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1684, 01 (Lyon)
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MERCURE
GALAN T.
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AN
LYO
NVIER 1684.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figuress
LA
A grande Medaille doit regarder
la page 47 ,
L'Air qui commence par Quel
changement affreux paroiſt dans la
Nature, doit regarder la page 77.
Le Portrait du Pape doit regarder
la page 216.
L'Air qui commence par le fuis
IAmour &les Procés , doit regarder
la page 232 .
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous envoye , cher
Lecteur , le Catalogue
general depuis 1678 .
que vous m'avez demandé.
L'on donnera cette année
les Journaux des Sçavans tous
les quinze jours , fans manquer,
un Cahier, fans les Extraordinaires
, pour fix fols chacun: Lamaladie
de l'Auteur a eſté cauſe du
retardement de l'année 1683 .
Ceux qui envoiront des pieces
pour les Mercures affranchiront
les ports de Lettres. L'on fera tenir
les Mercures , à qui envoira
payer trois, fix mois , ou une ana
2
née d'avance , par la commodité
que l'on marquera. Quand le
terme ſera finy , l'on aura ſoin de
renvoyer de l'argent ſi l'on veut
continuer. L'on tient un fidel regiſtre
du tout.
Les Mercures ſe vendront toûjours
20. f. chaque volumes , &
les Extraordinaires 30. f.
L'Extraordinaire d'Octobre
1683. à cauſe des grands froids ,
ne ſe diſtribuera qu'à la fin de
Fevrier.
Il y a cent dix Volumes du mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eſt paſſe à laCeremonie
du Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy d'Eſpagne.
Le Mariage de Monfieur le
Prince de Conty avec Mademoifelle
deBlois .
LeMariage deMonſeigneur le
Dauphin avec la Princeſſe Anne-
Chrêtienne- Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre
en 1680.
La Negotiation du Mariage
de Monfieur le Ducde Savoye
avec l'Infante , de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiffances
qui ſe ſont faites pour la
Naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne .
Vne Deſcription entiere da
Siege de Vienne , depuis le commencement
juſqu'à la levée du
Siege de Vienne en 1683 .
Il y a vingt- trois Extraordinaires
,qui outre les Queſtions galantes
, & d'érudition, & les Ouvrages
de Vers, contiennent pluſieurs
Difcours , Traitez,& Origines
, ſçavoir.
Des Indices qu'on peu tirer fur
ã 3
la maniere dont chacun forme
fon Ecriture. Des Deviſes , Emblêmes
, & Revers de Médailles.
De la Peinture , & de la Sculpture,
du Parchemin & du Papier.
Da Vetre. Des Veritez qui ſont
contenues dans les Fables , & de
l'excellence dela Peinture. De la
Conteſtation . Des Armes , Armoiries
, & de leur progrés . De
l'Imprimerie. Des Rangs & Cerémonies
. Des Taliſmans. De la
Poudre à Canon. De la Pierre
Philofophale. Des Feux dont les
Anciens ſe ſervoient dans leurs
Guerres & de leur compoſition .
De la ſimpathie , & de l'anthipatie
des Corps . De la Dance de
ceux qui l'ont inventée,& de ſes
diferentes eſpeces .De ce qui contribuële
plus des cing ſensde Nature
à la fatisfaction de l'Homme.
Del'uſagede la Glace. De la
:
naturedes Eſprits folets , s'ils font
de tous Païs , & ce qu'ils ont fait.
-Del'Harmonie , de ceux qui l'ont
inventée , & de ſes effets. Du
fréquent uſage de la Saignée. De
la Nobleffe . Du bien & du mal.
que la fréquente Saignée peut
faire. Des effets de l'Eau minerale.
De la Superftition , & des
Erreurs populaires.De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete
apparuë en 1680. Des Armes de
quelques Familles de France . Du
Secret d'une Ecriture d'une nouvelle
invention , tres propre à
eſtre renduë univerſelle, avec celuy
d'uneLangue qui en reſulte,
l'un & l'autre d'un uſage facile
pour la communication des Nations.
De l'air du Monde ,
de la veritable Politeffe , & en
quoy il conſiſte. De la Medecine.
Des progrés & de l'état
९
a4
préſent de la Medecine. Des
Peintres anciens, & de leurs manieres
. De l'Eloquence ancienne
&moderne. Du Vin. De l'Honneſteté,&
de la veritable Sageffe.
Dela Pourpre& de l'Ecarlate, de
leur diférence , &de leur uſage.
De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'Abregé
du Dictionnaire Univerſel. Du
mépris de la Mort. De l'origine
des Couronnes, & de leurs eſpe.
ces . Des Machines anciennes &
modernes pour élever les Eaux.
Des Lunetes. Du Secrer . De la
Converſation. De la Vie beureu
ſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
On fera une bonne compofition
àceux qui prendront les cent dix
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui ſe
debitent chaque mois , le prix
fera toûjours de vingt ſols.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Rélude , I
7
Combat de M.le Chevalierde Lhéry
contre deux Vaiffeaux d'Alger.
p. 8 .
Plusieurs Ouvrages en Vers fur la
Naissance de Monseigneur le
Duc d'Anjou , 18
Ouverture du Parlement de Grenoble,
avec leDifcoursfaitparM.
leMarquis de S. André- Viricu,
qui en eft Premier Président, 24
Mariage de M.le Comte de Vandegre,
25
Mariage de M. le Chevalier de
Crillon
, 27
Remarques curicufſes ſur l'Histoire
de la Pucelle d'Orleans ,
29
TABLE .
/
M. de Louvoys fait augmenter les
Appointemens de l'Academic
de Peinture & Sculpture, 47
Description du Scrvicefolemnel fait
anx Iefuites à lamemoire de feu
M. le Prince , 48
Compliment fait à M. le Nonce ,
$ 9
Explication de l'Inscription trouvée
Sur un Cercueil d'Etain , enfai-
Sant une Contremine à la Porte
du Chasteau de Vienne , 68
Charge donnée par le Roy à M.
d'Aquin , 77
Intendans des Finances nommez par
Sa Majesté 78
MortdeM.l'Evesque de Marseille,
80 A
Penſion donnée par le Roy à M. le
Chevalier de Bétomas , 81
Mort de M. l'Abbé Gaudart ,
ibid.
Abbaye donnée au Fils de M.de
TABLE .
Montchevreüil. 82
Mort deM. le Chevalier de Sallart ,
ibid.
Mort de Mademoiselle de Lhôpital,
ibid.
Abbayes donnéespar le Roy. 84
Histoire , 85
Regales donnez par le Roy , 104
Ballade de Mademoiselle de la Fontaine,
115
Ballade de Madame des Houlieres ,
119 12
Réponse de Monfieur le Duc de S.
Aignan à Madame des Haulieres,
123
Réponse de Madame des Houlieres à
Monsieur le Duc de S. Aignan ,
128
Réjoüiffance faites àAngers pour la
NaissancedeMonseigneur le Duc
d'Anjou , 130
Autres Réjouissances sur cette Nais-
137
7
TABLE.
Deviſeſur cette Naiſſance , 139
Election d'un Procurateur à Venise,
&toutes les Feftes qui se font à
cette occafion , 142
M. le Marquis de Torcy eft nommé
Envoyé Extraordinaire en Portugal
, 151
Gouvernemens donnez par le Roy ,
ibid.
M.Rousseau est nommé Directeur Ge
neral des Monnoyes de France .
161
Tout ce qui regarde la Declaration
de laGuerrefaiteà la France par
les Espagnols , & tout ce qui s'eft
dit & fait à l'occaſion de cette
Guerre,
153
Balladede M.le Marquis de Montplaisir.
218
Mariage de Monfieur de Leffeville
& de Mademoiselle Guyet.
220
Mariage deM-onfieurdeBerulle&
TABLE .
de Mademoiselle de Paris ;
224
Mariagede M. Chopin, Lieutenant
Criminel , & de Mademoiselle
Foyde Senantes , 225
Mort de M. Billaud. Confeiller au
Parlement , ibid.
Monfieur Prou du Martret achete
la Charge de Lieutenant Crimi
nel , 226
Abjuration de Monsieur Raveau,
ibid.
Servicefaitpour la ReineparMeffieurs
de l'Academie Françoise ,
227
Amadis, Opera ,
Comedies nouvelles ,
229
230
Explication des deux Enigmes, 231
Noms de ceux qui ont expliqué les
deux Enigmes , 232
Enigme , 234
Autre Enigme , 236
M. de Lanion nommépourpréſider
TABLE .
à l'Academie des Sciences , &
M. Reinfant pour avoir ſoin des
• Medailles ,
Arlequin Procureur ,
ibid.
237
Iugement dePlutonfur les Dialogues
des Morts ,
Remarques ,
ibid.
239
Naiſſance d'une Fille avec deux
reftes 241
Mariage deMademoiselle , 22.43
EXTRAIT DU PRIVILEGE
,
du Roy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auſli défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le confentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément, &de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANCOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire de
Lyon , pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premierefois
le 18. Novembre 1683 ..
MERCURE
GALANT
JANVIER 1684.
OUS entrons , Madame
, dans la huitiéme
année de nôtre commerce
; & fi les, cent
quatorze Lettres , tant ordinai
res qu'extraordinaires , que je
vous ay déja adreſſées , n'ont pas
autant d'agrément qu'elles auroient
pû en recevoir d'une Plume
plus polie , & plus délicate
que la mienne , du moins il feroît
Janvier 1684. A
4
MERCVRE
bien difficile qu'un autre que
moy fuſt auſſi exact , à l'égard
des foins qu'il faut avoir pour ramaſſer
dans leurs véritables circonſtances
, toutes les Nouvelles
qui les compoſent. L'avantage
que ces Lettres ont de plaire à
quantité de Nations diférentes
chez qui elles paſſent , fait aſſez
connoiſtre qu'on les trouve curieuſes
; & comme l'empreſſement
que l'on a eu de les voir ,
vous a obligée à confentir qu'elles
devinſſent publiques , il eſt
aifé de juger qu'on re s'engageroit
pas à continuer les dépenſes
qu'il faut faire pour les mettre
en état d'eſtre leuës de tour le
monde , ſi elles n'eſtoient toujours
favorablement reçenës . Je
manque ſouvent detemps pour
regler mon ſtile dans toute la
netteté qui luy ſeroit neceſſaire ,
GALANT. 3 i
mais je n'en manque jamais pour
m'inſtruire à fond de tout ce qui
eft effentiel aux grandes Nouvelles;
& fi je puis eſtre quel
quefois furpris par de faux Mémoires
, ces fortes d'Articles ne
regardant que des incidens particuliers
, ne peuvent avoir aſſez
de poids pour me faire foupçonnerde
n'eſtre pas veritable dans
le détail des évenemens quidoivent
appartenir à l'Histoire. Le
Public en a paru juſqu'icy aſſez
fatisfait , & ce n'eſt pas un petit
bonheur d'avoir pû m'accommoder
à tant de gouſt diférens , dans
un fi grand nombre de Volumes.
J'ay lieu d'eſpérer le meſme fuccés
pour tous ceux qui les fuivront
, puis que la grande pratique
des affaires du monde pen.
dant tant d'années, fait qu'on en
aplus de connoiſſance , qu'on en
i
A ij
4
MERCURE
on
démeſle plus aisément la verité ,
& que pour s'en éclaircir
trouve moyen d'établir en plus
de lieux de ſeûres correſpondances.
Je puis meſme vous aſſurer
que mes Lettres feront plus curieuſes
dans la ſuite qu'elles n'ont
encore eſté , & que vous trouverez
dans toutes , à commencer
par celle- cy , ce que vous n'avez
point encore vû dans les autres ,
c'eſt à dire , que je répondray ,
mais ſans invectives , à toutes
Jes injures , & les calomnies des
Nouvelles imprimées chez quelques
Etrangers , & furs tout à
celles qui paroiffent fansque l'on
nomme l'Autheur , ny la Ville
où elles ſe debitent. Ce nom
d'Autheur ſuprimé , eſt un ſtratagême
pour le faire trouver
plus veritables , & leur donner
plus de cours . On a réüſſy dans
GALANT
ce deſſeins elles en ont autant
que les autres , & comme perfonne
ne les contredit , elles
peuvent ſurprendre les credu->
les , les mal- intentionnez ,& les
jaloux de la gloire de la France.Il
ſemble que ces Politiques ayent
place dans les Conſeils d'Etat
des Souverains, & l'on pourroit
dire qu'il s'y traite moins d'affaires
qu'ils n'en publiept , puis
qu'en deux jours diférens ils
donnent fix feüilles volantes
chaque ſemaine, Ce font vinge
quatre par mois auſquelles je
répondray , & je commenceray
par la reponſe que je feray à
cellesde Janvier. Cet Article ne
pouvant eſtre qu'à la gloire du
Roy, & de la France ;parce, qu'il
découvrira la Politique des Ennemis
de ſa grandeur , devroit
faire le commencement de cha-
A 3
6 MERCVRE
cune de mes Lettres , où les
actions de ce grand Prince luy ont
toûjours compoſé un'êloge par
elles meſmes, ſans queje leur aye
preſté aucun ornement. Cepen
dant il fautqueje le réſerve pour
le dernier , la longueur de chaque
Lettre me la faiſant commencer
avant que je puiſſe voir
es Imprimez , qui ne paroiffent
que de ſemaine en ſemaine. La
Réponſe que vous trouverez àla
fin de celle-cy , contiendra tout
ecqui regarde la Déclarationde
Guerre faire à la France par les
Eſpagnols , tout ce qui s'eſt dit&
fait à l'occaſion de cette Guerre,
l'état au vray des Affaires de
l'Europe pendant tour de mois.
En attendant ce qu'il me reſte à
ſçavoir pour ce grand Article, je
vay vous apprendre les Nouvelles
dont on m'a fait part; mais
GALANT.
ブ
7
ce ne ſera qu'apres vous avoir
parlé de deux Deviſes faites
pour le Roy , au jour des Etren.
nes. Elles font de Monfieur Ma.
gnin , auffi-bien que les Madrigaux
qui les expliquent.
La premiere eſt une Main qui
donne l'Encens au Soleil avec ces
mots, Demunere munus.
Q
Vine
1
Sçait pas que leMode
Ne reçoit uniquement
Que de cet Aftre charmant ,
Tous les biens dont il abonde ?
De cette Etrenne aujourd'huy
Ilfaut donc qu'ilse contente ,
Car l'Encens qu'on luy présente ,
On ne le tient que de lay, c
Le Soleil au Signe de la Balance
, fait le corps de la feconde.
Ces paroles luyfervent d'ame,
Sors refpicit aqua merentes.
A 4
MERCURE
Tufte
®lédansSa Carriere ,
Toûjours agiſſant , jamais las ,
C'est d'une équitable maniere
Qu'il répandſes dons icy bas.
Encore que chacun profite
DeSa lumiere également ,
Sa vertu fur les corps agit diferemment201
Il en balance le merite ,
Et ce merite feulement
Ala communiquer le diſpoſe , &
C
Kinvite
Il n'y a Lieu ſur Mer ny fur
Terre , où le nom du Roy ne ſoit
redoutable. Ce qui s'eſt paſſé
dans le Combat de Monfieur le
Chevalier de Lhery , Chef d'Efcadre
, contre deux Vaiſſeaux
d'Alger , en eſt une marque. Ce
Chevalier montant le Prudent ,
partit de Malgue le 19. Novem-
+ A
GALANT
bre dernier , pour aller au De
*troit de Gibraltar. Le 21. il entra
dans l'Ocean ; & le 23.ayant
rencontré une Priſe qu'un Corfaire
Algérien avoir faire d'un
petit Vaiſſeau Marchand François
, qui estoit de la Rochelle ,
& qui avoit Monfieur Gabaris
pour Capitaine , il les poursuivir
en forte , que les Turcs qui
eſtoient au nombre de trente ,
furent contraints d'échouer à la
Coſtede Barbarie. Ils ſe ſauve
rent à terre , mais ils perdirent &
les Marchandises , & le Bati
ment. Monfieur le Chevalierde
Lhery repalla en fuite dans la
Méditerranée , & s'eſtant rendit
le 4 Decembre à quinzo licues
de Sardaigne , il ytrouva un Vaill
ſeau Anglois qui l'avertit que par
le travers des flesdeS. Pierre
il avoit apperçuipdeux Bastimens
A3
10 MERCURE
Corfaires qui s'eſtoient ſaiſis de
deux Vaiſſeaux Maloüins. Le s .
il entra fur ces Ifles de S. Pierre
& il decouvrit ces deux Vaifſeau
de l'Avant de luy à l'Eſt ſur
le Cap Tolare. Auffi- toft il fie
route de ce coſté- là ; mais le vent
s'eſtant tourné à leur avantage ,
l'empeſcha d'aller à eux. Cela
luy fit prendre le deſſein de couler
le long de la terre , en contrefaiſant
le Marchand , & cette
rufe eut tout le ſuccés qu'il en
avoit eſperé. Les Corſaires jugerent
à ſa mancouvre, qu'ilvou
loit les éviter ,& ne manquerent
point dans cette croyance d'arriver
for luy à la petite portée du
Canon ,avec le Pavillon blanc.
Il revira auffitoſt ſur eux , qui
reconnoiffant, que c'eſtoit un
Navire de guerte François , ſe
rallierent au vent , pour s'en
GALANTM たれ
éloigner à force de Rames. Le
grand calme qui farvint;empécha
Monfieur le Chevalier de
Lhery de les joindre , &ilnel
pût que leur envoyer quelques
bordées de Canon , mais avec
fort peu d'effet. La nuit arriva ,
mais le vent eſtant revenu , rapprocha
les deux Corfaires ,& il
eſtoit preſt de les attaquer , lors
qu'il fut furpris d'un foudre de
vent , accompagné d'une grande
obſcurité, qui les luy fit perdre
tout le lendemain. Le7.eſtant fur
le Cap de Carbonniere en Sardaigne,
il les apperçeut ,& quoy
qu'il fiſt une groffe mer& beaucoupde
venu, il les joignit à une
heure apres midy. Les Corfaires
mirent le Pavillon d'Algen , & fe
tintent en état de n'eſtre poine
féparez. Alors MonfieurdeLhes
ry reconnut que l'un de ces deux
A 6
12 MERCURE
Vaiſſeaux eſtoit le Lyon d'or
monté de quarante- fix Pieces de
Canon, & de quatre à cinq cens
Hommes . Il apprit de quelquesuns
de ſes matelots qui avoient
ſervy ſous un Renégat Hollandois
, que c'eſtoit ce Renégat qui
le commandoit. L'autre Vailleau
eſtoit d'un auffi fort Equipage
& monté de meſme que le premier.
Cependant malgré la pe
ſanteur du temps , qui rend la
manecuvre difficile , & l'agitation
de la mer qui embaraffe à
ajuſter les Canons , Monfieur de
Lhery les attaqua avec beaucoup
de vigueur. Le Combatdura quatre
heures ; pendant leſquelles ib
ne pût ſe ſervir que de ſaBaterie
haute , qui estoit de dix Pieces
de Canon. Ce fut un grand
avantage pour ces deux Vaif
ſeaux , qui ſe tenoient toujours.
GALANT 13
joints ,& faifoient autant de Voiles
qu'ils pouvoient pour ſe ret:-
rer de deſſous le feu de Monfieur
de Lhery , qui eſtoit ſouvent à
la portée du Mouſquet , dont on
tira pres de dix mille coups. La
manoeuvre du Vaiſſeau François
ne travaillant que pour tâcher de
les ſéparer , eſtoit bien diferente
de celle des Corſaires , qui n'av
giſſoit que pour ſe tenir ſerrez
mais enfin un coup de ventayant
jetté les deux Vaiſſeaux ennemis
fort loin l'un de l'autre, Monfieur
de Lhéry ſe ſervit fortà propos
de ce temps , & tomba fi rude.
ment fur le Lyon d'or', qu'avanc
que l'autre cult pû le rejoindre,
il jetta ſon grand Mats & deux
autres à la mer , & ne luy laiſſa
que ſon Mats de mizaine , avec
fonBeaupré. Le ſecon:d Vaiſſeau
Corſaire revint à force deRames,.
14
MERCURE
& paſſant fous le Beaupré de
Monfieur de Lhery à la portée du
Piſtolet, il luy fit toute la dechange
de fon Canon & de fa
Mousqueterie. Monfieur de Lhery
le regem avecune extreme ferr
meté. Il luy fit tirer toutes les
bordées dont il pouvoit ſe ſervir ,
&le maltraita fi fort , que ſe vo
yantien defordre , il mit ce qu'il
pût de voiles au vent, & ſe retira
. Le Vaiſſeau François rejoignit
le Lyon d'or lors que la nuit
approchoit & lors qu'il en fue
affez pres , il luy fit promettre
bon quartier , mais l'autre ne
luy répondit qu'à coup de Moufquer.
Le temps eſtoit fi fâcheux,
qu'il n'y avoit pas moyen de l'as
border ſans ſe mettre en péril
de couler bas . Ainfi Monfieur
de Lhery luy eut à peine fait
faire encore quelques décharges
que la nuit vint tout-à-faic
GALANT.
avec un vent furieux. Le lende
main 8. on ne pût ny approcher
ce Corſaire , ny luy tirer du Canon
, à cauſe de la tempeſte qui
ne ceffa point. On eſſaya de le
faire pluſieurs fois , mais les
Boulets alloient dans les nuës,
ou fe perdoient dans la Mer
Monfieur de Lhery luy fit ena
core crier, en luy montrant le
Pavillon blanc , qu'on luy feroit
bon quartier , & mefme on luy
tira deux coups de Canon fans
Boulets ; mais il ne répondit
point,& comme il avoit le temps
favorable pour fuir , il faiſoit tou
jours vent arriere vers les Coſtes
d'Italie , de forte qu'en moins
de vingt-quatre heures , à force
de Voiles, il fit faire en diferentes
routes plus de quatre vingts
lieuës àMonfieur deLhery. Ces
Barbares ayant pris la réſolution
1
16 MERCURE
de ſe faire Efclaves des Eſpa
gnols , plutoſt que de ſe rendre,
allerent ſe perdre la nuit fur la
Coſte de Naples vers Gayete.
Monfieur de Lhery quivoulut les
fuivre , pour lesa prendre dans
le temps qu'ils échoüeroient
penſa ſe perdre luy meſme , &
se fut une eſpédeside miraclé
qu'ilne périſt pas à cette Coſte.
La tempefte le tint peridant plus
de douze heures dans toutes les
horreurs d'un naufrage preſque
feûra Ge Combatra eſté fort
rude , parce que ces Corfaires
ſe font bien batus ; mais ils
n'auroient pû éviter. d'eſtre pris
on coulez à fond désale pre
mier jours fele mauvais temps
n'cuſtempefché Mª de Lhéry
de ſe ſervir de fon gros Canon.
lacusquarante ou cinquante
Hommes tuez ou bleſſez fur
GALANT. 17
१ fon Bord , & preſque tous de
coups de Mouſquet. Il eſt étonnant
qu'il n'ait pas perdu plus
de monde , eſtant extraordinaire
que des Vaiſſeaux ſoient pendant
quatre heures continuel,
lement expoſez à la mouſqueterie
,& auffi pres que ceux- cу
onteſté l'un de l'autre . Monfieur
leChevalier de la Barre,Enfei
gne , a reçeu un coup de Mouf
quer au travers du corps &
Monfieur le Chevalier de Gefvres
, qui s'eſt trouvé Volontai
re en cette occafion , s'eſt fort
diſtingué . Il y a eu quelques
Gardes-Marines tuez ou bleſſez .
Monfieur le Chevalier de Lhéry
moüilla le 16. au Port Ferrare,
où il radouba un peu ſon Vaiffeau,&
le raſſura du coup de Mer
qui l'avoit mis en fi grand péril.
Le 23. il entra heureuſement au
Port de Toulon .
18 MERCURE
Ce feroit icy le lieu de vous
parler d'une Avanture de quelquesChevaliers
de Malte , qu'on
prétend avoir paſſé quatre jours
fur un Ecuëil , apres s'eſtre ſauvez
d'un naufrage ,mais je ne
vous en apprendray les circonſtances
, que quand le Mémoire
que j'en ay reçou , m'aura eſté
confirmé par des Perſonnes con-
Voicy quelques, vers qu'on
m'a envoyez fur la naiſſance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou.
Les premiers font de. Monfieur
d'Ormy
::
:
Frances
Rance , tes voeux font ac
complis
Le Ciel par un nouveau prodige
Fa't d'une incomparable Tige
Naître un nouvel appuy de la gloire
ades Lys .
GALANT.
19
Que sa naissance a d'éclat & de
lustre !
Qu'il est heureux ce bel Enfant !
Petit - Fils d'un Héros fans ceſſe
triomphant ,
Fils d'un Pere éclatant, illustre ,
Qui fuir avec tant d'art le chemin
des Héros
Fils d'une féconde Victoire ,
Né dans un temps, où la Victoire
De son auguste Ayeul couronne les
travaux.
Puis que dés le moment qu'il ouvre
Sa carrieres studio 리도
Ilvoit de tous côtez lumiere fur lu-
Que tout rend à l'envy fon Berceau
glorieux
Puiſſe l'Auteur des Destinées
Cöbler d'heur ſes tendres années,
Afin qu'égal aux Demy.Dieux
Dont ila reçeu la naiſſance ,
Il puiffe on your si loin étendre fa
puissance , 1
20 MERCURE
Qu'étonnant les Mortels par fes
Faits inoüis , !
Ilse montre par tout Petit-Fils de
LOUIS.Had
e sundporosa
Le Sonnet qui faitfur cette
meſme matiere , eſt de la Muſe
de l'Hoſtel S. Faron.
JRRRRORRY SRRRRRRRD???????
T. Es François viofoient plus eſperer
de beaux jours ,
Quandle Ciel leur ravit la plus
grande des Reynes ,
Ils ſembloient condamnez à d'eternelles
gefness no. of pinell
Mais cette Reyne enfin leur preſte
fon fecours
On croyoit give nos pleurs duffent
couler toûjours broodbo
Lors qu'implorant du Ciel les bontez
Souveraines ,
Elle abtient un Héros qui termine
nos peines , curling
GALANT. 21
Et qui de nos sanglots vient arrester
lecours
D'un Epoux immortel Epouse devenuë
,
Voulant que l'Alliance icy bas foit
соппиё ,
Elle en donne aux François un Gage
tout récent;
םה
Et si noſtre douleur est enfin terminée
Si be plaisir renaist par un Prince
naiffant ,
C'est qu'il est le doux Fruit de te
Saint Hymen
Monfieur Diereville , dopt
vous avez ven beaucoup de galans
Ouvrages , a joint agréablement
le badin au ſérieux dans
ce Madrigal .
22 MERCURE
A DADAME
- LA DAUPHINE.
Ela ne vapas mal pour l'Empire
des Lys.
Enſeizemois faire deux Fils ,
C'est estre en ce Mestier, ma foy , des
plushabiles.
LOVIS , leur Grand Papa , prend
quand il veut des Villes .
Surſes Ennemis les plus fiers ,
On luy voit en tous lieux remporter
la victoire;
Sa valeur qui le rend le plus grand
des Guerriers ,
Ajoûte chaque jour quelque chose à
Sagloire.
Pour partager tant de Lauriers,
Donnez-luy tous les ans de nouveaux
Héritiers .
Dans le temps de la Naiſſan
GALAN T.
23
ce de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , ceQuatrain parut.
L
'On voit maintenant Sans
mistere
En quoy LOUIS n'étoit pas Grands
Il estoit Grand Héros , Grand Roy ,
Grand Conquerant ...
Mais LOVIS n'estoit pas Grand
Pere.
La Naiſſance d'un nouveau
Prince , adonné àMonfieur Cavelier
de S. Jacques , l'idée d'y
répondre par ces Vers.
M
Onter au plus baut des
Grandeurs :
Pur un degré de Succeffeurs ,
C'est montercomme le vulgaires
Mais estreGrandHéros,Grand Roy
Grand Conquerant ,
Autre que luy ne l'a fçenfaire.
24
MERCURE
:
C'est de foy que LOVIS eft Grand;
Pourne le pas nõmer Grand Pere,
F'aurois mieux aimé dire Ayeul ,
Cette Grandeur beréditaire
Ira felon mes voeux juſques au Trifaycul.
A la derniere Ouverture du
Parlement de Grenoble , Monſieur
le Marquis de S. André
Virieu , qui en eſt Premier Pré-
Adent, donna des marques de la
continuation de ſon zele pour
le ſervice du Roy par un Difcours
remply d'indignation contre
ceux de la Religion Prétenduë
Réformée , qui l'Eté dernier
avoient cauſe quelques mouvemens
dans le Dauphiné . Il fit
voir les malheurs qui ont toujours
ſuivy ces fortes de troubles ;
que le prétexte qu'avoient pris
les Calviniſtes , de prier Dieu fur
A
les
GALANT.
25
les Ruines de leurs Temples ,
eſtoit inſenſé & ſéditieux ; que
la veritable Religion ne permettoit
point qu'on ſe détachaſt de
l'obeïſſance deuë au Souverain;
que les Apoſtres n'avoient jamais
prié avec des Armes , ny
ne s'eſtoient meſlez d'aucune
affaire d'Etat. Il donna des éloges
aux Magiſtrats , & aux Perſonnes
de qualité de la meſme
Religion , qui avoient toûjours
eſté oppoſez à ces dangereux
égaremens , & parla enſuite de
le clémence du Roy , qui pouvant
punir les Enfans de ces
Rebelles, avec la meſme rigueur
qui eſt impoſée par les Loix
Romaines , les maintient encore
dans leurs Biens , & quelquesuns
dans les Emplois qu'ils ont
dans les Armes , & ailleurs . :
Il s'eſt fait deux Mariages fort
Janvier 1684 B
26 MERCVRE
conſidérablesen Province. L'un
eſt celuy de Monfieur le Comte
-de Vandegre , Gentilhomme
d'une des meilleures Maiſons
d'Auvergne , avec Mademoiſelle
de Muſy. Monfieur de
Vandegre , Pere du Marié , a
ſervy longtemps en qualité de
Capitaine de Chevaux - Legers
dans le Regiment de Canillac.
Il avoit un Frere , appellé le Baron
de Monteil , qui fut tué au
Siege de Turin , commandant
auſſi une Compagnie de Chevaux
- Legers . Leurs Predecefſeurs
ſe ſont alliez avec les Maiſons
de Marillac , & de la Voûte.
Quant à celle de Muſy , elle
eſt une des plus Illuſtres de Dauphiné
, & a donné fort longtems
• des Chefs dans les Cours Souveraines
, des Premiers Préſidens
au Parlement de Metz , & à la
GALANT . 127
Chambre des Comptes de Grenoble.
Madame la Préſidente de
Muſy , eſt Soeur de Monfieur le
Marquis de Cruſy , de la Maiſon
de Clermont- Tonnerre. Il ſuffit
de la nommer ; il n'y a perſonne
en France qui n'en connoiſſe l'éclat.
L'autre Mariage qu'il faut que
je vous apprenne , eſt celuy de
Monfieur de Crillon avec Mademoisellede
Saporte. Monfieur
le Marquis de Crillon , Aîné de
cette Famille , Colonel & Brigadier
de Cavalerie , n'ayant
point d'Enfans depuis vingt-trois
ans qu'il eſt marié , a veu avec
joye le choix que Monfieur fon
Frere a fait de cette aimable Perſonne.
Elle n'est pas moins à eſtimer
par ſon eſprit , que par ſa
naiflance . Ces Vers qu'elle fit
le premier jour de ce mois , pour
B 2
28 MERCURE
Etrenne à Monfieur de Crillon
fon Mary ; vous feront connoître
les avantages qu'elle ade ce
coſté-là.
Tirch
'Ircis , le jour qui nous éclaire
Aux dons fut toûjours def
tiné ;
Mais quel don pourray-je faire ,
Puis que jevous ay tout donné ?
En vain ic cherchepar moy- mesme
Avous faire un Préfent de prix.
Quepeut-il rester quand on aime ?
F'avois un coeur , vous l'avez pris.
Vous le conferverez ſans peine ,
Ce coeurfera bien ſon devoir ;
Vous le donner en fait d'Etrenne ,
C'est moins donner que recevoir.
Comme tout ce que je vous ay
mandé touchant la Pucelle d'Or .
leans , a fait bruit dans voſtre
GALANT. 19
Province , vous ferez ſans-doute
bien aiſe de montrer à vos Amis
la Lettre qui ſuit. Elle eſt de
Monfieur de Vienne- Plancy , à
Monfieur Vignier de Richelietr
fon. Parent. Il a entendu parler
de la Pucelle au Pere Vignier
de l'Oratoire , & ce qu'il écrit
là-deſſus eſt curieux.
ふわふわれわれ
AFau Clarenton le 22. de
Decembre 1683
Ien que vostre témoignage ,
confirmation , agréez pourtant une
afſurance de mapart en faveur de..
la verité , & trouvez bon que tout
le monde fçache avec vous que j'ay
oüy parler de la Pucelle d'Orleans
àvostre illustre Frere,dans les mef
B 3
30 MERCURE
*
mes termes que vous en avez écrit
à Monsieur de Grammont. F'estois
à Paris quelques mois avant Sa
mort ,& profitant de mon séjour en
cette Ville,je luy rendois toutes les
visites à quoy m'obligeoient la Parenté
qui est entre nous , la haute
eftime que j'avois pour fon rare merite
, & la part que je prenois à
l'indifpofition qu'il souffroit. On
estoit four de le trouver toûjours à
S. Magloire , parce que cette indifposition
ne luy permettoit pas de
Sortir de ce lieu. Vous sçavez qu'il
l'avoit choisy pour sa réſidence , à
cauſe du bon air qu'on y reſpire ,&
du voisinage de Monsieur de Morangis
ſon intime amy.Il s'attachoit
alors par divertiſſement à la lecture
des Voyages , & témoignoit en recevoir
beaucoup du plaisir. Ce fut en
meracontant celuy qu'il avoit fait
en Lorraine , avec Monsieur de Ri- ・
GALANT. 31
cey , qu'il tomba ſur le chapitre de
la Pucelle ; qu'il me parla du Manuscrit
de Metz ,Sans pourtant me
le montrer , parce qu'il l'avoit prété
àun Peredela Maiſon , qui l'avoit
emporté à la campagne , & qu'il
m'aſſura d'avoir tenu le Contract
de Mariagede Robert desArmoifes
avec cette Heroine. Jugez , Mon
ſieur, de maſurpriſe àce discoursi
elle fut d'autant plus grande , que
i'avois oüy dire deux ou troisfoisà
un Gentilhomme de Normandie qui
logeoit avec moy , qu'on voyoit à
Roüen la Chaudiereoù cette pauvre..
Fille avoit esté mise pour brûlée
vive , comme on bruloit estre ancien
nement les Morts chez les Romains,
avec cette merveille , que lefeun'avoit
non plus fait d'impreſſion Sur
Son coeur , que fur celuy du brave
Germanicus ; & il n'y avoit pas
mesme long temps que l'avois lû
B4
32
MERCVRE
cette déplorable Histoire dans la
Cour Sainte , & l'instruction du
Procés , les Condamnations qui l'avoient
ſuivy , & cette inhumaine
Execution , dans les Recherches de
La France par Pasquier. De forte
qu'ayant l'esprit gagnépar ces préiugez,
ie demanday en riant à vôtre
illustre Frere , ſi le corps de la
Pucelle avoit refifté au feu comme
fon coeur, ou s'il estoit forty vivant
defes cendres , comme le Phenix . Il
entendoit raillerie , & il me repondit
que je luy demandaſſe plutoſt , ſi
Diane n'avoit point mis une Biche
en ſa place , comme elle fit en celle
d'Iphigénie , pour le garentir d'une
auffi cruelle mort , & que ie ne m'éloignerois
pas fi fort de la verité.
Ces paroles diſſipérent ma ſurpriſe,
en me faisant souvenir d'une circonstance
qui est à la fin du Procés
de nostre Héroïne , dans le dernier
GALANT.
33
Autheur que i'ay nommé. L'avantage
que ie crûs tirer de ce Livre,
m'ayant bientoft fait témoigner la
curiosité que i'avois de le revoir,
voſtre illustre Frere qui m'avoit reçû
dansſa Biblioteque, l'une des mieux
conditionnées de Paris , me le mit
auſſi- toſt entre les mains. L'y cherchay
l'endroit dont je me pretendois
prevaloir contre luy , & j'en fis la
Lecture.En voicy les mots,p.562 .Elle
fut de fi grande recommandation
entre nous apres ſa mort,
( Pasquier parle de la Pucelle morte
en 1431. Selon luy , & Selon bien
d'autres , qu'en l'an 1440. le
commun Peuple ſe fit accroire
qu'elle vivoit encore , & qu'elle
eſtoit échapée des mains des Anglois
, qui en avoient fait brûler
une autre en ſon lieu ; & parce
qu'il en fut trouvé une dans la
Gendarmerie en habit déguiſé ,
BS
34
MERCURE
le Parlement fut contraint de la
faire venir , & de la repréſenter
au Peuple fur la Pierre de marbre
au Palais , pour montrer que c'étoit
une impoſture . Ne voudriezvouspas
conclure de là , me dit auffi
tost apres vostre illuftre Frere , que
cette seconde Bellone, qui devoit ref-
Sembler à la premiere, puis qu'on la
prenoit pour elle , fust l'Héroïne du
Manuscrit de Metz?Je luy repondis.
qu'il penetroit dans ma pensée ,
que j'y voyois bien des apparences ..
Ie vins à leur detail , il eut la pa-.
tience de m'écouter, puis il me repliqua
, que ſi l'on avoit bien ſçû
distinguer à Paris l'une de ces Guer
rieres d'avec l'autre , & confiderer:
ta seconde comme une Ombre feulement
de la premiere , on auroit
fait ce discernement avec beaucoup ,
plus de facilité & d'assurance , aux
lieux marquezdans le Manufcrit,,
GALANT.
35
comme estant bien plus proches du
Païs de la Pucelle , pour ne devoir
Pas Soupçonner qu'on y eust esté
trompé; queſes Freres d'ailleurs ne
l'auroient pas recounüe pour leur
Soeur , (i elle ne l'avoit pas esté , &
qu'enfin les temps ne s'accordoient
pas affez bien pour favoriser ma
coniecture , puis que la Pucelle avoit
esté mariée dans l'année de l'Echevinage
de Philippin Marlou en
1436. & que la Seconde Guerriere
n'avoit paru que quatre années
apres en 1440. Il ajoûta ensuiteà
l'égard des autres vray ſemblances
que j'avois avancées contre fon opinion
, que si le Mary de la Pucelle
ne l'avoit pas menée à la Cour , demander
au Roy des récompenfes di
gnes des ſervices qu'elle luy avoit
rendus , ilſe put faire qu'estant devenüe
groſſe aussi tost apresfon Mariage
, &incommodée pendant tous
B6
36 MERCURE
Le cours de sa groffeffe , ce voyage
eust esté remis apres ſes Couches; &
qu'en donnant la vie àfon Fruit ,
elle- même l'eust perdüe . Que files
quatre Commiſſaires que le Pape
Califte III. delegua en 1455. pour
informer de sa vie , n'en divul
quérent pas cet heureux évenement
, qui ne vint que trop à leur
connoiſſance apres l'audition de
112. Temoins , c'est que leur Com
miſſionn'estoit pas de montrerqu'elle
eust échapé de la mort à Roüen ,,
mais d'examiner ſi l'on avoit eu:
raison de l'y condamner comme
Héretique , Relapse , Apostase , &
Idolâtre. Que si le Chancelier de
l'Univerſité de Paris qui fit fon
Apologie en 1456. & tous nos Histo
riens François n'avoient rien dit decette.
Surprenante avanture ; c'eft
qu'ils ne l'avoientpas fçûë , on ne
l'avoient pas voulu croire. Que fu
GALANT. 37
la voix du Peuple , qui passe pour
celle de Dieu & de la verité, estoit
devenüe muette ſur une fingularité
fimerveilleuse , c'est que le Peuple
aimoit la nouveauté ,& que deux
fiécles estoient plus que fuffifans:
pour luy faire oublier des chofes encore
plus confiderables que celle- là ;
&qu'enfin fi. ce Monsieur des Armoiſes
qui luy avoit confié les clefs
de son tréfor , ne sçavoit pas luymesme
la descente de nostre incomparable
Héroïne ,il n'eust pas esté le
premier qui eust ignoré ce qu'ilde
voit le mieux sçavoir : & que fon
engagement dans les Troupes dés le
bas âge, joint à une inclination na
turelle beaucoup plus forte pour les
Armes que pour les Lettres , luy
avoit bien donné d'autres choses à
faire , qu'à s'amuserà lire devieux
Contracts. Vostre illustre Frere paffa
au fonds de la difficulté apres cess
3:8 MERCURE
répliques , & me remontra que la
Pucelle ayant esté exposée le 24. de
May Sur un échafaut public , en
confequence de l'avis envoyéà Roüen
par l'Univerſitéde Paris , qui lajun
geoit digne de mort , on l'avoit feulement
admoneſtée, remise en prison,
& condamncé à y paſſer le reste de
ſa vie; ce qui donnoit un juſteſuiet
dejuger que la condamnation à estre
brûlée toute vive , qui avoit efte
rendüe contre elle à la fin dumême
mois de May ; n'avoit en pour but:
que de dompter par la crainte du
plus terrible desſuplices , l'invincible
atachemens qu'elle temoignoit
avoir à estré habillée en Homme;
mais que l'execution qui avoit fui--
wy cette Sentence , estoit tombée fur
une autre Perſonne qu'elle ,Per
Sonne de mesme sexe digne de mort,
& de mort cruelle , qu'on avoit
adroitement substituée en ſaplace
GALANT
39
( comme le Peuple de ris l'avoit
mesme deviné lors qu'il avoit pris
La seconde Guerriere pour elle ) &
qu'on avoit brûlée toute vive , pour
contenter l'animoſité des Anglois ,
en même temps qu'on épargnoit l'innocence
de nôtre illustre Françoises.
&que si le coeur de cette Perfonne
Supposée avoit échapédes flames ,
comme on le diſoit , ce n'estoit pas
une marque de Sainteté , puis que ,
celuy d'un Payen avoit bien eu le
mesme avantage. Il ajoûta que ce
procedé estoit d'autant plus digne
de créance", que c'estoit un Eves.
que , &un Evesque de nôtre Nation
, qu'on avoit rendu le maistre
de la vie & de la mort de la Pu
celle , que cing semaines entie--
res s'écoulerent entre fa dernie
re Sentence , & l'execution , com .
me on le voyoit par la comparaison
des Dates de Pasquier & de De40
MERCURE
Serres , le premier mettant cette
Condamnation au 30. deMay , &
L'autre cette Execution au 6. de
Fuiller ; delay extraordinaire en
Iuftice, mais fans doute alors neceffaire,
pour trouver la Criminelle
dont on avoit beſoin , & pour difpoſer
toutes choses à reüſſir ; à quoy
n'avoit pas peu contribué la Mitre
qu'on mit ſur la teste de cette Malheureuse,
en la conduisant au fuplice,
& le Tableau plein d'injures
qu'on porta devant elle , puis que
cestoient autant de moyens d'occuper
de distraire les regards des Per-
Sonnes de fin difcernement, qui auroient
pû decouvrir cettefage feinte.
Il me fu remarquer apres cela
dans Pasquier , la teneur de certaines
Lettres de Don , octroyées à .
Pierre , l'un des Freres de la Puccile,
Parle Duc d'Orleans en 1443. qui
Dortent , Oüye la fupplication dus
GALAN TA
41
dit Meffire Pierre , contenant
que pour acquitter la loyauté
envers le Roy noſtre Sire ,&
Monfieur le Duc d'Orleans , il ſe
partit de ſon Païs pour venir à
leur ſervice en la Compagnie de,
Jeanne la Pucelle ſa Soeur , avec
laquelle , & juſqu'à fon abfentement
, & depuis juſqu'à préſent
il a expoſé ſon corps & ſes
biens audit ſervice. Terms quż
marquoient que la Pucelle n'avoit
eſté qu'absente ,& qu'elle n'estoit
pas morte ; ce que fon Frere n'au
roit pas manqué de dire & de faire.
exprimer dans ces Lettres , sil
avoit esté veritable , afin de s'atti
rer plus de mérite auprés de ce Prin
ce. Il me témoigna enfin , qu'il ne
doutoit point quele Roy mesme
n'eust bien ſçû qu'on n'avoit pas
fait mourir cette innocente , puis
qu'ayant esté prise en Guerre par2
42 MERCURE
les Bourguignons , qui la vendirent
aux Anglois , il n'auroitpasmanqué
de vanger publiquementfur les premiers
de ces Ennemis qui seroient
tombez sous sa puiſſance , la mort
qu'on auroit donnée contre le droit
des Armes àcette Héroïne à qui il
devoit la conſervation de sa Couronne
; ce qui n'estant pas arrivé , à
ce qu'on ſcache , confirmoit l'opinion
qu'elle n'avoit fouffert qu'uneprison
de quelques années, d'où enfin s'estant
échapée apres la mort du redoutable
Duc de Bethfort General des
Anglois , avenüe à Roven en Decembre
1435. il y avoit lieu de
croire encore qu'elle avoit aidé ,
quoy que fans éclat , à chaffer de
Parisles Anglois, qui enfortirent au
mois de Fevrier 1436. & qu'ayant
entierement Satisfait àſa Mission ,
&accomply toutes ses Predictions ,
elle estoit retournée en ſon Païs , où
GALANT.
43
pour
elle parui au mois de Mayfuivant ,
& où elle finit ſes Avautures par
Son Mariage avec une Perſonne de
qualité , comme on l'apprenoit du
Manuscrit & du Contract. Il ajoûta
encore , que si les voix Celestes
qu'elle avoit aecoutumé d'entendre ,
&qui l'avoient avertie deſa pri
Se,ne luy avoient pas annoncé precisement
qu'elle fortiroit de prison,
elles luy en avoient affez dit
luy en faire concevoir l'esperance ,
puis qu'elles luy avoient recomman
dé d'avoir bon coeur & de repondre
hardiment, & que Dieu ne la laifferoit
pasfans aide&fans confolation.
Il cita ensuite l'Autheur dont
il tenoit cette circonstance ; mais le
nom m'en est échapé de la memoire.
Voila , Monfieur , les raisonnemens
de vostre illustre Frere fur ce grand
Sujet , autant que j'ay pûm'enfouvenir
en lifant vostre Lettre ,&
44
MERCURE
en relifant le Pere Caussin , Pafquier
, & De- Serres . Peut estrey
en ajoûta- t- il d'autres, que le temps
a encore effacez de mon esprit . Mx
de Morangis le vint voirfur la fin
de ces éclairciſſemens ; le Manus
crit avoit paffé parses mains , &
il en sçavoit les particularitez . Il
témoigna qu'il auroit ſouhaitéque
le Contracty eust passé aussi,&non
feulement celuy de Robert des Ar
moiſes , mais encore celuy de fon.
Fils , pour voir les termes & les
dates de l'un & de l'autre . Ildemanda
ensuite si l'on ne pouvoit
point disputer la validité du Manuferit
,sur ce qu'en faisant mention
des Freres de la Pucelle , il
donnoit la qualité de Chevalier au
Gadet , & n'attribuoit que celle
d'Ecuyer à l'Aîné. Sur quoy voſtre
illustre Frere luy répondit , que le
Cadet accompagnant sa soeur en
GALANT.
45
Guerre, comme le portoient les Let.
tres de Donde 1443. s'estoit fans
doute acquis un mérite fingulier ,
d'où luy estoient venües la dignité
& la qualité de Chevalier , lefquelles
n'avoient pas estéaccordées
àfon Aîné, pour ne s'estre pasfignalé
de la mesme maniere ; &
cette réponse me parut fort plaufible.
Ils se dirent beaucoup d'autres
choſesſur ce Manuscrit , que je ne
comprenois pas trop , parce qu'elles
dépendoient des circonstances qui
m'estoient inconnües ; &fi je l'euſſe
vû , je ne doute point que jen'y euſſe
bien trouvé des Questions àpropoſer
ànostre illustre Tenant. Par exemple,
pourquoy cette Guerriere parloit
parparaboles diſoit qu'elle n'avoit
point de puiſſance avant la Saint
Jean - Baptiste , ne s'alla pas faire
voir à Dompré , Domprin , on
Dompremy Sa terre natale , à
46 MERCURE
1
Vaucouleur fon voisinage , & à
Neuf- Chastel où elle avoit de
meuré cinq années ,&se laiſſa mener
à Cologne , par un jeune Comte
d'Allemagne qui l'aimoit ,&qui l'y
retint tant qu'il plût à Dieu , on ne
dit pas combien de temps. Car enfin ,
Monsieur , vous m'avoüerez qu'on
peut bien soupçonner du myſtere en
tout cela , & un mystere peut estre
plus propre à affoiblir qu'à fortifier
la preuve qu'elle estoit la veritable
Pucelle. Deplus , on me vient d'apprendre
que du Haillan , qui a écrit
avant Pasquier , & qui rapporte
plus au long que luy le Procés de
noſtre Héroïne , dit qu'elle avoit fais
voeu de Virginité, dés le temps qu'el
le commença àoüir les voix Celestes,
ce qui arriva en la quatorziéme année
de sa vie ; & que pour cette
raiſon elle refufa deſe marierà un
ieune Homme à qui ſes Parens l'a.
1
!
PVGNAT
ET
EXCITAL
S
GALANT.
47
voient promise , comme elle l'avoit
confiſsé àses luges. Et voila , ce me
Semble , une assezgrande atteinteà
l'opinion de vostre illustre Frere. L'y
défere pourtant beaucoup , & ie me
rendray toûjours à la voſtre , ayant
aioûte à l'estime que i'ay toûjours
eüepour vous , celle que i'avois pour
luy. Faites moy la grace d'en estre
persuadé , & de me croire, Mon-
Sieur , voſtre , &c.
DE VIENNE - PLANCY.
:
Je vous parlay il y a un mois,
de deux Médailles d'or , qui furent
diſtribuées par Monfieur de
Louvoys à l'Academie des beaux
Arts , pour les Prix de peinture
& de Sculpture , lors qu'il y fut
reçû Protecteur. Je vous en envoye
le Revers gravé. La face
droite repréſente le Roy , dont
vous trouverez le Portrait dans
48 MERCURE
pluſieurs de mes Lettres. Je vous
dis à l'égard de la mefme Académie
, que Monfieur de Louvoys
avoit réſolu d'en faire augmenter
les apointemens par le Roy,
afin que tous les Etudians y puſſent
deſſiner ſans rien payer.
Cela est déja exécuté. On voit
par là , que tout ce que dit ce
-Miniſtre , doit eſtre tenu pour
fait.
Le Vendredy 10. du dernier
mois , les Jéſuites de la Ruë S.
Antoine accomplirent pour la
-premiere fois la derniere volonté
de feu Monfieur Perrault , Préfident
en la Chambre des Comptes
, qui a ordonné parfon Teſtament
, que tous les ans on
fera dans leur Egliſe un ſervice
folemnel à la memoire de feu
:Monfieur le Prince dont le Coeur
repoſe dans la Chapelle de S.
Ignace,
GALANT.
49
Ignace , enrichie de Staties &
de Bas -Reliefs de Bronze , avec
divers Ornemens de Marbre
-blanc & noir. Ces Peres entreprirent
de décorer cette Chapelle
d'une maniere Funebre , pour
ſervir à cette Cerémonie ; & le
ſujet de la décoration fut tiré de
deux anciennes Deviſes de la
Maiſon de Bourbon. L'une eftoit
un Pot à feu , ou une Chauferette
remplie de feu , avec ces
deux mots , Ardens Defirs ; &
l'autre une Ceinture , avec ce
ſeul mot Esperance. On repréſentoit
par là les Ardens Defirs
du Coeur de Henry de Bourbon
Prince de Condé , & les Efpérances
de l'Immortalité. Deux
grands Anges de Bronze poſez
fur le fronton de l'Autel, tenoient
un Soleil rayonnant d'or , dans
le corps duquel eſtoit l'Image de
Ianvier 1684. C
50 MERCURE
S. Loüis , Tige de la Séreniſſime
Maiſon de Bourbon , par Robert
de France, Comte de Clermont,
fon ſixiéme Fils. On voyoit dans
ce Fronton ſa Royale Defcendance
, avce ces mots d'Iſaïe,
In ſplendore ortûs tui ,
Tout brille de l'éclat que nous tenons
de vous.
Les deux Colomnes portoient
dans leurs enroulemens les
Ceintures d'Eſperance ; avec ces
mots d'un coſte ſous la médaille
de Robert de France , Comte de
Clermont , Singulariter in ſpe
constituiſti me , faifant alluſion à
cequi eſt rapporté , que ce Princeſeplaignantun
jour à fon Pere
du peu de biens qu'il luy laiſſoit ,
S. Loüis luy répondit , qu'il luy
taiſſoit l'Espérance. L'évenement
a fait voir que cette Eſpérance
a eſté heureuſement remplie
GALANT...
puis qu'apres l'extinction de toutes
les Branches que les Freres
avoient faites , ſa Poſterité eſt
parvenie à la Couronne de
France , en la Perſonne de Henry
I V. au dixième degré . Sur une
Colomne ſous la médaille de
Loüis I. Duc de Bourbon , eſtoit
cette autre Deviſe , dans une
Ceinture ſemblable à la premiere
, Spes illorum immortalitate plena
est. Les ardens Deſirs du
Coeur de feu Monfieur le Prince
étoient exprimez parquatre Vertus
, dont les Statües de Bronze
occupoient les quatre coins de
l'Autel. Quatre Pots à feu élevez
for des Conſoles , rempliffoient
les entre-deux de ces Statües ,
avec ces mots du Pfeaume
fiderium cordis ejus tribuifti ei. Le
Defir & l'Eſpérance , repréſentez
par deux Enfans de Bronze,
De-
C2
52
MERCURE
portoient , l'un l'Epitaphe du
Prince , & l'autre ſon Bouclier
avec ſes Armes.
Au milieu eſtoit la Repréſentation
, avec la Couronne à Fleurs
deLys , couverte d'un Crêpe fur
ſur un Quarreau de Velours noir ;
&douze Flambeaux portez par
autant de Fleurs de Lys , pour
marquer la Deſcendance de feu
Monfieur le Prince depuis Robert
de France Comte de Clermont
, en cet ordre ,
SAINT LOUIS , Roy de
France.
ROBERT , Comte de Clermont.
Loürs I. Duc de Bourbon.
JACQUES DE BOURBON ,
Comte de la Marche.
JEAN DE BOURBON , Comte
de la Marche.
LOUIS DE BOURBON , Comte
de Vendôme.
GALAN Τ .
53
JEAN DE BOURBON , Comte
de Vendôme.
FRANÇOIS DE BOURBON ,
Comte de Vendôme...
CHARLES DE BOURBON ,
Duc de Vendôme . 2
LOUIS DE BOURBON , Prince
de Condé .
:
HENRY DE BOURBON ,
Prince de Condé.
HENRY DE BOURBON ,
Prince de Condé..
Toutes les Médailles de ces
Princes eſtoient atachées aux
Flambeaux portez par les Fleurs
de Lys , pour imiter l'ancien
uſage des Romains, qui portoient
aux Convoys Funébres les Images
de leurs Anceſtres. Entre ces
Médailles estoient les Ecuffons
des Armoiries des dix dernieres
Princeſſes dont deſcendoit feu
Monfieur le Prince. Ces Princef-
:
ſes ſont
C3
34 MERCURE
BEATRIX de Bourgogne..
MARIE de Hainaut.
JEANNE de S. Paul.
CATHERINE de Vendôme..
JEANNE de Laval.
ISABEAU de Beauvau .
MARIE de Luxembourg.
FRANÇOISE d'Alençon.
ELEONOR de Royé.
CHARLOTE CATHERINE de
la Trimoüille.
Dans deux grandes Niches à
coſté de l'Autel , eſtoient deux
Autels antiques , avec des Vaſes
ardens ,&des Feſtons au- deſſus .
Ces deux Autels estoient ceux
de la Piété , & de la Reconnoifſance
de Monfieur le Préſident
Perrault. Sur l'uneſtoit la Deviſe
d'un Arbre dépoüillé de fes feüilles
durant l'Hyver , avec ces
mots de Job , Rursum vivet .
- Il reprendra bien..tôt une nouvelle
vie.
GALANT.
55
Sur l'autre , un Girafol mort
fur ſa tige , mais panchant encore
du coſté du Soleil , avec ces
paroles , Nec dum obfequiofinis ,
Apres Sa mort fon respect dure
encoreM
Cette derniere Deviſe regardoit
Monfieur Perrault. Deux
grands Tableaux faifoient voir
S. Loüis allant à la guerre , & le
feu Roy offrant à ce Saint l'Eglise
des Jeſuites , qu'il a fait baſtir , &
où ſon Coeur repoſe. Les deux
Litres de Velours chargées des
Ecuffons des Armoiries rés
gnoient au-deſſus & au-deffous
de ces deux Tableaux. Le long
des Pilaſtres estoient dix Emble
mes des Vertus de Monfieur le
Prince. Dans le dernier , l'im
mortalité peignoit fom Image ,
pour la laiſſer à la Poſterité de
fon A. S. comme un Modele à
C 4
56 MERCURE
imiters &Con liſoit autour ces
paroles , Refpice &fac secundum
exemplar. Le Maistre Autel , où
le Service fut fait , eſtoit tendu
de noir , avec de grands Ecuffons
, deux Litres d'armoiries, &
quantité de Lumieres. On voyoit
en haut S. Loüis porté dans
la gloire par les Anges , avec un
Frontonnoù la Mort paroiſſoit
renversée. Le P. Bourdalonë fit
l'Oraiſon Funebre dans ce premier
Service , que le zele de
Monfieur Perrault a fait celebrer
trente- ſept ans apres la mort de
Monfieur le Prince , dont il avoit
eu l'honneur d'eſtre Secretaire
des Commandemens .
Quatre jours avant la ſoleme
nité de ce Service, Monfieur l'Abbé
Baüyn , fi connu par le grand
talent qu'il a pour la Chaire , en
avoit fait faire un pour la Reyne,
GALANT.
57
dans l'Egliſe Principale du Châ
teau du Loir , dont il eſt Prieur
Titulaire. Cet Abbé officia ,
l'Oraiſon Funebre fut pronon
cée avec beaucoup d'éloquence
par Monfieur l'Abbé Defrabines+
le-maçon , Docteur en Theologie
, Prieur- Curé de S. Martin
dans la meſme Ville. Le Grand
Senéchal du Maine ,le Gouver
neur du Château du Loir , les
Officiers du Siege Royal , & plu
fieurs autres Perſonnes de confidération
, aſſiſterent à cette Ceremonie
, où rien ne fut oublié
de ce qui pouvoit la rendre ce
i
Le Chapitre de Sillé fit auſſi
un Service tres- Solemnel le 29 .
Nov.pour Monfieur le Comte de
Vermandois Amiral de France,
& Baron de Sillé , à Courtray .
Monfieur l'Abbéle Féron qui en
CS
58 MERCURE
eft Doyen, y officia , & traita en
fuite ſplendidement les plus qualifiez
des Aſſiſtans. Ce Chapitre
plein de zele pour ce Prince ,
avoit fait tous les jours des Oraifons
& des Prieres publiques
pendant tout le cours de ſa maladie...
Dans le meſme temps que je
vous parle d'Oraiſons Funebres,
le hazard me fait tomber entre
les mains le Compliment que
Monfieur l'Abbé Faydet fit à
Monfieur le Nonce le jour de
Noël , en prêchant aux Prémontrez
en préſence de ce Prélat. Je
vous l'envoye , fort perfuadé que
vous le lirez avec plaifire.
T
GALANT.
59
...
COMPLIMENT
NI
AM LE NONCE.
MA
il faut avoüer quil
y a encore aujourd'huy de
grandes Ames , qui font inſenſibles
à tous les mouvemens de vanité ;
qui bien loin de s'enorgueillir par
les grandeurs dont ils font environnez
, en deviennent plus bumbles
&plus modestes ; qui àl'exemplede
Moiſe brillent fur la Montagne,&
jettent des rayons de toutes parts ,
& ne sçavent pas que leur viſage
foit lumineux ; & quand on les en
faitapercevoir , couvrent ces rayons
& ce grand éclat de leur merite ,
du voile de la Modeſtie qui l'étoufe .
Elle est rare cette Vertu , dit S. Bernard;
mais enfin malgré la corru
C6
60 MERCURE
ption de nostre fiecle , il s'en trouve
qui la pratiquent .
Et quand je dis cecy , Monfeigneur
, il n'y a perſonne dans cet
Auditoire , qui ne voye que c'est de
V. Ex. que je pretens parler. Iamais
Homme ne fut fi fort diftingué par
tous les genres de merite qui peuvent
rendre une Perſonne illustre 3
&neanmoins jamais Homme ne fut
Simodeste...
S. Gregoire de Nazianze diftin--
que trois differentes especes de Gran- -
deur parmy les Hommes , & dont
chacune ases partiſans &Ses adorateurs.
Une qui est purement exterieure
, qui vient de la fortune ,&
qui conſiſte dans la ſplendeur de la
naiſſance , dans les grands biens ,
dans l'étendüe de l'empire & de
l'autorité; & c'est celle , dit- ils .
dont les anciens Romains Payensfai=
Soient le plusde cas. En effet , nous.s
GALANT. 61
7
voyons dans l'Evangile de ce jour ,
que parce qu'Auguste brilloit par ce
genre de merite , il eſtoit adore &
obei par tout l'Univers , au lieu que
le Sauveur du Monde y estort , ou
inconnu , ou méprisé. Une autre ,
qui vient de l'esprit &de laſcience
; & c'est celle qui estoit estimée
uniquement parmy les Grecs. On
veut adorer S. Paul & S. Barnabé
en Lycaonie , à cause de leur élo
quence , & de leur sçavoir. On pré
pare des Victimes , pour les leur immoler
; & déja les Taureaux sont
couronnez , pour leur estre offerts en
Sacrifice. Enfin il y a un troisième
genrede grandeur &de merite , qui
vient de la Pieté& de la Religion..
C'est celle qui estoit la plus honorée
parmy les Iuifs. Prenez-y garde , dit
S. Gregoire de Nazianze. Les luifs
laiſſent Tibere & Herode fur le
Trône tous fouls , Sans leur faire
62 MERCVRE
Leur Cour ; & ils courent en foule
dansle Defert , poury voir deprés
S. Iean, &y admirer un Homme qui
ne beuvoit ny ne mangevit. Ilsn'envoyent
point d'Ambassade à Rome ;
mais ils en envoyent une celebre composée
de Prêtres & de Levites à
S. Jean , Miferunt Judæi ab Jerofolymis
Sacerdotes & Levitas ad
eum. C'est que lean brilloit plus à
leursyeux par sa Sainteté , que les
Cefars par leurs Victoires.
- Or on peut dire tres veritablement
, Monseigneur , que ces trois
Sortes de Grandeurs font reünies
dans V. Ex. Vous êtes Grand par la
grandeur de vostre Naissance. Vostre
Maiſon est une des plus illuftres de
l'Italie. Dans le temps que Bologne
estoit Republique, vos Ancestres l'ont
gouvernée ; & vous comptez encore
aujourd 'buy parmy vos plus proches
Parens , des Cardinaux dans Rome
GALAN T.
63
&des Senateurs dans Venise . Mais
vostre Esprit est encore plus grand
quevostre Naiſſance. Vostre parfaite
intelligence dans les affaires , &
vostre profonde penétration dans
tous les mysteres & les interests des
Cours differentes , vous fit employer
dés vostre plus tendre jeuneſſe , dans
lesNegotiations les plus importantes
de l'Etat Eccleſiaſtique. Vos diver
Ses Nonciatures , en Pologne , en Sa
voye , & en France , vous ont rendu
celébre dans toute l'Europe ; & ce
qui est la plus forte preuve de l'éle
vation de vostre Esprit , &de la
Sublimité de vostre grand Genie ,
c'est que vous avez fçû plaire , &
gagner l'estime & la bienveillance
du plus grand Roy du Monde , d'un
Roy, Monseigneur , qui jugesi bien
du merite , parce qu'il en est luymesme
tout remply. Vous l'avezad
miré bien des fois , lors que voas
64 MERCURE
avezeu le plaisir de l'aborder ; &
vous avez ſouvent avoüé , que tout
ceque la Renommée vous avoit appris
de cet incomparable Monarque,
estoit infiniment au deſſous de ce que
vous en avez vû. Mais ce qui est
auſſi au deſſus de toute loüange , &
Le plus rare Eloge qu'on puiſſe faire
des grands Talens de vostre eſprit ,
c'est que ce grand Roy vous a love ,
ở qu'il a témoigné publiquement ,
qu'ilfaisoit cas de vostre merite.
Magno ſe judice quiſque tuetur..
Mais les talens de l'Espritfont effa
cez en vous parla Pieté. Vous avez
des Vertus dignes de la Pourpre&م
de la Tiare ; & les Peuples du Diocefe
de Fano publient hautement ,
qu'ils n'ont jamais eu un Evesque
plus acomply , plus charitable , نم
plus appliqué àſes devoirs. Mais
ce que nous admirons icy le plus,
ز
GALANT. 65
Monseigneur, est que toutes cesgrandes
qualitez font accompagnées en
vous d'une modeftie & d'une humilité
profonde , en forte qu'on peut
vous appliquer tres - justement cet
Eloge que S. Cyprien donne à un
Evesque deson temps. Il est élevé
parsa dignité , mais il l'est encore
davantage par Jon humilité , Dignitate
excelfus , humilitate ſube
miffus. }
Ah ! ie reconnois à cette divine
Vertu , le grand Pape dont vous re
preſentez icy la Personne , & dont
vous foutenez fi noblement le Ca
ractere. Ce grand Homme que la
France revere , & qu'elle regarde
comme un des plus Saints Papes qui
ayent jamais esté affis fur la Chaire
de S.Pierre, n'employe pas les grands
revenus de l'Eglise ànourrir lefaste
&la vapité de Sa Maiſon , mais
Seulement à entretenir les Pauvres ,
66 MERCURE
&fur tout les Chrétiens de Hongrie,
ruinez par les guerres des Infi.
delles.
Que Cesar ne se vante pas que
ce foit la force de fon bras , & la
valeur de fes Alliez , qui a fait lever
ce Siege fi fameux de Vienne,&
qui a mis en déroute le Tyran de
l'Asie. C'est la pietédu Grand Prêtre
Onias , dit l'Ecriture , qui a
chaße Heliodore du Temple. C'est
'Ange de Dicu , qui a diſſipé l'Armée
de Sennacherib ,&qui a frapé
fes Soldats d'un esprit de vertige, &
d'une terreur panique. A la verité
Josué est venu au secours , & a
combatu ; mais c'est Moise qui a
vaincu Amalec:
Nous apprenons , Monseigneur ,
par les Nouvelles publiques , que
l'Allemagneva luy élever aumilieu
de Vienne une Statue ; mais nous
autres François , nous luy en éleveGALAN
T. 67
rons une dans nos coeurs , &plus durable
& plus glorieuse; & la pre-
Sence d'un ſi illustre Ministre , نم
d'un Ambassadeur ſi accomply , ne
contribüera pas peu à nourrir en nous
l'estime & la veneration que nous
avons pour ſa vertu,
Ce que vous venez de lire
dans ce Compliment ſur le Siege
de Vienne , me fait ſouvenir que
dans la ſeconde Partie de ma
Lettre du mois d'Octobre , je
vous parlayd'un Cercueil d'étain,
que le Sieur Kimpler Ingénieur
découvrit en faiſant une Contre
mine à la Porte du Château de
cette place . J'ajoûtay , qu'au lieu
d'un Corps mort qu'il avoit crû
y trouver , il avoit eſté ſurpris
dele voir remply d'anciennes Efpeces
d'or & d'argent , & de
pierreries , avec un Ecrit dans
une Boëte d'étain à part , où ces
68 MERCURE
mots eſtoient en vieux caracte
res..
GAUDEBIS
SIINVENERIS , VIDEBIS , TACEBI
SED
ORABIS , PUCNABIS , ÆDIFICABIS ,
NON HODIE
NECCRAS , SED QUIA
( UNIVERSUS EQUUS )
(TURRIS ERECTA ET ARMATA )
(DIVERSA ORDINATA ARMA)
SUBSCRIPTΙΟ
ROLANDT HUNN MOG POSUIT.
Cette Inſcription paroiſſant
énigmatique , a fait fouhaiter
qu'on l'expliquaſt. Monfieur Vignier
de Richelieu , en a fait
connoiſtre ſes ſentimens en ces
termes.
Celuy qui apoſé ce Cercueil ,
pouvoitdire avec raiſon, Gaudebis
fiinveneris. Tu te réjoüiras , ſi tu
trouves. L'éclat des Pieces d'or,
GALANT. 69
d'argent , & de pierreries , qui
eſtoientdedans , eſt bien capable
de produire cet effet. Videbis . Tu
verras avec étonnement . Il n'eſt
pas petit de rencontrer de grandes
richeſſes , où l'on ne croit
trouver que des cendres , ou les
oſſemens d'un Mort. Tacebis. Tu
garderas le filence. Cela eſt aſſez
ordinaire en de pareilles rencontres
. Orabis. Tu prieras pour
l'ame de ceux qui te mettent à
ton aife. Tu remercieras la Divine
Providence , qui t'a fait
trouverune ſource de Biens , où
l'on n'en porte point , & dans le
temps que les Infidelles raviſſent
ceux de tes Compatriotes , brûlent
, & faccagent tout ce qu'ils
ont à la Campagne. Pignabis ,
Tu combatras pour la défenſe
de ta Patrie , & pour conſerver
cequit'eſt tombé entre les mains.
70 MERCURE
Ædificabis. Tu feras faire des Ba
ſtimens . Tu feras bâtir quelque
Chapelle en l'honneur de ton
bon Ange , qui t'a fi heureuſement
conduit; ou quelque Hôpital
, pour retirer ceux que les
Ennemis du nom Chreftien ont
tout-à-fait ruinez . Tu dois cette
marque de reconnoiſſance à la
Bonté ſouveraine , qui loin de
t'avoir laiſſe perdre dans le bouleverſement
genéral de cette fameuſe
Ville , l'a retiré de la mort,
ou de la captivité . Non hodie , nec
cras. Tu ne feras pas toutes choſes
ny aujourd'huy , ny demain.
Sed. Mais pourquoy ? Quia. Parce
que tu as bien d'autres affaires
plus preffées , & qu'il te faut
achever auparavant. Equus uni
verfus . Le Cheval univerſel doit
jaiſſer ſa queue devant cette Vilje.
Peut- eſtre qu'il appelle ainſi
GALAN T.
71
:
le Grand Vizir , à cauſe des
queuës de Cheval que l'on porte
devant luy , & que l'on a trouvéesdans
ſa Tente apres ſa fuite,
ou bien pour le grand nombre
de Cavalerie de toutes les Parties
de l'Empire Ottoman qui eſtoit
devant Vienne. Turris erecta ,&
armata. Diverſa arma ordinata.
De plus , les Tours élevées &
armées , & les diverſes Armes
miſes en ordre pour la défenſe
de la Place , ne te permetront pas
de faire dés Edifices , que ſes
Murs & ſes Baſtions ne foient
relevez . Rolendt Huun Mog.pofuit.
Rolandt Huun de Mayence a
poſé cecy.
Ces meſme Paroles énigmatiques
ont eſté paraphrafées en
Vers de cette forte , par Monſieur
Dizeul , Doyen de Noſtre
Dame du Mur , de Morlaix en
72 MERCVRE
Bretagne . La Fable du Cerf &
du Cheval , dont il parle , eft
tirée d'Horace. La Donation de
l'Empire de Conſtantinople, qu'il
touche en paffant , eſt celle que
fit André Paléologue , Heritier
de Conſtantin XII. dernier Empereur
d'Orient.
LLeeffttvray, cherDamon, l'évenement
est beau ,
De rencontrer de l'or dans le fond
d'un Tombeau.
Sa Deviſe est obscure , &mesemble
un Oracle.
Dont la Foy doit attendre un triomphant
spéctacle.
Cet or pour les Chrestiens laiſſe au
Turc un Cercueil ,
Menace ſon Empire ,&confondſon
orgueil.
Le Chrestien dans cet or , lors que le
Ciel l'envoye ,
Trouve
GALANTAM 73
Trouve A d'heureux sujets d'espérance&
de joye.
Son destin luy
puissant,
promet un Empire
Sur les vastes débris de celuy du
Croiffant.
Quand cet or , dit le Ciel,ſera ſous
ta puiffance ,
Confidere B les temps , & garde le
filence.
Dans ce jour C & demain défenstoy
des Combats ,
Les plus iustes deſſeins ne réüſſiroient
pas.
Ces deux jours paſſferont , ce font Siecles
funestes.
Le troisième venu , suy les Ordres
Celestes .
Ecoute cette voix qui te dit D de
prier ,
A Gaudebis inveneris .
B Videbis , tacebis.ldaldaru)
C Non hodie , nec cras ,
D Orabis .
Janvier 1684
!
74
Et que le
crier ,
MERCURE
4 Ciei las de
1
t'entendre
Qu'ilest prest d'exaucer & tes voeux
& tes larmes ,
Et que tu vois lejourE
de tes armes ,
2
du bonheur
Jour , où rompant la Paix ,fansgarder
nulle foy ,
Un Tyran en tous lieux veut étendre
Sa Loy.
Ce Cheval F indompté courant toute
la terre ,
Y répandoit l'ardeur du meurtre &
de la guerre
Lors que dans ſon tranſport une divine
Main
29
Sçait arreſterſa courſe ,& luy donner
un frein.
Autrefois le Cheval , auraport de la
Fable ,
Contrele Cerfpaiſſant cus un destin
Semblable. idan
eirdobiv
E Pugnabis. aidao o
F Univerſus Equus.
GALANT. 75
Cette Beste fatale à tant d'Etats
divers ,
Doit périr en ce jour parunfameux
revers ;
Affez , & trop longtemps , les Tours
G des Dardanelles
Tiennent les voeux captifs des Nations
Fidelies ,
Il faut abatre enfin ces superbes
Ramparts ,
Les illustres Tombeaux des Sceptres
des Céfars.
C'est aux Lys que le Ciel en destine
lagloire ,
C'estaux Lys de vanger leur nom &
leur memoire .
Les derniers Empereurs leur en firent
ledon ,
Le Cielleur doit l'honneur de Hrebastir
Sion.
La Loy de l'Ottoman leur en promet
l'Empire ;
G Turris erecta & armata.
HÆlificabis .
D2
76 MERCURE
Le fuccés est certain , fi la Paixy
confpire
}
Faſſe le juſte Ciel, que les Chrestiens
unis ,
Détruiſent l'Alcoranſous l'Etendard
des Lys ;
Que de LOVIS LE GRAND a
gloireSouveraine
Faſſe régner la Foy de l'Eglife Romaine
,
Et que felon nos voeux , nous ayons
lebonheur
De ne voir qu'une Foy , qu'une Eglife,
un Pasteur.
Je vous envoye un Air nouveau
qui eſt aſſez de ſaiſon . Il y
a peu de Perſonnes qui ſe ſouviennent
d'avoir palle on plus
rude Hyver.
0-
P
SU
(
GALAN T. 77
AIR 量
NOUVEAU .
Vel changement affreux pa
roiſt dans la Nature !
L'Hyver par ses frimats fâne l'émail
des Fleurs ;
Les Oyſeaux dans les Bois , tout
tremblent de froidure ,
Ne font plus retentirquedes chants
dedouleurs;
Mais rien n'égale, helastle tourment
quej'endure
Fe ne puis y fongerSans répandre des
pleurs;
Des monceauxdeglaçonsfont mourir
ta verdure ,
Où l'Amour me faisoit goufter mille
douceurs.
Le premier jour de l'Année,
le Roy qui eſt magnifique en
touteschofes , donna à Monfieur
1
D 3
78 MERCURE
Daquin ſon Premier Medecin,
la Charge d'Intendant de la
Maiſon de Madame la Dauphine
, avec le pouvoir d'en faire
ce qu'il jugeroit à propos ; &
comme ce Prince ne fait pointde
graces à demy,il luy accorda un
brevet de retenuë de cent mille
francs fur cette Charge. C'eſt
un préſent tres-confidéroble ,&
d'une distinction qui marque que
Sa Majesté eſt fort contente de
fes affiduitez & de ſes ſervices .
Les Charges d'Intendant des
Finances qu'avoient feu Monſieur
Hotman & Monfieur Defmaretz
, ont eſté données à M
le Pelletier- de Souſy Conſeiller
d'Etat , & à Monfieur de Bréteüil
Maiſtre des Requeſtes. Le
premier eſt Frere de Monfieur
le Pelletier , Controleur General
des Finances . Il a eſté qua
GALANT 72
torze ans Lutendant en Fhindre,
où il a exercé cer, Employ avec
beaucoup de fagelle,d'habilere,
& de gloire , fans y avoir regarde
d'autres intéreſts que ceux
de Sa Majeſté . Monfieur de Bréteuil
a eſte neuf ans Intendant
Jen Picardie thatsois preres ,
dont l'un eſt Evefque ;le ſecond,
Lecteur du Roy & Envoyé Lxtraordinaire
de Sa Majeſté auprés
des Princes d'Italie, & letroiſieme,
Chevalier de Malte , & Capitaine
de Galere. Comme chacun
d'eux s'est fait diftinguer
dans ſa Profeffion , je vous en ay
fouvent entretenue . Le Roy ,
parlant de celuy qu'il vient de
nommer Intendant des Finances ,
dit qu'il l'avoit cho ſy avec plaisir,
Sa Majeſte ajoûta , que les Finances
estoient un pas fort gliffant ,
mais qu'Elle estoit perfuadée qu'il
D 4
80 MERCURE
s'aquiteroit de ſon devoir.
Monfieur d'Estampes , Docteur
de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Conſeiller du
Roy en ſes Conſeils , & en fon
Parlement de Provence, & Evefque
de Marseille , eſt mort prefque
fubitement à Paris. Tout
marquoit en luy une parfaite
fanté,& il avoit diné avec quelques
uns de ſes Amis le jourmeſ-
-mequ'il mourut. Il ſe trouva mal
fur le foir, fe coucha ,& ſe leva
-pluſieurs fois ,& fur les trois heures
apres minuit , ſe ſentant fort
foulagé, il ordonna à ſes Gensde
s'aller coucher. Ils crûrent qu'ils
ne devoient pas luy obeïr. Peu
de temps apres , ils coururent à
fon Lit , furpris de la maniere
dont il reſpiroit , & à peine s'en
furent- ils approchez , que ce
Prélat expira.
६
f
S
+
GALANT. 81
LeRoy a donné quatre mille
livres de penſion ſur cet Eveſché
àMonfieur le Chevalier de Beto
mas , Capitaine de Galere , &
Chefd'Eſcadre. Ce Chevalier,
qui eſtd'une des meilleures maі-
fons de Normandie, a une grande
aplication à ſon Meſtier , & eſt
connu par une valeur ſouvent
éprouvée. Il ne s'eſt trouvé dans
aucune occafion , où il n'ait eu
l'avantage de ſe ſignaler..Monfieur
le Maréchal de Vivonne
luy donna un Détachement à
commander à l'Affaire de Palerme
; où il fit tout ce que l'on peut
s'imaginer d'un vray Brave. Il
a une forte paſſion pour le ſervice,
& rien ne luy paroiſt impoffible
, lors qu'il s'agit d'obeïr au
Roy..
Monfieur l'Abbé Gaudart ,Fils
de Monfieur Gaudare du Petir
DS
82 MERCURE
:
Marais , Doyen de la Grand
Chambre , eſt mort auſſi au commencement
de ce mois. L'Abbaye
de Montier la Selle , de
l'Ordre de S. Benoist , Diogefe:
de Troyes , qu'il poſſedois , a eſté
donnée au Fils de Monfieur le
Marquis de Montchevreüil , qui
aesté Gouverneur de Monfieur-
Je Duc du Maine , & en ſuite de:
Monfieur le Comte de Vermandois.
Je vous ay ſouvent parlé de
ce Marquis.
Nous avons perdu dans ce
meſme mois Meffire Armande
Nicolas de Sallart , Chevalier;
Seigneur de Bouron , Jaqueville ,
& autres Lieux , Capitaine au
Régiment des Gardes de Sa Ma--
jeſté; &Meffire Loüis Alleaume,,
Abbé de Tilloy , Docteur de Sor-.
bonne .
:
Si l'on meurt en toutes ProGALANT.
83
feffions , on meurt auffi en tous
. âges ,& la mort de Mademoiselle
devLhôpitalenteſt une preuve.
Elle n'avoit pasvencore quinze
Dans &Aeſtoirq Fille de meſſite
Anne de Lhôpital , Comte de
Sainte Meſme , Seigneur de Brietheaucourt
, Villemanoche , Sorbonne
,Ouques , Villemefle,&c.
-Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur de Dourdan,
Premier Ecuyer & Chevalier
d'Honneur de défunts Leurs
-A.R. Monfieur & Madame Duc
& Ducheffe d'Orleans ,& Chevalier
d'Honneur de Madame la
Grand Ducheffe de Toſcane.
-Ceite jeune Demoiselle est mor-
- te les de ce mois ,tous les alimens
qu'elle prenoit ayant coffé
de paſſer en nourriture.
La voix publique ne vous a
pas moins inſtruite du mérite de
D6
84 MERCURE
Monfieur l'Abbé des Alleurs ,
Aumônier de Madame la. Dauphine
, que tout ce que je vous
en ayécritd'avantageux. LeRoy
la reconnais par l'Abbaye de
Reau qu'il luy a donnée. Elle eſt
-du Dioceſe de Poitiers , & de
l'Ordre de S. Auguſtinc
2
Monfieur l'Abbé de la Buſſiere
a eu celle de S. Sauver le Vicomte
, de l'Ordre de S. Benoist ..
Dioceſe de Coutances . Il eſt Fils
a de Monfieur de la Buſſfiere , Gentilhomme
ordinaire de la Chambre
de Sa Majesté
1 . Madame de la Borde , femme
deChambrede la feuë Reyne , a
obtenu en mesme temps l'Abbaye
de Sept Fontaines , de l'Ordre
de Prémontré , Dioceſe de:
Rheims, pour Monfieur l'Abbé
Richomme de la Borde , ſon
Fils ..
GALANT.. 85
८
Sa Majesté a auffi gratifié Mon
fieur l'Abbé de la Grange, Chanoine
d'Aurillac , de la Prevoſté
de Monſalvy & Monfieur l'Abbé
Gérard, du Prieuré de la Brouffe ..
Ces deux Benefices ſonten Languedoc,
Monfieur l'Abbé Gérard
eſt celuy qui nous a donné ba
Philosophie des Gens de Cour
1 L'adreſſe eſt quelquefois utile
en amour , & ce qu'elle a valu
depuis peu à un Cavalier diſtingué
par ſa naiſſance , fait voir
qu'il eſt des occaſions où il fait
bon l'employer. Il voyoit avec
aſſez d'affiduité une fort jolie
Perſonne.., Ses ſoins luy marquoient
fa paffion , mais il n'oſoit
s'expliquer ouvertement , dans la
crainte qu'il avoit que ſa déclaration
ne fuft mal reçûë. Il en
vouloit au coeur de la Belle , &
ſes manieres pleines de fierté &
:
86 MERCURE
d'indifference duy avoient fait
remarquer que cette conqueſte
n'eſtoit pas aisée àfaire. Sa beauté
qui estoit des plus touchantes,
luy attiroit force Soupirans , &
elle en aimoit le nombre , parce
qu'il luy paroiſſoit qu'ayant à
choiſir , elle trouveroit plus aifément
un party felon fon gouft .
Le Cavalier qui voyoit tous ſes
Rivaux auſſi reculez que luy , ne
s'alarmoit point de leurs viſites..
Il attendoit que le temps décidât
de ſon amour , & continüoit à
voir la Belle , dans l'eſperance de
ſe rendre digne d'eſtre préferé.
- Les chofes estoient dans ces termes
, lors qu'il ſe vit traversé par
- un Rival qui hiy parut dange-
-reux. C'eſtoit un Gentilhomme
façon de Marquis , entiérement
remply de luy-meſme , & àqui le
bruit de quelques bonnes fortu
GALANT. 87
nes avoit fait prendre une vanité,
qui luy faifoit croire qu'il n'avoic
qu'à ſe montrer pour inſpirer de
lamour. Il eſtoit bien fait de fa
perſonne , diſoit les choſes affez
agreablement , & avoit ces airs
évaporez qui font réüſſir aupres
de certaines Femmes . Comme il
ſe vantoit beaucoup , il n'eſtoit
pas crû dans tout ce qu'il ſuppoſoit
de galantes Avantures ; &
l'on démeſloit fans peine , que
dans la plupart il s'attribüoit des
avantages qu'il n'avoit point eus.
On avoit raiſon de ne l'en point
croire . Il eſtoit de ces Proteſtans.
univerſels , qui ſans nuldeſſein de
ſe faire aimer , cherchent ſeulement
à faire dire qu'ils ne ſont pas
mal avec les Perſonnes qui les
foufrent. Ilne vouloit que l'éclats,
&le plaisir d'eſtre heureux ſecretement,
le flatoit bien moins que
88 MERCVRE
1
و
l'apparence de l'eſtre . Cependant
de quelque précaution qu'on ſe
pût fervir , pour empêcher qu'il
ne profitât de ſes affiduitez , elles
eſtoient toûjours dangereuſes
puis qu'il en tiroit dequoy faire
croire qu'on ne le haïſſoit pas ,
& qu'il croyoit avoir triomphe ,
: quand ſa vanité eſtoit ſatisfaite.
Le fracas que la Belle faiſoitdans
le monde , fit qu'il la regarda
comme une Perſonne digne d'ê--
tre miſe au nombre de ſes préten--
dües conqueſtes . Il trouva moyen
de s'introduire chez elle , & y fut
reçû avec affez d'agrément: Divers
avis furent auſſi- toſt donnez
au Pere , fur le péril où il alloit
expoſer la réputation de fa Fille ,
en ſoufrant les viſites du Marquis.
On luy fit connoiſtre qu'il
n'eſtoit point: Homme à fonger
au Sacrement ; qu'il ne s'atta
GALANT. 89
choit aux Belles , qu'autant qu'il
faloit pour tirer quelque avantage
des complaiſances qu'elles
luy marquoient;& que ſes ſoins
n'ayant jamais abouty à rien , en
quelque lieu qu'il les euſt rendus,
on n'en devoit atendre que le déplaiſir
d'eſtre meflé dans des contes
dont il n'eſtoit pas plaiſant de
fournir l'occaſion. Il écouta ces
raiſons , mais il n'en fut pas perſuadé.
Le nom de Marquis , que
ce nouveau Soûpirant prenoit à
bon ou à mauvais titre , flatoit
ſon ambition . Il trouvoit d'ailleurs
le party avantageux du coſté du
bien; & ainſi il crut que ſon coeur
n'eſtant échapé à tant de Belles ,
que parce qu'elles ne s'eſtoient
pas ménagées avec affez de conduite
, leur peu de ſuccés ſeroit
pour ſa Fille un ſujet de gloire ,
ſi elle pouvoit l'affujettir. La Belle
MERCURE
entra dans des meſmes ſentimens .
L'affurance qu'elle prit fur fa
fierté, qui la amattoit à couvert
de toute foible fles Juypperfuada
qu'au moins ffselle manquoit à
neiffir,les foins qu'elle auroit de
s'obferver , lempeſcheroient de
-faire aucun pas qui luy porraſt
préjudice. Le Marquis la vit pendant
trois mois , &dans tout ce
- temps , quoy que ſes airs libres &
ſes manieres du monde luy plûffent
affezatelle ſe tint 6 bien fur
aifes igardes , que ne pouvant donner
aucune couleur aux choſes,
dont il ſe fuſt fait un plaifir de ſe
vanter, il peut rien à dire d'elle..
1) loy écrivit pluſieurs fois , pour
l'engager à répondre ,& elle n'en
-voulut recevoir aucun Billet..
Point doteſte à teſte , ne fuſt- ce
que d'un moment De tempsen
temps , il s'aprochoit d'elle deGALANT.
91
vant ſes Rivaux , pour luy parler
à l'oreille , & il n'eſtoir jamais
écouté, qu'il ne diſt tout haut ce
qu'il vouloit qu'elle ſouſt . Il pria
ſouvent qu'on luy permiſt de ve
nir paffer quelque apres ſoupé
dans la Maiſon de la Belle ; &
commeon auroit pû l'en voir fortir
tard ( ce qui ſemble eſtre la
marque d'un Amant favorifé )il
demanda inutilement ce privilege.
Deſeſperé de n'avancer pas,
&n'eſtant point affez amoureux
pour venir au Mariage , il eſtoit
preſt d'abandonner la partie ,
quand le Cavalier ſoufrant impatiemment
qu'il le troublaſt dans
ſa paffion, s'aviſa enfin pour le
chaffer , de l'éblouir par où il
eſtoit ſenſible , en fourniſſant à ſa
vanité l'occaſion qu'il cherchoit
depuis longtemps de remplir fon
caractere , & que la Belle ne luy
92
MERCVRE
:
avoit point laiſſé trouver. Cequ'il
entreprit dans ce deſſein , devoit
expoſer cette charmante Perſon
ne à devenir l'entretien de toute
la Ville ; mais comme elle eſtoit
d'une fort grande ſageſſe , il crut
que les bruits qu'il alloit faire courir,
feroient peu d'impreſſion contre
ſa vertu , qu'ils donneroient
ſujet au Marquis de s'oublier ;
qu'auſſi plein de ſon merite qu'il
paroiſſoit l'eſtre , il n'auroit pas la
forcede faire deſavoüer des choſesqui
le feroient croire heureux;
quela maniere dont il s'en expliqueroit
à ſon avantage , porteroit
la Belle à une entiere rupture; &
que prenant bien ſon tempsdans
le dépit qu'elle auroit , il viendroit
à bout de la faire conſentir
à l'épouſer. Ainſi ſi le Cavalier
donnoit quelque foible atteinte à
ſa réputation , cette petite dimiGALANT
93
nution de gloire devant eſtre utile
à ſon eſpérance , il trouvoit lieu
de s'en conſoler. La choſe eut le
ſuccés qu'il en attendoit. Voicy.
de quelle maniere il exécuta ce
qu'il avoit médité. Il fit imprimer
ſecretement un grand nombre de
Billets , qu'on afficha la nuit au
coinde toutes les Rües. Ces Billets
, qui ſe diſtinguoient par une
berdure qu'on ne voyoit point
aux autres , avoient encore pour
les Curieux le ſpécieux titrede
VINGT LOUIS D'OR A
GAGNER. Il faifoient ſçavoir
, que ſi depuis une telle Rüe
juſques à une autre ( c'eſtoient
cellesde la Belle & du Marquis )
quelqu'un avoit trouvé un Porte-
Lettre de Cheveux , dans lequel
eſtoient quantité de Billets de
Femme , avec un Portrait en Mignature
, ſans boëte , & une Pro240
MERCURE
mufle de dix mille écus , faite au
profit du Marquis par la Belle ,&
payable , fi elle ne conſentoit pas,
àl'épouſer , dés qu'il auroit acheté
une telle Charge chez le Roy,
qui eſtoit d'un prix tres- confidérable
; il euſt à porter le tout
chez un tel Notaire , qui luy pa
yeroit auffi- toft les vingt Loüis.
Ces Billers ayant eſté crouvez le
matin , & la Belle & le Marquis
eſtant deux Perſonnes tres - connuës
, le bruit s'en répandit en
fort peu de temps par toute la
Ville. On dit au Marquis ce qui
eſtoit arrivé. Il fut d'abord étourdy
d'une pareille avanture , &
pour s'en inftruire mieux , il envoya
auffi-toſt un de ſes Laquais,
qui luy apporta une des Affiches .
Il la lût deux ou trois fois , rêva
quelque temps , & prit fon party.
Quoy qu'il connuſt qu'on luy
GALANT.M
952
failoit pièce , on peut dire qu'il en
eut plus de joye que de chagrin .
Il n'avoit vu ſi long temps la
Belle ,que dans le deſſein de faire
parler de l'atachementqu'elle luy
foufroit. Il trouvoit dans les Billets
tout l'avantage qu'il s'eſtoit
promis , & il n'avoit qu'à ne pas
deſavoüer les chofes , pour eftre
heureux de la maniere qu'il fe
contentoit de l'eſtre. Quelques-
uns de ſes Amis le vinrent
voir , & foit qu'ils cruffent la
chofe, foit qu'ils cherchaffent à
le rallier fur ſa vanité , ils luy di
renten riant , que quelque mé
rite qu'il eût , on ne s'eftoit pas
perfuadé qu'il fuſt auffi bien avec
la Belle, que les Billets te faia
foient paroiſtre. Il répondit en
affectant beaucoup de colere ,
qu'on luy faifoie la pièce la plus
ſanglante qui pût être faite àun
96 MERCURE
Homme de qualité ; qu'aimant
la Belle avec la derniere paffion,
il ſe tenoit outragé plus ſenſiblement
en ſa perſonne , qu'il n'euſt
pû l'être en luy-meſme ; mais
qu'il avoit au moins la douceur
d'eſtre ſeûr de s'en vanger , &
qu'il le feroit avec tant d'éclat ,
qu'on feroit content de ſa conduite;
qu'il ne s'étoit plaint qu'à
un ſeul Amy, du malheur qu'il
avoit eu de perdre les Lettres &
le Portrait ; qu'il faloit que cet
Amy euſt abuſé de ſa confiance ,
& qu'il s'en feroit faire raiſon , à
quelque prix que ce fuſt. Ils luy
parlerent de la Promeſſe des dix
mille écus , & il dit fur cet article
, que n'ayant aucune inclination
pour une Charge à la Cour,
parce qu'il aimoit la vie aiſée , il
n'avoit pû engager la Belle à luy
promettre de l'épouſer , que lors
qu'il
GALANT . 97
qu'il auroit traité de celle qu'on
avoit marquée dans les Billets ;
que ſon amour eſtoit aſſez fort
pour le porter à la fatisfaire, mais
que craignant l'inconſtance ordinaire
à celles qui ont quantité
d'Amanst, il avoit voulu
avoir cette forte d'aſſurance ,
pour l'empeſcher de changer de
ſentimens , qu'il n'avoit aucun
deſſein d'exiger d'elle les dix
mille écus; qu'il n'avoit pas méme
examiné ſi lors qu'elle eſtoit
ſous la tutelle de ſon Pere , le
Bien de ſa Mere qui luy eſtoit
échû par ſa mort , pouvoit répondre
de cette Promeſſe , & qu'il
l'avoit priſe ſeulement afin que
fi elle refuſoit de l'épouſer,quand
il auroit acheté la Charge, il puſt
faire voir qu'elle luy auroit man--
qué de parole. Il ne manqua pas
de faire le meſme conte à tous
Janvier 1684. E
98 MERCURE
ceux qu'il rencontra ; & l'emportement
qu'il faiſoit paroiſtre en
faiſant ſemblant de ſe plaindre
d'un Amy , perfide fit croire à
beaucoup que la perte du Porte-
Lettre eſtoit véritable. Comme
l'envie donne occaſion à la médiſance
, celles qui estoient jalouſes
du méritede la Belle , publiérent
qu'elle avoit eſté réſervée
en apparence avec le Marquis ,
parce que le commerce de Lettres
qu'ils avoient enſemble , leur
tenoit lieu d'entretiens particuliers
; que qui donnoit ſon Portrait
, ſe déclaroit ſenſible à l'amour
, & qu'un préſent de cette
nature devoit toûjours eſtre précedé
par de fortes marques de
tendreſſe luges dans quel chagrin
fut la Belle , quand elle apprit les
broits deſavantageux qui cou
GALANT.
و و
roient contre ſa gloire. Son Per
au deſeſpoir de cette avanture,&
plus encore de la maniere dont
on luy dit que le Marquis s'expliquoit
ſur les Billets affichez , le
voyant venir chez luy quelques
jours apres , luy demanda ce
qu'il devoit croire de tous les
diſcours qu'on luy imputoit. Sa
réponſe fut , que la Perſonne qui
l'avoit trahy , payeroit cherement
ſa mauvaiſe foy , & que pour luy
il eſtoit plus malheureux que
coupable , de s'eſtre confié à un
Amy éprouvé depuis long-tems ,
& qui ayant parlé avec imprudence
, avoit donné lieu à l'éclat
qui s'eſtoit fait. Le Pere infera
de là que le Marquis demeuroit
d'accord des Lettres & du Portrait.
Il fit auſſi- toſt venir ſa Fille
,& les explications qu'ils demanderent
tous deux au Mar
E 2
100 MERCVRE
quis , firent un Procés qui ne fut
pas aiſé à vuider. Il avoüoit &
defavoüoit en meſme temps les
choſes qu'il avoit dites , & enfin
le Pere ennuyé de voir qu'il eſtoit
ſi peu d'accord avec luy- meſme,
luy dit qu'il n'eſtoit pas queſtion
d'examiner ce qui estoit cauſe
que les Billets avoient eſté affichez;
qu'il fuffiſoit qu'il aimaſt ſa
Fille , & qu'il pouvoit réparer en
l'épouſant , le tort qu'ils ſaiſoient
à ſa réputation. Il répliqua ſans
s'embaraſſer , qu'il tiendroit exactement
tout ce qu'il avoit promis
; que pour ſe réſoudre à lépoufer,
la Belle vouloit qu'il euſt
une Charge ; que l'argent dont
il avoit beſoin pour cela , n'étoit
pas encore preſt , & que fi- toſt
qu'il l'auroit payé , il viendroit
fçavoir quels fentimens elle auroit
encore pour luy. Rien n'eſt
GALAN T. ΙΟΙ
égal à l'emportement que laBelle
fit paroiſtre ſur ces fauſſerez.
Elle voulut l'obliger à dire comment
ils eftoient entrez enfemble
dans un détail ſi particulier,
puis qu'il eſtoit tres- certain qu'elle
ne luy avoit permis aucun
entretien particulier. Il commença
à ſoûrire , & ſe tira d'affaire,
en luy répondant que ſon reſpect
pour les Belles l'obligeoit toûjours
à convenir de ce qu'elles
foutenoient ; & que ſi c'eſtoit
luy faire plaifir , que de publier
par tout qu'elle ne luy avoit jamais
parlé ny de Mariage ny de
Charge , il le feroit fans aucune
peine. Ces paroles prononcées
d'un air nonchaland & froid , finirent
cette viſite , & depuis ce
temps il n'en rendit plus.Une rupture
ſi prompte , qu'un attachement
de pluſieurs mois n'avoit
E 3
102 MERCURE
pas laiſſé prévoir , donna matiere
aux raiſonnemens . Ceux qui
jugeoient en Gens des- intérefſez
,de la vertu de la Belle , qui
connoiffoient combien le Marquis
eſtoit ſujet à faire valoir les
apparences qui luy eſtoient favorables
, ne doutérent point que
pour faire croire qu'il eſtoit
aimé , il ne ſe fuſt fait afficher
luy-même. Les autres , qui
eſtoient en plus grand nombre,
envieux du mérite de la Belle,
dirent que ſi la plaiſanterie eſtoit
outrée , il faloit du moins pour
l'avoir fait naître , qu'il y euſt eu
quelque intelligence bien particuliere
entre l'un & l'autre. Ces
bruits mal plaiſans pour ceux qui
avoient regardé la belle avec des
penſées de Mariage eurent bientoſt
écarté tout ce qu'elle avoit
de Proteſtans. Le Cavalier fut le
GALANT. 103
د
& cette
ſeul qui la vit toûjours avec un
égal empreſſement
aimable Perſonne luy ſcent ſi
bon gré , & de ſa perfeverance
malgré l'avanture qui épouvantoit
les autres , & de la maniere
vive dont il entroit dans ſes in
téreſts , que la déclaration qu'il
lay fit enſuite , en fut receie
comme il l'avoit eſperé. Son Pere
craignant que les médiſances ,
quoyqu'injuſtes , que l'on faiſoit
d'elle , n'empêchaſſent qu'on ne
fongeaſt à la rechercher , fut
tres-content du party. Le Ma
riage ſe fit en fort peu de jours ;
& le Cavalier pour la gloire de
ſa Femme ne crut plus devoir
eacher par quel artifice il s'eſtoic
défait deſon Rival. Le Marquis
fut tourné en ridicule , & l'on ne
put afſſez admirer les contes impertinens
que ſa vanité luy avoit
E 4
104
MERCURE
:
fait faire , au moindre jour qui
s'eſtoit offert de faire entendre
qu'on n'avoit pû reſiſter à ſon
prétendu mérite.
S'il eſt d'une grande ame de
chercher toûjours à s'élever , il
n'eſt pas moins beau , quand on
ſe voit dans le plus haut rang ,
de s'abaiſſer pour ſe rendre communicable
. On ſe fait craindre
par l'uns on ſe fait aimer par
l'autre,& les deux enſemble
font mériter le titre de Grand.
Il ne faut pas s'étonner ſi on l'a
donné au Roy ,& s'il eſt l'amour
comme la terreur du monde.
Quand il veut ſe rendre redoutable
, on n'en peut ſoporter la
majeſté ; & lors qu'il juge à proposde
defcendre de ſa grandeur,
il le fait avec un agrément qui
enchante tous ceux qui ont
l'honneur de l'approcher dans
GALANT.
105
cestemps- là . Ce que je vous dis
parut dans le Soupé que Sa Majeſté
donna le jour des Roys. On
dreffa quatre Tables pour les
Dames , dans ſon grand Apartement
de Verſailles , & une autre
pour les Princes & Seigneurs,
appellée la Table des Princes . A
celle du Roy eſtoient Madame
la Ducheſſe de la Vieuville ,
Meſdemoiselles de Jarnac , de
Biron , de Potiers , de Loubes , &
de Rambures , Mesdames de
Montchevreüil , & Colbert de
Croiſy , Mademoiselle de Cliffon
, & Meſdames de Seignelay
& de Gramont. Ie les nomme
icy felon la place qu'elles occupoient.
Ainfila premiere & la
derniere avoient l'honneur d'e
ſtre aupres du Roy. La Féve fe
trouva dans la part de Gâteau
de Mademoiselle de Rambures,
Es
106 MERCURE
& elle y reçeut pendant toute la
ſoirée les honneurs d'une Royautéde
cette nature.
Ily eut onze Dames à la Table
de Monſeigneur le Dauphin.
Mademoiselle de Gontaut y eut le
meſme avantage , & on luy rendit
les meſmes honneurs. Monſieur
eſtoit accompagné d'un pareil
nombre de Dames à laTable
qu'il tenoit. Mademoiselle de
Nantes eut la Féve , & y foûtint
bien le caractere de Reyne. Le
Sort ſe déclara de la meſme forte
pour Mademoiselle de Chauferay
àla Table de madame, où douze
Dames rempliffoient les places.
Monfieur le Grand fut Roy à la
Table des Princes. On nomma
des Ambaſſadeurs &des Ambaſfadrices
, qui allerent de chaque
Table aux autres pour faire des
Alliances.Mademoiselle de Lou
GALANT.
107
bes fut députée de la Table où
elle eſtoit , pour aller faire compliment
à Monfieur le Grand.
Elle estoit accompagnée du
Roy , qui luy ſervoit de Chevalier
d'honneur. Sa Majeſté
s'eſtant approchée de Monfieur
le Grand, luy demanda ſa protection
. Ce Prince la luy promir,
& ajoûta , qu'il feroit ſa fortune,
fi elle n'estoit pas faite. Monfieur
le Marquis de Dangeau fut député
pour faire des Harangues à
toutes les Reynes. Il s'en acquita
d'une maniere tendre & enjoüée
tout-enſemble ; & tant d'eſprit
parutdans tout ce qu'ildit, qu'on
auroit eu peine à croire qu'il euſt
pû trouver tant de jolies chofes
fur le champ , ſi l'on n'euſt connu
qu'il avoit eſté impoſſible à
ce Marquis de prévoir qu'il auroit
à faire de ſemblables comileut
E6
108 MERCURE
plimens . En effet , le Régale que
le Roy donnoit , ne laiſſoit pas
deviner les incidens du: Repas..
Ce ſont des choſes que la joye
inſpire , & qui s'exécutent dans
le moment meſme. Le Roy fut
fifatisfait du plaifir que prit la
Cour à ce divertiſſement , qu'il
voulu traiter encore les meſmes
Perſonnes huit jour apres. Ce
Monarque eut la Féve du Gâteau
de ſa Table , & l'on pouvoit
dire qu'il eſtoit Roy par ſa naifſance
, par ſon mérite , & par le
choix du Sort , qu'on ne pouvoit
appeller capricieux ce foirlà.
Madame la Ducheſſe de
Chevreuſe fut Reyne à la Table
de Monſeigneur le Dauphin ;
Madame de Monteſpan , à celle
de Monfieur ; Madame la Princeſſede
Conty, à celle de Madames
& Monficur le Duc deVenGALANT.
109
dôme , à celle des Princes. La
meſme Mademoiſelle de Loubes ,
conduite par Madame la Comteſſe
de Brégy , fut encore Ambaſſadrice
aux autres Tables..
Elle remplit cette fonction avec
beaucoup d'agrément ; & madame
de Brégy qui luy ſervoit de
Collégue , & qui parla ainſi
qu'elle , fit briller ce feu d'eſprit
qui luy eſt ſi naturel , & qui , ſans
qu'elle ait beſoin de ſe préparer ,
luy fait dire des choſes extraor
dinaires ,dont les autres auroient
peine à imaginer ſeulement les
termes en beaucoup de temps.
Une grande Princeſſe qui estoit à
l'une des Tables, envoya demander
la protection du Roy pour
tous les malheurs qui luy pourroient
arriver pendant le cours
de ſa vie. Le Roy répondit , qu'il
la luy accordoit volontiers , pourve
MERCURE
qu'elle ne ſe les attirastpas. Cette
réponſe fit dire à un Courtiſan,
que ce Roy- là ne parloit pas en Roy
de la Féve.
Comme l'on eſtoit encore dans
le ſilence qu'autoriſe le commencement
d'un Repas , & que chacun
avoit de la peine à commencer
le premier à prendre un air
libre devant le Roy , Sa Majesté
qui prévoit à tout , & dont les
manieres ſont toutes engageantes
, avoit donné ordre qu'on furprendroit
l'Aſſemblée par la leture
d'un Livre capable de réveiller
les plus ſérieux. Cette leture
fut faite au milieu de la
Salle. Monfieur le Duc envoya
auffitoſt demander au Roy permiſſion
de faire quelque galanterie
enjoüée , qui puſt divertir
cette illuſtre Compagnie. Il l'obtint
, & envoya chercher en meſ
GALANT. HH
me temps des Flûtes , des Hautbois
, meſme des Tambours , &
tout ce qu'on pût ramafſſer d'Ins
ſtrumens dans le moment. Il entra
en ſuite dans la Chambre où
eſtoient les quatre Tables de Dames
, accompagné de tous ceux
qui compoſoient la Table des
Princes & des Seigneurs . Ils ſe
tenoient tous avec des Servietes
qu'ils laiſſoient pendre en maniere
de Feſtons . L'un d'entr'eux , ayant
une Couronnede lumieres , eſtoit
porté au milieu par Monfieur le
Grand , & Monfieur le Duc de la
Ferté. Ils chanterent tous des Paroles
faites par feu Moliere pour
un Balet du Roy , dans lequel on
voyoit un Homme qui croyoit
qu'on le rajeuniſſoit par enchantement.
Ces Paroles font ,
Qu'il est poly , genty , poly !
Qu'ilvafaire mourir de Belles !
112 MERCURE
Je n'acheve pas le Couplet , parce
qu'il n'y a rien qui ſoit ſi connu .
Ce divertiſſement plût beaucoup,
&la ſurpriſe qu'il cauſa aux Dames
en augmenta l'agrément.
Quelque temps apres qu'il fut
finy , un des Seigneurs revint , &
ayant fait faire filence , il lût une
eſpece de Factum qu'il avoit trouvé
par hazard. Il eſtoit d'un Seigneur
de Village , qui eſtant tombé
dans le ſcrupule , ſe plaignoit
de l'immodeſtie de ſes Païfanes ,
dont les manches eſtoient trop
courtes pour leur couvrir les bras
juſques au poignet. Jamais Scene
de Comédie n'a donné tantde
plaiſir que l'on en prit à cette
lecture. Je tâcherois inutilement
de décrire tout ce qui ſe paſſa
pendant ces deux foirs , & tout
ce que l'on y dit de ſpirituel &
de galant. L'honneur d'eſtre faGALANT.
113
milierement avec le Roy , donnoit
de la joye, & cette joye animant
l'eſprit , le faiſoit briller. Le
Roy ſe communiquoit à tout le
monde , pour inſpirer de la familiarité
; & cependant quoy qu'il
parlaſt naturellement ſur lescho.
ſes qui naiſſoient , il ne diſoit rien
qui à l'examiner dans le fonds ,
ne puſt paffer pour Sentence ;&
ſa vivacité , ſon jugement , & fa
préſence d'eſprit , le faiſoient admirer
à tous momens. C'eſt par
ces endroits qui manquent à
beaucoup de Souverains , qu'on
peut dire que le Roy eſt grand en
tout , puis qu'il ſçait s'élever par
des choſes où il eſt difficile de
defcendre ſans baſſeſſe . C'eſt par
làque ſa bonté ſe fait connoiftre,
& c'eſt par là qu'il ſe voit autant
aimé qu'il eſt craint.
Si vous voulez voir agreable114
MERCURE
ment décrite la facilité qu'il a de
prendre des Places , & d'ajoûter,
quand il veut , Conqueſte à Conqueſte
, lifez la Ballade que je
vous envoye. Vous la trouverez
irréguliere , en ce que chaque
Strophe n'eſt pas les meſmes rimes
; mais ce defaut , peu confidérable
dans un Ouvragede cette
nature , auſſi délicatement tourné
que celuy-cy , ne vous empefchera
pas d'y découvrir de grandes
beautez . Cette Ballade eſt du
fameux Monfieur de la Fontaine,
choiſy par Meffieurs de l'Académie
Françoiſe pour remplir la place
que la mort de Monfieur Colbert
à laiſſée vacante dans leur
Compagnie. Comme il y a quelque
ſurſéance à ſa reception , il
prie le Roy d'avoir la bonté de la
lever. C'eſt ce que vous remarquerez
dans l'Envoy qui n'eſt fait
que pour cela.
GALANT .
115
AU ROY
BALLADE .
ΟΥ vrayment Roy ,
toutes choses, Rorurayment
cela dit
Domptez encor quelques Rampars
Flamans ,
Et puis la Paix jointe au retour des
RofesA
Repeuplera l'Univers d'agrémens.
Vous forcez tout , mesme les Elémens
,
Tant vous sçavez à propos entreprendre.
Mars chaque jour s'en revenoit attendre
Afon Foyer, les Zéphirs pareſſeux ;
LOVIS luy fait d'autres Leçons
apprendre ,
L'evenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
116 MERCURE
Entre vos mains tout devient im.
prénable;
Attaquez- vous , tout cede en peu de
temps.
Il faut dix ans aux Héros de la
Fable,
A vous dix jours , quelquefois des
instans.
Le moindre bruit de vos Faits éclatans
,
Perce l'Olimpe , &fait qu'il vous
admire.
En vain l'Ibere ofe former des voeux,
C'est à vous feul de borner vostre
Empire ,
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
Tel que l'on voit Jupiter dans Ho .
mere
Tirer à luy tout le reste des Dieux ;
Tel balançant l'Europe toute entiere
:
GALANT. 117
Vous lutez ſeul contre cens Envieux.
Ie les compare à ces Ambitieux ,
Qui Monts Sur Monts déclarerent
la guerre
Aux Immortels ; Iupin croulant la
Terre ,
Les abîma ſous des Rochers affreux.
Ainsi que luy prenez vostre Tonnerre,
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
Vous n'estes passeulement estimable
Par ce grand Art qui fait les Conquérans
;
Terrible aux uns , aux autres tout
aimable ,
Des Scipions vous remplissez les
rangs.
Auguste, & Iule , en vertus diférens,
Vous feront place entr'eux deux dans
l'Histoire.
Vos premiers pas courant à la Vie
Etoire ,
118 MERCURE
Ont toutfoûmis, & ce coeur genéreux
Dans les derniers affecte une autre
gloire.
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
ENVOY .
Ce doux penser , depuis un mois ou
deux ,
Conſole un peu mes Muſes inquiètes .
Quelques Esprits ont blâmé certains
Ieux ,
Certains Recits qui nesont quefornettes.
Si je défere aux Leçons qu'ils m'ont
faites ,
Que veut-on plus ? Soyez moins rigoureux
,
Plus indulgent ,plus favorable qu'eux;
Prince , en un mot , Soyez ce que vousS
estes ,
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
GALANT. I
A cette Ballade irréguliere ,
j'en ajoûte une autre , dans laquelle
on a obſervé toutes les régles.
Quand je voudrois vous cacher
qu'elle eſt de l'illuſtre Madame
des Houlieres , la fineſſe
des pensées , & le tour des Vers ,
vous feroient connoiſtre que nous
luy devons cette agreable & fpirituelle
galanterie . Tout ce qu'elle
fait porte un caractere ſingu-
Jier, qui la rend inimitable.
BALLADE
DE MADAME
DES HOULIERES.
A
Caution tous Amans ſont ſujets
,
Cette maxime en mateste est écrite.
120 MERCVRE
Point n'ay defoy pour leurs tourmens
Secrets ,
Point aupres d'eux n'ay beſoin d'Eau
benite.
Dans coeur humain probité plus n'habite
;
Trop bien encor a-t- on les mesmes
dits
Qu'avant qu'Astuce au monde fust
venuës ;
Mais pour d'effets , la mode en eft
perduë ,
On n'aime plus comme on aimoit
-jadis.
Riches Atours , Tables , nombreux
Valets ,
Font aujourd'huy les trois quarts du
mérite.
Si des Amans ſoûmis , conſtans , difcrets,
Il est encor , la Troupe en est petite ;
Amour
GALANT. 121
4
ز
!
Amour d'un mois est amour détré
pite ;
Amans groffiers font les plus ap.
plaudis ;
Soupirs &pleursferoient paſſerpour
Gruë ,
Faveur est dite aussi-tost qu'obten
пиё
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Jeunes Beautez en vain tendent
filets ;
Les Jouvenceaux , cette engeance
maudite ,
Font bande à part ; pres des plus
doux Objet's ,
D'eftre indolent chacunſe félicite.
Nul en amour ne daigne estre bypocrite
;
Duft parfois un de ces Etourdis
A quelque Join s'abaisse & s'has
bituë ,
Janvier 1684.
122 MERCVRE
Don de mercy , Seul , il n'a pas en
veuë ,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Tous jeunes coeurs se trouvent ainsi
faits,
Telle denrée aux Folles ſe debite.
Coeurs de Borbons font un peu moins
coquets ;
Quand il fut vieux , le Diablefut
• Hermite;
Mais rien chez eux à tendreſſe n'invite,
Par maints Hyvers , deſirs font refroidis;
Parmaux fréquens , humeurdevient
bouruë.
Quand unefois on a teste chenuë ,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis .
ENVOY...
Fils de Vénus , Songe à tes intéreſts ,
GALANT.
123
Ie voy changer l'Encens en Camou-
-flets ,
Tout est perdu ,ſi ce train continüe ;
Ramene- nous le Siecle d' Amadis ;
Il est honteux qu'en Cour d'attraits
- pourvene ,
Où politeſſe au comble eſt parvenüe ,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Voicy la Réponſe que Monſieur
le Duc de S. Aignan à faite
à cette Ballade. Elle eſt ſur les
meſmes rimes .
REPONSE DE M
LE DUC DE S. AIGNAN,
A Madame des Houlieres .
A
Caution tous ne fontpas fus
jets ,
F 2
124
MERCURE
Autremaxime en ma teste est écrite ;
Et pour parler de mes tourmensſecrets
,
Jamais de Cour ne connus l'Eaubenite.
Si dans les coeurs probité plus n'habite
,
Dans le mien font mesmes faits ,
mesmes dits ,
Qu'avant qu'Astuce au mondefust
venüe.
d'Amans loyaux fi la mode eft perdüe
,
J'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
Nul riche atour , nul nombre deVa.
lets ,
Ne contribuë à mon peu de mérite,
Toûjours me tiens au rang des plus
difcrets ;
Tant- mieux pour moy ,fi la Troupe
eft petite;
GALANT.
125
Si dans l'amour nouvelle ou décrépite,
Les plus groſfiers sont toûjours applaudis.
Duſſay - je en tout me voir paſſer
pour Grüe ,
Faveurſe cache ausfitoſt qu'obtenüe ,
J'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
Ieunes beautez qui nous tendez fi
lets ,
Chaſſez bien loin cette engeance
maudite
De Louvenceaux ; quand pres de
beaux Objets
D'estre indolent chacunſe félicite ,
Ie fers l'Amour fans faire l'hypocrite
,
Et mieux le fers qu'un de ces Etourdis;
Maissi pour vous aux foins je m'habituë
,
F
3
126 MERCVRE
Don de mercy je veux avoir en
vene ,
J'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
T
Quand jeunes coeurs se trouvent
ainfifaits ,
Meilleurs Préfens aux Dames je
Certains Barbons ont droit d'estre
debite.
Coquets ,
Le Diable eut tort quand il se fit
Hermite.
Simaperſonne à tendreſſe m'invite,
Mes Sens au moins point ne font
refroidis ,
Par aucuns maux mon humeur n'eſt
borrüe ,
Et quand plus fort auroit tefte che
nuё ,
l'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
GALANTA 127
ENVOY.
T Fils de Vénus , fi pour tes intéreſts
Ieprens l'Encens , & romps les Camouflets
Accorde- nous que ce train continue.
Nous reverrons le fiétle d'Amadis ,
Et fi parfois Dame d'attraits pour-
A m'enflamer ſe trouve parvenüe,
J'aime toûjours commeon aimoit
-
jadis.
છછછછછ??** ************#L
Cette Réponſe en a' tiré une
autre que j'ajoute ici. Elle eff
encore de Madame des Houlie-
13
F4
128 MERCURE
REPONSE DE M
DES HOULLIERES,
A M le Duc de S. Aignan.
Duc plus vaillant que ces fiers.
Paladins,
QuideGéans cinqueftoient les Armures
;
८
Duc plus galant que n'estoient Grénadins
,
Point contre vous ne font mes Ecritures.
:
Grand tort aurois de blafonner vos
feux.
,je vous Et qui nesçait , beau Sire
prie,
Qu'en fait d'amour & de Chevalerie.
5
Onques ne fut plus veritable
Preux ?
GALANT. 129
Vous pourfendez vousſeuls quatre
Affaffins ,
Vous reparez les torts & les injures;
Feriez encorplus d'amoureux larcins
Que louvenceaux à blondes chevelures..
Ce que jadis fit le beaux Tenébreux,
Aupres devous n'est que badinerie ;
D'encombriersvousſortezſansfurie,
Onques ne fut plus veritable
Preux.
Tamais l'Aurore aux doigts incarnadins,
Aux jours brillans nechange nuits
obfcures,
Que cault amour, & Mars aux airs
mutins
Vous n'invoquiezpour avoir Avantures.
Vous bravez tout ; malgré les ans
nombreux
FS
:
130
MERCVRE
Qui volontiers empeſchent qu'on ne
ries
Avez d'un Fils augmenté voſtre
Hoirie.
Onques ne fut plus veritable
Preux.
ENVOY.
Que puissiez -vous , Chevalier va
leureux ,
En tout Combat , en butin amou
1
reux ,
Ne vous douloir jamais de tromperie
د
Et qu'à l'envy chez vos derniers
Neveux
Lifant vos Faits, hautement on s'é-
2.
cric, "
Onques ne fut plus veritable
Preux.
La ville d'Angers a marqué par
des Réjoüiſſances extraordinair
GALANT.
131
res , combien elle ſe ſent honorée
de la confiance que Sa Majesté
continüç de luy témoigner , par
le Titre de Duc d'Anjou , qu'il
Iny aplû donner au ſecond Princel
dont Madame la Dauphine
eft accouchée. Les Préparatifs
néceſfaires pour la magnificence
de dette Feſte ayant eſté faits ,
on choifit le jour des Roys pour
cette Cerémonie. Monfieur Charlot
Maire en fit donner le ſignal
aux Habitans , des le matin , par
une décharge d'Arcillerie. Toutes
lesCloches de la Ville furent
ſonnées depuis midy juſques à
une heure . Vn Détachement de
quinze cens Bourgeois tous fort
leftes , commandez par Monfieur
de Neuville. Poiffon , un des Cal
pitaines , & oy - devant Maire ,
vint ſe poſtens en armes fur la )
Place publique , au - devant de
F6
132 MERCURE
l'Hôtel de Ville , dans lequel la
demeure des Maires a eſté établie
depuis quelques mois , pendant
que Monfieur d'Autichamp qui
commande pour le Roy dans la
Ville & Chaſteau d'Angers , les
Officiers du Préſidial en Robe
rouge ( Privilége qui leur a eſtés
accordé par nos Roys pour leur
extréme fidélité) & toutes les au
tres Compagnies de luftice ,
de Finance , avec les Communautez
de la Ville , ſe rendirent às
l'Egliſe Cathédrale , où le Ten
Deum fut chanté par une excel
lente Muſique , en préſence de
Monfieur l'Eveſque d'Angers.
Apres cela les Compagnies vinrent
au milieu d'une double
Haye de la Milice rangée des
deux coſtez des Rües , depuis la
Cathédrale juſqu'à la Place pu
blique , où Monfieur d'Auti
GALANTA
133
champ , Monfieur Gohin Préſident
du Préfidial , & Monfieur
Charlot Maire ( ces deux derniers
à la teſte de leurs Compagnies )
allumérent le feu au bruit des
Canons , des Tambours , des
Trompettes , &desacclamations
publiques. La Soldateſque vint
enfuite faire ſes Décharges à diverſes
repriſes. On avoit dreffé
dans cette Place un grand Arc
de Triomphe à trois faces , orné
d'Obéliſques , de Feſtons , &
d'Armoiries , accompagnéesd'un
meflange de Lettres lumineuſes
qui formoient des Chiffres
desDeviſes. Au deſſus s'élevoient
deux Rochers , d'où découlérent
des Ruiffeaux de Vin blanc &
rouge pendant toute la Cerémonie.
Cette Machine finiſſoit par
une Figure de laRenommée press
ſte à publier langrandeur de ce
134 MERCURE
nouveau Prince dans toutes les
parties du monde , dont les Ducs
d'Anjou ſes Prédeceſſeurs ſe
font vûs les Maiſtres , & qu'ils
ont remplies de la gloirede leurs
Actions,& de la terreur deleurs)
Armes & du Nom Angevin. La
nuitne fut pasplutoſt venüe, que
la Ville paret en feu de toutes
parts ,tant par les grandes Illuminations,
que par le nombre des
Feux que les Habitans allumé
rept dans toutes les Ries . Le
Ganon de la Ville ayant recom
mencé à tirer , on répondit dans
le Ghasteau par une Salve de
Mousqueterie.Le Peuple accourit
de tous coſtez à la Place pu
blique. Les Fanfares des Tromh
pettes ſe meſlérent au bruit des:
Tambours & des Fiffres , & tou
tes les Figures de l'Arc de Triom
phe éclatérent on feux dartifice
GALANTAS 1351
de tant de fortes , & répandirent,
une ſi vive lumiere , qu'il ſembloit
qu'on euſt voulu prolonger
le jour qui avoit paru trop court
à la joye publique, Ces réjoüiffances
furent fuivies d'un magnifique
Régale que donna Monfieur
le Maire à pluſieurs Perſonnes
conſidérables. Le lende-s
mains le Te Deum fut chanter
dans toutes les Eglifes de la Ville
Quelques-unes ſe diftinguérent,
&entre autres la Paroiſſe Sainte
| Croix , l'une des plus anciennes,
dont les Habitans firent la der
penſe d'un Feu d'attifice fort
agréable. Il eut cela de particu
lier qu'à toutes les avenües des
la Place , où l'on entre par cinq
grandes Rües , on dreſſa des Por
tes d'Architecture ,avec plus
ſieurs Ornemens ingénieux ..
Quatre jours apres, le Profeffeur 1
136 MERCURE
de Rhétorique de la Maiſon d'es
Preſtres de l'Oratoire , ſe ſignala
par un excellent Difcours , qu'il
prononça fur cette Naiffance ; &
le jour des Roys ils firent une
Aumône fort conſidérable à tous
les Pauvres de la Ville & des
Fauxbourgs. Meſſieurs d'Angers
avoient nommé Monfieur de
Teildras Cupif, ancienEchevin,
& qui a eſté Maire , pour venir
préſenter les Reſpects de la Province
à ſon nouveau Duc, qu'elle
regardedéja comme ſon puiffant
Médiateur , qui fera paffer
juſqu'au Trône ſes prieres& ſes
veeux ; mais Sa Majesté ayant
eſté informéede ce deſſein , leur
fit écrire par Monfieur de Chaſteauneuf,
qu'Elle estoit contente
de leur zele , & qu'Elle les
diſpenſoit de leur Députation..
Il y a lieu d'eſpérer que ceue
GALANT.
137
1
-
heureuſe fatalité , qui ſemble appeller
preſque tous ceuxdu nom
deDucs d'Anjou à des Royaumes
étrangers ,ne ſe démentira pas
pour un Prince , qui n'a beſoin
pour apprendre à conquérir , que
de regarder faire noftre invincible
Monarque , &de ſe former
fur les vertus de Monſeigneur le
Dauphin ſon Pere. Mais fi les
Ducs d'Anjou ſont recommandables
par taut de Couronnes
qu'ils ont poſſédée , ils le fone
encore davantage par une fidélité
- toûjours inviolable aux Roys de
France leurs Souverains. En effet
il ne ſe trouve point dans l'Hiſtoire
, qu'aucun de ces Ducs
ait jamais porté les armes contre
la Couronne de France...
On a fait auffi de grandes
Rejoüiſſances pour la Naiſſance
de ce jeune Prince , dans la Ville
138 MERCURE
de Chaſteau- neuf en Thimerais.
Monfieur le marquis de Coeuvres,
Gouverneur de l'Hle de France,
en avoit donné les ordres. Les
Officiers du baillage afſiſtérent
au Te Deum , qui fut chanté ſolemnellement
dans l'Eglife Pa
roiffiale ,& le ſoir on alluma des
Feux dans les Places publiques &
dans tous les Quartiers , au fon
des Tambours & des Trompertes
,& au bruit des acclamations
de tout le Peuple. Lereste de la
nuit ſe paſſa en Feftins &en Divertiſſemens.
r
Mademoiselle de Martinot ,
Petite- Fille de la Nourrice de
Henry IV. apres avoir fait éclater
fon zéle à l'occaſion de las
Naiſſance, de Mónſeigneur le
Duc de Bourgogne , a continné
d'en donner des marques , par !
une Meſſe folemnelle qu'elle a
GALANT.
139
fait chanter à Aſniéres , où elle
réſide , pour celle de Monſeigneur
le Duc d'Anjou . Les Peres
Miſſionnaires Jacobins du Convent
de S. Maximin & de la Sainte
Baume , y afſiſtérent , & enfuiteon
fit une Proceffion Genérale
à la Croix de la Miffion ,
plantée dans une vaſte Campagne
, où le Te Deum fut chanté.
Mademoiselle de Martinot donna
un magnifique Dîné , & le
ſoir fit faire un tres grand Feu
devant ſon Logis
Je finis cet Article par une
Deviſe que Monfieur de Billy ,
Officier à Brisac , a fait fur cette
meſine Naiſſance. Elle a pour
corps un Miroir commun , qui
expoſe au Soleil, outre l'imageide
ce brillant Aftre , repréſente encore
deux autres Soleils aux deux
coſtez , pareils au premier, Ces
140
MERCURE
paroles en font l'ame , Ex fplendore
pares. Vous en trouverez
l'explication dans ce Sonnet du
meſme Monfieur de Billy.
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
D
AUPHIN , brillant Soleil,
Image de LOVIS ,
Que dans le cours heureux de ta
- waste carriere ,
D'un prodige éclatant nosyeux font
ébloüis ,
Quand un fecond SOLEIL nous
naiſt de ta lumiere !
-
Des beautezdu premier les Peuples
réjoüis ,
L'ont à l'envy chanté d'une docte
maniere :
GALANT.
141
Mais que tout de nouveau L'ASTRE
que tu produis ,
Vafournir au Parnasse une auguste
matiere!
Oûy , lorsqu'on y verra trois Soleils
à lafois
Brillerdu par éclat du SOLEIL des
François ,
Voicy ce qu'y diront les Filles de
Memoire.
Si d'un MONDE , LOUIS doit eftre
leSOLEIL,
Ah, pour ces trois SOLEILSfiremplisdefagloire,
Que de MONDES ilfaut à ceRoy
Sanspareil!
Je vous ay envoyédepuis quelque
temps pluſieurs Lettres de
Monfieur Chaſſebras de Crémailles
, fur ce qui s'eſt paſſé de
142 MERCURE
T
particulier à Veniſe. Voicy un
Article d'une des dernieres qu'il
a écrites. Ce qu'il contient mérite
d'autant plus voſtre curioſité
, que vous n'y trouverez rien
dont Monfieur Chaſſebras n'ait
eſté témoin.
- ZYON
*1893
ELECTION
D'UN PROCURATEUR.
A Dignité de Procurateur de
S. Marc , dont on honore ceux
qui ont rendu desſervices confiderables
à la Republique , est une des
premieres de Venise , & qui ne fin
nit que par la mort. La principale
fonction de ceux qui en font revé
tus , est la Garde du Trefor&des
Richeffes de S. Marc , le foin & l
4
GALANT.
143
Protection des Fauvres , des Veuves
&des Orphelins , &generalement
tout ce qui regarde les Legs pieux.
Il n'y en avoit autrefois qu'unseul,
mais peu à peule nombre en est ve
nu jusqu'à neuf , où il a esté fixé.
Par la fuite , la Republique ayant
eu beſoin de ſommes confiderables,
dans les temps de Guerre,&ne vou
lant pasfouter ſes Peuples par de
nouvelles Impoſitions, a mieux aimé
créer encore de ces Dignitez ,
les vendre à des Gentilshommes de
mérite , qui en joüiroient toute leur
vie avec les mesmes honneurs &
prérogatives que les anciennes ; à
la diférence ncanmoins , que cette
Digniténeferoit que pour eux , &
que l'on n'en pourvoiroit point d'au
tres en leurs places , lors qu'ils viendroient
à mourir , afin de les réduire
avec le temps à leur ancien nombre
de neuf. Ainsi ily en apréfentement
144
MERCURE
vingt fix en tout , qui ont le pasfuivant
l'ordre de leur reception , Sans
aucune diférence. Mais quoy que
l'Etat enfaſſe une égale estime , &
qu'on leurrende de pareils honneurs,
l'usage eft venu que dans le discours
familier on appelle ces nouveaux
Procutatori per foldi , comme qui .
diroit , acquis par argent ; & les
neufanciens , Procuratori per merito
,parce qu'ils ont esté élûs par
leurſeulmerite.
La nuit du s. au 6. du mois de
Septembre dernier ,le Procurateur
Loüis Delfino , un des neufanciens
eftant decedé , le Confeil s'affembla
dés l'apres-dinée , &élût enſaplace
Jerôme Gradenigo , Gentilhomme
des plus qualifiez , & qui a passé
dans les plus grandes Charges de
l'Etat. Sa Famille est une des plus
anciennes de Venise , &qui tient
rang dans la premiere Glaſſe de la
Nobleffe.
GALANT.
145
Nobleffe. Ily a en quatre Doges de
Son Nom ; Pierre Gradenigo , dans
le neuvièmeſiécle ; un autre Pierre
Gradenigo , dans l'onziéme ; Barthélemy
& Lean Gradenigo , tous
deux dans le quatorziéme. Les Armes
defa Maiſonſont parlantes , de
• queules , àun Degré d'argent mis en
Bande.
Aussi- tost qu'on luy eut aporte la
nouvelle defon Election , ilfit ouvrir
les Portes defon Palais , donna la
liberté à chacun de le venir congratuler
, & fit une Feste publique qui
dura trois jours . Toutes les Chambres
étoient parées extraordinairement.
- Il y avoit dans chacune un Clavecin
& des Violons pour le Bal , & dans
une des principales on avoit mis fur
une grande Table des Baffins de
Vermeil- doré , pleins de Icux de
Cartes , pour les Gentilſdonnes qui
viendroient joüer. Plusieurs Came-
Janvier 1684. G
146 MERCURE
1
riers alloient de Chambre en Chambre,
verſer des Liqueurs & desRa..
fraîchiſſemens aux Dames , tandis
qu'on en préſentoit aux Hommes
dans une autre Chambre Séparée.
Les Boëtes que l'on tiroit continuellement,
s'entendoient de tous les endroits
de la Ville. Les Trompettes&
les Tambours portoient la joye dans
tout le Quartier , & les Hautbois
&les Flageolets amaſſoient le menu
Peuple , que l'on régaloit de Pains
& de Bouteilles de Vin. Lors que la
nuit approchoit , on illuminoit le
Palais. On faisoit joüer des Feux
d'artifice. On lâchoit des volées de
Fuſées &de Petards , & on allumoit
des Feux & des Lumieres dans
les Rües voisines , &fur les bords
des Canaux des environs. Les Masques
alloient par la Ville durant
les trois jours , de mesme que dans
le Carnaval , &se rendoient en
GALANT. 147
foule le ſoir dans cet Hôtel. De
temps en temps on faisoit des largeffes
au Peuple ; & en plus de
vingt endroits diférens de la Ville,
les Parens du nouveau Procurateur
firent des feux de ioye , & donne.
rent à boire à tous les Paſſans , qui
témoignoient leur allegreffepar des.
acclamations continuelles de Viva,
Viva l'Eccellenza, ſia benedetta .
Ces trois jours s'estant écoulez de
cetteforte , il chaiſit le 28. du meſme
mois pour faire ſon Entrée publique.
Pour cela ilſe rendit le matin
à S. Salvator , une des belles
Eglifes de cette Ville , adminiftrée
pardes Chanoines Reguliers de l'Ordre
de S. Augustin , où apres avoir
entendu une haute Meße en Musique
, il paſſa par la Mercerie , fit
Sa Priere dans l'Eglise de S. Marc,
monta dans la Chambre du Collége,
yprit Sa Séance , fit ſes Compli
G2
148 MERCURE
mens, &ayant ensuite prété le Serment
entre les mains du Doge , il
alla prendre poffeffion desanouvelle
Dignité , & s'en retourna dans ſa
Gondole au bruit des Boëtes & des
Canons. Il eſtoit vétu dans cette
Ceremonie d'une Veste de Pourpre ,
àManches Ducales . Plus de trois
cens Gentilshommes Venitiens l'accompagnoient
dans le mesme Habit
;& le plus proche deſes Parens
marchant le dernier,faisoit les Hon-
-neurs. Trois ou quatre cens tant
d'Ecclesiastiques que Gens d'Epée ,
& auires Seculiers , estoient du Cortege
, & alloient devant deux à
-deux. Plusieurs Esclavons marchoient
les premiers , les uns avec
des Fiffres , des Trompettes & des
Tambours ; & les autres faisant ranger
le monde & la foule des Mas.
ques qui avoient encore la liberté
- d'aller par la Ville ce jour- là ,
GALANT.
149
leColle- qui montoient juſques dans
ge pour entendreles Harangues.Le
foir ily eut Festin & Bal dans le
Palais de Son Excellence , comme
dans les trois premiers jours , avec
les meſmes largeſſes.
Ie voudrois pouvoir décrire la
maniere dont les Marchands de la
Mercerie avoient ajusté leurs Boutiques
, le jour de l'Entrée dont je
vous parle. Ce sont de ces choses
qui parlent aux yeux , & qui ne se
peuvent bien comprendre que par
ceux qui les ont veües. Cen'estoient
que monceaux de Brocards & de
Broderies. Les Dentelles d'Or
d.Argent , les Noeuds , les Rubans,
& les Garnitures , estoient difpo.
Sées en Amphithéatres , en Piramides
, en Festons , en Bouquets de
Fleurs , & en toutes fortes defigures
. On avoit métamorphoféles Bowtiques
des Libraires en Cabinets de
G3
150
MERCURE
.
Curieux , remplis de Tableaux , de
riches Tapis , d'Estampes , de Globes
, de spheres , d'Astrolabes , de
Mignatures , de Coquilles , & de
raretez pareilles. Les Tourneurs en
Yvoire avoient mis en montre dans
de grands Bocals de verre , quantité
de gentilleffes & d'ouvrages fins &
délicats. Il ſembloit que les Faifeurs
de Bracelets , de Boucles &
de Pendans d'oreilles , fuffent au
milieu d'un Palais enchanté , où
l'on foule aux pieds les Perles & les
Pierreries. Les Boutiques de Lin.
gers paroiffoient des Manufactures
de Points. Ily en eut un entre ahe
tres , qui avoit mis en parade un
grand Cartouche des Armes du
nouveau Procurateur , & au- deſſous
ces paroles, Dignitas parta labore.
Le tout n'estoit que de Paffemens &
de Dentelles ; & afin que le Soleil,
le vent , ou la playe , n'aportaſſent
GALANT.
IST
F
aucun préjudice à ce pompeux Etalage,
ils avoient couvert toutes les
Rües en Berceaux , avec des Arcs de
Triomphe à l'entrée & à lafortie.
Mule Marquis de Torcy , Fils
aîné de Monfieur Colbert de
Croiſſy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , a eſté nommé par le Roy,
pour aller en qualité d'Envoyé
Extraordinaire de Sa Majesté ,
faire les Complimens de condoleance
au Roy de Portugal Dom
Pédro , ſur la mort du Roy Dom
Alphonſe ſon Frere. Ce marquis
eſt encore dans une grande jeuneffe
,& il y a peu de temps qu'il
a finy ſes Etudes , où il a extrémement
brillé. Il entend déja leş
Affaires ,& il a eu l'honneur d'en
rapporter quelques- unes au Roy,
d'une maniere quia fait connoître
qu'il en pénétre toutes les difficultez.
G 4
352 MERCVRE
Le Gouvernement de l'Iſle de
de Ré ayant vaqué , par la mort
de Monfieur de Pierrepont , Sa
Majeſté en a pourvû Monfieur
d'Aubarede , qui eſtoit Gouverneur
de Salins. Celuy de Salins a
eſté donné à Monfieut de la Fréfiliere
, & celuy de Gravelines à
Monfieur du Metz , Lieutenant
Genéral de l'Artillerie. Il eſtoit
Gouverneur de la Citadelle de
Lile. Vous ſçavez ſes ſervices ,
je ne les répete point. Le Gouvernement
de la Citadellede Lile
aeſté donné à Monfieur de Vauban.
Il l'avoit quitté pour celuy
de Doüay , que le Roy luy a permis
de vendre , & Sa Majesté a
bien voulu le gratifier une ſeconde
fois de celuy de cette Citadelle
, que ce fameux Ingénieur
a fait baſtir.
Monfieur Rouffeau , Avocat
GALAN T.
143
au Parlement, & cy- devant Banquier
& Expéditiõnaire en Cour
deRome , a eſté choiſy par Monfieur
le Controlleur Genéral des
Finances , & nommé par Arreſt
du Conſeil d'Enhaut , pour remplir
la place de Monfieur de la
Live , Directeur General des
Monnoyes de France. Il eſt d'une
Famille conſidérable , & l'on ne
pouvoit donner à Sa Majesté une
Perſonne d'une probité & d'une
capacité plus connüe.
Je vous ay ſeulement apris dans
ma derniere Lettre , la Déclaration
de la Guerre, faite à la France
par les Eſpagnols. Comme elle
vous a ſurpriſe , il faut aujourd'huy
vous en dire les motifs ,
vous en déveloper les intrigues .
vous faire connoiſtre à fond les
raiſons de ceux qui pour leurs
ſeuls intéreſts cherchent à met-
G
5
154 MERCURE
tre le feu dans toute l'Europe , &
vous marquer la jalouſie qui fait
mouvoir tant de diférens refforts.
contre la grandeur du Roy. Je
devrois vous en faire icy un portrait
brillant. Cette peinture ſeroit
en ſa place ; cependant comme
elle demanderoit une trop
vaſte étendüe , je ſuis contraint
de la ſuprimer. Il ſuffit de vous
nommer ce Monarque,pour vous
faire concevoir tout ce qu'il y a
de Grand. Son Nom ſeul offert à
noſtre mémoire , nous repréſente .
auffi toſt une foule d'actions i
éclatantes , & fi extraordinaires,
qu'on eſt convaincu qu'il n'en fut
jamais d'égales ; de meſme qu'on
ſçait que le Soleil , qui fait fa
Deviſe , ne peut avoir fon pareil..
En effet , aucun Conquérant ne
s'eſtoit encore arreſté comme luy
au milieu de la rapidité de ſes
1
GALANT.
155
Conquestes, pour donner la Paix .
Il'a fait plus , il a proposé de luymefme
, d'en rendre une partie
en faveur de cette Paix , ſans
qu'on l'exigeaſt de luy. Il a fait
reftituer des Royaumes preſque
entiers à ſes Alliez . Enfin il a eſté
admire de toute l'Europe , comme
Arbitre de la Paix & de la
Guerre.. Elle luy a donné le ſurnom
de Grand ,& jamais la Maifon
d'Autriche , dans le plus haur
point de ſa ſplendeur , lors qu'elle
croyoit pouvoir afpirer à la Monarchie
univerfelle , n'eſt parvenüe
à un degré d'élevation figenéralement
reconnu. Je n'enye
dans aucun détail d'un nombre
infini d'actions particulieres felon
toutes les Vertus Politiques,&
Morales. On en peut juger par le
chagrin qu'elles ont caufé à ceux
qui bien loin de pouvoir fouffrir
G6
156
MERCVRE
:
des Puiſſances au - deſſus d'eux ,
ne sçauroient meſme ſouffrirdes
égaux , qu'avec une extréme ja
louſie.
La Paix que le Roy avoit bien
voulu donner à l'Europe , puis
qu'il enavoit luy-meſme réglé les
conditions , ayant eſté acceptée,
& Sa Majesté ayant remis de bonne
foy toutes les Places qu'Elle
avoit offertes de ſon plein gré , &
tout ce qui en dépendoit , demanda
à fon tour aux Allemans &
aux Eſpagnols les Dependances.
des Païs qui luy avoient eſté cé
dez. Il fit voir pat des preuves
incontestables , que ce qu'ilpré
tendoit dans ces Païs , en avoit
toûjours dépendu. On n'y eut
aucun égard ; ce qui obligea le
Roy à prendre poffeffion d'une
partie , dont il fut reconnu légitime
Souverain. La ſurpriſe qu'on
GALANT..
157
eneut , égala les plaintes qui en:
furent faites . Vous remarquerez ,
Madame , que de tout temps il y
a eu des prétentions , qui , quoy
que juſtes , ont eſté inutiles aux
Souverains; & pour lesquelles ils
ont toûjours eſté obligez,d'en
demeurer aux prétentions , &
-aux proteſtations , parce que les
Princes qui poffedoient, fe trouvoient
égaux en forces , ou par
eux meſmes , ou par leurs Alliez ,
avec ceux qui avoient de juſtes
prétentions . Cette égalité de for--
ces ne permettant pas que l'on
terminaſt aucun de ces diferens,
eſtoit cauſe que rien ne pouvoit
être décidé ,que par la Guerre.
Ils'eſt trouvé en cette occafion,
que la puiſſance du Roy eſtant
auffi grande que ſa juſtice , il a
eſté reconnu pour Souverain de :
ce qu'ila prouvé luy appartenir,
후
1
>
158 MERCURE
&en a pris poffeffion . Ce procedé
, quoy que régulier , n'a pas
laillé de ſurprendre. Pour eſtre
nouveau , il n'en eſtoit pas moins
juſte ; mais comme il marquoit
une Puiſſance fuperieure , on n'a
pas crû le devoir foufrir. C'eſt
un crimeenvers les foibles , que
de ſoûtenir ſon Droit par la force.
Cela ne ſe doit point faire ,
parce qu'aucun Souverain n'a
eſté encore affez puiffant pour
l'entreprendre. La justice du Roy
n'eſt point examinée, ſon pouvoir
bleſſe ſa grandeur est uncrime,
&il ne doit point paroiſtre élevé
pardeſſus les autres, en ſe faiſant
raiſon par luy-meſmede ce qu'on
luy dénie injuſtement. Si l'on ne
ditpas tout à fait cela , voila ce
qu'on penſe ; voila ce qui fait
agir ,& voila pourquoy l'on veut
tout facrifier , afin de ſe mettre
4
GALANT. 159
en état de faire voir qu'on égale
du moins en puiſſance un Monarque
, qu'on ſçait bien qu'on
ne sçauroit ſurpaſſer dans toutes
les qualitez qui peuvent rendre
un Souverain accomply.
Pendant qu'en Allemagne on
diſputoit à la grandeur de Sa Majeſté
ce qui estoit dû à la justice
de ſes prétentions , il faut vous
apprendre de quelle maniere ce
Monarque en a uſé à l'égard des
Eſpagnols .. Avant que la Paix ſe
fiſt , le Roy avoitjoint une partie
des Villages de la Châtellenie
d'Ath à la Châtellenie de Tournay
, pour la commodité de ſes
Sujets . Pour faciliter ce qui devoit
faire le repos de toute l'Europe
, il propoſa de rendre Ath,
& l'ayant rendu enſuite par le
Traité qui ſe fit , on n'y parla
point des Villages qui avoient
160 MERCVRE
eſté joints à la Châtellenie de
Tournay. Les Eſpagnols les redemanderent
, comme eſtant de
celle d'Ath. Le nombre de ces
Villages eſtoit grand. Ils avoient
dépendu d'Ath , mais ils en
avoient eſté demembrez , & cela
pouvoit eſtre un ſujet de difpute
, qui par un accommodement
pouvoit faire gagner quelque
choſe à chacune des Parties .
Cependant le Roy aima mieux
les ceder tous à l'Eſpagne , que
d'en garder quelques- uns en les
difputant. Cette ceffion luidonna
lieu d'examiner à ſon tour les
Dépendances de ce qu'il poſſe
doit. Il le fit , & les demandas
mais bien loin qu'on luy ait rendu
la meſme juſtice qu'il venoit
de rendre , la PolitiqueEſpagnole
a trouvé à propos de les luy
difputer. Voila le noeud de la
GALANT. 161
Guerre d'aujourd'huy , & ce qui
a ſervy de prétexte aux Eſpagnols,
pour la rallumer.
&
Il ne s'agit point icy de prouver
le Droit du Roy touchant les
Dépendances qu'ila demandées.
Ce Droit eſt incontestable , & a
paru tel ; mais il a plû aux Eſpagnols
de le conteſter, parce qu'ils
Pont toûjours enviſagé comme
un moyen propre à rompre une
Paix , à laquelle ils n'avoient
conſenty qu'avec chagrin
par l'impoffibilité de s'en défendre.
Ils voyoient alors une partie
de l'Europe armée en leur faveur
, & leurs intereſts particuliers
leur eſtant plus chers que
ſon repos , ils estoient fâchez
qu'elle deſarmaſt. Il eſt vray que
malgré les forces de tant d'Alliez
, la France faiſoit des Conqueſtes
tous les jours ; mais com
162 MERCURE
me le ſort des armes eſt journalier
, ils eſperoient quelque retour
de fortune , & cet eſpoir ne
leur couſtoit guere, puis que leur
impuiſſance eſtoit cauſe qu'ils
faifoient la guerre aux dépens de
leurs Alliez . Les Eſpagnols.depuis
ce temps là ont toûjours eu
en veüe de les engager tout de
nouveau, & c'eſt pour cela qu'ils
ont tâché de noircir la France
dans toutes les Cours de l'Europe
, afin quetant de Souverains
ſe déclaraffent contre elle,quand
l'Eſpagne trouveroit à propos de
rompre , en niant la justice des
demandes du Roy , qu'ils vou
loient faire ſervir de prétexte à
une rupture. Ils n'ont ofé la faire,
pendant que les Turcs ont
déſolé l'Allemagne ; mais fi-toft
qu'ils les ont vûs éloignez , ils
ontcrûdevoir tenter toutescho
GALANT. 163
ſes , de crainte que ſi la Paix à
laquelle ils travaillent pour les
deux Empires , venoit à ſe conclure
par leurs conſeils , l'Europe
n'euſt le temps de deſarmer ,
avant que la Guerre fuſt embarquée.
C'eſt par cette raiſon qu'ils
ſe font hâtez de la déclarer. Ils
l'ont fait d'ailleurs , pour mieux
cacher leur foibleſſe à leurs Alliez,
& à leurs Sujets mêmes,perſuadez
qu'on croira qu'ils ont
plus de forces & de reffources
qu'on ne s'imagine,puisqu'ils ont
faitce pas auffi faſtueux que remply
d'adreſſe , & dont il n'eſt pas
aiſe de ſe tirer glorieuſement ;
maisquand on met le tout pour
le tout, il faut bien riſquer. L'Affaire
preffe. Le Roy est déja l'admiration
de toute la Terre , &
l'on doit craindre qu'il n'en gagne
auſſi les coeurs. Ces raiſons
164 MERCURE
ont eſté ſoûtenuës de beaucoup
d'autres que le Prince d'Orange
a fait entendre aux Eſpagnols ; &
ſes intereſts ſont ſi grands dans
cette intrigue , qu'on peut dire
qu'il y joüe un important per.
ſonnage. La Guerre luy eſt abſolument
néceſſaire,parce qu'elle
peut contribuer au ſuccés de ſes
deſſeins , & qu'en attendant elle
luy donne toûjours un pouvoir
ſouverain ſur les troupes. La difpoſition
qu'il a des Charges , luy
facilite les occafions d'acquerir
des Créatures , qui luy devant
tout , ſont obligées d'entrer dans
ſes intereſts au préjudice de ceux
des Etats. Il eſt le maître des
Fonds. On ſçait ce qu'on peut
avec l'argent , &l'on ne doit pas
s'étonner ſi la premiere fois que
la Ville d'Amſterdam refuſa de
conſentir à la levée des ſeize
GALAN T.
165
mille Hommes , il s'offrit de la
faire à ſes dépens . Enfin de quelque
coſté qu'il enviſage la Guerre
, elle ne peut que luy eſtre
utile , quand même ſes armes
n'auroient pas unfavorable fuccés.
C'eſt un jeune Prince , qui
en perdant, ne ſçauroit rien perdre.
Il ne peut eſtre regardé auprés
du Roy que comme un illuſtre
Avanturier, qu'une Victoire
mettroit dans un grand éclat , &
à qui une Défaite ne ſçauroit
eſtre honteuſe , parce qu'il luy
fera toûjours glorieux d'avoir
combatu contre un puiſſant &
redoutable Ennemy. Voila ce qui
lui fatt defirer la Guerre . Que le
prétexte en ſoit juſte, ou non , il
ne luy importe. Que les Etats ſe
ruinent par là ; que les Eſpagnols
expoſent la Flandre en ſuivant
fon conſeil ; que toute la Chrê166
MERCURE
1
tienté& que toute l'Europe en
fouffrent , tout cela fera moins
de tort à ſes intereſts, que la Paix
que l'on propoſe.ll veut la Guer
re , il n'eſt aucuns refforts qu'il
ne faſſe agir pour y engager les
deux Couronnes ; & le flegme
Eſpagnol forcé d'obeïr à ſon ardeur
, ne peut ſe défendre d'en
précipiter la déclaration . Je viens
aux raiſonsdontil s'eſt ſervy pour
obliger l'Eſpagne à la faire. Ce
n'est pas qu'elle n'y fuſt portée,
comme je vous l'ay déja marqué;
mais peut- eſtre auroit - elle agy
avec une lenteur plus prudente.
Le Prince d'Orange eſt venu à
bout de luy perfuader que lors
qu'elle ſe ſeroit une fois déclarée
, l'intereſt des Hollandois les
porteroit à la fecourir ; & que le
peril preſſant faiſant prendre des
réſolutions tumultueuſes , on
GALANT. 167
entreroit en hoſtilité preſque
avant que de réſoudre ſi on devoit
entrer en guerre , ou non,
ce qui la rendroit inévitable ; &
que pour engager les Alliez à ſe
mettre de la partie , il faloit employer
de nouveau dans toutes
les Cours de l'Europe, les calomnies
par leſquelles on avoit tâ
ché de rendre la France odieuſe
depuis la Paix de Nimegue ; tout
cela fondé ſur la grandeur de
noſtre auguſte Monarque , dont
on ne pouvoit ſoufrir l'éclat.
Comme l'Eſpagne avoit toûjours
ſouhaité laGuerre, par les motifs
que je vous ay découverts , il ne
s'agiſſoit plus que du temps favorable
, & du prétexte. L'un
ny l'autre n'eſtoit facile à trouver.
La France en demandant ce
qui luy eſt deû, conſent à la Paix ;
l'Eſpagne qui doit , déclare la
168 MERCURE
Guerre. Cela n'eſt autorisé par
aucun uſage. C'eſt au Demandeur
à intenter le Procés , & au
Debiteur à le ſoûtenir; mais comme
il eſtoit à craindre que la France
qui a toûjours travaillé pour
le repos de la Chreſtienté , juf
qu'à luy donner la Paix , ne déclaraſt
pas la Guerre , voicy l'expédient
que l'on a trouvé . On a
crû qu'en attaquant une grande
Garde de ſes Troupes , & en luy
prenant quelques Châteaux, elle
ne le ſouffriroit pas impunément,
& qu'eſtant en pouvoir de prendre
par droit de repréſailles des
Places plus importantes , elle ne
manqueroit pas de s'en emparer.
C'eſt ce que la France a fait , &
ce qui a donné à l'Eſpagne le
prétexte qu'elle demandoit de
Juy déclarer la guerre. Selon toutes
les apparences, elle ne contribuëra
-
GALANT. 169
buëra dans cette affaire que de
cette ſeule Déclaration . Elle aura
T'honneurde l'avoir faite , ce qui
convient bien à ſon genie ;& ſes
Alliez fourniront les Hommes&
l'argent. L'impuiſſance où elle ſe
trouve eſt manifeſte , & il eſt à
croire qu'elle eſt hors d'état de
mettre fur pied des Troupes.capables
de faire aucun effort im
portant pour ſa défenſe , puis
- qu'elle n'a pas ſecouru l'Empereur
contre les Turcs. Ce Prince,
& le Roy d'Eſpagne , compoſent
enſemble la Maiſon d'Autriche ;
& fi l'Eſpagne avoit des forces
confiderables, elle aurcit dû faire
pour l'Empire , tout ce qu'elle eſt
en pouvoir de faire pour ellemefme.
,
Si l'Eſpagne , & le Prince
d'Orange ont des raiſons pour
vouloir la Guerre ,les Hollan
Janvier 1684 H
170 MERCURE
dois en ont d'auffi fortes pour
chercher à l'éviter. Ils voyent
mille choſes à craindre , & mille
autres dont les ſuites ne peuvent
qu'eſtre fâcheuſes pour eux. L'interruption
de leur Commerce
en attireroit toſt ou tard la ruine.
Loin de s'acquiter de ce qu'ils
doivent, ils feroient de nouvelles
debtes , puis qu'ils ſeroient obligez
de ſoûtenir cette Guerre à
leurs dépens. S'ils remportoient
quelques Places , il les faudroit
rendre aux Eſpagnols ; & fil'on
en prenoit des leurs , ce ſeroit
autant de Places perduës pour
eux. Ils mettroient les armes à
la main d'un Prince qui pourroit
trouver occafion de s'en fervir
pour devenir leur Maiſtre. Enfin,
Vainqueurs ou Vaincus , cette
Guerre leur feroit toûjours
hazarder beaucoup ; car , ou le
GALANT. 171
Prince d'Orange tirera des avantages.
contr'eux de leurs Victoires.
meſmes ; où s'ils s'affoibliffent en
ſecourant les Eſpagnols, ces mê
mes Eſpagnols les regarderont
comme des Sujets qui ſe ſont retirez
de leur domination. Hs oubliront
le ſecours qu'ils en auront
reçeu ; ils leur diront que leur
intéreſt propre les a fait agir ,
qu'ils craignoient la puiſſance
d'un grand Roy leur Voisin , &
qu'ils vouloient une Barriere entr'eux
& ce Prince. Apres les
avoir ainſi remerciez de leur Secours,
fi la conqueſte deleur Païs
paroiſt facile à l'Eſpagne , on ne
la manquera pas. Lors qu'un
Souverain trouve l'occaſion de
reprendre ce qu'il croit luy
appartenir , il n'en fait point de
fcrupules . Voila pourquoy les
Hollandois agiffent tres fage
H 2
172 MERCURE
ment , en refuſant de ſoûtenir
une Guerre qui ne leur peut eſtre
que fatale. Si juſques icy on n'eſt
pas entrédans ce ſentiment à la
Haye avec autant de chaleur
qu'on a fait àAmſterdam , dont
la prudence a paru extréme dans
cette rencontre , c'eſt parce que
le ſejour du Prínce d'Orange eſt
à la Haye , qu'il s'yeſt fait plus
de Créatures, & que c'eſt le
Lieu où l'on fait mouvoir tous les
refforts de l'intrigue de cette
Guerre , & où par conféquent
les Partiſans de la Paix oſent le
moins s'expliquer. Cependant
tous les Peuples de la Hollande
la ſouhaitent avec des defirs
d'autant plus ardens , qu'ils font
perfuadez qu'ils joüiroient d'une
heureuſe & longue tranquillité
fur la parole du Roy , qui a toujours
eſté inviolable , & fur la-
1
GALANT.
173
quelle on peut compter , apres
avoir veu tout ce que ce Prince
a fait pour ſes Alliez .
Quay que l'Empire ſemble
avoir le plus grandRôle à ſoûtenir
dans l'état preſentdes Affaires
, il n'y a neantmoins preſque
rien à dire de ſa politique. Tout
ce qui regarde la Maiſon d'Autriche
eſt gouverné par les meſmes'
refforts , & c'eſt l'Eſpagne qui les
fait mouvoir. On y estoit d'accord
qu'on amuſeroit la France à
Ratisbonne, en faiſant naître difficulté
fur difficulté , afin de ga
gner du tems ; mais l'impatience
du Prince d'Orange a fait rompre
toutes ces meſures , en engageant
l'Eſpagné à rompre avec
les François ; & comme elle eft
toute puiffante en Allemagne ,
elle n'a pas eu de peine à faire
approuver ce qu'elle a fait.
H3
-174 MERCURE
Voila la ſituation des Affaires
d'aujourd huy , qui fait connoître
que la grandeur du Roy a fait
mettre en uſage tous les traits
empoiſonnez d'une Politique cachéee
, pour en obſcurcir l'éclar.
On n'en peut douter , ſi l'on
examine le procedé de ce Prince
, qui ſe termine par l'état où ſe
trouve aujourd'huy ce qui regarde
la Paix & la Guerre. Le Roy,
apres avoir rendu les dépendancesd'Ath
, en demande d'autres,
qu'il ne ſçauroit obtenir par aucune
voye de douceur, ny par
les Conferences quel'on a tenuës
furce fujet. La foibleffe des Efr
pagnols luy en rend la conqueſte
facile , auffi -bien que celle de -
toute la Flandre , & cette même
foibleſſe le retient genereuſement.
Il ne veut pas troubler la
Paix qu'il vient de donner àl'EuGALANT.
175
1
rope , & il offre de ſe remettre à
l'Arbitrage du Roy d'Angleterre ,
avec lequel ils ont un Traité
d'Alliance conjointement avec
les Hollandois , pour le maintien
de la Paix. Ainſi ce Monarque
devoit eſtre plûtoſt dans
leurs intereſts que dans ceux du
Roy. Les Eſpagnols le refuſent .
Sa Majefté craignant que ce
qu'Elle a droit de demander n'in.
quiete les Hollandois , & n'em.
baraffe les Eſpagnols meſme , à
cauſe de la fituation des Lieux,
ditqu'Elle ſe contentera d'Equivalens
. On n'écoute rien de tour
cela. Elle fait en ſuite bloquer
Luxembourg pour la premiere
fois , ſeulement pour engager les
Eſpagnols à ſe hâter de lay ren.
dre la justice qu'ils luy doivent.
Ce Blocus ayant duré quelque
temps, l'intereſt de la Chreftien-
Η 4
176 MERCURE
té le porte à le lever de luy- mef
me. Il en donne les raiſons , mais
on employe les couleurs les plus
noires pour effacer le brillant de
cette Action , quoy qu'elle ait
quelque choſe de ſi grand , qu'il
feroit fort difficile d'en trouver
une plus belle dans toute l'Antiquité.
On l'attribuë à mille prétextes
inventez , dont on a trop
tard reconnu la fauſſere. Si l'on
s'eſtoit mis déslors en état de ſe
défendre contre la puiſſance de
la Porte , comme il eſtoit aiſe de
le faire, jamais les Infidelles n'auroient
ofé aprocher de Vienne ;
mais pour ſe mettre en cet état,
il faloit demeurer d'acord de la
genérofité & de la bonté du Roy ,
& l'on a mieux aimé tout rif- ..
quer,que de luy donner cet avantage.
Cependant le déplorable
état de la Chrétienté n'a que trop
GALA N'T.
179
fait voir le tort qu'on a eu de ne
tirer aucun fruit de ſa moderation
; mais le ſeul moyen d'obſcurcir
ſa gloire , eſtoit de nier
ce qui la mettoit au plus haut
point. Cette incredulité affectée
& outrageante , a penſé coûter
cher à l'Empereur , & perſonne
ne peut encore juger quelles fuites
elle aura . Ce procedé acheva
de faire connoiſtre au Roy que
toute la Maiſon d'Autriche ſe
trouvoit bleſſée de ſa grandeur,
& qu'afin de l'abaiffer , elle avoit
refolu de fondre ſurluy avec tous
fes Alliez , foit que les Turcs déclaraffent
la Guerre ou non. Les
Souverains de cette Maiſon n'ont
jamais pu ſouffrird'égaux en Europe
; & un Rival qui s'éleve au
deſſus d'eux , leurparoiſt unEnnemy
cent fois plus inſuportable
que le Ture. Jugez de quel oeil
Ης
180 MERCURE
2
ces Princes peuvent regarder la
puiffancede laFrance , qui furpaſſe
aſſez la leur , pour l'avoir
reduite à l'aveu de ſa foibleſſe ..
Sa Majesté ſcachant les meſures
qu'on prenoit contre Elle , pouvoit
profiter de ſes avantages..
Elle avoit des Alliez , des Hommes
, & de l'argent , &une
union parfaite regnoit dans.
tous ſes. Etats mais l'intereſt
de la Religion. la retint, Toutes
ces choſes ſont des Faits.
conftans , & aufquels il n'y a rien
à répondre. Si les Ennemis du
Roy avoient eſté dans le meſme
état que luy , je doute qu'on les
euſt vûs auſſi modérez. il ne faut
qu'examiner le paſſé , pour estre
feûr de ce que l'on en doit croire...
L'irrégulier procédé que l'on a
tenu apres l'irruption des Turcs,,
confirme toutes les mauvaiſes in
GALANT. 181
tentions dont je vous viens de
parler. Le Roy eſt le ſeul Souve
rain dans l'Europe , à qui l'on
n'en donne point avis , parce
qu'on craint qu'ofrant du Secours
, il n'ait l'avantage d'aider à
chaffer l'Ennemy commun de la
Chreſtienté. Quoy qu'il connoifſe
qu'on veut que cette maniere
d'agir l'irrite , ſa bonté ne laiſſe
pas de ſe faire voir toûjours égale..
Comme il ne peut offrir ce Secours
qu'apres une Paix ou une
Tréve , Sa Majesté offre l'une on
Pautre..On ne pouvoit refuſer la
Tréve dans une pareille occafion,
fans trahir les intéreſts de
toute la Chrétienté , puis qu'en
l'acceptant on ne cede rien de ſes
prétentions , & qu'on ſe tient:
toûjours en état de les diſputer;
mais on ne veut ny Paix , by
Tréve , ny Secours d'un Roy qui
H 6
182 MERCURE
aun mérite dont on s'eſt fait ennemy
; & c'eſt avoir donné un
juſte ſujet de haine , que de s'être
acquis le ſurnom de Grand
par ſes vertus & par ſes conqueſtes
. On ne cherche qu'à rendre
odieux ce Prince trop eſtimé ; &
lors qu'on ne veut point de ſon
Secours , on travaille à luy faire
un crime dans toutes les Cours
de l'Europe, de ce qu'il n'en donne
pas . On le publie aux Peuples ,
à qui les affaires du monde ſont
inconnuës , ou qui ne penetrant..
pas les ſecrets du Cabinet, ne ſçavent
que ce qu'on veut leur apprendre.
Les Ambaſſadeurs d'Ef
pagne , & ceux des Alliez de la
Maiſon d'Autriche , auſſi - bien.
que leurs Envoyez , leurs Réfi
dens , & leurs Partiſans , confir
ment les bruits qu'ils ont fait ſe
mer. Les Nouvelles imprimées.
GALANT.
183
dans leurs Etats , s'y rapportent,
& il eſt permis à Bruxelles , quoy
qu'il n'y ait point de Guerre déclarée
avec la France , de tout
écrire contre elle ; comme ſi l'EF
pagne, pour avoir ſeulement taxé
quelques Confeils à fournir cerraines
ſommes pour la guerre de
Hongrie , ſans avoir rien donné
de fon Tréſor , ny peut- eſtre des
Taxes , dont on n'entendit plus
parler quelque temps apres , étoit
en droit de blâmer ceux qui au
roient empefché la déſolation de
Vienne , ſi ſa Politique intéreſſée
n'avoit regné dans un Confeil ,
où l'on auroit pris d'autres réſo
lutions fans elle..
Pendant que les Affaires
eſtoient dans l'état que je vous
viens de décrire , tout ce que lè
Roy pouvoit faire pour le repos
de la Chrétienté , eſtoit de ſouf184
MERCURE
frir les calomnies dont on noir
ciſſoit la France , ſans envoyerun
Secours en Allemagne , qu'on auroit
ſans doute regardé comme
des Troupes ennemies , & qu'on
auroit peut-eſtre chargées. Sa
pieté , & le repos de l'Europe ,
l'empeſchoient de ſe mettre en
poffeffion de ce qui luy appartenoit
en Flandre. Ainſi il ne luy
reſtoit plus qu'à attendre que la
Maiſon d'Autriche n'euſt plus
d'affaires fur les bras , & qu'elle
vinſt l'attaquer avec toutes ſes
forces,&toutes celles des Alliez,
comme elle avoit témoigné en
avoir le deſſein par le refus de la
Paix & de la Tréve. La retenuë
du Roy a fait voir en cette occafion
, qu'il méritoit le nom de
Tres- Chrestien. Ce Prince n'a
rien attaqué pendant que les
Turcs faifoient trembler l'AlleGALANT.
18
1
magne ; & ce qu'il a meſme fair
apres , ne pouvoit paffer pour
une rupture. Sa Majesté vouloir
feulement faire connoiſtre aux
Eſpagnols qu'Elle estoit en état
de prendre ce qui luy appartenoit
, afin que la guerre ne s'allomaſt
pas , s'ils luy rendoiente
justice ; mais leur obſtination a
égalé toûjours leur foibleſſe ,&
comme la guerre eſtoit ce qu'ils
reſpiroient , & que le Roy ne la
commençoit pas , ils voulurent
luy donner lieu de tout entreprendre
, en enlevant la grande
Garde d'un de ſes Corps de
Troupes , & en prenant quelques
Châteaux.. Comme j'ay dé
ja touché cetendroit , je le paffe,
pour ne répeter rien de ce que
j'ay dit. Pendant que l'on déclare
la Guerre à Madrid , le Roy
fait preſenter un Mémoire aux
186 MERCURE
Etats de Hollande , contenant
cinq demandes diférentes touchant
ſes prétentions. Il promer
de ſe contenter d'un des cinq
Equivalens qu'il propoſe,& dont
it laiſſe le choix aux Eſpagnols ;
& cette propoſition eſt goûtée
parla plus grande partie de ceux
qui compoſent les Etats. Le bruit
ſe répand de la Déclaration de la
Guerre faite à Madrid , & l'Efpagne
à qui le pouvoir ſeul manque
pour exercer les dernieres
rigueurs contre les Sujets du Roy,
fait connoiſtre par ce qui s'eſt
paffé à Madrid , ce qu'elle feroir
en Flandres , ſans ſa foibleſſe. Le
26. d'Octobre au foir , les Offi
ciersde Juſtice allérent dans toutes
les Maiſons des François , &
firent ouvrir avec violence les
Portes qui eſtoient fermées ; &
pour découvrir plus aisément
GALANT.
187
leurs effets , on ſaiſit les Livres
de pluſieurs Négocians d'Eſpagne
, pour voir entre les mains
de qui pouvoient eſtre ces effets,
& qui étoient ceux qui leur devoient
de l'argent. On n'a pas
meſme épargné à Madrid ny à
Bruxelles , ny dans tous les lieux
dépendans de la Domination
Eſpagnole , les François naturalifez
, & on les en a fait ſortir avee
leurs Femmes & leurs Enfans ,
apres leur avoir ôté tout ce qui
les pouvoit faire fubfifter. Dans
le temps qu'on déclaroit la Guerre
à Madrid , on ne ſçavoit pas
qu'ony prenoit de fauſſes meſures
. On agiffoit fur laſſurance
que le Prince d'Orange avoit
donnée, que les Etats leveroient
les ſeiza mille Hommes promis
par le Traité d'Alliance , & queles
Suédois auſquels il avoit en188
MERCURE
voyé des Vaiſſeaux , en fourniroient
quatorze mille autres pour
le ſecours de la Flandre. Tout
cela leur a manqué. Je vous ay
fait un ample détail dans une de
mes Lettres , de tout ce qui s'eſt
paſſe en Hollande ſur cette Levée
, & de quelle maniere Monfieur
Vanbuningue parla pour
les intereſts de ſa Patrie . Je ne
vous en diray pas davantage.
Le Roy pouvant profiter de la
foibleſſe des Eſpagnols, apres une
Déclaration de Guerre faite fi à
contre- temps , fait ſeulement jetter
des Bombes dans Luxembourg
, pour faire connoiſtre à
cette Garniſon , que ſi elle continüe
à faire des courſes dans les
Païs qui luy apartiennent , on
aura lieu de s'en repentir. Enſuite
il s'engage à ne faire aucun Siége
pendant tout le mois de lanvier
GALANT. 187
pour reconnoiſtre les ſoins que les
Hollandois , zélez pour le bien
de leur Etat , prennent toûjours
de travailler à la Paix. Le Roy
n'ayant promis que de ne point
affiéger de Places , ſes Troupes
continüent à faire payer des Contributions.
Les Eſpagnols qui
n'en peuvent faire autant, s'en
plaignent avec des termes in-
Jurieux , comme ſi apres une
Guerre ouverte , il y avoit quelque
choſe de nouveau dans ce
procedé , & qui n'euſt pas toûjours
eſté autorisé par l'uſage..
C'eſt ce qui les obligera peuteſtre
à faire la Paix ; & quelques
Villages ruinez &des.
Maiſons abatuës produiront cet
avantage à toute l'Europe , &
épargneront le ſang Chrétien.
On blâme quelquefois des actions
dont on ne ſçait pas les motifs ;,
و
190 MERCURE
mais comme ces actions peuvent
eſtre faites pour un bien , on ne
doit point juger des choſes qui
ſont publiées par des Ennemis,
avant que de les avoir meurement
examinées . On ne noircit
point en France la reputation de
ceux qui s'en declarent les ennemis
; on n'y écrit contre perſonne.
Cependant ony apporte
toutes les ſemaines fix Cahiers
volans d'impreffion de Hollande,
qui paroiſſent ſans permiffion &
fans nomd'Autheur , &l'on tient
ces riens ſpecieux dont la calomnie
fait le fondement , d'autant
meilleurs , qu'on ſuppoſe qu'ils
ne ſont pas permis,& cela ,parce
que rien n'eſt plus capable d'exciter
la curioſité , que ce qui eſt
défendu.. Ils font compoſez par
deux Autheurs dont l'un eſt Domeſtique
d'un Prince qui ne ref
GALAN T. 191
pire que la Guerre , & par con-
-ſequent à ſes gages. Comme il eſt
tout dévoié à ce Prince , il eſt
quelquefois contre ſon Païs même
, felon qu'il entre dans ſes
intéreſts , ou non. Il donne quelquefois
des attaques à l'Eſpagne,
mais fort legeres , & ſeulement
pour paroiſtre des- intereſſé. 11
ſe contredit quelquefois d'une
ſemaine à l'autre , & il le fait
parce qu'il eſt difficile de trouver
toûjours une nouvelle matiere
, lors qu'on veut écrire ſi
ſouvent. Enfin ſon principal but
eſt de parler toûjours contre la
France. Qu'il diſe vray ou non ,
il eſt payé pour cela. Les Au
theurs de ces Invectives ne prennent
pas garde qu'en la voulant
abaiffer , ils l'élèvent au plus
haut point de grandeur où aucune
Nation ait jamais eſté ; car
192 MERCURE
fi on les en croit , elle fait mouvoir
à fon gré les reſſorts qui font
agir les plus puiſſans Souverains
du monde; & il ne leur reſte plus
qu'à aſſurer qu'elle paye les vents
pour exciter les tempeftes. Commeon
voit en meſme temps trois
de ces Cahiers volans , il y en a
un qu'on nomme le Cahierfecret
de laGazette d'Hollande. Ces Autheurs
prétendent ſçavoir ce qui
fe paſſe de plus particulier dans
les Confeils les plus fecrets de
tous les Souverains , & fur tout
dans le Conſeil de Sa Majeſté ;
ce qui n'eſt pas vray- ſemblable,
du moins à l'égard de la France ,
puis que le Roy ne gouverne fon
Etat qu'avec deux ou trois Perfonnes
tout au plus. Aufſi ne
peut- on connoiſtre plus mal le
dedans de la France ; que ce Politique
intereſſé , qu'on ſçait apGALAN
T.
193
partenir à un grand Prince. J'avois
refolu de répondre aux reüilles
qui ont paru pendant ce mois;
mais la plus grande partie des
choſes que je vous viens de dire
à l'occaſion de ce qui s'eſt
paſſe touchant la France & l'Efpagne
au ſujet de la Guerre , y
peut ſervir de replique. Je ne
laiſſeray pourtant pas de répondre
à quelques endroits. Je
commence par celuy où l'on
avance , ſans ſe mettre en peine
de rien prouver, que les Finances
du Roy ſont épuiſées. Cependant
on voit tout aller d'un pas égal
touchant ce qui les regarde , &
meſme à l'égard des chofes dont
on pourroit ſe paſfer. Les nouvelles
Levées n'ont point empeſché
les Bâtimens , les Fonds
n'en ſont pas moindres qu'ils ont
eſté. On apporte tous les jours à
194
MERCVRE
Verſailles ce que l'Europe a de
plus curieux , & le payement
n'en eſt jamais diféré . Le Cabinet
des Curiofitez du Roy augmente
de jour en jour ; les Manufactures
des Gobelins , où l'on
travaille comme auparavant ,
fourniſſent ſouvent quelque choſe
de nouveau aux Apartemens
de Verſailles , les Académies des
beaux Arts , entretenies par le
Roy, fleuriſſent; la magnificence
paroiſt ſouvent dans les divertifſemens
de ce Prince; il traite tous
les jours la plus grande partie de
ſa Cour ; les libéralitez qu'il fait
ordinairement au premier jour
de chaque année , n'ont point
manqué ; on n'entend point crier
ſes Alliez , pour luy demander de
l'argent l'abondance ſuit ſa Cour;
l'union eſt parmy les Grands &
les Peuples de ſon Royaume; les
Finances
GALANT. 195
Finances font gouvernées par des
Miniſtres éclairez , & quoy que
les clefs des Coffres du Roy ayent
paſſé en d'autres mains , ils n'en
fontpas moins remplis.
Apres cette viſion de l'épuiſement
des Finances , on paſſe à
celle de la Monarchie univerſelle,
pour laquelle on veut que
la France ait des penſées. Chacun
ſçait aſſez que la Maiſon
d'Auſtriche a eu ce foible , &
qu'elle en a autrefois dreſſé le
Plan. Quand au Roy , il auroit
agy d'une autre maniere
pour donner la Paix à l'Europe,
il n'auroit pas rendu des Places
qu'il auroit eſté impoſſible de
luy arracher , quand il n'auroit
voulu que les défendre , ſans
s'attacher à faire de nouvelles
Conqueſtes. Mais je ſuis moins
excuſable en voulantdéfendre le
Janvier 1684. I
2.
&
196 MERCURE
-
Roy là-deſſus , que ceux qui ſe
plaiſent à luy donner des penſées
qui ne peuvent naître que dans
des Païs où l'imagination va plus
loin que le pouvoir.
Comme on ne remplit tous
ces Cahiers que de choſes imaginaires
, on paſſe à une troiſiéme
auſſi peu vray- ſemblable que les
deux autres , & l'on ſe perfuade
qu'un des Miniſtres du Roy ne
veut point la guerre , ſeulement
parce que l'on veut s'imaginer
qu'il ne la doit pas vouloir. Il ſeroit
fort mal-aiſe de ſçavoir ſes
ſentimens , & de trouver un Miniſtre
plus habile , & qui ſçache
mieux cacher ce qu'il penſe. Ila
mené les Eſpagnols par des chemins
qui leur eſtoient inconnus ;
&le Voyage de Metz , pour ſe
Prendre devant Gand au milieu de
l'Hyver , a eſté contr'eux le tour
GALAN T. 197
d'un grand Maiſtre. Ce zelé miniſtre
a réüſſy affez bien dans
les Affaires de la Guerre , pour
ne pas l'appréhender. Ainfi tout
ce que l'on écrit là- deſſus , confiſte
en des raiſonnemens dont
les Autheurs tirent eux-meſmes
des conféquences telles qu'il leur
plaift; mais il y a bien de la diférence
entre tirer des conféquences
, & fçavoir la verité d'une
choſe. Quand tout ce que l'on
avance n'eſt qu'un effet du raiſonnement
, les uns en peuvent
couclure une choſe ,& les autres
une autre ; & comme on ne peut
aſſurer la verité , on n'en dévroit
point parler , pour ne point donner
ſes imaginations au Public.
Je ſuis obligé de prendre le party
desHollandois contre leur Compatriote
qui les attaque dans ces
Feüilles , ce qui marque qu'une
I 2
198 MERCVRE
4
Puiſſance cachée le fait agir plutoſt
que le bien de ſa Patrie. Je
dis donc qu'on ne doit point accuſer
les Hollandois de manquer
à leurs Traitez , puis qu'ils ne
font obligez de ſecourir les Eſpagnols
, qu'en cas qu'ils ſoient attaquez
par la France , & qu'au
contraire ce ſont les Eſpagnols
qui l'attaquent. De plus , l'Eſpagne
doit faire voir qu'elle a quarante
mille Hommes effectifs en
Flandre , avant que les Hollandois
en fourniſſent un , & elle
ne peut ſeulement montrer dix
mille Hommes.
Si quelque Puiſſance de l'Europe
n'entre pas dans les ſenti-
.mens de la Maiſon d'Autriche,
elle en eſt détournée par la France.
La France a toute l'Europe à
ſes gages; elle achete des Dignitez
Souveraines pour des Princes
GALANT. 199
déja Souverains ; elle a voulu
prendre Luxembourg avec des
Boulets d'or ; enfin on fait tour
faire à la France par le moyen de
ſon argent ; & tout cela dans les
meſmes Feüilles , où l'on aſſure
qu'elle eſt épuisée. Je pourrais
détruire toutes ces choſes par des
preuves , comme j'ay déja fair
l'épuiſement des Finances , mais
puis que les Autheurs de ces
Feüilles n'en donnent point pour
foutenir ce qu'ils oſent avancer,
je ne crois pas en devoir toûjours
donner contre les Articles que je
nieray , & qui fe détruiſent part
eux-meſmes.
On s'eſt tellement proposé de
dechirer la France dans ces reüil.
les ſatiriques , que lors qu'on ne
peut plus inventer de calomnies
contre elle , on attribuë tous ſes
fuccés à ſonbonheur. Ce recours
13
200 MERCURE
eft foible pour blâmer ce qui
donne de la jaloufie. Si la France
eſt heureuſe , c'eſt d'avoir un
Monarque tel que Loüis LE
GRAND. Elle doit tous ſes ſuccés
à ſa conduite, à ſon ſecret,au
bon choix qu'il fait de ſes Miniſtres
, & à la parfaite intelligence
qu'il adans le meſtier de la Guerre.
On ne peut fans injustice
prétendre que la priſe de Gand
foit un effet du bonheur. L'adreſſe
de derober ſa marche , &
d'inveſtir ſixou feptPlacesavant
que de s'approcher de celle fur
laquelle on a deffein , eſt un
prodige de la conduite du Roy,
&dont l'Antiquité la plus reculée
ne nous fournit point d'exemples.
Quand l'Electeur de Brandebourg
veut ſe faire faire raiſon
touchant la Silefie , c'eſt la Fran-
)
GALAN T. 201
ce qui le porte à en uſer de la
forte , comme ſi l'Alliance de la
France luy donnoit des droits
qu'il a legitimement. Quand on
croit au contraire que les Autrichiens
l'ont attiré dans leur
party , on luy! fait tenir un autre
langage. Il eſt cependant certain
que l'Electeur de Brandebourg
s'eſt toûjours fait voir porté
à la Paix , & qu'on ne peut
l'accuſer d'avoir eſté un moment
dans un ſentiment contraires :..
Dans l'une de ces Feüilles on
voit un dénombrement des choſes
qu'on prétend que les Miniſtres
des Alliez aſſemblez à la
Haye , ont ordre d'accommoder;
& il eſt tel , que l'Accommodement
en paroiſt auſſi impoſſible
que le NoudGordien l'a eſté autrefois
à dénoüer. Si les Allicz
font bien , ils accorderont la Paix
14
202 MERCVRE
د
aux conditions propoſées par la
France & l'Accommodement
ſera auffitoſt fait que le Noeud
Gordien fut dénoűé. Ce n'eſt pas
ce que veulent ces Politiques ,
mais on ne les en croira pas. Ils
font parler les Alliez , & diſent
en ſuite , que ſoit qu'ils tiennent
ce langage , ou non , c'eſt
là ce qu'ils devroient faire. On
voit à quoy prétend aboutir le
raiſonnement de ces Politiques
intereffez. Ils avancent ce qu'ils
ont deſſein d'infinuer , & font
parler foiblementla France, pour
la combatre apres plus fortements
maisdans le fond tout cela n'eſt
que pure viſion , & ce n'est pas
à ces Auteurs fatiriques à faire
parler des Souverains qui ne penſent
peut- eſtre à rien moins qu'à
cequ'on leur fait dire. Ces Politiques
qui tâchent toûjours d'in
GALAN Τ.
203
finüer qu'on doit faire la guerre
à la France , ont des raiſons particulieres
, & qui ne tendent pas
au bien de la Chreſtienté. Le
Prince d'Orange feroit mieux
dans ſes affaires , & la Guerre
eſtant ſon élement , il feroit du
moins dans l'état où il ſe ſouhaite.
Le Roy d'Eſpagne en reposà
Madrid , luy laiſſferoit l'honneur
de combatre,& tireroit du profit
de ſes Victoires , ſi la Fortune ſe
declaroit pour luy. Les Alliez de
ces deux Puiſſances yjoindroient
leurs Troupes , & le Roy d'Efpagne
auroit l'avantage d'avoir
tenu teſte au plus grand Prince
du Monde , ſans avoir faitde dépenſeen
Hommes, ny en argent.
LesEſpagnols ont raiſon de vouloir
la Guerre à ce prix là ; mais
il n'y a pas d'apparence que fes
Alliez,hors le Prince d'Oranges
204 MERCURE
dont j'ay aſſez marqué les inte
reſts, foient affez peu clairvoyans
pour s'y engager.
CesFeüilles ſecretes font dire
à la France toutes les Semaines,
qu'elle ne veut point la Guerre,
&ne luy font tenir ce langage:
que pour exciter ſes Alliez à ſe
•déclarer contre elle , afin de las
pouvoir allumer plutoſt. On ne
ſçait pas bien ce qu'elles entendent
par la France qu'elles font:
parler. Elle ne dit jamais rien ;
ſes Gazetes font ſages , & n'entrent
point dans de pareilles af--
faires. Le ſecret du Cabinet y eſt
gardé , & la Cour de France eſt
le Lieu du monde où l'on debite
le moins de Nouvelles . On ne
s'y entretient pas meſme de celles
qui ſont publiques par tout
ailleurs. Si les divers Ambaffadeurs,
Envoyez, Reſidens, &lauGALANT
205
tres Miniſtres , publient à Paris
des Nouvelles ſelon leurs diferens
intereſts , on ne peut pas dire que
la France parle. Encore une fois,
elle ne dit rien , & dans ce que
j'écris préſentement , c'eſt de
moy-meſme que je répons à des
chofes auſquelles il eſt aifé de
repliquer , parce que ce fontdes
Faits ; mais je ne feray jamais
parler lesPuiſſances. Mes lumie
res font trop foibles pour cela,&
jene memeſleray point de deviner
les deſſeins des Princes.Bien
d'autres que moy s'apperçoivent
des paneaux où les reüilles fati
riques veulent nous faire toma
ber, comme lors qu'elles fupofent
qu'on public en France que
l'Empereur a conclu la Paix avec
les Tures. On veut nous faire
peur de cette Paix. On ne peut
nous dire qu'elle eſt faite , parce
16
206 MERCURE
1
qu'on diroitune choſe fauffe.On
ne peut nous affurer qu'on la
traite , parce qu'un pareilTraité
ne ſe peut faire fans honte ; &
l'on ne trouve pointd'autre moyen
pour nous dire que nous la
devons craindre , à cauſe qu'on
veut que nous nous la craignions
, qu'en ſupoſant que la
France la publie. Jamais on n'a
tant veu de contradictions en--
ſemble qu'il s'en rencontre dans.
les fix reüilles de chaque Semaine.
Ony voitdix fois que la France
veut la Guerre , & dix fois
qu'elle met tout en uſage pour
l'éviter. Quand nos Ennemis veu
lent exciter les Alliez de l'Eſpagne
& du Prince d'Orange à
prendre les armes , ils diſent que:
la France veut tout envahir , &
qu'elle en viendra about , fi l'on
ne prend foin de s'y oppofer;&
GALANT..
207
-
quand leur intereſt demande
qu'ils faſſent peur à la France , fi
pourtant c'eſt une choſe poſſible,
ils publient qu'elle doit appré
hender les fuitesqu'aura laGuer
re; mais comme elle eſt juſte, &
qu'elle ne veut envahir aucuns
Etats , ellen'a point de ſuite de
Guerre à craindre. Il feroit dif
ficile aux plus grandes Puiſſances
de l'Europe , pour ne pas
dire à toutes , d'en triompher ,
lors qu'elle n'attaquera point , &.
qu'elle ne s'attachera qu'à conſerver
ce qui luy appartient.
Quand on est dans l'état où Sa,
Majesté ſe voit aujourd'huy
qu'on peut faire la Guerre avec
avantage , & qu'on offre divers.
accommodemens pour la Paix,
on acquiert beaucoup de gloire à
ſe vaincre ainſi ſoy- meſme. Ce--
pendant comme on ſemble nes
268 MERCURE
chercher qu'à affoiblir ce qui
éleve ce Prince , on empoiſonne
la bonté qu'il a de vouloir bien
conſentir à unePaix qui eſt con.
traire aux deſſeins du Prince d'Orange.
On reproche comme un
erime à la France de la vouloir,
& on la blâme en même temps
de faire des actes d'hoſtilité contre
un Ennemy qui luy vient de
declarer la Guerre dans toutes
les formes par mer & par terre ,
& à qui il ne manque que des
forces pour la ſoûtenir. Enfin
ces Ecrits quin'ont pourbutque
de décrier la France , l'accufent
en meſme temps de vouloir la
Guerre & la Paix , & la blâment
également de l'un & de l'autre.
Ces Feüilles fecrettes,& faites
neanmoins pour eftre renduës
publiques , ont perdu toute leur
réputation en parlant des Affai
GALANT.
209
res du Comte Tékély. On y a
voulu accommoder enſemble la
Religion , la Politique, les intéreſts
du Prince d'Orange , & le
déſir de noircir la France , &
comme on en a parlé ſelon que
toutes ces choſes en ont fourny
les occafions , on s'eſt contredit
autant de fois. L'Autheur , com
me amy de la Maiſon d'Auſtri
che , l'a accusé de rebellion , &
luy a fait fon procésen cent ren--
contres. Ill'a juſtifié comme Proteſtant
, & a fait voir avec grand
foin, que la rigueur du Conſeil
de l'Empereur contre luy , l'avoit
porté aux dernieres extrémi
tez . En meſme temps , il a accuſela
France de l'entretenir dans
ſa rebellion ; mais il avoit trop
bien prouvé le contraire , pour
eſtre crû , en faiſant connoiſtre
que la dureté du Conseilde l'Em--
2010 MERCURE
pereur a toûjours mis des obſtacle
à fon accommodement. En
effer , fi ce Conſeil l'a toûjours
éloigné , on n'en doit pas accuſer
la France. Si elle avoit protegéceComtedela
manière qu'on
a voulu le faire croire , il n'au--
roit pas eſté obligé de demander
le Secours du Turc ; mais il faut
imputer à la France tous les mal--
heurs qui arrivent dans l'Europe,
&meſme ceux qui arrivent dans:
les Affaires où elle n'eſt point
meſlée. Il eſt pourtant vray que
l'Allemagne n'auroit pas eſté ex--
poſée aux maux qu'elle a ſouf--
ferts , fi pour ſes intereſts particuliers
le Conſeil d'Eſpagne n'a--
voit pas empeſché l'Accommo--
dement du Roy &de l'Empereur...
Hors ce Conſeil, tout crie encore
aujourd'huy la Paix. On n'en
peut douter , puis qu'on lit dans
GALANT.
ces reüilles politiques les paroles
que voicy. Toutes les Lettres d'Allemagne
font pleines des preſſantes
instances qu'on fait à l'Empereur de
s'accommoder avec la France. Ces
Peuples , & leurs Souverains ,
ont raifon . Le demeſlé des Efpagnols
n'a rien qui les regarde,
&toutefois leur obſtination , &
leur crédit dans le Conſeil de
Vienne , a mis l'Allemagne dans
un état à ne pouvoir s'en relever
de longtems.
Ces Feüilles qui font remplies
de toutes les erreurs que je vous
viens de marquer , ſont tellement
accoûtumées à publier des fauf
fetez pour faire crier contre la
France , qu'elles ont dis dés le
commencement de ce mois , que
Monfieur de Béthune eſtoit incognito
en Pologne , où il agiſſoit
contre le repos de la Chrétienté.
212 MERCURE
Cependant il eſtoit à Verſaille ,
où ſa préſence juſtifioit des calomnies
fi groſſieres. Rien n'a
paru ſi ſpirituel dans ces Feüilles,
que la raillerie qu'on y voit du
repos &de la tranquilité de l'Efpagne
, apres avoir déclaré la
Guerre ,& meſme de la quiétude
de l'Europe. La peinture en eft
agreable , & paroiſt mefme fort
piquante; mais en voicy le refrin .
Ils'enfuivraunfuneste repos à l'Europe
, carle Roy de France s'erigera
en Roy pacifique audeſſus des autres
qui commencent déja à le regarder
comme un Prince dont il est impofſſible
d'éviter la domination. On prétend
infinüer par là qu'on ne le
doit pas laiſſfer parvenir à ce haur
degré de gloire;mais l'Europe eſt
mieux inſtruite du fondde l'ame
du Roy que ce Satirique , ou du
moins qu'il ne feint de l'eſtre. Ce
GALANT.
213
qu'a déja fait ce Prince , donne
à juger de ce qu'il peut faire. Sa
modération eſt connue , & l'on
fçait qu'il ne veut que ce qui lay
appartient. Ainſi l'on a beau écrire
, on ne perfuadera pas qu'un
Roy qui a rendu une fois la
Franche-Comté ,& en ſuite tant
d'autres Places , en faveur de la
Paix , ait deſſein d'étendre ſa domination
fur toute la Terre. Ce
font de grands mots qui ne ſignifient
rien , & l'on ne ſe rend pas.
ainſi maistre du Monde.
On fait encoredans ces Feüil
les de longues leçons aux Princes
qui ne prennent pas avec affez
de chaleur le party de la Maiſon
d'Autriche , & on les traite de
Prince en peinture , comme fi ce
leur devoit eſtre une choſe glorieuſe
que de devenir Eſclaves
de cette Maiſon. Ils la ſoutien214
MERCURE
droient à leurs dépens ; & com
me elle ſe croit toute- puiſſante ,
elle ſe perfuaderoit encore qu'elle
ne leur dévroit rien , & qu'ils
n'auroient agy que pour leur propre
intéreſt . Les Autheurs de ces
Feüilles eſtant de la Religion Proteſtante
, font de longs raiſonnemens
pour perfuader à l'Empereur
qu'il doit s'uniravecles Prin
ces Proteſtans d'Allemagne. Je
ne dis pas que cette union ne ſoit
néceſſaire , mais elle ne l'eſt pas
au point qu'on doive tout aban
donner pour les ſatisfaire, & croire
toutes les impoſtures que répandent
ces Autheurs contredes
Perſonnes d'une ſainte vie. Ils ne
le font que par un acharnement
qui marque un grand intéreſt à le
faire , puis qu'ils ſe ſont propoſez
d'en dire du mal chaque ſemaine,
quand mesme ils n'auroient nul
GALANT.
215
prétexte d'en parler. Voila tout
ceque je répondray aux Feüilles
ſatiriques qui ont eſté données
depuis le commencement de Janvier
juſques au vingt-cinq. J'y
ajoûte ſeulement , que les Eſpagnols
ont attaqué nos Troupes
les premiers , qu'ils ont les premiers
fait des Sieges , & brûlé de
nos Villages , & qu'ils n'ont pas
plus de ſujet de ſe plaindre des
actes d'hoſtilité que nous leur
rendons ( veritablement avec un
peu plus d'étenduë ) apres la
Guerrequ'ils ont déclarée , qu'en
auroientdes Ennemis qui ayant 、
les premiers livré une Bataille à
un Ennemy plus fort , accuſeroient
de cruauté ceux qu'ils auroient
attaquez , parce qu'ils leur
auroient tué trois fois autant de
monde que ces Ennemis en au
roient tué.
216 MERCURE
Quoy que le ſoin que le Pape
prend de réformer les abus qui ſe
font gliffez parmy les Chreftiens ,
luy en cuſt déja attiré l'amour ,
&euſt fait faire des voeux au Ciel
pour la prolongation de ſes années
, les Secours qu'il a donnez
contre les Turcs , ont tellement
redoublé l'admiration que l'on
avoit pour ce Saint Chefde l'Egliſe
, que chacun a ſouhaité d'avoir
fon Portrait. Je vous l'envoye.
Ces paroles qui ſont au
Revers , conviennent aſſez à ce
qu'il vient de faire. Dextera Domini
percuffit Inimicum. En effet ,
le mauvais ſuccés que les armes
Otomanes ont eu dans le Siege
de Vienne, eſt deû en partie à
ceque le Pape a fait pour affifter
les Impériaux.
Il me tombe entre les mains
une Ballade que celles que j'ay
GALANT, 217
ja employée dans cette Let-
→, ont fait revivre . Elle eſt de
Monfieur le Marquis de Mont-
Plaiſir , dont le bel eſprit & la
valeur ont acquis une ſi grande
approbation , & fut faite dans le
temps qu'arriva l'affaire dans laquelle
Monfieur le Duc de S.Aignan
ayant été attaqué par quatre
Hommes , fut affez heureux
pour en tuer trois , & pour mettre
en fuite le quatrième. Monfieur
le Marquis de Montplaifir
n'eut pas plutoſt appris cet évenement
, qui eſt des plus ſinguliers
, qu'il luy envoya un Moufqueton
qui tiroit ſept coups. Ce
Préſent fut accompagné de ces
Vers. Ils expliquent ceque Madame
des Houlieres a touché légerement
dans ſa Réponſe.
218 MERCURE
A MONSIEUR
LEDUC DE S. AIGNAN,
BALLADE .
Army les Bois , &lagaye ver-
PArmy Le
Où va cherchant souvent mainte
Avanture.
Ainsique vous, tout gentil Chevalier,
Lors que seulet vous alliez vous
ébatre ,
QuatreAffaſſins venant vous défier,
Vous avez fait, dit-on , le Diable
à quatre .
En coucher deux roides morts ſur la
dure ,
Abatre l'un d'une grande bleſſure,
Et mettre encore en fuite le dernier,
Quoy que bleffé , comme un Démon
Jebatre,
C'eſt
GALANT 219
Damp Chevalier, on ne le pent nier
C'eſt affezbien faire le Diable à
quatre.
Les Demy-Dieu ,si fiers de leur nature,
1 درا
N'euffent pas fait telle déconfiture,
S'it eust falu tel périt effſuyer.
Celuy qui ſcent tant de Monstres
abatre
4
N'eust pas ofécontre eux s'effayer;
Et vous, Seigneur, faites le Diable
à quatre ০৬০০
ENVOY
100
2
Un Mousqueton j'oſe vous envoyer ,
Avec lequel, s'il vous plaift de.com_
batre,
Vous en pourrez, Seigneur,Sept défier
Apres avoir tant, fait le Diable
à quatre. I en ni
Tanvier 1684. K
220 MERCURE
Monfieur le Clerc de Leffe.
ville , Conſeiller en la Seconde
Chambre des Requeſtes du Palais
, s'eſt marié depuis peu avec
Mademoiselle Guyet , Fille du
Maiſtre des Comptes de ce nom.
Il eſt Fils de feu Monfieur de
Leſſeville , Conſeiller en la Pre.
miere Chambre des Requeſtes
du Palais , & Petit- Fils de Monfieur
de Leſſeville , Doyen des
Maiſtres des Comptes à Paris .
Son Oncle eſtoit feu Monfieur
de Leffeville, Comte de Brioule,
Eveſque de Coutances ; & fa
Grand Tante Marie le Clerc de
Lefſeville , épouſaen 1575. Mr
le Camus de Jambeville , Préfident
au Mortier , dont eſt venu ,
une Fille unique , qui fut inariée
àMonfieur le Duc d'Ampville
de la Maiſon de Levy- Ventadour.
Il y a quatre Branches de
לל
GALANT. 221
cette Famille des de Leſſeville.
La premiere ſubſiſte en la perſonne
de Monfieur de Leſſeville,
Marquis de Maillebois , & en
celle de Madame la Marquiſe de
S.Simon ſa Scoeur . De laſeconde
Branche ſont Meſſieurs de Lef
ſeville , Conſeillers en la Cour
des Aydes , & en la Seconde des
Enquestes du Parlement. De la
troiſiéme eſt Monfieur de Leffeville
, Préfident en la Cinquié
me des Enquestes ; & Madame
de Seve fa Soeur,Femme de Monſieur
de Seve , Premier Preſident
du Parlement de Metz . Et de la
quatriéme Branche font Monfieur
de Leffeville , qui vientde
ſe marier àMademoiſelle Guyet;
Monfieur ſon Frere , cy- devant
Subſtitut de Monfieur le Procureur
General ; Madame Midorge
leur Soeur , Femine du Conſeiller
K 2
221 MERCVRE
de la Cour des Aydes ; & madame
Portail Frefneau , femme du
Conſeiller en la Cour. Les de
Leſſeville portent, d'azur , à trois
Croiſſans montans d'or , au Lambel
de trois pendans d'argent .
La famille de Guyet eſt originaire
d'Anjou , où elle ſubſiſtoit
désle Regne de Loüis XII .& c'eſt
encette Province qu'eſt ſituée la
Terre de la Sourdiere. Il y a trois
Branches de cette famille. De la
premiere eſt Monfieur Guyet de
la Sourdiere , cy devant Moufquetaire
,& à preſent Ecuyer de
Madame la Dauphine, & MadameMachet,
femme du Capitaine-
Lieutenant de la Generale des
Suiffes . La ſeconde Branche fubſiſte
en la perſonne de Monfieur
Guyet, Maiſtre des Comptes,qui
n'a que trois filles , dont l'aînée a
épousé Monfieur de la Barde,
GALANT.
223
Conſeiller au Parlement. La feconde
vient d'épouſer Monfieur
de Leffeville; & c'eſt de cette fe
conde Branche qu'estoit fenë
Madame le Doux de Melleville,
Mere deM'le Doux de Melleville
, Conſeiller en la Quatrième.
Chambre des Enquestes . De la
troiſième Branche eſt Mr Guyet
de Chevigny , cy- devant Capitaine
aux Gardes , Gouverneur
d'Ypre & de Belle-Ifle, qui apres
avoir fait paroiſtre ſa valeur extraordinaire
aux Armées du Roy,
s'est fait Preſtre de l'Oratoire, où
il mene une vie d'unespieté,
exemplaire. Il y avoit une quatriéme
Branche,, donteſtoit feu,
M' Guyet de la Sourdiere , Ecu-,
yer du feu Roy, qui n'a laiſſé qu'-
une fille unique , mariée àMode
Cornulier , Préſident au Mortier
du Parlement de Bretagne. La
K 3
224 MERCURE
Ruë de la Sourdiere à Paris en
porte le nom , pour avoir eſté
baſtie au lieu où eſtoit l'Hôtelde
Ja Sourdiere , appartenant à la famille
des Guyer. Ils portent, d'azur,
à la Face d'argent , chargéede
cing Merletes de fable , accompagnées
d'un Croißant d'or en chef,
d'une Etoile de mesme en pointe ,
écartelé d'or au Lyon de fable , au
Chef dazur , chargéde deux Etoiles
d'or
Monfieur de Berulle , maiſtre
des Requeſtes , a épousé mademoiſelle
de Paris. 11 eſt fils de feu
M² de Berulle , Confeiller d'Etat,
& auparavant Maiſtre des Requeſtes,
& Petit- Neveu du Cardinal
de Berulle, fi recommandable
pour ſa ſainteté de vie. Mademoiselle
de Paris eſt Fille de
feu Mt de Paris Conſeiller en la
Grand Chambre, Soeur de Mr de
こ
A -
GALANT .
225
:
Paris , Conſeiller en la Seconde
des Enquestes , & de Mr du Gué,
femme de M du Gué, Préſident
en la Chambre des Comptes , &
Niéce de Me de Paris Préſident
en la même Chambre .
Il s'eſt fait un troiſiéme Mariage,
que vous ferez bien aiſe d'apprendre.
C'eſt celuy de M² Chopin,
Lieutenant Criminel au nouveau
Chaſtelet de Paris , avec
Mademoiselle Foy de Senantes,
filles de me de Senantes , Préfident
à Beauvais. M² Chopin , de
la famille de qui je vous ay parlé
lors qu'il fut reçû en la Charge
de Lieutenant Criminel, eſt frere
de Mr Chopin deGonzangres ,
Chevalier du Guer.
Mr Billaud , Conſeiller Clerc
en la Seconde des Enquestes, eſt
mortdepuis peu de jours , & a
laiſſe ſes biens à ſon Neveu , fils
K 4
226 MERCURE
aîné de Mr du Bois, St de Bailler,
Maistre des Requeſtes ,& Intendant
de Justice en Bearn , fon
Beaufrere. Mr du Bois- Bailler eft
fils de Me du Bois du Meniller,
Confeiller en la Grand Chambre
, & Neveu de Mr du Bois de
Guedreville , maiſtre des Reque
ſtesHonoraire , & Préſidentau
GrandConfeil ! mon
Mr de Vienne , Lieutenant
Particulier du Chaſtelet , a vendu
ſa Charge àM² Prou Sieur da
Martret. U a en meſme temps
configné pour une Charge de
Conſeiller au Parlement qu'il
donne à M² de Giraudor ſon fils
aîné.
Le s . de ce mois,le ſieur François
Raveau, natifde Paris,abjura
l'Hereſiedans l'Egliſe des Filles
de Sainte Marie du faux-bourg
S. Germain , entre les mains da
GALANT.
227
Peres Alexis du Buc , Théatin ,
qui depuis cinq ans travailloit à
le retirer de ſes erreurs . Cette
action ſe fit en préſence de plufieurs
Perſonnes de qualité ; &
comme elle luy a attiré la haine
de ſes Parens , qui ſont fort puiffans
parmy les Pretendus-Reformez
, le Roy qui prend un foin
particulier de ceux qui ſe convertiſſent
, les a obligez de luy
donner une Penſion proportionnée
à leurs biens.
Meſſieurs de l'Academie Fran
çoite ont fait faire un Service!
pour la Reine , dans la Chapelle
du Château du Louvre.Elle étoit
toute tenduëde Deüil , depuis le
haut juſques au bas. Le reſte de
l'Appareil lugubre faifoit paroître
la ſimplicité qu'on eſt obligé
d'avoir dans une maiſon Royale,
où des Sujets ne doivent fonger
KS
:
2285 MERCURE
qu'à faire éclater leur zéle. La
Meſſe fut celebrée par m² l'Abbé
de Lavau, Garde de la Bibliothéque
du Cabinet du Roy , & Dia
recteur de l'Academie. La Mufique
eſtoit de la compoſition de
M² Oudor.Ml'Abbé de la Chambre
qui avoit eſté choisi pour
prononcer l'Oraiſon Fanébre, reçûtbeaticoup
d'applaudiſſemens
de toute l'Affemblée. Il entra
dans un détail fort exact de tout
ce qui pouvoit marquer les rares.
vertus de cette Princeffe, & parla
de celles qu'elle avoit pratiquées
dés ſon enfance.. Il fit
particulierement remarquer,qu'-
elle avoit eſté ſi generalement:
eſtimée du Peuple , qui ne s'étoit
trouvé aucune Perſonne qui
en euſt rien dit que d'avanta
geux , & qu'elle avoit eſtéloüéc
par Loüis LE GRAND ; ce qui
GALANT.
229
eſtoit le plus fort Eloge qu'on
lny pût donner. M'l'Abbé de la
Chambre eſt auſſi de l'Academie
Françoife.
Sa Majesté ayant ordonné à
M Quinaut Auditeur des Comptes,
de travailler à un Opera ,
quidevoit eſtre repreſenté à Verfailles
pendant tout ce Carnaval ,
&dont Elle avoit choiſi Ellemeſme
le Sujer, dés le commencement
de l'Eté dernier , cet illuſtre
Autheur avoit déja fort
avancé ce travail , lors que la
Reyne mourut. La regularité
que ce Prince obſerve en toutes
chofes , l'empéchant de voir
aucun Spectacle pendant l'année
de ſon Deüil , il a conſenty que
M³ de Lully donnaſt cet Opéra
au Public.ll a paru depuis quinze
jours ſous le titre d'Amadis. Je
ne vousdis rien de la Mufique.
L6
230
MERCURE
Vous connoiſſez le rare talene
de l'incomparable Me de Lully ,
&je puis vous aſſurer qu'il eſt
toûjours luy meſme dans tout ce:
qu'il faits Les Décorations ont
cité inventées par M Berrin ,
faites fur ſes Deſſeins , auſſi- bien
que les Habits.. Jamais on n'a
rien vû de plus magnifique , de :
mieux entendu , ny de plus con-;
venable au Sujet. Les Vols , dons :
la nouveauté & la beauté ont.
furpris , font du meſme Monfieur :
Berrin , qu'on peut dire eſtre un
Genie univerſel .
La Troupe Françoiſe a re-.
préſenté trois Piéces nouvelles ,
Marie Stuard, de Me Bourfault ;;
Le Docteur Extravagant , de M'de :
Beauregard ; & Penelope, de l'Au--
theur de Zelonide. Vous vous fou
venez , Madame , du bruit que
fit Zelonide ily a deux ans . PeneGALAN
T.
2315
lope eſt un Ouvrage , qui a com
me ce premier,de grandes beautez.
Les Vers en ſont travaillez
avec un ſoin fort exact , & repondent
noblement à la force
des penſées.
11 paroiſt depuis peu un Lie
wre intitulé , L'Espion du
Grand Seigneur. C'eſt la Tradu--
ction d'un Tome de pluſieurs
Lettres Arabes , qu'un Miniſtre
de la Porte a écrites depuis l'année
1638. juſqu'en l'année 1682 .
On le vend en Italien & en François.
L'Italien eſt de Me Marana ,.
Gentilhomme Génois , de qui
on a vû autrefois l'Hiſtoire des
dernieres Guerres de Gennes &
de Savoye , avec la Conſpiration
d'un Noble de la République ,
appellé della Torre..
Vous trouverez le vray mot ,
des deux, Enigmes du dernierr
232
MERCURE
Mois , dans l'Air nouveau queje
vous envoye. Les Paroles ſont de
Giges du Havre.
?
4
AIR NOUVEAU.
Servant d'Explication aux deux
]
Enigmes du mois de Decembre
1683 .
Efuis l' Amour & les Procés ,
Pour en avoir un bonfuccés ,
On devient trop mélancolique.
I'aimemieux chater laMusique,
Et bien entonner, ut, re, Mi..
Avec un Amy pacifique ,
LeVinmefert àleur faire lanique .
Et le voila ce bon Amy.
:
E
La fillabe Mi, eſt le vrayMor
de l'une & de l'autre. Pluſieurs
Ont expliqué la premiere fur la
feule lettre I, & d'autres ont ex
S
94
の
a
IS
se
Ie
110
To
LYOR
:
b
GALANT.
233
pliqué la ſeconde ſur la ſeule lettre
M. Ceux qui ont connu que
cette fillabe Mi faisoit les ſens de
toutes les deux , font Meſſieurs
Babiniere , de Noſtre- Dame de
Vitré en Bretagne ; D. loſeph
Matoüais , du mesme Lieu ; De
Guerre, Procureur General du
Conſeil Souverain de l'iſle Saint
Poffophle ; I. Grandis , de Vienne
en Dauphine ; Carriere ; Le
Roux , Medecin à Vitré ; Diéreville
, du Pont- l'Eveſque; Libre
d'amour , de la Rue du Bac ( Ces.
quatre derniers en Vers ; ) Meld.
Sentier ; Maneſſier ; Le Carron ,
Boulanger; du Freſne; de Villers;
de Flers de la Foffe; Lagrené ; de
{ Bac , & la ſpirituelle M. P. toutes
d'Amiens. La Claire- Brune de
la Porte de Vitré en Bretagne;
l'Exilée de la Ville Françoiſe du
Havre;& la Belle Nourriture da
34 MERCURE
meſme Lieu ( Ces deux dernieres
auſſi en Vers ; ) Alcidalis , & fa
charmante Zelinde , d'Amiens ;
C. R. heureux Amy , maismalheureux
Amant de la belle Coufine
de la Ruë de la Reale,& Alcidor,&
Silviedu Havre..
Ceux de Geneve qui ont deviné
la preſente&ſeconde Enigme du
Mercure de Decembre , ſçavoir
la premiere de la Lettre I. & la
ſeconde de M. notte de muſique
font , la Belle de la Cité , àl'Anagrame
, Tu ne redoute rien ; la belle
Marchande , des Ruës Baſus ; le
Parifien fraîchement debarqué,
& M² le Sage Gentilhomme Bourguignon
; Claffe de Geneve.
La premiere de ces deux Enig
mes nouvelles que je vous envoye,
eſt de Monfieur de laBarre,
de Tours ; & la ſeconde, de mon--
ſieur du Bois...
:
GALANT. 235
ENIGME.
Nous Jommes plusieurs Fils
Dans le ventre d'une Blondine,
Que la Nature afaite , &piquante,
&mutine ,
Pour nous garder des Animaux ;
Elle leur fait mauvaise mine.
Demille traitsaigus elle les afſaſſine,
Et la main qui la touche, en reffent
mille maux.
2
Celafait que l'Homme en colere
(Pour réüffir dansson deſſein)
Ecrafe avec les pieds,&les traits ,&
lefein
De celle qui nous fert de Mere.
4
Quefait cetHomme, helas !dans fon
ardent couroux ,
2
236 MERCURE
De peur que nous parlions de nostre
1
triste peine ?
Il nous perce de mille coups ,
Quanddans les feux il nouspro.
mene.
Ce n'est pas tout , il nous prend
tous,
Il nous glace Souvent , ce qui luy
Semble doux ;
Mais , comble de rigeur , qui luy
plaiſt plus encore !
Mes chers Amis , le croirez vous?
Apres ces manx foufferts , le cruel
nous devore.
AUTRE ENIGME.
E fuis comme une Enigme ob.
Donner à deviner , est mon unique
employ.
Fay belle , ou vilainefigure ,
Selon l'occaſionoù l'onsefert demoy.
GALANT.
237
F2
Maisfoit qu'en traits hideux j'a-
-bonde ,
Soit que j'étale auxyeux des Beautez
àpriſer ,
I'ay Souvent l'honneurde baifer
Les plus bellesbouches dumonde.
Je viens d'apprendre queMonfieur
de Louvoys a nommé Monſieur
l'Abbé de Lanion , pour préfider
à l'Académie des Sciences ,
&Monficur Reinfant, pou avoir
ſoin des Médailles de Sa Mueſté .
L'un & l'autre Employ demande
des Perſonnes d'une érudition
consommée.
Je n'ay point doute que vous
ne prifiez beaucoup de plaifir à
la lecture de la Comédie d'Arle
quin Procureur ; mais je ne croyois
pasque vous dûſſiez avoir ſi toſt
celuy de la voir repréſenter. Si
vos Comédiens de Province l'ont
Y
238 MERCURE
1
fait paroiſtre avec agrément , jugez
de celuy qu'elle a dans la
bouche de l'inimitable Arlequins
Elle n'est pas moins heureuſe dans
la Boutique du Libraire , qu'elle
l'a eſté fur le Theatre. Cela fait
connoiſtre de quelle utilité il étoit
pour les Plaideurs de leur découvrir
les tromperies dont ils ont à
ſe garder.
Les Dialogues des Morts ont eu
la deſtinée des bons Livres . Ils
ont trouvé des Cenſeurs , & j'en
ay veu depuis quelques mois, trois
diférentes Critiques. Ceux qui
les ont faites , s'eſtant déchainez
contre l'Autheur , comme s'il
eſtoit fort comdamnable d'avoir
fait un Livre qui a plû à tout le
monde , il y a grande apparence
qu'ils n'ont pû obtenir la permifſion
de rendre public leur emportement.
Enfin on m'en a fait
GALANT .
239
د
voir une quatrième , qui n'attaquant
que l'Ouvrage a eſté
creüe digne de paroiſtre au jour.
Le Sieur Blageart. Libraire doit
commencer à la débiter le huitiéme
du mois prochain, ſous le
titre de Iugement de Pluton ſur les
Dialogues des Morts. Elle estd'un
Homme qui nous a déja donné
pluſieurs Ouvrages avec beaucoup
de ſuccés ,& qui a pris ſoin
de ramaffer tout ce qui s'eſt dit
au deſavantage des Dialogues. Il
l'a fait d'une maniere galante &
ſpirituelle , qui laiſſe voir qu'il
n'en a pas moins d'eſtime pour
l'Autheur ; & qu'en rapportant
toutes les Critiques qu'on a faites
, il n'eſt pas perfuadé qu'elles
foient capables de diminuer la
gloire qu'il s'eſt acquiſe. Je vous
envoyeray ce Jugement rendu
par Pluton aux Morts qui ſe plai
240 MERCURE
gnent , fi-toſt qu'il fera en vente.
le ſuis aſſuré que vous le lirez
avec plaifir , vous qui admirez
les Dialogues .
Ce que je vous ay mandé au
mois de Novembre , d'un Mon.
ſtre né avec des griffes , dans un
Bourg de la Principauté d'Orange
, In'eſt point véritable . C'eſt
une Hiſtoire inventée. La gloire
n'en eſt pasgrande pour les Autheurs
de ce Conte. Celuy que
je vous ay dit qui eſtoit préſent
quand Mr l'Evefque d'Orange
reçût la Lettre où cette Avanture
eftoit contenüe , eft affurement
un Homme tres- digne de
foy ; mais ce qu'il m'a dit avoir
entendu luy- meſme , il ne le ſçavoit
que par un Amy , dont il
croyoit le témoignage certain ;
& fur l'affurance qu'il prenoit en
cetAmy,Nife rendoit garand de
GALANT. 241
la choſe , comme s'il euſt effectivement
entendu lire la Lettre.
Malgré toutes les précautions
que je prens , on peut me furprendre
en des Bagatelles qui ne
font ny bien ny mal . Cela eft cauſe
que je fupprime quelquefois
les Incidens, qui peuvent efſtre
vrays,mais qui ne ſont pas atteſtez
par des Gens connus. le ne
laiſſeray pas de vous dire icy,¿à
propos de monſtre , que l'on me
mande qu'il est né au Village de
Nanteüil , à trois lieües de Caën ,
une Fille avec deux teſtes tresbien
formées , à coſté l'une de
l'autre , qu'elle a veſcu quelque
temps , & que lors qu'une de ces
teſtes ouvroit où tournoit les
yeux,l'autre faiſoit la meſme choſe.
Il n'y avoit aucune difformité
dans tout le reſte du corps.
le viens à ce que vous me man-
1
242 MERCURE
1.
1
:
dez , que vos Amies ſe ſont ſcandaliſées
d'avoir lû dans ma Lertre
de Septembre , que lors que
-Madame l'Abbeſſe de Bons paſſa
au Fort de Pirrechatel , quie ſt
fitué ſur le Rhône , elle demeura
l'apres- dînée dans la Chartreuſe,
àcauſe de l'exceffive chaleur. 11
eft vray que les Femmes , de
quelque qualité qu'elles ſoient ,
excepté la Reyne , ne peuvent
entrer dans les Monaſteres des
Chartreux , fans encourir une
Excommunication réſervée au
Pape;mais on ſçait qu'il y a dans
chaque Chartreuſe des lieux ſéparez
du Monastere , où les femmes
font reçûës felon les occaſions
qui l'y attirent. Ainfi
quandj'ay dit que madamel'Abbeffe
de Bons& fa Compagnie
avoient paffé l'apres-dînée dans
la Chartreuſe de Pierrechâtel ,
VOS
GALANT.
243
vos Amies ont dû entendre
le lieu où il eſt permis aux
femmesd'entrer. En effet , cette
Abbeſſe ne ſortit point de
celuy ou demeurent les Soldats
, & paſſa le temps qu'elle
s'arreſta à Pierrechâtel , dans
une Chambre des Corps-de-
Garde , qui ſont ſeparez du
Monastere par une grande Place
; ce que le Prieur de cette
Chartreuſe ne luy pût refuſer
honneſtement.
Je ne puis finir ſans vous
parler de ce que les Nouvelles
publiques vous auront
déja appris. Vous ſçavez
ſans doute , que le 27.
dece mois Monfieur le marquis
Ferrero demanda au Roy Mademoiselle
en Mariage pour
Monfieur le Due de Savoye fon
Janvier 1684 L
:
244
MERCVRE
Maître ; mais vous ne ſçavez
peut eſtre pas ce qui a ſuivy
cette Demande. C'eſt ce qui
n'eſt encore connu que de fort
peu de Perſonnes. Le Roy
ayant eſté quelque temps en
conférence dans ſon Cabinet
avce Monfieur , y fit appeller
Mademoiselle , & luy dit , que
Monsieur le Duc de Savoye la
demandoit en Mariage , mais
qu'avant que de la promettre , il
vouloit avoir fon conſentement;
& queMonsieur qui estoit un
bon Pere , ne vouloit point auſſi
s'engager , qu'il ne sçût auparavantfi
elle y confentoit . Sa Majeſte
ajoûta , que quoy que fe
Mariage ne la fist pas Reyne, elle
n'en seroit pas moins heureuse;
que la Cour de Savoye estoit une
Cour ou rien ne manquoit ; qu'elle
GALANT..
245
en trouveroit les manieresfi Françoiſes
, qu'elle ne s'appercevroit
presque pas qu'elle eust quitté la
France ; que s'il luy fust resté une
Fille , elle n'auroit pas eu un autre
Party , & que Monsieur le
Duc de Savoye n'étoit pas seule.
ment un grand Prince , mais un
honneste Homme. Mademoiselle
fit une profonde reverence au
Roy , & luy Répondit , qu'elle
n'avoit point d'autre volonté que
lafienne , & celle de Monfieur.
Elle laiſſa couler quelques larmes.
Mais qui n'en verſeroit
pas , en fongeant à quitter
un ſi grand Roy , & dont les
manieres ſont ſi engageantes ?
Comme la Cour de Savoye
eſt tres- galante , j'auray beaucoup
d'agreables choſes à vous
mander ſur ce Mariage , qui
By
L2
246 MERCVRE
a déja donné lieu aux Vers
que vous allez lire .
ETRESNES
ENVOYEES PAR UN RAMONEUR
A MADEMOISELLE .
Connoiffez- vous, jeune Prins
Quel est ce petit Ramonneur ?
C'est l'Amour qui se fait honneur
De rendre hommage à Vostre
Alteffe
Ilprend cet habit emprunté
Avec ſa Curiosité , 1
De peur de fefaire connoistre...
Jettez les yeux fur ſes Bijoux ,.
Et vous y trouverez peut- eftre
Quelque chose digne de vous ,
Ilvient du fond de la Savoye..
GALANT. 247
Parmy la neige &les frimats ,
Car l'Hyver ne l'étonnepas
Lors que c'est vers vous qu'on
l'envoye.
Il vient vous présenter un coeur
Dont il s'est rendu le vainqueur;
Et tout fier de cette victoire ,
En échange, ce Dieu malin
Ofese promettre la gloire
D'emporter le vostre à Turin ..
L'Article de la Guerre , &
de ce qui la regarde , m'a
mené fi loin , que je ſuis
obligé de réſerver pour le
Mois prochain plufieurs Articles
qui n'ont pû trouver
-place dans cette Lettre , &
fur tout une Réponſe de
Monfieur Crochat , Profefſeur
des mathématiques , à
celuy qui a ſoûtenu que l'A.
:
248 MERCURE GAL.
1
1
ſtrologie eſt préferable à l'Aſtronomie.
Je ſuis , Madame,
voſtre , &c.
AParis ce 31. Lanvier 1684..
THEQUE
BIBLIO
DE
LA
VILLE
LYON
*1893*
GALAN T.
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AN
LYO
NVIER 1684.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figuress
LA
A grande Medaille doit regarder
la page 47 ,
L'Air qui commence par Quel
changement affreux paroiſt dans la
Nature, doit regarder la page 77.
Le Portrait du Pape doit regarder
la page 216.
L'Air qui commence par le fuis
IAmour &les Procés , doit regarder
la page 232 .
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous envoye , cher
Lecteur , le Catalogue
general depuis 1678 .
que vous m'avez demandé.
L'on donnera cette année
les Journaux des Sçavans tous
les quinze jours , fans manquer,
un Cahier, fans les Extraordinaires
, pour fix fols chacun: Lamaladie
de l'Auteur a eſté cauſe du
retardement de l'année 1683 .
Ceux qui envoiront des pieces
pour les Mercures affranchiront
les ports de Lettres. L'on fera tenir
les Mercures , à qui envoira
payer trois, fix mois , ou une ana
2
née d'avance , par la commodité
que l'on marquera. Quand le
terme ſera finy , l'on aura ſoin de
renvoyer de l'argent ſi l'on veut
continuer. L'on tient un fidel regiſtre
du tout.
Les Mercures ſe vendront toûjours
20. f. chaque volumes , &
les Extraordinaires 30. f.
L'Extraordinaire d'Octobre
1683. à cauſe des grands froids ,
ne ſe diſtribuera qu'à la fin de
Fevrier.
Il y a cent dix Volumes du mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eſt paſſe à laCeremonie
du Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy d'Eſpagne.
Le Mariage de Monfieur le
Prince de Conty avec Mademoifelle
deBlois .
LeMariage deMonſeigneur le
Dauphin avec la Princeſſe Anne-
Chrêtienne- Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre
en 1680.
La Negotiation du Mariage
de Monfieur le Ducde Savoye
avec l'Infante , de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiffances
qui ſe ſont faites pour la
Naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne .
Vne Deſcription entiere da
Siege de Vienne , depuis le commencement
juſqu'à la levée du
Siege de Vienne en 1683 .
Il y a vingt- trois Extraordinaires
,qui outre les Queſtions galantes
, & d'érudition, & les Ouvrages
de Vers, contiennent pluſieurs
Difcours , Traitez,& Origines
, ſçavoir.
Des Indices qu'on peu tirer fur
ã 3
la maniere dont chacun forme
fon Ecriture. Des Deviſes , Emblêmes
, & Revers de Médailles.
De la Peinture , & de la Sculpture,
du Parchemin & du Papier.
Da Vetre. Des Veritez qui ſont
contenues dans les Fables , & de
l'excellence dela Peinture. De la
Conteſtation . Des Armes , Armoiries
, & de leur progrés . De
l'Imprimerie. Des Rangs & Cerémonies
. Des Taliſmans. De la
Poudre à Canon. De la Pierre
Philofophale. Des Feux dont les
Anciens ſe ſervoient dans leurs
Guerres & de leur compoſition .
De la ſimpathie , & de l'anthipatie
des Corps . De la Dance de
ceux qui l'ont inventée,& de ſes
diferentes eſpeces .De ce qui contribuële
plus des cing ſensde Nature
à la fatisfaction de l'Homme.
Del'uſagede la Glace. De la
:
naturedes Eſprits folets , s'ils font
de tous Païs , & ce qu'ils ont fait.
-Del'Harmonie , de ceux qui l'ont
inventée , & de ſes effets. Du
fréquent uſage de la Saignée. De
la Nobleffe . Du bien & du mal.
que la fréquente Saignée peut
faire. Des effets de l'Eau minerale.
De la Superftition , & des
Erreurs populaires.De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete
apparuë en 1680. Des Armes de
quelques Familles de France . Du
Secret d'une Ecriture d'une nouvelle
invention , tres propre à
eſtre renduë univerſelle, avec celuy
d'uneLangue qui en reſulte,
l'un & l'autre d'un uſage facile
pour la communication des Nations.
De l'air du Monde ,
de la veritable Politeffe , & en
quoy il conſiſte. De la Medecine.
Des progrés & de l'état
९
a4
préſent de la Medecine. Des
Peintres anciens, & de leurs manieres
. De l'Eloquence ancienne
&moderne. Du Vin. De l'Honneſteté,&
de la veritable Sageffe.
Dela Pourpre& de l'Ecarlate, de
leur diférence , &de leur uſage.
De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'Abregé
du Dictionnaire Univerſel. Du
mépris de la Mort. De l'origine
des Couronnes, & de leurs eſpe.
ces . Des Machines anciennes &
modernes pour élever les Eaux.
Des Lunetes. Du Secrer . De la
Converſation. De la Vie beureu
ſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
On fera une bonne compofition
àceux qui prendront les cent dix
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui ſe
debitent chaque mois , le prix
fera toûjours de vingt ſols.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Rélude , I
7
Combat de M.le Chevalierde Lhéry
contre deux Vaiffeaux d'Alger.
p. 8 .
Plusieurs Ouvrages en Vers fur la
Naissance de Monseigneur le
Duc d'Anjou , 18
Ouverture du Parlement de Grenoble,
avec leDifcoursfaitparM.
leMarquis de S. André- Viricu,
qui en eft Premier Président, 24
Mariage de M.le Comte de Vandegre,
25
Mariage de M. le Chevalier de
Crillon
, 27
Remarques curicufſes ſur l'Histoire
de la Pucelle d'Orleans ,
29
TABLE .
/
M. de Louvoys fait augmenter les
Appointemens de l'Academic
de Peinture & Sculpture, 47
Description du Scrvicefolemnel fait
anx Iefuites à lamemoire de feu
M. le Prince , 48
Compliment fait à M. le Nonce ,
$ 9
Explication de l'Inscription trouvée
Sur un Cercueil d'Etain , enfai-
Sant une Contremine à la Porte
du Chasteau de Vienne , 68
Charge donnée par le Roy à M.
d'Aquin , 77
Intendans des Finances nommez par
Sa Majesté 78
MortdeM.l'Evesque de Marseille,
80 A
Penſion donnée par le Roy à M. le
Chevalier de Bétomas , 81
Mort de M. l'Abbé Gaudart ,
ibid.
Abbaye donnée au Fils de M.de
TABLE .
Montchevreüil. 82
Mort deM. le Chevalier de Sallart ,
ibid.
Mort de Mademoiselle de Lhôpital,
ibid.
Abbayes donnéespar le Roy. 84
Histoire , 85
Regales donnez par le Roy , 104
Ballade de Mademoiselle de la Fontaine,
115
Ballade de Madame des Houlieres ,
119 12
Réponse de Monfieur le Duc de S.
Aignan à Madame des Haulieres,
123
Réponse de Madame des Houlieres à
Monsieur le Duc de S. Aignan ,
128
Réjoüiffance faites àAngers pour la
NaissancedeMonseigneur le Duc
d'Anjou , 130
Autres Réjouissances sur cette Nais-
137
7
TABLE.
Deviſeſur cette Naiſſance , 139
Election d'un Procurateur à Venise,
&toutes les Feftes qui se font à
cette occafion , 142
M. le Marquis de Torcy eft nommé
Envoyé Extraordinaire en Portugal
, 151
Gouvernemens donnez par le Roy ,
ibid.
M.Rousseau est nommé Directeur Ge
neral des Monnoyes de France .
161
Tout ce qui regarde la Declaration
de laGuerrefaiteà la France par
les Espagnols , & tout ce qui s'eft
dit & fait à l'occaſion de cette
Guerre,
153
Balladede M.le Marquis de Montplaisir.
218
Mariage de Monfieur de Leffeville
& de Mademoiselle Guyet.
220
Mariage deM-onfieurdeBerulle&
TABLE .
de Mademoiselle de Paris ;
224
Mariagede M. Chopin, Lieutenant
Criminel , & de Mademoiselle
Foyde Senantes , 225
Mort de M. Billaud. Confeiller au
Parlement , ibid.
Monfieur Prou du Martret achete
la Charge de Lieutenant Crimi
nel , 226
Abjuration de Monsieur Raveau,
ibid.
Servicefaitpour la ReineparMeffieurs
de l'Academie Françoise ,
227
Amadis, Opera ,
Comedies nouvelles ,
229
230
Explication des deux Enigmes, 231
Noms de ceux qui ont expliqué les
deux Enigmes , 232
Enigme , 234
Autre Enigme , 236
M. de Lanion nommépourpréſider
TABLE .
à l'Academie des Sciences , &
M. Reinfant pour avoir ſoin des
• Medailles ,
Arlequin Procureur ,
ibid.
237
Iugement dePlutonfur les Dialogues
des Morts ,
Remarques ,
ibid.
239
Naiſſance d'une Fille avec deux
reftes 241
Mariage deMademoiselle , 22.43
EXTRAIT DU PRIVILEGE
,
du Roy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auſli défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le confentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément, &de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANCOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire de
Lyon , pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premierefois
le 18. Novembre 1683 ..
MERCURE
GALANT
JANVIER 1684.
OUS entrons , Madame
, dans la huitiéme
année de nôtre commerce
; & fi les, cent
quatorze Lettres , tant ordinai
res qu'extraordinaires , que je
vous ay déja adreſſées , n'ont pas
autant d'agrément qu'elles auroient
pû en recevoir d'une Plume
plus polie , & plus délicate
que la mienne , du moins il feroît
Janvier 1684. A
4
MERCVRE
bien difficile qu'un autre que
moy fuſt auſſi exact , à l'égard
des foins qu'il faut avoir pour ramaſſer
dans leurs véritables circonſtances
, toutes les Nouvelles
qui les compoſent. L'avantage
que ces Lettres ont de plaire à
quantité de Nations diférentes
chez qui elles paſſent , fait aſſez
connoiſtre qu'on les trouve curieuſes
; & comme l'empreſſement
que l'on a eu de les voir ,
vous a obligée à confentir qu'elles
devinſſent publiques , il eſt
aifé de juger qu'on re s'engageroit
pas à continuer les dépenſes
qu'il faut faire pour les mettre
en état d'eſtre leuës de tour le
monde , ſi elles n'eſtoient toujours
favorablement reçenës . Je
manque ſouvent detemps pour
regler mon ſtile dans toute la
netteté qui luy ſeroit neceſſaire ,
GALANT. 3 i
mais je n'en manque jamais pour
m'inſtruire à fond de tout ce qui
eft effentiel aux grandes Nouvelles;
& fi je puis eſtre quel
quefois furpris par de faux Mémoires
, ces fortes d'Articles ne
regardant que des incidens particuliers
, ne peuvent avoir aſſez
de poids pour me faire foupçonnerde
n'eſtre pas veritable dans
le détail des évenemens quidoivent
appartenir à l'Histoire. Le
Public en a paru juſqu'icy aſſez
fatisfait , & ce n'eſt pas un petit
bonheur d'avoir pû m'accommoder
à tant de gouſt diférens , dans
un fi grand nombre de Volumes.
J'ay lieu d'eſpérer le meſme fuccés
pour tous ceux qui les fuivront
, puis que la grande pratique
des affaires du monde pen.
dant tant d'années, fait qu'on en
aplus de connoiſſance , qu'on en
i
A ij
4
MERCURE
on
démeſle plus aisément la verité ,
& que pour s'en éclaircir
trouve moyen d'établir en plus
de lieux de ſeûres correſpondances.
Je puis meſme vous aſſurer
que mes Lettres feront plus curieuſes
dans la ſuite qu'elles n'ont
encore eſté , & que vous trouverez
dans toutes , à commencer
par celle- cy , ce que vous n'avez
point encore vû dans les autres ,
c'eſt à dire , que je répondray ,
mais ſans invectives , à toutes
Jes injures , & les calomnies des
Nouvelles imprimées chez quelques
Etrangers , & furs tout à
celles qui paroiffent fansque l'on
nomme l'Autheur , ny la Ville
où elles ſe debitent. Ce nom
d'Autheur ſuprimé , eſt un ſtratagême
pour le faire trouver
plus veritables , & leur donner
plus de cours . On a réüſſy dans
GALANT
ce deſſeins elles en ont autant
que les autres , & comme perfonne
ne les contredit , elles
peuvent ſurprendre les credu->
les , les mal- intentionnez ,& les
jaloux de la gloire de la France.Il
ſemble que ces Politiques ayent
place dans les Conſeils d'Etat
des Souverains, & l'on pourroit
dire qu'il s'y traite moins d'affaires
qu'ils n'en publiept , puis
qu'en deux jours diférens ils
donnent fix feüilles volantes
chaque ſemaine, Ce font vinge
quatre par mois auſquelles je
répondray , & je commenceray
par la reponſe que je feray à
cellesde Janvier. Cet Article ne
pouvant eſtre qu'à la gloire du
Roy, & de la France ;parce, qu'il
découvrira la Politique des Ennemis
de ſa grandeur , devroit
faire le commencement de cha-
A 3
6 MERCVRE
cune de mes Lettres , où les
actions de ce grand Prince luy ont
toûjours compoſé un'êloge par
elles meſmes, ſans queje leur aye
preſté aucun ornement. Cepen
dant il fautqueje le réſerve pour
le dernier , la longueur de chaque
Lettre me la faiſant commencer
avant que je puiſſe voir
es Imprimez , qui ne paroiffent
que de ſemaine en ſemaine. La
Réponſe que vous trouverez àla
fin de celle-cy , contiendra tout
ecqui regarde la Déclarationde
Guerre faire à la France par les
Eſpagnols , tout ce qui s'eſt dit&
fait à l'occaſion de cette Guerre,
l'état au vray des Affaires de
l'Europe pendant tour de mois.
En attendant ce qu'il me reſte à
ſçavoir pour ce grand Article, je
vay vous apprendre les Nouvelles
dont on m'a fait part; mais
GALANT.
ブ
7
ce ne ſera qu'apres vous avoir
parlé de deux Deviſes faites
pour le Roy , au jour des Etren.
nes. Elles font de Monfieur Ma.
gnin , auffi-bien que les Madrigaux
qui les expliquent.
La premiere eſt une Main qui
donne l'Encens au Soleil avec ces
mots, Demunere munus.
Q
Vine
1
Sçait pas que leMode
Ne reçoit uniquement
Que de cet Aftre charmant ,
Tous les biens dont il abonde ?
De cette Etrenne aujourd'huy
Ilfaut donc qu'ilse contente ,
Car l'Encens qu'on luy présente ,
On ne le tient que de lay, c
Le Soleil au Signe de la Balance
, fait le corps de la feconde.
Ces paroles luyfervent d'ame,
Sors refpicit aqua merentes.
A 4
MERCURE
Tufte
®lédansSa Carriere ,
Toûjours agiſſant , jamais las ,
C'est d'une équitable maniere
Qu'il répandſes dons icy bas.
Encore que chacun profite
DeSa lumiere également ,
Sa vertu fur les corps agit diferemment201
Il en balance le merite ,
Et ce merite feulement
Ala communiquer le diſpoſe , &
C
Kinvite
Il n'y a Lieu ſur Mer ny fur
Terre , où le nom du Roy ne ſoit
redoutable. Ce qui s'eſt paſſé
dans le Combat de Monfieur le
Chevalier de Lhery , Chef d'Efcadre
, contre deux Vaiſſeaux
d'Alger , en eſt une marque. Ce
Chevalier montant le Prudent ,
partit de Malgue le 19. Novem-
+ A
GALANT
bre dernier , pour aller au De
*troit de Gibraltar. Le 21. il entra
dans l'Ocean ; & le 23.ayant
rencontré une Priſe qu'un Corfaire
Algérien avoir faire d'un
petit Vaiſſeau Marchand François
, qui estoit de la Rochelle ,
& qui avoit Monfieur Gabaris
pour Capitaine , il les poursuivir
en forte , que les Turcs qui
eſtoient au nombre de trente ,
furent contraints d'échouer à la
Coſtede Barbarie. Ils ſe ſauve
rent à terre , mais ils perdirent &
les Marchandises , & le Bati
ment. Monfieur le Chevalierde
Lhery repalla en fuite dans la
Méditerranée , & s'eſtant rendit
le 4 Decembre à quinzo licues
de Sardaigne , il ytrouva un Vaill
ſeau Anglois qui l'avertit que par
le travers des flesdeS. Pierre
il avoit apperçuipdeux Bastimens
A3
10 MERCURE
Corfaires qui s'eſtoient ſaiſis de
deux Vaiſſeaux Maloüins. Le s .
il entra fur ces Ifles de S. Pierre
& il decouvrit ces deux Vaifſeau
de l'Avant de luy à l'Eſt ſur
le Cap Tolare. Auffi- toft il fie
route de ce coſté- là ; mais le vent
s'eſtant tourné à leur avantage ,
l'empeſcha d'aller à eux. Cela
luy fit prendre le deſſein de couler
le long de la terre , en contrefaiſant
le Marchand , & cette
rufe eut tout le ſuccés qu'il en
avoit eſperé. Les Corſaires jugerent
à ſa mancouvre, qu'ilvou
loit les éviter ,& ne manquerent
point dans cette croyance d'arriver
for luy à la petite portée du
Canon ,avec le Pavillon blanc.
Il revira auffitoſt ſur eux , qui
reconnoiffant, que c'eſtoit un
Navire de guerte François , ſe
rallierent au vent , pour s'en
GALANTM たれ
éloigner à force de Rames. Le
grand calme qui farvint;empécha
Monfieur le Chevalier de
Lhery de les joindre , &ilnel
pût que leur envoyer quelques
bordées de Canon , mais avec
fort peu d'effet. La nuit arriva ,
mais le vent eſtant revenu , rapprocha
les deux Corfaires ,& il
eſtoit preſt de les attaquer , lors
qu'il fut furpris d'un foudre de
vent , accompagné d'une grande
obſcurité, qui les luy fit perdre
tout le lendemain. Le7.eſtant fur
le Cap de Carbonniere en Sardaigne,
il les apperçeut ,& quoy
qu'il fiſt une groffe mer& beaucoupde
venu, il les joignit à une
heure apres midy. Les Corfaires
mirent le Pavillon d'Algen , & fe
tintent en état de n'eſtre poine
féparez. Alors MonfieurdeLhes
ry reconnut que l'un de ces deux
A 6
12 MERCURE
Vaiſſeaux eſtoit le Lyon d'or
monté de quarante- fix Pieces de
Canon, & de quatre à cinq cens
Hommes . Il apprit de quelquesuns
de ſes matelots qui avoient
ſervy ſous un Renégat Hollandois
, que c'eſtoit ce Renégat qui
le commandoit. L'autre Vailleau
eſtoit d'un auffi fort Equipage
& monté de meſme que le premier.
Cependant malgré la pe
ſanteur du temps , qui rend la
manecuvre difficile , & l'agitation
de la mer qui embaraffe à
ajuſter les Canons , Monfieur de
Lhery les attaqua avec beaucoup
de vigueur. Le Combatdura quatre
heures ; pendant leſquelles ib
ne pût ſe ſervir que de ſaBaterie
haute , qui estoit de dix Pieces
de Canon. Ce fut un grand
avantage pour ces deux Vaif
ſeaux , qui ſe tenoient toujours.
GALANT 13
joints ,& faifoient autant de Voiles
qu'ils pouvoient pour ſe ret:-
rer de deſſous le feu de Monfieur
de Lhery , qui eſtoit ſouvent à
la portée du Mouſquet , dont on
tira pres de dix mille coups. La
manoeuvre du Vaiſſeau François
ne travaillant que pour tâcher de
les ſéparer , eſtoit bien diferente
de celle des Corſaires , qui n'av
giſſoit que pour ſe tenir ſerrez
mais enfin un coup de ventayant
jetté les deux Vaiſſeaux ennemis
fort loin l'un de l'autre, Monfieur
de Lhéry ſe ſervit fortà propos
de ce temps , & tomba fi rude.
ment fur le Lyon d'or', qu'avanc
que l'autre cult pû le rejoindre,
il jetta ſon grand Mats & deux
autres à la mer , & ne luy laiſſa
que ſon Mats de mizaine , avec
fonBeaupré. Le ſecon:d Vaiſſeau
Corſaire revint à force deRames,.
14
MERCURE
& paſſant fous le Beaupré de
Monfieur de Lhery à la portée du
Piſtolet, il luy fit toute la dechange
de fon Canon & de fa
Mousqueterie. Monfieur de Lhery
le regem avecune extreme ferr
meté. Il luy fit tirer toutes les
bordées dont il pouvoit ſe ſervir ,
&le maltraita fi fort , que ſe vo
yantien defordre , il mit ce qu'il
pût de voiles au vent, & ſe retira
. Le Vaiſſeau François rejoignit
le Lyon d'or lors que la nuit
approchoit & lors qu'il en fue
affez pres , il luy fit promettre
bon quartier , mais l'autre ne
luy répondit qu'à coup de Moufquer.
Le temps eſtoit fi fâcheux,
qu'il n'y avoit pas moyen de l'as
border ſans ſe mettre en péril
de couler bas . Ainfi Monfieur
de Lhery luy eut à peine fait
faire encore quelques décharges
que la nuit vint tout-à-faic
GALANT.
avec un vent furieux. Le lende
main 8. on ne pût ny approcher
ce Corſaire , ny luy tirer du Canon
, à cauſe de la tempeſte qui
ne ceffa point. On eſſaya de le
faire pluſieurs fois , mais les
Boulets alloient dans les nuës,
ou fe perdoient dans la Mer
Monfieur de Lhery luy fit ena
core crier, en luy montrant le
Pavillon blanc , qu'on luy feroit
bon quartier , & mefme on luy
tira deux coups de Canon fans
Boulets ; mais il ne répondit
point,& comme il avoit le temps
favorable pour fuir , il faiſoit tou
jours vent arriere vers les Coſtes
d'Italie , de forte qu'en moins
de vingt-quatre heures , à force
de Voiles, il fit faire en diferentes
routes plus de quatre vingts
lieuës àMonfieur deLhery. Ces
Barbares ayant pris la réſolution
1
16 MERCURE
de ſe faire Efclaves des Eſpa
gnols , plutoſt que de ſe rendre,
allerent ſe perdre la nuit fur la
Coſte de Naples vers Gayete.
Monfieur de Lhery quivoulut les
fuivre , pour lesa prendre dans
le temps qu'ils échoüeroient
penſa ſe perdre luy meſme , &
se fut une eſpédeside miraclé
qu'ilne périſt pas à cette Coſte.
La tempefte le tint peridant plus
de douze heures dans toutes les
horreurs d'un naufrage preſque
feûra Ge Combatra eſté fort
rude , parce que ces Corfaires
ſe font bien batus ; mais ils
n'auroient pû éviter. d'eſtre pris
on coulez à fond désale pre
mier jours fele mauvais temps
n'cuſtempefché Mª de Lhéry
de ſe ſervir de fon gros Canon.
lacusquarante ou cinquante
Hommes tuez ou bleſſez fur
GALANT. 17
१ fon Bord , & preſque tous de
coups de Mouſquet. Il eſt étonnant
qu'il n'ait pas perdu plus
de monde , eſtant extraordinaire
que des Vaiſſeaux ſoient pendant
quatre heures continuel,
lement expoſez à la mouſqueterie
,& auffi pres que ceux- cу
onteſté l'un de l'autre . Monfieur
leChevalier de la Barre,Enfei
gne , a reçeu un coup de Mouf
quer au travers du corps &
Monfieur le Chevalier de Gefvres
, qui s'eſt trouvé Volontai
re en cette occafion , s'eſt fort
diſtingué . Il y a eu quelques
Gardes-Marines tuez ou bleſſez .
Monfieur le Chevalier de Lhéry
moüilla le 16. au Port Ferrare,
où il radouba un peu ſon Vaiffeau,&
le raſſura du coup de Mer
qui l'avoit mis en fi grand péril.
Le 23. il entra heureuſement au
Port de Toulon .
18 MERCURE
Ce feroit icy le lieu de vous
parler d'une Avanture de quelquesChevaliers
de Malte , qu'on
prétend avoir paſſé quatre jours
fur un Ecuëil , apres s'eſtre ſauvez
d'un naufrage ,mais je ne
vous en apprendray les circonſtances
, que quand le Mémoire
que j'en ay reçou , m'aura eſté
confirmé par des Perſonnes con-
Voicy quelques, vers qu'on
m'a envoyez fur la naiſſance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou.
Les premiers font de. Monfieur
d'Ormy
::
:
Frances
Rance , tes voeux font ac
complis
Le Ciel par un nouveau prodige
Fa't d'une incomparable Tige
Naître un nouvel appuy de la gloire
ades Lys .
GALANT.
19
Que sa naissance a d'éclat & de
lustre !
Qu'il est heureux ce bel Enfant !
Petit - Fils d'un Héros fans ceſſe
triomphant ,
Fils d'un Pere éclatant, illustre ,
Qui fuir avec tant d'art le chemin
des Héros
Fils d'une féconde Victoire ,
Né dans un temps, où la Victoire
De son auguste Ayeul couronne les
travaux.
Puis que dés le moment qu'il ouvre
Sa carrieres studio 리도
Ilvoit de tous côtez lumiere fur lu-
Que tout rend à l'envy fon Berceau
glorieux
Puiſſe l'Auteur des Destinées
Cöbler d'heur ſes tendres années,
Afin qu'égal aux Demy.Dieux
Dont ila reçeu la naiſſance ,
Il puiffe on your si loin étendre fa
puissance , 1
20 MERCURE
Qu'étonnant les Mortels par fes
Faits inoüis , !
Ilse montre par tout Petit-Fils de
LOUIS.Had
e sundporosa
Le Sonnet qui faitfur cette
meſme matiere , eſt de la Muſe
de l'Hoſtel S. Faron.
JRRRRORRY SRRRRRRRD???????
T. Es François viofoient plus eſperer
de beaux jours ,
Quandle Ciel leur ravit la plus
grande des Reynes ,
Ils ſembloient condamnez à d'eternelles
gefness no. of pinell
Mais cette Reyne enfin leur preſte
fon fecours
On croyoit give nos pleurs duffent
couler toûjours broodbo
Lors qu'implorant du Ciel les bontez
Souveraines ,
Elle abtient un Héros qui termine
nos peines , curling
GALANT. 21
Et qui de nos sanglots vient arrester
lecours
D'un Epoux immortel Epouse devenuë
,
Voulant que l'Alliance icy bas foit
соппиё ,
Elle en donne aux François un Gage
tout récent;
םה
Et si noſtre douleur est enfin terminée
Si be plaisir renaist par un Prince
naiffant ,
C'est qu'il est le doux Fruit de te
Saint Hymen
Monfieur Diereville , dopt
vous avez ven beaucoup de galans
Ouvrages , a joint agréablement
le badin au ſérieux dans
ce Madrigal .
22 MERCURE
A DADAME
- LA DAUPHINE.
Ela ne vapas mal pour l'Empire
des Lys.
Enſeizemois faire deux Fils ,
C'est estre en ce Mestier, ma foy , des
plushabiles.
LOVIS , leur Grand Papa , prend
quand il veut des Villes .
Surſes Ennemis les plus fiers ,
On luy voit en tous lieux remporter
la victoire;
Sa valeur qui le rend le plus grand
des Guerriers ,
Ajoûte chaque jour quelque chose à
Sagloire.
Pour partager tant de Lauriers,
Donnez-luy tous les ans de nouveaux
Héritiers .
Dans le temps de la Naiſſan
GALAN T.
23
ce de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , ceQuatrain parut.
L
'On voit maintenant Sans
mistere
En quoy LOUIS n'étoit pas Grands
Il estoit Grand Héros , Grand Roy ,
Grand Conquerant ...
Mais LOVIS n'estoit pas Grand
Pere.
La Naiſſance d'un nouveau
Prince , adonné àMonfieur Cavelier
de S. Jacques , l'idée d'y
répondre par ces Vers.
M
Onter au plus baut des
Grandeurs :
Pur un degré de Succeffeurs ,
C'est montercomme le vulgaires
Mais estreGrandHéros,Grand Roy
Grand Conquerant ,
Autre que luy ne l'a fçenfaire.
24
MERCURE
:
C'est de foy que LOVIS eft Grand;
Pourne le pas nõmer Grand Pere,
F'aurois mieux aimé dire Ayeul ,
Cette Grandeur beréditaire
Ira felon mes voeux juſques au Trifaycul.
A la derniere Ouverture du
Parlement de Grenoble , Monſieur
le Marquis de S. André
Virieu , qui en eſt Premier Pré-
Adent, donna des marques de la
continuation de ſon zele pour
le ſervice du Roy par un Difcours
remply d'indignation contre
ceux de la Religion Prétenduë
Réformée , qui l'Eté dernier
avoient cauſe quelques mouvemens
dans le Dauphiné . Il fit
voir les malheurs qui ont toujours
ſuivy ces fortes de troubles ;
que le prétexte qu'avoient pris
les Calviniſtes , de prier Dieu fur
A
les
GALANT.
25
les Ruines de leurs Temples ,
eſtoit inſenſé & ſéditieux ; que
la veritable Religion ne permettoit
point qu'on ſe détachaſt de
l'obeïſſance deuë au Souverain;
que les Apoſtres n'avoient jamais
prié avec des Armes , ny
ne s'eſtoient meſlez d'aucune
affaire d'Etat. Il donna des éloges
aux Magiſtrats , & aux Perſonnes
de qualité de la meſme
Religion , qui avoient toûjours
eſté oppoſez à ces dangereux
égaremens , & parla enſuite de
le clémence du Roy , qui pouvant
punir les Enfans de ces
Rebelles, avec la meſme rigueur
qui eſt impoſée par les Loix
Romaines , les maintient encore
dans leurs Biens , & quelquesuns
dans les Emplois qu'ils ont
dans les Armes , & ailleurs . :
Il s'eſt fait deux Mariages fort
Janvier 1684 B
26 MERCVRE
conſidérablesen Province. L'un
eſt celuy de Monfieur le Comte
-de Vandegre , Gentilhomme
d'une des meilleures Maiſons
d'Auvergne , avec Mademoiſelle
de Muſy. Monfieur de
Vandegre , Pere du Marié , a
ſervy longtemps en qualité de
Capitaine de Chevaux - Legers
dans le Regiment de Canillac.
Il avoit un Frere , appellé le Baron
de Monteil , qui fut tué au
Siege de Turin , commandant
auſſi une Compagnie de Chevaux
- Legers . Leurs Predecefſeurs
ſe ſont alliez avec les Maiſons
de Marillac , & de la Voûte.
Quant à celle de Muſy , elle
eſt une des plus Illuſtres de Dauphiné
, & a donné fort longtems
• des Chefs dans les Cours Souveraines
, des Premiers Préſidens
au Parlement de Metz , & à la
GALANT . 127
Chambre des Comptes de Grenoble.
Madame la Préſidente de
Muſy , eſt Soeur de Monfieur le
Marquis de Cruſy , de la Maiſon
de Clermont- Tonnerre. Il ſuffit
de la nommer ; il n'y a perſonne
en France qui n'en connoiſſe l'éclat.
L'autre Mariage qu'il faut que
je vous apprenne , eſt celuy de
Monfieur de Crillon avec Mademoisellede
Saporte. Monfieur
le Marquis de Crillon , Aîné de
cette Famille , Colonel & Brigadier
de Cavalerie , n'ayant
point d'Enfans depuis vingt-trois
ans qu'il eſt marié , a veu avec
joye le choix que Monfieur fon
Frere a fait de cette aimable Perſonne.
Elle n'est pas moins à eſtimer
par ſon eſprit , que par ſa
naiflance . Ces Vers qu'elle fit
le premier jour de ce mois , pour
B 2
28 MERCURE
Etrenne à Monfieur de Crillon
fon Mary ; vous feront connoître
les avantages qu'elle ade ce
coſté-là.
Tirch
'Ircis , le jour qui nous éclaire
Aux dons fut toûjours def
tiné ;
Mais quel don pourray-je faire ,
Puis que jevous ay tout donné ?
En vain ic cherchepar moy- mesme
Avous faire un Préfent de prix.
Quepeut-il rester quand on aime ?
F'avois un coeur , vous l'avez pris.
Vous le conferverez ſans peine ,
Ce coeurfera bien ſon devoir ;
Vous le donner en fait d'Etrenne ,
C'est moins donner que recevoir.
Comme tout ce que je vous ay
mandé touchant la Pucelle d'Or .
leans , a fait bruit dans voſtre
GALANT. 19
Province , vous ferez ſans-doute
bien aiſe de montrer à vos Amis
la Lettre qui ſuit. Elle eſt de
Monfieur de Vienne- Plancy , à
Monfieur Vignier de Richelietr
fon. Parent. Il a entendu parler
de la Pucelle au Pere Vignier
de l'Oratoire , & ce qu'il écrit
là-deſſus eſt curieux.
ふわふわれわれ
AFau Clarenton le 22. de
Decembre 1683
Ien que vostre témoignage ,
confirmation , agréez pourtant une
afſurance de mapart en faveur de..
la verité , & trouvez bon que tout
le monde fçache avec vous que j'ay
oüy parler de la Pucelle d'Orleans
àvostre illustre Frere,dans les mef
B 3
30 MERCURE
*
mes termes que vous en avez écrit
à Monsieur de Grammont. F'estois
à Paris quelques mois avant Sa
mort ,& profitant de mon séjour en
cette Ville,je luy rendois toutes les
visites à quoy m'obligeoient la Parenté
qui est entre nous , la haute
eftime que j'avois pour fon rare merite
, & la part que je prenois à
l'indifpofition qu'il souffroit. On
estoit four de le trouver toûjours à
S. Magloire , parce que cette indifposition
ne luy permettoit pas de
Sortir de ce lieu. Vous sçavez qu'il
l'avoit choisy pour sa réſidence , à
cauſe du bon air qu'on y reſpire ,&
du voisinage de Monsieur de Morangis
ſon intime amy.Il s'attachoit
alors par divertiſſement à la lecture
des Voyages , & témoignoit en recevoir
beaucoup du plaisir. Ce fut en
meracontant celuy qu'il avoit fait
en Lorraine , avec Monsieur de Ri- ・
GALANT. 31
cey , qu'il tomba ſur le chapitre de
la Pucelle ; qu'il me parla du Manuscrit
de Metz ,Sans pourtant me
le montrer , parce qu'il l'avoit prété
àun Peredela Maiſon , qui l'avoit
emporté à la campagne , & qu'il
m'aſſura d'avoir tenu le Contract
de Mariagede Robert desArmoifes
avec cette Heroine. Jugez , Mon
ſieur, de maſurpriſe àce discoursi
elle fut d'autant plus grande , que
i'avois oüy dire deux ou troisfoisà
un Gentilhomme de Normandie qui
logeoit avec moy , qu'on voyoit à
Roüen la Chaudiereoù cette pauvre..
Fille avoit esté mise pour brûlée
vive , comme on bruloit estre ancien
nement les Morts chez les Romains,
avec cette merveille , que lefeun'avoit
non plus fait d'impreſſion Sur
Son coeur , que fur celuy du brave
Germanicus ; & il n'y avoit pas
mesme long temps que l'avois lû
B4
32
MERCVRE
cette déplorable Histoire dans la
Cour Sainte , & l'instruction du
Procés , les Condamnations qui l'avoient
ſuivy , & cette inhumaine
Execution , dans les Recherches de
La France par Pasquier. De forte
qu'ayant l'esprit gagnépar ces préiugez,
ie demanday en riant à vôtre
illustre Frere , ſi le corps de la
Pucelle avoit refifté au feu comme
fon coeur, ou s'il estoit forty vivant
defes cendres , comme le Phenix . Il
entendoit raillerie , & il me repondit
que je luy demandaſſe plutoſt , ſi
Diane n'avoit point mis une Biche
en ſa place , comme elle fit en celle
d'Iphigénie , pour le garentir d'une
auffi cruelle mort , & que ie ne m'éloignerois
pas fi fort de la verité.
Ces paroles diſſipérent ma ſurpriſe,
en me faisant souvenir d'une circonstance
qui est à la fin du Procés
de nostre Héroïne , dans le dernier
GALANT.
33
Autheur que i'ay nommé. L'avantage
que ie crûs tirer de ce Livre,
m'ayant bientoft fait témoigner la
curiosité que i'avois de le revoir,
voſtre illustre Frere qui m'avoit reçû
dansſa Biblioteque, l'une des mieux
conditionnées de Paris , me le mit
auſſi- toſt entre les mains. L'y cherchay
l'endroit dont je me pretendois
prevaloir contre luy , & j'en fis la
Lecture.En voicy les mots,p.562 .Elle
fut de fi grande recommandation
entre nous apres ſa mort,
( Pasquier parle de la Pucelle morte
en 1431. Selon luy , & Selon bien
d'autres , qu'en l'an 1440. le
commun Peuple ſe fit accroire
qu'elle vivoit encore , & qu'elle
eſtoit échapée des mains des Anglois
, qui en avoient fait brûler
une autre en ſon lieu ; & parce
qu'il en fut trouvé une dans la
Gendarmerie en habit déguiſé ,
BS
34
MERCURE
le Parlement fut contraint de la
faire venir , & de la repréſenter
au Peuple fur la Pierre de marbre
au Palais , pour montrer que c'étoit
une impoſture . Ne voudriezvouspas
conclure de là , me dit auffi
tost apres vostre illuftre Frere , que
cette seconde Bellone, qui devoit ref-
Sembler à la premiere, puis qu'on la
prenoit pour elle , fust l'Héroïne du
Manuscrit de Metz?Je luy repondis.
qu'il penetroit dans ma pensée ,
que j'y voyois bien des apparences ..
Ie vins à leur detail , il eut la pa-.
tience de m'écouter, puis il me repliqua
, que ſi l'on avoit bien ſçû
distinguer à Paris l'une de ces Guer
rieres d'avec l'autre , & confiderer:
ta seconde comme une Ombre feulement
de la premiere , on auroit
fait ce discernement avec beaucoup ,
plus de facilité & d'assurance , aux
lieux marquezdans le Manufcrit,,
GALANT.
35
comme estant bien plus proches du
Païs de la Pucelle , pour ne devoir
Pas Soupçonner qu'on y eust esté
trompé; queſes Freres d'ailleurs ne
l'auroient pas recounüe pour leur
Soeur , (i elle ne l'avoit pas esté , &
qu'enfin les temps ne s'accordoient
pas affez bien pour favoriser ma
coniecture , puis que la Pucelle avoit
esté mariée dans l'année de l'Echevinage
de Philippin Marlou en
1436. & que la Seconde Guerriere
n'avoit paru que quatre années
apres en 1440. Il ajoûta ensuiteà
l'égard des autres vray ſemblances
que j'avois avancées contre fon opinion
, que si le Mary de la Pucelle
ne l'avoit pas menée à la Cour , demander
au Roy des récompenfes di
gnes des ſervices qu'elle luy avoit
rendus , ilſe put faire qu'estant devenüe
groſſe aussi tost apresfon Mariage
, &incommodée pendant tous
B6
36 MERCURE
Le cours de sa groffeffe , ce voyage
eust esté remis apres ſes Couches; &
qu'en donnant la vie àfon Fruit ,
elle- même l'eust perdüe . Que files
quatre Commiſſaires que le Pape
Califte III. delegua en 1455. pour
informer de sa vie , n'en divul
quérent pas cet heureux évenement
, qui ne vint que trop à leur
connoiſſance apres l'audition de
112. Temoins , c'est que leur Com
miſſionn'estoit pas de montrerqu'elle
eust échapé de la mort à Roüen ,,
mais d'examiner ſi l'on avoit eu:
raison de l'y condamner comme
Héretique , Relapse , Apostase , &
Idolâtre. Que si le Chancelier de
l'Univerſité de Paris qui fit fon
Apologie en 1456. & tous nos Histo
riens François n'avoient rien dit decette.
Surprenante avanture ; c'eft
qu'ils ne l'avoientpas fçûë , on ne
l'avoient pas voulu croire. Que fu
GALANT. 37
la voix du Peuple , qui passe pour
celle de Dieu & de la verité, estoit
devenüe muette ſur une fingularité
fimerveilleuse , c'est que le Peuple
aimoit la nouveauté ,& que deux
fiécles estoient plus que fuffifans:
pour luy faire oublier des chofes encore
plus confiderables que celle- là ;
&qu'enfin fi. ce Monsieur des Armoiſes
qui luy avoit confié les clefs
de son tréfor , ne sçavoit pas luymesme
la descente de nostre incomparable
Héroïne ,il n'eust pas esté le
premier qui eust ignoré ce qu'ilde
voit le mieux sçavoir : & que fon
engagement dans les Troupes dés le
bas âge, joint à une inclination na
turelle beaucoup plus forte pour les
Armes que pour les Lettres , luy
avoit bien donné d'autres choses à
faire , qu'à s'amuserà lire devieux
Contracts. Vostre illustre Frere paffa
au fonds de la difficulté apres cess
3:8 MERCURE
répliques , & me remontra que la
Pucelle ayant esté exposée le 24. de
May Sur un échafaut public , en
confequence de l'avis envoyéà Roüen
par l'Univerſitéde Paris , qui lajun
geoit digne de mort , on l'avoit feulement
admoneſtée, remise en prison,
& condamncé à y paſſer le reste de
ſa vie; ce qui donnoit un juſteſuiet
dejuger que la condamnation à estre
brûlée toute vive , qui avoit efte
rendüe contre elle à la fin dumême
mois de May ; n'avoit en pour but:
que de dompter par la crainte du
plus terrible desſuplices , l'invincible
atachemens qu'elle temoignoit
avoir à estré habillée en Homme;
mais que l'execution qui avoit fui--
wy cette Sentence , estoit tombée fur
une autre Perſonne qu'elle ,Per
Sonne de mesme sexe digne de mort,
& de mort cruelle , qu'on avoit
adroitement substituée en ſaplace
GALANT
39
( comme le Peuple de ris l'avoit
mesme deviné lors qu'il avoit pris
La seconde Guerriere pour elle ) &
qu'on avoit brûlée toute vive , pour
contenter l'animoſité des Anglois ,
en même temps qu'on épargnoit l'innocence
de nôtre illustre Françoises.
&que si le coeur de cette Perfonne
Supposée avoit échapédes flames ,
comme on le diſoit , ce n'estoit pas
une marque de Sainteté , puis que ,
celuy d'un Payen avoit bien eu le
mesme avantage. Il ajoûta que ce
procedé estoit d'autant plus digne
de créance", que c'estoit un Eves.
que , &un Evesque de nôtre Nation
, qu'on avoit rendu le maistre
de la vie & de la mort de la Pu
celle , que cing semaines entie--
res s'écoulerent entre fa dernie
re Sentence , & l'execution , com .
me on le voyoit par la comparaison
des Dates de Pasquier & de De40
MERCURE
Serres , le premier mettant cette
Condamnation au 30. deMay , &
L'autre cette Execution au 6. de
Fuiller ; delay extraordinaire en
Iuftice, mais fans doute alors neceffaire,
pour trouver la Criminelle
dont on avoit beſoin , & pour difpoſer
toutes choses à reüſſir ; à quoy
n'avoit pas peu contribué la Mitre
qu'on mit ſur la teste de cette Malheureuse,
en la conduisant au fuplice,
& le Tableau plein d'injures
qu'on porta devant elle , puis que
cestoient autant de moyens d'occuper
de distraire les regards des Per-
Sonnes de fin difcernement, qui auroient
pû decouvrir cettefage feinte.
Il me fu remarquer apres cela
dans Pasquier , la teneur de certaines
Lettres de Don , octroyées à .
Pierre , l'un des Freres de la Puccile,
Parle Duc d'Orleans en 1443. qui
Dortent , Oüye la fupplication dus
GALAN TA
41
dit Meffire Pierre , contenant
que pour acquitter la loyauté
envers le Roy noſtre Sire ,&
Monfieur le Duc d'Orleans , il ſe
partit de ſon Païs pour venir à
leur ſervice en la Compagnie de,
Jeanne la Pucelle ſa Soeur , avec
laquelle , & juſqu'à fon abfentement
, & depuis juſqu'à préſent
il a expoſé ſon corps & ſes
biens audit ſervice. Terms quż
marquoient que la Pucelle n'avoit
eſté qu'absente ,& qu'elle n'estoit
pas morte ; ce que fon Frere n'au
roit pas manqué de dire & de faire.
exprimer dans ces Lettres , sil
avoit esté veritable , afin de s'atti
rer plus de mérite auprés de ce Prin
ce. Il me témoigna enfin , qu'il ne
doutoit point quele Roy mesme
n'eust bien ſçû qu'on n'avoit pas
fait mourir cette innocente , puis
qu'ayant esté prise en Guerre par2
42 MERCURE
les Bourguignons , qui la vendirent
aux Anglois , il n'auroitpasmanqué
de vanger publiquementfur les premiers
de ces Ennemis qui seroient
tombez sous sa puiſſance , la mort
qu'on auroit donnée contre le droit
des Armes àcette Héroïne à qui il
devoit la conſervation de sa Couronne
; ce qui n'estant pas arrivé , à
ce qu'on ſcache , confirmoit l'opinion
qu'elle n'avoit fouffert qu'uneprison
de quelques années, d'où enfin s'estant
échapée apres la mort du redoutable
Duc de Bethfort General des
Anglois , avenüe à Roven en Decembre
1435. il y avoit lieu de
croire encore qu'elle avoit aidé ,
quoy que fans éclat , à chaffer de
Parisles Anglois, qui enfortirent au
mois de Fevrier 1436. & qu'ayant
entierement Satisfait àſa Mission ,
&accomply toutes ses Predictions ,
elle estoit retournée en ſon Païs , où
GALANT.
43
pour
elle parui au mois de Mayfuivant ,
& où elle finit ſes Avautures par
Son Mariage avec une Perſonne de
qualité , comme on l'apprenoit du
Manuscrit & du Contract. Il ajoûta
encore , que si les voix Celestes
qu'elle avoit aecoutumé d'entendre ,
&qui l'avoient avertie deſa pri
Se,ne luy avoient pas annoncé precisement
qu'elle fortiroit de prison,
elles luy en avoient affez dit
luy en faire concevoir l'esperance ,
puis qu'elles luy avoient recomman
dé d'avoir bon coeur & de repondre
hardiment, & que Dieu ne la laifferoit
pasfans aide&fans confolation.
Il cita ensuite l'Autheur dont
il tenoit cette circonstance ; mais le
nom m'en est échapé de la memoire.
Voila , Monfieur , les raisonnemens
de vostre illustre Frere fur ce grand
Sujet , autant que j'ay pûm'enfouvenir
en lifant vostre Lettre ,&
44
MERCURE
en relifant le Pere Caussin , Pafquier
, & De- Serres . Peut estrey
en ajoûta- t- il d'autres, que le temps
a encore effacez de mon esprit . Mx
de Morangis le vint voirfur la fin
de ces éclairciſſemens ; le Manus
crit avoit paffé parses mains , &
il en sçavoit les particularitez . Il
témoigna qu'il auroit ſouhaitéque
le Contracty eust passé aussi,&non
feulement celuy de Robert des Ar
moiſes , mais encore celuy de fon.
Fils , pour voir les termes & les
dates de l'un & de l'autre . Ildemanda
ensuite si l'on ne pouvoit
point disputer la validité du Manuferit
,sur ce qu'en faisant mention
des Freres de la Pucelle , il
donnoit la qualité de Chevalier au
Gadet , & n'attribuoit que celle
d'Ecuyer à l'Aîné. Sur quoy voſtre
illustre Frere luy répondit , que le
Cadet accompagnant sa soeur en
GALANT.
45
Guerre, comme le portoient les Let.
tres de Donde 1443. s'estoit fans
doute acquis un mérite fingulier ,
d'où luy estoient venües la dignité
& la qualité de Chevalier , lefquelles
n'avoient pas estéaccordées
àfon Aîné, pour ne s'estre pasfignalé
de la mesme maniere ; &
cette réponse me parut fort plaufible.
Ils se dirent beaucoup d'autres
choſesſur ce Manuscrit , que je ne
comprenois pas trop , parce qu'elles
dépendoient des circonstances qui
m'estoient inconnües ; &fi je l'euſſe
vû , je ne doute point que jen'y euſſe
bien trouvé des Questions àpropoſer
ànostre illustre Tenant. Par exemple,
pourquoy cette Guerriere parloit
parparaboles diſoit qu'elle n'avoit
point de puiſſance avant la Saint
Jean - Baptiste , ne s'alla pas faire
voir à Dompré , Domprin , on
Dompremy Sa terre natale , à
46 MERCURE
1
Vaucouleur fon voisinage , & à
Neuf- Chastel où elle avoit de
meuré cinq années ,&se laiſſa mener
à Cologne , par un jeune Comte
d'Allemagne qui l'aimoit ,&qui l'y
retint tant qu'il plût à Dieu , on ne
dit pas combien de temps. Car enfin ,
Monsieur , vous m'avoüerez qu'on
peut bien soupçonner du myſtere en
tout cela , & un mystere peut estre
plus propre à affoiblir qu'à fortifier
la preuve qu'elle estoit la veritable
Pucelle. Deplus , on me vient d'apprendre
que du Haillan , qui a écrit
avant Pasquier , & qui rapporte
plus au long que luy le Procés de
noſtre Héroïne , dit qu'elle avoit fais
voeu de Virginité, dés le temps qu'el
le commença àoüir les voix Celestes,
ce qui arriva en la quatorziéme année
de sa vie ; & que pour cette
raiſon elle refufa deſe marierà un
ieune Homme à qui ſes Parens l'a.
1
!
PVGNAT
ET
EXCITAL
S
GALANT.
47
voient promise , comme elle l'avoit
confiſsé àses luges. Et voila , ce me
Semble , une assezgrande atteinteà
l'opinion de vostre illustre Frere. L'y
défere pourtant beaucoup , & ie me
rendray toûjours à la voſtre , ayant
aioûte à l'estime que i'ay toûjours
eüepour vous , celle que i'avois pour
luy. Faites moy la grace d'en estre
persuadé , & de me croire, Mon-
Sieur , voſtre , &c.
DE VIENNE - PLANCY.
:
Je vous parlay il y a un mois,
de deux Médailles d'or , qui furent
diſtribuées par Monfieur de
Louvoys à l'Academie des beaux
Arts , pour les Prix de peinture
& de Sculpture , lors qu'il y fut
reçû Protecteur. Je vous en envoye
le Revers gravé. La face
droite repréſente le Roy , dont
vous trouverez le Portrait dans
48 MERCURE
pluſieurs de mes Lettres. Je vous
dis à l'égard de la mefme Académie
, que Monfieur de Louvoys
avoit réſolu d'en faire augmenter
les apointemens par le Roy,
afin que tous les Etudians y puſſent
deſſiner ſans rien payer.
Cela est déja exécuté. On voit
par là , que tout ce que dit ce
-Miniſtre , doit eſtre tenu pour
fait.
Le Vendredy 10. du dernier
mois , les Jéſuites de la Ruë S.
Antoine accomplirent pour la
-premiere fois la derniere volonté
de feu Monfieur Perrault , Préfident
en la Chambre des Comptes
, qui a ordonné parfon Teſtament
, que tous les ans on
fera dans leur Egliſe un ſervice
folemnel à la memoire de feu
:Monfieur le Prince dont le Coeur
repoſe dans la Chapelle de S.
Ignace,
GALANT.
49
Ignace , enrichie de Staties &
de Bas -Reliefs de Bronze , avec
divers Ornemens de Marbre
-blanc & noir. Ces Peres entreprirent
de décorer cette Chapelle
d'une maniere Funebre , pour
ſervir à cette Cerémonie ; & le
ſujet de la décoration fut tiré de
deux anciennes Deviſes de la
Maiſon de Bourbon. L'une eftoit
un Pot à feu , ou une Chauferette
remplie de feu , avec ces
deux mots , Ardens Defirs ; &
l'autre une Ceinture , avec ce
ſeul mot Esperance. On repréſentoit
par là les Ardens Defirs
du Coeur de Henry de Bourbon
Prince de Condé , & les Efpérances
de l'Immortalité. Deux
grands Anges de Bronze poſez
fur le fronton de l'Autel, tenoient
un Soleil rayonnant d'or , dans
le corps duquel eſtoit l'Image de
Ianvier 1684. C
50 MERCURE
S. Loüis , Tige de la Séreniſſime
Maiſon de Bourbon , par Robert
de France, Comte de Clermont,
fon ſixiéme Fils. On voyoit dans
ce Fronton ſa Royale Defcendance
, avce ces mots d'Iſaïe,
In ſplendore ortûs tui ,
Tout brille de l'éclat que nous tenons
de vous.
Les deux Colomnes portoient
dans leurs enroulemens les
Ceintures d'Eſperance ; avec ces
mots d'un coſte ſous la médaille
de Robert de France , Comte de
Clermont , Singulariter in ſpe
constituiſti me , faifant alluſion à
cequi eſt rapporté , que ce Princeſeplaignantun
jour à fon Pere
du peu de biens qu'il luy laiſſoit ,
S. Loüis luy répondit , qu'il luy
taiſſoit l'Espérance. L'évenement
a fait voir que cette Eſpérance
a eſté heureuſement remplie
GALANT...
puis qu'apres l'extinction de toutes
les Branches que les Freres
avoient faites , ſa Poſterité eſt
parvenie à la Couronne de
France , en la Perſonne de Henry
I V. au dixième degré . Sur une
Colomne ſous la médaille de
Loüis I. Duc de Bourbon , eſtoit
cette autre Deviſe , dans une
Ceinture ſemblable à la premiere
, Spes illorum immortalitate plena
est. Les ardens Deſirs du
Coeur de feu Monfieur le Prince
étoient exprimez parquatre Vertus
, dont les Statües de Bronze
occupoient les quatre coins de
l'Autel. Quatre Pots à feu élevez
for des Conſoles , rempliffoient
les entre-deux de ces Statües ,
avec ces mots du Pfeaume
fiderium cordis ejus tribuifti ei. Le
Defir & l'Eſpérance , repréſentez
par deux Enfans de Bronze,
De-
C2
52
MERCURE
portoient , l'un l'Epitaphe du
Prince , & l'autre ſon Bouclier
avec ſes Armes.
Au milieu eſtoit la Repréſentation
, avec la Couronne à Fleurs
deLys , couverte d'un Crêpe fur
ſur un Quarreau de Velours noir ;
&douze Flambeaux portez par
autant de Fleurs de Lys , pour
marquer la Deſcendance de feu
Monfieur le Prince depuis Robert
de France Comte de Clermont
, en cet ordre ,
SAINT LOUIS , Roy de
France.
ROBERT , Comte de Clermont.
Loürs I. Duc de Bourbon.
JACQUES DE BOURBON ,
Comte de la Marche.
JEAN DE BOURBON , Comte
de la Marche.
LOUIS DE BOURBON , Comte
de Vendôme.
GALAN Τ .
53
JEAN DE BOURBON , Comte
de Vendôme.
FRANÇOIS DE BOURBON ,
Comte de Vendôme...
CHARLES DE BOURBON ,
Duc de Vendôme . 2
LOUIS DE BOURBON , Prince
de Condé .
:
HENRY DE BOURBON ,
Prince de Condé.
HENRY DE BOURBON ,
Prince de Condé..
Toutes les Médailles de ces
Princes eſtoient atachées aux
Flambeaux portez par les Fleurs
de Lys , pour imiter l'ancien
uſage des Romains, qui portoient
aux Convoys Funébres les Images
de leurs Anceſtres. Entre ces
Médailles estoient les Ecuffons
des Armoiries des dix dernieres
Princeſſes dont deſcendoit feu
Monfieur le Prince. Ces Princef-
:
ſes ſont
C3
34 MERCURE
BEATRIX de Bourgogne..
MARIE de Hainaut.
JEANNE de S. Paul.
CATHERINE de Vendôme..
JEANNE de Laval.
ISABEAU de Beauvau .
MARIE de Luxembourg.
FRANÇOISE d'Alençon.
ELEONOR de Royé.
CHARLOTE CATHERINE de
la Trimoüille.
Dans deux grandes Niches à
coſté de l'Autel , eſtoient deux
Autels antiques , avec des Vaſes
ardens ,&des Feſtons au- deſſus .
Ces deux Autels estoient ceux
de la Piété , & de la Reconnoifſance
de Monfieur le Préſident
Perrault. Sur l'uneſtoit la Deviſe
d'un Arbre dépoüillé de fes feüilles
durant l'Hyver , avec ces
mots de Job , Rursum vivet .
- Il reprendra bien..tôt une nouvelle
vie.
GALANT.
55
Sur l'autre , un Girafol mort
fur ſa tige , mais panchant encore
du coſté du Soleil , avec ces
paroles , Nec dum obfequiofinis ,
Apres Sa mort fon respect dure
encoreM
Cette derniere Deviſe regardoit
Monfieur Perrault. Deux
grands Tableaux faifoient voir
S. Loüis allant à la guerre , & le
feu Roy offrant à ce Saint l'Eglise
des Jeſuites , qu'il a fait baſtir , &
où ſon Coeur repoſe. Les deux
Litres de Velours chargées des
Ecuffons des Armoiries rés
gnoient au-deſſus & au-deffous
de ces deux Tableaux. Le long
des Pilaſtres estoient dix Emble
mes des Vertus de Monfieur le
Prince. Dans le dernier , l'im
mortalité peignoit fom Image ,
pour la laiſſer à la Poſterité de
fon A. S. comme un Modele à
C 4
56 MERCURE
imiters &Con liſoit autour ces
paroles , Refpice &fac secundum
exemplar. Le Maistre Autel , où
le Service fut fait , eſtoit tendu
de noir , avec de grands Ecuffons
, deux Litres d'armoiries, &
quantité de Lumieres. On voyoit
en haut S. Loüis porté dans
la gloire par les Anges , avec un
Frontonnoù la Mort paroiſſoit
renversée. Le P. Bourdalonë fit
l'Oraiſon Funebre dans ce premier
Service , que le zele de
Monfieur Perrault a fait celebrer
trente- ſept ans apres la mort de
Monfieur le Prince , dont il avoit
eu l'honneur d'eſtre Secretaire
des Commandemens .
Quatre jours avant la ſoleme
nité de ce Service, Monfieur l'Abbé
Baüyn , fi connu par le grand
talent qu'il a pour la Chaire , en
avoit fait faire un pour la Reyne,
GALANT.
57
dans l'Egliſe Principale du Châ
teau du Loir , dont il eſt Prieur
Titulaire. Cet Abbé officia ,
l'Oraiſon Funebre fut pronon
cée avec beaucoup d'éloquence
par Monfieur l'Abbé Defrabines+
le-maçon , Docteur en Theologie
, Prieur- Curé de S. Martin
dans la meſme Ville. Le Grand
Senéchal du Maine ,le Gouver
neur du Château du Loir , les
Officiers du Siege Royal , & plu
fieurs autres Perſonnes de confidération
, aſſiſterent à cette Ceremonie
, où rien ne fut oublié
de ce qui pouvoit la rendre ce
i
Le Chapitre de Sillé fit auſſi
un Service tres- Solemnel le 29 .
Nov.pour Monfieur le Comte de
Vermandois Amiral de France,
& Baron de Sillé , à Courtray .
Monfieur l'Abbéle Féron qui en
CS
58 MERCURE
eft Doyen, y officia , & traita en
fuite ſplendidement les plus qualifiez
des Aſſiſtans. Ce Chapitre
plein de zele pour ce Prince ,
avoit fait tous les jours des Oraifons
& des Prieres publiques
pendant tout le cours de ſa maladie...
Dans le meſme temps que je
vous parle d'Oraiſons Funebres,
le hazard me fait tomber entre
les mains le Compliment que
Monfieur l'Abbé Faydet fit à
Monfieur le Nonce le jour de
Noël , en prêchant aux Prémontrez
en préſence de ce Prélat. Je
vous l'envoye , fort perfuadé que
vous le lirez avec plaifire.
T
GALANT.
59
...
COMPLIMENT
NI
AM LE NONCE.
MA
il faut avoüer quil
y a encore aujourd'huy de
grandes Ames , qui font inſenſibles
à tous les mouvemens de vanité ;
qui bien loin de s'enorgueillir par
les grandeurs dont ils font environnez
, en deviennent plus bumbles
&plus modestes ; qui àl'exemplede
Moiſe brillent fur la Montagne,&
jettent des rayons de toutes parts ,
& ne sçavent pas que leur viſage
foit lumineux ; & quand on les en
faitapercevoir , couvrent ces rayons
& ce grand éclat de leur merite ,
du voile de la Modeſtie qui l'étoufe .
Elle est rare cette Vertu , dit S. Bernard;
mais enfin malgré la corru
C6
60 MERCURE
ption de nostre fiecle , il s'en trouve
qui la pratiquent .
Et quand je dis cecy , Monfeigneur
, il n'y a perſonne dans cet
Auditoire , qui ne voye que c'est de
V. Ex. que je pretens parler. Iamais
Homme ne fut fi fort diftingué par
tous les genres de merite qui peuvent
rendre une Perſonne illustre 3
&neanmoins jamais Homme ne fut
Simodeste...
S. Gregoire de Nazianze diftin--
que trois differentes especes de Gran- -
deur parmy les Hommes , & dont
chacune ases partiſans &Ses adorateurs.
Une qui est purement exterieure
, qui vient de la fortune ,&
qui conſiſte dans la ſplendeur de la
naiſſance , dans les grands biens ,
dans l'étendüe de l'empire & de
l'autorité; & c'est celle , dit- ils .
dont les anciens Romains Payensfai=
Soient le plusde cas. En effet , nous.s
GALANT. 61
7
voyons dans l'Evangile de ce jour ,
que parce qu'Auguste brilloit par ce
genre de merite , il eſtoit adore &
obei par tout l'Univers , au lieu que
le Sauveur du Monde y estort , ou
inconnu , ou méprisé. Une autre ,
qui vient de l'esprit &de laſcience
; & c'est celle qui estoit estimée
uniquement parmy les Grecs. On
veut adorer S. Paul & S. Barnabé
en Lycaonie , à cause de leur élo
quence , & de leur sçavoir. On pré
pare des Victimes , pour les leur immoler
; & déja les Taureaux sont
couronnez , pour leur estre offerts en
Sacrifice. Enfin il y a un troisième
genrede grandeur &de merite , qui
vient de la Pieté& de la Religion..
C'est celle qui estoit la plus honorée
parmy les Iuifs. Prenez-y garde , dit
S. Gregoire de Nazianze. Les luifs
laiſſent Tibere & Herode fur le
Trône tous fouls , Sans leur faire
62 MERCVRE
Leur Cour ; & ils courent en foule
dansle Defert , poury voir deprés
S. Iean, &y admirer un Homme qui
ne beuvoit ny ne mangevit. Ilsn'envoyent
point d'Ambassade à Rome ;
mais ils en envoyent une celebre composée
de Prêtres & de Levites à
S. Jean , Miferunt Judæi ab Jerofolymis
Sacerdotes & Levitas ad
eum. C'est que lean brilloit plus à
leursyeux par sa Sainteté , que les
Cefars par leurs Victoires.
- Or on peut dire tres veritablement
, Monseigneur , que ces trois
Sortes de Grandeurs font reünies
dans V. Ex. Vous êtes Grand par la
grandeur de vostre Naissance. Vostre
Maiſon est une des plus illuftres de
l'Italie. Dans le temps que Bologne
estoit Republique, vos Ancestres l'ont
gouvernée ; & vous comptez encore
aujourd 'buy parmy vos plus proches
Parens , des Cardinaux dans Rome
GALAN T.
63
&des Senateurs dans Venise . Mais
vostre Esprit est encore plus grand
quevostre Naiſſance. Vostre parfaite
intelligence dans les affaires , &
vostre profonde penétration dans
tous les mysteres & les interests des
Cours differentes , vous fit employer
dés vostre plus tendre jeuneſſe , dans
lesNegotiations les plus importantes
de l'Etat Eccleſiaſtique. Vos diver
Ses Nonciatures , en Pologne , en Sa
voye , & en France , vous ont rendu
celébre dans toute l'Europe ; & ce
qui est la plus forte preuve de l'éle
vation de vostre Esprit , &de la
Sublimité de vostre grand Genie ,
c'est que vous avez fçû plaire , &
gagner l'estime & la bienveillance
du plus grand Roy du Monde , d'un
Roy, Monseigneur , qui jugesi bien
du merite , parce qu'il en est luymesme
tout remply. Vous l'avezad
miré bien des fois , lors que voas
64 MERCURE
avezeu le plaisir de l'aborder ; &
vous avez ſouvent avoüé , que tout
ceque la Renommée vous avoit appris
de cet incomparable Monarque,
estoit infiniment au deſſous de ce que
vous en avez vû. Mais ce qui est
auſſi au deſſus de toute loüange , &
Le plus rare Eloge qu'on puiſſe faire
des grands Talens de vostre eſprit ,
c'est que ce grand Roy vous a love ,
ở qu'il a témoigné publiquement ,
qu'ilfaisoit cas de vostre merite.
Magno ſe judice quiſque tuetur..
Mais les talens de l'Espritfont effa
cez en vous parla Pieté. Vous avez
des Vertus dignes de la Pourpre&م
de la Tiare ; & les Peuples du Diocefe
de Fano publient hautement ,
qu'ils n'ont jamais eu un Evesque
plus acomply , plus charitable , نم
plus appliqué àſes devoirs. Mais
ce que nous admirons icy le plus,
ز
GALANT. 65
Monseigneur, est que toutes cesgrandes
qualitez font accompagnées en
vous d'une modeftie & d'une humilité
profonde , en forte qu'on peut
vous appliquer tres - justement cet
Eloge que S. Cyprien donne à un
Evesque deson temps. Il est élevé
parsa dignité , mais il l'est encore
davantage par Jon humilité , Dignitate
excelfus , humilitate ſube
miffus. }
Ah ! ie reconnois à cette divine
Vertu , le grand Pape dont vous re
preſentez icy la Personne , & dont
vous foutenez fi noblement le Ca
ractere. Ce grand Homme que la
France revere , & qu'elle regarde
comme un des plus Saints Papes qui
ayent jamais esté affis fur la Chaire
de S.Pierre, n'employe pas les grands
revenus de l'Eglise ànourrir lefaste
&la vapité de Sa Maiſon , mais
Seulement à entretenir les Pauvres ,
66 MERCURE
&fur tout les Chrétiens de Hongrie,
ruinez par les guerres des Infi.
delles.
Que Cesar ne se vante pas que
ce foit la force de fon bras , & la
valeur de fes Alliez , qui a fait lever
ce Siege fi fameux de Vienne,&
qui a mis en déroute le Tyran de
l'Asie. C'est la pietédu Grand Prêtre
Onias , dit l'Ecriture , qui a
chaße Heliodore du Temple. C'est
'Ange de Dicu , qui a diſſipé l'Armée
de Sennacherib ,&qui a frapé
fes Soldats d'un esprit de vertige, &
d'une terreur panique. A la verité
Josué est venu au secours , & a
combatu ; mais c'est Moise qui a
vaincu Amalec:
Nous apprenons , Monseigneur ,
par les Nouvelles publiques , que
l'Allemagneva luy élever aumilieu
de Vienne une Statue ; mais nous
autres François , nous luy en éleveGALAN
T. 67
rons une dans nos coeurs , &plus durable
& plus glorieuse; & la pre-
Sence d'un ſi illustre Ministre , نم
d'un Ambassadeur ſi accomply , ne
contribüera pas peu à nourrir en nous
l'estime & la veneration que nous
avons pour ſa vertu,
Ce que vous venez de lire
dans ce Compliment ſur le Siege
de Vienne , me fait ſouvenir que
dans la ſeconde Partie de ma
Lettre du mois d'Octobre , je
vous parlayd'un Cercueil d'étain,
que le Sieur Kimpler Ingénieur
découvrit en faiſant une Contre
mine à la Porte du Château de
cette place . J'ajoûtay , qu'au lieu
d'un Corps mort qu'il avoit crû
y trouver , il avoit eſté ſurpris
dele voir remply d'anciennes Efpeces
d'or & d'argent , & de
pierreries , avec un Ecrit dans
une Boëte d'étain à part , où ces
68 MERCURE
mots eſtoient en vieux caracte
res..
GAUDEBIS
SIINVENERIS , VIDEBIS , TACEBI
SED
ORABIS , PUCNABIS , ÆDIFICABIS ,
NON HODIE
NECCRAS , SED QUIA
( UNIVERSUS EQUUS )
(TURRIS ERECTA ET ARMATA )
(DIVERSA ORDINATA ARMA)
SUBSCRIPTΙΟ
ROLANDT HUNN MOG POSUIT.
Cette Inſcription paroiſſant
énigmatique , a fait fouhaiter
qu'on l'expliquaſt. Monfieur Vignier
de Richelieu , en a fait
connoiſtre ſes ſentimens en ces
termes.
Celuy qui apoſé ce Cercueil ,
pouvoitdire avec raiſon, Gaudebis
fiinveneris. Tu te réjoüiras , ſi tu
trouves. L'éclat des Pieces d'or,
GALANT. 69
d'argent , & de pierreries , qui
eſtoientdedans , eſt bien capable
de produire cet effet. Videbis . Tu
verras avec étonnement . Il n'eſt
pas petit de rencontrer de grandes
richeſſes , où l'on ne croit
trouver que des cendres , ou les
oſſemens d'un Mort. Tacebis. Tu
garderas le filence. Cela eſt aſſez
ordinaire en de pareilles rencontres
. Orabis. Tu prieras pour
l'ame de ceux qui te mettent à
ton aife. Tu remercieras la Divine
Providence , qui t'a fait
trouverune ſource de Biens , où
l'on n'en porte point , & dans le
temps que les Infidelles raviſſent
ceux de tes Compatriotes , brûlent
, & faccagent tout ce qu'ils
ont à la Campagne. Pignabis ,
Tu combatras pour la défenſe
de ta Patrie , & pour conſerver
cequit'eſt tombé entre les mains.
70 MERCURE
Ædificabis. Tu feras faire des Ba
ſtimens . Tu feras bâtir quelque
Chapelle en l'honneur de ton
bon Ange , qui t'a fi heureuſement
conduit; ou quelque Hôpital
, pour retirer ceux que les
Ennemis du nom Chreftien ont
tout-à-fait ruinez . Tu dois cette
marque de reconnoiſſance à la
Bonté ſouveraine , qui loin de
t'avoir laiſſe perdre dans le bouleverſement
genéral de cette fameuſe
Ville , l'a retiré de la mort,
ou de la captivité . Non hodie , nec
cras. Tu ne feras pas toutes choſes
ny aujourd'huy , ny demain.
Sed. Mais pourquoy ? Quia. Parce
que tu as bien d'autres affaires
plus preffées , & qu'il te faut
achever auparavant. Equus uni
verfus . Le Cheval univerſel doit
jaiſſer ſa queue devant cette Vilje.
Peut- eſtre qu'il appelle ainſi
GALAN T.
71
:
le Grand Vizir , à cauſe des
queuës de Cheval que l'on porte
devant luy , & que l'on a trouvéesdans
ſa Tente apres ſa fuite,
ou bien pour le grand nombre
de Cavalerie de toutes les Parties
de l'Empire Ottoman qui eſtoit
devant Vienne. Turris erecta ,&
armata. Diverſa arma ordinata.
De plus , les Tours élevées &
armées , & les diverſes Armes
miſes en ordre pour la défenſe
de la Place , ne te permetront pas
de faire dés Edifices , que ſes
Murs & ſes Baſtions ne foient
relevez . Rolendt Huun Mog.pofuit.
Rolandt Huun de Mayence a
poſé cecy.
Ces meſme Paroles énigmatiques
ont eſté paraphrafées en
Vers de cette forte , par Monſieur
Dizeul , Doyen de Noſtre
Dame du Mur , de Morlaix en
72 MERCVRE
Bretagne . La Fable du Cerf &
du Cheval , dont il parle , eft
tirée d'Horace. La Donation de
l'Empire de Conſtantinople, qu'il
touche en paffant , eſt celle que
fit André Paléologue , Heritier
de Conſtantin XII. dernier Empereur
d'Orient.
LLeeffttvray, cherDamon, l'évenement
est beau ,
De rencontrer de l'or dans le fond
d'un Tombeau.
Sa Deviſe est obscure , &mesemble
un Oracle.
Dont la Foy doit attendre un triomphant
spéctacle.
Cet or pour les Chrestiens laiſſe au
Turc un Cercueil ,
Menace ſon Empire ,&confondſon
orgueil.
Le Chrestien dans cet or , lors que le
Ciel l'envoye ,
Trouve
GALANTAM 73
Trouve A d'heureux sujets d'espérance&
de joye.
Son destin luy
puissant,
promet un Empire
Sur les vastes débris de celuy du
Croiffant.
Quand cet or , dit le Ciel,ſera ſous
ta puiffance ,
Confidere B les temps , & garde le
filence.
Dans ce jour C & demain défenstoy
des Combats ,
Les plus iustes deſſeins ne réüſſiroient
pas.
Ces deux jours paſſferont , ce font Siecles
funestes.
Le troisième venu , suy les Ordres
Celestes .
Ecoute cette voix qui te dit D de
prier ,
A Gaudebis inveneris .
B Videbis , tacebis.ldaldaru)
C Non hodie , nec cras ,
D Orabis .
Janvier 1684
!
74
Et que le
crier ,
MERCURE
4 Ciei las de
1
t'entendre
Qu'ilest prest d'exaucer & tes voeux
& tes larmes ,
Et que tu vois lejourE
de tes armes ,
2
du bonheur
Jour , où rompant la Paix ,fansgarder
nulle foy ,
Un Tyran en tous lieux veut étendre
Sa Loy.
Ce Cheval F indompté courant toute
la terre ,
Y répandoit l'ardeur du meurtre &
de la guerre
Lors que dans ſon tranſport une divine
Main
29
Sçait arreſterſa courſe ,& luy donner
un frein.
Autrefois le Cheval , auraport de la
Fable ,
Contrele Cerfpaiſſant cus un destin
Semblable. idan
eirdobiv
E Pugnabis. aidao o
F Univerſus Equus.
GALANT. 75
Cette Beste fatale à tant d'Etats
divers ,
Doit périr en ce jour parunfameux
revers ;
Affez , & trop longtemps , les Tours
G des Dardanelles
Tiennent les voeux captifs des Nations
Fidelies ,
Il faut abatre enfin ces superbes
Ramparts ,
Les illustres Tombeaux des Sceptres
des Céfars.
C'est aux Lys que le Ciel en destine
lagloire ,
C'estaux Lys de vanger leur nom &
leur memoire .
Les derniers Empereurs leur en firent
ledon ,
Le Cielleur doit l'honneur de Hrebastir
Sion.
La Loy de l'Ottoman leur en promet
l'Empire ;
G Turris erecta & armata.
HÆlificabis .
D2
76 MERCURE
Le fuccés est certain , fi la Paixy
confpire
}
Faſſe le juſte Ciel, que les Chrestiens
unis ,
Détruiſent l'Alcoranſous l'Etendard
des Lys ;
Que de LOVIS LE GRAND a
gloireSouveraine
Faſſe régner la Foy de l'Eglife Romaine
,
Et que felon nos voeux , nous ayons
lebonheur
De ne voir qu'une Foy , qu'une Eglife,
un Pasteur.
Je vous envoye un Air nouveau
qui eſt aſſez de ſaiſon . Il y
a peu de Perſonnes qui ſe ſouviennent
d'avoir palle on plus
rude Hyver.
0-
P
SU
(
GALAN T. 77
AIR 量
NOUVEAU .
Vel changement affreux pa
roiſt dans la Nature !
L'Hyver par ses frimats fâne l'émail
des Fleurs ;
Les Oyſeaux dans les Bois , tout
tremblent de froidure ,
Ne font plus retentirquedes chants
dedouleurs;
Mais rien n'égale, helastle tourment
quej'endure
Fe ne puis y fongerSans répandre des
pleurs;
Des monceauxdeglaçonsfont mourir
ta verdure ,
Où l'Amour me faisoit goufter mille
douceurs.
Le premier jour de l'Année,
le Roy qui eſt magnifique en
touteschofes , donna à Monfieur
1
D 3
78 MERCURE
Daquin ſon Premier Medecin,
la Charge d'Intendant de la
Maiſon de Madame la Dauphine
, avec le pouvoir d'en faire
ce qu'il jugeroit à propos ; &
comme ce Prince ne fait pointde
graces à demy,il luy accorda un
brevet de retenuë de cent mille
francs fur cette Charge. C'eſt
un préſent tres-confidéroble ,&
d'une distinction qui marque que
Sa Majesté eſt fort contente de
fes affiduitez & de ſes ſervices .
Les Charges d'Intendant des
Finances qu'avoient feu Monſieur
Hotman & Monfieur Defmaretz
, ont eſté données à M
le Pelletier- de Souſy Conſeiller
d'Etat , & à Monfieur de Bréteüil
Maiſtre des Requeſtes. Le
premier eſt Frere de Monfieur
le Pelletier , Controleur General
des Finances . Il a eſté qua
GALANT 72
torze ans Lutendant en Fhindre,
où il a exercé cer, Employ avec
beaucoup de fagelle,d'habilere,
& de gloire , fans y avoir regarde
d'autres intéreſts que ceux
de Sa Majeſté . Monfieur de Bréteuil
a eſte neuf ans Intendant
Jen Picardie thatsois preres ,
dont l'un eſt Evefque ;le ſecond,
Lecteur du Roy & Envoyé Lxtraordinaire
de Sa Majeſté auprés
des Princes d'Italie, & letroiſieme,
Chevalier de Malte , & Capitaine
de Galere. Comme chacun
d'eux s'est fait diftinguer
dans ſa Profeffion , je vous en ay
fouvent entretenue . Le Roy ,
parlant de celuy qu'il vient de
nommer Intendant des Finances ,
dit qu'il l'avoit cho ſy avec plaisir,
Sa Majeſte ajoûta , que les Finances
estoient un pas fort gliffant ,
mais qu'Elle estoit perfuadée qu'il
D 4
80 MERCURE
s'aquiteroit de ſon devoir.
Monfieur d'Estampes , Docteur
de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Conſeiller du
Roy en ſes Conſeils , & en fon
Parlement de Provence, & Evefque
de Marseille , eſt mort prefque
fubitement à Paris. Tout
marquoit en luy une parfaite
fanté,& il avoit diné avec quelques
uns de ſes Amis le jourmeſ-
-mequ'il mourut. Il ſe trouva mal
fur le foir, fe coucha ,& ſe leva
-pluſieurs fois ,& fur les trois heures
apres minuit , ſe ſentant fort
foulagé, il ordonna à ſes Gensde
s'aller coucher. Ils crûrent qu'ils
ne devoient pas luy obeïr. Peu
de temps apres , ils coururent à
fon Lit , furpris de la maniere
dont il reſpiroit , & à peine s'en
furent- ils approchez , que ce
Prélat expira.
६
f
S
+
GALANT. 81
LeRoy a donné quatre mille
livres de penſion ſur cet Eveſché
àMonfieur le Chevalier de Beto
mas , Capitaine de Galere , &
Chefd'Eſcadre. Ce Chevalier,
qui eſtd'une des meilleures maі-
fons de Normandie, a une grande
aplication à ſon Meſtier , & eſt
connu par une valeur ſouvent
éprouvée. Il ne s'eſt trouvé dans
aucune occafion , où il n'ait eu
l'avantage de ſe ſignaler..Monfieur
le Maréchal de Vivonne
luy donna un Détachement à
commander à l'Affaire de Palerme
; où il fit tout ce que l'on peut
s'imaginer d'un vray Brave. Il
a une forte paſſion pour le ſervice,
& rien ne luy paroiſt impoffible
, lors qu'il s'agit d'obeïr au
Roy..
Monfieur l'Abbé Gaudart ,Fils
de Monfieur Gaudare du Petir
DS
82 MERCURE
:
Marais , Doyen de la Grand
Chambre , eſt mort auſſi au commencement
de ce mois. L'Abbaye
de Montier la Selle , de
l'Ordre de S. Benoist , Diogefe:
de Troyes , qu'il poſſedois , a eſté
donnée au Fils de Monfieur le
Marquis de Montchevreüil , qui
aesté Gouverneur de Monfieur-
Je Duc du Maine , & en ſuite de:
Monfieur le Comte de Vermandois.
Je vous ay ſouvent parlé de
ce Marquis.
Nous avons perdu dans ce
meſme mois Meffire Armande
Nicolas de Sallart , Chevalier;
Seigneur de Bouron , Jaqueville ,
& autres Lieux , Capitaine au
Régiment des Gardes de Sa Ma--
jeſté; &Meffire Loüis Alleaume,,
Abbé de Tilloy , Docteur de Sor-.
bonne .
:
Si l'on meurt en toutes ProGALANT.
83
feffions , on meurt auffi en tous
. âges ,& la mort de Mademoiselle
devLhôpitalenteſt une preuve.
Elle n'avoit pasvencore quinze
Dans &Aeſtoirq Fille de meſſite
Anne de Lhôpital , Comte de
Sainte Meſme , Seigneur de Brietheaucourt
, Villemanoche , Sorbonne
,Ouques , Villemefle,&c.
-Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur de Dourdan,
Premier Ecuyer & Chevalier
d'Honneur de défunts Leurs
-A.R. Monfieur & Madame Duc
& Ducheffe d'Orleans ,& Chevalier
d'Honneur de Madame la
Grand Ducheffe de Toſcane.
-Ceite jeune Demoiselle est mor-
- te les de ce mois ,tous les alimens
qu'elle prenoit ayant coffé
de paſſer en nourriture.
La voix publique ne vous a
pas moins inſtruite du mérite de
D6
84 MERCURE
Monfieur l'Abbé des Alleurs ,
Aumônier de Madame la. Dauphine
, que tout ce que je vous
en ayécritd'avantageux. LeRoy
la reconnais par l'Abbaye de
Reau qu'il luy a donnée. Elle eſt
-du Dioceſe de Poitiers , & de
l'Ordre de S. Auguſtinc
2
Monfieur l'Abbé de la Buſſiere
a eu celle de S. Sauver le Vicomte
, de l'Ordre de S. Benoist ..
Dioceſe de Coutances . Il eſt Fils
a de Monfieur de la Buſſfiere , Gentilhomme
ordinaire de la Chambre
de Sa Majesté
1 . Madame de la Borde , femme
deChambrede la feuë Reyne , a
obtenu en mesme temps l'Abbaye
de Sept Fontaines , de l'Ordre
de Prémontré , Dioceſe de:
Rheims, pour Monfieur l'Abbé
Richomme de la Borde , ſon
Fils ..
GALANT.. 85
८
Sa Majesté a auffi gratifié Mon
fieur l'Abbé de la Grange, Chanoine
d'Aurillac , de la Prevoſté
de Monſalvy & Monfieur l'Abbé
Gérard, du Prieuré de la Brouffe ..
Ces deux Benefices ſonten Languedoc,
Monfieur l'Abbé Gérard
eſt celuy qui nous a donné ba
Philosophie des Gens de Cour
1 L'adreſſe eſt quelquefois utile
en amour , & ce qu'elle a valu
depuis peu à un Cavalier diſtingué
par ſa naiſſance , fait voir
qu'il eſt des occaſions où il fait
bon l'employer. Il voyoit avec
aſſez d'affiduité une fort jolie
Perſonne.., Ses ſoins luy marquoient
fa paffion , mais il n'oſoit
s'expliquer ouvertement , dans la
crainte qu'il avoit que ſa déclaration
ne fuft mal reçûë. Il en
vouloit au coeur de la Belle , &
ſes manieres pleines de fierté &
:
86 MERCURE
d'indifference duy avoient fait
remarquer que cette conqueſte
n'eſtoit pas aisée àfaire. Sa beauté
qui estoit des plus touchantes,
luy attiroit force Soupirans , &
elle en aimoit le nombre , parce
qu'il luy paroiſſoit qu'ayant à
choiſir , elle trouveroit plus aifément
un party felon fon gouft .
Le Cavalier qui voyoit tous ſes
Rivaux auſſi reculez que luy , ne
s'alarmoit point de leurs viſites..
Il attendoit que le temps décidât
de ſon amour , & continüoit à
voir la Belle , dans l'eſperance de
ſe rendre digne d'eſtre préferé.
- Les chofes estoient dans ces termes
, lors qu'il ſe vit traversé par
- un Rival qui hiy parut dange-
-reux. C'eſtoit un Gentilhomme
façon de Marquis , entiérement
remply de luy-meſme , & àqui le
bruit de quelques bonnes fortu
GALANT. 87
nes avoit fait prendre une vanité,
qui luy faifoit croire qu'il n'avoic
qu'à ſe montrer pour inſpirer de
lamour. Il eſtoit bien fait de fa
perſonne , diſoit les choſes affez
agreablement , & avoit ces airs
évaporez qui font réüſſir aupres
de certaines Femmes . Comme il
ſe vantoit beaucoup , il n'eſtoit
pas crû dans tout ce qu'il ſuppoſoit
de galantes Avantures ; &
l'on démeſloit fans peine , que
dans la plupart il s'attribüoit des
avantages qu'il n'avoit point eus.
On avoit raiſon de ne l'en point
croire . Il eſtoit de ces Proteſtans.
univerſels , qui ſans nuldeſſein de
ſe faire aimer , cherchent ſeulement
à faire dire qu'ils ne ſont pas
mal avec les Perſonnes qui les
foufrent. Ilne vouloit que l'éclats,
&le plaisir d'eſtre heureux ſecretement,
le flatoit bien moins que
88 MERCVRE
1
و
l'apparence de l'eſtre . Cependant
de quelque précaution qu'on ſe
pût fervir , pour empêcher qu'il
ne profitât de ſes affiduitez , elles
eſtoient toûjours dangereuſes
puis qu'il en tiroit dequoy faire
croire qu'on ne le haïſſoit pas ,
& qu'il croyoit avoir triomphe ,
: quand ſa vanité eſtoit ſatisfaite.
Le fracas que la Belle faiſoitdans
le monde , fit qu'il la regarda
comme une Perſonne digne d'ê--
tre miſe au nombre de ſes préten--
dües conqueſtes . Il trouva moyen
de s'introduire chez elle , & y fut
reçû avec affez d'agrément: Divers
avis furent auſſi- toſt donnez
au Pere , fur le péril où il alloit
expoſer la réputation de fa Fille ,
en ſoufrant les viſites du Marquis.
On luy fit connoiſtre qu'il
n'eſtoit point: Homme à fonger
au Sacrement ; qu'il ne s'atta
GALANT. 89
choit aux Belles , qu'autant qu'il
faloit pour tirer quelque avantage
des complaiſances qu'elles
luy marquoient;& que ſes ſoins
n'ayant jamais abouty à rien , en
quelque lieu qu'il les euſt rendus,
on n'en devoit atendre que le déplaiſir
d'eſtre meflé dans des contes
dont il n'eſtoit pas plaiſant de
fournir l'occaſion. Il écouta ces
raiſons , mais il n'en fut pas perſuadé.
Le nom de Marquis , que
ce nouveau Soûpirant prenoit à
bon ou à mauvais titre , flatoit
ſon ambition . Il trouvoit d'ailleurs
le party avantageux du coſté du
bien; & ainſi il crut que ſon coeur
n'eſtant échapé à tant de Belles ,
que parce qu'elles ne s'eſtoient
pas ménagées avec affez de conduite
, leur peu de ſuccés ſeroit
pour ſa Fille un ſujet de gloire ,
ſi elle pouvoit l'affujettir. La Belle
MERCURE
entra dans des meſmes ſentimens .
L'affurance qu'elle prit fur fa
fierté, qui la amattoit à couvert
de toute foible fles Juypperfuada
qu'au moins ffselle manquoit à
neiffir,les foins qu'elle auroit de
s'obferver , lempeſcheroient de
-faire aucun pas qui luy porraſt
préjudice. Le Marquis la vit pendant
trois mois , &dans tout ce
- temps , quoy que ſes airs libres &
ſes manieres du monde luy plûffent
affezatelle ſe tint 6 bien fur
aifes igardes , que ne pouvant donner
aucune couleur aux choſes,
dont il ſe fuſt fait un plaifir de ſe
vanter, il peut rien à dire d'elle..
1) loy écrivit pluſieurs fois , pour
l'engager à répondre ,& elle n'en
-voulut recevoir aucun Billet..
Point doteſte à teſte , ne fuſt- ce
que d'un moment De tempsen
temps , il s'aprochoit d'elle deGALANT.
91
vant ſes Rivaux , pour luy parler
à l'oreille , & il n'eſtoir jamais
écouté, qu'il ne diſt tout haut ce
qu'il vouloit qu'elle ſouſt . Il pria
ſouvent qu'on luy permiſt de ve
nir paffer quelque apres ſoupé
dans la Maiſon de la Belle ; &
commeon auroit pû l'en voir fortir
tard ( ce qui ſemble eſtre la
marque d'un Amant favorifé )il
demanda inutilement ce privilege.
Deſeſperé de n'avancer pas,
&n'eſtant point affez amoureux
pour venir au Mariage , il eſtoit
preſt d'abandonner la partie ,
quand le Cavalier ſoufrant impatiemment
qu'il le troublaſt dans
ſa paffion, s'aviſa enfin pour le
chaffer , de l'éblouir par où il
eſtoit ſenſible , en fourniſſant à ſa
vanité l'occaſion qu'il cherchoit
depuis longtemps de remplir fon
caractere , & que la Belle ne luy
92
MERCVRE
:
avoit point laiſſé trouver. Cequ'il
entreprit dans ce deſſein , devoit
expoſer cette charmante Perſon
ne à devenir l'entretien de toute
la Ville ; mais comme elle eſtoit
d'une fort grande ſageſſe , il crut
que les bruits qu'il alloit faire courir,
feroient peu d'impreſſion contre
ſa vertu , qu'ils donneroient
ſujet au Marquis de s'oublier ;
qu'auſſi plein de ſon merite qu'il
paroiſſoit l'eſtre , il n'auroit pas la
forcede faire deſavoüer des choſesqui
le feroient croire heureux;
quela maniere dont il s'en expliqueroit
à ſon avantage , porteroit
la Belle à une entiere rupture; &
que prenant bien ſon tempsdans
le dépit qu'elle auroit , il viendroit
à bout de la faire conſentir
à l'épouſer. Ainſi ſi le Cavalier
donnoit quelque foible atteinte à
ſa réputation , cette petite dimiGALANT
93
nution de gloire devant eſtre utile
à ſon eſpérance , il trouvoit lieu
de s'en conſoler. La choſe eut le
ſuccés qu'il en attendoit. Voicy.
de quelle maniere il exécuta ce
qu'il avoit médité. Il fit imprimer
ſecretement un grand nombre de
Billets , qu'on afficha la nuit au
coinde toutes les Rües. Ces Billets
, qui ſe diſtinguoient par une
berdure qu'on ne voyoit point
aux autres , avoient encore pour
les Curieux le ſpécieux titrede
VINGT LOUIS D'OR A
GAGNER. Il faifoient ſçavoir
, que ſi depuis une telle Rüe
juſques à une autre ( c'eſtoient
cellesde la Belle & du Marquis )
quelqu'un avoit trouvé un Porte-
Lettre de Cheveux , dans lequel
eſtoient quantité de Billets de
Femme , avec un Portrait en Mignature
, ſans boëte , & une Pro240
MERCURE
mufle de dix mille écus , faite au
profit du Marquis par la Belle ,&
payable , fi elle ne conſentoit pas,
àl'épouſer , dés qu'il auroit acheté
une telle Charge chez le Roy,
qui eſtoit d'un prix tres- confidérable
; il euſt à porter le tout
chez un tel Notaire , qui luy pa
yeroit auffi- toft les vingt Loüis.
Ces Billers ayant eſté crouvez le
matin , & la Belle & le Marquis
eſtant deux Perſonnes tres - connuës
, le bruit s'en répandit en
fort peu de temps par toute la
Ville. On dit au Marquis ce qui
eſtoit arrivé. Il fut d'abord étourdy
d'une pareille avanture , &
pour s'en inftruire mieux , il envoya
auffi-toſt un de ſes Laquais,
qui luy apporta une des Affiches .
Il la lût deux ou trois fois , rêva
quelque temps , & prit fon party.
Quoy qu'il connuſt qu'on luy
GALANT.M
952
failoit pièce , on peut dire qu'il en
eut plus de joye que de chagrin .
Il n'avoit vu ſi long temps la
Belle ,que dans le deſſein de faire
parler de l'atachementqu'elle luy
foufroit. Il trouvoit dans les Billets
tout l'avantage qu'il s'eſtoit
promis , & il n'avoit qu'à ne pas
deſavoüer les chofes , pour eftre
heureux de la maniere qu'il fe
contentoit de l'eſtre. Quelques-
uns de ſes Amis le vinrent
voir , & foit qu'ils cruffent la
chofe, foit qu'ils cherchaffent à
le rallier fur ſa vanité , ils luy di
renten riant , que quelque mé
rite qu'il eût , on ne s'eftoit pas
perfuadé qu'il fuſt auffi bien avec
la Belle, que les Billets te faia
foient paroiſtre. Il répondit en
affectant beaucoup de colere ,
qu'on luy faifoie la pièce la plus
ſanglante qui pût être faite àun
96 MERCURE
Homme de qualité ; qu'aimant
la Belle avec la derniere paffion,
il ſe tenoit outragé plus ſenſiblement
en ſa perſonne , qu'il n'euſt
pû l'être en luy-meſme ; mais
qu'il avoit au moins la douceur
d'eſtre ſeûr de s'en vanger , &
qu'il le feroit avec tant d'éclat ,
qu'on feroit content de ſa conduite;
qu'il ne s'étoit plaint qu'à
un ſeul Amy, du malheur qu'il
avoit eu de perdre les Lettres &
le Portrait ; qu'il faloit que cet
Amy euſt abuſé de ſa confiance ,
& qu'il s'en feroit faire raiſon , à
quelque prix que ce fuſt. Ils luy
parlerent de la Promeſſe des dix
mille écus , & il dit fur cet article
, que n'ayant aucune inclination
pour une Charge à la Cour,
parce qu'il aimoit la vie aiſée , il
n'avoit pû engager la Belle à luy
promettre de l'épouſer , que lors
qu'il
GALANT . 97
qu'il auroit traité de celle qu'on
avoit marquée dans les Billets ;
que ſon amour eſtoit aſſez fort
pour le porter à la fatisfaire, mais
que craignant l'inconſtance ordinaire
à celles qui ont quantité
d'Amanst, il avoit voulu
avoir cette forte d'aſſurance ,
pour l'empeſcher de changer de
ſentimens , qu'il n'avoit aucun
deſſein d'exiger d'elle les dix
mille écus; qu'il n'avoit pas méme
examiné ſi lors qu'elle eſtoit
ſous la tutelle de ſon Pere , le
Bien de ſa Mere qui luy eſtoit
échû par ſa mort , pouvoit répondre
de cette Promeſſe , & qu'il
l'avoit priſe ſeulement afin que
fi elle refuſoit de l'épouſer,quand
il auroit acheté la Charge, il puſt
faire voir qu'elle luy auroit man--
qué de parole. Il ne manqua pas
de faire le meſme conte à tous
Janvier 1684. E
98 MERCURE
ceux qu'il rencontra ; & l'emportement
qu'il faiſoit paroiſtre en
faiſant ſemblant de ſe plaindre
d'un Amy , perfide fit croire à
beaucoup que la perte du Porte-
Lettre eſtoit véritable. Comme
l'envie donne occaſion à la médiſance
, celles qui estoient jalouſes
du méritede la Belle , publiérent
qu'elle avoit eſté réſervée
en apparence avec le Marquis ,
parce que le commerce de Lettres
qu'ils avoient enſemble , leur
tenoit lieu d'entretiens particuliers
; que qui donnoit ſon Portrait
, ſe déclaroit ſenſible à l'amour
, & qu'un préſent de cette
nature devoit toûjours eſtre précedé
par de fortes marques de
tendreſſe luges dans quel chagrin
fut la Belle , quand elle apprit les
broits deſavantageux qui cou
GALANT.
و و
roient contre ſa gloire. Son Per
au deſeſpoir de cette avanture,&
plus encore de la maniere dont
on luy dit que le Marquis s'expliquoit
ſur les Billets affichez , le
voyant venir chez luy quelques
jours apres , luy demanda ce
qu'il devoit croire de tous les
diſcours qu'on luy imputoit. Sa
réponſe fut , que la Perſonne qui
l'avoit trahy , payeroit cherement
ſa mauvaiſe foy , & que pour luy
il eſtoit plus malheureux que
coupable , de s'eſtre confié à un
Amy éprouvé depuis long-tems ,
& qui ayant parlé avec imprudence
, avoit donné lieu à l'éclat
qui s'eſtoit fait. Le Pere infera
de là que le Marquis demeuroit
d'accord des Lettres & du Portrait.
Il fit auſſi- toſt venir ſa Fille
,& les explications qu'ils demanderent
tous deux au Mar
E 2
100 MERCVRE
quis , firent un Procés qui ne fut
pas aiſé à vuider. Il avoüoit &
defavoüoit en meſme temps les
choſes qu'il avoit dites , & enfin
le Pere ennuyé de voir qu'il eſtoit
ſi peu d'accord avec luy- meſme,
luy dit qu'il n'eſtoit pas queſtion
d'examiner ce qui estoit cauſe
que les Billets avoient eſté affichez;
qu'il fuffiſoit qu'il aimaſt ſa
Fille , & qu'il pouvoit réparer en
l'épouſant , le tort qu'ils ſaiſoient
à ſa réputation. Il répliqua ſans
s'embaraſſer , qu'il tiendroit exactement
tout ce qu'il avoit promis
; que pour ſe réſoudre à lépoufer,
la Belle vouloit qu'il euſt
une Charge ; que l'argent dont
il avoit beſoin pour cela , n'étoit
pas encore preſt , & que fi- toſt
qu'il l'auroit payé , il viendroit
fçavoir quels fentimens elle auroit
encore pour luy. Rien n'eſt
GALAN T. ΙΟΙ
égal à l'emportement que laBelle
fit paroiſtre ſur ces fauſſerez.
Elle voulut l'obliger à dire comment
ils eftoient entrez enfemble
dans un détail ſi particulier,
puis qu'il eſtoit tres- certain qu'elle
ne luy avoit permis aucun
entretien particulier. Il commença
à ſoûrire , & ſe tira d'affaire,
en luy répondant que ſon reſpect
pour les Belles l'obligeoit toûjours
à convenir de ce qu'elles
foutenoient ; & que ſi c'eſtoit
luy faire plaifir , que de publier
par tout qu'elle ne luy avoit jamais
parlé ny de Mariage ny de
Charge , il le feroit fans aucune
peine. Ces paroles prononcées
d'un air nonchaland & froid , finirent
cette viſite , & depuis ce
temps il n'en rendit plus.Une rupture
ſi prompte , qu'un attachement
de pluſieurs mois n'avoit
E 3
102 MERCURE
pas laiſſé prévoir , donna matiere
aux raiſonnemens . Ceux qui
jugeoient en Gens des- intérefſez
,de la vertu de la Belle , qui
connoiffoient combien le Marquis
eſtoit ſujet à faire valoir les
apparences qui luy eſtoient favorables
, ne doutérent point que
pour faire croire qu'il eſtoit
aimé , il ne ſe fuſt fait afficher
luy-même. Les autres , qui
eſtoient en plus grand nombre,
envieux du mérite de la Belle,
dirent que ſi la plaiſanterie eſtoit
outrée , il faloit du moins pour
l'avoir fait naître , qu'il y euſt eu
quelque intelligence bien particuliere
entre l'un & l'autre. Ces
bruits mal plaiſans pour ceux qui
avoient regardé la belle avec des
penſées de Mariage eurent bientoſt
écarté tout ce qu'elle avoit
de Proteſtans. Le Cavalier fut le
GALANT. 103
د
& cette
ſeul qui la vit toûjours avec un
égal empreſſement
aimable Perſonne luy ſcent ſi
bon gré , & de ſa perfeverance
malgré l'avanture qui épouvantoit
les autres , & de la maniere
vive dont il entroit dans ſes in
téreſts , que la déclaration qu'il
lay fit enſuite , en fut receie
comme il l'avoit eſperé. Son Pere
craignant que les médiſances ,
quoyqu'injuſtes , que l'on faiſoit
d'elle , n'empêchaſſent qu'on ne
fongeaſt à la rechercher , fut
tres-content du party. Le Ma
riage ſe fit en fort peu de jours ;
& le Cavalier pour la gloire de
ſa Femme ne crut plus devoir
eacher par quel artifice il s'eſtoic
défait deſon Rival. Le Marquis
fut tourné en ridicule , & l'on ne
put afſſez admirer les contes impertinens
que ſa vanité luy avoit
E 4
104
MERCURE
:
fait faire , au moindre jour qui
s'eſtoit offert de faire entendre
qu'on n'avoit pû reſiſter à ſon
prétendu mérite.
S'il eſt d'une grande ame de
chercher toûjours à s'élever , il
n'eſt pas moins beau , quand on
ſe voit dans le plus haut rang ,
de s'abaiſſer pour ſe rendre communicable
. On ſe fait craindre
par l'uns on ſe fait aimer par
l'autre,& les deux enſemble
font mériter le titre de Grand.
Il ne faut pas s'étonner ſi on l'a
donné au Roy ,& s'il eſt l'amour
comme la terreur du monde.
Quand il veut ſe rendre redoutable
, on n'en peut ſoporter la
majeſté ; & lors qu'il juge à proposde
defcendre de ſa grandeur,
il le fait avec un agrément qui
enchante tous ceux qui ont
l'honneur de l'approcher dans
GALANT.
105
cestemps- là . Ce que je vous dis
parut dans le Soupé que Sa Majeſté
donna le jour des Roys. On
dreffa quatre Tables pour les
Dames , dans ſon grand Apartement
de Verſailles , & une autre
pour les Princes & Seigneurs,
appellée la Table des Princes . A
celle du Roy eſtoient Madame
la Ducheſſe de la Vieuville ,
Meſdemoiselles de Jarnac , de
Biron , de Potiers , de Loubes , &
de Rambures , Mesdames de
Montchevreüil , & Colbert de
Croiſy , Mademoiselle de Cliffon
, & Meſdames de Seignelay
& de Gramont. Ie les nomme
icy felon la place qu'elles occupoient.
Ainfila premiere & la
derniere avoient l'honneur d'e
ſtre aupres du Roy. La Féve fe
trouva dans la part de Gâteau
de Mademoiselle de Rambures,
Es
106 MERCURE
& elle y reçeut pendant toute la
ſoirée les honneurs d'une Royautéde
cette nature.
Ily eut onze Dames à la Table
de Monſeigneur le Dauphin.
Mademoiselle de Gontaut y eut le
meſme avantage , & on luy rendit
les meſmes honneurs. Monſieur
eſtoit accompagné d'un pareil
nombre de Dames à laTable
qu'il tenoit. Mademoiselle de
Nantes eut la Féve , & y foûtint
bien le caractere de Reyne. Le
Sort ſe déclara de la meſme forte
pour Mademoiselle de Chauferay
àla Table de madame, où douze
Dames rempliffoient les places.
Monfieur le Grand fut Roy à la
Table des Princes. On nomma
des Ambaſſadeurs &des Ambaſfadrices
, qui allerent de chaque
Table aux autres pour faire des
Alliances.Mademoiselle de Lou
GALANT.
107
bes fut députée de la Table où
elle eſtoit , pour aller faire compliment
à Monfieur le Grand.
Elle estoit accompagnée du
Roy , qui luy ſervoit de Chevalier
d'honneur. Sa Majeſté
s'eſtant approchée de Monfieur
le Grand, luy demanda ſa protection
. Ce Prince la luy promir,
& ajoûta , qu'il feroit ſa fortune,
fi elle n'estoit pas faite. Monfieur
le Marquis de Dangeau fut député
pour faire des Harangues à
toutes les Reynes. Il s'en acquita
d'une maniere tendre & enjoüée
tout-enſemble ; & tant d'eſprit
parutdans tout ce qu'ildit, qu'on
auroit eu peine à croire qu'il euſt
pû trouver tant de jolies chofes
fur le champ , ſi l'on n'euſt connu
qu'il avoit eſté impoſſible à
ce Marquis de prévoir qu'il auroit
à faire de ſemblables comileut
E6
108 MERCURE
plimens . En effet , le Régale que
le Roy donnoit , ne laiſſoit pas
deviner les incidens du: Repas..
Ce ſont des choſes que la joye
inſpire , & qui s'exécutent dans
le moment meſme. Le Roy fut
fifatisfait du plaifir que prit la
Cour à ce divertiſſement , qu'il
voulu traiter encore les meſmes
Perſonnes huit jour apres. Ce
Monarque eut la Féve du Gâteau
de ſa Table , & l'on pouvoit
dire qu'il eſtoit Roy par ſa naifſance
, par ſon mérite , & par le
choix du Sort , qu'on ne pouvoit
appeller capricieux ce foirlà.
Madame la Ducheſſe de
Chevreuſe fut Reyne à la Table
de Monſeigneur le Dauphin ;
Madame de Monteſpan , à celle
de Monfieur ; Madame la Princeſſede
Conty, à celle de Madames
& Monficur le Duc deVenGALANT.
109
dôme , à celle des Princes. La
meſme Mademoiſelle de Loubes ,
conduite par Madame la Comteſſe
de Brégy , fut encore Ambaſſadrice
aux autres Tables..
Elle remplit cette fonction avec
beaucoup d'agrément ; & madame
de Brégy qui luy ſervoit de
Collégue , & qui parla ainſi
qu'elle , fit briller ce feu d'eſprit
qui luy eſt ſi naturel , & qui , ſans
qu'elle ait beſoin de ſe préparer ,
luy fait dire des choſes extraor
dinaires ,dont les autres auroient
peine à imaginer ſeulement les
termes en beaucoup de temps.
Une grande Princeſſe qui estoit à
l'une des Tables, envoya demander
la protection du Roy pour
tous les malheurs qui luy pourroient
arriver pendant le cours
de ſa vie. Le Roy répondit , qu'il
la luy accordoit volontiers , pourve
MERCURE
qu'elle ne ſe les attirastpas. Cette
réponſe fit dire à un Courtiſan,
que ce Roy- là ne parloit pas en Roy
de la Féve.
Comme l'on eſtoit encore dans
le ſilence qu'autoriſe le commencement
d'un Repas , & que chacun
avoit de la peine à commencer
le premier à prendre un air
libre devant le Roy , Sa Majesté
qui prévoit à tout , & dont les
manieres ſont toutes engageantes
, avoit donné ordre qu'on furprendroit
l'Aſſemblée par la leture
d'un Livre capable de réveiller
les plus ſérieux. Cette leture
fut faite au milieu de la
Salle. Monfieur le Duc envoya
auffitoſt demander au Roy permiſſion
de faire quelque galanterie
enjoüée , qui puſt divertir
cette illuſtre Compagnie. Il l'obtint
, & envoya chercher en meſ
GALANT. HH
me temps des Flûtes , des Hautbois
, meſme des Tambours , &
tout ce qu'on pût ramafſſer d'Ins
ſtrumens dans le moment. Il entra
en ſuite dans la Chambre où
eſtoient les quatre Tables de Dames
, accompagné de tous ceux
qui compoſoient la Table des
Princes & des Seigneurs . Ils ſe
tenoient tous avec des Servietes
qu'ils laiſſoient pendre en maniere
de Feſtons . L'un d'entr'eux , ayant
une Couronnede lumieres , eſtoit
porté au milieu par Monfieur le
Grand , & Monfieur le Duc de la
Ferté. Ils chanterent tous des Paroles
faites par feu Moliere pour
un Balet du Roy , dans lequel on
voyoit un Homme qui croyoit
qu'on le rajeuniſſoit par enchantement.
Ces Paroles font ,
Qu'il est poly , genty , poly !
Qu'ilvafaire mourir de Belles !
112 MERCURE
Je n'acheve pas le Couplet , parce
qu'il n'y a rien qui ſoit ſi connu .
Ce divertiſſement plût beaucoup,
&la ſurpriſe qu'il cauſa aux Dames
en augmenta l'agrément.
Quelque temps apres qu'il fut
finy , un des Seigneurs revint , &
ayant fait faire filence , il lût une
eſpece de Factum qu'il avoit trouvé
par hazard. Il eſtoit d'un Seigneur
de Village , qui eſtant tombé
dans le ſcrupule , ſe plaignoit
de l'immodeſtie de ſes Païfanes ,
dont les manches eſtoient trop
courtes pour leur couvrir les bras
juſques au poignet. Jamais Scene
de Comédie n'a donné tantde
plaiſir que l'on en prit à cette
lecture. Je tâcherois inutilement
de décrire tout ce qui ſe paſſa
pendant ces deux foirs , & tout
ce que l'on y dit de ſpirituel &
de galant. L'honneur d'eſtre faGALANT.
113
milierement avec le Roy , donnoit
de la joye, & cette joye animant
l'eſprit , le faiſoit briller. Le
Roy ſe communiquoit à tout le
monde , pour inſpirer de la familiarité
; & cependant quoy qu'il
parlaſt naturellement ſur lescho.
ſes qui naiſſoient , il ne diſoit rien
qui à l'examiner dans le fonds ,
ne puſt paffer pour Sentence ;&
ſa vivacité , ſon jugement , & fa
préſence d'eſprit , le faiſoient admirer
à tous momens. C'eſt par
ces endroits qui manquent à
beaucoup de Souverains , qu'on
peut dire que le Roy eſt grand en
tout , puis qu'il ſçait s'élever par
des choſes où il eſt difficile de
defcendre ſans baſſeſſe . C'eſt par
làque ſa bonté ſe fait connoiftre,
& c'eſt par là qu'il ſe voit autant
aimé qu'il eſt craint.
Si vous voulez voir agreable114
MERCURE
ment décrite la facilité qu'il a de
prendre des Places , & d'ajoûter,
quand il veut , Conqueſte à Conqueſte
, lifez la Ballade que je
vous envoye. Vous la trouverez
irréguliere , en ce que chaque
Strophe n'eſt pas les meſmes rimes
; mais ce defaut , peu confidérable
dans un Ouvragede cette
nature , auſſi délicatement tourné
que celuy-cy , ne vous empefchera
pas d'y découvrir de grandes
beautez . Cette Ballade eſt du
fameux Monfieur de la Fontaine,
choiſy par Meffieurs de l'Académie
Françoiſe pour remplir la place
que la mort de Monfieur Colbert
à laiſſée vacante dans leur
Compagnie. Comme il y a quelque
ſurſéance à ſa reception , il
prie le Roy d'avoir la bonté de la
lever. C'eſt ce que vous remarquerez
dans l'Envoy qui n'eſt fait
que pour cela.
GALANT .
115
AU ROY
BALLADE .
ΟΥ vrayment Roy ,
toutes choses, Rorurayment
cela dit
Domptez encor quelques Rampars
Flamans ,
Et puis la Paix jointe au retour des
RofesA
Repeuplera l'Univers d'agrémens.
Vous forcez tout , mesme les Elémens
,
Tant vous sçavez à propos entreprendre.
Mars chaque jour s'en revenoit attendre
Afon Foyer, les Zéphirs pareſſeux ;
LOVIS luy fait d'autres Leçons
apprendre ,
L'evenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
116 MERCURE
Entre vos mains tout devient im.
prénable;
Attaquez- vous , tout cede en peu de
temps.
Il faut dix ans aux Héros de la
Fable,
A vous dix jours , quelquefois des
instans.
Le moindre bruit de vos Faits éclatans
,
Perce l'Olimpe , &fait qu'il vous
admire.
En vain l'Ibere ofe former des voeux,
C'est à vous feul de borner vostre
Empire ,
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
Tel que l'on voit Jupiter dans Ho .
mere
Tirer à luy tout le reste des Dieux ;
Tel balançant l'Europe toute entiere
:
GALANT. 117
Vous lutez ſeul contre cens Envieux.
Ie les compare à ces Ambitieux ,
Qui Monts Sur Monts déclarerent
la guerre
Aux Immortels ; Iupin croulant la
Terre ,
Les abîma ſous des Rochers affreux.
Ainsi que luy prenez vostre Tonnerre,
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
Vous n'estes passeulement estimable
Par ce grand Art qui fait les Conquérans
;
Terrible aux uns , aux autres tout
aimable ,
Des Scipions vous remplissez les
rangs.
Auguste, & Iule , en vertus diférens,
Vous feront place entr'eux deux dans
l'Histoire.
Vos premiers pas courant à la Vie
Etoire ,
118 MERCURE
Ont toutfoûmis, & ce coeur genéreux
Dans les derniers affecte une autre
gloire.
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
ENVOY .
Ce doux penser , depuis un mois ou
deux ,
Conſole un peu mes Muſes inquiètes .
Quelques Esprits ont blâmé certains
Ieux ,
Certains Recits qui nesont quefornettes.
Si je défere aux Leçons qu'ils m'ont
faites ,
Que veut-on plus ? Soyez moins rigoureux
,
Plus indulgent ,plus favorable qu'eux;
Prince , en un mot , Soyez ce que vousS
estes ,
L'évenement n'en peut eſtre
qu'heureux.
GALANT. I
A cette Ballade irréguliere ,
j'en ajoûte une autre , dans laquelle
on a obſervé toutes les régles.
Quand je voudrois vous cacher
qu'elle eſt de l'illuſtre Madame
des Houlieres , la fineſſe
des pensées , & le tour des Vers ,
vous feroient connoiſtre que nous
luy devons cette agreable & fpirituelle
galanterie . Tout ce qu'elle
fait porte un caractere ſingu-
Jier, qui la rend inimitable.
BALLADE
DE MADAME
DES HOULIERES.
A
Caution tous Amans ſont ſujets
,
Cette maxime en mateste est écrite.
120 MERCVRE
Point n'ay defoy pour leurs tourmens
Secrets ,
Point aupres d'eux n'ay beſoin d'Eau
benite.
Dans coeur humain probité plus n'habite
;
Trop bien encor a-t- on les mesmes
dits
Qu'avant qu'Astuce au monde fust
venuës ;
Mais pour d'effets , la mode en eft
perduë ,
On n'aime plus comme on aimoit
-jadis.
Riches Atours , Tables , nombreux
Valets ,
Font aujourd'huy les trois quarts du
mérite.
Si des Amans ſoûmis , conſtans , difcrets,
Il est encor , la Troupe en est petite ;
Amour
GALANT. 121
4
ز
!
Amour d'un mois est amour détré
pite ;
Amans groffiers font les plus ap.
plaudis ;
Soupirs &pleursferoient paſſerpour
Gruë ,
Faveur est dite aussi-tost qu'obten
пиё
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Jeunes Beautez en vain tendent
filets ;
Les Jouvenceaux , cette engeance
maudite ,
Font bande à part ; pres des plus
doux Objet's ,
D'eftre indolent chacunſe félicite.
Nul en amour ne daigne estre bypocrite
;
Duft parfois un de ces Etourdis
A quelque Join s'abaisse & s'has
bituë ,
Janvier 1684.
122 MERCVRE
Don de mercy , Seul , il n'a pas en
veuë ,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Tous jeunes coeurs se trouvent ainsi
faits,
Telle denrée aux Folles ſe debite.
Coeurs de Borbons font un peu moins
coquets ;
Quand il fut vieux , le Diablefut
• Hermite;
Mais rien chez eux à tendreſſe n'invite,
Par maints Hyvers , deſirs font refroidis;
Parmaux fréquens , humeurdevient
bouruë.
Quand unefois on a teste chenuë ,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis .
ENVOY...
Fils de Vénus , Songe à tes intéreſts ,
GALANT.
123
Ie voy changer l'Encens en Camou-
-flets ,
Tout est perdu ,ſi ce train continüe ;
Ramene- nous le Siecle d' Amadis ;
Il est honteux qu'en Cour d'attraits
- pourvene ,
Où politeſſe au comble eſt parvenüe ,
On n'aime plus comme on aimoit
jadis.
Voicy la Réponſe que Monſieur
le Duc de S. Aignan à faite
à cette Ballade. Elle eſt ſur les
meſmes rimes .
REPONSE DE M
LE DUC DE S. AIGNAN,
A Madame des Houlieres .
A
Caution tous ne fontpas fus
jets ,
F 2
124
MERCURE
Autremaxime en ma teste est écrite ;
Et pour parler de mes tourmensſecrets
,
Jamais de Cour ne connus l'Eaubenite.
Si dans les coeurs probité plus n'habite
,
Dans le mien font mesmes faits ,
mesmes dits ,
Qu'avant qu'Astuce au mondefust
venüe.
d'Amans loyaux fi la mode eft perdüe
,
J'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
Nul riche atour , nul nombre deVa.
lets ,
Ne contribuë à mon peu de mérite,
Toûjours me tiens au rang des plus
difcrets ;
Tant- mieux pour moy ,fi la Troupe
eft petite;
GALANT.
125
Si dans l'amour nouvelle ou décrépite,
Les plus groſfiers sont toûjours applaudis.
Duſſay - je en tout me voir paſſer
pour Grüe ,
Faveurſe cache ausfitoſt qu'obtenüe ,
J'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
Ieunes beautez qui nous tendez fi
lets ,
Chaſſez bien loin cette engeance
maudite
De Louvenceaux ; quand pres de
beaux Objets
D'estre indolent chacunſe félicite ,
Ie fers l'Amour fans faire l'hypocrite
,
Et mieux le fers qu'un de ces Etourdis;
Maissi pour vous aux foins je m'habituë
,
F
3
126 MERCVRE
Don de mercy je veux avoir en
vene ,
J'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
T
Quand jeunes coeurs se trouvent
ainfifaits ,
Meilleurs Préfens aux Dames je
Certains Barbons ont droit d'estre
debite.
Coquets ,
Le Diable eut tort quand il se fit
Hermite.
Simaperſonne à tendreſſe m'invite,
Mes Sens au moins point ne font
refroidis ,
Par aucuns maux mon humeur n'eſt
borrüe ,
Et quand plus fort auroit tefte che
nuё ,
l'aime toûjours comme on aimoit
jadis.
GALANTA 127
ENVOY.
T Fils de Vénus , fi pour tes intéreſts
Ieprens l'Encens , & romps les Camouflets
Accorde- nous que ce train continue.
Nous reverrons le fiétle d'Amadis ,
Et fi parfois Dame d'attraits pour-
A m'enflamer ſe trouve parvenüe,
J'aime toûjours commeon aimoit
-
jadis.
છછછછછ??** ************#L
Cette Réponſe en a' tiré une
autre que j'ajoute ici. Elle eff
encore de Madame des Houlie-
13
F4
128 MERCURE
REPONSE DE M
DES HOULLIERES,
A M le Duc de S. Aignan.
Duc plus vaillant que ces fiers.
Paladins,
QuideGéans cinqueftoient les Armures
;
८
Duc plus galant que n'estoient Grénadins
,
Point contre vous ne font mes Ecritures.
:
Grand tort aurois de blafonner vos
feux.
,je vous Et qui nesçait , beau Sire
prie,
Qu'en fait d'amour & de Chevalerie.
5
Onques ne fut plus veritable
Preux ?
GALANT. 129
Vous pourfendez vousſeuls quatre
Affaffins ,
Vous reparez les torts & les injures;
Feriez encorplus d'amoureux larcins
Que louvenceaux à blondes chevelures..
Ce que jadis fit le beaux Tenébreux,
Aupres devous n'est que badinerie ;
D'encombriersvousſortezſansfurie,
Onques ne fut plus veritable
Preux.
Tamais l'Aurore aux doigts incarnadins,
Aux jours brillans nechange nuits
obfcures,
Que cault amour, & Mars aux airs
mutins
Vous n'invoquiezpour avoir Avantures.
Vous bravez tout ; malgré les ans
nombreux
FS
:
130
MERCVRE
Qui volontiers empeſchent qu'on ne
ries
Avez d'un Fils augmenté voſtre
Hoirie.
Onques ne fut plus veritable
Preux.
ENVOY.
Que puissiez -vous , Chevalier va
leureux ,
En tout Combat , en butin amou
1
reux ,
Ne vous douloir jamais de tromperie
د
Et qu'à l'envy chez vos derniers
Neveux
Lifant vos Faits, hautement on s'é-
2.
cric, "
Onques ne fut plus veritable
Preux.
La ville d'Angers a marqué par
des Réjoüiſſances extraordinair
GALANT.
131
res , combien elle ſe ſent honorée
de la confiance que Sa Majesté
continüç de luy témoigner , par
le Titre de Duc d'Anjou , qu'il
Iny aplû donner au ſecond Princel
dont Madame la Dauphine
eft accouchée. Les Préparatifs
néceſfaires pour la magnificence
de dette Feſte ayant eſté faits ,
on choifit le jour des Roys pour
cette Cerémonie. Monfieur Charlot
Maire en fit donner le ſignal
aux Habitans , des le matin , par
une décharge d'Arcillerie. Toutes
lesCloches de la Ville furent
ſonnées depuis midy juſques à
une heure . Vn Détachement de
quinze cens Bourgeois tous fort
leftes , commandez par Monfieur
de Neuville. Poiffon , un des Cal
pitaines , & oy - devant Maire ,
vint ſe poſtens en armes fur la )
Place publique , au - devant de
F6
132 MERCURE
l'Hôtel de Ville , dans lequel la
demeure des Maires a eſté établie
depuis quelques mois , pendant
que Monfieur d'Autichamp qui
commande pour le Roy dans la
Ville & Chaſteau d'Angers , les
Officiers du Préſidial en Robe
rouge ( Privilége qui leur a eſtés
accordé par nos Roys pour leur
extréme fidélité) & toutes les au
tres Compagnies de luftice ,
de Finance , avec les Communautez
de la Ville , ſe rendirent às
l'Egliſe Cathédrale , où le Ten
Deum fut chanté par une excel
lente Muſique , en préſence de
Monfieur l'Eveſque d'Angers.
Apres cela les Compagnies vinrent
au milieu d'une double
Haye de la Milice rangée des
deux coſtez des Rües , depuis la
Cathédrale juſqu'à la Place pu
blique , où Monfieur d'Auti
GALANTA
133
champ , Monfieur Gohin Préſident
du Préfidial , & Monfieur
Charlot Maire ( ces deux derniers
à la teſte de leurs Compagnies )
allumérent le feu au bruit des
Canons , des Tambours , des
Trompettes , &desacclamations
publiques. La Soldateſque vint
enfuite faire ſes Décharges à diverſes
repriſes. On avoit dreffé
dans cette Place un grand Arc
de Triomphe à trois faces , orné
d'Obéliſques , de Feſtons , &
d'Armoiries , accompagnéesd'un
meflange de Lettres lumineuſes
qui formoient des Chiffres
desDeviſes. Au deſſus s'élevoient
deux Rochers , d'où découlérent
des Ruiffeaux de Vin blanc &
rouge pendant toute la Cerémonie.
Cette Machine finiſſoit par
une Figure de laRenommée press
ſte à publier langrandeur de ce
134 MERCURE
nouveau Prince dans toutes les
parties du monde , dont les Ducs
d'Anjou ſes Prédeceſſeurs ſe
font vûs les Maiſtres , & qu'ils
ont remplies de la gloirede leurs
Actions,& de la terreur deleurs)
Armes & du Nom Angevin. La
nuitne fut pasplutoſt venüe, que
la Ville paret en feu de toutes
parts ,tant par les grandes Illuminations,
que par le nombre des
Feux que les Habitans allumé
rept dans toutes les Ries . Le
Ganon de la Ville ayant recom
mencé à tirer , on répondit dans
le Ghasteau par une Salve de
Mousqueterie.Le Peuple accourit
de tous coſtez à la Place pu
blique. Les Fanfares des Tromh
pettes ſe meſlérent au bruit des:
Tambours & des Fiffres , & tou
tes les Figures de l'Arc de Triom
phe éclatérent on feux dartifice
GALANTAS 1351
de tant de fortes , & répandirent,
une ſi vive lumiere , qu'il ſembloit
qu'on euſt voulu prolonger
le jour qui avoit paru trop court
à la joye publique, Ces réjoüiffances
furent fuivies d'un magnifique
Régale que donna Monfieur
le Maire à pluſieurs Perſonnes
conſidérables. Le lende-s
mains le Te Deum fut chanter
dans toutes les Eglifes de la Ville
Quelques-unes ſe diftinguérent,
&entre autres la Paroiſſe Sainte
| Croix , l'une des plus anciennes,
dont les Habitans firent la der
penſe d'un Feu d'attifice fort
agréable. Il eut cela de particu
lier qu'à toutes les avenües des
la Place , où l'on entre par cinq
grandes Rües , on dreſſa des Por
tes d'Architecture ,avec plus
ſieurs Ornemens ingénieux ..
Quatre jours apres, le Profeffeur 1
136 MERCURE
de Rhétorique de la Maiſon d'es
Preſtres de l'Oratoire , ſe ſignala
par un excellent Difcours , qu'il
prononça fur cette Naiffance ; &
le jour des Roys ils firent une
Aumône fort conſidérable à tous
les Pauvres de la Ville & des
Fauxbourgs. Meſſieurs d'Angers
avoient nommé Monfieur de
Teildras Cupif, ancienEchevin,
& qui a eſté Maire , pour venir
préſenter les Reſpects de la Province
à ſon nouveau Duc, qu'elle
regardedéja comme ſon puiffant
Médiateur , qui fera paffer
juſqu'au Trône ſes prieres& ſes
veeux ; mais Sa Majesté ayant
eſté informéede ce deſſein , leur
fit écrire par Monfieur de Chaſteauneuf,
qu'Elle estoit contente
de leur zele , & qu'Elle les
diſpenſoit de leur Députation..
Il y a lieu d'eſpérer que ceue
GALANT.
137
1
-
heureuſe fatalité , qui ſemble appeller
preſque tous ceuxdu nom
deDucs d'Anjou à des Royaumes
étrangers ,ne ſe démentira pas
pour un Prince , qui n'a beſoin
pour apprendre à conquérir , que
de regarder faire noftre invincible
Monarque , &de ſe former
fur les vertus de Monſeigneur le
Dauphin ſon Pere. Mais fi les
Ducs d'Anjou ſont recommandables
par taut de Couronnes
qu'ils ont poſſédée , ils le fone
encore davantage par une fidélité
- toûjours inviolable aux Roys de
France leurs Souverains. En effet
il ne ſe trouve point dans l'Hiſtoire
, qu'aucun de ces Ducs
ait jamais porté les armes contre
la Couronne de France...
On a fait auffi de grandes
Rejoüiſſances pour la Naiſſance
de ce jeune Prince , dans la Ville
138 MERCURE
de Chaſteau- neuf en Thimerais.
Monfieur le marquis de Coeuvres,
Gouverneur de l'Hle de France,
en avoit donné les ordres. Les
Officiers du baillage afſiſtérent
au Te Deum , qui fut chanté ſolemnellement
dans l'Eglife Pa
roiffiale ,& le ſoir on alluma des
Feux dans les Places publiques &
dans tous les Quartiers , au fon
des Tambours & des Trompertes
,& au bruit des acclamations
de tout le Peuple. Lereste de la
nuit ſe paſſa en Feftins &en Divertiſſemens.
r
Mademoiselle de Martinot ,
Petite- Fille de la Nourrice de
Henry IV. apres avoir fait éclater
fon zéle à l'occaſion de las
Naiſſance, de Mónſeigneur le
Duc de Bourgogne , a continné
d'en donner des marques , par !
une Meſſe folemnelle qu'elle a
GALANT.
139
fait chanter à Aſniéres , où elle
réſide , pour celle de Monſeigneur
le Duc d'Anjou . Les Peres
Miſſionnaires Jacobins du Convent
de S. Maximin & de la Sainte
Baume , y afſiſtérent , & enfuiteon
fit une Proceffion Genérale
à la Croix de la Miffion ,
plantée dans une vaſte Campagne
, où le Te Deum fut chanté.
Mademoiselle de Martinot donna
un magnifique Dîné , & le
ſoir fit faire un tres grand Feu
devant ſon Logis
Je finis cet Article par une
Deviſe que Monfieur de Billy ,
Officier à Brisac , a fait fur cette
meſine Naiſſance. Elle a pour
corps un Miroir commun , qui
expoſe au Soleil, outre l'imageide
ce brillant Aftre , repréſente encore
deux autres Soleils aux deux
coſtez , pareils au premier, Ces
140
MERCURE
paroles en font l'ame , Ex fplendore
pares. Vous en trouverez
l'explication dans ce Sonnet du
meſme Monfieur de Billy.
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
D
AUPHIN , brillant Soleil,
Image de LOVIS ,
Que dans le cours heureux de ta
- waste carriere ,
D'un prodige éclatant nosyeux font
ébloüis ,
Quand un fecond SOLEIL nous
naiſt de ta lumiere !
-
Des beautezdu premier les Peuples
réjoüis ,
L'ont à l'envy chanté d'une docte
maniere :
GALANT.
141
Mais que tout de nouveau L'ASTRE
que tu produis ,
Vafournir au Parnasse une auguste
matiere!
Oûy , lorsqu'on y verra trois Soleils
à lafois
Brillerdu par éclat du SOLEIL des
François ,
Voicy ce qu'y diront les Filles de
Memoire.
Si d'un MONDE , LOUIS doit eftre
leSOLEIL,
Ah, pour ces trois SOLEILSfiremplisdefagloire,
Que de MONDES ilfaut à ceRoy
Sanspareil!
Je vous ay envoyédepuis quelque
temps pluſieurs Lettres de
Monfieur Chaſſebras de Crémailles
, fur ce qui s'eſt paſſé de
142 MERCURE
T
particulier à Veniſe. Voicy un
Article d'une des dernieres qu'il
a écrites. Ce qu'il contient mérite
d'autant plus voſtre curioſité
, que vous n'y trouverez rien
dont Monfieur Chaſſebras n'ait
eſté témoin.
- ZYON
*1893
ELECTION
D'UN PROCURATEUR.
A Dignité de Procurateur de
S. Marc , dont on honore ceux
qui ont rendu desſervices confiderables
à la Republique , est une des
premieres de Venise , & qui ne fin
nit que par la mort. La principale
fonction de ceux qui en font revé
tus , est la Garde du Trefor&des
Richeffes de S. Marc , le foin & l
4
GALANT.
143
Protection des Fauvres , des Veuves
&des Orphelins , &generalement
tout ce qui regarde les Legs pieux.
Il n'y en avoit autrefois qu'unseul,
mais peu à peule nombre en est ve
nu jusqu'à neuf , où il a esté fixé.
Par la fuite , la Republique ayant
eu beſoin de ſommes confiderables,
dans les temps de Guerre,&ne vou
lant pasfouter ſes Peuples par de
nouvelles Impoſitions, a mieux aimé
créer encore de ces Dignitez ,
les vendre à des Gentilshommes de
mérite , qui en joüiroient toute leur
vie avec les mesmes honneurs &
prérogatives que les anciennes ; à
la diférence ncanmoins , que cette
Digniténeferoit que pour eux , &
que l'on n'en pourvoiroit point d'au
tres en leurs places , lors qu'ils viendroient
à mourir , afin de les réduire
avec le temps à leur ancien nombre
de neuf. Ainsi ily en apréfentement
144
MERCURE
vingt fix en tout , qui ont le pasfuivant
l'ordre de leur reception , Sans
aucune diférence. Mais quoy que
l'Etat enfaſſe une égale estime , &
qu'on leurrende de pareils honneurs,
l'usage eft venu que dans le discours
familier on appelle ces nouveaux
Procutatori per foldi , comme qui .
diroit , acquis par argent ; & les
neufanciens , Procuratori per merito
,parce qu'ils ont esté élûs par
leurſeulmerite.
La nuit du s. au 6. du mois de
Septembre dernier ,le Procurateur
Loüis Delfino , un des neufanciens
eftant decedé , le Confeil s'affembla
dés l'apres-dinée , &élût enſaplace
Jerôme Gradenigo , Gentilhomme
des plus qualifiez , & qui a passé
dans les plus grandes Charges de
l'Etat. Sa Famille est une des plus
anciennes de Venise , &qui tient
rang dans la premiere Glaſſe de la
Nobleffe.
GALANT.
145
Nobleffe. Ily a en quatre Doges de
Son Nom ; Pierre Gradenigo , dans
le neuvièmeſiécle ; un autre Pierre
Gradenigo , dans l'onziéme ; Barthélemy
& Lean Gradenigo , tous
deux dans le quatorziéme. Les Armes
defa Maiſonſont parlantes , de
• queules , àun Degré d'argent mis en
Bande.
Aussi- tost qu'on luy eut aporte la
nouvelle defon Election , ilfit ouvrir
les Portes defon Palais , donna la
liberté à chacun de le venir congratuler
, & fit une Feste publique qui
dura trois jours . Toutes les Chambres
étoient parées extraordinairement.
- Il y avoit dans chacune un Clavecin
& des Violons pour le Bal , & dans
une des principales on avoit mis fur
une grande Table des Baffins de
Vermeil- doré , pleins de Icux de
Cartes , pour les Gentilſdonnes qui
viendroient joüer. Plusieurs Came-
Janvier 1684. G
146 MERCURE
1
riers alloient de Chambre en Chambre,
verſer des Liqueurs & desRa..
fraîchiſſemens aux Dames , tandis
qu'on en préſentoit aux Hommes
dans une autre Chambre Séparée.
Les Boëtes que l'on tiroit continuellement,
s'entendoient de tous les endroits
de la Ville. Les Trompettes&
les Tambours portoient la joye dans
tout le Quartier , & les Hautbois
&les Flageolets amaſſoient le menu
Peuple , que l'on régaloit de Pains
& de Bouteilles de Vin. Lors que la
nuit approchoit , on illuminoit le
Palais. On faisoit joüer des Feux
d'artifice. On lâchoit des volées de
Fuſées &de Petards , & on allumoit
des Feux & des Lumieres dans
les Rües voisines , &fur les bords
des Canaux des environs. Les Masques
alloient par la Ville durant
les trois jours , de mesme que dans
le Carnaval , &se rendoient en
GALANT. 147
foule le ſoir dans cet Hôtel. De
temps en temps on faisoit des largeffes
au Peuple ; & en plus de
vingt endroits diférens de la Ville,
les Parens du nouveau Procurateur
firent des feux de ioye , & donne.
rent à boire à tous les Paſſans , qui
témoignoient leur allegreffepar des.
acclamations continuelles de Viva,
Viva l'Eccellenza, ſia benedetta .
Ces trois jours s'estant écoulez de
cetteforte , il chaiſit le 28. du meſme
mois pour faire ſon Entrée publique.
Pour cela ilſe rendit le matin
à S. Salvator , une des belles
Eglifes de cette Ville , adminiftrée
pardes Chanoines Reguliers de l'Ordre
de S. Augustin , où apres avoir
entendu une haute Meße en Musique
, il paſſa par la Mercerie , fit
Sa Priere dans l'Eglise de S. Marc,
monta dans la Chambre du Collége,
yprit Sa Séance , fit ſes Compli
G2
148 MERCURE
mens, &ayant ensuite prété le Serment
entre les mains du Doge , il
alla prendre poffeffion desanouvelle
Dignité , & s'en retourna dans ſa
Gondole au bruit des Boëtes & des
Canons. Il eſtoit vétu dans cette
Ceremonie d'une Veste de Pourpre ,
àManches Ducales . Plus de trois
cens Gentilshommes Venitiens l'accompagnoient
dans le mesme Habit
;& le plus proche deſes Parens
marchant le dernier,faisoit les Hon-
-neurs. Trois ou quatre cens tant
d'Ecclesiastiques que Gens d'Epée ,
& auires Seculiers , estoient du Cortege
, & alloient devant deux à
-deux. Plusieurs Esclavons marchoient
les premiers , les uns avec
des Fiffres , des Trompettes & des
Tambours ; & les autres faisant ranger
le monde & la foule des Mas.
ques qui avoient encore la liberté
- d'aller par la Ville ce jour- là ,
GALANT.
149
leColle- qui montoient juſques dans
ge pour entendreles Harangues.Le
foir ily eut Festin & Bal dans le
Palais de Son Excellence , comme
dans les trois premiers jours , avec
les meſmes largeſſes.
Ie voudrois pouvoir décrire la
maniere dont les Marchands de la
Mercerie avoient ajusté leurs Boutiques
, le jour de l'Entrée dont je
vous parle. Ce sont de ces choses
qui parlent aux yeux , & qui ne se
peuvent bien comprendre que par
ceux qui les ont veües. Cen'estoient
que monceaux de Brocards & de
Broderies. Les Dentelles d'Or
d.Argent , les Noeuds , les Rubans,
& les Garnitures , estoient difpo.
Sées en Amphithéatres , en Piramides
, en Festons , en Bouquets de
Fleurs , & en toutes fortes defigures
. On avoit métamorphoféles Bowtiques
des Libraires en Cabinets de
G3
150
MERCURE
.
Curieux , remplis de Tableaux , de
riches Tapis , d'Estampes , de Globes
, de spheres , d'Astrolabes , de
Mignatures , de Coquilles , & de
raretez pareilles. Les Tourneurs en
Yvoire avoient mis en montre dans
de grands Bocals de verre , quantité
de gentilleffes & d'ouvrages fins &
délicats. Il ſembloit que les Faifeurs
de Bracelets , de Boucles &
de Pendans d'oreilles , fuffent au
milieu d'un Palais enchanté , où
l'on foule aux pieds les Perles & les
Pierreries. Les Boutiques de Lin.
gers paroiffoient des Manufactures
de Points. Ily en eut un entre ahe
tres , qui avoit mis en parade un
grand Cartouche des Armes du
nouveau Procurateur , & au- deſſous
ces paroles, Dignitas parta labore.
Le tout n'estoit que de Paffemens &
de Dentelles ; & afin que le Soleil,
le vent , ou la playe , n'aportaſſent
GALANT.
IST
F
aucun préjudice à ce pompeux Etalage,
ils avoient couvert toutes les
Rües en Berceaux , avec des Arcs de
Triomphe à l'entrée & à lafortie.
Mule Marquis de Torcy , Fils
aîné de Monfieur Colbert de
Croiſſy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , a eſté nommé par le Roy,
pour aller en qualité d'Envoyé
Extraordinaire de Sa Majesté ,
faire les Complimens de condoleance
au Roy de Portugal Dom
Pédro , ſur la mort du Roy Dom
Alphonſe ſon Frere. Ce marquis
eſt encore dans une grande jeuneffe
,& il y a peu de temps qu'il
a finy ſes Etudes , où il a extrémement
brillé. Il entend déja leş
Affaires ,& il a eu l'honneur d'en
rapporter quelques- unes au Roy,
d'une maniere quia fait connoître
qu'il en pénétre toutes les difficultez.
G 4
352 MERCVRE
Le Gouvernement de l'Iſle de
de Ré ayant vaqué , par la mort
de Monfieur de Pierrepont , Sa
Majeſté en a pourvû Monfieur
d'Aubarede , qui eſtoit Gouverneur
de Salins. Celuy de Salins a
eſté donné à Monfieut de la Fréfiliere
, & celuy de Gravelines à
Monfieur du Metz , Lieutenant
Genéral de l'Artillerie. Il eſtoit
Gouverneur de la Citadelle de
Lile. Vous ſçavez ſes ſervices ,
je ne les répete point. Le Gouvernement
de la Citadellede Lile
aeſté donné à Monfieur de Vauban.
Il l'avoit quitté pour celuy
de Doüay , que le Roy luy a permis
de vendre , & Sa Majesté a
bien voulu le gratifier une ſeconde
fois de celuy de cette Citadelle
, que ce fameux Ingénieur
a fait baſtir.
Monfieur Rouffeau , Avocat
GALAN T.
143
au Parlement, & cy- devant Banquier
& Expéditiõnaire en Cour
deRome , a eſté choiſy par Monfieur
le Controlleur Genéral des
Finances , & nommé par Arreſt
du Conſeil d'Enhaut , pour remplir
la place de Monfieur de la
Live , Directeur General des
Monnoyes de France. Il eſt d'une
Famille conſidérable , & l'on ne
pouvoit donner à Sa Majesté une
Perſonne d'une probité & d'une
capacité plus connüe.
Je vous ay ſeulement apris dans
ma derniere Lettre , la Déclaration
de la Guerre, faite à la France
par les Eſpagnols. Comme elle
vous a ſurpriſe , il faut aujourd'huy
vous en dire les motifs ,
vous en déveloper les intrigues .
vous faire connoiſtre à fond les
raiſons de ceux qui pour leurs
ſeuls intéreſts cherchent à met-
G
5
154 MERCURE
tre le feu dans toute l'Europe , &
vous marquer la jalouſie qui fait
mouvoir tant de diférens refforts.
contre la grandeur du Roy. Je
devrois vous en faire icy un portrait
brillant. Cette peinture ſeroit
en ſa place ; cependant comme
elle demanderoit une trop
vaſte étendüe , je ſuis contraint
de la ſuprimer. Il ſuffit de vous
nommer ce Monarque,pour vous
faire concevoir tout ce qu'il y a
de Grand. Son Nom ſeul offert à
noſtre mémoire , nous repréſente .
auffi toſt une foule d'actions i
éclatantes , & fi extraordinaires,
qu'on eſt convaincu qu'il n'en fut
jamais d'égales ; de meſme qu'on
ſçait que le Soleil , qui fait fa
Deviſe , ne peut avoir fon pareil..
En effet , aucun Conquérant ne
s'eſtoit encore arreſté comme luy
au milieu de la rapidité de ſes
1
GALANT.
155
Conquestes, pour donner la Paix .
Il'a fait plus , il a proposé de luymefme
, d'en rendre une partie
en faveur de cette Paix , ſans
qu'on l'exigeaſt de luy. Il a fait
reftituer des Royaumes preſque
entiers à ſes Alliez . Enfin il a eſté
admire de toute l'Europe , comme
Arbitre de la Paix & de la
Guerre.. Elle luy a donné le ſurnom
de Grand ,& jamais la Maifon
d'Autriche , dans le plus haur
point de ſa ſplendeur , lors qu'elle
croyoit pouvoir afpirer à la Monarchie
univerfelle , n'eſt parvenüe
à un degré d'élevation figenéralement
reconnu. Je n'enye
dans aucun détail d'un nombre
infini d'actions particulieres felon
toutes les Vertus Politiques,&
Morales. On en peut juger par le
chagrin qu'elles ont caufé à ceux
qui bien loin de pouvoir fouffrir
G6
156
MERCVRE
:
des Puiſſances au - deſſus d'eux ,
ne sçauroient meſme ſouffrirdes
égaux , qu'avec une extréme ja
louſie.
La Paix que le Roy avoit bien
voulu donner à l'Europe , puis
qu'il enavoit luy-meſme réglé les
conditions , ayant eſté acceptée,
& Sa Majesté ayant remis de bonne
foy toutes les Places qu'Elle
avoit offertes de ſon plein gré , &
tout ce qui en dépendoit , demanda
à fon tour aux Allemans &
aux Eſpagnols les Dependances.
des Païs qui luy avoient eſté cé
dez. Il fit voir pat des preuves
incontestables , que ce qu'ilpré
tendoit dans ces Païs , en avoit
toûjours dépendu. On n'y eut
aucun égard ; ce qui obligea le
Roy à prendre poffeffion d'une
partie , dont il fut reconnu légitime
Souverain. La ſurpriſe qu'on
GALANT..
157
eneut , égala les plaintes qui en:
furent faites . Vous remarquerez ,
Madame , que de tout temps il y
a eu des prétentions , qui , quoy
que juſtes , ont eſté inutiles aux
Souverains; & pour lesquelles ils
ont toûjours eſté obligez,d'en
demeurer aux prétentions , &
-aux proteſtations , parce que les
Princes qui poffedoient, fe trouvoient
égaux en forces , ou par
eux meſmes , ou par leurs Alliez ,
avec ceux qui avoient de juſtes
prétentions . Cette égalité de for--
ces ne permettant pas que l'on
terminaſt aucun de ces diferens,
eſtoit cauſe que rien ne pouvoit
être décidé ,que par la Guerre.
Ils'eſt trouvé en cette occafion,
que la puiſſance du Roy eſtant
auffi grande que ſa juſtice , il a
eſté reconnu pour Souverain de :
ce qu'ila prouvé luy appartenir,
후
1
>
158 MERCURE
&en a pris poffeffion . Ce procedé
, quoy que régulier , n'a pas
laillé de ſurprendre. Pour eſtre
nouveau , il n'en eſtoit pas moins
juſte ; mais comme il marquoit
une Puiſſance fuperieure , on n'a
pas crû le devoir foufrir. C'eſt
un crimeenvers les foibles , que
de ſoûtenir ſon Droit par la force.
Cela ne ſe doit point faire ,
parce qu'aucun Souverain n'a
eſté encore affez puiffant pour
l'entreprendre. La justice du Roy
n'eſt point examinée, ſon pouvoir
bleſſe ſa grandeur est uncrime,
&il ne doit point paroiſtre élevé
pardeſſus les autres, en ſe faiſant
raiſon par luy-meſmede ce qu'on
luy dénie injuſtement. Si l'on ne
ditpas tout à fait cela , voila ce
qu'on penſe ; voila ce qui fait
agir ,& voila pourquoy l'on veut
tout facrifier , afin de ſe mettre
4
GALANT. 159
en état de faire voir qu'on égale
du moins en puiſſance un Monarque
, qu'on ſçait bien qu'on
ne sçauroit ſurpaſſer dans toutes
les qualitez qui peuvent rendre
un Souverain accomply.
Pendant qu'en Allemagne on
diſputoit à la grandeur de Sa Majeſté
ce qui estoit dû à la justice
de ſes prétentions , il faut vous
apprendre de quelle maniere ce
Monarque en a uſé à l'égard des
Eſpagnols .. Avant que la Paix ſe
fiſt , le Roy avoitjoint une partie
des Villages de la Châtellenie
d'Ath à la Châtellenie de Tournay
, pour la commodité de ſes
Sujets . Pour faciliter ce qui devoit
faire le repos de toute l'Europe
, il propoſa de rendre Ath,
& l'ayant rendu enſuite par le
Traité qui ſe fit , on n'y parla
point des Villages qui avoient
160 MERCVRE
eſté joints à la Châtellenie de
Tournay. Les Eſpagnols les redemanderent
, comme eſtant de
celle d'Ath. Le nombre de ces
Villages eſtoit grand. Ils avoient
dépendu d'Ath , mais ils en
avoient eſté demembrez , & cela
pouvoit eſtre un ſujet de difpute
, qui par un accommodement
pouvoit faire gagner quelque
choſe à chacune des Parties .
Cependant le Roy aima mieux
les ceder tous à l'Eſpagne , que
d'en garder quelques- uns en les
difputant. Cette ceffion luidonna
lieu d'examiner à ſon tour les
Dépendances de ce qu'il poſſe
doit. Il le fit , & les demandas
mais bien loin qu'on luy ait rendu
la meſme juſtice qu'il venoit
de rendre , la PolitiqueEſpagnole
a trouvé à propos de les luy
difputer. Voila le noeud de la
GALANT. 161
Guerre d'aujourd'huy , & ce qui
a ſervy de prétexte aux Eſpagnols,
pour la rallumer.
&
Il ne s'agit point icy de prouver
le Droit du Roy touchant les
Dépendances qu'ila demandées.
Ce Droit eſt incontestable , & a
paru tel ; mais il a plû aux Eſpagnols
de le conteſter, parce qu'ils
Pont toûjours enviſagé comme
un moyen propre à rompre une
Paix , à laquelle ils n'avoient
conſenty qu'avec chagrin
par l'impoffibilité de s'en défendre.
Ils voyoient alors une partie
de l'Europe armée en leur faveur
, & leurs intereſts particuliers
leur eſtant plus chers que
ſon repos , ils estoient fâchez
qu'elle deſarmaſt. Il eſt vray que
malgré les forces de tant d'Alliez
, la France faiſoit des Conqueſtes
tous les jours ; mais com
162 MERCURE
me le ſort des armes eſt journalier
, ils eſperoient quelque retour
de fortune , & cet eſpoir ne
leur couſtoit guere, puis que leur
impuiſſance eſtoit cauſe qu'ils
faifoient la guerre aux dépens de
leurs Alliez . Les Eſpagnols.depuis
ce temps là ont toûjours eu
en veüe de les engager tout de
nouveau, & c'eſt pour cela qu'ils
ont tâché de noircir la France
dans toutes les Cours de l'Europe
, afin quetant de Souverains
ſe déclaraffent contre elle,quand
l'Eſpagne trouveroit à propos de
rompre , en niant la justice des
demandes du Roy , qu'ils vou
loient faire ſervir de prétexte à
une rupture. Ils n'ont ofé la faire,
pendant que les Turcs ont
déſolé l'Allemagne ; mais fi-toft
qu'ils les ont vûs éloignez , ils
ontcrûdevoir tenter toutescho
GALANT. 163
ſes , de crainte que ſi la Paix à
laquelle ils travaillent pour les
deux Empires , venoit à ſe conclure
par leurs conſeils , l'Europe
n'euſt le temps de deſarmer ,
avant que la Guerre fuſt embarquée.
C'eſt par cette raiſon qu'ils
ſe font hâtez de la déclarer. Ils
l'ont fait d'ailleurs , pour mieux
cacher leur foibleſſe à leurs Alliez,
& à leurs Sujets mêmes,perſuadez
qu'on croira qu'ils ont
plus de forces & de reffources
qu'on ne s'imagine,puisqu'ils ont
faitce pas auffi faſtueux que remply
d'adreſſe , & dont il n'eſt pas
aiſe de ſe tirer glorieuſement ;
maisquand on met le tout pour
le tout, il faut bien riſquer. L'Affaire
preffe. Le Roy est déja l'admiration
de toute la Terre , &
l'on doit craindre qu'il n'en gagne
auſſi les coeurs. Ces raiſons
164 MERCURE
ont eſté ſoûtenuës de beaucoup
d'autres que le Prince d'Orange
a fait entendre aux Eſpagnols ; &
ſes intereſts ſont ſi grands dans
cette intrigue , qu'on peut dire
qu'il y joüe un important per.
ſonnage. La Guerre luy eſt abſolument
néceſſaire,parce qu'elle
peut contribuer au ſuccés de ſes
deſſeins , & qu'en attendant elle
luy donne toûjours un pouvoir
ſouverain ſur les troupes. La difpoſition
qu'il a des Charges , luy
facilite les occafions d'acquerir
des Créatures , qui luy devant
tout , ſont obligées d'entrer dans
ſes intereſts au préjudice de ceux
des Etats. Il eſt le maître des
Fonds. On ſçait ce qu'on peut
avec l'argent , &l'on ne doit pas
s'étonner ſi la premiere fois que
la Ville d'Amſterdam refuſa de
conſentir à la levée des ſeize
GALAN T.
165
mille Hommes , il s'offrit de la
faire à ſes dépens . Enfin de quelque
coſté qu'il enviſage la Guerre
, elle ne peut que luy eſtre
utile , quand même ſes armes
n'auroient pas unfavorable fuccés.
C'eſt un jeune Prince , qui
en perdant, ne ſçauroit rien perdre.
Il ne peut eſtre regardé auprés
du Roy que comme un illuſtre
Avanturier, qu'une Victoire
mettroit dans un grand éclat , &
à qui une Défaite ne ſçauroit
eſtre honteuſe , parce qu'il luy
fera toûjours glorieux d'avoir
combatu contre un puiſſant &
redoutable Ennemy. Voila ce qui
lui fatt defirer la Guerre . Que le
prétexte en ſoit juſte, ou non , il
ne luy importe. Que les Etats ſe
ruinent par là ; que les Eſpagnols
expoſent la Flandre en ſuivant
fon conſeil ; que toute la Chrê166
MERCURE
1
tienté& que toute l'Europe en
fouffrent , tout cela fera moins
de tort à ſes intereſts, que la Paix
que l'on propoſe.ll veut la Guer
re , il n'eſt aucuns refforts qu'il
ne faſſe agir pour y engager les
deux Couronnes ; & le flegme
Eſpagnol forcé d'obeïr à ſon ardeur
, ne peut ſe défendre d'en
précipiter la déclaration . Je viens
aux raiſonsdontil s'eſt ſervy pour
obliger l'Eſpagne à la faire. Ce
n'est pas qu'elle n'y fuſt portée,
comme je vous l'ay déja marqué;
mais peut- eſtre auroit - elle agy
avec une lenteur plus prudente.
Le Prince d'Orange eſt venu à
bout de luy perfuader que lors
qu'elle ſe ſeroit une fois déclarée
, l'intereſt des Hollandois les
porteroit à la fecourir ; & que le
peril preſſant faiſant prendre des
réſolutions tumultueuſes , on
GALANT. 167
entreroit en hoſtilité preſque
avant que de réſoudre ſi on devoit
entrer en guerre , ou non,
ce qui la rendroit inévitable ; &
que pour engager les Alliez à ſe
mettre de la partie , il faloit employer
de nouveau dans toutes
les Cours de l'Europe, les calomnies
par leſquelles on avoit tâ
ché de rendre la France odieuſe
depuis la Paix de Nimegue ; tout
cela fondé ſur la grandeur de
noſtre auguſte Monarque , dont
on ne pouvoit ſoufrir l'éclat.
Comme l'Eſpagne avoit toûjours
ſouhaité laGuerre, par les motifs
que je vous ay découverts , il ne
s'agiſſoit plus que du temps favorable
, & du prétexte. L'un
ny l'autre n'eſtoit facile à trouver.
La France en demandant ce
qui luy eſt deû, conſent à la Paix ;
l'Eſpagne qui doit , déclare la
168 MERCURE
Guerre. Cela n'eſt autorisé par
aucun uſage. C'eſt au Demandeur
à intenter le Procés , & au
Debiteur à le ſoûtenir; mais comme
il eſtoit à craindre que la France
qui a toûjours travaillé pour
le repos de la Chreſtienté , juf
qu'à luy donner la Paix , ne déclaraſt
pas la Guerre , voicy l'expédient
que l'on a trouvé . On a
crû qu'en attaquant une grande
Garde de ſes Troupes , & en luy
prenant quelques Châteaux, elle
ne le ſouffriroit pas impunément,
& qu'eſtant en pouvoir de prendre
par droit de repréſailles des
Places plus importantes , elle ne
manqueroit pas de s'en emparer.
C'eſt ce que la France a fait , &
ce qui a donné à l'Eſpagne le
prétexte qu'elle demandoit de
Juy déclarer la guerre. Selon toutes
les apparences, elle ne contribuëra
-
GALANT. 169
buëra dans cette affaire que de
cette ſeule Déclaration . Elle aura
T'honneurde l'avoir faite , ce qui
convient bien à ſon genie ;& ſes
Alliez fourniront les Hommes&
l'argent. L'impuiſſance où elle ſe
trouve eſt manifeſte , & il eſt à
croire qu'elle eſt hors d'état de
mettre fur pied des Troupes.capables
de faire aucun effort im
portant pour ſa défenſe , puis
- qu'elle n'a pas ſecouru l'Empereur
contre les Turcs. Ce Prince,
& le Roy d'Eſpagne , compoſent
enſemble la Maiſon d'Autriche ;
& fi l'Eſpagne avoit des forces
confiderables, elle aurcit dû faire
pour l'Empire , tout ce qu'elle eſt
en pouvoir de faire pour ellemefme.
,
Si l'Eſpagne , & le Prince
d'Orange ont des raiſons pour
vouloir la Guerre ,les Hollan
Janvier 1684 H
170 MERCURE
dois en ont d'auffi fortes pour
chercher à l'éviter. Ils voyent
mille choſes à craindre , & mille
autres dont les ſuites ne peuvent
qu'eſtre fâcheuſes pour eux. L'interruption
de leur Commerce
en attireroit toſt ou tard la ruine.
Loin de s'acquiter de ce qu'ils
doivent, ils feroient de nouvelles
debtes , puis qu'ils ſeroient obligez
de ſoûtenir cette Guerre à
leurs dépens. S'ils remportoient
quelques Places , il les faudroit
rendre aux Eſpagnols ; & fil'on
en prenoit des leurs , ce ſeroit
autant de Places perduës pour
eux. Ils mettroient les armes à
la main d'un Prince qui pourroit
trouver occafion de s'en fervir
pour devenir leur Maiſtre. Enfin,
Vainqueurs ou Vaincus , cette
Guerre leur feroit toûjours
hazarder beaucoup ; car , ou le
GALANT. 171
Prince d'Orange tirera des avantages.
contr'eux de leurs Victoires.
meſmes ; où s'ils s'affoibliffent en
ſecourant les Eſpagnols, ces mê
mes Eſpagnols les regarderont
comme des Sujets qui ſe ſont retirez
de leur domination. Hs oubliront
le ſecours qu'ils en auront
reçeu ; ils leur diront que leur
intéreſt propre les a fait agir ,
qu'ils craignoient la puiſſance
d'un grand Roy leur Voisin , &
qu'ils vouloient une Barriere entr'eux
& ce Prince. Apres les
avoir ainſi remerciez de leur Secours,
fi la conqueſte deleur Païs
paroiſt facile à l'Eſpagne , on ne
la manquera pas. Lors qu'un
Souverain trouve l'occaſion de
reprendre ce qu'il croit luy
appartenir , il n'en fait point de
fcrupules . Voila pourquoy les
Hollandois agiffent tres fage
H 2
172 MERCURE
ment , en refuſant de ſoûtenir
une Guerre qui ne leur peut eſtre
que fatale. Si juſques icy on n'eſt
pas entrédans ce ſentiment à la
Haye avec autant de chaleur
qu'on a fait àAmſterdam , dont
la prudence a paru extréme dans
cette rencontre , c'eſt parce que
le ſejour du Prínce d'Orange eſt
à la Haye , qu'il s'yeſt fait plus
de Créatures, & que c'eſt le
Lieu où l'on fait mouvoir tous les
refforts de l'intrigue de cette
Guerre , & où par conféquent
les Partiſans de la Paix oſent le
moins s'expliquer. Cependant
tous les Peuples de la Hollande
la ſouhaitent avec des defirs
d'autant plus ardens , qu'ils font
perfuadez qu'ils joüiroient d'une
heureuſe & longue tranquillité
fur la parole du Roy , qui a toujours
eſté inviolable , & fur la-
1
GALANT.
173
quelle on peut compter , apres
avoir veu tout ce que ce Prince
a fait pour ſes Alliez .
Quay que l'Empire ſemble
avoir le plus grandRôle à ſoûtenir
dans l'état preſentdes Affaires
, il n'y a neantmoins preſque
rien à dire de ſa politique. Tout
ce qui regarde la Maiſon d'Autriche
eſt gouverné par les meſmes'
refforts , & c'eſt l'Eſpagne qui les
fait mouvoir. On y estoit d'accord
qu'on amuſeroit la France à
Ratisbonne, en faiſant naître difficulté
fur difficulté , afin de ga
gner du tems ; mais l'impatience
du Prince d'Orange a fait rompre
toutes ces meſures , en engageant
l'Eſpagné à rompre avec
les François ; & comme elle eft
toute puiffante en Allemagne ,
elle n'a pas eu de peine à faire
approuver ce qu'elle a fait.
H3
-174 MERCURE
Voila la ſituation des Affaires
d'aujourd huy , qui fait connoître
que la grandeur du Roy a fait
mettre en uſage tous les traits
empoiſonnez d'une Politique cachéee
, pour en obſcurcir l'éclar.
On n'en peut douter , ſi l'on
examine le procedé de ce Prince
, qui ſe termine par l'état où ſe
trouve aujourd'huy ce qui regarde
la Paix & la Guerre. Le Roy,
apres avoir rendu les dépendancesd'Ath
, en demande d'autres,
qu'il ne ſçauroit obtenir par aucune
voye de douceur, ny par
les Conferences quel'on a tenuës
furce fujet. La foibleffe des Efr
pagnols luy en rend la conqueſte
facile , auffi -bien que celle de -
toute la Flandre , & cette même
foibleſſe le retient genereuſement.
Il ne veut pas troubler la
Paix qu'il vient de donner àl'EuGALANT.
175
1
rope , & il offre de ſe remettre à
l'Arbitrage du Roy d'Angleterre ,
avec lequel ils ont un Traité
d'Alliance conjointement avec
les Hollandois , pour le maintien
de la Paix. Ainſi ce Monarque
devoit eſtre plûtoſt dans
leurs intereſts que dans ceux du
Roy. Les Eſpagnols le refuſent .
Sa Majefté craignant que ce
qu'Elle a droit de demander n'in.
quiete les Hollandois , & n'em.
baraffe les Eſpagnols meſme , à
cauſe de la fituation des Lieux,
ditqu'Elle ſe contentera d'Equivalens
. On n'écoute rien de tour
cela. Elle fait en ſuite bloquer
Luxembourg pour la premiere
fois , ſeulement pour engager les
Eſpagnols à ſe hâter de lay ren.
dre la justice qu'ils luy doivent.
Ce Blocus ayant duré quelque
temps, l'intereſt de la Chreftien-
Η 4
176 MERCURE
té le porte à le lever de luy- mef
me. Il en donne les raiſons , mais
on employe les couleurs les plus
noires pour effacer le brillant de
cette Action , quoy qu'elle ait
quelque choſe de ſi grand , qu'il
feroit fort difficile d'en trouver
une plus belle dans toute l'Antiquité.
On l'attribuë à mille prétextes
inventez , dont on a trop
tard reconnu la fauſſere. Si l'on
s'eſtoit mis déslors en état de ſe
défendre contre la puiſſance de
la Porte , comme il eſtoit aiſe de
le faire, jamais les Infidelles n'auroient
ofé aprocher de Vienne ;
mais pour ſe mettre en cet état,
il faloit demeurer d'acord de la
genérofité & de la bonté du Roy ,
& l'on a mieux aimé tout rif- ..
quer,que de luy donner cet avantage.
Cependant le déplorable
état de la Chrétienté n'a que trop
GALA N'T.
179
fait voir le tort qu'on a eu de ne
tirer aucun fruit de ſa moderation
; mais le ſeul moyen d'obſcurcir
ſa gloire , eſtoit de nier
ce qui la mettoit au plus haut
point. Cette incredulité affectée
& outrageante , a penſé coûter
cher à l'Empereur , & perſonne
ne peut encore juger quelles fuites
elle aura . Ce procedé acheva
de faire connoiſtre au Roy que
toute la Maiſon d'Autriche ſe
trouvoit bleſſée de ſa grandeur,
& qu'afin de l'abaiffer , elle avoit
refolu de fondre ſurluy avec tous
fes Alliez , foit que les Turcs déclaraffent
la Guerre ou non. Les
Souverains de cette Maiſon n'ont
jamais pu ſouffrird'égaux en Europe
; & un Rival qui s'éleve au
deſſus d'eux , leurparoiſt unEnnemy
cent fois plus inſuportable
que le Ture. Jugez de quel oeil
Ης
180 MERCURE
2
ces Princes peuvent regarder la
puiffancede laFrance , qui furpaſſe
aſſez la leur , pour l'avoir
reduite à l'aveu de ſa foibleſſe ..
Sa Majesté ſcachant les meſures
qu'on prenoit contre Elle , pouvoit
profiter de ſes avantages..
Elle avoit des Alliez , des Hommes
, & de l'argent , &une
union parfaite regnoit dans.
tous ſes. Etats mais l'intereſt
de la Religion. la retint, Toutes
ces choſes ſont des Faits.
conftans , & aufquels il n'y a rien
à répondre. Si les Ennemis du
Roy avoient eſté dans le meſme
état que luy , je doute qu'on les
euſt vûs auſſi modérez. il ne faut
qu'examiner le paſſé , pour estre
feûr de ce que l'on en doit croire...
L'irrégulier procédé que l'on a
tenu apres l'irruption des Turcs,,
confirme toutes les mauvaiſes in
GALANT. 181
tentions dont je vous viens de
parler. Le Roy eſt le ſeul Souve
rain dans l'Europe , à qui l'on
n'en donne point avis , parce
qu'on craint qu'ofrant du Secours
, il n'ait l'avantage d'aider à
chaffer l'Ennemy commun de la
Chreſtienté. Quoy qu'il connoifſe
qu'on veut que cette maniere
d'agir l'irrite , ſa bonté ne laiſſe
pas de ſe faire voir toûjours égale..
Comme il ne peut offrir ce Secours
qu'apres une Paix ou une
Tréve , Sa Majesté offre l'une on
Pautre..On ne pouvoit refuſer la
Tréve dans une pareille occafion,
fans trahir les intéreſts de
toute la Chrétienté , puis qu'en
l'acceptant on ne cede rien de ſes
prétentions , & qu'on ſe tient:
toûjours en état de les diſputer;
mais on ne veut ny Paix , by
Tréve , ny Secours d'un Roy qui
H 6
182 MERCURE
aun mérite dont on s'eſt fait ennemy
; & c'eſt avoir donné un
juſte ſujet de haine , que de s'être
acquis le ſurnom de Grand
par ſes vertus & par ſes conqueſtes
. On ne cherche qu'à rendre
odieux ce Prince trop eſtimé ; &
lors qu'on ne veut point de ſon
Secours , on travaille à luy faire
un crime dans toutes les Cours
de l'Europe, de ce qu'il n'en donne
pas . On le publie aux Peuples ,
à qui les affaires du monde ſont
inconnuës , ou qui ne penetrant..
pas les ſecrets du Cabinet, ne ſçavent
que ce qu'on veut leur apprendre.
Les Ambaſſadeurs d'Ef
pagne , & ceux des Alliez de la
Maiſon d'Autriche , auſſi - bien.
que leurs Envoyez , leurs Réfi
dens , & leurs Partiſans , confir
ment les bruits qu'ils ont fait ſe
mer. Les Nouvelles imprimées.
GALANT.
183
dans leurs Etats , s'y rapportent,
& il eſt permis à Bruxelles , quoy
qu'il n'y ait point de Guerre déclarée
avec la France , de tout
écrire contre elle ; comme ſi l'EF
pagne, pour avoir ſeulement taxé
quelques Confeils à fournir cerraines
ſommes pour la guerre de
Hongrie , ſans avoir rien donné
de fon Tréſor , ny peut- eſtre des
Taxes , dont on n'entendit plus
parler quelque temps apres , étoit
en droit de blâmer ceux qui au
roient empefché la déſolation de
Vienne , ſi ſa Politique intéreſſée
n'avoit regné dans un Confeil ,
où l'on auroit pris d'autres réſo
lutions fans elle..
Pendant que les Affaires
eſtoient dans l'état que je vous
viens de décrire , tout ce que lè
Roy pouvoit faire pour le repos
de la Chrétienté , eſtoit de ſouf184
MERCURE
frir les calomnies dont on noir
ciſſoit la France , ſans envoyerun
Secours en Allemagne , qu'on auroit
ſans doute regardé comme
des Troupes ennemies , & qu'on
auroit peut-eſtre chargées. Sa
pieté , & le repos de l'Europe ,
l'empeſchoient de ſe mettre en
poffeffion de ce qui luy appartenoit
en Flandre. Ainſi il ne luy
reſtoit plus qu'à attendre que la
Maiſon d'Autriche n'euſt plus
d'affaires fur les bras , & qu'elle
vinſt l'attaquer avec toutes ſes
forces,&toutes celles des Alliez,
comme elle avoit témoigné en
avoir le deſſein par le refus de la
Paix & de la Tréve. La retenuë
du Roy a fait voir en cette occafion
, qu'il méritoit le nom de
Tres- Chrestien. Ce Prince n'a
rien attaqué pendant que les
Turcs faifoient trembler l'AlleGALANT.
18
1
magne ; & ce qu'il a meſme fair
apres , ne pouvoit paffer pour
une rupture. Sa Majesté vouloir
feulement faire connoiſtre aux
Eſpagnols qu'Elle estoit en état
de prendre ce qui luy appartenoit
, afin que la guerre ne s'allomaſt
pas , s'ils luy rendoiente
justice ; mais leur obſtination a
égalé toûjours leur foibleſſe ,&
comme la guerre eſtoit ce qu'ils
reſpiroient , & que le Roy ne la
commençoit pas , ils voulurent
luy donner lieu de tout entreprendre
, en enlevant la grande
Garde d'un de ſes Corps de
Troupes , & en prenant quelques
Châteaux.. Comme j'ay dé
ja touché cetendroit , je le paffe,
pour ne répeter rien de ce que
j'ay dit. Pendant que l'on déclare
la Guerre à Madrid , le Roy
fait preſenter un Mémoire aux
186 MERCURE
Etats de Hollande , contenant
cinq demandes diférentes touchant
ſes prétentions. Il promer
de ſe contenter d'un des cinq
Equivalens qu'il propoſe,& dont
it laiſſe le choix aux Eſpagnols ;
& cette propoſition eſt goûtée
parla plus grande partie de ceux
qui compoſent les Etats. Le bruit
ſe répand de la Déclaration de la
Guerre faite à Madrid , & l'Efpagne
à qui le pouvoir ſeul manque
pour exercer les dernieres
rigueurs contre les Sujets du Roy,
fait connoiſtre par ce qui s'eſt
paffé à Madrid , ce qu'elle feroir
en Flandres , ſans ſa foibleſſe. Le
26. d'Octobre au foir , les Offi
ciersde Juſtice allérent dans toutes
les Maiſons des François , &
firent ouvrir avec violence les
Portes qui eſtoient fermées ; &
pour découvrir plus aisément
GALANT.
187
leurs effets , on ſaiſit les Livres
de pluſieurs Négocians d'Eſpagne
, pour voir entre les mains
de qui pouvoient eſtre ces effets,
& qui étoient ceux qui leur devoient
de l'argent. On n'a pas
meſme épargné à Madrid ny à
Bruxelles , ny dans tous les lieux
dépendans de la Domination
Eſpagnole , les François naturalifez
, & on les en a fait ſortir avee
leurs Femmes & leurs Enfans ,
apres leur avoir ôté tout ce qui
les pouvoit faire fubfifter. Dans
le temps qu'on déclaroit la Guerre
à Madrid , on ne ſçavoit pas
qu'ony prenoit de fauſſes meſures
. On agiffoit fur laſſurance
que le Prince d'Orange avoit
donnée, que les Etats leveroient
les ſeiza mille Hommes promis
par le Traité d'Alliance , & queles
Suédois auſquels il avoit en188
MERCURE
voyé des Vaiſſeaux , en fourniroient
quatorze mille autres pour
le ſecours de la Flandre. Tout
cela leur a manqué. Je vous ay
fait un ample détail dans une de
mes Lettres , de tout ce qui s'eſt
paſſe en Hollande ſur cette Levée
, & de quelle maniere Monfieur
Vanbuningue parla pour
les intereſts de ſa Patrie . Je ne
vous en diray pas davantage.
Le Roy pouvant profiter de la
foibleſſe des Eſpagnols, apres une
Déclaration de Guerre faite fi à
contre- temps , fait ſeulement jetter
des Bombes dans Luxembourg
, pour faire connoiſtre à
cette Garniſon , que ſi elle continüe
à faire des courſes dans les
Païs qui luy apartiennent , on
aura lieu de s'en repentir. Enſuite
il s'engage à ne faire aucun Siége
pendant tout le mois de lanvier
GALANT. 187
pour reconnoiſtre les ſoins que les
Hollandois , zélez pour le bien
de leur Etat , prennent toûjours
de travailler à la Paix. Le Roy
n'ayant promis que de ne point
affiéger de Places , ſes Troupes
continüent à faire payer des Contributions.
Les Eſpagnols qui
n'en peuvent faire autant, s'en
plaignent avec des termes in-
Jurieux , comme ſi apres une
Guerre ouverte , il y avoit quelque
choſe de nouveau dans ce
procedé , & qui n'euſt pas toûjours
eſté autorisé par l'uſage..
C'eſt ce qui les obligera peuteſtre
à faire la Paix ; & quelques
Villages ruinez &des.
Maiſons abatuës produiront cet
avantage à toute l'Europe , &
épargneront le ſang Chrétien.
On blâme quelquefois des actions
dont on ne ſçait pas les motifs ;,
و
190 MERCURE
mais comme ces actions peuvent
eſtre faites pour un bien , on ne
doit point juger des choſes qui
ſont publiées par des Ennemis,
avant que de les avoir meurement
examinées . On ne noircit
point en France la reputation de
ceux qui s'en declarent les ennemis
; on n'y écrit contre perſonne.
Cependant ony apporte
toutes les ſemaines fix Cahiers
volans d'impreffion de Hollande,
qui paroiſſent ſans permiffion &
fans nomd'Autheur , &l'on tient
ces riens ſpecieux dont la calomnie
fait le fondement , d'autant
meilleurs , qu'on ſuppoſe qu'ils
ne ſont pas permis,& cela ,parce
que rien n'eſt plus capable d'exciter
la curioſité , que ce qui eſt
défendu.. Ils font compoſez par
deux Autheurs dont l'un eſt Domeſtique
d'un Prince qui ne ref
GALAN T. 191
pire que la Guerre , & par con-
-ſequent à ſes gages. Comme il eſt
tout dévoié à ce Prince , il eſt
quelquefois contre ſon Païs même
, felon qu'il entre dans ſes
intéreſts , ou non. Il donne quelquefois
des attaques à l'Eſpagne,
mais fort legeres , & ſeulement
pour paroiſtre des- intereſſé. 11
ſe contredit quelquefois d'une
ſemaine à l'autre , & il le fait
parce qu'il eſt difficile de trouver
toûjours une nouvelle matiere
, lors qu'on veut écrire ſi
ſouvent. Enfin ſon principal but
eſt de parler toûjours contre la
France. Qu'il diſe vray ou non ,
il eſt payé pour cela. Les Au
theurs de ces Invectives ne prennent
pas garde qu'en la voulant
abaiffer , ils l'élèvent au plus
haut point de grandeur où aucune
Nation ait jamais eſté ; car
192 MERCURE
fi on les en croit , elle fait mouvoir
à fon gré les reſſorts qui font
agir les plus puiſſans Souverains
du monde; & il ne leur reſte plus
qu'à aſſurer qu'elle paye les vents
pour exciter les tempeftes. Commeon
voit en meſme temps trois
de ces Cahiers volans , il y en a
un qu'on nomme le Cahierfecret
de laGazette d'Hollande. Ces Autheurs
prétendent ſçavoir ce qui
fe paſſe de plus particulier dans
les Confeils les plus fecrets de
tous les Souverains , & fur tout
dans le Conſeil de Sa Majeſté ;
ce qui n'eſt pas vray- ſemblable,
du moins à l'égard de la France ,
puis que le Roy ne gouverne fon
Etat qu'avec deux ou trois Perfonnes
tout au plus. Aufſi ne
peut- on connoiſtre plus mal le
dedans de la France ; que ce Politique
intereſſé , qu'on ſçait apGALAN
T.
193
partenir à un grand Prince. J'avois
refolu de répondre aux reüilles
qui ont paru pendant ce mois;
mais la plus grande partie des
choſes que je vous viens de dire
à l'occaſion de ce qui s'eſt
paſſe touchant la France & l'Efpagne
au ſujet de la Guerre , y
peut ſervir de replique. Je ne
laiſſeray pourtant pas de répondre
à quelques endroits. Je
commence par celuy où l'on
avance , ſans ſe mettre en peine
de rien prouver, que les Finances
du Roy ſont épuiſées. Cependant
on voit tout aller d'un pas égal
touchant ce qui les regarde , &
meſme à l'égard des chofes dont
on pourroit ſe paſfer. Les nouvelles
Levées n'ont point empeſché
les Bâtimens , les Fonds
n'en ſont pas moindres qu'ils ont
eſté. On apporte tous les jours à
194
MERCVRE
Verſailles ce que l'Europe a de
plus curieux , & le payement
n'en eſt jamais diféré . Le Cabinet
des Curiofitez du Roy augmente
de jour en jour ; les Manufactures
des Gobelins , où l'on
travaille comme auparavant ,
fourniſſent ſouvent quelque choſe
de nouveau aux Apartemens
de Verſailles , les Académies des
beaux Arts , entretenies par le
Roy, fleuriſſent; la magnificence
paroiſt ſouvent dans les divertifſemens
de ce Prince; il traite tous
les jours la plus grande partie de
ſa Cour ; les libéralitez qu'il fait
ordinairement au premier jour
de chaque année , n'ont point
manqué ; on n'entend point crier
ſes Alliez , pour luy demander de
l'argent l'abondance ſuit ſa Cour;
l'union eſt parmy les Grands &
les Peuples de ſon Royaume; les
Finances
GALANT. 195
Finances font gouvernées par des
Miniſtres éclairez , & quoy que
les clefs des Coffres du Roy ayent
paſſé en d'autres mains , ils n'en
fontpas moins remplis.
Apres cette viſion de l'épuiſement
des Finances , on paſſe à
celle de la Monarchie univerſelle,
pour laquelle on veut que
la France ait des penſées. Chacun
ſçait aſſez que la Maiſon
d'Auſtriche a eu ce foible , &
qu'elle en a autrefois dreſſé le
Plan. Quand au Roy , il auroit
agy d'une autre maniere
pour donner la Paix à l'Europe,
il n'auroit pas rendu des Places
qu'il auroit eſté impoſſible de
luy arracher , quand il n'auroit
voulu que les défendre , ſans
s'attacher à faire de nouvelles
Conqueſtes. Mais je ſuis moins
excuſable en voulantdéfendre le
Janvier 1684. I
2.
&
196 MERCURE
-
Roy là-deſſus , que ceux qui ſe
plaiſent à luy donner des penſées
qui ne peuvent naître que dans
des Païs où l'imagination va plus
loin que le pouvoir.
Comme on ne remplit tous
ces Cahiers que de choſes imaginaires
, on paſſe à une troiſiéme
auſſi peu vray- ſemblable que les
deux autres , & l'on ſe perfuade
qu'un des Miniſtres du Roy ne
veut point la guerre , ſeulement
parce que l'on veut s'imaginer
qu'il ne la doit pas vouloir. Il ſeroit
fort mal-aiſe de ſçavoir ſes
ſentimens , & de trouver un Miniſtre
plus habile , & qui ſçache
mieux cacher ce qu'il penſe. Ila
mené les Eſpagnols par des chemins
qui leur eſtoient inconnus ;
&le Voyage de Metz , pour ſe
Prendre devant Gand au milieu de
l'Hyver , a eſté contr'eux le tour
GALAN T. 197
d'un grand Maiſtre. Ce zelé miniſtre
a réüſſy affez bien dans
les Affaires de la Guerre , pour
ne pas l'appréhender. Ainfi tout
ce que l'on écrit là- deſſus , confiſte
en des raiſonnemens dont
les Autheurs tirent eux-meſmes
des conféquences telles qu'il leur
plaift; mais il y a bien de la diférence
entre tirer des conféquences
, & fçavoir la verité d'une
choſe. Quand tout ce que l'on
avance n'eſt qu'un effet du raiſonnement
, les uns en peuvent
couclure une choſe ,& les autres
une autre ; & comme on ne peut
aſſurer la verité , on n'en dévroit
point parler , pour ne point donner
ſes imaginations au Public.
Je ſuis obligé de prendre le party
desHollandois contre leur Compatriote
qui les attaque dans ces
Feüilles , ce qui marque qu'une
I 2
198 MERCVRE
4
Puiſſance cachée le fait agir plutoſt
que le bien de ſa Patrie. Je
dis donc qu'on ne doit point accuſer
les Hollandois de manquer
à leurs Traitez , puis qu'ils ne
font obligez de ſecourir les Eſpagnols
, qu'en cas qu'ils ſoient attaquez
par la France , & qu'au
contraire ce ſont les Eſpagnols
qui l'attaquent. De plus , l'Eſpagne
doit faire voir qu'elle a quarante
mille Hommes effectifs en
Flandre , avant que les Hollandois
en fourniſſent un , & elle
ne peut ſeulement montrer dix
mille Hommes.
Si quelque Puiſſance de l'Europe
n'entre pas dans les ſenti-
.mens de la Maiſon d'Autriche,
elle en eſt détournée par la France.
La France a toute l'Europe à
ſes gages; elle achete des Dignitez
Souveraines pour des Princes
GALANT. 199
déja Souverains ; elle a voulu
prendre Luxembourg avec des
Boulets d'or ; enfin on fait tour
faire à la France par le moyen de
ſon argent ; & tout cela dans les
meſmes Feüilles , où l'on aſſure
qu'elle eſt épuisée. Je pourrais
détruire toutes ces choſes par des
preuves , comme j'ay déja fair
l'épuiſement des Finances , mais
puis que les Autheurs de ces
Feüilles n'en donnent point pour
foutenir ce qu'ils oſent avancer,
je ne crois pas en devoir toûjours
donner contre les Articles que je
nieray , & qui fe détruiſent part
eux-meſmes.
On s'eſt tellement proposé de
dechirer la France dans ces reüil.
les ſatiriques , que lors qu'on ne
peut plus inventer de calomnies
contre elle , on attribuë tous ſes
fuccés à ſonbonheur. Ce recours
13
200 MERCURE
eft foible pour blâmer ce qui
donne de la jaloufie. Si la France
eſt heureuſe , c'eſt d'avoir un
Monarque tel que Loüis LE
GRAND. Elle doit tous ſes ſuccés
à ſa conduite, à ſon ſecret,au
bon choix qu'il fait de ſes Miniſtres
, & à la parfaite intelligence
qu'il adans le meſtier de la Guerre.
On ne peut fans injustice
prétendre que la priſe de Gand
foit un effet du bonheur. L'adreſſe
de derober ſa marche , &
d'inveſtir ſixou feptPlacesavant
que de s'approcher de celle fur
laquelle on a deffein , eſt un
prodige de la conduite du Roy,
&dont l'Antiquité la plus reculée
ne nous fournit point d'exemples.
Quand l'Electeur de Brandebourg
veut ſe faire faire raiſon
touchant la Silefie , c'eſt la Fran-
)
GALAN T. 201
ce qui le porte à en uſer de la
forte , comme ſi l'Alliance de la
France luy donnoit des droits
qu'il a legitimement. Quand on
croit au contraire que les Autrichiens
l'ont attiré dans leur
party , on luy! fait tenir un autre
langage. Il eſt cependant certain
que l'Electeur de Brandebourg
s'eſt toûjours fait voir porté
à la Paix , & qu'on ne peut
l'accuſer d'avoir eſté un moment
dans un ſentiment contraires :..
Dans l'une de ces Feüilles on
voit un dénombrement des choſes
qu'on prétend que les Miniſtres
des Alliez aſſemblez à la
Haye , ont ordre d'accommoder;
& il eſt tel , que l'Accommodement
en paroiſt auſſi impoſſible
que le NoudGordien l'a eſté autrefois
à dénoüer. Si les Allicz
font bien , ils accorderont la Paix
14
202 MERCVRE
د
aux conditions propoſées par la
France & l'Accommodement
ſera auffitoſt fait que le Noeud
Gordien fut dénoűé. Ce n'eſt pas
ce que veulent ces Politiques ,
mais on ne les en croira pas. Ils
font parler les Alliez , & diſent
en ſuite , que ſoit qu'ils tiennent
ce langage , ou non , c'eſt
là ce qu'ils devroient faire. On
voit à quoy prétend aboutir le
raiſonnement de ces Politiques
intereffez. Ils avancent ce qu'ils
ont deſſein d'infinuer , & font
parler foiblementla France, pour
la combatre apres plus fortements
maisdans le fond tout cela n'eſt
que pure viſion , & ce n'est pas
à ces Auteurs fatiriques à faire
parler des Souverains qui ne penſent
peut- eſtre à rien moins qu'à
cequ'on leur fait dire. Ces Politiques
qui tâchent toûjours d'in
GALAN Τ.
203
finüer qu'on doit faire la guerre
à la France , ont des raiſons particulieres
, & qui ne tendent pas
au bien de la Chreſtienté. Le
Prince d'Orange feroit mieux
dans ſes affaires , & la Guerre
eſtant ſon élement , il feroit du
moins dans l'état où il ſe ſouhaite.
Le Roy d'Eſpagne en reposà
Madrid , luy laiſſferoit l'honneur
de combatre,& tireroit du profit
de ſes Victoires , ſi la Fortune ſe
declaroit pour luy. Les Alliez de
ces deux Puiſſances yjoindroient
leurs Troupes , & le Roy d'Efpagne
auroit l'avantage d'avoir
tenu teſte au plus grand Prince
du Monde , ſans avoir faitde dépenſeen
Hommes, ny en argent.
LesEſpagnols ont raiſon de vouloir
la Guerre à ce prix là ; mais
il n'y a pas d'apparence que fes
Alliez,hors le Prince d'Oranges
204 MERCURE
dont j'ay aſſez marqué les inte
reſts, foient affez peu clairvoyans
pour s'y engager.
CesFeüilles ſecretes font dire
à la France toutes les Semaines,
qu'elle ne veut point la Guerre,
&ne luy font tenir ce langage:
que pour exciter ſes Alliez à ſe
•déclarer contre elle , afin de las
pouvoir allumer plutoſt. On ne
ſçait pas bien ce qu'elles entendent
par la France qu'elles font:
parler. Elle ne dit jamais rien ;
ſes Gazetes font ſages , & n'entrent
point dans de pareilles af--
faires. Le ſecret du Cabinet y eſt
gardé , & la Cour de France eſt
le Lieu du monde où l'on debite
le moins de Nouvelles . On ne
s'y entretient pas meſme de celles
qui ſont publiques par tout
ailleurs. Si les divers Ambaffadeurs,
Envoyez, Reſidens, &lauGALANT
205
tres Miniſtres , publient à Paris
des Nouvelles ſelon leurs diferens
intereſts , on ne peut pas dire que
la France parle. Encore une fois,
elle ne dit rien , & dans ce que
j'écris préſentement , c'eſt de
moy-meſme que je répons à des
chofes auſquelles il eſt aifé de
repliquer , parce que ce fontdes
Faits ; mais je ne feray jamais
parler lesPuiſſances. Mes lumie
res font trop foibles pour cela,&
jene memeſleray point de deviner
les deſſeins des Princes.Bien
d'autres que moy s'apperçoivent
des paneaux où les reüilles fati
riques veulent nous faire toma
ber, comme lors qu'elles fupofent
qu'on public en France que
l'Empereur a conclu la Paix avec
les Tures. On veut nous faire
peur de cette Paix. On ne peut
nous dire qu'elle eſt faite , parce
16
206 MERCURE
1
qu'on diroitune choſe fauffe.On
ne peut nous affurer qu'on la
traite , parce qu'un pareilTraité
ne ſe peut faire fans honte ; &
l'on ne trouve pointd'autre moyen
pour nous dire que nous la
devons craindre , à cauſe qu'on
veut que nous nous la craignions
, qu'en ſupoſant que la
France la publie. Jamais on n'a
tant veu de contradictions en--
ſemble qu'il s'en rencontre dans.
les fix reüilles de chaque Semaine.
Ony voitdix fois que la France
veut la Guerre , & dix fois
qu'elle met tout en uſage pour
l'éviter. Quand nos Ennemis veu
lent exciter les Alliez de l'Eſpagne
& du Prince d'Orange à
prendre les armes , ils diſent que:
la France veut tout envahir , &
qu'elle en viendra about , fi l'on
ne prend foin de s'y oppofer;&
GALANT..
207
-
quand leur intereſt demande
qu'ils faſſent peur à la France , fi
pourtant c'eſt une choſe poſſible,
ils publient qu'elle doit appré
hender les fuitesqu'aura laGuer
re; mais comme elle eſt juſte, &
qu'elle ne veut envahir aucuns
Etats , ellen'a point de ſuite de
Guerre à craindre. Il feroit dif
ficile aux plus grandes Puiſſances
de l'Europe , pour ne pas
dire à toutes , d'en triompher ,
lors qu'elle n'attaquera point , &.
qu'elle ne s'attachera qu'à conſerver
ce qui luy appartient.
Quand on est dans l'état où Sa,
Majesté ſe voit aujourd'huy
qu'on peut faire la Guerre avec
avantage , & qu'on offre divers.
accommodemens pour la Paix,
on acquiert beaucoup de gloire à
ſe vaincre ainſi ſoy- meſme. Ce--
pendant comme on ſemble nes
268 MERCURE
chercher qu'à affoiblir ce qui
éleve ce Prince , on empoiſonne
la bonté qu'il a de vouloir bien
conſentir à unePaix qui eſt con.
traire aux deſſeins du Prince d'Orange.
On reproche comme un
erime à la France de la vouloir,
& on la blâme en même temps
de faire des actes d'hoſtilité contre
un Ennemy qui luy vient de
declarer la Guerre dans toutes
les formes par mer & par terre ,
& à qui il ne manque que des
forces pour la ſoûtenir. Enfin
ces Ecrits quin'ont pourbutque
de décrier la France , l'accufent
en meſme temps de vouloir la
Guerre & la Paix , & la blâment
également de l'un & de l'autre.
Ces Feüilles fecrettes,& faites
neanmoins pour eftre renduës
publiques , ont perdu toute leur
réputation en parlant des Affai
GALANT.
209
res du Comte Tékély. On y a
voulu accommoder enſemble la
Religion , la Politique, les intéreſts
du Prince d'Orange , & le
déſir de noircir la France , &
comme on en a parlé ſelon que
toutes ces choſes en ont fourny
les occafions , on s'eſt contredit
autant de fois. L'Autheur , com
me amy de la Maiſon d'Auſtri
che , l'a accusé de rebellion , &
luy a fait fon procésen cent ren--
contres. Ill'a juſtifié comme Proteſtant
, & a fait voir avec grand
foin, que la rigueur du Conſeil
de l'Empereur contre luy , l'avoit
porté aux dernieres extrémi
tez . En meſme temps , il a accuſela
France de l'entretenir dans
ſa rebellion ; mais il avoit trop
bien prouvé le contraire , pour
eſtre crû , en faiſant connoiſtre
que la dureté du Conseilde l'Em--
2010 MERCURE
pereur a toûjours mis des obſtacle
à fon accommodement. En
effer , fi ce Conſeil l'a toûjours
éloigné , on n'en doit pas accuſer
la France. Si elle avoit protegéceComtedela
manière qu'on
a voulu le faire croire , il n'au--
roit pas eſté obligé de demander
le Secours du Turc ; mais il faut
imputer à la France tous les mal--
heurs qui arrivent dans l'Europe,
&meſme ceux qui arrivent dans:
les Affaires où elle n'eſt point
meſlée. Il eſt pourtant vray que
l'Allemagne n'auroit pas eſté ex--
poſée aux maux qu'elle a ſouf--
ferts , fi pour ſes intereſts particuliers
le Conſeil d'Eſpagne n'a--
voit pas empeſché l'Accommo--
dement du Roy &de l'Empereur...
Hors ce Conſeil, tout crie encore
aujourd'huy la Paix. On n'en
peut douter , puis qu'on lit dans
GALANT.
ces reüilles politiques les paroles
que voicy. Toutes les Lettres d'Allemagne
font pleines des preſſantes
instances qu'on fait à l'Empereur de
s'accommoder avec la France. Ces
Peuples , & leurs Souverains ,
ont raifon . Le demeſlé des Efpagnols
n'a rien qui les regarde,
&toutefois leur obſtination , &
leur crédit dans le Conſeil de
Vienne , a mis l'Allemagne dans
un état à ne pouvoir s'en relever
de longtems.
Ces Feüilles qui font remplies
de toutes les erreurs que je vous
viens de marquer , ſont tellement
accoûtumées à publier des fauf
fetez pour faire crier contre la
France , qu'elles ont dis dés le
commencement de ce mois , que
Monfieur de Béthune eſtoit incognito
en Pologne , où il agiſſoit
contre le repos de la Chrétienté.
212 MERCURE
Cependant il eſtoit à Verſaille ,
où ſa préſence juſtifioit des calomnies
fi groſſieres. Rien n'a
paru ſi ſpirituel dans ces Feüilles,
que la raillerie qu'on y voit du
repos &de la tranquilité de l'Efpagne
, apres avoir déclaré la
Guerre ,& meſme de la quiétude
de l'Europe. La peinture en eft
agreable , & paroiſt mefme fort
piquante; mais en voicy le refrin .
Ils'enfuivraunfuneste repos à l'Europe
, carle Roy de France s'erigera
en Roy pacifique audeſſus des autres
qui commencent déja à le regarder
comme un Prince dont il est impofſſible
d'éviter la domination. On prétend
infinüer par là qu'on ne le
doit pas laiſſfer parvenir à ce haur
degré de gloire;mais l'Europe eſt
mieux inſtruite du fondde l'ame
du Roy que ce Satirique , ou du
moins qu'il ne feint de l'eſtre. Ce
GALANT.
213
qu'a déja fait ce Prince , donne
à juger de ce qu'il peut faire. Sa
modération eſt connue , & l'on
fçait qu'il ne veut que ce qui lay
appartient. Ainſi l'on a beau écrire
, on ne perfuadera pas qu'un
Roy qui a rendu une fois la
Franche-Comté ,& en ſuite tant
d'autres Places , en faveur de la
Paix , ait deſſein d'étendre ſa domination
fur toute la Terre. Ce
font de grands mots qui ne ſignifient
rien , & l'on ne ſe rend pas.
ainſi maistre du Monde.
On fait encoredans ces Feüil
les de longues leçons aux Princes
qui ne prennent pas avec affez
de chaleur le party de la Maiſon
d'Autriche , & on les traite de
Prince en peinture , comme fi ce
leur devoit eſtre une choſe glorieuſe
que de devenir Eſclaves
de cette Maiſon. Ils la ſoutien214
MERCURE
droient à leurs dépens ; & com
me elle ſe croit toute- puiſſante ,
elle ſe perfuaderoit encore qu'elle
ne leur dévroit rien , & qu'ils
n'auroient agy que pour leur propre
intéreſt . Les Autheurs de ces
Feüilles eſtant de la Religion Proteſtante
, font de longs raiſonnemens
pour perfuader à l'Empereur
qu'il doit s'uniravecles Prin
ces Proteſtans d'Allemagne. Je
ne dis pas que cette union ne ſoit
néceſſaire , mais elle ne l'eſt pas
au point qu'on doive tout aban
donner pour les ſatisfaire, & croire
toutes les impoſtures que répandent
ces Autheurs contredes
Perſonnes d'une ſainte vie. Ils ne
le font que par un acharnement
qui marque un grand intéreſt à le
faire , puis qu'ils ſe ſont propoſez
d'en dire du mal chaque ſemaine,
quand mesme ils n'auroient nul
GALANT.
215
prétexte d'en parler. Voila tout
ceque je répondray aux Feüilles
ſatiriques qui ont eſté données
depuis le commencement de Janvier
juſques au vingt-cinq. J'y
ajoûte ſeulement , que les Eſpagnols
ont attaqué nos Troupes
les premiers , qu'ils ont les premiers
fait des Sieges , & brûlé de
nos Villages , & qu'ils n'ont pas
plus de ſujet de ſe plaindre des
actes d'hoſtilité que nous leur
rendons ( veritablement avec un
peu plus d'étenduë ) apres la
Guerrequ'ils ont déclarée , qu'en
auroientdes Ennemis qui ayant 、
les premiers livré une Bataille à
un Ennemy plus fort , accuſeroient
de cruauté ceux qu'ils auroient
attaquez , parce qu'ils leur
auroient tué trois fois autant de
monde que ces Ennemis en au
roient tué.
216 MERCURE
Quoy que le ſoin que le Pape
prend de réformer les abus qui ſe
font gliffez parmy les Chreftiens ,
luy en cuſt déja attiré l'amour ,
&euſt fait faire des voeux au Ciel
pour la prolongation de ſes années
, les Secours qu'il a donnez
contre les Turcs , ont tellement
redoublé l'admiration que l'on
avoit pour ce Saint Chefde l'Egliſe
, que chacun a ſouhaité d'avoir
fon Portrait. Je vous l'envoye.
Ces paroles qui ſont au
Revers , conviennent aſſez à ce
qu'il vient de faire. Dextera Domini
percuffit Inimicum. En effet ,
le mauvais ſuccés que les armes
Otomanes ont eu dans le Siege
de Vienne, eſt deû en partie à
ceque le Pape a fait pour affifter
les Impériaux.
Il me tombe entre les mains
une Ballade que celles que j'ay
GALANT, 217
ja employée dans cette Let-
→, ont fait revivre . Elle eſt de
Monfieur le Marquis de Mont-
Plaiſir , dont le bel eſprit & la
valeur ont acquis une ſi grande
approbation , & fut faite dans le
temps qu'arriva l'affaire dans laquelle
Monfieur le Duc de S.Aignan
ayant été attaqué par quatre
Hommes , fut affez heureux
pour en tuer trois , & pour mettre
en fuite le quatrième. Monfieur
le Marquis de Montplaifir
n'eut pas plutoſt appris cet évenement
, qui eſt des plus ſinguliers
, qu'il luy envoya un Moufqueton
qui tiroit ſept coups. Ce
Préſent fut accompagné de ces
Vers. Ils expliquent ceque Madame
des Houlieres a touché légerement
dans ſa Réponſe.
218 MERCURE
A MONSIEUR
LEDUC DE S. AIGNAN,
BALLADE .
Army les Bois , &lagaye ver-
PArmy Le
Où va cherchant souvent mainte
Avanture.
Ainsique vous, tout gentil Chevalier,
Lors que seulet vous alliez vous
ébatre ,
QuatreAffaſſins venant vous défier,
Vous avez fait, dit-on , le Diable
à quatre .
En coucher deux roides morts ſur la
dure ,
Abatre l'un d'une grande bleſſure,
Et mettre encore en fuite le dernier,
Quoy que bleffé , comme un Démon
Jebatre,
C'eſt
GALANT 219
Damp Chevalier, on ne le pent nier
C'eſt affezbien faire le Diable à
quatre.
Les Demy-Dieu ,si fiers de leur nature,
1 درا
N'euffent pas fait telle déconfiture,
S'it eust falu tel périt effſuyer.
Celuy qui ſcent tant de Monstres
abatre
4
N'eust pas ofécontre eux s'effayer;
Et vous, Seigneur, faites le Diable
à quatre ০৬০০
ENVOY
100
2
Un Mousqueton j'oſe vous envoyer ,
Avec lequel, s'il vous plaift de.com_
batre,
Vous en pourrez, Seigneur,Sept défier
Apres avoir tant, fait le Diable
à quatre. I en ni
Tanvier 1684. K
220 MERCURE
Monfieur le Clerc de Leffe.
ville , Conſeiller en la Seconde
Chambre des Requeſtes du Palais
, s'eſt marié depuis peu avec
Mademoiselle Guyet , Fille du
Maiſtre des Comptes de ce nom.
Il eſt Fils de feu Monfieur de
Leſſeville , Conſeiller en la Pre.
miere Chambre des Requeſtes
du Palais , & Petit- Fils de Monfieur
de Leſſeville , Doyen des
Maiſtres des Comptes à Paris .
Son Oncle eſtoit feu Monfieur
de Leffeville, Comte de Brioule,
Eveſque de Coutances ; & fa
Grand Tante Marie le Clerc de
Lefſeville , épouſaen 1575. Mr
le Camus de Jambeville , Préfident
au Mortier , dont eſt venu ,
une Fille unique , qui fut inariée
àMonfieur le Duc d'Ampville
de la Maiſon de Levy- Ventadour.
Il y a quatre Branches de
לל
GALANT. 221
cette Famille des de Leſſeville.
La premiere ſubſiſte en la perſonne
de Monfieur de Leſſeville,
Marquis de Maillebois , & en
celle de Madame la Marquiſe de
S.Simon ſa Scoeur . De laſeconde
Branche ſont Meſſieurs de Lef
ſeville , Conſeillers en la Cour
des Aydes , & en la Seconde des
Enquestes du Parlement. De la
troiſiéme eſt Monfieur de Leffeville
, Préfident en la Cinquié
me des Enquestes ; & Madame
de Seve fa Soeur,Femme de Monſieur
de Seve , Premier Preſident
du Parlement de Metz . Et de la
quatriéme Branche font Monfieur
de Leffeville , qui vientde
ſe marier àMademoiſelle Guyet;
Monfieur ſon Frere , cy- devant
Subſtitut de Monfieur le Procureur
General ; Madame Midorge
leur Soeur , Femine du Conſeiller
K 2
221 MERCVRE
de la Cour des Aydes ; & madame
Portail Frefneau , femme du
Conſeiller en la Cour. Les de
Leſſeville portent, d'azur , à trois
Croiſſans montans d'or , au Lambel
de trois pendans d'argent .
La famille de Guyet eſt originaire
d'Anjou , où elle ſubſiſtoit
désle Regne de Loüis XII .& c'eſt
encette Province qu'eſt ſituée la
Terre de la Sourdiere. Il y a trois
Branches de cette famille. De la
premiere eſt Monfieur Guyet de
la Sourdiere , cy devant Moufquetaire
,& à preſent Ecuyer de
Madame la Dauphine, & MadameMachet,
femme du Capitaine-
Lieutenant de la Generale des
Suiffes . La ſeconde Branche fubſiſte
en la perſonne de Monfieur
Guyet, Maiſtre des Comptes,qui
n'a que trois filles , dont l'aînée a
épousé Monfieur de la Barde,
GALANT.
223
Conſeiller au Parlement. La feconde
vient d'épouſer Monfieur
de Leffeville; & c'eſt de cette fe
conde Branche qu'estoit fenë
Madame le Doux de Melleville,
Mere deM'le Doux de Melleville
, Conſeiller en la Quatrième.
Chambre des Enquestes . De la
troiſième Branche eſt Mr Guyet
de Chevigny , cy- devant Capitaine
aux Gardes , Gouverneur
d'Ypre & de Belle-Ifle, qui apres
avoir fait paroiſtre ſa valeur extraordinaire
aux Armées du Roy,
s'est fait Preſtre de l'Oratoire, où
il mene une vie d'unespieté,
exemplaire. Il y avoit une quatriéme
Branche,, donteſtoit feu,
M' Guyet de la Sourdiere , Ecu-,
yer du feu Roy, qui n'a laiſſé qu'-
une fille unique , mariée àMode
Cornulier , Préſident au Mortier
du Parlement de Bretagne. La
K 3
224 MERCURE
Ruë de la Sourdiere à Paris en
porte le nom , pour avoir eſté
baſtie au lieu où eſtoit l'Hôtelde
Ja Sourdiere , appartenant à la famille
des Guyer. Ils portent, d'azur,
à la Face d'argent , chargéede
cing Merletes de fable , accompagnées
d'un Croißant d'or en chef,
d'une Etoile de mesme en pointe ,
écartelé d'or au Lyon de fable , au
Chef dazur , chargéde deux Etoiles
d'or
Monfieur de Berulle , maiſtre
des Requeſtes , a épousé mademoiſelle
de Paris. 11 eſt fils de feu
M² de Berulle , Confeiller d'Etat,
& auparavant Maiſtre des Requeſtes,
& Petit- Neveu du Cardinal
de Berulle, fi recommandable
pour ſa ſainteté de vie. Mademoiselle
de Paris eſt Fille de
feu Mt de Paris Conſeiller en la
Grand Chambre, Soeur de Mr de
こ
A -
GALANT .
225
:
Paris , Conſeiller en la Seconde
des Enquestes , & de Mr du Gué,
femme de M du Gué, Préſident
en la Chambre des Comptes , &
Niéce de Me de Paris Préſident
en la même Chambre .
Il s'eſt fait un troiſiéme Mariage,
que vous ferez bien aiſe d'apprendre.
C'eſt celuy de M² Chopin,
Lieutenant Criminel au nouveau
Chaſtelet de Paris , avec
Mademoiselle Foy de Senantes,
filles de me de Senantes , Préfident
à Beauvais. M² Chopin , de
la famille de qui je vous ay parlé
lors qu'il fut reçû en la Charge
de Lieutenant Criminel, eſt frere
de Mr Chopin deGonzangres ,
Chevalier du Guer.
Mr Billaud , Conſeiller Clerc
en la Seconde des Enquestes, eſt
mortdepuis peu de jours , & a
laiſſe ſes biens à ſon Neveu , fils
K 4
226 MERCURE
aîné de Mr du Bois, St de Bailler,
Maistre des Requeſtes ,& Intendant
de Justice en Bearn , fon
Beaufrere. Mr du Bois- Bailler eft
fils de Me du Bois du Meniller,
Confeiller en la Grand Chambre
, & Neveu de Mr du Bois de
Guedreville , maiſtre des Reque
ſtesHonoraire , & Préſidentau
GrandConfeil ! mon
Mr de Vienne , Lieutenant
Particulier du Chaſtelet , a vendu
ſa Charge àM² Prou Sieur da
Martret. U a en meſme temps
configné pour une Charge de
Conſeiller au Parlement qu'il
donne à M² de Giraudor ſon fils
aîné.
Le s . de ce mois,le ſieur François
Raveau, natifde Paris,abjura
l'Hereſiedans l'Egliſe des Filles
de Sainte Marie du faux-bourg
S. Germain , entre les mains da
GALANT.
227
Peres Alexis du Buc , Théatin ,
qui depuis cinq ans travailloit à
le retirer de ſes erreurs . Cette
action ſe fit en préſence de plufieurs
Perſonnes de qualité ; &
comme elle luy a attiré la haine
de ſes Parens , qui ſont fort puiffans
parmy les Pretendus-Reformez
, le Roy qui prend un foin
particulier de ceux qui ſe convertiſſent
, les a obligez de luy
donner une Penſion proportionnée
à leurs biens.
Meſſieurs de l'Academie Fran
çoite ont fait faire un Service!
pour la Reine , dans la Chapelle
du Château du Louvre.Elle étoit
toute tenduëde Deüil , depuis le
haut juſques au bas. Le reſte de
l'Appareil lugubre faifoit paroître
la ſimplicité qu'on eſt obligé
d'avoir dans une maiſon Royale,
où des Sujets ne doivent fonger
KS
:
2285 MERCURE
qu'à faire éclater leur zéle. La
Meſſe fut celebrée par m² l'Abbé
de Lavau, Garde de la Bibliothéque
du Cabinet du Roy , & Dia
recteur de l'Academie. La Mufique
eſtoit de la compoſition de
M² Oudor.Ml'Abbé de la Chambre
qui avoit eſté choisi pour
prononcer l'Oraiſon Fanébre, reçûtbeaticoup
d'applaudiſſemens
de toute l'Affemblée. Il entra
dans un détail fort exact de tout
ce qui pouvoit marquer les rares.
vertus de cette Princeffe, & parla
de celles qu'elle avoit pratiquées
dés ſon enfance.. Il fit
particulierement remarquer,qu'-
elle avoit eſté ſi generalement:
eſtimée du Peuple , qui ne s'étoit
trouvé aucune Perſonne qui
en euſt rien dit que d'avanta
geux , & qu'elle avoit eſtéloüéc
par Loüis LE GRAND ; ce qui
GALANT.
229
eſtoit le plus fort Eloge qu'on
lny pût donner. M'l'Abbé de la
Chambre eſt auſſi de l'Academie
Françoife.
Sa Majesté ayant ordonné à
M Quinaut Auditeur des Comptes,
de travailler à un Opera ,
quidevoit eſtre repreſenté à Verfailles
pendant tout ce Carnaval ,
&dont Elle avoit choiſi Ellemeſme
le Sujer, dés le commencement
de l'Eté dernier , cet illuſtre
Autheur avoit déja fort
avancé ce travail , lors que la
Reyne mourut. La regularité
que ce Prince obſerve en toutes
chofes , l'empéchant de voir
aucun Spectacle pendant l'année
de ſon Deüil , il a conſenty que
M³ de Lully donnaſt cet Opéra
au Public.ll a paru depuis quinze
jours ſous le titre d'Amadis. Je
ne vousdis rien de la Mufique.
L6
230
MERCURE
Vous connoiſſez le rare talene
de l'incomparable Me de Lully ,
&je puis vous aſſurer qu'il eſt
toûjours luy meſme dans tout ce:
qu'il faits Les Décorations ont
cité inventées par M Berrin ,
faites fur ſes Deſſeins , auſſi- bien
que les Habits.. Jamais on n'a
rien vû de plus magnifique , de :
mieux entendu , ny de plus con-;
venable au Sujet. Les Vols , dons :
la nouveauté & la beauté ont.
furpris , font du meſme Monfieur :
Berrin , qu'on peut dire eſtre un
Genie univerſel .
La Troupe Françoiſe a re-.
préſenté trois Piéces nouvelles ,
Marie Stuard, de Me Bourfault ;;
Le Docteur Extravagant , de M'de :
Beauregard ; & Penelope, de l'Au--
theur de Zelonide. Vous vous fou
venez , Madame , du bruit que
fit Zelonide ily a deux ans . PeneGALAN
T.
2315
lope eſt un Ouvrage , qui a com
me ce premier,de grandes beautez.
Les Vers en ſont travaillez
avec un ſoin fort exact , & repondent
noblement à la force
des penſées.
11 paroiſt depuis peu un Lie
wre intitulé , L'Espion du
Grand Seigneur. C'eſt la Tradu--
ction d'un Tome de pluſieurs
Lettres Arabes , qu'un Miniſtre
de la Porte a écrites depuis l'année
1638. juſqu'en l'année 1682 .
On le vend en Italien & en François.
L'Italien eſt de Me Marana ,.
Gentilhomme Génois , de qui
on a vû autrefois l'Hiſtoire des
dernieres Guerres de Gennes &
de Savoye , avec la Conſpiration
d'un Noble de la République ,
appellé della Torre..
Vous trouverez le vray mot ,
des deux, Enigmes du dernierr
232
MERCURE
Mois , dans l'Air nouveau queje
vous envoye. Les Paroles ſont de
Giges du Havre.
?
4
AIR NOUVEAU.
Servant d'Explication aux deux
]
Enigmes du mois de Decembre
1683 .
Efuis l' Amour & les Procés ,
Pour en avoir un bonfuccés ,
On devient trop mélancolique.
I'aimemieux chater laMusique,
Et bien entonner, ut, re, Mi..
Avec un Amy pacifique ,
LeVinmefert àleur faire lanique .
Et le voila ce bon Amy.
:
E
La fillabe Mi, eſt le vrayMor
de l'une & de l'autre. Pluſieurs
Ont expliqué la premiere fur la
feule lettre I, & d'autres ont ex
S
94
の
a
IS
se
Ie
110
To
LYOR
:
b
GALANT.
233
pliqué la ſeconde ſur la ſeule lettre
M. Ceux qui ont connu que
cette fillabe Mi faisoit les ſens de
toutes les deux , font Meſſieurs
Babiniere , de Noſtre- Dame de
Vitré en Bretagne ; D. loſeph
Matoüais , du mesme Lieu ; De
Guerre, Procureur General du
Conſeil Souverain de l'iſle Saint
Poffophle ; I. Grandis , de Vienne
en Dauphine ; Carriere ; Le
Roux , Medecin à Vitré ; Diéreville
, du Pont- l'Eveſque; Libre
d'amour , de la Rue du Bac ( Ces.
quatre derniers en Vers ; ) Meld.
Sentier ; Maneſſier ; Le Carron ,
Boulanger; du Freſne; de Villers;
de Flers de la Foffe; Lagrené ; de
{ Bac , & la ſpirituelle M. P. toutes
d'Amiens. La Claire- Brune de
la Porte de Vitré en Bretagne;
l'Exilée de la Ville Françoiſe du
Havre;& la Belle Nourriture da
34 MERCURE
meſme Lieu ( Ces deux dernieres
auſſi en Vers ; ) Alcidalis , & fa
charmante Zelinde , d'Amiens ;
C. R. heureux Amy , maismalheureux
Amant de la belle Coufine
de la Ruë de la Reale,& Alcidor,&
Silviedu Havre..
Ceux de Geneve qui ont deviné
la preſente&ſeconde Enigme du
Mercure de Decembre , ſçavoir
la premiere de la Lettre I. & la
ſeconde de M. notte de muſique
font , la Belle de la Cité , àl'Anagrame
, Tu ne redoute rien ; la belle
Marchande , des Ruës Baſus ; le
Parifien fraîchement debarqué,
& M² le Sage Gentilhomme Bourguignon
; Claffe de Geneve.
La premiere de ces deux Enig
mes nouvelles que je vous envoye,
eſt de Monfieur de laBarre,
de Tours ; & la ſeconde, de mon--
ſieur du Bois...
:
GALANT. 235
ENIGME.
Nous Jommes plusieurs Fils
Dans le ventre d'une Blondine,
Que la Nature afaite , &piquante,
&mutine ,
Pour nous garder des Animaux ;
Elle leur fait mauvaise mine.
Demille traitsaigus elle les afſaſſine,
Et la main qui la touche, en reffent
mille maux.
2
Celafait que l'Homme en colere
(Pour réüffir dansson deſſein)
Ecrafe avec les pieds,&les traits ,&
lefein
De celle qui nous fert de Mere.
4
Quefait cetHomme, helas !dans fon
ardent couroux ,
2
236 MERCURE
De peur que nous parlions de nostre
1
triste peine ?
Il nous perce de mille coups ,
Quanddans les feux il nouspro.
mene.
Ce n'est pas tout , il nous prend
tous,
Il nous glace Souvent , ce qui luy
Semble doux ;
Mais , comble de rigeur , qui luy
plaiſt plus encore !
Mes chers Amis , le croirez vous?
Apres ces manx foufferts , le cruel
nous devore.
AUTRE ENIGME.
E fuis comme une Enigme ob.
Donner à deviner , est mon unique
employ.
Fay belle , ou vilainefigure ,
Selon l'occaſionoù l'onsefert demoy.
GALANT.
237
F2
Maisfoit qu'en traits hideux j'a-
-bonde ,
Soit que j'étale auxyeux des Beautez
àpriſer ,
I'ay Souvent l'honneurde baifer
Les plus bellesbouches dumonde.
Je viens d'apprendre queMonfieur
de Louvoys a nommé Monſieur
l'Abbé de Lanion , pour préfider
à l'Académie des Sciences ,
&Monficur Reinfant, pou avoir
ſoin des Médailles de Sa Mueſté .
L'un & l'autre Employ demande
des Perſonnes d'une érudition
consommée.
Je n'ay point doute que vous
ne prifiez beaucoup de plaifir à
la lecture de la Comédie d'Arle
quin Procureur ; mais je ne croyois
pasque vous dûſſiez avoir ſi toſt
celuy de la voir repréſenter. Si
vos Comédiens de Province l'ont
Y
238 MERCURE
1
fait paroiſtre avec agrément , jugez
de celuy qu'elle a dans la
bouche de l'inimitable Arlequins
Elle n'est pas moins heureuſe dans
la Boutique du Libraire , qu'elle
l'a eſté fur le Theatre. Cela fait
connoiſtre de quelle utilité il étoit
pour les Plaideurs de leur découvrir
les tromperies dont ils ont à
ſe garder.
Les Dialogues des Morts ont eu
la deſtinée des bons Livres . Ils
ont trouvé des Cenſeurs , & j'en
ay veu depuis quelques mois, trois
diférentes Critiques. Ceux qui
les ont faites , s'eſtant déchainez
contre l'Autheur , comme s'il
eſtoit fort comdamnable d'avoir
fait un Livre qui a plû à tout le
monde , il y a grande apparence
qu'ils n'ont pû obtenir la permifſion
de rendre public leur emportement.
Enfin on m'en a fait
GALANT .
239
د
voir une quatrième , qui n'attaquant
que l'Ouvrage a eſté
creüe digne de paroiſtre au jour.
Le Sieur Blageart. Libraire doit
commencer à la débiter le huitiéme
du mois prochain, ſous le
titre de Iugement de Pluton ſur les
Dialogues des Morts. Elle estd'un
Homme qui nous a déja donné
pluſieurs Ouvrages avec beaucoup
de ſuccés ,& qui a pris ſoin
de ramaffer tout ce qui s'eſt dit
au deſavantage des Dialogues. Il
l'a fait d'une maniere galante &
ſpirituelle , qui laiſſe voir qu'il
n'en a pas moins d'eſtime pour
l'Autheur ; & qu'en rapportant
toutes les Critiques qu'on a faites
, il n'eſt pas perfuadé qu'elles
foient capables de diminuer la
gloire qu'il s'eſt acquiſe. Je vous
envoyeray ce Jugement rendu
par Pluton aux Morts qui ſe plai
240 MERCURE
gnent , fi-toſt qu'il fera en vente.
le ſuis aſſuré que vous le lirez
avec plaifir , vous qui admirez
les Dialogues .
Ce que je vous ay mandé au
mois de Novembre , d'un Mon.
ſtre né avec des griffes , dans un
Bourg de la Principauté d'Orange
, In'eſt point véritable . C'eſt
une Hiſtoire inventée. La gloire
n'en eſt pasgrande pour les Autheurs
de ce Conte. Celuy que
je vous ay dit qui eſtoit préſent
quand Mr l'Evefque d'Orange
reçût la Lettre où cette Avanture
eftoit contenüe , eft affurement
un Homme tres- digne de
foy ; mais ce qu'il m'a dit avoir
entendu luy- meſme , il ne le ſçavoit
que par un Amy , dont il
croyoit le témoignage certain ;
& fur l'affurance qu'il prenoit en
cetAmy,Nife rendoit garand de
GALANT. 241
la choſe , comme s'il euſt effectivement
entendu lire la Lettre.
Malgré toutes les précautions
que je prens , on peut me furprendre
en des Bagatelles qui ne
font ny bien ny mal . Cela eft cauſe
que je fupprime quelquefois
les Incidens, qui peuvent efſtre
vrays,mais qui ne ſont pas atteſtez
par des Gens connus. le ne
laiſſeray pas de vous dire icy,¿à
propos de monſtre , que l'on me
mande qu'il est né au Village de
Nanteüil , à trois lieües de Caën ,
une Fille avec deux teſtes tresbien
formées , à coſté l'une de
l'autre , qu'elle a veſcu quelque
temps , & que lors qu'une de ces
teſtes ouvroit où tournoit les
yeux,l'autre faiſoit la meſme choſe.
Il n'y avoit aucune difformité
dans tout le reſte du corps.
le viens à ce que vous me man-
1
242 MERCURE
1.
1
:
dez , que vos Amies ſe ſont ſcandaliſées
d'avoir lû dans ma Lertre
de Septembre , que lors que
-Madame l'Abbeſſe de Bons paſſa
au Fort de Pirrechatel , quie ſt
fitué ſur le Rhône , elle demeura
l'apres- dînée dans la Chartreuſe,
àcauſe de l'exceffive chaleur. 11
eft vray que les Femmes , de
quelque qualité qu'elles ſoient ,
excepté la Reyne , ne peuvent
entrer dans les Monaſteres des
Chartreux , fans encourir une
Excommunication réſervée au
Pape;mais on ſçait qu'il y a dans
chaque Chartreuſe des lieux ſéparez
du Monastere , où les femmes
font reçûës felon les occaſions
qui l'y attirent. Ainfi
quandj'ay dit que madamel'Abbeffe
de Bons& fa Compagnie
avoient paffé l'apres-dînée dans
la Chartreuſe de Pierrechâtel ,
VOS
GALANT.
243
vos Amies ont dû entendre
le lieu où il eſt permis aux
femmesd'entrer. En effet , cette
Abbeſſe ne ſortit point de
celuy ou demeurent les Soldats
, & paſſa le temps qu'elle
s'arreſta à Pierrechâtel , dans
une Chambre des Corps-de-
Garde , qui ſont ſeparez du
Monastere par une grande Place
; ce que le Prieur de cette
Chartreuſe ne luy pût refuſer
honneſtement.
Je ne puis finir ſans vous
parler de ce que les Nouvelles
publiques vous auront
déja appris. Vous ſçavez
ſans doute , que le 27.
dece mois Monfieur le marquis
Ferrero demanda au Roy Mademoiselle
en Mariage pour
Monfieur le Due de Savoye fon
Janvier 1684 L
:
244
MERCVRE
Maître ; mais vous ne ſçavez
peut eſtre pas ce qui a ſuivy
cette Demande. C'eſt ce qui
n'eſt encore connu que de fort
peu de Perſonnes. Le Roy
ayant eſté quelque temps en
conférence dans ſon Cabinet
avce Monfieur , y fit appeller
Mademoiselle , & luy dit , que
Monsieur le Duc de Savoye la
demandoit en Mariage , mais
qu'avant que de la promettre , il
vouloit avoir fon conſentement;
& queMonsieur qui estoit un
bon Pere , ne vouloit point auſſi
s'engager , qu'il ne sçût auparavantfi
elle y confentoit . Sa Majeſte
ajoûta , que quoy que fe
Mariage ne la fist pas Reyne, elle
n'en seroit pas moins heureuse;
que la Cour de Savoye estoit une
Cour ou rien ne manquoit ; qu'elle
GALANT..
245
en trouveroit les manieresfi Françoiſes
, qu'elle ne s'appercevroit
presque pas qu'elle eust quitté la
France ; que s'il luy fust resté une
Fille , elle n'auroit pas eu un autre
Party , & que Monsieur le
Duc de Savoye n'étoit pas seule.
ment un grand Prince , mais un
honneste Homme. Mademoiselle
fit une profonde reverence au
Roy , & luy Répondit , qu'elle
n'avoit point d'autre volonté que
lafienne , & celle de Monfieur.
Elle laiſſa couler quelques larmes.
Mais qui n'en verſeroit
pas , en fongeant à quitter
un ſi grand Roy , & dont les
manieres ſont ſi engageantes ?
Comme la Cour de Savoye
eſt tres- galante , j'auray beaucoup
d'agreables choſes à vous
mander ſur ce Mariage , qui
By
L2
246 MERCVRE
a déja donné lieu aux Vers
que vous allez lire .
ETRESNES
ENVOYEES PAR UN RAMONEUR
A MADEMOISELLE .
Connoiffez- vous, jeune Prins
Quel est ce petit Ramonneur ?
C'est l'Amour qui se fait honneur
De rendre hommage à Vostre
Alteffe
Ilprend cet habit emprunté
Avec ſa Curiosité , 1
De peur de fefaire connoistre...
Jettez les yeux fur ſes Bijoux ,.
Et vous y trouverez peut- eftre
Quelque chose digne de vous ,
Ilvient du fond de la Savoye..
GALANT. 247
Parmy la neige &les frimats ,
Car l'Hyver ne l'étonnepas
Lors que c'est vers vous qu'on
l'envoye.
Il vient vous présenter un coeur
Dont il s'est rendu le vainqueur;
Et tout fier de cette victoire ,
En échange, ce Dieu malin
Ofese promettre la gloire
D'emporter le vostre à Turin ..
L'Article de la Guerre , &
de ce qui la regarde , m'a
mené fi loin , que je ſuis
obligé de réſerver pour le
Mois prochain plufieurs Articles
qui n'ont pû trouver
-place dans cette Lettre , &
fur tout une Réponſe de
Monfieur Crochat , Profefſeur
des mathématiques , à
celuy qui a ſoûtenu que l'A.
:
248 MERCURE GAL.
1
1
ſtrologie eſt préferable à l'Aſtronomie.
Je ſuis , Madame,
voſtre , &c.
AParis ce 31. Lanvier 1684..
THEQUE
BIBLIO
DE
LA
VILLE
LYON
*1893*
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