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1682, 09 (partie 1) (Lyon)
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8.49 Mo
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273
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Texte
Bibliothecæ
quam illuftriffimus
Archiepifcopus
&Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville
Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti
tabulis attribuit anno 1693 .
:
}



807156
MERCURE
GALATIFLORIA
DEDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
SOTTEMBRE 1682 .
YORMIERE PARTIE.
*
1893
LE
DAT
A
LYON ,
Chez
THOMAS
AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC.
LXXXII.
AVEC
PRIVILEGE DU ROJY.

..
LE
LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous envoye, cher
J Lecteur , pluſieurs
Nouveautez
د
&
dans peu vous en aurez
bien d'autres , comme l'Hiſtoire
de Charles IX. par
Monfieur de Varillac , inquarto
endeux volume : Le
deuxiéme & troifiéme Tome
de l'Horace de Monfieur
Affier ; & le troifiéme
aij
Volume des Conferances
de Luçon ,&quantité d'autres
Nouveautez dont je
vous feraypart.
LIVRES NOVVEAVX
du Mois de Septembre.
TraitédelaCommunion ſous
les deux Eſpeces par Meffire
Benigne Boſſuet Evêque
de Meaux, 12. 45. fols.
Sentences & Instructions
Chrêtiennes, tiré des Oeuvres
de S. Jean Chryfoftome
par le Sieur de Laval ,
12. 2. vol. 4. liv. 10. fols .
TroisTraités de Controverſes
parM.Mainbourg, 12.45.f.
Abregé
Abregé de la nouvelle Methode
Grecque par ces
Meſſieurs, 12. 30. fols.
Del'Ame des Plantes, de leur
naiſſance, de leur nourriture
& de leurs progrez,Eſſay
- dePhyſique par Mª deDu,
Docteur en Medecine de
Montpellier, 12. 15. fols.
Lenouveau Praticie François
deMilde Ferriere, 4. 5.liv.
La Science des Notaires aufſi
de Me de Ferriere, 4. 4.1 .
Les Inſtituts de l'Empereur
Juſtinian par Me de Ferriere,
12. 2. vol. 4. livr..
Abregé de la Jurisprudence
Romaine par Monfieur
á iij
Colombet, 4. 3.livra 10.0
Hiſtoire des Mazures del Abbaye
Royale del'Iſle Barbe
lés Lyon, parM'le Laboureur
, 4. 2. vol. 7. livres.
Theatre de la Turquie , où
font repreſentées les Choſes
les plus remarquables
qui s'y paſſent aujourd'huy
touchant les Moeurs , le
Gouvernementales Coûtumes
& la Religion des
Turcs, inquarto, 6. livr.
NouvelleMethodepourdreſ
fer les Chevaux en ſuivant
la Nature & meſme la perfectionnant
par la fubtilité
de l'Art, par Monfieur Soleifel,
leifel , inquarto , 4. livres.
Ceremonie des Juifs Nouvelles
Edition augmentée
deplus de la moitié.12.45.f.
Le Fameux Voyageur de Me
de Preſchac, 12. 25. f.
La Querelle des Dieux fur la
Groffeffe de Madame la
Dauphine, 12. 20, fols.
Journée memorable des François,
12. 2. vol. 3. livr.
Vie des Saints, 4.deMeffieurs
du Port Royal, s. livres.
Voyaged'Italie par Lafel, 12 .
2.vol. augmenté, 3.1. 10.f.
Les Oeuvres de Meffieurs de
Corneille, 12. 9. vol. Nouvelle
Edition, 18. livres.
av
LeChreftien en ſolitude par
le Pere Craffet , 12. 40. f.
Relation de l'Apoftafie de
Geneve, indouze. 25.f.
Art de Preſcher à un Abbé,
5. fols.
Le Predicateur Evangelique,
12. 5.vol. 9. livres.
Les Cefars invitez à la table
des Dieux , Satyre ingenieuſe,
12. 20. fols.
Dans le Mercure d'Octobre,
vous aurezle reste de mes autres
Nouveautez.
AU
F
AU LECTEUR.
Ńnevoulut point le dernier
mois donner deux Volumes
au Public , pour ne point
paſſer les bornes que l'on s'est pref-
Scrites pour une Lettre. Il s'en est
plaint, ayant luy - même connu l'abondance
de la matiere ; &fur cette
plainte on s'est résolu à le contenter.
Le Mercure de ce mois est
donc diviséen deux Parties ; mais
quoy qu'elles faſſent deux Volumes,
tous les deux ne font neanmoins
qu'unseulMercure. Les Articlesde
Nouvelles font mélez dans l'un &
dans l'autre avec les Festes publi
ques , & aucun des deux ne contient
de Nouvelles ſans Relations.
ny de Relations Sans Nouvelles.
Comme les plus belles choses perifAU
LECTEUR .
fent en peu de temps , quand elles
neparoiſſent qu'en feüilles volantes
, la plupart des villes de Francesouhaitent
voir ce qu'elles ont
fait en cette grande occaſion , dans
un Corps , qui estant relié ,ſe puis-
Seconferver aisément ; &pour fatisfaire
à leurs deſirs empreſſez,
& aux demandes expreſſes du
public , on s'est trouvé engagé à
faire ces deux Parties. Il est im.
poſſible de se difpenfer de faire la
mesme choſe le mois prochain , &
l'on avertit que le Mercure d'Octobre
aura encor deux Parties. Quela
ques- uns de ceux quijugent de tout
par le titre , croiront peut - estre
que toutes les Réjoüiſſances se ref-
Jemblent , parce qu'elles ont toutes
le mesme nam , & qu'on yparle
de Te Deum , de Feux , de Vin,
d'Instrumens , & de tout ce qui
accompagne ordinairement la joye.
Cepen
AU LECTEUR .
Cependant ce n'estpas en juger ju .
ſte. Il n'y a rien qui ne foit changé
par les circonstances ; & Sans
cela , tel qui plaide vingt années,
n'auroit qu'à lire l' Article de la
Loy qui regarde son affaire , &
cette affaire feroit decidée. Il en
eſt de mesme à l'égard des Festes
qui ont esté faites dans les Provinces.
Lajoye a estéſemblable par
tout ; mais chacun ſeion ſon divers
genie , en a donné de diverſes marques
, & de plus de deux cens Feux
d'artifice dont j'ay les Memoires ,je
n'en trouvepas un seul qui se reffemble
en toutesses parties.Sipourtant
on en croit ceux qui jugent de
toutſans avoir rien vû ny lû , &
fans vouloir rien entendre,tout n'est
qu'une mesme chose. Si chacunprononçoitſi
viſte , je tiendroit ceux
qui en ce rencontre ont donné des
marques de leur invention & de
leur
AU LECTEUR.
L
leur esprit, plus malheureux que les
autres , qui n'ont pris aucune peine.
Ils ont inventé de nouvelles
manieres de dreſſer des Feux d'artifice.
Ils ont fait des Deviſes. Ils
ont representé la grandeur du Roy
par un nombre infiny de figures diferentes
, &fait par là fon Eloge
Sans un long discours. Ils ont donné
des Sujets pour faire des Carroufels
, &ont eu beſoin d'application
pour trouver cent chofes de cette
nature , qui n'ont de reſſemblance
l'une à l'autre , que parce qu'elles
marquent la grandeur de nostre auguste
Monarque, & l'esprit de ceux
qui enfont les Autheurs. Il est fort
aisé de concevoir qu'encor que toutes
ces shofes tendent à un mesme
but , elles sont pourtant toutes di
férentes. Ainsi on peut dire qu'on
verra dans les cing Volumes qui
renfermeront toutes les Réjouiſſanses
AU LECTEUR .
ces faites pour la Naiſſance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne
dans toutes les villes & les Provinces
de France, autant de diverfité
qu'on en trouve dans les Livres
de Voyages qui parlent des
Moeurs & des Coûtumes des Païs
les plus éloignez , chacun ayant
mélé dans ſes divertiſſemens quelque
chose des Moeurs , de l'Histoire
, & des fages de fa Province
ou de fa Ville , ce qui me
donne lieu d'affarer que dans chacun
de ces cing Volumes il y aura
quelque chose de diferent &
de curieux. Il me reſte du moins
quatre vingts Relations pour méler
parmy les Nouvelles des deux Parties
du Mercure du mois prochain,
& dans chacune ont voit non feulement
tout ce que l'invention &l'efpritfont
capables de produire ,mais
LeGénie de la France. Ilne faudra
que
AU LECTEUR .
que les live , ainsi que les trois Volumes
qui les auront précedées, pour
juger du haut point de gloire où elle
Setrouve prefentement, de la grandeur
defon Prince, & de l'heureuſe
felicité dont ellejoüit ; ce quiſe remarque
par les choses magnifiques
& extraordinaires qu'elle vient de
faire. Mais il faloit que tout fust
nouveau du costé des Sujets , quand
tout est si grand du coſté du Prince.
L'amour que les François ont fait
paroître dans cette occaſion,ne sçauroit
estre exprimé. Il a esté au delà
de tout ce qu'on en peut croire , &
presque dans toutes les Villes du
Royaume il a falu ufer d'une douce
violence pour empeſcher la continuation
des Festes ,quiſembloient ne
devoir point finir. Les deux Volumes
du mois prochain , contiendront,
outre celles de France dontje ne vous
ay point encor parlé toutes celles qui
fe
AU LECTEUR.
Sefontfaiteschelzes Princes Etrangers,
tant par les Souverains,que par
les Ambassadeurs de France. Quoy
que l'on en ſcache une partie, l'éloignement
des Lieux demandeplus de
temps pour en estreparfaitement informé.
Ce curieux Recueil pourra
estre utile en beaucoup de temps,&
l'avenirfera peut- eštre bien aiſe de
Sçavoir ce qui s'estpasséà laNaif-
Sance d'un Prince ,pour qui tous les
Peuples ont fait tant de Voeux.
On avertit ceux qui voudront encor
donnerdes Relations, de les envoyer
avec une extréme diligence.
Pour les Feux d'artifice , on peut en
envoyer les deſſeins, quand mesme le
temps de les joindre aux Relations
Seroit passé. On ne laiſſera pas de les
fairegraverpour les moisfuivans.
Le travail de deux Volumes a
esté si grand , qu'on n'a pû corriger
les Epreuves de ces deux Parties
Avec
AU LECTEUR.
avec une entiere exactitude. Ainfi
on prie le Lecteur de pardonner les
fantes d'impreſſion qui s'y font
gliffées.
On donne avis que depuis la page
121. de cette Premiere Partie de
Septembre,jusqu'à la page 216. par
tout où l'on trouvera le 6. le 8. le 10.
de ce mois , il faut entendre Aoust,
& non pas Septembre , & que dans
toutes ces pages ,par tout où ily aura
une date du dernier mois, ilfaut
entendre le mois de Juillet , & non
celuy d'Aoust. Il est marqué dans
l'Avis au Lecteur du Mercure
d'Aoust , qu'il faut écrire Monfeigneur
Duc de Bourgogne. On
s'est trompé , il faut le Duc. On
alà-deſſus toute la certitude qu'il
faut avoir.
2
TABLE
6063603 $ 5903 13 : 43: 430803003
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Our PO ne point allonger cette Table, en
mettant trop souvent le nom deRéjoüifſſances,
onsecontentera d'employer
Seulement le nom des Villes , &des
Communautez qui en ontfait.
Avant-propos,
Eloge du Royprononcé à Troyes, 2
Madrigalfur le Château de Versailles, 7
Inſcription fur le mesme Château, 9
Madrigal, و
Premieres Obſervations fur la derniere
Comete, 11
Mort de M.le Preſident de Champla.
treux, 16. 17
Mort de M. le Vicomte de Meaux, 18
Mort de M.l'Abbéde Montmoreau, 18
Mort de M.Beuré& de M.Blondel, 18
M. l'Evesque d'Alet est reçen Gran-
1
Maistrede l'Oratoire du Roy, 20
Abjuration de M.de Bardonnenche. 21
Mariage de M.le Marquis de Plain
ville,
TABLE .
ville , & de Mademoiselle deTonnécharante,
25
Avanture. 28
Sonnet de M. l'Abbé de la Chaise, 31
Hospitalieres de la Roquette, 33
Hospitalieres de la PlaceRoyale, 35
Viſitation de Sainte Marie, 35
General de l'Ordre de la Sainte Trinité,
36
Maison Royale de Sainte Croix de la
Bréconnerie, 38
College de la Marche, 38
Religieuses de l'Annonciade du Saint
Esprit, 39
Festes Galantes, 40
Dialogue de la Nymphe de Versailles,
Académie Françoise,
de la Nymphe de S.Cloud,
Sonnet,
Autre Sonnetde M.Quinant,
Idille de Madame de Houlieres,
Le Napolitain,
Alceste,
L'Univerfité de Paris. Cet Article est
remply de remarques curieuses ,& de
Harangues,
66
Monseigneur le Dauphin chaffe aux en-
41
49
so
51
52
62
64
virens
TABLE .
virons de Paris , & fait Collation à
S.Oüen chezM.de Boisfranc, 87
Régaledonnédans le même Lieu à Leurs
AlteſſesRoyalespar M.de Boisfranc,
88
Retour de la Santé de M.le Chancelier,
89
Messieurs les Secretaires du Roy font
chanter unegrande Meſſe aux Celeftinspour
lagueriſon de ce Ministre,91
Celestins, 91
Reflexions fur la Liberté, 94
Conversion deM. du Hamel, 107
Conversion de Monsieur de Villars , Scigneurde
la Fay,
108
Description de la Caleche presentée au
Roy parM. de Forbentius, 109
L'Amant,àſa Raiſon trop severe, 112
Découverte tres-curieuse faite en Provence,
130
Dialogue sur la Naiſſancede Monfeigneur
le Duc de Bourgogne, 140
Avantures, 148
Mortde M. Berthier, 153
LeChat &le Coq, Fable, 156
Divertiſſement de la Cour de Hanover,
159
Feste
TABLE.
Feste celebréepar les Ordres de Madame
depu's la Relation du mois d'Avril
de Souvray, 162
Histoire, 164
Tout ce qui s'est passé à Constantinople
dernier,
Dijon,
170
212
222
232
Ode , & Sonnet,
L'Art de Preſcher,
Communautez des Musiciens & Symphonistes,
&autres.
SECONDE PARTIE.
235
Outre beaucoup de Nouvelles particulieres,&
de Vers, elle contient les Réjoüiſſances
faites en plus de trente Villes
du Royaume , & autres Lieux ; & les
noms de ceux qui ont expliqué lesEnigmes
qui estoient dans le Mercure qui
s'est vendu le premier Aoust.
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le Sain 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy enſon Conſcil , Jun-
QUIERES. Il eſtpermis àJ. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur L & DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacundeſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
&autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant ,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende,
& confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long ileſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678.
Signé E. COUTEROT , Syndic.
Et ledit Sicur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
enjoüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achive d'imprimer pour la premierefois le
31 , Septembre 1682,
Avis pourplacer les Figures.
Ldoit
A Figure de l'Illumination
doit regarder la page 84.
L'Air qui commence par Ah,
quand on aime tendrement , doit
regarder la page 107.
MERCURE
THEANE
LYO
MERCURE
GALANT.
SEPTEMBRE 1682 .
2
Ous ne me dites,
Madame , que ce
quej'avois attendu
de vous , quand
vous m'aſſurez que
vous avez leû ma derniere Lettre
avec beaucoup de plaifir. Elle
contient pluſieurs paroles du
Roy , & c'eſt aſſez pour vous la
faire eſtimer plus que toutes choſes.
Quoy que je n'aye rien aus
Septembre 1682 . A
2 MERCURE
jourd'huy à vous rapporter de
ce qu'a dit ce grand Prince , je
croy meriter des remercîmens de
vous , en vous faiſant part d'un
excellent Fragment de Sermon
qui renferme fon Eloge. Ce Sermon
fut prononcé le jour de l'Afſomption
dans la Cathedrale de
Troyes, par Monfieurl'AbbéDeniſe,
qui en eſt Chanoine.
****
ELOGE
DE LOUIS XIV.
L
OUIS LE GRAND a pû
vaincre les Nations & s'en
faire aimer, conquerir des Provinces
& les rendre , donner de la
terreur & de l'admiration à cent
Princes liguez. Vertus beroïques
& militaires , ſi ſouvent loüées
GALANT.
3
&jamais trop ,vous étes lleeppaarrtiaa.
ge d'un Conquerant , & d'un Roy
fçavant dans l'Art de vaincre,
ſçavant dans l'Art de regner; mais
la Paix conçeue dans la chaleur
de tant de Victoires , accordée à
l'Europe contre fon attente &fon
espoir , tombée des mains d'un jeune
Heros toûjours aſſuré de vaincre,
cette Paix n'est pas l'ouvragede
lafeule moderation de Louis XIV.
Quelque modéré qu'ilfoit , il faut
reconnoître que c'est un present
de cette Femmeforte , qui felon le
langage de l'Ecriture Sainte , a
paru devant le Dieu des Batailles
l'olive dans les mains , Facta funt
coram eo pacem reperiens. Le
Culte de Dieu & deſes Autels ; les
droits de la Souveraineté & du
Sacerdoce ; l'honneur des Offices divins
rétablis dans des Villes on. la
Religion timide & defarmée de
Aij
MERCURE
Sefperoit de rentrer jamais ; l'Herefie
affoiblie par la frequente de.
Sertion de tant d'heureux Transfuges
rappellez dans le ſein de l'Egliſe
Romaine par le Zele , la prorection
, les bienfaits , diſons plus,
par l'amitié du Fils aîné de l'Eglife
; le respect dû à nôtre Religion
& à nos mysteres mis hors d'infulte
, &vangé des attentats des
plus redoutables Libertins. Actions
immortelles , dignes des loüanges
de la Chaire , vous ferez publiées
dans le jour du Triomphe deMARIE
, puis qu'aussi bien que fon
Fils , quoy que d'une maniere diferente,
elle tient dansſes mains
le coeurd'un Roy , auquel elle donne
de si favorables impreſſions.
Quel Regne , Messieurs , & qu'il
doit durer , puisque le Ciel vient
d'accorder aux Voeux de la France
un Prince qui fera quelquejour un
; nouveau
GALANT.
5
nouveau foûtien de l'Etat ! Que
restoit il àfouhaiter à Loüis LE
GRAND, apres tant de gloire & de
felicité , que de voir porterfon Nom
dans la Posterité la plus reculée,
parses propres Enfans ? En vain
les beaux Arts & les Lettres luy
promettoient cette Immortalitéglorieuse
qui est deue aux Conquérans
&aux grands Roys. Les Siecles à
venir frapez &furpris des prodiges
du nofire, demanderont de meilleurs
garands que des Historiens & des
Orateurs ; & à moins qu'ils ne voyet
dans les Roys qui doiventſuivre,
ces traits divins que nous voyons
briller dans la Perſonne de nôtre
auguste Monarque , la Posterité
étonnéecroira toûjours eſtre endroit
de refuſer l'idée éclatante qu'on aura
tâchéde luy donner de la grandeur
du Regne fons lequel nous aurons
vécu. Qui pouvoit lever cet
A iij
6 MERCURE
obstacle, Messieurs , finon l'heureuſe
fecondité de la Famille Royale ?
Elle établit , pour ainſi dire , une
perpetuité de Témoins contre l'incredulité
des Siecles jaloux de la
gloire du nôtre. Il faut estre de ce
Sang, & affis fur ce Trône , pour
forcer la Poſterité de croire ce que
L'on aura écrit de nôtre Roy , & il
n'y a que les Enfans de Loüis XIV.
qui puiſſent rendre un témoignage
incontestable de la vie de leur Pere.
Puiffe-t- elle durer , cette belle
Vie , außilongtemps que la Francelesouhaite
! Puiſſe un Prince fi
grand dans la Guerre , fi aimable
dans la Paix , fi Zelé pour
l'Eglise, fi digne de l'amour de fes
Peuples ; puiſſe- t- il voir vieillirfa
nombreuſe Posterité; &puiſſe, &c .
Quelques grandes chofes que
l'on puiſſe dire à l'avantage du
Roy , avoüez , Madame , qu'elles
n'expri
GALANT .
7
n'expriment que d'une maniere
tres- imparfaite , ce qu'il fait penſer
de ſes admirables qualitez .
Ce Prince fait les,delices de tous
les Lieux qui ſont honorez de ſa
prefence; & les Palais les plus
ſomptueux n'ont rien de fi grand
que ſa Perſonne. C'eſt ce qu'a dit
agreablement Monfieur Salbray
dans ce Madrigal ſur le Château
deVerſailles.
S
' Il étoit permis au Soleil
De disposer desa prefence ,
Versailles que Luy mefme il trouve
Sanspareil,
Sur l'Olympe sans doute auroit la
preference.
Ilyvoit àſa honte un plus noble
appareil
Degrandeur, de richeſſe,&de magnificence
A iiij
8 MERCURE
Mais quoy que l'on admire en ce Palais
charmant ,
LOVIS en est encor le plus digne
Ornement.
Vos Amies voudront bien me
pardonner deux Vers Latin que
je vous envoye. Ils ont eſté faits
par Monfieur Richou , Chanoine
de Bar- fur- Aube , pour une Inſcription
du meſme Verſailles.
Les Triomphes de Sa Majefté
peints dans ce ſuperbeChâteau ,
&le Secours qu'elle prête à ceux
qui font oppreſſez , meſme aux
Princes & aux Roys , font affez
connoître le ſens que renferme
cette Inſcription. La voicy avec
fonTitre.
LVDO
GALANT.
و
LUDOVICO MAGNO,
REGI
CHRISTIANISSIMO ,
VERSALIÆ.
Egiafum Phoebi , fublimibus
Rimpia triumphis,
Qui fert auxilium LÆSIS , Nec
pluribus impar.
Rien n'eſtant plus difficile que
debien faire le Portrait du Roy,
voicy un avis que Monfieur Bonpart,
Sieur de S. Vietor, de Clermont
en Auvergne , donne aux
Sculpteurs, & auxPeintres .
Eintres fameux , Sçavans
Sculpteurs ,
En vain vous employez le Marbre,
&les couleurs ,
Pour imiter les traits d'un Prince
inimitable
A
10 MERCURE
Vous ferez Sagement , fi suivant
•mon confeil ,
Vous quittezles Pinceaux ,les Ci-
Zeaux& la Regle.
Eh , comment imiter ce Prince Sans
pareil?
Nesçavez vous pas bien qu'il faut
lesyeux d'unAigle
Pourvoirfixement le Soleil ?
Vous me demandez ce qu'on
penſe icy de la nouvelle Comete.
Je ne puis vous fatisfaire en rien
plus ſeûrement là-deſſus , qu'en
vous envoyant ce qui m'eſt tombé
entre les mains , de Monfieur
Caffini.
1
PRE
GALANT. TI
PREMIERES
OBSERVATIONS
DE LA COMETE
DU MOIS D'AOUST 1682 .
4
Preſentées au Roy par Monfieur
Caffini , de l'Académie Royale
desSciences.
SIRE,
Dans les Réjouiſſances univer
felles pour la Naiſſance d'un Prince
, qui defcendant de Votre Majesté
promet devoireštre les délices
du Genre humain , itsemble que le
Ciel concoure avec la Terre à donner
auxyeux de tout le monde les
plus rares & les plus admirables
Spectacles: Mal
Apres
12 MERCURE
Apres la lumiere extraordinai
requ'une Etoille volante,plusgrande
&plus éclatante que les autres,
fit paroîtrefar l'Horizon de Paris
&de Versailles la nuit avant cette
auguste Naiſſance ; voicy prefentement
une nouvelle Etoille dans le
parallele mesme qui raze l'Horizon
de Paris , où elle vient paroître la
nuit parmy les Feux de la joye publique
, & retourne lejour vers le
plus haut duCielàfix ou fept dégrezde
distance au Zenith.
Pour fe distinguer des Cometes
precedentes , qui ( comme il a esté
montré dans le Traité de la derniere
) ont la plupart tenu une mêmeroute;
celle-cy en a pris une particuliere
, quoy qu'elle ait commen
sédese rendre visible affez pres
de l'endroit où la derniere ceffade
paroître , n'y ayant entre ces deux
termes que la constellation d'Auriga
GALANT.
13
7
ga.De là elle continuë preſentement
fon cours entre la grande ourse&
le Lion , qui est le Signe où le Soleil
s'estjoint le mesme mois aux Planetes
fuperieures , &où elles doivent
faire cette année leur grande
conjonction.
Sa teſte , dans laquelle confiste
l'Etoille qui est l'origine de la chevelure
, n'est pas fi pâle que celle
de la precedente ; mais elle est
d'une couleur plus approchante de
celle de Jupiter , de figure assez
ronde & mieux terminée ; & étant
veuë par la Lunete , elle furpaffe
les Etoilles de la premiere grandeur
, quoy qu'à la veuësimple elle
ſemble plutoſt égaler celles de la
Seconde.
Sa queue vers les crepuscules,&
enprefence de la Lune , est courte
& peu apparente ; mais dans la
nuit obscure , elle est plus visible
14 MERCURE
&s'étend à la douzième partie de
toute la circonference du Ciel , un
peu recourbée en arc vers le Septentrion.
Ellea un mouvement propreparmy
les Etoilles fixes de cinq àfix
degrezparjour , un peu plus viste
que celuy de la derniere Comete,
lors qu'elle estoit dansſa plus grande
viteſſe , &jusqu'à present elle
Semble l'accélerer& augmenter en
grandeur apparente , qui est une
marque qu'elle peut durer encore
viſible pendant quelque temps.
Mais comme ce mouvement est felon
la fuite des Signes d'Occident
à l'Orient, declinant prefentement
du Septentrion avec une viteſſe
beaucoup plus grande que celle du
Soleil ; d'oreſnavant elle fe couchera
avant la minuit , &paraîtra
Seulement ſur l'Horizon le matin
& te foir , pour entrer en fuite
dans
GALANT.
dans les rayons du Soleil , d'où elle
nefortira que pour aller à lapartie
meridionale du Ciel.
Il n'y a pas longtemps qu'elle
s'est fait remarquer; car le 18. &
le19. d'Aoust nous avons fait di
verſes Obfervations à l'endroit même
du Cieloù elle devoit eſtre alors
felon le cours qu'elle apreſentement
Sansy avoir apperceû aucun objet
extraordinaire.
Les nuits fuivantes jusqu'au
24. le Ciel fut couvert à Paris ;
mais ayant esté ferein à Orleans
la nuit du 23. elle y fut apperceuë
pardes Peres Jefuites au deſſus de
de la teftedes Gemeaux.
Nous l'avons ensuite obſervée
toutes les fois que le Ciel a estédécouvert,
&particulierement le 25.
27. 28. 29. de ce mois , pendant
lesquels elle apassé des Gémeaux
au Lion , &nous avons determiné
2012
16 MERCURE
non seulement ſon lieu apparent de
jour enjour , mais aussi fait quelque
eſſay pour examiner ſa parallaxe
, que nous ne voyons pas encore
eſtre ſenſible ; c'est pourquoy
nous ne doutons pas que ce Phenomene
neſoit celeste.
1
Nous endonnerons les obſervations
deſfinées dans le mesme Plan
nisphere , dans lequel a esté marqué
le cours des deux precedentes,
& nous les expliquerons dans un
Traitéqui demande une plus lonque
application. Ce premier crayon
fervira pour montrer à Vôtre Majesté
mon obeisſſance , en luy prefentant
, felonle commandement
dont illuy a plû de m'honorer , ce
- qu'on découvre de plus rare &de
plus remarquable àfon obferuatoire
Royal.
Ona beau s'imaginer pouvoir
lire
GALANT.
17
lire dans les Aſtres. Ils ne nous
inſtruiſent point du moment fatal
où la mort arrive , & nous en
ſommes fort ſouvent ſurpris , que
nous la croyons encore éloignée.
C'eſt ce qu'on voit tous les jours ,
& dont Monfieur de Champlatreux
, Preſident à Mortier au
Parlement de Paris , nous fournit
un triſte exemple. Il mourut
ſubitement en ſon Hôtel le
Jeudy ſixiéme d'Aouſt . Monfieur
Molé , ſonFils aîné , alla recevoir
le lendemainles Commandemens
de Sa Majesté , & prit poffeffion
de ſa Charge l'onzième du même
mois , avec les formalitez accoûtumées.
Je ne vous en diray
pas preſentement davantage,
vous ayant parlé de ſa Famille
dans ma Lettre du mois d'Aouft
1679 .
Dans celle de Fevrier de la
meſme
18 MERCURE
meſme année , je vous entretins
fort amplement de Monfieur de
Bethune, Seigneur , Vicomte de
Meaux, Comte de Chanron , &
Baron de Guépré. La mort nous
l'a enlevé à l'âge de cinquante
ans . Il eſtoit Fils de Monfieur le
Duc d'Orval .
Monfieur l'Abbé de Montmoreau
n'a point joüy du don que
le Roy luy ayoit fait depuis trois
ou quatre mois. Il avoit eſté
pourveu de l'Abbaye de Manlieu
,& il eſt mort peu de temps
apres.
Il eſt mort auſſi un tres - fameux
Avocat , & un Medecin
qui a fait beaucoup de bruit.
L'un eſt Monfieur Beuré, & l'autre
Monfieur Blondel. La faculté
de Medecine de Paris joüit à
preſent d'un grand repos , par la
mort du dernier. Il demeuroit
feul
a
GALANT. 19
ſeul obſtinement opposé à l'approbation
generale de l'Antimoine,
dont il combatoit les bons
effets , ayant tellement troublé
depuis trente ans cette docte
Compagnie , qu'elle a paru toûjours
divisée. Comme apparemment
ſes opinions mourront avec
luy , il y a lieu d'eſperer que la
concorde& la paix ne manqueront
pas à s'établir parmy tant
d'honneſtes Gens , fi ce n'eſt
que les Scrutateurs de Specifiques
, & les Sectateurs des Acides
& des Alkali , qui font en
tres - petit nombre , ne s'imaginent
que le moyen de ſe diſtinguer
, c'eſt de faire parler d'eux,
& qu'ils ne veüillent un jour infinuer
dans quelques Theſes des
Propoſitions d'une doctrine erronée
, qui ne ſe peut foûtenir
que par des hypotheſes ou par
de
20 MERCURE
de trompeuſes experiences ; mais
le mal.nira pas loin , puis qu'on
n'a point à douter que la plus
ſaine partie de la Faculté ne s'y
oppoſe , & qu'elle n'arreſte le
cours de ces nouvelles & dangereuſes
Maximes , qui faiſant itmpreſſion
ſur l'eſprit de la Jeuneſſe
, pourroient luy donner une
teinture prejudiciable à la pratique
de la bonne Medecine.
Monfieur l'Evefque d'Alet a
preſté depuis quelque temps le
Serment de fidelité pour la Charge
de Grand- Maiſtre de l'Oratoire
du Roy , que poſſedoit Meffire
Loüis Fouquet, Eveſque d'Agde.
Il eſt de la Maiſon de Valbelle,
originaire d'Italie , & établie en
Provence depuis plus de 200. ans.
Les divers emplois dont ceux de
de ce nom ont eſté honorez , &
que leurs ſervices leur ont fait
acquerir
GALAN T. 21
acquerir juſtement, ſont des Elo-
-ges qui ne peuvent eſtre ſufpects
au public. Feu Monfieur
le Commandeur de Valbelle eut
l'honneur d'eſtre employé pluſieurs
fois par Sa Majesté en
- Candie , en Hollande' , en Italie,
& enfin à Meſſine , où il entra le
premier , inſulta la Flote des Efpagnols
, & fe fit admirer des
Hollandois dans les Combats de
de Lipari , d'Agoufte , de Palerme,
& de Sarragoce. Il fut cher
à ſa Patrie , habile dans les Lettres,&
generalement connu pour
un des plus braves & des plus
dignes ſujets de l'Etat.
Monfieur le Camus , Eveſque
de Grenoble , dontvous connoifſez
la pieté & le zele pour les intereſts
de Dieu , a eu depuis peu
une joye des plus ſenſibles , en
cevant le s . de ce mois l'Abjuration
22 MERCURE
:
ration de Meſſire Alexandre de
Bardonnenche , Seigneur de
Thorane , de Treſane , de ſaint
Martin , de Clelles , Vicomte de
Clermont en Triéves , & cy-devant
Conſeiller au Parlement de
Dauphiné. Ce changement a
furpris les plus confiderables des
Prétendus Reformez de cette
Province, qui le connoiſſant pour
un Homme d'eſprit & de jugement
, ne peuvent raiſonner à
leur maniere , ny chercher les
motifs de ſa converſion dans l'intereſt
ou dans la foibleſſe. Il n'a
plus ſa Charge de Conſeiller.
Ainſi s'il a renoncé à ſuivre Calvin
, cen'a point eſté pour la conſerver
à ſa Famille. Ce qui fait
d'ailleurs connoître qu'il ne s'eſt
rendu qu'à la connoiſſance de la
Verité, c'eſt qu'il y a deux Charges
ſemblables vacantes dans la
mefine
GALAN T.
23
meſme Compagnie, & que Monſieur
l'Evêque de Grenoble , &
Monfieur d'Herbigny Intendant
de la Province , l'ayant preſsé
d'en prendre une , avec offre de
la part du Roy d'en 'payer une
partie de la finance , & de luy
conſerver ſon rang d'ancienneté,
comme l'on eût pû attribuer l'action
qu'il vient de faire aux récompenſes
& aux bienfaits , il a
refusé ces offres , & publié qu'il
ne veut devoir ſon ſalut qu'aux
vives lumieres qui l'ont inſpiré.
Sa Famille est fort ancienne , &
nouseſt connuë par les ſoins de
Monfieur le Preſident Allard,
qui en a marqué la Genealogie
dans le troiſieme Volume de cel->
les qu'il a composées pour les
Maiſons nobles de Dauphiné.
Ungrand Bourg luy a donné le
nom qu'il porte , dans le temps
que
24 MERCURE
les Familles ſe ſont fait des noms
heréditaires. Aynard , Seigneur
de Bardonnenche , vivoit l'an
1210. C'eſt de luy que par quinze
degrez d'Ayeux qui ont fuccedé
les uns autres , & dont la
plupart ſe ſont ſignalez dans les
Armées des Dauphins de Viennois
, & des Roys Dauphins , eſt
deſcendu Mt de Bardonnenche
dont je vous apprens la converſion.
Ila eu le Brévet de Conſeiller
d'Etat ; & dans les Emplois
qui luy ont eſté confiez pendant
qu'il eſtoit Officier au Parlement
de Grenoble , il s'eſt toûjours
diftingué par ſa conduite
&par ſa prudence. Il a des Fils
dans le ſervice, qui commandent
des Compagnies , & porte , d'argent
au Treillis de gueulles , cloüé
d'or, au chef d'or , chargé d'un
Aigle naiſſant defable.
Le
GALANT. 25
Le 25. du dernier mois , Mademoiselle
de Tonnecharante,
de la Maiſon de Rochechoüart,
Fille de feu Monfieur le Comte
de Tonnécharante , Colonel du
Regiment de la Marine , & de
Dame Marie de Phelypeaux, Fille
de feu Monfieur de la Vrilliere
Secretaire d'Etat , épouſa le
troifiéme Fils de Monfieur Colbert,
que l'on appelle aujourd'huy
Monfieur le Marquis de Plainville.
La Noce ſe fit à l'Hoſtel de
la Vrilliere parMonfieur leMarquis
de Château- neuf, Miniſtre
& Secretaire d'Etat , Oncle de la
Mariée. Monfieur l'Archevéque
de Bourges , Frere de Monfieur
de Chasteauneuf, fit la ceremonie
des Epouſailles dans l'Egliſe
S. Eustache. Le lendemain , les
Parens de part & d'autre furent
conviez par Monfieur Colbert
Septembre 1682 . B
26 MERCURE
d'aller en ſa Maiſon de Sceaux.
Le Divertiſſement commença
par la promenade ſur le grand
Baſſin , où il y avoit un Concert
de Flûtes. Au retour de la promenade,
on trouva dans les Apartemens
des Concerts d'Inſtrumens
& de Voix. Ils furent ſuivis
d'un magnifique Soupé ſur trois
diferentes Tables. Al'iſſuë de ce
Soupé , il y eut un tres - beau Feu
d'artifice. Monfieur Colbert , qui
ſe faiſoit un plaiſir de ſurprendrel'Aſſemblée
, avoit commandé
au Sieur Gervais , qui étoit
l'Artificier , de ne point dreſſer
ce Feu que la Compagnie ne fuſt
fortie du Jardin , ce qui arriva
fort tard. Il fut placé au bas du
Jardin , & commença par ſoixante
Boëtes , qui furent ſuiviesd'un
pareil nombre de Fuſées d'honneur
que l'on tira deux à deux .
Cela
GALAN T.
17
Cela eſtant fait , fix groſſes Fu.
ſées de gloire partirene les unes
apres les autres. Ce ſont des Fusées
qu'à inventées le Sieur Gervais.
Chacune porte juſqu'à milleEtoiles
ou Serpenteaux. On mit
enfuite le feu àcinquante douzaines
de Pots à feu , & à vingtquatre
Quaiſſes de Fusées volantes
, de deux , quatre , fix , huit,
&douze douzaines chacune , ce
qui fit remarquer que le Feu alloit
toujours en augmentant.
Apres cela , on tira une Gerbe
ſerpentine , dont l'effet dura un
demy quart d'heure. C'eſt une
forte d'Artifice qui n'a point encor
paru. Il partit de derriere cette
Gerbe , preſque au meſme inſtant,
une grande Girande, composée
de cinquante douzaines
deSauciffons volans , &de quarante-
cinq douzaines de Fusées
Bij
-28 MERCURE
,
volantes . Tout cela partit enſemble,
& ce fut par le ſpectacle de
cette Girande que finit celuy du
Feu.Je vous ay ſi ſouvent parlé de
Monfieur le Marquis de Plainville
ſous le nom de Monfieur le
Marquis d'Ormoy que je ne
croy pas qu'il ſoit neceſſaire de
vous repeter ce que je vous en
ay dit , pour vous le faire connoiſtre
, & pour vous apprendre
que dans tout ce qui regarde
les fonctions de ſa Charge , il fait
ſervir le Roy avec la meſme vigilance,
la meſme exactitude , &
lemême zele que Monfieur Colbertfon
Pere.
Il eſt arrivé à Breſt un accident
qui , quoy que funeſte , n'a
pas laiſsé de paroître fort plaiſant.
Vous ſçavez , Madame , qu'il eſt
peu de Villes où il ne paſſe de
ces Savoyards , qui trouvent leur
ſubſiſtan
GALAN T. 29
ſubſiſtance à porter de Ruë en
Ruë de certaines Boëtes , dans
leſquelles les Enfans viennent
voir à peu de frais , la Rareté , la
Curiosité. Un de ces Porteurs de
Raretez ayant un jour trouvé le
Vinbon , en bût plus qu'il ne
falloit. Lors qu'il eut pris l'air,
il n'alla pas loin ſans tomber par
terre , & il y tomba ſi rudement ,
que l'apoplexie l'ayant ſurpris , il
fut fuffoqué en fort peu de temps.
La Juſtice ſe ſaiſit du Corps , &
le remit enſuite au Curé , qui luy
donna ſepulture. Le Bailly, s'emparant
du Savoyard , s'empara
auſſi de fon Trefor. Il ne confiſtoit
qu'en une Boëte. Le Paradis
eſtoit d'un côté , & l'Enfer de
l'autre. Le Curé pretendit eſtre
payé de ſa peine ; le Bailly de
meſme. Grand debat entr'eux,
& grand vacarme. Chacun s'em
Biij
30
MERCURE
preſſa pour les accorder ; & afin
que l'un ny l'autre n'eſt point à
ſe plaindre , on dit que le Butin
devoit eſtre partagé , & qu'il falloit
les faire tirer au fort. L'expedient
ne les accommode point.
Ils craignent l'augure , & aucun
des deux ne veut conſentir au
partage de l'Enfer. Cependant
la Boëte eſt toûjours en dépoſt.
Le diférent demeure indecis ; &
ceux qui m'ont inſtruit de l'affaire
, prient le Public d'en décider..
La Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ayant donné
une occupation aux beaux
Eſprits , Monfieur l'Abbé de la
Chaiſe n'a pas voulu demeurer
muet dans une ſi belle occafion
de parler. Voicy ce que cette
Naiſſance luy a fait dire.
SON
GALA NT . 31
SONNET.
Ans les Etats Chreftiens, dans
DanEmpire infidelle,
Les Princes au Printemps armoient
à qui mieux mieux ,
Et dans toute l'Europe on eust dit
que les Dicux
Vouloient nous menacer d'une Guerrecruelle.
Cependant quoy que Mars au combat
nous appelle ,
Nulnefuit aujourd'huy ſes tranfports
furieux ,
Et lors qu'on voit briller les Armes
en tous lieux ,
Dans le Monde la Paix se trouve
univerſelle.
B iiij
32
MERCURE
D'où vient tant de fureur & de
calme à lafois?
Il naît un Petit - Fils au grand Roy
des François ,
C'est ce qui fait armer , & ceffer les
alarmes.
V
Comme il vient pour regir toutes les
Nations ,
Pendant qu'ilnaît enPaix comme
lesAlcions ,
Tout pour le recevoir doit eſtre ſous
lesarmes.
Jamais Naiſſance n'a eſté ſuivie
d'acclamations ſi generales.
Il n'y a point de marques de
joye qu'on n'en ait données icy.
Quoy que ma derniere Lettre
ait eſté toute remplie des Réjoüiffan
GALANT. 33
joüiſſances que l'on y a faites
dans tous les Quartiers , elle n'a
point eſté aſſez ample pour renfermer
tout ce que j'avois à vous
en dire. Ainſi je fuis obligé de
vous en parler encore au commencement
de celle- cy. Parmy
les Communautez Religieuſes,
les Hoſpitalieres de la Raquete
ſe ſont diftinguées . On ne peut
faire plus de Prieres publiques
& particulieres qu'elles en ont
fait avant & apres les Couches
de Madame la Dauphine.
Elles chanterent folemnellement
le Te Deum , & vinrent en ſuite
aſſiſter au Feu qu'elles avoient
donné ordre que l'on preparaft.
On voyoit ſur un Lieu fort éminent
une Colomne de feu , au
deſſus de laquelle paroiſſoit un
Globe lumineux qui jetta une
infinité de Pyramides de flames.
Bv
34 MERCURE
Une clarté ſortit un moment apres
de l'épaiſſeur d'un Arbre , prodigieux
pour ſon exceſſive hauteur
; & cette lumiere qui ſe fit
jours à travers les ombres des
branches , repreſentoit en quelque
façon la Colomne de nuée
qui conduiſoit les Hebreux pendant
le jour , comme la Colomne
de feu dont je viens de
vous parler , repreſentoit celle
qui les éclairoit pendant la nuit.
Enſuite on entendit un grand
bruit , qui par une invention toute
nouvelle contrefit merveilleuſement
bien celuy du Canon. Ce
bruit fut ſuivy de deux Motets,
chantez l'un & l'autre par une
tres-belle Voix. Tout le Convent
fut illuminé,& l'on fit les réjoüiffances
& les liberalitez ordinaires
Les
GALAN T.
35
,
Les Religieuſes Hoſpitalieres
de la Place Royale ayant eſté
averties par Madame la Duchefſe
de Richelieu, que le temps des
Couches de Madame la Dauphine
approchoit firent des
Communions particulieres & generales
. Elles continuerent cette
devotion,accompagnée de Neufvaines
, juſques au jour que cette
meſme Ducheſſe leur fit ſçavoir,
que Madame la Dauphine
eſtoit en travail. La Superieure
fitincontinent venir au Choeur
toute la Communauté , qui ne
ceſſa point de 'prier juſqu'à ce
qu'elle euſt appris que la France
avoit un nouveau Prince. Les
Réjoüiſſances de ce Convent
onteſté proportionnées aux Prieres.
Outre les Prieres , les Inſtru
mens de Muſique , & l'Artifice,
dont
36 MERCURE
dont ſe ſervirent les Religieuſes
de la Viſitation de Sainte Marie
de la Ruë du Bac , Fauxbourg
S. Germain , pour marquer leur
joye , elles étalerent des Tableaux
de toutes les Conqueſtes
de Sa Majeſté . Ces Tableaux
étoient accompagnez de Deviſes
&d'Emblemes à ſa gloire .
On ne peut rien voir de plus
grand, de plus magnifique, ny de
plus ingenieux , que ce qu'on a
veu au Convent des Maturins.
Le Pere Mercier,General de cet
Ordre , appellé de la Sainte Trinité
& Redemption des Captifs,
avoit fait faire un Feu d'artifice
élevé ſur le Balcon de ſon Jardin.
La Figure du Roy , toute de
ſculpture , & d'un beau travail,
y eſtoit posée. On liſoit ce demy
Vers au deſſous , os humerofque
Deofimilis. Aux deux côtez
de
GALANT.
37
de cette Figure , on avoit placé
deux Buſtes , l'un de l'Empereur
Auguſte, avec ces paroles , Qui
Augusto augustior ; & l'autre du
fameux Annibal , avec celles- cy ,
Cui Magno magnus ceffitAnnibal.
Il y avoit entre ces deux Buſtes
quantité de Vaſes & de Pyramides
d'un tres-beau marbre. Au
deſſous de la Figure du Roy , &
devant la face du Feu d'artifice,
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
eſtoit repreſenté en Figure
d'argent , avec un Manteau
de Duc , & une Couronne
de vermeil doré . Le reſte du
Frontiſpice eſtoit orné des Armes
de toute la Maiſon Royale,
& de quantité d'autres Peintures
, toutes à la gloire de Sa Majeſté
. Deux Lyons de ſculpture
terminoient les deux extremitez
du Balcon. Le Pere General,
quoy
38
MERCURE
quoy qu'indiſposé depuis longtemps,
deſcendit exprés , & voulut
luy-meſme allumer le Feu. Il
fat tiré au bruit des Trompetes.
Toute la Court eſtoit environnée
d'un nombre preſque infiny
de Flambeaux de cire blanche.
Avant & apres le Feu , on tira
1 / quantité d'Artifice , & pendant
ce divertiſſement on diſtribua du
Vin en abondance .
Le Pere Prieur des Chanoines
Reguliers de la Maiſon Royale
de Sainte Croix de la Bretonnerie
, apres des Prieres & des
Réjoüiſſances extraordinaires, fit
un Régale à tous ſes Religieux.
On a chanté dans le même Lieu
un Te Deum pour la Compagnie
des Sergens à Verge du Chaſtelet
de Paris.
Dans la Tragedie repreſentée
au College de la Marche , il y eut
un
GALANT.
39
un Concert de Muſique à la
loüange du Roy , & pluſieurs
Odes recitées ſur la Naiſſance
du nouveau Prince. Le principal
de ce College , apres avoir fait
chanter le Te Deum , fit allumer
un Feu d'artifice , & diſtribuer
du Pain&du Vin.
Les Religieuſes de l'Annonciadedu
faint Eſprit , établies au
Village de Popincourt , par Jeanne
, Fille de France , ont ſuivy
en cette occaſion l'intention de
leur Fondatrice , qui eſt de s'appliquer
particulierement à prier
Dieu pour la Perſonne du Roy,
&pour toute la Maiſon Royale.
Ainſi elles ont fait des Prieres
journalieres & des Communions
generales , pour l'heureuſe délivrance
de Madame la Dauphine.
La nouvelle qu'elles en eurent
, fut ſuivie de Feux , & d'Illumi
40 MERCURE
luminations. Elles firent faire auf
fi une diſtribution de Pain & de
Vin.
Les Feſtes galantes n'ont pas
eſté oubliées parmy ces Réjoüiffances
. Des Demoiſelles bien faites&
fpirituelles , ont repreſenté
à faint Cloud une Comédie en
Muſique , composée ſur des
Avantures qui s'y ſont paſsées.
Elle avoit pour titre , l'Automne
de Saint Cloud, & eſtoit ornéede
Balets, de Machines ,& de changemens
de Theatre. Le Prologue
eſtoit ſur la Naiſſance de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Je vous l'envoye. On dit
que Monfieur Compoint le jeune
en a fait les Vers. Leur lecture
vous fera juger de leur bonté.
Il doit donner dans peu un
Livre au Public ſous le nom
de la Philofophie des Dames. La
Deco
GALANT.
41
Decoration de ce Prologue repreſentoit
dans les côtez du
Theatre , des Bois & des Plaines,
& dans l'enfoncement , un magnifique
Palais plein de Feux &
d'artifice , & environné de Fontaines
de Vinjaliſſantes.La Nymphe
de Verſailles , & la Nymphe
de faint Cloud , parurent fur ce
Theatre, & chanterent le Dialogue
qui fuit.
F
LA NYMPНЕ
de Versailles.
Uyez , cruels transports de ma
douleur profonde ,
Succedez à mes cris, Jeux &Plai
firs charmans,
Mon auguste Princeſſe en merveilles
feconde
Est délivrée enfin de fes affreux
tourmens . Les
42 MERCURE
Les Dieuxſeſontſervis de fes illustres
Flancs
Pour combler les ſouhaits du plus
grand Roy du Monde.
La Nymphe de S. Cloud.
Je ne l'ignore point, & ce riche appareil,
Ces brillantes Clartez, ces nouvelles
Fontaines ,
Ces doux bruits , & ces Voix qui
rempliffent nos Plaines ,
Me l'ont appris en troublant mon
Sommeil ,
Et la Nature enfin ſe ſurpaſſant
Soy-même
M'a fait appercevoir un changement
extréme ,
Par l'éclatant lever d'un troisième
Soleil.
La Nymphe de Verſailles .
Quelbien pour les François !
La Nymphe de S. Cloud.
Quelheureux avantage !
La
GALANT.
43
La Nymphe de Verſailles.
Déja mille Peuples divers
Accourus à l'envy du bout de l'Univers
,
Pour l'admirer , & pour luy rendre
hommage ,
Marquent l'excés de leur commun
bonheur.
La Nymphe de S. Cloud.
Mon Zele à lesſuivre m'engage,
Et je brûle en ſecret d'une pareille
ardeur;
Mais avant quesa veuë ait pû la
Satisfaire,
Ma Soeur, daigne de grace, employer
ton pinceau
A tracer le Portrait de ce Soleil
nouveau .
La Nymphe de Verſailles.
Reverons- le , ma Soeur , c'est tout ce
qu'on peut faire.
Le peindre , eſt un employ pour moy
trop relevé.
Le Ciel doit l'avoir réſervé
44
MERCURE
A quelque Puiſſance Supreme.
Je diray Seulement que fes traits
accomplis ,
Obligeroient Venus à confondre ellemesme
La beauté de ce Prince , & celle de
Son Fils.
Ie diray qu'il n'est rien de plus
grand, de plus rare ,
Que cet air si majestueux ,
Dont la Nature pare
Etfon front & ses yeux ,
Puis qu'on y voit briller le divin
caractere
De fon Aycul & de fon Pere.
La Nymphe de S. Cloud.
Il n'égalera point ces deux coeurs
genereux ,
Quoy qu'il en foit la naturelle
Image.
La Nymphe de Verſailles .
Pour devenirHéros fameux ,
Enſageſſe ainsi qu'en courage,
Il
GALAN T.
45
Ilsuffit qu'on approche d'eux.
Dés queſes tendres mains pourront
porter les armes ,
Ie lis dansſes beaux yeuxſafuture
valeur ;
Des Ennemisje prévois les alarmes,
Et des faits merveilleux pour un fi
jeune coeur,
Ievoy tous les Humains témoins de
Sagrandeur.
Ah , qu'ilsfcroient furpris par des
Exploitsfirares ,
Si dans ce regne renommé
LeHéros des François n'avoit accoutumé
LesNations, même les plus barbares
,
▲des prodiges dontjamais
N'ont approché les plus hauts
faits!
Les deux Nymphes enſemble.
Nous demandions un Prince ,& le
7 Cielnous l'envoye.
Rendons
46 MERCURE
Rendons graces aux Dieux
D'un don ſi pretieux.
Que l'Univers prenne part à la
joye
Qu'on voit éclater en ces Lieux.
Nous demandions un Prince , & le
Ciel nous l'envoye.
Rendons graces aux Dieux
D'un donſi pretieux .
La Nymphe de S. Cloud.
Permets queje te laiſſe ,&qu'enfin
je levoye
Cet auguste preſent des Cieux.
Cette Nymphe s'eſtant retirée
, l'on vit paroître un grand
nombre d'Habitans de Verſailles
&de S. Cloud, fuivis des Peuples
de diverſes Nations , accourus
pour voir le Prince.
La Nymphe de Verſailles .
Vous, heureux Habitans de ces belles
Campagnes ,
Et
GALAN Τ .
47
Et vous, qui pour le voir traverſant
Estes venus de l'une & l'autre exles
Montagnes
tremités
Que vos jeux & vos Chantsfaſſent
icy paroître
Le comblede plaisir & de felicité,
Qu'en recevant le jour , par tout il
afait naître.
Pluſieurs Etrangers & Etrangeres
, avec diférens Habits , témoignerent
à l'envy par leurs
dances , la joye que leur inſpiroit
la Naiſſance de ce Prince ;
apres quoy deux Habitans de
-Verſailles chanterent ces Vers .
Terminons, chers Amis , nos amoureux
tourmens.
Ce temps cy n'est pas fait pour les
tendres Amans ,
Mais seulement pour celebrer la
gloire
Du
48
MERCURE
Du Maistre de ces Lieux charmans.
En beuvant & chantant honorons
Sa memoire ,
Refervons nos amours au retour du
Printemps ,
Et dans un ſi bon temps
Neſongeonsplus qu'à boire.
Le Choeur des Habitans de
Verſailles ayant repeté ces deux
derniers Vers , quatre Bergeres
dancerent avec quatre Yvrognes .
Ces autres Vers , chantez par
deux Habitans de S. Cloud , ſuivirent
leur dance.
Servons nous de cejour heureux
Pour celebrer nos plus beauxjeux,
Et que tout cede
Au zele genereux
Qui nous poſſede.
Servons- nous de cejour heureux
Pour celebrer nos plus beauxjeux .
Une
GALANT. 49
Une dance generale des diferens
Peuples qui estoient ſur le
Theatre, finit ce Prologue.
Toutes les Communautez , &
tous les Corps , ayant témoigné
leur zele en faiſant chanter le
Te Deum , Mefſieurs de l'Académie
Françoiſe, qui ont l'honneur
d'avoir le Roy pour Protecteur
de leur Compagnie , en ont fait
chanter un en Muſique dans la
Chapelle du Louvre. Il eſtoit de la
compoſition de MonfieurOudor,
dont je vous ay déja parlé pluſieurs
fois,& il fut executé parplus
de ſoixante Perſonnes , Joüeurs
d'Inſtrumens , & Muſiciens. La
plûpart de ces Meſſieurs ſe ſont
diftinguez en cette occaſion par
leurs Ouvrages. Je vous en ay déja
envoyé quelques uns. En voicy
encordeux Sonnets. Monfieur
Quinaut a faiz le ſecond.
Septembre 1682 . C
50
MERCURE
EN
SONNE T.
Nfaveur de l'Etat , Ciel , que
n'a ta pasfait ?
Nos voeux font exaucez , la Dauphine
eftfeconde.
Ta liberale main par un donfiparfait
,
Vient de perpétuer le plus beau
Sang du Monde .
L'allegreſſe eſt par tout, chacun est
Satisfait,
Nul ne peut contenir l'aise dont il
abonde ,
Etpeu s'en est falu que LOUIS
en effet
N'en ait déconcertéſaſageſſe profonde.
Qu'ilvoye en cheveux blanes les
Enfansdefon Fils
Le
GALANT. I
Leſuivre avec leur Pere au Siege
de Memphis ;
Queta protectionfur eux se manifeste.
Icy rien ne nous manque , &nous
Sommes contens .
Avec le mesmesoin pourvois à tout
le reste ,
Ciel, tu nous as donné des Maîtres
pour longtemps .
G
SONNET.
Rand Roy , que mille Exploits
fameux
Couvrent d'une gloire immortelle,
Goûtez une douceur nouvelle ,
Un Petit- Fils comble vos voeux .
Que despectacles ! Que de Jeux!
Quels transports d'un Peuple
fidelle !
Cij A
52
MERCURE
A t- on veu la joye & le Zele
Allumerjamais tant de feux ?
**
C'est peu pour Vous , que l'avantage
D'avoirvea parvôtre courage
L'Univers cent fois alarmé.
Loüiffez d'unfort preferable
Au bonheur d'estre redoutable,
lamais Roy nefut tant aimé.
Je joins à ces deux Sonnets,
l'Idille de Madame des Houlieres
, dont le bruit doit eſtre allé
juſqu'à vous , par les applaudiſſemens
qu'il a reçeus à la Cour &
à Paris. Il y a tant de délicatefſe
, de bon goust ,&de bon fens ,
dans tout ce qui part de cette
illuſtre Perſonne , que ſi l'uſage
eſtoit que les Femmes fuſſent reçeuë,
à l'Académie , on previendroit
GALAN T.
53
droit ſes ſouhaits , pour luy offrir
place dans cette celebre Compagnie
.
****************** : 40533 33 43 ERROR SER
LA
POUR
NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
IDILLE.
L'Amour preſſe d'une douleur
Eteint fon Flambeau , rompt fes
Traits ,
Et par le Stix jureàſa Mere
Qu'il ne s'appaifera jamais.
Tout ſe reſſent deſa colere ,
Déja les Oiseaux dans les Bois
Nefont plus entendre leur voix ,
Cij
54 MERCURE
Et déja le Berger neglige Sa Bergerc.
Ce matin les leux & les Ris ,
De l'Amour les feuls Favoris ,
M'ont découvert ce qui le defefpere.
Voicy ce qu'ils m'en ont appris.
Vn divin Enfant vient de naitre,
M'ont- ils dit , à qui les Mortels
Avec empreſſement élevent des Autels
,
Et pour qui fans regret nous quittons
nôtre Maître.
Si l'Amour eſt jaloux des honneurs
qu'on luy rend ,
Il est encor plus deſes charmes ;
En vain pour effuyerſes larmes ,
Vénus ſurſes genoux le prend ,
Luy fait honte de ſes foibleſſes ;
Et quand par de tendres caref-
Ses
Elle croit l'avoir adoucy ,
*
D'un
GALANT.
55
D'un ton plus ferme elle luy parle
ainfy.
Vous avezfourny de matiere
Au malheur dont vous vous plai-
L'aimable Enfant que vous crai-
1
gnez ;
gnez ,
Sans vous n'eut point veu la lumiere
;
Mais conſolez vous- en ,luy qui vons
rend jaloux ,
Vn jour soumis à votre Em-
-pires
Quoy que la Gloire en puiſſe
dire,
Fera de vos plaiſirs fon bonheur le
plus doux.
Reprenez donc vôtre Arc; Quoy.
mon Fils, feriez- vous
Aux ordres des Destins rebelle ?
Songez que vous devez vos foins à
l'Univers
Cij
56 MERCURE
Que par vous tout fe renouvelle
;
Que dans le vaſte ſein des
Mers ,
Que sur la Terre & dans les
Airs ,
La Nature àfon aide en tout temps
vous appelle.
Ha ! s'écria l'amour , je veux me
vanger d'elle ;
Contre elle avec raiſon je me sens
animé .
Avec de trop grands Soins cette Ingrate
a formé
Cet Enfant , ce Rival de ma gloire
immortelle .
Concevez-vous quelle est ma douleur,
mon effroy ?
Il est déja beau comme moy ;
Mais jusqu'où les Mortelsportentils
l'infolence ?
Sans respecter mon pouvoir , ny
mon rang ,
On
GALANT.
57
On ofe comparerfonfang avec mon
On fait plus , fur le mien il a la
Sang;
preference ;
On ne craint point pour luy la celeſte
vangeance ;
Il a dansfon Ayeul un trop puiſſant
Appuy.
Quel Dieu pour la valeur , Quel
Dieu pour la prudence ,
Pourroit avec LOVIS disputer aujourd'huy
?
Depuis qu'ilfut donné pour le bien
de la France ,
On n'a plus adoré que luy.
De l'univers , il regle la for.
tune ;
Par un prodige il est tout - à - la
fois
tune;
Mars , Apollon , Iupiter & Nep-
Ses bontez , ſes ſoins , ſes exploits,
C
58 MERCURE
Font la felicité commune .
Au dela de luy-même il porte ſon
bonheur,
A Son auguste Fils luy- mesmefert
de guide ;
On voit ce Fils brûler d'une héroïque
ardeur,
Et de Gloire en tout temps
avide ,
Dans le ſein mesme de la
Paix ,
Aux frivoles plaisirs ne s'arreſter
jamais.
Ilſe plaiſt àla chaſſe, image de la
Guerre ,
Ilſe plaiſt à dompter d'indomptables
Chevaux ,
En attendant le jour qu'armé de
Son Tonnerre,
LOVIS en triomphant du reste de
laTerre ,
Fourniſſe àſa Valeur de plus nobles
travaux.
Bien
GALANT.
59
Bien que de la Beauté vous soyez
la Déeffe ,
Vous ne luy cauferiez ny transports,
ny defirs ;
Heureux & digne Epoux d'une jeune
Princesse ,
Qui merite tous ſesſoûpirs.
Il ne daigne tourner ſes regardsfur
les autres ;
Afes charmes auſſi quels charmes
Sont égaux ?
Elle a les yeux aussi doux que les
vôtres ,
Et n'a pas un de vos défautsre
Venus alors rougit de honte ,
Et lançant ſurſon Fils des regards
enflâmez ,
Qucy donc , dit - elle , à vostre
conte
One Mortelle me furmonte?
Hé bien, l'illustre Enfant dont vous
vous alarmez,
Pres
60 MERCURE
Pres de moy tiendra voſtre place;
Je veux ( & le Deſtin ne m'en
dédira pas )
Que quoy qu'il dife , ou quoy qu'il
false,
Ony trouve toûjours une nouvelle
Grace;
Toutesvontparmon ordre accompagner
ses pas.
L'Amour tremble à cette menace
,
Il veut flater Venus ; mais Venus à
ces mots ,
Ti jjeettttee dansfon Char,&
Paphos .
volevers
Dans fon coeur la colere à lahonte
s'affemble ;
Le chagrin de l'Amour s'accroistpar
ce courroUX ,
Et comme le chagrin & nous
Ne pouvons demeurer enfemble,
Nous
GALAN Τ. 61
1
Nous avons reſolu d'abandonner
l'Amour ,
Pourvenir faire nostre cour
Au beau Prince qui luy reſſemble.
- Voila ce que les Ris & les feux
m'ont conté ;
- Ce Prince est si charmant, qu'on les
en peut bien croire ;
L'Amour est aujourd'huy jaloux de
Sabeauté,
Vn jour viendra que Mars le fera
defagloire.
Puiffe-t- il toûjours grand , estre
toûjours heureux ;
Puiſſe le juſte Ciel accorder à nos
vaux
· Pour luy de nombreuſe années ;
Qu'il paſſe des Héros les Exploits
inoüis ,
Et qu'un jour, s'ilse peut,fes grandes
destinées
Egalent celles de LOFIS.
Je
62 MERCURE
Je voy bien , Madame , par
ce que vous me mandez du Napolitain
, que cet Ouvrage a
fait du fracas dans voſtre Province.
J'avois bien préveu que vos
Amies en feroient touchées .
On doit au moins demeurer d'accord
qu'il a cet avantage fur
beaucoup de Livres de cette nature
, que quelque violente paffion
qui y ſoit dépeinte , il ne
donne point de mauvais exemple
, puis que l'amour y eſt inſpiré
par le devoir. Comme jamais
il n'en fut de plus preſſant , peuteſtre
auſſi n'a-t-on jamais entendu
parler d'un amour de cette
force. Le devoir ne produit
pas toûjours de pareils effets,
& c'eſt en cela que ce Livre eſt
fingulier. Je n'ay veu perſonne
que le ſexe ou l'âge ait difpensé
de pleurer , en lifant la Lettre
GALANT. 63
tre que la malheureuſe Amante
du Napolitain écrit en mourant
à cet innocent Coupable.
Elle eſt pleine d'un defordre
qui met icy bien du trouble
dans les coeurs . On n'a jamais
- rien veu de plus naturel. Le
vray s'y fait ſi bien remarquer
- qu'une Femme fort ſpirituelle
- diſoit il y a quelques jours , liſant
cette Lettre, qu'elle ne pouvoit
ſe perfuader qu'elle lût un
- Livre. Beaucoup de Perſonnes,
qui le ſecret de cette Hiſtoire
eſt connu , ſçavent que peu d'incidensy
font inventez , & que la
plupart des Lettres ont eſté écrites
de la maniere qu'on les a données
au Public. La paffion manque
rarement d'eſtre eloquente;
= & en matiere d'amour,pour écrire
juſte , on n'a qu'à ſuivre les
mouvemens de fon coeur.
Vous
64 MERCURE
Vous me demandez des nouvelles
de l'Académie de Mufique.
Les Aſſemblées y font fort
nombreuſes . Cependant on n'y
repreſente qu'Alceste , qui n'eſt
pas nouveau. Il eſt vray qu'il
l'eſt par les Machines , auſquelles
Monfieur Bérain a parfaitement
réüfly . C'eſt à luy que nous
devons l'invention des Lumieres
vives pour les Illuminations. Le
Soleil qui parut devant la Porte
de l'Opérale jour que Monfieur
de Lully le donna liberalement
au Peuple , eſtoit composé de
plus de mille Lampes. Il en fit
un eſſay devant ſa porte , dés les
premiers jours qu'on fit icy des
Réjoüiſſances pour la Naiſſance
de Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Il ne faut pas s'étonner
apres cela , fi l'Illumination des
Galeriesdu Louvre a eſté ſi écla
tante,
GALAN Τ. 65
- tante, puiſque c'eſt le même Mon-
- ſieur Berain qui s'en eſt meflé.
Mais pour revenir à l'Opera , il
faut vous apprendre que Monſieur
de Lully travaille à celuy de
- Phaëton . Il doit eſtre pour le Roy.
Je ne vous dis point qu'on attend
beaucoup de cet Ouvrage. Quoy
qu'on s'en promette , on peut
s'aſſurer qu'il remplira tout ce
- qu'on attend ; un auſſi grand
Homme que luy ne pouvant rien
faire qui ne ſoit le charme de
tous ceux qui ont un peu de
gouſt en Muſique. Le nouveau
ſuccés d'Alceſte en eſt une preuve.
Il y a pluſieurs années que cet
Opera eſt fait , & on ne laiſſe pas
d'y découvrir tous les jours des
beautez nouvelles , qui y font
courir en foule , comme ſi c'étoient
les premieres Repreſentations
que l'on en donnaſt.
L'Univer
66 MERCURE
L'Univerſité de cette Ville
ayant eſté la premiere de toutes
les Compagniss à donner des
marques publiques de ſa joye
pour la Naiſſance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
ne s'eſt pas contentée de faire
ceſſer pendant trois jours l'Exercice
des Claſſes dans tous les
Colleges , & d'y ordonner des
Prieres & des Feux , dés qu'elle
eut appris cette nouvelle. Elle
a crû qu'en qualité de Fille aînée
des Roys de France , &
par conſequent de LOUIS LE
GRAND , elle eſtoit obligée
d'entrer plus particulierement
dans les fentimens de la Famille
Royale, Ainſfi s'eſtant aſſemblée
par fes Députez chez Monfieur
Tavernier ſon Recteur , au
College de Navarre , elle ordonna
que pour terminer par
quel
GALAN T. 67
quelque choſe de ſingulier les
Rejoüiſſances & les Prieres qu'elle
avoit faites pendant un mois,
on feroit une Proceffion extraordinaire
en l'Egliſe de Noftre-
Dame , Protectrice de nos Roys,
& de tout le Royaume , & que
pour cela on choiſiroit le Samedy
cinquiéme de Septembre,
afin d'honorer en meſme temps
le jour de la Naiſſance de Sa
Majesté , qui eſt la ſource de
tous les bonheurs dont joüit la
France. La choſe fut execttée
de cette maniere par les
foins de Monfieur de Lenglet,
Syndic de ce ſçavant Corps , qui
fut chargé de l'ordre de toute la
- Cerémonie .
P
P
Monfieur Tavernier Recteur,
apres avoir fait agréer à Monſieur
l'Archeveſque de Paris que
l'Univerſité fit chanter un Te
Deum ,
68 MERCURE
Deum , & à Meſſieurs les Doyen
& Chapitre qu'elle allaſt proceffionnellement
à leur Egliſe le
jour que je viens de vous marquer
, envoya dés le Jeudy troifiéme
du meſme mois ſon Mandement
aux Doyens des Facultez
, aux Procureurs des Nations
, aux Principaux des Colleges
, & à tous les Supérieurs
des Ordres Réguliers qui font
du Corps de l'Univerſité , & à
tous les Officiers & autres Membres
qui en dépendent , portant
ordre de ſe rendre le Samedy
ſuivant à huit heures du
matin au Cloiſtre des Maturins
, Lieu ordinaire de leurs
Aſſemblées generales , où s'étant
rendu luy- meſme à l'heure
aſſignée , il prononça un fort
beau Difcours Latin , dans lequel
entr'autres choſes il fit voir
د
par
GALAN Τ. 69
par les Paſſages des Livres
laints , & de quantité d'Hiſtoriens
, dont les témoignages ont
toûjours eſté reçeus , Que c'est
une coûtume presque aussi ancienne
que le Monde , de ſolemnifer
le jour de la Naiſſance
des Grands Princes avec toutes
les démonstrations poſſibles
de joye. Il dit , que celuy de la
- Naiſſance du Roy devoit eſtre
- celebré avec des tranſports d'auplus
extraordinaires cette
année , qu'il concouroit avec
celle du jeune Prince , qui eft
la consommation de la grandeur
de Sa Majesté , l'affermiſſement
de l'Etat , & toute l'esperance
des Sciences & des Lettres, dont
tant
cette
70
MERCURE
cette grande compagnie , qui ne
reconnoist que le Roy pour Fondateur
& pour Chef, se promettoit
de faire profeſſion à l'avenir,
avec autant de tranquillité , de
fuccés & de reputation , qu'elle
avoit fait depuis prés de neuf
Siecles ſous les glorieux auspices
de plus de quarante Roys. Il
finit , en exhortant ceux qui
compofoient fon Auditoire,
à faire éclater dans l'Action à
laquelle ils ſe diſpoſoient ,
joye pleine de pieté , & d'une
Religion fincere , non par le
brillant des Feux d'artifice , ny
par le bruit des Baêtes , mais par
leurs Chants , & par les vives
ardeurs
une
GALANT.
71
انا
:
F
ardeurs d'une Charité divine ,
dont lesfeux sont toûjours actifs,
lesflames pures.
,
Apres cette Harangue , qui
reçeut beaucoup d'applaudiſſemens
de toute la Compagnie ,
parce qu'elle exprimoit fort naturellement
par la bouche du
Chef , les ſentimens de tous les
Membres on ſe mit en marche
en l'ordre , & en la maniere
accoûtumée. Chacun y parut
avec ſes Habits de ceremonie
; & quoy que ce fuſt le
temps des Vaccations où la
plupart des Profeſſeurs & des
Maiſtres de toutes les Facultez
font à la Campagne , il ne laifſa
pas de s'y trouver un nombre
beaucoup plus grand que
dans les Proceſſions ordinaires ,
د
chaque Compagnie ayant tâ-
1
ché
72 MERCURE
ché à l'envy de ſignaler fon zele
& fa pieté dans cette importate
occafion , où il s'agiffoit
d'attirer par des Prieres les
benedictions ſur toute la Famille
Royale . Ceux meſme que
l'âge avoit diſpenſez depuis un
long temps de ſe trouver aux
Aſſemblées publiques , ſemblerent
avoir repris des forces pour
venir en celle-cy , & y aſſiſter
juſques à la fin. Monfieur le
Doyen de Theologie fut de ce
nombre. On le vit à la teſte
de ſa Compagnie ſervir d'exemple
à tous ceux qui la compoſent
& qui faifoient prefque
la moitié du Cortege de ce
jour là.
د
La Proceſſion ayant pris ſa marche
par la Ruë de la Harpe,& par
deſſus le Pont S.Michel,paſſa devant
la premiere Porte du Palais,
&
GALANT.
73
- & arriva ſur les dix heures à
Noftre -Dame , où elle fut reçeuë
dans l'Egliſe au bruit des
plus groffes Cloches, qui avoient
commencé à ſonner des le matin
; & dans le Choeur , au fon
de pluſieurs inſtrumens de Muſique
, qui formoient une Symphonietres
-agreable. On ſe plaça
en la maniere ordinaire . La
Faculté de Theologie , & celle
de Medecine , occuperent les
Chaiſes du coſté droit , ayant
Monfieur le Recteur à leur tête.
Celles de Droit & des Arts,
remplirent le coſté gauche ; &
la foule des Docteurs , des Licentiez
, des Bacheliers , & des
Maiſtres és Arts , ſe trouva fi
grande , qu'encor que Mefſieurs
du Chapitre Noftre-Dame
, par un effet du zele qu'ils
ont pour tout ce qui regarde la
Septembre 1682 . D
1
:
74
MERCURE
,
>
gloire du Roy , euſſent abandonné
ce jour - là tout leur
Choeur à l'Univerſité auffibien
que leur Muſique & leurs
Officiers & qu'on euſt donné
tous les ordres neceſſaires
pour empefſcher la confufion ,
les Compagnies ſe trouverent
mêlées les unes parmy les autres
; ce qui faisoit un ſpecta.
cle tres - particulier du mélange
des diférentes couleurs , &
des diférens Habits qui les diſtinguent.
Un fort grand nombre
de ceux qui ne pûrent avoir
place dans les Chaiſes , ny fur
les Bancs qui avoient eſté préparez
en divers endroits du
Choeur , demeurerent debout
pendant toute la Ceremonie,
qui dura juſqu'à une heure. Elle
commença par la Meſſe , qui
fut celebrée avec beaucoup de
pompe
GALANT.
75
pompe & de folemnité par Monfieur
Cocquelin , Docteur de
- Sorbonne , & Chancelier de
Noftre-Dame & de l'Univerſité.
Il eſtoit aſſiſté de Mefſieurs
Boucher & Courſier , auſſi
Docteurs & Chanoines , dont
le premier faiſoit les fonctions
de Diacre , & le ſecond de
Sous - Diacre. Treize Officiers
aſſiſtans & ſervant à l'Autel ,
les environnoient. La Meſſe fut
chantée , auſſi- bien que le Te
Deum à la fin , par la Muſique
de cette Eglife , & par
un grand nombre d'Inſtrumens .
qui répondirent admirablement
à la beauté & à la force de
la compoſition de Monfieur Mignon.
Le Te Deum , & les Prieres
pour le Roy eſtant achevées
Monfieur le Recteur ,
qui avoit occupé la premiere
د
Dij
76 MERCURE
Chaiſe du Choeur , fortit de
ſa place , & s'eſtant approché
de l'Autel , accompagné
des Doyens des Facultez
, & des Procureurs des
Nations , il y fit remercier
Monfieur Cocquelin Chancellier
, ſelon la coûtume,
par un Compliment Latin
que Monfieur du Clos , Bachelier
de Theologie , &
Profeffeur au College de Na.
varre , prononça avec beaucoup
de ſuccés. Il dit à ce
Chancelier , Que c'estoit un
heureux rencontre pour l'Univerſité
, d'avoir pû adreſſerſes
prieres à Dieu par l'organe
dune
GALAN T.
77
d'une des premieres Dignitez
de la plus illustre Eglise du
Royaume , & du Chancelier de
la plus fameuse Univerſité du
Monde ; & que comme il repreſentoit
le Corps du Chapitre
de la Metropolitaine , les voeux
de deux des plus celebres &
des plus anciennes Compagnies
de l'Etat , se trouvoient unis
pour demander la confervation
d'un Monarque , qui estoit leur
commun Maistre , & leur commun
Protecteurs que cette confideration
jointe avec celle du
Lieu où le Sacrifice venoit
d'eftre offert , donnoit ſujet d'efperer
qu'ils feroient reçeus fa
Diij
7.8 MERCURE
vorablement du Ciel , & que
tous ceux qui avoient la gloire
a'y avoir participé , joüiroient
paisiblement & longtemps de la
felicité d'un Regne auſſi éclatant
& auffi heureux que celuy
de LouisXIV.
Monfieur Cocquelin répondit
à ce Compliment
avec l'éloquence qui luy eſt
fi naturelle & dit , Qu'il
sçavoit bon gré à l'Univerfité
de ce qu'elle s'estoit voulu
distinguer dans les Rejoüif-
Sances publiques , par les choſes
qui estoient plus de la bien-
Seance pour elle , &de ce qu'elle
estoit venüe dans le Lieu
de
GALAN T. 79
de ſa premiere origine & de
Son ancien domicile , offrir à
Dieu l'odeur des parfums , &
les flâmes du Sacrifice de charité
, qui devoient luy estre plus
agreables que les Feux qu'on
avoit allumez juſque là dans
la Ville , dans toutes les
Provinces , puis que c'estoit reconnoiſtre
les dons du Ciel par
des preſens que le Ciel mesme
avoit fournis à ceux qui venoient
les offrir avec une pieté
-ſi edifiante , & qui n'avoient
rien trouvé sur la terre qui
puſt auſſi dignement répondre
à la grandeur des graces
que le Royaume en avoit re
D iiij
80 MERCURE
ceises par la Naiſſance du Roy,
& celle de Monseigneur le Duc
de Bourgogne s ce qui luy donnoit
lieu d'employer en cette occafion
les paroles d'un grand
Roy qui en avoit merité de
ſemblables ; Beny foit Dieu , qui
a donné à David un Fils plein
de toute la ſageſſe neceſſaire
pour gouverner un grand Peuple
, & de dire , Beny foit
Dieu , qui a donne à Loüis le
Juste un Fils doüé d'une ſages-
Se consommée , pour conduire ce
grand Etat qu'il a herité de
buy , & qui a donné à Loüis
LE GRAND un Fils tres -fage,
dont il vient de voir nattre
GALANT. 81
د
tre un petit Fils , qui égalera la
gloire de ſes Ancestres. Il fit
enfuite des applications tresjuſtes
des Paſſages des Saints
Peres & s'arreſta principalement
ſur l'endroit de
l'Apologie de Tertullien , où
il exhorte tous les Chrêtiens
de ſon temps , & particulierement
les Preftres &
les Eveſques , à demander à
Dieu pour l'Empereur, quoy
qu'il en adoraſt d'autres que
le leur , une longue & beureuſe
vie , une famille florif-
Sante , des Troupes victorieuſes
& invincibles , des Sujets
Vertueux , de fidelles Confeil
Dv
82 MERCURE
lers , une Pofterité nombreuſe,
un Regne paisible , & enfin tout
ce qu'unHomme & un grand
Prince peut souhaiter pour fa
propre satisfaction , &pour la
felicité de ſes Sujets. Il conclut
, en faiſant voir que des
Peuples Chreftiens font dans
une obligation beaucoup plus
eftroite , de demander ces cho-
Sesà Dieu pour un Prince Treschreſtien
; qui meriteparfa bonté
d'eſtre appellé le Pere de la
Patrie , & par sa pieté le Protecteur
des Autels , & le Reſtaurateur
de la Religion de fes
augustes Ancestres. Apres ce
Diſcours,donttoute la Compagnie
GALANT. 83
1
pagnie fut tres-fatisfaite , la
Proceffion retourna par la
Ruë Saint Jaques en l'Egliſe
des Maturins , dans lemême
, ordre , & avec le même
nombre de Perſonnes qu'el
le eſtoit venuë. On y fit encore
une Priere , & enſuite
on ſe ſepara avec une fatisfaction
generale de tous les
Corps , & de tous les Particuliers
, d'avoir pû rendre
un témoignage public , en
la maniere la plus convenable
àl'Univerſité , de ſon
reſpect envers le Roy ,& de
ſa picté enversDieu.
La Planche que je vous
envoye,
84 MERCURE
envoye , m'engage à vou
parlerde nouveau de ce qu
s'eſt paſsé aux Galeries du
Louvre le jour de la Feſte de
Saint Loüis . Monfieur Bérain
, qui s'eſtoit ſervy de
Lumieres vives dans des
Lieux découverts , avant
qu'aucun autre s'en fuſt ſervy
à Paris , donna le premier
l'idée de s'en ſervir dans
l'Illumination dont je vous
ay entretenuë amplement le
dernier mois. Il en fit un
Deſſein , & enſuite tous les
Intereſſez dans cette dépenſe
contribuërent de leurs
avis , de leurs foins , & de
leur


GALAN T. 85
leur bource , pour cette Illumination
, dont on a ſi avantageuſement
parlé. Monſieur
Girardon, fameux Sculpteur
, affez connu par les
beaux Ouvrages qu'il a faits,
&dont on voitun fort grand
nombre à Verſailles , étant
logé au Portique du milieu
, & fon Logis occupant
plus d'étenduë que les autres
, fit décorer & illuminer
ce Portique à ſes dépens
,& ne laiſſa pas d'entrer
encor pour ſa part dans
les autres frais que l'on fit en
general. Il ne s'eſt pas contenté
de cette dépenſe. Il a
i
fait
86 MERCURE
fait encor graver la Planche que
je vous prie de conſiderer. Elle
contient toute la face du Portique
dont je viens de vous parler
, & que l'on voit au milieu
de la partie de la Galerie où ſont
les Logemens. Il y en a quatorze
de chaque coſté , dans l'eſpace
d'environ quarante toiſes ; de
forte que le tout en a quatrevingts
de long , ſans comprendre
ce Portique qui en a quatre. J'ay
crû , Madame , que pour vous
faire concevoir une idée de toute
cette Illumination , qui a efté
applaudie de tout le monde , il
ſuffiroit que la Planche repreſentaſt
le Portique. Il eſt accompagné
de deux des vingt- huit Logemens
qui ſont de ſimétrie ,
occupez par ceux qui excellent
dans les Arts , & que le Roy a
choiſis pour les en gratifier. Je
ne
GALANT .
87
EL
al
fo
of
P
a
10
V
|
ne doute point , Madame , que
le travail de cette Planche ne
vous paroiſſe tres- beau . Elle eſt
faite par un jeune Homme qui
égale déja les plus habiles Graveurs
, & qui ſe fera autant con.
noître par luy- meſme , qu'il eſt
connu à Paris par le nom de feu
fon Pere . Il eſt Fils du Sieur Marotte
, Architecte & Graveur ,
qui a laiſſe beaucoup d'Ouvrages
au Public .
Monſeigneur le Dauphin trouvant
l'image de la Guerre dans
l'exercice de la Chaſſe , a continué
pendant tout ce mois à
prendre ce divertiſſement. Il a
chaſſe tres - ſouvent aux environs
de Verſailles , d'où il eſt
venu trois fois dans la Plaine
de ſaint Denys , & chaque fois
ce Prince a fait collation à ſaint
Oüen dans la belle Maiſon de
Mon
88 MERCURE
Monfieur de Boisfranc. Monſieur
, Madame , & Mademoiſelle
vinrent ſe promener au
meſme Lieu au commencement
de ce mois. Leurs Alteſſes Royales
eſtoient accompagnées de
Madame la Princeſſe de Rohan
, de Madame la Ducheſſe
de Vantadour , de Madame de
Grancé , de Madame la Marquiſe
d'Effiat , de Madame de
Gourdon , & de Mademoiſelle
de Loupes. Toute cette illuſtre
Compagnie arriva ſur les quatre
heures , & ſe promena d'abord
ſur les Terraſſes & dans
les Jardins ; mais le lieu où l'on
demeura le plus long - temps ,
fut l'Orangerie. C'eſt un endroit
enchanté. On y voit une
grande Perſpective , qui repreſente
Cerés , que Leurs Alteffes
Royales trouverent tresbien
GALANT . 89
د
bien faite , & tres - finis. Auffi
cette Perſpective a - t - elle eſté
peinte par un jeune Homme
de l'Academie , dont tous les
Ouvrages font eſtimez . Il s'appelle
Monfieur Bologne. Aprés
qu'on fut revenu de la promenade
on entra dans un Sallon
, où Monfieur de Boisfranc
donna un magnifique Ambigu
à Leurs Alteſſes Royales ,
qui firent l'honneur à Mademoiſelle
de Boisfranc de la faire
manger à leur Table. Monfieur
de Boisfranc ſervit MONSIEUR
; & Monfieur de Boisfranc
fon Fils , Maiſtre des Requeſtes
, ſervit Madame & Mademoiselle.
J'ay à vous apprendre le retour
d'une ſanté dont je croy
que toute la France donnera
aut ant de marques de joye que
la
१० MERCURE
i
la Cour en a donné. Vous voyez
bien que je veux parler de celle
de Monfieur le Chancelier. Il eſt
impoſſible de voir plus de conſternation
qu'il en a paru dans
le Conſeil , dans la Cour , &
dans cette Ville. Le Roy meſme
a fait connoître qu'il étoit vivement
touché de la maladie de
ce grand Miniſtre. Ce Prince
connoît mieux que perſonne les
lumieres de ſon eſprit , & fes
Sujets connoiſſent ſon équité. Il
ſemble que le Ciel , qui favoriſe
tous les voeus du Roy , parce
qu'il ſoûtient ſes intereſts , ait
non ſeulement redonné la ſanté
à Monfieur le Chancelier pour
ſervir ce Monarque , mais qu'il
en ait meſme hâté le retour ;
une ſi prompte guériſon dans le
temps qu'on l'attendoit le moins,
tenant du miracle. Meſſieurs les
Secre
GALANT. 91
Secretaires du Roy ont fait chanter
une grande Meſſe aux Celeſtins
pour demander cette guérifon.
Le nom de ces Peres me
fait ſouvenir de ce qui s'eſt paf-
-ſe à leur Convent. Quoy qu'ils
n'ayent rang icy que les derniers
, ce ſont eux qui ont chanté
à Paris le premier Te Deum
pour la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne.
Voicy comment la choſe arriva .
Madame Fieubet , Femme de
Monfieur Fieubet,Conſeiller d'Etat
, & Chance'ier de la Reine,
ayant receu la nouvelle de cette
Naiſſance dés cinq heures de
matin , monta en Carroffe pour
aller à Verſailles ; & comme elle
demeure prés de ce Convent,
elle l'apprit à ces Peres , qui
ayant chanté auſſi - toſt le Te
Deum , eurent l'avantage d'eſtre
les
92
MERCURE
les premiers à rendre graces à
Dieu du Prince qu'il venoit de
donner à la France. Ils firent auſſfi
des Feux pendant trois jours ,
diſtribuerent du Pain & du Vin,
& dés le premier ſoir donnerent
aux autres l'exemple d'illuminer
leurs Clochers. Tout s'eſt enfin
paſſé dans leurs rejoüiſſances
avec beaucoup d'éclat , de zele
&de pieté , par les ordres & les
ſoins du Pere Simfroy , Vicaire
General de l'Ordre , & Prieur du
Convent de Paris .
Je vous envoye ces Vers qui
ont eſté faits ſur les avantages
de la Liberté , par une Perſonne
de voſtre Sexe. Ce qui vous
paroîtra preſque incroyable , à
voir & leur netteté & le tour
aiſé qu'ils ont , c'eſt que la Dame
qui les a faits , ne s'eſt apperçeuë
que depuis fix mois
qu'elle
GALANT.
93
qu'elle estoit née pour en faire.
Elle a fort peu de commerce
avec le monde , paſſe ſa
vie dans ſon domestique , &
ſe donnant toute entiere aux
foins & aux occupations de fon
ménage , elle prend ce temps
pour s'abandonner à la reſverie
qui est neceſſaire à ceux
qui favoriſent les Muſes. Jugez,
Madame , fi on ne peut pas affurer
avec verité ce que je croy
vous avoir déja marqué en pluſieurs
occafions , que ce n'eſt
ny par art ny par étude que
l'on devient Poëte , mais par ce
beau feu qui eſt inſpiré de la
Nature.
REFLE
94 MERCURE
REFLEXIONS
SUR
LA LIBERTE' .
A
Imable Liberté, doux charme
de nos fens,
Qui meritez si bien nos voeux
nostre encens,
Neferez -vous jamais des Mortels
poffedée
Quepar uneflateuse&décevante
idée?
Les verray-je toûjours, ces aveugles
Mortel,
Mesme en vantant vos Loix , démolir
vos Autels,
Enyvrezd'un erreurque leur caprice
fonde,
Vouloir
GALANT.
95
Vouloir en s'enchaînant enchaîner
tout le monde,
Et par une flateuse & folle ambition,
Se livrer fans relâche à cette paffion?
Donneront- ils' toûjours le plus beau
de leur vie
Ace Fantôme armé des noirs traits
de l'Envie ?
En vain pour cette Ingrate ils fement
tour- à- tour,
Jamais de la Moiffon ils ne trouvent
le jour.
Quel est est de tous leurs foins l'infaillible
Salaire?
Elle vient lesflater d'un bien imaginaire,
Et malgré leurs deſſeins , tristes
joüets du Sort,
Leur espoir se confond enfin avec
lamort.
L'un
96 MERCURE
L'un charmé des Grandeurs, & captifde
la Gloire,
Met ſon ſouverain bien au gain
d'une Victoire,
Et d'une heureuse Paix fuyant les
doux appas,
Ne croit voir la Vertu qu'au milieu
des Combats.
De cette illuſion ſa grande ame ob-
Sedée,
Luy fait facrifier sa vie à fon
idée,
Trop content de penser que le Siecle
àvenir
Gardera defon nom un heureuxfouvenir.
Dans les Cours de tout temps, regne
cettefoibleffe,
Il faut avec éclat foûtenirſa nobleffe.
Vous avez beau crier, la guerre me
déplaiſt,
Yous
GALAN T.
97
Vous estes noble , ilfaut fubir ce dur
Arrest.
C'est en vain que les Dieux vous
firent debonnaire,
Voštre paisible eſprit nepeutsefatisfaire,
Ilfaut que deſens froid , &fans
estre offencé,
Vous alliez follement,de mille coups
percé, [allarmes,
Braver les Ennemis au milieu des
Mourir,& que pour vous cette mort
ait des charmes .
Et pourquoy ? c'est qu'il faut fatisfaire
en mourant,
Non vous , mais le Public , vostre
Pere, un Parent,
Afin qu'aprés la mort vostre gloire
Semée,
Puiffe faire en tous lieux parler la
Renommée,
Et que vostre Epitaphe ornant un
vain Tombeau,
Septembre 1682 . E
98 MERCURE
Etonne le. Paffant d'un spectacle
nouveau.
L'un dont le foible eſprit est dans
une autre afficte,
Préfere au Monde entiers les Murs
d'une retraite,
Et s'enſeveliſſant dans le fond d'un
Convent,
Croit meriter beaucoup de mourir en
vivant.
L'autreſans refléchir à tout ce qu'il
veut faire,
Riſque dans le moment tout pourſe
Satisfaire.
L'un fait des voeux trop toſt, & les
fait au hazard;
L'autre s'en deſabuse,& s'en repent
trop tard.
Celui- ciſous lefaix d'un afſommant
ménage, [rage,
Supetus
Gémit de desespoir , & Soûpire de
Et pouſſa mansle Ciel des regrets
7093
Veut
BIBLIO
THEAT
GALANTE
Veut rappeller un temps qu
reverra plus.
LYON
Son ame mais en vain,reconnoît par
LaSuite,
Qu'un Fantôme enchanteur l'avoit
de loin ſéduite.
Voy,voy, luy diſoit- il, dans vingt
ans, dans trente ans
Tu verras les Enfans de tes petits
Enfans,
Qui comblant tes vieux jours de
plaifir & de gloires
Aux Peuples à venir porteront
ton Hiſtoire.
Que cette illusion a de belles couleurs,
Mais qu'elle cache,helas,de Serpens
Sous ces fleurs ! srorrag
Que de foins importuns !que de dou
leurs ameres
Agitent le sommeil des miferables
Peres!
Eij
100 MERCURE
Quiconque est satisfait de vivre
parautruy,
Fait si bien,qu'en effet il nevit plus
pour luy.
Mais,dis - tu,si chacun veutſuivre
ce caprice.
Il faut absolument que le Monde
N
He crois-tu que du Ciel lafouveraipériffe
[ne Loy,
Pour le continuer , doive attendre
apres toy?
Mais paſſons,j'y confens ,sur ces
extravagances, 1007
Ilenest ,dirat-on , dont les hautes
Sciences
Les mettent au deſſus des injures
du Sort,
Et qui malgré le vent , trouvent
par tout le Port,
De qui la fermeté Sans peine les
délivre....
Qüy,je crois que celase trouve dans
un Livre.
C'est
GALANT. 101
C'est là que ces Meſſieurs exposent à
nosyeux
Le veritable Sage,& l'égalent aux
Dieux.
C'est là qu'avec hauteur à nos yeux
on étale
Les traits les plus touchans d'une
fine Morate to
C'est là que l'on entend crier avec
fierté ,
tu ta liberté 10
Homme foible , pourquoy vens
Tandis qu' afſujettis par leurpropre
manie
Ils n'oferoient goûter les plaisirs de
la vie,
Et que sefoûmettant à mille faux
égards,
Ilsse trouvent gefnez jusques dans
leurs regards.
L'un de ces viſions Je faisant une
Idole, [d'Ecole,
Se tue à foûtenir par des raiſons
Eiij A
102 MERCURE
Sans'estre convaincuparses propres
travaux ,
Que le Sage jamais ne doitfentir
les maux,
Et d'un voile cachant fon amelibertine,
Veut qu'un Chien n'ait point d'ame,
&foit une Machine...
Cet autre tourmenté d'un defir cu
rieux,
Kcut allerfans refpect foüillerjusques
aux Cieux,
Et des Misteres Saints perçant le
fombre voile,
Scavoir pourquoy Dieu fitjusqu'àla
moindre Etoile.
Hé, vinians en repos , cherchons-y le
vray bien ;
Quand nous perdrons cesfoins , l'Etat
ne perdra rien.
Ne peut-on voir un Homme au gré
defon envie,
De quelquesjours heureuxfavoriser
Sa vie,
GALAN T.
103
Etfans s'inquiéter des fottiſes d'autruy
,
Malgréde vains Cenſeurs vivre&
mourir pour luy ?
Mais, dire-zvous , jevoy des Gens
avec audace
Venir impunément me foûtenir en
face,
Fiers de l'authorité de cinq ou fix
Pédans,
Des Propoſitions fans raiſon , ſans
bonSens.
Hé, laiſſez àfon gré chacunſefatisfaire.
Dequoy vous mêlez-vous ? est- ce là
vostre affaire ?
Pourquoy vous emporter? estes-voUS
menacez
De rendre compte un jour de leurs
esprits bleſſez?
Si vostreSentiment n'est pas celuy
d'un autre ,
E iiij
104
MERCURE
Souffrez-le , puis qu'enfin il fouffre
Et de vos fens fuspects craignant la
bien le vostre,
trahison,
point raison .
Pefez bien en effet s'il n'auroit
Que l'obstination jamais ne vous
emporte,
Que la droite raiſon foit toûjours ba
plusforte;
Sansfonger au party que vous avez
tenu,
Abandonnez le faux lors qu'il vous
est connu.
Que rejettant le fard d'une Eloquence
adrete,
En vous la Verité trouve un pur
Interprete; :
Dans la bouche du Simple ayez à
fon aspect,
Quoy que ditefans art , un scrupuleux
respect. t [adorée ,
Songezqu'elle ne veut jamais estre
Que
GALANT 1ος
Quede sanudité revestuë&parée;
C'est aux seules erreurs qu'il faut
des ornemens , এ
6
Pour cacher leur venin fous ces déguiſemens,
lastenva
Sans vous inquiéter , fouffrez que
l'on conteste,
Voſtre avis est donné , le Cielfera
be neste
Auffi-bien , toy qui veux que l'on
fuive tes pas, ... A
Es- tu bien afſſuré que juſques au
trépass
Sans estre traversé par quelque
nouveau doute,
Sans changer de chemin, tufuiuras
cette route ?
Dans un mois, dans buit jours ,peuteftre
avec borrauss
Toy-mesme tu feras honteux de ton
erreur.
N'allons donc point , enflezd'une
no Salenge vaine in
T
POV 201
Ev
106 MERCURE
Fanter la fermeté de la prudence
humaine.
- વ
Avoñons ſans rougir,que nos foibles
efprits, τα πολ
Du faux , comme du vray ,font ain
hazard épris.
Secoñons,s'ilsepeut, lepesant efclavage
Que nous veut impofer te grand
titre de Sage.
Non, non, nemettons point nosſoins
ambitieux
Avouloir que fur nous tout le mon -
de ait les yeux
Fuyons de cet écueil l'ancorce dangereuse,
Sans le secours d'autruy rendons
nostre ame heureuses
Et la ſanté dehors, & la Religion,
Croyons que tout n'est rien que pure
opinion.
e
Les Vers qui ſuivent ont eſté
notez
A
GALANT. 107
notez par un fort habile Maître
. C'eſt aſſez dire à une Perſonne
qui s'y connoît auffi bien
que vous.
AIR NOUVEAU.
A
H, quand on aime tendrement,
Que l'absence est trifte & cruelle !
Mais que le retour est charmant,
Quand on retrouve un coeur fidelle !
J'ay à vous apprendre deux
Converſions , ſur leſquelles je
fuis ſeûr que je n'auray point le
chagrin de me dédire. L'une eſt
cellede Monfieur Guilbert , Seigneur
du Hamel , qui abjura au
mois de Juillet dans l'Egliſe des
Théatins , entre les mains du
Pere Alexis du Bue , en preſence
de pluſieurs Perſonnes de
qualité.
108 MERCURE
qualité. Il eſt d'une des plus an
ciennes Familles de Normandie,
& fort d'Anceſtres qui font Fondateurs
du Monastere dit de l'Ave
Maria.
La ſeconde Converſion n'eſt
pas moins confiderable. C'eſt
celle d'un Gentilhomme d'auprés
de Châlons en Bourgogne, nommé
Monfieur de Villars , Seigneur
de la Fay. Il a ſervy depuis
dix huit mois ſur les Vaifſeaux
de Sa Majesté ; & à fon
retour , l'éclairciſſement qu'il a
demandé ſur quelques doutes
au Pere Antoine Favie , Commandeur
de la Mercy de Toulon,
a produit pour luy un effet fi
avantageux , que ne pouvant reſiſter
aux mouvemens de la Grace
, il a renoncé à ſes erreurs .
La cerémonie de fon Abjuration
ſe fit le ſeptiéme de Juillet
dans
GALANT. 109
dans la Chapelle Royale de l'Infirmerie
de Toulon , dont ce Pere
eſt Aumônier , en preſence
de Monfieur l'Intendant , &d'un
fort grand nombre d'Officiers .
Le Pere Favie a reçeu beaucoup
de gloire de cette action , qui eſt
un effet de ſa vive foy , & de ſes
grandes lumieres.
Vous avez appris par les Nouvelles
publiques , que Monfieur
Frobenius preſenta au Roy vers
le 15. de Juillet une Caleche des
plus magnifiques , avec dix fort
beaux Chevaux que Monfieur
l'Electeur de Brandebourg a envoyez
à Sa Majesté. Comme
elle paſſe pour une choſe d'une
beauté finguliere , j'en ay demandé
la deſcription . On me la
donnée fidelle , & je croy que
vous ne ſerez pas fâchée que je
vous en faſſe part.
Les
HQ MERCURE
=
Les quatre Rouës de cette fuperbe
Caleche ſont de Sculpture
, & toutes dorées. La Fleche
eſt faite en maniere d'Arc , d'un
morceau de bois tout d'une piece
,& qui jette une gueulle de
Baleine au deſſus de l'Arc , dont
la Sculpture eſt auſſi dorée. Le
corps de la Caleche eſt en maniere
de Soufflet , & ne peut tenir
que deux Perſonnes. Les Armes
du Roy ſont derriere la Caleche
, d'une Sculpture en boſſe.
On voit des Trophées , auſſi de
Sculpture dorée , au deſſous de
ces Armes. Le dedans eſt doublé
de Velours vert , ſur lequel
l'or & l'argent font une agreable
nuance. Une Plaque de vermeil
doré , où ſont les Armes du Roy ,
fait le marche-pied de la Caleche.
Quatre Plaques , pareillement
de vermeil doré , font les
quatre
GALANT .
quatre coins en dehors , & font
en Fleurs-de- Lys. Les huit Arcboutans
de la Caleche , ſçavoir
quatre devant , & quatre derriere
, font garnis de Branches de
Laurier mélées deFleurs -de-Lys.
Toutes ces Feüilles , lors que la
Caleche roule, ont lemême mouvementque
les Feüilles naturelles
ont fur les Arbres. Des huit
Arc-boutans , les quatre qui font
derriere , ne font que pour la
fimetric , & pour ſervir d'ornement.
Le Siege du Cocher eſt de
la couleur , & preſque de la même
richeſſe que la doublure de
laCaleche. Une Coquille luy ſert
de marchepied , & eſt toute dorée
auſſi -bien que le timon.Quoy
que je vous aye parlé de dix
Chevaux , il n'y en a que huitqui
ayent des Harnois , les deux
autres ayant eſté envoyez par
precau
112 MERCURE
precaution , en cas qu'il enmouruſt
pendant le voyage. Ces dix
Chevaux font tous poil bay , de
meſme taille, & mefme âge, ayant
chacun cinq ans.Tous leurs Harnois
ſont couverts de Clous ,&
de Fleurs de- Lys de vermeil doré
. Les Brides & les Boſſetes font
auſſi garnies de vermeil doré. Les
Etriers du Poſtillon ſont de même
matiere . La Selle eſt de Velours
vert , ſemée de Fleurs- de-
Lysen broderie. Les Rênes des
Chevaux ſont de ſoye verte, mélée
d'or & d'argent. Les Houpes,
les Pendans , & les Guides , font
auſſi tres- riches ; & dans tout ce
qui compoſe cette Caleche, on ne
voit que del'or & de l'argent.
Quoy que le ſecours de la Raiſon
ſoit d'un grand uſage contre
beaucoup de malheurs ,elle est
pourtantbien ſouvent l'ennemic
de
GALANT.
113
de nos plaiſirs. Voicy ce que luy
fait dire Monfieur de Vin , Subſtitut
de Monfieur le Procureur
du Roy au Chaſtelet , par un
Amant qui la trouve trop ſevere.
C'eſt celuy dont je vous envoyay
il y a fix mois la galante Piece qui
a pour titre , L'Amour devenu
aveugle. Si l'exemple de Caton
vous fait peine en celle- cy , parce
qu'on l'y voit Amant de ſa
Femme , & que d'ordinaire l'amour
d'un Mary n'eſt pas violent
, ſongez qu'il dut aimer
beaucoup Martia, puiſque l'ayant
cedée à Hortenfius ſon Amy intime
, il ſe fit un bonheur de la
reprendre apres la mort de ce
mefme Hortenfius .
L'AMANT
114 MERCURE
08003000000000000000000
L'AMANT
A SA RAISON
TROP SEVERE .
RAifon, tes beaux discoursfont icy ,
Leſuis las d'endurer tes mépris pour
Elvire ;
-lel'aime, tu le ſçais , que veux- tu
donc me dire ?
Retire-toy,je ne t'èconte plus.
Si tu leveux pourtant , parle- moy
de la gloire ,
Montre-moyle chemin du veritable
honneur.
Ie pourray lors & t'entendre , & te
croire ,
Maisfay grace à l'amour qui pofſſedemon
coeur.
Quoy,
GALAN T.
115
Quoy , la voir ſans l'aimer ! Le
crois-tu donc poſſible,
Et me prens tu pour un Rocher ?
Tu n'as rien à me reprocher,
Leſuis Homme , & partant fenfible.
I'ay refiftéplus que je ne l'ay deû,
Deſespremiers regards je me fuis
défendu ,
Et meflatantſous ta conduite
Depouvoir à la fin me fauver de
Sesyeux,
Ie la fuyois d'abord , mais inutile
fuite!
Ie voyois Elvire en tous lieux ,
Ie rencontroispar tout ces redoutables
yeux ,
Cesyeux trop ardens àmaperte.
Malgré tous mes efforts mon ame
s'est ouverte
Auxfeux qu''àà tous momens ilsme
lançoient de pres ;
Et
116 MERCURE
Etsi j'en ay reçen cette tendre bleffure
,
Ne m'en accuſe point , mais blâme
la Nature ,
De m'avoirfait un coeur penétrableà
leurs traits.
Tu m'as veu tant de fois te recevoir
pour guide ,
I'ayſuivy tes conſeils en tant d'occafions,
Quejesuis étonné de te voirsi rigide
,
Et consulter si peu mes inclino
nations.
Mais si je t'ay donné le meilleurde
ma vie
Four un peu de temps , je te prie,
Laiffe-moy, Raison , à ton tour
Donner quelque chose à l'amour.
Aforce d'estre raisonnable , ...
Peus'en faut qu'on ne lefoit pas;
Et
GALANT. 117
Esfi, comme il eſt, vray, le Trop eft
condamnable ,
L'excés qu'onfait de toy n'est pas
plus pardonnable
Que celuy d'unfameux Repas .
Tu te plains des Ajfauts que te livre
la Table ,
Ettu te fauves peu des bachiques
combats;
Mais à toy - mefme plus con.
traire ,
Tu tefais plus de mal cent fois,
Lors que ta politique inhumaine
&fevere ,
S'obstine , & ne veut pas relâcher
de tes droits .
Renonce à tes dures maximes,
Sois exacte, mais fans rigueur,
Et ne t'aviſe plus de nous faire des
crimes
Dece qui charme un tendre loeur.
Ton autoritéSouveraine
S'établit
118 MERCURE
S'établit en tous lieux par un peu
de bonté ;
Mais Tel qui te traite de Reyne,
Se revolte , &fe rit de ta ſeverité,
Ou nefuit tes Loix qu'avec peine.
Onſeſouvient encor du divina Periclés
, a Surnommé l'Olympien .
Qui pendant un long Ministere
Ne terminaSans toy jamais aucune
1 affaire, bDequarante ans.
Qui te faisoit entrer dans le moindres
projets
Qu'ilfaisoit pour la Republique,
Qui i'employoit par tout jusqu'en
Son domestique ,
Qui toûjours avec toy , toûjours laborieux,
Calma deſes Rivaux les ſoins ambitieux
,
Qui fixa la Fortune àſa vare prudence
Qui
GALAN T. 119
Qui parsa vive,ferme, &flexible
éloquence ,
Sçeut des Athéniens dompter l'efprit
mutin ,
Qui Seul par ton Secours évita le
a destin a L'Oſtracilme .
Des Chefs infortunez de ce Peuple
volage ,
Et qui moins Orateur que Sage ,
Fitſervir àſagloire, & le trouble,
& l'orage
Qu'excitoient les Seditieux.
CePericlés pourtant chez l'aimable
Afpafie
Portoit des deſirs & des feux
Que tu voyois ſans jalousie.
Tu ne condamnois point les doux
empreſſemens }

Du plus grand Homme de la
Grece ,
Et tu trouvois pour lors qu'ilfaut à
Ya Sageſſe
Quelques tendres amusemens.
De
120 MERCURE
De la Tribune enfin paſſoit-il chez
SaBelle,
Ta l'en applaudiſſois , il retournoit
à toy
Et plus constant, &plus fidelle,
Et tu croyois de bonne foy
Que ce peu de repos qu'il goûtoit
aupres d'ellc ,
Luy donnoit pour agir une force nouvelle.
Tu le vis, &fans t'étonner ,
Quand ce Peuplefougueux la vouloit
condamner
Sur quelque crime imaginaire ,
Tu le vis s'abaiſſfer jusques à la
priere ,
Exciterdans les coeurs quelque compaſſion
,
Deſes Concitoyens mandier le fuffrage,
Au milieu de l' Areopage
Expofer en Amant toute sa paffion,
Conjurer
GALANT. ΙΑΙ
Conjureren tremblant cette injuste
tempeste 1
Qui grondoit à grand bruit , qui
menaçoit la teſte ;
Tu le vis ce grand Periclés
Defes Iuges feduits détromper la
foibleffe
Les adoucir poursa Maîtreſſe ,
D'un Ingement brigué s'allarmerdu
fuccé's ;
Douter mesme de la puiſſance
De cettesouveraine &fublime Eloquence
,
Qui pourtantjusqu'alors avoit tout
pourtant
Surmonté , Sveci of
Et qu'il armoit poursa défence ;
Se défier de tout , craindre l'auto-
De cette Cabale ennemie,
Commettre enſafaveur&fa gloire,
&la vie , ch vớ
Implorerſans espoir le ſecours defes
Dieux ,
Septembre 1682 .
THOMMI
F
122 MERCURE
Tu le vis les larmes aux yeux
Demander en un mot la grace d' Afpafie.
*
Ton Caton, ton plus grandHéros,
N'a- t- ilpas quelquefois soupiréde
tendreffe ,
Et ne s'est-il jamais aupres d'une
Maîtresse 2007
Délaſsé deses grands travaux ?
Donnoit-il toutson tempsà la chose
publique ?
Paffoit-il au Senat & la nuit , &
lejour?
Non , non,parun charmant retour
Cet austere Caton , ce grave Politique,
EstoitHomme en ferret , & dans
Son domestique
Nese refusoit pas au douceur de
l'amour.
RedMartia,
GALANT. 123
Martia, tu leſçais , avoit pour luy
des charmes ;
Tout occupé qu'ilfut des foins d'un
grand Etat ,
Iljoignoit dans son coeur l'Amant
au Magistrat ,
Ilſentoit de tendres allarmes,
Et de loin, de Césarprévoyant l'attentat
,
Entreſafemme & Rome il partageoitfes
larmes.
Pourquoy donc, cruelle Raiſon ,
Viens-tu toûjours hors deſaiſon
Traiter mon amourdefoibleſſe ?
En estoit- ce une dans Caton ,
Luy ce modelle de ſageſſe ,
Luy que d'un ſiſuperbe ton
Cette Rome prefere aux Sages de
laGrece, :
Enfin luy qui fut autrefois
Ton Favory, ton Tout, &l'appuy de
tes Loix?
I
Fij
124 MERCURE
Estois tu lors plus indulgente ?
N'envisageois - tu lors quefa vertu
brillante ,
Et tes yeux ébloüis en faveur d'un
Héros
Vouloient-ils s'aveuglerfur de petits
defauts
Où nous attache la Nature ?
Ah! Raiſon, aujourd'huy tropſevere&
trop dure,
LeMondea- t- il changé depuis ?
Ton Caton , autrefois ſi ſenſible&
Sitendre ,
N'estoit- ilpas coupable, helas , fije
lefuis ?
Homme plus qu'il n'estoit, j'aysujet
depretendre
Vnfort du moins égal au fien ,
Et mesme un peu plus d'indulgente.
Mais quoy ? tu neme répons rien,
Que veut donc dire cefilence ?
Est-il
GALANT .
125
Est-il favorable à mes voeux ?
Ony,je le vois.Enfin accordons - nous
tous deux,
Ceſſe de condamner mes tranfports ,
pour Elvire ,
Ton airfroid l'incommode, elle aime
trop à rire ,
Et chez elle, s'il faut parler de bonnefoy
,
Onſe paſſera bien de toy ;
Par tout ailleurs , ah ! je te jure,
Qu'exact , fidelle , & foûmis à ta
Loy,
Ie t'obeïray fans murmure ,
Et qu'autant mesme enfin qu'il dépendrade
moy ,
L'éleveray fi haut cette foible indulgence
,
Quepreſſezd'un commun defir,
Tes plus grands Ennemis ſe feront
un plaisir
De reconnoître ta puiſſance.
Fiij
126 MERCURE
**
Queveux- tu ? S'ajuster au temps,
Et defacilitésefaire une habitude,
Croy-moy , Raison , c'est agir de
bonsens,
Car enfin force honneſtes Gens
Te traitent de bizarre ente voyant
fi prude ,
Toûjours contraire à nos defirs.
Ton oeil enfoncé , triste &Sombre,
Regarde avec chagrin nos innocens
plaisirs.
On craint , lors qu'on te voit , de
pouſſer des Soûpirs ;
Plus maigre & plus pâle qu'une
Ombre
Que la noire Magie évoque des
Enfers ,
Tu nenous parles que des fers,
Dont ou l'erreur
dence ,
ou l'impra-
Charge un coeur, par l'amour oufurpris,
on Séduit ;
OR
GALAN T.
127
On ne peut t'échaper , & lors que
l'on te fuit
Toûjours à contretemps tu vienspar
ta presence "
Effrayer les Ris & les feux
Que nous infpire la Nature.
Cependant,malgré ta cenfure ,
Chacun , en les cherchant , croyant
Se rendre heureux ,
On s'est fait dans le Monde une
douce Morale
Qui s'accommode à nos besoins;
Et vouloir, comme toy, trancher de
la Vestale,
Ou condamner nos petitsfoins.
C'est se donner bien de la peine ,
Pour de tout l'Univers n'attirer que
la haine
La raillerie,ou le mépris.
Veux- tu les éviter ? quitte cette methodetih
Fais moins contre nos coeursdeplain.
tes & de cris,
Fij
128 MERCURE
Laiſſez- nous vivre à nôtre mode,
Et fans chercher toûjours à nous
faire laLoys wongP
Sois plusfouple,foisplus traitable;
Pourmoy , je n'ay jamais d'heure
plus agreable
Que celle que je paſſe en rendezvous
fans toy.
Quand je te mets de la partie,
F'en suis plus refervé, moins hardy,
tout refveur.
On me traite de Senateur,
Et ma Belle ma divertie
D'un ferieux qui luy déplaist,
Prendfa Montre en baaillant, pour
voirt beure qu'il eft,
Chanteſans deſſein, ny mesure ,
Changeàchaque moment de place
&de postu
4
Etnemedit que trop des yeux ,
Taiſez- vous ,Importun , fortez,
vous ferez mieux,
Ie
GALANT. 129
Ie ne t'en croiray plus , j'ay beau
faire leſage,
le ne leſuis jamais qu'en vain,
Ien'en tire aucun avantage ,
On me remet, helas, toûjours au len.
demain ,
Et toûjours à tefuivre , incommode
&chagrin ,
Ievoy que les rebuts font mon triſte
partage.
le me trouve bien mieux de mes
égaremens,
Larigueur qu'on m'oppose est par
eux affoiblie ,
Et ce que l'on refuse à tes froids
mouvemens ;
Ie l'emporte par ma folie.
Mais, Raiſon , ne tefâche pas
Sifans toy jefais mes affaires ,
Dans cepetits plaisirs je ne demen
re queres , g
: Fv
130 MERCURE
Et toûjours l'oeilſur toy ,je reviens
Surmes pas.
Il n'y a rien de plus ſurprenant
que la découverte que l'on
a faite en Provence depuis quelques
mois. La Ville de Toulon,
où le Roy , fait conſtruire un
magnifique Arsenal pour ſes
Vaiſſeaux , eft couronnée à un
quart de lieuë de ſon enceinte
d'une chaîne de Montagnes , la
plupart incultes. Le Sieur le
Blanc ,Bourgeois de cette Villelà
, ayant un Heritage au pied
d'uneColline,chercha lesmoyens
de le décharger de plufieurs Rochers
qu'on voyoit à fleur de terre.
Il fit joüer pour cela divers
Petards , & s'eſtant apperçeu
d'une ouverture d'environ trois
ou quatre pieds de diametre , il
youlut détacher les pierres voi
fines,
GALANT.
131
fines, pour ſe faire jour dans cet
Antre qu'il crut tres profond , à
cauſe du ſonque rendoit la voix
qu'on y envoyoit par cette embouchûre.
Le Petard qu'il continua
de faire joüer , eut le fuccés
qu'il en attendoit. Il fit une
entrée large d'environ deux toi
fes , & de la hauteur d'un Hom
me. Le jour manquoit à fix pas
de cette entrée; mais l'obſcurité
n'étonna pas affez ce Bourgeois
pour l'empeſcher de poursuivre.
Il appella ſes Amis , fit venir des
Curieux , & avec la clarte de
quantité de Flambeaux,on commença
d'avancer dans ces Abf
mes. Les ravetez quran my dé
couvroit à chaque pas , donnoient
de longs fujets de raiſonnement.
C'eſtoient des congelations
admirables , mais d'une diverſité
ſi ſurprenante , quel'imagination
132 MERCURE
gination ne ſçauroit former rien
de plus beau , que ces jeux de
la Natured On voyoit des Têtes,
desArbres , des Colomnes,
des Mains , des Bras , des Jambes
, & mille autres choſes , qui
par leurs figures agreables ne
contribuoient pas peu à calmer le
trouble, dont ſont ſaiſis ceux qui
les premiers oſent percer des lieux
fi affreux. La longueur de cette
Grote eſt de plus de quatre
cens toiſes . C'eſt une Voûte af
ſez reguliere, puis qu'elle eſt prefque
par tout également haute, &
interrompuë ſeulement d'eſpace
en eſpacepardes concavitez qui
enferment mille fortes de congelations.
Apres que fon cut
marché environ cent toiſes , on
trouva qu'un Ruiſſeaud'une eau
-fort claire occupoit tout le paſſfage.
Ces Meffieurs n'eurent garde
de
GALANT.
133
de borner là leur curioſité , qui
devenoit une paſſion tres-violente
à meſure qu'ils découvroient
tant de raretez. On leur apporta;
des Planches , avec leſquelles on
dreſſa une maniere de Pont qui
les fit paſſer à l'autre bord. Ils
firent encor environ autant de
chemin qu'ils en avoient déja
fait ,& commencerent à entendre
un fort grand bruit cauſe par
l'eau qui coule au travers de
cette Grote. Ils approcherent ,
&virent que cette eau ſe cachoit
dans des abîmes , d'où elle paroiſt
deux ou trois fois , mais fans
faire aucun murmure, juſques au
Ruiſſeau dont j'ay parlé , apres
quoy elle ſe perd tout- à- fait. Ses
deux bords demeurent libres , &
d'un & d'autre coſté l'on y peut
marcher à ſec . On avança encor
quarante ou cinquante toifes ,&
cela
134
MERCURE
cela fait , on trouva une Salle
d'eau , ſur laquelle s'élevoit une
Voûte d'une prodigieuſe hauteur.
Le Sieur le Blanc & fes
Amis ſe contenterent de ce premier
eſſay , qui donna lieu à de
grands deſſeins fur la découverte
de cette éau. Le bruit de la
Grote s'eſtant répandu aux environs
, tous les Curieux voulurent
la voir . Il y vint grand nombre
de Dames , qui oferent bien
s'enfermer dans le ſein de laTerre
, pour y admirer les effets de
la Nature. Voyez , Madame, combien
voſtre Sexe eſt intrépide.
Depuis qu'il ſe pique de Philoſophie
& de Science , il n'eſt rien
qu'il n'entreprenne. Quantité de
jeunesGens ſe jetterent dans cette
cau , & y marcherent pref
que toûjours à demy corps , avec
des bâtons pour ſonder le Gué.
Comm
GALANT.
135
Comme ce Lieu attiroit toute
forte de Perſonnes , Monfieur de
Montaigu , l'un des Ingenieurs
que le Roy a envoyez à Toulon,
pour faire travailler à l'Arfenal
& à l'agrandiſſement de la Ville,
voulut examiner cette Grote. 11
la trouva fi ample & fi belle ,
qu'une autre fois il y fit porter
ſes Inſtrumens , pour ſçavoir fi
on ne pourroit pas conduire les
eaux juſqu'au Bâtiment du Sieur
le Blanc,& y faire des Fontaines.
Il affura qu'on pouvoit y réuflir,
& qu'il y avoit affez de pante
pour en venir aisément à bout.
Auſſi- toſt le Sieur le Blanc entre
prit cet Ouvrage ſoûterrain. Un
Batardeau fut dreſſé à la Salle
d'eau , afin de donner aux eaux
toute la hauteur dont elles pouvoient
avoir beſoin , & par ce
moyen on fit un Canal , qui luy
porte
136 MERCURE
porte une fort petite partie de
cette eau , dont il a fait un Etang
& deux Fontaines , qui rendent
ce Lieu , qui eſt au pied d'une
petite Riviere, un des plus beaux
des environs de Toulon. Mefſieurs
de Ville, voyant qu'un Particulier
avoit oſé entre, "endre
un ſemblable Ouvrage , réſolurent
de profiter de ces eaux, afin
de continuer d'embellir Toulon
par des Fontaines qui ſont dans
ſes Ruës en ſi grand nombre ,
que cette Ville peut preſentement
paſſer pour une des plus
agreables du Royaume. On doit
principalement ce deſſein àMonſieur
Carqueyrant, premier Confulde
la Ville. C'eſt un Gentilhomme
qui porte ſur ſa Perſonne
des marques glorieuſes de ſa
bravoure , & qui eſt d'une Famille
qui s'eſt acquis beaucoup
de
GALANT. 137
de reputation en ſervant le Roy
fur Mer & fur Terre. Il ſe rendit
dans la Grote avec quelques Officiers
de Ville. Monfieur Iſnard,
Homme d'une grande experience
dans l'Art de naviger , & qui
a tres-long- temps fervy fur les
Vaiſſeaux de SaMajesté eenn qualité
de Lieutenant , trouva que le
Batardeau ramaſſoit une ſi grande
quantité d'eaux, qu'elles pourroient
bien porter un Bateau ,
avec lequel on navigeroit juk
ques au bout de la Grote . Il fut
conclu qu'on executeroit ce deffein.
On fit porter un Bateau
plat , qui pouvoit contenir cinq
ou fix Hommes. On dreſſa la
- Bouſſole dés l'entrée de la Caverne
, afin de ſçavoir vers quel
Pole on alloit faire cette Navigation
; & là , fans rames ny voiles ,
Monfieur de Carqueyrant , accompagné
1
138 MERCURE
compagné de deux autres , &
d'un Matelot , eut la hardieſſe de
s'embarquer ſur des eaux inconnuës
à tout le monde. Ce fut
quelque choſe de fort curieux
de voir partir ce Bateau, qui s'engoufra
dans ces noirs Abîmes,
armé ſeulement de quelques
flambeaux. Les Spectateurs qui
le perdirent bien- toſt de veuë,
eſtoient ſaiſis de frayeur , & ne
ſçavoient qu'eſperer d'une ent
trepriſe qu'ils accuſoient de ter
merité. On navigea plus de deux
cens toiſes , ayant toûjours plus
d'une demy pique d'eau Enfin
on trouva le paffage fermé par
un Roc formé en Voûte, du pied
duquel l'eau fort ſans boüillon ,
& ſans murmure. La Voûtereſt
plus unie & plus uniforme dans
tout cet eſpace ,& il y a un peu
moins de congelations. Ceux qui
eſtoient
GALAN T.
139
eſtoient ſur le bord , pouſſerent
de grands cris de joye , voyant
cette Navigation heureuſement
terminée par le retour du Bateau.
Je croy qu'il ne s'en eſtoit point
encor fait de cette nature.
L'heureuſe Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne à
donné à tout le monde un empreſſement
extraordinaire demarquer
ſa joye. L'Ouvrage qui fuit
a eſté un des premiers qu'on ait
preſentez au Roy. C'eſt un Impromptu
, que l'impatience de
montrer fon zele n'a pû donner
le temps de polir. Vous m'en
manderez vôtre ſentiment. L'Autheur
est de vos Amis. C'eſt tout
ce que je vous en diray pour vous
le faire connoître .
}
SUR
140 MERCURE
** 6010363033
SUR LA NAISSANCE
DE ME LE DUC
DE BOURGOGNE.
L
A Gloire qui n'abandonne jamais
le Roy , ayant accompagné
ce Monarque dans la Chambre
de Madame la Dauphine , pendant
que cette Princeſſe estoit dans les
douleurs de l'enfantement , voulut
voir des premieres l'auguste Enfant
qui faisoit l'attente de tous les
François, afin qu'au premier instant
deſa Naiſſance elle pust faire pafferdansfon
coeur tous les ſentimens
de grandeur & de justice qui ont
rendu LoürS LE GRAND
l'admiration & l'étonnement de
toutes les Nations. Monseigneur le
Duc de Bourgogne ent à peine vû
le
GALANT. 141
le jour , que la Gloire ayant executé
ce qu'elle avoit reſolu, deman-
-da où estoit la Renommée. Elle s'étonna
de fon absence , & s'en plaignit
affez hautement pour estre
entenduë. Le Monde fournit il à
present , dit- elle , quelque nouvelle
aſſezgrande pour donner de l'em
ploy à la Renommée ? Est- il une
Cour sur la Terre , qu'elle doive
préferer à celle du Monarque des
François , & n'y trouve- t- ellepas
d'affez illustres matieres pour l'occuper
entierement ? Elle n'eut pas
fi-toſt achevé ces mots , qu'elle vit
paroître la Renommée , mais toute
laſſe & toute abatuë. D'où vous
vient cette pareffe , luy dit-elle, &
pourquoy cet air remply de langueur,
quand vous ne devez avoir que de
ta joye ? La Renommée ne demeura
passans réponse, & voicy de quelle
façon ellesseparlerent .
LA
142
MERCURE
LA RENOMMΕΕ .
J'ay fait tant de fois le tour du
Monde depuis quelques années,
& ces longs voyages m'ont tellement
fatiguée , que la joye de
mon coeur ne peut paſſer juſqu'à
mon viſage. Je ne me ſens plus
affez de force pour ſupporter de
ſi grandes peines , & je crains
d'eſtre bien- toſt obligée d'abandonner
mon employ. Les plus
fameux Héros de l'Antiquité ne
m'ont pas enſemble donné tant
d'occupation pendant leurs plus
rudes Guerres, qu'a fait leGrand
Roy qui nous attire icy l'une &
l'autre, depuis la Paix qu'il a bien
voulu donner à l'Europe. J'avois
crû d'abord que ce devoit eſtre
un temps de repos pour moy.
Cependant depuis cette Paix, qui
na
GALANT .
143
n'a point d'exemple dans les Siecles
précedens , ce Monarque
n'a pas laiſſe de marquer ſes jours
par des Actions fi dignes d'eſtre
admirées , que les moins brillantes
ont merité que je fiſſe le tour
de la Terre pour les annoncer.
On diroit qu'il s'étudie tous les
jours à chercher quelque moyen
de répandre de nouvelles graces
ſur ſes Sujets , puis qu'il en a
trouvé qui ne font jamais entrées
dans Beſprit des Hommes. Les
Académies que ce modelle des
Roys vient d'établir à Metz & à
Tournay , en faveur de la Nobleffe,
justifient ce que je dis ,
auffi -bien que tout ce qu'on luy
voit faire chaque jour pour la
veritable Religion. Je dis chaque
jour , & je parle inſtruite , parce
que j'en ay de fidelles Mémoires,
&que je viens de faire connoître
dans
144 MERCURE
dans les Climats les plus éloignez
toutes les Actions de cette nature
que ce Prince a faites , &
beaucoup d'autres encor , dont la
moindre pourroit fuffire à faire
unHéros.
10 LA GLOIRE.
Pouvez- vous, ayant une ſi par
faite connoiſſance de tant de
merveilles , vous empeſcher de
retourner aux deux bouts du
Monde , pour y publier qu'il eſt
né un Prince de l'auguſte Sang
de ce Monarque ?
LA REΝΟΜΜΕ'Ε.
On y ſçait déja cette nouvelle,
parce qu'on y ſçait dans quel
temps la France attendoit un
Gage de l'amour de fon Dauphin
, & d'une des plus accomplies
Princeſſes de la Terre. Ainſi
j'ay vû les Peuples perſuadez en
tous lieux , qu'un Prince ſeroit le
premier
GALAN T.
145
premier fruit de leur Mariage. It
vous eſt aiſé de concevoir ce qui
leur a fait tenir pour infaillible
une choſe qui ſembloit eſtre incertaine.
L'Empereur des François
ſouhaitoit d'avoir un Petits-
Fils , & ils n'ont point douté que
ſes voeux ne dûſſent eſtre exaucez
, ſçachant que ſes Vertus luy
onr rendu le Ciel favorable , &
qu'un Prince qui ſoûtient ſi dignement
le glorieux Titre de
Fils Aîné de l'Egliſe , ne manque
jamais de voir ſes fouhaits remplis,
quand il n'en forme que pour
le bonheur de ſes Etats.
LA GLOIRE .
Je croy comme vous , que tous
les Peuples de la Terre eſtant
convaincus que le Ciel exauceroit
les voeux d'un Monarque
avec lequel il ſemble eſtre d'in-
Septembre 1682 . G
146 MERCURE
telligence , ils ne doutent point
que la France n'ait preſentement
un nouveau Prince ; mais vous
devez vous donner le plaiſir de
leur aller confirmer vous- mefme
ce qu'ils ont penſé . La connoifſance
qu'ils ont de tout ce qui a
fait meriter le ſurnom de Grand
à l'Invincible Souverain dont
nous parlons , leur doit faire eſperer
beaucoup de ſon Petit- Fils.
Mais afin qu'ils ſoient pleinement
perfuadez de ce qu'on en
doit attendre , entretenez - les de
l'auguſte Dauphin de France.
Parlez - leur de ſon adreſſe admirable
àmanier un Cheval. Dites-
leur qu'il eſt infatigable dans
tous les exercices du Corps. Inſtruiſez
- les de la connoiſſance
qu'il a des beaux Arts. Apprenez
- leur que ſon Cabinet eſt
remply d'un nombre infiny de
Raretez,
GALANT.
147
Raretez, qui ſont autant de chefd'oeuvres
, dont il connoît toutes
les beautez , & dont il peut
juger encor plus en Maiſtre de
l'Art qu'en Prince , puis qu'il defſigne
parfaitement bien , & qu'il
a meſme gravé quelques Planches.
Ne manquez pas à leur
faire connoître que les Sciences
les plus relevées luy ſont familieres
, & qu'il poſſede les Poëtes
& les Hiſtoriens d'une maniere
qui cauſe autant d'admiration
que de ſurpriſe , puis qu'il
les cite ſouvent fort à propos ,
quoy qu'il ne les ait point lûs
depuis pluſieurs années. Enfin
pour mettre la derniere main à
voſtre Eloge , & le comble à fa
gloire , faites - leur bien remarquer
qu'il eſt l'exemple des Prin
ces de ſon âge , qu'il eſt d'une
ſageſſe éprouvée, & qu'il paroît
Gij
148 MERCURE
Fils de Loürs LE GRAND par
ſes Vertus , comme il l'eſt par fa
Naiſſance .
LA RENΟΜΜΕΕ.
Tout ce que vous venez de
me dire , me donne tant de joye,
&m'anime de telle maniere, que
je ſens renaître mes forces pour
en aller porter les nouvelles aux
deux bouts du Monde. Adieu,
je parts , & prétens devancer
tous les Courriers qui ſont partis
avant moy .
La Renommée s'envola apres ces
paroles,& la Gloirefuivit le Roy.
Quoy que les jugemens de
Dieu foient impenetrables , il eſt
difficile de ne pas croire qu'une
mort funeſte qui ſuit une vie
pleine de ſcandales, en eſt la punition
. Ce que je vay vous conter,
eſt un exemple terrible, dont
tes
GALANT.
149
les Impies pourront faire leur
profit. Il y a quelques années
que trois jeunes Etrangers étant
venus à Lyon , prirent le deſſein
de s'y établir. Ils ſe meſloient
de Peinture , étoient tous trois
fort bien faits de corps , & s'appelloient
freres , ſoit qu'en effet
ils le fuſſent , ſoit que l'amitié
qui les uniſſoit les euſt obligez à
ſe donner l'un l'autre ce nom .
S'il paffoit quelque Sçavant par
cette fameuse Ville , ils s'empreſſoient
auſſi toſt à le chercher
, & le régaloient chez eux
magnifiquement , ſans qu'on ait
pû découvrir, ny d'où ils étoient ,
ny fur quel fond ils pouvoient
fournir aux grandes dépenſes
qu'on leur avoit veu faire. Ils
avoient beaucoup d'eſprit , mais
peu de Religion. Au moins cela
paroiſſoit par quelques dif-
Giij
150 MERCURE
cours qui leur échapoient. Leur
vie eſtoit extrémement libertine.
Je n'en ſçay point le particulier.
Je ſçay ſeulement qu'ils font
morts tous trois depuis peu de
temps , de la maniere que je vay
vous dire. Le premier , voyant
donner la Queſtion à un Criminel,
en fut ſaiſi de frayeur,& cette
frayeur luy ayant fait faire un
faux pas , il tomba à la renverſe,
ſe caſſa la teſte , & mourut du
coup dans le meſme inſtant. Le
ſecond , voulant embrocher une
Eclanche qu'il prit par impatience
des mains d'un Valet , mit le
manche de la Broche contre la
muraille,& l'Eclanche contre fon
eſtomac. Il pouſſa en ſuite avec
tant de violence,qu'il s'embrocha
malheureuſement luy - mefme, &
mourut auſſi ſur l'heure , fans,
avoir pû proferer aucune parole.
Le
GALANT.
151
Le troiſieme alla ſur la fin du
mois de Juin paſſer quelques
jours chez un Curé à une lieuë
de la Ville. Il ſe promenoit avec
luy dans ſon Jardin , quand s'arreſtant
tout- à- coup , il regarda
fixement le Ciel pendant un demy-
quart- d'heure , puis il s'écria ,
Je fais mort ,jesuis mort. Dans
une heure je ne feray pas en vie.
Ma Caffette , ma Caffette , Monfieur
le Curé , ma Caffette. On
alla querir cette Caſſette, qui l'accompagnoit
toûjours en quelque
lieu qu'il allaſt. Il l'ouvrit , en
tira pluſieurs petits papiers , &
un autre de ſa poche , demanda
de la lumiere , & les brûla tous ;
apres quoy il jetta cette Caſſferte
, en diſant , Ma Caffette au
Diable. Cela eſtant fait , il regarda
de nouveau le Ciel , &
dit comme auparavant , Je ſuis
Giiij
152
MERCURE
mort, je n'ay plus que quelquesmomens
à vivre. Le Curé luy dit
qu'il s'inquiétoit mal- à - propos,
qu'il ſe portoit bien , & qu'il n'avoit
point de fiévre. Il continua
toûjours à dire qu'il eſtoit
mort ; furquoy le Curé luy confeillantde
ſe confeffer , puis qu'il
ſe croyoit ſi preſt de mourir , il
luy répondit , Je me confefſferay
demain , je suis mort ; & en difant
ces paroles , il tomba mort
effectivement. J'ay leû ce que je
vous dis dans une Lettre qua
écrite icy le Superieur d'une des
Maiſons les plus reformées de
Lyon. Il marque qu'il a connu
ces trois Freres , qu'il leur a parlé
pluſieurs fois ,& qu'il les a même
employez pour quelques Tableaux.
Ces morts funeſtes m'ont
eſté confirmées de bouche par
des Perſonnes tres - dignes de foy,
venuës
GALANT.
153
venuës icy de Lyon depuis peu
de jours.
Heureux qui meurt de la
mort des Juſtes ! C'eſt de cette
forte qu'on a ſujet de croire qu'eſt
mort le ſeptième du dernier mois,
Meffire Jean Philipes Berthier ,
Seigneur de Montrave , Maiſtre
des Requeſtes honoraire , & auparavant
Conſeiller au Parlement
de Toulouſe. Il eſtoit. Fils
aîné de Meſſire Jean Berthier ,
Seigneur de Montrave , Premier:
Preſident au Parlement de Toulouſe
, Petit-Fils de Meſſire Philippes
Berthier , auffi Seigneur
de Montrave , Preſident à Mor- :
tier en cel meſme Parlement ,
grand Jurifconfulte , qui a fait
part au Public de divers Ouvrages
tres - confiderables , &
Frere de Meſſire Antoine Berthier
, Evefque de Rieux. Il a
Gv
154 MERCURE
eu fix Soeurs , la premiere mariée
àMonfieur de Geneſte,Procureur
General au Parlement de Toulouſe
; la ſeconde , à Monfieur de
Garribal, Maiſtre des Requeſtes,
Preſident au Grand Confeil,dont
eſt venuë Gabrielle de Garribal,
Femme de Monfieur de la Reynie
, Conſeiller d'Etat , & Lieutenant
General de Police ; la troifiéme,
à Mº de Villespaſſan ,Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement de Toulouſe , dont eſt
forty Mr de Villespaſſan , qui a
eſté Page de la ChambreduRoy;
&la quatrième , à M² le Marquis
* de Foix , Capitaine des Gardes
Suiſſes de Monfieur. La cinquiéme
eft Abbeſſe de Favars ; & la
fixiemė , Religieuſe dans cette
Abbaye. Cette Maiſon , dont Mr
Berthier qui vient de mourir, eft
le dernier Mafle de la Branche
aînée
GALANT.
ISS
aînée , porte d'or , au Boeuf éfrayé
de gueulles , chargé de cinq Etoiles
d'or. La Branche Cadete eſt celle
de Mª Berthier , Baron de S. Geniez,
dont eſtoit feu M² l'Eveſque
de Montauban , l'un des plus ce
lebres Predicateurs de ce Siecle.
M l'Abbé Berthier ſon Néveu ,
s'eſt acquis grande eſtime dans
laChaire.
La nouvelle Fable que je vous
envoye, eſt de la façon de Monfieur
Daubaine .
LE CHAT,
ET LE COQ
FABLE.
NChatparmyles Chats tran
chant du neceſſaire,
Faifait
156 MERCURE
Faifoit le Rominagrobis.
Il faut, dit- il unjour, changer nôtre
ordinaire,
Et laiſſer auxChats du vulgaire
Le plaifir de manger des Rats &
des Souris.
Dans ce deſſein , comme Eſope le
conte,
Ilse rend au Marché pour y faire
Son compte;
Phedre lefait aller dans une Baffe-
Cour.
Quoy qu'il enfoit,du premier tour
Il voit à foiſon dequoy prendre,
Et d'un vieux Coq ilſeſaiſit.
Quelque jeune Poullet auroit esté
plus tendre ;
Mais les Chats aiment tout quand
ils ont appetit.
Pendant qu'il tient ce Coq , qu'il le
pince & le plume ,
Quand perdras- tu, dit- il,ta mau
dite coûtume,
De
GALANT.
157
De crier dés le point-du-jour ?
A peine ton Maître ſommeille
Que ton cry facheux le réveille .
Ingrat ! Je vais t'apprendre à faire
mieux ta cour.
Vous condamnez ce qui fait mon
merite ,
Répond le Coq; & fi dans la
Maiſon
A quelque choſe je ſuis bon ,
C'eſt quand mes petits ſoins font
que mon Maître quitte
Le repos qu'il prenoit au lit ;
Plus il fait de travail plus il a de
profit,
Surce raiſonnement
rien àdire.
LYON
le wasn'eut
Ils'y prit d'une autrefaçon.
Atout âge , en toute ſaiſon,
Luy dit - il , une Femme au plus
devroit ſuffire;
Et
158
MERCURE
Et cependant, voluptueux ,
Tu vas juſques à l'infamie .
Refléchis un peu ſur ta vie.
Raviſſeur , Adultere , & meſine
Inceſtueux.
De crime en crime tu la roules.
D'aimer trop mes plaiſirs vous me
blâmez en vain ,
Repart le Coq au Chat , & mon
Maître a le gain
De tous les oeufs que luy pondent
ſes Poules .
Contre cette replique aurez vous
des raiſons ?
Ouy j'en ay, dit le Chat. Si tu les
veux apprendre ,..
Ce font celles du Loup qui mangeles
Moutons ,
Ou celles que le Fort ou Foible a
droit de rendre.
Le Coq eut beau recourir au Caquet
,
LeChatglouton l'étranglanet.
La
GALAN T.
159
La Cour de Hanover eſtant
unedes plus galantes Cours d'Allemagne
, je continuë à vous en
apprendre les Divertiſſemens. Le
Le Mercredy 8. de Juillet Mon-
Monfieur le Baron de Platen ,
dont je vous ay parlé pluſieurs
fois , regala Leurs Alteſſes de
Hanover , avec Madame la Princeffe
& Meſſieurs les Princes ,
dans ſa Maiſon de plaiſance , qui
eſt à une portée de Canon de
laVille. Il y fit venir quantité de
petites Pieces de campagne,qu'on
plaça dans le Jardin ,& on beuvoit
toutes les fantez au bruit de
trois décharges de toute cette
Artillerie. On n'oublia rien pour
donner de l'éclat à cette Feſte .
Les Trompetes & les Timbales.
s'y firent entendre , auſſi-bien
que les Hautbois , & les Flûtes
douces; & les Violons François
acheve
160 MERCURE
acheverent de charmer cette illuſtre
Compagnie, qui prit grand
plaiſir à les écouter pendant le
Repas.
Le Dimanche 19. de Juillet
Monfieur le Duc , & Madame
la Ducheſſe de Hanover , qui
ont eſté prendre l'air de la Campagne
à Hircham depuis quelque
temps , vinrent à Hanover
faire leurs devotions accoûtumées.
Ils y prirent le divertiſſement
de la Comédie Françoiſe,
&enfuite on leur donna un tresbeau
Feu d'artifice, qui fut admirablement
executé , & qui dura
une heure & demie. On vit en
l'air des combats de feu tres- furprenans,&
il y en eut ſur terre&
ſur l'eau , qui donnerent beaucoup
de plaisir à cette Gour Un
Arc de triomphe, brillant de clar
tez par tout,parut pendant tout le
temps.
GALAN T. 161
tempsde ce Spectacle. Les Armoiries
de leurs Alteſſes de Hanover
étoient fur le Frontiſpice , avec
pluſieurs Chifres de leurs noms
agreablement formez , & colorez
d'un bleu lumineux , qui devint
enfin une éclatante lumiere. Deux
Colomnes de cette même Architecture
lumineuſe , accompagnoient
de côté & d'autre ce brillant
Portique. Il y eut un Cygne
remply d'artifice , qui ſe promenant
ſur l'eau ſouslesFenestres du
Palais , jetra mille feux de toutes
parts. Ces feux qui entroient dans
l'eau , en ſortoient un peu apres
avec quantité de ſerpenteaux,
qui ſembloient courir l'un apres
l'autre , & qui enfuite s'élevant
enl'air, furent un charme pour les
Spectateurs . Monfieur le Duc de
Hanover fut fi fatisfait de ce divertiſſement,
qu'il en commanda
un
162 MERCURE
un ſemblable pour une autre oс-
cafion.
Madame de Souvray , Abbeffe
de Villers Canivet , dont je
vous parlay amplement il y a
trois mois , reçoit tous les jours
de nouvelles marques de l'eſtime
que l'on fait de fa vertu , &
de ſon merite. Monfieur l'Evêque
de Rennes , Monfieur le
Comte de Nancrey , Gouverneur
d'Arras , Monfieur le Comte&
Madame la Comteſſe d'Aubigny
, Monfieur le Baron de
Neufvillette , & enfin tout ce
qu'il y a de Perſonnes confiderables
dans le Païs , luy envoyerent
faire compliment le jour de
Sainte Anne, qui eſt ſa Patronne,
Cette Feſte fut celebrée par fes
ordres avec une magnificence
digne d'elle. Tout ce qui concerne
les cerémonies de l'Eglife,
Y
GALANT. 163
1
y fut obſervé ainſi qu'on a coûtume
de faire dans les plus grandes
ſolemnitez , & les Voix charmantes
des Religieuſes formerent
une Muſique qui égaloit les
plus doux Concerts. Il y eut un
Feſtin tres- ſomptueux , non ſeulement
pour un fort grand nombre
de Perſonnes invitées , mais
encor pour ceux que le bruit de
cette Feſte avoit attirez . Tous
les Sujets & Vaſſaux des Baronnies
de Villers Canivet , & de
Leffart , ayant pris les Armes,
contribuerent à l'éclat de cette
Feſte par pluſieurs décharges de
leurs Mouſquets dans la Court
de l'Abbaye. Vous jugez bien
qu'elle ne ſe paſſa pas ſans que
cette illustre Abbeſſe reçeut
quantité de Vers à fa loüange.
Elle eut ſur tout grand ſujet d'étre
contente de ceux que luy
envoya
164
MERCURE
envoya la ſpirituelle Madame de
Maherû , Religieuſe de Vignas .
C'eſt une Abbaye Royale à deux
ou trois lieuës 'de Villers. Canivet
, dont Madame de Teffé
Frouley eſt Abbeffe.
Il eſt bien avantageux de n'aimer
pas fi aveuglement , qu'on
ne conſerve toûjours un peu de
raiſon . Vous le connoiſtrez par le
détail que je vous vay faire. Un
Cavalier à qui de tres - belles
actions avoient acquis juſtement
le titre de Brave , s'attacha aupres
d'une jolie Veuve , dont il
eſſaya de gagner le coeur. Il crut
n'y pouvoir mieux réüſſir qu'en
s'appliquant à étudier ce qui luy
plaiſoit. Elle estoit portée à la
dépenſe. Il en fit pour elle , &
l'inſtruifit de ſa paſſion par de
galantes Parties , où rien n'étoit
épargné de ce qui pouvoit les
rendre
GALAN T. 165
S
- rendre éclatantes. Ces marques
d'amour qu'il luy donnoit à grand
bruit , flatoient la vanité de la
- Belle.Elle les payoit par beaucoup
de complaifances ; & fi dans ce
temps il euſt voulu s'expliquer
- pour le Sacrement , il y a grande
apparence qu'on l'euſt écouté
avec plaifir. Mais quoy que tresamoureux
, il raiſonna ſur les fuites.
On luy apprit que la Dame
n'avoit pas vécu en trop bonne
intelligence avec ſon premier
Mary , parce qu'il ne ſoufroit pas
qu'elle changeaſt tous les jours
d'Habit, ny qu'elle euſt des Meubles
auſſi ſomptueux qu'elle les
vouloit avoir. Cet exemple luy fit
peur , & cette crainte ayant rallenty
ſa paffion, il commença à ſe
montrer moins prodigue , & par
confequent à plaire moins. Comme
elle n'eut plus les meſmes
égards
166 MERCURE
égards pour luy dés qu'elle l'eut
vû changer de conduite , elle
luy laiſſa paroiſtre beaucoup de
défauts qu'il n'avoit point apperçeus
d'abord. Ces défauts le guérirent
tout- à- fait , & il étoit preſt
de ſe retirer , quoy que les dépenſes
qu'il avoit faites luy tinffent
un peu au coeur , lors qu'un
jeune Gentilhomme , maiſtre de
luy -meſme , & ayant beaucoup
de bien , fut introduit chez la
Dame. Il le laiſſa s'embarquer, &
feignit de ne point voir l'attachement
qu'il prenoit pour elle. Le
jeune Amantdonna d'abord dans
ſon gouft. Il fut liberal , alla au
devant des agreables Parties , &
fournit à tout avec des marques
dejoye qui luy gagnerent bientoſt
le coeur de la Belle. Ils s'affurerent
d'une mutuelle paffion, &
ſi le nouvel Amant n'euſt point
craint
GALAN T. 167
craint le Cavalier , qui avoit ſes
veuës en continuant à eſtre aſſidu
, le mariage l'euſt bientoſt
rendu heureux. Le Cavalier s'apperçeut
qu'on le craignoit , &
c'eſtoit ce qu'il avoit prétendu.
Deux mois ſe paſſerent fans que
les choſes changeaſſent d'état.
La Dame traitoit bruſquement le
Cavalier pour le bannir de chez
elle ,& il donnoit à ces bruſqueries
le nom de faveur pour n'avoir
pas lieu de s'en fächer. Enfin
ayant remarqué que ſon Rival
s'enflâmoit de plus en plus,
par les obſtacles que la continuationde
ſes ſoins apportoit à for
bonheur , il luy dit un jour qu'il
s'appercevoit depuis quelque
temps qu'il aimoit la Dame ; qu'il
eſtoit fâcheux que deux Gentilshommes
euſſent formé le même
deſſein ; que cependant l'un
des
168 MERCURE
des deux devant ceder , il eſtoit
juſte qu'on laiſſaſt l'aimable Veuve
en liberté de choiſir , & qu'il
le croyoit aſſez raiſonnable pour
conſentir comme luy à la rendre
Arbitre de leur fortune ; mais
qu'ayant fait l'un & l'autre beaucoup
de dépenſe pour luy marquer
leur amour , la meſme juſtice
vouloit que le Malheureux
fuſt indemnisé , & que peuteſtre
il parloit contre luy- mefme
, puis que l'ancienneté de ſes
ſervices luy devoit faire eſperer
que la preference luy ſeroit donnée.
Le jeune Amant , qui ſe tenoit
ſeûr du coeur de la Belle, &
qui n'oſoit rien conclure par la
crainte de s'attirer une affaire
qui pouvoit avoir des ſuites facheuſes
, fut ravy de l'ouverture
que luy fit le Cavalier. L'argent
qui le défaiſoit d'un redoutable
Rival,
GALANT .
169
Rival , luy eſtoit fort peu confiderable.
Il approuva ce qu'il avoit
propoſé , & s'eſtant donnez parole
de vivre toûjours Amis , quelque
choix que fiſt la Dame , ils
arreſterent que le Malheureux
recevroit cinq cens Loüis de celuy
qu'elle voudroit preferer ,&
ne ſe quitterent point qu'aprés en
avoir paſſe un Acte pardevant
Notaires.Ce fut alors que lejeune
Amant crut avoir pris ſon Rival
pour dupe.Comme il ne craignoit
plus rien de luy aprés l'accord
qu'ils venoient de faire, il redoubla
ſes ſoins auprés de la Belle ,
&n'eut pas de peine à obtenir
qu'elle s'expliquaſt en ſa faveur.
Le Cavalier en fut inſtruit & par
elle -meſme , & par ſon Rival ,
qui le pria de ſe ſouvenir de ce
qu'ils s'eſtoient promis fur cette
affaire. Il tâcha de prendre un
Septembre 1682 . H
170
MERCURE
viſage conſterné ,pouffa quelques
faux foûpirs , & ayant reçeu
la ſomme dont ils eſtoient
convenus , il laiſſa la Veuve au
jeune Amant , qui l'épouſa quelques
jours apres. Ils aiment tous
deux la grande dépenſe , & rien
n'eſt égal à celle qu'ils font.Quoy
que le Mary foit riche , on doute
fort qu'il la puiſſe ſoûtenir longtemps
ſans mettre ſes affaires en
déſordre . Jugez de la joye du Cavalier
de s'eſtre tiré ſi à propos
d'un engagement , dangereux
pour luy de toutes manieres.......
Vous vous ſouvenez , Madame,
de la fermeté avec laquelle
je vous appris dans ma Lettre de
Fevrier dernier que Monfieur de
Guilleragues Ambaſſadeur de
France à Conſtantinople , avoit
foûtenu ce qui s'étoit fait devant
l'Ifle de Chio , contre les Corſaires
GALANT.
171
-
res de Tripoli. Je vous fis part
dans le meſme temps , des Arti
cles de la Paix conclue avec eux
-par Monfieur du Queſne , de la
maniere la plus glorieuſe qu'il
pouvoit le ſouhaiter. Le Grand
コViſir , & les autres Miniſtres de
la Porte , ayant employé inutilement
toute forte de moyens pour
obliger cet Ambaſſadeur à reparer
les dommages de Chio , pour
leſquels ilsdemandoient que l'on
payaſt ſept cens Bources de cinq
cens Ecus chacune , ils avoient
eſté contraints de ſe contenter
de fon Billet, par lequel il promettoit
de faire dans quelques mois
un Preſent au Grand Seigneur
de certaines Raretez qui luy ſeroient
agreables. Le temps eſt
venu de fatisfaire au Billet ; &
Monfieur de Guilleragues n'ayant
rien promis qu'en fon
১৪
Hij
172
MERCURE
nom ſeul , voicy comment il a
terminé cette grande Affaire .
Le Grand Viſir ayant ſçeu en
quoy ce Preſent devoit conſiſter
, le trouva tres- éloigné des
prétentions qu'on avoit euës , &
ne pouvant croire que Monſieur
l'Ambaſſadeur vouluſt pouffer
juſqu'au bout l'inébranlable
affurance qu'il avoit toûjours
marquée , il reſolut de faire un
dernier effort , pour le porter à
une augmentationdont leGrand
Seigneur euſt ſujet d'eſtre content.
Ainſi le 29. d'Avril dernier
, il luy envoya l'Effendi des
Chiaoux , qui est le ſecond Officier
de ce Corps. L'Effendi, accompagné
de Mauro Cordato ,
Drogman , ou Interprete de la
Porte, luy vint demander, ſi apres
ce qu'on luy avoit fait connoître
des fâcheuſes ſuites qu'auroit
fon
H
GALANT
473
e
&
0
U
ſon refus , il demeuroit dans la
reſolution de n'ajoûter rien à fon
Preſent ; & fur ce que Monfieur
de Guilleragues luy témoigna
qu'il eſtoit, fort inutile de
luy parler tant de fois de la meſ
me choſe , il recommença tout
de nouveau à exagérer l'affront
que la Religion &l'Empire Otos
man avoient receu par les ca
nonnades de Chio ; luy repreſenta
fa Hauteſſe dans une colere
, que la ſatisfaction de l'entier
payement de ſept cens Bources
pourroit à peine appaiſer ; & finit,
en luy diſant , que quand l'eſtime
qu'on avoit pour fa Perſonne
faiſoit conſentir à relâcher quelque
choſe , il devoit répondre
à des ſentimens ſi favorables ,
en augmentant ſon Preſent jufqu'à
ce qu'on luy dit que c'étoit
affez qu'il empeſcheroit par
Hiij
174 MERCURE
là qu'onn'en vinſt aux violences
dont on l'avoit menacé , & que
tout eſtoit à craindre , s'il ne prenoit
ce party. Ces diſcours réïterez
n'ébranlerent point cet Ambaſſabeur.
Il dit qu'ayant promis
de donner des choſes rares &
curieuſes , elles ne devoient
point exceder les forces d'un
Gentilhomine ; qu'ayant fait tout
ce qu'il potivoit faire , la Porre
en devoit eſtre contente , &
que le Viſir pouvoit prendre
contre luy telles reſolutions qu'il
luy plairoit, puiſqu'il n'avoit rien
davantage à dire. En ſe ſeparant
de l'Effendi , il l'avertit de deux
choſes ; l'une , qu'eſtant incapable
de s'intimider, quand meſme,
il faudroit donner ſa teſte , on
perdoit du temps à luy faire des
menaces ; & l'autre , que les
François eſtoient tellement charmez
GALANT.
175
コピ
&
mez de la grandeur , de la bonté
, & des autres admirables qualitez
de leur Empereur , qu'ils ſe
faiſoient un plaifir d'expoſer pour
luy leurs libertez & leurs vies ;
& qu'en France , lors qu'un
Homme de qualité avoit l'avantage
de mourir en fervant fon
Prince , on regardoit cette mort
comme un honneur dont on alloitfeliciter
fes Parens .
en
00
Da
Je
по
Depuis le jour de cette viſite,
il ne s'en paſſa aucun ſans que
les Drogmans de Monfieur de
Guilleragues ſe montraſſent à la
Porte , non pour y rien propoſer
de plus que ce qu'il avoit proposé
luy-meſme , mais feulement
pour ſe preſenter , & faire
voir qu'il ne craignoit point les
Hes
Jes
ar
Déliberations qu'on y pouvoit
prendre , puiſqu'il marquoit , en
envoyant ſes Drogmans , l'impa
ez Hij
176
MERCURE
tience qu'il avoit de les ſçavoir.
Ils luy rapportoient toûjours
quelque fâcheuſe réponſe ; & la
moindre violence où l'on devoit fe
porter , étoit de le conduire en
prifon , & de ſaiſir les Effets de
tous les Marchands François. II
foufrit cette Menace pendant
quelques jours ; mais enfin ayant
appris que la reſolution avoit eſté
priſe de l'envoyer aux Sept Tours
pourun peu de temps , afin d'éprouver
ſi ſa fermeté n'en ſeroit
point ébranlée , il ordonna auffitoſt
à ſes Drogmans d'aller trouver
le Kiaïa , pour luy dire qu'on
diferoit inutilement ce qu'il ſçavoitqu'on
vouloit executer ; qu'il
eſtoit tout preſt d'aller aux Sept
Tours , & qu'on n'avoit qu'à le
venir prendre pour l'y conduire;
mais qu'il ſe croyoit obligé de
l'avertir , que quand il y ſeroit
une
GALANT. 177

1
el
19
une fois entré , il ne ſeroit pas fi
facile qu'on penſoit de l'obliger
d'en ſortir ; que les ordres du Vifir
, & meſme du Grand Seigneur
, ne fuffiroient pas pour le
retirer de cette Prifon .& qu'il y
demeureroit juſqu'à ce que l'Empereur
ſon Maître luy en fiſt ou
vrir les Portes. Une ſi hardie declaration
avoit dequoy arreſter
l'effet des deſſeins qu'on pouvoit
avoir formez , & comme il craignit
que ſes Drogmans n'oſaſſent
parler auſſi fortement qu'il le ſou .
haitoit , il leur donna un Ecrit
contenant les meſmes chofes,
pour luy ôter le pouvoir d'en rien
ſuprimer. En meſme temps il ſe fit
tenir des Chevaux preſts, afin de
ne faire pas attendre ceux qui
viendroient l'appeller.
Le Kiaïa ſurpris de ce que luy
dirent les Drogmans, le fut beau-
H
178 MERCURE
coup davantage du Billet qu'ils
luy porterent. Il eut pendant un
quart d'heure les yeux attachez
deffus , &fon filence fit aſſez paroître
ſon étonnement. Celuy du
Viſir ne fut pas moindre . Cependant,
comme il s'agiſſoit de ſe
conſerver , ou de rompre avec la
France , ſelon qu'il feroit violent
ou modcré , il laiſſa paſſer encor
quelques jours fans rien dire à
Monfieur l'Ambaſſadeur. Les
manieres de la Porte luy étoient
connues , & comme il ſçavoit
qu'elle fuit ſous ce Viſir une Po
litique extraordinaire , cette conduite
ne luy répondoit de rien.
Les choſes demeurerent en
cet état juſqu'au 9. de May. Ce
jour là , ſur les fix heures du foir,
les Drogmans furent appellez
chez le Kiaïa, avec grand emprefſement.
Il leur demanda fi Mon
fheur
GALANT. 179
a
a
fieur l'Ambaſſadeur n'ajoûteroit
pas quelque choſe à ſon Preſent;
& les Drogmans ayant répondu
qu'il leur paroiſſoit toûjours fort
éloigné de le vouloir faire, il leur
donna ordre de le ſçavoir plus
precisément , & de luy en donner
réponſe. Ils revinrent le lendemain
au matin,&luy dirent de
la part de Monfieur de Guilleragues
, qu'il ne falloit point luy
demander qu'il augmentaſt ſes
Preſens , qu'ils eſtoient tels qu'il
les devoit faire , & qu'il ne pouvoit
y rien ajoûter. Le Kiaïa ne
eroyant point que ſa derniere
reſolution fuſt priſe , chargea les
Drogmans de le preſſer de nouveau
ſur cette augmentation ;&
afin qu'il euſt le temps d'y penfer
, il luy accorda deux jour
pour determiner abſolument ce
qu'il luy feroit important de faire.
Ce
1,80 MERCURE
Cedelay fut inuile. Monfieur de
Guilleragues fit toûjours paroître
une égale fermeté ; & la nouvelle
menace qui luy fut faite quelques
jours apres de la priſon des
Sept Tours , ne pût l'obliger à
changer de ſentimens. Enfin ſes
Drogmans luy ayant dit que le
Grand Viſir l'envoyeroit chercher
pour apprendre de luy-même
ce qu'il avoit refolu , il leur
ordonna de luy aller declarer
qu'il ne vouloit point luy parler
debout , comme il avoit fait lors
qu'il avoit eſté queſtion de l'Affaire
de Chio , & qu'il fouffriroit
plûtoſt la mort , que de conſentir
à prendre place au bas du
Sopha.
Le 20. du meſme mois , il fut
averty par ſes Drogmans ſur les
huit heures du matin , de ſe te
bir preſt pour aller chez le Kiaïa,
ой
GALANT. 181
S
e
où l'on devoit venir le prier de
ſe vouloir rendre . Il eſtoit déja à
demy préparé pour partir , lors
que l'Effendi des Chiaoux arriva
ſeul pour luy faire ce meſſage.
Monfieur de Guilleragues
l'ayant aſſuré qu'il ſe mettroit.
en chemin peu de temps aprés,
cer Officier alla l'attendre à la
Marine , du coſté de Conſtantinople
; & Monfieur l'Ambaffadeur
ayant achevé de ſe preparer
pour cette entreveuë , fortit
à dix heures de fon Palais ,
accompagné ſeulement de Meffleurs
Fornetti , Fontaine & Perruca
, ſes Drogmans ; de Monſieur
Hermage, ſon Medecin; de
Meſſieurs Fabre & Sougla , Marchands
; de ſon Valet de Chambre,&
de quatre Valets-de-pied.
Il ne voulut pas une Suite plus
nombreuſe, parce qu'on l'avoit
prie
182 MERCURE
prié de ne mener avec luy qus
dix Perſonnes. Sa contenance
eſtoit affurée , & il marquoit un
air libre , qui l'a fait d'autant plus
admirer, qu'on a ſçeu depuis qu'il
avoit appris ce meſme jour par
deux avis diférens , que dans un
Conſeil tenu , le Viſir avoit fait
prendre la réſolution de l'envoyer
aux Sept Tours . Cette
nouvelle , dont il ne fit part ny à
fa Famille ny aux Marchands, ne
luy cauſa aucun trouble , & il
partit à Cheval avec un viſage
calme , quoy qu'il ne doutaſt en
aucune forte qu'on ne l'appellaſt
pour l'arreſter. Eſtant arrivé à
Tophana , où eſt l'Arſenal du
Grand Seigneur , il mit pied à
terre , & paſſa dans une Caïque
à Conſtantinople. Il y trouva un
autre Cheval qu'on luy tenoit
preſt ; & l'Effendi des Chiaoux
qui
GALANT. 183
qui l'attendoit là , le conduifit au
Serrail du Grand Viſir ,qui eſt
au deſſous de la Moſquée , qu'on
appelle la Solimanie. Lors qu'il
fut entré , il l'introduiſit dans
l'Appartement du Kiaïa , avec
lequel étoient le Reïs Effendi , le
Chiaoux Bachi , & un autre Officier.
Monfieur l'Ambaſſadeur y
fut ſuivy de ſes trois Drogmans,
de fon Medecin , des deux Marchands,&
de fon Valetde Chambre
, qui ſe tinrent tous debout
derriere fon Siege.
Le Kiaïa commença fon difcours
par une nouvelle exageration
du dommage de Chio , de
l'indignation de Sa Hauteſſe , &
du mécontentement de tous les
Grands de la Porte. Monfieur de
Guilleragues , à qui ce commencement
fit croire qu'on avoit
deffein de pouffer l'affaire àbout,
répondit
184 MERCURE
répondit de la maniere du mon
de la plus intrepide. Il fit voir
avec combien de justice l'Empereur
ſon Maître avoit reſolu la
punition des Corſaires de Barbarie
, & qu'on ne pouvoit examiner
le procedé de Monfieur
du Queſne , ſans demeurer convaincu
qu'on n'avoit eu aucune
penſée de donner au Grand
Seigneur les ſujets de plainte que
l'on pretendoit. Le Kiaïa , qui
à la chaleur que Monfieur de
Guilleragues faiſoit paroître , s'aperçeut
qu'il n'eſtoit pas diſpofé
à rien accorder de plus que
ce qu'il avoit offert , commença
de prendre un ton plus doux,
parlant neantmoins d'une maniere
qui faiſoit connoître qu'on
s'obſtineroit à demander qu'il
augmentaſt ſon Preſent. Il l'affura
de
L
l'eſtime particuliere du
Viſir,
GALANT . 185
1
e
a
Viſir , qui ne pouvoit affez ad-
✓ mirer la conduite avec laquelle
il avoit agy dans cette Affai--
re ; & apres luy avoir dit que de
fa part ne ſouhaitant rien avec
plus d'ardeur que de la voir terminée
, il ne negligeoit aucune
choſe qui puſt y contribuer ;
il ajoûta que tous ſes ſoins ne
dproduiroient rien , s'il n'en hâtoit
le fuccez , en faiſant un offre
plus confiderable , & qu'il
n'avoit aucune raiſon de s'en
diſpenſer , puis que par les termes
meſmes de fon Billet , il s'étoit
engagé à faire un Preſent qui
fuſt agreable au Grand Seigneur.
Monfieur l'Ambaſſadeur répondit
fur ce dernier point , qu'il entendoit
le mot d'agreable autrement
qu'on ne l'expliquoit à la
Porte ; que ce qu'il avoit promis
devoit eſtre compoſé de choſes
que
186 MERCURE
que Sa Hauteſſe agréeroit comme
belles , rares, & curieuſes , &
non comme riches & d'un prix
extraordinaire ; & qu'un Gentilhomme
ne pouvoit avoir affez de
préſomption , pour croire qu'aucun
Preſent offert de ſa part puſt
eſtre digne d'un Empereur auffi
magnifique que le Grand Seigneur.
Le Kiaïa l'ayant prié de
vouloir mieux voir à quoy ſes
refus pourroient porter le Viſir,
il répondit qu'il ne luy reſtoit
plus rien à examiner ſur cette Affaire
, & qu'on auroit pû ne le
faire pas venir , puis qu'on n'avoit
à luy dire que ce qu'on luy
avoit déja dit plus d'une fois . Le
Kiaïa luy dit encor , qu'il devoit
garder plus de modération dans
fes réponſes. Il repliqua , qu'il ſe
ménageoit ſuivant les propoſitions
qui luy eſtoient faites ; &
comme
GALANT. 187
comme le Kiaïa, & les autres Officiers
le regardoient fixement , il
leur fit dire que leurs regards fi
attachez ſur ſa Perſonne pour
découvrir ce qu'il penſoit , ou
pour luy donner quelque frayeur,
étoient incapables de le ſurprendre
; qu'il avoit dit tout ce qu'il
ayoit à dire,& qu'il leur declaroit
encore une fois , que fon Prefent
allant au delà du pouvoir d'un
Gentilhomme,on ne devoit point
pretendre qu'il ſongeaſt à l'augmenter
. Le Kiaïa luy fit entendre
que l'on s'étonnoit de ce qu'il
n'avoit point eu réponſe de France;
mais que cela ne devoit point
empefcher l'accommodement ,
puis qu'il pouvoit prendre les
Effets des Marchands François
dans toutes les Echelles. Mon--
ſieur de Guilleragues répondit ,
que le Preſent qu'il avoit promis
ne
188 MERCURE
ne regardant que luy ſeul , rien
ne l'avoit obligé d'en avertir
l'Empereur ſon Maître , & qu'on
devoit craindre l'indignation d'un
fi grand Prince , s'il apprenoit
que l'on s'obſtinaſt à luy propofer
de pareilles choſes. Alors le
Kiaïa deſeſperant de venir à bout
de l'ébranler , voulut l'obliger à
voir le Viſir ; mais il refuſa d'al-,
ler trouver ce Miniftre, non feulement
par le bruit qu'on devoit
attendre de leur entretien , mais
parce qu'il ne vouloit ny parler
debout , ny hors du Sopha.
Cet Officier ne l'en preſſa pas
davantage , & dit ſeulement qu'il
faudroit chercher quelques accommodemens
fur cette difficulté.
Ainſi voyant que c'étoit
inutilement qu'il tâchoit à
luy faire abandonner cette refolution
, il fortit trois ou quatre
fois
GALANT. 189
fois pour aller rendre compte
de leur Conférence au Grand
Viſir , qui estoit dans ſon Apartement
avec Cara-Kiaïa , le Janiſſaire
Aga , & quelques autres
Officiers. Ce Cara - Кіаїа ,
qui eſt Caïmacan auprés du
Grand Seigneur , a l'humeur encor
beaucoup plus violente que
le Viſir .
La premiere fois que le Kiaïa
alla trouver ce Miniſtre , il luy
dit qu'on n'avoit point à douter
que Monfieur l'Ambaſſadeur
ne fiſt le Preſent en fon particulier
, & qu'ainſi n'ayant oſé en
écrire à l'Empereur fon Maître
, on ne devoit point pretendre
qu'il y ajoûtaſt ce qu'on demandoit.
Qu'au reſte c'eſtoit un
Homme qui eſtant prévenu de
ſa raiſon , ſoûtenoit obſtinément
les choſes qu'il croyoit juſtess
que
190 MERCURE
que les menaces ſembloient l'affermir
dans ſes reſolutions,& que
s'il entroit aux Sept Tours, il n'en
voudroit plus fortir que par or
dre de la France. Ces paroles du
Kiaïa firent changer le deſſein
qu'on avoit formé de l'y conduire.
Toutes les meſures avoient
eſté priſes pour cela. La violence
ne faiſant rien eſperer, il fut jugé
à propos de ne ſe ſervir que de
la douceur. Le Kiaïa parla de
nouveau à Monfieur de Guilleragues,&
choiſit les termes les plus
honneſtes pour luy demander s'il
refuſeroit un Diamant de sooo0
livr. au Grand Seigneur, qui le
ſouhaitoit , au Viſir qui le con+
damnoit à le donner , à luy qui
l'en prioit inſtamment , & enfin
à tous les Officiers de la porte ,
qu'une forte eſtime faisoit entrer
dans ſes intereſts. Il ajoûta , que
toute
GALAN T. 191.
toute autre Nation , qui auroit
fait quelque choſe d'approehant
de l'Affaire de Chio , ne s'en feroit
jamais relevée ; & qu'il pouvoit
voir la confideration qu'on
avoit pour luy, puis qu'il n'y avoit
point d'Ambaſſadeur qui ofaſt
parler ou écrire avec la meſime
fierté , ſans s'expoſer à perdre la
vie, &mettre tous les Marchands
au peril de l'Eſclavage ; Qu'il
falloit au moins que par le don
de ce Diamant, il donnaſt moyen
au Grand Viſir d'appaiſer entierement
l'indignation de Sa Hauteffe
, qui s'étoit reduite par les
preſſantes fupplications de ce
Miniſtre , à ſe contenter d'une ſi
legere augmentation ; qu'apres
l'accommodement de cette Affaire
, on agiroit avec luy de telle
forte , que les autres Nations en
ſeroient jalouſes , & qu'il auroit
; lieu
192 MERCURE
lieu d'eſtre content ſur toutes les
autres difficultez .
Monfieur l'Ambaſſadeur répondit
, que la maniere dont les
autres Nations eſtoient traitées,
ne regloit rien pour la Nation
Françoiſe , & qu'il eſtoit tres- faché
que l'on employaſt le nom
de Sa Hauteſſe & du Grand Vifir
pour demander une choſe qu'il
ne pouvoit accorder. Le Kiaïa
voyant qu'il eſtoit inébranlable,
hauſſa les épaules d'étonnement,
& dit au Reïs Effendi , qu'il le
laiſſoit parler à ſon tour. Cet Officier
qui s'eſt acquis chez les
Turcs la reputation d'un Homme
éloquent , fit un grand difcours
à Monfieur de Guilleragues fur
le dommage reçeu à Chio , & fur
la colere où cette eſpece d'affront
avoit mis le Grand Seigneur.
Il l'aſſura d'une maniere
toute
GALAN T.
193
toute infinuante , que le Viſir
l'eſtimoit infiniment , luy repreſenta
les fuites heureuſes qu'auroit
l'accommodement qui luy
eſtoit propoſé ; & luy parlant des
ſentimens pleins de zele que fon
merite avoit inſpirez à tous les
Grands de la Porte , il luy en
donna pour marques la retenuë
avec laquelle on avoit agy , n'y
ayant eu aucun François mal
traité depuis dix mois que duroit
l'Affaire , & les Drogmans mefme
, qui ſont ſujets de la Porte,
n'ayant reçeu aucune parole facheuſe
, quoy qu'ils en euſſent
porté de fort rudes , auffi-bien
que des Ecrits pleins d'une fierté
, qui dans l'Empire Otoman
n'avoit jamais eu d'exemple. La
réponſe de Monfieur l'Ambaſſadeur
fut la meſine qu'il avoit faite
au Kiaïa. Il dit qu'il ſçavoit
Septembre 1682. I
194 MERCURE
parler avecmoderation,lorsqu'on
luy parloit de meſme ; & qu'à l'égard
des François , à qui aucune
injuſtice n'avoit eſté faite, il euſt
peut - eſtre eſté dangereux de les
mal- traiter. Le Reïs Effendi rougit
de ces dernieres paroles ,& le
Kiaïa tourna le difcours ſur les
Armateurs Chrétiens, diſant qu'il
ne falloit pas que Sa Majesté les
protégeaſt , ny qu'elle ſouffriſt
qu'il y eut des François ſur leurs
Vaiſſeaux. Monfieur de Guilleragues
répondit , qu'on pouvoit
connoître que le Roy étoit fort
éloigné de les vouloir proteger ,
puis que Monfieur du Queſne
avoit maltraité quelques-uns de
ceux qu'il avoit rencontrez pendant
qu'il étoit dans l'Archipel,
& qu'il avoit pris tous les François
qu'il avoit trouvez parmy
eux , pour les envoyer ſervir dans
les
GALAN T.
195
e
les Galeres ; mais que malgré de
- grands foins,& beaucoup de prévoyance
, Sa Majeſte ne pouvoit
pas abſolument empeſcher que
quantité de Vagabonds & de
Malfaicteurs de ſon Royaume ne
ſe dérobaſſent aux peines qu'ils
es meritoient , & n'allaſſent chercher
ſur Mer l'unique refuge qui
es leur reſtoit. Que c'étoit à l'Emfpereur
fon Maître à ſe plaindre
de ce que faifoient les Corfaires
de Barbarie , auſquels on donnoit
publiquement protection à
la Porte ; mais qu'il avoit puny
ceux de Tripoli,& qu'il étoit refolu
de punir ſeverement les autres
en toute rencontre. Pendant
tout ce temps on apporta pluſieurs
fois du Caffé,du Sorbet, de
l'Eau de Senteur , & du Parfum
à Monfieur l'Ambaſſadeur,& l'on
fit le meſme Regale de Sorbet
e
I ij
196 MERCURE
& de Caffé à ceux qui l'accompagnoient...
Les Reis Effendi n'ayant pas
mieux réüſſi que le Kiaïa, ils allerent
l'un & l'autre , ainſi que les
autres Officiers , à la Chambre
du.Vifir & eurent une demyheure
de conférence avec ce Miniſtre.
Le Kiaïa reprit la parole
à fon retour , & reduifit à dix
mille Ecus la valeur du Diamant
que l'on avoit demandé. Il eut
le meſme refus , & ayant encor
diminué ce prix de moitié il
n'obtint rien davantage. Alors
il dit aux Drogmans qu'ils ſe jettaffent
aux pieds de Monfieur
l'Amballadeur , qu'ils luy baifafſent
le bout de fon Juſte-aucorps
, ( car il eſtoit tout habillé
à la Françoiſe , n'ayant point de
Veſte par delſus ſon habit , non
plus qu'aux autres Audiences
qu'il
GALANT 197
qu'il avoiet euës, ) & qu'ils luy
fiffent connoître que s'il refuſoit
ceDiament, il falloit qu'eux- mêmes,
comune Sujets de la Porte, en
gageallent tout ce qu'ils avoient
pour le donner. Monfieur de
Guilleragues furpris de cette
action , marqua entes regardant
avec dédain , combien des
moyens fi bas étoient employez
inutilement , & fe levant tout- àcoup
, s'en alla fans rien répon
dre. L'Effendi des Chiaoux le
eonduiſit juſqu'au lieu où il avoit
laiſſe ſon Cheval . Les deux pre
miersDrogmans le voulurent fuivre
, mais on leur fit figne de
demeurer , pendant qu'il remonta
à Cheval pour s'en retourner à
fonPalais .
On ne sçauroit exprimer avec
combien de furprife tous les Officiers
qui ſe trouverent preſens,
Iij
198 MERCURE
pluſieurs Turcs de confideration ,
& tous les autres que la curiofiré
ou leurs affaires avoient amenez,
le virent fortir du Serrail du
Grand Vifir. Sur tout , les Ambaſſadeurs
, Envoyez , & Réfidens
des Princes Chrétiens , qui
étoient venus exprés pour voir
quel fuccés auroit cette Conférence,
en firent paroître un étonnement
extraordinaire. Aucun
ne doutoit qu'on ne le duſt mener
aux Sept Tours. Ce bruit s'étoit
répandu partout dans Conftantinople
; & outre ce qu'en
avoient dit quelques- uns de ceux
qui doivent le bien ſçavoir , l'opinion
qu'on en avoit euë avoit
paru d'autant plus certaine,qu'on
avoit veu arriver Karakiaïa , & le
Janiſſaire Aga , avec quatre cens
Janiſſaires. Ce premier , qui eſt
d'une humeur violente , s'étoit
toûjours
GALANT. 199
toûjours oppoſé aux voyes de
douceur.Cependant l'évenement
fit paroître que l'on avoit deſſein
de les ſuivre , puis que Monfieur
de Guilleragues étoit de retour
au Palais de France,dans le temps
que les uns diſoient qu'il avoit
eſté envoyé aux Sept Tours , &
les autres à laPriſon de Babagiafar
, la plus infame de toutes celles
de Conſtantinople.
Quoy qu'aucune reſolution
fâcheuſe n'euſt ſuivy cette entreveuë
, on ne pouvoit encor dire
comment l'Affaire ſe termineroit .
On commença de le voir deux
jours aprés , quand le Vendredy
22. Huſſein Aga , Grand Doüanier
, vint trouver Monfieur de
Guilleragues pour examiner tout
le Preſent , ſuivant la coûtume,
de la part du Grand Seigneur , &
du Viſir. Il amena avec luy un
I iij
200 MERCURE
Marchand Turc , avec quelques
Juifs qui font à ſon ſervice . C'eſt
un Homme fort en faveur , chez
qui ſa Hauteſſe dîne d'ordinaire
deux fois la ſemaine. De toutes
les Nations Chrêtiennes , il n'y a
que la Françoiſe à laquelle il épargne
les Avanies. Auſſi donna- t- il
des marques d'une confideration
particuliere à Mr l'Ambaſſadeur,
en faiſant les choſes d'une maniere
équitable, & toute civile. Monſieur
l'Ambaſſadeur luy dit qu'il
manquoit quelques Pierreries à
fon Prefent,& que ne ſe connoifſant
pas affez en Diamans pour ſe
répondre de les bien choiſir , il le
prioit de deux choses; l'une , de
vouloir bien ſe charger du ſoin de
les acheter ; & l'autre , d'avancer
pour quelque mois l'argent qu'il
y falloit employer , juſques à la
concurrence de ce qu'il avoit promis.
GALANT 201
mis. Huſſein Aga répondit qu'il
ne pouvoit luy rien refufer ; &
avant qu'il le quittaſt ; Monfieur
de Guilleragues luy fit fervir la
Collation. Parmy les chofes qui
la compofoient , il y eut un Plat
de Fraiſes . C'eſtoit un Fruit inconnu
pour duy. Il les trouva excellentes
, & le pria de lay en
donnerun autre Plat pour l'offrir
au Grand Seigneur. Monfieur de
Guilleragues qui en fait cultiver
pluſieurs Couches dans fon Jardin,
fatisfit avec plaiſir à cette demande.
Trois jours aprés , Hufſein
Aga le vint retrouver , & luy
apporta les Pierreries. A cette ſeconde
viſite , Monfieur l'Ambaffadeur
luy dit, que ne voulant pas
que ſes Preſens paflaffent pour
un payement, puis qu'il les faiſoit
en fon particulier , & non de la
part de l'Empereur ſon Maiſtre,
Iv す
202 MERCURE
ny qu'on puſt luy dire dans quelque
temps , que le Grand Seigneur
n'en auroit pas eſté ſatiſfait
, il pretendoit qu'ils fuſſent
donnez à Sa Hauteſſe meſme par
fes Domestiques, qu'il envoyeroit
pour cela. Huſſein Aga luy répondit
en riant.qu'il n'avoit point
veu de Chreſtien ſi opiniâtre ,
qu'il vouloit des choſes qui ne
s'étoient jamais faites;que les Ambaffadeurs
meſmes ne voyoient le
Grand Seigneur qu'une ſeule fois
pendant que duroit leur Ambaffade
, & qu'il demandoit que fes
Domeſtiques euffent cet honneur
, ſi eſtimé & fi rare en ce
Païs-là qu'il tâcheroit cependant
d'obtenir de Sa Hauteffe
qu'elle accordaſt ce qu'il defiroit.
Monfieur de Guilleragues le régala
d'une autre Collation. On
ne toucha point au Plat de Fraifes
יז
GALANT.
203
ſes que l'on y ſervit , & Huſſein
Aga l'envoya chez luy pour le
Grand Seigneur.
Enfin le Preſent qui avoit eſté
porté chez le Viſir le 25. fut preſenté
le 27. à Sa Hauteffe. Voicy
de quelle maniere la Cerémonie
ſe paſſa . Le Grand Seigneur fe
rendit exprés à fon Kioſque.
C'eſt un magnifique Cabinet,qui
eſt ſur la Marine , vis- à- vis de
Galata. Sa Hauteſſe y va pour
toutes les grandes Cerémonies ,
& fur tout pour recevoir chaque
année les reſpects du Capitan
Pacha , & des Beïs des Galeres ,
au depart de fon Armée navale ,
tant pour la Mer blanche , que
pour la Mer noire. Elle y dîna ce
jour- là ,& en ſuite on luy donna
le Spectacle de quelques Luiteurs.
Deux d'entre eux luiterent
avec tant d'adreſſe , que ny l'un
ny
204
MERCURE
ny l'autre ne put renverſer ſon
Compagnon. Ils eſtoient frotez
d'huilé par tout le corps, à la maniere
des Anciens , & n'avoient
qu'un Caleçon , qui estoit auſſi
huilé , qui leur couvroit juf
qu'aux genoux. Aprés qu'on luy
eut donné le plaifir de ce Combat
, on fit avancer les Gens de
Monfieur l'Ambaſſadeur , Monfieur
Noquerre fon Chancelier,
(car tous les Ambaſſadeurs & les
Confuls des Echelles du Levant
ont un Chancelier , ) Monfieur
Merille fon Secretaire, Monfieur
Fabre Marchand , les trois Drogmans
de France , & dix Valetsde-
pied prirent chacun une partie
des Prefens qui avoient eſté
portez dans une Chambre voiſine
du Kioſque par ordre du Telkegi.
Le Telkegi eſt un Officier
duGrand Vifir qui va de ſa part
porter
GALANT. 205
porter la parole au Grand Seigneur.
C'eſt en cela que conſiſte
ſon employ. Ils furent conduits
de cette maniere vers la
Galerie où cet Empereur eſtoit
affis fur une eſpece de Thrône,
les jambes croiſées à la façon du
Païs. Le Prince ſon Fils eſtoit à
coſté de luy , & les principaux
Officiers , & un grand nombre
d'Icioglans les environnoient. Ils
remirent les Preſens entre les
mains de ſes Officiers qui étoient
là pour les recevoir ; & en ſuite
Mauro Cordato ,&les trois Drogmans
l'un aprés l'autre , vinrent
juſques à fix pas du Kioſque . Ils
avoient chacun une Veſte de
Brocard, que le Chiaoux Bachi &
le Caffetangi Bachi leur avoient
donnée , ainſi qu'à Monfieur Noguerre
, à Me Merille , & à M
Fabre , pour eſtre en état de ſe
preſen
206 MERCURE
preſenter devant Sa Hauteſſe . Ils
la faluërent , en baiſſant la teſte
preſque juſqu'à terre ; & aprés
eux , ceux que je viens de nommer
furent admis à leur tour à
luy faire la reverence. Ils la firent
tres - profonde ; & le Grand Seigneur
, qui les regarda venir ,
leur fit une petite inclination de
teſte.
Il faut vous dire dequoy le Preſent
étoit compoſé. Il y avoit une
petite Boëte de Pierreries ; deux
Fauteüils , l'un grand , & l'autre
petit, fort bien travaillez , & d'un
beau deſſein ; un grand Miroir
de Venife , enrichy de Moulures
d'argent , & orné de Gravûres
faites à la pointe de Diamant;
cinqPiecesd'Horlogerie,ou Pendules
à reſſort ſpiral , & d'autres
manieres , d'une invention tresrare
; un Tapis des Gobelins ,
peint
GALANT.
207
peint fur de la Moire ; & plufieurs
autres de Drap , de Satin
, de Velours, & de Brocard de
Venife.
Le Grand Seigneur a fort eſtimé
toutes ces choſes , & a deſtiné
les deux Fauteüils pour le Serrail
de Beifiſtarch , quand on aura
achevé de le bâtir. Cependant
le petit Fauteüil & le Miroir ont
eſté placez dans le Kioſque qui
eſt à la Marine ; & le grand , à
l'Apartement des Sultanes. Quelques
jours aprés la Cerémonie
que je vous viens d'expliquer ,
Monfieur de Guilleragues fit retirer
le Billet par lequel il avoit
promis quelques raretez de France.
Le Kiaïa le rendit à ſes Drogmans
en preſence'de pluſieurs
des principaux Officiers de la
Porte , leur faiſant dire par eux,
que ſon Preſent ne pouvoit eſtre
reçeu
208 MER CURE
}
reçeu d'une maniere plus agreable
qu'il l'avoit eſté de Sa Hauteffe
, & leur donnant ordre de
le falüer tres- particulierement de
fa part.
Jugez , Madame , quel a deû
eſtre l'étonnement que les autres
Nations ont eu de cette Audience
donnée aux Domeſtiques de
Monfieur l'Ambaffadeur , portant
publiquement un Preſent
que l'on connoiſſoit eſtre de luy .
Ils ont fait la reverence au Grand
Seigneur , & reçeu de, Veſtes,
qui eſt un tres - grand honneur
en ce Païs-là ; au lieu que lors
que quelque autre Nation paye
une Avanie d'un prix beaucoup
plus confiderable que ces Prefens
, ce qui arrive ſouvent , il
faut porter au Tréſor la ſomme
qu'on a impoſée. On peſe
l'argent , on examine toutes les
eſpeces,
GALAN Τ. 209
efpeces , & ceux qui en font
chargez , font preſque toûjours
renvoyez avec injures.Les Turcs
qui ne connoiffent point un plus
grand honneur ſur la Terre , que
celuy de voir la face beatifique
du Grand Seigneur , diſent
que quand Monfieur de Guilleragues
l'auroit acheté deux millions
, il ne l'auroit pas aſſez payé ,
& qu'il faut que ſa conduite ſoit
toute admirable , pour l'avoir pû
obtenir. Auſſi luy a-t- on veu
ſoûtenir en toutes rencontres
la dignité de ſon Caractere de
la maniere du monde la plus
glorieuſe. Il a parlé depuis le depart
des Vaiſſeaux avec la méme
fermeté , que lors qu'ils eſtoient
aux Bouches & à Chio. Il s'eſt
acquis l'eſtime de tous les Turcs ,
& elle a eſté telle pour luy ,
que pendant tout le temps que
l'on
210 MERCURE
l'on s'eſt plaint des canonnades
de Monfieur du Queſne , on n'a
fait ny injustice, ny mauvais traitement
à aucun François. Il a
toûjours arreſté par ſes réponſes
la violence du Grand Viſir , &
j'ay là - deſſus à vous apprendre
une choſe qui étonna fort toute
la Porte , & qu'on a ômiſe dans
toutes les Relations . L'année derniere
, cet Ambaffadeur eftant
dans la Salle de ce Miniſtre ,comme
avant que de le faire entrer
dans ſa Chambre il entendit
qu'on traitoit dele contraindre à
s'affoir hors du Sopha , il dit tout
haut , qu'il donneroit mille Ecus
d'un Gangiar , qui eſt un Poignard
à la Turque , pour tuer le
premier qui auroit l'audace de
l'entreprendre , & cela empeſcha
fans-doute que la violence ne luy
fuſt faite. Il eſt certain que fon
intre
GALANT . 211
intrepidité a détourné des malheurs
, qui en d'autres temps au-
- roient preſque eſté inévitables .
Si on luy diſoit que ſes refus pouvoient
le mettre en de grands
perils , ainſi que ceux de ſa Nation
; il répondoit , que ſa vie , &
- celle de quelques François qui
font dans le Levant , étoient peu
confiderables , lors qu'il s'agiſſoit
de la gloire de fon Maiſtre , qui -
hazardoit ſa Perſonne meſme, &
une infinité de Gens de qualité,
lors qu'il eſtoit à l'Armée. Par
ces manieres hardies , il a ſi bien
fait connoître la grandeur & les
rares qualitez de noſtre auguſte
Monarque , que le Grand Viſir
a voulu voir ſon Portrait. Les
plus confiderables d'entre les
Turcs , qui tous les jours viennent
l'admirer trouvent dans
ſes traits ce qui peut donner la
plus
212 MERCURE
plus forte idée d'un Prince accomply.
Il reſte encor la diſpute du
Sopha ; mais on a tout lieu de
croire qu'il n'y a point de Négotiation
fi difficile , que la prudence
de Monfieur de Guilleragues
ne termine heureuſement.
Vous ne ferez pas fachée,Madame
, qu'aprés vous avoir me
née à Conſtantinople , je vous
faſſe revenir en France. Il s'y paf.
ſe d'affez grandes choſez pour
effacer tout ce que je vous pourrois
dire du reſte des quatre Parties
du Monde. Lezele , l'eſprit,
la magnificence , & l'invention ,
ont paru ſeparément dans toutes
`les Villes , à l'égard des Réjoüiffances
que l'on a faites pour la
Naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne. Celle de
Dijon
GALANT.
213
Dijon s'eſt diſtinguée des les
premiers jours , & quoy qu'il paraft
qu'on ne puſt rien ajoûter
aux marques de joye qu'elle avoit
données , & dont je vous ay déja
parlé , elle n'en eſt pas demeurée
là. Elle eſt ſi vivement
penetrée du plaifir qu'elle refſent
, de ce que le Prince qui
vient de naître porte le nom de
la Province dont elle eſt la Capitale
, que dans les ardens tranfports
de fonvallegreffe , elle ne
ſçait qu'elles demonſtrations en
faire éclater. C'eſt cette raiſon
qui l'a obligé à renouveller ſes
Réjoüiſſances le jour de la Feſte
de S. Loüis. Dés le matin la Jeuneffe
& la Bourgeoiſie ſe mit ſous
les armes , les uns à cheval , les
autres à pied , mais tous dans un
équipage auffi leſte que galant.
On promena la Figure du jeune
Duc
214 MERCURE
Duc par toute la Ville , dans un
Char de triomphe que traînoient
quatre Chevaux gris pommelez .
On le voyoit au milieu des quatre
derniers Duc de Bourgogne ,
repreſentez au naturel , & tirez
d'apres des Buſtes & d'excellens
Portraits. Ils ſembloient remplis
d'admiration à la veuë de ce pretieux
Enfant , & marquoient leur
joye chacun d'un air & d'une
maniere diferente. La France
fort ſuperbement vétuë , ayant
un Habit blanc & or , & un
Manteau Royal ſemé de Fleursde
Lys d'or ſur un fond bleu , &
plus parée encor de fa bonne
mine , luy mettoit une Couron
ne ſur la teſte. Toutes ces Figures
eſtoient de relief. Un Soleil
levant avec une Deviſe Latine,
expliquoit l'agreable mouvement
que cauſe l'orient de ce nouvel
Aftre
GALANT .. 215
Aſtre du monde. Le Char eſtoit
environné de plus de trente Gardes
à cheval , fort leſtement mis,
l'un deſquels tenoit l'Oriflame
des Ducs de Bourgogne déployée.
C'eſtoit le Drapeau ou
Enſeigne qu'ils faifoient porter
dans les Batailles , & autres grandes
expeditions , ſur tout quand
ils y alloient en perſonne. Ces
Gardes avoient tous l'Epée à la
main , nuë & haute , à la maniere
des Gardes du Roy , quand
ils paſſent dans une Ville. Dix
ou douze petits Pages marchoient
devant & à côté de ce Char .
Ils portoient des Fruits , des
Fleurs , & des Paſtes exquiſes
dans des Panniers , & dans des
Corbeilles d'argent cizelé. Il y
avoit des Tentes , & des Pavillons
au milieu des Ruës , où l'on
pouvoit prendre toutes fortes de
rafraîchiffe
216 MERCURE
rafraîchiſſemens , des Coridors,
& des Galeries qui communiquoient
d'une Ruë à l'autre , des
Plate- formes , des Amphithéatres
, & fur tout dans la Place
de S. Jean , qui eſt fort grande
& tres - bien baſtie, l'appareil d'un
Feu de joye le mieux entendu ,
& le plus magnifique qu'on ait
vû depuis longtemps . Le Theatre
avoit plus de 45. pieds de
haut fur 24. ou 25. en quarré à
chaque face. La baze conſiſtoit
en huit Portiques ornez d'un pareil
nombre de Pilaſtres , ſur lefquels
l'Architrave étoit appuyée.
Du milieu de ces Portiques pendoient
des Cartouches chargez
des Armes de France , & de
Dauphiné. Une Friſe avec des
Deviſes aux quatre faces ,& une
grande Corniche , regnoient tout
autour de cette galante & fuperbe
GALANTM
217
perbe Architecture , qui estoit
bordée de Fuſées volantes , &de,
Lances à feu . On avoit placéi
aux quatre coins de grands Vaſes
tous pleins d'Artifice, qui ſoutenoient
quatre groffes Grenades
remplies de cent douzaines de
Fuſées. Sur le premier étage étoit
un grand quarré à jour , orné de
- Feſtons, de Fleurs & Fruits , dans
lequel on distinguoit facilement
en figures de relief grandes comme
le naturel , la Felicité tenant
entre ſes mains le Prince nouveau
né , qu'elle preſentoit à la
France. Elle estoit accompagnée
de la Victoire , & de la Joye. La
Bourgogne eſtoit de la partie , &
offroit la Couronne Ducale à ce
jeune Prince. Les Colomnes de
ce quarré ou attique , eſtoient
toutes garnies de Lances-à- feu,
& portoient un Dôme octogone
Septembre 1682 . K
218 MERCURE ?
dont les angles étoient couverts
de Fuſées. Sur chaque coin de
l'attique où ce Dôme étoit poſé,
il y avoit un Génie tenant les
Armes du Roy , de Monseigneur
le Dauphin , de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , & de la
Province , quelques- unes écartelées
de France & de Dauphiné;
& pour le couronnement de
l'Edifice , une Renommée ayant
les deux pieds fermes fur le com
ble de ce Dôme , pour faire connoître
que la reputation du Roy
eſt affermie par une infinité d'héroïques
Actions , & par l'invariable
bonheur de fon Regne.b
Ce Feu avoit eſté préparé
avec une extréme diligence pour
le jour de la Saint Loüis , comme
convenable à cette Feſte par
rapport à celle de Sa Majestés
neanmoins il ne fut tire que le
Lundy
GALANT.
219
Lundy 31. Aouſt , à cauſe d'une
groſſe pluye qui ſurvint , & qui
ne ceſſa preſque point tous les
autres jours de la ſemaine. On
ne laiſſa pas de ſe donner au plaifir
pendant tout ce temps. Plufieurs
Marchandes , avec quelques
jeunes Filles du voiſinage
du Palais , s'aſſemblerent le Jeu
dy 27.& malgré la pluye qui tomboit
alors abondamment , elles
ſouperent enſemble au ſon des
Tambours & des Trompetes , &
au bruit des Mouſquets , ſur lea
Perron du Palais , qu'elles-mefmes
avoient tapiffé & accommo
dé tres - proprement. Aprés le
Repas , elles paſſerent une partie
dela nuit à danſer dans la grand
Salle avec leurs Voiſins. Le Dimanche
30. il y eut un Te Deuma
chanté ſolemnellement par une
Muſique à trois Chooeurs dans
Kij
220 MERCURE
l'Egliſe des Jeſuites , où non ſeulement
tous les Autels , mais trois
grandes Pyramides faites exprés,
&poſées au deſſus du grand Autel
,& les Corniches qui environnoient
le Choeur , eſtoient
chargées d'une infinité de lumieres.
Il y avoit meſme dans la
Nefpluſieurs Bras d'argent d'efpace
en eſpace , qui ſoûtenoient
de grands Flambeaux de Cire
blanche. Deux ou trois cens de
leurs Ecoliers, conduits parMonſieur
le Marquis de Tavanes,jeune
Gentilhomme fort bien fait,
contribuerent auſſi à la pompe
de cette Cerémonie. Il ſe mirent
ſous les armes d'une maniere fort
propre , & firent quantité dedécharges
, qui furent accompagnées
de Feux d'artifice dans la
Courtdu College, qui eſt l'un des
plus beaux du Royaume.
Le
GALANT . 221
Le lendemain jour du Feu , les
Boutiques , & les Colleges furent
fermés par l'ordre des Magiſtrats.
Il dura prés de deux heures , &
fut tiré au bruit des Canons du
Château , & au fon des Fifres,
des Hautbois, des Violons ,Trompetes
& des Tambours , affemblez
par l'ordre & par les foins
du Vicomte Majeur , qui eſtant à
la teſte des Officiers de Ville ,
précedez d'une Milice auſſi leſte
que nombreuſe , mit le feu à la
Machine . Pendant que toutes ces
choſes tenoient les Spectateurs
dans une joye continuelle , les
Tours & le Clocher de la belle
Egliſe de Saint Jean , & la Terraſſe
du Logis du Roy , qui porte
ſa Cime juſques dans les nuës ,
brilloient de feu éclatans. Il y
avoit auſſi quantité d'Illuminations
ſur les Fenestres , fur les
: Kiij
222 MERCURE
Plateformes , & fur les Balcons,
d'où quelques Dames jetterent
des Confitures ſeches en divers
endroits. Il s'en trouva meſme
dont la liberalité alla juſqu'à des
pieces d'argent. Monfieur Bouchu
, Intendant de Bourgogne, ſe
diftingua par fon zele pour les
choſes qui regardent le Roy , &
par ſa magnificence ordinaire.
Ce brillant Spectacle fut admiré
d'une foule prodigieuſe de Gens,
non ſeulement de Dijon , mais
des Villes voiſines, & de la Campagne.
L'Ode & le Sonnet que vous
allez voir , ſont de Monfieur Robinet
de S. Jean . Je vous ay parlé
pluſieurs fois de luy , & je ſçay
que ſon mérite vous eſt auſſi connu
que fon nom. Il entend tresbien
la Langue ; & ce ſtile aiſé
qui paroît dans les Nouvelles
qu'on
GALANT.
223
qu'on donne au Public depuis
un grand nombre d'années , en
eſt une preuve qu'on ne fçauroit
contefter, Elles ſont écrites avec
beaucoup de pureté , & ce n'eſt
pas fans raifon que tous les honnêtes
Gensen parlent avec éloge.
८ ८
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
Ode en Vers irréguliers.
D
Ans un Palais égal à celny
du Soleil,
Où l' Art & la Nature
Epuisent leurs efforts pour un Roy
Sans pareil,
Dontjamais on ne peut achever la
peinture; Kijij
224 MERCURE
Versaille, oùle Printemps, &Flore,
&les Zéphirs,
Les Amours,les Jeux,les Plaisirs,
Triomphent des Hyvers barbares;
Où les plus aimables Oyfeaux
De leurs douces Chansons ne font
jamais avares,
Où les Bois,les Fleurs &les Eaux
Produisent en tout temps les effets
besplus rares.
**
Dans ce lieu,dis-je,si charmant,
Dans set Olympefur la Terre,
Où loge si pompeusement
LOUIS, cet autre Dieu qui lance le
tonnerre,
Tout, depuis quelque tempsse trouvoit
inquiet,
Malgré ce doux repos que le Héros
nous fait,
Et dont joüit par tout sa bien-henreuſe
France.
Tout
GALANT . 225
Tout estoit attentifſur l'Hymen &
l'Amour,
Tantoſt regnoit le trouble,& tantoſt
lefilence,
Dans l'attente de ce grandjour
Où ces Dieux rempliroient nostre
chere esperance .
Enfin ce jour est arrivé,
Et cette esperance est remplie.
Nostre bonheur est achevé,
Et l'on en voit par tout une joye
accomplie.
Un Prince vient de naître aussi beau
que l'Enfant
Des Dieux,& des Mortelsfans ceſſe
triomphant ;
Venus, en le voyant, croiroit estreſa
Mere.
Aumoment qu'il ouvrit les yeux,
Il en fortit des traits de ſi vive
lumiere,
Que ce demy-Dieu glorieux
Kv
226 MERCURE
Eutd'abordfur les coeurs une victoire
entiere.
Mais comment ne vaincroit - il
Pas,
Puis que parun comblede gloire
Il est le Petit- Fils d'un Roy dont
tous les pas
Sontjuſques dans la Paixſuivispar
la Victoire ?
O que fon fort est grand ! O que fon
fort est beau i
Ilnaist ainsi dans un Berceau,
Qu'ombrage une Palme immortelle
Qui se mesle au Mirthe amoureux,
L'an & l'autre fortable , a l'ame
grande& belle
D'unHéros à lafois , & tendre &
genéreux,
Dont la haute Vertu voit tout au
deffous d'elle.

GALANT.
227
O que dans fon grand avenir,
J'apperçois déja de merveilles,
Quenepourra l'Histoire contenir,
Et qui des Ecrivains épuiſeront les
veilles ;
Ces celebres évenemens,
Qui feront pleins d'enchante
mens,
Et quifatigueront les Filles de Mémoire,
S'augurent fur les bords defon Berceau
fameux,
Par l'éclat qu'il reçoit d'un Roy convert
de gloire,
Partant d'excès dejoye, & tant de
nouveauxfeux,
Quifur ceux de la nuit emportent
la victoire.
Dauphin auguste &triomphant,
Parton chef- d'oeuvre d'Hymenée,
Par ce rare &divin Enfant
Dont
1
228 MERCURE
Dont on prévoit déja la haute
destinée,
Tu te vois doublement l'appuy de cet
Etat,
Et du glorieux Potentat
A qui tu dois le fort de ton illustre
vie.-
Ce fort dont la grandeur à peine ſe
comprend,
Aux Roys les plus puiſſans paroît
digne d'envie ,
Puis qu'en effet se voir Fils de
LOUIS LE GRAND,
C'est bien plus qu'estre ailleurs Chef
d'uneMonarchie.
JeuneHéros , rare Dauphin,
Augmente ta belle lignée,
Etfaffe le Ciel que Sans fin
On la voye à lafois nombreuſe &
fortunée.
Puiſſe le grandHéros des Lys
Voir unjour les Fils de tels Fils
2
Sentemir
GALANT. 229
Soûtenir avec toy le poids defa Couronne.
Vous aurez tous, grand Prince, encor
aſſezd'honneur,
Et la gloire qui l'environne,
Et qui produit nostre bonheur,
Ne s'affoiblira point , quelque part
qu'il en donne.
Grande Princeſſe , à qui l'on doit
La moitié de ce bel Ouvrage,
Où par les traits meſlez on voit
Du Pere & de la Mere une brillante
Image,
Continuez aussi , répondant à nos
vaux,
De ſeconder les nobles feux
Qu'en Son grand coeur vous seule
avez pû faire naiſtre.
Augmentez l'appuy de nos Lys;
L'univers en tremblant , des qu'il
verra parestre
Quelqu'un de vos illustres Fils,
Croira,
230
MERCURE
Croira, comme en LOUIS , appercevoir
un Maistre .
A LA GLOIRE DU ROY,
Sur la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne.
Q
vi
SONNET.
de tous les Héros eſtſemblable
à LOUIS ?
Quoy qu'en diſe de grand la fabuleuſe
Histoire,
N'a-t- ilpassurpassé tous leursfaits
inoüis,
Et du moindre desfiens obfcurcy leur
mémoire?
De son éclat nos yeux se fentent
ébloüis,
Les rayons les plus vifs que répande
lagloire [noüis,
Autour de ce Héros semblent épa-
Et
GALANT. 231
Et l'on croit voir en luy le Dieu de
la Victoire.
1
Il est grand dans la guerre , il est
grand dans la Paix,
L'univers est remply du bruit de ſes
hautsfaits,
Tout l'adore &le craint , tout le
regarde en Maître.
Iln'apointfait de voeux que le Ciel
n'ait rempliss
De nôtre Grand Dauphin il defiroit
un Fils,
Et plus beau que l'Amour ce cher
Fils vient de naître.
Je conviens, Madame , de tout
ce que vous me dites à l'avantage
du Poëme intitulé , l'Art de Prefcher,
dont vous me mandez qu'un
de vos Amis vous a envoyé le
Manufcrit ; mais je doute fort que
CC
232
MERCURE
ce Manufcrit ſoit aſſez correct,
pour vous en avoir fait voir toutes
les beautez. L'Autheur de ce
Poëme , qui eſt diviſé en quatre
Chants , ayant confié ſon Original
à quelques Perſonnes qui l'ont
fait tranfcrire ; tous les Curieux
ont ſouhaité de l'avoir , & de
Copie en Copie cet Ouvrage ſe
trouve aujourd'huy ſi défiguré ,
que quelque beau qu'il puiſſe
eſtre encor , on a de la peine à
le reconnoiſtre. On y a mêlé
quantité de choſes qui ne font
point de l'Autheur. On en a retranché
d'autres , & non ſeulement
on l'a remply de méchantes
rimes,mais il y a des Versoubliez
en divers endroits. Quelques-
uns m'ont dit qu'on y avoit
ajoûté un cinquiéme Chant , &
d'autres qu'on l'a imprimé en
Province , avec un ſi grand nombre
GALANT. 233
bre de fautes , que beaucoup de
Vers font ou trop longs , ou trop
courts . Cela eſt fâcheux pour un
Ouvrage , digne d'eſtre lû de
tout le monde , & qui joint l'utile
avec l'agreable d'une maniere
tres - ingenieuſe. Il eſt certain
qu'on en peut tirer beaucoup de
fruit , & qu'en ſuivant les le
çons que l'on y trouve , les jeunes
Prédicateurs ſe garantiront
de pluſieurs défauts qui les empeſchent
de preſcher utilement.
Si le Manufcrit que vous
avez lû a quelques endroits piquans
, je vous avertis , Madame,
que ce font traits ajoûtez , ainſi
que la plupart des faux noms qui
donnent lieu à quelque application.
Tous ceux qui ont veu
l'Original , demeurent d'accord
qu'il ne contient rien qui puifſe
offenſer perſonne. L'Autheur,
qu'une
234
MERCURE
qu'une infinité de Gens de qualité
connoiſſent , eſt fort éloigné
d'avoir voulu faire une Satyre.
C'eſt un Homme d'un génie tresélevé(
comme on le peut aisément
connoître par le tour facile qu'il
donne à ſes Vers,& par les nobles
expreffions dont il les foûtient,)
mais dont la conduite répond à
ce qu'il enſeigne , & qui eſt prefentement
occupé horsde Paris,
à fe préparer au métier dont il
donne des préceptes dans ion
Poëme. On ne doute point qu'il
ne prenne ſoin de le faire voir
correct au Public. L'Impreſſion
qu'on luy en demande eſt tresfouhaitée
, & on le croit d'autant
plus obligé de la hâter , que les
mauvaiſes Copies , imprimées &
manufcrites , qui font répanduës
par tout de cet Ouvrage , le font
paroître avec des défauts qu'il
eft
GALANT.
233
:
eſt incapable d'y avoir laiſſez .
L'abondance de la matiere qui
m'oblige à feparer cette Lettre en
deux Parties, ne me laiſſeroit pas
finir la premiere,ſi je voulois vous
parler de tout ce que les Particuliers
& les Communautez de Paris
ont fait. Celle des Muſiciens
& des Symphoniſtes a chanté un
Te Deum dans l'Egliſe des Auguſtins
du grand Convent. Il étoit
de la Compoſition de Me Jofſfelin ,
Maiſtre de Muſique des Jeſuites
de la Ruë S. Jacques . On en a
chanté pluſieurs autres de ce même
Maître en divers endroits . Le
St Rabaſche Syndic de la Communauté
des Barbiers & Perruquiers
, en fit chanter un le jour
de S. Loüis dans l'Egliſe de Saint
Germain l'Auxerrois, qu'on trouva
tres -beau . Il y avoit un grand
nombre de Voix& d'Inſtrumens.
Les
236 MERCURE
Les réjoüiſſances & les Prieres
ſe ſont continuées à Paris pendant
tout le mois d'Aouſt & de
Septembre. L'Artifice a brillé en
quelques Quartiers. Pluſieurs
Compagnies de Mariniers , &
d'autres Perſonnes ayant de l'employ
ſur l'eau,ont fait éclater leurs
Réjoüiſſances par les marques
qu'ils ont données de leur force
& de leur adreſſe ; & l'on a veu
dans la mefme apreſdînée tirer
l'Oyſon en trois diférens endroits,
par trois diférentes Compagnies,
au fon des Trompettes & de toutes
fortes d'Inſtrumens. Mais,Madame,
cette premiere partie de ma
Lettre eſt déja trop longue. Je
paſſe à la fuite. Vous y trouverez
les Réjoüiſſances des Provinces,
mêlées à ce qui me reſte d'autres
Nouvelles.
Fin
BLIO
TRECER
Partie.
2
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le