere
que ceux qui en ont de fidelesMémoires
, m'en voudont bien faire part
en faveur de leurs Parens , ou de leurs
Amis , qui s'y ſeront ſignalez . Voicy
un Plan de cette Place , que j'ay fait
graver , afin que vous en voyiez la
force , & par où elle a eſté attaquée ,
en attendant le corps hiſtorique que je
vous promets,du Siege. I'y joindray
une nouvelle Planche , avec toutes les
Attaques , &le Campementdes Troupes
devant cette Place. Ie vous parle.
ray auſſi dans la même Lettre , de tout
M9
274 MERCURE
A
ce qui s'eſt paſſé devant Génes. Elle
ne contiendra que ces deux Articles ,
mais ils feront traitez hiſtoriquement
& à fonds ,& je tâcheray de les purger
des erreurs qu'il eſt preſque impoſſible
d'empeſcher qui ne ſe gliffent dans les
premieres Nouvelles que l'on en écrit
au fortir d'une Action. Ceux qui les
écrivent ainſi promptement , ne peuvent
avoir le temps d'en examiner les
circonstances, & mefme il en eſt beaucoup
que la flame & la fumée leur dérobent.
Quant à ma Lettre Ordinaire ,
j'y joindray le Camp de Thulin gravé,
parce qu'il eſt beaucoup plus confidérable
que celuy de Condé , que je vous
envoye. Ie ne vous dis rien de la mort
de Meſdames les Ducheſſes de Richelieu
&de Vitry. Comme je n'ay ny
affez de temps , ny affez de place pour
enparler comme je devrois , je les ré
ſerve pour le mois prochain. Monfieur
leMarquis de Monpezat ayant eſté tué
devant Luxembourg , le Roy a donné
à Monfieur de S. Rut Lieutenant des
Gardes du Corps , le Gouvernement
de Somieres en Languedoc , qu'avoit
ce Marquis , & fon Regiment à MonGALANT.
275
ſieur de Bouligneux. On affûre que
Madame la Dauphine eſt groffe. Ie
croy ne pouvoir mieux finir ma Lettre,
que par cette agreable Nouvelle. Ie
fuis , Madame , Vôtre , &c.
I
AParis ce 31. May 1684.
Ie viens d'apprendre que la Ville de
Gironne a eſté inveſtie le 17. de ce
mois par Monfieur le Maréchal de
Bellefons.
*
ت ن
*
LIOTHEQU
DE
LYON
:
:
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
P
Rélude ,
Ballade auRoy,
Devise ,
こ
!
1
I
3
7
Arrivée de M. le Marquis de Torcy en
Portugal , &fa Reception , 8
Conſeils de la Reyne de Portugal à l'Infante.
19
Ce qui s'est passé à l'Académie Françoise
lejourde la Reception de M. de la
Fontaine. 44
Reception de M. Mery à l'Academie des
Sciences,
Madrigal ,
Réponse ,
47
49
٢٥
Sujet & Vers d'un Baletdancé à Hanover
,
Avanture de Mer ,
Mort de diverſes Perſonnes ,
Hiftoire ,
SI
67
65
67
Etat genéral de tous les Officiers de
Marine qui font préſentement auferTABLE.
vicedu Roy , 96
Madame Royale à Lyon .
Tout ce qui s'est passé à la Reception de
Mort de huit Perſonnes de marque, 127
120
Benédiction de l'Eglise du College Mazarin
, 137
Oeufsfortis d'une Loupe , 138
Description de cequ'il y a de plus remarquable
dans la Ville de Paris , donné
auPublic. 139
Depart de la Flote du Roy des Isles
d'Hieres. 140
141 Perte de l' Admiral d'Espagne,
Iournal de tout ce qui s'estfait pendant le
Voyage du Roy , des Nouvelles que се
Monarque a reçenës de ſes Armées
de terre & de mer,&de ſes Ambaſſadeurs
dans les Cours Etrangeres, avec
une exacte deſcription deſes Canons ,
& les distributions de Charges&de
Benéfices que le Roy afaites, 142
Epître de Madame des Houlieres au
Roy. 144
La Fauvette à Sapho , par Mademoiselle
de Scudery , ISI
Sonnets , 154
Réponseaux Lardons de ce mois , 206
TABLE.
Morts, 243
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes
du dernier mois ,
Enigme ,
Autre Enigme ,
247
251
253
Détail de ce qui s'eſt paſſe en Catalogne,
257
Conclusioncontenant divers Articles.272
Fin de la Table.
EXTRAIT DU PRIVILEGE
duRoy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil ,JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations , Hiſtoires,Avantures,
& autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege .
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amautry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le 18. Novembre 1683 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères