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1683, 12 (Lyon)
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8.63 Mo
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275
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807156
UFQUE
DE
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR-NORM
LE DAUPHIN
DECEMBRE
BIBLION
LYON
33
DELAVN
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXX 111.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
L
A Figure où eſt le Grelot &
l'Hebreu , doit regarder la
page 52
L'Air qui commence par Beau
Jardin , beau Ruiffeau , doit regarder
la page 106 .
Le Portrait du Roy de Pologne
doit regarder la page 180 .
Ειχα δοχολικόχο :
AVIS
DV LIBRAIRE
- AV LECTEVR .
N fait que la Relation du
Siege de Vienne , que vous
a donnée l'Auteur du Mercure
, a esté critiquée par un libelle
de dix pages , qui porte pour titre :
Remarques ſur le Livre intitulé,
Relation veritable du Siege de
Vienne, &c . Je n'ay rien àdirefur
cette Critique. Celuy qu'elle attaque
est fort en état de se deffendre, &il
lefait même dans ce Mercure d'une
maniere , qui plaira fans doute aux
honnêtes gens , & qui pourra peut.
étre ôter l'envie au petit Auteurdes
t
ã 2
Remarques de s'ériger à l'avenir
en Cenſeur. Le n'ayseulement qu'à
L'avertir que le mot de veritable ,..
qui l'a mis de fiméchante humeur,
a été ajouté par mes foins dans le
titre dela Relation , &qu'ily avoit
fimplement dans les exemplaires de
Paris ; Relation du Siegede Vienne.
l'avois inferé ce mot , pour diftinguer
cette Relation de celles que
Les Etrangers ont affectéde répendre
icy , & dans lesquelles ils n'avoient
pas même eu foin de ménager la
vray-Semblance ; certain d'ailleurs
que j'étois que la Relation faite
par l'Auteurdu Mercure , Seroit &
plus judicieuse, &plus sincere. Enfin
cette distinctio ne m'auroit point cependant
parû neceſſaire ,sijen'cuſſe
pasfait de cette Relation un Volume
àpart , & une piece feparée du
Mercure: Voila fincerement la chose
comme elle est.Et on déclare que l'on
- n'y a point entendu autre fineſſe.
C'estpourquoy I'Auteur du Mercure,
qui ignore cette addition affeure
- page 262. que ce mot de veritable
ne ſe trouvera que dans la Critique
. L'avoue queje nem'étois point
figuré , qu'une minucie dût être ſi
- fort relevée , jusqu'à en faire une
- groſſe querelle àl'Auteurdu Mercu
= re, ny qu'ily cût des eſprits affez re-
- muants, pourse mettrefifacilement
encampagne : Au reſteſi le chagrin
du faiseur de Remarques luy fait
- toûjours voir le mot de veritable ,
comme un cas irremiſſible , &fur
quoy il n'y a pas d'aparence d'avoir
jamais sa grace ; on le ſupplie de
ne se gendarmer que contre le coupable
, & de ne point imputer à
IAuteur du Mercure , les fautes de
Son Libraire.
L'on s'est trompé dans le prix
des Elemens de Geometrie , on a
23
mis 5. liv . & c'est 6. liv. Quand le
temps ſera finy de l'argent que l'on
aura envoyépour les Mercures, l'on
aura ſoin d'en faire tenir d'autre ,
& l'on envoira le tout fidelement.
Le Catalogue general depuis 1678 .
jusqu'à present , ne sera que dans
le Mercure de Ianvier. Ceux qui
envoiront des pieces pour les Meraffranchiront
les ports de
Lettres ; de méme que ceux qui
voudront les Mercures où il n'y à
Ras de Libraires qui les vendent,
envoiront trois , fix mois ou une année
d'avance , & l'on leur envoira
tres exactement par où ils ordoncures
و
ncront .
:
LIVRES NOUVEAUX DU
Mois de Decembre 1683 .
☑Es Memoires de Monti
Monfieur de
l'Ambaffade
de Monfieur de Nointel,
indouze deux volumes, 3.1 .
L'Hiſtoire de Charles IX. de
Monfieur de Varillas, en trois volumes
indouze, 3.1. 10. f.
Les Elemens de Geometrie de
Meſſieurs du Port Royal, nouvelle
Edition, inquarto, 6. 1 .
Oraifon Funebre de la Reine,
par Monfieur de *** , inquarto ,
15. fols.
Almanach de Milan , in douze ,
20.fols..
: Almanach de
15.f..
Liege , inſeize,
La Connoiſſance des temps ou
Calendrier & Ephemerides du
lever ou du coucher du Soleil de
l'une des autres Planettes , indouze,
20.f.
Les Decorations Funebres du
Pere Meneſtrier ,inoctavo , 2.1 .
La Chimie de Duncan , inoctavo,
2. livres.. ã 4
Dialogue de la Sante , indouze,
30.fols.
Anatomiede Bourdon, indouze,
30. fols . 1
Anatomie de Malphigius , indouze,
30. f.
: Hippocrate de la Circulation
du Sang, indouze, 20.f.
Medecine pretenduë , indouze,
20. fols .
On fera une bonne compoſition à
ceux qui prendront les cens onze volumes
du Mercure Gallant , ou la
plus grande parsie. Quand aux
nouveaux , c'est sans rien rabatre
20.fols chaquevolume, il est inutile
de les demander à meilleur marché..
:
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Prélude
,
Sonnet pour le
1
Roy,
I
2
Madrigal fur la Prise de Courtray,
&de Dixmude , 4
Autres fur la Mort de Monfieur
L'Amiral.
5
Lieutenance au Gouvernement ge.
neral des Isles Françoiſes de l'Amerique
, donnée à Monſicur te
Chevalier de Saint Laurens , 7
Extrait du Journal d'un Voyage fait
aux Indes Orientales ,
9
Sonnets fur diverſes Matieres , 25
Histoire, 29
L'Avanture de Fauconnier ,
56
Clemence du Roy à l'égard des Religionnaires,
55
Galanterie , 78
TABLE
Entrée du Gouverneur de Nemours,
85
Lettre à Monsieur Crochart , Sur
ce qu'il a écrit contre les Aftroques
, 91
Etats de la Province de Foix , tenus
par Monsieur le Marquis de
Mirepoix. 97
Caprice, 107
Attaque d'un Fort, par lajeune No
blesse de l'Academie de Bernardy
,
Reception de Monfieur Dancour à
Academic Françoise , 120
Description de tout ce qui s'estpassé
à la Pompe Funebre de Monsieur
le Comtede Vermandois , 131
Monfieur de Louvoys eft reçû Protecteurde
l' Academie de Peintu
re &de Sculpture , 147
Remarques fur les Avantages que
ces deux Arts ont eus de tous
temps dans les Etats les plus
TABLE .
floriſſans , & les mieux policez ,
160
Serment de la Charge de Sur-Intendant
des Bâtimens , prété par
Monfieurde Louvois à la Chambre
des Comptes , 78
Charge d'Intendant des Bâtimens ,
donnée par le Roy , 179
Réponse à la Critique de la Relation
du Siege de Vienne , 181
Monsieur du Quesne - Monros est
nommé Capitaine de Vaifſſeau ,
208
Accouchement extraordinaire, ibid.
C
Enigme ,
Autre Enigme ,
211
213
Servicefait pour la Reyne aux Carmelites
de la rue du Bouloir, 215
Mort de Madame d'Vrfé , 217
Pardon accordé au Duc de Monmouth
par le Roy d'Angleterre ,
218
Impreſſion de la Comedie d'Arlequin
TABLE..
Procureur , 220
Mort de M.le Comte de Tavanes ,
223
Mort de Madame Tubeuf , 224
Mort de M.Boileau , ibid.
La Pucelle d'Orleans , 225
Tout ce qui s'est passé àla Naiſſance
de Monseigneurle Duc d'Anjou,
227
Réjouiſſances faites pour la Naif-
Sance de Monseigneur le Duc
Duc d'Anjou , 239
Madrigauxfur cette Naissance, 240
Receptionfaitepar l'Empereur àM.
l'Electeur de Baviere , 242
Affaires de la Guerre , 2.44
Fin de la Table.
EXTRAIT DU PRIVILEGE
du Roy.
Ar & Privilege du Roy , donné à
Pchaville le18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES. Il eft
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres- amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du chacun deſdits
jour que
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la Communalité
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de.
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire de
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premierefois
le 18. Novembre 1683 .
:
I
MERCURE
GALANT
*
1803
DECEMBRE 1683 .
E croy , Madame, qu'il
eſt peu de Lieux où l'on
n'ait ſouvent des converſations
pareilles à
celledont vous me parlez Dans
le haut degré de gloire où leRoy
eſt parvenu , il eſt difficile qu'il
ne faſſe l'entretien , comme l'admiration
de toute la Terre. On
trouve de longs ſujets de loüanges
dans toutes ſes Actions , &
Decembre 1683 . A
2 MERCURE
cette matiere eſt inépuiſable pour
qni entreprend de la traiter. Vous
qui aimez qu'on dife beaucoup
en peu de paroles , vous approuverez
ſans-doute le Sonnet par
où je commence cette Lettre. Il
peint aſſés bien ce grandMonarque
, ſi pourtant il eſt poſſible de
repréſenter des traits qui paſſent
tout ce que l'imagination la plus
vive eft capable de concevoir.
POUR LE ROY.
SONNET.
Oûtenir fans orgueil l'éclat du
Voir couler dans ſon Sang l'auguste
Sang des Dieux ,
Unir à la Valeur une ſageſſe extrême
,
Vaincre ſes paſſions , furpaſſer Jes
Ayeux';
GALAN T.
33
Rendrefoumise aux Loix la Dignité
Suprême ,
Protéger les Autels,attendre tout des
Cieux ,
Mépriser les Flateurs ,ſe connoiſtre
Soy-mesme,
Fixer par sa vertu lefort capri
cieux;
Ménager les Vaincus , retenir ſa
victoire,
Renoncer àſes droits , donner tout à
la gloire ,
Et s'immortalifer par des Faits
inoüis ?
Quel Modele avons- nous d'une fi
bellevie ?
Demandez à l'Europe , à l'Afrique ,
àl'Afie;
LOVIS.
L'Univers étonné , répondra , c'est
A 2
4 MERCURE
Ce Sonnet eſt de Monfieur le
Baron des Coſtures; & les Vers
qui ſuivent ſont de Monfieur
Diéreville du Pontleveſque.
SUR LA PRISEG
DE COURTRAY,
ET DE DIXMUDE .
Ous gagnez bien ,fiers Enne-
Voumis M
Aréſiſter au Grand LOVIS.
Pour des Chasteaux , ilIpprreennddddeess
Villes. XUA
Dans le meſtier de Mars vous n'eſtes
plus habiles.rad 7
Vous devez ,pour joüir d'un paisible
repos ,
Accorder tout àce Héroς. Τ
Contre un si grand Vainqueur on
tâche àse défendre ,
Mais à la fin ilfautse rendre.
GALANT.
S
Je vous ay bien dit quefon Bras
Vous feroit encor du fracas ,
Quand fon coup impréven nous
attira des larmes.
Croyez-moy , mettez bas les armes ,
Ou bien craignez tout aujourd'huy
D'un Roy qui voit Themis &Bellone
pour luy .
t
A
Voicy d'autres vers du meſme
Autheur , ſur la mort de Monfieur
le Comte de Vermandois .
Le Madrigal qui les fuit , eſt de
Monfieur Pellerin de Breto.
Akaary she c
AUX NEREYDES ,
Sur la mort de Monfieur le
Grand Admiral.
Leurez , pleurez , Nymphes
das Eaux ,
Une trop grande ardeur de vivre fur
laTerre
A 3
6 MERCURE
:
Vous a ravy voſtre Héros.
Vous ne le verrez point triompher
fur les Flots;
Ce Héros destiné pour y faire la
guerre ,
En attendant qu'il pusty porterSon
Tonnerre ,
N'a jamais pûvivre en repos .
Pours'eſſayer dansson jeune âge..
Il est allé chercher autre-part les
hazards ;
Contre l'Ibere altier exerçant ſon
courage ,
On l'a veu de Courtray renverſerles
Ramparts.c
a tout couvert Ce noble coup d'eſſay l'a tout
de gloire;
Mais belas ! apresfavictoire,
:
Pouravoir trop couru ſur les pas des
1l
1509
Cefars ,
Il est mort au fortir des fatigues de
Mars.
GALAN T.
7
SUR LE MESME SUJET.
MADRIGAL.
E peignezplus la Mort pâle ,
lugubre , noire,
La traîtreſſe a chez elle un éclat
Sans pareil.
Depuis huit jours , helas ! pourrezvous
bien le croire ,
Elle nous a ravy le cher Fils du
Soleil.
Γ
Sa Majeſté accorda il y a un
mois , ou deux , à Monfieur le
Chevalier de S. Laurens , la
Charge de Lieutenant pour le
Roy au Gouvernement Genéral
des Ifles Françoiſes de l'Amérique.
Ce Chevalier à le Gouvernement
de l'Iſle de S.Chriftophle
depuis l'année 1666. qu'il batit
A 4
8 MERCURE
58019
re--
les Ennemis de Sa Majesté , &
les chaſſa de cette Ifle , dont ils
occupoient la moitie.Milles
pouffa encore , & les batit dans
l'Attaque qu'ils entreprirent
en 1667. contre le François en
la meſme Iſle , avec quatre mille
Hommes , les empeſcha d'y defcendre,
leur tua neufcens Hom
mes , & fit fix. cens Priſonniers .
Monfieur le Comte de Blénac,
Grand Senéchal de Xaintonge ,
Gouverneur en chef , & LieutenantGeneral
pour le Roy de toutes
les Ifles , ayant eu fon congé
pour faire un voyage en France,
Monfieur le Chevalier de S.
Laurens obtint une Commiffion
endate du premierde May 1682 .
pour commander en ſon abſance
das toutes les Ifles de l'Amerique;
&commeMonfieur le Comte de
Blénac retourne en ſon Gouver
31
:
و
GALANT.
nement, Sa Majeſté voulant marquer
à Monfieur de S. Laurens
combien Elle eſt ſatisfaite de ſes
ſervices , luy a accordé la Lieutenance
de Roy au Gouvernement
des Iſles de l'Amerique , &
luy conſerve toûjours le Gouvernement
de S. Chriſtophle. Il eſt
Chevalier de Malte ,de la Maiſon
de Roux, l'une des plus anciennes
de Provenccee.. Il s'eſt diſtingué
en pluſieurs Emplois, ayant ſervy
vingt années en France dans l'Infanterie
, Capitaine au Régiment
de Turenne , & auparavant Officier
de Cavalerie. Il y a vingt
autres années qu'il fert en Amérique
, où il a eſté Colonel d'Infanterie
, & Maréchal de Batail
le des Armées du Royesmoreй
J'ay len le Journal d'un Voyage
fait aux Indes l'année derniere,
fur le Navire l'Heureuse , apparte
As
12
>
10 MERCURE
nant à la Compagnie des Indes
Orientales de France. le ne vous
parleray'point des divers périls
que ceux qui s'y estoient embar--
quez ont couru de faire naufrageuden
traverſant de ſi vaſtes
Mers , & d'eſtre pris par les Cor--
faires Malabares , qui les atta
querent vers le Cap S. Jean , qui
eſt entre Baffain & Daman. Je
vous diray ſeulement qu'eſtant
party du Port-Louis le 26. Mars
1682. ils arriverent le premier
de Septembre devant l'Ifled'Omjouan
,où ils ſe rafraîchirent dix
ou douze jours . Cette ile à ce
qu'ils raportent,eſt fort pleinede
Montagnes , mais la terrey paroift
tres -bonne. Elle est cultivée
par des Noirs , qui y plantent des
Arbres de Coco , & des Cannes
de Sucre , qui y croiffent d'une
beauté qui furpaſſe toutes celless
GALAN T. II
que l'on voit ailleurs. Ils y ſement
quelque peu de Ris , du Mil , de
petits Pois qu'on appelle des petits
Pois de ſept ans en terre, d'au.
tres Légumes , & y élevent quantité
de Vaches , Bocufs , Cabrits
& Poules . On y voit un grand
nombre d'Orangers, Citronniers,
Bamaniers , Anances , & Pruniers
, dont le fruit eſt gros , & d
peu pres de la couleur de nos
prunes de Damas violet..Ce Fruit
eſt remply de petits pépins , comme
du mil . Il yaunprix fait pour
les Beoeufs , Cabrits & Poules ,
quand on les paye en argent, ſçavoir
les grands Broeufs, à deux
Patagues ou deux Ecus ; les petits
,une Patague , les Cabrits , la
moitié d'une Patague auquel
prix on donne auffi dix ou douze
Poules ;mais quand on les achete
en troc de marchandises , com
AA60
12 MERCURE
me Corail , Cornalines , Agates,
& Toiles , on a bien meilleur
marché. Cette Ifle eſt poſſedée
par des Arabes , qui y vivent ſous
l'autorité d'un d'entre eux qu'ils
traitent de Roy , & qui demeure
àun grand Bourg peuplé dequa
tre ou cinq cens Familles de meſ
me Nation , à quatre ou cinq
cens lieuës de la Rade dans les
Terres . Affez pres de cette Rade,
il y a un Village habité par des
Arabes , & des Noirs , parmy
leſquels eft un Gouverneur de
la Contrée auffi Arabe.On tient
qu'il n'ya pas plus de ſept ou huit
cens Familles en toute l'le ; mais
les Noirs y font en bien plus
grand nombre , quoy que Sujets
des Arabes . Ces Arabes cont
quelques Barques mal bâties
avec lesquelles ils navigente le
long de la Coſte de l'Ouest de
:

:
>

GALANT.
13:
1
Madagascar ,où eſt leur principal
commerce de Noirs , qu'ils achetent
pour les mener vendred
Pata , а моса , & autres lieux de
la Mer Rouge On demanda à
l'un d'eux, qui eſtoit comme l'Agent
du Gouverneur , s'il y avoit
de beaux Ports à cette Coſte de:
l'Oüeft de Madagascar. Il répon
dit qu'ouy, & faifoit beaucoup
d'état entr'autres , de la Baye de
Mazelages. Il dit qu'il y avoit là
auprés une tres-grande quantité
de fort beau Bois , le plus droit
qu'on puiffe voir , tres propre à
faire des maftsy & baſtir des
Navires , & qu'on ne pouvoit
trouver un meilleur Païs pour
l'abondance de toutes chofes ,
Ris, Légumes , Boeufs , Cabrits ,
Moutons yVolailles ,& Froles de
topiesofpeces, silouplelove
Aprés qu'on cuc pris les Ra--
2
144 MERCURE
fraîchiſſemens neceſſaires dans
cette Ifle , on continua la route
de Surate , où l'on moüilla à une
lieuë de la grande Rade le dernier
d'Octobre . Voicy ce qu'on
y apprit. Un Marchand , Chef
du Comptoir, que la Compagnie
avoit à Bantam en l'ifle de Java ,
arriva à Surate le 14 Novembre,
fur un Vaiſſeau nommé le Re--
tourne , appartenant à la Compa
gnie d'Angleterre , fur lequeloil
s'eſtoit embarqué à Bataviandés
le 2. de Septembre. Il confirma
la nouvelle qui estoit déja venuë
de la priſe de Bantam parless
Hollandois , que le jeune Prince
de Bantam , ſoûlevé contre fon
Pere , avoit appellé à fonsfecours
, ne croyant pas fon Party
affez fort pourluy refifter.Comme
depuis fort long-tempsmils
avoient envie de s'aſſurer le
T GALANT.
15
grand Commerce , qui ſe fait de
toutes parts en ce Port-là ,particulierement
de Poivre , dont fe :
fourniſfoient abondamment , non
feulement les Compagnies Françoiſe
, & Angloiſe , mais auſſi
pluſieurs autres Nations tant de
l'Europe que des Indes , ils ne
laiſſerent pas échaper cette occaſion
de venir à bout de leurs
deffeins. Ainſt ils envoyerent au
jeune Prince quatre ou 500.
Hommes , commandez par le
Sieur S. Martin François ,qui ſe
ſaiſirent de la Ville, & de la For
tereſſe dans laquelle s'enferma
ce Prince avec les principaux
de ceux qui avoient pris fon par--
ty , & quelque Troupes Javanes,
ce qui montoit à plus de quinze
cens Perſonnes ,en comptantles
Femmes du Prince , & de tous s
fes.Gens. On fcent que le Roy y
16 MERCURE
huit ou cau-
S
qui tenoit la Campagne , avec
dixmilleHommes,
foit de grandes incommoditez
dans la Place ,où il ne pouvoit
entrer aucuns vivres , non pas
meſme de l'eau à boire , que ce
qui leur pouvoit eſtre apporté
de Batavia par Mer ; & qu'auffitoſt
que les Hollandois avoient
eſté maiſtres de Bantame , 15
avoient obligé tous les Officiers
des Compagnies Françoife ,Angloiſe
, & Danoiſe , de ſe retirer
àBatavia, en attendant des commoditez
de paſſer ailleurs. Ce
Marchand ajoûta qu'en la tra
verfet de Batavia a Surate
avoiti Pencontre un Vaffearr
Hollandois party en May d'Europe
,pour Batavia
7
21919
que fur ce
Vaiſſeau eftoit une bonne partic
de l'Equipage d'un Navire Anglois,
qui avoit péri entreleCap
GALANT. 17
e
de Bonne- Eſpérance , & la Baye
de Saldeigne , que le Navire &
ous les Effets eſtoient demeurez
, & qu'il y avoit entre autres
vingt- huit Caiflons , dans chacun
deſquels estoient quatre mille
Ecus , deſtinez pour Madrapatan
à la Coſte de Coromandel,& qu'il
avoit eu nouvelle que les Anglois
qui s'estoient établis en
ung, Petite locode la Chine ap.
pellée Amoüy , en avoient eſté
chaffez , avec perte de tous leurs
Effets par les Tartares, qui depuis
quelque temps fe font, tem.
dus maiſtres de ce grand & puiffant
Royaume , apres avoir forcé
cette fameuſe Muraille qui fait
la ſéparation entregqla Tardarie
la Chine que ales Anglois
avoient auſſi eſté chaſſez d'un
Comptoir qu'ils avoient à Jamby
en l'ifle de Sumatra , avec une
&
18 MERCURE
pareille perte de tous leurs Effets;
qu'un petit Navire appelle l'Eléphant
, que des Particuliers Anglois
de Surate avoient fretté
pour envoyer à Bantam pour leur
compte , eftant arrivé en cette
Place-là , dans le temps que les
Hollandois s'en eſtoient ſaiſis ,
n'avoient pû obtenir la permif--
ſion d'y faire aucunes affaires ,
& qu'enfin ils avoient eſté contraints
d'en fortir pour aller à
Batavia 3 que Monfieur l'Eveſque
d'Argoly Cordelier , & quatre
Religieux du mefme Ordre , habillez
en Marchands , s'eſtoient
embarquez fur ce Vaiſſeau pour
Bantam , où ils eſpéroient trouver
un Paſſage pour la Chine ,
quieſltelieu où ils vont en Miffion;
que le Vaiſſeau s'eſtoit perdu
au retour fur une petite Ifle , en
tre Bantam & Batavia , où ce
GALANT.
19
Prélat , les quatre Religieux , &
tout !'Equipage, s'eſtoient retirez ,
apres s'eſtre ſauvez du naufrage,
& que le General leur avoit promis
de les faire paſſer de là à
Macao , ſur un des Navires de la
Compagnie de Hollande. On
apprit encore par la meſme voye,.
- que les Hollandois faifoient cou--
rir le bruit à Batavia , qu'ils y ar
tendoient ſeize Navires d'Euro
petavecotrois ou quatre mille
Hommes de guerre ; pour renfor--
cer les Garniſons de leurs Places ,
& l'Armée qu'ils ont fur pied
contre le Roy de Bantam qui
continuëtoûjours à faire la guer
re , pour tâcher de recouvrer
cette Place. Un autre petit Nav
vire , party de Batavia deux mois
apres celuy fur lequel avoit paſſé
le Marchand dont je viens de
vous parler , raporta au commen20
MERCURE
cement de lanvier 1683. que les
Hollandois estoient fort incommodez
dans Bantam que leRoy
leur Ennemy qui tenditolaCampagne
, tenoit auffi la mer avec
pluſieurs Barques en guerre , qui
en avoient pris dix ou douze que
les Hollandois avoient armées à
Bantam , pour faciliter le paſſage
de leurs Vivres en cette Place ,
& tué tous ceux qu'ils y avoient
rencontrez , ens forte qu'il n'y
pouvoit plus rien entrerique ce
que les Hollandois y apportoient
fur leurs Navires de haut bord ;
qu'aina ils foufroient beaucoup
de miſeres que le Roy s'eſtoit
fortifié entre Bantam & Batavia,
en un Poſte avantageux ,par le
moyen duquel il empefchoit le
paſſages aux Troupes que les
Hollandois pourroient envoyer à
Bantam ,& qu'il y avoirpeud'ap
GALANT. 2.1
parence qu'ils peuffent long-
-temps garder ceite Place là
1
2 Destroifiéme Fils du Mogol
- s'eſtant auſſi ſoûlevé contre fon
- Pere, s'eſt retiré aupres d'un Prinice
nommé Samagy , Fils & Suc
ceffeur de ce fameux Sivagy, qui
a tantofaitde Conqueſtes dans
l'Indouſtan . Cette révolte a obli
géleMogolde lever de puiſſantes
Armées y tantppar Mer que par
Terre, pour faire la guerre à Sa
magypL'Armée Navale conſiſte
enscinq ou fix Navires de haur
bordd environ cent Galliotes,
furolesquelles on tient qu'il y a
douze à quatorze mille Hommes
de guerre , fans y comprendre
les Gensdemer , & la Chiourne;
&& celle de Terre, en trente ou
trente cing mille Chevaux, Vers
learyoude Decembre dernier ,Til
y avoit déja trois ſemaines que
1
22 MERCURE
a
ces Galliotes estoient parties.,
fans qu'on en euft eu aucunes
nouvelles. Le Mogol1 eſtoit
Aurengabate , Ville du Royaume
de Guburate , tirant vers les
Etats de Samagy , avec fon Armée
de Terre , qui n'avoit encore
rien entrepris . On eſtoit
perfuadé que tout ce grand appareil
ſe réduiroit à brûler quelques
Villages , & à deſoler les
lieux qui devoient fervir de pafſage
aux Troupes. Samagy y
avoit déja fait brûler ttoouus les
Fourages. Le bruit s'eſtoit répandu
que le Mogol avoit
mourir ce Prince par Art magique,
ainſi que la meilleure partie
des Grands de ſa propre Cour ,
qu'il ſoupçonnoit d'avoir des intelligences
avec ſon Fils , mais il
n'a point eſté confirmé. On prétendoit
qu'il s'eſtoit ſervy en cela
9
fait
GALANT.
23
51010 3
de ſes Moulas , ou Preſtre de ſa
Loy , qu'il tient ordinairement
aupres de luy au nombre de 160 .
OU I180. qui font leur magie en
brûlant du Poivre . On eut nouvelle
à Surate le 4. Janvier , que
la guerre du Mogol avec Samagy,
continuant à cauſer de grands
defordres , ils pilloient entierement
les lieux par où ils pafe
ſoient ; que Samagy ayant rencontre
une Caravane de, ſept
- cens Boeufs , chargez de diverſes
Marchandiſes pour Surate l'avoit
enlevée , ce qui interrompoit fort
le commerce ; que les Armées
Navales de ces Princes s'eſtant
- rencontrées une fois , le mogol
avoit perdu fix ou ſept Galliotes
ou priſes ou coulées à fond , que
l'Armée de ce dernier ayant
moüillé devant l'lfle de Bombay,
& pluſieurs de cette Armée , &
5
1
24
MERCVRE
entr'autres les deux Genéraux
eſtant deſcendus à terre , il eſtoit
ſurvenu du bruit entre eux ; que
chacun prenant le party de ſon
Genéral , il y avoit eu beaucoup
de monde tué de part & d'autre;
& que les Anglois craignant que
ce fuſt quelque ſtratageme des
deux Genéraux pour ſe ſaiſir de
leur Fortereſſe , les obligerent
par quelques coups de Canon,
à rentrer dans leurs Vaiſſeaux.
Voila ,Madame, toutes les Nouvelles
que j'ay pû tirer du lournal
de ce Voyage.
Il m'eſtoit reſté quelques Sonnets
, ſur les Mots qui ont eſté
propoſez dans quelques unes de
mes Lettres. Je vous les envoye.
Les deux premiers ſont de Monſieur
Magnin , Conſeiller au
Préſidial de Mâcon. Apres les
penſées que tous ces Mots ont
fait
GALANT.
25
fait naiſtre , on voudroit ſçavoir
ce qu'on pourroit dire fur la
Nuit.
41
SUR L'ARC EN CIEL.
F
Oibles Spéculateurs des
naturelles,
2.
Causes
- Philofophes oififs , raiſonnez jour &
Pour Sçavoir fi l' Iris a des couleurs
réelles ,
- Ou si l'illusion de nos sens , nous
Séduit

- Ie ne veux point entrer dans ces
-vaines querelles,
-Ma paisible retraite en aime peu le
bruit ;
• Mais en vous contemplant,couleurs .
vives , & belles ,
Je vois dans mon Héros , l'Aſtre qui
vous produit.
Décembre 1683 , B
26 MERCURE
Le Soleil, dis- ie alors, en roulant fur
nos testes ,
Tantoſt forme l'Iris , & tantoſt des
Tempestes ;
C'est luy qui fait le trouble ,& lerepos
des Airs .
Arbitre de la Paix , Arbitre de la
Guerre ,
Ainsi le grand LOUIS , par mille
• Soins divers ,
Met le trouble ou le calme ,àfon
gré , ſur la Terre.
SUR LE PAON .
Vand l'oiſeau de Iunon,fier de
Son beau plumage ,
En étale au Soleil les ornemens divers
,
Qu'il semble avecque luy ,par cent
Miroirs ouverts ,
Difputer au brillant la gloire&l'avantage;
GALANTM 27
1
Je dis en le voyant , dans ce grave
équipage
Tel est du vain orgueil , le fentiment
pervers :
Ce qu'on a de meilleur , on le met de
travers MO
On en fait rarement un raisonnable
ufage.
Les moindres Souverains , d'un vair
titre éblouis !
Voudroient se mesurer avec le grand
LOUIS ,
Mais qu'ilsfont éloignez de ce degré
Suprême!
:
Car enfin s'enteſter d'un sentiment
pareil ,
N'est- cepas comparer par une auda.
ce extrême ,
Le plumage du Paons aux rayonsdu
Soleil?
B. 2
28 MERCVRE
SUR LE SOLEIL.
REpandre l'abondance
la
Viſiter avec ſoin l'un & l'autre Hemisphere
;
Dans le cours glorieux d'une belle
Carriere 4
Produire des trésors à nostre pauvreté
' ;
Soulager les Mortels dans leur neceffité,
Eftre de ſes Suiets & le Prince , &
le Pere ,
N'est- ce pas imiter l'Aſtre qui nous
éclaire ?
N'est- ce pas approcher de la Divinité
?
८.
C'est ainsi que LOVIS parfa douce
influence , :
GALANT 29
.
Cimente inceſſamment le bonheur de
la France ,
4
Et du bruit de fon nom, remplit tout
l'Univers.
Qu'il vive, ce grand Roy , dans une
Paix profonde ,
Et que donnant des Loix à cent Peuples
divers ,
Son Regne fortuné dure autant que
Le Monde.
I. D. G. D. N.
L'amour n'eſt point à couvert
de la deſtinée , & les changemens
qui arrivent tous les jours
✔ dans les liaiſons les mieux etablies
, font affez connoiſtre que
j. les mouvemens de noſtre coeur
ne ſont pas fixez par le premier
choix que nous faiſons. Un certain
je- ne- ſcay- quoy qui nous
entraîne en depit de nous , nous
détermine à eſtre inconſtans ; &
$
B 3
30 MERCURE
quand mille exemples ne ferviroient
pas à juſtifier ce que je dis,
l'Avanture dont je vay vous faire
part en feroit la preuve . Une Demoiſelle
fort bien faire , eſtimable
par ſa beauté , & plus encore
par ſon eſprit, qu'elle avoit vif &
tres - penetrant , eſtant venue
depuis peu de mois prendre ſoin
de quelques affaires , dans une
petite Ville peu éloignée de Paris,
y fut connuë en fort peu de tems
de tout ce qu'elle y trouva de
Perſonnes de naiſſance. SonPere&
ſa mere qui estoient de qualité
, mais qui avoient peu de
Bien , luy connoiſſant du talent
pour venir à bout de mille chicanes
qui leur eſtoient faites ,&
parleſquelles on tâchoit de renverſer
leurs prétentions , quoy
que juſtement fondées ; s'eſtoient
repoſez fur elle de la conſervaGALANT.
31
e
1
لل
tion de leurs intéreſts ,& elle
s'appliquoit à les maintenir
avec tant d'exactitude & de con.
duite , qu'elle eut bien toſt démeflé
les difficultez qui empef
choient qu'on ne luy rendiſt
justice. Son habilité fit bruit , &&
tout le monde marquant de l'empreſſement
pour la ſervir aupres
de ſes Juges , un jeune Gentilhomme
, maître de fon Bien, c
des plus riches de tout le Païs ,
n'épargna ny ſon crédit , ny ſes
ſoins , pour luy faire voir combien
il prenoit de part à ſes avantages.
La Belle reçeut agreablement
le ſecours qu'il luy donna
&commedans le beſoin qu'elle
avoit de luy , les viſites affiduës
luy eſtoient permiſes , inſenſiblement
le Cavalier prit pour elle
un attachement plus fort qu'il ne
l'avoit crû. Il connut bien que
B 4
32
MERCURE
cequ'on luydonneroit en la mariant
, n'approcheroit pas de ce
qu'il pouvoit prétendre ; mais
l'amour commençant à l'ébloüir ,
il conſidéra que les grands Biens
qu'il avoit , luy attireroient beaucoup
d'affaires , & dans cette
veuë , il crut qu'il luy ſeroit plus
avantageux d'avoir une Femme
qui y mettroit ordre , que d'épouſer
une Fille , qui luy appor
tant une dote conſidérable , ne
ſe meſleroit de rien , &n'auroit
l'eſprit porté qu'à faire de la dépenſe.
La Belle qui s'apperçeut
de la conqueſte que ſon mérite
luy avoit fait faire , la ménagea
ſi adroitement , que le Cavalier
fut enfin contraint de luy déclarer
ſa paſſion. Vous pouvez
croire qu'il fut écouté avec plai .
fir . Elle luy marqua une eſtime
pleine de reconnoiffance , & en
+
$33 GALANT.
الا
16
ne
Paſſurant que ſes Parens ne luy
feroient point contraires , elle eut
pour luy des égards d'honneſteré
& de complaifance , qui luy firent
voir qu'il eſtoit aimé. Comme
elle avoit de l'ambition, elle
voulut s'aſſurer un rang , & fe
fervit du pouvoir que ſa paffion
luy donnoit ſur ſon eſprit ; pour
luy marquer qu'il y alloit de fa
gloire de prendre une Charge
avant que de l'épouſer. Le Cavaelier
avoit ce deſſein depuis quelque
temps , & ainſi en luy promettant
de la fatisfaire , il ne faiſoit
que ce qu'il avoit déja réſolu .
Les affaires de la Belle s'eſtant
terminées , de la maniere la plus
avantageuſe qu'elle cuſt pû le
fouhaiter , elle retourna à Paris,
où ſon Amant la ſuivit deux jours
apres. Son Pere & ſa Mere, qu'elle
avoit inſtruit de l'étatdes cho
B.S
el
el
e
$34
MERCURE
ſes , luy firent un accueil tresobligeant
, & pour eſtre moins
en péril dele laiſſer échaper , ils
luy offrirent un Apartement
chez eux. L'offre eſtoit trop favorableàl'amour
du Cavalier, pour
n'eſtre pas acceptée. Il logea
chez le Pere de la Belle , & ne
fongeant qu'à avancer les affaires
, il prit fon avis fur la Charge
dont il avoit à traiter. Tandis
qu'on travailloit à lever des difficultez
affez legeres , quiempelchoient
de conclure le Marché
de cette Charge , l'amour fit
paroître ſa bizarrerie , par les fentimens
qu'il inſpira au Cavalier
pour une Soeur de la belle. Cette
Cadete avoit dans les yeux un
fort grand défaut, dont beaucoup
deGens ne ſe ſeroient pas accommodez
, & ce défaut, tout grand
qu'il eſtoit , ne pur détourner le
GALANT. 35
0

nt
of
di

h
f
je
ا
J
Cavalier du deſſein qu'il prit de
ne vivre que pour elle. Il eſt vray
qu'à cela prés , il n'y avoit rien de
fi aimable. C'eſtoit un teint,qui
ébloüiſſoit , des traits réguliers
dans tout ſon viſage , des mains
&des bras d'une beauté à charmer,
une taille aisée & fine ; &
ce qui estoit encore bien plus
engageant ,une humeur fi douce
& fi agreable , que par cette ſeule
qualité , elle euſt eſté digne du
plus fort amour. Plus le Cavalier
la vit , plus il la trouva charmante.
Il luy contoit cent folies ; &
l'enjoüement avec lequel elley
répondoit , eſtoit tout plein de
feu & d'eſprit. Rien ne devenoit
ſuſpect dans leurs converſations ,
parce qu'elles ſe faifoient fans
aucun miſtere , & que l'occaſion
qu'ils avoient de ſe parler à toute
heure,les rendant fort familiers,
B 6
36 MERCURE
ne laiſſoit rien voir qui fuſt recherché.
En effet , il n'y avoit
que des ſentimens d'honneſteté
du coſté de cette aimable Cadete
, qui ne doutant point que le
Cavalier n'épouſaſt ſa Soeur, étoit
incapable d'aller pour luy plus
loin que l'eſtime. Il n'en eſtoit
pas ainſi du Cavalier. Le panchant
qui l'entraînoit vers laBelle
, eut tant de force , qu'apres
luy avoir dit pluſieurs fois en
badinant qu'il eſtoit charme de
ſes manieres , ils s'expliqua enfin
ſerieuſement ſur l'ardent amour
qu'elle luy avoit donné. La Belle
tournant la choſe en plaiſanterie,
luy dit qu'il perdoit l'eſprit ; &
toutes les déclarations qu'il luy
fit enſuite , luy attirant la meſme
réponſe , il luy demanda
jour , quel deſagrément ou dans
fon humeur , ou dans ſa perſon--
un
GALANT.
37
e
Dit
re
le
Dit
US
Dit
20
He
1

ne , luy faifoit croirequ'il ne méritoit
que ſes mépris. La Belle que
ce reproche ſurprit , ſe crut obligéede
luy répondre d'un ton un
peu ſérieux , qu'il ſe faiſoit tort
auſſibien qu'à elle , quand il l'accuſoit
de le mépriſer ,& que s'il
luy euſt marqué de l'eſtime avant
que de s'engager avec la Soeur,
peut-eſtre ne lay cuſt-elle pas
donné ſujet de ſe plaindre du peu
de reconnoiſſance qu'elle auroit
eu de ſes ſentimens ; mais qu'en
l'état où estoient les choſes , elle
ne devoit agir qu'avec les réſerves
qu'il trouvoit injuſtes .. Cette
réponſe anima ſa paſſion. Ce fut
affez qu'il crut ne déplaire pas ,
pour l'engager à aimer avec plus
de violence. Il abandonna fon
cooeur à tout ſon panchant , &
ne ſongea plus qu'à perfuader la
Belle de fon veritable attache
38 MERCURE
ment . Comme elle estoit ſage ,
elle voulut le guérir , en luy
donnant moins d'occaſions de
l'entretenir de ſon amour; mais
plus elle avoit ſoin de les éviter ,
plus il les cherchoit. Cet empreſſement
fut remarqué , & il ſe
trahit bien- toft , & par ſon inquiétude
, lors que pour le fuïr
cetteCadette s'enfermoit exprés
dans fa Chambre des apreſdînées
entieres , & par les regards
tout pleins d'amour qu'il jettoit
fur elle , quand il la voyoitdevant
des témoins. L'Aînée qui
trouva quelque refroidiſſement
dans les manieres du Cavalier ,
en ſoupçonna auſſitoſt la cauſe.
Elle prit garde qu'il n'avoit plus
aupres de ſa Soeur ces airs enjoüez
&libres , qu'il avoit pris tantde
fois. Elle les voyoit embaraffez ſi
toſt que leurs yeux ſe rencong
GALAN T.
39.
5
-
5
troient,& la contrainte qu'ils s'impoſoient
l'un & l'autre ſelon les
diverſes veuës,qui les obligeoient
de s'obſerver , luy fut enfin une
indice de la trahiſon qui luy eſtoit
faite. Comme elle estoit extrémement
fiere , elle s'en ſeroit volontiers
vangée en la prévenant par
fon changement , maiselle avoit
de l'ambition , & fort peu de Bien ;
& en renonçant au Cavalier , il
n'eſtoit pas feûr qu'elle cuſt aiſément
trouvéun autre Party qui
Veuſt conſolée des avantages
qu'elle auroit perdus. Ainfi elle
réſolut de diffimuler , & ſe contenta
de foulager ſes chagrins par
quelques plaintes , qui déconcerterent
le Cavalier. Le trouble
qu'il fit paroiſtre , fut un aveu de
fon crime,& elle en tira des conféquences
qui luy firent examiner
de plus pres tous les ſujets
40 MERCURE
qu'elle avoit de ſe défier de fon
amour. Leur Mariage ne devant
fe faire qu'apres les difficultez
levées , touchant la Charge qu'il
vouloit avoir elle découvrit
qu'il ne tenoit qu'à luy de les voir
finies , & que les obſtacles qu'il
y faiſoit naiſtre ne pouvoient
avoir aucun autre fondement
que le deſſein de gagner du
temps. Remplie de tous ces foupçons
, & voulant eſtre éclaircie
de ce qu'elle appréhendoit , elle
pria fon Pere & fa Mere de vouloir
preſſer les choses , leur fai
ſant connoiſtre ſans leur parler
de ſa Scoeur , ce qu'il y avoit à
craindre du retardement. L'obſtination
du Cavalier ſur les prétenduës
difficultez de la Charge,
avoit déja commencé à leur devenir
ſuſpecte. Ils l'entretinrent
en particulier , & luy dirent que
GALAN Τ. 4
2.
comme ils l'avoient logé chez
eux , on murmuroit dans tout le
Quartier , de voir fi longtemps
diférer le Mariage dont on eſtoit
convenu ; que pour empeſcher
les facheux discours , il falloit
fonger à terminer cette affaire,
& qu'il n'eſtoit point beſoin
pour cela d'attendre qu'il euſt
conclu ſon autre Traité. Le
Cavalier ne balança point ſur
le party qu'il avoit à prendre.
Illeur répondit qu'il ſe ſouvenoit
de la parole qu'il avoit donnée,
qu'il la tiendroit avec joye en
tel temps qu'il leur plairoit ; qu'il
avoit promis d'eſtre leur Gendre,
& qu'il ſe feroit un tres-grand
bonheur de le devenir ; mais
que ce ſeroit en époufant leur
Cadete , pour qui il fentoit la
plus violente paſſion , qu'il trouvoit
en elle tout ce qui pouvoit
42 MERCURE
le fatisfaire ; que l'humeur de
fon Aînée eſtoit ſi peu compatible
avec la fienne , qu'elle ne
pourroit que le rendre malheureux
, & que s'ils luy refuſoient
ce qu'il demandoit avec les plus
inſtantes prieres , il ſeroit contraint
de ſe retirer. Il leur fit cette
réponſe avec tant de fermeté , &
tout ce qu'ils purent dire pour
ledétourner de ce deſſein eut ſi
peu d'effer , que ne voulant pas
riſquer une ſi bonne fortune , ils
ſe virent obligez de conſentir à
ce qu'il voulut. La ſeule condition
qu'ils exigerent , fut que la
choſe ſe fiſt au plûtoſt & en ſecret
, afin que l'Aînée fiſt moins
éclater ſon reſſentiment , quand
elle apprendroit une injustice
quin'auroit plus de remede. Le
tranſport qui l'obligea de ſe jetter
àleurs pieds , pour leur ren
GALANT. 43
.
E
dre grace de ce qu'ils faifoient
pour luy , leur fut une preuve
de la violence avec laquelle il
aimoit . Ils dirent à leur Aînée,
que quelques raiſons qu'ils eufſent
pû apporter , le Cavalier
s'eſtoit fi bien mis en teſte de ne
ſe point marierqu'il n'euſt traité
de la Charge , qu'il leur avoit
eſté impoſſible d'en rien obtenir.
Elle comprit ce que vouloit dire
un refus fi obſtine , & il vous
eſt aiſe de juger qu'elle en fut
piquée au dernier point . Cependant
tout fe concertoit ſecretement
pour le Mariage du
Cavalier , & de la Cadete , & il
ne manquoit pour l'achever
qu'une occafion d'en faire la
cerémonie , ſans que l'Aînée en
puſt rien ſçavoir. Elle s'offrit favorable
peu de jours apres . Une
Dame dont elle estoit tendre44
MERCURE
ment aimée , la pria de luy faire
compagnie dans une partie de
Promenade , qui l'engageoit à
aller paffer quelques jours à la
Campagne . La Belle y alla , &
• eut affez de force d'eſprit pour
* ſe mettre au deſſus de ſes chagrins
, & y paroiſtre d'une humeur
toute charmante. On luy
dit qu'on voyoit bien que la
joye d'un Mariage tout preſt à
fe faire ,donnoit aux Belles de
grands ſujets d'enjouëment ; &
pour affoiblir la honte où elle
craignoit d'eſtre expoſée , elle
répondit qu'on jugeoit mal d'elle;
qu'il falloit pour la toucher de
certaines complaiſances ,& des
tours d'eſprit , qu'elle n'avoit
point trouvé dans le Cavalier ;
& que les choſes n'avoient jufque-
là traîné en longueur , que
parce qu'elle vouloit l'engager
GALANT.
45
e à épouſer ſa Cadete. Un vieux
Garçon , extrémement riche ,&
revétus d'une Charge encore
plus confidérable que celle dont
le Cavalier traitoit , luy dit en
riant , que quoy qu'il euſt roûjours
fuy le mariage il voudroit
avoir ces tours d'eſprit qui luy
plaifoient tant , afin de luy offrir
ſes ſervices ,& que pour les complaiſances
, il luy ſeroit aiſé d'en
répondre. La Belle luy repartit
de neſme en riant , qu'elle avoit
crû découvrir en luy cequi eſtoit
ſi fort de ſon gouſt , & qu'à tout
prendre , ils ſeroient affez le fait
l'un de l'autre. Sur ce pied- là .
le vieil Officier luy dit des douceurs
pendant deux jours , comme
un Amant déclaré en dit à
une Maistreffe , & il gousta fi
bien ſon eſprit , que malgré tou
tes les reſolutions qu'il avoit
46 MERCURE
priſes de demeurer toûjours libre
, il parla enfin de mariage.
Vous ne doutez pas que la propoſition
ne fuſt bien reçeuë. La
Belle trouvoit un rang qui contentoit
ſon ambition , elle ſe
vangeoit d'un Amant perfide ,
&tout la fatisfaifoit dans une
rencontre fi peu attenduë. Là
Dame à qui elle ouvrit fon coeur,
entra dans la confidence du
vieil Officier , & luy fit promettre
que puis qu'il s'eftoit
déclaré avec ſon Amie , il en
iroit faire la demande dans les
formes incontinent apres ſon
retour . La Belle eſtant revenue,
conta à fon Pere l'engagement
où l'on s'eſtoit mis pour elle. Le
Mariage de la Cadete eſtoit fair,
& ce fut pour luy une joye ſenfiblede
voir finir plûtoſt qu'il ne
l'avoit crû l'embarras de le caGALANT.
47
a

e
1
1
ل
1
$

cher. Cette adroite Fille diſſimulant
fon reſſentiment , tâcha
de ſe rendre toute aimable pour
le Cavalier , afin de réveiller
fon amour , & de luy donner
par là plus de regret de la perdre.
Le lendemain , elle remarqua
ſans eſtre veuë , que le Cavalier
s'eſtoit coulé dans la Chambre
de ſa Soeur , & que la Porte
en avoit eſté auffi-toſt fermée.
Elle regarda par la Serrure , &
les vit tous deuxdans des privautez
, qui la convainquirent de
ce qu'elle avoit toujours ſoupçonné.
Si elle eut de la douleur,
elle eut de la joye en meſme
temps , de ce que ſa Scoeur faifant
des avances ſi indignes d'elle,
mettoit le Cavalier hors d'état
de la vouloir pour ſa Femme.
Cette penſéeluy remplit l'eſprit.
Elle crut qu'il refuſeroit de l'é
48 MERCURE
pouſer apres les faveurs qu'il en
avoit obtenuës , & qu'ainſi elle
feroit vangée , & d'elle , & de
luy , quand ſon Mariage avec
l'Officier ne laiſſeroit plus aucun
prétexte à ſon Pere de garder
le Cavalier. Cet Officier tint
parole. On avoit eſté averty de
ſa viſite , & le Cavalier qui la
ſçavoit , alla tout exprés ſouper
en Ville , & ne revint que fort
tard. L'Officier charmé de l'accueil
qui luy fut fait , ne fortit
point qu'on n'euſt ſigné des Articles.
La Belle , qui n'aſpiroit
qu'à jouir de ſa vangeance , attendit
à ſe coucher que le Cavalier
fuſt revenu. Apres luy
avoir fait quelques plaintes , de
la maniere dont il en uſoit pour
elie depuis quelque temps , elle
ajoûta qu'elle l'avoit trouvé fi
peu digne des ſentimens favorables,
GALANT.
49
1
er
1
J
,
bles qu'elle luy avoit marqué
d'abord , qu'elle venoit de s'en
gager àun autre , & qu'un Con+
tract de Mariage ſigné , les ſépar
roit pour jamais. Il ſe feignit vi
vement frapé de cette nouvelle.
La Belle le crut touché d'un
vray déplaiſir , & pleine de ſon
triomphe en le voyant ainſi accablé
, ellele quita ſans luy donner
le temps de répondre. C'eftoit
ce qu'il avoit ſouhaité. Il ſe
coucha fort tranquillement , &
le lendemain , comme il l'avoit
concerté avec ſon Beaupere ,
&avec ſa Femme , il alla chez
unAmy dans un Quartier éloigné
où il demeura juſqu'à ce
qu'on cuſt fait le Mariage. La
Belle , qui imputa cette retraite
à ſon deſeſpoir , en ſentit ſa va-
( nité agreablement flatée. Elle
épouſa l'Officier , & deux jours
Decembre 1683 .
C
MERCURE
50
aprés le Cavalier revint aupres de
ſa Femme. La nouvelle Mariée ne
l'euſt pas plûtoſt appris , qu'elle
alla trouver fon Pere , & luy fit
connoiſtre le péril où ſa Cadete
eſtoit expoſée , s'il gardoit chez
luy le Cavalier. Son Pere luy dit,
que puis qu'elle avoit tout ſujet
d'eſtre contente , il eſtoit perſuadé
qu'elle aimoit affez ſa
Soeur , pour prendre part à ſes
avantages ; & là-deſſus il luy
expliqua ce qui estoit arrivé. Le
dépit qu'elle eut de s'eſtre promis
une vangeance , qui ne tournoit
qu'à ſa honte , la mit dans nu
defordre d'eſprit incroyable. Elle
fortit bruſquement , & depuis
trois mois qu'elle eſt mariée , elle
n'a point encore voulu voir ſa
Soeur.
Je vais vous apprendre une
Avanture quivous paroiſtra fort
:
GALANT. SI
finguliere. Le Fauconnier d'un
grand Prince , ayant laiſſe partir
trois Faucons pour les eſſayer , il
en revint quatre. Ce quatrième
avoit deux Grelots , dont l'un ne
fonnoitpoint. On le rompit auſſitoſt
que l'on s'en fut aperçeu , &
l'on trouvadedans,un petit Sacde
cuirdans lequel ily avoitun Taliſman
, qui parut avoir eſté fait il
y a plus de 400. ans. Il avoit eſté
attaché à cetOyſeau, afin qu'aucune
Proye ne luy puſt échaper.
Le Faucon mourut fitoſt qu'on
luy eut ofté ce Taliſman. Ce que
jevousdis eſt arrivé depuis peude
mois. Je vous envoye la Figuredu
Grelot ,& celle du Cordon auquel
il eſtoit attaché , avec Técriture
Arabe , & le Taliſman
qu'on trouva dans deux Papiers.
J'ay faitgraver tout , pour la ſatisfaction
des Curieux. Voicy l'ex
C2
52
MERCURE
plication des Caracteres Arabes.
Au nom de Dieu , clément &
miféricordieux. Dieu , ayez pitiéde
nostre Maistre Mahomet , & deSa
Famille , & de ſes Amis , & leur
donnez lefalut.
Louange à Dieu , le Seigneur de
tout le Monde , clément , miséri
cordieux , &le Seigneur du jour du
Iugement. Nous vous adorons , nous
vous demandons lesecours. Conduifez-
nous au droit chemin de ceux à
qui vous avez donné vostre grace ,
&non pas au chemin de ceux que
vous avez maudit.
Iln'y a point de Dieu que Dieu
graces au Dieu tout seul.
Il n'y a point de vertu , ny de
force qu'en Dieu.
Dieumettra un Cachetſur leurs
yeux , fur leurs oreilles , fur leurs
coeurs , avec des tenebres fort fubtiles.
2
-
i
du
de
pourdes Hommes ,
C
BIBLIU
*
LYON E

GALANT.
53
2 Plût à Dieu qu'il faſſe ofter leur
lumiere , pour les faire tomber
dans les tenebres , afin qu'ils ne
voyent pas clair.
Si Dieu veut , qu'il leur ofte la
lumiere...
Le Secours & la Victoire est à
Dien, Il n'y a point de vertu , nyde
force qu'en Dieu , le grand , & le
tres -baut.
Cinq ou fix petites. Figures
qui compoſent le Taliſman , ef
toient au basdu premier Papier
des lettres Arabes , telles que
vous les voyez dans cette Planche.
Il faut obſerver que les Mahometans
ont la coûtume d'écrire
,non pas ſeulement pour le
fecours & la victoire du Faucon,
mais auſſi pour chaque forte d'ALimaux
; (cavoir , pour les Cha
meaux , Chevaux , & Mulets ;
pour des Hommes , des Femmes,
Ciij
54
MERCVRE
F
des Garçons , des Filles , & des
Enfans ; fur les Epées , & pour le
bonheur ou le malheur du Prochain.
Pour cet effet , on choiſit
un Verſet de l'Alcoran , avec
quelque Taliſman ſelon le defſein
qu'on a , & apres l'avoir écrit
fur du papier , on le coud dans
un petit morceau de linge ou de
cuir , & on l'attache ſur ſoy , le
pendant au col , ou au bras . On
pen
l'appelle en Langue Arabe Flerz,
c'eſtàdire, Refuge, ou Prefervatif;
& en Langue Turque , Hamaily ,
qui veut dire , Porterfurfoy. Cela
leur coûte quatre ou cinq Ecus.
Ceux qui écrivent ce Verſet
choiſy de l'Alcoran , ſont des
Docteurs Mahometans , Magiciens
, qui diſent la bonne-avanture
, & avec ces fortes de ſacrileges
, ils trompent ceux qui les
croyent , par leur méchanceté
• GALANT
55
S
e

ل ا
c
{.
it
SI
de
le
ela
US

& leurs fables. Ils ſont dans des
Boutiques comme des Marchands
, & tout le monde court
à eux. L'un demande quelque
Taliſman ou Ecriture pour fon
Faucon; l'autre pour ſon Cheval,
ou ſon Chameau ;la Femme pour
ſon Mary ; & le Mary , pour ſa
Femme & ſes Enfans ; enfin ,
l'un pour l'amour , l'autre pour
la haine.
Si vous avez admiré la bonté
duRoy , en lifant dans ma Lettre
du dernier mois l'Amniſtie,
qu'il luy a plû accorder aux Rebelles
des Sevennes vous l'admirerez
bien davantage , quand
je vous auray fait voir que le
Projet qu'ils avoient commencé
d'executer , alloit à exciter dans
la France un Soûlevemens des
plus dangereux . Ceux qui parlent
ſans ſçavoir le fond de cette
C 4
$6
MERCURE
Affaire , peuvent croire que leur
faute eſtoit peu conſidérable,
puis qu'ils ont pû en obtenir le
pardon.C'a eſté ſans-doute dans
cette croyance , que quelques
Etrangers , mal informez de la
choſe , ont publié dans leurs
Nouvelles publiques , qu'on
avoit ufé de violence contre les
Prétendus Réformez du Vivarets
,& fait entendre par là , que
leur crime n'égaloit pas la ſevérité
aveclaquelle ils avoient eſté
traitez. D'autres Perſonnesi, par
l'intéreſt du party , peuvent ſe
trouver dans la mesme erreur ; &
j'affoiblirois les loüanges qui font
deuës à la clémence du Roy , fi
je négligeois de vous la faire paroiſtre
auſſi grande ,& auffi extraordinaire
qu'elle eſt , en vous
:
apprenant juſqu'où les Séditieux
ont pouffé leur entrepriſe. le ne
GALANT.. 57
vous en diray rien qui ne ſoit un
- Réſultat des Interrogatoires , &
Papiers reconnus par les Sieurs
Homel & Audoyer , Miniſtres
en Vivarets ; & ainſi vous jugerez
ſur des Faits conftans, combien
le Roy les a traitez favorablement
, en ſe contentant pour
1 toute punition , de les voir rentrer
dans l'obeïſſance ,& la foû
miſſion qu'ils luy doivent. Avant
que je vienne au Fait particulier
du Projet, je dois vous dire que
le Languedoc eft diviſé pour les
Affaires de la Religion Préten
duë Réformée en quatre Provin
ces , qui font le Haut & Bas Lan-
Eguedoc, les Sevennes , & le Vi
varets ; chacune deſquelles Pro
vinces eſt diviſée en Color
ques.
Au dernier Synode , tenu à
Uſés pour le Bas- Languedoc ,il
C
58 MERCURE
1
fut réſolu qu'on établiroit en
chacun des Colloques , qui font
Uſés , Niſmes , & Montpellier ,
une Direction compoſéedetrois
ou quatre Perſonnes ; ſçavoir ,
d'unMiniſtre&de deux ou trois
Anciens , pour prendre dans l'intervale
d'un Synode à un autre ,
le ſoin des Affaires de la R. P. R..
& pourvoir fecretement à plufieurs
choſes , qui ne peuvent
eſtre faites régulierement qu'en
un Sinode. On ne ſçait pas bien.
qui estoient les Anciens qui compoſoient
cette Direction particuliere
en chaque Colloque ; mais
les Miniſtres eſtoient , le Sieur
Icard , pour Niſmes , le Sieur
Gautier , pour Montpellier ; &
le Sicur Boric , pour Ufés.
Il fut enſuite tenu un autre
Synode au mois de Septembre
1681..à. Valon pour le Vivarets,
GALANT. 59
auquel Sinode aſſiſta le Sieur
Boric , Miniſtre d'Vſés , qui di
foit avoir ordre des Directeurs
du Bas-Languedoc , de veiller en
Vivarets , pour y établir une Direction;
& dans ce deſſein , il fe
fit une Aſſemblée particuliere de
quelques - uns des principaux
Miniſtres , & Anciens du Synode
general . Ce fut dans cette Af
ſemblée que l'on étabit la Direction
du Vivarets. On y nomma
pour Directeurs , les Sieurs
Homel , Ianvier & Brunier , Miniſtres
;& les Sieurs Chapoüillé,
& Reyné , Anciens , & on leur
donna un Mémoire contenant
les fins principales de la Direction
. Ce Mémoire n'eſt pas rapporté;
mais parce que dit le Sieur
Homel , ſa principale fin eſtoir
d'établir une union , & bonne
correſpondance entre toutes les
+
G6 :
60 MERCURE
Eglifes du Vivarets , & des Pros
vinces voisines , principalement
avec celles du Bas Languedoc.
Dans cette veuë , le Sieur Borić,
Miniſtre d'uſes, eſtoit chargé
pour le Bas- Languedoc , d'avoir
correſpondance avec le Vivarets
. ?
Ceux du Vivarets en devoient
établiruneavecle Dauphiné; &
pour executer ce Projet ſous un
prétexte d'affaire particuliere ,
le Sieur Boric paffaen Dauphiné
dans le temps d'un Synode , qui
fut tenu à Sa Marcelin Ilcommuniqua
avec le Sieur Sagnol ,
Miniſtre de cette Province , qui
propóſa ce deſſein au Synode ;
mais n'ayant pu faire agréer une
Direction en Dauphiné en la for
me des autres Provinces , il fit
nommer des Inſpecteurs , qu'il
prétendit devoir faire le mefme
GALANT. 61
effer qu'une Directions Ces In
fpecteurs furent , les Sieurs Sagnol
, Miniſtre pour le Valantinois
Favier , Miniſtre pour le
Diois , Saurin , Miniſtre pour le
Viennois; Baly , Miniſtre pour le
Gréſivaudam ; Tholozan ; Minifſtrepour
les Montagnes de Gapençois
, & Ambrunois ; & Papon
,Miniſtre pour les Valées
de Pragela, & de Quayras. Ces
Directeurs ou Inſpecteurs de
Dauphiné, eſtoient chargez fuivant
leMémoire du Sieur Boric,
d'avoir correfpondance avec le
Synode de Bourgogne. L'Affaire
ayant eſté communiquée à un
Ancien de Lyon qui eſt du Synode
deBourgogne, pour la pro-
- poſer à fon Synode , det Ancient
la refuſa , ce qui fit échoüer la
choſe du roſté dela Bourgogne..
Ce refus dont ceux du Bas-Lan
MERCURE
la
guedoc eurent avis , fut cauſe
qu'ils trouverent à propos de ne
preffer l'Union que dans les Provinces
au deça de la Loire , & de
fe charger de la Provence , &
des Sevennes . Les Sevennes devoient
communiquer l'Affaire au
Haut - Languedoc , & à la
Haute - Guyenne. Le Haut-
Languedoc , & la Haute-Guyenne,
devoient établir la correſpondance
avec la Baſſe-Guyenne ,
Baſſe - Guyenne , avec la Xaintonge
; la Xaintonge , avec le
Poitou , mais comme cette Affairealloit
lentement, ceux du Bas-
Languedoc envoyerent le Sieur
Gautier, Miniſtre de Montpellier
dans toutes ces Provinces , pour
leur repréſenter la neceſſité de
cette union . Ce Miniſtre fit le
voyage ; mais trouvant ces Provinces
mal diſpoſées , la choſe
demeura-là..
GALANT. 63
Depuis ce temps ceux de la
R. P. R. reçeurent avis de la
fignification qui leur devoit eſtre
faite de la Lettre Paftorale du
Clergé. Ceux du Bas- Languedoc
damanderent une Conference au
Dauphiné & au Vivarets , pour,
examiner la Réponſe qu'ils de
voient faire à cette Lettre , afin
de garder l'uniformité .
Le prétexte des Eaux qui ſe
prennent à Vals en Vivarets , fic
que le rendez -vous y fut donné
au mois de Septembre 1682. par
le Sieur Boric pour le Bas- Languedoc,
par le Sieur Sagnol pour
le Dauphiné , & par le Sieur Homel
pour le Vivarets..Le hazard
voulut que le Sieur Piala d'Orange
, Miniſtre de Roterdam , &
petit Coufin du Sieur Piala , à
préſent Miniſtre d'Orange , ſe
trouva au meſine Lieu , avec les,
64 MERCURE
Sieurs Brunier Miniſtre en Chailar
en Vivarets , Janvier Miniſtre
des Sevennes , & Reyné Miniſtre
d'Aubenas . Les choſes furent remiſes
ſur le tapis par le Sieur Boric
, entre tous ces Miniſtres , ce
qui faiſoit voir que le Languedoc
& les Sevennes eſtoient dans le
deſſein de remettre l'Affaire fur
pied , & de s'y attacher ſans ins
terruption . Trois choſes furent
difcutées , ſçavoir , Si l'Union proposée
estoit neceſſaire ; par quels
moyens on la pourroit établir ,&م
quelleferoit la fin de son établiſſement.
A l'égard de l'établiſſement de
I'Vnion , on demeura genéralement
d'accord qu'il eſtoit neceffaire.
Quant au moyen , qu'il
falloit faire des Députations dans
toutes les Provinces , & que le
Bas Languedoc & les Sevennes
GALANT. 65
devoient eſtre chargez de la dépenſe
, le Vivarets & le Dauphiné
ne la pouvant faire ; &
pour ce qui estoit de la fin de l'Union
, elle devoit regarder la conſervation
des Egliſes ſubſiſtantes,
& le rétabliſſement de celles qui
- avoient eſté interdites. A ce def,
1
ſein il devoit eſtre fait une Dé
putation à la Cour par les plus
qualifiez de la R. P. R. De tout
cela on fit un Réſultat qui fut
dreſſé par le Sieur Sagnol,& emporté
parle Sieur Boric , pour le
communiquer au Languedoc &
aux Sevennes. Ceux du Languedoc
& des: Sevennes ne jugerenz
pas à propos que l'on députaſt
ny à la Cour , ny dans les Pro-
-vinces ; ce qui fit encore manquer
le deſſein de cette Union.
Mais l'Affaire de Mademoiselle
* Paulet, qui par la ſuite a donné
66 'MERCURE
lieu à la démolition du Temple
de Montpellier , fit renoüer les
Conférences , & il en fut affigné
une à Montpellier pour le jour
de S. Martin , dans la Maiſon du
Sieur Gautier Miniſtre.
A cette Affemblée qui ſe fit
de nuit , il ſe trouva des Deputez
des trois Colloques du Languedoc
& des Sevennes , avec le
Sieur Sagnol pour le Dauphiné.
La réſolution qu'on y prit , eſtoit
de travailler ſans relâche à l'Union
propoſée , & d'envoyer dans
toutes les Provinces dont il a esté
parlé, pour la faire réſoudre. II
fut fur cela réſolu par proviſion ,
que s'il fe démoliſſoit quelque
Temple , les Miniſtres qui y avoient
eſté donnez , preſcheroient
fur les Ruines. La démo .
lition de celuy de Montpellier
ayant eſté faite peu de temps
a
GALANT. 67
1
apres , en execution d'un Arreſt
du Parlement de Thoulouſe ,
ceux de Niſmes & d'Uſes qui
craignoient pour eux la meſme
choſe , envoyerent dans les Provinces
que ſe trouverent alors
diſpoſées à entrer dans ceue
Union , & l'on affigna une Conférence
generale à Toulouſe au
17. May 1683. On dreſſa , dans
cette Affemblée qui estoit nom-
■ breuſe , un Projet general , & une
Requeſte au Roy . La Requeſte
tendoit à excuſer les attentats réfolus
par ce Projet , qui contenoit
ſeize ou dix- sept Articles , dont
les principaux eſtoient , Qu'ilferoit
preſché le 27. Juin dans toutes
les Eglises interdites , fans affecter
de preſcher fur les Maſures des
Temples , dans les Places publiques;
mais dans les Campagnes , dans les
-Bois , & des Iardins. Que l'omrece
68 MERCURE
/
vroit les Relaps , & les Catholiques
qui voudroient ſe mettre de la R. P.
R. Qu'en cas que l'on ne pust obtenir
La permiſſion de tenir des Colloques,
il enseroit tenuſecretement , où l'on
recevroit des Miniftres. Que lesMinistres
ne défereroient point auxDecrets
qui seroient décernez contre
eux , au sujet de l'Exercice de la R..
P. R. Ce Projet& la Requeſte
au Roy , furent portez par les
Députez dans les Provinces ,
pour faire executer le Projet le
27. Juin 1683. mais ceux du Languedoc
, à cauſe de la Foire de
Baucaire , changerent le jour
afſigné , & le remirent au 22.
Aouſt , auquel jour ſeulement on
devoit l'executer ; mais le Sieur
Favier , Miniſtre du Dauphiné ,
qui estoit de l'Aſſemblée de
Thouloufe , ayant divulgué la
choſe à Grenoble , & eſtant
GALANT. 69
F
1
paſſe à Genève où il avoit fait
imprimer la Requeſte , & en
avoit laiſſé pluſieurs paquets à
des Marchands , pour la répandre
dans tous les Païs Etrangers,
ſe renditdans le Bas- Languedoc,
où il déclara ce qu'il avoit fair.
Le tout fut remis au 11. de Juillet
. L'on ne ſçait pas encore la
raiſon pour laquelle ce Projet ne
fut point executé ce jour- là , fi
ce n'eſt que chaque Province
eſtoit bien- aiſe de ne pas donner
l'exemple , en commençant la
premiere. Quoy qu'il en foit , le
Vivarets eſtoit dans cette incertitude
; mais ce qui détermina la
choſe en Vivarets , fut que les
Directeurs de cette Province
s'eſtant aſſemblez le15 . Juillet à
Vernoux , avec pluſieurs autres.
Perſonnes , un Meſſagers qu'ils
avoient envoyé à Niſmes , leur
70 MERCURE
/
apporta une Lettre du Sieur Icard
Miniſtre , par laquelle il ſe plaignoit
de la lâcheté du Vivarets,
&afluroit qu'on avoit executé à
Sainte Hipolite le 11. & que le
Poitou la Xaintonge & la
Guyenne , ne manqueroient pas
d'executer le 18.
:
,
Cette Aſſemblée ne s'arreſta
pas à la ſimple réſolution d'executer
le Projet general , en faiſant
preſcherdans tous les Lieux
interdits ; mais avant que de ſe
ſéparer , elle fit un Projet particulier
pour le Vivarets. Ce Projet
particulier fut envoyé à Niſmes,
& dans les autres Provinces ,
afin que l'on priſt des réſolutions
deſſus , & quel'on s'y conformaſt .
Il contenoit en ſubſtance , Qu'il
faloit executerle Projet general
refolu à Thoulouse, &preſcher dans
tous les Lieux interdits Pour cela,
GALANT.
71
1
les Miniſtres du Vivarets qui ſe
trouverent à cette Aſſemblée ,
furent diſtribuez , tant dans ces
Lieux interdits , que dans leurs
Annexes , le 18. du mois de Juillet.
On établit une Direction
fixe , composée d'un Gentilhomme
appellé des Fonds, qui devoit
eſtre Préſident; du Sieur Homel,
Miniſtre adjoint avec les Sieurs
Bertrand & Blanc autres Miniſtres
; & d'autres particuliers Notables
du Païs , & l'on aſſigna
cette Direction à Chalençon. Ce
Projet portoit encore , Qu'en cas
que l'on envoyaſt des Troupes , ilsſe
donneroient main-forte ; Qu'à cet
effet , il y auroit un signal pour ſe
rendre aux Lieux qu'on attaqueroit
, & que ceux qui refuſeroient
de prefter secours ,Seroient déclarez,
Rebelle , & traitez comme Ennemis
; Qu'on feroit des Compagnias
1
72 MERCURE
1
1
1
en chaque Eglise , &qu'on nommeroit
des Officiers ; Que l'on tiendroit
un Paffage fur le Rône , afin d'a
voir du secours ; Qu'il feroit fait
des Mémoires dans chaque Eglife,
des Relaps , ainsi que de ceux que
l'on dit estre érigezen Persécuteurs,
for Prestres , Gentilshommes ,
autres , dont le Tableau feroit en .
voyé; & enfin , qu'on prieroit Meffieurs
d'Entragues , en cas de beſoin,
deſe vouloir mettre à la teste des
Troupes.

Y
ой
Apres cette Aſſemblée de
Vernoux du 15. de Juillet, il fut
preſché le 18. dans tous les Lieux
interdits du Vivarets ; & ceux
qui avoient eſté élûs pour compoſer
cette nouvelle Direction
à Chalençon , s'y eſtant rendus ,
il ſe tint une Affemblée genérale
en ce lieu là le 29.& 30. du
meſme mois. On y approuva ce
qui
GALANT.
73
L
,
qui avoit eſté fait juſqu'alors. On
confirma la Direction. On ordonna
que ce qu'elle jugeroit ,
ou fix des Directeurs enſemble
en l'absence des autres feroit
executé ; & que chaque Conſiſtoire
ou Communauté , feroit
ſçavoir quel nombre de Gens de
la R. P. R. s'y trouvoit , & que
l'on taxeroit les Aiſez de cette
Religion.
Il y eut enſuite une autre Afſemblée
à Chalençon , dans laquelle
on élût des Capitaines
pour les Compagnies qui ſeroient
envoyées par chacun des Conſiſtoires
. On envoya des Députez
aux Sevennes , pour ſe trou.
ver à une nouvelle Aſſembléc
qui devoit ſe tenir à Genoüillac ,
& qui ne s'y tint pas , à cauſe de
la mef- intelligence que l'on avoit
tâché de jetter parmy ceux qui
Decembre 1683 , D
74
MERCURE
devoient la compoſer Les Points
principaux d'Inſtruction des Députez
, ainſi qu'il eſt juſtifié par
un Mémoire , estoient de remontrer
entre autres choses; Que
le deſordre qui estoit parmy ceux de
la R. P. R. venoit des faux Freres ,
qu'ils appelloient Temporiſeurs , &
qu'il estoit néceſſaire d'en faire des
exemples , Qu'il falloit premierement
s'attacher aux Miniftres relâchez
, & à ceux qui avoient paru
contraires à l'execution du Projet ,
en laiſſant agir le Peuple contre ces
derniers , & mettant les autres en
bicu de feûreté , en cas qu'on pust
s'en faifir ; finon qu'il falloit leur
envoyer des Garnisons , & les charger
de groſſes contributions ; & qu'il
estoit pareillement de la derniere
neceſſité de faire quelques Exemples
qui portaffent coup , de Perſonnes de
qualité , Notables & contraires au
GALANT .
75
7
1
:
Projet. Apres toutes ces Affem
blées & Députations , pluſieurs
ayant pris les armes , ſe rendirent
à Chalençon , où il fut fait une
Garde, compoſée tant des Habitans
du Lieu , que de ceux des
Lieux circonvoiſins , qui venoient
chacun à leur tour ſe relever,&
qui logeoient par Billets
chez des Hoſtes aux dépens de
la Direction , & on continua les
Exercices de la R. P. R. dans les
Lieux défendus , avec armes &
attroupemens. On fit plus. On
ſe ſaiſit d'un Chaſteau proche de
Chalençon , appellé Chambaud,
dans lequel on mit une Garnifon
,&d'un autre appellé Pierregourde.
On députa à Niſmes , &
dans les autres Lieux , pour avoir
un Secours d'Hommes & d'argent.
On promit beaucoup ; mais
ces grandes promeſſes aboutirent
D2
76
८७७.
MERCURE
эп
à l'égard de ceux de Nimes , a regare
mille livres ; de Lyon , deux cens
vingt livres ; d'Uſes , deux cens
livres ; & d'Annoney , ſoixante &
quinze livres , & on alla aux Pref.
ches en Vivarets dans les Lieux
interdits ; ce qui continua juſqu'au
30. Aouſt , qu'une autre Affemblée
s'eſtant tenuë à Chalençon ,
oneut le ſoin d'y faire trouver des
Gentilshommes , & autres Perſonnes
affectionnées au ſervice
du Roy , qui tournerent les choſes
de maniere , qu'il fut réſolu
qu'on ceſſeroit l'Exercice de la
Religion dans les Lieux interdits!
que l'on poſeroit les armes , qu'on
demanderoit pardon à Sa Majeſté
, & qu'on ſe remettroit à ſa
clémence. Il en fut dreſſe un Acte
de fidelité & de foûmiſſion , & cet
Acte a eſté envoyé au Roy. Les
choſes demeurerent en cet état
$13
GALANT .
77
jufqu'au 18. Septembre , que ceux
de la R.1P. R. apprirent que les
Troupes de Sa Majeſté devoient
entrer entrer dans dans le Vivarets le 20. &
139
روا
που
ansb.?
que quelques Mal-intentionnez
les affurerent que l'Amniſtie
qu'on leur avoit laiſſe eſpérer , &
qui n'arriva que le 22. contenoit
une réſerve de elerve tous ceux qui
in
US
avoient
aſſiſte aux Aſſemblées generales
& particulieres ce qui
94 290US
6.
ز
comprenant generalement tous
ceux de la f ceux de la R. P. R. leur fit croire
qu'il n'y avoit aucun eſpoir de
USIC
Per- pardon pour eux , & que les
ſonnes qui les avoient portez à
ſe remettre devoir& lo- remettre dans le devoir &
beiſſance denë au Roy,les avoient
facrifiez . Cela fit que quelqueuns
recommencerent de s'affembler
du coſté de Chalençon le 19 .
20. & autres jours ſuivans , &
qu'ils envoyerent mefme le 23. un

D 3
78 MERCURE
Détachement qui s'approcha afſez
pres des Troupes de Sa Majeſté
, pour infulter les Sentinelles
, & faire d'autres infolences
la nuit du 23. au 24. & celle du
24. au 25. ce qui obligea de faire
marcher les Troupes contr'eux
le 26. & d'en tuer une partie.
Cependant l'Amniſtie ayant eſté
répanduë par tout , toutes les
autres Communautez meſme
celle de Boutieres , l'ont reçeuë
avec tous les reſpects & la reconnoiffance
qu'elles devoient aux
bontez de Sa Majesté , & ont
demeuré dans la ſoûmiſſion &
lobeïffance.
0
Le Berger Fleuriſte vous eſt
connu par tant de galans Ouvrages
, que pour vous faire eſtimer
celuy que vous allez lire , il me
fuffira de vous apprendre qu'il
en eſt l'Autheur. C'eſt une RéGALANT.
79
79
2
ponſe qu'il fait à la Nymphe des
Bruyeres , qui luy avoit mandé
comme ppaarr reproche que le
coeur qu'il luy offroit n'eſtoit
plus à luy , ou qu'il ne pouvoit
y eſtre ſans inconſtance.
LE BERGER
၁၃၁
FLEURISTE ,
A la Nymphe des Bruyeres .
A
Vant que de me condamner,
Fe croirois , belle Liliale ...
3 Sans recourir à la chicane ,
Que vous devriez un peu m'examiner.
Vous ſçavez mon humeurfincere,
Elle mérite de vous plaire .
De grace donc au lieu de m'in-
Sulter ,
D 4
80 MERCURE
د
3M Kronveż bon d'écouter
Un petit Discours fans miftere.
Autrefois , il est vray , Cloris avoit
mon coeurs varatuob 9.5
Elle en fentoit même l'ardeur,
Elle en voyoit laflameish
Elle en remarquoit lesfoûpirs,
Elle en expliquoit les defirs ,
* Et sa belleAme
Faifoit de tout colm fes innocent
plaifins a strogarera
L'union me paroiffoit douce;
Mais quoy que pour Cloris elle cust
darauffid'appas
Comme il n'est rien qui ne change
ici bas , Hom
UnSecret mouvement la pouße
A quitter,malgrémoy, nos Hameaux
pourParis .
Elle part, elle arrive , elle le voit,
l'admire ,

ALANT. 81
L'estime, l'aime,& pour tout dire
Ilgagne le coeur de Cloris 15
Et le gagne si bien, que ceferoitpour
Une douleur mortelle om
Si quelque évenement qu'on ne pust
détourner,ni so
L'obligeoit de l'abandonner.
Mais c'est peu de cette victoire ,
Que remporte Paris;
Il efface defamémoire
Iusqu'aux Adorateurs qu'elle a le
plus.cheris
Iefuis confondu dans ce nombre.
Cloris nem'écrit plus , nepense plus
àmoy ;
L'enfeche, j'en languis , j'en deviens
7 comine une Ombre ,
Et jemevois enfin , &preſque ſans
offroy
Aux Portes du Royaume Sombre
DS
82 MERCURE
Par bonheur , la raiſon y vient àmon
Secours
ON
мезг
Elle force ma réſiſtance ,
Par une vive remontrance ,
Et de mon deſeſpoir change le trifte
cours,
Mon ccoeoeuur en eeſt touché , ſon devoir
leramene ..
Il a quitté Cloris , il a rompu sa
chaîne;
La devoit- il porter toûjours ?
10
Si c'est assez que d'une année ,
Pour la constance d'une amour ,
Quand la constance est fortunée ,
Et trop de douze mois , quand elle est
Sans retour ,
Marupture ne peut qu'estre à tort
condamnée.
Ainsi lors que vers vous ie ſuis ma
destinée,
GALANT . 83
Point de reproche , s'il vous plaiſt,
Sur une affaire terminée ,
Où vous n'avezpoint d'interest.
Mon coeur ſe donne tel qu'il eſt ,
Sincere & franc, autant qu'on le peut
estre ,
Croyant de bonnefoy garder iusqu'à
la mort
Chaque nouvelle ardeur que l'amour
y fait naistre,
Et qu'ily garderoit , s'il avoit l'heu
reuxfort
D'estre enflâmépour une Belle
Qui fut d'humeurfidelle..
An
Ien'en iurerois pourtant pas..
Peut - on dans l'avenir répondre de
Jespas?
Ce coeur est François,fuit lamode,
Prenez- le, s'il vous accommode.
Vous allez dire qu'un Amant
Ne parle pointfi franchement ,
D6
84 MERCURE
Que ce discoursfent trop l'indii
syferande ;riling emories Inc
Et qu'un mensonge adroit , galamiment
debite, mia sobran
En amour , à la préfereniceg No
Sur une rude veritatiomal
Si vous le dites, ie lepense;
Mais quoy, ie ne sçaurois nymentir,
ny tromper.
On trouve dans rascatarines
Beaucoup plus d'attraits que de
Iene croypas que i'enpuiſſe écha
per
Celapourtant arriverapeut-être.
Et quand ? ie n'en ſçay rien ; qui le
Sçauroit connoître , 210-
Letemps &le destein, selaiſſentin
itsteglers samonline
Leur coduite ale Cielpourmaître.
Ceffezdonc de vous en troubler.
On ne doit s'attacher danslegalant:
mistere
GALANT
85
< D'un Berger&d'une Bergere
Qu'à l'extréme plaisir dont on se
Quandon aime,& qu'on estaimé.
Nous goûtons déia l'un & l'autre,
Lamoitiéde cette douceur ;
Poußons l'ouvrage à bout , partagez
momandeurs 29
Vous faites mon defir , que ie faſſe
le voftre ; 1991003 (
Ge mutuel accord , est le noeud du
sis hopehastion & ang guis.
Et nous n'en croirons point defifort
AdquoVamoftrep and por
Monfieur de Fromonville ayant
obtenu le Gouvernement de
Nemours , y fit ſon Entrée publique
il ya fort peu de temps . C'eſt
un: Gentilhomme qui s'eſt diſtingué
dés ſes premieres années
à l'Expédition de Gigery. Il s'y
trouva avec le Regiment de Pi86
MERCURE
cardie, dont il eſtoit Lieutenant.
Comme il s'eſtoit toûjours attaché
aupres de Me le Duc de
Nemours , ce Prince eftant mort ,
ib fuivit la jeune Princeffe en
Portugal , lors qu'elles neut
épousé le Roy Il s'y maria , & y
fut fait Capitaine dans le Regiment
de Chevry. Eſtant de retour
en France , il fut Bailly de
Nemours , & Capitaine du Chaſteau
comme avoit eſté feu
Monfieur de Fromonville fon
Pere. En 1674. le Roy qui avoit
acheré le Duché de Nemours ,
avec le Duché d'Aumale , à condition
de payer les debtes de la
Maiſon de Nemours, ayant donné
ce premier duché à Monfigur
pour ſuplément d'Apannage ,
Monfieur de Fromonville ſceut
fi bien gagner l'eſtime , & les
bonnes graces dece Prince , qu'il
3
<
GALANT. 87
joignit àſes Emplois, la Charge
de Capitaine des Chaſſes du Du
ché, & luy a fait enfin obtenir
leBrevet du Roy, de Gouverneur
de Nemours. Voicy ce qui s'eſt
paſſedans ſon Entrée. Le Dimanche
dernier jour d'Octobre ,
Monfieurde Fromonville fortit
le matin de Nemours avec fon
Lieutenant & ſes Gardes , & un
fort grand nombre de Gentilshommes
, pour ſe rendre àGrés,
queftun Bourg éloigné de
la Ville d'une lieue. Ce Lieu fut:
choiſy pour s'affembler , & l'on y
regla la Marche , qui fut.commencée
à deux heures apres midy
, pour entrer à Nemours par
la Porte de Paris. Pluſieurs Com-
--pagnies , commandées chacune
par ſes Officiers , s'avancerent
en bon ordre , faiſant de continuelles
décharges ſur le chemin.
88 MERCURE
Quand elles furent à la Porte de
la Ville , elles formerent deux
Hayes ,& s'arreſterent pour laiffer
paffer Monfieur le Gouverneur.
Les Gardes de Chaffe ,
commandez par Monfieur de
Franclicu , Lieutenant , alldient
les premiers , tenant l'Epée nuë.
Ils eſtoient ſuivis des Sergens.
Monfieur le Prevent des Mafu
chands,& les Archers ,altoient
auſſi l'Epée nuë , immediatement
devantMonfieurde Fromonville,
qu'on voyoit au milieu des Gentilshommes
qui l'accompagnolet,
tous tres-leftes,& fort bien mon
tez . A l'entrée du Fauxbourg ,
Monfieur Martin , premierEchevin
, fuivy de fes Collegues , luy
préfenta les Clefsds la Ville, dans
unBaffin d'argent Il s'agenotilla
pour les recevoir , & remit ces
Clefs dans le Ballin', apres les
S
GALANT 89
avoir, baisées. Les Echevins lay
ayant fait leurs Complimens , &
leurs Proteſtations de fidelité ,il
continua ſa Marche juſques au
Palais où Monfieur Hédelin ,
Lieutenant General du Bailliage ,
& Monfieur le Roy , Préſident
de l'Election , le haranguerent ,
chacun à la teſte de ſa Compagnian
La Jeuneſſe de la Ville ,
rangée ſous les Armes, falua ce
Gouverneur d'une décharge genérale
,& fi toſt qu'il fut dans le
Chafteau , on y defonça pluſieurs
muidsde Vin qu'on aband
an Peuple. Le rettendu jour ſe
paſſa aux Complimens qu'il reçeut
des Principaux de la Ville . Il
fut traite le ſoir par les Officiers ;
& le lendemain , il donna à fouper
dans la grande Salle du Chaſteau,
Le Repas fut magnifique ,
& rien n'y manqua , ny pour le
abandonna
१०
MERCVRE
bel ordre & la propreté , ny pour
l'abondance. Trois jours apres ,
Madame la Gouvernante invita
les Dames à un Ambigu , qui fut
précedé d'un Bal. Ce Bal dura
depuis hoin heures juſques à minuit.
On n'épargna rien pour cette
Feſte. Les Illuminations, les Rafraîchiſſemens
, les Fruits , tout
fut employé , & ces Divertiſfemens
ayant continué plusieurs
jours , chacun tacha d'y donner
des marques de l'eſtimeyda
reſpect que l'on a pour ce nouveau
Gouverneur sliempat siger
Je vous envoyay dans le mois
de luin dernier , une Lettre que
Monfieur Crochat , Profefleur
des Mathématiques adreſſoit
aux Aftrologues Judiciaires. Voiey
laRéponſe qu'on luy a faite....
GALANT..
91
Joyyo 48oiq 31 38 5555કુઝ
είναι ουασατενιού σε smshoNh
AMOROCHAT,
Sut ce qulikatécrivicontroge
Totes Aftrologues.
Eone foay , Monsieur , quelfera
lefinuitide wſtre Lettre ; il doit
estre grand spuis qu'on est extrémement
disposé sa croire ce qui ſe dit,
contre quelque Science que ce soit
mais particulierement contre l'Astrologie
, laquelle ayant esté pratiquée
par des Anciens fort beureusement,
n'est plus à la mode , en ce temps
que l'on n'estime rien qui ne foit
nouveau , commeſi tonte l'Antiquité
avoit manqué de lumieres , & qu'il
fuffit de citer les Anciens ,ou de pratiquer
ce qu'ils ont enseigné ou pratiqué
, pour estretraité de ridicule..
92
MERCURE
Mais pour faire voir queſi l'on méprise
c'est
Sans raiſon
310
ou condamne l' Aftrologie, c
6.
& Sans fondement , je
réponds à voſtre Probléme , & j'en
promets lafolution , quand vous le
Souhaiterez . Cependant vous ne trouverez
pas mauvais , fi en voulant
établir , ou défendre l'Aftrologie
des injures que vous luy faites , it
m'échape quelque chose qui foit éloigné
du reſpect que je devrois à un
Profeſſeur de Mathematique , fi
pourtant ce n'est pas
foya
pas avoir beauaj
s
coup de de croire que vous
Soyez , lors qu'on
OM
lit dans voſtre
2001
ceque
Lettre , Que le Pôle des Maiſons
Aftrologiques eſt dans l' Interfection
de l'Horison &du Meridien ; ce
d'autres que moy , traiteroient d'une
abfurdité indigne du plus petit Ecolier.
Si je me fers d'un mot qui vous
bleſſe, vous en estes cause, estant forty
le premier du reſpect qu'on doit à
GALAN T.
93
la divine Aftrologie .
2
در
vous propolez La Question que vo ม e vous propoſez ,
ne roule que fur la maniere de dreffer
une figure natale ſous le Pôle , où
la sphére est paralelle. La chiſe
vous aa
paru peut - efre difficile à
refoudre , & vous avez crûpar là
embaraſſer les Aftrologues. Vous l'avez
mesme accompagnée de certainesrrefl
lod
lexions , fur lesquelles vous
croyez qu'il feroit impoſſible de vous
Satisfaiirree.. CCeeppeendant ce n'est qu'une
bagatelle ; &quand ilvoussplaira
de donner le temps précisement,pendant
lequel cette naiſſance est
vée , je vous
liea
fieur,
arrivous
eenn feray la Figure
2300300
د
auſſi facilement qu'en aucun autre
du monde. Vous ſçavez, Monque
ce que je vons demande
est un principe incontestable de l'Aſtrologie
, & ſans quoy
12
l'on n'a jamais
fait aucun Theme celeste. Cela
vous embarafſſera peut - estre à
94
MERCURE
AT
voſtre tour. Ie n'en doute pas ; car
it me paroist beaucoup de difficulté à
fçavoir l'heure qu'ilpeut estre en un
lieu , où il n'y a point de Méridien,
puis que ce n'est que par l'aproche,
ou par l'éloignement du Soleil au
Méridien , que l'on meſure les temps.
Quand vous lasçaurez,& que vous
me l'aurez dite , je fatisferay àma
promeffe. Ce sera environ dans le
temps que nous verrons athever la
Tour qu'Eſope entreprit de bastir en
l'air ; mais que dis- je , lors que je
vous demande une naiſſance arrivée
fous le Pôle, puis qu'il cft impoſſible
qu'il s'y en faffe, llee Pôle eftant un
Point Mathematique ſous lequel il
ne peut naistre personne ?
Te ne puis croire que vous prétendiez
entendre , que cesoitproche
du Pôle , qu'un Hommeſoit né , puis
que voussçavez , ou devez sçavoir,
que Jean- Baptiste Morin a donné
GALANT.
95
une methode exacte & naturelle, de
dreffer une Figure natale pour tous
les lieux habitables ; & qu'il dit ,
qu'au lieu où il nese peut faire de
divifion de Maiſons celestes , là
auſſi il nese peut faire de Genéra
tion , l'une estant la cauſe de l'autre;
ce qui se prouve par l'experience.
C'estoit un habile Homme que le
Sieur Morin , bon Philosophe , &
grand Mathématicien , mais qui a
peut estre en le malheur jusqu'à
present de n'estre pas connu de vous;
car s'il l'avoit esté , vous ne nous citeriez-
pas Piode l'Amirande , &
Alexandre de Angelis , pour détruire
I'Astrologie , puis qu'il a répondu
fortement ( & d'une maniere à ne
point laiffer lieu de douter de laverité
de la certitude de l'Astrologie )
àtoutes les objections qui se trouvent
dans leurs Livres , &àtoutes
celles que l'on pourroitfaire contre
96 MERCURE
cette Science Phiſique. En attendant
que vous le lifie,z je vous con-
Seille de ne pas faire des jugemens
affez témeraires contre les Aftrologues
, pour croire que c'est par des
Préjugez qu'ils s'attachent à cette
Science , puis que ce n'est rien moins
que cela , & qu'elle est fondée sur
l'experience& laraison , qui font
des preuves auſſi aſſurées dans les
matieres Philiques que les Démonstrations
le font dans les Mathématiques.
Ie finiray , pour ne pas paffer les
bornes d'une Lettre , en vous remerciant
au nom de tous les Aftrologues
, des faveurs que vous leur offrez
de la part de Mademoiselle
Vranie , à condition qu'ils renonceront
à l'Astrologie , pour embras.
Ser l'Astronomie. Il n'y ena pas un
qui les estime aßez , pour payer ce
qu'elle en demande d'eux , & qui
veüille
GALANT.
97
veüille quitter cette Science pour
I'Astronomie , laquette fente n'est
bonne à rien , & n'est utile qu'en
ce qu'elle est employée pour l'Astrologie.
Et en effer , fans le fruit que
nous en recüeillons parla belleAftrologie,
toutes les peines des Thichos,
des Galilée , & de vostre Monsieur
de Caßini luy- mefme , qui ont travaillé
depuisfi longtemps , pour re.
connoistre avec exactitude tous les
mouvemens des Planetes , & par
ticulierement de Saturne , Jupiter,
Mars, Vénus & Mercure, demeureroient
inutiles , & ne feroient pas
plus avantageuses & à eux &aux
Public , que s'ils s'occupoient àcompter
les goutes d'eau qu'enferme la
Mer.. Jesuis vostre c
ALE: SERRURIER , demeurant à
Châlons en Champagne.
Monfieur le Marquis de Mirepoix
foûtient en toutes occafions
Decembre 1683 . E
98 MERCURE
la grandeur du Nom qu'il porte ,
par une magnificence qui ſemble
attachée à ſes actions , & à fa
perſonne. Tout ce qu'il fait eſt
grand; mais il ne paroiſt jamais
tant l'Aîné de l'illustre Maiſon de
Levy , que lors qu'il peut joindre
les intéreſts de la Religion à ceux
de l'Etat .Tout le monde connoiſt
le fuccés extraordinaire avec
lequel il s'y applique dans Pamiers
, & dans tout le reſte de la
Province de Foix , dont il eſt
Gouverneur.C'eſt dans cette Vil.
le qu'il fit faire un Service tresfolemnel
pour la Reyne , dés
qu'il eut appris ſa mort. Cet empreſſement
n'a pas fuffy à ſon
zele , & il a voulu porter plus
loin la reconnoiſſance qu'il doit
aux bontez diftinguées dont cette
grande Princeſſe l'avoit toujours
honoré. Sa Majesté luy
L
1093
*
GALAN T.
*
ayantenvoyé la Commiſſion pous
tenir les Etats de la Province
les a convoquez dans la Ville de
Foix meſme. L'ouverture s'en fir
le 8. de Novembre. Ony délibera
d'abord ſur les Dons ordinaires
, & on y receut tout d'une
voix les intentions duRoy, telles
qu'on les expliqua. Monfieur
l'Abbé de Paylhez , qui eſt à la
teſte de cette Aſſemblée, en l'abſence
de Monfieur l'Eveſque de
Pamiers, y repréſenta avec beau
coup d'éloquence la perte que la
France a faite par le deceds de
fon auguſte & pieuſe Reyne.
Son Difcours eftoit tres digne de
luy. Auſſi réſolut on , fi toſt qu'il
l'eut propoſé , de faire connoiſtre
par un Service pompeux l'extrême
veneration que l'on confervoit
pour cette Princeſſe. Ce Sen
vice fut fait le Jeudy ſuivant on
E2
100 MERCURE
ziéme du meſme mois, avecune
magnificence qui eft peu connuedans
les Provinces. Les Etats
ſe rendirentoen corps & en
grand deüil , dans le Chaſteau
de la Ville de Foixou Monfieur
de Mirepoix les attendoit!
Quatre Perſonnes des plus
qualifiées des Etats , ayant de
grands Manteaux longsamprirentle
Poële,plors qu'ils feeurent
que le Clergé arrivoit en derémonicaLa
Marche ſe fit dans
l'ordre ſuivant..
Six vingts Pauvres habillez de
gris , alloient deux à deux avec
de grandes Torches à la main,
&apres eux , les Penitens bleus
enafort grand nombre
auffi chacun un Flambeau. Les
Ordres Religieux venoient en
fuite ſelon leur rang?& leClergéde
l'Abbaye les fuivoît? Deux
ayant
GALANT.. 101
Exempts des Gardes marchoient
à la teſte de toute la Maiſon de
Monfieur de Mirepoix , qui eſtoit
tout en grand deüile Tous les
Gardes estoient meſme habillez
de noir fous leurs Calaques , &
avoient de grands Crêpes au
Chapeauon Ils portoient leurs
Mousquetons renverſez , les
Tambours& les Trompetes fai.
foiens un bruit lugubre, qui fut
repris en divers endroits de la
Maffe.Les Gardes environnoient
leDrap mortuaire . Le Lieutenant
des Gardes,& les autres Officiers ,
venoient en ſnice
Monfieur le Gouverneur engrand
deüil . Son grand manteau eſtoit
porté par trois Gentilshommes ,
qui avoient eux meſmes de
grands Manteaux portez par des
Laquais Monfieur l'Abbé de Payl
hez venoit immédiatement aprés
précedant
E 3
102 MERCVRE
eux, en Rochet & en Camail ,&
il avoit à ſa gauche Monfieur le
Comte de Foix. En ſuite marchoient
deux à deux , tous les
Seigneurs , Gentilshommes , &
Confuls des Etats , ſelon leur
feance. Toute la Milice de la Ville&
du Chaſteau , eſtoit rangée
en haye juſques à l'Eglife. Sans
cette précaution on n'auroit pû
garder un ordre bien regulier
dans une marche où l'affluence
prodigieuſe de monde qui avoit
accouru de toutes parts euſt infailliblement
jetté beaucoup de
confufion. On ſe rendit dans la
grade & belle Eglife de l'Abbaye,
que l'on trouva toute tenduë de
noir à trois Bandes de Velours ,
chargées des Armes & des Chifres
de la Reyne,&de Trophées
de la Mort. Dans le Choeur eſtoit
un Maufolée fort bien entendu ,
GALANT. 103
/
élevé de oinq marches , avec la
Repréſentation de la Reyne au
milieu Six Colomnes foûtenoient
une Chapelle ardente extraordinairement
illuminée. Le
Mausolée eſtoit d'un Deſſein particulier.
Ily avoit à chaque coin
quatre Gardes , & un Officier ,
&toutes les Places du Choeur
eftoient fi bien diſpoſées , que
tous ceux qui les occupoient ,
relevoient la pompe de ce Deüil.
Quandchacun eut pris la fienne,
le Gelebrant commença la meſſe.
Monfieur le Gouverneur n'avoit
devant luy que fon Capitaine
des Gardes , & les Aumôniers du
Chasteau. Il alla ſeul à l'Offertoire
, apres avoir fait les revé
rences de cerémonie à l'Autel ,
àla Repréſentation , & à chaque
Corps des Etats. Il revint en fuite
àſa place avec la meſme ceré
E 4
104 MERCURE
-monie ,& l'on entendit l'Oraiſon
Funebre. Monfieur l'Abbé de
Rodeille , qui la prononça , ſoûtint
admirablement l'approbation
qu'il avoit déja meritée à Pamiers
, & que ſes Sermons ont
droit d'attendre par tout , apresle
ſuccés qu'ils ont eu pluſieurs
fois dans les Chaires de
Paris. Toutes les Ceremonics
que l'Egliſe pratique en de ſem
blables rencontres eſtant finies,
Meſſieurs des Etats accompagnerent
en corps Monfieur de
Mirepoix au Chaſteau. It traita
les Principaux avec toute l'abondance
& la propreté qu'on peut
attendre d'une Perſonne qui eſt
magnifique en toutes choſes...
Le Mardy 30. de Novembre,
Mademoiselle de Belin , Fille
de feu Monfieur de S. Marceau ,
Capitaine d'Infanterie au Régi
GALAN T. 105
ment Lyonnois , tué au ſervice
de Sa Majesté abjura l'Héreſie
entre les mains du Pere Alexis
du Buc Théatin , à l'iſſuë de la
Controverfe.
Trois jours apres , Monfieur
de la Haye-Grandville fit une
pareillesAbjuration. Il eſt d'une
illuſtre Famille de Bretagne , qui
aytoûjours efté de la Religion
Proteftante , & qui a pluſieurs ,
Parens Miniſtres , & entr'autres
le Sieur Pinot Miniſtre de Genéve.
Il y avoit déja quelque temps
que ce mefme Pere travailloit à
le retirer de ſes erreurs.
Je vous envoye des Paroles
d'un Amant , qu'un habile Maiſtre
a miſes en Air. Vous jugez
bion , puis qu'elles ſont d'un
Amant, qu'il faut qu'elles foient
plaintives. 22 on tricot
:
E
106 MERCURE
AIR NOUVEAV.
B
Eau Jardin , beau Ruisseau ,
témoin de mon martyre ,
Bois, où loin de Philis ie viens verſer
des pleurs ,
Engagez vos Zephirs àplaindre mes:
malheurs;
On fi dans ces beaux Lieux ils ne
veulent que rire ,
Engagez-les du moins à dire
A Philis que ie meurs..
Rien n'eſt plus aifé , ny plus
naturel , que les Vers qui ſuivent..
Ils ſont de Monfieur Valnay,Controlleur
de la maiſon du Roy , &
ont eſté faits pour une Philis ,
dont je vous puis apprendre le
nom. Elle s'appelle madame Hul
lot,& eſt Femme d'un Secretaire
duRoy. Il ſeroit fort difficile de
GALANT.. 107
trouver une plus habile Chaſſereffe.
CAPRICE.
Q
Voy que
vanté
la Fable ait tant
La Gréce, &fon Antiquité,
La France l'emporte fur elle.
Son Héros est dans les hazards
Plus grand que Jupiter , ou Mars ,
Ne l'eſt dans fa gloire immortelle,
Malgréses plus puiſſans Rivaux,
D'un ſouffle il renverse une Ville.
Hercule a fait douze Travaux,
LOVIS en afait plus de mille.
Autrefois ce grand Apollon
Ioua- t'il mieux du Violon
Qu'à préſent l'illustre le Peintre ;
Et chez le Troyen eut- il l'art
D'orner la Corniche & le Ceintre
E6
108 MERCURE
?
Auſfirichement queMansart ?
Nous avons de belles Hétenes,
Trop, au gré de certains Marys.
Nous ne manquons point de Paris ,
Une en a ſouvent des douzaines ;.
Mais nous avons pour la vertu
Pour le courage, &pour l'adreſſfe,
Dequoy l'emporter fur laGrése ...
Quelque Déesse qu'elle ait eu ,
Une desnostres ficharmante ,
Qu'on ne peut la priser affez
Auroit fait la leçon à trente
De ces Belles des temps paſſez ,
C'eſt Philis que je veux dépeindre ;;
En graces elle vant Kenus ,.......
Et quand je dirois un peu plus ,
Ie n'aurois pas beaucoup à craindre..
Terpſicore, du Claveſſin
N'avoit pas le toucherfi fin
Que cette sçavante Merveille
Iamais jeu ne fut fi poly
I'en prendrois à témoin L'oreille
De l'incomparable Lully
A
f
GALANT! 1000
12
Minerve estoit bien moins parfaite
En ouvrage aupetit Mestier;
La Bource que Philis m'a faitte..
Eftun chef d'oeuvre tout entier ;
Mais tout ce que je dis là d'elle ..
N'est à mon sens que bagatelle ,
Prés de fon adreſſe àchaffer.
C'est làqu'elle est des plus sçavantes,
Etqu'elle peutfeule effacer
Diane & toutes ses Suivantes .
Cette Fille de Iupiter..
L'auroit elle ofé difputer
Anostre charmante Chaſſeuse,
Elle qui dedansſes Forests
Tiroit à l'affuſt defort prés ,
Commeune pauvrepareſſeuse ?
Mais Philis,le Fusil enmain ,
Pouffe à chevalou Lievre , ou Daim ;" >
Par les Valons & les Montagnes ,
Et plus viste que les Eclairs ,
Prend plaisir àfendre les airs ,
Quand elle est en pleines Capagnes..
Dlautrefois aux jours derepos..
110 MERCURE
:
Sansjamais ſe laffer de chaffe,
Neptune la voitſurſes flots
Pleine d'ardeur parmy la glace.
L'Hyver qui charme les Canards ,
Ravit auſſinostreDéeffe ,
Qui pour mirerun coup d'adreſſe,
Affronteroit mille hazards ;
Elleſe rit de lafroidure ;
Et tant que l' Aftre du jour dure ,
Tomba- t-il neiges &gréfil ,
Ilfaut qu'elle acheve fa quešte ,
Et qu'elle abate chaque Beste
Quiseprésente àfon Fufil..
Témoin de ce noble Exercice,
Malgré Decembre, &fon couroux ,,
Ieveux, enluy rendant justice ,
Dire icyle plus beau des coups.
Ames yeux elle vient d'abatre
D'unſeulcoup troisCanards dequatre
Qui folâtroient dans les Rofeaux ..
DeSoixante pas cette Belle
Asi bien tiré ces Oyſeaux ,
Que ie les tiens dans la Nacelle..
GALANT. 1,11
Du temps que les coeurs & les yeux ,
Enchantezpar l'Idolâtrie ,
Reconnoiſſfoient autant de Dieux
Que d'illustres dans leur Patric ;
Philis auroit du moins esté
LaDéeſſe de la Cité ,
On l'auroit peinte en ſes Images
Parmy les Maistres du Nectar ,
Molement aſſiſe enfon Char
Tiré par des Canards Sauvages..
On atoûjours dit que les grands
Hommes ne mouroient point.
Cette verité a paru dans la mort
de Monfieur Bernardi , Chef de
cette illuſtre Academie , qui s'eſt
acquis tant de réputation , non
ſeulement en France , mais encore
dans tous les Etats qui en
font voiſins..
Il a laiſſé un Neveu de ſon même
nom , Héritier de ſes Biens ,
& de fes bonnes qualitez . Ainfi
112 MERCURE
il ſemble que Monfieur Bernardi
ne foit pas mort , puis qu'on le
voit revivre en la Perſonne de
fon Succeſſeur, qui aprés avoir
appris ſes Exercices dans cette
Academie & fait quelques
Campagnes pour s'inſtruire dans
le métier de la Guerre, eſtoit revenu
auprés deMonfieurBernar
di ſon Oncle , &l'avoit aidédans
fon Employ pendantiles dernieres
années de ſa vienGo Noveu
occupe dujourd huyndigne
mentſaplace dans lemanége,80
dans les autres fonctions del'Academie,
qui eft toûjours foûte--
nuë dansle meſme ordre, & dans
la meſme regle ,parMonfieur de
Châteauneuf Carbonel. Je cro.y
vous avoir déja marqué qu'il a
eſté afſocié plus devingtansavec
feuerMonfieur Bernardi , avec
tant d'union , & de bonne intelGALANT.
113
7
ligence , qu'il a toûjours paru au
Publia qu'il n'y avoit qu'un ſeul
eſprit en deux Perſonnes diférentes.
Les Gentilshommes de
cette Academie , animez par les
faux bruits qu'on faifoit courir,
qu'elle estoit décheuë du premier
éclat qu'elle avoit eû , ont
augmenté leur ardeur & leur
courage , dans les Antaques du
Fort , qu'ils ont continué de faire
cetteannées) && mefme avec
plusdefuccésque les années précedentes
a premieresentrepri
ferdestenejeune Nobleſſe , fut
d'ataqueroce Fort par uno Efcalade,&
parles Petards:Monfieur
le Prince de Mafferan , qui par
l'abfence de Monfieurle Marquis
de S. Simon, Neveu de Madame
la Ducheffe de Richelien,ſe trouvant
de Doyen de l'Academie ,
conduifaitude Détachement qui
114
MERCURE
devoit eſcalader la Place. Monfieur
le Comte de Guébriant ,
Neveu d'un Maréchal de France
de ce nom , eſtoit àla teſtesd'une
autre troupe qui conduiſoit les
Petards. Le gros des Troupes
ſuivoit , ayant à la teſte lesautres
Chefs de l'Academie , pourſoû
tenir ceux qui devoient eſcalader
& petarder la Places L'Action
commença par l'Escalade. Les
premiers qui avoient monté dans
un Baſtion par les Echelles, ayant
eſté découverts par la Sentinelle
qui donna l'allarme , on ne laiffa
pas de mettre le feu au Petard
qui enfonça la Porte mais la
Garniſon ayant accouru aux deux
endroits attaquez , s'oppofa d'un
coſté à l'escalade qu'on faiſoit
d'un Baſtion , & d'un autre coſté
abatit la Herſe,& arreſta ceux
qui ſe mettoient en état d'entrer
GALANT. ris
par la Porte. Le gros des Affail-
☐lans s'eſtant approché de la Place
pour foûtenir ceux qui avoient
commencé les Attaques , & la
Garniſon d'un autre coſté s'eſtant
miſe en défenſe , on fit grand feu
de part & d'autre pendant une
heure. Ceux de la Place ayant
renversé les Echelles avec leurs
Canons, & jettéde la Pailleallumée
pour éclairer dans les Fofſez,
défendirent ſi bien les Poſtes
où l'on avoit fait l'Attaque , &
jetterent une ſi grande quantité
de Grenades fur les Affaillans ,
qu'enfin ils furent obligez de batre
la Retraite. Elle fuſt faite ſans
confuſion ; mais comme les mauvais
fuccez ne font bien ſouvent
que redoubler le courage des
Ames genéreuſes , on tint Confeil
de guerre , & on refolut de
faire un ſecond effort pour em
16 MERCVRE
porter la Place d'emblée. Afin
d'exécuter ce deſſein , on fepara
ces jeunes Guerriers en pluſieurs
Corps.qui devoient faire de faufſes
Attaques.pour amuſer la Garnifon
en divers endroits , pendant
qu'un autre Détachement approcheroit
fans bruit , d'un endroit
de la Place , qui n'eſtoit pas
fi bien gardé que les autres. Toutes
ces faufles Attaques firent
grand feu , & la Garpifon n'en fis
pas moins. La Troupe Arianaquoit
la Porte , jetra quantité de
Grenades contre ceux qui défendoient
la Herſe , & fit paffer
un nouveau Petard , pour l'apliquer
à cette Herſe. Le Détachement
qui avoit approché de
Place fans bruit , commença PEScalade
avec fuccez , & s'eſtant
rallié dans un Baſtion , vint attaquer
en flanc ceux de la Gar+-
la
GALANT.
117
nifon qui défendoient la Herſe
quelle Petard venoit d'enfoncer.
En même temps , toutes les fauf
ſes Attaques le convertirent en
verirables & commencerent à
escalader chacune de fon coſté;
de forte qu'en un moment , on
vitmonter à l'Escalade de toutes
parts,& forcer le Fort. La Garniſon
s'eftant raffemblée dans un
autreBation, demanda quartier,
ce qurluy fut accorde
aux difes
Trou-
Motficut le Marquis de S.
Simon Doyen de l'Académie ,
eſtant revenu da Voyage qu'il
avoit fait avec leRoy ,
vers Campemens de
pes; lesGentilshommes de cett
Académie commencerent à faire
un Siege dans les formes . On fit
les Lignes de circonvalation ; on
ouvrit la Tranchée , qui fut loûtenuë
par une Redoute qu'on fit
118 MERCURE
à la teſte. Les Affiégez ayant
mis le feu à un Fourneau qu'ils
avoient fait ſous cette Redoute
elle fut perduë , & puis regagnée.
Le Logement fut fait for la Contreſcarpe
, & ruiné encore par
le feu d'un Fourneau ,& par une
Sortie des Affiégez,mais ce Poſte
fut repris un peu apres , & le
Logement affure, Le Foffé ayant
eſté percé , on attacha le Mineur
a la Demy-lune. On y fit une
Bréche raisonnable par un grand
Fourneau ; & ce Poſte apres avoir
eſté bien attaqué , & bien dé.
fendu , fut enfin emporté par les
Affaillans qui ſe logerent dans la
Demy- lune , ce qui fut caufe
que les Affiégez demanderent à
capituler. Ils fortirent avec une
compoſition raisonnable. Meffieurs,
les Marquis & Chevalier
Degault, & de Vezellay , mef
GALAN Τ. 119
- ſieurs les Comtes de Lamberg ,
de S. Marfan , de Lhôpital , &
Deuchin , Meſſieurs les marquis
de Pierrecourt , de maridor , de
la Riviere , & de Chabane , &
genéralement tous les autres
Gentilshommes de l'Académie ,
firent connoiſtre dans cette occaſion
ce qu'on doit attendre de
leur courage , lors qu'ils feront à
la teſte des Troupes de Sa Ma-.
jeſté. Le Noncedu Pape , les Ambaffadeurs
d'Eſpagne , & de Savoye
, & plufieurs autres miniftres
des Princes Etrangers , ont
eu la curioſité d'aller voir pluſieurs
fois les Attaques de ce Fort,
& ont bien compris, que la France
ne manqueroit jamais de bons
Officiers , puis qu'il y a tant de
belles Ecoles , où l'on inſtruit de
bonne-heure la jeune Nobleffe
dans l'Art Militaire .
120 MERCURE
La place que Monfieur deMmezeray
avoit laiſſée vacante dans
l'Académie Françoiſe, a eſté remplie
par Monfieur Daucour. Le
choix que MonfieurColbert avoit
fait de luy , pour le mettre aupres
de Monfieur le marquis de
Blainville fon Fils , dit plus à fonavantage
, que toutes les loüanges
que je pourrois luy donner fur
fon eſprit ,& fur ſa conduite. M
commença à paroiſtre dans le
monde , par un Ouvrage qui luy
acquit beaucoup de reputation,
&qui a pour titre , Sentimens de
Cleante , fur les Entretiens d'Euzene
&d'Ariste. Depuis ce tempslà,
ſes occupations ne luy ont pas
permis d'en faire beaucoup d'autres.
Le Diſcours qu'il fit à l'Académie
le Lundy 29. Novembre,
jour de ſa Réception, ne laifſa
douter perfonne , qu'il ne fuſt
capable
GALANT. 121
- capable de réüſſir dans tout ce
qu'il entreprendroit d'écrire . Ce
Diſcours, quoy que fort long, fut
écouté avec une attention qui
faifoit connoiſtre le plaifir qu'on
en recevoit. Comme il y avoit
déja plus de trois mois que la
Compagnie l'avoit agree , ſans
qu'il euſt encore paru dans ſes
Aſſemblées , il s'en excuſa , fur
la douleur que luy avoit cauſe la
mort de Monfieur Colbert , &
prenant de là occaſion de s'étendre
ſur les grandes qualitez de
ce Miniſtre , il fit voir avec beau
coup de force & de netteté, tous
les avantages que la France avoit
reçeus de l'infatigable vigilance,
avec laquelle il s'eſtoit inceſſam
ment employé pour le fervice du
Roy , & pour la gloire & la grandeur
de l'Etat . Il exagéra enfuite
, combien il eſtimoit l'hon-
Decembre 1683 ,
F
122 MERCURE
neur d'eſtre aſſocié à une Afſemblée
d'Eſprits choiſis , qui
travailloient à mettre noſtre Langue
dans ſa derniere perfection ;
& dit , Que comme aprés la rai-
Son , qui est l'eſſsence de l'Homme .
rien ne luy estoit fi propre, ny fi uti
le que la parole , Sans laquelle la
raiſon meſme ne peut se faire con
noistre , l'application que Meſſieurs
de l'Académie donnoient à polir , &
à perfectionner cette parole , estoit
un des plus importans usages de la
ruiſon , & qui contribuoit davantage
à laprospéritédes Etats. Il prouva
cela , en faiſant voir , Que de
toutes les Nations de la Terre , iln'y
en avoit point eu de plus heureuſes,
ny de plus renommées , que celles
qui avoient eu fur les autres l'avantage
de bien parler , que parmy
les Grecs , ces fameuses Villes qui
avoient furpaſſé toutes les autres en
GALANT.
123
Splendeur , les avoient auſſiſurpas-
| fées en éloquence ; & que parmy les
- Romains , l'heureux Siecle d'Auguſte
n'avoit pas moins esté le comble
de l'éloquence Romaine , que le comble
de la grandeur, &de la majesté
Romaine. Il ajoûta , Qu'on ne devoit
pas s'étonner de cette liaiſon du
bien public avec l'éloquence , ſi l'on
conſidéroit que c'estoit l'éloquence
qui récompensoit leplus magnifiquement
ceux qui travailloient pourle
bien public ; rien n'estant comparable
àla glorieuse immortalité qu'el
le donne , & qu'ellefeule est capable
de donner ; Que tout ce qu'avoient
fait les Arts durant les premieres
Monarchies , estoit entierement détruit
; que l'Empire des Grecs & des
Latins estoit aneanty depuispluſieurs
fiecles ; mais que l'Empire des LettresGrecques
& Latines , ſubſiſtoit
encore aujourd'huy , & s'étendoit
F 2
124
MERCUR
par toute la Terre ; Que la gloire
que produït l'Art de parler n'eſtoit
bornée ny par les temps , ny par les
lieux qu'elle avoit toûjours esté le
plus cher objet des plus grandsHéros
, qu'Alexandre & César en
avoient eſté tellement touchez , que
tout ce qu'ils avoient fait de grand
& de merveilleux , ils ne l'avoient
fait que pour elle ; que l'un avoit
pleuré publiquement sur le Tombeau
d'Achille, en s'écriant, O que vous
eſtes heureux d'avoir eſté loüé
parHomere : &quel'autre avoit
voulu estre luy-mémeſon Historien.
Après avoir rapporté pluſieurs
autres avantages de l'Art de parler,
dont Meſſieurs de l'Académie
font profeſſion , il dit , en parlant
dugrandCardinal de Richelieu ;
Que le dessein d'établir une Compagrie
,toute composée de Perſonnes illustres,
ou en Poesie, on en Histoire, ou ,
4
GALANT.
125
en quelque autre genre d'éloquence ,
( ce qui la rendoit une des plus po
litiques , & des plus celebres Af-
Semblées que le monde cust jamais
veuës , ) estoit une marque de la ſun
blimité de fes lumieres , qui luy faifoient
voir dans l'avenir que ſes
grands deffeins pour la France , feroient
un jour executez , & qu'il
viendroit un temps héroïque , dont
les merveilles ne trouveroient jamais
affez d'Historiens , de Poëtes , &
d'Orateurs ; que ce temps estoit venu
; que le deſſein qu'avoit pris un
illustre Chancelier , de loger l'Académie
Françoise dans ſon Palais ,
qui estoit le premier Tribunal du
Royaume, avoit esté un heureuxpré-
Sage qu'elle devoit approcher du Trône,
&loger dans l'auguste Maiſonde
nos Roys ; que c'estoit le comble de
gloire pour elle , qu'elle pût appeller
Son Protecteur , celuy que toutes les
/
F3
126 MERCURE
bouches de la Renommée appelloient ,
le Vainqueur des Roys , le Maître
des Mers , l'admiration de toute la
Terre. Il paſſa de là à l'Eloge de
cet incomparable Monarque ; &
aprés avoir dépeint quelquesunes
de ſes merveilleuſes Actions,
avec des traits d'une éloquence
tres-vive , voulant faire voirque
jamais Potentat ſur la Terre n'avoit
donné tant d'éclat à la Majeſté
Royale , il dit , Qu'en quelque
état que ce Princefust, quoy qu'il
fift ou qu'il ne fist pas , il paroiſſoit
toûjours avec une grandeur infinie ;
Que s'il parloit , c'estoit une parole
effective qui ſembloit produire les
choses mesmes qu'elle fignifioit , &
ques'ilneparloit pas , c'estoit unſtlence
qui étonnoit , & dans lequel
on sçavoit bien queseformoit ledeſtin
des Etats ; Que s'il faisoit la
moindre démarche , Son action don
GALANT. 127
noit le mouvement à toute l'Europe;
que s'il n'en faisoit aucune , fon repos
tenoit tout l'Univers en ſuſpens ;
& qu'enfin quoy que l'on pust regarder
en luy , parole , filence , mouvement
, repos , tout y estoit grandeur,
gloire, puiſſance, autorité.
Monfieur Daucour ayant finy
ſon Diſcours , en proteſtant à
Meſſieurs de l'Académie , qu'il
conſerveroittoûjours pour la grace
dont ils l'avoient honoré , une
parfaite reconnoiſſance dans un
coeur tout plein d'eſtime , de refpea
, & de ſoumiſſion pour leur
Compagnie , Monfieur Doujat,
qui en eſt préſentement le Direteur
, luy répondit à peu prés
en ces termes .
MONSIEUR,
L'Académie Françoise aura toûjours
des sentimens de venération,
F4
128 MERCURE
& de reconnoiſſance , pour la mé
moire du grand Ministre , dont la
perte ne luy est pas moins ſenſible
qu'à vous. Comme c'est un malheur
qui nous eft commun , il me feroit
difficile de trouver des termes propres
pour vous donner la confolation
dont nous avons nous meſmes beſoin.
Nous avionsfait un peu auparavant
une autre perte confiderable , en la
Perfonne de Monsieur de Mezéray.
La Compagniese tenoit honorée de
Sa profonde érudition , & de la
beauté defon esprit . Tout le monde
Sçait ce que luy doit noſtre Histoire
& nous ſommes témoins de la grande
part qu'ila euë à nos Travaux ordinaires
, par une continuelle appli
cation, &par une étude particuliere
des Langues , qui peuvent servir à
rendre la noſtre plus parfaite. On
trouvoit toûjours dequoy s'inſtruire
dans ſa conversation , & l'onvoyoit
GALANT. 189
- aisément qu'il y avoit peu de chofes
dans l'étenduë des belles Lettres, qui
euſſent échapéàſa connoiſſance.
Vous pouvez juger, Monfieur, par
le choix que l'Académie Françoise
a fait de vous , pour remplir la pla
ce d'un Homme de ce mérite , quelle
eftime elle fait de vostre Personne.
Elle a conſideré vos talens, qui malgré
le soin que vous avez pris de
les cacher, ne peuvent estre inconnus
qu'à ceux, qui n'ont aucune connoif
Sance du monde. Comme elle a beaucoup
deSatisfaction de vous voir entrer
dans ſes exercices , elle efpere
que par veftre affiduité vous répon
drez à fon attente , & que vous
contribuerez beaucoup par les lumieres
de vostre efprit , à la perfection :
des Ouvrages qu'elle a voula entreprendre.
Elle espere mesme que vous
joindrez vos nobles efforts à ceux de
ces grands & beaux Génies , qui tâ
ES
130
MERCURE
chent de ſe prévaloir des incompa
rables Actions de nostre augaste Protecteur
, pour relever par leur Profe,
ou par leurs Vers , la gloire de nostre
Nation , & la beauté de nostre
Langue.
En vous parlant de la derniere
diftribution des Prix de l'Académie
, j'oubliay à vous envoyer ce
Madrigal de Monfieur Diéreville
àMonfieur de Santeüil , Chanoine
de S. Victor. Vous vous fouvenez
, Madame , que la Tradu-
Etion de ſon Ode Latine , faite
par Monfieur de la Monnoye , y
remporta celuy de Poëfie.
Andis qu'en mille Lieux on
Andis
n'entend dans l'Eglife
Que retentir le Chant de tes Hym
nes facrez ,
Et que toute laTerre en marquant
La surprise ,
GALANT.
131
i
Dit, qu'ilfaut que le Ciel te les ait
inspirez;
Que ta gloire , SANTEVIL , paroist
digne d'envie
Eſtant combléde tant d'honneurs,
Lors qu'on voit que l'Académie
Couronne encor tes Protecteurs!
Ma'derniere Lettre vous apprit
la mort de Monfieur le
Comte de Vermandois , il faut
aujourd'huy vous apprendre
quelle a eſté la Pompe funébre
de ſon Inhumation. Sa Majesté
ayant choiſy l'Egliſe Cathédrale
de Noftre- Dame d'Arras pour
le lieu de la Sepulture de ce
Prince , Elle le fit ſçavoir à Monſieur
l'Eveſque & au Chapitre
de cette Ville là , par ſes Lettres
de Cachet , & leur ordonna de
luy rendre des honneurs conformes
à une Perſonne de fon rang.
F6
MERCURE
132
L'on fit auſſi- toſt ſonner toutes
les groſſes Cloches de la grande
Eglife : & le lendemain 26. de
Novembre , Monfieur le mмаг-
quis de Montchevreüil fon Gouverneur,
ayant donné avis qu'en--
tre onze heures & midy ſon
Corps ſeroit amené , Monfieur
Guitonneau , ancien Chanoine
de la Cathedrale , & maiſtre de
la Fabrique , qui pour l'intelligence
finguliere qu'il a des Cerémonies
Eccléſiaſtiques , & des
appareils funebres , avoit eſté
choiſy par le Chapitre pour
dreſſer celuy- cy , employa tant
d'Ouvriers , & concerta fi bien
toutes choſes , qu'à onze heures.
les trois grands Portails le Choeur
&la Nefde l'Eglife , furent tendus
d'une double tenture de
Deüil , chargée de Bandes
de Velours noir ; outre la ChaGALANT.
133
" &
pelle où le Corps du Prince devoit
eſtre mis en dépoſt
dont la draperie qui en banniſſoit
tout le jour , formoit un Ciel à
l'Impériale. Les choses eſtant:
ainſi préparées , Monfieur le
Comte de Nancré Gouverneur
d'Arras- qui par l'ordre de Monſieur
le mareſchal de Humieres,.
avoit fait partir le jour precedent
cinquante maiſtres de la Garnifon
, pour aller juſques à Lens
attendre le Corps , fit fortit de
la Place les Régimens de Conifmarck
, de Lyonnois , & de Villeroy
, pour aller au devant à une
lieüe de la Ville. Pendantce
temps toute l'Infanterie ſe mit
ſous les armes ; & Monfieur le
Chevalier de Montchevreüil , à
la teſtede trois Bataillons du Régiment
du Roy , vint occuper
le Cloiſtre de Noſtre-Dame , les
:
134
MERCURE
Piques & les Drapeaux ornez de
longs Crêpes volans , les Tambours
drapez de noir & batant
lugubrement , & les Armes traînantes.
Un Bataillon de Navarre
alla en meſme temps border à
double haye les' Ruës depuis le
Cloiſtre juſqu'à la Porte de
Meaulens , par où devoit entrer
leCorps. Le Clergé des dix Paroiſſes
, & les Religieux de tous
les Convents de la Ville , avec
leurs Croix , allérent en bel ordre
juſqu'à cette Porte , pour le
recevoir , luy jetter de l'Eau benîte
, & le conduire juſques à la
Porte de la Cité . Le Guet de la
grande Tour de la Cathédrale
ayant averty par un ſignal que
le Corps approchoit de la Ville,
Monfieur l'Eveſque avec uneEtole
& une Chape de Brocard
d'or à ramage noir , & la Mitre
GALANT.
F35
enteſte , accompagné de ſesArchidiacres
,du Chantre & du Souchantre
, reveſtus de ſemblables
Ornemens , & de ſeize Officiers,
& précedé de tous les Chanoi-.
nes ayant leurs hermines , & de
tous lesChapelains & Muſiciens,,
ſe rendit à cette Porte , où le
Corps arriva ſur les onze heures,
au ſon de toutes les Cloches , &
au bruit de toute l'Artillerie de la
Ville , de la Cité & de la Cita--
delle , ſuivy de toute la Cavalerie
l'épée à la main. Monfieur le
Marquis de Montchevreüil la précedoit
avec Monfieur l'Abbé
Fleury Précepteur du Prince défunt
, & fes Gentilshommes ; &
apres eux venoient tout l'Etat
Major , & une foule de Gens de
qualité , & d'Officiers d'Armée.
Dés que le Carroffe qui portoit
le Corps fut arrivé à la Porte de
,
136 MERCURE
laCité , les Hautbois de l'Armée
commencerent un Concert lugubre
, qui convenoit merveilleuſement
à la Cerémonie funébre
qu'on alloit faire . CeConcert
dura juſqu'à ce que la draperie
de Deüil qui environnoit leCarroſſe
eſtant découſue , l'on euſt
deſcendu le Corps,& qu'on l'euft
mis ſur le Brancard à bras que
l'on avoit préparé. Douze des
plus anciens Chanoines le receurent
, &le couvrirent d'un
riche Poële de Velours noir,barré
d'une large Croix de Drap d'or,
& orné de quatre Ecuffons, dont
les quatre coins furent portez par
quatre autres Chanoines des plus
venerables. Monfieur l'Evefques
ayant fait les Afperfions & les
Prieres ordinaires , le Corps fut
conduit dans la Cathedrale , au
chant de tous les Muſiciens , &
GALANT. 137
,
au ſon des Hautbois qui concertoient
avec eux. On le poſa au
milieu du Choeur ſur une Eſtrade
couverte de Deüil , & fous
un grand Daiz de Velours noir,
à coſté de vingt- quatre grands
Chandeliers d'argent, outre quatre
autres de ſept pieds de hauteur
, qui estoient aux quatre
coins , chargez de quatre gros
Flambeaux & environnez de
vingt- quatre Enfans veſtus de
Robes noires , & tenant chacun
un Flambeau de fix livres . Aprés
les Chants , les Afperfions , les
Encenſemens , &un Deprofundis
en Muſique compoſée de Voix
& d'Instrumens , le Corps fut le
vé par les douze Chanoines , &
poſé avec la meſme cerémonie
dans la Chapelle de Deüil qu'on
luy avoit préparée ; où aprés de
nouvelles Prières , il fut laiſſé en
138 MERCURE
dépoſt juſques au jour de l'En
terrement.On le mit pareillement
ſur une haute Eſtrade de Deüil,
couvert du meſme Poële , à coſté
de quatre grands Blaſons portant
de France au Lambel de gueules,
& traverſez par derriere de deux
Ancres doubles d'argent miſes en
ſautoir,& entouré de vingt-quatre
grands Chandeliers d'argent
chargez de gros Cierges , outre
fixaautres fur l'Autel qui ont
brûlé continuellement , juſqu'à
ce qu'on ait tiré le Corps de cette
Chapelle. Dés ce moment le
Chapitre ordonna , qu'outre les
Meſſes qu'on celebreroit tous les
jours pour le repos de ſon ame ,
deux Chanoines fe releveroient
d'heure en heure jour & nuit, ſelon
la table qui en fut faite, pour
prier auprés du Corps. Le 28. du
mefme mois ayant eſté choiſi
,
GALAN Τ.
139
pour le jour des Funérailles , on
éleva au milieu du Choeur une
haute & vaſte Chapelle ardente.
Des Bandes de Velours noir , ornées
de grands Blaſons , en environnoient
le Ciel & les Colomnes
, & une Pyramide dont la baſe
avoit trois dégrez , & eftoit
d'une largeur égale à cette Chapelle.
L'aiguille qui faiſoit le comble&
le couronnement de la Pyramide
, avoit vingt- quatre pieds
de hauteur , & la Pyramide eſtoit
environnée de quatre cens Cierges
, ſans ceux qui regnoient autour
de laChapelle ardente , Sur
les trois heures & demie , tout le
Clergé de la Cathédrale partit du
Choeur où il s'eſtoit aſſemblé, &
s'en alla dans un tres bel ordre à
la Chapelle de Deüil où repoſoit
le Corps, &d'où aprés les Priéres
&Ceremonies accoûtumées , on
140
MERCVRE
le tranſporta au Choeur ſous la
Chapelle ardente , & furune vaſte
Eſtrade de trois dégrez ,&
toute drapée de noir. Deux cens
grāds Chandeliers d'argent char
gez d'un pareil nombre de Cierges,
eftoient pofez fur les troisdegrez
de cette Eſtrade , au piedde
laquelle eftoit une Table couver
te d'un Tapis de Velours noir, &
fur cette Table il y avoit une
Croix & fix Chandeliers de veri
meildoré, avec un grandBénitier
& fon goupillon d'argent. Un
Poële de Velours noir , traverſé
d'une large Croix de drap d'or,
&orné de quatre grands Blafons,
couvroit à bouts traînans le Cercüeil
, au pied duquel eſtoit un
Carreau de Velours noir , chargé
d'une vaſte Couronne de vermeil
doré , enrichie de Pierreries, & de
divers excellens ouvrages. On
GALAN T. 141
chanta les Veſpres, les Matines à
neuf Leçons,& les Laudes. Monfieur
le Marquis de Montchevreuil
y aſſiſta avec Monfieur
l'Abbé Fleury , & l'Aumônier du
Prince défunt , tous deux en Rochet
& Manteau long, ſes quatre
Gentilshommes, & pluſieurs autres
Officiers de Sa Maiſon. Ce
Service commença à quatre heures,
& finit à ſept.
Le lendemain , dés cinq heures
du matin , on ſonna toutes les
groffes Cloches de la Cathédrale
, preſque ſans intermiffion ,
juſques à une heures apres midy.
Sur les dix heures , Monfieur le
Marquis de Montchevreuil accompagné
des principaux Officiers
de la Maiſon de Monfieur
le Comte de Vermandois , Monfieur
le Gouverneur & l'Etat
Major , le Conful , les Echevins
142
MERCURE
,
de la Ville , & de la Cité , la
Gouvernance ,& tous les Corps
de la Ville , s'eſtant placez dans
le Choeur aux lieux qu'on
leur avoit préparez ; Monfieur
l'Eveſque reveſtu d'un riche
Ornement , & aſſiſté de dix-huit
Officiers reveſtus de meſme ,
celebra la Meſſe pontificalement.
Elle fut chantée en Muſique
, de la compoſition de
Monfieur Doré Maiſtre de celle
de la Cathédrale fi connu par
les beaux Ouvrages qu'il a donnez
au Public. Les Voixeſtoient
accompagnées de divers Inſtrus
mens , à quoy répondoit par
intervales un Concert de Hautbois
en tons triſtes & lugubres,
Tout le Clergé alla à l'Offrande,
un Cierge à la main. La Meſſe
finie , les Hautbois joüérent un
Air entièrement lugubre , de
GALANT.
143
la compoſition de Monfieur Lully.
Apres quoy , Monfieur l'Eveſque
accompagné de ſes Officiers
, vint au haut de la Chapelle
ardente faire les Prières ,
les Aſperſions & les Encenſemens
; ce qui eſtant finy , douze
Chanoines enlevérent le Corps ,
quatre autres tenant les quatre
coins du Poële ; & les Hautbois
joüérent unnouvel Air auſſi trifte
que le premier , pendant qu'on
le portoit au Tombeau. On l'a
fait au milieu du Choeur , à l'entrée
de l'Eſplanade du Sanctuaire.
Il eſt baſty de pierres blanches
, taillées & traverſées de
groſſes barres de fer , ſur leſquelles
eſt poſé le Cercueil. Pendant
ce temps , toute la Soldateſque
, qui occupoit le Cloître,
fit trois décharges génerales.Je
ne puis ômettre icy une circon
144 MERCURE
ſtance tres - particulière de ce
Tombeau . L'on découvrit en le
creuſant , un vaſte Cercueil de
pierre griſe tout d'une pièce, couvert
d'une groſſepierre taillée en
dos d'aſne. Un des Ouvriers
ayant porté par hazard un coup
de pic fur ce couvercle , & en
ayant rompu un coin ,donna lieu
de voir dans le Tombeau à la
faveur d'un long Cierge. On n'y
vit pour tous oſſemens que deux
os de cuiffe , & le derriere d'un
crane renverſé , garny de cheveux
blonds. On ignoroit de qui
eſtoit ce Tombeau , quoy qu'on
ſceût que la Princeſſe qui y repoſe
avoit eſté enterrée dans le
Choeur de l'Egliſe il y a environ
cinq cens ans ; mais la curiofité
de regarder dans ce Sepulchre ,
ayant fait découvrir vers les pieds
une Lame de métal gravé , on la
tira
GALANT.
145
tira , & on y lût ces paroles en
Latin , dont les lettres ſont d'ancien
caractere Romain .
L'an 1182. mourut Elizabeth ,
Femme de Philippes Comte de Flandre&
de Vermandois , Fille de Ru
dolphe Comte de Vermandois . Elle
repoſe dans ce Tombeau .
Cette Comtefle de Vermandois
eſtant morte ſans Enfans ,
leComté par cette mort eſt retourné
à la Couronne de France
, & il ſemble , fi j'oſe uſer de
ce terme , qu'il y ait quelque
forte de fatalité dans le hazard
qui a fait creuſer le Tombeau de
Monfieur le Comte de Vermandois
àla teſte de celuy de cette
Comteffe , qui par ce moyen ſe
trouve à ſes pieds. Ce futelle qui
•donna la Couronne qui a eſté
poſée fur le Cercueil de ce prince.
Elle fervità la Pompe de ſes
Decembre 1683 . G
1.46
MERCURE
Funérailles , & depuis ce temps,
elle n'a eſté employée que pour
celle de Monfieur l'Admiral. Elle
a deux pieds & demy de tour , &
dix pouces de hauteur. Ses Fleurons
font des Trefles doubles ,&
des Glands entremêlez . Elle est
remplie d'une infinité d'Ouvrages
à jour tres-délicats , & ornée
de pluſieurs Pierreries. Sa richeſſe
&la beauté firentque Raoul , ou
Radulphe , Eveſque d'Arras , qui
vivoit du temps de Loüis le Bel,
enferma dans ſon tour quantité
de prétieuſes Reliques , ce qui
fait qu'on la ſuſpend au milieu
de l'Autel aux jours des grandes
Feſtes. Comme on attend de la
Cour l'Infcription qu'on doit
enfermer dans le Tombeau de
ce Prince , on n'en a point encore
fermé la voûte. L'ouverture
eſt ſeulement couverte d'une
GALANT. 147
Eſtrade de deüil , fur laquelle eſt
une Repréſentation reveſtvë
d'un Poële orné de ſes Armes ; &
aux quatre coins du Tombeau
font quatre gros Chandeliers de
ſept pieds de hauteurs , chargez
de gros Cierges , qui brûlent jour
& nuit. Le peuple vient continuellement
prier pour le repos
de l'ame du Prince; & les Chanoines
, & tout le Clergé , continuënt
pour luy leurs Oraiſons &
leurs Sacrifices.
Je vous ay déja parlé dansune
de mes Lettres de l'Académie
de Peinture & de Sculpture. Ie
vous ay fait voir ſon Origine , ſes
Statuts , & fes Privileges , & je
vous ay.fait connoiſtre la plûpart
des Illuſtres qui la compoſent.
Vous ſçavez que feu
Monfieur Colbert en estoit le
Protecteur ; & que Monsieur le
G 2
148 MERCURE
\
Chancelier Seguier, & Monfieur
le Cardinal Mazarin, avoient occupé
la meſme place avant ce
Miniſtre . Sa mort la laiſſoit vacante
, & elle ne pouvoit eſtre
remplie que par une Perſonne
qui fiſt une grande figure dans
le monde , & dont le mérité diftingué
fut genéralement reconnu
. Tout cela ſe rencontroit
dans Monfieur de Louvois. Ce
grand Corps jetta auffitoſt les
yeux fur luy ,& chacun en particuliers
eſtoit tellement perfuadé
que ce choix ne pouvoit
zomber fur un autre , qu'on le
regardoit comme une affaire
concluë avant qu'on en
déliberé. En effet ce Pofte
ne pouvoit eſtre occupé plus
dignement . Outre qu'ils trou.
voient dans Monfieur de Louvoys
toutes les qualitez néceſſai-
د
cuft
GALANT. 149
res pour remplir une Place ,
poſſedée déja par trois Miniſtres,
il venoit d'eſtre reveſtu d'une
Charge qui ſembloit le rendre
Protecteur né de tout ce qui regarde
les Arts , puis que comme
Sur- Intendant & Ordonnateur
des Bâtimens du Roy , Arts , &
Manufactures , il devoit , pour le
ſervice de Sa Majesté , & pour
porter ſa gloire , & la ſplendeur
de la France au plus haut point ,
avoir tous les jours commerce
avec les beaux Arts. Ainfi tout
concouroit fi bien à ce choix ,
que malgré la liberté des fufrages,
il paroifſoit que Meſſieurs de
l'Académie ne pouvoient jetter
lesyeux fur un autre Protecteur,
fans faire une eſpece d'injustice,
& qu'ils n'eſtoient libres que
pour n'avoir qu'une ſeule voix,
tant le vray mérite les détermi
G3
150
MERCVRE
noit. Monfieur de Louvoys eſt
donc choiſy par les grandes qualitez
de ſa Perſonne , qui l'élevent
beaucoup au deſſus de celle
de Sur- Intendant des Bâtimens ,
mais pour le bonheur de l'Académie
, le Sur- Intendant ſe trouvedans
le Miniſtre , & elle rencontre
ſon Protecteur dans celuy
quitous les jours doit eſtre Juge
des Ouvrages que l'on attend
d'elle pour embellir les Palais.
du plus grand Monarque de la
Terre.
L'Académie , d'un conſentement
general , ayant réſolu de
prier Monfieur de Louvoys de
luy faire l'honneur d'eſtre ſon
Protecteur , douze de ſes Dépucez
, à la teſte deſquels eſtoit
Monfieur le Brun , Directeur &
Chancelier de ce grand Corps,
fe rendirent à Versailles. Cе мі-
1
GALANT. ISI
niſtre leur fit un accueil tresobligeant
, & qui répondit à ce
qu'ils en attendoient . Il leur demanda
à eſtre informé de tout
ce qui concernoit leur Académie
. Quand on ne fait rien fans
connoître à fonds les Affaires
dans leſquelles on doit entrer,
on ne prend jamais de fauſſes
meſures. Ce que je dis a paru
par mille choſes , dont la modeſtie
de ce Miniſtre ne me pamet
pas de vous parler.
Comme l'Académie donne
deux Prix tous les ans à ceux qui
réüſſiſſent le mieux ſur les Sujets
de Peinture & de Sculpture
qu'elle propoſe aux Etudians , &
que ces Prix ſont diftribuez par
le Protecteur , il fut réſolu que
cette diſtribution ſeroit diférée
juſque au jour qu'il plairoit à
Monfieur de Louvoys de mar
G 2
752 MERCURE
quer , pour venir prendre cette
qualité dans unede leurs Affemblées.
Il ſe rendit à l'Académie
le Vendredy 17. de ce mois , &
fut reçeu au bas de l'Eſcalier par
Monfieur le Brun , qui eſtoit accompagné
d'une partie des plus
Illuſtres de ce célebre Corps. Ils
le conduiſirent dans la grande
Salle où ſe tiennent les conférences
. Elle estoit ornée d'un grand
nombre de Tableaux , & de
quantité de Statuës , Buſtes
Médailles & Bas- reliefs de marbre.
Tous ces Ouvrages ſont faits
par les Académiciens ; & cette
Salle qui eſt extrémement élevée,.
& en maniere de Sallon , en eſt
remplie depuis le haut juſqu'au
bas Monfieur de Louvoys alla
d'abord viſiter les Tableaux , &
les Bas- reliefs de ceux qui avoient
remporté & diſputé les Prix ; &
ود
GALANT. 153
apres les avoir examinez quelque
temps , il vint prendre ſeance
dans le Fauteüil qu'on luy
avoit préparé au fonds de la Salle,
entre les Buſtes de Monfieur
le Cardinal Mazarin , & de mоп-
ſieur le Chancelier Seguier ,.
autrefois Protecteurs de la mefme
Académie. L'Aſſemblée rempliſſoit
trois Cercles ; & au milieu
de ce grand circuit , il y
avoit une Table , au devant de
laquelle estoient l'Hiſtoriographe
de l'Academie , & le Secretaire
ayant ſon Regiſtre pour
écrire ce qui ſe paſſe en chaque
Affemblée. Tout le monde eſtane
affis ,Monfieur de Louvoys invita
la Compagnie à ſe couvrir , ce
qu'il fit à pluſieurs repriſes , &
d'un air honneſte , qui marquoit
l'eſtime qu'il avoit pour les beaux
Arts , & pour ceux qui en les fai-
GS
154 MERCURE
fant valoir avec tant de gloire ,
rendent la France auſſi floriffan--
tede ce coſté-là , que la Grece
&Rome l'eſtoient autrefois.Chacun
s'eſtant couvert , pout obéïr
à ce Miniſtre , l'Hiſtoriographe:
de l'Academie ſe leva , & lût ce
qui ſoit.
MONSEIGNEUR,
5
La grace que vous avez faite à
Academic Royale de Peinture&de
Sculpture , en prenant la qualité de
Son Protecteur , l'oblige à vous faire
l'Arbitre defon Travail, & àvous
rendre auiourd'huy raison de la con
duite qu'elle tient,pour répondre aux
esperances que le Roy en a concevës,
quand il l'a fondée. Ellecherchepar
Jes diferentes occupations , àse ren
dre digne de traiter les grandes:
Actions de Sa Majesté , afin que
GALANT.
dansſes Ouvrages la Poſterité trouve
une Hiſtoire celebre , où voſtre
Ministere a fi bonne part. Elletravaille
à former des Eleves , qui
puiſſent à leur tour contribuer à
l'embelliffement, &à la magnificence
du Royaume. Pour les en rendre
capables, elle nese contente pas de
les faire deſſfiner d'apres deux Modelles,
qu'ellefait pofer chaque jour
en leur faveur , elle prend encore
Soin qu'on leur donne des Leçons de
Geometrie d'Anatomie , qui font
des Parties effentielles de fon Art.
Sur tout , elle entretient l'émulation
parmy les Etudians , par des Prix
qu'elle propoſe tous les ans auxplus
habiles d'entre eux , & ces Prix reveillent
d'autant plus l'ambition des
Concurrens, qu'ils leur font ordinairement
diftribuezpar les mains de
fon Protecteur. Elles'affemble lepremier
& le dernier Samedyde chaque
G6
156 MERCURE
mois. Une de ſes Affemblees est pour
regler les affaires de la Compagnie;.
l'autre est pour faire des Conferences:
qui puiſſent donner des lumieres aux
Ecoliers . A Chaque Conference , un
des Academiciens examine quelqueexcellent
Tableau , ou quelque rare -
Statuë , ou bien il agite quelque im.
portante Question de l'Art ; &apres
un Discours qu'il a composésur ce
fuset , il laiſſe l'Academie Arbitre
de ſes Observations , & deſa Critique
; ce qui donne licu à des Préceptes
tirez de la matiere meſme , pour
la conduite des Etudians . C'est à
moy , comme Historiographe de l'Academie
, de mettre au net ces Dif.
Sertations ;&voicy en deux mots, le
fujetdes Conférences qui fe font te
nuës depuis la derniere diſtribution
des Prix.
Dans la premiere Aßemblée , on
lut un Discours defeu MonsieurNo
3
GALANT. 157
cret , fur un Tableau , ou Monsieur-
Poussin a repreſenté la Fuite du jeu
ne Pyrrhus , felon que Plutarque la
raporte dans la Vie de ce Prince . On
y fit voir en quelles occafions les
Peintres d'aujourd'huy peuvent imiter
ceux qui les ont precedez, Sans
que cette imitation paſſe pour un
Larcin
Dans la ſeconde , Monfieur Monier
fit des reflexions ſur les Con
tours , ou Lignes qui terminent les
diferentes parties d'un Corps.
Dans la troifiéme , on lût un Difcours
de Monsieur Bourdon , ſur un
Tableau de la main du Carache , qui
represente le Martyre de S. Eftienne.
La Dalmatique qu'on donne vulgairement
à ce premier Martyr , fit
remarquer avec combien de precautions
il faut donner aux Figures que
l'on traite, des habillemensfelon l'ufagede
chaque Nation , de chaque

158 MERC VRE
Siecle , & de chaque Culte , tant
Pour un Sexe que pour l'autre.
On fit lecture dans la quatrième
Aßemblée , d'un Discours de Monfieur
Loir , Sur un autre Tableau de
S. Estienne, peint de la main de l'Al
bane. On y parla des Parties princi
pales de la Peinture , comme de la
Composition, de l'Expreſſion , du Deffein,
& du Coloris.
La Conference quise fit ensuite,.
examina un Discours de Monfieur
Champagne touchant un Tableau ,
où Monsieur Pouffin a repreſenté
Moyfe exposé pendant fon enfance
fur le Fleuve du Nil. On y mit en
question , fi dans un fujet tiré de
l'Histoirefacréeil eſtoit permis d'introduire
des Divinitezfabuleuſes.
La fixiéme Conference roula fur
les obfervations de Monsieur Anguier
, touchant la Figure antique
de l'Hercule , avec un examen des
GALANT..
159
plus belles Parties de la Sculpture.
Dans laſeptième , on écouta une
Differtation de Monsieur Girardon ,
fur les diferentes especes de Basreliefs.
Dans lahuitiéme , on lût un Dif--
cours deMonfieur Coeſpel, qui proposeplusieursMéthodes
pourformer
les jeunes Eleves..
La neufieme, examina des Refle...
xions de Monfieur Champagne ,fur
un Tableau où Monfieur Pouffin a
representé l'Arche d'Alliance prise
par les Philiftins. On y traita de
quelle façon les Ecoliers ſe doivent
Servir du Modelle , & de l'Anti-
-que..
Dans la dixième , on lût un Dif--
cours defeu Monsieur Bolognefur
un Tableau de Titien ; ce qui donna
encore lieu de faire plusieurs re--
flexionsfur l'étude de l' Antique , &
duNaturel..
166 MERCURE
L'onziéme Conference , fut employée
à examiner un Difcours de
Monfieur Champagne , fur les ombres
qui doivent estre oppofées aux
Corps éclaire.z
Dans la douziéme , on lût un au
tre Discours de Monfieur Champagne,
quiſoûtenoit que le Deffein devoit
estre preferé à la Couleur , ce
quifut appuyé par lesfolides &do-
Etes raisonnemens d'un Conſeiller de
l'Academie.
Dans la derniere , apres un Dif--
cours de Monfieur Blanchard fur le
merite de la Couleur , la Compagnie
convint que la Couleur avoit fes
avantages particuliers ; mais elle de- -
clara unefeconde fois , que l'étude
du Deſſein estoit preferable à celle
des autres Parties de la Peinture.
L'Academieſe propose, Monfeigneur
, de redoubler encore ſes ſoins
Sous vostre protection , afin de rendre :
GALANT. 16г
fes Exercices plus agreables à Sa
Majesté,&plus utiles au Public.
Cette lecture eſtant achevée ,
le Secretaire de l'Academie ſe leva,
& lût ce qui fuit..
ONSEIGNEVR ,
L'Academie a fait l'examen des
Ouvrages faits par les Etudians ,
pour remporter les Prix qui ſe di.
ſtribuent tous les ans par ordre du
Roy , fur le sujet qu'il leur a esté
proposé, de reprefenter en Peinture
& en Sculpture, l'Invention des For
ges , des Tentes , & des Inftrumens
deMusique , comme il est marqué
dans le quatrième Chapitre de la
Gencfe.
La Compagnie a jugé que Gabriel
Benoist , qui a faitle Tableau marqué
de la lettre F. meritoitle Prix
de la Peinture ; & que Pierrele
162 MERCURE
Pautre,qui a faitle Bas- reliefmarqué
de la lettre B. meritoit celuy de.
la Sculpture. A l'égard des nommez
Loüis la Guerre , Michel Tiphaine,
& Robert Doify qui ont fait , ſçavoir
le premier , le Tableau marqué
G. le fecond , un Tableau de Mignature
marqué H. & le troiſiéme,
le Bas reliefmarqué de la lettre D.
elle a accordé à chacun d'eux un
Porte. Crayon d'argent , &lagrace
qu'elle leur fait , de pouvoir deſfiner
gratis dans l'Academie du Mo
delle.
Enſuite ceux qui avoient rem
porté les Prix , eurent l'honneur
de les recevoir de la main deM
de Louvois , à qui le Secretaire
les préſentoit à meſure que ceux.
qui les avoient méritez paſſoient
devant ce Miniſtre . Ces Prix coniſtoient
en deux Medailles d'or,,
GALANT.
163
où le Portrait du Roy eſtoit repréſenté.
Ce digne Protecteurdes
Arts , dit à ceux à qui il les donna
, qu'ils s'attachaſſent à bien
étudier , & qu'il auroit ſoin d'eux.
Monfieur le Brun, qui eſtoit aſſis
à coſté de Monfieur de Louvoys,
& àſa droite, luy dit, QueSuivant
Son intention, l'Academie s'employeroit
à enſeigner les Eleves dans l'étude&
la correction du Deſſein, qui
eft le principe &le fondement de la
Peinture, &de la Sculpture, & que
c'estoit son application principale...
Monfieur de Louvois répondit ,
Il est vray que l'on ne peut paspeindre
fans couleur ; mais on ne peut
pas dire qu'un Homme foit Peintre,,
s'il ne sçait desfiner.
Ce Miniſtre ſe leva enſuite,
&toûjours accompagné deMonſieur
le Brun & des Principaux
164 MERCURE
de l'Académie , il alla dans le
Lieu où les Etudians deſſinent
d'apres le Modelle. L'Académie
en entretient deux. Monfieur le
Brun les avoit poſez ce jour- là ,
& ils formoient une eſpece de
Groupe , qui faiſoit voir la grande
intelligence de celuy quiavoic
fait prendre ces ſçavantes Attitudes
à ces deux Modelles . Monſieur
de Louvoys , apres les avoir
examinez quelque temps , excita
les Etudians à ſe rendre habiles ,
& paſſa dans une autre Sale qui
eſtoit remplie de leurs Deſſeins.
Il les regarda , & dit , que ſi Meſ
fieurs de l'Académie trouvoient
quelques jeunes Etudians qui
euſſent de grandes diſpoſitions à
ſe diftinguer beaucoup , & qui
manquaſſent de bien pour étudier
; il leur donneroit dequoy
ſubſiſter.. Il dit aufſi , qu'il au
GALAN T. 165
roit ſoin de faire ce qu'il faudroit
, pour donner lieu aux Etudians
de venir apprendre à deffiner
à l'Académie ſans rien payer
; car il n'y a que les Fils d'Académiciens,
les maiſtres Peintres,
& leurs Enfans,qui ayent ce Pri
vilége ; les autres payant quelque
choſe par ſemaine , pour l'entretiendes
Modelles,des lumières ,&
du feu. Ce qu'ils donnent n'eſt
pourtant pas affez conſidérable
pour ſuffire à cette dépense ; &
l'Académie qui veut que tant de
jeunes Eleves puiſſent un jour
remplir la France d'auſſi ſçavans
Hommes qu'on y en voit aujourd'huy
, y contribuë encore de ſon
fonds. -Monfieur de Louvoys ,
pour la combler de ſatisfaction ,
dit encore , qu'elle pouvoit s'affurer
de ſa protection , & qu'il
vouloit l'élever plus haut qu'on
166 MERCURE
ne l'avoit vûë. Il fut teconduit
juſqu'au bas de l'Escalier, parlant
tantoſt àl'un , & tantoſt àl'autre
de ces meffieurs , d'une maniére
engageante , & exhortant ceux
qui ont des Ouvrages pour le
Roy , à bien travailler , & avec
diligence . Il en diftribua meſme
à quelques - uns des plus habiles
d'entre-eux , en leur diſant qu'ils
ne devoient pas demeurer inutiles.
Il ſuivoit en cela les ſentimens
du plus éloquent de tous
les Romains , qui s'eſt autrefois
ſervy de ces termes ; Malheur aux
Etats qui negligent les beaux Arts.
Si vous refuſez aux Arts les recom.
penſes qu'ils meritent , vous n'eſtimez
point les Vertueux qui les exercent
. Quel honneur eſperezvous de
la Posterivé , & que deviendra la
Gloire preſente de la Republique ?
Tout ce que je vous viens de
GALAN T. 167
dire fait connoiſtre , que Monſieur
de Louvois ne ſera jamais
de ceux contre leſquels ce grand
Orateur s'écrie , & qu'il doittout
efperer de la Poſterité , puis qu'il
veut faire tant de choſes en faveur
des beaux Arts. Il eſt vray
que le motif qui le fait agir , eſt
bien grand , bien noble & entierement
digne de luy . Ce miniſtre
ne ſe regarde point luy- meſme , il
n'a pour objet que la gloire du
Roy. Il ſçait que rien ne la peut
mieux faire paſſer à la Poſterité,
que les Tableaux des grands
Peintres , les marbres , le Cuivre
& l'Airain. Il y va de l'intereſt
de toute la terre , que l'éclat de la
vie de ce monarque perce les fiecles
les plus éloignez , afin que
tous les Peuples puiſſent profiter
de l'exemple d'une vie fi glorieuſe.
Jugez ſi dans la vûë de ren
168 MERCVRE
dre le Roy immortel par les
beaux Arts , Monfieur de Louvoys
, qui en eſt préſentement
Protecteur , ne mettra pas tous
ſes ſoins pour les faire fleurir ,
comme il fait avec tant de zéle,
d'application & de ſuccez , dans
toutes les autres choſes où il eſt
employé pour le ſervice de Sa
Majeſté. On peut dire qu'en prenant
cet intereſt , il prend celuy
d'une des plus Nobles Profeffions
qu'on puiſſe exercer. En effet ,
les Arts Liberaux ont toûjours
eſté dans une eſtime tres- haute
chez les Grecs & les Romains.
Les premiers conſideroient fi fort
la Sculpture , qu'ils ordonnerent
des Précepteurs pour l'enſeigner
avant toutes choſes à leurs Enfans,
avec de tres- rigoureuſes défenſes
aux Eſclaves de l'exercer,
Ils prétendoient par cette éducation
GALANT. 169
1
- cation leur donner une diſpoſition
genérale à toutes les autres
Sciences , & rendre leurs yeux
capables de difcerner parfaitement
les juſtes proportions des
choſes , & de juger de la beautéde
tous les Objets du monde.
La nombreuſe Famille des Fabius,
qui prirent le nom de Peintres,
fut plus connuë par cette qualité,
que par la valeur de trois cens
Chevaliers , qu'elle perdit dans
un méme Combat , pour le fervice
de la Republique. Les plus
fages des Empereurs Romains
n'ont pas dedaigné de donner
quelques heures à la Peinture ;
& François I. & Louis XIII . Philippes
III. & IV. Roys d'Eſpagne
, en ont fait un de leurs
plus agréables divertiſſemens .
Demetrius, furnommé le Preneur
de Villes , montra l'eſtime qu'il
Decembre 1683 , H
170 MERCURE
en faiſoit , en refuſant de ſe
rendre Maître de Corinthe. Il
ne falloit pour cela , que mettre
le feu dans un Quartier où eſtoit
un Tableau de Protogene ; mais
il aima mieux conſerver ce fameux
Ouvrage , que d'achever
de la conquerir. Tout le monde
ſçait, que le Roy Nicomede voulut
affranchir les Gnidiens de
tous les Tributs qui leur avoient
eſté impoſez , pourvû qu'ils luy
donnaſſent la Venus de Praxitéle
, qu'ils poſſedoient , & qui attiroit
tous les ans dans leur Ville
un nombre infiny de Curieux .Ce
Peuple le refuſa ,& préfera cette
celebre Statuë au ſoulagement
que ce Prince luy offroit. J'aurois
beaucoup à vous dire , ſi je
vous parlois de tous les honneurs
qui ont eſté rendus aux Peintres
& aux Sculpteurs. La Grece n'eut
:
GALANT.
171
5
pas moins de reſpect pour le fameux
Polignote,que pour Licur
gue& Solon . Elle luy fit preparer
des Entrées magnifiques dans
toutes les Villes où il a voit fait
quelques Peintures ; & ordonna
par un Decret des Amphictions ,
qu'il ſeroit défrayé aux dépens
du Public, dans tous les Lieux ou
il pafferoit. Parraſius ; pour prix
d'un Tableau de ſa main , receut
de ſes Citoyens une Couronne
d'or , & une Robe de Pourpre ,
qu'il porta depuis , comme une
marque de l'eſtime de ſa Patrie.
Le Peintre Etion , ayant expoſé
aux Jeux Olimpiques un Tableau
de ſa façon , où eſtoit repréſentée
la Nôce d'Alexandre & de Roxane
, Proxénidas Intendant des
Jeux en fut fi charmé , qu'il luy
fit épouſer ſa Fille , quoy que ce
Peintre für un Etranger, qui n'a-
H 2
172 MERCURE
voit pour tout avantage , que fon
habileté dans ſon Art. On ſcait
que le Pape qui vivoit du temps
de Raphaël , avoit pour luy tant
d'eſtime , qu'il eſtoit dans le def
ſein de luy donner ſa Niéce en
Mariage. Les Rhodiens ont bâty
un Temple à un de leurs Pein .
tres ; & la Grèce & l'Italie ont
élevé des Statuës à ceux qui ſe
font diftinguez par des Ouvrages
confidérables. Charles V. fir
le Titien Comte Palatin , l'honorant
de la Clef d'or , &de tous
ſes Ordres de Chevalerie &
François I. dit ces paroles aux
Principaux de fa Cour, en faveur
de Léonard del Vinci , qui expiroit
entre ſes bras ; Vous avez tort
de vous étonner des honneurs que je
rends à ce grand Peintre. Je puis
faire en un jour beaucoup de Seigneurs
comme vous ; mais il n'y a
د
:
GALANT. 173
1
:
:
que Dieu feul , qui puiſſe faire un
Homme pareil à celuy que je perds.
L'eſtime où les Peintres & les
Sculpteurs font à Rome , fait parvenir
leurs Enfans à la Prélature,
& il n'y a rien qu'ils ne puiſſent
eſperer. Ils y joüiffent des Privileges
des Nobles Romains. A Venife
, les Arts Liberaux ont un
Tribunal & des Juges particuliers
, qui ne connoiffent que de
de leurs Cauſes. A Florence ,
Coſme de Medicis leur donna
des Franchiſes plus confiderables
même que celles des Gentilshommes
; diſant que la Noblefſe
qui vient de la naiſſance, eſt un
effet du hazard , & un don de la
Nature ; & que celle qui s'acquiert
par l'exercice des beaux
Arts, eſt une récompenſe legitime
de la Vertu . Dans les Provinces
Unies , ils font exempts de
H 3
174 MERCURE
toutes les charges ; on y propoſe
des prix à ceux qui y excellent,
& ils peuvent parvenir à toutes
les Dignitez de l'Etat .
Je croy, Madame, que vous ne
vous étonnerez pas aprés cela , fi
le Roy , qui a une Noble Paſſion
pour toutes les grandes choſes , a
pris tant de ſoin de mettre les
Arts Liberaux en France dans
tout l'éclat qu'il peuvent avoir.
Vous ne ferez pas ſans-doute fachée
de voir les marques d'eſtime
qu'il leur donne dans les Lettres
& Brevets accordez à l'Académie
en 1664.& 1665. En voicy
l'Extrait.
Reconnoillant que l'Academie de
Sculpture , quefa Majestéa établie
enſa bonne Ville de Paris , a telle.
ment réüßy felonſon defir , que ces
deux Arts , que l'ignorance avoit
GALANT. 175
-.
presque confondus avec les moindres
Mestiers ,font maintenant plus floriſſans
en France, par legrand nombre
qui s'y trouve de rares &d'excellens
Hommes , qu'en tout lereste
de l'Europe ; & Sçachant qu'il n'y
a point de plus fortes confiderations
pourfaire embraffer cette noblevertu
, qui est un des plus riches Ornemens
de l'Etat , que l'amour du Souverain
pour elle , Sa Majestéqui en
aune toute particuliere pour la Pein
ture , & pour la Sculpture, a réſolu
de luy en donner de continuelies marques
, & cependant de luy aſſigner
un fond tous les ans , pour ladépen
ſe de ſon Assemblée , & mesme de
gratifier ceux qui la compoſent , de
- quelques effets honorables deſa bienveillance
,voulant qu'ils joüißent des
mesmes Privileges , & droits de
Committimus , que ceux de l'Academie
Françoise , afin que ces Arts
1
G 4
176 MERCURE
Liberaux foient excrcez plus noblement
, & avec une entiere liberté,
n'y ayant rien entre les beaux Arts,
de plus noble que la Peinture , &la
Sculpture.
Je ne ſçaurois m'empeſcher ,
pour bien finir cet Article, d'employer
icy les meſmes paroles que
je trouve dans un Difcours public
d'un Homme illustre , qui
exerce aujourd'huy une des plus
confiderables Charges de la Robe.
Aprés avoir rapporté pluſieurs
chofes , que le Roy a faites à l'avantage
de l'Academie de Peinture&
de Sculpture,il ajoûte ; Outre
des effets so remarquables de fon
eſtime , il l'a logée aupres defa Per-
Sonne, il y entretient des Profes-
Seurs, pour l'enseigner à la funeſse;
ily propose des Prix de temps en
temps , pour donner de l'émulation ;
& lors que quelqu'un s'est rendu ca
GALANT. 177
pable de difcerner les beautez de
l'Antique , & de profiter de l'imitation
des grands Maistres ,il l'envoye
à Rome dans l' Academie Royale qu'il
y a instituée , pour ſe perfectionner
dans sa Profeſſion. C'est ainsi qu'il
prend ſoin de reconnoiſtre le talent
des Hommes extraordinaires ,
qu'au milieu des penibles fonctions
de la Royauté , ce mesme esprit qui
animefes Confeils , &quicomman
defes Armées , conduit auſſi la Stru-
Eture de ces superbes Edifices qui
furpaſſent la magnificence de l'ancienne
Rome , & qu'on a veus par
une espèce d'enchantement plus
avancez depuis quatre années, qu'ils
ne l'ont esté sous le Regne de fix
Roys. Ilſcait bien que plus le Prince
fait de chofes digne de l'Immortali.
té, plus il est obligé de confiderer
ceux qui les rendent immortelless
que La vie estant une ſuite conti
HS
178
MERCURE
nuelle de triomphes , ildoit proteger
ces illuftres Ouvriers, qui en forment
les plus riches , & les plus durables
Ornemens ; & que si César aſſura
Ses Statuës , en relevant celles de
Pompée, il n'aſſurera pas moins les
fiennes en rehauſſant le mérite des
beaux Arts , qui érigent des Monumens
éternels à fon honneur. C'eſt
l'unique bien qu'il se réſerve pour
luy ; c'est la seule récompense que
peut recevoir celuy qui poffcde touts
mais c'est aux Sculpteurs , & aux
Peintres à la donner. C'est à eux de
repréſenter LOUISle Conquerant ,
avec ce caractere de grandeur que
la vertu heroïque imprime fur fon
visage , avec cette mine haute ,
faite pour commander à toute la
Terre ,&qui le rend connoiſſable au
milieu des Escadrons , &de la foule
des Combatans.
Le meſme jour que Monfieur
GALANT.
179
de Louvoys fut reçen Protecteur
de l'Académie de Peinture & de
Sculpture, il avoit eſté le matin à
la Chambre des Comptes , où il
preſta Serment pour la Charge
de Sur- Intendant des Bâtimens.
Il prit place en ſuite au deſſus du
Doyen , où l'on jugea une Affaire
dans laquelle il opina ; apres
quoy la Compagnie finit ſa
Séance.
Sa Majesté en a donné une
d'Intendant dans les meſmes
Bâtimens , à Monfieur de Chanlay.
Il eſt connu par les belles
Cartes qu'il a faites pour le
Roy.
On ne fait rien pour ce Prince,
dont il ne ſe ſouvienne dans
l'occaſion ; & Monfieur Beſſon,
l'un de ſes Rencüeurs , & Chirurgien
de Sa Majesté , vient de
l'éprouver. Il eſtoit en quartier
H6
180 MERCURE
:
lors qu'Elle eut le Bras démis , &
il a reçeu pour recompenſe une
Charge de l'un de ſes Camarades
, qui vaquoit par mort. Il la
demandoit pour un autre ; &
le Roy , qui n'oublie aucun des
ſervices qu'on luy rend, la luy
a donnée pour luy- mefme .
Ayant donné dans ma Relation
de tout ce qui s'eſt paffé au
Siege de Vienne , un Portrait du
Comte de Staremberg , on m'a
demandé celuy du Roy de Pologne
avec tant d'empreſſement,,
qu'encore que je vous l'aye déja
envoyé dans unede mes Lettres,
je ſuis obligé de vous faire voir
encore ce meſme Portrait. Il eſt
gravé ſur une médaille qui a eſté
faite à l'occafion de la derniere
Paix de Pologne conclue avec
les Turcs. La Face droite contient
l'Effigie du Roy , & de la
TUETUR
POL MDL·R·P.
OLIVAM
181
LION
1993
avez,
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186
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Sieg
Cor
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envi
je fi
ence
grav
faite
Paix
les 7
tient
GALANT. 181
Reyne , qui conime vous ſçavez,
eſt Fille de Monfieur le marquis
d'Arquien. Hy a dans le Revers
un Palmier , & un Olivier , avec
unBoclier attaché entre les deux..
La Couronne de Pologne porte
également for l'un , & fur l'autre
de ces Arbres. Les paroles qui
font autour font affez intelligibles
. Celles que vous voyez à
coſté de l'Estampe , ſont gravées
dans l'épaiſſeur du cercle de la
Médaille..
Jajoûte , dans la veuë du tét
moignage que chacun doit à la
verité , que fi dans la Relation
de, Vienne , dont je vient de
yous parler je n'ay rien dic
qui regardaſt particulierement
le Prince Charles de Lorraine,
je n'ay prétendu conclurre par
là aucune choſe , qui puſt eſtre
182 MERCURE
deſavantageuſe à la gloire de ce
Prince. Je ſçay qu'il s'eſt mis d'abord
en état , non ſeulement de
défendre la Hongrie , mais d'attaquer
les Turcs ; qu'il a le prémier
entrepris des Sièges ; que
ſi des Troupes formidables par
leur nombre , l'ont obligé de faire
retraite , il n'a pas perdu courage
pour cela ; qu'il s'eſt rendu
à Vienne ; où il a pris des meſures
pour en faire ſoûtenir le Siege ;
& qu'il a luy- meſme fait brûler
les Fauxbourgs de cette Ville ,
apres avoir fait enlever tout ce
qu'il y avoitde précieux dans les
Maiſons de plaiſance , ainſi que
je l'ay marqué. Je ſçay encore
que pendant le Siege il a travaillé
à mettre l'Armée en état de ſecourir
la Place qu'il a batu les
Turcs aux environs de PrefGALANT.
183
bourg ; qu'il a fort bien payé de
ſa Perſonne à la Levée du Siége
de Vienne & que s'il y avoit eu
un Combat general , il n'auroit
pas manqué de s'expoſer despremiers.
Je ſçay enfin qu'en pourſuivant
les Turcs , il a fecouru le
Roy de Pologne , dans une occaſion
, où ſa préſence & ſes
Troupes eſtoient néceſſaires ;
que c'eſt luy qui a entrepris le
Siége de Gran ou de Strigonie ,
& que cette entrepriſe ayant
réüſſy , il a la meilleure part à cette
Conqueſte . Je n'ay jamais rien
dit contre la verité , du moins
quand elle m'a eſté tout-à- fair
connuë; & fi jeme ſuis quelquefoistrompé
on ne peut me reprocher
comme àbeaucoup d'autres,
que j'aye exposé des Faits qui ne
fuſſent pasdans la vray-ſemblance.
On a pû le connoiſtre dans
184 MERCURE
la Relation particuliere que je
vous ay envoyée du Siege de
Vienne. Si j'avois eu à douter de
la verité des circonstances qu'elle
contient , j'ay préſentement
fujet d'en penſer mille choſes
avantageuſes , qu'on a tâché de
la déchirer , & que l'on n'écrit
jamais que contre les choſes , qui
faiſant bruit dans le monde , ont
la réputation d'eſtre approuvées ,
Il ne falloit plus que cette Critique
, pour faire connoître que
cette Relation méritoit l'applaudiſſement
qu'elle a reçeu du Pus
blic def- intereſſfé . On a eſté ſenfible
aux veritez que j'ay dites
parce qu'elles ont fait voir trop
clairementles calomnies publiées
dans les Nouvelles étrangeres ,
& c'eſt pour cela qu'on a plûtoſt,
attaqué toutes les choſes qui re
gardent cette Relation , que le
GALANT. 185.
fonds & la fuite de l'Ouvrage ,
dont on n'a rien dit que confu
fément fans s'attacher à aucun
endroit particulier , fi ce n'eſt à
quelques prétendues contradictions
. On a batu du Païs dans
dix pages que contient cette Critique
, pour détruire tout un
Volume. Ce n'eſt pas que ces
dix pages ne ſoient tellement ren:-
plies de choſes , auſquelles on ne
peut donner d'autre nom que
celuy d'injures;que ſi onles ofſtoit
toutes , on ne trouveroit preſque
plus rien qui puſt ſervir de réponſe
à la Relation qu'on a vou
lu critiquer , & contre laquelle
on n'allégue rien qui détruiſe au .
cun Fait. Il paroiſt meſme , que
l'Autheur n'a lù , ny ce qu'il attaque
, ny ce qu'il défend. Il dit
d'abord , que la Relation imprimée
ſous le nom de l'Autheur du
1
1
186 MERCURE
Mercure Galant, porte pour titre,
Relation Veritable. Ce mot de Veritable,
ne ſe trouvera que dans ſa
Critique. On n'a pas voulu mertre
un titre ſpecieux, qui donnaſt
lieu de la rechercher. Cela n'eſt
bon qu'à ceux qui ſe défient de
leurs Ouvrages , & l'on a voulu
que la verité fiſt plûtoſt ſouhaiter
de voir cette Relation , queletitre
de Veritable , qu'il repete dix
fois dans les dix pages de ſa Critique
, comme fi je l'avois mis
quoyqueje nem'enfois pas mefme
ſervy dans le titre. Je ne dis
rien des injures qui ſont dans les
premieres de ces dix pages. Les
invectives tiennent lieu de raiſons
àceuxqui en manquent , & l'on
nedoitjamais y répondre , ſi l'on
ne veut ſe rendre auſſi méprifable
, que ceux en qui l'on blâme
un caractere ſi bas. Je laiſſe donc
GALANT. 187
les injures, pour répondre àquelques
Articles.
On veut que la Gazete imprimée
à Vienne en Italien,&dont
j'ay cité beaucoup d'endroits, ſoit
une Gazete ſupoſée, & que j'aye
eſté ſurpis en y ajoûtant foy. Il
ne faut pas une grande fubtilité,
ny une grande penetration d'efprit
, pour faire de pareilles Gritiques
; il ſuffit de nier des Faits ,
&de ne rien alleguer pour les détruire
; mais il faut que ceux qui
en uſent de la forte , ſoient bien
perfuadez du peu de lumiere des
Lecteurs. Pour moy , qui leur
rends plus de justice ; & qui ne
crois pas qu'ils puiſſent eſtre ſi
facilement trompez , je ne me
mets pas en peine de détruire
cet endroit qui ne peut rien détruire
dans leur eſprit. On nie un
Fait, ſans en donner de raiſons.
188 MERCVRE .
Que puis-je répondre lors qu'on'
ne m'allegue rien ? Cependant , if
eſt conftant que la Gazete qui
fert en beaucoup d'endroits de
fondement à ma Relation , eſt venuë
de Vienne. Iel'ay euë en Original
, c'eſt à dire, l'Imprimé meme
, & non une Copie écrite à la
main , & je la tiens de Monfieur
Bachelier, demeurant ruë S. Denys
. Ge ſont Perſonnes dont la
probité,& le nom ſont également
connus à Paris. Ils l'ont reçeuë
de Vienne , où chacun ſçait qu'ils
ne manquent pas de correfpondans
; & je ne puis croire que
j'aye merité des injures , pour.
avoir parlé comme ont fait ceux
qui ont eſté témoins de ce qu'ils
ont dit. Il eſt vray que la ſincé-
Dité des Allemans , n'a pas plû
aux Eſpagnols dont les manieres
font exagerantes ; mais j'ay crû
GALANT. 189
me devoir plûtoſt raporter à ceux
qui ont fouffert,& qui ont combatu,
qu'à ceux qui compoſoient
dans leur Cabinet des Relations
prématurées, pour impoſer à toute
la Terre , & embaraffer tellement
la verité qu'elle ne puſt
eſtre reconnue. Ils prétendoient
que le grand nombre de Turcs
qu'ils faifoient tier dans leurs
Relations , & les calomnies dort
ils noirciffoient ceux de qui ils
ont évité de recevoir du Secours ,
devoient leur tenir lieu de celuy
qu'ils n'ont pas donné. Je ne dou
te point que l'Auteur de la Critique
, qui ne peut foufrir les veritez
dont ma Relation est remplie,
ne ſoit de ce party. La preuve
en eſt évidente. Il ſe cache ;
c'eſt la maniere d'agir de ceux
qui doutent du ſuccésde leur entrepriſe.
Ils en font quites pour
190 MERCURE
ne ſe pas faire connoiſtre , quand
ils font vaincus. Le Libraire meſme
, qu'on ſçait eſtre celuy qui a
fait imprimer la Relation de Beſançon,
n'ayant ny Permiſſion,ny
Privilege, n'a ofé mettre fon nom
à cette Critique. Il a ſeulement
cherché à conſtruire le titre d'une
maniere , qui puſt faire croire
qu'elle ſe vend àLyon , chez le
Sieur Amaulry , quoy que le nom
du Sieur Amaulry n'y foit employé
, que parce qu'il vendla Relation
que je vous ay envoyée. En
effet , y a- t- ilquelque apparence
qu'il vouluſtdebiter un Ouvrage
fait pour la détruire, fur tout lors
que le profit en ſeroit moindre,
tel que celuy de cette Critique ,
qui ne contientque dix pages ?
Enfuite cet Eſpagnol ( car il le
doit eſtre d'inclination , ou de
najſſance ) me reproche d'avoir
GALAN T.
191
dit que la Politique des Eſpagnols
, eſt de taire toûjours à leurs
Peuples la perte qu'ils font , &
qu'on ne ſçait pas encore en Efpagne
que les François foient
maiſtres d'Arras. Il ne me condanne
que parce que Balzac a dit
cela avant moy ; mais il ne prend
pas garde qu'il me juſtifie en faifant
cette remarque , puis qu'il
fait connoiſtre par là , que ce
n'eſt pas d'aujourd'huy que l'on
ſçait quelle eſt la Politique des
Eſpagnols ſur le Fait dont il s'agit.
Mais , dit ce Critique ,fi cette
pensée estoitSuportable dans le tems
que Balzac écrivoit , parce qu'il y
avoit peu d'années que cette Ville
avoit esté affiegée& priſe par les
François , à preſent cettefigure est
pouſſee trop loin , & perd tout l'agrément
que Balzac luy avoit don ..
ne. le prétens tout au contraire,
192
MERCURE
que cet agrément redouble aujourd'huy.
Ce n'eſtoit pas une
choſe extraordinaire , qu'on euſt
pû cacher la prife d'une Ville
peu de temps apres ſa reduction ;
mais il eſt bien plus merveilleux,
que les Eſpagnols ayent l'adreſſe
de la cacher encore apres un fort
grand nombre d'années. le veux
toutefois que le temps l'ait fait
connoiſtre. Puis qu'on ne blâme
ce que j'ay dit , qu'à cauſe de la
longueur du temps qu'il y a que
cette Ville eſt priſe ; l'Autheur
du Libelle , ne nie pas la Politi
que Eſpagnole à cet égard ; &
puis que c'eſt tout ce que j'ay
voulu montrer en cet endroit ,
je ſuis venu à bout de mon deffein
. Quand j'ay parlé d'Arras ,
j'avois des exemples plus reſſens,
&je ne voulois pas dire quedu
rant les dernieres guerres , on
avoit
GALANT.
193
avoit pendu un Homme à Naples
, pour avoir publié la priſe
d'une VilleEſpagnole.
Le Cenſeur me blâme en fuite,
d'avoir fait faire quinze lieuës
d'Allemagne en un jour à l'Armée
qui ſe retira dans Vienne ,
ſans avoir eu égard à tout l'Attirail
qui fuit une Armée , au Bagage
, au Canon , & au reſte.
Cela paroiſt aſſez ſpétieux ; mais
j'ay ſeulement parlé comme
François , fans marquer lievës
d'Allemagne. D'ailleurs il n'eſtoit
plus queſtion d'Armée en ordre.
On ſe mettoit peu en peine du
Bagage & du Canon ; en un mot
on fuyoit , & la peur donne des
aifles . On ſçait d'où les Troupes
partirent , on ſçait quand elles
arriverent à Vienne , c'eſt un
Faitmarqué par tout , & generalementtenu
pour conſtant. Ainfi
Decembre 1683 .
I
194
MERCURE
je ne me mettray pas en peine
de répondre à une objection ſi
peu juſte.
On fait apres cela un tresgrand
dénombrement des Forces
Ottomanes , pour me blâmer
d'avoir dit que le Grand Vizir
n'avoit que quarante mille hommes
d'Infanterie devant Vienne.
Je l'ay dit , je le ſoûtiens ,& je le
croy;& quand l'Armée des Turcs
auroit eſté composée de cinq
cens mille hommes , il n'eſtoit
pas impoſſible qu'ayant un fi
grand trajet à faire , elle n'en eût
que quarante mille de pied.D'auffi
longues Marches ruinent l'Infanterie
; & le Grand Vizir devoit
ſe tenir fort heureux d'en
avoir encore autant , lors qu'il
arriva devant Vienne. Quand on
a beaucoup de Cavalerie , on ne
manque pas de Gens de pied , &
GALANT.
195
il n'eſt pas extraordinaire de voir
des Cavaliers Turcs mettre pied
à terre , pour avancer les Travaux
d'un Siege.
Comme on ne cherche qu'à
me critiquer , quand je parle
pour les Allemans , on ſe décla-
-re contre eux; & quand je parle
contre eux , on ſe déclare contre
moy. C'eſt une marque que ma
Rélation donne peu de matière
à la Critique , puis qu'on s'attache
à des choſes , qui n'étant
point du Fait , n'en peuvent
rendre le fonds ny véritable ny
faux. J'ay loüé le Comte de Staremberg
d'une belle Action
qu'on m'a aſſuré qu'il avoit faite
à la Bataille de Senef, on ne veut
pas qu'il s'y ſoit trouvé ; j'y conſens
, mais il eſt certain que fon
Régiment y eſtoit. On voit par
là , que j'ay cherché toutes les
>
I 2
196 MERCVRE
occafions qui m'ont pû fournir
dequoy loüer les Commandans
de l'Empereur ; & puis que jay
voulu élever ce qu'ils ont fait
même contre la France , on doit
eſtre convaincu que mon deſſein
n'a pas eſté d'abaiſſer ce qu'ils
ont fait contre l'Ennemy commun
de la Chrétienté.
4
On m'impute à crime d'avoir
parlé de la Maladie du Comte de
Staremberg , comme ſi c'en étoit
un à ce Comte d'avoir eſté malade.
Sa madadie eſt un Fait conſtant
,& c'eſt un malheur que
chacun éviteroit , s'il le pouvoit
faire. Peut-eſtre que le Comte
de Staremberg n'a pas paru plus
grand Capitaine , eſtant en pleine
ſanté , que je l'ay fait voir
dans ſa maladie. Lay marqué
qu'il s'eſt fait faire dans ſon Lit
le raport de tout ce qui s'eſt
GALANT.
197
paffé , qu'il a fait agir ſon eſprit
& ſon experience , & qu'il a
donné tous les ordres necef
faires à la ſeûreté de la Place.
Un vray Capitaine défend
moins les Villes du bras que
de la reſte puis qu'il n'a pas
plus de force qu'un ſimple Soldat..
L'expérience & la conduite,
font les Generaux ; & la vigueur
, les Soldats . Perſonne
n'ignore que des Genéraux ,
quoy que malades , ont gagné
des Batailles , lors qu'ils ont eſté
portez au milieu de leurs Armées
, & que leur mal leur laiffoit
encore aſſez de relâche pour
donner des ordres. Toutes ces
choſes font voir que ſi le Comte
de Staremberg avoit à ſe plaindre
de quelqu'un de ceux qui ont
écrit touchant le Siége de Vienne
, ſes plaintes tomberoient
13
198 MERCURE
bien moins fur moy que fur
celuy qui le veut défendre en
m'attaquant.
Je ne voy pas que la contrarieté
dont on m'accuſe ſoit juſte ,
lors qu'on me reprend d'avoirdit
dans un endroit de ma Rélation ,
que Vienne eſtoit fourny de Vivres
pour fix mois ; & dans un
autre , qu'un Beoeuf y eſtoit fort
cher quelques heures avant la
Levée du Siége. Il n'y a rien
dans cet Article qui ne foit d'ufage.
Quoy qu'il y ait beaucoup
de Vivres dans une Place affiégée
, la prudence veut qu'on les
ménage , parce qu'on ne ſçait pas
combien de temps on en peut
avoir beſoin.
On employe une fubtilité affez
nouvelle , pour m'accufer encore
d'avoir en deux endroits parlé
diféremment de la même choſe ;
GALANT. 199
& l'on pourroit donner dans ce
piége , fi l'on n'y faiſoit pas réflexion
. Voicy l'adreſſe dont on s'eſt
ſervy. Au lieu que naturellement
on raporte les choſes dont on
veut parler , dans l'ordre qu'elles
ont eſté dites , mon Cenſeur cite
la derniere en premier lieu ; &
apres avoir parlé de ce que j'ay
dit dans la page 1 28. il me le fait
dire d'une autre maniere dans la
page 75. S'il n'avoit point fait de
tranſpoſition , on auroit vu que
j'ay dit une choſe dans la page
75. dont je me ſuis dédit dans
la page 128. Je ne l'ay point ôtée
du premier endroit où j'en ay
parlé ,parce qu'il n'eſt pas aiſé
de retrancher ce qui eſt déja imprime;
mais j'ay fait ce qui ſe pratique
ordinairement par ceux qui
écrivent de bonne foy ; j'ay rectifié
cet endroit dans la fuite. Tou-
1
14
200 MERCURE
tes les choſes dont un Autheur
s'aperçoit , lors qu'il les met àdeffein
, & qu'il en donne avis , ne
peuvent paffer pour des Contrariétez.
Je ne ſçay pas ſi l'Inconnu
qui ſe cache en m'attaquant , a
prétendu m'imputer commeune
faute , de m'eſtre dédit ; mais je
m'en fais une gloire. Je montre
par là , que je n'ay épargné ny
foins ny recherches , pour découvrir
la vérité ; & que l'ayant
trouvée , je ne me ſuis point fait
une honte de me dédire de ce
que j'avois mis quelques pages auparavant..
Apres vous avoir parlé d'une:
tranſpoſition faite exprés pour
m'accuſer de contrariété , il faut
vous dire dequoy il s'agiſſoit , &
vous faire voir que l'Autheur de
la Relation de Besançon , que
l'on veut défendre en m'atta
GALANT . 201
quant , a fait la faute dont on
m'accuſe. Il eſt queſtion de ſçavoir
fi les Tures ont laiſſé dans
leur Camp de l'or , de l'argent ,
des pierreries , & generalement
tout ce qui peut metiter le nom
de precieux . Il dit dans la page 79
Que les Turcs ont laiſſe quantitéde
Richefſſes , en or , en argent , & en
pierreries, leGrand Viſir estantforty
deSon Camp , Sans rien enlever de
Ses Meubles. Et dans la page 81.
il dit , Qu'il y avoit trois jours qu'il
avoit commencé à renvoyer fesmeilleurs&
plus riches Equipages, avec
Ses Femmes , &le gros Canon ; qu'à
fon exemple les Baffas & Agas de
l'Armée avoient renvoyé tout ce
qu'ils avoient de plus precieux ; &
que fi toutes ces choses estoient reſtées
, on auroit profité de plus de
trente millions. Ce font les pro
pres termes des deux endroits de
15
202 MERCURE
la Relation de Beſançon , qui ſe
contrediſent. Il n'y a point de
raiſonnement à faire la-deſſus , il
fuffit de lire ; ainſi je n'en diray
rien.
Il faut quel'Autheur de la Critique
ne trouve gueres d'endroits
à reprendre dans ce que je vous
ay écrit du Siege , puis qu'il s'attache
à une faute qui ne peut
eſtre que d'impreſſion . L'ay fait ,
dit-il , defcendre le Roy de Pologne
aux Iacobins, je luy ay fait entonner
le Te Deum, &je l'ayfait poursui
vre par les Augustins. Il est vray
que ce ſont ces derniers qui l'ont
chanté dans la Chapelle de Noſtre-
Dame de Lorette , où le Roy
de Pologne fe rendit. Mais ce n'eſt
pas là dequoy il s'agit ; c'eſt de
ſçavoir fi ce Monarque alla en
l'Egliſe S. Eſtienne , comme dit
l'Auteur de la Relation de Be
GALANT. 203
fançon , dans la page 15. Jeſou.
tiens toûjours qu'il n'y a point
eſté. C'est un Fait de notorieté
publique , dont tout le monde
convient. Il n'en faut pas davantage,
pour marquer que l'Autheur
de cette Relation , qu'on
ſuppoſe avoir eſté dans Vienne
pendant le Siege,n'y eſtoit point,
puis que voulant faire une Relation,
& eſtant dans la Ville , il auroit
eſté au Te Deum, ou du moins
auroit ſceu en quel Lieu le Roy
de Pologne auroit eſté le faire
chanter. Un Roy conquerant , &
ſuivy d'un Peuple qu'il vient de
délivrer , & qui ne l'a jamais vû,
marche avec affez de bruit dans
une Ville où tout eſt en joye ,.
pour ne pas dérober la connoifſance
des Lieux où il va.
Je ne me contredis point , com
me mon Cenfeur le pretend mal
L6
204
MERCVRE
à propos , lors que j'ay dit que
tout ce qui s'eſt paffé au Siege
de Vienne , eſt tiré d'une Gaze
te , & c.... apres avoir dit dans
ma Preface , que ma Relation a
eſté composée ſur de bons Memoires
. Il faut regarder deux cho- .
fes dans cette Relation ; l'une ,,
ce qui s'eſt paffé pendant le Sie ...
ge ; & l'autre , ce qui s'est fait
àla Retraite des Tures. La plûpartdes
Memoires qui regardent
le Siege , me viennent de ceux
qui estoientdans la Ville , & qui
ont combatu ; & comme ils n'ont
voulu parler que des choſes dont
ils ont eux-mémes eſté Acteurs,
la Gazette de Vienne m'a beaucoup
fervy pour la Levée du
Siege. Ainfi j'ay eu lieu d'avancer
ceque j'ay dit , & de croire
quej'ay travaillé fur de bons Mé--
moires ..
GALANT..
205
Tout ce que jetrouve de plus.
raifonnable dans la Critique , eſt
l'endroit où l'on dit , que dans les
Relations qui onteſté faites, l'exa
geration eſt loüable , puis qu'elle.
eſt employée à la gloire du Chri
ſtianiſme,& à la honte de ſes plus
cruels Perfecuteurs ; que c'eſt un
excés de zele , qui fait groſfir
les eſpeces ,& qui a élevé juſques
aux Cieux des Trophées à la
Religion. Voila ce qu'il me faloit
dire d'abord ; & il n'eſtoit point
queſtion d'employer du papier ,
pour détruire en dix lignes , ce
que l'on a crû prouver en dix
pages . On veut me montrer par
là , qu'un Chrétien ne devoit pas
dire la verité. Mais ſi l'on élevoit
autant ce que j'ay mis dans
ma Relation à l'avantage des
Chrétiens , que l'on abaiſſe le
reſte, an verroit que pour avoir
206 MERCURE
épargné leur ſang , je n'ay rien
diminué de leur gloire , & que
puis qu'ils ont fait lever le Siege
de Vienne , & pris en ſuite
quelques Places , tous les avantages
des Vainqueurs leur font
demeurez . J'ay tâché de donner
de l'éclat à leurs actions , mais
avec vray- ſemblance , & fans
exageration , de peur que la verité
ſe découvrant toſt ou tard ,
on n'euſt de la peine à la croire ,
àcauſedes choſes peu vray- fem
blables dont on l'auroit veučenvelopée.
Quand toutes ces fautes qu'on
m'a ſupoſées , feroient veritables,
elles ſont en ſi petit nombre , qu'à
moins d'y prendre un intereſt
tres - particulier , on ne s'en pout
roit appercevoir dans une Rela
tion qui ſeule contient un Volume..
On veut critiquer , & l'on
GALAN T. 207
n'attaque rien ; car je ne croy
pas que quelques prétenduës
contradictions puiffent faire pafſer
tout un Livre pour faux. Il
eſt aiſé de juger que l'Autheur
de la Relation de Besançon a voulu
faire trouver des defauts dans
un Ouvrage qui détruit le ſien.
On connoift par ſa Réponſe un
peu trop precipité , qu'il n'eſt
pas dans Vienne. Il peut écrire
tant qu'il luy plaira , iln'aura de
moy aucune replique , lors qu'il
continuëra de ſe cacher. Si je
répons aujourd'huy , il ne doit
pas croire qu'aucun mouvement
d'aigreur ou de chagrin me l'ait
fait faire. le me ſerois tû , s'il n'avoit
faluque repouſer des injures ;
mais j'ay crû devoir quelques
éclairciſſemens à ceux , qui entraînez
par les ſentimens , ou par
les raiſons politiques des Perſon208
MERCVRE
nes intereſſées , pourroient un
jour douter de la verité de ma
Relation.
On vientde m'apprendre, que:
par une Promotion extraordinaire
& fingulière tout enſemble
Sa Majesté a fait Monfieur de
Monros , ſecond Fils de Mon--
ſieur le Marquis du Queſne ,...
Capitaine de Vaiſſeau. Il n'étoit
auparavant qu'Enſeigne , & n'a
point eſté Lieutenant ; mais on
ne doit pas faire des choſes ordinaires
, pour des Hommes qui
ont ſçû ſe mettre au- deſſus du
commun. Ce préſentaeſté ſuivy
de ces honneſtetez du Roy ,...
dont on eſt plus touché que, des
dons qu'il fait , quelques grands
qu'ils puiſſent eſtre...
Lers , dece mois , la Femme
du. Sieur Dulu , Maiſtre Rotif
ſeur au coin de la Rue des Pe--
GALANT.
209
tits Champs , eſt accouchées
d'un Enfant quiavoit la teſte d'un
Merlan , l'oeil droit fort petit ,
ainſi que la bouche ,& les oreilles
en façon d'une Nantille , à
l'exception d'un petit trou qui
eſtoit dans le milieu. Il eſtoit ſans
oeil au coſté gauche , fans nez &
ſans lévres ; & au lieu d'épaules,
on luy voyoit un morceau de
chair , dont la longueur eſtoit de
dix pouces ,& la groffeur de ſept
ou huit. Il n'avoit ny os ny ventre
, & l'ombilic eſtoit comme un
fil de chanvre , long environ
d'un quartier. Il avoit les jambes.
comme des fuſeaux , fans OS
ny formes de cuiſſes , les bras
derriére le dos ,& les doigts des
mains & des pieds , comme des
fils Cette Femme , qui n'eſtoit
groſſe que de ſept mois &demy,
eut des doulenrs extraordinaires
210 MERCURE
depuis minuit juſques à ſept
heures du matin , qu'elle fut accouchée
par Madame le Tellier,
Sage-Femme , demeurant Ruë
de la Huchette. Cet Enfant a eu
vie hors du corps de ſa Mere.
On l'a ondoyé ſous condition,
& il a eſté enterré à S. Roch ,
Paroiffe de l'Accouchée . Le Pere
& la Mere n'ont point voulu
permettre qu'on l'ait ouvert.
Vous n'aurez les Noms de
ceux qui ont expliqué les Enigmes
du dernier mois , que dans
ma XXIV. Lettre Extraordinaire
, qui paroîtra le 15. de lanvier
prochain. En voicy deux
nouvelles que je vous envoye.
La premiere eſt de la ſpirituelle
Caliſte , & l'autre du Berger
Fleurifte..
GALANT . 211
ENIGME.
E ſuis d'une Famille
Je grande ,
, officieuse
Que le Destin diſperſe , & joint
commeil luy plaist.
Jefers où je me trouve ,&fers fans
intérest.
Fay des Soeurs en Terre Allemande,
En Angleterre, en Ecoffe,en Irlande,
Une à Milan, deux à Lyon ,
D'autres ailleurs , dont ſi j'avois
envie
Defaire la déduction
On la verroit bien tard finie
Avoñons- en la verité,
S'aimerſeule est une manie.
La fréquente ſocieté
2
Cauſe ma gloire & monutilité ,
Jene vaux rien qu'en Compagnie.
Auſſi mon logement est à l'Acade
mie.
212 MERCURE
J'y paſſe l'Hyver & l'Eté,
Certaines de mes Soeurs que vous
pouvez connoistre
Font , fans moy , peter le Salpestre,
Entreprendre , attaquer , donner
d'heureux affauts ,
Et redouter partout , France , tom
grandHeros..
Pourmoy jesuis une Doucete ;
Mais sije n'ay qu'une part imparfaite
Al'entrepriſe, à l'action ,
Je l'ay du moins entiere,à l'admiration.
21207
Envoulez - vous , Berger , apprendre
davantage?
Hé-bien , écoutez donc, en vous le
Ciel amis
Tout ce qui rend galant &Sage ,
Et toutefois ſans moy , vous
point d' Amis..
n'auriez
GALANT. 213
AVTRE ENIGME.
N ne me connoist pas feulement
à Vienne ,
A yenise , à Cologne , à Bruxelle ,
àBreda ,
Mais auſſi ſur les Bords du Tage &
de la Seine ,
Et mesme jusqu'en Canada.
عور
Quatre iambes que j'ay me rendent
remarquable ;
Un Plumet ſur l'oreille , aide encore
à cela;
Etfi ie vis en miferable ,
Vostre langue , Caliste , & chacun le
Sçaura ,
Me cauſe ce tort- là .
Mon deſtinn'est- il pas barbare ?
Le Mariage me sépare ,
Luy, qui fur toutse plaiſt à l'union.
214
MERCURE
:
Et l'impertinent me renverse.
Mais hélas ,rien n'est fans traverſe,
L'en fouffre fept ou huit dans mon
affection.
La moitiéde moy-mesme ,
EftSeûrement digne qu'on l'aime.
Car fans fon utile fecours
On ne parleroit plus d'amours ,
Et les Femmes feroient changées
Dés le mesme moment en Fées .
L'autre moitié mérite encore plus
d'honneur.
De la Divinité c'est une ample
partie.
Elle ade la droiture, elle a de la donceur
,
Elle entretient la joye , &conferve
la vie.
Voila quelle je ſuis ; ny Fille , ny
Garçon ,
Et meſmes ni Chair , ny Poiſſon .
GALANT.
215
Je ne finirois point , ſi je voulois
vous parler de tous les hon .
neurs que l'on a rendus à la mémoire
de la Reyne ; mais je ne
dois pas oublier que les Carmelites
de la Ruë du Bouloir ayant
fait faire un Service folemnel
pour cette Princeſſe le 20. de ce
mois , la Meſſe y fut celébrée
pontificalement par Monfieur
l'Eveſque d'Auxerre & Ι'Ο-
raiſon Funebre prononcée par
Monfieur l'Abbé des Alleurs ,
Aumônier de Madame la Dauphine.
Il répondit à l'attente
qu'on avoit de luy , & oppoſa à
toutes les Actions de grandeur
du Roy , des Actions de pieté de
la Reyne. Un grand nombre de
Prélats , & de Perſonnes de qualité
, formoient l'Aſſemblée , &
les Religieuſes de ce Convent
n'oublierent rien dans cetteCe
216 MERCURE
rémonie , doublement trifte pour.
elles , de ce qui pouvoit marquer
leur douleur & leur juſte recon
noiſſance . La Muſique , qui fut
fort touchante , eſtoitde la compoſition
de Monfieur Charpentier.
Vingt- quatre Pauvres qu'elles
avoient reveſtus , allerent à
l'Offertoire , chacun un Cierge
à la main. Dés le temps de la
mort de cette grande Princeſ
ſe , elles avoient fait tendre
toute leur Egliſe de deüil , avec
trois Bandes de Velours chargées
d'Ecuffons , qui demeureront
toute l'année. Tous les
jours , à l'iſſuë de leur Veſpres ,
leur Cloche avoit annoncé les
Prieres publiques qu'elle faiffoient
pour cette illuſtre Défunte;
& tous les Dimanches apres
leur Salut , elles én avoient fait
ajouter d'autres au milieu du concours
1
GALANT.
217
cours du Peuple. Ces Prieres ſe
doivent auſſi continuer tout le
reſte de l'année.
:
J'oubliay de vous apprendre
il y a un mois , que Madame la
Marquiſe d'Urfé eſtoit morte icy
le s . de Novembre . Elle s'appel .
loit Marguerite d'Alegre, & avoit
épousé Meſſire Emanüel de Lafcaris
, Marquis d'Vifé , Comte
ly de Sommerive , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , &
de ſon nom le dix- ſeptiéme Bailde
Foreſts. le vous ay parlé de
ces deux Maiſons en pluſieurs de
mes Lettres. Cette Dame a laiſſé
pour Enfans Monfieur l'Eveſque
de Limoges ; Monfieur l'Abbé
d'Vrfé , Doyen de Noſtre- Dame
du Puy ; le Pere d'Vrfé, Vifiteur
de l'Oratoire ; Monfieur l'Abbé
de S. Just d'Urfé ; & Monfieur le
- Comte d'Urfé , Enſeigne des
S Decembre 1683 ,
K
218 MERCURE
,
Gardes du Corps , qui par la retraite
de ſes quatre Freres aînez ,
& par la mort de Monfieur le
Marquis d'Vrfé Colonel de
Cavalerie , qui mourut le 14. Septembre
de l'année derniere , ſe
voit aujourd'huy l'unique eſpérance
de cette illuſtre Maiſon ,
dans laquelle ces derniers du
nom d'Vrfé , ont joint la Devotion
aux Armes , & aux belles
Lettres . Il y a auſſi trois Filles ,
dont l'une eſt Veuve de Monſieur
le Marquis de Langeac de
la Rochefoucaut , & les deux
autres , Religieuſes de Sainte
Claire de Montbriſon en Forests ,
Vous ſçavez la bonté & la
tendreſſe du Roy d'Angleterre,
pour le Duc de Monmouth.Je devrois
vous en entretenir au long ;
mais ie n'ay pas oublié que je vous
ay promis , il y a déja quelques
GALANT.
219
mois , l'hiſtoire entiere de la
Conſpiration . Quand cette Affaire
ſera terminée , je vous feray
part du tout enſemble ; & cet
Article vous paroîtra beaucoup
plus curieux , que ſi pour le voir
entier , vous eſtiez obligée de le
chercher par morceaux dans huit
ou dixde mes Lettres .
Avant que Moliere travaillât
pour le Théatre , tout le fruit
qu'onretiroitdes Comédies Françoiſes,
eſtoit de ſe divertir une
apres - dînée. Cet excellent Au
theur joüa les défauts des Hommes
, & cela fit changer de manieres
à bien des Gens , & fur
tout à la leuneſſe de qualité. II
attaqua enſuite les moeurs, ce qui
en remit beaucoup d'autres dans
ledroit chemin ; mais jamais fes
5 Pieces n'ont eſté ſi profitables ,
s que lors qu'il a joué les Profef-
K 2
220 MERCURE
ſions. Depuis la mort , on a fait
quelques Comédies , dont le fuccés
a eſté tres-grand , mais elles
font en fort petit nombre , & de
celles- là aucune n'a eſté plus utile
que celle d'Arlequin Procureur ,
dans laquelle les Comédiens Italiens
ont fait voir les divers tours
de ſoupleſſe des méchans Procureurs
; parce qu'en faiſant réflexion
fur toutes les friponneries
qui s'y trouvent dépeintes d'une
maniere tres - naturelle , on peut
chercher des moyens pour s'empêcher
de tomber dans ces malheurs.
Quiconque y peut reüffir ,
évite ſouvent fa ruine , & celle
de ſa Famille , ſans compter les
peines qu'il s'épargne. le me fou
viens d avoir vû dans cette Piece
un Procureur , qui ne pouvant
legitimement occuper que pour
une ſeule perſonne , ne laiſſe pas
GALANT. 22T
d'occuper pour neuf. La reflexion
que j'ay faite ſur cet Incident
, a eſté cauſe que j'ay découvert
depuis huit jours , qu'un
Procureur quioccupoitpour moy
dans une Affaire , occupoit auſſi
pour ma Partie , ſous le nom d'un
autre Procureur. Ce ſont des fervices
qu'ils ſe rendent tous les
jours les uns aux autres , & aufquels
on ne s'aviſeroit jamais de
prendre garde , ſi l'on n'avoit vu
cela dans la Comedie d'Arlequin
Procureur.On y trouve cent tours
de cette nature , fi bien touchez ,
que rien ne paroît plus vray-femblable.
Comme les Comediens
ne peuvent jouër cette Piéce auſſi
ſouvent que les Particuliers qui
en veulent profiter le ſouhaite.
roient , & que d'ailleurs on ne
la jouë point dans les Provinces ,
le Public a demandé avec ar
K
3
222 MERCURE
deur qu'on l'imprimat , & enfin
ellea eſté miſe ſous la Preffe Le
Sieur Blageart Libraire , Court
neuve du Palais , commence à la
débiter. C'eſt un tréſor qui merite
qu'on le garde ; & quiconque
eſt ſur le point d'avoir un
Procés , doit la lire & la relire
avec ſoin , afin de perdre l'envie
de plaider , ou du moins afin de
prevoir aux friponneries qu'on
luy peut faire. L'Autheur n'ayant
pû les faire entrer toutes
dans la Comedie , on en trouvera
encore d'autres dans la Préface..
Je ne vous dis rien pour justifier
les Procureurs de bonne foy , &
leur Profeffion. Je vous écrivis
amplement là- deſſus , lors queje
vous manday le fuccés de cette
Piéće. Le defaut eſt de l'Homme;
il eſt perfonnel,& non de la Pro.
feffion. Les armes défendent l'E
GALANT. 223
rat & les Loix , & cependant on
s'en fert pour commettre des
affaffinats.
Meffire Jacques de Saulx
Comte de Tavanes & de Beaumont
, Marquis de Suilly , Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Grand Bailly de Dijon,
eſt mort depuis peu de jours . Sur
le ſcrupuled'avoir fait tort autrefois
à l'Hôtel- Dieu , en arreſtant
des Vivres qui paſſoient pour
cette Maiſon aupres d'un Corps
de Troupes qu'il commandoit , il
a laiſſé cinquante mille francs à
cet Hôpital. Il a auſſi laiſſe un
Habit de cinquante écus à chacun
de ſes Creanciers , toutes les
debtes payées , & eſt mort âgé de
ſoixante & quinze ans .
Cette mort a eſte ſuivie de
celle de Dame Françoiſe Dalmas
, Veuve de Meſſire Jacques
K 4
224 MERCURE
Tubeuf , Préſident en la Chambre
des Comptes , & Sur- Intendant
des Finances de la feuë Reyne
Mere . Ce Preſident fi connu
de tout le monde pendant le Miniſtere
du Cardinal Mazarin ,
laiſſa un Fils, qui eſt mort , & qui
avoit épousé la Fille de Monfieur
de Novion, Premier Préſident.
Monfieur Boileau , Sieur de
Puimorin , qui a eſté Intendant &
Controlleur General de l'Argenterie,
Menus- Plaiſirs , & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté , eſt
mort auſſi dans le meſme temps.
C'eſtoit un Homme d'une ſocieté
agreable , aimé de toutes les Perſonnes
d'eſprit & de qualité , &
Frere de l'illuſtre Monfieur Defpréaux,
qui nous a donné autant
de Chef d'oeuvres , que nous
avons d'Ouvrages de luy . :
Vous - ne me ſurprenez point,,
GALAN T.
225
en mediſant que perſonne n'eſt
perfuadé dans vôtre Province ,
du prétendu Mariage de la Pucelle
d'Orleans. Je vous ay envoyé
la Lettre de Monfieur Vignier
; c'eſt à luy à répondre aux
Objections qu'on luy peut faire.
Il les a prévûës fi fortes, qu'il dit
luy - meſme dans cette Lettre ,
qu'il ne doute point que cequ'il
raporte, contre le témoignage de
tous les Hiſtoriens , ne ſoit mis au
nombre des Fables. En effet , il
n'eſt point croyable , que fi laPucelle
d'Orleans s'eſtoit mariée à
Metz ,le Roy Charles VII. ne
l'eût pas fait venir à la Cour,pour
récompenfer par les honneurs.
qu'elle meritoit, les ſervices qu'elle
venoit de rendre à la France ..
Il y a plus . Il eſt porté dans l'ancien
Manufcrit trouvé à Metz ,
dont il parledans ſa Lettre , que
2 KOR
ر م ح

226 MERCURE
fes deux Freres la vinrent voir
prés de S. Privé,& la reconnurent..
Cependant il eſt conſtant , qu'en
1455.fa Mere & un de ſes Freres,
preſenterent Requeſte au Pape
Calixte III . pour obtenir de Sa
Sainteté un ordre de faire faire
revifion du Procés , aux fins de
ſa juftification ; que ce Pape dé--
livra une Commiſſion pour cela,
à l'Archeveſque de Rheims , & à
pluſieurs Eveſques ; & que les
Témoins oüis en la Ville de
Rouën , pardevant l'Eveſque de
Beauvais,depoferent preſque tous
qu'ils avoient vû conduire la Pucelle
au fuplice, & pluſieurs,qu'ils
l'avoient vûëbrûler. Le Jugement
rendu par les Commiſſaires le 7.
Juin 1456. la déclara innocente,
caſſa les Jugemens qu'on avoit
rendus contre elle , & ordonna
qu'il feroit fait deux Proceſſions,
accompagnées chacune d'un Ser
GALANT. 227
mon, qui la justifieroit des calomnies
de ſes Ennemis , l'une en la
plus grande Place de la Ville , &
l'autre en celle où l'Execution
avoit eſté faite , dans laquelle on
éleveroit une Croix qui s'y voit
encore aujourd'huy , pour la mémoire
éternelle de ſa juſtification.
Tout cecy ſe trouve dans un
grand Volume en parchemin, qui
eſt au Tréſor Royaldes Chartres
de la Sainte Chapelle. Ce Volume
contient la Réviſion du Procés,&
celuy de la Condamnation,
paraphé dans toutes les pages par
les Greffiers commis pour cette
Reviſion ..
Je ne prétens point vous apprendre
la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc d'Anjou . Elle eft
une ſuite des profperitez de la
France ; & la Renommée , qui
n'eſt preſque occupée que pour
K. 6
228 MERCURE
؟
elle , doit vous l'avoir annoncée,..
ſi toſt que ce Prince eſt venu au
monde. Ainſi je ne vous en parleray
qu'afin de vous faire part:
de tout ce qui l'a précedée , accompagnée
, & ſuivie. Un peu
avant la Naiſſance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , le
Roy nomma pour Gouvernante :
du Prince ou de la Princeſſe qui
naîtroit , Madame la Maréchale
de la Mothe , qui avoit déja
remply ce glorieux Poſte aupres
des Enfans de Sa Majeſté. L'uſage
voulantqu'il n'y en ait jamais
qu'une pour tous , il n'en reſtoit :
point qui euſt eu l'honneur de
gouverner des Enfans de France;
mais comme on met aupres de
chacun une Sous-Gouvernante,
une Premiere Femme de Cham-..
bre , &des Femmes de Chambre,
&que le Roy avoit eu pluſieurs

GALAN T.
229
Enfans, il reſtoit pluſieurs Perfonnes
qui avoient remply cesplaces.
Sa Majeſté toûjours équitable ,
nomma les plus anciennes pour
ſervir aupres de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne. Les autres -
preſſerent pour avoir le meſme
honneur , meſme ſans apointemens;&
le Roy par une bonté finguliere,
leur accorda plus qu'elles
ne demandoient , en les mettant :
toutes aupres du Prince nouvellementné
, de la maniere qu'elles
étoient auparavant; de ſorte qu'au
lieu d'en nommer de nouvelles
pour mettre aupres de Monſei,
gneur le Duc d'Anjou , il n'a eſté
beſoin que de prendre de celles
qui ſervoient auprés de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne,dont
le nombre eſtoit trop grand.Ainfi
Madame de Venel ', ancienne
Sous-Gouvernante , eſt demeu230
MERCURE
,
rée aupres de ce Prince , avec
une augmentation d'Apointemens
; & Madame la Baronne
de Paliere a paſſé aupres du Duc
qui vient de naître , dans la meſme
qualité. Mademoiselle De--
vizé, qui eſtoit Femme de Chambre
, a eſté nommée par le Roy ,
Premiere Femme de Chambre de
Monseigneur le Duc d'Anjou
ſans qu'elle eût eu beſoin pour
cela d'employer aucune follicitation
. Ce Monarque ſçavoir que
la feuë Reyne l'avoit ſouhaité ;
&comme il va au-devantde tout
ce qui auroit pû plaire à cette
Princeſſe , ſi elle avoit vecu , &
de tout ce qui peut marquer
combien ſa memoire luy eſt chere
, il l'a choiſie pour remplir ce
Poſte , parmy un grand nombre
de Perſonnes quiy prétendoient.
La reſſemblance du nom a faic
4
GALANT. 231
croire que c'eſtoit Madame Devizé
ſa Belle- ſoeur, que la Reyne,
honoroit d'une eſtime toute particuliere
; mais apres les bontez
que cette grande Princeſſe a euës
pour elle , & le ſouvenir que le
Roy marque en avoir , ſi ſa douleur
luy permettoit de ſonger à
des récompenſes , elle auroit lieu
d'en attendre de proportionnées
à ce que Sa Majesté fait connoi..
ſtre tous les jours de ſenſibilité
pour la memoire de la Reyne ,
juſques dans les moindres choſes.
Je viens àce qui regarde les Cou
ches de Madame la Dauphine.
Monfieur Clement , qui l'avoit
heureuſement délivrée du premier
Enfant qu'elle a mis au
monde , eut ordre le 9. de Novembre
, de ne plus quiter Verfailles.
Le Jeudy 16. de ce mois,
entre ſept& huit heures du ma232
MERCURE
tin; cette Princeſſe commença
à ſentir quelques legéres douleurs
, qui furent ſuivies de deux
autres marques d'Accoucheme
it , mais affez foibles. Madamela
Dauphine en parla à Monfieur
Clement qui l'aſſura
qu'Elle accoucheroit dans peu
de jours. Sur le ſoir Elle reſſentit
encore quelques attaques , qui
continuërent le Vendredy au
matin , & troublérent ſon ſommeil.
Elle garda la chambre ce
jour là , & fe coucha , en diſant,
qu'elle avoit peur de faire relever
le Roy & Monseigneur leDauphin...
Monfieur Clement , qui couchoit
dans ſon antichambre , luy dit
qu'elle ne ledevoit pas apréhender.
Auſſi cette Princeſſe repofa-
t-elle aſſez tranquillement ,
juſqu'au Samedy 18. ſur les trois
heures du matin , qu'elle ſe rés
GALAN T.
233
veilla avec des douleurs de per
de durée , mais fréquentes, qu'elle
ſupporta pendant une heure ,
fans faire venir perſonne. Enfir
ces douleurs continiant , elle
appella Madame la Nourice ,
ſa premiere Femme de Chambre,
laquelle avertit Monfieur Clement.
Ilentraun moment apres
dans la chambre de cette Princeſſe
, qui luy ayant dit l'état où
elle ſe trouvoit , luy demanda
s'il eſtoit temps d'avertir le Rov.
Il luy répondit , apres l'avoir
examinée , que rien ne preſſoit
encore. Ainsi , quoy que ſes douleurs
fuffent plus fréquentes ,
elle attendit juſques à huit heures
du matin , qu'elle fit avertir
Monſeigneur le Dauphin , qui
avoit couché cette nuit-la dans
fon Apartement.. Ge Prince
Keſtant venu , demanda à Mon
234 MERCURE
fieur Clement s'il faloit aller
éveiller le Roy . Il répondit qu'on
devoit attendre , Sa Majeſté devant
ſe lever une heure apres..
On fit venir Madame la Ducheffe
de Richelieu , Dame d'Honneur
, Madame la maréchale de
Rochefort , & мадате де маіп-
tenon , Damesd' Atour. Madame
deRichelieu eſtant arrivée , envoya
querir les Princes & Prin
ceſſes du Sang , qui estoient
pour lors à Versailles. Le Roy
eſtant arrivé ensuite , demanda
à Monfieur Clement , ſi Madame
la Dauphine eſtoit preſte d'accoucher.
Il répondit à Sa Majesté,
qu'elle accoucheroit ſur la fin du
jour , pour peu que ſes douleurs
augmentaſſent ; mais loin d'augmenter
, elles cefferent un peu
apres. On dit que la foule qui
entra dans la chambre de cette
GALANT. 235
Princeſſe , & qui luy fit de la
peine, en fut cauſe.Ce calme dura
preſque toute la journée les Dames
l'attribuérent au Lit que ма-
dame la Dauphine gardoit. Cette
Princeſſe ſe leva ſur les quatre
heures apres midy. Mais comme
apres s'eſtré promenée , & avoir
demeuré debout & affife pendant
quelques heures , elle ne ſentit
aucunes douleurs , Elle ſe coucha.
Les Perſonnes de droit &
de neceſſité demeurerent ſeules
dans ſa Chambre. Les douleurs
la reprirent deux heures apres ,
mais ſi lentement , que le Dimanche
19. du mois, à une heure
apres minuit, Monfieur Clement
ordonna ce qu'il crut neceffaire
pour faire avancer l'Accouchement
. En effet , ſes douleurs augmenterent
, & donnerent des
marques prochaines de l'Accou
236 MERCURE
chement. Cette Princeſſe ſe mit
pluſieurs fois ſur un petit Lit , &
s'en leva auſſi pluſieurs fois , jufques
à l'heure qu'elle accoucha.
Pendant ce temps , le Roy &
toute la Famille Royale , eſtoient
dans ſa chambre. Elle ſouffrit
beaucoup , & fur les quatre heures
& demie du matin elle mit au
monde un ſecond Prince, qui demeura
quelque temps ſans crier',
ce qui obligea le Roy à demanders'il
eſtoit mort. Monfieur Clement
luy dit la raiſon du ſilence
de l'Enfant , & qu'il l'entendroit
bien- toft crier. Cela arriva preſque
auffitoſt,& Sa Majeſté apprit
du meſme Monfieur Clement ,
que c'eſtoit encore un Prince.
En ſuite Monfieur Clement ayant
receu la Couche & le Lange de
la main de mademoiselle Devizé,
Premiere Femme de Chambre ,
GALANT. 237
il mit le Prince dedans , & le
donna à madame la maréchale de
la mothe , qui le porta aupres du
feu , pour l'y faire remüer , Monſieur
le Cardinal de Boüillon entra
auffitoft, & ondoya le Prince ,
en préſence du Curé de Verſailles;
apres quoy on le remia , &
pendant ce temps le Roy alla
embraſſer Madame la Dauphine,
d'une maniere tout- à-fait tendre.
Voicy une partie de ce qu'il luy
dit . Je Suis , Madame , au comble
de ma ioye , de voir que vous
ne Soufriez plus , & que vous
ayez encore donné un Prince. Ie
ne souhaite plus que voſtre ſanté.
A quoy Madame la Dauphine
répondit. Sire , fi i'ay de la
Santé à ſouhaiter , ce n'est que pour
faire des choses agreables à Voftre
Majesté. Monſeigneur le Dauphin
vint enſuite embraſſer Ma
238 MERCURE
dame la Dauphine. Il eſt aiſé de
juger par l'union parfaite qui eſt
entre eux , des chofes tendres
qu'ils ſe dirent. Cela eſtant fait ,
le Roy , Monſeigneur le Dauphin
, Monfieur , Monfieur le
Prince & Monfieur le Duc , fignerent
l'Acte que Monfieur de
Seignelay avoit apporté , & que
l'on dreſſe en pareille occafion,
pour certifier quel eſt l'Enfant
qui vient de naître. Sa Majesté
donna enſuite ſa Benédiction au
Prince ,& le fit porter à Madamela
Dauphine par Madame la
Maréchale de la Mothe. Il dit à
cette Princeffe , Madame , voila
un Duc d'Aniou qu'on vous amene,
Madame la Dauphine le baifa ,
& luy donna auſſi ſa Benediction,
apres quoy le Roy ſe retira , avec
toute la Famille Royale. Madame
la Dauphine remercia alors MonGALANT.
239
ſieur Clement , & luy dit qu'elle
luy feroit toûjours tous les plaiſirs
qui luy ſeroient poſſibles .
Le Roy aſſiſta le meſme jour
au Te Deum , qui fut chanté par
la Muſique de la Chapelle , &
ce Prince donna dequoy délivrer
tous ceux qui estoient pour debtes
dans les Priſons de Versailles .
Le foir , il y eut des Feux de joye
dans toutes les Ruës ; & le leudy
23. de ce mois , ayant eſté
choiſy pour rendre graces à Dieu
de cette Naiffance dans l'Egliſe
Noftre- Dame de Paris , le Canon
de l'Arsenal , de la Baſtille ,
&de laGrève , ſe fit entendre le
matin , auffi-bien que les Horloges
publiques , qui carillonnerent
pendant tout le jour. Le
Te Deum fut chanté en préſence
de Monfieur le Chancelier , avec
toutes les ceremonies accoûtu240
MERCVRE
mées , & le ſoir on fit des Feux
de joye ordinaires dans ces fortes
d'occaſions . Ces Feux furent
precedez d'un Feu d'artifice
qui estoit dreſſé devantl'Hôtel
de Ville. Voicy des Vers qui
onteſté faits fur cette Naiſſance.
Il m'en reſte beaucoup d'autres,
que ſe ſuis obligé de réſerver faute
de place.
SVR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DVC D'AN J O V.
T
Ous les voeux de LOVIS ont
une heureuſe ſuite ,
Ses Loix de fes Etats ont banny les
Düels ,
Ses Peuples comme aux coups leſuivent
aux Autels ,
La gloire , & lebonheur couronnent
Sa conduite.
GALANT. 241
S'ilſouhaite de voirſes Lis ,
D'un brillant Fleuron enbellis ,
Dans neufmois on le voit éclore;
Il en ſouhaite un autre , on en voit
un fecond.
D'autres fuccés nous montreront
Ce qu'ilpeut ſouhaiter encore.
SUR LE MESME SUJET...
AV ROY.
:
Tvous vous limitez , Héros toû
ETVOUS jours heureux?
Les fuccés les plus difficiles
Semblent s'attacher à vos voeux ;
Dans un mois vous prenez vingt
Villes,
Deux ans vous donnent deux New
veux ,
Vos plus hardis Projets vous devien--
nent utiles .
L'effort des Ennemis tourne toûjours
contre eux.
Decembre 1683 .. L
242 MERCURE
Et vous vous limitez, Héros toujours's
heureux ?
:
Vous devez déja ſçavoir le re--
tour de l'Electeur de Baviere dans
ſes Etats ; mais peut-eſtre ignorez
- vous ce qui s'eſt paflé à
Lints , où il alla avant que de
ſe rendre à Munic. Ce Prince
y eſtant arrivé en poſte , dans le
temps que Sa Majeſté Imperiale
entendoit la Meſſe , la fit avertirr
de ſon arrivée par le Comte de
Konitz , & Sa Majeſté Impériale
envoya aufſfitoft chercher cet Eleteur
par ſon Grand Maréchal ,,
accompagné de pluſieurs Perſon--
nes de qualité , qui le conduifirent
juſques à la Porte de l'Antichambre
, où l'Empereur le re---
çeut avec des civilitez extraor
dinaires. Il le mena dans ſonCabinet
, & ils y demeurerent un
GALANT.
243
quart d'heure en particulier.
Apres ce temps , l'Empereur le
conduiſit juſques à l'Antichambre
où il l'avoit pris , & d'où l'Electeur
fut accompagné à l'Apartement
de l'impératrice par le
Comte de Harac , ſon Grand
Ecuyer , & par une grande Suire
, qui le conduiſit juſques dans
la Chambre de cette Princeſſe..
L'impératrice le reçeut à la Porte
, & le mena dans ſon Cabinet,
où il demeura juſqu'à midy. Ce
Prince dîna enſuite avec elle . Il
s'eſt tenu un grand Confeil de
Guerre avant que cet Electeur
foit partyde Lints. On y a parlé
de tous les moyens de continuer
la Guerre contre les Turcs , &
l'on a trouvé que la choſe eſtoir
facile par les raiſons ſuivantes.
Parce que les ſuccés de cette
Campagne , ont mis l'Empire-
L2
244
MERCURE
Ottoman en conſternation.
Que le Pape fourniroit de:
grands ſubſides par mois.
Qu'il y a eſpérance que les
Moſcovites,& les Venitiens , an--
treront dans la Ligue contre la
Porte
Qu'il s'eſt élevé de grands .
murmures dans les Terres de Sa
Hauteſſe , à cauſedes impoſitions
extraordinaires qui onteſté faites
cette derniere Campagne, ce qui
met les Peuples dans l'impoſſibilité
d'en payer de nouvelles..
Vous voyez que ſi l'on veut :
cominuër la guerre contre les,
Turcs , on ne manquéra ny de
raiſons , ny de pouvoir ; mais la
plus grande affaire , ſera de ſçavoir
profiter de fon bonheur , &
& c'eſt ce qui n'arrive pas toû
jours aux plus ſages..
Je ne vous dis rien de la guer
GALANT..
245
re que l'Eſpagne a declarée à la
France , ny de ce que cette declaration
a fait faire de part &
d'autre. Je vous en rendray un
compte exact , & fidelle; & pour
vous bien éclaircir de tout , & en
faire un morceau d'Hiſtoire , je
reprendray l'affairedés ſa ſource..
Je vous ſouhaite d'avance une
heureuſe année , & fuis , Madame
, voſtre , &c..
A Paris ce 31. Decembre 1683 ..
MEQDA DE
LAVILLE
LYON
*1893*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le