Fichier
Nom du fichier
1681, 11 (Lyon)
Taille
8.61 Mo
Format
Nombre de pages
277
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 168
VILLE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
Ruë Merciere .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Evous envoyeray,
Jcher Lectur, le mois
prochain les Preuves
de Nobleffe du Pere
Meneſtrier, c'eſt la continuation
de fon grand Ouvrage. Vous recevrez
auffi dans huit jours la
Princeffe de Milan de Monfieur
de Preſchac , c'eſt un livre du
temps.1 5
J'ay reçeu ce mois plufieursi
paquets ſans que l'on ayt payéle
port des lettres, ceux qui ne l'ont
pas payé peuvent s'allurer de
ne voir jamais leurs Ouvrages
dans le Mercure ; & pour ceux
qui affranchiffent les ports de
a ij
lettres ils doivent s'aſſurer d'y
eſtre mis à leurs tours , pourveu
que leurs Ouvrages en valent
la peine. On vendra toûjours les
Mercures 20.ſols levolume ,& les
Extraordinaires 30. tant vieux
que nouveaux. Dans 15.jours au
plus tard , on diſtribuera de touzes
fortes de grands Almanachs
de Paris , tant enluminée que en
blanc, à un prix tres-raiſonnable.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Novembre 1681 .
La Princeſſe de Milan de Monſieurde
Preſchac, 12. 12.folsa
La conduite du Sagedans les diferens
Etats de lavie, 12.vola
Marie d'Anjou Reyne de Majorque,
12. 4. vol .
DesBalets anciens & Modernes,
4
beb
ſelon les regles du Theatre
par le Reverend Pere Mene
ſtrier
ſtrier , indouze , trenté ſols.
La Vie de Criſtofle Colomb &
ladécouverte qu'il a faite des
Indes Occidentales, vulgairement
appellées le nouveau
Monde , indouze , 2. volumes,
3. livres.
Lettres familieres de Monfieur
Conrard àMonfieur Felibien,
indouze, 30. fols.
Le Prudent Voyageur , indouze,
3. vol. Geneve, slivres
と思
3
TABLE
10
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.
A
vant-propos ,
vrages en
accompagné d'Ou-
Profe & en Vers ... I
Ce qui s'est passé à Strasbourg, &dans
le retour du Roy , juſques à ſon arrivée
àS. Germain . 12
Pluſieurs Pieces en Vers & en Proſe,ſur
la soûmiſſion que Strasbourg a renduë
au Roy fur l'entrée des Troupes
de Sa Majesté dans la Citadelle de
Cazal,
Sonnet.-
21
27
Divertiſſement apres le depart duRoy.
29
Galanterie en Profe & en Vers. 30
Recepte amoureuse . 40
Prix tirez àCharolles en Bourgogne,&
disputezpar les Dames: 41
L'Amour&la Mort,Fable. 79
Mort de Monsieur de la Baume. 86
Mort de Madame la Préſidente de la
Berchere. 88
Lettre en Profe & en Vers. 91
Histoire
TABLE .
Histoire.
Rondeau.
96
128
Retour de Monfieur le Duc de Mortemar.
128
Noms de toutes les Galeres de France,
&de tous leurs Commandans . 130
Grand Procés jugé au Conseil du Roy,
133
Requeste d'un jeune Heſtre aux Mirtes
des Iardin, de Vénus , qui font dans
la Ville d'Idalie en Cipre.
Voyage des Troupes du Roy , & leur en
trée dans la Ville de Cazal.S
144
Reception faite à Tours à Monfieur le
Duc du Maine, 01170
Sonnet au Roy. halepkes 74
Autre Sonnet au mesme . 76
Cerémonies faites à la Meſſe du S. Efprit
celébrée pan Meſſieurs du Clergé.
77
Noms de tous les Archevesques , Evef.
ques , Abbez, autres qui composent
Aſſemblée du Clerge79
Plusieurs Abjurations,
183
Cerémonie faite à Limours. 190
Mort de Madame de Sourdis . 195
Mort de Madame de Ruberpré. 196
Mort
TABLE.
l'Archevesque
Absence .
Mort de Madame Forcadel. 19
Harangues faites à l'ouverture du Parlement
. 199
Ouverture des Ecoles de Medecine par
Monsieur Paylonso1 2202
La Mercuriale faite par M. l'Avocat
८ General Talon.. 203
Compliment du Clergé au Roy par M.
204
Sonnet du Berger Fleuriste , sur une
206
Nomsde ceux qui ont deviné la premiere
Enigme, 228
Noms de ceux qui ont deviné la ſeconde,
210
Noms de ceux qui ont deviné toutes les
deux. 2212
Retourde Monsieur à Paris, & tout ce
- que te Prince y a fait pendant fon
fejour, 216
Theſes ſoûtenuës à Avignon.
Divertiſſemens de cet Hyver.
Mort de Monsieur Bernardy.
220
221
126
?????????????????*? *Rછ*છછછછછછછ-
I
१९८
201
Angrodil ok muMERCU
:
MERCUREBLIOTALOUS
GALANT
LYON
NOVEMBRE 1681.
E vous ay fait voir,
Madame, en vouspar-)
lant de Strasbourg la
derniere fois , quele
Roy regle toutes ſes actions fur
la Juſtice. Il la conſulte toûjours
avant quede faire aucune Entrepriſe
, & ne s'en rapporte ny au
nombre de ſes Troupes , ny à ſa
valeur. S'il ſe vouloit ſervir de
ces avantages , il eſt impoſſible
Novembre 1681 . A
;
2 MERCURE
qu'il ne ſoit perfuadé ainſi que
toute l'Europe , que quelques
deſſeins qu'll puiſſe former, il luy
eſt facile d'en venir à bout , &
c'eſt en cela fur toutes chofes que
ſamoderation éclate. Il ſçait que
lors qu'on peut tout , on ne doit
pas tout vouloir,& cette raiſon eſt
cauſe qu'il ne veut jamais que ce
quieſt juſte. Auſſi quand cegrand
Monarque a une fois réſolu,
toutes les Puiſſances du Monde
s'oppoferoient inutilement à ſa
conduite , à ſes forces , & à ſa
prudence. Ces trois choſes vous
ont paru dans tout ce qui s'eff
paſſe touchant les ſoûmiſſions
que Strasbourg luy a renduës ,&
je vous ay fait connoiſtre avec
combien de justice il avoit voulu
ſe les faire rendre.Quoyquejene
vous aye rien dit que de vray,
c'eſtoit moy qui vous parlois , &
VOUS
GALANT.
3
P
vous ferez fans- doute bien-aiſe
qu'un temoignagequ'on ne puiffe
recufer , foit la confirmation de
ce quej'ay avancé fur cet Arti
cle. Je puis vous en donner un
qui vous fera d'autant moins
fufpect, qu'il eft & public,&d'un
Miniſtre public . C'eſt le Mémoire
que Monfieur le Comte d'Avaux
, Ambaſſadeur de Sa Majeſté
, preſenta aux EtatsGeneraux
à la Haye le 8. du dernier
Mois. Ce Mémoire contenoit.
Qu'ilcroyoit de fon devoirde faire
connoistre à LL. SS. que le RoySom
Maistre ayant esté pleinement informé
que ceux qui esperoient trouver
leurs avantages dans les troubles
, employoient tous leurs efforts
pourporter lesHabitans de la Ville
de Strasbourg à estre les principaux
Autheurs des désordres qu'ils voutoient
faire naistre dans l'Empire,
A ij
4
MERCURE
& que pour cet effet ils faisoient
entendre à ceux de la ville, que la
Cour de Vienne n'avoit donnéfon.
confentement aux Conferences de
Francfort , que pour cacher d'autant
mieux le deſſein où elle estoit
de renouveller la guerre ausfi- toft
que l'Empereur auroit achevé les
Levées , & que la Ville de Strasbourg
auroit reçen les Troupes que
la Maiſon d' Autriche y vouloit introduire
, pour porterſes armes dans
l'Alface avec tout l'avantage que
ce Pofte luy pouvoit donner ; Sa Majesté
avoit crû devoir apporterd'autant
plus de deligence à prevenir
les désordres que l'execution de ce
deffein pouvoit caufer dans l'Empire,
qu'Elle avoit estéavertie prefque
ausfi- toſt que les intrigues &
Séditions du Baron de Mercy , jointes
aux offres & aux promeſſes que
luy & les autres Emiſſaire de l'Em.
pire
GALANT .
pirefaisoient au nomde Sa Majesté
Imperiale aux Habitans de cette
Ville-là , commençoient à faire de
fifortes impressions fur les Esprits
crédules & turbulens , qu'ils estoient
tout disposez à recevoir les Troupes
Autrichiennes , & que le Prince
Charles de Lorraineſe préparoit à
y faire entrer celles qui font ſous
Son commandement ; de forte que
Sa Majesté voyant que la guerre
estoit inévitable , fi Elle ne prevenoit
avecune extréme diligence&م
un tres-grandfecret , les mauvais
deffeins de ceux qui cherchoient à
-s'emparer d'un Poſte ſi confiderable
au préjudice des droits acquis à la
Couronne de France , par les Traitez
de Munster &de Nimegue, ſur
toute la Haute & Baſſe Alface ,&
par confequent sur Strasbourg qui
enest la Capitale ; Elle s'estoit trouvée
obligée de s'y transporter Elle-
:
1
A iij
6 MERCURE
7
mesme , pour y recevoir leferment
de fidelité qui luy estoit den , de
crainte qu'une plus longue patience
ne luy portaft prejudice; que comme
Monsieurle Marquis de Louvois
que le Roy avoit envoyé avant luy,
avoit mandé que les Troupes
avoient marché avec tant de diligence
, qu'elles s'estoient emparées
le 28. Septembre de la Redoute qui
regarde te Pont, &avoient préve
nu les Troupes Imperiales qui
avoient ordre de s'en faiſir; que
ceux de Strasbourg avoient en
même temps témoignéqu'ils estoient
zout prests àfefoûmettre à l'obeisfance
qu'ils devoient à Sa Majesté,
& qu'ils vouloient bien recevoir les
Troupes dont Elle croyoit qu'ils euf-
Sent befoin pour leurdéfense,SaMa.
jesté avoit renvoyé auſſitoſt en leurs
Quartiers toutes celles quin'estoient
Pas neceſſaires pour la feûreté de
La
GALANT ל .
la Ville de Strasbourg , où Elle dewoitse
rendre àpetite journées pour
viſiter la Place , & pour ordonner
ce qu'elle jugeroit àpropos; Qu'ainsi
il y avoit sujet d'esperer que ce qui
auroit esté une occafion de guerre,
ferviroit d'oreſnavant d'un moyen
plusfacile à conserver la paix, puis
que la foûmißion de la Ville de
Strasbourg à l'obeiffance de Sa
Majesté, ruinoit les deſſeins de
ceux qui prétendoientſeſervird'un
Pofte si avantageux pour recommencer
ba guerre , & que d'ailleurs
il n'y avoit pas lien de croire que
les Princes de l'Empire , estant auſſi
éclairez qu'ils font , vouluffens
troubler le repos donttoute l'Europe
joüit à present , pour difputer à Sa
Majesté des droits qui luy appartenoient
avec justice, qu'Elle poffedoit
, & qu'Elle estoit réfoluë de
maintenir par tous les moyens que
A iiij
8 MERCURE
Dieu luy avoit mis en main ; Que
cependant , comme les Ministres
Autrichiens avoient tâché d'alarmer
tout l'Empire , en publiant que
Sa Majesté avoit deffein de porter
fes armes au de làdu Rhin , ilpouvoit
bien affurer LL. SS. que le
Royſon Maistre avoit des intentions
$finceres. pour conferver la Paix
dans l'Europe , que loin de fonger
à rien entreprendre , il estoit au
contraire tout disposé à consentir
dés-à-present à faire entierement
démolir les Fortifications de Fri
bourg , & à reftituer à l'Empereur
cette Place qui est la Capitale du
Brisgavu , à condition que l'Empereur
feroit pareillement rafer les
Fortifications de Philisbourg , &
rendroit cette Bourgade & ses dépendances
à l'Evesque de Spire ; de
forte que par ce moyen il ne tiendroit
qu'à Sa Majesté Impériale de faire
ceffer
GALANT.
ceffer de part & d'autre tout ſujet
d'inquietude &de défiance, d'ofter
pour l'avenir toute occaſion de renouvellement
de guerre , &d'affermir
pour toûjours une parfaite correspondance
entre la France &
lEmpire.
Vous voyez , Madame , par le
deſſein qu'avoient les Impériaux
de ſe ſaiſir de Strasbourg, que fa
Majesté ne les a prévenus que
pour empeſcher la Guerre. Ils
s'eſtoient préparez à la declarer
apres qu'ils ſe ſeroient emparez
de cette Place , & le Roy n'a
voulu en eſtre Maiſtre que pour
affermir la Paix . C'eſt ce que je
vous ay marqué fort au longdans
ma Lettre precédente , & ce que
vient de vous confirmer le Manifeſte,
dont j'ay crû devoir vous
faire part.Ainſi l'on ne peut douter
que ce ne ſoit avec une tres-
Av
10 MERCURE
grande justice que le Roy s'eſt
fait rendre l'obeïſſance qui luy
eſtoit deuë par ceux de Strasbourg,&
qu'il n'ait eu plus d'une
raiſonde le faire. Cependant afin
que les jaloux de la gloire qu'il a
fi bien meritée , n'euſſent aucun
lieu de s'alarmer, il s'eſt empefché,
par un effet de la plus haute
moderation , & quiluy eft pourtant
ordinaire, de tenter une entrepriſe
, qui depuis pluſieurs années
luy eſtoit auſſi facile qu'elle
l'a eſté le jour qu'il réſolut de l'executer.
Un motif preſſant éſtoir
feul capable de luy faire prendre
cette réſolution ; & il ne l'a priſe
que lors qu'il a veûla Paix en péxil
d'eſtre troublée. Ainſi on peut
dire qu'en ſe faiſant ouvrir les
Portes de Strasbourg , il a fermé
celles de la Guerre , puis que les
Autrichiens vouloient s'aſſurer
de
GALANT. rf
de ce Paſſage , pour pouvoir en
fuite nous la déclarer. Ce n'eſt
point affez pour ce grand Prince,
d'avoir donné le repos à toute
l'Europe. Il veut la maintenir
dans ce calme , & l'on n'en ſcauroit
douter , fi l'on examine ce
qu'il ne fait point & ce qu'il eſt
en état de faire. On eut pas fitoſt
nouvelles qu'une partie de
ſesTroupes marchoit vers Strasbourg
que ceMadrigal parut.
Vn Projet ſi juſte&si beau
DQuelfuccés devons-nous
tendre ?
Sans quelque miracle nouveau,
Strasbourg pourroit- ilfe défendre?
Non, non , le GRAND Loürs fera
toûjours vainqueur,
• Sa prudence ny savaleur
Ne trouveront jamais d'obstacles,
Et c'est un point de foy qui n'est que
trop constant
#
Quoy
12 MERCURE
Quoy que puiſſele Protestant,
Il ne peut faire de miracles .
Le Voyage de Sa Majesté à
Strasbourg a fait trop de bruit
pour n'en parler qu'une fois , &
vous voudrez bien ſans doute,
que nous reprenions cette matière
. Le jour que le Roy entendit
la Meſſe dans l'Egliſe Cathé
drale , Monfieur l'Eveſque de
Strasbourg qui le reçeut à la Porte,
comme je vous l'ay déja marqué
, n'étoit pas ſeulement accompagné
d'une partie de fon
Chapitre , mais encor de ſept
Abbez mitrez avec leurs Crofſes.
Jamais l'allégreſſe ne parut
plus grande en aucune occafion
qu'elle ſe fit remarquer par les
cris de joye qu'on pouſſa dans
celle- cy. Le Te Deum fut chanté
au bruit du Canon, des Cloches
des
GALANT.
13
2
des Orgues , des Timbales , des
Trompetes , & des Fifres des
Cent Suiſſes , & des acclamations
d'un nombre infiny de Perſon
nes de toute forte d'états. Je ne
vous dis rien de la Muſique.Chaque
Païs ſe fait là- deſſus des
beautez à ſa maniére , & il n'y a
rien qui ne plaiſe quand il eſt de
noſtre gouft . Pendant tout le
temps que le Roy a demeuré
dans Strasbourg, il a tous lesjours
monté à cheval , tantoft pour aller
faire tracer les Lignes de Circonvalation
autour de la Place,
où il fait baſtir la Citadelle , tantoſt
pour aller au Pont du Rhin,
&tantoſt pour vifiter les Dehors
dela Ville. La plupart des Dames
qui estoient veſtuës en Amazones,
employoient le meſme temps
à ſe promener où elles croyoient
ſe mieux divertir. Les unes alloient
)
14 MERCURE
loient chercher ce que les Mar
chands avoient de plus curieux,
& les autres ſe faisoient mener
aux lieux de la Ville qui estoient
à voir . Elles y ont admiré le teint
des Femmes , qui preſque toutes
ont les traits bien- faits . Elles portent
des Chapeaux ornez de dentelle
noire ou d'argent, ſuivant le
bien qu'elles ont,& de gros Bonnets
d'une fourrure tres - fine.
Leurs cheveux ne ſont point abatus,
mais natez & pendans , &
elles attachent leurs Jupes prefque
au milieu du dos,ce qui em
peſche que leur taille ne paroiffe
avantageuſe. Jamais on n'avoit
veu dans Strasbourg une fi belle
Aſſemblée. Outre un fort grand
nombre de Perſonnes du premier
rang de la Cour de France , la
plupart des Princes des environs
s'y eſtoient rendus, artirez, com-
4
me
GALANT. I
me quelques- uns ont dit en parlant
du Roy , pour voir la Mer--
veille du Monde;& ceux qui n'ont
pû s'y rendre , ont envoyé faire
compliment à Sa Majeſté. Le 25 .
d'Octobre, Elle donna Audience
au Prince de la Petite Pierre , &
le lendemain au Prince de Vvirtemberg,
Adminiſtrateur du Duchéjau
Comte Bagliani,Envoyé
duDuc de Mantonesà Monfieur
Cachevviki , Envoyé Extraordinaire
de Pologne , au Comte de
Vvirgeinſtein , Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur Palatin ; au
Marquis de Bade- Dourlach , &
au Baron de Bieken,Grand Bailly
du Païs d'Eichesfelt , Envoyé.
de l'Electeur de Mayence. Monfieur
de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs , conduiſit ces
Princes& ces Miniſtres , qui ce
meſme jour curent l'avantage de
com
1
16 MERCURE
4
complimenter la Reyne,ainſi que
Monseigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine, & Leurs Alteſſes
Royales. Je vous ay déja
mandé que Leurs Majeſtez eftoient
parties de Strasbourg le
27. du meſine mois , & qu'elles,
allérent coucher à Saverne. Le
Roy & une partie de la Cour
logea dans le Palais de Monfieur
l'Eveſque de Strasbourg.Ce Prelat
avoit fait tendre des Toiles,
& envoyé une belle Meute de
Chiens courans au devant de
Monſeigneur le Dauphin , dont
l'arrivée precéda celle du Roy.
Pluſieurs Gentilshomme du Païs
eurent l'honneur d'eſtre admis à
cette Chaſſe. On y prit fix ou
ſept Sangliers , l'un deſquels eftoit
d'une groſſeur ſi prodigieuſe
, qu'il peſoit pres de fix cens
livres. On en prit un autre au-
1
pres
GALANT.
17
pres de Colmar , ayant à peu
pres la meſme groſſeur. Monfieur
de Strasbourg avoit ordonné ,
qu'on défonçaſt des foudres de
Vin en pluſieurs endroits de ſon
Palais , où il y avoit diverſes Tables
ouvertes, avec des Gens deſtinez
pour inviter à y prendre
place. Le Roy mangea à fon ordinaire,
c'eſt à dire que ſes Offi .
ciers préparerent le Souper. Il
ne s'eſt preſque paſſé aucun jour
pendant le Voyage , à l'exception
de ceux qui ont eſté employez
à traverſer les Montagnes
, que Monſeigneur le Dauphin
n'ait eſté à la Chaſſe aux
Chiens courans ou
د à l'Oy
ſeau. Ce jeune Prince joüit a
preſent d'une parfaite ſanté , ce
qui eſt un fort- grand ſujet de
joye pour toute la Cour.
Le Roy qui fait les beaux
jours
18 MERCURE
jours de tant de Perſonnes , a
jony d'un tres- beau temps depuis
Fontainebleau,juſques apres
ſon départ de Strasboug. Aini
tout le Voyage pendant plus de
trois ſemaines , eut plûtoſt l'air
d'une ſomptueuſe Cavalcade ,
que d'une marche faite avec
deffein. Comme ce beau- temps
n'eſtoit neceffaire que pour fai
re paroiſtre la magnificence de
la Cour dans des Lieux où elle
n'avoit point encor eſté venë ,
la pluye qui pouvoit eſtre utileàla
Terre , commença fur la
findudernier mois ,& ne ceffa
point pendant dix ou douze
jours. Quoy qu'elle tombaſt ſi
abondamment que les chemins
en devinrent preſque impraticables
, elle ne fut point capable
d'empeſcher le Roy de ſe
détourner , pour viſiter les Places
GALANT. لو
ces qu'il avoit réſolu de voir
dans ſa route. Marſal fut du
nombre , ainsi que Nancy , dont
Sa Majesté viſita les Fortifications
, & fit Reveuë de la Garniſon.
Elle vint coucher à Mets
le ſecond du mois & y donna
audience au Baron de Leyen ,
Envoyé Extraordinaire de l'E
lecteur de Tréves. La journée
de Thionville à Longuyon eftoit
fort grande pour toute la
Cour , & plus encor pour le
Roy qui devoit ſe détourner
pour voir Longvvy , où il diſna.
Quoy qu'il fût fort tard quand
il ſe rendit à Longuyon , la Reyne
n'y eſtoit point encor arrivée
, & la fatigue d'avoir eſté
toûjours à cheval depuis la pointe
du jour , ou occupé à viſiter
des Fortifications, ne l'empécha
point d'en prendre une au
tre.
20 MERCURE
tre . Il deſcendit de cheval , ce
fut ſeulement pour en changer.
Il alla plus de deux lieuës
à la rencontre de cette Prin
ceſſe ; de forte qu'il eſtoit prés
de minuit quand Leurs Majeftez
arrivérent à Longuyon. Le
lendemain Elles allerent coucher
à Stenay , où Elles voulurent
ſejourner un jour pour
laiſſer avancer les Equipages
que le mauvais temps avoit retardez
. Elles ont en ſuite couché
à Grandpré , à Saint Souplet
, à Rheims , à Fiſmes , a
Soiffons , à Villers - Cotrets , à
Dammartin , & font arrivées à
Saint Germain le ſeiziéme de
ce mois dans une ſanté parfaite.
Le Roy y a reçeu compliment
de toutes parts ſur l'heureux
fuccez de fon Voyage ,
qu'il ne s'eſt donné la peine de
faire
GALANT. 21
faire que pour affurer le calme
dont joüit toute l'Europe . C'eſt
de quoy conviennent les plus
ſages & les plus éclairez Souverains
, auſſi bien que ceux
qui prennent les choſes du bon
coſté , & à qui leur intereſt particulier
ne fait point chercher
de prétextes pour rompre la
Paix. Pluſieurs ont écrit fur la
foumiſſion que Strasbourg a renduë
au Roy , & fur l'entrée
des Troupes de Sa Majeſté dans
la Citadelle de Cazal. Voicy
quelques-unes des Pieces qui
ont eſté faites fur ce ſujet.
MADRIGAL.
Brand LOVIS victorieux ,
Laiſſe repoſerſon Tonnerre,
Ce
f
22 MERCURE
Ce qu'il fait dans la Paix , le rend
plusglorieux ,
Que ce qu'il afait dans la Guerre.
L'ABBE'DE SAINTE CROIXP
CHARPY.
SONNET.
QuyUy,, SSttrraassbboouurrgg s'est foumis à
vostre obeïffance,
Et Cazat qui leſuit, reçoit les mesme's
Loix;
Grand Roy, voſtre ſeul Nom, ou voſtreſeule
voix,
Font voirà l'Univers quelle est vo
strepuiffance.
Ainfimalgré l'effort de la Triple-
Alliance,
Neparustes- vouspas leplus puiſſant
desRoys ?
à-la-fois,
Et lors que vous preniezfix Villes
l'Eu
GALANT. 23.
L'Europe s'étonnoit des progrés de
la France.
Si ce vaſte pouvoir qui s'étend en
tous Lieux,
Est celuy d'un Héros toûjoursvictovieux,
En est-il apres Vous un plus grand
SurlaTerre?
Non , non , on voit briller en tout
temps vos hauts Faits;
Car ayant triomphédans le temps
de la Guerre,
Ne triomphez vous pas dans celuy
de laPaix?
RAULT , de Roien.
MADRIGAL.
ASujetirle Rhin & le Po tout d'un temps,
N'est pas une petite affaire ;
César
24
MERCURE
)
César ne le fit qu'en dix ans ,
LOVIS en un jour l'a ſçen faire.
On ſçait que Céſar employa
neufans à ſe rendre Maistre des
Gaules & du Rhin qui paſſe aupres
de Strasbourg, & qu'en ſuite
il alla faire la guerre à Pompée,
& aſſujettir le Pô , qui paſſe à
Cazal. C'eſt ce qui a donné lieu à
-ces quatre derniers Vers.
J'adjoûte un Billet que vous
trouverez galamment tourné fur
cette meſme matiere. Il eſt de
Monfieur de Clelban de Normandie.
A MONSIEUR DE ***
J
en luy envoyant le Mercure.
E ne vous envoye ny Cyrus ny
Cleopatre. Il y a longtemps
६
que
GALANT.
49
voulons außi partager en quatre
Lots ce que nous avons à vouspropofer.
I.
Qui emportera l'Aisle droite,aura
une Garniture de Rubans, Gands,
Baudrier , Epée , le tout de cinquante
Loüis .
II.
Pour l'Aisle gauche , un Castor
& de Plumes , avec une Garniture
, des Gands & des Manchetes de
Points- d'Espagne, du prix de vingt
Louis.
III.
Pour la Teste & le Col de l'Oy-
Seau , deux Fufils & deux Paires
de Pistolets , des plus curieux &
des plus beaux.
I V.
Pour le Corps , la liberté des
derniers Vaincus , avec le droit des
Victorieux .
Novembre 1681 . C
:
So
MERCURE
Voilà nos intentions. Nous attendons
vôtre Réponse avec une extrême
impatience, c'est à dire vôtre
conſentement , vous estimant trop
pour vous croire capables de refuser
un pareil Défy. Il ne vous ferajamais
honteux d'avoir combatu avet
des Femmes , qui n'ont de leur Sexe
que la taille, la douceur,& la beauté;
car pour le courage & la haron
nous le verra toûjours dieffe ,
difputer avec les plus vigoureux.
Cette Lettre leuë , le Roy dit
beaucoup de choſes à l'avantage
de ces genéreuſes Héroïnes , &
fit convenir ſes Chevaliers qu'il
falloit leur aller rendre les Armes,&
leur remettre les Vaincus
entre les mains. La joye parut
genérale & mille Gens qui
étoient témoins de tout , pouffe-
,
rent un cry qui ſe fit entendre
jufque
GALANT.
51
juſque dans la Ville. En meſme
temps tous les Chevaliers Vainqueurs
prirent chacun un Vaincu
, & les conduiſirent à la Porte.
La Dame parut lors que le
Trompette eut fait le, ſignal , &
la réſolution que l'on avoit priſe
luy ayant eſté expliquée au
nom du Roy par un Chevalier,
qui luy dit fort galamment qu'ils
venoient changer de condition
avec leurs Captifs. Elle répondit
d'une maniere auſſi obligeante
que ſpirituelle , qu'elles
ne pouvoient accepter leurs
offres ; que les vouloir rendre
Arbitres du Sort des Vaincus ,
c'étoit aller au delà de la generoſité
; qu'étant leurs Eſclaves
de bonne guerre , elles auroient
à rougir , ſi la liberté
leur étoit renduë par une autre
voye ; & que puis qu'ils les
Cij
52
MERCURE
avoient aſſez eſtimées pour vouloir
bien conſentir à leurs demandes,
il étoit juſte que par leur
valeur & par leur adreſſe, elles
méritaſſent de rompre leurs fers,
ou qu'elles en fuſſent chargées
elles-mefmes. On difputa quelque
temps , & enfin les Cheva
liers furent contraints de oéder .
Le Roy étant informé de tout ,
fit affembler ſon Confeil. Il fut
réſolu que l'on renvoyeroit un
Chevalier pour complimenter les
Dames ſur un procedé ſi genéreux
, & pour les prier en même
temps d'ouvrir les Portes ,
afin qu'ils pûſſent continuer leur
Triomphe . La meſme Dame qui
avoit déja parlé , promit qu'on
tiendroit les portes ouvertes;mais
pour le Triomphe, elle pretendit
qu'il feroit borné , c'eſt à dire ,
que les Chevaliers vainqueurs ne
traver
GALANT.
53
traverſeroient que la moitié de
la Ville , ou bien que leur marche
étant deux à deux , il n'y
'auroit qu'un coſté armé , pour
marquer par là que leur victoire
n'étoit pas entiere . Le Chevalier
eut beau dire qu'il n'y avoit point
d'exemple qui autorisat leur prétention
; que c'eſtoit borner le
droit de la Royauté ,&que dans
la fuite , les Etrangers eſtimeroient
moins le Prix des Chevaliers
de leur Ville , s'ils avoient
à craindre d'eſtre aſſujetis à des
Loix nouvelles. La Dame répondit
au nom de toutes , que
ce qui pouvoit arriver un jour ,
ne les touchoit point ; qu'elles
étoient réfoluës de racheter la
-liberté de leurs Chevaliers aux
dépens de la leur propre , &
qu'elles ne ſouffriroient jamais
qu'on prît aucun droit fur elles.
Cij
54 MERCURE
qu'à tres - juſte titre ; que ſi ces
conditions bleſſoient le Roy &
ſes Chevaliers , ils pouvoient
faire leur Triomphe dans les
Fauxbourgs , ou ſe rendre Maîtres
de la Ville, s'ils ne croyoient
pas qu'elles fuſſent affez fortes
pour la bien défendre. Le Chevalier
étant allé faire fon raport,
le Roy trouva qu'ayant affaire à
des Dames , il étoit de leur honneur
& de leur galanterie , de ſe
ſoûmettre à leurs volontez ; que
cependant , comme borner leur
Triomphe ſelon leurs prétentions
, feroit renoncer aux avantages
qu'ils venoient de remporter
ſur la Ville , il étoit plus à
propos de le remettre juſqu'à ce
que tout fuſt preſt pour le Combat
de l'Oyſeau , dont ils gagneroient
aisément le Prix. On
alla dire auffi - toſt aux Dames
que
GALANT.
5'5
que le Roy & ſes Chevaliers
mettoient bas les armes , qu'elles
n'avoient qu'à ouvrir les Portes ,
& que tous leurs diférens ſe termineroient
dansun Bal qu'ils leur
donneroient le ſoir , ne voulant
fonger qu'à ce qui pourroit leur
cauſer quelque plaiſir , juſqu'à
ce qu'elles euſſent préparé tout
ce qu'elles croiroient neceſſaire
pour le combatqu'elles vouloient
entreprendre . Leur réponſe fut
que le naturel des Femmes eſtant
défiant , elles les prioient de leur
envoyer un oſtage de deux de
leurs principaux Chevaliers, qu'-
elles traiteroient affez agreable-
*ment pour leur donner lieu de fe
louer d'elles , & qu'en 'meſme
temps on leur ouvriroit les Portes.
Les Oftages furent auffitoft
donnez, & les Chevaliers ayant
renvoyé tous leurs Chevaux , en-
.
Cij
56 MERCURE
trerent fans armes dans la Ville.
Leur étonnement fut grand ,
quand ilsy trouverent les Dames
rangées en haye , armées d'un
Mouſquet & d'une Epée , avec
un Chapeau & un Juſte- aucorps.
•Elles firent leur décharge en l'air;
& les Chevaliers , apres mille
complimens fur leur bravoure ,
les déchargerent de leurs Armes,
qu'ils firent porter par ceux de
leur Suite ; & les ayant priſes
par la main , ils les menerent au
Lieu que l'on avoit préparé pour
leRoy du Prix. Elles y furent fuperbement
régalées , & il y eut
Bal , Collation , Concert , &réjoüiſſance
entiere tout le reſte de
la nuit. Le lendemain,elles donnerent
ordre pour leur Prix , refolurent
la maniere dont elles
s'habilleroient , & firent porter
parole aux Chevaliers , qu'elles
ſeroient
GALANT.
57
ſeroient preſtes pour le Combat
propoſe , le 21. Septembre , jour
de Saint Mathieu. Ce jour-là
eſtant venu , elles ſe rendirent
dans la Chambre de leur Conſeil
, où chacune s'eſtant habillée
à fon avantage , elles monterent
à cheval fur les dix heures , &
allerent en tres-bon ordre dans le
Pré S.Nicolas, joignantles Eclufes
de la Ville , qui eſt le Lieu ordinaire
de la Promenade. Rien
n'eſtoit mieux ordonné , ny plus
charmant que leur marche. A la
tefte de leur Compagnie eſtoient
deux Trompetes,& quatre Hautbois;
dans le milieu , leur Enfei
gne, quatre Violons, & fix Flûtes
-douces ; & à la queue , quatre
Hautbois , avecdeux Trompetes.
Elles firent l'Exercice das ce Pré,
& il n'y eut aucun des Specta
teurs qui n'admiralt leur adreffe,
Cv
58 MERCURE
En ſuite , elles retournerent dans
la Ville, où elles avoient ordonné
un magnifiqueRepas pour regaler
les Chevaliers combatans ,
qui depuis deux jour s'eſtoient
rendus à Charolles . On ſe mit à
table ſur le midy , & la Compagnie
fut ſervić par les Chevaliers
vaincus , qui portoient tous
une Chaîne de Rubans penduë
au col , pour marque de leur efclavage.
Le Dîné finy, lesDames
avertirent les Chevaliers qu'il
eſtoit temps de partir. Chacun
monta à cheval. Les Dames eurent
la droite , & les Combatans
la gauche , avec les Eſclaves qui
marchoient à leurs coſtez . On
n'entendoit en tous lieux qu'acclamations
de joye. Toutes
les Feneſtres eſtoient remplies
d'un nombre infiny de Spectateurs
; & en pluſieurs endroits
GALANT.
59
droits de la Ville, ondéfonça des
Tonneaux de Vin , où tout le
monde eut la liberté de boire.Les
deux Compagnies marcherent
entres-bon ordrre jufqu'au Lieu
du rendez - vous où l'on avoit
élevé l'Oyſeau. Il y avoit fix Tentes
dreffées , deux pour les Combatans
& les Combatantes; & les
quatre autres , pour les Specta-
, teurs & les Inſtrumens . Lors que
l'on fut preſt de commencer , la
Dame qui juſque-là avoit parlé
pour toutes les autres ditaux
Chevaliers, que pour empefcher
qu'il n'y euſt aucun defordre , il
falloit regler le nombre de ceux
qui devoient tirer. On en nomma
neuf de chaque Party , &
l'honneur du premier coup fut
laiſſe aux Dames. Celle qui
fut choiſie pour cela , falia
la Compagnie pendant les fanfares
,
60 MERCURE
fares des Trompetes ; & du
coup qu'elle tira , elle donna
dans la + Feüille
د
directement
au deſſus de la teſte de l'Oyfeau.
Cet heureux eſſay fut
pris pour un bon augure. Il
faut vous dire ce que c'eſt que
cette Feüille. Comme l'Oyſeau
eſt petit , & qu'on auroit peine
à ledécouvrir , par la diſtance
qu'il y a du lieu d'où l'ontire, à celuy
où l'Oyſeau eſt élevé, l'on met
une Feüille de fer blanc par derriere,
rabatuë en arcade par deſſus
ſa teſte , afin qu'on le puiffe
voir par la reverbération du Soleil
. Ce premier coup de la Dame
luy attira l'applaudiſſement de
tout le monde. Les Chevaliers tirerent
en ſuite , mais fans aucun
avantage . Dans le ſecond coup
que l'on rira , l'Aifle droite de
P'Oyſeau fur emportée par la Das
mei
GALANT. 61
me; & tous les autres de chaque
Party n'attraperent que la Feüille.
Au troifiéme coup , un des
Chevaliers abatit l'autre Aifle Au
quatrième , une des Dames emporta
la Teſte . Il n'y eut rien au
cinquiémede part ny d'autre,non
plus qu'au ſeptiéme; mais au ſixiéme
, une autre Dame abatit la
Feüille ; & au huitième , celle qui
avoit eu déja de grands avantages,
emporta l'Oyſeau.On courut
llee pprreennddrree,,&& on l'apporta à cette
illuſtre Victorieuſe, à qui chacun
s'empreſſa de marquer fa joye.
En meſine temps elle fut proclamée
Reyne au ſon des Trompetés
; & au bruit des Fuſils
-qu'on tira de toutes parts. Les
Chevaliers qui regardoient les
honneurs qu'on luy rendoit ,
comme des reproches de leur
défaite furent obligez de ſe
ſoûmet
62 MERCURE
foûmettre à leur tour. Ils ſe
jetterent aux pieds de ſes belles
Amazones , & leur dirent d'une
maniere fort ſpirituelle , que
ce n'eſtoit pas la premiere fois
qu'elles les avoient vaincus. La
Reyne les affura qu'ils feroient
traitez favorablement , & fit publier
par tout le Camp que l'on
remettoit le Triomphe au lendemain
, parce qu'il eſtoit trop
tard , & qu'on n'avoit pas le
temps de préparer ce qui estoit
neceſſaire pour le rendre plus
celebre. Alors tout le monde ſe
retira dans la Ville , les Vaincus
meſlez parmy les Vainqueurs ,
comme ſi l'on fuſt revenu de la
Promenade. Le ſoir il y eut Bal
en plufieurs endroits. Aucune
,
des Dames
qui avoient part
au Triomphe , ne s'y trouva ,
eftant toutes occupées à donber
GALANT.
63
ner leurs ordres pour le jour ſuivant.
Leur nombre eſtoit de
vingt- quatre , qui le lendemain
ſe rendirent dans le Camp fur
les deux heures. Je ne nommeray
que celles qui avoient eſté
choiſies pour tirer au Prix. Voicy
dans quel ordre commença leur
Marche.
Trois Trompetes& trois Hautbois
parurent d'abord , ſuivis d'uneDame
, à qui on avoit donné la
qualité de Maréchal des Logis .
Elle avoit un Juſte - au - corps
de Tafetas bleu , doublé de
rouge , & enrichy d'une Dentel
le d'argent , avec une Garniture
iſabelle , la Jupe , la Culote , &
les Bas de meſme. Elle précedoitMademoiselle
de Ganay, Fil
le deMonfieur de Ganay , Chevalier
, Seigneur de Genelard,
Monteguillon , Langeres , & le
Süeil,
64 MERCURE
Süeil, qui étoit au milieu de deux
des Dames qui n'avoient pas tiré.
Chacune d'elles tenoit avec
un Ruban un des Vaincus , qui
marchoient à pied , ſans Armes,
& fans Chapeau. Mademoiselle
de Ganay avoit fes cheveux enfermez
par derriere , dans une
Bource noüée d'un Ruban couleur
de Cerife ; un Caſtor garny
de Plumes couleur auſſi de Ceri
ſe, & mêlées avec des blanches;
une Cravate d'un Point tres- fin
d'Angleterre, à la Cavaliere ; un
Juſte-au- corps de Satin blanc de
laChine,enrichy de Galons d'or,
&doublé d'un Tafetas couleur
de Cerife , avec une Jupe de ce
meſme Tafetas , au bas de la-
T
quelle étoit une Frange d'or.
Cette Jupe ne paſſoit point les
genoux. L'Echarpe qui la ceignoit
, étoit de Dentelles d'Angleterre
GALANT. 65
gleterre pareilles à la Cravate.
On luy voyoit ſur l'Epaule , aux
Manches & à l'Epée , de groffes
Toufes de Rubans étroits , couleur
de Ceriſe & blancs. Elle
avoit une Culote de Satin blanc,
toute couverte de Dentelles d'or,
avec un Bas de Soye couleur de
Ceriſe , qui étoit roulé ſous le
genoüil. Dans cet équipage , elle
marchoit fiéremét,montée ſur un
petit Cheval blanc , preſque tout
couvert de petits Noeuds de Ruban,
de meſme couleur que fa
Garniture. Elle ſoûtenoit ſon Fufil
de la main droite , & le tenoit
appuyé ſur la cuſtode de
fon Piſtolet.
Mademoiselle de Grand- jean
la jeune , Fille du Maire de la
Ville , paroffoit en ſuite montée
fur un Cheval Rouan , ayant ſes
cheveux dans une Bource , &
tenant
66 MERCURE
tenant fon Fufil comme la pre
miere, ce qui étoit imité par toutes
les autres. Elle avoit à ſes côtez
deux Demoiſelles tenant
chacune un Vaincu , & parées
ainſi que celles dont je viens de
vous parler. Son Juſte-au- corps
étoit bleu , garny de Dentelles
d'argent , & doublé de feüillemorte.
Quantité de Plumes de
ces deux couleurs , faisoient l'ornement
de ſon Chapeau .
Mademoiſelle des Autels la
jeune , Fille du Lieutenant Civil ,
ſuivoit ſur un Cheval gris-pommelé
, accompagnée ainſi que les
autres. Elle avoit un Juſte-aucorps
de Tafetas couleur de Cerife,
doublé de blanc ; avec une
Jupe , & les Bas de Soye tresbien
aſſortis ; le tout couvert de
Dentelles d'or & d'argent. Sa
Garniture étoit bleuë.
Made
GALANT. 67
Mademoiſelre Carré , Fille du
Greffier en Chef, marchoit de la
meſme forte, montée ſur un Che
val Pie , ayant un Juſte- au- corps
bleu,avec une ſimple Treffe d'or
fur les coutures , des Tours-debras
de Point d'Eſpagne , & une
tres-belle Garniture .
Mademoiselle de Juchaut la
jeune , Fille de Monfieur de Juchaut
, Tréſorier de France en
Bourgogne & Breſſe , avoit un
Juſte-au-corps couleur de chair,
doublé de vert , une Garniture
blanc , vert , & incarnat , &
montoit un Cheval blanc.
Aprés ces cinq Demoiselles ,
venoient deux Trompettes &
deux Hautbois , précedant Mademoiſelle
de Juchaut l'aînée,qui
portoit l'Enſeigne. Sur cette Enſeigne
étoient peints pluſieurs
Trophées d'Amour, d'Epées , &
de Fufils ; & au milieu on liſoit
68 MERCURE
ces quatre Vers , qu'on avoit
écrits en lettres d'or.
:
Iln'est rien que l'Amour
Icy-bas ne furmonte .
Plus d'un
Captif en ce jour
En fait l'épreuve àſa honte.
- Mademoiselle de Juchaut avoit
un Caſtor noir , bordé d'or , ſans
Plumes , un Juſte - au - corps de
Velours , une Garniture jaune ,
&montoit un Cheval noir , tout
couvert auſſi de Rubans jaunes.
Deux Trompetes , & deux Hautbois
, marchoient derriere elle.
Mademoiselle Damas de Marfilly
, Fille de feu Monfieur le
Comte de Marfilly , & Coufinegermaine
de Mademoiſelle de
Ganay, ſuivoit ſeule en qualité
de Grand- Maître de la Maiſon
de la Reyne. Comme elle a la
plus
:
GALANT. 69
plus belle teſte du monde ,
fes cheveux étoient ſeulement
noüez par derriere d'un Ruban
incarnadin , & l'on en voyoit
trois ou quatre groffes boucles ,
qui ondoyoient fur la croupe de
fon Cheval. Elle avoit un Caſtor
noir , couvert de Plumes blanches,
bleuës, & incarnadines ; un
luſte- au- corps de Moire bleuë ,
enrichy de gros Galons d'or &
d'argent ; une Garniture de Rubans
en tres - grande quantité ,
des couleurs des Plumes ; une
Echarpe de Point d'Eſpagne , or
& argent ; une Jupe d'un Brocard
bleu , à fleurs auffi or & ar
gent;une Culote de Satin incarnat
; & de Bas de Soye de mefme.
Elle montoit un Cheval iſabelle
, tout couvert de Rubans
bleus ; & comme elle avoit abatu
la Teſte de l'Oyſeau , un La
quais
70 MERCURE
quais de ſa Livrée portoit cette
Teſte immediatement devant
elle à la pointe d'une Epée. Douze
Chevaliers ļa fuivoienr quatre
à quatre , ayant l'Epée nuë,
comme Gardes- du-Corps de la
Reyne.
En ſuite on voyoit Mademoiſelle
des Landes des Pierres, Fille
deMonfieur Droüy des Pierres,
Chevalier, Seigneur des Landes ,
des Pierres & de Douvant,Lieutenant
General , Civil & Criminel
au Bailliage Royal du Charollois.
Elle avoit des Plumes
violettes & blanches , une Garniture
de meſme , un Juſte- aucorps
de Tafetas blanc doublé
de violet , & montoit un Cheval
gris-de- Souris , couvert de Rubans
violet & blanc. Elle marchoit
ſeule en qualité de Maréchal
de Camp de la Maiſon de
la
GALANT. 71-
la Reyne ; & devant elle étoit un
Laquais de ſa Livrée , portant la
Feüille qu'elle avoit abatuë. Six
Gardes ſuivoient , avec deux
Exempts , & aprés eux paroiſſoit
la Reyne.
C'eſtoit Mademoiselle Peſerat,
tres- digne Fille de Monfieur
Peferat , fi recommandable par
ſes belles qualitez , & tres - eſtimé
de tout ce qu'il y a de Perſonnes'
de naiſſance dans la Province.
Il eſt genéreux , magnifique
dans tout ce qu'il fait , ſçavant
autant qu'on peut l'eſtre , & on
peut dire que ſi ſa Table eſt ouverte
à tous les honneſtes Gens,
fon Cabinet eſt l'Academie des
plus beaux Eſprits de ce Païs-là .
Mademoiselle Peſerat eſt tresbien
faite , a de la beauté , de
l'eſprit infiniment , parle auffi
bien Latin que François , ſçait la
Philo
72 MERCURE
Philoſophie & Théologie ; & de
tous les Exercices , la Chaſſe eſt
celuy qu'elle aime le plus. Rien
n'étoit plus brillant qu'elle , dans
l'équipage où elle parut en fon
Triomphe. Deux Pages la précedoient
, dont l'un portoit ſon
Fuſil ,& l'autre le Corps de l'Oyſeau
à la pointe d'une Epée. Elle
étoit montée ſur un Cheval d'Efpagne
noir, couvert d'une Houfſe
d'Ecarlate , enrichie de Broderies
& de Franges d'or & d'argent
; la teſte , le col,&la queuë
duCheval ornez de petits noeuds
de Ruban couleur de feu. Ses
cheveux , du plus beau noir que
l'on puiſſe voir , étoient noüez
en Perruque , qu'elle rejettoit negligemment
ſur ſes deux épaules.
Elle avoit une Cravate de
Point de France , avec cinq ou
fix feüilles de Ruban ponceau ;
i
un
GALANT.
73
un petit Caſtor noir, garny d'une
ſimple Plume couleur de feu ; un
Juſte- au- corps bleu , en Broderie
or & argent; une Echarpe tresriche
de Point-d'Eſpagne , or &
argent ; une petite Jupe, ainſi que
les autres , de Brocard bleu à
fleurs,auſſi or & argent, avec une
Frange au bas de la meſme forte;
une Culote garnie d'une petite
Broderie pareille à la Frange , &
des Bas de Soye couleur de feu.
Sa Garniture étoit de petit Ruban
ponceau . Elle marchoit d'un
air fier & digne d'une veritable
Reyne ,& avoit à ſes côtez quatre
Damoiſelles en qualité de Capitaines
des Gardes de fa Perfonne.
Elles portoient l'Epée nuë,
& étoient en Juſte- au corpsbleu ,
enrichy de Galons d'or. Deux
autres Exempts , & fix Gardes ,
trois à trois , allloient derriere la
Novembre 1681 . D
74 MERCURE
Reyne , & étoient ſuivis du reſte
des Chevaliers qui venoient de
recouvrer leur liberté tenant
د
chacun un Vaincu avec un
Ruban.
Ce fut dans cet ordre que l'on
marcha juſques à l'Egliſe de S..
Nizier , où les Chanoines chanterent
le Te Deum en Muſique.
Les Trompettes & les Hautbois
répondirent en Fanfares à chaque
Verſet , ce qui faifoit un
Echo fort agreable. La Reyne y
fit venir un Drapeau ; & comme
elle eft admirable en toutes choſes
, elle ſe leva , fit un grand Difcours
aux Vaincus ſur leur malheur
, & leur dit obligeamment
que ſi elle avoit vaincu d'autres
Chevaliers ; elle mépriſeroit ſa
Victoire ; & pour leur faire connoître
qu'elle leur parloit ſincérement
, elle ajoûta que pendant
la
GALANT.
75
la marche il luy eſtoit tombé en
penſée de créer un Ordre en faveur
duquel la liberté leur pourroit
eſtre renduë , car il eſt porté
par les Loix du Prix de ce Païs,que
ceux qui feront vaincus reſteront
fujets juſqu'à ce qu'on en tire un
autre. Toutes ſes Chevalieres
s'eſtant approchées,elle demanda
fi elles ne voudroient pas confentir
à l'Inſtitution de cet Ordre,
dont elles ſçauroient les Voeux
dans leur premiere Affemblée , les
aſſurant qu'ils ne ſcroient ny facheux,
ny rudes à exécuter. Cette
propoſition ayant eſté reçeuë
avec jøye, elle dit que quand elle
aproit fait les Regles & les Voeux
de l'Ordre , elle leur en feroit
preſter le Serment , & qu'alors
elle en donneroit les Dignitez à
celles qui en ſeroient jugées dignes.
Cependant elle le nomma
Dij
76 MERCURE
L'Ordre des Chevalieres de l'ois
feau ,& leur fit la deſcription de
la Marque qu'elle promettoitd'en
faire faire , & qui doit eſtre , un
Trophée de Fufils,d'Epées & de
Flêches , chargé ſur le tout d'un
Coeur plein de feu ,& au deſſousun
Oyſeau démembré , le tout
noué d'un Ruban , avec cette
Inſcription , Libertatis honor&م
gloria. En meſme temps elle conféra
cet Ordre à toutes ces aimables
Chevalieres ,& les pria,
pour rendre ce jour plus éclatant,
de donner la liberté à tous les
Vaincus . La joye redoubla de
toutes parts. Les Chevaliers
Etrangers reçeurent , comme ils
devoient , le Don qui leur eſtoit
fait, & rompirent les Rubans qui
leur tenojent lieu de Chaînes.
Les Hautbois & les Trompetes
faifoient cependant retentir
toute
GALANT. ラブ
toute l'Eglife. Chacun en fortit
tres- fatisfait, &les Dames eftant
remontées à cheval , firent le
tour de la Ville dans le meſme
ordre que je vous ay deja décrit.
Le ſeul changement qu'on
y remarqua, fût que les Vaincus
montant auſſi à cheval , allérent
au rang des Chevaliers de Charolles.
Le tour de la Ville eſtant
achevé , on ſe rendit chez Monſieur
Peferat , Pere de laReyne.
On y fervit un magnifique Repas
, auquel fuccéda le Bal qui
dura toute la nuit. Le lendemain,
les Chevaliers traiterent les Dames,
& les autres jours de la ſemaine
ſe paſſerent en plaiſirs. On
me promet de m'apprendre quels
auront eſté les Voeux de ce nouvel
Ordre,& les galates Cerémonies
que l'on aura obſervées pour
le Serment de fidélité. C'est dont
Dij
78. MERCURE
j'auray ſoin de vous inftruire ſur
ce qu'on m'écrira
Les Paroles que vous trouverez
icy notees ſont de Monfieur
Daubaine , dont vous avez déja
veu de fort jolis Vers . L'Air eft
d'un habile Maître .
CHANSON.
Npeut encor dans la Prairie
Mener quelquefoisfon Troupeau
,
Et cependant,laDolage Silvie
Ne veut plus fortir du Hameau.
Lefroidn'est pas ce qui l'arreste
Je ne l'ay que trop reconnu .
Afuivre mon Rival on la voit tou
jours preſte,
A
ой-
C'estpourmoySeulement que l'Hyver
est venu.
C
Il eſt aſſez rare que l'Amour
foit ſans rigueurs. Si vous en
voulez
GALANT.
79
voulez ſçavoir la raiſon , vous la
trouverez dans la nouvelle Fable
que je vous envoye. Elle eſt de
Monfieur Bardou de Poitiers .
969 99634646340903033-3-
L'AMOUR ,
L
ET LA MORT
FABLE.
CAR
Es deux Tyrans de la Nature
,
L'Amour,la Mort,un beaumatin
Se rencontrerent en chemin,
Par je- ne-fçay- quelle avanture.
Ilsse font d'abord compliment,
Se disent qu'ils s'en vont dans un
certain Village ,
Oùſous les Loix d'Hymen s'engageoit
un Amant ,
Etd'un commun confentement
ع د ا
Dilij
80 MERCURE
Ils refolvent de faire enſemble le
voyage.
Pour en moins reffentir les incommoditez,
Ils s'entretiennent de nouvelles ,
Mille Contes badins font par eux
debitez,
Car l'Amour se repaiſtſur tout de
bagatelles.
1 Sur le midy que la chaleur
Invite les Paſſansà l'ombre,
Nos Voyageurs couverts de poudre&
de fueur,
Se tirent à l'écart dans un Bocage
Sombre,
Poury respirer lafraîcheur.
Laplace estoit tenable ; une claire
Fontaine
Couloit dans cet aimable Lieu,
Et des Zéphirs la douce haleine
Porta bientost le petit Dieu
Ase coucher au bord de l'onde,
LaMort en fit autant, & tous deux
de concert, Apres
GALANT. 81
Apres avoirposédeſſus le Tapis vert
Leurs Arcs & leurs Carquois , fi
funestes au monde,
Dans ce Bois , à l'abry des ardeurs
du Soleil,
S'abandonnerent au sommeil.
**
Ces deux Ennemis de la vie
Dormoient affez tranquillement.
Les Soucis,les Chagrins , & laMé.
lancolie,
Repofoient avec eux dans cet heureux
moment ...
Que nostrefort, helas ! estoit digne
d'envie,
Si d'un ſommeil mieux affermy ,
Sans s'éveiller jamais , tous deux
euffent dormy!
Je ne sçay quel Démon contre nous
en colere
Troubla cette charmante Paix;
Tout d'un coup un nuage épais
Dérobe au Soleilfa lumieres
DV
82 MERCURE
Le feu de mille Eclairs brille de
toutes parts,
On entend gronder le Tonnerre,
Et le Ciel irrité ſemble priver la
Terre
De fes favorables regards ,
Quand tout d'un coup le Foudre
avec un bruit horrible
Tombefurle Bocage où repoſoit l'Amour
Reveillépar ce coup terrible,
Ilvoit enfeu lesArbres d'alentour.
Combien ce petit Dieu, dont le coeur
est fi tendre ,
De ce ſpéctacle affreux fut- il épouvanté?
છેઠકે12
(Car pour l'autre Divinité,
Sans s'étonner de rien, elle voit tout
en cendre. )
Croyant estre perdu , dans cette extremité,
Ileut recours aux cris, aux larmes,
Et le hasta de partir de ce Lien
Qu
GALANT. 83
Où l'on n'avoit nul respect pour un
Dieu ;
Mais voulant reprendre ſes armes ,
Dansson impatient transport,
Il pritfans y penſer le Carquois de
laMort,
Et laiſſant à cette Inhumaine
Les traits dont il bleſſoit & Tyrcis,
&Climene,
Trište , troublé , confus , accabléde
frayeurs,
Ilse mit àgagner la Plaine.
La Mort en mesme temps chercha
fortune ailleurs .
Apres un fi fâcheux orage,
Onvoit venir le calme &laserénité,
Et du Soleil la brillante clarté
Diffipa cet épais nuage.
L'Amour alors revenu defa peur,
Voulut de cet affront s'allerplaindre
àSaMere
Ilſe mit de mauvaiſe humeur,
Et
84 MERCURE
Etfut déchargerſa colere
Sur un jeune Berger , qui dans un
Lieu charmant,
Sans amour, fans inquiétude,
Foüiffoit fort innocemment
Des douceurs de lafolitude.
Le petit Dieu troubla cet heureux
fort
D'une maniere afſſezterrible ;
Car voulant luy donner un coeur
tendre &ſenſible,
Il tire, mais belas ! il luy donne la
mort.
Ilcauſa bien d'autres allarmes
Mille innocens Bergers, mille jeuness
Beautez..
Sentirent l'effort de fes armes.
On n'entendoit de tous coſt.ez.
Que cris, quesoupirs , & que larmes,
Et tous les Echos d'alentour
Se plaignoient tristement des ri
gueurs de l'Amour..
Lai
GALAN T. 85
LaMort deson costéfaisoit bien du
ravage.
Mille Vieillards dans un feul jour
Quitterent du Styx le rivage,
Pour s'embarquer avec l'Amour.
Elle eut beau dire ,
faire,
elle eut beau
Ses Traitsn'avoiet rien que de doux,
Tout estoit renverſé, les Vieux cherchoient
àplaire,
Etfemeſloient de faire des Faloux
Tandis que l'aimable Jeunesse,
Triste , & le coeur gros de foûpirs,
Abandonnoit à la Vieilleſſe,
Les ris , les jeux , & les plaisirs.
Depuis cette Avanture & bizarre
&cruelle,
La fierté, les rigueurs , fuccedent à
leur tour,
Etla Beauté la moins rebelle
Sallarme auſeulnom de l' Amour..
La
86 MERCURE
La mort de Monfieur de la
Baume , Conſeiller au Parlement
de Dauphiné , arrivée le 20. du
dernier mois , a fort affligé icy
pluſieurs Perſonnes qui avoient
pour luy une eſtime particuliere .
Je vous ay parlé fort amplement
de cette Famille , en vous apprenant
le Mariage de Monfieur de
la Baume, Seigneur de Chaſteaudouble.
Monfieur de la Baume
Pere du Defunt,ne fut pasmoins
confideré des Puiſſances, que l'avoient
eſté ſes Prédeceffeurs. Les
deux Comtes de Soiffons , & le
Conneſtable de Leſdiguieres ,
Gouverneurs, & Lieutenans Genéraux
en la Province de Dauphiné
, l'employerent pluſieurs
fois en des Commiffions , pour
des Affaires importantes à l'Etat,
deça , & dela les Monts . Il fit en
fuite la fonction de Procureur
Gene
GALANT
,
General au Sénat de Savoye ſous
Louis XIII . tant que ce Monar
que voulut eftre Souverain de
cette Principauté,& eut plufieurs
Enfans d'une Heritiere,qui estoit
Niêce du Sous - Doyen & Garde
des Sceaux du Parlement de
Grenoble. Celuy dont je vous.
apprens la mort eſtant l'aîné
prit la profeffion de la Robe , & a
paſſe quarante ans dans la Magiſtrature,
où il s'eſt acquis beaucoup
d'eſtime dans le Parlement
de Dauphiné ,& dans la Commiffion
de la Chambre de Juſtice de
Paris . Il ne s'eſt point voulu marier
, afin de fuivre avec plus de
liberté le panchant qu'il a toûjours
eu pour les belles Lettres .
Jamais Homme ne s'appliqua plus
que luy à la lecture. Il a donné
fa Bibliotheque aux Jéſuites de
Grenoble qui l'ont affifté à la
mort,
88 MERCURE
mort , & laiſſe pour Heritier un
de ſes Neveux , qui porte le nom
de la Baume-Pluvivet , Marquis
d'Aigluy, Gouverneur de la Ville,
Tour & Chaſteau de Creſt,
qui eſt un des Gentilshommes
les plus accomplis de la Province
, & qui d'ailleurs a de tresgrands
Biens. Il ſera le fixiéme
Conſeiller de ſa Famille dans le
mefine Parlement. Monfieur de
la Baume portoit , d'or , à la Bande
vivrée d'azur , à deux Hermine
de fable.
Cette morta eſté ſuiviede celle
de Madame la Premiere Préfidente
dela Berchere,morte àDijon
ſur la fin dumeſme mois. Tous
ceux qui la conoiſſoient l'ont fort
regretée, & particulierement les
Pauvres qu'elle ſecouroit par des
charitez continuelles. Elle estoit
Veuve de M. le Goux de la Berchere,
GALANT. 89
chere,Premier Préſident du Parlemet
de Bourgogne avant qu'il le
fuſt de celuy de Dauphiné, Soeur
defeu Meſſire Georges Joly,Chevalier
, Baron de Blaiſy , Second
Préſident à Mortier au Parlement
de Dijon,& Mere de M. le Goux
de la Berchere, Maiſtre des Requeſtes,
Marquis d'Inteville,Comte
de la Rochepot , & Baron de
Toiſy;deM.l'Eveſque de la Vaur;
de feuë Madame la Cõteſſe d'Eſtain;
de Madame leCoq de Goupliliere;
&de Madame la Mar
quiſe de Boury. Je vous ay déja
parlé pluſieurs fois de la Maiſon
de le Goux de la Berchere , qui
porte pour Armes , d'argent à la
Teſte de Mort au naturel bandée
d'argent,accompagnée de trois Molletes
de branches, deux en chef, &
une en pointe. Celle de Joly dont
4
eſtoit Madame de la Berchere ,
eft
१० MERCURE
anciennes , & des mieux alliées de
la Province. Elle tire ſon origine
de Meffire Antoine Joly,l'un des A
plus conſidérables Conſeiller d'Etat
du Duc de Bourgogne il y a
plus de trois Siecles , & porte , au
premier & dernier quartier, d'azur
au Lys d'argent, tigé de finople, au
chefd'or chargé d'une Croix pattée
defable ; au second & troisième,
d'azur au Leopard d'or paſſant ,
armé, & lampaffé de gueutes.
L'Oeuf admirable ſur lequel on
a trouvé la Figure du Soleil ,
donné occafion à la Leure que
je vous envoye . Vous vous fouvenez
fans doute , de ce que
Monfieur de Vienne - Plancy ma
fait la grace de m'écrire ſur cette
matiere.
a
A
GALANT. I
A MADAME LA L. G.
de Bar-fur- Seine .
31
Ous nesçavez peut estre pas,
Madamesquala mesme her
re que vous estes accouchée de voſtre
dernier Enfant , une Poule de
vostre Ville a fait un Oeufqui porte
Timage du Soleil. L'ay confultésur
cette rencontre d'habiles Connois-
Seurs en préfages. Ils m'ont tous affuré
que ç'en estoit un , que la Fille
quevous avez mise au monde , y
paroîtroit un jour come ce belAftre,
avec éclat gloire. Un augure si
heureux est en verité bien digne
d'une Mere aussi aimable & aussi
brillante que vous , & merite d'autant
plus de créance, quevôtre Fille
adéja comme les Etoiles, l'avantage
d'estre-belle désfon Orient .On dit
quHelene
92 MERCURE
qu Helene fortit d'un Oeuf; & cette
Fablen'a esté inventée , que pour
exprimer la blancheur du teint de
cette Grecque mais ilſuffira de parler
du voštre, pourdonner une grande&
juste idée de celuy de vostre
Fille, puis qu'elle vous reſſemblera.
Jamais teint n'eut tant de blancheur
& tant d'éclat pour une Brune.
٢٠
Tout ce qu'on dit des Roſes &
desLys ,
Ne ſçauroit exprimer un ſi beau
coloris;
Il efface le teint de la plus belle
Blonde ,
C'eſt le teint le plus beau du
monde.
Vos yeux n'ont pas moins de charmes
que vostre teint . Iln'en fut jamais
deplus propres àfaire des conquestes,
& ily a bien plus de plaifir
GALANT. 93
à les regarder , poursçavoir comme
ceux de vostre bel Enfant feront
faits , qu'à consulter le Soleil&
l'oeuf.
A laMere d'Amour vouslesavez
pareils ;
Ils percent juſqu'au fonds de
l'ame ,
Et font eux- meſmes des Soleils,
Puis qu'ils portent par tout la lumiere
& la flame.
Ceseroit inutilement que je vous
dirois l'effet que ce beau teint &
ces beaux yeux ont produit fur mon
coeur ; il y a longtemps que vous le
Sçavez. Je vous representeray feulement
qu'il fera bien doux un jour
à ceux quiprennentpart à vos intérests
comme moy,de voir vôtre aimable
Fille briller avec ces mesmes
avantages,&fucceder ainsi à l'empire
qu'ils vous ont acquisſur toutes
les
94 MERCURE
Les Perſonnes qui ont l'honneur de
vous approcher . Damit
Cet empire n'eſt pas petit,
Vous eſtes engageante autant
Ovqu'on le peut eſtre 21
Et quand l'Enfant qui vient de
naître
Sera dans l'âge où tout nous rit ,
Où l'on ſçait ce qu'on veut , ce
qu'on fait , ce qu'on dit ,
Que de gloire pour cette Belle ,
De voir à fes genoux
Mille Amans s'enflâmer pour elle
Des meſmes feux qu'ils auront
eus pour vous !
Un fort fi glorieux ne fera pas
moins doux .
Cette Cour conftante & fidelle
S'accroîtra d'une Cour nouvelle,
Où le Ciel luy fera prendre un
charmant Epoux,
Qui l'aimera,ſans en eſtre jaloux .
1
Enfin
GALANT.
95
Enfin cette jeune Merveille,
L'image de l'Aſtre du Jour,
Auſſibien que la voſtre , & celle
de l'Amour ,
Naura non plus que vous au
:
monde ſa pareille,
Et fa félicité
Sera telle que fa beauté,
Le préſage donne lieu de juger
aaiinnſsii ddeeffoonu merite&de fafor
tune
, pourveu que vous ne luy
Soyezpas contraire , & que vous
- l'aimiez autant que vostre cher
Fils , & on a sujet d'esperer cette
justice de vostre bon naturel , &
de l'exemple que vous en donne
Monsieur vostrefage Epoux. Mes
voeux fecondent ce preſage &
cette espérance , & je suis ,
Madame , à mon ordinaire , voſtre
tres , &c. 1
LE BERGER DE FLORE.
и
96 MERCURE
Il n'y a point d'amitié fi forte,
qui ne ſoit ſujette à la rupture,
lors que l'Amour a ſes intereſts
particuliers à ſoûtenir. Je puis
vous en donner un exemple.
Deux jeunes Perſonnes , auffi
agréables que bien faites , ſe
voyant ſouvent comme Voiſines,
prirent un ſi fort attachement
l'une pour l'autre , que rien ne
fembloit égal à leur amitié.L'une
eſtoit brune,&l'autre d'un blond
cendré admirable,& toutes deux
avoient les yeux vifs & pleins de
feu , le teint fort brillant , & jene-
ſçay- quoy de dégagé dans la
taille qui n'aidoit pas peu à les
faire regarder. Comme elles avoient
beaucoup d'efprit , elles
donnérent à leur amitié tout l'agrément
qu'elle estoit capable de
recevoir. La Brune prit le nom de
Serviteur , la Blonde celuy de
Maiſtreffe,
GALANT.
97
Maiſtreſſe,& fous ces deux noms,
elles ne ſe contentoient pas de ſe
parler d'une maniére tres -tendre
; elles s'écrivoient encor prefque
tous les jours , & la conformité
de leur Sexe les mettant
au deſſus de la reſerve , tout ce
que l'Amour fournit de termes
paſſionnez eſtoit employé dans
leurs Billets .Quelques mois apres
leur union, la belle Brune fit une
Conqueſte. C'eſtoit un Homme
fort riche , à qui une Charge de
Conſeiller qu'il exerçoit avec
grand honneur depuis dix ou
douze années dans un des plus
celébres Parlemens de France,
donnoit un rang fort confiderable.
Le hazard luy en ayant fait
acquerir la connoiſſance , il ſembla
la cultiver par un pur effet
d'inclination . Les ſoins obligeans
qu'il luy rendoit, & quelques de-
Novembre 1681 . E
98 MERCURE
my- declarations qu'il luyavoit
faites, luy donnant lieu de penſer
qu'il fongeoit au Mariage , elle
s'en ouvrit avec ſon Amie. La
Blonde prit part à ſon heureuſe
fortune , & ne pût venir ſouvent
en apprendre des nouvelles , ſans
que ſon Amant la viſt pluſieurs
fois . Elle avoit un caractére d'efpritdoux
& engageant, qui malgré
elle , fit impreſſion ſur le
coeur du Conſeiller .Il ſe contraignit
d'abord , & cacha ce qu'il
ſentoit;mais la contrainte irritant
ſa paffion , il s'abandonna à ſa
deſtinée,& ennuyé de ne voir la
Blonde qu'en préſence de témoins,
il luy rendit viſite chezelle.
Cette aimable Fille qui la
recevoit comme une viſite de civilité,
n'en fit point miſtére à fon
Amie.C'eſtoit ſa Maiſtreſſe qu'elle
prétendoit qu'il cherchaſt en
elle,
:
GALANT
99
elle , & quelques douceurs qu'il
puſtluy conter, elle les nommoit
douceurs de réflexion qui n'étoient
point pour ſon compte. Il la
vit ainſi de temps en temps pendant
plus d'un mois,ſans que cette
Amie en fût allarmée ; mais
enfin ſoit qu'il marquaſt quelque
froideur à la Brune, ſoit qu'il luy
parlaſt de la belle Blonde avec
trop d'eſtime,elle commença à le
ſoupçonner d'en'eſtreamoureux,
&vint avec elle dans un éclairciſſement
qu'elle ne pût faire fans
beaucoupd'aigreur.La Bellen'eut
aucune peine à la fatisfaire . Elle
l'aſſura qu'elle baniroit le Conſeiller
, &luy tint parole , en le
priant la premiere fois qu'il la revit,
de ne luy plus rendre aucune
viſite. Cette prière, dont il eſtoit
fort aifé de comprendre les raifons,
eut un fuccez tout contraire
Eij
100 MERCVRE
àceluy qu'on attendoit. Elle marquoit
une beauté d'ame qui charma
le Cõſeiller, & ne fervit qu'à
gaſter ce qu'il avoit réſolu de faire.
Apres s'étre plaint de la rigueur
de cette aimable Perſonne , illuy
dit dans les termes les plus ſerieux
& les plus ſoumis,qu'il n'y
avoit qu'elle feule qu'il fût capapable
d'aimer,& qu'il ne prétendoit
point , pour quelques foins
rendus fans deſſein à fon Amie,
avoit renőcé au droit de diſpoſer
de ſon coeur; qu'il éroit à elle depuis
le momentqu'il l'avoit veuë;
qu'aucune autre n'y auroit jamais
de part,& que s'il étoit aſſez
heureux pour ne luy déplaire pas,
il luy donneroit de proptes marques
du ſacrifice qu'il luy en faiſoit.
Quoy que la Belle ne puſt ſe
défendre de répondre avec eſtime
à une déclaration fi obligean
te,
GALAN. Τ . JOI
te , elle en témoigna beaucoup
de chagrin , & demeura ferme
dans la reſolutionde ne plus fouffrir
le Conſeiller. Toutes les raiſons
qu'il luy oppoſa furent inutiles.
Il ſe vit contraint de la
quitter apres une longue conteſtation
qui n'eut point d'effet , &
revint chez elle trois ou quatre
fois, ſans qu'elle vouluſt ſe rendre
viſible.Come les obſtacles redoublent
l'amour, ces difficultez ayant
augmenté le ſien, il ne garda plus
aucunes meſures. Il alla trouver
fon Pere , & s'imaginant qu'elle
ne cherchoit qu'un ordre abſolu
qui excuſaſt ſa conduite;il luy
découvrit l'eſtat des choses , &
le conjura d'eſtré favorable à
ſa paffion. Le Pere qui vit le Party
avantageux , luy promit de vaincre
les fcrupules de fa Fille ; &
ne voulant pas ſe ſervir con
E iij
102 MERCURE
tr'elle de ſa pleine autorité , il fe
contenta de luy donner libre-accez
chez luy , ne doutant point
que le temps, ſon amour, & fon
mérite , ne luy fiſſent obtenir le
conſentement qu'on luy refuſoit.
La Belle , obligée de ſoufrir le
Conſeiller,que ſon Pereluy amenoit
fort ſouvent luy- meſme , fit
connoiſtre à ſon Amie la violence
qui luy eſtoit faite , & apres
luy avoir juré tout de nouveau
l'amitié la plus conftante & la
plus fidelle , elle l'affura que malgré
l'obeïſlance qu'elle devoit à
fon Pere,on n'auroit jamais àluy
reprocher qu'elle euſt le coeur
aſſez bas pour luy vouloir oſter
fon Amant. Un procedéſi honneſte
n'adoucit point cette Amie.
Elle eſtoit outrée de ce que le
Conſeiller avoit ceſſé de la voir ;
& regardant l'aimable Perſonne
qui
GALANT.
103
qui en eſtoit cauſe , quoy qu'innocemment
, comme une Rivale,
complice en ſecret deſa trahiſon,
elle prit pour elle autant de haine
qu'elle luy avoit auparavant
montré de tendreſſe. Ainſi ſes
emportemens n' eurent pointde
bornes. Le commandementd'un
Pere eſtoit un prétexte mandié
pour couvrir ſa perfidie;& quelques
prieres que luy fiſt la Belle
d'attendre à la condamner que'lle
fuſt coupable , elle n'écouta
que ſa jalouſe colere, & ſe declara
ſon Ennemie avecun éclat qui
furprit tous ceux qui la connoiffoient.
La rupture fut entiere,&
quand la Brune fortit de chez
fon Amie, apres avoir ſceu qu'elle
ſoufroit encor fon Amant , ce
fut avec proteſtation de ne le revoir
jamais , & de chercher tant
qu'elle vivroit les occaſions de
E iiij
104
MERCURE
ſe vanger.La Belle eût pû tourner
à fon avantagedes honneſtetez ſi
mal reçeuës ; mals quoy que le
Conſeiller n'euſt rien qui duſt
luy déplaire , elle conſerva pour
ſon Amie les ſentimens qu'elle
luy avoit promis eternels,& fe fit
un point- d'honneur de s'oppoſer
toûjours à un Mariage qui l'euſt
pû rendre ſuſpecte d'avoir agy
de mauvaiſe foy. L'Amante jalouſe
, dont toutes les paffions
étoient violentes , ne fut point
touchée d'une generofité ſi peu
commune. Sa haine alla juſques
à l'excez ; & comme le voiſinage
luy fourniſſoit tous les jours quelque
occafion d'en donner des
marques, ſa Mere, à qui cet éclat
ne plaiſoit pas , changea de Maifon
, pour en prévenir les ſuites,
& alla loger dans le Quartier de
Paris le plus éloigné de celuy
qu'elle
GALANT. 10
qu'elle quitoit.Cependant les Affaires
qui avoient amené le Conſeiller
à Paris, ayant finy au bout
de trois mois par un accommodement
avantageux , il voulut
fçavoir déterminément à quoy
il devoit s'attendre . La Belle ne
balança point à prendre party,
&foit que fon coeur ne ſentiſt
rien , foit qu'elle fuſt toûjours
genéreuſe , comme ſon Pere luy
avoitenfin laiſſe la liberté de choifir,
elle pria cet Amant d'aller offrir
à quelque autre ce que fon
premier engagement luy défendoit
d'accepter. Il retourna en
Province , remply d'eſtime pour
cette charmante Fille ; & pour ſe
guérirde ſon amour , il s'y maria
preſque auſſitôt avecuneallez jolie
Persõne dõt onluy parloit depuis
fort longtemps.La belle Brune
fit la meſme choſe un mois
E V
106 MERCURE
apres ſon départ. Un Amant s'offrit.
Il avoit beaucoup de Bien,
& quoy qu'il ne fuſt ny ſpirituel
, ny d'une naiſſance fort élevée,
la confidération de ſes avantages
l'obligea de l'époufer. Cetteoccafion
parut favorable à fon
Amie pour renoüer avec elle. Sitoſt
qu'elle ſceut ſon Mariage,
elle luy fit demander ſi elle voudroit
recevoir ſes complimens.
Un nouveau ferment de haine
paya cette honneſteté. On eut
beau luy dire que la maniere
dont fon Amie en avoit usé faifoit
voir fon innocence ; elle répondit
que loin qu'elle euſt refufé
le Conſeiller , elle fçavoit
avec certitude qu'il s'eſtoit dégouſté
d'elle; & qu'on pouvoit le
connoiſtre, puis qu'il s'eſtoit marié
dans le meſme temps qu'il l'avoit
abandonnée. Son eſprit aii
gry
GALANT.
107
-
-
gry la rendant ſi peu traitable, on
la laiſſa dans l'aveuglement où
elle voulut reſter. Son Mariage
fut de fort courte durée.L'Epoux
mourut un mois apres cet engagement
; & comme l'amour y
avoit eu peu de part , la jeune
Veuve ſe conſola bientoſt de ſa
perte. Son deüil luy donna de
nouveaux charmes. Elle en parut
avoir le teint plus brillant , & fa
fortune eſtant augmentée par le
Bien que luy laiſſa ſon Mary, elle
devint un Party confiderable .
Six mois de veuvage s'eſtant
écoulez, elle commença à voir le
monde , & dans ce temps meſme
un jeune Marquis Provincial
s'attacha à fon Amie. Il eſtoit
bien fait & riche , mais fort délicat
en matiere de tendreſſe . Il
cherchoit un coeur qu'il poffe-
'daſt fans partage ; & s'il croyoit
impoffi
108 MERCURE
1
impoſſible d'en trouver un qui
n'euſt rien aimé , il vouloit du
moins qu'il n'euſt jamais reffenty
une forte paſſion. A peine
eut-il rendu quelques foins
à cette aimable Perſonne ; qu'il
apprit l'engagement que le Conſeiller
avoit pris pour elle. Il
luy en parla , & elle ne fit aucune
façon de luy avoüer que
ce n'eſtoit point par manque
d'eſtime qu'elle s'eſtoit defenduë
de l'épouſer , mais parce
qu'elle devoit cette reſiſtance
à une Amie qu'elle n'avoit pas
laiffé de perdre , quoy qu'elle
luy euſt ſacrifié une affez grande
fortune. Le Marquis trouva
le procedé de la jeune Veuve
ſi peu vray - ſemblable apres de
fi fortes marques d'une ſolide
amitié , que l'Avanture luy
devint ſuſpecte. Il voulut s'en
éclarcir,
GALANT.
1C9
éclaircir , & s'informa avec
d'autant plus de ſoin des veritables
raiſon qui avoient empeſché
ce Mariage , qu'il luy
parut que le Pere de la Belle euſt
dû ſe ſervir de ſon pouvoir pour
la contraindre d'épouſer le Conſeiller.
La choſe luy étant contée
diverſement felon qu'on
l'avoit appriſe de l'une des deux
Parties , il crût que le mieux
qu'il pouvoit faire , eſtoit d'obſerver
la conduite de la Belle
, & de juger par luy-mefme
des ſentimens dont ſon
cooeur eſtoit capable. Il redoubla
l'affiduité qu'il avoit pour elle,&
luy voyant charmer tout
le monde par ſa douceur & par
ſes honneſtetez , il en devint
éperduëment amoureux. Vous
pouvez croire qu'il ne tarda pas
long-temps à ſe déclarer. Quoy
qu'il
110 MERCURE
qu'il puſt voir aifément que fa
déclaration eſtoit bien reçeuë,
il dit à la Bellle , que ne cherchant
à ſe marier que pour eſtre
heureux , il vouloit qu'elle euſt
le temps de lebien cõnoiſtre ,afin
que ſi elle s'expliquoit en fa faveur
, elle n'euſt jamais ſujet de
ſe repentir. Ainſi il continua ſes
foins encor plus d'un mois ſans
parler d'affaires ,& ce n'eſtoit pas .
affez pour luy de la voir preſque
à toute heure ; il luy écrivoit
encor tous les jours , & rien
n'eſtoit fi paffionné que ſesBillets
. La Belle eſtoit entierement
reſervée dans ſes réponſes , &
cette reſerve qui marquoit ſa
modeſtie , plaiſoit au Marquis , &
le chagrinoit en meſme temps.
S'il y trouvoit ce caractere de ſageffe
& de pudeur qu'on doit
fouhaiter dans une Femme , il
craignoir ১
GALANT. III
craignoit que les ſentimens d'eftime
dans leſquels elle bornoit
ſa reconnoiſſance , ne fuſſent des
marques de fon peu d'amour.
Voilas l'eſtat où eſtoient les chofes,
quand l'incident le plus impréveu
troubla l'union de ces
deux Amans.Un jour que la jeuneVeuve
, qui gardoit toûjours
ſa haine , avoit chez elle grande
compagnie , apres diverſes nouvelles
qu'on ydebita , une Dame
luy apprit que ſon Amie d'autrefois
eſtoit fur le point deſe
marier . Elle demanda auffitoft
à qui. Lameſme Perſonne ayant
répondu qu'elle ignoroit le nom
de l'Amant, mais qu'on le faifoit
fort riche , & qu'il fe diſoit Marquis
, un Cavalier adjoûta que
c'eſtoit avec raiſon qu'il prenoit
ce titre , qu'il eſtoit de ſes intimes
Amis , & qu'il pouvoit affurer,
/
112 MERCURE
د
rer,dequelque mérite que fuſt ſa
Maîtreſſe , qu'elle auroit eu peine
à faire un plus digne choix .Le
jeune Veuve n'ayant rien dit
davantage tourna le difcours
fur des matieres , dans leſquelles
elle fit paroiſtre un eſprit
ſans trouble & plein d'enjouement.
La Compagnie ſe retirant
peu à peu , le Cavalier reſtades
derniers, & enfin il demeura ſeul
avec elle. Alors remettant fur
le tapis le Mariage dont la Dame
avoit parlé, elle dit au Cavalier,
qu'eſtant autant de ſes Amies
qu'elle eſtoit , elle ne pouvoit
le voir dans l'intereſt du Marquis
, fans luy découvrir qu'il
ne ſeroit point heureux,s'il épouſoit
la plus lâche & la plus diſſimulée
de toutes les Filles ; que
luy ayant enlevé le Conſeiller
-par de honteuſes avances , elle
avoit
GALANT. 113
avoit tâché de le retenir par
des faveurs qu'il n'attendoit pas ,
& qui l'en avoient fi fort dégoûté
; qu'il avoit voulu revenir à
elle; que dans l'eſpérance de l'obliger
à luy pardonner ſa trahiſon,
il luy avoit fait le ſacrificede
toutes les Lettres qu'il avoit reçeuës
de ſa faufle Amie , &
qu'il connoiſtroit en les liſant,
que le Conſeiller avoit ea des
avantages qui la rendoient fort
indigne qu'un honneſte Homme
la conſidéraſt. En meſme
temps elle tira de ſon Cabinet un
fort grand nombre de Lettres
qu'elle luy fit voir.C'eſtoient celles
que la Belle avoit écrites à la
jeune Veuve pendant leur intelligence.
Elles eſtoient toutes
d'une Maiſtreſſe àun Serviteur,&
fi pleines d'un amour qui
n'a rien de réſervé , qu'on n'en
pouvoit
114
MERCURE
pouvoit faire la lecture , fans y
trouver la conviction du commerce
le plus libre . Le Cavalier
la pria de luy confier ſes Lettres ,
& ne les obtint qu'apres qu'il
l'euſt aſſurée qu'elles ne ſorti-
- roient point de ſes mains , & que
dés le lendemain il auroit ſoin
de les rapporter. Il demeura fi
perfuadé du peu de conduite
qu'avoit eu la Belle , qu'il crût
qu'en donner avis à ſon Amy,
c'eſtoit luy rendre un tres - bon
office. Il luy demanda , en luy
faiſant voir le premier de ces
Billet , s'il en connoiſſoit le caractere.
Le Marquis luy répondit
auſſioſt que c'eſtoit celuy de
ſa Maiſtrefle ; & comme il l'aimoit
paſſionnement , un Criminel
à qui on prononce fon Arreft
, ne montre point plus de
trouble qu'il en fit paroiſtre à
chaque
GALANT. 115
chaque ligne qu'il lût. A dire
- ray, les expreſſions eſtoient tres-
- fortes. Vous en jugerez par ce
Billet,qui fut l'un de ceux qu'on
avoit donnez au Cavalier.
e
Il m'a paru , mon cher Servi
teur, que vous me quitaſtes hier un
peu froidement. Je ne sçay si la
Dame qui a force de contester vous
obligea d'accourcir vostre visite,
vous avoit mis de meſchante bumeur
; mais à peine jettaſtes- vous
un regard fur moy en vous en allant
, & je n'en ay point dormy
de toute la nuit. Vous n'aurez pas
- de peine à me croire au teint broüil-
= lé que vous me verrez. Venez
promptement réparer cela par vos
plus tendres careffes. Ie fuis tresdisposée
à les recevoir , &fi vous
= estes auſſi amoureux qu'aime , vous
aurez tout lieu d'estre Satisfait.
j
Le
116 MERCURE
LeMarquis fut ſi outré dedouleur,
qu'il reſta comme immobile,
fans pouvoir dire un ſeul mot.
Apres un quart- d'heure de filence
il voulut prendre ces Lertres
comme des témoins irréprochables
de la folle paffionde ſa
Maîtreſſe dont il prétendoit l'aller
convaincre ; mais fon Amy
refuſa toûjours de l'en rendre
maître, &il falut qu'il ſe contentaſt
de les copier. Il ne le put
faire fans foßpirer mille fois,
& l'excez de fon amour qui
luy peignoit la Belle avec mille
charmes , lui faiſant craindre
qu'il ne s'en laiſſaſt gagner
s'il la revoyoit , il réſolut
de fuir ce péril , & au lieu d'aller
chez elle , il luy écrivit un
Billet , dont ſon Amy ſe chargea.
Ce Billet portoit , qu'il luy
diſoit adieu pour jamais , & qu'il
ne
GALAN T. 117.
V
لا
pouvoit luy mieux prouver qu'il
Le, l'avoit aimée tres - tendrement,
ot qu'en luy cachant le ſujet qui
1. l'obligeoit d'en uſer ainfi. Imat.
ginez - vous avec combien de
5. ſurpriſe elle vit ce changement,
Elle s'y eſtoit ſi peu attenduë,
1. dans la diſpoſition où il marquoit
eſtre de conclure enfin le
Mariage , qu'elle crût d'abord
7. qu'il cherchoit à l'éprouver ;
mais ſes Amis eurent beau agir.
Ils ne pûrent l'obliger à leur
rien dire , & il ceſſa entiére.
.ment de la voir , ſans s'eſtre expliqué
ſur la rupture. Ce fut un
- fort grand Triomphe pour la
jeune Veuve ; mais illuy man-
- quoit, pour le rendre entier, d'atirer
l'Amant. Elle fit fi bien au-
- prés de l'Amy , qui la trouvant
- d'une humeur tres enjoüée , la
: crût capable de conſoler le Mar-
S
quis,
118 MERCURE
quis , qu'il luy en donna la connoiſſance.
Le Marquis ſe laiſſa
mener chez - elle avec plaiſir,
eſperant que les circonstances
qu'elle luy découvriroit des faufſes
démarches de ſon imprudente
Amie , effaceroient de fon
coeur ce qu'il luy reſtoit d'amour.
La jeune Veuve qui étoit
adroite , donna un tour ſi ſpirituel
, quoy que tres - malicieux,
à ce qu'elle ſuppoſa qui s'eſtoit
paflé entre la Belle & le Conſeiller,
que le Marquis luy voyant
moins regreter l'Amant que l'Amie
, fut perfuadé qu'elle estoit
fincere , & commença inſenſiblement
à luy rendre quelques
foins. Elle y répondit par toutes
lescomplaiſances que l'honneſteté
luy pouvoit permettre. Elle
connoifloit ſon caractere , & le
fçachant délicat ſur la tendreſſe
de
GALANT. 119
es
30
2 .
i .
A.
bit
1
es
es
e
e
e
de coeur , elle luy fit voir , ſans
trop affecter de le vouloir faire,
que ſi le ſien prenoit de la paffion,
ce ſeroit la ſeule qu'elle cuſt
jamais reſſentie. Il ne falut rien
de plus pour luy faire croire qu'il
feroit heureux s'il reüſſiſſoit à
s'en faire aimer. Elle estoit belle
& bien faite , avoit l'eſprit vif,
beaucoup plus de Bien que fon
Amie; & ce qui estoit un tresgrand
charme pour luy , elle eut
tant de ſoin de barnir tous ceux
qui luy pouvoient faire ombrage
, qu'en quelque temps qu'il la
viſt , il la trouvoit toûjours ſeule.
Il eſtoit en bonne main , & fans
faire des avances qui le puffent
refroidir , elle l'obligea bientoſt
à s'expliquer en termes intelligibles.
Il crût dautant moins rifquer
en ſe déclarant , qu'il luy
reftoit encor quatre mois pour
achever
120 MERCURE
achever l'année de ſon deüil , &
qu'il pouvoit pendant tout ce
temps étudier ſon eſprit & fon
humeur , & connoître à fond,
avant qu'il s'engageaſt pour toujours
, ſi l'embarquement n'avoit
rien de dangereux .Cette paffion
nouvelle , dont ilſe ſervoit comme
d'un remede propre à le guérir
de la premiere, ne pût luy faire
oublier la belle Blonde , qui demeurant
à l'un des bouts de Paris
, ne ſçavoit rien de l'intrigue.
Il ſongeoit ſouvent à elle,& quelquefois
l'allant regarder de loin
dans une Eglife , il eſtoit au déſeſpoir
que la modeftie qu'il
voyoit fur fon viſage ne fuft
qu'apparente , & qu'un extérieur
fi honneſte ne pût eſtre le garant
d'une ſageſſe effective . Le
temps s'écouloit toûjours , & la
jeune Veuve , qui avoit ſujet de
craindre
GALANT..
121
e
Π
F コ
ー
n
re
e.
a
e.
-| -
n
e-
- -
e
a
e
e
craindre qu'on ne découvriſt ſa
fourbe , faiſoit entendre à demy,
qu'elle ne vouloit qu'eſtre prefsée
pour ſe réſoudre à ſe marier
avant la fin de l'année de fon
veuvage , quand le Conſeiller
qui avoit aimé la Belle, fut obligéde
revenir à Paris. Le Marquis
le ſçeut,& ſouhaita le connoiſtre.
On luy ménagea une occafion de
rencontre , dans laquelle ils eurent
une converſation particuliere.
La Belle en fit bientoſt le ſujet.
Le Conſeiller en parla avec
desmarques d'eſtime qui ne pouvoient
partirque d'un Homme
veritablement perfuade. Ildit au
Marquis qu'il ne ſçavoit point ce
qui les avoit broüillez ; mais que
pour luy , s'il avoit eſté aſſez heureux
pour en eſtre aimé , il auroit
fait gloire de la préferer aux plus
brillantes fortunes ; qu'il s'eſtoit
Novembre 1681 . F
122 MERCURE
marié par deſeſpoir , & qu'une
Amie pour quimalheureuſement
il avoit eu quelque complaiſance
en arrivant à Paris , eſtoit caufe
que plus de trois mois d'affiduité
n'avoient rien pû aupres d'elle.
Là- deſſus il entra dans le détail
de l'Avanture , & luy peignit en
termes fi forts la beauté d'ame
de cette charmante Perſonne ,
quele Marquis demeura embarraffé
. Le Conſeiller ne luy diſoit
rien qui ne luy paruſt tres-vray
ſemblable ; mais quelque panchant
qu'il euſt à le croire , il ne
pouvoit démentir ſes yeux. Il
avoit lû . Les Lettres eſtoient de
la belle Blonde , & le caractere
luy en eſtoit trop connu , pour
pouvoir croire qu'il ſe fuſt trompé.
Le Conſeiller parla fi longtemps
la meſme Langue , qu'enfin
le Marquis fut obligé de luy
dire
GALANT .
e
123
dire qu'il eſtoit difcret , & que
cependant on n'ignoroit pas qu'il
- avoit reçeu quantité de Lettres
qui faifoient voir que les faveurs
- de la Belle l'avoient payé de ſes
ſoins . Il répondit à cela par tant
de ſermens de n'en avoir jamais
1 eu le moindre Billet , & demanda
avec tant d'inſtance qu'on luy
› fiſt connoiſtre les Impoſteurs qui
publioient cette calomnie, que le
Marquis commençad'avoir quel-
Y que ſoupçon de la ſurpriſe qu'on
- luy avoit fait faire Il quita le Conſeiller
, apres en avoir tiré d'autres
éclairciſſemens qui juſtifioient
ſa belle Maiſtreffe. Quoy
e que les Lettres qu'il avoit veuës
d'elles fuſſent écrites àun Amant,
& à un Amant favorisé , leCon-
5. feiller nioit fortement qu'il en
euſt reçeu aucune ; & la fauffe-
Fté d'une circonſtance dans une
C
Fij
124
MERCURE
Hiſtoire contée par des Gens intéreſſez
, engage à tenir le reſte
ſuſpect . Dans cet embarras, fans
prendre conſeil que de fon amour
, il ſe réſolut d'aller chez la
Belle , & de s'éclaircir avec ellemeſmedu
ſecret commerce qu'on
pretendoit qu'elle euſt eu . Jugez
quel eſtonnement pour cette aimable
Perſonne , de revoir un
Inconſtant dont depuis deux
mois elle n'avoit eu aucunes nouvelles
. Elle le reçeut d'un air fier
& froid , mais pourtant civil , &
ſe tint debout , afin qu'il ne paruſt
pas qu'elle vouluſt l'engager
à une longue viſite . Le Marquis
entra d'abord en matiere, & fans
luy nommer la jeune Veuve , il
luy dit que devant ſe marier au
premier jour , il avoit voulu luy
venir apprendre le ſujet de ſa
rupture , afin que tombant d'accord
GALANT.
125
Ttee
SU
2.
le
get
11
eus
cord des juſtes raiſons qui l'y
avoient obligé , elle n'euſt pas
à ſe plaindre qu'il eut mal agy.
En ſuite , il la pria d'écouter , &
luy ayant lû trois ou quatre des
Billets qu'il avoit tranſcrits , il luy
demanda fi elle en avoit reconnu
le ſtile. La Belle luy dit , en
le regardant affez fierement
qu'elle n'avoit pas beſoin de voir
ces Billets en original , pour luy
avoüer qu'elle les avoit écrits à
un Serviteur cherement aimé ,
& qu'elle vouloit , pour l'intéreſt
de ſa propre gloire , & non dans
aucune veuë de le contenter, luy
en faire voir toutes les Réponſes.
En meſme temps elle ouvrit fon
Cabinet , & tira d'une Layette
plus de cinquante Billets qu'elle
avoit reçeus de ſon Amie. Le
el Marquis en reconnut d'abord l'éacriture
, & par le juſte raport des
10
fie
pa
age
qu
La
Cor
Fiij
116 MERCURE
€
uns aux autres, il vit le commerce
d'Amant & d'Amante fi bien
étably entr'elles , que rappellant
la réſerve avec laquelle ſa belle
Maiſtreſſe luy avoit toûjours écrit
& faiſant réflexion ſur les ſermens
que luy avoit faits le Conſeiller
, il ouvrit les yeux fur la
tromperie. Je ne vous dis point
qu'il ſe jetta aux pieds de la Belle,
&qu'en luy faiſant dejuſtes reproches,
on luy refuſa longtemps
le pardon qu'il demanda. Ils s'aimoient
tous deux,& il n'y a point
d'offence que le veritable amour
ne faſſe oublier.Le Marquis parla
au Pere dans ce moment meſme,
& ne voulut point fortir qu'on
n'euſt ſigné des Articles. Le Party
eſtoit trop avantageux pour
remettre au lendemain .On appel.
la le Notaire, & le Mariage ſe fit
quatre jours apres. La ſeule vangeance
GALANT. 127
ce
en
le
r:
er
la
هن
aps
int
geance que la Belle prit de fon
Amie, fut d'ordonner au Marquis
de la remplir d'efperance jufqu'à
la conclufion de l'Affaire,
dont il l'avertitluy- meſme par un
Billet le jour qu'il ſe maria. Cet
'avis donné fut pour elle un coup
de Foudre. Il avoit joint au Biller
quelques - uns de ceux qu'elle
avoit écrits à la belle Blonde.Elle
vit par là que ſon artifice avoit
eſté découvert , & pour s'épargner
la honte d'avoir des témoins
de la rage où elle fut , elle partit
auſſitoſt pour aller à une Terre,
d'où elle n'eſt point encor de retour
depuis plus de fix ſemaines
que le Mariage a efté fait .
Dur
rla
ne
01
ar
Dut
bel .
condamner ſur les apparences.
fit
Quoy que les noms de Maiſtrefſe
& de Serviteur ayent penfé
ce
Fin
Voyez , Madame , combien
quelquefois il eſt dangereux de
7
128 MERCURE
def- unir deux coeurs,qu'on pourroit
dire formez l'un pour l'autre,
ils ne laiſſent pas d'eſtre fort
communs parmy les Belles. Le
galant Rondeau que vous allez
voir en pourroit ſervir de preuve.
Il eſt de Madame la Comteſſe de
Maroupian de Marſeille,qui prenant
le nom d'Amant avec une
Dame de la meſme Ville , a fait
ce Rondeau pour elle , & l'a
adreſſé à un Gentilhomme qu'elles
ont choiſy pour Confident de
leur paffion.
RONDEAU.
E mon amour la flame est
Déternelle;
Quand unefois d'une oeillade mortelle
Un bel Objet afçeu bleſſer mon coeur,
Indiférence, injustice, froideur,
Rebut, oubly rien ne m'éloigne d'elle.
Le
GALANT.
129
e
e
e
t
2
e
:
Iefuis perdu,s'il est vray qu' Isabelle
Ait résolu d'estre à mes voeux rebelle
,
Carrien ne peut estre égal àl'ardeur
De mon amour.
Món cher Damon , mon Confident
fidelle ,
Vous qui pour moy faites voir tant
dezele,
Degrace,ayez pitiéde ma langucur,
Etpour fléchir ſon injuste rigueur,
Entretenez quelquefois cette Belle
Demonamour.
Monfieur le Ducde Mortemar,
qui eſt de retour depuis quelques
jours, a eſté reçeutres- favorablement
de ſa Majeſté. Il luy eſt
bien glorieux d'avoir montre à
fon âge aurant de conduite & de
fermeté qu'il en a fait voir det
Fv
130
MERCURE
puis qu'il commande les Galeres.
Je ne repeteray point ce que je
vous en ay dit dans quatre ou
cinq de mes Lettres . Ce mot de
Galeres me fait ſouvenir des reproches
que vousm'avez faite, de
ce que vous ayant envoyé il y a
quelques mois les noms de celles
du Roy , je n'y avois point adjoûté
ceux des Commandans. Je les
ignorois en ce temps- là,& ayant
pris ſoin dem'en informer depuis,
je vous les envoye dans l'ordre
deleur ancienneté .
La Réale. Monfieur le Commandeur
de la Bréteche , Chef
d'Eſcoüade .
La Patronne, Monfieur de Noail.
les , Lieutenant General.
La Princeſſe. Monfieur de
Manſe , Premier Chef d'Efcouade.
La
GALANT.
131
4
La Perle. Monfieur le Commandeur
d'Opede , Chef d'Efcoüade.
1
L'Invincible. Monfieur leChevalier
de Bethomas , Chefd'Efcoüade
.
La Forte. Monfieur le Chevalier
de Breteüil-
La Victoire. Monfieur le Chevalier
de Janſon.-
La Reyne. Monfieur de Montaulieu.
La Valeur. Monfieur du Vivier.
La France. Monfieur de la
Mothe.
La Fortune . Monfieur le Chevalier
de la Renarde.
4
La Sirene. Monfieur de Fourville.
La Brave. Monfieur le Cheyalier
de Mirabeaux.
La Grande. Monfieur de Мац-
bouſquet. La
132 MERCURE
La Belle. Monfieur le Comte
de Beüil.
La Favorite . Monfieur le Chevalier
d'Eſpene.
LaHardie . Monfieur le Chevalier
de S. Heran .
La Fleur-de-Lys. Monfieur le
Commandeur de Piémoiſon .
La Superbe. Monfieur le Chevalier
de Rancé .
L'Amazone. Monfieur le Commandeur
de Rochoüart.
La Fidelle. Monfieur leChevalier
de Monferon .
La Galante. Monfieur leChevalierDuchon
.
La Souveraine. Monfieur le
Chevalier de Mareüil.
LaMadame. Monfieur le Chevalier
de Rouſet.
La Ferme. Monfieur le Vicomtede
Lozun.
LaRenommée. Monfieur le Bailly
de Colbert . L
GALANT . 133
םי
e
La Dauphine. Monfieur leChevalier
de la Fare .
La Couronne. Monfieur le Chevalier
de Bourſeville .
La Fiére. Monfieur le Comte
du Luc.
S. Loüis.
LaGrande Réale. Où Meſſieurs
les Capitaines font garde la
nuit.
S. Jean. L'Hôpital des Forçats
invalides.
La Vigilante.
Deux Galliotes. Monfieur de
Laquaire , Capitaine des deux
Galliotes.
La Subtile.
J'ay à vous apprendre que le
mois paſſé , il fut jugé au Conſeil
du Roy en faveur de M" Claude
de Roncherolles , Marquis du
+|- Pont S. Pierre , Seigneur & Pa
tron
134
MERCURE
tron de Noftre -Dame d'Eſcouis,
que l'honneur que ſes Anceſtres
ont toûjours eu en Normandie,
d'y tenir le rang de premiers
Barons , de préſider à l'Echiquier
, & d'eſtre depuis Conſeillers
nez au Parlement , demeuroit
attaché à l'Aîné de la
Famille de Roncherolles , & non
pas à une Terre qui eſt ſortie de
leur Maiſon , ainſi que le prétendoit
Monfieur de la Bazoche , à
qui cette Terre appartient preſentemet.
La Maiſon dontje vous
parle , eſt la ſeule en France qui
ſoit de tout temps en poffeffion
d'un pareil honneur. Meſſieurs
lesDucsont aujourd'huy lemême
avantage. Tout le monde ſçait
qu'il y avoit un Echiquier en
Normandie avant la création du
Parlement. C'eſtoit un Tribunal
Souverain , où les Barons
du
GALANT.
135
du Païs rendoient la Juſtice. L'Ainé
de la Maiſon de Roncherolles
y préſidoit , & tenoit le premier
rang à l'Entrée des Archevefques
, apres laquelle ils font obligez
de luy envoyer leur Mulle
blanche. C'eſt ce que l'on juſtifie
avoir encor eſté fait par Meſſire
Jean de Chanvalon , Archevefque
de Roüen .Les Barons étoient
anciennement les Grands &
Pairs du Royaume. L'Echiquier
ayant pris fin , l'Aîné de ceux
de cette Maiſon eut féance au
Parlement , & l'a toûjours conſervée
, ainſi que les Archevefques
qui l'avoient auſſi à l'Echiquier.
Ce glorieux avantage leur
a eſté confirmé par Lettres Patentesde
nos Roys , en confidération
des grands ſervices qu'ils
ont rendus à l'Etat pendant les
troubles , & on les en a veus toûjours
دل
136 MERCURE
jours en poffeffion juſqu'au commencement
du Procés dont je
vous apprens le jugement. Je remets
à une autre occafion à vous
parler avec un peu d'ordre des
Deſcendansde cette Famille , &
vous diray ſeulement que Meffire
Claude de Roncherolles qui en
eſt le Chef , eſt le vingt- fixieme
dont la Filiation eſt connuë par
Fondations & Contracts de mariage.
Il eſt certain qu'il ya peu de
Gentilshommes en France , dont
les alliances ſoient auſſi illuftres.
L'Hiſtoire de la Maiſon de Chaftillon
, fait connoiſtre que nos
Roysleur ont fait l'honneur de les
avoüer pour Parens ; & fans vous
parler de celuy qu'ils ont d'eſtre
alliez de pluſieurs autres Souverains
, je puis dire que les plus
conſidérables MaiſonsduRoyaume
ſont ſorties de celle de Ron-
८
cherol
GALAN Τ .
137
cherolles, ſçavoir,de Longueville,
de Briffac, de la Lutumiere , dont
Madame de Matignon eſt Heritiere,
de Montcaurel,de Gouffier
Marquis de Thoys,d'Iſorée Marquis
d'Arvaux , de Breauté , de
Créquy Berniculle , de Bourbon
Sire de Rubanpré , de Creſpin-
Monaco & deVvardes,d'Eſtrées,
de Humieres , de la Motte Houdancour
, de Roſmadec-Molac,
deRieux-Afferac, de Joyeuſe, de
Harcour , de Richelieu , d'Angenne
, de Ragny, de Goulenne,
d'Arpajou , de Ramboüillet , de
Rambure , de Roye , de Gonnelieu,
de la Connelais , de Brienne,
d'Anglure, de Grouche Marquis
de Chepy, de Nollan , de la
Luſerne , de Stüart Marquis de
Montmartin, de Cliffon, de Trie,
de Tonnerre , Aumale , &c .
On peut encor voir dans quelle
eftime
138 MERCURE
1
eſtime cette Famille a toûjours
eſté par une Bulle des Papes, qui
accorde à Meſſieurs de Roncherolles
en confideration de leur
pieté,&de leur ancienne Noblefſe
, le Privilege de faire dire la
Meſſe ſur un Autel portatif par
tout où ils pourront ſe trouver.
On voit un Arreſt du Parlement
de Paris , qui porte qu'en reconnoiſſance
d'un ſervice qui luy fut
rendu par un Roncherolles, dans
une émotion où il ſe rencontra
avec ſes Gens, lesCauſes de ceux
de cette Famille ſeront appellées
immédiatement apres celles des
Princes du Sang. Joignez à cela,
que lors qu'ils ont rendu foy &
hommage, ce n'a eſté qu'entre les
mains de nos Roys. Pierre de
Roncherolles
د
Chevalier des
Ordres de Sa Majesté , le rendit
entre les mains de Catherine de
Medicis,
GALANT.
139
et
0
es
e
ةت
la,
&
es
de
es
de
is
Medicis , & depuis entre celles
de Henry 111. Je ne parle point
d'un nombre infiny de Fondations
, & Aumônes faites à diverſes
Abbayes , ny de plus de
quarante Cures dont la nomination
a eſté relâchée par eux aux
Archeveſques, & au Chapitre de
Roüen , qui eft obligé de faire un
Service tous les ans pour ceux de
cette Maiſon , auquel Service
Monfieur l'Archeveſque doit
officier quand il s'y rencontre.
Ce qui eſt 'fort remaquable
pour cette Famille , c'eſt qu'on
ne ſçauroit douter que ſon établiſſement
n'ait eſté fait en Normandie
longtemps avant que les
Danois y entraſſent . Cela paroiſt
par la connoiſſance que l'on a
d'un Rocherolius , qui défendit
l'entrée de la Seine au furnommé
Horic Chefdes Danois , qui
pilla
140
MERCURE
pilla Roüen en 845. & par l'avantage
que Meſſieurs de Roncherolles
ont eu de tout temps d'eſtre
Grands Bouteilliers de Normandie,
à cauſede laTerre de ce nom ,
où il y a un Fief qu'on appelle la
Bouteillerie. Cette qualité leur eft
donnée dans les Aveux les plus
anciens qu'on leur ait rendus.
Ils n'ont pas eſté conſiderez
ſeulement en Normandie, comme
fortisd'un ſang tres - illuftre , mais
auſſi dans toute la France. C'eſt
ce que vérifient les Etats de Blois,
où Meffire Pierre de Roncherolles
, Marquis du Pont S.Pierre,
&de Chaftillon , fut député de
toute la Nobleſſe du Royaume,
ainſi que Monfieur de Senecé,
pour en foûtenir les intéreſts ; &
dans les derniers Etats de Normandie
, qui furent tenus pendant
la Minorité du Roy , Meffire
Robert
GALANT.
141
1.
A-
دا
ne
is
S
e
He
ẻ,
&
ゴ
コ
21
rf
Robert de Roncherolles fut député
de toute la Nobleſſe de la
Province , & Monfieur ſon Fils,
Abbé de Baubec, le fut du Clergé.
Je ſerois trop long, ſi je voulois
vous marquer avec quel zele ils
ſe ſont toûjours portez à la maintenir
dans les ſentimens de ſoûmiſſion
& d'obeïſſance où nous
l'avons veuë. Il ne me reſte plus
qu'à vous dire qu'il y a eu de tout
temps de tres- grands Biens dans
cette Maiſon,& qu'en 1560. Philippes
de Roncherolles , Chevaliers
des Ordres du Roy , & Renée
d'Eſpinay ſa Femme partagerent
avant leur mort à leurs
quatre Fils plus de cinquante
mille écus de rente , & les plus
belles Terres du Royaume.
: Il vous fera aisé de connoiſtre
par la lecture des Vers que je
vous envoye , que celuy qui les a
faits
142 MERCURE
faits n'eſt pas mal avec les Muſes.
Il faut vous en dire le ſujet.
Une Dame des plus réſervées à
faire connoiſtre les ſentimens de
ſon coeur, ayant à paſſer une partie
de l'Eté à la Campagne , recevoit
chez elle toute la Nobleffe
de ſon voiſinage. Un Cavalier s'y
rendit fort affidu , & dans quelques
Madrigaux qu'il fit pour
elle, il ſedonna le nom de Tircis.
La Dame recevoit les Madrigaux
ſans façon , parce qu'elle aimoit
les Vers , & que ceux du Cavalier
avoient un tour agreable qui
les faiſoit lire avec plaifir. Ces
Madrigaux l'accoûtumerent fi
bien au nom de Tircis , qu'en ſe
promenant un jour elle l'écrivit
fur l'écorce d'un jeune Heſtre.
Il fut lû du Cavalier , qui ayant
trouvé quelques temps apres le
mot de Fidelle , écrit encor de ſa
main
GALANT.
143
main ſur le meſme Heſtre , luy
dit d'une maniere fort tendre ,
que ſes deſirs eſtoient fatisfaits,
puis que ſa fidelité luy eſtoit
connuë. La Dame rougit , & un
-je - ne - ſçay quel trouble dont
elle ne put eſtre la maiſtreſſe,
luy faiſant connoiſtre à elle-mefme
, qu'elle eſtimoit plus le Cavalier
qu'elle n'avoit crû , apres
quelques vains efforts pour déguiſer
ce qu'elle fentoit pour luy
de trop favorable , elle luy permit
de croire ce qu'il voudroit
de l'embarras où il l'avoit veuë.
Deux ou trois jours furent à
- peine paſſez , qu'elle écrivit quel
ques Vers ſur la meſme écorce.
C'eſt là- deſſus qu'ont eſté faits
ceux que vous allez lire .
:
RE
144 MERCURE
REQUESTE
D'UN JEUNE HESTRE
aux Mirtes des Jardins de Vénus
, qui ſont dans la Ville
d'Idalie en Cipre.
M
Irtes des Jardins d'Idalie.
Habitans d'unſéjourſi doux,
Vn Arbre Etranger vous supplie
Qu'on le reçoiveparmy- vous.
Il est vray,je neſuis qu'un Hestre,
Né dans des Lieux qui vous font
inconnus ;
Mais avec tout cela , peut- eftre
Je vaux un Mirte de Vénus.
C'est leprendre un peu haut, Mirtes,
je le confeffe,
Et
GALANT.
25
Ve
que ces Livres ont cessé d'eftre à la
mode , & je ne sçay pas comment
les furannez attraits de cette Prin-
- ceſſe , & les exploits fabuleux du
grand Artamene , ont eu juſques à
preſent quelque pouvoirsur vostre
esprit. Nous ne sommes plus au
temps des contes ; s'il s'en fait encor
, ce n'est que pour rire ; & ceux
qui tiennent du meilleur goût font
fort au deſſous de ce qu'on voit faire
tous les jours à LOUIS LE
GRAND. En effet , les Romans
n'ont jamais tant inventé qu'il
exécute ; & ſe rendre Maistre de
Strasbourg & de Cazal dans le
mesme temps , paſſeroit pour une
Fable, ſi l'Allemagne , l'Italie , &
tous les Peuples , n'étoient témoins
de ſes grandes Actions. Fettez les
yeux ſur ſes diverſes Conquestes,
leur rapidité voussurprendra. Regardez
qu'il s'arreste lors qu'il peut
Novembre 1681 .
t!!
E} B
26 MERCURE
tout vaincre, & vous avoüerezque
les Faiſeurs de Romans n'avoient
point encor trouvé ce bel endroit
pour former le coeur de leurs Héros.
Ils en ont aujourd'huy un parfait
modelle , & vous , Monsieur , un
Livre vivant ,fans aller chercher
dans Cleopatre & Cyrus , où vous
ne trouverez pas ce que vous avez
devant les yeux. Je vous envoye le
Mercure, & vous l'envoyeray tous
les mois. Il ne manquera pas de
vous apprendre agreablement les
Illustres Actions de nostre Auguste
Monarque; & afin que vous n'ayez
point à regreter la perte de vostre
vieille Cléopatre , il vous contera
mille petites Hiſtoires amoureuses,
& vous fera le Portrait des plus
jolies Dames du monde , qui font
d'un goût plus charmant que les
• plus vantées de celles qui vivoient
dans le Siècle de Mandane. Adieu ,
Mon
GALAN T.
27
Monsieur. Vous n'aurez de mes
nouvelles que par le premier Mercure.
Je ne puis mieux finir cet Article
que par un Sonnet , dont
Monfieur de Longpré Académiſte
eſt l'Autheur. Vous prenez
tant d'intereſt à ce qui regarde
la gloire du Roy , que je
ne fais aucun doute que vous ne
foyez de ſon ſentiment.
SONNET.
Avguſte, aprés César, eut l'im-
De remplir defon Nom un des Mois
de l'Année;
L'Univers s'y Soûmit,& ce ſuprême
honneur
Paſſe tous les fuccez dont sa vie
est ornée.
a
0
117
40
Bij
28 MERCURE
LOVIS , le Grand LOVIS,cet illuftre
Vainqueur ,
Sous qui s'étend la France,&sevoit
fortunée ,
CeHéros dont l'esprit égale legrand
coeur ,
A meritè cent fois la mesme destinée.
**
Confacrezà fon Nom le Mois qu'il
vint au jour ,
Banniſſezdeformais Septembre , &
Sans retour ,
Peuples , Soûmettez- vous à ce que
vent sa gloire.
Vous avez admiré ſes Exploits
}
inoüis ;
Mais pour éterniferSon Nom &Sa
Mémoire ,
Que Septembre àjamais ait le Nom
de LOVIS .
Dés
GALANT.
29
Dés le lendemain que Sa Majeſté
fut arrivée à S. Germain ,
Elle alla voir à Verſailles ce que
les Ouvriers avoient avancé depuis
fon départ ; les dépenſes
qu'Elle est obligée de faire pour
les Troupes , pour les Armemens
de Mer,& pour les Fortifications
de beaucoup de Places , n'empéchant
point qu'on ne travaille
toûjours aux Ouvrages qui font
dignes de la magnificence d'un
Grand Roy . C'eſt par là que
nôtre Auguſte Monarque acheve
de porter au plus haut point
la gloire de fon Etat. Les Plaiſirs
qu'on avoit abandonnez pour le
Voyage d'Alface , & qui étoient
partis pour Chambord , ont eſté
rappellez à S. Germain incontinent
aprés le retour , & l'on a
déja commencé à y joüer alternativement
le Pourceaugnas , &
Biij
30
MERCURE
Le Bourgeois Gentilhomme du fameux
Moliere . Comme la Mufique
du Roy , & les Danfeurs à
qui Sa Majesté donne Penſion ,
font employez dans les agrémens
de ces deux Pieces , elles ont
paru avec beaucoup d'avantage,
& ont extrémement ſatisfait toute
la Cour. Les Comédiens de
leur coſté ſe ſont acquitez tresbien
de leurs Rôles , la plupart
les ayant joüez d'Original , &
ayant eſté inſtruits par l'Autheur
mefme.
La fierté Ged bien à celles
de vôtre Sexe ; mais elle ceffe
d'eſtre une vertu , quand on la
porte juſqu'à faire gloire de paffer
pour inſenſible. C'eſt un défaut
qu'on reproche à une fort
belle Perſonne , qui depuis plufleurs
années , charmant tous
ceux qui la voyent , fait autant
de
GALAN T. 31
- de Malheureux qu'elle s'attire
. d'Amans. Les plus empreſſez à
luy donner tous leurs foins, cherchent
inutilement par où ſon
coeur peut eſtre touché ; &
comme perſonne n'a pu encor
découvrir les chemins qui y conduiſent,
on ne la nomme par tout
que la Belle Indiferente. Une
Dame de Paris , qu'elle a ſujet
de conſidérer, & qui auroit de la
joye qu'elle vouluſt ſe défaire
d'une qualité qui luy fait tort ,
luy envoya il y a fort peu de
temps un Amour d'Email tresbien
fait , tenant d'une main des
Coeurs enchaînez avec une
Clef de l'autre . Ce préſent luy
fut rendu en Province , où cette
Belle fait ſon ſéjour le plus ordinaire.
Il étoit accompagné d'une
Lettre dont on avoit chargé cet
Amour , qui devoit en meſme
د
Biiij
32 MERCURE
temps offrir à la Belle deux Paires
de Boutons de Topaſe tresriches
, propres pour mettre aux
Manchetes , & tout cela au nom
de la Dame. Je ne vous dis point
que cette Dame a l'eſprit tresdélicat.
Vous
lifant fa Lettre.
*
connoîtrez en
A MADEMOISELLE ***.
I femble
ma Chere , que vous
en poſſeſſion de gagner les
coeurs de tout le monde , & de ne
donner jamais le vostre ; & je
pense que vous vous imaginez,parce
que vous aveztoûjours confervé
une raiſon libre , an esprit fort ,
in empire abſolu ſur vos paſſions ,
&que vous avezmené jusques à
préſent une vie douce & tranquille
GALANT.
33
le , ennemie de tout engagement ,
qu'il vous fera permis de vivre
toûjours de la mesme forte. Cette
prétention est injuste ; elle n'est pas
mesme trop Chrétienne. C'est un
crime , que de manquer de reconnoiſſance
pour ceux qui nous ai
ment , &nous sommes obligez d'avoir
pitié de nostre prochain. Je
vous diray aussi en bonne Amie ,
qu'il n'y a pas seulement de la
dureté dans ceprocedé , mais auſſi
quelque chose de fort fingulier , de
Se vouloir ainſi tirer du pair , &
Se distinguer du reste des Gens.
Défaites- vous , ma Chere , de vos
faux préjugez, & détrompez- vous
de vos erreurs. Vous avez brau
faire , vous ne vous diſpenſerez
point d'aimer , non plus qise les
autres ; l'Amour est un Diều fans
quartier , & toſt ou tard , chacun
luy doit payer le tribut , ainſi qu'à
BS
34
MERCURE
la Mort. Celuy que je vous envoye
, & à qui je vous prie defaire
un accueil favorable à cause de
moy , eſt un Amour tres - irrité contre
vous. Il a tenté plusieurs fois
inutilement la conqueste de vostre
coeur, mais àpréſent ilse fait fort
de l'emporter ; & l'euſſiez- vous mis
à couvert fous cent Cadenats &
fous mille Clefs , la fienne vaut
mieux que toutes les vostres,puiſque
c'est un Paffe- par- tout à qui rien
ne resiste,& quise fait donnerpaffage
en tous lieux.
Amour , ce petit Dieu, vient de
quitter ſa Mere ;
Ildeſcend de l'Olympe avec tous
ſes attraits ;
Il traverſe les airs , armede tous
fes traits ,
Et profere ces mots, dans ſa juſte
colere.
Moy,
GALANT. 35
fal
10%
மசு
for
του
to
ul
MMooyy,,qquuii tiens ſous ma Loy l'un
& l'autre Hémiſphere ,
Qui ne conçois jamais que de
vaſtes projets ;
Egalement puiſſant dans laGuerre
& la Paix ,
Ne pourray- je toucher une ingrate
Bergere ?
Je l'auray, malgré ſa froideur.
Oüy, je triompheray de ce coeur
inſenſible.
Cette Place , aprés tout , n'eſt
point inacceſſible ,
Et j'en veux eſtre le vainqueur.
**
Je ſçay bien que ce coeur me fera
reſiſtance ,
Qu'il me faudra forcer plufieurs
Retranchemens ,
Et qu'on m'oppoſera tous les
fiersRegimens
De
10
36 MERCURE
De l'Orgueil , du Dédain , & de
l'Indiférence ..
Je ne crains point ces Ennemis,
Leurs efforts ſerviront de reliefà
ma gloire ;
On goûte avec plaifir les fruits
de la Victoire ,
Aprés que l'on a tout ſoûmis.
Si la Bergere veut me remettre
la Place ,
Sans me diſputer le terrian ,
Qu'elle conteſteroit en vain ,
Ah !foy de Dieu d'honneur, elle
obtiendra fa grace.
J'auray pour elle cent douceurs;
La Parque filera ſes jours d'or
&de ſoye ;
Les Ris & les Graces
Soeurs ,
4
mes
2
La
GALAN T.
37
de
mis
efi
S
,
lle
of
es
La feront vivre en paix, & mourir
dans la joye.
Voilà , ma Chere , de belles promeſſes
que l'Amour vous fait. Ce
n'est point un Dieu fourbe &fanfaron
, il les exécutera à la lettre.
S'il ne dit pas quelquefois tout ce
qu'il fait , ilfait souvent bien plus
qu'il ne dit. Si vous voulez ſuivre
mon conſeil , vous accepterez
le party qu'il vous offre. C'est le
plus ſeûr , le plus agreable , & j'o-
Seray dire , le plus gloricux ; puis
que les Dieux , les Roys , & les
Conquérans s'y foûmettent , & qu'à
moins que de vivre comme un Anachorete
de la Thébaïde , ou d'être
un peu Misantrope & Loupgarou
, on ne peut pas vivre Sans
aimer.
Fay chargé ce petit Amour en
partant de Paris ,de vous présenter
2
38 MERCURE
ter deux Paires de Boutons de Topaze
, de mapart , &de vous faire
mes complimens ; mais comme
c'est un Dieu fort intéreßé , & que
parmy les Dieux , aussi-bien que
parmy les Hommes , la charité
commence par Soy- mesme , je croy
qu'ilnevous parlera que de ſes intérests
, &qu'il oubliera ma commiſſion.
Je luy ay pourtant fort recommandé
de vous les donner en
mainpropre.
Ces Noeuds ſont pour lier vos
manches ,
Ou bien pour lier vôtre coeur.
Permettez que ce Dieu vainqueur
,
De ſes bras potelez, de ſes belles
mains blanches .
Vous attache cette Faveur.
Je dois vous l'avoüer , elle n'eſt
pas bien grande ,
1
Pour
GALANT.
39
Pour employer un Immortels
Et je ne ſçay que trop , qu'une
pareille offrande
N'eſt pas digne de vôtre
Autel.
Toute indigne pourtant qu'elle
eſt de vous estre offerte , je vous
conjure de la recevoir comme un
gage de mon amitié fincere , & de
me croire , &c .
On m'a fait part d'une galante
Recepte , qui ſeroit bien
propre pour une Belle du caractère
dont je vous ay peint l'aimable
Perſonne à qui cette Lettre
eſt adreſſée. Je vous en envoye
une Copie.
RECE
40
MERCURE
RECEPTE AMOUREUSE.
Po
Our bien purger une Beauté
Dont les yeux charment tout le
lemonde,
Purgez la de sa cruauté,
C'est là l'humeur dont elle abonde.
Afin que la Purgation.
Cause peu d'alteration,
Recipe pour noftre Ordonnance
Le poids d'un Ecu de Pitié;
Vne once engros de Confiance,...
Avec deux drachmes d'Amitié,
Et quatre de Correspondance.
**
Infusezle tout en douceur,
Cela luy purgera le coeur
Decette humeurfiere &maline
Quified mal à Beauté divine.
Quesi vous estes aſſuré.
Que
GALANT. 41
1
7
1
e
Quele malfoit iuveteré,
Et qu'ily reste quelque chose,
Vous réitererez , & doublerez la
dofe.
Je ne ſçay, Madame, ſi la Ville
de Charolles en Bourgogne vous
eſt connuë. Quoy qu'elle ſoit
fort petite , on ne laiſſe pas de s'y
divertir auſſi agreablement que
dans les plus grandes du Royaume.
Les Damesy ſont ſpirituelles
& fort fociables , & fe declarant
ennemies de la contrainte , elles
ont en toutes chofes une liberté
honneſte, qui leur attire l'eſtime
de tous leurs Voiſins , & les
rend capables de toute forte
d'exercices. Celuy de la Chaffe,
où l'on peut dire qu'elles font infatigables
, eſt un Divertiſſement
qui leur fait faire la plupart du
temps de tres- galantes Parties.
Elles
42 MERCURE
Elles montent auſſi- bien à cheval
qu'elles dancent , & ne font
pas moins paroiſtre d'adreſſe à tirer
un coup de Fufil & de Piſtolet,
qu'elles en montrent lorsqu'elles
veulentmanier l'Eguile . Apres
cela vous ne ſerez pas ſurpriſe de
ce que j'ay à vous en conter.
Comme la plupart des plus confiderables
Perſonnes de Dijon,
Châlons & Maſcon, viennent tous
les ans paffer à Charolles les plus
beaux jours de l'Eté , les Chevaliers
de cette petite Ville choiſirent
ce temps , qui n'eſt deſtiné
qu'aux plaiſirs & à la joye , pour
députer vers ceux de Paroy- le-
Moinel , du Mont- Ceny , & du
Mont S. Vincent, afin qu'ils ſe préparaſſent
à venir tirer le Prix le
25. Aouſt , ſuivant leur Défy de
l'année derniere. Le Chevalier
qui fut député , leur porta parole
qu'on
GALANT.
43
qu'on les attendroit avectout ce
Df qui estoit neceſſaire pour la pomti
pede la Feſte , & qu'il y auroit
10 deux Prix, l'un du Panton,& l'autre
de l'Arbaleſte;le premier,d'un
petit Service de Vaiſſelle d'argent
de huit cens Ecus ; & le
* ſecond, de cent cinquante Loüis;
que l'on payeroit en eſpeces.. Ce
Defy fut accepté par les trois
• Compagnies Etrangeres,qui eſtat
- venues au jour arreſté en tresbon
ordre , furent reçeuës avec
defortgrandshonneurs,&logées
en ſuite chez les Chevaliers de la
Ville, qui ſont obligez de les dé-
* frayer pendant tout le temps que
dure la Feſte. Le lendemain
fut employé en Feſtins, & à tirer
quelques coups d'eſſay , apres
quoy on réſolut que le jour ſuivat
on tireroit pour le Prix. Il fut
gagné par les Etrangers,au grand
e
1 déplaifir
44
MERCURE
déplaiſir de ceux de Charolles,
qui paſſentpour les meilleurs Fufeliers
de la Province.Lejour s'acheva
en réjoüiſſances, &le Prix
de l'Arbaleſte fut remis au lendemain.
Les Chevaliers Etrangers
eurent encor le meſme avantage,
&ſe firent reconoître pour Vainqueurs
au bruit des Tambours&
des Trompetes. Apres qu'ils ſe
furent fait complimentles uns aux
autres,& qu'ils eurent donné aux
Vaincus le Défy pour l'année
prochaine , ils les envoyerent
lier avec des Rubans pour marque
de leur efclavage. On éleva
auffitoſt les Enſeignes des Chevaliers
Etrangers au plus haut
des Tentes On cria Victoire,& en
obſervant les cerémoniesordinaires
on ſe mit en marche pour retourner
à la Ville. Jugez quelle
fut la ſurpriſe des Vainqueurs,
lors
GALANT.
45
lors qu'y croyant entrer en triomphe
, ils en trouverent les Portes
fermées , Le Roy de la Feſte envoya
ſur l'heure un de ſes Trompetes
pour en ſçavoir la raifon.
Le Trompete n'eut pas plutoſt
donné le ſignal , qu'il apperçeut
une Dame au travers d'une Feneſtre,
qui luy jettant une Lettre,
luy dit qu'il la portaſt à ſon Maiſtre.
Il alla foudain retrouver le
Roy , qui ayant reçeu la Lettre,
la lût tout haut auxChevaliers de
ſa Suite. Voicy dans quels termes
elle eſtoit conçeuë.
Efoyezpoint Surpris , Roy
vainqueur braves
د
Chevaliers , ſi en vous disputant
1
e
l'entrée d'une Ville qui vous est
acquife parle droit des Armes,
nous Somblons par là arrester le
cours de vos Conquestes. Nous ne
Scau
S
46 MERCURE
Scaurions voir le brillant eclat de
vos Trophées sans confusion &
Sans douleur. Ces Couronnes dont
vos testesfont chargées , font l'Ouvrage
de nos mains. Ces Lauriers
que vous faites porterà vos costez
pour témoignages de vostre vičtoire,
estoient destinez à d'autres
Vainqueurs, & c'est parnosfoins &
par nos peines que vous les voyez
enrichis de Rubans , &de Deviſes.
La triste postures de nos Chevaliers
vaincus , qui vous ſuivent les
yeux baissez & ſans Armes , est
une Image odieuse , qui nous fait
former une entrepriſe que vom devez
appuyer ,ſi vous nevoulez que
vostre gloire demeure imparfaite.
Elle ne peut estre entiere ,
que vous ne regnerez que sur la
moitié d'un Peuple. Ces infortunezVaincus
compoſent cette moitié,
&nous sommes l'autre qu'il vous
reste
tant
GALANT.
47
A
reste à vaincre. Profitezde vostre
bonne fortune. Rien ne vous peut
réſiſter apres l'avantage que vous
bavezeu . Peut- estre ne vous ferat-
il pas difficile de venirà bout de
nous;maispeut-eftre auſſitrouverez
vous quelque obstacle dans cette vi-
Etoire. Apeine avons nous appris la
défaite de nos Chevaliers , que comme
nous l'avions projetté auparavant
fi ce malheur arrivoit
avons faitſonner la Retraite pour
celles des noftres qui pouvoient eſtre
dans vôtre Camp,où nous avons esté
averties que ceſon avoit apporté
quelque désordre. Nous nous sommes
affemblées , & dans le Conseil
tenu entre nous, il a eſtéréfolu qu'on
vous fermeroit les Portes , &que
l'entrée de la Ville ne vous seroit
accordée qu'apres que vous auriez
confenty à nos demandes . Si vous
4
,nous
avez l'injustice de les rejetter , on
VOUS
48 MER CURE
vous declare que nous avons poudre
&plomb , & des Munitions ſuffi-
Santes pourſoûtenir un Siege de longue
durée. Pour du courage , foyez
afſſurez que nous n'enmaquerons pas .
Ce que nous vous demandons,braves
Chevaliers,eſt l'avantage de diſputer
un Prix avec vous. Le Panton
&l'Arbaleſte ontſervy de Théatre
à voſtre gloire , & nous vous offrons
dequoy la rendre parfaite , en vous
proposant de combattre pour l'Oy-
Sean. Cet Oyseau ſera de bois , de
la groſſeur d'une Merlete , les
Aifles éployées &le Corps cuirassé,
afin qu'il reſiſteà la balle du Fufil.
On le mettra à la pointe d'une grande
Verge de fer , où nous le ferons
cloüer& river àforce , &ilfera en
Suite élevéàla cime d'un des Saules
qui forment la belle Avenuë des
Ecluſes de la ville,mais come onpeut
diviſer l'Oyfeau en quatre ,
nous
voulons
1
GALANT.
145
Et non pas cependant plus haut que
je ne doy,
Si vous me demandez mes Titres de
Nobleffe,
Je les porte gravezfur moy.
Sçachez que l'autrejour une aima..
ble Bergere,
Errant dans noſtre Bois , réveuſe,
-Solitaire,
Vintſous nos ombrages charmans.
Asa douce langueur , àſa démarche
lente,
Nous diſmes auffi- toft , c'eſt quelque
jeune Amante,
Car tous les jours nous voyons des
Amans.
Elle cherchoit des yeux une écorce
nouvelle,
Jeunes Hestres s'empreſſoient tous
D'offrir leur écorce à la Belle,
Novembre 1681 . G
146
MERCURE
De ces marques d'honneurnoussommes
fort jaloux,
Heureusement jefus choisi par elle.
**
Elle grava , Tirfis ; moy ravy de
prefter
Mon écorcenaiſſante à cet aimable
usage,
:
Glorieux defon choix , je femblois
Aux Hestres envieux de tout mon
m'en vanter
voisinage .
ajoûter
Deux ou trois jours apres , elle vint
:
Et le mot de Fidele , & ce petit
Ouvrage.
En révant dans ce Bois à qui m'a
ſçeu charmer,
Sur cette écorce tendre & belle
Je gravay fon nom ſeul , ſans parler
de fon zele,
Tous les Bergers du nom le venoient
réclamer;.
GALANT.
147
Mais à préſent
Fidelle,
que j'ajoûte ,
Tirfis des Amans le modelle
S'y connoiſtra luy ſeul , puis qu'il
ſçait ſeul aimer.
Ah ! fi vous aviez veu cette jeune
Personne ,
Si vous connoiſfiez Sa beauté,
Vous ne blâmeriez pas , Mirtes , la
vanité
QueSa confidence me donne.
NosHestres les plus vieux qui mille
&millefois
Préterent aux Amans leur ombre
favorable,
M'ont dit d'une commune voix
Qu'ils n'ont jamaisvû dans nos Bois.
Vne Bergere plus aimable.
J'ay demandé son nom à ces petits_
Amours.
Gij
148
MERCURE
Qu'en foule depuis quelquesjours
Vn defir curieux dans nostre Bois
amene,
Et dont autour de moy se fait un
grand concours
Pour voir les Vers dont mon écorce
estpleine.
C'eſt Iris , m'ont - ils dit , & l'Amour
ſe promet
De tirer une gloire extréme
De ce qu'elle t'a pû confier ſon
fecret;
Depuis affez longtemps elle aime,
Et ſon coeur n'en avoit pas fait
La confidence à ſon coeur même .
Tirſis , ( & quel Amant n'eſt- ce
pas que Tirfis ? )
Quoy qu'elle partageât ſes amoureux
foucis ,
N'en pouvoit obtenir un aveu de
ſa bouche .
Enfin, apres un long ennuy,
Il
GALAN T. 149
Il ſçait depuis un mois que fon
amour la touche ,
Et tu l'as ſçeu preſque auffitoft
que luy.
Songe que cette Iris obſtinée au
filence
(de roy,
Et qui n'aimoit qu'en ſe cachant
Ne vous a mis que trois dans cette
confidence;
Elle-meſme , Tirfis , & toy .
Voila quelle est mon Avanture.
Fier de tant d'honneur, jeſuis las
De vivre en une foule obscure
D'Arbres que l'on ne connoistpas.
Souffrez que chez vostre Déeſſe
Parles Amours je me faſſe emporter.
Jeſuis en ma verte jeunesse
Etpropre encor à transplanter.
Parmy-vousde nouveauje meprépa.
re à naître, Giij
150
MERCURE
D'Iris & de Tirſis vous verrez l'amour
croiſtre ,
Enmesme temps que je croiſtray ay
Dans ces heureux Iardins que la
Déeſſe habite,
I'enpourrois bieavoir quelque viſite,
Grace aux Vers de fa main que je
conferveray.
Ne craignez point la conféquence,
Ny qu'un nombre trop grand de
Heſtres transplantez
Neregne enfin de tous cofrez
Dans les lieux de vôtre naiſſance.
Recevez- les , tous ceux qui porteront
écrits,
De tendres Vers d'une Bergere
Qui vaille la Bergere Iris ,
EtSoyezſurs de n'enrecevoirguére.
Vous voyez mes defirs , daignezles
approuver.
Mirtes,
GALANT .
151
د
Mirtes , ainſi toûjours une main
immortelle,
Prenne ſoin de vous cultiver,
Et chaque Mirte mâle , ait fon
Mirte femelle.
Je vous entretins le mois paſſé
de l'entrée des Troupes du Roy
dans la Citadelle de Cazal , mais
j'accompagnay cette nouvelle de
ſi peu de circonftances , qu'une
Lettre qui en eſt toute remplie ,
m'étant tõbée depuis ce téps-là
entre les mains , je crois vous faire
plaiſir de vous l'envoyer. Elle
eſt d'un Homme fort intelligent
&fort exact, & contient des choſes
qui n'ayant point, encor eſté
ſçeuës , méritent bien qu'on parle
deux fois d'une evenement
auſſi remarquable que celuy dont
elle traite .
G
152
MERCURE
1
LETTRE
D'UM OFFICIER
des Troupes de la Citadelle
de Cazal.
De Cazal le 9.Octobre 1681 .
E vous ay appris , Monsieur , ce
s'estpasséjusques à l'arrivée
de nos Troupes en Dauphiné. La
discipline qu'elles y ont observée
est une chose innoüye juſques au
Regne de Louis le Grand, Elles n'y
ont pas pris un grain de Raifin, n'y
fait le moindre désordre. Ie ne parle
point par exagération, je dis la veritétoute
pure. Cette belle difcipline
vient du bon choix de la Cour,
qui n'employ que deſages Genéraux
, & des Intendans fort prévoyans.
On a campé par tout Sans
entrerdans aucune Ville ny Village,
نم
GALANT.
153
&Sans aller au fourrage ny au bois,
parce que sous ceprétexte,on auroit
pûs'écartérmal-à-propos.Les Troupes
ont trouvé leur Camp marqué
dans toute la marche , du Pain, du
Vin de la Viande , du Bois , des Perches
, & des Piquets pour tendre
les Tentes. La Cavalerie a außt
trouvé par tout du Foin & de l Avoine,&
cet ordre s'eſt obfervé avec
ſi ſeûres précautions , l'argent du
du Roy & la vigilance de Monfieur
Breant y ayant pourveu éза
lement , qu'aucun Soldat ny Cavalier
n'estforty de ſon Camp , & ne
s'est détaché de fon Escadron ou
Bataillon pendant la Route. Monfieur
de Bouflers partit de fon Camp
fous Pignerol la nuit du Samedy
au Dimanche du 28.Septembre derniers
avec vingt Escadrons de Cavalerie
, & quatre Regimens de
Dragons,& laiſſa lereſte defa Ca-
Gw
154
MERCURE
valerie,toute l'Infanterie, les Equipages,
les Vivres ,& le Trésor,à Mofieurde
Catinatqui le devoitſuivre
Le lendemain , & quireçeutle Brevet
de Maréchal de Camp , le jour
qu'il partit de Pignerol. Ses lumieressont
conues,&ont estéemployées
utilement en beaucoup d'occaſions
pour le ſervice de Sa Majesté.Faurois
beaucoup à m'étendre sur fon
esprit , &fur la folidité de fon jugement
; mais pour vous faire fon
Panégirique en unſeul mot, je vous
diray que le Roy , le plus éclairé de
tous les Monarques , l'a choisi pour
Luy confier la Citadelle de Cazal,
Revenons à noſtre marche. Nous
estions guidez par Monfieurdu Verger
Maréchal genéral des Logis
de l'Armée , qui pendant toute la
derniere Guerre a fervy en cette
qualité-là en Catalogne avec beaucoup
de fuccez & d'applaudissement
GALANT.
ISS
1
ment du coſté de la Cour,& des Genéraux.
Il a un talent tout particulier
pour cet employ , & l'Italie ne
luy est pas moins connue que l'Espagne.
Nous paſſames le Pô avant le
jour ſur le Pont de Carignan. On
fit alte pendant quatre heures,
La Meffe fut dite dansle Camp,&
- l'on dina, apres quoy on détacha un
Escadron de Cavalerie qu'on laiſſa
au bout du Pont pour attedre Monfieur
de Catinat,&fon Infaterie,&
l'on se remit en marche .Nous paſſamesfur
leglacis de Villeneuve d' Aft .
C'est une Ville affez grande , bien
fortifiée,& qui appartient à Monſieur
le Duc de Savoye. De là nous
allâmes camper & coucher à San
Paolo, Village de Lastegean. Monficur
du Verger avoit marqué le
Camp au delà du Village , dans une
grande Prairie ,le long du Ruiſſeau.
Nous y arrivâmes deux heures
avant
156 MERCURE
avantle Soleil couché , de manière
qu'on prit la commodité de
reconnoistre le Camp &.fes environs
, depofer les Gardes de jour,
de tendre les Tentes , & de prendre
fans confusion la Ration du
Fourrage que nous avions eu pendant
toute la Route dansles Païs
Estrangers , comme dans les Terres
mefmes de Sa Majefté , non ſeulement
par le bon ordre de nostre Ge.
néral,mais encor par la prévoyance
merveilleuse & lesſoins infatigables
de Monfieur Breant Intendant
de nostre Armée & de Cazal. C'est
un Eléve de Monsieur Robert. Ce
mot veut dire tout. De San Paolo
yous vinſmes camper Sous Montcalve
qui appartient au Duc de
Mantouë.C'est une grande VilleScituéeSurune
Colline.ily a eu autrefois
un. Chasteau ou Citadelle avec
des. Tours,dont on voit encor les ve
Stiges
GALANT. 157
ftiges du coſtê du Septentrion. La
Ville aun Gouverneur &beaucoup
de Nobleſſe , mais elle n'a point de
Garnison. Encet endroit Monfieur
de Bouflersreçent Monfieur le Comte
d'Ogliani de la part de Madame
Royale.Ileft Capitaine des Gardes
de cette Princeſſe . Tous les Capitaines
de Montcalve , & tous
ceux du Montferrat , vinrent avec
luy marquer la joye qu'ils avoient
d'eſtre ſous la puiſſante Protection
de Sa Majesté.On ne sçauroit affez"
exprimer celle des Peuples , & les
careſſes qu'en reçeurent les François.
Les Dames mesme curent de l'empreffement
à les venir voir pendant
qu'ils furent campez. Apres
qu'on eut passé là quelques heures
, comme ſi on cust dûy coucher,
on marcha toute la nuit , en fuite
dequoy l'onfit alte denouveau pendant
une heure à une licuë de Cazal
158 MERCURE
Zal. On paſſa les Défilez des Colines
, & enfin le Mardy 30.Séptembre
, on arriva devant la Citadelle
où l'on se mit en Bataille un
peu avant que le jour parust. En
mefme temps Monsieur de Bouflers
détacha Monfieur de Crillon
ن م
Monsieur l'Intendant pour aller
Sçavoir à la Citadelle ſi l'on estoit
preſt à nous recevoir. Ilsseprefentérentà
la Porte de Secours , mais.
on leur cria qu'ils allaſſent par la
Ville, &qu'ils ne pouvoient entrer
par là.Ils y allerent , & virent les
Gouverneurs de la Ville & de la
Citadelle , qui leur firent des excuſes
de ce que la Porte de Secours
n'estoit pas encor débouchées,&qui
les prierent de vouloir attendre.
Ces Meßieurs rapporterent ces nouvelles
à Monfieur de Bouflers , qui
les renvoya fur leurs pas pour huter
cette ouverture , & offrit des
Dragons
GALANT.
159
لا
Dragons poury travailler. Il recommanda
à Monsieur l'Intendant
defonger au fonds , luy dit de mener
avec luy Meßieurs Grezilemont
, la Fonds & Grini , Commisfaires
des Guerres . Il ordonna auſſi
à Monsieur le Marquis de Saint
Hilaire d'y aller pour commencer les
Inventaires de l' Artillerie.Ce Marquis
eft Fils de feuMonfieur defaint
Hilaire Lieutenat Genéral de l' Artillerie,
qui eut un bras emporté dis
coup qui tua Monfieur de Turenne.
Il s'eſt acquis tat de réputation,qu'il
n'ya Personne qui neſcache qu'ila
heritédu mérite de Mrfon Pére,&
du Zele qu'ilavoit pour leſervice du
Roy.Il ordona auſſia Mr de la Mothe-
Lamire de s'y rendre en méme
temps, pour fonger auxreparations
qu'õjugeoit neceffaires . Eftat entrez
parla Porte de la Ville , nostre principalfoin
fut de déboucher celle
de
160 MERCURE
de Secours. On y travailla fortement,
Monfieur de Bouflers qui regardoit
en dehors ce travail avec
autant d'attention que d'impatience
, crûtſur le midy que l'ouverture
estoit affez grande , & il y entra
avec les Regimens de Dragons de
la Lande , & de Barbeſières. En
meſme temps la Garniſon qui étoit
en bataille dans la Place d'Armes,
& composée de fix Compagnies
d'Infanterie Italienne qui devoient
estre chacune de cent Hommes,commença
à défiler , &se retirant du
coſté de la Ville nous laiſſa la Citadelle
vuide & libre. Monsieur le
Marquis de Bouflers fut auſſitost
complimenté par tout le Païs,par
Confeil Souverain & la Chambre
Ducale,&par les Magistrats, comme
il l'avoit estépar les Gouverneurs
&par toute la Nobleffe. L'Evesque
,& le Clergé , & tous les
le
Nota
GALANT. 161
1
1
& Notables, le complimentérent en
particulier. Il fut fervy à diſner
aux defpens de la Ville avec une
tres- grande magnificence.Ily avoit
quatre Tables , chacune de vingt
Couverts. Les Principaux de la Ville&
pluſieurs Officiers de l'Armée,
y mangerent , on bût la ſanté du
Roy , & celle de Monfieur le Duc
deMantouë . La Ville traita Mon-
Sieur de Bouflers ſoir &matin pendant
trois jours avec les meſimes ap-
- press. Les Peuples ne se laffoient
point de faire éclater leur joye , &
- de repeter les loüanges de Sa Majesté.
Monsieur de Bouflers dépescha
cemesmejour à la Cour Monfieur
de S. Felix , & envoya Monfieurle
Marquis de Fimarcon Colonel
d'un Regiment de Dragons,
à Monfieur le Duc de Savoye,
& à Madame Royale , pour leur
faire part de l'entrée des Troupes
du
162 MERCURE
و &fes
Ru Roy dans la Citadelle de Ca-
Zal , & les aſſurer d'un bon Voifinage
de la part des François.
Monsieurle Marquis de Crillon
fut außi envoyé vers Monſieur
le Comte de Mergar Gouverneur
du Milanois. Ce Marquis
outre fa qualité a infiniment de
l'esprit & du merite
Services ont fait affez connoistre
fon zele. Il mena avec luy Monfieur
le Marquis de Gefures , qui
est un jeune Seigneur d'un nom
trop connu pour vous en parler.
Ces Messieurs revinrent de Turin
& de Milan , fort Satisfaits de
La maniere obligeante & pleine
d'estime dont on les avoit traitez .
Les deux Regimens de Dragons de
Barbefieres , & de la Lande , qu'on
a mis dans la Citadelle , font
tres-beaux , & tres- bien montez ,
&font environ neuf cens Hommes.
Il
GALANT.
163
?
Il en reste deux au Camp de pareille
forte , dont l'un est Fimarcon
,
,
& l'autre Tesse. Il y a outré
cela les Regimens de Cavalerie
appellez Servon , autrefois
la Rabliere , Royal , Roussillon,
Crillon Arnolfini , Chevalier
Duc , & plusieurs autres , avec
leurs Colonels , tant en chefqu'incorporez
. Le Commendant de la
Cavalerie est un des plus anciens
Brigadiers du Royaume. Ilabeaucoup
de service , & est fort connu
en Portugal
longtemps , aussi bien qu'en Cata-
,
0où il a fervy
logne. Toutes ces Troupes vivent
SansSortir du Camp,ny estreàchargeà
qui que ceſoit. Le Lieutenant
deRoy de la Citadelle estMonsieur
de l'Isle , qui a esté LicutenantColonel
de Louvigny ; & le Major,
Monfieur du Coudray , Major du
- Regiment Royal de la Marine,
tous
164 MERCURE
tous Gens choiſis , de ſervice & de
merite.
Le Mercredy premier d'Octobre
, Monsieur de Catinat arriva
Sur lemidy , avec le reste de l'Armée
Cavalerie , & Infanterie;
Equipages , Vivres &Tréſor , que
trois cens Mulets portoient avec les
farines. L'Infanterie estoit composée
de quatre Bataillons ; sçavoir,
uude la Marine de huit cens Hommes
effectifs, commandez par Monfieur
Matthieu ( ceft un Homme
dont les ſervices font anciens &
connus) un Bataillon de Sault, commandépar
Monfieur de la Batiſſe
ancien Capitaine , qui s'eſt ſignalé
àla prise de Bellegarde en Catalogne,
à la Bataille d'Epoüille , &
àPuicerda ; un Bataillon de Laré,
conduitpar le Marquis de ce nom
qui en est Colonel , Homme de qualité
& de mérite ; & le Bataillon
de
GALANT. 165
با
de Castres , commandéparle Lieutenant
Colonel , Monsieurle Mar-
- quis de Castres estant demeuré à
Pignerol. Toute cette Infanterie
avec la Cavalerie , &les Dragons
relevez , alla auffitoft groffir le
Camp qui estsous la Citadelle en
deux Lignes. François , & Mantoüans
, chanterent le Te Deum,
àla Citadelle & à la Ville, &pendant
toute la nuit on ne vit que
feux , & on n'entendit que coups de
Canon.On en fit trois ſalves , &
autant de Mousqueterie,àla Ville,
à la Citadelle, & au Camp. Monfieur
de Catinat a reçeu les mémes
honneurs que Monsieur de Bouflers,
&deplus un Préfent de toutes
fortes de Vins , de Ris , de Fromage,
de Veaux gras ,de Paons ,Dindons
, Perdrix , Faifans , Ortolans
Lardez , & autres especes de vi-
Etuailles , avec une abondance extraordi
)
i
166 MERCURE
traordinaire. Le tout estoit porté
par quatre cens soixante Hommes
marchant deux à deux . Rien n'étoit
plus beau à voir. Monsieur de
Catinat partit deux jours apres,
pour aller complimenter Monfieur
le Duc de Mantouë. Le Camp , &
Monfieur de Bouflers ,ſont toûjours
au mesme endroit ; & l'onne sçait
pour combien de temps. Il arriva
hier de Pignerol par la Riviere un
Convoy de Lits , de Paillaſſes , &
de douze cens charges de Farine.
Ils avoient chargé à Ville-franche
, Port & petite Villefur le Pô,
à trois lieuës de Pignerol , d'où l'on
peut venir icy commodement , &
amener toutes fortes de munitions
par Bateau . De Ville-franche on
paſſe à Carmagnol , puis à Carignan,
à Turin, à Chivaſe, à Véruë,
à Pontaſture , & à quantité d'autrespetits
lieux quisont affez in.
connus,
1
GALANT. 167
!
1
connus , d'où il nous vient une infinité
de toutes fortes de Proviſions.
Nous sommes dans le plus beau
Païs du Monde , & le plusfertile
entre Turin & Milan , n'y ayant
que quinze lieuës d'icy à l'une&à
l'autre,& 22.à Pignerol. Cette Ville
est tres-peuplée,& marchande,&
fort belle , un peu plus grande que
S. Quentin , fort bien fortifiée&
revestuë . Elle a trois Fortes , de
bon Dehors , & douze Compagnies
- de Garnison , qui font environ neuf
cens Hommes , avec une Compagnie
de Cavalerie. Toutes ces Troupes
font Italiennes. Il y a à l'autre
bout de la Villeſur le bord du Pô,
un Chasteau qui est tres - fort &
quarré. Ila quatre Tours, & quatre
Demy - Lunes . Ses Foffez font de
-vingt pieds de profondeur , & revestus
de Massonnerie de Brique.
Les Bastimens de la Villefont tresbeaux.
168 MERCURE
beaux. On y voit un Belveder magnifique.
Il est plein de Statues de
Marbre , d'Orangers , & de belles
Peintures àfresque , & aboutit à
une tres- magnifique Gallerie. C'est
la demeure des Ducs de Mantouë.
Il y a force Canons fur les Remparts
du Chastean , & une Compagnie
de soixante Hommes en
garnison. Pour ce qui est de nostre
Citadelle , c'est la plus connuë , &
la plus belle de l'Europe. Elle est à
fix Bastions , & est plus grande
queHedin. Tout est de Brique. Les
Cazernes & les Bastimens y font
magnifiques & réguliers. Le tempsy
a gaste quelques Ouvrages, & ils'y
en trouve d'autres qui nefont point
ashevez ; mais il n'y a rien de plus
beau que le Corps de la Place, dont
la déduction rendroit ma Lettre
trop longue , Il est temps de la finir,
en vous aſſurant que je fuis,&c.
Je
TEAV
么
LA CITADELLE
GALANT. 169
Je croy, Madame, qu'on auroit
peine à rien adjoûter au détail
de cette Lettre. Elle vous fait voir
que quoy qu'on ait aimé les François
dans tous les lieux où ils ont
eſté , jamais leur entrée dans un
Païs Etranger n'avoit donné tant
dejoye. Cela vient de ce que l'on
n'a point vû juſques à preſent, de
diſcipline pareille à celie que leurs
Commandans leur font obſerver.
Ainſi ils font aimez non ſeulement
par eux-meſmes , par leur
douceur , & par leur civilité ordinaire
, mais encor par la maniere
dont on réfout dans le Confeil
du Roy , de les faire vivre par
l'exacte & ponctuelle exécution
que les Genéraux & les Intendans
font faire des ordres de Sa
Majesté , & ce qui l'emporte de
beaucoup fur tout cela , par le
plaifir que l'on trouve à eſtre ſous
Novembre 1681 . H
170
MERCURE
la domination d'un auffi grand
Prince que Loüts XIV. Aufſi at-
on vû ſans aucun étonnement
la reception extraordinaire que
leur ont faite les Habitans de
Cazal , & les marques qu'ils ont
données d'une entiere joye à la
ſeule veuë des Troupes du Roy.
C'eſt vous parler trop longtemps
de cette fameuſe Place, ſans vous
faire voir la Ville & la Citadelle .
Vous connoiſtrez l'une & l'autre
, en jettant les yeux ſur cette
Planche.
L'avis ayant eſté apporté à
Tours que Monfieur le Duc du
Maine y devoit paſſer le Lundy
10. de ce mois , à ſon retour des
Eaux de Rarrege , Monfieur le
Marquis de Rafilly , Lieutenant
General de la Province , alla au
devant de luy , accompagné de
la Nobleffe , de ſes Gardes , &
des
GALANT. 171
des deux Compagnies de la Maréchauffée
. Ce Prince à qui ſa
haute naiſſance n'inſpire que des
fentimens d'honneſteté , s'arreſta
pour recevoir ſon compliment, &
y répondit d'une maniere toute
obligeante , avec la grace & la
préſence d'eſprit qui luy eſt ſi naturelle.
Ce Marquis le conduifit
dans la Ville , où il arriva au bruit
de toute l'Artillerie , & des décharges
de la Bourgeoiſie , qui
eſtoit rangée en double haye depuis
la premiere Porte du Fauxbourg
juſqu'à ſa Maiſon qu'il
avoit fait préparer pour ce jeune
Prince. Le Préſidial & les Treforiers
de France l'y vinrent complimenter
, ainſi que le Corps de
Ville ; ce que firent apres eux les
Chanoines de S. Gatien & de
S. Martin , qui luy preſenterent
le Pain & le Vin de leurCha-
Hij
172
MERCURE
pitre.Ces complimens eſtant faits,
Monfieur le Marquis de Rafily
le régala d'un magnifique Soupé ,
qui fut ſuivy de la Comédie.C'eſt
un divertiſſement que luy donnerent
des Comédiens qui heureuſement
estoient arrivez à Tours.
Le lendemain jour de S. Martin,
ce Prince entendit la Meffe aux
Jacobins , où il fut conduit par le
meſine Monfieur de Rafily , qui
luy donna enſuite un Dîné trespropre.
Au fortir de table il remonta
en Carroſſe , pour aller
coucher à Amboiſe. Les meſmes
honneurs du jour précedent luy
furent rendus ; c'eſt à dire qu'en
partant il trouva encor la Bourgeoiſie
ſous les armes , & que
Monfieur le Marquis de Rafilly
l'accompagna juſqu'à unelieuë
de la Ville , avec la Nobleſſe &
les deux Compagnies de la Ma
réchauffée.
GALANT. 173
réchauffée. Ce Marquis eſt préfentement
l'Aîné de l'ancienne
Maiſon de Rafilly , auffi celebre
par la valeur & par les ſervices
que ceux de ce nom ont rendus
- de Pere en Fils , fur mer & fur
terre ,,que par les Charges qu'ils
ont poſſedées. L'eſprit n'eſt pas
moins un privilege de cette famille
,que l'éclat de la naiſſance .
On le peut connoiſtre par un
Sonnet que Mademoiselle de
Rafilly a fait préſenter au Roy
fur Cazal & fur Strasbourg. 11
ſemble qu'au lieu du ſang qu'ont
répandu ſes Anceſtres pour le
ſervice de Sa Majesté, & pour ſes
auguſtes Prédeceffeurs, elleveüille
epuiſer la feu de fon efprit,
pourmarquer l'attachemetqu'elle
a aux interefts & à la gloire de
noſtre Monarque , qui n'a remporté
aucune Victoire , qu'elle
Hiij
74
MERCURE
n'ait tâché de conſacrer par quelqu'un
de ſes Ouvrages. Voicy le
dernier que l'on ait veu d'elle.
AUROΥ ,
SONNET.
Avguße Conquerant gloire immortelle
vostre
Pouvoit - elle esperer rien de plus
éclatant?
Vit- on jamais bonheur plus folide
&constant
Ny de conduite außi plus heureuse
&plus belle ?
Vous revenezvainqueur d'unefaçon
nouvelle
On vous voit du Midy , tout d'un
coup au Levant,
Sur le Pô , fur le Rhin , paroître
triomphant
;
Et
GALANT.
175
Et finir en un jour vostre juste
querelle.
Mais parmy la Valeur , la Clemence
eut ſon rang,
Vous bleſsâtes les Coeurs
épargner le Sang,
, pour
Voſtre noble fierté dédaigna leur
courage;
Etfi la Terreur fitfur ces Peuples
vaincus.
Ceque fit parle fer legrand Germanicus,
L'amour les deſarmant ,fit beaucoup
davantage.
J'ajoûte un autre Sonnet de
Monfieur Mallement de Meſſange.
Je ne vous ay rien envoyé de
luy qui n'ait plû , & fur tout les
Ouvrages qu'ils a faits pour le
Roy ,& pour Monfieur..
Hij
176 MERCURE
AU ROΥ.
Sur fon Voyage de Strasbourg.
SONNET.
ERhin fut effrayé , lors qu'il
te vid , grand Roy,
Avec tant de Guerriers qui couvrirentſon
Onde,
D'un air, qui répondoit de l'Empire
du Monde,
Répandre le carnage , &l'horreur
devantToy.
Mais Son étonnement Surpaſſe cet
effroy;
Te voyant aujourd'huy dans une
paixprofonde,
Sans que ton Sabre frappe , ou que
ton Canon gronde.
D'un tranquille regard mettre tout
Sous taLoy.
D'où
GALANT. 177
D'où vient donc àpreſent cefurprenant
usage;
Et quelfiecle , dit- il , fur mon fameux
rivage,
A pûvoir autrefois , ce qu'on voit
en cejour ?
Au delà de mes Eaux , pour ſoùmettre
une Place,
LOVIS s'en va fuivy des Dames
defa Cour,
Comme au bord de la Seine il iroit à
laChaffe.
Le Dimanche neufviéme de
ce mois , les Députez de l'Aſſemblée
genérale du Clergé affiſterent
à la Meſſe du Saint Efprit,
qui fut celebrée pontificalement
par Monfieur l'Archeveſque de
Paris,dans l'Egliſe du grand Convent
des Auguſtins. Meifieurs les
H V
178 MERCURE
Eveſques eſtoient dans les hautes
Chaiſes en Camail & en Rochet.
Les premieres places commençoient
par les plus proches
del'Autel . Le ſecond Ordre étoit
immediatement aprés ; & fitoſt
qu'on eut finy l'Evangile , Monſieur
l'Eveſque de Meaux monta
en Chaire , & s'attira par ſon éloquence
ordinaire , l'applaudiffement
general de ce grand nombre
d'Auditeurs illuftres. Monſieurl'Archeveſque
de Parisdonna
la Benediction Pontificale à la
fin de la Meſſe , & communia
tous les Députez. LesArchevéques
eſtoient deux à deux. Ils
allerent les premiers , ayant chacun
une Etole . Le ſecond ordre
fuivoit. Ceux qui le formoient
eſtoient auſſi deux à deux , &
avoient Soutannes Manteaux
longs , Bonnets carrez & Etoles,
Y H
,
Voicy
GALANT. 179
}
コ
1
Voicy lesnoms de ceux qui compoſent
l'Aſſemblée .
PARIS.
Monfieur l'Archeveſque .
↑ Monfieur l'Eveſque de Meaux.
Monfieur l'Abbé Maupeou.
Monfieur l'Abbé Coquelin.
BESANÇON.
Monfieur l'Archeveſque .
Monfieur l'Eveſque du Bellay.
Monfieur l'Abbé Pare .
Monfieur l'Abbé Laboraye .
RHEIM S.
Monfieur l'Archeveſque.
Monfieur l'Eveſque de Châlons.
Monfieur l'Abbé Favre .
Monfieur l'Abbé Maucroix.
AMBRUN.
Monfieur l'Archeveſque.
Monfieur l'Evefque de Gladeve:
Monfieur l'Abbé Vanée.
Monfieur l'Abbé de laFage.
CAM
180 MERCURE
CAMBRAY... 7
Monfieur l'Archeveſque .
Monfieur l'Eveſque de Tournay.
Monfieur l'Abbé de S. Eloy .
Monfieur l'Abé de Franqueville.
ALBY.
Monfieur l'Archeveſque .
Monfieur l'Evefque de Mande.
Monfieur l'Abbé de Leſcures .
Monfieur l'Abbé de Cans .
BOURGE S.
Monfieur de Bourges .
Monfieur l'Evefque de Tulles.
Monfieur l'Abbé Rotabon .
Monfieur l'Abbé Feu .
ROUEN.
Monfieur l'Archeveſque & fon
Coadjuteur.
Monfieurl'Eveſque d'Avranches
Monfieur l'Abbé de S. Luc.
Monfieur l'Abbé de Champigny.
BORDEAUX.
Monfieur l'Archeveſque.
Mon
GALANT. 181
Monfieur l'Eveſque de la Rochelle.
Monfieur l'Abbé de Gourgous.
Monfieur l'Abbé Lambert.
VIENNE.
Monfieur l'Eveſque de Viviers.
Monfieur l'Eveſque de Valence .
Monfieur l'Abbé Hargoud.
Monfieur l'Abbé Jerbais .
Αιχ.
Monfieur l'Eveſque de Riez .
Monfieur l'Evefque de Frejus .
Monfieur l'Abbé de Vacheres .
Monfieur l'Abbé de Viens .
LYON.
Monfieur l'Eveſque d'Autun.
Monfieur l'Eveſque de Langres.
Monfieur le Comte de S.George,
Comte de Lyon.
Monfieur l'Abbé Senault.
AucH.
Monfieur l'Eveſque de Bazas .
Monfieur l'Evefque de Couzeras.
Mon
182 MERCURE
Monfieur l'Abbé de Poudens.
Monfieur l'Abbé Soupez .
TOURS .
Monfieur l'Eveſque de S. Malo ..
Monfieur l'Eveſque de Treguier.
Monfieur l'Abbéde Guenegaud.
Monfieur l'Abbé de Rivault.
ARLES.
Monfieur l'Eveſque de Toulon .
Monfieur l'Eveſque de Marseille.
Monfieur l'Abbé de Boſche .
Monfieur l'Abbé Bauffet.
TOULOUzE .
Monfieurl'Eveſque de Montauban.
Monfieur l'Eveſque de Lavaur.
Monfieur l'Abbé Cheron .
Monfieur l'Abbé Courſier.
NARBONNE .
Monfieur l'Eveſque de Montpellier.
2
Monfieur l'Eveſque d'Allet.
Monfieur l'Abbé de Fleury.
Mon
GALAN T. 183
Monfieur l'Abbé le Franc.
SENS.
Monfieur l'Eveſque d'Auxerre..
Monfieur l'Eveſque de Troyes.
Monsieur l'Abbé de Luſignan.
- Monfieur l'Abbé Bigot.
5
Il s'eſt fait une Abjuration
fort remarquable par les circonftances
dont elle a eſté accompagnée
. Ce que j'ay à vous en
dire eſt arrivé à Orbec , Ville en
Normandie , où il y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eſt de la Religion
Pretenduë Reformée,dont
quantité d'Habitans font profeffion.
La commodité d'un Prefche
, où l'exercice public s'en
fait dans ce meſme lieu , eſt caufe
que beaucoup de Familles anciennes
reſtent dansl'erreur.Celle
de Monfieur Deſpars Avocat
d'Orbec eſt de ce nombre. Il a
dix
184 MERGURE
dix ou douze Enfansqu'il a pris
grand ſoin de bien inſtruire
dans l'Heréſie qu'il profeſſe.
Ses inſtructions n'ont pourtant
point empeſché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent éclairé l'une
de ſes Filles , qui quoy qu'elle
n'ait qu'onze ans & demy , à
l'eſprit tres- meûr & fort avancé.
Cette jeune Fille tenant ſa Religion
ſuſpecte , ſe reſolut de quitter
fon Pere , pour ſe retirerdans
un Convent de Religieuſes qui
font à Orbec. Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut reçeuë
qu'apres que l'Abbeſſe du
Convent ſe vit appuyée de l'autorité
de la Juſtice,& eutl'approbation
de ſes Parens Catholiques.
Monfieur de Touteville,
Juge en ſemaine , Gentilhomme
tres- zelé pour l'intereſt de l'Egliſe,
luy vint faire ouvrir lesPortes,
en
GALAN T.
185
en préſence de Meſſieurs le Burgois
& de la Guerriere Pere &
Fils , Gentilshommes de mérite:
& proches Parens de la Demoi.
ſelle. Son Pere auſſi furpris qu'affligé
de ſa retraite , preſenta
Requeſte aux Juges,dont il poffedoit
aſſez l'eſprit, afin que fa Fille
luy fuſt renduë. Il remontroit que
fuivant la Declaration de Sa
Majeſté de 1669. il ne luy pouvoit
eſtre permis de changer de
Religion , puis qu'elle n'avoit
point encor atteint l'âge de douze
ans.Monfieur de Touteville s'oppoſa
de tout fon pouvoir à ſa Re.
queſte ; mais quoy qu'il pût faire
, il euſt eſté difficile d'en empeſcher
fort longtemps l'effet,
fi heureuſement on n'euſt reçen
par la Poſte une nouvelle Declaration
du Roy , verifiée le mefme
jour 8. Juillet , qui permet à
tous
186 MERCURE
tous Enfans au deſſus de ſept
années , de quitter Calvin pour
ſe faire Catholiques. Ce fut une
grande joye pour cette Fille , qui
eut pleine liberté de reſter dans
le Convent , & d'y recevoir les
inſtructions qui luy eſtoient
neceſſaires. Elte abjura il y a
un mois ou deux dans la principale
Egliſe d'Orbec , entre les
mains de Monfieur le Grand Vicaire
de Lisieux. Le Clergé avec
tout le Corps de Juſtice , alla la
prendre au Convent des Religieuſes
Madame de Touteville
eſtoit avec elle , & l'accompagna
à l'Egliſe ainſi que pluſieurs
Demoiſelles qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main.
Voyez , Madame , comme le
Roy fournit tous les jours de
nouveaux moyens pour extirper
l'Héreſie . En effet , il ſemble
د
que
GALANT. 187
que Sa Declaration du 8. deJuillet
ait ' eſté faite pour autoriſer la
: converfion de cette jeune Per
( ſonne. On dit que Monfieur
: Deſpars fon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toûjours vécu. Ce feroit
un grandbonheur pour tous ceux
de ſa Famille , & pour beaucoup
d'autres, à qui ſon exemple
donneroit ſujet d'examiner
plus à fond le funeſte engagement
oùles amis leur naiſſance.
Monfieur de Roſſin Gentilhomme
de Champagne , fort eftimé
de tous ceux qui le connoifſent,
pour les belles lumieres de
de fon eſprit, a fait auſſi abjuratio
depuis quelques juors entre les
mains du Pere Alexis du Buc
Théatin , qui s'applique ſans relâche
à la Converſion des Heretiques,&
qui le premier Dimanche
de
188 MERCURE
de ce mois , commença la Controverfe
par l'Eloge de ſa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo.
narque travailloitfans ceſſepar la
grandeur de ses Actions , &par
l'équitéde fes Arrests , à remettre
dans l Egliſe ceux qui s'enſontſeparez;
qu'il venoit de rétablir le vrag
Culte dans une Ville , d'où la tyrannie
de l'Héreſie l'avoit banny de
puisplus d'unfiecle ; qu'il avoit pris
foin de redreſſer des Autels que
l'Impietė avoit abatus ; qu'ilavoit
fait entrer le veritable Pasteur
dans la Bergerie , dont de faux Paſteurs
s'estoient rendus maiſtres ;
que ces prodigesfaisoient affez voir
que rien n'estoit impossible à un Prince
que le zele de la Maiſon du Seigneurdevoroit.
Je ne puis finir cette matiere
ſans vous apprendre qu'on a
eu nouvelles que le dixième du
mois
GALANT. 189
mois paffé , le Pere Brénier Supérieur
des Religieux de Saint
Antoine , & Curé de la Ville du
Pont de Royan en Dauphiné,
fignifia au Miniſtre , & aux principaux
Religionnairesde ce Païslà
, l'Arreſt du Conseil d'Etat,
qui ordonne la démo'ition de
leur Temple. Cela eſtant fait,
il alla en fermer les Portes pour
toûjours , & deux jours apres on
en rendit graces à Dieu publiquement,
par une Proceſſion génerale
qu'on fit das toute la Ville
, avec les meſmes folemnitez
qui ſont obſervées le jour de la
Feſte-Dieu.On avoit tapiſſé toutes
les Ruës ; & Meffire ... de la
Iaſſe , Abbé & Supérieur Géneral
de l'Ordre de Saint Antoine, qui
officioit , eſtoit accompagné du
Grand Prieur , des Définiteurs,
des Religieux de fon Abbaye,
&
190
MERCURE
& d'un grand nombre de Curez
du voiſinage. Mule Marquis
de Saſſenage , Seigneur du Pont
de Royan , aſſiſta à cette Procefſion
, avec pluſieurs autres Gentilshommes,&
une foule de Peuple
incroyable.
Cette foule n'a pas eſté moindre
dans la Céremonie qui fut
faite à Limours , Dioceſe de Paris
, le Dimanche 9. de ce mois.
pour la Tranflation des Reliques
de S.Marc , d'une vieille Châſſe
dans une néuve. Monfieur l'Archeveſque
de Paris ne pouvant
aller la faire , en donna la permiſſion
à Monfieur l'Eveſque de
Bayeux , Frere de Monfieur le
Préſident de Némond,qui ſe rendit
à Limours , accompagné de
Monfieur l'Abbé de la Mothe,
Chanoine & Archidiacre de
l'Egliſe de Paris. Vous ſca
ここvez,
GALANT. 191
( vez , Madame , quel eſt le merite
de cet Abbé. C'eſt luy
qui a travaillé fi utilement ſous
feu Monfieur de Pérefixe à rétablir
la Jurisdiction Archiepiſcopaſe
dans le Fauxbourg Saint
Germain , en deſtruiſant celle
que l'Abbaye de Saint Germain
des Prez exerçoit depuis plus de
ſept cens ans. Aufſi ce Prelat
avoit pour luy tant d'eſtime , que
luy voulant donner en mourant
de nouvelles marques de ſa confiance
, il le fit Executeur de ſes
dernieres volontez .
Les Habitans de Limours
ayant fait orner magnifiquement
leur Eglife , ainſi que les trois
Autels qui furent chargez d'un
nombre infiny de Cierges , on
chanta Matines, apres leſquelles
Monfieur de Bayeux reveſtu de
ſes Habits Pontificaux, comença
la
192 MERCURE
la Ceremonie par les Prieres
accoûtumées . Il. benit enſuite
la nouvelle Chaffe , & on alla
proceſſionnellemét prendre l'ancienne
dans le lieu où elle avoit
toûjours eſte miſe.Monfieur l'Abbé
de la Mothe l'ayant apportée
pres duGrand Autel,& pofée fur
une Table préparée à ce deſſein ,
ce Prélat en fit l'ouverture , &
en tira les Reliques qu'on mon -
tra au Peuple , à qui on permit
de les baiſer ſans qu'elles fufſent
couvertes. Il demeure pour
conſtant que ces Reliques furent
apportées de Veniſe ſur la fin du
quatorziéme Siècle , par Meſſire
Jacques de Montmor , Chevalier
, Chambellan du Roy , Gouverneur
de Dauphiné , Seigneur
depluſieurs Terres , & entr'autres
de Brie & de Limours , &
que les Venitiens l'en avoient
gratifié,
GALANT.
193
gratifié , en reconnoiſſance d'un
Secours conſidérable qu'il avoit
mené à la Republique contre
les Genois.Apresla Meſſe qui fut
celebrée pontificalemet parMonſieur
l'Eveſque de Bayeux, Monſieur
& Madame de Baville qui
aſſiſtérét à cette Céremonie avec
quantité de Perſonnes de qualité,
régalerent ce Prélat , & les prin
cipaux des Officiers,dans le Châ
teau de Limours. On chanta les
Veſpres avec beaucoup de ſolemnité
, & en ſuite on com
mença la Proceſſion , à laquel
le ſe trouva un concours de
monde inconcevable. Les Freres
de la Confrairie de Saint
Marc , chaeun un Cierge à la
main , précedoient le Clergé qui
eſtoit en Chapes , auffi -bien que
Monfieur l'Eveſque de Bayeux
&Monfieur l'Abbé de la Mothe.
Novembre 1681 .
1
I
194
MERCURE
Ils ſuivoient tous deux la Châſſe ,
que deux Eccléſiaſtiques reveſtus
d'Aubes , portoient ſous un
Dais. Madame de Baville,& toutes
les autres Dames,marchoient
apres eux avec un Cierge allumé.
La Proceffion alla au Convent de
Picpus,où tous les Religieux vinrent
recevoir la Châſſe à la Porte
de l'Eglife. Elle fut posée ſur
le Maiſtre-Autel , & apres quelques
Antiennes chantées en
l'honneur du Saint,les Religieux
ſe mirent à la teſte du Clergé,
& remenerent la Proceffion jufques
à l'Eglife. Lors qu'on y fut
arrivé , on laiſſa encor baifer les
Reliques à découvert aux Perfonnes
de qualité , & aux Confreres
qui le matin n'avoient pû
en approcher. Apres cela, on mit
le Procésverbal de la Cerémonie
dans la Chaſſe , qu'on ſcella de
pluſieurs
GALANT.
195
pluſieurs Sceaux ,& l'on acheva
de la couvrir du reſte des Plaques
cizelées de vermeil doré ,
dont la vieille eſtoit couverte.On
voit ſur ces Plaques la Figure de
S.Marc,& au bas eſt écrit,Marcus
Sacerdos,DiscipulusB.PetriApofto.
li. L'on ne peut s'imaginer la devotion
qu'ont fait paroiſtre les
Peuples en cette rencontre .
Vous aurez ſans- doute entendu
parler de la mort preſque ſubite
de Madame la Marquiſe de
Sourdis, arrivé au commencemet
de ce mois. Elle estoit de laMaifond'Antragues-
Saintrevé,Soeur
de M'le Marquis d'Antragues ,
Lieutenant de Roy du Maſconnois
, & Veuve de M'le Marquis
de Sourdis la Chapelle, Frere
de feu Monfieur le Marquis
de Sourdis , Gouverneur d'Or-
Marquis
leans,PeredeMonfieurd'Aluy,&
I ij
人
4
196
MERCURE
de Mile Chevalier de Sourdis. Ce
Marquis , Lieutenant de Roy du
Maſconnois , avoit eu d'un premier
Mariage feuë Madame la
Marquiſe de Gordes ; & de la
Marquiſe dont je vous apprens la
mort , il en a eu encor une Fille,
qui a épousé Monfieur de la
Roche- Baron , de la Maiſon de
la Rochefoucaut.
Madame de Riberpré , Veuve
de Monfieur le Marquis de Riberpré,
Gouverneur de Ham, Pa
ſuivie de pres. Elle estoit venue
à Amiens pour quelques affaires,
parce que ſa Terre , qui eſt dans
le voiſinage de cette Ville , n'a
point de logement pour les Maitres
.Elle avoit longtemps parléde
la mort fubite de Madame de
Sourdis,avec Monfieur l'Evêque
d'Amiens , & Monfieur l'Abbé
de Sainte Croix Charpy quil
eſtoient
GALANT.
197
3
eſtoient venus la voir , & à qui
elle avoit dit , que l'ayant quittée
en pleine ſanté à la Meſſe
aux Capucins de Paris iln'y avoit
que trois jours, cette mort l'épouvantoit
d'autant plus qu'elle
avoit comme elle de tres - fre
quentes vapeurs, accompagnées
d'une fort grande langueur , &
d'un batement de coeur extraordinaire
. Ces deux Meſſieurs furent
àpeine ſortis,qu'étant entrée
dans un Cabinet , elle ſentit une
fortgrande foibleffe , & appella
une Fille pour avoir du Vin. Elle
en prit un peu , pancha la teſte
l'appuya fur cette Fille , dit , Ah
mon Dieu , que je vay me trouver
mal!En meſme temps elle demeura
fans connoiſſance.Apres diférens
Remedes qui n'eurent aucun
effet, on luy donna une violente
priſe d'Eſſence de Jacob,
I iij
1
198 MERCURE
c'eſt àdire,dix fois autant qu'on
a de coûtume d'en donner. La
forcede cette Eſſence la fit revenir,&
elle employa le peu de momens
qui luy reſterent de vie,à ſe
cofeffer,quoy qu'avec beaucoup
de peine, n'ayant pas la prononciation
libre. Elle mourut auſſitôt
apres. Son Corps a eſté ouvert.
On luy a trouvé autour du coeur
quantité de ſang caillé.
Madame Forcadel , Mere de
Monfieur Forcadel , Controlleur
General de la Maiſon de Monſieur
, eſt morte auſſi depuis peu
de jours. Son Alteſſe Royale,qui
a des bontez particulieres pour
ſes Officiers , envoya ſçavoir de
fes nouvelles pendant ſa maladie
par Monfieur de Beauvais ,
Ordinaire de Sa Maiſon, & apres
ſa mort , Monfieur Bailly , qui
a cette meſme qualité, alla fai-
1 re
GALANT
199
4
re des complimens decondolean
ce de la part de ce ce Prince à
Monfieur Forcadel , Conſeiller,
Secretaire du Roy.
2. Je ne vous parleray point des.
Cerémonies de l'ouverture du
Perlement , vous en ayant entretenuë
deja pluſieurs fois. Je vous
diray ſeulemet quelque choſedes
Difcours qui furent faits Luns
dy dernier 24. de ce mois , jour
où l'on commença les Audien
ces. Celuy de Monfieur le Preb
mier Préſident, fut, concis, bril
lant , & fort , & contenoit plus
de choſes que de paroles. Vous
ſcavez que c'eſt la maniere de ce
grand Homme.Ildit, Qu'il nefuffisoit
pas aux Juges derendre exa.
Etement la justice , mais qu'ils devoient
avoir de l'humilité , &se
Souvenir que ceux qu'ils jugeoients
avoient come eux la qualité d'Hom
I iiij
200 MERCURE
mes ; Qu'ainsi il falloit avoirde
L'honneſteté, & de la douceurpour
les Parties ; Que l'orgueil estoit la
marque d'une petite ame, & que les
Superbes reffembloient aux Cédres
qu'on voyoit fort élevez , maisdont
les racines estoient peu profondes.
Il exhorta en ſuite les Procureurs,
àne pointtraiter ceux dontilsdéfendoient
les Cauſes ; plus mal
que ne les traitoientleurs Parties
adverſes, afin qu'o n'eût pas ſujet
de dire d'eux , ce qu'on ſupoſe
que le Bergerde la Fable ait dit,
Quele Sacrifice étoitplus cruel que
ledegast que les Loups auroient pû
faire. Peut- eſtre, Madame,ignorez
vous cette Fable. Un Berger
ſeplaignit au Dieu Faunus , que
les Loups emportoient ſouvent
de ſes Brebis , & que fon Troupeau
diminuoit tous les jours. Le
Dieu répondit que ce dégaſt cefferoit,
د
き
GALANT 201
ſeroit, s'illuy vouloit facrifierdix
Brebis; & les Loups continuant à
faire toûjours le meſme ravage,
il s'en fit facrifier vingt , & en
fuite trente , ce qui fit dire au
Berger , qu'il aimoit mieux voir
venir les Loups, & qu'ils feroient
moins dépérir ſon Troupeau que
le Sacrifice qu'il faiſoit au Dieu.
Il n'eſt point , beſoin d'explication
pour faire connoiftre la
moralité que Monfieur le Premier
Préſident a voulu tirer de
cette Fable.
A
Monfieur l'AvocatGeneralTalon,
parla apres luy fur les qualitez
que doit avoir un bon Orateur.
Il fit la deſcriptionde chacuneen
particulier,& dit Que lors
qu'on s'estoit une fois acquis cet admirable
talent , un orageur ne devoit
pas employer toutes les belles
& vives couleurs de l'éloquence,
410
Iv
102 MERCURE
pour traiter toutes fortes defujets,
Qu'ilse devoit servir de chacune
felon la beauté de la matiere ; mais
que dans celles que l'on trouve inépuiſables,
comme dans les Panegyriques
de Louis LE GRAND , un
Homme éloquet les devoit employer
toutes. Il prit de là occaſio de loüer
le Roy,& de dire, quepar la poffeffionde
Strasbourg, & de Cazal , Sa
Majestévenoit d'afsürer à la Fra
se les Clefs de l'Allemagne , &de
Italie.Ce Difcours reçeut beaucoup
d'aplaudiſſemens , & fitdire
qu'il n'appartenoit qu'à un ſi
grand Orateur de bien peindre
les Orateurs . 3job oup s
-Ce meſmejour224.dumois,on
ouvrit Papreſdinée les Ecoles de
Medecine;&Mr Puylon,Docteur
de la Faculté & Profeffeur àPa
ris,fit là-deſſus un fort beauDifcours
Latin. Il eſt Fils de feur
V 1
Mon
GALANT.
103
1
1
Monfieur Puylon,fameux Medecin,
& s'eſt rendu par luy-meſme
tres - recommandable dans cet
Art.Il a beaucoup de feu,& d'ef
prit , ce qui luy fait penétrer les
cauſes des maladies. Il eſt élo
quent & fçavant,& c'eſt par cette
raiſon que Meffieurs de la Faculté
l'ont choiſy pour donner
des Leçons de Medecine.Il entre
dans ſa ſeconde année de Prot
feſſeur , & il y a lieu de croire
que ceux qui auront appris ce
grand Art ſous luy , l'auront appris
ſurde bons principes.
Mercredy 26.on fit l'aprefdinée
la Mercuriale dans la Grand'
Chambre du Parlement. Ce fut
encor Monfieur l'Avocat Gene-,
ral Talon qui parla. Il fit rouler
fon Difcours fur la moderatió que
doivent avoir les Juges , & dit,l
Qu'état dans un champ dibenneur
نم 4.1
204 MERCURE
&non de fortune , loin de fonger à
amaſſer du bien par leurs Charges,
ils ne devoient avoir d'autre but
que celuy d'acquerir de la réputation
, en rendant justice à tout le
monde avec une entiere exactitude.
Il s'eſt fait de fort beaux Difcours
à l'ouverture de plufieurs
Tribunaux de France. Je vous les
réſerve pour le mois prochain,
faute de place .
LeRoy,dontla modération eſt
fiextraordinaire , & qui ſe contente
de meriter des loüanges
fans vouloir qu'on luy en donne,
a refusé les Harangues qu'on luy
avoit préparées au retour d'un
Voyage auffi heureux que celuy
qu'il vient de faire à Strasbourg,
Meſſieurs du Clergé n'õt pas laifſe
cependant de luy aller rendre
leurs reſpects , & Monfieur
l'Archeveſque de Paris.
l'a
N
GALANT .
205
- l'a complimenté avec la grace
quiluy eſt ſi naturelle , fur ce
qu'il a fait dans cette Capita->
le de l'Alface en faveur de la
Religion .-
Je vous envoye une ſeconde
Chanſon d'un aſſez bon Maiſtre
pour me tenir afſuré que vous en
ſerez contente.
AIR NOUVEAU.
Ndépitde l'Amour , je vivοίς
Efans contrainte
Mon coeur depuis longtemps réſiſtoit
afescoups;
Mais enfin qui pourroit nepassentir
d'atteinte !
D'un mal dont la rigueur àdes ef
fetsfi doux ? 43.3
On cherche en vain àse défedre
Quand de beaux yeux veulent
charmer.
Si toſt ou tard il faut aimer,
Pourquoy refuserde fe vendre ?
On
206 MERCURE
こOn ne peut mieux peindre le
cruel chagrin que cauſe l'abſence,
qu'a fait le Berger Fleuriſte dans
le Sonnet que vous allez voir.
S
2 SONNET.
P1
Sur l'éloignement de la belle
Cloris.
Crjay Tefprit(chagrin
triſte , le teint bléme
l'oeil
N'enayezpas d'étonnement; 4
Moncoeurfent un certain tourment
Qui me rend odieux ,& cruel à
Aimerfans espérance,est unfupplice
extréme ; ach
Mais des maux qu'en souffre en
thaimants Yrand of hereg
Le pire eft , à monjugement,
Celuy d'estre éloigné de la Belle
؟ sthogn'onnime
Ah,
GALANT
207
Ah , fi vous connoiffiez la celeste
Beauté
Dont les attraits m'ont enchanté,
Dont l'absence aujourd'huy me rend
Bhumeurfi noive sing xus
e
Tircis , mon cher Tircis , vousferiez
Sousfa loy , re
Etloin d'elles vousferiezgloire
D'avoir l'esprit, lesyeux ,&le teint
comme moy.
Je viens aux Enigmes. Le vray
Mot de la premiere eſt enfermé
dans ce Madrigal, qui m'a eſté
envoyé au nom de la jeune Mariete
, âgée de feize ans.lov
A
H que
le Mercure Gulantib
Ce Mois dernier est excel-
Qu'on prend de plaisirà le livet
Qu'il
208 MERCURE
Qu'il est beau ! qu'il estcurieux !
Il a tant de beautez , qu'on ne peut
les décrire,
Il charme l'Esprit par les Yeux .
Ceux qui ont trouvéceméme
Mot , font Meſſieurs Aulnette,
Chanoine de la Cathedrale de
S.Paul de Leon ; L'Abbé de la
Granelaye ; Le Hot , Avocata
Caën; Du- Fay-Dautille, de Ver-I
non;Mademoiselle Toupet, L'Efpagnol
Flamand;Le Payſan bien
naturel ; L'indiferent Financier;
L'Oreſte nouveau ; Le Pylade
Moderne ; Dom Pedro , du petit
Cloiſtre ; Les Freres du Rocher
de l'Eveſqueen Baffe Breta - 1
gne;L'honneſte Epicurien ; L'Indiferent
enchaîne;Le Captif par
forces Le Préſent myſtérieux;
Le Retour des Voyageurs d'Angleterre,
& Le Jaloux du bon
Amy
GALANT.
209
Amy de l'Hôtel d'Avaux ; Le
Zélateur dudit Hôtel ; Les Artificesdécouverts;
L'Amant agreable,
quoy que Trompeur ; Le Satisfait
dans tous états ; Les Mafques
Inconnus du Bal de Vitry;
Le Harlequin François ; L'Epouſe
Tranquiliſée ; Les Enchantereſſes
Nocturnes ; La Belle affligée;
La fiere & belle Coufine de
Leſbie ; La Fauſſe Vieille ; Les
Vandangeuſes d'Auteüil ; L'Aimable
Veuve du Marais ; La
Tourmente de S.Paul, de Leon.
En Vers,Mademoiſelle de Preveranges
; confieurle Jay,Avocat
à Poitiers ; La charmante Iris, de
Tournay ; La Bergere Iris,d'Abbeville;
Le Financier par hazard,
de la Ruë de Clery ; Le Financier
Poëte Moraliſte ; Le Silence
meſme de la Croix au
Lin. On a expliqué cette meſme
Enigme
210 MERCURE
Enigme ſur les Pistolets ,les Gonds
d'une Porte , & les Echo.
Vous trouverez le vray Mot de
la feconde dans cette autre Madrigal,
de Fr. J. Aug.de Cambray.
L
E Pain de Sucre estoit caché
Dans cette Enigme incomparablesUSA.
Mais estant neceſſaire à table,
Ilyfut ausfitoft rencontré que cherche
Pluſieurs autres ont expliqué
cette Enigme dans ce meſme
fens. Ce font Meſſieurs Guillot,
du Vexin , B. Carrier, de S.Efſtienne
en Forest ; Davilers, du Quartier
du Palais , Madem.deCluzet,
deDreux , Diot le brave Compagnon
; Le Faux Eſpagnol Spétateur
, Le beau Receveur du
Grenier à Sel de Joinville ; Le
Favo
GALANT. 211
Favory autoriſé ; Le Fortuné
Philinte ; l'Admirateur éternel de
LOUIS LE GRAND , Les Réünions
Fraternelles ; Les Moraliſtes
par infirmité; Le jeune Hiftorien
de l'Hoſtel de Soiffons
L'Eſcorte du Faux Eſpagnol Spé-
Aateur,Le Gendre prétendu ſans
pretention; L'Inſinuateur fatisfait
de toutes les Dames ; Les Illuſtres
Commis de la Ruë de Clery,
La chere Blonde du Marais ; Les
anciennes Amitiez de la Jeuneſſe;
Les Impatientes Stérilitez , La
Bellemere de l'Epouſe triomphante
; L'aimable de Clerdeüil ,
&le Convié inconnu de la Salle
de Sainte Catherine .
En Vers,Meſſieurs du Reau,Reteur
de l'Univerſité de Poitiers;
de Regnaudieres , de la meſme
Ville ; Rc. de Saint Martial ; F.
Fourmy de Bauge en Anjou ,
Raugy,
212 MERCURE
Raugy , de la Ruë Maubue ; Le
Financier Medecin ; Nugavi
Reabiſon ; Guillebo ; & Trebuchet
du Palais. La Bouteille , la
Porcelaine , & un Verre de Cristal,
fontles autres ſens que l'on adonnez
à cette Enigme.
J'adjoûte les noms de ceux qui
ont trouvé le vray ſens de l'une &
de l'autre. Meſſieurs Layraud,
Lieutenant de Roy en la Ville , &
Citadelle de Dourlens , Leger de
la Verbriffonne ; L. le Gros, Procureurs
à Tours ; l'Abbé de l'In
diference; Le Colmo-Polite, Genevois
; Les deux Freres de Dorice
; Arnoul Avocat d'Aix en
Provence ; Meſſieurs Duzot , &
Brunel , habitans du clocher de
Nifmes ; Monfieur le Prieur de
Marieujobs ; Monfieur Jonquet,
chapelain de S.Nazaire; Monfieur
Arvieux,Curé du Fauxbourg des
Pref
GALANT.
213
L'aimable
Preſcheurs de Niſmes ; & le
Moufquetaire de la Treforerie ;
ont dit auffi que c'eſtoit. Les Yeux,
le Spectre de Niſmes ; Le Refveur
artificiel; Tamiriſte , de la Ruë de
la Ceriſaye ; L'Anacorete ; L'Amant
de l'aimable Manon de la
Ruëdes Teinturiers,d'Abbeville;
La Flamande tris
Leſbie;Sylvie du Havre;LeMalrecompenfé
de Mouy en Beauvoifis;
& l'Amant fidelle de la
Belle Campionato , dot diss
En Vers , Meffieurs Daubaine;
L'Ecuyer ; K. R. de Morlaix;Joubert
, de la Ferté - Bernard , Le
Chevalier de Toutenay; Langlois
dela Rue des Bourdonnois;Rault,
de Rouen, C. Hutuge d'Orleans,
demeurant à Mets; de Clelban ,
en Normandie ; Deſarbois de
Rheims; De la Chauffée lejeune ,
d'Abbevilley Le Baq ; Les Chevaliers
214
MERCURE
valiers de Lieſſe de l'Iſle ; Le Solitaire
du Parnaſſe , de Rheims;
L'Amant conſtant d'une Belle de
trois ans , L'Albaniſte, de Rouen;
Le Chevalier Fredin; Alcidor, du
Havre ; Le Poëte nouveau né ;
Sans- foucy, d'Abbeville.
Monfieur de Quervegec-Roland
, de Morlaix , a fait la pre
miere des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye. La
ſeconde eſt du Financier par hazard,
de la Ruë de Cleryья
2
ENIGME.
asd
Arun excés d'ambition,
J
:
b
Lors qu'on m'a fait quiter ma premiere
rudeffe, 31.1
Sous un nom éclatant je cache la
nbaſſeffe
- Qu'on trouve en mon extraction.
Pendant
GALANT 215
Pendant un certain temps je suis
affez commode ;
Les Belles m'ont mise à la mode,
Et me placent en lieu d'honneur.
Auſſijayſoin pourrécompense,
Contre unfier Ennemy trop remply
de rigueur,
De prendre ardemment leur défense.
Ilestvray que deux Curieux,
Quand on sefert de moy , ne s'en
trouvent pas mieux.
AUTRE ENIGME.
54
RReess dduu Fleuve
PRES
duRhinj'ay pris
commencement.
Etj'y parois fort noblement .
JeSçay favoriser les Dames.
Jefournis à leurſein une innocente
ardeur,
De cet endroitfans crime elle paſſe
àleur coeur
Et nesçauroitfouiller leurs ames.
Vous
216 MERCURE
**
Vous enviez mon fort,vous malheu
reux Amans,
Qui ne trouvez jamais de tréve à
vos tourmens,
Et qui dansvos peines cruelles
N'approchez que de l'oeil vos aimables
Rebelles.
Mon regne n'a pas un long cours;
Ilfinit quand on voit renaiſtre les
beauxjours.
Mais quoy qu'en peu de temps la
gloire en ſoit bornée,
F'en connois qui voudroient avoir
ma destinée. J
Tel qui de ce bonheur auroit esté
Asté,
Au milieu de l'Hyver, croiroit trouver
l'Eté.
Je vous ay parlé au commencement
de ma Lettre du retour
du
GALANT.
217
du Roy à S. Germain , mais je
ne vous ay rien dit de Monfieur.
Ce Prince arriva avec tou.
te ſa Cour , un jour avant Leurs
Majeſtez , & ſe rendit à Paris,
où il a demeuré huit ou dix
jours. Il avoit de l'impatience,
ainſi que Madame, de voir Monſieur
le Duc de Chartres , qui
eſtoit indiſposé depuis quelque
temps. Leurs Alteſſes Royales
ont raiſon de s'allarmer quand ce
jeune Prince ſe trouve mal .
C'eſt un prodige d'eſprit , mais
de cet eſprit qui n'eſt pas ordinaire
à ceux qui en font patoiſtre
beaucoup à ſon âge , puis qu'il
eft accompagné de jugement ; ce
qui ſe remarque dans ſes reparties,
où la juſteſſe & le bon ſens
égalent l'eſprit. Il ſemble qu'il
n'ait eu beſoin pour guérir que
de la preſence de Monfieur &
-Novembre 1681 . K
218 MERCURE
de Madame ; car auffi- toſt apres
leur retour , ſa ſanté eſt revenuë,
fans aucun ſecours des Medecins
. Pendant le ſéjour que
Leurs Alteſſes , Royales ont fait
àParis ,Elles ont eſté voir leur
belle Maiſon de SaintCloud , &
ont fait quelques voyages à ſaint
Germain , ne pouvant eſtre éloignées
longtemps de Leurs Majeftez.
Elles ont eſté auffi prendre
ledivertiſſement de la Comédie
à l'Hôtel de Guénegaud,
où Elles ont veu une Tragédie
nouvelle , que Monfieur de la
Tuilerie a fait joüer ſous le nom
d'Hercule. Cette Piece a quantité
de beaux Vers , & les Scenes
tendres qui y ſont meflées
en rendent la repreſentation fort
agreable. Leurs Alteſſes Royales
font retournées à ſaint Germain
, où l'on joue alternativement
GALANT. 219.
34
ment tous les Mercredis & les
Samedis le Pourceaugnac & le
Bourgeois Gentilhomme , ornez de
de Muſique , comme je vous l'ay
marqué. Les Comédiens Italiens
y ont auffi repreſenté quelques-
unes de leurs plus plaiſantes
Comédies. Il y a ſouvent eu
Chaſſe , & l'on a eſté pluſieurs
fois ſe promener à Verſailles. Enfin
jamais la Cour n'a eſté plus
en joye. Elle a raiſon de, ſe di
vertir , ſous un Roy dont le continuel
travail aſſure la gloire &
le repos du Royaume. J'ay oublié
de vous dire qu'avant que
Leurs Alteſſes Royales partiffent
, Elles firent l'honneur à
Monfieur Nocret de tenir ſa Fille
ſur les Fonts. La Ceremonie
s'en fit dans la Chapelle de Madame
, par Monfieur Teſtu Abbé
de Fontaine-Jean , Aumônier
Kij
220
MERCURE
ordinaire de cette Princeſſe , en
prefence de Monfieur le Vicairede
S. Eustaches. Mr Nocret a
deux Charges dans la maiſon de
Monfieur , l'une de Valet de
Chambre , & l'autre de premier
Peintre de ſon Alteſſe Royale .
Il n'y aura aucun Opera nouveau
pendant tout l'Hyver. Celuy
d'Atys , que Madame la Dauphine
n'a point encore veu , fervira
ce Carnaval de divertiſſement
à la Cour . On aſſeure que
la plupart des Perſonnes de qua.
lité qui ont dancé dans le Triom.
phe de l'Amour , danceront auſſi
dans cet Opera . L'Académie de
Muſique a remis celuy de Proferpine
qu'elle donne preſentement
au Public , & qu'on a rennouveau
par pluſieurs Machines
qu'on y a changées , &
par les Entrées que l'on a renduës
du
21
GALANT. 221
duës plus belles , en y meſlant la
plupart des Filles qui ont dancé
tout l'Eté dans ce meſme Triomphe
de l'Amour. Monfieur de
Lully travaille à l'Opera de Per.
sée & d'Andromede , qu'il donnera
au Public incontinent
apres Paſques . Il eſt de la compoſition
de Monfieur Quinaut.
C'eſt tout dire en matiere d'Opera.
Unedes plus ſpirituelles Perſonnes
de voſtre beau Sexe , a
écrit icy que depuis fort peu de
temps le Fils aîné de Monſieur
Guyon Doyen de la Rote , avoit
ſoûtenu des Theſes de Philofophie
dans l'Egliſe des Jefuites
d'Avignon , avec une netteré
& une prefence d'efprit qui luy
avoient attiré l'applaudiſſement
de tout le monde. La Thefe
eſtoitdédiée à Monfieur le Cat
Kilj
222 MERCURE
dinal Cibo , Legat d'Avignon,
dont le Portrait travaillé à l'éguille
or,& foye , eſtoit fait avec
tant d'art & tant de délicateſſe,
qu'il fut admiré comme un rare
Ouvrage. Monfieur l'Archevéque
, que ce Cardinal avoit prié
de tenir ſa place , invita à cette
folemnité trois autres Prelats ſes
voiſins, qui furent Monfieur Lafcaris
, l'Eveſque de Carpentras,
Monfieur de Sade-Maſan Evelque
de Cavaillon , & Monfieur
l'Eveſque d'Orange. Apres un
magnifique Repas qu'il donna
dans ſon Palais à ces Eveſques &
àla Compagnie de la Rote , il
partit avec un Cortége d'environ
quarante Carroſſes , & ſe
rendit à l'Egliſe des Jeſuites , où
ces quatre Prélats ſe placerent
fous un grand Dais de velours
cramoify , au bruit des Trompetes
に
3.
Y
S
22
di
do
gu
ta
C
GALANT.
223.
tes & des Haut- bois , apres quoy
la Muſique & les Violons aug-.
menterent le plaiſir qu'il y avoit
de voir le grand nombre de Perſonnes
de qualité qui compofoient
l'Aſſemblée.
Leurs Majeſtez Catholiques
ont paſsé quelques jours du dernier
mois à l'Efcurial , d'où le
Roy a eſté prendre le divertiſſement
de la Chaſſe dans le voifinage
de Ségovie. Je vous ay
donné la premiere Veuë de certe
maiſon Royale , en vous envoyant
la Planche de ſon entrée
dans ma quinziéme Lettre Extraordinaire.
Je vous envoye au-..
jourd'huy celle de la premiere
Court. Ce Palais , pour le baſtiment
duquel Philippe I I. a dé-,
pensé prés de ſix millions d'or,
eſt au pied d'une montagne , &
auprés d'un petit Village appel-
Kij
224 MERCURE
lé l'Escurial , qui ne fournit aucun
logement , ce qui a lieu de
furprendre, la Cour y allant trois
ou quatre fois l'année. Le lieu
où eſt la maiſon ſe nomme El
Sitio par excellence , à cauſe
qu'on l'a applany pour y bâtir.
L'edifice eſt un tres - beau quarré,
qui a quatre Tours aux quatre
coins. On trouve en entrantune
longue Place , qu'il faut traverſer
, pour paſſer de là en deux
Corps de Logis,qui en font comme
les Offices ,& les Logemens
des gens de la Cour Apres qu'on
acottoyé toute cette Façade du
quarré , on arrive à celle qui regarde
la Montagne. On y voit
un grand & magnifique Portail,
dont les coſtez ſortent en maniere
de Colomnes. C'eſt par là
qu'onentredans uneCourt prefque
quarrée , au bout de laquelle,
2
GALANT .
225
- le ,& vis - à - vis du Portail , on
e trouve l'Eglife. On y monte par
un Perron de cinq ou fix marches
, qui s'étendent d'un bout
à l'autre de la largeur de la
Court. De belles Colomnes ſoûtiennent
le Porche , & fix Statuës
font dans le plus haut de la muraille
. Les deux du milieu reprefentent
David & Salomon , &
fous ces Figures on a cu deſſein
de faire connoître Charles-
Quint& Philippes I I.
Je vous mande tous les ans ce
qui ſe paſſe au Siege & à la Pri
ſedu Fort que l'on fait conſtruire
pour apprendre à la Noblefſe
de l'Académie du Fauxbourg
S. Germain , dont je vous aydeja
parlé pluſieurs fois , le Métier
de la Guerre, autrement que par
des leçons. Plus de ſoixante jeu-
K
226 MERCURE
nes Gentilshommes de la premiere
qualité de l'Europe , y ont
fait paroiſtre leur adreſſe cette
année , & ſe ſont montrez ſi ſçavans
en ce bel Art , qu'il fembloient
l'avoir appris en apprenant
à marcher & à parler. Je
ſuis trop preſsé du temps pour
vous pouvoir faire la Deſcription
de l'Attaque de ce Fort , qui a
duré environ deux mois. Je vous
diray ſeulement que depuis ſa,
Priſe, le Public a fait une grande
perte par la mort de Meffire
Jacques Bernardy , Chevalier,
Eſcuyer ordinaire du Roy , qui
commandoit cette Académie.
C'eſtoit un Homme agreable &
complaifant avec ſes Amis , foli
de quand on le confultoit , ferme
& fevere , lors qu'il s'agiffoit
de maintenir l'ordre , &dont la
(
naiſſance eſtoit aſſez élevée, pour
obliger
GALANT 227
२
.
obliger tous les Gentilshommes
, qui faisoient chez luy leurs
Exercices , à luy obeïr fans repu
gnance. Si quelque choſe peut
conſoler de ſa perte , c'eſt que
l'Academie qu'il laiſſe ne ſera pas
moins floriffante qu'auparavant.
M' de Meſmon remplit dignement
ſa place , & meſme on peut
dire qu'il la rempliſſoit déja de
fon vivant. Il eſt ſçavant dans ſa
Profeffion , & n'avoit que dix-
- huit ans, lors qu'il fut choiſy par
Monfieur le Prince , pour montrer
à Monfieur le Duc , & enſuite
à Monfieur de Longueville.
Quelque temps aprés, le Roy
l'appella à ſon ſervice , & le mit
dans ſa grande Ecurie. Ila l'eſprit
doux, & les manieres honneſtes .
Son nom eft fameux dans la Profeſſion
qu'il a embraſsée , & il le
vå rendre encor plus celebre,
ayant
t
228 MERCURE
ardy.
ayant commencé avec des avantages
que feu Monfieur de Meſmonſon
onclen'a pas eud'abord.
Pour Monfieur de Chaſteauneuf,
il n'a qu'à continuer , ainſi qu'il
a commencé. Feu Monfieur le
Prince de Conty , qui ſe connoiſſoit
fi bien en Gens , avoit
jetté les yeux ſur luy , pour l'affocier
avec Monfieur Bernardy.
Il enſeigne avec beaucoup de
capacité & de bon ſens , aux
Gentilshommes de l'Académie,
l'Hiſtoire, la Geographie, le Blafon
,& meſme tout ce qui peut
regarder la Guerre. On a pris
garde qu'il inſpire à tous momens
à la Jeuneſſe, l'amour qu'elle
doit avoir pour le ſervice du
Roy. Je ne dois pas oublier à
vous apprendre que feu Monſieur
Bernardy a laiſsé dans ſon
Académie un Neveu de meſime
nom
GALAN T. 229
nom. Ce Neveu travaille déja
avec un ſuccés qui doit faire
croire qu'il ira un jour auffi loin
que l'illuſtre Mort , dont il a fuivy
la Profeſſion .
Je vous parleray la premiere
fois des Cerémonies que l'on fit
le Mois paſsé , en établiſſant la
nouvelle Chancellerie de Tournay.
Pour le Diferent dont il vous
plaiſt me faire le Juge, vous pofſedez
trop bien noſtre Langue,
pour n'avoir pas déja dit à la Dame
qui prend le party de Ditesly
, contre Dites - luy , qu'elle ne
peut éviter d'eſtre condamnée.
La prononciation de Dites- ly eſt
tres - vitieuſe , à moins qu'on ne
l'adouciſſe dans les Converſations
familieres , en luy faiſant
tenir un peu de l'un & de l'autre.
Quand le verbe nuire ſuit le pronom
230 MERC . GALANT .
nom luy , je croy que l'on doit
prononcer ly , comme l'envie de
ly nuire, & non de luy nuire, parce
que lay nuire ne peut eſtre
prononcé ſans beaucoup de peine.
Je vous dis ce que je penſe,
fans prétendre décider , & fuis,
Madame, voſtre, & c.
1 .
AParis, ce 30. Νου. 1681 .
CLOV
1893*
EXTRAIT D V PRIVILEGE
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil , Jun-
QUIERES. Il eft permis à J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacundefd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois: Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livrede la Communauté le
s.Janvier 1678.
Signé E. CouTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
9. Novembre 1681 .
80030030030038103K0
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par On
peut encordans la Prairie,doit
regarder la page 78 .
I ! La Ville de Cazal doit regarder
la page 169..2
L'Air qui commence par En
dépit de l'Amour , doit regarder la
page 205 .
D
La premiere Court de l'Eſcurial
doit regarder la page 213 .
LIVRES NOUVEAUX,
qui se trouveront à Lyon chez
le Sieur AMAULRY ; depuis
l'année 1678. jusqu'àpresent.
Ratique de Pieté , ou Entretiens
pour tous les jours de l'année
, ſuivant les Maximes de
l'Evangile, 12. 3.vol. 2. livr. dix ſols.
L'Art Poëtique du Pere Lamy , 12 .
30. fols.
Nouveaux Plaidoyez de Monfieur
Patru , 4.40 . fols.
Le Comte d'Effex,Tragedie de l'illuſtre
M.de Corneille le jeune, 12. 15.fols.
Les Nobles de Province, Comediede
Monfieur de Haute Roche. 10. fols.
Le Comte d'Ulfeld, 12. 10. fols.
Memoires du Marquis d'Almachu , 12.
2.vol. 20. fols.
Traité des Armes , des Machines de
Guerre, enrichies de figures, par le Sieur
Gaya, 12. 30. ſols .
Les Livres de S. Auguſtin de la maniered'enſeigner
les principes de la Religion,
12, 2. livres.
Catalogue.
Remarque ſur Ecrit dicté à Doüay ,
12. 30.fols.
La Vie & la Mort Chreſtienne par le
Pere Cyprien de Gamache, 12. 40.fols.
La Princeſſe de Cleves, 12.4.vol.5.1.
-Idem la Critique , 12. 30.fols .
Nouvelles Amoureuſes & Galantes ,
12.30. fols.
Heures en Vers de l'incomparable Sr
de Corneille l'aîné, 12. fig . 3.livr .
La Diſcipline de l'Egliſe du P. Thomaſſin,
fol . 3. vol. 45. livr.
Oeuvres de Meſſieurs de Corneilles ,
12. 7. vol. 10. livr.
Architecture Navale, 4. 6. livr.
Hiſtoire du grandTamerlan, 12. 2.1.
De Lazarille de Tornes, Traduction
nouvelle , 12. 2. vol. 40. ſols.
Jeu Royal de la Langue Latine avec
les Cartes, 8. 50. fols.
Nouveau jeu de Carte du Blazon,30.f.
Hift.du Schifme des Grecs, 12. 2.vol.
-
-
de l'Arianiſme, 12. 3. vol.
des Iconoclaſtes , 12. 2. vol.
des Croiſades , 12. 4. vol.
- du Schiſme d'Occident, 12.2.vol.
-de la Decadance de l'Empire, 12.
2. vol.
Catalogue.
-du Lutheraniſme , 12. 2. volum.
Hiſtoire de la Chancellerie par Monſieur
Teſſereau , fol. 15. livres.
Religion contre les Athées, 12.30.f.
Capitularia Regum Francorum Au
Etoris Steph . Baluz, fol. 2. vol. 30.livr.
Sentences ſur la Bible du Sieur Laval
, 45. fols .
Sentences & Instructions Chreftien
nes , tirées des Oeuvres de S. Aug. par
ledit Laval, 12. 4. vol. 9. livr.
Phedre & Hippolite, Tragedie, 12.
Origine des Guerres par P. Linace
de Vaucienne, 12. 2. vol. 4. livr.
Origine des François, 12. 2.vol. 4.
Hiſtoire du Schiſme d'Angleterre ,
12. 2. vol. 3. livr.
Conſeil de la Sageffe , 12. 30. fols.
Converfion des Pecheurs, 12.2.1.
Methode de la Penitence , 12. 2. liv.
Vie de Madame le Gras , 12. 2. liv.
Maldonat. de Sacramentis, fol. 9. liv.
L'Art de Parler, 12.30. fols.
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers,
12. 2. livr.
Recherches de la Verité , 12. 3. vol.
6. livr. 15. fols.
-Idem, in quarto , 8. livr.
aij
Catalogue.
!
-Oeuvres de M. Pradon , 12. 3. 1.
--Idem de M. Poiffon, 12. 40. fols.
-Idem de M. Racine, 12.2.vol. 7.l.
Nouveau Recueil de Comedies , 12 .
20. fols.
Hiſtoire d'Allemagne de M. Prade,
in quarto, 6. livr.
Theodori de Poenit. 4. 2. vol. 10. 1.
Medecin à la Cenſure, 12.30 . fols.
Avantagede la Vieilleſſe, 12. 40.fols.
Avanture de M. d'Affoucy de France,
12. 2. vol. 3. livr.
-Idem d'Italie , indouze , 30. fols.
-Priſon dudit, indouze, 20. ſols .
-Penſée dudit indouze, 20. fols.
Recueil de l'Academie , 12. 6. vol.
b. livres 10. fols,
Combat des Chreſtiens S. Ifidore,
12. deux livres...
Correction fraternelle , indouze, 2. 1.
Idée de la Morale Chreſtienne , 12.
x. vol. 3. livres.
Prince de Perſe , Nouvelle Hiſtorique,
12. 10. fols.
La Rivale , Nouvelle Hiſtorique,
indouze, 10. fols.
Oeuvres de M.d'Andilly,fol.3.v.45.1
Nouveaux Plaumes du P. Mege, 8 .
4. livres. La
Catalogue,
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4.livr.
Union des Eccleſiaſtiques avec les
Religieux, 8. 20. fols .
Expoſition du S. Sacrement par M.
Thiers, 12. 2. vol. 4. livr. >
Methode de la Geographie par le
Sieur Robbé, 12. 2. vol. 4. livr.
Hift . du Gouvernement de Cifteaux,
inquarto, 6. livres.
Vie de Jeſus - Chriſt par M. l'Abbé
S. Real ,inquarto, 4. livr. &in 12. 40.
Defence de l'ancienne Tradition des
Egliſes de France, indouze , 40, fols.
Aſtrée , indouze , 2. vol. Nouvelle
Traduction , 2. livr.
Methodus Hiftoriarum Anatomico-
Medicarum, indouze, 30. fols.
HeroïneMouſquetaire,
indouze, 4. vol . 40. fols.
Jolande de Cicile , 12 .
2. vol . 20. fols.
Voyage de Fontaine- > De M. de
bleau, 10. fols.
Ambitieuſe Grenadine,
indouze, dix ſols .
Comte d'Effex , 12.2 .
vol. 20. fols.
Preſchac.
Les Preceptes Galands de M. Ferier .
12. 30. fols. ā ij
Catalogue.
Nouvelles& faciles inſtructions pour
réünir les Egliſes Pretenduës Reformées,
indouze, 30. fols .
Reflexion Chreſtienne fur les Principes
de la Morale, 12.30. fols .
Maximes de Madame la Marquiſe de
Sablé , indouze .
Confolateur Chrétien, ou Recueil de
Lettre, indouze, 30. fols.
Fable d'Efope en Rondeaux par Benferade,
indouze, 40. fols .
Advent du Pere d'Affier, 8. 4.1.
Vie de S.Ambroiſe par M.Herman, 4 .
8. livres.
Nouvelles de Miguel de Cervantes,
indouze, 2. vol. 3. livres.
Hift. des Amazones, 12. 2.vol. 20.f.
Les Promenades de Livri , 12. 2.vol .
20. fols .
Meroüé fils de France , 12. 10. fols.
Alfrede Reyne d'Angleterre,indouze.
10. fols.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huet, indouze, 30. ſols .
D. Juan d'Autriche, 12.30 . fols .
Memoires d'Hollande , 12. 30. ſols.
Relation des Religieux de la Trape,
indouze, 30. Tols.
Rela
Catalogue.
Relation du Siege de Grave avec le
Plan, indouze, 30. fols.
Conduite du Sage, 12. 30. fols.
Remarque ſur la Theologie Morale
de M. Geneft, approuvée par M. de Grenoble
, 12. 2. vol. 40. fols.
La veritable forme du Sacrement de
l'Euchariftie, de M. Arnaut, 8. 30.fols.
La Vie Chreftienne , ou les Principe
de la Vie Chreſtienne , tres-utile & neceffaire
à toutes fortes de perſonne , 24 .
L'Academie des Sciences & des Arts
pour raiſonner de toutes choſes,indouze,
3. vol. 4. livres 10. fols.
: Oeuvres de Grenade, fol. 2. vol.
Defenſe du Renverſement de laMorale
d'un Particulier, 12. 30. fols.
Horace Traduction Nouvelle, 12.2.v.
Critique du Voyage de Grece de M.
Spon, Medecin & Antiquaire, indouze,
avec une Carte en taille douce, 30. fols.
Le Pilote de Londe-Vive, ou les Secrets
du Flux & Reflux de la Mer, contenant
X X I. Mouvemens & du Point
fixe d'un Voyage Abregé des Indes, &
de la Quadrature du Cercle , compoſez
fur les Principes de la Nature, nouvellement
découvertes,& mis en lumiere par
३ iiij
Catalogue.
Mathurin Eyquem, Sieur du Martineau;
Outre que ce Livre montre par des Syſtemes
nouveaux, faciles & dont on n'a
jamais parlé,ces Points qu'il eſt ſçavant,
curieux, &plaiſant à lire. Les Doctes
en choſes naturelles croyent qu'il mon
tre laMedecineUniverſelle ſousdes figures&
des principes familiers, ce qui luy
donnede la reputation , ce Livre eſt indouze
', imprimé à Paris , & ſe vend
30. fols, relié ſans marchander.
LIVRES NOUVEAUX
de l' Année 1679 .
La Noble Venitienne, & le Nouveau
Jeu de la Baffete , où les Perſonnes de
qualité de la Cour font nommées , par
M. de Prefchac, indouze, 10. fols.
NouvelleGalantes du temps , contenant
la Jalouſie Flamande , & le Mary
heureux Amant , de Monfieur de Prefchac,
indouze, 10. fols.
L'Estat preſent de l'Archipel , avec
l'Histoire d'Irene , 12. 3. vol. 4. livres.
Les Exilez de Madame de Ville-Dieu,
tout rechangé & augmenté de deux Volumes
indouze , fix Volumes impreſſion
de Paris ,ils ſe vendent 6. livr.
Idem
Catalogue.
-Idem impreffion de Lyon , bien
imprimé, de la meſme lettre du Merct
re, les 6. vol. reliez en 3.& ſe vend 45. [..
Les 5. & 6.Tom.feparez ſe vend 20.f.
Hiſtioire du Serrail ,auſſi nouvelle
Edition, augmenté d'un tiers , indouze,
fix volumes, ſe vendent fix livres.
Anne de Bretagne Reyne de France,
Tragedie de M. Ferier , qui a fait les
Preceptes Galants , 11. ſe vend 15. f.
Le Corpsde Medecine inquarto , 4
vol. utile à toutes perſonnes qui ſe mélentde
cette Profeffion.
-Differtationes Philofophicæ in 1 1.
Nouvelle Ameriquaine, Hiſtoire veritable,
indouze, 2. vol. 20. fols.
Le Nouveau Jeu de l'Ombre, 12.10 .
La Princefle de Montpenfier, indouze,
de l'Autheur de la Princeſſe de Cleves,
avec des vers à la fin fur la Paix , par
M. de Corneille l'Aifné, 12. fols .
Les Oeuvres Chrétiennes & Spirituelles
de M. l'Abbéde S.Cytan, 12. 4.
vol. il le vend fix livres .
Le 4. Tome ſe ſepare indouze , 30. Г.
Le Journal des Saints du R.P. Grofez,
de la C. de I. reveu , corrigé& augmenté,
nouvelle Edition , in 12. 3.vol. 50. f.
av
Catalogue.
Le vray Devot confideré à l'égarddu
Mariage, & des peines qui s'y rencontrent,
indouze, 20. fols.
Du culte des Saints , & principalement
de la tres-Sainte Vierge , par ces
Meſſieurs, in octavo, 4. 1.
Le vray Devot en toute forte d'état,
ſelon l'Ecriture fainte , & les Peres de
l'Egliſe, in octavo, 4. 1.
Les 3. Tome du Roman Comique de
Monfieur Scaron , par M. de Preſchac,
indouze, 30. fols.
Reflexions fur la Religion Chrétienne
,contenant l'explication des Propheties
de Jacob & de Daniel, ſur la venuë
du Meſſie , par ces Meſſieurs , indouze,
4. livres 10. fols .
Traité des Superftitions ſelon l'Ecriture
Sainte , Les Decrets des Conciles ,
&les ſentimens des Saints Peres & des
Theologiens, par M. Thiers, 12. 40. f.
Memoires pour ſervir à l'Hiſtoire des
Plantes , dreſſez par M. Dodart de l'Academiedes
Sciences, indouze, so. f.
L'Hiftoire de France & l'Origine de
la Maiſon Royale par le P. Adrien Jourdande
la Compagnie de Jeſns, inquarto,
3. vol. 18. livres.
1
L'Orai
Catalogue.
L'Oraiſon Funebre de Monfieur le
Premier Preſident de Lamoignon , par
Monfieur l'Abbé Flechier ,
Hiftoire de Theodoſe le Grand par le
mefme.
Voyage de la Terre Sainte, avec des
remarques pour l'intelligence de la ſainte
Ecriture, indouze, 3. livres.
Nouveaux Elemens des Sections Comiques
, lieux Geometriques , &c. par
l'Academie Royales des Sciences , indouze,
so . fols.
Traitez de Mechanique , de l'Equilibre
, des Solides & des Liqueurs , du
P. Lamy, indouze, 30. ſols.
La Contrecritique de la Princeſſe de
Cleves, indouze, 20. fols .
Le Courier d'Amour, indouze , 10.f.
L'Education des Filles , 12. 40. fols .
Nouvelles Maximes ou Reflexions
Morales , indouze, 20. fols .
Caſimir Roy de Pologne , Hiſtoire
veritable & nouvelle, 12. 2. vol. 30.f.
Le triomphe de l'Amitié , par Monfieur
de Preſchac, indouze, 10.ſols.
Derniere Campagne de Flandre &
d'Allemagne juſqu'à la Paix, 12. 30.f.
Voyage de Monfieur Pirard de Laval
aux
Catalogue.
aux Indes Orientales , Maldives, Moluques,
& au Brefil ,& les divers accidens
qui luy ſont arrivez, inquarto, 6.livr.
Hiſtoire Sainte de Gautruche , in 12 .
4. vol. 6. livres.
Caffiodori Opera, fol. 2. vol. 15. Ι.
Dictionaire Pharmaceutique ou plutôtApparat
Medico-Pharmaco-Chymique,
ouvrage curieux pour toutes fortes
de Perſonnes, utile aux Medecins , Apoticaires
& Chirurgiens, & tres-neceffaire
pour l'avancement& l'inftruction des
jeunes Gens, qui s'addonnent à la Profeſſion
de la Pharmacie,& particulierement
de ceux qui ne poffedent pas pleinement
la Langue Latine , ppaarr leSieur
de Meuve Docteur en Medecine , Confeiller&
Medecin ordinaire du Roy, inoctavo,
2. vol . 3. 1. 10. fols.
Reponſe à la Critique publiée par
Monfieur Guillet, fur le voyage deGre.
ce de Jacob Spon , avec quatre Lettres
fur le meſme ſujet. Le Journal d'Angleterre
du Sieur Vernon , & la Lifte
des Erreurs commifes par Monfieur
Guillet dans ſon Athenes Ancienne
&Nouvelle , indouze , 20. fols.
Affociation ſur la Paffion de N. Seigneur,
in 12. avec des figures.
Catalogue.
"La meſme, in vingt- quatre fans figures.
Regles de la Diſcipline Ecclefiaftique, recueilliesdesConciles
des Synodesde France,
&desSaints Peres, indouze, 30. fols.
Inſtructions Chreſtiennes ſur le Mariage&
fur l'éducation des Enfans, in 12.
Cataloguede divers Livres d'Hiſtoire &
autres matieres, en Eſpagnol, in-octavo.
LaViede Saint Ignace,par le Pere Behour
Jeſuite.
La Foy des derniers fiecles,du PereRapin,
indouze.
Methode pour converſer avec Dieu , de
l'Autheur duConſeil de la Sageſſe , 20. fols..
La Hardie Meffinoiſe, indouze, 12. fols.
Dom Sebaſtien Roy de Portugal, indouze,
fols.
Relation curicuſe de l'état preſent de la
Ruffie indouze, 40. fols .
Arithmetique de leGendre, inquarto,nouvelle
Edition augmentée , 4. livres.
Amours des grands hommes , deMademoiſelle
de Ville Dieu, indouze, fix volum ..
reliez en trois , 45. fols.
L'hiſtoire d'un Eſclave qui a eſté quatre
années priſonnier, 10. fols.
Le Mariage de la Reyne d'Eſpagne, in 12.
vingtfols.
L'Hiſtoire de la Ville & de l'Estat deGeneve
de Monfieur Spon , avec pluſieurs figures
en taille douce, indouze , 2. vol. so. fols.
Origine du Blazon du Pere Meneftrier,.
indouze, 2. vol. 4. livres.
Memoire de l'Empire Ostaman, 12. 2.vol.
20. fols.. Lettres
Catalogue.
Lettres Portugaiſes , avec les Réponſes,
indouze , 2. vol. 20. fols.
Selecti nummi duo Antoniniani , quorum primus
anni novi auspicia , alter Commodum &
Annium Verum Cafares exhibet , Par Monfieur
Bellori, in-octavo, Roma 1676. 20. fols.
Hiſtoire de la Reünion de Portugal , indouze,
2. vol. 3. livres .
Criſpin Precepteur , Comedie , indouze,
15. fols.
Les Nouvelles de la Reyne d'Angleterre,
indouze, 2. vol . 25. ſols.
La Ville & Republique de Veniſe, in12.
Cen'est pas l'Hiſtoire de Veniſe de Nani,
c'eſt l'Hiſtoire de la Ville & Republique de
Venife , tres-bien écrit , 50, fols.
La Devotion vers Notre Seigneur Jesus-
CHRIST , pour ſervir de lecture à l'Homme
d'Oraiſon pendant tout le cours de l'année
par le Reverend Pere Noüet , inquarto ,
2. vol. 16. livres.
Recueil de diverſes Retraites, la premiere,
ſur la qualité d'Enfant de Dieu; La feconde
, ſur l'Habitude de la preſence de Dieu ;
La troifiéme , ſur le dépoüillement du vieil
Homme , indouze, 30. fols.
LIVRES NOVVEAVX
de l'année 1680.
La veritable Devotion envers la Sainte
Vierge , établie & défenduë par le Pere
Craffet Jeſuite, inquarto, s . livres.
La
Catalogue.
La Devinereſſe ou le faux Enchantement,
par l'Autheur du Mercure Galant , indouze,
avec neuf figures, 35. fols.
Hiſtoire des Roys de France de Monfieur
d'Eſpernon , reveu par Monfieur de Prade,
indouze , 50. fols.
Vie du Cardinal Commandon par Monſieur
l'Abbé Flechier , indouze , 3. livres.
Le Chreftien qui veut eſtre ſauvé , invingtquatre
, 20. fols.
L'Illuſtre Parifienne de Monfieur de Prefchac
, indouze, 2. vol. zo. fols.
Hiſtoire de la Conqueſte d'Eſpagne par
lesMaures, indouze , 2. vol .
Meditations pour tous les jours de la Semaine
ſainte, indouze, 20. fols.
Des obligations des Eccleſiaſtiques, tirées
de l'Ecriture fainte & des Saints Peres de
l'Eglife & de S. Chriſoſtome, indouze, 40. f.
Le Journal Amoureux par Madame de
Ville-Dieu , indouze , fix volumes relié en
trois , 45. fols.
Federic Prince de Sicile , indouze , 3. vol.
36. fols.
Lettre d'un Eccleſiaſtique à un Miniſtre
de la Religion pretenduë Reformée pour fervir
de Reponſe à diverſes Queſtions qui luy
ont eſté faites par ce Miniftre , dans leſquelles
il traite & prouve pluſieurs Points impor
tans de la Religion, par la doctrinede S. Cyprien,
avec une Diflertation du meſine Eccleſiaſtique
, & d'un des principaux du Confiftoirede
Charanton & une lifte tres - curieuſe
des Eveſques de Rhodes & de Vabres, 12.
Adelaide
Catalogue.
Adelaide de Champagne, indouze, 4.vol.
so.fols.
Cleon ou le Parfait Confident, 12.
Le Conte Genevois , indouze.
La Valiſe ouverte, in 12. Preſchac.
Le Voyage du Royaume de Congo , in
uze , zo. fols.
Reflexions fur la Mifericorde de Dieu de
Madame la Valiere.
Conference Eccleſiaſtique du Dioceſede
Luçon, indouze , deux vol . 4 livres 10. fols.
Les Madrigaux de Monfieur la Sabliere,
indouze, 15. fols.
Les Peintures Sacrées de la Bible , indouze,
3. vol. 4. livres 10. fols figures.
Le Gridelin , dedié à Madame , la Dauphine
,de Preſchac, indouze, 12. fols.
Memoires touchant la Religion par Monfieur
du Pleſſis Praflin Eveſque de Tournay,
indouze , 15. fols.
Le Voyage de la Reyne d'Eſpagne , indouze,
2. vol. Preſchac. 20. fols.
Converſations ſur divers fujets par Mademoiſelle
Scudery , indouze: 2. vol. so . f.de
Lyon ,&6. livresdeParis.
Projet de Conference fur diverſes matie-
Mesde Controverſe , 12. 30. fols.
Dogmatum Theolog. du R. P. Thomaf
fin , in folio ,15.livres.
LesNouvelles de Dona Maria de Zayas,
traduit de l'Espagnol en François, indouze,
5. vol. 7. livres. to. fols.
La Vie & Actions de Monfieur l'Eveſque
deMuniter , 12.220.fols.
Le
Catalogue.
Le Nouvel Eſtat de la France , avec la
Maiſonde Monſeigneur & Madame la Dauphine,
indouze, 2. vol. 4. Hvres,
Ler Penſées pieuſes , troifiéme Edition,
5. fols.
Le Quinte Curce'de Vaugelas de Monfieur
d'Ablancourt , Nouvelle Edition, in 12 .
2. vol . groſſe lettre, 4. livres.
Eclairciffement Apologetique de la Morale
Chreſtienne , touchant le choix des
Opinions avec des Reflexions ſur des Remarques
du Sieur I. Remonde , composé par
l'ordre de Monfieur l'Evefque de Grenoble,
indouze, 3. livres .
Les Oeuvres de Madame la Comteſſe Lazuſe
, 12. 4. vol. nouvelle Edition , 4. livres
10. fols.
Le Nouveau Praticien François , inquarto,
4. livres 10. ſols.
Les Deviſes du R. P. Menestrier , inquarto,
50. fols.
Les Dominicales de Texier , in-octavo,
2. vol . 6. livree.
-Idem les Panegyriques, octavo, 2.vol.
6. livres.
Les Ceremonies Nuptiales de toutes les
Nations, indouze, 20. fols.
Reflexion ſur l'Oraiſon, 12. 20. ſols.
Jesus Penitent, indouze, 30. ſols.
Horlogiographie du Pere Feüillant de la
Magdelaine , nouvelle Edition , in-octavo,
figures 3. livres.
Le Conte de Richemont , Hiſtoire Galante
, indouze, 12 fols.
Les
Catalogue.
Les Memoires Galans,ou les Amours d'une
perſonne de qualité, 12. 15. fols.
Deſcription de la France de du Val , indouze,
20. fols.
Vies de plufieurs Saints illuſtres de M. Arnaud
d'Andilly, indouze , 40. fols.
Pratique de pieté ou les Conduites de la
Vie Spirituelles , ſuivant les Maximes de
l'Evangile , diviſées en divers Entretiens
pour fervir de Meditations pour tous les
joursde l' Année par le R. P. le Maittre , 12 .
2. vol. 30. fols.
Panegyrique du Roy par Mr. l'Evefque
d'Amiens, inquarto, 4. livres .
La Découverte de l'Admirable Remede
Anglois pour la gueriſon des Fiévres par M.
deBlegny, indouze, 10. fols.
Revolutions de l'Estat Populaire en Monarchie,
par le Different de Cefar & de Pompée
par Monfieur de Martignac, 12. 20. fols.
Antonij Dadini Altaſſerræ , Notæ & Obfervationes
in Anaftafium de vitis Romanorum
Pontificum, in 4. so. fols.
Le Chemin de perfection de fainteThereſe
, traduit par Monfieur l'Abbé Chanut ,
in octavo , 3. livres.
Le Voyage d'Italie , nouveau & curieux,
avec deux Liſtes des Sçavans & Curieux de
toute l'Italie par Monfieur Spon, Docteur en
Medecine de Lyon, 20. fols.
Obſervation's fur les Fiévres & Febrifuges
par le meſme Monfieur Spon 12. 7. fols.
Lettres Chreftiennes & Spirituelles de M.
Varet Grand Vicaire de feu M. de Condren
Archevéque de Sens, in 12. 3. vol. 6. livres.
Catalogue.
*Traité de la Grandeur en general , qui
comprend l'Arithmetique, l'Algebre , l'Analyſe
,& lesprincipes de toutes les Sciences ,
qui ont la grandeur pour objet,par le P.Lamy
de l'Oratoire , in 12. 40. fols.
Dictionarium novum Latinum & Gallicum
,par Monfieur l'Abbé d'Anet pourMonſeigneur
le Dauphin , augmenté d'un tier à
cette nouvelle Edition , & mis le tout par
ordre Alphabetique , inquarto, 6. livres .
Traité de la Maladie Venerienne par Monfieur
de Blegny, in 12. 3. vol. 4. 1. 10. fols.
Origine des Noms par Monfieur la Rocque,
in 12. 30. fols.
Theatre des beaux Eſprits , in 12. 2. vol.
40. fols.
Hiſtoire de Veniſe de Nani , traduit par.
Monfieur l'Abbé Tallement , Tome 3. & 4 .
indouze , 2. vol. 6. livres , les deux premiers
volumes ſe trouvent auſſi dans la meſme
Boutiqué.
Confeffions de Grenade par Monfieur Girard,
in 16. 20. ſols.
Semaine Sainte de la bonne Traduction
de toutes grandeurs.
Explication des Ceremonies de la Meffe,
in 16. 10. fols.
Inſtructions Spirituelles pour la guerifon &
la conſolation des Malades par Craffet, indouze
, 2. vol. 3. livres .
Solitude des dix Jours , in-octavo , 2. vol.
4. livres.
Le troiſieme & quatriéme Tome des
Amours de Catulle par M. l'Abbé la Chapelle
impreſſion, de Paris , pour 3. livres.
Catalogue.
-Idem impreffion de Lyon pour 25.fols.
Le premier & lecond Tome ſe vendent
dans la meſine Boutique pour le meſme prix.
Hiſtoire de D. Quichot de la Manche, de
la nouvelle Traduction de ces Meffieurs ,
4. vol. de mon impreſſion , s. livres.
LIVRES NOUVEAV
de l'Année 1681 .
LesSatyres de Juvenal , in 12. 2. vol. Tra
duction nouvelle , Paris , s . livres , & de
Lyon so. fols.
Memoires touchant le Mariage de Charles
II. Roy d'Eſpagne avec Marie Loüife
d'Orleans, par l'Autheur du MercureGalant,
in 12. 20, fols .
LeGrand Soliman, Tragedie , 12 15. fols.
L'Eglife Romaine reconnue toûjours des
Lutheriens, pour vraye Egliſe de JESUS , inoctavo
, 40. fols .
Inſtitutiones Juris Canonic. par Monfieur
de Roye, in 12. 40. fols.
Heures Nouvelles, imprimées par Ordre
de Madame la Dauphine, in 18. 50, fols.
Les Foux divertiſſants de Monfieur de
Poiffon, Comedie, in 12. 15. fois,
La Comette, Comedie, 15. ſols .
Inſtruction Chreftienne fur les Myſteres
de Nostre Seigneur Jeſus - Chriſt Nouvelle
Edition, augmentée & corrigee en beaucoup
d'endroits in-octavo, 5. vol. 15. livres.
Moyens de ſe guerir de l'Amour, Conver
fation galante, 15. fols.
Catalogue.
Traittédu droit de Chaſſe , 12. 20. fols.
Zaide, Tragedie par Monfieur l'Abbé la
Chapelle, in 12. 15. fols.
DeMarca Opufcula, in octavo 3. livres.
Cofmographie aifée contenant la Sphere
l'uſage du Globe Terrestre ,& la Geographie,
en faveur de la Nobleſſe, 12.30 . fols.
La Vie du Pere Charles Spinola , de la
Compagnie de Jeſus, 12. 25. ſols.
La Douce&Sainte Mort,par le P. Craffet,
de la Compagnie de Jeſus, 12. 30.fols .
La Science & Pratique du Chrétien par
Monfieur Boudon, 12. 20. fols .
La Philofophiedes Gens de Cour , 12.
Le Medecin d'Armée , in 12. 30. fols.
Diſcours fur l'Histoire Vniverſelle, àMonſeigneur
le Dauphin , pour expliquer la ſuite
de la Religion , & les changemens des Empires,
depuis le commencementdu Mondes
juſques à l'Empire de Charlemagne, par M.
Boffuet, Eveſque de Condom , 4. 6. livres .
Les Carrofles d'Orleans , Comedie , par
Monfieur l'Abbé la Chapelle, 12. 15. fols.
Philoſophia Vetus & Nova ad usű Scholæ
accommodata,par.Monfieur l'Abbé Colbert ,
augmenté d'un tiers en cette nouvelle Edition,
in 12. 6. vol. 10. livres.
Les Lettres de M.de Bongars , Latin François,
Nouvelle Edition, 12. 2. vol. 4. livres.
Hiſtoire d'Henry IV. 12. Nouvelle Edition,
40. fols.
Methode pour lire Chrétienement les Poë
tes fuivant l'Ecritu re Sainte & les Peres , du
Pere Thomaffin. 8. 4. livres...
Dictio
Catalogue.
Dictionaire François de Richelet. 4. 2.vol.
Poëfies & Pensées Chrétienes , par Monfieur
l'Abbé Gouffaut. 12. 30.fols .
Difcours prononcé par Monfieur de Launay,
Advocat en Cour, indouze, 15. fols.
Le Virgile , traduit par Monfieur l'Abbé de
Martignac , avec pluſieurs Figures en tailles
douces , 3. vol. 7. livres 10.fols.
La Vie du Duc de Guiſe, indouze, 30.fols .
Les Memoires fur la Grace,du P. Thomaffin,
in 12. 3. vol. 6. livres.
Molinzi Opera , fol. 5. vol. augmenté d'un
quart en cette derniere Edition, fol. 7.liv.
Ammiani Marcellini Opera, fol. 12.livres.
Un nouvelHorace, avec des Remarques, indouze
, 2. livres s.fols.
L'Homere, Traduction nouvelle par Monfieur
l'Abbé de la Valtrerie , en 4. vol. indouze,
11. livres.
Officina Latinitatis, inquarto, 6. livres.
Diſcours du Chevalier Digbi de ſaGuerifon
des Playes par la Poudre de Sympathie,
nouvelle Edition, indouze, 30.fols .
Cicutæ Aquaticæ Hiſtoria , & Noxx Commentario
illuſtratæ à Jacobo VVepphero,
Med.Doct. Scaphufiano, inquarto.
L'Art de guerir les Hernies , du Sieur de
Bligni , indouze, 30. fols.
La Princeſſe de Fez , 2.vol . indouze', 1.livr.
Lebeau Polonnois, par Monfieur de Preſchac,
indouze , douze ſols .
Remedes Charitables , de Madame Fouquet,
augmentez d'un tiers en cette nouvelle
Edition, 20.fols.
Les Caprices de l'Amour , par Mademoiselle
2
Catalogue.
de Villedieu , 2.vol..livre.
Les Lettres Portugaiſes , avec les Réponſes,
Tome 2. dix ſols .
Plaidoyers de Monfieur Patru , augmenté de
ſes Oeuvres diverſes, oct. 2.vol. 5.liv.10.f.
Artificesdes Heretiques, 12. 2.livres.
La Comparaiſon de Thucydide & de Tite-
Live, du P.Rapin, indouze, 30. fols.
Memoires du Chevalier de Terlon , 2. vol.
4. livres .
Mariage du Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal , par l'Autheur du Mercure
Galant, indouze, 20. fols.
Les Entretiens Galans, 2.vol . in 12. 30. f.
Repreſentations en Muſique,du P.Meneſtrier,
indouze, 30. fols.
Traité de la Cloſture des Religieuſes , de
Monfieur Thiers , indouze, 40. fols .
Ecclefiæ Græcæ Monumenta , Tomus fecundus,
Studio atque Opera Joannis Baptiſtæ
Cotelerij , inquarto.
La Circé de Jean Baptiste Gelly , traduit en
François, indouze, 30. fols.
La Methode Latine de ces Meſſieurs, nouvelle
Edition augmentée , octavo, 4.liv.
Le Voyage de Texeira , ou l'Hiſtoire des
Roysde Perſe , 2.vol. 3. livres.
Le Prixdel'Academie de 1681. in 12.30 fols.
Le 2. Tome des Ordonnances des Aydes &
Gabelles, indouze, 1. livre 5.fols.
La Beauté de l'Eſprit , comparée à celledu
Corps, Traduction nouvelle , 25. fols .
Le Meſſager Celefte, Extraordinaire de Monſieur
de Blegny, 30. fols.
Liſte des Avis du Journal general de France,
1
Catalogue.
ou Bureau de Rencontre, qui ſe diſtribuent
toutes les Semaines pour 5. fols le Cayer,
octavo.
La Princeſſe de Milan de Monfieur de Prefchac
, indouze, 12. fols.
LaConduite du Sage dans les differens Etats
de la vie, 2.vol. 3. livres.
Des Ballets anciens & modernes ſelon les
Regles du Theatre , du P. Meneftrier , indouze,
30. fols .
La Vie de Chriſtophle Colomb, avec laDécouverte
qu'il a faite des Indes Occidentales,
vulgairement appellées le Nouveau
Monde, 2.vol. indouze, 3.livres 10.fols.
Les Lettres Familieres de Monfieur Conrard
àMonfieur Felibien , 12. 30. fols.
Le Prudent Voyageur, 12. 3.vol. 4.livr.10.f.
LIVRES NOUVEAUX DU MOIS
de Decembre 1681 .
Homelies ſur les Dimanches & Feſtes de l'Année,
par feu Monfieur Godeau, in quarto, 6.livr.
Les Preuves de Nobleſſe du R.P.Meneſtrier,c'eſt
le 3.Tomedes Blafons de fon grand Ouvrage,
in douze, 2. livres .
AlmanachdeMilan pour 1682. indouze,15.ſols.
Idem de Liege, indouze, 12.fols.
Crifpinbel Eſprit, Comedie, indouze, 15.fols.
Les Fragmens de Moliere, indouze, 15.fols .
Theophili Anteceſſoris Inſtitutionum,Libriquatuor,
Auctore Doujacio, indouze, 2. vol. 4.liv.
Marie d'Anjou Reyne de Majorque , du Sieur
Saint Bremont Auteur du double Cocu,indouze,
4.vol . Lyon, so. fols .
Lettres de Monfieur le Chevalier de Méré , indouze,
2.vol. 4.livres .
La Comteffede Salisbury,Nouvelle d'Angleterre,
2.vol.indouze, 3.liv .
FAN.
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 168
VILLE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
Ruë Merciere .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Evous envoyeray,
Jcher Lectur, le mois
prochain les Preuves
de Nobleffe du Pere
Meneſtrier, c'eſt la continuation
de fon grand Ouvrage. Vous recevrez
auffi dans huit jours la
Princeffe de Milan de Monfieur
de Preſchac , c'eſt un livre du
temps.1 5
J'ay reçeu ce mois plufieursi
paquets ſans que l'on ayt payéle
port des lettres, ceux qui ne l'ont
pas payé peuvent s'allurer de
ne voir jamais leurs Ouvrages
dans le Mercure ; & pour ceux
qui affranchiffent les ports de
a ij
lettres ils doivent s'aſſurer d'y
eſtre mis à leurs tours , pourveu
que leurs Ouvrages en valent
la peine. On vendra toûjours les
Mercures 20.ſols levolume ,& les
Extraordinaires 30. tant vieux
que nouveaux. Dans 15.jours au
plus tard , on diſtribuera de touzes
fortes de grands Almanachs
de Paris , tant enluminée que en
blanc, à un prix tres-raiſonnable.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Novembre 1681 .
La Princeſſe de Milan de Monſieurde
Preſchac, 12. 12.folsa
La conduite du Sagedans les diferens
Etats de lavie, 12.vola
Marie d'Anjou Reyne de Majorque,
12. 4. vol .
DesBalets anciens & Modernes,
4
beb
ſelon les regles du Theatre
par le Reverend Pere Mene
ſtrier
ſtrier , indouze , trenté ſols.
La Vie de Criſtofle Colomb &
ladécouverte qu'il a faite des
Indes Occidentales, vulgairement
appellées le nouveau
Monde , indouze , 2. volumes,
3. livres.
Lettres familieres de Monfieur
Conrard àMonfieur Felibien,
indouze, 30. fols.
Le Prudent Voyageur , indouze,
3. vol. Geneve, slivres
と思
3
TABLE
10
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.
A
vant-propos ,
vrages en
accompagné d'Ou-
Profe & en Vers ... I
Ce qui s'est passé à Strasbourg, &dans
le retour du Roy , juſques à ſon arrivée
àS. Germain . 12
Pluſieurs Pieces en Vers & en Proſe,ſur
la soûmiſſion que Strasbourg a renduë
au Roy fur l'entrée des Troupes
de Sa Majesté dans la Citadelle de
Cazal,
Sonnet.-
21
27
Divertiſſement apres le depart duRoy.
29
Galanterie en Profe & en Vers. 30
Recepte amoureuse . 40
Prix tirez àCharolles en Bourgogne,&
disputezpar les Dames: 41
L'Amour&la Mort,Fable. 79
Mort de Monsieur de la Baume. 86
Mort de Madame la Préſidente de la
Berchere. 88
Lettre en Profe & en Vers. 91
Histoire
TABLE .
Histoire.
Rondeau.
96
128
Retour de Monfieur le Duc de Mortemar.
128
Noms de toutes les Galeres de France,
&de tous leurs Commandans . 130
Grand Procés jugé au Conseil du Roy,
133
Requeste d'un jeune Heſtre aux Mirtes
des Iardin, de Vénus , qui font dans
la Ville d'Idalie en Cipre.
Voyage des Troupes du Roy , & leur en
trée dans la Ville de Cazal.S
144
Reception faite à Tours à Monfieur le
Duc du Maine, 01170
Sonnet au Roy. halepkes 74
Autre Sonnet au mesme . 76
Cerémonies faites à la Meſſe du S. Efprit
celébrée pan Meſſieurs du Clergé.
77
Noms de tous les Archevesques , Evef.
ques , Abbez, autres qui composent
Aſſemblée du Clerge79
Plusieurs Abjurations,
183
Cerémonie faite à Limours. 190
Mort de Madame de Sourdis . 195
Mort de Madame de Ruberpré. 196
Mort
TABLE.
l'Archevesque
Absence .
Mort de Madame Forcadel. 19
Harangues faites à l'ouverture du Parlement
. 199
Ouverture des Ecoles de Medecine par
Monsieur Paylonso1 2202
La Mercuriale faite par M. l'Avocat
८ General Talon.. 203
Compliment du Clergé au Roy par M.
204
Sonnet du Berger Fleuriste , sur une
206
Nomsde ceux qui ont deviné la premiere
Enigme, 228
Noms de ceux qui ont deviné la ſeconde,
210
Noms de ceux qui ont deviné toutes les
deux. 2212
Retourde Monsieur à Paris, & tout ce
- que te Prince y a fait pendant fon
fejour, 216
Theſes ſoûtenuës à Avignon.
Divertiſſemens de cet Hyver.
Mort de Monsieur Bernardy.
220
221
126
?????????????????*? *Rછ*છછછછછછછ-
I
१९८
201
Angrodil ok muMERCU
:
MERCUREBLIOTALOUS
GALANT
LYON
NOVEMBRE 1681.
E vous ay fait voir,
Madame, en vouspar-)
lant de Strasbourg la
derniere fois , quele
Roy regle toutes ſes actions fur
la Juſtice. Il la conſulte toûjours
avant quede faire aucune Entrepriſe
, & ne s'en rapporte ny au
nombre de ſes Troupes , ny à ſa
valeur. S'il ſe vouloit ſervir de
ces avantages , il eſt impoſſible
Novembre 1681 . A
;
2 MERCURE
qu'il ne ſoit perfuadé ainſi que
toute l'Europe , que quelques
deſſeins qu'll puiſſe former, il luy
eſt facile d'en venir à bout , &
c'eſt en cela fur toutes chofes que
ſamoderation éclate. Il ſçait que
lors qu'on peut tout , on ne doit
pas tout vouloir,& cette raiſon eſt
cauſe qu'il ne veut jamais que ce
quieſt juſte. Auſſi quand cegrand
Monarque a une fois réſolu,
toutes les Puiſſances du Monde
s'oppoferoient inutilement à ſa
conduite , à ſes forces , & à ſa
prudence. Ces trois choſes vous
ont paru dans tout ce qui s'eff
paſſe touchant les ſoûmiſſions
que Strasbourg luy a renduës ,&
je vous ay fait connoiſtre avec
combien de justice il avoit voulu
ſe les faire rendre.Quoyquejene
vous aye rien dit que de vray,
c'eſtoit moy qui vous parlois , &
VOUS
GALANT.
3
P
vous ferez fans- doute bien-aiſe
qu'un temoignagequ'on ne puiffe
recufer , foit la confirmation de
ce quej'ay avancé fur cet Arti
cle. Je puis vous en donner un
qui vous fera d'autant moins
fufpect, qu'il eft & public,&d'un
Miniſtre public . C'eſt le Mémoire
que Monfieur le Comte d'Avaux
, Ambaſſadeur de Sa Majeſté
, preſenta aux EtatsGeneraux
à la Haye le 8. du dernier
Mois. Ce Mémoire contenoit.
Qu'ilcroyoit de fon devoirde faire
connoistre à LL. SS. que le RoySom
Maistre ayant esté pleinement informé
que ceux qui esperoient trouver
leurs avantages dans les troubles
, employoient tous leurs efforts
pourporter lesHabitans de la Ville
de Strasbourg à estre les principaux
Autheurs des désordres qu'ils voutoient
faire naistre dans l'Empire,
A ij
4
MERCURE
& que pour cet effet ils faisoient
entendre à ceux de la ville, que la
Cour de Vienne n'avoit donnéfon.
confentement aux Conferences de
Francfort , que pour cacher d'autant
mieux le deſſein où elle estoit
de renouveller la guerre ausfi- toft
que l'Empereur auroit achevé les
Levées , & que la Ville de Strasbourg
auroit reçen les Troupes que
la Maiſon d' Autriche y vouloit introduire
, pour porterſes armes dans
l'Alface avec tout l'avantage que
ce Pofte luy pouvoit donner ; Sa Majesté
avoit crû devoir apporterd'autant
plus de deligence à prevenir
les désordres que l'execution de ce
deffein pouvoit caufer dans l'Empire,
qu'Elle avoit estéavertie prefque
ausfi- toſt que les intrigues &
Séditions du Baron de Mercy , jointes
aux offres & aux promeſſes que
luy & les autres Emiſſaire de l'Em.
pire
GALANT .
pirefaisoient au nomde Sa Majesté
Imperiale aux Habitans de cette
Ville-là , commençoient à faire de
fifortes impressions fur les Esprits
crédules & turbulens , qu'ils estoient
tout disposez à recevoir les Troupes
Autrichiennes , & que le Prince
Charles de Lorraineſe préparoit à
y faire entrer celles qui font ſous
Son commandement ; de forte que
Sa Majesté voyant que la guerre
estoit inévitable , fi Elle ne prevenoit
avecune extréme diligence&م
un tres-grandfecret , les mauvais
deffeins de ceux qui cherchoient à
-s'emparer d'un Poſte ſi confiderable
au préjudice des droits acquis à la
Couronne de France , par les Traitez
de Munster &de Nimegue, ſur
toute la Haute & Baſſe Alface ,&
par confequent sur Strasbourg qui
enest la Capitale ; Elle s'estoit trouvée
obligée de s'y transporter Elle-
:
1
A iij
6 MERCURE
7
mesme , pour y recevoir leferment
de fidelité qui luy estoit den , de
crainte qu'une plus longue patience
ne luy portaft prejudice; que comme
Monsieurle Marquis de Louvois
que le Roy avoit envoyé avant luy,
avoit mandé que les Troupes
avoient marché avec tant de diligence
, qu'elles s'estoient emparées
le 28. Septembre de la Redoute qui
regarde te Pont, &avoient préve
nu les Troupes Imperiales qui
avoient ordre de s'en faiſir; que
ceux de Strasbourg avoient en
même temps témoignéqu'ils estoient
zout prests àfefoûmettre à l'obeisfance
qu'ils devoient à Sa Majesté,
& qu'ils vouloient bien recevoir les
Troupes dont Elle croyoit qu'ils euf-
Sent befoin pour leurdéfense,SaMa.
jesté avoit renvoyé auſſitoſt en leurs
Quartiers toutes celles quin'estoient
Pas neceſſaires pour la feûreté de
La
GALANT ל .
la Ville de Strasbourg , où Elle dewoitse
rendre àpetite journées pour
viſiter la Place , & pour ordonner
ce qu'elle jugeroit àpropos; Qu'ainsi
il y avoit sujet d'esperer que ce qui
auroit esté une occafion de guerre,
ferviroit d'oreſnavant d'un moyen
plusfacile à conserver la paix, puis
que la foûmißion de la Ville de
Strasbourg à l'obeiffance de Sa
Majesté, ruinoit les deſſeins de
ceux qui prétendoientſeſervird'un
Pofte si avantageux pour recommencer
ba guerre , & que d'ailleurs
il n'y avoit pas lien de croire que
les Princes de l'Empire , estant auſſi
éclairez qu'ils font , vouluffens
troubler le repos donttoute l'Europe
joüit à present , pour difputer à Sa
Majesté des droits qui luy appartenoient
avec justice, qu'Elle poffedoit
, & qu'Elle estoit réfoluë de
maintenir par tous les moyens que
A iiij
8 MERCURE
Dieu luy avoit mis en main ; Que
cependant , comme les Ministres
Autrichiens avoient tâché d'alarmer
tout l'Empire , en publiant que
Sa Majesté avoit deffein de porter
fes armes au de làdu Rhin , ilpouvoit
bien affurer LL. SS. que le
Royſon Maistre avoit des intentions
$finceres. pour conferver la Paix
dans l'Europe , que loin de fonger
à rien entreprendre , il estoit au
contraire tout disposé à consentir
dés-à-present à faire entierement
démolir les Fortifications de Fri
bourg , & à reftituer à l'Empereur
cette Place qui est la Capitale du
Brisgavu , à condition que l'Empereur
feroit pareillement rafer les
Fortifications de Philisbourg , &
rendroit cette Bourgade & ses dépendances
à l'Evesque de Spire ; de
forte que par ce moyen il ne tiendroit
qu'à Sa Majesté Impériale de faire
ceffer
GALANT.
ceffer de part & d'autre tout ſujet
d'inquietude &de défiance, d'ofter
pour l'avenir toute occaſion de renouvellement
de guerre , &d'affermir
pour toûjours une parfaite correspondance
entre la France &
lEmpire.
Vous voyez , Madame , par le
deſſein qu'avoient les Impériaux
de ſe ſaiſir de Strasbourg, que fa
Majesté ne les a prévenus que
pour empeſcher la Guerre. Ils
s'eſtoient préparez à la declarer
apres qu'ils ſe ſeroient emparez
de cette Place , & le Roy n'a
voulu en eſtre Maiſtre que pour
affermir la Paix . C'eſt ce que je
vous ay marqué fort au longdans
ma Lettre precédente , & ce que
vient de vous confirmer le Manifeſte,
dont j'ay crû devoir vous
faire part.Ainſi l'on ne peut douter
que ce ne ſoit avec une tres-
Av
10 MERCURE
grande justice que le Roy s'eſt
fait rendre l'obeïſſance qui luy
eſtoit deuë par ceux de Strasbourg,&
qu'il n'ait eu plus d'une
raiſonde le faire. Cependant afin
que les jaloux de la gloire qu'il a
fi bien meritée , n'euſſent aucun
lieu de s'alarmer, il s'eſt empefché,
par un effet de la plus haute
moderation , & quiluy eft pourtant
ordinaire, de tenter une entrepriſe
, qui depuis pluſieurs années
luy eſtoit auſſi facile qu'elle
l'a eſté le jour qu'il réſolut de l'executer.
Un motif preſſant éſtoir
feul capable de luy faire prendre
cette réſolution ; & il ne l'a priſe
que lors qu'il a veûla Paix en péxil
d'eſtre troublée. Ainſi on peut
dire qu'en ſe faiſant ouvrir les
Portes de Strasbourg , il a fermé
celles de la Guerre , puis que les
Autrichiens vouloient s'aſſurer
de
GALANT. rf
de ce Paſſage , pour pouvoir en
fuite nous la déclarer. Ce n'eſt
point affez pour ce grand Prince,
d'avoir donné le repos à toute
l'Europe. Il veut la maintenir
dans ce calme , & l'on n'en ſcauroit
douter , fi l'on examine ce
qu'il ne fait point & ce qu'il eſt
en état de faire. On eut pas fitoſt
nouvelles qu'une partie de
ſesTroupes marchoit vers Strasbourg
que ceMadrigal parut.
Vn Projet ſi juſte&si beau
DQuelfuccés devons-nous
tendre ?
Sans quelque miracle nouveau,
Strasbourg pourroit- ilfe défendre?
Non, non , le GRAND Loürs fera
toûjours vainqueur,
• Sa prudence ny savaleur
Ne trouveront jamais d'obstacles,
Et c'est un point de foy qui n'est que
trop constant
#
Quoy
12 MERCURE
Quoy que puiſſele Protestant,
Il ne peut faire de miracles .
Le Voyage de Sa Majesté à
Strasbourg a fait trop de bruit
pour n'en parler qu'une fois , &
vous voudrez bien ſans doute,
que nous reprenions cette matière
. Le jour que le Roy entendit
la Meſſe dans l'Egliſe Cathé
drale , Monfieur l'Eveſque de
Strasbourg qui le reçeut à la Porte,
comme je vous l'ay déja marqué
, n'étoit pas ſeulement accompagné
d'une partie de fon
Chapitre , mais encor de ſept
Abbez mitrez avec leurs Crofſes.
Jamais l'allégreſſe ne parut
plus grande en aucune occafion
qu'elle ſe fit remarquer par les
cris de joye qu'on pouſſa dans
celle- cy. Le Te Deum fut chanté
au bruit du Canon, des Cloches
des
GALANT.
13
2
des Orgues , des Timbales , des
Trompetes , & des Fifres des
Cent Suiſſes , & des acclamations
d'un nombre infiny de Perſon
nes de toute forte d'états. Je ne
vous dis rien de la Muſique.Chaque
Païs ſe fait là- deſſus des
beautez à ſa maniére , & il n'y a
rien qui ne plaiſe quand il eſt de
noſtre gouft . Pendant tout le
temps que le Roy a demeuré
dans Strasbourg, il a tous lesjours
monté à cheval , tantoft pour aller
faire tracer les Lignes de Circonvalation
autour de la Place,
où il fait baſtir la Citadelle , tantoſt
pour aller au Pont du Rhin,
&tantoſt pour vifiter les Dehors
dela Ville. La plupart des Dames
qui estoient veſtuës en Amazones,
employoient le meſme temps
à ſe promener où elles croyoient
ſe mieux divertir. Les unes alloient
)
14 MERCURE
loient chercher ce que les Mar
chands avoient de plus curieux,
& les autres ſe faisoient mener
aux lieux de la Ville qui estoient
à voir . Elles y ont admiré le teint
des Femmes , qui preſque toutes
ont les traits bien- faits . Elles portent
des Chapeaux ornez de dentelle
noire ou d'argent, ſuivant le
bien qu'elles ont,& de gros Bonnets
d'une fourrure tres - fine.
Leurs cheveux ne ſont point abatus,
mais natez & pendans , &
elles attachent leurs Jupes prefque
au milieu du dos,ce qui em
peſche que leur taille ne paroiffe
avantageuſe. Jamais on n'avoit
veu dans Strasbourg une fi belle
Aſſemblée. Outre un fort grand
nombre de Perſonnes du premier
rang de la Cour de France , la
plupart des Princes des environs
s'y eſtoient rendus, artirez, com-
4
me
GALANT. I
me quelques- uns ont dit en parlant
du Roy , pour voir la Mer--
veille du Monde;& ceux qui n'ont
pû s'y rendre , ont envoyé faire
compliment à Sa Majeſté. Le 25 .
d'Octobre, Elle donna Audience
au Prince de la Petite Pierre , &
le lendemain au Prince de Vvirtemberg,
Adminiſtrateur du Duchéjau
Comte Bagliani,Envoyé
duDuc de Mantonesà Monfieur
Cachevviki , Envoyé Extraordinaire
de Pologne , au Comte de
Vvirgeinſtein , Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur Palatin ; au
Marquis de Bade- Dourlach , &
au Baron de Bieken,Grand Bailly
du Païs d'Eichesfelt , Envoyé.
de l'Electeur de Mayence. Monfieur
de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs , conduiſit ces
Princes& ces Miniſtres , qui ce
meſme jour curent l'avantage de
com
1
16 MERCURE
4
complimenter la Reyne,ainſi que
Monseigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine, & Leurs Alteſſes
Royales. Je vous ay déja
mandé que Leurs Majeſtez eftoient
parties de Strasbourg le
27. du meſine mois , & qu'elles,
allérent coucher à Saverne. Le
Roy & une partie de la Cour
logea dans le Palais de Monfieur
l'Eveſque de Strasbourg.Ce Prelat
avoit fait tendre des Toiles,
& envoyé une belle Meute de
Chiens courans au devant de
Monſeigneur le Dauphin , dont
l'arrivée precéda celle du Roy.
Pluſieurs Gentilshomme du Païs
eurent l'honneur d'eſtre admis à
cette Chaſſe. On y prit fix ou
ſept Sangliers , l'un deſquels eftoit
d'une groſſeur ſi prodigieuſe
, qu'il peſoit pres de fix cens
livres. On en prit un autre au-
1
pres
GALANT.
17
pres de Colmar , ayant à peu
pres la meſme groſſeur. Monfieur
de Strasbourg avoit ordonné ,
qu'on défonçaſt des foudres de
Vin en pluſieurs endroits de ſon
Palais , où il y avoit diverſes Tables
ouvertes, avec des Gens deſtinez
pour inviter à y prendre
place. Le Roy mangea à fon ordinaire,
c'eſt à dire que ſes Offi .
ciers préparerent le Souper. Il
ne s'eſt preſque paſſé aucun jour
pendant le Voyage , à l'exception
de ceux qui ont eſté employez
à traverſer les Montagnes
, que Monſeigneur le Dauphin
n'ait eſté à la Chaſſe aux
Chiens courans ou
د à l'Oy
ſeau. Ce jeune Prince joüit a
preſent d'une parfaite ſanté , ce
qui eſt un fort- grand ſujet de
joye pour toute la Cour.
Le Roy qui fait les beaux
jours
18 MERCURE
jours de tant de Perſonnes , a
jony d'un tres- beau temps depuis
Fontainebleau,juſques apres
ſon départ de Strasboug. Aini
tout le Voyage pendant plus de
trois ſemaines , eut plûtoſt l'air
d'une ſomptueuſe Cavalcade ,
que d'une marche faite avec
deffein. Comme ce beau- temps
n'eſtoit neceffaire que pour fai
re paroiſtre la magnificence de
la Cour dans des Lieux où elle
n'avoit point encor eſté venë ,
la pluye qui pouvoit eſtre utileàla
Terre , commença fur la
findudernier mois ,& ne ceffa
point pendant dix ou douze
jours. Quoy qu'elle tombaſt ſi
abondamment que les chemins
en devinrent preſque impraticables
, elle ne fut point capable
d'empeſcher le Roy de ſe
détourner , pour viſiter les Places
GALANT. لو
ces qu'il avoit réſolu de voir
dans ſa route. Marſal fut du
nombre , ainsi que Nancy , dont
Sa Majesté viſita les Fortifications
, & fit Reveuë de la Garniſon.
Elle vint coucher à Mets
le ſecond du mois & y donna
audience au Baron de Leyen ,
Envoyé Extraordinaire de l'E
lecteur de Tréves. La journée
de Thionville à Longuyon eftoit
fort grande pour toute la
Cour , & plus encor pour le
Roy qui devoit ſe détourner
pour voir Longvvy , où il diſna.
Quoy qu'il fût fort tard quand
il ſe rendit à Longuyon , la Reyne
n'y eſtoit point encor arrivée
, & la fatigue d'avoir eſté
toûjours à cheval depuis la pointe
du jour , ou occupé à viſiter
des Fortifications, ne l'empécha
point d'en prendre une au
tre.
20 MERCURE
tre . Il deſcendit de cheval , ce
fut ſeulement pour en changer.
Il alla plus de deux lieuës
à la rencontre de cette Prin
ceſſe ; de forte qu'il eſtoit prés
de minuit quand Leurs Majeftez
arrivérent à Longuyon. Le
lendemain Elles allerent coucher
à Stenay , où Elles voulurent
ſejourner un jour pour
laiſſer avancer les Equipages
que le mauvais temps avoit retardez
. Elles ont en ſuite couché
à Grandpré , à Saint Souplet
, à Rheims , à Fiſmes , a
Soiffons , à Villers - Cotrets , à
Dammartin , & font arrivées à
Saint Germain le ſeiziéme de
ce mois dans une ſanté parfaite.
Le Roy y a reçeu compliment
de toutes parts ſur l'heureux
fuccez de fon Voyage ,
qu'il ne s'eſt donné la peine de
faire
GALANT. 21
faire que pour affurer le calme
dont joüit toute l'Europe . C'eſt
de quoy conviennent les plus
ſages & les plus éclairez Souverains
, auſſi bien que ceux
qui prennent les choſes du bon
coſté , & à qui leur intereſt particulier
ne fait point chercher
de prétextes pour rompre la
Paix. Pluſieurs ont écrit fur la
foumiſſion que Strasbourg a renduë
au Roy , & fur l'entrée
des Troupes de Sa Majeſté dans
la Citadelle de Cazal. Voicy
quelques-unes des Pieces qui
ont eſté faites fur ce ſujet.
MADRIGAL.
Brand LOVIS victorieux ,
Laiſſe repoſerſon Tonnerre,
Ce
f
22 MERCURE
Ce qu'il fait dans la Paix , le rend
plusglorieux ,
Que ce qu'il afait dans la Guerre.
L'ABBE'DE SAINTE CROIXP
CHARPY.
SONNET.
QuyUy,, SSttrraassbboouurrgg s'est foumis à
vostre obeïffance,
Et Cazat qui leſuit, reçoit les mesme's
Loix;
Grand Roy, voſtre ſeul Nom, ou voſtreſeule
voix,
Font voirà l'Univers quelle est vo
strepuiffance.
Ainfimalgré l'effort de la Triple-
Alliance,
Neparustes- vouspas leplus puiſſant
desRoys ?
à-la-fois,
Et lors que vous preniezfix Villes
l'Eu
GALANT. 23.
L'Europe s'étonnoit des progrés de
la France.
Si ce vaſte pouvoir qui s'étend en
tous Lieux,
Est celuy d'un Héros toûjoursvictovieux,
En est-il apres Vous un plus grand
SurlaTerre?
Non , non , on voit briller en tout
temps vos hauts Faits;
Car ayant triomphédans le temps
de la Guerre,
Ne triomphez vous pas dans celuy
de laPaix?
RAULT , de Roien.
MADRIGAL.
ASujetirle Rhin & le Po tout d'un temps,
N'est pas une petite affaire ;
César
24
MERCURE
)
César ne le fit qu'en dix ans ,
LOVIS en un jour l'a ſçen faire.
On ſçait que Céſar employa
neufans à ſe rendre Maistre des
Gaules & du Rhin qui paſſe aupres
de Strasbourg, & qu'en ſuite
il alla faire la guerre à Pompée,
& aſſujettir le Pô , qui paſſe à
Cazal. C'eſt ce qui a donné lieu à
-ces quatre derniers Vers.
J'adjoûte un Billet que vous
trouverez galamment tourné fur
cette meſme matiere. Il eſt de
Monfieur de Clelban de Normandie.
A MONSIEUR DE ***
J
en luy envoyant le Mercure.
E ne vous envoye ny Cyrus ny
Cleopatre. Il y a longtemps
६
que
GALANT.
49
voulons außi partager en quatre
Lots ce que nous avons à vouspropofer.
I.
Qui emportera l'Aisle droite,aura
une Garniture de Rubans, Gands,
Baudrier , Epée , le tout de cinquante
Loüis .
II.
Pour l'Aisle gauche , un Castor
& de Plumes , avec une Garniture
, des Gands & des Manchetes de
Points- d'Espagne, du prix de vingt
Louis.
III.
Pour la Teste & le Col de l'Oy-
Seau , deux Fufils & deux Paires
de Pistolets , des plus curieux &
des plus beaux.
I V.
Pour le Corps , la liberté des
derniers Vaincus , avec le droit des
Victorieux .
Novembre 1681 . C
:
So
MERCURE
Voilà nos intentions. Nous attendons
vôtre Réponse avec une extrême
impatience, c'est à dire vôtre
conſentement , vous estimant trop
pour vous croire capables de refuser
un pareil Défy. Il ne vous ferajamais
honteux d'avoir combatu avet
des Femmes , qui n'ont de leur Sexe
que la taille, la douceur,& la beauté;
car pour le courage & la haron
nous le verra toûjours dieffe ,
difputer avec les plus vigoureux.
Cette Lettre leuë , le Roy dit
beaucoup de choſes à l'avantage
de ces genéreuſes Héroïnes , &
fit convenir ſes Chevaliers qu'il
falloit leur aller rendre les Armes,&
leur remettre les Vaincus
entre les mains. La joye parut
genérale & mille Gens qui
étoient témoins de tout , pouffe-
,
rent un cry qui ſe fit entendre
jufque
GALANT.
51
juſque dans la Ville. En meſme
temps tous les Chevaliers Vainqueurs
prirent chacun un Vaincu
, & les conduiſirent à la Porte.
La Dame parut lors que le
Trompette eut fait le, ſignal , &
la réſolution que l'on avoit priſe
luy ayant eſté expliquée au
nom du Roy par un Chevalier,
qui luy dit fort galamment qu'ils
venoient changer de condition
avec leurs Captifs. Elle répondit
d'une maniere auſſi obligeante
que ſpirituelle , qu'elles
ne pouvoient accepter leurs
offres ; que les vouloir rendre
Arbitres du Sort des Vaincus ,
c'étoit aller au delà de la generoſité
; qu'étant leurs Eſclaves
de bonne guerre , elles auroient
à rougir , ſi la liberté
leur étoit renduë par une autre
voye ; & que puis qu'ils les
Cij
52
MERCURE
avoient aſſez eſtimées pour vouloir
bien conſentir à leurs demandes,
il étoit juſte que par leur
valeur & par leur adreſſe, elles
méritaſſent de rompre leurs fers,
ou qu'elles en fuſſent chargées
elles-mefmes. On difputa quelque
temps , & enfin les Cheva
liers furent contraints de oéder .
Le Roy étant informé de tout ,
fit affembler ſon Confeil. Il fut
réſolu que l'on renvoyeroit un
Chevalier pour complimenter les
Dames ſur un procedé ſi genéreux
, & pour les prier en même
temps d'ouvrir les Portes ,
afin qu'ils pûſſent continuer leur
Triomphe . La meſme Dame qui
avoit déja parlé , promit qu'on
tiendroit les portes ouvertes;mais
pour le Triomphe, elle pretendit
qu'il feroit borné , c'eſt à dire ,
que les Chevaliers vainqueurs ne
traver
GALANT.
53
traverſeroient que la moitié de
la Ville , ou bien que leur marche
étant deux à deux , il n'y
'auroit qu'un coſté armé , pour
marquer par là que leur victoire
n'étoit pas entiere . Le Chevalier
eut beau dire qu'il n'y avoit point
d'exemple qui autorisat leur prétention
; que c'eſtoit borner le
droit de la Royauté ,&que dans
la fuite , les Etrangers eſtimeroient
moins le Prix des Chevaliers
de leur Ville , s'ils avoient
à craindre d'eſtre aſſujetis à des
Loix nouvelles. La Dame répondit
au nom de toutes , que
ce qui pouvoit arriver un jour ,
ne les touchoit point ; qu'elles
étoient réfoluës de racheter la
-liberté de leurs Chevaliers aux
dépens de la leur propre , &
qu'elles ne ſouffriroient jamais
qu'on prît aucun droit fur elles.
Cij
54 MERCURE
qu'à tres - juſte titre ; que ſi ces
conditions bleſſoient le Roy &
ſes Chevaliers , ils pouvoient
faire leur Triomphe dans les
Fauxbourgs , ou ſe rendre Maîtres
de la Ville, s'ils ne croyoient
pas qu'elles fuſſent affez fortes
pour la bien défendre. Le Chevalier
étant allé faire fon raport,
le Roy trouva qu'ayant affaire à
des Dames , il étoit de leur honneur
& de leur galanterie , de ſe
ſoûmettre à leurs volontez ; que
cependant , comme borner leur
Triomphe ſelon leurs prétentions
, feroit renoncer aux avantages
qu'ils venoient de remporter
ſur la Ville , il étoit plus à
propos de le remettre juſqu'à ce
que tout fuſt preſt pour le Combat
de l'Oyſeau , dont ils gagneroient
aisément le Prix. On
alla dire auffi - toſt aux Dames
que
GALANT.
5'5
que le Roy & ſes Chevaliers
mettoient bas les armes , qu'elles
n'avoient qu'à ouvrir les Portes ,
& que tous leurs diférens ſe termineroient
dansun Bal qu'ils leur
donneroient le ſoir , ne voulant
fonger qu'à ce qui pourroit leur
cauſer quelque plaiſir , juſqu'à
ce qu'elles euſſent préparé tout
ce qu'elles croiroient neceſſaire
pour le combatqu'elles vouloient
entreprendre . Leur réponſe fut
que le naturel des Femmes eſtant
défiant , elles les prioient de leur
envoyer un oſtage de deux de
leurs principaux Chevaliers, qu'-
elles traiteroient affez agreable-
*ment pour leur donner lieu de fe
louer d'elles , & qu'en 'meſme
temps on leur ouvriroit les Portes.
Les Oftages furent auffitoft
donnez, & les Chevaliers ayant
renvoyé tous leurs Chevaux , en-
.
Cij
56 MERCURE
trerent fans armes dans la Ville.
Leur étonnement fut grand ,
quand ilsy trouverent les Dames
rangées en haye , armées d'un
Mouſquet & d'une Epée , avec
un Chapeau & un Juſte- aucorps.
•Elles firent leur décharge en l'air;
& les Chevaliers , apres mille
complimens fur leur bravoure ,
les déchargerent de leurs Armes,
qu'ils firent porter par ceux de
leur Suite ; & les ayant priſes
par la main , ils les menerent au
Lieu que l'on avoit préparé pour
leRoy du Prix. Elles y furent fuperbement
régalées , & il y eut
Bal , Collation , Concert , &réjoüiſſance
entiere tout le reſte de
la nuit. Le lendemain,elles donnerent
ordre pour leur Prix , refolurent
la maniere dont elles
s'habilleroient , & firent porter
parole aux Chevaliers , qu'elles
ſeroient
GALANT.
57
ſeroient preſtes pour le Combat
propoſe , le 21. Septembre , jour
de Saint Mathieu. Ce jour-là
eſtant venu , elles ſe rendirent
dans la Chambre de leur Conſeil
, où chacune s'eſtant habillée
à fon avantage , elles monterent
à cheval fur les dix heures , &
allerent en tres-bon ordre dans le
Pré S.Nicolas, joignantles Eclufes
de la Ville , qui eſt le Lieu ordinaire
de la Promenade. Rien
n'eſtoit mieux ordonné , ny plus
charmant que leur marche. A la
tefte de leur Compagnie eſtoient
deux Trompetes,& quatre Hautbois;
dans le milieu , leur Enfei
gne, quatre Violons, & fix Flûtes
-douces ; & à la queue , quatre
Hautbois , avecdeux Trompetes.
Elles firent l'Exercice das ce Pré,
& il n'y eut aucun des Specta
teurs qui n'admiralt leur adreffe,
Cv
58 MERCURE
En ſuite , elles retournerent dans
la Ville, où elles avoient ordonné
un magnifiqueRepas pour regaler
les Chevaliers combatans ,
qui depuis deux jour s'eſtoient
rendus à Charolles . On ſe mit à
table ſur le midy , & la Compagnie
fut ſervić par les Chevaliers
vaincus , qui portoient tous
une Chaîne de Rubans penduë
au col , pour marque de leur efclavage.
Le Dîné finy, lesDames
avertirent les Chevaliers qu'il
eſtoit temps de partir. Chacun
monta à cheval. Les Dames eurent
la droite , & les Combatans
la gauche , avec les Eſclaves qui
marchoient à leurs coſtez . On
n'entendoit en tous lieux qu'acclamations
de joye. Toutes
les Feneſtres eſtoient remplies
d'un nombre infiny de Spectateurs
; & en pluſieurs endroits
GALANT.
59
droits de la Ville, ondéfonça des
Tonneaux de Vin , où tout le
monde eut la liberté de boire.Les
deux Compagnies marcherent
entres-bon ordrre jufqu'au Lieu
du rendez - vous où l'on avoit
élevé l'Oyſeau. Il y avoit fix Tentes
dreffées , deux pour les Combatans
& les Combatantes; & les
quatre autres , pour les Specta-
, teurs & les Inſtrumens . Lors que
l'on fut preſt de commencer , la
Dame qui juſque-là avoit parlé
pour toutes les autres ditaux
Chevaliers, que pour empefcher
qu'il n'y euſt aucun defordre , il
falloit regler le nombre de ceux
qui devoient tirer. On en nomma
neuf de chaque Party , &
l'honneur du premier coup fut
laiſſe aux Dames. Celle qui
fut choiſie pour cela , falia
la Compagnie pendant les fanfares
,
60 MERCURE
fares des Trompetes ; & du
coup qu'elle tira , elle donna
dans la + Feüille
د
directement
au deſſus de la teſte de l'Oyfeau.
Cet heureux eſſay fut
pris pour un bon augure. Il
faut vous dire ce que c'eſt que
cette Feüille. Comme l'Oyſeau
eſt petit , & qu'on auroit peine
à ledécouvrir , par la diſtance
qu'il y a du lieu d'où l'ontire, à celuy
où l'Oyſeau eſt élevé, l'on met
une Feüille de fer blanc par derriere,
rabatuë en arcade par deſſus
ſa teſte , afin qu'on le puiffe
voir par la reverbération du Soleil
. Ce premier coup de la Dame
luy attira l'applaudiſſement de
tout le monde. Les Chevaliers tirerent
en ſuite , mais fans aucun
avantage . Dans le ſecond coup
que l'on rira , l'Aifle droite de
P'Oyſeau fur emportée par la Das
mei
GALANT. 61
me; & tous les autres de chaque
Party n'attraperent que la Feüille.
Au troifiéme coup , un des
Chevaliers abatit l'autre Aifle Au
quatrième , une des Dames emporta
la Teſte . Il n'y eut rien au
cinquiémede part ny d'autre,non
plus qu'au ſeptiéme; mais au ſixiéme
, une autre Dame abatit la
Feüille ; & au huitième , celle qui
avoit eu déja de grands avantages,
emporta l'Oyſeau.On courut
llee pprreennddrree,,&& on l'apporta à cette
illuſtre Victorieuſe, à qui chacun
s'empreſſa de marquer fa joye.
En meſine temps elle fut proclamée
Reyne au ſon des Trompetés
; & au bruit des Fuſils
-qu'on tira de toutes parts. Les
Chevaliers qui regardoient les
honneurs qu'on luy rendoit ,
comme des reproches de leur
défaite furent obligez de ſe
ſoûmet
62 MERCURE
foûmettre à leur tour. Ils ſe
jetterent aux pieds de ſes belles
Amazones , & leur dirent d'une
maniere fort ſpirituelle , que
ce n'eſtoit pas la premiere fois
qu'elles les avoient vaincus. La
Reyne les affura qu'ils feroient
traitez favorablement , & fit publier
par tout le Camp que l'on
remettoit le Triomphe au lendemain
, parce qu'il eſtoit trop
tard , & qu'on n'avoit pas le
temps de préparer ce qui estoit
neceſſaire pour le rendre plus
celebre. Alors tout le monde ſe
retira dans la Ville , les Vaincus
meſlez parmy les Vainqueurs ,
comme ſi l'on fuſt revenu de la
Promenade. Le ſoir il y eut Bal
en plufieurs endroits. Aucune
,
des Dames
qui avoient part
au Triomphe , ne s'y trouva ,
eftant toutes occupées à donber
GALANT.
63
ner leurs ordres pour le jour ſuivant.
Leur nombre eſtoit de
vingt- quatre , qui le lendemain
ſe rendirent dans le Camp fur
les deux heures. Je ne nommeray
que celles qui avoient eſté
choiſies pour tirer au Prix. Voicy
dans quel ordre commença leur
Marche.
Trois Trompetes& trois Hautbois
parurent d'abord , ſuivis d'uneDame
, à qui on avoit donné la
qualité de Maréchal des Logis .
Elle avoit un Juſte - au - corps
de Tafetas bleu , doublé de
rouge , & enrichy d'une Dentel
le d'argent , avec une Garniture
iſabelle , la Jupe , la Culote , &
les Bas de meſme. Elle précedoitMademoiselle
de Ganay, Fil
le deMonfieur de Ganay , Chevalier
, Seigneur de Genelard,
Monteguillon , Langeres , & le
Süeil,
64 MERCURE
Süeil, qui étoit au milieu de deux
des Dames qui n'avoient pas tiré.
Chacune d'elles tenoit avec
un Ruban un des Vaincus , qui
marchoient à pied , ſans Armes,
& fans Chapeau. Mademoiselle
de Ganay avoit fes cheveux enfermez
par derriere , dans une
Bource noüée d'un Ruban couleur
de Cerife ; un Caſtor garny
de Plumes couleur auſſi de Ceri
ſe, & mêlées avec des blanches;
une Cravate d'un Point tres- fin
d'Angleterre, à la Cavaliere ; un
Juſte-au- corps de Satin blanc de
laChine,enrichy de Galons d'or,
&doublé d'un Tafetas couleur
de Cerife , avec une Jupe de ce
meſme Tafetas , au bas de la-
T
quelle étoit une Frange d'or.
Cette Jupe ne paſſoit point les
genoux. L'Echarpe qui la ceignoit
, étoit de Dentelles d'Angleterre
GALANT. 65
gleterre pareilles à la Cravate.
On luy voyoit ſur l'Epaule , aux
Manches & à l'Epée , de groffes
Toufes de Rubans étroits , couleur
de Ceriſe & blancs. Elle
avoit une Culote de Satin blanc,
toute couverte de Dentelles d'or,
avec un Bas de Soye couleur de
Ceriſe , qui étoit roulé ſous le
genoüil. Dans cet équipage , elle
marchoit fiéremét,montée ſur un
petit Cheval blanc , preſque tout
couvert de petits Noeuds de Ruban,
de meſme couleur que fa
Garniture. Elle ſoûtenoit ſon Fufil
de la main droite , & le tenoit
appuyé ſur la cuſtode de
fon Piſtolet.
Mademoiselle de Grand- jean
la jeune , Fille du Maire de la
Ville , paroffoit en ſuite montée
fur un Cheval Rouan , ayant ſes
cheveux dans une Bource , &
tenant
66 MERCURE
tenant fon Fufil comme la pre
miere, ce qui étoit imité par toutes
les autres. Elle avoit à ſes côtez
deux Demoiſelles tenant
chacune un Vaincu , & parées
ainſi que celles dont je viens de
vous parler. Son Juſte-au- corps
étoit bleu , garny de Dentelles
d'argent , & doublé de feüillemorte.
Quantité de Plumes de
ces deux couleurs , faisoient l'ornement
de ſon Chapeau .
Mademoiſelle des Autels la
jeune , Fille du Lieutenant Civil ,
ſuivoit ſur un Cheval gris-pommelé
, accompagnée ainſi que les
autres. Elle avoit un Juſte-aucorps
de Tafetas couleur de Cerife,
doublé de blanc ; avec une
Jupe , & les Bas de Soye tresbien
aſſortis ; le tout couvert de
Dentelles d'or & d'argent. Sa
Garniture étoit bleuë.
Made
GALANT. 67
Mademoiſelre Carré , Fille du
Greffier en Chef, marchoit de la
meſme forte, montée ſur un Che
val Pie , ayant un Juſte- au- corps
bleu,avec une ſimple Treffe d'or
fur les coutures , des Tours-debras
de Point d'Eſpagne , & une
tres-belle Garniture .
Mademoiselle de Juchaut la
jeune , Fille de Monfieur de Juchaut
, Tréſorier de France en
Bourgogne & Breſſe , avoit un
Juſte-au-corps couleur de chair,
doublé de vert , une Garniture
blanc , vert , & incarnat , &
montoit un Cheval blanc.
Aprés ces cinq Demoiselles ,
venoient deux Trompettes &
deux Hautbois , précedant Mademoiſelle
de Juchaut l'aînée,qui
portoit l'Enſeigne. Sur cette Enſeigne
étoient peints pluſieurs
Trophées d'Amour, d'Epées , &
de Fufils ; & au milieu on liſoit
68 MERCURE
ces quatre Vers , qu'on avoit
écrits en lettres d'or.
:
Iln'est rien que l'Amour
Icy-bas ne furmonte .
Plus d'un
Captif en ce jour
En fait l'épreuve àſa honte.
- Mademoiselle de Juchaut avoit
un Caſtor noir , bordé d'or , ſans
Plumes , un Juſte - au - corps de
Velours , une Garniture jaune ,
&montoit un Cheval noir , tout
couvert auſſi de Rubans jaunes.
Deux Trompetes , & deux Hautbois
, marchoient derriere elle.
Mademoiselle Damas de Marfilly
, Fille de feu Monfieur le
Comte de Marfilly , & Coufinegermaine
de Mademoiſelle de
Ganay, ſuivoit ſeule en qualité
de Grand- Maître de la Maiſon
de la Reyne. Comme elle a la
plus
:
GALANT. 69
plus belle teſte du monde ,
fes cheveux étoient ſeulement
noüez par derriere d'un Ruban
incarnadin , & l'on en voyoit
trois ou quatre groffes boucles ,
qui ondoyoient fur la croupe de
fon Cheval. Elle avoit un Caſtor
noir , couvert de Plumes blanches,
bleuës, & incarnadines ; un
luſte- au- corps de Moire bleuë ,
enrichy de gros Galons d'or &
d'argent ; une Garniture de Rubans
en tres - grande quantité ,
des couleurs des Plumes ; une
Echarpe de Point d'Eſpagne , or
& argent ; une Jupe d'un Brocard
bleu , à fleurs auffi or & ar
gent;une Culote de Satin incarnat
; & de Bas de Soye de mefme.
Elle montoit un Cheval iſabelle
, tout couvert de Rubans
bleus ; & comme elle avoit abatu
la Teſte de l'Oyſeau , un La
quais
70 MERCURE
quais de ſa Livrée portoit cette
Teſte immediatement devant
elle à la pointe d'une Epée. Douze
Chevaliers ļa fuivoienr quatre
à quatre , ayant l'Epée nuë,
comme Gardes- du-Corps de la
Reyne.
En ſuite on voyoit Mademoiſelle
des Landes des Pierres, Fille
deMonfieur Droüy des Pierres,
Chevalier, Seigneur des Landes ,
des Pierres & de Douvant,Lieutenant
General , Civil & Criminel
au Bailliage Royal du Charollois.
Elle avoit des Plumes
violettes & blanches , une Garniture
de meſme , un Juſte- aucorps
de Tafetas blanc doublé
de violet , & montoit un Cheval
gris-de- Souris , couvert de Rubans
violet & blanc. Elle marchoit
ſeule en qualité de Maréchal
de Camp de la Maiſon de
la
GALANT. 71-
la Reyne ; & devant elle étoit un
Laquais de ſa Livrée , portant la
Feüille qu'elle avoit abatuë. Six
Gardes ſuivoient , avec deux
Exempts , & aprés eux paroiſſoit
la Reyne.
C'eſtoit Mademoiselle Peſerat,
tres- digne Fille de Monfieur
Peferat , fi recommandable par
ſes belles qualitez , & tres - eſtimé
de tout ce qu'il y a de Perſonnes'
de naiſſance dans la Province.
Il eſt genéreux , magnifique
dans tout ce qu'il fait , ſçavant
autant qu'on peut l'eſtre , & on
peut dire que ſi ſa Table eſt ouverte
à tous les honneſtes Gens,
fon Cabinet eſt l'Academie des
plus beaux Eſprits de ce Païs-là .
Mademoiselle Peſerat eſt tresbien
faite , a de la beauté , de
l'eſprit infiniment , parle auffi
bien Latin que François , ſçait la
Philo
72 MERCURE
Philoſophie & Théologie ; & de
tous les Exercices , la Chaſſe eſt
celuy qu'elle aime le plus. Rien
n'étoit plus brillant qu'elle , dans
l'équipage où elle parut en fon
Triomphe. Deux Pages la précedoient
, dont l'un portoit ſon
Fuſil ,& l'autre le Corps de l'Oyſeau
à la pointe d'une Epée. Elle
étoit montée ſur un Cheval d'Efpagne
noir, couvert d'une Houfſe
d'Ecarlate , enrichie de Broderies
& de Franges d'or & d'argent
; la teſte , le col,&la queuë
duCheval ornez de petits noeuds
de Ruban couleur de feu. Ses
cheveux , du plus beau noir que
l'on puiſſe voir , étoient noüez
en Perruque , qu'elle rejettoit negligemment
ſur ſes deux épaules.
Elle avoit une Cravate de
Point de France , avec cinq ou
fix feüilles de Ruban ponceau ;
i
un
GALANT.
73
un petit Caſtor noir, garny d'une
ſimple Plume couleur de feu ; un
Juſte- au- corps bleu , en Broderie
or & argent; une Echarpe tresriche
de Point-d'Eſpagne , or &
argent ; une petite Jupe, ainſi que
les autres , de Brocard bleu à
fleurs,auſſi or & argent, avec une
Frange au bas de la meſme forte;
une Culote garnie d'une petite
Broderie pareille à la Frange , &
des Bas de Soye couleur de feu.
Sa Garniture étoit de petit Ruban
ponceau . Elle marchoit d'un
air fier & digne d'une veritable
Reyne ,& avoit à ſes côtez quatre
Damoiſelles en qualité de Capitaines
des Gardes de fa Perfonne.
Elles portoient l'Epée nuë,
& étoient en Juſte- au corpsbleu ,
enrichy de Galons d'or. Deux
autres Exempts , & fix Gardes ,
trois à trois , allloient derriere la
Novembre 1681 . D
74 MERCURE
Reyne , & étoient ſuivis du reſte
des Chevaliers qui venoient de
recouvrer leur liberté tenant
د
chacun un Vaincu avec un
Ruban.
Ce fut dans cet ordre que l'on
marcha juſques à l'Egliſe de S..
Nizier , où les Chanoines chanterent
le Te Deum en Muſique.
Les Trompettes & les Hautbois
répondirent en Fanfares à chaque
Verſet , ce qui faifoit un
Echo fort agreable. La Reyne y
fit venir un Drapeau ; & comme
elle eft admirable en toutes choſes
, elle ſe leva , fit un grand Difcours
aux Vaincus ſur leur malheur
, & leur dit obligeamment
que ſi elle avoit vaincu d'autres
Chevaliers ; elle mépriſeroit ſa
Victoire ; & pour leur faire connoître
qu'elle leur parloit ſincérement
, elle ajoûta que pendant
la
GALANT.
75
la marche il luy eſtoit tombé en
penſée de créer un Ordre en faveur
duquel la liberté leur pourroit
eſtre renduë , car il eſt porté
par les Loix du Prix de ce Païs,que
ceux qui feront vaincus reſteront
fujets juſqu'à ce qu'on en tire un
autre. Toutes ſes Chevalieres
s'eſtant approchées,elle demanda
fi elles ne voudroient pas confentir
à l'Inſtitution de cet Ordre,
dont elles ſçauroient les Voeux
dans leur premiere Affemblée , les
aſſurant qu'ils ne ſcroient ny facheux,
ny rudes à exécuter. Cette
propoſition ayant eſté reçeuë
avec jøye, elle dit que quand elle
aproit fait les Regles & les Voeux
de l'Ordre , elle leur en feroit
preſter le Serment , & qu'alors
elle en donneroit les Dignitez à
celles qui en ſeroient jugées dignes.
Cependant elle le nomma
Dij
76 MERCURE
L'Ordre des Chevalieres de l'ois
feau ,& leur fit la deſcription de
la Marque qu'elle promettoitd'en
faire faire , & qui doit eſtre , un
Trophée de Fufils,d'Epées & de
Flêches , chargé ſur le tout d'un
Coeur plein de feu ,& au deſſousun
Oyſeau démembré , le tout
noué d'un Ruban , avec cette
Inſcription , Libertatis honor&م
gloria. En meſme temps elle conféra
cet Ordre à toutes ces aimables
Chevalieres ,& les pria,
pour rendre ce jour plus éclatant,
de donner la liberté à tous les
Vaincus . La joye redoubla de
toutes parts. Les Chevaliers
Etrangers reçeurent , comme ils
devoient , le Don qui leur eſtoit
fait, & rompirent les Rubans qui
leur tenojent lieu de Chaînes.
Les Hautbois & les Trompetes
faifoient cependant retentir
toute
GALANT. ラブ
toute l'Eglife. Chacun en fortit
tres- fatisfait, &les Dames eftant
remontées à cheval , firent le
tour de la Ville dans le meſme
ordre que je vous ay deja décrit.
Le ſeul changement qu'on
y remarqua, fût que les Vaincus
montant auſſi à cheval , allérent
au rang des Chevaliers de Charolles.
Le tour de la Ville eſtant
achevé , on ſe rendit chez Monſieur
Peferat , Pere de laReyne.
On y fervit un magnifique Repas
, auquel fuccéda le Bal qui
dura toute la nuit. Le lendemain,
les Chevaliers traiterent les Dames,
& les autres jours de la ſemaine
ſe paſſerent en plaiſirs. On
me promet de m'apprendre quels
auront eſté les Voeux de ce nouvel
Ordre,& les galates Cerémonies
que l'on aura obſervées pour
le Serment de fidélité. C'est dont
Dij
78. MERCURE
j'auray ſoin de vous inftruire ſur
ce qu'on m'écrira
Les Paroles que vous trouverez
icy notees ſont de Monfieur
Daubaine , dont vous avez déja
veu de fort jolis Vers . L'Air eft
d'un habile Maître .
CHANSON.
Npeut encor dans la Prairie
Mener quelquefoisfon Troupeau
,
Et cependant,laDolage Silvie
Ne veut plus fortir du Hameau.
Lefroidn'est pas ce qui l'arreste
Je ne l'ay que trop reconnu .
Afuivre mon Rival on la voit tou
jours preſte,
A
ой-
C'estpourmoySeulement que l'Hyver
est venu.
C
Il eſt aſſez rare que l'Amour
foit ſans rigueurs. Si vous en
voulez
GALANT.
79
voulez ſçavoir la raiſon , vous la
trouverez dans la nouvelle Fable
que je vous envoye. Elle eſt de
Monfieur Bardou de Poitiers .
969 99634646340903033-3-
L'AMOUR ,
L
ET LA MORT
FABLE.
CAR
Es deux Tyrans de la Nature
,
L'Amour,la Mort,un beaumatin
Se rencontrerent en chemin,
Par je- ne-fçay- quelle avanture.
Ilsse font d'abord compliment,
Se disent qu'ils s'en vont dans un
certain Village ,
Oùſous les Loix d'Hymen s'engageoit
un Amant ,
Etd'un commun confentement
ع د ا
Dilij
80 MERCURE
Ils refolvent de faire enſemble le
voyage.
Pour en moins reffentir les incommoditez,
Ils s'entretiennent de nouvelles ,
Mille Contes badins font par eux
debitez,
Car l'Amour se repaiſtſur tout de
bagatelles.
1 Sur le midy que la chaleur
Invite les Paſſansà l'ombre,
Nos Voyageurs couverts de poudre&
de fueur,
Se tirent à l'écart dans un Bocage
Sombre,
Poury respirer lafraîcheur.
Laplace estoit tenable ; une claire
Fontaine
Couloit dans cet aimable Lieu,
Et des Zéphirs la douce haleine
Porta bientost le petit Dieu
Ase coucher au bord de l'onde,
LaMort en fit autant, & tous deux
de concert, Apres
GALANT. 81
Apres avoirposédeſſus le Tapis vert
Leurs Arcs & leurs Carquois , fi
funestes au monde,
Dans ce Bois , à l'abry des ardeurs
du Soleil,
S'abandonnerent au sommeil.
**
Ces deux Ennemis de la vie
Dormoient affez tranquillement.
Les Soucis,les Chagrins , & laMé.
lancolie,
Repofoient avec eux dans cet heureux
moment ...
Que nostrefort, helas ! estoit digne
d'envie,
Si d'un ſommeil mieux affermy ,
Sans s'éveiller jamais , tous deux
euffent dormy!
Je ne sçay quel Démon contre nous
en colere
Troubla cette charmante Paix;
Tout d'un coup un nuage épais
Dérobe au Soleilfa lumieres
DV
82 MERCURE
Le feu de mille Eclairs brille de
toutes parts,
On entend gronder le Tonnerre,
Et le Ciel irrité ſemble priver la
Terre
De fes favorables regards ,
Quand tout d'un coup le Foudre
avec un bruit horrible
Tombefurle Bocage où repoſoit l'Amour
Reveillépar ce coup terrible,
Ilvoit enfeu lesArbres d'alentour.
Combien ce petit Dieu, dont le coeur
est fi tendre ,
De ce ſpéctacle affreux fut- il épouvanté?
છેઠકે12
(Car pour l'autre Divinité,
Sans s'étonner de rien, elle voit tout
en cendre. )
Croyant estre perdu , dans cette extremité,
Ileut recours aux cris, aux larmes,
Et le hasta de partir de ce Lien
Qu
GALANT. 83
Où l'on n'avoit nul respect pour un
Dieu ;
Mais voulant reprendre ſes armes ,
Dansson impatient transport,
Il pritfans y penſer le Carquois de
laMort,
Et laiſſant à cette Inhumaine
Les traits dont il bleſſoit & Tyrcis,
&Climene,
Trište , troublé , confus , accabléde
frayeurs,
Ilse mit àgagner la Plaine.
La Mort en mesme temps chercha
fortune ailleurs .
Apres un fi fâcheux orage,
Onvoit venir le calme &laserénité,
Et du Soleil la brillante clarté
Diffipa cet épais nuage.
L'Amour alors revenu defa peur,
Voulut de cet affront s'allerplaindre
àSaMere
Ilſe mit de mauvaiſe humeur,
Et
84 MERCURE
Etfut déchargerſa colere
Sur un jeune Berger , qui dans un
Lieu charmant,
Sans amour, fans inquiétude,
Foüiffoit fort innocemment
Des douceurs de lafolitude.
Le petit Dieu troubla cet heureux
fort
D'une maniere afſſezterrible ;
Car voulant luy donner un coeur
tendre &ſenſible,
Il tire, mais belas ! il luy donne la
mort.
Ilcauſa bien d'autres allarmes
Mille innocens Bergers, mille jeuness
Beautez..
Sentirent l'effort de fes armes.
On n'entendoit de tous coſt.ez.
Que cris, quesoupirs , & que larmes,
Et tous les Echos d'alentour
Se plaignoient tristement des ri
gueurs de l'Amour..
Lai
GALAN T. 85
LaMort deson costéfaisoit bien du
ravage.
Mille Vieillards dans un feul jour
Quitterent du Styx le rivage,
Pour s'embarquer avec l'Amour.
Elle eut beau dire ,
faire,
elle eut beau
Ses Traitsn'avoiet rien que de doux,
Tout estoit renverſé, les Vieux cherchoient
àplaire,
Etfemeſloient de faire des Faloux
Tandis que l'aimable Jeunesse,
Triste , & le coeur gros de foûpirs,
Abandonnoit à la Vieilleſſe,
Les ris , les jeux , & les plaisirs.
Depuis cette Avanture & bizarre
&cruelle,
La fierté, les rigueurs , fuccedent à
leur tour,
Etla Beauté la moins rebelle
Sallarme auſeulnom de l' Amour..
La
86 MERCURE
La mort de Monfieur de la
Baume , Conſeiller au Parlement
de Dauphiné , arrivée le 20. du
dernier mois , a fort affligé icy
pluſieurs Perſonnes qui avoient
pour luy une eſtime particuliere .
Je vous ay parlé fort amplement
de cette Famille , en vous apprenant
le Mariage de Monfieur de
la Baume, Seigneur de Chaſteaudouble.
Monfieur de la Baume
Pere du Defunt,ne fut pasmoins
confideré des Puiſſances, que l'avoient
eſté ſes Prédeceffeurs. Les
deux Comtes de Soiffons , & le
Conneſtable de Leſdiguieres ,
Gouverneurs, & Lieutenans Genéraux
en la Province de Dauphiné
, l'employerent pluſieurs
fois en des Commiffions , pour
des Affaires importantes à l'Etat,
deça , & dela les Monts . Il fit en
fuite la fonction de Procureur
Gene
GALANT
,
General au Sénat de Savoye ſous
Louis XIII . tant que ce Monar
que voulut eftre Souverain de
cette Principauté,& eut plufieurs
Enfans d'une Heritiere,qui estoit
Niêce du Sous - Doyen & Garde
des Sceaux du Parlement de
Grenoble. Celuy dont je vous.
apprens la mort eſtant l'aîné
prit la profeffion de la Robe , & a
paſſe quarante ans dans la Magiſtrature,
où il s'eſt acquis beaucoup
d'eſtime dans le Parlement
de Dauphiné ,& dans la Commiffion
de la Chambre de Juſtice de
Paris . Il ne s'eſt point voulu marier
, afin de fuivre avec plus de
liberté le panchant qu'il a toûjours
eu pour les belles Lettres .
Jamais Homme ne s'appliqua plus
que luy à la lecture. Il a donné
fa Bibliotheque aux Jéſuites de
Grenoble qui l'ont affifté à la
mort,
88 MERCURE
mort , & laiſſe pour Heritier un
de ſes Neveux , qui porte le nom
de la Baume-Pluvivet , Marquis
d'Aigluy, Gouverneur de la Ville,
Tour & Chaſteau de Creſt,
qui eſt un des Gentilshommes
les plus accomplis de la Province
, & qui d'ailleurs a de tresgrands
Biens. Il ſera le fixiéme
Conſeiller de ſa Famille dans le
mefine Parlement. Monfieur de
la Baume portoit , d'or , à la Bande
vivrée d'azur , à deux Hermine
de fable.
Cette morta eſté ſuiviede celle
de Madame la Premiere Préfidente
dela Berchere,morte àDijon
ſur la fin dumeſme mois. Tous
ceux qui la conoiſſoient l'ont fort
regretée, & particulierement les
Pauvres qu'elle ſecouroit par des
charitez continuelles. Elle estoit
Veuve de M. le Goux de la Berchere,
GALANT. 89
chere,Premier Préſident du Parlemet
de Bourgogne avant qu'il le
fuſt de celuy de Dauphiné, Soeur
defeu Meſſire Georges Joly,Chevalier
, Baron de Blaiſy , Second
Préſident à Mortier au Parlement
de Dijon,& Mere de M. le Goux
de la Berchere, Maiſtre des Requeſtes,
Marquis d'Inteville,Comte
de la Rochepot , & Baron de
Toiſy;deM.l'Eveſque de la Vaur;
de feuë Madame la Cõteſſe d'Eſtain;
de Madame leCoq de Goupliliere;
&de Madame la Mar
quiſe de Boury. Je vous ay déja
parlé pluſieurs fois de la Maiſon
de le Goux de la Berchere , qui
porte pour Armes , d'argent à la
Teſte de Mort au naturel bandée
d'argent,accompagnée de trois Molletes
de branches, deux en chef, &
une en pointe. Celle de Joly dont
4
eſtoit Madame de la Berchere ,
eft
१० MERCURE
anciennes , & des mieux alliées de
la Province. Elle tire ſon origine
de Meffire Antoine Joly,l'un des A
plus conſidérables Conſeiller d'Etat
du Duc de Bourgogne il y a
plus de trois Siecles , & porte , au
premier & dernier quartier, d'azur
au Lys d'argent, tigé de finople, au
chefd'or chargé d'une Croix pattée
defable ; au second & troisième,
d'azur au Leopard d'or paſſant ,
armé, & lampaffé de gueutes.
L'Oeuf admirable ſur lequel on
a trouvé la Figure du Soleil ,
donné occafion à la Leure que
je vous envoye . Vous vous fouvenez
fans doute , de ce que
Monfieur de Vienne - Plancy ma
fait la grace de m'écrire ſur cette
matiere.
a
A
GALANT. I
A MADAME LA L. G.
de Bar-fur- Seine .
31
Ous nesçavez peut estre pas,
Madamesquala mesme her
re que vous estes accouchée de voſtre
dernier Enfant , une Poule de
vostre Ville a fait un Oeufqui porte
Timage du Soleil. L'ay confultésur
cette rencontre d'habiles Connois-
Seurs en préfages. Ils m'ont tous affuré
que ç'en estoit un , que la Fille
quevous avez mise au monde , y
paroîtroit un jour come ce belAftre,
avec éclat gloire. Un augure si
heureux est en verité bien digne
d'une Mere aussi aimable & aussi
brillante que vous , & merite d'autant
plus de créance, quevôtre Fille
adéja comme les Etoiles, l'avantage
d'estre-belle désfon Orient .On dit
quHelene
92 MERCURE
qu Helene fortit d'un Oeuf; & cette
Fablen'a esté inventée , que pour
exprimer la blancheur du teint de
cette Grecque mais ilſuffira de parler
du voštre, pourdonner une grande&
juste idée de celuy de vostre
Fille, puis qu'elle vous reſſemblera.
Jamais teint n'eut tant de blancheur
& tant d'éclat pour une Brune.
٢٠
Tout ce qu'on dit des Roſes &
desLys ,
Ne ſçauroit exprimer un ſi beau
coloris;
Il efface le teint de la plus belle
Blonde ,
C'eſt le teint le plus beau du
monde.
Vos yeux n'ont pas moins de charmes
que vostre teint . Iln'en fut jamais
deplus propres àfaire des conquestes,
& ily a bien plus de plaifir
GALANT. 93
à les regarder , poursçavoir comme
ceux de vostre bel Enfant feront
faits , qu'à consulter le Soleil&
l'oeuf.
A laMere d'Amour vouslesavez
pareils ;
Ils percent juſqu'au fonds de
l'ame ,
Et font eux- meſmes des Soleils,
Puis qu'ils portent par tout la lumiere
& la flame.
Ceseroit inutilement que je vous
dirois l'effet que ce beau teint &
ces beaux yeux ont produit fur mon
coeur ; il y a longtemps que vous le
Sçavez. Je vous representeray feulement
qu'il fera bien doux un jour
à ceux quiprennentpart à vos intérests
comme moy,de voir vôtre aimable
Fille briller avec ces mesmes
avantages,&fucceder ainsi à l'empire
qu'ils vous ont acquisſur toutes
les
94 MERCURE
Les Perſonnes qui ont l'honneur de
vous approcher . Damit
Cet empire n'eſt pas petit,
Vous eſtes engageante autant
Ovqu'on le peut eſtre 21
Et quand l'Enfant qui vient de
naître
Sera dans l'âge où tout nous rit ,
Où l'on ſçait ce qu'on veut , ce
qu'on fait , ce qu'on dit ,
Que de gloire pour cette Belle ,
De voir à fes genoux
Mille Amans s'enflâmer pour elle
Des meſmes feux qu'ils auront
eus pour vous !
Un fort fi glorieux ne fera pas
moins doux .
Cette Cour conftante & fidelle
S'accroîtra d'une Cour nouvelle,
Où le Ciel luy fera prendre un
charmant Epoux,
Qui l'aimera,ſans en eſtre jaloux .
1
Enfin
GALANT.
95
Enfin cette jeune Merveille,
L'image de l'Aſtre du Jour,
Auſſibien que la voſtre , & celle
de l'Amour ,
Naura non plus que vous au
:
monde ſa pareille,
Et fa félicité
Sera telle que fa beauté,
Le préſage donne lieu de juger
aaiinnſsii ddeeffoonu merite&de fafor
tune
, pourveu que vous ne luy
Soyezpas contraire , & que vous
- l'aimiez autant que vostre cher
Fils , & on a sujet d'esperer cette
justice de vostre bon naturel , &
de l'exemple que vous en donne
Monsieur vostrefage Epoux. Mes
voeux fecondent ce preſage &
cette espérance , & je suis ,
Madame , à mon ordinaire , voſtre
tres , &c. 1
LE BERGER DE FLORE.
и
96 MERCURE
Il n'y a point d'amitié fi forte,
qui ne ſoit ſujette à la rupture,
lors que l'Amour a ſes intereſts
particuliers à ſoûtenir. Je puis
vous en donner un exemple.
Deux jeunes Perſonnes , auffi
agréables que bien faites , ſe
voyant ſouvent comme Voiſines,
prirent un ſi fort attachement
l'une pour l'autre , que rien ne
fembloit égal à leur amitié.L'une
eſtoit brune,&l'autre d'un blond
cendré admirable,& toutes deux
avoient les yeux vifs & pleins de
feu , le teint fort brillant , & jene-
ſçay- quoy de dégagé dans la
taille qui n'aidoit pas peu à les
faire regarder. Comme elles avoient
beaucoup d'efprit , elles
donnérent à leur amitié tout l'agrément
qu'elle estoit capable de
recevoir. La Brune prit le nom de
Serviteur , la Blonde celuy de
Maiſtreffe,
GALANT.
97
Maiſtreſſe,& fous ces deux noms,
elles ne ſe contentoient pas de ſe
parler d'une maniére tres -tendre
; elles s'écrivoient encor prefque
tous les jours , & la conformité
de leur Sexe les mettant
au deſſus de la reſerve , tout ce
que l'Amour fournit de termes
paſſionnez eſtoit employé dans
leurs Billets .Quelques mois apres
leur union, la belle Brune fit une
Conqueſte. C'eſtoit un Homme
fort riche , à qui une Charge de
Conſeiller qu'il exerçoit avec
grand honneur depuis dix ou
douze années dans un des plus
celébres Parlemens de France,
donnoit un rang fort confiderable.
Le hazard luy en ayant fait
acquerir la connoiſſance , il ſembla
la cultiver par un pur effet
d'inclination . Les ſoins obligeans
qu'il luy rendoit, & quelques de-
Novembre 1681 . E
98 MERCURE
my- declarations qu'il luyavoit
faites, luy donnant lieu de penſer
qu'il fongeoit au Mariage , elle
s'en ouvrit avec ſon Amie. La
Blonde prit part à ſon heureuſe
fortune , & ne pût venir ſouvent
en apprendre des nouvelles , ſans
que ſon Amant la viſt pluſieurs
fois . Elle avoit un caractére d'efpritdoux
& engageant, qui malgré
elle , fit impreſſion ſur le
coeur du Conſeiller .Il ſe contraignit
d'abord , & cacha ce qu'il
ſentoit;mais la contrainte irritant
ſa paffion , il s'abandonna à ſa
deſtinée,& ennuyé de ne voir la
Blonde qu'en préſence de témoins,
il luy rendit viſite chezelle.
Cette aimable Fille qui la
recevoit comme une viſite de civilité,
n'en fit point miſtére à fon
Amie.C'eſtoit ſa Maiſtreſſe qu'elle
prétendoit qu'il cherchaſt en
elle,
:
GALANT
99
elle , & quelques douceurs qu'il
puſtluy conter, elle les nommoit
douceurs de réflexion qui n'étoient
point pour ſon compte. Il la
vit ainſi de temps en temps pendant
plus d'un mois,ſans que cette
Amie en fût allarmée ; mais
enfin ſoit qu'il marquaſt quelque
froideur à la Brune, ſoit qu'il luy
parlaſt de la belle Blonde avec
trop d'eſtime,elle commença à le
ſoupçonner d'en'eſtreamoureux,
&vint avec elle dans un éclairciſſement
qu'elle ne pût faire fans
beaucoupd'aigreur.La Bellen'eut
aucune peine à la fatisfaire . Elle
l'aſſura qu'elle baniroit le Conſeiller
, &luy tint parole , en le
priant la premiere fois qu'il la revit,
de ne luy plus rendre aucune
viſite. Cette prière, dont il eſtoit
fort aifé de comprendre les raifons,
eut un fuccez tout contraire
Eij
100 MERCVRE
àceluy qu'on attendoit. Elle marquoit
une beauté d'ame qui charma
le Cõſeiller, & ne fervit qu'à
gaſter ce qu'il avoit réſolu de faire.
Apres s'étre plaint de la rigueur
de cette aimable Perſonne , illuy
dit dans les termes les plus ſerieux
& les plus ſoumis,qu'il n'y
avoit qu'elle feule qu'il fût capapable
d'aimer,& qu'il ne prétendoit
point , pour quelques foins
rendus fans deſſein à fon Amie,
avoit renőcé au droit de diſpoſer
de ſon coeur; qu'il éroit à elle depuis
le momentqu'il l'avoit veuë;
qu'aucune autre n'y auroit jamais
de part,& que s'il étoit aſſez
heureux pour ne luy déplaire pas,
il luy donneroit de proptes marques
du ſacrifice qu'il luy en faiſoit.
Quoy que la Belle ne puſt ſe
défendre de répondre avec eſtime
à une déclaration fi obligean
te,
GALAN. Τ . JOI
te , elle en témoigna beaucoup
de chagrin , & demeura ferme
dans la reſolutionde ne plus fouffrir
le Conſeiller. Toutes les raiſons
qu'il luy oppoſa furent inutiles.
Il ſe vit contraint de la
quitter apres une longue conteſtation
qui n'eut point d'effet , &
revint chez elle trois ou quatre
fois, ſans qu'elle vouluſt ſe rendre
viſible.Come les obſtacles redoublent
l'amour, ces difficultez ayant
augmenté le ſien, il ne garda plus
aucunes meſures. Il alla trouver
fon Pere , & s'imaginant qu'elle
ne cherchoit qu'un ordre abſolu
qui excuſaſt ſa conduite;il luy
découvrit l'eſtat des choses , &
le conjura d'eſtré favorable à
ſa paffion. Le Pere qui vit le Party
avantageux , luy promit de vaincre
les fcrupules de fa Fille ; &
ne voulant pas ſe ſervir con
E iij
102 MERCURE
tr'elle de ſa pleine autorité , il fe
contenta de luy donner libre-accez
chez luy , ne doutant point
que le temps, ſon amour, & fon
mérite , ne luy fiſſent obtenir le
conſentement qu'on luy refuſoit.
La Belle , obligée de ſoufrir le
Conſeiller,que ſon Pereluy amenoit
fort ſouvent luy- meſme , fit
connoiſtre à ſon Amie la violence
qui luy eſtoit faite , & apres
luy avoir juré tout de nouveau
l'amitié la plus conftante & la
plus fidelle , elle l'affura que malgré
l'obeïſlance qu'elle devoit à
fon Pere,on n'auroit jamais àluy
reprocher qu'elle euſt le coeur
aſſez bas pour luy vouloir oſter
fon Amant. Un procedéſi honneſte
n'adoucit point cette Amie.
Elle eſtoit outrée de ce que le
Conſeiller avoit ceſſé de la voir ;
& regardant l'aimable Perſonne
qui
GALANT.
103
qui en eſtoit cauſe , quoy qu'innocemment
, comme une Rivale,
complice en ſecret deſa trahiſon,
elle prit pour elle autant de haine
qu'elle luy avoit auparavant
montré de tendreſſe. Ainſi ſes
emportemens n' eurent pointde
bornes. Le commandementd'un
Pere eſtoit un prétexte mandié
pour couvrir ſa perfidie;& quelques
prieres que luy fiſt la Belle
d'attendre à la condamner que'lle
fuſt coupable , elle n'écouta
que ſa jalouſe colere, & ſe declara
ſon Ennemie avecun éclat qui
furprit tous ceux qui la connoiffoient.
La rupture fut entiere,&
quand la Brune fortit de chez
fon Amie, apres avoir ſceu qu'elle
ſoufroit encor fon Amant , ce
fut avec proteſtation de ne le revoir
jamais , & de chercher tant
qu'elle vivroit les occaſions de
E iiij
104
MERCURE
ſe vanger.La Belle eût pû tourner
à fon avantagedes honneſtetez ſi
mal reçeuës ; mals quoy que le
Conſeiller n'euſt rien qui duſt
luy déplaire , elle conſerva pour
ſon Amie les ſentimens qu'elle
luy avoit promis eternels,& fe fit
un point- d'honneur de s'oppoſer
toûjours à un Mariage qui l'euſt
pû rendre ſuſpecte d'avoir agy
de mauvaiſe foy. L'Amante jalouſe
, dont toutes les paffions
étoient violentes , ne fut point
touchée d'une generofité ſi peu
commune. Sa haine alla juſques
à l'excez ; & comme le voiſinage
luy fourniſſoit tous les jours quelque
occafion d'en donner des
marques, ſa Mere, à qui cet éclat
ne plaiſoit pas , changea de Maifon
, pour en prévenir les ſuites,
& alla loger dans le Quartier de
Paris le plus éloigné de celuy
qu'elle
GALANT. 10
qu'elle quitoit.Cependant les Affaires
qui avoient amené le Conſeiller
à Paris, ayant finy au bout
de trois mois par un accommodement
avantageux , il voulut
fçavoir déterminément à quoy
il devoit s'attendre . La Belle ne
balança point à prendre party,
&foit que fon coeur ne ſentiſt
rien , foit qu'elle fuſt toûjours
genéreuſe , comme ſon Pere luy
avoitenfin laiſſe la liberté de choifir,
elle pria cet Amant d'aller offrir
à quelque autre ce que fon
premier engagement luy défendoit
d'accepter. Il retourna en
Province , remply d'eſtime pour
cette charmante Fille ; & pour ſe
guérirde ſon amour , il s'y maria
preſque auſſitôt avecuneallez jolie
Persõne dõt onluy parloit depuis
fort longtemps.La belle Brune
fit la meſme choſe un mois
E V
106 MERCURE
apres ſon départ. Un Amant s'offrit.
Il avoit beaucoup de Bien,
& quoy qu'il ne fuſt ny ſpirituel
, ny d'une naiſſance fort élevée,
la confidération de ſes avantages
l'obligea de l'époufer. Cetteoccafion
parut favorable à fon
Amie pour renoüer avec elle. Sitoſt
qu'elle ſceut ſon Mariage,
elle luy fit demander ſi elle voudroit
recevoir ſes complimens.
Un nouveau ferment de haine
paya cette honneſteté. On eut
beau luy dire que la maniere
dont fon Amie en avoit usé faifoit
voir fon innocence ; elle répondit
que loin qu'elle euſt refufé
le Conſeiller , elle fçavoit
avec certitude qu'il s'eſtoit dégouſté
d'elle; & qu'on pouvoit le
connoiſtre, puis qu'il s'eſtoit marié
dans le meſme temps qu'il l'avoit
abandonnée. Son eſprit aii
gry
GALANT.
107
-
-
gry la rendant ſi peu traitable, on
la laiſſa dans l'aveuglement où
elle voulut reſter. Son Mariage
fut de fort courte durée.L'Epoux
mourut un mois apres cet engagement
; & comme l'amour y
avoit eu peu de part , la jeune
Veuve ſe conſola bientoſt de ſa
perte. Son deüil luy donna de
nouveaux charmes. Elle en parut
avoir le teint plus brillant , & fa
fortune eſtant augmentée par le
Bien que luy laiſſa ſon Mary, elle
devint un Party confiderable .
Six mois de veuvage s'eſtant
écoulez, elle commença à voir le
monde , & dans ce temps meſme
un jeune Marquis Provincial
s'attacha à fon Amie. Il eſtoit
bien fait & riche , mais fort délicat
en matiere de tendreſſe . Il
cherchoit un coeur qu'il poffe-
'daſt fans partage ; & s'il croyoit
impoffi
108 MERCURE
1
impoſſible d'en trouver un qui
n'euſt rien aimé , il vouloit du
moins qu'il n'euſt jamais reffenty
une forte paſſion. A peine
eut-il rendu quelques foins
à cette aimable Perſonne ; qu'il
apprit l'engagement que le Conſeiller
avoit pris pour elle. Il
luy en parla , & elle ne fit aucune
façon de luy avoüer que
ce n'eſtoit point par manque
d'eſtime qu'elle s'eſtoit defenduë
de l'épouſer , mais parce
qu'elle devoit cette reſiſtance
à une Amie qu'elle n'avoit pas
laiffé de perdre , quoy qu'elle
luy euſt ſacrifié une affez grande
fortune. Le Marquis trouva
le procedé de la jeune Veuve
ſi peu vray - ſemblable apres de
fi fortes marques d'une ſolide
amitié , que l'Avanture luy
devint ſuſpecte. Il voulut s'en
éclarcir,
GALANT.
1C9
éclaircir , & s'informa avec
d'autant plus de ſoin des veritables
raiſon qui avoient empeſché
ce Mariage , qu'il luy
parut que le Pere de la Belle euſt
dû ſe ſervir de ſon pouvoir pour
la contraindre d'épouſer le Conſeiller.
La choſe luy étant contée
diverſement felon qu'on
l'avoit appriſe de l'une des deux
Parties , il crût que le mieux
qu'il pouvoit faire , eſtoit d'obſerver
la conduite de la Belle
, & de juger par luy-mefme
des ſentimens dont ſon
cooeur eſtoit capable. Il redoubla
l'affiduité qu'il avoit pour elle,&
luy voyant charmer tout
le monde par ſa douceur & par
ſes honneſtetez , il en devint
éperduëment amoureux. Vous
pouvez croire qu'il ne tarda pas
long-temps à ſe déclarer. Quoy
qu'il
110 MERCURE
qu'il puſt voir aifément que fa
déclaration eſtoit bien reçeuë,
il dit à la Bellle , que ne cherchant
à ſe marier que pour eſtre
heureux , il vouloit qu'elle euſt
le temps de lebien cõnoiſtre ,afin
que ſi elle s'expliquoit en fa faveur
, elle n'euſt jamais ſujet de
ſe repentir. Ainſi il continua ſes
foins encor plus d'un mois ſans
parler d'affaires ,& ce n'eſtoit pas .
affez pour luy de la voir preſque
à toute heure ; il luy écrivoit
encor tous les jours , & rien
n'eſtoit fi paffionné que ſesBillets
. La Belle eſtoit entierement
reſervée dans ſes réponſes , &
cette reſerve qui marquoit ſa
modeſtie , plaiſoit au Marquis , &
le chagrinoit en meſme temps.
S'il y trouvoit ce caractere de ſageffe
& de pudeur qu'on doit
fouhaiter dans une Femme , il
craignoir ১
GALANT. III
craignoit que les ſentimens d'eftime
dans leſquels elle bornoit
ſa reconnoiſſance , ne fuſſent des
marques de fon peu d'amour.
Voilas l'eſtat où eſtoient les chofes,
quand l'incident le plus impréveu
troubla l'union de ces
deux Amans.Un jour que la jeuneVeuve
, qui gardoit toûjours
ſa haine , avoit chez elle grande
compagnie , apres diverſes nouvelles
qu'on ydebita , une Dame
luy apprit que ſon Amie d'autrefois
eſtoit fur le point deſe
marier . Elle demanda auffitoft
à qui. Lameſme Perſonne ayant
répondu qu'elle ignoroit le nom
de l'Amant, mais qu'on le faifoit
fort riche , & qu'il fe diſoit Marquis
, un Cavalier adjoûta que
c'eſtoit avec raiſon qu'il prenoit
ce titre , qu'il eſtoit de ſes intimes
Amis , & qu'il pouvoit affurer,
/
112 MERCURE
د
rer,dequelque mérite que fuſt ſa
Maîtreſſe , qu'elle auroit eu peine
à faire un plus digne choix .Le
jeune Veuve n'ayant rien dit
davantage tourna le difcours
fur des matieres , dans leſquelles
elle fit paroiſtre un eſprit
ſans trouble & plein d'enjouement.
La Compagnie ſe retirant
peu à peu , le Cavalier reſtades
derniers, & enfin il demeura ſeul
avec elle. Alors remettant fur
le tapis le Mariage dont la Dame
avoit parlé, elle dit au Cavalier,
qu'eſtant autant de ſes Amies
qu'elle eſtoit , elle ne pouvoit
le voir dans l'intereſt du Marquis
, fans luy découvrir qu'il
ne ſeroit point heureux,s'il épouſoit
la plus lâche & la plus diſſimulée
de toutes les Filles ; que
luy ayant enlevé le Conſeiller
-par de honteuſes avances , elle
avoit
GALANT. 113
avoit tâché de le retenir par
des faveurs qu'il n'attendoit pas ,
& qui l'en avoient fi fort dégoûté
; qu'il avoit voulu revenir à
elle; que dans l'eſpérance de l'obliger
à luy pardonner ſa trahiſon,
il luy avoit fait le ſacrificede
toutes les Lettres qu'il avoit reçeuës
de ſa faufle Amie , &
qu'il connoiſtroit en les liſant,
que le Conſeiller avoit ea des
avantages qui la rendoient fort
indigne qu'un honneſte Homme
la conſidéraſt. En meſme
temps elle tira de ſon Cabinet un
fort grand nombre de Lettres
qu'elle luy fit voir.C'eſtoient celles
que la Belle avoit écrites à la
jeune Veuve pendant leur intelligence.
Elles eſtoient toutes
d'une Maiſtreſſe àun Serviteur,&
fi pleines d'un amour qui
n'a rien de réſervé , qu'on n'en
pouvoit
114
MERCURE
pouvoit faire la lecture , fans y
trouver la conviction du commerce
le plus libre . Le Cavalier
la pria de luy confier ſes Lettres ,
& ne les obtint qu'apres qu'il
l'euſt aſſurée qu'elles ne ſorti-
- roient point de ſes mains , & que
dés le lendemain il auroit ſoin
de les rapporter. Il demeura fi
perfuadé du peu de conduite
qu'avoit eu la Belle , qu'il crût
qu'en donner avis à ſon Amy,
c'eſtoit luy rendre un tres - bon
office. Il luy demanda , en luy
faiſant voir le premier de ces
Billet , s'il en connoiſſoit le caractere.
Le Marquis luy répondit
auſſioſt que c'eſtoit celuy de
ſa Maiſtrefle ; & comme il l'aimoit
paſſionnement , un Criminel
à qui on prononce fon Arreft
, ne montre point plus de
trouble qu'il en fit paroiſtre à
chaque
GALANT. 115
chaque ligne qu'il lût. A dire
- ray, les expreſſions eſtoient tres-
- fortes. Vous en jugerez par ce
Billet,qui fut l'un de ceux qu'on
avoit donnez au Cavalier.
e
Il m'a paru , mon cher Servi
teur, que vous me quitaſtes hier un
peu froidement. Je ne sçay si la
Dame qui a force de contester vous
obligea d'accourcir vostre visite,
vous avoit mis de meſchante bumeur
; mais à peine jettaſtes- vous
un regard fur moy en vous en allant
, & je n'en ay point dormy
de toute la nuit. Vous n'aurez pas
- de peine à me croire au teint broüil-
= lé que vous me verrez. Venez
promptement réparer cela par vos
plus tendres careffes. Ie fuis tresdisposée
à les recevoir , &fi vous
= estes auſſi amoureux qu'aime , vous
aurez tout lieu d'estre Satisfait.
j
Le
116 MERCURE
LeMarquis fut ſi outré dedouleur,
qu'il reſta comme immobile,
fans pouvoir dire un ſeul mot.
Apres un quart- d'heure de filence
il voulut prendre ces Lertres
comme des témoins irréprochables
de la folle paffionde ſa
Maîtreſſe dont il prétendoit l'aller
convaincre ; mais fon Amy
refuſa toûjours de l'en rendre
maître, &il falut qu'il ſe contentaſt
de les copier. Il ne le put
faire fans foßpirer mille fois,
& l'excez de fon amour qui
luy peignoit la Belle avec mille
charmes , lui faiſant craindre
qu'il ne s'en laiſſaſt gagner
s'il la revoyoit , il réſolut
de fuir ce péril , & au lieu d'aller
chez elle , il luy écrivit un
Billet , dont ſon Amy ſe chargea.
Ce Billet portoit , qu'il luy
diſoit adieu pour jamais , & qu'il
ne
GALAN T. 117.
V
لا
pouvoit luy mieux prouver qu'il
Le, l'avoit aimée tres - tendrement,
ot qu'en luy cachant le ſujet qui
1. l'obligeoit d'en uſer ainfi. Imat.
ginez - vous avec combien de
5. ſurpriſe elle vit ce changement,
Elle s'y eſtoit ſi peu attenduë,
1. dans la diſpoſition où il marquoit
eſtre de conclure enfin le
Mariage , qu'elle crût d'abord
7. qu'il cherchoit à l'éprouver ;
mais ſes Amis eurent beau agir.
Ils ne pûrent l'obliger à leur
rien dire , & il ceſſa entiére.
.ment de la voir , ſans s'eſtre expliqué
ſur la rupture. Ce fut un
- fort grand Triomphe pour la
jeune Veuve ; mais illuy man-
- quoit, pour le rendre entier, d'atirer
l'Amant. Elle fit fi bien au-
- prés de l'Amy , qui la trouvant
- d'une humeur tres enjoüée , la
: crût capable de conſoler le Mar-
S
quis,
118 MERCURE
quis , qu'il luy en donna la connoiſſance.
Le Marquis ſe laiſſa
mener chez - elle avec plaiſir,
eſperant que les circonstances
qu'elle luy découvriroit des faufſes
démarches de ſon imprudente
Amie , effaceroient de fon
coeur ce qu'il luy reſtoit d'amour.
La jeune Veuve qui étoit
adroite , donna un tour ſi ſpirituel
, quoy que tres - malicieux,
à ce qu'elle ſuppoſa qui s'eſtoit
paflé entre la Belle & le Conſeiller,
que le Marquis luy voyant
moins regreter l'Amant que l'Amie
, fut perfuadé qu'elle estoit
fincere , & commença inſenſiblement
à luy rendre quelques
foins. Elle y répondit par toutes
lescomplaiſances que l'honneſteté
luy pouvoit permettre. Elle
connoifloit ſon caractere , & le
fçachant délicat ſur la tendreſſe
de
GALANT. 119
es
30
2 .
i .
A.
bit
1
es
es
e
e
e
de coeur , elle luy fit voir , ſans
trop affecter de le vouloir faire,
que ſi le ſien prenoit de la paffion,
ce ſeroit la ſeule qu'elle cuſt
jamais reſſentie. Il ne falut rien
de plus pour luy faire croire qu'il
feroit heureux s'il reüſſiſſoit à
s'en faire aimer. Elle estoit belle
& bien faite , avoit l'eſprit vif,
beaucoup plus de Bien que fon
Amie; & ce qui estoit un tresgrand
charme pour luy , elle eut
tant de ſoin de barnir tous ceux
qui luy pouvoient faire ombrage
, qu'en quelque temps qu'il la
viſt , il la trouvoit toûjours ſeule.
Il eſtoit en bonne main , & fans
faire des avances qui le puffent
refroidir , elle l'obligea bientoſt
à s'expliquer en termes intelligibles.
Il crût dautant moins rifquer
en ſe déclarant , qu'il luy
reftoit encor quatre mois pour
achever
120 MERCURE
achever l'année de ſon deüil , &
qu'il pouvoit pendant tout ce
temps étudier ſon eſprit & fon
humeur , & connoître à fond,
avant qu'il s'engageaſt pour toujours
, ſi l'embarquement n'avoit
rien de dangereux .Cette paffion
nouvelle , dont ilſe ſervoit comme
d'un remede propre à le guérir
de la premiere, ne pût luy faire
oublier la belle Blonde , qui demeurant
à l'un des bouts de Paris
, ne ſçavoit rien de l'intrigue.
Il ſongeoit ſouvent à elle,& quelquefois
l'allant regarder de loin
dans une Eglife , il eſtoit au déſeſpoir
que la modeftie qu'il
voyoit fur fon viſage ne fuft
qu'apparente , & qu'un extérieur
fi honneſte ne pût eſtre le garant
d'une ſageſſe effective . Le
temps s'écouloit toûjours , & la
jeune Veuve , qui avoit ſujet de
craindre
GALANT..
121
e
Π
F コ
ー
n
re
e.
a
e.
-| -
n
e-
- -
e
a
e
e
craindre qu'on ne découvriſt ſa
fourbe , faiſoit entendre à demy,
qu'elle ne vouloit qu'eſtre prefsée
pour ſe réſoudre à ſe marier
avant la fin de l'année de fon
veuvage , quand le Conſeiller
qui avoit aimé la Belle, fut obligéde
revenir à Paris. Le Marquis
le ſçeut,& ſouhaita le connoiſtre.
On luy ménagea une occafion de
rencontre , dans laquelle ils eurent
une converſation particuliere.
La Belle en fit bientoſt le ſujet.
Le Conſeiller en parla avec
desmarques d'eſtime qui ne pouvoient
partirque d'un Homme
veritablement perfuade. Ildit au
Marquis qu'il ne ſçavoit point ce
qui les avoit broüillez ; mais que
pour luy , s'il avoit eſté aſſez heureux
pour en eſtre aimé , il auroit
fait gloire de la préferer aux plus
brillantes fortunes ; qu'il s'eſtoit
Novembre 1681 . F
122 MERCURE
marié par deſeſpoir , & qu'une
Amie pour quimalheureuſement
il avoit eu quelque complaiſance
en arrivant à Paris , eſtoit caufe
que plus de trois mois d'affiduité
n'avoient rien pû aupres d'elle.
Là- deſſus il entra dans le détail
de l'Avanture , & luy peignit en
termes fi forts la beauté d'ame
de cette charmante Perſonne ,
quele Marquis demeura embarraffé
. Le Conſeiller ne luy diſoit
rien qui ne luy paruſt tres-vray
ſemblable ; mais quelque panchant
qu'il euſt à le croire , il ne
pouvoit démentir ſes yeux. Il
avoit lû . Les Lettres eſtoient de
la belle Blonde , & le caractere
luy en eſtoit trop connu , pour
pouvoir croire qu'il ſe fuſt trompé.
Le Conſeiller parla fi longtemps
la meſme Langue , qu'enfin
le Marquis fut obligé de luy
dire
GALANT .
e
123
dire qu'il eſtoit difcret , & que
cependant on n'ignoroit pas qu'il
- avoit reçeu quantité de Lettres
qui faifoient voir que les faveurs
- de la Belle l'avoient payé de ſes
ſoins . Il répondit à cela par tant
de ſermens de n'en avoir jamais
1 eu le moindre Billet , & demanda
avec tant d'inſtance qu'on luy
› fiſt connoiſtre les Impoſteurs qui
publioient cette calomnie, que le
Marquis commençad'avoir quel-
Y que ſoupçon de la ſurpriſe qu'on
- luy avoit fait faire Il quita le Conſeiller
, apres en avoir tiré d'autres
éclairciſſemens qui juſtifioient
ſa belle Maiſtreffe. Quoy
e que les Lettres qu'il avoit veuës
d'elles fuſſent écrites àun Amant,
& à un Amant favorisé , leCon-
5. feiller nioit fortement qu'il en
euſt reçeu aucune ; & la fauffe-
Fté d'une circonſtance dans une
C
Fij
124
MERCURE
Hiſtoire contée par des Gens intéreſſez
, engage à tenir le reſte
ſuſpect . Dans cet embarras, fans
prendre conſeil que de fon amour
, il ſe réſolut d'aller chez la
Belle , & de s'éclaircir avec ellemeſmedu
ſecret commerce qu'on
pretendoit qu'elle euſt eu . Jugez
quel eſtonnement pour cette aimable
Perſonne , de revoir un
Inconſtant dont depuis deux
mois elle n'avoit eu aucunes nouvelles
. Elle le reçeut d'un air fier
& froid , mais pourtant civil , &
ſe tint debout , afin qu'il ne paruſt
pas qu'elle vouluſt l'engager
à une longue viſite . Le Marquis
entra d'abord en matiere, & fans
luy nommer la jeune Veuve , il
luy dit que devant ſe marier au
premier jour , il avoit voulu luy
venir apprendre le ſujet de ſa
rupture , afin que tombant d'accord
GALANT.
125
Ttee
SU
2.
le
get
11
eus
cord des juſtes raiſons qui l'y
avoient obligé , elle n'euſt pas
à ſe plaindre qu'il eut mal agy.
En ſuite , il la pria d'écouter , &
luy ayant lû trois ou quatre des
Billets qu'il avoit tranſcrits , il luy
demanda fi elle en avoit reconnu
le ſtile. La Belle luy dit , en
le regardant affez fierement
qu'elle n'avoit pas beſoin de voir
ces Billets en original , pour luy
avoüer qu'elle les avoit écrits à
un Serviteur cherement aimé ,
& qu'elle vouloit , pour l'intéreſt
de ſa propre gloire , & non dans
aucune veuë de le contenter, luy
en faire voir toutes les Réponſes.
En meſme temps elle ouvrit fon
Cabinet , & tira d'une Layette
plus de cinquante Billets qu'elle
avoit reçeus de ſon Amie. Le
el Marquis en reconnut d'abord l'éacriture
, & par le juſte raport des
10
fie
pa
age
qu
La
Cor
Fiij
116 MERCURE
€
uns aux autres, il vit le commerce
d'Amant & d'Amante fi bien
étably entr'elles , que rappellant
la réſerve avec laquelle ſa belle
Maiſtreſſe luy avoit toûjours écrit
& faiſant réflexion ſur les ſermens
que luy avoit faits le Conſeiller
, il ouvrit les yeux fur la
tromperie. Je ne vous dis point
qu'il ſe jetta aux pieds de la Belle,
&qu'en luy faiſant dejuſtes reproches,
on luy refuſa longtemps
le pardon qu'il demanda. Ils s'aimoient
tous deux,& il n'y a point
d'offence que le veritable amour
ne faſſe oublier.Le Marquis parla
au Pere dans ce moment meſme,
& ne voulut point fortir qu'on
n'euſt ſigné des Articles. Le Party
eſtoit trop avantageux pour
remettre au lendemain .On appel.
la le Notaire, & le Mariage ſe fit
quatre jours apres. La ſeule vangeance
GALANT. 127
ce
en
le
r:
er
la
هن
aps
int
geance que la Belle prit de fon
Amie, fut d'ordonner au Marquis
de la remplir d'efperance jufqu'à
la conclufion de l'Affaire,
dont il l'avertitluy- meſme par un
Billet le jour qu'il ſe maria. Cet
'avis donné fut pour elle un coup
de Foudre. Il avoit joint au Biller
quelques - uns de ceux qu'elle
avoit écrits à la belle Blonde.Elle
vit par là que ſon artifice avoit
eſté découvert , & pour s'épargner
la honte d'avoir des témoins
de la rage où elle fut , elle partit
auſſitoſt pour aller à une Terre,
d'où elle n'eſt point encor de retour
depuis plus de fix ſemaines
que le Mariage a efté fait .
Dur
rla
ne
01
ar
Dut
bel .
condamner ſur les apparences.
fit
Quoy que les noms de Maiſtrefſe
& de Serviteur ayent penfé
ce
Fin
Voyez , Madame , combien
quelquefois il eſt dangereux de
7
128 MERCURE
def- unir deux coeurs,qu'on pourroit
dire formez l'un pour l'autre,
ils ne laiſſent pas d'eſtre fort
communs parmy les Belles. Le
galant Rondeau que vous allez
voir en pourroit ſervir de preuve.
Il eſt de Madame la Comteſſe de
Maroupian de Marſeille,qui prenant
le nom d'Amant avec une
Dame de la meſme Ville , a fait
ce Rondeau pour elle , & l'a
adreſſé à un Gentilhomme qu'elles
ont choiſy pour Confident de
leur paffion.
RONDEAU.
E mon amour la flame est
Déternelle;
Quand unefois d'une oeillade mortelle
Un bel Objet afçeu bleſſer mon coeur,
Indiférence, injustice, froideur,
Rebut, oubly rien ne m'éloigne d'elle.
Le
GALANT.
129
e
e
e
t
2
e
:
Iefuis perdu,s'il est vray qu' Isabelle
Ait résolu d'estre à mes voeux rebelle
,
Carrien ne peut estre égal àl'ardeur
De mon amour.
Món cher Damon , mon Confident
fidelle ,
Vous qui pour moy faites voir tant
dezele,
Degrace,ayez pitiéde ma langucur,
Etpour fléchir ſon injuste rigueur,
Entretenez quelquefois cette Belle
Demonamour.
Monfieur le Ducde Mortemar,
qui eſt de retour depuis quelques
jours, a eſté reçeutres- favorablement
de ſa Majeſté. Il luy eſt
bien glorieux d'avoir montre à
fon âge aurant de conduite & de
fermeté qu'il en a fait voir det
Fv
130
MERCURE
puis qu'il commande les Galeres.
Je ne repeteray point ce que je
vous en ay dit dans quatre ou
cinq de mes Lettres . Ce mot de
Galeres me fait ſouvenir des reproches
que vousm'avez faite, de
ce que vous ayant envoyé il y a
quelques mois les noms de celles
du Roy , je n'y avois point adjoûté
ceux des Commandans. Je les
ignorois en ce temps- là,& ayant
pris ſoin dem'en informer depuis,
je vous les envoye dans l'ordre
deleur ancienneté .
La Réale. Monfieur le Commandeur
de la Bréteche , Chef
d'Eſcoüade .
La Patronne, Monfieur de Noail.
les , Lieutenant General.
La Princeſſe. Monfieur de
Manſe , Premier Chef d'Efcouade.
La
GALANT.
131
4
La Perle. Monfieur le Commandeur
d'Opede , Chef d'Efcoüade.
1
L'Invincible. Monfieur leChevalier
de Bethomas , Chefd'Efcoüade
.
La Forte. Monfieur le Chevalier
de Breteüil-
La Victoire. Monfieur le Chevalier
de Janſon.-
La Reyne. Monfieur de Montaulieu.
La Valeur. Monfieur du Vivier.
La France. Monfieur de la
Mothe.
La Fortune . Monfieur le Chevalier
de la Renarde.
4
La Sirene. Monfieur de Fourville.
La Brave. Monfieur le Cheyalier
de Mirabeaux.
La Grande. Monfieur de Мац-
bouſquet. La
132 MERCURE
La Belle. Monfieur le Comte
de Beüil.
La Favorite . Monfieur le Chevalier
d'Eſpene.
LaHardie . Monfieur le Chevalier
de S. Heran .
La Fleur-de-Lys. Monfieur le
Commandeur de Piémoiſon .
La Superbe. Monfieur le Chevalier
de Rancé .
L'Amazone. Monfieur le Commandeur
de Rochoüart.
La Fidelle. Monfieur leChevalier
de Monferon .
La Galante. Monfieur leChevalierDuchon
.
La Souveraine. Monfieur le
Chevalier de Mareüil.
LaMadame. Monfieur le Chevalier
de Rouſet.
La Ferme. Monfieur le Vicomtede
Lozun.
LaRenommée. Monfieur le Bailly
de Colbert . L
GALANT . 133
םי
e
La Dauphine. Monfieur leChevalier
de la Fare .
La Couronne. Monfieur le Chevalier
de Bourſeville .
La Fiére. Monfieur le Comte
du Luc.
S. Loüis.
LaGrande Réale. Où Meſſieurs
les Capitaines font garde la
nuit.
S. Jean. L'Hôpital des Forçats
invalides.
La Vigilante.
Deux Galliotes. Monfieur de
Laquaire , Capitaine des deux
Galliotes.
La Subtile.
J'ay à vous apprendre que le
mois paſſé , il fut jugé au Conſeil
du Roy en faveur de M" Claude
de Roncherolles , Marquis du
+|- Pont S. Pierre , Seigneur & Pa
tron
134
MERCURE
tron de Noftre -Dame d'Eſcouis,
que l'honneur que ſes Anceſtres
ont toûjours eu en Normandie,
d'y tenir le rang de premiers
Barons , de préſider à l'Echiquier
, & d'eſtre depuis Conſeillers
nez au Parlement , demeuroit
attaché à l'Aîné de la
Famille de Roncherolles , & non
pas à une Terre qui eſt ſortie de
leur Maiſon , ainſi que le prétendoit
Monfieur de la Bazoche , à
qui cette Terre appartient preſentemet.
La Maiſon dontje vous
parle , eſt la ſeule en France qui
ſoit de tout temps en poffeffion
d'un pareil honneur. Meſſieurs
lesDucsont aujourd'huy lemême
avantage. Tout le monde ſçait
qu'il y avoit un Echiquier en
Normandie avant la création du
Parlement. C'eſtoit un Tribunal
Souverain , où les Barons
du
GALANT.
135
du Païs rendoient la Juſtice. L'Ainé
de la Maiſon de Roncherolles
y préſidoit , & tenoit le premier
rang à l'Entrée des Archevefques
, apres laquelle ils font obligez
de luy envoyer leur Mulle
blanche. C'eſt ce que l'on juſtifie
avoir encor eſté fait par Meſſire
Jean de Chanvalon , Archevefque
de Roüen .Les Barons étoient
anciennement les Grands &
Pairs du Royaume. L'Echiquier
ayant pris fin , l'Aîné de ceux
de cette Maiſon eut féance au
Parlement , & l'a toûjours conſervée
, ainſi que les Archevefques
qui l'avoient auſſi à l'Echiquier.
Ce glorieux avantage leur
a eſté confirmé par Lettres Patentesde
nos Roys , en confidération
des grands ſervices qu'ils
ont rendus à l'Etat pendant les
troubles , & on les en a veus toûjours
دل
136 MERCURE
jours en poffeffion juſqu'au commencement
du Procés dont je
vous apprens le jugement. Je remets
à une autre occafion à vous
parler avec un peu d'ordre des
Deſcendansde cette Famille , &
vous diray ſeulement que Meffire
Claude de Roncherolles qui en
eſt le Chef , eſt le vingt- fixieme
dont la Filiation eſt connuë par
Fondations & Contracts de mariage.
Il eſt certain qu'il ya peu de
Gentilshommes en France , dont
les alliances ſoient auſſi illuftres.
L'Hiſtoire de la Maiſon de Chaftillon
, fait connoiſtre que nos
Roysleur ont fait l'honneur de les
avoüer pour Parens ; & fans vous
parler de celuy qu'ils ont d'eſtre
alliez de pluſieurs autres Souverains
, je puis dire que les plus
conſidérables MaiſonsduRoyaume
ſont ſorties de celle de Ron-
८
cherol
GALAN Τ .
137
cherolles, ſçavoir,de Longueville,
de Briffac, de la Lutumiere , dont
Madame de Matignon eſt Heritiere,
de Montcaurel,de Gouffier
Marquis de Thoys,d'Iſorée Marquis
d'Arvaux , de Breauté , de
Créquy Berniculle , de Bourbon
Sire de Rubanpré , de Creſpin-
Monaco & deVvardes,d'Eſtrées,
de Humieres , de la Motte Houdancour
, de Roſmadec-Molac,
deRieux-Afferac, de Joyeuſe, de
Harcour , de Richelieu , d'Angenne
, de Ragny, de Goulenne,
d'Arpajou , de Ramboüillet , de
Rambure , de Roye , de Gonnelieu,
de la Connelais , de Brienne,
d'Anglure, de Grouche Marquis
de Chepy, de Nollan , de la
Luſerne , de Stüart Marquis de
Montmartin, de Cliffon, de Trie,
de Tonnerre , Aumale , &c .
On peut encor voir dans quelle
eftime
138 MERCURE
1
eſtime cette Famille a toûjours
eſté par une Bulle des Papes, qui
accorde à Meſſieurs de Roncherolles
en confideration de leur
pieté,&de leur ancienne Noblefſe
, le Privilege de faire dire la
Meſſe ſur un Autel portatif par
tout où ils pourront ſe trouver.
On voit un Arreſt du Parlement
de Paris , qui porte qu'en reconnoiſſance
d'un ſervice qui luy fut
rendu par un Roncherolles, dans
une émotion où il ſe rencontra
avec ſes Gens, lesCauſes de ceux
de cette Famille ſeront appellées
immédiatement apres celles des
Princes du Sang. Joignez à cela,
que lors qu'ils ont rendu foy &
hommage, ce n'a eſté qu'entre les
mains de nos Roys. Pierre de
Roncherolles
د
Chevalier des
Ordres de Sa Majesté , le rendit
entre les mains de Catherine de
Medicis,
GALANT.
139
et
0
es
e
ةت
la,
&
es
de
es
de
is
Medicis , & depuis entre celles
de Henry 111. Je ne parle point
d'un nombre infiny de Fondations
, & Aumônes faites à diverſes
Abbayes , ny de plus de
quarante Cures dont la nomination
a eſté relâchée par eux aux
Archeveſques, & au Chapitre de
Roüen , qui eft obligé de faire un
Service tous les ans pour ceux de
cette Maiſon , auquel Service
Monfieur l'Archeveſque doit
officier quand il s'y rencontre.
Ce qui eſt 'fort remaquable
pour cette Famille , c'eſt qu'on
ne ſçauroit douter que ſon établiſſement
n'ait eſté fait en Normandie
longtemps avant que les
Danois y entraſſent . Cela paroiſt
par la connoiſſance que l'on a
d'un Rocherolius , qui défendit
l'entrée de la Seine au furnommé
Horic Chefdes Danois , qui
pilla
140
MERCURE
pilla Roüen en 845. & par l'avantage
que Meſſieurs de Roncherolles
ont eu de tout temps d'eſtre
Grands Bouteilliers de Normandie,
à cauſede laTerre de ce nom ,
où il y a un Fief qu'on appelle la
Bouteillerie. Cette qualité leur eft
donnée dans les Aveux les plus
anciens qu'on leur ait rendus.
Ils n'ont pas eſté conſiderez
ſeulement en Normandie, comme
fortisd'un ſang tres - illuftre , mais
auſſi dans toute la France. C'eſt
ce que vérifient les Etats de Blois,
où Meffire Pierre de Roncherolles
, Marquis du Pont S.Pierre,
&de Chaftillon , fut député de
toute la Nobleſſe du Royaume,
ainſi que Monfieur de Senecé,
pour en foûtenir les intéreſts ; &
dans les derniers Etats de Normandie
, qui furent tenus pendant
la Minorité du Roy , Meffire
Robert
GALANT.
141
1.
A-
دا
ne
is
S
e
He
ẻ,
&
ゴ
コ
21
rf
Robert de Roncherolles fut député
de toute la Nobleſſe de la
Province , & Monfieur ſon Fils,
Abbé de Baubec, le fut du Clergé.
Je ſerois trop long, ſi je voulois
vous marquer avec quel zele ils
ſe ſont toûjours portez à la maintenir
dans les ſentimens de ſoûmiſſion
& d'obeïſſance où nous
l'avons veuë. Il ne me reſte plus
qu'à vous dire qu'il y a eu de tout
temps de tres- grands Biens dans
cette Maiſon,& qu'en 1560. Philippes
de Roncherolles , Chevaliers
des Ordres du Roy , & Renée
d'Eſpinay ſa Femme partagerent
avant leur mort à leurs
quatre Fils plus de cinquante
mille écus de rente , & les plus
belles Terres du Royaume.
: Il vous fera aisé de connoiſtre
par la lecture des Vers que je
vous envoye , que celuy qui les a
faits
142 MERCURE
faits n'eſt pas mal avec les Muſes.
Il faut vous en dire le ſujet.
Une Dame des plus réſervées à
faire connoiſtre les ſentimens de
ſon coeur, ayant à paſſer une partie
de l'Eté à la Campagne , recevoit
chez elle toute la Nobleffe
de ſon voiſinage. Un Cavalier s'y
rendit fort affidu , & dans quelques
Madrigaux qu'il fit pour
elle, il ſedonna le nom de Tircis.
La Dame recevoit les Madrigaux
ſans façon , parce qu'elle aimoit
les Vers , & que ceux du Cavalier
avoient un tour agreable qui
les faiſoit lire avec plaifir. Ces
Madrigaux l'accoûtumerent fi
bien au nom de Tircis , qu'en ſe
promenant un jour elle l'écrivit
fur l'écorce d'un jeune Heſtre.
Il fut lû du Cavalier , qui ayant
trouvé quelques temps apres le
mot de Fidelle , écrit encor de ſa
main
GALANT.
143
main ſur le meſme Heſtre , luy
dit d'une maniere fort tendre ,
que ſes deſirs eſtoient fatisfaits,
puis que ſa fidelité luy eſtoit
connuë. La Dame rougit , & un
-je - ne - ſçay quel trouble dont
elle ne put eſtre la maiſtreſſe,
luy faiſant connoiſtre à elle-mefme
, qu'elle eſtimoit plus le Cavalier
qu'elle n'avoit crû , apres
quelques vains efforts pour déguiſer
ce qu'elle fentoit pour luy
de trop favorable , elle luy permit
de croire ce qu'il voudroit
de l'embarras où il l'avoit veuë.
Deux ou trois jours furent à
- peine paſſez , qu'elle écrivit quel
ques Vers ſur la meſme écorce.
C'eſt là- deſſus qu'ont eſté faits
ceux que vous allez lire .
:
RE
144 MERCURE
REQUESTE
D'UN JEUNE HESTRE
aux Mirtes des Jardins de Vénus
, qui ſont dans la Ville
d'Idalie en Cipre.
M
Irtes des Jardins d'Idalie.
Habitans d'unſéjourſi doux,
Vn Arbre Etranger vous supplie
Qu'on le reçoiveparmy- vous.
Il est vray,je neſuis qu'un Hestre,
Né dans des Lieux qui vous font
inconnus ;
Mais avec tout cela , peut- eftre
Je vaux un Mirte de Vénus.
C'est leprendre un peu haut, Mirtes,
je le confeffe,
Et
GALANT.
25
Ve
que ces Livres ont cessé d'eftre à la
mode , & je ne sçay pas comment
les furannez attraits de cette Prin-
- ceſſe , & les exploits fabuleux du
grand Artamene , ont eu juſques à
preſent quelque pouvoirsur vostre
esprit. Nous ne sommes plus au
temps des contes ; s'il s'en fait encor
, ce n'est que pour rire ; & ceux
qui tiennent du meilleur goût font
fort au deſſous de ce qu'on voit faire
tous les jours à LOUIS LE
GRAND. En effet , les Romans
n'ont jamais tant inventé qu'il
exécute ; & ſe rendre Maistre de
Strasbourg & de Cazal dans le
mesme temps , paſſeroit pour une
Fable, ſi l'Allemagne , l'Italie , &
tous les Peuples , n'étoient témoins
de ſes grandes Actions. Fettez les
yeux ſur ſes diverſes Conquestes,
leur rapidité voussurprendra. Regardez
qu'il s'arreste lors qu'il peut
Novembre 1681 .
t!!
E} B
26 MERCURE
tout vaincre, & vous avoüerezque
les Faiſeurs de Romans n'avoient
point encor trouvé ce bel endroit
pour former le coeur de leurs Héros.
Ils en ont aujourd'huy un parfait
modelle , & vous , Monsieur , un
Livre vivant ,fans aller chercher
dans Cleopatre & Cyrus , où vous
ne trouverez pas ce que vous avez
devant les yeux. Je vous envoye le
Mercure, & vous l'envoyeray tous
les mois. Il ne manquera pas de
vous apprendre agreablement les
Illustres Actions de nostre Auguste
Monarque; & afin que vous n'ayez
point à regreter la perte de vostre
vieille Cléopatre , il vous contera
mille petites Hiſtoires amoureuses,
& vous fera le Portrait des plus
jolies Dames du monde , qui font
d'un goût plus charmant que les
• plus vantées de celles qui vivoient
dans le Siècle de Mandane. Adieu ,
Mon
GALAN T.
27
Monsieur. Vous n'aurez de mes
nouvelles que par le premier Mercure.
Je ne puis mieux finir cet Article
que par un Sonnet , dont
Monfieur de Longpré Académiſte
eſt l'Autheur. Vous prenez
tant d'intereſt à ce qui regarde
la gloire du Roy , que je
ne fais aucun doute que vous ne
foyez de ſon ſentiment.
SONNET.
Avguſte, aprés César, eut l'im-
De remplir defon Nom un des Mois
de l'Année;
L'Univers s'y Soûmit,& ce ſuprême
honneur
Paſſe tous les fuccez dont sa vie
est ornée.
a
0
117
40
Bij
28 MERCURE
LOVIS , le Grand LOVIS,cet illuftre
Vainqueur ,
Sous qui s'étend la France,&sevoit
fortunée ,
CeHéros dont l'esprit égale legrand
coeur ,
A meritè cent fois la mesme destinée.
**
Confacrezà fon Nom le Mois qu'il
vint au jour ,
Banniſſezdeformais Septembre , &
Sans retour ,
Peuples , Soûmettez- vous à ce que
vent sa gloire.
Vous avez admiré ſes Exploits
}
inoüis ;
Mais pour éterniferSon Nom &Sa
Mémoire ,
Que Septembre àjamais ait le Nom
de LOVIS .
Dés
GALANT.
29
Dés le lendemain que Sa Majeſté
fut arrivée à S. Germain ,
Elle alla voir à Verſailles ce que
les Ouvriers avoient avancé depuis
fon départ ; les dépenſes
qu'Elle est obligée de faire pour
les Troupes , pour les Armemens
de Mer,& pour les Fortifications
de beaucoup de Places , n'empéchant
point qu'on ne travaille
toûjours aux Ouvrages qui font
dignes de la magnificence d'un
Grand Roy . C'eſt par là que
nôtre Auguſte Monarque acheve
de porter au plus haut point
la gloire de fon Etat. Les Plaiſirs
qu'on avoit abandonnez pour le
Voyage d'Alface , & qui étoient
partis pour Chambord , ont eſté
rappellez à S. Germain incontinent
aprés le retour , & l'on a
déja commencé à y joüer alternativement
le Pourceaugnas , &
Biij
30
MERCURE
Le Bourgeois Gentilhomme du fameux
Moliere . Comme la Mufique
du Roy , & les Danfeurs à
qui Sa Majesté donne Penſion ,
font employez dans les agrémens
de ces deux Pieces , elles ont
paru avec beaucoup d'avantage,
& ont extrémement ſatisfait toute
la Cour. Les Comédiens de
leur coſté ſe ſont acquitez tresbien
de leurs Rôles , la plupart
les ayant joüez d'Original , &
ayant eſté inſtruits par l'Autheur
mefme.
La fierté Ged bien à celles
de vôtre Sexe ; mais elle ceffe
d'eſtre une vertu , quand on la
porte juſqu'à faire gloire de paffer
pour inſenſible. C'eſt un défaut
qu'on reproche à une fort
belle Perſonne , qui depuis plufleurs
années , charmant tous
ceux qui la voyent , fait autant
de
GALAN T. 31
- de Malheureux qu'elle s'attire
. d'Amans. Les plus empreſſez à
luy donner tous leurs foins, cherchent
inutilement par où ſon
coeur peut eſtre touché ; &
comme perſonne n'a pu encor
découvrir les chemins qui y conduiſent,
on ne la nomme par tout
que la Belle Indiferente. Une
Dame de Paris , qu'elle a ſujet
de conſidérer, & qui auroit de la
joye qu'elle vouluſt ſe défaire
d'une qualité qui luy fait tort ,
luy envoya il y a fort peu de
temps un Amour d'Email tresbien
fait , tenant d'une main des
Coeurs enchaînez avec une
Clef de l'autre . Ce préſent luy
fut rendu en Province , où cette
Belle fait ſon ſéjour le plus ordinaire.
Il étoit accompagné d'une
Lettre dont on avoit chargé cet
Amour , qui devoit en meſme
د
Biiij
32 MERCURE
temps offrir à la Belle deux Paires
de Boutons de Topaſe tresriches
, propres pour mettre aux
Manchetes , & tout cela au nom
de la Dame. Je ne vous dis point
que cette Dame a l'eſprit tresdélicat.
Vous
lifant fa Lettre.
*
connoîtrez en
A MADEMOISELLE ***.
I femble
ma Chere , que vous
en poſſeſſion de gagner les
coeurs de tout le monde , & de ne
donner jamais le vostre ; & je
pense que vous vous imaginez,parce
que vous aveztoûjours confervé
une raiſon libre , an esprit fort ,
in empire abſolu ſur vos paſſions ,
&que vous avezmené jusques à
préſent une vie douce & tranquille
GALANT.
33
le , ennemie de tout engagement ,
qu'il vous fera permis de vivre
toûjours de la mesme forte. Cette
prétention est injuste ; elle n'est pas
mesme trop Chrétienne. C'est un
crime , que de manquer de reconnoiſſance
pour ceux qui nous ai
ment , &nous sommes obligez d'avoir
pitié de nostre prochain. Je
vous diray aussi en bonne Amie ,
qu'il n'y a pas seulement de la
dureté dans ceprocedé , mais auſſi
quelque chose de fort fingulier , de
Se vouloir ainſi tirer du pair , &
Se distinguer du reste des Gens.
Défaites- vous , ma Chere , de vos
faux préjugez, & détrompez- vous
de vos erreurs. Vous avez brau
faire , vous ne vous diſpenſerez
point d'aimer , non plus qise les
autres ; l'Amour est un Diều fans
quartier , & toſt ou tard , chacun
luy doit payer le tribut , ainſi qu'à
BS
34
MERCURE
la Mort. Celuy que je vous envoye
, & à qui je vous prie defaire
un accueil favorable à cause de
moy , eſt un Amour tres - irrité contre
vous. Il a tenté plusieurs fois
inutilement la conqueste de vostre
coeur, mais àpréſent ilse fait fort
de l'emporter ; & l'euſſiez- vous mis
à couvert fous cent Cadenats &
fous mille Clefs , la fienne vaut
mieux que toutes les vostres,puiſque
c'est un Paffe- par- tout à qui rien
ne resiste,& quise fait donnerpaffage
en tous lieux.
Amour , ce petit Dieu, vient de
quitter ſa Mere ;
Ildeſcend de l'Olympe avec tous
ſes attraits ;
Il traverſe les airs , armede tous
fes traits ,
Et profere ces mots, dans ſa juſte
colere.
Moy,
GALANT. 35
fal
10%
மசு
for
του
to
ul
MMooyy,,qquuii tiens ſous ma Loy l'un
& l'autre Hémiſphere ,
Qui ne conçois jamais que de
vaſtes projets ;
Egalement puiſſant dans laGuerre
& la Paix ,
Ne pourray- je toucher une ingrate
Bergere ?
Je l'auray, malgré ſa froideur.
Oüy, je triompheray de ce coeur
inſenſible.
Cette Place , aprés tout , n'eſt
point inacceſſible ,
Et j'en veux eſtre le vainqueur.
**
Je ſçay bien que ce coeur me fera
reſiſtance ,
Qu'il me faudra forcer plufieurs
Retranchemens ,
Et qu'on m'oppoſera tous les
fiersRegimens
De
10
36 MERCURE
De l'Orgueil , du Dédain , & de
l'Indiférence ..
Je ne crains point ces Ennemis,
Leurs efforts ſerviront de reliefà
ma gloire ;
On goûte avec plaifir les fruits
de la Victoire ,
Aprés que l'on a tout ſoûmis.
Si la Bergere veut me remettre
la Place ,
Sans me diſputer le terrian ,
Qu'elle conteſteroit en vain ,
Ah !foy de Dieu d'honneur, elle
obtiendra fa grace.
J'auray pour elle cent douceurs;
La Parque filera ſes jours d'or
&de ſoye ;
Les Ris & les Graces
Soeurs ,
4
mes
2
La
GALAN T.
37
de
mis
efi
S
,
lle
of
es
La feront vivre en paix, & mourir
dans la joye.
Voilà , ma Chere , de belles promeſſes
que l'Amour vous fait. Ce
n'est point un Dieu fourbe &fanfaron
, il les exécutera à la lettre.
S'il ne dit pas quelquefois tout ce
qu'il fait , ilfait souvent bien plus
qu'il ne dit. Si vous voulez ſuivre
mon conſeil , vous accepterez
le party qu'il vous offre. C'est le
plus ſeûr , le plus agreable , & j'o-
Seray dire , le plus gloricux ; puis
que les Dieux , les Roys , & les
Conquérans s'y foûmettent , & qu'à
moins que de vivre comme un Anachorete
de la Thébaïde , ou d'être
un peu Misantrope & Loupgarou
, on ne peut pas vivre Sans
aimer.
Fay chargé ce petit Amour en
partant de Paris ,de vous présenter
2
38 MERCURE
ter deux Paires de Boutons de Topaze
, de mapart , &de vous faire
mes complimens ; mais comme
c'est un Dieu fort intéreßé , & que
parmy les Dieux , aussi-bien que
parmy les Hommes , la charité
commence par Soy- mesme , je croy
qu'ilnevous parlera que de ſes intérests
, &qu'il oubliera ma commiſſion.
Je luy ay pourtant fort recommandé
de vous les donner en
mainpropre.
Ces Noeuds ſont pour lier vos
manches ,
Ou bien pour lier vôtre coeur.
Permettez que ce Dieu vainqueur
,
De ſes bras potelez, de ſes belles
mains blanches .
Vous attache cette Faveur.
Je dois vous l'avoüer , elle n'eſt
pas bien grande ,
1
Pour
GALANT.
39
Pour employer un Immortels
Et je ne ſçay que trop , qu'une
pareille offrande
N'eſt pas digne de vôtre
Autel.
Toute indigne pourtant qu'elle
eſt de vous estre offerte , je vous
conjure de la recevoir comme un
gage de mon amitié fincere , & de
me croire , &c .
On m'a fait part d'une galante
Recepte , qui ſeroit bien
propre pour une Belle du caractère
dont je vous ay peint l'aimable
Perſonne à qui cette Lettre
eſt adreſſée. Je vous en envoye
une Copie.
RECE
40
MERCURE
RECEPTE AMOUREUSE.
Po
Our bien purger une Beauté
Dont les yeux charment tout le
lemonde,
Purgez la de sa cruauté,
C'est là l'humeur dont elle abonde.
Afin que la Purgation.
Cause peu d'alteration,
Recipe pour noftre Ordonnance
Le poids d'un Ecu de Pitié;
Vne once engros de Confiance,...
Avec deux drachmes d'Amitié,
Et quatre de Correspondance.
**
Infusezle tout en douceur,
Cela luy purgera le coeur
Decette humeurfiere &maline
Quified mal à Beauté divine.
Quesi vous estes aſſuré.
Que
GALANT. 41
1
7
1
e
Quele malfoit iuveteré,
Et qu'ily reste quelque chose,
Vous réitererez , & doublerez la
dofe.
Je ne ſçay, Madame, ſi la Ville
de Charolles en Bourgogne vous
eſt connuë. Quoy qu'elle ſoit
fort petite , on ne laiſſe pas de s'y
divertir auſſi agreablement que
dans les plus grandes du Royaume.
Les Damesy ſont ſpirituelles
& fort fociables , & fe declarant
ennemies de la contrainte , elles
ont en toutes chofes une liberté
honneſte, qui leur attire l'eſtime
de tous leurs Voiſins , & les
rend capables de toute forte
d'exercices. Celuy de la Chaffe,
où l'on peut dire qu'elles font infatigables
, eſt un Divertiſſement
qui leur fait faire la plupart du
temps de tres- galantes Parties.
Elles
42 MERCURE
Elles montent auſſi- bien à cheval
qu'elles dancent , & ne font
pas moins paroiſtre d'adreſſe à tirer
un coup de Fufil & de Piſtolet,
qu'elles en montrent lorsqu'elles
veulentmanier l'Eguile . Apres
cela vous ne ſerez pas ſurpriſe de
ce que j'ay à vous en conter.
Comme la plupart des plus confiderables
Perſonnes de Dijon,
Châlons & Maſcon, viennent tous
les ans paffer à Charolles les plus
beaux jours de l'Eté , les Chevaliers
de cette petite Ville choiſirent
ce temps , qui n'eſt deſtiné
qu'aux plaiſirs & à la joye , pour
députer vers ceux de Paroy- le-
Moinel , du Mont- Ceny , & du
Mont S. Vincent, afin qu'ils ſe préparaſſent
à venir tirer le Prix le
25. Aouſt , ſuivant leur Défy de
l'année derniere. Le Chevalier
qui fut député , leur porta parole
qu'on
GALANT.
43
qu'on les attendroit avectout ce
Df qui estoit neceſſaire pour la pomti
pede la Feſte , & qu'il y auroit
10 deux Prix, l'un du Panton,& l'autre
de l'Arbaleſte;le premier,d'un
petit Service de Vaiſſelle d'argent
de huit cens Ecus ; & le
* ſecond, de cent cinquante Loüis;
que l'on payeroit en eſpeces.. Ce
Defy fut accepté par les trois
• Compagnies Etrangeres,qui eſtat
- venues au jour arreſté en tresbon
ordre , furent reçeuës avec
defortgrandshonneurs,&logées
en ſuite chez les Chevaliers de la
Ville, qui ſont obligez de les dé-
* frayer pendant tout le temps que
dure la Feſte. Le lendemain
fut employé en Feſtins, & à tirer
quelques coups d'eſſay , apres
quoy on réſolut que le jour ſuivat
on tireroit pour le Prix. Il fut
gagné par les Etrangers,au grand
e
1 déplaifir
44
MERCURE
déplaiſir de ceux de Charolles,
qui paſſentpour les meilleurs Fufeliers
de la Province.Lejour s'acheva
en réjoüiſſances, &le Prix
de l'Arbaleſte fut remis au lendemain.
Les Chevaliers Etrangers
eurent encor le meſme avantage,
&ſe firent reconoître pour Vainqueurs
au bruit des Tambours&
des Trompetes. Apres qu'ils ſe
furent fait complimentles uns aux
autres,& qu'ils eurent donné aux
Vaincus le Défy pour l'année
prochaine , ils les envoyerent
lier avec des Rubans pour marque
de leur efclavage. On éleva
auffitoſt les Enſeignes des Chevaliers
Etrangers au plus haut
des Tentes On cria Victoire,& en
obſervant les cerémoniesordinaires
on ſe mit en marche pour retourner
à la Ville. Jugez quelle
fut la ſurpriſe des Vainqueurs,
lors
GALANT.
45
lors qu'y croyant entrer en triomphe
, ils en trouverent les Portes
fermées , Le Roy de la Feſte envoya
ſur l'heure un de ſes Trompetes
pour en ſçavoir la raifon.
Le Trompete n'eut pas plutoſt
donné le ſignal , qu'il apperçeut
une Dame au travers d'une Feneſtre,
qui luy jettant une Lettre,
luy dit qu'il la portaſt à ſon Maiſtre.
Il alla foudain retrouver le
Roy , qui ayant reçeu la Lettre,
la lût tout haut auxChevaliers de
ſa Suite. Voicy dans quels termes
elle eſtoit conçeuë.
Efoyezpoint Surpris , Roy
vainqueur braves
د
Chevaliers , ſi en vous disputant
1
e
l'entrée d'une Ville qui vous est
acquife parle droit des Armes,
nous Somblons par là arrester le
cours de vos Conquestes. Nous ne
Scau
S
46 MERCURE
Scaurions voir le brillant eclat de
vos Trophées sans confusion &
Sans douleur. Ces Couronnes dont
vos testesfont chargées , font l'Ouvrage
de nos mains. Ces Lauriers
que vous faites porterà vos costez
pour témoignages de vostre vičtoire,
estoient destinez à d'autres
Vainqueurs, & c'est parnosfoins &
par nos peines que vous les voyez
enrichis de Rubans , &de Deviſes.
La triste postures de nos Chevaliers
vaincus , qui vous ſuivent les
yeux baissez & ſans Armes , est
une Image odieuse , qui nous fait
former une entrepriſe que vom devez
appuyer ,ſi vous nevoulez que
vostre gloire demeure imparfaite.
Elle ne peut estre entiere ,
que vous ne regnerez que sur la
moitié d'un Peuple. Ces infortunezVaincus
compoſent cette moitié,
&nous sommes l'autre qu'il vous
reste
tant
GALANT.
47
A
reste à vaincre. Profitezde vostre
bonne fortune. Rien ne vous peut
réſiſter apres l'avantage que vous
bavezeu . Peut- estre ne vous ferat-
il pas difficile de venirà bout de
nous;maispeut-eftre auſſitrouverez
vous quelque obstacle dans cette vi-
Etoire. Apeine avons nous appris la
défaite de nos Chevaliers , que comme
nous l'avions projetté auparavant
fi ce malheur arrivoit
avons faitſonner la Retraite pour
celles des noftres qui pouvoient eſtre
dans vôtre Camp,où nous avons esté
averties que ceſon avoit apporté
quelque désordre. Nous nous sommes
affemblées , & dans le Conseil
tenu entre nous, il a eſtéréfolu qu'on
vous fermeroit les Portes , &que
l'entrée de la Ville ne vous seroit
accordée qu'apres que vous auriez
confenty à nos demandes . Si vous
4
,nous
avez l'injustice de les rejetter , on
VOUS
48 MER CURE
vous declare que nous avons poudre
&plomb , & des Munitions ſuffi-
Santes pourſoûtenir un Siege de longue
durée. Pour du courage , foyez
afſſurez que nous n'enmaquerons pas .
Ce que nous vous demandons,braves
Chevaliers,eſt l'avantage de diſputer
un Prix avec vous. Le Panton
&l'Arbaleſte ontſervy de Théatre
à voſtre gloire , & nous vous offrons
dequoy la rendre parfaite , en vous
proposant de combattre pour l'Oy-
Sean. Cet Oyseau ſera de bois , de
la groſſeur d'une Merlete , les
Aifles éployées &le Corps cuirassé,
afin qu'il reſiſteà la balle du Fufil.
On le mettra à la pointe d'une grande
Verge de fer , où nous le ferons
cloüer& river àforce , &ilfera en
Suite élevéàla cime d'un des Saules
qui forment la belle Avenuë des
Ecluſes de la ville,mais come onpeut
diviſer l'Oyfeau en quatre ,
nous
voulons
1
GALANT.
145
Et non pas cependant plus haut que
je ne doy,
Si vous me demandez mes Titres de
Nobleffe,
Je les porte gravezfur moy.
Sçachez que l'autrejour une aima..
ble Bergere,
Errant dans noſtre Bois , réveuſe,
-Solitaire,
Vintſous nos ombrages charmans.
Asa douce langueur , àſa démarche
lente,
Nous diſmes auffi- toft , c'eſt quelque
jeune Amante,
Car tous les jours nous voyons des
Amans.
Elle cherchoit des yeux une écorce
nouvelle,
Jeunes Hestres s'empreſſoient tous
D'offrir leur écorce à la Belle,
Novembre 1681 . G
146
MERCURE
De ces marques d'honneurnoussommes
fort jaloux,
Heureusement jefus choisi par elle.
**
Elle grava , Tirfis ; moy ravy de
prefter
Mon écorcenaiſſante à cet aimable
usage,
:
Glorieux defon choix , je femblois
Aux Hestres envieux de tout mon
m'en vanter
voisinage .
ajoûter
Deux ou trois jours apres , elle vint
:
Et le mot de Fidele , & ce petit
Ouvrage.
En révant dans ce Bois à qui m'a
ſçeu charmer,
Sur cette écorce tendre & belle
Je gravay fon nom ſeul , ſans parler
de fon zele,
Tous les Bergers du nom le venoient
réclamer;.
GALANT.
147
Mais à préſent
Fidelle,
que j'ajoûte ,
Tirfis des Amans le modelle
S'y connoiſtra luy ſeul , puis qu'il
ſçait ſeul aimer.
Ah ! fi vous aviez veu cette jeune
Personne ,
Si vous connoiſfiez Sa beauté,
Vous ne blâmeriez pas , Mirtes , la
vanité
QueSa confidence me donne.
NosHestres les plus vieux qui mille
&millefois
Préterent aux Amans leur ombre
favorable,
M'ont dit d'une commune voix
Qu'ils n'ont jamaisvû dans nos Bois.
Vne Bergere plus aimable.
J'ay demandé son nom à ces petits_
Amours.
Gij
148
MERCURE
Qu'en foule depuis quelquesjours
Vn defir curieux dans nostre Bois
amene,
Et dont autour de moy se fait un
grand concours
Pour voir les Vers dont mon écorce
estpleine.
C'eſt Iris , m'ont - ils dit , & l'Amour
ſe promet
De tirer une gloire extréme
De ce qu'elle t'a pû confier ſon
fecret;
Depuis affez longtemps elle aime,
Et ſon coeur n'en avoit pas fait
La confidence à ſon coeur même .
Tirſis , ( & quel Amant n'eſt- ce
pas que Tirfis ? )
Quoy qu'elle partageât ſes amoureux
foucis ,
N'en pouvoit obtenir un aveu de
ſa bouche .
Enfin, apres un long ennuy,
Il
GALAN T. 149
Il ſçait depuis un mois que fon
amour la touche ,
Et tu l'as ſçeu preſque auffitoft
que luy.
Songe que cette Iris obſtinée au
filence
(de roy,
Et qui n'aimoit qu'en ſe cachant
Ne vous a mis que trois dans cette
confidence;
Elle-meſme , Tirfis , & toy .
Voila quelle est mon Avanture.
Fier de tant d'honneur, jeſuis las
De vivre en une foule obscure
D'Arbres que l'on ne connoistpas.
Souffrez que chez vostre Déeſſe
Parles Amours je me faſſe emporter.
Jeſuis en ma verte jeunesse
Etpropre encor à transplanter.
Parmy-vousde nouveauje meprépa.
re à naître, Giij
150
MERCURE
D'Iris & de Tirſis vous verrez l'amour
croiſtre ,
Enmesme temps que je croiſtray ay
Dans ces heureux Iardins que la
Déeſſe habite,
I'enpourrois bieavoir quelque viſite,
Grace aux Vers de fa main que je
conferveray.
Ne craignez point la conféquence,
Ny qu'un nombre trop grand de
Heſtres transplantez
Neregne enfin de tous cofrez
Dans les lieux de vôtre naiſſance.
Recevez- les , tous ceux qui porteront
écrits,
De tendres Vers d'une Bergere
Qui vaille la Bergere Iris ,
EtSoyezſurs de n'enrecevoirguére.
Vous voyez mes defirs , daignezles
approuver.
Mirtes,
GALANT .
151
د
Mirtes , ainſi toûjours une main
immortelle,
Prenne ſoin de vous cultiver,
Et chaque Mirte mâle , ait fon
Mirte femelle.
Je vous entretins le mois paſſé
de l'entrée des Troupes du Roy
dans la Citadelle de Cazal , mais
j'accompagnay cette nouvelle de
ſi peu de circonftances , qu'une
Lettre qui en eſt toute remplie ,
m'étant tõbée depuis ce téps-là
entre les mains , je crois vous faire
plaiſir de vous l'envoyer. Elle
eſt d'un Homme fort intelligent
&fort exact, & contient des choſes
qui n'ayant point, encor eſté
ſçeuës , méritent bien qu'on parle
deux fois d'une evenement
auſſi remarquable que celuy dont
elle traite .
G
152
MERCURE
1
LETTRE
D'UM OFFICIER
des Troupes de la Citadelle
de Cazal.
De Cazal le 9.Octobre 1681 .
E vous ay appris , Monsieur , ce
s'estpasséjusques à l'arrivée
de nos Troupes en Dauphiné. La
discipline qu'elles y ont observée
est une chose innoüye juſques au
Regne de Louis le Grand, Elles n'y
ont pas pris un grain de Raifin, n'y
fait le moindre désordre. Ie ne parle
point par exagération, je dis la veritétoute
pure. Cette belle difcipline
vient du bon choix de la Cour,
qui n'employ que deſages Genéraux
, & des Intendans fort prévoyans.
On a campé par tout Sans
entrerdans aucune Ville ny Village,
نم
GALANT.
153
&Sans aller au fourrage ny au bois,
parce que sous ceprétexte,on auroit
pûs'écartérmal-à-propos.Les Troupes
ont trouvé leur Camp marqué
dans toute la marche , du Pain, du
Vin de la Viande , du Bois , des Perches
, & des Piquets pour tendre
les Tentes. La Cavalerie a außt
trouvé par tout du Foin & de l Avoine,&
cet ordre s'eſt obfervé avec
ſi ſeûres précautions , l'argent du
du Roy & la vigilance de Monfieur
Breant y ayant pourveu éза
lement , qu'aucun Soldat ny Cavalier
n'estforty de ſon Camp , & ne
s'est détaché de fon Escadron ou
Bataillon pendant la Route. Monfieur
de Bouflers partit de fon Camp
fous Pignerol la nuit du Samedy
au Dimanche du 28.Septembre derniers
avec vingt Escadrons de Cavalerie
, & quatre Regimens de
Dragons,& laiſſa lereſte defa Ca-
Gw
154
MERCURE
valerie,toute l'Infanterie, les Equipages,
les Vivres ,& le Trésor,à Mofieurde
Catinatqui le devoitſuivre
Le lendemain , & quireçeutle Brevet
de Maréchal de Camp , le jour
qu'il partit de Pignerol. Ses lumieressont
conues,&ont estéemployées
utilement en beaucoup d'occaſions
pour le ſervice de Sa Majesté.Faurois
beaucoup à m'étendre sur fon
esprit , &fur la folidité de fon jugement
; mais pour vous faire fon
Panégirique en unſeul mot, je vous
diray que le Roy , le plus éclairé de
tous les Monarques , l'a choisi pour
Luy confier la Citadelle de Cazal,
Revenons à noſtre marche. Nous
estions guidez par Monfieurdu Verger
Maréchal genéral des Logis
de l'Armée , qui pendant toute la
derniere Guerre a fervy en cette
qualité-là en Catalogne avec beaucoup
de fuccez & d'applaudissement
GALANT.
ISS
1
ment du coſté de la Cour,& des Genéraux.
Il a un talent tout particulier
pour cet employ , & l'Italie ne
luy est pas moins connue que l'Espagne.
Nous paſſames le Pô avant le
jour ſur le Pont de Carignan. On
fit alte pendant quatre heures,
La Meffe fut dite dansle Camp,&
- l'on dina, apres quoy on détacha un
Escadron de Cavalerie qu'on laiſſa
au bout du Pont pour attedre Monfieur
de Catinat,&fon Infaterie,&
l'on se remit en marche .Nous paſſamesfur
leglacis de Villeneuve d' Aft .
C'est une Ville affez grande , bien
fortifiée,& qui appartient à Monſieur
le Duc de Savoye. De là nous
allâmes camper & coucher à San
Paolo, Village de Lastegean. Monficur
du Verger avoit marqué le
Camp au delà du Village , dans une
grande Prairie ,le long du Ruiſſeau.
Nous y arrivâmes deux heures
avant
156 MERCURE
avantle Soleil couché , de manière
qu'on prit la commodité de
reconnoistre le Camp &.fes environs
, depofer les Gardes de jour,
de tendre les Tentes , & de prendre
fans confusion la Ration du
Fourrage que nous avions eu pendant
toute la Route dansles Païs
Estrangers , comme dans les Terres
mefmes de Sa Majefté , non ſeulement
par le bon ordre de nostre Ge.
néral,mais encor par la prévoyance
merveilleuse & lesſoins infatigables
de Monfieur Breant Intendant
de nostre Armée & de Cazal. C'est
un Eléve de Monsieur Robert. Ce
mot veut dire tout. De San Paolo
yous vinſmes camper Sous Montcalve
qui appartient au Duc de
Mantouë.C'est une grande VilleScituéeSurune
Colline.ily a eu autrefois
un. Chasteau ou Citadelle avec
des. Tours,dont on voit encor les ve
Stiges
GALANT. 157
ftiges du coſtê du Septentrion. La
Ville aun Gouverneur &beaucoup
de Nobleſſe , mais elle n'a point de
Garnison. Encet endroit Monfieur
de Bouflersreçent Monfieur le Comte
d'Ogliani de la part de Madame
Royale.Ileft Capitaine des Gardes
de cette Princeſſe . Tous les Capitaines
de Montcalve , & tous
ceux du Montferrat , vinrent avec
luy marquer la joye qu'ils avoient
d'eſtre ſous la puiſſante Protection
de Sa Majesté.On ne sçauroit affez"
exprimer celle des Peuples , & les
careſſes qu'en reçeurent les François.
Les Dames mesme curent de l'empreffement
à les venir voir pendant
qu'ils furent campez. Apres
qu'on eut passé là quelques heures
, comme ſi on cust dûy coucher,
on marcha toute la nuit , en fuite
dequoy l'onfit alte denouveau pendant
une heure à une licuë de Cazal
158 MERCURE
Zal. On paſſa les Défilez des Colines
, & enfin le Mardy 30.Séptembre
, on arriva devant la Citadelle
où l'on se mit en Bataille un
peu avant que le jour parust. En
mefme temps Monsieur de Bouflers
détacha Monfieur de Crillon
ن م
Monsieur l'Intendant pour aller
Sçavoir à la Citadelle ſi l'on estoit
preſt à nous recevoir. Ilsseprefentérentà
la Porte de Secours , mais.
on leur cria qu'ils allaſſent par la
Ville, &qu'ils ne pouvoient entrer
par là.Ils y allerent , & virent les
Gouverneurs de la Ville & de la
Citadelle , qui leur firent des excuſes
de ce que la Porte de Secours
n'estoit pas encor débouchées,&qui
les prierent de vouloir attendre.
Ces Meßieurs rapporterent ces nouvelles
à Monfieur de Bouflers , qui
les renvoya fur leurs pas pour huter
cette ouverture , & offrit des
Dragons
GALANT.
159
لا
Dragons poury travailler. Il recommanda
à Monsieur l'Intendant
defonger au fonds , luy dit de mener
avec luy Meßieurs Grezilemont
, la Fonds & Grini , Commisfaires
des Guerres . Il ordonna auſſi
à Monsieur le Marquis de Saint
Hilaire d'y aller pour commencer les
Inventaires de l' Artillerie.Ce Marquis
eft Fils de feuMonfieur defaint
Hilaire Lieutenat Genéral de l' Artillerie,
qui eut un bras emporté dis
coup qui tua Monfieur de Turenne.
Il s'eſt acquis tat de réputation,qu'il
n'ya Personne qui neſcache qu'ila
heritédu mérite de Mrfon Pére,&
du Zele qu'ilavoit pour leſervice du
Roy.Il ordona auſſia Mr de la Mothe-
Lamire de s'y rendre en méme
temps, pour fonger auxreparations
qu'õjugeoit neceffaires . Eftat entrez
parla Porte de la Ville , nostre principalfoin
fut de déboucher celle
de
160 MERCURE
de Secours. On y travailla fortement,
Monfieur de Bouflers qui regardoit
en dehors ce travail avec
autant d'attention que d'impatience
, crûtſur le midy que l'ouverture
estoit affez grande , & il y entra
avec les Regimens de Dragons de
la Lande , & de Barbeſières. En
meſme temps la Garniſon qui étoit
en bataille dans la Place d'Armes,
& composée de fix Compagnies
d'Infanterie Italienne qui devoient
estre chacune de cent Hommes,commença
à défiler , &se retirant du
coſté de la Ville nous laiſſa la Citadelle
vuide & libre. Monsieur le
Marquis de Bouflers fut auſſitost
complimenté par tout le Païs,par
Confeil Souverain & la Chambre
Ducale,&par les Magistrats, comme
il l'avoit estépar les Gouverneurs
&par toute la Nobleffe. L'Evesque
,& le Clergé , & tous les
le
Nota
GALANT. 161
1
1
& Notables, le complimentérent en
particulier. Il fut fervy à diſner
aux defpens de la Ville avec une
tres- grande magnificence.Ily avoit
quatre Tables , chacune de vingt
Couverts. Les Principaux de la Ville&
pluſieurs Officiers de l'Armée,
y mangerent , on bût la ſanté du
Roy , & celle de Monfieur le Duc
deMantouë . La Ville traita Mon-
Sieur de Bouflers ſoir &matin pendant
trois jours avec les meſimes ap-
- press. Les Peuples ne se laffoient
point de faire éclater leur joye , &
- de repeter les loüanges de Sa Majesté.
Monsieur de Bouflers dépescha
cemesmejour à la Cour Monfieur
de S. Felix , & envoya Monfieurle
Marquis de Fimarcon Colonel
d'un Regiment de Dragons,
à Monfieur le Duc de Savoye,
& à Madame Royale , pour leur
faire part de l'entrée des Troupes
du
162 MERCURE
و &fes
Ru Roy dans la Citadelle de Ca-
Zal , & les aſſurer d'un bon Voifinage
de la part des François.
Monsieurle Marquis de Crillon
fut außi envoyé vers Monſieur
le Comte de Mergar Gouverneur
du Milanois. Ce Marquis
outre fa qualité a infiniment de
l'esprit & du merite
Services ont fait affez connoistre
fon zele. Il mena avec luy Monfieur
le Marquis de Gefures , qui
est un jeune Seigneur d'un nom
trop connu pour vous en parler.
Ces Messieurs revinrent de Turin
& de Milan , fort Satisfaits de
La maniere obligeante & pleine
d'estime dont on les avoit traitez .
Les deux Regimens de Dragons de
Barbefieres , & de la Lande , qu'on
a mis dans la Citadelle , font
tres-beaux , & tres- bien montez ,
&font environ neuf cens Hommes.
Il
GALANT.
163
?
Il en reste deux au Camp de pareille
forte , dont l'un est Fimarcon
,
,
& l'autre Tesse. Il y a outré
cela les Regimens de Cavalerie
appellez Servon , autrefois
la Rabliere , Royal , Roussillon,
Crillon Arnolfini , Chevalier
Duc , & plusieurs autres , avec
leurs Colonels , tant en chefqu'incorporez
. Le Commendant de la
Cavalerie est un des plus anciens
Brigadiers du Royaume. Ilabeaucoup
de service , & est fort connu
en Portugal
longtemps , aussi bien qu'en Cata-
,
0où il a fervy
logne. Toutes ces Troupes vivent
SansSortir du Camp,ny estreàchargeà
qui que ceſoit. Le Lieutenant
deRoy de la Citadelle estMonsieur
de l'Isle , qui a esté LicutenantColonel
de Louvigny ; & le Major,
Monfieur du Coudray , Major du
- Regiment Royal de la Marine,
tous
164 MERCURE
tous Gens choiſis , de ſervice & de
merite.
Le Mercredy premier d'Octobre
, Monsieur de Catinat arriva
Sur lemidy , avec le reste de l'Armée
Cavalerie , & Infanterie;
Equipages , Vivres &Tréſor , que
trois cens Mulets portoient avec les
farines. L'Infanterie estoit composée
de quatre Bataillons ; sçavoir,
uude la Marine de huit cens Hommes
effectifs, commandez par Monfieur
Matthieu ( ceft un Homme
dont les ſervices font anciens &
connus) un Bataillon de Sault, commandépar
Monfieur de la Batiſſe
ancien Capitaine , qui s'eſt ſignalé
àla prise de Bellegarde en Catalogne,
à la Bataille d'Epoüille , &
àPuicerda ; un Bataillon de Laré,
conduitpar le Marquis de ce nom
qui en est Colonel , Homme de qualité
& de mérite ; & le Bataillon
de
GALANT. 165
با
de Castres , commandéparle Lieutenant
Colonel , Monsieurle Mar-
- quis de Castres estant demeuré à
Pignerol. Toute cette Infanterie
avec la Cavalerie , &les Dragons
relevez , alla auffitoft groffir le
Camp qui estsous la Citadelle en
deux Lignes. François , & Mantoüans
, chanterent le Te Deum,
àla Citadelle & à la Ville, &pendant
toute la nuit on ne vit que
feux , & on n'entendit que coups de
Canon.On en fit trois ſalves , &
autant de Mousqueterie,àla Ville,
à la Citadelle, & au Camp. Monfieur
de Catinat a reçeu les mémes
honneurs que Monsieur de Bouflers,
&deplus un Préfent de toutes
fortes de Vins , de Ris , de Fromage,
de Veaux gras ,de Paons ,Dindons
, Perdrix , Faifans , Ortolans
Lardez , & autres especes de vi-
Etuailles , avec une abondance extraordi
)
i
166 MERCURE
traordinaire. Le tout estoit porté
par quatre cens soixante Hommes
marchant deux à deux . Rien n'étoit
plus beau à voir. Monsieur de
Catinat partit deux jours apres,
pour aller complimenter Monfieur
le Duc de Mantouë. Le Camp , &
Monfieur de Bouflers ,ſont toûjours
au mesme endroit ; & l'onne sçait
pour combien de temps. Il arriva
hier de Pignerol par la Riviere un
Convoy de Lits , de Paillaſſes , &
de douze cens charges de Farine.
Ils avoient chargé à Ville-franche
, Port & petite Villefur le Pô,
à trois lieuës de Pignerol , d'où l'on
peut venir icy commodement , &
amener toutes fortes de munitions
par Bateau . De Ville-franche on
paſſe à Carmagnol , puis à Carignan,
à Turin, à Chivaſe, à Véruë,
à Pontaſture , & à quantité d'autrespetits
lieux quisont affez in.
connus,
1
GALANT. 167
!
1
connus , d'où il nous vient une infinité
de toutes fortes de Proviſions.
Nous sommes dans le plus beau
Païs du Monde , & le plusfertile
entre Turin & Milan , n'y ayant
que quinze lieuës d'icy à l'une&à
l'autre,& 22.à Pignerol. Cette Ville
est tres-peuplée,& marchande,&
fort belle , un peu plus grande que
S. Quentin , fort bien fortifiée&
revestuë . Elle a trois Fortes , de
bon Dehors , & douze Compagnies
- de Garnison , qui font environ neuf
cens Hommes , avec une Compagnie
de Cavalerie. Toutes ces Troupes
font Italiennes. Il y a à l'autre
bout de la Villeſur le bord du Pô,
un Chasteau qui est tres - fort &
quarré. Ila quatre Tours, & quatre
Demy - Lunes . Ses Foffez font de
-vingt pieds de profondeur , & revestus
de Massonnerie de Brique.
Les Bastimens de la Villefont tresbeaux.
168 MERCURE
beaux. On y voit un Belveder magnifique.
Il est plein de Statues de
Marbre , d'Orangers , & de belles
Peintures àfresque , & aboutit à
une tres- magnifique Gallerie. C'est
la demeure des Ducs de Mantouë.
Il y a force Canons fur les Remparts
du Chastean , & une Compagnie
de soixante Hommes en
garnison. Pour ce qui est de nostre
Citadelle , c'est la plus connuë , &
la plus belle de l'Europe. Elle est à
fix Bastions , & est plus grande
queHedin. Tout est de Brique. Les
Cazernes & les Bastimens y font
magnifiques & réguliers. Le tempsy
a gaste quelques Ouvrages, & ils'y
en trouve d'autres qui nefont point
ashevez ; mais il n'y a rien de plus
beau que le Corps de la Place, dont
la déduction rendroit ma Lettre
trop longue , Il est temps de la finir,
en vous aſſurant que je fuis,&c.
Je
TEAV
么
LA CITADELLE
GALANT. 169
Je croy, Madame, qu'on auroit
peine à rien adjoûter au détail
de cette Lettre. Elle vous fait voir
que quoy qu'on ait aimé les François
dans tous les lieux où ils ont
eſté , jamais leur entrée dans un
Païs Etranger n'avoit donné tant
dejoye. Cela vient de ce que l'on
n'a point vû juſques à preſent, de
diſcipline pareille à celie que leurs
Commandans leur font obſerver.
Ainſi ils font aimez non ſeulement
par eux-meſmes , par leur
douceur , & par leur civilité ordinaire
, mais encor par la maniere
dont on réfout dans le Confeil
du Roy , de les faire vivre par
l'exacte & ponctuelle exécution
que les Genéraux & les Intendans
font faire des ordres de Sa
Majesté , & ce qui l'emporte de
beaucoup fur tout cela , par le
plaifir que l'on trouve à eſtre ſous
Novembre 1681 . H
170
MERCURE
la domination d'un auffi grand
Prince que Loüts XIV. Aufſi at-
on vû ſans aucun étonnement
la reception extraordinaire que
leur ont faite les Habitans de
Cazal , & les marques qu'ils ont
données d'une entiere joye à la
ſeule veuë des Troupes du Roy.
C'eſt vous parler trop longtemps
de cette fameuſe Place, ſans vous
faire voir la Ville & la Citadelle .
Vous connoiſtrez l'une & l'autre
, en jettant les yeux ſur cette
Planche.
L'avis ayant eſté apporté à
Tours que Monfieur le Duc du
Maine y devoit paſſer le Lundy
10. de ce mois , à ſon retour des
Eaux de Rarrege , Monfieur le
Marquis de Rafilly , Lieutenant
General de la Province , alla au
devant de luy , accompagné de
la Nobleffe , de ſes Gardes , &
des
GALANT. 171
des deux Compagnies de la Maréchauffée
. Ce Prince à qui ſa
haute naiſſance n'inſpire que des
fentimens d'honneſteté , s'arreſta
pour recevoir ſon compliment, &
y répondit d'une maniere toute
obligeante , avec la grace & la
préſence d'eſprit qui luy eſt ſi naturelle.
Ce Marquis le conduifit
dans la Ville , où il arriva au bruit
de toute l'Artillerie , & des décharges
de la Bourgeoiſie , qui
eſtoit rangée en double haye depuis
la premiere Porte du Fauxbourg
juſqu'à ſa Maiſon qu'il
avoit fait préparer pour ce jeune
Prince. Le Préſidial & les Treforiers
de France l'y vinrent complimenter
, ainſi que le Corps de
Ville ; ce que firent apres eux les
Chanoines de S. Gatien & de
S. Martin , qui luy preſenterent
le Pain & le Vin de leurCha-
Hij
172
MERCURE
pitre.Ces complimens eſtant faits,
Monfieur le Marquis de Rafily
le régala d'un magnifique Soupé ,
qui fut ſuivy de la Comédie.C'eſt
un divertiſſement que luy donnerent
des Comédiens qui heureuſement
estoient arrivez à Tours.
Le lendemain jour de S. Martin,
ce Prince entendit la Meffe aux
Jacobins , où il fut conduit par le
meſine Monfieur de Rafily , qui
luy donna enſuite un Dîné trespropre.
Au fortir de table il remonta
en Carroſſe , pour aller
coucher à Amboiſe. Les meſmes
honneurs du jour précedent luy
furent rendus ; c'eſt à dire qu'en
partant il trouva encor la Bourgeoiſie
ſous les armes , & que
Monfieur le Marquis de Rafilly
l'accompagna juſqu'à unelieuë
de la Ville , avec la Nobleſſe &
les deux Compagnies de la Ma
réchauffée.
GALANT. 173
réchauffée. Ce Marquis eſt préfentement
l'Aîné de l'ancienne
Maiſon de Rafilly , auffi celebre
par la valeur & par les ſervices
que ceux de ce nom ont rendus
- de Pere en Fils , fur mer & fur
terre ,,que par les Charges qu'ils
ont poſſedées. L'eſprit n'eſt pas
moins un privilege de cette famille
,que l'éclat de la naiſſance .
On le peut connoiſtre par un
Sonnet que Mademoiselle de
Rafilly a fait préſenter au Roy
fur Cazal & fur Strasbourg. 11
ſemble qu'au lieu du ſang qu'ont
répandu ſes Anceſtres pour le
ſervice de Sa Majesté, & pour ſes
auguſtes Prédeceffeurs, elleveüille
epuiſer la feu de fon efprit,
pourmarquer l'attachemetqu'elle
a aux interefts & à la gloire de
noſtre Monarque , qui n'a remporté
aucune Victoire , qu'elle
Hiij
74
MERCURE
n'ait tâché de conſacrer par quelqu'un
de ſes Ouvrages. Voicy le
dernier que l'on ait veu d'elle.
AUROΥ ,
SONNET.
Avguße Conquerant gloire immortelle
vostre
Pouvoit - elle esperer rien de plus
éclatant?
Vit- on jamais bonheur plus folide
&constant
Ny de conduite außi plus heureuse
&plus belle ?
Vous revenezvainqueur d'unefaçon
nouvelle
On vous voit du Midy , tout d'un
coup au Levant,
Sur le Pô , fur le Rhin , paroître
triomphant
;
Et
GALANT.
175
Et finir en un jour vostre juste
querelle.
Mais parmy la Valeur , la Clemence
eut ſon rang,
Vous bleſsâtes les Coeurs
épargner le Sang,
, pour
Voſtre noble fierté dédaigna leur
courage;
Etfi la Terreur fitfur ces Peuples
vaincus.
Ceque fit parle fer legrand Germanicus,
L'amour les deſarmant ,fit beaucoup
davantage.
J'ajoûte un autre Sonnet de
Monfieur Mallement de Meſſange.
Je ne vous ay rien envoyé de
luy qui n'ait plû , & fur tout les
Ouvrages qu'ils a faits pour le
Roy ,& pour Monfieur..
Hij
176 MERCURE
AU ROΥ.
Sur fon Voyage de Strasbourg.
SONNET.
ERhin fut effrayé , lors qu'il
te vid , grand Roy,
Avec tant de Guerriers qui couvrirentſon
Onde,
D'un air, qui répondoit de l'Empire
du Monde,
Répandre le carnage , &l'horreur
devantToy.
Mais Son étonnement Surpaſſe cet
effroy;
Te voyant aujourd'huy dans une
paixprofonde,
Sans que ton Sabre frappe , ou que
ton Canon gronde.
D'un tranquille regard mettre tout
Sous taLoy.
D'où
GALANT. 177
D'où vient donc àpreſent cefurprenant
usage;
Et quelfiecle , dit- il , fur mon fameux
rivage,
A pûvoir autrefois , ce qu'on voit
en cejour ?
Au delà de mes Eaux , pour ſoùmettre
une Place,
LOVIS s'en va fuivy des Dames
defa Cour,
Comme au bord de la Seine il iroit à
laChaffe.
Le Dimanche neufviéme de
ce mois , les Députez de l'Aſſemblée
genérale du Clergé affiſterent
à la Meſſe du Saint Efprit,
qui fut celebrée pontificalement
par Monfieur l'Archeveſque de
Paris,dans l'Egliſe du grand Convent
des Auguſtins. Meifieurs les
H V
178 MERCURE
Eveſques eſtoient dans les hautes
Chaiſes en Camail & en Rochet.
Les premieres places commençoient
par les plus proches
del'Autel . Le ſecond Ordre étoit
immediatement aprés ; & fitoſt
qu'on eut finy l'Evangile , Monſieur
l'Eveſque de Meaux monta
en Chaire , & s'attira par ſon éloquence
ordinaire , l'applaudiffement
general de ce grand nombre
d'Auditeurs illuftres. Monſieurl'Archeveſque
de Parisdonna
la Benediction Pontificale à la
fin de la Meſſe , & communia
tous les Députez. LesArchevéques
eſtoient deux à deux. Ils
allerent les premiers , ayant chacun
une Etole . Le ſecond ordre
fuivoit. Ceux qui le formoient
eſtoient auſſi deux à deux , &
avoient Soutannes Manteaux
longs , Bonnets carrez & Etoles,
Y H
,
Voicy
GALANT. 179
}
コ
1
Voicy lesnoms de ceux qui compoſent
l'Aſſemblée .
PARIS.
Monfieur l'Archeveſque .
↑ Monfieur l'Eveſque de Meaux.
Monfieur l'Abbé Maupeou.
Monfieur l'Abbé Coquelin.
BESANÇON.
Monfieur l'Archeveſque .
Monfieur l'Eveſque du Bellay.
Monfieur l'Abbé Pare .
Monfieur l'Abbé Laboraye .
RHEIM S.
Monfieur l'Archeveſque.
Monfieur l'Eveſque de Châlons.
Monfieur l'Abbé Favre .
Monfieur l'Abbé Maucroix.
AMBRUN.
Monfieur l'Archeveſque.
Monfieur l'Evefque de Gladeve:
Monfieur l'Abbé Vanée.
Monfieur l'Abbé de laFage.
CAM
180 MERCURE
CAMBRAY... 7
Monfieur l'Archeveſque .
Monfieur l'Eveſque de Tournay.
Monfieur l'Abbé de S. Eloy .
Monfieur l'Abé de Franqueville.
ALBY.
Monfieur l'Archeveſque .
Monfieur l'Evefque de Mande.
Monfieur l'Abbé de Leſcures .
Monfieur l'Abbé de Cans .
BOURGE S.
Monfieur de Bourges .
Monfieur l'Evefque de Tulles.
Monfieur l'Abbé Rotabon .
Monfieur l'Abbé Feu .
ROUEN.
Monfieur l'Archeveſque & fon
Coadjuteur.
Monfieurl'Eveſque d'Avranches
Monfieur l'Abbé de S. Luc.
Monfieur l'Abbé de Champigny.
BORDEAUX.
Monfieur l'Archeveſque.
Mon
GALANT. 181
Monfieur l'Eveſque de la Rochelle.
Monfieur l'Abbé de Gourgous.
Monfieur l'Abbé Lambert.
VIENNE.
Monfieur l'Eveſque de Viviers.
Monfieur l'Eveſque de Valence .
Monfieur l'Abbé Hargoud.
Monfieur l'Abbé Jerbais .
Αιχ.
Monfieur l'Eveſque de Riez .
Monfieur l'Evefque de Frejus .
Monfieur l'Abbé de Vacheres .
Monfieur l'Abbé de Viens .
LYON.
Monfieur l'Eveſque d'Autun.
Monfieur l'Eveſque de Langres.
Monfieur le Comte de S.George,
Comte de Lyon.
Monfieur l'Abbé Senault.
AucH.
Monfieur l'Eveſque de Bazas .
Monfieur l'Evefque de Couzeras.
Mon
182 MERCURE
Monfieur l'Abbé de Poudens.
Monfieur l'Abbé Soupez .
TOURS .
Monfieur l'Eveſque de S. Malo ..
Monfieur l'Eveſque de Treguier.
Monfieur l'Abbéde Guenegaud.
Monfieur l'Abbé de Rivault.
ARLES.
Monfieur l'Eveſque de Toulon .
Monfieur l'Eveſque de Marseille.
Monfieur l'Abbé de Boſche .
Monfieur l'Abbé Bauffet.
TOULOUzE .
Monfieurl'Eveſque de Montauban.
Monfieur l'Eveſque de Lavaur.
Monfieur l'Abbé Cheron .
Monfieur l'Abbé Courſier.
NARBONNE .
Monfieur l'Eveſque de Montpellier.
2
Monfieur l'Eveſque d'Allet.
Monfieur l'Abbé de Fleury.
Mon
GALAN T. 183
Monfieur l'Abbé le Franc.
SENS.
Monfieur l'Eveſque d'Auxerre..
Monfieur l'Eveſque de Troyes.
Monsieur l'Abbé de Luſignan.
- Monfieur l'Abbé Bigot.
5
Il s'eſt fait une Abjuration
fort remarquable par les circonftances
dont elle a eſté accompagnée
. Ce que j'ay à vous en
dire eſt arrivé à Orbec , Ville en
Normandie , où il y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eſt de la Religion
Pretenduë Reformée,dont
quantité d'Habitans font profeffion.
La commodité d'un Prefche
, où l'exercice public s'en
fait dans ce meſme lieu , eſt caufe
que beaucoup de Familles anciennes
reſtent dansl'erreur.Celle
de Monfieur Deſpars Avocat
d'Orbec eſt de ce nombre. Il a
dix
184 MERGURE
dix ou douze Enfansqu'il a pris
grand ſoin de bien inſtruire
dans l'Heréſie qu'il profeſſe.
Ses inſtructions n'ont pourtant
point empeſché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent éclairé l'une
de ſes Filles , qui quoy qu'elle
n'ait qu'onze ans & demy , à
l'eſprit tres- meûr & fort avancé.
Cette jeune Fille tenant ſa Religion
ſuſpecte , ſe reſolut de quitter
fon Pere , pour ſe retirerdans
un Convent de Religieuſes qui
font à Orbec. Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut reçeuë
qu'apres que l'Abbeſſe du
Convent ſe vit appuyée de l'autorité
de la Juſtice,& eutl'approbation
de ſes Parens Catholiques.
Monfieur de Touteville,
Juge en ſemaine , Gentilhomme
tres- zelé pour l'intereſt de l'Egliſe,
luy vint faire ouvrir lesPortes,
en
GALAN T.
185
en préſence de Meſſieurs le Burgois
& de la Guerriere Pere &
Fils , Gentilshommes de mérite:
& proches Parens de la Demoi.
ſelle. Son Pere auſſi furpris qu'affligé
de ſa retraite , preſenta
Requeſte aux Juges,dont il poffedoit
aſſez l'eſprit, afin que fa Fille
luy fuſt renduë. Il remontroit que
fuivant la Declaration de Sa
Majeſté de 1669. il ne luy pouvoit
eſtre permis de changer de
Religion , puis qu'elle n'avoit
point encor atteint l'âge de douze
ans.Monfieur de Touteville s'oppoſa
de tout fon pouvoir à ſa Re.
queſte ; mais quoy qu'il pût faire
, il euſt eſté difficile d'en empeſcher
fort longtemps l'effet,
fi heureuſement on n'euſt reçen
par la Poſte une nouvelle Declaration
du Roy , verifiée le mefme
jour 8. Juillet , qui permet à
tous
186 MERCURE
tous Enfans au deſſus de ſept
années , de quitter Calvin pour
ſe faire Catholiques. Ce fut une
grande joye pour cette Fille , qui
eut pleine liberté de reſter dans
le Convent , & d'y recevoir les
inſtructions qui luy eſtoient
neceſſaires. Elte abjura il y a
un mois ou deux dans la principale
Egliſe d'Orbec , entre les
mains de Monfieur le Grand Vicaire
de Lisieux. Le Clergé avec
tout le Corps de Juſtice , alla la
prendre au Convent des Religieuſes
Madame de Touteville
eſtoit avec elle , & l'accompagna
à l'Egliſe ainſi que pluſieurs
Demoiſelles qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main.
Voyez , Madame , comme le
Roy fournit tous les jours de
nouveaux moyens pour extirper
l'Héreſie . En effet , il ſemble
د
que
GALANT. 187
que Sa Declaration du 8. deJuillet
ait ' eſté faite pour autoriſer la
: converfion de cette jeune Per
( ſonne. On dit que Monfieur
: Deſpars fon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toûjours vécu. Ce feroit
un grandbonheur pour tous ceux
de ſa Famille , & pour beaucoup
d'autres, à qui ſon exemple
donneroit ſujet d'examiner
plus à fond le funeſte engagement
oùles amis leur naiſſance.
Monfieur de Roſſin Gentilhomme
de Champagne , fort eftimé
de tous ceux qui le connoifſent,
pour les belles lumieres de
de fon eſprit, a fait auſſi abjuratio
depuis quelques juors entre les
mains du Pere Alexis du Buc
Théatin , qui s'applique ſans relâche
à la Converſion des Heretiques,&
qui le premier Dimanche
de
188 MERCURE
de ce mois , commença la Controverfe
par l'Eloge de ſa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo.
narque travailloitfans ceſſepar la
grandeur de ses Actions , &par
l'équitéde fes Arrests , à remettre
dans l Egliſe ceux qui s'enſontſeparez;
qu'il venoit de rétablir le vrag
Culte dans une Ville , d'où la tyrannie
de l'Héreſie l'avoit banny de
puisplus d'unfiecle ; qu'il avoit pris
foin de redreſſer des Autels que
l'Impietė avoit abatus ; qu'ilavoit
fait entrer le veritable Pasteur
dans la Bergerie , dont de faux Paſteurs
s'estoient rendus maiſtres ;
que ces prodigesfaisoient affez voir
que rien n'estoit impossible à un Prince
que le zele de la Maiſon du Seigneurdevoroit.
Je ne puis finir cette matiere
ſans vous apprendre qu'on a
eu nouvelles que le dixième du
mois
GALANT. 189
mois paffé , le Pere Brénier Supérieur
des Religieux de Saint
Antoine , & Curé de la Ville du
Pont de Royan en Dauphiné,
fignifia au Miniſtre , & aux principaux
Religionnairesde ce Païslà
, l'Arreſt du Conseil d'Etat,
qui ordonne la démo'ition de
leur Temple. Cela eſtant fait,
il alla en fermer les Portes pour
toûjours , & deux jours apres on
en rendit graces à Dieu publiquement,
par une Proceſſion génerale
qu'on fit das toute la Ville
, avec les meſmes folemnitez
qui ſont obſervées le jour de la
Feſte-Dieu.On avoit tapiſſé toutes
les Ruës ; & Meffire ... de la
Iaſſe , Abbé & Supérieur Géneral
de l'Ordre de Saint Antoine, qui
officioit , eſtoit accompagné du
Grand Prieur , des Définiteurs,
des Religieux de fon Abbaye,
&
190
MERCURE
& d'un grand nombre de Curez
du voiſinage. Mule Marquis
de Saſſenage , Seigneur du Pont
de Royan , aſſiſta à cette Procefſion
, avec pluſieurs autres Gentilshommes,&
une foule de Peuple
incroyable.
Cette foule n'a pas eſté moindre
dans la Céremonie qui fut
faite à Limours , Dioceſe de Paris
, le Dimanche 9. de ce mois.
pour la Tranflation des Reliques
de S.Marc , d'une vieille Châſſe
dans une néuve. Monfieur l'Archeveſque
de Paris ne pouvant
aller la faire , en donna la permiſſion
à Monfieur l'Eveſque de
Bayeux , Frere de Monfieur le
Préſident de Némond,qui ſe rendit
à Limours , accompagné de
Monfieur l'Abbé de la Mothe,
Chanoine & Archidiacre de
l'Egliſe de Paris. Vous ſca
ここvez,
GALANT. 191
( vez , Madame , quel eſt le merite
de cet Abbé. C'eſt luy
qui a travaillé fi utilement ſous
feu Monfieur de Pérefixe à rétablir
la Jurisdiction Archiepiſcopaſe
dans le Fauxbourg Saint
Germain , en deſtruiſant celle
que l'Abbaye de Saint Germain
des Prez exerçoit depuis plus de
ſept cens ans. Aufſi ce Prelat
avoit pour luy tant d'eſtime , que
luy voulant donner en mourant
de nouvelles marques de ſa confiance
, il le fit Executeur de ſes
dernieres volontez .
Les Habitans de Limours
ayant fait orner magnifiquement
leur Eglife , ainſi que les trois
Autels qui furent chargez d'un
nombre infiny de Cierges , on
chanta Matines, apres leſquelles
Monfieur de Bayeux reveſtu de
ſes Habits Pontificaux, comença
la
192 MERCURE
la Ceremonie par les Prieres
accoûtumées . Il. benit enſuite
la nouvelle Chaffe , & on alla
proceſſionnellemét prendre l'ancienne
dans le lieu où elle avoit
toûjours eſte miſe.Monfieur l'Abbé
de la Mothe l'ayant apportée
pres duGrand Autel,& pofée fur
une Table préparée à ce deſſein ,
ce Prélat en fit l'ouverture , &
en tira les Reliques qu'on mon -
tra au Peuple , à qui on permit
de les baiſer ſans qu'elles fufſent
couvertes. Il demeure pour
conſtant que ces Reliques furent
apportées de Veniſe ſur la fin du
quatorziéme Siècle , par Meſſire
Jacques de Montmor , Chevalier
, Chambellan du Roy , Gouverneur
de Dauphiné , Seigneur
depluſieurs Terres , & entr'autres
de Brie & de Limours , &
que les Venitiens l'en avoient
gratifié,
GALANT.
193
gratifié , en reconnoiſſance d'un
Secours conſidérable qu'il avoit
mené à la Republique contre
les Genois.Apresla Meſſe qui fut
celebrée pontificalemet parMonſieur
l'Eveſque de Bayeux, Monſieur
& Madame de Baville qui
aſſiſtérét à cette Céremonie avec
quantité de Perſonnes de qualité,
régalerent ce Prélat , & les prin
cipaux des Officiers,dans le Châ
teau de Limours. On chanta les
Veſpres avec beaucoup de ſolemnité
, & en ſuite on com
mença la Proceſſion , à laquel
le ſe trouva un concours de
monde inconcevable. Les Freres
de la Confrairie de Saint
Marc , chaeun un Cierge à la
main , précedoient le Clergé qui
eſtoit en Chapes , auffi -bien que
Monfieur l'Eveſque de Bayeux
&Monfieur l'Abbé de la Mothe.
Novembre 1681 .
1
I
194
MERCURE
Ils ſuivoient tous deux la Châſſe ,
que deux Eccléſiaſtiques reveſtus
d'Aubes , portoient ſous un
Dais. Madame de Baville,& toutes
les autres Dames,marchoient
apres eux avec un Cierge allumé.
La Proceffion alla au Convent de
Picpus,où tous les Religieux vinrent
recevoir la Châſſe à la Porte
de l'Eglife. Elle fut posée ſur
le Maiſtre-Autel , & apres quelques
Antiennes chantées en
l'honneur du Saint,les Religieux
ſe mirent à la teſte du Clergé,
& remenerent la Proceffion jufques
à l'Eglife. Lors qu'on y fut
arrivé , on laiſſa encor baifer les
Reliques à découvert aux Perfonnes
de qualité , & aux Confreres
qui le matin n'avoient pû
en approcher. Apres cela, on mit
le Procésverbal de la Cerémonie
dans la Chaſſe , qu'on ſcella de
pluſieurs
GALANT.
195
pluſieurs Sceaux ,& l'on acheva
de la couvrir du reſte des Plaques
cizelées de vermeil doré ,
dont la vieille eſtoit couverte.On
voit ſur ces Plaques la Figure de
S.Marc,& au bas eſt écrit,Marcus
Sacerdos,DiscipulusB.PetriApofto.
li. L'on ne peut s'imaginer la devotion
qu'ont fait paroiſtre les
Peuples en cette rencontre .
Vous aurez ſans- doute entendu
parler de la mort preſque ſubite
de Madame la Marquiſe de
Sourdis, arrivé au commencemet
de ce mois. Elle estoit de laMaifond'Antragues-
Saintrevé,Soeur
de M'le Marquis d'Antragues ,
Lieutenant de Roy du Maſconnois
, & Veuve de M'le Marquis
de Sourdis la Chapelle, Frere
de feu Monfieur le Marquis
de Sourdis , Gouverneur d'Or-
Marquis
leans,PeredeMonfieurd'Aluy,&
I ij
人
4
196
MERCURE
de Mile Chevalier de Sourdis. Ce
Marquis , Lieutenant de Roy du
Maſconnois , avoit eu d'un premier
Mariage feuë Madame la
Marquiſe de Gordes ; & de la
Marquiſe dont je vous apprens la
mort , il en a eu encor une Fille,
qui a épousé Monfieur de la
Roche- Baron , de la Maiſon de
la Rochefoucaut.
Madame de Riberpré , Veuve
de Monfieur le Marquis de Riberpré,
Gouverneur de Ham, Pa
ſuivie de pres. Elle estoit venue
à Amiens pour quelques affaires,
parce que ſa Terre , qui eſt dans
le voiſinage de cette Ville , n'a
point de logement pour les Maitres
.Elle avoit longtemps parléde
la mort fubite de Madame de
Sourdis,avec Monfieur l'Evêque
d'Amiens , & Monfieur l'Abbé
de Sainte Croix Charpy quil
eſtoient
GALANT.
197
3
eſtoient venus la voir , & à qui
elle avoit dit , que l'ayant quittée
en pleine ſanté à la Meſſe
aux Capucins de Paris iln'y avoit
que trois jours, cette mort l'épouvantoit
d'autant plus qu'elle
avoit comme elle de tres - fre
quentes vapeurs, accompagnées
d'une fort grande langueur , &
d'un batement de coeur extraordinaire
. Ces deux Meſſieurs furent
àpeine ſortis,qu'étant entrée
dans un Cabinet , elle ſentit une
fortgrande foibleffe , & appella
une Fille pour avoir du Vin. Elle
en prit un peu , pancha la teſte
l'appuya fur cette Fille , dit , Ah
mon Dieu , que je vay me trouver
mal!En meſme temps elle demeura
fans connoiſſance.Apres diférens
Remedes qui n'eurent aucun
effet, on luy donna une violente
priſe d'Eſſence de Jacob,
I iij
1
198 MERCURE
c'eſt àdire,dix fois autant qu'on
a de coûtume d'en donner. La
forcede cette Eſſence la fit revenir,&
elle employa le peu de momens
qui luy reſterent de vie,à ſe
cofeffer,quoy qu'avec beaucoup
de peine, n'ayant pas la prononciation
libre. Elle mourut auſſitôt
apres. Son Corps a eſté ouvert.
On luy a trouvé autour du coeur
quantité de ſang caillé.
Madame Forcadel , Mere de
Monfieur Forcadel , Controlleur
General de la Maiſon de Monſieur
, eſt morte auſſi depuis peu
de jours. Son Alteſſe Royale,qui
a des bontez particulieres pour
ſes Officiers , envoya ſçavoir de
fes nouvelles pendant ſa maladie
par Monfieur de Beauvais ,
Ordinaire de Sa Maiſon, & apres
ſa mort , Monfieur Bailly , qui
a cette meſme qualité, alla fai-
1 re
GALANT
199
4
re des complimens decondolean
ce de la part de ce ce Prince à
Monfieur Forcadel , Conſeiller,
Secretaire du Roy.
2. Je ne vous parleray point des.
Cerémonies de l'ouverture du
Perlement , vous en ayant entretenuë
deja pluſieurs fois. Je vous
diray ſeulemet quelque choſedes
Difcours qui furent faits Luns
dy dernier 24. de ce mois , jour
où l'on commença les Audien
ces. Celuy de Monfieur le Preb
mier Préſident, fut, concis, bril
lant , & fort , & contenoit plus
de choſes que de paroles. Vous
ſcavez que c'eſt la maniere de ce
grand Homme.Ildit, Qu'il nefuffisoit
pas aux Juges derendre exa.
Etement la justice , mais qu'ils devoient
avoir de l'humilité , &se
Souvenir que ceux qu'ils jugeoients
avoient come eux la qualité d'Hom
I iiij
200 MERCURE
mes ; Qu'ainsi il falloit avoirde
L'honneſteté, & de la douceurpour
les Parties ; Que l'orgueil estoit la
marque d'une petite ame, & que les
Superbes reffembloient aux Cédres
qu'on voyoit fort élevez , maisdont
les racines estoient peu profondes.
Il exhorta en ſuite les Procureurs,
àne pointtraiter ceux dontilsdéfendoient
les Cauſes ; plus mal
que ne les traitoientleurs Parties
adverſes, afin qu'o n'eût pas ſujet
de dire d'eux , ce qu'on ſupoſe
que le Bergerde la Fable ait dit,
Quele Sacrifice étoitplus cruel que
ledegast que les Loups auroient pû
faire. Peut- eſtre, Madame,ignorez
vous cette Fable. Un Berger
ſeplaignit au Dieu Faunus , que
les Loups emportoient ſouvent
de ſes Brebis , & que fon Troupeau
diminuoit tous les jours. Le
Dieu répondit que ce dégaſt cefferoit,
د
き
GALANT 201
ſeroit, s'illuy vouloit facrifierdix
Brebis; & les Loups continuant à
faire toûjours le meſme ravage,
il s'en fit facrifier vingt , & en
fuite trente , ce qui fit dire au
Berger , qu'il aimoit mieux voir
venir les Loups, & qu'ils feroient
moins dépérir ſon Troupeau que
le Sacrifice qu'il faiſoit au Dieu.
Il n'eſt point , beſoin d'explication
pour faire connoiftre la
moralité que Monfieur le Premier
Préſident a voulu tirer de
cette Fable.
A
Monfieur l'AvocatGeneralTalon,
parla apres luy fur les qualitez
que doit avoir un bon Orateur.
Il fit la deſcriptionde chacuneen
particulier,& dit Que lors
qu'on s'estoit une fois acquis cet admirable
talent , un orageur ne devoit
pas employer toutes les belles
& vives couleurs de l'éloquence,
410
Iv
102 MERCURE
pour traiter toutes fortes defujets,
Qu'ilse devoit servir de chacune
felon la beauté de la matiere ; mais
que dans celles que l'on trouve inépuiſables,
comme dans les Panegyriques
de Louis LE GRAND , un
Homme éloquet les devoit employer
toutes. Il prit de là occaſio de loüer
le Roy,& de dire, quepar la poffeffionde
Strasbourg, & de Cazal , Sa
Majestévenoit d'afsürer à la Fra
se les Clefs de l'Allemagne , &de
Italie.Ce Difcours reçeut beaucoup
d'aplaudiſſemens , & fitdire
qu'il n'appartenoit qu'à un ſi
grand Orateur de bien peindre
les Orateurs . 3job oup s
-Ce meſmejour224.dumois,on
ouvrit Papreſdinée les Ecoles de
Medecine;&Mr Puylon,Docteur
de la Faculté & Profeffeur àPa
ris,fit là-deſſus un fort beauDifcours
Latin. Il eſt Fils de feur
V 1
Mon
GALANT.
103
1
1
Monfieur Puylon,fameux Medecin,
& s'eſt rendu par luy-meſme
tres - recommandable dans cet
Art.Il a beaucoup de feu,& d'ef
prit , ce qui luy fait penétrer les
cauſes des maladies. Il eſt élo
quent & fçavant,& c'eſt par cette
raiſon que Meffieurs de la Faculté
l'ont choiſy pour donner
des Leçons de Medecine.Il entre
dans ſa ſeconde année de Prot
feſſeur , & il y a lieu de croire
que ceux qui auront appris ce
grand Art ſous luy , l'auront appris
ſurde bons principes.
Mercredy 26.on fit l'aprefdinée
la Mercuriale dans la Grand'
Chambre du Parlement. Ce fut
encor Monfieur l'Avocat Gene-,
ral Talon qui parla. Il fit rouler
fon Difcours fur la moderatió que
doivent avoir les Juges , & dit,l
Qu'état dans un champ dibenneur
نم 4.1
204 MERCURE
&non de fortune , loin de fonger à
amaſſer du bien par leurs Charges,
ils ne devoient avoir d'autre but
que celuy d'acquerir de la réputation
, en rendant justice à tout le
monde avec une entiere exactitude.
Il s'eſt fait de fort beaux Difcours
à l'ouverture de plufieurs
Tribunaux de France. Je vous les
réſerve pour le mois prochain,
faute de place .
LeRoy,dontla modération eſt
fiextraordinaire , & qui ſe contente
de meriter des loüanges
fans vouloir qu'on luy en donne,
a refusé les Harangues qu'on luy
avoit préparées au retour d'un
Voyage auffi heureux que celuy
qu'il vient de faire à Strasbourg,
Meſſieurs du Clergé n'õt pas laifſe
cependant de luy aller rendre
leurs reſpects , & Monfieur
l'Archeveſque de Paris.
l'a
N
GALANT .
205
- l'a complimenté avec la grace
quiluy eſt ſi naturelle , fur ce
qu'il a fait dans cette Capita->
le de l'Alface en faveur de la
Religion .-
Je vous envoye une ſeconde
Chanſon d'un aſſez bon Maiſtre
pour me tenir afſuré que vous en
ſerez contente.
AIR NOUVEAU.
Ndépitde l'Amour , je vivοίς
Efans contrainte
Mon coeur depuis longtemps réſiſtoit
afescoups;
Mais enfin qui pourroit nepassentir
d'atteinte !
D'un mal dont la rigueur àdes ef
fetsfi doux ? 43.3
On cherche en vain àse défedre
Quand de beaux yeux veulent
charmer.
Si toſt ou tard il faut aimer,
Pourquoy refuserde fe vendre ?
On
206 MERCURE
こOn ne peut mieux peindre le
cruel chagrin que cauſe l'abſence,
qu'a fait le Berger Fleuriſte dans
le Sonnet que vous allez voir.
S
2 SONNET.
P1
Sur l'éloignement de la belle
Cloris.
Crjay Tefprit(chagrin
triſte , le teint bléme
l'oeil
N'enayezpas d'étonnement; 4
Moncoeurfent un certain tourment
Qui me rend odieux ,& cruel à
Aimerfans espérance,est unfupplice
extréme ; ach
Mais des maux qu'en souffre en
thaimants Yrand of hereg
Le pire eft , à monjugement,
Celuy d'estre éloigné de la Belle
؟ sthogn'onnime
Ah,
GALANT
207
Ah , fi vous connoiffiez la celeste
Beauté
Dont les attraits m'ont enchanté,
Dont l'absence aujourd'huy me rend
Bhumeurfi noive sing xus
e
Tircis , mon cher Tircis , vousferiez
Sousfa loy , re
Etloin d'elles vousferiezgloire
D'avoir l'esprit, lesyeux ,&le teint
comme moy.
Je viens aux Enigmes. Le vray
Mot de la premiere eſt enfermé
dans ce Madrigal, qui m'a eſté
envoyé au nom de la jeune Mariete
, âgée de feize ans.lov
A
H que
le Mercure Gulantib
Ce Mois dernier est excel-
Qu'on prend de plaisirà le livet
Qu'il
208 MERCURE
Qu'il est beau ! qu'il estcurieux !
Il a tant de beautez , qu'on ne peut
les décrire,
Il charme l'Esprit par les Yeux .
Ceux qui ont trouvéceméme
Mot , font Meſſieurs Aulnette,
Chanoine de la Cathedrale de
S.Paul de Leon ; L'Abbé de la
Granelaye ; Le Hot , Avocata
Caën; Du- Fay-Dautille, de Ver-I
non;Mademoiselle Toupet, L'Efpagnol
Flamand;Le Payſan bien
naturel ; L'indiferent Financier;
L'Oreſte nouveau ; Le Pylade
Moderne ; Dom Pedro , du petit
Cloiſtre ; Les Freres du Rocher
de l'Eveſqueen Baffe Breta - 1
gne;L'honneſte Epicurien ; L'Indiferent
enchaîne;Le Captif par
forces Le Préſent myſtérieux;
Le Retour des Voyageurs d'Angleterre,
& Le Jaloux du bon
Amy
GALANT.
209
Amy de l'Hôtel d'Avaux ; Le
Zélateur dudit Hôtel ; Les Artificesdécouverts;
L'Amant agreable,
quoy que Trompeur ; Le Satisfait
dans tous états ; Les Mafques
Inconnus du Bal de Vitry;
Le Harlequin François ; L'Epouſe
Tranquiliſée ; Les Enchantereſſes
Nocturnes ; La Belle affligée;
La fiere & belle Coufine de
Leſbie ; La Fauſſe Vieille ; Les
Vandangeuſes d'Auteüil ; L'Aimable
Veuve du Marais ; La
Tourmente de S.Paul, de Leon.
En Vers,Mademoiſelle de Preveranges
; confieurle Jay,Avocat
à Poitiers ; La charmante Iris, de
Tournay ; La Bergere Iris,d'Abbeville;
Le Financier par hazard,
de la Ruë de Clery ; Le Financier
Poëte Moraliſte ; Le Silence
meſme de la Croix au
Lin. On a expliqué cette meſme
Enigme
210 MERCURE
Enigme ſur les Pistolets ,les Gonds
d'une Porte , & les Echo.
Vous trouverez le vray Mot de
la feconde dans cette autre Madrigal,
de Fr. J. Aug.de Cambray.
L
E Pain de Sucre estoit caché
Dans cette Enigme incomparablesUSA.
Mais estant neceſſaire à table,
Ilyfut ausfitoft rencontré que cherche
Pluſieurs autres ont expliqué
cette Enigme dans ce meſme
fens. Ce font Meſſieurs Guillot,
du Vexin , B. Carrier, de S.Efſtienne
en Forest ; Davilers, du Quartier
du Palais , Madem.deCluzet,
deDreux , Diot le brave Compagnon
; Le Faux Eſpagnol Spétateur
, Le beau Receveur du
Grenier à Sel de Joinville ; Le
Favo
GALANT. 211
Favory autoriſé ; Le Fortuné
Philinte ; l'Admirateur éternel de
LOUIS LE GRAND , Les Réünions
Fraternelles ; Les Moraliſtes
par infirmité; Le jeune Hiftorien
de l'Hoſtel de Soiffons
L'Eſcorte du Faux Eſpagnol Spé-
Aateur,Le Gendre prétendu ſans
pretention; L'Inſinuateur fatisfait
de toutes les Dames ; Les Illuſtres
Commis de la Ruë de Clery,
La chere Blonde du Marais ; Les
anciennes Amitiez de la Jeuneſſe;
Les Impatientes Stérilitez , La
Bellemere de l'Epouſe triomphante
; L'aimable de Clerdeüil ,
&le Convié inconnu de la Salle
de Sainte Catherine .
En Vers,Meſſieurs du Reau,Reteur
de l'Univerſité de Poitiers;
de Regnaudieres , de la meſme
Ville ; Rc. de Saint Martial ; F.
Fourmy de Bauge en Anjou ,
Raugy,
212 MERCURE
Raugy , de la Ruë Maubue ; Le
Financier Medecin ; Nugavi
Reabiſon ; Guillebo ; & Trebuchet
du Palais. La Bouteille , la
Porcelaine , & un Verre de Cristal,
fontles autres ſens que l'on adonnez
à cette Enigme.
J'adjoûte les noms de ceux qui
ont trouvé le vray ſens de l'une &
de l'autre. Meſſieurs Layraud,
Lieutenant de Roy en la Ville , &
Citadelle de Dourlens , Leger de
la Verbriffonne ; L. le Gros, Procureurs
à Tours ; l'Abbé de l'In
diference; Le Colmo-Polite, Genevois
; Les deux Freres de Dorice
; Arnoul Avocat d'Aix en
Provence ; Meſſieurs Duzot , &
Brunel , habitans du clocher de
Nifmes ; Monfieur le Prieur de
Marieujobs ; Monfieur Jonquet,
chapelain de S.Nazaire; Monfieur
Arvieux,Curé du Fauxbourg des
Pref
GALANT.
213
L'aimable
Preſcheurs de Niſmes ; & le
Moufquetaire de la Treforerie ;
ont dit auffi que c'eſtoit. Les Yeux,
le Spectre de Niſmes ; Le Refveur
artificiel; Tamiriſte , de la Ruë de
la Ceriſaye ; L'Anacorete ; L'Amant
de l'aimable Manon de la
Ruëdes Teinturiers,d'Abbeville;
La Flamande tris
Leſbie;Sylvie du Havre;LeMalrecompenfé
de Mouy en Beauvoifis;
& l'Amant fidelle de la
Belle Campionato , dot diss
En Vers , Meffieurs Daubaine;
L'Ecuyer ; K. R. de Morlaix;Joubert
, de la Ferté - Bernard , Le
Chevalier de Toutenay; Langlois
dela Rue des Bourdonnois;Rault,
de Rouen, C. Hutuge d'Orleans,
demeurant à Mets; de Clelban ,
en Normandie ; Deſarbois de
Rheims; De la Chauffée lejeune ,
d'Abbevilley Le Baq ; Les Chevaliers
214
MERCURE
valiers de Lieſſe de l'Iſle ; Le Solitaire
du Parnaſſe , de Rheims;
L'Amant conſtant d'une Belle de
trois ans , L'Albaniſte, de Rouen;
Le Chevalier Fredin; Alcidor, du
Havre ; Le Poëte nouveau né ;
Sans- foucy, d'Abbeville.
Monfieur de Quervegec-Roland
, de Morlaix , a fait la pre
miere des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye. La
ſeconde eſt du Financier par hazard,
de la Ruë de Cleryья
2
ENIGME.
asd
Arun excés d'ambition,
J
:
b
Lors qu'on m'a fait quiter ma premiere
rudeffe, 31.1
Sous un nom éclatant je cache la
nbaſſeffe
- Qu'on trouve en mon extraction.
Pendant
GALANT 215
Pendant un certain temps je suis
affez commode ;
Les Belles m'ont mise à la mode,
Et me placent en lieu d'honneur.
Auſſijayſoin pourrécompense,
Contre unfier Ennemy trop remply
de rigueur,
De prendre ardemment leur défense.
Ilestvray que deux Curieux,
Quand on sefert de moy , ne s'en
trouvent pas mieux.
AUTRE ENIGME.
54
RReess dduu Fleuve
PRES
duRhinj'ay pris
commencement.
Etj'y parois fort noblement .
JeSçay favoriser les Dames.
Jefournis à leurſein une innocente
ardeur,
De cet endroitfans crime elle paſſe
àleur coeur
Et nesçauroitfouiller leurs ames.
Vous
216 MERCURE
**
Vous enviez mon fort,vous malheu
reux Amans,
Qui ne trouvez jamais de tréve à
vos tourmens,
Et qui dansvos peines cruelles
N'approchez que de l'oeil vos aimables
Rebelles.
Mon regne n'a pas un long cours;
Ilfinit quand on voit renaiſtre les
beauxjours.
Mais quoy qu'en peu de temps la
gloire en ſoit bornée,
F'en connois qui voudroient avoir
ma destinée. J
Tel qui de ce bonheur auroit esté
Asté,
Au milieu de l'Hyver, croiroit trouver
l'Eté.
Je vous ay parlé au commencement
de ma Lettre du retour
du
GALANT.
217
du Roy à S. Germain , mais je
ne vous ay rien dit de Monfieur.
Ce Prince arriva avec tou.
te ſa Cour , un jour avant Leurs
Majeſtez , & ſe rendit à Paris,
où il a demeuré huit ou dix
jours. Il avoit de l'impatience,
ainſi que Madame, de voir Monſieur
le Duc de Chartres , qui
eſtoit indiſposé depuis quelque
temps. Leurs Alteſſes Royales
ont raiſon de s'allarmer quand ce
jeune Prince ſe trouve mal .
C'eſt un prodige d'eſprit , mais
de cet eſprit qui n'eſt pas ordinaire
à ceux qui en font patoiſtre
beaucoup à ſon âge , puis qu'il
eft accompagné de jugement ; ce
qui ſe remarque dans ſes reparties,
où la juſteſſe & le bon ſens
égalent l'eſprit. Il ſemble qu'il
n'ait eu beſoin pour guérir que
de la preſence de Monfieur &
-Novembre 1681 . K
218 MERCURE
de Madame ; car auffi- toſt apres
leur retour , ſa ſanté eſt revenuë,
fans aucun ſecours des Medecins
. Pendant le ſéjour que
Leurs Alteſſes , Royales ont fait
àParis ,Elles ont eſté voir leur
belle Maiſon de SaintCloud , &
ont fait quelques voyages à ſaint
Germain , ne pouvant eſtre éloignées
longtemps de Leurs Majeftez.
Elles ont eſté auffi prendre
ledivertiſſement de la Comédie
à l'Hôtel de Guénegaud,
où Elles ont veu une Tragédie
nouvelle , que Monfieur de la
Tuilerie a fait joüer ſous le nom
d'Hercule. Cette Piece a quantité
de beaux Vers , & les Scenes
tendres qui y ſont meflées
en rendent la repreſentation fort
agreable. Leurs Alteſſes Royales
font retournées à ſaint Germain
, où l'on joue alternativement
GALANT. 219.
34
ment tous les Mercredis & les
Samedis le Pourceaugnac & le
Bourgeois Gentilhomme , ornez de
de Muſique , comme je vous l'ay
marqué. Les Comédiens Italiens
y ont auffi repreſenté quelques-
unes de leurs plus plaiſantes
Comédies. Il y a ſouvent eu
Chaſſe , & l'on a eſté pluſieurs
fois ſe promener à Verſailles. Enfin
jamais la Cour n'a eſté plus
en joye. Elle a raiſon de, ſe di
vertir , ſous un Roy dont le continuel
travail aſſure la gloire &
le repos du Royaume. J'ay oublié
de vous dire qu'avant que
Leurs Alteſſes Royales partiffent
, Elles firent l'honneur à
Monfieur Nocret de tenir ſa Fille
ſur les Fonts. La Ceremonie
s'en fit dans la Chapelle de Madame
, par Monfieur Teſtu Abbé
de Fontaine-Jean , Aumônier
Kij
220
MERCURE
ordinaire de cette Princeſſe , en
prefence de Monfieur le Vicairede
S. Eustaches. Mr Nocret a
deux Charges dans la maiſon de
Monfieur , l'une de Valet de
Chambre , & l'autre de premier
Peintre de ſon Alteſſe Royale .
Il n'y aura aucun Opera nouveau
pendant tout l'Hyver. Celuy
d'Atys , que Madame la Dauphine
n'a point encore veu , fervira
ce Carnaval de divertiſſement
à la Cour . On aſſeure que
la plupart des Perſonnes de qua.
lité qui ont dancé dans le Triom.
phe de l'Amour , danceront auſſi
dans cet Opera . L'Académie de
Muſique a remis celuy de Proferpine
qu'elle donne preſentement
au Public , & qu'on a rennouveau
par pluſieurs Machines
qu'on y a changées , &
par les Entrées que l'on a renduës
du
21
GALANT. 221
duës plus belles , en y meſlant la
plupart des Filles qui ont dancé
tout l'Eté dans ce meſme Triomphe
de l'Amour. Monfieur de
Lully travaille à l'Opera de Per.
sée & d'Andromede , qu'il donnera
au Public incontinent
apres Paſques . Il eſt de la compoſition
de Monfieur Quinaut.
C'eſt tout dire en matiere d'Opera.
Unedes plus ſpirituelles Perſonnes
de voſtre beau Sexe , a
écrit icy que depuis fort peu de
temps le Fils aîné de Monſieur
Guyon Doyen de la Rote , avoit
ſoûtenu des Theſes de Philofophie
dans l'Egliſe des Jefuites
d'Avignon , avec une netteré
& une prefence d'efprit qui luy
avoient attiré l'applaudiſſement
de tout le monde. La Thefe
eſtoitdédiée à Monfieur le Cat
Kilj
222 MERCURE
dinal Cibo , Legat d'Avignon,
dont le Portrait travaillé à l'éguille
or,& foye , eſtoit fait avec
tant d'art & tant de délicateſſe,
qu'il fut admiré comme un rare
Ouvrage. Monfieur l'Archevéque
, que ce Cardinal avoit prié
de tenir ſa place , invita à cette
folemnité trois autres Prelats ſes
voiſins, qui furent Monfieur Lafcaris
, l'Eveſque de Carpentras,
Monfieur de Sade-Maſan Evelque
de Cavaillon , & Monfieur
l'Eveſque d'Orange. Apres un
magnifique Repas qu'il donna
dans ſon Palais à ces Eveſques &
àla Compagnie de la Rote , il
partit avec un Cortége d'environ
quarante Carroſſes , & ſe
rendit à l'Egliſe des Jeſuites , où
ces quatre Prélats ſe placerent
fous un grand Dais de velours
cramoify , au bruit des Trompetes
に
3.
Y
S
22
di
do
gu
ta
C
GALANT.
223.
tes & des Haut- bois , apres quoy
la Muſique & les Violons aug-.
menterent le plaiſir qu'il y avoit
de voir le grand nombre de Perſonnes
de qualité qui compofoient
l'Aſſemblée.
Leurs Majeſtez Catholiques
ont paſsé quelques jours du dernier
mois à l'Efcurial , d'où le
Roy a eſté prendre le divertiſſement
de la Chaſſe dans le voifinage
de Ségovie. Je vous ay
donné la premiere Veuë de certe
maiſon Royale , en vous envoyant
la Planche de ſon entrée
dans ma quinziéme Lettre Extraordinaire.
Je vous envoye au-..
jourd'huy celle de la premiere
Court. Ce Palais , pour le baſtiment
duquel Philippe I I. a dé-,
pensé prés de ſix millions d'or,
eſt au pied d'une montagne , &
auprés d'un petit Village appel-
Kij
224 MERCURE
lé l'Escurial , qui ne fournit aucun
logement , ce qui a lieu de
furprendre, la Cour y allant trois
ou quatre fois l'année. Le lieu
où eſt la maiſon ſe nomme El
Sitio par excellence , à cauſe
qu'on l'a applany pour y bâtir.
L'edifice eſt un tres - beau quarré,
qui a quatre Tours aux quatre
coins. On trouve en entrantune
longue Place , qu'il faut traverſer
, pour paſſer de là en deux
Corps de Logis,qui en font comme
les Offices ,& les Logemens
des gens de la Cour Apres qu'on
acottoyé toute cette Façade du
quarré , on arrive à celle qui regarde
la Montagne. On y voit
un grand & magnifique Portail,
dont les coſtez ſortent en maniere
de Colomnes. C'eſt par là
qu'onentredans uneCourt prefque
quarrée , au bout de laquelle,
2
GALANT .
225
- le ,& vis - à - vis du Portail , on
e trouve l'Eglife. On y monte par
un Perron de cinq ou fix marches
, qui s'étendent d'un bout
à l'autre de la largeur de la
Court. De belles Colomnes ſoûtiennent
le Porche , & fix Statuës
font dans le plus haut de la muraille
. Les deux du milieu reprefentent
David & Salomon , &
fous ces Figures on a cu deſſein
de faire connoître Charles-
Quint& Philippes I I.
Je vous mande tous les ans ce
qui ſe paſſe au Siege & à la Pri
ſedu Fort que l'on fait conſtruire
pour apprendre à la Noblefſe
de l'Académie du Fauxbourg
S. Germain , dont je vous aydeja
parlé pluſieurs fois , le Métier
de la Guerre, autrement que par
des leçons. Plus de ſoixante jeu-
K
226 MERCURE
nes Gentilshommes de la premiere
qualité de l'Europe , y ont
fait paroiſtre leur adreſſe cette
année , & ſe ſont montrez ſi ſçavans
en ce bel Art , qu'il fembloient
l'avoir appris en apprenant
à marcher & à parler. Je
ſuis trop preſsé du temps pour
vous pouvoir faire la Deſcription
de l'Attaque de ce Fort , qui a
duré environ deux mois. Je vous
diray ſeulement que depuis ſa,
Priſe, le Public a fait une grande
perte par la mort de Meffire
Jacques Bernardy , Chevalier,
Eſcuyer ordinaire du Roy , qui
commandoit cette Académie.
C'eſtoit un Homme agreable &
complaifant avec ſes Amis , foli
de quand on le confultoit , ferme
& fevere , lors qu'il s'agiffoit
de maintenir l'ordre , &dont la
(
naiſſance eſtoit aſſez élevée, pour
obliger
GALANT 227
२
.
obliger tous les Gentilshommes
, qui faisoient chez luy leurs
Exercices , à luy obeïr fans repu
gnance. Si quelque choſe peut
conſoler de ſa perte , c'eſt que
l'Academie qu'il laiſſe ne ſera pas
moins floriffante qu'auparavant.
M' de Meſmon remplit dignement
ſa place , & meſme on peut
dire qu'il la rempliſſoit déja de
fon vivant. Il eſt ſçavant dans ſa
Profeffion , & n'avoit que dix-
- huit ans, lors qu'il fut choiſy par
Monfieur le Prince , pour montrer
à Monfieur le Duc , & enſuite
à Monfieur de Longueville.
Quelque temps aprés, le Roy
l'appella à ſon ſervice , & le mit
dans ſa grande Ecurie. Ila l'eſprit
doux, & les manieres honneſtes .
Son nom eft fameux dans la Profeſſion
qu'il a embraſsée , & il le
vå rendre encor plus celebre,
ayant
t
228 MERCURE
ardy.
ayant commencé avec des avantages
que feu Monfieur de Meſmonſon
onclen'a pas eud'abord.
Pour Monfieur de Chaſteauneuf,
il n'a qu'à continuer , ainſi qu'il
a commencé. Feu Monfieur le
Prince de Conty , qui ſe connoiſſoit
fi bien en Gens , avoit
jetté les yeux ſur luy , pour l'affocier
avec Monfieur Bernardy.
Il enſeigne avec beaucoup de
capacité & de bon ſens , aux
Gentilshommes de l'Académie,
l'Hiſtoire, la Geographie, le Blafon
,& meſme tout ce qui peut
regarder la Guerre. On a pris
garde qu'il inſpire à tous momens
à la Jeuneſſe, l'amour qu'elle
doit avoir pour le ſervice du
Roy. Je ne dois pas oublier à
vous apprendre que feu Monſieur
Bernardy a laiſsé dans ſon
Académie un Neveu de meſime
nom
GALAN T. 229
nom. Ce Neveu travaille déja
avec un ſuccés qui doit faire
croire qu'il ira un jour auffi loin
que l'illuſtre Mort , dont il a fuivy
la Profeſſion .
Je vous parleray la premiere
fois des Cerémonies que l'on fit
le Mois paſsé , en établiſſant la
nouvelle Chancellerie de Tournay.
Pour le Diferent dont il vous
plaiſt me faire le Juge, vous pofſedez
trop bien noſtre Langue,
pour n'avoir pas déja dit à la Dame
qui prend le party de Ditesly
, contre Dites - luy , qu'elle ne
peut éviter d'eſtre condamnée.
La prononciation de Dites- ly eſt
tres - vitieuſe , à moins qu'on ne
l'adouciſſe dans les Converſations
familieres , en luy faiſant
tenir un peu de l'un & de l'autre.
Quand le verbe nuire ſuit le pronom
230 MERC . GALANT .
nom luy , je croy que l'on doit
prononcer ly , comme l'envie de
ly nuire, & non de luy nuire, parce
que lay nuire ne peut eſtre
prononcé ſans beaucoup de peine.
Je vous dis ce que je penſe,
fans prétendre décider , & fuis,
Madame, voſtre, & c.
1 .
AParis, ce 30. Νου. 1681 .
CLOV
1893*
EXTRAIT D V PRIVILEGE
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil , Jun-
QUIERES. Il eft permis à J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacundefd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois: Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livrede la Communauté le
s.Janvier 1678.
Signé E. CouTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
9. Novembre 1681 .
80030030030038103K0
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par On
peut encordans la Prairie,doit
regarder la page 78 .
I ! La Ville de Cazal doit regarder
la page 169..2
L'Air qui commence par En
dépit de l'Amour , doit regarder la
page 205 .
D
La premiere Court de l'Eſcurial
doit regarder la page 213 .
LIVRES NOUVEAUX,
qui se trouveront à Lyon chez
le Sieur AMAULRY ; depuis
l'année 1678. jusqu'àpresent.
Ratique de Pieté , ou Entretiens
pour tous les jours de l'année
, ſuivant les Maximes de
l'Evangile, 12. 3.vol. 2. livr. dix ſols.
L'Art Poëtique du Pere Lamy , 12 .
30. fols.
Nouveaux Plaidoyez de Monfieur
Patru , 4.40 . fols.
Le Comte d'Effex,Tragedie de l'illuſtre
M.de Corneille le jeune, 12. 15.fols.
Les Nobles de Province, Comediede
Monfieur de Haute Roche. 10. fols.
Le Comte d'Ulfeld, 12. 10. fols.
Memoires du Marquis d'Almachu , 12.
2.vol. 20. fols.
Traité des Armes , des Machines de
Guerre, enrichies de figures, par le Sieur
Gaya, 12. 30. ſols .
Les Livres de S. Auguſtin de la maniered'enſeigner
les principes de la Religion,
12, 2. livres.
Catalogue.
Remarque ſur Ecrit dicté à Doüay ,
12. 30.fols.
La Vie & la Mort Chreſtienne par le
Pere Cyprien de Gamache, 12. 40.fols.
La Princeſſe de Cleves, 12.4.vol.5.1.
-Idem la Critique , 12. 30.fols .
Nouvelles Amoureuſes & Galantes ,
12.30. fols.
Heures en Vers de l'incomparable Sr
de Corneille l'aîné, 12. fig . 3.livr .
La Diſcipline de l'Egliſe du P. Thomaſſin,
fol . 3. vol. 45. livr.
Oeuvres de Meſſieurs de Corneilles ,
12. 7. vol. 10. livr.
Architecture Navale, 4. 6. livr.
Hiſtoire du grandTamerlan, 12. 2.1.
De Lazarille de Tornes, Traduction
nouvelle , 12. 2. vol. 40. ſols.
Jeu Royal de la Langue Latine avec
les Cartes, 8. 50. fols.
Nouveau jeu de Carte du Blazon,30.f.
Hift.du Schifme des Grecs, 12. 2.vol.
-
-
de l'Arianiſme, 12. 3. vol.
des Iconoclaſtes , 12. 2. vol.
des Croiſades , 12. 4. vol.
- du Schiſme d'Occident, 12.2.vol.
-de la Decadance de l'Empire, 12.
2. vol.
Catalogue.
-du Lutheraniſme , 12. 2. volum.
Hiſtoire de la Chancellerie par Monſieur
Teſſereau , fol. 15. livres.
Religion contre les Athées, 12.30.f.
Capitularia Regum Francorum Au
Etoris Steph . Baluz, fol. 2. vol. 30.livr.
Sentences ſur la Bible du Sieur Laval
, 45. fols .
Sentences & Instructions Chreftien
nes , tirées des Oeuvres de S. Aug. par
ledit Laval, 12. 4. vol. 9. livr.
Phedre & Hippolite, Tragedie, 12.
Origine des Guerres par P. Linace
de Vaucienne, 12. 2. vol. 4. livr.
Origine des François, 12. 2.vol. 4.
Hiſtoire du Schiſme d'Angleterre ,
12. 2. vol. 3. livr.
Conſeil de la Sageffe , 12. 30. fols.
Converfion des Pecheurs, 12.2.1.
Methode de la Penitence , 12. 2. liv.
Vie de Madame le Gras , 12. 2. liv.
Maldonat. de Sacramentis, fol. 9. liv.
L'Art de Parler, 12.30. fols.
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers,
12. 2. livr.
Recherches de la Verité , 12. 3. vol.
6. livr. 15. fols.
-Idem, in quarto , 8. livr.
aij
Catalogue.
!
-Oeuvres de M. Pradon , 12. 3. 1.
--Idem de M. Poiffon, 12. 40. fols.
-Idem de M. Racine, 12.2.vol. 7.l.
Nouveau Recueil de Comedies , 12 .
20. fols.
Hiſtoire d'Allemagne de M. Prade,
in quarto, 6. livr.
Theodori de Poenit. 4. 2. vol. 10. 1.
Medecin à la Cenſure, 12.30 . fols.
Avantagede la Vieilleſſe, 12. 40.fols.
Avanture de M. d'Affoucy de France,
12. 2. vol. 3. livr.
-Idem d'Italie , indouze , 30. fols.
-Priſon dudit, indouze, 20. ſols .
-Penſée dudit indouze, 20. fols.
Recueil de l'Academie , 12. 6. vol.
b. livres 10. fols,
Combat des Chreſtiens S. Ifidore,
12. deux livres...
Correction fraternelle , indouze, 2. 1.
Idée de la Morale Chreſtienne , 12.
x. vol. 3. livres.
Prince de Perſe , Nouvelle Hiſtorique,
12. 10. fols.
La Rivale , Nouvelle Hiſtorique,
indouze, 10. fols.
Oeuvres de M.d'Andilly,fol.3.v.45.1
Nouveaux Plaumes du P. Mege, 8 .
4. livres. La
Catalogue,
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4.livr.
Union des Eccleſiaſtiques avec les
Religieux, 8. 20. fols .
Expoſition du S. Sacrement par M.
Thiers, 12. 2. vol. 4. livr. >
Methode de la Geographie par le
Sieur Robbé, 12. 2. vol. 4. livr.
Hift . du Gouvernement de Cifteaux,
inquarto, 6. livres.
Vie de Jeſus - Chriſt par M. l'Abbé
S. Real ,inquarto, 4. livr. &in 12. 40.
Defence de l'ancienne Tradition des
Egliſes de France, indouze , 40, fols.
Aſtrée , indouze , 2. vol. Nouvelle
Traduction , 2. livr.
Methodus Hiftoriarum Anatomico-
Medicarum, indouze, 30. fols.
HeroïneMouſquetaire,
indouze, 4. vol . 40. fols.
Jolande de Cicile , 12 .
2. vol . 20. fols.
Voyage de Fontaine- > De M. de
bleau, 10. fols.
Ambitieuſe Grenadine,
indouze, dix ſols .
Comte d'Effex , 12.2 .
vol. 20. fols.
Preſchac.
Les Preceptes Galands de M. Ferier .
12. 30. fols. ā ij
Catalogue.
Nouvelles& faciles inſtructions pour
réünir les Egliſes Pretenduës Reformées,
indouze, 30. fols .
Reflexion Chreſtienne fur les Principes
de la Morale, 12.30. fols .
Maximes de Madame la Marquiſe de
Sablé , indouze .
Confolateur Chrétien, ou Recueil de
Lettre, indouze, 30. fols.
Fable d'Efope en Rondeaux par Benferade,
indouze, 40. fols .
Advent du Pere d'Affier, 8. 4.1.
Vie de S.Ambroiſe par M.Herman, 4 .
8. livres.
Nouvelles de Miguel de Cervantes,
indouze, 2. vol. 3. livres.
Hift. des Amazones, 12. 2.vol. 20.f.
Les Promenades de Livri , 12. 2.vol .
20. fols .
Meroüé fils de France , 12. 10. fols.
Alfrede Reyne d'Angleterre,indouze.
10. fols.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huet, indouze, 30. ſols .
D. Juan d'Autriche, 12.30 . fols .
Memoires d'Hollande , 12. 30. ſols.
Relation des Religieux de la Trape,
indouze, 30. Tols.
Rela
Catalogue.
Relation du Siege de Grave avec le
Plan, indouze, 30. fols.
Conduite du Sage, 12. 30. fols.
Remarque ſur la Theologie Morale
de M. Geneft, approuvée par M. de Grenoble
, 12. 2. vol. 40. fols.
La veritable forme du Sacrement de
l'Euchariftie, de M. Arnaut, 8. 30.fols.
La Vie Chreftienne , ou les Principe
de la Vie Chreſtienne , tres-utile & neceffaire
à toutes fortes de perſonne , 24 .
L'Academie des Sciences & des Arts
pour raiſonner de toutes choſes,indouze,
3. vol. 4. livres 10. fols.
: Oeuvres de Grenade, fol. 2. vol.
Defenſe du Renverſement de laMorale
d'un Particulier, 12. 30. fols.
Horace Traduction Nouvelle, 12.2.v.
Critique du Voyage de Grece de M.
Spon, Medecin & Antiquaire, indouze,
avec une Carte en taille douce, 30. fols.
Le Pilote de Londe-Vive, ou les Secrets
du Flux & Reflux de la Mer, contenant
X X I. Mouvemens & du Point
fixe d'un Voyage Abregé des Indes, &
de la Quadrature du Cercle , compoſez
fur les Principes de la Nature, nouvellement
découvertes,& mis en lumiere par
३ iiij
Catalogue.
Mathurin Eyquem, Sieur du Martineau;
Outre que ce Livre montre par des Syſtemes
nouveaux, faciles & dont on n'a
jamais parlé,ces Points qu'il eſt ſçavant,
curieux, &plaiſant à lire. Les Doctes
en choſes naturelles croyent qu'il mon
tre laMedecineUniverſelle ſousdes figures&
des principes familiers, ce qui luy
donnede la reputation , ce Livre eſt indouze
', imprimé à Paris , & ſe vend
30. fols, relié ſans marchander.
LIVRES NOUVEAUX
de l' Année 1679 .
La Noble Venitienne, & le Nouveau
Jeu de la Baffete , où les Perſonnes de
qualité de la Cour font nommées , par
M. de Prefchac, indouze, 10. fols.
NouvelleGalantes du temps , contenant
la Jalouſie Flamande , & le Mary
heureux Amant , de Monfieur de Prefchac,
indouze, 10. fols.
L'Estat preſent de l'Archipel , avec
l'Histoire d'Irene , 12. 3. vol. 4. livres.
Les Exilez de Madame de Ville-Dieu,
tout rechangé & augmenté de deux Volumes
indouze , fix Volumes impreſſion
de Paris ,ils ſe vendent 6. livr.
Idem
Catalogue.
-Idem impreffion de Lyon , bien
imprimé, de la meſme lettre du Merct
re, les 6. vol. reliez en 3.& ſe vend 45. [..
Les 5. & 6.Tom.feparez ſe vend 20.f.
Hiſtioire du Serrail ,auſſi nouvelle
Edition, augmenté d'un tiers , indouze,
fix volumes, ſe vendent fix livres.
Anne de Bretagne Reyne de France,
Tragedie de M. Ferier , qui a fait les
Preceptes Galants , 11. ſe vend 15. f.
Le Corpsde Medecine inquarto , 4
vol. utile à toutes perſonnes qui ſe mélentde
cette Profeffion.
-Differtationes Philofophicæ in 1 1.
Nouvelle Ameriquaine, Hiſtoire veritable,
indouze, 2. vol. 20. fols.
Le Nouveau Jeu de l'Ombre, 12.10 .
La Princefle de Montpenfier, indouze,
de l'Autheur de la Princeſſe de Cleves,
avec des vers à la fin fur la Paix , par
M. de Corneille l'Aifné, 12. fols .
Les Oeuvres Chrétiennes & Spirituelles
de M. l'Abbéde S.Cytan, 12. 4.
vol. il le vend fix livres .
Le 4. Tome ſe ſepare indouze , 30. Г.
Le Journal des Saints du R.P. Grofez,
de la C. de I. reveu , corrigé& augmenté,
nouvelle Edition , in 12. 3.vol. 50. f.
av
Catalogue.
Le vray Devot confideré à l'égarddu
Mariage, & des peines qui s'y rencontrent,
indouze, 20. fols.
Du culte des Saints , & principalement
de la tres-Sainte Vierge , par ces
Meſſieurs, in octavo, 4. 1.
Le vray Devot en toute forte d'état,
ſelon l'Ecriture fainte , & les Peres de
l'Egliſe, in octavo, 4. 1.
Les 3. Tome du Roman Comique de
Monfieur Scaron , par M. de Preſchac,
indouze, 30. fols.
Reflexions fur la Religion Chrétienne
,contenant l'explication des Propheties
de Jacob & de Daniel, ſur la venuë
du Meſſie , par ces Meſſieurs , indouze,
4. livres 10. fols .
Traité des Superftitions ſelon l'Ecriture
Sainte , Les Decrets des Conciles ,
&les ſentimens des Saints Peres & des
Theologiens, par M. Thiers, 12. 40. f.
Memoires pour ſervir à l'Hiſtoire des
Plantes , dreſſez par M. Dodart de l'Academiedes
Sciences, indouze, so. f.
L'Hiftoire de France & l'Origine de
la Maiſon Royale par le P. Adrien Jourdande
la Compagnie de Jeſns, inquarto,
3. vol. 18. livres.
1
L'Orai
Catalogue.
L'Oraiſon Funebre de Monfieur le
Premier Preſident de Lamoignon , par
Monfieur l'Abbé Flechier ,
Hiftoire de Theodoſe le Grand par le
mefme.
Voyage de la Terre Sainte, avec des
remarques pour l'intelligence de la ſainte
Ecriture, indouze, 3. livres.
Nouveaux Elemens des Sections Comiques
, lieux Geometriques , &c. par
l'Academie Royales des Sciences , indouze,
so . fols.
Traitez de Mechanique , de l'Equilibre
, des Solides & des Liqueurs , du
P. Lamy, indouze, 30. ſols.
La Contrecritique de la Princeſſe de
Cleves, indouze, 20. fols .
Le Courier d'Amour, indouze , 10.f.
L'Education des Filles , 12. 40. fols .
Nouvelles Maximes ou Reflexions
Morales , indouze, 20. fols .
Caſimir Roy de Pologne , Hiſtoire
veritable & nouvelle, 12. 2. vol. 30.f.
Le triomphe de l'Amitié , par Monfieur
de Preſchac, indouze, 10.ſols.
Derniere Campagne de Flandre &
d'Allemagne juſqu'à la Paix, 12. 30.f.
Voyage de Monfieur Pirard de Laval
aux
Catalogue.
aux Indes Orientales , Maldives, Moluques,
& au Brefil ,& les divers accidens
qui luy ſont arrivez, inquarto, 6.livr.
Hiſtoire Sainte de Gautruche , in 12 .
4. vol. 6. livres.
Caffiodori Opera, fol. 2. vol. 15. Ι.
Dictionaire Pharmaceutique ou plutôtApparat
Medico-Pharmaco-Chymique,
ouvrage curieux pour toutes fortes
de Perſonnes, utile aux Medecins , Apoticaires
& Chirurgiens, & tres-neceffaire
pour l'avancement& l'inftruction des
jeunes Gens, qui s'addonnent à la Profeſſion
de la Pharmacie,& particulierement
de ceux qui ne poffedent pas pleinement
la Langue Latine , ppaarr leSieur
de Meuve Docteur en Medecine , Confeiller&
Medecin ordinaire du Roy, inoctavo,
2. vol . 3. 1. 10. fols.
Reponſe à la Critique publiée par
Monfieur Guillet, fur le voyage deGre.
ce de Jacob Spon , avec quatre Lettres
fur le meſme ſujet. Le Journal d'Angleterre
du Sieur Vernon , & la Lifte
des Erreurs commifes par Monfieur
Guillet dans ſon Athenes Ancienne
&Nouvelle , indouze , 20. fols.
Affociation ſur la Paffion de N. Seigneur,
in 12. avec des figures.
Catalogue.
"La meſme, in vingt- quatre fans figures.
Regles de la Diſcipline Ecclefiaftique, recueilliesdesConciles
des Synodesde France,
&desSaints Peres, indouze, 30. fols.
Inſtructions Chreſtiennes ſur le Mariage&
fur l'éducation des Enfans, in 12.
Cataloguede divers Livres d'Hiſtoire &
autres matieres, en Eſpagnol, in-octavo.
LaViede Saint Ignace,par le Pere Behour
Jeſuite.
La Foy des derniers fiecles,du PereRapin,
indouze.
Methode pour converſer avec Dieu , de
l'Autheur duConſeil de la Sageſſe , 20. fols..
La Hardie Meffinoiſe, indouze, 12. fols.
Dom Sebaſtien Roy de Portugal, indouze,
fols.
Relation curicuſe de l'état preſent de la
Ruffie indouze, 40. fols .
Arithmetique de leGendre, inquarto,nouvelle
Edition augmentée , 4. livres.
Amours des grands hommes , deMademoiſelle
de Ville Dieu, indouze, fix volum ..
reliez en trois , 45. fols.
L'hiſtoire d'un Eſclave qui a eſté quatre
années priſonnier, 10. fols.
Le Mariage de la Reyne d'Eſpagne, in 12.
vingtfols.
L'Hiſtoire de la Ville & de l'Estat deGeneve
de Monfieur Spon , avec pluſieurs figures
en taille douce, indouze , 2. vol. so. fols.
Origine du Blazon du Pere Meneftrier,.
indouze, 2. vol. 4. livres.
Memoire de l'Empire Ostaman, 12. 2.vol.
20. fols.. Lettres
Catalogue.
Lettres Portugaiſes , avec les Réponſes,
indouze , 2. vol. 20. fols.
Selecti nummi duo Antoniniani , quorum primus
anni novi auspicia , alter Commodum &
Annium Verum Cafares exhibet , Par Monfieur
Bellori, in-octavo, Roma 1676. 20. fols.
Hiſtoire de la Reünion de Portugal , indouze,
2. vol. 3. livres .
Criſpin Precepteur , Comedie , indouze,
15. fols.
Les Nouvelles de la Reyne d'Angleterre,
indouze, 2. vol . 25. ſols.
La Ville & Republique de Veniſe, in12.
Cen'est pas l'Hiſtoire de Veniſe de Nani,
c'eſt l'Hiſtoire de la Ville & Republique de
Venife , tres-bien écrit , 50, fols.
La Devotion vers Notre Seigneur Jesus-
CHRIST , pour ſervir de lecture à l'Homme
d'Oraiſon pendant tout le cours de l'année
par le Reverend Pere Noüet , inquarto ,
2. vol. 16. livres.
Recueil de diverſes Retraites, la premiere,
ſur la qualité d'Enfant de Dieu; La feconde
, ſur l'Habitude de la preſence de Dieu ;
La troifiéme , ſur le dépoüillement du vieil
Homme , indouze, 30. fols.
LIVRES NOVVEAVX
de l'année 1680.
La veritable Devotion envers la Sainte
Vierge , établie & défenduë par le Pere
Craffet Jeſuite, inquarto, s . livres.
La
Catalogue.
La Devinereſſe ou le faux Enchantement,
par l'Autheur du Mercure Galant , indouze,
avec neuf figures, 35. fols.
Hiſtoire des Roys de France de Monfieur
d'Eſpernon , reveu par Monfieur de Prade,
indouze , 50. fols.
Vie du Cardinal Commandon par Monſieur
l'Abbé Flechier , indouze , 3. livres.
Le Chreftien qui veut eſtre ſauvé , invingtquatre
, 20. fols.
L'Illuſtre Parifienne de Monfieur de Prefchac
, indouze, 2. vol. zo. fols.
Hiſtoire de la Conqueſte d'Eſpagne par
lesMaures, indouze , 2. vol .
Meditations pour tous les jours de la Semaine
ſainte, indouze, 20. fols.
Des obligations des Eccleſiaſtiques, tirées
de l'Ecriture fainte & des Saints Peres de
l'Eglife & de S. Chriſoſtome, indouze, 40. f.
Le Journal Amoureux par Madame de
Ville-Dieu , indouze , fix volumes relié en
trois , 45. fols.
Federic Prince de Sicile , indouze , 3. vol.
36. fols.
Lettre d'un Eccleſiaſtique à un Miniſtre
de la Religion pretenduë Reformée pour fervir
de Reponſe à diverſes Queſtions qui luy
ont eſté faites par ce Miniftre , dans leſquelles
il traite & prouve pluſieurs Points impor
tans de la Religion, par la doctrinede S. Cyprien,
avec une Diflertation du meſine Eccleſiaſtique
, & d'un des principaux du Confiftoirede
Charanton & une lifte tres - curieuſe
des Eveſques de Rhodes & de Vabres, 12.
Adelaide
Catalogue.
Adelaide de Champagne, indouze, 4.vol.
so.fols.
Cleon ou le Parfait Confident, 12.
Le Conte Genevois , indouze.
La Valiſe ouverte, in 12. Preſchac.
Le Voyage du Royaume de Congo , in
uze , zo. fols.
Reflexions fur la Mifericorde de Dieu de
Madame la Valiere.
Conference Eccleſiaſtique du Dioceſede
Luçon, indouze , deux vol . 4 livres 10. fols.
Les Madrigaux de Monfieur la Sabliere,
indouze, 15. fols.
Les Peintures Sacrées de la Bible , indouze,
3. vol. 4. livres 10. fols figures.
Le Gridelin , dedié à Madame , la Dauphine
,de Preſchac, indouze, 12. fols.
Memoires touchant la Religion par Monfieur
du Pleſſis Praflin Eveſque de Tournay,
indouze , 15. fols.
Le Voyage de la Reyne d'Eſpagne , indouze,
2. vol. Preſchac. 20. fols.
Converſations ſur divers fujets par Mademoiſelle
Scudery , indouze: 2. vol. so . f.de
Lyon ,&6. livresdeParis.
Projet de Conference fur diverſes matie-
Mesde Controverſe , 12. 30. fols.
Dogmatum Theolog. du R. P. Thomaf
fin , in folio ,15.livres.
LesNouvelles de Dona Maria de Zayas,
traduit de l'Espagnol en François, indouze,
5. vol. 7. livres. to. fols.
La Vie & Actions de Monfieur l'Eveſque
deMuniter , 12.220.fols.
Le
Catalogue.
Le Nouvel Eſtat de la France , avec la
Maiſonde Monſeigneur & Madame la Dauphine,
indouze, 2. vol. 4. Hvres,
Ler Penſées pieuſes , troifiéme Edition,
5. fols.
Le Quinte Curce'de Vaugelas de Monfieur
d'Ablancourt , Nouvelle Edition, in 12 .
2. vol . groſſe lettre, 4. livres.
Eclairciffement Apologetique de la Morale
Chreſtienne , touchant le choix des
Opinions avec des Reflexions ſur des Remarques
du Sieur I. Remonde , composé par
l'ordre de Monfieur l'Evefque de Grenoble,
indouze, 3. livres .
Les Oeuvres de Madame la Comteſſe Lazuſe
, 12. 4. vol. nouvelle Edition , 4. livres
10. fols.
Le Nouveau Praticien François , inquarto,
4. livres 10. ſols.
Les Deviſes du R. P. Menestrier , inquarto,
50. fols.
Les Dominicales de Texier , in-octavo,
2. vol . 6. livree.
-Idem les Panegyriques, octavo, 2.vol.
6. livres.
Les Ceremonies Nuptiales de toutes les
Nations, indouze, 20. fols.
Reflexion ſur l'Oraiſon, 12. 20. ſols.
Jesus Penitent, indouze, 30. ſols.
Horlogiographie du Pere Feüillant de la
Magdelaine , nouvelle Edition , in-octavo,
figures 3. livres.
Le Conte de Richemont , Hiſtoire Galante
, indouze, 12 fols.
Les
Catalogue.
Les Memoires Galans,ou les Amours d'une
perſonne de qualité, 12. 15. fols.
Deſcription de la France de du Val , indouze,
20. fols.
Vies de plufieurs Saints illuſtres de M. Arnaud
d'Andilly, indouze , 40. fols.
Pratique de pieté ou les Conduites de la
Vie Spirituelles , ſuivant les Maximes de
l'Evangile , diviſées en divers Entretiens
pour fervir de Meditations pour tous les
joursde l' Année par le R. P. le Maittre , 12 .
2. vol. 30. fols.
Panegyrique du Roy par Mr. l'Evefque
d'Amiens, inquarto, 4. livres .
La Découverte de l'Admirable Remede
Anglois pour la gueriſon des Fiévres par M.
deBlegny, indouze, 10. fols.
Revolutions de l'Estat Populaire en Monarchie,
par le Different de Cefar & de Pompée
par Monfieur de Martignac, 12. 20. fols.
Antonij Dadini Altaſſerræ , Notæ & Obfervationes
in Anaftafium de vitis Romanorum
Pontificum, in 4. so. fols.
Le Chemin de perfection de fainteThereſe
, traduit par Monfieur l'Abbé Chanut ,
in octavo , 3. livres.
Le Voyage d'Italie , nouveau & curieux,
avec deux Liſtes des Sçavans & Curieux de
toute l'Italie par Monfieur Spon, Docteur en
Medecine de Lyon, 20. fols.
Obſervation's fur les Fiévres & Febrifuges
par le meſme Monfieur Spon 12. 7. fols.
Lettres Chreftiennes & Spirituelles de M.
Varet Grand Vicaire de feu M. de Condren
Archevéque de Sens, in 12. 3. vol. 6. livres.
Catalogue.
*Traité de la Grandeur en general , qui
comprend l'Arithmetique, l'Algebre , l'Analyſe
,& lesprincipes de toutes les Sciences ,
qui ont la grandeur pour objet,par le P.Lamy
de l'Oratoire , in 12. 40. fols.
Dictionarium novum Latinum & Gallicum
,par Monfieur l'Abbé d'Anet pourMonſeigneur
le Dauphin , augmenté d'un tier à
cette nouvelle Edition , & mis le tout par
ordre Alphabetique , inquarto, 6. livres .
Traité de la Maladie Venerienne par Monfieur
de Blegny, in 12. 3. vol. 4. 1. 10. fols.
Origine des Noms par Monfieur la Rocque,
in 12. 30. fols.
Theatre des beaux Eſprits , in 12. 2. vol.
40. fols.
Hiſtoire de Veniſe de Nani , traduit par.
Monfieur l'Abbé Tallement , Tome 3. & 4 .
indouze , 2. vol. 6. livres , les deux premiers
volumes ſe trouvent auſſi dans la meſme
Boutiqué.
Confeffions de Grenade par Monfieur Girard,
in 16. 20. ſols.
Semaine Sainte de la bonne Traduction
de toutes grandeurs.
Explication des Ceremonies de la Meffe,
in 16. 10. fols.
Inſtructions Spirituelles pour la guerifon &
la conſolation des Malades par Craffet, indouze
, 2. vol. 3. livres .
Solitude des dix Jours , in-octavo , 2. vol.
4. livres.
Le troiſieme & quatriéme Tome des
Amours de Catulle par M. l'Abbé la Chapelle
impreſſion, de Paris , pour 3. livres.
Catalogue.
-Idem impreffion de Lyon pour 25.fols.
Le premier & lecond Tome ſe vendent
dans la meſine Boutique pour le meſme prix.
Hiſtoire de D. Quichot de la Manche, de
la nouvelle Traduction de ces Meffieurs ,
4. vol. de mon impreſſion , s. livres.
LIVRES NOUVEAV
de l'Année 1681 .
LesSatyres de Juvenal , in 12. 2. vol. Tra
duction nouvelle , Paris , s . livres , & de
Lyon so. fols.
Memoires touchant le Mariage de Charles
II. Roy d'Eſpagne avec Marie Loüife
d'Orleans, par l'Autheur du MercureGalant,
in 12. 20, fols .
LeGrand Soliman, Tragedie , 12 15. fols.
L'Eglife Romaine reconnue toûjours des
Lutheriens, pour vraye Egliſe de JESUS , inoctavo
, 40. fols .
Inſtitutiones Juris Canonic. par Monfieur
de Roye, in 12. 40. fols.
Heures Nouvelles, imprimées par Ordre
de Madame la Dauphine, in 18. 50, fols.
Les Foux divertiſſants de Monfieur de
Poiffon, Comedie, in 12. 15. fois,
La Comette, Comedie, 15. ſols .
Inſtruction Chreftienne fur les Myſteres
de Nostre Seigneur Jeſus - Chriſt Nouvelle
Edition, augmentée & corrigee en beaucoup
d'endroits in-octavo, 5. vol. 15. livres.
Moyens de ſe guerir de l'Amour, Conver
fation galante, 15. fols.
Catalogue.
Traittédu droit de Chaſſe , 12. 20. fols.
Zaide, Tragedie par Monfieur l'Abbé la
Chapelle, in 12. 15. fols.
DeMarca Opufcula, in octavo 3. livres.
Cofmographie aifée contenant la Sphere
l'uſage du Globe Terrestre ,& la Geographie,
en faveur de la Nobleſſe, 12.30 . fols.
La Vie du Pere Charles Spinola , de la
Compagnie de Jeſus, 12. 25. ſols.
La Douce&Sainte Mort,par le P. Craffet,
de la Compagnie de Jeſus, 12. 30.fols .
La Science & Pratique du Chrétien par
Monfieur Boudon, 12. 20. fols .
La Philofophiedes Gens de Cour , 12.
Le Medecin d'Armée , in 12. 30. fols.
Diſcours fur l'Histoire Vniverſelle, àMonſeigneur
le Dauphin , pour expliquer la ſuite
de la Religion , & les changemens des Empires,
depuis le commencementdu Mondes
juſques à l'Empire de Charlemagne, par M.
Boffuet, Eveſque de Condom , 4. 6. livres .
Les Carrofles d'Orleans , Comedie , par
Monfieur l'Abbé la Chapelle, 12. 15. fols.
Philoſophia Vetus & Nova ad usű Scholæ
accommodata,par.Monfieur l'Abbé Colbert ,
augmenté d'un tiers en cette nouvelle Edition,
in 12. 6. vol. 10. livres.
Les Lettres de M.de Bongars , Latin François,
Nouvelle Edition, 12. 2. vol. 4. livres.
Hiſtoire d'Henry IV. 12. Nouvelle Edition,
40. fols.
Methode pour lire Chrétienement les Poë
tes fuivant l'Ecritu re Sainte & les Peres , du
Pere Thomaffin. 8. 4. livres...
Dictio
Catalogue.
Dictionaire François de Richelet. 4. 2.vol.
Poëfies & Pensées Chrétienes , par Monfieur
l'Abbé Gouffaut. 12. 30.fols .
Difcours prononcé par Monfieur de Launay,
Advocat en Cour, indouze, 15. fols.
Le Virgile , traduit par Monfieur l'Abbé de
Martignac , avec pluſieurs Figures en tailles
douces , 3. vol. 7. livres 10.fols.
La Vie du Duc de Guiſe, indouze, 30.fols .
Les Memoires fur la Grace,du P. Thomaffin,
in 12. 3. vol. 6. livres.
Molinzi Opera , fol. 5. vol. augmenté d'un
quart en cette derniere Edition, fol. 7.liv.
Ammiani Marcellini Opera, fol. 12.livres.
Un nouvelHorace, avec des Remarques, indouze
, 2. livres s.fols.
L'Homere, Traduction nouvelle par Monfieur
l'Abbé de la Valtrerie , en 4. vol. indouze,
11. livres.
Officina Latinitatis, inquarto, 6. livres.
Diſcours du Chevalier Digbi de ſaGuerifon
des Playes par la Poudre de Sympathie,
nouvelle Edition, indouze, 30.fols .
Cicutæ Aquaticæ Hiſtoria , & Noxx Commentario
illuſtratæ à Jacobo VVepphero,
Med.Doct. Scaphufiano, inquarto.
L'Art de guerir les Hernies , du Sieur de
Bligni , indouze, 30. fols.
La Princeſſe de Fez , 2.vol . indouze', 1.livr.
Lebeau Polonnois, par Monfieur de Preſchac,
indouze , douze ſols .
Remedes Charitables , de Madame Fouquet,
augmentez d'un tiers en cette nouvelle
Edition, 20.fols.
Les Caprices de l'Amour , par Mademoiselle
2
Catalogue.
de Villedieu , 2.vol..livre.
Les Lettres Portugaiſes , avec les Réponſes,
Tome 2. dix ſols .
Plaidoyers de Monfieur Patru , augmenté de
ſes Oeuvres diverſes, oct. 2.vol. 5.liv.10.f.
Artificesdes Heretiques, 12. 2.livres.
La Comparaiſon de Thucydide & de Tite-
Live, du P.Rapin, indouze, 30. fols.
Memoires du Chevalier de Terlon , 2. vol.
4. livres .
Mariage du Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal , par l'Autheur du Mercure
Galant, indouze, 20. fols.
Les Entretiens Galans, 2.vol . in 12. 30. f.
Repreſentations en Muſique,du P.Meneſtrier,
indouze, 30. fols.
Traité de la Cloſture des Religieuſes , de
Monfieur Thiers , indouze, 40. fols .
Ecclefiæ Græcæ Monumenta , Tomus fecundus,
Studio atque Opera Joannis Baptiſtæ
Cotelerij , inquarto.
La Circé de Jean Baptiste Gelly , traduit en
François, indouze, 30. fols.
La Methode Latine de ces Meſſieurs, nouvelle
Edition augmentée , octavo, 4.liv.
Le Voyage de Texeira , ou l'Hiſtoire des
Roysde Perſe , 2.vol. 3. livres.
Le Prixdel'Academie de 1681. in 12.30 fols.
Le 2. Tome des Ordonnances des Aydes &
Gabelles, indouze, 1. livre 5.fols.
La Beauté de l'Eſprit , comparée à celledu
Corps, Traduction nouvelle , 25. fols .
Le Meſſager Celefte, Extraordinaire de Monſieur
de Blegny, 30. fols.
Liſte des Avis du Journal general de France,
1
Catalogue.
ou Bureau de Rencontre, qui ſe diſtribuent
toutes les Semaines pour 5. fols le Cayer,
octavo.
La Princeſſe de Milan de Monfieur de Prefchac
, indouze, 12. fols.
LaConduite du Sage dans les differens Etats
de la vie, 2.vol. 3. livres.
Des Ballets anciens & modernes ſelon les
Regles du Theatre , du P. Meneftrier , indouze,
30. fols .
La Vie de Chriſtophle Colomb, avec laDécouverte
qu'il a faite des Indes Occidentales,
vulgairement appellées le Nouveau
Monde, 2.vol. indouze, 3.livres 10.fols.
Les Lettres Familieres de Monfieur Conrard
àMonfieur Felibien , 12. 30. fols.
Le Prudent Voyageur, 12. 3.vol. 4.livr.10.f.
LIVRES NOUVEAUX DU MOIS
de Decembre 1681 .
Homelies ſur les Dimanches & Feſtes de l'Année,
par feu Monfieur Godeau, in quarto, 6.livr.
Les Preuves de Nobleſſe du R.P.Meneſtrier,c'eſt
le 3.Tomedes Blafons de fon grand Ouvrage,
in douze, 2. livres .
AlmanachdeMilan pour 1682. indouze,15.ſols.
Idem de Liege, indouze, 12.fols.
Crifpinbel Eſprit, Comedie, indouze, 15.fols.
Les Fragmens de Moliere, indouze, 15.fols .
Theophili Anteceſſoris Inſtitutionum,Libriquatuor,
Auctore Doujacio, indouze, 2. vol. 4.liv.
Marie d'Anjou Reyne de Majorque , du Sieur
Saint Bremont Auteur du double Cocu,indouze,
4.vol . Lyon, so. fols .
Lettres de Monfieur le Chevalier de Méré , indouze,
2.vol. 4.livres .
La Comteffede Salisbury,Nouvelle d'Angleterre,
2.vol.indouze, 3.liv .
FAN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères