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1682, 06 (Lyon)
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7.12 Mo
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253
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Texte
Bibliothecæ quam Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
LYON VIN 1682 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
NO

LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
OVS trouverez , cher Lecteur,
plusieurs Nouveautez que vous
in'avez demandé.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Juin 1682 .
Hiſtoire des Edits de Pacification , & des
moyens que les Pretendus Reformez
ont employez pour les obtenir , contenant
ce qui s'eſt paſsé de plus remarquables
depuis la naiſſance du
Calviniſme juſqu'à preſent ; Avec la
réponce à un nouveau Libelle , intitulé
Les derniers efforts de l'Innocence
affligée , par le Sieur Soulier Prêtre .
CeLivre eft tres- curieux & ſçavamment
écrit , in-octavo 3. livres.
Les Moeurs des Chreſtiens , par M.
Fleury Prétre, Precepteur de Monfeigneur
de Vermandois, 12. 40. fols.
aij
Les Meoeurs des Iſraëlites par Monfieur
Fleury, indouze, 30. fols.
Academie Galante, indouze, 30. fols.
Recüeil des Edits , Declarations & Arreſts
, qui onteſtédonnez ſur diverſes
occurrences concernant la Juſtice depuis
le premier jour de Janvier 1678 .
juſques au dernier jour du mois de
Mars 1682. inquarto.
Oraiſon funebre de Madame de Rohan
Abbeſſe de Malnouë , par Monfieur
l'Abbé Anfelme, inquarto, 20. f.
Traité de l'Euchariftie , ou Réponce à
l'Ecrit de M.C. Miniſtre de Charanton
ſur la prefence Réelle, 12. 20.f.
Le progrez de la Religion Catholique
dans la Chine, avec le Brefde N.S.P.
le Pape Innocent X I. au Pere Ferdinand
Verbieſt Jeſuite , du 3. Decembre
1681. indouze, 12. f.
Je vous envoyeray dans peu, le deuxiéme
Tome du nouvel Horace deMonfieur
d'Afier & l'Hiſtoire de Charle I X.
par un tres-ſçavant Hiſtorien , avec
pluſieurs autres nouveautez .
Les nouvelles de Medecine ſe continue
àdiftribuer pour fix fols le Cahier.
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Avant-propos Charges données par le
Proceſſions ,
1
Roy, 4
7
II
Sonnet ſur leſoin que prend le Roy de ban-
Declaration du Roy ,
nir l' Hereſie de ſon Royaume , 13
Sonnet Provençal , 15
Sonnet ſur le bonheur de la Viechampe-
Stre , 17
Sonnetſur un Jardin de Campagne , 18
Réponse aux Remarques ſur la Ducheffe
d'Estramene , 20
Mariage de M. le Marquis de Saſſenage
&deMad. de S. André , 29
Zele de M. l'Evesque de Grenoble , 32
Le Roſſignol & le Milan , Fable 2 33
Histoire , 26
Madrigal , 59
Autre , ibid.
Sonnet Gafcon , 60
Actions de pieté de feu M. l'Evéſoue de
Castres, 6-2
Mort de M. le Duc de Verneüil , 67
a iij
TABLE.
Gouvernement de Languedoc donné àM.
le Duc du Maine , 69
LeRoy nomine M. le Duc de Noailles
Commandant dans ce Gouvernement.73
M.Girardin est beni Abbé de Beaubec, 74
Traduction de la buitiéme Ode du ſecond
Livre d' Horace , 76
Epigramme de Catulle 78
Autre, 79
Converſions , 82
Histoire , 84
Réponſe d'une Religieuse à une Lettre
qu'un deſes Amis luy avoit écrite,pour
ſçavoir fonsentiment fur les voeux de
Religion , १०
Tout ce qui s'estpassé aux Etats tenus en
Bourgogne 98
Huit Sonnets en bouts-rimezſur les loñanges
du Roy , & les diferentes occupations
des Hommes , 109
Lettre écrite de Neufchastel en Suiffe,
touchant les tremblemens de terre , 1 2 1
Mariage de M.Chauvelin avec Mademoiselle
Billard , 123
Letire du R. P. Fiacre de Paris, Capucin,
touchat le Probleme de M.Comiers,13 1
Lettre en Vers des Dames de Vvestphalie
139
Madri
TABLE .
Madrigal, 144
Honneurs funebres rendus à M. leMarquisdeMons.
145
Arrest donné en faveur du Vin Emétique,
151
Ce qui s'estpassé àl'Académie Françoise
lejourqueM. Faure- Fondamente , de
l'Academie Royale d'Arles , la vint
Saluër,
Conversions ,
Histoire,
Placet au Roy ,
153
158
ibid..
168
de Mademoiselle Bontemps ,
d'Estramene ,
la Nobleffe ,
MariagedeM. Lambert de Torigny, &
Suite des Remarques ſur la Ducheffe
Etabliſſement fait parle Roy en faveur de
Tout ce qui s'est passé touchant lejuge-
169
173
185
ment donnéſur les Bouts-rimez, de Jupiter&
de Pharmacopole , 198
Mariage de M. Charpentier & deMademoiselle
Portail , 202
Accouchement de deux Garçonsjoints enſemble
,
204
Chapitre des Capucins tenu aved Miſſion
auHavre , 205
M. le Prince Guillaume de Furſtemberg
TABLE.
est élen Evesque de Strasbourg , 207
Enigme 212
Autre Enigme , 213
Sejour de Monfieur àS. Cloud , 215
Divertiſſement de Versailles , 216
AcadémieGalante , 217
Histoire , 220
Gueriſon de Monfieur le Prieur de Cabrieres
, 226
Madrigal de Monfieur le Marquis de
Robia,s 228
Sonnet du mesme , 229
Prixdes Bouts-rimez de Pan , 230
L
Fin de la Table.
Avis pourplacer les Figures.
دع
'Air qui commence par En vain Tircis
s'efforce de me plaire , doit regarderla
page 58 .
La Veuë du Generalife , Palais des Roys
d'Afrique. doit regarder la page 127.
L'Air qui commence par Je n'aime plus lefon
de maMuſete,doit regarder la page 169.
L'Obſervatoire doit regarder la page 206.
MERCU
MERCURE
GALAN KADE DELA
ح ب
JVIN 1682 LYON
NFIN , Madame..
nous aprochons du
témps ſouhaité où
l'accouchement de
Madame la Dauphine
doit remplir les Voeux de
toute la France. Cette Princeffe
eſt preſte d'entrer dans le neufviéme
mois de ſa groſſeffe ; &
j'eſpere que je ne finiray point
m'a Lettre de Juillet ſams vous
A 1
2 MERCURE
apprendre quelle fuite heureuſe
elle aura eu . Tout ce qu'il y a de
Perſonnes à la Cour, qui croyoiết,
chacune, felon fon rang, pouvoir
aſpirer à eſtre employées aupres
de l'auguſte Enfant , dont on attend
la naiſſance , avoiet demandé,
ſollicité, fait agir leur credit &
leurs Amis, exposé leurs fervices ,
& fur quels droits elles fondoient
leurs prétentions. Mais quelque
métite qu'elles euſſent, la justice
du Roy a eſté encor plus forte,
&il n'a voulu donner aucune récompenfe
aux dépens des Dames
qui avoient fervy les Fils &
Filles de France, que nous avons
veu mourir depuis ſeize ou dix
huit- ans. Ce judicieuxMonarque
ſçait que quoy qu'elles ayent
eu beaucoup d'honneur,elles ont
eu auffi beaucoup de fatigues,
parce que des Enfans de ce rang
ne
GALANT. 3
ne s'élevent point ſans peines ,
ſans ſoins & fans veilles , ſur tout
lors qu'ils ont peu de ſanté. Les
Perſonnes qui avoient élevé celle
des Filles du Roy qui eſt morte
la derniere , eſtoient ſur le point
de goûter plus de repos, en joüifſant
du plaifir de la voir hors de
l'enfance. Elle estoit belle, avoit
de l'eſprit , & l'on remarquoit en
elle les brillantes qualitez de l'auguſte
Sang dont elle ſortoit. Madame
la Maréchale de la Mothe,
qui avoit eſté Gouvernante des
autres Enfans de Sa Majesté, l'e
ſtoit de cette Princeſſe. Il y a
déja quelques mois que le Roy
luy dit qu'elle auroit toûjours le
mefme honneur. Quoy que ce
Poſte ne fut pas nouveau pour
elle , elle ne laiſſa pas de luy en
faire ſes remercîmés, comme d'une
nouvelle grace qu'elle rece
A ij
4 MERCURE
voit. Cette Place eſtoit vacante,
& il eut pû la donner à telle perſonne
qu'il luy auroit plû choiſir;
mais fi ce Prince peut tout , il ne
veut pas toûjours tout ce qu'il
peut. Ill'a fait connoiſtre en pluſieurs
occaſions dans leſquelles
on l'a veu facrifier ſes intéreſts
propres à la plus exacte juſtice.
Je n'ay diféré à vous apprendre
ce qui avoit eſté fait pour Madame
la Maréchale de la Mothe,
que parce que j'attendois que Sa
Majesté euſt remply les autres
Places qui font au deſſous de la
Gouvernante. Elle s'en eſt expliquée,
& je puis vous nommer
toutes les Perſonnes qui doivent
les occuper. Madame la Baronne
de Paliere , & Madame de Vet
nelle,ont eſté choiſies pour Sous-
Gouvernantes. L'une de ces Dames
auroit pû fuffire ; mais comme
GALAN T.
S
1
me elles ont déja joüy de ce meſme
honneur , chacune ſéparement
, aupres de divers Enfans
de France , le Roy a ſuivy les
mouvemens de ſa bonté naturelle
, & pour fatisfairele panchant
qu'il a à faire toûjours du
bien , il les a voulu nommer toutes
deux , afin d'épargner à l'une
le chagrin qu'elle auroit eu d'eſtre
obligée de ceder à l'autre .
Je ne vous dis rien de ces illuftres
Perlonnes . Elles ſont fort
connues , & la rigide vertu de
Madame de Venelle a fait un
aſſez grand bruit pendant qu'elle
eſtoit Gouvernante des Nieces
de feu Monfieur le Cardinal Mazarin
. Madame Pelard ſera premiere
Femme de Chambre . Elle
a eſté Nourrice de Madame
Anne Elizabeth de France , morte
le 10. Janvier 1664. & Femme
A iij
6 MERCURE
de Chambre des autres Enfans
du Roy. Ainfi le ſervice eſtant
joint à ſa bonne mine & à fon
eſprit , on peut dire que Sa Majeſté
a fait paroiſtre ſon équité
dans ce choix. Elle a nommé
pour Femmes de Chambre , Mademoiselles
du Four, Madame de
S. Hilaire , Madame Lambert ,
Mademoiſelle Devizé , Madame
de Boiflogé , & Madame desJardins.
Elles font les plus anciennes
qui reſtent de celles qui ont
eu l'honneur de fervir les Fils &
Fillesde France ; & comme elles
méritoient d'eſtre préferées , il
ne ſe trouvoit perſonne qui euſt
lieu d'en murmurer. Cependant
les autres , quoy que n'ayant aucun
fujet de ſe plaindre,ont tout
eſperé des bontez du Roy ; &
elles luy ont demandé la meſme
grace , avec tant d'empreſſement
&
GALANT.
7
& de confiance, que bien qu'on
n'euſt pas beſoin de leur ſervice,
le nombre choify eftant fuffiſant,
ce Prince n'a pas laiſſe de les recevoir
dans les fonctions qu'on
leur avoit déja confiées.
S'il tient pour les Hommes une
conduite fi juſte, il eſt encor plus
exact pour ce qui regarde le culte
de Dieu. Il en a donné d'écla
tantes marques,& dans la folemnité
de la Feſte de la Pentecofte ,
&dans les Proceffions qui ont
eſté faites à Verſailles le Jeudy
28. de May, & le Jeudy 4. de ce
mois jour de l'Octave. Je vous
en fis une ample deſcription , &
vous en marquay toute la Pompe
dans ma Lettre de Juin de l'an
née derniere . Ainfi , Madame, je
me contenteray aujourd'huy de
vous dire que les meſmes chofes
y ont eſte obſervées , & que la
A mij
8 MERCURE
Chapelle neuve dont je vous
parlay il y a un Mois,s'étant trouvée
preſque au meſme lieu où
Sa Majeſté avoit accoûtumé de
faire dreffer un Repoſoir , en a
ſervy cette année . Le Roy & la
Reyne accompagnez de Monſeigneur
le Dauphin , de Monfieur
& de Madame , ſuivirent la
Proceffion avec une pieté qui en
inſpiroit aux moins zelez ; apres
quoy ils entendirent la grande
Meſſe dans l'Egliſe de la Paroiſſe.
Ce qui s'eſt fait à Paris , n'a pas
eſté moins édifiant. Toutes les
Proceffions y ont paru avec grande
pompe , & entr'autres celle
de la Paroiffe Royale de S. Loüis
a euun éclat extraordinaire.Quatre
Capitaines aux Gardes portoient
les Bâtons du Daiz avec
beaucoup de modeftie & de gra
vité ; C'eſtoient Meſſieurs de
Ferrand
GALANT.
Ferrand , de Bourlon , de Monceaux
, & de Bretonvilliers . Le
Clergé précedoit en Chapes avec
les Flambeaux & les Torches or
dinaires. Pluſieurs Confeillers
d'Etat , Maiſtres des Requeſtes,
&Conſeillers du Parlement,marchoient
en Robes rouges derriere
le Daiz , ſuivis d'un nombre
infiny de Gens de l'un & de
l'autre Sexe . La Proceſſion s'arreſta
au ſuperbe Repoſoir que
faitfaire tousles ans Monfieur le
Procureur General de la Couft
des Aydes. Quoy que la magnificence
en ſoit tres - conſidérable,
il y ajoûte toûjours un Concert
de Voix & d'Inſtrumens, dont la
juſteſſe auroit dequoy contenter
les plus difficiles en Muſique.
La Proceffion ayant paffé fur le
Quay , on entendit batre le
Tambour de loin , & ce bat-
Av
10 MERCURE
tement répondoit au fon du Fi
fre. On avoit placé , par permiſſion
du Roy , deux Compagnies
de ces Capitaines , aux
deux coſtez avancez du Pont
Marie. Elles occupoient ce Poſte
, l'une & l'autre Chapeau
bas , & ayant un genoüil en
terre , & l'autre élevé , avec le
Mouſquet tourné ſur l'eau . La
premiere Compagnie fit ſa decharge
lors qu'elle vit approle
Daiz . Les Tambours , à genoux
marquerent par le redoublement
& le bruit confus de
leur baterie leur reſpectueuſe
adoration pendant que le Daiz
paſſasenfuite dequoy l'autre Compagnie
fit une ſeconde ſalve. La
Proceffion ayant repaſſé par le
Quaydes Balcons devant le Pont
dePierre, y fut ſaluée de lameſme
forte par deux autres Compagnies,
GALANT. II
pagnies , & s'arreſta encore une
fois au Repoſoir de Monfieur le
Procureur General , où la meſme
Symphonie ſe fit entendre.Vous
remarquerez dans cette action
deux choſes fort particulieres,
Rien n'édifie davantage que de
voir le Daiz porté par quatreOfficiersd'Armée
dans une folemnité
de Parroiffe ; mais fi cela eſt nouveau,
ces marques de pieté nous
furprendront- elles,quand le Souverain
en donne par tout de fi
grand exemples ? Il eſt auſſi fort
nouveau ques des Compagnies
aux Gardes ſoient rengées en
haye dans des Lieux où Sa Maje
ſté n'eſt pas. Cela fait connoiſtre
qu'elle ne refuſe rien , lors qu'il
s'agit de la gloire du Maiſtre des
Souverains .
C'eſt dans cette veuë que ce
grand Prince ayant ſçeu que
quel
12 MERCURE
quelques uns des plus obſtinez
Religionnaires , non ſeulement
empeſchoient les autres de ſe
convertir , mais qu'ils leur inſpiroient
le deſſein de fortir hors
du Royaume avec leurs Famil
les , a fait publier depuis peu de
jours une Déclaration , portant
défences aux Gens de Mer &
de Meſtier nez ſes Sujets, d'aller
s'établir dans les Païs Etrangers
fous peine de punition contre les
Chefs de Famille qui feront furpris
, & d'amende contre ceux
qui auront favorisé leur fortie.
On peut voir par là que le Roy
n'a point de plus forte paffion
que de voir la Verité reünir tous
ceux que les erreurs de Calvin
ont ſeparez de l'eglife. Leur
Party s'affoiblit fort , & c'eſt ladeſſus
que Monfieur Ranchin
de Montpellier a remply les
Bouts
GALAN T.
13
Bouts-rimez de Monfieur Mignon.
Je vous envoye ſon Sonnet.
SUR LE SOIN QUE
prend le Roy de bannir l'Hérefie
de ſon Royaume.
'Heréſie autrefois plusſuperbe
qu'un Pan ,
Est enfin àla chaîne ainsi qu'une
Guenuche.
Le Grand LOUIS, malgré les rufes
de Satan ,
Larend par ſes Edits plus ſouple
que la Pluche.
LaBiche a moins d'ardeur à retrouverfon
Fan ,
Qu'il n'en a de nous voir enſemble
enmefme Ruche ,
Quittant pour ce Projet qui l'occupetout
l'An. 7.
Celuy
14 MERCURE
Celuy d'aller porter ses Loix où
naist l'Autruche.or
**
Revenez,Dévoyez, &le Ciel vous
eft hoc.
Vous aurez l'amitiéde LOVIS fur
le troc ;
Voyez que du Party toûjours quelqu'un
dé- niche.
L'Eglisevous appelle, &vous conjurePar
Ce Champ mal cultivé que vous
laiffez en friche ,
De rentrer dans ſon fein Sans Si,
Sans Mais, fans Car.
Il n'y a rien de plus agreable
que le Provençal, ſur tout quand
c'eſt une Femme qui le parle.
Voyez , Madame , fi vous l'aimerez
dans ce Sonnet. Il eſt de
Monfieur l'Abbé de Cary.
SON
GALANT.
15
SONNET PROVENCAL
fur les Bouts- rimez de Pan .
F
Aire entendrepertout lou Parrapata-
pan,
Sijuga d'au Lion coumo d'unoGuenucho
,
Estre amat como un Diou,& crench
como Satan ,
Jusquos eis bords glaſſars , donte
ven la Pelucho ;
**
Rire de l'Enemy, quandfes Explois
lon Fan
Fondré comoun Eiſſame , quand
•foüerte de la Ruche;
Combatré Hyver, Stion , & trionf
tout l'An.
Tenir l'Aiglo plus bas que noun
voeto l'Autruche ;
En tout temps, en tou luec, s'yfaire
dire d'hoc ,
Aver
16 MERCURE
Averço qu'és de drech, ſenſo perto
ny troc ,
Es ço que moun Reyfa , lors que la
Pasdé-nicho.
-
Din lou monde atamben cou nouna
pafoun Par ,
Eou pou mettre quand vou cent
Provinços en fricho ,
Parço quefa valour es l'appuy de
fon Car.
En voicy deux autres encor
fur les meſmes rimes , mais fur
diferens ſujets. L'un eſt de Monfieur
l'Abbé le Laboureur , &
l'autre m'a eſté envoyé ſous le
nom de l'Habitant en eſprit du
Pré Saint Gervais.
SUR
GALANT.
17
SUR LE BONHEUR
de la Vie champestre.......
Eureux qui prevenu des plai-
Heureuxans prevent
Ne distingue en ſon coeurny Belle,
ny Guenuche ,
Et qui de tous côtez invincible à
Satan ,
Ne cherchequ'enſez Prezle Velours
&la Pluche !
SiparmySes Troupeaux il compte
un nouveau Fan,
Si de Fruits fon Iardin , de Miel
S'emplitSa Ruche ,
Et qu'une ample Moiſſon vienne à
courouner l'An ,
Il porte peu d'envie aux dépoüilles
d'Autruche.
**
De l'Esprit & du Corps il tient le
repos hoc;
Content
18 MERCURE
Content de fa fortune , il n'en veut
point de troc ,
Etse borne aisément fans fortir de
faNiche.
L'Innocence estpour luy le plus ferme
Rem-par , D
Ilne craint Ennemis , ny Voleurs,
pourfon friche ,
Sous un Roy dont la Terre adore le
grandCaree
SUR UN JARDIN
de Campagne...
Ve j'aime ce lardin , Sejour
dePan
Où certain jeune Objet qui n'a rien
2deGuenuche ,
Tranquille, loin du bruit, à couvert
de Satan ,
Pour faire la Bergere , aime à quiter
la Pluche 100 200
La
GALANT.
19
Là le chant des Oiseaux égayroit
jusqu'au Fan ,
:
L'Abeille ne voit rien de meilleur
poursaRuche ,
Et mesme en laſaiſon la plus triste
de l'An
On s'y vient procurer la ſanté d'une
Autruche.
Il est des Promenoirs où l'ombre est
toûjours hoc ,
Deſſus une Terraſſe on en peutfaire
troc ,
L'oranger ,le Iasmin , y regne en
mainte Niche.
Ab,fi l' aimable Dieu que l'on peint
en Pou- par ,
Veut enfin que le coeur de Philis fe
dé- friche ,
Qu'il l'attaque en ces lieux , &
quand j'y Seray, Car.
La
20 MERCURE
La Duchefſe d'Eſtramene a
la deſtinée des Livres heureux.
On prend party pour & contre ,
& elle fert d'entretien dans les
Compagnies que l'on croit le plus
en droit de décider ſouverainement
de la beauté des Ouvrages.
Les uns l'attaquent ſur les ſentimens
extraordinaires , quoy
qu'exprimez vivement. Les autres
forcez d'en admirer les penſées
, ſe retranchent ſur le ſtile
qui leur paroiſt trop ferré , & en
general on n'y trouve des défauts
, que parce qu'il eſt impofſible
de rien faire de parfait.
L'Autheur a bien lieu d'eſtre
content qu'on examine ſon Livre
avec un peu de rigueur , puis
que cette forte d'examen ſevere
eſt une marque certaine de l'eſtime
qu'on en fait . J'ay peine auffi
bien que vous à croire qu'il
foit
GALAN T. 21
foit entierement d'une Dame.
C'eſt cependant au nom d'une
Dame qu'on m'écrit la Lettre
dont je vous fais part. Comme
elle fert de Réponce au Cavalier
qui a commencé d'expliquer
ſes ſentimens , je luy en ay
envoyé une Copie ſuivant l'adreſſe
qu'il m'avoit marquée ; &
s'il tient parole , je dois recevoir
dans peu de jours la ſuite de ſa
Critique. Lifez cependant ce
qu'on répond à ſes premieres Remarques.
A L'AUTHEUR
DU M. G.
:
En'étois paass affez vaine ,Monfieur,
pour me flaterd'avoirfait
e Sent
une chose que les Connoiffeurs deuf
22 MERCURE
fent approuver. Mais ce qui me
furprend c'est que l'on ait déja
cenfuré , & que ce foit un Cavalier
qui cenfure. Il me croit d'unfexe
qui merite du ſien , de l'appuy
&des applaudiſſemens plûtôt que
des corrections ; & d'abord je n'ay
pû concevoir qu'un Homme , dont
l'esprit paroît si délicat , & qui
Sçait dire tant de douceurs , fust
capable de découvrir des défauts .
F'en conſerveneanmoins peu deref-
Sentiment. Les Femmes pour l'ordinairefont
plus ſenſibles aux éloges
qu'aux blâmes , parce qu'elles
croyent toûjours bien plus mériter
les unes que les autres , & en faveur
des loüanges qu'il me donne ,
j'oublie affez ſes cenfures pour lui
rendre la justice qu'on lui doit . Il
s'exprime bien. Il penfe heureusement.
Ie le croy Homme connoiffant
emonde. Le le croy galant ; & s'il
m'est
GALANT.
23
m'est permis de penetrerjusqu'àfes
deffeins , je croy lui eftre obligée de
ce qu'il a écrit de moy , & qu'il
n'en a dit dumal que pourparoître
moins fuspect fur le bien qu'il en
dit. Ce qui me donne cette opinion,
c'est qu'il n'a dit du mal que ſur les
endroits faciles àjustifier.
Il reproche à Mademoiselle
d' Hennebury de s'estre mariée à un
Homme qu'elle n'aimepoint , mal--
gré l'engagement qu'elle avoit
avec un autre. A cela, la réponce
est aisée. Cen'est plus une chose cachée
que l'Histoire n'est point Angloiſe
; & bien que je ne sçache
point par quel fecret ou quelle infidelitéon
a déja esté instruit de la
veritable Scene , ilest certain que.
depuis la derniere Gazette d'Hollande
du dernier mois , on ſçait que
l'Avanture eft denôtre Cour Ainsi
le Critiquen'a point dû s'attacher
à
24 MERCURE
à des vray-ſemblances , puis qu'elle
ne contient rien qui ne soit defait,
&quand elle feroit une pure Fable
, c'est à dire une pure invention
qui doit eſtre conduite surle poßible&
le vray Semblable, peut - estre
y a t- on donné des couleurs assez
naturelles , pour estre cruë une cho-
Se entierement vraye. Ie demeure
d'accord que ce que fait Mademoiselle
d'Hennebury ex extraordinaire
; mais il ne leſeroit pas, s'il
estoit ſouvent des Perſonnes de fon
humeur. Ce n'estoit pas fon action
qu'il faloit examiner , s'estoit Son
caractere que je n'ay pas pretendu
exempt de foibleſſe ; & fi fon caractere
eſt poſſible, fon action a esté
neceffaire. Quelque extravagance
qu'il paroiſſey avoir d'abordàpenfer
mesme qu'une Femme puiſſe
quitter un Homme qu'elle aime,
pour un autre qu'elle n'aime point,
la
GALAN T. 25
la choſe peut changer de face par
un détail deſentimens , d'incidens,
de raiſons & de moyens . Ainſi il ne
faut pas toûjours dire qu'une choſe
n'a pû arriver , parce que la propofition
, quand elle est nuë &generale
, en paroiſt folle & impoſſible.
Rien au monde est- il plus contraire
à lavray Semblance , que de
dire qu'une Mere tuë ſon Enfant
pour s'en nourrir ? Cependant fi un
Autheur a l'adreſſe de bien dépeindre
les malheurs d'une preſſantefamine
dans une ville affiegée ; si
apres avoir bien fait combattre l'amour
d'autruy avec l'amour propre,
il fçait encor donner à celuy- cy
l'avantage sur le premier , on ne
doutera point que la chose n'ait
esté effective . L'application, Monſieur,
eſt aisée ; & je croy m'estre
affez expliquée , pour vous faire
entendre par quelles raiſons jepre-
Juín 1682. B
26 MERCURE
zens justifier l'action de Mademoi .
Selled'Hennebury.
Ie le repete Monsieur , je croy
que celui qui a écrit est de mes
Amis , & dans cette opinion je me
persuade que je ne hazarde rien
à conſentir qu'il continuë fes remarques.
Neanmoins sije me trompe
, & s'il a quelque chose à remarquer
où l'on ne peut pas répon
dre , il me fera grace de ne pas
examiner trop ſeverement cesfortes
d'endroits . Je m'aime affez pour
ne vouloir point paroiſtre avec
mes défauts , du moins avec des
défauts inexcuſables ; &puis qu'on
me demande mon conſentement , on
me pardonnera fi en ce casje ne confens
à rien. On excufera bien cette
vanité dans un Sexe , que les
flateries de celuy de l'observateur
ont accoutumé à presumer
beaucoup deSoy - mesme , & il voudra
GALANT.
27
1
dra bien ne point détruire par un
trait de plume cette estime avantageuse
, que tant d'actions éclatantes,
tant de reſpects, tant defervices
obligeans , nous ont fait concevoir
pour tous les Hommes.
Ce n'est pas assez pour moy,
Monsieur , c'est à dire pour une
Perſonne un peu glorieuse , que l'on
ne publie point mes fautes par galanterie
ſeulement & par generofité.
Je ne veux point tout devoir
à l'un & à l'autre , &je feray
bien aiſe de m'excuser desfentimens
que l'on pourroit avoir fur
la Seconde Partie . Elle a este fai
te en ſi peu de temps par l'engagement
que l'on avoit pris de finir
au plûtost ; on a cu fi peu de loiſir
de faire des reflexions , qu'ily au
roit lieu de pardonner de plusgrands
défauts que ceux qu'on
pourroit y remarquer. Un des pret
Bij
28 MERCURE
miers Hommes de nôtrefiecle, plein
de vertu, plein de mérite , & dont
la capacité& la politeſſe ſont les
moindres avantages , bien que l'une
luy attire tant d'admiration dans
laplus illustre Académie du monde
, & l'autre tant d'estime parmi
les Perſonnes galantes , peut porter
un témoignage incontestable
que cette derniere Partie a esté
toute faite en tres-peu de jours. Il
y a cu un autre incident , c'est que
par le peu d'usage que j'ay de l'imprimerie
, ne m'étant point refervé
le ſoin des Epreuves, ily est demeuré
des redites &des fautes affez
ſenſibles , pour que l'on croye
que je ne lesy aurois pas laiſſées ,fi
j'y avois seulement jetté les yeux.
C'est, Monsieur, ce que je vous prie
de faire sçavoir au Cavalier , qui
s'eſt adreſsé à vous pour m'envoyer
Ses Remarques. Agréezen mesme
temps
GALANT. 29
و
temps les remercimens que je vous
fais de la maniere obligeante
dont vous avez parlé de mon Livre
dans deux de vos Lettres . Fe
ne dois pas en estre ſurpriſe , puis
que vous faites profeßion de ny
mettre rien qui nesoit à l'avantage
de ceux dont vous avezquelque
choſe à dire.
On a eu icy nouvelles que
Monfieur le Marquis de Saffenage,
l'un des deux premiers Barons
du Dauphiné , avoit épousé
depuis fix ſemainesMademoiſelle
de S. André Virieu . Elle
eſt Fille de Monfieur le Marquis
de S. André , premier Préſident
au Parlementde Grenoble. C'eſt
une jeune Perſonne qui fortoit
du Monastere de Montfleury,
où elle a toûjours eſté élevée, &
qui marque infinimét de l'eſprit.
Biij
30 MERCURE
L'air de douceur qui eſt répandu
dans toutes ſes actions, la fait
aimer de tous ceux qui la connoiffent.
Monfieur le Marquis de
Safſenage eſt d'une des plus illuftres
& anciennes Maiſons de
France, tres- conſidérable par les
Emplois que ſes Anceſtres ont
eus dans les Armées ,& aux Gouvernemens
de cette meſme Province.
Il eſt Petit- Fils du coſté
Maternel de Monfieur de Boifſieux
, qui a eſté Premier Préſident
en la Chambre des Comptes
, & qui s'eſt rendu ſi celebre
par fon éminent fçavoir , &
par les divers Ouvrages qu'il a
mis au jour. Son Traité des Fiefs
a eſté receu & admiré dans tout
le Royaume. La Noce ſe fit au
Chaſteau de Virieu , où ils furent
vifitez de toute la Nobleſſe
des environs. La Ville de Grenoble
GALAN Τ . 31
noble qui aime naturellement
ſes Magiſtrats , & fur tout Monſieur
de S. André,qui par le zele
qu'il a pour le ſervice du Roy &
l'intereſt du Public , s'eſt acquis
une eſtime genetale,deputad
de ſes Confuls & une partie des
Officiers de l'Hoſtel de Ville ,
pour luy faire compliment fur ce
Mariage.Monfieur Chorier Avocat
de la Ville , & Hiftoriogra-
☐ phe de la Province , porta la parole
. Il eſt d'un mérite fi diftingué
, qu'on ne peut douter que
ce ne fuſt avec grand fuccés. La
joye dé cette illuſtre alliance a
paru univerſelle. Les Pennonages
de la Ville la firent éclater le
18. de l'autre mois par le bruit
des Moufquets & par le feu des
Fusées, Ce fut une Feſte qui at
tira un concours de Peuple ex
traordinaire . Le lendemain les
Bij
32 MERCURE
Officiers de ces Pennonages allerent
complimenter Monfieur le
Premier Préſident. Monfieur
Baudet leur Colonel eſtoit à leur
teſte.
kole nevous puis parler de Grenoble
, fans vous dire quelque
choſe de ſon illuſtre Prélat Iln'a
d'application qu'à chercher toujours
de nouveaux moyensd'augmenter
les fruits qu'il fait parmy
les Peuplas, dont Dieu luy a remis
la conduite. Il a préché le
dernier Caréme entier dans ſa
Cathédrale , ſans s'eſtre donné
un jour de repos ; & il n'y a aucune
Paroiffe dans toute l'étenduë
de fon Dioceſe , où malgré
les injures du temps , & les difficultez
des Montagnes , il n'aille
faire toutes les années les
confolantes viſites d'un veritable
& zelé Paſteur. Vous pouvez
juger
GALAN T.
33-
juger avec quelle joye il y eſt receu,
& combien ſa vigilance ſert
à mettre l'ordre dans tous les
Lieux où il va.
Je vous envoye une Fable de
Monfieur Daubaine. C'eſt aſſez
vous dire , pour eſtre aſſuré que
vous la lirez avec plaifir.
LE ROSSIGNOL,
ET LE MILAN.
FABLE.
NRoſſignol se trouvant ſous
UN lapate
D'un Milan , Beſteſcélerate,
L'Attila des petits Oyseaux ;
Ah , ne me mangez pas, luy dit- il
d'un air tendre.
Sur moy que trouvez - vous à
prendre ?
Bv
?
34
MERCURE
Je ne puis ſeulement vous fournir
deux morceaux;
Et fi vous le voulez , je vais vous
faire entendre
Tout ce que la Muſique a de plus
merveilleux.
Pour vous-mefme,Seigneur,conſervez
- moy la vié ;
De bon coeur je conſens à vous
ſuivre en tous lieux .
Plus de chagrins pour vous, plus
de mélancolie.
Voyez ce que je vaux , voyez à
quoy je ſers .
Autant de fois que vous prendra
l'envie
D'avoir le plaiſir des Concerts,
Je vous le donneray ; ma douce
mélodie
Pour cela feule me ſuffit .
Seule elle vaut l'Opéra de Perfée
.
Jamais Gascon eut- il une telle penfée?
A
GALAN T. 35
A tout cela le Milan répondit.
Voſtre Muſique eſt ſans pareille;
Vous comparer Lully , ce ſeroit
ſe moquer ;
Mais mon plaifir n'est point le
plaiſirde l'oreille,
Et partant , noſtre Amy , je prétens
vous croquer....
Là deſſus il l'étrangle , & puis le
gobe en plume,
Carfaire du Rosty n'estpas unecoû -
tume
Dont jamais les Milans ſe ſoient
voulu piquer.
**
C'eſt tout de bon , jeune Climene,
Jeſuis tombé dans vos filets ;
Ou,pour parler en des termes plus
nets,
Et que l'on entendeSans peine,
Pour vous je commence à fentir
Ceque l'amour inspire de plus tendre;
Mais
36 MERCURE
Mais tout d'un coup vous mefaites
comprendre
Aquoy cela peut aboutir.
I'ay beau du Roßignol emprunter le
langage,
I'ay beauvous prôner l'avantage
Qu'on tire d'un Amant qui ſçait
faire des Vers ;
L'ay beau dire qu'à l'Univers
Les miensferoient sçavoir combien
vous eſtes belle,
* Helas! c'eſt ne vous rien offrir.
Vous n'en estes pas moins cruelle,
Je le vois bien, ilfaut mourir.
Vous croyez peut - eſtre que
les Amans ne veulent mourir
qu'en Vers , & qu'on n'en voit
point qui prennent cette réſolution,
ſi ce n'eſt dans une Fable. Il
m'eſt aifé de vousdétromper, en
vous apprenant une Avanture,
que des Perſonnes tres-dignes
de
GALANT.
37
de foy vousaſſureront eſtre veritable.
Un jeune Marquis à qui
ſa naiſſance & ſes belles qualitez
donnoient entrée chez les
Perſonnes les plus conſidérables
du beau Sexe , voyoit la plupart
de celles qui paſſoient pour eftre
aimables , ſans aucun péril
pour ſa liberté. Il eſtoit fort délicat
ſur le vray mérite ; & comme
en examinant toutes les Belles
, il leur trouvoit des défauts
dont il ne pouvoit s'accommoder
, quelques fréquentes attaques
qui luy fuſſent faites, il n'avoit
aucune peine à ſe garantir
des ſurpriſes de l'amour. Apres
que ſon coeur eut eſté longtemps
oifif , le moment vint où il trouvadequoy
l'occuper.UnHomme
de qualité faifant à la Cour fort
bonne figure , alla ſe marier en
Province à une riche Heritiere
d'une
8 MERCURE
d'une. Maiſon tres connue,& un
mois apres il l'amena à Paris . Elle
n'eſtoit point de ces Beautez
régulieres ,dont la Nature ſemble
avoir pris peine à finir les traits;
mais elle avoit un air fi piquant,
& tant d'agrément eſtoit répandu
dans ſa perſonne & dans
ſes manieres , qu'il eſtoit prefque
impoſſible de n'en eſtre pas
touché. Elle ne fut pas ſi - toſt arrivée,
que l'on s'empreſſa de tous
coftez à l'aller congratuler fur
ſon mariage . Le jeune Marquis
futundes premiers , dont elle receut
les complimens. Il alla chez
elle plein de cette confiance
qui luy avoit toûjours fi bien
réüſſy ; & quoy qu'il fuſt frapé
tout à coup en la voyant , &
qu'il fentit ce trouble ſecret , qui
eſt le préſage d'une grande paffion
, il crut avoir eſſuyé des
occaſions
GALAN T. 39
occafions plus dangereuſes , &
qu'apres un examen un peuſérieux,
fa raiſon plus libre le maintiendroit
dans l'indépendance,où
il s'eſtoit toûjours conſervé.ll s'attacha
donc à étudier cette charmante
Perſonne ; mais foit que
ſon coeur trop prévenu luy cachaft
en elle ce qu'il voyoit dans
les autres , foit que l'habitude
qu'on prend en Province d'une
vie plus retirée , luy euſt acquis
une droiture d'efprit quiluy laifſaſt
ignorer ce que c'eſt que fourbe&
que tromperie, plus il voulut
la connoiſtre, plus cette application
luy decouvrit un mérite dégagé
de tout défaut. Elle parloit
juſte , donnoit un tour agréable
àtout ce qu'elle diſoit,& avoit fur
tout des honneſtetez fi engageantes,
qu'il ne faut pas s'étõner
fi en peu de temps elle eut une
groffe
40
MERCURE
groffe Cour. Le jeune Marquis
qui alloit ſouvent chez elle , ne
fut pas fâché d'y trouver la foule.
Elle empeſchoit qu'on ne remarquaſt
l'empreſſement de ſes
ſoins ; & il eſpera d'ailleurs
qu'ayant l'eſprit fin & délicat ,
il brilleroit davantage parmy un
nombre de Gens qui ne débitant
que des lieux communs , eftoient
incontinent épuiſez L'impreffion
que fit fut fon coeur le
mérite de la Dame , luy fit connoiſtre
en fort peu de temps, que
ce qu'il ſentoit pour elle estoit de
l'amour ; mais ce mérite avoit
un charme ſi attirant , qu'il eſtoit
contraint d'aplaudir luy - meſme à
ſa paffion ;& quand il n'euſt pas
voulu s'y abandonner , il eſtoit de
ſadeſtinée de s'y foûmettre , &
tous les efforts qu'il euſt pû faire
pour s'en garantir auroient eſté
inuti
GALAN T.
41
inutiles . Cependant, pour nenégliger
aucun remede das la naifſance
du mal,il ſe priva quelques
jours du plaifir de voir la Dame,
& la longueur de ces jours luy
fut fi inſupportable , que tous les
plaiſirs ſembloient eſtre morts
pour luy . La Dame qui eſtime
ſon eſprit , & qui s'eſtoit apperceuë
que les dernieres converſations
qu'elle avoit euës avec ceux
quila voyoient ordinairemét, n'avoiet
pas eſté ſi vives,parce qu'il
avoit manqué de s'y trouver, luy
reprocha fa déſertion en le revoyant,&
ce reproche qu'elle luy
fit d'une maniere fine & fpirituelle
, acheva de le réfoudre à luy
donner tous ſes ſoins . Ce n'eſt
pas qu'en s'attachant à l'aimer, il
n'enviſageaſt la témerité de ſon
entrepriſe. Il la connoiſſoit d'une
vertu délicate , que les moindres
chofes
42
MERCURE
42
choſes pouvoient effrayer;&dans
les ſcrupules où il la voyoit fur
l'intéreſt de ſa gloire , il avoit
peine à comprendre comment il
pourroit luy parler d'engagemét;
mais quoy qu'il ouvrit les yeux
fur le péril du naufrage , il ne
laiſſa pas de s'embarquer. L'amour
diffipoit ſes craintes , & les
miracles qu'il fait tous les jours
fur les coeurs les moins ſenſibles ,
luy en faifoient attendre un pareil.
Pour moins hazarder il crût
à propos de prendre un air libre
qui l'autoriſaſt à expliquer un
jour à la Dame ſes plus ſecrets
ſentimens. Il lay diſoit quelquefois
d'une maniere galante & tou
te agréable , qu'elle ne connoifſoit
pas la moitié de fon merite.
Quelquefois il s'aviſoit de luy
trouver de nouveaux brillans qui
le faifoient s'écrier ſur ſa beauté;
}
&
GALANT.
43
& en luy diſant devant tout le
monde qu'on hazardoit beaucoup
à la voir, il croyoit l'accoûtumer
inſenſiblement à luy permettre
de faire en particulier l'aplication
de ce qu'il ſembloit n'avoir
dit qu'en general. Un jour qu'il
eſtoit ſeul avec elle , apres avoir
plaiſanté ſurune Avature de Ges
qu'elle connoiſſoit, il luy dit avee
cet air libre & enjoüé,dont il s'eſtoit
fait une habitude , qu'il s'étonnoit
qu'il puſt s'aimer aſſez
peu pour venir toûjours ſe perdre
en la regardant. La Dame d'abord
ne repouſſa la douceur
qu'en luy répondant qu'il eſtoit
fou ; mais il ajoûta tant d'autres
choſes,qui faiſoiét entendre plus
qu'on ne vouloit ,& il jura tant de
fois, quoy que toûjours en riant,
qu'il ne diſoit rien que de veritable
, qu'elle fut enfin forcée de
pren
44 MERCURE
د
prendre ſon ſérieux , & de luy
marquer en termes fort clairs,
qu'il ne pouvoit eſtre de ſes Amis,
s'il ne chageoit de conduite .
Le Marquis luy repliqua , que la
qualité de fon Amy luy ſeroit tres .
glorieuſe;qu'il ſçavoittrop la connoiſtre
, & ſe connoître luy-mefme
, pour en oſer ſouhaiter une
autre; mais qu'il eſtoit impoſſible
qu'il vécut content fi elle ne
luy faiſoit la grace de le recevoir
pour fon Amyde diſtinction .
La Dame que ſa vertu rendoit
tres- peu diftinguante , répondit
d'un ton fort fier , qu'elle ne croyoit
devoir diftinguer les Gens
que par leur reſpect & par leur
ſageſſe,& que quad il n'oublieroit
pas ce qu'il luy devoit,peut- eſtre
voudroit- elle bie ſe ſouvenir qu'il
n'eſtoit pas ſans mérite. Cette réponſe
, qu'elle accompagna d'un
regard
GALAN T.
45
regard ſevere , déconcerta le
jeune Marquis. Il vint du monde ,
& quoy qu'il puſt faire pour ſe
remettre l'eſprit, il demeura dans
un embarras qui l'obligea de ſe
retirer. Les reflexions qu'il fit
furent cruelles. Il avoit le coeur
remply du violent amour que
l'on euſt jamais ; & loin que la
fierté de la Dame luy aidaſt à
l'affoiblir , il entroit dans les raiſons
qui l'avoient portée à luy
ôter l'eſperance. Cette conduite
redoubloit l'eſtime qu'il avoit
pour elle , & plein d'admiration
pour ſa vertu, ne pouvant la condamner
, quoy qu'elle fuſt cauſe
de toutes ſes peines, il ſe trouvoit
comme aſſujety à la paſſion qui
le tourmentoit. La neceſſité d'aimer,&
la douleur de ſçavoir qu'il
déplaiſoit en aimant , le firent
tomber dans une humeur fombre
46 MERCURE
bre qui fut bientoſt remarquée
de tous ceux qui le voyoient. Ce
n'eſtoit plus cet Homme enjoüé,
qui tant de fois avoit eſté l'ame
des plus agreables converſations.
Le trouble& l'inquietude étoient
peints ſur ſon viſage. Il révoit à
tous momens , & il y avoit des
jours où l'on avoit peine à l'obliger
de parler. Ce changement
ayant ſurpris tout le monde, chacun
cherchoit ce qui l'avoit pû
caufer , & il apportoit de fauſſes
raiſons pour empeſcher qu'on ne
devinaſt la veritable. Il n'y avoit
que la Dame qui ſe gardoit bien
de luy demander ce qu'elle étoit
fâchée de ſçavoir ; & quand
quelquefois on le preſſoit devant
elle d'employer quelque remede
contre le chagrin qui le dominoit,
elle diſoit que s'il ſuivoit ſes conſeils
, il iroit faire voyage , qu'en
chan
GALANT.
47
changeant de lieu , on changeoit
ſouvent d'humeur , & que rien
n'eſtoit plus propre à guérir de
certains maux , que de promener.
ſes yeux fur des objets étrangers ,
qui par leur diverſité ayant dequoy
occuper l'eſprit , en banniffoient
peu à peu les triſtes images
qui le jettoient dans l'abatement.
Il n'entendoit que trop bien ce
qu'elle vouloit luy dire , & il s'eſtimoit
d'autant plus infortuné,
qu'en luy conſeillant l'éloignement
elle luy faiſoit paroître
que ſon abfence la toucheroit
peu. Il n'oſoit pourtant s'en
plaindre, parce qu'il n'euſt pûle
faire ſans parler de ſon amour,
& que la crainte de l'irriter toutà-
fait , eſtoit un puiſſant motif
pour le retirer. Enfin apresavoir
bien fouffert & s'eſtre longtemps
contraint à ſe taire, il luy dit que
la
,
48 MERCURE
la raiſon l'avoit remis dans l'état
où elle pouvoit le ſouhaiter ; que '
bien loin d'exiger d'elle aucune
amitié de preference , comme il
avoit eu le malheur de luy déplaire,
il ſe croyoit moins en droit
que tous ſes autres Amis , de
prétendre à ſon eſtime ; & qu'afin
de reparer une faute qu'il
avoit peine luy- meſme à ſe pardonner
, il luy proteſtoit qu'il
n'attendroit jamais d'elle aucun
ſentiment dont il puſt tirer quelque
avantage. La Dame luy té
moigna qu'elle estoit ravie qu'en
changeant de ſentimens, il vouluſt
bien ne la pas réduire à le
bannir de chez elle ; mais elle
fut fort ſurpriſe, quand apres l'al'avoir
afſurée tout de nouveau
qu'il n'afpiroit plus à eſtre aimé,
il la conjura de luy accorder un
* foulagement qui ne pouvant intereffer
GALANT.
49
tereſſer ſa vertu , pouvoit au
moins luy rendre la vie plus ſupportable.
Ce foulagement eſtoit
d'ofer luy dire , ſans qu'elle s'en
offenſaſt , qu'il avoit pour elle la
plus violente paſſion , & que faiſant
conſiſter tout fon bonheur
dans le plaifir de la voir , il luy
conſacroit le plus fincere & le
plus reſpectueux attachement
qu'elle pouvoit attendre d'un
Homme , qui ne conſervant aucune
prétention , l'aimoit ſeulement
parce qu'elle avoit mille
qualitez aimables. La Dame
ayant repris fon air ſerieux , luy
dit avec une nouvelle fierté,
qu'on ne luy avoit jamais appris
à mettre de diférence entre ſouffrir
d'eſtre aimée , & avoir defſein
d'aimer ; & qu'eſtant fort
éloignée de ſentir ſon coeur dans
ces diſpoſitions , elle ſe verroit
Juin 1682 .
C
50 MERCURE
contrainte de rompre avec luy
entierement , s'il s'obſtinoit à
nourrir un fol amour , que mille
raiſons avoient dû luy faire éteindre.
Il fit ce qu'il pût pour la fléchir
, & il la trouva inexorable.
Il luy parla de la meſme ſorte en
deux ou trois autres occaſions ,
attaché toûjours à ce faux raifonnement
, que ne demandant
aucune correfpondance , il pouvoit
luy dire qu'il l'aimoit ſans
qu'elle euſt lieu de s'en plaindre.
Il receut encor les meſmes réponces
;& enfin la Dame luy défendit
fi abſolument de luy parler
jamais de ſa paſſion , qu'il luy
répondit avec les marques d'un
vray deſeſpoir , qu'il luy ſeroit
plus aisé de renoncer à la vie ;
qu'il en ſçavoit les moyens , &
que quand le mal feroit ſans remede
, elle auroit peut - eſtre
i quelque
GALAN T. :
SI
quelque déplaiſir d'en avoir eſté
la cauſe . La Dame luy repliqua
froidement que ſi la joye de mourir
avoit dequoy le toucher , il
pouvoit ſe ſatisfaire , & qu'elle
eſtoit laſſe de luy donner d'utiles
conſeils . Il fortit outré de ces dernieres
paroles , & ſe mit en teſte
de luy arracherau moins en mou.
rant une ſenſibilité, dont tout ſon
amour n'avoit pû le rendre digne.
Il s'encouragea le mieux qu'il
pût ; & ſe ſentant de la fermeté
autant qu'il crût en avoir beſoin,
il ſe rendit deux jours apres
chez la Dame à onze heures da
matin. Il choiſit ce temps pour
la trouver ſeule, & dans la crainte
qu'elle ne le renvoyaſt s'il la
faiſoit avertir, il monta tout droit
ſans la demander juſqu'à fon Appartement.
Il n'y rencontra que
la Suivante , qui luy dit que ſa
:
Cij
52 MERCURE
Maiſtreſſe eſtoit allée à l'Eglife ;
qu'elle en reviendroit incontinent
, & qu'il pouvoit choiſir de
l'attendre, où de l'y aller trouver .
Il prit ce premier party , & commençant
à marcher dans la Chabre
de la Dame avec l'action
d'un Homme qui méditoit quelque
choſe , il s'attira les regards
de cette Suivante, qui remarqua
dans ſes yeux un égarement qui
la furprit. Elle fortit de la Chambre,
voyant qu'il ne parloit point ,
& ſe mit en lieu d'où il devoit
luy eſtre facile d'obſerver ce
qu'il feroit. Apres qu'il eut encor
marché quelque temps , il
s'arreſta tout d'un coup tenant ſa
main ſur ſon front , & revant
profondement . Enſuite elle luy
vit tirer un Poignard, & le mettre
nud ſous la Toilete . La frayeur
qu'elle eut penſa l'obliger à faire
un
e
GALAN T.
53
un cry ; mais ſcachant la choſe,
elle demeura perfuadée qu'il n'en
pouvoit arriver de mal; & il luy
parut qu'il valoit mieux ne rien
dire. Dans ce meſme temps on
entendit rentrer le Carroffe , &
auſſitoſt elle vint dire au Marquis
que ſaMaîtreſſe arrivoit. Le Marquis
eſtant forty de la Chambre
pour luy preſenter la main ſur
l'Escalier , la Suivante prit ce
temps pour ſe ſaiſir du Poignard;
& par je - ne- ſçay- quel mouvement,
trouvant un Buſe ſur laTable
, elle le cacha ſous la Toilete,
au meſme lieu où le Poignard
avoit eſté mis. La Dame entra
dans ſa Chambre , & entretint le
Marquis de quelques nouvelles.
Il eut la force en luy répondant,
de luy déguiſer ſon trouble ; &
la Suivante eſtant fortie ſur quelque
ordre que luy donna ſa Maî-
Cij
redro
54
MERCURE
treffe , il ſe mit à ſes genoux , la
conjurant de nouveau , & pour
la derniere fois,de ne point poufſer
ſon deſeſpoir aux extremitez ,
où il craignoit qu'il n'allaſt. La
Dame apprehendant qu'on ne le
furpriſt dans cette poſture , le fit
relever d'autorité abſoluë ; &
quand il vit que ſans s'émouvoir
de ce qu'il luy proteſtoit qu'il
étoit capable de ſe tuer , elle appelloit
ſa Suivante pour le mettre
hors d'état de continuër ſes plaintes
, tout hors de luy- meſme , &
ne ſe poſſedant plus , il courut à
la Toilete , prit le Buſc qu'il y
trouva , & s'en donna un coup
de toute ſa force , ſans s'appercevoir
que ſon Poignard avoit
eſté metamorphosé. La Dame
ſurpriſe de ce coup de Buſc , ne
ſçavoit que croire d'un tranſport
ſi ridicule. Cependant elle le vit
tomber
GALANT.
55
tomber à ſes pieds. Son imagination
vivement frapée du deiſein
de ſe tuer , avoit remié tous
ſes eſprits ; & ne doutant point
qu'il ne ſe fuſt fait une bleſſure
morteile , il perdit la connoiſſance
& reſta longtemps évanoüy.
La Suivante entra dans ce moment
, & ne ſe pût empecher
de rire de voir le Marquis en
l'état où il eſtoit. La Dame ne
ſongea qu'à l'en tirer, & ne voulut
appeller perſonne , afin d'étouffer
la choſe dont on euſt pû
faire des contes fâcheux , fi elle
euſt ſouffert qu'elle euſt éclaté .
Enfin il revint à luy apres quelque
peine qu'on prit pour cela.
Il pria d'abord qu'on le laiſſaſt
mourir ſans ſecours ; furquoy
la Dame luy dit qu'il aimoit la
vie plus qu'il ne penſoit , & qu'il
pouvoit s'aſſurer de n'en fortir
C iiij
56
MERCURE
de longtemps , s'il ne vouloit
employer qu'un Buſc pour ſe
délivrer de ſes malheurs . Il crût
que la Dame , pour mieux l'inſulter
, affectoit la raillerie , &
chercha le ſang qu'il devoit avoir
perdu. Il n'en trouva point , &
moins encor de bleſſure. Il s'étoit
donné le coup de'ſi bonne foy ,
qu'il ne pouvoit revenir de ſa ſurpriſe.
Il demanda par quel charme
on l'avoit ſauvé de ſon defefpoir
; & la Dame qui estoit bien
éloignée de comprendre qu'il
euſt voulu ſe tuer effectivement ,
luy ayant marqué qu'elle n'aimoit
point de pareilles Scenes , la
Suivante ne luy voulut pas ôter
la gloire qu'il méritoit par ſa courageuſe
reſolution de tourner ſon
bras contre luy-même .Elle montra
le Poignard , & raconta ce
qu'elle avoit fait. Le Marquis fut
:
fi
GALANT 57
:
fi honteux de l'avature du Bufc,
qu'eſtant d'ailleurs accablé par
les reproches que luy fit la Dame
d'un emportemens fi extravagat,
il ſe retira chez luy fi- toſt qu'il
fut en état de s'y conduire. La
neceſſité où il ſe trouva de ne la
plus voir , luy fit prendre le def-
- ſein de s'éloigner , & pour en tirer
quelque merite , il ſe reſolut
à voyager , afin qu'elle puſt connoiſtre
que meſme en ſe bannifſant,
il s'attachoit à ſuivre ſes ordres.
Il eſt arrivé à Rome , où il
pretend demeurer affez longtemps
pour fe guerir de ſa paffio .
L'Air nouveau qui ſuit, ne peut
manquer de vous plaire. Il eſt de
l'illuſtre Autheur dontje vous en
ay ſouvent envoyé. Je me fouviens
de vous avoir dit qu'il devoit
donner un Livre nouveau
d'Airs gravez , ayant pour titre,
C V
58 MERCURE .
Second Mélange. Il ſe vend preſentement
au Palais avec ſes autres
Livres d'Airs gravez.Cedernier
fait le dixiéme .
AIR NOUVEAU.
N vain Tircis s'efforce de
EN
meplaire.
En vainſes pleurs,fes regards ,fes
Soupirs,
Rangent deſon party mes plus ten-
1
dres defirs.
Helas,Amour,je ne puis me defaire
D'une raiſon importune&Severe
Qui me défend de goûtertesplan
firs.
Un galant Homme qui ſçait
auffi bien aimer que faire des
Vers, s'eſt plaint du peu de ſuccés
de ſon amour,par deux Madrigaux
que j'adjoûte icy.Voyez
s'il
GALANT.
59
s'il a merité qu'on le reduiſe à ſe
plaindre.
MADRIGAL.
Rris confentiroit, dit- elle às'engager,
Si l'on pouvoit trouver un fidelie
Berger.
Quel pretexte elle donne àfon indiference!
Devroit - elle douter de ma fincerité?
Cinq ans d'amour ,
perseverance,
defoins ,&de
Sont d'affez feûrs garans de ma
fidelité.
AUTRE MADRIGAL.
2
E
Lle medéfend de la voir,
l'empire ,
La cruelle Beauté, dontj'adore
Et malgré mon coeur quiſoûpire,
F'obeis.
60 MERCURE
F'obeis , &m'en fais un funeste devoir
,
Trop heureux dans mon deſeſpoir,
Si ma ſoûmiſſion extréme
Peut luy prouver combien je
l'aime.
On ne s'eſt pas ſeulement fervy
du Provençal pour publier
les grandeurs du Roy ; on a fait
auſſi un Sonnet Gaſcon ſur cette
meſme matiere . Je vous l'envoye.
Les rimes de Par & Car y font
employées d'autant plus heureuſement,
que cesdeux mots fignifiet
Pair& Cher en cette Langue.
SOUNET BOUT- RIMAT,
en Linguo Moundino ,
A LA GLORIO DEL REY.
L
O Rey que rang la Pax as
troupetets de Pan ,
Fa
GALAN Τ. 61
Fa bouqua l'Enemic millou qu'uno
Guenucho. :
El faluzi la Croux oun regnabo
Satan ,
Et s'abillo de fer may Souben que
de plucho.
El n'a qu'eis Enemics que fas bertuts
l'y fan.
Coum'unoſaio Abeillo elſap rampli
faRucho;
Elfa may dins un jour qu'eis autres
dins tout l'an ,
E coubo tout deis els pla milloiu
qu'un Autrucho.
7
Elpot tout ço qu'el bol, tout ço qu'el
dits es hoc ,
Pren tout de bouno guerro, e jamai
reper troc ,
:
La bertut dins foun cor es coum
odinsfa nicho. ;
Cap
62 MERCURE
Cap d'autre Rey dambelnoupot ana
delpar,
Lou Royaumefens'elſcrio toumbat
en fricho,
E LOVIS del Cel lou préſen low
plus car.
Je me fuis informé , Madame,
de ce que vous m'avez témoigné
avoir envie de ſçavoir de feu
Monfieur l'Eveſque de Caſtres,
dont je vous dis peu de choſe
quand je vous appris ſa mort il ya
deux mois . Il eſtoit Frere de défunt
Monfieur Tubeuf Préfident
à la Chambre des Comptes
, que la Reyne Mere choiſit
pour eſtre unde ſes Exécuteurs
teftamentaires. C'eſt luy qui a
eu le foinde faire achever le Valde-
Grace. Vous en connoiſſez
la magnificence. Elle fera un
eternel
GAL ANT. 63
eternel monument de la pieté
de cette Princeſſe . La Ville de
Toulouſe conſerve un prétieux
ſouvenir de ceux que le Pere de
ces Meſſieurs a laiſſez à cette Capitale
de Languedoc. Le College
de Leſquille luy doitla beauté de
ſes Bâtimens , le nombre de fes
Revenus,& enfin l'état floriſſant
où il eſt préſentement. Leur
Famille eft originaire d'Auvergne
, & alliée à tout ce qu'il
y a de conſidérable dans la Robe.
Feu Monfieur de Caſtres eftoit
Docteur de Sorbonne. Il fut
Agent duClergé & il s'acquitade
cet Employ avec beaucoup de
capacité& de prudence. Monfieur
le Cardinal Mazarin Pavoit
envoyé à Rome auparavant
pour y negotier des Affaires
d'importance touchant la Religion.
1.
1
64 MERCURE
gion . Sa conduite eut un ſuccés
fi heureux , que ce Miniſtre,dont
il mérita l'eſtime & la bienveillance
, luy fit donner deux Abbayes.
On le nomma quelque
temps apres à l'e veſché de Saint
Pont. Il fut à peine ſacré,qu'il remit
volontairement les deux Abbayes
, une Penſion qu'il avoit
fur la Cure de S. Sulpice , & un
Prieuré , ne voulant avoir qu'un
Benéfice.ll fit des Ordonnances,
des Rituels,des Miſſions, & un fi
grand nombre de Viſites , que fon
Dioceſe fut en peu de temps un
des mieux réglez du Languedoc;
mais lors qu'il commençoit à recueillir
le fruit de ſes peines , il
fut choiſy pour eſtre Eveſque
de Caftres . Cette tranflation le
toucha ſenſiblement . Il ne pouvoit
ſe réſoudre à quitter un
Dioceſe qu'il aimoit d'une ten
dreſſe
GALAN T.
65
dreſſe vrayement paternelle.
Mais Dieu avoit beſoin de fon
zele dans celuy oùil eſtoit appellé.
L'Heréſie le déchiroít depuis
un long temps ,& il y falloit un
Homme qui euſt ſon ſçavoir & fa
pieté,pour ramenertant de Freres
égarez , & ne faire de tous ces
Diocésains qu'un meſme Troupeau.
Ce Prélat ne trompa pas
les eſpérances qu'on avoit conceuës
de luy. Les Temples des
Prétendus Reformez devinrent
deſerts , & en peu de temps les
Converfions furent ſi nombreuſes,
qu'il fit commencer une Egliſe
Cathédrale ſur ſes anciens
fondemens. Jugez , Madame,
quelle joye il eut de voir les Enfans
de ceux qui l'avoient détruite
, travailler eux- meſmes à la
rebaſtir . Il ne faiſoit rien dans
fon Dioceſe ſans conſulter ſon
Cha
66 MERCURE
Chapitre . Il appelloit les Dignitez
ſes Confreres,& les Chanoines
ſes Freres , ayant pour eux
une eſtime & une amitié qui rés
pondoit au reſpectqu'ils luy rendoient.
Il a fait baſtir un Palais
Epiſcopal qui luy a couſté cent
mille francs , & refuſa de ceux
de fon Dioceſe douze mille écus
qu'ils lay offroient pour cela.
Je ne parle point de pluſieurs
Fondations qu'il a faites , & des
grands biens qu'il a laiſſez à fon
Eglife . Je vous diray ſeulement
qu'apres l'avoir gouvernée l'efpace
de dix- huit ans , il l'a choiſie
pour fon Heritiere , n'ayant
point voulu enrichir un Neveu
du Patrimoine des Pauvres. Il a
donné ſon coeur aux Jacobins
de Caftres , & une ſomme conſidérable
pour baſtir une Chapelle.
Ils l'ont reçeu avec de tres-
: ..
grandes
GALANT. 67

. grandes marques de religion &
de piere. Quelques jours apres
que le Chapitre eut appris ſa
e mort,il luy fit faire un Service des
plus ſolemnels dans l'Egliſe Ca-
$ thédrale. Les Officiers de Jufattice
, les Conſuls de la Ville , &
x tous les Ordres Religieux, y aſſif-
15 terent, & ce fut Monfieur l'Abbé
Vidal , Docteur de Sorbonne , &
Theologal, qui prononça l'Oraie
ſon Funebre .
a
1
Henry de Bourbon , appellé
d'abord Gaſton de Foix , Duc de
Verneüil, Pair de France, Comte
de Baugency , de Senlis , & de
Compiegne , Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur de
Languedoc , mourut dans ſon-
Chaſteau de Verneüil le 28. de
l'autre mois en ſa 8 2. année. Je ne
pus vous en rien dire la derniere
fois , parce que cette nouvelle
ne
68 MERCURE
ne fut receuë à Paris , qu'apres
que j'eus achevé ma Lettre. Ce
Prince nåquit au mois de Janvier
1601. & estoit Fils du Roy
Henry IV. & de Catherine-
Henriete de Balzac- d'Entragues
Marquiſe de Verneüil. Il a pof
fedé les Abbayes des Vaux de
Bernay , de Bonport , de Tyron,
de S. Germain des Prez , d'Orcamp,
de la Valaſſe,de Feſcamp ,
&de S. Taurin d'Evreux , & fut
pourveu de l'Eveſché de Mets,
dont il a porte longtempsle titre.
Enſuite ayant eſté fait Chevalier
du S. Eſprit le premier Janvier
1662. & receu Duc & Pair de
France le 15. Decembre de l'année
ſuivante, il prit celuy de Duc
deVerneüil , ſous lequel il a eſté
Ambaffadeur Extraordinaire en
Angleterre en 1665.lleutleGouvernement
de Languedoc en
1666.
P
GALAN T. 69
Trees 1666. & ayant enfin quité tous
Gſes Benefices , il épouſa le 29 .
Octobre 1668.Charlote Seguier ,
Veuve du Duc de Sully , & Fille
me puiſnée de Pierre Seguier , Duc
tut de Villemor , Pair & Chancelier
bol de France , dont il n'a point eu
dd'Enfans. Il aimoit la Chaſſe pafon
fionnément. C'eſt une exercice
tres digne d'un Prince , & dont
mele plaiſir eſt eſtimé d'autant plus
fhonneſte , qu'il ne peut avoir au-
Let cune méchante ſuite , ce qui ne
tre ſe trouve preſque dans aucun
Jie autre divertiſſement.
vie Apres la mort de ce Duc, le
Roy n'a pas beaucoup confulté
an pour luy donner un Succeſſeur
au Gouvernement de Langueelt
doc. Le mérite de Monfieur le
en Duc du Maine , qui dans l'âge le
Got plus tendre laiſſe découvrir les
en plus belles qualitez des grands
666 Hommes
70 MERCURE
Hommes , l'a fait choiſir par Sa
Majesté pour cette importante
Charge. J'aurois de la peine à
vous rapporter tout ce qu'il a dit
au Roy , pour luy témoigner ſa
reconnoiſſance,& pour luy perfuader
qu'il agiroit avec un zele
ſi remply d'ardeur, qu'il auroit la
gloire de remplir ſon choix, &de
le voir avoüé de toute la terre.
Vous ſçavez déja , Madame, que
ce jeune Prince , avec tout ce
qui peut plaire aux yeux , a dequoy
ſurprendre par les qualitez
de l'eſprit & du coeur , les plus
délicats & les plus difficiles . On
ne peut concevoir toutes choſes
avec plus de facilité , ny raiſonner
avec plus de juſteſſe . Il a une
vivacité qui ſurprend toûjours,
& il y a tantdebon ſens dans tout
ce qu'il dit, que l'on eſt ſans ceſſe
embarraſſé de ce qu'on doit le
plus
GALANT.
71
re
S plus admireren luy, ou ſon eſprit,
ou fon jugement. Ses Maiſtres
ſont charmez du fruit qu'il fait
dit dans ſes études. Les Autheurs
- les plus difficiles luy font familer.
liers ;& rien ne luy échappe des
Celt beautez ny des défauts qui s'y
ta trouvent , & dont les ſeules re-
Ede marques ont fait tout le mérite
rre de pluſieursHommes illuftres. Je
qur croy vous avoir appris dans quelce
qu'autre occaſion , que dés l'ade
ge de ſept ans, il en avoit fait luy-
Liter meſime ſur quelques- uns des plus
plus celebres Autheurs de l'antiquité,
Or qu'on a veu des Maximes de Morale
de ſa façon,& qu'il a écrit des
Lettres qui firent croite à une
Dame de bon eſprit & d'un
Ours grand difcernement , que ces
ofes
fonune
Piéces recüeillies & imprimées
ceffe eſtoient le plus agréable & le
itle plus riche préſent qu'elle puſt
tout
plus
offrir
72
MERCURE
offrir à une Perſonne , que l'on
peut dire eſtre en tout , la merveillede
ce ſiecle, & l'ornement
du Regne de Loüis LE GRAND .
Il paroiſt bien à tout ce que nous
découvrons chaque jour dans
ceMonarque,que le Ciel l'a creé
pour luy , comme nous voyons
bien auſſi qu'il a produit tantde
merveilles pour un Prince qu'il
a mis au deſſus de tout le reſte
desHommes.Je ne parleray point
de l'eſprit nydu courage de Monficur
du Maine ; de ces nobles
ſentimens qui luy font ſouhaiter
tout ce qui eſt digne des veritables
Héros, &qui les conduit
à la gloire la plus pure. Je ne vous
diray rien auſſi de fon bon coeur,
qualité rare dans tous les temps.
Je ne vous entretiendray pas non
plus de ſa politeſſe,de ſon humanité
,&des manieres honneſtes,
mais,
GALANT.
73
ΟΙ
er
ND
OU!
an
Cret
on
td
qu
eft
Doin
Лоп
bless
mais pleines de distinction, avec
leſquelles il reçoit tout le monde.
Je repéteray ſeulement ce que
j'ay dit des autres prodiges de ce
Regne. Le Ciel l'a fait naître
pour LOUIS LE GRAND , & on
voit en luy ce qu'en a marqué
dans une Deviſe feu Monfieur
Douvrier.
Ajove arguit ortum.
Dans le meſme temps que
Sa Majeſté donna le Gouvernement
de Languedoc à Monhak
ſieur le Duc du Maine , Elle
nomma Monfieur le Duc de ve
vous
oeur,
ndur Noailles, Capitaine de la Premiere
Compagnie de ſes Gardes du
Corps , & Gouverneur de Roufemps
fillon , Commandant de la meſme
Province de Languedoc. Ce feroit
vouloir perdre des paroles,
que chercher à vous marquer la
s non
umaeltes
mais,
Iuin 1682 . D
74 MERCURE
juſtice de ce choix. Quand je ne
vous aurois pas déja entretenuë
pluſieurs fois de Monfieur de
Noailles, la voix publique en dit
tant de choſes glorieuſes , qu'il
vous feroit impoffible de les ignorer.
Un eſprit doux, une pieté ſans
fard, un zele ardent pour le Roy ,
& un extréme defir d'obliger
tous ceux qui fe distinguent des
autres, font des qualitez ſi eſſentielles
à ce Duc , qu'il a ſouvent
rendu des ſervices aupres de Sa
Majesté , à des Perſonnes qui ne
l'en avoient point follicité , &
qui ne le connoiffoient que parce
que ceux de fon rang font
connus de tout le monde . Mais
quand le mérite parle , Monfieur
de Noailles ne ſe taiſt jamais
.
Meſſire Estienne Girardin ,
Religieux de Sainte Croix de
la
GALAN Τ .
75
e
e
15
la Bretonnerie, Prieur du Verger,
a eſté beny Abbé de Beaubec
- le 7. de ce mois dans l'Egliſe de
Saint Victor de Paris . La Cerémonie
fut faite par Monfieur l'Eveſque
de Perpignan , aſſiſté de
ms Meſſieurs les Abbez de la Charité
& du Buiſſon . L'Aſſemblée
el eſtoit fort grande. Au fortir de
là , Monfieur le Lieutenant Civil
fon Frere , donna un fort grand
100 Diſné chez luy. Monfieur Girar-
Si din Chanoine Régulier de S.
Victor , fit la meſme choſe dans
l'Abbaye . Monfieur de Vauvray,
Gendre de Monfieur de Belinzani,
Intendant de Toulon, eſt un
هم
_el
ne
01
aquatrième Frere.
1- On m'a donné la Traduction
d'une Ode d'Horace ,
que vous trouverez fort heureuſement
renduë. J'ay mis au
bas le nom de l'Auteur , de la
Dij
76 MERCURE
maniere qu'il veut ſe faire connoiſtre
.
TRADUCTION DE LA
huitiéme Ode du ſecond Livre
d'Horace , qui commence par
Vlla ſi juris, &c .
JE croirois à tes feintes larmes,
Qui trompent ſiſouvent tes crédules
Amans,
Si quelqu'un de tesfauxfermens
Te coûtoitſeulement le moindre de
tes charmes.
Apeine tu m'es infidelle,
Qu'on voit briller en toy mille nouveaux
attraitsz
Et tu ne me trompesjamais,
Que tu n'enfois , helas ! plus charmante
&plus belle.
Il
GALAN T.
77
**
Il ne te reste rien àfaire,
Si tu veux exercer le pouvoir de tes
yeux,
Que d'abuser du nom des Dieux,
V. Apres avoir trompé les Manes de ton
P
m
eard
ner
2
Pere.
Malgré ta noire perfidie,
Mille nouveaux Amans s'engagent
Sous tes Loix;
Et ceux qui t'aiment unefois ,
Ne guériſſént jamais de cette maladie.
Pour leurs Fils, les Meres timides
Craignent le coupfatal de tes moindresfoûris,
Et cent jeunes Beautez , pour leurs
tendres Marys ,
Redoutent les regards perfides .
E. D. C. D. M. d'Avalon .
Diij
78 MERCURE
Apres Horace , vous ne ferez
pas fâchée d'entendre Catulle
parler noſtre Langue.
EPIGRAMME 93. de Catulle,
qui commence par Lesbia mi
dicit , &c .
Onditquema
Se
Ndit que ma Maitreſſe,
Par tout dansſes discours ,
plaint,médit de moy ſans ceſſe,
Et cependant elle en parle toûjours.
Ah !je meure cent fois,si la Belle ne
m'aime.
Pourquoy ne le pas croire ainſy ?
Jem'en plains , j'en médis , & j'en
parles de mesme;
Ah!je meure cent fois ſi je ne l'aime
auffy.
EPI
GALAN T.
79
1
Je
Ja
76
,
EPIGRAMME 35. du meſme
Autheur ; ou Hymne à l'honneur
de Diane , qui commence
par Dianefumus in fide , &c.
J
Eunes Filles, jeunes Garçons ,
Nous qui dans nos deſirs n'avons
rien deprofane ,
Parmy nos leux & nos Chansons,
Celebrons à l'envy les vertus de
Diane.
Ouvrage charmant de l' Amour,
Déesse , illustresang du Souverain
du monde,
Toy que Latone mit au jour.
Dans les Bois de Délie en Olives
feconde.
Depuis ce temps nos Sombres
Pl Bois
Dij
80 MERCURE
Nosmurmurans Ruiſſeaux,nos Fleuves,
nos Montagnes ,
Reconnoiffent toûjours tes Loix,
Et tufais l'ornement de nos vertes
Campagues.
Les Femmes dans l'accouchement
Implorent tonfecours, & t'apellent
Lucine,
Et l'Univers communément
Adoreſous trois noms ta puiſſance
divine.
La nuit, tu brilles dans les Cieux,
Ton cours réglant les mois , mesure
les années.
On voit le Laboureur joyeux ,
Quand ton Aftre luy rendſes mois-
Sonsfortunées .
Reçoisnos voeux&nos amours ,
Et de quelque façon que par tout on
te nomme,
Sois
GALAN T. 81
ر
؟
t
cel
e
Sois Sainte , & conſerve toûjours
Les Succeſſeurs d' Ancus , & la Ville
de Rome.
L'Autheur de ces agreables
Traductions , eſt le meſme dont
je vous ay envoyé pluſieurs Ouvrages
, ſous le nom du Fils d'un
Auditeur des Comptes de Dijon .
Il s'appelle Monfieur Moreau , &
fut reçeu il y a deux mois Confeiller
- Auditeur en la Chambre
des Comptes de Paris. Feu
Monfieur Moreau fon Pere, d'un
mérite & d'une probité connuë,
avoit exercé la meſime Charge
pendant beaucoup d'années en
la Chambre des Comptes de
Bourgogne ; & Monfieur Moreau
ſon Frere y remplit actuellement
celle d'Avocat General
avec beaucoup d'approbation &
Dv
82 MERCURE
de gloire. Les galantes Pieces que
vous avez veuës de luy, ont eſté
faites pour une jeune & aimable
Veuve, qu'il a enfin épousée
apres une conſtance de pres de
trois ans. J'ay crû ne pouvoir
mieux fatisfaire l'envie que vous
m'avez ſouvent témoignée d'apprendre
fon nom, que par l'éclairciſſement
que je vous donne .
Vous avez déja ſçeu que Monſieur
Arnaud , intereſſé depuis
longtemps dans les Fermes generales
de Sa Majesté , abjura, il
y a plus d'un an , la Religion
Pretenduë Reformée ; mais peuteſtre
les nouvelles publiques,
qu'on aſſaiſonne affez ordinairement
de médiſance, vous aurontelles
repreſenté ſa converſion,
comme peu fincere , & comme
faite ſur des veuës humaines. Si
cela eſt, voicy, dequoy vous defabufer
GALANT. 83
abufer. Elle eſt ſi pure & fi veritable,
que par ſon exemple,par ſa
ſage conduite,par ſes inſtructions
tendres & paternelles , ou plutôt
par les graces particulieres que
Dieu luy a faites, il a attiré apres
luy plus de cent dix Perſonnes,
&preſque toute fa Famille.Deux
de ſes Parens , & un de fes Commis
, reconnurent leur erreur
peu de temps apres. Monfieur
de Fontaines ſon Fils unique, fuivit
ſon exemple le premier jour
de Careſime ; & le Dimanche 7.
de cemois , Madame Arnaud ſa
Femme , Monfieur de Blair , &
Monfieur des Plantes , tous deux
Fils de la meſme Dame, mais fortis
d'un premier Lit, Monfieur de
Fayolle, Fils aîné de Monfieur de
Blair ,& la Demoiſelle de Madame
Arnaud, firent abjuration entre
les mains de Monfieur l'Arche
84 MERCURE
cheveſque de Paris, en prefence
de Monfieur Lamet Curé de S.
Eustache, & de Monfieur Varet
Docteur de Sorbonne. Ce ſçavant
Prelat leur fit un diſcours
des plus touchans , & qui les auroit
entierement confirmez dans
la croyance des Veritez Catholiques
, s'il leur eſtoit reſté quelques
doutes. On a veu des Lettres
qui portent que le meſme
jour Monfieur le Baron d'Arros
d'Auriac , Madame ſa Femme,
& fept de leurs Enfans , firent
aufli abjuration à Pau en Bearn,
perfuadez par les motifs de la
converfion de Monfieur de Blair ,
qu'il a envoyez à Madame d'Arros
ſa Soeur , &dont il doit faire
part au Public , par l'ordre mefme
de fa Majesté , ſur le raport
que luy en a fait Monfieur l'Aicheveſque
.
2 201 13
Dieu
GALAN T. 85
Dieu ſe ſert de tout pour nous
attirer à luy . Une jeune Demoi-)
felle , aimant fort le monde, & ne
maquant point de charmes pour
s'y faire regarder, n'avoit d'autre
paffion que celle de plaire , &de
s'attirer grand nombre d'Adorateurs.
Son Pere mort depuis quatre
ou cinq années, luy avoit laifſé
affez de bien pour vivre à fon
aiſe en ſe mariant, ſi elle euſt voulu
ſe contenter d'un Party ſortable;
mais l'ambition la fit aſpirer
à un rang plus élevé , & fans rebuter
aucun de ſes Soûpirans,elle
attendoit toûjours la fortune,dot
elle ſe croyoitdigne. Enfin il parut
qu'elle s'offrit. Un Cavalier
fort bien fait, ayant équipage, &
le titre de Marquis , rendit viſite
à la Belle. Son efprit lity plût.
Il fut content de ſon bien ,& en
peu de jours l'affaire futarreſtée .
La
86 MERCURE
La Mere ravie d'avoir un Marquis
pour Gendre, ne pût contenir
ſa joye. Elle en fit part à tous
ſes Amis , & ce mariage fut divulgué
dés le jour meſme qu'elle
l'eut conclu . Le Marquis preſſoit
la Ceremonie ; & il preſſa tant,
que les Parens de la Belle le foupçonnerent
d'agir de mauvaiſe
foy. Ses empreſſemens avoient
l'amour pour excuſe ; mais quelque
ardent qu'il puſt eſtre , on
avoit raiſon d'examiner , & de
n'aller pas auſſi vîte qu'il vouloit.
Il ſe diſoit d'une Maiſon fort illuftre
, & pluſieurs titres qu'il
conſentit à montrer , juſtifioient
affez ſa naiſſance . Ainſi il ne reſtoit
plus qu'à s'éclaircir de ſon
bien.La Belle enteſtée de la qualité
, & trop prevenue pour ſa
Perſonne, l'en euſt crû fur ſa parole,
s'il n'euſt eu qu'elle perfuader..
GALAN T. 87
fuader.Elle avoit chaſſé pour luy
tous ſes autres Proteſtans , & fon
merite , qu'elle croyoit effectif,
avoit fait fur elle une impreffion
fi forte , qu'elle faiſoit confifter
tout fon bonheur à l'avantage de
ſe voir ſa Femme. La Mere s'eſtoit
renduë, & elle donnoit déja
ſes ordres pour le mariage , lors
qu'on vint luy dire qu'un faux
Marquis avoit tâché de ſurprendre
ſous diferens noms la credulité
de quelques Veuves qui avoient
des Filles , & qu'elle devoit
prendre garde fi fon Gendre
pretendu n'eſtoit point ce
meſme Fourbe , qui bien loin
d'eſtre Marquis , n'avoit aucune
naiſſance , & ne ſubſiſtoit que
par induſtrie . La choſe eſtoitafſez
importante pour l'engager à
profiter de l'avis. Elle alla trouver
les Perſonnes meſmes à qui
l'avan
88 MERCURE
l'avanture eſtoit arrivée; & par la
conformité des traits,de la taille,
& des manieres , dont on luy fit
une fidelle peinture, elle connut
le peril que fa Fille avoit couru.
Le Fourbe foûtint ſon impoſture,
& ſe fit promettre que le lendemain
on luy feroit voir les Gens
qui l'ofoiet calomnier.Il n'a point
paru depuis. Paris eſt ſi grand,
qu'en changeant de nom & de
quartier , il peut faire ailleurs la
même entrepriſe Il l'a déja manquée
trop de fois pour croire
qu'il la faſſe réüſſir. La Belle dont
il s'eſtoit fait aimer ,& qui s'attédoit
à eſtre Marquiſe,a fenti ſi vivement
la honte d'avoir pris mal
à propos de trop hautes eſperances,
que ſe voyant ſans Amans,&
ne pouvant ſuporter les contes
qu'elle a ſçeu qu'on faiſoit d'elle ,
elle s'eſt d'abord retirée à la Căpagne,
GALANT. 89
pagne ,& de là dans un Convent.
- C'eſt là que la Grace a comencé
- d'operer.Elle luy a fait ouvrir les
- yeux ſur la vanité de ce qui flate
- le plus les jeunes Perſonnes;& le
peu que les choſes de la terre luy
ont paru avoir de folidité, l'en a
- fi fort degoûtée , que depuis un
- mois elle a prit l'Habit de Reli-
- gieuſe. Elle fait paroître dans ce
- changement d'état une fatisfaction
parfaite , & marque à toute
heure l'impatience qu'elle a de
faire ſes Voeux. L'engagement
où ils mettent pour toûjours , ne
l'étonne point,& il ſemble qu'elle
ſoit inſpirée du même eſprit qui
a fait ecrire la Lettre que je vous
envoye , & dont une Dame du
Cõvent lui a dóné la copie.Cette
Lettre n'a pas peu fervi à la confirmer
dans l'amour de la Retraite.
Lifez - la , Madame. Elle vous
fera
१० MERCURE
fera connoiſtre combien les Perſonnes
veritablement degagées
du monde , menent une vie heureuſe.
RESPONSE
D'UNE RELIGIEUSE,
à une Lettre qu'un de fes
Amis luy avoit écrite , pour
ſçavoir ſon ſentiment ſur les
Voeux de Religion .
Left aisé de juger , Monsicur,
que laſeule curiosité, & non pas
le defir de vous inſtruire , vous engage
à me faire une question , fur
laquelle je n'ay que les lumieres que
peut m'avoir inspirées mon heureux
temperament, joint à la douce
experience, qui me fait trouver de-
1
puis longtemps, qu'il est fort facile
d'obser
GALANT. 91
es
E
fe
Du
lea
DA
d'obſerver les Voeux de Religion. Ie
Sçay bien que s'il ne s'agiſſoit que
de traiter de leur excellence , ou
d'établir leur utilité,vous ne chercheriez
le fecours de personne,parce
que vous trouveriez chezvousmesme
tout ce que peuvent imaginer
sur cette matiere , laSubtilité
&ta force du raiſonnement ; mais
vous n'en voulez pas aujourd'huy
àdessentimens ſi relevez. Vous
cherchezSeulement àpenetrer ceux
d'une Fille , & peut- estre à l'embaraſſer
par des reflexions qui pourroient
bien luy perfuader qu'elle a
perdu tout le merite du Sacrifice
qu'elle a fait à Dieu de fa Perfonne
toute entiere, puis qu'elle ne s'est
fait pour cela aucune violence ,
qu'il n'y a que celuy qui combat qui
remporte la victoire , &que lefeul
Victorieux qui puiſſe pretendre à
de
cill estre recompense. Ainsi me voila in-
Sensi
92 MERCURE
Sensiblement retombée dans mes premieres
inquietudes , fondées fur
l'excés du plaisir que je trouve
dans mon état . Cela pourroit ſuffire,
Monfieur, pour vous fatisfaire, puis
que vous ne vouliez , ce me femble
, estre instruit que des finceres
mouvemens de mon coeur , touchant
les peines que vous pretendez qui
Se rencontrent dans nos aimables
Solitudes . Mais si vous voulez
une explication plus poſitive fur
laſoûmiſſion aux volontez des autres
que vous croyez nous estre de
fi difficile pratique , je vous diray
qu'elle ne peut l'estre que pour les
Perſonnes qui s'engagent inconfiderement,
& non pas pour nous qui
ne le faiſons jamais qu'apres avoir
étudié pendant un long Noviciat
nos inclinations , sur lesquelles
nous reglons noſtre choix ; au lieu
que dans le monde on livre une
Fille
GALANT.
93
t
Sa
2
e
لا
1
e
1
Fille au caprice d'un Homme , ſans
luy donner presque le temps de l'envisager.
Ilferoit juſte de luy en laisfer
connoistre à fonds les moeurs
l'esprit , & c'est à quoy l'on ne
penſe point. Cependant le caractere
de ces deux Perſonnes se trouve
Souvent si opposé , qu'il est imposſſible
qu'il n'y ait entr'elles une eternelle
contrarieté. Il naiſt de là une
espece de martyre involontaire , qui
ne peut manquer de tuer l'ame apres
avoir confumé peu à peu le corps de
ces désolées Victimes de l'interest ,
ou de l'ambition de leurs Parens.
Ce font ces fortes de combats qui
doivent fairé horreur à ceux qui
les ont excitez par leur manque de
prudence, auſſi bien qu'à ceux qu'ils
ont exposezà les ſoûtenir,fans en
attendre d'autre ſuccezqu'un Enfer
anticipé. Ce font ces extremités
terribles qui doivent faire trembler
celles
94
MERCURE
celles de mon Sexe , qui ne ſe ſenrent
pas affez de generosité pour
furmonter les difficultez quife pre-
Sentent à leur imagination , pour
les empefcher d'entrer dans nos
Sacrées Retraites , où le repos & la
joye qui en font inseparables , nė
nous promettent pas moins qu'un
bonheurSans fin. Comme aucune
des choses de la terre ne peut l'alterer
, il n'y en a point aussi qui
foient capables de contribuer à le
faire naistre. Apres cela, Monsieur,
pourrez - vous douter du méprisfincere
que nous faiſons des trefors
periſſables qui font aujourd'huy les
Dieux du Siecle , quoy qu'ils ayent
en eux- mesmes laſource de tous les
maux qui accablent les Hommes de
tant de diferentes manieres ? Et
d'ailleurs , s'il est vray , comme il
n'est pas permis d'en douter , que
ces fortes de biens n'ayent esté donnez
GALAN T.
95
}
4.
31
۱۰
,
la
Al
M
nez preferablement à de certaines
Familles , qu'afin de les partager
avec ceux qui en ſont dans le be-
Soin, ceux qui s'en privent volontairement
ne font ils pas loüables.
veu la difficulté qu'ily a de les difpenferSelon
l'intention de celuy de
qui on les a receus?Toutes ces raiſons
ne sont- elles pas plus que suffisantes
pour nous en inspirer le dégoust?
Ilfaut neanmoins avoüer queje ne
Suis pas entierement ſtoïque ſur ce
fujet ,puis que j'aj eu plusieursfois
un Secret chagrin , lors que je me
For fuis veuë hors d'état de pouvoirſe.
courir les Miserables , qui se font
preſentez à moy dans pluſieurs rencontres
, & que par un mouvement
de compaſſion , j'ay desiré leſuperflu
de ces Riches impitoyables qui
téfauriſent pour le temps , au lieu
deſe précautionner pour l'eternité.
in
les
Les
de
Et
-110 Voila l'endroit par oùje puis estre
blessée ;
96 MERCURE
blessée ; ce quifait bien voir que je
ne suis pas invulnerable. Si c'est un
peché contre la perfection religieu-
Se,je m'en accuse. Le reste de la
question qui regarde le troiſième
Voeu,Se peut refoudre en peu de paroles,
& pour cela je demeure d'accord
avec vous , quele plaisir est
une agreable loy qui nous entraîne
Souvent malgré nous ; mais ilfaut
fçavoir en quoy nous le faiſons confifter.
Chacunfur celafuit fonpanchant,&
commeles goustsfont a ffi
diférens que les viſages ou les
esprits, on ne doit pas juger des inclinations
ou des antipaties des autres
par lesfiennes propres . Si vous
y faites un peu de refléxion , vous
m'avoüerezqu'à parler en general,
les plaiſirs des ſens ne font guere
les vices des ames bien nées , & que
c'est dans l'Homme le partage de
l'animalplûtôt que du raisonnable.
Au
GALANT.
9
16
E
Da
fax
600
AN
21
102
eral,
e
abk
1
Au reſte , je puis vous aſſurer que fi
cet Ennemy attaque indispensa
blement tout le monde , il faut que
nous ayons contre luy uneſauvegarde
invisible , puisque , graces au
Seigneur , il n'a nulle entrée chez
nous,& quej'ignore méme qu'ilpuis-
Se tenter les Perſonnes de maprofeffion.
En effet , tous ceux qui m'ont conuë
m'ont toûjours afſurée quejen'a.
vois rien à craindre que de tomber
dans le peché des Anges revoltez ,
parce que la gloire ſeule dominoit
chezmoy. Voila, Monfieur, les veritablesSentimens
de mon coeur. S'il ne
peuvent vous fatisfaire , il faudra
vous en prendre à lafoibleſſe de mes
expreſſions ,plûtoſt qu'à lafincerite
avec laquellevous devés étreperfua.
dée que je parle à l'égard de tout ce
queje viens de vous dire , auſſi bien
que lorsque je vous aſſure que jefuis ,
Vôtre tres-humble Servante , D.B.
Juin 1682 .
E
98 MERCURE
Je vay m'acquiter dema parole
, en vous faiſant le détail de
tout ce qui s'eſt paſſé aux derniers
Etats tenus en Bourgogne .
Monfieur le Duc eſtant party de
Parisle 29.Avril, ſe rendit le 30. à
Seignelay , où Monfieur de Motheux
, Capitaine du Château ,
le receut au bruit de l'Artillerie,
&de la Milice ſous les armes.
Ce Prince à ſon arrivée fut harangué
par les Corps du Clergé
& de la Juſtice , qui luy firent
préſenter d'excellent Vin. Il
viſita enſuite les Manufactures
de Draps du lieu , où il fit
diſtribuer une ſomme conſidérable
aux Ouvriers. Aſon retour
au Chaſteau, il trouva un Soupé
tres - magnifique , Monfieur de
Motheux ayant fait venir de toutes
parts tout ce qu'il pouvoit y
ir d'exquis dans cette ſaiſon.
Il
LYON
GALANE
TO
de
Ber
De
de
0.
Mo
Zeal
erit
me
ha
er
res
A
il
Héra
του
oufe
Joit
ilos
LYON
413
Il eſt ſi connu pour un Gentilhomme
tres-genereux , & qui fait
les choſes d'auſſy bonne grace
qu'on les puiſſe faire,qu'on croira
ſans peine qu'il n'épargna rien
pour bien ſoûtenir l'honneur de
recevoir un grand Prince .
Le lendemain premier jour
de May, qui estoit un Vendredy ,
Son Alteſſe Seréniſſime entendit
la Meſſe dans la Chapelle du
Château à ſept heures du matin;
& comme Elle croyoit enſuite
venir monter en Carroſſe , Elle
fut ſurpriſe de voir ſervir un
Repas en maigre d'une extréme
propreté. Elle donna de grands
témoignages de ſa ſatisfaction &
de ſon eſtime à Monfieur de Motheux
, & partit pour aller coucher
à S. Remy proche Montbard
, chez Monfieur l'Abbé de
Fontenay. Elle y receut lesHa
1
Eij
100 MERCURE
rangues de trois ou quatre Villes
circonvoiſines , dépendantes du
Parlement de Bourgogne .
Le 2. Elle dîna à Sainte Seine,
à cinq lieuë de Dijon , & y fut
complimentée par le Maire de
ce lieu , & par un Echevin de
Dijon,qui avoit eſté député pour
aller juſque- là au devant d'Elle .
L'apres-dînée eſtant au Val de
Suſon,Elle aperçût la Maréchauf.
ſée de Dijon qui venoit à ſa rencontre.
A une lieuë de là , Monſieur
Joly , Maire de Dijon , accompagné
de tout le Corp de la
Magiſtrature , la complimenta
; enſuite dequoy ils ſe mirent
à la ſuite de ſon Carrofſe.
Monfieur l'Intendant ſuivy
de pluſieurs autres Caroſſes
vint auffi à fa rencontre , &
tous l'accompagnerent jufques
dans la Ville . S. A. S.
د
y
GALAN T. ΙΟΙ
e
de
F
e.
11
&
-{-
S.
y arriva un peu tard , & parce
qu'Elle estoit fatiguée , Elle remit
au lendemain les complimens
qu'on étoit ſur le pointde lui faire.
Le 3. le Parlement la vint haranguer..
Monfieur le Preſident
Gagne portoit la parole,Meſſieurs
dela Chambre des Comptes,Mefſieurs
du Trefor, Mrs du Bailliage,
&Meſſieursde la Mairie, la haranguerent
enfuite .L'aprefdînée ,
S. A. reçeut les viſites & marques
de reſpect de tous les Officiers du
Parlement , Chambre des Comptes,
& autres , en particulier.
Le 4. à l'iſſuë de ſon dîné, Elle
donna audiance aux Députez de
toutes les Villes de la Province ,
& receut quelques complimens
particuliers , comme des Elûs de
la Triennalité d'apreſent , qui
font Monfieur l'Abbé de Quincépour
le Clergé , Monfieur le
E iij
102 MERCURE
Marquis de Tiange pour la Nobleffe,
& Monfieur Riel Conſeiller
au Bailliagede Chaſtillon- fur-
Seine pour le Tiers-Etat. Le foir,
Monfieur l'Intendant régala ce
Prince d'un Soupé tres - magnifique,
& d'un Opéra , dont il fut fi
fatisfait , qu'il tomba d'accord
qu'on ne pouvoit rien de mieux
pour la Province.
Le s. qui fut le jour de l'ouverturedes
Etats qui ſe tiennent
au Convent des Cordeliers, apres
que le Pere Gardien eut complimenté
S. A. S. à ſon arrivée à ce
Convent , on celebra une Meffe
folemnelle du Saint Eſprit dans
leur Eglife , où Elle aſſiſta. Apres
la Meſſe ,Elle ſe rendit à la grande
Salle deſtinée pour la tenuë
des Etats.
Si -toſt qu'Elle fut entrée , Ellemonta
ſur un grand Theatre
1
qui
GALANT.
103
0
:
.
qui contient plus de la moitié de
la Salle , & s'aſſit ſur un Fauteüil
placé ſous un Daiz. Derriere ce
Fauteüil eſtoient quatre ou cinq
de ſes principaux Officiers en
Habits tres- propres.
d
Monfieur le Premier Préſident
prit place à ſa droite , à une
diſtance de deux ou trois pas.
Monfieur l'Intendant fut aſſis aupres
de luy , & en fuite Monfieur
コl'Eveſque de Châlons , Monfieur
l'Eveſque de Mâcon ,& tout le
Clergé , tant Abbez , Doyens,
qu'autres Benéficiers.
A ſa main gauche eſloient, à
une égale diſtance que ceux de
la droite , Meſſieurs les Comtes
d'Amanſé, de Rouſſillon, & d'Autremont,
Lieutenans de Roy,deux
Tréſoriers chargez des Lettres
de Sa Majesté pour en faire la
préſentation,& tout le reſte de la
E iiij
104 MERCURE .
Nobleſſe qui estoit en tres- grand
nombre
A l'opoſite de S. A. S. eſtoient
Monfieur le Maire de Dijon,
Monfieur Artault du Tiers Etat,
& tous les Députez & Maires de
la Provinces
L'ouverture des Etats ſe fit par
la Harangue de Monfieur le
Tréſorier Languet, qui repréſenta
les Lettres du Roy.Apres qu'on
en cut fait la lecture, S. A. S. parla
quelque temps , & fon difcours
fut ſuivy de la Harangue
de Monfieur le Premier Prefident.
Monfieur l'Intendant en
fitune autre;& Monfieur l'Evefque
de Châlons ayant auſſi harangué
, la Séance fut levée.
S. A. S. s'eſtant renduë au Logis
du Roy , Elle y fut ſuivie pour la
plus grande partie de ceux qui
avoient aſſiſte à cette Cerémonie ,
&
GALANT.
105
10
r
en
& qui s'empreſſerent pour en
tendrele Diſcours qui ſe fait ordinairement
à ce Prince, auſſitoſt
qu'il eſt rentré en ſa Chambre.
Ce fut encor Monfieur de Châlons
qui le prononça.
L'apreſdînée , Meſſieurs du
Clergé , de la Nobleffe , & du
Tiers Etat , entrerent dans leurs
Chambres , pour parler du Don
quela Province fait tous les ans à
Sa Majeſté.
if- Le 6.Monfieur l'Abbé Fiot,Dé.
at puté de la Chambre du Clergé ,
porta la paroleà S. A. S. de la réfolution
que les Chambres avoiết
priſe ſur leDon gratuit, qui eſtoit
de confier tousles intéreſts de la
Province à ſa prudente & fage
conduite. Il s'acquita tres- dignement
de cette commiffion , & fit
un Diſcours qui luy attira beaucoup
de loüanges.
1.
ود
&
Ev
106 MERCURE
Sur la Reponſe de S.A.S. qui
conſeilloit d'offrir un Million,
Monfieur de Quincé fut chargé
l'apreſdînée de luy aller dire que
les Etats demeuroient d'accord
de donner le Million, & demandoient
ſa protection aupres du
Roy.
Depuis ce temps , & juſqu'à
l'onzième, on travailla avec affiduité
aux Affaires de la Province
, tant dans les Chambres des
Etats, qu'aupres de S.A.S. Elle y
a donné des ſoins & une application
incroyable , & toûjours
avec un ſuccés & des applaudiſſemens
tout particuliers. L'unique
divertiſſement qu'elle ait
pris pendant ce temps a eſté
l'Opera que Monfieur l'Intendant
luy a donné pluſieurs fois.
CePrince a mangé ſouvent chez
د
luy ,& n'a veu qu'une feule Comedic
GALAN T.
107
لو
ge
e
rd
du
11
Ti
רמי
Hes
medie de toutes celles qu'a repreſentées
la Troupe qui eſtoit
alors à Dijon . Monfieur de Maleteſte
, Conſeiller au Parlement,
a eu l'honneur de le regaler d'un
Concert fort agreable , qui fut
auſſi qualifié d'Opera.
Le 11.du mois S.A.S.donna au
Clergéun repas fort magnifique,
Le 12. Elle traita la Nobleſſe.
On peut dire qu'il y a longtemps
qu'on n'en avoit tất vû aux Etats,
Le 13. le Tiers Etat reçeutun
pareil Regale .
Le 14. &le 15. les Peres Jeſuites
firent par leurs Ecoliers , des
ait
Declamations à la loüange de
S. A. S. qui aſſiſta à celle de la
Rhetorique,
en
OIS
hez
Le 17. ce Prince alla à la
Borde. C'eſt un Marquiſat des
plus beaux dela Province , ap-
Copartenant
à Monfieur le Premier
dit
108 MERCURE
mier Preſident de Dijon , dont il
eſt éloigné de huit lieuës. Les
Jardinages en ſont tres- propres,
& ornez d'une Orangerie admirable.
Ce Magiſtrat y reçeut
ſplendidement S. A. S. qui y ſejourna
le 18. & le 19 .
On m'a dit que les nouveaux
Juges choiſis par Monfieur le
Duc de S. Aignan, avoient enfin
prononcé; mais je n'ay point encor
ſceu quel eſt le Sonnet vitorieux.
Je ſçay ſeulement que
Monfieur de Vertron a fait retirer
le ſien , n'ayant point voulu
diſputer le Prix , depuis que ce
Duc l'a nommé pour un des Juges
. Je vous l'envoye avec quelques
autres. J'ay mis au bas le
nom des Autheurs qui me font
connus.
SON
2
GALANT.
109
es
SONNETS EN BOUTSe
rimez , ſur les loüanges du
Roy , & les diferentes occupations
des Hommes.
I.
le
רמ
1-
iilu
ce
UIeux
qu'au temps d'Archimede
obſerver Jupiter,
Plus qu'au temps d'Hypocrate estre
Pharmacopole ,
Dans l'Art de bien panfer élever
un Frater,
Auxfoins de son ménage instruire
SaNicole;
Avoir pour Directeur quelqueſage
le Pater,
ס מ ו
Exercer des Chevaux par bons, par
caracole,
ON
Sar les Cas importans doctement
difputer,
Sur
I10
MERCURE
Sur les doutes de Mer confulter la
Boufſole;
Tâcher par ſes Ecrits de ſe rendre
immortel,
Cartel .
Punir Vice, Herefie, & Blaspheme,
De ces emplois divers chacun fait
fon affaire .
Que le nôtre àjamais ſoit de chanter
des Vers ,
Pour celebrer LOVIS,qui regle l'Univers
,
Et n'a dans ſes deſſeins qu'à vou-
L
loir, pour tout faire .
II.
DE VERTRON .
'Vn , Scavant Astronome , ob-
ServeJupiter;
L'autre par cent Secrets ,vaut un
Pharmacopole;
Tel
GALANT. III
re
۱۱۰
U.
ON
ob-
Tel en devotion Surpaſſe un Saint
Frater.
Qui n'aime point lejeu ? qui n'a
pointfa Nicole?
***
L'un veut sçavoir l'Histoire ainſi
quefon Pater;
L'autre monte à cheval , s'y plaiſt,
& caracole;
Tel s'exerce à bien dire , & tel à
diſputer;
Vn autre apprend les Loix, un autre
la Bouffoule.
LeHéros qui ne tend qu'à se rendre
immortel,
Aux perils, à la Mort , preſente le
Cartel;
L'Homme de Cabinet,fans ceße est
en affaire;
Quelqu'autre chasſſe , ou chante,
écrit en Profe, en Vers;
Mais
112 MERCURE
Mais l'Auguste LOVIS , l'honneur
de l'Univers ,
D'un air digne de Luy , Sçait tout
dire,& tout faire .
III.
GARDIEN.
UNMAftrologupitobſerve &
Les Simples font l'objet d'un bon
Pharmacopole;
Remplirfon Esquipot , c'est le but
d'un Frater,
Et reglerſon ménage, est le ſoin de
Nicole.
L'Hypocrite en public marmote fon
Pater,
cole,
Le jeune Cavalier voltige , cara-
Le Sophiste Pédant s'amuseàdif-
Le Pilote en voguant regarde fa
puter,
Boufſole, Le
GALAN T.
113
RAY
Le Poëte ne tend qu'àſe rendre immortel,
EN
Il accepte aves joye un glorieux
Cartel,
Et de gagner le Prix fait toutefon
affaire.

bon
Pour moy , l'unique but où tendent
tous mes Vers,
but
de
Pour me faire connoiſtre au bout de
l'Univers,
C'est de pouvoir chanter ce que
LOVIS Sçait faire .
AMOUREUX,de Digne Avocat
au Parlement d'Aix.
for
ra- N
dil-
ےرام
Le
IV.
Os diferens emplois viennent
de Jupiter,
Tout est sur son état , jusqu'au
Pharmacopole .
L'un est un gros Docteur, l'autre un
petit Frater;
L'un
14
MERCURE
L'un estMonsieur Jourdain, & l'au.
trefa Nicole.
**
Pour garde d'un Royaume on laiſſe
Anti-pater.
Autour de fon Pilier Bernardi caracole.
Descartes jour & nuitſe tuë àdiſputer
,
Colomb va confier ſes jours à la
Boufſole.
Le moindre Autheur afpire à ſe
rendre immortel ,
Le Faux- Brave enſecret donne encore
un Cartel ,
Le Plaideur inquiet est plein defon
affaire .
Quel employ prend LOUIS de mille
emplois di- vers ?
Ah, tant qu'on pourra vaincre encordans
l'Univers ,
Qu'on
GALAN T.
115
AN Qu'on ne demande point ce qu'ily
Ca
en
L
trouve à faire .
V.
Un contemple de nuit , &
Mars, & Jupiter ,
L'autre fur deux Tréteaux fait le
Pharmacopole ;
L'un cherche fon profit au Mestier
de Frater,
L'autre dans un Tableau peint Diane,
ou Nicole.
Le Bigot en public marmote fon
Pater ,
L'Ecuyer tres-Souvent s'exerce , &
caracole ;
Le Pédant fur les Bancs veut toûjours
diſputer,
Le Pilote fur Mer obſerveſa Bouffole.
Boileau par e typ fes Ecrits rend LOVIS
immortel ,
Condé
116 MERCURE
Condé de l'Ennemy fçait braver le
Cartel,
Pajot en Ciceron parle sur une
Affaire .
Corneille a trouvé l'Art de charmer
parſes Vers;
LOVIS, d'aſſujetir à ſes Loix l'Univers,
Et pour ſon Succeſſeur ne laiſſer
rien à faire .
DELOSME,âgé de quinze ans.
V
VI.
Oir lancerle Tonnerre à
tre Jupiter,
nof-
Et le Canon en main à tout Pharmacopole,
LaTrouffe &le Razoir à tout Garçon
Frater,
Et le Code & le Droit au President
Nicole.
Que
GALAN T.
Jer
ns
ar
ar
Que l'Enfant dès qu'ilparle aprenne
le Pater,
Que l'Ecuyer fringant à cheval
caracole,
Que le Docteuren Chaire aprenne
àdiſputer,
Que le Pilote adroit connoiſſe la
Bouffole;
Qu'un Autheur parſes Vers tâche
d'eſtre immortel ,
Que tout vaillant Héros accepte le
Cartel,
of
Et de ſang répandu se faſſe peu
d'affaire;
**
Qu'un Loucheſans deſſein regarde
de tra- vers ,
Que LOVIS pour conqueſte ait peu
de l'Univers,
ent C'est ce qui fans prodige aisément
Se peut faire.
не GIRAULT le jeune.
118 MERCURE
VII.
Ve d'occupations , ô Seigneur
Selon que tu le veux , l'Homme est
Pharmacopole ,
Laboureur , Artiſan, Peintre, Avocat,
Frater,
Sur le Théatre il eſt César, Crispin,
Nicole.
**
Il devient Medecin
Chantre, Pater,
د Autheur,
Ecuyer qui cuisine , ou qui fait caracole
,
Ingenieur , Docteur , habile à diſputer
,
A prédire les temps ,
Bouffole .
à tenir la
La Guerre & le Sçavoir le rendent
immortel ,
Il écrit , il ſe bat en France Sans
Cartel ;
Tu
GALANT.
119
C
Tu le fais Magistrat , Marchand ,
Homme d'affaire .
**
Mais fans d'autre détail charger
icy ces Vers ,
Accorde à mes defirs , Maistre de
l'Univers ,
Que je plaiſe à LOVIS, c'est l'heureux
ſçavoir faire.
VIII.
Orele monde
Ve le monde est plaisant ! Il
Semble , ô Jupiter,
Que c'est le Quiproquo d'un grand
Pharmacopole.
L'un caché dans un froc est un petit
Frater ,
L'autre en rit encor plus que ne
faisoit Nicole.
- A peine les Humains sçavent – ils
leur Pater ,
Et juſque dans les Cieux leur eſprit
caracole ,
Contre
120
MERCURE
Contre les flots émûs ils s'en vont
diſputer ,
Etfur qu'elle afſſurance ? Ils ont une
Bouffole.
और
L'un ſe meurt , ở médite un projet
immortel ;
Vn autre à la Raiſon preſentantun
Cartel ,
D'un langoureux amour fait Son
unique affaire.
Quel mélange ! On voit bien que
tant d'Efprits di- vers.
On beſoin d'un Heros qui regle l'Univers
,
Et c'est ce qu'icy bas LOVIS est
venu faire.
La plupart des Lettres que
l'on a reçeuës depuis un mois
nous ont confirmé que le tremblement
de terre a eſté univerfel.
GALANT. 121
fel . Celle que vous allez voir
contient une autre nouvelle afſez
finguliere.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
écrite de Neufchaſtel en
Suiffe.
L
EMardy 12. de May , unpeu
avant les trois heures du matin
, il y eut icy un grand tremblement
de terre qui éveilla presque
tout le monde. On l'a fenty dans
Ok toute la Suiffe , & à Genève. On
nous écrit d'Allemagne qu'on l'y a
auſſiſenty en pluſieurs endroits. Ce
qu'ily a eu icy de particulierfur ce
Sujet , c'est que des Batteliers étant
fur le Lac , fur lequel cette Ville
eſtſituée,ont aſſûrequ'un peu avant
qu'ils entendiſſent le bruit que fit
la terre le long de la Montagne&
e de la Côte , ils virent en l'air trois
ver Juin 1682 . F
fo
122 MERCURE
grands Eclairs l'un apres l'autre,
mais qu'ils n'apperçeurent aucun
mouvementſur l'eau que celuy que
les Rameursfont faire au Bateau.
Ces Eclairs confirment l'opinion des
Philoſophes , qui croyent que les
tremblemens de terre arrivent par
le moyen des vapeurs ou exhalaiſons
qui s'enflâment dans les concavitez
delaterre.
Ilcourt dans ce Païs depuis quelques
jours,une étrangemaladieparmy
le Bestail. Elle estoit en Savoye
ily aun mois . Elle est venuë à Genéve
, ensuite dans le Canton de
Berne, &elle est icy préfentement.
On dit qu'elle a esté de mesme en
Franche- Comté , & au Vallay. Ilſe
leve de petite veſſies fur la langue
de toutes les efpeces de Bestes , Chevaux
, Boeufs , Vaches , Moutons,
Poules , &c. &fi l'on n'y remédie
promptement , ces veßies y font
une
GALANT.
123
une pourriture qui leur fait tomber
la langue en 24 heures , & les fait.
mourir.On a perdu quantité de Beftes
aux lieux où l'on n'apas esté
averty affez- tost de visiterſoigneu-
Sement le Bestail , afin d'y apporter
du remede. On a remarquéque cette
fâcheuse maladie prend toûjoursfon
cours plus bas du coſté du Septentrion
,& qu'elle s'avance tous les
jours de cinq uufix lieuës.
Monfieur Chauvelin , Fils de
feu Monfieur Chauvelin Maiſtre
des Requeſtes , a épousé Mademoiſelle
Billard depuis peu de
jours . Il a eſté Conſeillerau Chaftelet,
enſuite Conſeiller au Parlement,
Maistre des Requeftes ,&
eſt aujourd'huy Intendant de Juſtice
en Franche-Comté. On ne
peut douterde l'expérience & de
l'habileté d'un Homme , qui a
Fij
124 MERCURE
paffé par tant de divers degrez
qui demandent beaucoup d'application
&de travail. La Mere
deMonfieur le Chancelier, eſtoit
Soeur du Grand-Pere de Monſieur
Chauvelin dont je vous apprens
le mariage .Ainfi il a l'honneur
d'apartenir de fort prés à ce
digne Chefde la Juſtice. Mademoiſelle
Billard eſt une brune
bien faite , qui a beaucoup d'efprit&
de piete. Monfieur Billard
Ion Pere s'eſt rendu ſi fameux
dansle Parlement,&fa réputation
yeſt ſi bien établie , que le bruit
s'en eſt répandu dans toute la
France.Je luy ferois tort , ſi je difois
davantage pour vous le faire
conoiſtre. Madame la Chanceliere
a eſté préſente au mariage.
Elle arriva fur les neuf heures
chez la Mariée,& luy fit préſent
d'une Agraffe de Diamans. L'Afſemblés
GALAN T.
125
L
A
ſemblée a efté des plus illuſtres,
Monfieur le Chancelier , Mrle
Marquis de Louvoys,&Monfieur
l'Archeveſque de Rheims, l'ayat
honorée de leur préſence , auffibien
que Madame la Chanceliere.
Les autres Perſonnes qui
la compoſerent , furent Madame
de Louvoy's,Madame la Duchefſe
de la Rocheguyon , Madame
de Beringhen , Mademoiselle de
Villequier , Mademoiselle d'Aumont
, Madame la Préſidente
de Neſmond , Madame Chauvelin
la Mere , Meſſieurs Bonneau
l'Abbé & le Conſeiller au
Chaſtelet; Monfieur de Breviande,
Intendantdes Ponts & Chaufſées
d'Anjou, Touraine,&Poitous
Mõſieur & Madame Billard,Madame
Ricordeau , Mr Ricordeau,
Conſeiller de la Cour des Aydes,
& Monfieur Billard Préſident à
Fiij
126 MERCURE
Auxerre. Toure cette illuftre
Compagnie ſe trouva auſſi au
coucher des Mariez. Mr de Villequier
donna la Chemiſe au Marié
, & Madame de Louvoys,Madame
de la Rocheguyon , & Madame
de Beringhen,ne quiterent
point la Mariée qu'apres l'avoir
miſe au Lit. Le lendemain ils reçeurentquantité
de Preſens magnifiques
en Pierreries , & en
Vaiſſelle de Vermeil. Monfieur
Chauvelin en avoit fait de fort
confiderables à Mademoiselle
Billard quelques jours avant leur
mariage . Madame Chauvelin la
Mere , luy avoit auſſi envoyé
un Fil de Perles. Monfieur le
Chancelier a fait tous les frais de
la Nôce , & a donné un Apartement
chez luy aux Mariez , jufqu'à
ce que Monfieur Chauvelin
retourne à fon Intendance de
Franche- Comté.
L
7 REQUE DEL
α
S
LYON
a
*1891
e
-
X
il
-
S
-
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IC
a
e
rr
ra
SE
SE
a
u
C
la
n
QF
GALAN T. 127
Je vous envoye la Veuë du
Generalife , autre Palais que les
Roys d'Afrique ont fait baſtir à
Grenade . C'eſtoit comme une
Maiſon de plaiſance où ils aimoient
à paſſer les plus beaux
jours de l'année, à cauſe des Jardinages,
de la quantité d'eau qu'il
y avoit,& de la beauté de la vûë,
caron decouvre de là non ſeulement
toute l'Allhambre , mais
on voit auffi par deſſus l'Alhambre
toute la Ville,& toute laPlaine.
On dit que ce Palaisfut nõmé
Generalife , qui en Arabe veut
dire , Maiſon des Arts ou de la
Muſique , parce qu'un Prince
More s'y retira pour s'appliquer
entierement aux Sciences ,& particulierement
à la Muſique. Ily a
fort peu de Baſtimens , mais les
Jardins y font admirables. Apres
que l'on a monté ſi haut , qu'on a
Fiiij
128 MERCURE
!
1
de prendre du temps pour refpirer,
on eſt ſurpris de trouver un
grand Canal qui eſt dans une efpece
de Cour ou Jardin , & un
nombre preſque incroyable de
Jets d'eau,que l'on voit de tous coſtez
au travers de pluſieurs Arbres
fruitiers , & dans de petits
Partererres aſſez-bien entretenus.
On montre encor aujourd'huy
celuy des Lauriers,où l'on
ditque les Zégris ſoûtinrent avoir
vû la derniere Reyne des Mores
avec l'Abencerrage. Ce qu'il y a
de plusmerveilleux, c'eſt uneCafcade
demeurée en ſon entier depuis
quatre cens années. A la
verité , elle eſt moins large que
celles que l'on a faites depuis peu
enFrance ; mais ſa Structure qui
eſt fort particuliere , nous fait
connoiſtre l'eſprit , & l'habileté
des Mores. C'eſt un Eſcalier fort
grand,
GALAN T.
129
:
grand , qui des deux coſtez a un
+ mur d'appuy . Dans l'épaiſſeur
de ce mur , coule un petit fidlet
d'eau dans un Canal rebordé
de ces Carreaux de pluſieurs couleurs
, qu'ils appellent Azuleios
Co On monte juſques au haut en-
Ar
tre ces deux murs , & apres une
its douzaine de marches , on trouve
un Palier en rond avec un Jet
- d'eau dans le milieu. Il y en a de
on douze en douze marches juſqu'à
oil fix ou ſept , qu'on peut découvrir
e tout d'une veuë du bas de cet Efcalier.
Au deſſus du Generalife,
af eftoit encor autrefois une Maiſon
de plaiſance,dont on ne voit plus
que quelques veſtiges. On nom-
1 moit cet endroit là Elcerro del Sol,
elle ſommet du Soleil , à cauſe de
ifa hauteur; & Silla de los Moros,
la Chaire ou le Trône des Roys
Mores. Depuis on y fit baſtir
Fv
130
MERCURE
une Egliſe dediée à Sainte Helene
, & c'eſt pour cela qu'encor
aujourd'huy on l'appelle El cerro
de Santa Helena, quoy que cette
Egliſe ſoit ruinée. Il y a quelques
reſtes du Jardin celebre de los
Aliiares , c'eſt à dire, promenoirs,
qui eſt plus à my- coſté , & qui
eſtoit le plusbeau qu'euſſent les
Roys Afriquains , mais ces reſtes
font fort peu confiderables .
Vous me mandez que les Sçavans
de voſtre Province prennent
party fur le Probléme de
Monfieur Comiers. Si cela eſt,
ils liront avec plaiſir la Lettre
que je vous envoye. Elle eſt du
R.P. Fiacre de Paris Capucin,qui
m'a fait la grace de me l'adreſſer.
LET
GALANT . 131
e
U
e
ei
a
1
L
***
LETTRE
1
:
Concernant la Réſolution que
Monfieur de Seguier a donnée
du celebre Probléme propofé
par Monfieur Comiers , PrevoſtdeTernant,
Profeſſeurdes
Mathématiques à Paris .
AChartres le 29. May 1682.
Vis qu'iln'y a que les Sçavans
Pui doivent prononcer farr
fur le Conteste civil & geométrique
de Monsieur Comiers & de
Monfieur de Seguier ,je ne préſume
pas affez de ma capacitépour
me mettre au rang des Juges de
cette dispute , maisfi la Cour des
Mathématiciens me veut bien permettre
de défendre la veritéje tâ
cheray, Monsieur , par vôtre moyen,
de luy Servir d'Avocat , & de la
retirer
132 MERCURE
retirer de l'obscurité , où l'ont mise
La Figure geometrique de l'un , &
l'Enigme de l'autre , de ces deux
grands Hommes .
Ie dis donc pour la verité , que
le Probléme de Monfieur Comiers
n'est point refolu par Monfieur de
Seguier , & par conſequent que les
cent Loüis d'or ne luy doivent point
eftre adjugez.
Il est vray que fa demonstration
paroist la meilleure du monde, quoy
qu'en effet elle ne ſoit pas bonne. Il
Suppose ce qu'il faudroit qu'ilprouvast,
àsçavoir que la ligneRF.de
Ja Figure Geometrique, estant prolongée
, aboutist au point L, qui est
L'interfection du Cercle HKR par
la ligne MG. car n'y aboutiſſant
Pas , comme effectivement elle n'y
aboutit point , toute la demonſtrazion
devient defectueuse , comme on
peut voir par la Figure ſuivante,
GALANT .
133
te
16
10
où je montre l'erreur de Monfieur
de Seguier unpeu plus ſenſiblement
qu'il ne la fait paroiſtre dans ſa
Figure , que je ne represente point
icy , parce qu'on la peut voir dans
le Mercure extraordinaire donné
au Public le 15. Avril dernier.
On remarquera dans la ſuivante
Figure , ( qui est semblable en
-beaucoup de choses à celle de Monit
ſieur de Seguier ) qu'il y a deux
points ou je mets les lettres , L. & Ι.
Iemets la lettre L majuscule à l'interſection
du cercle H K R , par la
ligne MG; & le point, I, en petite
lettre est le point du cercle HKR,
auquel aboutit la ligne RF , pro-
- longée. Le fais encore la ligne
PM qui diviſe en deux parties
égales, l'angle HML . Cela posé,
il est aisé de voir que si la ligne
RF prolongée ne vient pas au
point

134 MERCURE
G
L
L
P
C
H
8
D
0
12 E
M 4
S
R
point L , mais qu'elle aboutiſſeentre
L & K , l'Arc LH fera plus
grand que l'Arc 1H, commepartie
du tout , & KL , moitié de l'un,
plus grand que Pl moitié de l'autre
; mais l'angleHMI estant double
de l'angle HR 1, ilfera double
defon égal MIR , par confequent
PMI moitié de HMI fera égal
àMIR. Donc les lignes PM&
IRfont paralelles , mais KM &
PM
GALAN T.
135
-
0
PM ne font pas paralelles , puis
qu'elles se rencontrent en M. Donc
K. M. nefera pas parallele à 1R,
mais I.R par la construction , est
parallele à CE. Donc KM ne fera
pas parallele à CE. Donc le
quadrilatere CEMK ne fera
Pas un Parallelogramme rectangle,
comme veut la démonstration de
M² de Seguier. Ainsi elle ne vaut
rien pour conclure de là , que CE
estant , comme il ſuppoſe , égale à
KM, ellefoit par confequent égalle
à MR.
ytil
Un
916
Si M² de Seguier dit que mon
A raisonnement ne ſubſiſte queparce
que je fuppofe que les deux points,
L & \, font diférens & qu'ils font
reünis au point L , dans la Figure
, je luy répondray que c'est à luy
de prouver que parsa construction
ces deux points fe reüniffent , &
que quand il l'aura prouvé, les
bll
ent
A.
cent
136 MERCURE
Loüis d'or lay feront deûs . Mais
comme cela luy est impoſſible , je
luy conſeille plustat pour connoistre
l'erreur de ſa construction , deſuppofer
la ligne CE de 4000 parties,
au lieu de 4 ; & par le calcul rechercher
de qu'elle quantité fera
la ligne MR. Il trouvera auſſi
bien que moy , qu'elle n'est pas
de 3970 ; ainſi 30 de défaut fur
4000 est une erreur affez confiderable
, pour dire que le Probléme
n'est pas réfolu.
Je sçay bien que Monfieur Comiers
n'a pas ignoré le défaut de
la construction de M' de Seguiers ,
puis qu'il l'a fi judicieusement exprimé
parSon Vers, Quàm male tu
binas , Alas hic colligis unà.
Mais parce que c'est une espece
d'Enigme pour ceux qui ne l'entendent
pas , & que Monfieur de Seguier
temoigne estre dunõbre de ces
perfon
GALAN Τ .
137
70
era
Das
n
10-
Co
de
perſonnes- là, en voicy l'explication.
Quàm male tu binas.C'est malà-
propos que vous diviſez en deux
parties égales la ligne DO au
point F.
Alas hîc colligis unà. Parce
que de cette construction il envient
deux points diferës ,que vous appellez
L,& que Monfieur Comiers ap-
1. pelle Alas, lesquels deux points L. 1.
vous confondezen unſeul, au point
L. Surquoyje diray encore pour l'éclairciſſement
de la Question proposée,
que quand MR est moindre que
CE, le point, 1, estre entre K& L,
comme il doit estredans la conſtru-
* Etion du Probléme telle que Monsieur
"de Seguier lafaite. QuandMR eft
plus grande que CE, le point , 1 , eft
entre L & O ; mais quand MR est
égale àCE,comme l'on demadepar
le Probléme proposé , alors les deux
points , 1 &L, s'uniſſent en unseul
را
2.
point;
138 MERCURE
point ; & il n'en faut point d'autre
démonstration que celledeMonfieur
de Seguier, cela excepté,que la ligne
RFL ne doit pas paſſer justement
au milieu de DO , comme veut
Monfieur de Seguier, mais un peu
plus pres de O que de D. Ce
qui est , ce meſemble , auſſi difficile
à determiner que le point M que
demande Monsieur Comiers.
Voila Monfieur , ce que je laisſe
à voſtre honnešteté de rendre
public , si vous jugez que la chose
le mérite. Jeſuis vostre &c.
Voicy des Vers ſur une galanterie
qui s'eſt faite en Allemagne.
Ils m'ont eſté envoyez
de ce Païs- là , où vous verrez
que les Muſes ne parlent pas
mal François.
LES
GALANT. 139
1
D.
10
La
LES DAMES
DE VVESTPHALIE ,
Aux Cavaliers du Régiment
de la Franchiſe.
Outbeau , jeunes Guerriers ,
d'où viennent ces allarmes?
Convoque- t- on l'Arriereban ?
ena Ou fi c'est pour tracer quelque nouch
et
veau Roman ,
Qu'on va joindre aujourd'uy les
Amours les Armes ?
A Si l'espoir de l'Hymen cause ce mou-
JOW vement,
en Quel besoin aviez- vous d'un appreſt
fi terrible ?
Helas ! pour un deſſein qui n'est que
trop paisible ,
Falloit- il faire un Regiment?
Falloit
140
MERCURE
Fallot - il arborer le beau nom de
Franchise ,
Quand on cherche lejoug & la captivité?
Quréformez ce titre, ou foyez Gens
d'Eglise ,
Il ne faut rien aimer , pour eſtre en
liberté.
Aquoyfert la Trompette , à quoy
bon les Tymbales?
Sans bruit à cette guerre on ſe doit
animer.
Si vous manquezd'ardeur, s'ilfaut
vous enflâmer ,
Vous trouverez toûjours du feu chez
les Vestales.
Ce feu vient d'une belle & pure
paffion
Qui pres du Saint Autel deux Vi-
Etimes aſſemble ;
Ce
GALANT. 141
1
Ce n'est pas une Feste ou plusieurs
vont enſemble ,
Comme on fait pefle-mefle àla Proceffion.
Que diront les Jaloux d'Espagne
&d'Italie ,
Qui font accoûtumezdefaire bande
à part ?
Ilsferont étonnezde voir en Vuestphalie
Tant de Rivaux unis fous un mesme
Etendart .
Soyez- le s'illefaut , pour ſervir la
Patrie,
Sojez- lepour la Gloire , &non pas
pour l'amour ;
Autrement les Voiſins vous pourront
dire un jour ,
Vous aimez froidement , Peuples
fans jaloufie.
Les
142
MERCURE
**
Les Faucons raviffeurs , les Tiercelets
ardents ,
Ne s'attroupent jamais contre les
Tourterelles.
Aller en foule à l'attaque des Belles
,
C'est faire éclat en Imprudens.
On doit prescher partout la bonne
intelligence ,
L'Europe en a beſoin contre ſes En .
nemis ;
Mais d'un Corps de Galans qui
font trop bons amis,
L'union est un bien dont noſtre honneur
s'offense.
Celachoque l'Amour, la Nature,&
nos droits;
La Grece s'aſſembla pour recouvrer
Hélene;
Mais quand on entreprend de gagnerfa
Climene, IL
GALANT 14
EL
Be
15
2%
En
15
Il faut ſeparément venir un à le
fois.
Reſpett, attachement, fidelité,tendreſſe,
Sont les philtres puiſſans qui s'emparent
des coeurs;
En vain ſans ces moyens le Regiment
s'empreſſe
Pour triompher de nos rigueurs .
Ces Vers eſtoient accompagnez
de ce Madrigal à Monfieur
le Baron de Furſtemberg , à qui
l'on avoit preſcrit le mois de
May pour prendre ſa refolution
fur le Mariage. L'alluſion eſt priſe
du Nid d'un Chardonneret, que
l'on a trouvé dans un Laurier du
Jardin de Monfieur l'Eveſque de
Munster.
1
A
144 MERCURE
A Mr LE BARON
DE FURSTEMBERG.
L
MADRIGAL .
E doux Chardonneret
qu'il foit Roturier,
و quoy
Soigneux de conferver &Son nom,
&fa race,
Vient de planterſon Nid au milieu
du Parnaſſe,
Et fait voirſes Enfans couronnes
de Laurier.
Mais vous, unique eſpoir d'une illustre
Famille,
Aurezvous moins defeu que ce petit
Oyseau,
Et l'Empire Romain n'a - t'il pas
une Fille
Digne de vous aider à remplir un
Berceau ?
Les Chimenes viendront , ſi vous
voulez, en foule,
Car
GALAN Τ.
145
10
G
Carvous avez& l'air , & la taille
d'un Cid
Mais le Printemps finit, le mois de
May s'écoule ,
Il est temps defongeràfaire vostre
Nid.
Les Echevins & Maires de
Honfleur,on fait faire un Service
ill folemnel pour Monfieur le Marquis
de Monts leur Gouverneur,
dansl'Egliſe de ſainte Catherine ,
comme on en avoit déja faitdans
les autres Paroiſſes de la Ville .On
éleva un grand Mauſolée dans le
Choeur , avec un Daiz au deſſus,
&dans tout le reſte il y eur au-
P tant de magnificence que le Lieu
en put permettre.L'Oraiſon funebre
fut prononcée par Monfieur
Main,Preſtre Choriſte en l'Egliſe
de S. Leonard de la meſme Vil
le. Son eſprit avoit déja beaucoup
Iuin 1682. G
146 MERCURE
paru dans la Chaire en beaucoup
d'occaſions; mais il ſe fit particulicrement
admirer en celle- cy . II
prit pour texte ces paroles du
Chapitre 10. des Proverbes, Memoria
juſti cum laudibus, & invita
toute l'Affemblée de venir avec
luy au Tombeau de Mr le Marquis
de Monts, pour y poſer trois
Couronnes au deſſus du Daiz.
Elles ſervirent de trois Points à
fon Diſcours. La premiere fut
une Couronne de Perles mêlée
de Fleurons , comme à un Marquis
, & pour ame de cette Couronne,
l'Humilité. La ſeconde fut
une Couronne de Laurier mêlée
d'Epines comme à un genereux
Affligé,& pour ame, la Fidelité,&
la troiſième,une Couronne celeſte
compoſée d'Etoiles , comme à
un Predestiné , & pour ame , la
Pieté. Il s'acquita de cette action
avec
GALANT.
147
da
it
e
ar
το
avec l'applaudiſſement de tous
ceux qui l'entédirent. Le champ
eſtoit vaſte, tant ſur la Nobleſſe,
que ſur le merite particulier de
Monfieur de Monts.Il décendoit
de la Maiſon de Villeneuve, qui
eſt connue pour tres- ancienne.
Raimond de Villeneuve vint
10 d'Arragon en Provence dés l'anall
née 1130. & reçeut du Duc de
5. Provence , pour marque de ſes
ft Victoires ,l'Ecu de ſes Armes,qui
eld font un Ecu de gueulles aux Lances
d'or frétées , émouſſées , &
pour ſupport,deux Sereines , avec
un caſque ouvert audeſſus.Charles
VIII . Roy de France,donna à
el Jean de Villeneuve pour recompenſe
des grandes actions qu'il
ek avoit faites au Siege de Naples ,
tun Ecuſſon d'azur à la Fleur-de-
Lys d'or ſur le tout de ſes Armes,
is & érigea le Comté de Transen
a
00
fi
Gij
14.3 MERCURE
Marquiſat , qu'on pretend avoir
eſté le premier Marquiſat de
France.Aufſieſt- ce encor le Marquis
de Trans , qui preſide aux
Etatsde Provence,& qui conduit
la Nobleſſe à l'Arriereban ,quand
il plaiſt au Roy de la convoquer.
Helion de Villeneuve , premier
Grand-Maiſtre de Rhodes, eſtoit
de cette Famille. Ce fut ſous fon
regne , que le brave Chevalier
Goſſe d'Auvergne , tua un Serpent
affreux qui ravageoit toute
l'Iſle. Le feu Roy eut tant d'eſtime
pour Mr de Monts , qu'il luy
fit épouſer la Soeurdu Conneſtable
de Luynes,le gratifia du Gouvernement
de Bauts en Provence,
& de fix mille livres de Penfion,
& le donna à feu Monfieur
le Duc d'Orleans ſon Frere, pour
fon Premier Maiſtre d'Hôtel.11 ſe
trouva au Siege de la Rochelle;
GALAN T. 149
d
ua
em
f
si
al
à celuy de Montauban , où il fut
pris par un Party d'Heretiques,
& fait Prifonnier de guerre ; à
ceux de Neirac, de S.Jean d'Angely,&
de Montpellier, &fit paroiſtre
par tout beaucoup de vaqu
leur &de conduite. Ladiviſion
des Princes eſtant arrivée, il fut
obligé de ſuivre Monfieur dans
les Païs- Bas. Ce fut en cetemps
qu'il ſe trouva luy ſeptiéme au
combat de Caſtelnaudary , lors
efque Monfieur de Montmorency
fut pris . La Paix eſtant faite, il revint
en Cour avec Mr le Duc
d'Orleans , & eut le Gouvernement
de Honfleur,du Pontlevefque
, & de tout le Païs d'Auge,
qu'il conferva , avec une fidelité
inébranlable pendant la guerre
de Paris , dans le reſpect &
l'obeïffance qu'il devoit au Roy.
of Sa pieté en ce qui regarde
ill
el
G
DO
1
コピ
Giij
150
MERCURE
la Religion,n'eſtoit pas moins remarquable
que fon zele pour fon
Prince , Il alloit à la Meſſe tous
les jours à la meſme heure , ne
voulant ouyr paler d'aucunes
affaires, qu'il n'euſt ſatisfait à ſes
actes de Chreſtien.Il avoit grand
foin que ſes Domeſtiques s'acquitaſſent
de leur devoir envers
Dieu , ne ſoufroit chez luy ny
Blafphemateurs,ny Gens débauchez
, & par les aumônes qu'on
luy voyoit faire tous les jours , il
donnoit l'exemple à toute la Ville.
Auſſi ne doute- t- on pas que
ſa longue vie n'ait eſté la recompenſe
de ſes bonnes actions.
Quoy qu'il ſoit mort âgé de
cent huit ans , les infirmitez de
la vieilleſſe luy avoient toûjours
eſté inconnuës. Il liſoit encor
toute forte d'écritures ſans avoir
beſoin d'aucun ſecours , & raifon
GALAN Τ.
ISI
et
-e
Cu
gra
y
vi
Da
fonnoit avec autant de folidité
qu'il avoit fait dans ſes plus
belles annés.
Ily a des Gens qui cherchent
à ſe ſignaler par des ſentimensentieremét
extraordinaires, parce
que leur nouveauté fait ouvrir
les yeux & les oreilles , &
qu'on s'aplique à examiner comment
ils les foûtiendront. Ces
fortes de Novateurs, ſçavent fort
ud bien que loin de venir à bout de
perfuader leurs opinions,elles ſe
ront toûjours condamnées ; mais
leur but eſt de ſe retrancher fur
l'obſtination,croyant qu'elle empeſchera
qu'ils n'ayent le démenty
d'une choſe , qu'ils n'ont
foûtenuë que pour faire parler
S,
V
qi
τα
ΟΙ
دان d'eux , &dont ils ne veulent pas
0.
10-
avoüer la verité,quoi qu'elle leur
ſoit connuë. Cependant ils ont
beau la déguiſer. Elle eſt ſi forte,
4
G iiij
152 MERCURE
7
ول
que les faux raiſonnemens dont
ils ſe ſervent ne la cachent point
en l'envelopant. Ce ſont des ombres
au travers deſquelles il eſt
aifé de la découvrir , & nous venons
d'en avoir une forte preuve
par un Arreſt duParlement de
Paris , qui en confirme un premier,
donné fur le meſme cas en
1668. Un de ces Novateurs entreprit
de ſoûtenir que l'Antimoine
eſtoit un poiſon qui ne
pouvoit recevoir aucun correctifpar
la Chymie , ny eſtre jamais
utile à la Medecine. Toute
la Faculté ſe declara contre
cette opinion , & decida que le
Vin Emétique eſtoit un fort bon
Remede, & dont tous les Medecins
judicieux pouvoient ſe ſervir
. L'obſtination d'un Homme
fi extraordinaire ne ceſſa point
pour cela . Mr de Mauvilain, qui
eſtoit
GALANT. 153
eſtoit alors Doyen de la Compagnie,
entreprit l'affaire au Parlement,
& la Grand' Chambre dé-
( fendit par un Arreſt contradi-
* ctoire , qu'on ſoûtinſt la Theſe
qui contenoit des Propoſitions ſi
peu vrai- ſemblables.Pres de qua.
torze ans ſe ſont paſſez ſans que
e cet opiniâtre en ait voulu reconnoiſtre
la fauſſeté. Il a pretendu
qu'il y alloit de ſa gloire de maintenir
ſon erreur ,& n'a oublié aucune
choſe pour faire tout de
nouveau ſoûtenir la Theſe , que
☐ le Parlement avoit condamnée.
Ainſi il a falu que la Faculté y ait
encor recours pour la faire fuprimer.
C'eſt ce qu'a fait c'eſt
auguſte Corps depuis peu de
jours, & ce que j'ay crû ne vous
devoir pas laiſſer ignorer.
Mr Charpentier ayant fait ſçavoir
à Meſſieurs de l'Academie
GW
154
MERCURE
Françoiſe que Monfieur de Faure
- Fondamente , de l'Academie
Royale d'Arles, deſiroit de venir
faluër l'Académie , il fut chargé
de luy donner avis qu'il feroit le
bien venu. L'Académie eſtant
aſſemblée au Louvre le Samedy
20. de ce mois, Monfieur de Faure
y fut amené par Monfieur le
Duc de S. Aignan,qui le preſenta
à la Compagnie, & dit, apres que
chacun eut pris ſa place à l'heure
ordinaire des Aſſemblées.
MESSIEVRS,
La confideration & le respect que
j'ay pour vous,m'ontfait remarquer
avecplaisir les sentimens de veneration
que Meßieurs de l'Academie
Royale d'Arles ont toûjours eu pour
vôtre illustre Corps.Ils m'ont encore
esté confirmez de nouveau par
Mon
GALANT .
155
20
rg
Monfieur de Faure - Foudamente,
quisouhaite l'honneur d'estre connu
de vous , je suis persuadé, Meſſieurs,
queſon merite attirera facilement
vôtre approbation & vôtre eſtime;
&par lajustice que vous luy rendrez
en cette occaſion , vous m'engagerezà
une tres grande recon
-noiſſance.
لا
U
Ce Difcours finy, Monfieur de
Faure complimenta l'Académie
de cette maniere .
MESSIEVRS,
Si j'oſe paroître dans cette Afſſem.
blée cen'est pas pour vous entretenir
de toutes les grandes idées qu'inſpire
la majesté de ce Lieu veritablemet
auguſte; c'eſt pour donner à vos
Conferences une parfaite attention,
& pour les admirer. La gloire de
Louis LE GRAND, laſplendeur
de
156 MERCURE
de l'Académie Françoise , éclatent
żey d'une maniere particuliere. L'une
& l'autre s'offrent à mes yeux &
và mon imagination ; mais ce n'est
que pour m'ébloüir, &pour me remplir
de je- ne fçay- quelle confufion
qui se mesle à toutes mes pensées,&
qui m'ôte en quelque forte l'usage
de laparole.C'est donc lefilence qui
doit estre icy monpartage; & je ne
fçay mesmesi ce n'est point le filence
qui peut le mieux en cette rencontrefatisfaire
à tous mes devoirs .
Il est en effet tres-propre à faire
connoître & un respect extraordire,&
une grande admiration.D'ail.
leurs, Meſſieurs, il me donnera plutoſt
l'avantage de vous écouter ,&
de profiter de ces sçavantes Converſations,
où vous découvrez avec
sant de lumiere & avec tant de
netteté, les ſecrets & les miſteres de
laplus belle & de la plus difficile
de toutes les Langues.
GALANT.
157
لاع
Monfieur Doujat , Directeur
de l'Academie , répondit à ce
Compliment de Monfieur de
Faure , que l'Académie ſe faifoit
sun tres-grand plaifir de le voir
dans ſon Aſſemblée , & qu'apres
l'avoir ouy ſi bien parler , elle ne
pouvoit pas demeurer d'accord
avec luy , que le filence dût eſtre
fon partage à quoy toute la Compagnie
applaudit. Monfieur le
Clerc , faiſant dans cette Seance
la fonction de Secretaire , lût les
mots & les manieres de parler qui
✓ ſe preſentoient à examiner dans
la reviſion du Dictionnaire . Sur-
- quoy Monfieur de Faure dit fon
avis à fon tour en Académicien,
&d'une maniere qui fit voir la
connoiſſance particuliere qu'il a
de la Langue Françoiſe . Apres
que chacun ſe fut levéde ſon ſiege,
Mt Boyer, comme faiſant la dif
tribu
158 MERCURE
tribution ordinaire des Médailles
du Roy, en donna une à Monſieur
de Faure , & une autre à
Monfieur ſon Fils, jeune Gentilhomme
de tres-belle eſpérance,
qui avoit eu ſa place dans l'Académie
durant tout le temps de
cette Séance,
Le Dimanche 21. de ce mois
Monfieur Boiſnier , Sieur de la
Mothe, Petit-Fils de Monfieur de
la Gabte, Miniſtre de Bourgueil,
& Neveu de Monfieur Amiraut
Miniſtre de Saumur , abjura la
Religion de Calvin entre les
mains du Pere Alexis du Buc
Théatin , en préſence de Monſieur
l'Abbé de Bourgueil, & de
Monfieur le Commandeur le
Tellier, tous deux Fils de Monfieur
le Marquis de Louvois. La
Cerémonie ſe fit dans l'Egliſe
des Théatins à l'iſſuë de la Controverſe..
H
GALAN T.
159
Il s'eſt fait auſſi beaucoup de
Converſions de Perſonnes de
e qualité en Normandie ; mais depuis
longtemps aucune n'a fait
#tant de bruit que celle dont je
vay vous apprendre le détail.Une
jeune Demoiſelle du Ponteaudemer
, d'une tres bonne Maiſon ,
20 & alliée des plus illuſtres Calviel
niſtes de France , & meſme de
d quelques Seigneurs d'Angleterere,
ne trouvant perſonne de fon
arrang dans la Religion qu'elle
I profeſſoit , fut obligée de faire
kſocieté avec quelques Demoifelles
Catholiques , pour ne pas vivre
toûjours ſeparée du monde.
Elle s'attacha particulierement.
à une de ſes Voiſines , chez qui
pluſieurs autres avoient accoûtumé
de ſe rendre , attirées par le
tour aiſe de ſon eſprit, & parl'enjoüement
de ſon humeur. Il s'y
Π
ren
160 MERCURE
,
rencontroit de temps en temps
quelques Cavaliers , qui ne contribuoient
pas peu à rendre la
converſation agreable; & comme
les inclinations ſe trouvent ordinairement
partagées , quelquesuns
furent touchez de cettejeune
& aimable Proteftante &
l'intéreſt qu'ils prenoient en elle
leur faifoit ſouventmêlerla Controverſe
aux Diſcours galans .Elle
répondoit fort juſte à tout ce
qu'on luy diſoit ; & quand on attaquoit
ſa Religion , elle montroit
tant d'eſprit à la défendre , qu'il
eſtoit aiſe de voir qu'onl'en avoit
bieninſtruite. Quoy que ſes réponſes
fuſſent fortes , & qu'elle
paruſtopiniâtre , c'étoit un grand
fujet d'eſpérance de la voir fi
volontiers conſentir à la difpute.
Ses Parens ayant apris ce qui ſe
paſſoit par une Demoiselle Ecoffoife,
GALAN Τ. 161
1
- foiſe , qui l'accompagnoit quelquefois
dans ſes viſites, réſolurent
de l'envoyer à la Campagne chez
une Perſonne de qualité de la
R. P.R. pour l'éloigner d'un lieu
où ils croyoient que ſa Religion
& fon coeur couroient un fort
grand danger.Elle y fut conduite,
& tellement obſervée , qu'une
-. Femme meſme qu'on luy envoya,
e ſous le prétexte de r'accommoder
• des Points , ne put trouver le
- moyen de luy donner un Billet.
Mais la contrainte n'eſt pas ce qui
gagne les eſprits. Elle ne fervit
- qu'à luy faire faire des reflexions
fort férieuſes , & qu'à luy rendre
fuſpect le party qu'on craignoit
tant qu'elle ne quitaſt. Enfin l'obligation
de faire la Céne à Pafques
, la fit rappeller de ſon éxil .
Elle revint au Ponteaudemer , où
un ſejour de huit ou dix jours parut
162 MERCURE
rut n'avoir riende dangereux. Elle
obtint la liberté d'y avoir fes
Amies , & on la luy accorda avec
d'autant moins de peine , qu'elle
montroit grande fermeté pour
les erreurs où elle eſtoit née.
On devoit dans peu l'envoyer
plus loin , & meſme on avoit defſein
de la marier avec un des plus
zelez Religionnaires , pour luy
ofter toute forte de moyens de
ſe convertir. Pendant qu'on difpoſoit
tout pour le voyage , fes
Amies remirent ſur le tapis les
meſmes matieres.Elle écouta, reſiſta,&
deux jours avant qu'elle
duſt partir , elle ſe ſentit ſi fort
ébranlée, qu'il n'y avoit plus que
les ſentimens de la Nature qui
la faifoient balancer. C'étoit pour
elle un rude combat à ſoûtenir
, que ſe repréſenter une Mere
en pleurs , accablée de douleur
&
GALAN T.
163
42
P
10
d
C
コン
6
C
&de chagrins, mais la Grace demeura
victorieuſe, & la fit réſoudre
de ſe ſoûmettre à la Verité,
quoy qui arrivaſt .Il fut arreſté par
laCompagnie, qui ce jour là eftoit
fort nombreuſe,qu'on la conduiroit,
ou dans un Convent , ou
chez une Dame de qualité dont
on luy avoit offert la Maiſon ; &
c'eſt ce qu'on auroit fait ſur l'heure,
fi elle n'euſt demandé le reſte
dujour pour de petits ſoins qui
la regardoient. Cependant elle ne
put s'échaper le lendemain ; &
comme les choſes les mieux concertées
n'ont pas toûjours la fin
que l'on s'eſt promiſe , le trouble
&la crainte qu'une fi grande réſolutionluy
cauſa,éclaterent malgré
elle , & trahirent ſon ſecret.
Madame ſa Mere qui le ſoupçonna,
jugea qu'il n'y avoit plus à diférer.
Son départ fut réſolu à l'inftant
t
164 MERCURE
i
i
tant meſme. On la mit dans un
Carroffe ,& par des chemins détournez
, elle fut conduite à Camamber.
On y mit tout en uſage
pour l'obliger à changer de fentimens.
On fit fucceder la douceur
à la colere , les promefſſes aux menaces
, & pluſieurs Partis avanrageux
qu'on luy propoſa ,luy laiffoient
le choix d'une affez grande
fortune. Cet enlevement ayant
fait éclat, Monfieur le Lieutenant
Generaldu Ponteaudemer, remply
de zele pour l'intéreſt de l'Eglife
, & excité par les Lettres de
Monfieur le Blanc Intendant en
Normandie, informa de cette affaire,&
ayant mis en comparence
perfonelle tous ceux qu'on ſçavoit
y avoir contribué, il ordonna
que la Demoiſelle ſeroit repréfentée
dans trois jours , fous les
peines contenuës dans lesDéclarations
GALANT.
165
SO
C
en
Jai
a
rations de Sa Majeſté. On fut
contraint d'obeïr. Elle parut au
jour ordonné , accompagnée de
dix ou douze de ſes Parens , &
leurs remontrances l'ayant étonnée
, elle declara d'abord qu'elle
trouvoit ſa Religion bonne. On
luy voulut donner le temps de
s'examiner ; & pour l'empeſcher
d'eſtre obſedée , elle fut miſe
chez une DameCatholique,pleine
de ſageſſe & de vertu. On luy
fit voir dans cette Maiſon unCavalier
nouveau converty, & fort
éclairé, qui luy expliqua les puiffans
motifs qui l'avoient porté à
ſe ſeparer des Calviniſtes. Elle
-goûta ſes raiſons, & declara hautement
quelques jours apres,
qu'elle vouloit faire abjuration.
Madame ſa Mere qui estoit allée
à Roüen preſenter requeſte à la
Cour, pour obtenir permiffion de
20
E
e
la
166 MERCURE
la voir , fut conſternée de cette
nouvelle qu'elle apprit à ſon retour.
Elle pretendit qu'on avoit
feduit fa Fille, & le reſte du Party
la voyant ferme dans ſa déclaration
, commença de publier que
l'eſpérance de ſe marier plus aisément
chez les Catholiques,
eſtoit la ſeule & vraye cauſe de
ſon changement de Religion .
Cette calomnie nel'ébranla point.
Le refus qu'elle avoit fait des
avantages qui luy venoient d'étre
offerts à Camamber , la juſtifioit
affez . Apres s'eſtre fait pleinement
inſtruite des Veritez qui
luy avoient toûjours eſté inconnuës
, elle abjura le jour de la
Pentecofte entre les mains de
Monfieur le Curé de S. Oüen du
Ponteaudemer ; & la retraite luy
paroiſſant neceſſaire pour ouvrir
entierementſon coeur à la Grace,
elle
GALANT. 167
Sa
ue
et
n
de
९.
ti
elle entra le 17. de ce mois dans
l'Abbaye de Preaux , celebre par
les Dames de qualité qui y font,
par ſa ſituation agreable , & par
ſes grands revenus. Elle acheva
de cette maniere genereuſe ce
qu'elle avoit fi bien commencé
, & laiſſa dans le monde de
tres - avantageuſes idées des
purs ſentimens qui l'avoient portée
à ſe convertir. La Femme
de Chambre d'une de ſes Tantes
ſuivit ſon exemple dans le
meſmelieu , & le jour meſme de
ſon abjuration . Quelques - uns de
ce party l'ont imitée depuis ce
temps- là. D'autres ſe ſont veus
contrains d'éloigner leurs Enfans
tout preſts de le faire ; & fi l'on
en croit le bruit commun , leur
Miniſtre meſme donne lieu de
prefumer qu'il ne mourra pas
dans ſon erreur.
Je
168 MERCURE
Le
Je vous envoye un Placet qu'on
affure eſtre d'un Gentilhomme
Gaſcon , qui a du ſervice & du
mérite . Apres la mort de Monfieur
Sorin , qui a eſté Capitaine
dans le Regiment de Baltazar , il
a demandé la Penſion dont Sa
Majesté le gratifioit , & on m'a dit
qu'elle luy avoit eſté accordé. Il
eſt difficile de demander d'une
maniere plus ſpirituelle & plus
galante.
PLACET AU ROΥ.
IRE , Sorin Capitaine
Est allé joindre César
Là-bas, dans laſombre Plaine,
Oùfans Couronne&fans Char
Ce grandHéros ſepromene.
Maisfa veuve Pension ,
Malgréson affliction ,
Sont
GALAN Τ. 169

Sent pour moy l'ardeur fecrete.
D'une forte paſſion ,
Etpour Epoux mefouhaite.
Quoy que ce soit pour mon bien
Qu'à m'épouser elle aspire ,
I'ay dit, il n'en sera rien ,
Si mon Roy ne le desire.
Queme commandez vous, SIRE?
Les Vers qui ſuivent ont eſte
notez par un ſçavant Maiſtre.
Vous le connoiſtrez en les chantant.
AIR NOUVEAU.
E n'aime plus le fon de maMu-
Ie ne vais plus ſur l'herbete
Avec les Bergers d'alentour.
Ie languis , tout m'inquiete,
Et depuis que j'aime Lizete ,
Rien ne me plaiſt que mon amour.
Meſſire Claude Jean Lambert,
Juin 1682 . H
170 MERCURE
Seigneur de Thorigny , de Sufy
en Brie,Conſeiller au Parlement,
& Fils aîné de Meſſire Nicolas
Lambert Préſident des Comptes,
& de Dame.... de Laubepine , a
épousé depuis peu dejours Marie
Mar
Marguerite Bontemps Fille
aînée de Meſſire Alexandre
Bontemps , Premier Valet de
Chambre du Roy , Intendant du
Château,Parc & dépendances de
Verſailles ; & de Dame Claude
Marguerite du Bois , Soeur de
Monfieur du Bois,Procureur General
enla Cour des Aydes. Cette
nouvelle Mariée est fort jeune.
Elle chante &jouë tres- bien du
Claveffin , & l'on ne peut mieux
dancer qu'elle fait. Elle a eſté
élevée par Madame du Bois fa
Grand' Mere,& l'on ne peut douter
qu'elle n'ait mille belles qualitez
, puis qu'elle eſt Fille de Mr
Bon
GALANT.
171
11
Bontemps , qui ſert le Roy avec
un attachement , un zele & une
affiduité , qui luy ont juſtement
acquis l'eſtime & la bienveillance
de ce grand Monarque. On
auroit peine à trouver un plus ar
dent & plus genéreux Amy. II
n'en a que de choifis, & ceux qui
ont l'avantage d'eſtre de ce nom
bre, n'ont pas beſoin de follicitations
pour le faire entrerdas leurs
intéreſts. Il prend de luy-meſme
les occafions de les ſervir quand
il s'en offre quelqu'une ; & ce ſe
roit le deſobliger que luy en faire
le moindre remercîment. J'en
puis parler juſte , puis que j'en
parle par expérience . Rien n'eſt
égal à ſa modeſtie ; & comme
il ne peut ſouffrir aucune louange
, je ſuis obligé de fuprimer
toutes celles que je ſçay qui
luy ſont deuës.Ce que je vous ay
0 Hij
172 MERCURE
mandé de luy en pluſieurs occafions
,& ce qu'en publient une
infinité de Gens , qu'il a obligez ,
vous ont affez fait connoiftre
qu'il eſt d'un mérire fingulier.
La cerémonie des Epouſailles ſe
fit à S.Frambourg à Ivry parMonfieur
le Curé de Saint Loüis de
l'Ifle. C'eſt une Chapellequi apar.
tient à la Maiſon de Monfieur
du Bois, Seigneur de ce Lieu. Les
plus proches Parens de l'une &
l'autre Maiſon ly affiſterent , &
revinrent le ſoir à Paris chez
Monfieur Bontemps. Les Mariez
en partirent le lendemain pour
Suſy , où ils ont paſſé quelques
jours. La Mariée a receu quantité
de beaux Préfens. Je ne vous
parleray que deceluy dont le Roy
abien voulu l'honorer. C'eſt une
paire de Pendans d'Oreilles d'un
tres-grand prix.
La
GALANT. 173
F
"La Lettre que j'ay eu foin
d'envoyer à l'adreſſe marquée
par le Cavalier qui a critiqué la
Ducheſſe d'Eſtramene , m'a fait
recevoir cette Réponce. Elle
contient ſes ſcrupules fur la Seconde
Partie de cet Ouvrage,
SUITE
DES REMARQUES
fur la Ducheſſe d'Eſtramene .
E m'étois bien doute , Madame,
que vous ne me feriez pas Ihonneur
de me défendre la continua.
tion de ma Critique . Ilferoit difficile
de faire quelque tort à un Ou
vrage comme le vostre , & je trouve
que ceux qui confentent ſeulement
à m'écouter , lors que je parle
contre vous ,font des Juges mal ai-
1
Hiij
174 MERCURE
Sez àprevenir. Apres que j'ay'eu
longtemps examiné voſtre Seconde
Partie , ilm'est venu enfin quelques
Scrupules. Le Duc d'Estramene me
paroiſt un Homme bien extraordinaire.
Ne pouvoir pas seulement
Souffrirfa Femme , elle qui estoit fi
aimable ! Cela est étrange. Paſſe
encor , s'il eust eu quelque chose
dans le coeur, mais il n'avoit rien .
Vous allez rejetter la cauſe de cette
averſion ſur le mariage , &
m'expliquer la vertu qu'il a de gâter
le merite de la Perſonne du
monde la plus accomplie ; mais à
qui parlez vous ? Je ferois leçon
aux autres fur ce chapitre - là ,&
Sivous me connoiſſiez, vous n'en
douteriežpas. Cependant j'ay peineà
me figurer de quel caractere
estoit le Duc d'Estramene. Il eftimoitsa
Femme, ilne la croyoit prevenuë
d'aucune paſſion, il n'en étoit
point
GALANT. 175
i
point prevenu non plus, il n'y avoit
rien de plus aimable que la Per-
Sonne qu'il venoit d'épouser , & la
Seule haine qu'il a pour les engagemens,
luy inspire de l'horreurpour
elle. En verité je me croyois bieu
libertin , mais je le cede au Duc
d'Estramene . L'avoue que j'aurois
bien pû vivre un mois ou deux avec
une Femme comme la fienne ,ſauf
àla quiter apres cela comme ilfit,
carà cela pres, qu'il la quitta trop
toft , je ne def- approuve point fen
procedé ; mais ce n'est pas dans les
commencemens quele mariage eft
le plus mauvais. Il produit alors,
- mesme entre les Perſonnes qui ne
font pas destinées à s'aimer , ua
certain feu de peu de durée , qu'on
prendroit pour de l'amour, fi l'on ne
s'y connoiſſoit pas. Franchement, je
pardonnerois encore plûtoſt à la
Ducheſſeſa vertu , qu'au Duc fon
Hij
176 MERCURE
libertinage. L'action qu'ilfait , est
Sans exemple , & , à ce que je croy,
Sans fondement ; mais sa converfion
mesme &son retour au party
du bon fens , ne me plaisent pas. Il
Se rend à des raisons qu'il devait
avoir toutes envisagées. Que luy
dit- on qu'il n'ait pas dû se dire
cent fois ? Le sçay que ſouvent les
mesmes conseils ont plus de force,
quand nous les recevons d'autruy,
que quand nous les recevons de
nous- mesmes ; mais cela feroit bon
s'il estoit encor queſtion de deliberer,
Quand une fois on a pris fon
party , & qu'on a fait des démarches
, il faut poursuivre ; autrement
ce font deſimples changemens
de volonté , qui d'ordinaire n'ont
guere de grace , ny fur le Theatre,
ny dans les Romans. On y veut des
gens obſtinez dans leur caractere ,
carfans cela on ne sçait où l'on en
H est
GALAN T.
177
he
یا
est , & cette maxime est si vraye,
que quoy que vous diſiez ſur la fin
de vôtre Nouvelle , je ne puis croire
qu'à l'heure qu'il est le Duc d'Estramene
vive bien avec ſa Femme,
tant vous me l'avez fait concevoir
comme un Hommebizarre , &Sujet
à changer d'humeur.
Ie conviens cependant que l'aversion
qu'il a pour la Ducheſſe
d'Eftramene , produit defort beaux
effets, &par l'embarras reciproque
ou ils font tous deux , & par les
confeils genereux & def- intereſſez
que le Duc d'Olſingam donne au
Mary de la Perſonne qu'il aime.
Ces deux traits font admirables.
Le premier fait un jeu fortfin, &
* donne lieu à démesler des sentimens
tres - délicats , &tres- naturels
; le fecond pouſſe jusqu'au plus
haut point la grandeur d'ame du
Duc d'Olfingam. Il n'appartient

Hv
178 MERCURE
qu'à vous , Madame , de faire des
Heros, &des Héroïnes .
Ieſuis touché de la ſurpriſe du
Comte d'Hennebury , lors que fa
Soeur luy apprend qu'elle est mariée
, & iln'y a rien de mieux que
leur conversation , mais tout cela
est- il aſſezbien amené ? Mademoiselle
d'Hennebury a- t elle pûfe
marier en France,Sans quefon Frere
l'ait ſçeuen Angleterrehuitjours
apres ? Les mariages de ces fortes
de Perfonnes là ,font , ce me ſemble
, un peu plus de bruit , & le
commerce est bien reglé de Paris à
Londres.
Ie trouve encor quelque chose à
vedire , dans laſurpriſe que vous
avez voulu cauſer par l'entreveuë
du Duc d'Estramene , & du Duc
Olfingam.Je veux qu'ilsſevoyent,
carje ferois bien fâché de perdre
se qu'ils se difent,& l'effet de leurs
A
entre
GALAN T. 179
1
entretiens ; maisje ne veux point
qu'ils se voyent dans cette petite
Ville d'Italie. Cela fent trop les
Avanturiers de nos anciens Ra
mains. Sije liſois Cleopatre ou Cirus
, & que je viſſe un Heros party
pourfairevoyage,jeſerois bien feûr
qu'il ne manqueroit pas de rencon
trer tous ceux du Roman qui feroient
égarez , ou dont on n'auroit
point de nouvelles. Iln'estpasmefme
permis aux Perſonnages de ces
gros Livres là de faire une Promenade
qui se terminefans Avantures
, & qui ne foit qu'une simple
Promenade ; mais il n'en va pas
ainſidans les petites Nouvelles qui
font venuës à lamode. On y a ramené
les choses à un vray-femblable
plus naturel. UnHéros s'y peut
promener , & voyager fans faire
aucune rencontre , & mesme il le
doit , pour ne pas reſſembler aux
Héros
180 MERCURE
Héros antiques . Ainsi il eust peutestre
esté mieux de conſerver la generosité
du Duc d'Olſingam , & de
faire trouver enſemble les deux Ri.
vaux par une voje plusfimple. Cel.
le que vous avez choisie a encor
quelques incommoditez ; car , par
exemple, on ne conçoit pas bien comment
un Anglois n'en reconnoist pas
un autreà l'accent , lors qu'ils parlent
l'un & l'autre une Langue
Létrangere. Je ne vous chicane point
fur ce que vous prétendez que le
Duc d'Olfingam, & le Ducd'Estramene
, ne s'estoient jamais veus ;
mais je croy que si l'on vouloit examiner
la chose avec un peu de riqueur,
on trouveroit qu'elle nemanquepas
de difficulté.
Ie viens à la conversation de
la Reyne , de Madame d'Hilmorre
, & de Madame d'Efframene.
Madame d'Eftramene me paroist
1473
GALAN Τ. 181
G
.
un peutrop aisée à déconcerter , la
Reyne affez imprudente, & Madame
d'Hilmorre moins habile qu'elle
ne croit ellemeſme. Sur ce que la
Reyne dit à Madame d'Estramene,
qu'elle laſoupçonne d'avoir quelque
trišteſſe cachée dans l'ame , il n'est
point encore temps que cette belle
Perſonne se mette à pleurer. La
Reyne de son costé ne ſonge pas
que Madame d'Hilmorre est là,
quand elle dit tout net àMadame
d'Estramene , qu'elle ne
doute plus qu'elle n'ait une forte
inclination pour le Duc d'Olfingam.
Ce n'estoit pas là une nouvelle
trop agreable à apprendre à
Madame l'Hilmorre ny qui
dust produire de trop bons effets
pour la Duchesse d'Estramene.
Enfin quand Madame d'Hilmorre
veut cacher l'inclination
&les sentimens deſa Belle- Fille,
de
1
182 MERCURE
de crainte,dites vous,qu'on nevinst
à luy reprocher d'avoirfait violence
auxvolontezde cette Ducheffe, auffi-
bien qu'à celles de fon Fils , je ne
trouve pas que ce soit avoir une
présence d'esprit , ny une adreſſe
biensurprenante , que de dire à la
Reyne , que l'averſion que le Duc
d'Estramene a pourſa Femme, & les
marques qu'il luy en a données
en la quittant ,font la ſeute cause
de la triſteſſe où elle est ; car il
me semble que c'est- là justement
ce que Madame d'Hilmorre a
intereft de cacher.Elle ne peut guére
dire plus clairement , qu'elle afait
violence aux volontezdefon Fils.
Mais , Madame , qu'on oublie
aisémen ces petites fautes ,
quand on en est à ce bel endroit
de la mort du Duc d'Olſingam ! Il
me touche, &me cauſe encorde l'émotion
à la dixiéme lecture.Ce que
jay
GALANT. 183
j'ay vû de plus vif dans d'autres
Ouvrages, me paroist languiſſant, à
Le comparer à ce morceau-là. Que
vousy avezbien marqué,& la dou-
Leur des deux Amans,& leprogrés,
& les diférens effets de cette douleur!
Que le coeur de Madame
d'Esttramene est bien partagé entre
fagloire, &sa tendreſſe ! Elle veut
Sortird'aupres d'un Homme qu'elle
aime, & qui va expirer , pourménager
toûjoursfa répatation, ce qui
est un peu dur ; en suite elle embraffe
cet Homme mourant ,
est un peu emporté ; mais ces deux
altionsſontſi bien placées, & amenées
avec tant d'art , qu'elle feroit
unefaute de ne les fairepas. C'est
ce qu'on appelle des coups de Maiftreque
des choses extraordinaires,
& cependant raisonnables . Rien
n'est mieux tourné que toute cette
fin de la Seconde Parties ou vous
Écrivez
ce qui
184 MERCURE
decrivez de quelle manieres'est formée
l'union de Monsieur & de Madame
d'Estramene.Le procedè qu'ils
tiennent à l'égard l'un de l'autre,
les fait aimer tous deux , & ily a
bien de l'adreſſe à avoirfait fucceder
ces idées douces & tendres , à
celles de la mort du Duc d'Olfingam
, quicausoient des mouvemens
plus violens.
Ilne mereſteplus, Madame, qu'à
vous prier de vouloir bien donner
quelques- unes de vos heures,à écrire
I'Hiſtoire du Comte d'Hennebury , &
de Mademoiselled' Englastre. Vous
nous faites entrevoir que vous en
avezquelque deſſein.Je vous conjure
de l'exécuter,&j'oſe mesme vous
dire queje vous en conjure au nom
du Public , qui aſſurément ne me
def- avoürapas d'avoir portélaparole,
pour luy obtenir cette grace- là
de youshuone of of t
La
GALANT. 185
1
La Nobleſſe eſtant l'appuy
d'un Royaume , & fa plus ſeûre
défenſe dans les temps de guerre,
rien n'eſt plus glorieux à un Sou-
- verain , que de prendre ſoin de
la maintenir. C'eſt ce que nos
Roys ont fait de tout temps par
beaucoup de Privileges qu'il ont
trouvé juſte de luy accorder ;
mais ces Privileges ne ſuffiſant
pas pour mettre tous ceux qui
ont l'avantage d'en joüir , dans
une fortune qui réponde à leur
naiſſance , & Sa Majefté ayant
eſté informée qu'il y avoit grand
nombre de Gentils - hommes
- dans les Provinces , qui n'eſtant
pas en état d'envoyer leurs Enfans
ſur les Frontieres , ny de les
entretenir en qualité de Cadets
dans des Compagnie d'Infanterie
, les gardent chez eux ,
Elle a jugé à propos de leur don-
3
1
ner
186 MERCURE
ner un moyen de les faire élever
d'une maniere plus convenable
à ce qu'ils font nez. Dans cette
veuë , Elle a reſolu de faire mettre
fur pied deux Compagnies ,
qui ne feront composées que de
Gentilshommes. Ces Gentilshommes
feront aſſemblez par les
ſoins des Gouverneurs & Intendans
des Provinces , & conduits
dans l'une de ces deux Compagnies
, fur des routes que le Roy
ordonnera qui ſoient envoyées
pour les faire partir dans les vingt
premiers jours des mois de Mars,
Juillet & Octobre de chaque année.
Lors qu'ils feront arrivez à
la Citadelle de Tournay , ou à
celle de Metz , où ces Compagnies
doivent eſtre en garniſon ,
Sa Majesté leur fera donner à ſes
dépens , un Juſte- au - Corps &
leur armement , & dix fols par
jour
GALANT. 187
jour pour leur nourriture, juſqu'à
-ce qu'étant bien inſtruits dans
les Fortifications , qu'elle leur fera
montrer gratuitement, & dans
les autres Exercices Militaires,
Elle leur accorde les Lieutenances
& Enſeignes qui vaqueront
dans ſon Infanterie.Avoüez, Madame
, que cet établiſſement eſt
tout- à- fait digne de Loüis LE
GRAND. Ce Prince ne fixe point
le nombre d'Hommes de ces
Compagnies. Tout ce qu'on envoyera
des Provinces y fera entretenu
, & c'eſt dequoy Monſieur
le Marquis de Louvois a
donné avis par ordre du Roy à
Meſſieurs les Intendans , afin
qu'en rendans la réſolution de Sa
Majesté publique , ils ſoient en
état de faire partir dans les premiers
jours du mois de Juillet
prochain , les Gentilshommes de
leur
1
188 MERCURE
leur département , qui viendront
ſe préſenter pour aller ſervir das
ces Compagnies , ſur les routes
que ce Marquis leur a envoyées
en meſme temps. Il leur eſt enjoint
de mettre à la teſte de ces
Gentils- hommes quelqu'un des
Capitaines ou Lieutenans des
Troupes qui feront dans leurs
départemens . Cet Officier aura
ſoindeles conduire & de les contenir
dans leur route en bonne
difcipline & en union ; apres
quoy il s'en retournera à ſa Charge,
en retrogradant ſur la meſme
route ; & outre qu'il fera payé
pendant ſon Voyage, comme s'il
avoit eſté préſent à ſa Garniſon ,
Sa Majesté luy fait eſpérer une
gratification particuliere . S'il n'y
avoit point de Troupes en garniſondans
quelque département,
onchoiſiroit pour cette conduite
un
GALAN T. 189
un Gentilhomme qui auroit fervy.
Les Cadets qu'on recevra
dans ces Compagnies , doivent
n'eſtre pas plus jeunes que de
quatorze à quinze ans , ny plus
âgez que de vingt-cinq. Incontinant
apres leur départ , les Intendans
ont ordre d'envoyer un
Etat de ceux qu'ils auront fait
partir , contenant leur nom de
Baptefme, celuy deleur Famille ,
&leur âge. Il eſt marqué dans la
Lettre que leur a écrite Monſieur
de Louvois , que l'intention
de Sa Majesté n'eſt pas qu'ils
faffent une inquifition fort ſevere
de la Nobleſſe de ceux qui ſe
preſenteront , & qu'Elle ne trouvera
pas mauvais qu'ils laiſſent
gliffer parmy eux des Enfans de
Gensqui vivent noblement, c'eſt
à dire , qui par quelques années
de ſervices , ont acquis le droit
de
190 MERCURE
de porter l'Epée. Ils font chargez
par la meſme Lettre , d'affiurer
les Gentilshommes qui leur
témoigneront de l'inquietude fur
ladifficulté qu'ils pourroient avoir
à retirer leurs Enfans du ſervice,
ſi leurs affaires les obligeoient à
ne les y pas laiſſer, que le Congé
ne ſera refusé a aucun , dés que
leur Pere , Mere , ou plus proche
Parent , ledemandera pour eux.
Voyez , Madame, fi la bonté & la
justice du Roy ne ſe montrent
pas en toutes choſes. En faiſant
les routes de ces Cadets, on a obſervé
de leurdonner de fort petites
journées , & de leur faire faire
de frequens ſejours. L'on y a
auſſi employé que le fourrage ſera
fourny à ceux qui auront des
Bidets ; & comme il y a des départemens
fort grands , on a envoyé
diferentes routes , chacune
abou
GALANT.
191
aboutiſſant à un certain lieu , où
Meſſieurs les Intendans feront
aſſembler tous les Gentilhommes
-qui auront donné leurs noms.
Ceux qui arriveront les premiers
auront dix fols chaque jours juſqu'à
ce que tous les autres qui
devront partir au commencement
du mois de Juillet, s'y étans
rendus , on les faſſe mettre en
marche pour aller à Metz ou à
Tournay. Il y auroit beaucoup
de choſes àdire ſur un établiſſement
ſi avantageux à la Noblefſe
; mais toutes les actions du
Roy demandent du temps , pour
en bien examiner toute l'importance
, & quelques reflexions
qu'elles meritent , on ne peut d'abord
que les admirer.
Comme je vous ay déja parlé
dans deux de mes Lettres , du
Prix que Monfieur le Duc de
Saint
192 MERCURE
:
Saint Aignan a proposé pour recompenſe
du meilleur Sonnet
qui ſeroit fait ſur les Bouts- rimez
de Jupiter & de Pharmacopole,
il ne me reſte plus qu'à vous dire
que cinq des Académiciens de
l'Academie Royale d'Arles en
ont decidé. Le bruit courut il y a
huit jours , qu'ils l'avoient donné
à ce Sonnet.
A
t
Voirpourafcendant,ou Mars,
ou Jupiter ,
Sçavoir qu'un Alambic fert au
Pharmacopole ,
Que l'on doit bride en main faire
..... agir le Frater ,
Que Perfe, ou Juvenal, fut traduit
parNicole ;
Que décider le Dogme appartient
au Pater ,
Qu'il
GALANT. 193
Qu'iln'est qu'un Bernardi pourfaire
un caracole,
Que le plus Saint Docteurſe plaist
àdiſputer,
Et que peu de Patrons regardent
leurBouffole;
Celaneſuffit pas pourferendre immortel.
La Raiſon doit au coeur préfenter
leCartel,
Yplacer la Justice , en faire son
affaire;
**
Mais quandon entreprendde chanterparſes
Vers
Les vertus d'un grandRoy qui char.
me l'Univers,
Publions qu'on ne peut trop dignement
le faire.
Sur ce qui fut dit de ce Sonnet,
on apprit bientoſt que Mon-
Iain 1682- 1
194
MERCURE
fieur l'Abbé Plomet en eſtoit
l'Autheur ; & comme beaucoup
de Gens demandoient à le connoiſtre
autrement que par ſon
nom , il fit cet autre Sonnet qu'il
envoya à Monfieur le Duc de
S. Aignan. La peinture qu'il contient
eſt celle d'un Homme qui
mene une vie veritablement heureuſe..
Ouloir tranquillement ache-
Vouloir ver ſa carriere
En quelqu'endroit du Monde où l'on
Soit confiné' ;
Se plaindre rarement d'estre peu
fortuné ;
Ne donner àſes Vers qu'une tendre
matiere ,
Sans fonger ſi l'on a plus ou moins
de lumiere.
Tenir
GALANT.
195
Tenir ſon efprit libre , &Son coeur
peugefné;
Ane loüerjamais s'eſtre déterminé,
Trouvant l'or toutefois meilleur que
la pouffiere ;
Faire durerautant que l'onpeutfes
beaux jours ;
Ace qu'ilplaît au Sortſe conformer
toûjours ,
Etfans fuir la vertu , ne point briguer
l'estime ;

Avant l'heureux Cartel,qu'unHé-
Vient de nous preſenter , pour aniros
tel que toy
mer la Rime
Aparler de LOUIS , c'eſtoit là mon
employ.
Quoy que le Sonnet de cet
Abbé euſt paru fort beau aux
Juges , ils preférerent celuy que
vous allez voir.
I ij
196 MERCURE
D
leu qui lance la Foudre ,&
non pas Jupiter ,
A fait l'un Medecin, l'autre Pharmacopole
;
L'un grand Chirurgien, l'autreſimple
Frater;
L'une Dameà- Quarreau , l'autre
Dame Nicole .

L'un ſous un Capuchon dit toûjours
fonPater ,
L'autre fur un Courſierſans ceſſe
caracole ;
Le Docteur metfa gloire à sçavoir
difputer,
Le Nocher met lafienne àreglerfa
Bouffole.
L'un par de grands Exploits veut
Serendre immortel ,
L'autre foüille fon nom par un honteux
Cartel ;
L'un
GALAN Τ. 197
L'un est Homme d'épée , & l'autre
Homme d'affaire .
L'un écrit de la Profe , & l'autre
écrit des Vers.
L'invincible LOVIS eſt ſeul dans
l'Univers ,
Qui pour s'éterniser , faſſe ce qu'il
faut faire.
Ce Sonnet , qui eſt de Monſieur
Bourſault , difputa longtemps
le Prix , & les Juges ne luy
donnerent l'exclufion qu'apres
qu'ils eurent leû celuy- cy , qui
leur parut le meilleur de tous.
Toutaitpartes
Out agit par les Loix dupuif-
Un Monarque les fuit comme un
Pharmacopole ,
Un Medecin fameux comme unfimple
Frater ,
I ij
198 MERCURE
Unegrande Princeſſe außi- bien que
Nicole.
On chante, onfait l'amour , & l'on
dit le Pater ,
On chaſſe, on jouë, on dance on boit,
on caracole;
L'un voudroit toûjours rire, &l'autrediſputer
;
L'unſefert du Compas , l'autre de
laBoufſole.
Le Grand LOVIS orné d'un Laurier
immortel ,
Pouvoit de tout le monde accepter
leCartel ,
Mais nous donner la Paix fut sa
plus grande affaire.

Qui donc mérite mieux noftre Profe
&nos Vers,
Qu'un Roy craint & chery de ce
vaste Univers,
Qui
GALANT. 199
Qui peut tout ce qu'il veut, &fait
ce qu'il doit faire ?
creon ,
Il avoit pour marques Ana-
& ces mots Latins Prostraffe
fat eft . On examina tous
ceux qui reſtoient à lire , & aucunn'ayant
paru de lamême for
ce, toutes les voix luy furent données.
Monfieur le Duc de Saint
Aignan,qui estoit preſent,dit auffitoſt
qu'il étoit de luy . Ce Sonnet
avoit eſte mis parmy les autres
du temps que Meſſieurs de
l'Académie Françoiſe devoient
juger;& comme ce Duc en avoit
fait deux , lors qu'en renonçant
au Prix, il donna ordre qu'on les
retiraft , on ne reprit que celuy
dont je vous fis part le dernier
mois . Ainfi les Juges furent obligez
de rappeller les meilleurs
Sonnets . Ils en firent un fort fe
Inj
200 MERCURE
vere examen , & voicy celui qui
fut enfin declaré victorieux. Il
a au bas une M & un B , pour
marques.
A
Dmirons icy - bas l'ordre de
Jupiter ,
Chacun afon employ ; l'un est Pharmacopole
;
Un autre estMedecin,& commande
au Frater ;
L'autre défend les droits de Pierre ,
ou deNicole.
Celuy- cy Sous un Froc est appellé
meopater ,
Cet autre aux Champs de Mars
plein d'ardeur caracole ;
Celuy- làfur les Bancs ſe plaiſt à
diſputer ,
Et l'autre court les Mers conduit
parla Bouffole.
LOVIS
GALANT. 201
और
LOVIS par la valeur rend fon
nom immortel ;
Ses foins ont aboly l'usage du Cartel
,
Lebien de fon Etat eſt ſon unique
affaire .
Muses , qu'ilfoit toûjours le ſujet
de vos Vers ;
Il est le plus grand Roy qu'ait produit
l'Univers ,
Attachez- vous à luy, vous nesçauriez
mieux faire .
Il y a quinze jours que ce juge
ment eſt donné , ſans que celuy
qui a remporté lePrix ſe ſoit prefenté
ny fait connoiſtre . On luy
conſerve la Médaille d'or du Roy,
qui luy ſera délivrée à l'Hôtel
de S. Aignan, dés qu'il y viendra
pour la recevoir.
I
202 MERCURE
On vient de m'apprendre un
Mariage qui s'eſt fait ces derniers
jours entre deux Perſonnes
desmeilleures Maiſons de la R5-
be. L'une eſt Monfieur Charpentier
, Conſeiller de la Premiere
des Requeftes , & l'autre Mademoiſelle
Portail . Le Marié eſt Fils
de feu Monfieur Charpentier,
Conſeilleraux Requeſtes,qui s'étoit
acquis une ſi grande reputation
dans le Parlement , & Petit-
Fils de Monfieur Charpenzier
, Conſeiller auſſi aux Requeſtes
; ſi eſtimé de ſon temps,
que Henry IV. le choiſit pour
eſtre ſeul Preſident de Metz,
Toul & Verdun , avant qu'il y
euſt un Parlement en ce Païs-là.
Mademoiselle Portail eſt Fille de
Monfieur Portail , Conſeiller de
la Troiſième des Enqueſtes , &
Petite - Fille de Monfieur le
Nain
GALANT. 103
Nain , ancien Maiſtre des Requeſtes
.
En vous apprenant un Mariage
, je ſuis obligé de me dédire
d'un autre. Lors que je vous parlay
il y a un mois , des Officiers
qui ſont ſur les Navires de l'Ef-
-cadre commandée par Monfieur
le Marquis de Preüilly de Humieres
, Lieutenant General des
Armées Navales du Roy, j'ajoûtay
à l'article de Monfieur de
Paliere , Capitaine ſur l'Etoile,
qu'il avoit épousé Mademoiſelle
de Bois de la Roche , & je fuirp
vis en cela le Memoire que l'on
m'avoit envoyé. Cependat iln'eſt
pas vray que ce Mariage ſe ſoit
fait. Ceux qui me donnent ces
fortes d'avis , ne doivent jamais
le faire qu'ils ne foient certains
des choſes.C'eſt imprudence que
les hazarder ſur un oüy - dire ;
&
204 MERCURE
&les Perſonnes intéreſſées pouvant
en prendre unjuſte chagrin,
l'effet en feroit peut - eſtre à
craindre pour les Autheurs de
ces faux Mémoires, qu'un peu de
recherche fait aisément découvrir.
Il eſt arrivé icy le premier jour
de ce mois le meſme Prodige
dont deux de mes Lettres vous
ont donné le détail. Une Femme
y eſt accouchée de deux Garçons
joints enſemble , depuis le
haut du ſternon juſques au nombril
, ayant deux teftes , quatre
bras, quatre jambes , venus à termes,&
tous deux fort gros.Le travail
fut tres-difficile pour la Mere,
& c'eſt un miracle qu'elle foit
vivante.Cependant le Sieur Bon-
Amy , Maiſtre Chirurgien à Paris,&
Prevoſt de ſa Communauté
Taccoucha heureuſement. Les
deux
GALAN T.
205
deux Enfans furent ondoyez , &
vécurent un quart-d'heure. Ils
ont eſté portez à Verſailles , pour
eſtre veus de Leurs Majeſtez .
Les Peres Capucins de la
Province de Normandie , ont
tenu leur Chapitre avec Miffion
, dans la Ville du Havre
de Grace. Monfieur le Duc de-
Saint Aignan , qui en eſt Gouverneur
, a fait paroiſtre en ce
rencontre ſa pieté ordinaire,
par les ordres qu'il a donnez pour
la ſubſiſtance de ces Miſſionnaires
& Religieux. Les Echevins,
ainſy que toute la Ville, ont ſuivy
ce grand exemple d'une maniere
toute charitable & édifiante .
L'ouverture de ce Chapitre ſe fit
le7.de May,Feſte de l'Aſcenſion ,
par le Pere Hierotée , Premier
Définiteur, dans l'Eglife de Noftre
-Dame , principale Paroiffe
du
206 MERCUR E
du Havre. Ces Religieux s'y
rendirenten Proceffion,& retournerent
en leur Convent avec
un ordre qui marquoit leur zele
& leur modeſtie. Les fruits
qu'ils ont fait dans leur Miſſion
ont eſté tres -grands. Le P. Hierotée
a preſché les Controverſes
avec la meſme ferveur , qu'il
a fait paroiſtre depuis peu de
temps à Orbec , dans cette fontion
Apostolique. Ses Sermons,
pleins de force & d'éloquence,
ont eu un ſuccés extraordinaire ,
&pluſieurs Perſonnes qu'il aconvaincuës
d'erreur , ont abjuré
l'Héreſie .
En vous décrivant le mois paffé
toutes les merveilles de l'Obſervatoire,
je vous promis de vous
le faire graver. Je tiens ma parole
, & vous envoye meſme plus
que je ne vous ay promis. Ce que
:
yous
GALANT.
207
vous verrez marqué I. dans cette
Planche eſt une élevation perſpective
, repreſentant la face qui
regarde le Septentrion , quelque
peu déclinée au Levant; & ce
qui eſt marqué I I. fait voir l'élevation
de la face qui regarde le
midy.
Vous aurez appris par les nouvelles
publiques que Monfieur le
- Prince Guillaume de Furſtem-
- berg a eſté éleu Eveſque de Strasbourg.
C'eſt un des plus confidérables
Eveſchez de la Chreſtienté
, non ſeulement par fon
ancienneté, ayant eſté fondé par
nos premiers Roys ; mais meſime
par les Privileges , & par la qualité
des Sujets qui compoſent ſon
Chapitre. Il eſt formé de vingtquatre
Princes ou Comtes de
l'Empire , qui pour y eftre receus
font obligez de faire preuve en
l'une
208 MERCURE
i
l'une de ces deux qualitez , de
ſeize quartiers , tant du coſté Paternel
que du Maternel. De ces
vingt-quatre Chanoines , il n'y
en a que douze qui forment proprement
le Chapitre, c'eſt à dire,
qui ayent voix active & paſſive,
pour l'Epifcopat & les autres Dignitez
.Les douze autres ſont ſeulement
receus pour devenir Capitulaires
à leur rang, par la mort
de quelqu'un des anciens. L'on
voit par là combien la Nobleſſe
de ces illuſtres Chanoines doit
eſtre ancienne & pure. Auſſi
comptent- ils parmy eux pluſieurs
Princes des premieres Maiſons
Souveraines d'Allemagne ; & l'on
a veu de nos jours des Archiducs
d'Auſtriche Eveſques de
Strasbourg.
Pour ce qui regarde celuy qui
fter
à
vient d'eſtre éleu , ſans s'arreſter
BLIOZ
*1893

GALANT.
209
à la grandeur de ſa Maiſon , qui
remonte beaucoup plus haut que
ſes preuves , & que l'on peut
dire immémoriale, ny parler d'une
infinité de grands Hommes,
qu'elle a produits dans l'Egliſe
& dans les Armes ; il ſuffit de
dire , que ſi - toſt que le Prince
de Furſtemberg ſon Frere , dernier
Eveſque , fut mort , tous les
Chanoines le regarderent comme
celuy d'entr'eux qui eſtoit le
plus digne de luy fucceder ; & le
jour de l'Election eſtant venu ,
( ce fut le 8. de ce mois , ) toutes
les voix luy furent données , ce
qui n'eſt preſque jamais arrivé
en Allemagne dans aucune élection.
Mais ce qu'il y a eu de plus
remarquable en celle- cy , c'eſt
que la choſe s'eſt preparée d'ellemeſme
, ſans cabales , par la ſeule
force du merite , & par la
con
210 MERCURE
connoiſſance que tous les Chanoines
ont de l'habileté de ce
Prince& de fon zele pourle bien
del'Eglife.Et il ne faut pas s'étonner
du bruit qui a couru qu'il ne
vouloit pas accepter cetEveſché.
Le peu d'empreſſement qu'il a
eu à rechercher les Chanoines
pour s'en acquerir les voix , &
l'admirable modération qu'il a
témoigné dans tout ce qu'ils luy
ont toûjours fait connoiſtre de
leurs favorables ſentimens , ont
paru des choſes ſi peu ordinaires,
qu'elles ont fait croire , qu'il regardoit
indiféremment une Dignité
fi éminente ; mais moins
il cherchoit à s'en aſſurer , plus
toute l'Europe prévenoit par fes
fuffrages le choix qu'on a fait de
luy. Noſtre grand Monarque ,
ſous la protection de qui ſe trouve
preſentement l'Egliſe de
Stras
GALANT. 211
Strasbourg , en faiſant recommander
aux Chanoines , comme
il a fait par Meſſieurs de Monclar
& de la Grange , de choiſir
pour leur Eveſque celuy qu'ils
- eſtimeroient le plus propre à fa
conduite , a crû que c'eſtoit s'expliquer
affez en ſa faveur. Sa
Sainteté s'eſt poſitivement décla
rée pour luý ; & enfin toute l'Allemagne
en general a jugé que
l'Egliſe de Strasbourg ne pouvoit
• avoir un plus digne Chef que
celuy que ſon Chapitre luy vient
de donner.
Vous n'aurez l'explication des
Enigmes du mois de May , avec
les noms de tous ceux qui en ont
trouvé le ſens , que dans ma dixhuitieme
Lettre Extraordinaire,
que vous recevrez le 25. de Juillet.
Cependant je vous en envoye
deux nouvelles. Monfieur Aftier,
Prieur
212 MERCURE
Prieur d'Avignon , a fait la premiere
; & Mirtil , le Berger Fidelle
d'Angouleſme , eſt l'Autheur
de la ſeconde .
ENIGME.
E détourne aisément les coups de
Jesuis d'un grandSecours chezle
Pharmacopole ;
Souvent je donne affez d'exercice
auFrater,
Et je fais enrager la Maîtresse à
Nicole.
f'inſpire à bien des Gensde dire leur
Pater,
Plus viste qu'un Chevaljefais la
caracole,
Poursçavoir d'où je viens on a beau
difputer ,
Sur
GALANT.
213
Sur mon eſtre chacun demeure ſans
Bouffole.
**
Avec les Elémens je benis l'Immortel,
Jefais la guerre àtout fans craindre
leCartel;
• De s'opposer à moy c'est une grande
affaire.
**
Ie rampe quand je
font les Vers.
veux ainsi que
Quand il me plaist, je cours au bout
del'Univers,
Etpuis en mesme temps lemal& le
bien faire.
AUTRE ENIGME.
Ien que l'Hyver me donne
Bienl'estre ,
L'Eté pourtant ſemble me faire
naître ,
Puis
214
MERCURE
Puis que c'eſt luy qui mefait voir
lejour.
Quoy qu'ilensoit, si c'est de la puis-
Sance
Dece premier queje tire naiſſance,
L'autre pour moy fait un affez bon
tour ,
En me menant des Priſons à la
Cour.
l'y vay par luy , par luy je vois la
Ville ,
Et bien que cet honneur meſoit vendu
bien cher ,
Ie ne puis me refoudre à luy rien reprocher,
Parce que c'eſt luy ſeul qui me fait
estre utile.
EnfinSansfon Secours , je mourrois
au.Berceau.
Il est vray qu'il ne rend mon pouvoir
neceſſaire ,
Quà mesure , & qu'autant que le
ſien m'est contraire.
Et
GALAN T.
215
Et que dans le moment qu'il me
met au tombeau.
Je ſuis ravy que l'Article de
S. Cloud , qui fait un des principaux
de ma derniere Lettre , ait
plû aux Belles de voſtre Province.
Quoy que ce ſuperbe &délicieux
Palais n'ait rien qui n'enchante
, ou ceſſe d'examiner ſes
beautez , fi - toſt qu'on voit le
grand Prince à qui elles font
deuës. Si ſes manieres ſont ſi
honneſtes & fi engageantes pour
tout le monde, il ne faut pas s'etonner
, ſi lors qu'il s'agit de recevoir
le Roy, pour lequel, outre
la tendreſſe que le ſang inſpire,
il en a toûjours ſenty une tresforte
, il n'oublie rien pour luy
marquer l'excés de la joye dont
ſon coeur eſt penetré , en le poffedant.
Ce Prince a demeuré
trois
216 MERCURE
trois ſemaines dans cette charmante
Maiſon,& a pris des Eaux
de Vichy pendant tout ce temps.
Comme il eſt extrémement aimé
il a eſté viſité dans ce beau Lieu,
par tout ce que la Cour a de Perſonnes
plus conſidérables ; &
quoyque les Eaux qu'il prenoit
dûſſent toûjours l'y retenir , le
plaifir de voir le Roy l'a fait aller
de temps en temps à Verſailles.
Il revenoit coucher à S. Cloud;
mais ayant quité les Eaux depuis
quelque jours, il eſt retourné aupres
de Sa Majesté pour n'en
plus partir. Les plaiſirs y font frequents
, & il y a tous les jours
Comédie Françoiſe ou Italienne.
Le Roy qui ſe donne entierement
aux affaires de l'Etat , ne
s'y trouve point ; mais quelquefois
il prend le divertiſſement de
laChaſſe, parce que cet exercice,
qui
GALAN Τ .
217
qui eſt une image de la guerre,
eſt propre à entretenir la vigueur
du corps . Toute la Cour ſe divertit
fort ſouvent à voir les Eaux,
& à ſe promener ſur le Canal. Il
y a quelquefois Symphonie , &
l'endroit de tout Verſailles où elle
ſe fait entendre le plus agreablement
, eſt le grand Efcalier du
Roy. Vous ne ſerez pas ſurpriſe
que je vous parle d'un Efcalier,
quand vous ſçaurez que c'eſt celuy
dont je vous ay fait la defcription,&
que la France doit au fameux
Monfieur le Brun.Lors qu'il
eſt plein de lumieres,il peutdiſputer
de magnificence avec les plus
- riches Appartemens des plus
beaux Palais dumonde.
Une lecture qui ſe fit il y
a trois jours de l'Académie Ga
lante,dans une aſſez grande Cópagnie
où je me trouvay , me
Iuin 1682 . K
218 MERCURE
1
:
donne lieu de vous dire,que je ſeray
fort trompé ſi cetOuvragene
divertit vos Amies. Tout y eſt ſi
naturel , & répond ſi bien aux
diferens caracteres des Perſonages
qui font introduits , qu'ils ne
diſent rien dans leurs converfations
qu'on ne croye devoir leur
entendre dire. Ce ſont quatre Cavaliers
qui rendent viſite à une
Mademoiselle d'Ormilly , chez
laquelle ils trouvent deux de
ſes Amies. Le diſcours eſtant
tombéſur les Académies de toute
eſpece , établies icy depuis
quelque temps ; l'une des trois
Demoiselles dit en riant , qu'elle
ne voit que l'Amour qui n'ait
point la fienne. Sa penſée ayant
paru plaifante à la Compagnie,
on propoſe d'établir une Academie
d'Amour. Il eſt queftion
d'avoir des Statuts. Chacun
GALANT.
219
cunapporte les ſiens,& le nombre
des Cavaliers eſtant plus grand
que celuy des Demoiſelles , il eſt
ordõné par l'un des Statuts, qu'un
desquatre Hommes ne ſera point
de l'Académie . Ils prétendent
tous devoir y eſtre receus ; &
enfin les Académiciennes les
font demeurer d'accord qu'ils raconteront
leurs Avantures;& que
celuy qui fera trouvé le moins
galant, ſouffrira l'excluſion . Ainſi
chaque Cavalier conte fon
Hiſtoire, & ces quatre Hiſtoires
font une agréable diverſité,
dont je ſuis ſeûr que vous ferez
fatisfaite . Tout y eſt dit finement
& plaiſamment ; & il eſt
aiſé de voir par la peinture que
l'on fait d'abord des Cavaliers ,
que s'il y a quelques endroits
embellis,parce qu'on ajoûte toûjours
à la verité , la plupart des
Kij
220 MERCURE
choſes ontdû ſe paſſer comme
ils les racontent. Ce Livre commencera
à ſe débiter chez le St
Blageart Libraire, dans la Courtneuve
du Palais , le premier jour
de Juillet.
Rien n'eſt plus à craindre que
la jalouſie, quand l'amour eſt violent.
Cette paſſion produit tous
les jours les plus funeſtes effets,
mais jamais peut eſtre n'en a- ton
veu d'auſſi extraordinaires
que ceux qu'on me marque dans
l'Avanture que je vay vous expliquer.
La Scene eſt en Italie.
C'eſt où les Jaloux ſont le moins
capables de retenir leur emportement.
Unejeune Demoiſelled'un
Bourg nommé San - Sovino , pres
de Montepulciano en Toſcane,
fut aimée d'un Cavalier d'une
naiſſance égale à la fienne. Quoy
queles occaſions de ſe voir ſoient
affez
GALANT. 221
aſſez rares en ce Païs-là, l'amour
leuren fournit de fréquentes ; &
en ſe voyant , ils ſe trouverent fi
bien le fait l'un de l'autre , qu'ils
ne pûrent s'empeſcher de ſe promettre
qu'ils s'aimeroient eternel.
lement. La Belle avoit un Pere
bizarre dont il falloit ménager
l'eſprit. Ceux qui estoient le
plus dans ſa confidence , furent
employez pour le gagner. Un
jour qu'ils le virent d'aſſez bonne
humeur , ils tournerent l'entretien
ſur l'embarras de garder
des Filles ; & en luy diſant comme
ſans deſſein qu'il eſtoit temps
de pourvoir la ſienne , ils luy
propoſerent le Cavalier.Malheureuſement
pour l'un & pour l'autre,
il s'eſtoit douté de leur mutuel
attachement , Ce fut aſſez pour
luy faire rejetter ce que ſes Amis
luy propofoient. Il oppoſa quele
Kiij
222 MERCURE
1
1
Cavalier n'avoit point de Bien ;
& quoy qu'on luy fiſt connoiſtre
que ſa fortunen'eſtoit point à dédaigner
, il n'y eut aucun moyen
dele faire conſentir à ce mariage.
Il fit plus contre ſa Fille. Pour la
punir d'avoir prévenu ſon choix,
il voulut choiſir ſans elle , &
donna parole à un Homme afſfez
mal fait, qui en devint amoureux.
La réſiſtance qu'elle fit paroiſtre,
le rendit plus ferme dans ſa réſolution.
Il eſtoit de ces Peres abfolus
qui croyent avoir droit fur
la liberté de leurs Enfans , & il
ſuſliſoit qu'il euſt parlé, pour vouloir
eſtre obey fans aucun murmure.
Le nouvel Amant voyant
ſa Maîtreſſedans un chagrin extraordinaire
, en eut bientoſt découvert
la cauſe. Un autre que
luy , qui l'euſt connuë engagée,
cuſt appréhendé les ſuites de la
violen
GALAN T. 223
violence qu'on faifoit à fon
amour ; mais il eſpéra qu'eſtant
fon Mary, il effaceroit fans peine
les impreſſions que ſon coeur avoit
reçeuës. D'ailleurs, quelque intéreft
de Famille l'avoit rendu ennemy
du Cavalier, & le plaiſir de
luy enlever ce qu'il aimoit , eſtoit
pour luy un ſi doux triomphe, que
l'impatience d'en joüir redoubla
l'empreſſement de ſa paffion.
On conclut le mariage , & quoy
qu'il ne duſt ſe faire que trois
jours apres que le Contract eut
eſté ſigné, le Pere voulut que dés
le ſoir meſme les deux prétendus
Epoux fuſſent fiancez . La
Cerémonie ſe fit malgré les pleurs
de la Belle , qui fut obligée de les
cacher . Le Cavalier qui en eut
avis , entra dans un deſeſpoir
qu'il m'eſt impoſſible de vous exprimer.
Il crût que s'il voyoitfa
K iiij
224 MERCURE
Maîtreſſe, il viendroit à boutde la
toucher ; & comme l'amour eft
ingénieux, il trouva moyen d'obtenir
un rendez - vous. Il fit paroiſtre
à la Belle des tranſports fi
pleins d'amour,& fa douleur,qu'il
luy peignit dans tout fon excés,
penetra fon coeur ſi vivement,
que ne doutant point qu'elle
n'euſt à craindre tout ce qu'un
Amant deſeſperé eſt capable
d'entreprendre, elle tâcha de luy
remettre l'eſprit , enluy promettant
que quoy qui puſt arriver,
s'il ſe rendoit le lendemain à l'Egliſe
( c'eſtoit le jourchoiſy pour
lemariage ) il auroittout lieu de fe
loüer d'elle .Vous jugez bien qu'il
ne manqua pas de s'y trouver.
Ce fut un ſujet de joye pour le
Fiancé , qui apprit avec plaifir
que ſon Rival feroit témoin de
ſa gloire. Le moment vint où le
mot
'GALANT.
225
mot eſſentiel devoit eſtre prononcé
. Le Cavalier s'eſtoit misen
lieu d'où ſa Maîtreſſe pouvoit aiſément
le voir. Sa préſence l'anima
, & quand le Preſtre luy eut
demandé ſi elle prenoit pour fon
Epoux celuy qu'il luy préſentoit,
elle ne balança point à répondre,
Non. Illuy demanda encore une
fois la meſme choſe, & le meſme
Non luy fut répondu. L'Amant
outré de l'affront qu'il recevoit
devant ſon Rival , conçeut tout
d'uncoup une telle rage,qu'ayant
tiré fonPoignard,qui eſt une Armedont
onſe ſert fort communément
en Italie , il en perça le ſein
de la Belle , qui expira dans le
meſme inſtant. Le Cavaliervoyant
ſa Maîtreſſe morte,tira auſſi
fon Poignard,& le plongea auffitoſt
dans le coeurde l'Aſſaſſin.Le
Pere du Fiancé qui eſtoit préſent,
Kv
226 MERCURE
vangea la mort de ſon Fils par
un coup de Pistolet qui perça le
Cavalier. Ce meſme coup bleſſa
le Curé dangereuſement, & l'on
ne vit que ſang répandu , où l'on
s'eſtoit préparé à ne voir que de
Lajoye.
Il eſt tres-avantageux pour le
Public,que le bruit qui a couru de
lamortde Monfieur le Prieur de
Cabrieres ſe ſoit trouvé faux. Sa
maladie a eſté fort dangereuſe,
& l'avoit réduit à l'extrémité ;
mais il en eſt tout- à- fait guéry,
&il continuë à préparer fes Remedes
pour tous ceux qui le vont
voir.
Je vousay mandé dans quelquine
de mes Lettres,que Mefſieurs
de l'Académie Royale
d'Arles,ſuivant l'exéple de l'Academie
Françoiſe , avoient deſſein
de donner une Médaille d'or
du
GALANT. 227
du Roy , d'un prix fort confiderable
, pour recompenfer le
plus bel ouvrage en Vers que l'on
auroit fait ſur une Matiere propoſée
par eux à la loüange de Sa
Majeſté. Celuy de ce Corps à qui
les autres s'eſtoient adreſſez ,
ayant eu des affaires qui l'ont
affez occupé pour luy faire remettre
à un autre temps à en parler
à Monfieur le Duc de Saint
Aignan, Protecteur de cette Académie
, les Bouts- rimez de Monſieur
Mignon firent fonger ce
Duc à propoſer un Prix , & c'eſt
celuy que l'on a jugé depuis quinze
jours ; ce que Meſſieurs de l'Académie
d'Arles ayant appris ,
Monfieur le Marquis de Robias a
envoyé à ce Duc le Madrigal &
le Sonnet que vous allez lire.
L'A
228 MERCURE
L'ACADEMIE ROYALE
D'ARLES PLAINTIVE ,
A M le Duc de Saint Aignan .
MADRIGAL .
Vel Démon jaloux de ma
Que love
Vous inspire, Grand Duc, cet outrageux
deſſein,
Defairedes Préfens aux Filles de
Mémoire,
Qu'elles attendoient de ma main?
OnSçait bien que le vostre en miracles
féconde,
Fait autant qu'ilfe peut du bien à
tout le mondes
Comme elle peut abatre , elle peut
appuyer :
Mais au lieu d'honorer une Muse
anonime ,
Au lieu de l'employer
Achanterde LOVISlavaillance
Sublime, Vous
GALANT. 229
Vous deviez le permettre à nostre
Seule Rime,
Et laiſſer au Roy ſeul leſoin de la
payer.
SONNET SUR LES RIMES
données pour le Prix de
la Médaille.
Sur le meſme ſujet.
Rand Duc , mon deſeſpoir s'en
Grand Jupiter
Ie meurs , s'il en faut croireàmon
Pharmacopole.
Quoy donc ? nostre Apollon paſſera
pour Frater,
Luy qui peut s'égaler au Président
Nicole ,
Luy qui ſcent vos Exploits comme on
Sçait lePater,
Qui les portasi loinSans tour ,Sans
caracole,
Que
230
MERCURE
QueMars, tout Mars qu'il est nosa
vous diſputer
D'estre des grands Guerriers le Guide
& la Bouſſole ?
Ie reçois cependant un affront immortel
,
Que rien n'effacera , ny Défy , ny
Cartel,
Songez y bien , Grand Duc , c'estoit
là voſtre affaire.
Ie ne m'explique point : mais s'il
faloit des Vers
Qui fiffent voir LOVIS aux yeux
de l'Univers,
Vousfeul pour enjager , moyseule
pour les faire.
Je me ſuis informé avec tout
le foin poſſible du Prix qu'on devoit
donner pour les Bouts - rimez
de Pan &Guenuche : & ce qu'on
m'a
GALANT.
231
m'a dit de plus poſitif, c'eſt que
les rimes de Par& de Car que
l'on y doit employer , avoient fait
finir tant de Sonnets de la meſme
forte , que cette égalité de penſées
en ayant rendu un fort grand
nombre également beaux, le Prix
eſtoit demeuré à celuy qui a propoſé
ces bizarres rimes. Vousaurez
le mois prochain l'Eloge de la
Beauté , que je croyois vous envoyer
aujourd'huy. Une belle
Dame qui l'a voulu voir , me l'a
emporté à la Campagne , où elle
eſt allée pour quelques jours.
Cet Eloge eſt fait par une Perſonne
de voſtre Sexe , dont vous
aurez lieu d'eſtimer l'eſprit. Je
fuis , Madame , Voſtre tres- humble,
&c .
AParis ce 30. Iuin 182 .
YON
00: 00003
EXTRAIT D V PRIVILEGE
du Roy.
Pain
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil , Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure,, pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s. Janvier 1678.
Signé E. COUTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premierefois le
24. Juin 1682.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le