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1684, 02 (Lyon)
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Bibliothecæ quam Illuſtriſſimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
MERCURE
GALANT.
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER IQ
READE
*1893*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY..
A
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
E vous envoye, cher
JH Lecteur, l'Extraordinaire
d'Octobre que
je vend 30. f. L'Eſpion Turc,
il n'y a qu'un Volume que
je vend aufli 30. f. Il y en
aura pluſieurs Volumes, c'eſt
un Livre qui fera beaucoup
recherché eftant fort bien
écrit & curieux. Les Mercures
ſe diſtribueront dorefnavant
tous les huitiéme de
le: chaque mois à Lyon ,
mauvais tems a eſté cauſe
á 2.
du retardement des Mois
paſſez . L'on diftribuera aufli
tous les quinze jours fans
manquer, le Journal des Sçavans
pour 6.f. chaque cahier.
Dans le Mercure de Mars je
vous envoirai un Catalogue
de pluſieurs Livres nouveaux...
TABLE DES MATIERES
contenuës en ce Volume.
Dréludeſurla Liberalité du Roy
pour les Pauvres ,
Deviſes pour Sa Majesté,
b
8:
Secret d'hoter le scl de l'eau de la
Mer &de lavendre douce , 10
Traitéde l' Amitié , 17
Regale donné à Stugart par M. de
Bourgeauville. 39
Mort de Madamede Longueval. 43.
Maladie de M. l'Archevesque de
Lyon , 46.
Deviſeſur la Naiſſance de Monfeigncur
le Duc d'Anjou , 48.
Réiouiſſancesfaites pour cetteNaif-
Sance en pluſieurs Villes de. Fran-
се
Histoire,
49
71
Complimens faits au Roy...
80
TABLE.
Mort de laReine de Portugal , 84
Refutation faite àla Réponſe de la
Lettre adreſſée aux Aftrologues
iudiciaires , 87
Audiance des Deputezdes Etats de
Bretagne , 94
Galanterisà Madame des Houlieres,
98
Bouquet , 99
Madrigaux , 100
Eftrennes , 102
Eftrennes à M. le Duc de Chartres,
104
Mort & abregé de la vie de M.le
Duc de Navailles , 109
Mort de Mademoiselle de Tinnebat
noyéefur laglace ,
Mort du Doge deVenise & tout ce
118
qui s'est pasſſséà l'Election du nouveau
,
129
Balades nouvelles de Madame des
Houlieres & de M. le Duc de
S. Aignan .. 156
TABLE.
Divertiſſement donne à Madame la
Dauphine par ce même Duc, 164-
Madrigal Italien adreſſe zu mesme
Duc , 170
Agréement de la Charge de Premier
Valet de Chambre de Madame
la Dauphine , donnée à M. de
Chenede, 171
Depart de M. le Marquis de Cheverny
, pour se rendre auprés de
l'Empereur 173
Abjurations ,
ibid.
Morts , 175
Profeffions, 176
Mariage, 179
Festes Galantes , 1.81
Liberalitez du Roy , 188
Réponſes aux Feüilles du Mois de
Fevrier, 192.
Relation de ce qui s'est pasé à la
Hayetouchant les Deputezd'Am..
ſterdam , 2333
Mariage de M.le Comte de ChaTABLE.
Stillon ,
Mort de Madame la Marquise
d'Effiat ,
245
247
Mort du Venerable Frere Fiacre, 248
Enigme, :
Autre Enigme,
Comedie Françoise ,
249
250
252
Lettre circulaire de Meſſieurs d'Am.
-ſterdam, 253
Finde la Table..
138303035338038303
LIVRES NOUVEAUX
qui se trouveront à Lyon chezle Sieur
AMAULRY ; depuis l'année 1678 .
jusqu'à present.
RATIQUE de Picté , ou les conduite
pour tous les jours de l'année, fuivant
les Maximes de l'Evangile par
le R. Pere le Maiſtre de la Compagnie de
IESUS , 12.2. vol . 30. fols .
L'Art Poëtique du Pere Lamy, 12.30.fols.
Nouveaux Plaidoyez de M. Patru, in 4. 40.f.
Le Comte d'Eflex , Tragedie de l'illuſtre
M. de Corneille le jeune, 12. 15. fols.
Les Nobles de Province , Comedie de
Monfieur de Haute Roche, 10 fols .
Le Comte d'Vlfeld, 12. 10. fols .
Memoires du Marquis d'Almachu , 12.
2. vol . 20.fols.
Les Livres de S. Auguſtin de la maniere
d'enſeigner les principes de la Religion , 12 .
2. livres.
Remarque ſur un Ecrit dicté à Doüay , 12
30. fols.
La Princeſſe de Cleves, 12. 4. vol.5.1.
-Idem la Critique, 12. 30. fols .
- Idem la Contre-Critique 20. fols.
Nouvelles Amoureuſes &Galantes, 12.30.f.
Heures en Vers de l'incomparable Sieur
de Corneille l'ainé , 12. fig. 3. livr.
La Difcipline de l'Egliſe du P. Thomaffin
, fol . 3. vol . 45. livr.
*
Catalogue..
:
Architecture Navale, 4. 6. livres.
De Lazarille de Tornes, Traduction nou
velle, 12.2. vol. 40. fols.
Ieu Royal de la Langue Latine avec les
Cartes, 8. 40. fols.
Nouveau jeu de Carte du Blazon , 30.f.
Hiſtoire de la Chancellerie par Monfieur
Teſſereau , fol. 15. livr .
Capitularia Regum Francorum Auctoris
Steph . Baluz, fol. 2.vol. 30. livr .
Sentences& Inſtructions Chreſtiennes, tirées
des Oeuvres de S. Auguſtin, par le Sicur
Laval , 12.7 . vol. 15. livr. 15. fols .
Phedre & Hippolite, Tragedie, 12. 15. f.
Origine des Guerres par P. Linace de
Vaucienne, 12.2 . vol. 3. livres .
Origine des François , 12. 2. vol.3. 1 .
Hiſtoire du Schifme d'Angleterre , 12.
2. vol . 3. livr.
Confeil de la Sageſſe , 12, 2. vol. 3. liv.
Converſiondes Pecheurs, 12. 2.1.
Methode de la Penitence , 12. 2. livr.
Maldonat. de Sacramentis , fol . 9. livr .
L'Art de Parler, 12. 30. fols .
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers , indouze
, 2. livres .
Recherches de la Verité, 12. 3.vol. 6.livr.
-Idem inquarto , 8. livr.
Oeuvres de Poiſſon, 12. 40.f.
Nouveau Recueil de Comedies, 12.20.f.
Theodori de Pænit. 4. 2. vol. 1o. livres,
Medecin à la Cenfure, 12. 30. fols .
Recueil de l'Academie , 12. 7. vol. 10.livr.
b . fols ,
Correction fraternelle , indouze, 2.1.
Idée de la Morale Chreftienne , 12.2.1.3.1.
Catalogue.
Prince de Perfe, Nouvelle Hiſtorique, ra,
10. fols.
La Rivale, Nouvelle Hiſtorique , 12.10.f.-
Oeuvres de M. d'Andilly , fol . 3. volumes
45.. 1 .
La Vie de Sainte Gertrudre , 8. 4. livr.
Vnion des Eccleſiaſtiques avec les Religieux,
8.20.fois .
Expoſition du S. Sacrement par M.Thiers,
12. 2. vol. 4. livr .
Methode de la Geographie par le Sicur
Robbé, 12. 2.vol . 4. livr .
Hift. du Gouvernement de Ciſteaux , in
quarto, 6. livres .
Vie de Iefus-Chriſt par M. l'Abbé S.Real,
inquarto , 4livr. & indouze, 30.fols .
Defence de l'ancienne Tradition des Egliſes
de France, indouze, 40. fols.
Aftrée , 12. Nouvelle Traduction ,
Methodus Hiſtoriarum Anatomico Medicarum,
12. 30. fols.
Heroïne Mouſquetaire , indouze,
4 vol. 40. fols .
Iolande de Cicile , indouze,
2. vol. 20. ſols .
Voyage de Fontainebleau ,
10. fols,
Ambitieuſe Grenadine , indouze
, dix ſols.
Comte d'Effex , 12. 2. vol.
J
DeM. de
Prefchac.
20. fols.
Les Preceptes Galands de M. Ferrier , indouze
, 25. fols.
Nouvelles & faciles inſtructions pour réiiair
les Eglifes Pretéduës Reformées, 12.30.6
* 2
Catalogue.
ReflexionChreftienne ſur les Principes de
laMorale, 12. 30. fols.
Confolateur Chrêtien, ou Recueil de Lettre,
indouze, 30. fois.
Vie de S. Ambroiſe par M. Herman , inquarto,
18. livres .
Nouvelles de Miguel de Cervantes , indouze
, 2. vol. 3. livr.
Hiſt , des Amazones, 12. 2. vol. 20. fols .
Les Promenades de Livri, 12.2 . vol.20.f.
Meroüé fils de France, 12. 10. fols .
Alfrede Reyne d'Angleterre , 12. 10. fols.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huet, indouze, 30. fols .
D. Juan d'Autriche , indouze, 30. fols .
Memoires d'Hollande, indouze , 30. ſols .
Conduite du Sage, indouze, 2. vol . 3.livr .
Remarque fur llaaTheologieMorale deM.
Geneft , approuvé par M. de Grenoble , 12 .
2. vol . 40. fols.
La veritable forme du Sacrement de l'Eu
chariftie, de M. Arnaut, 8. 30. fols .
L'Academie des Sciences & des Arts pour .
raiſonner de toutes choſes , 12.3.v. 4.1. 10.1.
Oeuvres de Grenade, fol . 2.vol . de Girard
24. livres. :
Critique du Voyage de Grece de M. Spon,
Medecin & Antiquaire , indouze , avec une
Carte en taille douce , 30. fols .
Le Pilote de Londe- Vive , ou les Secrers
du Flux & Reflux de la Mer, contenant XXI ,
Mouvemens & du Point fixe d'un Voyage
abregé des Indes , & de la Quadrature du
Cercle, compotez ſur les Principes de la Nature
, nouvellement découvertes , & mis en
Catalogue.
lumiere par Mathurin Eyquem , Sieur du
Martineau ; Outre que ce Livre montre par
des. Syſtemes nouveaux , faciles & dont on
n'a jamais parlé , ces points qu'il eſt ſçavant,
curieux , & plaiſant à lire. Les Doctes en
choſes naturelles croyent qu'il montre la
Medecine Univerſelle ſous des figures & des
principes familiers , ce qui luy donne de la
reputation , ce Livre eſt indouze , imprimé à
Paris , & ſe vend 36. fols, relié.
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1679 .
A Noble Venitienne , & le Nouveau Icu
de laBaffete, par M. de Preſchac, 12.10.f.
NouvelleGalantes du temps, contenant la
Jalouſe Flamande , & le Mary heureux
Amant,de Monfieur de Preſchac,12.10.ſols.
Les Exilez de Madame de Ville-Dieu, tout
rechangé & augmenté de deux Volumes in-
12.6.v.impreffion de Paris, ils ſe vendent 6.1.
- -Idem impreſſion de Lyon, bien impri.
mé , les 6. vol, reliez en 3. 45. fols.
Les 5.& 6.Tom . ſeparez ſe vend 20.fols.
Hift.du Serrail, auſſi nouvelle Edition, augmenté
d'un tiers , 12 , 6. vol. 6 , 1 .
Differtationes Philofophicæ in 12.20.f.
Nouvelle Ameriquaine , Hiſtoire veritable
, indouze, 2. vol.20 .fols .
Le Nouveau jeu de l'Ombre , 12. 10. fols.
La Princeſſe de Montpenſier , indouze, de
l'Autheur de la Princeſſe de Cleves , avec
des vers à la fin ſur la Paix , par M. de Corneille
l'Aifn , 12, fols.
* 3
Catalogue.
Les Oeuvres Chreftiennes & Spirituelles
de M. l'Abbé de S. Cyran, 12. 4.vol. 6. livr.
Le 4. Tome ſe ſepare, indouze, 30. fols .
Le Journal des Saints du R. P. Groſez de
la C. de Iefu , reveu , corrigé & augmenté ,
nouvelle Edition, indouze, 3. vol . 50. fols .
Le vray Devot conſideré à l'égard du Mariage,
& des peines qui s'y rencontrent , indouze,
20. fols .
Le troifiéme Tomedu Roman Comique de
Monfieur Scaron,par M.de Preſchac, 12.30.f.
Traité des Superstitions ſelon l'Ecriture
fainte. Les Decrets des Conciles , & les ſenzimens
des Saints Peres & des Theologiens ,
parM. Thiers, indouze, 40.fols.
Hiſtoire de Theodoſe le Grand , 3. livres.
Voyage de la Terre Sainte,avec des remarques
pour l'intelligence de la ſainte Ecriture
, indouze, 3. livr.
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
, lieuxGeometriques , &c. par l'Academie
Royales des Sciences, indouze, 50. fols.
Traitez de Mechanique,de l'Equilibre des
Solides & des Liqueurs, duP. Lamy, 12. 30.f.
Le Courier d'Amour, indouze, 10. f.
L'Education des Filles, 12. 40. fols.
Caſimir Roy de Pologne , Hiſtoire veritable
& nouvelle, indouze, 2. vol.2 5.f.
Le Triomphe de l'Amitié , par Monfieur
de Preſchac, 12. 10, fols.
Voyage de Monfieur Pirard de Laval aux
Indes Orientales , Maldives , Moluques , &
au Brefil , & les divers accidens qui lui font
arrivez , inquarto, 6, livres.
Catalogue.
Hiſt. Sainte de Gautruche , 12. 4.vol . 6.1.
Caſſiodori Opera, fol . 2.vol. 15.1.
Dictionaire Pharmaceutique , ou plutôt
Apparat Medico- Pharmaco Chymique , ouvrage
curieux pour toutes fortes de Perſon
nes , utile aux Medecins, Apoticaires & Chirurgiens
, & tres neceſſaire pour l'avance.
ment & l'inſtruction des jeunes Gens , qui
s'addonnent à la Profeſſion de la Pharmacie,
& particulierement de ceux qui ne poſſedent
paspleinement la Langue Latine,par le Sieur
de Meuve Docteur en Medecine , Confciller
& Medecin ordinaire du Roy , in- octavo ,
2. vol 3.1 . 10.fols .
Réponſe à la Critique publiée parMonfieur
Guillet , fur le voyage de Grece de lacob
Spon, avec quatre Lettres ſur le meſme ſujer.
Le Journal d'Angleterre du Sieur Vernon , &
la Liſte des Erreurs commiſes par M. Guillet
dans ſon Athenes Ancienne & Nouvelle , indouze,
10. fols .
Regles de la Diſcipline Ecclefiaftique, recueillies
des Conciles des Synodes de France,&
des Saints Peres, indouze, 30. fols.
Inſtructions Chreftiennes ſur le Mariage
& ſur l'éducation des Enfans, 12. 30.fols.
LaVie de S. Ignace,par le P Behour lefuite.
La Foydes derniers fiecles , du Pere Rapin,
indouze.
Methode pour converſer avec Dieu , de
l'Autheur du Conſeil de la Sageſſe .
La Hardie Meſſinoiſe , 12.12. fols.
Dom Sebastien Roy de Portugal , 12.15 f.
Relation cutieuſe de l'état preſent de la
Ruflie, indouze, 40,fols,
* 4
Catalogue.
Arithmetique de le Gendre,inquarto,nouvelle
Edition augmentée,13.1.10. fols.
Amours des grands hommes , de Mademoiſelle
de Ville- Dieu , 12 , 6.vol , reliez en
trois , 45. lols.
L'Histoire d'un Eſclave qui a eſté quatre
années prifonnier , 10. fols.
Origine du Blazon du Pere Meneſtrier, indouze,
2. vol . 4. livres .
Memoire de l'Empire Ottoman , indouze,
2.v01 , 20. fols .
Lettres Portugaiſes , avec les Réponſes, indouze,
2.vol . 20. fols.
Hiſtoire de la Reünion de Portugal , indouze,
2.vol. 4 livres.
Criſpin Precepteur, Comedie, 12. 15.fols.
Les NouvellesdelaReyne d'Angleterre ,
indouze, 2.vol . 20.fols .
La Ville & Republique de Veniſe , in 12.
Ce n'est pas l'Hiſtoire de Veniſe de Nani ,
c'eſt l'Histoire de la Ville & Republique de
Venife , tresb- ien écrit, 40. fols.
La Devotion vers nôtre Seigneur Iesus-
CHRIST , pour ſervir de lecture à l'Homme
d'Oraiſon pendant tout le cours de l'année
par le Reverend Pere Noüet , 4.3.vol . 16.1 .
Recueil de diverſes Retraites , premiere;
fur la qualité d'Enfant de Dieu ; La feconde
, fur l'Habitude de la prefence'de Dieu;
La troifiéme ; ſur le dépouillement du vieil
Homme, indouze , 30. fols .
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1680.1
A- veritable Devotion envers la Sainte
LVierge , établie &défenduë par le Pere
Catalogue.
Π
e
Craffet Iefuite, inquarto , 5. livres.
La Devinereſſe ou le faux Enchantement,
par l'Autheur du Mercure Galant , indouze,
avec neuf figures , 30 fols
Le Chreftien qui veut eſtre ſauvé, 24. 20.f.
L'Illuftre Parifienne de Monfieur de Prefchac,
indouze, 2.vol. 20. fols .
..
Hiſtoire de la Conqueſte d'Eſpagne par les
Maures, indouze , 2.vol .
Des obligations des Eccleſiaſtiques, tirées
de l'Ecriture ſainte & des Saints Peres de l'Egliſe
& de S. Chriſoſtome, 12. 40. fols .
Le Journal Amoureux par Madame de Vil-
Le Dieu, indouze , 6.vol. relié en trois, 45. C
Federic Prince de Sicile, 12. 3. vol. 30. f.
Lettre d'un Eccleſiaſtique à un Miniſtre
de la Religion Pretenduë Reformée pour fervir
de Réponſe à diverſes Queſtions qui luy
ont eſté faites par ce Miniſtre dans leſquelles
il traite & prouve pluſieurs Points importans
de la Religion, par la doctrine de S.Cyprien ,
avec une Diſſertation du meſime Ecclefiaftique,
& d'un des principaux du Conſiſtoirede
Charanton& une lifte tres curieuſe des Evêquesde
Rhodes & de Vabres , 12. 12. fols.
Adelaïde de Champagne, 12.4. vol. 40.f.
Le Conte Genevois, indouze, 10.fols.
Cleonou le parfait confident , 12.10.1.
La Valiſe ouverte , in 12. Preſchac , 10. f.
Le Voïage du Royaume de Congo, 12.20.f.
Reflexions fur la Mifericorde de Dieu de
Madame la Valiere .
LesMadrigaux de M.la Sabliere, 12. 12.1,
Les Peintures Sacrées de la Bible , indouze,
3, vol. 4.livres 10.fols figures .
* s
Catalogue.
Le Gridelin , dedié à Madame , la Dauphine,
de Preſchac , indouze, 10. fols.
Memoires touchant la Religion parMonfieur
du Pleſſis Praflin Eveſque de Tournay,
indouze, 2. vol.30.fols .
Le Voyage de la Reyne d'Eſpagne , indouze,
2. vol . Preſchac . 20 fols .
Converſations ſur divers ſujets parMademoiſelle
Scudery , indouze. 2. vol. 50. f. de
Lyon , & 6. livres de Paris.
Projet de Conference fur diverſes matieres:
de Controverſe , 12.30. fols .
Les Nouvelles de Dona Maria de Zayas ,
traduit de l'Eſpagnol en François, 12.5.v.6.1.
La Vie & Actions de Monfieur l'Eveſque
deMunster, indouze, 20, ſols..
Les Penſées piouſes, troifiéme Edition, s.f..
Le Quinte Curce de Vaugelas de Monfieurd'Ablancourt
, NouvelleEdition, in 12.
2.vol. groſſe lettre, 4, livres..
Eclairciflement Apologetique de la Morale
Chreftienne , touchant le choix des
Opinions avec des Reflexions ſur des Remarques
du Sieur I. Remonde , composépar
P'ordre de M. l'Eveſque de Grenoble, 12. 3.1 ..
Le Nouveau Praticien François , inquarto,
4. livr.
Les Deviſes du R.P.Meneſtrier, in 8.2.7.5.1..
Les Dominicales de Texier, in 8.2.vol.6.1 ..
Idem les Panegyriques,oct. 2.vol . 6.1.
Les Ceremonies Nuptiales de toutes les
Nations, indouze, 20, fols .
Reflexion ſur l'Oraiſon, 12. 20. fols .
Horlogiographie du Pere Feüillant de la
Magdelaine , nouvelle Edition , in- octavo
Ggures 3. livres,.
Catalogue.
Le Comte de Richemont, Hiſtoire Galan
te, indouze , 12. fols.
Les Memoires Galans ou les Amours d'une
perſonne de qualité, 12. 12. fols.
Deſcription de laFrance de du Val, 12.20.6.
Revolutions de l'Estat Populaire-enMonarchie,
par le Different de Cefar & de Pompée
parMonfieur deMMaarrttiiggnnaacc,, 12. 20. fols.
Antonij Dadini Altaſſerræ , Notæ & Obfervationes
inAnaftafium de vitis Romanorum
Pontificum, in 4. 50. fols.
Le Voyage d'Italie , nouveau avec deux
Liſtes des Scavans & Curieux de toute l'Italie
parMonfieur Spon, Docteur en Medecine
de Lyon , indouze vingt fols.
Lettres Chreſtiennes & Spirituelles de M.
Varet Grand Vicaire de feu M. de Condren
Archevêque de Sens, in 12. 3. vol . 6. livres .
Traité de la Grandeur en general , qui
comprend l'Arithmetique, l'Algebre , l'Analyſe
, & les principes de toutes les Sciences,
qui ont la grandeur pour objet par le P.Lamy.
de l'Oratoire , indouze, 40. fols .
Dictionarium novum Latinum & Gallicum,
par Monfieur l'Abbé d'Anet pourMonſeigneur
le Dauphin , augmenté d'un tier à
cette nouvelle Edition , & mis le tout par
ordre Alphabetique , inquarto, 6.livres .
Origine des Noms par Monfieur la Roc.
que, indouze, 30. fols .
Theatre des beaux Eſprits. 12. 2. vol.10 .
Hiſtoire de Veniſe de Nani , traduit par
Monfieurl'Abbé Tallement, 12. 4.vol. 10.140.
Semaine Sainte de la bonne Traduction
de toutes grandeurs.
9 *
Catalogue.
Inſtructions Spirituelles pour la guerifon
& la confolation des Malades par Craffer,
12. 2. vol . 3. livres.
LIVRES NOUVEAUX
L
de l'Année 1681 .
Es Satyres de luvenal, in 12. 2. vol. Tra-
, >
de Lyon, so. fols..
LeGrand Soliman, Tragedie , 12. 15. fols..
L'Eglife Romaine reconnuë toûjours des
Lutheriens, pour vraye Eglife de Jesus , inoctavo,
40. fols.
Inftitutiones Iuris Canonic.par Monfieut
de Roye, in 12.40. fols .
La Comete, Comedie, 15. fols.
Inſtruction Chreſtienne fur les Myſteres de
Noftre Seigneur lefus- Chriſt Nouvelle Edition
, augmentée & corrigée en beaucoup
d'endroits in 8. 5. vol . 18. 1.
Moyens de ſe guerir de l'Amour, Converfar
tion galante , indouze, 15. fols .
Traité du droit de Chaſſe , 12. 20. fols.
Zaïde, Tragedie par Monfieur l'Abbé la
Chapelle, 12.7 . fols.
• De Marca Opufcula, in octavo 3. livres.
Coſmographie aisée contenant la Sphere:
l'usage du Globe Terrestre, & la Geographie
en faveur de la Nobleſſe, 12. 30. fols.
La Vie du Pere Charles Spinola , de las
Compagnie de leſus, 12. 25. fols.
La Douce& Sainte Mort, par le P.Craffet
de la Compagnie de Iefus, 12. 30. fols .
La Science& Pratique du Chreftien par
Monfieur Boudom, 12. 20. fols..
Catalogue.
La Philofophie des Gens de Cour , rz.
Difcours fur l'Histoire Vaiverſelle,à Monfeigneur
le Dauphin , pour expliquer la ſuite
de la Religion ,& les changemens des Empires
, depuis le commencement du Monde,
juſques à l'Empire de Charlemagne , par M.
Boſſuet, Evefque de Condom, in 12. 3. livres.
Les Carroffes d'Orleans , Comedie , par
Monfieur l'Abbé la Chapelle, 12. 15. fols.
Philofophia Vetus & Nova ad uſum Scholæ
accommodata, par Monfieur l'Abbé Colbert,
augmenté d'un tiers en cette nouvelle Edition
, 12. 6.vol . 9.livres .
Les Lettres de M. de Bongars, Latin François,
Nouvelle Edition, 12. 2.vol. 3. livres ..
Hiſtoire d'Henry IV. 12. Nouvelle Edition,
40. fols.
Methode pour lire Chrétiennement les
Poëtes ſuivant l'Ecriture Sainte & les Peres ,
du Pere Tomaffin, 8. 3.vol. 10.livr. 10. fols.
Poëfies & Pensées Chrétiennes , par Monfieur
l'Abbé Gouffaut , 12. 30.fols.
Difcours prononcé par Monfieur de Launay,
Advocat en Cour , indouze , 15. ſols.
Le Vargile , traduit par Monfieur l'Abbé
de Martignac , avec pluſieurs figures en tailles
douces , 3.vol. 6. livres .
La Vie du Duc de Guiſe , in 12. 30. fols.
Ammiani Marcellini Opera, fol . 12.livres .
Un nouvel Horace, de M. Acier, avec des
Remarques, indouze , 3. vol . 6. 1. 15. fols.
L'Homere , Traduction nouvelle par M.
l'Abbé de la Valterie', en 4. vol . 12. 10.1 .
Difcours du Chevalier Digbi de faGuemifon
des Playes par la Poudre de Sympas
Catalogue.
thie , nouvelle Edition, indouze, 30. fols .
Cicuta Aquaticæ Hiſtoria, & Noxx Com--
mentario illuſtratæ à lacobo VVepphero ,.
Med.Doct. Scaphufiano, inquarto 2.liv.
La Princeſſe de Fez , 2.vol . 12. 1. livre,
Le beau Polonnois , par Monfieur de Pref
chac, 12. 10, fols .
Remedes Charitable , de Madame Fouquet,
augmentez d'un tiers en cette nouvelle
Edition , 20. fols .
Les Caprices de l'Amour , par Mademoifelle
de Villedieu, 2.vol. 1. livre .
Artifices des Heretiques, 12. 2.livres.
La Comparaiſon de Thucydide & de Tite.
Live, du P.Rapin, indouze, 30. fols.
Memoires du Chevalier de Terlon, 2.v.3-1.
Mariage du Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal, par l'Autheur du Mercure Galant,
12. 20. fols .
Les Entretiens Galans, 2. vol. 12. 30. f.
Repreſentations en Muſique , du P. Mene--
ſtrier, 12. 30. fols .
Traité de la Cloſture des Religieuſes , de:
Monfieur Thiers , indouze, 40, fols .
Ecclefiæ Græce Monumenta , Tomus ſeeundus
, Studio atque Opera Ioannis Baptiſtæ
Cotelerij , inquarto 6.1 .
LaCircé de lean- Baptiste Gelly, traduit en
François, indouze, 30. fols .
La Methode Latine de ces Meſſieurs , nouvelle
Edition augmentée , octavo, 4. liv.
La Beauté de l'Eſprit, comparée à celle du
Corps, Traduction nouvelle, 20.fols,
Le Meffager Celeste , Extraordinaire de
Mide Blegny, 30. fols .
Catalogue.
La Ducheffe de Milan de Monfieur de
Preſchac, indouze, 10. fols .
Des Ballets anciens & modernes ſelon les
Regles du Theatre,du P. Meneſtrier, 12. 30.f.
La Vie de Chriftophle Colomb, avec la Découverte
qu'il a faite des Indes Occidentales,
vulgairement appellées le NouveauMonde,
2.vol . in 12. 3. livr.
Les Lettres Familieres de Monfieur Conrard
àMonfieur Felibien , 12. 30. fols.
Le Prudent Voyageur, 12. 3.vol . 4. 1. 10.f.
Homelies fur les Dimanches & Feſtes de
l'Année, par feu M.Godeau in 4. 6. livr.
Les Preuves de Nobleſſe du R. P. Mene-
Arier , indouze 2. vol . 4. livres ..
Criſpin bel Efprit, Comedie, 12. 15.fols.
Les fragmens de Moliere, 12. 15. fols .
Theophili Anteceſſoris Inſtitutionum, Libri
quatuor,Auctore Doujacio, 12. 2.vol.4.1.
Marie d'Anjou Reyne de Majorque , du
Sieur S. Bremont Auteur du double Cocu ,
12. 4. vol . 40. ſols .
Lettres de Monfieur le Chevalier de Méré,.
indouze, 2.vol . 4 livres.
La Comteſſe de Salisbury, Nouvelle d'Angleterre,
2.vol , indouze, 26, fols.
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1682 .
L
Es Poefies d'Anacreon & de Sapho ,
Traduites de Grecen François , avec des .
Remarques par Mademoiſelle le Fevre
indouze , Grec & François , 45.
folss.
,
Catalogue.
Poëme du Quinquina , de Mr. de la Fontaine, 1г .
45. fols.
Perefius super Inſtitutiones , 12.40. f.
La Cleopatre,Tragedie de Mr.de la Chapelle, 12.
15 fols.
LeGrand Hercule, Tragedie , 12. 151.
Nouvelle explication de la Gangréne , propoſée
&demandée par Meſſieurs de l'Academie de Paris,
inotavo, 20.
Hutoire de Mahomet ſecond Empereur des Turcs,
par Mr.Guillet, 12. 2.vol. 4.1,
Nouvelle Methode Grecque , nouvelle Editioms
inotavos 4. livres .
.La connoiffance certaine , & la prompte & facile
guerifon des fievres, avec les particularitez, & utile
fur le Remede Anglois, par Mr. de Blegny, 12. 30.f.
Morini Antiquitates Eccl . Ortentatis , 8.3.1.10.6.
Le Commerce Galantsou Lettre tendre & Galante
de lajeune Iris & de Timandre , 12.3 1.
L'Hiltoire de Mahomet IV , treiziéme Empereur
des Tures , traduit de l'Anglois du ſieur Ricaut, par
le fieur de Rozemont, 12. 4. vol. 9 1.
Hiftoire de Vfcoques, 12.40. f.
Reflexions fur le Portrait du Roy, par Mr. Maréchal
Avocat en Parlement, indouze, 12.f.
La Ducheſſe d'Etramene , 12 , 2. vol. 25.6.
Hiſtoire de la Ville & de l'Estat de Geneve , par
Mr. Spon , 12. 2. vol , reveû , corrigé & augmenté,
nouvelle Edition , avec pluſieurs figures en tailies
douces, 50. f.
Le fameux Voyageur de Monfieur de Preſcha
indouze, 20.f.
Epiftolarum Innocency III. Romani Pontificis libri
anderim , accedunt Gefta ejusdem Innocenti , &prime
colecto Decretalium compoſica a Rainerio Discon
Pompafiano auct , stephanum Baluſio , fol.2.vol.24 1.
Hiftoiredes Edits de Pacification , & des moyens
que les Pretendus Reformez ont employez pour les
obtenir , contenant ce qui s'eit paſſé de plus remarquable
depuis la nanfance du Calvimime juſqu'à
preſentsavec la réponſe à un nouveau Libelle, intith
Lé Les derniers efforts de l'innocence affligée , par is
Catalogue.
fieur Soulier Prétre . Ce Livre est tres curieux & fçavamment
écrit, 8. 3.1 .
Les Saints des Mois qui fervent aux Congregations
parbillets par le R. Pere Grofez de la Compagniede
Iefus 45.fla main .
Acadenie Galante, 12.30.6.
Recueil des Edits , Declarations & Arveſts qui ont
eſté donnez ſur diverſes occurrences concernant la
justice ,depuis le premier de Ianvier 1678. juſques
au dernier de Mars 1682 .
Traité de l'Eucharistie , ou Réponſe à l'Ecrie de
M. Claude Miniftre de Charanton, fur la prefence
Réelle, indouze , 20. f.
Les Voyages de Jean Struys , en Moſcovie , en
Tartarie, en Perſe , aux Indes, & en pluſieurs autres
Païs Etrangers , accompagnez de Remarques particulieres
fur la Qualité , la Religion , le Gouverne.
ment, les Coûtumes & le Negoce ,&c . avec la Re-
Jation d'un naufrage, dont les ſuites ont produits des
effets extraordinaires , en 3. vol . indouze , avec 29.
figures en taille douce, 4.1.
Relation de la Riviere des Amazones , traduite
par Mr. de Gomberville , de l'Academie Françoiſe,
avecune Diſſertation fur la meſme Riviere , pour
ſervir de Preface, indouze, 4 vol . 4.1.
Zelonide Princeſſe de Sparte , Tragedies 12, 20.f.
La Rue S. Denis, Comedie, 12.15. 6.
L'Hiſtoire de Dom Quichot de la Manche , traduction
nouvelle, avec 18.fig en raille douces, 6. 1 .
Traité de la Communion ſous les deux Eſpeces ,
ParMeffire Benigne Boſſuet Evéque de Meaux , indouze,
45. f.
Sentences & Inftrations Chrétiennes , tiré des
Ocuvres de S. Iean Chryfoftome ,par le ſieur de Laval,
indouze, 2. vol. 4.1 . 10.f.
Trois Traitez de Controverſes, par M Mainbourg,
indouze , 45. f.
Abregé de la nouvelle Methode Grecque, par ces
Meffieurs, indouze. 30. f.
De l'Ame des Plantes, de leur naiſſance , de leur
nourriture , & de leurs progrez , Eſlay de Phyſique
, par Monfieur de Da , Docteur en Medecine
Catalogue.
de Montpellier , indouze , 15. fols,
Lenouveau Praticien François , de Mr. de Fersiere,
4. 5.liv.
Les Inſtitutsde luftinian , par Mr. de Ferriere,
indouze, deux vol . 4. liv .
Hiſtoire des Mazures de l'Abbaye Royale de
I'lfle Barbe les Lyon, par Mr. le Laboureur, 4. 2.vol .
6. liv.
Theatre de la Turquie , où ſont repreſentées les
choſes les plus remarquables qui s'y paſſent aujour
d'huy , touchant les moeurs , le Gouvernement , les
Coûtumes& la Religion des Turcs, 4.6.1 .
Nouvelle Methode pour drefier les Chevaux cm
fuivant la Nature, & meſme la perfectionnant par la
fabtilité de l'Art, par Mr.Soleiſel, 4. 4.1 .
Ceremoniedes Luifs, nouvelle Edition augmentée
de plus de la moitié , indouze, 40.Г.
La Querelle des Dieux , fur la Groſſeſſe de Madame
la Dauphine, indouze, 20.f.
Journée memorable des François, indouze.2.v.3.1.
Viedes Saints, 4. de Meſſieurs du Port Royal,5.1.
Voyaged'Italie , par Laſſel , indouze, 2, vol, augmenté,
3.1.
Les oeuvres de Meffieurs de Corneille , indouze,
9.vol, nouvelle Edition , 18. livres .
LeChrétien en folitude , par le Pere Craffet , indouze,
40. f.
Artde Preſcher à un Abbé, 5. Γ.
Le PredicateurEvangelique, indouze, 5.vol . 9.1.
Oeuvres Pofthumes de M. Rohault, 4. contenant
Jes Elemens d'Euclide , la Geometrie Pratique , le
Mechaniques, la Perfpe&ive,& l'Arithmetique , 10.1 .
Ecclairciſſemens fur le Diſcours de Zachée à Icfus-
Chrift, indouze ,
Caracteresde l'Homme ſans paffions ſelon les ſentimens
de Seneque , indouze , 30.1.
L'Artde tracer des Cadrans , par Mr. de la Hire,
30. fols.
Des Offices de Iudicature en general, par Mr.Borion,
indouze, 30.f.
Počties nouvelles, indouze , r. 1.
Hift. de Baviere, par Mr.le Blancs 12. 4.vol.6.1.
Catalogue.
e
J
U
2
E
,
Lettres fur la neceffité de la Retraite, écrites àdiverſes
perſonnes , par le Pere le Valois, Iefuite , indouze,
vingtfols.
L'Optique ,diviſée en trois Livres, où l'on demen.
tre d'une manicre aiſée tout ce qui regarde premierement
la Propagation & les proprietez de la lus
miere. 2. La Vifion . 3. La figure & la difpofition
des verres qui fervent à la perfectionner , par le
Pere Hugo lefuite, indouze, ٢٥ ٢.
Controverfes familieres où les Erreurs de la Religion
Pretenduë Reformée font refutées par l'Ecriure,
les Conciles, les Peres, diviſées en trois Parties,
1. Qu'ils n'ont point de regle de Foy. II . Qu'ils
font hors de l'Eglife . III . De la Tranfubltantiation
de la primauté des Saints Peres , & de la Viſibilité
de l'Eglife, indouze , 40, fols .
Heures nouvelles imprimées par ordre de Madame
laDauphine, ſans renvoy,ſeconde Edition, augmen-
τέ, 40.Γ.
. Memoires fur la grace du Pere Thomaffin, 4. 9. 1.
La Vie de fainte Genevieve , par le Pere Allemant,
indouze , 1.1 .
Hiftoire des Guerres Civiles de Grenade, indouze,
3.vol. 4,liv
LesConferences de Caffien, 8, deux vol . 3.1.
NOUVEAUX
de l'année 1683 .
LIVRES
Conferences de
Mr. de Luçon , tres bien impri-
mées Lyon, 12. 3.vol. 3.1 . 11 5
Moyen facile pour vivre cent ans, 1.1. 10. f.
Hiftoire du Triumvirat, 12. 3. vol . 4. 1. 10. f.
Memoires de Mr. de Carot, indouze, 2. vol. 3.1 .
Comedie de la Rapiniere , indouze , 1. 1 .
Summa Chriſtiana feu Ortodoxa Morum Difciplina
opera ftudio & boni Merbefij Predicat. Dot. Sorb .
fol . 2.vol . 24.1.
Vie reglé dans le monde, indouze, 21.
Traité de l'organe de l'ouye , avec pluſieurs planchesde
Mr. Duvernay, 12. 3.1, 10..
-Catalogue.
La viedeMadame Heiyor femme d'un Conſeiller
au Parlement de Paris , qui eſt morte à l'âge de 37 .
ans en odeurde ſainteté, 8. 3.1.
Les Recherches curieuſes d'Antiquitez , content ës
en pluſieurs Diſertations ſur des Medailles , Bas - reliefs
, Statuës Mosaïques , & Inſcriptions antiques,
enrichies de pluſieurs figures en taille douce , par
Mr. Spon , 4. 6.1 .
Oeuvres de Mr. Boifleau, augmentées d'un quarts
indouze , 3. liv .
La Theologic Morale de Mr.de Genet, 6 vol. 12 .
augmentée d'un quart, 9.1. Les 5. & 6, vol. ſe vendentdans
la méme Boutique, 3. 1.
Preuves & préjugez pour la Religion Catholique,
de Mr. Diroys , 4.51.
Depoüille des Curez, par Mr.Thier, 12. 2.1.
Le Theologiendans laConversation avec les Sages&
lesGrands du monde, par l'Anteur du Conſeil
de la Sageffe, 4-6.1 .
La Maladie Venerienne de Mr. de Blegny , 12.
3. vol . 4.1, 10 .
La Deſcription de l'Univers avec 700. figures, 4.
5.vol . 27. 1.
Conferances de M. de Meaux avec le miniſtre
Claude, 12. 2.1 . 5 ..
La Politique des Amans, 12, 2.vol . 3.1 .
Artaxerce, Comedie , 12.15f.
Le Voyage de Provence, contenant les Antiquitez
&HiftoiresGalantes, 12. 2 vol . 30 fols .
L'Inſtitution des Novices par S. Bonaventure , &
ou les perſonnesdu monde pourront trouver des falides
inſtructions, indouze, 2.vol. 3. 1 .
Lettres diverſes de l'Auteur du Dialogue des
Morts, 12. 1.1 , 10. f.
Sentimens fur les Lettres & fur i'Histoire , avec des
ſcrupules fur le ſtile, 12.30.f.
L'excellence de la Langue Françoise,12, 3.vel, par
Mr. Charpentier , de l'Academie Françoiſe, 6.1 .
Nouveau Eftat de la France , avec la Maiſon de
Monseigneur le Duc de Bourgogne,12. 2.001.2.1.10.٢.
LES Cefars de l'Empereur Iulien, traduit da Grec,
avec des remarques , & des preuves illuftres par les
Catalogue.
Medailles, par Mr. Spahein ,avec pluſieurs figures en
taille douce, 4. 10.1.
Mademoiselle Dallençon , Nouvelle Galante , par
Madame de Villedieu, 12, 15 6.
Thelephonte Tragedie,par Mr."Abbé de la Chappelle
, 1. 1.
Sonnet en Bout-rimez à la loüange duRoi,12.25.6
Caréme de Mr. S. Martin , 8.7.1 .
Octave du S. Sacrement, 2.1.
Harangue faite en plein Sinode , par des miniſtres
conventis, 12, 1.1.
Traité Chimique de la veritable connoiſſance des
fievres , pourpres peſtilentes, 12. par Mr. de Moreaux,
25.fols.
La Comedie ſans Titre , 12, 1.1.
Confideration de Craſſet, 12.3.vol . 6.1.
Traité des leûnes, 8. Tomaſſin 2. vol . 6.1 .
Petits Philofophia, 8. 2.1.
Aſſociation en faveur des Ames du Purgatoire, par
le Pere Froment, indouze, 12.f.
Reflexions nouvelles ſur l'Alcide & l'Alcali , 12 .
de Mr. Bertrand, Docteur en Medecine , aggregé au
College de Medecine de Marseille, 12. 20.f.
La Vie Monaftique , par Meſſieurs de la Trappe,
indouze, 2. vol. 5.1 . 10.1.
Remarques fur le Livre du Miniſtre Claude , insitulé
, Confiderations fur les Lettres Circulaires de
l'Aſſemblée du Clergé de France, de l'année 1682 .
avec un exainen de trois endroits importans , du Livre
de Mr. Burnet Protestant Anglois , fur le même
fujet, 12, 30. f.
Hiſtoire des Edits de Pacification , Tome deu
xiéme , contenant l'explication de l'Edit de Nantes,
de Mr. Bernard,avec des nouvelles obſervations:
& les nouveaux Edits , Declarations & Arreſts donnez
jusqu'à preſent , touchant la Religion Pretendue
Reformée , par Mr. Soulier Prêtre, 8. 3. 1.
Les nouveaux Dialogues des Morts , indouze,
deux volumes , Paris 3.1. & de Lyon 30.f. le deuxieme
volume ſe vend feparé .
Hiſtoire d'Allemagne ancienne & nouvelle , de
Mr. de Prade , indouze , 2.vol . avec pluſieurs figures
Catalogue.
enTailledouce . 4.1 .
La Chimie de l'Emeri , inoctavo , cinquiéme Edi
tion, 3. 1.
Le nouveau Praticien François, par Mr. Mercier,
tiré des Ordonnances , des Arrelts , & des Coûtumes
de France, inquarto , 4.1 .
Oraifon Funebre de la Reine , par les Reverends
Pere Brenier &Grozez, de la Compagnie de Iesus,
oravo, s . f. pieces.
Hiftoire Genealogique & Chronologique des
Dauphinsde Viennois , par le SieurGaya ,12. 30. [.
Relation fidele & veritable du Siege de Vienne ,
&la levée dudit Siege , avec une grande Carte ,
indouze, 12.f.
Recueil des pieces qui ont remporté le prix
de l'année 1683. indouze , 20 .
LaGuidedes Pecheurs , traduit par Mr. Girard,
inotaso, nouvelle Edition , tres-bien imprimé, 40.f.
Hiftoire de la Eble , par le ſieur de Royaumont,
indouze, auffi tres bien imprimé, 30. 1.
Pratiques de Picté ou les Veritables Devotions .
par ie R. P. le Maiſtre , de la Compagnie de Insus,
indouze, quatriéme Edition , 15.f.
La Vie Chrêtienne , par le R. P. le Maiſtre ,de la
Compagniede lesus , troifiéme Edition, augmentée ,
7. fols.
Hiftoire des Empereurs d'Occident , par Mr.Coufin,
indouze , 2. vol . 40.1. 10.1.
Oraiſon Funebre de la Reine par Monseigneur
l'Evêque de Meaux , 4.20.6.
Vie du Pape Sixte v. de l'Eti , tradution nou
velle, indouze, 2. vol. 3.1 .
Abbregé Chronologique de l'Hiſtoire Vniverſelle,
du R. P. Petau , traduit en François , par Mr. Mau
croix Chanoine de Rheims, indouze , 2,vol. 4.1 .
Les Commentaires de S. Auguſtin , ſur le sermon
de Nôtre Seigneur ſur la montagne , qui contiennent
toutes les regles de la morale Chrétienne , traduit
en François, 12, 30.1.
Liber Plalmorum cum Argumentis , Paraphrafi &
Annotationibus, Auctore Ferandı, 4. 8.1,
LaGalante Hermaphrodite ,NouvelleAmoureu
Catalogue.
ſe, par le ſieurde Chavigni ,12. 10.f.
L'Hiftoire du regne de Charles IX. du Sçavant
Mr. de Varillas , 12. 3. vol. 3.1.10.f.
Les Memoires de Mr. de la Croix , Secretaire de
1'Ambaſſade de M. de Nointel à la Porte , 12.2.0.3.1.
Les Meditations de Dupont, 2.vol.inquatto ,tra
dution nouvelle, 12.1, le ſecond Tome ſe diftribue
pour 6.1.
Les Conferances de Mr. de Perigueux , indouze,
2.vol. 3. 1. 10. f.
Les Elemens deGeometrie , de ces Meffieurs du
Port Royal, nouvelle Edition , 4.6.1.
Les Sermons de 3. Auguſtin ſur les Preaumes , traduct
on nouvelle , 8. 7.vol . 22.1 .
De l'Adoration de l'Eucharistie , pour repondre
aux faux raiſonnemens de Meffieurs de la R. P. R.
dans leur prefervatifcontre le changement de Religion,
indouze, 12.1.
Oraifon Funebre de la Reine, par Mr. Lombez, 4.
7. lols.
Oraiſon Funebre de la Reine , par Mr. de ***,
inquarto, 15.f.
La Connoiffance des temps , ou Calandrier &
Ephemeride ,du lever ou du coucherdu soleil , de
l'unedes autres Planettes, indouze, 20.1.
Les Decorations Funebres du P. Menestrier , 8.2 .
1.10.fols.
La Chimie de Duncau, 8. 2. liv.
Anatomiede Bourdon,12.30.٢٠
AnatomiedeMalphigus,12.2٥.٢.
Hippocrate de la Circulation du Sang, 12. 20, f.
Medecine pretenduë, indouze,20. Г.
Grapinian ou Arlequin Procureur, 12. 15.f.
L'Eſpion du Grand Seigneur , & fes Relations fe
Crettes envoyées au Divan de Conftantinople , de.
couvertes à Paris pendant le Regnede Louis LE
GRAND , traduites de l'Arabe en Italien , & de
l'Italien en François. Ces Relations contiennent les
evenemens les plus confiderables de la Chrétienté
&de la France , depuis l'année 1637. juſqu'en
l'année 1682 , indouze, 2.vol . 3.1 .
Pratiques de Pieté ou Entretiens ſpirituels pour
Catalogue.
tous les jours de l'année , fur la conduite à la per
fetion , fuivant l'uſage du Breviaire Romain , par le
R. P. B. le Maiſtre de la Compagnie de Iesus , feconde
Edition , reveue , corrigée & augmentée , 12 .
4. vol. 50. f. & relié en 2. vol . 40.f. Ce livre eſt propre
à toutes fortes de perſonnes , eftant tres-bien
écrit.
Relation de la morts des Religieux de la Trappe .
indouze 30. f.
Hift des Vſcoques , indouze 40. fols .
Acta Eruditorum , Lipfie publicata . 4. Lipl. 1682 .
La ſuite de ceux que nous avons donné , ſçavoir , 5.
6.7.8.9.10. 11. 12. & ceux de 168 ;. 1.2.3 .
la piece de 15. l.
:
Ceux de l'année entiere 168 2. reliez , 9.1 . 15. f.
Ce font les lournaux quiſe font en Allemagne, &
qui font eſtimez , parce qu'ils ſe font par tous les
Profeſſeurs de l'Academie,& qu'ils contiennent plufieurs
chofes qui ne font point dans nos lournaux.
Chaque Iournal à cinq feüilles & une Eſtampe.
Miscellanea Erudite Antiquitatis Sectio IV. Consi.
de
nens Virorum Illufiriam capita monumentaque ,
Mr. Spon. Et Sectio V. Grographica . Les deux Se-
Aions,2.1. 10. Γ.
En attendantdans quinze jours le Traitté des Fievres,
de Mr. Spon, indouze, 20. f.
Traitté des Rapports , ſuivant les nouvelles Ordonnances,
par Mr. de Blegny , auffi pourze f.
Les Portraits des Foibleſſes Humames , de Madame
de Villedieu ; Et le lugement de Pluton ſur le
Dialogue des Morts , 12.30. f.
La Vie de M. de Montmorency , l'Education de
Charlequint de M. Varillas , inquarto , les Annales
deGrece & les Oeuvres Poſtumes de Madame de VIIle-
Dieu, l'Histoire de France de M. de Prade , in .
douze 5.vol.fig .& autres Livres que je ne puis dire
a preſent pour raifon.
FIN.
MERCURE
GALANTE LYON
FEVRIER 1684.
Ly a tant d'avantage
pour moydans noftre
commerce , que fi mes
Lettresme coûtentdes
ſoins , j'en ſuis glorieuſement récompenſé
par la grace que vous
me faites de les recevoir avec
plaiſir ; mais quoy que j'en prenne
toûjours beaucoup à vous
Fevrier 1684. Aga

24
2 MERCVRE
écrire , je croy , Madame , que
vous ne vous plaindrez pas , fi
je vous dis que vous devez m'en
tenir un peu de compte depuis
quelques mois . Le froid a eſté ſi
violent , qu'il m'oſtoit preſque la
plume des mains ; & le defir de
vous plaire eſt la ſeule choſe qui
euſt på m'en faire vaincre l'incommodité.
Je ne vous dis rien.
dont vous n'ayez fait l'épreuve.
Ce n'a pas eſté icy ſeulement
que l'Hyver a fait fentir ſa rigueur
, elle a eſté genérale pour
toute l'Europe , & peu de Perſonnes
ſe ſouviennent d'avoir
paſſé une auſſi rude ſaiſon. Ceux
qui vivent en des Lieux où l'on
ne reffent pas ordinairement le
froid avec tant de violence, n'en
ont pas eſté plus exempts que
nous. Il a fait glacer les eaux
des plus rapides Rivieres. Les
GALANT.
3
pierres , malgré leur extréme du .
reté , n'ont pas eſté à l'épreuve
de fa force en beaucoup d'endroits
, & la terre n'a pû affez
couvrir les racines de pluſieurs
Plantes , pour les empeſcher
d'eſtre envelopées dans le malheur
d'un grand nombre d'Animaux
, qui n'ont pû luy réſiſter.
Pluſieurs Perſonnes qui ſe ſond
trouvées ſur les chemins , en ont
eſté ſaiſies ſi vivement , qu'elles
en font mortes. La meſme choſe
eſt arrivée dans les Villes , mais
plus encoredans les Villages, où
les Pauvres , qui n'avoient pas
dequoy ſe chaufer , ont fi forts
fouffert , qu'il en eſt mort quan-7
tité , principalement dans ceux
qui ſont éloigné des Bois. Outre
tant de Gens que le froid a fait
périr , ou qu'il a réduits à l'extremité
, ila cauſe de tres dan-
A 2
4
MERCURE
gereuſes chûtes , dont pluſieurs
font morts , & les autres en ſont
demeurez eſtropiez. Il vous elt
aiſé de concevoir combien les
Marchands ont perdu ſur les Rivieres
par le défordre des glaces .
Enfin , Madame , on peut dire
que la déſolation a eſté grande
par tout. Elle s'eſt meſme étenduë
juſqu'en des Païs , où l'on
avoit crû juſques icy qu'on ne
connoiſſoit le froid que de nom.
Dans toutes les Villes de France
où il faifoit le plus ſoufrir ceux à
qui tout manquoit pour s'en garantir
, le zèle d'une charité veritablement
chrestienne échaufoit
pour eux les Ames pieuſes , & il
2, pour ainſi dire , redonné la
vie à beaucoup de Malheureux ,
qui n'auroient pû éviter la mort.
Ce zele tout plein de feu , a éclaté
ſur tout à Paris , où dans touς
GALANT. S
S
2
le temps de la gelée , le Roy a
donné chaque ſemaine mille
Loüis d'or pour les ſeuls Fauxbourgs.
On a eſté dans chaque
Maiſon s'informer de l'état de
ceux que le froid trop penetrant
empeſchoir de travailler , & par
e conféquent de ſe tirer de mifere.
Quoy que la charité des Particuliers
euſt déja produit d'utiles effets
, il a paru qu'elle avoit eſté
j.
renouvelée par ce grand exemple
, puis que jamais on n'a fouilagé
les Pauvres avec plus d'ardeur.
Ceux qui de tout temps s'en
font fait une habitude , ont redoublé
leurs aumônes pendant
la rigueur de la ſaiſon ; & ceux
qui n'en avoient point encor fait
de particulieres , ſe ſont trouvez
excitez à ſecourir une infinité
d'Artiſans honteux qu'on a veus
dans le beſoin. Tous les Curez
A 3
6 MERCURE
deParis ont fait de grandes diſtributionsde
Pain&de Bois. Enfin
l'on a donné à quantité de Familles
dequoy ſe chaufer , ſe
nourrir , & ſe veſtir , & le feu
n'a point manqué devant les Portes
d'une partie des Hoſtels de
cette Ville..
Monfieur le Baron des Coutures
, dont vous avez veu pluſieurs
Sonnets ſur les grandes
Actions de Sa Majesté , en a fait
un far cette derniere , que vous
n'eſtimerez pas moins que les
autres.
SUR LA LIBERALITE'
du Roy pour les Pauvres.
SONNET.
A Terre est désolée ,
LAFarme s'arvefter l'Onde ;
on voit
GALANT..
La Nature mourante яperdu ſfeess
attraits ;
Le Froid , le triste Froid , perce tout
defes traits
Le Peuple fait des voeux , fans que
le Ciel réponde.
Ce n'est plus qu'en LOUIS quefon
espoir se fonde ;
Les foins de ce Héros nefont point
imparfaits ;
Il est par sa valeur , il est parfes
bienfaits ,
Le Pere de fon Peuple , & l'Arbitre
du Monde.
Les plus infortunez alloient fiere
leurfort ,
Sa liberalité les arracheà la mort ,
IlSçait ſe partager, en Conquérant,
en Pere.
Ce Vainqueur des Saiſons ; au grand
Aftre pareil,
A4
8 MERCURE
Ranime les Mortels que le Froid
désespere,
Etfes royales Mains font l'effet du
Soleil.
C'eſt ſans - doute avec beaucoup
de raiſon qu'on a choiſy le
Soleil pour la Deviſe du Roy. Il
eſt , comme ce bel Aſtre , un des
plus grands ornemens du Monde,
& l'on y découvre , auſſi bien
qu'en luy , un des purs rayons
de la Lumiere eternelle . Monſieur
Magnin a trouvé dans ces
penſées , le ſujet de deux Deviſes
, dont le Soleil eſt le corps.
L'une a ces paroles pour ame ,
Decus immutabile mundi , & il les
explique par се Madrigal .
Theft
Left la gloire du Monde ,
Les delices , l'ornement .
De cette Source féconde ,
GALANT.
9
1
es
S
S
L'Univers uniquement
Tient les Biens dont il abonde ..
Ces autres Paroles , Eternž
luminis index , ſervent d'ame àla
ſeconde Deviſe. Voicy l'explicationqu'il
leur a donnée.
DAr mille brillans divers,
PDe la Lumiere immortelle
Get Aftre à tout l'Univers
Montre une vive étincelle..
Rien ne convient mieux à
1
ca çe
- que je viens de vous dire de la
rigueur de l'Hyver , que ces Paroles
que je vous envoye notées.
AIR NOUVEAU.
Eplus cruelHyver qu'on eprou--
va jamais..
FaitSentirſes effets..
AS
10 MERCURE
D'où vient se nouveau feu qui s'al
lume en mon ame ?
Pour éviter du Froid la fatale riqueur,
Ilsemble que l'Amour avec toutefa
flâme
Soit venu se cacher dans le fond de
mon coeur ..
Comme nous vivons dans um
fiecle , où les profondes lumieres
qu'on a dans les Arts , font
découvrir beaucoup de Secrets ,,
qui ſont échapez aux Anciens ,
on s'eſt appliqué à chercher celuy
d'oſter le ſel de l'eau de la
Mer ; & Monfieur Fitz -Geral ,
Anglois , eſt venu à bout de le
trouver. Le Roy d'Angleterre :
loy a permis de pablier ce Secret
, apres avoir eſté convaincu
par quelques épreuves , nonſeulement
que la Machine qu'il L
GALANT.
a inventée peu deſſaler l'eau ,
mais auſſi la rendre ſalubre &
tres- bonne à boire. Ce qu'il y a
de conſidérable , c'eſt qu'on en
peut préparer grande quantité
en peu de temps , & à peu de
frais. Ainſi en vingt-quatre heures
il eſt aiſe d'en extraire trois
cens ſoixante pintes , meſure de
- Paris , avec une Machine d'environ
trente- trois pouces de diametre.
Cette Machine eft faite
d'une maniere à ſe conſerver
tres - facilement dans un Vaif-
- ſeau , & meſme à ne pas man
quer au plus fort d'une tempeſte..
On la peut placer dans quelque
Navire que ce ſoit , ſans aucun
danger du feu , ou aucune in
- commodité de fumée. Quoy que
l'opération de rendre l'eau douce
- fe faſſe par le moyen du feu , il
ne fera beſoin d'aucune dépenſe
1
1
A.6
12 MERCVRE
:
:
pour entretenir ſur Mer ou queli
que habile Chymiſte , ou des
Perſonnes qui s'entendent en ces
ſortes de préparations , puis que
le moindre Matelot pourra en
moins de deux heures apprendre
la maniere de les faire. On ne
marque point préciſement ce que
pourroit couſter les Machines , à
cauſe qu'il les faudra proportionner
à la grandeur des Vaiſſeaux;
mais on aſſure que les plus grandes
ne reviendront tout au plus ,
avec tour ce qui en dépend , qu'à
feize livres ſterling , & qu'elles
ſerviront pluſieurs années.Quant
à la crainte qu'on pourroit avoir
que les ingrédiens neceſſaires
pour préparer l'eau , ne fuffent:
fort chers , & ne priſſent beaucoup
de place dans un Navire,
on prétend qu'une Barique en
peut contenir tout autant qu'il
GALAN T.. 13
es
es
ro
a
20
X
0
S
لا
1
en faudra pour faire le Voyage
des Indes Orientales à aller &
revenir , & que les ingrédiens
qui ſerviront à extraire quatre
cens pintes d'eau douce , ne re
viendront qu'à quinze ſols. Le
College des Medecins de Lon--
dres a fait les épreuves de cette
eau ,& l'on a trouvé qu'elle eſt
plus légere que la plupart des autres
eaux ; qu'elle eſt tranſparen--
te comme elles , & fans aucun
ſédiment , qu'elle eſt meilleure à
ſavonner que toute autre cau ,,
& qu'elle prend bien moins de
Savon ; que le Sucre s'y diſſout
plutoſt , que bien loin de ſe corrompre
au bout de quelques ſe--
maines comme l'eau commune ,,
elle garde ſa douceur plus de
quatre mois; qu'elle est bonne à
faire de la Gelée , & à boüillic
des Pois, du Boeuf, du Mouton,
14 MERCURE
du Poiſſon , & toute autre Vian
de ; qu'elle n'a d'elle meſme aucun
mauvais gouft ; qu'elle bout
avec le Lait ſans le faire cailler ;
que les Fleurs , Plantes ,& tous
Vegetables , croiffent parfaite--
ment bien dans cette cau , &
que de petits Animaux y vivent.
Il eſt certain que ſi ce Secretpeut
réüffir , comme le prétendent les
Entrepreneurs , on en tirera de
grands avantages. Au lieu de
faire une grande provifion d'eau
douce , qui occupe une bonne
partie d'un Navire , fur tout
quand on veut faire un Voyage:
de long cours , on chargera des
Marchandises à proportion . On
épargnera les trois quarts de la
dépenſe des Tonneaux , & ce
ſera épargner une dépenſe tresconſidérable
, principalement à
cauſe des Cercles de fer avec
GALANT..
15
quoy on les relie. Quand on fait
aiguade ſur Mer , on riſque les
Chaloupes , & les Gens de l'Equipage
, qui périſſent ſouvent
dans les tempeftes .. D'ailleurs ,
pour faire de l'eau dans ungrand
Voyage , les Vaiſſeaux font quel--
quefois obligez de s'écarter bien
loin de leurs routes , ce qui les
retarde , leur fait perdre l'occa
ſiondu vent favorable ,& engage
les Maistres des Navires à augmenter
leur dépenſe, en ſe chargeant
d'uneplus grand nombre
de.Matelots qu'il ne ſeroit nécefſaire
; outre qu'en faiſant aiguade,
les Vaiſſeaux ſont contraints >
fouvent de laiſſer leurs Ancres
& leurs Cables , pour courir au
large , & éviter le danger des
Coſtes. Par la Machine nouvel
lement inventée , on remediera à
tous ces inconveniens . On joint
16 MERCURE
à cela , qu'il ne fera pas beſoin
d'avoir un ſi grand Equipage:
dans les Vaiſſeaux qu'il y a eu
juſqu'icy. Ainfi les Maîtres des
Navires , & les Marchands , faifant
moins de frais , les uns & les
autres trouveront leur compte à
deſſaler l'eau .
Vous avez veu des Galanteries
en Vers du Berger de Flore ; en
voicy une en Profe, qui vous fera
voir le talent qu'il a en toute forte
de genres d'écrire. Elle eſt ſur une
matiere qui doit intéreſſer tout le
monde , puis qu'elle regarde l'amitié
, & que l'union qui en eſt
formée , eſt une des choses qui
contribuënt davantage au repos
&àla felicitédelavie.
GALANT. 17
AUX DEUX
AIMABLES SOEURS,
ANG. ET CHRIST.
Vous Ous estes éclairées de trop de
lumieres , Aimables Soeurs ,
pourne pas connoiſtre la nature de
l'Amitié dans toute son étenduë.
Neanmoins puis que j'ay pronis de
vous écrire ce que j'en pensois , &
que vous souhaitez de voir l'effet de
cette promeffe , il eſt juſte de ſatio
faire àvostre defir , & à mon devoir.
Sçachez donc qu'il en est , à
mon avis , de l'Amitié , comme de
l'Amour , ou du Mariage. On peut
en proposer des Articles , en dreſſer
des Contracts , y entrer en Communauté
, y retenir des Propres ,y laif
1.8 MERCURE
fer des Doüaires , y employer la
Sainteté des Cerémonies , & y engagerfon
Honneur&fa Foy. A la
verité jy remarque deux diféren
ces , qu'iln'est pas poſſible d'en retrancher
,ſans détruire leur nature.
La premicre , que l'Amitié est une
ſimple liaiſon des Eſprits , au lieu
que le Mariage unit les Esprits&
Les Corps ; & la ſeconde , que le
Mariage est une liaison de deux
Perfonnes , au lieu que l'Amitié
peut estre légitimement celle depla
ſieurs. L'une de ces diférences don
ne des bornes plus étroites à l'Ami
tié , qu'à l'Amour , & l'autre luy
en accorde de plus étenduës ; mais
touses deux ne laiſſfent pas de retourner
à l'avantage de l'Amitié.;
la premiere , parce qu'en luy ôtant
le commercedu Corps ; elle la rend
pure , spirituelle , & moins capable
de changement; & l'autre , parce
GALANT.
19
- qu'en luy laiſſant la libertéde s'at-
-tacher à pluſieurs objets , elle l'a.
-franchit des fuplices de la contrainte
,&des inquiétudes de la jalousie.
Ainsi , Aimables Soeurs , l'Amitié
, me ſemble une liaiſon plus douce
plus noble & plus illustre que le
Mariage ,& c'est ce que j'enpense;
mais peut- estre n'est-ce pas ce que
vous en pensez. Quoy qu'il enſoit,
je vous envoye les Articles & le
Contrast que j'en ay dreſſez ; ils vous
expliqueront amplement la maniere
dont j'entens que doit estre liée &
entretenuë la veritable Amitié , &
vous paroiſtront peut- estre des portraits
affez justes de l'idée que vous
en avez conçuë. Vous les examinerez
s'il vous plaiſt à loisir , & mes
me à la rigueur ; mais je vousfup
plie d'avoir ensuite la bonté dem'a
prendre , si vous ne jugeriez pas
digne d'estre aimé de vous , un coeur
ر
20 MERCURE
qui sçauroit garder avec exactitude
tous ces Articles de belle Amitié;
afin que vous afſurant apres cela ,
combienje ſens dans mon ame d'inclination
& de diſpoſition à les obferver
, & combien je croirois recevoir
de gloire & de bonheur ,fi j'avois
l'avantage d'en paffer Contract
avec vous , ilmeſoit permis devous
en demander la grace. Je ne vous
envoye pas les Cerémonies de l'Amitié;
ce sera pour une autrefois..
Ie vous diray neanmoins par avance
, que les principales conſiſtent à
faire trois Sermens folemnels. Le
premier,qu'on ſera Amy juſqu'aux
Autels. LeSecond, qu'on ſera Amy
dans la mauvaiſe fortune , comme
dans la bonne ; & le dernier ,
qu'on ſera Amy juſqu'au toms
beau. Ces trois Sermens estant.
faits fur les Autels mesmes de la
Probité , & de l'Honneur , on doit
1
CF
GALANT.. 21
entrer en confience , & pratiquer ce
qui est porté par les Articles dont
voicy le modelle.
I
AARTICLES D'AMITIE .
Ly aura entre les Parties une extréme
confiance , & elles se com.
muniqueront jusqu'à leurs plus secrettes
pensées,àla refervedecel-
- les qui regardent les affaires particulieres
de leurs autres Amis, def-
- quelles il leursera défendu de parler;
&de celles quiseforment dans
le Sanctuaire de l' Amour , dont il
leur fera libre deſe taire.
L'une des Parties goustera avec
pleine fatisfaction tous les ſujets de
joye que recevra l'autre , &ferade
- mesmeſenſiblement touchée de toutes
ses douleurs , &de tout ses dé
plaisirs , & à lapremiere nouvelle
qui luy enfera portée, elle neman
22 MERCVRE
quera pas de luy témoigner la part -
extrême qu'elle prand dans ce qui
luy fera arrivé d'agreable ou defå
cheux.
Les Amis& les Ennemis de l'une
deviendront les Amis& les Ennemis
de l'autre ;&pour les connoistre ,
elles s'en donneront une déclaration
buit jours apres leur Contractfigné,
afin qu'on évite les béveües,& que
s'ilse trouve quelqu'un qui ſoit Amy
d'une Partie , & Ennemy de l'autre ,
elles conviennent ensemble du rang.
où il devra eſtre placé. Ce pourra
estre par accommodement , parmy
les Perſonnes qui leur feront indiférentes.
Elles ne s'engageront jamais dans
aucune affaire d'importance ,Sans
Se la communiquer; diféreront beau
coup auxsentimens l'une de l'autre ;
ne manquerontjamais de complaifances
honnêtes , éviteront la raillerie
GALANT . 23

la contradiction , &se témoigneront
en toutes fortes de rencontres &
par toutes fortes de voyes , une mutuelle
&particuliere estime.
Elles n'attendront priere ny demande
pour se rendre ſervice , mais
elles en chercheront les occaſions avec
ardeur , & les ayant trouvées , elles
les embraſſeront avec ardeur , Sans
meſme en defirer de remercîment ny
de xcconnoiſſance , & s'accorderont
ainſi avec genérosité tout l'adouciffement
& toutle fecours qu'il leur
fera possible deſe fournir, dans les
traverſes & les disgraces que la
mauvaise fortune leur ſuſcitera.
Elles auront une fidelitéinviola
bleàfegarder le fcoret ,&jamais
une Partie ne fera rapport des difcours
de l'autre ,fanssa permiſſion ,
ny mesme de ce que les conjectures
luy donneroient àjuger deſes ſentimen's
cachez
24
MERCURE
Les plus petits mensonges , & les
grandes flateries n'altéreront point
la fincerité de leur commerce. Elles
ne se feront point mystere de bagatelles
, & la veritéſe débitera entre
elles fans déguisement &fans fard.
Elles s'avertiront avec douceur &
prudence, des fautes auſquelles elles
pourront tomber par négligence,mauvaiſe
habitude , fausse affectation ,
ou autrement ; & tous les avis qu'elles
s'en donneront , feront reçûs d'elles
de bonne grace , écoutez fans répugnance
, examinez ſans paffion ,
& employez, s'il eſt poſſible , à leur
profit.
Elles parleront reciproquement à
leur vvantage , par tout où la bien-
Séance en approuvera le discours ,
faisant gloire de leur Amitié; &
bien loin d'endurer jamais par leur
filence les petites médiſances & les
railleries qu'on pourroit faire de l'une
d'elles
GALAN T.
25
.
A
d'elles en présence de l'autre , elles
prendront hautement le party de
l'absente contre tous .
EllesSupporteront, cacheront,&
excuferont de mesme leurs foibleſſes
&leurs defauts ; & neanmoins elles
Se les remettront de temps en temps
devant les yeux , de crainte que
l'habitude de ſe voir ſouvent ne les
ébloüiffe,& qu'elles ne tombent enfin
dans les erreurs de l'Amour , dont la
tromperie ordinaire est de faire former
à l'imagination une idée belle
& parfaite de l'objet même le plus
imparfait & le plus diforme
Enfin il y aura entre elles unefa
miliarité respectueuse , sans aucun
mélange de cerémonie. Elles expli
queront en bonne part tous leurs dif
cours & toutes leurs actions. Elles
auront ſoin de se voir ſouvent ; &
au defaut des viſites , elles emplogeront
les lettres à l'entretien de leur
Fevrier 1684. B
26 MERCURE
commerce ; & pour achever enpeu
de mots , elles vivront enſemble avce
la mesme bonté & le même esprit
que les Perſonnes unies par les plus
étroits liens du Sang , dans lesquel
des l'envie ny l'intéreſt n'étouffent
point les sentimens de la Nature.
Je Sçay bien , Aimables Soeurs.,
qu'il est de l'ordre dans les Mariages
, que les Dames donnent les
Articles ; mais il est indiférent d'où
ils viennent dans l'Amitié. Le ne
vous envoye pas ceux- cy comme des
Loix, ce nefont que des propoſitions ;
vous y pouvez changer , retrancher,
& ajoûter tout ce qu'il vous plaira,
& vous le devez mesme, afin qu'ayant
vostre agrément , ils puiſſent
estrefignez de vous fans répugnante
& fans repentir. Jeny ay pas
joint la déclaration de mes Ennemis
, parce que je ne juge pas à propos
de vous en éclaircir , avant que
e
C! :
GALANT.
27
de sçavoir si vous ferez d'humeur à
me faire part de vostre Amitié.
Cette confiance demande de laprécaution
, & vostre prudence ne de-
Sapprouvera pas que je prenne mes
füretez. Apres les Articles accor
dez & figńcz , on peut passerle
Contract qui fuit.
CONTRACT D'AMITIE .
DArdevans..
Perſonnes
Ardevant.... comparûrent en
....
lesquelles
Partics , en préſence &par l'avis
de ...
on dit & volontairement reconnu
en faveur de la bonne estime
qu'elle ont l'une pour l'autre , &
encore de l'étroite bienveillance
qu'elles se portent , avoir promis de
Se prendre en Amitié, & de la faire
- Solemnifer Suivant les Ceremonies
accoutumée , à la face des Autels
- de l'honneur & de la Probité , le
B 2
28 MERCURE
plutoft que leur commoditéle permettra
; & cependant estre demeurez
d'accord d'entrer en Communauté
de Secrets , de Réjoüiſſance
&d'Affliction , d'Amis & d'Ennemis
, & de garder inviolablement
tous les autres Articles dont elles
font convenuës de l'aveu & confentement
de leurs Amis , & en outre,
de ſe prendre avec leurs perfections
&leurs defauts , moeurs , actions &
paffions , telles qu'il leur en pourra
appartenir jau jour qu'elles se jureront
Amitié ;ſans toutefois que l'une
des Parties foit tenue des faits de
l'autre , du moins quant au paffé;
desquelles perfections , défauts ,
moeurs , actions & paſſions , elles
ont accordé que les perfections &
defauts leur demeureront en Propre,
que les moeurs entreronsen Communauté,
& que des actions &pafpartie
Lions entrera pareillement 2
GALANT. 29
en Communauté , & partie leur
fortira nature de Propre , étant enfin
convenuës qu'arrivant la diffolution
de l'Amitié , le Survivant
aura pour Doüaire les Amis du Decedé
, tant ceux qu'il aura au jour
de l'Amitié contractée ,,
que ceux
qui seront avenus depuis ....fi comme
... promettant ... obligent
Fait & paſſele ...
..
Voila Aimables Soeurs , ia mas
niere dont ie conçois qu'on se peut
engager en Amitié par les formes
du Mariage ; &fivous me répondez
que la Signature des Articles & des
Contracts ne peut - eftre regardée
que comme une chaîne qui captive ,
ie vous répliqueray que la captivité
eſt douce quand on s'aime , & qu'on
mérite d'estre puny par son lien ,
quand on reffe de s'aimer , puis qu'on
aeu le choix de le prendre , ou de le
refuſer. C'est àvous à voir apres cela
B3
30 MERCURE
ce qu'il vous plaiſt de faire. L'aſſurance
que je vous puis donner , est
que je nesuis point fuiet au changement
, &quesi vous me recevezals
nombre de vos Amis , la mort ſeule
fera capable de me ravir cet honneur.
Je sçay qu'ily a une Etoille
qui ſe peut oppofer au bien où l'aspire
,maisiesçay auſſi que les Personnes
ſages font au deffus des Aftres .
Il ne viendra donc qu'à vous de
triompher de cet obstacle ; &i'ofe
efperer de vos bontez , que vous
voudrezbien prendre ce ſoin en fa
veur de vostre passionné Serviteur
,
LE BERGER DE FLORE.
GALANT.
31
{
山歩歩・・われれ
AUX MESMES ..
Apres les Articles ſignez
E mettre au- deffus des Aftres,
de
vous eſtes les vives images ; & me
donner vostre Amitié , c'est mefavoriser
d'une grace beaucoup audeſſus
de mon mérite. Je la reçois
auſſi comme un bien venu du Ciel
j'en feray un si bon usage , que
vous n'aurezjamais de regret de m
l'avoir accordée. Vos paroles mauroient
tenu lieu de Contract , quand
vous y auriez borné vos engagemens
; mais , trop aimables Soeurs ,
vous prenezplaisir à pouffer la generosité
auſſi loin qu'elle peut aller,
& vous me renvoyez mes Articles

B 4
3-2 MERCURE
fignez de vous , ſans y avoir rien
changé, avec afſurance d'en paſſer
Contract avec moy , Sans aucune
reserve ; c'est signaler vos bontez
d'une maniere qui n'a point d'égale.
Le commencement de reconnoiffance
que je vous en puis témoigner , c'eſt
de vous apprendre quels sont mes
Amis & mes Ennemis , avec les veritables
fentimens que j'ay d'eux ,
& pour eux. Recevez donc de la
forte oette grande marque de confiance
que je vous envoye ; elle en
Fest aussi une d'eſtime , mais tenez la
fecrette , &' m'en ouvrez vos penfées
avec la méme fincerité que je
vous explique les miennes , puis que
l'Amitié vousy oblige aussi bien que
may.
GALAN T.
33
a
- Déclaration des Amis & des Ennemis
du Berger de Flore.
E vous avoüeray, Aimables Soeurs,
que je fuis Amy de Sept Belles ,
qui m'ont reçû dans leur SocictéGa
lante ,& qui paſſent pour les sept
- merveilles de la Contrée que j'habi .
te ; de la Souveraine , par devoir ;
de la Spirituelle , par inclination ;
- de l'Officieuſe , par reconnoiſſance ;
de la Sage, par eftime, de la Fiere,
par habitude ; de la Civile , par
-bienséance ; & de la Douce , par
plaisir.......
لوح
Je compte auffi au nombre de
mes Amis , tous les Galans de la
mesme Societé , fans en excepter
mon Frere , bien que l'Amitié fraternelle
foit affez rave; & je régle
l'Amitié que j'ay pour ces chers
Voisins par celle dont je les jage
BS
34
MERCVRE
;
?
capables , reconnoiffant l'Epoux de
la Souveraine pour un Amy d'hon
neur , comme aussi ad honores , ( ce
mot ne vous est pas inconnu , je vous
L'ay ouy dire;) le Génereux , pour
un Amy au beſoin ; le Divertiſſant,
pour un Apy de Table, l'Emporté,
pour un Amy de débauche ; le Politique
, pour un Amy de Cour, le
Sincere , pour un Amy du coeur
l'Intrepide , pour un Amy au- delà
des Autels. 1.
Scachez encore que j'ay quatre
intimes Amis , Messieursdem
dont je compare l'Amitié aux quatre
Elemens. Celle du premier , au
Feu , parce qu'elle est ardente, celle
du Second , à l'Air , parce qu'elle est
infinuante ; celle du troifiéme , à
l'Eau ,parce qu'elle est pure , agrea..
ble dans ses transports , & mesme
bonne dans fa froideur, & celle du
quatrième à la Terre,à causede
:
GALANT.
35
e

-
=
1
Safolidité. Ajoûtez à cela , que le
premier est mon Conseil dans mes
affaires , que le ſecond est le Confi.
dent de tous messecrets; que le troifiéme
me fert de Miroir dans mes
defauts ; & que le dernier feroit
mon Azile , s'il 'arrivoit des difgraces...
Apprenez enfin , que je mets au
rang demes Amis toutes les Pexfonnes
dema Maiſon , parce qu'il me
femble que le bon sang ne dost jamais
mentir , & que l'intéreſt du
Nomneſe doit jamais quitter.
Quant à mes Ennemis , les plus
mortelsfont mes Rivaux , & apres
euxles Ialoux , les Efpions , & tous
les Donneurs d'avis qui me traver-
Sentdansmes Amours. Iene les mar.
que point en particulier , puis que
s'il est permis par nos Articles de
taire l'Objet qu'on aime , ildoit estre
permis aussi de cacher ce qui en
B. G
36
MERCVRE
pourroit donner la connoiſſance. De
plus , comme jefais gloire d'estre bon
Parent , qui choque quelqu'un des
miens m'offense , & je le tiens pour
mon Ennemy. Vous connoiffez affez
ceux dont ma Parente aſujet deſe
plaindre , pour me diſpenſer de ce
détail.
Outre ces Ennemis que mes pas-
Jions & mon devoir me fufcitent ,
j'ay encore ceux que me font mes inclinations
naturelles. Ce font les
Médiſans ; &enveritéje ſens mon
ame prévenuë- d'une fi forte avera
fion pour ces lâches affaſſins de Gens
endormis , s'il m'est permis de les
nommer de la forte , que je n'en
fouffre la conversation & la pré-
Sence , qu'avec peine. Onse zarantit
aifément deſes autres Ennemis
mais quel moyen de ſe défendre de
ceux qui empoisonnent de cent
theves ??
GALANT .
37
Pour tous les autres , ils ne vaz
lent pas que je les marque ; laplitpart
meſont communs avec les Per-
Sonnes qui ont un peu d'esprit ; &
comme ces Ennemis ont plus d'envie
que de malice , ie les juge auffi plus
dignes de pitié que de haine ,&c'est
ce me semble toute la vengeance
qu'on en doit tirer.
Voila donc , Aimables Soeurs , la
déclaration de mes Amis & de mes
Ennemis . Voyez s'ily en a quelqu'un
parmy eux , qui ait le malheur de
vous déplaire , afin que s'il eſt de
mes Ennemis , j'augmente la haine
que j'ay déja pour luy ; ou que s'il
est de mes Amis , & qu'il n'y cust
pas moyen de le remettre en grace
auprés de vous , je le regarde com
me coupable , & que je ceſſe par là
de l'aimer. F'attens une parcille dez
claration de vostre part , pour vous :
en dire mon sentiment avec fran
38 MERCVRE
1
chife. Lors que toutes les racines de
diviſionſont ôtées , la liaiſon en de
vient plus étroite , & ne court ia
mais les dangers du refroidiſſement
ny de la rupture. Ne diférez donc
pas , s'il vous plaist , à m'envoyer
cette déclaration , afin de regler au
plûtoft de part & d'autre ce qui
pourroit caufer un jour du diférend
entre nous. Ilne manqueàlamienne
poursa perfection , que d'y voir les
Noms de la charmante Angel. &
de la galante Christ, parmy ceux
demes belles Amies ; & vous ne dou
tezpas que ie ne les y mette avec
beaucoup de ioye ; mais que j'en au
ray bien davantage de vous voir
écrire le mien parmy ceux de vos
vrays Amis ! Mon impatience pour
ces heureux momens ne peut s'expri
mer, elle est trop grande excusez-là,
c'est avec raison , parce qu'apres
celas
GALANT
39
es Si le Ciel écoutant mes voeux ,
Entretient dans nos coeurs une
ardeur mutuelle ,
Amour n'aura jamais formé de fi
doux noeuds..
4 Et ſes plus grands & plus illuftres
feux
Ne vaudront pas une étincelle
D'une Amitié fi belle.
J'ay veu des Lettres , qui por--
( tênt que les Princes , & les Princeſſes
d'Anſpach , & de Doura
lach , eſtant venus avec les Prin
ceſſes leurs Soeurs à la Cour de
- Monfieur le Duc de Vvirtem.
berg, fur la fin du mois de De
cembre , Monfieur de Bourgeauville,
Envoyé Extraordinaire de
- Sa Majesté aupres des Princes
d'Allemagne, les régala à Stutgart
d'un Ambigu magnifique , avec.
ce. Duc , & les deux Ducheſſes s
40 MERCURE
de Vvirtemberg. Quoy que la
Salle où ce Régale fe fit , fuft
affez petite , & meſme embarafſée
par un grand Poefle ſelon
l'uſage de ce Païs- là , cet Envoyé
trouva moyen d'y pratiquer une
Table de trente- quatre pieds de
long pour vingt-trois Couverts.
Elle estoit en double porence
avec un vuide au milieu , & il
n'y avoit des Couverts que du
ſeul coſté du Muns afin qu'il ya
euſt liberté entiere de ſe voir les.
uns les autres. On ſervit tour à la
fois ; & pour épargner la place ,
au lieu de meflerle Fruit , on le
fit regner en cordon le long de
la Table , du coſté où il n'y avoit
point de Couverts. Cet arrangement
faifoitun effet tres-agreable
par les diférentes figures , les
pyramides , & les diverſes fortes.
de Confitures qui compofoient
3
GALANT.
41
a
C
!
e
S
ce cordon. On avoit meſme pro-
1 fité de deux Places, qui s'y étoient
- rencontrées plus grandes pour y
mettre deux Orangers , qui chargezde
Fleurs & de Fruits confits,
faiſoient d'eux meſmesune partie
du Service. On ne releva ny les
Viandes , ny les Entremets , mais
on changea tous les Ragouſts ,
toutes les Affietes volantes , que
l'on avoit placées entre-deux. Il
y avoit ſans les Confitures , onze
grands Baffins , douze petits Plats,
& une vingtaine d'Aſſietes qu'on
releva. Dans une Chambre voi-
- fine , & qu'on voyoit de la Salle ,
on avoit dreſſé une autre Table
de quatorze Couverts. Elle fut
également bien fervie. Un petie
paſſage ſervoit de Buffet pour
l'une & pour l'autre. Tout cela,
ainſi que les lieux où l'on s'eſtoit
diverty au Jeu , eſtoit tres-bien
42
MERCURE
éclairé. Monfieur de Bourgeauville
ne fit point dancer à caufe
du Deüil. Les Princeffes , & les
Dames , ne laiſſerent pas de ve .
nir à cette Feſte , parées de toutes
leurs Pierreries , comme ſi le
Bal l'euſt dû terminer ,& c'eſtoit
la ſeule fois qu'elles s'eſtoient
permis ces grands Ornemens depuis
la mort de la Reyne. Monſieur
l'Envoyé fut fort applaudy
fur la propreté , &l'inventionde
ce Régale. Quelques - jours auparavant
il avoit fait préſent d'u .
nc Calferte de def- habillé,dont
toutes les Pieces eſtoient de Vermeil
doré , à la. Fille du Grand
Maréchal , à laquelle il avoit eu
l'honneur de donner le nom
avec Madame la Ducheſſe de
Vvirtemberg. Madame la Grand
Maréchale , pour faire honneur
à Monfieur de Bourgeauville ,
GALANT.
43
montra се Préſent à toute la
aft Cour , & il fut trouvé tout- à- fait
egalant.
e
0
م
Le Vendredy 7.de l'autre mois,
Catherine de Longueval , Dame
du, Puy , Baronne d'Aurigny , &
d'Encerre ſous Vezelay , mourut
àAvalon dans la ſoixante- ſeizié-
+ me année de ſon âge. Elle estoit
Fille de feu Meſſire Gabriel de
Longueval , Baron d'Aurigny ,
Ancien Commandeur de l'Ordre
de S. Michel , Capitaine de Cent
Hommes d'armes , & Gouver
neur de la Ville & Chaſteau de
Bufençois , & Veuve de Meſfire
Clément du Puy , Lieutenant de
l'Artillerie de France , tué d'un
coup de Canon à la Batailled'A
ven pour le ſervice du Roy. Elle
avoit eſté élevée aupres de fenë
Madame la Ducheffe de Vendô
me , & enfuite choiſie par feu ...
44 MERCURE
Charle- Amedée de Savoye, Dut
de Némours , pour eftre Dame
d'Honneur de Madame la Ducheſſe
de Nemours- Vendoſme ,
qui la fit Gouvernante des deux
Princeſſes ſes Filles , aupres defquelles
elle demeura juſques à
leur Mariage. Elle les conduiſit
toutes deux , l'une en Savoye ,
l'autre en Portugal; & fit ce der
nier Voyage en qualité de Dame
d'Honneur de la jeune Princeſſe,
qui en avoit épousé le Roy, ayant
eſté choiſie pour cela par da feuë
Reyne Mere. Elle s'acquita de cet
employ avec toute la prudence
imaginable , & àla fatisfaction des
deux Reynes , qui l'honorerent
de beaucoup de marques de leur
eftime, &deleur reconnoiffance.
Apres fon retour de Portugal.elle
donna tous les ordres neceffaires
pour le bien de fa Famille , &
1
GALANT. 45
ut
1
enfuite ſe retira au Convent des
Filles de Sainte Marie d'Avalon ,
où elle a paſſé dix ans dans une
continuelle retraite, y ayant mené
une vie tres - exemplaire , &
d'une Perſonne de la plus haute
vertu.
Vous avez ſceu que Monfieur
l'Archeveſque de Lyon a eſté
malade à l'extrémité d'une fiévre
dangereuse . On l'a crû mort en
beaucoup d'endroits , & en effet
les accés de cette fiévre avoient
itantde violence , qu'une Perſonne
beaucoup moins âgée , n'euſt
pas eu la force de les ſurmonter.
Cependant comme il eſt extrémement
aimé de fon Peuple ,
= les prieres publiques qui ont eſté
faites pour ſa ſanté dans toute
- l'étendue de ſon Diocele , & fur
tout dans la Ville de Lyon , ont
patu fi agreables àDieu , qu'elles
S
J
46 MERCURE
ont obtenu la guériſon de ce
grand Prélat. C'eſt ce qui a donné
(lieu à Monfieur l'Abbé de
Janorey , l'un des premiers Prédicateurs
de la Province , de faire
le Sonnet que ie vous envoye. Je
ne vous dis rien de ſa bonté,
Vous avez le gouſt fin ,&délicat,
vous en jugerez. Cet Abbé eſt
Frere de Monfieur de Janorey ,
ancien Officier de Cavalérie , qui
commande un Eſcadron dans le
Régiment de Florenfac , & vous
avez veu de luy quantité de jolis
Vers , ſous le nom du Druyde
Lyonnois.
7
SUR LA CONVALESCENCE
DE M. L'ARCHEVESQUE
DE LYON.
DEde
SONNET.120
E deux rudes Saiſons cruelle
reffemblance ,
GALANT. 47
e
e
e
e
-1
}
Mélange intemperé de froid , & de
chaleur,
Accés , quiſur nos fronts répandit
la paſleur ,
Et du coeur le plus ferme étonna la
constance.
Fiévre, Monstre odieux , malgré ton
infolence ,
Noussommes échapez du plus fåcheux
malheur ,
CAMILLE vit encore , &demeure
vainqueur.
Des afſaurs violens de ta doublepuif-
Sance.
Ce n'est pas quesa vie en un corps
confumé
Des travaux que luy donne un Peuple
trop aimé,
Ne dust enfin ceder à la Parque
cruelle.
:
48 MERCURE
Trente horribles friffons, ſuivis d'au .
tant de feux3
Auroient pû luy donnerune atteinte
mortelle,
Mais, quoy, quepouvoient-ils contre
cent mille voeux ?
Voicy une Deviſe de Monfieur
Raultde Roüen , ſur la Naiflance
deMonſeigneur le Duc d'Anjou .
Elle a pour corps une Colomne
chargée de Fleurs- de- Lis , foûtenue
d'une Bafe chargée auſſi de
ces Fleurs , & portant en ſon
Chapiteau une Couronne Royale.
Ces mots qui luy ſervent
d'ame , Hoc fulcro perennis , ſont
expliquez par ces Vers.
Ο
France , quand tu vois qu'une
ferme Colomne
Soûtient aujourd'huy ta Couronne,
Tu
GALANT.
49
C
:
:
Tu peu bien te vanter, qu'entre tous
les Etats
Oùsont les plus grands Potentats,
Tu vois ton Trône inébrantable ;
Et que malgré tant de revers ,
Qui peuvent troubler l'Universchmeis
La Base en est folide&stable.
Cette Base est donc aujourd'huy ,
De ton Roy l'invincible appuy ,
Et l'illustre faveur qui du Ciel t'est
donnée ,
Et qui rend nos Princes féconds,
Marque l'heureuse destinée
Qui s'attache an beau Sang des an.
gustes Bourbons.
20013
Les Réjoüiſſances que l'on a
faites pour la Naiſſance de ce
jeune Prince, ont fort éclaté dans
tout le Royaume. Le Dimanche
9. de Janvier ayant eſté choiſy à
Fevrier 1684. C
50
MERCURE
Grenoble pour le jourde cette
Feſte , une partie de la Milice
s'affembla dansla Place S. André,
& enſuite forma deux Hayes
depuis le Palais juſques à l'Egliſe
Cathédrale , au milieu deſquelles
Meſſieurs du Parlement en Robes
rouges , & Meſſieurs de la
Chambredes Comptes , pafferent
pouraller à l'Eglife , Monfieur le
Marquis de San André Virieu
eſtant à la teſte du Parlement , &
Monfieur de Sautereau , Premier
Préſident en la Chambre des
Comptes , eſtantà la teſte de ce
Corps Ces deux illuftres Compagnies
, auſſi venerables par l'artachement
qu'elles ont pour Sa
Majesté,que par le mérite & la
naiſſance de ceux qui lescampofent,
estoient devancées parleurs
Hoiffiers & Secretaires , & par
a Compagnie de la Maréchauf
GALAN T.
fi
fée', avec leurs Armes & leurs
Caſaques. Les quatre Confuls s'y
trendirent auſſi en Robes Confulaires
, avec la ſuite de l'Hôtel de
Ville . Monfieur le Camus , Evefque
de Grenoble , fi recommandable
par ſa pieté , & par les foins
vrayment paternels qu'il ade ſon
Peuple , entonna le Te Deum qui
fut chanté en Muſique , & fuivy
de l'Exaudiat , &des autres Prie
Ares pour Sa Majeſtés apres quoy
Monfieur de S. André marcha
evers la Place où eſtoit dreſſé le
Feu , precedé de ſon Gentil-
- homme , & fuivy de toute fa
Maiſon . Les Officiers de Milice ,
tous fort proprement veſtus ,
alloient les premiers deux à deux
ſuivant leurs rangs ; & immédiatement
entre eux , & le Gentil-
: homme de Monfieur le Premier
Préſident , eſtoit placé un Con-
C2
52
MERCURE
cert de Hautbois , dans lequel
un Enfant encore à la Robe ,
tenoit ſa partie d'une maniere qui
le faiſoit admirer de tout le monde.
Les Confuls , avec l'Huiffier
& le Valet de Ville , ſuivis des
autres Officiers de cette Maiſon ,
& de quantité de Peuple , marchoient
les derniers . Monfieur
de S. André avec tout ce Correge
, fit les trois tours ordinaires,
apres leſquels le Premier Conful,
Fils de Monfieur Pourroy, Préſident
au Mortier de ce meſme
Parlement , ayant pris le Flambeau
qui eſtoit entre les mains
de ſon Huiffier , le luy préſenta
tout allumé . Ce Magiſtrat mit le
feu aux quatre coins de laMachine
, & alors tout le Peuple pouſſa
mille cris réïterez de Vive le Roy .
Un moment apres , la Milice rangeé
dans la Place par Monfieur
:
GALANT.
53
X
e
de la Frey , Major de la Ville , fit
une décharge tres-juſte ,& le
Canon de l'Arsenal n'eut pas
plûtoſt tiré à l'approche de la
nuit , que toutes les Feneftres
parurent illuminée. Vous jugez
bien qu'on n'oublia pas les Feux
dans toutes les Ruës.
Il s'en eſt fait un de joye à
Dijon , dont tout ce qui s'ytrouve
de Gens Connoiffeurs , admirerent
le deſſein. Une Figure quř
repréſentoit la France affiſe dans
ſon Trône , eſtoit poſée fur un
Piedeſtal , au milieu d'un grand
Théatre , orné de Peinture , &
d'Architecture. Elle tenoit fur
elleMonſeigneur le Duc d'anjou
- d'une main , & de l'autre un
Sceptre , & aupres d'elle eſtoit
Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Sur la Face antérieure de ce
Piédeſtal , on liſoit ce Vers Latin.
2
C3
54
MERCURE
Ncc olim
Romula ſe tellus tantis iactavit
alumnis.
Il eſtoitexpliqué de cette forte,
fur une des Faces de ce Piédeſtal
à coſté.
Romefifertile en Héros ,
Dont la haute valeur,& les fameux
travaux,
Ont étendu si loinson nom , &fa
puiffance ;
Rome , à qui l'Univers donna le premier
rang ,
N'ajamais dansſonſein rienformé
de plus grand ,
Queces deux Nourriſſons quepoßede
la France.
Sur la Face poſtérieure du
Piédeſtal ,estoient ces paroles.
Magni fpes altera Regni,
CesVers écrits fur l'autre Face
à coſté , les expliquoient.
GALANT.
Que nostre espoir est grand ! Que
nostrefort est doux
Le Cielfur LOUIS ,&fur nous,
- Signale ſes bontez par d'éclatantes
marques
On demande un Dauphin , il l'ac-
1.C. corde ànosdeuxÀ
On luy souhaite un Fils , il en fait
- naistre deux.
Est- il dans l'Univers deplus heureux
Monarques?
Est- il un Feupleplus heureux?
Quatre petits Amours fur les
Angles à l'entour du Piédeſtal ,
portoient , l'un un Caducée ,
l'autre une Corne d'abondance ,
l'autre un Laurier ,& l'autre une
Ancre ; marques de la ſeûreté ,
&de la félicité publique.
Sur les quatre coins du Théatre
, au milieu duquel eſtoit le
grand Piedestal , on voyoit quatre
grandes Figures opoſées for
(
C4
56
MERCURE
leurs Piédeſtaux proportionnez.
La premiere eſtoit un Hercule
repréſentant le Roy avec ce Vers
écrit fur fon Piédeſtal.
Ex me virtutem diſcent , verumque
Laborem
Au bas , dans un Tableau , on
liſoit ces quatre Vers.
Pour les Héros paffez on feroit incrédule,
tenant
Si par des Exploits inoüis
On ne voyoit le grand LOUIS ,
Faireplus que nefit Hercule.
La ſeconde estoit l'Immortalité
, couronnée d'Etoiles ,
d'une main la Fleur nommée Immortelle
, & de l'autre un Zodiaque.
Cette Figure repréſentoit la
Reyne défunte. Sur ſon Piédeſtal
on liſoit le Vers qui fuit..
Illis nec metas rerum , nec tempora
ponam...
Au bas dans un Tableau eſtoit
ce Quatrain.
GALANT.
57
e
LOVIS partout triomphe , aux Conſeils
, aux Combats ,
Etfifes Defcendans le prennentpour
Modelle ,
Ils rendront quelque jour , ayantfuis
vysespas ,
Leur Empirefans borne , & leurgloire
éternelle .
La troiſieme eſtoit un Apol
lon , repréſentant Monseigneur
le Dauphin , avec cet Hemi-
Riche .
Eritque finillima proles.
Ces Vers en donnoient l'ex
plication ; ils eſtoient au bas dans
un Tableau .
Plein d'esprit & de coeur, l'air charmant
, fait pour plaire ,
Enrichy des Vertus qui forment un
grand Roy ,
C'eſt par là qu'on me voit digne Fils
de mon Pere ,
Et qu'un jour on verra mes Fils dignes
de moy .
CS
58 MERCURE
La quatrième eſtoit la Fécondité
, tenant des Lys dans ſes
mains , & repréſentant Madame
la Dauphine , avec ces paroles ,
Manibus dabo lilia plenis,
Plus bas on liſoit ces Vers ,
LOVIS eftfatisfait , mes voeuxſont
accomplis ,
Pour fa gloire & la mienne également
féconde ,
Ie ferayſur ſon Trône éclorre affez
de Lys,
Pour en remplir un jour tous les Trôa
nes du monde.
Il y avoit fx Emblèmes autour
du Théatre entre les Tableaux.
Le premier faiſoit voir
un Ciel , au milieu duquel eſtoit
le Signe où le Soleil entre en De.
cembre pour retourner à nous ;
& le petit Prince naiſſant , for
un Tapis Royal , venu au monde
dans le meſme temps que le Sor
GALANT.
59
leil commençoit une nouvelle
Carriere. L'ame de l'Embléme
eſtoit ,
Simul confurgimus ambo.
Dans le ſecond on voyoit un
Lys naiſſant parmy les neiges &
les frimats , pour marquer la
Naiſſance du jeune Prince au
coeur de l'Hyver , & que la
France n'a pas beſoin d'attendre
lEté , pour faire éclorre des
Lys .
Etiam inter frigora furgunt.
Le troifiéme repréſentoit une
Lune qui ſe couche , & l'Etoile
nommée Heſper , qui paroiſtimmédiatement
apres ſon coucher,
pour marquer la Naiſſance di
petit Prince peu de temps apres
la mort de la Reyne.
Cum cadit exorioru
Dans le quatrième eſtoir la
Planete de Jupiter avec deux pe
C6
60 MERCURE
tites Etoiles , nommées par les
Aſtronomes , ſes Satellites , regardées
par le Soleil , pour marquer
que comme cet Aftre donne
à ces Etoiles toute leur vertu
& leur lumiere , le Roy donne,
à fon Fils & à fes Petits- Fils tout
leur éclat.
Virtutem &lumen ab uno.
Le cinquième faifoit paroître
un Dauphin fur une Mer tranquille,
Hercule ſur lebord , avec
ſes Colomnes , & des Monſtres
abatus , & dans le Ciel les deux
Etoiles de Caſtor & de Pollux ,
qui marquent le calme , comme
le Dauphin la ſûreté , à cauſe
u'il écarte par ſa préſence les
Monſtres de la Mer , comme
Hercule ceux de la Terre ; ce
qui figuroit le Roy , Monseigneur
le Dauphin , & les deux Princes
ſes Filse
GALANT. 61
Dans le fixieme eſtoit un
Paon , qui avoit ſa queüe épanoïe
. Ce bel Oyſeau , qui a eſté
autrefois le Symbole de la Fécondité
, repréſentoit Madame
la Dauphine.
Me beat &forma , & numerosa
copia prolis..
SONNET
ALAFRANCE .
ATon Auguste Roy
Ton Auguste Roy tu dois , heu
,
Le Bonheur, le Repos , les biens dont
tu joüis ;
Ses illuftres Fertus,&fes Faits inoüis
Font par tout l'Univers éclater to
Puissance.
Nos Voisins contre toy font - ils une
alliance ?
62 MERCURE
Au premierpas que fait l'invincible
LOVIS,
Illes voit diſſipez auſſi- tôt qu'éblouis,
Et contraints à la fin d'implorer ſa
Clémence.
Pour ce Prince& pour toy que peuxtu
defirer ,
Toy dans cette grandeur qui te fait
admirer ,
Luy chargédes Lauriers que produit
LaVictoire ?
Demande seulement au Ciel par
mille voeux
Que tous les ans on voye augmenter
SesNeveux,
Comme on voit tous les jours qu'il
augmente sa Gloire.
On doit ce Sonnet , les autres
Vers , les Deviſes , les Emblèmes,
& enfin tout le Deffein de ce Feu
1.
GALANT. 63
de Joye , à Monfieur Moreau
Avocat General de la Chambre
4 des Comptes de Dijon , qui dans
icette occafion , comme dans celle
de la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , a voulu
donner des marques publiques
de fon zéle , & feconder celuy
de Monfieur Joly ſon Parent &
ſon Amy , Maire & Vicomte-
Majeur de la Ville , Magiſtrat
d'un mérite conſommé.
1
Monfieur de Vaillant , Maire
de la Ville de Chaulny , y fit
mettre toute la Bourgeoiſie ſous
les Armes. Elle fut conduite en
tres - bon ordre à l'Egliſe de
✓ Noftre- Dame , où l'on chanta le
TeDeum en Muſique . En ſuite , le
Pere d'Antecourt , Chanoine Régulier
de l'Ordre de Saint Auguſtin
, & prieur Curé de cette
Eglife , donna une magnifique
64 MERCURE
Collation . Le ſoir de ce meſme
jour , il y eut un tres-beau Feu
d'artifice , & un autre compoſé
fimplement de bois , qu'alluma
Monfieur de Vaillant. Cette
Cerémonie publique eſtant achevée
, ce magiſtrat ſe retira dans
l'Hôtel de Ville , ſuivy de tout ce
qu'il y avoit de Perſonnes confidérables
, & il y fit un tres-beau
Diſcours ſur le bonheur que la
Naiſſance de Monſeigneur le
Duc d'Anjou cauſoit à la France,
L'applaudiſſement qu'il en reçûr,
fit connoiſtre combien l'Affemblée
en eſtoit contente .
La Ville de Joigny , qui a fait
paroître ſa fidelité & ſon zéle
pour le Roy en toutes rencontres,
en a donné d'éclatantes mar--
ques en celle- cy. Sur les Ordres
qu'on y reçût de Monfieur de
Pralin , Gouverneur de ChamGALANT.
65
pagne , tous les Bourgeois ſe
mirenten armes. Chaque compagnie
avoit ſon Drapeau & fes
Tambours , qui joints avec le fon
des Muſenes , des Hauboits , des
Flûtes &des Fiffres , compoſoient
une harmonie des plus agréables.
Ces Compagnies en formant
- leurs Défilez , ſe trouvérent fur
les deux heures devant le Château
, du coſté qui regarde la
Riviere , vis-à-vis duquel on
- avoit dreſſé le Feu. Elles s'y mirent
en haye , & ſe retirérent
enfuite les unes apres les autres ,
lorsqu'elles eurent faitune Salve,
pour revenir s'y rejoindre chacune
ſelon ſon rang ,pendant que
l'on chanteroit le Te Deum à
Noſtre- Dame. Il y fut chanté
folemnellement , & ſuivy d'une
Proceſſion de tout le Clergé ,
- aſſiſté des Officiers de la Ville &
66 MERCVRE
dela Juſtice , au bruit du Canon
& de pluſieurs Décharges redoublées
. Cette Proceffion fut
à peine faite , que les maire &
Echevins ſe rendirent ſur la Platte-
forme, pour y allumer le feu.
Ily avoit une Fontaine de Vin ,
dont le jet eſtoit de trente- fix
piedsde hauteur. Au- deſſus de la
Porte du Château on voyoit un
Tableau fur un Tapis. Le Quadre
en eſtoit environné de Laurier,
& orné d'un nombre infiny de
Rubans blancs & bleus , ces deux
couleurs faiſant la Livrée du Roy.
Ce Tableau eſtoit remply de ce
Sonnet de Monfieur du mas, avec
cette Inſcription.
GALANT. 67
SUR LE FEU DE JOYE
:
DE LA VILLE DE JOIGNY ,
Pour la Naiſſance de Monfeigneur
le Duc d'Anjou..
SONNET.
Ve LOVIS est heureux ,&
qu'il doit à la Gloire ,
Qui couronnantfes ſoins , rend ses
voeux accomplis ,
Lors que durant la Paix ilvoit que
LA VICTOIRE
Luy produit des moyens pour affermir
fes Lys!
Ilremplit les endroits les plus beaux
de l'Histoire ;
Mais que fera- ce un iour , quand il
verra fon Fils .
68 MERCURE
Pour donner de l'ouvrage aux Filles
de Mémoire ,
Vaincreparſes Enfansfes plusfiers
Ennemis ?
France, bény le Ciel qui te donne des
Princes ,
Qui doivent rétablir tes plus belles
Provinces ,
Et remettresur pied la Bourgogne &
l'Anjou.
Tes Peuplesfont charmez du dernier
qu'il t'envoye ;
Mais fur tout admirant ce précieux
Bijou ,
Foigny paroist tout feu,pour exprimer
Sajoye,
Les meſmes Réjoüiſſances ont
eſté faites à Nogent- le- Roy , où
le jour des Roys on chanta le
Te Deum à l'iſſfuë de Veſpres , par
GALANT.. 69
J
f
L'ordre de Monfieur le Marquis
de Coeuvres . On tira du Château
quantité de coups de Canon , qui
furent ſecondez d'un Jeu d'Orgues.
C'eſt une Machine de
Guerre , compoſée de pluſieurs
Tuyaux ou Canons , qui tirant
tout à la fois , font autant de bruit
&d'effet que fix Arquebuſes à
croc. Les Feux furent allumez le
ſoir de toutes parts , & ce fut à la
clarté de ces feux qu'on vit paroiſtre
un Bataillon d'Infanterie
fort leſte , qui apres avoir fait les
Evolutions , l'Exercice du Drapeau
,&pluſieurs Décharges de
Mouſqueterie , voulut pour marque
de reconnoiſſance & de foûmiffion
, offrir à Dieu un magnifique
Etendart , écartelé aux
Armes de France . Cela fut cauſe
qu'on rentra dans l'Egliſe où pour
la ſeconde fois on chanta le Te
1
70
MERCVRE
:
Deum au bruit des Tambours ,
aux Fanfaresdes Trompettes; &
au fon des Fiffres , des Flûtes , &
des Baffes de Viole.
Les Carmes du Convent de la
Fléche , qui ont pour leur Eglife
la Chapelle Royale nommée
Noftre-Dame du Chef-du Pont,
l'un des plus venérables Licux
de toute la Ville , marquérent
leurjoye pour cette meſime Naifſance
, le 16. du dernier mois. Ils
commencérent par un Te Deum ,
que la beauté de la Muſique ,
jointe àl'agrément des Voix , fit
admirer de tous ceux qui l'entendirent.
Ils continuérent par un
Feu qu'ils avoient fait élever au
milieu de la Riviere du Loir.
C'eſtoit une grande Pyramide
portée par quatre Globes
ornée d'une Deviſe, dontle corps
eſtoit un Lys , avec un Sep de
د
&
GALANT.
71
e
Vigne entrelaflé par le pied. Ce
Sep avoit des feüilles & des grappes
de Raiſin , & au bas eſtoient
ces mots , Gloriofa Fæcunditati.
Quatre Obéliſques ornées de
Drapeaux de Fleurs de Lys , & de
branches de Laurier , accompagnoient
cette Pyramide , au haut
de laquelle estoit une Couronne
Royale, & audeſſus , un Drapeau
- avec fon Ecuffon Royal couron-
-né. Mede la Crochiniere , Maire
de la Ville, conduit par les Peres
Carmes , alluma ce feu , qui fut
fuivy de quelques autres peux
d'artifice , & de pluſieurs Dé
charges d'Artillerie 20
,
Ces Réjoüiſſances ont donné
lieu à une Avanture des
plus fingulieres. Le jour qui fut
choiſy pour les faire dans une
des principales Villes du Royaume
, chacun s'empreſſa de mar
72 MERCURE
quer ſa joye; & les Bourgeois à
l'envy de la Nobleſſe , n'épargnerent
rien pour ſe ſignaler.
Cette ardeur pafſſa juſqu'aux Eccleſiaſtiques.
On illumina beaucoup
de Clochers , & il y eut des
Convents , qui par des Feux d'artifice
, firent éclater publiquement
la part qu'ils prenoient au
nouveau bonheur de Sa Majefté.
Parmyceuxqui eurent le plus de
zele , un jeune Religieux chercha
à ſe diftinguer. Il s'attachoit
aux Mathématiques , avec la
plus forte application ; & les lu
mieres, qu'une étude de pluſieurs
années luy avoit fait acquérir
dans cette Science , luy ayant fait
croire qu'il eſtoit capable des
choſes les plus extraordinaires ,
il réſolut d'en faire l'eſſay à l'occafion
de cette reſte. La gloire
luy en devoit eſtre particuliere ,
uis
GALAN T..
73
puis qu'il n'y avoit que luy ſeul
dansfon Convent qui ſe mélaſt
des Réjoüiſſances. Auſſi vouluril
attendre à faire paroiſtre les
diférentes merveilles dont il devoit
donner le Spectacle que toute
la Ville euſt commencé à ſe
mettre en joye. Il prenoit un
tempstres-favorable pour luy. II
eſtoit d'une Maiſon , où l'on ne
ſe levoit qu'à quatre heures pour
chanter Matines , & il pouvoitic
agir fans obſtacle , tandis que
tout y dormoit. La crainte qu'il
eut que les raretez dont il devoit
régaler le Peuple , ne fullent pas
dignes de la gravité de ſes Anciens
, luy fit tenir la choſe ſecre.
te , & il aima mieux que le bruit
qu'elles feroient dans la Ville les
en inſtruiſiſt , que de les prier
d'en eſtre témoins . Sa Cellule,
quoy que séparée par une Court,
Fourier 1684. D
74
MERCURE
d'une grande Place , où il pouvoit
s'aſſembler quantité de Spéctateurs
, ne laiſſoit pas de ſedecouvrir
de loin. Il en orna la feneftre
de toutes les gentilleſſes que ſon
Art luy put fournir. Le dedans
eſtoit remply de Figures , auf
quelles par le moyen de quelques
Machines ſoûtenuës de contrepoids
, il donnoit du mouvement.
Quantité de petites Bouteilles de
verre de diférentes couleurs , &
illuminées diféremment ,
noient le dehors de cette Feneſtre.
Aſtres , Chifres , Coeurs
enflâmez , Fleurs- de- Lys , rien
n'y manquoit. Surtout,les Dauphins
y brilloient de toutes parts.
Le mouvement qu'ils recevoient
des Machines , attira bientoſt le
Peuple. Chacun accourut pour
voir cette nouveauté ,& les acclamations
qu'entendoit le Maor
GALANT.
75
C chiniſte , luy ayant enflé le coeur,
il redoubla tous ſes ſoins pourς
donner plus de juſteſſe à ce qu'il
voyoit fi digne de l'attention des
Regardans. Juſques - là rien ne
pouvoit aller mieux ; mais la Figure
de la Lune qu'il avoit placée
au milieu de la Fenestre ,
gaſta ce brillant Spectacle. C'étoit
un Globe de verre , remply
d'une Liqueur diaphane , & fort
transparente , & qui approchoic
de la couleur de cet Aſtre de la
nuit. Cette Figure eſtoit éclairée
par le feu qui ſortoit d'une Urne
de terre , pleine d'une matiere
combustible allumée. Poix- réſine,
Salpeſtre , Eſprit de Vin raffiné
& pluſieurs autres ingrédiens de
cette nature , compoſoient une
efpece de Phosphore, qui ébloüiffoit
les yeux. L'Autheur de tant
de merveilles s'applaudiſſoit en
D 2
76 MERCURE
luy-meſme de l'heureux fuccés
de ſon entrepriſe ; & fur les cris
qui luy marquoient l'admiration
du Peuple atroupé , il s'eſtoit mis
dans l'eſprit qu'il l'emportoit fur
Euclide , lors qu'un accident auſſi
triſte qu'impréveu , trompa tout
à coup ſes eſpérances. Ce jeune
Religieux voulant remuer un
Piédeſtal ſur lequel la Machine
eſtoit poſée , le Vaſe de terre, qui
eſtoit élevé au deſſus de luy , ſe
fendit par le milieu , & la matiere
enflâmée ſe répandant dans ſon
Capuce, & fur ſes Habits , il fut
en un moment tout en feu . Il
s'enfonça foudain dans ſa Chambre
, pour ne pas donner à rire
à ceux qui pouvoient l'apercevoir
; mais il fit en vain tous fes
efforts pour arreſter l'incendie .
La compoſition eſtoit viſqueuſe ,
& tres adhérente. Plus il la tou
GALANT.
77
choit , plus il imprimoſt ce qui le
faiſoit ſoufrir. Sa douleur eſtant
-trop ſenſible pour le laiſſer en
repos , il n'oublia rien de ce
- qu'il croyoit pouvoir en ofter
- la cauſe , & fit pour cela toutes
les contorſions imaginables. Enfin
ne pouvant plus endurer l'ardeur
du feu , il fut contraintde
- crier. C'eſtoit le plus court expedient.
Il entra dans le Dortoir ,
&élevant ſa voix de toutes les
forces , il demanda du ſecours ;
mais minuit eſtoit ſonné. Eh le
moyen à cette heure- làd'éveiller
des Religieux , qui fatiguez par
l'austerité& par les prieres , peuvent
dormir juſqu'à quatre ? Ses
hurlemens eſtant inutiles, il frapa
enfin à une Cellule. Pour vous
faire concevoir cette circonstan
cedans ce qu'elle eut de plus re
marquable , il faut vous appren
D3
78
MERCVRE
dre qu'il eſtoit mort depuis peu
de jours un Religieux de ce
Convent , affez jeune encore ,
avec des convulfions ſi violentes,
qu'un des Anciens qui ne l'avoit
point abandonné juſqu'àfon dernier
foûpir , en avoit pris des im
preffions qui le tenoient fans ceſſe
en frayeur. Il l'avoit toûjours de
vant les yeux , & cette image ne
le quittant point , il ſoûtenoit
qu'il le voyoit paroiſtre toutes les
nuits entouré de flames , & de
mandant du ſecours d'un ton
lamentable . Malheureuſement
pour le Machiniſte , la Cellule à
łaquelle il s'aviſa de fraper , eſtoid
occupée par ce bon Pere , qui
eſtoit perfuadé que le Mort ne
manquoit pas à luy apparoiſtre.
Il entr'ouvrit en tremblant , &
celuy qui ſe brûloit eut à peine
dit , Eh , pour Dicu , Secourez moy,
GALANT.
79
que ce bon Pere , épouvanté de
la viſion , referma fa Porte brufquement
, en loy diſant qu'il ſe
retiraft , & qu'on feroitdes prieres
pour le repos de ſon ame.
Ces mots luy firent connoiſtre
qu'on le prenoit pour une apparition
du Religeux défunt. Sa
voix enroüée à force de cris , z
fes lèvres toutes brûlées , le laif
fant àpeine articuler , donnoient
quelque lieu à cette créance. Il
eut beau dire qu'il n'eſtoit pas
mort , on ne le crut point for fa
parole ; & apparemment le Pere
qui refuſoit de le ſecourir , avoit
grand beſoin qu'on le ſecouruſt
luy meſme. Enfin le désolé Machiniſte
fit fi bien par fes remuë--
mens , & par les rudes ſecouſſes
qu'il donna à cinq ou fix Portes
des autres Cellules , qu'il éveilla
un de ſes Confreres , un peu plus
D 4
80 MERCURE
hardy que le premier. Celuy- cy ,
qui n'avoit point le Défunt en
reſté , le reconnut pour vivant ,
& le ſecourut le mieux qu'il luy
fut poffible. Cependant comme
fon mal eſtoit fort conſidérable ,
& qu'il avoit la peau enlevée en
beaucoup d'endroits , il fallut du
remps pour luy en faire revenir
une nouvelle , & on tient mefme
qu'il n'eſt pas encore tout- àfait
guéry, Les vives douleurs
qu'il a reſſenties, l'ont fait renoncer
aux Machines pour toûjours,
& il a juré que quelque Naiſſance
qui arrivaſt , il laiſſeroit la
Lune dans le Ciel , & les Dauphins
dans la Mer , ſans ſe mettre
en peine de les montrer dans ſa
Chambre , à ceux qui ne les demandoient
pas .
Comme j'attens toûjours à
vous marquer dans un ſeul ArtiGALANT.
δι
cle , les Complimens que le Roy
reçoit en cinq ou fix mois dans
les grands évenemens ou de douleur,
ou de jove , j'ay réſervé juſ
qu'à aujourd'huy les noms de
ceux qui luy en ont fait touchant
la mortde la Reyne , ſelon l'ordre
qu'ils ont eu l'honneur d'eſtre
admis à l'Audience . Quoy que
les premiers foient du mois
d'Aouſt , le dernier n'eſt que du
mois paſſé. Je vous les envoyeen.
corps , pour vous épargner la
peine de les chercher ſeparément
dans chacune de mes Lettres .
Ce n'eſt pas que je ne vous aye
déja parlé de ceux , dont je vous
ay envoyé les Harangues.
Le Parlement
La Chambre des Comptes..
La Cour des Aydes.
La Cour des Monnoyes.....
Les Miniſtres Etrangers qui
DS
8-2 MERCURE
eſtoient alors à Paris. Ils en uſent
toûjours ainſi , en attendant que
leurs Maîtres envoyent extraordinairement.
Le Prevoſt des Marchands ,
&les Echevins.yulun 2.5
Le Grand Confeil:
L'Académie Françoiſe .
4
Monfieur Spanheim , Envoyé .
Extraordinaire de Brandebourg.
L'Univerſité .
Monfieur le Comte de la Tri-
'nité , Envoyé Extraordinaire de
Savoye,
Monfieur le Nonce.
Milord Dumbarton , Envoyé
Extraordinaire du Roy d'Angleterre.
Monfieur le Colonel Nicolas,
Envoyé de Monfieur le Duc
d'York.
Monfieur le Comte de Baum
garten , Envoyé Extraordinaire
de Baviere.
GALANT. 83
Monfieur Gerstorff , Envoyé
Extraordinaire de Dannemarck.
Monfieur le marquis de Strozzi
, Envoyé Extraordinaire de
Mantoüe.
Monfieur Lilleroor , Envoyé
Extraordinaire de Suede.
* Monfieur Heinfius , Envoyé
Extraordinaire de Hollande
Monfieur le Baron de Schutz ,
Envoyé Extraordinaire de Zell .
Monfieur le marquis Antonio
Salvati , Envoyé Extraordinaire
de Toscane. 36 :
Monfieur le ChevalierVallati
Envoyé Extraordinaire de Hannover
be mostovs
b
milidish
Monfieur le Marquis de Montichelli
, Envoyé Extraordinaire
de Parme.
Monfieur le Comted'Altheim,
Envoyé Extraordinaire de l'Em-
G
D 6
84 MERCURE
Monfieur le Comte Nigrelli ,
Envoyé Extraordinaire de Modene.
La Reyne de Portugal a fuivy
de prés le Roy Dom Alphonfe
fon premier mary , dont je vous
appris la mort dans ma Lettre du
mois d'Octobre . Elle s'appelloit
Françoiſe - Elifabeth de Savoye-
Nemours , & eſtoit Fille de Charles
-Amédé de Savoye , Duc de
Nemours & d'Aumale , Pair de
France , CCoonmte de Genevois&
de Gifors, & d'Elifabeth de Vendofme.
Ce Duc de Nemours
eſtoit deſcendu de Philippe de
Savoye , Comte de Genevois, Fils.
de Philippe Duc de Savoye , &
Frere de Philibert If . & de
Charles III . auſſi Ducs de Savoye
, auquel Philippe Comte de
Genevois , le Roy François L
donna le Duché de Nemours ,,
GALANT. 85
ce qui luy fit faire la Branch:e
des Ducs de Nemours , deGenévois&
d'Aumale. La Reyne dont
je vous parle , n'a laiſſé qu'une
Fille du Roy Dom Pédro ſon ſe-
-cond Mary , née le 6. Juin 1669 .
■ & appellée Elifabeth Marie Loüiſe
Joſeph , Infante de Portugal ..
Cette jeune Princeſſe eſt gran-
- de , tres - belle , bien faite , &
= pleine d'eſprit . Elle s'eſt toûjours
trouvée auprés de la Reyne ſa
Mere dans toutes les Audiences,
& fçait tout ce qu'une Fille de
ſon âge peut ſçavoir de l'Art de
regner. Cette Reyne eſt morte à
Palhavam le 27. Decembre dans
ſa trente- huitième année , regrettée
genéralement de tous ſes
Sujets , pour ſes grandes qualitez
. Elle a ſoûtenu une longue
maladie avec beaucoup de con
Hance & de refignation ,& n'a
/
86 MERCURE
pas fait paroiſtre moins de fermeté
dans tous les chagrins que
fon premier Mariage luy a cauſez
, & qu'elle a foufferts avec
prudence. Sa charité eſtoit vive,
& elle s'eſt toûjours fait voir treszélée
pour les Actions de Piété.
Son Corps ayant eſté exposé le
28. au milieu d'un tres - grand
nombre de Cierges , fut porté au
Convent des Capucines , qu'elle
a fondé. Il y doit eſtre en dépoſt,
juſqu'à ce qu'on ait achevé la
Chapelle que l'on deſtine pours
faSépulture.i
Ie vous ay promis uneReponſe
deMonfieur Crochat à celuy
qui prend le party de l'Aſtrologie.
Je vous l'envoye. Vous me
marquez que les Sçavans de
voſtre Province l'attendent & je
fuis bien aiſe de ſatisfaire leur
empreſſement ouy on
GALANT 87
A
a
REFUTATION DE LA
ا ب
Réponſe que Monfieur le Ser--
rurier de Chaalons en Cham
pagne a faite à la Lettre que
: Monfieur Crochat de Torle
chefelon en Dauphiné , Profeffeur
des Mathématiques à
Patis , avoit addreſſée aux
-
Aſtrologues Judiciaires , depuis
ſept mois , faite par le
meſme Monfieur Crochat. 3
MONSIEVR
Si laVerité , qui a toûjours fait
triompher les Astronomes , n'estoit
pas à l'épreuve des traits envenimez
des Aftrologues , j'aurois lieu
de craindre que la Réponse injarieuse
que vous avez faite à may
-
88 MERCURE
Lettre du mois de Juin de l'année
A
1
3
derniere , ne me fift paffer , ou pour
une Perſonne de mauvaise foy , ou
pour un Profeffeur de peu de lumie
res ; mais ily a long-temps que je
fçay que les Astrologues tâchent
d'établir leur réputation , en noirciſſant
celle des Astronomes , parce
que fe voyant dépourvûs de Lautorité
de l'Ecriture , decťapprobation
de l'Eglife , du fuffrage des Peres ,
de la raison des Philosophes ,&de
la démonstration des Mathématiciens
, its font en quelque façon
obligez , pourſe maintenir dans la
bonne opinion des Esprits infatuez
de leurs erreurs , d'accompagner leur
aveuglement de présomption , leur
injustice de préjugez , & leur témérité
d'emportement.
6
Tout ce que je viens d'avancer
Monsieur, se justifie par la Réponse
que vous fistes au mois de Decembre
GALANT.
1
à l'obiection invincible que j'ay
proposée depuis fept mois à tous les
Astrologues de France , d'Italie ,
d'Allemagne , de Hollande , d'Angleterre
, de Dannemark , d'Espa .
gne , & generalement de toute l'Europe;
car bien loin d'y avoir répondu
folidement, vous avez au contraire
blessé àmort voſtre divine Aftrolo.
gie ( ſi l'on peut s'en raporter aux
plus beaux Efprits de Paris , qui
n'ont pas moins trouvé de bile dans
vostre Réponse, qu'ils ont remarqué
de iustice dans mon Obiection ; ) &
ce qui ſurprend également tout le
monde , c'est de voir que vous vous
érigiez tantoſt en Censeur,&tantoft
en Apologište , & que vous foûteniez
fi mal ces deux fortes de Perfonnages
, par le grand nombre de
bévenës que vous faites depuis la
premiere ligne iusqu'à la derniere.
Je finis mes Réflexions , pour paſſer
aux vostres.
وه MERCURE
On s'étonne avec raiſon , que
vous me diſputiez les Principes de
vostre Secte , & que vous mettiez si
mal à propos fur te pied de Cenfeur
, à l'égard du Pôle des Maiſons
Célestes. Je ne feray pas cependant
un long Discours , pour iustifier ce
que i'en ay avancé. Les plus éclairez
Sçavent trop bien que par l'Interfection
du Méridien avec l'Hori
zon , ie n'ay prétendu parler que du
Point qui termine le Diamétre com.
mun des Maiſons Célestes ,&que
Si je l'ay appellé Pôle , cen'a esté
que pour faire allusion aux deux
Poles du Monde qui termine fon
Effien. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que je sçay que chaque Maison Célefte
a un Pôle (pour parler dans la
rigueur ) lequel luy est commun avec
fon opposée, comme la 1.& la 7. qui
ont pour Pôle commun le Zenith
La 4.& la 10.qui ont pour Pôle comGALANT.
91

mun l'interfection de l'Equateur du
premier Vertical & du Cercle de
fix heures avec l'Horizon ; & ainsi
de la 2. avec la 8 .; de la 3. avec
la 9. , de la 5. avec la 11. & de
la 6. avec la 12. qui ont leur Pôle
plus ou moins élevé,felon la latitade
du lieu où bomep
Quant à ce que vous avancez
que je ne connois pas lefameuxMo
vin , je n'ay qu'à vous dire que fon
grand Ouvrage de l'Aftrologic Fran
çoise ,fes Tables Rodolphines , fon
Astronomie Réformée , Son Traité
des Longitudes , ſa Trigonométrie ,
&quelques autres Ouvrages qu'il n
mis au jour ,m'ont affezlong- temps
occupé , pour me faire connoître le
genie de cet Autheur. Favoüe ingenüement
que ie ſuis en partie redevable
à ce grand Homme , du peu de
lumiere , que i'ay dans les Mathe
matiques ;je buy ay mefme rendu
92
MERCVRE
cette iustice dans pluſieurs Traitez
quci'ay donnez au Public; & particulièrement
dans mon Afterographie
, ou Description des Constellations
Célestes , que les Sçavans ont
vûë fans dédain , &luëfans regret.
Je répons en peu de mots à quelques
Propoſitions que vous avez avancées
, & à quelques Demandes que
vous m'avez faites.
Vous me demandezpremierement
l'Heure de la Naiſſance dont ils'agit.
Ie répons , qu'ily a des instans fucceſſifs
ſous le Pôle comme ailleurs ;
c'est pourquoy je prens pour le moment
de cette Naiſſance , celuy auquel
le Soleil entra l'année derniere
au premier degré du Belier. Vous
n'avezmaintenant qu'à dreſſervôtre
Figure ; mais ie crainsfort que
l'impoſſibilité ne vous en épargne la
peine.
Vous avancez que l'expérience a
GALANT.
93
fait connoistre que là où il ne je
peut faire diviſion de Maiſons Céleftes
, là auſſi il ne se peut faire de
genération. L'attens de vous cette
prétenduë expérience ; carfi ce que
vous avancezest vray , ilſe pourra
faire genération à une minute du
Pôle ,parce qu'il s'y peut faire divifionde
Maiſons Célestes ;ce qui eft
ridicule.
Ensuite par une espece de rétra-
Etation vous revenez à vous , en
difant que le Pôle estant un Point
Mathématique , il ne peut naiſtre
perſonnesous ce Point. Ieréponspremierement
, qu'il s'enfuivroit de là,
qu'il ne pourroit naistre perſonne
Sous l'Equateur , parce que ce Cercle
est une Ligne Mathématique.
Qutre que si vous exigez une fi
grande précision , pourquoy ceux qui
font nez à Paris font ils cenfezestre
nez fous le Cercle de latitude 48.
94
MERCVRE
deg. 51. min. ? Est- ce que ce Cercle
n'est pas une Ligne Mathématique,
qui ne peut répondre qu'àun espace
indiviſible ?
2.
1
Si ce que vous dites estoit
vray , en quel Climat pourrions- nous
maitre?
Dic quibus in terris , & eris
mihi magnus Apollo..
T'ay cent choses à dire , que ie
fuis obligéde remettre au mois fuivant
, la bienséance voulant que ie
faffe place àdes matieres plus Ga
lantes , & moins Métaphysiques .
Cependant , fi vous m'en croyez ,
vous neſuivrezpas l'Astrologie iusque
fous le Pôle , de peur d'y faire
n'aufrage avec elle. Iefuis ,&c.
R Le Jeudy 3. de ce mois , les
Députez des Etats de Bretagne
seurent Audience de Sa Majelté,
dans la Chambre de laquelle ils
GALANT.M 95
farent conduits par Monfieur le
Marquis de Rhodes , Grand-
Maiſtre des Cerémonies , & par
Monfieur de Saintot , Maiſtre
des Cerémonies. Monfieur le
Duc de Chaunes , Gouverneur
de la Province , & Monfieur Colbert
de Croiſſy , Miniſtre & So
cretaire d'Etat , les préſenterent.
Monfieur le Marquis de Lavardin ,
Lieutenant General de cette même
Province , & Monfieur de
Cootlogon , Lieutenant de Roy
de la Haute Bretagne , les accompagnoient.
L'indiſpoſition de
Monfieur le Marquis de Roſmadec
, Gouverneur de Nantes , &
Lieutenant General du Comté
{
Nantois , ne luy permit pas de
s'y trouver. Les Cahiers furene
préſentez au Roy par Monfieur
J'Eveſque de Léon , Député du
Clergé ,qui fit connoiſtre par
96 MERCURE
un excellent Difcours , combien
Il eſtoit digne du choix que la
Province avoit fait de luy pour
ce glorieux Employ. Il eſtoit
aſſiſté de Monfieur le Comte de
Tronquedeq , Député de la Nobleſſe
, & de Monfieur le Senéchal
de Vitré , Député du Tiers-
Etat. Monfieur de Coetlogon de
Méjuſſeaume , Syndic des Etats ,
eſtoit joint à la Députation. Ils
furentenſuite conduits à l'Appartement
de Monſeigneur le Dauphin
, où le Diſcours de Monfieur
l'Eveſque de Léon reçût
encore un applaudiſſement gé.
neral. De là , ils allérent faire
leurs Complimens à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , & à Monſeigneur
le Ducd'Anjou.A midy,
ils eurent Audience de Madame
la Dauphine, qui répondit à
Monfieur de Léon , d'une maniere
GALANT
97
re tres- ſpirituelle , & fort obligeante
pour luy , & pour Monſieur
le Duc deChaune. Apres la
Meſſe du Roy , ce Duc donna un
magnifique Dîné à meſſieurs les
Députez , & à toutes les Perſonnes
de qualité de la Province , qui
ſe trouvérentà cette Cerémonie.
Monfieur de Croiſſy en voulut
bien eſtre , & témoigna à la
Compagnie , que Sa Majesté luy
avoir marqué au Conſeil d'où il
fortoit , qu'Elle estoit fort fatis
faire du pifcours de Monfieur
l'Eveſque de Léon. Ce Repas
commença par la Santé de ce
grand Monarque. Le lendemain
ils eurent Audience de Monfieur
au Palais Royal ; & le mardy 8 .
du mois , ils l'eurent de madame
à Verſailles. P
Les Vers qui ſuivent vous paroiſtront
galamment tournez, ils
font de Monfieur de Loſme .
Fevrier 1684. E
98 MERCURE
IBLIO
A MADAME
DES HOULIERES ,
LYD
Sur fa derniere Ballade.
* On n'aime plus comme on
aimoit jadis .
1.
En demeure d'accord , charmante
TE
DES- HOULIERES ;
Maisfi chaque Beautépoſſedoit vos
lumieres ,
On reverroit bien- toſt le fiècle d'A.
22 madis.
Le bon goust , la délicateſſe ,
Le sçavoir ,&la politeſſe .
Régnent par tout dans vos Ecrits.
Quel coeur ne seroit point épris ,
....Voyant avec quelle fineſſe
Vousſcavez parlerde tendreſſe ?
→ Rien n'égale vos tendres dits.
2. St commevous toute's les Femmes
GALANT.
99
Avoient l'art de toucher les ames,
On aimeroit bien- toftcomme
moit jadis.
on at
M
Voicy d'autres Vers , qui ne
vous déplairont pas. Ils m'ont eſté
envoyez d'Aix en Provence ,
comme venant d'un veritable
Romain , qui n'eſt en France que
depuis trois mois , & qui a paſſé
une partie de ſes plus belles années
à la Cour de Savoye.
SUR UN BOUQUET
preſenté à une Belle.
V
Ous vous plaignez , Amarillis,
Qu'au Bouquet que je vous
présente
On ne voit ny Rofes ny Lys.
Voulez-vous que je vous contente ?
Permettez , Belle , que mamain
Cueille des Lysſur voſtre ſein ,
ر
-1
E2
100 MERCURE
Et que mes lévres demy cloſes
Sur vostre teint cueillent des Roſes.
Si rude Hyver ne soufre pas
Qu'on trouve telles Fleurs écloſes
Ailleurs qu'en vos charmans appas.
PRESENT D'UN COEUR
à IRIS .
V
Oulez vous me faire une
grace?
Iris , ayezſoin de ce Coeur ,
Donnez luy chez vous une place
Quiſoit digne defon ardeur.
Le Préfent est petit ſelon mon im.
puiſſance ;
Il eſt , ie croy , pourtant conforme à
voſtre humeur ;
Et ce qui me donneaſſurance
Que vous luy ferez quelque honneur
,
C'est qu'il est un Préfent de Coeur.
GALANT. ΙΟΙ
SUR LE MESME SUJET.
Ris,les Coeurs indiférens .
Ont moins de bonheur qu'on ne
pense.
Leurs plaiſirs nefont iamais grands..
Et n'ont souvent que l'apparence.
Fuyons ,fuyons le fort terrible
D'un Coeurà l'amourfermé.
Le plaisir le plusſenſible
Est d'aimer & d'eftre aimé.
Un Cavalier qui a infiniment
de l'eſprit , & qui l'a fait paroiſtre
en pluſieurs Ouvrages que le
Public a fort eſtimez , eſt Autheur
des deux Madrigaux que
j'ajoûte icy. Ils ont extrémement
plû à toute la Cour. Le premier
eſt ſur un Pary qu'il avoit fait
avec une tres belle Perſanne , de
luy faire recevoir un Préſent. It
fit relier tout ſes Ouvrages avec
1
E 3
102 MERCURE
une entiere propreté , & les luy
envoya , accompagnez de ce Madrigal.
Il n'y avoit pas moyen de
refuſer cette Etrenne. Auſſi ſe
réſolut- elle à perdre la Diſcrétion.
J
ETRENNES .
Vous refufez, icune climene ,
ce qu'on oſe vous offrir ,
Et vous ne voudriezpoint fouffrir
Que je vousfiſſe quelque Etrenne.
Mais il faut vous deſabuſer.
Quittez cette rigueur extréme.
Vousnesçauriez me refuser ,
Lors que ie viens m'offrirmay-même.
18
ABSENCE .
Enevous vois doncplus ,ieune &
belle Climene ,
Un deſtin trop ialoux méloigne de
vos yeux .
GALANT. 103
1
1
A
Est- il rien de plus durque la cruelle
peine
7
De nevoir nullepart cequ'on cherche
en tous lieux ?
Aux plus fombres ennuis mon ame
s'abandonne ,
Ie paye à chaque instant le tribut
00
d'unsoupir ,
Etje n'ay plus que le plaifir
De ne me plaire avec perſonne.
zpob
1
Ce Madrigal d'Etrennes me
fait ſouvenir de celles qui ont
eſté données à Monfieur le Duc
de Chartres , par un jeune Gentilhomme
appellé Monfieur d'Armançay,
qui luy fait ſa cour avec
beaucoup d'affiduité depuis trois
ans , & qui n'en a encore que
douze. Vous ſcavez , Madame,
que ce Prince qui n'est que
dans ſa dixième année , eſt un
prodige d'eſprit. Il n'eſt pas ſeu-
د
E 4
104 MERCURE
Jement admirable par ſa vivacité,
qui luy donne une penetration
&une facilité ſurprenante à apprendre
tout cequ'on luy montre;
mais il l'eſt encore plus par un
jugement fort au-deſſus de fon
âge , & une application juſte de
tout ce qu'il ſçait , felon les occafions.
Ces Etrennes confiſtoient
en unEcran , dans lehaut
duquel eftoit repréſenté le Soleil
fur un Char brillant. Get Aftre
en recommençant fon cours ,
invitoit les quatre Saiſons qui
forment l'année , à faire leur
cour à Monfieur le Duc de
Chartres. Il s'expliquoit par ces
Vers.
20
Aisons qui commencez une nou
velle Année
A ce Prince charmant offrez des
jours heureux
14
GALANT.
ros
Parlez- luy de sa grande belle
destinée,
Qui le rendra ſemblable à tous nos
Demydieux.
Sur les pas du grand Roy qui gouverne
la France
H sçaura s'acquerir un renom immortel,
-Et déja le deſtin luy marque par
avance
De ces jours que PHILIPPE a fait
voir à Caffel.
171
Mille faits éclatans rempliront fon
Histoire,
On verraſa prudence égalerſa va
leur;
Et le Cielfait bien voir qu'il aſoin
de luy plaire ,
Quand d'un Héros fameux ilfait
Son Gouverneur.
( ES)
106 MERCURE
Au-deſſousde ces Vers eſtoient
les Quatre Saiſons , avec ce qui
peut les faire connoiſtre , c'eſt à
dire , le Printemps entouré de
de Fleurs , l'Eté d'Epys , & l'Automne
avec des Fruits. Il n'y
avoit que l'Hyver , qui au lieu
des triſtes marques qu'on a de
coûtume de luy donner , paroifſoit
environné de Lauriers , pour
marquer que les François animez
de l'exemple de leur auguſteMonarque
, & des Princes de ſa
Maiſon , ne font point de diférence
de cette Saiſon aux autres,
quand il s'agit de la gloire. Voicy
ceque les Saiſons diſoient àMonſieur
le Duc de Chartres..
LE PRINTEMPS.
DE mes plus belles Fleurs le
charmant affemblage ,
Prince, peut bien donner des plaiſirs
àvostre âge ;
GALANT. 107
Mais quandvous concevrez d'héroïques
deſſeins ,
Ie méne au Champ de Mars auffibien
qu'aux Iardins.
L'ETE'.
Vous tous les
4
Ous ferez tous les jours des
Conquestes nouvelles , ?
6
Si de la France encore il eſt des En
nemis.
Prince , je vous verray terraſſer cès
Rebelles ,
Comme les Moiſſonneurs abatentmes
Epis. AZ
L'AUTOMNE.
Eluy qui vous aprend
Celuy
Science ,
ladivine
Verra de beaux effets deſes ſoinsaf
fidus,
Et de mes Fruits divers la nombreuse
abondance 3
Nefurpafferapas celle de vos Vertus.
E6
108 MERCURE
L
L'HYVER .
'On voit que les Héros de vostre
illustre Race
Se mocquent de l'Hyverparleurs Ex
ploits Guerriers ;
Auſſi , Prince , je viens , Sans vous
parler de glace,
Commeune autre Saiſon vous offrir
des Lauriers.
Ces Vers ſont de Madame
d'Armançay , Mere du jeune
Gentilhomme qui les préſenta..
C'eſt une Dame d'un fort grand
mérite. Elle eſt Fille de feu Monſieur
Sabathier , qui estoit de la
Faundle de Meſſieurs. Sabathier
d'Arles . Ce font des Gentilshommes
, dont l'Hiſtoire de Proyence
fait une mention fort honorable.
Leur Ayeul Jean Sabathier,
eſtant Conful de la No
GALANT.
109
bleſſe , fat tué à une Sortie de la
Ville pendant les Guerres civi
les.. Le Pere de Madame d'Armançay
, l'un de ſes Petits Fils ,
eſtantCadet, avec peu de Bien ,
&beaucoup d'eſprit , prit party
dans les Affaires , du vivant de
Monfieur le Cardinal de Riche-
1 lieu ,qui luy ayant fait faire une
fort grande fortune , le maria à
une de fes Parentes , Soeur de
Monfieur le Marquis de la Roche
poſée , & de Madame de
S. Loup.. Ces noms font affez
0
0
f
0
connus.
La lecture de ces Vers , vous
fait connoiſtre combien il y
avoit ſujet d'eſpérer que les Leçons
de Monfieur le Duc de Na--
vailles , contribuëroient à faire
un grand Prince de Monfieur le
Duc de Chartres , dont il avoit
plù à Sa Majeſté de lefaire Gous!
110 MERCURE
verneur. Il paroiſſoit dans une
ſanté parfaite , & n'eſtoit encore
que dans ſa 65. année. Qui auroit
crû qu'il euſt dû mourir un
mois apres ? Sa perte a ſurpris
toute la Cour. Elle est arrivée
le 5. de ce mois. Un vomiſſement
de ſang a cauſe ſa mort. On l'a
ouvert , & on ne luy en a pas
trouvé une goute dans lesveines..
Tout eſtoit dans les inteſtins , 80
dans l'eſtomach , dont la membrane
eſtoit toute corrodée. Il
avoit le foye tout ſec ,une des
lobes du poulmon de meſme , &
une pierre dans la veſicule du
fiel . On dit que les pierres que
l'on trouve en cet endroit , ont
les qualitez du Bezouar.:Mon--
ſieur du Belay , tres habile Me
decin , & qui ſemble avoir des
connoiſſances certaines , voulut
le faire faigner , ſuivant ce que
GALANT.
1
:
1
dit Hipocrate , qu'il faut faigner
dés que l'on vomit du fang. Uns
- autre s'y oppoſa. Ainfi on peut
croire que quelques - unes des
Saignées , faites de trop à plufieurs
Malades , luy auroient
ſauvé la vie. Lors que les Medecins
vinrent, il ſe confefſoità un
Capucin . On le pria d'interrom
5. pre ſa Confeſſion , mais il ne le
voulut pas faire. Quand on ré
ſolut de le faigner , il n'eſtoit plus
☐ temps. Il eſtoit né de la Religion
Prétendue Réformée , & fit abjuration
de l'Héreſie de Calvin
àl'âge de quinze ans. Sa conver
-ſion attira celle de Monfieur fon
Pere , & de la plus grande partie
deſa Famille . Il a toûjours don
né depuis ce temps-là des mar-1-
ques d'une pieté fingulier , en
tendant régulierement la Meffe
tous les jours , & n'en paffant
1
1
DIZ MERCURE
point ſans faire une retraitede
demy- heure , pour penſer à l'affairede
ſon ſalut. Tous les matins
il ſe faiſoit lire l'Evangile , ou
quelque Livre de devotion. I
faiſoit chaque jourdes Aumônes,
&tres- ſouvent de conſidérables.
lfrequentoit fort les Sacremens,
& il n'avoit point de plus grand
plaiſir que de parler des chofes
de l'Eternité . Il joüoit affez ſouvent,&
ne gagnoit jamais , qu'ill
ne fiſt partde ſon gainaux Pauvres.
Il leur a laiſſe vingt mille
Ecus par ſon Testament , dix
mille Ecus à ſes Domestiques ,
mille Ecus aux Capucins du
Fauxbourg Saint Jacques , où il
a voulu être enterré & il a encore
ordonné trois mille meffes.
Il s'appelloitPhilippes de Montault-
de-Benac-de- Navailles , &
eftoit Fils de Monfieur le Duc:
1
GALANT. 113
de Benac , & de Dame Jaqueline
deGontault de Biron . La Famille
de Navailles eſt une des plus
illuſtres , & des plus anciennes
de Bearn, & à eſte toûjours tellement
attachée au ſervice du Roy,
que Loüis XIII. a dit pluſieurs
fois à Monfieur le maréchal Duc
de Navailles , qu'il eſtoit un des
Gentilshommes du Royaume de
la meilleure Race. Il s'eſt élevé
aux plus hautes Dignitez par
tous les degrez de la Guerre ,
ayant eſté Enſeigne- Colonel du
Régiment de la Marine , Capitaine,
Colonel , Mestre de Camp,
Sergent de Bataille , Maréchal
de Camp , Lieutenant General ,
Capitaine General , Maréchal
de France , & General des Armées
du Roy. Il commanda l'Armée
d'Italie fous.Monfieur le
Duc de Modene en 1658. en
L
114 MERCURE
qualité de Capitaine General; &
apres la mort de ce Prince en
1659. il la commanda en Chef,
avec la qualité d'Ambaſſadeur
Extraordinaire vers les Princes
d'Italie. Il a pareillement commandé
en Chef, l'Armée que
le Roy envoya au ſecours de
Candie en 1669. & a eu auffi le
Commandement en Chef fur
toutes les Troupes qui eſtoient
en Lorraine , Païs Meffin , Alface
, Champagne & Bourgogne
en 1673. & au commencement
de 1674. auquel temps il prit
Gray , qui fut l'ouverture de la
Conqueſte de la Franche-Comté.
Dans la Campagne de 1674. il
fervit en Flandres ſous Monfieur
le Prince , en qualité de Lieutenant
General. C'eſtoit la Campagne
da Combat de Senef. Ily
avoit dans l'Armée quatre Lieu-
2
GALANT.
IIS
:
tenans Genéraux ; & comme le
Roy nejugea pas qu'il put rouler
agreablement avec les trois autres
, à cauſe de ſon ancienneté,
qu'il avoit commandé en Chef,
Sa majeſté ordonna à Monfieur
le Prince de partager l'Armée
en deux Corps ,& de faire ſervir
Monfieur de Navailles ſeul, dans
l'un où eſtoit la Maiſon du Roy ,
& les trois autres Lieutenans
Generaux , dans l'autre. En
-1675 . eſtant dans ſon Gouvernement
de la Rochelle , le Roy
l'honora du Bâton de Maréchal
de France. Au mois de Janvier
1676. il fut envoyé en Catalogne.
Il y a commandé en Chef
l'Armée du Roy pendant trois
années confécutives , & juſqu'à
la Paix. Dans la premiere , il
enleva le Gouverneur, & la Garnifon
de Figuieres. Dans la ſe
116 MERCURE
conde , avec huit mille Hommes
qui formoient toute fon Armée
, il donna unCombat à celle
des Eſpagnols , composée de
quatorze mille Hommes de
Guerre, & de quatre mille Hommes
de milice , dans un Lieu appellé
Spoüils. Il y fut tué trois
mille Hommes des Ennemis, plus
de deux mille mis hors de combat
, & fix ou ſept cens faits Prifonniers,
parmy leſquels il y avoit
quatre Grands d'Eſpagne. Il demeura
maître du chapde Bataille.
lla eu longtemps le Gouvernement
de Bapanime , quelque
temps celuy du Havrede-
Grace , & juſques à ſa mort
celuy de la Rochelle du Païs
d'Aunis , Broüage , & Ifles adjacentes
, auffi -bien que celuy de
Niort dans le Poitou , & celuy de
Lourdes aux Pirenées. Le Roy
GALANT. 117
fit Monfieur ſon Pere Duc &
* Pair en 1650. avec aſſurance de
faire paſſer le Brevet en ſa perſonne
, ce qui a eſté executé. Il
⚫eut celuy de Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit en 1651. & fut
reçeu dans l'Ordre en 166 1. Il a
eſté long- temps Capitaine- Lieutenant
des deux Cens Chevaux-
Legers de la Garde du Roy , &
futnomméGouverneurde Monſieur
le Duc de Chartes , au
mois d'Avril de l'année derniere.
Il avoit épousé Suſanne de
Baudean , Fille aînée de Charles
de Baudean , Baron de Neüillan ,
Gouverneur de Niort , & de
Françoiſe Tiraqueau. Il en a eu
Monfieur le Marquis de Montault
, mort à Perpignan , au retour
de Puicerda , que Monfieur
le Duc de Navailles ſon Pere
118 MERCVRE
venoit de prendre ; Madame la:
Marquife de Rotelin , & Meſdemoiſelles
de Navailles & de la
Valete. Il y a encore une Fille
Religieuſe à Sainte Croix de
Poitiers . Quelques- jours apres
cette mort , Monfieur fit l'honneur
à Madame de Navailles de
l'aller voir.
L'accident que je vay vous ra
conter eſt digne des pleurs de
tout le monde. Auſſi en a-t- il fait
répandre à tous ceux qui ont
connu Mademoiselle Suſon de
Tinnebac de Saumur. Cette aimable
& jeune Perſonne , l'une
des plus belles de toute la Ville,
alla le Lundy 7. de ce mois ſe
promener ſur la glace avec une
de ſes Amies. Elle estoit accom
pagnée d'unde ſes Frere , & cette
Amie avoit auſſi ſon Frere avec
elle. Elles ſe divertirent longGALANT..
119
temps à rouler dans un Traîneau,
que les Freres conduiſoient chacun
à fon tour. La Loire n'eſtoit
point glacée dans le milieu de fon
cours, & la glace de ſes bords ,
quoy que fort épaiſſe , ne s'étendoit
pas fort loin. Le Traîneau ,
apres avoir gliſſé quelque temps
fans faire craindre aucun accident
, roula enfin trop pres du
courant de la Riviere , & tombant
dans l'eau , y précipita les
deux Demoiſelles. Le Frere de
Mademoiſelle Tinnebac ſe jetta
auſſi- toſt à la nage , & fit fi bien
aidé du ſecours de l'autre Frere ,
qui eſtoit demeuré ſur le bord
pour leur donner la main , qu'il y
remit une Perſonne à-demy-noyée.
Il ne peut reſſentir la joye
de l'avoir ſauvée , lors qu'il s'apperceut
que ce n'eſtoit pas ſa
Soeur. Il expoſa de nouveau la
1
120 MERCVRE
vie pour la ſecourir , mais il luy
fut impoſſible de la rencontrer.
Cette belle Perſonne , regretée
de tout Saumur , périt dans la
Loire , d'où quelques- jours apres
elle fut retirée morte , toûjours
éclatante d'une beauté extraordinaire
, & n'ayant ſur ſon viſage
aucune marque d'une violente
mort. Ses bras eſtoient entrelacez
l'un dans l'autre , & preſſez
contre ſon eſtomach. Un galant
Homme qui a beaucoup de talent
pour la Poësie , mais qui ne
fait jamais entendre ſa Muſe que
dans des événemens d'une grande
joye , ou d'une grande trifreſſe
, n'a pu ſe taire dans l'occafion
de cette mort. Voicy ce qu'il
enadit.

La
GALANT. 121
LA MORT DE Mlle SUSON
T
TINNEBAC.
Emoin infortuné d'une lugubre
Histoire ,
I'en entreprens en Vers le lugubre
récit 5201
Et fi dans son proiet ma Muse
reüffit ,
Ie fuis ſincere , on doit m'écoûter , &
me croire.
Sur les Bords glacez de la Loire
Couroit deſſus un Char , comme un
Trait emporté ,
Avecque Célimene une rare Beauté,
Le Chefd'oeuvre du Ciel, de la Terre
la gloire ,
Iris est le nom feint , par fow choix
emprunté.
Chaque Bergere
Au lieu d'Amant avoit un Frere,
Fevrier 1684 . F
122 MERCURE
Et pour donner au Char plus de legereté
Chacun d'eux tour-à- tour ne fongeant
qu'à leur plaire ,
Le poufſoit de quelque costé.
Il alloit &venoit ſans ceſſe ,
Et la Loive enſon cours avoit moins
de viteſſe.
Longtemps la Troupefur ce Bord,
Sans qu'aucun péril la menace ,
Va , revient ſur la mesme glace ,
Et toûjours arrive à bon port ;
Mais enfin d'une courſe imprévenë,
&fubite ,
Le Char change de route, & diſpa.
roiſt aux yeux ,
Et dans l'Onde courant entraîne,&
précipite
Iris & Célimene , Ornemens de ces
Lieux.
Damon , Frere d'Iris , &de ce nom
Seul digne ,
Al'Amie, à la Soeur offrit un prompt
Secours ,
GALANT.
123
Et dans l'Onde exposantſesjours,
Signala sa tendreſſe infigne.
A la fin d'une proye heureusement
chargé ,
Nageant ſous ce doux Fais , vers le
bord il s'avance ,
Et plein d'impatience
Veut voir quel est ce Corps du péril
dégagé ;
Mais enfin ſur le bord , Sans poulx ,
&fans halaine ,
Déia demy noyée il connut Célimene.
Et par elle jugeant du triste état
d'Iris,
D'une nouvelle ardeur épris
( Il retombe dans l'onde où sa pitié
l'entraîne ;
Mais inutile ardeur d'un Frere genéreux!
L'onde refuse Iris àſes ſoins , à ſes
Iris par d'autres mains à la Loire
voeux ;
ravie .
F 2
124
MERCURE
Fut retrouvée enfin ſans vie.
Du funeste accident par ma Muse
conté,
Telle est l'exacte verité.
On peut dans un récit , plus briller
& plus plaire ,
Mais un récit brillant rarement est
fincere.
Comme cette Belle avoit quantité
d'Amans , l'un d'eux a fait
ainſi parler ſa douleur.
SUR LA MESME MORT.
Loire,
en
Ondes cachée ,
fes
Comment as- tu pû voirſans en estre
touchée
Iris , l'aimable Iris , finirſes tristes
iours
Dans le ſein de ces eaux dont tu regles
le cours?
N
GALANT.
125
Si ton coeur apris part àſonfortdéplorable
,
Pourquoyn'arreſterpas ton Onde im
pitoyable?
Pourquoy de fafureur ne la pasgarantir?
A cette mort funeste as- tu pû con-
Sentir ?
Puis que tu voulus bien qu'elle tefust
ravie, f
Pourquoy la rendre morte , & non
encore envie ?
- Pourquoy toy- mesme enfin , volant à
fonfecours ,
N'as- tu pas confervé de ſi prétieux
jours ?
Hélas ! bien loin qu'Iris , à tes yeux
4
froide&bléme ,
Eprouvaſt ton Secours dansſon malheur
extrémé ,
Son Frere dans tes eaux, digne objet
depitié ,
Cherchant à ſignaler une tendre
amitié ,
F3
126 MERCURE
En vain demande à l'onde une fi
chere proye ,
L'Onde luy cache Iris ; Iris fuit , &
fe noye ;
Et Saumur voit périr fur les bords
de ton eau ,
De tous Ses Ornemens l'Ornement le
plusbeau.
Iris n'estplus ànous , &pour jamais
la Parque
L'a forcée à paſſer dans lafatale
Barque.
Pourjamais ! Ah , cemot épouvante
mon coeur.
Deftins,cruels deſtins,quelle eſtvôtre
rigueur?
Quoy,mesyeux condamnez àd'éternelles
larmes ,
De l'adorable Iris ne verront plus les
charmes?
OBords , funestes Bords , témoins de
Sonmalheur ,
Soyez aussi témoins de mavive douleur.
1
GALANT . 127
Pour jamais la lumiere icy luy fut
ravie ,
- Icy je veux pleurer le reſte de ma
vie.
Ic veux par mes sanglots , & mes
lugubres cris ,
Nimphe, te reprocher la mort de mon
Iris ,
Et les jours,&les nuits pleurant mon
infortune ,
Eteindre dans mes pleurs une vie
importune.
Un trépas imprévû d'Iris m'a féparé,
Maispar le mien dans peu je m'en
raprocheré.
En vain en l'entraînantdans lanuit
éternelle ,
La Parque pour longtemps crut me
Séparer d'elle.
Mes pleurs vers le tombeau précipi
tent mes pas ,
Et mes jours malheureux ne s'entaf-
Seront pas.
F 4
128 MERCVRE
Bien-toft connu des Morts j'iray crottre
leur nombre ,
Et comme Iris bien- toft ie ne feray
qu'une ombre.
Si toſt qu'un doux trepas m'aura
ravy le iour ,
Ie voleray vers elle avecque mon
amour ,
Et l'on verra là bas ,Sans que rien
me retienne , ....
Mon Ombre inceſſamment rendre
hommage à laſienne ;
Et cependant mes pleurs ,& mes cris
douloureux ,
Comme la mort d'Iris , rendront ces
Bords fameux.
Ie veux que mon Histoire àlaſienne
meflèe ,
Peigne à tout l'univers mon ame
désolée ,
Et que fans Séparer mon destin de
Son fort,
On parle de mes pleurs enparlant de
Sa mort .
GALANT.
129
:
J'avois d'autres Vers à vous
faire voir ſur cette triſte matiere,
mais je les ay confiez à un Amy
qui les a perdus. J'eſpere que
l'Autheur me les renvoyera.
Les Nouvelles publiques vous
ont appris la Mort du Seigneur
Aluiſe Contarini , Doge de Veniſe
, arrivée le 15. Janvier. II
eſtoit âgé de quatre- vingts -trois
ans, & le neuviéme de ſa Famille,
qu'on euſt élevé à la Dignité de
Doge. Il y en avoit en trois élûs
dans ce ſiècle ; ſçavoir Nicolo
Contarini en 1629. Carlo Contarini
en 1655. & Domenico Contarinien
1659. Aluiſe Contarini
qui vient de mourir , avoit fuccédé
au Doge Nicolo Sagrédo
en 1676. apres avoir ſervy la
République en quatre Ambaſſa--
des , & en pluſieurs Emplois conſidérables
, qui l'avoient mis dans
FS
130
MERCURE
une tres- grande eſtime auprés du
Sénat & des Princes Etrangers.
Toutes les Cloches de l'Eglife de
S. Marc , & celles des autres Egliſes
de la Ville , annocérent cette
Mort dés ce meſme jour , & le
lendemain 16. le Corps du Doge
défunt fut porté le ſoir ſans Ce.
rémonie à l'Egliſe des Religieux
de S. François , où eſt la Sépulture
de ceux de cette Famille.
L'Effigie demeura expoſée pendant
trois jours dans la grande
Salle du Palais de S. Marc , reveſtuë
de la Robe Ducale de
Drap d'or , avec le Bonnet Ducal
, & les autres marques de ſa
Dignité; apres quoy on la porta à
l'Egliſe des Dominicains , où l'on
fit un magnifique Service , & une
Oraiſon Funebre . C'eſt ordinairement
le Corps meſme que
l'on expoſe pendant ces trois
1
GALANT.
131
jours dans cette Salle ſur un Lit
de Drap d'or , avec l'Epée & les
Eperons , que par un uſage tour
particuliers on luy met à la renverſe.
Le temps de cette Expoſition
n'eſt pas ſeulement pour
donner lieu au Peuple d'aller
rendre les derniers devoirs à ſon
Prince , mais il eſt encore deſtiné
à recevoir les plaintes qu'on
pourroit faire contre ſa conduite.
On reçoit auſſi toutes lesdemandes
de ſes Creanciers , auſquelles
on oblige les Héritiers de ſatisfaire
auſſitoſt ; autrement il ſeroit
privédes honneurs des Funérailles
, qui ſe font aux dépens de la
République. Ainsi le Doge n'eſt
pas ſi toſt mort , qu'on élit trois
Inquifiteurs , qui doivent informer
de ſon Adminiſtration ,& en
faire rapport au Sénat , qui rend
Juſtice ſur les moindres choſes,
F6
132
MERCURE
2
aux dépens de la Succeſſion , s'il
ſe trouve que les Doges ayent
abuſé de leur authorité , ou agy
contre les Loix. Les trois Inquifiteurs
que l'on élût pour cette
recherche apres la mort de celuy
dont je vous parle , furent les;
Nobles Doménico , Mocenigo ;
Giovanni Baptifta Gradénigo ,
& Nicolo Cornaro . Les Doges
font ordinairement enterrez avec
de fort grandes Pompes ; & ce
qu'il y a de remarquable , c'eſt
que les Sénateurs aſſiſtent à leurs
Funérailles en Robes Rouges,
pour faire connoiſtre que ſi leur
Duc eſt mortel , leur République
eſt éternelle , & ne ſouffre
aucune altération en elle- meſme;;
que l'Eternité de leur Empire
réſide dans le Corps du Sénat,
d'où dépend le falut des Peuples
qui luy ſont ſoumis , & que c'eſt
GALANT .
133
aux Particuliers à pleurer , &
non pas au Public. Les Obſéques
du Doge ne ſont pas plûtoſt
finies , que tous les Nobles audeſſus
de trente ans s'aſſemblent
dans leGrand Conſeil , & éliſent
cinq Correcteurs , qu'on charge
-de corriger les Promeſſes du
Doge , c'eſt à dire les Statuts ;
dont il doit jurer l'obſervation
auſſi toſt qu'il eſt élû . Ces cinq
- Correcteurs , qui ont le pouvoir
d'ajoûter à ces Statuts , ou d'enretrancher
ce qu'ils jugent néceſſaire
pour le bien de l'Etat, furent
élûs le 20. de Janvier , & ce
choix tomba fur les Procurateurs
Moſto & Gradénigo , Antonio
Giustiniani , Andrea Valier , &
Nicolo Michieli. Apres cette
élection , on fit les préliminaires
de celle d'un nouveau Doge..
Voicy de quelle maniere elle fe
134
MERCURE
fait. On met dans une Urne au
tant de Balles , qu'il y a de Nobles
qui forment le Grand Confeil.
Parmy ces Balles il y en a
feulement trente dorées , & toutesles
autres ſont d'argent. Les
trente qui tirent les Ballesdorées,
demeurent pour balloter. La Ballotation
ſe fait avec vingt-une
Balles d'argent , & neufdorées.
Ceux qui tirent les neufdorées ,
nomment à leur gré quarante
Nobles , tous de Familles diférentes
, parmy leſquels il leur eſt
permis de ſe comprendre euxmêmes
, & la Nomination ſe fait
ſuivant les chiffres diférens qui
font marquez fur chacune de ces
Balles , en forte que tous ces
chiffres ne font en tout que le
nombre de quarante. Ces 40.ballotent
avec vinge huit Balles d'argent
& douze dorées. Ceux qui
GALANT.
135
tirent les douze dorées , nomment
vingt-cinq Nobles , le
premier trois , & les onze autres
chacun deux. Ces vingt-cinq
ballotent avec ſeize Balles d'argent
, & neuf dorées. Ceux qui
= tirent les neufdorées , nomment
- cinq Nobles chacun , qui font
le nombre de quarante - cinq.
- Ces quarante - cinq Ballotent
avec trente-quatre Balles d'argent
,& onze dorées. Ceux qui
tirent les onze dorées , nomment
quarante- un Nobles ; & ceuxcy
, apres avoir eſté approuvez
& confirmez par le GrandConſeil
, s'enferment dans le Palais
de S. Marc , d'où ils ne ſortent
point qu'ils n'ayent élû le Doge..
Quoy qu'il foit rare que cette
Election tire en longueur , les
Electeurs ont eſté quelquefois.
cinq ou fix mois ſans ſe pouvoir
136
MERCURE
:
:
accorder , à cauſe que des quarante-
une voix il en faut avoir
vingt-cing pour eſtre fait Doge
Pendant qu'ils font enfermez ,
on les obſerve tres- ſoigneuſement
, & on les traite à peu prés
comme on fait les Cardinaux
dans le Conclave. Ces divers
changemens d'Electeurs rompent
toutes les meſures des Particuliers
; & comme l'Election
dépend du choix des quaranteun
qui demeurent les derniers
( ce qu'il eſt impoſſible de deviner
) toutes les cabales ſont inutiles
. D'ailleurs , c'eſt un moyen
de contenter preſque toutes les
Familles , par la part qu'elles ont
àl'Election de leur Prince.
La République de Veniſe eſt
tres - ancienne . C'eſtoient des
Confuls de Padouë qui gouvernoient
cet Etat dans ſa naiſſance ,
GALANT.
137
qui fut en 421. Les Tribuns leur
ſuccédérent , & leur domination
dura prés de trois cens ans , jufqu'à
Paul- Luce Anafeſte, qui fut
le premier Doge élû à Eraclée
en 697. Depuis cette élection
juſqu'à celle de Sebaſtien Ziani ,
les Doges régnérent avec une
authorité abſoluë. Ils eſtoient
élûs par la ſeule acclamation du
Peuple ; mais comme cette Election
eſtoit confuſe & tumultuaire,
on en établit une autre apres
la mortde Vital Michieli II . dont
le Succeſſeur fut nommé par
onze Electeurs. Le nombre en
fut augmenté juſques à quarante
dans l'Interrégne fuivant ; &
pour éviter la difficulté qui ſe
rencontroit lors que les Voix
eſtoient my- parties , on le fixa
foixante ans apres à quarante &
un. Cet ordre a eſté obſervé
1
138 MERCVRE
depuis le Doge Marin Morofin,
juſques à préſent. La ſeule diférence
qu'il y a , c'eſt qu'il ſuffiſoit
alors d'avoir vingt-une Voix ,
pour eſtre élû , & qu'il en faut
vingt- cinq aujourd'huy .
Si les anciens Ducs de Veniſe
ont eu un pouvoir abſolu pendant
pluſieurs fiécles , il eſt tresborné
depuis quelque temps. Le
Sénat , qui connoiſt parfaitement
que la liberté de la République
eſt incompatible avec un
Prince qui ſeroit au-deſſus des
Loix , n'y a pas ſeulement aſſujetty
le Doge ſans aucune réſerve
, mais encore il en a fait à fon
égard de particulieres , qui l'ont
rendu en beaucoup de choſes
inférieur à la conditiondes Sénateurs.
Il préſide à tous les Confeils;
mais il n'eſt reconnu Prince
de la République , qu'à la teſte
GALANT.
139
du Sénat , dans les Tribunaux où
il aſſiſte , & dans le. Palais Ducal
de S. Marc. Hors de là , il a beau-
= coup moins d'autorité qu'un Particulier
, puis qu'il n'oferoit fe
meſler d'aucune affaire. Lors que
la Seigneurie marche dans quelque
Cerémonie publique , le
Doge eſt toûjours ſuivy d'un
Noble qui porte devant le Sénat
une Epée dans ſon fourreau ,
pour faire entendre que la Puif-
■ ſance de l'Etat eſt entre les mains
des Sénateurs . Auſſi lors qu'on le
couronne , on ne luy ceint point
l'Epée au coſté , & on ne la luy
met qu'à ſes Funérailles , avec
les Eperons d'or que l'Empereur
Baſile envoya au Duc Orſo Par-
- ticipatio , en le créant Grand
Ecuyer de Conſtantinople. Le
Doge quitte rarement la Ville ,
& ne le peut faire , ſans en de140
MERCURE.
2
mander une eſpéce de permiffion
à ſes Conſeillers. Lors qu'il fort
ainſi , il ne porte aucune marque
extérieure qui le puiffe faire diſtinguer
des autres Gentilshommes.
Il va veſtu de gris , en Juſteau
- corps , & avec l'Epée ; & fi
quelque Noble le rencontre , il
feint de ne le pas reconnoiſtre ,
pour ſe diſpenſer de luy rendre
les reſpects qui ne luy ſont dûs
que lors qu'il eſt avec la République.
S'il fait quelques viſites
particulieres , il n'a comme les
autres Nobles que deux Gondoliers
, avec un Valet de Chambre
, & fa Gondole n'eſt reconnoiffable
que par un Tapis , &
deux Carreauxde Satin cramoify.
Il eſt veſtu dans ces fortes de Vifites
, ainſi que le ſont les Confeillers
, c'eſt à dire de Pourprei
mais il porte un Bonnet de Géne
GALANT.
141
ral , de la même couleur que la
Veſte. Il eſt rond, fait de carte en
dedans , & n'a que quatre doigts
de hauteur. La partie ſupérieure,
qui eſt plate comme une grande
affiére , a une fois plus de circonférence
que l'entrée de la teſte.
Quoy que les Familles qui n'ont
point encore donné de Doges à
la République , employent tous
leurs efforts pour parvenir à cet
honneur , le Dogat ne laiſſe pas
d'eſtre une dignité à charge à
celuy qui la poſſéde. Ses.Enfans
& ſes Freres ſont exclus de toutes
les principales Charges de
l'Etat pendant ſa vie , & ne peuvent
avoir aucun employ confidérable
dans la République , qui
ait rapport au Gouvernement.
Ainſi s'ils en ont quelqu'un , ou
la qualité d'Ambaſſadeurs , ils
ſont obligez de s'en démeture
142
MERCURE
auſſi-toſt que l'Election eſt faite.
Ils ne ſçauroient non plus impétrer
aucun Eveſche , Abbaïe , ou
autre Benéfice de la Cour de Rome
, non pas meſme l'accepter ,
quand il leur ſeroit offert par le
propre mouvement du Pape. Si
le Doge , qu'on élit toûjours dans
un âge tres avancé , a ſa Femme
au temps de ſon Election , elle
eſt ſeulement honorée comme la
premiere Gentil-donne de l'Etat ,
&non pas comme Princeſſe . Les
Venitiensen couronnerent deux
au ſiècle paſſe, ſçavoir Julie Dandole,
Femme de Laurens Priuli ,
en 1557. & N. Moroſin , Femme
de Marin Grimani , en 1595 .
Mais ils firent une ſi exceſſive
dépenſe pour l'Entrée de cette
derniere , que pour éviter de ſi
grands frais , ou plutoſt pour faire
perdre à ces Dames la penſée
GALANT . 143
,
qu'elles avoient d'eſtre Souveraines
ils publiérent un decret ,
par lequel ils abolirent la coûtume
de ce Couronnement. On
- donne au Doge le Tître de Voftre
Serénité , & de Seréniffime Prince ;
mais pour luy faire fentir que ce
- ne ſont pas des qualitez attachées
à ſa Perſonne , les Ambaſſadeurs
ſe ſervent des meſmes termes en
fon abſence , & prononcent rare-
-ment le mot de Vostre Serénité, ſans
y joindre celuy de Vos Excellences,
comme des Tîtres confondus, entre
leſquels on ne doit pas faire
de diférence dans un Tribunal
où la Majeſté de la République
eſt comme répanduë fur tous
les Sujets qui compoſent le Collége.
Quoy que les Dépêches ſe
faffent au nom du Prince, & que
toutes les Réponſes des Ambafſadeurs
luy foient adreſſées , il ne
144 MERCURE
lny eſt pas permis de les ouvrir.
Cependant on le peut faire fans
luy , y répondre de meſme;
& pour le faire continuellement
ſouvenir qu'il ne fait que préter
fon nom au Sénar , on ne délibere
ſur les propoſitions que les
Ambaſſadeurs & les autres Miniſtres
vont faire au College ,
qu'apres que le Doge s'eſt retiré
avec ſesConſeillers.Alors on examine
la choſe , on prend les avis
des Sages , & apres qu'on a dreſſé
la Delibération par écrit , elle eſt
portée à la premiere Aſſemblée ,
où le Doge , qui s'y trouve avec
ſes Conſeillers , n'a que ſa Voix ,
ainſi que les Sénateurs , pour
approuver , ou deſapprouver les
réſolutions qui ont eſté priſes en
fon abfence. Le Doge ne reçoit
les Viſites des Cardinaux , ou des
Ambaſſadeurs , que dans des occafions
GALANT .
145
caſions extraordinaires , & avec
la permiſſion du Sénat , que l'on
demande au Collége. Il ne leur
peut faire que des réponſes génerales
ſur leurs propoſitions ;
& s'il leur parloit d'une maniere
qui miſt le Sénat dans le moindre
engagement , il n'auroit pas
ſeulement la honte d'en eſtre def-
- avoué , mais il s'expoſeroit enco-
-re à de ſenſibles & fâcheuſes réprimandes.
Cependant ſi les propoſitionsd'un
Ambaſſadeur blefſoient
la Dignité de la Républi-
= que , on le tient peu digne du
rang où il eſt placé , s'il ne luy
répond avec vigueur. Commela
République force quelquefois ſes
Princes à accepter , &à retenir
leur Dignité , elle a auſſi le pou
voir de les dépoſer , lors que l'age
ou les infirmitez les ont rendus
inutiles au ſervice de l'Etat.
Fevrier 1684 .
G
146 MERCURE
د
Cette raiſon oblige le Doge d'aller
au College , & à tous les Tribunaux
où il eſt appellé par le
devoir de ſa Charge , à moins
qu'il ne ſe ſente entierement hors
d'état de le faire. Tous les Magiſtrats
ſe levent & le faluënt
quand il entre dans les
Conſeils & les Tribunaux , &
luy il ne ſe leve pour perſonne,
ſi ce n'eſt pour les Ambaſſadeurs
qui viennent à l'Audience , mais
il ne ſe decouvre point , parce
que la Corne Ducale qu'il a fur
la teſte , eſt le ſymbole du Domaine
, & de la puiſſance abſoluë
de la République. Ainſi le
Duc n'eſtant pas Souverain , ne
doit pas lever la Corne à qui bon
luy ſemble. Le Duc a ſous fon
Bonnet Ducal une Coëfe blanche
de Lin , en maniere de Diadéme.
Il a la nomination de tous
GALANT.
147
les Benéfices de l'Egliſe de S.
- Marc , dans laquelle il y a vingtfix
Chanoines , & un Doyen qui
eſt toûjours un Noble Venitien,
appellé Frimocirio di San Marco .
Cette Egliſe ne reconnoiſt point
- d'autre Jurisdiction que celle du
Doge qui en prend poffeffion , &
entre les mains de qui le Primicier
, ou ſon Grand Vicaire , jure
de garder ſoigneuſement la nignité
du Temple. Les trois plus
anciens Procurateurs luy prêtent
ſermentde la meſme forte , pour
- la garde du Tréſor , & l'adminiſtration
des deniers qu'ils manient.
Le Doge eſt encore Patron
& Protecteur du Monastere delle
Vergini , fondé par le Duc Pierre
Ziani , & la Ducheſſe ſa Femme
pour les Gentildonnes Venitiennes
. L'Abbeſſe n'a point d'autre
Juge que luy , non pas mesme le
G2
148 MERCURE
:
Patriarche de Veniſe ; & s'il arrive
quelque déſordre parmy ces
Dames , c'eſt au Doge ſeul à y
pourvoir , comme s'il eſtoit leur
Eveſque. Il donne de petites
Charges de ſon Palais que l'on
appelle Comandadori del Paluzzo,
qui ſont proprement des Huiffiers
,& a un droit ſur les Gondoliers
de trajet. Ce ſont Gens
qui ſe tiennent à la rive des Canaux
pour la commodité des
Paſſans. Il fait des Chevaliers à ſa
promotion , & ce ſont d'ordinaire
les Députez qui le viennent felieiter
, & ceux qu'on appelle Virtuoſi
, c'eſt à dire , Gens de Lertres.
Sa Famille n'eſt point ſujette
au Magiſtrat des Pompes, & il eſt
permis à ſes Enfans d'avoir des
Eſtafiers & desGondoliers veſtus
de Livrée , de ſe faire accompagner
lors qu'ils marchent dans la
GALANT.
149
12
C
*
C
Ville , & de porter une Ceinture
à Boucles dorées . La République
donne au noge , environ douze
mille Ecus d'apointemens , tant
pour l'entretien de ſa Maiſon ,
que pour les frais de quatre Feſtins
qu'il fait tous les ans , & où
tous les Nobles ſont invitez à leur
tour , ſans aucune diſtinction de
riches & de pauvres , d'anciens
&de nouveaux. Ces Feſtins fe
font le lendemain de Noël , le
jour de S. Marc , le jour de l'Afcenſion,&
le 15. de luin , à cauſe
d'une Confpiration découverte
ce jour- là en 1310. Le Train ordinaire
du Doge , conſiſte en
deux Valets de Chambre, quatre
Gondoliers , & quelques autres
Domeſtiques. La République
paye tous les autres Officiers ,
qui ne le ſervent que dans les
Cerémonies publiques. Ie viens
G3
150
MERCURE
àl'élection qui a eſté faite du dernierDoge.
Apres les Ballotations ordinaires
, les quarante-un Electeurs
qui demeurerent ayant eſté confirmez
par le Grand Conſeil
le 25. Janvier dernier , ils s'enfermerent
dés le jour meſme , &
balancerent longtemps entre huit
Sujets d'un grand mérite qui
partagerent les voix. Ce furent
Le Seigneur Silvestre Valier,
Chevalier & Procurateur de S.
Marc.
Le Seigneur Pierre Dona ,Procurateur.
Le Seigneur André Cornaro,
Procurateur.
• Le Seigneur Aluiſe Mocenigo-
Secondo .
Le Seigneur Antoine Grimani,
Chevalier & Procurateur .
Le Seigneur François MoroGALAN
T.
ISI
fini , Chevalier , & Procurateur.
Le Seigneur pierre Baſadona
procurateur.
Le Seigneur Aluiſe da Moſto,
Procurateur.
Ces Electeurs n'ayant pû s'accorder
ſur ces huit, convinrent le
lendemain 26. d'élire le Seigneur
- Marc-Antoine Iuftiniani,Chevalier
& Procurateur , qui eſtoit
Ambaſſadeur en France il y a
quelques années. Onalla d'abord
chez luy , pour luy annoncer la
pouvelle de fon élection. Il en
- fut furpris , parce qu'il ne s'y attendoit
pas. On l'amena au Palais
; & comme la République ne
laiſſe jamais gouſter à ſes Princes
- aucune joye , qu'elle ne la mefle
de quelque amertume , qui leur
faſſe reſſentir le poids de la fervitude
à laquelle leur condition
les engage , on le fit paſſer ſelon
la coûtume par la Salle où ſon
4 G4
152
MERCVRE
Corps doit eſtre expoſé apres ſa
mort. Ce fut- là qu'il reçeut par
la bouche du Grand Chancelier
les complimens de fon exaltation,
pour le faire ſouvenir que ce ſera
dans ce meſme lieu que l'on examinera
quand il ſera mort , fu
pendant ſa vie , il aura reglé fes
actions ſur l'équité. Le 27. on fir
la cerémonie de le couronner . Ce
nouveau Doge , en Veſte d'Ecarlate
, avec une eſpece de Toque
rouge fur ſa teſte , defcendit
d'abord dans l'Egliſe de S. Marc ,
accompagné de la Seigneurie ,
& des quarante- un Nobles qui
l'avoient éleu. Enſuite il monta
dans une maniere de Jubé qui eft
aſſez grand , & là il ſe montra ,
& parla au Peuple , qui cria auffitoſt
, Viva Giustiniani. Cela fait ,
il deſcendit du lubé , & alla au
Maiſtre Autel , où le Primicier
reveſtu des Habits Pontificaux ,
GALANT.
153
1
1
Iuy préſenta le Livre des Evangiles
, fur lequel le Doge mit la
main , pour marquer qu'il promettoit
d'obſerver , & de faire
obſerver les Loix de la République.
De-là il vint au milieu de
l'Egliſe , où il y avoit une Machine
en forme de Galere , dans laquelle
il ſe mit avec le Sénateur
Zuanne Giustiniani ſon Frere ,
&un de ſes Neveux. Derriere
eux , eſtoit l'Amiral de l'Arsenal,
qui ſe tint debout. Si- toſt qu'ils
furent ainſi placez fur cette Machine
, cinquante Ouvriers de
l'Arsenal l'éleverent fur leurss
épaules , & la porterent hors de
l'Eglife ,& tout le long de la Place.
Elle estoit remplie d'une infinité
de monde , accouru de tou
tes parts , pour voir paſſer le nouveau
Doge , qui dés la Porte de
l'Egliſe jetta continuellement des
GS
154 MERCURE
verent.
Pieces d'argent de toutes fortes.
Son Frere & ſon Neveu en uferent
comme luy , juſqu'à cequ'il
futde retour à la Porte du Palais,
où il jetta quantité de Sequins
aux pauvres Nobles qui s'y trou-
Il entra ainſi dans la
Court du Palais , où il deſcendit
de la Machine , ſur le grand Degré
qu'on appelle la Scala de Giganti.
Il y fut reçeu par tous les
Sénateurs qui l'avoient accompagnez
dans l'Eglife , & lors qu'il
fut au haut du Degré , où il y a
une Galerie , on luy mit ſur la
teſte la Corne Ducale , qui eſt
tres- belle & tres - riche , par le
grand nombre de Pierreries dont
elle est toute couverte. Dans cer
état , il ſe montra de nouveau au
Peuple par un Balcon de la Gaterie
, d'où il luy parla encore ,&
enſuite ilmonta en ſon AparteGALANT.
155
-
ment. Tout autourdela Machine
dans laquelle il fut porté par toute
la Place , il y avoit quantité
deGens de l'Arsenal , ayant chacun
un Baſton rouge àla main.
Monfieur Amelot , Ambaſſadeur
de France à Veniſe , a complimenté
ce nouveau Doge. C'eſt
le 106. qui ait eſté reconnu pour
Prince ,depuis qu'on a étably
cette Dignité. Pendant les trois
jours qu'a duré la Feſte , on a fait
des Feux des joye dans la Place,
& jetté beaucoup de Pain& de
Monnoye par les Feneſtres ..
Il court icy de nouvelles Ballades
, ajoûtées depuis peu aux
premieres par Monfieur le Duc
de S. Aignan , & je vous avouë,
Madame , qu'elles m'ont embaraffé.
J'ay crû qu'ily auroit de
l'injustice à refuſer aux Curieux,
ce qui a eſté ſi agreable à toute
G6
156 MERCURE
laCour , & j'ay craint en meſme
temps de faire ſoufrir la modeſtie
de ce Duc , comme cela m'eſt
arrivé pluſieurs fois ; mais enfin
je me ſuis déterminé à les rendre
publiques dans cette Lettre ,
voyant qu'elles le ſont déja , par
le grand nombre de Copies qui
en ont eſté faites , la plupart
pleines de fautes , auſſi bien que
de celles de Madame des Houlieres..
SECONDE BALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponſe à celle qui commence
par ces mots, Duc plus
vaillant , &c.
L'heureux temps, où les fiers
Paladins
GALANT. 157
T
Alleient par tout cherchant les
avantures وم
Où fans dormir non plus que font
Lutins,
Sans eftre las de porter leurs armu
res;
Princes & Roys , de Vins & Con
fitures
Les régaloient aufortir des Festins !!
Dames , à bon droits des beaux Efprits
chérie,
Qui faites cas de Guerriers valeureux
Est- il rien tel qu'Art de Chevalerie ??
Hut- il jamais un Métier plus heureux
??
Ces Damoiſels s'ébatoient aux jars
dins
Bien atournezde pompeusės vestures..
Là plusvermeils qu'on ne peintChé--
rubins,
Chapeaux de Fleurs mis far leurss
chevelures
158
MERCURE
Se déduisoient en Superbes parures ,
Gentils furcots , toiles d'or & ſatins.
De les voir tels toute ame estoit ravie,
Tant avoiet l'air de Gens victorieux.
Damefans pair , dites- nous , je vous
prie ,
Fut- il jamais un Métier plus heureux
?
S'il avenoit que félons Aſſaſſins
En dur cobat leurfiffent des bleſſures,
Ianulmétiern'avoient de Médecins,
Filles de Roys, moult belles Créatures,
Qu'on renommoitpour leurssçavantes
cures ,
Sur Lits mollets &furriches Couffins,
Chacune à part de leur douleur marrie
,
Les confolant&Se tenantprés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perſonne
guérie.
Fut-il jamais un Métier plus heureux
?
GALANT. 159
םי
Moy, qui toûjoursSurpaſſant maint
Blondins
En vrais effets ainſi qu'en Ecritures,,
Ay depuis deu mis au jour deux
Bambins ,
Dont onferoit d'agréables peintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Ie veux encor par moult nobles def
Seins
Des Ennemis voir la face blémie ,
Et leur donner un afſaut vigoureux ,
Puis toft apres retourner vers m'amie...
Fut- il jamais un Métier plus heureux
?
م
ENVOY.
Que puissiez- vous , Dame au coeur
génereux ,
Voiren honneurs toujoursvôtreMes
gnie
Et qu'un Germain bien digne de vos
Vaux
160 MERCVRE
Puisse bien- toſtpoſſeder Abaïe,
D'un bon raport , commode , &fort
nombreux ,
Si que mitré, content &glorieux,
Entel déduit quelquefois il s'écrie ,
Fut- il jamais un Métier plus heureux
?
Vous remarquerez ,Madame,
quedans la Ballade àlaquelle cel
le- cy ſert de Réponſe , & queje
vous envoyay le dernier mois ,
on a mis par mégarde ,
D'encombriers vous fortez Sans
furie..
Il falloit mettre
D'encombriers vous fortezSans
faerie..
GALANT. 161
TROISIEME BALLADE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A M le Duc de S. Aignan ,
Torsimmortel queparfait héroï
que
Chevalerie en tous lieux acqueroit
Vousfait aimer ce teps hyperbolique.
Quant est de moy , ce qui plus m'en
plairoit ,
Cen'est combat, vesture magnifique,
Tournoy fameux , mais bien Amour
antique ,
Dont triste mortſeule voyoit le bout.
Bon Chevalier , que tout craint &
revére ,
Ainsi le monde en sentimens difére ;
Opinion chez les Hommes fair
tout.
L'un rit de tout; l'autremélancolique
162 MERCURE
D'Arlequin mesme en mille ans ne
riroit.
L'un pour iouër fait devenirhétique
Son train & luy;l'autrene trocqueroit
Pour mines d'or fa verve Poëtique.
L'un de toute oeuvre entreprend la
Critique ,
Etfaitsouvet conte àdormirdebout.
L'autreàfongréréglat le Ministere,
De ſe régler ne s'embarraſſe guere ;
Opinion chez les Hommes fait
tout.
Eſpoir de gain fait faire aux flots
la nique ,
Désir de gloire en périlleux endroit
Conduit Gwerriers. Nature pacifique
Aux Magistratsmet en tête le Droit.
Ambition fait que le coffre on pique.
Vanité fait que Philosophe explique
Comment tout vient, en quoy tout fe
réſout.
ChaqueMortel coiffédesa chimere,
GALANT.
163
Croit à part - Soy que mieux on ne
peut faire ;
Opinion chez les Hommes fair
tout.
Non moins diverſe en chaque Répisblique
Eſt la Coûtume,icy punir on voit
Soeur avec quifon Frere prévarique,
Et la Perſane enſon Lit le reçoit.
Germains font cas de la liqueur Bachique
,
LeMusulman endéféd la pratique.
Subtil larcin Lacedémone abfout.
Où le Soleilmonte ſur l'Hémisphere.
Par piétéle Fils meurtrit ſon Pere ;
Opinion chez les Hommes fait
tout.
ENVOY.
DVC,dont le los vole duſein Perfique
Iusqu'où Phébusfinitſon tour oblique
De mon Germainpoint ne sçavez le
goût.
164 MERCURE
Groffe Abbaie à la Mitre ilpréfere,
Trop lourd,dit- il, estfacré Caractere.
Opinion chez les Hommes fait
tout.
Monfieur le Duc de S. Aignan
a répondu à Madame des Houlieres
par ce galant Madrigal .
Puis
Vis qu'aupres de vos Vers tous
les autres font fades ,
Aujourd'huy pour longtemps je res
nonce aux Ballades.
Et ne fais qu'applaudir à celle que
je voy.
Les plus charmans Ecritsne valent
pas les vostres ;
Mais tous les beaux Efprits jugeront
commemoy ,
Qu'estant vaincupar vous , on peut
vaincre les autres..
Ce n'eſt pas tout ce que je
vous diray de ce Duc. Je ne puis
GALANT. 165
!
a
S
m'empeſcher d'ajoûter icy un Divertiſſement
, qu'il a donné à
Madame la Dauphine dans les
derniers jours du Carnaval. C'a
eſté par un Concert de Voix &
d'Inſtrumens , pour lequel il fit
quelques Paroles , & meſme un
des Airs , de naturel ſeulement
ſans qu'il ſcache la Muſique. Ce
petit Concert eut tout le ſuccés
qu'il en pouvoit eſperer. En voicy
les Vers.
RECIT DE LA VICTOIRE.
ΟΥ qui dansſes fameux
MO
Exploits
Ayſuivy le plus grand des Roys,
Et l'ay fait triompher ſur la Terre
Sur l'onde ,
En le rendant l'amour ou la terreur
du monde ;
Apres avoir chargé lefront de fes
Guerriers
166 MERCURE
D'un nombre infiny de Lauriers.
Je mets enfin toute ma gloire
En mon attachementpour une autre
VICTOIRE .
4
UN DES SUIVANS
de la Victoire.
Lle joint la ſageſſe àde fi doux
appas
Qu'il n'est rien de tel icy- bas;
Elle impofe des Loix àtout ce qui
refpire ;
Et m'engageàluy dire
GAVOTE.
Ncomparable Dauphine ,
Qui charmez toute la Cour ,
Donc, par la bonté Divine,
UnSecond Fils voit lejour.
Que de bonheur , que degloire
La France reçoit de vous ,
Et que l'aimable VICTOIRE
GALANT.
167
Plaiſt àfonAuguste Epoux !
Que vostre grace charmante
A voſtre abord nous furprit ,
Et qu'une clarté brillante
Eclata dans vostre Esprit !
Que d'un bonheurſans limite
Le Ciel comble vos ſouhaits ;
S'il est égal au mérité ,
Il ne finira jamais.
Que vos deux aimables Princes
Faſſent un jour leur devoir ,
Et que toutes les Provinces
Reconnoiſſent leur pouvoir.
UN AUTRE DES SVIVANS
de la Victoire .
FAſſe le ciel que fuivant nos défirs
La gloire , & les plaiſirs ,
D'uneprospéritéquiſurpaſſe l'envie,
168 MERCVRE
Couronnent voſtre belle vie.
MENUET.
Ve de biens cette VICTOIRE
donne !
Que le Cielfavoriſe nos voeux !
Voyez , Mortels , l'éclat qui l'envi
ronne ,
En laſervant vousferez trop heureux.
Si lefeu desesyeux vous enchante.
Alesvoirbornez tous vos défirs ;
Ceseroit trop qu'uneflame innocente,
EtSaVertu défendjusqu'auxfoûpirs.
TOUS ENSEMBLE.
Q
V'un grand Prince digne de
VOUS ,
Et d'un aimable Epoux ,
Confirme de nouveau bientoſtparfa
naissance
Lebonheurde la France.
Quoy
GALANT . 169
Quoy que tous les Airs ayent
eſté fort applaudis , eſtant de la
Compoſition du Sieur Daches ,
de la Muſique du Roy , ceux de
la Gavote & du Menüet ont paru
ſi agreables , & fi propres aux
Paroles qu'on voudra faire defſus
, que je vous les envoye notez
, afin que vos illuſtres Amies
ayent dequoy vous divertir par
une choſe qui à eſté trouvée ſi
galante .
Voicy un Madrigal Italien
adreflé au meſme Duc , ſur ſa
Réponſe àla Ballade de Madame
des Houlieres , dans laquelle ſont
ces deux Vers.
Don de mercy feul il n'a pas en
vevë ,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Fevrier 1684 .
H
:
170 MERCURE
MADRIGALE
DEL SIGNOR MARCOAntonio
Campo Pio.
Appena appeua intrifo
Era ne l'oro uno amoroſoſtrale ;
Efacea tempofa piaga mortale ,
Elapiagafanavaunguardo un riſo.
Ora il dardo di Amore ,
S'ei tutt'oro non è , non guigne al core.
Così cantavaſu la dotta Cetra
Saffo novella ; e fea l'amor venale,
Quando il gran Titiro , in cui laſua
faretra
Vuotò ſpeſſo l'Amore , in leifi affiſſe.
ofaffo taciledameapprendi or,diſſe,
Che noſtra età non vende no il decoro ,
E lafede , e l'amor non è ne l'oro .
Je vous appris ily a quelque
temps, que le Roy avoit donné
GALANT..
171
la Charge de Premier Valet de
Chambre de Madame la Dauphine,
qui n'avoit point encore eſté
remplie , à Monfieur Moreau,
Premier Valet de Garderobe de
Sa Majesté , dont la probité &
la ſageſſe luy eſtoient connuës .
llobtint quelques mois apres la
permiſſion de la vendre , pourveu
qu'il propoſaſt un Sujet qui fuſt
agreable. Le choix eſt tombé fur
Monfieur de Cheſnedé. C'eſt
un jeune Gentilhomme qui ac
compagna Monfieur de Croiſſy
àMunic, lors que ce Miniſtre y
alla pour travailler au Mariage
de Monſeigneur le Dauphin. Il
eut meſme l'honneur à fon retour
, de dire au Roy des nouvelles
de la celébration du Mariage,
&du départ de Madame la Dauphinepour
venir en France ; &
il fut fi exact à remarquer tout
H 2
172 MERCURE
ce qui regardoit cette grande
affaire , que ce fut ſur ſes Mémoires
que je vous en envoyay une
Relation au mois de Mars 1680.
qu'on a depuis imprimée , & qui
contient un Volume entier. Le
mérite du Pere & du Fils , a fait
obtenir du Roy l'agrément de
la Charge que je vous viens
de marquer , & Monfieur le
Controlleur General qui le connoiſt
particulierement , en rendit
témoignage à Sa Majeſté. Le
Pere qui eſt Avocat , & Procureur
du Roy en l'Election de Paris
, a efté Subſtitut de la Chambre
de Iuftice juſqu'en 1669.
qu'elle finit. Il fait encore aujourd'huy
la fonction de Procureur
du Roy dans la Commiffion établie
par Sa Majeſté , pour la recherche
des abus commis par les
Tréſoriers Provinciaux de l'ExGALANT.
173
traordinaire des Guerres. Il a eu
pluſieurs autres Commiffions
importantes pour le ſervice de
Sa Majefté.
Monfieurle Marquis de Cheverny
ayant eſté nommé pour
Envoyé Extraordinaire à la Cour
de l'Empereur , en la place de
Monfieur le Marquis de Seppeville
eſt party depuis quelques
jours pour ſe rendre à Linız. II
eſt Fils defeu Monfieur de Monglas
, maiſtre de la Garderobe du
Roy. Madame de Monglas ſa
Mere , a l'eſprit ſi penetrant & fi
éclairé, qu'on ne doitpas s'étonner
des vives lumieresque le Fils
poſſede...
Monfieurle Comte de Roucy,
Eils aîné de Monfieur le Comte
de Roye , ayant eſté inſtruit des
veritez de la Religion Catholique
par Monfieur l'Eveſque de
H3
174 MERCURE
Meaux , ſi ſçavant dans ces ma
tieres ,a fait depuis peu abjuration
de l'Héreſie de Calvin , entre
lesmains de ce grand Prélat..
La meſme abjuration a eſté
faite par Monfieur le Marquis de
Vauffieux,& Mademoiselle de
Vauffieux ſa Soeur. L'exemple
deMadame la Marquiſede Vauf-
Geux leur Mere , qui fit profeffion
de la Réligion Catholique il
y a un an , ayant commencé à
les ébranler , Sa Majeſté ordonna
par Lettres de Cachet à Monfieur
de Morangis , Intendant
en Normandie ,de les faire venir
aupres de Monfieur de Berin
ghen , ſon Premier Ecuyer , &
leur Grand Oncle , pour les faire
inſtruire pendant fix mois , &
leur laiffer enſuite le choix du
party qu'ils voudroient prendre
Apresplufieursconférencesqu'ils
GALANT .
175
ont euës avec Monfieur l'Abbé
du Pin , ils ſe ſont trouvez perfuadez
, & ont abjuré entre les
mains de Monfieur l'Archevefque
de Paris , en préſence de
Monfieur le Curé de S. Germain
l'Auxerrois , leur Paroiffe. Monfieur
le Marquis de Vauſſieux eſt
de Normandie.
Le premier jour de ce mois ,
Me de la Feüille - Merville , Inſpeteur
du grand Canal Royal de la
communication des deux mers , &
des Travaux dans le Languedoc
& la Guyenne , mourut chez
Mr le Comte de Bapaulme ſon
Beau Frere . C'eſtoit un Homme
d'un mérire fingulier ; & l'un des
plus habiles ingénieurs de fon
fiecle.
Meſſire François Lotin de Charny
, Conſeiller en la Grand'-
Chambre du Parlement , & au-
H 4
176 MERCURE
1
paravant Préſident aux Enquêres
, eſt mort auſſi depuis peu de
jours. Il avoit eſté reçeu Conſeiller
le 12. Mars 1632.
J'oubliay à vous mander la
derniere fois que la Fille deMon
fieur le marquis de montandre,
apres avoir fait ſon Novitiat au
Convent des Religieuſes Urfulines
de S. Jeand'Angély , y a fait
ſes Voeux depuis deux mois, entre
les mains de Monfieur l'Eveſque
de Xaintes , avec une réſignation
& une conſtance ,qui firent connoiſtre
combien ſa Vocation
eſtoit parfaite. L'Aſſemblée étoit
compoſée de la Nobleſſe voifine
, & de pluſieurs Perfonnes
de qualité , entr'autres de
Meſſieurs les marquis d'Aubeterre
, & de Pont , de Mesdames
leurs Femmes , de madame de S.
Martin de la Coudre , & de beaucoup
d'autres . Monfieur RouffeGALANT.
177
let , Chanoine de la Ville de
Xaintes , qui avoit preſché cette
illuſtre Profeſſe dans le temps
qu'elle prit le Voile blanc , la
preſcha encore dans cette der
niere Ceremonie. Il répondità
l'attente qu'on avoit de luy. Le
grand talent qu'il a pour laChaire
, le fait ſouvent employen en
ces fortes d'occaſions , & dans dess
ſolemnitez les plus éclatantes
comme vous l'avez pû voir par
ce que je vous en ay dit au mois
de Juin dernier. le vous appris
alors qu'il eſt Frere du Lieutenant
Criminel de S. Jean d'Angely
;& je croy devoir ajoûter icy ,
que ſi ce Chanoine a beaucoup
de zele en ſes Prédications , ce
Magiftrat n'en a pas moins pour
faire obſerver les Déclarations
du Roy , touchant la Religion . Il
en a donné une nouvelle preuve
Η
1781 MERCURE
en rendant une Sentence, par!
laquelle il a interdit l'exercice de
la R. P. R. à Thors , & le Miniſtre
de ce Lieu , pour y avoir re
çen pluſieurs Relaps , qu'il a auffi
condamnez aux peines portées
par les Déclarations . On doit
admirer l'effet de la Grace dans
la Profeffion de la Religieufe
dontje vous parle , puis qu'outre
les belles qualitez d'eſprit & de
Corps qu'elle a fi genéreusement
cachées ſous'le Voile , elle a fair
voir un noble mépris des grandeurs
du fiecle en renonçant aux
avantages qu'elle pouvoit eſpérer
de ſa naiſſance qui est tres-confidérable.
Monfieur fon Pere
porte le nom de la Roche- foucaut
, avec celuy de Fonſeque,
à cauſe qu'un de fes Prédeceffeurs
a épousé une Fonſeque , qui
eſt d'une Maiſon des plus diſtinGALANT.
179
guées parmy les Grands d'Eſpagne.
Madame ſa Mere eſt proche
Parente de Monfieur le Pelletier
Controlleur General des Finan-
Lees.
Le 15. de ce mois , Meffire:
François-René le Tellier , Conſeiller
en la Cour des Aydes ,
épouſa Mademoiselle Mariane
Chevalier , Fille de Meffire lacques
Chevalier , Seigneur du
Baucher , Vicomte de Courtavant
& de la Montagne , & de
Dame Anne Olier de Bourzeis ,
Niéce de feu Monfieur l'Abbé
de Borzeis de l'Accadémie Françoiſe,
l'undes plus ſcavansHommes
de ce fiecle. Cette nouvelle
Mariée n'a que treize ans & de--
my , & eſt encore fort petite ,
mais il feroit mal- aifé d'avoir plus
de belles qualitez qu'elle en a. Il
n'y apreſque point d'Art qu'elle
H6
180 MERCURE
ne ſcache ; & une Perſonne de
grand mérite qui la connoiſt à
fond , a dit fort agreablement
d'elle , qu'il ne falloit pas demander
ce qu'elle ſçavoit , mais ce
qu'elle ne ſçavoit pas,. Comme
elle a l'eſprit extrémement vif,.
&l'imgination tres- prompte , on
a eu fort peu de peine à luy apprendre
preſque en meſme:
temps , l'Histoire , la Langue Ita--
lienne, le Blafon , la Geographies
l'Arithmétique & la Muſique..
Elle dance, finement , joüe du
Claveffin comme les plus habiles
Maiſtres , peint affez bien , & ne
s'entend pas mal à deſſigner. Il
ſeroit meſme affez dangereux de
parler Latin devant elle , ſi on
ne vouloit pas en eſtre entendu.
Cependant elle feroit fâchée
qu'on crût dans le monde qu'elle
cuft appris cette Langue , qu'elle
GALANT. 18
abandonne aux Sçavans.
Il s'eft fait ce Carnaval une
Societé entre un certain nombre:
d'honneſtes Gens , dont les plaifirs
,quoy que ſans éclat, onteſté
fort agreables. Ils ſe traitoient:
tour àtour, & la Compagnie ſe
rendoit dés le matin chez celuy
qui devoit eſtre le Héros de la
Feſte. Le Déjeûné par où l'on
commençoit , & qui ordinairement
ſervoit de Dîné , duroit
depuis neufheures juſqu'à onze..
On quittoit la table pour entrer
dans une Chambre , où pluſieu: ss
Bureaux estoientdiſpoſez pour le
leu ; & comme en établiſſant la
Societé , ceux qui la compoſoient
s'eſtoient fait des regles pourleurs
divertiſſemens , il avoit eſté ré
ſolu que l'on ne joüeroit que juſ
qu'à trois heures , & que les Plai
firs de l'apreſdînée ſeroient tou
182 MERCURE
jours diferens. Ainsi , l'Opéra , la
Comédie , le Bal ,& lesConcerts,
fuccedoient les uns aux autres ,
& par cette charmante diverſité,
chaque journée ſe paſſoit d'une
maniere agreable.Quoyquetous
ceux qui avoient à régaler , s'en
acquitaſſent tres-bien , Monfieur
de.... l'emporta fur tout les autres.
Il s'eftoit commencé chez un des
premiers qui avoient traité , une :
Plaiſanterie qui luy fournit le fu
jetd'un nouveau plaifir. Ille voulut
donner à la Compagnie , &
en fit part àquelques-unes des
Dames , qui s'engagerent ày tenir
leur partie. Ces Dames ayant
trouvé à un des Repas qui s'étoient
faits, un Gentilhomme qui
n'étoit point de leurs plaiſirs , &
qu'ellesſçavoient n'être pas d'hu
meur à faire aucune dépenſe, elles
le tournérent en tant de façons , 3
GALANT. 183
quelles l'obligérentàprendrejour
pour leur donner un divertiſſe
ment ſemblable à celuy dont il
eſtoit le témoin. Elles poufférent
la plaiſanteric juſqu'à luy demander
une Caution , & il falur que
le Maiſtre du Logis luy en ſerviſt;
mais au jour nommé pour le Ré
gale , le Gentilhomme fit dire
qu'il ne pouvoit pas ſe diſpenſer
de partir en diligence pour aller
en Province , où l'appelloient des
affaires qui ne ſouffroient point :
de retardement. Les Dames ſe :
plaignirent àſa Caution , qui bla- -
ma comme elles la honteuſe excuſedu
Gentilhomme , fans fonger
pourtant à fatisfaire pour luy...
Ce fut fur cela que le divertiſſement
qui fuit fur réfolu. Le jour
qu'il fe donna , avoit eſté marqué :
pour un Concert. Ainfi P'heure
eſtant venuë de quitter le Jen ,,
184 MERCURE
toute la Compagnieſe renditdans
une Salle , où elle trouva une
nuit tres-agréable. Les Rideaux
eſtoient tirez devant les Feneſtres
, &un fort grand nombrede
Bougies éclairoit la Salle. Chacun
fut furpris de n'y point voir
de Muſiciens , ny meſme de préparation
pour un Concert. Cer
étonnementduroit encore,quand
une eſpece de Cloiſon que couvroit
une tapiſſerie , ſe ſéparant
en deux , laiſſa voir une Décora.
tion telle que celle de l'Ate
d'Arlequin Protée , dans lequel on
plaide la Cauſe du Chien du
Docteur On voyoit une Tapiſſerie
& des Sieges Fleurdelyſez ,
&tout ce qui pouvoit faire con.
noiſtre que cet endroit eſtoit diſ
pofé poury rendre la Juſtice.Audeſſus
du Siége du principal Juge
eſtoit une Carte , fur laquelle
GALANT.
185
eſtoit écrit en Lettre d'or. Tribunal
de la Bonne - Foy. La même
Cerémonie qui s'obſerve dans
l'endroit où l'Arlequin fait le Perſonnage
d'Avocat fut obſervée
fur cette maniere de Théatre. On
entendit un Paix-là ,& l'on vit
en meſme temps paroiſtre nombre
de Perſonne toutes en Robes
, qui prirent leurs places. La
Cauſe du Clerc fut appellée , &
deux jeunes Garçons la plaidérent
avec applaudiſſement. Cela
eſtant fait , les Dames qui avoient
part àla plaifanterie, allérent aux
pieds du Juge , & luy préſentérent
une Requefte qu'une d'elles
tenoit en ſa main. Illa répondit ,
& un Sergent l'ayant priſe , alla
fur le champ la ſignifier à la Cauzion
du Gentilhomme dont il a
eſté parlé , qui ne sçavoit pas à
quoy devoient aboutir toutes ces
186 MERCURE
Ceremonies. On luy en donna
bien-toſt l'éclairciſſement , par la
lecture de la Requeſte , de l'Ordonnance
du Juge , & de l'Affignation.
On trouva cette plaiſanterie
admirable , & chacun, aufſibien
que le Juge , condamna la
Caution à fatisfaire les Dames.
Le Cavalier eſtoit trop galant
pour ne pas recevoir de bonne
grace tout cequ'on luy dit fur ce
ſujet. Il pria qu'on ne fiſt plusde
pourſuites , & promit qu'il ſe tireroit
d'affaire; cequ'il fit quel
ques jours apres , une nouvelle
Feſte. Auffi toſt que le Sergent
eut rempiy ſa fonction , la Cloiſon
ſe referma , & tous ces Juges,
qui estoient autant de Muſiciens ,
ne tardérent pas à ſe mettre en
étatde divertir la Compagnie par
un Concert dans ce meſme endroit
, qui pour ſeconde Décos
GALANT.
187
ration fit voir une Alcove d'une
grandepropreté . Jugez des loianges
qu'on donna au maiſtre dela
Maiſon , ſur la maniere galante
dont il avoit aſſaiſonné le Régale.
Le Gouvernement de Niort.
ayant vaqué par la mort de Monſieur
le Maréchal Duc de Navailles
, Sa Majeſté en a gratifié Monfieur
le Chevalier de la Hoguette,
Enſeigne de la Premiere Compagnie
des Mouſquetaires. It eſt
Neveu de feu Monfieur de Peré
fize,Précepteurde Sa Majesté, &
Archeveſque de Paris , & Frere
de Monfieur l'Eveſque de Poitiers.
Apeine avoit-il la force de
fupporter les fatigues de laGuerre
, qu'il ſe mit dans le Service. Il
eſt auſſi ſage qu'il eſt brave ; &
l'on ne sçauroit douter de ſon in
trépidité , puis qu'il fut un des
188 MERCURE
premiers qui entrérent dans Valenciennes
, lors que cette Place
fut conquiſe l'Epée à la main .
Quoy que la France ſoit le plus
riche & le plus floriſſant Royaume
du monde, & qu'elle fourniffe
au Roy plufieurs fois chaquejour
dequoy récompenfer ceux qui
ont l'avantage de ſe diftinguer
par leurs ſervices , le Roy qui a
l'ame toute libérale , ne laiſſe
pas de donner fouvent de ſon
propre Tréſor , des gratifications
&des Penſions , Monfieur le ma
réchal d'Eſtrées , Vice-Amiralde
France , en a eu cent mille franes
depuis peu de jours ,& Monfieur
le Comte d'Estrées ſon Fils , Capitaine
de Vaiſſeau , une Penfion
de quatre mille livres. Comme
leurs ſervices parlent , il n'eſt pas
néceſſaire d'en rien dire .
Monfieur le Pelletier , Con
GALANT. 189
trolleur General des Finances , a
eſté auſſi gratifié de la ſomme de
cent mille francs , en conſidération
du Mariage de Mademoiselle
le Pelletier ſa Fille , avec Monſieur
d'Aligre , Petit- Fils du
dernier Chancelier de ce nom.
Comme il en a une mariée à
- Monfieur d'Argouges , il a prié le
Roy de trouver bonqu'il luy donnaſt
la moitiéde cette ſomme,
- afin que ſes deux Gendres & fes
deux Filles euſſent une part égale
aux bienfaits de ce grand Prince.
Tant de bonté , de prudence , &
de conduite , fait connoiſtre ce
que l'on doit eſpérer de luy
dans l'Adminiſtration des Finances.
Monfieur Magnin a eu beau.
coup de raiſon de joindre ces
mots pour ame , Quis amantior
aqui ? à un Equerre dont il fait le
corps de ſa Deviſe. Il l'a expliquée
par ce Madrigal.
190 MERCURE
MA A droiture réguliere
Dans tous mes emplois diversi
D'uneſenſible maniere
: Me distingue quand jeſers.
Le ne puis rien fouffrir d'inégal ny
d'oblique,
Et je montre avecfuccés
Ou le defaut , ou l'excés
Des choses où l'on m'applique.
Monfieur le Maréchal deBellefond
, & Monfieur le Comte
de Choiſeüil , qui doivent commander
en Chef des Armées de
Sa Majeſté, en ont auſſi eu des gratifications
en argent comptant.
Ce Monarque , qui en toutes
fortes d'occafions a donné des
marques de la conſidération , de
l'eſtime , &de la tendreſſe qu'il
avoit pour la Reyne , a voulu
GALANT. 191
faire connoiſtre combien ſon ſouvenir
luy eſtoit cher , en gratifiant
Madame Devizé de la ſomme
de quarante mille livres d'argent
comprant , & de deux mille
écus de Penſion , à cauſe de l'amitié
dont cette Princeſſe l'honoroit
, & des ſervices qu'elle en
avoit reçûs depuis qu'elle estoit
en France.
Monfieur Clément , qui a eu
l'honneur d'accoucher Madame
la Dauphine des deux Princes
dont la Naiſſance adonné tant de
joye àtous les François , & qui
avoit cu déja des gratifications
conſidérable à celle de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
vient auſſi d'avoir quatre cens
écus de Penſion deSa Majesté ,
&deux mille écus d'argent comprans.
Il s'est fait encore d'autres
libéralité , dont je ne ſuis pas in
192
MERCURE
ſtruit. Je vous en dis cependant
aſſez , pour vous faire voir que
c'eſt avec beaucoup de raiſon
que je répons à l'Autheur des
Feüilles Satyriques , qu'il ſe trompe
lors qu'il prétend perfuader à
toute l'Europe , que les Finances
de France ſont épuiſées, puis que
tout y va d'un pas égal depuis le
Regne de LoürS LE GRAND , &
que la magnificence & les dons
de ce monarque font voir chaque
jour la meſme choſe.
Puis que cette Réponſe vous
a plû , je vay la continuer. Ces
Nouvelles ſecrettes , mais pourtant
publiques , qu'on envoye de
Hollande en France deux fois la
ſemaine , n'ont pour tître que la
Date qui eſt au-deſſus, mais elles
ne laiſſent pas d'être connuës
dans toute l'Europe , par le nom
de Lardons qu'on leur a donné.
J'avois
GALANT.
193
l'avois voulu éviter ce mot dans
ma Lettre de Janvier ; mais comme
il eſt icy auſſi commun que
chez tous les Etrangers , & que
l'uſage ſemble avoir adoucy ce
qu'il a de rude & de groffier , je
croy ne le devoir plus enveloper,
pour n'eſtre pas obligé d'uſer ſi
ſouvent de circonlocution. Apres
vous avoirdit le nom de ces Feüilles
, je vay vous apprendre en
general , & une fois pour toutes,
quel eneſt le but. Elles n'en ont
qu'un , ſur lequel elles roulent
toutes. C'eſt de faire croire à
tous les Princes , auſſi bien qu'à
tous les Peuples , par des raiſonnemens
fur toutes les chofes qui
arrivent, qu'on doit faire la guerre
au Roy. Que cette concluſion
ſoit juſte ou non , ces Feüilles
ſont faites pour conclure ainfi ;
&quoy qu'elles parlent d'affaires
Fevrier 1684. 1
194 MERCURE
diverſes , & dont les conféquences
doivent eſtre diférentes , parce
que les matieres ſont oppoſées
, tout ſe termine toûjours à
cela , ſoit qu'il y ait de la vrayſemblance
, ou non. Il eſt pourtant
tres- certain , que cette concluſion
eſt preſque toûjours auſſi
peu vray ſemblable , que fi
on vouloit ſoûtenir que deux
Perſonnes qui ſeroient parties le
matinde Paris en ſe tournant le
dos , & marchant toûjours ſur
une ligne droite, ſeroient arrivées
le ſoir au meſme lieu .
On trouve auſſi quelques Nouvelles
dans ces reüilles , dont la
plûpart , pour ne pas dire toutes ,
ne ſont fondées que ſur Ondit , &
ces Autheurs n'en rapportent
que de celles qui ſont avantageuſes
au Party qui les fait parler.
Iugez par là de la ſolidité des
GALAN T.
195
fur
raiſonnemens de ces Ouvrages,
& de la feûreté des Nouvelles
qu'ils' contiennent. le n'expoſe
rien touchantle ſuietde ces reüilles
, qui ne ſoit de fait conſtant,
& l'on n'en a jamais vu une ,
tout de celles qui s'appellent Le
grand Lardon , qui n'ait conclu
à la Guerre contre le Roy , apres
des Articles meſme dont naturellement
la concluſion devoit eſtre
toute contraire.
Je vay ſéparer mes Réponſes
ſelon les Dates de ces Nouvelles,
afin de ne point jetter d'embaras
dans l'eſprit de ceux qui les liront
, & que ceux qui les ont
lûës, connoiſſent plus facilement ,
que je ne fais dire à leurs Autheurs
, que ce qu'ils diſent effe-
Ctivement dans leurs Nouvelles.
Les Feüilles du 27. & du 28.Ianvier
contiennent beaucoup de
12
196 MERCURE
choſes auſquelles j'ay déja répondu.
On veut perfuader dans l'une
de ces reüilles , que l'Eſpagne n'a
point déclaré la guerre à la France
en Italie , afin de n'ôter pas à l'ltalie
les moyens de s'unir contre
leTurc. Cette genéroſité eſtbien
fauffe ,& ne sçauroit ébloüir perſonne.
L'Eſpagne qui n'a jamais
connu ſa foibleſſe au point qu'elle
la reſſent préſentement , voyant
qu'avec toutes les forces de ſes
Alliez , elle ne peut ſoûtenir la
Guerre contre la France en pluſieurs
endroits , voudroit ne la
point avoir en Italie , & que la
Chrétienté luy euſt obligation de
ce qu'elle n'y porte pas ſes Armes;
mais ſi elle eſt ſi charitable , elle
ne devoit point du tout déclarer
la Guerre. C'eſtoit un ſûr moyen
de porter tous les Princes de l'Europe
à ſe liguer contre les forces
GALANT. 197
du Turc. Ce n'eſt pas là tout le
sidicule de cet Article. On y ſuppoſe
, que parce qu'on n'a point
nommé l'Italie dans la Déclaration
, la Guerre n'y eſt point déclarée;
comme ſi lors qu'ondéclare
la Guerre à un Prince , il n'eſtois
paslibre à ce Prince de combattre
ſes Ennemis dans tous les lieux
qui ſont ſous leur Domination.
On trouve encore dans ces
Feüilles une repétition éternelle
des deſordres que nos Troupes
ont fait en Flandre. J'ay amplement
répondu à cela ; & comme
je ne me plais pas à repéter ainſi
que font ces Autheurs , je ne diray
rien de plus, finon qu'ils n'ont
qu'à lire Grotius dans ſon Livre
de jure belli & pacis , ilsy trouve-
Font que dans une Guerre déclarée
la Contribution eſt ouverte ,
&qu'il eſt permis de brûler les
13
198
MERCVRE
Habitations de ceux qui ne la
payent pas . Ce droit eſt égal aux
Parties , & lors que le plus fort a
l'avantage de s'en ſervir , le plus
foible n'en doit accuſer que ſa
foibleffe , & il y a de la lâcheté à
s'en plaindre d'une autre forte.
La République de Veniſe ne
traitera point avec l'Empereur ,
diſent ces Politiques , qu'elle ne
foit afſſuréeque la France ſoit toûjours
occupée avec l'Eſpagne.
C'eſt donc à dire , ſi l'on en croit
ces Autheurs ( car le contraire
paroiſt manifeſtement ) que Veniſe
, cette fage République , demande
que pour ſecourir la Chré
tienté , la Guerre ſoit entre les
Chrétiens . Selon toutes les apparences
elle doit ſouhaiter le contraires;
car loin de pouvoir faire
des Conqueſtes ſur les Turcs, elle
feroit mal fûre d'en ſoûtenir les
GALANT.
199
efforts , ſi l'Eſpagne & la France
eſtoient en guerre , puis qu'avec
leurs Alliez cela feroit la plus conſidérable
partie de l'Europe , qui
ne ſeroit plus guére en état de
préter des forces aux Vénitiens,
pour les défendre de l'Ennemy
contre lequel ils ſeroient entrez
en guerre de leur bon gré . Il eſt
plûtoſt à croire , qu'ayant beaucoup
de prudence , ils ne doivent
point figner de Ligue contre le
Turc , qu'ils n'ayent vû la Paix
bien établie entre la France &
toute la Maiſon d'Autriche , puis
que ſans cela ils ſe mettroient en
danger d'attirer contre eux toutes
les forces Ottomanes , & de
n'eſtre pas ſecourus.
On n'a jamais vû de commencement
fi extraordinaire , que ce
luy de la plus grande des trois
reüilles du premier de Fevrier.
14
200 MERCVRE
Le Prélude contient la moitié de
l'Ouvrage, & l'on y voit un grand
difcours , qui marquequ'on préferoit
autrefois l'Europe à l'Afie,
mais que préſentement l'Afie eſt
préferée, parce que tous les Princes
de l'Europe ont eſté connus
à fond , & ſe ſont laiſſez gagner
par leRoyTres- Chrétien. Ils ont,
dit cet Autheur , un tempérament
flegmatique , & la couleur de leurs
Fers eftpayée. Voila un grand difcours
qui ne ſignifie rien, & dont
la teſte eſt beaucoup plus groffe
quele corps. On ne fçait ce que
veut dire la couleurdes Fers des
Princes payée , car ſupoſe qu'ils
euſſent des Chaînes , celuy qui
les auroit enchaînez , les auroit
entierement payées , & non pas
ſeulement la couleur. Par ce raifonnement
, tous les Princes de
l'Europe , hors ceux de la Maiſon
A
GALANT.
d'Autriche , ſont d'un meſme caractere.
Comme cette égalité eſt
une chofc rare parmy les Hommes
, c'eſt une grande nouveauté
pour noſtre Siecle ; mais ce qui
eſt le plus ſurprenant , c'eſt que
tant de Souverains , élevez dans
L'Art de Regner , & conſommez
dans la Politique , ne connoifſent
pas ce qui leur eſt utile &
glorieux , & que l'Autheur des
Lardons ſcache leurs intéreſts
mieux qu'eux-meſmes . Il y a de
l'aparence qu'il pourroit ſetromper
, au moins la vray-ſemblance
ne ſe trouve-t- elle pas pour lay..
Il répete encore que la France en
veut à la Maiſon d'Autriche. Cependant
c'eſt un Fait conſtant
qu'elle n'y penſoit pas en 1672.
lors que le Roy entra en Hollande.
L'Eſpagne s'eſt miſe de la
partie. elle- mefme , en ſe décla
LS
202 MERCURE
rant contre la France des ce
temps- là. Elle fit alors armer inutilement
pluſieurs Souverains
contre le Roy. Sa déclaration &
ſes intrigues , n'aboutirent qu'à
Juy faire perdre les meilleures
Places qu'elle euſt en Flandre.
Ayant vû depuis tous ſes deffeins
avortez , & fes prétentions à la
Monarchie Univerſelle bien reculées
, elle a accuſé la Franced'y
aſpirer , parce qu'elle avoit peur
qu'elle n'y penſaſt ; mais on ſcait
que ces fortes de viſions n'ont
jamais eſté le foible des François,
& que la conduite que le Roy a
tenaë , & qu'il tient encore pour
le repos de l'Europe , y eſt direetement
oppoſée. Je l'ay prouvé
dans ma derniere Lettre. Ainſije
ne le repéteray pas icy , & ne repliqueray
rien à pluſieurs Articles
qui ne font que des repéti
GALANT.
203
tions auſquelles j'ay fatisfait.Dans
les Feüilles de la meſme date , on
fupoſe que le Pape ayant appris
de France , que l'Empereur a fait
la Paix avec le Turc , en eſt tom.
bé malade de chagrin ; ce dif
cours n'eſt encore qu'une repérition
de ceux qu'on a faits à plaiſir
fur le meſme ſujet dans les mes
mes Feüilles. On peut parler en
France ; les Etrangers quiy font,
écrivent ce qui leur plaiſt ; mais
ce n'eſt pas pour cela la France
qui parle. D'ailleurs le Pape n'ajoûte
pas de foy àde certaines
Nouvelles , qui ne font fondées
que fur ce qui court parmy le
Peuple , ſans que perſonne s'en
oſe avoüer l'Autheur. Il a des
moyens aiſez de ſçavoir les chofes
,& ne tomberoit pas malade
pour un bruit de Ville quin'a
nulle certitude , lors qu'il peur
16
204
MERCVRE
eſtre aſſuré que ſice bruit eſtoit
vray, les Nonces qu'il a dans tou
tes les Cours , luy dépeſcheroient
des Courriers for l'heure . Cet
Autheur leve enfin le maſque
dans les lignes ſuivantes . Il s'érige
en Cenſeur de tous les Electeurs,
&dit que l'Empire fait mal , de
preffer l'Empereur de s'accommoderavec
la France: Dans la fituation:
où ſont les Affaires , on ne ſcauroit
lire ces paroles fans frémir ,
&on auroit de la peine àcroire
qu'elles viennent d'un Chrêtien..
Il eſt certain que ſi elles eſtoient :
d'un François , les Eſpagnols leur
ſerviroient d'écho , pour les faire
entendre par toute la Terre, avec
des Commentaires qui feroient :
connoiſtre tout le mal que la
Chreftienté en peut reffentir. Ce
Politique intéreſſe , n'en veut pas
demeurer là. Afin d'animer l'EnGALANT.
20
rope contre la France , il tâche de
prouver que la Campagne prochaine
, le Turc ſera ſur la défenfive
. Si ce qu'il dit eſtoit vray ,
& qu'un intéreſt particulier ne
fiſt pas agir celuy qui le fait parler
ainfi , au lieu d'exciter tous les
Chreſtiens au combat les uns.
contre les autres , il leur devroitperfuader
de s'unir pour profiter
de la foibleſſe du Turc; & fi les
forces de cet Ennemy eſtoient:
grandes , il devroit preſſer ces
meſmes Chrétiens de s'unir pour
luy réſiſter; mais tout cela n'entre
point en conſidération . Le Roy
a un mérite qui l'a élevé trop
haut; il faut chercher les moyens.
de l'abaiſſer. La Maiſon d'Autriche
n'en fçauroit ſoufrir l'éclat ;.
il faut l'affoiblir. La Chrétienté:
en ſoufrira , mais il n'importe ,,
pourveu qu'on tourne contre le
206 MERCURE
Roy les Armes qu'on devroit
tourner contre les Turcs. Si l'on
ne le dit pas tout- à-fait , on le fait
aſſez entendre par ces paroles ,
Il faut tenir teſte à deux , c'eſt à
dire au Roy & au Turc , ou plûtoſt
, c'eſt à dire , qu'il faut attaquer
le Roy , & ſe tenir fur la
défenſive contre le Turc. Ce raifonnement
est beau ſur le papier;
mais quelle eſt la ſûreté de ſes
effets , & qui répondra que l'on
puiſſe réſiſter à l'un de cesEnnemis
ſeulement ? On n'en avoit
qu'un à ſoûtenir la Campagne
derniere, on ſçait ce qu'en a fouffert
la Chrétienté , & que fans
un coup du Ciel , elle ne pouvoiε
éviter ſa ruine entiere. On peut
juger apres cela combien l'Allemagne
riſqueroit en voulant
combatre en meime temps , &
les François & les Turcs. On
GALANT.
207
peut s'imaginer la joye que ces
derniers en auroient , & quel
eſpoir de conqueſtes le partage
des Troupes Chrêtiennes leur
donneroit. Ce ſeroit preſque les
affurer du ſuccés de leurs entrepriſes
, puis que la victoire échape
fort rarement à ceux qui ſe
croyent affurez de vaincre. Enfin
toutes les Feüilles du 1. Fevrier,
ne font que pour exciter tous les
Princes de l'Europe à faire la
guerre à la France , & pour accuſer
la France de ce qu'on la
voit pancher à la Paix..Je me fers
du mot d'accuſer , parce qu'on.
ſemble luy vouloir faire un crime,
de ce qu'elle incline à mettre
toute l'Europe en repos; & dans
le meſme temps , par une contradiction
manifeſte , on luy reproche
de travailler à la Monarchie
Univerſelle. Comme laPaix
20.8 MERCURE
en éloigne , & qu'on n'y peut ar--
river que par la Guerre , tout ce
raiſonnement formé de contradictions
, ne peut paſſer que pour
un amas confus d'idées , priſes
ſans nulle reflexions . On trouve
dans l'une des Feüilles du 3. &
du s. un autre raiſonnement ,
par lequel l'Autheur prétend faire
voir qu'il n'y a que luy qui ſçache
bien raiſonner. Il conclut. ,.
que tous ceux qui ne font pas
d'avis de faire la guerre à la France
, ſont des ignorans dans les
Affaires Politiques , & rebat tout
ce qu'il a dit ſur cette matiere. Il
eſt ſi paſſionné dans cet Article ,
que ſi quelqu'un avoit eu créance
en luy , il ceſſeroit de l'avoir ,
tant il ſe déclare partial. Il eſt aigre
, inſultant , ne balance point
pour décider , ne veut pas ſeulement
examiner les raiſons de juGALANT
.
209
ſtice que la France peut avoir , &
n'en reconnoiſt que la puiſſance.
Il n'en faut pas davantage pour
montrer que celle du Roy , eſt
tout le ſujet du chagrin qu'il
donne à ſes Ennemis. Chacun
demeure d'accord qu'il y a tant
de diférence entre le Roy & le
Prince d'Orange , & que le Roy
eſt tellement au deſſus , qu'il n'y
a pas d'apparence qu'un Prince
fans Souveraineté , puiffe concevoir
de la jaloufie de ce grand
Monarque. Il ſe connoiff trop
bien pour cela ; mais comme if
reffent tout ce que la plus noble ,
& la plus dévorante ambition
peut inſpirer de plus violent , il
entretient la Maiſon d'Autriche
dans la jalouſie qu'elle a de la
grandeur de Sa Majeſté. Il exeite
pluſieurs Princes ſous ſon
nom , & ce qui nous flate Ou
a
210 MERCURE
nous eſt utile , nous plaiſant toujours
, & nous engageant agreablement
, la Maiſon d'Autriche
donne dans ce que fait le Prince
d'Orange. Elle ſe ſert de luy pour
abaiſſer la grandeur de la France,
fi c'eſt pourtant une choſe qui
luy ſoit poſſible;& il fe fert d'elle
pour tâcher de s'élever , s'il en
peut venir à bout ; & tout cela
aux dépens de la Chrétienté, puis
qu'on ne ſonge qu'à attaquer la
France , & à ſe défendre ſimplement
contre le Turc , au lieu
qu'on devroit employer toutes les
Forces Chrétiennes à repouſſer
le Turc , & faire la Paix avec la
France , ou accepter la Tréve
qu'elle offre.
On voit dans les meſmes Feüilles
une peinture par laquelle on
attribuë au Dannemarck, les maniéres
& les airs de la France , à
GALANT. 211
cauſe des Forces qu'il a fur pié.
Quoy qu'on ait prétendu par là
ne dire rien d'avantageux pour
ce Royaume , on doit demeurer
d'accord qu'en cherchant à le
blâmer , on luy a donné de grandes
loüanges . L'état floriſſant où
il ſe trouve , cauſe de la jalousie,
& cette jaloufie fait parler. On
a voulu dans le meſme endroit
loüer la Suéde . Il n'y a rien de furprenanten
cela. Elle eſt dans les
intéreſts du Prince d'Orange , &
l'Autheur des Feüilles eſt Dome
ſtique de ce Prince; c'eſt toute la
réponſe que je feray à cet Article.
On commence à prendre
des airs fiers dans les ſuivans ,
à cauſe de la réſolution priſe
par une partie des Etats Genéraux
, pour la levée des feize mille
Hommes , & de la maniere
qu'on en parle, il ſemble que ces
212 MERCURE
ſeize milleHommesdoivent avoir
un million de bras. Cependant
peu de Provinces conſentoient
alors à cette levée , & l'on ne voit
point encore qu'elle doive eſtre
faite par un conſentemet general.
Si celles qui s'y oppoſent ne font
pas en auſſi grand nombre que les
autres , elles ſont ſupérieures en
forces , & fans avoir recours à
leurs Bources , il eſt difficile de
faire aucunes levées en Hollande .
l'en ay fait voir les raiſons dans
une de mes Lettres . Il ne faut
pas s'étonner ſi l'on eſt de l'avis
du Prince d'Orange, dans un Lieu
où il fait ſa réſidence , où ſont ſes
Creatures , & où enfin il eſt le
plus fort de toutes manieres. J'aurois
là-deſſus pluſieurs choſes à
vous dire ; mais comme il ya
des veritez dans lesquelles il eſt
bon quelquefois de ne pas entrer
GALANT.. 213
je vous en laiſſe penſer ce qu'il
vous plaira. L'eſpoir de la levée
des ſeize mille Hommes ayant
relevé le courage de ceux qui ne
veulent point la Paix , on parle
de l'Aſſemblée des Hauts- Alliez
qui ſe doit tenir à la Haye , où
Valdec ſe doit trouver ; & ce
qui n'eſt jamais permis , on publie
ſon ſentiment avant l'ouverture
de cette Aſſemblée. On affure
que Valdec dit que la Guerre eſt
néceſſaire, & que le Roy d'Eſpagne
ne doit rien céder à la France.
Il a ſes raiſons particulieres ,
dont il ne doit pas dire le ſecret ,
non plus que le Medecin de Xerxés
, qui aimant les figues avec
paffion,& voulant en aller manger
dans un Païs éloigné , perſuada à
Xerxés qu'il devoit aller en ce
Païs- là , parce que l'air y eſtoit
tres- ſain , ce qui fit que ce Mo
4 MERCURE
narque arma trois cens mille
Hommes pour cette Conqueſte.
Il en eſt de meſme de Valdec ,
lors que pour avoir la Guerre , il
dit qu'il ne faut rien ceder à Sa
Majeſté. Sans la Guerre , il n'auroit
point d'Employ , & cet Employ
luy tient lieu des figues du
Roy de Perſe . Cependant il faut
croire Valdee , il faut faire la
Guerre , puis que Valdec l'a dit ;
c'eſt donc à Valdec à décider du
fort de l'Europe. En verité il fant
eſtre bien plein de Valdec , &
bien ajoûter foy à ce qui flate ,
pour tenir de tels diſcours. Ces
Feüilles finiffent par une exagération
des deſordres que les Eſpa
gnols ont faits en Catalogne , en
brûlant pluſieurs Villages. On
connoiſt par- là , que leur foibleſſe
ſeule les empeſche d'en faire de
meſme en Flandre , apres avoir
GALANT.
215
commencé les premiers à y brûler
,&que le ſeul dépit de n'eſtre
pas en état de ſe defendre , les
oblige à traiter d'injustice des
choſes , qui ont toûjours eſté
autoriſées & permiſes par les Loix
de la Guerre , du conſentement
des Parties meſmes .
Rien n'eſt plus ſpécieux , &
plus capable d'exciter de la curioſité
que le grand Lardon du 8 .
Fevrier. Il commence par une
peintere de la puiſſance de la
France , & dit que les Conférences
de la Haye ne feront rien ,
que tout ſemble né pour obéir au
Roy Tres-Chreſtien , qu'il a préveu
à tout , & que ſi l'on parle
ainſi de ce Monarque , ce n'eſt
point par haine , mais ſeulement
parce qu'on ne peut ſe taire fur
l'iniquité de ſes maximes. L'Autheur
a raiſon de dire que ce n'eſt
216 MERCURE
point par haine , car il n'eſt guére
poſſible d'avoir de la haine
pour ce qu'on eft abſolument forcé
d'admirer , mais une jalouſie
violente & pire que la haine, cauſée
par la grande élevation d'un
Prince , fait dire aux Autheurs
qui écrivent en faveur de ceux
qui en ſont jaloux , des choſes
bien ſemblables à la haine, & qui
échapent ſans qu'on les croye
vrayes On peut ſoûtenir que le
mot d'iniquité eſt de ce nombre.
Si l'on examine ce que le Roy a
fait pour l'Europe , loin d'y trouver
de l'iniquité , on y trouvera
tant dejuſtice , qu'à ne regarder
les choſes que du coſtéde la Politique
humaine, le trop de juſtice
de ce Prince ſeroit condamné ;
mais Loüis LE GRAND , meritant
ce titre par ſes Actions , a
toûjours ſacrifié ſes intéreſts à
ceux
GALAN T.
217
ceux de l'Europe , & c'eſt en cela
qu'il a fait , & fait encore confiſter
ſa gloire. Entre un fort grand
nombre de ces fortes d'Actions ,
je n'en veux examiner que trois
ou quatre ,& elles ſerviront de
Réponſe à ce motd'iniquité.
anLe Roy,de ſon bon gré , &
par une propofition faite par ce
Monarque mesme , a rendu une
fois toute la Franche- Comté , en
faveur de la Paix que demandoient
plufieurs Souverains. ז
Toutes les Places que le Roy
a cedées par le Traité de Nimégue
, n'ont eſt,é renduës que
parce que ce Prince a offert de
luy-meſme de les remettre , afin
qu'on rendiſt aux Suédois toutes
celles qu'ils avoient perduës dont
il eſtoit Garand , quoy qu'il euſt
de bonnes raiſons pour s'en difpenſer.
Je ne les dis point icy ,
Fourier 1684.
K
218 MERCURE
parce qu'elles pourroient me
mener trop loin.
On ſçait qu'il a eſté au pouvoir
du Roy de prendre Luxem
bourg , lors que les Turcs étoient
ſur le point d'entrer en Hongrie .
Ce que fit ce Prince en cette
rencontre , eſt au deſſus de tous
les éloges ; ce qu'il fait préſentement
ne l'eſt pas moins ; & le
dernier Mémoire que Monfieur
d'Avaux a préſenté aux Etats ,
marque combien la Chrétienté
luy eſt redevable. 0
Toutes ces choſes ſontde fair,
& il ne faue que les citer fans
aucuns raiſonnemens ,pour marquer
que les maximes du Roy ,
loin d'être remplies d'iniquité ,
font fondées ſur la justice . Cette
juſtice eſt ſouvent contraire à fes
intéreſts , mais elle donne un nou
vel éclat à la gloire qui le fait
GALANT.
219
briller au-deſſus de tous les Princes
du monde.
- Le Critique intereſſé pourſuit
dans la mefme Feüille . Voicy fes
paroles. La France est la ſource des
agitations de l'Europe. On ne doit
point tarder à luy demander , les
armes àla main raison dupaffé
& de L'avenir , &jamais Prince
n'eut plus d'ambition , & ne fut
plus âpre à fe fervir de l'occaſion
&du temps.
-Un homme qui parle ainſi ſe
déclare intéreſſé , & n'est pas
croyable ; on ne le doit regardes
que comme Partie , & non coma
me Juge. Il veut engager les
Souverains à demander compte
au Roy de l'avenir , comme ſi ce
pouvoir n'eſtoit pas refervé à
Dieu ſeul. Je ne répons rien à
l'âpreté de ſe ſervir de l'occa
ſion; ce que je viens de marquer
K 2
220 MERCURE
des bontez du Roy pour donner
la Paix , y ſert de réponſe. Il accuſe
enſuite les Princes de l'Europe
, en diſant , que tous enſemble ,
ouséparément ,se tiennent incapables
de tenir teſte à un seul Monarque.
Ces Princesconnoiffent leurs
intéreſts mieux que ce Cenſeur.
Il n'eſt pas aſſez habile pour leur
enſeigner ce qu'ils doivent faire,
&d'ailleurs ils connoiſſent la modération
du Roy.
On lit ces paroles dans les lignes
ſuivantes. Tout le malheur ne
doit pas estre imputé au Roy , mais
aux Princes de l'Europe ; mais il est
encore temps de ſe reconnoistre , &
d'agir. Le Roy veut parvenir àſes
fins par des moyens doux ; il employe
Lor & les Alliances , & il en fera
bien- toft pour luy donner moyen d'entrer
aux Indes .
1
Voila un torrent de paroles
GALAN T. 221
contre le bon ſens , & plein de
contradictions , & il n'y a pas un
mot dans tout cela, contrelequel
on n'euſt ſujet de ſe récrier. On
voit bien que par toute forte de
de moyens la Maiſon d'Autriche
tâche d'abaiſſer la France , dans
la penſée que fi elle avoit diminué
le pouvoir de cette triomphante
Rivale , elle pourroit reprendre
le deſſein de la Monarchie
univerſelle , qu'elle a vû ens
tiérement renversé. Ce deſſein ,
auquel elle a peine à renoncer ,
l'engage à faire mouvoir mille
refforts par le fecours de ſes Alliez;
& c'eſt pour cela qu'ils travaillent
de concert à trouver par!
où condamner le Roy dans tout:
ce qu'il fait pourla Paix ou pour
la Guerre. La raiſon voudroit
qu'ils choiſiffent un Party , &
quoy qu'ils en priffent un mé
K. 3
2122 MERCURE
chant, peut eſtre n'auroit -on pas
fujet de les en blâmer , parce que
l'on pourroit croire qu'ils ſeroient
perfuadez de ce qu'ils publieroient
mais il eſt impoſſible que
la malignité ne paroiſſe pas , lors
qu'on trouve à redire en mefme
temps à deux choſes auffi oppoſées
que le font la paix & la
Guerre. Le Roy , diſent- ils , veut
parvenir à ſes fins par des moyens
doux. A- t-on jamais fait un crime
à qui que ce ſoit au monde , d'en
ufer ainfi; & ne doit- on pas admirer
ce Prince , de cequ'il employe
la douceur ,lors qu'il eſt en
ſon pouvoirde ſe faire rendre par
la force telle juſtice qu'il ſouhaitera
? Ce n'eſt pas qu'on n'admire
ſecrettement cette modération ,
mais on eſt au deſeſpoir de la
haute eſtime qu'elle acquiert au
Roy. On le condamne juſque
GALANT.
223
dans ſes Alliances ; & comme on
veut qu'il ait tortd'y eſtre heureux,
il ne reſte plus qu'à accuſer
le Ciel de l'heureuſe Fécondité
de Madame la Dauphine. Enfin
l'on voudroit que les Princeſſes
ne ſe mariaſſent point en France;
c'eſt un crime au Roy d'y penſer,
& il cherche par là à faire des
Alliances . On n'explique pas fi
c'eſt pour la Guerre ou pour la
Paix; l'on cherche à blâmer le
Roy , & il n'importe en quoy on
le faſſe. Si l'on veut parler de
l'Alliance de Savoye , comme on
le fait affez voir ,le Roy ne fait
rien dont fes Prédeceſſeurs ne luy
fourniſſent l'exemple. Cette Alliance
s'offrant , il a bien voulu
y confentir,maisy confentir, ce
n'eſt pas la rechercher. On connoiſt
l'auguſte Maifon de Savoye,
& l'on ſçait que tant qu'ellea pus
4
K 4
224
MERCURE
avoir l'honneur de s'allier avec
des Filles , ou des Petites- Filles de
France , elle les a demandées avec
un empreſſement digne de la
Naiſſance de celles qu'elle fouhaitoit
pour Souveraines. Ainfi
de part ny d'autre il n'y a rien de
nouveau dans ce procédé. On
parle ſans ſçavoir ce qu'on veut
dire , & ſeulement dans le deſſein
d'empoiſonnertout ce qui ſe fait
àla Courde France. Apresqu'on
s'eſt étendu ſur les Alliances faites
, on paſſe à celles qui font à
faire ,&l'on parle énigmatiquement
d'une Alliance qui donnera
moyen au Roy d'entrer aux Indes
, où l'on ſuppoſe qu'il a de
grands deſſeins à exécuter. Ce
ſont Païs éloignez , où le Roy ne
ſonge point à pénétrer plus avant;
il luy fuffit des Vaiſſeaux & des
Places qu'il y a. Ce Prince poffe
SGALANT. 225
dechez luy des Mines , auſquel-
-les il ne faut point condamner les
-Hommes , comme on les condamné
à cellesdes Indes. Le Bled,
-le Vin, le Sel , les Toiles , & les
autres Manufactures , y nourriffent
l'abondance , & font voir
dans le Commerce les Pistoles
battuës avec l'or que l'on a tiré
des Mines des Indes avec tantde
travail &de perte d'Hommes.
Les Nouvelles folides ( car
leurs Autheurs leur donnent
quelque-fois ce nom ) paroiffent
épuisées dans les reüilles du 10.
de fevrier. On y ſuppoſe , ſans
pourtant en donner aucune preuves,
que le Roytraverſe l'Alliance
denMofcovie , & la Ligue des
Vénitiens . Dés que l'on veut ſe
perfuader que la France pourroit
recevoir quelque préjudice d'une
Alliance on publie auffi-toft ,
KS
2.2-6 MERCVRE
qu'elle l'empêche. Cela necofibe
rien à avancer , tout ferten Politique.
S'il ſe trouve des difficultez
dans les Traitez, on fait ſoupçonner
que la France les faitnaître
par des voyes indirectes ; &
fi ces bruits ne produiſent point
tous les effets que l'on s'eſtoit
propoſez , ils ont du moins celuy
de noircir la France parmy les,
Eſprits foibles , & les Peuples de
diverſes Nations ..C'eſt ce que ſe
perfuadent les Autheurs de ces
Nouvelles.. Si- toſt qu'il s'agit de
cequi regarde la Religion , ces
mefmes Autheurs quittent le
Party de l'Empereur , quoy qu'ils
foient pour lay en toute autre
occafion . Ainfi ils marquentdans
ces reüillés du ro. que l'Allemblée
de Preſbourgn'opérera rien.
Dans l'une des deux plus grandes
du 13. Fevrier on ne voir
GALANT.
227
preſque que des repétitions.
L'Autheur y fait ſon éloge,&dit
en termes formels , que rien n'égale
fa force & fa délicateſſe.
Hy fait la peinture d'une Ligue
, dans laquelle il nomme
toutes les Puiſſances qu'il fupoſe
devoir déclarer la guerre
au Ture , comme la République
de Venise , la Mofcovie ,&
Hat Perfe , qu'il nomme , parce
qu'il prétend qu'ayant des Places
Frontieres à celles du Turc , elles
doivent entrer contre luy en
guerre . Sur ce fondement , qui
eſt d'aſſez grand éclat , vray femblable
meſme ſi l'on veut , mais
faux en cette rencontre , il veut
queles Alliez de la Maiſon d'Autriche
&du Prince d'Orange ſe
déclarent contre la France. Cela
pourroit arriver ; mais ſi ce n'eſt
qu'en conféquence de ce que les
:
K. 6
228 MERCURE
Perſans feront , il y a grande apparence
qu'ils attendront encore
longtemps , puis que ceux qui
leur portent la Nouvelle de la
Guerre d'Allemagne , ne font:
encore qu'en chemin , qu'il faut
que le Grand Sophy delibere ,
qu'illéve des Troupes ,&que ces
Troupes, marchent.. Jufque-là ,
felon le raiſonnement meſme des
Politiques , la France n'a rien à
craindre. Les Feüilles, du 15 ..
Fevrier font voir d'abord un
portrait de ce que firent les Eſpa
gnols ,lors qu'ils prirent le party
des Hollandois dans la derniere
Guerre. Il est vray qu'ils ſe décla
rérent en leur faveur , mais de
quelque motif de genérosité
qu'ils couvrentcette déclaration,
ils font trop Politiques pour l'avoir
faite fans aucunes vûës. Voi
ay celles qui les obligérent d'en.
>
GALANT. ΣΚΟ
ufer ainfi . Ils craignoient de voir
JaFlandre envelopde , fi le Roy ſe
rendoit Maiſtre de la Hollande..
D'ailleurs , ils: croyoient qu'en
auirantopluſieurs Princes dans
deurs Party , en mettant toute
l'Allemagne en armes , & faiſant:
agir toute la Maiſon d'Autriche
&tous fes Alliez, ils ſuſciteroient
au Roy tant d'Ennemis , que la
France ne pouvant toujours en
foutenir les efforts , ſeroit enfin
contrainte de fuccomber.L'habi--
lité du Roy dans le grand Are
de régner , les fatigues qu'il a
eſſuyéesàla reſte de ſes Armées,,
la vigilance de ſes Miniſtres ,
da valeur de ſes Sujets ,rompirent:
toutes leurs meſures ; & loin
d'avoir le moindre avantage ſur
les François , ils perdirent leunsS
meilleures Places , lors qu'ils ne
fe promettoient pas moins que la
>
230
MERCURE
L
ruine entiere de la France. Ce
fut là le but de leur déclaration,
à laquelle ils donnent aujourd'huy
une face toute contraire,
en demandant du ſecpurs aux
Hollandois . On croit meſmel,
(& cela n'eſt pas hors de vray+
ſemblance ) que s'ils estoient
venus à bout de mettre la France
aupoint oùils penſoient la réduire
,ils n'auroient pas manquéde
prétextes pour tourner leurs Armes
contre la Hollande. Hs luy
demandent aujourd'huy du fercours
contre la justice des Prér
tentions du Roy , je disla Juſtice,
car jevous l'ay fait voir dans ma
Lettre de Janvier. Un fecours
qu'ils n'eſpérent obtenir qu'en le
mandiant avec tant d'exagéra
tion de fervices rendus , & tant
de foûmiffion, marque la foibleffe
des Eſpagnols , qui leur fait per
S
GALANT.
231
dre juſqu'à leur orgreil. Elle eft
belle,que toutes les forces qu'ils
ont dans le Royaume de Naples,
nefuffiſent pas pour empêcher les
Bandits de les attaquer
Les mefmes reilles parlent
d'un Mémoire raiſonné, préſenté
à la Haye par les Députez de la
Ville d'Amſterdam ; mais comme
-ces raifons ne conclient pas à la
Guerre , & qu'elles font plaufibles
, on ſe garde bien d'en donner
aucun détail. On cherche à
cacher aux. Peuples , que l'averfionqu'ont
pour la Paix ceux qui
briguent dans les Etats pourd'em.
pêcher , eft injuſte. Si la Paix ſe:
fait , quelle gloire pour la Ville:
d'Amſterdam , d'avoir empêché:
da déſolation de fon Païs ! Elle
n'a que cela en vûë , on n'en peut
foupçonner autre choſe ; & le
Party oppofé peut eſtre ſoupcon132
MERCURE
né du contraire. Comme la Le
evéedes feize mille Hommes pas
roiſt préſager la ruine de laHollande
, peu de Hollandois s'ypréfentent
pour prendre Party. Les
Officiers Réformez qui fontdans
les Gardes du Prince d'Orange,
n'en demandent pas ,& ce Prince
ena conçu un fi grand dépit ,
qu'il a eſté ſur le point de les caffer.
Jugez de la répugnance que
les Peuples doivent avoir pour
cette Guerre , puis que les Gens
-d'Armée méme en font paroiſtre ..
in Je ne vous parleray plus que
d'un Article des Feüilles de la
mefme Date; c'eſt du portrait
d'un million d'écus , que les Efpagnols
ont ramaſſez de cent cô
otez diferens , & de cent diverſes .
manieres. Il y a bien de l'imprudence
dans cet Article , puis que
bien loin de marquer la puiſſance
GALANT.
233
de l'Eſpagne , comme on en a le
deſſein, on en fait voir la foibleffe.
Si les Eſpagnols ont tant
de peine à fournir une ſomme fi
médiocre, comment viendroientils
à bout d'en tirer encore autant
? Mais tout cela ne pouvant
ſuffire que pour une partie des
levées , avec quels deniers mettront-
ils fur pied le reſte des
Troupes , & dequoy les ferontils
ſubſiſter , ſi l'argent ſe trouve
avec tant de peine ,& fi lePlat-
Païs où l'on veut qu'elles viennent
faire la Guerre eſt dépourvû
de toutes choses ! Il n'y a en
Flandre que les Magazins de Sa
Majeſté qui foient remplis ,&les
choſes ſont dans une ſituation ,
qu'avec des Armées & de l'argent
, il feroit impoffible aux
Troupes Eſpagnoles d'y ſubſiſter,.
&d'y foûtenir la Guerre contre
234
MERCURE
la France. On peut connoiſtre
par-là quelle eſt la bonté du Roy
pour la Chreſtienté , puis que
tout luy eſt poſſible en l'état où il
ſe trouves mais on ne veut pas
que cette modération paroiffe.
On fait ce qu'on peut pour l'empoiſonner
, afin que ce Monarque
s'en fache , & qu'il ne penſe
plus qu'à la Guerre que ſes Enne
mis ſouhaitent ſi ardemment.
On ne voitrien dans les reüilles
du 17.de Fevrier qui mérite
de réponſe , & le grand Lardon
n'a point parû , parce que l'Autheur
eſtoit malade. On y répete
ce qu'on a déja dit du Dannemarck
, touchant les airs de fierté
dont on l'accuſe. On y voit auffi
que les Autheurs Politiques de
ces Feüilles , font bien embarnafſez
à deviner les ſecrets des Souverains
, puis que tantoſt ils di
GALAN T.
235
ſent que les uns fontdans nos inréreſts
, & tantoſt qu'ils n'y ſont
pas. Comment ſeroit- il poſſible
qu'ils raiſonnaſſent auſſi juſte
qu'ils ſe le perfuadent , & comment
pourroit on ajoûter foy aux
conféquences qu'ils tirent de
leurs raiſonnemens , puisqu'ils ne
ſçavent pas fur quoy font fondées
leurs déciſions ?-Parmy les
Feuïlles du 22. de Fevrier , il s'en
trouve une qui n'eſt pas de l'Autheur
du grand Lardon , & qui
fait un portrait des forcesde Tékély
,& de l'embarras de l'Empire.
Elle en marque la foibleſſe ,
& qu'il a mal ſceu ménager les
Princes qui avoient accouru à
ſon ſecours , & qui ne feront
peut-eſtre pas la meſme choſe
cette prochaine Campagne. Elle
nous apprend auſſi que la Ligue
des Polonois avec les Moſcovites,
236 MERCURE
n'eſt pas une affaire preſte ; &
que c'eſt une imagination de dire
que le Roy de Perſe fera la
Guerre au Ture , puis que jamais
les Mahométans n'attaquent
ceux de leur Religion lors qu'ils
font en Guerre avec les Chrêtiens
, enfin cette Feuille fait voir
des choſes du mauvais état de
l'Allemagne , & de la forcede ſes
Ennemis, qui doivent faire trembler
tous les vrais Chreſtiens , &
qui font admirer de plus en plus
la bonté du Roy , qui ſçait tour,
&qui en faveurde la Chreſtienté
ne profite pas de ſes avantages
, quoy qu'il ſoit en état de le
faire , & qu'on luy ait déclaré la
Guerre. Le meſme Autheur par
une fubtilité aſſez adroite , ſemble
dans la ſuite parler encore
contre la Maiſon d'Autriche ,
mais ce n'eſt que pour la ſervir ,
GALANT .
237
Il fait voir qu'on s'amuſe à des
Conférences , pendant que la
France , qu'il appelle laplusdeliée
Cour de l'Europe , ſe met en état
d'agir , parce qu'elle ne manquera
pas de prétextes pour rompre
ce qui aura eſté fait aux Conférences.
Tout cela eſt inſinué
adroitement par ceux qui veulent
la Guerre , & c'eſt un avis
donné à la Maiſon d'Autriche &
à ſes Alliez , de ne ſe pas laiffor
amuſer. Mais il n'est pas néceſſaire
de ce détour, puis que la Fran-,
ce tiendra ſa parole quand elle
l'aura donnée. Elle a une fois
rendu la Franche-Comté ſur ce
pié- là; elle a donné de ſes Places,
pour faire rendre à la Suéde celles
qu'elle avoit perduës , & elle a
fait de ſi grandes choſeslàdeſſus,
qu'il n'eſt pas à croire qu'elle ſe
démente jamais . Ainſi qu'on tien
238 MERCURE
ne des Conferances , ou qu'on
n'en tienne pas , le Roy eſt luymefme
ſon luge , il s'impose des
Loix;& comme elles ſont contre
luy& en faveur de l'Europe , on
n'en a jamais appellé. Quelque
avantage qu'il puſt trouver en
n'executant pas ce qu'il s'eſt une
fois engagé de faire , il ne change
jamais de réſolution , & le
paſſé doit faire juger de l'avenir.
On voit dans les meſmes Feüilles
la fuite de la fermeté d'Amſterdam.
On y marque que non ſeulement
cette Ville a proteſté contre
la levéedes ſeize mille Hommes
, mais encore qu'elle fermeroit
ſa Caiffe , & ne contribuëroit
enrien , meſme aux levées ordinaires.
Pr
Il y a un Article dans les mefmes
Feuilles qui ſurprend d'abord
, tous ceux qui ont lû les
GALANT.
239
précedentes . Ony veut perfuader
que les forces de Suéde cauſent
beaucoup de jalousie au
Dannemarck , ſans ſe ſouvenir
que l'on a voulu prouver vingt
fois en d'autres Cahiers , queles
Armemens du Dannemarck inquiétoient
la Suéde , & l'empéchoientdedonner
aucun ſecours
àl'Empire contre le Turc , dans
la crainte de s'affoiblir , & d'eſtre
attaquéependant ce temps-làpar
les Danois. De pareilles contradictions
font voir que ceux qui fe
qualifient Autheurs des Nouvel
les ſolides , n'ont guéres de feûre-\ .
té de celles qu'ils avancent.
Les meſmes reüilles parlent
fur la fin d'une Aſſemblée tenueà
la Haye , touchant un Mémoire
préſenté aux Etats par Mle
Comte d'Avaux le 17. Fevrier. H
leur expoſe , Quele Roy SonMai-
2
240 MERCURE )
tre , à l'égard de l'Empire , a offert
une Trève de vingt ans ;&qu'à l'égard
de l'Espagne , ilſe contentera
d'un des Equivales propoſezle S.Novembre
dernier; &quesi l'on ne peuten
convenirfi- toft qu'ilferoit à defirer
pour le bien de la Chrestienté, S
M. veut bien luy accorder la mesme
Tréve qu'à l'Empire , Monsieur le
Comte d'Avaux ayant pouvoir d'en
figner le Traitéà la Haye, & Mon-
Sieur le Comte de CrecyàRatisbonne.
Qu'en cas qu'ilse rencontre encore
quelque retardement à l'acceptation
de fes offres. Sa Majesté promet que
Si les Etats s'engagent préfentement
par un Traitté , appuyé de la ga
rantie du Roy d'Angleterre , defaire
agréer à l'Espagne dans trois mois
l'un des Equivalens , oula Trève de
vingt années , Elle fera ceffer tous
actes d'hostilité contre les Places یم
Terres d'Espagne en quelque lieu
qu'elles
GALANT.
231
qu'elles foient fituées , à condition
que si l'Espagne n'accepte pas dans
ces trois mois une de ces alternatives
, les Troupes que les Etats ont
aux Pais- Bas , ne feront employées
qu'à la défence des Places que l'Efpagney
poffede , &qu'ils ne luy donneront
aucun nouveau Secours ailleurs
, contre Sa Majesté, ny contre
Ses Alliez. Moyennant quoy Sa Majesté
s'obligera auſfide n'attaquer ny
ne s'emparer d'aucune place aux
Païs- Bas , pour quelque raison que
ce puiſſe eſtre , & de ne point faire la
Guerre dans le Plat- Pais files Efpagnols
s'en abſtiennent , Sa Majestése
réſervant de porter fes Armes
ailleurs , jusqu'à ce qu'ils ayenc
rétably la Paix qu'ils ont rompuë.
Queſi les Etats ne veulentpasfaire
cet engagement , & veulent neantmoins
empeſcher qu'il n'arrive aucun
changement aux Pais-Bas , Sa
Fevrier 1684. L
232
MERCURE
Majestéveut bien accorder une Tré
ve ausdits Païs - Bas tant que la
Guerre durera ailleurs , pourvû que
les Etats s'engagent par un Traité
que garantira le Roy d'Angleterre ,
de n'employer les Troupes qu'ilsy ont
qu'à la défenſe des Places , & dene
donner aucun autre Secours à l'Espagne
en quelque endroit que ce soit.
Sa Majesté veut bien auffi s'obliger
de ne faire aucun acte d'hostilité
aux Pais- Bas , pourvû que les Efpagnols
s'en abſtiennent , & quand
mesme ils voudroient y continuer la
Guerre , Elle s'obligera de ne lafaire
que dans le Plat Pais , enforte que
la Barriere n'en fera pas rompuë.
Iene raiſonne point ſur ce Mémoire.
Il me fuffit d'admirer juſqu'où le Roy
porte ſes bontez . Ie ne doute point que
toute l'Europe ne les admire avec moy.
On vient de me faire part d'un Mémoire
venu de la Haye. Ie vous l'envoye
dans les meſimes termes qu'il eſt
GALANT.
233
écrit. Il y a de l'apparence que les Députez
d'Ainſterdam ont eſté accuſez
fans ſujet. Leur fermeté , & ce qu'ils
ont offert de prouver touchant les lieux
où ils estoient , dans le temps qu'on
veut qu'ils ayent eſté chez Monfieur
l'Ambaſſadeur de France , en font de
fortes preuves . On connoift par cette
accufation , pour quel uſage la Lettre
dont il eſt parlé dans ce Mémoire, avoit
eſté interceptée. Il eſt facile de ſupofer
dans une Lettre en Chifres des chofes
qui n'y ſont point , puis qu'on luy peut
donner divers ſens . Voicy le Mémoire.
A la Haye , ce 21. Fevrier 1684..
MErcredy 16. Fevrier, le Princed'Orange
fit requérirà la Haye , que
l'Assemblée des Etatsde la Provincese
trouvaſt ce jour-là complete.Elle commença
à 11. heures du matin, & ne finit qu'à
presde 9 heures du ſoir. Il pria d'abord de
trouver bon qu'ayant ày communiquer des
affaires d'importance , les Portes du Lien
où ellese tenoit , fufſfentfermées, que per-
Sonne n'enpustfortir ; mais que les Mem-
L2
234
MERCURE
bres qui pouvoient n'y eſtrepas encore venus
,ypeuffent entrer. Apres quelque affaire
ordinaire , il dit que celle qu'il avoit
àpropoſerestoit de la derniere conféquence
pour le bien de l'Etat , mais qu'il estoit
convenable que le S' Hoof, Député d' Amſterdam
, Fils d'un ancien Bourguemestre
grand Républiquain, & le S' Hop , Penſionnaire
de la mesme Ville, n'y fuſſent pas
préſens. Ils voulurent bienſe retirer dans
l'Antichambre ; mais apres y avoir esté
une heure à s'y ennuyer,ſans qu'on leurfist
riensçavoir , quoy que jeunes , mais Gens
d'esprit , ils se déterminerent d'y rentrer
&d'y reprendre leurs places .A leur abord
il se fit un grand filence ; mais un de leurs
Collegues Député & Bourguemestre
d'Amsterdam ,prit la parole , & leur dit
que la Compagnie ſe trouvoit étonnée d'une
accusation que le Prince d'Orange faifoit
contre eux, & leur fit raport de ce qui
ſe venoit depaſſer. Il ajoûta , que S. A.
avoit montré une Lettre de Mil'Ambas-
Sadeur de France écrite au Roy ſon Maitre,
interceptée parle Marquis de Grana,
qui la luy avoit envoyée , dans laquelle on
avoit trouvé quelque article déchifré , qui
GALANT.
235
faisoit connoistre que mondit St l'Ambaf-
Sadeur avoit des correspondances , & des
intelligencesſecretes avec leur Ville. Qu'ils
eſtoient tous deux accuſez parleur nom ,
&qu'un tel jour ils avoient parlé à Mi
l'Ambassadeur dans ſon Hôtel; Que S.A,
& le Penſionnaire Fagel mettoient en délibération
, s'ils feroient tous arrestez, je
dis tous les Deputez d' Amſterdam, oueux
deuxſeulement , & qu'ils entroient àpropos
pour se justifier , ou pour estre convaincus.
Ces deux jeunes Députezſanss'étonner,
se défendirent en niant la chose, &
ſeſouvenant des endroits où ce jour- là ils
avoient esté , ils s'offrirent de leprouver.
Pendant leur défenſe, où le St Hop Penſionnaire,
parla avec une éloquence admirable
, on remarqua beaucoup d'altération
fur le visage du Prince. Lafermeté de ces
Accusez fit changer desentiment à l' Af-
Semblée, &leur préſence les ſawva, car on
ne cherchoit probablement qu'à les empri-
Sonner ; & on vouloit, on les perdre en ob-
Sourciſſant l'offense , ou en les entraînant,
donner à l'Etat des soupçons de la Ville
d'Amsterdam , & venir àbout desfins
préparées par ce faux chemin qu'on vou--
L3
236
MERCVRE
1
loit tenter. Comme l'arreſt de ces deux Perfonnes
ne réüſſit pas , on proposa d'aller
Sceller tous les Papiers qui se trouveroient
dans leur Chambre , & tous ceux qui feroient
dans le Porte-foüille des Députez ,
&meſme on voulut nommer Commiſſaire-
Adjoint pour cela, l'ancien Deputé Bourguémestre
d'Amsterdam , nornmé M: de
Marſeveen,Homme de teſte qui le refusa,
mais avec une vigueur extraordinaire ,&
dit qu'il vouloit y estre préſent , depeur
que ceux qui estoient affez mechans , &
affeztraiſtres pour vouloiraccuſerſes Collegues
, n'eussent la malice d'y couler de
faux Papiers , & que fans en ouvrir
aucun , il falloit seulement les celler
en l'état où tout se trouveroit ; ce qui fut
executé. L'Assemblée estant finie fort
tard tous les Députez fortirentſecretement
de leurs Logis, hors ce M. de Marfeveen
qui reſta à la Haye , & vinrent
toute la nuità Amſterdam , où ils firent
convoquer le Confeil , pour l'informer de
tout ce qui s'estoit passé. Ils conclurent
queles Deputez ſeroient approuvez& remerciez
de ce qu'ils avoient fait, & envoyerent
par un de leurs Secretairesà leur
GALANT.
237
Deputé cette reſolution , & il eſt revenu
pendant ces trois ou quatre iours qu'il nefe
tient point d'Affſemblée ; mais on ne doute
point qu'ils ne retournent demain tous,fans
les remplacer. Il s'est cependant tenu beaucoup
d'Affemblées dans Amsterdam , par
leConſeil de Ville. Avant-hier , il fut
trouvé bon de faire une Lettre Circulaire
à toutes les Villes de la Province poury
porter leurs plaintes , de leur demander
teur avisfur ce violent procedé , de leur
remontrer qu'il est contre les Loix de l'Etat
,& de les prier de leur faire sçavoir
S'ilsse deſiſtent del'Union fur laquelle leur
République a esté établie. Mais comme
rien n'est à négliger , cet apres- midy le
Conseil de Guerre s'est dû afſsemblerpour
donner fans doute , des ordres touchant la
feûreté de la Ville , &se garantir de la
Surprise. Tout le Peuple est tres- affectionné
auMagistrat.
ne
Ce qui fait ,je pense , encore de la peiàlaHaye,
c'est que Monfieur l' Ambafladeurde
France , dans un Mémoire
qu'il préſenta ily a deux jours aux Etats
Genéraux , leur demandaſa Lettreinterceptée
en Original , &à eux envoyéepar
L 4
238
MERCVRE
AeMarquis de Grana , dont la Copie a
estée donnée aux Villes , & il les requit
qu'il n'y eust excuse ny delay pour cela
afin qu'il ſcenſt ſi c'est celle qui a esté volée
àfon Gentilhomme pres de Mastrich
&qu'il en pust rendre compte ensuite à Sa
Majesté.
On doit remarquer , que dans cette
grande Affemblée, les Deputez d'Amſterdam
ſont ſoupçonnez ſeulement par
le Prince d'Orange , & par le Penſion.
naire Fagel qui eft dans ſes intéreſts.
S'ils avoient eſté arreſtez , & qu'on
euft gliffé parmy leurs Papiers quel
ques Ecrits qui les rendiflent coupa
bles, on n'auroit alors examiné que ces
ſeuls Ecrits , afin de ne pas parler des
Lettres, dont on auroit pû reconnoiſtre
l'accuſation faufle. Meffieurs d'Amſter.
dam n'ont pas beſoin d'entrerenir des
intelligences ſecretes avec la France,
pour kay faire connoître leurs ſentimens
touchant la Paix qu'ils veulent
éviter de rompre avec elle , puis qu'ils
le publient hautement lors qu'il s'agit
de ſe déclarer fur cet Article. De fon
coſté , le Roy n'a aucun beſoin de ces
239
Paix,
y ſeul
ja fait
voyer
Plan-
Com-
, j'ay
nois,
HEADE
LYON
TX
i éleve
sfur la
ر
s Plu
aTorre
mmées.
Soleil
aTerre
oucher,
paroles
Magifoin
de
tre avec
lement
ron ,&
vez par
1
5
a
da
int
Po
: me
év
le
de
GALANT.
2399
fortes d'intelligences pour faire la Paix,
puis qu'il eſt en état d'en regler luy ſeul
les Conditions , comme il a déja fait
pluſieurs fois .
J'ay accoûtumé de vous envoyer
dans ma Lettre de Janvier , unePlanche
de Iettons de chaque année. Comme
je les ay eu fort tard celle- cy , j'ay
eſté contraint de la reculer d'un mois,
I.
LeTréfor Royal. Le Soleil qui éleve
des nuées , qu'il répand en pluyes ſur la
Terre, avec ces mots.
Intactas reddit..
Les Nüées font la matiere des Plu
yes , & les Playes qui rendent laTorre
feconde , en peuvent eſtre nommées
les richeffes. Ainfi comme le Soleil
amaſſe les Nüées & les rend à la Terre
fans en rien retenir ,& fans y toucher,
pour ainſi dire , ces meſmes paroles
peuvent s'appliquer à l'illustre Magiſtrat
, à qui le Roy a confié le ſoin del
fes Finances, & qui les adminiſtre avec
une integrité , & un def- interellement
qui ont peu d'exemples . Ce Jetron ,
les quatre ſuivans ont eſté guavez par
ر
1
L5
240 MERCURE
Me Rottier. Ces paroles font au bas
dans l'Exergue. Erary Regy Calculus.
H.
L'Extraordinaire des Guerres. Un
Nüage épais d'où il fort des Eclairs,&
qui enferme une tempefte avec ces
mots.
Va , cui iratus Iupiter.
Malheur à ceux ſur qui la colere du
Ciel fera éclater cette tempeſte ; malheur
aux Ennemis contre lesquels le
Roy dans ſon indignation tournera ſes
Armes victorieuſes. Cette Deviſe eſt
de Me l'Abbé Tallemant le jeune,auffibien
que celles de la Marine & des
Galeres.
L'Ordinaire des Guerres. Un Porc-
Epy,& ces mots.
Semper confpectus in armis.
IV ८
LesBastimens. La Machine de Marly,
avec ces paroles.
Victis hostibus vicit Naturam.
Cette Deviſe eſt du ſçavant Me de la
Chapelle , qui a aujourd'huy l'Infpe-
Aion ſur tous les Baſtimens de Paris ,&
GALANT. 241-
fur l'Academie de Peinture & de Sculpture.
Elle fait voir que le Roy a vain.
cu la Nature , comme il a vaincu ſes
Ennemis ...
V.
Les Parties Cafuelles. Vn Caducée,
&ces mots.
Obfiftit fato.
Le Caducée de Mercure avoit une
puiſſance admirable. Virgile en fait
une excellente deſcription dans ces
Vers .
Tum virgam capit ; hac animas illâ evocat
orco
Pallentes ,aliasfub triſtia tartara mittit
Datſomnos, adimitque , & lumina morte
refignat.
Il en eſt de meſme de la grace du
Droit Annuel que le Roy accorde à fes
Officiers. C'eſt cette grace qui conferve
leurs Charges. C'eſt la privation de
cette grace qui les leur fait perdre..
Ainſi l'on peut dire que le droit Annuel
s'oppoſe à la mort , puis qu'il fait
que la Charge d'un Officier qui n'eſt
plus , ſubſiſte en la Perſonne des Heri
tiers. Cette Deviſe eſt de Mr Char-
:
L6
242 MERCURE
pentier. Il y a dans l'Exergue , Erariy
adventitiorum fructuum Calculus .
VI.
Pour Madame la Dauphine. VnDiamant,
avec ces paroles.
Ditat &ornat..
L'application en eſt facile, Ce Jetton
a eſté gravé par Mr. Cheron..
LaMarine. Le Signe des Gemeauxy
& la Mer au bas, avec ces paroles .
Felix lux altera Nautis.
Cette Constellation eſt telle, que lors
qu'une des deux principales Etoiles
difparoiſt, l'autre commence à briller ;
&comme la Fable, dit que ces deux
Etoiles font Caſtor & Pollux Fils de
Jupiter, qui estoient eſtimez fur tous les
Dieux, Protecteurs des Nautonniers , it
ſemble que ecla ſe puiſſe appliquerheu
reuſement en cette rencontre à Mile
Comte de Toulouſe , qui a la Royale
Naiffance pareille à celle de Me le
Comte de Vermandois , dont il vient
occuper la place , avec Papplauditfement
de toute la Marine , qui dans une
fi grande perte retrouvelle Sang de
GALANT 2433
Louis , ſous les auſpices duquel la Vitoire
eſt toûjours feûre..
V.III.
1
LesGaleres. Des Vents qui ſouflent:
fur la Mer.
Hincpelagi fragor.
Les Vents ſoûlevent les Flots,briſentr
les Navires , & font pour ainſi dire, les
maitres de la Mer. De meſme, les Ga--
leres du Roy portent la terreur dans
toute la Méditerranée , & donnent lat
Loy à toutes les Nations...
IX.
Avocats an Confeil. Vne aigle qui
expoſeſes Petits aux Rayons du Soleik.7.
Admittit quos fole probat...
X
LHostel de Ville. Le Soleil qui ilhimine
la Terre..
Dat vires luftrando novas.
Lors que le Soleil parcourt la Terre,..
il donte de nouvelles forces à tout ce
qu'il regarde. Ces paroles ont un ta
port fort heureux au Roy , quia viſué
fts Fortereffes. Certe Deviſe eſt de Mr
de Santeüil, Chanoine de S. Victor
244
MERCURE
X I.
La Ville de Cambray. Vne Ville , &
ces paroles.
: Dulcius vivimus.....
Nous vivons ſous un Regne plasi
doux. Le ſieur Mavelot a gravé ce dernier
Jetton .
Le nom de Mode Santeüillme fait
ſouvenir que j'eſtois mal informé quand
je vous dis il y a fix mois, que M. de la
Monnoye de Dijon , avoit Traduit ſon
Ode Latine , dans la penſée d'emporter
le Prix de Poësie que l'Académie Françoiſe
diſtribue tous les deux ans. La
verité eſt que cette traduction estoit fai--
te avant qu'on euſt propoſé le Sujet du
Prix. Lors que ce Sujet fut propoſé
, Monfieur de Santeüil qui avoit la
Traduction Françoiſe de ſon Ode entre
les mains , en retrancha quelque choſe
parce qu'elle estoit trop longue,& la fit
mettre parmi les Pieces qui devoient
prétendre au Prix. Elle l'obtint , fans:
que Mr. de la Monnoye. qui n'avoit
point travaillé pour cela , en euſt connoiffance.
Ainfi il en partage l'honneur:
également , quoy que le Prix ſoit deGALANT.
245
meuré à M. de Santeüil , par la Procuration
qu'il luy envoya pour le recevoir.
Mr le Comte de Chaſtillon , frere de
Mr le Chevalier de Chaftillon , Capitaine
des Gardes du Corps de Monſieur
, aépousé depuis peu Mademoiſelle
Moret , Niéce de M. du Metz
Garde duTréſor Royal , de M. l'Abbé
du Metz , & de M. du Metz Maréchal
des Camps & Armées du Roy,& Gouverneur
de Gravelines . Ce Comte eft
préſentement le Chefde certe illuftre
&ancienne Maiſon, qu'on nommoit le
grand &le noble Chastillon , pour la diſtinguer
de pluſieurs autres qui portent
le nom de Chaſtillon . C'eſtoit avec:
beaucoup de justice , puis qu'elle prouve
une antiquité de plus de fapt Siecles,
& qu'elle a produit plus de vingt- cinq
Branches toutes remarquables par les.
grands Perſonnages qu'elles ont donnez
à l'Etat , à l'Eglife , & aux Armes ,,
ayant eu pluſieurs Officiers de la Conronne
, Grands - Maiſtres , Chanceliers
, Amiraux, Grands. Chambellans ,
Grands - Maistres des Arbaleſtriers ,
246 MERCURE
Grands Pannetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux& Forests ,Grands.Queux de
France, grandnombre de Gouverneurs
de Villes & Provinces , pluſieurs Lieutenans
Genéraux , & des Genéraux
d'Armées , avec quantité d'Ambaffadeurs
, d'Archeveſques , &d'Eveſques.
On tient même que le Pape Vrbain II .
eſtoit de cette Maiſon , qui a en auffi
des Saints canonifez , & l'honneur de
s'allier douze ou treize fois à laMaifon
Royale de France, &à celles d'Efpagne,
de Lorraine, de Brabant , Flandre
, Hainaut , Namur , Gueldre , Luxembourg
, Nevers , Blois, Vendôme,
Leſignan , Brienne , Roucy , Bourbon
l'ancien , Montmorency, Coucy , Blavieu,
& genéralement à toutes les plus
illuftres du Royaume. Elle a poffedé
les Principautez d'Antioche & de Tubury
en Levant ; les Duchez de Bre.
tagne& de Gueldre ; les Comtez de
Rhétel, S. Paul , Nevers , Blois , Chartres,
Soiffons-Dunois, Pontieure , Pé--
rigord, Porcien, Dammartin , &c. Vi-:-
comté de Lige ; les Vidamies de
Rheims , de Laon , & Châlons , & a =
GALANT. 247
fondé pluſieurs Abbayes confiderables .
Enfin il n'y a Roys ny Princes dans
l'Europe , à qui elle n'ait l'honneur
d'appartenir. Monfieur du Cheſne a
fait un Volume infolio de cette Maifon.
Elle porte de Gueules à trois Palst
de vair , au chefd'or ; pour Cimier un
Dragon de gueules , &pour Suport deux
Lions.
M.le Comtede Chaſtillon fait préſentement
la vingt-uniéme Filiation
bien juftifiée. Il fut fait Meſtre de
Camp dés l'année 1675. aprés avoir
paffé par tous les degrez qui conduiſent
aux dignitez de l'Epée .
Madame la Marquise d'Effiat , Gou
vernante des Princeſſes Filles deMonfieur,
& Femme d'Antoine Ruzé,Mar
quis d'Effiat, Premier Ecuyer de S.A.R.,
&Petit- Fils du Maréchal d'Effiat , Sur
Intendant des Finances , eſt morte ces
derniers jours fans avoir laiſfé d'Enfans
. C'eſtoit une Dame d'une tresgrande
vertu, & qui a regardé la mort
comme un paffage à une vie plus heu
reufe. Elle defcendoit du Chancelier
Olivier , ſieur de Lenville qui eſtoίς,
248 MERCURE
4
fils de Iacques Olivier ſieur de Leuville
& de Puifieux, Premier Préſident
au Parlement de Paris , mort en 1519 .
& de Geneviefve de Tulleu.Ce Chancelier
épouſa Antoinette de Cerifaye,
fille de Nicolas ſieur de Rivieres , dont
il eut entr'autres Enfans , lean Olivier
I. du nom , ſieur de Leuville, duquel
, & de Susanne de Chabannes,
fille de Charles ſieur de la Paliſſe, vint
Jean Olivier II . du nom, ſieur de Leuville
, marié à Magdelaine de l'Aubefpine
, fille de Guillaume ſieur de Châ
teauneuf. De ce Mariage , ſortit Loüis
Olivier I. du nom , Marquis de Len
ville , qui en 1636. époufa Marie Morand
, fille de Thomas Morand ,Baron
duMeſnil-Garnier , Confciller d'Etat,
& laiffa Loüis Olivier II. du nom,
Marquis de Leuville , mort ſans enfans
en 1671. & Marie-Anne Olivier,
Marquiſe d'Effiat, qui vient de mourir.
La perte du venerable Frere Fiacre
de Sainte Marguerite , du Convent des
Auguſtins Déchauſſez , dit Petits-Peres
, a fait trop de bruit pour me permettre
de lapaſſer ſous filence. Il eſt
GALAN T. 249
1
mort le 16. de ce mois âgé de 75. ans,
apres en avoir paflé 53. dans la Religion
avec un tres - grand exemple.
Comme il eſtoit en reputation de Sainteté
, on a veu un concours extraordinaire
de Peuple à ſon Enterrement,
Tous ceux qui l'ont pratiqué , temoignent
qu'il a eſté gratifié de pluſieurs
dons de Dieu , & élevé dans un éminent
degré d'Oraiſon . Il a laiſſé quelques
Manufcrits cachetez , avec priere
de ne les ouvrir que dix ans aprés ſa
mort.
Des deux nouvelles Enigmes que je
vous envoye , la premiere eſt de M. de
la Barre , de Tours , & l'autre , de la
Fauvete de Morlaix.
ENIGM E.
E fuis Fille de l'Air , fans corps.
quoy que j'en donne. JE
Les Doctes éclairés , mefententfans
me voir.
I'attaque tout, je n'êpagne perſonne
Les pauvres craignent mon pouvoir.
250
MERCURE
Des Riches , dans l'Eté les plaiſirs
4 j'aſſaiſſonne,
Comme celase fait , chacun lepeut-
Sçavoir.
Quoy qu'un Rien , je produit une
Fille brillante ,
L'éclat qu'on voit en elle aux Sa
phirs est pareil;
Maismalgré cet éclat qu'aux yeux
ellepréfente ,
Sa fierté demeure impuiſſante
Au moindre regard du Soleil.
Cet Aftre estant abfent, iln'est rien
qui ne meure ;
Tout languit ; l'Univers Sans luy n'a
point d'appas.
Afon abord tout rit , & tout chante
icy bas ;
Mafeale Fille, en le voyant , hélas !!
Sévanoüit , fe meurt, & mourant:
t elle pleure..
GALANT .
25 1
AUTRE ENIGME.
Nous sommes deux Freres
jumeaux ,
Que le grand Hyver rend utiles .
Aux Peuples des Champs &des
Villes ,
Qui voyagent deſſus les Eaux..
いも
Mais pour deviner qui nousſommes,
Remarque , cher Lecteur , que nous
Servons aux Hommes
Seulement des Païs du Nord;
Et qu'un Navire de baut Bord ,
N'apas plus que nous de viteſſe,
Quand on nous sçait conduire avec
adreffe.
Comme les noms de ceux qui trouveront
le vray ſens de ces deux Enigmes
, ne feront que dans le XXV.
Tome de l'Extraordinaire , que je vous
envoyeray le 15. d'Avril , je remets
252
MERCURE
juſqu'au mois prochain à vous parler
de ceux qui ont expliqué celles de lanvier.
Les Comédiens François nous ont
donné ce mois cy deux Pieces nouvelles
. L'une eſt Arminius , de l'Autheur
de Virginie.Les Vers en ſont beaux, &
fort aiſez , & outre les Scenes d'amour
qui font touchantes , elle eſt remplie
de ſentimens de fierté contre la grandeur
Rontaine, qui la rendent digne du
ſuccés qu'elle a. L'autre eſt la Dame invisible
, de M. de Auteroche. C'eſt une
Piece purement d'Intrigues , dont l'Original
eſt Eſpagnole , & qu'on eſtime
une des plus belles du fameux Don Pedro
Calderon, qui l'a intitulée la Dama
Duende. Feu M. Douville traita ce même
Sujet il y a environ quarante ans
ſous le titre de l'Esprit follet ; & cette
Comédie , quoy que ſans aucune vrayſemblance
, & plutoſt en Proſe rimée
qu'en Vers , parut ſi divertiſſante par
ſes incidens , qu'elle eut un tres grand
ſuccés . M. de Auteroche les a rectifiez
d'une maniere , qui fatisfera tous ceux
qui entendent le Théatre.
GALANT. 253
Ie vous envoye le Jugement de Pluton
fur les deux Parties des Dialogues des
Morts , que les Sts Blageart & Quinet
debitent depuis huit jours. Il plaiſt fort
icy ,& l'on y trouve une Critique fine
& délicate , qui fait honneur à l'Autheur
, fans qu'elle bleſſe celuy à qui
nous devons les Dialogues. Elle est fort
honnefſte à ſon égard , & ne laiſſe pas
de renfermer tous les defauts qu'on a
prétendu avoir découverts dans cet Ouvrage.
Ie vous prie de me mander ſi
vous croyez que les Arreſts que donne
Pluton , doivent luy faire grand torr.
On a traité la matiere avec affez d'enjoüement
; & fi de pareilles converfations
ſe faifoient ſouvent parmy les
Morts , beaucoupde Vivans ne les vaudroient
pas .
Enfermant ma Lettre , je reçoit une
Copie de celle que Meſſieurs les Bourguemestres
, & le Conſeil d' Amsterdam ,
ont écrite le 19.du courant aux autres Villes
qui ont séance dans l'Assemblée de
Meßieurs les Etats de Hollande. Le croy
1
254
MERCURE
qu'apres vous avoirfait voir ce qui a donnéoccafionà
cette Lettre,vous ferez bienaiſe
d'apprendre les ſuites que commence à
avoir cette grande Affaire. La Lettre de
Meſſieurs d'Amsterdam porte en propres
termes , Qu'ils ont eſté furpris d'appren
dre par la bouche de leurs Députez qui
avoient aſſiſté dans l'Aſſemblée du 16.
que le meſme jour les Portes de la
Chambre de l'Aſſemblée . & celles de
de l'Antichambre, avoient eſté fermées
del'ordre ſeulement de M. le Penſionnaire
Fagel, ſans en demander au préalable
ravis des Membres de l'Affemblée
, avec défenſes d'en laiſſer ſortir
perſonne ; & qu'à la requeſte de M. le
Prince d'Orange , deux de leurs Députez
s'eſtant retirez dans l'Antichambre
, Son Alteffe avoit expoſé à l'Afſemblée
, que M.le Marquis de Grana
luy avoit envoyé des Lettres de M.
l'Ambaffadeur de France au Roy fon
Maiſtre , qui avoient eſté interpretées,
en date du 9. du courant , qui contenoient
une Relation fort circonftantiée
de certains concerts tenus entre
S.
GALANT.
255
:
S. Ex. & eux , & qu'elle avoir jugé
à propos d'en informer Meſſicurs les
Etats ; que lecture faite deſdites Lettres
par Monfieur le Penſionnaire ,
S. A. avoit dit que cette correſpondance
avoit eſté pratiquée par ces
deux Meſſieurs qui s'eſtoient retirez
dans l'Antichambre , & qu'elle ne
ſçavoit pas s'ils en avoient eu ordre ;
qu'en ſuite l'Aſſemblée allant opiner
fur cela , immédiatement apres que
ces deux Députez eſtoient rentrez ,
& avoient repris leurs places , on
avoit premierement tâché de des
faire retirer derechef dans l'Antichambre
, ce qu'ils avoient refuſé de
faire , diſant qu'ils n'eſtoient pas tenus
de le faire en juſtice ;qu'en ſuite Mefſieurs
les Etats avoient réſolu d'envoyer
Copie deſdites Lettres à Mefſieurs
de la Nobleffe , & aux Bourgue.
meſtres & Coſeils des Villes,pour ſça .
voir ce que l'on devoit faire là- deſſus
quant au principal ; Qu'à leur grand
étonnement, come ſi l'on vouloit commencer
à procéder criminellement con-
Fourier 1684.
M
256 MERCURE
tré un des principaux Membres de l'Afſemblée
, nonobſtant l'oppoſition de
leurs Députez ,& l'offre qu'ils faifoient
de ſe purger ſur le champ de toutes les
accuſations que l'on pouvoit former |
abuſivement contr'eux ſur leſdites Lettres,
leurs Papiers,& ceux de leur Penſionnaire
, avoient eſté ſaiſis & fcellez
par deux Meſſieurs de l'Aſſemblée , &
de M.le Secretaire Beaumont,pour eſtre
laiſſez en cet état juſques a ce que les
Membres de l'Aſſemblée , apres avoir
communiqué leſdites Lettres à leurs
Principaux , auroient jugé ſi leſdits Papiers
devoient eſtre examinez , ou non;
-Que conſidérant d'un coſté que ces accuſations
de correſpondance criminelle
entre M. l'Ambaſſadeur & eux ne provenoient
que des Lettres interceptcés
qu'il avoit écrites au Roy ſon Maiſtre,
de la maniere qu'il luy avoit plû , commeMiniſtreEtranger,&
encor en chifre
,&qu'on ne pouvoit pas ſçavoir fi
en les déchifrant on les avoit miſes
dans leur véritable ſens , & que d'autre
coſté c'eſtoit ſur cela que tous ces rudes
GALAN T.
25>
procédes eſtoient fondez, premierement
la fermeture des Portes de Aſſemblée
de la maniere que l'on a dit , & puis le
procede tenu contre les Députez, dont
il n'eſtoit fait aucune mention dans lefdites
Lettres , & qui avoient prouvé
fur le champ , comme il eſtoit auſſi
veritable , qu'ils n'avoient parlé à
Monfieur l'Ambaſfadeur que de leur
ordre , & qui avoient auſſi convaincu
d'abus ce que Monfieur le Penfionnaire
avoit avancé contre leſdits Députez
, ſçavoir , que le jour du départ
de ces Lettres ils avoient eſté chez
Monfieur l'Ambaſſadeur , faiſant voir,
l'un , qu'il avoit eſté autre part ce jourlà
, & l'autre , que de tout le meſme
jour il n'eſtoit pas forty de leur Logis;
&qu'enfin l'on n'avoit pû ſe réſoudre
àmettre le ſcellé auſdits Papiers , &
voulu proceder en cela avec tant de
précipitation & de bruits , tant dedans
que dehors le Païs , àun telmépris
& deſavantage de leur Ville ,
quoy que leurs Députez euffent requis
par deux fois que lecture def-
M 2
258 MERCURE
avec
dites Lettres fuſt faite en préſence
des deux d'entre eux qui avoient eſté
dans l'Antichambre lors qu'on les
avoit leuës dans l'Aſſemblées
offre indubitablement d'y répondre
ſur le champ ; quoy faiſant , on n'auroit
pas procede au ſcellé defdits Papiers
, à ce qu'ils ſe perfuadoient ; &
faiſant voir qu'ils n'avoient point
de tort on auroit coupé cours a
la ſuite de cet étrange procedé ,
ou montre à tout le moins la juſtice
qu'il y avoit de ne vouloir pas qu'une
matiere d'accufation,fuſt portée aux
Conſeils de toutes les Villes ,ſans ſçavoir
en meſine temps ce qui ſervoit a
prouver , & faire voir leur innocence ;
Qu'ils ne pouvoient confidérer ce procedé
que comme directement contraire
non ſeulement à toute forte de juſtice
envers un Membre de l'Aſſemblée
des Etats , meſme à la liberté , à la
dignité , & à la ſeûreté des Membres
qui compoſoient ladite Aſſemblée ;
Qu'il eſtoit injurieux , & pouvoit
eſtre d'une ſuite dangereuſe , de tirer
GALANT.
259
ces accufations d'une Lettre interce.
ptée qu'un Ambaſſadeur de France
écrit au Roy ſon Maiſtre , & qu'ils apprehendoient
avec douleur les malheurs
qui pouvoient arriver à l'Etat
par un tel ſcandale & commotion au
dedans , dans un temps auquel tous les.
Membres qui le compoſent devroient
eſtre également unis & zélez à confulter
conjointement , & réfoudre enfemble
de ce qui eſt neceſſaire pour garantir
la Chreſtienté en general , & cet
Etat en particulier , d'une guerre ruineuſe
, à quoy ils déclaroient ſaintement
que leur conduite& leurs avis
avoient toujours tendu ; Qu'au reſte il
n'y avoit rien qui leur fiſt moins de
peine que de prouver leur innocence
fur ces accufations , & qu'ils la feroient
voir clairement lors que
leſdites Lettres de Monfieur l'Ambaf.
ſadeur leur feroient parvenuës, les requérant
cependant tres-inſtamment ,
en conſidération des conféquences
dangereuſes que cela pourroit apporter
tant à l'égard de l'Aſſemblée , ,
د
M 3
260 MERCURE
qu'à celuy de chacun de ſes Membres ,
de ne faire ny refoudre rien fur cela
, qui ne fuſt conforme à la faine
raiſon , & à l'ordre de la bonne Police',&
de vouloir attendre leur réponſe
ou défenſe ſur leſdites Lettres
deMonfieur l'Ambaffadeur , avant que
de prendre fur cela aucune réfolution
à leur deſavantage , ou qui foit autre
que pour le maintien du droit du
Païs , & de chacun de ſes Membres
en particulier , afſurant que de leur
coſte ils n'y negligeront rien ; Qu'ils
eſtoient entrémement ſurpris que di.
vers Membresde l'Aſſemblée opinant
fur l'incident defdites Lettres , cuffent
dit qu'il falloit entr'autres mettre
le ſcellé aux Papiers de Monfieur
le Penſionnaire Hop , parce que de
temps en temps il avoit reçeu des
Lettres de Monfieur de Vanbeuning,
Bourguemeftre Regent de leur Ville,
veuqu'on ne sçauroit s'imaginer qu'on
puſt imputer à crime qu'un Bourguemeſtre
Regent écrive à un Miniftre
de la Ville Député à l'Affemblée , &
GALANT. 261
1
د
qu'endroit il faut qu'un Homme ſoit
declaré , & reconnu pour fort criminel
, avant que de faire faifir entre
les mains de qui que ce ſoit les Papiers
de correſpondance tenus avec
luy & moins encore des Lettres
écrites aux Deputez à l'Aſſemblée ;
Qu'enfin ils avoient receu Copie
dela Lettre cy-deffus mentionnée de
Monfieur l'Ambaſſadeur , fur laquelle
ils n'avoient voulu manquer de remarquer
à la haſte , premierement qu'il
fembloit qu'on la devoit conſiderer
comme un Extrait plutoſt qu'une
Copie entiere de ladite Lettre , veu que
non ſeulement par-cy par-là l'on y
avoit obmis des mots qu'on ne devoit
pas obmettre pour en bien entendre
le ſens , meſme qu'il y a un grand
nombre d'hiatus ou lieux interrompus
qui faisoient voir clairement que мол-
ſieur le Marquis de Granan'avoit pas
envoyé a Amſterdam tout ce que ces
Lettres contenoient , & que neanmoins
il faudroit le ſçavoir avant
que de former la-deſſus un jugement
M. 4
262 MERCURE
bien fondé , on les fatisfaire à l'égardde
la défence que l'on voudroit
pretendre d'eux , & de plus qu'elles
ne contenoient principalement , ſi ce
n'eſt qu'ils avoient tâché d'informer
l'Etat , & luy faire mettre en deliberation
ce que Monfieur l'Ambaf.
fadeur leur avoit communiqué en
particulier , & ce qu'ils avoient fait
communiquer à Monfieur le Penfionnaire
& à pluſieurs Membres de
l'Aſſemblée , dés la premiere ouverture
qui en avoit été faite en Decembre
par cas fortuit à quelquesuns
de leurs Deputez ; Et que parce
que cela ne tendoit qu'à induire
les Eſpagnols à un prompt accommodement
des Diferends qu'ils
avoient avec la France , & à la confervation
du Païis-bas , & à éteindre le
feu de la guerre qui s'y étoit allumé,
il ne leur avoitjamais ſemblé ny plus
utile, ny plus avantageux pour le Païs,
que d'en faire déliberer par les Membres
des Etats ; Et que pour le reſte du
contenu de cette Lettre , qui ne regar
GALANT .
263
doit point cette matiere- là, c'étoient
des choſes dont ils n'avoient aucune
connoiſſance ; & que bien loin d'avoir
eu quelque concert ou engagement
particulier avec Monfieur l'Ambaſſadeur
, ou de luy avoir fait quelque
promeſſe , ils feroient voir clairement
que leur retenuë & leut prévoyance
fur cela avoient eſté telles , qu'il ſeroit
à ſouhaitter que ceux qui avoient
part avec eux au Gouvernement , les
euſſent toûjours obſervées & les,
obfervaffent encore comme ils ont
fait.
,
On m'apprend presentement que
Madame la Duchesse de Briffac ,
fille de Monfieur le Duc de S. Simon
, ayant esté attaquée de lapetite
verole il y a deux jours , en
eft morte ce matin. Ie fuis , Madame
, voſtre , &c.
HEQUE
DE
LA
LYON AParis ce 29.Fevrier 1684.
18 *10
EXTRAIT DU PRIVILEGE
ArGrace&
duRoy.
P
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en ſon Confeil, JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auffi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,&de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix.
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Privilege du Roy , donné à
Registré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic..
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire de
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
Ache vé d'imprimer pour la premiere fois
le 18. Novembre 1683 .
Avis pour placer les Figures.
A Chanſon qui commence
par , Leplus cruel Hiver qu'on
éprouva jamais , doit regarder la
page 9 .
Le Menuet & la Gavottedoivent
regarder la page 168 .
Les Jettons doivent regarder
la page 239.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le