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1682, 01 (Lyon)
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L
:
-
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LA DAUPHIN
DE
LA
LYONT
1ER 1682 .
}
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere.
M. DC. LXXXII.
VEC PRIVILEGE DU ROY.
03:33
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil , Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentementde l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
,& confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5. Janvier 1678.
Signé E. COUTEROT , Syndic
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'cux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
1
24. Janvier 1682 .
:
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous envoyeray ſans
maquer dans quinze jours,
le Voyage de Jean Struys;
en Italie , en Grece , en
Moſcovie , Tartarie , &
Perſe , indouze , trois volume avec pluſieurs
figures en taille douce,pour 4.liv.
dix fols relié,le prix en eft tres-modique.
Je croyois vous envoyer il y a quinze
jours le Calviniſme , mais il n'eſt pas
encore en vente, & d'abord qu'il le fera
je ne manqueray de vous l'envoyer.
Tous ceux qui envoyeront des Pieces
pour le Mercure , ou des Devineur d'Enigmes
, payeront le port s'il veulent
eſtre dans ledit Mercure.
Onprie ceux qui envoyeront des Hiſtoriettes
ou autres Pieces pour le Mercure,
de n'en pas envoyer que de veritables
,& les donneront au Libraire de la
Ville qui diſtribuent ledit Mercure , auquel
on payera le port; & là ou il n'y
a ij
د
on les en- aura point de Libraire
voyera à l'ordinaire en payant auſſi
le port ; je parle principalement de
ceux du côté de Nifmes , d'où j'en ay
reçeu de faufles nouvelles , ce que
nous ne pretendons point , & on prie
que cela n'arrive plus. On diftribuera
toujours les Journaux des Scavans &
Nouvelle de Medecine , du Sieur de
Blegny, tant vieux que nouveaux pour
fix fols le cahier.
Les Mercures ſe vendront toûjours
20. fols & les Extraordinaires 30. chaque
volumes, tant vieux que nouveaux;
& les Extraordinaires du quartier d'Otobre,
Novembre, & Decembre , s'eſt
commancé à diſtribuër depuis le vingtcinquiéme
Janvier 1682. pour 30. fols.
LIVRES NOUVEAUX
duMois de Janvier 1682 .
Les Poëfies d'Anacreon & de Sapho
traduites de Grec en François, avec des
Remarques, par Mademoiſelle le Fevre,
indouze, Grec & François , 45. fols.
Poëme du Quinquina de Monfieur de
la Fontaine, indouze, 45. fols .
Le vray Tarif , par lequel on peut
avec
avec une grande facilité faire toutes fortes
de Comptes , pour ſervir à tous marchands
qui negocient en or & en argent
au poids de Marc de huit onces , & pour
les Canes de huit pans , & en drap
d'or d'argent & de ſoye , comme
auffi en toutes fortes de marchandises à
l'auſne ou à divers poids ,tant au quintal
qu'à la livre , indouze , 2. vol. par
M. Naulot marchand, de Lyon, 35.1.
Perefius fup. Inſtitution , 12. 2.livr.
Hiſtoire des Hommes illuftres Grec
&Romain de Plutarque, indouze, deux
voltimes, 5.0 . fols,
Ceux qui voudront avoir un grand
Catalogue de Livres nouveaux le trou
veront dans le Mercure de Decembre
1681. avec les prix.
L
Avis pour placer les Figures.
EsJettons doivent regarder la page36.
L'Airqui commence par Apres un rude
Affaut nous avons la victoire , doit regarder la
page 99.
L'Air qui commence par Charmans &paiſibles
Bocages, doit regarder la page 189.
La Venë de l'Entrée du Palais de l'Alhambre,
doit regarder la page 228 .
F20303
1
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Rélude,
PDevise pour leRoy,
I
3
Vers pour le Roy , faits par M. Chapelle,
1
Lettre
S
8
La Fourmy &le Moucheron, Fable, 15
Histoire,
Lettre en Vers ,
22-
49
SacredeM. l'Evesque de Carcassonne, 54
Compliment de l' Academie d'Arles à M.
le Duc de Vendoſme , 57
Réponse de Madame de Saliez , Viguiere
d'Alby, à l' Inconnu, qui luy a demandéd'estre
receu dans la Nouvelle Secte
- des Philofophes qu'elle établit en faz
veurdes Dames,
6
61
Inſtitution des Ordres de Chevalerie , &
de Saint Michel & du Saint Efprit;
avec ce qui s'est passé àla Reception de
Monseigneur leDauphin dans ces deux
Ordres,
L'es Jeux Olympiques ,
76
ΙΟΙ
Mort de M. Lucas, Secretaire du Cabi
net du feu Roy, 107
Mort
>
TABLE .
Mort de M. de la Rozepaire,Maréchal
de Camp des Armées du Roy . 108
Mort de M. de la Baume , Doyen au
Parlement de Dauphiné, 108
Mort de M. Gaffarel , Doyen en Droit
Canon de l'Univerſité de Paris , 110
Lettre écrite de Valenciennes,
114
L'Etabliſſement de l'Académie de Peinture
& Sculpture, ſes Progrés, 123
Converfion de Monfieur & Madame de
Strada , 144
Discours prononcé à l'ouverture de l'Académie
de Villefranche, 147
Nouvelles de Strasbourg, 161
Maladie de M. l'Abbé le Tellier, 162
Voyage de Monsieur le Marquis de Seignelay
, 164
M. le Chevalier le Bret de Flacourt eft
fait Capitaine des Gardes de la Marineſur
les Costes de Rochefort, 165
Mort de M. le Commandeur d'Oppede,
ibid.
Liste des Officiers choisis par le Roy,pour
fervirfur ſes Galeres pendant l'année
1682.
167
Mariage de M. de Vaubourg , & de
Mademoiselle Voisin. 177
Mariagede M.d'Autichamp ,&de MaTABLE.
demoiselle de la Baume Pluvinel, 183
Gouvernemens donnez par le Roy , 190
Divertiſſemens de la Cour of de Paris,
191
A
Régal donnéparfon Alteffe Royale , 198
Tout ce qui s'est passé dans le Voyage de
l'Ambassadeur de Maroc, depuis Brest
juſques à Paris, &depuis ſon arrivée;
avec ce qu'il a dit de plus remarquable
touchant tout ce qu'il a vû en France,
200
Sonnet en Bouts-rimezau Roy , 232
Sonnet en Bouts- rimez, fur la Groſſeſſe de
Madame la Dauphine , 233
Explication de la premiere Enigme du
Moispassé, dont le Mot estoit le Rafoir,
235
Noms de ceux qu qui ont expliqué cette
Le Mot estoit le Puis ,
Enigineſur le mesme Mot,
Noms de ceux qui ont expliqué cette Eni-
235
238
mefur le mesme Mot , 238
Explication de l'Enigme en Figure, 240
Enigme , 242
Autre Enigme. 243
Fin de la Table.
MER
I
:
MERCURE
SOUL DELA
GALANT
ΝΟΛΙ
JANVIER 168sun
ATTENDEZ pas,
Madame , que je
vous done au commencement
de cette
Annéeun Abregé
de toutes les Actions extraordinaires,
qui ont attiré au Roy
de juſtes Eloges,pendant le cours
de celle qui vient de finir. Alles
ont eſté en ſi grand nombre , fi
éclatantes , & accompagnées de
Janvier 1682 . A
2 MERCURE
circonstances ſi glorieuſes , que
pour dire ſeulement un mot de
chacune , il me faudroit beaucoup
plus de place, que la Lettre
entiere que je vous envoye tous
les mois ne m'en peut fournir.Les
dernieres Actions de cet auguſte
Monarque, auſquelles on ne peut
donner de nom , parce qu'elles
font l'effet de la plus prudente
&de la plus fine Politique dont
on ait jamais entendu parler, ont
fait la matiere des plus longs Articles
que j'aye employez dans ce
que je vous ay écrit depuis trois
ou quatre mois. Il a triomphe
ſans verſer de ſang. Il a trouvé le
moyen d'entrer dans le coeur de
ſes Sujets qui ne l'avoient pas
encor reconnu;& en empefchant
leur ruine, il a détourné la Guerre
dont l'Allemagne , & peuteſtre
toute l'Europe, alloit éprou
ver
GALANT.
3
ver le triſte ravage. A voir les
meſures qu'il a priſes, & le temps
qu'il a choiſy pour ſe faire ren- qui
dre les ſoûmiſſions qui luy étoient
deuës , on peut dire que le Ciel
luy avoit révelé les deſſeins de
ceux qui prétendoient ſurprendre
Strasbourg , afin qu'en les
prévenant il puſt maintenir la
Paix, &mériter les noms de Conquérant
& de Pacifique, en meſme
temps que celuy de Grand.
Ils luy eſtoient déja deûs par les
plus glorieux titres ; & ces trois
Deviſes qui ont eſté faites ſur ce
Monarque , conviennent fort
bien à ces trois noms.
La premiere repreſente un Coq
qui chante د deux Lyons qui
fuyent,&une Aigle qui s'envole.
Cesdeux mots luy fervent d'ame.
Terret cantu. Voicy quatre Vers
que l'on a faits ſur cette Deviſe.
A ij
4
MER CRUE
De ces deux grands Lyons admirons
lafoibleſſe,
Ils fuyent quand du Coq ils entendent
la voix.
L'Aigle d'autre coſté s'envole avec
viteſſe ,
Et tremblante de peur , se cache
dans les Bois .
Un Soleil qui aprés des pluyes
continuelles rend le temps clair
& ſerein , eſt repreſenté dans la
ſeconde Deviſe , avec cesparoles.
Poft bellum dat quietem. Onla
expliquée par ces autres Vers.
Si l'on voit le Soleil calmer un
grand orage ,
Abaiſſer quand il veut les plusfurieux
vents ,
LOVIS le Pacifique a le mesme
avantage,
Puis qu'en donnant la Paix il
donne le beau temps .......
La
GALAN Τ.
5
La troiſiéme eſt un Soleil, avec
ces mots, Nihil majus .
Vous voyez , Madame, que la
premiere de ces trois Deviſcs ,
marque d'une maniere fort ingénieuſe
, que le Roy eſt Conquérant;
la ſeconde , qu'il eſt Pacifique
; & la troifiéme , qu'il n'y a
rien de plus Grand que luy. Je
laiſſe agir vos reflexions ſur cette
matiere, & me contenteray d'adjoûter
des Vers , qui ne font tombez
entre mes mains que depuis
huit ou dix jours. Ils font de
Monfieur Chapelle , & ont pour
ſujet le dernier Voyage que Sa
Majesté a fait en Alface .
AU RO Υ.
ES S - tu d'accord avec les Cieux,
Pour qu'ainsi toûjours la Vi-
Etoire
1
A iij
6 MERCURE
Dans ces Moisfi capricieux,
Teſuiveàtoute heure en tous lieux ,
Prince , à coupseûr victorieux;
Ou plutost ne dois-je pas croire,
Quandje te vois laborieux
Plus qu'aucun dont parle l'Histoire,
Qu'entre les Roys tuſçais le mieux
Aquelprix ont voulu les Dieux
Qu'un Héros achetast la gloire ?
En effet , c'est toy tous les Ans,
Qui ſi toſt que le Dieu des Vents
Chaſſe la bize , ou la refferre,
Dés l'Hyver ouvres le Printemps
Parcent mille coups de Tonnerre.
C'eſt toy qui viens de batre aux
champs
Pour des Faitsfi fiers &si grands,
Qu'ilsfiniront presque la guerre ,
Mesme avant que les fers tranchans
Du Laboureurfendent la terre.
E
Non,
GALANT.
7
6
Non, non , pour mettre enſeûreté
Dans la foy de l'Eternité
Les miracles que la Mémoire
Confacre à l'Immortalité,
Il faudra de neceffité
Qu'unesimple &modeste Histoire
Rende un compte exact de ta gloire
A toute la posterité;
Encore enfera- t- il douté ,
Carmon Prince, on apeine à croire
Ce qui nepeut- estre imité.
Le Party de ceux de la Religion
Prétenduë Reformée s'affoiblit
de jour en jour , & les Abjurations
qui ſe font de tous
coftez, donnent grande joye aux
Catholiques. On en doit avoir
beaucoup de ce qui eſt arrivédepuis
un mois à M. de la Richardiere.
C'eſt un Homme qui a infiniment
de l'eſprit. Vous en ſerez
convaincuë, quand vous au
A iij
8 MERCURE
rez leû ce qu'il a écrit à une Dame
dont il eſtime particulierement le
mérite. Je n'ay pû encor ſçavoir
s'il a abjuré publiquement. C'eſt
une Cerémonie dont j'auray ſoin
de vous faire part , quand on
m'aura fait la grace de m'en donner
des nouvelles. Sa Lettre dont
je vous envoye une Copie , vous
fera connoiſtre les heureux
moyens dont Dieu s'eſt ſervy
pour le tirer de l'erreur.
A MADAME DE ***
D'Amiens ce 14. Dec. 1681 .
, par un effet
admirable de laprovidence de
Dieu, Monfieur l'Evêque d' Amiens ,
vous , & moy , qui eſtions dans des
Sentimens opposez , ſommes aujourd'huy
d'accord ; &parce quejesuis
vaincu en deux manieres,je prétens
estre
2
GALANT.
9
eftre le plus heureux&leplus glorieux
Vainqueur du monde. Vous
Sçavez, Madame, avec quelle opiniâtretéje
me suis emporté contre
tous ceux qui ont entrepris de me
combattre fur la Religion quej'ay
profeſſée , & que la peinture qu'on
m'avoit faite de l'Eglise Romaine
avoit gravé dans mon coeur unefi
horrible averſion pour elle , queje
ne pouvois en entendre parler fans
frémir. En cet état jeſuis venu en
cette Ville à deſſein de paſſer en
Hollande, & d'ymenerdurant quelque
temps une vie un peuplus libre
que je ne faifois à Paris. Laviolence
que je me fis en m'éloignant
de vous ; la neceffitéoù vous meréduifiez
de vous aimerſans aucun
mélange des sens , & le deſeſpoir
où j'estois de ne pouvoir ny vous
obeïr ny me satisfaire , m'eurent
bientoſt mis en un état qui me rendit
Av
10 MERCURE
impoſſible la continuation de mon
Voyage. Mafoibleſſe fut fi grande à
deuxjournées de vous, qu'ily avoit
fort peu de diférence entre la mort
&le peu de vie qui me reſtoit. Dieu
m'ayant redonné quelques forces, je
me préparois à paffer plus avant,
Lors qu'on me dit que Monfieur l'Evesque
d' Amiens ayant fçeu que le
Prédicateur nomépar luy pour précher
l'Avent dans fon Eglise Cathédrale,
estoit indiſpoſé,avoitfurpris
tres agreablement tout le monde
en montant en Chaire le premier
jour de l' Avent, & qu'il avoit ravy
toutfon Auditoire , tantpar
quence qui luy est comme naturelle,
que parsa doctrine &sa pieté; de
forte que toute la Ville n'estoit pleine
que des benédictions qu'on luy
donnoit ,le voyant à l'âge defoixante-
huit ans entreprendre une auffi
longue & aussi pénible courſe que
l'élocelle
GALANT. II
celle d'un Avent entier, de peurque
Ses Enfans ne manquaſſent d'ouvriers
qui leur rompiſſent le Pain de
la Parole de Dieu qui les devoit
* nourrir. Ie vous avoué , Madame,
queje fus tenté de la curiofitéde
l'entendre, &fur tout dans un Lieu
où je ne ferois point connu. l'y allay
donc le Lundy d'affez bonne heure
pour estre fort bien placé, &je ne
Sçay quelle venération me toucha,
dés que je vis ce Prélat en Chaire,
mais il mesembla que tous ceux que
j'avois entendujuſque- là n'avoient
esté que de faux Prophetes,fans autorité
&Sans miſſion. Tout ce qu'il
dit me parut un aſſemblage de veritezdontje
reſtay convaincu;&quoy
qu'il n'eust touché aucun Point de
Controverfe,je garday tant de refpect
pourfon Caractere,que je nefis
jusqu'au lendemain que méditer
Sur le Zele de cet Evesque, quiponvant
jouir en repos d'un grand
12 MERCURE
Revenu , & n'ayant plus de nouvelle
réputation à acquerir en prêchant,
ſeſoûmettoit à tant de fatiguespurement
pour l'amourde Dieu,
&pour leſalut du prochain Sur cela
je conſidéray la merveille que la
Providence Divine opere inceſſamment
en confervant la Foy aumilieu
des deſordres qu'on voit quelquefois
régnerentre certains Ecclésiastiques;
lesmiracles cõtinuels qui confirment
laSaintetéde l'Eglife,& fon autoritépar
celle de ſes Membres ; &
commeje ne trouvois point tout cela
dans nostre prétendue Eglife,& que
jevoyois uneſucceſſion non interrompue
d'Evesque & des plus beaux
Eſprits du monde , qui avoient esté
attachez à l'Eglise Romaine , &
parmy nous ſeulement quelque Efprits
chagrins (jen' ofe rien dire davantage
) & ennemis de l'ordre &
de laSubordination,j'en tiray la con.
clufion
GALANT.
13
cluſion que nostre Secte estoit plutoſt
une Cabale qu'une Religion ; & me
Sentant d'ailleurs penétrédes Veritezmorales
& chrestiennes que Mr
l'Evesque d' Amiens aprêchéesjusqu'icy
,je mesuisrendu à la Grace,
qui m'a preſſé defortir des erreurs
de l'esprit & du coeur danslesquelles
j'ay vêcu. Mais comme j'ay pour
vous tout le reſpect imaginable , &
que vous avezd'autant plus depouvoir
sur ma vie , qu'elle va estre
regléeſur lepied de vos volontez&
de vostre vertu , je crois que je n'en
- puis absolument difpofer fans vous
avoir confultée. Fattendray donc
en cette ville vos sentimens fur le
genre de vie que vous croyez le plus
propre àfaire monfalut , apres que
jeferay rentrédans l'Eglise d'où nos
Peres nous ont arrachez. C'est ceque
je suis résolu de faire au premier
jour,&cependant je me fortifieray
dans
14
MERCURE
dans le deſſein que j'en ay , par le
reſte des Prédications de ce pieux
zelé Prélat , à qui j'espere de
donner la joye de mon retour dans
le veritable Troupeau du Divin Pa-
Steur. Vous voyez bien , Madame,
quejefuis vaincu du coſtédu Ciel
pour le veritable culte qu'il faut
rendre au Créateur , & du coſté de
la Terre pour la veritable amitié
qu'ilfaut avoir pour les Créatures.
Mevoila tel que vous me defiriez
ily a longtemps. En quelque état
que jefois , i'y conſerveray toûjours
laparfaite estime queje dois faire
de vostre mérite, & le ſouvenirdes
obligations que j'ay à voſtre vertu,
&jeferay toute ma vie avec un
profondrespect,Madame,vôtre &c.
J'ay bien de la joye , Madame,
que la Fable de Monfieur Richebourg
Avocat au Parlement de
Tou
GALANT. 15
Toulouſe , que je vous ay envoyéedepuis
fix jours dansmaXVI.
Lettre Extraordinaire ſous letitre
de l'Origine des Bagues , vous aye
autant plû que vous me le témoignez
. En voicy une ſeconde qui
vous fera voirque ſon génie eſt
toûjours aisé , &que ces fortes
d'Ouvrages reçoivent de luy un
tour naturel qui les fait lire avec
beaucoup de plaifir.
LA FOURMY,
ET LE MOUCHERON.
FABLE.
UNeNe Fourmy fort prudemment
Avoit choisy le lieu de fa retraite ;
Dans un panchantſa Caverne estoit
faite,
Fort
16 MERCURE
Fort à couvert du ſoc , de la pluye,
&duvent,
Et pres d'un champ qu'on ſemoit
chaque année ,
Vers lequel la menoit sa petite
traînée.
Elle avoit un merveilleuxſoin,
Et faisoit ſon plaisir d'eſtre laborieuse.
Sa Famille , quoy qué nombreuſe,
Aßidüe au travail, de rien n'avoit
besoin.
Elle l'occupoitpresque entiere
Amonterun Epy de Blé,
Qui par malheur avoit roule
Loin du trou defa Fourmillere .
En donnant l'ordre , & pouſſant
forrement,
Elle prenoit beaucoup de peine ;
Et comme pour trop faire elle estoit
hors d'haleine,
Un de ces Moucherons, quipiquent
vivement, LA
GALANT.
17
La regardant de deſſus un brin
d'herbe ,
Luy dit d'un ton dédaigneux &
Superbe ;
Tu vis fort miſérablement !
Les Dieux à ce travail , ô pauvre
Infortunée ,
Pour quelque grand forfait, t'auroient-
ils condamnée ?
Helas ! non, luy dit- elle, aux yeux
de Jupiter
Je fus toûjours fort innocente;
Mais ce Dieu m'a donné la conduite
prudente ,
D'amaſſer en Eté dequoy vivre
l'Hyver.
De quelque fol eſpoir que l'orgueil
t'entretienne,
Ma fortune vaut bien la tienne .
Va, dit le Moucheron,Animal malheureux
,
Tu t'ofes comparer, toy qui rampes
par terre ,
A
18 MERCURE
Amoy,qui vole quand je veux
Juſqu'en la Région où ſe fait le
tonnerre?
Loin de chercher ma vie avec
tantde fueurs,
Je prens pour aliment la manne
furles Fleurs.
On te peut appeller muete,
Ton lit n'eſt fait que de fétus
pourris;
Et moy, quand j'ay ſonné le ſoir
dela Trompete,
Je vay chercher une douce retraite
Au fond des Roſes & des Lys.
Avecque les Zéphirs tout lejour
jemejouë;
Je ſuy le Roy par tout, & les Dames
au Cours,
Etmecollant ſur une belle jouë,
Je puis me mettre au rang des
Jeux&des Amours.
Que
GALANT.
19
Que ſi leur Eventail me fait quiter
la place, 1
Avant qu'abandonner ce rang ,
Du meſme endroitdont l'on me
chaffe,
Pour me vanger , je fais fortir le
fang.
Les Chaſſeurs tout armez, redoutent
ma puiſſance;
Lors qu'ils affuſtent le Gibier,
Si je les pique au nez , ils perdent
contenance,
Etd'un coup ſeûr n'ont aucune
eſpérance,
Quand je ne leur fais point quartier.
Amoins qu'on ne ſoit inſenſible,
Je ſuis dangereux & terrible.
Je ſuis le fleau de tous les Ani-
Je puis piquant l'oreille des Chemaux;
vaux,
Démon
20 MERCURE
Démonter la Cavalerie ;
Je fais mugir les Taureaux en
furie ,
En m'enfonçant dans leurs nazeaux.
Enfin je ſuis heureux autant que
redoutable ;
Je fais ce qui me plaiſt , & m'échape
qui peut,
Et tu n'es qu'une miferable,
Tumeurs de faim, &t'écraſe qui
veut.
Enpeu de mots la Fourmy luy replique.
Vrayment , Monfieur le Moucheron
,
Vous faites fort le Fanfaron ,
Et vous debitez bien voſtre panégyrique.
L'Eté vous prenez le grand air;
Mais que deviendrez
l'Hyver ?
- vous
Qu'estGALANT.
21
Qu'est- ce qu'Hyver,dit- il, bran-
: lant la teste ?
Elle luy repartit ; C'eſt une groſſe
Beſte ,
dit -on ,
Qui fait trembler tout le monde,
Qui ne pardonne à pas un Moucheron
,
Et qui le fait périr en quelque
lieu qu'il fuye.
Plusieurs goutes de groſſe pluye
Tombant alorsfoudainement ;
Ah , cria- t- il , je meurs dans un
moment.
Ces lieux ſont découverts , où
pourray-je me mettre ?
Helas , ſi tu voulois permettre
Que dans ton trou je me miſſe à
couvert !
Non, luy dit - elle , à Jupiter ne
plaiſe ;
Aprens que ton orgueil te perd ;
Fay- toy craindre, vole à ton aiſe.
Pour
22 MERCURE
Pour moy, mon fort eſt trop heureux,
Je chérismon repos, perſonne ne
me l'oſte,
Et je ne reçois pas pour Hoſte
Un Animal ſi dangereux.
Ah ! prens pitié de moy, dit - il,ma
chereAmie,
Et pardonne à ma vanité .
En achevant ces mots , une gute de
pluye
Créva cet Infolent dans sa profpérité.

Ainsifaute de prévoyance,
Souvent un Orgueilleux se trouve
: embaraffé,
Et tombe en des malherus qu'an
Homme bienfenfé
Sçait éviterparsaprudence.
Je vous ay déja conté pluſieurs
Avantures dont l'avarice a eſté
le
GALANT.
23
le fondement. Cette foibleſſe ,
commune à beaucoup d'honneſtes
Gens , produit tous les
jours des effets nouveaux; & ce
que j'ay à vous en dire encor aujourd'huy,
eſt d'un caractere tout
particulier. Un Officier d'une
Ville , où le Droit- Ecrit eſt en
uſage , menoit une vie ſi retirée ,
qu'on pouvoit le croire uniquement
occupé des ſoins de ſa
Charge. Il en rempliſſoit les fonctions
les moins importantes avec
une application extraordinaire ;
&comme il avoit beaucoup d'efprit
, il la rendoit profitable en
mille petites choſes qu'un autre
que luy auroit negligées. Cela fit
ouvrir les yeux aux moins clairvoyans
, & connoiſtre d'où partoit
cette vigilante exactitude
qu'il poufſoit juſqu'à l'excés. Il
eut beau dire à ceux qui luy
repro
24 MERCURE
reprochoient ſon trop d'attachement
aux affaires , que pour ſe
rendre habile Homme , il falloit
donner ſes plus beaux jours au
travail & à l'étude . On s'apperceut
aifément par les épargnes
qu'on luy voyoit faire , que s'il
renonçoit à tous les plaiſirs , c'eſ
toit pour fuïr la dépenſe . Jamais
ſur tout on n'avoit pû l'obliger à
rendre viſite à aucune Femme. Il
convenoit que pour ſe polir l'efprit
, il falloit voir le beau Sexe ;
mais le ſolide que l'on acquiert
dans le Cabinet,luy ſembloit toûjours
à préferer au brillant ; &
comme en voyant les Belles, il eſt
difficile quelquefois de ſe diſpenfer
de contribuer aux frais d'une
agréable Partie , il aimoit mieux
ſe promener ſolitairement , ou
avec un ſeul Amy, quand il avoit
beſoin de relâche , que d'établir
des
GALANT.
25
des Societez dangereuſes pour
ſa bourſe. Il veſcut juſqu'à trente
ans refferré de cette forte;
& enfin , tout inmariable qu'on
le croyoit , s'il eſt permis de ſe
ſervir de ce terme , il luy prit
envie de tâter du Sacrement. Il
avoit du bien , & pour en priver
des Parens collateraux qu'il s'imaginoit
ſouhaiter fa mort , il
jetta les yeux fur une jeune Perſonne
qu'il ſçavoit avoir de l'argent
comptant,& dont le vifage
luy estoit connu pour l'avoir
veuë ſouvent à l'Eglife. La Belle
avoit beaucoupd'agrémentdans
fa perfonne , & quoy qu'elle
n'euſt encor que dix-fept à dixhuit
ans , ſon eſprit &fa ſageſſe
répondoient à ſa beauté. LaChar
ge de l'Officier luy faiſant tenir
un rang fort confiderable , fa
demande fut receuë avec plai-
Janvier 1682 . B
26 MERCURE
fir d'une vieille Mere à qui cette
Fille eſtoit demeurée unique
Malgré le bruit qui couroit de:
l'avarice du Poſtulant , on crût
que la Belle ayant l'humeur tresinfinuante,
viendroit aiſément à
bout de le corriger de ce défaut.
En effet elle ſçeut ſi bien le ménager,
qu'eſtantdevenuë ſa Femme
, elle obtint de luy la pluſpart
des choses qu'elle pouvoit
ſouhaiter ſelon ſa naiſſance..
Tout alla fort bien dans laMaifon;&
fi lamaniere dont il regla
ſa dépenſe en bannit le ſuper-
Au, ce fut fans aucun retranchement
de ce qui entre dans le neceſſaire.
Il avoit aſſez de bié pour
eſtre plus magnifique en équipage
& en meubles mais ce qu'il fir
pour laBelle, fut fait d'affez bonne
grace pour luy donner lieu
d'en eſtre contente. Cette mar-
1 seque
GALANT.
27
que du pouvoir qu'elle avoit fur
fon eſprit , ne la flata pas longtemps.
Ce qui devoit luy aider à
l'affermir , fut ce qui ſervit à le
détruire,& tout l'amourqu'il mõtroit
pour elle n'eut point la force
de changer un caractere qui luy
eſtoit naturel. Il n'y avoit encor
que deux mois que la Belle & luy
eſtoient en ménage , lors qu'on
s'aperçeut qu'elle eſtoit groſſe.
Les premiers ſoupçons qu'en eut
l'Officier,luy donnerent du chagrin,&
ce chagrin s'augmēta par
la certitude de la choſe. Quoy
qu'il ſe fuſt marié pour avoir lignée
, illuy fâchoit de l'avoir ſitoſt
, & une fi promte fecondité
luy faisat enviſager qu'elle en ſeroit
l'étenduë, il ſe crût déja chargé
d'un nombre d'Enfans quil'épouvanterent..
Ce malheur rendant
ſa ruine inévitable ( car les
1
Bij
28 MERCURE
Avares ſe tiennent toûjours ruinez
de tout)il réſolut d'y aporter
du remede ; & quand ſa Femme ,
luy eut donné une Fille,dont elle
accoucha tres - heureuſement
il la pria d'agréer qu'ils euſſent
chacun leur Chambre. Ses raiſons
furent qu'il valoit mieux
avoir un jour le plaiſir de ſe voir
faire la cour pour cette Fille ,
qu'ils marieroient richement,que
ſe jetter dans les embarras de
la nombreuſe poſterité qui leur
eſtoit infaillible s'ils n'y mettoiet
ordre. Quoy que dans un âge qui
n'invitoit pas à garder le Célibat,
la Belle eſtoit trop bien née pour
refuſer le Party. Elle l'accepta
fans en faire aucune plainte;
& comme le peu d'amour que
luy montroit fſon Mary , le rendoit
indigne de ſa tendreſſe , elle
témoigna ſe tenir heureuſe
de

GALANT. 29
de la ſeparation qu'il luy propofoit
Il luy laiſſa ſon Appartement,
& en choiſit un pour luy dans
l'endroit de la Maiſon le plus
éloigné du fien. Il fit encor plus.
Il apprehenda la tentation , &
pour ſe mettre à couvert de toute
ſurpriſe,il ceffa de luy rien dire
de tendre,& de luy faire aucunes
careſſes. Un procedé ſi peu
raiſonnable fit bientoſt éclat par
tout. On ne pouvoit concevoir
comment la crainte d'avoir
trop d'Enfans eſtoit capable d'obliger
un Homme à faire fi - toſt
divorce avec une Femme qu'il
eſtoit fort difficile de voir fans
prendre pour elle plus que de
l'eſtime Ses Parens &fes Amis
luy en firent cent reproches. Ils
crurent d'abord le faire rentrer
dans fon bon fens , en luy
raportant les contes qu'on fai
Biij
30 MERCURE
foit de luy dans toute la Villes&
le trouvant inſenſible à cette fortedehonte,
ils luy demanderent
s'il ſçavoit bien à quels perils il
expoſoit une jeune & fort aimable
Perſonne,qui ne recevant de
luy aucune marque d'amour,
pouvoit chercher à s'en confoler
,& n'eſtoit que trop bien faite
pour ſe faire des Amans quand
elle voudroit ſouffrir qu'on luy
en contaſt . Ces remontrances
n'eurent point d'effet. Il repondit
qu'il ſe tenoit ſeur de la vertu de
ſa Femme, & que quand melime
il auroit à craindre qu'elle n'ouvriſt
l'oreille auxdouceurs, il conſentiroit
plus volontiers à partatager
la diſgrace de force honneſtes
Maris , qu'à courir le rifque
de tomber dans la miſere .
Aprestous ces vains efforts,on fit
agir des Religieux ſur le motifde
la
GALAN T.
31
la confcience. Ils repréſenterent
à cet obſtiné Mary tous les defordres
qu'une conduite pareille
à la fienne pouvoit cauſer
dans un Mariage ; que fi la Vertu
eftoit d'abord la plus forte,
-on devoit craindre quele temps
ne l'affoiblift ; que l'indifference
prenoit inſenſiblement la place
que l'amour abandonnoit ;
que mille froideurs en estoient
la ſuire ; que le mépris fuccedoit
à ces froideurs ;& que bien
ſouvent quand on vouloit arrê
ter le cours du mal , il avoit jetté
de ſi profondes racines qu'on ne
pouvoit plus y remedier. La negotiation
de ces charitables Petres
ne pût l'obliger à changer de
ſentimens. Il ſe prétendit affez
bon Cafuite pour pouvoir ſans
eux décider les Cas qui le regardoient
; & les renvoyant
B iiij
32 MERCURE
dans leur Convent, il les pria de
ne ſe mefler que de leur Regle,
fans ſemettre en peine s'il couehoit
ou non avec ſa Femme .
Tous les ſoins qu'on prit s'eſtant
trouvez inutiles, on fut contraint
de l'abandonner aux durs conſeils
de fon avarice. Sa façon de
vivre fut toûjours la meſme , & il
paffa cinq ou fix années ſans ſe
ſouvenir qu'il fuſt marié. La Belle
à qui ſes Parens parloient fouvēt
d'un procedé fi bizarre,tournoit
la choſe en plaiſanterie , &
par un trait de ſageſſe qu'on ne
peut affez loüer, elle fuyoit d'autantplus
le monde , que l'indiférence
de fon Mary devant exciter
ſon reſſentiment, on n'euſt pû
la ſoupçonner, fi elle eût fouffert
des adorateurs , de chercher l'occafion
d'une agreable vägeance.
Elle avoit encor ſa Mere qui étoit
fort
GALANT.
33
fort riche,& qui ayant beaucoup
de vertu, voyoit avec grand chagrin
le peu d'union de ſon Gendre&
de fa Fille. Elle la plaignoit
fans la blâmer , & fçavoit bien
que tant qu'elle veilleroit ſur ſa
conduite,la conſidération qu'elle
avoit pour elle , jointe aux conſeils
qu'elle en recevoit , ne luy
laiſſeroit donneraucune priſe àla
médiſance ; mais elle apprehendoit
qu'apres ſa mort qu'elle enviſageoit
fort proche , elle n'euſt
enfin dela foibleſſe,& que lejuſte
dégouſt que luy donneroient
avecle tempsles froideurs de fon
Mary , ne la forçaſt d'oublier ce
qu'elle devoit à ſa propre gloire .
Apres qu'elle eût revé à mille
moyens de prévenir ce malheur,
ſe voyant ſujette à des eftourdiſſemens
quide jour en jour faifoient
craindre pour ſa vie , elle
Bv
34
MERCURE
s'aviſa d'un expédient auſſi ſingulier
qu'elle en trouva l'effet
immanquable. Elle fit un Teſtament
folemnel,par lequel elle inſtitua
ſa fille unique heritiere de
tous ſes biens , les ſubſtituant au
ſecond Enfant qui naiſtroit d'el-
Je,à condition que ſi ſa Fille mouroit
fans qu'elle laiſſaſt plus d'un
Enfant , ils rétourneroient à des
Neveux , Fils d'un de ſes Freres .
Elle mourut dans les derniers
mois de l'année 1680. peu de
temps apres qu'elle eut fait ſon
Teftament. Il fut ouvert avec les
formalitez requiſes ; & par la
clauſede la ſubſtitution,il fut aiſé
de connoiſtre qu'elle avoit voulu
mettre ſon Gendre en neceffité
de bien vivre avec ſa Fille . Les
biens qu'il perdoit,s'il n'avoit
qu'un ſeul Enfant,eſtantpour luy
une douce amorce ,il n'eut plus
beſoin
GALANT.
35
beſoin qu'on le préchaft pour
ſe faire un grand ſcrupule du
genre de vie qu'il avoit mene.
Il pria la Belle de ne s'en plus
fouvenir,& luy trouva plus de repugnance
pour un nouveau mariage
qu'elle n'en avoit montré
pour la ſeparation . Elledirlongtemps
qu'il luy fuffiſoit de jottir
pendant la vie du bien que ſa
Mere luy laiſſoit , & qu'il devoit
peu luy imporrer qui en joüiroit
apres ſa mort ; mais elle eut
beau conteſter , ſon devoir& fa
vertu firent ceder toute autreraifon.
On luy fit confiderer que
quelque ſujet qu'elle cuft de ſe
plaindre , c'eſtoit unMary quila
prioit,& enfin on les remit bien
lenfemble. Elle a continué à eftre
feconde , & eft accouchée
d'un fecondEnfant depuis fix femaines.
Ily a grande apparence
que
1
36 MERCURE
que le Mary voudroit bien s'en
tenir lajmais comme il craint que
la Belle n'euſt peine à s'accommoder
d'une ſeconde reünión
apres une nouvelle rupture , &
qu'il fait reflexion que ſi l'un de
fes Enfans venoit à mourir , les
biens de la Mere luy échaperoient
, on croit qu'il hazardera
de ſe charger d'un troiſieme. On
eſtdu moins fort perfuadé que ſa
lignée ne s'étendra pas plus loin ,
àmoins que quelque Parent officieux
ne veüille encore ſuſtituer
quelque Terre, pour un quatrieme
Enfant.ττι να το σ
La ſurprenante diverſité deJetons
qu'on fait tous les ansdans le
Royaume , marque la puiſſance
& la grandeur de l'Etat. Le ſeul
Tréſor Royalen diſtribuë vingtfix
mille d'argent , & ſept cens
d'or. On fait largeſſe de tous
11
les
LYO 11
IM
ADIF REGIA
1082 1682
VIII
ROREM
ETFVLMIN
MUP
VI
DISPENSAT
ORDINE
DI
DIVERS
ORDDESC
PAPA
coup plus grands dans des M
dailles ,& par.conſequét plus ret
ſemblans ,
< mine a argent , & iepe oens
for.
On fait largeſſe de tous
les
GALANT.
37
les autres à proportion ; & comme
il s'en fabrique de pluſieurs
fortes , on peut dire que le nombre
monte preſque à l'infiny .
La France ſeule eft capable
de ſoûtenir une dépenſe ſi ſouvent
réïterée , & elle eſt aujourd'huy
la premiere de toutes les
Nations , comme ſon Roy en
eſt l'admiration & l'eſtonnement.
Je viens àune deſcription
particuliere de chaque Jeton,ſelon
l'ordre de la Planche que je
vous envoye gravée & chiffrée
àmon ordinaire. Vous n'y trouverez
que les Revers . Il feroit
inutile de faire graver pluſieurs
fois le Portrait du Roy , puis
qu'il occupe la Face droite de
preſque tous les Jetons ,&que
d'ailleurs j'en ay donné de beaucoup
plus grands dans des Médailles
,& par conſequet plus refſemblans
,
38 MERCURE
ſemblans, ce que l'on fait graver
en petit n'ayant jamais toute la
reſſemblance qu'il faut pourbien
repreſenter un Monarque , qui
n'a jamais eu d'égal .
TRESOR RONDAL.
I.
Le Roy eſt repreſentéàla Face
droite de ce Jeton ,& au Revers
on voit un Palmier , & ces mots
autour, Colitur in Triumphos, pour
-marquer que ce grand amas de
Finances ne fe fait que pour la
grandeur de Sa Majesté . On lit
dans l'Exerque , Ærarium Regium,
M.DC.LXXXII . CetteDeeviſe
eſtdeMonfieurCharpentier
de l'Académie Françoiſe , & la
graveure deMonfieur Rottier.
CMAISON DE LA REYNE .
II.
Le Portrait de la Reyne ocси-
-pe la Face droite. On voit au
Revers
GALANT.
39
Revers un Autel avec un Sacrifice.
Ces mots font autour , Hac
illius arma 1682. pour faire connoiſtre
que lors que le Roy combat
, cette Princeſſe implore les
graces du Ciel au pied des Autels.
Monfieur Chéron a gravé
cette Deviſe qui eſt de Monfieur
de la Fériere.
MAISON DE MADAME
LA DAUPHINE.
LII.
Cette Princeſſe ſe voit d'un
coſté , & un Oranger eft repreſenté
de l'autre. Ces paroles ſont
autour , Aurea dabit 1682. Onta
voulu faire voir par là , que comme
cet Oranger promet des
Fruits , on efpere auſſi que la
groffeffe de Madame la Dauphine
continuant , elle donnera
d'heureux Fruits de ſon mariage.
POUR
40
MERCURE
i
POUR LES BATIMENS .
IV.
On voit au Revers du Portrait
du Roy , le Soleil avec ſes douze
Maiſons , & ces mots autour ,
Decus adiicit Hofpes .
Celuy qui les occupe en fait toute
la gloire.
On lit ſous l'Exerque , Edif.
Regia.
POUR LES PARTIES
CASUELLES .
Pluſieurs Pavots ſont au Revers ,
& les paroles ſuivantes font autour
, Placidos dat ducere ſomnos ;
-ce qui marque que comme les
Pavots donnent un ſommeil tranquille
à ceux qui en prennent, on
-peut de meſme dormir en repos,
-apres qu'on s'eſt acquité du Droit
-annuel pour la confervation des
Charges qui font obligées de le
payer.
1
CGALANT.
41
payer. L'Exerque eſt remply des
mots ſuivants , Ius annuapensionis
conceffum. M..DC. LXXXII.
LaDeviſe eſt de Monfieur Charpentier
, & la graveure de Monſieur
le Ferme.
11
POUR LA CHAMBRE
AUX DENIERS .
VI
Le Revers repréſente un Soleil
qui penetrede ſes rayons un Verretaillé
à facetes. Ces paroles font
autour , Ordine diſpenſat diverfo,
pour faire voir qu'encor que le
Soleil répande de fes rayons en
pluſieurs endroits de ce Verre à
cauſede ſes facetes,il ne laiſſe pas
de le penétrer avec une égalité
admirable; ce qui ſe pratique ordinairemét
en la diſtribution des
Deniers des Menus. On lit dans
l'Exerque , Chambre aux Deniers
1682. Ce Jeton eft gravé parM
Loire. POUR
42
MERCURE
POUR L'EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES .
VII.
On voit au Revers un Soleil
brillant,& fans nuages, & autour,
Et fulmen fine nube parat , pour
faire connoiſtre que le Royeſtant
au milieu de ſa Cour, & luy faiſant
préparer de nouveaux divertiſſemens
, ſe rend de Fontainebleau
àStrasbourg.On lit ſous l'Exerque
Extraordinaire des Guerres
1682. Cette Deviſe eſt de Monſieur
de Santeüil ,& la graveure
deMonfieur Germain.
:
POUR L'ORDINAIRE
DES GUERRES.
VILL
Le Revers fait voir un Soleil
qui forme en meſme temps deux
nuages,dont l'un produitdes Foudres,&
l'autre de la Roſée.Les paroles
font, Rorem , &fulmina mit
tit.
GALANT.
43
tit . Il eſt aiſé d'en faire l'application
, & de voir que comme le
Soleil fournit les Foudres & la
Roſée, le Roy peut auffi donner
-la Paix & la Guerre. Ces mots
-ſont ſous l'Exerque, Ordinaire des
Guerres,Paparel. Tref. 1682. Ce Jeton
a eſté gravé par MrChéron.
POUR L'AMIRAUTE'.
IX.
LaFace droite repréſenteMr
le Comte de Vermandois Amiral
de France;& le Revers, un Gouvernail,
avec ces mots, Legemponit
aquis 1682. qui fait connoiſtre
que comme le Gouvernail regle
le Vaiſſeau,l'Amiral eſt celuy qui
en donnant l'ordre , ſemble donner
des Loix à la Mer. La Deviſe
eft de Monfieur Quinaut , & la
graveure de Monfieur Loire.
POUR
44
MERCURE
۱
POUR LES GALERES.
Χ. 2
Les Armes de Monfieur le Mareſchal
Duc de Vivonne General
desGaleres de France , ſont d'un
coſté , & de l'autre on voit un
-Aigle en l'air preſt à fondre, avec
ces mots , Tout me cede ou me fuit
1682. pour marquer qu'il faut ceder
aux Galeres du Roy , ou fuit
devant elles. La Deviſeleſt de
Monfieur Charpentier , & elle
a eſté gravée par Monfieur
Chéron .
POUR L'ARTILLERIE .
XI.
On voit d'un coſté les Armés
de Monfieur le Duc du Lude,
avec deux Canons pour Suppofts
, & autour , Artillerie de
France. Le Revers eft remply
d'un Trophée d'Armes ,
avec ces mots , Fama eft obfcurior
GALANT.
45
curiorarmis 1682. qui marquent
que ce qu'on publie de ce grand
Maiſtre est beaucoup moindre
que ſes actions. Monfieur Ory a
gravé ceJeton.
POUR LA VILLE DE PARIS .
-La Face droite reprefenre les
Armes de Monfieur le Prevoſt
des Marchands On lit autour,
Troiſfiéme prevoſté de Monsieur de
Pomereu , Conseiller d'Etat Ordi
naire 1682. La Ville de Paris eft
au Revers du coſté du Louvre,
où l'on voit le Pont Neuf, l'Ifle
du Palais & l'Eghſe Noftre-
Dame . Le Soleil eſt au deffus
dardant ſes rayons. Les paroles:
font , Vivimus aspects ; ce qui
marque que Paris tient duRoy,
ſa grandeur & fa richeſſe. Cette
Deviſe a eſté gravée par Monfieur
Ory.conab sov
POUR
46 MERCURE
POUR LES PONTS
ET CHAUSSE'ES .
EXILL
On voit des EcluſesauRevers,
& ces paroles ſe liſent autour ,
Et legem ponebat aquis ; ce qui
fait voir le grand foin qu'on apporte
à rendre les Chemins publics
commodes. On lit ſous l'Exerque
, Rei Itineraria operumque
pub. 1682. La graveure eſt de
MonfieurChéron .
POUR LA VILLE DU HAVRE
DE GRACE .
XDV
On nedoit pas donner le nom
deJeton à cet ouvrage, & il peut
paffer pour Médaille . On la doit
aux foins de Monfieur le Duc de
S. Aignan,& aux Maire & Echevins
du Havre, qui en ont fait diſtribuer
beaucoup à la Cour. On
y voit d'un coſté le Soleil , au
deffus
1
T
GALANT.
47
deſſus d'une Merlete , avec ces
mots , Cor ut Sol. On ſçait qu'il y
a des Merletes dans les Armes de
Monfieur le Duc de S. Aignan.
Quoy que cet Animal n'ait ny
bec ny pattes, il ne laiſſe pasd'avoir
uu coeur enflammé comme
le Soleil. Ces paroles ſont autour
de la Médaille , Solifuper omnes
amabili , atque terribili. On voit
dans l'autre Face un Soleil au
deſſus d'une Salamandre , avec
cemot , Accende. La Salamandre
eſtoit le corps de la Deviſe de
François I. qui permit à la Ville
du Havre de la prendre pour ſes
Armes. On lit autour de cette
Face, Soli Regiis &aternis conftat
ardoribus . Cette Médaille a esté
gravée par M Mavelou Fils ...
On a fait encor pluſieurs autres
Jetons , que vous ne trouve .
rez pas dans la Planche que je
vous
48 MERCURE
vous envoye. Il y en a un des
Conſeillers , Notaires du Roy,&
un autre des Etats de Cambray ..
Le Roy est à la Face droite du
dernier , & le Revers repreſente
la Ville de Cambray. Ces paroles
font autour, Dulcius vivimus. Ce
qui fait connoître que depuis quel
cette Ville eſt ſous la domination
de ſa Majesté , ſes Habitans vivent
avec beaucoup plusde tran-,
quilité & de repos qu'auparavant
Ce Jeton a eſté encor gravé par
Monfieur Mavelot Fils .
Il m'eſt tombé depuis peu de
jours une Lettre fort galante entre
les mains. Je vous en fais part.
Elle eſt du Berger de Flore, àune
Parente Religieuſe , qui ſouhaitoit
qu'il luy écriviſten Vers
PUOV
:
GALAN T.
49
S
A.MAD. D. C. FILLE
du M. des Req. Religieuſe de
la Vifit. à Tr..
Ous l'agrément de la grande
Vestale,
Qui dans vostre Convent exerce
d'un airdoux
Son autoritéMagistrale,
Je veux bien deformais , pour commerce
entre nous ,
Fournir des Vers au lieu de Profe,
Pourveu qu'en approuvant cette
Métamorphose,
Dont un échantillon luy va paroitre
icy,
Elle confente aufly
Quevous faſſiez pour moy lamesme
Et nous laiſſe ſur tout la douce
chofe,
liberté
Janvier 1682 . C
1
!
50
MERCURE
Que permet ce genre d'écrire ;
Autrement adieusa beauté,
Il divertiroit mal , s'il ne faisoit
pas rire.
Mais queltitre donner à des Lettres
en Vers,
Qu'on gliſſe au Tour ,
Grille?
ou par la
Ymettray-je , ma Mere ? Ah toutbeau,
jeuneFille,
Vous n'avezpas encore affez passé
d'Hyvers ,
Affez peu d'appetit à table,
Assezl'air prude , & le ton mitigé,
Affezlefront change,
Pourmeriterun nomsivenerable.
Ma Soeur vousfieroit mieux ; mais
ce mot me déplaist ;
Eh quoy, vous le donnez aux Filles
de Village,
Qui viendront vous servir au plus
petit meſſage.. A
GALAN T.
51
A le mieux ménager vous aviez
interest ,
Vous l'avez profané; qu'il demeure
profane.
Je le laiffe à Perrette , ou du moins
à Soeur Anne .
Ma Couſine. Il est vray que nous
Sommes Parens,
Mon Pere avoit deux Soeurs, l'une
fut vostreMere ;
Mais cousiner , n'est plus que pour
les bonnes Gens ,
Etje pense qu'au Monastere
On cousine bien moins qu'en aucun
autre lieu.
Si l'on y cousinoit , on auroit trop
d'affaire
Le grandſoin eft de s'y bien taire ;
Et s'il est libre avec raiſon
D'yſuivre au moins la mode à l'égard
du langage,
Etd'yparler en Filles deMaifon,
Cij
52
MERCURE
Cousin , Cousine , & Cousinage,
Là , non plus qu'à la Cour , nefont
plus deSaiſon.
4
Madame. A ce beau nom faites la
revérence ;
Il vous traite avec grand honneur,
En Perſonne de conséquence,
Pour tout dire , en Fille de France.
Mais , quoy, n'est- ilpoint trop flateur?
Ne penétre- t il point trop avant
dans le coeur ?
En veritéj'ay grande repugnance,
Scachant combien l'esprit estfoible
& vain,
De me fervir d'un termeſi mondain.
Par quel mot donc commencer cette
Lettre ?
Demeureray- jeSans début ?
il s'en offre un Non , non ,
pourray bien mettre ,
que Jy
1
Ce
GALANT.5.3
Ce n'est pas mot de Chien , ny mot
propre à rebut ;
C'est le nom de l'Esprit , dont les
Saintes lumieres
Pouffent mon ame froide à ſon bienheureux
but ;
Il vous est deub , puis que parvos
prieres
Vous tâchez , comme luy , d'aſſurer
monfalut.
Je vous diray donc , ô mon Ange,
Que je voudrois ... mais non , je ne
vous diray rien.
Je vais finir cet entretien,
Et fi ce procedé vous paroiſſoit
étrange,
Pensezde grace, &pensezbien,
Que prenant un chemin qui n'est
pas ordinaire ,
Dans les Païs grillez , où le Peuple
est severe ,
Cij
54
MERCURE
Mes Vers font en danger d'en estre
mal- traitez ,
Quoy qu'ils ne cherchent rien qu'à
plaire
Les bons deſſeins font fouvent rejettez.
N'allons donc pas viſte en affaire ;
Pour la premiere fois , c'est cher
Ange, affezfaire,
Que de regler les qualite.z
T
On a eu nouvelles que Monfieur
l'Abbé de Grignan , nommé
d'abord par le Roy à l'Eveſché
d'Evreux , & depuis à celuy de
Carcaſſonne , a eſté ſacré le 21 .
de l'autre mois,en préſence d'un
nombre infiny de Gens de marque
qui s'eſtoient rendus de toutes
parts au Lieuoù ſe devoit faire
laCerémonie. Monfieur l'Archeveſque
d'Arles, Oncle de celuy
dont je vous parle , ( c'eſt le
cinquié
GALANT.
55
cinquiéme Prélat de cette illuftre
Famille donné à l'Egliſe depuis
ſoixante ans , ) avoit ſouhaité
qu'elle ſe fit dans ſa Métropolitaine,
comme dans le Poſtele plus
convenable & le plus avatageux
qu'on pût choiſir pour luy donner
de l'éclatymais par des raiſons
particulieres , elle fut faite àGrignan,&
ce fut pour luy une fort
grande confolation,de voir confacrer
EvêqueMonfieur ſon Ne
veudans le meſme endroit où il
ya cinquante-deux ans qu'il reçeut
luy-meſme l'honneur de ce
Caractere. L'Egliſe de Grignan
*qui est tres-belle& tres agreable,
fut ornée d'un triple rang de la
plus riche Tapiſſerie que l'on
puiſſe voir,& ceux qui priret ſoin
de l'orner ainſy,n'oublierent rien
pour parer l'Autel , qu'on vit
éclairé d'un nobre incroyable de
Ciiij
56
MERCURE
lumieres . La Cerémonie du Sacre
fut commencée à neuf heures
du matin par Meſſieurs les Evefques
de Vayſon , de S. Paul , &
d'Orange, en préſence de Monfieur
l'Archeveſque d'Arles , &
de Monfieur l'Eveſque de Viviers
, tous deux les plus anciens
Prélats du Clergé de France , &
elle dura juſques à deux heures
apres midy. Il y cut une excellente
Muſique par les ſoins de
Monfieur le Comte de Grignan ,
qui s'y connoiſſant parfaitement,
fit ramaſſer les plus belles Voix
des environs , & les Inſtrumens
qui la pouvoient le mieux affortir.
Auſſi l'aſſemblage s'en trouva-
t- il fi heureux , que tout le
monde avoua qu'on ne pouvoit
rien entendre dont le concert
euſt plus de juſteſſe. Tout ce
grand monde qui eſtoit venu à
cette
GALANT.
57
cette Feſte , fut traité chez luy
au ſortir de là avec une entiere
magnificence. On ſçait combien
fes manieres ſont honneſtes ; &
ſa Maiſon eſtant une des plus
belles , des plus logeables , &
des mieux meublées de la Province
, il eſt aiſe de s'imaginer
avec quel éclat il fit les choſes,
pendant tout le temps que cette
belle & nombreuſe Compagnie
voulut paffer à Grignan . La joye
euſteſté parfaite , ſans l'indifpo .
fition de Monfieur le Coadju
teur d'Arles que quelques
accés de fiévre retenoient alors
au Lit.
J'adjoûteray à propos de la
Ville d'Arles , que ſon Académie
Royale , qui s'est fait admirer
dans toutes les occaſions d'éclat
où elle a pû paroiſtre en public,
ayant eu avis que Monfieur le
C V
58 MERCRUE
Duc de Vendoſme venoit en
Provence, dont vous ſçavez qu'il
eſt Gouverneur , ſe crût obligée
de luy faire compliment. Ce fut
Monfieur de Gageron de Mejane,
ſon Directeur , qu'elle chargea
de ce ſoin . Il s'en acquita d'une
maniere ſi ſpirituelle& fi délicate,
qu'il s'attira les juſtes éloges
de ce Prince ,& d'un tres - grand
nombre de Gens de qualité &
d'eſprit, qui tomberent tous d'accord
qu'on ne peut parler plus
juſte , ny d'un air plus noble. II
donna par ſon diſcours une
haute idée de l'établiſſement de
cette Académie , & de la bonté
que Sa Majesté avoit euë , en
l'honorantdu titre de Royale par
ſes Patentes ,de vouloir bie qu'on
luy fiſt entendre que la plupart
de ceux qui formoient ce Corps,
eſtoient des Gentilhommes d'un
: mérite
GALANT.
59
-
mérite connu , à qui la Paix ne
permétant plus d'employer leur
Epée à ſon ſervice , infpiroit le
zele de conſacrer leur Plume à
fa gloire. Il parla en ſuite de l'alliance
que ce meſme Corps
avoit contractée avec l'Académie
Françoiſe , & de l'augmentation
que le Roy avoit encor
faite par de nouvelles Patentes ,
de dix Académiciens au dela du
nombre de vingt dont il eſtoit
composé , avec cette glorieuſe
restriction , qu'on n'y recevroit à
l'avenir que des Gentils - hommes;
ce qui fait connoiſtre quelle
= ' eſt l'eſtime que ce grand Monarque
fait de cette Académie
qu'il a toûjours regardée favorablement
en la perſonne de ſes
Députez.

1
,
Vous n'aurez pas ſans - doute
oublié ce qu'un Galant In
connu,
60 MERCURE
connu , qui prend le nom de
Geolier de ſoy-meſme , écrivit
il y a quatre ou cinq mois à Madame
la Viguiere d'Alby , pour
luy demander à eſtre reçeu dans
ſa nouvelle Secte de Philoſophes.
La maniere dont il s'eſt
peint dans ſa Lettre , l'a perſuadée
de ſon mérite ; & pour luy
faire accorder ce qu'il ſouhaite,
elle ne veut qu'apprendre fon
nom. Voyez en quels termes elle
s'en explique. }
REPON
GALANT. 61
REPONSE
DE
:
MADAME DE SALIEZ,
VIGUIERE D'ALBY ,
Au Spirituel Inconnu qui luy a
demandé d'eſtre reçeu dans la
nouvelle Secte des Philofophes
qu'elle établit en faveur
desDames.
A Alby ce 18. Dec. 1681.
Efejour que je viens defaire
àla Campagne &quelques ,
embaras inséparables du Veuvage,
m'ont privée de voir les Mercures
des mois paſſez; Lors que j'ay voulu
reparer mes pertes , j'ay trouvé,
Monfieur, dans le Mercure d'AAoouufstt,,
la
62 MERCURE
la Réponſe que vous me faites fur
la nouvelle Secte de Philofophes que
j'avois proposée dans celuy de Iuillet.
Je ſuis bien marrie que vous
ayezfi long- temps attendu de mes
nouvelles, &que dans une occafion
Si importante vouspuissiezmefoupçonner
de n'avoir pas toute l'exa-
Etitude dont je fais profeſſion.
Il est certain , Monsieur , qu'une
agreable Marquise a fait naître
mon Projet. Ses maximesfingulieres
ont trouvé des Cenſeurs. Ie pris un
jourla libertéde luy en parler , &
joſay concevoir l'eſperance d'y faire
apporter quelque changement, mais
bien loinde lafaire entrer dans mes
Sentimens , elle m'entraîna dans les
fiens. Ie la trouvay plus ſage que
tous ceux qui la condamnoient ,
& voyant qu'elle avoit fçeu fe
faire des regles à part , pour ne
pas s'aſſujetir aux contraintes que
L'erreur
GALANT. 63
l'erreur& la coûtume ont établies
dans le monde , qui nefervent qu'à
troubler nostre repos , Sans nous
acquerir de veritables Amis , je
ne la nommay plus que ma belle
Philosophe , &je formay le deffein
que vous avezveu , pour autorifer
Jes opinions , qui font devenuës les
miennes. Ie fus d'abord animée par
l'esperance d'un heureux fuccés. Le
ne doutay point quefi des Hommes
qui condamnoient les plaiſirs les
plus innocens , qui vouloient que
leur Sage fust content au milieu des
Suplices , avoient trouvé tant de
Sectateurs ; une Dame qui ne propoſe
qu'une vie douce & commode,
& qui enseigne à porter la délicateffe
, &laſenſibilité jusqu'à éviter
l'ennuy , n'eust bien - toſt un
un grand nombre de Diſciples.
En effet , je vois venir de toutes
parts des Perſonnes d'esprit &
de
64 MERCUR E
demerite , qui demandent d'estre
inſtruites de nos maximes . Elles ont
estéapprouvées &enregistrées dans
toutes les Académies. Tous les Hommes
raisonnables ontjugé qu'ilpouvoientſuivreſans
honte , une route
qui ne leur est montrée que par des
Femmes,puis qu'elle conduit agréablement
au repos de la vie, que tous
vos Philosophes n'avoient cherché
jusqu'icy que par des chemins fa
cheux&pénibles.L'égalitédes Sexesne
se conteste plus parmy les
honnêtes Gens. Ils demeurent d'accord
avec vous, Monsieur, que l'injustice&
la jalousie des Hommes
nous oftent les moyens de faire connoître
tout ce que nous valons. I'adjoûteray,
avec votre permiffion, que
vous estes des ufurpateurs, qui fans
aneun titre legitime avezpris poffeſſion
de l'Empire du Monde. Les
Damessefont apperçeuës ilyabien
des
GALANT. 65
des Siecles de cette ufurpation.Elles
ont fait de temps en temps quelques
efforts pour recouvrer leur liberté.
Cesilluftres Amazones dont vousme
parlezfongeoiet àvous détrôner;&
Si le plus grand de vos Conquérans
n'eust arresté leurprogrés,les Dames
comanderoient aujourd'huy les Armées
,& les Hommesfileroient. N'allezpasm'accuſer
de vouloir troubler
l'ordre du monde.LeSoins quejeprés
dexciterles Dames àn'aimer qu'une
vie douce , commode & tranquille,
prouveaffez quejehay l'esprit mu--
tin , & que si je forme des deßeins,
ils ne font pas de revolte ; mesme
apres y avoir bien pensé , je trouve
que vous n'avez qu'un Empire imaginaire
, & que nous regnons veritablement.
Oüy , Monsieur , vous
eſtes nos Officiers , nos Soldats , nos
Magistrats; & fans vous en appercevoir
, fi vous remontez à la
Source
66 MERCURE
Source des plus grands évenemens,
vous trouverez toûjours que les
Damesy ont la meilleure part. Permettez
- moy de dire que ces Anges
font rouler icy bas les premiers mobiles
, &jouiffent du fruit de vos
travaux. L'advouë pourtant que
nous n'avons point de part au glorieux
fuccés de la France contreſes
Ennemis , mais c'est parce quenostre
Monarque forme luy ſeul ces vaſtes
deſſeins , dont la prompte execution
ne nous laiſſe rien àfaire, &
queſesréſolutions ſont comme cette
vaillante &sage Minervefortie
duſeulcerveau de Iupiter.
Ilfaut estrefi convaincudes avantages
de mon Sexe pour estre de nos
Difciples , queje vous prie d'yfaire
de nouvelles reflexions avant quede
vous engager dans une Secte où nous
voulons gouverner. Ie vous trouve
digne d'y estre reçeu. Vous avez
de
GALANT . 67
e
de grandes qualitez & de petits
defauts, dont nous vous corrigerons,
pourveu que vous ayezcette docilité
que j'ay expliquée dans mon Projet.
- I'ay déja ſi bonne opinion de vous,
que je ne veux pas craindre que
l'amourpropre , qui nous trompesi
Souvent vous ait fait faire une
- fauſſe peinture de vous- même. Mais
comme la reception d'un Inconnu tireroit
à conséquence , &nous expo-
2. feroit à estre trompées pardes Gens
qui ſe figureroient de valoir plus
qu'ils ne valent , on vous prie ,
Monfieur,de nous apprendre voſtre
nom , & d'agir franchement avec
des Perſonnes , auſſi ennemies dela
diſſimulation que de la contrainte.
Ic ne doute pas que la connoiſſance
que nous fouhaitons n'augmente
noſtre estime , & que vous n'obtete
14
de
هلا niez la Médailleà nostre premiere
Assemblée. L'ay receu tant de
differens
68 MERCURE
differens avis fur cette Medaille,
que j'en ay suspendu la Fabrique .
Ceux que vous me donnez fontjuſtes
& bien pensez; l'immortalité est
affez de mon goût . Ilne tiendrapas
àmoy que l'on nese détermine àfuivre
vos conſeils. On a déja decidé
que nos Philoſophes attacherōt leur
Médaille avec un Ruban vert qui
fignifiera l'esperance que nous avons
de l'accroiffement , & de la durée
de nostre Secte. Les Hommes & les
Dames la porteront à l'endroit de
leur Habit qui conviendra le mieux
à leur ajustement. Il fera permis
d'orner la Médaille de Pierreries;
car bien loin de vouloir que nos
Diſciplesfoientfans Souliers, comme
ceux de vos plus fameux Philo-
Sophes , nous n'en voulons point qui
ayent des airs bas & de pauvreté.
L'imagede la miſere est affligeante,
&conviendroit malaux Fins denôtre
GALANT . 69
2.
25
HT
et
es
de
X
ا
1000
m
10-
qui
ete
no
A
tre Secte ; mais auſſi pourveu que
nos Prétendansayent des airs & des
manieres nobles qui réjouiſſent les
yeux, nous ne ferons point d'enqueste
de leurs biens . Nous sommes déja
affez Philofophes pour sçavoir que
les bonnes qualitez & les vertus
relevent de l'empire de l'Esprit &
de la Volonté , & non pas de celuy
de la Fortune . Vous apprendrez le
reſte de nos intentions dans nostre
Aſſemblée, Je vous en marqueray le
temps & le lieu , fi- tost que vous
m'aurez apris vostre nom. Ieneſuis
que la premiere Disciple d'une Secte
fi confiderable &j'aſseble les Troupes
que ma Marquise doit comman
d.r.I'ay quelque crédit aupres d'elle,
&je vous promets, honneſte &galant
Inconnu , de ne rien negliger
pourvous rendre l'importantService
que vous me demandez, & vous témoigner
queje suis , Vostre tres , &c.
LA VIGUIERE D'ALBY.
tre
70 MERCURE
Le Jeudy, premier jour de cette
année, Monſeigneur le Dauphin
futfaitChevalierdu SaintEſprit,
avec les Ceremonies accoûtumées
; car quoy que la Croix &
le Cordon bleu luy euſſent eſté
apportez en 1661. par les Officiers
de l'Ordre ( ce qui ſe pratique
pour tous les Enfans de
France ſi toft qu'ils font nez ) ce
Prince n'eſtoit pas encor Chevalier,
perſonne ne naiſſant avec ce
Titre; en forte que tous nos Roys
ont reçeu l'Ordre de Chevalerie.
Ils le reçoivent ordinairement le
lendemain de leur Sacre , par les
mains de celuyqui les a facrez.
Ainfi Monfieur le Cardinal de
Joyeuſe,Archevêque de Rheims,
le confera au Roy Loüis XIII.
& noſtre auguſte Monarque l'a
reçeu de Monfieur l'Eveſque de
Soiffons premier Suffragant
د
de
۱
GALANT.
71 .
. de Rheims , pendant la vacance
コdu Siege , ou en l'absence de
P'Archeveſque . Get Ordre a eſté
-
te

de
ce
vace
OVS
inſtitué par Henry III . Roy de
France & de Pologne , qui
voyant naiſtre pluſieurs factions
dans ſon Etat , jugea neceffaire
ti de ferrer plus étroitement le
noeud de l'obeïſſance naturelle
de ſes Sujets , en faiſant des
Chevaliers , qu'il attacheroit à
luy par une chaîne ſi forte , que
rien ne ſeroit capable de les détourner
de leur devoir. Dans ce
ante deſſein il créa l'Ordre du Saint
arles Eſprit , qui fut approuvé du
crel Pape. La premiere Cerémonie
alde en fut faite dans l'Egliſe des
eins Auguſtins de Paris le premier de
III Janvier 1579. & le Nonce y affiuela
ſta au nom de Sa Sainteté. En
qued, inftituant cet Ordre , dont les
Fagan Statuts ſont compris en93. Artierie
de cles,
72
MERCUREcles
, ce Monarque déclara qu'il
l'érigeoit en memoire de ce qu'il
avoit plû à Dieu de le conſerver
en la poſſeſſion d'une ſeule Foy
Catholique , Apoftolique & Romaine
, au milieu des contraires
&diverſes opinions qui estoient
alors répanduës de tous coſtezi
& de ce que par l'inſpiration du
Saint Eſprit , tous les coeurs de
la Nobleffe Polonoiſe s'étoient
unis avec les Etats de ce Royaume
& ceux du Grand Duché
de Lithuanie , afin de l'élire
pour leur Roy , le jour de la Pentecofte
, Feſte remarquable pour
ce Prince , puis que le droit ſucceffifl'avoit
appellé ce même jour
à la Couronne de France. Il ordonnaque
cet Ordre, dont luy &
fes Succeffeurs Rois de France
Teroient Chefs , Souverains &
Grands Maiſtres, ſeroit compoſé
de
GALANT.
73
0
Tes
ent
do
de
ent
au
che
Den.
pout .
fucjout
lor
urd
ance
s &
po
de
de cent Chevaliers , parmy lefquels
il y auroit quatre Cardinaux
, quatre Archeveſques ou
Eveſques , choiſis entre les plus
vertueux du Clergé , un Grand
Aumônier , un Chancelier , un
Tréſorier , un Greffier , & Roy
d'Armes ; Que par Actesautentiques
les Chevaliers feroient
Preuve tout au moins de trois
Races de Nobleſſe; Qu'ils porteroient
la Croix de Veloursjaunė
orangé ſur le coſté gauche de
leur Manteau, faite en forme d'une
Croix de Malte , au milieu de
laquelle il y auroitune Colobe figurée
en broderie,& aux angles,
des Rais & des Fleurs de- Lys
d'argent. Cette Croixde Velours
jaune orange , a eſté faite depuis
enbroderie d'arget; Qu'ils porteroiet
une Croix d'or émaillée péduë
au Col à un Ruban bleu;
Janvier 1682 .
D
74
MERCURE
Que le grand Collier de l'Ordre
ſeroit auſſi d'or , fait à Fleurs de
Lys , avec trois Chifres entrelaſſez
de noeuds. Ces Chifres
eſtoient la Lettre H, pour Henry
III. la Lettre L. pour Louyſe
de Lorraine , ſa Femme ; & un
autre.dont lemiſtére eſt demeu .
ré inconnu. Henry IV . ayant oſté
ces deux dernieres Chifres , fit
mettre en leur place des Heaumes
, Timbres , & autres Trophées
d'Armes entrelaſſez , d'où
naiſſent des Flames & Boüillons
de feu. Sous le Regne de Loüis
XIII.on voulut entremêler la Lettre
L, au lieu de la Lettre H, qui
fût pourtant conſervée par la
reſolution d'un Chapitre , pour
le reſpect qu'on porta au Fondateur.
La Deviſe de cet Ordro,
qui excelle fur tous ceux des autres
Monarques & Princes Chrê
tiens,
GALANT.
75
tiens , à ces paroles pour ame:
Duo duce &auspice ; Ce qui fait
connoiſtre que ceux quila porteront
doivent efperer un heureux
fuccez de leurs entrepriſes,
ſous les aufpices du Saint Eſprit,
Monfieur de Sainte Marthe rapporte
qu'au Couronnement de
Loüis de Tarente,Roy de Sicile,
&de Jeanne I. du nom fa Femme,
qui ſe fit le 25. de May 1352 .
jour de la Feſte de la Pentecoſte
, ce Roy inſtitua un Ordre
de Chevalerie en l'honneur du
Saint Eſprit , dont les Chevaliers
portoient pour Deviſe un
Nooeud d'ord , qui devoit eſtré
attaché à la poitrine,en figne d'une
cordiale fidelité.
Tous les Chevaliers Commandeurs
entourent leurs Armoiries
du Collier du Saint Efprit,&
de celuy de Saint Michel
1
Dij
76 MERCURE
qui eſt en dedans , & le plus proche
de l'Ecu. Les Prelats afſociez
à l'Ordre , ne mettent autour
de leurs Armoiries qu'un
Ruban bleu , duquel pend la
Croix , parce que les Trophées
d'Armes ne ſont pas propres à
l'Etat Eccleſiaſtique. Les quatre
Grands Officiers , ſçavoir, le
Chancellier , le Prevoſt , Grand
Maistre des Cerémonies,le Treforier,&
le Secretaire, ſont Commandeurs
, & mettent le grand
Collier autour de leurs Armoiries.
La Croix eſt de huit pointes,
contournées de quatre Eleursde-
Lys. & chargée en coeur d'une
Colombe au vol étendu contre
bas, pour repreſenter le Saint
Eſprit.Je croy,Madame , que vous
apprendrez avec plaiſir le nombre
des Chevaliers qui vivent
preſentement. Monfieur le Duc

GALANT.
77
de Saint Simon & Monfieur le
Marquis de Saint Simon font de
la Création de 1633. Voicy ceux
qui reſtent de la derniere Promotion.
a
e
d
1
DUS
MONSIEUR.
Menſieur le Prince.
Monfieur le Duc.
Monfieur de Verneüil.
Monfieur l'Archeveſque d'Ard
les.
Monfieur l'Eveſque de Mets.
Monfieur l'Archeveſque de Paris.
Monfieur l'Archevêque de Lyõ.
Monfieur l'Archevêque d'Auch.
Monfieur le Duc de Chaunes.
Monfieur le Duc de Luynes.
110 Monfieur le Maréchal Duc de
Villeroy.
Duc Monfieur le Duc de Créquy.
de Diij
i
78
MERCURE
Monfieur le Ducde Navailles.
Monfieur le Duc de Roquelaure.
Monfieur le Duc de Nevers .
Monfieur le Duc de S.Aignan.
Monfieur le Duc du Lude.
Monfieur le Marquis de Vardes.
Monfieur, le Comte de Béringhen.
Monfieur le Duc de Montaufier.
Monfieur le Marquis de Polignac.
Vobusite M
Monfieur le Marquis de Pompadour.
Monfieur le Marquis de Gamache.
Mr le Maréchal d'Eſtrades .
Monfieur le Comte de Guitaur,
PRINCES Etrangers.
Le Roy de Pologne.
Monfieur le Prince de Mекел-
bourg.
Monfieur le Prince de Somnine.
Monfieur
GALAN T.
79
b
ut
Monfieur le Duc Sforce.
Monfieur le Duc de Braciano..
Monfieur le Marquis de Bethune
fut fait Chevalier , quand
Sa Majesté envoya l'Ordre au
Roy de Pologne, auquel ce Marquis
le confera.
Les Statuts portent, que deux
Commandeurs de l'Ordre accompagneront
le Novice qu'on
doit recevoir. Le Roy nomma
MONSIEUR,& Monfieur le Duc,
pour accompagner Monſeigneur
le Dauphin. Ce Prince s'eſtant
rendu dans la Chapelle du Château
de S.Germain, y communia
par les mains deMonfieurleCardinal
de Boüillon, à qui la qualité
de Grand Aumônier de France
donne celle de Grand Aumônier
des Ordes du Roy. Sa Muſique
s'y fit entendre pendant la Meſſe.
Elle estoit de la Compoſition
Diiij
80 MERCURE
de Monfieur Charpentier , dont
je vous ay ſi ſouvent parle. Mefdemoiselles
Pieche y firent paroiſtre
leurs belles voix à leur
ordinaire . Les devotions de
Monſeigneur le Dauphin eſtant
achevées , il retourna dans ſon
Appartement , & prit l'Habit de
Novice. On luy dõna des Chauſſes
trouffées de toile d'argent , en
Bas de Soye ,& des Eſcarpinsauffi
de toile d'argent, avec la Mulle
de Velours noir. Sa Toque eſtoit
de mefme Velours , ayant tout
autour un Cordon de Diamans,
& le bord retrouffé d'un Bouquet
de gros Diamans , qui attachoit
pluſieurs Plumes blanches,
au milieu deſquelles eftoit une
Aigrete de Héron. Il avoit un
Capot de la meſme étoffe,doublé
d'une toile d'argent trait , & bordé
d'une dentelle d'arget.Quantité
GALANT. &1

(
tité de Diamans d'un grand prix
couvroient le Collet. Si - toſt que
Monſeigneur le Dauphin ſe fut
- revêtu de cet Habit,Monfieurde
Meſme , Preſident à Mortier,
Prevoſt&Grand Maîtredes Cerémonies
del'Ordre , tenant fon
Bâton,& precedé de Me du Pont
Héraut,& de Mr Deſprez Huiffier
du meſme Ordre, vint prendre
ce Prince,& le conduiſit à la
Chambre du Roy. Auffi-toft Sa
Majesté fit entrer dans ſon Cabinet
les Commandeurs & les
Grands Officiers,que le Héraut,
par l'ordre de cePréſident, avoit
avertis de ſe rendre en l'Appartementdu
Roy , à dix beu-
コピres du matin. On tint Chapitre
, & l'on arreſta que Monſfeigneur
le Dauphin feroit receu
Chevalier. En meſme temps
le Roy commanda que l'on fift
e
il
S
1
1
Dv
182
MERCURE
entrer ce Prince. Monfieur de
Meſmes l'ayant amené , il ſe mit
à genoux devant le Roy; & Sa
Majefté ayant tiré ſon Epée,l'en
frapa ſur châque épaule , en difant:
Par S. Georges &par Saint
Michel, je te fais Chevalier. On
employe le nom de Saint Georges
en cette Ceremonie , parce
qu'il eſt l'ancien Patron de tous
les Chevaliers.Et pour S.Michel,
je croy, Madame , que vous ſcavez
que c'eſt un Ordre qu'il faut
recevoir avant que d'entrer dans
celuy du Saint Eſprit.LouysX I.
l'inſtitua à Amboiſe le premier
d'Aouſt 1469. à cauſe que les
François honoroient particulierement
Saint Michel , comme
l'Ange tutélaire du Royaume.
En effet , on ne pouvoit mieux
choiſir pour confondre l'arro-
*gance des Anglois,qui portoient
des
GALANT. 83
1
4.
1
1
des Dragons dans leurs Enſeignes.
Le Collier de l'Ordre
de Saint Michel a eu deux
formes differentes. C'eſtoit au
commencement une eſpece de
Cordon noüé d'Eguillettes , &
entouréde Coquilles, ſemblables
à celles que portent les Pelerins,
qui vont viſiter le Lieu dedié en
Normandie à ce Saint Archangesmais
François I. qui avoit une
devotion particuliere à S. Fran-
-çois d'Aſſiſe, changea les Eguillettes
de ceCordon en une Cordelieré
tortillée , telle qu'on la
porte aujourd'huy meſlée avec
les Coquilles de la premiere Inſtitution.
On tien que Loüis XI .
la fit en memoire du Roy Charles
VII. fon Pere , qui honoroit
Saint Michel,comme le Gardien
Tutelaire de la France. Si l'on
en croit Monſtrelet dans ſon Hiſtoire,
MERCURE
ſtoire,il apparut combatant pour
les François au Siege d'Orleans
en 1428.ce qui obligea ce Roy
d'en faire peindre l'image fur
l'un de ſes Etendars. Les Statuts
de l'Ordre furent compris en
foixante & fix Articles , dont
l'un portoit qu'il feroit composé
detrente- fix Gentils- hommes de
Nom & d'Armes , ſans reproche,
qui auroient le Roy pour Chef,
& qui feroient obligez de laiſſer
tout autreOrdre, excepté d'Empereurs
, de Roys , ou de Ducs.
Ces paroles,Immenſi tremorOceani,
furent la Deviſe de celuy- cy,
& ſemblent vouloir marquer
que les François ayant vaincu
les Anglois ſur terre en pluſieurs
occaſions importantes ; peu de
temps avant l'Inſtitution de
cet Ordre ne ſeroient pas
moins redoutables ſur mer à l'avenir,
GALAN T.
85
r
S
et
13
de
de
Das
venir,état protegez par S.Michel.
Loüis XI.eſt le premier qui ait
entouré ſes Armoiries d'unCollier
d'Ordre. Quoy qu'il y eût depuis
fort long-temps des Ordres
deChevaleries en France,nul de
nos Roys avant luy , n'en avoit
ajoûté les marques à ſes Blafons .
L'uſage des Colliers ou Chaînes
d'or miſes au col des Chevaliers,
n'eſtoit pas pourtant une nouveauté
, puis que les Affyriens,
les Egyptiens & les Perſes , en
avoient porté pour Symbole de
leur Nobleffe. L'Ordre de S.Michel
a eſté en tres grad honneur
pendant quatre Regnes,mais par
lemalheur des temps, il perdit ſon
luſtre , & pour eſtre devenu trop
commun, il couroit riſque d'eſtre
aneanty, ſi Henry III.ne l'euſt relevé
en l'attachant à ſon nouvel
Ordre du S.Eſprit.
La
86 MERCURE
La premiere Céremonie qui
avoit rendu Monſeigneur le
Dauphin , Chevalier de Saint
Michel , eſtant achevée , on ſe
rendit à la Chapelle dans l'ordre
quifuit.MonfieurDeſprez,Huiffier
de l'Ordre , marchant à la
teſte, eſtoit ſuivy de Monfieur
du Pont Heraut,&l'un & l'autre
précedoit Monfieur le Préſident
-de Meſmes , Prevoſt & Grand-
Maistre desCeremonies de l'Ordre
, qui avoit à ſa droite Monſieur
le Marquis de Seignelay, &
-à ſa gauche Monfieur le Mar-
" quis de Chaſteau-neuf,tousdeux
Secretaire d'Estat. Le premier
eſt Grand Treſorier de l'Ordre,
& le ſecond en eſt Secretaire.
Monfieur le Marquis de Louvois
, Miniſtre & Secretaire d'Etat,
Chancelier de l'Ordre , paroiffoit
en fuite , & eſtoit fuivy
GALANT. 87
!
1
2
J
a
vy des Chevaliers , marchant
deux àdeux.
Sur la droite eſtoient Mefſieurs
les Marquisde Gamache
& de Beringhen . & Meſſieurs
les Ducs de Saint Aignan , de
Créqui , & de Luynes ; & fur
la gauche , Monfieur le Marquis
de Bethune , & Meffieurs les
Ducs de Montaufier , du Lude,
de Navailles,de Chaunes ,&de
Saint Simon. Son Alteffe Seréniffime
Monfieur le Duc eſtoit
ſeul fur la droite. Son Alteffe
Royale marchoit apres auſſi ſeul,
&Monſeigneur le Dauphin en-
-fuite.SaMajesté les ſuivoit , pré.
cedée de deux Huiſſiers de fa
Chambre avec leurs Maſſesd'or,
derriere leſquels à gauche , &
un peu devant le Roy , eftoit
Monfieur le Marquis de Tilladet,
Capitaine des Cent Suiſſes.
Monfieur
88 MERCURE
Monfieur le Cardinal de Bouillon
eſtoit un peu derriere à fa
droite, en Camail & en Rochet.
Monfieur le Duc d'Aumont ,
Premier Gentilhomme de la
Chambre,& Monfieur le Ducde
la Rochefoucault,Grand- Maître
de laGarde-Robe , marchoient
le premier à la droite , & le ſecond
à la gauche de Monfieur
leMaréchal de Lorge , Capitaine
_des Gardes du Corps, qui fuivoit
Sa Majeſté.Les Gardesdu Corps
qui s'eſtoient mis ſous les armes
dans la Salle , formoient une
double haye dans la Court &
fur l'Eſcalier, avec les Cent Suifſes
, dont les Tambours & les
Fifres ſe firent entendre à la teſte
de la Marche. Sa Majesté eſtant
arrivée dansla Chapelle, fe plaça
fur un Fauteüil à ſon Prie -Dieu.
Monſeigneur le Dauphin, Mon-
1
fieur,
GALAN T..
89
a

2
e
e
בו
e.
fieur , &Monfieur leDuc,eurent
des Pliants. Celuy de Monſeigneur
le Dauphin,qui estoit couvert
de Velours violet à Fleursde-
Lys d'or, avoit eſté mis devant
le Prie- Dieu,du coſté droit.Mon-
-ſieur fut placé un peu derriere le
Fauteüil du Roy , & Monfieur le
Duc derriere Monfieur.LesChe-
لا valiers ſe placerent furdesBancs
eque l'on avoit préparez à droit &
10 à gauche. :
ps
es
e
Le Roy ne futpas plutoſt aſſis,
que Monfieur de Meſmes ſalua
l'Autel. Les autres Grands Officiers
ayant devanteux leur Huiffier
& leur Heraut , allerent enſuite
faire les revérences à ſa Matjeſté
& à la Reyne. Cette Princeſſeétoitdas
une Tribune, d'où
elle viſt la Ceremonie. Ils faluërent
auſſi tous les Chevaliers , &
es
ça
U.
ce ſalut fut un avertiſſement à la
Compa
م
१०
MERCURE
Compagnie que l'on alloit commencer
l'Office. Monfieur l'Archeveſque
d'Auche , Commandeur,&
Prélatde l'Ordre, reveſtu
de ſes Habits Pontificaux , ayant
entonné le Veni Creator , la Mufique
du Roy le continua. Cét
Hymne eſtant achevé , ce Prélat
falua l'Autel,donna l'Eau Benite
à Sa Majesté , & commença la
Meffe. Les Grands Officiers firent
à l'Offerte de nouveaux faluts à
l'Autel,au Roy , à la Reyne , &
auxChevaliers,& s'eſtant rangez
enfuite , Monfieur de Meſmes
toûjours précedé par l'Huiffier
&le Heraut, vint faire un autre
falut au Roy,pour l'avertir d'aller
àl'Offrande. Il fit auſſi une reverence
à Monſeigneur le Dauphin
, & une à Monfieur , pour
avertir l'un & l'autre d'accompagner
Sa Majeſté. Le Roy apres
avoir
GALAN Τ. 91
1
+
5
avoir ſalué l'Autel & la Reyne,
【& s'eſtre tourné vers les Chevaliers
à droit & à gauche , alla à
l'Autel précedé par Monfieur de
Meſmes ; & accompagné de
Monſeigneur le Dauhin & de
Monfieur. Sa Majesté baifa la
1 Patene, & ayant receu le Cierge
& l'Offrande des mains de Monſeigneurle
Dauphin,quiles avoit
pris de celles de Monfieur de
Meſmes, elle les preſenta àMonſieur
l'Archeveſque d'Auch, qui
officioit. La Poignée du Cierge
eſtoit de Velours violet tané , à
Fleurs-de Lys d'or, & l'Offrande
d'autant d'Ecus d'or que leRoy
a d'années. Sa Majesté ayant
faitde nouvelles reverences , fut
reconduite à ſon Prie - Dieu , &
apres l'Agnus Dei , Monfieur le
↑ Cardinal de Boüillon luy prefenta
la Paix à baiſer. Il l'avoit priſe
des
e
e

0
92
MERCURE
des mains du Sous- Diacre. La
Meſſe étant achevée,les Officiers
recommencerent leurs reverences
, &Monfieur de Meſimes en
fit une particuliere au Roy, pour
Pavertir de monter ſur un Trône
qu'on avoit dreſſe pres de
l'Autel ,du coſté de l'Evangile.Ce
Trône eſtoit eſlevé de pluſieurs
marches ſous un Dais de l'Ordre
donné par Henry III.de Velours
violet en broderie. Les Armes
de France y fontmy- parties avec
celles de Pologne. Sa Majesté
apres avoir fait auſſi les ſaluts,
monta fur ce Trône,où elle s'affit
dans un Fauteüil , & fe couvrit .
Dans ce meſme temps les Officiers
apres avoir fait la revérence
à Monſeigneur le Dauphin;
ſaluërent Monfieur & Monfieur
le Duc , pour les avertir de l'accompagner
au Trône , où il al-
Majefte
loit
GALANT.
93
2
ea
C
U
ne
ve
affi
-enhin
leu
ac
al
د
loit recevoir l'Ordre du SaintEfprit
. Ce Prince, ayant ſalué l'Autel,
le Roy, la Reyne , & les Chevaliers
monta ſur le Trône ,
où il ſe mit à genoux ſur un
Carreau de Velours violet à
Fleurs-de- Lys d'or, ayant Monſieur
à ſa droite , & Monfieur
leDuc à ſa gauche. Monfieur le
Cardinal de Boüillon étoit derriere
le Roy; Monfieurde Louvois à
ladroite, avec le Livre des Evangiles
; Monfieur le Marquis de
Seignelay à coſté de Monfieur
de Louvois , tenant le Collier
de l'Ordre , & le Cordon bleu
avec une Croix ; Monfieur de
Meſimes à la gauche du Roy;
Monfieur de Chaſteau-neuf aupres
de Monfieur de Meſmes ,
tenant l'Acte du Serment que
Monſeigneur le Dauphin devoit
faire ; & Meſſieurs du Pont
&
loit
94
MERCURE
<
&Deſprez au bas des marchez
du Trône . Ce Prince ayant les
mains fur le Livre des Evangiles,
leût à haute voix ce Serment , &
Je ſigna apres l'avoir leû. Il eſt
conçeu en ces termes dans le
trente- fixiéme Article des Statuts
de l'Ordre . Je ne vous puis
dire s'il y eut quelque choſe
de changé pour Monſeigneur le
Dauphin.
SERMENT ET VOE U
des Commandeurs de l'Ordre
du Saint Eſprit.
E jure & voie à Dieu , en la
face defonBelife is wous pro
mets, SIRE ,fur mafoy &honneur ,
que je vivray & mourray en la
Foy & Religion Catholique , fans
jamais m'en départir, ny de l'union
de nostre Mere Sainte Eglise,Apo-
Stolique
GALAN T.
95
ftolique & Romaine ; Que je vous
- porteray entiere&parfaite obeïs-
Sance, Sans jamais y manquer,comme
un bon & loyal Sujet doit faire,
Que je garderay,défendray,&foûtiendray
de tout mon pouvoir,
l'honneur, les querelles,& droits de
Voštre Majesté Royale envers tous
contre tous ; Qu'en temps de
Guerre, je me rendray à vostreſuite,
en l'équipage de Chevaux &
d'Armes que jesuis tenu avoir par
les Statuts de cet Ordre ; & en
Paix , quand ilſe présentera quelque
occaſion d'importance , toutes
&quantes-fois qu'ilvous plaira me
mander , pour vousfervir contre
quelque Perſonne qui puiſſe vivre
&mourir, sans nul excepter, & ce
juſques à la mort ; Qu'en telles
occaſions je n'abandonneray jamais
vostre Personne , ou le lieu où vous
ES
m'aurezordonnéfervir,fans vostre
exprés
96 MERCURE
exprés Congé & Commandement
ſigné de vostre propre main , ou de
celuy aupres duquel vous m'aurez
ordonné d'estre , sinon quand je luy
auray fait aparoir d'une juste &
legitime occaſion; que je nefortiray
jamais de vostre Royaume,
ſpécialement pour aller au ſervice
d'aucun Prince Etranger, ſans vôtredit
commandement ; & ne prendray
pension,gages , ou estat , d'autre
Roy, Prince, Potentat , & Seigneur
que ce soit , ny m'obligeray au fervice
d'autre Perſonne vivante que
de Vostre Majestéſeule,fans vostre
expreſſe permiffion ; Que je vous
revéleray fidellement tout ce que
jesçauray cy-apres importer vostre
Service, l'Etat, & conſervation du
préſent Ordre du Saint Esprit, duquel
il vous plaift m'honorer ; &
ne confentiray , ny permettray jamais
, en tant qu'àmoyſera , qu'il
Soit
GALANT.
97
A
*
ne
Soit rien innové ou attenté contre
le service de Dieu , ny contre vostre
Autorité Royale , & au préjudice
dudit Ordre, lequelje mettray peine
d'entretenir & augmenter de
tout mon pouvoir. Le garderay &
obſerveray tres religieusement les
Statuts & Ordonnances d'iceluy.
Ie porteray à jamais la Croix
cousuë & celle d'or au col , comme
il m'est ordonné par les Statuts
; & me trouveray à toutes les
Affemblées des Chapitres genéraux
toutes les fois qu'ilvous plaira me
le commander ; ou bien vous feray
présenter mes excuses , lesquelles
je ne tiendray pour bonnes ,fiellesne
- font approuvées &autorisées de Vô-
#sftre Majesté, avec l'avis de la plus
-grande part des Commandeurs qui
wil feront prés d'Elle , figné de vostre
main, &fcellé du Scel de l'Ordre ,
I dont je feray tenuretirerActe.
Janvier 1682 .
107
96
E
98 MERCURE
Apres que Monſeigneur le
Dauphin eut ſigné l'Acte de fon
Serment , Monfieur Guitonneau,
Premier Valet de Garderobe,
luy oſta le Capo , & le Roy luy
mit le Cordon bleu ,en luy diſant,
Recevez de nostre main le Collier
de noftre ordre du Benoist Saint
Esprit , au nom du Pere, du Fils , &
-du Saint Efprit . En ſuite Sa Majeſté
luy mit le Manteau &le
Collier de l'Ordre. Monfeigneur
le Dauphin ſalüa le Roy en ſe
relevant,& apres luy , Monfieur,
Monfieur le Duci& les Officiers
firent le meſme falut. Cela eſtant
fait , les Officiers ſalüerent pour
laderniere fois l'Autel , le Roy,
la Reyne,& les Chevaliers , & la
Marche fut la meſme pour reconduire
le Roy dans ſa Chambre,
qu'elle avoit eſté pour venir
e. Apres que Sa à la D
✓ LYON
Majesté
EGALANT.
99
-Majesté y fut entrée ? Monſieur
de Meſmes précedé encor
du Heraut & de l'Huiffier , reconduisit
Monſeigneur leDauphin
juſqu'en ſon Appartement
Vous vous connoiſſez trop bien
en Muſique pour n'eſtre pas fatisfaite
de l'air nouveau que je
voux envoye. Il eſt d'un des nos
plus grands Maiſtres , & vous
n'aurez pas de peine à vous en
appercevoir , quand vous en aures
parcouru les Notes.
AIR
NOUVE
A
Pres un rude affaut nous
avons la victoire,
Bacchus s'est declaré pournous,
Banniſſons les foucis , ne pensons
ةرا
plus qu'à boire,
Mon coeur il n'est rien deſi doux.
Pour éteindre une belle flâme,
Ej
0100 TMERCURE
C
4
Qu' Amour allume dans nostre
Par tout ce qu'il a de plus fort,
24b , qu'il faut faire un grand
effort ?
Il ſemble par ces dernier
Vers qu'il n'y ait rien de plus
difficile à un Amant que de s'affranchir
de ſa paffion. Cependant
on en voit peu de durables,
& fur quelques fondemens que
les belles liaiſons ſe ſoient eſtablies,
les plus vieux Amours
meurent toûjours jeunes . C'eſt
cosque dit agréablement Monfieur
de Fontenelle dans le galant
Ouvrage que je vous envoye.
Il luy a donné pour titre .
4338 ?? ???? aad
t
LES
GALANTM fot
AN
S
ble
elti
1000
Cer
LES JEUX
J
OLIMPIQUES.
Adis de cent ans en cent ans,
Lamagnifique Rome à tousfesHabitans
Donnoit uneſuperbe Feste ;
Et les Hérauts crioient , Citoyens ,
accourezone ford
Vousn'avez jamais veu , jamais
vous ne verrez
Le Spectacle qu'on vous apprefte.
97 971
Ce n'est pas , qu'à parler dans la
: grande rigueur,
On n'eust bien på trouver quelque
Teſte chénuestrooms 21
D'une opiniâtre vigueur ,
Parquila Feste eût esté déja venës
Mais quoy ? dans la condition
LEA2 E iij
102 MERCURE
Ou les Dieux ont réduit la triſte
vie humaine,
Un cas fifingulier ne valoit pas la
peine
Qu'on en fit une exception.
3
Telle est chex les Amours la coûtume
établies
Lamesme chose s'y publie
A des Jeux folemnels qu'ils celébrent
entr'eux10006
Mais ce qui fait pitié quand on le
confidere,
C'est que tous les quatre ans on celébre
ces Feux';
Cependant pour ces malheureux
C'est une Feste Séculaire,
Iamaisun amourn'en voit deux.
Ils n'avoient pas jadis les mesmes
destinées ,
UnAmourfourniſſoitfa quinzaine
d'années a
Sa
GALANT. 103
ele
Ai
Sa vingtaine, pour faire un compte
encor plus rond;
Ils baiſſent maintenant moins d'un
an les emporte;
Et s'il faut que toûjours ils baif-
Sent de laforte,
Dieu ſcache ce qu'ils deviendront.
Avoir vefcu deux ans la carriere
est jolie
Trois, c'est le bout du monde , on ne
les peut paffer;
Mais d'aller jusqu'à quatre , ho ce
fcroit folie,
Si ſeulement ils ofoient y penser.
**
Auſſi ne fuſſent point une veuë ordinaire,
Lors qu'à ces derniers Teux,& dans
un grand concours,
S'avança le Doyen de Cypre & de
Cithere,
Eij
104 MERCURE
Le Mathusalem des Amour,
Un Amour de cinq ans , & qui de
ce Spectacle
Leur eust fait paravance unfidelle
raport ;
Le petit Peuple ailé, dans un commun
transport,
Batit des mains, criamiracle.
Mais,grands Dieux ! que ne futcepas,
4.
Quand il vint dans la Lice , &
malgré ce grand age,
Sur desjeunes Rivaux remportal'avantage.....
En toutes fortes de Combats ?
Car ces leux reſſembloient àceux
que vit l'Elide ,
Ieux querriers,où venoient s'exercer
lesAmours;
Tatoſt àdéclarer uneflâme timide,
Qui veut parler , & qui se taist
toûjours ;
Tantoft
JGALANT. δαος
Tantoſt àplacer bien ces douces ba-
C
gatelles ,
Ces petitsfoins qui touchent tant;
Tantoſt à ſe plaindre des Belles
Avec respect , &mesme en s'emportant
/embe
Que Sçay-je enfin? Sous cette fauffe
of suppe 100 έ
Ils préludent enſemble à leurs charfarsbarmans
travauxsiend
1 Et tous dans leur mestier scavent
anov des tours nouчених
Apres un tel apprentiſfage.
laub sup
?
сенх
eron
mide,
e
200T
D'une foule d' Amours le Vainqueur
fut fuiugr yol you ST
GL
De toutes parts l'allegreſſe s'exprime
is Paro milletichis redoublez à
l'envy; Homanchi
L'un admire à cinq ans quelle force
L'anime
ינכ
CCLLC FUNE
EV
A
106 MERCURE
L'autre vent sçavoir le régime
Dontjusqu'à lors il s'est fervy.
**
Mais bay ; Ce ne font pas icy,
comme j'efpere,
Dit-il,Les derniers Jeux où je me
trouvere; 中さい。
Il n'eſt pas encor temps que je
fois admire, leur
Et qu'il ſoit dit , ſans vous déplaire,
Tous tant que vous voila,je vous
Menterrere. НЕ ВИРОТКА
Mon deſtin ſera tel , que des
Amours antiques
Chez les Amours futurs moy ſeul
je feray foy s
On me confultera ſur de vieilles
pratiques,
Dont la memoire auroit péry
ſansmoy;
Mais puis que vous voulez ſçavoir
cequi medonne
b
Cette
GALANT. 107
Cette longue ſanté dont vous
** eftes ſurpris,
Je vis de ce beau feu qui fort des
yeux d'Iris ,
Et commeon voit, la nourriture
est bonne.
Mr Lucas Secretaire duCabinet
du feu Roy , mourut en ſa
Terre de Saclé proche de Paris,
furla fin du dernier mois.Il avoit
beaucoup de merite & de belles
connoiffances.C'eſt ce qui l'avoit
fait employer dans d'importantes
Negotiations en Angleterre avec
☐ feu M² le premier Préſident de
Bellievre ,& end'autres Royaumes
Etrangers. Il ſçavoit tresbien
la vieille Cour , & rien ne
luy avoit eſté caché des plus particulieresactions
duRoy ſon Mai.
tre,dont il avoit merité les bonnes
graces. Toutle Monde connoif
foit
108 MERCURE
foit ſa probité . Il avoit du coeur
&de la bonne foy, & eſtoit Beaufrere
de Monfieur de Bartillac,
Garde du Tréſor Royal.....
Meffire Pierre de Larozepeire,
Maréchal de Camp des Armées
duRoy, ancien Gouverneur , &
Grand Bailly d'Oudenarde , eſt
mort auſſi le dernier jour de l'année.
Je vous parlay il y a deux mois
de la mort de Monfieur de la
Baume, Conſeiller au Parlement
deDauphiné. Elle a eſté ſuiviede
celle duDoyende ce mêmeParlement,
qui portoit auſſi lenomde
la Baume, Comme cette illuftre
Famille a fait pluſieurs Branches,
vous ne devez pas eſtre étonnée
ſi je vous en entretiens ſouvent.
M' de la Baume , Seigneur de la
Rochette , de Pananer, de Châ
seaudouble ,& autres Places,Pere
de
GALANT. 0109
-
es
&
1
de ce dernier mort, s'eſtoit acquis
grande réputation au Parlement
de Grenoble , dont il fut Doyen,
& du Sénat de Savoye. Il merita
la confideration de Marie de
Medicis , qui le fit Maiſtre des
* Requeſtes de fon Hoſtel ; &
Gaſton de France , Duc d'Orleans
, le voulut avoir en meſme
temps pour ſon Conſeiller ordi-
- naire ; apres quoy il fut fait Confeiller
d'Etat à la recommandation
de Monfieur le Cardinal de
Richelieu. Il épouſa une Fille de
la Maiſon de la Croix Chevriere,
qui a donné deux Eveſques &
PrincesdeGrenoble. Il n'en cut
qu'un Fils quis'allia dans la Maiso
de Scarron,laquelle a auſſi donné
un Evefque & Prince de Grenoble.
C'eſt ce Fils.qui eſtantDoy en
Dis
la
de
Tre
e
10
ha
du Parlement & Confeiller d'Eert
tat, depuis le Ministere de Mondde
eli fieur
CIFO MERCURE
ſieur le Cardinal Mazarin , eſt
mort àChaſteaudouble le 17. de
l'autre mois . Une eſpece d'apoplexic
l'a emporté en peu d'heures.
Toute ſa Famille a fort regreté
ſa perte . Il laiſſe deux Fils ,
dont l'aîné eſt Conſeiller au Par-
-lement de Grenoble.
On m'a fait voir pluſieurs Lettres
, qui portent que Monfieur
de Gaffarel , Doyen en Droit
Canon de l'Univerſité de Paris,
Prieur du Reveſt de Brouffle , au
Diocese de Ciſteron , Commandeur
de Saint Omeil , natifde
Mannes en Provence , mourut à
Sigonce il y a un mois ou deux,
âgé de quatre - vingts ans. Son
mérite perſonnel , ſa profonde
érudition,& l'intelligence parfaite
qu'il avoir des Langues He-
-braïque, Chaldéenne , Syriaque,
Grecque , Latine , Eſpagnole, &
Italien
GALANT
ec
IC
Italienne , l'avoient fait choifir
par feu Monfieur le Cardinal de
Richelieu, pour eſtre ſon Biblio-
* técaire. L'eſtime que ce grand
Homme en faiſoit , luy avoit
attiré celle de tous les Sçavans
del'Europe,avec lesquels il a toujours
eu un tres- grand commerce,&
dont il a eſte ſouvent confulté
fur tout ce qu'il y a de plus
obfcur & de plus impenetrable
dans les Autheurs. Il a donné
quantité d'Ouvrages au Public,
& entr'autres, La Veuve de Sarepta,
les Curiofitez inouies , un Traitefur
les Talismans&fur lesMédailles
antiques , & un autres des
bons & des mauvais Génies. Il travailloit
depuis pluſieurs années à
'Histoire du Monde fouterrain ,
où il parloit des Antres , Grotes;
Mines, Voutes , & Catacombes,
qu'il avoitobſervez pendat trente
2
!!
200
وا
ral
, &
jen
1
ans
142
MERCURE
fous la
ans de Voyages dans toutes les
Parties du Monde. Il avoit prefque
finy cet Ouvrage ; les Planches
en estoient déja toutes gravées
, & on l'alloit mettre
Preffe, quand la mort l'a empefché
d'executer ſon deffein. Il
ſemble qu'il avoit un preſſentiment
de ce qui luy eſt arrivé, car
ſept ou huit mois auparavant il
écrivit à trois de ſes Amis , qu'étant
dans un âge tres- avancé , &
ſentant ſes forces diminuer chaque
jour il deſeſperoit de pouvoir
mettre ſon Livre en lumiere,
& qu'il les prioit d'y travailler
apres fa mort. L'un de ceux àqui
il écrivit , eſtoit feu Monfieur
l'Abbé de Saint Firmin , quia
eſté affez connu dans le monde
par fa qualité , par fon eſprit &
par ſa ſcience . L'autre eſt Monfieur
l'Abbé Pécoil , un des plus
fince
GALANT.
113
!
finceres , & des plus conſommez
Voyageurs de noſtre ſiecle ; &
le troiſieme , Monfieur Chorier
Avocat au Parlement de Greno-
+ ble qui a fait l'Hiſtoire du Dauphiné.
L'on nous fait eſpérer que
ces deux ſçavans Amisquireſtent
à Monfieur de Gaffarel , & qui
ont eſté les dépositaires de ſes
volontez , ne priveront pas le
Public d'un Ouvrage fi rare & fi
{ curieux , & qu'ils travailleront
inceſſamment à le mettre au
jour.
&
-
Il s'est fait une grande Feſte à
Valenciennes , dont je ne puis
mieux vous apprendre le détail,
qu'en vous envoyant la Lettre
qui m'en a inftruit. Elle est d'un
Gentilhomme qui s'y eſt trouvé.
00
114
MERCURE
A MADAME DE ***
I
AValenciennes ce 11. Janvier,
L
che
est juste, Madame, queje tâàmériter
la bonté que vous
avez de me faire part des divertiſſemens
de vostre Ville , en prenant
le ſoin de vous apprendre ce
qui ſe paſſe dans la nostre. Monfieur
de Magalotti,qui en eſt Gouverneur,
distingué en tant de lieux;
& par tant d'endroits , est celuy
quinous a procuré tous les plaiſirs
dont j'ay à vous parler.
Laveille des Roys,voulant donner
, comme il fait souvent , des
marques de fa magnificence , il invita
chezluy à un grand Repas
pluſieurs Perſonnes choiſies de l'un
& de l'autre Sexe. Vingt Femmes
de qualité rendirent la Feste auſſi
agréa
GALANT .
115

-+
11
16
3
agréable que brillante , & autant
d'Hommes tous Marquis , Comtes ,
Vicomtes , Barons , ou Officiers aux
Gardes ,y parurent avec éclat.
Jamais on ne vit tant de jeux,
Tant de grandeur , tant de déli ..
cateſſe ,
Tant de beauté, ny tant de politeffe
Que l'on en vit dans ces beaux
Lieux.1
Tout y estoit parfaitement bien
ordonné. Les Dames en descendant
de Carroſſe, trouvent un Ecuyer de
bon air , ( car on n'en voit point
d'autres dans la Maison de ce Gouverneur
) qui leur donnoit la main
pour les conduire jusqu'à la Porte
de la premiere Salle de l'Apartement
d'enbas , où ilse trouvoit luymesme
pour les faire paſſer dans
une ſeconde , éclairée d'un grand
nombre de Bougics , & de là dans
:
:
D
116 MERCURE
Sa Chambre , où l'on voit quantité
d'excellens Tableaux dont elle est
ornée. Tous les Gens priez s'estant
rendus chez ce Gouverneur iljugea
qu'il falloit , pour éviter les cerémonies
qui troublent affez ſouvent
lajoye dans des Affemblées de cette
nature , que chacun tant les Hommes
que les Femmes , tiraſtſon rang
au Billet. In enfit en mesme temps
apporter qu'il avoit fait mettre
dans une tres- belle Bource. Lors
que chacun eut fon numero , il fut
question de faire un Roy , &de tiverpour
cela de nouveaux Billets,
dont un seul estoit écrit. Le fort
tomba Sur Monsieur le Marquis
de M .... qui choisit pour Reyne,
Madame la Comteffe de .... C'est
une Perfonne toute pleine de merire,
& qui le pourroit diſputer pour
la beauté avec tout ce qu'il y a
de Femmes . Il luy fit préfent d'un
Bouquet de Fleurs admirables .
GALANT. 117
Chacun en fut ſurpris ; jamais
.....plus galamment
Onne vit le Printemps,alors qu'il
renouvelle ,
1 : Parer le ſein de cette Belle ,.
Que fit l'Hyver dans ce moment.
.
T
1
Afin que vous connoifiez que
Monsieur de Magalottin'est pas
moins curieux qu'il est magnifique,
vous sçaurez , Madame,que toutes
ces belles Fleurs avoient esté priſes
dans fon Jardin..
Apres cette Cerémonie, l'onmonta
dans un autre appartement qui
estoit du moins auſſi orné que celuy
que l'on venoit de quitter. Toutes
les Chambres estoient remplies de
lumieres, & tendues des plus belles
Tapiſſeries qu'il y ait dans toute la
Flandre , que ce Gouverneur a fait
faire exprés pour les lieux, & d'apres
les Deffeins de Monsieurle
2007
Brun.
118. MERCURE
Brun. Je ne puis mieux vous marquer
que par ce nom , que ce doit
Lestre quelque chose de fort beau.
Avant que d'entrer au lieu où la
Compagnie devoit manger, on paſſa
par une fort grande Salle , où il y
avoit deux magnifiques Buffets
garnis de toute forte de Vaiselle
d'argent , dont la quantité estoit
Surprenante. Onferendit de làdans
la Chambre préparéepour leRepas.
Deux grandes Tables de vingt- trois
Couverts y estoient dreſſées , & l'on
avoit attaché un numerofur chaque
Serviete, de forte quefansfaire
de façon , chacun prit sa place,
Selon celuy qu'il avoit tiré. On ob-
Servafeulement de donner les deux
premieres au Roy & à la Reyne. Je
n'entreray point, Madame, dans le
détail du Repas , que vous jugez
bien qu'il répondit à la grandeur
d'ame de celuy qui le donnoit. Ie
vous
GALANT. 119
vous dirayſeulement que les Viandes
estoient tres délicates,que Flore
&Pomone se dépoüillerent de toutes
leurs richeſſes pour cettefuperbe
Feſte , & que jamais on nevit en-
Semble tant de Fleurs & tant de
Fruits. Apeine commençoit- on à
manger , qu'on fut agréablement
Surpris par l'union de plusieurs
Haut-bois & Flutes- douces , qui
meflant quelquesfois des Airs tendres
aux Airs Champestres , charmerent
cette belle Compagnie par
- les uns & par les autres. Si tost
qu'on se fut levé de table , toutes
les Femmes paſſerent dans la Salle
du Bal , qui estoit éclairée d'une
infinité de Lustres .Les Violons qu'on
y avoit placez en grand nombre,
Les receurent en jouant les Ouvertures
des derniers Opéra. Le Parquet
, la Boiferie , & la Sculpture
de cette salle , font admirables .
L'or
120
MERCURE
L'or & l'argent dont les Dames
estoient toutes couvertes, brilloient
merveilleusement aux flambeaux.
Elles firent l'ornement du Bal, &
Les Hommes y dancerent d'un airà
Se faire reconnoistre pour ce qu'ils
estoient. Enfin , Madame , rien n'y
manqua &je ne sçay si Paris , tout
grand qu'il eft , en pourroit fournir
un plus accomply.Ily vint beaucoup
-deMasques de Tournay , de Condé,
de Bouchain, &d'autres lieux, tous
Gens de fort grande qualité.
Chacun dans ces momens auroit
2014 bien pû parler
•Du feu qui le faiſoit brûler; 2
Mais helas dans ceslieux l'onde
eft inexorable ,
Le plus fidelle Amant eſt le plus
miferable; ?
-Il faut qu'il ſoit toûjours difcret,
Et que de ſes ſoûpirs ils ſe faſſe
daun ſecret บน
1:1 le
GALANT 121
1
1
?
Ie fus auſſi mal-heureux que tous
les autres ;& quoy quej'aime beaucoup
depuis qu'ila plû à Sa Majesté
de m'attacher dans ce Pais , je ne
pus gouster d'autre bien , que celuy
de voir ce que j'aime Sans pouvoir
l'entretenir. Le Balfut interrompto
parfix Officiers du Gouverneur qui
entrerent, les uns chargez defruits,
& les autres de liqueurs . Quelque
temps apres,le Balfut continué, &
durajuſques à cinq heures dumatin,
que toute la Copagnieſe rendit
ala Chapelle de S.Pierreſur la Place,
pour entendrela Meſſe, queM
Magalotti fit dire par son Aumônier.
N'avourezvous pas apres cela,
quele Gouverneur de Valenciennes
est un des plus galans Hommes qu'il
yait au monde , & qu'on est trop
heureux de pouvoir vivre dans la
Place qu'il comande oudansſon voi-
-finage? IeSuis, Madame, vôtre &c
11 Janvier 1682 . F
122 MERCURE
Cette Feſte me fait ſouvenir
d'un avis que je me crois obligé
de vous donner touchant celle
de Charolles dont vous avez
veu les particularitez dans ma
Lettre de Novembre. Les Memoires
que l'on m'en avoit donnez
ne ſe ſont pas trouvez juſtes,
& je ne puis dire par quelles raifons
ceux qui ont pris la peine
de les dreſſer , ont appliqué aux
honneſtes Gens de cette petite
Ville , dont ils ont emprunté les
noms , ce qui s'eſt paſſe dans un
autre lieu de Bourgogne . Je ne
voy pas quel avantage ils peuvent
tirer de cette plaiſanterie,
dont apparemment ils ne voudroient
pas ſe nommer autheurs .
On m'a appris que la
Charolles, bien que compoſée de
quantité de Perſonnes d'honneur
&d'eſprit , n'eſt nullement prola
1
Ville de
v pre
1
GALANT.
123
pre à des divertiſſemens de cette
nature . L'aſſiete en eſt affez
incommode , & l'humeur des
Gens de l'un & de l'autre ſexe,
quiy vivent fortihonneſtement,
mais dans une grande retraite, ne
pourroit pas s'accorder avec ces
fortes de Feſtes d'éclat & de dépenſe.
C'eſt dequoy , Madame,
j'ay voulu vous informer , & en
meſme temps le Public , afin
it
it qu'on ne m'envoye plus d'Hiſtoires
qui ne foient vrayes dans
toutes leurs circonstances Sij'en
reçois d'inventées, on les démef-
0
lera toûjours toſt ou tard au deſavantage
de ceux qui n'auront
pas écrit juſte...
-de
de
DIO
Je vous promis l'autre mois de
vous parler de l'Académie de
Peinture & de Sculpture; il faut
vous tenir parole. N'attendez pas
pourtant un détail de tout ce
Fij
124 MERCURE
qu'on pourroit dire ſur cette matiere.
Il ſeroit trop long , &. mes
Lettres ordinaires devant eſtre
diverſifiées par un grand nombre
d'Articles , dont celuy- là rempliroit
la place, ſi je le pouffois dans
toute ſon étenduë , il ſuffira que
vous en ſçachiez affez fur cet
établiſſement, pour connoiſtre ce
que c'eſt , & en parler dans l'occafion
. Tout ce quiſe fait ſous le
regne de Sa Majesté , eſt grand
&digne d'eftre connu.
Les Peintres & Sculpteurs du
Roy ,& quelques autres des plus
habiles de cette Profeſſion,eſtant
pourſuivis par les Maiſtres Peintres
de Paris, s'unirent enſemble,
& commencerent à former un
Corps ſous le nom d'Académie
Royale de Peinture & Sculpture.
Leur deffein furde faire desexercices
publics pour élever ce bel
! Art
GALANT.
125
50
ce
a
d
di
be
UA
le
ire
er
bel
Art
Art en France au plus haut point
de perfection qu'ils ſeroient capables
deiluy donner , & repondre
par ce moyen aux graces que
Sa Majesté faiſoit aux habiles
Peintres & Sculpteurs , qu'Elle a
toûjours honorez des marquesde
fon eſtime..
Cette Societé s'eſtantd'abord
miſe ſous la protection de Monfieurle
Cardinal Mazarin & viceprotection
de Monfieur le Chancelier
Seguier, qui par leur autorité
ſeconderent ſes deſſeins,préſenta
au Roy une Requefte , où
elle expoſa toutes les pourſuites
qui luy eſtoient faites,& le prejudice
que recevoit l'Art de Peinture
& de Sculpture , à qui l'on
vouloit oſter cette noble liberté
quiluy eſt naturelle,pourl'aſſujettir
aux Loixd'un Métier mécanique&
fervile.Sur cette Requeſte,
Fiij
126 MERCURE
le Confeil donna Arreſt le 20.
Janvier 1648. & fit défenſes aux
Maiſtres de troubler l'Academie
dans ſes exercices .
,
Ceux qui compoſoient cette
Aflemblée dans ſon commencement
eſtoient au nombre de
vingt cinq Perſonnes , ſçavoir,
douze Officiers , à qui dans ce
temps là on avoit donné le nom
d'Anciens , & qui chacun dans
leurmois faifoient les Leçons publiques
, onze Académiciens &
deux Sindics. En voicyles noms.
Les douze Anciens , Meffieurs
le.Brun, Errard , Bourdon, de la
Hyre , Sarafin , Corneille , Perrier
, de Beaubrun , le Sueur ,
Juſte d'Egmont , Vanobftat , &
Guillain.
Lesonze Académiciens , Meffieurs
1du Garnier , Vammol,
Ferdinand , Boulogne , Montperché,
GALAN T.
127
perché , Hans , Teſtelin l'aîné ,
Gerard Goſin, Pinage , Befnard,
& de Seve l'aîné . Les deux Sindics,
que préſentement on appelle
Huiffiers , estoient les Sieurs
Bellot & Levefque .
- Un peu aptes que cet Arreſt
eut eſté donné , on preſenta des
Statuts pour ſervir de Reglemens
entre les Académiciens , & pour
ceux qui viendroient étudier.
Ainfi dés le mois de Février de
la meſme année 1648. l'Acadé
mie dreſſa treize Articles de Reglemens
qui furent approuvez
& omologuez par Lettres Patentes
dumeſmemois. L'expérience
ayant fait voir cinq ou fix années
apres , que pour l'avancement
de l'Académie , il eſtoit neceſſaire
d'ajoûter quelques Articles
aux premiers Status , il en fut
dreſſe vingt- un autres, qui ayant
efté
128 MERCURE
eſté de meſme preſentez au Roy,
furent omologuez par Lettres
Patentes dumoisde Janvier 1655.
Depuis ce temps- là , Sa Majeſté
fatisfaite du progrés que faiſoit
l'Academie, luyaccordadenouveaux
Statutsbeaucoup plus amples
que les premiers , tant pour
augmenter ce qui avoit eſte obmis
, que pour corriger ce que le
temps avoit fait connoiſtre ne ſe
devoir plus faire de la maniere
qu'il avoit eſté ordonné par les
Statuts precedens. Ces trois fortes
de Statuts & Lettres Patentes
ont eſté folemnellement regiſtrées
en Parlement, à la Cham
bre des Comptes , & à la Cour
des Aides , malgré les oppoſitions
formelles des Maiſtres.
A
L'Académie, qui dés fon com
nent mencement's's'eſtoit miſe ſous la
protection de Monfieur le Cardinal
GALANT.
129
dinal Mazarin,& viceprotection
de: Monfieur le Chancelier Se
guier , pria en 1663. apres la
mort de ce Cardinal , Monfieur
le Chancelier Seguier de pren-
_dre ſa protection , & Monfieur
Colbert ſa vice-protection ; &
preſentement , & dés l'année
1672. aprés la mort de ce Chan.
celier , elle a pour Protecteur
Monfieur Colbert, & pour Vice-
Protecteur Monfieur le Marquis
de Seignelay.
-.L'amour que ce grand Mini .
ſtre a pour les beaux Arts, qu'il a
fi fort élevez en France , vous
perfuadera aisément que l'Aca
demie luy eft redevable de la
plus grande partie des Privileges
qui luy ont eſté accordez par Sa
Majesté. Les principaux font ,
qu'il luy eft permis de choifir
telles Perſonnes desplus
:
Fv
130
MERCURE
éminentes qualitez du Royaume
qu'elle jugera à propos pour ſa
protection & vice- protection .
Le Roy luy a fait la grace de
la loger dans ſes Maiſons Royales',
luy ayant donné dans fon
commencement la joüiſſance de
la Galerie du College Royal de
l'Univerſité ; en ſuite un autre
Logement plus fpacieux auprés
des Tuilleries ; un autre apres
plus commode dans la Galerie du
Louvre ; & enfin dans le Palais
Royal, où elle est établie préſentement.
SaMajesté fait un Fond dans
l'Etatde ſes Bâtimens,d'unePenſion
confidérable pour ſes Officiers
, entretien du Modele , &
autres dépenſes qu'elle est obligéede
foûtenir.
Tous les Procés concernant
ſes fonctions,ouvrages & exercices
GALANT. 131
F
1
ces publics , font évoquez au
Conſeil d'Etat;& l'Académie eftant
affemblée , eſt établie pour
Juge des Diférends qui interviendront
fur l'Art de Peinture
& de Sculpture.
Celuy qui préſide dans ſes
Aſſemblées , reçoit le ſerment de
ceux qui font jugez capables d'eſtre
admis pour Académiciens.
Ses Déliberations priſes dans
les Affemblées, ont force de Sta
tuts: 1010
-
-Elle a ſeule le pouvoir de po-
-fer leModele, faire montre , &
donner Leçon publique touchát
--le fait de Peinture & Sculpture ,
--& leurs dépendances , avec défenſe
à tous autres d'entrepren-
- dre de le faire, & pour empefcher
que perſonne ne puiſſe ef-
-tre admis dans l'Artde Peinture
& de Sculpture par d'autres
voyes
132 MERCURE
1
voyes que par la capacité , Sa
Majesté defend à toutes Perſonnes
de prendre la qualité de ſes
Peintres & Sculpteurs , s'ils ne
font de l'Académie , révoquant
tous Brevets qui peuvent avoir
eſté donnez pour ce ſujer , &
dans cette veuë, Elle obligea tous
2
2
ceux qui en estoient pouveus
quadil' Academie comença à s'établir,
de s'unir à ce Corps; faute
dequoy, ils en reſteroientdéchus.
L'Academie peut avoir d'autres
Lieuxdans la Ville pour faire
ſes Leçons publiques ,& eſtablir
des Ecoles Académiques
dans toutes les Villes du Royaume
fous ſes ordres , conformément
aux Lettres Patentes &
Articles de Reglemens que le
Roy luy a accordez du mois de
Novembre mil fix cens ſeptante-
fix.
Sa
GALANTA
Sa
D
10
ம்
le
133
Sa Majesté a auſſi eſtably à
Rome une Académie,où Elle entretien
un Modele,& donne pens
fion aux jeunes Etudians qui
vont y prendre Leçon , apres
avoir remporté le Prix dans l'Académie
; & pour y préſider,
l'Académie y envoye un de ſes
Recteurs . Le premier qu'elle ait
choiſy pour cela , a eſté Monfieur
Errard , en ſuite Monfieur
Coypel , & apres luy ,Monfieur
Errard y eſt retourné.Undes Statuts
de l'Académie porte , que
toutes les Expéditions des Délibérations
, Provifions, & autres ,
ſeront purement émanée& intitulées
de l'Academie . 4
Les Académiciens qui rempliront
les premieres places jufqu'au
nombe de quarante, feront
déchargez de toute Tutelle,Curatelle
, Guet & Garde , avec
1 201 droit
34
MERCURE
droit de Commitimus aux Requeſtes
de l'Hoſtel ou du Palais
àParision
Les Eléves des Académiciens
qui n'ont pas affez de capacité
pour eſtre admis dans l'Académie,
doivent eſtre reçeus dans la
Maiſtriſe de toutes les Villes du
Royaume , ſur le Certificat de
celuy chez qui ils auront demeuré
, viſé par le Chancelier,
&contreſigné par le Secretaires;
ee Certificat leur tenantlieu de
Brevetd'apprentiſſage.
- Les Ouvrages des Académi
ciens ne peuvent eſtre moulez
ny copiez ſans leur permiffion .
Enfin cette Académie eſtmaintenue
dans tous les Priviléges
accordez , tant par Sa Majesté
que par les Roy ſes Prédecefſeurs
, à ceux de cette Profel-
Hons.S01E0
Les
GALANT.
135
|-
10
G
re
Les Officiers qui la compoſent
font , un Directeur , qui par les
premiers Status eftoit appellé
Chef, & qu'on peut changer, ou
continuer tous les ans. La Compagnie
a la liberté de choiſir
pour cette Charge une Perſonne
de fon Corps,ou un autre qui
n'en ſoit point. Elle a eſté poſſedée
dans ſon commencement
par Monfieur de Charmois , &
en 1656. par Monfieur de Ratabon
Sur - Intendant des Baſtimens.
Un Chancelier, dont la Charge
eſt perpetuelle. Cette Place
dés l'eſtabliſſement de l'Académie,
a eſté remplie par Monfieur
le Brun, qui non feulement comme
Chancelier , mais encor à
cauſe de ſa qualité de premier
Peintre du Roy , préſide dans
toutes les Affemblées , & reçoit
le
436 MERCURE
le Serment. Sa fonction est de
mettre le Viſa ſur les Expéditions,&
deles ſceller du Sceau ,
qui a d'un coſté l'Image du Protecteur
, & de l'autre, les Armes
de l'Académie .
Quatre Recteurs auffi perpetuels,
& deux Adjoints pour remplir
la place des abfens . Leur
fonction eſt de ſervir par Quartier
, de ſe trouver tous les Samedis
à l'Académie , pour s'appliquer
avec le Profeſſeur en mois,
à la correction desEtudians , juger
de ceux qui auront mieux
fait & merité quelque recompenſe
, & pourvoir à toutes les
autres affaires .
Douze Profeſſeurs, dont deux
tous les ans peuvent eſtre changez
au fort , & huit Adjoints . Ces
Profeſſeurs doivent ſervir par
mois, ſe trouver à l'Académie tous
les
GALANT.
137
les jours pendant leur mois de
ſervice , poſer le Modele en atti
tude à deſſiner , corriger les Eru-
→ dians , & prendre le ſoin des autres
affaires. Il y a encor deux
Profeffeurs , l'un en Geométrie,
* & l'autre en Anatomie, qui don--
nent des Leçons deux jours de
chaque ſemaine.
10
Un Tréſorier , pour recevoir
les Penſions du Roy & autres
Effets de l'Académie , en faire la
diſtribution , & avoir la princi
pale garde desTableaux, Sculptures
, Meubles, & Uſtenciles de
- l'Académie .
Plufieurs Conſeillers , qui font
diviſez en deux Claffes ; ſçavoir,
la premiere , compoſée de ceux
qui ſont ſortis d'autres Charges;
6. & la ſeconde , de Gens demerite
, qui pour l'amour & la connoifsace
qu'ilsoonntt de ces Arts, fees
ront
2112
138 MERCURE
ront admis dans l'Académie,
comme Confeillers amateurs , qui
eſtant d'un talent particulier,
c'eſt à dire qui ne profeffant pas
cet Art dant toutes ſes parties,
ne peuvent parvenir qu'à cette
qualité. Tous ces Confeil
lers ont voix delibérative dans
les Aſſemblées.
1 Un Secrétaire, pour avoir foin
des Affaires , tenir les Regiſtres
, & contreſigner toutes les
Expéditions . 15
L'Académie peut auffi avoir
deux Huiffiers pour la fervir
dans toutes les chofes qui luy
feront neceffaires. Ces Huiffiers,
s'ils font Peintres ou Sculpteurs,
joüiront des Privileges de l'Acedémie.
7
L'Academie Romaine , dite
de S.Luc , ayant la connoiffance
de l'eſtabliſſement & du me-
こいいと
rite
GALANT.
139
ة
-
rite de ceux dont celle de France
- eſt composée,ſouhaita faire avec
elle un commerce d'amitié &
* d'inſtruction pour la perfection
de cet Art; & afin de l'obtenir,
elle commença par l'élection
qu'elle fit de Monfieur le Brun
pour ſon Prince & Chef , qui
eſt une qualité qu'elle n'a jamais
donnée à d'autres Perſonnes
qu'à celles qui font dans la Ville
de Rome , & qu'elle a continuée
àMonfieur le Brun deux années
de ſuite ; ce qui donna lieu au
Roy d'accorder des Lettres de
jonction de ces deux Corps au
mois de Novembre 1676.qui ont
eſté verifiées en Parlement.
L'Academie ne reçoit perſonne
qui ne ſe fafſe ſe diftinguerdu
commun par ſon merite. Ceux
qui profeffent cet Art dans toutes
ſes parties , peuvent entrer
dans
140
MERCRUE
<
dans toutes les Charges de ce
Corps ; mais ceux qui n'ont que
des talens particuliers , comme
ceux qui s'attachent ſeulement
aux Portraits , aux Païſages , ou
aux Fleurs & Fruits , quoy qu'ils
ne laiſſent pas d'y eſtre reçeus ,
ne peuvent parvenir au plus qu'à
la qualité de Conſeillers.
Les habiles Graveurs y font
auſſi reçeus aux meſmes conditions.
L'ordre pour leur reception
eft,que tous ceux qui travailléten
Figure &en Hiſtoire , doivent
travailler pendat un mois d'apres
leModele, en la prefence duProfefleur
; en fuite dequoy on luy
done un Sujet des Actions heroï
ques du Roy , par des figures allegoriques.
Ce Sujet eſtant preſenté
à l'Académie , elle delibere
à la pluralité des voix , fi le Defſein
doit eſtre reçeu ; & s'il eſt
ainſi
GALANT. 141
ainſi jugé,on ordonne à l'Afpirant
de faire unTableau d'une certaine
grandeur , qui eſtant fait , eſt
encor jugé à la pluralité des
voix. L'Aſpirant eſt en ſuite reçeu
, apres avoir fait le ferment
entre les mains du Chancelier..
Ceux qui ont quelque talent particulier
, preſentent de leursOuvrages,
comme les premiers, ſans
neantmoins eſtre obligez de travailler
d'apres le naturel.
Il me reſte à vous apprendre
les noms de ceux qui ſont preſentement
Officiers de l'Académie.
Je vous ay déja marqué queMonfieur
le Brun en eſt Chancelier,
& principal Recteur.
Recteurs.
- Monfieur Anguier, Sculpteur.
- Monfieur Girardon, Sc.A
Adjoints à Reiteurs.
Monfieur de Seve l'aîne,Peintre.
Mon
;
142
MERCURE
3
Monfieur Desjardin, Sc .
Conseillers-Profeffeurs .
Monfieur Beaubrun , P. Profeffeur
& Treforier.
Monfieur Buiſter, Sc.
Monfieur Mauperché, P.
Monfieur Buiret, Sc.
Monfieur Coypel, P.
Profeffeurs.
Monfieur Regnaudin , Sc .
Monfieur Paillet , P.
Monfieur de Seve, P.
Monfieur Blanchard, P.
Monfieur de la Foffe, P.
Monfieur Lehongre, Sc.
Monfieur Coyſevaux, P.
Monfieur Hoüaffe, P.
Monfieur Tuby, Sc.
Monfieur Audran , P,
Monfieur Jouvenet, P.
Monfieur Montaigne, P.
Adjoints à Profeſſeurs.
Monfieur Corneille l'aîné, P.
Mon
GALANT .
143
Monfieur Raon, Sc.
Monfieur Monier,P.
Monfieur Maffou , Sc .
Monfieur Stella , P.
Monfieur Verdier, P.
Monfieur Licherye, P.
Monfieur de Namur, P.2
Profeſſeur en Géometrie &
Perspective.
Monfieur Leclerc, Graveur.
Profeſſeur en Anatomie.
Monfieur Friquet, Po
Confeillers.
Monfieur Rouffelet, Gr.
Monfieur Yvart, P.
Monfieur Tortebat, P.
Monfieur Rabon, P
Monfieur Silvestre, Gr.
Monfieur Edelinck, Gr.
MonfieurBaptiste Monoyé, P.
Susil Monfieur Herault, P.)
Monfieur Vandermeulin, P.
Monfieur Audran, Gr.
Monfieur Guérin, Secretaire .
144
MERCURE
Le Dimanche , onzième de ce
mois , Monseigneur le Dauphin
tint ſur les Fonts de Baptefme le
Fils d'un des Officiers de Madame
la Dauphine , avec Madame
la Marquiſe de Chaſteau-neuf,
Femme du Secretaire d'Etat de
ce nom. Monfieur l'Eveſque de
Meaux en fir la Ceremonie dans
la Chapelle du Chaſteau de S.
Germain .
Monfieur l'Eveſque de Cler
mont à reçeu depuis dix ou douze
jours l'Abjuration de Monſieur
& de Madame de Strada ,
à laquelle ce vigilant & pieux
Prélat travailloît depuis longtemps.
Ils eftoient tous deux nez
dans l'Herefie, Monfieurde Strada
, Seigneur de Serlieve à une
lieuë de Clermont , eftant originaire
de Flandre, & Madame de
Strada de la Famille des Fabrices.
GALAN T. 145
C
ces. Les bonnes qualitez de l'un
&de l'autre les faifoient fort
eſtimer dans la Province , & ils
n'eſtoient connus de perſonne
qui ne ſouhaitaft leur converſion.
Ainfi ce fut une joye univerſelle
de les voir enfin affez
penetrez des lumieres de noſtre
Foy , pour abjurer l'Erreur de
Calvin. La Ceremonie ſe fit
dans l'Egliſe Cathedrale deClermont
avec une affluence de
monde incroyable. Mademoifelle
de Strada leur Fille ſuivit
leur exemple , ainſi qu'une Fille
de leurs Domeſtiques. Monfieur
l'Eveſque leur fit un Difcours
qui attira les larmes de
tous ceux qui l'entendirent.
Le Te Deum fut chanté enſuite
folemnellement , & tout le
monde fortit avec une ſatisfaction
extraordinaire .
Janvier 1682 , G
146 MERCURE
Vous me marquez en avoir
tant eu du ſçavant Diſcours que
je vous envoyay il y a un mois,
de Monfieur Thiot , Avocat du
Roy au Préfidial de la Fleche,
qu'il eſt impoſſible que vous ne
lifiez avec grand plaifir la nouvelle
Piece d'éloquence dont je
vous fais part. Elle eſt de Monfieur
Terraſſon , de l'Abbaye
Royale de Jouxdieu , Directeur
de l'Académie de Villefranche ,
dont pluſieurs de mes Lettres
vous ont appris l'établiſſement &
l'heureux progrés.
1
ر
DIS
GALAN T. 147
-
03-3033-300303803-903-603-
■ DISCOURS PRONONCE'
à l'ouverture de l'Académie
de Villefranche en Beaujolois
, par Monfieur Terraſſon,
Directeur , le troifiéme Decembre
1681 .
MESSIEURS,
Si l'ouverture de nostre Académie
, &le retour de nos Conferences,
estoient un de ces mouvemens parfaits
& circulaires, qui finiſſent &
recommencent par un mesme point,
vous auriez lieu d'efperer quelque
choſe de grand de mon discours ,
&d'y trouver les riches & prétieux
restes de cette gloire & de
cette majesté qui parurent dans la
derniere de nos actions & de nos
Gij
148 MERCURE
aſſemblees Ceux qui eurent l'honneur
d'y prononcer les Eloges defon
Alteffe Royale Mademoiselle , répondirent
fi hautement par laforce
de leur éloquence au meritedu
Sujet,& à la grandeur de l'Action ,
qu'ils nous ont acquis une réputation
eternelle. L'approbation que
cette grande Princeſſe a eu la bonté
de donner à leurs discours , Sera
dans laſuite des temps le plus auguste
monument de nostre gloire,&
le titre le plus illustre de nostre
établiſſement.
Ce seul avantage , Messieurs,
doit nous inspirer legènereux def-
Sein de reprendre nos Conferences
avec autant d'ardeur & de courage
que nous les avons commencées,
& de tâcher par de nouveaux effets
de meriter une si glorieuse prote-
Etion. leſçay bien que dans les actions
d'esprit il n'appartiet qu'aux
Anges
GALANT. 149
:
Anges de neſe laſſerjamais. Cesceleftes
Intelligences brillent toûjours
das leur propre Sphere. Ilsfont infatigables
dans leurs applications
& its donnent un mouvement perpetuel
aux Astres,fans que leurforce
& leur activitéſoient abbatuës,
ny mesme affoibliesfous le poids de
ces grands Globes du Monde. Comme
ces eſprits tiennent beaucoup de leur
principe de cet Eſtreſouverain,dont
les idées & les connoiſſancesfont
toûjours en mouvement , qu'ilsfont
comme des Astres attachez àcepremier
mobile , des Rayons émanezde
ce divin Soleil, des étincelles de ce
feuSacré;Auſſipar l'heureuse participation
de cette premiere ſource
d'activité &de lumiere , leur intelligence
est ferme , constante &
eternelle , & leur penetration est
fi forte , qu'elle triomphe de toutes
Sortes d'obstacles.
3
:
Gij
150
MERCURE
La pureté de leur estre contribuë
encor à cette force invincible de
leursesprits. Lesfubstances qui font
formées de differente matiere , &
par l'harmonie de plusieurs pieces
rapportées ,font ordinairement foibles
& languiſſantes dans leurs
actions, ſoit qu'entre les parties qui
les compofent il y ait de certaines
Subtiles ouvertures &de petits efpaces
vuides qui contribuënt beaucoup
à leur relâchement& à leur
moleſſe, ſoit que ces meſmes parties
n'estant pas toutes d'une force égale,
&se preſſant en differens endroits
par des mouvemens contraires &
oppofez, il arrive bien souvent que
la pefanteur de l'une émouſſe la
pointe & l'activité de l'autre.
Mais les Substances fimples , pures
&spirituelles , comme celles des
Anges , n'estant ny partagées , ny
mêlées , ny étendues , & leur vertu
eftant
+
ISI
GALANT.
eftant toute recueillie & ramassée
dans un seul point , il ne faut pas
s'eſtonnerfi elle ne ſe diffipejamais,
ſi lefeu qui les éclaire brille toûjoursfans
les consumer , si l'esprit
qui les inspire & qui les anime , ne
trouvant point dans le fond de
leur eftre d'ouverture pour s'exhaler
, y forme le principe d'une feconditê
& d'une action eternelle ,
& si par confequent ils font les
Seules intelligences crées qui ne se
laſſent jamais dans les actions
d'esprit.
Noftre ame est spirituelle comme
les Anges , mais sa vertu est bien
plus limitée ; elle a des mouvemens
qui s'affoibliſſent dans laſuite , des
actions qui deviennent languiſſantes
dans leur durée ; & quoy que le
vray & le bien foient les ſeuls objets
qui peuvent fairefon plaisir,
Sajoye &fafelicité , ellese laffe
Giiij
152
MERCURE
neanmoins dans la recherche de
l'un & de l'autre. Il est vray que
pour rendre justice àfon merite , il
faut dire que cette laſſitude d'efprit
&ce dégoût des belles choses que
nous ressentons dans nostre ame,
fontplutost une neceſſité deson état
qu'une foibleſſe de ſa vertu. Son
état preſent est celuy d'un rude &
pesant esclavage qui l'attache au
corps par autant de chaînes qu'il
ad'organes qui le copoſent. La Prifon
de cette belle Efclave eft toûjours
obfcure , & s'il y a quelques
jours qui l'éclairent, ce font de fanx
jours qui ne luy font voir que des
Fantômes. Cette Prison est si étroite,
que nôtre ame ne trouvant que
cinq oufix pieds d'espace pourferemuër,
y demeureſouvent immobile.
Elle est enfin si fourde & fi
profonde , que cette malheureuse
captive n'y peut entendre que le
bruit
GALANT .
153
bruit des tempeftes & des paſſions ;
& les fers de sa captivité font fi
forts que quoy que toutefpirituelle,
elle est contrainte d'emprunter des
pieds pourmarcher, des mains pour
agir, & une langue pour parler; en
forse que son immortalité en cet
état luy feroit inutile pour produire
des actions de vie , ſi nos propres
veines ne luy fourniſſoient des pointes
& des esprits de fang pour les
animer. Mais comme ces esprits &
ces pointes s'évaporent, que les yeux
qui luy fournissent la lumiere ne
Jont pas toûjours ouverts ; que la
langue qui est l'interprete deſapenfée,
eſt ſujete à begayer ; que la
main à qui elle dicte ſes ouvrages
peut s'afforblir & devenir paralytique
, & que les imaginations
fur lesquelles elle forme ses idées,
ne sont que fumées & que vapeurs
; il nefaut pas s'étonner ,
ر ک ف
F
Gv
154
MERCURE
l'ame elle mesme se reffentant de la
foibleſſe des organes & des instrumens
qui la ſervent , ſes idées font
courtes,ſes discours languiſſans,fes
ouvrages imparfaits , tous ses plus
grands deffeins & toutes ses plus
genereuses resolutions de peu de
fuccés & de durée.
Le Public est informé des heureux
commencemens de nostre Atadémie.
Entre celles qui ont paru
dans ce fiecle , on en voit peu qui
ayent agy dans leur naiſſance avec
plus deforce &d'application que la
noſtre. A juger deſes fuites parses
heureux comencemens, on peut efperer
ce que le sçavant Autheur defa
deviſe a préſagédefa futuregloire,
que les premiersfeux dont elle brille
dans sa naiſſance , & les lumieres
qui couronnent encorefon Berceau,
doivent avoir la fermeté qui ſe
trouve dans lefeu & la lumiere des
Diamans,
GALANT. 155
Diamans, dont les rayonsſontprefque
eternels, puis qu'il faut lefang
ou le fer pour les éteindre.
Vous avez, Meffieurs , remply &
Soûtenunos Conferences d'un fi grăd
nombre de beaux discours , que fi
l'exercice en est continué d'une force
égale , nos Registres pourront
fournir une affez riche & ample
matiere pour former des Volumes
entiers , & donnerà nos Académi
ciens un rang d'honneur &de gloire
parmy les Autheurs les plus celebres.
La décisiondes Problemes , lapointe.
des Epigrammes , les fleurs de l'Eloquence,
la purete du Discours , en
unmottout cceeque la Poësie &loratoire
ont de fubtil & de majestueux,
comence d'eftreon'usageparmy
nous. On jugeroit , fije l'ofe dire
, à voir nos ouvrages & nos
productions, que nostre Compagnie
eft un de ces Corps qui naiſſent dans
SEAS un
156 MERCURE
un inſtant par la vertu d'une main
puiſſante &infinie, &qui nefinif-
Sentjamais.
Vousle sçavez , Meßicurs , que
ces effets qui naiſſent dans un instant
& qui font d'abord parfaits &
achevezde toutes pieces ,font ordinairement
incorruptibles , & d'une
tres- longue durée; parce qu'eftant
les productions d'une caufe infiniment
puissante & eternelle , ils
portent dans leur fein l'impreßion
&le caractere de la verta &de la
force de leur cause. Les Aſtres fortirent
außi beaux du neant qu'ils paroiſſent
aujourd'huy à nos yeux. Les
Elemens s'éleverent de cet abysme
infiny avec toute la puretéde leur
Substance , & depuis tant de Siecles,
ces Aftres n'ont pas perdu un
feul atôme de leurs lumieres , ny les
Elemens en eux - mesmes un seul
degré de pureté. Nostre Acadé
mie
GALANT
157
mie estant un Corps formé dans un
instant , paroît achevé & parfaitdu
premier coup dans toutessesparties
, & mis au jour avec tous fes
ornemens & toutes ses beautez. Elle
ne semble pas estre l'ouvrage de ces
causes limitées , foibles&languis-
Santes , qui ne produisant leurs
effets que piece apres piece, les laisfent
imparfaits , & qui se laſſant
parcette longuefuite deproductios,
ne peuvent leur donner laforce&
L'impreffion d'une longue durée.
L'Eglife luy afourny fes Scavans.
la JusticeSes Magistrats, la Furifprudence
fes Oracles; & toutes ces
causes élevées & universeltes ,
ayant contribué d'une mesme influence&
dansun mesmejour , àla
formation de nostre corps , on pourroit
dire qu'elles luy ont donné tout
ce qui est neceßaire de force & de
lumieres pour Laffermir dans fa
durée,
1.58
MERCURE
durée , & pour rendre fes Suites
eternelles.
Cependant , Meffieurs , nostre
Académie pourroit tomber de ces
premiers degrez d'élevation & de
gloire,dans cette langueur& laffitude
d'eſprit , à laquelle nostre ame
eſt ſujetepar le malheureuxfort de
Son esclavage sous les sens & la
matiere; nos premiersfeux pourroiet
s'éteindre, nos plumes devenirſteriles
, & nos Oracles ne plus parler.
Mais nous avons lieu d'esperer que
dans cette langueur les plus nobles
parties de cet illustre Corps conferveront
toûjours leur premiere vie&
Ieur premiere chaleur , qu'elles fe
défendront courageusement contre
la mort, qu'elles animeront les plus
froides &les plus éloignées,&qu'elles
s'épargneront à elles mémes la
honte des reproches que le Public
pourroit nous faire d'avoir si mal
Soûtenu A
GALANT. 159
1
Soûtenu la gloire de nos heureux
commencemens , quoy qu'elles fus-
Sent innocentes de cet abattement
&de cette pareffe. Ily a des Corps
qui pour constans & folides qu'ils
foient en eux- moſmes , fouffrent
neanmoins des alteratios du dehors,
Ils dureroient eternellement par la
liaiſon & la fermeté des principes
qui les compoſent , s'ils ne finiſſoient
par l'impreſſion des causes étrangeres.
Lefeu diſſout le fer & le réduit
en poussiere. L'air penetre les Ro
chers; & les liqueurs fubtiles fondent
& aneantiſſent les metaux,
qui autrement par leur dureté ne
finiroient jamais.
Nostre Académie , Meßieurs , ne
peut finir que par elle- même, par le
- relâchement & la moleffe des parties
qui la compofent. Toutes les
causes étrangeres ont pour elle de
24
favorables impreſſions & d'heureu-
Ses
160 MERCURE
Ses influences L'applaudiſſement du
Public, l'autorité des Grands &l'éclat
de la Renommée , contribuënt .
tous les jours à limmortalité de
nostre corps. La Renommée publie
par tout la beauté deſes ouvrages,
&l'autorité des Grands la deffend
contre les attaques de la médifance
&de la cenfure.
Ne laiſſons donc pas , Meſſieurs,
éteindre nos premiers feux. Fourniſſons
toûjours quelque matiere à
nos applications & à nostre zele.
Soûtenons par notre perseverance
noſtre reputation. Ne permettons
pas qu'on voye lâchement finir une
entrepriſe qui a esté concevë ſous
l'autorité d'unfi illustre Protecteur,
& employons toutes les regles de
noštre prudence & de nostre sçavoir
, pour rendre cette Compagnie
digne d'une gloire immortelle par-

my les Hommes.
Vous
GALANT. 161
Vous avez appris parlesNouvelles
publiques , combien les
Fortifications que l'on fait aux
environs de Strasbourg font
avancées. Ainſi je n'ay rien à
vous en dire. Vous fçaviez qu'on
Davoit commancé ce travail , &
cela ſuffit pour vous faire imaginer
en quel eſtat il doit eſtre,
puis que prendre une reſolution
au Conſeil du Roy,en commen
cer l'execution, & l'acheyer , ne
font preſque aujourd'huy qu'u
ne meſme choſe,J'auray icy lieu
de vous parler de Monfieur de
Louvois , qui ſe mefle des Affaires
de la Guerre , ſi ſa modeſtienem'
en empefchoit. Je vous
diray ſeulement que la bonne
diſcipline avec laquelle il fait vi
vrelesTroupes dans Strasbourg,
a achevé de gagner les Habitans.
Vous n'en douterez pas,
quand
162 MERCURE
quand vous ſçaurez qu'ils vont
quiter leurs manieres de s'habiller,
pour prendre celles de France.
Rien ne sçauroit mieux marquerqu'ils
ont le coeur tout François.
Tous les Peuples qui changentdedomination,
ne s'attachet
pas à en ſuivre les uſages,à moins
que cette nouvelle domination ne
leur foit tres - agreable ; mais cela
manque fort peu d'arriver, quand
le Souverain qu'on reconnoift
merite l'amour des Peuples , &
que ſes Miniſtresexecutat les ordres
de leur Prince avec une exa-
Aitude digne de celuy quiles dõ
ne , font la felicité des bős Sujets .
L'attachemet que Monfieur de
Louvois a fait paroître en toutes
occaſions pour le ſervice de Sa
Majesté , n'empeſche pas qu'il
n'en ait beaucoup pour fa Famille.
Auſſi eſt- il difficile d'eſtre bon
Sujet,
GALANT. 163
30
S
11
A
Y
C
Sujet , qu'en meſme temps on ne
foitbon Pere . Ce Miniſtre l'a fait
voir dans la maladie de M l'Abbé
le Tellier ſon Fils . Ce Fils a
eſté reduit à l'extremité ; & tant
qu'on a euſujerde craindre pour
luy, il eſt impoffible de ſe figurer
les foins qu'en a pris M² de Louvoys.
Ce tendre Pere , dont les
lumieres font univerſelles, a non
ſeulement eſté preſent aux plus
importantes Confultations des
Medecins qui l'ont veu , mais il
a encor ouvert luy - mefme des
opinions qu'ils ont agitées en fa
préſence , & qui ayant eſté ſuivies,
ont eſté cauſe de la guerifon
de ce cher Malade. On peut dire
que dans tout le temps qu'il a
eſté en peril , cet actif Miniſtre
eſtoit toujours à S. Germain , &
toûjours à Paris , puis que fi- toſt
que ſes occupations aupres du
Roy
164
MERCURE
Roy luy laiſſoient quelque relâche,
il ſe rendoit aupres de
Monfieur fonFils.Ainſi ſon corps
eſtoit à toute heure en mouvement
, auſſi bien que ſon eſprit.
Cette fatigue ne luy eſtoit pas
extraordinaire. Les Miniſtres doi.
vent imiter le Souverain qui les
fait agir, & c'eſt par cette raiſon
que le Regne de Sa Majesté eſt
appellé celuy des Prodiges.
Monfieur le Marquis de Seignelay
ſuivant les vives manieres
dont on fert aujourd'huy ce
grandMonarque , eſt de retour
de Dunquerque, où il eſtoit allé
depuis peu de jours pour les
Affaires de la Marine , & pour
faire des épreuves de quelques
Machines d'une invention nouvelledont
le fuccez doit faire efperer
beaucoup en temps de
guerre.Ce qui cauſeroitde grandes
GALANT.
165
des ſurpriſes dans ces fortes de
voyages, ſi l'on n'y eſtoit accoûtumé
, c'eſt que beaucoup de
Perſonnes ont appris plutoſt le
retour de ce Marquis , que l'on
n'a ſçeu ſon depat.
La Frégate d'Ecole , inſtituée
par ſes ordres pour l'inſtruction
des jeunes Officiers des Vaifſeaux
du Roy ,& des Gardes de
✔la Marine , a eſté deſarmé par
Monfieur le Chevalierle Bret de
Flacourt, qui l'a commandée , &
avec laquelle il a parcouru pendant
fix ſemaines les Coſtes de
Rochefort. Sa Majesté l'a fait
Capitaine des Gardes de la Marine,
qui ſont de ce coſté- là.
J'oubliay le dernier mois à vous
apprendre la mort de M² leComandeur
d'Oppede , Capitaine
de la Galere appellée la Perle,
& Chef d'Eſcadre. Cette mort
eft
S
-
مل
5
166 MERCURE
eſt arrivé à Marseille , dans le
temps qu'on y a fait la folemnelle
Reparation du Sacrilege queje
vous ay dit y avoir eſté commis.
La Cerémonie qu'on fit pour
l'Enterrement de ce Commandeur
, fut une choſe tout à fait
lugubre . Tous les Officiers y affifterent
en deüil. LeCommandementde
ſa Galere a eſté donné
depuis ſa mort à Monfieur le
Chevalier de Tincourt.Cechangement
, joint à quelques noins
manquez dans le Memoire que
je vous ay déja envoyé des Capitaines
qui commandent les
Galeres ,m'oblige à vous en donner
un autre qui ſoit plus correct
; & afin que vous ſoyez entierement
ſatisfaite, j'y ajoûte les
noms des Lieutenans, Sous Lieutenans,&
Enſeignes.
LISTE
GALANT. 167
1
LISTE DES OFFICIERS
choiſis par le Roy pour fervir
furſes Galeres , pendant l'awnée
1682.
LA REALE.
Monfieur le Maréchal Ducde
de Vivonne , General des Gale
res ; Monfieur le Commandeur
dela Bréteche , Chefd'Eſcadre;
Monfieur le Chevalier de Séguiran
, Lieutenant ; Monfieur de
- Canjours, autre Lieutenant,Mon.
- ſieur le Chevalier de Sérignan,
premier Sous-Lieutenant;Mon-
- ſieur de Cambray , ſecond Sous-
Lieutenanr , Monfieur dela Mefſeliere
l'aîné , premier Enſeigne;
Monfieur de la Meſſeliere le
jeune, ſecond Enſeigne........
LA PATRONNE .
Monfieur le Chevalier de


{ Noailles ,
168 MERCURE
1
Noailles , Lieutenant General;
Monfieur Gaillard,premier Lieutenant
; Monfieur de Velleron,
ſecond Lieutenant ; Monfieur du
Mont, premier Sous- Lieutenant;
Monfieur de Chabons , ſecond
Sous- Lieutenant , Monfieur de
Montvilliers de Dienne , premier
Enſeigne , Monfieur de
Langeron - Maulevrier , ſecond
Enſeigne.
LA PRINCESSE.
Monfieur de Manſe,Chefd'E
cadre ; Monfieur Garnier, Lieutenant;
Monfieur de Manſe Fils,
Sous- Lieutenant ; Monfieur de
Bar,Enfeigne.
L'INVINCIBLE.
Monfieur le Chevalier de Béthomas,
Chef'Eſcadre;Monfieur
Gombault, Lieutenant;Monfieur
Gratian, Sous- Lieutenant; Monſieur
de Savaillan,Enſeigne.
LA
GALANT. 169

1
1.
LA FORTE.
Monfieur leChevalier de Bréteüil
,Chefd'Eſcadre ; Monfieur
Deberras, Lieutenant ; Monfieur
de Bionneau - d'Ayraguſe , Sous-
Lieutenant;Monfieur le Chevalier
de Puget, Enſeigne.
LA VICTOIRE.
Monfieur le Chevalier de Janfon,
Capitaine;Monfieur le Chevalier
Deſpennes , Lieutenant;
Monfieur de Lubiere l'aîné ,
Sous - Lieutenant ; Monfieur le
Chevalier de Marcelange , Enſeigne
.
LA REYNE.
:
Monfieur de Montolieu , Capitaine;
Monfieur de Manſe Fils,
Lieutenant ; Monfieur Icard,
Sous - Lieutenant ; Monfieur le
Chevalier de la Périniere , Enſeigne.
Janvier 1682. H
170
MERCURE
LA VALEUR.
Monfieur du Vivier, Capitaine
; Monfieur Moſnier , Lieutenant
; Monfieur Foreſta , Sous-
Lieutenant;Monfieur le Chevalier
de Benoiſe, Enſeigne .
LA FRANCE .
Monfieur de la Motte-Viala,
Capitaine ; Monfieur Moſnier le
jeune , Lieutenant; Monfieur de
Chaſteau - neuf , Sous - Lieutenant
; Monfieur le Chevalier de
Marillac,Enſeigne.
LA FORTUNE.
Monfieur le Chevalier de la
Reynarde, Capitaine ; Monfieur
de Chaumont, Lieutenant; Monfieur
Gueydon , Sous - Lieutenant
; Monfieur le Chevalier de
Levy , Enſeigne ,
LA SYRENE.
Monfieur de Forville, Capitaine
; Monfieur le Chevalier de
Gonor, Lieutenant; Monfieur le
GALAN T.
171
Chevalier de S. Paul- Hecourt,
Sous - Lieutenant ; Monfieur de
Pourpris, Enſeigne.
LA BRAVE .
Monfieur leChevalier de Mirabeau,
Capitaine ; Monfieur Giraudi
, Lieutenant ; Monfieur de
Bévolent, Sous- Lieutenant;Monſieur
de Fontette, Enſeigne .
LA GRANDE .
Monfieur de Maubouſquet ,
Capitaine ; Monfieur de Vidalle,
Lieutenant ; Monfieur Bernard,
Sous- Lieutenant ; Monfieur le
Chevalier de Ramilly, Enſeigne.
LA BELLE .
Monfieur le Comte de Beüil,
Capitaine ; Monfieur de S. Michel
, Lieutenant ; Monfieur Libertas
, Sous- Lieutenant ; Monfieur
de Maiſonneuve, Enſeigne.
LA FAVORITE .
Monfieur le Chevalier Def-
Hij
172
MERCURE
pennes, Capitaine ; Monfieur de
Deſoëffans , Lieutenant ; Monfieur
Bernage , Sous- Lieutenant;
Monfieur de Lépinay , Enſeigne .
LA HARDIE .
Monfieur le Chevalier de Saint
Herem, Capitaine; Monfieur Vidault,
Lieutenant; Monfieur Ferrant
,Sous- Lieutenant ; Monfieur
de Cornac, Enſeigne .
LA FLEUR - DE - LYS .
Monfieur le Commandeur de
Mandes , Capitaine ; Monfieur
Deſacco , Lieutenant ; Monfieur
le Chevalier de Colongue, Sous-
Lieutenant ; Monfieur de la Brétonniere,
Enſeigne .
LA SUPERBE .
Monfieur le Chevalier de
Rancé, Capitaine ; Monfieur le
Chevalier de Sabram , Lieutenant
; Monfieur de S. Antoine-
Portal,
GALAN Τ. 173
Portal, Sous Liutenant; Monfieur
- Deſpennes, Enſeigne.
L'AMAZONE .
Monfieur le Chevalier de
Rochechoüart,Capitaine ; Monſieur
Longis , Lieutenant ; Monfreur
le Chevalier de Marle,
Sous- Lieutenant ; Monfieur Marin,
Enſeigne .
1
LA FIDELLE .
Monfieur de Montfuron, Capitaine;
Monfieur Naigre , Lieutenant
; Monfieur de Pontevez ,
Sous - Lieuteeant ; Monfieur de
Vergnié, Enſeigne.
LA GALANTE
Monfieur le Chevalier Du
chon , Capitaine ; Monfieur le
Chevalier d'Arbouville , Lieutenant
; Monfieur le Chevalier de
Courtebonne , Sous- Lieutenant;
Monfieur d'Heureux , Enſeigne .
Hiij
174
MERCURE
La SouVERAINE .
Monfieur le Chevalier de
Mareüil, Capitaine ; Monfieur le
Chevalier de Sérignant, Lieutenant,
Monfieur de Mareüil, Sous-
Lieutenant ; Monfieur de Maugiron,
Enſeigne.
LA MADAME .
Monfieur de Rouſſet , Capitaine
; Monfieur de la Borde,
Lieutenant ; Monfieur Moſnier,
Sous - Lieutenant ; Monfieur le
Chevalier de Simiane,Enſeigne.
LA FERME.

Monfieur le Chevalier de
Lauſun , Capitaine ; Monfieur le
Chevalier de Sainte Croix, Lieutenant
; Monfieur de la Combe,
Sous- Lieutenant ; Monfieur
le Chevalier de Treſſemanes,
Enſeigne.
LA RENOMΜΕ΄Ε .
Monfieur le Commandeur
Colbert,
GALANT.
175
- Colbert, Capitaine ; Monfieur le
Chevalier Clement, Lieutenant;
- Monfieur le Chevalier de laBréteche,
Sous-Lieutenant.
LA DAUPHINE.
Monfieur le Chevalier de la
Farre , Capitaine ; Monfieur de
Tiffac, Lieutenant ; Monfieur de
Bouſquer Sous - Lieutenant;
Monfieur le Chevalier de Mor
range , Enſeigne.
LA FIERE .
Monfieur le Comte du Lac,
Capitaine ; Monfieur Marquet,
Lieutenant ; Monfieur d'Andoque,
Sous - Lieutenant ; Monfieur
le Chevalier d'Eſcrainville , Enſeigne.
LA COURONNE .
Monfieur le Chevalier de
Bourſeville,Capitaine ; Monfieur
le Chevalier d'Ardenne, Lieutenant
; Monfieur Dagoust , Sous
Hij
176 MERCURE
Lieutenant; Monfieur le Chevalier
de Fontraille, Enſeigne.
SAINT Loüis .
J
Monfieur le Chevalier de Sainte
Croix , Capitaine ; Monfieur
Garnier , Lieutenant ; Monfieur
le Chevalier de Sigonne , Sous-
Lieutenant; Monfieur le Chevalier
de Valencé, Enſeigne.
LA PERLE.
Monfieur le Chevalier de Tincourt,
Capitaine; Monfieur Paſſebon
, Lieutenant ; Monfieur le
Chevalier de Clermont , Sous-
Lieutenant'; Monfieur le Chevalier
de Feuquerolle, Enſeigne.
Autres Officiers.
Monfieur de Savonniere, Ма-
jor; Monfieur de Geſſan, Ayde-
Major ; Monfieur de Laguerre,
Capitaine de Galiote ; Monfieur
Eſpanet , Lieutenant de Galiote;
Monfieur
GALAN T.
177
Monfieur Pelicot , autre Lieutenant
de Galiote.
J'ay à vous parler d'un Mariage
, qu'on peut dire qui s'eſt
fait avec l'approbation publique.
Jamais l'Epoux & l'Epouſe ne
furent mieux aſſortis. L'un eſt
Monfieur de Vaubourg , Maître
des Requeſtes ; & l'autre , Mademoiſelle
Voiſin , Fille de feu
Monfieur Voiſin, qui s'eſt acquis
tant de gloire dans les Intendances
de Picardie , de Normandie
& de Touraine , qu'il a exercées
avec une integrité qui fera longtemps
vivre ſa memoire, La cerémonie
de ce Mariage ſe fit le
huitième de ce mois dans l'Egliſe
de Saint Benoiſt , & le Feſtin de
la Nopce chez Monfieur Voiſin ,
Conſeiller d'Etat , Oncle de la
Mariée . On y fit venir les plus
belles Voix de la Muſique du
H V
178 MERCURE
:

Roy. Monfieur de Vaubourg eſt
dans une eſtime,qui m'épargnera
le ſoin de vous faire ſon Eloge.
Tout ce que je vous diray de luy
en general , c'eſt qu'il ne luy
manque aucune des qualitez
qu'on peut ſouhaiter dans un
parfaitement honneſte homme,
& que dans quelque élevation
qu'on le puiſſe jamais voir , on
fera toûjours perfuadé que la
Fortune luy aura rendu juſtice.
Son application au travail eſt inconcevable.
Il en fait tout fon
plaifir , & s'il peut eſtre encor
ſenſible àquelque autre , c'eſt à
celuy de ſe faire voir genéreux
Amy. Vous ſçavez qu'il eſt Fils
de Monfieur Deſmaretz , & que
Madame ſa Mere eſt l'unique
Soeur de Monfieur Colbert qui
foit demeurée au monde . Ils ont
ſept Enfans , quatre Garçons &
trois
GALANT.
179
لا
2
trois Filles. L'aîné eſt Monfieur
Deſmaretz Intendant des Finances
, fi connu de tout le monde
par ſes belles qualitez ,& par l'importance
de ſes emplois , dont il
s'acquite avec tant d'exactitude.
Monfieurl'Abbé Deſmaretz ,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne eſt le ſecond. Il fut
nommé Agent general du Clergé
de France dans la derniere
Aſſemblée tenuë en 1680. Sa
conduite a fait connoiſtre avec
combien de Juſtice il avoit eſté
choiſi pour remplir ce poſte. Il
eſt obligeant , a les manieresdu
monde les plus honneſtes , & un
air modeſte qui perfuade aifément
de tout ſon merite. Monſieur
de Vaubourg eſt le troifiéme.
Le dernier s'appelle Monfieur
Vouſy . Il eſt Capitaine aux
Gardes depuis un an , & en a
1
ſervy
180 MERCURE
ſervy fix fur mer en qualité de
Lieutenant & de Capitaine de
Vaiſſeau Il s'eſt trouvé en beaucoup
d'occaſions, & n'en a laiſſé
échaper aucune fans donner des
preuves de fa bravoure. Il eſt
tres-bien fait de ſa perſonne , &
a l'eſprit agreable & vif autant
que folide. Monfieur Deſmaretz
avoit encor deux Garçons, dont
l'un eſt mort en Candie. L'autre
apres s'eſtre ſignalé par pluſieurs
ſervices,périt mal- heureuſement
dans le naufrage , dont je vous
parlay il y a deux ou trois ans.
Des trois Filles , il y en a deux
Religieuſes à Noſtre - Dame de
Soiffons,& l'autre a épousé Monfieur
de Bouville , Maiſtre des
Requeſtes , & Intendant dans la
Generalité de Moulins. Elle eſt
belle, ſpirituelle , & pour tout dire
, tres-digne Soeur de Freres fi
accomplis. Je
GALANT. 181
:
2
Je viens à Mademoiſelle Voifin,
qui est devenuë Madame de
Vaubourg. C'eſt une jeune Perſonne,
qui a beaucoup d'embonpoint
, quoy qu'elle n'ait pas encor
achevé ſa quinziéme année .
Elle est de ces tailles qu'on appelle
riches, & rien n'eſt comparable
à ſon air. Son teint eſt d'un
brun clair & vif , ſa bouche extrémement
petite , & d'un rouge
-ſurprenant , & ſes yeux à fleur
de teſte , & tres-bien fendus.
Les beautez de l'ame répondent
en elle à celles du corps , & fi la
délicateſſe de ſon eſprit donne
de l'eſtonnement dans une Perſonne
auſſi jeune qu'elle , la ſolidité
de ſon jugement n'eſt pas
un moindre ſujet de ſurpriſe.
Monfieur ſon Pere mourut en
Touraine, où il eſtoit Intendant ,
peu d'années apres qu'elle fut
née.
182 MERCURE
née. Ainsi le ſoin de ſon éducation
regarda entierement Madame
ſa Mere , qu'on peut dire en
avoir fait un chef- d'oeuvre par
fon exemple & par ſes inftructions.
Monfieur Voiſin , Confeiller
au Parlement de Paris , eſt
fon Frere. Il marche affez noblement
fur les traces de Mefſieurs
Voiſin ſon Pere & fon
Oncle , pur faire eſperer qu'il
remplira quelque jour leur place.
Ce dernier , dont Monſieur
de Lamoignon AvocatGeneral
, & Fils de feu Monfieur
le premier Préſident , a époufé
la Fille , ſe fait diftinguer encor
aujourd'huy dans le Conſeil
d'Etat , dont il a l'honneur
d'eſtre l'un des Conſeillers ordinaires
, apres avoir exercé fi
dignement pendant fix années
la Charge de Prevoſt des Marchands
GALANT. 183
et
ef

chands de Paris , l'une des plus
importantes du Royaume.
Deux autres Perſonnes d'un
fort grand merite,ſe ſont auſſi
mariées depuis peu de temps.
Vous trouverez l'éclairciffement
de cette nouvelle dans la
Lettre dont je vous envoye une
copie. Ce que je pourrois vousen
dire de moy-meſme n'approcheroit
pas de la maniere agreable
dontelle eſt contée.Ainſi je vous
la laiſſe lire .
A MADAME
LA MARQUISE DE L
AGrenoble ce 10.Janvier 1682 .
E ne sçay , Madame pourquoy
vous voulez que je vous
parledu Mariage de Mademoiselle
A de
!
184 MERCURE
de Pluvinel avec Monsieur d'Autichamp.
C'est un ſoin dont il me
Semble que vous auriez pû me dispenser.
Leurmérite &leurnomvous
Sont presque auſſi connus qu'à moy.
Voussçavez du moins que la FamilledeMonsieurd'
Autichamp est une
Branche de celle de Heaumont,dont
il a esté dit que nous n'en avons
point qui lafurpaſſe en ancienneté,
&peu qui l'égalent . L'Histoire de
François de Beaumont , Baron des
Adrets,en a fait connoistre quelque
detail au Public,& luy a faitjuger
qu'ilpeutse former des Héros de cet
illustre Sang. Amblard de Beaumont
, Chancelier du dernier des
Dauphins,ſigna les deux Tranſports
de la Souveraineté du Dauphiné
quefon Maistre fit à nos Roy aux
années 1343. & 1349.&ilnous apprend
qu'on se signale dans cette
Famille parla Robe aussi bien que
par
GALANT. 185
par l'Epée. Noftre heureux Epouх
eſtoit Lieutenant de la Cavalerie de
la Mestre de Camp du Regiment de
Villeneuve , & commençoit dans ſes
premieres Campagnes en Catalogne,
àmarcheràgrands pas fur les veſtiges
deſes Ancestres;mais la mort
de M' Son Perel'a obligé malgré luy
àfaire céder les defirs de la gloire
auxfoins des affaires domestiques .
Il murmura contre la Parque,
Qui l'arracha du fervice du Roy;
Il ſçait que l'on ne peut aujourd'huy
dans l'Employ
Rien faire de petit ſous noſtre
grand Monarque.
Il murmura contre la Parque,
Et juſtement il murmura;
Mais ſon Etoile l'attira ,
Et l'on vit cette ame guerriere,
Oubliant du Dien Marts les pénibles
travaux,
Commen
186 MERCURE
Commencer ſous l'Amour une
douce carriere,
Et fentir de ſes traits les agreables
maux.
Comment ſe conſoler de quitter
un grand Maiſtre,
Qui ternit tout l'éclat du Trône
des Céſars,
Et présde qui l'on méconnoîtroit
Mars,
Si Mars aupres de luy s'aviſoit
de paroiſtre?
Afin que ſon grand coeur n'euft
point à s'indigner ,
A ce Maiſtre ſi grand & fi plein
de ſageſſe ,
Il falloit que l'Amour , qui le
vouloit gagner ,
Fift fucceder une Maiſtreſſe,
Capable de produire & fentir la
tendreſſe ,
Et qui méritaſt de regner.
11
GALANT. 187
-
Il l'a trouvée , Madame , en la
perſonne de l'illustre Mademoiselle
de la Baume- Pluvinel. Ily a peu de
mois que vous avez leû dans le
Mercure Galant de quel fang elle
eftfortie , lors que vousy avezveu
le Mariagede Monfieur de la Baume-
Chasteaudouble , Conseiller au
Parlement de Grenoble. Elle est
venue d'une Branche de cetteMaifon
, qui s'est alliée avec celle de
Monsieur le Marquis de Montbrun,
de Monsieur le Marquis de la
Roque de Carpentras, par Monfieur
de Pluvinel , Pere de nostre Epouse,
& Gouverneur de la Ville de Cret .
Il s'estoit acquis cet Employ parses
fervices , non feulement pour luy ,
mais aussi la Survivance pour
Monsieur le Marquis d'Aigluy
fon Fils unique , qui se voit déja
maître de quarante mille livres
1 de rente , Sans compter les Suc
ceffions
188 MERCURE
ceffions qui le regardent. Mais le
plus prétieux des Biens de cette
riche Famille , est Mademoiselle
de Pluvinel. Elle est admirablement
bien faite. Jamais on n'a ven
de plus belle taille , d'airfi fin , &
dis charmesſi vifs . Elle est brune,
& jamais personne n'a moins
aimé la galanterie qu'elle , &
jamais personne n'a pourtant eu
des talens fi délicats que lesfiens.
On a dit d'elle dans le monde , que
defon esprit il s'en feroit dix , &
que chaque Esprit auroit de l'esprit.
Il est vray qu'on luy a reproché
d'avoir trop de coeur pour une Fille,
mais on ne dira pas qu'elle en ait
trop pour une Femme. Les Enfans
s'en Sentent toûjours car enfin
les Aigles ne viennent pas des Co-
Lombes.
,
Que peut-on eſpérer de ce beau
Mariage
Que
GALANT .
189
Que des Enfans pleins de courage
?
Le Baron des Adrets renaîtra de
ce Sang ,
2
1.
Ils auront des Amblars la ſcience
en partage.
Voila ce que d'eux tous leur
Etoile m'apprend.
Il ne faut pas consulter les
Aftres, Madame, pourfçavoirfi je
Seray à jamais vostre &c.
Voicy des Paroles de Monſieur
de Monbrun , qui ont eſté
miſes en Air par un fort habil,e
Maiſtre . Je vous en ay déja envoyé
de ſa façon.
AIR NOUVEAU.
C cages,
Harmans & paisibles Bo-
Je sens quelque repos parmy vos
noirs ombrages ,
J
En
2
190
MERCURE
4 Enme pleignant d'un feumalheureux
& difcret.
Mais dûffiez - vous charmer toute
Saviolence.
Sans vostre profond filence,
Vous nesçauriezpas monSecret.
Le Roy a donné depuis un
mois trois Gouvernemens , ſçavoir
, celuy de Tournay à Monſieur
de Tracy, celuy de Bergues
àMõſieur de Bocquemare, &celuy
de Gravelines à Monfieur de
la Frefiliere. Les deux premiers
ayant ſervy dans le Regiment des
Gardes,& le troiſième dans l'Artillerie,
on peut dire qu'ils ſe ſont
trouvez tous trois pendant la derniere
Guerre dans les plus chaudes&
les plus importantes occaſions
, puis que le Regiment
des Gardes a l'honneur d'ouvrir
la Tranchée dans tous le Sieges,
GALANT. 191
AD
ges,& que le peu qu'a duré chacun
de ceux que Sa Majesté a
faits, ayant donné lieu d'en faire
beaucoup , ce Regiment a recommencé
ſouvent ſon employ;
au lieu que dans un long Siege
chaque Regiment ayant ſon
tour , les Gardes ont moins de
rencontres à eſtre expoſez . Je
ne vous dis rien de particulier de
ces Gouerneurs. Vous n'avez
pas oublié ce que je vous ay appris
de leur bravoure dans vingt
Relations des dernieres Campagnes
du Roy.
ha
SA
Site
L'Opera d'Atis a eſté pendant
cemois undes principaux divertiſſemens
de la Cour. Madame
la Dauphine ne l'avoit point
encor vû ; & comme pour luy
donner ce plaifir , on a refait la
pluſpart des chofes neceſſaires
à cette repreſentation,la dépenſe
ges
n'a
192 MERCURE
en
n'a guere eſté moindre pour le
rétablir , qu'elle euſt pû l'eſtre
pour un Opéra nouveau ; mais
Sa Majesté n'y regarde pas.
Quand on ne diſtribuë rien
qu'avec prudence,on ades fonds
fuffiſans pour tout. Atis a reçeu
de grands embelliſſemens
Entrées .Mademoiselle de Nantes
a dancé dans celle de la ſuite de
Flore. Cette Princeſſe repréſentoit
une petite Nymphe,& eſtoit
au milieu de deux autres de ſa
grandeur.Quatre petits Zéphirs
augmentoient encor la beauté
de cette Entrée. L'un eſtoit repreſenté
par Monfieur le Comte
de Guiche. Six grandsDanceurs
de la meſime ſuite formoient des
Arcades de differentes Figures,
avec des Feſtons de Fleurs,
ſous leſquels les Nymphes &
les Zéphirs dançoient & s'entre
GALANT . 193
t
5
trelaſſoient. Rien ne plaiſoit tant
que ce Spectacle. Dans le ſecond
Acte Monſeigneur le Dauphin
dançoit une Entrée d'Egyptiens.
Il eſtoit accompagné
de Monfieur le Prince de la Roche
- fur - Yon , de Monfieur le
Comte de Vermandois , de Monſieur
le Comte de Brione ; & de
Monfieur de Mimeurs. Dans la
meſme Entrée eſtoient meſlées
cinq Egyptiennes , repreſentées
par Mademoiselles de Lifle- bonne,
de Tonnerre, de Commercy ,
de Loubes , & de Laval. Cette
derniere dançoit au milieu des
quatre.Monſeigneur leDauphin
repréſentoit un Dieu marin dans
tle quatrième Acte & eſtoit
ſuivy des meſmes Seigneurs
A que je viens de vous nommer.
Monfieur le Comte de Guiche
dançoit comme luy en Dieu
Janvier 1682 .
el
en
2
194
MERCURE
marin dans la meſme Entrée ,
avec deux petits Ruiſſeaux &
deux petites Fontaines. Les Dames
dont je vous ay dit les noms
en eſtoient auſſi , veſtuës en Divinitez
marines. Madame la
Princeſſe de Conty devoit dançer
avec elles dans les deux Entrées
de Monſeigneur le Dauphin
, mais elle tomba malade,
avant que l'on commençaſt les
repréſentations
d'Atys. Cette
Princeſſe eſt préſentement guerie
de ſa fiévre ; & comme elle
eſt generalement aimée , la joye
qu'on a euë du retour de ſa ſanté
a eſté generale . Outre le divertiſſement
de l'Opéra , la Cour
a pris celuy du Bal & celuy de
la Comédie Françoiſe & Italienne,
pendant trois ou quatre jours
de chaque ſemaine ; le Roy,
& Monſeigneur le Dauphin,
ont
GALAN T.
195
ont ſouvent eſté à la Chaffe.
Comme elle eſt une image de la
= Guerre, & qu'un exercice pénible
entretient le corps dans la
fatigue,& l'endurcit aux injures
des temps les plus incommodes ,
- il ne faut pas s'eſtonner ſi Sa
Majeſte ne perd point l'habitude
de chaffer.
Quant aux divertiſſemens de
Paris , l'Académie Royalle de
Muſique a fait fucceder le
Triomphe de l'Amour à Proſerpine.
Le Tarquin, Piece nouvelle
de Monfieur Pradon , a paru ſur
le Theatre François ; & le Baron
d'Alby- Krac qu'on y a remis, ſans
qu'on l'euſt joüé depuis douze
ans, a fort diverty dénombreuſes
Aſſemblées. Il y a eu pendant
tout ce mois quantité de Bals qui
( ont attiré beaucoup de Mafques.
On en a donné quelques-
I ij
196 MERCURE
uns de jour , mais les plus confidérables
ſe ſont faits de nuit , fuivant
l'uſage ordinaire. Celuy de
Monfieurde Mannevillete , Secretaire
des Commandemens de
Monfieur , a eſté du nombre.
Il en donne un tous les ans à
Leurs Alteſſes Royales, avec autant
de magnificence que de politeſſe.
Elles prirent ce divertiſſement
le vingt- un de ce mois.
Les Haut-bois y eſtoient meſlez
aux Violons . Meſſieurs les Princes
de Coty & de la Roche- fur-Yon,
& Monfieur le Comte de Vermandois,
vinrent exprez de Saint
Germain pour ſe trouver à cette
Feſte,où la plus grande partie des
Princes& Princeſſes , & tout ce
qu'il y a de Perfonnes de la plus
haute qualité &de Femmes bien
faites à Paris , s'y rendirent auſſi
bien que pluſieurs Ambaſſa
deurs.
GALAN Τ .
197
deurs. La foule y eſtoit fi grande,
que quelque bon ordre que donnaſſent
à la Porte les Suiſſes de
Son Alteſſe Royale ,& les Gardes
de ce Princedans les autres lieux,
les fix Pieces de plein - pied,dont
le principal Appartement eſt
compoſé , furent remplies d'une
infinité de Gens de marque,dont
la pluſpart demeurerent juſques
à cinq heures du matin. Monfieur
ſe retira ſur les onze heures
, parce que Madame devoit
aller le lendemain courre le Cerf
avec le Roy . Il y avoit dans la
Galerie, qui eſt la derniere Piece
de l'Appartement , vingt- quatre
Baffins de tout ce qu'on peut
ſervir de plus rare, &de plus exquis
dans une pareille occafion.
Leurs Alteſſes Royales louërent
fort la maniere dont on avoit ordonné
tout ce qui formoit ce
I iij
198 MERCURE
grand Régal , qui eſtant donné
avec joye,n'eſtoit pasmoins bien
entendu que magnifique .
Leurs Alteſſes Royales ſont
retournées à S. Germain apres
avoir paſſe huit jours à Paris.
Un peu avant leur départ,
Mr donna un magnifique Soupé
àpluſieurs Dames de la premiere
qualité.On mangea dans la petite
Galerie de l'Appartement de ce
Prince, & enſuite l'on paſſa dans
la grande Chambre,où l'on avoit
avoit preparé toutes choſes pour
le Bal. Monfieur avoit un Juſteau
- corps & un Baudrier de Velours
noir , l'un & l'autre tout
garny de Diamans & de Pierreries
de differentes couleurs,
ainſi que l'Epée & les Boucles
du Baudrier. L'Habit eſtoit en
Ringrave , enrichie comme les
manches d'un Point d'Eſpagne
d'argent,
GALANT.
199
d'argent, avec une Garniture violete
& argent. Madame & Mademoiſelle
eſtoient fort parées , &
jamais Habits ne brillerent plus
en Diamans. Monfieur prit
luy- meſine le ſoin de faire placer
les Maſques. Le nombre en
fut grand , & ſoixante des plus
leſtes demeurerent juſques à la
fin du Bal , dont on ne ſortit qu'à
deux heures du matin. La Collation
fut tres ſomptueuſe,& l'on y
prodigua les Liqueurs de toutes
fortes . Cette Feſte meriteroit une
plus ample deſcription ,mais vous
ſçavez combien Monfieur eſt galant
& magnifique ; & le bon
ordre qu'il fait obſerver en toutes
choſes vous eſtant connu ,
yous vous en formerez une idée
beaucoup plus belle , que tout ce
que j'en dirois ne pourrois vous
la donner.
I iiij
200 MERCURE
L'arrivée de l'Ambaſſadeur de
Mula Ismaël Roy de Maroc, a fait
trop de bruit icy , pour n'avoir
pas eſté ſceuë dans voſtre Province.
Ce Roy eſt Frere de Muley
Arrid, fi connu en France ſous le
nom de Tafilete .C'est ainſi qu'on
appelloit le Royaume de ſon Pere.
Cet Etat eſt aſſez grand. Il fait
partie de l'ancienne Numidie,
nommée aujourd'huy Biledulgerie
, & eſt ſitué entre Fez & la
Mer Mediterranée. Ce Roy Tafilete
, l'un des plus grands Conquerans
d'Afrique , faiſant faire
unjour le Manege à ſon Cheval,
donnade la teſte contre une
branche de Figuier. Ce coup fut
mortel , & il en mourut quelques
temps apres . Lors qu'il fut preſt
d'expirer, il mit ſon Epée qui eſt
la marque de la Royauté , entre
les mains de Mula Ismael ſon
Frere,
GALANT. ΣΟΙ
Frere , luy diſant que ſes deux
Fils dont l'un n'avoit que quatre
ans , & l'autre trois , eſtoient incapables
de ſoûtenir le poids du
Royaume, & qu'il prévoyoit que
-tous les Païs qu'il venoit de conquerir
ſe revolteroient apres fa
mort. Ce qu'il avoit prédit eſt arrivé
. Les Peuples prirent les armes
, & Mula Iſmael s'étant mis
à la teſte des Negres & de quelques
autres Troupes , ſe vit obligé
de conquerir de nouveau les
Royaumes de Fez & de Maroc,
les Souverainetez de Tetoüan ,
de Salé , d'Arcaſſa , & une partie
du Royaume de Sus. Les actions
qu'il a faites dans ces diverſes
Conqueſtes, avec la valeur
& la prudence d'un grand Capitaine
, ont eſté beaucoup plus
grandes que celles qui ont donné
tant de reputation au Roy
I v
202 MERCURE
Tafilete . Ces Royaumes font
peuplez de Gens ramaſſez de diverſesNatios,
dont les principaux
font Maures , iſſus des anciens
Sarrafins . Outre ces Maures qui
demeurent dans les Villes, il y a
deux autres fortes de Peuples,
les uns appellez Barbares , les
autres Arabes. Les Barbares habitent
ſous des Maiſons couvertes
de chaume dans les grandes
Montagnes d'Atlas , qui traverſent
tout le Païs ; & les Arabes
ou Alarbes tiennent la Campagne
, & fon diviſez par races
. Le Chef , ou l'Ancien de la
Race,eſt le Commandant,& s'appelle
Chef ou Capitaine. Ils paffent
toute leur vie ſous des Tentes
faites avec de la laine & du
poil de Chevre,& habitent dans
des Plaines par Adoüars. Un
Adoüar eſt un Aſſembrage de
quarante
GALANT.
203
12
quarante ou cinquante Tentes
e élevées en rond. Une Race, ſelon
1 qu'elle eſt devenuë nombreuſe,
aura quelquefois juſqu'à cin
quante Adoüars. Ils ſont- là avec
leurs Femmes , leurs Chameaux,
Chevaux , Moutons, Vaches, &
autres Beſtiaux , confumant tous
les fourrages vingt lieuës aux
environs , apres quoy ils levent
leurs Tentes, & vont eſtablir
leur Campen un autre endroit
où il y a du fourrage. Ils font
par bandes de cinq ou fix mille
hommes fous un Commandant,
qui felon les ordres qu'il reçoit
du Roy , les fait marcher à la
Guerre , & c'eſt là la meil
-leure Cavalerie de toute l'Afrique.
Mula Ifmael qui regne aujourd'huy
, a encor nouvellement
conquis la Mamorre . C'eſt une
Place qui appartenoit aux Eſpagnols,
204 MERCURE
gnols,ſituée ſur le bord de la Mer
Oceane. Ce Prince âgé ſeulement
de trentecinq ans , feroit
tres-digne d'eſtime , s'il n'eſtoit
pas cruel. Lors qu'il eſt chagrin,
il tuë quelquefois de ſa propre
main juſques à vingt Negres
de ſes Eſclaves. Il ne fait pas
moins éclater ſa cruauté contre
ſes Sujets , qui ſe diſtinguent
par des grandes actions . Il ſuffit
qu'il les foupçonne d'étre capables
de ſe revolter pour n'épargner
pas leur vie. Il eſt de la race
de Mahometh ſurnommé Cherif,&
en a dans ſon cachet le nom
écrit en Langue Arabe , ainſi
que celuy du Sauveur du monde,
que ces peuples nomment
Cidy Naiſſa, & qu'ils connoiffent
ſeulement pour un grand Prophete.
Il y a encore dans ce Cachet
le nom de Mahomet qu'ils
ap
GALANT.
205
2
appellent Mahamet, & celuy de
Dieu. Leur Loy leur défend d'avoir
d'autres Armes , & il ne
leur eſt pas permis de prendre
aucune figure de quelque façon
que ce puiffe eſtre. Ils prétendent
eſtre les ſeuls qui ſuivent
la veritable Religion de Mahomet
& diſent qu'elle a eſté
commencée par noftre Seigneur
, qu'ils font le premier de
tous les Mores , & celuy qui ordonna
le premier de l'habit qu'ils
portent. Ils n'ont ny or ny argent,
ny foye, & ne ſont veſtus
que d'une étoffe de laine , qui
leur entoure deux ou trois fois
tout le corps,depuis les piedsjuſquesàla
teſte.
Ils appellenr cet habillement
une Hoque , & elle doit toûjours
eſtre blanche . Ils obfervent auſſi
religieuſement leur Loy pour leur
manger
206 MERCURE
manger que pour leurs habits,
& ne ſe nourriſſent d'aucunes
viandes que des Beſtes qui ont
eſté tuées par un Maure. Ce
Maure preſente la gorge de la
Beſte qu'il veut tuër du coſté de
la Meque, & apres avoir dit, Mon
Dieu , voila une Victime queje vay
vous immoler , je vous fupplic que
ce foit pour vostre plus grande
gloire que nous la mangions , il
luy coupe la gorge . Quand ils
veulent faire leur Sala ou prieres
, ce qu'ils font cinq fois par
jour avec grande exactitude, ils
ſe lavent les pieds & les jambes
juſques au genoüil , & les mains
& les bras juſques au coude;
puis s'eſtant affis à terre la face
vers le Soleil Levant , ils invoquent
leur Cidy Mahamet, & enfuite
Cidy Bellabec , qu'ils diſent
étre S. Auguſtin,& ainfi pluſieurs
autres,
GALANT.
207
autres , car ils ont du moins une
douzaine de Saints ; à chacunde
ceux qu'ils invoquent , ils ſe jettent
contre terre , & la touchent
de leur front. Ils meflent meſime
Cidy Naiſſa parmy leurs Saints .
C'eſt le nom que je vous ay déja
dit , qu'ils donnent au Sauveur
dumonde. Ils le croyent néd'une
Vierge , & conçeu par le Soufle
de Dieu , mais ils ne peu
vent comprendre que ce Soufle
ſoitle Saint Eſprit ,& par confequent
qu'il y ait trois Perſonnes
qui ne faffent qu'un ſeul Dieu.
Mula Ifmael , apres avoir reduitTanger
àl'extremité, comme
les nouvelles publiques vous
l'ont appris, & fait avec les Anglois
une Paix tres - glorieuſe, reſolut
d'envoyer un Ambaſſadeur
au Roy, fur ce que l'Eſcadre de
fix Vaiſſeaux commandez par
Mon
208 MERCURE
Monfieur le Chevalier de Chaſteau-
renaud , que Sa Majesté a
toûjours tenus devant ſes Ports,
avoit ruiné tout ſon commerce
ces deux dernieres années , &
dans ce deſſein il nomma Hardgi
Mehema Thummim , Gouverneur
de Tetoüan pour venir en
France . Cet Ambaſſadeur , qui
eſt le premier qui ſoit jamais forty
de Maroc pour aller parler de
Paix dans aucuneCour, s'embarqua
fur le Vaiſſeau que commandoitMonfieur
de la Barre dans
l'Eſcadre de Monfieur de Chaſteau
- renaud , & vint prendre
terre à Breſt , où il reſta quelque
temps, en attendant les ordres du
Roy, qui estoit alors à Strasbourg.
Il ſemble qu'un Homme qui viết
d'un Païs fauvage ,& où la guerre
n'a point ceſſé depuis quarante
ans , ne doive avoir rien que de
farou
GALAN T.
209.
farouche . Cependant quand il
auroit toûjours demeuré dans la
Cour la plus polie , il n'auroit pas
les manieres plus honneſtes , ny
l'eſprit plus délicat. Il commença
à faire paroiſtre ſa galanteriedas
un Bal que luy donna Madamede
Süeil, Intendante de Breſt,& il eſt
enſuite venu à Paris par les Villes
de Vennes, Nantes,Angers,Verdun
, Blois , & autres ; & par tout
on l'a régalé d'un Bal, où les Dames
les mieux faites ſe ſont trouvées.
Dans toutes ces Villes , il a
fait une Reyne de Maroc, & une
Ambaſſadrice, diſant que la beau
té des Dames de France avoit tant
fait de bruit dansſon Païs , que le
Roy Son Maiſtre l'envoyoit en Ambaſſade
afin d'en demanderune. On
atous les jours entendude luydes
galăteries nouvelles qui l'ont fait
chérir à l'envy de tout le beau
Sexe.
210 MERCURE
Sexe. Une Dame qu'il avoit faite
Reyne de Maroc, témoignāt étre
jalouſe , & luy reprochant qu'il
contoit fans ceſſe des douceurs à
une autre qu'il avoit nommée
Ambaſſadrice , il luy répondit
fans s'embaraſſer.Vous estes la Reyne.
Je ne dois plus que vous admirer
& me taire, & continua d'entretenir
cette Ambaſſadrice . Une
autre Dame fort ſpirituelle , blamant
l'inconſtance de ceux de
fon Païs, qui prenoient un ſi grād
nombre de Fémes , Si elles estoient
faites comme vous , dit- il, nous n'en
prendrions jamais qu'une. Par tout
où il s'eſt trouvé , il a condamné
l'uſage de doter les Filles pourles
marier, diſant à la plus jolie, qu'il
dõneroit des millions pour l'épouser.
Le Dimanche 4. de ce mois,
il fut conduit à l'Audience du
Roy par Monfieur de Bonneüil,
Intro
GALANT. 211
Introducteur des Ambaſſadeurs,
t qui eſtoit venu le prendre icy
dans l'Hoſtel des Ambaſſadeurs
Extraordinaires. Il fit une profonde
inclination à Sa Majesté,
luy préſenta des Lettres du Roy
de Maroc , qui étoient écrites en
Arabe , & luy fit ce Compliment.
Empereur de France Louis XIV le
-plus grand de tous les Empereurs &
Roys Chrestiens qui ont jamais esté,
& qui feront , l'Empereur mon
Maistre ayant entendu parler des
grandes choses que Voštre Majesté
a faites dans l'Europe
d'avoir à la teſte de ſes Armées
- conquis des Royaumes , gagné un
grand nombre de Batailles ,& com.
me un Lyon , vaincu tous fes Ennemis
, portant par tout la terreur &
l'effroy au travers de toutesfortes de
dangers; toutes ces grādes Actiōs ont
tant donné d'admiratio & d'estime
à l'Em
,
comme
212
MERCURE
à l'Empereur mon Maistre pour Vostre
Majesté , qu'il a crû qu'aux
Conquestes de Sus, de Fez , de Tafilete,
de Maroc, de Ris , des Arbou-
Zenes, de Tétoüan, de Salé, & d'Alcaſſa,
& à la gloire d'un grandnom-
-bre de Batailles qui l'ont rendu le
plus grand & le plus vaillant de
l'Affrique , il falloit adjoûter , pour
achever de le rendre content &glorieux,
la Paix avec Vostre Majesté,
& c'est pour cela qu'il m'envoye
icy fon Ambassadeur vous la demander.
Ce Compliment fut fait en
Arabe ,& interpreté au Roy par
le Sieur Dipi , Interprete de Sa
Majefté. Elle reçeut cet Ambafſadeur
fort agreablement , luy dit
qu'Elle chercheroit toutes les
occafions de luy faire plaifir , &
nomma Monfieur Colbert de
Croiſſy , Miniſtre & Secretaire
d'Etat,
GALANT.
213
d'Etat , & Monfieur le Marquis
de Seignelay , Secrétaire d'Etat,
pour écouter ſes propoſitions . Il
fut traité au ſortir de là , avec
toute ſa Suite , par les Officiers
de Sa Majeſté. Il eſt impoffible
d'exprimer l'admiration
qu'il témoigna de la perſonne du
Roy. Il dit lors qu'il fut dans
l'Antichambre , Qu'il avoit veu
pluſieursPortraits de ce grand Mo
narque , & qu'il lesferoit effacer
tous,s'ilavoit du pouvoir, n'y ayant
aucun de ces Portraits qui approchaft
de la grandeur qu'il avoit remarquée
dansſon air ; Qu'ilméritoit
d'eſtre le Souverain de toute la
Terre, & qu'il fouhaitoit qu'il n'y
euſt que deux Rois , celuy de Maroc
dans toute l'Afrique , & Sa Majeſté
dans toutes les autres Parties
du Monde. Le lendemain il entretint
le Roy à ſon dîné ;
&
214 MERCRUE
& Sa Majesté s'eſtant informé
comment il avoit trouvé Breſt , &
les autres lieux par où il avoit
paſſe , il répondit, qu'il n'avoit jamais
rien veu defibeau que lesVaif.
feaux de Breſtique leur nombre,leur
axtraordinaire grandeur , les Canons
&les Magazins , luy avoient
donné une idée tres- haute de Sa
Majesté ; mais que ce qu'il avoit le
plus admiré , &qu'il ne pouvoit se
laſſer de voir , c'eſtoit l'ordre merveilleux
par lequel toutes choses eftoientsi
commodément placées pour
les Armemens, que d'uneseuleparole
Sa Majestépouvoit faire armer
dans ce Port cinquante Vaifſſeaux
en quinze jours ; Que le nombre de
Canons, de Bâtimens , & toutes les
grandes dépences, estoient des biens
de la Fortune, mais que ce bel ordre
partoit de la teste. Il diſoit cela en
portant ſon doigt au front .Quant
àla
GALANT . 215
à la beauté des Villes qu'il avoit
veuës depuis Breſt juſqu'à Paris ,
+ il dit à Sa Majeſté, qu'il avoit marché
pendant quinze jours dans la
mesme Route,ayant toûjours rencon
trésurson chemin des Iardins &
- des Maisons qui continuoient la
mesme Ville. Ce qui l'obligeoit à
- parler ainſi ,c'eſt la deſolation de
ſon Païs , que les Guerres ont
tellement ruïné, qu'on y marche
quelquefois trois jours de ſuite
ſans trouver une Maiſon. Il ajoûta
, qu'ilavoit veu dans tout fon
voyage autant de civilité& d'honnesteté
aux François , que la reputation
qu'ils ont par tout leur en
donne, & qu'ils ne s'étonnoit pasfi
l'avantaged'avoir un Roysi puisfant,
les rendoit fiers &redoutables
àleurs Ennemis . Tout cela fut dit
en Eſpagnol , & expliqué à Sa
Majesté par M de Rémondis,
qui
216 MERCURE
qui s'acquita de cette converſation
d'une maniere tres- ſpirituele.
Ce Gentilhomme avoit eu ordredu
Roy à Breſt d'accompagner
cet Ambaſſadeur,& il ne l'a
point quitté depuis ce temps- là.
Ainſi il le ſuivit dans les Conferences
qu'il eut quelques jours
apres avec Meſſieurs de Croiſſy
& de Seignelay , & y ménagéa
avec beaucoup d'adreſſe & d'efprit
ce que ces Meſſieurs luy confierent
touchat le Traité de Paix.
Ceux qui ont leu l'Hiſtoire de
Provece, ſçavent ce que c'eſt que
lesMaiſons de Rémős & Rémondis.
Il y en a quatre de meſme
nom,& trois principalement d'uneNobleſſe
tres- anciene qui ont
differentes armes.Mr de Rémondis
dont je vous parle, porte d'or
à trois Aiglons de fable & trois
faces d'azur.Ses fervices font cónus.
GALANT.
217
nus. Il a eſté ſept ans dans les
- Mouſquetaires , & fut bleſſé à
Maſtric. Sa Majeſté luy parla de
-ſa bleſſure , qu'elle ſçavoit bien
qu'il avoit reçeuë en ſe diſtinguant
, & luy dit obligeamment
qu'elle prendroit ſoin de luy . Il a
ſervy dans la Guerre de Sicile,où
les marques qu'il donna de valeur
& de Bravoure luy acquirent une
eſtime generale.Il s'eſt trouvé à la
priſe de Valenciennes , & fe fignala
ſi bien dans cette journée,
que le Roy le fit Lieutenant de
Vaiſſeau ,& l'a fait depuisCapitaine
&Major du Levant. Tous
ceux de cette Maiſon ſont de
voüez au ſervice depuis fort
long - temps , & l'on y compte
preſentement quatre Freres.
Monfieur le Chevalier de
Remondis , qui fût tué à Maſtric
apres avoir chaſſé les Ennemis
Janvier 1682. K
218 MERCURE
Baſtion Dauphin dans le temps
que Monfieur le Prince d'Otange
affiegeoit la Place , eſtoit le
cinquiéme. Il avoit fait dans toutes
les autres occafions tout ce
que peut faire un Brave,& eſtoit
premier Capitaine dans le Regimentde
Jonfac.
:
Le Lundy cinquième dumois,
l'Ambaſſadeur de Maroc vit à
S.Germain l'Opéra d'Atis. Il en
marqua beaucoup de ſurpriſe,&
ayant paffé enſuite ſur le Theatre
pour s'en retourner par un endroit
où il y eut moins de foule,
on luy mõtraMeffieurs Lully,Vigarany
& Berrin,qui estoient enſemble.
Apres qu'on luy eut appris
que l'un avoit fait la Mufique,
l'autre les Machines, & que
le dernier avoit eu foin des habits
qu'il avoit trouvez ſi beaux,
il leur dit à tous, quefans les connoistre
GALANT .
219
- noiſtre il leur avoit souhaité de
longues années pour le ſervice du
Roy. Il a veu auſſi le Triomphe de
l'Amour,dans l'Academie Royale
de Muſique ; & ce Spectacle
étonna fi fort tous ceuxde ſa Suite,
que l'un d'entr'eux ne vouloit
point regarder ce qui ſe paſſoit
fur le Theatre,diſant qu'il y avoit
de la Magie Ils n'admirerent pás
moins les Eaux de Saint Cloud,
qui leur parurent un enchantement
, en forte que leur furpriſe
eût peine à ceſſer.
Le douziéme du mois cet Ambafſadeur
vint à Noftre- Dame ,
où il fut reçeu au fon des Orgues .
Il monta ſur les Tours, d'où il admira
Paris, & dit qu'ily avoit trois
Villes l'unefur l'autre , à cause de
la hauteur des Maiſons. Il vit en
fuite les Tapiſſeries qui estoient
tenduës dans le Choeur , & alla
Kij
220 MERCURE
de là à l'Obfervatoire. Il entra
d'abord dans l'Appartement de
Monfieur Caffini,où MonfieurPicard
le vint trouver. Il confidera
les Globes ,les Trompetes parlantes
, les Figures de la Lune& des
Planetes , & s'arreſta quelque
temps au Globe celeſte,& aux Figures
des Siſtemes des Planetes
qu'onluy expliqua. Il paſſa enſuite
dans la Tour Orientale, où on luy
fit voir l'effet d'une fort grande
Lunete , & les Inſtrumens dont
on ſe ſert pour les Obſervations .
Il y regarda les Pendules , & admira
leur regularité. Au forti. de
là,il mõta ſur la Terraſſe,où il demeura
long- temps àcõſidererl'étenduë
de Paris ,& à regarder divers
objets avec des Lunetes. En
defcendant,onle fit entrer dansla
Grand- Salle ,& on luy apprit , à
quels uſages on la deſtinoit . Il vit
l'Appar
GALANT. 221
l'Appartemet de Mr Picard,& ne
voulut point fortir de l'Obſervatoire
qu'il n'euſt atıſſi veu lesCaves.
Il y deſcedit,& alla juſqu'à un
endroit où on luymontra de l'Eau
que la longueur du temps a petrifiée.
Eſtantdans ces Caves , & fe
ſouvenatde la hauteurdes Tours
de Nôtre-Dame,il dit qu'ilvenoit
de mõter au Ciel,& qu'ilse trouvoit
dans les abysmes,&que tout ce qu'il
voyoit luy faisoit connoître qu'iln'y
avoitrien dont les François ne fuf- .
fent capables de venir à bout. Lors
qu'il alla voir les Tableaux du
Roy au Louvre , il confidera
long- temps,& avec attention, les
Batailles de Monfieur le Brun .
On luy dit qu'elles eſtient faites
par un François , que Sa Majeſté
avoit annobly à cauſe de ſon
merite & de la beauté de fon
genie ; ce que cet Ambaſſadeur
Kiij
222 MERCUR E
n'oublia pas , puis qu'eſtant allé
quelques jours apres aux Gobelins,
lors qu'il eut admiré toutes les
choſes dont je vous ay déja parlé
dans la Relation de l'Ambaffadeur
de Mofcovie, il fit compliment
à Monfieur le Brun fur fon
merveilleux talent , & fur l'honneur
que Sa Majesté luy avoit
fait.On l'a mené auſſi au Palais,où
voyant la grade foule quis'y rencontre
toûjours , il dit qu'il commençoit
à connoistre ce que c'estoit
que Paris . En allant voir la Bibliotheque
du Roy, il fut fort ſurpris
du grand nombre de Livres Arabes
qu'on luy montra. Parmy ces
Livres il trouva un Alcoran. Il le
prit,& le porta ſur ſon front, fur
ſes yeux, & fur ſa bouche , avec
des marques d'une venération
tres - particuliere. Enfin il n'y a
icy aucun endroit curieux qu'il
n'ait
GALANT .
223
J
n'ait vifité , en forte que tant de
magnificence & de grandeur luy
a fait dire,, Que ce qu'il a veu luy
donne une idéede la France pareille
à celle queles Mahometans ont de
la gloire où ils croyent aller quand
ilsfont morts. Uve des chofes qui
luy a le plus caufé d'admiration ,
a eſté l'Exercice des Moufquetaires.
Monfieur de Fourbin qui
eſtoit aupres de luy pendant ce
temps , luy demanda ce qui luv
ſembloit de cet Exercice. Croyeza
vous , Monsieur , luy répondit il,
estre aupres de moy dans ce moment
? Vous estes au milieu de ce
Bataillon à faire vous mesme tous
ces mouvemes,estat impoſſible qu'ils
fuſſent ſi justes,s'ily avoit plus d'une
perſonne qui s'en meslast. Bienheureux
, Monfieur , d'avoir mille
bras que vous pouvez remuër à
mesme temps . Quelques autres
K iiij
224
MERCURE
luy ayantdemandé , ſi cet Exercice
le divertifſſoit. Rien n'eft fi
divertiſſant, leur repliqua t- il, que
devoirmanier les armes à ces Bravesquand
on eft de leurs Amis , car
il n'y feroit pas bon autrement.
Quelqu'un luy voulut expliquer
enſuite que ces Meſſieurs avoient
fait de tres belles actions dans
toutes les Guerres , & que ces
Compagnies eſtoient au Roy. IH
répondit auſſi toſt. le ſçay que ce
Sont de jeunes Lyons à l'Armée,&
que le Roy est leur Capitaine. Son
Alteſſe Royale l'évoya prierd'aller
au Bal , par Monfieur Aubert
ſon Maiſtre de Ceremonies.Il dit
mille choſes galantes à toutes les
Dames ; & Monfieur luy ayant
demadé àune heure apres minuit,
s'il ne commençoit point à s'ennuyer
, & s'il vouloit fortir ;
Ie Serois bien puny , luy dit - il,
fi
GALANT . 7
fi vous me l'ordonniez. le ne wa
çois rien de plus fenſible que de
quiter une fi illustre & fi belle
Compagnie.
Pour achever de vous rendre
compte des choſes qui le regardent,
j'ajoûte ce que l'on en a entendu
dire au Soupé du Roy . Sa
Majesté ayant demandé à Mª de
Remondis , ſi l'Ambaſſadeur étoit
content , ſa réponce fut qu'il
luy avoit dit , qu'il avoit pleuré
lors qu'il appritqu'il devoit venir
en France ; mais qu'il pleureroit
beaucoup davantage en la quittant.
Et là deſſus le Roy expliqua
tout haut, comment il eſtoit
venu Ambaſſadeur malgré luy,le
Roy fon Maître luy ayant envoyé
dire qu'il luy couperoit le
col s'il ne partoit. Sa Majesté demanda
encor ce qu'il diſoit de
Paris ; à quoy le même Monfieur
Kv
226 MERCURE
de Rémondis répondit , qu'il eftoit
au deſeſpoir de ce qu'on ne le
croiroit pas chezluy&qu'ilne pour.
roit le trouver mauvais, puis que
luy-mesme n'auroit pas crú tout
ce qu'onluy avoit fait voir , quand
mille personnes en auroient voulu
foûtenir la verité ; qu'il avoit
un Livre où il écrivoit tout ce qu'il
voyoit , & qu'il l'appelloit le Livre
des Miracles. Le Roy fut fort
content de cette réponſe , &dit
tout haut que cet Ambaſſadeur
avoit de l'eſprit.En fuite Sa Majeſté
demanda ce qu'il avoit trouvé
des Invalides & du Louvre. Pour
les Invalides , répondit Monſieurs
de Rémondis , il s'y eſt
promené plus de trois heures,
diſant que c'estoit là la veritable
marque de la grandeur du
Roy ; qu'il falloit que tous les Roys
du monde vinſſent apprendre de
Vostre
GALANT. 227
Vostre Majesté l'art de gouverner
les Royaumes ; & le Gouverneur
de Salé, qui eſt à la ſuite de l'Ambaſſadeur
, & qui paſſe pour un
Saint en ſon Païs , m'a ferré, alors
la main , en me jurant deux
fois par fa Loy, qu'aſſurément Dieu
veilloit à la conſervation de Vôtre
Majesté.Le Louvre leur a auffi
paru d'une beauté admirable .
Tous ceux de la Suite de l'Ambaffadeur
l'ont trouvé trop grand
diſant qu'il falloit des Carroffes
pour aller d'un bout de la Galerie
à l'autre . Mais l'Ambaſſadeur
leur a répondu , qu'il le trouvoit
trop petit,& que la Maison de
ce Roy ne devoitpoint avoir d'autres
bornes que l' Afrique .Monfeigneur
le Dauphin demanda à Monfieur
de Remondis s'il avoit veu l'Arfenal.
Il répondit à ce Prince, qu'apres
en avoir admiré toutes
les
228 MERCURE
les Armes, il fut fort ſurpris d'apprendre
qu'il y en avoit pour armer
quatre- vingts mille Hommes,&
qu'il avoit dit alors,que les
Vaiſſeaux de Brest; les Invalides, &
l'Arsenal , faisoient entendre aux
plus fourds la grandeur du Roy.
J'irois trop loin , ſi je rapportois
toutes les choſes qu'il dit tous les
jours à une infinité de Gens de la
premiere qualité qui viennent
chez lay , & qui ne comprennent
pas comment un More peut
avoir l'eſprit ſi bien tourné &
fi galant. Il eſt vray que de tout
temps on a eſtimé la galanterie
des Mores. Vous ſçavez qu'ils
ont eſté maiſtres d'une partie de
l'Eſpagne. Le Chaſteau de l'AIhambre
de Grenade,y est encor
appellé le Palais des Roys d'Afrique.
La Veuë de l'Entrée de ce
Palais que je vous envoye gravée,
vous
NIOTHEQUE
DE
LA
LYON

GALANT.
229
vous apprendra combien ils efſtoient
ſuperbes dans leurs Bâtimens
. Cette Entrée eſt celle de
l'Apartement qu'on appelle encor
de los Leones .C'eſt une grande
Court plus longue que large,dont
tout le pavé eſt de Marbre blanc,
& qui eſt envirõnée de cinquante
deux Colomnes de Marbre d'Egypte.
Deux Baffins d'Albastre
font au milieu . Le plus grand eſt
porté ſur douze Lyons auſſi d'Albaſtre,
quijettent de grosboüillōs
d'eau. Aux deux bouts, il y a deux
grands Veſtibules ſoûtenus d'une
douzaine de Piliersde Marbre ,
qui avancent d'environ vingt
pieds das la Court. Chaque Veftibule
a quatre Jets d'eau. Par là
on entre dans de grandes Galeries
qui regnent le long des Portiques,&
d'où l'on pafſſe en quantité
de Pieces qui sõt autour de la
Court.
230
MERCURE
Court. Les plus belles ſont deux
grands Sallon faits en dôme , &
ornez d'une tres- riche Moreſque
que les Arabes appellent Comaragies.
Elle est d'une maniere de
Stuc , où ſont moulées mille petites
Figures à la Moſaïque , mais
d'une Mosaïque relevée en bofſe
, repreſentant par des lignes
auſſi deliées que fi elles estoient
-imprimées ſur de la cire , tout
ce que l'on voit dans les Tapis
de Turquie & de Perſe , & dans
les plus curieux Cabinets de Pieces
raportées ; l'or , l'azur , le
blanc , & pluſieurs autres couleursy
eſtant meflées avec tant
de varieté , qu'on ne peut les regarder
ſans que les yeux en foient
éblouis . L'un de ces Sallons s'appelle
de las dos Hermanas , ou des
deux Soeurs , à cauſe qu'il eſt
pavé entierement de deux grandes
GALAN T.
231
des Pierres de Marbre que l'on
nomme ſans pareilles , & qui rempliſſent
les deux coſtez depuis
une muraille juſqu'à l'autre , à la
reſerve de l'eſpace que tient la
Fontaine. L'autre Sallon eſt appellé
des Abencerrages , à cauſe
qu'ont tient que ce fut dans ce
_lieu- là que le dernier Roy More
de Grenade en fit égorger un ſi
grand nombre. Je reſſerre pour
le mois prochain ce qui me reſte
à vous dire de l'Ambaſſadeur de
Maroc . La grandeur du Roy eſt
ce qui le touche plus que toutes
choſes,& cette matiere vous eſt
toûjours agreable. Je ſuis ſeûr
par là que vous aimerez le Sonnet
qui ſuit. Il eſt ſur les meſmes
Bouts - rimez que vous avez déja
veus.
AU
232 MERCURE
)
AU RO Υ.
SONNET.
Our chater vos Exploits,qu'estce
qu'un Flageolet ,
Vous,qui pourſoûtenir lefacréDécalogue
,
Feriez d'un Grand Seigneur un petit
Roytelet ,
Aussi facilement que Virgile une
Eglogue ?
Tout vous refpecte&craint, Parlement,
Chastelet ,
Docteur, Historien, Poëte, Pédagogue
;
Et fans perdrefouvent ni Cheval,
ni Mulet,
Vous sçavez enchaîner l'Ennemy
comme unDogue.
९६ ور
Dans un trifte Païs par la guerre
écuré,
On vous voit proteger jusqu'au
moindre Curé ;
GALAN Τ.
233
1
Vôtre bonté, Grand Roy , Soûmet les
plus rebelles .
Qui peut paſſer le Rhin,peut paſſer
'Helleſpont ;
De tout évenement vôtre valeur
répond ,
L'Espagne & la Hollande enſça.
vent des nouvelles.
En voicy encor un autre ſur la Grof.
ſeſſe de Madame la Dauphine. Il eſt de
Monfieur Amoureux,de Digne, Avocat
au Parlement d'Aix .
SONNE T.
:
Muse, appreste ta Lyre,au lieu
d'un Flageolet ;
Un Enfant quifera l'appuy duDé.
calogue ,
Sous qui le Grand Seigneur doit
estre un Roytelet ,
Doit faire le ſujet de ta plus belle
Eglogue.
-
Il
234 MERCURE
Ilsçaura tout regler , Parlement
Chaſtelet ,
Son esprit n'aura pas besoin d'un
Pedagogue,
i
Il rendra l'Ennemy plus bridé qu'un
Mulet,
Et tiendra l'Herétique enchaîné
comme un Dogue.
**
Son coeur noble & royal , de tout
vice écuré.
Sera toûjours fidelle au fupreme
Curé,
Ilparoîtra remply des vertus. les
plusbelles. -T
:
Ses Armes le rendront l'effroy de
l'Hellefpont ;
Et fi la Branche enfin à la Tige
répond,
Ilferafous LOUIS cent Conquestes
nouvelles.
11
GALAN T.
235
Il m'en reſte d'autresſur divers
ſujets , que la longueur de ma
Lettre m'empeſche aujourd'huy
de vous envoyer. Je l'acheve par
les Enigmes. Le vray Mot de la
premiere eſt enfermé dans ce
Madrigal de Madame & de Mefdemoiselles
de Tourville , du
Ponteau de- mer.
Aut- il s'étonner, fi rebelles
A ce que nous dictoit nostre esprit
chantelant,
Nous cherchions pour un Mot des
lumieres nouvelles ?
Qui croiroit qu'un Dieu Sage , &
qui fe dit galant,
D'un Rafoir étrenaſt les Belles ?
Ceux qui ont expliqué cette
Enigme fur le meſme Mot :
font Mefficurs, le Hot , Avocat
à Caën : L'Ecuyer : De
Clelban
236
MERCURE
Clelban ,de Normandie ; R. de S.
Martial ; D.C.des Rives d'Allier;
La jeune Châlonnoiſe; Les Aſſociez
de la Place aux Chats de la
Ruë S. Honoré ; Le Soûpirant
temeraire ; Bouchet , Peintre &
Graveur,de Lyon ; La Sçavante ,
la Croix, de Chambery ; Inclination
d'Alexandre en Dauphiné ,
Mademoiſelle d'Eſcambous; Dupur
en Vers,de la Selve; Le Berger
de Cotentin ; Tamiriſte,de la
Ruë de la Ceriſaye. En Vers,Mefdemoiſelles
Legent , d'Orleans ;
De la Vallée , de Paſſy en Normandie
; Dorival , de Conches ;
Maurice , de Bourgogne ; Mefſieurs
du Pont , de la Place aux
Chats ; L'Abbé d'Arly ; Duzot,
de Niſmes; Paulet , le Marquis
d'Alteran ; Le Chevalier de Modene
, Martinet ; F. Efprit , Capitaine
au Regiment de Picar
die;
GALANT. 237
die ; D. M. Avocat du Roy au
Siege d'Orbec ; T. H. de Vallaunay
, Sous- Brigadier dans les
Chevaux Legers ; C. Hutuge ,
d'Orleans ; Varlet ; Sagot , de la
Boucherie de Beauvais ; H. de
Dinan en Bretagne ; Le jeune
de Beſſons , de la Ruë Montmartre
; Le jeune Amant ; L'Amant
conſtant de la belle Gilbert , de
la Ruë Saint Honore ; & le Mary
charmant. On a encor expliqué
la meſme Enigme fur un
Peigne , un Cerf , & un Chien de
Chaffe.
Le vray Mot de la ſeconde
eſt dans ce Rondeau qui m'a
eſté envoyé ſous le nom de la
Nymphe à l'Anagramme , Je charme
tout , de Laigle en Normandie.
Depuis
238 MERCURE
Epuis quinzejours justement,
Duaan decouvert
ment
Que cachoit l'Enigme premiere,
I'ensuis venuë à la derniere ,
L'y refve , & toûjours vainement.
Vnefois me vint en dormant
Un bon mot dans l'entendement ;
Mais ont n'en receus de lumiere
Depuis.
** t
Si faut il tout résolument
En avoir éclairciſſement.
Cà, repaſſons cette matiere.
Est- ce point... Ouy, c'est mon affaire,
Mercure parle afſurément
DePuis .
Le même Mot a eſte trouvé
par (M" de la Verbriffonne ; E.
Foyneau, Sous-Chantre de la Cathédrale
de Vennes ; Le Berger
Siecle d'Amour ; Diane , de la
Foreft
.
GALAN T. 239
Foreſt d'Alcléon ; Pur Image de
Verite; La Tourterelle verte dela
Ruëdu Cigne , Lautonniere , de
la meſme Ruë ; & la Païfanne
d'Auteüil . Mademoiselle Prieur,
de la Ruedu Meurier, l'a expliquée
en Vers, auffibien queMefſieurs
du Puy Vicomte de Bernay
Gyges, du Havre; Baricot , Alcidor
, & Floridor ,& tous trois de
- la mefme Ville ; & 1 Habitant irréſolu
de la Rochelle.Le Canon,la
Tonne,la Pompe le Prefſoir,unc Fontaine,
la Cuve , & le Bureau d'Avis,
font les autres Sens que l'on a
donnez à cette Enigme .
Ceux qui ont trouve le Mot de
l'une & de l'autre, font Meſſieurs
le Cordier de Caën,les Freres du
Cloître de S. Pierre à Geneve en
vers, Gibert de Meſme, & F. G.
En Vers , Mademoiſelle Regnaudin
l'aiſnée de la Portede Riche-
3
lieu;
240 MERCURE
lieu ; M Daubaine ; Droüart de
Roconval, de la Porte Saint Antoine
; de Vaux , prés Lyre en
Normandie ; le Jeune Meinard
de la ruë Saint Denys ; Allard
du Vexin : Bardou de Poitiers ;
l'Amant conſtant de la Belle
Blonde de Salins , & l'Albaniſte
de Roüen .
L'Enigme en Figure, que quelques
uns ont crû eſtre la France,
la Luneted'approche, la Langue&
la Carcaffe , a eſté expliquée par
Monfieur Bardou de Poitiers , &
par Monfieur Daubaine , ſur le
Remede qui parmy les Dames eſt
appellé Agrément , & c'en eſtoit
le vray Mot. Ils ont reconnu le
Medecin , le Chirurgien &l'Apotiquaire
dans les trois Figures
de la Planche , & ont deviné
ſans peine , que le Canon eſtoit
la Seringue. Les Enigmes conti
nuënt
GALANT.
241
nuënt toûjours à plaire,& parmy
ceux qui établiſſent d'agreables
Societez dans les Provinces, pluſieurs
Perſonnes de l'un &de l'autre
Sexe , propoſent des Prix aux
dépens de la belle Troupe . Chaque
Perſonne donne en meſme
temps fonBillet cacheté.Tous ces
Billets font ouverts en préſence
de toute laCompagnie, lors qu'on
a reçeu le Mercure du mois fuivant
, qui contient l'explication
des deux Enigmes , & ceux qui
ont deviné remportent les Prix.
En voicy deux nouvelles que je
vous envoye. La premiere eſt de
Monfieur Noë, l'un des Officiers
de la Maiſon de Monfieur lePrin
ce Henry Caſimir de Naflau,
Gouverneur des Provinces de
Frife, de Groningue,& des Ommelandes
;& la ſeconde,de Monſieur
Girault le Jeune,Parifien.
Janvier 1681 . L
242 MERCURE
ENIGME. :
TETout-Puiſſant qui fait trembler les
Dieux,
Nous en voyaſous la voûte des Cieux ,
Pourenchanter par noſtre utile usage
Tous les Mortels qui voyent noſtre ouvrage,
Et nous naiſſons nuit & jour en tous
lieux .
Vous nous meflez dans vos proposjoyeux,
Vous nous meſlez dans vos diſcours pieux,
Vous neprie,z que par nostre aſſemblage
Le Tout Puiſſant.
Nous instruiſons les jeunes &les vieux;
Vos Peres morts, leurs antiques Ayeuх,
Parnos effets revivent en cet age,
Nous sommes vingt, deux ou trois da
Etnous mettonsſouvent devant vosyeux
vantage.
71 Le Tout- Puiſſant,
AUTRE
GALANT.. 243
AUTRE ENIGME .
JEEpprreennssddaannss les ForestsmaSource mafculine;
Mais dés qu'on m'en tire une fois,
La forme qu'on me donne,eſt ſouvent
féminine;
Seit Homme on Femme,enfin,à ſemblables ,
emplois
Chacun d'eux toûjours me d'eſtine.
Cent Belles dans monſein renferment leurs
filets, 11
Et mille Adorateurs charmez de leurs
attraits;
Suivant avec fuccés un attirante mode,
Qui leur plaift & les accommode,
Enferment jour &nuit chezmoy bien des
appas,
Que sans l'heureux couvert qu'en tout
temps je leur donne,
Peude Gens ( peut -estre perfonne )
Longtemps dans le grand
veroientpas.
airne air confer
Belles , en me cherchant, Soyez toûjours
i
tranquiles;
Vous
2
244 MERC. GALANT .
Vous , jeunes Soupirans , faites-en tout
• autant,
Et ne vous donnezpoint de peines inutiles,
Vous me voyez peut-estre en cet inſtant.
On vient de m'apprendre que Sa
Majesté , ſuivant ſa maniere obligeante
de fairedu bien , a fait des Préfens conſidérables
à des Perſonnes du premier
rang, qui ne s'y attendoient pas. Comme
je ne ſuis point encor bien informé
de la choſe , ny des circonftances ,je
remets au premier mois à vous en parler,
& fuis, Madame, voſtre &c.
25
A Paris ce 31. Janvier 1682 .
HELIK
DEL
LYOR
Im
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le