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1681, 04 (Lyon)
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Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS.
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693.
807156 :
}
MERCURE
B
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
ALQUE
LE DAUPHIN
04
AVRIL 1681 ..
LA
VILLA
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous envoyay le 15 .
du Moispassé l'Extraordinaire
du Quartier
de Janvier 1681 ίυος
Amis ne l'ont pas pris , ils peuvent
l'envoyer chercher , leprix eſt toûjours
de 30. fols le volume ; & le
Mercure 20.fols auſſi le volume,
tant vieux que nouveaux.
On continuë auſſi à distribuër les
Journaux des Sçavans, & les Nouvelles
de Medecinepourfix fols le
Cahier. Ceux qui envoyeront des
Pieces pour le Mercure ou Extraordinaire
payeront les ports des
Lettres.
a ij
LIVRES NOVVEAVX
du Mois d'Avril 1681 .
Difcours fur l'Hiſtoire Univerſelle àMonfeigneur
le Dauphin pour expliquer la ſuite
de la Religion ,& les changemens desEmpires
, depuis le commencement du Monde
juſqu'à l'Empire de Charlemagne, par Monfieur
Boffuet Evefque de Condon, inquarto,
fix livres.
:
Philofophia vetus & Nova ad uſum ſchola
accommodata , pat Monfieur l'Abbé Colbert,
indouze, fix volumes,augmenté encette
ſeconde Edition d'un tiers , y ayant deux
volumes plus qu'à l'autre impreſſion cy-devant,
douze livres. ५
Les Carofles d'Orleans , indouze , Comediede
M. laChapelle, 15. fols.
Les Lettres de Monfieur de Bougars , 12 ,
2.vol. Latin- François,nouvelle Edition, 3.1.
Hiſtoire d'Henry IV. nouvelle Edition,
indouze, 2. livres .
Methode pour lire Chreftiennement les
Poëtes ſuivant l'Ecriture ſainte& les Peres,
in- octavo , par le Pere Thomaſtin , 4. livr.
L'on continue toûjours à diſtribuër l'Hiſtoire
de D. Quichot de la Manche, indouze,
4.vol.par ces Meffieurs, 5. livres.
Les Amours de Catulle par M. l'Abbé la
Chapelle, 12.4.vol. 2.livr. 10. fols .
Les Converſations de Mademoiſelle de
Scudery, 12. 2.vol. 2.livr. 10. fols
TABLE
TABLE DES MATIERES
A
contenues dans ce Volume.
Vant-proposد
I
L'Academiede Villefranche auRoy.
Epistre,...
Sonnet auRoy ,
T
Madrigal furle meſmeſujet,
2
13
I1
5
Ce qui s'est passé au College des Medecins
à Lyon , touchant l'Election d'un
nouveau Doyen , ibid.
Colleges de Medecineétablis par le Roy, 19
Lettre à celle qui a fi galamment écrit
l'Histoire deſes Conquestes , 24
28
Particularitez touchant ce qui s'est passé
Fable,
à l'entreveuë de l'Empereur & de
l'Electeur de Baviere ,
30
Départ de M.l'Eveſque d'Héliopolis, &
Miſſions de la Chine, 38
de M. l'Abbé de Lyonne , pour les
Le Procés galant , avec toutes les Pieces
du Procés , Histoire,
39
61
Monfieur le Comte d'Estrées est recen
Le dernier Sapate de Savoye,
Maréchal de France,
3
75
a iij
TABLE.
Forme de Serment de Messieurs lesMa
réchaux de France , 75.
Origine des Maréchaux de France , &
leurs fonctions , 78
Mort de Madame de Seguiran , 86
Mort duSieur Franciſque Corbet , &fon
Epitaphe,
88-
Balet dancé à Hanover , avec les Vers du
Sujet , & ceux qui ont esté faitsſur les
Perſonnages , 93
Beneficesdonnez par le Roy,
Lettre en Proverbes,
Tout ce quis'estpasséàl'Académie Fran-
135
153
çoise à la Reception de Monfieur le
Premier President, 158
Tout ce qui s'est passé à S. Germain pen
dant la Semaine Sainte, 179
Mariage de Mile Comte deGacey,
م
de Mademoiselle Berthelot , 185
Lettre touchant l'Efcarboucle, 189
M. de Seve est nommé Premier Preſident
au Parlement de Mets , 194
Noms des Ambaſſadeurs & Envoyez qui
font en cette Cour , 198
LaPoule , Fable, 201
Mortsdiverſes ,
Fautesſurvenuës dans l' Article de la mort
deM. de Charoft , 202
ibid.
TABLE .
Accouchement de Madame la Princeſſe
deMarfillac , 215
Prevosté generale de la Franche-Comté
donnéeparleRoy ,
ibid.
Abbaye de Lucdonnée àMonfieur l'Abbéde
Fénis, 216
Monfieur l'Abbé Fléchier prefche aux
Minimes , 217
Conversions , 218
LeFaux Mariage , Histoire, 219
Tout ce qui s'estpassé à S. Cloud pendant
lefejour que leurs Majestezy ont fait
227
Explication de la premiere Enigme du
Moisdernier, 238
Noms de ceux qui en ont trouvé leMots
239 3
Explication de la feconde Enigme , avec
les nomsde ceux qui en ont trouvé le
Lenssain ibid.
Noms de ceux qui ont trouvé les verita
bles Mot's del'une & de l'autre, 230
Enigmers brugetube 12551
Autre Enigme, ibid.
Mariagede Mademoiselle de Teſsé, 247
M. Guerchois est receu Procureur General
au Parlement de Roñen , 248
Le
TABLE .
LeRoy donne à M.de Chazeran la Lientenance
Generale du Rouſſillon, 250
Airs ſpirituels enseignez par Monfieur
deBassilly , N
251
Charge de Secretaire du Cabinet du Roy
donnée à Monsieur le Marquis de
Saint Pouange
Morts diverſes,
Modes nouvelles ,
1
252
253
265
Fin de la Table.
Avis pourplacer les Figures.
LESyſteme ESyſteme doit regarder la page 69.-
L'Airqui commence par Haftezvous,
hastez- vous , doux Printemps,doit
regarder la page 1 34 .
La Planche où est écrit El Palaciode
Aranjuez, doit regarder la page 2oz
•L'Air qui commence par dans le
temps desfrimats , doit regarder lapa
ge 250.
6
1
MERCU
I
MERCURE
GALANT.0.
AVRIL 1681.
E vous ay parlé , Ma-
J dame, dans quelqu'une
de mes Lettres de l'Année
derniere , d'une
Académie de Beaux Eſprits qui
s'eſt établie depuis peu à Villefranche
, & dont Monfieur l'Archeveſque
de Lyon eſt le Protecteur.
Comme elle ne s'eſt formée
que pour conſacre rtoutes fes
veilles au Roy , ce ſera elle qui
Avril 1681 .
OMARO
A
2 MERCURE
me fournira aujourd'huy l'Eloge
que vous attendez de ce grand
Prince . L'impatience qu'elle a de
rendre ſon zele public , l'a obligée
d'emprunter la voix de Monfieur
Mignot de Buffy pour ſe
faire entendre, &voicy de quelle
maniere ce digne Académicien
s'eſt expliqué au nom de faCompagnie.
L'ACADEMIE
DE VILLEFRANCHE,
2
AU ROCK DA
EPISTRE .
GRAND
RAND PRINCE , que le Ciel
ànos voeux complaifant ,
Nous a voulu donner comme un rare
present ;
11 GRAND
GALANT.
3
GRAND PRINCE ,que l'on voit dās
la Paix,dans la Guerre,
Montrer l'Artde régner aux Princes
de la Terre ;
Nefois pas offence, si maMuse au
Berceau
Ofe pour te loüer employer fon Pinbeau.
Envain elle réſiſte à l'ardeur qui
la preſſe,
Envain elle connoit qu'elle a trop
de foibleffe
Pour chanter dignement tes hauts
Faits, tes Vertus;
Elle aime mieux moins dire , & ne
retarderplus.
2
Son amourfon refpect,font trop forts
pourlestaire,
Ilvaut mieux en parlant , qu'elle
foit teméraire ;
Maisfifes Versn'ont point deforce
ny d'appas,
Ilsfont ſes premiers fruits, ne les
méprisepas. Aij
4
MERCURE
Mille Plumes déja d'une ſource
féconde,
Ont porté ton grand Nomfur la Terre
&fur l'Onde;
Et par mille beaux traits qu'on ne
peut imiter,
OntSçeufacilement te peindre&te
vanter.
En tout temps,en tous lieux,les Filles
de Memoire,
Font leur plus grand plaisir de celébrer
tagloire ?
Leurs Ouvrages n'ont point
charmant Objet ,
deplus
Et tu leurs es toûjours un fertile
On ne les voit jamais dans un hon-
Sujet.
teuxfilence?
Apeine une afiny , que l'autre recommence.
Quand ellespensent estre au bout de
leurs travaux,
Tuleur en fais trouver außitoft de
Elles nouveaux ......
GALANT.
5
Elles verrontfans toy leurs veines
infertiles,
Et leurs voix bien souvent leurferoient
inutiles,
Si ton Nom glorieux , digne ſeul de
leurs chants,
Ne leur donnoit dequoy les rendre
plus touchans.
Depuis le jour heureux que le Cielte
fit naiſtre,
On a veu le Parnaſſe en Grands
Hommes s'accroiſtre,
Et jamais il ne fut dans le Sacré
Vallon
Tant d'illustres Enfans du divin
Apollon.
Onfçait bien qu'il en est dont la
veines'épuise,
Avant que d'avoirpû finir leur entreprife
....
Ils ont pourtant an champ vaſte,
fertile, & beau,
Aiij
6 MERCURE
Mais te loüer , Grand Roy , c'est un
pesantfardeau.
S'ils nepeuvent fournir qu'à moitié
la Carriere,
C'est qu'ils manquent de force , &
non pas de matiere ;
Et comme ils n'ont jamais que de
foibles accens, 1
Pours'éleverſihaut,ilsfont trop impuiſſans.
Par unfortfifâcheux , ma Muse
refroidie,
Pourroit avec raiſon n'estre pas fi
hardie ,
Et fufpendant l'effet d'un zele trop
ardent,
Garder à ton égard unfilece prudet;
Mais peut- elle àpréſent , pour une
vile crainte ,
Se résoudre à fouffrir une dure contrainte;
Et mesme faudroit- il, pour unmotif
Sivain ,
In
GALANT.
7
Interrompre le cours d'un ſi noble.
deffein ?
Non, non, dés ce moment dust- elle
perdre haleine ,
MaMuseà te loüerveut faire agir
Javeine,
Et joignant ces Concerts aux Chants
lesplusheureux,
T'offrirſur tes Aurelsfon encens &
Ses voeux.
Nevoit- onpas l'Aiglon,quimalgreſonjeune
âge,
S'approche du Soleil avec tant de
courage,
Et qui par les efforts d'un vol andacieux
,
Pour le voirdeplus prés ,s'éleve
qu'aux Cieux ?
Bien loin des affoiblir par l'ardeur
qui l'emporte,
Son aile en paroist estre & plus
prompte &plus forte;
Aiiij
8 MERCURE
Etdés ce mesme instant,ilva comme
un éclair
l'air.
Traverſer hardiment les régions de
Pat cet heureux fuccez ma Muse
encouragée,
ASuivrefon projet ſe ſent plus engagée,
Ilne luy suffit pas , GRAND ROY;
de t'admirer,
Ilfaut qu'elle le dise , & c'est trop
diférer.
Elle ne sçauroit plus retenir ſon
envie,
L'estime, le respect, l'amour, tout l'y
convie.
Il est vray qu'en voyant un Sujet
fifécond,
Son esprit pour l'ouvrir ſe trouble
&se confond. | 119
De tes fameux Exploits la trop
grandeabondance
Suspendson jugement , & le met en
balance. Voyant
GALANT.
9
Voyant en Toy des Roys le Modele
parfait,
Elle nesçait par ou commencer ton
Portrait.
Elle voudroit tantoft publiant tes
Victoires,
Faire honte auxHéros que vantent
les Hiſtoires,
Et malgré leurs grands noms qui
nous ont ébloüis ,
Faire voir que le tien , par tes Faits
inouis
Rendant toute la Terre &Surprise
charmée,
- Des plus grands Conquérans ternit
la renommée.
Tantoſt elle voudroit , dépeignant
tes Combatsot
Marquer par de beaux traits laforcede
ton Bras ,
Etfuivant avecſoinfon invincible
Prince,
10 MERCURE
De Citez en Citez , de Province en
Province,
Décrire tous les Lieux par tavaleur
acquis,
En auſſi peu de temps que tu les as
Quelquefois elleveut faire voir tout
conquis.
deSuite
Mille effets Surprenans de tafage
conduite;
L'Heréſie aux abois , ſes Temples
abatus ,
La Justice en vigueur ,ſes Decrets
abfolus,
bannies,
Les Duels abolis , les Querelles
LeComerceaſſuré,les ſures punies;
Ainsi par tant d'objets qui s'offrent
à lafois,
MaMuse embaraſſée apeineàfaireun
choix.
Cefoin feroit facile à ces Esprits
Sublimes,
Dont
GALANT . II
Dont un stile pompeuxſoûtient les
nobles Rimes;
Mais s'ils méritent feulsle glorieux
employ
De chanter les Vertus d'un Hérostet
que Toy,
Tu peux, Sansfaire tort à ta gloire
éclatante,
Souffrir qu'à leur exemple un moindreAutheur
le tente;
S'ilne peut te donner que des foibles
Concerts ,
Hte fait voir du moinsfon zeledans
Dans le fein de la Mer les plus
grandes Rivieres
Ne font pas seulement rouler leurs
ondes fieres.
Ne voit- on pas auffi les plus petits
gayRaiffeauxs
Iporter hardiment leurs innocentes
Nè t'étonne donc pas si malgré sa
jeuneffe دد Ma
12 MERCURE
Ma Muse avec ardeur s'encourage
& s'empreſſe ปาร
A chanter àson tour tesſurprenans
Exploits. 1
Situ pouvois ſouffrir cet effay de fa 2
voix,
Elle auroit deformais pour ſa plas
grande affaire,
Le Soin de te lover , & celuy de te
plairesh
Le Sonnet qui ſuita eſté fait
fur ce que le Roy s'eſt bien vou
Ju condamner Soy- meſme en faveur
de ſes Sujets , dans l'Affaire
des Maiſons baſties ſur les Fonds
alienez de ſon Domaine. Cette
Action eſt ſi belle que je ferois
peu furpris quand on m'envoyes
roit toute l'année des Ouvrages
fur ce ſujer. Il faut du temps à
la Renommée pour aller la publier
juſqu'au bout du Monde,
GALANT
13
& je croiray toûjours vous faire
plaifir,en vous apprenant les fentimens
d'admiration qu'elle aura
fait naiſtre dans les Païs éloignez .
C'eſt de là que j'ay reçeu ce
Sonnet
PAAYrfSaa haute valeur effacer les
Cefars,
Remplir d'étonnement le Ciel , la
Terre, & l'onde,
Porter par tout l'effroy , forcer mille
Remparts ,
C'est estre justement le plus grand
Roy duMonde.
Faire regner Themis ſous l'Empire
denmarsat
Faire éclater par tout fa fageffe
profonde,
En tous lieux avec ſoin établir les
ov beaux Arts, top no. D
Qui font de tous les biens unefourcefeconde
;
6
i
Ba
L
14 MERCURE
: **
Balancer àfon gré le Sort de l'U-
: nivers,
Sçavoir donner la Paixà cent Feuples
divers ,
préme.
C'eſt estre couronné d'un merite fu-
Mais LOUIS va plus loin contre
Ses intérests ,
Vne Sainte Equité prononce des
Arrests ,
Et le Maiſtre des Loix ſe condam-
..... ne Soy- mesme.
Je ſçay que vous avez veu fix
Vers Latins que l'on a trouvez
fort beaux , fur cette meſme matiere.
Ce font ceux qui commen
cent par Regem inter Populumque ,
&c. Je vous en envoye la Traduction
dont vous ferez part à vos
Amiesmenoid astm
A1 Le
GALANT. I
L
ERoy contre fon Peuple avoit
un grand Procez,
fuccez ,
:
Les Iuges partagez balançoient le
Et tenoient tout Paris dans une
crainte extréme ,
Quand ceRoy genéreux renonçant
àfes droits,
Prononce, ſe condamne,& ſe montre
àlafois
LePere defon Peuple , & le Roy de
۱
Soy-mesme.
Monfieur Garnier , Doyen du
College des Medecins de Lyon
eſtant mort,depuis peu de temps,
Monfieur Spon, Homme de ſçavoir&
de mérite devoit remplir
cette Place , ſelon l'ordre du Tableau
, mais comme il eſt de la
Religion Prétenduë Réformée,
& que les Edits de Sa Majefté
pri
16 MERCURE
privent ceux qui en font profeſfion
, de tous les honneurs de
leur Compagnie , les Docteurs
& Profeſſeurs en Medecine aggrégez
à ce College , ſe ſont affemblez
pour la donner à unCatholique
; & de l'avis & autorité
de Monfieur l'Archeveſque de
Lyon,& de Monfieur l'Intendant,
ce choix eſt tombé fur Monfieur
Falconet , ancien Echevin de la
Ville , qui estoit le plus proche
à fucceder. Monfieur Panthot,
Docteur Medecin , & l'ancien
Procureur Syndic du College,
fit l'ouverture de la Propoſition
par un Difcours qui contenoit
les éloges deûs à la mémoire de
Monfieur Garnier. Il fit connoître
qu'il avoit ſoûtenu la qualité
de Doyen avec tant d'honneur,
que l'on ne pouvoit douter qu'il
n'en euſt toûjours eſté plus dis
तु gue
GALANT.
17
gne par fon mérite particulier,
que par le privilege de fon grand
âge. Il s'étendit enſuite ſur les
marques d'affection qu'il avoit
données au College , dans les
derniers momens de ſa vie,par un
Legs conſidérable qu'il avoit laifſé
à la Compagnie. Il ajoûta que
ſi quelque choſe eſtoit capable
de les conſoler d'une perte fi facheuſe,
c'eſtoit la ſeule ſatisfaction
de voir bientoſt remplir cette
Place par un digne Succeſſeur,
qui leur fiſt trouver les glorieux
avantages qu'ils avoient reçeus
de ce grand Homme , & fur tour
celuy d'avoir eſté préſidez par
l'un des plus Sçavans Medecins
deFrance.
Il prit de là occaſión de loüer
les deffeins du Roy, qui ſe faiſant
- admirer dans toutes ſes Actions ,
ne s'applique jamais avec plus
d'ardeur,
18 MERCURE
d'ardeur , que quand il s'agit de
faire éclater ſa pieté & ſon zele
pour les intereſts de la Religion
Catholique;qu'ils en reſſentoient
de jour en jour de tres- utiles effets
, dont celuy de n'eſtre point
préſidez par un Religionnaire,
n'eſtoit pas le moindre. Il fit voir
enſuite que dans l'ordre du Tableau
, Monfieur Falconer devoit
de juſtice eſtre leur Doyen, qu'il
eſtoit l'un des plus renommez , &
des plus fameux Medecins du
Royaume; & que ſi les beaux talens
qu'il poſſede , & les grands.
emplois où il a eſté ſouvent appellé
le rendoient conſidérable,
ſes longues expériences , & les
ſçavantes lumieres qu'il avoit acquiſes
dans la Medecine,ne donnoient
pas moins d'éclat à ſa réputation.
Il parla des Charges publiques,
dont il s'eſt ſi dignement
acquité
GALANT. 19
acquité dans le Conſulat de
Lyon , & en d'autres lieux ; &
apres cette peinture de ſon merite,
il finit en diſant que Monfieur
l'Archeveſque , Lieutenant de
Royde la Province,qui leur avoit
fait l'honneur de régler l'affaire,
l'avoit chargé de leur déclarer
que l'intention de Sa Majefté,
eſtoit qu'il fuſt à l'avenir Doyen
du College,& qu'en cette qualité
on luy rendiſt les honneurs qu'il
méritoit.
Tous les Docteurs ayant opiné
enfa faveur, ſignerent l'Acte qui
luyeſtoit neceſſaire, pour remplir
la Place que Monfieur Garnier
venoit de laiſſer vacante .
Il faut vous apprendre d'autres
ſoins que Sa Majesté a pris
pour l'avantage de la Medecine.
Il s'y commettoit quantité d'abus,
par la trop grande facilité que
l'on
20 MERCURE
l'on avoit à recevoir des Docteurs.
Pour remedier à ce defordre
, Elle a étably des Colleges
dans les plus conſidérables Villes
de fon Royaume, & leur a accordé
des Statuts & des Privileges ,
qui leur donnent droit , particulierement
à Lyon , d'envoyer
pratiquer pendant quatre ans
dans les petites Villes ou Bourgs,
ceux qui demandent à eſtre aggregez
à ces Colleges. S'ils le veulent
eſtre , il faut qu'ils raportent
apres ce temps,des Certificats des
Juges & des Conſuls des lieux où
ils ont paflé ces quatre années.
C'eſt un für moyen pour prévenir
la ſurpriſe de ceux qui envoyent
des Perſonnes inconnues prendre
des Lettres de Docteur ſous leur
nom, pour découvrir la tromperie
de certaines Gens qui en expofent
de fauſſes,& pour empefcher
l'éta
GALANT. 21
l'établiſſement des Charlatans ,
des Coureurs , & des Gens à
grand ſecretice qui eſt un ſecours
tres important pour la feûreté publique.
Ceux que les Colleges ont envoyé
exercer la Medecine pendant
le temps que je viens de
vous marquer , font apres cela
deux Actes publics. Le premier
eſt de Théorie ,& le ſecond , de
Pratique . Ils font ſeverement
éprouvez dās l'un & dans l'autre.
Le College eſtantaſſemble àhuys
ouvers pour celuy de Théorie,
en préſence des Magiftrats &
des Confuls , le premier Syndic
prend un Livre des Aphorifmes,
écrits à la main ſans aucun ordre,
& le préſente au Lieutenant General
qui le pique .Aufſitoſt lePoftulant
eſt obligé de faire un Difcours
ſur l'Aphorifme pique , qui
faffe
22 MERCURE
fafle connoiſtre ſa capacité,& qui
mérite les fuffrages du College
; autrement il eſt renvoyé
pour faire un autre Acte . S'il n'eſt
pas Docteur de Paris ou de Montpellier
, on argumente fur la matiere
qui luy eſt écheuë ; & s'il
eſtadmis , trois mois aprés il fait
l'Acte de Pratique,devant lameſme
Aſſemblée. On préſente de
nouveau au Lieutenant General
un Livre écrit à la main , où ſont
ſeulement les noms des Maladies
au nombre de trois cens. Ces
noms font auſſi mélez ſans aucun
ordre , & celuy qui eſt piqué,
détermine la matieredu Diſcours
que doit faire le Docteur , pour
eſtre jugé capable de ſervir utilement
le public. On enferme ces
deux Livres dans un Cofre à trois
Serrures , dont le Doyen & les
deux Syndics gardent chacun
une
GALANT.
23
une Clef J'aurois beaucoup àvous
dire à l'avantage du College de
Lyon , qui s'eſt rendu juſqu'icy
l'un des plus celebres de l'Europe
par les grands Hommes qu'on y
a veûs de tout temps, &par ceux
qui le compoſent encor aujourd'huy.
Je paſſe àd'autres matieresqui
doivent eſtre plus de voſtre
gouft. Vous ſouhaitiez un plaiſir
que vous pouvez vous promet
tre, ſi la Belle qui nous donna il y
a deux Mois Hiſtoire de fes
Conquestes , a un peu de com--
plaiſance pour une aimable Inconnuë,
qu'on ne peut douterqui
n'en mérite beaucoup: Il manquoit
à cette Hiſtoire pour ſatisfaire
entierement voſtre curiofité,
qu'elle nous appriſt ce qui l'avoit
obligée à rompre avec celuy
de tous fes Amans qui avoit le
L
plus
24
MERCURE
plus d'eſprit, & c'eſt ce qu'on luy
demande par cette Lettre , qu'on
n'a pû luy adreſſer que par moy.
POUR CELLE QUI
a ſi galamment écrit l'Hiſtoire
de ſes Conqueftes.
7 sb VICO
(
E trouve entre vous & moy un
grand raport en beaucoup de cho-
Jes, Soit pour la conformité de nourriture
, en ce qu'on vouloit que nous
fuſſios toutes deux fortſimples &fort
innocentes , foit pour le teint & les
yeux qu'il mesemble que nous avons
aſſez ſemblables, qu'une si heureuſe
reſſemblance me donne non -feu-
Lement de l'inclination pour vous,
mais encor un fort panchant à m'intéreſſer
dans les Avantures de ceux
que vous aimez. NeSoyez donc pas
201
Surprise,
1
GALANT.
25
Surprise , si je vous prie de nous
apprendre plus précisement que
vous n'avezfait, comment a pû ceffer
cet agreable commerce que vous
avez eu avec celuy qui vous fit le
premier appercevoir de vostre merite.
Ilse rencontre encor pour une
plus parfaite reſſemblance de vous
&de moy , que le feul Homme que
j'aye jamais aimé,luy reſſemble toutà
fait. Cefont les meſmes manieres
&le mesme esprit. La ſeule diference
que je trouve entre nous deux,
c'est que je ne veux jamais aimer
que luy , & qu'il ne sçauroit aimer
que moy , du moins tant que dureront
ces traits & ce teint , ces lys
ces roses ,dont il eſtſi enchanté,
qu'il ne trouve plus rien de beau
par tout ailleurs. C'est ainsi que
nous nous parlons confidemment.
Mais peut - on s'affurer si bien les
uns des autres dans les plus tendres
•Avril 1681 . B
26 MERCURE
amitiez, qu'on n'ait pas beaucoup
à craindre de la jalousie ? Si nous
pouvons nous mettre à couvert de
ce costé là , nostre amour ne durera
pas moins que noſtre vie. Mais de
quelle forte a pû finir une intelligence
auffi belle que la voſtre ? Ie
ne fuis pas la ſeule que cet évenement
inquiete , & à qui il donne
envie de sçavoir ce qu'est devenu
un fi honneste Homme. De la manicre
dont vous nous le depeignez, ma
Mere croit l'avoir veu quelquefois
-chez elle , & m'en a dit des merveilles.
Elle m'aſſure que sije vous
pouvois engager à nous faire part
de quelques - unes des conversations
que vous avez euës ensemble, ceferoit
un Ouvrage auſſi rare que charmant.
Voudriez- vous referver de
ſijolies choses pour vous seule , &
pouvez vous tirer un plus grand
usage de ce pretieux tresor, que
d'ac
:
GALANT.
27
d'acquerir beaucoup de gloire en
nous le communiquant ? Vous obligerieztres-
Sensiblement par là ceux
qui n'aiment rienfifort que cequi
s'appelle le bon esprit , &les choses
naturelles & delicates . Vous le
pourriezmesme ſans qu'il vous en
coustast beaucoup , car on ſentbien
que vous n'avez pas moins defacilité
que d'agrément à écrwe.
Quand j'auray appris à m'expliquer
mieux , peut - estre vous rendray-
je la pareille du plaisir que
je vous demandepreſentement; mais
outre que je n'en ſçaypas encor af-
Sezpour me hazarder à une Hiftoire
galante , il n'y a pas bien
long - temps que j'ay commencé à
aimer. Comme nous devons dans
peu de jours faire un voyage à
Paris , j'y pratiqueray peut - estre
des Espions affez éclairez pour
decouvrir où je pourray vous trou
Bij
28 MERCURE
ver, & vous faire voir une Perſon ..
ne qui se tient tres - glorieuse d'avoir
avec vous quelque raport de
beauté & d'avantures. Ieſuis voftre
tres- humble & tres- obeiſſante
Servante.
En attendant la Réponſe que
je veux croire qu'on fera à cette
Lettre , je vous envoye une Fable
, dont les Médiſans tireront
beaucoup de fruit, s'ils en examinent
la moralité. Elle eſt de l'Anonime
d'Alais , qui leur decouvre
les maux que produit leur
langue , en leur apprenant que la
reputation perduë ne ſçauroit ſe
recouvrer.
FABLE .
E Feu, la Renomée, & l'onde,
IRefolurent water courir e
Monde.
Ie
GALANT. 29
Ie ne sçay point quel étoit leſujet
D'unſemblable projet,
Si c'estoit l'interest,llee ccaaprice, ou la
gloire, (toire,
L'on n'en dit rien dans leur Hif-
Ien'en parleray point außi.
Seulement veux-je dire icy
Que l'Onde avec le Feu , quoy que fi
fort contraires ,
Chercherent de concert les moyens
neceffaires
Pourse retrouver aisément,
Encas dequelque égarement;
Et mesme , qui plus eft, contre toute
apparence
Dés la premiere conference,
Ils tomberent d'accord que chacun à
Son tour (SonSejour.
Donneroit un ſignal pour marquer
m'égare,
L'Eau donna donc lefien,&dit,Si je
Ou qu'un autre accident en che
min nous ſepare,
Biif
30
MERCURE
Vous n'aurez qu'à vous rendre
où vous verrez des Joncs ,
J'y ſeray fans faillir , ou bien aux
environs. (laFumée.
Quant au mien, dit le Feu, ce ſera
Pour moy,leur dit la Renommée,
Je ne donneray pas le mien;
Mais ſongez à me tenir bien ,
Car déslors qu'une fois j'échape,
Jamais plus on ne me ratrape.
Toy qui te plais à dechirer,
Et dont la mediſance est par tout repanduë,
Tremble d'un mal qu'envain tu vou.
dras reparer;
La reputation perduë
Ne peut jamaisſe recouvrer.
Je ne vous parle jamais de Nouvelles
Etrageres, ſi des circõſtances
remarquables ne les accompagnēt.
Vous en trouverez d'aſſez
curieuſes
GALANT.
31
curieuſes dans ce que j'ay à vous
dire de l'Entreveuë de l'Empereur
, & de Mr l'Electeur de Baviere.
Les occaſions de ces fortes
d'Entreveuës arrivent ſi rarement
, que peu de Gens ſont inſtruits
des Ceremonies qui s'y
obſervent. Un Voyage que la
pieté de l'Empereurluy a fait faire
à Noftre - Dame d'Oëtting , a
eſté cauſe de celle-cy. Il y arriva
le Vendredy 7. de Mars fur les
fix heures du ſoir , & Monfieur
l'Electeur de Baviere ſe rendit
dans le meſme temps à un petit
Chaſteau qui n'en eſt éloigné
que d'une lieuë , avec Monfieur
le Duc Maximilien ſon Oncle,
& Madame la Duchefſe Maximilien
ſa Femme. Le lendemain
à onze heures du matin , ils vin
rent à Oettingen , & fur les trois
heures aprés midy , Monfieur
B iiij
32
MERCURE
l'Electeur envoya fon Grand
Chambellan à l'Empereur , pour
luy donner part de ſon arrivée,
&demander à quelle heure il luy
plairoit de le voir. Le Grand
Chambellan demeura aſſez longtemps
chez l'Empereur ; pendant
quoy,Monfieur le Valeſtin,Gentilhomme
de ſa Chambre , vint
complimenter Monfieur l'Electeur
de la part de Sa Majesté Impériale.
A peine fut- il forty de ſa
Chambre,que Monfieur le Comte
Bar y entra , & luy fit un autre
Compliment au nom de l'Impératrice
. Ce Comte a la qualité
d'Intendant des Poſtes dans les
Païs Heréditaires. L'heure ayant
eſté donnée au Grand Chambellan
entre quatre & cinq, pour:
l'Audience de Monfieur l'Electeur
, ce Prince monta dans un
Carroffe fort doré , & tiré à fix
Che
GALANT.
33
Chevaux , quoy qu'il n'y euſt
que cent pas juſqu'à la Maiſon
où eſtoit logé l'Empereur. Toute
ſa Cour marchoit à pied devant
fon Carroſſe , à la defcente duquel
il fut reçeu par Monfieur
le Comte de Ditrichſtein,Grand
Chambellan de l'Empereur. Mr.
le Comte Lambert ſon Grand-
Maiſtre auroit remply cette fonction
, ou du moins il l'auroit dû
faire , ſuivant les anciennes coûtumes
, mais il eſtoit demeuré
malade à Lints . L'Empereur vint
recevoir Monfieur l'Electeur hors
la Porte d'un petit Paſſage , d'où
ils entrerent dans l'Antichambre.
Ce fut là que l'Audience
luy fut donnée. Elle dura un
quart-d'heure ; apres quoy Monſieur
l'Electeur fut reconduit de
la meſme forte qu'il avoit eſté
reçeu. Au fortir de là, il ſe rendit
B V
34
MERCURE
chez l'Impératrice, qui le reçeut
à la Porte de ſa Chambre. Ce
Prince eſtant revenu chez l'Empereur
ſur les ſept heures & demie
du foir , alla avec luy à pied
à la Chapelle de N. Dame d'Oëtting
, où l'on fit quelques prieres .
Monfieur le Duc Maximilien
marchoit le premier , Monfieur
l'Electeur enſuite , puis l'Empereur
précédant l'Impératrice,qui
eſtoit ſuivie de Madame la Ducheſſe
Maximilien. Au ſortir de
la Chapelle , ils revinrent tous
chez l'Empereur , où ils ſouperent:
Lors que l'Empereur eut lavéles
mains, Monfieur l'Electeur
luy préſenta la Serviete . Elle fut
donnée à l'Impératrice parMonfieur
le Duc Maximilien. Leurs
Majeſtez Impériales ſe mirent à
table , & quand leurs Servietes
furent déployées , l'Empereur fit
figne
GALANT.
35
ſigne de la main à Monfieur l'Electeur
de prendre ſa place. II
s'affit au bout de la Table du côté
de l'Empereur , & eut un Fauteüil
ainſi que luy. En ſuite l'Empereur
ayant fait le meſme ſigne
àMonfieur le Duc Maximilien,
il prit place à l'autre bout de la
Table , vis- à-vis Monfieur l'Electeur
. L'Impératrice fit auffi
affeoir Madame la Ducheſſe Maximilien
aupres du Duc fon Mary
, mais ils n'eurent l'un & l'autre
que des Sieges à dos , & fans
bras. L'Empereur , & les deux
Princes, furent fans Chapeau
pendant le Soupé . Monfieur l'Electeur
ſe leva pour boire la fanté
de l'Empereur , & la bût de
bout; & quand l'Empereur bût.
ſa Santé, ce Prince ſe levá encó
re,& fe tint auſſi debout pendant
le temps que l'Empereur bût . Le
Fraic
36 MERCURE
Fruit ayant eſté apporté ,Monfieur
& Madame la Ducheffe
Maximilien fortirent de table , &
allerent ſe placer derriere les
Chaiſes de leurs Majeſtez Impériales.
Un peu avant que l'ondefſerviſt
, Monfieur l'Electeur ſe
leva auſſi de table , & ayant pris
une Serviete des mains d'une
Dame , il alla ſe mettre debout à
coſté de l'Empereur.Apres qu'on
eut déſervy , il luy donna la Serviete,
dont l'Empereur eſſuya ſes
mains . Monfieur le Duc Maximilien
la préſenta à l'Impératri
ce ; & la meſme Dame qui avoit
donné à laver à l'Empereur, donna
auſſi à laver aux Princes & à
la Ducheffe. Ils dînerent & fouperent
encorlle lendemain qui
eſtoit Dimanche , avec l'Empe
reur & l'Impératrice. Ce mefme
jour ſur les quatre heures apres
•midy
GALAN T.
37
-
-
midy , l'Empereur précedé de
toute ſa Cour à pied , fortiſt de
chez luy dans un Carroſſe à fix
Chevaux , & viſita Monfieur l'Electeur.
Ce Prince le vint recevoir
à la Portiere de fon Carroffe,
& marcha devant luy depuis la
Porte de la Ruë juſqu'à celle de
fa Chambre , où il demeura juſqu'à
ce que l'Empereur y eſtant
entré , luy fit figue de le ſuivre.
Avantque d'entrer, il fit une tresprofonde
reverence ; & quand
l'Empereur fortit , il marcha encor
devant luy, & le remena jufqu'à
la Portiere du Carroſſe. Les
principaux Seigneurs de fa Cour
le viſiterent en ſuite ; & entr'au .
tres Monfieur le Comte d'Harrac,
Grand- Ecuyer , Monfieur le
Comte de Mansfeldt , Frere aîné
de celuy quieſt en France;Mefſieurs
les Comtes de Petting, d'I
femberg,
38 MERCURE
ſemberg,de Luinbourg,de Liram,
de Noftis , & Monfieur Abele .
Le Lundy matin ſur les neuf
heures , Monfieur l'Electeur ſe
rendit chez l'Empereur , qui luy
fit préſent d'une Epée garnie de
Diamans , de la valeur de trois
mille écus . Il donna auſſi un Diamant
à Monfieur le Duc Maximilien
; & l'Imperatrice,deux Brafſelets
à Madame la Ducheffe fa
Femme. Ils accompagnerét Leurs
Majeſtez Impériales à la Meſſe,
apres laquelle Elles monterent
dans un petit Carroffe pour s'en
retourner à Lints. Monfieur l'Electeur
qui les vit partir , vint
coucher à Hag ce meſme jour,
& arriva le lendemain à Munich .
On a eu du Port- Louis , des
nouvelles plus certaines que les
premieres qu'on avoit reçenës
du départ de Monfieur l'Evelque
d'Hé
GALANT.
39
d'Héliopolis , qui s'embarqua
pour la Chine le 25. de l'autre
Mois , ſur deux Vaiſſeaux de la
Compagnie Royale d'Orient, comandez
par Mõſicur du Cheſnay
Gentilhomme de Normandie. II
mene avec luy dix Eccleſiaſtiques
du nombre deſquels ſont deux
Docteurs de la Maiſon de Sorbonne:
Mr l'Abbé de Lyonne ,
troifiéme Fils de feu Monfieur de
Lyonne , Miniſtre & Secretaire
d'Etat , les accompagne dans ce
grand Voyage. C'eſt couronner
glorieuſement cette pieté ſolide
dont on a veu donner tant de
preuves à ce jeune Abbé , dans
le ſejour qu'il a fait pendant cinq
ans au Séminaire des Miſſions
Etrangeres .
Rien n'eſt ſi commun que les
Procés . Peu de Familles s'en
trouvent exemptes. Mais , Madame,
40
MERCURE
dame , auriez - vous crû qu'ils fufſent
commis dans l'Empire de
l'Amour , & que les Amans , qui
plaident entr'eux, ſe puſſent ſoûmettre
à obſerver en plaidant tou.
tes les formalitez établies par la
Chicane ? C'eſt pourtant ce qui
commence à ſe pratiquer,& vous
l'allez voir par le diferent qui eſt
furvenu entre une fort aimable
Perſonne , & un Cavalier qui a
ofé la pourſuivre pour obtenir le
payement de quelques Debtes
d'amour. Toutes les Pieces du
galant Procés qu'ils ont eu enſemble
, m'eſtant tombées depuis
peu entre les mains , je puis vous
endonner de ſeûres nouvelles .
Il y avoit déja deux ans que
l'Amant rendoit des ſoins avec
beaucoup d'affiduite. Il avoitmis
enuſage les empreſſemens , & les
tranſports les plus tendres. On y
repon
GALAN Τ. 41
répondoit à la verité ; mais toûjours
avec des ménagemens qui
diminuoient un peu de ſa joye.
On luy laiſſoit deviner plus qu'on
ne vouloit luy dire ; & fi par hazard
il faifoit paroiſtre qu'il devinoit
trop à ſon avantage , on
ſçavoit par quels moyens rabatte
ſa vanité. Ce n'eſt pas qu'en cent
manieres diferentes on ne luy diſt
aſſez qu'on l'aimoit ; mais on ne
luy diſoit point je vous aime , &
c'eſtoit la ſeule choſe qui manquaſt
à fon bonheur.Un jour qu'il
ſe plaignoit du refus qu'on luy
faiſoit de ce mot , & qu'il foûtenoit
à ſa Maîtreſſe que deux années
de ſervice meritoient & fon
amour , & l'aveu meſme de fon
amour , que ſa longue reſiſtance
eſtoit ſans exemple , & qu'il n'y
avoit perſonne , qui, s'il eſtoit Juge
de cette affaire,ne la condamnaſt
à
42
MERCURE
à payer l'extreme tendreſſe qu'il
avoit pour elle , il arriva aſſez
plaiſamment qu'ils convinrent
d'un Arbitre pour vuider la Queſtion
.C'eſtoit un des Amis de l'Amant,
qui ne l'eſtoit pas moins de
la Belle , & qu'ils avoient choiſi
l'un & l'autre pour le Confident
de leur commerce. Il fut arreſté
entr'eux qu'ils plaideroiět devant
luy ,& qu'il auroit le pouvoir de
decider ſouverainement. Quelques
jours apres la Belle eſtant
dans fon Cabinet , elle y vit entrer
un petit Laquais de ſon Amant
, mais fans Livrées , ayant
un petit Habit noir à Manteau,
fort propre , & fort ajusté , une
Ecritoire penduë à ſa ceinture,
&une Plume ſur ſon oreille. 11
luy fut aiſé de le reconnoiſtre
pour un Sergent. En effet, pour
remplir les fonctions de la Charge
GALANT.
43
gequ'il paroiſſoit exercer, il donna
cette Afſſignation à la Belle.
EXPLOIT DE DAMON
A CLIMENE.
T
Alans fraude & de bonne fo
La requeste de Damon,Amant
affignation a esté donnée cé 26. Decembre
1680. à Climene, en parlant
àſa Perſonne , à comparoiſtre dans
trois jours pardevant l'Amour , ou
Licidas ſon Lieutenant Particulier,
pourſe voir condamner àpayer audit
Damon deux années de Tendreſſe
qu'elle luy doit , avec tous les
intereſts , dommages & dépens, qui
conſiſtent en partie en ce que ledit
Damon auroit gagné cinq ou fix
Coeurs pour le moins , pendant le
temps qu'il s'est attaché à ladite
Climene ſeule ; & partant elle fera
condamnée à l'aimer elle seule autant
que cinq oufix autres auroient
pû
44 MERCURE
۳
pû l'aimer &se fonde ledit Damon
dans ſa Demande,fur plusieurs
Pieces & Titres , dontquelques- uns
'ont pres de deux ans,Titres auffi anciens
qu'on puiſſe en produire enfait
d'amour ; & on a joint icy des Extraits
des principaux , quiſont des
Reconnoissances de la Debte que
ladite Climene a faites elle- meſme.
Extrait de la Seconde Lettre
écrite par elle au Demandeur , en
datte du mois de May de l'an 1679.
par laquelle elle dit; La Tendreſſe
eſt unPaïs dont je n'ay pas encor
fait la moitié du chemin. Or depuis
ce temps elle a eu le loiſir de
l'achever..
Extrait d'une autre Lettre. Je
vous fourniray quelques douceurs
, pour vous aider à nourrir
l'amour que je vous ay donné.or
atteste ledit Damon n'avoirjamais
reçeu lesdites douceurs .
Ex
GALAN T.
45
Extrait d'un Quatrain de Climene,
qui finit par ces deux Vers.
Dés le moment que j'auray le
coeur tendre,
Je ne veux m'en ſervir , Damon,
qu'à vous aimer.
Par où il est clair qu'elle donne à
Damon une Hipoteque ſpeciale fur
Son coeur , & qu'il doit estre payé
privilegiément à tous autres Creanciers..
Extrait d'une autre Lettre. Je
vous promets de n'eſtre point ingrate.
Si vous m'aimez longtemps,
je ſçay à quoy cela m'obli
ge. Je meſureray ma tendreſſe à
voſtre conſtance.
On ômet plusieurs Extraits de
conversations , voire des Extraits
d'oeillades , parce qu'il neseroit pas
fi aisé de les justifier que lesſuſdits.
La Belle trouva l'Affignation
conçeuë dans les formes , & la
Deman
46 MERCURE
Demande fort - raiſonnable , &
tres - bien fondée . Je ne vous puis
dire ſi dans le fond de ſon ame
elle en fuſt contente ou non. Je
ſçay ſeulement qu'elle fit un effort
de ſon eſprit , auquel peuteſtre
ſon coeur reſiſtoit , pour ſe
defendre de ce qu'on luy demandoit
ſi legitimement. Voicy ce
qu'elle envoya à Damon .
DEFENSES DE CLIMENE .
difdoi-
LimeneDefendereffe, ne
convient point qu'elle ne
ve à Damon Demandeur , un ou
deux ans de tendreſſe ; mais comme
le temps du payement ou racquit de
cette tendreſſe n'a point esté limité
par luy , ladite Climene en payant
bien & deuëment l'interest, ne peut
estre condamnée à rendre le fond,
que lors qu'elle le trouvera àpropos,
&que l'état de ſon coeur le luy permettra
.
GALAN Τ.
47
4
mettra . Orprouvera ladite Climene
par bons Ecrits en forme , quiſont
entre les mains de Damon , avoir
payé lesdits interests par Douceurs
difperfées par- cy par- là dans ſes
Lettres , &partantfera condamné
ledit Damon à representer en Iuftice
lesdites Ecritures , afin d'estre
i
examinées.
Avant que de répondre aux Pieces
que le Demandeur a produites,
ladite Climene voudroit bienſçavoir
, pourquoy Damon veut estre
- payési promptement , veu qu'il dit
luy mesme n'avoir besoin de cette
Tendreſſe qu'il demande pour faire
Subſiſter lasienne; ce que ladite Climene
fera voir par trois ou quatre
Lettres écrites de la main de Damon
dont elle est nantie , & qu'elle
offre de montrer toutesfois & quane
e
t
t
,
1.
tes . Eft- elle moins aimable qu'elle
. n'estoit , & ne peut- on plus l'aimer
pour
48 MERCURE
pour le plaisir de l'aimerſeulement,
ainſi que Damon a toûjours fait par
le passé?Ous'il est vray quefa Tendreſſeſubſiſte
bienfans celle de Climene
, il ne veut donc que luy faire
avoüer de temps en temps qu'elle luy
est redevable,& tirer d'elle quelque
petitefoûmiſſion; ce qu'elle estpreste
de faire quand ilvoudra .
Mais pour répondre par ordre à
tous les Articles dont Damon demade
copte à Climene , elle dit d'abord
qu'elle avaça beaucoup dans le chemin
de Tendreſſe , parce qu'elle le
trouvoit fort doux , & qu'allant toûjours
du mesme pas , elle arriva en
fort peu de tempsjusqu'à Estime qui
en est fort proche ; mais que depuis
elle a veu des perils fi évidens à ce
petit paſſage,qu'elle n'a ofé lefranchir.
Ce n'est pas que Damon ne
luy ait souvent remontré qu'elle
S'alarmoit mal - à- propos , & que
W
1
bien
GALANT. 49
a
bien d'autres y avoient passé qui
n'avoient pas de si bonnes affurances
qu'elle mais comme elle aven
beaucoup de Gen's qui sovenoient de
ce Lieu- là tres malfatisfaits , elle
prétend que Damon demeure longtemps
feul dans le Païs de Ten-
- dreſſe, pourluy faire croire qu'on s'y
trouve bien, & luy donner envie de
continuer le voyage , auquel il l'a
engagée.
.
Elle jure avoirfourny au Demandeur
les Douceurs neceffaires pour
entretenir un amour aussi délicat
qu'elle le veut,& ellen'est pas encelamoins
croyable que luy qui atteste
lecontraire. Si cependant on ne l'en
croit pasfursaparole, elleferavoir
un Reçen de Damon , qui est une
Réponse à un Billet qu'il avoit reçeu
d'elle , oùelle l'appelloit mon
pauvre Damon, &par ledit Billet
il se tient content , &confeff
1. Avril 1681 . C
so
MERCURE
avoir receu une fort grande Douceur.
De plus , il faut qu'elle le dife,
quoy que la chose luy ſoit deſavantageuse.
Elle a esté jusqu'à un Helas
dans une Lettre, & apres cela, Damon
ofe attester qu'il n'a receu d'elle
aucunes Douceurs . Elle demande
fatisfaction de ce qu'il a attesté
àfaux, & c'est au Iuge à en userfelonSa
prudence.
L'Hipoteque ſpeciale que Damon
prétendfur le coeur de Climene , ne
luysçauroit estre disputée , puis que
leQuatrain l'adit, Qu'ilſongeSenelement
à la conſerver, car cesfortes
d'hypoteques ont besoin qu'on y
prenne garde de fort pres .
Il a eu encor trop peu de constance
pour demander que Climeney mesure
sa tendreſſe. Il est de l'interest
mesme de Damon qu'on le faſſe at-
* tendre quelques annéesdavantage.
A
GALANT.
ST
Aces causes , Climene conclutà ce
que Damon ſoit évincé desa Demande
pour lepréſent ,faufà elleà
- laluy accorder lors que bon luyfemblera
; en attendant lequel temps,il
- fera obligé de la fervir comme de
- coûtume.
Il fut aiſé à Damon de répon
dre à ces Défenſes.Auſſi ay-je pei-
- ne à croire que Climene prétendiſt
qu'elles fuſſent affez fortes
pour l'empeſcher d'y répondre.
Dés le meſme jour il luy envoya
ce qui ſuit par ſon Huiffier or
- dinaire .
:
REPLIQUE DE DAMON,
aux Défenſes de Climene.
D
Amon pretend droit par tou
tes les raiſens que Climene a
- alléguées , & il prétend qu'il n'y en
aaucune qui ne luy donne , à luy
Cij
54
MERCURE
Demandeur, le gain defa Caufe.Elle
dit en premier lieu, que comme le
temps de payer la Tendreſſe qu'elle
luy doit n'est point limité , pourveu
qu'elle luy enpaye bien & deuëment
L'interest , on ne peut la condamner
àluy enrendre lefond.C'estsa prin
cipale raiſon , & celle außi qui fait
plus contre elle.Elle reconnoit par là
qu'elle fait au Demandeur une rente
de Tendreſſe. Elle a donc reçeu de
luy le fond de cette Tendreſſe. Il
faut neceſſairement qu'elle l'avoue,
& c'est tout ce qu'on luy demande.
Si elle dit que ce n'est pas une Rente
(ce que pourtant elle ne peut dire
qu'enſe deſavoüant elle- mesme c'est
donc une Debte qu'il faut payer tou
te-à- lafois ,& non par menus payemens
comme elle veut faire.
Sa Seconde raiſon n'est pas plus
forte.Damon , dit- elle, a reconnu
que ſa Tendreſſe ſubſiſtera bien
fans
GALANT.
53
ſans le ſecours de la mienne . Je
l'avoue , & par conséquent je ne
dois point luy demander fa Tendresse.
Quoy ? Est- ce qu'on ne peut
demander ce qui est dû légitimement,
à moins qu'on ne puiſſe ſubſiſterJans
cela ? Les Debiteurs ferontils
reçeus à dire à leurs Creanciers,
Vous vous paſſerez biende ce que
nous vous devons; nous ne vous
payerons point ? C'est là leraisonnement
de Climene . Elle y adjoûte
qu'on nepeut luy demander tout - auplus
qu'un aveu & une reconnoiſſance
de la Debte .La maniere de s'acquiterestfort
jolie,& commode. Pour
des aveus & des reconnoiſſances, on
vous en donnera tant que vous voudrez.
Cela ne vousfera point épar
gné,mais pour aucun payement,vous
ne devez point vous y attendre. Si
j'avois dit à Climene ; Vrayement,
vous eſtes affez aimable , je pour
Cilj
54
MERCURE
rois bien vous aimer un jour qui
viendrazelle mepayeroit en medonnant
un aveu qu'elle pourroit bien
m'aimer auſſi quelque jour ; mais je
luy ay donné de bel & bon amour
comptant , &je prétens estre payé
tout demesme.
En troifiéme lieu, elle me demande
pourquoyje lapreſſe tant. Mais ne
dit- elle pas elle-mesme que les hipoteques
d' Amourfontfort difficiles
àconferver?Ainsi iln'est rien telque
desefaire payerproprement.En effet
celles quifont obligées à cesfortes de
Debtes,deviennentfort aisément in-
Solvables ,faute d'avoir volonté de
payer , s'entend. Onne voit tous les
jours que Belles quifont baqueroute,
&qui plantent là leurs Creanciers;
cela,parce que ces Creaciers n'ont
pashaštélepayemët de leur Debte,
dans le temps qu'il auroit pû estre
fait. Plus ces Debtes-là vieilliſſent,
moins ellessont aſſurées,&on a toûGALANT.
55
i jours remarqué que les plus nouvelles
- Sont celles quisepayent le mieux. Si
jen'avois l'oeil à mes affaires,comme
la Debte court toûjours , Climeneſe
- laiſſeroit accabler de vieux dûs. Et
- qu'elle ne diſepoint que c'est luifaire
une offence que de la preſſerfifort
de payer , commesi elle estoit moins
aimable qu'elle n'estoit lors que je
l'aimois gratis. Qu'elle scache au
contraire, que c'est parce qu'elle est
plus aimable que jamais , que je ne
veux plus l'aimer gratis .
Quatrièmement , ce qu'elle dit
qu'on devroit me condamner à demeurer
long-tempsſeul dans le Païs
de Tendreſſe , est contre elle- mesme.
I'y ay eſtédeux ansfeul.Ilfautfaire
estimer par des Expertsfice n'est
pas là un tempscompétent &raiſonnable.
Ie dis encor plus.C'est bientout
ce quepeuvětfaire laplupart desAmans,
que d'être deux ans , même en
Cij
56 MERCURE
compagnie, dans ledit Taïs de Tendreffe.
Cinquiémement ,les douceurs que
Climene dit m'avoir fournies, marquent
affez combienje suis malpayé
d'elle, puis qu'il est constant dans le
Procez,par les dates des deux payemens
qu'elle prétend m'avoirfaits,
qu'ily aplus de huit mois entre mon
pauvre Damon, & l'Helas. Ainfi il
estjuste que je ne me contente plus
de ces meſines payemens qui fontsi
legers en eux- meſmes ,&fi éloignez
les uns des autres,& que je demande
an payement total , duquelelle n'a
aucune raison de Je défendre.
Sixiémement, quand elle dit que
deux années de conftancefont encor
trop peu de chose , poury mesurerSa
tendreſſe , je luy demande ſi elle ſe
Sent un si grand fond de tendreſſe,
qu'elle nese puiſſe mesurer qu'à des
vingt années de constance.Mais toûjours
L
GALANT .
57
jours, qu'elle me donne de la tendreſſe
pour le prix demes deux années , ce
quifera encoreſtimépar Expers.Elle
nepeut se défendre de cela,& c'est
à quoyje conclus.
La Belle fut aifément convaincuë
qu'elle avoit affaire à forte
Partie. Auſſi ne repliqua-t- elle
rien . Son Amant & elle envoyerent
chacun leur Sac chez leur
Juge. C'étoient des Sacs faits de la
maniere que le demandoit la nature
du Procés . Ils eſtoient d'une
Etofe à fond d'argent, avec beaucoup
de Rubans & de Points de
France. Les deux Parties ne manquerent
pas de donner des Placets
à leur Juge. Voicy celuy de
la Belle . C
Cv
58 MERCURE
PLACET DE CLIMΕΝΕ.
Laife aauu Iuge d'Amour avoir
PLaife recommandé
Le droit d'un jeune Coeur,qu'on chicane,&
qu'onpreſſe
ن
Depayerſur le champ desſommes de
Tendreffe
Dont ilferoit incommodé.
Celuy de l'Amant eſtoit congeu
en ces termes.
PLACET DE DAMΟΝ.
au Iuge d'Amour avoir
recommandé
Le droit d'un pauvre Amant de
constance exemplaire,
Aqui depuis deux ans on retient
Son Salaire,
Sans qu'ill'ait encor demandé.
Tou
GALANT.
رون
-
Toutes les formalitez ayant eſté
ainſi obſervées , enfin il intervint
Jugement .
V
ARREST.
11
Eu par Nous Licidas, Licentié
és Loix de l'Amour, Conseiller
ensa Cour &enſes Confeils lesplus
Privez , & Lieutenant d'iceluy en
cette Partie , Le Procés meu & in-
- tentépardevant Nous, entre Damen
Soy-disant Amant de Climene , &
Climenefoy-disant aimée de Damon;
L'Exploit du 26. Decebre 1680.
par lequel ledit Damon conclut à ce
que ladite Climene ait pour luy la
valeur de fix Amours , attendu que
durant le teps qu'ilne s'est attache
qu'à elle,il auroit pûsefaire aimer
defix autres; Les Défenſes deClimene
; Les Repliques de Damon ; Les
Lettres desdits Damon & Climene;
Le
60 MERCURE
Le tout veu & confidere: Nous par
Fugement définitif , & en dernier
veffort,avons condamné & condamnons
ladite Climene àpayer presen-
' tement comptant audit Damon la
moitié des fix Amours par luy demandez
, laquelle moitiéfera payée
parun seul Amour qui en vaudra
trois les trois autres refervez in perto
de ladite Climene , desquels elle
fera l'intereſt au denier de l'Amour;
aupayement desquels Amours &interests,
ellefera cõtrainte par toutes
voyes deuës &raisonnables , mesme
parfaiſie defon Coeur , duquelnous
avonspermis à Damon deſe nantir ,
sifait n'a esté;&fera nostre preſent
Jugement & Ordonnance executée
Suivantsa forme & teneur, nonobſtat
oppositions quelcoques, deſquelles
fi aucunesinterviennet, nous nous
fommes refervé la connoiſſance , &
icelle avons interdite à tous autres
Luges.
GALANT. 61
-
Inges. Fait & ordonné ce 2.Ianvier
1681 .
Climene ne manqua pas de ſe
plaindre.Elle cria à l'injustice. Elle
voulut prendre fon Juge à partie
, mais enfin c'eſtoit un Arreſt
donné. Que pouvoit- elle faire ?
Elle paya.
J'avois déja demandé l'Article
du Sapate de Savoye , lors que
vous m'avez écrit que j'oubliois à
vous l'envoyer. Comme la choſe
ſe fait tous les ans au mois de
Decembre,vous pouvez dire qu'il
eſt un peu tard de vous en parler;
mais , Madame , on n'a pas toujours
à point -nommé ce qui vient
de loin ,& on ſe ſert felon les occafions,
des correſpondances que
l'on peut trouver. Ce dernier
Sapate a eu cela de nouveau,qu'-
il n'a point eſté caché comme
tous les autres ont accoûtumé de
l'eſtre
62 MERCURE
l'eſtre Son Alteſſe Royale l'a donné
à découvert. C'eſtoit un Luftre
, & quatre Plaques d'argent
d'un admirable travail. Madame
Royale en trouva fa Chambre
éclairée , lors qu'elle revint de la
Comédie , avec ces Vers ſur ſa
Table. Ils font de Mr Girardin,
dont je vous ay déja envoyé pluſieurs
Ouvrages , tous à la gloire
de Leurs Alteſſes Royales ,
qu'il fert avec zele , & d'une autre
maniere qu'en faiſant des
Vers .
S. A.R. à M. R.
E cherchez point icy lefecret
NE
d'un Sapate;
Madame, mon deſſein Sansftratagéme
éclate,
Au
GALANT.
63
Aucun Art ne le cache , & pour
mieux lemontrer,
Du jour de vingt Flambeaux je le
fais éclairer,
Difpenfé pour ce coup de la regle
ordinaire,
Ie vous offre un hommage exempt de
tout mistere,
Un Sapateſans voile , & nouveau
dans ce point,
Quefon Secret unique est de n'en
avoir point.
En n'étalant icy que la veritépure,
I'ay voulu de mon coeur vous donner
la peinture.
De ce qu'ilfent pour vous c'est un
juste Portrait ;
Il nesçait renfermer ny feinte , ny
Secret;
Il est toûjours égal à vous montrer
Sans ceffe
Les finceres tranſports d'une vive
tendreffe,
Et
64 MERCURE
Et dans ces fentimens , trop content
de s'ouvrir,
Il met tout fon bonheur à vous les
découvrir.
Observez- les , Madame, & foyez
prevenue
De leur impreſſio, & de leur étenduë .
Les droits du Sang Royal , qui me
donna le jour,
Sont des devoirs ſacrez que connoit
mon amour,
Et de vos nobles foins l'éclatante
constance
Est l'eternel motifde ma reconnoif-
Sance.
Maisfans ces noeuds du Sang , Sans
vos ſoins empreſſez ,
Tous les voeux demon coeur vous
roient adreſſez.
fe-
Quand il ne vous devroit ny le jour
qu'il reſpire,
Ny dans l' Art de regner la peine de
m'instruire.
T
Ny
GALANT.
65
Ny tant d'empreſſemens tendres &
delicats,
Ny le ponible Soin de régir mes
Etats,
- Ny l'éclat immortel d'une grande
Couronne,
Ny l'Empire nouveau que vostre
main me donne,
* Ny mon Païs rempli d'heureuſes
nouveautez ,
Qui lui vont attirer mille profperitez
;
Ce coeur dans son panchant prendroit
affez d'amorce,
Pour vous aimer toûjours avec la
meſme force,
Etfuivant de plein gré des mouvemens
fi doux,
Ne feroit mieux à ſoy , que pour
mieux eſtre à vous .
S'il ne vous voyoit point comme une
Mere aimable,
Le Commerce étably par M. R.
avec le Portugal .
<
Ce
66 MERCURE
Ce coeur verroit en Vous une Reine
adorable.
Il verroit ces attraits touchans&
precieux,
Qui charment tous les coeurs ainſi
que tous les yeux,
Des Royales Vertus le divin afſfemblage,
Les brillans de l'esprit, la grandeur
du courage,
Le feu d'un grand Génie à regler
Sesprojets,
L'Amour, l'heureux Amour,quifait
d'heureux Sujets;
Il verroit ce bel Art , cette rare
Science,
De joindre la Grandeur avec la
Complaisance ;
De Se communiquer par la douce
bonté,
Sans bleſſer d'un haut Rang l'auguste
GALANT. 67
guste Majesté ,
D'estre aux Infortunez Secourable
&propice,
Sans affoiblir les Loix d'une exacte
Iustice;
Enfin il cheriroit en Vous tout- à- la
fois
Les charmes d'une Reine , &les
dons des Grands Rois.
Ainsi de tous coſtez des noeuds inévitables
Ont attaché mon coeur à vos Loix
adorables.
Ainsijugez pour vous quelle est sa
paſſion,
Puis qu'il joint le devoir à l'inclination.
treprendre
Mais qu'inutilementje le vois en-
D'expliquer un amourſi ſenſible &
fitendre!
Que
68 MERCURE
Que fert il pour le peindre ici de
s'animer ?
Plus on Sçait le ſentir moins onſçait
l'exprimer.
Examinez le donc , Madame , pour
: y live c
Ce ferme attachement qui ne se
peut décrire.
Vous y decouvrirez un zele tout
parfait
Il n'enfermé pour vous, ni feinte, ni
Secret,
Etfemblable au Present qu'il fait
ici paroiſtre,
Il ſe montre d'abord tel qu'il veut
toûjours estre.
Rien ici de cache , rien de miſterieux
Ne trompe vostre esprit , &n'abuse
vosyeux.
Ainsi n'y cherchez pointle Secret
d'un Sapate,
Ma
import 1001
GALANT. 69
Madame , mon deſſeinſans artifice
.... éclate,
Ceffez de fatiguervos regards fur
ce point,
LeSecret du Sapate eſt de n'en avoir
point.
Je vous ay déja fait part dans
une de mes Lettres Extraordinaires
, d'un Cadran Horisontal ,
qui marquoit les dernieres Campagnes
du Roy. Le Syſtéme que
je vous envoye aujourd'huy eft
plus étendu. On y voit toutes les
Conqueſtes de ce GrandMonarque
depuis qu'il eſt parvenu à la
Couronne; tous les Combats tant
de terre que de mer , avec les années
& la date des mois , & mefme
des jours en quelques endroits
; tous les Traitez de Paix,
&enfin toutes les Actions de vigueur
qui ont fait connoiſtre l'inébran
70 MERCURE
ébranlable fermeté du Roy à ſoûtenir
les droits de la Couronne .
Les Sçavans n'ignorent pas ce
qu'il y a de curieux fur le Syſtéme
univerſel , qui eſt un arrangement
& harmonie des Corps celeftes
, & des Elémens , qu'on appelle
grandes Parties du Monde.Ce n'eſt
pas icy le lieu de rapporter le
nombre prodigieux des opinions
qui ont partagé , & qui partagent
encor la Philoſophie fur ce ſujer.
On n'a point deſſein d'entrer
dans cette diſcuſſion , mais ſeulement
de rendre raiſon pourquoy
on a choiſy un Syſteme pour marquer
les plus belles Actions du
Roy.Le Soleil eſt comme le coeur
& le Roy du Monde ; & felon la
penſée de Pline , il n'eſt pas feulement
le maiſtre des Temps &
dela Terre , mais auſſi de tous
les Aftres , & meſme des Cieux.
: Il
GALANT.
71
000
Cat Il s'appelle en Hébreu Semes, que
at l'on interprete Ministre de Dien,
& de la Nature. Tous les Doctes
- ſçavent qu'il y a mille beaux Elo.
ges chez les Autheurs ſacrez &
profanes , à la gloire du Soleil .
Comme cet Aſtre eſt le Hiérogliphe
de LoürS LE GRAND ,& que
rk ce n'eſt pas flater ce Prince , que
0% de luy attribuer les fonctions du
Soleil ; on a crû qu'on pouvoit
donner un Abregé de ſes glorieux
Exploits , & de ſa conduite toute
admirable , par un Syſtéme aſſez
conforme pour la diſpoſition , au
ſentimentdes meilleurs Aſtronod
mes. On a marqué dans le premier
Ciel quelques Actions de
pieté qui feront mériter au Roy
une des premieres places dans
& -cetteDemeure des Bienheureux .
- Le ſecond Ciel,qui est le premier
xmobile , n'a pas beſoin de réfle-
UC
□
eu
xion
72
MERCURE
xion particuliere. Il n'y a guére
de Philoſophes qui ne reconnoiffent
le Cristalin dont il eſt parlé
dans la Geneſe. Comme ſes eaux
font de nature celeſte , on a crû
que ce troifiéme Ciel reprefenteroit
affez bien les Actions qui
fe font paſſées fur les Rivieres.
Le Firmament, qui eſt le quatriéme
Ciel , contient un Abregé des
principales Conqueſtes du Roy;
&comme il auroit eſté impofſſible
d'obſerver fidellement la date
des Priſes de Villes , à cauſe de la
diverſité qu'on trouve chez tous
-les Hiſtoriens,&dans les Mémoires,
on s'eft contenté de mettre
aupres de chaque Signe quelques
Places qui ont eſté priſes dans le
mois , pour faire voir ſeulement
qu'il n'y a point eu de ſaiſon capable
d'arrefter la courſe glorieuſede
Sa Majesté. On a ſéparé les
πούν autres
GALANT.
73
que autres Conqueſtes ſans aucun or-
DG dre que celuy de la Cronologie,
pr & l'on a mis ſeulement à la fin de
* chaque Article les Royaumes ou
at Puiſſances qui ont perdu, par ces
ele mots , Espagne , Hollande , &c. Le
ast Ciel de Saturne eſtant affez
Tiet clairement expliqué dans la Fiat
gure , je n'en diray rien icy . On a
et mis dans le Ciel de Jupiter les
Ro. Victoires que le Roy a remportées
ſur Luy-meſme. Elles ſont ſi
dhéroïques , qu'elles effacent les
de Actions qui ont procuré l'Encens
aux Dieux de l'Antiquité , &
principalement à Jupiter le Maîett
tre de tous ; ce qui a donné occaqu
fion aux paroles Latines gravées
ns hors le Systéme , & qui ont eſté
ner traduites par les deux Quatrains
a que l'on y peut lire. Quoy que le
rie Soleil agiſſe ſur toutes les Parties
él du Monde , il ne laiſſe pas d'avoir
لا
m
Avril 1681 . D
74
MERCURE
fon Ciel particulier , qui n'eſt
commun à aucun des Aſtres . On
laiſſe aux beaux Eſprits à rencherir
reſpectueuſement ſur la penſée
qu'on a euë de cette conduite
ſpéciale de la Providence , qui a
voulu accorder à noſtre auguſte
Monarque ce qu'on ne trouve
dans aucun des autres , qui eſt
l'hommage que luy ont rendu
trois Roys.
Les autres Cieux ne demandent
point d'explication . On a
mis les principales Victoires de
mer dans l'eſpace que devroit occuper
l'Air. Comme les eaux ſont
répanduës autour de la Terre, on
a crû que ces Actions pouvoient
trouver place dans ce lieu.
Ce vous doit eſtre un fort grand
plaifir , Madame, de pouvoirtout
d'une veuë remarquer dans une
feule füille de papier tout cequi
s'eft
GALANT.
75
ad
ne s'eſt fait de conſidérable ſous le
. ( Régne du plus grand de tous les
ach Roys , c'eſt à dire pendant pres
en dequarante années, dont le cours
a eſté ſignalé par un nombre infiny
d'Actions tres-mémorables,
Lagu qu'il vous feroit impoſſible de
trouver ailleurs , ſans feüilleter
qui pendant pluſieurs mois ungrand
nombre de Volumes.
rou
ren
res
roit
ux
Si tant de merveilles font reem
garder le Regne du Roy comme
( celuy des prodiges , elles ont fait
acquerir de grands avantages aux
plus Illuſtres de ceux qui ont eu
lagloire d'y contribuer.Vous ſçavez
avec quel zele Monfieur le
Comted'Eſtrées ſert depuis longtemps,
en qualité de Vice-Admiral
de France . Vous vous fouvenez
de ce grand Combat Naval
où il eſtoit joint avec les Anglois,
contre la Flote Hollandoiſe ; des
erre
VO
tgt
oir
ns
tct
A
1 Dij
76 MERCURE
longs Voyages qu'il a faits en
Mer ; de la priſe de l'Iſle de
Cayenne où il a rétably les François
, qui avoient eſté contraints
de l'abandonner , du Combat Naval
,&de la Défaite des Hollandois
dans l'Iſle de Tabago ; de la
priſe de cette Ifle, & du Fort, dont
l'année ſuivante il ſe rendit maiſtre
; & enfin de pluſieurs autres
actions d'éclat , qui ſont connuës
de tout le Royaume. Des ſervices
ſi utiles à la France , & fi glorieuſes
pour ce Comte ,ont dés l'abord
eſté regardées du Roy dans tout
leur mérite .Cegrand Prince voulant
commencer à les reconnoître,
avoit déja augmenté ſes Penſions,
donné le Commandement d'un
Vaiſſeau à Monfieur le Marquis
d'Eſtrées ſon Fils , & gratifié un
autre Fils de l'Abbaye de Noftre-
Dame lez - Nantes;mais ce n'étoit
point
GALANT. 77
point affez pour un Monarque
qui n'aime rien tant qu'à répandre
ſes bienfaits. Monfieur le
Comte d'Eſtrées , qui dans ſon
Ndernier Voyage avoit moüillé
at juſqu'à Cartagene , l'eſtant venu
de ſaluer à fon retour , Sa Majeſté
do: fut fi fatisfaite de ſa conduite &
na de ſa fidelité , qu'Elle l'honora du
Litt Baſton de Maréchal le Mardy
nul
101
25. de l'autre Mois. Il avoit eu
vit l'avantage dés fes premieres anriti
nées de commander les Armées
abo du Roy , en qualité de Lieutenant
General , ainſi que Monfieur
vole Marquis de Coeuvres , Fils aîné
Ditt de Monfieur le Duc d'Eſtrées , a
ion fait en celle de Mestre de Camp
dr d'un Regiment de Cavalerie. Ce
arqu Duc , aujourd'huy Ambaſſadeur
Get Extraordinaire à Rome , eſt aîné
oft du nouveau Maréchal dont je
et vous parle , auſſibien que Mon-
د ا
poit Diij
78 MERCURE
ſieur le Cardinal d'Eſtrées, & tous
trois font Fils de feu Meſſire François
- Annibal d'Eſtrées , Duc ,
Maréchal , & Gouverneur de
l'ifle de France , qui , juſqu'à
l'âge de plus de quatre - vingts
dix-huit ans , a donné des marques
de la force de ſon eſprit,dans
les Emplois de la plus grande
importance. Voicy dans quels
termes on prend le Serment de
Meſſieurs les Maréchaux , felon
l'ancienne Inſtitution .
FORME DU SERMENT
de Meſſieurs les Maréchaux
de France .
V
Ous jurez à Dieu vostre Createur,
fur lafoy & loy que vous
tenez de luy , & fur vostre honneur.
que bien & loyaument vous fervirez
GALANT . 79
10-
Dus vezle Roy cy-préſent , en l'Office de
Maréchal de France , duquel ledit
LIC. Seigneur Roy vous a ce jourd'huy
de pourveu , envers tous & contre tous
u qui pourront vivre & mourir , fans
perſonne quelconque en excepter, &
at Sans auſſi avoir aucune intelligence
20 ny particularité avec quelque Peradt
Sonne que ce soit , au préjudice de
el Luy & de ſon Royaume ; & que fi
de vous entendezchoſe qui luy fost préel
judiciable , vous le luy revelerez;
Que vous ferez vivre en bon ordre,
justice &police, les Gens de guerre,
tantde ſes Ordonnances qu'autres ,
quifont & pourroient estre cy- apres
x à safa folde & service ; Que vous
les garderez de fouler le Peuple &
Sujets dudit Seigneur , & leur ferezentierement
garder & obſerver
les Ordonnances faites ſur lesdits
Gens de guerre; Que des Délinquans
yui vous ferez faire la punition, justice,
X
yeh
Do
ew
Diiij
80 MERCURE
1
&correction telle ,qu'ellepuiſſe estre
exemple à tous autres ; Que vouS
pourvoirez , ou ferez pourvoir , &
donner ordre à la forme de vivre
desdits Gens de guerre ; Quevous
irez, & vous transporterez par toutes
les Provinces de ce Royaume,
pour voir & entendre comme iceux
Gens de guerre vivront;& garderez
& défendrez de tout vôtre pouvoir,
qu'il ne foit fait aucune oppreffion
ny moleste au Feuple ; Et jurez au
demeurant , que de vostre part vous
garderez & entretiendrez leſdites
Ordonnances en tout ce qu'ilvousS
Sera poſſible , & accomplirezentierement
tout ce qu'il vousfera ordonnéfelon
icelles , & de faire en tout
& par tout ce qui touche & concerne
ledit Office de Maréchal de
France;tout ce qu'un bon & notable
Perſonnage , qui est pourveu comme
vous en Etat preſentement , doit &
est
GALANT . 813
rest tenu de faire en tout &partout
s ce qui concerne ledit Etat. Enfigne
& pour mieux executer
VOA
dece ,
ce que deſſus , ledit Seigneur Roy
vous fait mettre en la main le
to Baston de Maréchal , ainsi qu'il
a accoûtumé de faire à vos Prédecer
ceffeurs .
deri
2011
경근
La Charge de Maréchal fut
- établie du temps de Philipe I.
Guy & Anfelme fignerent un
Acte pour l'Egliſe de Saint Martin
din des Champs à Paris l'an 1067. en
qualité de Maréchaux. C'eſt l'oenti
pinion de du Tillet.Cette Dignidos
té a eſté élevée entre les Militai-
210 res , avant celle de Conneſtable,
-ce quoy qu'originairement les Maall
réchaux ne fuſſent en l'Ecurie,
tal que les premiers Ecuyers ſous les
Toms Conneſtables. Alberic-Clement,
oit Sieur du Mez en Gaſtinois , l'un
Dv
$2 MERCURE
des Maréchaux de l'Ecurie du
-Roy,eut l'avantage de devenir le
Lieutenant du Senéchal de France
; & depuis ſes Succeffeurs , au
defaut de ce grand Officier , ſe
trouvant comme Lieutenant de
la Senéchauſſée vacante , porterent
bien haut leur Charge de
Maréchal dans les Armes , avant
que le Conneſtable ,qui avoit eſté
leur Chef , le puſt devenir encor
dans la Guerre , en s'attribuant
l'autorité Militaire du Senéchal .
CetAlberic eſtoit Fils de Robert
Clement , Srdu Mez , Miniſtre
d'Etat , & Gouverneur du Roy
Philippes Auguſte. Il accompagna
ce Prince dans ſon Voyage
de la Terre- Sainte , &y fignala
fon courage au Siege d'Acre , où
il fut tué à un Affaut l'an 1195 .
ainſi que raportent Guillaume le
Breton , & Rigord. Henry-Clement
GALANT. 83
ran
td
Orte
avan
ment fon Frere , Seigneur d'Arrk
gentan & de Mez , dit le Petit-
Maréchal , luy ayant ſuccedé dans
cette Charge , le Roy la continua
rà fon Fils Jean qui estoit fort jeune
lors du deceds de ſon Pere, qui
arriva en 1214. & afin que la pofged
terité en confervaft la memoire,
ſes Deſcendans garderent le nom
telt de Maréchal. Au commencement
il n'y en eut qu'un , & en ſuite
but deux ; mais la neceſſité des affaiécha
res obligea François I. d'en faire
Lobt quatre , lequel nombre demeura
nilte fixé pendant le Regne de Hen-
1 Rory II . fon Fils . François I I. ayant
contraint Anne de Montmorency
Conneſtable de France , de réſienco
ס נ ק
oya
cre ,
119
ig gner fon Officier de Grand - Maître,
pour en pourvoir François de
Lorraine Duc de Guiſe, en érigea
un de Maréchal de France, en fay.
Ck veur de François de Montmo
ume
mer
rency
84 MERCURE
rency Fils aîné d'Anne. Charles
IX. en créa deux nouveaux;
Henry III . deux autres à ſon retour
de Pologne , & depuis ce
temps le nombre des braves Fran .
çois a tellement augmenté , &
leurs actions ont eſté ſi ſurprenantes,
que nos Roys n'en ont pû
laiſſer pluſieurs fans cette marque
d'honneur. Les Maréchaux
fontcomme Collatéraux du Conneſtable
. Leur pouvoir eſt prefque
ſemblable au fien , & le Siege
de leur Juſtice n'eſt qu'un à la
Table de Marbre de Paris. Ils
font Generaux nez des Armées
du Roy en France ; portent pour
marque de leur dignité deux Baftons
d'azur ſemez de Fleurs de
Lys d'or, paſſez en ſautoir derriere
l'Ecu de leurs Armes;ont commandement
ſur les Gens de guerrei
font Arbitres des querelles
qui
GALANT. 85
har
eaux
is a
Fran
é , &
arpe
Ont
mat
chau
Cor
t pro
le Sit
un.a
is.
Armet
1
qui ſurviennent entre les Gentilshommes
du Royaume , & ont.
le pouvoir de punir les Traiſtres ,
les Déferteurs d'Armée , & autres
ſemblables Malfaicteurs . Ils ont
fous eux des Lieutenans qu'ils
appellét Prevoſt des Maréchaux,
& qui ont jurifdiction ſur les Vagabonds
, Gens non domiciliez ,
&Soldats qui ſans congé ſe ſont
retirez du ſervice .
t po
x Ba
ursd
derrit
at com
egue
uerellt pour déſigner un Cheval;& Scal,
Dans les lieux où le mot de
Conneſtable n'eſt point en uſage,
on ſe ſert de celuy de Maréchal,
pour dire , Conducteur & Chef
d'Armée . Le Duc de Saxe eft
Grand-Maréchal de l'Empire ; &
les Ducs de Lorraine, Comtes de
Flandre & Champagne , avoient
auſſi leurs Maréchaux. Les Allemans
, & nos anciens Gaulois ,
employoient le mot de Mark
qu figni
86 MERCURE
fignifioit dans les meſmes Lan
gues Maître, ou Homme.
La mort de Madame de Séguiran
arrivée le 29. de Mars, a fait
tant de bruit dans la Provence,
qu'il aura peut- eſtre eſté juſqu'a
vous. Son mérite la faiſoit eſtimer
de tout le monde. Elle fut confiderée
pendant ſa vie comme un
Modele parfait de vertu ; & fa
charité envers les Pauvres eſtoit
fi grande , qu'ils la regardoient
comme leur Mere , & fa Maiſon
comme leur azile . Elle estoitde la
noble & ancienne Famille d'Audiffret,
originaire de Piémont.En
1450. Marcellin I. fut fait Vicaire
General du Comté de Barcellonne,
Titre que portoient autrefois
les Gouverneurs des Provinces
; & le Pape Nicolas V. luy
donna un fameux Indult en confideration
du ſervice qu'il rendit
GALAN T. 87
C
e,
er
dit à l'Eglife , en luy donnant
une ſomme d'argent fort confiderable
pour le ſoulagement des
Chreſtiens qui combatoient en
l'Ifle de Chypre contre les Infidelles
. En 1519. Jeanne Reyne
d'Eſpagne , Mere de l'Empereur
20
fa
oir
ent
fon
0
ela
Au
En
cai .
cel.
atre
vin
. luy
con
rendir
Charles - quint , donna à Pierre
d'Audiffret le Gouvernement de
l'Eveſché , Ville & Chaſteau de
Lérida , pour avoir ſervy avec
grand fuccés pendant quarante
ans, tant dans les Charges deColonel
& Meſtre de Camp, quedas
pluſieursCommiffions &Gouvernemens.
Une Branche de cette
illustre Maiſon , chaſſée de ſes
Terres par le Marquis d'Uxelles ,
qui employoit toutes les rigueurs
poſſibles contre les Sujets du Duc
de Savoye , vint s'établir en Provence
, où elle s'eſt alliée aux Familles
les plus confiderables de la
Robe
88 MERCURE
Robe & de l'Epée . Des Filles de
Caſtelane,de Félix, de Foreſta, &
d'Arena , ont confondu leur nom
dans celuy d' Audiffret .La derniere
qui a épousé Noble Loüis d'Au.
diffret, connu de tous les Sçavans
de l'Europe par la délicateſſe de
fon eſprit,& par la profondeur de
ſon érudition , a l'honneur d'eſtre
alliée de fort prés au Grand-Maître
de Malte d'aujourd'huy . Je ne
vous dis rien de la Maiſon de Séguiran,
vous en ayant fait un fort
long Article , quand je vous appris
la mort du Premier Préſident
de la Chambre des Comptes , de
ce nom .
Dans ce meſme temps nous
avons perdu un Homme, qui par
les merveilles de ſa Guitarre , a
remply toute l'Europe de ſa réputation
. C'eſt le Sieur Francifque
GALANT . 89
X
m
e.
U
ns
de
de
Fre
11-
ne
دا
১e
ort
apent
de
bus
Dar
a
eif
que
que Corbet.Son mérite qui eſtoit
tres - fingulier, m'oblige àm'étendre
un peu ſur ſon hiſtoire. Il eſt
né à Pavie ; & dans toute l'Italie ,
quand on veut loüer une Piece
de Guitarre par fon Autheur, on
dit ſeulement E'del Pavese . Dés
ſajeuneſſe il aima fi fort cet Inſtrument,
que ſes Parens qui le deſtinoient
à autre choſe , employerent
vainement les careſſes &
les menaces pour le détacher de
cette étude. Il l'a continuée
depuis avec un ſi grand ſuccés,
qu'il furprit d'abord tous les Muſiciens
d'Italie . En ſuite il alla en
Eſpagne , où il fit entendre à la
Cour , des chofes que l'on avoit
crû auparavant impoſſibles ſur la
Guitarte.De là il paſſa chez l'Empereur
, & par toutes les Cours
d'Allemagne , où il fut chéry des
plus grands Princes. Apres eſtre
retour
ود MERCURE
retourné en Italie , pour ſoûtenir
ſa gloire que des Envieux vouloient
obfcurcir , en s'attribuant
injuſtement ſes Ouvrages , il ſe
donna au Duc de Mantoüe , qui
futbien aiſe d'avoir un tel Homme
à preſenter à Sa Majesté . Nôtre
Grand Monarque l'honora de
fon eſtime , & de ſes liberalitez ,
& l'employa dans les plus pompeux
Spectacles ; mais fon naturel
ne permettant pas qu'il fuſt
longtemps dans un meſme lieu,
il vouluſt aller en Angleterre , où
Sa Majeſté Britanique , qui voulut
bien ſe meſler de ſon Mariage
, luy donna le titre de Gentilhomme
dela Reyne, une Clefde
ſa Chambre, fon Portrait enrichy
de Diamans,& une Penſion conſiderable
. Le regret d'avoir quitté
la France luy eſtant venu trop
tard , il fit deux ou trois voyages
à
1
GALANT.
91
1-
10
fe
ui
mde
CZ,
-
à Paris , dans leſquels il eut ſoin
de faire imprimer quelques Livres
de fa Compoſition , comme
il avoit déja fait en Flandre , en
Italie,& ailleurs. Il eſt enfin revenu
en France , marquer par ſa
mort la douleur qu'il avoit de ne
luy avoir pas donné toute ſa vie.
Les Perſonnes du premier rang
n- luy ont toûjours conſervé la mefme
eſtime , & fur tout il a receu
dans ſes derniers jours pluſieurs
marques ſenſibles des bontez de
Son Alteſſe Royale Madame. Mr
Médard qui a pris de ſes Leçons,
ria & qui eſt Autheur du Concert
de la Paix , dontje vous ay parlé
dans quelqu'une de mes Lettres ,
ne s'eſt pas contenté de compoſer
une Piece ſur ſa Guitarre,qui exjete
prime les plaintes de cet Inſtrument
ſur la mort de ſon Maiſtre .
fult
jeu,
no
ou
tilde
chy
onrop
ges
a
Il a voulu encor faire voir par
l'Epi
92 MERCURE
l'Epitaphe qui ſuit , combien fa
memoire luy eſtoit chere.
* ΕΡΙΤАРНЕ
DE FRANCISQUE CORBET.
Creampiendomesours,
gist l' Amphion de nos jours ,
rare,
Qui fit parler àſa Guitarre
Le vray langage des Amours.
Ilgagna parson harmonie
Les coeurs des Princes & des Rois,
Et plusieurs ont crû qu'un Génie
Prenoit le foin de conduire fes
doigts.
Paſſant , si tu n'as pas entendu ces
merveilles ,
Apprens qu'il ne devoit jamais finir
fon Sort,
Et qu'il auroit charmé la Mort;
Mais,helas ! par malheur, elle n'a
point d'oreilles. Pen
GALANT . 93
a
T.
re
mie
fes
es
Pendant que Monſeigneur le
Dauphin faifoit preparer le magnifique
Balet du Triomphe de
l'Amour , qui a ſervy de divertiſſement
à Leurs Majeſtez tout le
Carnaval , la Cour de Hanover
qui imite ſi galamment toutes les
manieres de celle de France , ſe
diſpoſoit à faire paroiſtre une
Maſcarade miſe en Balet , prefque
ſous le meſme titre . Ce Balet
, appellé le Charme de l'Amour
, a eſté dancé par Madame
la Princeſſe de Hanover, Fille aînée
du Duc qui porte aujourd'huy
ce nom , à qui elle a voulu
témoigner , en luy donnant ce
Spectacle, la joye qu'elle avoit de
fon retour d'Italie .On avoit feint,
wir pour Sujet de la Mafcarade , que
l'Amour , ayant promis à Junon
qu'il trouveroit un Lieu de plaifir
en Terre , aſſez chamant &
rt;
ia
en
affez
94 MERCURE
aſſez delicieux pour y retenir
Jupiter continuellement aupres
d'elle , avoit choiſi celuy d'Eurybate
aux Frontieres de Lydie. Le
reſte s'expliquera par les Entrées.
Je vay vous les marquer toutes,
& ajoûteray ſelon l'ordre de ces
Entrées , les Vers qui conviennent
à chacun de ceux qui en
ont eſté . Madame la Princeſſe
de Hanover parut avec grand
éclat en Reyne des Amazones.
Meſſieurs les Princes ſes Freres y
repreſentoient l'Amour , un Plaifir
Champestre , & deux Princes
de Mycene. Parmy les Vers qui
furent diſtribuez à l'Aſſemblée
avec le Sujet de la Maſcarade, on
y trouva ceux- cy pour Monfieur
leDuc de Hanover,
Ous pretendions donner quelque
réjouiſſance
Au
GALANT. 95
コ
re
L
ees
te!
ce
en
eff
and
One
-es
Plai
nce
q
ble
, 0
ieu
Au Grand Héros qui regne en cet
heureuxfejour,
Et c'eſt luy quiparsa prefence
Fait renaître la joye, & la donne à
SaCour.
Pour en combler nos coeurs, c'eſt aſſez
qu'on le voye,
SonSeulaspect nous peut tous réjoüir.
Cependant noſtre ardeur s'eploye
Alui chercher un bien dont il nous
fait joüir.
Bien qu'il faſſe beau voir nostre aimable
Amazone,
Et fa Mere ici- bas digne de plus
d'un Trône,
Pres d'un Princeſi cher triompher
aujourd'hui,
Vn amas de Vertus & de Beautez
en elles,
En nous les faiſant voirfi belles,
N'empeſche point nos yeux d'estre
charmezde Lui.
quel
ой
96 MERCURE
(
Où pourroit- on jamais trouver rien
qui ressemble
Aux biens qu'enſa faveur le Ciel a
mis ensemble ?
Ilprend le ſoin de le rendre ici- bas
Leplus heureux Prince du monde,
En lui donnant de grands Etats
Pour y regner dans une Paix profonde
;
Aimé de ſes Sujets, utile à ſes Voifins,
<
Etreſpectédu reste de la Terre,
En état, quand il veut ,d'aller porter
la Guerre,
Hors de tousfes Païs,& loin de leurs
Confins.
Mais quand le Ciel le rend aux au -
tres redoutable,
Il le rend pour les Siens un Potentat
aimable,
Qui regne plus parsa bonté
Qu'il
GALANT .
97
Qu'il ne fait par le droit defon autorité.
Mesme aux Sujets quiſont plus loin
defa Perſonne,
De rendre la justice il ſçait venir
àbout,
A S'il est icy préſent , il l'est encor par
70-
l,
tout ,
Parlesſages ordres qu'il donne.
Le Salut de Son Peuple eſt aſſureSur
Luy,
Au repos de l'Empire il est un ferme
appuyi
Etfi jettant les yeuxfurſa haute
On confidereſon mérite,
conduite,
Sa valeur,ſaſageſſe, &ses autres
vertus ,
Il est à l'univers quelque chose de
tal plus ,
Puis qu'il est icy-bas , à qui bien le
contemple,
Avril 1681 . E
98 MERCURE
D'unparfait Souverain le modele &
l'exemple,
reéquité,
Pofterité,
Et que ſon grand courage,&Sara-
Doivent charmer ſon Siecle & la
Pendant que de ces donsſa Perſonne
pourveuë
Nous comble tous les jours du bonheurdeſa
veuë,
Et que luy - mesme il fait ce Charme
defa Cour,
Qui n'est pas moins puiſſant que ce
luyde l'Amour.
Que devons- nous point aux bontez
d'un telMaistre,
Alors qu'il se redonne à nos justes
defirs,
Et qu'apres les avoir fait naître,
Ilvient par fon retour les changer
en plaiſirs ?
Cherchons à noštre tour tout ce qui
peut luyplaire
LYON30
Dans
A
GALANT .
وو
Dans les heures defonrepos.
Des divertiſſemens d'un su digne
Héros
YON
A
Faiſons noſtre plus grande affaires*IT'\\
t
tr
Ettandis que la Terre & le Cielfont
d'accord
Aformer le glorieux Sort
Qui doit éterniser ſon nom &sa
mémoire ,
Que le zele nous preſſe , & nous occupe
tous
A rendre les momens de ſon loiſir
plus doux ,
Et le laiſſons agir pournous & pour
Sagloire ,
Nulnesçait mieux que luy ménager
ces deux Points,
Dont ilfaitses deux plus grands
Soins.
**
!
Si nousn'arrivons pas à l'effet defi
rable
Que nous nous sommes proposez
A Eij
100 MERCURE
Nous montrerons du moins , par un
effort loüable,
Qu'àtentertout pour Luy,nous sommes
diſpoſez .
Ne doutons point qu'iln'ait la complaisance
De recevoir noſtre hommage aujourd'huy
,
Et d'honorer de ſapréfence
Vn Divertiſfement que l'Amourfait
pour Luy.
Il ſçait bien qu'elle est necessaire
Pour l'accompliſſement du bonheur
de ces Lieux,
Et que c'est Luy Seul qui doit
faire
Le Charme de nos coeurs,&celuy de
nosyeux,
Ce Sonnet ſuivoit pour Mada-
• me la Ducheffe de Hanover. Elle
eſt Tante de Madame , & Fille
de Frideric V. Electeur Palatin
GALANT. 101
作
in
et
tin , qui fut fait Roy de Boheme
en 1628.
V
Ous avezbonnepart an Charme
de l'Amour,
Sa beauté de la vostre est la parfai
te Image;
Si par Lui l'Eurybate est un heureux
fejour,
Tout ce qu'il a de grand eſt vostre
digne Ouvrage,
こ
Princes, Dieux, Amazone , en vous
rendant hommage,
don Reconnoiffent aſſez qu'ils vous doida
Elle
ille
ala
cin
vent le jour.
Chacun d'eux à l'envi croit vous
fairefa Cour,
S'il s'empreſſe à qui mieux fera fon
Perſonnage.
a Ces Héros , b cet Amour, ce Plai
fir innocent,
Eij
هللا
al
P
102 MERCURE
Le raviſſant éclat de ce Charme
puiſſant ,
Arresteront lesyeuxde nostre Grand
Auguste
Pour s'expliquer alors en Pere &
comme Epoux,
Lui-meſme il vous dira d'un aveu
libre &juste,
Que ses plus chers plaisirs fon toû
jours avec Vous.
a Les quatre Princes. b Madame
la Princeffe. 4
I. ENTRE'E .
L'ouverture du Theatre faiſoit
découvrir le Lieu champêtre
d'Eurybate. On voyoit Mercure
deſcendre du Ciel , & un Concert
de doux Inſtrumens accompagnoit
ſa defcente . Il venoitde
la part de Jupiter & de Junon ,
obfer
GALANT. 103
ê
fil
curt
Con.
Com
obſerver ce qui ſe paſſoit à Eurybate,
& avertir tous ceux de cette
Contrée, que ces deux Divinitez
avoient deſſein d'honorer de
leurs preſences ce Lieu de repos
&de delices. Apres qu'il eut debité
le Sujet de la Mafcarade,
qu'il jetta en pluſieurs endroits
du Parterre , il dança ſeul au fon
des Violons , & ſe retira en ſuite
dans un coin , comme voulant
remarquer ce qui faiſoit.
Pour Monfieur Rekau , Gentilhomme
du Païs , repreſentant MERCURE .
Ie ne fais qu'aller & venir,
Sçavoir ce qui ſe paſſe eſt maplus
grande affaire ;
Mais jeſerois trop long à vous entretenir.
Cet Ecrit vous dira tout ce que l'on
va faire.
it de
bfer
E iii
:
000
104 MERCURE
II . ENTRE'E.
- Des Trompetes , des Timbales,
& des Tambours,ayant com.
mencé à ſe faire entendre confufément
, le Dieu Mars parut au
fond du Theatre deſcendant du
Ciel au bruit de tous ces Inſtrumens
militaires,qui ceſſerent auffitoſt
qu'il fut à terre , & donnerent
lieu aux Violons de joüer un
Air inquiet qu'ildança. Il venoit
dans ce Lieu tâcher de troubler'
la paix & le repos que l'Amour
& Bacchus y établiſſoient en faveur
desHabitans de cette Contrée
, mais il y demeura luy-mefme
comme enchanté par la force
du Charme que l'Amour y avoit
déja répandu. Ce Charme avoit
la vertu de retenir tous ceux dés
Dieux & des Hommes qui met-
T
toient
GALANT.
105
toient le pied ſur cette Terre enchantée.
Ainſi Mars ne fongea
plus qu'à y faire bonne chere ,
qu'à y tenir table , & fe divertir à
la Dance, mais toûjours avec des
fu marques d'inquietude pour la
Guerre.
ba
2
tal
d
tru
ne
r
no
ble
nou
fa
Coo
mel
Forc
avoil
avor
Pour Monfieur de la Chevalerie, Grand
Echanſon , tenant la Table du Grand
Maréchal de la Cour , representant
MARS .
Ce Dieu n'est pas le Mars qui fait
mourir,
Chacun pent hardiment le ſuivre...
Que nul de vous ne craigne de
perir,
Car ilest le Mars qui fait vivre.
Tel Officier ne manquepas
De trouverà lever du monde,
Parcequ'ilfait tous fes Soldats
Chevaliers de la Table Ronde.
xde
mer
E V
oient
106 MERCURE
III . ENTREE .
L'Amour , ſuivy de trois Plaifirs
champêtres , vint pour y prefider
aux Feſtes & aux Divertifſemens
des Habitans d'Eurybate.
Il dança & alla en ſuite prendre
fa place fur un Trône qui luy
eſtoit preparé au fond du Theatre.
Pour Monfieur le Prince Chriſtian , repreſentant
l'AMOUR.
Avec les doux attraits de la belle
Hippolite,
I'ay dans ces Lieux pouvoir de
tout charmer. A
Sa grace , sa bonté ,ſa vertu ,fon
merite,
Forcent tout le monde à l'aimer.
La Beauté rend tout aimable
Aux Mortels & mesme aux
Dicux
2
C'est
ز
GALAN T.
107
Plai
pre
rtil
Datt
C'est un Charme inévitable
Pour ceux à qui le Ciel donne un
coeur & des yeux.
IV. ENTREE.
Les trois Plaiſirs champeſtres
ndt dancerent en preſence de l'Alu
mour.
ea
Chet Pour Monfieur le Prince Ernest Aun
, t
be
iri
ner.
e
C
guſte , repreſentant le PLAISIR de
la Chaffe.
Vous ne faites que de naître,
Plaisir petit & charmant,
Et déja vous cauſez un grand contentement
Aceux qui vous ont donnél'estre.
Vous ferez à voſtre tour
Ce Dieu qui fait que l'on aime,
Et de Plaisir de l'Amour,
Vous deviendrezl'amourmesme.
: Pour
108 MERCURE
Pour le jeune Baron de Platen , & le
jeune Offen , repreſentans LE PLAISIR
de la Dance , & LE PLAISIR
de la bonne 'Chere .
De ces Plaiſirs innocens
Les charmes font plus paisibles.
Il en eft de plusſenſibles,
Mais ceux- cy font toûjours beaucoup
plus engageans.
V. ENTREE .
Un Char de Triomphe defcendit
du Ciel au fon des
Theorbes , Claveſſins , Baſſes de
Violes , Luths , Flûtes douces,
& autres Inſtrumens , & demeura
ſuſpendu en l'air, Sur ce
Char eſtoient la Renommée , la
Gloire , & la Victoire . La Gloire
portoit le Sceptre d'Hippolite
Reyne des Amazones ;
la
GALANT.
109
-
&
PIA
AIS
ifibli
-s ben
e de
nd
affes
douc
&& i
Sur
mée,
LaGle
d'Hi
azone
la Victoire , ſon Epée ; & la Renommée
placée au milieu de ces
deux Deïtez , tenoit ſa Trompete
en main , & ſe preparoit à publier
en tous lieux les exploits , & les
grandes qualitez de la jeune &
belle Reyne,qui entra par le coſté
droit , & fortit du coin le plus
proche du fonddu Theatre. Elle
estoit ſuivie des Princes Euriale
& Hylas , Fils du Roy Euriſtée,
& Parensd'Hercule,qu'elle avoit
fait ſes Captifs dans la fameuſe
Expédition qu'elle venoit d'achever
contre les Mycéniens.
Huit Hérauts d'Armes , vétus à
laGrecque , la précedoient , publiant
au fon des Hautbois & autres
Inſtrumens , la venuë de cette
triomphante Amazone. Tandis
qu'ils ſe rangeoient des deux
coſtez du Théatre , la Renommée
chanta ces Paroles.
요
110 MERCURE
Ien'ay pas affez de cent voix
Pour dire tout ce que je vois
De cette jeune & charmante Merveille
;
Et quandje rediray cent fois
Qu'elle est unique &Sans pareille,
Ien'ay pas affez de cent voix
Pourdire tout ce que je vois
De cettejeune & charmante Merveille.
LA VICTOIRE.
Sa valeur peut tout gagner,
Rien ne réfište àses armes.
LA GLOIRE .
Tout doit hommage àfes charmes,
Elle est faite pour régner.
Apres que la Renommée , la
Victoire,& la Gloire, eurent chaté
, la Reyne Hippolite dança au
ſon des Violons , & s'approcha
enfuitedesPrinces qu'elle affranchitde
leurs chaînes. Il luy firent
une
GALANT. III
۲۰
er
ne!
la
ha
20
cha
anent
une
une profonde revérence pour remercîment
de leur liberté. Cependant
Hippolite précedée de
ſes Hérauts , ſe retira , & entra
chez Alciane , principale Bergere
d'Eurybate . Le Char de Triomphe
ſe perdit dans les nuës en
meſme temps , & l'Amour demeura
fur ſon Trône , environné
des Plaiſirs champêtres.
Pour Madame la Princeſſe de Hanover,
repreſentant LA REYNE DES
AMAZONES .
Elle est le Charme de l'Amour.
L'eclat defa beauté luy donne un
doux empire
Qui retient les coeurs qu'elle attire
Dans cet agreableSejour.
Avec la fierté d' Amazone,
Elle a d'un tendre coeur les charmantes
bontez ,
Et nous fait voir cent nobles qua-
litez Qui
112 MERCURE
Qui la rendent digne du Trône.
Heureux celuy des Potentats
Qui doit donner àſes Etats
La meilleure des Souveraines,
Lors que le Ciel luy donnera
Une Princeſſe qui fera
Plus belle que toutes les Reynes .
VI. ENTRE'E .
Les deux Princes de Mycene
dancerent enſemble , & fe réjoüirent
de leur liberté , qu'ils
croyoient avoir entiere , quand le
Charme de l'Amour les retenoit
ainſi que les autres dans ce Païs
enchanté.
Four Monfieur le Prince Maximilien,
repreſentant EURYALE Prince
Captif d'Hippolite.
Quoy que d'une jeune Guerriere
GePrincefoit le Captifaujourd'huy ,
:
Il
GALANT.
113
ene
1
re.
qu'ils
ndk
enoik
Pais
lien,
Prince
Il n'est point de beautéfifiere
Qui ne vouluſt ſe rendre à luy..
Pour Monfieur le Prince Charles , repréſentant
HY LAS , autre Prince
Captif d'Hippolite.
Il faut pour une fois céder aux
traitsvainqueurs
D'un Sexe fier dont je porte les
chaînes ;
Mais de ce Sexe un jourje vaincray
tant de coeurs,
Qu'ils payeront toutes mes peines .
VII. ENTRE'E .
Alciane , principale Bergere
d'Eurybate , accompagnée de
Ménalque & de Lyſis , les deux
plus confiderables Bergers de la
vriert Contrée , entra au ſon des Mubuy
ſetes & des Flûtes douces. Elle
1 fe
114 MERCURE
ſe réjoüit avec eux de l'honneur
que leur Demeure champêtre
recevoit de l'arrivée de la Reyne
des Amazones , &diſpoſa toutes
les choſes neceſſaires à la Feſte
que les Bergers devoient faire
pour divertir cette grande Reyne
, qui vouloit honorer de ſa
préſence leurs Dances,leursJeux,
&leurs Luites . Alciane & ces
deux Bergers allerent faire avancer
les autres qui devoientaſſiſter
à cette réjoüiffance.
Pour Madame la Baronne de Platen ,
Grande Maréchale de la Cour , répréſentant
ALCIANE.
Cette Bergere avec beaucoup d'adreſſe
A bonne grace , & le pas fin .
Elle n'est point une Déeſſe,
Et pourtant elle a l'air &le coeur
tout divin,
Rien
GALANT. IJ
tr
ite
Rien n'égaleſa Bergerie ,
Où tout est riche , tout est beau.
Rien nepaſſeen galanterie
Son aimable & noble Troupeau.
elt oùpeut- on voir de conduite plus
Fair
Rer
es
eux
ce
van
Ghe
Platen
d
En .
belle
Afervir un grand Souverain,
Que celle du Berger fidelle
Dont ellea le coeur & la main?
Lavieest toute héroïque
De ce beau couple d' Amans;
Il a l'estime publique,
Elle est l'honneur de nos Champs.
Pour Monfieur Senfft , Gouverneur de
Meffieurs les Princes, repréſentant le
Berger MENAL QUE.
Menalque, Berger d'importance,
Ade certains Moutons remuans&
légers , C
,
Le ca Qui sçauront s'écarter malgré fa
Et
vigilance,
Rit
116 MERCURE
Et donner du chagrin à beaucoup de
Bergers .
Pour Monfieur de Gohr Capitaine ১
d'Infanterie , repréſentant le Berger
LYSIS .
Lyſis , dont l'humeur est volage,
Prenoitplaisir tous lesjours à changer;
Mais depuis que l'Amour parSon
Charme l'engage,
Il n'est point dans ce lieu de plus
constant Berger.
VIII. ENTRE'E
Oriane & Amafie , Bergeres
jeunes & volages , eſtant accouruës
ſeules & fans Bergers à la
Feſte d'Eurybate dancerent
en ſe prenant quelquefois la
main l'une à l'autre. L'Amour qui
,
aime
(
GALANT. 117
e
A
fors
pin
er
COU
al
ren
qu
aime l'humeur volage , quita ſon
Trône , & vint ſe mettre entredeux.
Elles luy donnerent la main
de coſté & d'autre , chacune
croyant la donner à ſa Compagne.
L'Amour ſe retira d'entre- elles,
fans en tourna àavſoaiprleaſcteé. apperceu,&
re
LA
Pour Madame de Meyſenbourg,
repreſentant ORIANE.
Quand le torrent nous entraîne,
On cede au plus grand effort ;
Mais quand de Soy mesme on peut
faire choix defon fort,
Laliberté vaut mieux que la plus
bellechaine.
Pour Mademoiselle de Grotte,
repréſentant AMASIE .
Il n'est point icy de Bergere,
Meilleure , &deplus belle humeur.
*
aime On
118 MERCURE
>
On ne la prendra point pour volage
& légere,
Quad on connoistra bieſon coeur;
Car enfin c'est la plusſage
Des Bergeres du Village.
IX. ENTRE'E .
Un Satyre vint prendre la place
de l'Amour , & dança au milieu
des deux Bergeres volages. Elles
luy donnerent la main fans y penſer,
mais l'effroy les prit ſitoſt qu'-
elles eurentjetté leurs regards ſur
luy, & elles s'enfuyrent des deux
coſtez du Theatre.Le Satyre s'eftant
attaché à poursuivre Oriane,
luy arracha un petit Miroir qu'
elle avoit pendu à ſa ceinture.
dança , &tacha de ſe faire beau
pour plaire ; mais d'abord qu'il ſe
regarda dans ce Miroir , il ne put
fouffrir luy- meſme la laideur de
fa figure .
Il
Pour
GALANT.
119
blac
ilie
Elle
pe
to
s
Pourle Sr Jemmes,Maiſtre du Balet,
repréſentant le SATYRE .
Pour Ridicules mal-faiſans
On fait paßer tous lespauvres Satyres.
Helas ! combien trouve- t- on de Gens
pires
Parmy vous autres Courtisans?
X. ENTRE'E .
Dares & Percas , Païfans yvres
fortirent de la Taverne du Villade
ge, rencontrerent le Satyre, le caest
reſſerent,le firent dancer,& apres
riat s'eſtre joüez de luy quelque teps,
9
re.
be
ils luy firent une querelle,le pourſuivirent
àgrands coups,& lemenerent
toûjours batant,juſqu'à ce
qur qu'ils l'eurent perdu de veuës
nep apres quoy ils danceret enſemble
d'unemaniere tout- à- faitbizarre.
Pour
eur
2
Por
120 . MERCURE
Pour Mr de Bouſch Colonel des
Gardes , & Mr Paſſadofsky
Ecuyer- Tranchant de la Cour,
repréſentant LES PAÏSANS
YVRES .
Chacun afon plaisir dans ce Lieu
délectable.
Le nostre est de vuider Bouteille,
Verre& Pot ,
Et d'estrejour & nait à table ,
Sans avoirſoin depayer nostre écot
XI . ENTRE'E.
Le Dieu Bacchus que l'on vic
ſortir de la Taverne ſur ſon Tonneau,
traîné par ſix Satyres joüans
de la Flûte , ſe réjoüit de trouver
les Païſans en cet état, leur donna
encor à boire,& dança avec eux;
mais quand il voulut compter la
dépenſe qu'ils avoient faite , ils
s'enfuyrent,
GALANT. 121
,
s'enfuyrent , en faiſant mille groteſques
poſtures. Bacchus , apres
- avoir dancé ſeul,témoigna àl'Amour
qu'il n'avoit point de plus
fort defir que de contribuer à
l'Enchantement de ce Dieu , par
- l'abondance de ſon Vin qui
eſt un Charme affez doux pour
toutes fortes de Perſonnes dans
un Lieu champétre. Il vint pour
percer fon Tonneau ; mais le
Dieu Pan , qui l'avoit pris, eſtant
yvre , pour l'Arbre ſacré dans lequel
il avoit accoûtumé de ſe retirer
, fortit du Tonneau tout ré.
joy. Cette mépriſe avoit fait que
les Satyres qui font une fidelle
eſcorte à leur Dieu par tout où il
eſt,& s'eſtoient attachez à traîner
le Tonneau de Bacchus ,où ils ſça.
voient que Pan s'eſtoit enfer-
- mé . Ce Dieu des Sylvains & des
Bergers , invita tous les Habitans
Avril 1681 .
1
ゴ
F
7
122 MERCURE
des Bois ,des Eaux & des Montagnes
de cette Contrée , à publier
la grandeur du Nom de Mr le
DUCERNESTE- AUGUSTE , Souverain
du Païs , & à préparer pour
ce grand Prince.qu'ils reconnoiffoient
pour le Maiſtre de leurs
Demeures champêtres , tous les
Divertiſſemens capables de le retenir
dans ce Lieu délicieux . Voicy
les Paroles qu'il chanta .
Pendant que les autres Dieux
S'empreffent tous à qui montrera
mieux
Leurſoûmiſſion éternelle
Pour le Souverain des Dieux ;
Troupefidelle,
Montrez vostreZele
Pour le Héros qui régne dans ces
Lieux.
Oreades & Naïades,
Faunes, Sylvains , & Dryades ,
Faites
GALANT.
123
0.
0
Jo
X
tre
X
5
des
Faites que partout dans ces Bois ,
Sur vos doux Chalumeaux, Muſetes,
&Hautbois,
On entende le Nom du Grand ERNESTE-
AUGUSTE .
Il n'est rien deſijuſte,
Que chaque Etat ,ſoit divin , foit
humain,
Reconnoiffefon Souverain .
Pluſieurs Faunes & Sylvains ,
Oreades,Naïades,& Dryades, eftant
accouruës de toutes parts à
la voix de Pan, luy rendirentune
prompteobeïllance , en chantant
ces Vers.
Iln'est rien deſi juste,
Que chaque Etat, ſoit divin , ſoit
humain ,
Reconnoiſſeſon Souverain.
Vive le grand ERNESTE - Au-
GUSTE .
Allons graver ce Nom ſur tous ces
arbres verds,
Fij
124 MERCURE
Afin que parnosfoins leurs Habitans
divers
Puiffent connoistre
Qu'il est leurMaistre,
Et qu'ilsfontſes Sujets.
Quefur nos Chalumeaux, Muſetes,
Flageolets,
On entende le Nom du Grand ERNESTE
- AUGUSTE .
Il n'est rien de ſi juste,
Que chaque Etat ,foit divin , foit
humain,
... Reconnoiſſeſon Souverain.
Aufſſitoſt que le Dieu Pan euſt
témoigné par ſon chant & par fa
joye ,qu'il eſtoit de concert avec
l'Amourdas le deſſein de sõ Char.
me, il le laiſſa maiſtre de la Place
où ſe devoit celébrer la Feſte des
Bergers d'Eurybate ,& reconduifit
Bacchus dans ſa Taverne,en dançant
au milieu de ſes Satyres .
Pour
GALANT. 125
e
E
1
P
ta
P
Ther
Pour Mr de Batincourt , Gentilhomme
de la Cour , repréſentant
BACCHUS .
Avouez,fans mon Jus divin,
Que tous vos plaisirs feroient
fades, L
Et qu'enfin ce ſeroit vous traiteren
Malades ,
Que vous priver de l'usage du
Vin.
Pour le Sr Jemmes , Maiſtre du
Balet , repréſentant le Dieu
PAN.
Je voudrois avoir du retour,
Si je changeois mon estre & ma
figure
Avec la plus belle pošture
nda Du Cavalier le mieux fait de la
$
en di
es
Cour.
P Fiij
126 MERCURE
XII . ENTRE'E.
L'Amour dança ſeulune eſpece
de Ménüet pour commencer
la Feſte des Bergers , tandis que
les Bergeres Alife ,Doris,&Amin.
te , entrerent du coſté droit du
-Théatre , & que les Bergers Mélinte,
Licidas,& Damis, entrerent
de l'autre.lls montrerent tous leur
admiration pour l'Amour , qui
paſſa au milieu d'eux pour retourner
ſur ſon Trône. Alors cette
Troupe Paſtorale commença une
Dance en l'honneur de l'Amour,
apres s'eſtre tournez tous de fon
coſté, & s'eſtre en meſme temps
inclinez devant luy en ſigne de
venération.
Pour
GALANT.
127
k
10
T
Pour les trois Bergers , tous trois
Officiers de Guerre .
Il est malaiſé de changer
Nostre air de Commandant , & nos
demarches fieres,
Pourtant avec de fi belles Bergeres
On s'accoûtumeroit àfaire le Berger.
Pour les trois Bergeres .
Nous sommes trois jeunes Fieres,
Qui ne nous foucierions guères
Chacune d'attaquer à la Luite un
Berger ;
Nous luy ferions courir la moitié du
danger.
Pour Mr Vevhe, Lieutenant Colonel
des Gardes, repréſentant
le Berger MELINTE.
D'attaquer mes Moutons jamais
Loup nehazarde,
Ils font dreſſez , & vont fort bien
Fiiij aux coups.
128 MERCURE
A tous autres Troupeaux ilsſerviroient
degarde,
Carfans- doute ils batroient pareil
nombre de Loups .
Pour Mr Bulau,Capitaine- Lieutenant
de la Garde du Palais repréſentant
le Berger DAMIS .
Pour me débaraſſer de toute autre --
conduite
Que de celle d'un fier Troupeau,
le cherche une Bergere adroite &
demérite ,
A qui je veux donner le ſoin de mon
Hameau.
Pour Mademoiselle Gehle l'aînée
, Premiere Fille d'honneur
deMadame la Ducheſſe de Hanover
, repréſentant la Bergere
ALISE.
Chacun me dit que Menandre
Eft un aimable Berger,
Qu'il
GALANT.
129
N
S
こん
ne
ge
Are
Qu'il m'aime d'un amour tendre
Qui ne peut jamais changer ;
Mais encor qu'ilm ait ditſapaſſion
luy-mesme,
Cela doit- il m'alarmer ?
Quand noussçaurons comment il
aime,
Nous verrons s'il faudra l'aimer.
Pour Mademoiselle Gehle la jeune
, autre Fille d'honneur , re
préſentant la Bergere DORIS .
Ie me plais fur la Fougere
D'eſtre ſeule tout lejour,
Etfuis trop jeune Bergere
Pour me connoistre à l'amour.
Mais si quelque Berger me vient
dire luy- mefme
Que pour moy le fien est extréme,
Cela doit il m'alarmer ?
9 F V
130
MERCURE
Quand nous sçaurons comment il
aime,
Nous verrons s'il faudra l'aimer.
Pour Mademoiſelle Bulau , Fille de
feu Monfieur le Preſident Bulau
repréſentant la Bergere
AMINTE .
Bergerefi belle &fi ſage,
Sans balancer davantage,
Devroit enfin s'engager.
Adix-huit ans on a l'âge
Defaire un fort beau ménage
Avec un jeune Berger.
XIII. ENTRE'E .
La Reyne Hippolite,& les Princes
de Mycene , voulant eſtre de
la Partie,& ſe ſignaler àla Dance,
aux Jeux , & à la Luite des Bergers
GALANT.
131
100
gel
gers& des Bergeres, entrerent au
fon des Flûtes douces, Hautbois,
Violons & autres Inſtrumens de
réjoüiſſance. Alciane entra auſſi
avec Menalque, & les deux Bergers
volages , pour faire les honneurs
du Lieu . Elle ſe plaça avec
ſa Suite dans le fond du Theatre;
& les autres Bergers & Bergeres,
ſe rangerent des deux coſtez
pour faire place à Hippolite , à
Euryale , & à Hylas. Apres que
cette belle Amazone eut dancé
avec les deux Princes , au milieu
de toute cette Troupe de Bergers
&de Bergeres ; le Dieu Mars
qui ne cherche qu'à troubler par
tout la Feſte , annonça au bruit
des Tambours , Timbales &
Trompetes , la venuë d'Hercule
dans Eurybate. Une alarme fi
imprévenë , cauſa trois effets
fort
Bet 6
132 MERCURE
fort diférens. Les Bergers &
Bergeres prirent la fuite , & fe
diſperſerent des deux coſtez du
Theatre. Hippolite apprenant
que ſon Ennemy capital eſtoit ſi
proche , courut auffitoft aux Armes.
Les Princes de Mycene
ayant demandé les leurs , fort
incertains du party qu'ils devoient
prendre , eſtant obligez
à tous les deux , allerent avec
la Reyne à la rencontre d'Hercule
, & l'Amour quitta ſon Trône
pour les fuivre , & remedier à ce
tumulte.
1
XIV. ENTRE'E.
Pendant ce temps, Mars dança
ſeul au milieu de quatre Soldats,
Artabaſe , Orondas , Pharaſmane,
& Harpage , qui ſortirent des
deux coſtez du Theatre ; apres
quoy
GALANT.
133
1
e
CO
quoy , il alla s'affeoir à la place
que l'Amour avoit quittée , &
laiſſa dancer ſes quatre Guerriers.
Pour les Soldats de Mars , Gentilshom
mes de la Cour.
Bien qu'avec Mars à table ilſoit
beau de s'afſoir,
Et que nous nousfaſſions un honneur
d'y bien boire ;
De combatre encormieux chacun de
:
nous fait gloire,
L'occaſion lefera voir.
XV. ENTREE .
Les quatre Soldats de ſa Suite
de Mars , firent connoiſtre en
no dançant , la joye qu'ils avoient de
la venuë d'Hercule,eſpérat bientoſt
une occafion de Guerre , de
ce Conquérant , qui l'alloit porter
dans tout le Monde.
Hars
ma
de
pres
110%; Pour
134
MERCURE
Pour Monfieur de Pouſch , Colonel des
Gardes , repréſentant ARTABASE ,
Soldatde Mars .
Ce n'estpar aucune disgrace
Queje deviens de Colonel, Soldat;
Le Charme de l'Amour m'a mis en
cét état;
L'Enchantement finy ,je rentre dans
maplace.
Pour Monfieur Poſſadofsky , Ecuyer-
Tranchant de la Cour , repréſentant
HARPAGE, Soldat de Mars .
Cejeune Soldat ,ſans railler,
Mérite une Charge plus grande,
Car il fçait tout couper , & trancher,
& tailler,
Quand l'occaſion le demande.
Pour Monfieur le Comte de Noyelle,
repréſentant PHARASMANE , SoldatdeMars.
Sans
GALANT.
135
th
ei
Cant
de,
an
e .
elle
Sol
Sans me faire teniràquatre,
EtSans vouloirpaſſerpour un Soldat
cruel ,
Qu'on m'attaque, onverraſijeſçay
bien combatre
En toute forte de Duel.
Pour Monfieur de S. Pol , Lieutenant
Colonel d'Infanterie , repréſentant
ORONDAS , Soldat de Mars.
Ce Soldatſçait parler &faire,
En Homme de coeur & d'esprit ;
Et mesme s'il est neceſſaire,
Ilfait encor plus qu'il ne dit.
XVI. ENTREE.
,
Hercule retournant de ſes
Expéditions de Gaule & d'Eſpagne
, accompagné de deux Chevaliers
errans de l'une & de l'autredeces
Nations, vint àEuryba-
Sand
te,
136
MERCURE
te , où il croyoit ſurprendre Hippolite
, & retirer de captivité les
deux Princes de Mycene ; mais
il les trouva en liberté , & fceut
qu'ils en avoient l'obligation à la
generoſité de la Reyne des Amazones
. Ce grand Héros , rendant
juſtice à la vertude ſon Ennemie,
quitta tout ſentiment de haine
pour elle. Ainfi le Charme de
l'Amour , l'ayant arreſté comme
tous les autres dans ce Lieu de
plaiſirs , il ne ſongea plus qu'à
s'y délaſſer de ſes longs travaux,
oubliant tous ſes Combats paſſez
avec cette charmante Amazone,
& toute entrepriſe nouvelle. Il
dança ſeul, & fe retira au fond du
Theatre , avec ſes deux Chevaliers
errans à ſes coſtez. Mars
defcendit du Trône où il s'eſtoit
mis , & ſe joignit à ce Héros qu'il
invita à ſe divertir , & à faire
bonne
GALANT. 137
maiscer
ma
dan
emie
haine
De
omme
Teude
s qu
vaux
paller
zone
elle.
add
heva
Mars
s'elto
bonne chere , en attendant de
nouvelles occaſions de Guerre.
En meſme temps , les quatre Soldats
s'allerent placer de l'un &
l'autre coſté de cette Troupe , &
ils parurent tous de face au fond
duTheatre.
Pour Monfieur le Comte de Schaumbourg,
repréſentant HERCULE .
Ie mefuis mis plus d'unefois
En toute forte de figures.
Icyjeſuis un Hercule Gaulois,
Mais pourtant Grec aux bonnes
Avantures .
Pour Monfieur de Goht , Capitaine
d'Infanterie , repréſentant un CHEVALIER
ERRANT GAULOIS.
En amour , non plus qu'envaillance,
Ie ne cede à pas-un Mortel;
Etjeſuis un Chevalier tel,
cosqu
à faire
bonne
Quà
138 MERCURE
Qu'à la pointe de ma Lance,
Malgré cent Géans divers,
Ieprétens conquérir moy ſeul tout
l'Univers.
Pour Monfieur Senfft , Gouverneur de
Meſſieurs les Princes , repréſentant
un CHEVALIER ERRANT
ESPAGNOL .
Par la vertu de l' Armet de Mambrin
,
Et de ma belle & forte Armure,
L'entreprens, &veux mettre àfin
*Toute étrange& rare Avanture.
XVII. ENTREE
Hippolite , précedée par l'Amour&
par ſes Plaiſirs champêtres
, & accompagnée des deux
Princes de Mycene, entra au ſon
des Luths, Theorbes ,&violons ,
&ayant preſenté ces deux Princes
GALAN T.
139
ces à Hercule , elle les remiſt entre
ſes mains , afin qu'il les remenaſt
dans leur Païs . Alciane de
ſon coſté , ſuivie des autres Bergers
& Bergeres dont l'Amour
avoit diſſipé la crainte, vint prendre
part à la joye , que cauſoit à
tout le monde la paiſible entreveuë
d'Hercule avec Hippolite.
Enfuite l'Amour dança un Ménuet
au milieu des Plaiſirs ,& alia
trouver Mercure pour luydonner
fil ordre de remonter au Ciel, & d'y
porter la nouvelle de ce grand
accord entre deux Perſonnes fi
ennemies .
A
XVIII. ENTRE'Ε.
bê
<
eux
ons,
La Reynedes Amazones dança
avec lesdeux Princes. Sa dance
fon finie , Hercule luy préſenta les
deux Fils du Roy Euriſtée , & cetrin
te action de generoſité fit naître
ces
une
140
MERCURE
une parfaite reconciliation entre
ce Héros , & cette belle Amazone.
Pendant que tout cela fe paffoit,
la Concorde parut au milieu
des Airs , affiſe ſur un Arc- en-
Ciel,& chanta ces Paroles .
Tout est soumis au Charme de l'Amour
;
La douce Loy de fon Empire,
Dans un parfait accord tient tout
ce qui reſpire.
Soit aux Champs ,foit à la Cour,
Tout estsoumis au Charme de l'Amour.
XIX. ENTREE.
Les Chevaliers errans,qui à la
premiere veuëd'Alcianes'étoient
ſentis portez à l'aimer, dancerent
& ſe batirent pour elle en prefence
de'l'Aſſemblée, chacunpretendant
à l'honneur de ſe dire
fon
GALANT. 141
al
ien
eren
pre
pre
ſon Chevalier ; mais apres qu'ils
eurent fait preuve de leur valeur
à la Dance & au Combat,
l'Amour les condamna tous deux
à un banniſſement perpetuel ,
dans la juſte apprehenfion qu'il
eut que les Chevaliers errans de
deux Nations ſi oppoſées en toutes
chofes , telles que font la
Gauloiſe & l'Eſpagnole , n'excitaſſent
des defordres , qui puſſent
ſervir d'obstacle au deſſein
qu'il avoit fait de retenir le
Maiſtre des Dieux aupres de Junon
, dans le lieu delicieux d'Eurybate.
XX. ENTREE.
A
Un Scaramouche curieux de
voir la Feſte , entra , & fit mille
plaiſantes & agreables poſtures
, au milieu de cette illuftre
Affemblée.
dirt
Pour
142 MERCURE
Pour Mr de Bonnefond , Capitaine
Reformé , reprefentant
un SCARAMOUCHE .
I'ay mes Congez en bonne forme.
L'ay passé cent dangers fans estre
estropié,
Et malgré toute la Reforme,
Ie fuis encor un Scaramouche en
pié.
DERNIERE ENTREE.
Mercure venu du Ciel de la
part de Jupiter & de Junon , pour
ſçavoir ce qui ſe paſſoit dans cet
endroit de la Terre, leur alla dire
duconſentement de l'Amour,que
tout eſtoit preſt pour les recevoir
dans Eurybate. Il leur apprit la
reconciliation d'Hercule avec
Hippolite,dont le Dieu Pan porta
auſſi la nouvelle à tous les Habitans
de ſes bois. L'Amour, comme
le Maître de ce Lieu , y de-
1
GALANT.
143
meura. Mars invita toute cette
Troupe à venir faire bonne chere
à ſa table,& Bacchus promitde
regaler l'Aſſemblée des meilleurs
Vins de la Terre.Un Inconnu ,&
une Inconnuë, entrerent parmy la
foule , & par leur maniere extraordinaire
de dancer divertirent
fort les Spectateurs .
Pendant toutes ces rencontres
impreveuës , le jour eſtant venu
fur fon declin,on remit au lendemain
les Jeux & la Luite,& on ſe
contenta pour cette fois de la
Dance des Bergers. Ainsi le Balet
finit , & chacun ſe retira au
Hameau , où par un magnifique
| Repas , on donna à tout ce beau
| monde, leplaifir le plus neceſſaire
à l'accompliſſement du Charme
de l'Amour.
Je ne doute point , Madame ,
que vous ne ſoyez ſurpriſe de
voir
144 MERCURE
voir qu'il ſe trouve en Allemagne
des Muſes Françoiſes auffi polies
que l'eſt celle qui a inſpiré les
Vers que l'on a meſlez parmy ces
Entrées. Ils font aiſez , naturels,
& dignes du grand Spectacle
dont ils ont ſervy à expliquer le
Sujet. Tout fut magnifique dans
cette Feſte ; & fi l'on y admira la
richeſſe des Habits, elle n'eut pas
moins dequoy ſatisfaire par la
beauté de la Symphonie & de la
Muſique. Il eſt juſte , apres vous
avoir parlé de Chants , de fournir
à vôtre voix le moyen de s'exercer.
Vous le trouverez dans les
Paroles qui ſuivent, notées par un
ſcavantMaiſtre.
AIR NOUVEAU.
!
HAftez -vous,haftez vous, doux
Renaissez , pareſſeux fcüillage.
Petits
GALANT.
145
Petits Oyſeaux
chants .
es
G
pa
e
10%
X
recommencez vos
Que tout foit gay dans ceBocage.
Echos; redites tour- à-tour
Les plaiſirs qui ſuivět ma peine,
Et que la jeune Célimene
Partage enfin tout ce que j'ay d'a
mour.
Sur la fin du dernier mois , le
Roy donna à Mr le Prince de
Talmont Fréderic-Guillaume de
la Trémoille , Fils de feu Mrle
Prince de Tarente, & de la Princefle
Emilie de Heſſe , les Abast
bayes de Charroux & de Talmont,
Dioceſe de Poitiers, vacantes
par lamort de Mr le Comte de
Laval fon Oncle , decedé à Talmont
le 25.de Janvier âgé de cindo
quante cinq ans . Ce Prince,apres
avoir porté les armes avec réputation
dans les premières années
Avril 1681 .
.
ru
al
Pet
G
146 MERCURE
de ſavie , & s'eſtre trouvé aux
Priſes des Villes de Crefcentin,
de Nice de la Paille,de Tortonne,
& de Thionville , s'eſtoit donné
à l'Eglife, & la douceur de la Solitude
luy avoit fait rencontrer
des avantages qu'il a bien plus
eſtimez depuis ſa retraite , que
ceux qu'il pouvoit eſpérer avec
justice de ſon merite &de ſa naiffance.
Il eſtoit de l'illuſtre Maiſon
de la Trémoille , connuë depuis
pres de ſept cerns ans par les grāds
Hommes qu'elle a donnez,& qui
ſont ſi fameux dans toutes les
Hiſtoires de l'Europe . Elle eſt alliée
aux Royales Maiſons de
Bourbon , Bourbon- Montpenfier,
Anjou, Sicile , & Arragon . C'eſt
par une Princeſſe de cette Maifon
,nommée Charlote , Fille&
unique Heritiere de Fréderic
d'Arragon , Roy de Naples , que
les
GALAN T.
147
* les Princes de la Maiſon de la
Trémoille ſe ſont acquis le droit
fucceffif à ce Royaume , pour le
quel Monfieur le Duc de la Tré-
$ moille,Chefde cette grande Maifon
, & Monfieur le Duc de la
+ Trémoille fon Ayeul , ont fait
par leurs Envoyez Extraordinaires
leurs Proteſtations contre le
Roy d'Eſpagne dans les Aſſem-
( blées tenuës pour la Paix genera-
↑ le à Munster , & à Nimegue.
Outre ces illuftres Alliances , ils
en ont encor avec les Maiſons
Imperiales d'Autriche , de Ba-
Aviere , de Luxembourg , de Saxe
& de Naſſau , & avec les
ft Souveraines de Heffe , de Bran-
C debourg , des Palatins de Vvirtemberg
, &c. Monfieur le Duc
Je de la Trémoille , Premier Genler
tilhomme de la Chambre , qu
a épousé la Fille unique deMon gu
It Gij
148 MERCURE
ſieur le Duc de Créquy,& Monfieur
le Prince de Talmont fon
Frere , font Cousins germains de
Madame , de la Reyne de Dannemark
, de Monfieur l'Electeur
Palatin , de Monfieur le Landgrave
de Heſſe-Caffel , de Monſieur
le Duc de Saxe- Veymar,
& de Madame l'Electrice de
Brandebourg. :
Monfieur le Chevalier de
Meſmes , qui poſſedoit les Abbayes
de Vaulcroy & de Humbye,
eſtant mort à Rome , Monſieur
de Meſmes ſon Frere , Préfident
à Mortier , les a obtenuës
pour Monfieur l'Abbé de Mefmes
ſon Fils. Vous ſçavez,Madame
, que Monfieur le Préſident
de Meſmes a toûjours eu un tresfort
attachement pour le ſervice
du Roy , qu'il eſtoit Lecteur de
Sa Majeſté avant qu'il exerçaft
GALANT .
149
1-
100
Dar
er
an
or
A
UF
10%
Po
د
ร
çaſt la Charge de Préſident à
Mortier qu'il a infiniment de
l'eſprit , qu'il eſt de l'Academie
Françoiſe & qu'eſtant tresobligeant
, il joint à la gravité
de Magiſtrat , l'air doux &
affable qui eſt de fon caratere
. Monfieur le Chevalier
de Meſmes eſtant mort à Rome
, tous les Benéfices qu'il pofdſedoit
quoy que fituez en
France , devoient eſtre à la Nomination
du Pape. Cependant
il avoit eu la précaution , en y
arrivant , de demander un Bref
ne
د
à Sa Sainteté , par lequel Elle
Me conſentoit qu'ils demeuraflent
ad à la Nomination du Roy , s'il
de arrivoit qu'il mouruſt à Rome.
Tra Ce Brefluy fut accordé , & c'eſt
-vi par la que Sa Majeſté en a pourveule
jeune Abbé fon Neveu. El
le l'a fait de cette maniere enga- X
C Giij
150 MERCURE
geante qui gagne les coeurs , &
dont ceux à qui l'on donne font
plus touchez que du Préſent qu'-
on leur fait.
L'Abbaye de Valoir , Diocefe
d'Amiens , vacante par le deceds
de Monfieur l'Abbé Martinot,
fut donnée dans le meſme temps
à Monfieur l'Abbé de Fontanges.
Je vous ay déja parlé de cet Abbé
à l'occaſion des Theſes qu'il
a foûtenuës au College de Harcourt.
Le mefme Abbé Martinot ayat,
outre l'Abbaye de Valoir , celle
de S.Sauveur des Vertus, Dioceſe
de Châlons, le Roy en a gratifié
Monfieur l'Abbé de Lhéry. Il eſt
Frere du Chevalier de ce nom,
dont la conduite , la magnificence,&
la valeur, vous doivent eftre
connuës par pluſieurs Articles de
mes Lettres.
Mon
GALAN T. 151
Monfieur de Miromeſnil,Intendant
en Champagne , a eu l'Abbaye
de S.Urbain dans cette mefme
Province , pour un de Mefſieurs
ſes Fils. Je vous ay parlé de.
cet Intendant dans la Relation du
Mariage de Monſeigneur leDauphin.
Il ſert le Roy avec une vigilance
& une exactitude inconcevable.
Aufſi peut- on dire qu'il
ſoutient tres -dignement l'honneur
du Nom qu'il porte de Mr
de Miromeſnil ſon Oncle, dont
le grand mérite fera toûjours vivre
la mémoire.
Dans le meſme temps que Mrle
Comte d'Eſtrées s'eſt veu honoré
du Baſton de Maréchal de France,
l'Eveſché de Laon a eſté dőné
à Mr l'Abbé d'Eſtrées , Fils du
Duc de ce nom , ſur la Demiſſion
que Mr le Cardinal d'Eſtrées en
avoit faite entre les mains de Sa
Giiij
152
MERCURE
Majesté.Cet Abbé eſt dans une ſi
haute eſtime pour ſa vertu, ſa capacité
, & les vives lumieres de
ſon eſprit,que tout le monde a veu
ce choix avec joye. L'Eveſché de
Laon luy donnera le Titre de
Duc & Pair.
Je vous envoye une Lettre dont
la lecture vous donneradu plaifir
. Elle est toute de Proverbes.
S'il n'y a rien qui ſoit moins du
bel uſage , que d'en meſler quelques-
uns dans la converſation,
rien n'eſt auſſi plus réjoüiſſant que
d'en faire un jeu qui forme un difcours
fuivy.Ilya quelques années
qu'on s'écrivoit ainſi à la Cour,
& les Billets conceus en ce ſtile y
eſtoient fort eſtimez. Cette Lettre
eſtd'une jeune Perſone,auſſi aimable
par ſon eſprit que par ſa beauté.
Elle est adreſſée à Mr Guyonnet
de Vertron , Chancelier perpetuel
GALANT.
153
pétuel de l'Académie Royale
d'Ardres , & fervira de modelle à
ceux qui voudront ſe divertir à
en faire de ſemblable s.
LETTRE
DE MADEMOISELLE ***
Tous Seigneurs,tous honneurs.
ABonjour pour demain, lajour
née n'estpas passée . Sans mentir, me
voicy plus embarassée qu'une Poule
qui n'a qu'un Poussin ; car , mon
cher Amy , ce n'est pas un Couteau
aiséà tirer defa quaîne , quc de
vous écrire en Proverbes. Ie prendrois
auſſitoft la Lune avec les dents.
le sçay qu'il faut charier droit
avec vous , & que vous n'estes pas
de ces Niais de Soulogne , qui ſe
trompent à leur profit. Ilvousfaut
G V
154 MERCURE
de la Marchandise de Paris , où il
n'y a que nicter ; mais en faisant
de fon mieux , on en eft quite. Ie
vous diray donc autant en un mot
comme en cent car il n'enfaut qu'un
bon & qui ſerve , que pour revenir
à nos Moutons , à Brébis tonduë
Dieu luy meſure le vent, außi-bien
qu'à Brébis comptéesſouvět le Loup
en prend une. Mais ilſouvient toûjours
à Robin de ſes Flûtes, Ditesvous
vray , quand vous m'aſſurez
que mon abſence ne vousplaît point?
car entre nous , a beau mentir qui
vient de loin. Pourmoyjevous avonë,
qu apres voſtre départ ,je demeuray
plus penaude qu'une Fondeuse de
Cloche,&je diſoisfans ceffe, Helas,
les jours ſe ſuivent , & ne ſe refſemblent
pas. Il a bien plu fur ma
Mercerie. Je n'ay plus laine du
premier Drap , & je crains bien
d'avoir mange mon Pain blanc
le
GALANT.
ISS
le premier. J'eſtois avec mes Amis
comme le Poiſſon dans l'eau,& le
Rat en paille,& maintenant je ne
ſçay plus de quel Bois faire Fleche.
Ce qui me conſole , l'on m'a
promis derevenir,maispromettre
&tenir, c'eſt tout ce qu'unHomme
de bien peut faire , & je ne
connois que trop , que qui s'éloigne
de l'oeil , s'éloigne du coeur.
Cependatsi vous y manquiezje vous
répons queje criërois plus haut apres
vous qu'un Aveugle qui a perdufon
Baston , &je ne sçay mesmesije ne
jetterois point le Manche apres la
Coignée;mais ceferoit tomber defiévre
en chaud mal Ilvaut docmieux,
contrefortune bon coeur , que d'estre
triſte comme un Bonnet de nuitfans
Coiffe. Cent ans de mélancolie ne
payeroient pas unfol de mes Debtes .
En verité , vous auriez grand tort,
ſivous ne fongieznon plus à moy
quà
156 MERCURE
qu'à vos vieilles Bottes ; mais à bon
Chat , bon Rat ; & fi vous me donniezdes
Pois ,je vous rendrois des
Féves. L'on ne perd rien à Marchandqui
étalle. Le ne battrois pas
long-temps les Buißons,fi les Oyſeaux
eſtoient pour d'autres . Ie neſuis pas
accoûtumée à tirer ma Poudre aux
Moineaux;&fi vous me mettiezau
nombre des pechez oubliez , je vous
aurois bientoft planté là pour reverdir.
Ce n'estpas à moy à qui il faut
vendre ſes Coquilles. Il n'est que
Changeurpourſe connoître en Monnoye.
Fin contre fin n'estpas bon à
faire doublure ; mais je suis peutestre
comme les Anguilles deMelun,
quicrientavant qu'on les écorcheJe
veux donc croire que vous m'aimez
comme vos petits boyaux , &que
vous estes peut - estre plus proche
de Sainte Larme que de Vendofme
, da ne me plus voir ; mais
८ . ib
GALANT.
157
(
il ne faut pas se desesperer pour
une mauvaise année. Apres la
pluye viendra le beau temps , &
vous pourrez revenir cuire à noſtre
Four. Cependant me voicy au bout
de mon rôlet . Ie ne bats plus que
d'une aîle. le me retire donc avec
ma courte honte , quoy que je
croye avoir affez bien dit pour
avoir une Image ; mais je prétens
de cecy faire d'une pierre deux
coups , & que ce soit autant pour
vostre Amy que pour vous.
Sçay que vous estes deux teftes
dans un Bonnet. Ainsi qui toque
l'un , toque l'autre. Cependant il
fautfinir , en vous diſant comme le
Roy Dagobert àſes Chiens , iln'y a
Si bonne Compagnie qui nese quitte.
Bonjour & adieu , iln'y a point
de tromperie. En voila affez pour
le prix de voſtre argent. Payezle
moy en mesme monnoye. Il vaut
Top mieux
158 MERCURE
mieux un tien que deux tu l'auras .
Adieu , mon cherAmy.
Vous euffiez veu la Réponſe
de Monfieur Guyonnet de Vertron
, s'il n'euſt eſté occupé par
les Ouvrages qu'il a eu l'honneur
de préſenter à Leurs Majeſtez , à
Monſeigneur le Dauphin , & à
Madame la Dauphine. Samodeftie
qui n'a point encor ſouffert
qu'il les ait rendus publics, n'a pû
empeſcher qu'on n'en ait parlé
avec éloge dans le Journal des
Sçavans.Ces Ouvrages font des
Panégyriques du Roy en pluſieurs
Langues , fur des Sujets diferens;
un Dictionnaire Historique des
Conquestes de Sa Majesté; &L'excellence
du beau Sexe, ſous le nom
de la Minerve Dauphine.
Je vous appris la mort de Monfieur
Patru , l'un des Quarante
qui
GALANT.
159
a
٢٢
ane
del
da
豆
ens
di
CX
Лор
ante
qui
qui forment le Corps de l'Académie
Françoiſe. Cette Compagnie
devant donner cette Place à une
Perſonne qui euſt le mérite
neceſſaire pour la remplir , y a
travaillé avec ſuccés. Elle n'eſtoir :
pas obligée de faire ce choix parmy
ceux du premier Rang, comme
elle a fait en pluſieurs rencontres;
mais quand on voit un grand
Homme en qui l'eſprit eſt joint à
la dignité , & qu'il y eſt joint avec
tant d'éclat, qu'on peut dire mefme
qu'il la furpaſſe, ces Meſſieurs
pouvantfatisfaire en même temps
àl'intéreſt de leur gloire & à leur
justice , ont grande raiſon de le
préferer à ceux que l'eſprit ſeul
feroit aſpirer à cet honneur.Aini
loin d'eſtre ſurpris qu'ils ayent
choiſy Monfieur de Novion Premier
Préſident,tout le mondedevoit
croire que des Eſprits fiéclairez
160 MERCURE
rez feroient ce grand choix. Ils
ont deû le faire,& ils l'ont fait. Je
vous ay déja parlé en beaucoup
d'occaſions de ce digne Chef du
premier Senat du Monde. Son
mérite eſt ſi connu, qu'il me ſeroit
inutile de rien dire icy de ce qui
eſt ſceude toute la France.Quelques
jours apres ſon élection ,que
l'on fit toutd'une voix, celuyde ſa
Reception fut arreſté pourle Jeudy
27. de Mars. L'Aſſemblée ne
fut pas ſeulement nombreuſe,mais
des plus illuſtres , par le grand
concours des Perſonnes de la premiere
qualité qui s'y trouverent.
Monfieur de Novion parla le premier,
ſuivant la coûtume de ceux
qu'on reçoit. N'attédez pas qu'en
vous apprenant quelque choſe de
ce qu'il dit,je vous l'apprenne das
ſes mêmes termes . A peine vous
en pourray-je donner une foible
GALANT. 161
、
コー
10
ble idée. Ses diſcours , quoy que
fort peu étendus , ſont ſi remplis
de penſées , & d'un ſtile ſi ſerré ,
que l'avidité qu'on a de les retenir,
fait que la mémoire s'embarraffe
en s'attachant àtropde choſes
tout-à- la fois ; mais s'il parle
peu, il ne laiſſe pas de dire beaucoup
, tant chaque mot eſt employé
avec force. Il fit d'abord
connoiſtre à l'Académie , qu'il
devoit le commencement de ſa
fortune à l'Illuſtre Fondateurde
ceCorps celebre,parce qu'il avoit
preſté la main à ſes Anceſtres
pour monter aux Dignitez ; &
qu'ainſi , en le choiſiſſant, elle ne
faiſoit qu'honorer la mémoire du
Grand Cardinal de Richelieu . IL
ſe ſervit d'une penſée toute brillante
pour loüer l'Eſprit,parce que
c'eſt la partie la plus eſſentielle
for pour eſtre admis à l'Académie. 11
dit,
ais
and
re
en
re
Pen
di
das
ous
ble
162 MERCURE
dit , Quela Langue d'Ulyſſe avoit
plus nuy aux Troyens , que n'avoient
fait les armes d'Ajax. C'eſt faire
voir en peu de paroles, que l'Efprit
triomphedetout , &que même
la Valeur est contrainte à luy
céder. Apres avoir dit obligeamment
, en parlant de l'Académie,
Que ce qu'il apprendroit dans ce
Corps luyſerviroit pour les Discours
qu'il auroit à faire dans le Temple
de la Iuftice , il finit par une tresbelle
penſée,qui faiſoit entendre,
qu'Hercule s'estant fait Citoyen de
Corinthe tout le monde pouvoit
l'estre. En effet , Madame, le Roy
eſtant en quelque façon de l'Académie
, puis qu'il a bien voulu
agréer le Nom de fon Protecteur,
on peut dire que ce rang n'eſt au
deſſous de perſonne.
د
Le Directeur & le Chancelier
eſtant abfens, ce fut fur Mr deMezeray,
qui eſt Secretaire perpétuel
4
GALANT.
163
ple
Tes
de la Compagnie , que tomba
- l'Employ de répondre à Monſieur
le Premier Preſident. Ildie,
Qu'il avoit douté d'abord s'ille devoit
accepter, à cause d'une indifpofition
qui l'avoit mis depuis quelques
jours dans une grandefoibleffe;
mais qu'il s'estoit aisément perfuade'
que le Génie immorteldont l'Academie
avoit toûjours eſte animée,
ne l'abandonneroit pas ,& lay pourroit
inspirer des choses qui neferoient
pas tout- à fait indignes d'une
si glorieuse Iournée ; Que l'hon.
neur de la prefence de Monsieur le
R Premier President ne pouvoit moins
Ac. faire que raſſurersa timidité , ینب
bull fortifier ſa voix ; Qu'ildevoit peu
craindre de manquer de hardieſſe
& de parole dans unefi belle occafion,
oùſaſeule venë luy preſentoit
eliet les plus grandes choses ; Qu'il sçavoit
bien que ce seroit estre temetuel
raire , de les vouloir toutes renferdre
eur
Me
25
164 MERCURE
merdans un espace außi borné que
celuy de fon Discours ; mais qu'au
moins on pouvoit les comprendre
éminemment dans ces deux mots,
que fon merite extraordinaire &
les importans & longs ſervices
rendus par luy à l'Etat , luy avoient
acquis les bonnes graces
du plus grand & du plus fage des
Roys , & qu'il luy en avoitdonné
la plus glorieuſe marque qu'il
puſt ſouhaiter , & qui luy eſtoit
deſtinée depuis longtemps par
les voeux publics ; Que dans la
Charge de Premier President , l'une
des plus nobles émanations de
l'Autorité Souveraine , qui preſide
à tout ce qu'il y a de plus grand
dans I Etat,il n'estoit passeulement
reveré comme le Diſpenſateur des
Loix , & le Chefdu premier Parlement
de ce Royaume mais qu'il
estoit encor conſideré comme la regle
GALANT .
165
IC
gle certaine & le parfait modelle
de l'Eloquence Françoise ; Que les
plus grands Maistres qui s'estoient
Souvent trouvez à ſes Actions publiques
, avoüoient tout d'une voix
qu'il n'y avoit jamais rien eu de
plus ingenieux pour l'invention, de
plus juste pour l'ordre & pour la
methode , plus puiſſant pour le rai-
Sonnement , de plus élegant & de
plus poly pour le langage , Qu'ils
disoient que c'eſtoit un Fleuve delicieux,
dont les eaux toûjours claires
couloient de ſource , & arro-
Soient doucement ſans inonder. Il
parla en ſuite de la ſatisfaction
or que l'Academie auroit de partigya
ciper à tant de tréſors ; & apres
ans
YAM
me avoir fait connoiſtre qu'ayant és
ayté établie pour embellir noſtre
Park Langue,elle s'eſtoit parfaitement
acquitée de ſes devoirs, en aplaniſlant
, pour ainſi dire , les rides la l
de
166 MERCURE
de fon viſage , & luy donnant
l'embonpoint d'une agreable jeuneſſe
, il ajoûta , Que dans la perfection
où la Compagnie l'avoit mife
, elle se trouvoit non feulement
en état d'enſeigner toutes les Sciences
Divines & Pumaines , mais
qu'elle estoit devenuë capable de
publier d'un ton plus haut , & en
termes plus magnifiques , les heroïques
Vertus , & les Actions mira.
culeuses , du Roy ; Qu'elle pouvoit
maintenant , fans trop de temerité,
entreprendre d'écrire ſon Hiſtoire
avec plus de relief & d'éloquence ,
quejamais les Grecs ny les Romains
n'avoient écrit l'Histoire de leurs
Héros ; Qu'en publiant le nombre
incroyable de fes Conquestes , elle
pouvoit raconter comme des Ramparts
qui ſembloient n'avoir à
craindre que la colere du Ciel , ef-
-toient tombez presque auſeul bruit
CD de
GALANT.
167
in
144
ei
defes Trompetes ; comme cent For
tereſſes vainement entaſſées les
unes ſur les autres , avoient esté reduites
en poudre à ses approches;
comme il avoit diſſipé cette Ligue à
tant de testes , qui croyoit donner
tant d'épouvante : comme il avoit
plantéſes Trophéespar tout où ſes
Etendars avoient paru : & enfin
comme il avoit pouffé , batu, &humilié
, toutes les fieres Puiſſances
qui luy vouloient refifter. Il pourſuivit
, en diſant , Qu'il nefalloit
Pas toûjours regarder cet Arbitre de
la Terre du costé qu'il estoit armé
de Foudres , & qu'il faisoit marcher
la Terrear devant luý : Qu'il
mb n'y avoit pas moins de plaisir de le
regarder par le costé qui avoit plus
de brillans que d'éclairs , & qui
charmoit doucement la veuë Sans
- l'effrayer : Que l'on y voyoit des
qualitez qui n'estoient pas moins
Seri
iftis
mal
Lew
, ell
Ra
-oir
de adora
168 MERCURE
adorables , & qui lefaisoient encor
plus reſſemblerà Dieu dont il eſtoit
la plus excellente Image: Qu'il entendoit,
par ces adorables qualitez ,
cette grandeur d'ame,cette immense
étenduë de conduite , qui connoist,
qui embrafſſe , qui ordonne toutes les
Affaires defon Etat , qui d'un coup
d'oeil penetre le preſent &l'avenir,
&quifur celafait mouvoir tous ſes
refforts : Que ces mesmes qualitez
devoient encor faire entendre cette
folidité de jugement , qui paroist
dans toutes ses actions & dans tous
Ses discours : cette affabilité pleine
d'attraits : cette liberalité inépui-
Sable,qui donne avec profusion,mais
avec discernement, qui previent les
defirs , & comble les esperances : cette
genereuſe paßion de faire refleurir
les beaux Arts : & enfin unefage&
heroïque moderation , connue
à peu d'autres Souverains , & qui
n'a
GALANT. 169
三啡
Cla
157
Jew
cel
n'a jamais esté la vertu des Conquérans
; Que c'estoit par là que
renonçant àses propres interests,&
s'imposant à Luy-mesme les Loix
que toute la Terre n'eustosé luy propoſer
il avoit joint enſemble les Titres
de Tres- Puiſſant & de Tres-
Juste , de Triomphant & de Pacificateur,
de Vainqueur & de Clément
; Que c'eſtoit par là quefans
itdefcendre de la hauteur de fon
Trône , il avoit trouvé le moyen
DAYS de fefaire aimer autant qu'ilest redouté
, & d'imprimer cette croyance
dans tous ceux qui ont l'honneur
sept d'approcher defa Perſonne ; qu'avec
les qualitez presque divines
ent d'un Grand Roy , ilpoſſedoit dans le
: Suprême degré celle du plushonneſte
refle Homme de fon Royaume ; Que pour
me comble de sagloire, iln'estoit redevable
de ces rares perfections qu'à
de fes propres soins , qu'àses reflexions
Avril 1681 .
S
2,
CONNA
H
170 MERCURE
continuelles ; Que s'estant formé
Luy-mesme , il estoitson veritable
Ouvrage, &le plus accomply defes
Ouvrages ; & qu'on pouvoit dire
avec verité , que c'estoit Loüis
QUATORZIEME qui avoit
fait LOUIS LE GRAND tel
que nous le voyons , & que toute
l'Europe l'admire ; Quenyle Pinseau,
ny le Burin, n'estant point capablesde
bien exprimer defi grands
traits , & ce qui est purementSpirituel
devant estre l'objet des pures
productions de l'Esprit , c'estoit à
Messieurs de l'Académie à travail
ler fans relâche à un ſi noble def-
Jein , à n'y épargner ny leur induſtrie,
ny leurs veilles ; & que laplus
glorieuse récompense qu'ils fe püffent
propoſer leur estoit ſeûre , puis que
lefeul nom de LoÜIS LE GRAND
donneroit l'immortalitéà leurs Ouwrages.
Il finit en aſſurant Monfieur
GALANT .
171
15
02
二樓
Pla
and
Stoit
AUA
in
fieur le Premier Préſident , au
nom de ceux pour qui il parloit ,
qu'ils n'avoient jamais receu plus
de gloire & d'avantage que dans
cette occafion , & qu'ils chercheroient
à luy donner tous les
témoignages poſſibles de l'extré
me paffion qu'ils avoient de l'honorer,
& de le ſervir.
Cette réponſe fut fort applaudie.
On ne pouvoit moins attendre
de Monfieur Mézeray,
qui eſt profond en toute forte
d'érudition.Mais ce n'eſt pas ſeulement
par là qu'il eſt fameux. Il
de l'eſt encor par une probité ſouvent
éprouvée , par une fidelité
dap inébranlable pour ſes Amis,& par
uf un amour ſi grand pour la verité,
wis qu'aucune conſidération n'a ja-
GRAN mais eſté capable de luy faire
urs prendre un autre party. Il nous a
to donne l'Histoire d'une façon qui
Hij
nary
1.
172
MERCURE
juſqu'à luy , avoit eſté inconnuë
en France. On y admire des
traits recherchez ſoigneuſement
& bien prouvez , & avec cela
beaucoup de ſolidité de raiſonnement.
On attend de luy des
Ouvrages tres- curieux, & d'une
fort grande utilité pour tout le
monde , mais particulierement
pour les Gens de Lettres. Apres
qu'il eut ceſſe de parler, il demanda
ſelon la coûtume , s'il n'y avoit
point d'Académicien qui euſt
quelques Ouvrages à lire. Mr de
Benſerade dit qu'il travailloit à
mettre des Heures en Vers pour
Sa Majesté , & apres en avoir lû
pluſieurs Pſeaumes qui furent
trouvez tres-beaux , & par euxmeſmes
, & par l'agreable maniere
dont il les lût, il vint à l'Exaudiat.
Tout le monde donna de grandes
louanges à cette Traduction , &
on
GALANT
173
ela
del
an
ell
on remarqua avec plaiſir que les
deux Verſets qui finiſſent chaque
Preaume , efſtoient tous traduits
diféremment . Comme on approchoit
du temps le plus ſaint, cette
rencontre fut cauſe qu'on lût pluſieurs
Ouvrages de devotion . Mr
Boyer imita en cela Mr de Benſerade
, & fit voir un Miserere en
Vers François , qu'on trouva tresbeaux
, & fort bien tournez. Mr
Charpentier changeadematiere,
& lût un Chapitre d'un Livre de
ſa compofition qu'on va imprimer,
& qui eſt la ſuite d'un autre
porque vous avez déja veu,quiporte
oir pour titre , Défense de la Langue
Firet Françoise , pour l'Inscription de
an
avo
eut
Ard
oit
eur l'Arc de Triomphe , dédiée au Roy,
anit dans lequelil aprouvé que ce ſuaudis
perbe Monument qui s'éleve à
ands T'honneur de Sa Majesté , doit
on, & avoir une Inſcription Françoiſe.
Hiij
0음.
174
MERCURE
Cette opinion a eſté combatuë
par un Diſcours Latin tres-fçavant,&
tres-éloquent,qui futprononcé
au College de Clermont
par le Pere Lucas Jeſuite,ſur la fin
de Novembre 1676. & c'eſt à ce
Diſcours que Mr Charpentier a
fait une ample Réponſe , qui auroit
eſté imprimée il y a plus de
trois ans,s'ilavoit eu plus de loiſir.
C'eſt de là qu'eſt viré le Chapitre
qui fut lû en cette rencontre , où
par occafion il combat l'opinion
commune touchant la legereté de
la Nation Françoiſe,qu'il fait voir
eſtre beaucoup plus cõſtante que
la Romaine. Les raiſons qu'il en
allegue font tres - recherchées, &
tres- convaincantes.Il lût auſſi une
Piece de Poëfie pleine de deſoriptions
fort agreables qu'il appelle,
La Belle Soirée; maisje n'ay pû
encor l'avoir.Mr Quinaut eut audience
GALANT .
175
10
100
dience à ſon tour, pour la Tradution
d'une Ode d'Horace; & Mr
le Clerc , lûtapres luy cent cinquante
Vers ſur la Penitence.
at Quoy que le nombre fuſt grand,
&que l'on euſt déja lû beaucoup
de choſes de ce caractere , ils furent
trouvez fi beaux , que l'attention
qu'on leur preſta , fit conit
noiſtre le plaiſir que chacun en
recevoit. Mr le Clerc n'en demeura
pas là , & lût encor à lagloire
de l'Academie les deux Sonnets
er
20
Ditre
e, f
nia
ered que vous allez voir.
VO
qu
10 A L'ACADEMIE
5,8
0
efor
ppel
tall
ience
FRANCOISE,
ว
SONNE T.
De l'aveugle Ignorance invin cibleEnnemie,
Hij
3.
176 MERCURE
*
Qui ſçais à la Vertu donner Son
juste prix;
Délicieux Concert des plus nobles
Esprits,
Honneur de nostre Siecle , illustre
Académie,
**
Tu vois du Grand LOUIS lapuif-
Sance affermie ;
Son Bras eust tout dompté , s'il l'avoit
entrepris ;
Et Son Coeur de la Gloire est tellement
épris,
Qu'il ne ſent qu'à regret Sa Valeur
endormie.
Mais le Tempsflétriroit les ſuperbes
Lauriers
QueSous Ses Etendards ont cueilly
nos Guerriers,
Sans le Secours des Vers,ou celuy de
l'Histoire.
L'un
GALANT.
177
**
tell
alo
upa
cueil
L'un & l'autre dépend de ta sçavante
Main ;
C'estToy qui tiens les Clefs du Temple
de Mémoire,
Et quigraves les Noms fur l'immortel
Airain.
A LA MESME .
SONNET.
Lluftrede Académie Lycée,
2
agreable
Pour qui Minerve tient fes mysteres
ouverts ;
Concours de tant d'Esprits pleins de
talens divers,
Quelle gloire n'est point parla tien,
ne effacée ?
**
elay Dans ton noble travail- la France
intéreſſsée
HvV
178
MERCURE
Va voir fleurir ſa Langue au bout
de l'Univers ;
On trouve dans tonfein laſource des
beaux Vers,
Ony voit l'Eloquence en fon Trône
placée.
Les Ministresfacrez , ceux quifervent
Themis,
Ceux à qui de l'Etat lesſecretsfont
commis ,
Prennent part avec joye à tes deux
Exercices.
**
LOVIS mesme applaudit à ton
charmant Employ,
LOUIS eſt ton AUGUSTE , &Sous
Ses grands auspices,
Du Langage parfait tu vas donner
laLoy.
7
Monfieur le Duc de S. Aignan
finit par une Réponſe en Vers qu'
il avoit faire à Monfieur le Duc
de
GALANT.
179
Sex
Som
det
de Vendoſme, & à Mr Chapelle,
qui luy avoient écrit d'Annet.Elle
eſtoit courte , mais elle avoit
ce tour aiſé qui luy eſt ſi naturel,
& qui fait voir que rien ne luy
couſte. Ces lectures eſtant faites,
laCompagnie ſe leva , & Mr le
Premier Preſident ſortit , fort fatisfait
de l'Illuſtre Corpsdans lequel
il venoit d'eſtre reçeu avec
une joye univerſelle , & un applaudiſſement
general.
Je vousay déja nommé les Predicateurs
qui devoient preſcher
à la Cour pendant le Careſme.
C'eſt un employdont ils ſe ſont
tous acquitez avec ſuccés .Le Jeudy-
Saint, le Roy entendit le Sermon
de Mr l'Abbé de Brou , l'un
de ſes Aumôniers,& le trouva Orateur.
C'eſt ce que Sa Majefté
dit à fon avantage, en témoignant
ers qu'Elle eneſtoit fort contente.En
dom
Aig
Je Do
fuite
180 MERCURE
fuite Elle aſſiſta à l'Abſoute faite
par Mr l'Eveſque de Lavaur,& fit
la Cene ſelon la maniere accoûtumée.
La Reyne la fit pareillement
, & Leurs Majeftez entendirent
avec une devotion exemplaire
l'Office entier des trois derniers
jours de la Semaine Sainte.
Le Samedy , le Roy apres avoir
fait ſes Devotions , toucha onze
cens Malades ſur la Terraffe du
Chaſteau de S. Germain. Il faut
eftre auffi infatigable, & auffi zelé
que l'eſt ce grand Prince , pour
fuporter une ſi longue fatigue
fans ſe repoſer . Ce qui ſurprit
fort , ce fut de trouver des Femmes
tres propres , meſlées parmy
les Malades ,quoy qu'elles fufſſent
en pleine ſanté. C'eſtoient des
Dames Flamandes venuës exprés
pour voir ce Monarque , qu'elles
n'avoient veu qu'en confufion
dans
GALANT. 181
다
Se
V
d
fa
12
ali
furf
Fa
par
uff
exp
qu'ek
dae
dans ſes Placesde conqueſte. Le
jour de Paſques , Leurs Majeſtez
entendirent le Sermon de Mr l'Eveſque
de Condom l'ancien , qui
ſe ſurpaſſaluy- meſme. La devotio
deMadame la Dauphine s'eſt fait
auſſi remarquer, mais elle n'a point
furpris.C'eſt un effet de l'avantage
qu'elle a d'eſtre née d'un Pere
qui a vécu d'autant plus en Saint,
qu'on n'a ſceu qu'apres ſa mort
toutes les auſteritez qu'il faiſoir.
On doit à la pieté de cette Princeſſe
un Livre qu'elle a fait faire,
& qu'on ſouhaitoit depuis longtemps.
C'eſt l'Office de la Vierge
ſans renvoy , qui ſe vend chez
le Sieur Dezalier , Ruë Saint Jac.
ques. Si pendant le temps de penitence
& de jeûne , la devotion
a eſté grande à la Cour , elle l'a
auſſi eſté beaucoup à Paris. Les
meſmes Predicateurs que Sa Majeſté
182 MERCURE
4
jeſté a entendus , y ont remply
les plus importantes Chaires , &
preſché avec éloquence , zele
& ſuccés. Le Pere Bourdaloüe
fur tout a eſté extraordinairement
ſuivy à Saint Germain de
Lauxerrois. Une affluence incroyable
de Perſonnes de la premiere
qualité , compoſoit tous les
jours ſon auditoire ; & Monfieur
Colbert n'a pas manqué un de
ſes Sermons , lors qu'il eſt venu
icy ,& qu'il a pû derober une
heure à ſes grandes occupations.
pour l'aller entendre. Apres vous
avoir parlé des Predicateurs conſommez
, je puis vous dire qu'entre
les nouveaux, Monfieur Savary
, jeune Chanoine de S. Maur,
qui a prêché tous les Dimanches
de Careſme à S.Thomas du Louvre,
s'eſt fort diftingué. Pluſieurs
Connoiffeurs ,tres- capables d'en
juger,
GALANT. 183
F
e
To
형
Col
en
juger, l'ont entendu pluſieurs fois
avec plaiſir, & ils diſent tous , que
s'il continuë de la maniere qu'il
acommencé, ils ne doutent point
qu'il ne tienne un jour ſa place
parmy les Predicateurs du premierrang.
Le Mardy 8. de ce mois,Monſieur
le Comte de Gacey-Matignon
épouſa Mademoiselle Berthelot
, ſeconde & derniere Fille
de Monfieur Berthelot, Secretaire
des Commandemens de Madame
la Dauphine. La ceremonie
du Mariage ſe fit à SaintEuſtache
, en preſence de plufieurs
Perſonnes de la premiere qualité
, qui s'eſtoient renduës chez
Monfieur Berthelot ſur les neuf
va
au
cht heures du ſoir. Ily eut deux Tables
de quatorze Couverts mageur
nifiquement ſervies. Apres que
l'on cut ſoupé d'en ,toute l'Aſſemblée
alla
184 MERCURE
alla à l'Egliſe, d'où il n'y eut que
les plus proches Parens des Mariez
, qui revinrent avec eux. Ce
Mariage a eſté honoré des vifites
de Princes & Princeſſes du
Sang,grands Seigneurs du Royau.
me, &de tous les Miniſtres .
Mr le Comte de Gacey eſt Fre.
re de Mr le Comte de Matignon,
& de Mr le Comte de Torigny,
l'un Lieutenant de Roy en Normandie
, & l'autre receu en furvivance.
Il eſt fort bien fait de ſa
perſonne, âgé de trente à trentedeux
ans, d'une phyſionomie qui
marque autant la nobleſſe de ſon
Sang, que la douceur de fes inclinations.
Je vous ay parlé de ſa
bravoure &de ce qu'il fit enCandie,
lors que je vous ay appris le
Mariage de Mr le Marquis de
Seignelay, avec Mademoiſelle de
Matignon ſa Niece.
Ma
GALANT. 185
لا
100
cli
ar
S
Ma
-Mademoiselle Berthelot , aujourd'huy
Madame la Comteſſe
de Gacey, eſt une brune de ſeize
àdix- sept ans, d'une grande taille,
& tres-bien faite. Il eſt aiſé de
jugerde ſes bonnes qualitez , puis
qu'elle a eſté élevée avec de
grands foins par Madame Berthelot
ſa Mere , dont la pieté & la
vertu ſont également connuës.
MrBerthelot ſon Pere eſt une
Perſonne d'un mérite fingulier,
d'un eſprit univerſel , infatigable
dans le travail , & prudent dans
l'execution de ſes deſſeins . Il s'eſt
rendu recommandable dans toutes
les Affaires dont il a eſté chargé
en pluſieurs occafions pour le
fervicedu Roy , tant dans les Finances
, que dans les Armées. Il
s'eſt acquis l'eſtime des Miniſtres,
& l'amitié de toute la Cour;& Sa
Majesté qui ne fait jamais de
choix
186 MERCURE
choix qu'avec une distinction délicate,
l'a agreé depuis un moisdas
laCharge que je vous ay marquée
de Secretaire des Commandemens
de Madame la Dauphine .
LaMaiſon de Matignon eſt originaire
de Bretagne , où ceux qui
en sõt fortis ont paru d'abord ſous
lenom illustre de Goïon . Elle est
ſi noble & fi anciene, que les Annales
de cette Province qui en
font voir la grandeur , n'en rapportent
point le commencement.
Elles produiſent dans le dixiéme
Siècle le fameux Goïon, qui leva
àſes frais une Armée Navale , &
qui apres avoir chaffé de la Bretagne
les Peuples du Nort qui
s'en eſtoient emparez , rétablit le
Duc fon Souverain dans ſon Trône
, & affura ſur ſa teſte la Couronne
chancelante . Un autre du
meſme nom , fut un des princi
paux
GALANT. 187
paux Miniſtres du Traité qu'un
Ducde Bretagne fit pour ſa Rançon
avec le Roy de France,& en
- demeuragarand . Alain Goïon , fit
ſentir ſa valeur aux Anglois dans
pluſieurs défaites pour le ſervice
de Charles VII. qui l'honora de la
Charge de Grand-Ecuyer, & de
Grand-Chambellan. Le fameux
du Gueſclin, qui porta l'Epée de
■ Conneſtable avec tat d'honneur,
que quand il fut mort , l'Hiſtoire
remarque qu'il ne ſe trouva perſonne
qui oſaſt ſe juger digne de
la porter apres luy, eftoit Fils d'une
Bertranne de Goïon,qu'on appelloit
l'Héroïne de ſon temps.
Voila la ſource de l'illuſtre ſang
deMatignon.Guy & Joachim de
Matignon tous deux Chabellans,
& tous deux Lieutenans de Roy
en Normandie, y rendirent celebre
le nom de Goïon-Matignon
qu'ils
188 MERCURE
qu'ils y apporterent. Jacques de
Matignon , que ſesgrands ſervices
firent parvenir à la Chargede
Coloneldes Suiſſes, fut Pere d'un
autre Jacques la merveille de fon
ſiecle , qui ayant expoſe ſa vie à
mille dangers,& laiffe couvrir fon
corps d'un nombre infinydebleffures
ſous le Regne de ſix Roys,
mérita la gloirede ſe voir Conſeiller
d'Etat, Lieutenant de Roy
en Normandie & en Guyenne,
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres de Sa Majesté , &
Conneſtable par Commiffion au
Sacre de Henry le Grand , & en
la cerémonie de ſon Couronnement.
Il eut deux Fils, tous deux
Lieutenans Generaux en Normandie
. Le premier mourut au
Siege de Dijon , un peu apres
qu'il eut eſté honoré du Brevet
d'Amiralde France; l'autre fut fait
Che
GALANT. 189
Chevalier des Ordres du Roy, &
ſe rendit digne parſes ſervices du
Brevet de Maréchal . La Charge
deLieutenat General pour le Roy
en Normandie,paſſade ce dernier
à Mr le Comte de Thorigny ſon
Fils aîné, qui eſtant mort quelque
temps apres , laiſſa ſon nom & fa
■ place à M. le Comte de Matignon
fon Frere , Pere de Monfieur le
Comte de Matignon d'aujourd'huy.
Je ne vous dis rien des
Alliances de ceux de cette Maiefon
avec celles de Bretagne , de
Rohan , de Dinan , de Rieux ,
& autres , dont le ſang s'eſt ſou-)
vent meflé à celuy de Goïon &
de de Matignon , en forte que leurs
N Anceſtres ont eu l'honneur d'af-
لا ſiſter au Mariage d'Anne deBretagne,
& de Charles V I I I. comet
me les plus proches Parens de
cette Reyne.
Che En
2
190
MERCURE
En attendantqueje puiſſe vous
donner de ſeûres nouvelles de
l'Eſcarboucle , je vous envoye ce
qui m'a eſté écrit d'Alais fur cette
matiere.
Cher Mereves.Lear
HerMercure. Fay appris par
les dernieres Lettres quevous
avez publiées , que le Païſan qu'on
dit avoir trouvé une Eſcarboucle
l'année derniere, perſiſte dans lede
Saveuqu'il en afait ; &comme c'est
un larcin qui regarde directement
SaMajesté , puis que cette Pierre
s'est trouvée dans fon Royaume, &
que d'ailleurs estant la plus prétieuse
&la plus estiméede toutes,
elle ne pouvoit de droit ny de bien-
Séance, appartenirqu'auplus grand
&plus illustre de tous les Monarques
, je crois que chacun doit travailler
à l'envy à rechercher la
preuve d'une ſi lâche&fi injuste
1
action .
GALAN T.
191
A
1
action. C'est par ce motifque je
vous envoye la Déclaration d'un
Témoin , dont il résulte qu'il s'est
dù trouver une Eſcarboucle l'année
derniere , qui estoit la quarante &
deuxième de ce Grand Prince , laquelle
année on trouvera avoiraccomply
le troisième âge de cetteviefi
glorieuse , si jusqu'à lafoixante&
dixième , qui est l'arrivée de ladécrepitude,
on compte chaque âgepar
le nombre de quatorze années, ainsi
que les Medecins comptent lepremier
âge aux Maſlesjusqu'à lapuberté.
C'estfans- doute de cettemanierequ'
a comptéceTémoin irréprochable
, qui a prédit cetteEscarboucle,
aussi bienque la Cometequia
commencé àparoître au mois de Decembre
, laquelle se montrant vers
l'Occident avec une figure courbe
du costé du Midy , s'alloit terminer
en s'augmentant toûjours du
costé
८
192
MERCURE
costédu Levant. Ce qu'il a dit encor
de la Famine dans le mesme endroit
, fe trouve auſſi justifié par
la grande sterilité causée par la
Sechereſſe de l'année derniere en
pluſicurs Provinces du Royaume, &
particulierement en Languedoc , on
elle fut fi extraordinaire , qu'on n'a
rien recueilly dans les Dioceses de
Beziers,Carcassonne, Narbonne , &
Agde. Il est vray que ce Païs a eu
Sujet de ſe conſoler , puis que ce
Grand Roy , quine manquajamais
d'amour ny de charité pourſes Sujets,
ayant esté informé de cette de-
Solation , a bien voulu foulager ces
quatre Dioceses de laſomme de deux
cens mille livres du Don gratuit
que luy ont fait les Etats de cette
Province das leur derniere Aßëblée.
Voila, à mon sentiment , cher Mercure
, ce qui ne permet pas de douter
de la verité de cette Pierre , non
plus
GALANT.
193
plus que du reste de cette Prédi
Etion, dont ily tantde Témoins; a
&vous aurez peine à n'y pas donner
une entiere foy , quand vous
Sçaurez que le grand MichelNo-
Stradamus est IAutheur de cette
Prophetie, que vous pourreztrouver
dans fa Centurie onzième ,
33am 27
xain Si vous
Sin'en
voulez pas
croire à l'Anonime Anonime d'Alais , qui
vous en envoie les propres termes.
Et
Celeste Feu du coſté d'Occident,
du Midy courir juſqu'au Levant
10
asdasinoM
)
Vers demy- morts fans point trou-
1-910
123
ver racine ,
e, à Mars le belli- Troiſieme âge ,
queux ,
Des Efcarboucles on verra briller
feux,
13900
Age, Efcarboucle , & à la fin Famine
Avril 1681.
I
194 MERCURE
AD
1
La Place de Premier Preſident
au Parlement de Mets eſtant demort
de
Mef-
2500
meurée vacante par la mort
M. de Bragelonne , Sa Majeſte a
fait choix,pour la remplit, de Met
fire Guillaume de Seve, Seigneur
de Chaſtillon le Roy , Maître des
Requeſtes .C'eſt un Hommed'un
merite consommée . Il a exercé
d'abord la Charge de Conſeiller
au Chaſtelet , puis celle deConfeiller
au Grand Confeil & agu
en ſuite les Intendances de Bordeaux
&de Montauban , ou fon
zele pour le ſervice du Roy a esté
toûjours accompagné de l'integrite
la plus exacte , Auffi peuton
dire que jamais perſonne ne
s'eſt acquis plus d'eſtime dans ces
importans Emplois. Il eſt Fils de
feu Alexandre de Seve , Seigneur
deChaftignonville&de Chaſtillon
le Roy , Maiſtre des Reque- 7
ftes,
GALANT. 195
1
1
of
ſtes , puis Conſeiller du Roy en
tous ſes Conſeils & en fon Confeil
Royal , Prevoſt des Marchands
pendant huit années , &
de Marie-Marguerite de Rocheichoüart,
Fille de Guy de Roche-
- choüart , Seigneur de Chaſtillon
le Roy , & de Loüife d'Etampes;
& Petit -Fils de Guillaume de Seve
, Seigneur de S. Julien , & de
Catherine Catin , qui deſcendoit
-de la Maiſon de Rochefort. Il a
deux Freres,l'un,Guyde Seve de
-Rochechoüart, Eveſque d'Arras,
Abbé de S.Michel en Tierrache;
&l'autre , Jean de Seve , Seigneur
-de Gomerville , Capitaine aux
Gardes . Sa Soeur eſtoit Claude-
Françoiſe de Seve , Femme de
Jean- Teſtu de Balincourt , Confeiller
au Grand Conſeil. Cette
Maifon a donné pluſieurs Conbfeilters
au Parlement , au Grand
I ij
196 MERCURE
€
Confeil , & autres Compagnies
Souveraines , des Maiſtres des
Requeſtes , un Premier Préſident
à la Courdes Aydes , &des
Lieutenans Generaux à Lyon.
Elle porte , Facé d'or & de fable
de fix pieces , à la Bordure componée
de meſme .
Madame de Seve , Femme de
ce nouveau Premier Préſident,
eſt Soeur de Nicolas le Clerc de
Leffeville , Préſident en la Cinquiéme
Chambre des Enqueſtes,
&Fille de Nicolas leClercde Lefſeville,
Seigneur de Thun,Maiſtre
des Comptes , & de Marie de Suramond
, Fille de Loüis de Suramond,
Présidentdes Treſoriersde
France enAuvergne,& de Marie
Chaſſebras de Montigny , venuë
• des Chaſſebras du Breau. Son
Grand- Pere s'appelloit auſſi Nicolasle
Clerc Il eſtoit Seigneur de
Leffe
4
:
GALANT. 197
6
Leſſeville, & Marquis des Maillebois,
Doyé des Maître des Compres
, & avoit épousé Catherine
le Boulanger , d'une Famille qui
a donné pluſieurs Maîtres des
Requeſtes , & un Préfident aux
Enqueſtes. Les Oncles de Madame
de Seve , furent Eustache le
Clerc de Leſſeville , Evefque de
Couſtance, Comte de Brioule , &
auparavant Aumônier du Roy,
Conſeiller Clerc au Parlement de
Paris,& Chanoine de Noftre-Dame;
Antoine le Clercde Leſſeville,
Marquis de Maillebois ; Pierre
le Clerc de Leſſeville ,Conſeiller
en la Premiere Chambre des Requeſte
du Palais ; & Charles le
Clerc de Leſſeville , Conſeiller au
Grand Conſeil. Sa Grande-Tante
, Marie le Clerc de Leſſeville
, épousa en 1975. Antoine le
Camus de Jambeville , Marquis
1
I iij
200 MERCURE
M. Taborda , Envoyé Extraordinaire
de Portugal.
Π
M. l'Abbé Laury ,Auditeur de
laNonciature.
M. l'Abbé Gondy, Envoyé de
Toscane
HOT
M.Spanhem, Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur de Brandebourg.
M-l'Abbé Rizzini , Envoyé de
Modene.
M. le
Vaba
Comte Bagliani, Envoyé
de Mantouë.
Mongeur l'Abbé Siri eſt Emle
Duc ployé de monfieur
Parmee wilds робим
de
Les grandes fortunes accommodent
fort; mais quand celle où
l'on fe trouve donne dequoy vivre
heureux ,, la prudence veut
qu'on n'aſpire à rien de plus. Ce
qui fuit fait voir àà quelle chûte
1
on
GALANT. 201
on s'expoſe , en voulant trop s'elever.
LA POULE
AUX OEUFS D'OR.
FABLES. 1
Ne Femme avoit une Poule,
luy
foit un Ocuf d'or.
Peu contente de ce tréſor,
Danssa teste un matin la Malheureufe
roule
Un moyen qu'elle crût des plus avan-
Pour faire pondre àſa Poule deux
tageux ,
Oeufs. 9.1
Qu'arriva- t- il de cette affaire?
Ellese trompa fort, & voussçaurez
comment.
AD Cette Femme Sans jugement .
пор
1 V
202 MERCURE
Crût , poury reüſſir, qu'il estoit neceßaire
Jovst
De donnerà la Poule à toute heure
manger.
Elle devint fi graße&sipesante,
Qu'elle en creva , La Femme eut
your treu d'enrager,
Et dit cent fois , pourquoy n'eſtois
jepas contente ?
Vous quivous plaignez hautement
D'un fort & juste&raisonnable,
Profitez bien de l'avertisement,
Qu'a voulu vous donner un Amy
charitable si alime
S
Je viens d'apprendre la mort
de Madame l'Abbeffe de Malmoüe,
arrivée le 8.de cemois. Elle
s'appelloit Marie- Eleonor de Rohan,&
eftoit Fille d'Hercule de
Rohan, Duc de Monbazon , Pair
&Grand- Veneur de France , &
deMariede Bretagne. Ceux qui
con
03
tu-
Ire
ele
D
re-
ACS
A
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&
Ai-1-
luy
Jus
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luy
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A
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20
C
D
2
E
GALANT.
203
C
LCARRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
bouicege
د
connoiſtront la grandeur & l'anlindulasila
tiquite de ce Nom illuftre , ſcauront
que c'eſt aſſez , pour rendre
la naiſſance de cette Princefferecommandable
, de dire qu'elle
eltoitfortied' une Mailon, qui prenant
ſa ſource des premiers Ducs
de Bretagne , a toujours continue
de mafle en mafle juſqu'à pre-
Tent. La La Nature l'avoit avantagee
toutes les graces du corps &
de l'eſprit ; mais Dieu quila defti-
* noita une fin bien plus élevée,tuy
en fit mepriſer l'eclat des fa
rendre jeunelle, luy ayane infpiré
"Pe deffein?de ſe conſacrer å
fous la Regle de S.Benoiſt. Apeine
eut . elle atteint l'âge de vingtdeux
aannss , que la réputation de ſa
vertu Tayant fait diftinguer des
autres Perſonnes de fa Profeffion ,
20
de
sboldsveb
r
plus
à luy
le Roy la choiſit pour eſtre Abbef-
Te du celebre Monastere de la
hobTri
103
204 MERCURE
Y
Trinite de Caën mais l'air fubtil
& maritime de ce Climat ne pouvant
s'accorder avec la foiblefle
de fa poitrine elle fut contrainte
de
911b
Abbayeve avec
Permuteron BAYONS
celle de Malnoüe , qui eſt d'un re-
00 2100
۱
venu beaucoup moins confiderable
, ayant voulu témoigner par là
que ce n'eſtoit pas le defir de devenir
plus riche ,mais la penſée de
prolonger davantage le tempsde
ſa penitence , qui l'avoit portée à
ce changement.Comme elle avoit
efté douée d'uunn efprit beaucoup
élevé au deſſus de celles de fon
Sexe , ſes occupations en furent
auſſi bien diferentes. Le Public a
lû & admire ce qu'elle aécrit fous
le nom de la Morale du Sage, fans
ſçavoir qu'il luy fuſt redevable de
ce tréfor , & fi ſes dernieres reflexions
ſur l'état où Dieu l'avoit appellée,
paroiſſent jamais au jour, on
ton
GALANT. 20
00
dt
Si
et
tombera peut- être d'accord, qu'il
eſt peu d'Ouvrages qui renferment
une auffi profonde connoiffance
des devoirs de la Vie Religieufe
, & autant de pureté & de
politeffe de langage
Madame l'Abbeffe de Caën,
qui eſt de la Maiſon de Vaucelles
de Cochefilet, Scoeur de feu M. le
Marquis de Vauvineux , Pere de
Madame la Princeſſe de Guimene
, n'eut pas plutoſt appris cette
mort , que pour marquer la reconnoiffance
qu'elle avoit à la mémoire
de cette Dame , de qui, en
pluſieurs occaſions, elle avoit receu
toute la protection poſſible,
elle ordonna un Service folemnel
, qui fut fait pour le repos de
2fon ame le r6. de ce mois M. Me-
-liand Intendant de la Province,
monfieur de Coigny Gouverneur
de la Ville& Citadelle de Caen ,
-
3807 &
296 :
MERCURE
& pluſieurs Perſonnes de qualité,
y aſſiſterent, ainſi que les Corps
&Communautez. Le Service fut
celebré avec les ceremonies accoûtumées
en de pareilles rencontres,
par les Dames Religieuſes
, qui font toutes Perſonnes de
qualité de la Province , & autres
lieux ; & en mefme temps ,
ditune infinite de Meſſes
dans l'Abbaye que dans les
tres Eglifes de la Ville &
Fauxbourgs,par l'ordre de madame
l'Abbeffe , qui fit
il fut
tant
PM
au-
M
des
fip en duire de
grandes aumônesta obr
LaVille de Troyes a aufli perdu
depuis quelques jours unHomme
-d'un mérite peu commun, &dyne
vie, entierement exemplaire.
Son nom eſtoit meſſire Nicolas
Deniſe, & fes qualitez ,Archidiacre
de Sezanne , Grand Vicaire
deMl'Eveſque de Mets, auparavant
GALANT. 207
om
en
tr
A
rel
st
0
vant GrandVicaire de M.l'Eveſ
que de Troyes, Chanoine de l'Eglife
de Troyes, Docteurde Sorbonne
, & Directeur d'un grand
nombre de Religieuſes. Ily avoit
peu de temps qu'il avoit quitté la
Charge d'Official,& il étoit preſt
àſe défaire de ſon Archidiaconat
en faveurde ſon Neveu, Chanoine
de lameſmeEglife, pour ſe re-
2ſerver la fimple qualité de Chanoine
lors que la mort l'a ſurpris.
Sa Pompe funebre a eſté fuivie
d'un nombre infiny de Gens qui
pleuroient leur Pere ; & qui par
-leurs larmes rendoient témoigna-
Jige de ſa charité & de ſa vertu. Il
poſſedoit merveilleusement le
Droit , eſtoit profond dans la
Théologie , conſommé dans les
Sciences , & fort verſe dans les
Affaires Eccleſiaſtiques. C'eſtice
qui estoit fi fort connu , qu'un de
nos
208 MERCURE
nos Papes renvoya par devant luy
une Affaire qui eſtoit pendante
enCour de Rome. Sa Famille eft
unedes plus confiderables de la
Ville , où ceux de fon nom ont
poffedé de tout temps les plus
belles Charges.
Ces Morts ont eſté ſuivies icy
de celle de Madame Fouquet,
-Veuve de monfieur Fouquet,que
-nous avons veu Surintendant des
Finances.Elle s'appelloit Marie de
•Maupeou , & eſtoit un exemple
inde vertu.Sa charité pour les Pau-
1vres alloit au dela de tout ce
- qu'on en peut dire. Elle les fai-
Ignoit dans leurs maladies,& avoit
beaucoup d'excellens Remedes
qu'elle leur donnoit pour rien.
Madame Maiſſat , Femme de
monsieur Maiſſat,qui a eſté Greffierdu
Conſeil Privé , eſt morte
• environ dans le meſime temps.Elle
2000 eftoit
GALANT.
209
لا
(
eſtoit Sooeur de M. Pétau Conſeiller
en la Seconde Chambre des
100
Requeſtes du Palais,& deMagdelaine
Petau , Veuve de Charles
Briçonnet de Glatigny , Prefident
au Parlement de Mets.
Je vvoous ay déja parlé de cette
Famille. Monfieur Maiffat a cu
un Fils de ſa premiere Femme,
Conſeiller en la Cinquiéme des
Enquestes .
Jay à vous apprendre une autre
mort arrivée dés le commencement
de ce mois. C'eſt cellede
Meſſire Jean Scarron , Marquis
d'Aury, Baron de Vaujour, Confeiller
en la Grand Chambre.
Cette Famille porte , d'azur à la
Bande crenelée d'or , & a donné
des Confeillers au Parlement de
Paris depuis pres de fix-vingtsans
fans aucune interruption. Jean
Scarron, fut reçeu le 18. Juin 1568 .
simiziol
Gil
210 MERCURE
Amoose 15
Gilles Scarron , Chanoine de l'E
gliſe de Rheims , fut fart Confeiller
le 26. Janvier 157 Jean
Scarron , le 3. Ayril 1597. Paul
Scarron, en Septembre 1598. Jean
Scarron , le 10. Fevrier 16
Pierre Scarron, le 22. Aouſt 1603 .
Pierre Scarron , en 1610. ( il eft
mort Eveſque de Grenoble ;
Jean Scarron, dont lay commen
ce de vous parler, le 21. Juin 1641
Mr. Voifin- Durand, Doyen
oble ) &
oyen de la
Secondedes Enqueſtes , eſtmonte
en ſa place àla Grand Chambre.
rang
M
Sur la fin du mois de Mars , la
Cour des Aydes perditdeux Perſonnes
de ſon Corps. M Roger ,
Procureur General de la feuë
ガラ
Reyne , reçeu Conſeiller le 28.
le Tellier , quatre jours apres . Ce
3
Juin 1631. mourut le 25. & Mr
dernier eſtoit Seigneur de Morfans
& de Doifcue age de
σέ
foixante
GALANT.M 2
0
foixante & huit ans, & avoit eſté
reçeu dans la Compagnie le 22.1
Janvier 1639.Son Fils eft Confeil - r
ler au Parlements & fa Fille, Magdelaine
le Tellier , elt Femme de
Germain- Christophe de Thume
ry , Seigneur de Boiſfije, Conſeiller
1 en la Cinquiéme des Enqueſtes.
On m'a fait connoiſtre que le
Pere de feu Mr le Duc de Bethune-
Charoſt n'eſtoit point Fils
de Maximilien de Bethune , Duαί
de Sully, comme je vous l'ay mar
qué dans ma Lettre du dernier
mois. Il eſt de cette meſme Maifon
, mais d'une autre Branche.
Jay pû me tromper , ne l'ayant
écrit que fur des Genealogies
imprimées. Si tout le monde ſe
retractoit comme moy , on fer
roit éclaircy de beaucoup de
fautes qui ſe trouvent dans les
Hiſtoires. Quant à la qua
lité
212 MERCURE
lité de Duc & Pair , dont je
vous ay dit qu'il fut honoré en
1651. quoy qu'il ne l'ait priſe
qu'en 1672. je me fuis fonde fur
ces termes, qui ſont dans les Lettres
de l'érection de la Ville de
Charoſt enDuché & Pairie ; Il
afçeu encor mériter la qualité de
Duc & Pair de France , que nous
luy aſſurâmes par nostre Brevet
du 3. Janvier 1651. On voit par
là qu'il a eſte nommé Duc & Pair
des l'année 1651. & meſme qu'il
en a cuun Brevet, quoy que l'Expédition
de ſes Lettres ait retardé
juſqu'en 1670
Voſtre Parent , que la curioſité
a fait partir pour l'Eſpagne , vous
dira à fon retour, ſi la Maiſon Royale
d'Aranjuez eſt telle que
cette Planche vous la repréſente.
Elle est à fept lieuës de Madrid ,
&le Roy y va ordinairement
paffer
GALANT . 213
€
paſſer un mois de Printemps toutes
les années. Les Poëtes dans
leurs Comédies en citent les Jardins
& les Fleurs comme d'un endroit
où Flore regne , accompagnée
de tous ſes Tréſor. La ſituation
en eſt tres-belle , & les
avenuës fort agreables. Un peu
apres que l'on a paffé la Riviere
de Xarama , qui en eſt à demylieuë,
on entre dans des grandes
Allées d'Ormes & de Tilleuls à
pertede veuë qui ſe traverſent,&
compoſent une Etoile . L'une de
ces Allées conduit ſur un Pont ,
conſtruit ſur le Tage, qui ſe joint
là aupres au Xarama. Philippe II.
ayant fait couper cette celebre Riviere,
pour la faire paffer tout autourde
fon Jardin ou de fon Parc ,
l'arendu par laune Ifle toute charmante.
Ce Jardin , beaucoup
plus grand que les Tuileries , eſt
traverſe
214
MERCURE
1
traverſé d'un tres-grand nombre
d'Allées trop étroites routes ,
mais pleines de quantité de Statuës
de bronze & de Fontaines,
dont les Baffins font de marbre ,
n'y en ayant guére où il n'y en ait
quatre ou cinq de manieres diférentes.
Je vous en feray la defcription,
en vous envoyant les Veuës
de ces fuperbes Fontaines. Le
deſſein de la Maiſon eſt comme
celuy de toutes celles d'Eſpagne
, qui eft de faire le plus qu'-
ils peuvent de petites Courts.
Celle - cy eſt de pierre & de brique,
& doit eſtre un Quarré
compofé de quatre Courts , fi
-il'on acheved'executer leDeſſein.
-La Chapelle eft faite en rond ,
& affez belle. Devant le Chateau
, on voit une grande Place ,
laquelle aboutiffent une infinite
d'Allées . C'eſt où l'on nourrit
les Chameaux du Roy .
GALANT Lif
2
Madame la Princeffe de Mar
fillac , Fille de Mr de Louvois ,
qui l'année derniere épouſa M.le
Prince de Marfilac , Fils de Mt
de la Rochefoucatio
le's Mar-
Rochefoucaut, Grand-
Maître de la Garderobe , eſt
accouchée d'un Garçon. Vous
Icavez qu'ils font fort jeunes l'un
l'autre , & que dans
fons illuftres , où l'on ſouhaite
des Fils par pluſieurs raiſons ,
c'eſt un grand fujet de joye d'en
avoir de fi bonne heure.
&1
Sa Majeſte ayant ſceu que Mr
Bordereau , l'un de ſes Valets de
Chambre , Prevoſt de l'ifle de
France , s'acquitoit fort digne-
'mentdes fonctions de ſa Charge,
l'a nommé par commiffion Prevoſt
General de la Franche Comté.
L'Employ eft tres beau , &
d'un fort bon revenu. Cela fait
dun fort bon
connoiſtre que quand avec beaucoup
2:6 MERCURE
C
demérite pour les choſes dont on
eſt capable de prendre le ſoin , on
a le bonheur d'eſtre connu de ce
grand Monarque , on n'a pas beſoin
de ſolliciter pour les obtenir.
L'Abbaye de Luc, qui eſt tresconſidérable
, a eſté donnée à
Me l'Abbé de Fenis , qu'une vie
fort exemplaire jointe à un mierite
des mieux établis rend depuis
longtemps recommandable. Il eſt
Frere de Mr le Commandeur de
Fénis , Gouverneur de Bouchain
dont je vous ay ſi ſouvent parlé
dans mes Lettres. Elles vous ont
fait connoiſtre ſa naiſſance , qui
eſt une des plus illuftres du Bas-
Limoſin , ſes actions ſes emplois ,
& ſes negotiations , tant pour
le Roy que pour le Grand-
Maître de Malte aupres de Sa
Majefte. राजे
1
Le Lundy 14. de ce Mois ,
M.
GALANT. 217
コ
Monfieur l'Abbé Fléchier de l'Académie
Françoiſe, fit le Panégyrique
de S. François de Paule
dans l'Egliſe des Minimes de la
Place Royale. Il s'en acquita ſelon
ſa coûtume avec une merveilleuſe
ſatisfactionde ſes Auditeurs,
dont le nombre eſtoit extraordinaire.
L'Hiſtoire de Theodofe ,
&pluſieurs autres Ouvrages qu'il
a donnez au Public , font fon
éloge avec des traits ſi brillans ,
qu'on n'y peut rien adjoûter.
Dans cette folemnité on regarda
fort le Parement du grand Autel.
C'eſtoit un Préſent que Madame
la Dauphine avoit fait aux Religieux
de cette Maiſon , par devotion
àleur Patriarche . Il eſt d'un
fort beau Brocard d'argent à
fleurs d'or friſé , avec des bandes
d'or & d'argent, auſquelles cette
Princeſſe a travaillé elle-meſme.
Avril 1681 . K
218 MERCURE
Les Armes qu'on voit deſſus &
aux deux Credences ſont auffibien
faites que riches .
Je vousmanday la derniere fois
que Monfieur l'Eveſque de Poitiers
, n'avoit pas ſi toſt ſenty les
accés de ſa fiévre diminuez , qu'il
alla luy meſme recevoir les abjurations
d'un tres-grand nombre
de Religionaires. Vous ſçavez
qu'il eſt Neveu de feu Mr de Péréfixe
, Précepteur du Roy , &
Archeveſque de Paris , & Fils du
fameux Monfieur de la Hoguete
qui a fait le Testament fidelle d'un
bon Pere à ses Enfans. Ce zelé
Prélat continuë ſes ſoins ſans aucun
relâche , pour tout ce qui
peutcontribuer à faciliterles con -
verſions. Monfieur Rabereul Doyen
de l'Egliſe de Poitiers , &
fon Grand Vicaire , accompagne
Monfieur de Marillac ,
IntenGALANT.
219
Intendant de la Province , qui
avec un zele qu'on ne sçauroit
exprimer , va dans tous les lieux
où il ſe croit neceſſaire pour l'avancement
dece grandOuvrage.
Le ſuccés en eſt ſi grand , que
depuis deux mois , on compte
plus de ſept mille Perſonnes de la
Religion Prétenduë Réformée
qui ontabjuré. Monfieur deMarillac
eſt Fils du Conſeiller d'Etat
de ce nom , Petit- Fils du Garde
des Sceaux , & Petit- Neveu du
Maréchal de Marillac. C'eſt un
parfaitement honneſte Homme ,
dont on ne peut trop eſtimer
la probité.
- Si cette vertu eſtoit generale,
l'Article qui fuit n'auroit point
de lieu . On peut marier des Gens
en dépit d'eux. L'autorité desParens
ſuffit pour cela quand on eft
fort jeune; mais que l'on maric
1
4. Kij
220 MERCURE
un Homme , non ſeulement en
dépit de luy , mais meſme
ſans luy , c'eſt un incident qui
n'a point d'exemple. J'ay cependant
à vous faire le détail d'un'
Mariage de cette nature. UnCavalier
s'eſtant mis fort jeune dans
les Mouſquetaires , cherchoit fa
bonne fortune , ainſi que font
beaucoup d'autres dans un pareil
âge. Il crut la trouver en liant
commerce avec une Dame dont
la beauté l'ébloüit ,& qui ſemontra
affez ſenſible aux douceurs
que ſa paffion luy fit debiter.
Elle estoit Femme d'un Homme
de qualité, mais qui n'ayant point
de bien , luy avoit donné bientoſt
ſujet de ſe dégouſter de luy.
Ainſi l'ayant laiſſe en Franche-
Comté , où il vivoit fort mal à
ſon aiſe , elle estoit venuë chercher
àParis une vie plus douce ,
& ceCavalier luy ayant paru fon
JGALANT. 2ΑΙ
fait, elle prit pour luy une tresfort
engagement. Il dura pluſieurs
années, quoy qu'interrompu fouvent
par de, longs voyages que
le Cavalier eſtoit obligé de faire
pourle ſervice du Roy. Je ne puis
vous dire juſqu'où alla le commerce.
Je ſçay ſeulement que la
Dame pouvant tout fur l'eſprit
du Cavalier, tira un Billet de luy ,
par lequel il promit de l'époufer
ſi ſon Mary venoit à mourir. La
condition de cette mort rendant
la promeſſe nulle , le Cavailer la
donna ſans peine.LaDamemême
luy dit en la recevant , qu'elle ne
l'avoit pas demandée pour s'en
ſervir , mais pour eſtre entierement
convaincuë de ſa tendreſſe,
par ſa complaiſance à faire une
choſe qu'elle ſouhaitoit. Cependant
les liaiſons qui ſe forment
par un amour violent n'eſtant
Kiij
1222 MERCURE
pas les plus durables , inſenſiblement
le Cavalier prit du dégouft
pour la Dame. La longueur de
T'habitude luy fit découvrir en
elle beaucoup de defauts qu'il
n'avoit point encor veus. Cette
connoiſſance rallentit ſa paffion.
Ilouvritlesyeux fur l'intéreſt qu'il
avoitde ſedégager,& apresquelques
legeres querelles dont on n'a
aucune peine à trouverl'occaſion
quand on la veut prendre, il ceſſa
d'eſtre affidu ,& rompit enfin entierement.
Quoy qu'il connuſt la
Dame capable d'employer dans
fes deſſeins toute forte d'artifices,
il ne put s'imaginer que ne devant
plus avoir aucune prétention fur
fon coeur, elle en duſt garder ſur
fa perſonne. Il y eut entr'eux
quelques procedures de Juſtice
foûtenuës avec aigreur pour des
intéreſts particuliers. La Dame
agit
GALANT.
223
agit meſme en vertu de la Promeſſe
qu'elle avoit tirée du Cavalier,
préſenta Requeſte pour faire
ordonner qu'il l'épouſeroit,& afin
de ne point trouver d'obstacle à
fon entrepriſe , elle produiſit un
Extrait mortuaire quifaifoit connoiſtre
qu'elle estoit Veuve , &
que ſon Mary avoit eſté enterré
à Chambery. Le Cavalier fit ſes
diligences pour prouver en temps
&lieu la fauſſeté de l'extrait , &
ſe defendit de la pourſuite. Il fut
quelque temps abfent , & laDame
n'euſt pas plûtoſt appris ſon
retour,qu'en ſuppoſant millechoſes
qu'elle colora avec adreſſe ,
elle fit croire que le Cavalier demandoit
à l'épouſer, & obtint,non
ſeulement la diſpenſe des trois
Bans , mais encor , permiſſion de
ſe marier où les deux Parties voudroient.
Elle n'en fut pas fi- tolt
Kijij
224 MERCURE
ſaiſie, qu'elle réſolut de s'en ſervir.
Pour cela , elle pratiqua un de ces
Gés qui font leurs affaires aumeſtier
de Fourbe,&apres l'avoir inſtruit
pour luy faire faire le perſonage
duCavalier,elle le mena àun
Village des environs de Paris, où
le Curé , facile à tromper à cauſe
de ſon grand âge , ne fit aucune
façonde les marier publiquement,
elle ſous fon nom ,& le Fourbe
ſous celuy du Cavalier. Cela ſe
fit le 5. Juin 1677. Comme elle
craignit que ſon ſilence ne luy
portaſt préjudice , elle proteſta
dés le lendemain par devant Notaires
, que quoy que le Cavalier
l'euſt épousée, il lempéchoit par
force de prendre la qualité de ſa
Femme. Toute cette intrigue
demeura cachée , & il ſe paſſa
deux ans ſans que le Cavalier en
découvrit rien. La Dame eſperoit
τοû
GALANT..
225
toûjours qu'il renoüeroit avec elle
&alors , comme on ne ſçavoit ce
que ſonMary eſtoit devenu , ce
renoüement de commerce auroit
pû paſſer pour une approbation
du Mariage. Soit qu'elle ſe teuſt
dans cette veuë, foit que quelque
autre raiſon luy fift garder le ſecret
, les choſes peut- eſtre ſeroient
encor dans ce meſme état,
ſi enfin le Fourbe n'euſt pas dit
luy meſme que le Cavalier eſtoit
marié . Celuy à quiil fit cette confidence,
luydemanda en quel lieu
le Mariage avoit eſté fait, & n'eut
pas plûtoſt appris le nom du Village
, qu'eſtantdes Amis du Cava
lier , il courut d'en avertir. Jugez
de la ſurpriſe d'un Homme qui
ſe trouva marié fans qu'il en ſceuſt
rien.ll forma fa Plaintelalla au Village,
dont il eftoit queſtion ,& s'y
préſenta un jour deDimanche au
K V
226 MERCURE
fortir de la grand' Meſſe , afin
qu'on puſt voir ſi c'eſtoit luy qui
euſt contracté le Mariage. Quoy
qu'aucun Témoin ne le reconnuſt
, ce qu'ils diſoient n'eſtoit
qu'un fait négatif, qui en Juſtice
ne produiſoit point l'entiere
conviction de la fauſſeté. Ainfi
il ſe vit contraint de pouffer
l'affaire . On empriſonna la Dame
; & le Fourbe qui avoit donné
la premiere connoiffance du
Mariage fut cherché par tout. Il
ſe ſauva à Moulins , paſſa de là à
Lyon , & fa fuite ayant fait voir
qu'il eſtoit coupable , il fut enfin
arreſté . On n'eut plus de peine
apres cela à déveloper le noeudde
l'intrigue. Le Curé & les Témoins
le reconnurent pour celuy qui
avoit joüé le rôle d'Epoux dans
cettePiece ; & tout ce qui avoit
précedé la derniere Scene ayant
elte
GALANT.
227
eſté éclaircy,le Parlementdéclara
le Mariage faux,& fauffement-fabriqué.
L'Affaire eſt ſi peu croyable
, qu'elle paſſeroit pour fiction ,
fil'Arreſt donné ne la rendoit pas
publique. Elle fut jugée le 19. de
l'autre Mois,les Chambres affemblées
, & M. Daurat eſtant Rapporteur
.
Leurs Majeftez ont paſſe huit
jours dans la ſuperbe& délicieuſe
maiſon de S.Clou,dont Son Alteſſe
Royale a fait les honneurs d'un
air,qui a charmétous ceux qui en
onteſtétémoins.Son accuëil a eſté
obligeant pour tout le monde , ſes
manieres toutes engageantes , &
perſonne n'a ſuivy la Cour dans
ce beau Lieu , qui n'ait eſté enchanté
des honneſtetez de ce
grand Prince.Ce terme,quoy que
tres- fort,exprime encor imparfaitement
l'effet qu'elles ont produit
dans
228 MERCURE
.
dans tous les coeurs. Non ſeulement
il n'a oublié aucune choſe
pour les differens plaiſirs quepouvoit
attendre la Maiſon Royale,
mais il eſt,pour ainſi dire ,décendu
du haut de ſa grandeur pour recevoir
avec des bontez dignes de
luy , toutes les Perſonnes diſtinguées
par leur merite , & par leur
naiſſance. Il a luy meſme donné
ordre à tout , & ayant eu foin de
faire que chacun fuſt bien logé, il
n'a retenu pour luy qu'un Apartement,
qui ne luy auroit pas eſté deſtiné
ailleurs que dans un Lieu
qui luy appartient.Le Roy,accompagné
de toute la Cour , y arriva
le 15.du Moisentre quatre & cinq
heures du foir. Les Compagnies
deſtinées pour laGarde deSa Ma
jeſté , eſtoient déja dans leurs poſtes
, dont les Trompettes & les
Timbales tenoientle plus avacé.
Mon
GALANT.
229
Monfieur & Madame reçeurent
le Roy ,la Reyne, Monſeigneur le
Dauphin,& Madame la Dauphine,
au bas de l'Eſcalier, à la deſcente
de leur Carroſſe. Les Violons &
les Hautbois eſtoient au haut de
cet Eſcalier. Leurs Majeſtez , fuivies
de toute la Cour,traverſerent
d'abord la Salle des Gardes,paſſerent
enſuite dans une Antichambre,
puis dans un petit Cabinet qui
ſeparoit l'Apartement du Roy
d'avec celuy de la Reyne. On entra
apres cela dans l'Antichambre
de cette Princeſſe , qu'on trouva
tres - magnifique. Les Meubles
étoient de Brocard d'or & de Velours
violet , la Tapiſſerie tres - riche
,& toute rehauffée d'or. Elle
eſt faite fur les deſſeins de M.Nocret
, Valet de Chambre de Monfieur,&
fon Premier Peintre;& les
Amadis de Gaule en ont fourny le
ſujet
:
230 MERCURE
ſujet. De cette Antichambre , on
paſſa dans la Chambre de la Reyne.
La Tapiſſerie s'y fit d'abord remarquer
par ſa beauté.Elle repreſente
la Bataille d'Alexandre &de
Darius. Vous ſçavez que les Defſeins
fontdu fameux M.le Brun.Je
vous entretins l'année derniere de
chaque Piece en particulier,quãd
le Roy les fit graver , & qu'on en
donna des Estampes au Public.
C'eſt où se trouve cet admirable
morceau dela Mere& de la Femme
de Darius,qui implorent laclémenced'Alexandre
en l'admirant .
Peut- eſtre n'a- t- on jamais veu
enſemble tant de diferentes & fi
fortes expreffions.Cette belle Tapiſſerie
eſtoit accompagnée d'un
Ameublement de Broderie d'or à
fond violet , dont le Lit , auquel
Monfieur a fait travailler pendant
pluſieurs années,eſt eſtimé trentecinq
GALANT. 231
cinq mille écus .On alla de là,dans
un grand Cabinet appellé la Salle
des Audiances. Il ſembloit qu'apres
ce que l'on venoit de voir,on
ne pouvoit plus entrer dans aucun
Lieu , qui duſt arreſter les
yeux. Cependant ce Cabinet parut
tres-fuperbement meublé , &
diſputa de magnificence avec
tout ce qu'on avoit veu. Ce n'eſtoient
qu'Ouvrages d'argenterie
de toutes manieres.Ce qui eſt ordinairement
de bois aux Sieges,
Tables , & Fauteüils , eſtoit d'argent,&
on voyoit une tres-belle
Broderied'or,qui relevoit tous les
Meubles juſques aux Portieres.
M.leBegue,celebre Organiſte de
Sa Majesté,touchoit en ce Lieu un
Cabinet d'Orgues d'une invention
particuliere;& le plaiſir qu'on
eurde l'entendre,y arreſtala Cour
quelque temps. Apres cet agreable
232
MERCURE
ble divertiſſement, on entra dans
le Sallon qui repreſente les Amours
de Mars & de Vénus , &
qui a eſté peint par M.Mignard.Il
me ſouvient que je vous en ay
promis la deſcription , que vous
m'avez demandée apres avoir veu
celle de la Galerie. L'application
qu'il faut pour vous la donner
exacte, a beſoin d'un temps que je
n'ay pû encor ménager. Il n'y eut
perſonne qui n'admiraſt ceSallon.
Chacun donna des loüanges à ce
qui eſtoit le plus de ſon gouft ; &
Leurs Majeſtez paſſerent en ſuite
dans la Galerie,au boutde laquelle
on trouva la Symphonie ordinaire
de Monfieur. Elle eft compoſée
d'un Claveſſin , d'un Deſſus
de Viole,& d'un Luth ;le premier
touché par le St Baltafar , l'autre
par le St Garnier,& le Luth par le
Sieur Jaqueſon. Cette Symphonie
ayant
GALANT . 233
1
ayant ceſſé , chacun alla voir ſon
Appartement. Outre celuy de la
Reyne,où le Roydevoit coucher,
Sa Majesté avoit encor une
Chambre , & un Cabinet où Elle
tenoit Confeil.De l'autre coſté qui
fait face à l'Apartement du Roy
& de la Reyne , eſtoient ceux de
Monſeigneur le Dauphin , & de
Madame la Dauphine , tres - fubement
meublez. Ils font dans
l'ancien Baſtiment , & reprefentent
l'Alliance de Monfieur, avec
feuë Madame.Feu M. Nocret les a
peints. On prit un peu de repos,
apres quoy Leurs Majeſtez étant
montées en Calêche,allerent dans
les Jardins & y admireret la beauté
des Eaux. Il y eut Comedie le
foir fur un fuperbe Theatre , que
Monfieur avoit fait rehauffer d'or .
On y répreſenta Zaïde Princeſſe
de Grenade,& les Prétieufes ridicu
les.
234
MERCURE
les. Le Roy n'a vû aucune des
Pieces qui ont diverty la Cour,
Sa Majeſte ayant toûjours pris le
foin des Affaires de ſon Etat à fon
ordinaire , & ayant tous les jours
tenu Conſeil de la maniere qu Elle
a accoûtumé de le tenir quand
Elle est à S.Germain.Il ya eu tous
les jours Bal ou Comédie. Outre
lesdeux que je viens de nommer,
ony a repreſenté l' Iphigénie de M.
Racine,Tréſorier de Francejavec
la Comteffe d'Escarbagnas de feu
M. Moliere ; le Dom Bertrand de
Sigaral,de M.de Corneille le jeune
; & les furiers, par les Italiens.
Le nouveau Sallon ſervit ſeulement
pour le premier Bal. Le jour
que l'on arriva , le Roy fit l'honneur
aux Dames de les faire manger
avec luy. Les Violons , & les
Hautbois , joüerent pendant tout
le temps que l'on demeura à table.
GALANT.
235
ble. Apres le Soupé on alla dans
la Galerie ,où il y eutConcertjufquesau
coucher. Le lendemain,
on courut le Cerf Le Roy qui ſe
plaift aux Exercices du corps , &
qui par là ſe veut toûjours tenir
preſt à ſuporter les fatigues de la
guerre , a eſté pluſieurs fois à la
Chaſſe, tantoſt à Versailles,& tantoſt
dans la Plaine de S.Denis, &
la vigueur,&l'adreſſe de ce grand
Monarque y ont toûjours éclaté.
En arrivant à S.Cloud,il congedia
toute la Muſique,& voulut entendre
celledeMonſeigneur leDauphin
juſqu'à fon retour à S. Germain.
Elle a tousles jours chanté
àlaMeſſe des Motets de M.Charpentier,&
Sa Majeſté n'en a point
voulu entendre d'autres , quoy
qu'on luy en euſt propoſé. Il y a
deux ans qu'on en chante devant
Monſeigneur le Dauphin. Les
Vio
236 MERCURE
Violons ſe ſont toûjours fait entendre
au dîner, où l'affluence des
Perſonnes venues de Paris pour
voir le Roy a eſté ſi grande , qu'à
peine ce Prince pouvoit- il paffer
pour ſe mettre à table. M. le Duc
de Chartres qui estoit demeuré
au Palais Royal, pour étudier , &
dont les progrés dans l'étude font
fi grands qu'ils font à peine croyables
, vint à S. Cloud falüer Leurs
Majeſtez . Il parla au Roy avec
tant d'eſprit , & les réponſes qu'il
fit ſans reſver un ſeul moment,
furent ſi pleines de vivacité , que
Sa Majeſté en fut ſurpriſe , & dit
hautement qu'à fon âge elles tenoient
du prodige. La Cour ſe
trouvant alors fort groffe , toutes
les Tables de la Maiſon Royale
ſe ſont tenuës àl'ordinaire . Celles
de la maiſon de Monfieur étoient
magnifiques , & les grands Offi
ciers
GALANT.
237
ciers de ce Prince en ont admirablement
bien fait les honneurs.
Celle de M.le Chevalier de Lor- >
raine a eſtétres-bien ſervie,& M.
de Strasbourg en a auffi tenu une.
La Comedie, le Bal,la Symphonie,
& les Promenades,ne ſont pas les
ſeuls plaiſirs que l'on ait pris à
S.Cloud, on s'eſt encor diverty au
Mail,& Monſeigneur le Dauphin
y a joüé pluſieurs fois. Pendant
tout le ſejour qu'on a fait dans
cette belle Maiſon,le temps a eſté
le plus beau du monde , & il femble
que le Roy , que le bonheur
ſuit par tout,y avoitmené les plus
beaux jours du Printemps. Ce
Prince partit le 23. & en partit ſi
content,qu'il témoigna eſtre preſt :
d'y retourner , quand Monfieur
voudroit. Ce peu de paroles dit
tout , & ce n'eſt point à moyde
parler apres un ſi grand Monarque.
Plu
238 MERCURE
Pluſieurs Perſonnes ont trouvé,
à l'ordinaire , les vrais Mots des
deux Enigmes. Celuy de la pre- )
miere,eſt le dernier de ces quatre
Vers de M. Frolant , Avocat au
Parlement de Normandie.
Sicen'estpas eftre Sorcier ,
C'est quelque chose au moins qu'il
faut que l'on admire ,
De faire voirsur le Papier
Cequi n'estfait quefur laCire.
Cemeſme Mot a eſté trouvé par
meſſieurs le Marquis de Graffamant,
de Troyes ; Du Moulin, de
laRue S.Denis;De Beaulieu,de la
ruë de la Harpe ; Tamiriſte , de la
ruë de la Ceriſaye: (lesdeux premiers
en Vers:) & par Mademoifelle
C.B. de Chartres : les Aimables
de la Sencerie de Dreux : &
Diane de la Poſte àRoüen. On a
auffi
GALAN T.
239
auſſi expliqué cette Enigme fur
l'Histoire.
La ſeconde a donné lieu à ce
Madrigal de monfieur de S.Placide,
du Cloiſtre S.Germain de Lauxerrois
.
MErcure,leDieudu
Caquet,
Ou pour mieux en parler, le Dieu de
l'Eloquence ,
Veut contrefaire leMuet ,
Mais on le connoit trop en France.
Dumoins pourmoy c'est bien en vain
Qu'ilporte une Cloche enfamain.
* Ceux qui ont expliqué la mefme
Enigme dans ſon vray ſens ,
font Meſſieurs Francia,de Roüen :
du Fay, de Vernon : Maillet , de
Paſſy lez Paris : Du Boulvart Anglois
: Le Philoſophe inconſtant :
( ces trois derniers en Vers :)
An
240 MERCURE
Angelique , de la ruë de l'Obſervance
: & l'Aînée des Aimables
de la Sencerie de Dreux. L'Echo,
laTrompete , & le Tambour , font
d'autres Mots qu'on a appliquez
à cetteEnigme.
Voicy les Noms de ceux qui
ont trouvé le vray ſens de l'une
&de l'autre. Meſſieurs Gardien,
Secretaire du Roy:De la Ville aux
Butes. Davinas Greffier en chef
de la marine : Le Boſcatier de
Toulon : D. Laurent Raguienne ,
Prieurde Bethune: Hourlier,St de
Valemont,Gentilhomme ordinaire
chez Monfieur : Ferrot,Préſident
au Grenier à Sel de S.Quentin
: De Grafiniere, Commiſſaire
d'Artillerie : Des Eſſars d'Alençon,
de Morlaix , Chaſtelain , de
la Parroiſſe de la Magdelaine:Du
Tey de Franqueville, de Roüen:
De S. Victor le Fils : De L. F. de
Mara
GALANT.
241
Maradac , Avocat en Parlement:
Samſon,d'Abbeville: Blanchard,
deChaſteauroux : De Plémont,
dela Forest de Lyons en Normandie:
Le Chevalier de Coſtres, de
Tours: Regnier de S. Martial:
Go Nazart , des Incurables : De
Namptier L. Preſtre, Curé Cardinal
de Suffies : Malpoy , Tréſorier
de France à Dijon : Le Prieur
de Chenevieres fur la Marne:
Potin, de la Ruë Clocheperſe:
Jarres, de Paris : L.Serrant, Curé
de Nogent le Roy : La Serrant,
Preſtre du Clergé de la meſime
Villere Peyre Doyent à Roye :
Pillon , de Moüy en Beauvoiſis:
Le Breſt , dela ruë Montmartre :
Le Tourneur Coullange :Giprard:
Rouffelet: Huet: L'Amant
fidelle & malheureux : L'Amant
embaraffé Le Poëte du Pied
de Boeuf : De Gizeux , du Païs
Avril 1681 . L
242 MERCURE
d'Anjou : LeHot,Avocatau Bailliage
& Siege Préfidial de Caën :
Le veritable Témiche : Mériandre
: Le Gras malgré luy : Le
Sincere Herminius : Angélique,
de la rue de la Harpe ::Mélife,
Nymphe de difle de Badra à
Vennes: La demie Padille : La
Coquete en apparence : L'A
mante par converſation : La
Nymphe folitaire : La Spirituelle
ſans vanité : Sylvie , du Havre
: La Belle Famille de la ruë
S. Julien des Menestriers
Belle Blondine de Laigle La
Belle & Inflexible Ragote, de
S.Julien en Normandie : Les trois
Pucelles d'Irlande. En Vers ,
Meffieurs Dargent , Commisde
l'Extraordinaire des Guerres : Le
Febvre, de Roüen : Rault, de la
meſme Ville : De Cordoy , pres
de Falaiſe L. F. V. de Morlaix:
La
1801 Bou
GALANT.
243
L.Bouchet , ancien Curé de Nogent
leRoy : Baudoüin , de Lyfieux
: La Tronche , de Roüen:
De la Mare-Chefnevarin , de la
mefme Ville: Le Chevalier Blonde
: LeRat du Parnaffe : L'Inconnu
d'Argenton - Chaſteau :
L'Indiferent du Havre de Grace
: E. Foyneau , Sous-Chantre
dela Cathédrale de Vennes:Autier
le cadet , Toulouſain :Il Si
gnorede Caſa Cremata : F.H....
duMeſnil,de Chambrais en Normandie
C. Hutuge d'Orleans,
demeurant à Mets : Le P.de la
Blanchardiere I.: Le Blanc-Boucher,
de la ruë Simon le Franc:
De la Ruffole : G. H. E. Scot
Chamnois : De la Croix de Beauregard,
de Tours , Madame De
vories : L'Amant Chaſſe de Poitiers
: Floridor , de la petite Ville
du Havre : L'Olivier des Cho
Lij
244
MERCURE
lets: K.P. Le Nouveau Solitaire
de Bouret à Morlaix : Le Berger
de Frufſart pres Vennes : Le Soleil
du Quartier S. Mederic :
L'Albaniſte de Roüen : D. M. de
Chaumont en Baffigny : Le So
litaire de S. Geniez : Le Nouveau
Bourgeois de la Rochelle:
L'Amy fans feintiſe de Rennes:
Alcidor du Havre de Grace : Le
Laurier d'Abbeville : L'Oracle
de Goneffe: La Fille aux grandes
Avantures : & les deux Camarades
d'Ecole du Jardin de
France.
Monfieurde la Mare- Cheſnevarin
eſt Autheur de la premiere
des deux nouvelles Enigmes que
je vous envoye. L'autre eſt de
monfieur Bayle de Lyon.
ENIGME
GALANT.
245
ENIGME.
Ncore que je fois du Genre
ENGféminin,
Ie rens pourtant service au Sexe
masculin ;
3
Depuis un certain temps j'ay vogué
dans la France.
Mon regne est en Hyver , mon nom
vient d'un Marquis.
Iefuis affezſouvent de peu de con-
Sequence,
Mais auſſi quelquefois je suis d'un
tres-grandprix.
AUTRE ENIGME.
Ousſommes pluſieurs Soeurs, en
Nous
Egales de nom & d'employ ;
Et quoy que nous paſſions toûjours
pour inconstantes,
Chacun se fait honneur de nous
avoir chezfoy,
Liij
146
MERCURE
Nôtre conditionparoiftaffezſervile,
Puis qu'il nous faut partout porter
un lourd fardeau .
Pour furcroift de malheur , quand
nous allons en Ville,
L'on nous chargeſouventde quelque
faix nouveau ,
Et ce n'est qu'àcela que noussommes
utiles.
Fieres avec cet équipage,
Nous franchiſſons les plus grands
embarras ,
Et le plus hardi mesme aves tout
Son courage
En vain arreſteroit nos pas.
A
Nostre deſtin , quoy qu'un peu rigoureux
,
Seroit encore affezpaſſable ,
Si quelqu'une de nous , par un fort
déplorable ,
Ne faisoit quelquefois celuy des
Malheureux. Mon
)
GALANTA 247
Monfieur le Marquis de Chi
freville, d'une des meilleures Maifons
de Normandie , & Parent de
Meſſieurs les Marquis de Lange ,
du Pleffis- Chaſtillon , & de Nonan
, a épousé depuis peu Mademoiſelle
de Teſſe. C'eſt une claire
-brune, d'une taille avantageuſe,
qui a les cheveux noirs,la bouche
petite ,& beaucoup d'eſprit,
quoy que fort jeune. Je ne vous
dis rien de la Maiſon de Teffé:
Elle vous doit eſtre connuë, puis
qu'elle eſt la meſme que celle
de Froulay , dont je vous ayparlé
amplement dans quelqu'une
de mes Lettres . :
Monfieur Bignon , Fils du Confeiller
d'Etat de ce nom , que je
vous ay déja dit eſtre préſentement
Avocat du Roy au Chaftelet
, n'a eſté reçen à cette
Charge que leVendredy 18. de
Liiij
148 MERCURE
cemois. On ne peut douter qu'il
n'en faſſe les fonctions avec beau
coup d'éclat&de gloire,apresl'E.
loquence qu'il a fait paroiſtre en
plaidant diverſes Caufes tant au
Parlement qu'au Grand Confeil.
C'eſtun talent de Famille dont il
fe fait voir le digne Heritier.
8 La Place de Procureur General
au Parlement de Roüen ,
eſtant demeurée vacante par la
mortde Monfieur de Bernieresile
Roy, informé duzele & des longs
ſervices de Monfieur le Guerchois
fon Avocat General dans
le mefme Parlement , l'a choify
pour la remplir , avec des marques
de distinction qui luy font
tres-glorieufees . Sa Reception à
cette importante Charge a eſté
un fujet de joye pour tous ceux
de la Province , où il eſt treseſtimé.
Auſſi eſt-ce un Homme
d'un
GALANT.
249
d'un fort grand mérite. Il n'a
point fait d'actions d'éclat où
fon éloquence ne ne luy ait attiré
I'dmiration de ſes Auditeurs ,
qui font toujours venus l'écouter
en foule. Ses raiſonnemens
font forts & folides , & peu de
Perſonnes ſçavent parler avec
autant de juſteſſe . Feu Monfieur
le Guerchoisfſon Pere s'eſtoit acquis
une fort grande reputation
dans la meſme Charge d'Avocat
General qu'il a exercée juſqu'à
fa mort , & celuy dont je vous
parle la ſoûtient tres- dignement.
Cette Famille , tres - conſidérable
par elle - meſme , eſt originaire
de Languedoc , d'où elle
eſt venuë s'établir en Normandie.
Monfieur de Préfontaine eſt
devenu Premier Avocat General
par ce changement de Charge .
Il joint de grandes lumieres à
3
Ly
250
MERCURE
beaucoup de probité , & eſt tresexact
àbien s'acquiter de tous ſes
devoirs dans la Placequ'il occupe.
* Le Roy a donné à Mr de Chazeron
, Gouverneur de Breſt , la
Lieutenance Generale du Rouffillon.
Je vous ay ſouvent parlé
de luy pendant les dernieres
"Guerres, où il s'eſt fort fignalé.
Le ſecond Air que j'adjoufte
icy, vous fera connoiſtre le génie
de fon Auteur.
AIR
Ansle
NOUVEAU.
temps des frimats, des
Danges desglaçons,
Tircis ne fortoit plus hors de nostre
Village.
Sans ceffe il me juroit qu'il n'estoit
point volage,
{
Sans ceffe il careſſoit mon Chien&
mes Moutons ; (paroistre,
Mais dés qu'il a reveu la verdure
L'Infidelle , l'Ingrat , a quitté ces
Hameaux Il
GALANT
251
Il ne fait que courir de Troupeaux
en Troupeaия .
Helas ! que le Printemps n'est- il
encor à naître !
Si voſtre Amie , à quile deſſein
de ſe conſacrer à Dieu , a inſpiré
tant d'averſion pour les Airs pro
fanes , vient à Paris comme vous
le dites , elle pourra prendre des
Leçons pour regler ſa voix , fans
qu'elle renonce à ſes ſcrupules.
L'illustre Monfieur de Baffilly, qui
a compofé deux Livres d'Airs ſpirituels
, avec des ſeconds Cou
plets en diminutione s'eſt refolu
de les enſeigner chez luy , afin
que ces beaux Airs que l'on a
falſifiez ſous le titre de diferens
Autheurs , foient chantez par
ceux qui voudront les bien ſçavoir
, fuivant toutes les Regles
de ſon Traité de PArt de Chan
ter , imprimé il y a déja pluſieurs
années..
252 MERCURE
années. Il l'expliquera de point
en point aux Curieux , & leur
donnera les exemples neceſſaires
pour l'entiere intelligence de ces
Regles. Ainſi en un petit nombre
de Leçons , on ſçaura parfaitement
chanter toutes fortes
d'Airs , fur leſquels chacun pourra
appliquer les Préceptes , dont
il aura enſeigné l'uſage. Il demeure
Ruë S. Claude.
La Charge7de Secretaire du
Cabinet , que poſſedoit Mr Galant
, mort au commencement
de ce mois , a eſté donnée à Mr
le Marquis de S. Poüange , à qui
Sa Majesté a accordé dans le
meſme temps la permiffion de
vendre celle qu'il a de Secretaire
desCommandemensde la Reyne,
Cela fait voir l'eſtime particu
jiere dont ce Grand Prince l'honore
, puis qu'il l'approche par
là
GALANT.
253
làde ſa Perſonne. Monfieur Ga
lant paſſoit pour Hommed'eſprit,
qui ne manquoit pas d'érudition.
Il avoit épousé la VeuvedeMonſieur
Courchant , Preſident à
Mortier au Parlement de Mets.
C'eſt une Dame qui a beaucoup
de merite. Monfieur le Marquis
de S. Poüange luy donne cent
mille francs par ordre du Roy.
Il eſt mort depuis trois jours un
Preſident à Mortier dans le mefme
Parlement de Mets. Il s'appelloit
Meſſire Charles le Vayer , &
eſtoit Seigneur de Vanteüil& de
Sailly.
Je ne vous diray rien aujourd'huy
de Mr de Bruſac , Lieutenantdes
Gardes duCorps, qui eſt
mort ſubitement , me reſervant à
vous en parler quand je pourray
vous apprendre à qui le Roy auradonné
cette Place.
Une
254
MERCURE
Une mort ſubite nous a auffi
enlevé Monfieur le Camus du
Clos, Chevalier de S. Lazare , &
Controlleur General de l'Arcillerie.
Je vous ay parlé pluſieurs fois
de luy ,&de toute fa Famille...
L'Egliſe n'a pas eſté exempte
de pertes dans ce meſme temps.
Deux de ſes Prelats font morts.
L'un eſt Meſlire Jean Dolce , qui
depuis longtemps avoit la conduite
de l'Egliſe de Bayonne. Il
eſtoit Neveu de Bertrand de Se
baux , Premier Aumônier de
Louis XIII. Archeveſque de
Tours, Commandeur des Ordres
du Roy , & fut fait Evefque de
Bologne en 1633 transferé àAgde
en 1643. puis à Bayonne dans
la meſme année , ſans avoir pris
poffeffion d'Agde. Il portoit,d'argent
à trois Chevrons de gueules
, à une Etoile de cing rais
de
GALANT.
255
de meſme au franc - quartier.
L'autre Prelat qu'a perdu l'Egliſe
, eſt Monfieur Billiade Lavocat
, Eveſque de Bologne. II.
avoit eſté Chanoine de Noſtre-
Dame,&Grand- Vicaire de Mon.
fieur le Cardinal de Retz , & eftoit
Coufin germain de Monfieur
Lavocat Maiſtre des Requeſtes .
Il me reſte à vous parler de
Monfieur Perrault, Baron de Milly,
Chagny , Montmiral , & autres
Lieux , Conſeiller du Roy
en ſes Conſeils, & Preſident en
ſa Chambre des Comptes , qui
mourut icy le 29. de ce mois,
âgé de 77. ans. Vous ſçavez,Madame
, que c'eſtoit un des plus
riches Hommes de France , &
que la Fortune ne luy avoit rien
donné fans eſtre d'intelligence
avec la Justice ; mais vous ne
fçavez peut- eftre pas que ſa Famille
256 MERCURE
:
mille eſtoit déja illuſtre avant
l'éclat qu'il luy a preſté , & que
depuis Charles VI. juſqu'à Loüis,
LEGRAND , la Nobleſſe s'y eſt
perpetuée , fans aucun mélange
qui en ait pû corrompre la pureté.
Sa Genealogie en feroit
foy , fi la modeſtie de ſes Parens
, qui prouvent aflez leur
Nobleſſe par leur vertu , ne faifoit
gloire d'enſevelir ce qui feroit
fort à leur avantage. Quant
à fon merite , toute la France en
a parlé ſi haut , qu'il eſt en ſeûreté
contre les attaques de l'Envie
; & pour ce qui eſt de ſa fidelité
envers les Grands Princes
dont il eſtoit la Creature , on en
voit peu qui l'égale , & l'on n'en
ſçait point qui la furpaſſe. Feu
Monfieur le Prince en eſtoit fi
bien perfuadé, qu'il luy fit l'honneur
de le nommer Executeur
de
GALANT.
257
de fon Testament ; & fi cette
grace fut grande , la reconnoiffance
de Monfieur le Preſident
Perrault ne le fut pas moins. Il
fit faire au Coeur de ce Prince
un Mauſolée ſi ſuperbe qu'il attire
l'admiration des Etrangers,
&tranſmet chez toutes les Nations
voiſines le Nom de celuy
qui l'a fait conſtruire. C'eſt aux
Jeſuites de la Ruë Saint Antoine
qu'il eſt érigé. Monfieur Sarazin,
que tant de beaux Ouvrages ont
rendu fameux , regardoit celuylà
comme ſon Chef-d'oeuvre ; &
le Cavalier Bernin , pendant qu'il
eſtoit en France , avoua qu'il n'y
avoit rien de plus beau à Rome.
Cependant Monfieur le Prefident
Perrault ne s'eſt pas contenté
de confier ſa reconnoiſſance à
la durée du Bronze de ce magnifique
Monument. Il a fondé à
perpe
258
MERCURE
perpetuité un Service folemnel
qui ſe doit faire le premier de
Septembre , jour de la naiffan
ce de feu Monfieur le Prince,
pour le repos de l'ame de S.A.S.
& une Oraifon Funebre à fu
gloire , & à celle de fon au
gufte Maiſon. Pour cet effet , il
laiſſe par fon Teftament à la Maifon
Profeſle des Jefuites quarante
mille livres; & prie Monfieur
le Prince de trouver bon que
fon Treforier fe charge de fix
mille quatre cens livres , pour
en faire un Revenu de trois
cens vingt, qui ſeront employées
tous les ans à faire faire quatre
Bources de Jettons d'argent , à
raiſon de quatre - vingts livres
chacune. D'un coſte de ces Jet
tons feront les Armes de feu
Mr le Prince , avec cette Légen
de , Henricus Borbonius Princeps
Condeus ; & de l'autre , ce ſera un
GALANT. 259
Tombeau'à l'antique,d'où fortirõt
des Lauriers & des Branches de
Pierre qui l'embraſſeront , avec
cette Deviſe à l'entour , Etiam
post fatafidetis. Trois de ces Bources
feront diſtribuées à Meſſieurs
les Administrateurs de l'Hostel-
Dieu , que Mr le Préſident Perrault
prie d'aſſiſter à ce Service;&
l'autre ſera pour le Predicateur
qui pronocera l'Oraifon Funebre :
Et au cas que les Jeſuites manquét
deux années de ſuite à fatisfaire
auxClauſes de cette Fondation,
Mr le Préſident Perrault donne à
l'Hoſtel-Dieu les quarante mille
fracs qu'il leur a laiſlez Enfin,pour
étendre fa reconnoiffance envers
feu Monfieur le Prince juſques
fur ſa glorieuſe Poſterité , il prie
par ſon Teſtament S. A. S. Monfieur
le Duc,d'accepter Montmirail,
Auton,& laBazoche,trois Ba
ronnies
160 MERCURE
ronnies tres-confidérables dans la
Province du Perche, & qui valér
plus de vingt-cinq mille livres de
réte.Mr Girard, Seigneur du Thil,
Conſeiller au Parlement de Bourgogne,
& Neveu de Mr le Prefident
Perrault, eſt ſon unique Heritier.
Tous ceux quile conoiflent,
demeurent d'accord que fon mérite
eſt plus grand que la fortune,
& chacun applaudit à la justice
quiluy a eſté renduë,parce qu'il a
toutes lesqualitez qu'un honnef.
teHomme doit avoir.Le reſte du
Teſtament de Mr le Préſident
Perrault contient quantité de
Legs particuliers , fur tout , force
Legs pieux ; & comme il y a peu
de Convents qu'il n'ait affiſtez
pendant ſa vie , il y en a peu
auſſi qu'il ait oubliez à ſa mort.
Si vous voulez voir un Portrait
de luy entierement reſſemblant,
don
GALANT. 261
donnez- vous la peine de lire l'Epitaphe
ſuivante que je vous envoye.
Elle eſt de la plume de Mr
Bourfault , qu'il a honoré de fon
amitié, &dont il avoit fait men+
tion fur deux Testamens.
D
Ans lesMurs d'une Ville , où les
caux de la Saône
Semblent avoir regret d'aller joindre le
D'un
Rhône,
Sang qu'en
tant defois
divers
tempsonAven
Zelépoursa Patrie,&fidelleàſesRoys,
Naquit l'Esprit fécond en fublimes lum
* mieres,
QuidupieuxPaſſant implore lesprieres.
Amyde l'Equité,pour défedrefes droits
Il donnoit tous ſes ſoins à l'étude des
Loix,
Lors qu'un Prince fameux du Royal
Sangde France,
Dont les hautes Vertus égaloient la
Voulant de fon mérite estre l'auguste
Naissance,
appuy,
Pour
262 MERCURE
Pour regirfa Maiſon , jetta les yeux
La France dés longtemps en est affez
furluy.
Si le choix de ce Prince eut une heureu-
7
ſeſuite,
Minstruite 4
cechoix,
defois.
Si Perrault fut sensible àt'honneur de
Son Zele & fan respect l'ont dit affez
Enrichy des bienfaits de son genéreux
Maistre ,
Audelàdu trépas son zele ſcent paroîtr
Au Coeur de ce Héros , dont le fort fut
bean
Sa fidelle douleur fit construire un Tom
beau,
Où la délicateſſe &lamagnificence
Sont d'éternels témoins de fa reconnois-
Sance.
Ce Ministre éclairé , qui sçavoit tout
prévoir,
Nebornapas fon zele à ce pieux devoir;
Il faloit un Conſeil vigilant &fincere
A l'invincible Fils d'unfi vertueux Pere.
Quoy qu'il pût voir en paix fructifier
८
SonBien,
A
GALANT . 263 L
Au repos dece Prince il immola leſienz
Epouſa ſafortune, &propice, &cruelle,
Et la voyant changer ,ne changea point
comme elle ,
De ce Prince, adoré pourſa rare valeur,
On luy vit constamment partager le
malbaur
La Priſon & l'Exil dont on punit fon
zele ,
Nepûrent l'empeſcher d'eſtre toûjours
fidelle
Semblable à ce métal &fi pur & fi beau,
A qui lamoindre épreuve offre un éclar
८
Apres de longs travaux ,fa vertu plus
brillantes
Emporta la victoire , & revine triom-
N
Lereste de sesjours tranquile , indépendant
,
D'un Tribunal illustre, illustre Président ,
Il remplit avec gloire une si baura
Place,
Et n'y parut jamais que pour y faire
Grace.
Enfin en tant de Lieux où fon Nom
subs eftoir craintsmavunotoli
li Loin
264 MERCURE
Loin que d'une injustice on ſeſoit jamais
plaint ,
Le Pauvre , dont la bonte augmente le
martyre,
Que lamifere accable ,& qui n'ofe le
dire
Trouvoit dans sa tendreſſe un secours
Souverain,
Qui luysauvoit l'affront d'aller tendre
2 lamain. TA
Vom, qui pleurezfaperte, Ames reli.
Solitairesfacrez, Communautez pieuſes,
Soyez envers le Ciel , pour fléchirfon
courroux,
1
Charitables pour luy , comme il le fut
-userpour vous; studis dan
Joignez à la ferveur de vos faintes
- prieres की
Lesausteres Vertus qui vom ſontfamilieres.
Etvous,Dien Tout- puiſſant ,pour comblernossouhaits,
Accorde àfon améune éternellepaix.
I
Les beaux jours ayantparu, les
Modes ont commencé. Cependat
il
GALANT. 265
il eſt aſlez difficile d'en rien dire de
certain.Chacun fuit fon gouft ; &
ce qu'il y a de plus general , c'eſt
que les Femmes portent une tresgrande
quantité de Satins de la
Chine blanes. On en double des
Etofes or & argent,& alors on les
lizere d'un Cordonnet d'or.Quad
on en fait des Habits, on les double
d'Etofes rayées de petites Rayes
or & argét. On porte desEtofes
or &argent tres-magnifiques ,
&des Satins de la Chine blacs qui
en font remplis. Tous les Habits
qu'on fait àpréſent, font en Indie
ne ajustée.On voit beaucoupd'EL
tofes de foye faites ſur les deſſeins
des Etofes or & argent. On porte
encor des Grifetes cette année,
mais on en voit beaucoup plusde
foye que l'année derniere. Il y en
aquantité de rayées, & quelquestines
font rayées d'or. Les plus
Avril 1681 .
LYON
*!
266 MERCURE
belles ſe vendent chez Mr Charlier.
Les Tafetas d'Angleterre
mouchetez ſe portet en doublure.
Onnemet plusguére de Frage au
Basdes Grizetes,&la plus grande
mode eſt d'y mettre un Pointd'Eſpagne
couché. On voit fort
peud'Etofes àfonds de Satin.Elles
font toutes à fonds de Gros de
Tours,& on en porte quãtité àcar.
reaux.Je ne puis encor vous riédiredes
Habits des Hommes. La
plupart des Perſonnes de qualité
portent des Garnitures d'une ri
cheſſe qui empéchera que lesParticuliers
ne les imitent,puis qu'elles
reviennent à cinquante Loüis.
Ces Garnitures ſont de Pointd'Eſpagne,
ou de Point-d'Aurillac.
Lamode la plus generale des Hōmes,
eſt d'avoir des Leſſes à leurs
Chapeaux.Elles font fort deliées,
&fontgrand nombre de tours.Ils
?
hot.com
GALANT. 267
commencent à porter moins de
Boucles ſur leurs Souliers , & y
mettent des Rubanss. Ce Mois
prochain je vous en apprendray
davantage.
Je croyois finir par l'Article des
deux Loteries du Roy,mais come
il y a un Lot de la premiere , &
deux de la ſeconde qu'on n'eſt
point encor venu demander,je ne
puis avoir la Liſte que l'on m'a
promiſe,que ces trois Lots ne ſoiết
délivrez. Je vous l'envoyeray, accompagné
d'une Planche par laquelle
vous verrez la maniere dőt
la Loterie a eſté tirée , & laMachine
dont on s'eſt ſervy. Cette
Planche me viendra de ſi bõ lieu,
que je puis vous aſſurer qu'elle
fera tres - exacte. J'auray ſoin d'y
joindre de fort jolis Vers que l'on
m'a donnez ſur ce ſujet. Je ſuis,
Madame, voſtre, &c.
AParis, ce 30. Avril168.1.
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par leRoy en ſon Confeil , JUNQUIERES.
Il eſt permis à J.D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre in
titulé MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur 15 DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Gra-
-veurs&autres , d'imprimer, graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece, ny Planches
fervantà l'ornement dudit livre , mesme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende,&
confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtrefur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT. Syndic.
Et ledit SieurD. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
28:Avril 181.
Camillus de Neufville Collegio SS.
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693.
807156 :
}
MERCURE
B
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
ALQUE
LE DAUPHIN
04
AVRIL 1681 ..
LA
VILLA
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous envoyay le 15 .
du Moispassé l'Extraordinaire
du Quartier
de Janvier 1681 ίυος
Amis ne l'ont pas pris , ils peuvent
l'envoyer chercher , leprix eſt toûjours
de 30. fols le volume ; & le
Mercure 20.fols auſſi le volume,
tant vieux que nouveaux.
On continuë auſſi à distribuër les
Journaux des Sçavans, & les Nouvelles
de Medecinepourfix fols le
Cahier. Ceux qui envoyeront des
Pieces pour le Mercure ou Extraordinaire
payeront les ports des
Lettres.
a ij
LIVRES NOVVEAVX
du Mois d'Avril 1681 .
Difcours fur l'Hiſtoire Univerſelle àMonfeigneur
le Dauphin pour expliquer la ſuite
de la Religion ,& les changemens desEmpires
, depuis le commencement du Monde
juſqu'à l'Empire de Charlemagne, par Monfieur
Boffuet Evefque de Condon, inquarto,
fix livres.
:
Philofophia vetus & Nova ad uſum ſchola
accommodata , pat Monfieur l'Abbé Colbert,
indouze, fix volumes,augmenté encette
ſeconde Edition d'un tiers , y ayant deux
volumes plus qu'à l'autre impreſſion cy-devant,
douze livres. ५
Les Carofles d'Orleans , indouze , Comediede
M. laChapelle, 15. fols.
Les Lettres de Monfieur de Bougars , 12 ,
2.vol. Latin- François,nouvelle Edition, 3.1.
Hiſtoire d'Henry IV. nouvelle Edition,
indouze, 2. livres .
Methode pour lire Chreftiennement les
Poëtes ſuivant l'Ecriture ſainte& les Peres,
in- octavo , par le Pere Thomaſtin , 4. livr.
L'on continue toûjours à diſtribuër l'Hiſtoire
de D. Quichot de la Manche, indouze,
4.vol.par ces Meffieurs, 5. livres.
Les Amours de Catulle par M. l'Abbé la
Chapelle, 12.4.vol. 2.livr. 10. fols .
Les Converſations de Mademoiſelle de
Scudery, 12. 2.vol. 2.livr. 10. fols
TABLE
TABLE DES MATIERES
A
contenues dans ce Volume.
Vant-proposد
I
L'Academiede Villefranche auRoy.
Epistre,...
Sonnet auRoy ,
T
Madrigal furle meſmeſujet,
2
13
I1
5
Ce qui s'est passé au College des Medecins
à Lyon , touchant l'Election d'un
nouveau Doyen , ibid.
Colleges de Medecineétablis par le Roy, 19
Lettre à celle qui a fi galamment écrit
l'Histoire deſes Conquestes , 24
28
Particularitez touchant ce qui s'est passé
Fable,
à l'entreveuë de l'Empereur & de
l'Electeur de Baviere ,
30
Départ de M.l'Eveſque d'Héliopolis, &
Miſſions de la Chine, 38
de M. l'Abbé de Lyonne , pour les
Le Procés galant , avec toutes les Pieces
du Procés , Histoire,
39
61
Monfieur le Comte d'Estrées est recen
Le dernier Sapate de Savoye,
Maréchal de France,
3
75
a iij
TABLE.
Forme de Serment de Messieurs lesMa
réchaux de France , 75.
Origine des Maréchaux de France , &
leurs fonctions , 78
Mort de Madame de Seguiran , 86
Mort duSieur Franciſque Corbet , &fon
Epitaphe,
88-
Balet dancé à Hanover , avec les Vers du
Sujet , & ceux qui ont esté faitsſur les
Perſonnages , 93
Beneficesdonnez par le Roy,
Lettre en Proverbes,
Tout ce quis'estpasséàl'Académie Fran-
135
153
çoise à la Reception de Monfieur le
Premier President, 158
Tout ce qui s'est passé à S. Germain pen
dant la Semaine Sainte, 179
Mariage de Mile Comte deGacey,
م
de Mademoiselle Berthelot , 185
Lettre touchant l'Efcarboucle, 189
M. de Seve est nommé Premier Preſident
au Parlement de Mets , 194
Noms des Ambaſſadeurs & Envoyez qui
font en cette Cour , 198
LaPoule , Fable, 201
Mortsdiverſes ,
Fautesſurvenuës dans l' Article de la mort
deM. de Charoft , 202
ibid.
TABLE .
Accouchement de Madame la Princeſſe
deMarfillac , 215
Prevosté generale de la Franche-Comté
donnéeparleRoy ,
ibid.
Abbaye de Lucdonnée àMonfieur l'Abbéde
Fénis, 216
Monfieur l'Abbé Fléchier prefche aux
Minimes , 217
Conversions , 218
LeFaux Mariage , Histoire, 219
Tout ce qui s'estpassé à S. Cloud pendant
lefejour que leurs Majestezy ont fait
227
Explication de la premiere Enigme du
Moisdernier, 238
Noms de ceux qui en ont trouvé leMots
239 3
Explication de la feconde Enigme , avec
les nomsde ceux qui en ont trouvé le
Lenssain ibid.
Noms de ceux qui ont trouvé les verita
bles Mot's del'une & de l'autre, 230
Enigmers brugetube 12551
Autre Enigme, ibid.
Mariagede Mademoiselle de Teſsé, 247
M. Guerchois est receu Procureur General
au Parlement de Roñen , 248
Le
TABLE .
LeRoy donne à M.de Chazeran la Lientenance
Generale du Rouſſillon, 250
Airs ſpirituels enseignez par Monfieur
deBassilly , N
251
Charge de Secretaire du Cabinet du Roy
donnée à Monsieur le Marquis de
Saint Pouange
Morts diverſes,
Modes nouvelles ,
1
252
253
265
Fin de la Table.
Avis pourplacer les Figures.
LESyſteme ESyſteme doit regarder la page 69.-
L'Airqui commence par Haftezvous,
hastez- vous , doux Printemps,doit
regarder la page 1 34 .
La Planche où est écrit El Palaciode
Aranjuez, doit regarder la page 2oz
•L'Air qui commence par dans le
temps desfrimats , doit regarder lapa
ge 250.
6
1
MERCU
I
MERCURE
GALANT.0.
AVRIL 1681.
E vous ay parlé , Ma-
J dame, dans quelqu'une
de mes Lettres de l'Année
derniere , d'une
Académie de Beaux Eſprits qui
s'eſt établie depuis peu à Villefranche
, & dont Monfieur l'Archeveſque
de Lyon eſt le Protecteur.
Comme elle ne s'eſt formée
que pour conſacre rtoutes fes
veilles au Roy , ce ſera elle qui
Avril 1681 .
OMARO
A
2 MERCURE
me fournira aujourd'huy l'Eloge
que vous attendez de ce grand
Prince . L'impatience qu'elle a de
rendre ſon zele public , l'a obligée
d'emprunter la voix de Monfieur
Mignot de Buffy pour ſe
faire entendre, &voicy de quelle
maniere ce digne Académicien
s'eſt expliqué au nom de faCompagnie.
L'ACADEMIE
DE VILLEFRANCHE,
2
AU ROCK DA
EPISTRE .
GRAND
RAND PRINCE , que le Ciel
ànos voeux complaifant ,
Nous a voulu donner comme un rare
present ;
11 GRAND
GALANT.
3
GRAND PRINCE ,que l'on voit dās
la Paix,dans la Guerre,
Montrer l'Artde régner aux Princes
de la Terre ;
Nefois pas offence, si maMuse au
Berceau
Ofe pour te loüer employer fon Pinbeau.
Envain elle réſiſte à l'ardeur qui
la preſſe,
Envain elle connoit qu'elle a trop
de foibleffe
Pour chanter dignement tes hauts
Faits, tes Vertus;
Elle aime mieux moins dire , & ne
retarderplus.
2
Son amourfon refpect,font trop forts
pourlestaire,
Ilvaut mieux en parlant , qu'elle
foit teméraire ;
Maisfifes Versn'ont point deforce
ny d'appas,
Ilsfont ſes premiers fruits, ne les
méprisepas. Aij
4
MERCURE
Mille Plumes déja d'une ſource
féconde,
Ont porté ton grand Nomfur la Terre
&fur l'Onde;
Et par mille beaux traits qu'on ne
peut imiter,
OntSçeufacilement te peindre&te
vanter.
En tout temps,en tous lieux,les Filles
de Memoire,
Font leur plus grand plaisir de celébrer
tagloire ?
Leurs Ouvrages n'ont point
charmant Objet ,
deplus
Et tu leurs es toûjours un fertile
On ne les voit jamais dans un hon-
Sujet.
teuxfilence?
Apeine une afiny , que l'autre recommence.
Quand ellespensent estre au bout de
leurs travaux,
Tuleur en fais trouver außitoft de
Elles nouveaux ......
GALANT.
5
Elles verrontfans toy leurs veines
infertiles,
Et leurs voix bien souvent leurferoient
inutiles,
Si ton Nom glorieux , digne ſeul de
leurs chants,
Ne leur donnoit dequoy les rendre
plus touchans.
Depuis le jour heureux que le Cielte
fit naiſtre,
On a veu le Parnaſſe en Grands
Hommes s'accroiſtre,
Et jamais il ne fut dans le Sacré
Vallon
Tant d'illustres Enfans du divin
Apollon.
Onfçait bien qu'il en est dont la
veines'épuise,
Avant que d'avoirpû finir leur entreprife
....
Ils ont pourtant an champ vaſte,
fertile, & beau,
Aiij
6 MERCURE
Mais te loüer , Grand Roy , c'est un
pesantfardeau.
S'ils nepeuvent fournir qu'à moitié
la Carriere,
C'est qu'ils manquent de force , &
non pas de matiere ;
Et comme ils n'ont jamais que de
foibles accens, 1
Pours'éleverſihaut,ilsfont trop impuiſſans.
Par unfortfifâcheux , ma Muse
refroidie,
Pourroit avec raiſon n'estre pas fi
hardie ,
Et fufpendant l'effet d'un zele trop
ardent,
Garder à ton égard unfilece prudet;
Mais peut- elle àpréſent , pour une
vile crainte ,
Se résoudre à fouffrir une dure contrainte;
Et mesme faudroit- il, pour unmotif
Sivain ,
In
GALANT.
7
Interrompre le cours d'un ſi noble.
deffein ?
Non, non, dés ce moment dust- elle
perdre haleine ,
MaMuseà te loüerveut faire agir
Javeine,
Et joignant ces Concerts aux Chants
lesplusheureux,
T'offrirſur tes Aurelsfon encens &
Ses voeux.
Nevoit- onpas l'Aiglon,quimalgreſonjeune
âge,
S'approche du Soleil avec tant de
courage,
Et qui par les efforts d'un vol andacieux
,
Pour le voirdeplus prés ,s'éleve
qu'aux Cieux ?
Bien loin des affoiblir par l'ardeur
qui l'emporte,
Son aile en paroist estre & plus
prompte &plus forte;
Aiiij
8 MERCURE
Etdés ce mesme instant,ilva comme
un éclair
l'air.
Traverſer hardiment les régions de
Pat cet heureux fuccez ma Muse
encouragée,
ASuivrefon projet ſe ſent plus engagée,
Ilne luy suffit pas , GRAND ROY;
de t'admirer,
Ilfaut qu'elle le dise , & c'est trop
diférer.
Elle ne sçauroit plus retenir ſon
envie,
L'estime, le respect, l'amour, tout l'y
convie.
Il est vray qu'en voyant un Sujet
fifécond,
Son esprit pour l'ouvrir ſe trouble
&se confond. | 119
De tes fameux Exploits la trop
grandeabondance
Suspendson jugement , & le met en
balance. Voyant
GALANT.
9
Voyant en Toy des Roys le Modele
parfait,
Elle nesçait par ou commencer ton
Portrait.
Elle voudroit tantoft publiant tes
Victoires,
Faire honte auxHéros que vantent
les Hiſtoires,
Et malgré leurs grands noms qui
nous ont ébloüis ,
Faire voir que le tien , par tes Faits
inouis
Rendant toute la Terre &Surprise
charmée,
- Des plus grands Conquérans ternit
la renommée.
Tantoſt elle voudroit , dépeignant
tes Combatsot
Marquer par de beaux traits laforcede
ton Bras ,
Etfuivant avecſoinfon invincible
Prince,
10 MERCURE
De Citez en Citez , de Province en
Province,
Décrire tous les Lieux par tavaleur
acquis,
En auſſi peu de temps que tu les as
Quelquefois elleveut faire voir tout
conquis.
deSuite
Mille effets Surprenans de tafage
conduite;
L'Heréſie aux abois , ſes Temples
abatus ,
La Justice en vigueur ,ſes Decrets
abfolus,
bannies,
Les Duels abolis , les Querelles
LeComerceaſſuré,les ſures punies;
Ainsi par tant d'objets qui s'offrent
à lafois,
MaMuse embaraſſée apeineàfaireun
choix.
Cefoin feroit facile à ces Esprits
Sublimes,
Dont
GALANT . II
Dont un stile pompeuxſoûtient les
nobles Rimes;
Mais s'ils méritent feulsle glorieux
employ
De chanter les Vertus d'un Hérostet
que Toy,
Tu peux, Sansfaire tort à ta gloire
éclatante,
Souffrir qu'à leur exemple un moindreAutheur
le tente;
S'ilne peut te donner que des foibles
Concerts ,
Hte fait voir du moinsfon zeledans
Dans le fein de la Mer les plus
grandes Rivieres
Ne font pas seulement rouler leurs
ondes fieres.
Ne voit- on pas auffi les plus petits
gayRaiffeauxs
Iporter hardiment leurs innocentes
Nè t'étonne donc pas si malgré sa
jeuneffe دد Ma
12 MERCURE
Ma Muse avec ardeur s'encourage
& s'empreſſe ปาร
A chanter àson tour tesſurprenans
Exploits. 1
Situ pouvois ſouffrir cet effay de fa 2
voix,
Elle auroit deformais pour ſa plas
grande affaire,
Le Soin de te lover , & celuy de te
plairesh
Le Sonnet qui ſuita eſté fait
fur ce que le Roy s'eſt bien vou
Ju condamner Soy- meſme en faveur
de ſes Sujets , dans l'Affaire
des Maiſons baſties ſur les Fonds
alienez de ſon Domaine. Cette
Action eſt ſi belle que je ferois
peu furpris quand on m'envoyes
roit toute l'année des Ouvrages
fur ce ſujer. Il faut du temps à
la Renommée pour aller la publier
juſqu'au bout du Monde,
GALANT
13
& je croiray toûjours vous faire
plaifir,en vous apprenant les fentimens
d'admiration qu'elle aura
fait naiſtre dans les Païs éloignez .
C'eſt de là que j'ay reçeu ce
Sonnet
PAAYrfSaa haute valeur effacer les
Cefars,
Remplir d'étonnement le Ciel , la
Terre, & l'onde,
Porter par tout l'effroy , forcer mille
Remparts ,
C'est estre justement le plus grand
Roy duMonde.
Faire regner Themis ſous l'Empire
denmarsat
Faire éclater par tout fa fageffe
profonde,
En tous lieux avec ſoin établir les
ov beaux Arts, top no. D
Qui font de tous les biens unefourcefeconde
;
6
i
Ba
L
14 MERCURE
: **
Balancer àfon gré le Sort de l'U-
: nivers,
Sçavoir donner la Paixà cent Feuples
divers ,
préme.
C'eſt estre couronné d'un merite fu-
Mais LOUIS va plus loin contre
Ses intérests ,
Vne Sainte Equité prononce des
Arrests ,
Et le Maiſtre des Loix ſe condam-
..... ne Soy- mesme.
Je ſçay que vous avez veu fix
Vers Latins que l'on a trouvez
fort beaux , fur cette meſme matiere.
Ce font ceux qui commen
cent par Regem inter Populumque ,
&c. Je vous en envoye la Traduction
dont vous ferez part à vos
Amiesmenoid astm
A1 Le
GALANT. I
L
ERoy contre fon Peuple avoit
un grand Procez,
fuccez ,
:
Les Iuges partagez balançoient le
Et tenoient tout Paris dans une
crainte extréme ,
Quand ceRoy genéreux renonçant
àfes droits,
Prononce, ſe condamne,& ſe montre
àlafois
LePere defon Peuple , & le Roy de
۱
Soy-mesme.
Monfieur Garnier , Doyen du
College des Medecins de Lyon
eſtant mort,depuis peu de temps,
Monfieur Spon, Homme de ſçavoir&
de mérite devoit remplir
cette Place , ſelon l'ordre du Tableau
, mais comme il eſt de la
Religion Prétenduë Réformée,
& que les Edits de Sa Majefté
pri
16 MERCURE
privent ceux qui en font profeſfion
, de tous les honneurs de
leur Compagnie , les Docteurs
& Profeſſeurs en Medecine aggrégez
à ce College , ſe ſont affemblez
pour la donner à unCatholique
; & de l'avis & autorité
de Monfieur l'Archeveſque de
Lyon,& de Monfieur l'Intendant,
ce choix eſt tombé fur Monfieur
Falconet , ancien Echevin de la
Ville , qui estoit le plus proche
à fucceder. Monfieur Panthot,
Docteur Medecin , & l'ancien
Procureur Syndic du College,
fit l'ouverture de la Propoſition
par un Difcours qui contenoit
les éloges deûs à la mémoire de
Monfieur Garnier. Il fit connoître
qu'il avoit ſoûtenu la qualité
de Doyen avec tant d'honneur,
que l'on ne pouvoit douter qu'il
n'en euſt toûjours eſté plus dis
तु gue
GALANT.
17
gne par fon mérite particulier,
que par le privilege de fon grand
âge. Il s'étendit enſuite ſur les
marques d'affection qu'il avoit
données au College , dans les
derniers momens de ſa vie,par un
Legs conſidérable qu'il avoit laifſé
à la Compagnie. Il ajoûta que
ſi quelque choſe eſtoit capable
de les conſoler d'une perte fi facheuſe,
c'eſtoit la ſeule ſatisfaction
de voir bientoſt remplir cette
Place par un digne Succeſſeur,
qui leur fiſt trouver les glorieux
avantages qu'ils avoient reçeus
de ce grand Homme , & fur tour
celuy d'avoir eſté préſidez par
l'un des plus Sçavans Medecins
deFrance.
Il prit de là occaſión de loüer
les deffeins du Roy, qui ſe faiſant
- admirer dans toutes ſes Actions ,
ne s'applique jamais avec plus
d'ardeur,
18 MERCURE
d'ardeur , que quand il s'agit de
faire éclater ſa pieté & ſon zele
pour les intereſts de la Religion
Catholique;qu'ils en reſſentoient
de jour en jour de tres- utiles effets
, dont celuy de n'eſtre point
préſidez par un Religionnaire,
n'eſtoit pas le moindre. Il fit voir
enſuite que dans l'ordre du Tableau
, Monfieur Falconer devoit
de juſtice eſtre leur Doyen, qu'il
eſtoit l'un des plus renommez , &
des plus fameux Medecins du
Royaume; & que ſi les beaux talens
qu'il poſſede , & les grands.
emplois où il a eſté ſouvent appellé
le rendoient conſidérable,
ſes longues expériences , & les
ſçavantes lumieres qu'il avoit acquiſes
dans la Medecine,ne donnoient
pas moins d'éclat à ſa réputation.
Il parla des Charges publiques,
dont il s'eſt ſi dignement
acquité
GALANT. 19
acquité dans le Conſulat de
Lyon , & en d'autres lieux ; &
apres cette peinture de ſon merite,
il finit en diſant que Monfieur
l'Archeveſque , Lieutenant de
Royde la Province,qui leur avoit
fait l'honneur de régler l'affaire,
l'avoit chargé de leur déclarer
que l'intention de Sa Majefté,
eſtoit qu'il fuſt à l'avenir Doyen
du College,& qu'en cette qualité
on luy rendiſt les honneurs qu'il
méritoit.
Tous les Docteurs ayant opiné
enfa faveur, ſignerent l'Acte qui
luyeſtoit neceſſaire, pour remplir
la Place que Monfieur Garnier
venoit de laiſſer vacante .
Il faut vous apprendre d'autres
ſoins que Sa Majesté a pris
pour l'avantage de la Medecine.
Il s'y commettoit quantité d'abus,
par la trop grande facilité que
l'on
20 MERCURE
l'on avoit à recevoir des Docteurs.
Pour remedier à ce defordre
, Elle a étably des Colleges
dans les plus conſidérables Villes
de fon Royaume, & leur a accordé
des Statuts & des Privileges ,
qui leur donnent droit , particulierement
à Lyon , d'envoyer
pratiquer pendant quatre ans
dans les petites Villes ou Bourgs,
ceux qui demandent à eſtre aggregez
à ces Colleges. S'ils le veulent
eſtre , il faut qu'ils raportent
apres ce temps,des Certificats des
Juges & des Conſuls des lieux où
ils ont paflé ces quatre années.
C'eſt un für moyen pour prévenir
la ſurpriſe de ceux qui envoyent
des Perſonnes inconnues prendre
des Lettres de Docteur ſous leur
nom, pour découvrir la tromperie
de certaines Gens qui en expofent
de fauſſes,& pour empefcher
l'éta
GALANT. 21
l'établiſſement des Charlatans ,
des Coureurs , & des Gens à
grand ſecretice qui eſt un ſecours
tres important pour la feûreté publique.
Ceux que les Colleges ont envoyé
exercer la Medecine pendant
le temps que je viens de
vous marquer , font apres cela
deux Actes publics. Le premier
eſt de Théorie ,& le ſecond , de
Pratique . Ils font ſeverement
éprouvez dās l'un & dans l'autre.
Le College eſtantaſſemble àhuys
ouvers pour celuy de Théorie,
en préſence des Magiftrats &
des Confuls , le premier Syndic
prend un Livre des Aphorifmes,
écrits à la main ſans aucun ordre,
& le préſente au Lieutenant General
qui le pique .Aufſitoſt lePoftulant
eſt obligé de faire un Difcours
ſur l'Aphorifme pique , qui
faffe
22 MERCURE
fafle connoiſtre ſa capacité,& qui
mérite les fuffrages du College
; autrement il eſt renvoyé
pour faire un autre Acte . S'il n'eſt
pas Docteur de Paris ou de Montpellier
, on argumente fur la matiere
qui luy eſt écheuë ; & s'il
eſtadmis , trois mois aprés il fait
l'Acte de Pratique,devant lameſme
Aſſemblée. On préſente de
nouveau au Lieutenant General
un Livre écrit à la main , où ſont
ſeulement les noms des Maladies
au nombre de trois cens. Ces
noms font auſſi mélez ſans aucun
ordre , & celuy qui eſt piqué,
détermine la matieredu Diſcours
que doit faire le Docteur , pour
eſtre jugé capable de ſervir utilement
le public. On enferme ces
deux Livres dans un Cofre à trois
Serrures , dont le Doyen & les
deux Syndics gardent chacun
une
GALANT.
23
une Clef J'aurois beaucoup àvous
dire à l'avantage du College de
Lyon , qui s'eſt rendu juſqu'icy
l'un des plus celebres de l'Europe
par les grands Hommes qu'on y
a veûs de tout temps, &par ceux
qui le compoſent encor aujourd'huy.
Je paſſe àd'autres matieresqui
doivent eſtre plus de voſtre
gouft. Vous ſouhaitiez un plaiſir
que vous pouvez vous promet
tre, ſi la Belle qui nous donna il y
a deux Mois Hiſtoire de fes
Conquestes , a un peu de com--
plaiſance pour une aimable Inconnuë,
qu'on ne peut douterqui
n'en mérite beaucoup: Il manquoit
à cette Hiſtoire pour ſatisfaire
entierement voſtre curiofité,
qu'elle nous appriſt ce qui l'avoit
obligée à rompre avec celuy
de tous fes Amans qui avoit le
L
plus
24
MERCURE
plus d'eſprit, & c'eſt ce qu'on luy
demande par cette Lettre , qu'on
n'a pû luy adreſſer que par moy.
POUR CELLE QUI
a ſi galamment écrit l'Hiſtoire
de ſes Conqueftes.
7 sb VICO
(
E trouve entre vous & moy un
grand raport en beaucoup de cho-
Jes, Soit pour la conformité de nourriture
, en ce qu'on vouloit que nous
fuſſios toutes deux fortſimples &fort
innocentes , foit pour le teint & les
yeux qu'il mesemble que nous avons
aſſez ſemblables, qu'une si heureuſe
reſſemblance me donne non -feu-
Lement de l'inclination pour vous,
mais encor un fort panchant à m'intéreſſer
dans les Avantures de ceux
que vous aimez. NeSoyez donc pas
201
Surprise,
1
GALANT.
25
Surprise , si je vous prie de nous
apprendre plus précisement que
vous n'avezfait, comment a pû ceffer
cet agreable commerce que vous
avez eu avec celuy qui vous fit le
premier appercevoir de vostre merite.
Ilse rencontre encor pour une
plus parfaite reſſemblance de vous
&de moy , que le feul Homme que
j'aye jamais aimé,luy reſſemble toutà
fait. Cefont les meſmes manieres
&le mesme esprit. La ſeule diference
que je trouve entre nous deux,
c'est que je ne veux jamais aimer
que luy , & qu'il ne sçauroit aimer
que moy , du moins tant que dureront
ces traits & ce teint , ces lys
ces roses ,dont il eſtſi enchanté,
qu'il ne trouve plus rien de beau
par tout ailleurs. C'est ainsi que
nous nous parlons confidemment.
Mais peut - on s'affurer si bien les
uns des autres dans les plus tendres
•Avril 1681 . B
26 MERCURE
amitiez, qu'on n'ait pas beaucoup
à craindre de la jalousie ? Si nous
pouvons nous mettre à couvert de
ce costé là , nostre amour ne durera
pas moins que noſtre vie. Mais de
quelle forte a pû finir une intelligence
auffi belle que la voſtre ? Ie
ne fuis pas la ſeule que cet évenement
inquiete , & à qui il donne
envie de sçavoir ce qu'est devenu
un fi honneste Homme. De la manicre
dont vous nous le depeignez, ma
Mere croit l'avoir veu quelquefois
-chez elle , & m'en a dit des merveilles.
Elle m'aſſure que sije vous
pouvois engager à nous faire part
de quelques - unes des conversations
que vous avez euës ensemble, ceferoit
un Ouvrage auſſi rare que charmant.
Voudriez- vous referver de
ſijolies choses pour vous seule , &
pouvez vous tirer un plus grand
usage de ce pretieux tresor, que
d'ac
:
GALANT.
27
d'acquerir beaucoup de gloire en
nous le communiquant ? Vous obligerieztres-
Sensiblement par là ceux
qui n'aiment rienfifort que cequi
s'appelle le bon esprit , &les choses
naturelles & delicates . Vous le
pourriezmesme ſans qu'il vous en
coustast beaucoup , car on ſentbien
que vous n'avez pas moins defacilité
que d'agrément à écrwe.
Quand j'auray appris à m'expliquer
mieux , peut - estre vous rendray-
je la pareille du plaisir que
je vous demandepreſentement; mais
outre que je n'en ſçaypas encor af-
Sezpour me hazarder à une Hiftoire
galante , il n'y a pas bien
long - temps que j'ay commencé à
aimer. Comme nous devons dans
peu de jours faire un voyage à
Paris , j'y pratiqueray peut - estre
des Espions affez éclairez pour
decouvrir où je pourray vous trou
Bij
28 MERCURE
ver, & vous faire voir une Perſon ..
ne qui se tient tres - glorieuse d'avoir
avec vous quelque raport de
beauté & d'avantures. Ieſuis voftre
tres- humble & tres- obeiſſante
Servante.
En attendant la Réponſe que
je veux croire qu'on fera à cette
Lettre , je vous envoye une Fable
, dont les Médiſans tireront
beaucoup de fruit, s'ils en examinent
la moralité. Elle eſt de l'Anonime
d'Alais , qui leur decouvre
les maux que produit leur
langue , en leur apprenant que la
reputation perduë ne ſçauroit ſe
recouvrer.
FABLE .
E Feu, la Renomée, & l'onde,
IRefolurent water courir e
Monde.
Ie
GALANT. 29
Ie ne sçay point quel étoit leſujet
D'unſemblable projet,
Si c'estoit l'interest,llee ccaaprice, ou la
gloire, (toire,
L'on n'en dit rien dans leur Hif-
Ien'en parleray point außi.
Seulement veux-je dire icy
Que l'Onde avec le Feu , quoy que fi
fort contraires ,
Chercherent de concert les moyens
neceffaires
Pourse retrouver aisément,
Encas dequelque égarement;
Et mesme , qui plus eft, contre toute
apparence
Dés la premiere conference,
Ils tomberent d'accord que chacun à
Son tour (SonSejour.
Donneroit un ſignal pour marquer
m'égare,
L'Eau donna donc lefien,&dit,Si je
Ou qu'un autre accident en che
min nous ſepare,
Biif
30
MERCURE
Vous n'aurez qu'à vous rendre
où vous verrez des Joncs ,
J'y ſeray fans faillir , ou bien aux
environs. (laFumée.
Quant au mien, dit le Feu, ce ſera
Pour moy,leur dit la Renommée,
Je ne donneray pas le mien;
Mais ſongez à me tenir bien ,
Car déslors qu'une fois j'échape,
Jamais plus on ne me ratrape.
Toy qui te plais à dechirer,
Et dont la mediſance est par tout repanduë,
Tremble d'un mal qu'envain tu vou.
dras reparer;
La reputation perduë
Ne peut jamaisſe recouvrer.
Je ne vous parle jamais de Nouvelles
Etrageres, ſi des circõſtances
remarquables ne les accompagnēt.
Vous en trouverez d'aſſez
curieuſes
GALANT.
31
curieuſes dans ce que j'ay à vous
dire de l'Entreveuë de l'Empereur
, & de Mr l'Electeur de Baviere.
Les occaſions de ces fortes
d'Entreveuës arrivent ſi rarement
, que peu de Gens ſont inſtruits
des Ceremonies qui s'y
obſervent. Un Voyage que la
pieté de l'Empereurluy a fait faire
à Noftre - Dame d'Oëtting , a
eſté cauſe de celle-cy. Il y arriva
le Vendredy 7. de Mars fur les
fix heures du ſoir , & Monfieur
l'Electeur de Baviere ſe rendit
dans le meſme temps à un petit
Chaſteau qui n'en eſt éloigné
que d'une lieuë , avec Monfieur
le Duc Maximilien ſon Oncle,
& Madame la Duchefſe Maximilien
ſa Femme. Le lendemain
à onze heures du matin , ils vin
rent à Oettingen , & fur les trois
heures aprés midy , Monfieur
B iiij
32
MERCURE
l'Electeur envoya fon Grand
Chambellan à l'Empereur , pour
luy donner part de ſon arrivée,
&demander à quelle heure il luy
plairoit de le voir. Le Grand
Chambellan demeura aſſez longtemps
chez l'Empereur ; pendant
quoy,Monfieur le Valeſtin,Gentilhomme
de ſa Chambre , vint
complimenter Monfieur l'Electeur
de la part de Sa Majesté Impériale.
A peine fut- il forty de ſa
Chambre,que Monfieur le Comte
Bar y entra , & luy fit un autre
Compliment au nom de l'Impératrice
. Ce Comte a la qualité
d'Intendant des Poſtes dans les
Païs Heréditaires. L'heure ayant
eſté donnée au Grand Chambellan
entre quatre & cinq, pour:
l'Audience de Monfieur l'Electeur
, ce Prince monta dans un
Carroffe fort doré , & tiré à fix
Che
GALANT.
33
Chevaux , quoy qu'il n'y euſt
que cent pas juſqu'à la Maiſon
où eſtoit logé l'Empereur. Toute
ſa Cour marchoit à pied devant
fon Carroſſe , à la defcente duquel
il fut reçeu par Monfieur
le Comte de Ditrichſtein,Grand
Chambellan de l'Empereur. Mr.
le Comte Lambert ſon Grand-
Maiſtre auroit remply cette fonction
, ou du moins il l'auroit dû
faire , ſuivant les anciennes coûtumes
, mais il eſtoit demeuré
malade à Lints . L'Empereur vint
recevoir Monfieur l'Electeur hors
la Porte d'un petit Paſſage , d'où
ils entrerent dans l'Antichambre.
Ce fut là que l'Audience
luy fut donnée. Elle dura un
quart-d'heure ; apres quoy Monſieur
l'Electeur fut reconduit de
la meſme forte qu'il avoit eſté
reçeu. Au fortir de là, il ſe rendit
B V
34
MERCURE
chez l'Impératrice, qui le reçeut
à la Porte de ſa Chambre. Ce
Prince eſtant revenu chez l'Empereur
ſur les ſept heures & demie
du foir , alla avec luy à pied
à la Chapelle de N. Dame d'Oëtting
, où l'on fit quelques prieres .
Monfieur le Duc Maximilien
marchoit le premier , Monfieur
l'Electeur enſuite , puis l'Empereur
précédant l'Impératrice,qui
eſtoit ſuivie de Madame la Ducheſſe
Maximilien. Au ſortir de
la Chapelle , ils revinrent tous
chez l'Empereur , où ils ſouperent:
Lors que l'Empereur eut lavéles
mains, Monfieur l'Electeur
luy préſenta la Serviete . Elle fut
donnée à l'Impératrice parMonfieur
le Duc Maximilien. Leurs
Majeſtez Impériales ſe mirent à
table , & quand leurs Servietes
furent déployées , l'Empereur fit
figne
GALANT.
35
ſigne de la main à Monfieur l'Electeur
de prendre ſa place. II
s'affit au bout de la Table du côté
de l'Empereur , & eut un Fauteüil
ainſi que luy. En ſuite l'Empereur
ayant fait le meſme ſigne
àMonfieur le Duc Maximilien,
il prit place à l'autre bout de la
Table , vis- à-vis Monfieur l'Electeur
. L'Impératrice fit auffi
affeoir Madame la Ducheſſe Maximilien
aupres du Duc fon Mary
, mais ils n'eurent l'un & l'autre
que des Sieges à dos , & fans
bras. L'Empereur , & les deux
Princes, furent fans Chapeau
pendant le Soupé . Monfieur l'Electeur
ſe leva pour boire la fanté
de l'Empereur , & la bût de
bout; & quand l'Empereur bût.
ſa Santé, ce Prince ſe levá encó
re,& fe tint auſſi debout pendant
le temps que l'Empereur bût . Le
Fraic
36 MERCURE
Fruit ayant eſté apporté ,Monfieur
& Madame la Ducheffe
Maximilien fortirent de table , &
allerent ſe placer derriere les
Chaiſes de leurs Majeſtez Impériales.
Un peu avant que l'ondefſerviſt
, Monfieur l'Electeur ſe
leva auſſi de table , & ayant pris
une Serviete des mains d'une
Dame , il alla ſe mettre debout à
coſté de l'Empereur.Apres qu'on
eut déſervy , il luy donna la Serviete,
dont l'Empereur eſſuya ſes
mains . Monfieur le Duc Maximilien
la préſenta à l'Impératri
ce ; & la meſme Dame qui avoit
donné à laver à l'Empereur, donna
auſſi à laver aux Princes & à
la Ducheffe. Ils dînerent & fouperent
encorlle lendemain qui
eſtoit Dimanche , avec l'Empe
reur & l'Impératrice. Ce mefme
jour ſur les quatre heures apres
•midy
GALAN T.
37
-
-
midy , l'Empereur précedé de
toute ſa Cour à pied , fortiſt de
chez luy dans un Carroſſe à fix
Chevaux , & viſita Monfieur l'Electeur.
Ce Prince le vint recevoir
à la Portiere de fon Carroffe,
& marcha devant luy depuis la
Porte de la Ruë juſqu'à celle de
fa Chambre , où il demeura juſqu'à
ce que l'Empereur y eſtant
entré , luy fit figue de le ſuivre.
Avantque d'entrer, il fit une tresprofonde
reverence ; & quand
l'Empereur fortit , il marcha encor
devant luy, & le remena jufqu'à
la Portiere du Carroſſe. Les
principaux Seigneurs de fa Cour
le viſiterent en ſuite ; & entr'au .
tres Monfieur le Comte d'Harrac,
Grand- Ecuyer , Monfieur le
Comte de Mansfeldt , Frere aîné
de celuy quieſt en France;Mefſieurs
les Comtes de Petting, d'I
femberg,
38 MERCURE
ſemberg,de Luinbourg,de Liram,
de Noftis , & Monfieur Abele .
Le Lundy matin ſur les neuf
heures , Monfieur l'Electeur ſe
rendit chez l'Empereur , qui luy
fit préſent d'une Epée garnie de
Diamans , de la valeur de trois
mille écus . Il donna auſſi un Diamant
à Monfieur le Duc Maximilien
; & l'Imperatrice,deux Brafſelets
à Madame la Ducheffe fa
Femme. Ils accompagnerét Leurs
Majeſtez Impériales à la Meſſe,
apres laquelle Elles monterent
dans un petit Carroffe pour s'en
retourner à Lints. Monfieur l'Electeur
qui les vit partir , vint
coucher à Hag ce meſme jour,
& arriva le lendemain à Munich .
On a eu du Port- Louis , des
nouvelles plus certaines que les
premieres qu'on avoit reçenës
du départ de Monfieur l'Evelque
d'Hé
GALANT.
39
d'Héliopolis , qui s'embarqua
pour la Chine le 25. de l'autre
Mois , ſur deux Vaiſſeaux de la
Compagnie Royale d'Orient, comandez
par Mõſicur du Cheſnay
Gentilhomme de Normandie. II
mene avec luy dix Eccleſiaſtiques
du nombre deſquels ſont deux
Docteurs de la Maiſon de Sorbonne:
Mr l'Abbé de Lyonne ,
troifiéme Fils de feu Monfieur de
Lyonne , Miniſtre & Secretaire
d'Etat , les accompagne dans ce
grand Voyage. C'eſt couronner
glorieuſement cette pieté ſolide
dont on a veu donner tant de
preuves à ce jeune Abbé , dans
le ſejour qu'il a fait pendant cinq
ans au Séminaire des Miſſions
Etrangeres .
Rien n'eſt ſi commun que les
Procés . Peu de Familles s'en
trouvent exemptes. Mais , Madame,
40
MERCURE
dame , auriez - vous crû qu'ils fufſent
commis dans l'Empire de
l'Amour , & que les Amans , qui
plaident entr'eux, ſe puſſent ſoûmettre
à obſerver en plaidant tou.
tes les formalitez établies par la
Chicane ? C'eſt pourtant ce qui
commence à ſe pratiquer,& vous
l'allez voir par le diferent qui eſt
furvenu entre une fort aimable
Perſonne , & un Cavalier qui a
ofé la pourſuivre pour obtenir le
payement de quelques Debtes
d'amour. Toutes les Pieces du
galant Procés qu'ils ont eu enſemble
, m'eſtant tombées depuis
peu entre les mains , je puis vous
endonner de ſeûres nouvelles .
Il y avoit déja deux ans que
l'Amant rendoit des ſoins avec
beaucoup d'affiduite. Il avoitmis
enuſage les empreſſemens , & les
tranſports les plus tendres. On y
repon
GALAN Τ. 41
répondoit à la verité ; mais toûjours
avec des ménagemens qui
diminuoient un peu de ſa joye.
On luy laiſſoit deviner plus qu'on
ne vouloit luy dire ; & fi par hazard
il faifoit paroiſtre qu'il devinoit
trop à ſon avantage , on
ſçavoit par quels moyens rabatte
ſa vanité. Ce n'eſt pas qu'en cent
manieres diferentes on ne luy diſt
aſſez qu'on l'aimoit ; mais on ne
luy diſoit point je vous aime , &
c'eſtoit la ſeule choſe qui manquaſt
à fon bonheur.Un jour qu'il
ſe plaignoit du refus qu'on luy
faiſoit de ce mot , & qu'il foûtenoit
à ſa Maîtreſſe que deux années
de ſervice meritoient & fon
amour , & l'aveu meſme de fon
amour , que ſa longue reſiſtance
eſtoit ſans exemple , & qu'il n'y
avoit perſonne , qui, s'il eſtoit Juge
de cette affaire,ne la condamnaſt
à
42
MERCURE
à payer l'extreme tendreſſe qu'il
avoit pour elle , il arriva aſſez
plaiſamment qu'ils convinrent
d'un Arbitre pour vuider la Queſtion
.C'eſtoit un des Amis de l'Amant,
qui ne l'eſtoit pas moins de
la Belle , & qu'ils avoient choiſi
l'un & l'autre pour le Confident
de leur commerce. Il fut arreſté
entr'eux qu'ils plaideroiět devant
luy ,& qu'il auroit le pouvoir de
decider ſouverainement. Quelques
jours apres la Belle eſtant
dans fon Cabinet , elle y vit entrer
un petit Laquais de ſon Amant
, mais fans Livrées , ayant
un petit Habit noir à Manteau,
fort propre , & fort ajusté , une
Ecritoire penduë à ſa ceinture,
&une Plume ſur ſon oreille. 11
luy fut aiſé de le reconnoiſtre
pour un Sergent. En effet, pour
remplir les fonctions de la Charge
GALANT.
43
gequ'il paroiſſoit exercer, il donna
cette Afſſignation à la Belle.
EXPLOIT DE DAMON
A CLIMENE.
T
Alans fraude & de bonne fo
La requeste de Damon,Amant
affignation a esté donnée cé 26. Decembre
1680. à Climene, en parlant
àſa Perſonne , à comparoiſtre dans
trois jours pardevant l'Amour , ou
Licidas ſon Lieutenant Particulier,
pourſe voir condamner àpayer audit
Damon deux années de Tendreſſe
qu'elle luy doit , avec tous les
intereſts , dommages & dépens, qui
conſiſtent en partie en ce que ledit
Damon auroit gagné cinq ou fix
Coeurs pour le moins , pendant le
temps qu'il s'est attaché à ladite
Climene ſeule ; & partant elle fera
condamnée à l'aimer elle seule autant
que cinq oufix autres auroient
pû
44 MERCURE
۳
pû l'aimer &se fonde ledit Damon
dans ſa Demande,fur plusieurs
Pieces & Titres , dontquelques- uns
'ont pres de deux ans,Titres auffi anciens
qu'on puiſſe en produire enfait
d'amour ; & on a joint icy des Extraits
des principaux , quiſont des
Reconnoissances de la Debte que
ladite Climene a faites elle- meſme.
Extrait de la Seconde Lettre
écrite par elle au Demandeur , en
datte du mois de May de l'an 1679.
par laquelle elle dit; La Tendreſſe
eſt unPaïs dont je n'ay pas encor
fait la moitié du chemin. Or depuis
ce temps elle a eu le loiſir de
l'achever..
Extrait d'une autre Lettre. Je
vous fourniray quelques douceurs
, pour vous aider à nourrir
l'amour que je vous ay donné.or
atteste ledit Damon n'avoirjamais
reçeu lesdites douceurs .
Ex
GALAN T.
45
Extrait d'un Quatrain de Climene,
qui finit par ces deux Vers.
Dés le moment que j'auray le
coeur tendre,
Je ne veux m'en ſervir , Damon,
qu'à vous aimer.
Par où il est clair qu'elle donne à
Damon une Hipoteque ſpeciale fur
Son coeur , & qu'il doit estre payé
privilegiément à tous autres Creanciers..
Extrait d'une autre Lettre. Je
vous promets de n'eſtre point ingrate.
Si vous m'aimez longtemps,
je ſçay à quoy cela m'obli
ge. Je meſureray ma tendreſſe à
voſtre conſtance.
On ômet plusieurs Extraits de
conversations , voire des Extraits
d'oeillades , parce qu'il neseroit pas
fi aisé de les justifier que lesſuſdits.
La Belle trouva l'Affignation
conçeuë dans les formes , & la
Deman
46 MERCURE
Demande fort - raiſonnable , &
tres - bien fondée . Je ne vous puis
dire ſi dans le fond de ſon ame
elle en fuſt contente ou non. Je
ſçay ſeulement qu'elle fit un effort
de ſon eſprit , auquel peuteſtre
ſon coeur reſiſtoit , pour ſe
defendre de ce qu'on luy demandoit
ſi legitimement. Voicy ce
qu'elle envoya à Damon .
DEFENSES DE CLIMENE .
difdoi-
LimeneDefendereffe, ne
convient point qu'elle ne
ve à Damon Demandeur , un ou
deux ans de tendreſſe ; mais comme
le temps du payement ou racquit de
cette tendreſſe n'a point esté limité
par luy , ladite Climene en payant
bien & deuëment l'interest, ne peut
estre condamnée à rendre le fond,
que lors qu'elle le trouvera àpropos,
&que l'état de ſon coeur le luy permettra
.
GALAN Τ.
47
4
mettra . Orprouvera ladite Climene
par bons Ecrits en forme , quiſont
entre les mains de Damon , avoir
payé lesdits interests par Douceurs
difperfées par- cy par- là dans ſes
Lettres , &partantfera condamné
ledit Damon à representer en Iuftice
lesdites Ecritures , afin d'estre
i
examinées.
Avant que de répondre aux Pieces
que le Demandeur a produites,
ladite Climene voudroit bienſçavoir
, pourquoy Damon veut estre
- payési promptement , veu qu'il dit
luy mesme n'avoir besoin de cette
Tendreſſe qu'il demande pour faire
Subſiſter lasienne; ce que ladite Climene
fera voir par trois ou quatre
Lettres écrites de la main de Damon
dont elle est nantie , & qu'elle
offre de montrer toutesfois & quane
e
t
t
,
1.
tes . Eft- elle moins aimable qu'elle
. n'estoit , & ne peut- on plus l'aimer
pour
48 MERCURE
pour le plaisir de l'aimerſeulement,
ainſi que Damon a toûjours fait par
le passé?Ous'il est vray quefa Tendreſſeſubſiſte
bienfans celle de Climene
, il ne veut donc que luy faire
avoüer de temps en temps qu'elle luy
est redevable,& tirer d'elle quelque
petitefoûmiſſion; ce qu'elle estpreste
de faire quand ilvoudra .
Mais pour répondre par ordre à
tous les Articles dont Damon demade
copte à Climene , elle dit d'abord
qu'elle avaça beaucoup dans le chemin
de Tendreſſe , parce qu'elle le
trouvoit fort doux , & qu'allant toûjours
du mesme pas , elle arriva en
fort peu de tempsjusqu'à Estime qui
en est fort proche ; mais que depuis
elle a veu des perils fi évidens à ce
petit paſſage,qu'elle n'a ofé lefranchir.
Ce n'est pas que Damon ne
luy ait souvent remontré qu'elle
S'alarmoit mal - à- propos , & que
W
1
bien
GALANT. 49
a
bien d'autres y avoient passé qui
n'avoient pas de si bonnes affurances
qu'elle mais comme elle aven
beaucoup de Gen's qui sovenoient de
ce Lieu- là tres malfatisfaits , elle
prétend que Damon demeure longtemps
feul dans le Païs de Ten-
- dreſſe, pourluy faire croire qu'on s'y
trouve bien, & luy donner envie de
continuer le voyage , auquel il l'a
engagée.
.
Elle jure avoirfourny au Demandeur
les Douceurs neceffaires pour
entretenir un amour aussi délicat
qu'elle le veut,& ellen'est pas encelamoins
croyable que luy qui atteste
lecontraire. Si cependant on ne l'en
croit pasfursaparole, elleferavoir
un Reçen de Damon , qui est une
Réponse à un Billet qu'il avoit reçeu
d'elle , oùelle l'appelloit mon
pauvre Damon, &par ledit Billet
il se tient content , &confeff
1. Avril 1681 . C
so
MERCURE
avoir receu une fort grande Douceur.
De plus , il faut qu'elle le dife,
quoy que la chose luy ſoit deſavantageuse.
Elle a esté jusqu'à un Helas
dans une Lettre, & apres cela, Damon
ofe attester qu'il n'a receu d'elle
aucunes Douceurs . Elle demande
fatisfaction de ce qu'il a attesté
àfaux, & c'est au Iuge à en userfelonSa
prudence.
L'Hipoteque ſpeciale que Damon
prétendfur le coeur de Climene , ne
luysçauroit estre disputée , puis que
leQuatrain l'adit, Qu'ilſongeSenelement
à la conſerver, car cesfortes
d'hypoteques ont besoin qu'on y
prenne garde de fort pres .
Il a eu encor trop peu de constance
pour demander que Climeney mesure
sa tendreſſe. Il est de l'interest
mesme de Damon qu'on le faſſe at-
* tendre quelques annéesdavantage.
A
GALANT.
ST
Aces causes , Climene conclutà ce
que Damon ſoit évincé desa Demande
pour lepréſent ,faufà elleà
- laluy accorder lors que bon luyfemblera
; en attendant lequel temps,il
- fera obligé de la fervir comme de
- coûtume.
Il fut aiſé à Damon de répon
dre à ces Défenſes.Auſſi ay-je pei-
- ne à croire que Climene prétendiſt
qu'elles fuſſent affez fortes
pour l'empeſcher d'y répondre.
Dés le meſme jour il luy envoya
ce qui ſuit par ſon Huiffier or
- dinaire .
:
REPLIQUE DE DAMON,
aux Défenſes de Climene.
D
Amon pretend droit par tou
tes les raiſens que Climene a
- alléguées , & il prétend qu'il n'y en
aaucune qui ne luy donne , à luy
Cij
54
MERCURE
Demandeur, le gain defa Caufe.Elle
dit en premier lieu, que comme le
temps de payer la Tendreſſe qu'elle
luy doit n'est point limité , pourveu
qu'elle luy enpaye bien & deuëment
L'interest , on ne peut la condamner
àluy enrendre lefond.C'estsa prin
cipale raiſon , & celle außi qui fait
plus contre elle.Elle reconnoit par là
qu'elle fait au Demandeur une rente
de Tendreſſe. Elle a donc reçeu de
luy le fond de cette Tendreſſe. Il
faut neceſſairement qu'elle l'avoue,
& c'est tout ce qu'on luy demande.
Si elle dit que ce n'est pas une Rente
(ce que pourtant elle ne peut dire
qu'enſe deſavoüant elle- mesme c'est
donc une Debte qu'il faut payer tou
te-à- lafois ,& non par menus payemens
comme elle veut faire.
Sa Seconde raiſon n'est pas plus
forte.Damon , dit- elle, a reconnu
que ſa Tendreſſe ſubſiſtera bien
fans
GALANT.
53
ſans le ſecours de la mienne . Je
l'avoue , & par conséquent je ne
dois point luy demander fa Tendresse.
Quoy ? Est- ce qu'on ne peut
demander ce qui est dû légitimement,
à moins qu'on ne puiſſe ſubſiſterJans
cela ? Les Debiteurs ferontils
reçeus à dire à leurs Creanciers,
Vous vous paſſerez biende ce que
nous vous devons; nous ne vous
payerons point ? C'est là leraisonnement
de Climene . Elle y adjoûte
qu'on nepeut luy demander tout - auplus
qu'un aveu & une reconnoiſſance
de la Debte .La maniere de s'acquiterestfort
jolie,& commode. Pour
des aveus & des reconnoiſſances, on
vous en donnera tant que vous voudrez.
Cela ne vousfera point épar
gné,mais pour aucun payement,vous
ne devez point vous y attendre. Si
j'avois dit à Climene ; Vrayement,
vous eſtes affez aimable , je pour
Cilj
54
MERCURE
rois bien vous aimer un jour qui
viendrazelle mepayeroit en medonnant
un aveu qu'elle pourroit bien
m'aimer auſſi quelque jour ; mais je
luy ay donné de bel & bon amour
comptant , &je prétens estre payé
tout demesme.
En troifiéme lieu, elle me demande
pourquoyje lapreſſe tant. Mais ne
dit- elle pas elle-mesme que les hipoteques
d' Amourfontfort difficiles
àconferver?Ainsi iln'est rien telque
desefaire payerproprement.En effet
celles quifont obligées à cesfortes de
Debtes,deviennentfort aisément in-
Solvables ,faute d'avoir volonté de
payer , s'entend. Onne voit tous les
jours que Belles quifont baqueroute,
&qui plantent là leurs Creanciers;
cela,parce que ces Creaciers n'ont
pashaštélepayemët de leur Debte,
dans le temps qu'il auroit pû estre
fait. Plus ces Debtes-là vieilliſſent,
moins ellessont aſſurées,&on a toûGALANT.
55
i jours remarqué que les plus nouvelles
- Sont celles quisepayent le mieux. Si
jen'avois l'oeil à mes affaires,comme
la Debte court toûjours , Climeneſe
- laiſſeroit accabler de vieux dûs. Et
- qu'elle ne diſepoint que c'est luifaire
une offence que de la preſſerfifort
de payer , commesi elle estoit moins
aimable qu'elle n'estoit lors que je
l'aimois gratis. Qu'elle scache au
contraire, que c'est parce qu'elle est
plus aimable que jamais , que je ne
veux plus l'aimer gratis .
Quatrièmement , ce qu'elle dit
qu'on devroit me condamner à demeurer
long-tempsſeul dans le Païs
de Tendreſſe , est contre elle- mesme.
I'y ay eſtédeux ansfeul.Ilfautfaire
estimer par des Expertsfice n'est
pas là un tempscompétent &raiſonnable.
Ie dis encor plus.C'est bientout
ce quepeuvětfaire laplupart desAmans,
que d'être deux ans , même en
Cij
56 MERCURE
compagnie, dans ledit Taïs de Tendreffe.
Cinquiémement ,les douceurs que
Climene dit m'avoir fournies, marquent
affez combienje suis malpayé
d'elle, puis qu'il est constant dans le
Procez,par les dates des deux payemens
qu'elle prétend m'avoirfaits,
qu'ily aplus de huit mois entre mon
pauvre Damon, & l'Helas. Ainfi il
estjuste que je ne me contente plus
de ces meſines payemens qui fontsi
legers en eux- meſmes ,&fi éloignez
les uns des autres,& que je demande
an payement total , duquelelle n'a
aucune raison de Je défendre.
Sixiémement, quand elle dit que
deux années de conftancefont encor
trop peu de chose , poury mesurerSa
tendreſſe , je luy demande ſi elle ſe
Sent un si grand fond de tendreſſe,
qu'elle nese puiſſe mesurer qu'à des
vingt années de constance.Mais toûjours
L
GALANT .
57
jours, qu'elle me donne de la tendreſſe
pour le prix demes deux années , ce
quifera encoreſtimépar Expers.Elle
nepeut se défendre de cela,& c'est
à quoyje conclus.
La Belle fut aifément convaincuë
qu'elle avoit affaire à forte
Partie. Auſſi ne repliqua-t- elle
rien . Son Amant & elle envoyerent
chacun leur Sac chez leur
Juge. C'étoient des Sacs faits de la
maniere que le demandoit la nature
du Procés . Ils eſtoient d'une
Etofe à fond d'argent, avec beaucoup
de Rubans & de Points de
France. Les deux Parties ne manquerent
pas de donner des Placets
à leur Juge. Voicy celuy de
la Belle . C
Cv
58 MERCURE
PLACET DE CLIMΕΝΕ.
Laife aauu Iuge d'Amour avoir
PLaife recommandé
Le droit d'un jeune Coeur,qu'on chicane,&
qu'onpreſſe
ن
Depayerſur le champ desſommes de
Tendreffe
Dont ilferoit incommodé.
Celuy de l'Amant eſtoit congeu
en ces termes.
PLACET DE DAMΟΝ.
au Iuge d'Amour avoir
recommandé
Le droit d'un pauvre Amant de
constance exemplaire,
Aqui depuis deux ans on retient
Son Salaire,
Sans qu'ill'ait encor demandé.
Tou
GALANT.
رون
-
Toutes les formalitez ayant eſté
ainſi obſervées , enfin il intervint
Jugement .
V
ARREST.
11
Eu par Nous Licidas, Licentié
és Loix de l'Amour, Conseiller
ensa Cour &enſes Confeils lesplus
Privez , & Lieutenant d'iceluy en
cette Partie , Le Procés meu & in-
- tentépardevant Nous, entre Damen
Soy-disant Amant de Climene , &
Climenefoy-disant aimée de Damon;
L'Exploit du 26. Decebre 1680.
par lequel ledit Damon conclut à ce
que ladite Climene ait pour luy la
valeur de fix Amours , attendu que
durant le teps qu'ilne s'est attache
qu'à elle,il auroit pûsefaire aimer
defix autres; Les Défenſes deClimene
; Les Repliques de Damon ; Les
Lettres desdits Damon & Climene;
Le
60 MERCURE
Le tout veu & confidere: Nous par
Fugement définitif , & en dernier
veffort,avons condamné & condamnons
ladite Climene àpayer presen-
' tement comptant audit Damon la
moitié des fix Amours par luy demandez
, laquelle moitiéfera payée
parun seul Amour qui en vaudra
trois les trois autres refervez in perto
de ladite Climene , desquels elle
fera l'intereſt au denier de l'Amour;
aupayement desquels Amours &interests,
ellefera cõtrainte par toutes
voyes deuës &raisonnables , mesme
parfaiſie defon Coeur , duquelnous
avonspermis à Damon deſe nantir ,
sifait n'a esté;&fera nostre preſent
Jugement & Ordonnance executée
Suivantsa forme & teneur, nonobſtat
oppositions quelcoques, deſquelles
fi aucunesinterviennet, nous nous
fommes refervé la connoiſſance , &
icelle avons interdite à tous autres
Luges.
GALANT. 61
-
Inges. Fait & ordonné ce 2.Ianvier
1681 .
Climene ne manqua pas de ſe
plaindre.Elle cria à l'injustice. Elle
voulut prendre fon Juge à partie
, mais enfin c'eſtoit un Arreſt
donné. Que pouvoit- elle faire ?
Elle paya.
J'avois déja demandé l'Article
du Sapate de Savoye , lors que
vous m'avez écrit que j'oubliois à
vous l'envoyer. Comme la choſe
ſe fait tous les ans au mois de
Decembre,vous pouvez dire qu'il
eſt un peu tard de vous en parler;
mais , Madame , on n'a pas toujours
à point -nommé ce qui vient
de loin ,& on ſe ſert felon les occafions,
des correſpondances que
l'on peut trouver. Ce dernier
Sapate a eu cela de nouveau,qu'-
il n'a point eſté caché comme
tous les autres ont accoûtumé de
l'eſtre
62 MERCURE
l'eſtre Son Alteſſe Royale l'a donné
à découvert. C'eſtoit un Luftre
, & quatre Plaques d'argent
d'un admirable travail. Madame
Royale en trouva fa Chambre
éclairée , lors qu'elle revint de la
Comédie , avec ces Vers ſur ſa
Table. Ils font de Mr Girardin,
dont je vous ay déja envoyé pluſieurs
Ouvrages , tous à la gloire
de Leurs Alteſſes Royales ,
qu'il fert avec zele , & d'une autre
maniere qu'en faiſant des
Vers .
S. A.R. à M. R.
E cherchez point icy lefecret
NE
d'un Sapate;
Madame, mon deſſein Sansftratagéme
éclate,
Au
GALANT.
63
Aucun Art ne le cache , & pour
mieux lemontrer,
Du jour de vingt Flambeaux je le
fais éclairer,
Difpenfé pour ce coup de la regle
ordinaire,
Ie vous offre un hommage exempt de
tout mistere,
Un Sapateſans voile , & nouveau
dans ce point,
Quefon Secret unique est de n'en
avoir point.
En n'étalant icy que la veritépure,
I'ay voulu de mon coeur vous donner
la peinture.
De ce qu'ilfent pour vous c'est un
juste Portrait ;
Il nesçait renfermer ny feinte , ny
Secret;
Il est toûjours égal à vous montrer
Sans ceffe
Les finceres tranſports d'une vive
tendreffe,
Et
64 MERCURE
Et dans ces fentimens , trop content
de s'ouvrir,
Il met tout fon bonheur à vous les
découvrir.
Observez- les , Madame, & foyez
prevenue
De leur impreſſio, & de leur étenduë .
Les droits du Sang Royal , qui me
donna le jour,
Sont des devoirs ſacrez que connoit
mon amour,
Et de vos nobles foins l'éclatante
constance
Est l'eternel motifde ma reconnoif-
Sance.
Maisfans ces noeuds du Sang , Sans
vos ſoins empreſſez ,
Tous les voeux demon coeur vous
roient adreſſez.
fe-
Quand il ne vous devroit ny le jour
qu'il reſpire,
Ny dans l' Art de regner la peine de
m'instruire.
T
Ny
GALANT.
65
Ny tant d'empreſſemens tendres &
delicats,
Ny le ponible Soin de régir mes
Etats,
- Ny l'éclat immortel d'une grande
Couronne,
Ny l'Empire nouveau que vostre
main me donne,
* Ny mon Païs rempli d'heureuſes
nouveautez ,
Qui lui vont attirer mille profperitez
;
Ce coeur dans son panchant prendroit
affez d'amorce,
Pour vous aimer toûjours avec la
meſme force,
Etfuivant de plein gré des mouvemens
fi doux,
Ne feroit mieux à ſoy , que pour
mieux eſtre à vous .
S'il ne vous voyoit point comme une
Mere aimable,
Le Commerce étably par M. R.
avec le Portugal .
<
Ce
66 MERCURE
Ce coeur verroit en Vous une Reine
adorable.
Il verroit ces attraits touchans&
precieux,
Qui charment tous les coeurs ainſi
que tous les yeux,
Des Royales Vertus le divin afſfemblage,
Les brillans de l'esprit, la grandeur
du courage,
Le feu d'un grand Génie à regler
Sesprojets,
L'Amour, l'heureux Amour,quifait
d'heureux Sujets;
Il verroit ce bel Art , cette rare
Science,
De joindre la Grandeur avec la
Complaisance ;
De Se communiquer par la douce
bonté,
Sans bleſſer d'un haut Rang l'auguste
GALANT. 67
guste Majesté ,
D'estre aux Infortunez Secourable
&propice,
Sans affoiblir les Loix d'une exacte
Iustice;
Enfin il cheriroit en Vous tout- à- la
fois
Les charmes d'une Reine , &les
dons des Grands Rois.
Ainsi de tous coſtez des noeuds inévitables
Ont attaché mon coeur à vos Loix
adorables.
Ainsijugez pour vous quelle est sa
paſſion,
Puis qu'il joint le devoir à l'inclination.
treprendre
Mais qu'inutilementje le vois en-
D'expliquer un amourſi ſenſible &
fitendre!
Que
68 MERCURE
Que fert il pour le peindre ici de
s'animer ?
Plus on Sçait le ſentir moins onſçait
l'exprimer.
Examinez le donc , Madame , pour
: y live c
Ce ferme attachement qui ne se
peut décrire.
Vous y decouvrirez un zele tout
parfait
Il n'enfermé pour vous, ni feinte, ni
Secret,
Etfemblable au Present qu'il fait
ici paroiſtre,
Il ſe montre d'abord tel qu'il veut
toûjours estre.
Rien ici de cache , rien de miſterieux
Ne trompe vostre esprit , &n'abuse
vosyeux.
Ainsi n'y cherchez pointle Secret
d'un Sapate,
Ma
import 1001
GALANT. 69
Madame , mon deſſeinſans artifice
.... éclate,
Ceffez de fatiguervos regards fur
ce point,
LeSecret du Sapate eſt de n'en avoir
point.
Je vous ay déja fait part dans
une de mes Lettres Extraordinaires
, d'un Cadran Horisontal ,
qui marquoit les dernieres Campagnes
du Roy. Le Syſtéme que
je vous envoye aujourd'huy eft
plus étendu. On y voit toutes les
Conqueſtes de ce GrandMonarque
depuis qu'il eſt parvenu à la
Couronne; tous les Combats tant
de terre que de mer , avec les années
& la date des mois , & mefme
des jours en quelques endroits
; tous les Traitez de Paix,
&enfin toutes les Actions de vigueur
qui ont fait connoiſtre l'inébran
70 MERCURE
ébranlable fermeté du Roy à ſoûtenir
les droits de la Couronne .
Les Sçavans n'ignorent pas ce
qu'il y a de curieux fur le Syſtéme
univerſel , qui eſt un arrangement
& harmonie des Corps celeftes
, & des Elémens , qu'on appelle
grandes Parties du Monde.Ce n'eſt
pas icy le lieu de rapporter le
nombre prodigieux des opinions
qui ont partagé , & qui partagent
encor la Philoſophie fur ce ſujer.
On n'a point deſſein d'entrer
dans cette diſcuſſion , mais ſeulement
de rendre raiſon pourquoy
on a choiſy un Syſteme pour marquer
les plus belles Actions du
Roy.Le Soleil eſt comme le coeur
& le Roy du Monde ; & felon la
penſée de Pline , il n'eſt pas feulement
le maiſtre des Temps &
dela Terre , mais auſſi de tous
les Aftres , & meſme des Cieux.
: Il
GALANT.
71
000
Cat Il s'appelle en Hébreu Semes, que
at l'on interprete Ministre de Dien,
& de la Nature. Tous les Doctes
- ſçavent qu'il y a mille beaux Elo.
ges chez les Autheurs ſacrez &
profanes , à la gloire du Soleil .
Comme cet Aſtre eſt le Hiérogliphe
de LoürS LE GRAND ,& que
rk ce n'eſt pas flater ce Prince , que
0% de luy attribuer les fonctions du
Soleil ; on a crû qu'on pouvoit
donner un Abregé de ſes glorieux
Exploits , & de ſa conduite toute
admirable , par un Syſtéme aſſez
conforme pour la diſpoſition , au
ſentimentdes meilleurs Aſtronod
mes. On a marqué dans le premier
Ciel quelques Actions de
pieté qui feront mériter au Roy
une des premieres places dans
& -cetteDemeure des Bienheureux .
- Le ſecond Ciel,qui est le premier
xmobile , n'a pas beſoin de réfle-
UC
□
eu
xion
72
MERCURE
xion particuliere. Il n'y a guére
de Philoſophes qui ne reconnoiffent
le Cristalin dont il eſt parlé
dans la Geneſe. Comme ſes eaux
font de nature celeſte , on a crû
que ce troifiéme Ciel reprefenteroit
affez bien les Actions qui
fe font paſſées fur les Rivieres.
Le Firmament, qui eſt le quatriéme
Ciel , contient un Abregé des
principales Conqueſtes du Roy;
&comme il auroit eſté impofſſible
d'obſerver fidellement la date
des Priſes de Villes , à cauſe de la
diverſité qu'on trouve chez tous
-les Hiſtoriens,&dans les Mémoires,
on s'eft contenté de mettre
aupres de chaque Signe quelques
Places qui ont eſté priſes dans le
mois , pour faire voir ſeulement
qu'il n'y a point eu de ſaiſon capable
d'arrefter la courſe glorieuſede
Sa Majesté. On a ſéparé les
πούν autres
GALANT.
73
que autres Conqueſtes ſans aucun or-
DG dre que celuy de la Cronologie,
pr & l'on a mis ſeulement à la fin de
* chaque Article les Royaumes ou
at Puiſſances qui ont perdu, par ces
ele mots , Espagne , Hollande , &c. Le
ast Ciel de Saturne eſtant affez
Tiet clairement expliqué dans la Fiat
gure , je n'en diray rien icy . On a
et mis dans le Ciel de Jupiter les
Ro. Victoires que le Roy a remportées
ſur Luy-meſme. Elles ſont ſi
dhéroïques , qu'elles effacent les
de Actions qui ont procuré l'Encens
aux Dieux de l'Antiquité , &
principalement à Jupiter le Maîett
tre de tous ; ce qui a donné occaqu
fion aux paroles Latines gravées
ns hors le Systéme , & qui ont eſté
ner traduites par les deux Quatrains
a que l'on y peut lire. Quoy que le
rie Soleil agiſſe ſur toutes les Parties
él du Monde , il ne laiſſe pas d'avoir
لا
m
Avril 1681 . D
74
MERCURE
fon Ciel particulier , qui n'eſt
commun à aucun des Aſtres . On
laiſſe aux beaux Eſprits à rencherir
reſpectueuſement ſur la penſée
qu'on a euë de cette conduite
ſpéciale de la Providence , qui a
voulu accorder à noſtre auguſte
Monarque ce qu'on ne trouve
dans aucun des autres , qui eſt
l'hommage que luy ont rendu
trois Roys.
Les autres Cieux ne demandent
point d'explication . On a
mis les principales Victoires de
mer dans l'eſpace que devroit occuper
l'Air. Comme les eaux ſont
répanduës autour de la Terre, on
a crû que ces Actions pouvoient
trouver place dans ce lieu.
Ce vous doit eſtre un fort grand
plaifir , Madame, de pouvoirtout
d'une veuë remarquer dans une
feule füille de papier tout cequi
s'eft
GALANT.
75
ad
ne s'eſt fait de conſidérable ſous le
. ( Régne du plus grand de tous les
ach Roys , c'eſt à dire pendant pres
en dequarante années, dont le cours
a eſté ſignalé par un nombre infiny
d'Actions tres-mémorables,
Lagu qu'il vous feroit impoſſible de
trouver ailleurs , ſans feüilleter
qui pendant pluſieurs mois ungrand
nombre de Volumes.
rou
ren
res
roit
ux
Si tant de merveilles font reem
garder le Regne du Roy comme
( celuy des prodiges , elles ont fait
acquerir de grands avantages aux
plus Illuſtres de ceux qui ont eu
lagloire d'y contribuer.Vous ſçavez
avec quel zele Monfieur le
Comted'Eſtrées ſert depuis longtemps,
en qualité de Vice-Admiral
de France . Vous vous fouvenez
de ce grand Combat Naval
où il eſtoit joint avec les Anglois,
contre la Flote Hollandoiſe ; des
erre
VO
tgt
oir
ns
tct
A
1 Dij
76 MERCURE
longs Voyages qu'il a faits en
Mer ; de la priſe de l'Iſle de
Cayenne où il a rétably les François
, qui avoient eſté contraints
de l'abandonner , du Combat Naval
,&de la Défaite des Hollandois
dans l'Iſle de Tabago ; de la
priſe de cette Ifle, & du Fort, dont
l'année ſuivante il ſe rendit maiſtre
; & enfin de pluſieurs autres
actions d'éclat , qui ſont connuës
de tout le Royaume. Des ſervices
ſi utiles à la France , & fi glorieuſes
pour ce Comte ,ont dés l'abord
eſté regardées du Roy dans tout
leur mérite .Cegrand Prince voulant
commencer à les reconnoître,
avoit déja augmenté ſes Penſions,
donné le Commandement d'un
Vaiſſeau à Monfieur le Marquis
d'Eſtrées ſon Fils , & gratifié un
autre Fils de l'Abbaye de Noftre-
Dame lez - Nantes;mais ce n'étoit
point
GALANT. 77
point affez pour un Monarque
qui n'aime rien tant qu'à répandre
ſes bienfaits. Monfieur le
Comte d'Eſtrées , qui dans ſon
Ndernier Voyage avoit moüillé
at juſqu'à Cartagene , l'eſtant venu
de ſaluer à fon retour , Sa Majeſté
do: fut fi fatisfaite de ſa conduite &
na de ſa fidelité , qu'Elle l'honora du
Litt Baſton de Maréchal le Mardy
nul
101
25. de l'autre Mois. Il avoit eu
vit l'avantage dés fes premieres anriti
nées de commander les Armées
abo du Roy , en qualité de Lieutenant
General , ainſi que Monfieur
vole Marquis de Coeuvres , Fils aîné
Ditt de Monfieur le Duc d'Eſtrées , a
ion fait en celle de Mestre de Camp
dr d'un Regiment de Cavalerie. Ce
arqu Duc , aujourd'huy Ambaſſadeur
Get Extraordinaire à Rome , eſt aîné
oft du nouveau Maréchal dont je
et vous parle , auſſibien que Mon-
د ا
poit Diij
78 MERCURE
ſieur le Cardinal d'Eſtrées, & tous
trois font Fils de feu Meſſire François
- Annibal d'Eſtrées , Duc ,
Maréchal , & Gouverneur de
l'ifle de France , qui , juſqu'à
l'âge de plus de quatre - vingts
dix-huit ans , a donné des marques
de la force de ſon eſprit,dans
les Emplois de la plus grande
importance. Voicy dans quels
termes on prend le Serment de
Meſſieurs les Maréchaux , felon
l'ancienne Inſtitution .
FORME DU SERMENT
de Meſſieurs les Maréchaux
de France .
V
Ous jurez à Dieu vostre Createur,
fur lafoy & loy que vous
tenez de luy , & fur vostre honneur.
que bien & loyaument vous fervirez
GALANT . 79
10-
Dus vezle Roy cy-préſent , en l'Office de
Maréchal de France , duquel ledit
LIC. Seigneur Roy vous a ce jourd'huy
de pourveu , envers tous & contre tous
u qui pourront vivre & mourir , fans
perſonne quelconque en excepter, &
at Sans auſſi avoir aucune intelligence
20 ny particularité avec quelque Peradt
Sonne que ce soit , au préjudice de
el Luy & de ſon Royaume ; & que fi
de vous entendezchoſe qui luy fost préel
judiciable , vous le luy revelerez;
Que vous ferez vivre en bon ordre,
justice &police, les Gens de guerre,
tantde ſes Ordonnances qu'autres ,
quifont & pourroient estre cy- apres
x à safa folde & service ; Que vous
les garderez de fouler le Peuple &
Sujets dudit Seigneur , & leur ferezentierement
garder & obſerver
les Ordonnances faites ſur lesdits
Gens de guerre; Que des Délinquans
yui vous ferez faire la punition, justice,
X
yeh
Do
ew
Diiij
80 MERCURE
1
&correction telle ,qu'ellepuiſſe estre
exemple à tous autres ; Que vouS
pourvoirez , ou ferez pourvoir , &
donner ordre à la forme de vivre
desdits Gens de guerre ; Quevous
irez, & vous transporterez par toutes
les Provinces de ce Royaume,
pour voir & entendre comme iceux
Gens de guerre vivront;& garderez
& défendrez de tout vôtre pouvoir,
qu'il ne foit fait aucune oppreffion
ny moleste au Feuple ; Et jurez au
demeurant , que de vostre part vous
garderez & entretiendrez leſdites
Ordonnances en tout ce qu'ilvousS
Sera poſſible , & accomplirezentierement
tout ce qu'il vousfera ordonnéfelon
icelles , & de faire en tout
& par tout ce qui touche & concerne
ledit Office de Maréchal de
France;tout ce qu'un bon & notable
Perſonnage , qui est pourveu comme
vous en Etat preſentement , doit &
est
GALANT . 813
rest tenu de faire en tout &partout
s ce qui concerne ledit Etat. Enfigne
& pour mieux executer
VOA
dece ,
ce que deſſus , ledit Seigneur Roy
vous fait mettre en la main le
to Baston de Maréchal , ainsi qu'il
a accoûtumé de faire à vos Prédecer
ceffeurs .
deri
2011
경근
La Charge de Maréchal fut
- établie du temps de Philipe I.
Guy & Anfelme fignerent un
Acte pour l'Egliſe de Saint Martin
din des Champs à Paris l'an 1067. en
qualité de Maréchaux. C'eſt l'oenti
pinion de du Tillet.Cette Dignidos
té a eſté élevée entre les Militai-
210 res , avant celle de Conneſtable,
-ce quoy qu'originairement les Maall
réchaux ne fuſſent en l'Ecurie,
tal que les premiers Ecuyers ſous les
Toms Conneſtables. Alberic-Clement,
oit Sieur du Mez en Gaſtinois , l'un
Dv
$2 MERCURE
des Maréchaux de l'Ecurie du
-Roy,eut l'avantage de devenir le
Lieutenant du Senéchal de France
; & depuis ſes Succeffeurs , au
defaut de ce grand Officier , ſe
trouvant comme Lieutenant de
la Senéchauſſée vacante , porterent
bien haut leur Charge de
Maréchal dans les Armes , avant
que le Conneſtable ,qui avoit eſté
leur Chef , le puſt devenir encor
dans la Guerre , en s'attribuant
l'autorité Militaire du Senéchal .
CetAlberic eſtoit Fils de Robert
Clement , Srdu Mez , Miniſtre
d'Etat , & Gouverneur du Roy
Philippes Auguſte. Il accompagna
ce Prince dans ſon Voyage
de la Terre- Sainte , &y fignala
fon courage au Siege d'Acre , où
il fut tué à un Affaut l'an 1195 .
ainſi que raportent Guillaume le
Breton , & Rigord. Henry-Clement
GALANT. 83
ran
td
Orte
avan
ment fon Frere , Seigneur d'Arrk
gentan & de Mez , dit le Petit-
Maréchal , luy ayant ſuccedé dans
cette Charge , le Roy la continua
rà fon Fils Jean qui estoit fort jeune
lors du deceds de ſon Pere, qui
arriva en 1214. & afin que la pofged
terité en confervaft la memoire,
ſes Deſcendans garderent le nom
telt de Maréchal. Au commencement
il n'y en eut qu'un , & en ſuite
but deux ; mais la neceſſité des affaiécha
res obligea François I. d'en faire
Lobt quatre , lequel nombre demeura
nilte fixé pendant le Regne de Hen-
1 Rory II . fon Fils . François I I. ayant
contraint Anne de Montmorency
Conneſtable de France , de réſienco
ס נ ק
oya
cre ,
119
ig gner fon Officier de Grand - Maître,
pour en pourvoir François de
Lorraine Duc de Guiſe, en érigea
un de Maréchal de France, en fay.
Ck veur de François de Montmo
ume
mer
rency
84 MERCURE
rency Fils aîné d'Anne. Charles
IX. en créa deux nouveaux;
Henry III . deux autres à ſon retour
de Pologne , & depuis ce
temps le nombre des braves Fran .
çois a tellement augmenté , &
leurs actions ont eſté ſi ſurprenantes,
que nos Roys n'en ont pû
laiſſer pluſieurs fans cette marque
d'honneur. Les Maréchaux
fontcomme Collatéraux du Conneſtable
. Leur pouvoir eſt prefque
ſemblable au fien , & le Siege
de leur Juſtice n'eſt qu'un à la
Table de Marbre de Paris. Ils
font Generaux nez des Armées
du Roy en France ; portent pour
marque de leur dignité deux Baftons
d'azur ſemez de Fleurs de
Lys d'or, paſſez en ſautoir derriere
l'Ecu de leurs Armes;ont commandement
ſur les Gens de guerrei
font Arbitres des querelles
qui
GALANT. 85
har
eaux
is a
Fran
é , &
arpe
Ont
mat
chau
Cor
t pro
le Sit
un.a
is.
Armet
1
qui ſurviennent entre les Gentilshommes
du Royaume , & ont.
le pouvoir de punir les Traiſtres ,
les Déferteurs d'Armée , & autres
ſemblables Malfaicteurs . Ils ont
fous eux des Lieutenans qu'ils
appellét Prevoſt des Maréchaux,
& qui ont jurifdiction ſur les Vagabonds
, Gens non domiciliez ,
&Soldats qui ſans congé ſe ſont
retirez du ſervice .
t po
x Ba
ursd
derrit
at com
egue
uerellt pour déſigner un Cheval;& Scal,
Dans les lieux où le mot de
Conneſtable n'eſt point en uſage,
on ſe ſert de celuy de Maréchal,
pour dire , Conducteur & Chef
d'Armée . Le Duc de Saxe eft
Grand-Maréchal de l'Empire ; &
les Ducs de Lorraine, Comtes de
Flandre & Champagne , avoient
auſſi leurs Maréchaux. Les Allemans
, & nos anciens Gaulois ,
employoient le mot de Mark
qu figni
86 MERCURE
fignifioit dans les meſmes Lan
gues Maître, ou Homme.
La mort de Madame de Séguiran
arrivée le 29. de Mars, a fait
tant de bruit dans la Provence,
qu'il aura peut- eſtre eſté juſqu'a
vous. Son mérite la faiſoit eſtimer
de tout le monde. Elle fut confiderée
pendant ſa vie comme un
Modele parfait de vertu ; & fa
charité envers les Pauvres eſtoit
fi grande , qu'ils la regardoient
comme leur Mere , & fa Maiſon
comme leur azile . Elle estoitde la
noble & ancienne Famille d'Audiffret,
originaire de Piémont.En
1450. Marcellin I. fut fait Vicaire
General du Comté de Barcellonne,
Titre que portoient autrefois
les Gouverneurs des Provinces
; & le Pape Nicolas V. luy
donna un fameux Indult en confideration
du ſervice qu'il rendit
GALAN T. 87
C
e,
er
dit à l'Eglife , en luy donnant
une ſomme d'argent fort confiderable
pour le ſoulagement des
Chreſtiens qui combatoient en
l'Ifle de Chypre contre les Infidelles
. En 1519. Jeanne Reyne
d'Eſpagne , Mere de l'Empereur
20
fa
oir
ent
fon
0
ela
Au
En
cai .
cel.
atre
vin
. luy
con
rendir
Charles - quint , donna à Pierre
d'Audiffret le Gouvernement de
l'Eveſché , Ville & Chaſteau de
Lérida , pour avoir ſervy avec
grand fuccés pendant quarante
ans, tant dans les Charges deColonel
& Meſtre de Camp, quedas
pluſieursCommiffions &Gouvernemens.
Une Branche de cette
illustre Maiſon , chaſſée de ſes
Terres par le Marquis d'Uxelles ,
qui employoit toutes les rigueurs
poſſibles contre les Sujets du Duc
de Savoye , vint s'établir en Provence
, où elle s'eſt alliée aux Familles
les plus confiderables de la
Robe
88 MERCURE
Robe & de l'Epée . Des Filles de
Caſtelane,de Félix, de Foreſta, &
d'Arena , ont confondu leur nom
dans celuy d' Audiffret .La derniere
qui a épousé Noble Loüis d'Au.
diffret, connu de tous les Sçavans
de l'Europe par la délicateſſe de
fon eſprit,& par la profondeur de
ſon érudition , a l'honneur d'eſtre
alliée de fort prés au Grand-Maître
de Malte d'aujourd'huy . Je ne
vous dis rien de la Maiſon de Séguiran,
vous en ayant fait un fort
long Article , quand je vous appris
la mort du Premier Préſident
de la Chambre des Comptes , de
ce nom .
Dans ce meſme temps nous
avons perdu un Homme, qui par
les merveilles de ſa Guitarre , a
remply toute l'Europe de ſa réputation
. C'eſt le Sieur Francifque
GALANT . 89
X
m
e.
U
ns
de
de
Fre
11-
ne
دا
১e
ort
apent
de
bus
Dar
a
eif
que
que Corbet.Son mérite qui eſtoit
tres - fingulier, m'oblige àm'étendre
un peu ſur ſon hiſtoire. Il eſt
né à Pavie ; & dans toute l'Italie ,
quand on veut loüer une Piece
de Guitarre par fon Autheur, on
dit ſeulement E'del Pavese . Dés
ſajeuneſſe il aima fi fort cet Inſtrument,
que ſes Parens qui le deſtinoient
à autre choſe , employerent
vainement les careſſes &
les menaces pour le détacher de
cette étude. Il l'a continuée
depuis avec un ſi grand ſuccés,
qu'il furprit d'abord tous les Muſiciens
d'Italie . En ſuite il alla en
Eſpagne , où il fit entendre à la
Cour , des chofes que l'on avoit
crû auparavant impoſſibles ſur la
Guitarte.De là il paſſa chez l'Empereur
, & par toutes les Cours
d'Allemagne , où il fut chéry des
plus grands Princes. Apres eſtre
retour
ود MERCURE
retourné en Italie , pour ſoûtenir
ſa gloire que des Envieux vouloient
obfcurcir , en s'attribuant
injuſtement ſes Ouvrages , il ſe
donna au Duc de Mantoüe , qui
futbien aiſe d'avoir un tel Homme
à preſenter à Sa Majesté . Nôtre
Grand Monarque l'honora de
fon eſtime , & de ſes liberalitez ,
& l'employa dans les plus pompeux
Spectacles ; mais fon naturel
ne permettant pas qu'il fuſt
longtemps dans un meſme lieu,
il vouluſt aller en Angleterre , où
Sa Majeſté Britanique , qui voulut
bien ſe meſler de ſon Mariage
, luy donna le titre de Gentilhomme
dela Reyne, une Clefde
ſa Chambre, fon Portrait enrichy
de Diamans,& une Penſion conſiderable
. Le regret d'avoir quitté
la France luy eſtant venu trop
tard , il fit deux ou trois voyages
à
1
GALANT.
91
1-
10
fe
ui
mde
CZ,
-
à Paris , dans leſquels il eut ſoin
de faire imprimer quelques Livres
de fa Compoſition , comme
il avoit déja fait en Flandre , en
Italie,& ailleurs. Il eſt enfin revenu
en France , marquer par ſa
mort la douleur qu'il avoit de ne
luy avoir pas donné toute ſa vie.
Les Perſonnes du premier rang
n- luy ont toûjours conſervé la mefme
eſtime , & fur tout il a receu
dans ſes derniers jours pluſieurs
marques ſenſibles des bontez de
Son Alteſſe Royale Madame. Mr
Médard qui a pris de ſes Leçons,
ria & qui eſt Autheur du Concert
de la Paix , dontje vous ay parlé
dans quelqu'une de mes Lettres ,
ne s'eſt pas contenté de compoſer
une Piece ſur ſa Guitarre,qui exjete
prime les plaintes de cet Inſtrument
ſur la mort de ſon Maiſtre .
fult
jeu,
no
ou
tilde
chy
onrop
ges
a
Il a voulu encor faire voir par
l'Epi
92 MERCURE
l'Epitaphe qui ſuit , combien fa
memoire luy eſtoit chere.
* ΕΡΙΤАРНЕ
DE FRANCISQUE CORBET.
Creampiendomesours,
gist l' Amphion de nos jours ,
rare,
Qui fit parler àſa Guitarre
Le vray langage des Amours.
Ilgagna parson harmonie
Les coeurs des Princes & des Rois,
Et plusieurs ont crû qu'un Génie
Prenoit le foin de conduire fes
doigts.
Paſſant , si tu n'as pas entendu ces
merveilles ,
Apprens qu'il ne devoit jamais finir
fon Sort,
Et qu'il auroit charmé la Mort;
Mais,helas ! par malheur, elle n'a
point d'oreilles. Pen
GALANT . 93
a
T.
re
mie
fes
es
Pendant que Monſeigneur le
Dauphin faifoit preparer le magnifique
Balet du Triomphe de
l'Amour , qui a ſervy de divertiſſement
à Leurs Majeſtez tout le
Carnaval , la Cour de Hanover
qui imite ſi galamment toutes les
manieres de celle de France , ſe
diſpoſoit à faire paroiſtre une
Maſcarade miſe en Balet , prefque
ſous le meſme titre . Ce Balet
, appellé le Charme de l'Amour
, a eſté dancé par Madame
la Princeſſe de Hanover, Fille aînée
du Duc qui porte aujourd'huy
ce nom , à qui elle a voulu
témoigner , en luy donnant ce
Spectacle, la joye qu'elle avoit de
fon retour d'Italie .On avoit feint,
wir pour Sujet de la Mafcarade , que
l'Amour , ayant promis à Junon
qu'il trouveroit un Lieu de plaifir
en Terre , aſſez chamant &
rt;
ia
en
affez
94 MERCURE
aſſez delicieux pour y retenir
Jupiter continuellement aupres
d'elle , avoit choiſi celuy d'Eurybate
aux Frontieres de Lydie. Le
reſte s'expliquera par les Entrées.
Je vay vous les marquer toutes,
& ajoûteray ſelon l'ordre de ces
Entrées , les Vers qui conviennent
à chacun de ceux qui en
ont eſté . Madame la Princeſſe
de Hanover parut avec grand
éclat en Reyne des Amazones.
Meſſieurs les Princes ſes Freres y
repreſentoient l'Amour , un Plaifir
Champestre , & deux Princes
de Mycene. Parmy les Vers qui
furent diſtribuez à l'Aſſemblée
avec le Sujet de la Maſcarade, on
y trouva ceux- cy pour Monfieur
leDuc de Hanover,
Ous pretendions donner quelque
réjouiſſance
Au
GALANT. 95
コ
re
L
ees
te!
ce
en
eff
and
One
-es
Plai
nce
q
ble
, 0
ieu
Au Grand Héros qui regne en cet
heureuxfejour,
Et c'eſt luy quiparsa prefence
Fait renaître la joye, & la donne à
SaCour.
Pour en combler nos coeurs, c'eſt aſſez
qu'on le voye,
SonSeulaspect nous peut tous réjoüir.
Cependant noſtre ardeur s'eploye
Alui chercher un bien dont il nous
fait joüir.
Bien qu'il faſſe beau voir nostre aimable
Amazone,
Et fa Mere ici- bas digne de plus
d'un Trône,
Pres d'un Princeſi cher triompher
aujourd'hui,
Vn amas de Vertus & de Beautez
en elles,
En nous les faiſant voirfi belles,
N'empeſche point nos yeux d'estre
charmezde Lui.
quel
ой
96 MERCURE
(
Où pourroit- on jamais trouver rien
qui ressemble
Aux biens qu'enſa faveur le Ciel a
mis ensemble ?
Ilprend le ſoin de le rendre ici- bas
Leplus heureux Prince du monde,
En lui donnant de grands Etats
Pour y regner dans une Paix profonde
;
Aimé de ſes Sujets, utile à ſes Voifins,
<
Etreſpectédu reste de la Terre,
En état, quand il veut ,d'aller porter
la Guerre,
Hors de tousfes Païs,& loin de leurs
Confins.
Mais quand le Ciel le rend aux au -
tres redoutable,
Il le rend pour les Siens un Potentat
aimable,
Qui regne plus parsa bonté
Qu'il
GALANT .
97
Qu'il ne fait par le droit defon autorité.
Mesme aux Sujets quiſont plus loin
defa Perſonne,
De rendre la justice il ſçait venir
àbout,
A S'il est icy préſent , il l'est encor par
70-
l,
tout ,
Parlesſages ordres qu'il donne.
Le Salut de Son Peuple eſt aſſureSur
Luy,
Au repos de l'Empire il est un ferme
appuyi
Etfi jettant les yeuxfurſa haute
On confidereſon mérite,
conduite,
Sa valeur,ſaſageſſe, &ses autres
vertus ,
Il est à l'univers quelque chose de
tal plus ,
Puis qu'il est icy-bas , à qui bien le
contemple,
Avril 1681 . E
98 MERCURE
D'unparfait Souverain le modele &
l'exemple,
reéquité,
Pofterité,
Et que ſon grand courage,&Sara-
Doivent charmer ſon Siecle & la
Pendant que de ces donsſa Perſonne
pourveuë
Nous comble tous les jours du bonheurdeſa
veuë,
Et que luy - mesme il fait ce Charme
defa Cour,
Qui n'est pas moins puiſſant que ce
luyde l'Amour.
Que devons- nous point aux bontez
d'un telMaistre,
Alors qu'il se redonne à nos justes
defirs,
Et qu'apres les avoir fait naître,
Ilvient par fon retour les changer
en plaiſirs ?
Cherchons à noštre tour tout ce qui
peut luyplaire
LYON30
Dans
A
GALANT .
وو
Dans les heures defonrepos.
Des divertiſſemens d'un su digne
Héros
YON
A
Faiſons noſtre plus grande affaires*IT'\\
t
tr
Ettandis que la Terre & le Cielfont
d'accord
Aformer le glorieux Sort
Qui doit éterniser ſon nom &sa
mémoire ,
Que le zele nous preſſe , & nous occupe
tous
A rendre les momens de ſon loiſir
plus doux ,
Et le laiſſons agir pournous & pour
Sagloire ,
Nulnesçait mieux que luy ménager
ces deux Points,
Dont ilfaitses deux plus grands
Soins.
**
!
Si nousn'arrivons pas à l'effet defi
rable
Que nous nous sommes proposez
A Eij
100 MERCURE
Nous montrerons du moins , par un
effort loüable,
Qu'àtentertout pour Luy,nous sommes
diſpoſez .
Ne doutons point qu'iln'ait la complaisance
De recevoir noſtre hommage aujourd'huy
,
Et d'honorer de ſapréfence
Vn Divertiſfement que l'Amourfait
pour Luy.
Il ſçait bien qu'elle est necessaire
Pour l'accompliſſement du bonheur
de ces Lieux,
Et que c'est Luy Seul qui doit
faire
Le Charme de nos coeurs,&celuy de
nosyeux,
Ce Sonnet ſuivoit pour Mada-
• me la Ducheffe de Hanover. Elle
eſt Tante de Madame , & Fille
de Frideric V. Electeur Palatin
GALANT. 101
作
in
et
tin , qui fut fait Roy de Boheme
en 1628.
V
Ous avezbonnepart an Charme
de l'Amour,
Sa beauté de la vostre est la parfai
te Image;
Si par Lui l'Eurybate est un heureux
fejour,
Tout ce qu'il a de grand eſt vostre
digne Ouvrage,
こ
Princes, Dieux, Amazone , en vous
rendant hommage,
don Reconnoiffent aſſez qu'ils vous doida
Elle
ille
ala
cin
vent le jour.
Chacun d'eux à l'envi croit vous
fairefa Cour,
S'il s'empreſſe à qui mieux fera fon
Perſonnage.
a Ces Héros , b cet Amour, ce Plai
fir innocent,
Eij
هللا
al
P
102 MERCURE
Le raviſſant éclat de ce Charme
puiſſant ,
Arresteront lesyeuxde nostre Grand
Auguste
Pour s'expliquer alors en Pere &
comme Epoux,
Lui-meſme il vous dira d'un aveu
libre &juste,
Que ses plus chers plaisirs fon toû
jours avec Vous.
a Les quatre Princes. b Madame
la Princeffe. 4
I. ENTRE'E .
L'ouverture du Theatre faiſoit
découvrir le Lieu champêtre
d'Eurybate. On voyoit Mercure
deſcendre du Ciel , & un Concert
de doux Inſtrumens accompagnoit
ſa defcente . Il venoitde
la part de Jupiter & de Junon ,
obfer
GALANT. 103
ê
fil
curt
Con.
Com
obſerver ce qui ſe paſſoit à Eurybate,
& avertir tous ceux de cette
Contrée, que ces deux Divinitez
avoient deſſein d'honorer de
leurs preſences ce Lieu de repos
&de delices. Apres qu'il eut debité
le Sujet de la Mafcarade,
qu'il jetta en pluſieurs endroits
du Parterre , il dança ſeul au fon
des Violons , & ſe retira en ſuite
dans un coin , comme voulant
remarquer ce qui faiſoit.
Pour Monfieur Rekau , Gentilhomme
du Païs , repreſentant MERCURE .
Ie ne fais qu'aller & venir,
Sçavoir ce qui ſe paſſe eſt maplus
grande affaire ;
Mais jeſerois trop long à vous entretenir.
Cet Ecrit vous dira tout ce que l'on
va faire.
it de
bfer
E iii
:
000
104 MERCURE
II . ENTRE'E.
- Des Trompetes , des Timbales,
& des Tambours,ayant com.
mencé à ſe faire entendre confufément
, le Dieu Mars parut au
fond du Theatre deſcendant du
Ciel au bruit de tous ces Inſtrumens
militaires,qui ceſſerent auffitoſt
qu'il fut à terre , & donnerent
lieu aux Violons de joüer un
Air inquiet qu'ildança. Il venoit
dans ce Lieu tâcher de troubler'
la paix & le repos que l'Amour
& Bacchus y établiſſoient en faveur
desHabitans de cette Contrée
, mais il y demeura luy-mefme
comme enchanté par la force
du Charme que l'Amour y avoit
déja répandu. Ce Charme avoit
la vertu de retenir tous ceux dés
Dieux & des Hommes qui met-
T
toient
GALANT.
105
toient le pied ſur cette Terre enchantée.
Ainſi Mars ne fongea
plus qu'à y faire bonne chere ,
qu'à y tenir table , & fe divertir à
la Dance, mais toûjours avec des
fu marques d'inquietude pour la
Guerre.
ba
2
tal
d
tru
ne
r
no
ble
nou
fa
Coo
mel
Forc
avoil
avor
Pour Monfieur de la Chevalerie, Grand
Echanſon , tenant la Table du Grand
Maréchal de la Cour , representant
MARS .
Ce Dieu n'est pas le Mars qui fait
mourir,
Chacun pent hardiment le ſuivre...
Que nul de vous ne craigne de
perir,
Car ilest le Mars qui fait vivre.
Tel Officier ne manquepas
De trouverà lever du monde,
Parcequ'ilfait tous fes Soldats
Chevaliers de la Table Ronde.
xde
mer
E V
oient
106 MERCURE
III . ENTREE .
L'Amour , ſuivy de trois Plaifirs
champêtres , vint pour y prefider
aux Feſtes & aux Divertifſemens
des Habitans d'Eurybate.
Il dança & alla en ſuite prendre
fa place fur un Trône qui luy
eſtoit preparé au fond du Theatre.
Pour Monfieur le Prince Chriſtian , repreſentant
l'AMOUR.
Avec les doux attraits de la belle
Hippolite,
I'ay dans ces Lieux pouvoir de
tout charmer. A
Sa grace , sa bonté ,ſa vertu ,fon
merite,
Forcent tout le monde à l'aimer.
La Beauté rend tout aimable
Aux Mortels & mesme aux
Dicux
2
C'est
ز
GALAN T.
107
Plai
pre
rtil
Datt
C'est un Charme inévitable
Pour ceux à qui le Ciel donne un
coeur & des yeux.
IV. ENTREE.
Les trois Plaiſirs champeſtres
ndt dancerent en preſence de l'Alu
mour.
ea
Chet Pour Monfieur le Prince Ernest Aun
, t
be
iri
ner.
e
C
guſte , repreſentant le PLAISIR de
la Chaffe.
Vous ne faites que de naître,
Plaisir petit & charmant,
Et déja vous cauſez un grand contentement
Aceux qui vous ont donnél'estre.
Vous ferez à voſtre tour
Ce Dieu qui fait que l'on aime,
Et de Plaisir de l'Amour,
Vous deviendrezl'amourmesme.
: Pour
108 MERCURE
Pour le jeune Baron de Platen , & le
jeune Offen , repreſentans LE PLAISIR
de la Dance , & LE PLAISIR
de la bonne 'Chere .
De ces Plaiſirs innocens
Les charmes font plus paisibles.
Il en eft de plusſenſibles,
Mais ceux- cy font toûjours beaucoup
plus engageans.
V. ENTREE .
Un Char de Triomphe defcendit
du Ciel au fon des
Theorbes , Claveſſins , Baſſes de
Violes , Luths , Flûtes douces,
& autres Inſtrumens , & demeura
ſuſpendu en l'air, Sur ce
Char eſtoient la Renommée , la
Gloire , & la Victoire . La Gloire
portoit le Sceptre d'Hippolite
Reyne des Amazones ;
la
GALANT.
109
-
&
PIA
AIS
ifibli
-s ben
e de
nd
affes
douc
&& i
Sur
mée,
LaGle
d'Hi
azone
la Victoire , ſon Epée ; & la Renommée
placée au milieu de ces
deux Deïtez , tenoit ſa Trompete
en main , & ſe preparoit à publier
en tous lieux les exploits , & les
grandes qualitez de la jeune &
belle Reyne,qui entra par le coſté
droit , & fortit du coin le plus
proche du fonddu Theatre. Elle
estoit ſuivie des Princes Euriale
& Hylas , Fils du Roy Euriſtée,
& Parensd'Hercule,qu'elle avoit
fait ſes Captifs dans la fameuſe
Expédition qu'elle venoit d'achever
contre les Mycéniens.
Huit Hérauts d'Armes , vétus à
laGrecque , la précedoient , publiant
au fon des Hautbois & autres
Inſtrumens , la venuë de cette
triomphante Amazone. Tandis
qu'ils ſe rangeoient des deux
coſtez du Théatre , la Renommée
chanta ces Paroles.
요
110 MERCURE
Ien'ay pas affez de cent voix
Pour dire tout ce que je vois
De cette jeune & charmante Merveille
;
Et quandje rediray cent fois
Qu'elle est unique &Sans pareille,
Ien'ay pas affez de cent voix
Pourdire tout ce que je vois
De cettejeune & charmante Merveille.
LA VICTOIRE.
Sa valeur peut tout gagner,
Rien ne réfište àses armes.
LA GLOIRE .
Tout doit hommage àfes charmes,
Elle est faite pour régner.
Apres que la Renommée , la
Victoire,& la Gloire, eurent chaté
, la Reyne Hippolite dança au
ſon des Violons , & s'approcha
enfuitedesPrinces qu'elle affranchitde
leurs chaînes. Il luy firent
une
GALANT. III
۲۰
er
ne!
la
ha
20
cha
anent
une
une profonde revérence pour remercîment
de leur liberté. Cependant
Hippolite précedée de
ſes Hérauts , ſe retira , & entra
chez Alciane , principale Bergere
d'Eurybate . Le Char de Triomphe
ſe perdit dans les nuës en
meſme temps , & l'Amour demeura
fur ſon Trône , environné
des Plaiſirs champêtres.
Pour Madame la Princeſſe de Hanover,
repreſentant LA REYNE DES
AMAZONES .
Elle est le Charme de l'Amour.
L'eclat defa beauté luy donne un
doux empire
Qui retient les coeurs qu'elle attire
Dans cet agreableSejour.
Avec la fierté d' Amazone,
Elle a d'un tendre coeur les charmantes
bontez ,
Et nous fait voir cent nobles qua-
litez Qui
112 MERCURE
Qui la rendent digne du Trône.
Heureux celuy des Potentats
Qui doit donner àſes Etats
La meilleure des Souveraines,
Lors que le Ciel luy donnera
Une Princeſſe qui fera
Plus belle que toutes les Reynes .
VI. ENTRE'E .
Les deux Princes de Mycene
dancerent enſemble , & fe réjoüirent
de leur liberté , qu'ils
croyoient avoir entiere , quand le
Charme de l'Amour les retenoit
ainſi que les autres dans ce Païs
enchanté.
Four Monfieur le Prince Maximilien,
repreſentant EURYALE Prince
Captif d'Hippolite.
Quoy que d'une jeune Guerriere
GePrincefoit le Captifaujourd'huy ,
:
Il
GALANT.
113
ene
1
re.
qu'ils
ndk
enoik
Pais
lien,
Prince
Il n'est point de beautéfifiere
Qui ne vouluſt ſe rendre à luy..
Pour Monfieur le Prince Charles , repréſentant
HY LAS , autre Prince
Captif d'Hippolite.
Il faut pour une fois céder aux
traitsvainqueurs
D'un Sexe fier dont je porte les
chaînes ;
Mais de ce Sexe un jourje vaincray
tant de coeurs,
Qu'ils payeront toutes mes peines .
VII. ENTRE'E .
Alciane , principale Bergere
d'Eurybate , accompagnée de
Ménalque & de Lyſis , les deux
plus confiderables Bergers de la
vriert Contrée , entra au ſon des Mubuy
ſetes & des Flûtes douces. Elle
1 fe
114 MERCURE
ſe réjoüit avec eux de l'honneur
que leur Demeure champêtre
recevoit de l'arrivée de la Reyne
des Amazones , &diſpoſa toutes
les choſes neceſſaires à la Feſte
que les Bergers devoient faire
pour divertir cette grande Reyne
, qui vouloit honorer de ſa
préſence leurs Dances,leursJeux,
&leurs Luites . Alciane & ces
deux Bergers allerent faire avancer
les autres qui devoientaſſiſter
à cette réjoüiffance.
Pour Madame la Baronne de Platen ,
Grande Maréchale de la Cour , répréſentant
ALCIANE.
Cette Bergere avec beaucoup d'adreſſe
A bonne grace , & le pas fin .
Elle n'est point une Déeſſe,
Et pourtant elle a l'air &le coeur
tout divin,
Rien
GALANT. IJ
tr
ite
Rien n'égaleſa Bergerie ,
Où tout est riche , tout est beau.
Rien nepaſſeen galanterie
Son aimable & noble Troupeau.
elt oùpeut- on voir de conduite plus
Fair
Rer
es
eux
ce
van
Ghe
Platen
d
En .
belle
Afervir un grand Souverain,
Que celle du Berger fidelle
Dont ellea le coeur & la main?
Lavieest toute héroïque
De ce beau couple d' Amans;
Il a l'estime publique,
Elle est l'honneur de nos Champs.
Pour Monfieur Senfft , Gouverneur de
Meffieurs les Princes, repréſentant le
Berger MENAL QUE.
Menalque, Berger d'importance,
Ade certains Moutons remuans&
légers , C
,
Le ca Qui sçauront s'écarter malgré fa
Et
vigilance,
Rit
116 MERCURE
Et donner du chagrin à beaucoup de
Bergers .
Pour Monfieur de Gohr Capitaine ১
d'Infanterie , repréſentant le Berger
LYSIS .
Lyſis , dont l'humeur est volage,
Prenoitplaisir tous lesjours à changer;
Mais depuis que l'Amour parSon
Charme l'engage,
Il n'est point dans ce lieu de plus
constant Berger.
VIII. ENTRE'E
Oriane & Amafie , Bergeres
jeunes & volages , eſtant accouruës
ſeules & fans Bergers à la
Feſte d'Eurybate dancerent
en ſe prenant quelquefois la
main l'une à l'autre. L'Amour qui
,
aime
(
GALANT. 117
e
A
fors
pin
er
COU
al
ren
qu
aime l'humeur volage , quita ſon
Trône , & vint ſe mettre entredeux.
Elles luy donnerent la main
de coſté & d'autre , chacune
croyant la donner à ſa Compagne.
L'Amour ſe retira d'entre- elles,
fans en tourna àavſoaiprleaſcteé. apperceu,&
re
LA
Pour Madame de Meyſenbourg,
repreſentant ORIANE.
Quand le torrent nous entraîne,
On cede au plus grand effort ;
Mais quand de Soy mesme on peut
faire choix defon fort,
Laliberté vaut mieux que la plus
bellechaine.
Pour Mademoiselle de Grotte,
repréſentant AMASIE .
Il n'est point icy de Bergere,
Meilleure , &deplus belle humeur.
*
aime On
118 MERCURE
>
On ne la prendra point pour volage
& légere,
Quad on connoistra bieſon coeur;
Car enfin c'est la plusſage
Des Bergeres du Village.
IX. ENTRE'E .
Un Satyre vint prendre la place
de l'Amour , & dança au milieu
des deux Bergeres volages. Elles
luy donnerent la main fans y penſer,
mais l'effroy les prit ſitoſt qu'-
elles eurentjetté leurs regards ſur
luy, & elles s'enfuyrent des deux
coſtez du Theatre.Le Satyre s'eftant
attaché à poursuivre Oriane,
luy arracha un petit Miroir qu'
elle avoit pendu à ſa ceinture.
dança , &tacha de ſe faire beau
pour plaire ; mais d'abord qu'il ſe
regarda dans ce Miroir , il ne put
fouffrir luy- meſme la laideur de
fa figure .
Il
Pour
GALANT.
119
blac
ilie
Elle
pe
to
s
Pourle Sr Jemmes,Maiſtre du Balet,
repréſentant le SATYRE .
Pour Ridicules mal-faiſans
On fait paßer tous lespauvres Satyres.
Helas ! combien trouve- t- on de Gens
pires
Parmy vous autres Courtisans?
X. ENTRE'E .
Dares & Percas , Païfans yvres
fortirent de la Taverne du Villade
ge, rencontrerent le Satyre, le caest
reſſerent,le firent dancer,& apres
riat s'eſtre joüez de luy quelque teps,
9
re.
be
ils luy firent une querelle,le pourſuivirent
àgrands coups,& lemenerent
toûjours batant,juſqu'à ce
qur qu'ils l'eurent perdu de veuës
nep apres quoy ils danceret enſemble
d'unemaniere tout- à- faitbizarre.
Pour
eur
2
Por
120 . MERCURE
Pour Mr de Bouſch Colonel des
Gardes , & Mr Paſſadofsky
Ecuyer- Tranchant de la Cour,
repréſentant LES PAÏSANS
YVRES .
Chacun afon plaisir dans ce Lieu
délectable.
Le nostre est de vuider Bouteille,
Verre& Pot ,
Et d'estrejour & nait à table ,
Sans avoirſoin depayer nostre écot
XI . ENTRE'E.
Le Dieu Bacchus que l'on vic
ſortir de la Taverne ſur ſon Tonneau,
traîné par ſix Satyres joüans
de la Flûte , ſe réjoüit de trouver
les Païſans en cet état, leur donna
encor à boire,& dança avec eux;
mais quand il voulut compter la
dépenſe qu'ils avoient faite , ils
s'enfuyrent,
GALANT. 121
,
s'enfuyrent , en faiſant mille groteſques
poſtures. Bacchus , apres
- avoir dancé ſeul,témoigna àl'Amour
qu'il n'avoit point de plus
fort defir que de contribuer à
l'Enchantement de ce Dieu , par
- l'abondance de ſon Vin qui
eſt un Charme affez doux pour
toutes fortes de Perſonnes dans
un Lieu champétre. Il vint pour
percer fon Tonneau ; mais le
Dieu Pan , qui l'avoit pris, eſtant
yvre , pour l'Arbre ſacré dans lequel
il avoit accoûtumé de ſe retirer
, fortit du Tonneau tout ré.
joy. Cette mépriſe avoit fait que
les Satyres qui font une fidelle
eſcorte à leur Dieu par tout où il
eſt,& s'eſtoient attachez à traîner
le Tonneau de Bacchus ,où ils ſça.
voient que Pan s'eſtoit enfer-
- mé . Ce Dieu des Sylvains & des
Bergers , invita tous les Habitans
Avril 1681 .
1
ゴ
F
7
122 MERCURE
des Bois ,des Eaux & des Montagnes
de cette Contrée , à publier
la grandeur du Nom de Mr le
DUCERNESTE- AUGUSTE , Souverain
du Païs , & à préparer pour
ce grand Prince.qu'ils reconnoiffoient
pour le Maiſtre de leurs
Demeures champêtres , tous les
Divertiſſemens capables de le retenir
dans ce Lieu délicieux . Voicy
les Paroles qu'il chanta .
Pendant que les autres Dieux
S'empreffent tous à qui montrera
mieux
Leurſoûmiſſion éternelle
Pour le Souverain des Dieux ;
Troupefidelle,
Montrez vostreZele
Pour le Héros qui régne dans ces
Lieux.
Oreades & Naïades,
Faunes, Sylvains , & Dryades ,
Faites
GALANT.
123
0.
0
Jo
X
tre
X
5
des
Faites que partout dans ces Bois ,
Sur vos doux Chalumeaux, Muſetes,
&Hautbois,
On entende le Nom du Grand ERNESTE-
AUGUSTE .
Il n'est rien deſijuſte,
Que chaque Etat ,ſoit divin , foit
humain,
Reconnoiffefon Souverain .
Pluſieurs Faunes & Sylvains ,
Oreades,Naïades,& Dryades, eftant
accouruës de toutes parts à
la voix de Pan, luy rendirentune
prompteobeïllance , en chantant
ces Vers.
Iln'est rien deſi juste,
Que chaque Etat, ſoit divin , ſoit
humain ,
Reconnoiſſeſon Souverain.
Vive le grand ERNESTE - Au-
GUSTE .
Allons graver ce Nom ſur tous ces
arbres verds,
Fij
124 MERCURE
Afin que parnosfoins leurs Habitans
divers
Puiffent connoistre
Qu'il est leurMaistre,
Et qu'ilsfontſes Sujets.
Quefur nos Chalumeaux, Muſetes,
Flageolets,
On entende le Nom du Grand ERNESTE
- AUGUSTE .
Il n'est rien de ſi juste,
Que chaque Etat ,foit divin , foit
humain,
... Reconnoiſſeſon Souverain.
Aufſſitoſt que le Dieu Pan euſt
témoigné par ſon chant & par fa
joye ,qu'il eſtoit de concert avec
l'Amourdas le deſſein de sõ Char.
me, il le laiſſa maiſtre de la Place
où ſe devoit celébrer la Feſte des
Bergers d'Eurybate ,& reconduifit
Bacchus dans ſa Taverne,en dançant
au milieu de ſes Satyres .
Pour
GALANT. 125
e
E
1
P
ta
P
Ther
Pour Mr de Batincourt , Gentilhomme
de la Cour , repréſentant
BACCHUS .
Avouez,fans mon Jus divin,
Que tous vos plaisirs feroient
fades, L
Et qu'enfin ce ſeroit vous traiteren
Malades ,
Que vous priver de l'usage du
Vin.
Pour le Sr Jemmes , Maiſtre du
Balet , repréſentant le Dieu
PAN.
Je voudrois avoir du retour,
Si je changeois mon estre & ma
figure
Avec la plus belle pošture
nda Du Cavalier le mieux fait de la
$
en di
es
Cour.
P Fiij
126 MERCURE
XII . ENTRE'E.
L'Amour dança ſeulune eſpece
de Ménüet pour commencer
la Feſte des Bergers , tandis que
les Bergeres Alife ,Doris,&Amin.
te , entrerent du coſté droit du
-Théatre , & que les Bergers Mélinte,
Licidas,& Damis, entrerent
de l'autre.lls montrerent tous leur
admiration pour l'Amour , qui
paſſa au milieu d'eux pour retourner
ſur ſon Trône. Alors cette
Troupe Paſtorale commença une
Dance en l'honneur de l'Amour,
apres s'eſtre tournez tous de fon
coſté, & s'eſtre en meſme temps
inclinez devant luy en ſigne de
venération.
Pour
GALANT.
127
k
10
T
Pour les trois Bergers , tous trois
Officiers de Guerre .
Il est malaiſé de changer
Nostre air de Commandant , & nos
demarches fieres,
Pourtant avec de fi belles Bergeres
On s'accoûtumeroit àfaire le Berger.
Pour les trois Bergeres .
Nous sommes trois jeunes Fieres,
Qui ne nous foucierions guères
Chacune d'attaquer à la Luite un
Berger ;
Nous luy ferions courir la moitié du
danger.
Pour Mr Vevhe, Lieutenant Colonel
des Gardes, repréſentant
le Berger MELINTE.
D'attaquer mes Moutons jamais
Loup nehazarde,
Ils font dreſſez , & vont fort bien
Fiiij aux coups.
128 MERCURE
A tous autres Troupeaux ilsſerviroient
degarde,
Carfans- doute ils batroient pareil
nombre de Loups .
Pour Mr Bulau,Capitaine- Lieutenant
de la Garde du Palais repréſentant
le Berger DAMIS .
Pour me débaraſſer de toute autre --
conduite
Que de celle d'un fier Troupeau,
le cherche une Bergere adroite &
demérite ,
A qui je veux donner le ſoin de mon
Hameau.
Pour Mademoiselle Gehle l'aînée
, Premiere Fille d'honneur
deMadame la Ducheſſe de Hanover
, repréſentant la Bergere
ALISE.
Chacun me dit que Menandre
Eft un aimable Berger,
Qu'il
GALANT.
129
N
S
こん
ne
ge
Are
Qu'il m'aime d'un amour tendre
Qui ne peut jamais changer ;
Mais encor qu'ilm ait ditſapaſſion
luy-mesme,
Cela doit- il m'alarmer ?
Quand noussçaurons comment il
aime,
Nous verrons s'il faudra l'aimer.
Pour Mademoiselle Gehle la jeune
, autre Fille d'honneur , re
préſentant la Bergere DORIS .
Ie me plais fur la Fougere
D'eſtre ſeule tout lejour,
Etfuis trop jeune Bergere
Pour me connoistre à l'amour.
Mais si quelque Berger me vient
dire luy- mefme
Que pour moy le fien est extréme,
Cela doit il m'alarmer ?
9 F V
130
MERCURE
Quand nous sçaurons comment il
aime,
Nous verrons s'il faudra l'aimer.
Pour Mademoiſelle Bulau , Fille de
feu Monfieur le Preſident Bulau
repréſentant la Bergere
AMINTE .
Bergerefi belle &fi ſage,
Sans balancer davantage,
Devroit enfin s'engager.
Adix-huit ans on a l'âge
Defaire un fort beau ménage
Avec un jeune Berger.
XIII. ENTRE'E .
La Reyne Hippolite,& les Princes
de Mycene , voulant eſtre de
la Partie,& ſe ſignaler àla Dance,
aux Jeux , & à la Luite des Bergers
GALANT.
131
100
gel
gers& des Bergeres, entrerent au
fon des Flûtes douces, Hautbois,
Violons & autres Inſtrumens de
réjoüiſſance. Alciane entra auſſi
avec Menalque, & les deux Bergers
volages , pour faire les honneurs
du Lieu . Elle ſe plaça avec
ſa Suite dans le fond du Theatre;
& les autres Bergers & Bergeres,
ſe rangerent des deux coſtez
pour faire place à Hippolite , à
Euryale , & à Hylas. Apres que
cette belle Amazone eut dancé
avec les deux Princes , au milieu
de toute cette Troupe de Bergers
&de Bergeres ; le Dieu Mars
qui ne cherche qu'à troubler par
tout la Feſte , annonça au bruit
des Tambours , Timbales &
Trompetes , la venuë d'Hercule
dans Eurybate. Une alarme fi
imprévenë , cauſa trois effets
fort
Bet 6
132 MERCURE
fort diférens. Les Bergers &
Bergeres prirent la fuite , & fe
diſperſerent des deux coſtez du
Theatre. Hippolite apprenant
que ſon Ennemy capital eſtoit ſi
proche , courut auffitoft aux Armes.
Les Princes de Mycene
ayant demandé les leurs , fort
incertains du party qu'ils devoient
prendre , eſtant obligez
à tous les deux , allerent avec
la Reyne à la rencontre d'Hercule
, & l'Amour quitta ſon Trône
pour les fuivre , & remedier à ce
tumulte.
1
XIV. ENTRE'E.
Pendant ce temps, Mars dança
ſeul au milieu de quatre Soldats,
Artabaſe , Orondas , Pharaſmane,
& Harpage , qui ſortirent des
deux coſtez du Theatre ; apres
quoy
GALANT.
133
1
e
CO
quoy , il alla s'affeoir à la place
que l'Amour avoit quittée , &
laiſſa dancer ſes quatre Guerriers.
Pour les Soldats de Mars , Gentilshom
mes de la Cour.
Bien qu'avec Mars à table ilſoit
beau de s'afſoir,
Et que nous nousfaſſions un honneur
d'y bien boire ;
De combatre encormieux chacun de
:
nous fait gloire,
L'occaſion lefera voir.
XV. ENTREE .
Les quatre Soldats de ſa Suite
de Mars , firent connoiſtre en
no dançant , la joye qu'ils avoient de
la venuë d'Hercule,eſpérat bientoſt
une occafion de Guerre , de
ce Conquérant , qui l'alloit porter
dans tout le Monde.
Hars
ma
de
pres
110%; Pour
134
MERCURE
Pour Monfieur de Pouſch , Colonel des
Gardes , repréſentant ARTABASE ,
Soldatde Mars .
Ce n'estpar aucune disgrace
Queje deviens de Colonel, Soldat;
Le Charme de l'Amour m'a mis en
cét état;
L'Enchantement finy ,je rentre dans
maplace.
Pour Monfieur Poſſadofsky , Ecuyer-
Tranchant de la Cour , repréſentant
HARPAGE, Soldat de Mars .
Cejeune Soldat ,ſans railler,
Mérite une Charge plus grande,
Car il fçait tout couper , & trancher,
& tailler,
Quand l'occaſion le demande.
Pour Monfieur le Comte de Noyelle,
repréſentant PHARASMANE , SoldatdeMars.
Sans
GALANT.
135
th
ei
Cant
de,
an
e .
elle
Sol
Sans me faire teniràquatre,
EtSans vouloirpaſſerpour un Soldat
cruel ,
Qu'on m'attaque, onverraſijeſçay
bien combatre
En toute forte de Duel.
Pour Monfieur de S. Pol , Lieutenant
Colonel d'Infanterie , repréſentant
ORONDAS , Soldat de Mars.
Ce Soldatſçait parler &faire,
En Homme de coeur & d'esprit ;
Et mesme s'il est neceſſaire,
Ilfait encor plus qu'il ne dit.
XVI. ENTREE.
,
Hercule retournant de ſes
Expéditions de Gaule & d'Eſpagne
, accompagné de deux Chevaliers
errans de l'une & de l'autredeces
Nations, vint àEuryba-
Sand
te,
136
MERCURE
te , où il croyoit ſurprendre Hippolite
, & retirer de captivité les
deux Princes de Mycene ; mais
il les trouva en liberté , & fceut
qu'ils en avoient l'obligation à la
generoſité de la Reyne des Amazones
. Ce grand Héros , rendant
juſtice à la vertude ſon Ennemie,
quitta tout ſentiment de haine
pour elle. Ainfi le Charme de
l'Amour , l'ayant arreſté comme
tous les autres dans ce Lieu de
plaiſirs , il ne ſongea plus qu'à
s'y délaſſer de ſes longs travaux,
oubliant tous ſes Combats paſſez
avec cette charmante Amazone,
& toute entrepriſe nouvelle. Il
dança ſeul, & fe retira au fond du
Theatre , avec ſes deux Chevaliers
errans à ſes coſtez. Mars
defcendit du Trône où il s'eſtoit
mis , & ſe joignit à ce Héros qu'il
invita à ſe divertir , & à faire
bonne
GALANT. 137
maiscer
ma
dan
emie
haine
De
omme
Teude
s qu
vaux
paller
zone
elle.
add
heva
Mars
s'elto
bonne chere , en attendant de
nouvelles occaſions de Guerre.
En meſme temps , les quatre Soldats
s'allerent placer de l'un &
l'autre coſté de cette Troupe , &
ils parurent tous de face au fond
duTheatre.
Pour Monfieur le Comte de Schaumbourg,
repréſentant HERCULE .
Ie mefuis mis plus d'unefois
En toute forte de figures.
Icyjeſuis un Hercule Gaulois,
Mais pourtant Grec aux bonnes
Avantures .
Pour Monfieur de Goht , Capitaine
d'Infanterie , repréſentant un CHEVALIER
ERRANT GAULOIS.
En amour , non plus qu'envaillance,
Ie ne cede à pas-un Mortel;
Etjeſuis un Chevalier tel,
cosqu
à faire
bonne
Quà
138 MERCURE
Qu'à la pointe de ma Lance,
Malgré cent Géans divers,
Ieprétens conquérir moy ſeul tout
l'Univers.
Pour Monfieur Senfft , Gouverneur de
Meſſieurs les Princes , repréſentant
un CHEVALIER ERRANT
ESPAGNOL .
Par la vertu de l' Armet de Mambrin
,
Et de ma belle & forte Armure,
L'entreprens, &veux mettre àfin
*Toute étrange& rare Avanture.
XVII. ENTREE
Hippolite , précedée par l'Amour&
par ſes Plaiſirs champêtres
, & accompagnée des deux
Princes de Mycene, entra au ſon
des Luths, Theorbes ,&violons ,
&ayant preſenté ces deux Princes
GALAN T.
139
ces à Hercule , elle les remiſt entre
ſes mains , afin qu'il les remenaſt
dans leur Païs . Alciane de
ſon coſté , ſuivie des autres Bergers
& Bergeres dont l'Amour
avoit diſſipé la crainte, vint prendre
part à la joye , que cauſoit à
tout le monde la paiſible entreveuë
d'Hercule avec Hippolite.
Enfuite l'Amour dança un Ménuet
au milieu des Plaiſirs ,& alia
trouver Mercure pour luydonner
fil ordre de remonter au Ciel, & d'y
porter la nouvelle de ce grand
accord entre deux Perſonnes fi
ennemies .
A
XVIII. ENTRE'Ε.
bê
<
eux
ons,
La Reynedes Amazones dança
avec lesdeux Princes. Sa dance
fon finie , Hercule luy préſenta les
deux Fils du Roy Euriſtée , & cetrin
te action de generoſité fit naître
ces
une
140
MERCURE
une parfaite reconciliation entre
ce Héros , & cette belle Amazone.
Pendant que tout cela fe paffoit,
la Concorde parut au milieu
des Airs , affiſe ſur un Arc- en-
Ciel,& chanta ces Paroles .
Tout est soumis au Charme de l'Amour
;
La douce Loy de fon Empire,
Dans un parfait accord tient tout
ce qui reſpire.
Soit aux Champs ,foit à la Cour,
Tout estsoumis au Charme de l'Amour.
XIX. ENTREE.
Les Chevaliers errans,qui à la
premiere veuëd'Alcianes'étoient
ſentis portez à l'aimer, dancerent
& ſe batirent pour elle en prefence
de'l'Aſſemblée, chacunpretendant
à l'honneur de ſe dire
fon
GALANT. 141
al
ien
eren
pre
pre
ſon Chevalier ; mais apres qu'ils
eurent fait preuve de leur valeur
à la Dance & au Combat,
l'Amour les condamna tous deux
à un banniſſement perpetuel ,
dans la juſte apprehenfion qu'il
eut que les Chevaliers errans de
deux Nations ſi oppoſées en toutes
chofes , telles que font la
Gauloiſe & l'Eſpagnole , n'excitaſſent
des defordres , qui puſſent
ſervir d'obstacle au deſſein
qu'il avoit fait de retenir le
Maiſtre des Dieux aupres de Junon
, dans le lieu delicieux d'Eurybate.
XX. ENTREE.
A
Un Scaramouche curieux de
voir la Feſte , entra , & fit mille
plaiſantes & agreables poſtures
, au milieu de cette illuftre
Affemblée.
dirt
Pour
142 MERCURE
Pour Mr de Bonnefond , Capitaine
Reformé , reprefentant
un SCARAMOUCHE .
I'ay mes Congez en bonne forme.
L'ay passé cent dangers fans estre
estropié,
Et malgré toute la Reforme,
Ie fuis encor un Scaramouche en
pié.
DERNIERE ENTREE.
Mercure venu du Ciel de la
part de Jupiter & de Junon , pour
ſçavoir ce qui ſe paſſoit dans cet
endroit de la Terre, leur alla dire
duconſentement de l'Amour,que
tout eſtoit preſt pour les recevoir
dans Eurybate. Il leur apprit la
reconciliation d'Hercule avec
Hippolite,dont le Dieu Pan porta
auſſi la nouvelle à tous les Habitans
de ſes bois. L'Amour, comme
le Maître de ce Lieu , y de-
1
GALANT.
143
meura. Mars invita toute cette
Troupe à venir faire bonne chere
à ſa table,& Bacchus promitde
regaler l'Aſſemblée des meilleurs
Vins de la Terre.Un Inconnu ,&
une Inconnuë, entrerent parmy la
foule , & par leur maniere extraordinaire
de dancer divertirent
fort les Spectateurs .
Pendant toutes ces rencontres
impreveuës , le jour eſtant venu
fur fon declin,on remit au lendemain
les Jeux & la Luite,& on ſe
contenta pour cette fois de la
Dance des Bergers. Ainsi le Balet
finit , & chacun ſe retira au
Hameau , où par un magnifique
| Repas , on donna à tout ce beau
| monde, leplaifir le plus neceſſaire
à l'accompliſſement du Charme
de l'Amour.
Je ne doute point , Madame ,
que vous ne ſoyez ſurpriſe de
voir
144 MERCURE
voir qu'il ſe trouve en Allemagne
des Muſes Françoiſes auffi polies
que l'eſt celle qui a inſpiré les
Vers que l'on a meſlez parmy ces
Entrées. Ils font aiſez , naturels,
& dignes du grand Spectacle
dont ils ont ſervy à expliquer le
Sujet. Tout fut magnifique dans
cette Feſte ; & fi l'on y admira la
richeſſe des Habits, elle n'eut pas
moins dequoy ſatisfaire par la
beauté de la Symphonie & de la
Muſique. Il eſt juſte , apres vous
avoir parlé de Chants , de fournir
à vôtre voix le moyen de s'exercer.
Vous le trouverez dans les
Paroles qui ſuivent, notées par un
ſcavantMaiſtre.
AIR NOUVEAU.
!
HAftez -vous,haftez vous, doux
Renaissez , pareſſeux fcüillage.
Petits
GALANT.
145
Petits Oyſeaux
chants .
es
G
pa
e
10%
X
recommencez vos
Que tout foit gay dans ceBocage.
Echos; redites tour- à-tour
Les plaiſirs qui ſuivět ma peine,
Et que la jeune Célimene
Partage enfin tout ce que j'ay d'a
mour.
Sur la fin du dernier mois , le
Roy donna à Mr le Prince de
Talmont Fréderic-Guillaume de
la Trémoille , Fils de feu Mrle
Prince de Tarente, & de la Princefle
Emilie de Heſſe , les Abast
bayes de Charroux & de Talmont,
Dioceſe de Poitiers, vacantes
par lamort de Mr le Comte de
Laval fon Oncle , decedé à Talmont
le 25.de Janvier âgé de cindo
quante cinq ans . Ce Prince,apres
avoir porté les armes avec réputation
dans les premières années
Avril 1681 .
.
ru
al
Pet
G
146 MERCURE
de ſavie , & s'eſtre trouvé aux
Priſes des Villes de Crefcentin,
de Nice de la Paille,de Tortonne,
& de Thionville , s'eſtoit donné
à l'Eglife, & la douceur de la Solitude
luy avoit fait rencontrer
des avantages qu'il a bien plus
eſtimez depuis ſa retraite , que
ceux qu'il pouvoit eſpérer avec
justice de ſon merite &de ſa naiffance.
Il eſtoit de l'illuſtre Maiſon
de la Trémoille , connuë depuis
pres de ſept cerns ans par les grāds
Hommes qu'elle a donnez,& qui
ſont ſi fameux dans toutes les
Hiſtoires de l'Europe . Elle eſt alliée
aux Royales Maiſons de
Bourbon , Bourbon- Montpenfier,
Anjou, Sicile , & Arragon . C'eſt
par une Princeſſe de cette Maifon
,nommée Charlote , Fille&
unique Heritiere de Fréderic
d'Arragon , Roy de Naples , que
les
GALAN T.
147
* les Princes de la Maiſon de la
Trémoille ſe ſont acquis le droit
fucceffif à ce Royaume , pour le
quel Monfieur le Duc de la Tré-
$ moille,Chefde cette grande Maifon
, & Monfieur le Duc de la
+ Trémoille fon Ayeul , ont fait
par leurs Envoyez Extraordinaires
leurs Proteſtations contre le
Roy d'Eſpagne dans les Aſſem-
( blées tenuës pour la Paix genera-
↑ le à Munster , & à Nimegue.
Outre ces illuftres Alliances , ils
en ont encor avec les Maiſons
Imperiales d'Autriche , de Ba-
Aviere , de Luxembourg , de Saxe
& de Naſſau , & avec les
ft Souveraines de Heffe , de Bran-
C debourg , des Palatins de Vvirtemberg
, &c. Monfieur le Duc
Je de la Trémoille , Premier Genler
tilhomme de la Chambre , qu
a épousé la Fille unique deMon gu
It Gij
148 MERCURE
ſieur le Duc de Créquy,& Monfieur
le Prince de Talmont fon
Frere , font Cousins germains de
Madame , de la Reyne de Dannemark
, de Monfieur l'Electeur
Palatin , de Monfieur le Landgrave
de Heſſe-Caffel , de Monſieur
le Duc de Saxe- Veymar,
& de Madame l'Electrice de
Brandebourg. :
Monfieur le Chevalier de
Meſmes , qui poſſedoit les Abbayes
de Vaulcroy & de Humbye,
eſtant mort à Rome , Monſieur
de Meſmes ſon Frere , Préfident
à Mortier , les a obtenuës
pour Monfieur l'Abbé de Mefmes
ſon Fils. Vous ſçavez,Madame
, que Monfieur le Préſident
de Meſmes a toûjours eu un tresfort
attachement pour le ſervice
du Roy , qu'il eſtoit Lecteur de
Sa Majeſté avant qu'il exerçaft
GALANT .
149
1-
100
Dar
er
an
or
A
UF
10%
Po
د
ร
çaſt la Charge de Préſident à
Mortier qu'il a infiniment de
l'eſprit , qu'il eſt de l'Academie
Françoiſe & qu'eſtant tresobligeant
, il joint à la gravité
de Magiſtrat , l'air doux &
affable qui eſt de fon caratere
. Monfieur le Chevalier
de Meſmes eſtant mort à Rome
, tous les Benéfices qu'il pofdſedoit
quoy que fituez en
France , devoient eſtre à la Nomination
du Pape. Cependant
il avoit eu la précaution , en y
arrivant , de demander un Bref
ne
د
à Sa Sainteté , par lequel Elle
Me conſentoit qu'ils demeuraflent
ad à la Nomination du Roy , s'il
de arrivoit qu'il mouruſt à Rome.
Tra Ce Brefluy fut accordé , & c'eſt
-vi par la que Sa Majeſté en a pourveule
jeune Abbé fon Neveu. El
le l'a fait de cette maniere enga- X
C Giij
150 MERCURE
geante qui gagne les coeurs , &
dont ceux à qui l'on donne font
plus touchez que du Préſent qu'-
on leur fait.
L'Abbaye de Valoir , Diocefe
d'Amiens , vacante par le deceds
de Monfieur l'Abbé Martinot,
fut donnée dans le meſme temps
à Monfieur l'Abbé de Fontanges.
Je vous ay déja parlé de cet Abbé
à l'occaſion des Theſes qu'il
a foûtenuës au College de Harcourt.
Le mefme Abbé Martinot ayat,
outre l'Abbaye de Valoir , celle
de S.Sauveur des Vertus, Dioceſe
de Châlons, le Roy en a gratifié
Monfieur l'Abbé de Lhéry. Il eſt
Frere du Chevalier de ce nom,
dont la conduite , la magnificence,&
la valeur, vous doivent eftre
connuës par pluſieurs Articles de
mes Lettres.
Mon
GALAN T. 151
Monfieur de Miromeſnil,Intendant
en Champagne , a eu l'Abbaye
de S.Urbain dans cette mefme
Province , pour un de Mefſieurs
ſes Fils. Je vous ay parlé de.
cet Intendant dans la Relation du
Mariage de Monſeigneur leDauphin.
Il ſert le Roy avec une vigilance
& une exactitude inconcevable.
Aufſi peut- on dire qu'il
ſoutient tres -dignement l'honneur
du Nom qu'il porte de Mr
de Miromeſnil ſon Oncle, dont
le grand mérite fera toûjours vivre
la mémoire.
Dans le meſme temps que Mrle
Comte d'Eſtrées s'eſt veu honoré
du Baſton de Maréchal de France,
l'Eveſché de Laon a eſté dőné
à Mr l'Abbé d'Eſtrées , Fils du
Duc de ce nom , ſur la Demiſſion
que Mr le Cardinal d'Eſtrées en
avoit faite entre les mains de Sa
Giiij
152
MERCURE
Majesté.Cet Abbé eſt dans une ſi
haute eſtime pour ſa vertu, ſa capacité
, & les vives lumieres de
ſon eſprit,que tout le monde a veu
ce choix avec joye. L'Eveſché de
Laon luy donnera le Titre de
Duc & Pair.
Je vous envoye une Lettre dont
la lecture vous donneradu plaifir
. Elle est toute de Proverbes.
S'il n'y a rien qui ſoit moins du
bel uſage , que d'en meſler quelques-
uns dans la converſation,
rien n'eſt auſſi plus réjoüiſſant que
d'en faire un jeu qui forme un difcours
fuivy.Ilya quelques années
qu'on s'écrivoit ainſi à la Cour,
& les Billets conceus en ce ſtile y
eſtoient fort eſtimez. Cette Lettre
eſtd'une jeune Perſone,auſſi aimable
par ſon eſprit que par ſa beauté.
Elle est adreſſée à Mr Guyonnet
de Vertron , Chancelier perpetuel
GALANT.
153
pétuel de l'Académie Royale
d'Ardres , & fervira de modelle à
ceux qui voudront ſe divertir à
en faire de ſemblable s.
LETTRE
DE MADEMOISELLE ***
Tous Seigneurs,tous honneurs.
ABonjour pour demain, lajour
née n'estpas passée . Sans mentir, me
voicy plus embarassée qu'une Poule
qui n'a qu'un Poussin ; car , mon
cher Amy , ce n'est pas un Couteau
aiséà tirer defa quaîne , quc de
vous écrire en Proverbes. Ie prendrois
auſſitoft la Lune avec les dents.
le sçay qu'il faut charier droit
avec vous , & que vous n'estes pas
de ces Niais de Soulogne , qui ſe
trompent à leur profit. Ilvousfaut
G V
154 MERCURE
de la Marchandise de Paris , où il
n'y a que nicter ; mais en faisant
de fon mieux , on en eft quite. Ie
vous diray donc autant en un mot
comme en cent car il n'enfaut qu'un
bon & qui ſerve , que pour revenir
à nos Moutons , à Brébis tonduë
Dieu luy meſure le vent, außi-bien
qu'à Brébis comptéesſouvět le Loup
en prend une. Mais ilſouvient toûjours
à Robin de ſes Flûtes, Ditesvous
vray , quand vous m'aſſurez
que mon abſence ne vousplaît point?
car entre nous , a beau mentir qui
vient de loin. Pourmoyjevous avonë,
qu apres voſtre départ ,je demeuray
plus penaude qu'une Fondeuse de
Cloche,&je diſoisfans ceffe, Helas,
les jours ſe ſuivent , & ne ſe refſemblent
pas. Il a bien plu fur ma
Mercerie. Je n'ay plus laine du
premier Drap , & je crains bien
d'avoir mange mon Pain blanc
le
GALANT.
ISS
le premier. J'eſtois avec mes Amis
comme le Poiſſon dans l'eau,& le
Rat en paille,& maintenant je ne
ſçay plus de quel Bois faire Fleche.
Ce qui me conſole , l'on m'a
promis derevenir,maispromettre
&tenir, c'eſt tout ce qu'unHomme
de bien peut faire , & je ne
connois que trop , que qui s'éloigne
de l'oeil , s'éloigne du coeur.
Cependatsi vous y manquiezje vous
répons queje criërois plus haut apres
vous qu'un Aveugle qui a perdufon
Baston , &je ne sçay mesmesije ne
jetterois point le Manche apres la
Coignée;mais ceferoit tomber defiévre
en chaud mal Ilvaut docmieux,
contrefortune bon coeur , que d'estre
triſte comme un Bonnet de nuitfans
Coiffe. Cent ans de mélancolie ne
payeroient pas unfol de mes Debtes .
En verité , vous auriez grand tort,
ſivous ne fongieznon plus à moy
quà
156 MERCURE
qu'à vos vieilles Bottes ; mais à bon
Chat , bon Rat ; & fi vous me donniezdes
Pois ,je vous rendrois des
Féves. L'on ne perd rien à Marchandqui
étalle. Le ne battrois pas
long-temps les Buißons,fi les Oyſeaux
eſtoient pour d'autres . Ie neſuis pas
accoûtumée à tirer ma Poudre aux
Moineaux;&fi vous me mettiezau
nombre des pechez oubliez , je vous
aurois bientoft planté là pour reverdir.
Ce n'estpas à moy à qui il faut
vendre ſes Coquilles. Il n'est que
Changeurpourſe connoître en Monnoye.
Fin contre fin n'estpas bon à
faire doublure ; mais je suis peutestre
comme les Anguilles deMelun,
quicrientavant qu'on les écorcheJe
veux donc croire que vous m'aimez
comme vos petits boyaux , &que
vous estes peut - estre plus proche
de Sainte Larme que de Vendofme
, da ne me plus voir ; mais
८ . ib
GALANT.
157
(
il ne faut pas se desesperer pour
une mauvaise année. Apres la
pluye viendra le beau temps , &
vous pourrez revenir cuire à noſtre
Four. Cependant me voicy au bout
de mon rôlet . Ie ne bats plus que
d'une aîle. le me retire donc avec
ma courte honte , quoy que je
croye avoir affez bien dit pour
avoir une Image ; mais je prétens
de cecy faire d'une pierre deux
coups , & que ce soit autant pour
vostre Amy que pour vous.
Sçay que vous estes deux teftes
dans un Bonnet. Ainsi qui toque
l'un , toque l'autre. Cependant il
fautfinir , en vous diſant comme le
Roy Dagobert àſes Chiens , iln'y a
Si bonne Compagnie qui nese quitte.
Bonjour & adieu , iln'y a point
de tromperie. En voila affez pour
le prix de voſtre argent. Payezle
moy en mesme monnoye. Il vaut
Top mieux
158 MERCURE
mieux un tien que deux tu l'auras .
Adieu , mon cherAmy.
Vous euffiez veu la Réponſe
de Monfieur Guyonnet de Vertron
, s'il n'euſt eſté occupé par
les Ouvrages qu'il a eu l'honneur
de préſenter à Leurs Majeſtez , à
Monſeigneur le Dauphin , & à
Madame la Dauphine. Samodeftie
qui n'a point encor ſouffert
qu'il les ait rendus publics, n'a pû
empeſcher qu'on n'en ait parlé
avec éloge dans le Journal des
Sçavans.Ces Ouvrages font des
Panégyriques du Roy en pluſieurs
Langues , fur des Sujets diferens;
un Dictionnaire Historique des
Conquestes de Sa Majesté; &L'excellence
du beau Sexe, ſous le nom
de la Minerve Dauphine.
Je vous appris la mort de Monfieur
Patru , l'un des Quarante
qui
GALANT.
159
a
٢٢
ane
del
da
豆
ens
di
CX
Лор
ante
qui
qui forment le Corps de l'Académie
Françoiſe. Cette Compagnie
devant donner cette Place à une
Perſonne qui euſt le mérite
neceſſaire pour la remplir , y a
travaillé avec ſuccés. Elle n'eſtoir :
pas obligée de faire ce choix parmy
ceux du premier Rang, comme
elle a fait en pluſieurs rencontres;
mais quand on voit un grand
Homme en qui l'eſprit eſt joint à
la dignité , & qu'il y eſt joint avec
tant d'éclat, qu'on peut dire mefme
qu'il la furpaſſe, ces Meſſieurs
pouvantfatisfaire en même temps
àl'intéreſt de leur gloire & à leur
justice , ont grande raiſon de le
préferer à ceux que l'eſprit ſeul
feroit aſpirer à cet honneur.Aini
loin d'eſtre ſurpris qu'ils ayent
choiſy Monfieur de Novion Premier
Préſident,tout le mondedevoit
croire que des Eſprits fiéclairez
160 MERCURE
rez feroient ce grand choix. Ils
ont deû le faire,& ils l'ont fait. Je
vous ay déja parlé en beaucoup
d'occaſions de ce digne Chef du
premier Senat du Monde. Son
mérite eſt ſi connu, qu'il me ſeroit
inutile de rien dire icy de ce qui
eſt ſceude toute la France.Quelques
jours apres ſon élection ,que
l'on fit toutd'une voix, celuyde ſa
Reception fut arreſté pourle Jeudy
27. de Mars. L'Aſſemblée ne
fut pas ſeulement nombreuſe,mais
des plus illuſtres , par le grand
concours des Perſonnes de la premiere
qualité qui s'y trouverent.
Monfieur de Novion parla le premier,
ſuivant la coûtume de ceux
qu'on reçoit. N'attédez pas qu'en
vous apprenant quelque choſe de
ce qu'il dit,je vous l'apprenne das
ſes mêmes termes . A peine vous
en pourray-je donner une foible
GALANT. 161
、
コー
10
ble idée. Ses diſcours , quoy que
fort peu étendus , ſont ſi remplis
de penſées , & d'un ſtile ſi ſerré ,
que l'avidité qu'on a de les retenir,
fait que la mémoire s'embarraffe
en s'attachant àtropde choſes
tout-à- la fois ; mais s'il parle
peu, il ne laiſſe pas de dire beaucoup
, tant chaque mot eſt employé
avec force. Il fit d'abord
connoiſtre à l'Académie , qu'il
devoit le commencement de ſa
fortune à l'Illuſtre Fondateurde
ceCorps celebre,parce qu'il avoit
preſté la main à ſes Anceſtres
pour monter aux Dignitez ; &
qu'ainſi , en le choiſiſſant, elle ne
faiſoit qu'honorer la mémoire du
Grand Cardinal de Richelieu . IL
ſe ſervit d'une penſée toute brillante
pour loüer l'Eſprit,parce que
c'eſt la partie la plus eſſentielle
for pour eſtre admis à l'Académie. 11
dit,
ais
and
re
en
re
Pen
di
das
ous
ble
162 MERCURE
dit , Quela Langue d'Ulyſſe avoit
plus nuy aux Troyens , que n'avoient
fait les armes d'Ajax. C'eſt faire
voir en peu de paroles, que l'Efprit
triomphedetout , &que même
la Valeur est contrainte à luy
céder. Apres avoir dit obligeamment
, en parlant de l'Académie,
Que ce qu'il apprendroit dans ce
Corps luyſerviroit pour les Discours
qu'il auroit à faire dans le Temple
de la Iuftice , il finit par une tresbelle
penſée,qui faiſoit entendre,
qu'Hercule s'estant fait Citoyen de
Corinthe tout le monde pouvoit
l'estre. En effet , Madame, le Roy
eſtant en quelque façon de l'Académie
, puis qu'il a bien voulu
agréer le Nom de fon Protecteur,
on peut dire que ce rang n'eſt au
deſſous de perſonne.
د
Le Directeur & le Chancelier
eſtant abfens, ce fut fur Mr deMezeray,
qui eſt Secretaire perpétuel
4
GALANT.
163
ple
Tes
de la Compagnie , que tomba
- l'Employ de répondre à Monſieur
le Premier Preſident. Ildie,
Qu'il avoit douté d'abord s'ille devoit
accepter, à cause d'une indifpofition
qui l'avoit mis depuis quelques
jours dans une grandefoibleffe;
mais qu'il s'estoit aisément perfuade'
que le Génie immorteldont l'Academie
avoit toûjours eſte animée,
ne l'abandonneroit pas ,& lay pourroit
inspirer des choses qui neferoient
pas tout- à fait indignes d'une
si glorieuse Iournée ; Que l'hon.
neur de la prefence de Monsieur le
R Premier President ne pouvoit moins
Ac. faire que raſſurersa timidité , ینب
bull fortifier ſa voix ; Qu'ildevoit peu
craindre de manquer de hardieſſe
& de parole dans unefi belle occafion,
oùſaſeule venë luy preſentoit
eliet les plus grandes choses ; Qu'il sçavoit
bien que ce seroit estre temetuel
raire , de les vouloir toutes renferdre
eur
Me
25
164 MERCURE
merdans un espace außi borné que
celuy de fon Discours ; mais qu'au
moins on pouvoit les comprendre
éminemment dans ces deux mots,
que fon merite extraordinaire &
les importans & longs ſervices
rendus par luy à l'Etat , luy avoient
acquis les bonnes graces
du plus grand & du plus fage des
Roys , & qu'il luy en avoitdonné
la plus glorieuſe marque qu'il
puſt ſouhaiter , & qui luy eſtoit
deſtinée depuis longtemps par
les voeux publics ; Que dans la
Charge de Premier President , l'une
des plus nobles émanations de
l'Autorité Souveraine , qui preſide
à tout ce qu'il y a de plus grand
dans I Etat,il n'estoit passeulement
reveré comme le Diſpenſateur des
Loix , & le Chefdu premier Parlement
de ce Royaume mais qu'il
estoit encor conſideré comme la regle
GALANT .
165
IC
gle certaine & le parfait modelle
de l'Eloquence Françoise ; Que les
plus grands Maistres qui s'estoient
Souvent trouvez à ſes Actions publiques
, avoüoient tout d'une voix
qu'il n'y avoit jamais rien eu de
plus ingenieux pour l'invention, de
plus juste pour l'ordre & pour la
methode , plus puiſſant pour le rai-
Sonnement , de plus élegant & de
plus poly pour le langage , Qu'ils
disoient que c'eſtoit un Fleuve delicieux,
dont les eaux toûjours claires
couloient de ſource , & arro-
Soient doucement ſans inonder. Il
parla en ſuite de la ſatisfaction
or que l'Academie auroit de partigya
ciper à tant de tréſors ; & apres
ans
YAM
me avoir fait connoiſtre qu'ayant és
ayté établie pour embellir noſtre
Park Langue,elle s'eſtoit parfaitement
acquitée de ſes devoirs, en aplaniſlant
, pour ainſi dire , les rides la l
de
166 MERCURE
de fon viſage , & luy donnant
l'embonpoint d'une agreable jeuneſſe
, il ajoûta , Que dans la perfection
où la Compagnie l'avoit mife
, elle se trouvoit non feulement
en état d'enſeigner toutes les Sciences
Divines & Pumaines , mais
qu'elle estoit devenuë capable de
publier d'un ton plus haut , & en
termes plus magnifiques , les heroïques
Vertus , & les Actions mira.
culeuses , du Roy ; Qu'elle pouvoit
maintenant , fans trop de temerité,
entreprendre d'écrire ſon Hiſtoire
avec plus de relief & d'éloquence ,
quejamais les Grecs ny les Romains
n'avoient écrit l'Histoire de leurs
Héros ; Qu'en publiant le nombre
incroyable de fes Conquestes , elle
pouvoit raconter comme des Ramparts
qui ſembloient n'avoir à
craindre que la colere du Ciel , ef-
-toient tombez presque auſeul bruit
CD de
GALANT.
167
in
144
ei
defes Trompetes ; comme cent For
tereſſes vainement entaſſées les
unes ſur les autres , avoient esté reduites
en poudre à ses approches;
comme il avoit diſſipé cette Ligue à
tant de testes , qui croyoit donner
tant d'épouvante : comme il avoit
plantéſes Trophéespar tout où ſes
Etendars avoient paru : & enfin
comme il avoit pouffé , batu, &humilié
, toutes les fieres Puiſſances
qui luy vouloient refifter. Il pourſuivit
, en diſant , Qu'il nefalloit
Pas toûjours regarder cet Arbitre de
la Terre du costé qu'il estoit armé
de Foudres , & qu'il faisoit marcher
la Terrear devant luý : Qu'il
mb n'y avoit pas moins de plaisir de le
regarder par le costé qui avoit plus
de brillans que d'éclairs , & qui
charmoit doucement la veuë Sans
- l'effrayer : Que l'on y voyoit des
qualitez qui n'estoient pas moins
Seri
iftis
mal
Lew
, ell
Ra
-oir
de adora
168 MERCURE
adorables , & qui lefaisoient encor
plus reſſemblerà Dieu dont il eſtoit
la plus excellente Image: Qu'il entendoit,
par ces adorables qualitez ,
cette grandeur d'ame,cette immense
étenduë de conduite , qui connoist,
qui embrafſſe , qui ordonne toutes les
Affaires defon Etat , qui d'un coup
d'oeil penetre le preſent &l'avenir,
&quifur celafait mouvoir tous ſes
refforts : Que ces mesmes qualitez
devoient encor faire entendre cette
folidité de jugement , qui paroist
dans toutes ses actions & dans tous
Ses discours : cette affabilité pleine
d'attraits : cette liberalité inépui-
Sable,qui donne avec profusion,mais
avec discernement, qui previent les
defirs , & comble les esperances : cette
genereuſe paßion de faire refleurir
les beaux Arts : & enfin unefage&
heroïque moderation , connue
à peu d'autres Souverains , & qui
n'a
GALANT. 169
三啡
Cla
157
Jew
cel
n'a jamais esté la vertu des Conquérans
; Que c'estoit par là que
renonçant àses propres interests,&
s'imposant à Luy-mesme les Loix
que toute la Terre n'eustosé luy propoſer
il avoit joint enſemble les Titres
de Tres- Puiſſant & de Tres-
Juste , de Triomphant & de Pacificateur,
de Vainqueur & de Clément
; Que c'eſtoit par là quefans
itdefcendre de la hauteur de fon
Trône , il avoit trouvé le moyen
DAYS de fefaire aimer autant qu'ilest redouté
, & d'imprimer cette croyance
dans tous ceux qui ont l'honneur
sept d'approcher defa Perſonne ; qu'avec
les qualitez presque divines
ent d'un Grand Roy , ilpoſſedoit dans le
: Suprême degré celle du plushonneſte
refle Homme de fon Royaume ; Que pour
me comble de sagloire, iln'estoit redevable
de ces rares perfections qu'à
de fes propres soins , qu'àses reflexions
Avril 1681 .
S
2,
CONNA
H
170 MERCURE
continuelles ; Que s'estant formé
Luy-mesme , il estoitson veritable
Ouvrage, &le plus accomply defes
Ouvrages ; & qu'on pouvoit dire
avec verité , que c'estoit Loüis
QUATORZIEME qui avoit
fait LOUIS LE GRAND tel
que nous le voyons , & que toute
l'Europe l'admire ; Quenyle Pinseau,
ny le Burin, n'estant point capablesde
bien exprimer defi grands
traits , & ce qui est purementSpirituel
devant estre l'objet des pures
productions de l'Esprit , c'estoit à
Messieurs de l'Académie à travail
ler fans relâche à un ſi noble def-
Jein , à n'y épargner ny leur induſtrie,
ny leurs veilles ; & que laplus
glorieuse récompense qu'ils fe püffent
propoſer leur estoit ſeûre , puis que
lefeul nom de LoÜIS LE GRAND
donneroit l'immortalitéà leurs Ouwrages.
Il finit en aſſurant Monfieur
GALANT .
171
15
02
二樓
Pla
and
Stoit
AUA
in
fieur le Premier Préſident , au
nom de ceux pour qui il parloit ,
qu'ils n'avoient jamais receu plus
de gloire & d'avantage que dans
cette occafion , & qu'ils chercheroient
à luy donner tous les
témoignages poſſibles de l'extré
me paffion qu'ils avoient de l'honorer,
& de le ſervir.
Cette réponſe fut fort applaudie.
On ne pouvoit moins attendre
de Monfieur Mézeray,
qui eſt profond en toute forte
d'érudition.Mais ce n'eſt pas ſeulement
par là qu'il eſt fameux. Il
de l'eſt encor par une probité ſouvent
éprouvée , par une fidelité
dap inébranlable pour ſes Amis,& par
uf un amour ſi grand pour la verité,
wis qu'aucune conſidération n'a ja-
GRAN mais eſté capable de luy faire
urs prendre un autre party. Il nous a
to donne l'Histoire d'une façon qui
Hij
nary
1.
172
MERCURE
juſqu'à luy , avoit eſté inconnuë
en France. On y admire des
traits recherchez ſoigneuſement
& bien prouvez , & avec cela
beaucoup de ſolidité de raiſonnement.
On attend de luy des
Ouvrages tres- curieux, & d'une
fort grande utilité pour tout le
monde , mais particulierement
pour les Gens de Lettres. Apres
qu'il eut ceſſe de parler, il demanda
ſelon la coûtume , s'il n'y avoit
point d'Académicien qui euſt
quelques Ouvrages à lire. Mr de
Benſerade dit qu'il travailloit à
mettre des Heures en Vers pour
Sa Majesté , & apres en avoir lû
pluſieurs Pſeaumes qui furent
trouvez tres-beaux , & par euxmeſmes
, & par l'agreable maniere
dont il les lût, il vint à l'Exaudiat.
Tout le monde donna de grandes
louanges à cette Traduction , &
on
GALANT
173
ela
del
an
ell
on remarqua avec plaiſir que les
deux Verſets qui finiſſent chaque
Preaume , efſtoient tous traduits
diféremment . Comme on approchoit
du temps le plus ſaint, cette
rencontre fut cauſe qu'on lût pluſieurs
Ouvrages de devotion . Mr
Boyer imita en cela Mr de Benſerade
, & fit voir un Miserere en
Vers François , qu'on trouva tresbeaux
, & fort bien tournez. Mr
Charpentier changeadematiere,
& lût un Chapitre d'un Livre de
ſa compofition qu'on va imprimer,
& qui eſt la ſuite d'un autre
porque vous avez déja veu,quiporte
oir pour titre , Défense de la Langue
Firet Françoise , pour l'Inscription de
an
avo
eut
Ard
oit
eur l'Arc de Triomphe , dédiée au Roy,
anit dans lequelil aprouvé que ce ſuaudis
perbe Monument qui s'éleve à
ands T'honneur de Sa Majesté , doit
on, & avoir une Inſcription Françoiſe.
Hiij
0음.
174
MERCURE
Cette opinion a eſté combatuë
par un Diſcours Latin tres-fçavant,&
tres-éloquent,qui futprononcé
au College de Clermont
par le Pere Lucas Jeſuite,ſur la fin
de Novembre 1676. & c'eſt à ce
Diſcours que Mr Charpentier a
fait une ample Réponſe , qui auroit
eſté imprimée il y a plus de
trois ans,s'ilavoit eu plus de loiſir.
C'eſt de là qu'eſt viré le Chapitre
qui fut lû en cette rencontre , où
par occafion il combat l'opinion
commune touchant la legereté de
la Nation Françoiſe,qu'il fait voir
eſtre beaucoup plus cõſtante que
la Romaine. Les raiſons qu'il en
allegue font tres - recherchées, &
tres- convaincantes.Il lût auſſi une
Piece de Poëfie pleine de deſoriptions
fort agreables qu'il appelle,
La Belle Soirée; maisje n'ay pû
encor l'avoir.Mr Quinaut eut audience
GALANT .
175
10
100
dience à ſon tour, pour la Tradution
d'une Ode d'Horace; & Mr
le Clerc , lûtapres luy cent cinquante
Vers ſur la Penitence.
at Quoy que le nombre fuſt grand,
&que l'on euſt déja lû beaucoup
de choſes de ce caractere , ils furent
trouvez fi beaux , que l'attention
qu'on leur preſta , fit conit
noiſtre le plaiſir que chacun en
recevoit. Mr le Clerc n'en demeura
pas là , & lût encor à lagloire
de l'Academie les deux Sonnets
er
20
Ditre
e, f
nia
ered que vous allez voir.
VO
qu
10 A L'ACADEMIE
5,8
0
efor
ppel
tall
ience
FRANCOISE,
ว
SONNE T.
De l'aveugle Ignorance invin cibleEnnemie,
Hij
3.
176 MERCURE
*
Qui ſçais à la Vertu donner Son
juste prix;
Délicieux Concert des plus nobles
Esprits,
Honneur de nostre Siecle , illustre
Académie,
**
Tu vois du Grand LOUIS lapuif-
Sance affermie ;
Son Bras eust tout dompté , s'il l'avoit
entrepris ;
Et Son Coeur de la Gloire est tellement
épris,
Qu'il ne ſent qu'à regret Sa Valeur
endormie.
Mais le Tempsflétriroit les ſuperbes
Lauriers
QueSous Ses Etendards ont cueilly
nos Guerriers,
Sans le Secours des Vers,ou celuy de
l'Histoire.
L'un
GALANT.
177
**
tell
alo
upa
cueil
L'un & l'autre dépend de ta sçavante
Main ;
C'estToy qui tiens les Clefs du Temple
de Mémoire,
Et quigraves les Noms fur l'immortel
Airain.
A LA MESME .
SONNET.
Lluftrede Académie Lycée,
2
agreable
Pour qui Minerve tient fes mysteres
ouverts ;
Concours de tant d'Esprits pleins de
talens divers,
Quelle gloire n'est point parla tien,
ne effacée ?
**
elay Dans ton noble travail- la France
intéreſſsée
HvV
178
MERCURE
Va voir fleurir ſa Langue au bout
de l'Univers ;
On trouve dans tonfein laſource des
beaux Vers,
Ony voit l'Eloquence en fon Trône
placée.
Les Ministresfacrez , ceux quifervent
Themis,
Ceux à qui de l'Etat lesſecretsfont
commis ,
Prennent part avec joye à tes deux
Exercices.
**
LOVIS mesme applaudit à ton
charmant Employ,
LOUIS eſt ton AUGUSTE , &Sous
Ses grands auspices,
Du Langage parfait tu vas donner
laLoy.
7
Monfieur le Duc de S. Aignan
finit par une Réponſe en Vers qu'
il avoit faire à Monfieur le Duc
de
GALANT.
179
Sex
Som
det
de Vendoſme, & à Mr Chapelle,
qui luy avoient écrit d'Annet.Elle
eſtoit courte , mais elle avoit
ce tour aiſé qui luy eſt ſi naturel,
& qui fait voir que rien ne luy
couſte. Ces lectures eſtant faites,
laCompagnie ſe leva , & Mr le
Premier Preſident ſortit , fort fatisfait
de l'Illuſtre Corpsdans lequel
il venoit d'eſtre reçeu avec
une joye univerſelle , & un applaudiſſement
general.
Je vousay déja nommé les Predicateurs
qui devoient preſcher
à la Cour pendant le Careſme.
C'eſt un employdont ils ſe ſont
tous acquitez avec ſuccés .Le Jeudy-
Saint, le Roy entendit le Sermon
de Mr l'Abbé de Brou , l'un
de ſes Aumôniers,& le trouva Orateur.
C'eſt ce que Sa Majefté
dit à fon avantage, en témoignant
ers qu'Elle eneſtoit fort contente.En
dom
Aig
Je Do
fuite
180 MERCURE
fuite Elle aſſiſta à l'Abſoute faite
par Mr l'Eveſque de Lavaur,& fit
la Cene ſelon la maniere accoûtumée.
La Reyne la fit pareillement
, & Leurs Majeftez entendirent
avec une devotion exemplaire
l'Office entier des trois derniers
jours de la Semaine Sainte.
Le Samedy , le Roy apres avoir
fait ſes Devotions , toucha onze
cens Malades ſur la Terraffe du
Chaſteau de S. Germain. Il faut
eftre auffi infatigable, & auffi zelé
que l'eſt ce grand Prince , pour
fuporter une ſi longue fatigue
fans ſe repoſer . Ce qui ſurprit
fort , ce fut de trouver des Femmes
tres propres , meſlées parmy
les Malades ,quoy qu'elles fufſſent
en pleine ſanté. C'eſtoient des
Dames Flamandes venuës exprés
pour voir ce Monarque , qu'elles
n'avoient veu qu'en confufion
dans
GALANT. 181
다
Se
V
d
fa
12
ali
furf
Fa
par
uff
exp
qu'ek
dae
dans ſes Placesde conqueſte. Le
jour de Paſques , Leurs Majeſtez
entendirent le Sermon de Mr l'Eveſque
de Condom l'ancien , qui
ſe ſurpaſſaluy- meſme. La devotio
deMadame la Dauphine s'eſt fait
auſſi remarquer, mais elle n'a point
furpris.C'eſt un effet de l'avantage
qu'elle a d'eſtre née d'un Pere
qui a vécu d'autant plus en Saint,
qu'on n'a ſceu qu'apres ſa mort
toutes les auſteritez qu'il faiſoir.
On doit à la pieté de cette Princeſſe
un Livre qu'elle a fait faire,
& qu'on ſouhaitoit depuis longtemps.
C'eſt l'Office de la Vierge
ſans renvoy , qui ſe vend chez
le Sieur Dezalier , Ruë Saint Jac.
ques. Si pendant le temps de penitence
& de jeûne , la devotion
a eſté grande à la Cour , elle l'a
auſſi eſté beaucoup à Paris. Les
meſmes Predicateurs que Sa Majeſté
182 MERCURE
4
jeſté a entendus , y ont remply
les plus importantes Chaires , &
preſché avec éloquence , zele
& ſuccés. Le Pere Bourdaloüe
fur tout a eſté extraordinairement
ſuivy à Saint Germain de
Lauxerrois. Une affluence incroyable
de Perſonnes de la premiere
qualité , compoſoit tous les
jours ſon auditoire ; & Monfieur
Colbert n'a pas manqué un de
ſes Sermons , lors qu'il eſt venu
icy ,& qu'il a pû derober une
heure à ſes grandes occupations.
pour l'aller entendre. Apres vous
avoir parlé des Predicateurs conſommez
, je puis vous dire qu'entre
les nouveaux, Monfieur Savary
, jeune Chanoine de S. Maur,
qui a prêché tous les Dimanches
de Careſme à S.Thomas du Louvre,
s'eſt fort diftingué. Pluſieurs
Connoiffeurs ,tres- capables d'en
juger,
GALANT. 183
F
e
To
형
Col
en
juger, l'ont entendu pluſieurs fois
avec plaiſir, & ils diſent tous , que
s'il continuë de la maniere qu'il
acommencé, ils ne doutent point
qu'il ne tienne un jour ſa place
parmy les Predicateurs du premierrang.
Le Mardy 8. de ce mois,Monſieur
le Comte de Gacey-Matignon
épouſa Mademoiselle Berthelot
, ſeconde & derniere Fille
de Monfieur Berthelot, Secretaire
des Commandemens de Madame
la Dauphine. La ceremonie
du Mariage ſe fit à SaintEuſtache
, en preſence de plufieurs
Perſonnes de la premiere qualité
, qui s'eſtoient renduës chez
Monfieur Berthelot ſur les neuf
va
au
cht heures du ſoir. Ily eut deux Tables
de quatorze Couverts mageur
nifiquement ſervies. Apres que
l'on cut ſoupé d'en ,toute l'Aſſemblée
alla
184 MERCURE
alla à l'Egliſe, d'où il n'y eut que
les plus proches Parens des Mariez
, qui revinrent avec eux. Ce
Mariage a eſté honoré des vifites
de Princes & Princeſſes du
Sang,grands Seigneurs du Royau.
me, &de tous les Miniſtres .
Mr le Comte de Gacey eſt Fre.
re de Mr le Comte de Matignon,
& de Mr le Comte de Torigny,
l'un Lieutenant de Roy en Normandie
, & l'autre receu en furvivance.
Il eſt fort bien fait de ſa
perſonne, âgé de trente à trentedeux
ans, d'une phyſionomie qui
marque autant la nobleſſe de ſon
Sang, que la douceur de fes inclinations.
Je vous ay parlé de ſa
bravoure &de ce qu'il fit enCandie,
lors que je vous ay appris le
Mariage de Mr le Marquis de
Seignelay, avec Mademoiſelle de
Matignon ſa Niece.
Ma
GALANT. 185
لا
100
cli
ar
S
Ma
-Mademoiselle Berthelot , aujourd'huy
Madame la Comteſſe
de Gacey, eſt une brune de ſeize
àdix- sept ans, d'une grande taille,
& tres-bien faite. Il eſt aiſé de
jugerde ſes bonnes qualitez , puis
qu'elle a eſté élevée avec de
grands foins par Madame Berthelot
ſa Mere , dont la pieté & la
vertu ſont également connuës.
MrBerthelot ſon Pere eſt une
Perſonne d'un mérite fingulier,
d'un eſprit univerſel , infatigable
dans le travail , & prudent dans
l'execution de ſes deſſeins . Il s'eſt
rendu recommandable dans toutes
les Affaires dont il a eſté chargé
en pluſieurs occafions pour le
fervicedu Roy , tant dans les Finances
, que dans les Armées. Il
s'eſt acquis l'eſtime des Miniſtres,
& l'amitié de toute la Cour;& Sa
Majesté qui ne fait jamais de
choix
186 MERCURE
choix qu'avec une distinction délicate,
l'a agreé depuis un moisdas
laCharge que je vous ay marquée
de Secretaire des Commandemens
de Madame la Dauphine .
LaMaiſon de Matignon eſt originaire
de Bretagne , où ceux qui
en sõt fortis ont paru d'abord ſous
lenom illustre de Goïon . Elle est
ſi noble & fi anciene, que les Annales
de cette Province qui en
font voir la grandeur , n'en rapportent
point le commencement.
Elles produiſent dans le dixiéme
Siècle le fameux Goïon, qui leva
àſes frais une Armée Navale , &
qui apres avoir chaffé de la Bretagne
les Peuples du Nort qui
s'en eſtoient emparez , rétablit le
Duc fon Souverain dans ſon Trône
, & affura ſur ſa teſte la Couronne
chancelante . Un autre du
meſme nom , fut un des princi
paux
GALANT. 187
paux Miniſtres du Traité qu'un
Ducde Bretagne fit pour ſa Rançon
avec le Roy de France,& en
- demeuragarand . Alain Goïon , fit
ſentir ſa valeur aux Anglois dans
pluſieurs défaites pour le ſervice
de Charles VII. qui l'honora de la
Charge de Grand-Ecuyer, & de
Grand-Chambellan. Le fameux
du Gueſclin, qui porta l'Epée de
■ Conneſtable avec tat d'honneur,
que quand il fut mort , l'Hiſtoire
remarque qu'il ne ſe trouva perſonne
qui oſaſt ſe juger digne de
la porter apres luy, eftoit Fils d'une
Bertranne de Goïon,qu'on appelloit
l'Héroïne de ſon temps.
Voila la ſource de l'illuſtre ſang
deMatignon.Guy & Joachim de
Matignon tous deux Chabellans,
& tous deux Lieutenans de Roy
en Normandie, y rendirent celebre
le nom de Goïon-Matignon
qu'ils
188 MERCURE
qu'ils y apporterent. Jacques de
Matignon , que ſesgrands ſervices
firent parvenir à la Chargede
Coloneldes Suiſſes, fut Pere d'un
autre Jacques la merveille de fon
ſiecle , qui ayant expoſe ſa vie à
mille dangers,& laiffe couvrir fon
corps d'un nombre infinydebleffures
ſous le Regne de ſix Roys,
mérita la gloirede ſe voir Conſeiller
d'Etat, Lieutenant de Roy
en Normandie & en Guyenne,
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres de Sa Majesté , &
Conneſtable par Commiffion au
Sacre de Henry le Grand , & en
la cerémonie de ſon Couronnement.
Il eut deux Fils, tous deux
Lieutenans Generaux en Normandie
. Le premier mourut au
Siege de Dijon , un peu apres
qu'il eut eſté honoré du Brevet
d'Amiralde France; l'autre fut fait
Che
GALANT. 189
Chevalier des Ordres du Roy, &
ſe rendit digne parſes ſervices du
Brevet de Maréchal . La Charge
deLieutenat General pour le Roy
en Normandie,paſſade ce dernier
à Mr le Comte de Thorigny ſon
Fils aîné, qui eſtant mort quelque
temps apres , laiſſa ſon nom & fa
■ place à M. le Comte de Matignon
fon Frere , Pere de Monfieur le
Comte de Matignon d'aujourd'huy.
Je ne vous dis rien des
Alliances de ceux de cette Maiefon
avec celles de Bretagne , de
Rohan , de Dinan , de Rieux ,
& autres , dont le ſang s'eſt ſou-)
vent meflé à celuy de Goïon &
de de Matignon , en forte que leurs
N Anceſtres ont eu l'honneur d'af-
لا ſiſter au Mariage d'Anne deBretagne,
& de Charles V I I I. comet
me les plus proches Parens de
cette Reyne.
Che En
2
190
MERCURE
En attendantqueje puiſſe vous
donner de ſeûres nouvelles de
l'Eſcarboucle , je vous envoye ce
qui m'a eſté écrit d'Alais fur cette
matiere.
Cher Mereves.Lear
HerMercure. Fay appris par
les dernieres Lettres quevous
avez publiées , que le Païſan qu'on
dit avoir trouvé une Eſcarboucle
l'année derniere, perſiſte dans lede
Saveuqu'il en afait ; &comme c'est
un larcin qui regarde directement
SaMajesté , puis que cette Pierre
s'est trouvée dans fon Royaume, &
que d'ailleurs estant la plus prétieuse
&la plus estiméede toutes,
elle ne pouvoit de droit ny de bien-
Séance, appartenirqu'auplus grand
&plus illustre de tous les Monarques
, je crois que chacun doit travailler
à l'envy à rechercher la
preuve d'une ſi lâche&fi injuste
1
action .
GALAN T.
191
A
1
action. C'est par ce motifque je
vous envoye la Déclaration d'un
Témoin , dont il résulte qu'il s'est
dù trouver une Eſcarboucle l'année
derniere , qui estoit la quarante &
deuxième de ce Grand Prince , laquelle
année on trouvera avoiraccomply
le troisième âge de cetteviefi
glorieuse , si jusqu'à lafoixante&
dixième , qui est l'arrivée de ladécrepitude,
on compte chaque âgepar
le nombre de quatorze années, ainsi
que les Medecins comptent lepremier
âge aux Maſlesjusqu'à lapuberté.
C'estfans- doute de cettemanierequ'
a comptéceTémoin irréprochable
, qui a prédit cetteEscarboucle,
aussi bienque la Cometequia
commencé àparoître au mois de Decembre
, laquelle se montrant vers
l'Occident avec une figure courbe
du costé du Midy , s'alloit terminer
en s'augmentant toûjours du
costé
८
192
MERCURE
costédu Levant. Ce qu'il a dit encor
de la Famine dans le mesme endroit
, fe trouve auſſi justifié par
la grande sterilité causée par la
Sechereſſe de l'année derniere en
pluſicurs Provinces du Royaume, &
particulierement en Languedoc , on
elle fut fi extraordinaire , qu'on n'a
rien recueilly dans les Dioceses de
Beziers,Carcassonne, Narbonne , &
Agde. Il est vray que ce Païs a eu
Sujet de ſe conſoler , puis que ce
Grand Roy , quine manquajamais
d'amour ny de charité pourſes Sujets,
ayant esté informé de cette de-
Solation , a bien voulu foulager ces
quatre Dioceses de laſomme de deux
cens mille livres du Don gratuit
que luy ont fait les Etats de cette
Province das leur derniere Aßëblée.
Voila, à mon sentiment , cher Mercure
, ce qui ne permet pas de douter
de la verité de cette Pierre , non
plus
GALANT.
193
plus que du reste de cette Prédi
Etion, dont ily tantde Témoins; a
&vous aurez peine à n'y pas donner
une entiere foy , quand vous
Sçaurez que le grand MichelNo-
Stradamus est IAutheur de cette
Prophetie, que vous pourreztrouver
dans fa Centurie onzième ,
33am 27
xain Si vous
Sin'en
voulez pas
croire à l'Anonime Anonime d'Alais , qui
vous en envoie les propres termes.
Et
Celeste Feu du coſté d'Occident,
du Midy courir juſqu'au Levant
10
asdasinoM
)
Vers demy- morts fans point trou-
1-910
123
ver racine ,
e, à Mars le belli- Troiſieme âge ,
queux ,
Des Efcarboucles on verra briller
feux,
13900
Age, Efcarboucle , & à la fin Famine
Avril 1681.
I
194 MERCURE
AD
1
La Place de Premier Preſident
au Parlement de Mets eſtant demort
de
Mef-
2500
meurée vacante par la mort
M. de Bragelonne , Sa Majeſte a
fait choix,pour la remplit, de Met
fire Guillaume de Seve, Seigneur
de Chaſtillon le Roy , Maître des
Requeſtes .C'eſt un Hommed'un
merite consommée . Il a exercé
d'abord la Charge de Conſeiller
au Chaſtelet , puis celle deConfeiller
au Grand Confeil & agu
en ſuite les Intendances de Bordeaux
&de Montauban , ou fon
zele pour le ſervice du Roy a esté
toûjours accompagné de l'integrite
la plus exacte , Auffi peuton
dire que jamais perſonne ne
s'eſt acquis plus d'eſtime dans ces
importans Emplois. Il eſt Fils de
feu Alexandre de Seve , Seigneur
deChaftignonville&de Chaſtillon
le Roy , Maiſtre des Reque- 7
ftes,
GALANT. 195
1
1
of
ſtes , puis Conſeiller du Roy en
tous ſes Conſeils & en fon Confeil
Royal , Prevoſt des Marchands
pendant huit années , &
de Marie-Marguerite de Rocheichoüart,
Fille de Guy de Roche-
- choüart , Seigneur de Chaſtillon
le Roy , & de Loüife d'Etampes;
& Petit -Fils de Guillaume de Seve
, Seigneur de S. Julien , & de
Catherine Catin , qui deſcendoit
-de la Maiſon de Rochefort. Il a
deux Freres,l'un,Guyde Seve de
-Rochechoüart, Eveſque d'Arras,
Abbé de S.Michel en Tierrache;
&l'autre , Jean de Seve , Seigneur
-de Gomerville , Capitaine aux
Gardes . Sa Soeur eſtoit Claude-
Françoiſe de Seve , Femme de
Jean- Teſtu de Balincourt , Confeiller
au Grand Conſeil. Cette
Maifon a donné pluſieurs Conbfeilters
au Parlement , au Grand
I ij
196 MERCURE
€
Confeil , & autres Compagnies
Souveraines , des Maiſtres des
Requeſtes , un Premier Préſident
à la Courdes Aydes , &des
Lieutenans Generaux à Lyon.
Elle porte , Facé d'or & de fable
de fix pieces , à la Bordure componée
de meſme .
Madame de Seve , Femme de
ce nouveau Premier Préſident,
eſt Soeur de Nicolas le Clerc de
Leffeville , Préſident en la Cinquiéme
Chambre des Enqueſtes,
&Fille de Nicolas leClercde Lefſeville,
Seigneur de Thun,Maiſtre
des Comptes , & de Marie de Suramond
, Fille de Loüis de Suramond,
Présidentdes Treſoriersde
France enAuvergne,& de Marie
Chaſſebras de Montigny , venuë
• des Chaſſebras du Breau. Son
Grand- Pere s'appelloit auſſi Nicolasle
Clerc Il eſtoit Seigneur de
Leffe
4
:
GALANT. 197
6
Leſſeville, & Marquis des Maillebois,
Doyé des Maître des Compres
, & avoit épousé Catherine
le Boulanger , d'une Famille qui
a donné pluſieurs Maîtres des
Requeſtes , & un Préfident aux
Enqueſtes. Les Oncles de Madame
de Seve , furent Eustache le
Clerc de Leſſeville , Evefque de
Couſtance, Comte de Brioule , &
auparavant Aumônier du Roy,
Conſeiller Clerc au Parlement de
Paris,& Chanoine de Noftre-Dame;
Antoine le Clercde Leſſeville,
Marquis de Maillebois ; Pierre
le Clerc de Leſſeville ,Conſeiller
en la Premiere Chambre des Requeſte
du Palais ; & Charles le
Clerc de Leſſeville , Conſeiller au
Grand Conſeil. Sa Grande-Tante
, Marie le Clerc de Leſſeville
, épousa en 1975. Antoine le
Camus de Jambeville , Marquis
1
I iij
200 MERCURE
M. Taborda , Envoyé Extraordinaire
de Portugal.
Π
M. l'Abbé Laury ,Auditeur de
laNonciature.
M. l'Abbé Gondy, Envoyé de
Toscane
HOT
M.Spanhem, Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur de Brandebourg.
M-l'Abbé Rizzini , Envoyé de
Modene.
M. le
Vaba
Comte Bagliani, Envoyé
de Mantouë.
Mongeur l'Abbé Siri eſt Emle
Duc ployé de monfieur
Parmee wilds робим
de
Les grandes fortunes accommodent
fort; mais quand celle où
l'on fe trouve donne dequoy vivre
heureux ,, la prudence veut
qu'on n'aſpire à rien de plus. Ce
qui fuit fait voir àà quelle chûte
1
on
GALANT. 201
on s'expoſe , en voulant trop s'elever.
LA POULE
AUX OEUFS D'OR.
FABLES. 1
Ne Femme avoit une Poule,
luy
foit un Ocuf d'or.
Peu contente de ce tréſor,
Danssa teste un matin la Malheureufe
roule
Un moyen qu'elle crût des plus avan-
Pour faire pondre àſa Poule deux
tageux ,
Oeufs. 9.1
Qu'arriva- t- il de cette affaire?
Ellese trompa fort, & voussçaurez
comment.
AD Cette Femme Sans jugement .
пор
1 V
202 MERCURE
Crût , poury reüſſir, qu'il estoit neceßaire
Jovst
De donnerà la Poule à toute heure
manger.
Elle devint fi graße&sipesante,
Qu'elle en creva , La Femme eut
your treu d'enrager,
Et dit cent fois , pourquoy n'eſtois
jepas contente ?
Vous quivous plaignez hautement
D'un fort & juste&raisonnable,
Profitez bien de l'avertisement,
Qu'a voulu vous donner un Amy
charitable si alime
S
Je viens d'apprendre la mort
de Madame l'Abbeffe de Malmoüe,
arrivée le 8.de cemois. Elle
s'appelloit Marie- Eleonor de Rohan,&
eftoit Fille d'Hercule de
Rohan, Duc de Monbazon , Pair
&Grand- Veneur de France , &
deMariede Bretagne. Ceux qui
con
03
tu-
Ire
ele
D
re-
ACS
A
lue
re-
D
ee
&
Ai-1-
luy
Jus
Dire
luy
Deigtela
des
on,
befla
A
Tri
20
C
D
2
E
GALANT.
203
C
LCARRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
bouicege
د
connoiſtront la grandeur & l'anlindulasila
tiquite de ce Nom illuftre , ſcauront
que c'eſt aſſez , pour rendre
la naiſſance de cette Princefferecommandable
, de dire qu'elle
eltoitfortied' une Mailon, qui prenant
ſa ſource des premiers Ducs
de Bretagne , a toujours continue
de mafle en mafle juſqu'à pre-
Tent. La La Nature l'avoit avantagee
toutes les graces du corps &
de l'eſprit ; mais Dieu quila defti-
* noita une fin bien plus élevée,tuy
en fit mepriſer l'eclat des fa
rendre jeunelle, luy ayane infpiré
"Pe deffein?de ſe conſacrer å
fous la Regle de S.Benoiſt. Apeine
eut . elle atteint l'âge de vingtdeux
aannss , que la réputation de ſa
vertu Tayant fait diftinguer des
autres Perſonnes de fa Profeffion ,
20
de
sboldsveb
r
plus
à luy
le Roy la choiſit pour eſtre Abbef-
Te du celebre Monastere de la
hobTri
103
204 MERCURE
Y
Trinite de Caën mais l'air fubtil
& maritime de ce Climat ne pouvant
s'accorder avec la foiblefle
de fa poitrine elle fut contrainte
de
911b
Abbayeve avec
Permuteron BAYONS
celle de Malnoüe , qui eſt d'un re-
00 2100
۱
venu beaucoup moins confiderable
, ayant voulu témoigner par là
que ce n'eſtoit pas le defir de devenir
plus riche ,mais la penſée de
prolonger davantage le tempsde
ſa penitence , qui l'avoit portée à
ce changement.Comme elle avoit
efté douée d'uunn efprit beaucoup
élevé au deſſus de celles de fon
Sexe , ſes occupations en furent
auſſi bien diferentes. Le Public a
lû & admire ce qu'elle aécrit fous
le nom de la Morale du Sage, fans
ſçavoir qu'il luy fuſt redevable de
ce tréfor , & fi ſes dernieres reflexions
ſur l'état où Dieu l'avoit appellée,
paroiſſent jamais au jour, on
ton
GALANT. 20
00
dt
Si
et
tombera peut- être d'accord, qu'il
eſt peu d'Ouvrages qui renferment
une auffi profonde connoiffance
des devoirs de la Vie Religieufe
, & autant de pureté & de
politeffe de langage
Madame l'Abbeffe de Caën,
qui eſt de la Maiſon de Vaucelles
de Cochefilet, Scoeur de feu M. le
Marquis de Vauvineux , Pere de
Madame la Princeſſe de Guimene
, n'eut pas plutoſt appris cette
mort , que pour marquer la reconnoiffance
qu'elle avoit à la mémoire
de cette Dame , de qui, en
pluſieurs occaſions, elle avoit receu
toute la protection poſſible,
elle ordonna un Service folemnel
, qui fut fait pour le repos de
2fon ame le r6. de ce mois M. Me-
-liand Intendant de la Province,
monfieur de Coigny Gouverneur
de la Ville& Citadelle de Caen ,
-
3807 &
296 :
MERCURE
& pluſieurs Perſonnes de qualité,
y aſſiſterent, ainſi que les Corps
&Communautez. Le Service fut
celebré avec les ceremonies accoûtumées
en de pareilles rencontres,
par les Dames Religieuſes
, qui font toutes Perſonnes de
qualité de la Province , & autres
lieux ; & en mefme temps ,
ditune infinite de Meſſes
dans l'Abbaye que dans les
tres Eglifes de la Ville &
Fauxbourgs,par l'ordre de madame
l'Abbeffe , qui fit
il fut
tant
PM
au-
M
des
fip en duire de
grandes aumônesta obr
LaVille de Troyes a aufli perdu
depuis quelques jours unHomme
-d'un mérite peu commun, &dyne
vie, entierement exemplaire.
Son nom eſtoit meſſire Nicolas
Deniſe, & fes qualitez ,Archidiacre
de Sezanne , Grand Vicaire
deMl'Eveſque de Mets, auparavant
GALANT. 207
om
en
tr
A
rel
st
0
vant GrandVicaire de M.l'Eveſ
que de Troyes, Chanoine de l'Eglife
de Troyes, Docteurde Sorbonne
, & Directeur d'un grand
nombre de Religieuſes. Ily avoit
peu de temps qu'il avoit quitté la
Charge d'Official,& il étoit preſt
àſe défaire de ſon Archidiaconat
en faveurde ſon Neveu, Chanoine
de lameſmeEglife, pour ſe re-
2ſerver la fimple qualité de Chanoine
lors que la mort l'a ſurpris.
Sa Pompe funebre a eſté fuivie
d'un nombre infiny de Gens qui
pleuroient leur Pere ; & qui par
-leurs larmes rendoient témoigna-
Jige de ſa charité & de ſa vertu. Il
poſſedoit merveilleusement le
Droit , eſtoit profond dans la
Théologie , conſommé dans les
Sciences , & fort verſe dans les
Affaires Eccleſiaſtiques. C'eſtice
qui estoit fi fort connu , qu'un de
nos
208 MERCURE
nos Papes renvoya par devant luy
une Affaire qui eſtoit pendante
enCour de Rome. Sa Famille eft
unedes plus confiderables de la
Ville , où ceux de fon nom ont
poffedé de tout temps les plus
belles Charges.
Ces Morts ont eſté ſuivies icy
de celle de Madame Fouquet,
-Veuve de monfieur Fouquet,que
-nous avons veu Surintendant des
Finances.Elle s'appelloit Marie de
•Maupeou , & eſtoit un exemple
inde vertu.Sa charité pour les Pau-
1vres alloit au dela de tout ce
- qu'on en peut dire. Elle les fai-
Ignoit dans leurs maladies,& avoit
beaucoup d'excellens Remedes
qu'elle leur donnoit pour rien.
Madame Maiſſat , Femme de
monsieur Maiſſat,qui a eſté Greffierdu
Conſeil Privé , eſt morte
• environ dans le meſime temps.Elle
2000 eftoit
GALANT.
209
لا
(
eſtoit Sooeur de M. Pétau Conſeiller
en la Seconde Chambre des
100
Requeſtes du Palais,& deMagdelaine
Petau , Veuve de Charles
Briçonnet de Glatigny , Prefident
au Parlement de Mets.
Je vvoous ay déja parlé de cette
Famille. Monfieur Maiffat a cu
un Fils de ſa premiere Femme,
Conſeiller en la Cinquiéme des
Enquestes .
Jay à vous apprendre une autre
mort arrivée dés le commencement
de ce mois. C'eſt cellede
Meſſire Jean Scarron , Marquis
d'Aury, Baron de Vaujour, Confeiller
en la Grand Chambre.
Cette Famille porte , d'azur à la
Bande crenelée d'or , & a donné
des Confeillers au Parlement de
Paris depuis pres de fix-vingtsans
fans aucune interruption. Jean
Scarron, fut reçeu le 18. Juin 1568 .
simiziol
Gil
210 MERCURE
Amoose 15
Gilles Scarron , Chanoine de l'E
gliſe de Rheims , fut fart Confeiller
le 26. Janvier 157 Jean
Scarron , le 3. Ayril 1597. Paul
Scarron, en Septembre 1598. Jean
Scarron , le 10. Fevrier 16
Pierre Scarron, le 22. Aouſt 1603 .
Pierre Scarron , en 1610. ( il eft
mort Eveſque de Grenoble ;
Jean Scarron, dont lay commen
ce de vous parler, le 21. Juin 1641
Mr. Voifin- Durand, Doyen
oble ) &
oyen de la
Secondedes Enqueſtes , eſtmonte
en ſa place àla Grand Chambre.
rang
M
Sur la fin du mois de Mars , la
Cour des Aydes perditdeux Perſonnes
de ſon Corps. M Roger ,
Procureur General de la feuë
ガラ
Reyne , reçeu Conſeiller le 28.
le Tellier , quatre jours apres . Ce
3
Juin 1631. mourut le 25. & Mr
dernier eſtoit Seigneur de Morfans
& de Doifcue age de
σέ
foixante
GALANT.M 2
0
foixante & huit ans, & avoit eſté
reçeu dans la Compagnie le 22.1
Janvier 1639.Son Fils eft Confeil - r
ler au Parlements & fa Fille, Magdelaine
le Tellier , elt Femme de
Germain- Christophe de Thume
ry , Seigneur de Boiſfije, Conſeiller
1 en la Cinquiéme des Enqueſtes.
On m'a fait connoiſtre que le
Pere de feu Mr le Duc de Bethune-
Charoſt n'eſtoit point Fils
de Maximilien de Bethune , Duαί
de Sully, comme je vous l'ay mar
qué dans ma Lettre du dernier
mois. Il eſt de cette meſme Maifon
, mais d'une autre Branche.
Jay pû me tromper , ne l'ayant
écrit que fur des Genealogies
imprimées. Si tout le monde ſe
retractoit comme moy , on fer
roit éclaircy de beaucoup de
fautes qui ſe trouvent dans les
Hiſtoires. Quant à la qua
lité
212 MERCURE
lité de Duc & Pair , dont je
vous ay dit qu'il fut honoré en
1651. quoy qu'il ne l'ait priſe
qu'en 1672. je me fuis fonde fur
ces termes, qui ſont dans les Lettres
de l'érection de la Ville de
Charoſt enDuché & Pairie ; Il
afçeu encor mériter la qualité de
Duc & Pair de France , que nous
luy aſſurâmes par nostre Brevet
du 3. Janvier 1651. On voit par
là qu'il a eſte nommé Duc & Pair
des l'année 1651. & meſme qu'il
en a cuun Brevet, quoy que l'Expédition
de ſes Lettres ait retardé
juſqu'en 1670
Voſtre Parent , que la curioſité
a fait partir pour l'Eſpagne , vous
dira à fon retour, ſi la Maiſon Royale
d'Aranjuez eſt telle que
cette Planche vous la repréſente.
Elle est à fept lieuës de Madrid ,
&le Roy y va ordinairement
paffer
GALANT . 213
€
paſſer un mois de Printemps toutes
les années. Les Poëtes dans
leurs Comédies en citent les Jardins
& les Fleurs comme d'un endroit
où Flore regne , accompagnée
de tous ſes Tréſor. La ſituation
en eſt tres-belle , & les
avenuës fort agreables. Un peu
apres que l'on a paffé la Riviere
de Xarama , qui en eſt à demylieuë,
on entre dans des grandes
Allées d'Ormes & de Tilleuls à
pertede veuë qui ſe traverſent,&
compoſent une Etoile . L'une de
ces Allées conduit ſur un Pont ,
conſtruit ſur le Tage, qui ſe joint
là aupres au Xarama. Philippe II.
ayant fait couper cette celebre Riviere,
pour la faire paffer tout autourde
fon Jardin ou de fon Parc ,
l'arendu par laune Ifle toute charmante.
Ce Jardin , beaucoup
plus grand que les Tuileries , eſt
traverſe
214
MERCURE
1
traverſé d'un tres-grand nombre
d'Allées trop étroites routes ,
mais pleines de quantité de Statuës
de bronze & de Fontaines,
dont les Baffins font de marbre ,
n'y en ayant guére où il n'y en ait
quatre ou cinq de manieres diférentes.
Je vous en feray la defcription,
en vous envoyant les Veuës
de ces fuperbes Fontaines. Le
deſſein de la Maiſon eſt comme
celuy de toutes celles d'Eſpagne
, qui eft de faire le plus qu'-
ils peuvent de petites Courts.
Celle - cy eſt de pierre & de brique,
& doit eſtre un Quarré
compofé de quatre Courts , fi
-il'on acheved'executer leDeſſein.
-La Chapelle eft faite en rond ,
& affez belle. Devant le Chateau
, on voit une grande Place ,
laquelle aboutiffent une infinite
d'Allées . C'eſt où l'on nourrit
les Chameaux du Roy .
GALANT Lif
2
Madame la Princeffe de Mar
fillac , Fille de Mr de Louvois ,
qui l'année derniere épouſa M.le
Prince de Marfilac , Fils de Mt
de la Rochefoucatio
le's Mar-
Rochefoucaut, Grand-
Maître de la Garderobe , eſt
accouchée d'un Garçon. Vous
Icavez qu'ils font fort jeunes l'un
l'autre , & que dans
fons illuftres , où l'on ſouhaite
des Fils par pluſieurs raiſons ,
c'eſt un grand fujet de joye d'en
avoir de fi bonne heure.
&1
Sa Majeſte ayant ſceu que Mr
Bordereau , l'un de ſes Valets de
Chambre , Prevoſt de l'ifle de
France , s'acquitoit fort digne-
'mentdes fonctions de ſa Charge,
l'a nommé par commiffion Prevoſt
General de la Franche Comté.
L'Employ eft tres beau , &
d'un fort bon revenu. Cela fait
dun fort bon
connoiſtre que quand avec beaucoup
2:6 MERCURE
C
demérite pour les choſes dont on
eſt capable de prendre le ſoin , on
a le bonheur d'eſtre connu de ce
grand Monarque , on n'a pas beſoin
de ſolliciter pour les obtenir.
L'Abbaye de Luc, qui eſt tresconſidérable
, a eſté donnée à
Me l'Abbé de Fenis , qu'une vie
fort exemplaire jointe à un mierite
des mieux établis rend depuis
longtemps recommandable. Il eſt
Frere de Mr le Commandeur de
Fénis , Gouverneur de Bouchain
dont je vous ay ſi ſouvent parlé
dans mes Lettres. Elles vous ont
fait connoiſtre ſa naiſſance , qui
eſt une des plus illuftres du Bas-
Limoſin , ſes actions ſes emplois ,
& ſes negotiations , tant pour
le Roy que pour le Grand-
Maître de Malte aupres de Sa
Majefte. राजे
1
Le Lundy 14. de ce Mois ,
M.
GALANT. 217
コ
Monfieur l'Abbé Fléchier de l'Académie
Françoiſe, fit le Panégyrique
de S. François de Paule
dans l'Egliſe des Minimes de la
Place Royale. Il s'en acquita ſelon
ſa coûtume avec une merveilleuſe
ſatisfactionde ſes Auditeurs,
dont le nombre eſtoit extraordinaire.
L'Hiſtoire de Theodofe ,
&pluſieurs autres Ouvrages qu'il
a donnez au Public , font fon
éloge avec des traits ſi brillans ,
qu'on n'y peut rien adjoûter.
Dans cette folemnité on regarda
fort le Parement du grand Autel.
C'eſtoit un Préſent que Madame
la Dauphine avoit fait aux Religieux
de cette Maiſon , par devotion
àleur Patriarche . Il eſt d'un
fort beau Brocard d'argent à
fleurs d'or friſé , avec des bandes
d'or & d'argent, auſquelles cette
Princeſſe a travaillé elle-meſme.
Avril 1681 . K
218 MERCURE
Les Armes qu'on voit deſſus &
aux deux Credences ſont auffibien
faites que riches .
Je vousmanday la derniere fois
que Monfieur l'Eveſque de Poitiers
, n'avoit pas ſi toſt ſenty les
accés de ſa fiévre diminuez , qu'il
alla luy meſme recevoir les abjurations
d'un tres-grand nombre
de Religionaires. Vous ſçavez
qu'il eſt Neveu de feu Mr de Péréfixe
, Précepteur du Roy , &
Archeveſque de Paris , & Fils du
fameux Monfieur de la Hoguete
qui a fait le Testament fidelle d'un
bon Pere à ses Enfans. Ce zelé
Prélat continuë ſes ſoins ſans aucun
relâche , pour tout ce qui
peutcontribuer à faciliterles con -
verſions. Monfieur Rabereul Doyen
de l'Egliſe de Poitiers , &
fon Grand Vicaire , accompagne
Monfieur de Marillac ,
IntenGALANT.
219
Intendant de la Province , qui
avec un zele qu'on ne sçauroit
exprimer , va dans tous les lieux
où il ſe croit neceſſaire pour l'avancement
dece grandOuvrage.
Le ſuccés en eſt ſi grand , que
depuis deux mois , on compte
plus de ſept mille Perſonnes de la
Religion Prétenduë Réformée
qui ontabjuré. Monfieur deMarillac
eſt Fils du Conſeiller d'Etat
de ce nom , Petit- Fils du Garde
des Sceaux , & Petit- Neveu du
Maréchal de Marillac. C'eſt un
parfaitement honneſte Homme ,
dont on ne peut trop eſtimer
la probité.
- Si cette vertu eſtoit generale,
l'Article qui fuit n'auroit point
de lieu . On peut marier des Gens
en dépit d'eux. L'autorité desParens
ſuffit pour cela quand on eft
fort jeune; mais que l'on maric
1
4. Kij
220 MERCURE
un Homme , non ſeulement en
dépit de luy , mais meſme
ſans luy , c'eſt un incident qui
n'a point d'exemple. J'ay cependant
à vous faire le détail d'un'
Mariage de cette nature. UnCavalier
s'eſtant mis fort jeune dans
les Mouſquetaires , cherchoit fa
bonne fortune , ainſi que font
beaucoup d'autres dans un pareil
âge. Il crut la trouver en liant
commerce avec une Dame dont
la beauté l'ébloüit ,& qui ſemontra
affez ſenſible aux douceurs
que ſa paffion luy fit debiter.
Elle estoit Femme d'un Homme
de qualité, mais qui n'ayant point
de bien , luy avoit donné bientoſt
ſujet de ſe dégouſter de luy.
Ainſi l'ayant laiſſe en Franche-
Comté , où il vivoit fort mal à
ſon aiſe , elle estoit venuë chercher
àParis une vie plus douce ,
& ceCavalier luy ayant paru fon
JGALANT. 2ΑΙ
fait, elle prit pour luy une tresfort
engagement. Il dura pluſieurs
années, quoy qu'interrompu fouvent
par de, longs voyages que
le Cavalier eſtoit obligé de faire
pourle ſervice du Roy. Je ne puis
vous dire juſqu'où alla le commerce.
Je ſçay ſeulement que la
Dame pouvant tout fur l'eſprit
du Cavalier, tira un Billet de luy ,
par lequel il promit de l'époufer
ſi ſon Mary venoit à mourir. La
condition de cette mort rendant
la promeſſe nulle , le Cavailer la
donna ſans peine.LaDamemême
luy dit en la recevant , qu'elle ne
l'avoit pas demandée pour s'en
ſervir , mais pour eſtre entierement
convaincuë de ſa tendreſſe,
par ſa complaiſance à faire une
choſe qu'elle ſouhaitoit. Cependant
les liaiſons qui ſe forment
par un amour violent n'eſtant
Kiij
1222 MERCURE
pas les plus durables , inſenſiblement
le Cavalier prit du dégouft
pour la Dame. La longueur de
T'habitude luy fit découvrir en
elle beaucoup de defauts qu'il
n'avoit point encor veus. Cette
connoiſſance rallentit ſa paffion.
Ilouvritlesyeux fur l'intéreſt qu'il
avoitde ſedégager,& apresquelques
legeres querelles dont on n'a
aucune peine à trouverl'occaſion
quand on la veut prendre, il ceſſa
d'eſtre affidu ,& rompit enfin entierement.
Quoy qu'il connuſt la
Dame capable d'employer dans
fes deſſeins toute forte d'artifices,
il ne put s'imaginer que ne devant
plus avoir aucune prétention fur
fon coeur, elle en duſt garder ſur
fa perſonne. Il y eut entr'eux
quelques procedures de Juſtice
foûtenuës avec aigreur pour des
intéreſts particuliers. La Dame
agit
GALANT.
223
agit meſme en vertu de la Promeſſe
qu'elle avoit tirée du Cavalier,
préſenta Requeſte pour faire
ordonner qu'il l'épouſeroit,& afin
de ne point trouver d'obstacle à
fon entrepriſe , elle produiſit un
Extrait mortuaire quifaifoit connoiſtre
qu'elle estoit Veuve , &
que ſon Mary avoit eſté enterré
à Chambery. Le Cavalier fit ſes
diligences pour prouver en temps
&lieu la fauſſeté de l'extrait , &
ſe defendit de la pourſuite. Il fut
quelque temps abfent , & laDame
n'euſt pas plûtoſt appris ſon
retour,qu'en ſuppoſant millechoſes
qu'elle colora avec adreſſe ,
elle fit croire que le Cavalier demandoit
à l'épouſer, & obtint,non
ſeulement la diſpenſe des trois
Bans , mais encor , permiſſion de
ſe marier où les deux Parties voudroient.
Elle n'en fut pas fi- tolt
Kijij
224 MERCURE
ſaiſie, qu'elle réſolut de s'en ſervir.
Pour cela , elle pratiqua un de ces
Gés qui font leurs affaires aumeſtier
de Fourbe,&apres l'avoir inſtruit
pour luy faire faire le perſonage
duCavalier,elle le mena àun
Village des environs de Paris, où
le Curé , facile à tromper à cauſe
de ſon grand âge , ne fit aucune
façonde les marier publiquement,
elle ſous fon nom ,& le Fourbe
ſous celuy du Cavalier. Cela ſe
fit le 5. Juin 1677. Comme elle
craignit que ſon ſilence ne luy
portaſt préjudice , elle proteſta
dés le lendemain par devant Notaires
, que quoy que le Cavalier
l'euſt épousée, il lempéchoit par
force de prendre la qualité de ſa
Femme. Toute cette intrigue
demeura cachée , & il ſe paſſa
deux ans ſans que le Cavalier en
découvrit rien. La Dame eſperoit
τοû
GALANT..
225
toûjours qu'il renoüeroit avec elle
&alors , comme on ne ſçavoit ce
que ſonMary eſtoit devenu , ce
renoüement de commerce auroit
pû paſſer pour une approbation
du Mariage. Soit qu'elle ſe teuſt
dans cette veuë, foit que quelque
autre raiſon luy fift garder le ſecret
, les choſes peut- eſtre ſeroient
encor dans ce meſme état,
ſi enfin le Fourbe n'euſt pas dit
luy meſme que le Cavalier eſtoit
marié . Celuy à quiil fit cette confidence,
luydemanda en quel lieu
le Mariage avoit eſté fait, & n'eut
pas plûtoſt appris le nom du Village
, qu'eſtantdes Amis du Cava
lier , il courut d'en avertir. Jugez
de la ſurpriſe d'un Homme qui
ſe trouva marié fans qu'il en ſceuſt
rien.ll forma fa Plaintelalla au Village,
dont il eftoit queſtion ,& s'y
préſenta un jour deDimanche au
K V
226 MERCURE
fortir de la grand' Meſſe , afin
qu'on puſt voir ſi c'eſtoit luy qui
euſt contracté le Mariage. Quoy
qu'aucun Témoin ne le reconnuſt
, ce qu'ils diſoient n'eſtoit
qu'un fait négatif, qui en Juſtice
ne produiſoit point l'entiere
conviction de la fauſſeté. Ainfi
il ſe vit contraint de pouffer
l'affaire . On empriſonna la Dame
; & le Fourbe qui avoit donné
la premiere connoiffance du
Mariage fut cherché par tout. Il
ſe ſauva à Moulins , paſſa de là à
Lyon , & fa fuite ayant fait voir
qu'il eſtoit coupable , il fut enfin
arreſté . On n'eut plus de peine
apres cela à déveloper le noeudde
l'intrigue. Le Curé & les Témoins
le reconnurent pour celuy qui
avoit joüé le rôle d'Epoux dans
cettePiece ; & tout ce qui avoit
précedé la derniere Scene ayant
elte
GALANT.
227
eſté éclaircy,le Parlementdéclara
le Mariage faux,& fauffement-fabriqué.
L'Affaire eſt ſi peu croyable
, qu'elle paſſeroit pour fiction ,
fil'Arreſt donné ne la rendoit pas
publique. Elle fut jugée le 19. de
l'autre Mois,les Chambres affemblées
, & M. Daurat eſtant Rapporteur
.
Leurs Majeftez ont paſſe huit
jours dans la ſuperbe& délicieuſe
maiſon de S.Clou,dont Son Alteſſe
Royale a fait les honneurs d'un
air,qui a charmétous ceux qui en
onteſtétémoins.Son accuëil a eſté
obligeant pour tout le monde , ſes
manieres toutes engageantes , &
perſonne n'a ſuivy la Cour dans
ce beau Lieu , qui n'ait eſté enchanté
des honneſtetez de ce
grand Prince.Ce terme,quoy que
tres- fort,exprime encor imparfaitement
l'effet qu'elles ont produit
dans
228 MERCURE
.
dans tous les coeurs. Non ſeulement
il n'a oublié aucune choſe
pour les differens plaiſirs quepouvoit
attendre la Maiſon Royale,
mais il eſt,pour ainſi dire ,décendu
du haut de ſa grandeur pour recevoir
avec des bontez dignes de
luy , toutes les Perſonnes diſtinguées
par leur merite , & par leur
naiſſance. Il a luy meſme donné
ordre à tout , & ayant eu foin de
faire que chacun fuſt bien logé, il
n'a retenu pour luy qu'un Apartement,
qui ne luy auroit pas eſté deſtiné
ailleurs que dans un Lieu
qui luy appartient.Le Roy,accompagné
de toute la Cour , y arriva
le 15.du Moisentre quatre & cinq
heures du foir. Les Compagnies
deſtinées pour laGarde deSa Ma
jeſté , eſtoient déja dans leurs poſtes
, dont les Trompettes & les
Timbales tenoientle plus avacé.
Mon
GALANT.
229
Monfieur & Madame reçeurent
le Roy ,la Reyne, Monſeigneur le
Dauphin,& Madame la Dauphine,
au bas de l'Eſcalier, à la deſcente
de leur Carroſſe. Les Violons &
les Hautbois eſtoient au haut de
cet Eſcalier. Leurs Majeſtez , fuivies
de toute la Cour,traverſerent
d'abord la Salle des Gardes,paſſerent
enſuite dans une Antichambre,
puis dans un petit Cabinet qui
ſeparoit l'Apartement du Roy
d'avec celuy de la Reyne. On entra
apres cela dans l'Antichambre
de cette Princeſſe , qu'on trouva
tres - magnifique. Les Meubles
étoient de Brocard d'or & de Velours
violet , la Tapiſſerie tres - riche
,& toute rehauffée d'or. Elle
eſt faite fur les deſſeins de M.Nocret
, Valet de Chambre de Monfieur,&
fon Premier Peintre;& les
Amadis de Gaule en ont fourny le
ſujet
:
230 MERCURE
ſujet. De cette Antichambre , on
paſſa dans la Chambre de la Reyne.
La Tapiſſerie s'y fit d'abord remarquer
par ſa beauté.Elle repreſente
la Bataille d'Alexandre &de
Darius. Vous ſçavez que les Defſeins
fontdu fameux M.le Brun.Je
vous entretins l'année derniere de
chaque Piece en particulier,quãd
le Roy les fit graver , & qu'on en
donna des Estampes au Public.
C'eſt où se trouve cet admirable
morceau dela Mere& de la Femme
de Darius,qui implorent laclémenced'Alexandre
en l'admirant .
Peut- eſtre n'a- t- on jamais veu
enſemble tant de diferentes & fi
fortes expreffions.Cette belle Tapiſſerie
eſtoit accompagnée d'un
Ameublement de Broderie d'or à
fond violet , dont le Lit , auquel
Monfieur a fait travailler pendant
pluſieurs années,eſt eſtimé trentecinq
GALANT. 231
cinq mille écus .On alla de là,dans
un grand Cabinet appellé la Salle
des Audiances. Il ſembloit qu'apres
ce que l'on venoit de voir,on
ne pouvoit plus entrer dans aucun
Lieu , qui duſt arreſter les
yeux. Cependant ce Cabinet parut
tres-fuperbement meublé , &
diſputa de magnificence avec
tout ce qu'on avoit veu. Ce n'eſtoient
qu'Ouvrages d'argenterie
de toutes manieres.Ce qui eſt ordinairement
de bois aux Sieges,
Tables , & Fauteüils , eſtoit d'argent,&
on voyoit une tres-belle
Broderied'or,qui relevoit tous les
Meubles juſques aux Portieres.
M.leBegue,celebre Organiſte de
Sa Majesté,touchoit en ce Lieu un
Cabinet d'Orgues d'une invention
particuliere;& le plaiſir qu'on
eurde l'entendre,y arreſtala Cour
quelque temps. Apres cet agreable
232
MERCURE
ble divertiſſement, on entra dans
le Sallon qui repreſente les Amours
de Mars & de Vénus , &
qui a eſté peint par M.Mignard.Il
me ſouvient que je vous en ay
promis la deſcription , que vous
m'avez demandée apres avoir veu
celle de la Galerie. L'application
qu'il faut pour vous la donner
exacte, a beſoin d'un temps que je
n'ay pû encor ménager. Il n'y eut
perſonne qui n'admiraſt ceSallon.
Chacun donna des loüanges à ce
qui eſtoit le plus de ſon gouft ; &
Leurs Majeſtez paſſerent en ſuite
dans la Galerie,au boutde laquelle
on trouva la Symphonie ordinaire
de Monfieur. Elle eft compoſée
d'un Claveſſin , d'un Deſſus
de Viole,& d'un Luth ;le premier
touché par le St Baltafar , l'autre
par le St Garnier,& le Luth par le
Sieur Jaqueſon. Cette Symphonie
ayant
GALANT . 233
1
ayant ceſſé , chacun alla voir ſon
Appartement. Outre celuy de la
Reyne,où le Roydevoit coucher,
Sa Majesté avoit encor une
Chambre , & un Cabinet où Elle
tenoit Confeil.De l'autre coſté qui
fait face à l'Apartement du Roy
& de la Reyne , eſtoient ceux de
Monſeigneur le Dauphin , & de
Madame la Dauphine , tres - fubement
meublez. Ils font dans
l'ancien Baſtiment , & reprefentent
l'Alliance de Monfieur, avec
feuë Madame.Feu M. Nocret les a
peints. On prit un peu de repos,
apres quoy Leurs Majeſtez étant
montées en Calêche,allerent dans
les Jardins & y admireret la beauté
des Eaux. Il y eut Comedie le
foir fur un fuperbe Theatre , que
Monfieur avoit fait rehauffer d'or .
On y répreſenta Zaïde Princeſſe
de Grenade,& les Prétieufes ridicu
les.
234
MERCURE
les. Le Roy n'a vû aucune des
Pieces qui ont diverty la Cour,
Sa Majeſte ayant toûjours pris le
foin des Affaires de ſon Etat à fon
ordinaire , & ayant tous les jours
tenu Conſeil de la maniere qu Elle
a accoûtumé de le tenir quand
Elle est à S.Germain.Il ya eu tous
les jours Bal ou Comédie. Outre
lesdeux que je viens de nommer,
ony a repreſenté l' Iphigénie de M.
Racine,Tréſorier de Francejavec
la Comteffe d'Escarbagnas de feu
M. Moliere ; le Dom Bertrand de
Sigaral,de M.de Corneille le jeune
; & les furiers, par les Italiens.
Le nouveau Sallon ſervit ſeulement
pour le premier Bal. Le jour
que l'on arriva , le Roy fit l'honneur
aux Dames de les faire manger
avec luy. Les Violons , & les
Hautbois , joüerent pendant tout
le temps que l'on demeura à table.
GALANT.
235
ble. Apres le Soupé on alla dans
la Galerie ,où il y eutConcertjufquesau
coucher. Le lendemain,
on courut le Cerf Le Roy qui ſe
plaift aux Exercices du corps , &
qui par là ſe veut toûjours tenir
preſt à ſuporter les fatigues de la
guerre , a eſté pluſieurs fois à la
Chaſſe, tantoſt à Versailles,& tantoſt
dans la Plaine de S.Denis, &
la vigueur,&l'adreſſe de ce grand
Monarque y ont toûjours éclaté.
En arrivant à S.Cloud,il congedia
toute la Muſique,& voulut entendre
celledeMonſeigneur leDauphin
juſqu'à fon retour à S. Germain.
Elle a tousles jours chanté
àlaMeſſe des Motets de M.Charpentier,&
Sa Majeſté n'en a point
voulu entendre d'autres , quoy
qu'on luy en euſt propoſé. Il y a
deux ans qu'on en chante devant
Monſeigneur le Dauphin. Les
Vio
236 MERCURE
Violons ſe ſont toûjours fait entendre
au dîner, où l'affluence des
Perſonnes venues de Paris pour
voir le Roy a eſté ſi grande , qu'à
peine ce Prince pouvoit- il paffer
pour ſe mettre à table. M. le Duc
de Chartres qui estoit demeuré
au Palais Royal, pour étudier , &
dont les progrés dans l'étude font
fi grands qu'ils font à peine croyables
, vint à S. Cloud falüer Leurs
Majeſtez . Il parla au Roy avec
tant d'eſprit , & les réponſes qu'il
fit ſans reſver un ſeul moment,
furent ſi pleines de vivacité , que
Sa Majeſté en fut ſurpriſe , & dit
hautement qu'à fon âge elles tenoient
du prodige. La Cour ſe
trouvant alors fort groffe , toutes
les Tables de la Maiſon Royale
ſe ſont tenuës àl'ordinaire . Celles
de la maiſon de Monfieur étoient
magnifiques , & les grands Offi
ciers
GALANT.
237
ciers de ce Prince en ont admirablement
bien fait les honneurs.
Celle de M.le Chevalier de Lor- >
raine a eſtétres-bien ſervie,& M.
de Strasbourg en a auffi tenu une.
La Comedie, le Bal,la Symphonie,
& les Promenades,ne ſont pas les
ſeuls plaiſirs que l'on ait pris à
S.Cloud, on s'eſt encor diverty au
Mail,& Monſeigneur le Dauphin
y a joüé pluſieurs fois. Pendant
tout le ſejour qu'on a fait dans
cette belle Maiſon,le temps a eſté
le plus beau du monde , & il femble
que le Roy , que le bonheur
ſuit par tout,y avoitmené les plus
beaux jours du Printemps. Ce
Prince partit le 23. & en partit ſi
content,qu'il témoigna eſtre preſt :
d'y retourner , quand Monfieur
voudroit. Ce peu de paroles dit
tout , & ce n'eſt point à moyde
parler apres un ſi grand Monarque.
Plu
238 MERCURE
Pluſieurs Perſonnes ont trouvé,
à l'ordinaire , les vrais Mots des
deux Enigmes. Celuy de la pre- )
miere,eſt le dernier de ces quatre
Vers de M. Frolant , Avocat au
Parlement de Normandie.
Sicen'estpas eftre Sorcier ,
C'est quelque chose au moins qu'il
faut que l'on admire ,
De faire voirsur le Papier
Cequi n'estfait quefur laCire.
Cemeſme Mot a eſté trouvé par
meſſieurs le Marquis de Graffamant,
de Troyes ; Du Moulin, de
laRue S.Denis;De Beaulieu,de la
ruë de la Harpe ; Tamiriſte , de la
ruë de la Ceriſaye: (lesdeux premiers
en Vers:) & par Mademoifelle
C.B. de Chartres : les Aimables
de la Sencerie de Dreux : &
Diane de la Poſte àRoüen. On a
auffi
GALAN T.
239
auſſi expliqué cette Enigme fur
l'Histoire.
La ſeconde a donné lieu à ce
Madrigal de monfieur de S.Placide,
du Cloiſtre S.Germain de Lauxerrois
.
MErcure,leDieudu
Caquet,
Ou pour mieux en parler, le Dieu de
l'Eloquence ,
Veut contrefaire leMuet ,
Mais on le connoit trop en France.
Dumoins pourmoy c'est bien en vain
Qu'ilporte une Cloche enfamain.
* Ceux qui ont expliqué la mefme
Enigme dans ſon vray ſens ,
font Meſſieurs Francia,de Roüen :
du Fay, de Vernon : Maillet , de
Paſſy lez Paris : Du Boulvart Anglois
: Le Philoſophe inconſtant :
( ces trois derniers en Vers :)
An
240 MERCURE
Angelique , de la ruë de l'Obſervance
: & l'Aînée des Aimables
de la Sencerie de Dreux. L'Echo,
laTrompete , & le Tambour , font
d'autres Mots qu'on a appliquez
à cetteEnigme.
Voicy les Noms de ceux qui
ont trouvé le vray ſens de l'une
&de l'autre. Meſſieurs Gardien,
Secretaire du Roy:De la Ville aux
Butes. Davinas Greffier en chef
de la marine : Le Boſcatier de
Toulon : D. Laurent Raguienne ,
Prieurde Bethune: Hourlier,St de
Valemont,Gentilhomme ordinaire
chez Monfieur : Ferrot,Préſident
au Grenier à Sel de S.Quentin
: De Grafiniere, Commiſſaire
d'Artillerie : Des Eſſars d'Alençon,
de Morlaix , Chaſtelain , de
la Parroiſſe de la Magdelaine:Du
Tey de Franqueville, de Roüen:
De S. Victor le Fils : De L. F. de
Mara
GALANT.
241
Maradac , Avocat en Parlement:
Samſon,d'Abbeville: Blanchard,
deChaſteauroux : De Plémont,
dela Forest de Lyons en Normandie:
Le Chevalier de Coſtres, de
Tours: Regnier de S. Martial:
Go Nazart , des Incurables : De
Namptier L. Preſtre, Curé Cardinal
de Suffies : Malpoy , Tréſorier
de France à Dijon : Le Prieur
de Chenevieres fur la Marne:
Potin, de la Ruë Clocheperſe:
Jarres, de Paris : L.Serrant, Curé
de Nogent le Roy : La Serrant,
Preſtre du Clergé de la meſime
Villere Peyre Doyent à Roye :
Pillon , de Moüy en Beauvoiſis:
Le Breſt , dela ruë Montmartre :
Le Tourneur Coullange :Giprard:
Rouffelet: Huet: L'Amant
fidelle & malheureux : L'Amant
embaraffé Le Poëte du Pied
de Boeuf : De Gizeux , du Païs
Avril 1681 . L
242 MERCURE
d'Anjou : LeHot,Avocatau Bailliage
& Siege Préfidial de Caën :
Le veritable Témiche : Mériandre
: Le Gras malgré luy : Le
Sincere Herminius : Angélique,
de la rue de la Harpe ::Mélife,
Nymphe de difle de Badra à
Vennes: La demie Padille : La
Coquete en apparence : L'A
mante par converſation : La
Nymphe folitaire : La Spirituelle
ſans vanité : Sylvie , du Havre
: La Belle Famille de la ruë
S. Julien des Menestriers
Belle Blondine de Laigle La
Belle & Inflexible Ragote, de
S.Julien en Normandie : Les trois
Pucelles d'Irlande. En Vers ,
Meffieurs Dargent , Commisde
l'Extraordinaire des Guerres : Le
Febvre, de Roüen : Rault, de la
meſme Ville : De Cordoy , pres
de Falaiſe L. F. V. de Morlaix:
La
1801 Bou
GALANT.
243
L.Bouchet , ancien Curé de Nogent
leRoy : Baudoüin , de Lyfieux
: La Tronche , de Roüen:
De la Mare-Chefnevarin , de la
mefme Ville: Le Chevalier Blonde
: LeRat du Parnaffe : L'Inconnu
d'Argenton - Chaſteau :
L'Indiferent du Havre de Grace
: E. Foyneau , Sous-Chantre
dela Cathédrale de Vennes:Autier
le cadet , Toulouſain :Il Si
gnorede Caſa Cremata : F.H....
duMeſnil,de Chambrais en Normandie
C. Hutuge d'Orleans,
demeurant à Mets : Le P.de la
Blanchardiere I.: Le Blanc-Boucher,
de la ruë Simon le Franc:
De la Ruffole : G. H. E. Scot
Chamnois : De la Croix de Beauregard,
de Tours , Madame De
vories : L'Amant Chaſſe de Poitiers
: Floridor , de la petite Ville
du Havre : L'Olivier des Cho
Lij
244
MERCURE
lets: K.P. Le Nouveau Solitaire
de Bouret à Morlaix : Le Berger
de Frufſart pres Vennes : Le Soleil
du Quartier S. Mederic :
L'Albaniſte de Roüen : D. M. de
Chaumont en Baffigny : Le So
litaire de S. Geniez : Le Nouveau
Bourgeois de la Rochelle:
L'Amy fans feintiſe de Rennes:
Alcidor du Havre de Grace : Le
Laurier d'Abbeville : L'Oracle
de Goneffe: La Fille aux grandes
Avantures : & les deux Camarades
d'Ecole du Jardin de
France.
Monfieurde la Mare- Cheſnevarin
eſt Autheur de la premiere
des deux nouvelles Enigmes que
je vous envoye. L'autre eſt de
monfieur Bayle de Lyon.
ENIGME
GALANT.
245
ENIGME.
Ncore que je fois du Genre
ENGféminin,
Ie rens pourtant service au Sexe
masculin ;
3
Depuis un certain temps j'ay vogué
dans la France.
Mon regne est en Hyver , mon nom
vient d'un Marquis.
Iefuis affezſouvent de peu de con-
Sequence,
Mais auſſi quelquefois je suis d'un
tres-grandprix.
AUTRE ENIGME.
Ousſommes pluſieurs Soeurs, en
Nous
Egales de nom & d'employ ;
Et quoy que nous paſſions toûjours
pour inconstantes,
Chacun se fait honneur de nous
avoir chezfoy,
Liij
146
MERCURE
Nôtre conditionparoiftaffezſervile,
Puis qu'il nous faut partout porter
un lourd fardeau .
Pour furcroift de malheur , quand
nous allons en Ville,
L'on nous chargeſouventde quelque
faix nouveau ,
Et ce n'est qu'àcela que noussommes
utiles.
Fieres avec cet équipage,
Nous franchiſſons les plus grands
embarras ,
Et le plus hardi mesme aves tout
Son courage
En vain arreſteroit nos pas.
A
Nostre deſtin , quoy qu'un peu rigoureux
,
Seroit encore affezpaſſable ,
Si quelqu'une de nous , par un fort
déplorable ,
Ne faisoit quelquefois celuy des
Malheureux. Mon
)
GALANTA 247
Monfieur le Marquis de Chi
freville, d'une des meilleures Maifons
de Normandie , & Parent de
Meſſieurs les Marquis de Lange ,
du Pleffis- Chaſtillon , & de Nonan
, a épousé depuis peu Mademoiſelle
de Teſſe. C'eſt une claire
-brune, d'une taille avantageuſe,
qui a les cheveux noirs,la bouche
petite ,& beaucoup d'eſprit,
quoy que fort jeune. Je ne vous
dis rien de la Maiſon de Teffé:
Elle vous doit eſtre connuë, puis
qu'elle eſt la meſme que celle
de Froulay , dont je vous ayparlé
amplement dans quelqu'une
de mes Lettres . :
Monfieur Bignon , Fils du Confeiller
d'Etat de ce nom , que je
vous ay déja dit eſtre préſentement
Avocat du Roy au Chaftelet
, n'a eſté reçen à cette
Charge que leVendredy 18. de
Liiij
148 MERCURE
cemois. On ne peut douter qu'il
n'en faſſe les fonctions avec beau
coup d'éclat&de gloire,apresl'E.
loquence qu'il a fait paroiſtre en
plaidant diverſes Caufes tant au
Parlement qu'au Grand Confeil.
C'eſtun talent de Famille dont il
fe fait voir le digne Heritier.
8 La Place de Procureur General
au Parlement de Roüen ,
eſtant demeurée vacante par la
mortde Monfieur de Bernieresile
Roy, informé duzele & des longs
ſervices de Monfieur le Guerchois
fon Avocat General dans
le mefme Parlement , l'a choify
pour la remplir , avec des marques
de distinction qui luy font
tres-glorieufees . Sa Reception à
cette importante Charge a eſté
un fujet de joye pour tous ceux
de la Province , où il eſt treseſtimé.
Auſſi eſt-ce un Homme
d'un
GALANT.
249
d'un fort grand mérite. Il n'a
point fait d'actions d'éclat où
fon éloquence ne ne luy ait attiré
I'dmiration de ſes Auditeurs ,
qui font toujours venus l'écouter
en foule. Ses raiſonnemens
font forts & folides , & peu de
Perſonnes ſçavent parler avec
autant de juſteſſe . Feu Monfieur
le Guerchoisfſon Pere s'eſtoit acquis
une fort grande reputation
dans la meſme Charge d'Avocat
General qu'il a exercée juſqu'à
fa mort , & celuy dont je vous
parle la ſoûtient tres- dignement.
Cette Famille , tres - conſidérable
par elle - meſme , eſt originaire
de Languedoc , d'où elle
eſt venuë s'établir en Normandie.
Monfieur de Préfontaine eſt
devenu Premier Avocat General
par ce changement de Charge .
Il joint de grandes lumieres à
3
Ly
250
MERCURE
beaucoup de probité , & eſt tresexact
àbien s'acquiter de tous ſes
devoirs dans la Placequ'il occupe.
* Le Roy a donné à Mr de Chazeron
, Gouverneur de Breſt , la
Lieutenance Generale du Rouffillon.
Je vous ay ſouvent parlé
de luy pendant les dernieres
"Guerres, où il s'eſt fort fignalé.
Le ſecond Air que j'adjoufte
icy, vous fera connoiſtre le génie
de fon Auteur.
AIR
Ansle
NOUVEAU.
temps des frimats, des
Danges desglaçons,
Tircis ne fortoit plus hors de nostre
Village.
Sans ceffe il me juroit qu'il n'estoit
point volage,
{
Sans ceffe il careſſoit mon Chien&
mes Moutons ; (paroistre,
Mais dés qu'il a reveu la verdure
L'Infidelle , l'Ingrat , a quitté ces
Hameaux Il
GALANT
251
Il ne fait que courir de Troupeaux
en Troupeaия .
Helas ! que le Printemps n'est- il
encor à naître !
Si voſtre Amie , à quile deſſein
de ſe conſacrer à Dieu , a inſpiré
tant d'averſion pour les Airs pro
fanes , vient à Paris comme vous
le dites , elle pourra prendre des
Leçons pour regler ſa voix , fans
qu'elle renonce à ſes ſcrupules.
L'illustre Monfieur de Baffilly, qui
a compofé deux Livres d'Airs ſpirituels
, avec des ſeconds Cou
plets en diminutione s'eſt refolu
de les enſeigner chez luy , afin
que ces beaux Airs que l'on a
falſifiez ſous le titre de diferens
Autheurs , foient chantez par
ceux qui voudront les bien ſçavoir
, fuivant toutes les Regles
de ſon Traité de PArt de Chan
ter , imprimé il y a déja pluſieurs
années..
252 MERCURE
années. Il l'expliquera de point
en point aux Curieux , & leur
donnera les exemples neceſſaires
pour l'entiere intelligence de ces
Regles. Ainſi en un petit nombre
de Leçons , on ſçaura parfaitement
chanter toutes fortes
d'Airs , fur leſquels chacun pourra
appliquer les Préceptes , dont
il aura enſeigné l'uſage. Il demeure
Ruë S. Claude.
La Charge7de Secretaire du
Cabinet , que poſſedoit Mr Galant
, mort au commencement
de ce mois , a eſté donnée à Mr
le Marquis de S. Poüange , à qui
Sa Majesté a accordé dans le
meſme temps la permiffion de
vendre celle qu'il a de Secretaire
desCommandemensde la Reyne,
Cela fait voir l'eſtime particu
jiere dont ce Grand Prince l'honore
, puis qu'il l'approche par
là
GALANT.
253
làde ſa Perſonne. Monfieur Ga
lant paſſoit pour Hommed'eſprit,
qui ne manquoit pas d'érudition.
Il avoit épousé la VeuvedeMonſieur
Courchant , Preſident à
Mortier au Parlement de Mets.
C'eſt une Dame qui a beaucoup
de merite. Monfieur le Marquis
de S. Poüange luy donne cent
mille francs par ordre du Roy.
Il eſt mort depuis trois jours un
Preſident à Mortier dans le mefme
Parlement de Mets. Il s'appelloit
Meſſire Charles le Vayer , &
eſtoit Seigneur de Vanteüil& de
Sailly.
Je ne vous diray rien aujourd'huy
de Mr de Bruſac , Lieutenantdes
Gardes duCorps, qui eſt
mort ſubitement , me reſervant à
vous en parler quand je pourray
vous apprendre à qui le Roy auradonné
cette Place.
Une
254
MERCURE
Une mort ſubite nous a auffi
enlevé Monfieur le Camus du
Clos, Chevalier de S. Lazare , &
Controlleur General de l'Arcillerie.
Je vous ay parlé pluſieurs fois
de luy ,&de toute fa Famille...
L'Egliſe n'a pas eſté exempte
de pertes dans ce meſme temps.
Deux de ſes Prelats font morts.
L'un eſt Meſlire Jean Dolce , qui
depuis longtemps avoit la conduite
de l'Egliſe de Bayonne. Il
eſtoit Neveu de Bertrand de Se
baux , Premier Aumônier de
Louis XIII. Archeveſque de
Tours, Commandeur des Ordres
du Roy , & fut fait Evefque de
Bologne en 1633 transferé àAgde
en 1643. puis à Bayonne dans
la meſme année , ſans avoir pris
poffeffion d'Agde. Il portoit,d'argent
à trois Chevrons de gueules
, à une Etoile de cing rais
de
GALANT.
255
de meſme au franc - quartier.
L'autre Prelat qu'a perdu l'Egliſe
, eſt Monfieur Billiade Lavocat
, Eveſque de Bologne. II.
avoit eſté Chanoine de Noſtre-
Dame,&Grand- Vicaire de Mon.
fieur le Cardinal de Retz , & eftoit
Coufin germain de Monfieur
Lavocat Maiſtre des Requeſtes .
Il me reſte à vous parler de
Monfieur Perrault, Baron de Milly,
Chagny , Montmiral , & autres
Lieux , Conſeiller du Roy
en ſes Conſeils, & Preſident en
ſa Chambre des Comptes , qui
mourut icy le 29. de ce mois,
âgé de 77. ans. Vous ſçavez,Madame
, que c'eſtoit un des plus
riches Hommes de France , &
que la Fortune ne luy avoit rien
donné fans eſtre d'intelligence
avec la Justice ; mais vous ne
fçavez peut- eftre pas que ſa Famille
256 MERCURE
:
mille eſtoit déja illuſtre avant
l'éclat qu'il luy a preſté , & que
depuis Charles VI. juſqu'à Loüis,
LEGRAND , la Nobleſſe s'y eſt
perpetuée , fans aucun mélange
qui en ait pû corrompre la pureté.
Sa Genealogie en feroit
foy , fi la modeſtie de ſes Parens
, qui prouvent aflez leur
Nobleſſe par leur vertu , ne faifoit
gloire d'enſevelir ce qui feroit
fort à leur avantage. Quant
à fon merite , toute la France en
a parlé ſi haut , qu'il eſt en ſeûreté
contre les attaques de l'Envie
; & pour ce qui eſt de ſa fidelité
envers les Grands Princes
dont il eſtoit la Creature , on en
voit peu qui l'égale , & l'on n'en
ſçait point qui la furpaſſe. Feu
Monfieur le Prince en eſtoit fi
bien perfuadé, qu'il luy fit l'honneur
de le nommer Executeur
de
GALANT.
257
de fon Testament ; & fi cette
grace fut grande , la reconnoiffance
de Monfieur le Preſident
Perrault ne le fut pas moins. Il
fit faire au Coeur de ce Prince
un Mauſolée ſi ſuperbe qu'il attire
l'admiration des Etrangers,
&tranſmet chez toutes les Nations
voiſines le Nom de celuy
qui l'a fait conſtruire. C'eſt aux
Jeſuites de la Ruë Saint Antoine
qu'il eſt érigé. Monfieur Sarazin,
que tant de beaux Ouvrages ont
rendu fameux , regardoit celuylà
comme ſon Chef-d'oeuvre ; &
le Cavalier Bernin , pendant qu'il
eſtoit en France , avoua qu'il n'y
avoit rien de plus beau à Rome.
Cependant Monfieur le Prefident
Perrault ne s'eſt pas contenté
de confier ſa reconnoiſſance à
la durée du Bronze de ce magnifique
Monument. Il a fondé à
perpe
258
MERCURE
perpetuité un Service folemnel
qui ſe doit faire le premier de
Septembre , jour de la naiffan
ce de feu Monfieur le Prince,
pour le repos de l'ame de S.A.S.
& une Oraifon Funebre à fu
gloire , & à celle de fon au
gufte Maiſon. Pour cet effet , il
laiſſe par fon Teftament à la Maifon
Profeſle des Jefuites quarante
mille livres; & prie Monfieur
le Prince de trouver bon que
fon Treforier fe charge de fix
mille quatre cens livres , pour
en faire un Revenu de trois
cens vingt, qui ſeront employées
tous les ans à faire faire quatre
Bources de Jettons d'argent , à
raiſon de quatre - vingts livres
chacune. D'un coſte de ces Jet
tons feront les Armes de feu
Mr le Prince , avec cette Légen
de , Henricus Borbonius Princeps
Condeus ; & de l'autre , ce ſera un
GALANT. 259
Tombeau'à l'antique,d'où fortirõt
des Lauriers & des Branches de
Pierre qui l'embraſſeront , avec
cette Deviſe à l'entour , Etiam
post fatafidetis. Trois de ces Bources
feront diſtribuées à Meſſieurs
les Administrateurs de l'Hostel-
Dieu , que Mr le Préſident Perrault
prie d'aſſiſter à ce Service;&
l'autre ſera pour le Predicateur
qui pronocera l'Oraifon Funebre :
Et au cas que les Jeſuites manquét
deux années de ſuite à fatisfaire
auxClauſes de cette Fondation,
Mr le Préſident Perrault donne à
l'Hoſtel-Dieu les quarante mille
fracs qu'il leur a laiſlez Enfin,pour
étendre fa reconnoiffance envers
feu Monfieur le Prince juſques
fur ſa glorieuſe Poſterité , il prie
par ſon Teſtament S. A. S. Monfieur
le Duc,d'accepter Montmirail,
Auton,& laBazoche,trois Ba
ronnies
160 MERCURE
ronnies tres-confidérables dans la
Province du Perche, & qui valér
plus de vingt-cinq mille livres de
réte.Mr Girard, Seigneur du Thil,
Conſeiller au Parlement de Bourgogne,
& Neveu de Mr le Prefident
Perrault, eſt ſon unique Heritier.
Tous ceux quile conoiflent,
demeurent d'accord que fon mérite
eſt plus grand que la fortune,
& chacun applaudit à la justice
quiluy a eſté renduë,parce qu'il a
toutes lesqualitez qu'un honnef.
teHomme doit avoir.Le reſte du
Teſtament de Mr le Préſident
Perrault contient quantité de
Legs particuliers , fur tout , force
Legs pieux ; & comme il y a peu
de Convents qu'il n'ait affiſtez
pendant ſa vie , il y en a peu
auſſi qu'il ait oubliez à ſa mort.
Si vous voulez voir un Portrait
de luy entierement reſſemblant,
don
GALANT. 261
donnez- vous la peine de lire l'Epitaphe
ſuivante que je vous envoye.
Elle eſt de la plume de Mr
Bourfault , qu'il a honoré de fon
amitié, &dont il avoit fait men+
tion fur deux Testamens.
D
Ans lesMurs d'une Ville , où les
caux de la Saône
Semblent avoir regret d'aller joindre le
D'un
Rhône,
Sang qu'en
tant defois
divers
tempsonAven
Zelépoursa Patrie,&fidelleàſesRoys,
Naquit l'Esprit fécond en fublimes lum
* mieres,
QuidupieuxPaſſant implore lesprieres.
Amyde l'Equité,pour défedrefes droits
Il donnoit tous ſes ſoins à l'étude des
Loix,
Lors qu'un Prince fameux du Royal
Sangde France,
Dont les hautes Vertus égaloient la
Voulant de fon mérite estre l'auguste
Naissance,
appuy,
Pour
262 MERCURE
Pour regirfa Maiſon , jetta les yeux
La France dés longtemps en est affez
furluy.
Si le choix de ce Prince eut une heureu-
7
ſeſuite,
Minstruite 4
cechoix,
defois.
Si Perrault fut sensible àt'honneur de
Son Zele & fan respect l'ont dit affez
Enrichy des bienfaits de son genéreux
Maistre ,
Audelàdu trépas son zele ſcent paroîtr
Au Coeur de ce Héros , dont le fort fut
bean
Sa fidelle douleur fit construire un Tom
beau,
Où la délicateſſe &lamagnificence
Sont d'éternels témoins de fa reconnois-
Sance.
Ce Ministre éclairé , qui sçavoit tout
prévoir,
Nebornapas fon zele à ce pieux devoir;
Il faloit un Conſeil vigilant &fincere
A l'invincible Fils d'unfi vertueux Pere.
Quoy qu'il pût voir en paix fructifier
८
SonBien,
A
GALANT . 263 L
Au repos dece Prince il immola leſienz
Epouſa ſafortune, &propice, &cruelle,
Et la voyant changer ,ne changea point
comme elle ,
De ce Prince, adoré pourſa rare valeur,
On luy vit constamment partager le
malbaur
La Priſon & l'Exil dont on punit fon
zele ,
Nepûrent l'empeſcher d'eſtre toûjours
fidelle
Semblable à ce métal &fi pur & fi beau,
A qui lamoindre épreuve offre un éclar
८
Apres de longs travaux ,fa vertu plus
brillantes
Emporta la victoire , & revine triom-
N
Lereste de sesjours tranquile , indépendant
,
D'un Tribunal illustre, illustre Président ,
Il remplit avec gloire une si baura
Place,
Et n'y parut jamais que pour y faire
Grace.
Enfin en tant de Lieux où fon Nom
subs eftoir craintsmavunotoli
li Loin
264 MERCURE
Loin que d'une injustice on ſeſoit jamais
plaint ,
Le Pauvre , dont la bonte augmente le
martyre,
Que lamifere accable ,& qui n'ofe le
dire
Trouvoit dans sa tendreſſe un secours
Souverain,
Qui luysauvoit l'affront d'aller tendre
2 lamain. TA
Vom, qui pleurezfaperte, Ames reli.
Solitairesfacrez, Communautez pieuſes,
Soyez envers le Ciel , pour fléchirfon
courroux,
1
Charitables pour luy , comme il le fut
-userpour vous; studis dan
Joignez à la ferveur de vos faintes
- prieres की
Lesausteres Vertus qui vom ſontfamilieres.
Etvous,Dien Tout- puiſſant ,pour comblernossouhaits,
Accorde àfon améune éternellepaix.
I
Les beaux jours ayantparu, les
Modes ont commencé. Cependat
il
GALANT. 265
il eſt aſlez difficile d'en rien dire de
certain.Chacun fuit fon gouft ; &
ce qu'il y a de plus general , c'eſt
que les Femmes portent une tresgrande
quantité de Satins de la
Chine blanes. On en double des
Etofes or & argent,& alors on les
lizere d'un Cordonnet d'or.Quad
on en fait des Habits, on les double
d'Etofes rayées de petites Rayes
or & argét. On porte desEtofes
or &argent tres-magnifiques ,
&des Satins de la Chine blacs qui
en font remplis. Tous les Habits
qu'on fait àpréſent, font en Indie
ne ajustée.On voit beaucoupd'EL
tofes de foye faites ſur les deſſeins
des Etofes or & argent. On porte
encor des Grifetes cette année,
mais on en voit beaucoup plusde
foye que l'année derniere. Il y en
aquantité de rayées, & quelquestines
font rayées d'or. Les plus
Avril 1681 .
LYON
*!
266 MERCURE
belles ſe vendent chez Mr Charlier.
Les Tafetas d'Angleterre
mouchetez ſe portet en doublure.
Onnemet plusguére de Frage au
Basdes Grizetes,&la plus grande
mode eſt d'y mettre un Pointd'Eſpagne
couché. On voit fort
peud'Etofes àfonds de Satin.Elles
font toutes à fonds de Gros de
Tours,& on en porte quãtité àcar.
reaux.Je ne puis encor vous riédiredes
Habits des Hommes. La
plupart des Perſonnes de qualité
portent des Garnitures d'une ri
cheſſe qui empéchera que lesParticuliers
ne les imitent,puis qu'elles
reviennent à cinquante Loüis.
Ces Garnitures ſont de Pointd'Eſpagne,
ou de Point-d'Aurillac.
Lamode la plus generale des Hōmes,
eſt d'avoir des Leſſes à leurs
Chapeaux.Elles font fort deliées,
&fontgrand nombre de tours.Ils
?
hot.com
GALANT. 267
commencent à porter moins de
Boucles ſur leurs Souliers , & y
mettent des Rubanss. Ce Mois
prochain je vous en apprendray
davantage.
Je croyois finir par l'Article des
deux Loteries du Roy,mais come
il y a un Lot de la premiere , &
deux de la ſeconde qu'on n'eſt
point encor venu demander,je ne
puis avoir la Liſte que l'on m'a
promiſe,que ces trois Lots ne ſoiết
délivrez. Je vous l'envoyeray, accompagné
d'une Planche par laquelle
vous verrez la maniere dőt
la Loterie a eſté tirée , & laMachine
dont on s'eſt ſervy. Cette
Planche me viendra de ſi bõ lieu,
que je puis vous aſſurer qu'elle
fera tres - exacte. J'auray ſoin d'y
joindre de fort jolis Vers que l'on
m'a donnez ſur ce ſujet. Je ſuis,
Madame, voſtre, &c.
AParis, ce 30. Avril168.1.
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par leRoy en ſon Confeil , JUNQUIERES.
Il eſt permis à J.D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre in
titulé MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur 15 DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Gra-
-veurs&autres , d'imprimer, graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece, ny Planches
fervantà l'ornement dudit livre , mesme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende,&
confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtrefur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT. Syndic.
Et ledit SieurD. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
28:Avril 181.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères