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1683, 05 (Lyon)
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7.28 Mo
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267
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Texte
Eur.
511
M
1683,5
deda mereve po nal
sedans
ELUDr. 5112 .
1683,5
Mercure
< 36624576570018
S
< 36624576570018
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN .
ΜΑΥ 1683 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Mercier , au Mercure Galant .
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
! Bayerische
Staatsbibliothek
München
:
LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
PRE'S vous avoir fait long-temps
eſperer l'Hiſtoire de Charles IX.
parMonfieur de Varillas , je m'acquite
de ma parole , vous l'aurez
pour le prix d'onze livres , en 2. vol . in 4.
L'on continuë à debiter les Recherches curieuſes
d'Antiquité, du Sçavant Monfieur Spon,
c'eſt un Livre qui a eſté tres-bien recen de
Monſeigneur leDauphin , il a eſté eſtimé de
toute la Cour ; je vous le donne pour 6. liv. de
papier ordinaire , & de grand papier pour 8. 1.
L'on debite toûjours les Conférences de
Luçon , in 12. 3. vol. pour 3. 1. 15. f. comme
auſſi le lournaldes Sçavans,pour 6.f. le Cayer ,
Et le nouveau Journal de Medecine de Monſieur
l'Abbé de la Roque , Auteur du lournal
des Sçavans , pour 6. f. le Cayer , in 12 .
0303030383-6603 603 603 603-03
Livres nouveaux du Mois de May 1683 .
H
Iſtoire de Charles IX. in 4. 2. vol. 11. 1.
Le Voyagede Provence , contenant les
Antiquitez les plus curieuſes de chaque Ville,
&pluſieurs Hiſtoires Galantes , in 12. 2. vol .
2. liv .
La Vie de Armelle Nicolas, decedé en 1671.
en odeur de Sainteté , in 12, 2. vol. 3. livres.
L'inſtitution des Novices , par S. Bonaven
ture , & où les Perſonnes du Monde qui veulent
tendre à la perfection , pourront trouver
de ſolides inſtructions , in 12. 2. vol . 3. 1.
Lettres diverſes , par l'Auteur du Dialogue
des Morts , in 12. 1. 1. 10. f.
Sentimens ſur les Lettres & fur l'Histoire ,
avec des Scrupules ſur le ſtile , in 12.1.1. 10.f.
de l'Auteurde laDucheſſe d'Eſtramene , & du
Napolitain .
Lettre d'un Docteur en Theologie , àMonſieur
de loux , Miniſtre de la R. P. R. à Lyon ,
où l'on fait voir , que ſuivant les Principes de
laTheologie des Calviniſtes , laCommunion
fous le ſeul figne du Pain , accordée par leur
Difcipline Eccleſiaſtique aux abſtenuës , c'eſtà-
dire , à ceux qui ne peuvent boire de vin,
eſt un fantome de Communion , une mocquerie
, une choſe toute profane , un attentat contre
les Commandemens de IESUS- CHRIST , &
mefme un Sacrilege tres.grand ; avec un Epître
à Meſſicurs les Miniſtres , les Anciens , &
les Diacres du Conſiſtoire , in 4. 15. Γ.
L'Excellence de la Langue Françoiſe, in 12.
3. vol. par Mr. Charpantier de l'Academic
Françoiſe, 6. 1 .
Examen des raiſons qui ont donné lieu à la
feparation des Proteftans, fait fans prevantion
fur le Concile de Trente , ſur la Confeſſion de
Foy des Eglifes Proteſtantes , & fur l'Ecriture
Sainte, par Mr. Brucys, Avocat de Montpellier,
in 12. 1.1. 10. 1.
Vous aurez dans peule fecond Volume du Dialogue
ges Moris, avec quantité de Nouveauiez.
1
!
***
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Rélude ,
Pe Epiſtre aux Muses ,
I
3
Discours de M. l'Abbé d'Arnoy de
Pouffant. 8
Mort de M. le Marquis de Coëtlozon
, 15
Mort de M. de Boiffieu , cy- devant
Premier Président en la Chambre
des Comptesde Grenoble , 19
Mort de Madame la Comtesse de
Durée ,
24
Mort de Madame de Créquy,Marquiſe
d'Hémon , 27
Sur la Question qui court, Si Apollon
& le Soleilfont deux diferens
Dieux , 28
Traduttion d'une Ode d'Horace fur
Le Printemps , 29
ةين
L 4
TABLE.
Madrigal ,
31
Suite de la Relation de Venise contenant
un grand nombre de chofes
tres-curieuses , 32
Accord fait entre Meſſieurs les Curez
de S. Mederic ,
Hiſtoire en Vers ,
Conversions ,
101
106
114
Premiere Pierre miseau nom du Roy
parM. l'Archeveſque de Paris à
la Chapelle de la Communauté
des Miſſionnaires que le Roy envoye
dans les Païs Etrangers ,
116
Iuftification des Capucins, fur ceque
la Gazette de Hollande a publié
contre le P. Gardien de leur Convent
de Neracen Guyenne, 120
Fragment de l'opera intitulé l'A-
126
Découverte d'une nouvelle Fontaine
mour Berger ,
d'eau minerale ,
Prodiges denature ,
154
156
TABLE
Hiftoire ,
Mort de M. Maginn.
158
166
Benefices donnez par le Roy , 167
LeRoy nomme quatre maistres de
musique pourſa chapelle , 168
De profundis en muſique de M.de
Lully , chanté devant le Roy ,
170
Lieutenance Generale de la Rochelle,&
du Païsd' Aunis, donnée à
M. Millet , 171
Charges données par le Roy. 172
Mariage de M. le Duc de Roque-
Laure & de Mademoiselle de
Laval,
174
Mariage de M.le Marquis de
Coaſlin , 193
Mariagede Mad. de Soubiſe , 195
Madrigaux , 197. Deviſes , 198
Surprenans Iets d'eau élevez à S.
Germain en Laye, 199
Divertiſſemens de Versailles , &
Prix de Courſes de Bague & de
LS
TABLE.
Teſtes, donnez par Madame la
Dauphine , 104
Depart du Roy , 215
Sur le Secret des deßeins du Roy ,
217
Mort de Mademoiselle de Boüillon ,
1
222
Mort de Monsieur le President
Tamboneau ,
223
M. de Saint Romainestfait Confeiller
d'Etat d'Epée , 224
Avanture , 225
Noms de ceux qui ont trouvé levray
Mot de la premiere Enigme, 228
Noms de ceux qui ont expliqué la
Seconde , 229
Noms de ceux qui ont trouvé le vray
ſens de l'une & de l'autre , 230
Enigme , 235
Autre Enigme , 237
Lettres Diverſes de M. le Chevalier
d'Her.... 258
Sentimens fur les Lettres & fur
TABLE .
l'Histoire , avec des Scrupules fur le
Stile , 242
Recherches curieuses d'Antiquité,
contenuës en pluſieurs Differtations
, fur des Médailles , Bas
reliefs , Statuës , Mosaiques , &
Inſcriptions antiques , 244
Histoirede Charles IX. 246
Fin de la Table.
あれれれれれれれれれ:
CATALOGUE DES
Pieces contenuës dans le
XXI . Extraordinaire du
Mercure Galant , Quartier
de Janvier 1683 .
IL CONTIENT
IN Traité de la Vie heu-
UN
Vne Réponſe en Vers , &une
en Proſe , à la Queſtion , Si la
beauté de l'Esprit est plus propre à
charmer , que celle du Corps.
Vne Réponſe en Vers à la
Queſtion. Pourquoy les nouveautez
plaiſent d'abord , & dégoûtent
dans la ſuite .
Vne Réponſe à la Queſtion ,
Quel choix doit faire un Homme
qui ayant le coeurſenſible à l'Esprit
&à la Beaumé , n'est point affez
riche pour vivre ſans chagrin avec
une Femme qui ne luy apporteroit
aucun Bien . On luy propoſe trois
Partis pourle Mariage ; une Fille
tres-riche mais tres- laide , &
n'ayant aucun esprit ; une autre
parfaitement belle , d'une ſageſſe
reconnuë , d'une humeur tres- douce.
mais fans bien ; & enfin une troifiéme
, qui pour son esprit se fait
admirer de tout le monde , maisqui
n'a ny bien ny beauté.
tes.
La Suite du Traité des Lune-
Une Traduction de l'Ode d'Horace
, qui commence par Donec
gratus eram.
Pluſieurs Madrigaux.
Vne Réponſe à la Queſtion ,
S'il faut plus d'éloquence à un General
pour animer fon Armée au
Combat ; à un Avocat , ou autre
Orateur , pour perfuader les luges
de la bonté de la Cause qu'il défend
, ou à un Amant pour faire
connoiſtre ſon amour àSa Maîtresse.
Quelles font les qualitez neceſſaires
pour écrire les Lettres,
ou du Stile Epiſtolaire.
Un Diſcours de l'origine des
Cloches , & de leur antiquité.
Une Réponſe à la Replique du
pretendu Docteur de la Faculté
de Medecine de Paris , ſur le ſujet
de la frequente Saignée.
Un Traité des Couronnes.
Pluſieors Madrigaux , Epigrammes
& Sonnets , ſur les fix
Euigmes des trois derniers mois.
QUESTIONS A DECIDER
pour lepremierExtraordinaire . 4
I.
Si la beauté du visage eſt plus
propre à plaire , que la beautéde
la taille.
II.
Pourquoy un Bien dont la conqueſte
nous a couſté des fatigues
, quoy qu'il ſoit de peu de
de conſequence , nous eſt neanmoins
plus cher qu'un autre infiniment
plus pretieux , que nous
avons acquis fans peine.
III.
>
Si les Aſtres ont du pouvoir
fur les inclinations des Hommes.
IV.
On demande l'Origine des
Bains .
FIN.
Avis pour placer les Figures.
L
A Gondole doit regarder la
page 32 .
L'Air qui commence par Bergers
qui murmurez defes rigueurs
extrémes , doit regarder la page
126.
L'Air qui commence par C'eft
une douceur ſans ſeconde, doit regarder
la page 151 .
:
MERCURE
GALANT.
ΜΑΥ 1683.
'Ay bien crû , Madame,
Je que je vous faifois plaifir
, en vous envoyant
les Vers qui ont eſté
faits fur la Penſion dont le Roy
a gratifié l'illuſtre Sapho de nôtre
Siecle. L'eſtime que vous
avez toûjours euë pour elle , me
répondoit de la part que vous
prendriez à ſes avantages ; &
May 1683. A
}
MERCURE
comme ils augmentent par l'empreſſementque
tout le monde témoigne
à ſe réjoüir , de voir recompenfer
un merite auffi generalement
connu que le fien , je
vous donnerois ſujet de vous
plaindre , ſi je negligeois de vous
envoyer , ce que Monfieur Bétoulaud
adreſſle aux Muſes ſur
cette matiere. Elle ne ſçauroit
eſtre plus noble , puis qu'elle regarde
le plus grand de tous les
Roys.
GALANT.
3
やややややややや好好好好炉炉
AUX MUSES.
EPISTRE.
Herchez , Muses, cherchez en
voſtre heureuxſejour
Les rayons les plus purs dontsepas
re lejour ,
Pour bien representer au Temple de
Memoire
Tous les traits éclatans d'une nou
velle gloire.
LOVIS , dont le grand coeur ne ſe
Laffe jamais
Veut qu'àfon tour Sapho reſſentefes
bienfaits .
Et qu'enfin ſous ses Loix , d'heu
reuſes destinées
Achevent de filer ſes illustres and
nées.
A 2
4 MERCURE
C'est- là, Muses ,le ſoin qui doit
vous réveiller ,
It vous seroit honteux de ne pas
travailler ,
Lors que LOUIS courant au devant
dumerite ,
Jette un fi doux regard fur vostre
Favorite.
Muses , vous lesçavez, elle vivoit
chez nous
Contente deSoy-mesme, &contente
devous ,
De la foule & du bruit dé's longtemps
Separée,
Et malgré cent vertus voulant estre
ignorée ;
Mais LOVIS , ce grand Roy , qui
pourroit le tromper?
Est- il quelque vertu qui luy puiſſe
échaper ,
Etſe ſauver enfin de la main liberale
Qui peint fi bien les traits defon
Ame Royale?
GALANT .
S
Non , Sapho vainement se cachoit
au grand jour ,
Iln'est rien que LOVIS ne distingue
àson tour;
Mais bien que defes dons àjamais
honorée ,
De l'ardeur la plus vive elle foit
penetrée,
C'est de ce Roy si grand l'accueil
remply d'attraits ,
Et fes discours encor plus doux que
Ses bienfaits ,
Qui comblerent Sapho d'une joye
immortelle ;
Et tout l'or du Pactole eust eſtémoins
pour elle.
Mille autres , il est vray , de vos
chers Nourriffons
Favorisoient jadis les aimables
Chansons ,
Et l'on entend encor les bords de
l'Hipocrene ,
Retentir au grand nom d' Auguste ou
deMecene. A
6 MERCURE
Mais un Roy qui prévient juſques
àvos defirs ,
Qui du bonheur d'autruy fait ses
premiers plaisirs ,
Qui joint àses préſens une bonté
Supréme
De l'air dont Jupiter les donneroit
luy-même ,
Et qui malgré l'éclat dont il est revétu
,
Jusqu'au sein des Deferts va chercher
la Vertus
Ce n'est qu'en LOVIS feul , Muſes,
qu'on le rencontre ,
Et ce n'est point ailleurs que vostre
main le montre .
Peignez donc ce Heros,&ne peignez
plus rien ,
C'est Luy Seul qui ſçait l'Art de
bienfaire du bien.
Comme rien ne vous eſt plus
agreable que les loüanges de ce
GALANT
د
grand Monarque, il faut vous les
faire encore entendre dans le
Compliment que Monfieur l'Abbé
d'Arnoye de Pouffant a fait
depuis peu à Meſſieurs de l'Academie
Royale d'Arles qui
l'ont reçeu dans leur Compagnie.
C'eſt uney Perfonner de
merite & de ſçavoir , & dont
la naiſſance eſt conſidérable. Il
eſt Parent de Monfieur le Marquis
de Grave , & s'eſt diſtinguć
en Sorbonne , où il eſt Licen
tié. Pluſieurs Sermons qu'on a
entendus de luy , & dont il s'eſt
acquité avec beaucoup de fuccés,
ont fait connoiſtre que l'éloquence
luy eſt naturelle .
A 4
8 MERCURE
nhhnhnhnhnhnれれれれ
REMER CIMENT
DE MONSIEUR
20
L'ABBE' D'ARNOYE
DEPOUSSANT,
11070 2
A Meſſieurs de l'Academie
Royale d'Arles.
ESSIEVRS ,
ود
Il me feroit tres- difficile de vous
exprimer par mes paroles , combien
jesuis ſenſible à l'honneur quc vous
m'avezfait . Je trouve tant degloire
, & tant d'avantage à tenirune
placeparmy- vous , que je ne me reconnois
plus mot-mesme depuis que
vous me l'avez accordée. En effet ,
GALANT.
9
:
L
Meſſieurs , quand je confidere que
je pourray d'oreſnavant me dire un
de vos Confreres , j'oublie ce que
j'avois esté jusqu'à present , pour
m'arréter uniquement à ce que je
fuis ; & je me trouve si diférent
de ce que j'eſtois , que s'il estoit permis
de ſe croire comme vous pour
estre parmy- vous , j'attribuërois à
mon merite cette qualité dont vous
m'honorez , que je reconnois ne tenir
que de voſtre ſeule bonté ; mais
pendant que j'admire mon changement
, n'ay je pas bien plus ſujet
d'admirer ceux qui m'ont changé?
C'eſt voſtre Academie, Meßieurs,
qui fait les délices de la France ,
qui fera l'admiration de la Posterité
, & qui auroit donné de la ja-
Louſie à ces anciennes Republiques,
Les Ornemens de leurs Siecles . L'on
voit chez vous deux fortes de No
bleffe s'accorder parfaitement pour
Agaly
10 MERCURE
former des Hommes d'un merite
achevé. Vous sçavez ajoûter à l'avantage
d'une illustre naiſſance ,
une grandeur d'ame que le ſang
vous inspire , que vos bonnes qualitez
vous communiquent , & que
la vertu feule a droit de vous conferver
; & pour ce qui regarde les
qualitez de l'efprit , qui font auſſi
neceffaires que celles du coeur pour
faire l'honneſte Homme , vous les
poffedez , Meſſicurs dans lefapréme
degré. Tout le monde fçait que
vous pensez si délicatement , que
vous vous exprimez ſi noblement ,
que vous donnez un tour fi agreable
à toutes chofes , que vous sçavez
dans un discours démêler fi
heureusementle faux éclat d'avec
le veritable brillant , qu'on écoute
vos jugemens en ce qui concerne les
Ouvrages de l'esprit , comme des
Oracles quifont la regle meſme des
plus grands eſprits.
GALANT TI
Une aſſemblée d'Hommes auffi il
lustres & aussi éclairez meritoit
fansdoute le titred'Academie Rozale
que vous poffedezſeuls avec tant
d'éclat ; & tous les Privileges que
la liberalité du Roy vous a accordez
, estoient justement deus à des
Sujets ſi propres à relever la gloire
de leur Prince , & de leur Nation,
en faisant fleurir les beaux Arts
dans un Royaume , qui ne doit ceder
en rien àtous ceux que l'Antiquité
a jamais admirez..
Confervez , Meßieurs , cette re...
puration fi glorieuse que vous vous
eftes acquife avec tant de fuccés ,
en continuant de travailler à la
gloire du plus grand Monarque de
l'Univers. Rien n'est plus digne de
vous , que de rendre immortelle la
memoire d'un Roy , dont la Posterité
ne ſe ſouviendra que pour le regreter
1
LouIS LE GRAND ne
12 MERCURE
trouvera poi indigne de fa gloire
, que, és Actions heroïques , qui
donnent à vos discours tout leur
éclat , en reçoivent außi quelque
ornement , comme la matiere la plus
precieuse , & le plus parfait ouvrier
fe rendent une gloire mutuelle..
Pendant que le bon ordre étably
dans ce Royaume , les Loix maintenuës
dans leur vigueur , la fauſſe
bravoure entierement hors d'usage,
l'Héreſie expirante par les armes
du Zele Chrétien temperé par la
prudence ; pendant dis je que le caractere
de cet Esprit royalde LOVIS
fait la felicité des François , & ne
trouve pas moins d'admiration parmy
les Ennemis , que ſes Armées
victorieusesy ont produit de confternation
& d'étonnement , laRenommée
prend le ſoin de réveiller
• lajalousie des Nations les plus éloi
:
GALANT.
13
gnées , en les instruiſant de tant
d'actions heroiques , & en leur apprenant
les rares qualitez que
LOVIS a reçeuës du Ciel , elle ne
les force pas moins àſe plaindre en
fecret contre lefort qui ne les luy a
point afſujeties . Mais vous , Meffieurs
, travaillez pour la posterité,
donnez des éloges au plus grand
Roy , & au plus honneste Homme
qui fut jamais ; publiezavec vôtre
illustre Protecteur Monsieur le Duc
de Saint Aignan , tant de merveilles
qui effacent la gloire des plus
grands Heros , & qu'on admirera
- dans les fiecles avenir , Sans pou
voir les comprendre. Ce Duc incomparable
voit son Prince dans fon
domestique charmer tous ſes Courtifans
par sa politeſſe , par sa probité,
& parsa moderation , qui ſe
répandent dans toutes ses actions
il le voit dans l'Armée toûjours in
14
MERCURE
fatigable , & toûjours intrepide ,
prevoyant parsa prudence tous les
dangers , & les furmontant. tous
par ſa valeur , & par tout il admire
ce qu'il voit. Publiez donc
avec luy , Meſſieurs , tant d'actions
éclatantes dont il est témoin , &
qu'il vous dira avec tant de maiefté
& d'agrémeus , & faites la plus
belle occupation de vostre vie de les
apprendre à vos Defcendans. Heureuxfi
pour estre parmy - vous , j'avois
le bonheur de travailler außi
heureusement que vous ; &fi pour
eſtre aſſocié à un Corps außi confiderable
, j'en pouvois prendre l'efprit
& le caractere , & me rendre
digne par là de l'honneur que vous
avez eu la bonté de m'accorder ,
dont i'auray toute ma vie une reconnoiſſance
que rien ne pourra diminuer.
**On fait des projets pour avan
GALAN T.
15 I
cer vers la gloire ,& chacuntend
à ce qui peut l'y mener dans la
Profeſſion qu'il a embraſſée, les
uns en ſe rendant dignes des
marques d'honneur qui s'acquierent
par l'eſprit , & les autres en
parvenant aux Emplois & aux
Dignitez , qui font l'ordinaire ré-
• compenſe de la valeur & de la
vertu. Cela flate dans le temps,
ce temps paffe , & la mort qui
nous ſurprend à toute heure , eſt
preſque auffitoft la fin de tout.
Nous le voyons en la Perſonne
-de Monfieur le Marquis de Coëtlogon
, Gouverneur de Rennes,
Lieutenant de Roy des Evéchez
de la meſme Ville , de Vennes ,
de S. Malo , & de Dol. Il avoit
gagné tous les coeurs de la Province
, où ſes grandes qualitez
! luy avoient acquis une eſtime generale.
Sa conduite , ſon honne
16 MERCURE
ſteté,& ſa vertu,eſtoient remplies
de ce charme qui ſe fait ſentir à
tout le monde , jamais peut- eſtre
n'y eut- il Gouverneur auſſi aimé,
& preſentement il ne reſte plus
de luy que ſa memoire , qui ſera
toûjours tres- chere à ceux qui
font touchez du merite. Il eſtoit
l'aîné de quatre freres , & d'une
Soeur , qui ſont Monfieur l'Eveque
de Quimper, Comte de Cornuaille,
Prélat vigilant & tres - eſtimé
; Monfieurde Mejuffeaume,
Conſeiller au Parlement de Bretagne,
dont l'habilité l'a fait choifir
pour Syndic des Etats ; Monſieur
le Comte de Coëtlogon , fameux
par ſa fidelité ; Mr le Chevalier
de Coëtlogon , Chef d'Efcadre
des Vaiſſeaux du Roy , qui
s'eſt ſignalé dans toutes les occaſions
qui ſe ſont offertes; & Madame
de Mejuſſeaume , Religieuſe
GALANT. 17
de la Viſitation , diftinguée par
un merite tres -particulier. Il laifſe
pour Heritiers de fon nom &
de ſes vertus , Monfieur le Marquis
de Coëtlogon , reçeu en furvivance
de ſes Charges , qui a
épousé Mademoiselle de Boisfeüillet,
belle, ſpirituelle,&riche
Heritiere de l'illuſtre & ancienne
Maiſonde ce nom ; & Monfieur
l'Evêque de S. Brieux , qui commence
à regler ſon Dioceſeavec
cette prudence , cezele , & cette
douceur,qu'il a toûjours fait éclater
dans ſa conduite , & qui font
- le caractere de ceux de cette Famille
. Il laiſſe auſſi deux filles ,
dont l'Aînée a épousé Monfieur
le Comte de Tournemine-d'Ha
naudais , des premieres Maiſons
de la Province. La Cadete , qui
a eſté Fille de la Reyne , fi connuë
fousle nom de Mademoiselle
18 MERCURE
de Coëtlogon , eſt preſentement
Madame la Marquiſe de Cavois .
La mortde ce digne Gouverneur
arriva à Rennes le 27. du dernier
mois . Le ſon de toutes les
Cloches de la Ville l'ayant annoncée
dés le matin, le Peuple
le vint pleurer pendant tout le
jour ſur ſon Lit de parade , &
l'Enterrement ſe fit lelendemain
avec beaucoup de magnificence .
Toutes les Communautez Reli
gieuſes s'y trouverent avec le
Clergé de chaque Paroiffe. Mon.
ſieur l'Eveſque de Rennes fit la
Levée du Corps , l'accompagna
avec le Chapitre de la Cathedrale
, officia pontificalement , ce
lebra la Grand' Meſſe , & continua
toute la Ceremonie
preſence de Monfieur l'Eveſque
de Condom l'ancien , Abbé de
S. Melaine de Rennes , frere de
,
en
GALANT.
19
Monfieur le Maréchal d'Eſtrade .
Tous les Corps rendirent leurs
derniers devoirs à cet illuſtre Défunt;
toute la Nobleffe y accourut
, & on peut dire qu'il n'y eut
perſonne qui n'y fiſt paroiſtre ſa
douleur. Il fut enterré aux Capucins.
Ses Armes , qui font trois
Ecuffons de gueules , ſemez
d'Hermines , comme celles de la
Province de Bretagne , faifoient
pluſieurs rangs depuis le haut de
P'Egliſe juſqu'au bas. L'Oraiſon
Funebre ſe fit par un Pere Capucin.
-
Meffire Denys de Salvaing ,
Seigneur de Salvaing , de Boifficu
& de Vourey, cy- devant Premier
Preſident en la Chambre des
- Comptes de Grenoble , mourut
、le Dimanche onzième du méme
mois . Il eſtoit né à Vourey le 21 .
Avril 1600. & il eſt mort dans
20 MERCURE
le meſme Lieu . Sa Famille eſt originaire
de Chablais dans les Etats
de Savoye , & s'appelloit anciennement
Alinges. Monfieur le
Marquis de Condrée en eſt le
Chef. La Branche de feu Monſieur
de Boiffieu paſſa en Dauphiné
au commencement du treizićme
fiecle. Raimon , Seigneur de
Salvaing , eſt le premier qui ait
paru dans cette Province, & on a
veu des Actes de luyde l'an 1225 .
Ses Succeffeurs ſe ſont alliez aux
plus confiderables Maiſons de
Dauphiné , comme Chasteauneuf,
Berenger , Terrail , Alleman
, Arcere , Avalon , & autres
. Les Armes de cette Maiſon
ſont de l'Empire , à la Bordure
de France. Son Cry eſt , A Salvaing
le plus Gorgias ; & fa Deviſe
, Que ne ferois-je pour elle ?
Monfieur le Preſident de Boiſſicu
GALANT. 21
E
eſtoit non ſeulement illuſtre par
ſa Famille , mais par ſon eſprit,
par ſon ſçavoir , & par toutes les
vertus qui font eſtimer les honneſtes
Gens . Il fut nommé par le
feu Roy en 1633. pour eſtre l'Orateur
auprés du Pape Urbain /
VIII. lors que Monfieur le Maréchal
de Créquy fut envoyé à Sa
Sainteté pour luy preſter au nom
de Sa Majesté une Obedience filiale.
Ce fut là où il fit cette belle
Harangue Latine , qui a eſté
imprimée tant de fois. Le Pape
en fut ſi content , qu'il ordonna
que Monfieur de Boiſſieu fuſt reçû
à ſon retour par les Gouverneurs
des principales Villes de
l'Etat Eccleſiaſtique. En 1635. le
Roy luy accorda de ſa bouche à
S.Germain la qualité de Conſeiller
d'Etat. Il fut deputé vers Sa
Majesté en 1638. par la Nobleſſe
22 MERCURE
de Dauphiné , avec cinq autres
Gentils- hommes ; & en 1639. il
fut pourveu de la Charge de
Premier Preſident en la Chambre
des Comptes , par la reſignation
que luy en fit Monfieur Deagent
ſon Beaupere , qui eut tant
de part au Gouvernement pendant
la faveur du Connétable de
Luynes , & qui avoit eſté Sur-
Intendant des Finances . Monſieur
de Boiffieu s'eſtoit défait de
cetteCharge peud'années avant
ſa mort , en faveur de Monfieur
de Sautereau , dont le merite &
l'eſprit ſont fort connus à laCour,
à la ſuite de laquelle il eſt preſentement
pour des Affaires confiderables
qui ont eſté confiées à
ſa conduite & à ſa prudence.
Aprés que Monfieur de Boiffieu
eut quité ſa Charge de Premier
Preſident , ſes principales occu
GALANT
23
pations furent à travailler à des
Arbitrages ; & pluſieurs Familles
des plus relevées de Dauphiné
ont finy leurs diférens & leurs
defordres par ſes ſoins &ſes con.
ſeils . Il eſtoit dans l'eſtime de Sa
Majesté & des Miniſtres ; &
quand il paroiſſoit quelques affaires
à la Cour où il euſt donné
ſon avis,on y avoit de fort grands
égards. Il a eu quelque temps
une Penſion ; & lors qu'on fixa
le prix des Charges , bien qu'on
euſt compris la ſiennedans cette
fixation , elle fut augmentée de
dix milleécus ; & MonfieurColbert
luy témoigna par une Lettre
obligeante , que le Roy avoit
donné cette augmentation à fon
merite. On a veu de luy divers
Traitez , & entre autres un Volume
de pluſieurs Ouvrages de
grande érudition , intitulé Mif
24 MERCURE
cellanea. Le Dauphiné a beau
coup perdu en le perdant. Tout
le monde le regardoit comme
l'ornement & la gloire de ſa Patrie
, & il n'y avoit perſonne qui
ne le reſpectaſt , & ne l'aimaſt.
Monfieur Chorier a écrit l'Hiſtoire
de ſa Vie en Latin ; &
Monfieur le Preſident Allard travaille
à mettre ſon Eloge dans
un Ouvrage , où l'on verra celuy
des Hommes de Lettres qui
ſont morts depuis peu dans la
Province , & des illuſtres Vivans
qui s'y ſont rendus celebres.
Ces deux morts eſtoient encore
ignorées icy par l'éloignement
des lieux , quand je finis ma derniere
Lettre ; mais on y ſçavoit
celle de Dame Diane de Joubert,
veuve de Meſſire René de Voyer
de Paulmy , Comte de Dorée ,
dont
GALAΝΤ.
25
i
,
A
dont je ne pûs vous entretenir , à
cauſe de l'abondance de la matiere
qui m'avoit déja mené trop
loin. Cette Dame eſtoit Gouvernantedes
Enfans du Roy,& mourut
à Verſailles le Jeudy 22.d'A-
- vril. Ses vertus & fon merite luy
avoient procuré l'honneur de cet
Employ , dont elle s'eſt acquitée
avec tant de ſoin & d'exactitude,
pendant le peu de temps qu'elle
l'a exercé , que le Roy en ayant
receu une entiere fatisfaction ,
a bien voulu luy en donner
des marques aprés ſa mort dans
la perſonne de Monfieur l'Abbé
de Dorée ſon Fils. Sa Majeſté
le gratifia dés le lendemainde
cette mort d'une Penfion
de mille écus ſur l'Evefché
de Rhodez , vaquant der
puis quelques mois par la mort
de Meffire Gabriel de Voyer de
May 1683.
.
.
,
B
26 MERCURE
Paulmy fon Oncle , Frere de
Monfieur le Comte de Dorée
, illuftre par ſa naiſſance
& par ſes ſervices , qu'il finit
avec ſes jours dans le milieu de
fon age. Il laiſſa ſes Enfans ſous
la conduite de Madame la Comteſſe
de Dorée ſa femme , qui
s'attacha uniquement à leur éducation,
en forte que leur inſpirant
des ſentimens conformes à leur
qualité , ſon fils aîné , qui avoit
eſté pourveu tres - jeune d'une
Enſeigne au Regiment des Gardes
, fut tué à la Bataille de Senef
en faiſant des actions qui
paſſoient ſon âge. Elle ſoûtint
cette perte par la force de ſon
eſprit , mais avec une conſtance
&une vertu qui luy attirerent
beaucoup de loüanges,& qui furent
un exemple continuel pour
le reſte de ſa Famille .
GALANT.
27
Dans le meſme temps mourut
auſſi Dame Magdelaine de Caumartin
, veuve de Meſſire Jean
de Crequy , Marquis d'Hémon ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy. Elle estoit fille de Meſfire
lacques le Fevre de Caumartin
, Baron de S. Port & S. Aſſiſe,
Marquis de Cailly , troiſième fils
de Loüis le Fevre de Caumartin ,
Garde des Sceaux de France , &
de Dame Marie Miron.Feu Monſieur
de Créquy ſon Mary defcendoit
de Claude de Créquy,
Seigneur de Hémon , Petit- Fils
de Philippe Seigneur de Bernieules
, qui épouſa Anne de Bourbon-
Ligny , de laquelle font iſſus
lesMarquis de Hémon,& d'Auffeu.
Vous aurez ſans doute entendu
parler d'une Queſtion qu'on
a agitée depuis quelques mois,&
: 2 B
28 MERCURE
qui a partagé quantité d'habiles
Gens. Voicy ce qu'en a penſé le
Berger de Flore.
1
nhìn 歩歩あれ
SUR LA QUESTION
qui court , Si Apollon &
le Soleil ſont deux diferens
Dieux.
P
Our dire mon avis fur
lon propofe ,
ceque
Sans confulter Corneille,ny le Brun,
Apollon & Phébus ne paſſent que
pourun
Phébus & le Soleilfont une mesme
chofe. :
DoncApollon, &le Soleil ,
Le Dieu qui chaque jour accomplit
Sa carriere
Sur un Char de lumiere ,
Et puis s'en vapaffer les heures du
Sommeil
GALANT. 29
Dans lefein d' Amphitrite ,
Oùfon amour le précipite;
Et celuy qui ſe plaiſt dans le ſacré
Vallon Γ
Parmy les doctes Soeurs à joüer de la
Lire
Achanter, à dancer, à rire ,
- Enfin à faire le Garçon ,
Malgré tout ce que l'on peut dire
Pour obfcurcir laverité ,
Ne font , à bien compter , qu'une
Divinité.
C'est ainsi que de claire & certaine
Science, 1
A l'égard des faits inoüis ,
Le Dompteur de la triple &fuperbe
Alliance ,
Et celuy qui soumet la plusfiere arrogance
,
Nefont qu'unseulVainqueur , nostre
auguste LOUIS 11
La belle & agreable ſaiſon où
B 3
30
MERCURE
nous ſommes , m'engage à vous
envoyer une Imitation de la quatriéme
Ode d'Horace , qui commence
par Solviteur acris hiems .
Elle eſt du Solitaire de la Moulle-
Ayglun .
Nfin Hyver cede an Printemps
,
L'Aimable Zéphirdans nos Champs
Fait renaître mille fleuretes ;
Tous nos Bergers fur leurs Muſetes
Chantent de concert fon retour.
Déjafur le panchant du jour
On voit nos charmantes Bergeres
Dancerſur les vertes Fougeres
Au tendreſon des Chalumeaux ;
Le Berger avecſes Troupeaux
Abandonne la Bergerie ,
Et la neige dans la Prairie
Ne blanchit plus les Arbriſſeaux .
On commence à voirsur les eaux
LePescheur avecfa Naffelles
GALANT.
31
Et dans cettefaifon nouvelle ,
Chacun veutfelonſes defirs
Prendre part auxnouveauxplaiſirs.
Profitons du Printemps, Silvie ;
Souvent au milieu de la vie
Lamortvient en finir le cours ,
Elle moiſſonne nos beauxjours ,
Safureur n'épargne personne ,
Et la Houlete, & la Couronne ,
Et les appas , & la laideur ,
N'ont prés d'elle aucune faveur.
J'ajoûte un fort joly Madrigal
deMademoiſelle de Caſtille. Les
Paroles en ſont tres- propres à
eſtre chantées , & je ne doute
point qu'on ne ſe faſſe unplaifir
de les mettre en Air.
Q
MADRIGAL.
Voy donc , à
toûjours rebelle !
mon amour estre
:
B 4
32 MERCURE
Tout paffe , belle Iris , & vous n'y
Songez pas .
A moins que de bonne heure une
amour mutuelle
Ne m'engage à suivre vos pas ?
Quand vous cefferez d'estre belle,
Fe cefferay d'estre fidelle.
Helas!
Que c'est une peine cruelle ,
Den'avoir plus d' Amans, lors qu'on
n'aplus d'appas !
Quand dans ma Lettre du
mois d'Octobre dernier , je vous
fis la defcription de l'Entrée de
Monfieur Amelot à Veniſe , je
m'engageay à vous faire celle de
la premiere de ſes cinq Gondoles
, lors que je vous envoyerois
cette Gondole gravée. Comme
il m'a fallu beaucoup de temps
pour en faire faire un deſſein à
Veniſe meſme , je n'ay pû juſqu'à
GALANT.
33
preſent m'acquiter de ma promeffe.
Je m'en acquite aujourd'huy
, & je croy que vous ferez
ſatisfaite de l'Eſtampe que vous
trouverez icy. La beautéde certe
Gondole n'eſt deuë qu'à des
François.Monfieur Berrin a fait à
Paris le deſſein de la Broderie , &
les Brodeursde la même Ville ont
eu la gloire de l'execution . On
adoit auffi le deſſein de la Sculptuare
àun François qui s'eſt trouvé à
Venife. Ce François eſt fils de
Monfieur Dorigny , Peintre du
Roy, qui a fait la plupart des Ouavrages
de peinture quion voit au
Château de Vincennes.Aux quatre
coins de cette Gondole , qui
comme je vous l'ay déja marqué,
a couſté ſeule plus de millePiſtoles
àMel'Ambaſſadeur , eſtoient
quatre Figures affiſes , repréfentant
ſes diferentes Vertus, de- (
BS
34
MERCURE
fſignées chacune par leurs fimboles
; la Vigilance , par une Lampe
& un Coq ; la Fidelité , par
un Chien ; le Secret , par une
Clef, que la Figure qui le défignoit
mettoit ſur ſes lèvres ; &
l'Eloquence, par un Caducée, &
une Ruche de Mouches à Miel.
Les quatre Eſclaves qui portoient
l'Impériale de la Gondole,étoient
les quatre Vices oppoſez à ces
Vertus. Sur la Prouë eſtoient
deux autres Figures , s'embraffant&
repreſentant la Paix & la
Juſtice, comme les effets des quatre
Vertus . Elles avoient leurs
Genies auprés d'elles , pour les
conſerver contre le venin de la
Diſcorde , repreſentée par un
Dragon , qui ſervoit d'armement
&de fer à la Gondole. Un troifiémeGenie
, qui eſtoit celuy de
la France , tenant un Bouclier ,
GALAN T.
35
fur lequel il y avoit un Soleil ,
chaſſoit cet Animal de diviſion .
Au bas de laGondole en dedans,
eſtoient quatre Bas- Reliefs, deux
du coſté de la Provë , dont l'un
repreſentoit un effet de la Juſtice
ſous la Fable des Enfans de Niobe
, punis de leur temerité par
Apollon& Diane;& l'autre eſtoit
un Parnaffe , avec Apollon & les
Muſes,comme un fruit de la Paix .
L'undes deux autres Bas Reliefs,
qui estoient du coſté de la Poupe,
repréſentoit l'Abondance , &
l'autre les Arts, par pluſieurs Ge.
nies qui ſe joüoient avec toute
forte d'Inſtrumens de Mathematique
dans l'un , & des Fruits de
toute eſpece , dans l'autre. Le
reſte eſtoit enrichy d'Ornemens
convenables au ſujet. Toute la
Gondole eſtoit de Sculpture dorée
; l'Imperiale d'un Velours
B. 6
36 MERCURE
cramoiſy , enrichy d'une Broderie
d'or magnifique par le defſein,&
par le travail , la Doublû.
re & les Rideaux riches à proportion
, & tout ce qui fe voyoit
en dedans ſans eſtre d'Etofe
eſtoit peint de fleurs à fond d'or.
Les Fers , tant celuy de devant
qui estoit le Dragon , que celuy
de derriere , qui estoit un feüillage
, pouvoient eſtre regardez
comme le Chefd'oeuvre d'une
main ſçavante , dans le maniement
de ce Metail.
Puis que l'Eſtampe de cette
Gondole nous a ramenez à Veni .
-ſe, vous voulez bien que je prenne
cette occafion de vous faire
partd'une troifiéme Relation qui
m'eſt tombée entre les mains , de
ce qui s'eſt paſſé de curieux dans
cette fuperbe Ville. Vous m'avez
paru trop contente des deux
GALANT. 37
autres , pour ne me pas donner
lieu de croire que vous le ſerez
encore de celle- cy.
:
LETTRE
DE ME CHASSEBRAS
DE CRAMAILLES ,
A MADAME CHASSEBRAS
DU BREAU , SA BELLE -SOEUR.
VONS

Ous avez vû , Madame , la
maniere dont les Venitiens
paſſent la faiſon de la joye &des
plaisirs ; il est juste de vous dire
comme ils vivent en Caresme , dans
les jours de jeûne & d'oraison..
Toutes les Eglises ont esté rem
plies de monde pour entendre les
38
MERCURE
Sermons , & les Muſiques dont on
accompagne les loüanges que l'on
rend à Dieu ; & dans la Semaine-
Sainte , on ne pouvoit qu'à peine
arriver jusques à celles où estoient
les Indulgences . On y paffoit au
milieu de deux rangs de Pauvres
affis fur des chaises de paille , &
couchez à terre aux deux coſtez
d'une Ruë presque auſſi longue que
la Ruë de Tournon à Paris. Je ne
prétens pas neanmoins vous faire
un tong détail de toutes ces devo.
tions. Je veux seulement vous entretenir
de deux ou trois Cerémonies
de la Semaine- Sainte qui font
extraordinaires ; & comme les plus
bellesfefontà S. Marc, jevais d'abord
vous parler de cette Eglife.
Egliſe de S. Marc.
CetteEgliſe eſtune des plus bel
tes , &des plus extraordinaires, pour
la maniere dont elle est composée.
GALANT.
39
Elle est bâtie à la Greque , environ
de la grandeur de S. Germain
l'Auxerrois à Paris , faite en forme
de Croix , avec cinq Dômes au def-
Sus. Elle est couverte de plomb , &
les Murs font tous de Marbre en
dehors , avec un grand nombre de
Colomnes außi de Marbre , & quel.
ques Ornemens de Bronze , dont entre
autres on estimefort quatre Chevaux
dorez , qu'on apporta de Conſtantinople
dans le temps que les
Venitiens se rendirent maîtres de
cette Ville. Les Portes , ou Entrées
de l'Eglife , font fermées d'autant
de Portes de Bronze à jour , & la
façade est remplie de peintures à
la Mosaïque , qui reprefentent le
Sauveur reffufcité , & l'Histoire du
Tranſport du Corps de S. Marcdans
la Ville de Venise. Les Murs de
l'Eglise font encrouſtez de Marbre
blanc , ondoyé jusqu'à la hauteur 4
40
MERCURE
des Piliers & des Arcades ; & au
deſſus , y compris la Voûte & les
cinq Coupoles des Dômes , font des
Ouvrages à la Mosaique , qui contiennent
diverſes Histoires du Vieux
& du Nouveau-Testament , & des
Martires & Vies de Saints au nombre
de plus de deux mille Figures.
Le Plancher ſur lequel on marche
eft de compartimens , &figures miſtiques
d' Animaux , pareillement à
laMosaique , mais de pieces un peu
plus grandes &plus ſolides que celles
des coſtez . Ces Ouvrages & Figures
à la Mosaïque , font de petits
morceaux de pierre de diverfes
couleurs , groffes comme la moitié de
l'ongle , de Marbre, Lapis , Porphire
, & autres . On en compose les Figures,
en les rangeant & appliquant
dans lemur les unes contre les autres
, & elles font le mesme effet
que la peinture. Jugez quel temps
GALAN T.
4
il afallu pour faire une Voûte ,&نم
cing Coupoles de cette grandeur ,
outre quantité de Chapeltes & de
petits recoins que je ne vous parti.
culariſe point . Autour de l'Autelil
y à quatre Colomnes de Marbre
blanc , toutes travaillées en relief,
d'un petit Ouvrage délicat , qui est
la Vie & Pasion de Notre- Seigneur,
avec la Naiſſance & la Vie de la
Vierge . Quatre Colomnes d'Albatre
font à la Chapelle du S. Sacrement;
&plusieurs autres Colomnes
d'une espece de Marbre vert- brun
tres fin , qu'on appelle Serpentine,
font en divers endroits de l'Eglise
, & ont esté apportées du
Temple de Salomon , avec d'autres
Pieces de Porphire. Les Richeſſes
du Tréfor font infinies. On
en expoſe quantité de Pieces fur
l'Autel dans les jours de grandes
Festes & ces Pieces cftant toutes
42
MERCURE
précieuses , un Procurateur de Saint
Marc ( qui est une des premieres
Dignitez) se tient auprés dans un
Fautcüil tout le temps de lagrand
Meſſe , & les fait ensuite rempor.
rer enſa presence dans le lieu où
ellessont confervées, & dont ilgarde
tes Clefs . L'ony void un Devant
& un Derriere d'Autel d'or maſſif;
deux Croix de trois pieds & demy
de haut , außi d'or damasquine;
deux grands Encenſoirs , & deux
Chandeliers hauts de trois pieds ,
d'or ; douze Corcelets , & autant
de Couronnes d'or , toutes couvertes
de Pierreries & de Perles , ſans les
autres gros Rubis , Saphirs , Emeraudes
, & autres Pierres d'une exceſſive
valeur , qu'on expoſe deméme
en mettant des lumieres derriere
pour en faire voir l'éclat. Il y a
encore un grand nombre de Livres
couverts de Plaques d'or & d'ar
GALANT.
43
gent , parmy lesquels est l'Evangile
écritde la main de S. Marc ; & les
Actes des Apostres en lettres d'or ,
écrits de la propre main de S. Ieam
Chryfoftome , Patriarche de Ierufa
lem. Dans le grand nombre de Reli
ques qui yfont , on revere particulierement
l'Image de la Vierge,peinte
par S. Luc. On l'expoſe les jours
de sa Feſte ; & quand on veut obte
nir quelque grace particuliere de
Dieu , on la porte en Proceßim ſolemnelle
fous un Dais. Le Doge &
les Magistrats ont accoûtumé de
s'y trouver , avec ſept à huit cens
Gentilshommes , &un nombre infiny
de Peuple. Dans l'Eglise , tout le
long des Murs , ily a encore quantité
de Pierres Saintes qu'on baise
par devotion. Les plus confiderables
font , celle fur laquelle Noftre-
Seigneur a presché , & où l'on croit
qu'Abraham voulut facrifier fon
44
MERCURE
Fils Ifaac,& cell fur laquelle Saint
Jean- Baptiste eut la teste coupéc ;
l'on remarque encore des goutes de
Sangfur cette derniere . Tous les Fi-
Liers qui ſoûtiennent la Voûte font
außi en grande veneration, à cauſe
qu'ily en a un, à ce que l'onprétend,
qui renferme le Corps de S. Marc,
dontle Doge , & un des Procurateurs
, ont feuls la conno ſſance , &
fontferment de ne le déclarer ja
mais qu'à ceux qui leur fuccederont,
deforte que s'ils mouroient tous deux
enmesme temps , la memoire enfe
roit éteinte. Ily a encore dans le
Trésor dufang merveilleux, dont je
vousparlay en fon lieu...
Cette Eglise est proprement la
Chapelle du Palais du Doge. Elle
est deservie par vingt quatre Chanoines,
pluſieurs demy- Prébendes , &
autres Ecclefiaftiques. Le Primecier
, quien est le Chef, eft toûjours
GALANT .
45
un Noble , & celuy d'aujourd'huy se
nomme Sanudo , Fils du Procurateur
de ce nom. Il officie avec la Mitre
&la Croffe,fait toutes les fonctions
@piscopales , & accorde quarante
jours d'Indulgence à ceux qui aßi-
Stent à la grand Meſſe qu'il celebre
ou quife dit enfaprefence.Cette
Eglife a encore un Privilege fort
particulier , qui est que la Veille de
Noel fi toſt que le Soleil eft couché
( c'est à quatre heures du ſoirſelon
les heures de France ) on commence
les matines , puis on dit la grand'
Meſſe en présence du Doge, des Ambassadeurs
Etrangers, & des Magi-
Strats.
Occupation du Careſme.
L'occupation du Caresme a esté
d'aller à la Meffe , aux Sermons ,
aux Musiques , aux Feſtes d'églife
, & aux Divertiſſemens desNobles
.
46
MERCURE
Les Sermons ſe diſoient tous les
jours au matin dans quarante neuf .
Eglifes. Ils durent une bonne heure,
& on n'y fait qu'une pause prefque
fur la fin . La plupart des Prédicateurs
gefticulent , marchent, &
fe demenent fort, exprimant autant
par leurs actions que par leursparoles.
Leurs Chaires ſont une foisplus
longues qu'à Paris , & ily a toujours
un Chrift en Croix dans un des
coſtez, dont à tous momens ils font
confiderer lesſoufrances.
Les Festes d'Eglise font fortfrequentes
. On fait quelquesfois des
Oratoires. Ce sont des Recits Italiens
d'Histoires Saintes & devotes ,
qui se chantent en Musique dans
les Eglises , comme des opéra , &
dont ceux qui font les Perſonnages
font cachez derriere une Grille ou
Tribune , & ne se montrent point .
Comme ily en a peu , & qu'ils se
GALANT.
47
font extraordinairement , ilfaut s'y
trouver de bonne heure pour avoir
place. Il ne s'en est fait cette année
qu'à l'Eglise des Incurables ,
& c'estoient des Filles qui chantoient.
Pour les Muſiques ordinaires ,
nous en avons eu trois fois laſemaine
reglement dans quatre Eglifes.
Cefont quatre Hôpitauxfort riches,
adminiſtrez chacun par des Gen
tilshommes , & des Citadins. On y
reçoit grand nombre de Pauvres , &
quantité de petits Enfans Orphelins
qui vont aux Enterremens comme
à Paris ; ony nourrit encore trente
ou quarante Filles qui nefont que
pour le Choeur , & à qui on apprend
à chanterdés leur plus grande
jeunesse. Elles sont enfermées
comme des Religieuses , &ne parlent
à perfonne. Elles ne font point
de Voeux , & se peuvent marier
48 MERCURE
quand elles veulent. Ce font quatre
des meilleurs Musiciens qui condui-
Sent leur Chant. Tous les Mercre
dis & Vendredis de Caresme , elles
chantent le Salut en Musique , ین
les Vefpres tous les Dimanches. Il .
ya Theorbes , Violons , Baſſes de
Violes , Claveſſins ou petites Orgues
pour la Simphonie , &pour accompagner
les Voix . Ce font elles qui
touchent de ces Instrumens , & elles
font dans une Tribune grillée au
haut de l'Eglife. Ily a de tres- belles
Voix , & il s'y trouve grande
quantité de monde. On ne prend
jamais que deux fols pour chaque
fiege, qui font environ neufdeniers
de France. Le premierde cesHôpitaux
s'appelle S. Lazare , ou les
Mendicantes. On y reçoit les vieilles
Gens , Hommes & Femmes , infirmes
à cause de leur grand âge.
Le Second , nommé les Hôpitaletes ,
eft
GALAN T.
49
est destiné pour les Fiévreux , comme
l'Hôtel- Dieu de Paris ou la Chavité
, & pour loger & nourrir pendant
trois jours tous les Pelerins qui
paffent. Le troisième est la Pieté ,
pour les Enfans trouvez ; & le quatriéme
, les Incurables.
Divertiſſemens & Exercices de
la Noblefſfe .
Les principaux Jeux & Exercices
de la Nobleſſe, ſont la Baffete, le
Ballon , & le Calcio.
La Baſſete se jouë en particulier,
& paffé le Carnaval , perſonne
n'entre dans les Réduits que les Nobles.
Je vous ay parlé de ces Réduits.
Le Ballon ſe jouë à huit , dix,
ou douze Perſonnes , moitié de chaque
coſté. On se met en Chemiſete
& en Chaussons , & on se fert de
Braſſards pour pouffer le Ballon . Ces
Braſſards font de bois de la gran-
May 1683 . C
50
MERCURE
deur d'un petit Manchon d'Homme,
&fait quafi de mesme. On les paf-
Se dans le poignet , & on les tient
de la main par un petit bâton qui
eft dedans en travers. Ils font en
dehors tout hériſſez , avec des pointes
un peu rebrouffées pour empescher
que le Ballon ne gliſſe , &
pour le pouffer avec plus de force.
Les Regles du leu font à peu prés
comme celles de la longue Paume.
D'autres Perſonnes que les Nobles y
joüent außi , & les Magiftrats deſtinent
des Places pour ce leu , n'étant
pas permis de ſe mettre dans
toutes.
Le Calcio est bien d'une autre
confideration ; il n'y a que les Gentilshommes
qui y joüent . Il est étably
en cette ville depuis quatre ou
cinq ansSeulement. Ils'y trouve tous
les jours deux ou trois cens Nobles
Venitiens pour y joner , & pour y
GALAN T.
S
-
voir joüer. C'est une espece de petite
guerre , dont les ruſes & les détours
font affez difficiles à comprendre
, &je nesçaysi je pourray bien
vous les expliquer. Il y a mesme
des Perſonnes qui n'y prennent pas
de plaisir , parce qu'ils n'y connois
Sent rien. Cependant comme c'eſt ,
pour ainsi dire , leſeul divertiſſement
de la jeune Nobleffe pendant
le Caresme, je vais vous en faire
la plus exacte description que je
pourray.
Jeu du Calcio.
On plante autour d'une Place
divers Pieux de bois deſept àhuit
pieds de distance les uns des autres ,
avec une groſſe corde qui les traverse
, &forme une Barriere àhau
teur d'appuy. A chacun des deux
bouts est une grande Arcade ou Por
tique de bois peint & doré , par où
on entre dans cette Barriere. Les
C2
52
MERCURE
Gentilshommes qui doivent joüer ,
ont une Culote , une Chemiſete de
Bazin ou de Satin , une Echarpe fort
large qui ferre le milicu du corps,
un Bonnet & des Souliers fort bas ,
ou des Chauſſons de Ieu de Paume.
Ils se trouvent tous enſemble dans
le Champ une demy-heure , ou un
quart d'heure avant le Soleil couché
, &ſe diviſent en deux Partys
de trente , quarante , ou cinquante
chacun , plus ou moins , Selon
qu'ilsse trouvent. Chaque Party
a une Enseigne ou Etendart di
férent , & deux Tambours habillezfort
propriement de la mesme
couleur de l'Etendart. Les quatre
Tambours ſe placent aux quatre
coins , & dans la Barriere , & batent
la Quaiſſe tant que le Ieu dure
. Les Ioüeurs estant arrivezdans
le Champ , quarante ou cinquante
autres Nobles , avec leurs Vestes or
GALANT.
53
dinaires , ſe mettent ſous les Porti .
ques ou Arcades de chaque coſté,
pour en boucher l'entrée , ou plutoft
pour empefcher lafortie aux Combatans
, les Spectateurs fonten dehors
de la Barriere , & appuyez def-
Sus . Chaque Party ayant pris fon
pofte , un de la Troupe jette au milieu
de la Place un Ballon de cuir,
gros comme la moitié de ceux dont
on joüe dans les Colleges. Le premier
qui le peut attraper ,le ramaſſe
, & le tient à son costé , en
le posant fur la jointure du bras
& le ferrant fortement avec le coude
contre le coſté, fans y mettre les
ne luy estant pas permis de
le toucher que pour le ramaſſer de
terre , ou pour le jetter à un autre
lors qu'il n'a plus la force de refifter.
Il faut que de cette maniere
il forte hors d'une des Portes de la
Barriere pour gagner le leu ; c'eſt
mains
,
,
C
3
54
MERCURE
pourquoy tous ceux du Party contraire
tâchent àle repousser , à le
faire choir , ou à luy faire quitter
le Ballon , pendant que ceux de fon
cofté l'aident , & combatent contre
leurs Averſaires pour les empefcher
d'approcher. Toutes ces réſiſtances
& combats ne se font qu'à coups de
coude , & il y a de groffes amendes
contre ceux qui sefervent de leurs
mains. On se chamaille avec tant
de force , que bien souvent on en
voit tomber quinze ou vingt tout à
la fois , fans neanmoins qu'ilsſefas-
Sent aucun mal , àcauſe que la Place
n'est point pavée , & que la Barriere
contre laquelle on peut se heurter
, estfaite exprés de cordes , comme
je vous ay dit . Si l'on fait choir
le Ballon ( ce qui arrive ſouvent )
un autre s'en faiſit, & chacun court
aprés pour luy donner un pareit af-
Saut ; mais quand celuy qui le tient
GALANT.
55
a pû arriver jusqu'à lafortie , ce
n'est encor rien de fait , à cause des
autres Nobles qui la défendent , &
qui luy apportent une réſiſtance ,
d'autant plus difficile àsurmonter,
qu'elle est composée d'un grand nombre
de Perſonnes unies&ferrées les
unes contre les autres. La raiſon voudroit
même qu'il n'en pût jamais
venir à bout par la force , puis
qu'outre l'égalité des Combatans
qui font dans le Champ , il y aen .
cor les Nobles de la Portefurnumé.
raires. Außi n'est - ce ordinairement
que la fineſſe , lafubtilité , & l'adreſſe
, qui font gagner ce leu ; com.
me par exemple , celuy qui tient le
Ballon ſe voyant accablé , le jette
à un autre qui fera derriere luy ,
qu'il verra éloigné de ſes Ennemis ,
& en état d'eſtre ſecouru de ceux
de ſon Party ; mais ſouvent il est
tellement ferré , qu'il n'a plus la
C 4
56
MERCURE
libertéd'en diſpoſer comme il veut.
Une autre fois ilfera ſemblant d'aller
d'un coſté , & se tournera tout
d'un coup d'un autre pendant qu'une
partie des Siens courent au devant,
pour luy faire paſſage , en coupant
le chemin au milieu des Nobles qui
font à la Porte ; ce qui n'est pas fi
difficile qu'ilſemble , à cauſe que la
Porte ou Portique n'ayant que fix
pouces d'épaisseur , on les peut faire
écarter de costé &d'autre . Mais le
tour le plus adroit , & qui donne le
plus de peine , c'est que le feu finif-
Sant fort tard , plusieurs ſe ſervent
de l'avantage de l'obscurité , &
courent en la mesme posture que celuy
qui tient le Ballon , faiſantfemblant
de le tenir auſſi ; ce qui diviſe
les Ennemis , qui ne sçavent
auquel ils doivent courir , ne pouvant
distinguer le vray d'avec le
faux. Enfin comme nous voyons bien
GALANT. 57
fouvent à l'Armée que dix mille
Hommes bien conduits en combatent
vingt & trente mille autres , auſſi
arrive.t'il de mesme icy , qu'à la
fin ily en a quelqu'un qui remporte
la victoire , quoy que ſouvent on
forte du feu fans avoir rien fait,
car on n'y est guére plus de trois
quarts d'heures ou une heure
pour la grande fatigue qu'on y
Soufre.
,
Avant que de venir à la Semaine-
Sainte , il faut , Madame, vous
entretenir d'une Ceremonie qui ſe
fit le jour de la Chandeleur , dont
L'origine eſt aſſez particuliere.
Cerémonie de la Veille
de la Chandeleur .
L'on pretend que dans la plus
grande antiquité , la Republique de
Venise marioit les Filles à l'encan ;
on expoſoit les Belles dans une Place
publique , & il estoit permis aux
CS
58 MERCURE
Garçons qui estoient d'une qualité
proportionnée , de les venir enche_
rir comme onfait en un Inventaire,
en forte que celuy qui donnoit le
plus à la Republique , emmenoit la
Fille avec luy , & ils alloient recevoir
enſemble la Benediction nuptiale.
De cet argent on marioit
& dotoit les Laides , que l'on expo-
Soit de mesme , & on les livroit à
ceux qui se contentoient de la moindreſomme
pour dot. Cet usage caufa
beaucoup de defordres , pour les antipaties
naturelles qui se rencontroient
dans cesfortes demariages,
cequ'fit que dans la fuite on laiſſa
à chacun la liberté de fuivre fon
inclination ; & neanmoins afin que
la République pût avoir connoiſſance
des alliances qui fe faisoient , on
introduifit cette autre Coûtume. Les
Filles aprés la celébration de leur
mariage , alloient au Lieu où eft
GALANT.
59
}
!
1
l'Eglise de Saint Pierre du Caſtel ,
qui estoit alors Eveſché , & qui est
àpréſent Patriarcat.Elles portoient
avec elles l'argent de leurdot dans
un petit Coffre , ce qui se faisoit
toûjours la veille de la Chandeleur.
Ayant passé toute la nuit dans ce
Lieu , le lendemain matin elles se
rendoient à l'Eglife avec leurs Cofres
, où leurs Marys se trouvoient
aussi , &tous ensemble ils aſſiſtoient
à une haute Meſſe que l'Evesque
celebroit en grande cerémonie. A
lafin de cette Meſſe il leurdonnoit
une Benedictionfolemnelle , &chacun
s'en retournoit chez Soy , paffant
le reste de la journée en Feſtins
, en Dances , en Ballets ,
autres divertiſſemens. Les Istriens,
Ennemis capitaux de la Republique,.
instruits de cet usage , vinrent une
nuit àmain armée , enleverent ces
jeunes Epousées comme autrefois on
C6
60 MERCURE
enleva les Sabines , & emporterent
auſſi leur argent . Grand bruit par
toute la Ville. Chacun chercha du
Secours , & courut aux armes . Ceux
du Quartier de Sainte Marie Formoſa
eſtant les premiers preparez,
joignirent les Ennemis dans le temps
qu'ils alloient partager leur butin ;
ils les vainquirent , & revinrent
triomphans , ramenant les Femmes
& leurs richeſſes , qu'ils allerent
présenter au Doge &à la Seigneu
rie. On leur demanda ce qu'ils voULoient
pour récompense ; ils répondirent
qu'ils n'estoient point inte
reßez , & qu'ils souhaitoient feulement
que le Doge & la Seigneurie
ſe rendiſſent tous les ans à pareil
jour à Sainte Marie Formosa leur
Paroiſſe , pour remercier la Vierge
qui les avoit aſſiſtez dans leur entrepriſe.
Je vous le promets en cas
qu'il faſſe beau , dit le Doge ; mais
GALANT. 6
s'il vient à pleuvoir , comment fe
ray-je ? En ce cas , répondirent ils,
nous vous tiendrons un Chapeau tout
prest ; &fi vous estes fatigué , nous
vous donnerons à boire du meilleur
Vin. La choſe arriva l'an 932. Selon
quelques- uns , &felon d'autres
en 943. C'est en memoire de ce petit
Combat des Venitiens contre les
Istriens , quese font les Pugni , ou
coups de poing des Caſtelans contre
les Nicolotes , dont jay parlée par
occafionen vous racontant les divertiſſemens
du Carnaval. On remarque
que les Caftelans qui repréſen
tent les Raviffeurs, font plussouvent
vaincus par les Nicolotes , qui ſça.
vent affezſe prévaloir de cet avan
tage.
Quoy qu'il en foit , voisy la Cerémonie
qui s'en est faite cette année
, & qui se renouvelle tous les
ans. Le premier de Février , veille
62 MERCURE
de la Chandeleur , le Doge & les
principaux Officiers vinrent l'apresdinée
avec grande pompe à Sainte
Marie Formosa. Le Doge estoit
au milieu des Ambassadeurs de
l'Empereur & de France , vestu
d'une Veste & long Manteau de
Brocard d'or , double d'une Fourrure
blanche mouchetée d'Hermine ,
qui renverſe par deſſus l'épaule
usqu'à la ceinture , avec un Bonnet
aussi de Brocard d'or termine
en pointe , ce qui lug a fait donner
le nom de Corne Ducale. On
portoit devant luy huit Etendarts
aux Armes de la République , fix
Trompetes d'argent , une chaise
dorée à l'antique , couverte d'un
Brocard d'or , un Carreau de même
Etoffe , & un Cierge allumé ;
Conceffions qui ont esté accordées
aux Doges fes Prédeceffeurs par le
Pape Alexandre III. Aprés fun
GALANT. 63
voient les Magiftrats en Robes ow
Veſtes de Damas rouge figuré , doublées
de Martres Zibelines , la Stole
de Velours figuré de même couleur
, ou d'Etofe toute d'or , pour
ceux qui ont esté dans les Ambaſfades.
Le premier des Magistrats,
qui estoit le plus proche du Doge ,
portoit une large Epée dans un
Forreau de vermeil doré à jour ,
la pointe élevée en l'air. Il estoit
placé entre le Doge & les autres
Magistrats , pour montrer que le
pouvoir n'appartient pas au Doge
tout seul. Cette Affemblée estoit
encore précedée du Clergé de Saint
Marc , en Chapes , & de quelques
Ioüeurs de Flute & de Hautbois . Lors
que l'on fut arrive dans l'Eglise de
Sainte Marie Formosa , le Dogese
plaça dans le Choeur , ſur un Fauteüil
, élevé du coſté de l'Evangile
& hors le Sanctuaire. Les
64 MERCURE
,
Ambassadeurs s'affirent immédiatement
à coſté de luy ; & tous les
autres Officiers prirent place dans
des Chaifes , &fur les Bancs , chacun
selon son rang. L'Eglise estoit
toute tenduë de Damas rouge , Suivant
l'usage d'Italie avec des
Franges d'or en divers endroits ; &
fur deux élevations,aux deux coſtez
de l'Autel , estoient deux groſſes bouteilles
de Liqueurs , & deux Chapeaux
de Carte peinte & dorée,aux
Armes de la Serenité , & du Patriarche
de Venise. Les Vespres furent
chantées en Musique , aprés
lesquelles l'Assemblée s'en retourna
dans le mesme ordre qu'elle estoit
venuë ; & le lendemain , jour de
la Chandeleur , aprés la grand
Meße , plufieurs Marchands &
Artiſans de la Paroiffe , choisispour
sela , & vestus tres - proprements
porterent en triomphe les Chapeaux
GALAN T.. 65
& les bouteilles au Palais du Doge,
avec quantité de Fleurs & Bouquets.
Le Doge les ayant reçeus , leur
fit préſent de quelques Maſſepains
&Confitures . से
Cerémonie des Rameaux.
Le jour des Rameaux on fit la
Proceſſion dans la plupart des Egli-
Ses comme en France , à l'exception
qu'on portoit des branches d'Olivier,
au lieu de Buis . Celle de S. Marc
eſtant la principale , j'y remarquay
que le Doge y aſſiſta avec les Magistrats
, comme dans les autres Cerémonies
. Il eſtoit entre les Ambaſ-
Sadeurs de l'Empereur & de France
, vétu cejour là d'une veste de
Drap rouge , Sous un long Manteau
de Velours rouge , la Corne ou Bonnet
Ducal de mesme Etofe bordée
d'un tiſſu d'or. Tous les Magistrats
estoient en Veste de Drap rouge ,
avec une Stole de Velours figuré. Ils
66 MERCURE
avoient tous de petits Bouquetsde
Branches de Palme , & la Proceffion
alla le long du Palais en la
maniere ordinaire. Eftant arrivée
au devant de l'Eglife , elle s'arrefta
avec toute l'Assemblée pendant
qu'on diſoit les Prieres accoutumées,
Attollite portas. La Musique estoit
Sur un grand Corridor , en dehors
de l'Eglise , au deſſus du Portail.
Dans le temps de ces Prieres qui
durerent un quart-d'heure , on laif-
Sa envoler de ce Corridor quantité
de Pigeons avec du clinquant , &
du papier de diverſes couleurs attaché
à leurs plumes , & à leurs
queuës. On en lâchoit ſept ou huit
à la fois de moment en moment ,
jusqu'à ce que la Proceſſion fut entrée
dans l'Egliſe ; on lacha auſſi
pluſieurs petits Oiseaux , & onjetta
encore quantité de PaſtesSucrées
qu'on nomme icy Bozzolai , &qui
GALANT.
67
font les petits Gâteau de Venise ;
ces Pigeons & ces Oiseaux , ayant
les plumes embaraſſées , ne peuvent
voler bien loin , &je vous laisse à
penſer la foule du menu Peuple qui
tâche à les attraper. Un Pigeon
Se vint Sauver sur l'épaule d'un
Conſeiller aupré's duquel j'estois , &
je pris occaſion de luy dire que c'étoit
un signe de la clémence , یم
de la douceur qui accompagnoit fes
jugemens . On prétend que l'origi
ne de cette coûtume , vient de ce
que Noé ayant lâché une Colombe
hors de l'Arche , pour voir si les
eaux du Déluge diminuoient, elle re.
vint avec une branche d'olivier à
Son bec ; & à cauſe des branches
d'olivier dont on fe fert aux Rameaux,
on a introduit cet usage pour
en conferver la mémoire.Ce que j'ay
remarqué encore de particulier, c'est
qu'au lieu qu'on chante ordinaire
68 MERCUR
ment la Paſſion à trois Perſonnes ,
icy on la chante à trois Choeurs de
Musique. Le premier Choeur qui
chantoit le narratif, & les paroles
de l'Evangile , estoit composé de
quatre Perſonnes. Cela me fit fouvenir
des quatre Evangelistes dont
nous tenons la connoiſſance que nous
en avons. Le ſecond Choeur estoit
de trois Perſonnes , qui chantoient
les paroles que le Fils de Dieu diſoit
luy-même , & l'union de leurs Voix
repréſentoit affez bien l'unité d'un
Seul Dieu en trois Perſonnes . Le
troifiéme Choeur eftoit de quantité
de Voix , & recitoit les paroles des
Juifs & de la Sinagogue , à caufe
peut- eſtre du grand nombre de Peuple
qui vouloit la mort du Sauveur
duMonde.
GALAN Τ . 69
1
• CONCIERI que l'on fait la Semaine
- Sainte , pendant les
Prieres de Quarante- heures.
L'on appelle Concieri à Venise,
les appareils & ajustemens qu'on
fait dans certaines Egliſes, lors qu'il
y a quelques Festes folemnelles , ou
expoſitions celébres du Saint Sacrement.
Ceux qu'on a faits dans dix
ou douze Egliſes de cette Ville , les
Dimanche, Lundy & Mardy Saint ,
pour les Prieres de Quarante-heures,
estoient des plus riches ; & voicy
comme ils ſe font .
On bouche toutes les Fenestres de
l'Egliſe ; on la tend de noir ou de
violet , & on peint & appliquefur
cette Tenture quantité de Figures
de la Paßion , & autres deffeins
blancs &dorez , mais tristes & lugubres
fuivant le temps . A l'endroit
du Maître- Autel on drefſſe un Théatre
qui tient toute la largeur du
70
MERCURE
Choeur , s'éleve juſque dans les Voûtes
, & peut avoir quatre ou cinq
toiſes de profondeur. Ce Théatre
est remply de Décorations , & de Figures
de toile & de carte peinte ,
avec une grande abondance de Cierges
& de Lampes qui éclairent toute
l'Eglise. Pendant les trois jours
que durent les Prieres , on chante
par repriſes divers Motets en Mufique
, avec Choeurs de Voix & de
Simphonie. Des Religieux y viennent
prescher , & lapluſpart montentfurces
Théatres , où ils parois-
Sent comme des Anges du Ciel qui
recitent des Comédies ſpirituelles.
JeferaySeulement la defcription de
trois ou quatre des plus beaux Concieri
, & par là vous pourrez juger
des autres. Iefuis bien aiſe de vous
prevenir auparavant en leur faveur
; car ne vous perfuadez-pas
qu'ils soient de la maniere des PaGALANT.
71
1
radis que l'on voit chez les autres
Nations. Les Italiens ont bien un
autregoust , & ne pourroient pas regarder
des Figures , & des Décorationsſi
mal ordonnées.
Celuy de la Parroiſſe de S.Feremie
, repréſentoit toutes les miſeres
auſquelles nous sommesſujets en cette
vie , & ce que nous devonsfaire
pour n'y point ſuccomber. Onvoyoit
d'un costé une Ville attaquée , un
Combat sanglant , pluſieurs Mai-
Sons enfeu , une Mine qui faisoit
Sauter la pointe d'un Bastion , &
tous les Peuples qui fuyoient &
Se Sauvoient de cet horrible carnage.
La Figure dominante repréfentoit
laGuerre. C'estoit un Homme
armé , qui tenoit une Epée nuë
d'unemain , & une Torche ardente
de l'autre , pour montrer que la
Guerre met tout àfeu &àfang. Du
même costé & un peu plus loin ,
72 MERCURE
eſtoient pluſieurs Perſonnes de tout
Sexe , & de tous âges , qur parois.
foient dans la derniere miſere , les
femmes se desesperant de n'avoir
pas dequoy donner à leurs Enfans,
& ces petits Innocens attendrifſſant
le coeur de leurs Meres par leurs larmes
, &par leurs cris . La principa
le Figure estoit la Pauvreté ; elle
n'avoit que la peau & les os ,
tenoit pour ſe ſuſtenter des Raves,
& quelques méchantes Racines. De
l'autre côté on voyoit une Ville renversée
, & la plupart des Habitans
accablez ſous les ruines. Au milieu
de tout ce Débris , estoit un Homme
fort & vigoureux , qui repreſentoit
leTremblement de Terre . Il eſtoit
àdemy enterré dans une Caverne,
avoit les jouës enflées & le visage
boúrſouflé , &par le vent qu'ilfai-
Soit de sa bouche &defon nez, il
caufoit tout ce désordre. Derriere
نم
GALANT.
73-
:
&dans le fond , on avoit placé la
Peſte. C'estoit une Femme languif-
Sante , ulcerée , & abandonnée de
tout le monde . Elle avoit une Beste
raviſſante àses pieds , & estoit environnée
de quantité de Malades,
dont les uns expiroient fans ſecours,
les autres ſe bouchoient le nez , &
les corps fervoient de pâture aux
Bestes de la Campagne. Au milieu
de tous ces fleaux de la Iustice di
vine , paroiſſoit la Penitence fous
la figure d'une Femme à genoux , la
veuë attachée sur le S. Sacrement
qui estoit placé dans un Ciel tout
au hautde la Voûte , parmylesAnges
& les Chérubins ; & par sette
action , elle nous exhortoit aux Prieres
& aux Oraiſons. Elle estoit vetuësimplement
, pour nous marquer
la modestie. Elle tenoit une Difcipline
d'une main , & un Poiffon de
l'autre , pour faire voir la mortifi
May 1683. D
74 MERCURE
cation de la chair , & le jeûne de
l'Eglife ; &ſembloit vouloir dire ces
paroles de S. Luc. Si pænitentiam
non egeritis , omnes fimiliter peribitis.
Si vous negligez de faire
penitence , vous perireztous de la
même maniere.
Celuy de Saint Moise , autre Paroiſſe
, repréſentoit l'adoration que
nous devons rendre à la Sainte Euchariftie.
Dans le Ciel estoit le S.Sacrement
au deffus d'un Monde , Soûtenu
par les quatre Evangeliftes .
Un peu plus bas la Vierge estoit portée
en l'air par des Anges , & au
deffous les Apostres difperfez fur la
Terre. Au plus haut du Ciel , on
voyoit encore Dieu le Pere qui tendoit
les bras , & ſembloit appeller
tout le monde à luy. Tout estoit miſtérieux.
Les Evangeliftes qui tiennent
le Monde au Ciel , nous donvent
affez à connoistre que nostre
GALANT. 75
place nous y est réservée ,si nous
nous nourriſſons de ce Painſacréqui
eft au deſſus , dont ils nous ont donnela
connoissance. Les Apôtresfigni.
fient les Pasteurs qui preſchent fur
la Terre , & enseignent cet adorable
Mistere ; & la Vierge , qui ſe
rencontre entre Dieu & les Hommes
, n'est ainsi placée qu'afin que
nous implorions ſon assistance , &
que nous la trouvions en chemin
pour interceder en nostre faveur.
A Saint Luc , autre Paroiffe ,
estoit repréſentée la Troupe des Ifraëlites
que Moise conduiſoit dans
la Terre promise. On les voyoit fortir
de leurs Tentes , &c'estoit dans
le temps qu'ils estoient piquezdes
Serpens , dont la morſure les faisoit
mourirſur le cham. Au milieu paroiſſoit
Moise , qui avoit fabriqué
le Serpent d'airain par le commandement
de Dieu, & ce Serpent d'ai
D 2
76 MERCURE
:
rain avoit une telle vertu , que celuy
qui le regardoit avoit un vray regret
defes fautes , guériſſoit au même
instant. C'est ce qu'il leur di .
foit par ces paroles priſes du Livre
des Nombres , Qui percuſſus aſpexerit
viver. Celuy de vous autres
qui ſera mordu , n'a qu'à regarder
icy , ilfera query. Le S. Sacrement
estoit aussi dans un Ciel au deſſus
&tout au haut de la Voûte.
رد
Saint Lazare autrement les
Mendicantes,Hôpital celébre, avoit
fait faire trois Fyramides de Charponte
hautes de quatre à cinq cens
toiſes , toutes ornées de Dorures ,
remplies de Fleurs , d'Argenterie ,
& de plus de fix cens Cierges. Le
S. Sacrement estoit placé au haut de
celle du mitieu dans un Ciel de nüages.
Saint Cantian , Paroiſſe , avoit
fait faire une Décoration fort fin
GALANT.
77
guliere. Ce n'estoit qu'un grand Soleil
tout ébloüiſſant de lumiere , au
milieu duquel estoit le S.Sacrement.
Les rayons du Soleil remplifſſoient
toute la largeur & hauteur du
Choeur.
S'il y a de l'esprit , & de l'indaſtrie
dans ce que vous venezde li
re , ily a de la magnificence dans
ce qui vafuivre , je veux dire dans
les Proceßions du feudy , & du Vendredy
Saint , où la Cire est si peu
épargnée , qu'on tient qu'il s'en brûle
plus à reniſe durant ces deux
jours , qu'en tout le reste de l'Italie
durant une année entiere. Je veux
croire que cela n'est pas vray à la
lettre , mais au moins approche t'il
bien de la verité. Ie commence par
celles du Ieudy - Saint ; & comme ce
nefont que les Ecoles qui y vont , il
faut auparavant vous dire ce que
c'est.
D 3
78
MERCURE
SCOLE , on Ecoles de Veniſe...
Nous appellons à Venise Ecoles
( Scole ) ce que l'on nomme ailleurs
Confrairies. Ily en a de Marchands
& d'Artiſans comme à Paris , & il
y en a auſſi de devotion. Ce qui est
de fingulier , c'est qu'elles nesefont
point dans les Eglifes. Ce font des
Lieux ſeparez ou l'on dit la Meffe,
& où l'on se trouve les jours de Feſtes.
Il y en a environ deux cens
cinquante ou trois cens dans toute
la Ville , & elles font toutes peintes
, dorées , & lambriffées. Les
principales ont une grande Sallepar
bas , un Etage de la même grandeur
au deſſus , où l'on dit laMef-
Se , une Chambre à cošté pour tenir
les Affemblées , & quelques petits
Cabinets. Elles font toutes fortpropres
, & celles que l'on nomme les
fix grandes font fi fuperbes , qu'il
eft difficile d'en concevoir la beau
GALANT. 79
téàmoins que de les voir. Je vais
les nommer toutes fix , Suivant
qu'elles me viendront dans la mémoire
. La premiere qui est celle de
S. Roch , furpaſſe les plus beaux
Palais . De la Salle d'en bas , qui
est d'une grandeur prodigieuse , l'on
monte Sur un grand Perron qui conduit
au premier Etage par un Efcalier
de 15. à 18. pieds de largeur.
Sur la Menuiseriefont pluſieurs figures
en reliefs , d'une maniere bizare&
grotesque , mais d'une délicateſſe
qui peut paffer pour un Chefd'oeuvre.
Elle est toute peinte des
plus beaux Ouvrages du Tintoret,
&on l'appelle , Il non plus ultra
delle maraviglie , c'est - à- dire ,
qu'il ne faut plus rien voir aprés
cela. La feconde , eft celle de Saint
Marc. La Façade eft toute de Marbre,
elle est peinte en dedans , du
Georgeon , du Tintoret , du Bordon,
D 4
80 MERCURE
&autres excellens Peintres . La troifiéme,
celle de la Mifericorde, n'est
pas encore achevée. La Salle du rés
dechaussée est si grande , qu'il y a
vingt- quatre groffes Colomnes au
milieu pour enfoutenirle Platfont.
La quatrième , celle dela Charité,
est toute dorée & peinte du Titien,
Bellino , Palme , & autres. La cin
quiéme , celle de S. Jean , eft toute
enrichiede Marbre ,&peinte com.
me les autres ; & la fixieme , est
celle de S. Salvateur ou S. Sauveur,
qui est auſſi des plus belles. Ily ena
encore de confiderables , comme cel
les de la Paffion , & celle de Saint
Fantin. Toutes ces grandes Ecoles
font de devotion. Eltes ont abon.
dance d' Argenterie , d'ornemens,&م
de Reliques ; & comme elles font
extraordinairement riches , elles marient
tous les ans certain nombre de
Pauvres filles , ou les dotent pour en
GALANT. 81
trer dans des Convens. Cesont des
Citadins , & Marchands qui les
adminiſtrent , & on appelle les
Chefs , Gardiens , & Sous- Gardiens.
Proceffions du Jeudy- Saint.
Le Feudy Saint , les huit Ecoles
que je viens de nommer , viennent
en Proceffion les unes aprés les autres
dans la Place de Saint Marc.
Elles enfont le tour , entrent dans
l'Eglise, puis s'en retournent. Voicyl'ordre
que chacun tient .
D'abord viennent environ quatre
cens Hommes avec de gros Flam.
beaux de Cire blanche de fix pieds
de long , peſant douze à quinze livres
( j'entens felon les mesures
poids de France . ) Ils vont deux à
deux, avec un pareil nombre d'autres
Perfonnes , qui portent chacun
une Lanterne ou Phanal , & marchent
entre chaque Flambeau , em
D
82 MERCURE
forte que l'on voit un Flambeau &
un Phanal alternativement. Ilsfont
tous vétus , tant les uns que les autres
, d'une Robe de Serge , blanche
on noire felon les Ecoles , avec un
grand capuçon pointu de deuxpieds
dehaut , qui leur pend derriere la
teste. Quelques- unes de ces Procef-.
fions ant unesi grande quantité de
Lanternes , qu'ils en font un troiſiéme
rang. Ces Lanternes fout atta
chées au bout d'un baston , comme
celles des Paroiffes de Paris , lors
que l'on porte le Viatique aux Malades
, mais elles sont quatre &
cing fois plus grandes , toutes de
verre & bois doré , avec un grand
nombre de Bougies dedans. La diverſité
qui s'y rencontre est quelque
choſe d'agreable ; & comme l'on est
icy au milieu de la Verrerie , on s'é
tudie à en faire de toutes les manieres
. Il y en a en formes d'Etoi-
1
GALANT. 83
les , & de Soleils àplusieurs rayons,
qui ont jusqu'àfix pieds de diametre
, & il faut qu'un Homme ait
extrémement de la force pour les
pouvoir porter. Les verres , qui en
font tous façonnez , tiennent avec
du fer & du plomb-doré , &font
disposez de telle forte , qu'ils renvoyent
des rayons qui petillent , &
jettent dela lumiere de toutes parts.
D'autresfontfaites enforme de Ro
fes , & ne font pas moms grandes
que les premieres ; d'autres enPleine-
Lune , en Croiſſans , & en Cometes
; d'autres , en Pyramides de
fix àfept pieds de haut ; d'autres ,
en Croix , en Globes , en Cylindres,.
en Octogones , & quantité d'autres
figures fantastiques , qui fepeuvent
mieux penser que décrive. Ily co
avoit une en Pélican defix pieds de
baut , les aîles éployées , qui se piquoit
l'estomac , & repréſentoit afſsés
D6
84 MERCURE
bien la charité que l'on pratique
dans ces Ecoles . Au milieu de tous
ces Flambeaux& Lanternes , marchela
Baniere , & ensuite la Croix,
qui est toute de bois avec un Chrift
de quatre pieds de haut couvert d'un
Creſpe , à travers lequel on le voit.
Au deſſous des pieds du Christ &
pardeſſus le Creſpe , est un bouquet
de fleurs gros comme le fonds d'un
demy muid , & c'eſt icy où les Confreresse
piquent à qui en aura de
plus belles ; l'on en voyoit de toutes
fortes , mesme de Tulipes ,de Rofes
& d'Oeillets . Ily en avoit un de
fleurs blanches , en forme de teste
&os de mort ; il envoyoit une odeur
merveilleuse , attiroit la veuë de
tout lemondeparsa beauté, &jamais
on n'a envisagé la Mort avec.
un si grand plaisir. Au devant de
cette Croix , vont les Battuti qui
Seflagellent par reprises , & marGALANT.
85
chent à reculons , ayant toûjours la
veuë attachée sur le Christ ( car
vous remarquerez , qu'au lieu qu'à
Paris quand on porte la Croix le
Christ regarde le Clergé, en Italie
on la tourne tout au contraire ) ib
y en a toûjours un , deux , ou trois à
chaque Proceßion.Ilsfont vétus d'un
Habit de Penitent , noir & lugubre,
& ont la plupart les jambes nuës
ainsi que les pieds ; mais pour le vifage,
ils l'ont tous couvert . Ils se
découvrent le dos depuis le deſſus
des épaules jusqu'à la ceinture,&م
tiennent avec les deux mains un
grospaquet de longues cordes noñées
par les bouts en forme de difcipline.
dont ils se frapent le dos de toute
leur forcepar deffus l'épaule droite,
& la gauche alternativement , &
vont ainsi cinquante ou foixante pas
fans cesser,puis se reposent quelque
semps pourreprendre baloine, & re
86 MERCURE
commencent ensuite de la mesme
forte. Il y a des Gens à coſté d'eux
avec des pots de vinaigre , dans lef
quels ils trempent leurs Disciplines,
& le bruit des coups qu'ilsse don
nent , se fait entendre de la moi .
tié de la Place. Ils ontle dos tout
rouge & écorché , & leurs Habits
&jambes paroiſſent une boucherie
par la quantité de fangqui réjallit
& ruiſſelle de tous coſtez. Aprés la
Croix , ſuivent les Reliques quifont
portéessur des Brancards tous couvert
de Fleurs & de Cierges. Ily en
a quatre ou cing à chaque Procesfion;
& derriere chacune , on porte
un Baldaquin , que l'on nomme Ciel
ou Dais en France , dont les Baſtons
font d'argent. Aux deux coſtez des.
Reliques , vont encore diverſes Per-
Sonnes , dont les uns ont des Flambeaux
, & les autres de grands
Chandeliers d'argent de fix pieds
GALANT. 87
de haut , avec des Flambeaux à
quatre manches au lieu de Cierges.
Ces Chandeliers n'ont point de pieds
ilsfont portez au bout d'un longba
ston , & atteignent jusqu'au premier
étage des Maiſons. Ensuite ,
va la Musique qui n'est que de Voix
fans Instrumens , &qui est composée
de Prestres & de Séculiers , ces derniers
ayant des Surplis , & leurs
Rabats de Pointpar deſſfus. Le Clergéfuit
, puis le Gardien , le Sous-
Gardien , &tous les Confreres chacun
un Flambeau à lamain. Ilsfont
tous vétus proprement , avec de
grandes Robes de Serge blanche ou
noire Selon les Ecoles , & ont des
Ceintures, avec des Houpes & Campanes
pendantes jusqu'à terre , de
grands Capuchons pointus , & des
pieces d'étofe de couleur fur l'eſtomach
, qui font la distinction des
Confraternitez . La Proceffion entre
88 MERCURE
encet ordre dans l'Eglise de Saint
Marc , paſſe par une Porte , &fort
par une autre , aprés s'estre arrestée
quelque temps pour voir le Sang
miraculeux de Nostre Seigneur , que
le Primecier montre avec d'autres
Reliques duhaut d'une Tribune , cn
faisant tourner par trois fois autour
de cing Flambeaux allumez, une
petite Bouteille de verre qui le renferme
, en forte que tout le monde
le peut voir diſtinctement à l'oppoſite
de la lumiere. C'est dans ce moment
que les Battuti redoublent
leurs coups , &font retentir le bruit
parmy les acclamations de tout le
Peuple qui est en si grande foule ,
qu'il arrive quelquefois que plu-
Sieurs Perſonnes font étoufées dans
la preffe. Aprés qu'une Proceffion est
fortie , une autre revient. Les huit
ont duré cette année fix heures de
temps à paſſer , depuis le Soleil cau
GALANT.
89
ché, c'est-à dire, environſept heures
de France , jusqu'à une heure aprés
minuit. Toute la Place de S. Marc
estoit remplie de monde. Avant que
de paffer outre , il faut vous dire
quel est ce sang miraculeux , qui
donne lieu à cette grande Cerémonies
Hiſtoire du Sang miraculeux
conſervé dans l'Egliſe de
Saint Marc.
En l'année 787.habitoit un Chrê
tien dans la Maison d'un Inif à
Bérito, Ville de Syrie. Ayant changéde
demeure , il laiſſaſansy penfer
une Image de Noftre- Seigneur
attachée contre le Mur . Un autre
Iuif venant loger en cette Maison,
ne fongea pas à l'oster , à caufe
qu'elle estoit dans un lieu obfcur , ce
qui fit qu'un deſes Confreres l'ayant
apperceuë , crút qu'il la gardoit en
* cachete , & qu'il profeffost fecrcre90
MERCURE

ment la Religion Chreftienne. Auſſitoſt
il le dénonça aux autres Inifs
qui vinrent chez luy , le chafferent
de leur Affemblée , & emporterent
cette Image dans leur Sinagogue, en
résolution de luy faire les mêmes opprobres
que leurs Ancestres avoient
fait au Sauveur du Monde mesme,
Ils la prirent donc, la fuftigerent,
la mirent ſur une Croix, cracherent
au visage du Chriſt qu'elle repré-
Sentoit , & luy percerent le costé
avec la pointe d'un Canivet. Dans
cemoment le Ciel ſe couvrit d'un
épais nüage , un grand bruit ſe fit
entendre dans les airs , le Tonnerre
gronda de toutes parts , la terre
trembla ſous leurs pieds , & une
Fontaine de fang& d'eau coula du
coftéde cette Image. Les Juifs fort
épouvantez , recueillirent ce fang
& cette eau , & voulurent éprouver
s'il avoit la puiſſance de faire des
GALANT. 91
miracles , comme ils l'avoient entendu
dire aux Chreftiens . Ils firent
venir des Boiteux , des Aveugles ,
des Hidropiques , des Paralitiques,
& autres Malades , qui auffi-toft
recouvrerent leur santé. Ils furent
touchez , &se convertirent ; &
dans la fuite on fit une Eglise de
leur Sinagogue. On y conferva certe
eau & ce sang, dont l'on remplit
quelques petites Phioles de verre
pour faire présent à divers Princes
Chrestiens. Au commencement du
troisième Siècle , la République de
Venises'eſtant liguée avec Bauddüin
Comte de Flandres , & divers autres
Princes , & ayant pris Constan
tinople , trouva une de ces petites
Phioles avec plusieurs autres Reliques
qu'elle a conservées jusqu'à
préſent.
91
MERCURE 、
Proceffions du Vendredy-
Saint.
Le Vendredy- Saint est bien plus
celebre que le Feudy , à cause du
grand nombre de Proceffions. Toutes
les Paroiſſes enfont , &vont dans
les principales rues de leur Quartier.
Il y a icy foixante &douze
Paroiffes , ce qui fait qu'il y a peu
de ruës où elles ne paſſent. Toutes
ces ruës font éclairées de deux
Flambeaux de Cire blanche à chaque
Fenestre ; & il n'y a point de
Gens fi pauvres qui n'en mettent du
moins un. Outre cela , pluſieursfont
encore de petites Illuminations de
Lampes de verre , blanches, jaunes,
rouges , vertes , bleuës , & d'autres
couleurs. Ces Illuminations repré.
Sentent des Chapelles , des Crucifix,
des Bouquets de fleurs , &c. Les
Proceffions commencent &finiſſent
à mesme heure que les Ecoles dela
GALANT.
93
veille ; & parce qu'il y en a pluſieurs
en même temps , la grande
quantité de Flambeaux qui y font,
joint à ceux des fenestres , fait que
le Ciel paroiſt tout en feu pendant
cinq heures. Ce qu'il y a de plus
beau , c'est la Place de S. Marc.
Elle est presque auſſi grande que
la Place Royale de Paris , environnée
de Palais , & de grandes Mai-
Sons de trois coſtez . L'on allume à
chaque fenestre , tant du premier
que du Second Etage , deux gros
Flambeaux de Cire blanche de
quinze àvingt livres chacun ; l'on
en met tout de même à l'Eglise de
S. Marc qui fait la quatrièmeface
, &l'on en met encor tout autour
de l'Horloge qui se voit d'un des
coins , pour obſerver la cimétrie.
L'on y voit außi clair qu'en pleia
jour , & la grandeur de ces Flambeaux
a quelque chose de maje94
MERCURE
Stueux. Huit ou dix Paroiſſes viennent
faire le tour de cette Place ,
aprés avoir efté dans leurs Quar.
tiers . Voicy l'ardre de leur Marche.
On voit d'abord plusieurs Artisans,
qui portent chacun un grand Flambeau
de Cire blanche que la Paroifse
leur fournit ; ily en a juſques à
trois cens aux plus grandes , & deux
cens ou cent cinquante aux plus petites.
Ily a aussi quelques Lanternes.
Aprés vient une grande Croix
de bois , couverte &garnie defleurs,
precedée de quelques Battuti quiſe
flagellent , & marchent à reculons
comme jevous ay dit , parmy lefquels
je vis une Femme quise diſciplinoit
comme les autres. Plusieurs
perſonnes ſuivent avec des Cierges,
puis la Croix d'argent de la Parois-
Se, la Musique , les Prestres , & le
Curé qui porte le S. Sacrement couwert
d'un Creſpe noir ( suivant un
GALANT.
95
ancien usage obſervéde tout temps .)
Quatre ou fix des principaux de La
Paroiſſe portent le Dais ; on voit tout
autourpluſieurs de ces grands Chandeliers
d'argent , avec des Flambeaux
portezsur des bâtons comme
ceux des Ecoles. En ſuite vale Prédicateur
du Caresme accompagné
d'un autre Religieux , & à la fin
les Paroißiens deux à deux , les Nobles
& Citadins d'un coſté , & les
Marchands & Artiſans de l'autre ,
ayant chacun un gros Flambeau à
la main. Iln'y apas moins de cinq
àfix cens Paroisiens qui accompа-
gnent les plus petites Paroiſſes , &
les grandes en ont juſques à huit
neuf cens , peu de Perſonnes negligeant
de s'y trouver ; & par là
vous pouvez vous figurer quelle
abondance de cive.
e
১১
96 MERCURE
:
Cerémonie du jour de Paſques,
& Dimanche d'aprés Paſques.
Le jour de Pasques , le Doge , les
Ambaſſadeurs de l'Empereur & da
Roy de France , & les Sénateurs ,
allerent à la grand' Meſſe de Saint
Mare, qui fut chantée àfix Choeurs
de Musique. On avoit expofé fur
l'Autel les principales Pieces du
Trésor.Tous lesMagistrats avoient
pris leurs Habits d'Eté, qui est le
même que celuy d'Hiver , àl'exception
qu'il n'y a point de fourrure.
Le Chancelier Grand estoit vétu
tout de Velours rouge , Habit qu'il
L
ne met
que
dans les grandes Cerémonies
, &le Procurateur qui estoit
à costé de l'Autel , comme Gardien
du Tréſor, eſtoit vétu de Velours
rouge tout de même , avec la Stole
d'Etofe d'er , comme ayant esté Ambassadeur
pour la kepublique .
La Feste de S. Mars, un des Patrons
GALANT. 97
trons de Venise, s'est rencontréecette
année au Dimanche d'aprés Pafques,
appellé Quasimodo. Tous les
Paroisiens allerent en Proceſſion
dans leurs Quartiers. Les grandes
Ecoles vinrent außi rendre leurs devoirs
, ſuivant la Coûtume , au Do
ge , au College , & au Senat. Elles
vont en Proceßion à une heure avant
midy , avec leurs Reliques , leurs
grands Chandeliers , &quantitéde
Violons ; les Confreres font'vétus en
Robes & Cappes. Il y en afoixante
ou quatre- vingts à chaque Ecole ,
qui portent de grands Baſſins d'ar
gent de deux à trois pieds de diametre
, dans lesquels font quantité
de Fleurs & de Cierges peints &
dorez . Sur chacun de ces Cierges eft
écrit le nom de celuy à qui ils le
vont préſenter. Ily en a un pour le
Doge où eft le Cartouche de ſes Armes
,un pour l' Ambaſſadeur de l'Em
May 1683 . E
98 MERCURE
S. Marc ,
pereur , un pour l' Ambaſſadeur de
France , un pourle Primecier de
un pour le Chancelier
Grand , & les autres pour les prin- -
cipaux Magistrats , &pour les Officiers
du Doge. A la Proceſſion de
l'Ecole de S. Marc , on obſerve un
usage particulier en ce Licu. Un
Hommevétu de rouge, porte aubout
d'un bâton le Lion aîlé de S. Marc,
qui est de bois doré ; il va au mi-
Lieu de la Proceſſion , &durant tout
le chemin , il fait dancer ce Lion &
Saute außi luy- mesme auſon de plufieursTrompetes
qui l'accompagnent,
& tout le menu Peuple court aprés,
en criant continuellement , Viva
San Marco , Vive Saint Marc.
L'Eglise Cathédrale & Patriarchale
de Venise , est dédiéeà Saint
Pierre , & est à une des extrémitez
de la Ville. Les Prédicationsſefont
à II du matin , &finißent à midy,
GALANT. 99
mefme aux Dimanches , & aux jours
de Festes. Le Dais qui eſt ſur la
Chaire des Prédicateurs , eft extré
mement grand pour baiſſer la voix;
& dans les grandes Eglises , on
zend encore une grande Toile à la
meſme hauteur qui s'étend au def-
Sus de tous les Auditeurs , afin que
la voix deſcende toûjours , & que
l'on entende de loin. Ils méditent,
&parlent fort fur le Crucifix , &
commencent par un Ave Maria ;
puis ayant fait un petit exorde , ils
expliquent la premiere Partie de
teur Diſcours qui dure environ trois
quarts d'heure . Cette premiere Partie
finie , ils incitentàfaire la cha..
rité pour quelque Parement d'Eglife,
ou autres neceſſitez , ou pour quel
que Famille ruinée ; & entré dans
leur ſeconde Partie , qui ne dure
qu'un quart d'heure . Cette derniere
Partie n'est proprement qu'une Ina
E 2
100 MERCURE
ſtruction familiere & de converfation
. Ce font ordinairement des Re
ligieux qui prefchent , & pluſieurs
y excellent . Cet Avent dernier il y
eut un Jesuite qui réüſſit avec un
aplaudifſſement general. Ilestoit aussi
fuivy que le Pere Bourdalone l'est à
Paris.
Il y a dans cette Ville ſept Egli
Ses dédiées à des Saints de l'Ancien
Testament , ce qui est fort particulier.
Je croy qu'iln'y a aucune Ville
qui en ait en fi grande quantité. Ce
font S. Ferémie, S. Zacharie, S. Samuel
, S. Moife , S. Daniel, S. Job, &
S. Simeon Prophete. Voila , Madame,
ce qu'a aujourd'huy de particu
lier àvous écrire voſtre &c .
CHASSEBRAS DE CRAMAILLES.
AVeniſe ce 1. May 1683 .
Monfieur Rollin , & Monfieur
GALANT. ΙΟΙ
de Blanpignon Chefciers, Curez
de S. Mederic de Paris , touchez
des deſordres qui naiſſoient du
partage & de la diviſion de leur
Cure , ont conſenty , ſous le bon
plaiſir du S. Siege & de leurs Superieurs
, qu'elle ſoit reünie à
perpetuité en la perſonne dudernier
ſurvivant , ayant reconnu
que depuis plus de deux fiecles,
il y a toûjours eu des troubles &
des conteſtations entre les deux
Curez de cette Paroiffe , & pour
donner dés- à- preſent la paix à
cette Eglife , ils ont jugé à propos
qu'en attendant la réünion
actuelle de leur Curé , l'und'eux
s'abſtienne de ſes fonctions , ſans
préjudice neanmoins de ſon titre
&de ſa qualité , comme auſſi de
la meſme place aux Offices du
Chapitre & en toutes les aſſemblées
de la Paroiſſe , & des fruits
E
3
202 MERCURE
& revenus de la Cure , qu'ilsone
évaluez & liquidez entr'eux à
l'amiable , & que l'autre ait ſeul
l'adminiſtration des Sacremens
& toutes les fonctions de la Cure.
Le Chapitre de l'Egliſe de
Paris , Collateur de ces Benefices
, a conſenty à cette réünion
aux clauſes portées par le Concordat
qui fut fait & figné le 4-du
dernier mois en préſence de tous
les anciens Marguilliers & d'un
grand nombre de Perſonnes de
qualité . On est allé à Rome pour
avoir l'agrément du Pape , &
Monfieur Rollin ancien Curé
s'eſt déja retiré au lieu où il a des
Benefices conſidérables , ayant
cede toutes les fonctions Curiales
à Monfieur de Błampignon ,
Docteur en Theologie , Homme
fort celebre par ſes Prédications.
Ainſi aprés la mort d'un des deux
GALANT. 103
Curez , il n'y en aura plus qu'un
à perpetuité, ce qui est tres-grand
bien pour cette Eglife .
Le Samedy 8. de ce mois , le
Chapitre Provincial de la Province
de S. Loüis de l'Ordre des
Freres Preſcheurs , fut tenu icy
au Convent de Saint Honoré du
meſme Ordre , & le Pere Moufſet
qui en eſt Prieur , y fut éleu
Provincial avecapplaudiſſement,
ainſi que le Roy avoit témoigné
le ſouhaiter. C'eſt pour la troiſiéme
fois qu'il exerce cette Charge.
Son merite n'eſt pas ſeule
ment connu dans cette Provin
ce ,mais dans toute la France ,
où il a eſté Commiſſaire Apoſtolique
pour le reglement des
Convents de l'Ordre .
Je vous appris il y a un mois la
perteque la Ville de Metz avoit
faite en la perſonne de Mon
E 4
104
MERCURE
fieur de la Guillonniere, ſon Maître
Echevin. Comme il a fallu luy
choiſir un Succeſſeur , on en a
nommé trois ſelon la coûtume ;
&parmy ceux qu'on a propoſez
, la pluralité des voix l'a emporté
pour Meſſieurs de Givry
Lieutenant de Roy deMetz ,Jeoffroy
l'Afſeſſeur,& Poutet, Lieutenant
Particulier, & Subdelegué
de Monfieur l'Intendant. Sa Majeſté
s'eſtant declarée en faveur
de ce dernier , il fut receu le troifiéme
de ce mois avec les ceremo.
nies accoûtumées. C'eſt un parfaitement
honneſte Homme.
Ma derniere Lettre vous fit
part d'une Avanture , moitié en
Vers & moitié en Proſe , dont
vous m'avez témoigné avoir eſté
fort contente. En voicy une autre
qui eſt toute en Vers , & que
vous lirez avec plaifir , quand
GALAN T. I1ος
vous apprendrez que Monfieur
Diéreville en eſt l'Auteur. J'entens
Auteur des Vers , &non pas
de l'Avanture , car il proteſte,
comme témoin oculaire , qu'elle
eſt veritable dans toutes ſes circonſtances
. Elle a fait bruit parmy
les Perſonnes du plus haut
rang , & vos Amis de Province
feront d'un gouft difficile à contenter
, s'ils ne la trouvent agreablement
contée.
E
106 MERCURE
LE CHIEN
DANS UN PUITS.
Ous me
velles ,
demandez des Nou
Ecoutez, belle Iris , en voicy des plus
belles.
Certain Homme à petit Colet ,
Que je nomme l' Abbé folet ,
Diſant l'autre jourſon Breviaire
Ala lueur de la Lunefort claire,
Avec un autre Abbé, mais Abbéde
grandeur,
Il arriva que par matheur
Le Chien de mon Folet , encor jeune
&folaſtre ,
Voyant du haut d'un mot de plâtre
La Lune luire dans un Puits ,
S'y jetta croyant l'aller prendre >
GALANT.
107
- Mais il fut luy- même bien pris
Quand iln'y trouva pas ce qui l'y fit
defcendre ; defcendr
Ce qu'il y trouva fut de l'eau
Cent fois plus qu'il n'en pouvoit
boire ,
Mais ce n'estpas , Iris , ce qui finit
l'Histoire.
Vous allez entendre le beau.
Mon Abbé ſans façon s'ageance
dans le Seau ,
( Ce que l'on aura peine à croire )
Pour aller retirer ſon Chien ,
Sans vouloir examiner rien
Sur ce qu'en teméraire il ofe.
L'autre Abbéfortement s'oppose
Afon extravagant deſſein ,
Et refuse tout net de luy preſter la
main;
Mais malgré tout il s'abandonne,
Etfe laiſſant couler en bas ,
Voyons , dit- il , fi vous ne prendrez
pas
E6
)
108 MERCURE
Le ſoin de ſauver ma Perſonne.
Il eut pitiéde luy ; comme il dégrin
goloit ,
Ilfaiſit le cordeau dont il s'entortilloit
,
Pour leſoûtenir dans ſa cheute ,
Mais pourtant il fit la culbute
Bien plus viste qu'il ne vouloit.
Il falloit avoir la main forte
Pour retirer le Sceau, la Beste, &le
Galant.
Et quoy que nostre Abbéqui tiroit
foit fort grand ,
Il est foible de reins , enforte
Que d'en venir à bout en vain il
entreprend ,
Sous un fardeau fi lourd ilfuccombe
ilfe rend.
Tout ce qu'en ce trouble ilpeut
faire
Tandis qu'aufond du Puits l'autreſe
desespere ,
C'est de crier ,viſte ,au ſecours ,
GALANT. 109
Amoy, je n'en puis plus, ô Ciel ,
quelle miſere !
Il avoit beau crier on n'en entendoit
rien ,
Sa voix estoit effeminée.
L'Abbédu Puits cependant , & fon
Chien ,
Alloientfouffrir tous deux la meſme
destinée ,
Lors qu'un Laquais , nommé ricard
,
Au bruit du grand Abbé s'éveilla
parhazard
Et connut la voix defon Maiſtre..
Il accourt &l'Abbé,dés qu'ille voit
paroiſtre ,
Ah Picard , luy dit-il , à moy
Viens viſte, je me meurs d'effroy.
Helasiau fond du Puits Monfieur
l'Abbé ſe noye ,
Pour l'en faire ſortir le Ciel icy
t'envoye ,
Prens cette corde, & tire fort ,
110 MERCURE
Pour peu que l'on tarde , il eſt
mort.
Picard tire comme un beau diable
Pour retirer ce Misérable ,
Et le pauvre Garçon s'en acquitoitfi
bien ,
Qu'ill'alloit retirer bienvîte
Quand l'Abbédu Puits , luy dit,
Quitte ,
Je ne ramene pas mon Chien,
Etde ce Puits en vainj'aurois fait
ladeſcente.
Auffitoft Picard le contente ,
Le laiſſant retomber au fond ,
Ayant l'eau rafibus du front.
Il repeſcha pourtant Sa Beste ,
Et fe la chargeant ſur la teste ,
Il reprit d'une main le Seau ,
Et Picard à l'instant fit un effort
nouveau.
Pour les tirer tous deux;ſaforce pa
rut vaine ,
Le Malheureux manquad'haleint
GALANT. III
!
Comme ils estoient àdeux piques de
l'eau.
Son Maiſtre eut beau crier,Courage
,
Il ne pouvoit en faire davantage..
Et contraint malgré luy de lâcher le
cordeau
Il les laiſſa faire naufrage.
Le Maistre &le Valet dans un chagrin
mortel
Faifoient tous deux des voeux au
au Ciel ,
Pour ſe le rendre favorable ,
Mais il eſtoit inexorable ,
Et craignant que l'Abbé ne mourut
en ce lieu ,
L'autre dit à Picard , Entretiens
le de Dieu .
Picard obeiffant , crie à rompre la
teste ,
Monfieur, à Paſques la grand
Feſte ,
Fiftes-vous vos Devotions ?
FF2 MERCURE
Ah tire moy,Maraut,& puis nous
parlerons ,
Répond le Maistre en perdant
patience.
Dans cet étatsa confcience
Leur tenoit tres-fort à l'esprit ,
Et tous deux s'efforçant àfaireplus
debruit
Afin d'avoir de l'affiſtance ,
Quoy qu'ilfust bien prés de minuit,
Heure à dormir dans un profond filence
,
Tout le monde en ſurſaut à leur cris
s'éveilla ,
Et chacun alla voir ce que l'on fai
Soit- là.
On trouva Picard en posture
Qui tenoit ferme le cordeau
Pourfeulement les foûtenirſur l'eau ,
Et l'on voyoit à ſafigure
Qu'il n'y pouvoit plus réſiſter.
On le voulut obliger de s'ofter ,
ود
GALANT .
113
Trois s'ofrant à tenir ſa place ,
Mais il leur dit , Sauf voſtre
grace ,
Je ſens encor que j'ay du coeur,
J'en ay ſeul eu le mal, j'auray part
à l'honneur ,
Aidez - moy ſeulement , courage
,
Nous les tirerons du naufrage,
Ou j'iray mourir avec eux .
Les voila qui tirent des mieux ,
Et l'on entend l'Abbé qui crie , Et
viſte , & vifte ,
Si vous ne tirez toft le courage
me quitte ,
Je ſuis mort , fi je tombe encore
cette fois.
Mais ilſe vit auffi- toft pris par
trois.
Qui le croyoient mourant tant ilpa
roiſſoit bleſme ,
Avec ſon Chien qu'il tenoit embraffé.
114
MERCURE
La crainte & l'eau l'avoient glacé,
C'est ce qui luy causoit cette paſleur
extréme ,
On le porta prés d'un grand feu
Oùſeſentant réchaufé quelquepeu
On baſſina ſon Lit avec de bonne
'braise ,
Et chacun l'y laiſſa dormir tout à
Son aise.
Pour me faire écouter je ne pouvois
choifir
Une plus curieuse , & plus rare
Avanture.
Quand vous voudrez , Iris , vous
donner le loiſir
D'entendre le recit des peines que
j'endure ,
Vous meferez plus de plaisir.
Le Party de ceux de la Religion
Prétenduë Reformée continue
GALANT.
115
+
|:
toûjours à s'affoiblir , & quantité
de Perſonnes confiderables ouvrentles
yeux à la verité. Monfieur
le Marquis de Preaux ab.
jura il y a environ trois ſemaines
entre les mains de Monfieur l'Archeveſque
de Paris ; & le 2. de
ce mois Madame de Cleremaillie,
Femme de Monfieur Valloiger
ger , fit laméme choſe entre celles
du Pere Alexis du Buc Theatin
, à l'iſſuë de la Controverſe
qu'il fait tous les Dimanches
avec beaucoup de fuccez . Elle
eft d'une des plus illuftres& des
plus anciennes Familles de Geneve.
Le Dimanche 16. de ce mois,
ce meſme Pere reçeut l'abjuration
de Meſſire lean de Leſcure ,
Gentilhomme des plus anciennes
Familles du Perigord ,& de Ma
dame fa Femme , en préſence
116 MERCURE
de pluſieurs Perſonnes de qualité..
Deux autres converfions ont
fort chagriné les Prétendus Reformez
. Ce ſont celles de Mefdemoiselles
Anne & Roſe de Ramais
, filles de Monfieur de Ramais
, Miniſtre à Argenton en
Berry , qui s'eſtant fait inſtruire
dans noſtre Religion, abjurerent
celle de Calvin le s . de l'autre
mois , entre les mains de Monfieur
Courauldin , Curé d'Argenton
& Prieur de Vigou au
Dioceſe de Bourges. Un fort
grand nombre de Religieux
d'Eccleſiaſtiques , & d'autres
Perſonnes conſiderables , ſe trouverent
à cette ceremonie.
Les ſoins du Roy pour l'avancement
de la Religion Catholique
ne s'arreſtent pas ſeulement
à vouloir ramener les HeGALANT.
117
!
rétiques de ſon Royaume aux
veritables ſentimens de l'Eglife ;
il les fait paffer juſque dans l'Afie,
où de temps en temps il envoye
des Miſſionnaires , choiſis
dans une Communauté , où ils
vivent à Paris ſous la direction
d'un Superieur. Ces Miſſionnaires
qui n'ont point encore d'E
gliſe , ayant pris le deſſein de
faire bâtir une Chappelle , ſouhaiterent
en même temps que la
premiere Pierreen fuſt poſée par
Monſeigneur le Duc de Bourgogne,
parce qu'ils n'oſoient porter
leurs penſées juſques au Roy ;
mais Sa Majesté en ayant eu connoiffance
, & leur voulant donner
des marques entieres de ſa
bonté & de ſa pieté , ordonna à
Monfieur l'Archeveſque de Paris
d'aller poſer cette premiere Pierre
en ſon nom. La ceremonie
118 MERCURE
s'en fit furla fin d' Avril ; & comme
l'on avoit fait frapper des
Médailles , on en mit une dans les
fondemens avec les ceremonies
ordinaires. Le 30. du méme mois,
Monfieur l'Archeveſque en alla
rendre compte au Roy , accom
pagné du Superieur de cette
Maiſon, qui preſenta à Sa Majeſté
une Médaille ſemblable à celle
que l'on a miſe dans les fondemens.
Il en porta de pareilles à
la Reyne,à Monſeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine ,
àMonſeigneur le Duc de Bourgogne,
à Monfieur & à Madame.
On endoit auffi envoyer en Afie,
pour faire voir aux Princes &
aux nouveaux Chrétiens de cettepartie
du Monde , avec combien
de zele & d'affection on
s'employe icy là entretenir des
Perſonnes de vertu & de pieté
GALANT.
119
-
plufieu
pour leur envoyer des Inſtrutions
de temps en temps. Commej'ay
déja fait graver pluſieurs
fois le Portrait du Roy , & que la
face de cette Médaille le repreſente,
je me contente de vous envoyer
ce qui eſt gravé dans le
revers . Voicy dans quel ordre
les paroles qu'il contient ſont difpoſées
.
D. O. M.
LUDOVICS. MAGN.
• VICTOR. PACIF . P. P.
PERFRANCISCUM DE HARLAY
PARIS . ARCH .
DUC. PAREMQ. FR.
PRIMUM LAPIDEM POSUIT
IN SEMIN . MISSIONUM.
AD EXTEROS ,
AN. SAL. M. DC. LXXXIII .
IN. XI. S. PONT.
A ce que je voy , Madame ,
120 MERCURE
vous ne liſez point la Gazete de
Hollande , puis que vous me demandez
l'éclairciſſement d'une
Hiſtoire de Nerac, qui eſt cauſe
que quelques Prétendus Reformez
ont pris occafion de parler
au des avantage des Capucins.
Je ne puis vous le donner plus
entier qu'en vous rapportant les
termes dont l'Autheur de cette
Gazete s'eſt ſervy dans ſes Nouvelles
du 8. d'Avril dernier. Voicy
leconte qu'il fait dans l'article
de Paris .
Les changemens de Religionfont
ſi fréquents qu'on n'en parle prefque
plus , mais il s'en est fait un il y
a quelque temps , qui merite d'étresceu
pour la raretédu fait. Le
Pere Gardien des Capucins de Nerac
en Guyenne , peu d'heures avant
Samort , appella les Magistrats du
lieu,&tous les Moines defon Convent.
GALAN Γ. 121
r
vent, &les ayantfait prier d'entrer
dans Sa Chambre avec cinq ou fix
Habitans de la Ville faisant profeffion
de la Religion protestante , il
leur declare qu'il mouroit dans la
croyance des derniers , & avoit un
fenfible déplaisir de n'avoir pas plûtoft
fait cette declaration , parce
qu'il y avoit longtemps qu'il en
avoit eu le deffein. Il expira quel- .
que momens apres, &fon corps auroit
esté mal- traité de ces Moines ,
ſi l'Evesque du Diocese n'eût crû
que pour cacher cela , il falloit le
faire enterrer avec honneur.
-le nel fçay , Madame , fi les
Prétendus Reformez de vôtre
Province ont crû pouvoir tirer
avantage d'une calomnie ſi apparente,
mais tous ceux que
j'ay veus icy de ce party l'ont regardée
comme une plaiſanterie
de mauvais goût. Il eſt inoüy ,
May 1683 .
F
122 MERCURE
non ſeulement qu'un Religieux,
mais qu'aucun Catholique ait
embraffé la Religion de Calvin
dans le moment de ſa mort. Si
quelqu'un l'a fait pendant ſa vie,
ç'a eſté par un pur eſprit de libertinage
, & il n'a guere paru
d'Apoſtats , qui aprés avoir fatisfait
leurs paffions en ſe mariant ,
ne foient venus faire penitence ,
& s'expoſer à toutes les peines
qu'on a de coûtume d'impoſer
pour reparer de pareils ſcandales.
Ainfi il eſt aisé de connoître
que leGazetier de Hollande,
qui eſt Proteſtant , s'eſt laiſſe ſurprendre
par les Calomniateurs
de ſon party , qui luy ont fait
croire une impoſture qui n'a au
cun fondentent. S'il avoit voulu
inventer un Conte de cette nature
, il y auroit cherché de la
wray - ſemblance , & parmy ce
GALANT. 123
grand nombre de Convents que
les Capucins ont dans le Royaume
, il en auroit choiſy un, dont
le Gardien ſeroit mort effectivement
depuis peu de tems. Quelques
témoignages qu'on euſt pû
produire pour faire connoiſtre la
fauſſeré de l'Histoire , il ſe fuſt
ſervy de la raiſon qu'il a alleguée
, que pour étoufer la choſe
, on auroit fait enterrer ce
Pere avec honneur ; mais on luy
a fait prendre Nérac , pour y
placer la Scene de cette ridicule
Comédie , ſans conſidérer que le
Pere Gardien des Capucins de
cette Ville-là , eſt encore aujourd'huy
plein de vie & de ſanté ,
& que depuis prés de quatre
années conſecutives qu'il eſt
Gardien , il n'a pas eu la moindre
indiſpoſition. Il s'appelle le Pere
Ignace de Bordeaux , & eſt Fils
F 2
124 MERCURE
&Frere de Meſſieurs de Tortati ,
Conſeillers au Parlement de Guyenne.
La ſainteté de ſa vie , ſon
zele pour noſtre Religion , &
l'attachement ſingulier qu'il a
pour ſon Ordre , le font paroître
en toutes les actions dans un état
parfait & confommé. Ce qui a
porté quelques Calviniſtes à inventer
cette Fable , vient ſansdoute
du reſſentiment qu'ils ont
contre ce Pere , caufé par le zele
qui luy a fait acheter les débris
de leurs ruines , & convertir en
la fabrique de ſon Convent les
matériaux de leur Temple , démoly
depuis peu par ordre du
Roy. Ce meſme Pere ayant trouvé
parmy ces démolitions une
aſſez belle Statuë de la Vierge ,
qui y avoit eſté enterrée il y a un
ſiecle par les Fondateurs du Calviniſme
, il a tant fait par ſes
GALANT.
125
ſoins , qu'avec le fecours de Madame
ſa Mere , & de Meſſieurs
ſes Parens , qui ont ſecondéſes
pieuſes intentions , il luy a fait
conſtruire une Eglife , qui eſt
aujourd'huy la devotion de tout
le Païs . L'Ordre des Peres Capucins
eſt ſi genéralement eftimé
en France , que perſonne n'a
ajoûté foy à une ſi groffiere calomnie.
Quoy qu'elle ſe détruiſe
par elle - meſme , Meſſieurs les
Magiſtrats de Nérac n'ont pas
laiſſe d'envoyer leur Atteſtation
- à Monfieur le Chancelier , fur
la fauſſeté de cette Hiſtoire .
Elle eſt ſignée par Meſſieurs du
Queſne , Lieutenant General
Criminel d'Albret ; le Fite , ancien
Conſeiller ; de Goudour ,
Conſeiller Garde- Sceaux; Dauguin
, Conſeiller , & autres . J'en
ay une Copie entre mes mains ,
F
3
126 MERCURE
collationnée ſur l'Original ..
,
En vous envoyant il y a un
mois le Prologue de l'Amour
Berger , Opéra en Paftorale
qu'une Troupe d'illuſtres& jeunes
Acteurs a repreſenté ce Carnaval
à l'Hôtel de Duras , je
vous en promis quelques Airs
notez. Ainſi il eſt juſte que je
vous tienne parole. En voicy un
dans lequel vous reconnoiſtrez
ſans peine le génie de Monfieur
de la Lande , fi eſtimé de tous
ceux qui ont quelque goût pour
la Muſique. Les Paroles de cet
Air eſtoient chantées par une
Bergere,
B
,
AIR.

:
Ergers qui murmurez de c
rigueurs extrémes
ces
Que nous avons souvent pour
vous,
GALAN T... 137)
Nevous plaignezjamais de nous ,
Mais plaignez- nous plûtôt nousmesmes
... "
Nos plus tendres ſentimens
Trouvent toûjours contr'eux des rai-
Sons trop puiſſantes ;
Nous neferions que trop contentes
,
Si nous pouvions toûjours contenter
nos Amans.
Cet Opéra eſtoit diviſé en trois
Actes , diverſifiez par les jalouſies
,& par les changemens dont
l'amour eſtoit la cauſe. Dans les
deux premieres Scenes, Daphnis
& Philiſte s'eſtant plaints de ce
qu'Aminte leur préferoit le Berger
Lifandre , & cette Bergere
leur conſeillant d'aller ſe ſignaler
dans les leux, où tous les Bergers
du voisinage devoient montrer
leur adreſſe ce jour- là ; Daphnis
F4
128 MERCURE
voyant qu'elle s'arreſtoit afin
d'attendre Liſandre , expliquoit
ſa peine par ces Vers.
- Alle,z Bergers , dans ce Bocage ,
Vous qui vivez content dans l'Empire
amoureux .
Les Ris , les Ieux , le badinage ,
Sont faits pour les Amans heu
reux.
Ie vois dancer Lifandre , il court à
maBergere ,
Elle levoit , elle l'attend.
Quand on voit un Rivalcontent,
Tous les plaiſirs ne touchent quére.
Daphnis s'approchoit d'A
minte , & s'addreſſant à elle , il
pourſuivoit.
Majalouſe fureur s'emporte àdes
L excez
-GALANT. 129
Dont vous devez craindre laſuite ;
Ou craignez de nos jeux unfuneste
fuccés. A
Ie ne ſuis plus à moy dans l'horreur
Iem
qui me preffe ,
m'abandonne tout à mon transport
jaloux , ভাЯস
Ie veuxfur mon Rival gagner vôtre
tendreſſe ,
2 .
Ou l'immoler à mon couroux.
A
Cette menace étonnant Aminte,
elle s'en alloit avecDaphnis,
ſans qu'elle oſaſt regarder Lifandre
; ce qui faiſoit dire à ce
Berger ,
Elle me voit, elle me quitte ,
Ie la cherche , elle me fuit ;
On n'aime pas ce qu'on évite ,
On ne hait pas ce qu'on fuit ..
Un objet fincere & tendre
Peut se laſſer d'attendre
Un Amantalan
F
130
MERCURE
Qui n'a point d'empreſſement ;
Mais une Bergere fidelle
Ne cherche point à se cacher ,
Lors qu'elle voit aupres d'elle
Un Berger qui luyfut cher.
Retournonsdans nos Prairies ,
Revoyons nos Moutons errans.
Ne penſons qu'à nos Bergeries ,
N'ayons plus que lesfoins des coeurs
indiférens .
Que jeferaySolitaire !
Ie ne verray que mon Troupeau ..
Eloigné de ma Bergere ,
Quepourrois- ie voir de beau ?
Suſpendez un moment voſtre ande
fugitive ,
Ruiffcau,foyez témoin de mon cruel
tourment, md not a H
L'Echo vous dépeindra la douleur
laplus vive.
Ecoutez ſa voix plaintive ,
GALANT.
131
Coulez plus lentement.
Ruiſſeau,Soyeztémoin de mon crucl
tourment..
Rochers, Arbres, Oiseaux, apprenez
que Lifandre
Eft des Bergers le plus tendre ,
Mais il est malheureux
Autant qu'il est amoureux .
L'Echo répetoit ces quatre
derniers Vers, & Celadon ſurve-
- nant , faiſoit entendre ceux-cy.
Errez à voſtre gré dans ce fombre
Bocage ,
A
Moutons , perdez-vous dans ces
Bois,
Conduisez vous à vostre choix.
Dans les tristes ſoûpirs où ma douleur
m'engage ,
Vous ne connoiffez plus ma voix,
Mon Chien méme , ce Chien fidelle
F6
132
MERCURE
Me fuit quand ie l'appelle ;
Tout devient rigoureux
Aux Amans malheureux.
Liſandre repétoit ces deux
derniers Vers avec Celadon , qui
enfuite luy diſoit ,
Ah, genereux Berger, Berger fidelle
tendre ,
Ie fuccombe à mon malheur.
Helas ! mon cherLifandre ,
Iris est infidelle, elle m'oſteſon coeur;
Ie laſuivois , & mon impatience
Mefaisoit doubler le pas.
Ie l'approche , ie m'avance ,
Elle me voit, elle ne m' attendpas..
Tircis estoit avec elle ,
Il est tendre, elle est trop belle.
Ah,fans doute il en est charmé ,
Et ie crains qu'il n'en foit aimé.
LaBergere
MoinsSevere
GALANT.
133
Ecoutoitſes propos , & ne répondoit
rien.
Le voyois mon Rival, & ne pouvois
l'entendre ;
Maisfon air&fon maintien
Ne me diſoient que trop bien
Qu'àson amour l'Ingrate ofoitse
rendre.
Quel desespoir peut égaler le
mien!
De fon heureux Tircis elle flate le
Chien ,
Elle touche ſa Houlete ,
.... Elle toucheSa Muſete ,
Et par mille détours
Elle fait ce que font les naiſſantes
amours.
Janot entroit, chantant&dançant
, ſe mocquoit par ces Vers
de ces deux Amans jaloux.
Eh, comme vous faites tous deux !
134
MERCURE
I'admire voštre triste mine.
Croyez- vous vous rendreheureux
Avec voſtre humeur chagrine ?
Mafoy, pour de vieux Routiers
Vous ne vous y connoiſſez guére.
Quoy, lors que vos ſoûpirs, écoutez
2
volontiers ,
On fçeu toucher une Bergere ,
Vous croyeztoûjours luy plaire?
Mafoy , fourde vieux Routiers
Vous ne vousy connoissez guére.
Lors qu'un Objet ſçait m'engager
,
Lors que iefers quelque Belle ,
Si ce que ie sens pour elle
Ne peut bientoft l'obliger
Ase montrer moins cruelle ,
Je porte ailleurs mes soins,&iefçay
bien changer.
Liſandre ayant répondu,
Change- t'on de méme
L'objet d'un amourextréme??
GALANT. 135
i
Janot repliquoit d'un air enjoüé.
Si la belle Cloris ; :
Dont mon coeur est épris ,
Reprenoit Philiste ,
L
Et m'oftoit de la Liste
Des Amans chéris ,
Iedirois àCloris ,
Nargue de vos mépris.
Cloris eſtant entré , Céladon
& Philiſte ſe retiroient , & Janot
demeuré ſeul avec elle , chantoit
ces Vers .
Que dans ce bean Sejour
La vie est diférente
De celle de la Cour !
Pourpeu qu'un Berger reffente
Les doux tranſports de l'amour ,
La Beauté la plus charmante
Répond du moins àson tour ,
On ne voit qu'elle tout le jour.
136 MERCURE
Que dans cebeauSeiour
La vie est diferente
Decellede la Cour !
Cloris ayant répondu ,
4
Que nostre vie est agrable !
On aime icy fans embarras ;
On nenous defend pas
De trouver adorable
Un Berger que l'Amourſoûmet ànos
appas.
Que nostre vie est agreable !
On ne nous défend pas
D'aimer ce qu'on trouve aimable.
:
Janot & Cloris chantoient.
enſemble.
Banniſſons les foûpirs ,
Ecartons les alarmes.
Les Fleurs & les Zéphirs
Apprennent aux defirs
1
GALANT.
137
Aquoyfervent les charmes .
Les Fleurs &les Zéphirs
Apprennent aux deſirs
L'usage des plaiſirs .
Une entrée de Plaiſirs faiſoit
l'Intermede de ce premier Acte.
Aprés qu'ils avoient dancé , un
Plaiſir chantoit ces Vers.
Chacunde nous a ſon partage ,
Et nos foins diférens
S'accommodent à l'usage
Des petits & des grands...
Il eſt des plaisirs de tous âge,
Il en est en tous lieux, il en est en
- tout temps .
1
S'il en est à la Cour , il en est au Village
Mais les plaiſirs les plus charmans
Sont les plaiſirs des vrais Amans.
Monfieur le Marquis de Gri138
MERCURE
gnan dançoit icy une Entrée
ſeul , & enfuiteun Plaiſir badin
chantoit ces Vers .
4
Les plus charmansplaisirs
Dégoustent ſouvent davantage ;
Les plus charmans plaiſirs
Veulent unpeu de badinage ,
Pour combler les defirs.
Janot dançoit ſeul une Entrée
burteſque , qui eſtoit ſuivie de la
grande Entrée de pluſieurs Plaifirs
diférens .
Dans le ſecond Acte , Aminte
fuivie par tout de Daphnis, rencontroit
Liſandre qui luy apprenoit
que ſes Parens conſentoient
qu'elle ſe donnaſt à luy. Cette
Bergere , à qui Daphnis reïteroit
tout bas les menaces de perdre
Liſandrel , ſi elle luy faifoit connoiſtre
qu'elle l'aimaſt , ſe tour
GALANT.
139
noit du côté de Daphnis ſans ofer
répondre à ſon Amant ; ce qui
faiſoit dire à Lifandre apres quelques
plaintes.
Elle me fuit , mes foins fontSuperflus.
Ah, qu'il est cruel quand on aime ,
Et qu'on estoit aimé de mesme ,
Qu'il est cruel de voir qu'on ne
l'est plus !
Aminte contrainte par la préſence
de Daphnis , quitoit Liſandre,
apres luy avoir dit ces paroles
ambiguës.
Berger , l'amour est un martire
Qui ne laiſſe iamais un repos aſſuré.
On languit, bien ſouvent, on gémit ,
on Soûpire ,
Lors qu'on auroit ſujet de rire ,
Et le coeur est desesperé
140
MERCURE
D'une douleur qui le déchire ,
Quoy qu'il ait ce qu'il defire.
C'est tout ce que je puis dire.
Aminte & Daphnis s'eſtant
retirez , Liſandre deſeſperé des
fauſſes rigueurs de ſa Maîtrefſe
, diſoit à Philiſte qui ſurvenoit
.
Berger , vous le ſçavez , elle estoit
Satisfaite
Des transports qu'elle m'inspiroit.
Ie gouftois aupres d'elle une douceur
parfaite ,
Ie comptois ſur un bien dont elle
m'aſſuroit ,
Mais par un revers étrangè
Ellen'aime que Daphnis.
Berger , n'estes vouspasSurpris
Devoir qu'Aminte change ?
Elle n'aime que Daphnis ?
:
GALANT.
141
Trop credules Bergers, qui ne pen-
Sez qu'à plaire ,
Que vous fert de toucher le coeur
d'une Bergere ?
Que vous fert de l'enflamer !
Elle ferabien- toft legere;
Vous avez beau vous faire aimer,
Vous ne gousterez guére
Le bonheur de la charmer.
Philiſte s'eſtant conſolé de
l'inconſtance d'Aminte , par le
deſſein de préferer Bacchus à
l'Amour , voyoit Cloris qu'il
avoit autrefois aimée ,& qui s'avançoit
en chantant ces Vers :
Que mon Berger difére
Arevenirſur ce Côteau !
Ilse fait une affaire
De ranger Ses Moutons le long de
ce Ruiffeau.
Helas ! onn'aime guère.
142
MERCURE
:
Quand on préfere
Le Soin de fonTroupeau
Aceluy deplaire
ASa Bergere.
Philiſte ayant feint d'aimer de
nouveau Cloris , & Cloris doutant
qu'il fuſt capable de reprendre
ſes premieres chaînes , ils
voyoient entrer Tircis ; & fur ce
que Philiſte propoſoit à Cloris de
le choiſir pour Arbitre de leurdiférent
, Cloris répondoit parlant
de Tircis.
Il est bonneste, il est aimable ,
Mais il craint trop de s'enflâmer.
Quandon ne sçait pas aimer ,
On ne peut en amour estre un Iuge
équitable,
L'Amour qui s'eſtoit déguiſé
en Berger ſous le nomde Tircis,
1
GALANT.
143
prenoit le deſſein de toucher
Cloris en faveur de Céladon qui
avoit eſté abandonné d'Iris , &
changeoit ſon coeur , en luy difant,
2
A
Changez, jeune Bergere ,
Goustez le changement.
S'il eſt doux de plaire ,
C'est un enchantement
De sçavoir faire
Vn nouvel Amant.
Vous eſtes jeune & belle ,
C'est un amusement
De vouloir estre fidelle.
Rien n'estsi charmant
Que le commencement
D'une amour nouvelle.
1
Cloris ſentant tout- à-coup fon
coeur charmé , ſe déclaroit pour
Celadon qu'on voyoit paroître ;
ce qui obligeoit Philiſte de s'affer144
MERCURE
mirdans la reſolutionde ne donner
plus ſes ſoins qu'à Bacchus.
Céladon l'ayant afſſurée de ſon
amour ſi elle ne changeoit pas
comme Iris, Cloris luy diſoit ,
Ie ne puis plus le cacher ,
Ie vous aime ,
Mais c'est malgré moy- même.
Ne venez plus me reprocher
Queje pourray changer de même.
Ie quitte pour vous un Amant
Que je trouvois charmant.
On doit estre bienſeûr de plaire ,
Quand on a lepouvoir de faire
Vn pareil changement.
Cloris s'éloignoit à l'arrivée de
Janot qu'elle abandonnoit pour
Celadon ; & Celadon que Janot
avoit raillé dans le premier Acte
fur ſa jalouſie , le railloit à ſon
tour, en luy apprenant qu'il eſtoit
aimé
GALAN T.
145
aimé de Cloris . L'Intermede de
cet Acte eſtoit une Entrée de Pаї-
ſans , conduits par l'Amour déguiſé
en Païſan. L'Amour chantoit
ce Couplet.
Prenons comme eux un airruftique,
Habillons-nousſimplement ;
Chantons fans regle &fans musique,
Dançons tous naturellement ,
Prenons comme eux un air ruſtique;
L'amour leplusmagnifique
N'est pas toûjours leplus charmant.
L'Intermede finiſſoit par une
Dance de Païſanes conduites par
Janot.
Au commencement du troiſiéme
Acte , Aminte s'eſtant dérobée
de Daphnis , cherchoit Liſandre
pour luy découvrir la cau.
ſe des rigueurs qu'elle avoit eſté
May 1683 . G
146 MERCURE
forcée d'affecter & le trouvant
aſſis au piedd'un Arbre , elle luy
diſoit,
Liſandre , voſtre incertitude
Mefait soufrir un mal pire que le
trépas.
Ie veux bien vous guérir de vostre
inquiétude ,
Je veux bien l'avoüer..... Voyez mon
embarras ,
Ie rougis , & je ſoûpire ,
Ne devinez-vous rien ? Helas !
S'il en couſte de le dire ,
Qu'il est dur de le dire à qui ne le
croit pas!
Liſandre ayant appris le defſein
qu'avoit Daphnis de l'immoler
à ſa jalouſie , voyoit avancer
ce Rival les armes à la main,
& il ſe faiſoit un combat de Bergers
, dans lequel l'Amour ren
GALANT.
147
doit Liſandre vainqueur. Daphnis
deſarmé fuyoit de honte ;
&Liſandre priant Aminte d'eſtre
favorable à ſes eſpérances , aprés
ce que luy avoient promis ſes
Parens elle répondoit ,
Un respect constant &fincere
M'attache aux ordres d'un Pere.
Ie luysçauray bien obeïr ;
Mais je ne pourrois lefaire ,
S'ilm'ordonnoit de vous hair.
Liſandre charmé de cette réponſe,
s'écrioit ,
Ne vous rebutez pas dansvos tendres
defirs ,
Amans , vos frayeurs font vaines,
Cen'est qu'avec des peines
Qu'on achete lesplaiſirs.
Philiſte fatisfait de ſon côté,
faiſoit entendre ces Vers .
GG 2
148 MERCURE
Paſſer ſes plus beaux jours à gemir,
àſeplaindre ,
N'appliquerfon eſprit qu'àse faire
un tourment ,
Avoir mille defirs , & toûjours se
contraindre ,
C'eſt le triſte ſort d'un Amant.
Vivre du jour à la journée ,
Ne point s'évaporer en deſirs ſuperflus
,
Dans les bras du repos bâtirſa deftinée
,
C'eſt le partage heureux des Enfans
de Bacchus.
Aminte expliquoit ſa joye par
ceux - cy .
Si vous trouvez des coeurs rebelles,
Bergers , quifoûpirez d'amour ,
Aprenez que les Belles
Les plus cruelles
Récompensent un jour
GALAN T.
149
Les coeurs fidelles .
L'Amour finiſſoit la Piece , en
reglant de cette ſorte la deftinée
des autres Amans .
Daphnis, neSoyez plus jaloux ,
Laiſſez Aminte àſon Lifandre .
I'ay Sçen toucher pour vous
Vne Beautéplus tendre .
Le plusfeûr de mes coups
Vous donneſujet de prétendre
Au bonheur le plus doux .
Reprencz voſtre tendreffe ,
Cloris , voſtre Berger vous aime con
Stamment.
Qu'une Maîtresse
Obeït promptement ,
Quand l' Amour la preſſse
De reprendre an Amant
i
Qu'elle trouve encor charmant!
G3
150
MERCURE
Céladon , mon injustice
De vostre belle Iris vous déroboit le
coeur.
Si vous avezfenty la cruelle rigueur
De mon caprice ,
Vous en gousterez mieux la charmante
douceur.
L'Intermede de cet Acte eſtoit
une Entrée de leux. Aprés une
Chacone dancée à huit , & conduite
par Monfieur le Comte de
Duras , ce Comte dançoit une
Entrée luy ſeul , fur l'Air de laquelle
on chantoit ces Vers.
In amour favorable
Nousſeconde avant le temps ;
On est longtemps aimable ,
Quand on l'eſt devant douze ans.
GALANT.
151
-
Il y avoit une derniere Entrée
à dix Perſonnes. Elle finiſſoit par
un Menüet figuré , que dançoint
cinq Bergers , & cinq Bergeres.
1
Voicy encore un Couplet que
jevous envoye noté. La Bergere
Aminte le chantoit , aprés qu'elle
avoit veu Daphnis vaincu par
Liſandre .
C
AIR.
'Eſt une douceur fans feconde,
Quand on aime tendrement ,
De s'éloignerde tout le monde ,
Four s'approcher de ſon Amant.
On ne rompra jamais l'heureuſe in .
telligence
De deux jeunes coeurs bien unis ;
L'Amour accable qui l'offense ,
Et lesRivauxfâcheux nefont que
trop punis.
G4
152
MERCURE
Je vous ay marqué dans une
autre Lettre , que les Vers de cet
Opéra , ſont de la meſme Perſonne
qui nous a donné depuis
un mois La Politique des Amans,
Ouvrage fort eſtimé. Monfieur
le Comte de Duras , Fils de Monfieur
le Maréchal Duc de Duras
, Capitaine des Gardes du
Corps , y repréſentoit Liſandre.
Il eſt parfaitement beau , dance
tres bien , & a un teint que les
plus belles Femmes regardent
avec envie. Monfieur le Comte
de Teride , ſecond Fils de Monfieur
le Marquis de Mirepoix ,
Gouverneur de la Province de
Foix , Senéchal de Beziers , de
Carcaſſonne , de Limours , & de
Pamiers , faiſoit Daphnis , &
s'aquita de ce rôle avec beaucoup
d'agrément. Ceux de Philifte
& de Celadon , furent
GALAN Τ.
153
joüez par Monfieur le Marquis
de Grignan , & par Monfieur de
la Martelliere , qui s'attirerent
beaucoup d'aplaudiſſemens . Le
premier eſt Fils de Monfieur le
Comte de Grignan , ſeul Lieute.
nant General pour le Roy en
Provence. Il repréſentoit Philiſte
, & ce fut avec le plus aimable
enjouëment du monde ,
qu'il ſoûtint le caractere d'un
Berger qui quite l'Amour pour
fuivre Bacchus. L'autre eſt Fils
de feu Monfieur de la Martelliere
, Maiſtre des Requeſtes , &
a pres de ſoixante mille livres de
rente , & beaucoup de Gens de
qualité pour Parens. Monfieur
le Marquisde Vins , Fils de Monfieur
le Marquis de Vins , Sous-
Lieutenant de la Compagnie
des Mouſquetaires Noirs , ſe fic
admirer dans le rôle de l'Amour..
GS
4
154
MERCURE
Il en avoit la beauté , la taille ,
& la hardieſſe. Il y avoit fix jolies
Actrices , à peu prés de l'âge
de ces aimables Acteurs . L'une
eſtoit la petite Mademoiselle
Laurens , qui ne fut pas un petit
ornement pour cet Opéra. Elle
chanta bien , dança de meſme ,
& ne fut pas moins bonne Actrice
dans la Pastorale. La petite
Mademoiselle le Clerc ſe diſtingua
fort auſſi , en dançant avec
la juſteſſe , & la diſpoſition qu'elle
a fait paroiſtre au Triomphe de
i' Amour , à Proferpine , & à Perfée.
On a remarqué depuis dix ans
de fi bons effets d'une Fontaine
d'Eau minérale , qui eſt à une
lieuë de la Ville de Vitré en Bretagne
, qu'on y vient préſente.
mentde toutes parts. Cette Fontaine
eſt dans la Court d'une
GALAN T. I
ه
Maiſon qui appartient à Monfieur
le Baron de Netumieres ,
fituée au pied d'un tres - beau
Coſteau , planté d'un Bois de
haute futaye. L'eau eſt ſi bien
imprégnée de la qualité vitriolique
de Mars , ſans aucun mélange
d'autres Minéraux , qu'elle
peut mériter par excellence la
qualité de veritable Eau minérale.
Un grand nombre de Perſonnes
de toutes conditions en ont
bû avec un heureux fuccés . Elle
eſt propre particulierement pour
la gravelle , les obſtructions d'entrailles
, les vapeurs & fuffocations
de matrice , la gratelle , le
mal S. Meen , & les fiévres bilieuſes
. Ceux qui font attaquez
de ces maux , en reçoivent de
tres - grands ſoulagemens . Ce
qu'il y a de ſurprenant dans cette
eau , c'eſt qu'elle eſt ſi perni
G6
1.56 MERCURE
cieuſe aux Canards , que les
Fermiers voiſins n'en peuvent
nourrir. Dés qu'ils ont plongé
dans le Ruiſſeau de cette fontaine
, ils deſſechent , deviennent
maigres , & meurent.
Monfieur le Roux, Medecin à
Vitré , écrit que depuis trois
mois , une femme du Bourg de
Brielle qui eſt dans le voiſinage,
a mis au monde un Enfant mâle
qui avoit deux teſtes de même
grandeur , chacune ayant
fon col , & portée également
avec les vertebres du col fur la
premiere vertebre du dos , qui
eſtoit plus large qu'à l'ordinaire ,
afin de recevoir la medulle ſpinale
. Il y avoit un foye naturel
au coſté droit , & une malle de
la groſſeur du poing au coſté
gauche. Ce Monſtre mourut en
naiſſant , à cauſe que les pieds.
GALANT. 157
eſtant venus les premiers , les
deux teſtes ne purent paſſer ſans
s'aplatir.
Le meſme Monfieur le Roux
aſſure que depuis un mois une
Femme du Fauxbourg de la
Hellerie de Vitré , eſt accouchée
d'une Fille qui a deux langues.
Celle de deſſous eſt mince,
& ne sçauroit s'avancer au dela
des gencives, mais elle a toute la
largeur de l'autre qui eſt deſſus ,
& cette double langue empeſche
que cet Enfant ne puiſſe téter.
La Nature ne fait pas moins
de prodige dans la naiſſance des
Animaux , qu'elle en fait dans
Homme. J'ay veu , & touché
un Chat , qu'on a montré à la
Cour, comme quelque choſe de
fort extraordinaire dans ſon efpece.
On le conſerve dans de
l'Esprit de vin , d'où je l'ay tiré
158 MERCURE
moy-méme Ce Chat eſt maſle
& femelle. Il a deux queuës , &
quatre pates derriere , cette partie
eſtant entierement double. Il
a deux autres pates devant , &
deux ſur le dos , & n'a qu'une
teſte & deux oreilles. Monfieur
Cartier , de Roüen , l'a apporté à
Paris. Il loge prés Saint André
des Arts chez Monfieur Pigeon ,
à l'Image Saint Jean , où les Curieux
pourront le voir.
Il eſt des malheurs preſque
inévitables , où il ſemble qu'on
foit entraîné neceſſairement en
de certains temps , quoy qu'on
n'ait jamais donné aucune marque
d'avoir du panchant au crime.
Ce qui arriva ily a trois mois
à un Particulier d'une Ville fort
celébre , eſt un exemple qui doit
faire peur à ceux qui ſont incapables
de vaincre leurs paſſions.
GALAN Τ.
159
4
:
:
1
Il eſtoit marié depuis fix ans ; &
les complaiſances de fa Femme
dont il avoit un Enfant, l'avoient
tellement gagné que quoy qu'il
fuſt prompt , il ne laiſſoit pas de
la rendre heureuſe. Une Soeurde
cette femme quidemeuroit avec
eux , n'aidoit pas peu à entretenir
leurunion . Elle partageoit les
ſoins du ménage ,& comme ils
n'avoient qu'une Servante pour
tous Domeſtiques , il leur eſtoit
fort aiſé de vivre ſans bruit , &
&fans embarras. Il y avoit déja
fort longtemps que le Mary pourſuivoit
une affaire qui luy étoit
d'importance . Il s'agiſſfoit d'une
fomme confiderable pour luy ,
&ſon intereſt eſtant de bien faire
entendre aux Juges ce qui fondoit
ſes prétentions , il y avoit
employé tous ſes ſoins ,& tout le
créditde ſes Amis. Elle fut enfin
160 MERCURE
terminée à ſon avantage dans les
derniers jours du Carnaval , &
on ordonna qu'on luy payeroit
4000. francs qu'il demandoit. Il
les toucha avec une joye d'autant
plus ſenſible, qu'il avoit toûjours
apprehendé de les perdre ,
&que cette perte ne l'euſt pas
accommodé . Malheureuſement
onluy paya cette fomme en or.
Le fardeau n'eſtoit pas lourd , &
il s'en chargea ſans peine. Dans
le temps qu'il s'en retournoit
chez luy pour enfermer ſon argent,
il rencontra un de ſes Amis.
qui luy propoſa une partie de
plaifir. Deux ou trois autres Perſonnes
qu'il connoiffoit en devoient
eftre. Comme c'eſtoient
Gens de bonne humeur , & que
la ſaiſon portoit à la joye , il ſe
laiſſa conduire par cet Amy , qui
GALANT. 161
!

i
le mena dans un Quartier éloigné,
où il trouva bonne Compagnie.
Les uns joüerent avant
le Soupé ; les autres regarderent
joüer , & il fut de ces derniers.
Outre que le Jeu ne letouchoit
pas, il eſtoit avare, & la moindre
perte le rendoit toûjours chagrin .
On ſe mit à table, & cent Chanſons
que l'on y chanta , jointes à
la bonne chere , entretinrent la
gayeté , tant que durale Repas.
Aprés le Soupé , on fit apporter
des Dez. Ce Jeu eſtant par tout
en uſage dans le temps du Carnaval
, chacun y prit auſſi-toft
party, & celuy dont je vous parle
, échaufé par le bon Vin , ne
voulut pas eſtre le ſeul Regardant.
Il mit deux Pistoles devant
{ luy , fort réſolu de s'en tenir là ;
mais quand il les eut perduës ,
l'enviede les regagner luy en fit
162 MERCURE
hazarder dix . De dix il alla ju !
ques à trente , & la mauvaiſe humeur
qui le prit le troubla fi fort ,
que ne ſcachant plus ce qu'il faifoit
, il perdit tout ſon argent .
Mille juremens qu'on luy laiſſa
faire ſans luy dire rien , ne ſervirent
qu'à augmenter ſon defordre.
Il ſortit deſeſperé , & peu
s'en fallutqu'il ne ſe ſerviſt de ſon
Epée pour finir ſa vie ,& ſe délivrer
de la rage où il eſtoit. Il rentra
chez luy , monta à ſa Chambre
; & fa Femme qui n'eſtoit
pas encore endormie, luy ayant
fait des reproches de ce qu'il l'avoit
fait attendre à ſouper jufqu'apres
dix heures , ſon imprudente
conduite le frapa ſi vivement
, qu'il ne fut plus maiſtre
de ſa raiſon . Il avoit fait le jour
precedent un voyage de trois
lieuës, & avoit laiſſé à ſon retour
GALANT.
163
4
!
ſes Piſtolets dans ſa Chambre . Il
en pritun tout- à- coup , & ne ſe
poſſedant plus , il le tira fur fa
Femme qu'il bleſſa au coeur. Elle
fit un cry , & mourut preſque
auffi -toſt. A ce cry , & au bruit
du Piſtolet , la Scoeur accourut . II
tira ſon Epée lors qu'il la vit approcher,
& la luy paſſa au travers
du corps. Sçachant ce qu'il méritoit
par ce double meurtre , il
n'en voulut pas laiſſer de témoins.
Ildeſcendit promptement
à la Cuiſine où la Servante mettoit
tout en ordre,& ſe ſaiſiſſant
d'un couteau qu'il y trouva, il luy
en donna cinq ou fix coups qui
l'étendirent par terre. Ainfi il ſe
défitde ces trois Perſonnes avec
trois diverſes armes. Vous pouvez
juger dans quelle horreur il
paſſa la nuit. Il fit grace à ſon
Enfant qui avoit quatre ans, & le
164 MERCURE
lendemain ſur les huit heures , il
le mena chez un de ſes Voiſins ,
le priant de le garder juſqu'au
retour de ſa Femme , qui luy dit
eſtre partie de grand matin accompagnée
de ſa Scoeur , & de ſa
Servante , pour s'acquiter d'un
Pelerinage . Il feignit qu'il luy
eſtoit ſurvenu une affaire qui .
l'occuperoit pendant tout le jour,
& qu'il ne rentreroit chez luy
que fort tard. Le Voiſin garda
l'Enfant , & fut fort ſurpris lors
qu'à huit heures du ſoir, il ne vit
ny le Mary , ny la Femme de retour.
Le lendemain s'eſtant paſſé
de la méme forte ſans qu'il en
euſt de nouvelles, il alla déclarer
àla Juſtice ce que luy avoit dit
le Mary en luy remettant ſon
Enfant entre les mains. Aucun
de ceux de cette Maiſon n'ayant
paru les deux derniers jours , on
GALAN T.
165
:
K
en fit ouvrir les Portes pour voir
s'iln'y ſeroit point arrivé quelque
malheur , & lors qu'on eut
trouvé les trois corps , on ne
douta point de l'autheur du crime.
On fit auſſi- toſt monter à
cheval diverſes perſonnes pour
courir apres. On n'alla pas loin
ſans découvrir la route qu'il avoit
priſe . Un homme qui traîne par
tout l'image des meurtres qu'il
vient de commettre , en eſt tellement
épouvanté , qu'il eſt incapable
de prendre de juſtes mefures
pour fuïr. Il fut arreſté ſans
qu'il témoignaſt aucun déplaifir
de l'eſtre. La vie luy eſtoit infuportable
, & quoy qu'il ſceuſt
qu'il ne pouvoit éviter de la finir
par le plus rude fupplice , il
avoua qu'il le préferoit aux
cruels remords qui le deehiroient.
Son Procés fut fait en peu
166 MERCURE
de jours, & comme ſon deſeſpoir
avoit cauſe ſon malheur , en le
trouvant digne de ce qu'on luy
fit ſouffrir, on ne laiſſa pas de le
plaindre . S'il n'euſt point joüé ,
ou s'il euſt quité le jeu apres fa
premiere perte, jamais peut- être
il n'auroit commis de crime .
Malheur à ceux qui font affez
peu maîtres d'eux- mêmes , pour
ne pas s'appercevoir de l'égarement
deleur raiſon. N'en fut - on
abandonné qu'un ſeul quartd'heure
, pendant ce quartd'heure
, on peut tomber dans
grands defordres.
J'oubliay le mois paſſé de vous
apprendre la mort de Meſſire Patrice
Maginn , Premier Aumônier
de la Reyne d'Angleterre ,
arrivé icy le 16. d'Avril , au College
des Lombards , dont il étoit
Proviſeur. Outre pluſieurs Legs
GALANT.
167
pieux qu'il a faits , il a laiſſé un
fond conſidérable pour eſtre employé
à établir une Communau
té de Preſtres Irlandois . L'Abbaye
de Thuly qu'il poſſedoit
eſtant demeurée vacante , leRoy
l'a donnée à Monfieur l'Abbé de
Paliere , fils de Madame la Baronne
de Paliere , l'une des deux
Sous-Gouvernantes des Enfans
de France , & cet Abbé en a donné
une autre de moindre valeur
à Monfieur de marmés , Chapelain
du Roy .
Sa Majesté a auſſi donné au
frere de Mademoiselle Potiers ,
fille d'honneur de Madame la
Dauphine , ſon agrément pour
une Abbaye que poſſedoit un de
ſes Oncles , & quatre mille livres
de penſion à cette Demoiselle ,
qui ne s'attendoit pas à ce préfent,
mais il n'est pas besoinqu'on
168 MERCURE
demande rien à un Prince qui
connoît le mérite , & qui le ſçait
récompenſer de luy-même.
Le ſecond fils de Monfieur de
la Chénaye , Premier Gentil-
homme de la Manche de
Monſeigneur le Dauphin , a
eſté pourveu des Abbayes de
Corneville en Normandie , &
d'Angle en Poitou , vacantes par
la démiſſion volontaire de Mon
ſieur l'Abbé de la Chénaye ſon
Oncle. Tous ceux de cette Maiſon
ont toûjours ſervy avecbeaucoup
de fidelité , de zele, & d'agrément.
Les quatre Maiſtres de Muſique
de la Chapelle du Roy ont
enfin eſté nommez . Outre l'avantage
qu'ils ont du préſentque
Sa Majeſté leur fait à chacun
d'une Charge , ils ont encore celuy
d'avoir remporté le prix fur
tout
GALANT. 169
tout ce qu'il y a de plus grands
Maîtres dans le Royaume. Ces
quatre ſont Monfieur Minoret ,
Maître de Muſique de Saint Germain
l'Auxerrois de Paris ; Monſieur
Goupillet , maître de muſique
de l'Egliſe de Meaux ; monſieur
la Lande , Organiſte de
S. Iean ; & Monfieur Colaſſe,Eleve
de Monfieur de Lully. Quoy
qu'ils doivent ſervir chacun par
quartier , Sa Majeſté a neanmoins
ordonné que les deux premiers
feroient chanter à toutes les Feſtes
ſolemnelles , parce qu'ils font
Preſtres , & qu'il eſt plus décent
de voir des Eccleſiaſtiques ces
jours-là. Monfieur Goupillet ſervira
le quartierde lanvier ; Monſieur
Colaffe le quartier d'Avril ;
Monfieur Minoret celuy de Iuillet
; & Monfieur la Lande celuy
d'Octobre. Le maiſtre de muſique
May 1683. H
170 MERCURE
de l'Egliſe d'Angers,s'étant beaucoup
diftingué parmy ceux qui
ont fait chanter devant le Roy ,
Meſſieurs de S. Germain l'Auxer.
rois l'ont arreſté pour remplir la
place de Monfieur Minoret.
Monfieur de Lully a porté ſi
loin les charmes de ſa Muſique,
qu'il ſemble preſque impoffible
de rien ajoûter aux applaudiſſemens
que l'on a donnez à tous
ſes Ouvrages . Cependant il s'en
eſt attiréde nouveaux depuis peu
de jours, par un Deprofundis qu'il
fit chanterdevant le Roy , aprés
que tous les Prétendans à la Maîtriſe
de Chapelle de Sa Majeſté
eurent fait entendre leurs divers
Motets. Outre la beauté de la
Muſique , toute la Cour admira
la juſteſſe des expreſſions qui répondoient
au ſujet ; & c'eſt ce
qui fait la diférence d'un habile
GALANT. 171
1
Maître de Muſique d'avec un
médiocre , ou un méchant. Tous
les Maîtres ſçavent compoſer ,
mais tous n'expriment pas ce
qu'ils compoſent ſelon leſensdu
ſujet qu'ils traitent ;& quelquesuns
, quoy que ſçavans en Muſique
, font remarquer de la joye
dansdes endroits de leur chant,
lors qu'il n'y doit paroître que de
ladouleur.
La LieutenanceGeneralede la
Rochelle, Païs d'Aunis, Places, &&&
Ifles adjacentes , a eſté donnée à
Monfieur de leure-Miller , ancienMaréchalde
Camp,& Gouverneur
de la Principauté de
Château-Renaud en Ardennes ,
qui commandera en l'abſence de
Monfieur le Maréchal Duc de
Navailles . Vous ſcavez , Madame
, qu'il a eſté Sous-Gouverneur
de Monſeigneur le Dau-
H 2
172 MERCURE
phin , & de Monfieur, Frere unique
du Roy. Il ne s'attendoit à
rien moins qu'à un pareil don ,
lors que Sa Majeſté declara qu
Elle luy faiſoit ce préſent. Il ne
faut pas s'étonner de ce choix.
Cet employ eſt un employ de
confiance à cauſe de la ſituation,
& le Roy ne le pouvoit donner à
une Perſonne dont la fidelité luy
fuſt plus connuë. Monfieur Milet
a eſté Envoyé Extraordinaire
en Pologne & en Italie ; & l'on
peut dire que les premieres Perſonnes,
les Secrets, & les plus importantes
Places de l'Etat luy ont
eſté confiées.
Sa Majeſté qui ne laiſſe jamais
le mérite & les longs ſervices ſans
récompenſe , a auſſi donné à
Monfieur Moreau , l'un de ſes
premiers Valets de Garderobe, la
Charge de Premier Valet de
S
GALANT. 17.3
L
Chambre de Madame la Dauphine.
Il y a trente ans que
Monfieur Moreau eſt dans le fervice
; & il a toûjours eſté reconnu
pour un Homme tres- ſage ;
il faut qu'il le ſoit beaucoup, puis
qu'il eſt fort difficile de paſſer à
la Cour pour ce que l'on eſt .
Monfieur Bachelier , Valet de
Garderobe du Roy , a obtenu la
Charge de Premier Valet de Garderobe
de Sa Majesté , vacante
par le decés de Monfieur Guitonneau,
dont il y a quelques mois
que je vous appris la mort. Comme
Monfieur Bachelier eſtoitdé
ja dans le ſervice de la Gardero
be , & qu'il n'a fait que monter
d'une Charge à une plus élevée,
Sa Majesté a crû le devoir preférer
à beaucoup d'autres Perſonnes
, qui fans cette raiſon avoient
droitd'y aſpirer. Ces bienfaits du
H3
174 MERCURE
Roy ont eſté ſuivis d'une penſion
de deux mille Ecus que Sa Majeſté
a donnée à Monfieur le Chevalier
de Bévron .
Ce.Prince a fait auſſi un préſentde
valeur à Mademoiselle de
Laval , Premiere Fille d'honneur
de Madame la Dauphine ; en
ajoûtant une ſomme conſidérable
à fon bien pour la marier.
Monfieurde Roquelaure , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Leictour , Meſtre de Camp de
Cavalerie , en faveur duquel Sa
Majesté a eu la bonté de confirmer
les Lettres Patentes d'érection
en Duché & Pairie du
Marquiſat de Roquelaure, & dependances
, qu'Elle avoit accordées
en 1650. à feu Monfieur le
Duc de Roquelaure fon Pere , a
épousé cette Demoiselle. Les
Fiançailles furent faites le 19. de
ce mois à Verſailles dans le CaGALANT
175
binet de Madame la Dauphine ,
en preſence de Leurs Majeſtez ,
deMonſeigneur le Dauphin ,de
Madame la Dauphine , de Monfieur
& de Madame & d'un
grand nombre de Princes & de
Princeſſes , & de Perſonnes du
premier rang. Les Fiancez vinrent
enſuite à l'Hôtel de Richelieu
à Paris , où Monſeigneur le
Dauphin leur fit l'honneur de ſe
rendre , accompagné de Monfieur
& de Madame la Princeſſe
de Conty , de Monfieur le Prince
de la Roche- Sur- Yon , &de Monfieur
le Comte de Vermandois.
Monfieur & Madame la Ducheſſe
du Lude s'y trouverent
comme Parens , feuë Madame la
Ducheſſe de Roquelaure , Mere
du marié ; eſtant Soeur de Monfieur
le Duc du Lude . Toutes les
Filles d'honneur de Madame la
H 4
176 MERCURE
4
1
Dauphine furent de la feſte ,
comme compagnes de la mariée.
Cette grande & auguſte Compagnie
trouva l'Hôtel de Richelieu
tout brillant de lumieres , &
fut d'abord divertie par un Concert
de Muſique de la compoſition
de Monfieur Oudot , dont
je vous ay parlé pluſieurs fois..
Monſeigneur le Dauphin alla en
fuite viſiter le beau Cabinet de
Monfieur le Duc de Richelieu ,
où il vit entr'autres choſes un
grand nombre des plus beaux
Tableaux de Rubens. Il les admira
, & demeura d'accord que
ceDuc avoit une parfaite connoiſſance
des plus beaux Ouvrages
de Peinture. Apres que ce
Prince eut examiné tout ce qu'il
y a de rare dans ce Cabinet , on
fervit deux grandes Tables dans
deux Chambres diferentes, l'une
GALANT.
177
pour les Dames , l'autre pour les
Hommes. Monſeigneur le Dauphin
fit l'honneur de la premiere,&
ſe plaça entre Madame la
Princeffe de Conty & Mademoifelle
de Laval. Madame la Du
cheſſe de Richelieu tint la Ta
ble des Hommes , à laquelle
étoient les Princes que j'ay nom
mez. Vingt-quatre Violons joüe
rent pendant le Soupé. Tout ce
qui ſe trouva de monde dans
l'Hôtel de Richelieu fut regalé,
& l'on fit défoncer pluſieurs
muids de Vin , qu'on abandonna
à tous ceux qui en voulurent.
Les Gardesde Monſeigneur eurent
en profuſion tout ce qu'ils
pouvoient ſouhaiter. Comme il
eſtoit présde minuit lors qu'on
eut ſoupé ,on ſe rendit peu de
temps apres dans l'Eglife de faint
Paul pour la ceremonie des
H
178 MERCURE
Epouſailles. Monſeigneur le Dauphin
y aſſiſta incognito. Au fortir
de l'Egliſe on revint à l'Hôtel de
Richelieu , où devoient coucher
les Mariez. La Chambre eſtoit
magnifique, & parée d'un fuperbe
Lit , que Monfieur le Cardinal
de Richelieu avoit fait faire
autrefois. Monſeigneur le Dauphin
fit l'honneur au Marié de
luy donner ſa Chemiſe , & Madame
la Princeſſe de Conty la
donna à la mariée. Apres cette
ceremonie toute la Compagnie
ſe retira , Monſeigneur le Dau
phin retourna àVersailles.On ne
peut donner trop de loüanges à
Madame la Ducheffe de Richelieu,
qui a voulu faire cette dépenſe
, parce qu'elle eſt Dame
d'honneur de Madame la Dauphine
, & que mademoiſelle de
Laval eſtoit Fille d'honneur de
GALANT .
179
Q
cette Princeſſe. C'eſt à de pareils
ſujets que les premieres Charges
de l'Etat ſont deuës , puis qu'ils
en ſoûtiennent l'éclat avec tant
de magnificence & de grandeur.
Quand on a eſté choiſi par le
Roy pour occuper un grand Poſte
, la ſuite fait toûjours connoître
que cet équitable & judicieux
Monarque a rendu juſtice au mérite
, & qu'il ne remplit les premieres
Dignitez , que de Perſon
nes capables de les ſoûtenir. Le
lendemain de ce mariage , les
nouveaux mariez dînerent à
l'Arfenal . Ils fouperent. le foir
chez madame d'Armagnac , &
le jour ſuivant ils allerent à Ver
failles , où la nouvelle mariće pric
poffeffion du Tabouret. Le jour
de leur mariage , un des plus
beauxEſprits de France , & qui
eſt de l'Academie Françoiſe, leur
H 6
180 MERCURE
donna le Sonnet que je vous envove.
C'eſt une maniere d'Epithalame
E
SONNET.
Lle vous luit enfin cette belle
Journée,
Quidoit heureux Amans, contenter
vos defirs;.
Et vous allez goûter lesfolidesplaifirs
Que promet aux Mortels un paiſible
Hymenée..
1
Loüiffezpleinement de vostre deſtinée,
Que les pâles chagrins , les cruels
repentirs.
GALANT. 181
Que les fombres soupçons , que les
triſtes ſoûpirs
N'en alterent iamais la courſe fortunée..
Mais àquoy tant de voeux ? tout
rit àvosſouhaits ;
La faveur d'un grand Roy vous
comble de bienfaits ;
Ce qu'ila faitpour vous, paſſe vô
tre esperance..
i
Pour les biens à venir quel augure
plus doux!
L'éclat de vos Ayeux fit honneur à
la France ,
Donnez luy des Héros dignes d'eux ,
&devous.
:
En vous parlantde la mort de
Monfieur le Ducde Roquelaure ,
182 MERCURE
Pere de celuy qui vient d'épouſer
mademoiselle de Laval , je
vousdis qu'il eſtoit Fils d'Antoine
de Roquelaure, Maréchal de
France , dont je vous appris les
deux Mariages,&les diverſes Alliances
qu'il avoit faites. Il faut
aujourd'huy remonter plus haut,
&vous apprendre que la Maiſon
de Roquelaure deſcend des
anciens Comtes de Fezenſac,
iſſus deGuillaume Garcie, Comte
de Fezenſac , ſecond fils de
Sanche Garcie , dit le Courbé ,
Duc & Comte de Gafcogne ,
dontle Comté de Fezenſac , faiſoitune
partie confiderable , qui
comprenoit , non ſeulement tout
ce qui s'appelle le Païs de Fe.
zenfac , mais encore celuy d'Armagnac
, & tout le Territoire de
l'Archeveſché d'Auch . Ce Guillaume
Garcie , Fils de Sanche
Garcie , & Petit- Fils de Sanche
GALANT. 183
Roy de Navarre, eut pour Puîné
Arnaud Garcie, Comte d'Aſtarac,
qui a eu une Poſterité floriffante,
de laquelle eſt ſortie la
Maiſon d'Armagnac par Bernard
Comte d'Armagnac, Guillaume,
Comte de Fezenſac , deſcendu
de Guillaume Garcie, ayant parragé
ſon frere Raymond-Aimeric
de la Terre de Monteſquieu
dont il prit lenom,laiſſa la Com
té de Fezenſac à Aimeric Garcie,
dit Forton, qui partagea Raimond
ſon frere dela Ville, Châ
teau,& Fortereſſe de Roquelaure
en toutejuſtice. Raimond prit
le nom de Roquelaure , ſuivant
la coûtume des Cadets de cette
Famille , qui s'eſt perpetuée depuis
l'an 1080. juſqu'à Monſieur
le Duc de Roquelaure
d'aujourd'huy. Pierrede Roquelaure,
Fils de Raimond, fut qua184
MERCURE
lifié dans tous les Actes du titre
de Chevalier ; & Monfieur de
Marca remarque dans ſon Hiftoire
de Bearn , qu'en 1227. it
préceda dans un Actie de tresgrande
conſidération Ange d'Eſtor
, qui estoit de la Race des
Vicomtes . En 1271. Bertrandde
Roquelaure , Fils de Pierre , fur
enterrée dans l'Egliſe Collégiale
S. Pierre de Vic-Fezenſac , qui
eſtoit la Capitale du Comté , &
le lieu de la réſidence , & ſépulture
des Anciens Comtes. Son
Epitaphe , qui ſe voit encore aujourd'huy
dans cette Eglife, porte
que Bertrand de Roquelaure
eſtoit de la Race des Comtes
d'Armagnac . La Tranſaction de
1274. fait voir que Geraud ,
Comte d'Armagnac & de Fezenſac
, donne à Bertrand I I. &
à Guillem- Arnaud de Roque
GALANT. 185
laure ſes Neveux , un Territoire
appellé de Longard , qui a toujours
eſté poſſedé depuis , comme
il l'eſt encore , par les Seigneurs
de Roquelaure. Ce mémeGuillem
Arnaud paſſa en Italie
avec Guillaume de Nogaret ,
Seigneur de Coviſſon , & fut
Pere d'Amaurry de Roquelaure,
qui vint au ſervice du Roy aux
guerres de Gaſcogne , fuivy de
neuf Ecuyers , comme les Regiftres
de la Chambre des Comptes
du 17. Septembre 1346. le
font voir. Jean de Roquelaure ,
GrandEcuyer en 1451. du Prince
Souverain d'Armagnac , qui
avoit épousé Iſabelle , Fille de
Charles Roy de Navarre , fut
Pere de François de Roquelaure
, duquel ſont defcendus le
Commandeur de S. Aubin , fi
fameux dans le Siege de Malte ,
186 MERCURE
qui mourut eſtant Grand Prieur
de S. Gilles ; Bertrand de Roquelaure
, Abbé de Boüillas , & depuis
Eveſque de Lectoure ; &
Baptiste de Roquelaure , qui ren,
dit ce ſanglant & mémorable
Combat en champ clos , contre
Jean de Breaus , en prefence de
René de Lorraine Roy de Sicile,
& de toute fa Cour , qui a mérité
qu'on en ait écrit l'Hiſtoire
dans un Volume particulier. Ber
nard de Roquelaure , qui ſervit
dans les guerres de Milan,aupres
du Maréchal de Monluc fon
Coufin , y fit de tres - grandes
actions ; & Geraud de Roque,
laure , aprés s'eſtre acquis une
tres-grande réputation dans les
Armées d'Antoine de Bourbon ,
Roy de Navarre , mourut glorieuſement
à ſon ſervice. A fon
exemple , Jean Bernard de Ro-
-
GALANT. 187
quelaure , & Bernard de Roquelaure
ſon Frere , ſe ſignalerent
en toute forte d'occaſions , &
furent tous deux tuez en ſervant
leur Prince , & défendant la
Religion . Ils estoient Fils de Geraud
, & Frere d'Antoine de Roquelaure
, Grand Pere de Monſieur
le Duc de Roquelaured'anjourd'huy.
Je paſſe à la Maiſon de Laval ,
dont les anciens Seigneurs ont eu
pluſieurs fois l'honneur d'eſtre
alliez de nos Roys , dés le commencement
de la ſeconde Race ;
& enſuite dans chaque Branche
des Deſcendans de Hugues Capet.
Le haut rang que tenoit
alors cette Maiſon , fut cauſe que
lors que le Comte d'Alençon
épouſa Anne de Laval , il s'obligea
de faire porter à tous ſes
Enfans le Nom , & les Armes de
188 MERCURE
la Maiſon de Laval ; mais elle
n'en eut point de luy , & elle
épouſa en ſecondes Nôces le fameux
Mathieu de Montmorency
, qui eſtoit le quatrième Conneſtable
de ſa Maiſon ; il s'obligea
aux meſmes conditions que
le Comte d'Alençon avoit acceptées.
C'eſt en vertu de ce Contract
de mariage que madame la
Ducheſſe de Roquelaure , &
Monfieur le marquis de Laval
ſon Frere aîné , portent le Nom
& les Armes de cette Maiſon ,
commedeſcendus en droite ligne
maſculine du grand Mathieu de
Montmorency. Toutes les autres
Branches qui reſtent de la maiſon
de Laval , reconnoiſſent celle
de Laval- Lezay , dont eſt madame
la Duchefſe de Roquelaure,
pour eſtre leur aînée. Cela a été
confirmé par le Contract de maGALANT.
189
riage fait en 1681. de Monfieur le
Marquis de Laval. Le Roy luy
fit l'honneur d'y ſigner , avec
toute la Maiſon Royale ; & ce
Contract porte que ce marquis
eſt préſentement le Chef du
Nom , & des Armes de cette Maiſon.
Les Proviſionsde Lieutenant
de Roy de la Haute & Baſſe
Marche , que Sa Majesté cut alors
la bonté de luy donner , confirment
la meſme choſe. Cet Acte
dit que la maiſon de ce marquis
eſt illuſtre , & qu'elle a poſſedé
toutes les grandes Charges du
Royaume. Jeanne de Laval épouſa
le 21. Aouſt 1424. Loüis de
Bourbon , Comte de Vendôme ,
Triſayeul paternel d'Henry le
Grand ; & il eſt portédans le
Contract de mariage , que c'eſt
moyennant la Diſpenſe du Pape ,
àcauſe de l'empeſchement qu'il
190
MERCURE
y auroit eu fans cela par la conſanguinité
de la Maiſon de Laval,
avec la maiſon Royale. Une autre
Jeanne de Laval épouſa en
1454. René , Roy de Ierufalem
&de Sicile , Duc d'Anjou,Comte
de Provence , & de Folcalquer.
Elle estoit Fille d'Iſabeau
de Bretagne , Scoeur du Duc de
Bretagne , qui devoit pour reſte
de ſon mariage , vingt& un mille
Ecus d'or , leſquels on donna en
dot à cette leanne de Laval, avec
vingt mille autres Ecus d'or ,
que luy paya le Seigneur de Laval
Frere de leanne. Elle eut par
ſon Contract de mariage le tiers
du Duché d'Anjou en doüaire ,
& il eſt dit qu'elle auroit encore
ce qui pourroit luy appartenirde
plus dans les autres Biens du Roy
René ſon Mary , felon la Coutume
des Lieux où ils eſtoient
GALANT.
191
ſituez. Le Portrait de cette Reyne
leanne de Laval , eſt avec les
Armes pleines de Laval , ſur le
grand Autel de la principale Paroiſſe
de Saumur , avec le Portrait
du Roy ſon Mary à l'oppofite
, où ſont les Armes pleines de
France. La Tradition de toute la
Province , eſt que cette Jeanne
de Laval fit faire leChaſteau de
Saumur , avec la belle & longue
Levée qui va depuis cette Villelà
juſqu'à Angers. Nicolas-Guy
de Laval épouſa le 27. Ianvier
1500. Charloted'Arragon , Fille
de Frederic Roy de Naples & de
Sicile , Duc de Calabre , & Prince
de Tarente ; & d'Anne de Savoye
, laquelle Anne de Savoye
avoit pour Pere Amedée de Savoye
, & Yolande de France
pour Mere. Cette Charlote d'Arragon
, Dame de Laval , eſtoit
192
MERCURE
d'ailleurs du coſté de ſon Pere
Petite Fille du grand Alphonce,
Roy d'Arragon , dit le Magnanime
, Biſayeul de Charles V.
dont par conféquent cetteDame
de Laval eſtoit proche parente.
Guy de Laval épouſa en 1535 .
Claude de Foix , laquelle eſtoit
de la Maiſon de nos Rois , tant
du coſté de ſon Pere , que du
coſté de Charlote d'Albret ſa
Mere. Tant de Heros dans l'une
& l'autre maiſon , donnent lieu
de croire qu'il ne peut fortir de
ce Mariage qu'une Poſtérité digne
des grands noms qu'elle aura
à ſoûtenir.
2
Tout ce que je viens de vous
apprendre , fait voir un grand
nombre de bienfaits du Roy de
diverſe nature , en Charges, Be
nefices , Gouvernemens , Penſions
&Dons en faveur de ма
riage.
GALANT.
193
riage. Cependant Sa Majesté a
donné plus que tout cela à Monfieur
le Chevalier de Lorraine ,
& à meſſieurs les marquis de
Vardes & de Rhodes , en leur
accordant l'honneur de ſes bonnes
graces. Il n'y a rien que ne
puiſſent eſperer ceux qui ont
le bonheur de les poſſeder.
Quelques jours avant le mariage
de Monfieur le Duc de ROquelaure
, Monfieur le marquis
de Coiflin , Fils de Monfieur le
Duc de Coiflin , avoit épousé
Mademoiſelle d'Alegre , Fille du
Vicomte de ce nom , & Coufine
germaine de feuë Madame la
Marquiſe de Seignelay. Elle eſt
d'une Maiſon auſſi ancienne
qu'illuſtre , & on n'en ſçauroit
"douter , puis que ſes Anceſtres
poſſedoient les premieres Dignitez
de l'Etat , dés le temps de
May 1683 . I
194
MERCURE
Charles VIII. Cette Demoiselle
eſt bien faite , civile , honneſte ,
obligeante, & d'une pieté exem.
plaire. Auſſi entre-t'elle dans une
Maiſon , où la vertu eſt fort pratiquée.
Elle a l'eſprit doux , le
jugement ſolide , & on ne peut
rien ajoûter à ſa modeſtie. Monſieur
le Marquis de Coiflin commande
un Regiment , & fert le
Roy avec beaucoup d'affiduité ,
&de zele. Ha une fort grande
ſageſſe , quoy qu'il ſoit d'un âge
où toutes les Perſonnes de fon
rang ne ſe piquent pas de cette
vertu. Il eſt libérab& magnifique,&
toutes fes inclinations ſont
d'un Homme de ſa naiſſance. Je
ne vous dis rien de ſa. Maiſon. Il
ya fort peude temps que je vous
en ay parlé , àl'occaſion de la
mort de Madame la Chanceliere
Seguier.
GALANT.
195
- Il s'eſt encore fait un autre
grand Mariage. Dom Joſeph
Rodrigue de Camare , Comtede
Ribeyra Grande , du Conſeil
du Prince Régent de Portugal,
Gouverneur & CapitaineGeneral,
de l'Iſle de S. Michel, dont
il eſt Seigneur & Donataire , &
de la Villede Poule-Delgade, a
épousé Mademoiselle de Soubifé.
Elle a eſté fiancée dans le
grand Cabinet du Roy. Mademoiſelle
de Montauban foûtenoit
la queuë de fon grandManteau
de Princeffe ; & Monfieur
le Duc de Rohan ſon Oncle ,
chargéde la Procuration,l'Epouſa
le lendemain dans l'Egliſe de
S. Paul , en préſence de Monſieur
de S. Romain, nommé ambaſſadeur
Extraordinaire pour le
Roy en Portugal , & de Dom
Franciſco Salvador Taborda ,
I 2
1.96 MERCURE
Envoyé Extraordinaire de Portugal
en France. La Cerémonie
fut faite par Monfieur l'Abbé de
Brou , Aumônier de Sa Majesté
Le Roy a fait préſent à cette
Mariée d'une Paire de Pendans
d'oreilles de Diamans .
Si l'on vous a dit que monſeigneur
le Duc de Bourgogne n'eſtoit
pas en parfaite ſanté , c'eſt
parce que dés l'autre mois on le
vit ſouffrir de quelques dents ,
qui ont commencé à luy pouſſer.
le vous envoye deux madrigaux
quionteſté faits ſurce ſujet.

GALANT. 197
MADRIGAL ,
Sur ce que les Dents commencent
à pouſſer à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne. 7
Q
Ve vous eſtes à plaindre, EnnemisdelaFrance!
LeGrand LOVIS dans cent Com
bats
Vous a montréqu'en vain onse met
en défense
Contre fon redoutable Bras.
Deſes pas glorieux le Dauphin
Suit la trace;
De tous vos complots imprudens
Ilsçaura confondre l'audace ;
Enfin , pour comble de disgrace ,
Lepetit Duc commence à vous montrer
les dents.
:
4
A
13
198 MERCURE
AUTRE MADRIGAL ,
P
Sur le même ſujer.
Arlez, nos Ennemis ,
vous puissiez estre ,
qui que
Prenez garde à nepas trop faire les
fendans.
Les Dents au petit Ducne font que
de paroiſtre ;
?
Mais laiffez- les feulement crof
tre ,
21
Et vous verre dans per at ioms
Qu'il parlera des groffes dents.
Ce jeune Prince pourra être
ſecondé dans ce qu'on eſpere
qu'il procurera davantages à la
France , puis qu'on ne doute
point à la Cour de la groſſeſſe de
Madame la Dauphine . Ce bruit
qui s'eſt répandu tous les jours ,
GALANT. 199
&qui ſe confirme par tout , a
donné lieu à Monfieur Diéreville
de faire ces Vers .
好好好好好好好好好好好好好
A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
SUR LA GROSSESSE
de Madame la Dauphine.
C'est noth Eft nous preffer un
prés ,
3
1
!
peu de
Nous n'avons pas repris baleine
Depuis que nous avons épuisénoftre
veine :
A parler des charmans attraits
-Dont brille le Duc de Bourgogne ,
Qu'il faut recommencer déja fur
nouveaux frais .
I
4
200 MERCURE
Prince, ſi vous voulez qu'on parle
de vos Faits ,
N'allezpas si viste en besogne.
,
Il n'eſt pas vray que la Ville
de Roüen ait changé ſes Armes ,
& qu'elle ait pris un Navire
comme je vous l'ay marqué dans
ma Lettre de Fevrier , ſur le memoire
d'un Autheur mal informé.
Elle conſerve toûjours ſes
mêmes Armes , qui ſont un
Agneau portant trois Fleurs de
Lys d'or; & pour preuve de cela,
parmy diférens Ouvrages qu'on
acheve preſentement pour la
Salle de l'Hôtel de Ville , on y a
placé quelques Deviſes , & une
entr'autres ſur le ſujet de ces
Armes. On a fait reveſtir les
Sommiers de cette Salle,de Plan.
ches femées de Fleurs de Lys en
relief, & d'autres ornemens de
GALANT. 201
Sculpture. Au deſſous &au milieu
de chaque Sommier eſt un
Cartouche comme en Plat-fond,
-dans lequel on a taillé , & peint
un corps de Deviſe ; & aux deux
côtez du Sommier ſont les paroles
, qui ont quelque relation
les unesaux autres ,& font une
double Deviſe. Ainſi au milieu
de l'un des Sommiers on a mis
l'Agneau & les trois Fleurs de
Lys d'or, avec ces mots du Cantique
d'un côté , Pafcitur inter lilia,
& ceux cy de l'autre , Tria
fuftinet unus ..
Voicy deux autres Deviſes
taillées & peintes ſur d'autres
Sommiers, l'une eſt pour le Roy.
C'eſtun Soleil ſur un monde diviſé
endeux Hémiſcheres ; d'un
côté ces mots , Unusfufficit Orbi ,
de l'autre ceux- cy,Unus non fuffisit
Orbis
IS
202 MERCURE
L'autre Deviſe eſt pour les
trois Perſonnes Royales enſem
ble. Ce font trois Fleurs de Lys
d'or couronnées , avec ces paroles
d'un côté, Æquant numero fun
lilia, &celles- cy de l'autre , Tribushonorunus.
Il y a encore ſur ces Sommiers
des Deviſes particulieres pour
Monseigneur le Dauphin , &
pour Monſeigneur le Duc de
deBourgogne. Onen a fait une
feconde pour les trois Perſonnes
Royales, que vous trouverez tres
belle. Elle eſt pour un autre endroit
de cette Salle. C'eſt un Ciet
avecſes lignes ou cercles . Au bas
& commencement de l'Ecliptique
,on voit un Soleil naiffant ;
un peu au deffus dans la même
ligne, paroît un Soleil plusgrand;
&dans l'Equateur ou méridien ,
eſt un Soleil plus grand que les
GALANT .
203
autres ,avec ces paroles qui leur
fervent d'ame, Nullus ad occafum.
Toutes ces Deviſes ſont de mоп-
fieur Boutren de Corneville , l'un
des Echevins , qui a pris le ſoin
de ces embelliſſemens , C'eſt un
Homme de qualité , d'eſprit , &&
de merite !
La grande dépense que Sa
Majesté fait en fortifications , &
pour l'entretien de ſes Armées,
n'empeſche pas qu'on ne conti
nuë de travailler à Versailles , à
Marly, & à S. Germain. Les Bâ
timens ſont dignes d'un grand
Monarque, la gloire de l'Etat le
demande;& quandl'ordre est bon
dans les Finances , elles ne font
jamais épuiſées.Vous fçavez, ма-
dame, que le Roy fait faire qua
tre grands Pavillons à SaintGermain.
Sa Majesté les alla voir au
commencement de celmois , &
16
204 MERCURE
admira enméme temps le pre
mier eſſay des ſurprenans Jetsd'eau,
qu'un tres habile Mathematicien
Anglois s'engage à y
faire réüffir . C'eſt Monfieur le
Chevalier Morland. Il a déja élevél'eau
à la hauteur de l'Orloge
du Château. Le Roy la vit partir
de cette hauteur , & s'élever en
Jets plus de trente pieds par
deſſus le Dôme où eſt la Cloche .
Sa Majesté donna beaucoup de
loüanges au génie de ce merveilleuxEntrepreneur,
& redoubla
pour luy les honneſtetez
qu'Elle a pour toutes les Perfonnes
diſtinguées par quelque forte
demerite.
Pendant que le Roy veille aux
affaires,& à la gloire de ſon Etat,
les jeunes Seigneurs s'exercent
àmanier les Armes , & à monter
àcheval. La preſence desDames
GALANT. 205
les anime , & Madame la Dauphine
donne des Prix pour les
exciter encore davantage. Vous
jugez bien par là qu'il s'eſt faic
pluſieurs courſes de Teſtes & de
Bague à Versailles.. Voicy les
noms de ceux qui ont couru pour
le premier Prix que madame la
Dauphine a donné. Monſeigneur
de Dauphin ; Monfieur le Prince
de la Roche- sur-Yon ; Monfieur
le Comte de Vermandois ; Monfieur
le Prince d'Harcourt ; Monfieur
le Prince de Commercy ;
Monfieur le Duc de la Rocheguyon;
Monfieur le marquis de
Liancour fon frere ; Monfieur le
Prince de Tingry ; Monfieur le
Comte de Rouſſy ; Monfieur le
Vidame ,& meſſieurs de Blazac
fes Freres, (ice font trois Fils de
Monfieur le Comte de Roye;.)
Monfieur le marquis de Belle-
-
206 MERCURE
fonds; Monfieur le Chevalier de
mailly , Monfieur le marquis d'Alincourt,
& Monfieur de Chamarante
le fils ; Monfieur le Prince
de Turenne devoit eſtre de ce
nombre , mais une petite maladie
l'en empeſcha. Les ſeize qui
coururent, n'alloient pas par l'or.
dre que je viens de vous marquer.
Ce fut le fort qui décida
de leur rang. Monfieur le MabquisdeBellefonds
courut le premier,
Monfieur le Prince de Harcourt
le dernier, & Monſeigneur,
le neufiéme. On courut d'abord
avec une adreffe preſque égale.
Le premier qui fe diſtingua &
qui parut devoir l'emporter fur
les autres, fut Monfieurle Prince
d'Harcourt ; mais Monfieur: le
Prince de Commercy,Monfieur
de Liancourt , & Monfieur de
Blazac, allerent bien-toſtde pair
GALAN T. 207
avec luy. L'avantage ſe trouva
égal entre eux à la fin de la courfe.
Ces deux Princes de la maifonde
Lorraine,& ces deux Seigneurs
de la maiſon de la Rochefoucaut
, difputerent encore le
Prix entre eux quatre . Monfieur
de Blazac le remporta , & alla
-le recevoir des mains de Madame
la Dauphine. C'étoit
une Epée d'or , avec les Boueles
de même pour la garniture
du Baudrier. Tous les Princes &
Seigneurs qui coururent,avoient
des Sur tout d'écarlate .Je ne yous
ay point encore parlé de cette
forte d'ajustement , dont la mode
-n'a commencé que l'Hyver dernier.
Sur- tout est une maniere de
Juſte-au-corp , mais plus large
qu'un luſte- au-corps , & qui fe
met par deſſus ; c'eſt pourquoy
Je nom de Sur- tout luy convient
208 MERCURE
bien; & c'eſt comme qui diroit ,
quiſe met ſur tout l'habillement .
L'on pourroit encore dire que
comme le Sur- tout répreſente un
Juſte - au - corps plus juſte que
ceuxdont on ſe ſert d'ordinaire ,
il a auſſi de l'air d'une Brande .
bourg, mais qui paroît plus étroite
que celles dont on ſe ſert , parce
qu'on porte le Sur tout dans
lesbras, & qu'on ne met la Brandebourg
que ſur les épaules. Les
Sur- tout de tous ceux qui coururent
laiſſoient voir le reſte de
leur habillement qui eſtoit tresmagnifique
, & particulierement
des Veſtes du plus beau Brocard
d'or. Les grandes manches rondes
de leurs Sur- tout estoient ornées
d'une riche Broderie,& d'une
frange or ou argent. Ils avoient
des Gands garnis de la meſme
frange, & n'estoient diftinguez
GALAN T. 209
2
entre- eux que par la couleur de
leurs Garnitures, & de leurs Plumes.
Quelques jours apres cette
Courſe , il s'en fit deux autres
ſeulement de Bague , & Madame
la Dauphine donna pour Prix des
Echarpes magnifiques. Ces deux
Prix furent remportez par Mon.
ſieur le Prince de Tingry, & par
Monfieur de Chamarante. Les
jours qu'il n'y a point de Prix ,
on court pour des Paris Tous
ceux qui ſont de ces Courſes ,
font fort bons Gendarmes . Ils
changent ſouvent d'Habits , &
rien n'eſt plus éclatant que la diférente
Broderie dont ils font
couverts. Leurs Tours de Plumes
ſont relevez d'une cocarde ,
qui fait l'effet du monde le plus
agreable.
La derniere Courſe futde Té210
MERCURE
tes. Comme c'eſt toûjours le fort
qui regle lerang de ceux qui courent,
voicy dans quel ordre on y
courut, avec le nombre des Têtes
que chacun emporta......
Monfieur le Prince de la Ro
che-Sur-Yon, n'en eut que ſept
dans toutes les Courſes. !
Monfieurde Chamarante qui
le fuvoir en eut huit.
Monfieur le Marquis de Belle
fonds en emporta neuf.
Monfieur le Duc de la Roche
guyon en eut auffi neuf.
Monfieur le Prince d'Harcourt
, qui eft un des meilleurs
Gendarmes de France, n'eut pas
autant de bonheur dans cette
Courſe qu'il en avoit eu dans les
autres. Il courut avec cette bonne
grace quiluy eſt ſi particuliere,
mais le hazard ne fut pas pour
luy; &dans ces fortes d'occaſions
GALANT. 211
l'adreſſe la mieux ſoûtenuë a toûjours
beſoin d'eſtre ſecondée du
hazard . Ainfi il n'emporta que
huit Teſtes . :

Monfieur le Chevalier de mailly
ſortit de la Lice le premier.
Monfieur de Blanzac emporta
dix Teſtes. On parioit déja pour
luy, & le ſuccés qu'il avoit eu aux
autres Courſes , donnoit lieu de
croire qu'il remporteroit le Prix
de celle- cy ; mais quatre autres
ayant auſſi emporté dix Teſtes,
.futunddeess cing qui recommen
cerent la Courſe.
Monfieur le Comte de Brion
ne , qui dans toute forte d'exer
cices eſt d'une adreſſe reconnuë,
& qui femble ne devoit ceder l'avantage
à perſonne , ne fut pas
plus heureux que Monfieur le
Chevalier de Mailly; il fortitde la
Licele ſecond..... 4
212 MERCURE
Monfieur le Prince de Commercy
emporta dix Teſtes , & fut
un des cinq qui recommencerent.
Monſeigneur le Dauphin en
emporta huit. Il court de tresbonne
grace, & en a fur toutune
particuliere à tirer l'Epée. Il ſe
diftingue toûjours dans cet endroit
, & les Seigneurs de la Cour
avoüent avec les Dames , que
dans tout ce divertiſſement il n'y
a rien de plus agreable que de
voir ce Prince porter la main fur
ſon Epée , la mettre au vent , &
aller teſte baiſſée prendre à terre
cette Teſte que les Gens meſme
les plus adroits ne prennent pas
fortfacilement .
Monfieur le Prince de Turenne
fit cinq Teſtes .
Monfieur l'Amiral n'en fit que
ſept , mais fon bon air luy faiſoit
GALANT.
213
bien regagner ſur les plus heureux
, l'avantage qu'ils avoient
fur luy.
Monfieur le marquis d'Alincourt
en fit dix , & fut un des
cinq qui prétendirent également
au Prix .
Monfieur le marquis d'Humieres
emporta cinq Teſtes .
Monfieur le marquis de Liancourt
en emporta dix , & fut auſſi
un des cinq ; ils eſt toûjours fort
diftingué dans toutes les Courſes.
Monfieur le Comte de Rouſſy
eut un pareil avantage ; de forte
- qu'ils eſtoient trois de la Maiſon
de la Rochefoucault , qui avoient
encore bonne part au Prix.
0
Monfieur le Prince de Tingry
ne fut pas fi heureux qu'il l'avoit
eſté à la Courſe de Bague; il n'emporta
que cinq Teſtes .
Les cinq qui recommence
214 MERCURE
rent la Courſe , entrerent dans
la Lice chacun en ſon rang , avec
cet air aisé que donne l'adreſſe
qu'un premier fuccés a ſoûtenuë.
On voyoit que l'un n'étoit pas
d'humeur à ceder à l'autre ; mais
enfin Monfieur le Prince de commercy
l'emporta fur tous. Il eut
le Prix , ill'alla recevoir de madame
la Dauphine. C'eſtoit un beau
Diamant , digne de la main qui
le donnoit. Les Trompetes des
Plaiſirs eſtoient placez ſur l'Echafaut
le plus proche de la teſte de
Méduſe , avec les Timbales qui
faiſoient enſemble une eſpece de
Concert fort agreable. Au bout
de la Carriere eſtoient deux autres
Trompetes qui avertiſſoient
ceux qui devoient courir , d'entrer
dans la Lice chacun en fon
rang.
-Jeſpere vous donner dans
GALANT.
215

1
quelque temps des nouvelles
d'autres Combats qui feront plus
de bruit que ceux- cy , puis que
nôtre Flote eſt partie pour aller
ou il a plû au Roy de l'envoyer.
Le vous dirois bien dés aujourd'huy
quelque choſe de ce départ
, mais vous ſçavez que j'ay
accoûtumé de ne vous faire aucune
Relation imparfaite, & que
je recherche toûjours avec ſoin
toutes les particularitezdes grandes
Actions pour vous les donner
toutes en un corps , quand
ces actions ſont conſommées .
- Le Roy accompagné de la
Reyne , de Monfieur , & de Madame
, partit de Verſailles Mercredy
dernier 26. de ce mois, ainſi
qu'il eſt marqué dans la Lifte
que je vous ay déja envoyée ; le
temps nous fera ſçavoir s'il ſuivra
la meſme route. Monſeigneur
1
216 MERCURE
le Dauphin doit demeurer avec
Madame la Dauphine Juſqu'au
4. de Juin , & partira ce jour-là,
pour allerjoindre le Roy à Dijon.
Ie vous envoyeray le mois prochainun
recit fort fidelle & fort
exact du Voyage.
Ie ſuis bien aiſe que le Sonnet
que je vous envoyay au commencement
de ma Lettre du dernier
mois , vous ait paru aſſez
beau pour vous donner envie de
ſçavoir quien eſt l'Autheur. Il a
eſté fait par Monfieur Maguin ,
Conſeiller au Bailliage & Siege
Préſidial de Mâcon. Voicy d'autres
Vers de luy, qui me ſont tombez
entre les mains il y a déja
quelque temps, ſur la meſme matieredu
Sonnet. Comme la Piece
eſt plus longue , elle vous fera
mieux voir ſon heureux talent
pour la Poëfie .
Sur
GALANT. 217
やややややややややややややや
SUR LE SECRET
DES DESSEINS DU ROY .
E
Nfaveur des Curieux ,
Grand LOVVIISS ,, un peu de
Guerre;
Nous sçaurions peut- estre mieux
Ce qui se fait sur la Terre.
Ainsi le bruit du Tonnerre
Est l'Interprete des Dieux.
Le calme de la Paix redouble les
mysteres ;
-Et tel croit avoir de bons yeux ,
Qui voit moins clair dans tes
affaires ,
Que dans les affaires des Cieux.
S'il arrive qu'on me réponde ,
May 1683.
K
218 MERCURE
Qu'on n'est pas moins inſtruit detes
deſſeins guerriers ,
Je dívay qu'il est vray ; mais qu'au
moins tes Lauriers ,
De leur brillant éclat rempliffent
tout le monde.
e
Dans quelles retraites obfcures
Renfermes.tu ces grands tréſors,
Qui par de Surprenans efforts ,
De tant de Potentats renverſent les
mesures,
Et trompentſiſouvent leurs vaine
conjectures ?
Desplus fins Courtisans le ſoin intereffé,
N'apporte pres de Toy qu'une inutile
adreſſe;
Ils ont beau s'intriguer , &méditer
Sans ceffe,
GALAN.T.
219
On voit aboutir leur fineffe
Ane parler que dupassé.....
L'avenir est pour eux couvert de
voiles fombres ,
De tes deffeinsfecrets l'obscureprofondeur
Ne laiſſe appercevoir nysigne , ny
lueur ,
Les regards les plus vifs n'en pers
cent point les ombres.
Ces Vaiffeaux , ces Troupes , ces
Camps ,
A toute l'Europe tremblante
Montrent leur puissance éton
nante ;
On croit en expliquer les divers
mouvemens ,
Mais en vain on les examine.
A quoy bon tant raiſonner ?
K 2
220 MERCURE
Chacun prétend deviner ,
Et perſonne ne devine .
Certes ſi les Etendarts
De ce Monarque invincible
Marchoient dans le Champ de
Mars :
De cet airfier & terrible ,
Aux plus superbes Rempars ,
Avec empreſſemens nous verrions la
Gazete
De mille&mille Ennemis
Tremblans, vaincus , &Soumis ,
Nous raconter la défaite.
Nous verrions tout céder à l'effort
deses coups ;
Au lieu que maintenant l'Autheur
qui la compoſe ,
Parle beaucoup , & ditſi peu de
chofe
GALANT . 221
Qu'il n'en Sçait guére plus que
nous.
Curieux, à quoy bon confumer voštre
vie
A vouloir démesler cet auguste
embarras ?
LOVIS est un Héros qu'on ne devine
pas;
Une Sageſſe infinie
Conduit & regle ses pas ;
1-2
Prétendre ſçavoir pù, n'est que pure
folie
C'est peut - estreen
C'est peut- estre aux
4
......
Goûtons le doux repos que ceHéros
nous donne,
Heureux, cent fois heureux de vivre
Sous fes Loix
Ialoux du plus parfait , & du plus
K 3
222 MERCURE
grand des Roys ,
Alarmez- vous des ſoins qu'ilprend
deſa Couronne;
Dans l'artfecret qu'il a d'en main-
ว tenir les droits
Ce qui vous doit charmer,vous trouble
,& vous étonne.
こ201
Soit qu'il maintienne la Paix ,
Soit qu'il déclare la guerre ,
Vivez , François , vivez en repos
٥٢ deformais,
L
Il vit,il regne,ahſoyonsSatisfaits,
Tout ira bien fur la terre.
Vous aurez déja appris la mort
de Mademoiſelle de Boüillon , arsivée
le 16. de cemois. Elle s'appelloit
Loüife - Charlote de la
Tour d'Auvergne , & eſtoit fille
de Frederic Maurice Duc de
Boüillon,&d'Eleonor de Bergue.
GALANT .
223
Comme elle fuyoit l'éclat du
monde , elle demeuroit preſque
toûjours à Evreux , où elle eft
morte âgéede46. ans , aprés douze
jours de maladie. Elle menoit
tune vie tres- ſainte , & n'oublioit
aucune action de charité. Aufſi
les Pauvres qui en recevoient de
grands ſecours, l'ont- ils fort pleurée.
Elle estoit Soeur de Monfieur
le DucdeBoüillon d'aujourd'huy
,GrandChambellan.
Monfieur Tambonneau , Préfident
en la Chambre des Compres
, eſt mort auſſi dans un âge
fortavancé.
Monfieur de S. Romain , nommé
Ambaſſadeur extraordinaire
en portugal , a eſté fait Conſeillerd'Etat
d'Epée. Il doit monter
un Vaiſſeaude l'Eſcadre de Monfieur
de Gabaret , pour ſe rendre
en Portugal, où il menera la nou
K
4
224
MERCURE
velle Mariée , Mademoiselle de
Soubiſe.
Je ne vous diray rien ce moiscydes
Modes , le mauvais temps
ayant empeſché qu'elles n'ayent
paru ;je vous parleray ſeulement
d'une Griſette , qui a eſté cauſe
d'une plaiſante mépriſe. Vous
ſçavez , Madame , que ce nom
de Criſette , qui ne ſe donnoit
toûjours qu'aux femmes & filles
des petits Bourgeois , s'eſt inſiblement
appliqué aux Habits des
Dames , & que depuis quelques
années les Perſonnes de qualité,
pour n'en pas avoir toûjours de
magnifiques , en prennent quelquefois
d'une ſimple Etofe grife,
dont elles fontfaire les Jupes auſſfibienque
les Manteaux. Ces fortes
d'Habits ſient tres-bien , parce
que tout le reſte de l'ajustement
paſſe celuy des Griſettes
:
GALANT.
225
ordinaires , & que le ſombrede
l'Etofe réleve beaucoup la blan-'
cheur de celles qui en ſont vétuës.
Une Dame d'une fort grande
naiſſance , dont la Maiſon eſt
fouvent remplie du plus beau
monde de Paris , n'ayant qu'une
fimple Grifette ſans autre parure,
defcendit de fa Chambre dans
unApartement bas , où elle vou
loit chercher quelque choſe dans
un Cabinet. Comme elle n'eſtoir.
fuivie de Perſonne , il n'y avoit
qu'un certain air noble qui ne la
quitoit jamais , qui pouvoir la
faire prendre pour ce qu'elle
eſtoit , par ceux qui ne l'avoient
jamais veue. Parmy un grand
nombre de Laquais qu'elle trou
va au bas de l'Eſcalien , elle en
remarqua un dont elle ne con
noiffoit point la Livrée. Elle luy
demanda auſſi toſt à qui il eſtoit,
KS
226 MERCURE
& le Laquais ayant fait d'abord
quelque difficulté de répondre,
parce qu'il la crut une des femmes
de Chambre de la Maiſon ,
luynomma enfin ſon Maiſtre. La
Dame luy dit que ſon Maiſtre
n'eſtoit point dans ce Logis ; je
lesçay bien , lay répondit- il , mais
il y viendra , & il m'a dit de l'y venir
attendre . Il faut que tu te fois
mépris , repartit la Dame ,Jet'af-
Sure qu'il n'y viendra pas , car il n'y
est jamais venu. Et moy , je Sçay
bien qu'ily viendra, luy repliqua
le Laquais. La Dame luy ayant
dit de nouveau qu'il s'eſtoit mépris
; jene me fuis point mépris,
répartit-il , riant à demy , & témoignant
y entendre fineſſes &
pour marque de cela , c'est que je
Sçay quelque chose. La Dame que
ce miſtere commençoit à réjoüir,
le preſſa ſi biende dire ce qu'il
GALANT.
227
ſçavoit , qu'il adjoûta que ſon
Maiſtre vouloit devenir l'Amart
de la fille du Logis. C'est bienfait ,
luy dit la Dame. Et oüy , c'est bien
fait , reprit le Laquais d'un air innocent
car...... ob dame mon
Maistre l'entend. La Dame ayant
quité le Laquais aprés cette derniere
réponſe , rentra en riant
dans fa Chambre , où ſa fille eſtoit
avec Compagnie.Onluydemanda
quel ſi prompt ſujet de joye
elle pouvoit avoir eu. Elle expliqua
ce qui venoit de luy arriver,
&on trouva l'Avanture auſſi rare
que plaiſante. L'Amant dont
il eſtoit queſtion ne vint point
chez la Dame ce jour- là , mais
il s'y fit introduire le lendemain.
Ilcontinued'allerdans cette Mai
fon,& ignore encor la naïveté de
fon Laquais. On obſerve faconduite,&
quand onle voit , on eſt
K6
228 MERCURE
obligé de ſe contraindre, pour ne
ſe pas échaper à rire.
La premiere des deux dernie
res Enigmes eſtoit la Cheminée.
Ceux qui l'ont expliquée dans
ſon vray ſens , font Meſſieurs Leger
de la Verbiſſonne ; L'Abbé
le Vacher , de la ruë aux Féves ;
Meſdemoiselles Madelon Provais
; De Peyras , de la ruë des
Prouvelles , Angélique Serain ;
Angélique V.de la ruë de la Harpe
; La belle& charmante Blonde
, du Quartier S. Roch ; L'aimable
Déeſſe des Treize-Cantons
Suiffes, de Tournay en Flandre
, L'aimableFillon , de la ruë
Hautefeüille ; le meurs pour elle;
La Belle de la ruë Beaubourg ,
qui aime ſans l'ofer dire;LesFieres
Sauvages ; & le Berger deſolé
de l'Anagramme As-tu liele Coq .
En Vers,Meſſieurs Avicé,de Caën;
GALANT. 229
LaTronche,de Roüen ; Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le-Roy;
L'Algerien, de Paris ; La Belle
Nourriture , du Havre ; & la
Nymphe de l'Amant malgrél'inconſtance.
On l'a expliquée
auſſi ſur la Pinte , & fur la Lanterne.
,
de
Monfieur Beaubrun , Ancien
Recteur , & Tréſorier de l'Académie
de Peinture & Sculpture,
avoitfait la ſeconde de ces Enigmes
, dont le mot eſtoit le Loüis
d'or. Monfieur Pinchon
Roüen , a trouvé ce mot auffibien
que Meſdemoiselles de
Moüy Ruyant , de la ruë des
Prouvelles ; Javotedes Audrie
tes ; La belle Céphiſe ; La belle
Agnés de la Verdure , ruë Saint
Honoré ; Le jeune Voyageur ;
I. D. L'Amant de la belle Madelon
, de la ruë de la Harpe;
230 MERCURE
L'Amant della Blonde , de la
ruë des Capucins ; & l'Ecolier
ſans peine , de la ruë de la Mou
che. En Vers , Aston Ogden ,
Guill. Henry de Heugueville ;
&la Societé Françoiſe de l'Hôtel
de Portugal. La lettre A, le
Vin , & un Castor , ſont d'autres
ſens que l'on a donnez à la méme
Enigme.
Ceux qui ont envoyé la vraye
explication de l'une & de l'autre,
font Meſſieurs Giraultde Paris ,
&fon aimable Societé; Sternon;
M. H. T. D. F. A. S. Boiſſeau ; Le
Chevalier de la Triboulaye ; l'E
pinay Buret , de Vitré en Bretagne
; Turbot Preſtre , du Ponteau-
de- Mer ; Joſeph de Laleu ,
le fils ; Morier , de Tours ; De
Fleſſel de Vermolet , d'Amiens;
Moreau le Cadet , General de la
Maiſon de Madame la Dauphi
GALANT.
23
ne ; Charles , Valet de Chambre
de Mademoiſelle d'Orleans , ruë
de la Vannerie ; Berthier , d'Amiens
; & Bigorne, de la meſme
Ville ; lean Moſſmar , de Paris;
Noé Buſaraiſe , de Tours , Avo
cat au Parlement ; Godard , de
Henneſis en Vexin ; Meſdemoiſelles
de Montrieux , de Vandofme
; Claustre la Veuve,de Caënt
Manſien de la Pointe ; Du Chef
ne ; Chaſtillon en Baſois; Le jeune
Compere , Amant journalier
, L'Avanturier du Temple ;
Le faux Amant des Epouſes crédules
; L'Amant de luy- meſme;
L'Indiferent des Dames ; Le Pafſionné
par feinte ; Leajeune
Amateur de le Flute d'Almas-
Ramus , de la Magdelaine ; Le
Berger à l'Anagramme , Siécle
d'Amour Le Medecin Amant
de la belle Manon , de Xaintes ;
232
MERCURE
L'Avocat Chapelier , du Quartier
S. Denis ; L'Officier retourné
, de Ruel en Pariſis ; La Carriere
, du Bourg de Meudon ;
Les trois Voyageurs , de Conflans
S. Maurice ; Le Savoyard,
deParis ; Natalis de Monte alto
Tholosanus ; Les Confidens ſans
jalouſie , de Roye en Picardie ;
Les Hoſtes de la Verdure ; Le
Berger Contentin ; La Rencontre
; L'Habitant du Refectoire
des Foffez de la Porte S. Michel;
Le Perroquet Mignon , de la ruë
S. Bon ; Tamiriſte , de la ruë de
la Cériſaye ; G. D. B. Diſciple
de la ſpirituelle L.; D. B. F. autrementPetit-
Homme de la belle&
jeuſne Deſda.... de Merlou,
&de Croſne ; Le fils de fa ма
man , de la ruë S. Antoine ; La
Marquise Diane , de la Foreſt
d'Alcleon Le Reclus volontai
GALANT.
233
re de Niſmes les a devinées toutes
deux. La premiere a eſté devinée
par le Preſident de l'Academie
de la Roüillarde de Lyon .
La ſeconde a eſté expliquée par
le ſieur Jaques de Soufflembour,
de Lyon. La ſeconde , par le Baron
de Ravagny de Talluyeres .
Les deux par le Sieur Criſtinal
Dauphinois .Les deux par le Sieur
Ifaac Senebrier Genevois , eſtudiant
en Philoſophie. La marquiſe
à l'Anagramme , Pur' Image
de vertu ; La petite Veuve à
l'Anagramme , l'ay le coeur né
franc & hardy ; La Charmante
à l'Anagramme , Tu me reguariras
seule , cy-devant , la guerre
est sur ma vie , d'Amiens ; La
Belle à l'Anagramme , Ie meurs
Sans mon joly Compere ; La Belle à
l'Anagramme , Cherche une tendre
amitié ; La Belle à l'Ana234
MERCURE
en
gramme, Ton vray merite te fera
cherir; La Muſe naiſſante , du
Quartier Simon- le- Franc; L'Intime
du galant François de la Cour
de Stutgard ; La belle P. D.
C. La Spirituelle Fanchon de
P. de la Ruë de la Tifferandrie
; La charmante Brune , de
Tournay ; L'Incomparable
grandeur , de la Ruč Simon-le-
Franc ; & la Chate du Louvre.
En Vers , Meſſieurs de Saints , &
Rault , de Roüen ; Grammont ,
de Richelieu ; Chartraire,de Semur;
De la Croix , de Bollebec
en Caux ; Diéreville , du Pontleveſque
;Hordé de Senlis ; De
Buffy , Carriere , de Vitré en
Bretagne ; L'Abbé B. de Rennes;
P. de la Croix , de Beauvais; C.
Huruge d'Orleans, demeurant à
Metz ; Vignier ; Gigés , du Havre
; L'Amant d'Euterpe , de la
GALANT.
235
(
même Ville ; L'Albaniſte , de
Roüen ; Le jeune Tadiram ; l'Amant
d'Uranie ; Le Jardinier
d'Antonie ; La petite Aſſemblée
du Havre ; L'honneſte- Homme
de Chaſtillon , Commis aux Aydes
à Troyes ; B. D. B. à l'Anagramme,
Le Blond joly ; De Billy ,
Ingénieur pour le Roy , & Lieutenant
au Regiment Royal des
Vaiſſeaux ; D. H. V.de Nantes ;
Alcidor , du Havre ; & Silvie de
la meſme Ville.
Voicy deux autres Enigmes,
dont la premiere eſt de Monfieur
Rault de Roüen .
ENIGME
Efuis une Beauté, mais charmante
JE à merveille ;
L'affecte avec éclat la pompe en mes
Habits.
236 MERCURE
Amarante jamais ne me fera pareille
,
Quand elle porteroit des Perles, des
Rubis,
Mon Pere prend plaisir à me produire
au monde ;
Ma Mere en m'enfantant ne sent
point de douleurs ;
Mais elle est quelquefois en deux
Filles feconde, 1
Etcet accouchement luy peut cauferdespleurs.
:
Si je porte deux noms, ce n'est pas
un mystere.
Sous l'un commeJous l'autre , on con
noist mes appas ;
Mes charmes qui n'ont rien du teint
brun de ma Mere ,
GALAN Τ. 237
Font que le mien plus vifne luy
reſſemble pas .
C'eſt ſeulement de jour que l'on me
voit paroître ;
Sur un Trône je charme & l'eſprit ,
& les yeux ;
Mais ſouvent ie péris , quand ie
commence à naître ,
Et monfort ne dépend que de l'ordre
des Dieux.
AUTRE ENIGME .
LE
E Pere qui me met au jour ;
Ne manque point pour moy d'eſtime ,
ny d'amour.
Cependant au bas bout il me marque
ma place;
Et quand je fuis de l'accepter ,
On luy voit faire la grimace ,
:
238 MERCURE
Et courir apres moy , tâchant de
m'arrester.
Ce n'est pas à luy ſeul que ie fuis
aſſervie;
Par une rude tyrannie
Ie leſuis à ma Soeur, &leſuisà tel
point ,
Quefans elle ie nefuis point.
Je vous envoye un Livre,dont
le titre n'excitera peut-eſtre pas
d'abord voſtre curioſité. Il s'appelle
Lettres Diverſes, de Monsieur
le Chevalier d'Her... Ce Titre eſt
ſimple , & on n'a pas prétendu
qu'il impoſaſt ; mais vous aurez
le plaiſir de voir qu'il vous donne
beaucoup, apres ne vous avoir
rien promis. Nous n'avons guéres
d'autres Lettres Françoiſes
generalement estimées , que celles
de Balzac,& de Voiture ; mais
le ſtile élevédes unes , ne ſeroic
GALANT.
239...
plus propre aujourd'huy que
pour les Harangues ; & les pointes
, & les applications de Proverbes
qui regnent dans les autres,
quoy que tres- heureuſes &
tres-fpirituelles , neſeroient plus
à la mode, ſur tout ſi elles étoient
perpetuellement affectées , comme
elles l'ont eſté par Voiture.
Ce qu'il a encore, & cequ'il aura
toûjours d'admirable , c'eſt la
naïveté de ſon enjouëment ,&
les graces de ſon badinage. Si j'oſe
dire que les Lettres Diverſes
reſſemblent à celles de Voiture ,
c'eſt par ce dernier endroit. Elles
font naturelles, ſans avoir riende
commun,& enjoüées avec beaucoup
d'agrément & de nobleſſe
tout enſemble. L'air du monde y
eſt répandu par tout , & on y reconnoiſt
toûjours un Cavalier , à
qui une heureuſe naiſſance , &
240 MERCURE
un long uſage ont donné une
Converſation vive & fine , & un
ſtile pour les Lettres ſemblable à
ſa Converſation . L'amour n'y eſt
point traité ſérieuſement , mais
toûjours avec un badinage poly ;
&il s'y trouve en beaucoup d'endroits,
ou des traits de ſatyre , ou
des peintures de caracteres , ou
de petites leçons meſme ſur de
certaines rencontres de la vie,qui
font voir que l'Autheur n'a pas
veulemonde ſans faire des reflexions
& juſtes & agreables.Quoy
que tout cela m'ait paru dans la
lecture que j'ay faite de ces Lettres
, ce n'eſt point mon ſentiment
queje vous explique , c'eſt
celuy de beaucoup de Connoifſeurs,
entre les mainsde qui elles
ſont déja tombées. Ils trouvent
ce Chevalier d'Her.... ne veut
pas faire connoiſtre tout ce qu'il
fçait,
GALAN T.
241
ſçait, qu'il ſe jouë finement de la
matiere ,& qu'il badine en Philoſophe
galant , dont l'eſprit aiſe
s'accommode à tout ; ou plûtoſt
ils croyent que c'eſt un Homme,
qui par trois ou quatre Lettres
meflées dans ſon Recueil , pour
ſe faire paroiſtre d'une profeffion
dont il n'eſt pas , ou écrites pour
d'autres , ſe cache pour éprouver
le gouft du Public. Dans cette
penſée, ils jettent les yeux fur de
fort habiles Gens pour découvrir
l'Autheur de ces Lettres. Si vos
Amisles veulent avoir, vous leur
ferez remarquer que ce Recueil
eſt intitulé, Lettres Diverſes , de
Mx le Chevalier d'Her... & qu'il ſe
vend chez le Sieur Blageart. Ils
ont beſoin de cet avertiſſement ,
pour ne le confondre pas avec
un autre Recueil de Lettres qui
doit paroiſtre au premier jour.
May 1683 .. L
;
242 MERCURE
Je vous envoye un autre Ouvrage
qui ſe vend au meſme lieu.
C'eſt celuy dont vous m'avez
pluſieurs fois demandé des nouvelles
,& qui a pour titre , Senti
mensfur les Lettres &fur l'Hiſtoire
, avec des Scrupules fur le ſtile.
Il ſemble que ce dernier ait eſté
fait pour donner les moyens d'examiner
l'autre plus facilement.
Cependant c'eſt par un pur effet
du hazard , que cesdeux Livres
qui ſont de deux diférens Autheurs;
ont eſté mis en vente le
meſme jour , & par le meſme Libraire.
Dans la premiere partie
de cedernier , on voit beaucoup
d'exemples des choſes que l'Autheur
avance , tirées de Lettres
qui ont fait bruitdans le monde.,
Ily en a d'autres ſur des matieres
qu'il a inventées. Il parle auſſi
dans cette premiere Partie , des
GALANT. 243
e
Billets , & des Epiſtres dédicatoires,
& l'on y trouve des manieres
de regles , qui peuvent eſtre d'une
grande utilité à ceux qui veulent
écrire en ce genre. La ſeconde
Partie contient la maniere
d'écrire les Hiſtoires , que l'on
appelle Nouvelles. On y voit des
exemples des choſes qui peuvent
ſervir de regles,&de celles qu'on
doit éviter , avec une maniere
de ſatyre tres- agreable contre les
Romans . Le travail de la troifiéme
Partie eſt d'autant plus grand,
✓ qu'il faut avoir pour cela une
parfaite connoiſſance de la Langue.
Il y a dans cette Partie un
grand nombre de Peintures pour
ſervir d'exemples . Ce ſont des
morceaux qu'on ne croit pas fans
miftere . Toutes ces chofes font
affez capables d'exciter la curio
fité,ſans que je cherche à vous
L2
244
MERCURE
endonner. Je ne vous dis point
fi ce Livre est bien écrit , ceux
qui ſe meſlent d'enſeigner une
Science , la doivent ſçavoir plus
parfaitement que ceux qui la
pratiquent avec ſuccés.
Le Sieur Blageart vend auffi
un Livre imprimé à Lyon , par
les ſoins & auxdépens du Sieut
Amaulry , Libraire de la meſme
Ville. Il eſt intitulé ,Recherches
curieuses d'Antiquité , contenues en
pluſieurs Differtations sur des Médailles
, Bas- reliefs , Statues , Mo-
Saiques ,& Inscriptions antiques.
C'eſt un Inquarto , tres bien imprimé,
dans lequel on trouve plus
de cent Figures fort bien gravées.
On doit beaucoup au Sieur
Amaulry , qui pour la fatisfaction
du Public , en a bien voulu entreprendre
la dépenſe. Ce Livre
eſt de Monfieur Spon , Docteur
GALANT. 245
aggregé au College des Medecins
de Lyon , & de l'Academie
du Ricovrati de Padouë . Il ſuffir
de le nommer , pour faire juger
de la bonté & de l'érudition de
cet Ouvrage . Ce celebre Auteur
eſt connu par ſon eſprit ,
par ſes Voyages , & par quantité
de Livres qu'il nous a donnez
, & qui ont tous eu de fort
grands ſuccés. Ce dernier con
tient trente & une Differtations
, & chaque Differtation
renferme tant de choſes curieuſes
, qu'elle pourroit eſtre divi.
ſée en pluſieurs autres. On peut
dire de ce Livre , que non ſeule.
ment il découvre le grand nombre
d'antiquitez dont il traite ,
mais qu'il donne encore des lumieres
pour démêlerla verité de
quantité d'autres , dont il ne traite
pas. Je n'oſe entrer plus avant
L3
246 MERCURE
dans le détail de ce grand Ouvrage.
Comme c'eſt un veritable
Livre pour les Sçavans, Monfieur
l'Abbé de la Roqueen fora
un plus ample Article dans ſon
Journal . Il ne manquera pas auſſi
de parler de la nouvelle Hiſtoire
de Charles IX. donnée depuis dix
jours au Public par Monfieur Varillas.
Cependant je ne puis
m'empeſcher de vous faire part
du plaiſir que m'a donné une
Epiſtre toute admirable qu'on
trouve au commencement de ce
Livre. Elle eſt au Roy , & fait voir
les malheurs du Regne de Charles
IX. réparez par LoüIS LE
GRAND. Iugez de ce que l'on
peut dire ſur un ſi vaſte ſujet par
la haute idée qu'ildonne. La Préface
eſt une autre nouveauté qui
a ſes charmes. Ce font vingt- ſept
Portraits des plus grands PerſonGALAN
T. 247
2
هللا
nages du fiecle dont parleMonſieur
Varillas , & dont les Manuſcrits
luy ont fourny quantité
de traits pour ſon Hiſtoire. Ces
Portraits valent une ſeconde Hiftoire
, ou plûtoſt chaque Portrait
en vaut une. On peut eſtre ſeur
de la fidelité d'un Hiſtorien ,
quand ſon Ouvrage eſt compoſe
ſur tant de bons Manuscrits.
Je ſuis, Madame , voſtre , & c .
A Paris , ce dernier May 1683.
EXTRAIT DV PRIVILEGE
ArGrace&
du.Roy.
Privilege du Roy , donné à
PSaint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Confeil , Iun-
QUIERES. Il eſt permis à I.D. Ecuyer, Sicur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre
intitulé MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure, pendant le temps&
eſpace de fix années , à compterdu jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
ſont faites à tous Libraires , Imprimeurs,
Graveurs & autres, d'imprimer,graver
&debiter ledit Livre ſans le conſentement.
de l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,
nyPlanches fervant à l'ornement dudit livre,
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre , le tout à peine de fix mille
livres d'amende , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits , ainſi que plus au long il
eſt porté audit Privilege.
Regiſtré ſur le Livrede la Communautéle
5. Janvier 1678 .
Signé E. COUTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir ſuivant l'accord fait entr'eux .
Asbevé d'imprimer pour la premierefois le31 ..
Janvier 1683,
7/11/
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le