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1681, 02 (Lyon)
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Illuſtriſſimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DELA VILLEDE
LE DAUPHIN
YON
*13FEVRIER
1681
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere.
M. D C. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
E croyois, cherLe-
Jteur , vous envoyer
ce Mois les
Journaux des Sçavans , le
mauvais temps a eſté cauſe
du retardement ; mais le
Mois prochain je vous les
envoyeray tres - regulierement.
Les Mercures ſe vendront
toûjours , ceux de
!
: a ij
1677. douze fols le volume.
Ceux de 1678.1679 .
1680 , & 1681. vingt ſols ,
&les Extraordinaires trente
fols auffi le volume tant
entier que feparé. Il eſt inutile
de les demander à meil
leur marché. Ceux qui envoyerontdes
Pieces pour le
Mercure , payeront le port
s'ils veulentyeſtre, pourveu
qu'ils valent la peine,&chacun
aura ſon tour.
LIVRES NOVVEAV X
du Mois de Fevrier 1681 .
Inſtitutiones Juris Canonici
1
X
ici
nici par Monfieur de Roye,
imprimé par ordre deMonze,
40.fols.
ſieur le Chancelier , indou-
Heures nouvelles , imprimées
par ordredeMadame
laDauphine, in-dix-huit, en
maroquin , quarante -cinq
fols.
Les Satires de Juvenal,indouze
, 2. vol. de la tradu-
Etion du ſçavant Monfieur
l'Abbé dela Valtrie , indouze,
2. vol . 5. livres.
Les Faux divertiſſans de
Monfieur Poiſſon , indouze,
.quinze fols .
a iij
La Comedie de la Comete,
indouze, 15. fols .
Plaidoyez de Monfieur
Joſeph Barrel , ſur une inftitution
univerſelle faite par
un Pere en faveur de l'Egliſe
des Peres Jeſuites , inquarto,
vingtſols.
TABLE
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
د
Avant -propos
I
Madrigal, 2
Plufieurs Converſions , 3
Embrazement , 10
Dialogue , 13-
Mariage du Prince Gaëtan, & deMademoiselle
Barberin , 19
Mort du Cardinal Vidoni,
1
ibid.
Mort de Madame de Courtágnon , 20
Mort de M. d' Hillerin Sous-Doyen de
la Cinquiéme Chambre des Enquestes,
24
Faux Memoires corrigez touchant la Ge
nealogie de Parabere , 30
Plusieurs Madrigaux , 31
La Comete,Histoire, 36
Sonnetfur ta Comete, 49
Traduction d'une Ode d'Horace , contre
E a iiij 111
TABLE.
l'empreſſement curieux de penetrer l'avenir.
Madame la Marquise de Clarembaut
Dame d'honneur de Madame en la
place de Madamnee llaa Maréchale du
Plefsis ,
SD 53
Honneurs funebres rendus à cette Maréchale
, ibid.
Ré oüiſſances faites à Grenoble apres le
Sermentpresté par Monfieur de Viricu
pour laCharge de Premier President
du Parlement de la mesme Ville , 55
Plaidoyer pour Monfieur Baudry du Bис,
pretendu Religieux Cordelier ,
Histoire ,
ر و
61
Metamorphose d' Alectrion en Coq, I
Ordre de la Faretiere donnéà Monfieur
le Prince Palatin , avec l'origine de cet
Ordre,&les raisons pour lesquelles
l'Empire est devenu electif , 76
88
Divertiſſement donné gratuitement au
Public chez M. Malo ,
Etabliſſement du Droit François à Caen,
120
Billet composé de plusieurs Mots à la
made , 126
Mort
TABLE.
Mort de Madame de Gordes, 128
Mortde Madame de Tonné-Charante
, 129
Mort de M. Brigalier Avocat du Roy
au Chastelet, 130-
Mort de Mademoiselle Parfait , 131
Accouchement de Madame la Ducheffe
de Foix , ibid.
Réponse à l'Histoire du Coeur , intitulée.
Hiſtoire de mes Conqueſtes. 132
Plufieurs Opera de Venise , avec la Defcription
de la Maiſon de Piazzola,
appartenante à M. de Contarini Procurateur
de S. Marc ,
Madrigal ,
150
175
Epigramme, 176
Plusieurs Conversions , ibid.
Ce qui s'est passé à Paris pendant le Cares
naval , 182
6 Divertiſſemens de S. Germain pendant le
au
Carnaval , avec les noms de ceux qui
88 ont esté des Mascarades, & la defcrien
ption de leurs Habits , 192
Mariage de M. le Duc de Lude , 206
la Frégates bâties à Versailles fur un nou-
126
veau deſſein , ibid.
Mort
Lettre
TABLE.
Lettre de M. de Belmont touchant l'Ef
carboucle, 210
Explication en Vers de la premiere Enigmedumois
passé , 215
Noms de cenx qui en ont trouvé le Mot,
ibid.
Explication en Vers de la feconde Enigme,
217
Noms de ceux qui en ont trouvé le vray
fens, 219
Enigme, 220
Autre Enigme, 221
Enigme en figure, 223
Mort de Monfieur Nau , Confeiller en
la Troifiéme des Enquestes , ibid.
Mort du Pere Gonet , ibid.
Mort de M. de Cefan , 224
Majorité des Gardes donnée àM.dArtagnan
, 225
Gouvernement de Cambray donné à M.
de Montbron , ibid.
Lieutenance Colonelle des Gardes donnée
àM. de Rubantel , 228
Gouvernement de Thionville donnéà M.
d'Espagne , ibid.
Voyage de Monseigneur le Dauphin &
de
TABLE.
3
4
17
de Madame ta Dauphine à Paris,
avec le Regal qui leur a esté donné
chez.M. Malo , 229
Abbaye donnée à M. Picot, ibid.
Benefices donnez par Monfieur. 281
Monfieur le Chevalier des Gouttes fait
ſes Voeux dans leTemple , ibid.
Prédicateurs nommez par le Roy pour
preſcher tourà tourle Carefine,devant
leurs Majestez, 232
Loteriefaite à S. Germain , 233
Finde la Table.
M.
id.
née
28
M
bid.
in
de Avis
{
(
L
Avis pourplacer les Figures.
)
Air qui commence par Vous vous
plaignez qu' Iris est trop severe ,doit
regarder la page 3.2 .
La figure de la Comete &des trois
Oeufs, doit regarder la page 127. 1
L'Air qui commence par que je sens
derudes combats , doit regarder la page
174.
La Figure où eſt écrit , Vista del fardin
de la Casa del Campo , doit regarder
la page 206.
L'Enigme en Figure doit regarder
lapage 223 .
MER
MERCURETHEQUE DEL GALAZYON
FEVRIER 1681.
E n'ay point douté,Ma-
Jdame, que la peinture,
quoy que tres- informe,
que je vous ay faite
de la derniere Action du Roy,
n'attiraft de vous l'admiration
que vous me marquez . Elle eſt
le ſujet de mille loüanges qui retentiſſent
dans tout le Royaume;
& ceux qui n'ont point de part
Raux avantages qu'en ont reçeu
Fevrier 168 1.
1
A
2 MERCURE
les Intereſſez , ne montrent pas
moins d'empreſſement à publier
que rien n'approcha jamais de la
grandeur d'ame de noſtre Auguſte
Monarque. Ainſi quand on
fonge à la perte volontaire de
ce Procés que l'exacte rigueur
de la Juſtice luy euſt fait gagner,
il n'y a perſonne qui n'entre dans
les ſentimens de l'Autheur du
Madrigal que vous allez voir , &
qui ne diſe avec luy.
D
Rhin impétueux avoir
dompté les flots,
Avoir foûmis l'orgueil de la fiere
Allemagne, b.at sb
Ademander la Paix avoir réduit
l'Espagne ,
Avoir du Monde entier afſuré le
repos;
(
Grand Roy , tous ces Exploits fe
roient plus d'un Héros ;
Mais
GALANT
3
Mais avoir contre toy pris en main
la Balance
Contre toy de ton Peuple avoir pris
la défence,
T'eſtre toy - mesme condamné,
Ces Exploits inconnus aux Héros de
l'Histoire,
Font bien voirque par tout tu trouves
la victoire ,
Puis que mesme en perdant elle t'a
couronné.
Combien de chefd'oeuvres
nous verrions , s'il eſtoit une éloquence
affez vive pour bien exprimer
avec quelle ſage prévoyance
le Roy entreprend tout
ce qu'il fait ! Le bien que produiſent
ſes diverſes Ordonnances
, nous en montre affez l'utilité.
Je vous ay parlé de la Déclaration
qui enjoint aux Offifo
ciers de Juſtice de ſe tranſporter
Ma
A ij
4
MERCURE
dans les Maiſons des Malades de
la Religion Pretenduë Reformée
, pour ſçavoir d'eux s'ils ont
deſſein d'y mourir , & leur donner
par ces fortes de viſites une
entiere liberté d'expliquer leurs
ſentimens.Elle fut regiſtrée le Jeudy
23. de l'autre Mois , en l'Audience
du Prefidial de Niort , &
deux jours apres il y eut occafion
d'en tirer du Fruit. Marie Meſtayer,
Femme de Loüis Vilain Sieur
de Grandmaiſon , dangereuſement
malade, eſtoit fi fort obſedée
de ſes Miniſtres , que quelque envie
qu'elle témoignaſt de s'éclair
cir de beaucoup de doutes , elle
ne pouvoit trouver moyen de faire
appeller aucun Catholique.
Monfieur de Fontmor Preſident
&Lieutenant General de la Ville ,
ſe rendit chez cette Femme , en
vertu de la Declaration dont je
viens
GALANT.
T
-
e
-
۲-
le
al
ue
en
1
viens de vous parler. Elle luymarqua
la joyequ'elle avoit de ce que
ſa preſence luy donnoit la liberté
de fatisfaire à ce que Dieu vouloit
d'elle , & luy déclara devant
Monfieur le Procureur du Roy,
que jamais elle n'avoit eſté bien
perfuadée de la Religion qu'elle
profeſſoit. Alors ce Préfident
prenant la parole, luy dit les choſes
du monde les plus touchantes
& employa des raiſonnemens
fi forts pour luy faire connoiſtre
la verité , qu'eſtant pleinemet
convaincuë de ſes erreurs,
elle demanda à y renoncer. On
fit venir auſſitoſt le Pere Gardien
des Capucins qui en reçeut
l'Abjuration , & qui luy donna
les inſtructions dont elle eut beille
foin. Monfieur de Fontmort ne
la quitta qu'apres de grandes
marques de liberalité qu'il laiſſa
e
tj
vien
A iij
6 MERCURE
chez elle. Il les reïtera le lende
main par quantité de rafraîchifſemens
qu'il fit porter à cette
Malade. Elle ne fut pas la ſeule
qui abjura l'Hereſie. Son Mary
voulut ſuivre ſon exemple , &
prit des Lettres de recommandation
de ce Préſident pour aller à
Poitiers ſe faire inſtruire. Cela
nous fait voir combien il eſtoit
neceſſaire que par une ſi juſte
Précaution Sa Majesté pourveuſt
aux contraintes , dans leſquelles
les Malades de la Religion de
Calvin ſont preſque toûjours re
tenus par leurs Parens qui les obfedent
au litde la mort.
It en eſt beaucoup qui n'attendent
pas ces derniers momens
pour ſe tirer d'un Party où
le péril eſt ſi manifeſte. Ce ne
font par tout que Converfions,
& le Pere Tiburce de Copiac
Ca
GALANT.M
2
S
Dù
ne
15
jac
Ca
Capucin , & quelques Religieux
de ce meſme Ordre , en ont fait
un fort grand nombre dans leur
Miſſion de Lunel en Languedoc .
C'eſt une Ville du Dioceſe de
Montpellier.Parmy les Religionnaires
de l'un & de l'autre Sexe
qu'ils ont convertis, il s'en trouve
trois des principaux de la Ville.
Le premier eſt Noble François
de Cadolle , Seigneur de
Cannau , Capitaine dans le Re ..
giment de Champagne, & Majer .
dans la Citadelle de Montpellier.
Il a ſervy depuis vingt-cinq ou
trente ans dans les Armées de
Flandre , d'Allemagne & de Ca
talogne, & a eu divers Commandemens
aux Sieges des Villes.
Les playes dont tout ſon Corps
eſt couvert en font une preuve.
Il a pluſieurs Freres Capitaines.
L'Aîné qui demeure à Montpel-
A iiij
MERCURE
lier , & qu'on appelle Monfieur
deCadolle, a fait la mefme Abjuration
avec Madame ſa Femme
&tous leurs Enfans , dont il y en
a qui font Officiers dans les Armées.
Meſſieurs de Cadolle font
d'une Nobleſſe tres- confiderable
dans le Languedoc , & Co- Sei
gneurs avec le Roy de la Ville
deLunel.
Monfieur de Nicol s'eſt conver
ty dans le meſme temps. Il eſt à
preſent le premier Conful de Lunel,
& a fait ſon entrée aux Etats
du Languedoc qui ſe ſont tenus
dans Montpellier, où il a eſté reçeu
à l'Office de Correcteur.C'eſt
une charge des plus importantes
dans la Cour des Aydes. Mefheurs
des Etats luy ont marqué
une extréme joye de cet heureux
changement .
Elle n'a pas eſté moindre pour
celuy
GALANT.
و
celuy de Monfieur de Bofenguer,
l'un des honneſtes Hommes , &
des plus riches de toute la Ville.
* Son exemple a eſté ſuivy de ſes
Enfans qui font en grand nombre.
Il a un Fils Lieutenant-Major
dans un Regiment. Tous les
Catholiques de Montpellier en
ont fait des réjouiſſances publiques
par des Feux allumez devant
leurs Portes apres le Te Deum
chanté folemnellement. Ces utiles
Miſſions font voir le ſoin que
Monfieur l'Eveſque de Montpellier
prend de fon Troupeau. On
ne doit pas moins eſtimer le zele
de Monfieur l'Evéque de Nifmes,
qui eſtant voiſin , & s'appliquant
tout entier à ce qui peut eſtre
avantageux à l'Eglife , a donné
pouvoir aux meſmes Miſſionnaires
de recevoir l'Abjuration de
ceux de fon Dioceſe.
S
t
S
1
e
X
ut
ay
A v
fo MERCURE
( Il s'est fait une autre Miſion
àBourges avec beaucoup de fuccés.
Monfieur l'Abbé Hervé, Fils
de monfieur Hervé , Conſeiller
en la Grande Chambre du Parlement
de Paris, qui a fait en tant
de Lieux des Converſions admirables,
en eſtoit le Chef. Cette
Miſſion fut terminée le 12. de
l'autre Mois par un excellent
Diſcours que monfieur Laurent
Chanoine prononça dans laMétropolitaine
. Ce Diſcours , qui
eſtoit adreſſé à monfieur l'Archeveſque
de Bourges, fit voir que ce
grand Prelat eſtoit le Fleuve de
l'Ecriture qu'on vit changé en
Lumiere & en Soleil.
Quoy qu'il n'y ait rien de plus
beau que la lumiere , elle eſt bien
épouvantable quand c'eſt quelque
embraſement qui la produit.
Celuy de l'Abbaye de Beaumont
prés
GALANT 11
i
e
e
n
us
en
eluit.
Dont
prés
prés de Tours , qui eſt un Convent
de Religieuſes des plus conſidérables
de France , aura peureſtre
fait bruit dans voſtre Province.
Une étincelle de feu venuë
du Chaufoir de cette Communauté
,s'eſtoit attachée à une
Poutre pourrie dans le coeur , &
revétuë de Maçonnerie , & s'y
eſtant conſervée pendant quelque
temps, le feu parut toutd'un
coup', & fit fes ravages avec tant
de violence , que le Refectoir,
Dortoir , & autres lieux réguliers
furent embrazez en un moment.
Les Religieuſes ſortoient
alors de Complies. Si ce malheur
fuſt arrivé trois heures plus
tard la plupart d'elles ſe fuſſent
trouvées enfèvelies dans les flâ
mes. Toute la Cour a écrit à Madame
l'Abbeſſe de Beaumont for
cet accident. C'eſt une Perſonne
auffi
12 MERCURE
auffi pieuſe que belle , &dont la
Naiſſance eſt des plus illuſtres.
Vous le croirez quand je vous
auray appris qu'elle s'appelle Anne
de Bethune. Elle eft Fille de
Madame la Comteſſe de Berhune
, Dame d'Atour de laReyne,
& Soeur de monfieur le Marquis.
de Bethune, Beaufrere de Sa Ma-1
jefté Polonoiſe , & Ambaſſadeur
dans cette Cour. Il eſt aſſez re
marquable qu'il y a preſentement
en France quatre Ducs & Pairs
du nom de Bethune. Ce font
monsieur le Duc de Sully,Prince
d'Enrichemont ; Meſſieurs les
Ducs de Charoft, Pere &Fils ;
monsieur le Duc d'Orval.
Quelque fierté dont s'arment
les Belles , il eſt difficile qu'elles
ſe défendent longtemps de témoigner
qu'elles ſont ſenſibles,
quand un Amant digne d'eſtre
aimé,
GALANT.
13
aimé, ſçait faire valoir ſes plaintes.
Vous l'allez connoiſtre par
ce Dialogue.
TIRCIS , PHILIS,
STIRCIS .
Dilis, vous fuyez qui
aime,
vous
En vainje vous fuis pas àpas .
Sipourmoyvousfaiſiezle mesme,
Helas ! je ne vous fuirois pas.
Est- ce le prix de mon amour ?
Pourquoy maccablez- vous d'un
traitement fi rude ?
- Philis , c'est une ingratitude
Dont je verray le Ciel vous punir
tquelquejour...
S
-
S,
re
PHILIS .
Je ne crains point cette injuste
menace,
4
L'Amour
141
MERCURE
L'Amour n'a jamais pu me ranger
fousSa Loy;
Tu dis que tu n'aimes que moy ,
Tircis , que veux- tu que j'y faffe?
Peut- eftre Sij'aimois , un autre auroit
mafoy ,
Peut- estre aussi n'aimerois-je que
toy.
C'est le Destin qui veut que jefois ....
TIRCIS.
Inhumaine!
PHILIS.
J
L
Dis-moy,tay-jepromis, queſenſible
à tapeine,
Iefoulagerois tes ennuis ?
le te plains de m'aimer , c'est tout ce
que je puis.
Ie te souhaite un coeur qui réponde
à taflame , with of
Vn coeurplus tendre que le mien,
Vn
1
GALANT.
15
Vn coeur que ton amour enflame ;
Comptes- tu tout celapour rien ?
TIRCIS.
F.
C'est beaucoup en effet, &ma trifte
mémoire
N'oublira jamais ce bienfait
Mais si mon coeur m'en vouloit
croire
Il vous pourroit épargner ce fouhait
;
Car enfin qu'esperer de vostre indi-
Vous m'accablez de millemaux,
férence ?
Et vous ne me plaignez de ma perle
Severance , L
Que pour m'en caufer de nouveaux.
onde
Ou ceffez à l' Amour de vous mok-
-trer rebelle,
Et moderezvôtre rigueur;
On confeffez enfin que d'une main
em, cruelle
Vous
16 MERCURE
Vous vous plaiſezà me percer le
coeur.
Ie vous aime , Philis , est- il rien de
plus tendre ?
Quel crime peut commettre un coeur
en vous aimant ?
L'Amour vous follicite en faveur
dun Amante
Voulez-vous toûjours vous défendre
PHILIS
Fierté , mépris , ceffez de vous
cacher
Mon coeur commence àse laiſſer
toucher
Preſtez-moy de nouvelles forces
Pour éteindre mes premiers feux..
Et toy , de mon repos ennemy dangereux
,
Ka- te- n porter ailleurs tes trompeuſes
amorces ..
Mon
GALANT. I
et
$
X.
em
Mon
Mon coeur renonce à tes plaisirs,
C'est en vain que tu fais tes efforts
pour me nuire ,
C'est en vain qu'employant mille
tendres defirs ,
Tu crois, flateur Amour,àlafin me
Séduire.
Fierté , mépris , ceſſez de vous
cacher,
Mon coeur commence à se laiſſer
toucher.
TIRCIS .
Pourquoy vous montrer inhumaine,
Et pourquoy m'accabler d'une nouvelle
peine ?
T
Qu'ay je fait que de vous aimer?
Mon coeur vous adorefans ceſſe.
Si vous voulez qu'on vive fans
%
tendreſſe
Pour ces beaux yeux qui sçavent
tout charmer.
Pour
18 MERCURE
Pourquoy , Philis , nous enflamer?
Pourquoyd'un doux regard aſſujetir
nos Ames ? dan ona rony
Pourquoy nous faire aimer un coeur
qui n'aime rien ?
20000
PHILIS . 1
Mon coeur plus tendre que le
tien ,
S'efforce d'éteindre ſesflames ;
Cependant ... NIT
- TIRCIS.
-Ab , Philis , poursuivez
PHILIS...
Ie nepuis ,
Adien, ferme les yeux fur le trouble
A te bien oublier je mets tout en
01oùje suis .
usage ,
Ie
GALANTM
19
ble
C
Ie ne le cele point , je voudrois te
hair ,
Mon coeur à ma fierté refuse d'o-
In beira
-Tircis,que veux- tu davantage?
:
17
CeDialogue a eſté fait par une
Perſonne dont le nom vous efth
connu. Il eſt de la Solitaria del
Monte Pinceno.Vous voyez par là ?
que je l'ay reçeu de Rome.On yat
fait depuis peu un illustre Mariage.
C'eſt celuy de M. le Prince
Gaëran , qui a épousé Mademoiſelle
Barberin,Fille de Mile Prince
de Paleſtrine , Petit - Neveu
d'Urbain VIII. & Neveu des fameux
Cardinaux, François & Antoine
Barberin .
Il y a préſentement un vingt
quatrième Lieu vacant au Sacré
College, par la mort de M. le CarLo
dinal Vidoni, arrivéeles.del'au-
It
tre
201 MERCURE
ว
tre mois. Il eſtoit d'une noble &
ancienne Famille de Cremone,
dans le Duché de Milan . Urbain
VIII . & Innocent X. luy avoient
confié pluſieursEmplois tres-conſidérables
; & ce dernier eſtant
mortpeu de temps apres luy avoir
donné la Nonciature de Pologne,
Alexandre V I I. le fit Cardinal le
5.Avril 1660. à la Nomination du
feu Roy Cazimir , dont il eſtoit,
Créature. Auſſi eſt- il mort Protecteur
du Royaume de Pologne.
-On a eu avis de Rheims , que
Madame de Courtagnon y estoit
morte depuis un mois , âgée de
quatre- vingts deux ans , & fort
regretée du Public & de ſes Proches.
Les exemples de pieté&de
charité qu'elle a donnez depuis
l'âge de vingt- quatre ans qu'elle
eſtoit demeurée Veuve de Meſſire
Hierôme de Vergeur Seigneur
::
de
GALANT. 21
de Courragnon, Nanteüil- la Fofle,
Aty fur Marne , &c. la faisoient
regarder de tout le monde avec
admiration; & fi les hautes Alliances
qu'elle avoit avec les meilleures
Maiſons du Royaume, la rendoient
conſidérable , ces avantages
cédoient de beaucoup à l'eſtime
qu'on avoit pour ſa vertu.
Elle estoit Grand-Mere de Monſieur
le Marquis de Bouflers ,Colonel
General des Dragons,& de
Meffieurs le Comte & Chevalier
de Lery, & Soeur de feu Mef.
fire François le Danois , Marquis
it de Joffreville , Vicomte de Ront
.
e
Be
-0-
-
cher , Gouverneur de la Ville de
art Rocroy , qu'il défendit dans ce
fameux Siege où Monfieur le
Prince remporta une ſignalée Viuis
ctoire fur les Eſpagnols. Meffire
Philibert le Danoisfon Pere avoit
de
elle
effineur
de
eu ce meſme Gouvernement ,
&
22 MERCURE
& eſtoit Fils de Jeanne Rolin,
Grande-Maréchale de Hainaut,
Fillede Meſſire François de Rolin
, Seigneur de Beauchamp,qui
avoit épousé Jeanne de Bourbon.
Ce François Rolin eſtoit Fils de
Guillaume Rolin , & de Marie de
Levy,& Petit Fils de Nicolas Rolin,
Chevalier,Baron de Nanteüilla-
Foffe , Conſeiller de la Cour,
Intendant des Affaires du Duc de
Bourgogne ,& depuis fon Chancelier
en Bourgogne & aux Païs-
Bas. Il ya eu unJean Rolin Cardinal.
J'aurois beaucoup à vous dire
de la Maiſon des Danois, C'eſt
une des plus illuſtres de la Province
de Champagne,par fon ancienneté
, & par la grandeur de
ſes Alliances. Ils deſcendent de
Pere en Fils , de Bernard le Danois
, iſſu de Bertrand le Danois ,
ここComte
GALAN T.
12:3
تر
e
ComtedeSenlis , lequel Bertrand
eſtoit Fils d'un autre Bernard le
Danois , auſſi Comte de Senlis,
Oncle& Tuteur du dernier Duc
de Normandie. On voit dans
'Hiſtoire , que ce dernier Duc
venoit de Raoul le Danois , Premier
Duc de Normandie , qui ſe
- fit Chreftien, & épouſa Gilete de
France , Soeur du Roy. Ce Raoul
eſtoit iſſu de Gautier le Danois,
Roy de Dannemarck , & Fils de
Guyon le Danois , Premier Roy
de Dannemark, & Frere d'Ogier
leDanois,Pair de France dutemps
de Charlemagne . Le Danois porte
pour Armes , une Croix d'arro
gent fleurdeliſée d'or , au champ
an- d'azur , écartelé de Rolin & de
rdt Bourbon. Cette Maiſon eſt divide
sée en deux Branches en Cham-
Da pagne. L'une eſt celle du Marnois
quis de Joffreville ; &l'autre du
コー
S-
-
re
eft
Omi
3 Comte
24 MERCURE
Comte de Cernay. L'une& l'autre
a des Alliances tres illuftres
tant en France qu'aux Païs-Bas .
Monfieur d'Hillerin, Seigneur
de Bazoges , Petille , &c. Sous-
Doyen de la Cinquiéme Chambre
des Enquestes du Parlement,
eſt mort auſſi depuis quinze jours .
Apres s'eſtre marié d'abord avec
uneCoufinegermaine de ſonmeſ.
me nom,dont il n'a point eu d'Enfans
, il épouſaMademoiselleCharreton
, troifiéme Fille de Monfieur
le Préfident Charreton , fi connu
par les ſervices qu'il rend dans ſa
Charge depuis pres de cinquante
fix ans avec une approbation univerſelle.
De ce ſecond Mariage il
n'eſt ſorty qu'une Fille qui eſt encor
en bas âge. Monfieur d'Hillerin
eſtoit d'une Maiſon originaire
de Poitou , où elle a poſſedé &
poffede encor aujourd'huy de
: tres
GALANT. 25
-
二、
tres- belles Terres, auſſi- bien que
dans l'Anjou . Elle eſt alliée aux
plus conſidérables Familles de
ces deux Provinces , & a donné
deux Conſeillers au Parlement
de Paris , dont l'un eſt mort Conſeiller
Clerc de la Grand Chambre
, apres avoir refuſé l'Eveſché
d'Angers . Elle a auſſi donné deux
el Chanoines de Paris, des Conſeillers
au Parlement de Bretagne,
desSur- Intendans des Baſtimens
de la Reyne, des Maiſtres-d'Hoſtel
chez le Roy , des Lieutenans
[ Generaux', & des Tréſoriers de;
France à Poitiers.
5.
C
ar
Π
te
ni- Cette mort a eſté précedée
geil de celle de Henry de Bancalis,
en Sieur de Pruines , qui eſt mort
ille d'apoplexie le 15. de Janvier,
hairt dans ſa ſoixantiéme année. C'ede
ſtoit un Gentil homme des plus
yd anciennes Maiſons de Roüergue .
LEC Fevrier 1681 . B
26 MERCURE
On ne peut rien adjoûter à l'exactitude
avec laquelle il s'eſt acquité
des divers Emplois qui luy
ont eſté donnez. Il fut d'abord
Capitaine de Chevaux - Legers
dans le Regiment de S.Simon ,&
en ſuite Capitaine- Exempt des
Gardes du Corps du Roy. Il avoit
l'eſprit vif, lejugement tres-folide
, & s'eſtoit acquis par ſes
longs ſervices l'eſtime particuliere
de Sa Majeſté. La confiance
qu'elle eut en luy en fut une
preuve, quand Elle le choifitentre
tous les Officiers de ſa Maifon
pour l'honorer de la Charge
de Commandant des Gardes de
la Reyne , qu'il a exercée plufreurs
années pendant l'abſence
du Roy, qui estoit alors à la teſte
de ſes Troupes .La Reyne leconſideroit
, & il s'eſtoit fait aimer
de toute la Cour. Pour récompenſe
GALANT. 27
S
penſe de ſa fidelité & de ſon zele,
Sa Majesté luy donna la Majorité
de Senlis , avec la Lieutenance
des Chaſſes de la Capitainerie
Royale de la meſme Ville
, dont Monfieur le Prince eſt
Capitaine ; & à monſieur de
Pruines ſon Frere , l'Abbaye
Noftre-Dame d'Ardores au Dio
ceſe de Caſtres. Cet Abbé qui a
porté autrefois les armes avec
beaucoup de fuccez , donne tous
les jours des exemples de picté
&de vertu qui le font eſtimer
de tout le monde. Celuy dont je
vous apprens la mort , a laiffé
deux Garçons & une Fille . L'Ainé
a eſté nourry Page de laGrande
Ecurie , & ne fut pas plutoſt
forty de ce poſte, qu'il entra dans
les Gardes du Corps , où il ſe fit
diftinguer des ſa premiere Camompagne
par une action de bravoue
コン
ge
ラ
de
ce
elte
Conme
calc
Bij
28 MERCURE
re qui eut d'illuſtres Témoins. Ce
fut à la fameuſe Bataille de Senef.
Un Officier Ennemy ſortit de ſes
Rangs,& s'avança vers nos Troupes
pour faire le coup de Piſtoler .
M.de Pruines ſe détacha auffitoft
de fon Efcadron , courut vers cet
Officier, effuyaafſes deux coups de
Piſtolet , lluuyy aappppuuyyaa llee ſien dans
les reins,& le tua fur la place. La
mort de M. de Pruines ſon Pere
l'a mis en poffeffion de la Charge
de Capitaine- Exemt, dont le Roy
luy avoit donné la furvivance.
C'eſt particulierement dans la
perte qu'il vient de faire , que
Leurs Alteſſes Sereniffimes luy ont
marque l'eſtime qu'elles font de
ſa Perſonne par le Préſent de la
Lieutenance des Chaffes de Senlis.
Comme la Charge deCapitaine-
Exempt des Gardes du Corps
l'oblige d'eftre ſouvent à la Cour,
&
GALAN T. 29
S
a
& d'aller à l'Armée, Monfieur le
Prince a donné un Brevet honoraire
de Lieutenant des Chaffes
à monfieur de Pruines ſon Oncle,
afin qu'il puiffe exercer cette
Charge en ſon abſence .Le Cadet
dont je ne vous ay encor rien
dit , a eſté pourveu par le Roy
depuis trois ans de l'Abbaye de
Boiſaubry au Dioceſe de Tours.
Ce jeune Abbé ſe fait voir le digne
Heritier des belles qualitez
de monfieur fon Pere. Il a l'eſprit
auſſi fin, les manieres auſſi délicates,
beaucoup de facilité pour les
ont belles Lettres , la mémoire heude
reuſe, & enfin tout ce qu'on peut
el fouhaiter pour faire untres-honre
re
هد
la
que
Sen nefte Homme .
Ditai
९
On m'avertit qu'en vous ap-
Corps prenant la mort de Madame la
Couth Comtefle de Parabere dans ma
$ Lettre du mois d'Octobre , je
1
Biij
30 A
MERCURE
1
vous ay parlé de la Genealogie
de cette Maiſon fur des Mémoires
peu juſtes , en vous diſant que
Monsieurle Comte de ParabereJon
Mary estoit Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , Frere de monsieur le
Marquis de la Motte SainteHeraye
, Lieutenant de Roy du Bas
Poitou , Fils de Henry de Baudean,
Comte de Parabere , Lieutenant de
Roy duHaut & Bas Poitou, &qu'il
falloit dire que cette Comtesse estoit
Femme de Jean de Baudean, Comte
de Parabere, Marquis de la Motte-
Sainte Heraye, Lieutenant General
pour le Roy au Gouvernement du
Haut Poitou , Frere de monsieur le
Comte de Pardeillan , Lieutenant
General dans les Armées de Sa
Majesté , & au Gouvernement du
Bas Poitou , Fils de Henry de Baudean
, Comte de Parabere , Chevalierdes
Ordres du Roy , & Gouverneur
し
GALANT.
31
de
ot
nte
te-
4
neur en Chef de la Province de
Poitou , qui estoit Fils de Ican de
Baudean, Comte de Larabere, Lieutenant
de Roydu Haut &Bas Poitou,
mort avec un Brevet de Maréchal
de France..
Vos Amis qui aiment tant vôtre
belle voix , ont eu raiſon de
vous dire que la Chanſon du
dernier mois , qui commence par
Dans nos Bois, Tircis ,& . ſe chante
icy depuis quelque temps.
J'aime mieux ne vous les pas envoyer
toutes nouvelles , & eſtre
aſſuré qu'elles font des plus
grands Maîtres .Du moins je vous
les donne notées , & fort correctes
, avant que perſonne en ait
de Copies. Je ne doute point
tds que vous ne chantiez celle-cy
avec plaifir.
eral
du
rle
nant
SA
Ball
heva
.
ouver
.
neut
B iiij
32 MERCURE
Vous
AIR .
Ous vous plaignezqu'Iris
est tropsevere,
Que jamais elle n'aimera.
Aimez- la tendrement , prenezſoin
de luy plaire,
Amour vous aidera,
Laissez-le faire .
Engagez- la dans ce tendre miftere,
Toutefa rigueur finira .
Aimez- la tendrement , &c .
:
07
Voicy des Vers qui ont eſté
faits pour une Perſonne , en luy
envoyant uneCorbeille de Fleurs
pendant la rude Saifon . Ils fontdu
Drüide de Saumur.
A
GALANT. 33
A
té
luy
eurs
ardu
A MADEMOISELLE P *
L ,
Aterre des glaçons ne craint
point les rigueurs ,
Quand elle vous doit rendre un
tribut de ſes Fleurs,
Rien n'en peut contre vous ruiner
l'abondance .
C'est en vain que le froid la veut
couvrir d'effroy.
Helas ! de nos deſtins voyez la diférence
,
67
Tout est Printemps pour vous , tout
est Hyver pour moy.
Les deux Madrigaux qui fuivent
ſont du meſme Autheur , &
pour la meſme Perſonne.
Bv
34 MERCURE
SUR LE DEPART DUNE
Belle , dans le temps qu'on
voyoit voyoit paroître la Comere.
4
Ne Etoile fatate alarme
UN l'Univers.
Tous les Efprits en font des jugemens
divers.
Σ
Chacun s'efforce à ta dépeindre.
Pour moy je ris de fon horreur ,
Lefeu ne me faitpoint de peur,
Etj'ay d'autresmalheurs à craindre.
Iris a résolu de quitter ces beaux
Lieux,
Elle a mesme deja commencé fes
adieux ,
Ce funeste depart me trouble &
m'inquiete ,
C'eſt là ce qu'il faut craindre , &
non pas la Comete.
POUR
GALANT.
35
X
POUR LA MESME.
Sur ce que les Glaces ont retartardé
fon départ.
NEges, frimats,glaçons,horreur
Sans raiſon contre vous on s'emporte,
on murmure ;
:
Graces à vos rigueurs , Iris ne s'en
va pas
Neges,frimats , glaçons , que vous
avezd'appas !
Vostre plus grande horreur est un
charme àmaveuë.
If vous aime bien mieux que le plus
beau Printemps ,
fes
Rar vos foins obligeans Iris eft retenue
;
Hyuer, sharmant Hyver , helas
durez longtemps.
Ce qui eſt marqué dans l'un
QUR
de
36 MERCURE
de ces Madrigaux de l'apparition
dela Comete , me fait ſouvenir
que je vous ay promis le Recit
d'une Avanture ſur cette matiere.
Je vay vous tenir parole.
Une fort jolie Perſonne , noble
de naiſſance , mais manquantde
Bien , s'eſtoit attachée en qualité
de Suivante aupres d'une Dame
d'un rang diftingué. La Dame
qui avoit toûjours eu une conduite
affez réguliere , & que
l'âge mettoit au deſſus de l'ordinaire
ſcrupule des Femmes ,
dont la plupart ne veulent point
aupres d'elles des Filles bien
faites qui pourroient les effacer,
aimoit à fatisfaire ſes yeux , &
avoit choily celle dont je vous
parle, préferablement à beaucoup
d'autres . Il y avoit environ trois
ans qu'elle eſtoit chez elle & د
les ſervices qu'elle en recevoit
luy
GALANT.
37
a
2
ةد
luy donnant tout lieu d'en eſtre
contente , elle auroit eſté ravie
d'aider à la marier , s'il ſe fuſt
offert un Party avantageux. La
Suivante s'attiroit affez de douceurs
de tous ceux qui la
voyoient , mais ſi toſt qu'on remarquoit
qu'elle eſtoit incapable
de s'attacher qu'en faveur d'un
Homme qui voudroit fonger au
Sacrement , les plus fortes proteſtations
ceſſoient , & fon manque
defortune la faifoit trouver moins
belle. Un jour qu'on la pria d'une
Nôce , elle y parut avec tant
d'éclat , qu'un Parent du Marié
en fut ébloüy. Il eſtoit riche,maître
de luy meſme , & preſt à prendre
une Charge , qu'il pouvoit
payer argent comptant. Pendant
tout ce jour il entretint l'aimable
Suivante , & luy fit d'autant
Evoit plus d'honneſterez , que fa naif-
ητ
en
er,
&
ous
coup
trois
&
luy fance
38 MERCURE
fance paroiſſantdans ſes manict
res,& tout ce qu'elle diſoit eſtant
fort juſte , il ne trouvoit pas
moins de plaiſir à l'entendre
qu'à la voir. Ce plaiſir luy fut
ſenſible , &ne pouvant ſe réſoudre
à y renoncer ſi toſt, il luy demanda
en la remenant , s'il ne
pourroit point quelquefois luy
rendre viſite. La Belle luy dit
qu'elle avoit des heures dont on
vouloit bien qu'elle diſpoſaſt , &
conta àfa Maîtreffe , dans la ſeule
veuë de la divertir, la demy-conqueſte
que le hazard luy avoit
fait faire. La Dame ayant ſeeu
que le nouveau Soûpirant demandoit
à voir , luy ordonnade
le recevoir quand il viendroit, &
ne douta point qu'en le ménageant
adroitement , elle ne trou,
vaſt le ſecret de l'engager à quel
que propofition de Mariage.
L'A
GALANT
32
L'Amant vint deux jours apres.
La Belle que la Dame autoriſoit,
le fit monter dans fa Chambre,
&fceut fi bien le charmer, qu'in :
fenfiblement il ſe rendit affidu,
Cependant comme pour ne pas
l'effaroucher , elle crût devoir ne
luy rien dire d'abord de trop
preſſant fur le deſſein qu'il pouvoit
avoir , il ſe contentoit de
l'aſſurer que fa veuë faiſoit ſa
plus forte joye. La connoiffance
qu'il avoit de ſa vertu ,la tenoit
dans un reſpect dont il voyoit
९
bien qu'il ne pouvoit s'éloigner
fans eftre banny ; mais quelques
tendres proteſtations que ſon
amour luy fiſt faire , il ne venoit
point aux mots déciſifs . La Belle
qui trouvoit ſon compte àl'époufer
, & qui commençoit à n'eſtre
el. point indiferente pour luy , tâchoit
de parvenir à fes fins par
*
ar
e
A
tou
40 MERCURE
toutes les marques d'eſtime que
l'intereſt de ſa gloire luy pouvoit
permettre , quand le hazard
termina l'affaire . L'Amant avoit
paſſe une apreſdinée preſque
toute entiere dans ſa Chambre;
& fur le point de luy dire adieu,
il s'aviſa de luy demander ſi elle
avoit veu laComete .Elle ſe montroit
ſeulement depuis deux
jours;& comme toutes les choſes
extraordinaires frapent fortement
, cette nouvelle apparition
faifoit parler tout Paris. La Belle
qui avoit déja appris qu'on voyoit
une Comete, témoigna beaucoup
d'envie de ſçavoir par elle -même
comment estoit faite cette longue
Queuë qui effrayoit tant de Gens .
L'Amant luy dit auffitoſt , que
fans aller loin , elle pouvoit avoir
ce plaifir ; qu'il ne falloit que
monter au lieu le plus haut de
J1
la
GALANT. 41
S
-
e
C
P
e
де
S
ue
oir
ر ا م ش
de
la
۲
la Maiſon , qui eſtoit tres- élevée
& que de là, il luy ſeroit aiſé:
de ſe ſatisfaire. La Belle voulut :
contenter ſur l'heure l'humeur
curieuſe qu'elle avoit marquée,
& laiſſant prendre la lumiere à
ſon Amant , elle monta avec luy
juſqu'au Grenier , d'où elle vit
fortcommodement cette nouvelle
Planete .Apres l'avoir regardée
autant qu'il luy plût , elle prit le
Chandelier pour retourner dans
ſa Chambre ; mais ce fut avec ſi
peu de précaution, qu'en le panchant
par mégarde,la Chandelle
s'échapa , & s'éteignit en tombant.
Cet incident luy parut facheux.
Quoy que tout lemonde
fuſt perfuadé de l'exactitude de ſa
conduite, elle n'étoit pas bien aiſe
qu'on la ſurpriſt ſans lumiere
avec un Homme qui paffoit pour
fon Amant. Tandis qu'elle examinoit
42
MERCURE
minoit ſi elle devoit deſcendre
ſeule ou accompagnée , elle entendit
tout- à-coup cinq ou fix
Perſonnes qui montoient. C'e
ſtoir ſa Maîtreſſe , que la meſme
curioſité amenoit , & qui ſuivie
de quelques Amis , venoir auſſi
au Grenier pour voir la Cometes
Cecontre temps mit la Belle au
deſeſpoir. Elle ne pouvoit ſe laifſer
ſurprendre avec ſon Amant
dans un lieu ſecret, fans s'expoſer
à des railleries qui alarmoient fa
fierté. Son innocence avoit beau
parler pour elle. La Chandelle
éteinte eſtoit la conviction d'une
entreveuë condamnable , & les.
moins ſujets à prendre les chofes
au criminel , en auroient jugé
fur les apparences. Comme il n'y
avoit aucun temps à perdre , elle
obligea fon Amant à ſe cacher. II
s'enfonça dans le Foin le mieux
?
qu'il
GALANT.
43
S
S
qu'il luy fut poſſible , & elle alla
au devant de ſa Maîtreſſe , à qui
elle dit qu'en regardant la Comete
, le vent l'avoit laillée ſans
clarté. Apres qu'on eut obſervé .
pendant un quartd'heure la figure
& la ſituation de ce nouvel
Aſtre , la Dame craignit que ſes
Domeſtiques,qui estoient en fort
grand nombre, ne devinſſent curieux
à ſon exemple ; & comme
elle avoit de grandes précautions
pour prevenir tous les accidens
du feu, en fortant, elle ferma ellemeſme
le Grenier,& en emporta
la Clef , dont la Suivante s'ofrit
inutilement à eſtre dépoſitaire.
Elle voulut la garder, & la mettant
dans ſa poche , laiſſa cette
aimable Fille fort embaraſſée de
fon Priſonnier. Quand en ſe cou-
| chant , elle ne l'euſt pas cachée
ſous ſon chevet,la Suivante n'euſt
e :
le
X
pû
44 MERCURE ...
pû éviter d'eſtre découverte , en
allant ſi tard le tirer de ſa prifon.
D'ailleurs , qu'en euſt - elle fait
tout le reſte de la nuit , puis que
le Portier tenoit toûjours la Maiſon
fermée ſi- toſt qu'on avoit
ſoupé ? Il falut donc ſe réfoudre à
laiſſer les choſes comme elles
eſtoient.Tout ce qu'elle pût pour
conſoler ſon Amant de ſa diſgrace
, fut d'aller luy dire à la porte
du Grenier,qu'il priſt patience,&
qu'elle lay tiendroit compte des
méchantes heures qui luy reſtoient
à paſſer . Le Poſte avoit dequoy
luy déplaire , mais enfin la
choſe eſtoit fans remede,& il eut
beſoin de l'amour qui l'échaufoit,
pour moins fentir le grand froid
de la ſaiſon.Il ſe fit une maniere de
Loge au milieu du Foin , la plus
commode qu'il pût, & y demeura
fort inquiet de la fin de l'avanture.
:
:
GALANT
45
}
1
e
S
a
コー
ture . Jugez de quelle longueur
luy parut la nuit. Le lendemain ,
le Cocher ayant eſté demander
laClef à la Dame , ouvrit le Grenier
fur lesdix heures pour prendre
la provifion de ſes Chevaux
. Apres cinq ou fix botes de
Foin jettées dans la Court , il en
prit une à l'endroit où l'Amant
's'eſtoit caché , & en la tirant , il
aperçeut une de ſes jambes. Il
ne douta point que ce ne fuſt un
Voleur,& craignant de n'en pouvoir
être maître s'il euſt voulu
l'arreſter, il fortit incontinent, ferma
le Grenier tout de nouveau,
& alla chercher un Commiſſaire,
fans dire à perſonne ce qu'il avoit
veu. Il en parla ſeulement quand
le Commiſſaire ſuivy de tous les
Laquais mõra au Grenier. Le bruit
d'un Voleur caché , qui paſſa ſoudain
de bouche en bouche, ayant
fait connoître à la Suivante
20
د
e.
46 MERCURE
que ſon Amant eſtoit découvert,
elle courut à la Chambre de la
Dame , l'inſtruifit de ce qui s'eftoit
paſſe le ſoir précedent touchant
la Comete , & ſe jettant à
fes pieds , la conjura d'empeſcher
qu'on ne fiſt inſulte à un honneſte
Homme.Dans ce meſme temps on
luy amena l'Amant de la Belle.
Tous ceux du Logis l'ayant reconnu
, il avoit prié le Commiffaire
de luy faire voir la Dame,
qu'il vouloit entretenir en particulier.
La Dame prévint ce qu'il
avoit à luy dire. Comme ſa priſe
avoit fait éclat , & qu'en rappellant
les circonſtances , l'honneur
de la Belle s'y trouvoit intéreſſe,
elle dit d'abord à ce prétendu Voleur
, qu'il avoit trop bonne mine
pour croire qu'il ſe fuſt caché
dans aucun mauvais deſſein , &
tombant de la ſur le commerce
fecret
GALANT.
47
e
e.
eſecret
de luy & de la ſuivante,
dont il ne pouvoit diſconvenir,
apres qu'on l'avoit trouvée le foir
ſans lumiere dans le meſme lieu
où il venoit de paſſer la nuit , elle
adjoûta qu'eſtant Demoiselle , &
d'une naiſſance qui méritoit bien
qu'il fermaſtles yeux fur fonmanquede
fortune, ilne devoit point
prétendre qu'on luy permiſt de
( fortir , qu'il n'euſt reparé en l'épouſant
le tort qu'il faiſoit à fa
réputation . L'Amant qui ne fongeoit
à rien moins qu'à ſe marier
wife fi -toſt , & qui peut-eſtre n'y cuft
el jamais fonge tout-de-bon , fe vit
eut obligé de parler François. Quoy
effe que fon commerce fuſt innocent,
Vocequi estoit arrivé ſervoit contre
mint luy de preuve. Il avoit affaire à
une Femme dont le crédit pouvoit
tout. La Belle eſtoit tresaimable
, & avoit beaucoup de
me,
ti
'il
cache
n,
mer
Derd
..
fecr
vertu
48 MERCURE
و vertu &dans le fond de fon
coeur l'Amour parloit fortement
pour elle.Toutes ces raiſons l'empeſchant
de balancer , il ſigna fur :
l'heure un Traité de Mariage , &
trois jours aprés , la Cerémonie
s'en fit. La Dame paya les frais
de la Noce , & tout s'y paſſa avec
une égale fatisfaction des deux
Parties. Vous voyez par là qu'on
n'a pas raiſon de dire que les Cometes
ne préſagent rien que de
malheureux , puis que celle- cy a
contribué au bonheur d'une Perfonne
, à qui la Fortune avoit eſté .
juſque- là tres-peu favorable.zi
7 Nous commençons d'entrer
dans un temps qui nous engage...
aux plus pieuſes reflexions. Ainfi,
Madame , je croy qu'il ne fera
point hors de propos de vous faire
part d'un Sonnet que fit Mademoiselle
de Caſtille lors que
la
GALANT.
49
a
e
laComete commença de ſe montrer.
Vous vous ſouviendrez que
ce fut vers les Feſtes de Noël .
SUR LA COMETE.
SONNET.
Q
Vand du Sauveur naiſſant
nous celebrons les Festes,
Quel feu nouveau ternit tous les
feuxde la nuit ?
Toute-puiſſante Main du Dieu qui
l'a produit ,
Enseigne- nous quels biens , quels
maux tu nous aprestes ?
Vient-il nous menacer de nouvelles
t
e
fi, tempestes?
era De nos faintes ardeurs annonce- t- il
ai- lefruit?
Ma- Est-ce un Chemin de Lait qui vers
:
que
la
Toy nous conduit ?
Fevrier 1681 . C
يم
MERCURE
:
Est- ce un Torrent de feu qui fondra
fur nos testes ? こ
Est - ce l'heureux Flambeau qui conduifit
les Rois ?
Ou ce Glaive enflamé qui punit
autrefois
L'infolent attentat de nostre premier
Pere ?
S'il vient encor punir les fuperbes
Humains ,
N'en frape que leurs coeurs dans ta
juſte colere ,
Et leurs larmes , Seigneur, l'étein ..
dront dans tes mains.
L'excellent Difcours que vous
avez veu ſur les Cometes dans
ma Lettre du dernier mois , fait
affez connoiſtre qu'il n'y a rien de
plus trompeur que l'Astrologie.
Horace eſt cité parmy les fameux
Autheurs
GIALANT 54
it
re
Autheurs qui traitent de crime
l'empreſſement curieux de penétrer
l'avenir. L'Ode dans laquelle
il s'en explique , a eſté traduite
depuis peu d'une maniere ſi a
greable , que je croy vous faire
plaisir de vous l'envoyer.
TRADUCTION DE
bes
sta
l'Ode XI . du Livre d'Horace,
qui commence par Tu ne quefieris
fcire , ini
ein. D
Vterme de nos jours neſoyons
point en peine,
C'est un Secret, Philis , qui n'est que
V
dani
, fait
ien de
logie
ameus
thew
!
pourles Dieux.
Méprisez ces Trompeurs , dont la
Science vaine
Se vante follement de lire dans les
Attendons en repos l'ordre des Deftinées
; Cij
52 MERCURE
Preſts à leur obeïr,en tous lieux , en
tout temps ;
Soit qu'il nous reste encor un grand
nombre d'années lizadas
Ou qu'enfin nous touchions à nos derniers
momens ;
6422
NeSongeons qu'aux plaiſirs que donne
la Jeuneſſe;
Nos jours durent trop peu pour defi
grands deſſeins.Ve SMD
Le temps, cet heureux temps, ſe dérobe
Sans ceffe
Et fuit bien loin de moy pendant
que je m'en plains.
Profitez en ce jour des douceurs de
la vie;
Songez bien qu'il s'en va pour ne
plus revenir;
Et qu'apres tout , Philis , c'est faire
une folie ,
Deperdre lepréſent àchercber l'a-
Mada venir.
JGALANT.
53
-
e-
Ant
de
r ne
faire
l'a
Mada
Madamela Marquiſe de Clerambault
, qui en premieres Nôces
avoit épousé Monfieur le
Comte du Pleffis - Pralin , & qui
eſtoit reçeuë en ſurvivance de la
Charge de Dame d'Honneur de
Son A. R. Madame, l'exerce préfentement
en chef par la mort
de Madame la Maréchale du
Pleffis fa Belle- Mere. C'eſt une
Perſonne qui joint beaucoup de
mérite aux avantages que luy
donne la Naiſſance. Son nom eft
le Loup de Belle- nave. De fon
mariage avec Monfieur le Comte
du Pleſſis , il ne luy reſte qu'un
Fils qu'on appelle Monfieur le
Duc de Choiſeul. Ce jeune Seigneur
a des qualitez qui ne laifſent
point douter qu'on ne trouve
en luy un tres-digne Succefſeurdefes
illuſtres Anceſtres.20
Le Landy roj de ce Mois ,
2 Ciij
54
MERCURE
Madame l'Abbeffe du Sauvoir ,
Fille de Madame la Maréchale
du Pleſſis dont je vous viens de
parler, luy fit rendre les derniers
honneurs dans fon Eglife,par un
Service folemnel, où toute la Ville
affiſta. L'Oraiſon Funebre y fut
prononcée par Monfieur l'Abbé
Vaudin , Chanoine de la Cathé
drale de Laon , avec l'applaudif
fement de tous ceux qui l'entendirent.
Son ſtile eſt fort juſte , & il
donne à ſes pensées un tour aifé,
qui fait affez voir que ce n'eſt
pas d'aujourd'huy qu'il eſt maître
de la Chaire: L'Abbaye du Sauvoir
lez Laon, eſtqune fortbelle
Maiſon ſituée dans de bas de lal
Montagne , for le Chemin de
Noſtre-Dame de Lieffe. Elle est
renommée pour le grand nombre
de Religieuſes Benedictines Reformées
, qui y vivent avec
une
GALANT. 55
S
コ
e
t
be
é
f
zil
fe,
est
tre
auelle
e la
de
leeft
mbre
Re
avec
Unc
une pieté tres - exemplaire.
Vous avez appris par quelqu'une
de mes Lettres la Reception
deMonfieur le Marquis de Saint
André Virieu , en la Charge de
Premier Préſident au Parlement
deGrenoble. Il en eſt venu prefter
le Serment entre les mains de
Sa Majesté , dont il a eſté reçeu
avec tous les témoignages d'eſtime
qu'il pouvoit attendre de ce
grand Monarque. Il a ufe de
beaucoup de diligence pour fon
retour , & s'y eft crû obligé , non
feulement comme Chefd'une auguſte
Compagnie , mais encor
comme Comandant dans le Dauphiné
, en l'absence de Monfieur
le Duc de Leſdiguieres qui en eſt
Gouverneur , & du Lieutenant
de Roy. Il partit de Grenoble au
temps desVacations d'Octobre,&
y retourna pour la premiere Au-
C iiij
56 MERCURE
dience de l'ouverture des Roys.
Cette Ville qui a naturellement
de l'inclination à honorer ſes Magiftrats,
a des obligations tres-particulieres
de revérer cet illuſtre
Chef de ſon Parlement , par les
foins continuels qu'il donne à la
tranquillité publique , & à la Police
, par l'application qu'il fit paroiſtre
ces années dernieres pour
établir le bon ordre,contre les miferes
de la difette des grains , &
par la pieté qu'il joint à celle de
Monfieur le Camus , Eveſque de
la meſme Ville , pour l'entretien
du grand Hôpital. Auſſi tous les
Ordres coururent chez luy en
foule , pour luy faire compliment
à ſon retour. Les Officiers de la
Milice , qui en diférentes occaſions
l'ont eu pour leur Commandant,
ne furent pas les derniers à
luy en marquer leur joye. Ils ſe
rendi
GALANT.M
57
=
S
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ni-
&
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de
en
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en
ent
Lela
ccamaners
d
Is le
rendi
1
rendirent chez luy en Corps, ayat
Monfieur Baudet Pére du Conſeiller
de ce nom à leur teſte ,
comme le plus ancien Capitaine,
devancez & ſuivis par les Ser
gens des Quartiers qui portoient
leurs Hallebardes , & marchoient
chacun ſuivant le rang de chaque
Quartier . Le ſoir il y eut des détachemens
d'un certain nombre
de Mouſquetaires de toutes les
Compagnies. Ils furent rangez
dans la grande,Court des Peres
Dominiquains , par les ſoins de
Monfieur le Clair qui fait la fonctiond'Ayde-
Major,& qui joignit
aux Détachemens dont je vous
parle une fort agreable Sympho->
nie de Hautbois , Violons , Muſettes,
& autres Inſtrumens. Tout
cela marcha avec une partie des
Officiers à la lueur d'un grand
nombre de Flambeaux , & alla
Cv
58 MERCURE
occuper la Ruë de l'Apartement¹
de Monfieur de S. André , où les
Salves & la Symphonie firent un
effet merveilleux Voila Mada
me , quelles ont eſté les Réjouif
ſances de la Ville de Grenoble
pour le retour de fon Magiftrat.
Les Feſtes publiques qu'on peut
regarder en quelque façon como
me unodevoir du Public envers
les Perfonnes qui repréſentent
l'authorité du Souverain , font
d'ailleurs d'une grande utilité par
la zele qu'elles les engagent à
redoubler pour le ſervice du Roy,
&pour le bien de les Peuples. Je
ne vous dis rien du mérite parti
culier de ce Premier Préſident ,q
vous en ayant déja entretenuë en
d'autres occafions! Je ne puis met
fouvenir ſi en vous parlant deluy,
je vous ay marqué qu'il eſt Petit-
Fils du Fameux Artus Prunier, qui
fut
1
GALANT.
رو
ב
)
S
af
a
Je
اتوا
en
ne
uy,
titqui
fut
fut Premier Préſident au meſme
Parlement de Grenoble , & qui
l'avoit eſté du Parlement de Provence
, où le Roy l'avoit auparavant
employé pour appaiſer les
diviſions que le prétexte de la
Religion y avoit formées. C'etoit
un prodige de ſçavoir. Ce
qu'il y a de tres remarquable en
ce grand Homme , c'eſt qu'il fut
choiſy dans le meſme temps des
diviſions civiles par la Nobleſſe
du Dauphiné , toute illuftre &
nombreuſe qu'elle eſt, pour commander
dans la Province apres
la mort du Gouverneur , juſqu'à
ce qu'il eut plû au Roy d'y pourvoir.
Sa Majesté confirma ce
choix. Monfieur le Marquis de
S. André eſt auſſi Petit-Fils du
celebre Chancelier de Bellievre .
En vous parlant d'un Chef
de Juſtice , il me ſouvient que
vous
60 MERCURE
vous medemandaſtes il y a quelques
mois , des nouvelles d'un
Procés qui faiſoit alors grand
bruit , & pour lequel tout Paris
ſembloit eſtre partagé.Il s'agiſſoit
de la Succeffion de feu Jacques
Baudry, Ecuyer Sieur du Buc , &
de Dame Marie des Hayes , demandée
par monfieur Baudry du
Buc leur Fils , prétendu Religieux
Cordelier ; contre differens
Coheritiers de cette mefine
Succeffion. Le détail qu'il auroit
fallu vous faire de toutes les difficultez
qui ſe rencontroient dans
ce Procés, eſtoit fi grand,qu'il ne
me fut pas poſſible de fatisfaire
voſtre curiofité dans ce temps- là.
Vous n'aurez plus rien à ſouhaiter
là-deſſus,puis que je vous envoye
aujourd'huy le Plaidoyé de
monfieur Lordelot. Il contient
l'Hiſtoire de la Vie de M.Baudry,
pleine
GALANT. 6.г
S
&
Ju
i-
Fe
ne
oit
if
ans
ne
ire
pleine d'incidens fort rares, avec
un Traité touchant la validité
des Voeux des Religieux. Tous
ceux qui l'ont vû , aſſurent qu'il
n'a rien perdu ſur le papier de la
beauté que l'on y trouva,lors qu'il
fut prononcé en la Grand Chambre.
Il a eſté lû avec plaifir , &
meſme à la Cour , où les Ouvra
ges de cette nature ne ſont pas
ordinairement fort recherchez .
Ceux qui croyent qu'un amour
tres- violent ne peut naître
tout d'un coup, feront convaincus
de leur erreur , par ce qui eſt arrivé
depuis fix ſemaines. Une
Dame de Province venuë à Paris
pour quelques affaires de Famille
, alla peu de jours apres entendre
la Meſſe aux Minimes de la
Place Royale. Dans le temps
qu'elle deſcendoit de fon Cardry,
roffe , un Cavalier tres bien fait
defcen
eine
aienéde
ient
62 MERCURE
deſcendoit auſſi du ſien. Il fut frapé
dés ce meſme inſtant de la
beauté de la Dame. Malgré la
rigueur de la ſaiſon, elle avoitun
teint dont l'éclat ébloüiſſoit ; &
ce qui le rendoit plus admirable,
c'eſt qu'on voyoit bien qu'il étoit
tres- naturel Des yeux bleus , auffi
brillans que ſpirituels , une belle
bouche , un nez des mieux faits,
des traits délicats , & un tour de
viſage merveilleux , vous font le
portrait de cette aimable Perſonne.
Joignez à cela une taille des
plus fines ,& un air fi remply de
majeſté , qu'elle euſt inſpiré du
reſpect aux plus hardis. Tant de
charmes ne laifferent pas un moment
le Cavalier en pouvoir de
confulter ſa raiſon. Il abandonna
ſon coeur à ſa paſſion naiſſante, &
ayant fuivy cette belle Dame
dans l'Eglife pour la mieux
con
GALANT 63
1
t
e
S
de
le
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Hes
de
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mo
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Onna
e, &
Dame
icax
сол
confiderer , quand il la vit preſte
d'en fortir , il ſe mit fur fon paffage
, & la falua d'une maniere
qui luy fit connoître qu'elle en
avoit eſté obſervée. Il cuſt bien
voulu luy offrir la main pour la
conduire juſqu'à ſon Catroffe,
mais il craignit que ſa civilité ne
fuſt mal reçeuë, & ſe contenta de
la faire ſuivre pour ſçavoir qui
elle eſtoit , & avec qui elle avoit
des habitudes. On luy rapporta
qu'elle estoit Femme d'un Gentilhomme
fort riche , qui eſtant
retenu en Province par quelque
incommodité , l'avoit envoyée
à Paris poursuivre un Procés
avec un Vieillard de ſes Parens ;
qu'elle ne fortoit preſque jamais ,
à moin que ſes affaires ne l'y
obligeaſſent , ou qu'elle n'allaſt
chez une Veuve de fes Amies , &
que cette Veuve eftoit une Fem
me
64 MERCURE
me fort retirée. Cette régularité
de conduite donna grand chagrin
au Cavalier , par l'impoffibilité
qu'il trouvoit à faire con
noiffance avec la Dame. Son
amour n'en pût pourtant eſtre re,
froidy. Il fit poſter un Laquais aupres
du Logis de cette belle Perſonne,
pour eſtre averty des lieux
où elle alloit à la Meſſe. C'eſtoit
ordinairement à une petite Egli ,
ſe voiſine , & aſſez peu frequentée.
Le Cavalier ne manquoit pas
de s'y rendre , fitoſt qu'il avoit
reçeu l'avis. Il y alla pluſieurs
fois , fans tirer de tous ſes ſoins
autre avantage que celuy de voir .
Enfin ayant un jour apperçeu
fon Loup qui estoit tombé , il le
releva , & le preſentant à cette
belle Perſonne , il luy marqua la
joye qu'il auroit , s'il eſtoit allez
heureux pour trouver l'occaſion
de
GALAN T. 65
コ
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X
bit
i-
0-
as
Dic
rs
ns
ir.
Geu
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ette
a la
Mez
fion
de
de luy rendre un plus important
ſervice. La Dame luy répondit
fort civilement , & le Cavalier
voulant profiter d'un moment ſi
favorable , noüa une petite converſation
, qui luy fit connoître,
quoy qu'elle parlaſt fort peu,
qu'ellen'étoit pasmoins eſtimable
par ſon eſprit que par ſa beauté.
Il auroit continué l'entretien plus
qu'il ne fit , ſi elle ne luy euſt témoigné
qu'elle n'eſtoit pas bien
aiſe de parler dans un lieu où elle
croyoit ne pouvoir jamais avoir
aſſez de reſpect. Il ſe retira, pour
ne pas interrompre ſa devotion,
qui fut cejour là tres-longue. Elle
vouloit l'ennuyer , afin qu'il fortit
ſans elle ; mais enfin voyant qu'il
s'obſtinoit à l'attendre,elle ſe leva
pour s'en aller. Il vint à elle auſſitoſt,&
luy préſenta la main,qu'elle
accepta, jugeant à ſa Suite qu'il
eſtoit
66 MERCURE
eſtoit d'un rang à n'être point
refuſé. Illuy aida à monter dans
fon Carroffe , & l'euſt ſuivie au
Palais où elle ſe fit mener , s'il
n'euſt craint de luy déplaire. 11
rentra chez luy tout remply de
fon mérite,& employa le reſte du
jour à s'examiner fur ce qu'il fen
toit. Quoy que ſa vertu le laiſſaſt
fans eſperance,& qu'il la viſt dans
une retraite peu favorable à fa
paſſion, il ne pouvoit affoiblir ces
ſentimens pleins d'ardeur qui la
luy peignoient la plus aimable
des Femmes. Le lendemain il alla
l'attendre dans la meſme Eglife
où il la trouvoit tous les matins
fur les onze heures , mais il y reſta
inutilement juſqu'à ce qu'on
la fermaſt . Elle n'y vint point;
& comme il s'imagina qu'elle
alloit ailleurs pour l'éviter , le
jour ſuivant il renvoya le mefme
GALANT. 67
コ
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me Eſpion , qui l'avertiſſoit de
ſa fortie. Cet Eſpion luy vint dire
, qu'apres avoir fait le guer
juſqu'à midy , il avoit ſçeu d'un
Voiſin qu'elle estoit allée à S.Germain.
Il s'y rendit le jour meſme,
& en arrivant , il eut le chagrin
d'apprendre qu'elle estoit partie
pour retourner à Paris . Cette
diſgrace luyfut d'autant plus fen->
ſible, qu'il ſe vit contraint de demeurer
à la Cour pendant quel->
que temps pour une Affaire importante.
Il en eut tant de dou
leur , qu'il fit paroître ſon abatement
ſur ſon viſage . Tous ſes Amis
qui s'en apperçeurent, luy en
demandoient la cauſe , & aucun
d'eux ne pouvoit comprendre le
prompt changement de fon humeur.
Si toſt qu'il eut terminé
l'Affaire qui l'arreſtoit , il retourna
à Paris , où il arriva fort tard .
Aink
1
68 MERCURE
fon
Ainſi il fut obligé de remettre
au lendemain à s'informer de la:
Belle . Il ſçeut qu'elle eſtoit allée .
aux Jeſuites de la Rue Saint Antoine.
Il y courut auffitoft , &
la chercha dans toute l'Eglife. I
n'y vit rien qui luy reſſemblaſt,
& deſeſperoit déja de la rencontrer
, lors qu'une Dame de
air & de ſa taille,fortit tout acoup )
d'unConfeffionnal . Elle estoit ent
équipage de Veuve ,& s'il la fuivit
juſqu'au Baluſtre , ce fut plu- .
toſt par la curioſité que luy donna
ce rapport de taille , que dans .
aucune penſée que ce fuſt la:
Dame qu'il venoit chercher. H
ſe mit aff z pres d'elle,& fut quel
que temps fans pouvoir la voir.
Son viſage eſtoit couvert de Voiles
de crêpe. Enfin, elle les leva,
n'en laiſſant qu'un, elle découvrir !
E
GALANT. 69
こ
1.
n
P
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i-
1-
コ
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la
H
Dit .
i-
&
cic
alu
au Cavalier cesmeſmės traits que
l'Amour avoit fi bien gravez dans
fon coeur. Jugez avec combien
de ſurpriſe il la vit dans un état fi
diférent de celuy où il l'avoit
toûjours veuë. Ses Habits lugubresn'avoient
rien diminuéde fes
premiers charmes , & il la trouva
auſſi touchante avec un Bandeau
de Veuve,qu'il l'avoit trouvée
aimable dans ſa plus grande
parure. L'attention avec laquelle
it la regardoit , luy fit remarquer
des larmes qui moüilloient ſes
joües. Il en fut tout penetre , &
partagea ſa douleur, malgré la ſecrete
joye qu'il pouvoit avoirde
ce qu'elle eſtoit en liberté de répondre
à fon amour.Aufſitoſt qu'il
fut chez luy , il envoya s'informer
ſi le changement de ſa fortune
n'en apportoit point à ſes
Affaires. On luy apprit qu'elle
partoit
)
70 MERCURE
partoit dés le lendemain , & retournoit
en Province. Cette nouvelle
fut pour luy un coup de foudre.
Le deplaifir de la perdre le
fit reſver quelque temps , & enfin
il refolut de la ſuivre,ne doutant
point que les ſentimens auſſi
tendres & auffi reſpectueux que
ceux qu'il avoit pour elle , n'euffent
le pouvoir de toucher ſon
coeur. Il eſtoit tout preſt d'executer
ce deffein, quand la mort precipitée
d'une Patente qui le fit
fon Heritier , mit obſtacle à ſon
depart. Il ſe vit meſme obligé
d'aller ailleurs pour des Affaires
preffantes quiregardoient la Succeffion;&
dans le chagrin d'eftre
éloigné de laDame,il netrouvoit
à ſe conſoler que quand il
fongeoit que ſa fortune augmentée
le rendoit plus digne d'en
eſtre écouté favorablement. Cependant
GALANT.
71
コー
le
nu-
படு
que
uffon
cu
pre
efit
fon
bligé
aires
Бас-
d'eftrouand
il
mene
d'en
.Ce
Endant
pendant le deplaiſir de l'abſence
a eſté ſi grand pour luy , qu'il en
eſt tombé malade dans une Ville,
où un intereſt tres - confiderable
le tient arreſté. Il n'y voit qu'un
ſeul Amy qui ſçait ſon ſecret ,&
qui s'eſt chargée d'apprendre à la
Dame l'état malheureux où l'a reduit
ſon éloignement. Si cette aimable
Perſonne ſe reconnoît à
ces circonstances , comme il luy
fera aiſe, puis qu'il n'y en a aucune
inventée , elle doit ſe tenir
feûre d'avoir un Amant tres-paf
ſionné , qui feroit tout ſon bonheur
de pouvoir la rendre heureuſe
33
Je paſſe à d'autres amours dont
le recitvous plaira, quoy que l'Avanture
n'ait rien de nouveau
pour vous. Il eſt naturel , & d'une
Muſe qui a des expreffions
aiſées ,Peut- être avez - vous quelques
2 MERCURE
۶
ques Amies dans voſtre Province,
qui s'éveillant quelquefois au
chant du Coq , ne sçavent pas
que la neceſſité de ſe faire entendre
quand le jour approche , eſt
un châtimentqu'il s'eſt attiré. Ce
petit Ouvrage eſt d'une Perſonne
de qualité , dont le merite répond
à l'eſprit.
ΜΕΤΑΜORPHOSE
D'ALECTRION
L
EN COQ
E Conte dit que le Dieu
Mars,
Rebuté come un vieux Gendarme
De la fatigue & des hazards
Que la Guerre de toutesparts
Traîne avec de fi grands vacarmes,
:
Reſolut dese reposer, Et
:
73
GALAN T.
s
コー
eft
Ce
כמ
те
N.
Dien
arme
ards
arts
JACA
Etpour ſe divertir , voulut galan
tifer.
Suivant ce beau deſſein , dans l' Ifte
de Cythere
Il choisit un Quartier de rafraichiffement
La Damedu Païs le reçeutgalamment,
Et luy fit , dit on, chere entiere.
Vn ſoir qu'il avoit rendez - vous
Avecque fon Hoſteſſe auffi tendre
4
que belle,
De crainte des Filoux,
Ou du Mary jaloux,
Ilse fit escorterpar un Valetfidelle
Qu'on appelloit Alectrion,
D'autant qu'en pareille affaire
Vu peu de précaution
Eft toûjours fort neceſſaire :
Mais comme le Dieu des Combats
Sans-doute ne s'ennuyoit pas
Presde la belle Cytherée,
Il s'oublia dans les plaifirs,
Fevrier 1681 . D
74
MERCURE
Et lanuit toute entiere , au gré de
Ses defirs,
Parut defort courte durée.
Cependant le Prince du lour
Quiſoûpiroit pour la Déeſſe,
Sans pouvoir gagnerJatendreſſe,
Plein d'inquietude & d'amour,
Remonta fur nostre Hemisphere
Vn peu plus toſt qu'à l'ordinaire.
Ses rayons curieux ,fort indiscretement
Entrerent trop matin dans un Apartement
,
Où le Galant & la Belle
Parloient de leur paſſion ,
Car lepauvre Alectrion
S'endormit en fentinelle.
Il en fut auſſi battu
D'une terrible manieres
Son Maître estoit fi bourru,
Qu'il ent cent coups d'étriviere.
Enfin dans le couroux dont Mars
4 fut embrazé
Par
GALANT. 75
e
iri
ett
DAM
ل و
viere
M
PA
Par cette funeste avanture .....
Le pauvre Alectrionfut metamorphofe.
On luy donna d'un Coq la forme &
lafigure;
Mais en changeant de nature,
Ilſefitplus avisé,
Carsa disgrace passée
Sans ceffe occupantsapensée,
On voit toûjours dés le minuit
(Bien que dans l'Univers tout repose
Sans bruit )
Que quand l'Astre du Iour veut
quiter l'autre monde
Pour rendre à celuy- cy Sa lumiere
féconde ,
Dés qu'il approche l'Horizon ,
LeCoq ſeſouvenant dufort d'Ale-
Etrion,
Auſſitost se met à l'erte,
Et chantant à gorge ouverte,
D'un empreſſement nompareil,
Il annonce aux Mortels le retour du
Soleil. Dii.
76
MERCURE
Ie ne vous diray point si c'eſt Hi-
Stoire ou Fable,
Ie le tiens cependant d'un Autheur
&
approuvé
Si le cas n'estpas veritable,
Ilparoit affezbien trouve.
Ledernier de l'autre mois , Mr
l'Electeur Palatin fut reçeu Chevalier
de l'Ordre de la Jaretiere.
La ceremonie s'en fit en Angleterre
dans la Chapelle du Chafteau
de Vindſor, par Mrle Comte
d'Oxford , & Mr le Duc d'Albemarle,
Chevaliers de ce même Ordre
, en qualité de Commiſſaires
de Sa Majefté Britannique. Cet
Electeur fut repreſenté par Mr le
Comte de Craven . L'Inſtitution
de cet Ordre eſt connuë preſque
de tout le monde. Elle a eſté faiteen
1351. par Edoüard III. Il aimoit
laComtefle de Sarisbury , &
un
GALANT.
77
T
te
e-
Or
es
et
le
cn
que
fai
ai-
&
un jour la Jaretiere de cette Dame
eſtant tombée dans le temps
qu'elle dançoit,il la releva. Quelques
- uns de ſes plus familiers
Courtiſans qui s'en apperçeû.
rent , luy ayant dit en riant , que
l'amour faiſoit eſtimer les moindres
chofes, il leur répondit,qu'avant
qu'il fuſt peu ils rendroient
honneur à cette Jaretiere. Quelques
jours apres il fit fix - vingts
Chevaliers , & les obligea de
porter des Jaretieres bleuës à la
jambe gauche , avec ces paroles
écrites deſſus en lettres d'or,Honny
foit qui mal y pense , voulant
faire entendre par là à toute ſa
Cour , qu'on avoit jugé de luy
& de la Comteſſe autrement
qu'on ne devoir. Cette origine
eſt bien plus probable que ce
que diſent quelques Autheurs,
que ce Prince établit l'Ordre de
Diij
78 MERCURE
la Jaretiere par la confideration
de la fameuſe Bataille qu'il avoit
gagnée à Crecy. Je ne vous repete
point ce que je vous dis il
y a quelques mois de Monfieur
P'Electeur Palatin , en vous apprenant
la mort du feu Electeur
fon Pere. Je vay ſeulement répondre
à deux Queſtions que
vous me fiſtes. Vous vouliez ſçavoir
fi l'Empire avoit toûjours
eſté electif , & fi jamais les élections
des Empereurs ne s'étoient
faites par un plus grand nombre
d'Electeurs que nous ne voyons
aujourd'huy de Princes qui
ont cette Dignité. Charlemagne
qu'unmerite extraordinaire avoit
placé ſur le Trône Imperial,transfera
l'Empire à fes Defcendans
par droit de ſucceſſion. Ils en jouirent
ſans trouble , tant qu'ils retinrent
quelque choſe de ſa vertuj
GALANT 79
Sa
t
コー
0
ui
e
oit
115-
ans
Düirever
tu; mais lors qu'on les vit degenerer
, on l'alla offrir à Othon de
Saxe qui le refuſa. A fon refus on
jetta les yeux fur Conrad Duc de
Franconie, auquel fucceda Hen
ry Fils d'Othon de Saxe. Son Fils
fat Empereur apres luy ſous le
nom d Othon I.& ce droit de fucceder
de Pere en Fils dura jufqu'à
Henry IV qui fut declare in.
digne de regner , & meſme ex--
communié par le Pape Gregoire
VII. Alors les Allemans qui jufque-
là avoient eu grand ſoin de
conſerver l'Empire à la Race de
leur Prince , abolirent le droitde
fucceffion , en s'attribuant celuy
d'élire les Empereurs.Ce n'eſt pas
qu'avant Henry IV. il n'y euſt
une maniere d'Election, mais elle
n'eſtoit qu'apparente. LesEmpereurs,&
meſme ceux de la Maiſon
de Charlemagne, voulant dc
Diiij
80 MERCURE
clarer leur Succeſſeur , faisoient
affembler les plus confiderables
de l'Empire, pour ſçavoir d'eux ſi
ce Succeſſeur leur agréoit. Cette
Demande qui estoit toûjours
ſuivie de leur approbation , avoit
quelque choſe d'approchant des
élections ordinaires.Quand l'Empire
fut devenu électif , ces élections
ſe firent d'abord par tous
les Princes tant Seculiers qu'Eccleſiaſtiques
, par les Seigneurs,
les Prélats , & les Villes meſmes .
Ainſi , au raport de l'Abbé d'Urfperg
, Henry V. fut éleu par le
fufrage de tous. Lotaire II. par
deux Archeveſques , huit Eveſ.
ques , pluſieurs Prélats & Seigneurs.
Conrad III. par un fort
grand nombre des principaux de
l'Empire , ſans qu'on appellaſt le
Duc de Saxe, ce qui fait voir que
le College Electoral n'eſtoit pas
encor
GALANT. &f
5
S
encor étably comme il l'eſt preſentement
, puis qu'il eſt porté
par une Ordonnance expreſſe,
que l'Electeur de Mayence convoquera
ſes Collegues , & n'en
ômettra aucun , ſous peine de
nullité . Tous les Princes Allemans
éleurent Frideric Barberouffe
. Philippe fut élevé à l'Empire
par les Bavarrois, les Saxons,
& les Suabes ; & Othon IV . par
ceux de Strasbourg , de Cologne
, & de quelques autres Villes.
Cet Empereur ayant eſté excommunié
, le Roy de Boheme , les
Ducs d'Autriche & de Baviere,
le Landgrave de Turinge , &
pluſieurs autres Princes , éleu-
• rent Frideric Roy de Sicile , qui
de fut Frideric II. Inſenſiblement
les plus puiſſans avoient exclus
tous les autres de ce droit d'élire ;
&la confufion qui naiſſoit de ce
S,
S.
le
ar
efgort
le
que
pas
Cor
A
Dv
82 MERCURE
grand nombre d'Electeurs , le fit
reduire à celuy de ſept , en faveur
de ceux qui poſſedoient les
Charges éminentes à la Cour
Imperiale. Tous les Ecrivains demeurent
d'accord que cette reduction
ne ſe fit qu'apres l'éleetion
de Frideric II . dont je viens
de vous parler , à qui on donna
la place d'Othon IV. au commencement
du treiziéme Siecle.
L'Empereur Charles IV. la confirma
par le Reglement qu'il fit
en 1356. dans fon Ordonnance
appellée la Bulle d'or. Les Electeurs
font preſentement trois
Ecclefiaftiques,& cinq Seculiers.
Ceux de Mayence,de Treves, &
de Cologne , font Archeveſques
& Archichanceliers , le premier
en Allemagne le fecond en France,&
au Royaume d'Arles ; & le
troiſiéme enItalie, mais des deux
derniers
GALANT. 83
-
S
pa
n.
le.
fit
200
le-
-ois
ers.
S,&
ques
mier
Fran-
&le
deux
niers
derniers ne ſont Archichanceliers
que de nom. Cette Charge
d'Archichancelier rend T'Ele.
cteur de Mayence tres - confiderable
, parce qu'elle met entre ſes
mains les Archives de l'Empire,
& le rend Depoſitaire des Loix
Univerſelles. Les cinq Seculiers,
font le Roy de Boheme , Grand
Echanſon ; le Duc de Baviere,
Grand - Maître , le Duc de Saxe,
Grand Maréchal ou Conneſtable;
le Marquis de Brandebourg,
Grand Chambellan ; & le Prince
Palatin du Rhin , Sur- Intendantdes
Finances de l'Empire. Le
huitième Electeur eſtoit inconnu
avant la derniere Paix d'Allemagne.
Frideric V. Comte Palatin
, ayant accepté la Couronne
de Boheme que les Proteftans
de ce Païs luy envoyerent
offrir , l'Empereur Ferdinand II.
à
84 MERCURE
à qui elle appartenoit , conceut
une telle indignation de ce procedé
, qu'il transfera la dignité
Electorale de ce Comte à Maximilien
de Baviere. Cet Acte de
Souveraineté,& quelques autres
que fit Ferdinand , fans prendre
l'avis de tous les Etats de
l'Empire , porterent les Princes à
ſe liguer. Ils appellerent les Etrangers
à leur ſecours. La guerre
fut longue & fanglante , &
enfin les deux Partis eſtant las
de voir répandre du fang , on
s'aſſembla à Munſter pour y conclure
la Paix. Les Ambaſſadeurs
ſe trouvoient embaraſſez , parce
qu'il falloit fatisfaire aux deux
principales Branches de la Maiſon
Palatine. Chacune pretendoit
l'Electorat : la premiere , par
les avantages d'une poffeffion de
pluſieurs ficeles : & la ſeconde
par
GALAN T. 85
S
e
a
.
&
as
nars
ce
ux
aien-
Par
par
de
Inde
par
par ſes grands ſervices . Pour
finir ce diferent on accorda ,
le premier Electorat à Maximilien
Duc de Baviere & à ſa Pofterité,
& on en créaun huitiéme
pour Charles - Loüis Prince Palatin
du Rhin , Fils du Comte Frideric
V. à condition que fi la
Branche de Maximilien manquoit
avant l'autre , ces derniers
rentreroient dans leur ancien Electorat
, & le nouveau feroit entierement
aboly. En matiere de
Civil,les Empereurs s'étant obligez
à quelque Juſtice , l'Electeur
Palatin eſt leur Juge : mais quand
ils font accuſez d'avoir mal adminiſtré
l'Empire , le Jugement
en appartient à tout le College
Electoral : & alors, l'Electeur Palatin
eſt Directeur du Procés , &
non celuy de Mayence,quoy qu'il
ſoit Doyen du College Electoral.
86 MERCURE
ر
ral. La préſeance n'eſt diſputée
par aucun à ce dernier. C'eſt luy
qui preſcrit le jour & le lieu de
P'Election , lors que l'Empereur
eſt mort , ou qu'il faut créer un
Roydes Romains. L'Electeur Palatin
& celuy de Saxe, ont ce Privilege
, que quand l'Empire eſt
vacant, ils en font les Vicaires , &
peuvent faire tout ce qui eſt au
pouvoir de l'Empereur, à l'exception
de donner l'Inveſtiture des
grands Fiefs , fans rendre aucun
compte de leur Adminiſtration .
Cependant , quoy que la dignité
Electorale foit tres-éminente,elle
n'égale point la Royale. On le
connoiſt par l'ordre meſme des
-Electeurs.Celuy de Bohëme n'étant
que Duc, eſtoit le dernier,&
dés qu'il eut obtenu le titre de
Roy, il preceda fes Collegues. En
l'Election de Leopold - Ignace,
qui
GALANT. 87
ב
au
d
es
d,
icete
el
le
des
n'e
er , &
de
s. Er
nace
qui regne aujourd'huy , le Roy
de Bohëme ſe trouva une ſeule
fois à l'Aſſemblée , & eut une
Chaiſe de Drap d'or , lors que ſes
Collegues n'en avoient que de
Velours cramoify. Les Electeurs
Eccleſiaſtiques n'ont point de
voix paffive dans les Aſſemblées
d'Election .Ainsi ils peuvent nommer
un autre , mais ils ne ſcauroient
être nommez . Les Seculiers
ſe peuvent donner leur voix
à eux - meſmes. C'eſt ce que fit
Sigifmond de Luxembourg , Roy
de Bohëme, qui eſtant dans l'Afſemblée
pour élire un Empereur
apres la mort de Robert de Bavicre
, parla le premier felon la coûtume,
dit qu'il ne connoiffoit perſonne
qui meritaſt mieux l'Empire
que luy , & en ſe donnant fa
voix , il s'attira celles des autres.
L'Habitque portent les Electeurs
dans
88 MERCURE
dans cette Ceremonie , eſt à peu
prés comme celuy des Préſidens
à Mortier. Les Eccleſiaſtiques ont
une Robe de Drap de laine, teint
en écarlate ; & celle des Séculiers
, eſt de Velours rouge cramoiſy.
Elles ſont fourrées d'Hermine,
& leur Bonnet a le ply retrouffé
, qui laiſſe voir une partie
de la Fourrure. Le Roy de Bohëme
au lieu du Bonnet Electoral,
portoit une Couronne Royale
ſur ſa teſte dans la derniere Eletion.
Voila,Madame,tout ce que j'ay
pû recueillir fur cette matiere. Je
viens à un Article de divertiſſement.
M.Malo,& quelques-uns de
ſes Amis qui ont paſſion pour la
Muſique , ne voulant rien épargner
pour ſe donner ce plaifir ,
ont fait toute la dépenſe qui pouvoit
être neceſſaire pour mêler
GALANT. 89
e.
ie
ё-
al
ale
leler
d'agreables Intermedes de
Chants , & de Dances , à l'Amphitrion
du fameux Moliere .
Cette Comédie a eſté repreſentée
pluſieurs fois ce Carnaval ,
ſur un fort galant Theatre dreſſe
chez M.Malo , en préſence d'un
fort grand nombre de Perſonnes
de qualité invitées à ce Spectacle.
Les Acteurs eſtoient des Particuliers,
qui ſe ſont tous acquitez
admirablement de leurs rôles . La
Muſique des Intermedes qui ont
divité les Actes, eſt de M. Lalloüete
, Eléve de M.Lully. C'eſt aſſez
dire pour répondre de ſa bonté.
Voicy en quoy conſiſtent les Ornemens
qu'on a preſtez à la Piece.
L'ouverture du Theatre ſe
fait par la Seine , qui commence
alle Prologue. Elle eſt ſuivie de ſes
ou Nymphes, deux deſquelles chanay
Je
Te
sde
la
parme
ler
tent ces Vers.
Sor
१०
MERCURE
Ortons , fortons de nos Grotes
Sor profondes, t
Ce jour pour nous est un jour glorieux
;
Le Dieu qui regne sur ces Ondes,
Doit bientoſt paroiſtre en ces
lieux.
La Seine répond.
Qu'àseconder mes foins vostre Zele
s'empreſſe ,
Que vostre heureuse adreſſe
Donne àvos yeux un nouvelagrément
;
Qu'en vos chants,qu'aux transports
d'une pleine allégreſſe ,
Eclate le bonheur d'un sejour si
charmant.
Apres que le Choeur des Nymphes
a repeté ces deux derniers
Vers ,& qu'elles ont toutes exprimé
leur joye par leurs Dances,
deux d'entr'elles chantent ce qui
fuit.
On
GALAN Τ.
91
,
le
m
ers
pri
ces
On dit qu'il faut aimer les peines
Que l' Amourmesle àses douceurs.
Laiſſons ces Biens trompeurs
Aqui veut porter des Chaînes,
Laiſſons ces Biens trompeurs
Aqui veut verfer des pleurs .
Lapeur d'une Chaîne cruelle
Ne me fait point craindreſa Loy;
Mais il n'est plus de foy ,
On rougit d'estre fidelle ;
Mais il nest plus de foy ,
Ilvaut mieux n'aimerque ſoy.
Neptune paroiſt ſuivy desTritons
. La Seine va au devant de ce
Dieu avec ſes Nymphes , &tous
enſemble, ils font cette Scene.
LA SEINE.
Quelle faveur pour ces heureux
Climats !
qui Quelſujet,Dieu paiſſant, attire icy
0
tespas ?
1
NEP
92
MERCURE
NEPTUNE .
Je viens voir de plus pres ta gloire
SansSeconde,
Le viens eſtre àmon tour témoin de
ton bonheur ,
Et montrer icy quel honneur
Moy- mesmeje me fais du tribui de
ton Onde.
C'estfur tes Rivages fameux
Que le plus grand des Rois, en tout
ce qu'il médite,
Charme par sa haute conduite
Ses Peuples qu'il rend heureux,
L'Univers qu'il étonne,& les Dieux
qu'il imite.
: :
Quel charme de le voir à fon Peupte
,àſa gloire ,
D'un coeurfi satisfait immoler Son
repos ,
Et faire oublier ces. Héros,
Ou qu'aformez la Fable,ou quevante
l'Histoire !
LA
GALANT.
93
t
X
LA SEINE .
Quele Gange orgueilleux , jaloux
d'un fortsi beau ,
Sur des Arenes d'or roule fon onde
fiere.
Que du Dieu de la Lumiere
Ses flots foient le brillant Berceau;
A voir ce que mes Bords étalent d'abondance
,
I'ay droit de mépriſer tout l'or de
Sesfablons;
Et d'un si grand Héros l'éclat & la
préſence ,
Du Soleil à mes yeux valent blen
les rayons..
Tous enſemble .
1
Le bruit defa gloire extréme
1. A cent Peuples charmezfait foufor
haiterfes Loix.
On ne peut nombrer ſes Exploits.
La Renommée elle- mesme
S'eſt veuë en peine avecqueſes cent
LA
voix .
UN
94 MERCURE
!
UN TRITON à la Seine.
Nul ne peut mieux que toy de fa
rare valeur.
Montrer icy les preaves.
Tandis que Marsen fureur
De l'Europe troublée alarmoit tous
les Fleuves,
D'horribles cris gémiſſoient leurs
Echos,
Le Sang Soüilloit leurs eaux &
leurs rivages.
Ce Grand Roy cependant afſfuroit
ton repos ,
" Et toûjours tes libres flots
Portoient au Dieu des Mers tes paifibles
hommages.
UNE NYMPHE.
Par ce calme conftant de ces ondes
fi vives
Onpeut juger quels attraits
Une profonde Paix
Entretient fur ces Rives .
Sans
GALAN T.
95
SA
Sans ceffe mille Concerts
En ces aimables Lieux font retentir
les airs.
Vne allégreffe entiere
Ny laiſſe plus pouffer que d'amoureux
soupirs ,
Et la Trompete guerriere
De cette heureuse Paixfert encor
auxplaisirs . :
NEPTUNE & UN
TRITO Ν.
Que ces aimables Lieux
Soient toûjours exempts d'alarmes.
Le Choeur répete cesdeux Vers.
NEPTUNE.
Que lafaveur des Dieux
En maintienne fans ceſſe , en augmente
les charmes .
UN TRITON .
Pour les Voisins jaloux foient le
trouble & les larmes.
DEUX
96 MERCURE
DEUX NYMPHE S.
De ces justes Souhaits l'effet n'est
point douteux .
Le destin de LOUIS, la terreur de
Ses armes,
Enfont de feurs garands àfes Peuples
heureux.
Tous enſemble .
Que ces aimables Lieux
Soient toujours exempts d'alarmes.
Apres que ces Vers ont eſté
chantez, les Tritons forment une
Entrée avec les Nymphes. Elle
eſt ſuivie de ces deux Couplets
que chante la Seine.
Icyl'Amourfait aimer ſapuiſſance,
Ces Lieux charmans , portent nos
defirs .
Suivons ſes Loix. Que fert la re-
Sistance ?
Toûjours les maux précedent fes
plaisirs ;
MAR
GALANT.
97
Mais quand un coeur voit payerfa
constance ,
Regrete- t- il sa peine &ses foupirs?
- Quand des Amans ont fait le tendre
hommage.
Sçait- on joüir des droits de fa
beauté?
- Quels sont les biens que gouste un
coeur Sauvage ?
e
12
Doit- il vantersa triste liberté?
Quede plaisirs il perd dans le bel
âge!
Qu'un jour ce temps fera bien regreté!
Ce Prologue eſtant finy , lesA
cteurs reprefentent le Premier
Acte de la Comédie d'Amphi
trion , dont Jupiter emprunte la
forme pour ſe faire aimer d'Alcmene.
C'eſt là - deflus qu'eſt fait
l'Intermede qui fuit cet Acte.
Fevrier 1681 . E
98
MERCURE
L'Amour y vient s'applaudir de
la victoire qu'il a remportée ſur
le Souverain des Dieux. Venus
paroiſt avec luy. Il eſt ſuivy des
Plaiſirs , & elle des Graces .
VENUS.
Celebrez de l'Amour la victoire
nouvelle ,
Chantezfa gloire immortelle.
CHOEUR.
Celébrons de l'Amour la victoire
nouvelle ,
Chantons ſa gloire immortelle.
L'AMOUR .
QueIupitervante à mesyeux
Sonpouvoirredouté des Hommes &
des Dieux ;
Deſes mains , quandje veux,j'arrache
le tonnerre,
Il quite les Cieux pour la Terre,
Et trouve dans mes fers fon destin
glorieux.
2
CHOEUR
GALANT. 99
R
CHOEUR.
Celébrons de
CHEQUE DELA VID
I Amour , & LYON
UN PLAISIR
Resister à l'Amour est une triste
gloire.
En vain d'un fier orgueil on fe croit
fairehonneur;
Pour unjeune coeur
La défaite vaut mieux cent fois
que la victoire.
VENUS.
La Ieuneſſe
Sans tendreſſe ,
Est un Printempsfansfleurs.
Gardez-vous bien de traiter de
foibleffe
Les amoureuses langueurs.
La reuneſſe
Sans tendreſſe ,
Eftun Printempsfansfleurs.
Al'Amour ilfaut se rendre.
Cedez- luyfans attendre,
)
Pour gousterplus longtempsſes douceurs.
ג
E 2
100 MERCURE
La Jeunesse
Sans tendreſſe ,
Est un Printemps fansfleurs .
TROIS PLAISIR S. A
Si vous croyez toûjours une Fierté
cruelle,
Vous vous épargnerez des ennuis,des
Soûpirs.
Si vous voulez croire un Amant
fidelle ,
Vous gousterezles plus charmans
plaisirs.tod
UNE GRACE .
Toucher une Beauté que fapropre
١١ douceur
Conduit aux ſentimens qu'on veut
luy faire prendre,
C'est un triomphe aisé qu'on doit
tout au bonheur;
Mais defarmer un coeur
Qui des traits de l' Amour s'est toûjours
ſçeu défendre,
C'eſt vaincre avec honneur.
743 VE
GALANT. ΙΟΙ
VENUS .
Au pouvoir de l'Amour, rendez, rendez
les armes .
UN PLAISIR.
Rien ne peut , rien ne doit réſiſter à
Ses coups.
VENUS & UN PLAISIR.
Dans fon Empire plein de charmes
---Il eſt des momens moins doux,
Mais les plaiſirs ailleurs ne valent
pas ses larmes.
VENUS.
Vostre gloire en cedant doit estre
Sans alarmes.
UN PLAISIR .
Il a ſoûmis des coeurs
Qui n'ont point eu d'autres vainqueurs.
L'AMOUR .
Amans,si l'orgueil de vos Belles
Semble d'abord à vos ardeursfidelles
Nepromettre pour fruit que de triſtes
regrets ,
Eiij
10 : MERCURE
Ne vous laſſexpoint de vos chaines.
Soyez conftans , Soyez difcrets,
Bientoſt dans les plaiſirs vous oublirezvos
peines.
AUTRE GRACE.
Un coeur qui ſçaitſe taire ,
Sçait conduire une affaire.
Dans lefort le plus doux
Plaignez- vous d'un malheur extréme,
Vn bonheur bien caché ne craint
point les Ialoux ,
Il ne faut estre heureux que pour
l'objet qu'on aime.
L'AMOUR .
Joignezvos voix & voſtre zele,
Que la Terre & les Cieux
Retentiſſent du bruit de ma gloire
immortelle,
Suivez toûjours mes Loix, c'est imi-
Iter les Dieux.
Le Choeur répete , Ioignons nos
voix,
GALANT.
103
voix, &c. Apres quoy, les Plaiſirs
&les Jeux font une Entrée, pour
marquer la part qu'ils prennent à
la victoire de l'Amour. La Dance
finie , un des Plaiſirs chante ce
qui fuit.
i
Necroyezpas toutes lesplaintes
Qu'onfait de l'Empire amoureux.
Vn coeur bien difcretſous ces adroites
feintes
Souvent veut cacher lebonheur de
fesfeux.
Ne croyezpas toutes les plaintes
Qu'onfait de l'Empire amoureux .
Quefans aimer la vie est triſte !
Cédons à l' Amour, cedons tous.
Tout aime à son tour ; un coeur qui
resiste,
S'attire l'effort des plus rudes coups.
Quefans aimer, la vie est triſte !
Cédons à l'Amour, cédons tous,
Enj
2
104 MERCURE
Les Acteurs ayant repreſenté
le Second Acte d'Amphitrion,
dans lequel Jupiter trouve moyen
de ſe raccommoder avec Alcmene
,Mercure amene des Muſiciens
& des Danceurs veſtus en Bergers
& en Faunes , pour la Feſte
que ce Souverain des Dieux fait
préparer aux Officiers de l'Armée
. L'ouverture de cet Intermede
ſe fait par Mercure , qui
chante ces Vers .
Meſſieurs,c'eſt icy qu' à loiſir
Kous pouvez préparervostre galante
Feste ,
Qui du Festin qu'on appreste
1 Doit achever le plaisir.
Quevos Ieux animez par le Dieu
des Bouteilles ,
Charment lesyeux & les oreilles,
Etdansvos Chants celebrez tourà-
tour
Le Dieu du Vin, & celuy de l'Amour·
BER
GALANT.
105
BERGER CONSTANT .
Aimable liberte , charme d'un coeur
Un Amant malheureux trouve en
:
tranquile ,
toy fon azile ,
Nulchagrinſous tes Loix ne le fait
murmurer;
Et móy dans les plus rudes chaînes ,
Accablé de mille peines ,
Ie meurs fans tepouvoir ſeulement
defirer.
BERGER INCONSTANT .
De tes mortels chagrins je plains la
violence ;
Pour t'en guerir , éprouve l'incon-
Stance. :
Qu'un Inconstant est heureux!
Quefa Bergere
Soit ingrate ou legere, ว
Il n'en a point de momens plus
fâcheux.
Qu'un Inconstant est heureux !
E V
106 MERCURE
S'ilse trouve mal dansſa chaîne,
D'abord il en brifſe les noeuds ,
Et conſolé d'un fort qu'il repare
Sans peine ,
En va chercher ailleurs une ſelon
Ses voeux.
Qu'un Inconstant eft heureux!
BERGER CONSTANT..
Iris eſt inſenſible à mon amour
fidelle ,
Mais je ne puis aimer qu'elle.
UN FAUNE.
Méprise les conseils de cet Amant
volage ,
Defon aveuglement tu dois te garantir.
Changer d'esclavage ,
Ce n'est pas en fortir.
Tous les Faunes ayant repeté
ces deux derniers Vers , deux
d'entr'eux chantent .
Pourguérir ton chagrin ,
Ne chercheque le Dieu du Vin.
Fais
GALANT. 107
Fais ton azile d'une Treille د
C'est là que tu peux te fauver.
L'Amour ne t'y viendra trouver
Quepourpartager ta Bouteille.
BERGER CONSTANT.
Iris eft infenfible à mon amour fidelle
,
Mais je ne puis aimer qu'elle.
BERGER INCONSTANT.
Effaye, eſſaye une fois
Les plaiſirs d'un coeur volage.
LES FAUNES.
Suy Bacchus comme nous , Suy ses
aimables Loix.
BERGER INCONSTANT,
& UN FAUNE .
Tu changeras bientoſt de fort &de
langage.
BERGER CONSTANT.
Ah , si vous connoiffiez la Beauté
que je fers ,
Vous partageriez mes fers.
BER
108 MERCURE
BERGER INCONSTANT .
J'ay veu cette Beauté qui ſe rit de
tes peines,
Cependant ſes appas ne peuvent
rien fur moy.
BERGER CONSTANT .
Il faut donc qu'un Rocher Soit plus
tendre que toy.
BERGER INCONSTANT.
Non, mais une Beauté qui n'ofre que
des chaînes ,
N'aura jamais ma foy.
UN FAUNE.
Bacchus ne défend pas d'aimer,
De beaux yeux quelquefois ont bien
Sçeume charmer ; DAL
Mais quand l'Amour devient trop
puiſſant sur mon ame,......
Ie mets une Bouteille au devant de
Ses coups ;
Et le Vin dans mon coeur , pour modérerſaflame,
Allume unfeu plus doux.
LES
GALANT. 109
LES FAUNES.
Vive le Dieu du vin,vive ſon doux
empire.
Ses charmantes douceurs 5
Ne coustent point de pleurs,
On poſſede auſſitost tout ce que l'on
defire .
Vive le Dieu du vin , vive ſon doux
Empire.
BERGER INCONSTANT.
Un seul regard d'Iris mesme severe
,
Vaut à mon coeur les plaisirs les
plus doux.
Si ce regard estoit desarmé de colere,
Grands Dieux ,de mes transports je
vous rendrois jaloux .
BERGER INCONSTANT.
Esclave malheureux du Tyran que
tu fers
Il ne te faut que despleurs & des
fers
LES
ΙΙΟΙ MERCURE
LES FAUNES.
Va porter tes ennuis ailleurs ,
Et quels que foient les maux dont
tu ſens les, atteintes,
Ne troublepoint icy nos jeux par tes
clameurs ,
Ou le bruit de tes plaintes
Ne fera qu'exciter nos ris & tes
douleurs.
Les Faunes commencent icy à
dancer , & en ſuite chantent ces
Vers.
Fuffiez- vous accabléde mille foins
confus ,
Quand l' Amour, un Procez , & tous
vos Biens perdus ,
Vous donneroient du dégoust pour
la vie,
Voulez- vous rire encor malgré le
Sortjaloux ?
Voulez-vous voir tous les Roys
Sans envie ? L
Buvez , buvez, enyvrez-vous.
Eh
GALANT. 1111
Eh bien, ces jeux & ces plaisirs
Ne valent - ils pas bien tes pleurs
& tes foûpirs ?
BERGER CONSTANT .
Iris eft infenfible à mon amour fi
delle ,
Maisje ne puis aimer qu'elle.
BERGER INCONSTANT.
Esclave malheureux du Tyran que
tu fers ,
Ilne tefaut que des pleurs &des
fers.
BERGER: CONSTANT.
Tant qu' Amour garderafon pouvoir
fur les ames.
LES FAUNES.
Tant que Bacchus chaſſera le chagrin.
BERGER INCONSTANT .
Tant que l'Amour constant fera
craindre fes flâmes.
ز
Tous
112 MERCURE
Tous enſemble .
Bacchus , le ſeul Bacchus, reglera
Iris , la belle Iris, mon
L'aimable changement: Sdestin .
Jupiter s'eſtant fait connoiſtre
pour l'Amant d'Alcmene dans le
troifiéme Acte , les Thebains fimiſſent
la Piece , en exprimant
par leurs dances & leurs chants la
joye qu'ils ont que leur Ville ait
eſté honorée de la prefence de ce
Dieu.
CHOEUR DE THEBAINS .
Iupiter pour ces Lieux
Quite leſejour des Dieux.
DEUX THEBAINS.
De ce grand jour gardons bien la
mémoire ,
Que l'Encensen tous lieux fame
fur nos Autels .
CHOEUR DE THEBAINS .
Que le reste des Mortels
Soit jaloux de noſtre gloire.
DEUX
GALANT.
113
DEUX THEBAINS .
Ces Lieux ont pour luy des appas
Qu'au Ciel il we trouvoit pas.
DEUX AUTRES
THEBAINS . :
Concevons un bonheur fupréme
Sur le charmant espoir qu'il nous
donne luy meſme.
UN THE BAIN.
Tremblez, Ennemis jaloux ,
Il va naître parmy nous
Vn Héros dont les Faits doivent
remplir la Terre .
Vous reconnoistrez àſes coups
Le Fils du Maistre du Tonnerre,
Tremblez, Ennemis jaloux..
AUTRE THEBAIN.
Ieunes Beautez, dont les rigueurs
extrémes
Sont tout le fruit de nos ardeurs,
Voyez condamner vos coeurs
Par l'exemple des Dieux mêmes.
Est- il honteux
De brûler de leursfeux?
114
MERCURE
1
2
DAME THEBAINE .
Les Dieux aux transports amoureux
Peuvent trouver des charmes .
Tous les plaiſirs sont faits pour
eux ,
Ils n'ont point dans leurs voeux
De cruelles alarmes .
Ce n'est point aux Mortelsjaloux
D'efperer unfortsi doux.
THEBAIN.
Quitezune erreurfi vaine,
Les Dieux en prenant une chaîne,
Nefont pas exempts de foûpirs .
Vn peu de peine
Fait mieux goufter les plaiſirs.
DAME THE BAINE .
Iln'est point de tourment cruel
Qui puiſſe mettre à bout leur courage
immortel,
Mais de ma fermeté mon ame Se
défie.
L'ay veude cent Beautezle malheur
éclatant. S'il
GALANT. 115
S'il m'en arrivoit autant ,
Ceferoit fait de ma vie.
DEUX DAMES
THEBAINES.
Fuyons , fuyons l'Amour , craignons
ce Dieu trompeur ,
On ne peut contre luy garder trop
bien fon coeur.
THE BAΙΝ.
Si la crainte desfoûpirs
Vous fait fuir les plaiſirs
Où le bel âge vous convie,
D'un Amant éprouvéfaites un heureux
choix,
Pourſuivre defi douces Loix ,
Ce vousfera trop peu que toute voftre
vie.
LES THEBAINS .
Aimez, jeunes Bautez, aimez,
De vos fers,de vos feux , vos coeurs
Seront charmez.
DAME THEBAINE.
Il est trop malaiſé defaire un choix
AU heureux .
116- MERCURE
AUTRE THEBAIΝΕ .
Tout eft plein aujourd'huy de Trompeurs
dangereux.
AUTRE THEBAINE.
On ne les connoit plus ; ils ont tous
le langage
Des coeurs bien amoureux.
DEUX THEBAINES .
Gardons,gardons toûjours unefierté
Sauvage,
Il est trop malaiſé defaire un choix
heureux.
THEΒΑΙΝ.
Il est des Amans infidelles ,
Mais riſquons - nous moins
Envous ofrant nos ſoins ?!
Les feintes aux coeurs des Belles
Sont - elles moins naturelles ?
DEUX THE BAINS .
Aimons,aimons; que nulle crainte
N'empeſche de nous engager.
DEUX
GALANT.
117
DEUX AUTRES
THEBAINS.
On démeſle aiſement une ame bien
atteinte ,
D'avec un coeur léger.
AUTRE THEBAIN.
7
Et quand on y devroit courir quelque
dangers on
Le prix que l'amour nous propose
Est- il un prix si bas,
Qu'il ne vaille pas I
Qu'un coeur pour l'acquérir bazarde
quelque chofe?
THEBAINS & THEBAINES
enſemble.
MORINTHEBAINS...
Suivez , fuivez l'amour , aimezce
doux Vainqueur.
THEBAINES.
Fuyons, fuyons l'Amour, craignons ce
Dieu trompeur.
THEBAINS .
On ne peut contre luy garder longtempsfon
coeur. THE
118 MERCURE
THEBAINES.
On ne peut contre luy garder trop
bien fon coeur.
Ce Dialogue eſt ſuivy d'une
Entrée que dance le Peuple de
Thebes; apres quoy une Thébaine
chante ces Paroles .
Lors que nous paſſons la vie
Sans quelque amoureux defir,
Que nos jours font peu d'envie !
Ilsfont pournous fans plaisir ,
Lors que nous paſſons la vie
Sans quelque amoureux defir.
Le retour de la verdure
N'eſtdûqu'auxſoins de l'Amour.
Si tout rit dans la Nature,
C'est que tout luy fait la Cour.
Le retour de la verdure
N'eſt dûqu'auxſoins de l'Amour.
DEUX THEBAIN S.
Rendons-nous
Quand l'Amour nous inſpire;
Ren
GALANT.
119
:
Rendons- nous ,
Tout doit aimerses coups.
Le Choeur répete , Rendonsnous
, &c .
DEUX THEBAIN S.
Le vain honneur de braver fon
empire,...
Nous coûteroit nosplaiſirs les plus
doux .
Le Choeur répeteLe vain honneur,&
c. & on chante le Couplet
qui fuit de la meſme forte.
Nosbeaux ans
Sont faits pour la tendreſſe ,
Nos beaux ans
Ne durent qu'un Printemps
Aimons , aimons ; si c'est une foibleffe
,
Pour estreſage , on n'a que trop de
temps.
Avoüez , Madame , que pour
des Particuliers , rien ne sçauroit
eftre
(I 20 MERCURE
:
eſtre plus glorieux, que de ſe donner
à eux, & à leurs Amis,un divertiſſement
aſſez peu commun
pour attirer tout Paris, ſi l'entrée
du Lieu avoit eſté libre pour de
l'argent .Le bruit qu'il a fait ayant
fait naître l'envie à Monſeigneur
le Dauphin de voir ce galant
Spectacle , il ſe rendit il y a trois
jours chez mon ſieur Malo, accompagné
de Madame la Dauphine,
de Monfieur,de Madame,de Mademoiselle
, & ſuivy d'une partie
de la Cour.La Comédie fut ſi bien
joüée ,& les Intermedes chantez
d'une maniere ſi juſte , que ce
Prince témoigna tout haut , que
de long-temps il n'avoit rien veu
qui luy euſt paru ſi agreable.
L'établiſſement du Droit
François s'eſt fait à Caen , ainſi
qu'à Paris. Vous voyez par
là , que le Roy ne ſe laſſe point
de
GALAN T. 121
detravailler au bien commun de
ſes Peuples . Le Mercredy 10. de
ce Mois Monfieur Meliand, Intendant
de la Generalité de
Caën, eſtant venu dansl'Ecole de
Droit , qu'on avoit ornee de tresbeaux
Tapis, les Compagnies du
Préfidial & Bailliage s'y trouverent
en Robes ; ainſi que les
Echevins. Pluſieurs Docteurs de
toutes les Facultez de l'Univerſité
, & la plupart des Officiersdes
autres Corps de Juſtice dela Ville,
s'y rendirent chacun en particulier,
avec preſque tout le beau
monde de Caën . Vous ſçavez ,
Madame , que c'eſt une des Villes
de France où l'on trouve le
plus de Gens d'eſprit , & que les
Dames y ont une politeſſe qui ne
ſent point la Province.Les Compagnies
ayant pris leurs places,
- Monfieur l'Intendant fit faire à
Fevrier 1681 . F
1122 MERCURE
haute voix la lecture de l'Arreſt
du Conſeil du Roy, qui nommoit
-Monfieur le Courtois , Docteur
aux Droits , Avocat au Préſidial
& Bailliage de Caën , pour Doeteur
Profeffeur du Droit François
en l'Univerſité , & le meſme
-Monfieur Courtois , avec Monſieur
Fleury , Preſtre , Chanoine
du S. Sepulcre ; Meſſieurs Seveſ-
-tre, le Coq , & le Gras auffi Avocats
au Bailliage & Siege Préfidial
; Monfieur le Tremançois,
Ecuyer , Avocat en Vicomté à
Casn , Monfieur Halley le jeune,&
Monfieur Pyron, Profeſſeur
de 1 Eloquence, pour les huitDocteurs
aggregez aux Facultez de
Droit. Cette lecture eſtant faite,
Monfieur Meliand leur fit prê-
-ſter le Serment , & donna place
aux Docteurs aggregez , qui eftoient
veſtus de Robes noires
u avec
GALANT.
123
e
avec le Chaperon rouge,au rang
des quatre anciens Docteurs des
Facultés de Droit,qui portoiet des
-Robes rouges. A l'égard de Mr
-le Courtois , dont la Robe eſtoit
de cette meſine couleur, il le mit
en poffeffion de la Chaire de
Droit, où il fit un tres beau Difcoursqui
luy attira l'applaudiſſement
de tout le monde. Il fit voir
les foins que noftre auguſte Monarque
avoit toûjours eus pour le
biende ſes Sujets , &dit , Qu'il
n'avoit pû mieux couronner toutes
fes Victoires apres tant de Provinces
conquiſes , que lors qu'il avoit
fait publier des Edits, des Déclarations,&
des Ordonnances, pour établir
dans tout le Royaame une Iuftice
inviolable qui miſt le repos dans
les Familles. Enfuite , il expliqua
l'Ordonnance de Charles IX.
124
MERCURE
24
3
touchant les Tranſactions &
Accords de Procez , qui ne font
point ſujets au relevement s'il
n'y a dol perſonnel , & cette explication
fut appuyée de preuves
& autoritez ſi fortes , que
chacun fut obligé d'avoüer que
l'étude du Droit François eſtoit
d'une grande utilité , pour porter
ceux qui la font à la haine
des Procés , dont la penſée ne
peut jamais eftre qu'odieuſe , s'ils
ne font abſolument neceſſaires .
Son Difcours eſtant finy , Monfieur
Meliand , dont il loua fort
l'application continuelle à ce qui
regarde les intereſts de Sa Majesté
,& le bien public, luy fit
occuper la ſeconde. Place parmy
les quatre anciens Docteurs Profeffeurs
aux Facultez de Droit,
ſuivant l'Arreſt du Conſeil . Le
choix de ceux qu'on vientd'aggréger
,
GALANT.
125
gréger , a eſté reçeu avec d'autant
plus de joye , qu'ils font tous
d'un mérite particulier.Monfieur
Fleury s'acquite avec une entiere
exactitude del'Office de Promoteur
, qu'il exerce en l'Officialité
de Caën . Meſſieurs le Courtois,
Seveſtre , le Coq , le Gras , & le
Tremançois , ſont des Avocats
confumez dans l'étude du Droit,
&des affaires du Barreau , où ils
paroiſſent avec de grands avantages
; & Mr Pyron qui profeſſe
dans l'Univerſité depuis fort long.
temps , s'y eft acquis une eſtime
generale.
Il ſe fit ces derniers jours une
Converſation tres- agreable entre
pluſieurs Perſonnes d'eſprit, touchant
certains mots , ou manieres
de parler , dont on a voulu
amener la mode. Un fort galant
Homme qui s'en eſtoit diverty
Fiij
126. MERCURE
comme les autres, prit de làoccaſion
de les employer dans ce Billet
qu'il envoya le lendemain à la
Dame , chez qui l'examen s'en
eſtoitfait.
BILLET.
L'aurois Mpraticable Beauté.
vieilly ſans vous avec un coeur
tout neuf. Cependant depuis que je
me suis embarqué à vous aimer ,je
n'ay pû sçavoir la destination du
voſtre,& il est toûjours indéchifrable
pour moy. Puis que je me fais
une vraye affaire de vous aimer,
pourquoy prendre des airs de chagrin
quand vous me voyez ? le ſuis
d'une bonne paste d'Homme , & l'on
en peut faire une bonne paste d'AImant
. Ie vous aime d'un amour
distingué , & je vous trouve une
Beautéà manger. Pour le coup vous
avez
SEAJE DELA V
1
GALANT.
127
avez tort , & vous ne devez pas
estre avec moy du droit , & du dédaigneux
dont vous estes. Vous avez
de violentes douceurs pour d'autres ,
qui ne seroient pas du gouft du sublime.
Ie fuis un Homme d'un bon
commerce , &fijen'ay pas un affez
gros bien pour vous , j'ay du moins
un gros amour,& commeje vous ai
me avec une groſſe délicateſſe , je
Souhaite que vous ayez une groffe
tendreſſe pourmay,finon croyezque
jene vous aimeray jamais plus.
Je reçeus la Figure de la Comere
,&des trois Oeufs extraordinaires
qu'on a veus à Rome,
daas le temps que j'achevois ma
derniere Lettre. Cela fut caufe
que je me contentay de vous en
faire la defcriptio.Je vous envoye
aujourd'huý cette Figure,gravée
fur celle de Rome , afin que vous
Fiij
118 MERCURE
voyiez par vous- meſmes ce que
je puis vous avoir repreſenté imparfaitement.
On a imputé àl'apparition
de cette Comete , le
froid extraordinaire qu'on a fouffert
cette année en Italie . Il a
eſté grand en France , mais nous
n'y avons éprouvé aucun malheur
general dont la Comete
puiſſe eſtre accuſée. Les Particuliers
peuvent avoir eu leurs fujets
d'affliction .Cela eſt ordinaire
dans chaque Famille , où la mort
apportetoûjours de grands changemens.
Celle de Madame la Marquiſe
deGordes a fort ſurpris , quoy
qu'il ſemble qu'elle n'ait pas eſté
impréveuë pour elle. La perte de
Monfieur de Gordes fon Mary
arrivée depuis deux mois, la toucha
ſi vivement , qu'elle dit déslors
qu'il luy reſtoit peu de temps
à
GALANT.
129
+
à vivre. Ce preſſentiment , fondé
fur l'excez de ſa douleur , l'obligea
de mettre ordre à ſes affaires
, non ſeulement pour ſa confcience,
mais encor pour ſon Teftament
, qu'elle fit dans une pleine
ſanté trois ou quatre jours avant
l'accident qui l'emporta tout
d'un coup. Elle fut ouverte,& on
luy trouvale fiel crevé.Elle estoit
de la Maiſon d'Eſcoubleau-Sour
dis,qui fans contredit eſt une des
plus illuſtres du Royaume. Il y
aeu un Cardinal de cette Mai
fon . Mademoiselle de Gordes ſa
Fille,qu'elle avoit retirée duCou
vent depuis quelque temps , a
mille bonnes qualitez quila font
aimer de tous ceux qui la con.
noiffent .
in
Cette mort a eſté ſuivie de cel
lede Madame de Tonné Chal
rante , Fille de Mr de la Vrilliere
Fv
130 MERCURE
Secretaire d'Etat , & Veuve de
Meſſire Jean- Claude de Roche-
Choüart, Chevalier, Seigneur de
Tonné - charante , Comte de Vi
vonne , Marquis de l'Ifle-Dieu,
Seigneur d'Orgere , Colonel du
Regiment de la Marine. C'eſtoit
une Dame d'une tres-grande
vertu. Elle en a donné d'éclatarntesmarques
par la patience & la
reſignation toute Chreftienne avec
laquelle elle a ſoûtenu les
longues douleurs dont ſa maladie
a eſté accompagnée. Elle futenterrée
à S. Eustache le 17. de ce
mois.
E Le meſme jour on enterra Mr
Brigallier à S.Sulpice. Il eſtoitPremier
Avocat du Roy au Chaſtelet
, & ancien Echevin de Paris.
Il exerçoit cette Charge depuis
l'année 1640. & avoit eu le chagrin
de perdre depuis affez peu
de
GALANT.
138
de temps un Fils & une Fille
qu'il avoit. Ainfi Monfieur Brigallier
fon Frere eſt ſon Heritier.
La grande jeuneſſe ne donne
aucun privilege contre les attaques
de la mort. Mademoiſelle
Parfait n'avoit que ſeize ans. Sa
beauté faiſoit grand bruit, & elle
eſt morte , ayant à peine commencé
de vivre . Elle estoitFille
deMadame la Marquife de Vandeuvre.
La groffeffe de Madame la
Ducheffe de Foix avoit caufé
grande joye. Monfieur le Duc
de Foix fon Mary , qui ſouhaitoit
fort un Fils , la reſſentoit vivement.
Cependant s'eſtant bleffee
en tombant dans une Chaiſe à
Porteurs, elle est accouchée d'un
Enfant mort. Ce malheur les af-
Aige d'autant plus , que c'eſt le
feul
1
132 MERCUR
ſeul qu'ils ont eu depuis dix ans
qu'ils font mariez .
Il y a grande apparence que la
liaiſon que je vous dis la derniere
fois qui commençoit à ſe former
entredeux Perſonnes qui ont autant
de délicateſſe que d'eſprit,
fera dedurée,par la maniere dont
vous allez voir qu'elle s'eſtablit.
La Dame que le Cavalier avoit
régalée de l'Hiſtoire de ſon coeur,
ne ſe contenta pas de luy témoigner
le lendemain qu'elle ſe tenoit
obligée de la confidence qu'-
il luy avoit faite de ſes Intrigues.
Elle voulut à fon tour ſe faire connoiſtre,&
luy envoya deux jours
aprés une Réponſe qui contenoit
ce qui ſuit,& avoit ce Titre .3
HISTOI
GALANT .
133
HISTOIRE
J
DE MES
CONQUESTES .
E fuis fi contente de la ſincerité
que vous m'avez marquée
en m'envoyant l'Hiſtoire de vôtre
coeur , que je veux ſuivre
voſtre exemple , & vous conter
auffi de bonne- foy toutes les
petites avantures de ma vie ;
mais avant que de commencer
mon Hiſtoire , il faut que j'acheve
la voſtre , & que j'y ajofite
une Piece qui y manque , c'eſt à
dire mon Portrait , qui devoit
bien tenir ſa place parmy ceux
des Belles , à qui vous vous eſtes
attaché.Vous connoiffez ma perfonne,
134
MERCURE
fonne , & vous dites qu'elle vous
plaitt , ainſi je n'en dis rien ; mais
pour lecoeur & l'eſprit ,j'ay peine
àcroire que vous me connoiffiez
affez par ces endroits-là. J'ay eu
une éducation tres - capable de
m'étouffer l'eſprit ; cependantje
n'ay pas laiſſé d'en échaper , &
d'en fauver quelque choſe. Ilme
refte affez de fineſſe & de déli
cateſſe dans mes penſées , mais
peut eſtre j'y gagnerois , fi on les
pouvoit deviner ſans que je les
exprimaffe. Il y avoit en moy des
commencemens de plus d'eſprit
que je n'en ay. L'intention de la
Nature eſtoit que l'Art achevaſt
ce qu'elle avoit laiſſé à achever,
mais l'Art n'en a rien fait.Si vous
voulez cependant que je vous diſe
ce qu'en penſent quelques
Connoiffeurs qui parlent demoy
plus avantageuſement , ils m'ont
affurée
GALANT.
1351
aſſurée que la Nature m'avoit
donné tout l'eſpris qu'elle me
pouvoitdonner , mais que l'Art
me pouvoit donner quelques apparences
d'eſprit, qu'à laverité il
ne m'avoit pas données. On dit
que je penſemieux que tousceux
qui parlent mieux que moy ,
que j'écris mieux que tous ceux
qui ne penſent qu'auſſi - bien. Ne
me demandez point dans la converſation
des médiſances & des
contes agreables, des traits d'une
imagination bien vive , des ex
preſſions extraordinaires & furprenantes.
Il faut, s'il vous plaift,
vous paffer de tout cela,mais con+
tentez- vous d'une mélancholie
douce qui regne fur tout ce qu'on
dit, de quelques penſées fines ſemées
de temps en temps,& à propos
, d'un certain air de bonté &
de ſincerité repandu juſques ſur
les
136 MERCURE
les moindresdiſcours ; enfin d'un
agrément qui part plûtoſt du
coeur que de l'eſprit , & peuteſtre
trouverez - vous voſtre compte
avec moy. Me voila infenfiblement
venuë à l'article de mon
coeur. Je vous avertis que ſi j'en
parle beaucoup , j'en diray du
bien. Je l'ay naturellement ten -
dre & délicat , & diſpoſé à aimer
d'une certaine maniere , qui fait
que je ne puis jamais aimer beaucoup
de Gens. Si je m'en eſtois
cruë , ma tendreſſe euſt reſſemblé
à celle de la plupartdes Femmes.
Elle euſt eſté jalouſe, inquiete
, ombrageuſe , mais un peu de
raiſon y a donné ordre. Vous allez
croire que la raifon ne peut ſe
méler de ce qui regarde la tendreſſe
, ſans l'affoiblir beaucoup.
Jene ſuis point de cet avis.La délicateſſe
des ſentimens n'eſt pas
incom
GALANT. 137
incompatible avec leur nobleffe.
Mon coeur prend les conſeils de
ma raiſon. Auſſi n'est- ce pas une
raiſon farouche. Elle approuve
de certains engagemens , &
mefme les fortifie. Elle eſt de
moitié avec le coeur à goûter ſes
plaiſirs. Sans cela je ferois fort à
plaindre dés que j'aimerois , car
je me ſouviens que ma raiſon
m'a donné d'étranges peines,
quand elle a eſté ſeulement pour
quelquesmomensd'un autre party
que mon coeur , Songez à ce
que vous faites en m'aimant.
Je ne me trouve preſque jamais
affez aimée. A vous dire le vray,
je me ſuis quelquefois ſurpriſe
moy- mefme dansdes inſtans , ou
c'eſtoit la vanité qui produiſoit
enmoy ce ſentiment. Quelquefois
auffi ce n'eſtoit pas elle. A
propos de vanité , j'y donnerois
quel
138 MERCURE
quelquefois, ſi je n'y prenoisgarde
. Je ſuis affez capable d'entendre
raiſon . Il ſemble que ce ne
ſoit pas là faire un grand éloge de
moy-meſme ; mais à moy il me
paroiſt que c'eſt un ſi grand merite
que de pouvoir entendreraiſon
, que je n'oſe preſque me le
donner. Voila à peu prés tout
le bien & tout le mal que je puis
vous dire de moy. Je viens à mes
avantures . J'eſtois encor fortjeus
ne.Je répondois parfaitement aux
eſpérances d'une Mere, qui avoit
pris tous les ſoins imaginables àmo
redre fort ſimple,& fort innocent
te. Je n'avois jamais rien vû , & ne
ſçavois pas qu'il y euſt rien àvoir.
Enfin j'étois une tres- petite Fille,
lors qu'avec un peu de teint , &
des yeux affez paſſables , quoy
que mal conduits , je ne laiffay
pasde faire une conqueſte. C'ef
toit
GALAN T. 139
toit un jeune Homme , toûjours
aſſez bien mis ; mais qui du reſte
n'avoit aucun caractere . Il n'eſtoit
ny mélancholique, ny enjoüé, ny
complaiſant , ny opiniatre , ny
agreable, ny ridicule. On ne ſçavoit
ce que c'eſtoit. Il me rendoit
des foins. Il eſtoit affidu aupres
de moy , & je ne ſentois rien. Je
medemandois quelquefois àmoy.
meſme ; mais d'où vient que je ne
prens point de plaisir à le voir ?
N'est- ilpas affez bien fait , & toû
jours fort propre ? Oüy. Que luy
manque- t-ildonc ? Je n'en ſçavois
rien alors , car je ne ſçavois pas
qu'il y avoit quelque choſe qui
s'appelloit eſprit & agrément.
J'appris enfin ce que c'eſtoit un
jour queje rencontray dans une
viſite un jeune Cavalier, qui avoit
affez de réputation dans le monde.
Je connus auſſitoſt ce qui
1. man
140
MERCURE
manquoit à mon Amant, & je vis
fort bien à quoy il tenoit que je
ne l'aimaſſe . L'autre parloit une
langue que je n'avois jamais
oüy parler , & que j'entendois
pourtant. Cela répondoit à une
certaine idée confuſe que j'avois
dans la tefte. Je n'avois jamais
vûd'Homme d'eſprit , & je ſentis
bien qu'il l'eſtoit.Au fortir de cette
viſite , mon Amant me devint
infuportable .Je ſongeay au plaifir
que j'aurois d'eſtre aimée du Cavalier
que je venois de voir;
mais j'y fongeay comme j'aurois
fait au plaifir d'eſtre Reyne , car
la choſe ne me paroiffoit pas pofſible.
J'enviſageois une diſtance
épouvantable entre ſon efprit &
le mien,& jeme trouvois une tres-
Petite Creature. Jeune croyois
pas qu'il puſt m'aimer , & cepen
dant je ſentois bien que je ne
pou
GALANT. 141
pouvois plus fouffrir d'eftre aimée
qué de luy. Je fus plus heureuſe
que je n'eſperois. Voicy tout
d'un couple Cavalier à mespieds.
Ces yeux, ce reint, cet airde jeuneffe
, tout cela avoit fait ſon effet.
Je m'apperçeus-bien qu'il ne
me trouvoit tout au plus que belle.
J'en eus du dépit en moymeſme.
Je voulus élever mon meritejuſqu'à
l'eſprit , mais c'eſtoit
une affaire qui n'alloit pas ſi vîte.
Je penſoisaſſez- bien , & je faifois
des efforts pour pouffer mes penſéeshorsde
ma teſte, mais j'avois
beau faire. Je demeurois toujours
riche de mille jolies choſes
que je n'avois point dites . Mon
nouvel Amant avoit parbonheur
affez de penétration. Il démeſla
ce qui ſe paſſoit chez moy , &
me tint compte de l'eſprit que je
ne paroiſſfois pas encor avoir.
4 Enfin
142 MERCURE
1
Enfin je commençay à parler. Il
m'échapa des chofes affez heureuſes,
& qui furent fort applau
dies. Il ſe trouva que j'avois de
l'eſprit. Jamais je ne fus fi étonnée.
Ma réputation ſe forme.
Me voila dans le monde ſur le
pied de Fille tres- fpirituelle.Mon
✓ nouvel Amant devient fou du
mérite qu'il m'avoit preſque donné
, puis qu'il me l'avoit découvert.
Enfin tout me reüffit , tout
profpere . Vous ne trouverez pas
mauvais que pour avoir de l'efprit,
il en ait couſté quelque cho- .
ſe àmon coeur. La reconnoiſſance
m'y auroit engagée au defaut
de l'inclination . L'Amant dont je
vous parle icy eſtoitd'un caractere
fort particulier ; & une des
principales chofes qu'on luy reprochaft
, c'eſtoit cela meſme,
qu'il eſtoit trop particulier. Ilaimoit
GALANT .
143
.
moit les plaiſirs , mais non point
comme les autres. Il eſtoit pafſionné
, mais autrement que tout
le monde. Il eſtoit tendre , mais
à ſa maniere. Jamais ame ne fut
plus portée aux plaiſirs que la
ſienne , mais il les vouloit tranquilles,
plaiſirs plus doux , parce
qu'ils estoient dérobez. Plaifirs
affaiſonnez par leur difficulté,
tout cela luy paroiſſoit des chimetes.
Ainſi ce qui me perſuada le
plus de ſa tendreſſe pour moy,
c'eſt que je luy coûtois quelque
chofe. Il avoit une eſpece de raifon
droite & inflexible, mais non
pas incommode , qui l'accompagnoit
preſque toûjours. On ne
gagnoitrien avec luy pour en eftreaimée.
Il n'en voyoit pas moins
les défauts des Perſonnes qu'il
aimoit , mais il n'épargnoit rien
pour les en guérir , & il ne s'y
pre
144
MERCURE
prenoit pas mal. Des foins,desaffiduitez
, des manieres honneſtes
& obligeantes, des empreſſemens
tant qu'il vous plaira , mais prefque
point de complaiſance finon
dans les choſes indiferentes. Il
diſoit qu'il auroit une complaiſance
aveugle pour les Gens qu'il
n'eſtimeroit guere , & qu'il voudroit
tromper ; mais que pour les
autres , il vouloit les accoûtumer
à n'exiger pas des choſes peu raifonnables
, & à n'eſtre pas les dupes
de ceux qui les feroient A ce
compte là , vous voyez bien que
la plupart des Femmes qui ſont
impérieuſes & déraisonnables, ne
ſe fuſſent guére accompagnées
de luy , à moins qu'il ne ſe fuſt
longtemps contraint; ce qu'il n'étoit
pas capable de faire. Il eſtoit
d'une fincerité prodigieuſe , juf-
C
que-là que quand je le prenois à
foy
GALANT.
145
4
..
foy & à ferment, il n'oſoit me répondre
que de la durée de ſon eftime
& de fon amitié ; & pour
celle de l'amour , il ne la garantiffoit
pas abſolument. Il avoit
toûjours ou un enjoüement affez
naturel , ou une mélancolie affez
-douce. Dans la converſation sil
-y fourniſſoit raiſonnablement , &
eſtoit plus propre qu'à toute autre
choſe , encor faloit il qu'elle
fuit un peu reglée, & qu'il raiſonnaft
,car il triomphoit en raiſonnemens
, & quelquefois meſme
dans des converſations communes,
il luy arrivoitd'y planter des
choſes extraordinaires , qui déconcertoient
la plupart des Gens .
Ce n'eſt pas qu'il n'entendift
bien le badinage. Il l'entendoit
meſme trop finement. Ildivertiffoit
, mais il ne faifoit guére tire.
Son exterieur froid luy donnoit
Fevrier 1681 . G
↓
146 MERCURE
donnoit un air de vanité ; mais
ceux qui connoiffoient ſon ame,
deméloient aiſément que c'eſtoit
une trahifon de ſon exterieur. Je
vous en fais un ſi long portrait, &
il ſemble quej'ay tant de plaiſir à
parler de luy , que vous croirez
Peut-eſtre que noſtre intelligence
dure encore. Non, elle eſt finie
, mais ce n'eſt ny par ſa faute,
ny par la mienne. L'amour avoit
faitde ſon coſté tout ce qui eſtoit
neceſſaire pour rendre noftre
union éternelle .La fortune a renverfé
tout ce qu'avoit fait l'amour.
J'eſtois la ſeule Maîtreffe ,
& la premiere de ſes Amies . Il
eſtoit mon feul Amant, & le premier
de mes Amis. Jugez par là
de quelle nature eſtoit noftre
commerce. Un troiſiéme Amant
vint prendre ſa place , & effaya
inutilement de la remplir tout-à
fait.
GALANT.
147
fait. Ce n'eſt pas que fa Perſonne
ne fuſt aſſez agreable , qu'il
n'euſt de la vivacité d'imagination,&
de certains tours dans l'efprit
tres-divertiſſans ; mais quand
on l'examinoit un peu à fond , on
trouvoit que ſes manieres fai-
-foient honneur à ſon eſprit. Qui
auroit ofté aux choſes qu'il diſoit,
'air,&le ton dont il les diſoit,leur
Jeuſt peut eſtre ofté tout leur
agrément. C'eſtoit ſur cet air , &
fur ceton , que rouloit ſon badinage.
Il amuſoit les Gens plus
qu'il ne les entretenoit. Il y avoit
dans ſa phiſionomie je-ne- ſcayquoy
qui m'eſtoit ſuſpect en fait
de tendreſſe ; & quand je le
voyois , mon coeur m'avertiſſoit
que je ne me fiaſſe point trop à
luy.ll neme ſembloit point Homme
à eſtre la dupe d'une paſſion;
& ſon coeur, autant qu'il m'eſtoit
Gi
148 MERCURE
poffible d'en juger , n'eſtoit pas
denature à ſe laiffer embarquer
dans des mauvaiſes affaires. Il
n'avoit pas l'air tendre , il affetoit
meſme quelque rudeſſe d'efprit
; & pour ſe perfuader qu'on
en fuſt aimée, il falloit eſtre prévenuë
d'amour pour luy. Les reflexions
que je fis fur fon chapitre,
furent cauſe qu'il ne fit jamais
que me divertir, ſans venir à bout
de m'engager mais je penſay en-
-trer dans un commerce de coeur
plus particulier , avec un autre
Amant qui s'attacha à moy dans
ce temps - là. C'eſtoient les manieres
du monde les plus tendres ,
l'air le plus doux. Rien ne paroiffoit
plus propre à une paffion.
Des honneſterez , des complaifances,
des empreſſemens , autant
qu'on en pouvoit ſouhaiter'; tout
cela luy tenoit lieu de vivacité
d'ima
GALANT.
149
d'imagination , & d'enjoüement
dans l'entretien , & empéchoit
en quelque forte qu'on ne s'aperçeuſt
que ces choſes là luy
manquoient. L'uſage du monde
l'avoit un peu gâté. Il s'imaginoit
que les Gens vouloient eftre
trompez , & fur ce pied- là if
prodiguoit les douceurs affez indiferemment
; mais ſon adreſſe
paroiffoit , & par conféquent el
le n'eſtoit plus adreſſe. Je trou
vay enl'aprofondiſſant, qu'il avoit
l'efprit ombrageux & défiant
juſqu'à l'excez , & la peine que
j'aurois euë à le perfuader de ma
tendreffe , fut cauſe que je n'en
conçeus point pour luy.Vous me
connoiſſez préſentement aufſibienque
jeme connois moy mefme.
Je vous ay confié toutes ines
avantures,& tous mes ſentimens.
Prenez vos meſures là-deſſus .
,
Güj
150
MERCURE
Si nous ne ſommes pas le fait l'un
de l'autre , le plûtoſt que nous
pourrons nous en aviſer , ce ſera
lemieux.
Je vous parlay l'année derniere
de l'Opéra intitulé , Les Amazones
dans les iſles Fortunées , que
Monfieur Contarini,Procurateur
de S. Marc , avoit fait repreſenter
en preſence d'un nombre infiny
d'Auditeurs illuſtres, dans ſa belle
Maiſon de Piazzola. On l'y a
repreſenté encor cette année,
avec un autre , qui a eu pour titre,
Berénice vindicative. Piazzola
, Madame , n'eſt autre chofe
qu'un Bourg à dix milles de Padouë,
où ce Noble Venitien , qui
eft tres riche , a fait batir un Pa
lais ſuperbe. Il y a cinq ans que
l'on y travaille ; mais quoy que le
principal Corps de Logis foit du
Deffein
GALANT
151
Deffein du fameux Palladio , се
miracle d'Architecture eſt prefque
effacé par les ornemens dont
Monfieur Contarini a prisſoin de
l'embellir , & par les Bâtimens
qu'il y a fait adjoûter des deux
coftez.
Ge Palais est dans une ſituation
élevée. Il a au devant une
Avenuë de pres d'un mille , &
qu'on doit continuer encor plus
loin. Sa largeur eſt d'environ
cent pieds : ce qui produit un
tres - agreable effet quand on arrive.
Les Murailles de la Court
font tres- belles , & tout le Palais
eſt environné de Canaux d'une
cau courante,qui ſervent auſſi de
Reſervoirs , & qui ſe déchargent
tous dans un grand Baffin de figure
ronde , entouré de grandes
Portes, ou Arcades ornées de Statues.
Ce Baffin a tant d'étenduë
Gij
152 MERCURE
& de profondeur , que l'on y
peut naviger avec des petites
Barques ouGondoles. C'eſt dans
cesGondoles que MonfieurContarini
donne des Serenades &
des Concerts de Muſique pendant
l'Eté . La Court qui depuis la
grande Porte juſqu'à l'Eſcalier a
deux cens cinquante pieds , en a
cinq cens de largeur. Elle est entourée
de trente Voûtes ou Grotes
ornées de Coquillages , avec
des Niches garnies de Statuës,
qui feront dans peu de temps
autant de Fontaines , dont on
ne peut trop loüer le deſſein. Le
Palais est compoſé de quatre Etages
, fans compter le bas ou rais
de chauffee. Trois Statuës fervent
d'ornement à chaque Fenêtre
, avec des Feſtons de fleurs &
de fruits. On voit au premier
Etagedeux grandes Loges ouBal.
cons
GALANT. 153
cons couverts.De groffes Colomnes
ſoûtiennent ces Loges. Il y
en a auſſi deux au ſecond Etage,
d'un deſſein auſſi noble qu'il eſt
extraordinaire. Du coſté droit
eſtune Aîle de cent ſoixante &
dix pieds de longueur. Le bas
en eſt embelly de Groteſques
de diferentes couleurs . Au deffus
il y a de grandes Feneſtres
feparées par des Figures Giganteſques
de marbre , hautes environ
de dix - huit pieds. Elles
foûtiennent une fort grande Cor.
niche auffi de marbre , fur laquelle
on voit un autre Ordre de
petites Colomnes qui ſervent de
baze à des Statuës iſolées . Du
coſté gauche il y a une autre Af-
-ledumeſme deſſein,pareille à cet.
7.3
te premiere. ouma no t
- Quand on eſt entrédans le Palais
,on ſe trouve dans un grand
Gv
154
MERCURE
د
Sallon de ſtructure ronde , avec
des Satuës, & au deſſus , des Cor
lomnes , fur leſquelles il y a un
Corridor pour aller autour , &
voir du premier Etage dans le
ſecond. A chaque coſté de ce
Sallon on voit quatre grandes
Chambres , & deux magnifiques
Eſcaliers qui ſe regardent l'un
l'autre. En traverſant le Sallon ,
on découvre un petit Bois de Citronniers
, & en ſuite , on entre
du coſté gauche dans un Sallon
quarré , dont chaque coſté eſt
long d'environ cinquante pieds.
De haut en bas , ce ne font que
Stucs & Figures de relief. Le
Platfand& les coſtez ſont ornez
de Tableaux des plus fameux
Peintres du Siecle paſſé. Au fortirde
là ; on entre dans ſix autres
grandes Chambres , dont la derniere
a un grand Balcon,embelly
de
GALANT. ags
de Colomnes de marbre , d'où
l'on apperçoit une tres- belle Cafcade.
Au deſſous ſont ſix autres
Chambres foûterraines , qui doivent
ſervir pour divers artifices
d'eau , auſquels on travaille actuellement
. De là , par un tresbel
Escalier qu'on trouve au milieu
de ces fix Chambres,on defcend
dans une longue Galerie,
pavée de petites pierres , qui repréſentent
diverſes Figures . Les
Murailles font incruſtées de Ro-
-cailles , & d'autres choſes tirées
de la Mer , & ont des Statuës&
des Stucs pour ornement.De cette
Galerie on monte dans le
grand Sallon dont j'ay parlé , par
un autre Efcalier remply de Statuës
, & d'un deſſein tres- particulier.
Au deſſus de cette premiere
Galerie , on en doit conf-
Γ truire une autre qui ſera pleine de
Ta
156 MERCURE
Tableaux anciens & modernes,
&dans laquelle on a deſſein de
placer une Biblioteque de toute
forte de Livres. Au deſſus il y a
des Chambres pavées de Carreaux
vernis de diverſes figures
& couleurs. Le Platfond & les
coftez en feront enrichis d'or.
Au fortir de ces grands Apartemens
, en allant au coſté droit,
on trouve huit autres grandes
Chambres pareilles à celles du
coſté gauche. On voit de là
un fecond Bocage de Citronniers
ſemblable au premier. Ces
Chambres doivent eſtre ornées
de Stucs, de Paſtes colorées ,de
Marbres fins,de Moſaïque, & de
Miroirs. Les Portes de toutes ces
Chambres forment une Enfilade
, qui eſt auſſi longue que la
Court eſt large, c'eſt àdire, qui a
cinq cens pieds, en forte que l'on
ne
GALANT.
157
ne pourroit reconnoître une Perfonned'un
bout àl'autre. Au milieu
de ces dernieres Chambres
quine font pas encor achevées
il y a un ſuperbe Eſcalier orné de
Statuës , qui conduit à quatre
Corridors,où le jour entre par des
ouvertures rondes qui ſont au
haut. Dans ces Corridors , font
vingt- quatre Chambres pour les
Domeſtiques. Ce meſme Eſcalier
conduit dans une grande Salled'Armes
, où l'on en trouve de
toutes manieres. Sous cette Salle
fera une Galerie ornée de Scul
pture. Au deſſous des Chambres
il doit y avoirdes Bains. On travaille
inceſſamment à ce coſté
qui répond au grand Baffin ,
par lequel j'ay commencé la
defcriptionde ce Palais.Il y a auſſi
un Balcon qui répond à celuy
queje vous ay dit eſtre dans l'autre
158 MERCURE
tre coſté. De ce Balcon , on va ,
par un petit Efcalier de marbre,
àun Corridor baſty ſur les Murailles
de la Court , & d'où l'on
peut aller au Theatre. Ce Corridor
eſt embelly de part & d'autre
deColomnes de marbre , ac
compagnées de Statuës de mefmematiere
. Ces Colomnes foutiennent
le Toit couvert de
plomb , & font ſeparées par les
Feneſtres , qui doivent eſtre garnies
de Vitres de Chriſtal travaillé
à figures , avec leurs Cages
ou Jaloufies dorées , pour les défendre
de la grefle . On travaille
de l'autre coſté à un Corridor
ſemblable , avec le meſme ordre
de Colomnes,de Statuës,de Toit,
&de Fenestres Les deux autres
Corridors qu'on doit faire en face
du Palais , auront des Statues
& des Colomnes,mais ils n'auront
ny
GALANT
139
ny Toit ny Fenestres , afin de ne
pas empeſcher la veuë . ME
Je ferois trop long, ſi je voulois
yous marquer toutes les beautez
de ce Palais. Au ſecond Etage,
il y a quatre Apartemens , avec
des Salles tres-amples , & capables
de loger de Grands Seigneurs.
Je paſſe les Lieux qui
doivent ſervir à l'uſage domeſtique.
On trouve au troiſiéme EtageuneGalerie,
où ſe voyent toutes
les fortes d'Inſtrumens de
Muſique que l'on peut s'imaginer,
avec tous les Opéra qui ont
eſté veus juſqu'à préſent , ſoit à
Veniſe, ou ailleurs. L'Hercule fait
par le Sieur Cavali , & reprefenté
à Paris pour le divertiſſement
de Sa Majesté , y tient ſa place
parmy les autres . Il ne faut point
s'étonner de cet amas , puis que
pour avoir les Inſtrumens les plus
parti
160 MERCURE
particulieres , Monfieur Contari
ni n'a épargné aucune dépenſe!
Les deux Loges dont j'ay parlé
au commencement , font aux
deux coſtez de la Galerie , avec
des manieres de Tribunes tout
autour,pour y mettre des Choeurs
de Muſique & d'Inſtrumens , afin
de divertir pendant le repas.
De l'un & l'autre coſté de ces
Loges , il y a deux Terraffes, a
vec desColomnes & des Statuës
ifolées . Ces Terraſſes ſe joi
gnent avec les Galeries& les Loges,&
forment une ſeconde Enfi
lade de cinq cens pieds , pareille
à celle des Chambres. Dans ce
mefmeEtage ſont divers endroits
pour y loger & coucher. Le quatrieme
eſt compoſe de Chambres
pour les Domeſtiques , &
pour la commodité de la Maiſon,
avec deux petites Rotondes ou
Dô
1
GALANT. 161
Dômes qui leur fervent d'ornement.
A compter toutes les Chambres
de ce ſomptueux Palais , on
y en trouve juſques à deux cens . )
Le reſte des Bâtimens pour divers
uſages , comme les Remiſes
de Carroffes , les Ecuries , les
Greniers, les Moulins pour moudrele
Bled , pour ſcier des Planches
, pour filer & pour préparer
la Soye à la maniere de Bologne,
pour fouler les Draps , pour
battre du Fer , & pour d'autres
Inventions qui s'exécutent toutes
par la force de l'eau qu'on
y employe avec divers artifices
; tous ces Bâtimens , dis-je,
ſont preſque innombrables , &
répondent à la magnificence des
autres Ouvrages que je viens
de vous décrire. Les Jardins , les
Bois de Citronniers , les Allées
couvertes , les Labyrinthes , les
Mi
162 MERCURE
Mines ou Chambres ſouterraines
, &enfin les Lieux où l'on
éleve des Cailles & des Faifans,
ont quelque choſe de ſi merveilleux
, qu'ils paſſent tout ce qu'on
s'en peut imaginer, Au dehors
de la Court de ce Palais , ondoit
faire une grande Place ovale,
avec cent Boutiques autour , &
des Portiques doubles. Le Defſeinqu'on
en a fait eſt tres- fingulier.
Monfieur Contarini , qui eſt
magnifique en toutes choſes,ac
compagne ſes grandes qualitez
d'une pieté folide , & en a donné
de nobles marques , en faiſant
bâtir à ſes dépens l'Egliſe du
Bourg, & luy donnant des Revenus
qui fuffiſent pour entretenir
l'Archipreſtre, & les autres Pref
tres dontil, a la nomination II
a de plus fair conſtruire un Lieu
en
GALANT.
163
و
avec en forme de Monastere
une Court environnée de Portiques
ſoûtenus de Colomnes de
marbre , des Apartemens dans le
bas pour l'uſage & les neceffitez
de la Maiſon , & des Chambres
au deſſus. Il y a fait bâtir une
Egliſe encor plus belle & plus
grande que celle du Bourg. On
éleve dans ce Lieu trente-trois
pauvres Filles de Famille honneſte
, auſquelles il entretient
des Femmes pour en avoir foin,
&pour leur enſeigner les Ouvrages
ordinaires de leur Sexe , &
des Maîtres pour leur apprendre
la Muſique , qu'il aime avec paſſion.
Comme il s'eſt trouvé parmy
ces Filles de tres belles Voix,
il refolut auffitoft de faire conftruire
un magnifique Theatre
pour des Opéra qu'il fait compoſer
exprés . Ce Theatre a cent
quatre164
MERCURE
quatre-vingts pieds de long. Sa
largeur eſt de foixante.Il y a quatre
Ordres ou Etages de Loges
diſpoſées en demy- cerele tirant
fur l'ovale . On y monte par
des Escaliers de marbre , ornez
& foûtenus de Statuës . Les Murailles
& les Loges ſont peintes
à Freſque , & les ouvertures
tres-bien travaillées. Le Parterre
, qui contient cinq cens Per
fonnes , eſt tout fait debois avec
des degrez percez à jour pour recevoir
le frais L'eau paffe def
fous. Il y a aupres de là pour le
mefme effet une Chambre fou
terraine , qui fert à donner du
vent en Eté à tous les endroits de
ce ſuperbe Théatre. Les Loges
peuvent auſſi contenir cinq cens
Perſonnes. Elles ſont toutes ornées
de Statuës de relief dorées.
Le Ciel ou le Lambris
eft
GALAM T.
165
eſt tour travaillé à fleurs &à fe jil
lages , avec un tres -grand nombre
de Miroirs , qui reflechiſſent
la lumiere , & la renvoyant de
tous coſtez, font un effet furprenant.
Ce fut fur ce beau Theatre
que pour la ſeconde fois on repréſenta
l'Opéra des Amazones
le 10. ou 11. de Novembre.
Vingt Torches de cire blanche
l'éclairoient. Le Rideau quiten
cachoit la Decoration , eſtoit de
Velours cramoify à poil, avec des
Coûtures couvertes de Trainetes
our petits Paſſemens d'or , que
la lumiere rendoit tres - brillans.
Les Spectateurs eſtoient la plûpart
d'une qualité fort relevée,
puis qu'on y voyoit le Duc de
Mantouë , le Prince de Bozzolo,
de Landgrave de Heffe ,& beau
coup
166 MERCURE
coup
deurs de l'Empereur , de France ,
& d'Eſpagne , avec toute leur
Suite , quoy que ces Miniſtres y
fuſſent inconnus , de meſme que
pluſieurs Procurateurs & Senateurs
de Veniſe . Les Dames Venitiennes
y parurent au nombre
de deux cens , & autant de Nobles.
Les Etrangers de l'un & de
l'autre Sexe , eſtoient encor en
plus grand nombre , en forte que
les Loges & tous les autres endroits
en furent remplis autant
qu'ils le pouvoient eſtre. Monfieur
Contarini fit diſtribuer à
tous indiféremment des Livres
de l'Opéra ; & des Bougies pour
les lire , parce qu'avant qu'on
levaſt la toile on éteignit les
vingt Torches , & l'on ne laiſſa
d'autres , & les Ambaffa-
,
allumées que celles qui eſtoient
dans
GALANT.
167
dans les divers Etages des Loges
, juſques au commencement
de la Repréſentation. Elle dura
trois heures & demie avec beaucoup
de varieté , & un aplaudiſſement
univerſel. Parmy des
choſes extraordinaires qui y pa
rurent on y remarqua trois cens
Acteurs , ſçavoir , cent Femmes
Amazones , cent Hommes dé
guiſez en Mores , cinquante
Hommes à cheval qui firent
une tres belle montre , des
Pages , des Etafiers , des Las
quais , & des Cochers , qui
à la fin de la Piece conduifirent
fur le Theatre un Carrofſe
tout couvert de Broderie d'or,
tiré par fix des plus beaux
Chevaux qu'on puiſſe voir. Les
Scenes que l'on admira le plus,
furent celles d'un grand Cabinet,
dont toutes les Pieces eſtoient
rele
-
168
MERCURE
relevées en Broderie,& une autre
de Tentes ou Pavillons brodez .
Il y en avoit pour le moins quarante.
- Le lendemain ſur le ſoir, on ſe
promena dans l'Avenuë qui eſt
au devant du Palais , avec les
Seigneurs & les Dames qui y
parurent tous dans leurs Garrofſes
à fix Chevaux,au nombre de
plus de cent cinquante. En ſuite
on donna le Bal,où l'on vit de tres
ſuperbes Habits , & des Pierreries
qui n'ont point de prix .
Lejourſuivant on alla auCours
dans l'Avenuë, & à quatre heures
de nuit,on ſe rendit au Theatre
que l'on trouva encor éclai
ré par vingt Torches de cire
blanche , mais celles- cy eſtoient
torſes & dorées. La Toile qui
cachoit le lieu de la Scene, étoit
te Velours cramoify à fleurs
à
GALANT.
169
à fond d'or. On diſtribua des
Bougies dorées , & dans les Livres
qu'on donna à tout le monde
, chaque Scene ſe voyoit repreter
préſentée en Taille-douce. Les
Spectateurs furent les meſmesdu
jour precedent. La Repréſentation
dura depuis fix heures jufqu'à
onze , mais avec une admiration
ſi continuelle , qu'aucun
Opéra ne fut jamaisaplaudy avec
tant de marques d'une entiere
fatisfaction . Quoy que le premier
fuſt beau, celuy- cy, qui eftoit
Berénice vindicative , le ſurpaſſa
de beaucoup par la magnificence
des Entrées, &par la richeſſe
des Habits. On y compta
juſques à cinq cens Acteurs ; ſçavoir,
cent Piquiers, cent Femmes,
centCavaliers montans des Chevaux
bardez, foixante Hallebardiers,
des Chaſſeurs,des Eſtafiers,
Fevrier 1681 . H
170 MERCURE
des Pages , qui parurent tous dans
la premiere Scene du Triom-
-phe. Rien ne pouvoit mieux repreſenter
les fameux Triomphes
des Empereurs Romains. On y
voyoit ſept ſuperbes Chars pleins
de Trophées , & un entr'au-
-tres tiré par quatre Chevaux vivans
qui marchoient de front,
La Reyne. Berénice eſtoit aſſiſe
fur ce dernier ,qui estoit hautde
vingt pieds , & orné de Stuts dorez
& argentez d'une beauté admirable
. Sur le derriere eſtoit
-un grand Aigle , qui de ſes aîles
faifoit ombre à cette Reyne. De-
- vant ce Char qu'avoient precedé
cent Femmes, toutes magnifiquement
vétuës , on voyoit marcher
celuy où ſon Ennemy vaincu
eſtoit enchaîné. On admira le
bel ordre de ce Spectacle , qui
quoy que tres grand , ſe termina
fans
> GALANT.
171
ſans confufion . Ce qui étonna le
plus , ce fut une veritable Chafſe
de Cerfs , d'Ours , & de Sangliers
vivans , qui furent tuez
par les Chaſſeurs.Pour les Scenes
feintes , on remarqua particulierement
une grande Place , un
Temple , une Ecurie avec cent
Chevaux vivans & quantité de
Palefreniers;une Chambre toute
garnie de Point de Veniſe d'une
dépenſe extraordinaire , unCarroſſe
qui parut à la fin du ſecond
Acte , dont l'Impériale , les Rideaux,
les Portieres, les Houpes,
& les Couvertures des Chevaux
eſtoient de ce meſme
Point ; un autre tout couvert de
fleurs de foye, un autre de Pierres
fines , un autre embelly de Buftes
d'or,un autre enrichy de Diamans
& de Miroirs , & un autre
orné de Stucs tous dorez.
Hij
172 MERCURE
Ces fix Carroſſes, remplis de Dames
& d'Hommes qui chantoient
de petits Airs galans, alloient en
tournant ſur le Theatre , de la
meſme forte que l'on ſe promene
au Cours. Les diverſes Décorations
ne changeoient pas à la maniere
ordinaire . Elles fortoient de
deſſous la terre , & celles meſme
qui en la place ſe perdoient , &
s'abîmoient avec tant de promptitude
que les yeux eſtoient
trompez. Tout ce qui fervit au
nouvel Opéra de Berénice , fut
diférent de ce que l'on avoit veu
le premier jour à celuy des Amazones.
Ainfi , ce furent nouveaux
Habits, nouvelles Décorations,&
nouveaux Muſiciés. Ces admirables
Repréſentations devoient
eſtre continuées encor quatre
fois, mais la chute d'un Bâtiment
depuis peu conſtruit , empécha -
d'exe
GALANT.
173
d'executer ce deſſein . C'eſtoit
une eſpece de Magazin, dans lequel
on gardoit tous les Habits
des Entrées, &des Perſonnages.
Les Chars de Triomphe en furent
briſez , avec les Carroffes
dont je viens de vous parler.
Voila , Madame , ce que contientune
fort exacte Relation envoyée
par une Perſonne tresdigne
de foy , qui s'eſt trouvée à
toutes ces Feſtes. La Muſique y
fut charmante. Vous ſçavez que
c'eſt en quoy les Italiens excellent.
Monfieur Charpentierqui a
demeuré trois ans à Rome , en a
tiré de grands avantages.Tous ſes
Ouvrages en font une preuve.
Je vous envoye la ſuite de ce
qu'il a commencé.
Hj
174 MERCURE
SECOND COUPLET
DES STANCES DU CID
mis en Air,
Ve
Qre
jeſens de rudes com-
Contre mon propre honneur mon
amour s'intereſſe.
Il faut vanger un Pere , ou perdre
une Maîtreffe ;
L'un m'anime le coeur ,
tientmonbras.
l'autre re-
Réduit au triſte choix , ou de trahir
ma flame ,
Ou de vivre en Infame,
Des deux cofſtez mon mal est in-
こ
finy,
O Dieu, l'étrange peine !
Faut - il laiſſer un affront impuny
?
Faut- il punirle Pere de Chimene
?
:
4 I1
GALANT.
175
7
Je
Il eſt peu de Gens qui n'ai
ment , & bien ſouvent c'eſt un
rien qui fait aimer. Mr Sanfon
d'Abbeville, a faitla deſſus un fort
joly Madrigaluposar
A UNE BELLE,
4)
Sur une Mouche quelle
avoit mife.
L
'Amour n'est que caprice ;
bel oeil peut charmer,
un
Mais auffitres Souvent c'est un rien
qui nous touche.
L'ay veu tous vos appas cent fois
fans m'alarmer,
Etfur un pied de Mouche ,
Aujourd'huy je m'avise , Iris , de
vous aimer.
Une Mouche fait icy naître
l'amour,& fi nous en voulons croi
Hij
176 MERCURE
re Anacreon , l'Amour luy-mefme
s'eſt plaint d'une Mouche.
Voyez de quelle maniere Monſieur
le Préſident de la Tournelle,
de Lyon , a exprimé la penſée de
ce Poëte Grec.
EPIGRAMME .
Unjour cueillant une Rose,
Amourſe piqua la main ,
Et vit avecgrandchagrin
Qu'une Abeille en estoit cause.
Ils'en alla tout enpleurs
Instruire de ſes douleurs
La Déeffe de Cythere.
Mon Fils, ce nefera rien,
Luydit cettebonneMere..
Si vous reffentez si bien
Une piqueure légere
Vn Amant que doit- il faire ?
1
Lezele que le Roy fait éclater
: en
GALANT.
177
en toutes rencontres pour les
choſes qui qui regardent l'intereſt
de la vraye Religion , eſt
viſiblement recompensé par les
grandes pertes que fait tous les
jours la Prétenduë Reformée . Il
eſt ſurprenant d'avoir veu deux
cens Perſonnes en abjurer les
erreurs toutes à la fois. C'eſt
ce qui vient d'arriver dans les
Villages de Chenay & de Chey,
Diocese de Poitiers. Ceux de
ce Party devroient bien par là
rentrer en eux-meſmes , & s'appliquer
tout debon à chercher
la verité , qui ſe découvre toujours,
lors que l'obſtination ne la
cache point. La Converſion de
Madame de Gritin en eſt pour
eux une preuve . Cette Dame, qui
par l'étenduë de fes lumieres
ſembloit fortifier leur aveuglement
, apres avoir combatu pen-
H V
178 MERCURE
د
dant deux ans , a eſté enfin contrainte
à ſe rendre. Vous pouvez
juger de ſon eſprit par la belle
Lettre que je vous envoyay au
mois de Novembre , dans laquelle
eſt contenuë l'Hiſtoire
extraordinaire de cette jeune
Perſonne que ſes Parens avoient
forcée à ſe marier. C'eſt
elle qui l'a écrite. Le long temps
qu'elle a employé à contefter,
nous fait aſſez voir que fi elle a
changé de Religion , ce n'a pas
eſté ſans connoiſſance de caufe.
Nous devons ſon changement,
ainſi que celuy de Monfieur de
Gritin ſon Mary , aux ſoins de
Monfieur Vignier,qui y a travaillé
avec une affiduité extraordinaire
, & qui ne l'a point voulu
abandonner , qu'il ne l'ait tirée
du précipice où elle eſtoit , pour
la faire entrer dans le bon che
min.
}
179 GALANT.
min. Elle abjura au commencement
de ce mois dans l'Eglife de
Meſſieurs de la Miſſion de Richelieu
,& on peut dire qu'elle a pratiqué
le conſeil de l'Evangile,puis
qu'elle a quité Parens & Amis,
& qu'elle s'eſt meſme broüillée
avec Madame ſa Mere , pour qui
elle a toûjours eu un tres-grand
reſpect , & dont elle eſtoit aimée
avec toute la tendreſſe imaginable.
Le Mardy 11. de ce mois,Mademoiselle
de la Mote de la Godinelaye
fit la meſme abjuration
dans l'Eglife des Religieuſes Urfulines
de Rennes. Elle est agée
de vingt-trois ans. Madame
ſa Mere s'eſtoit remariée au Miniſtre
de l'Egliſe des Prétendus
Réformez , & avoit mis aupres
d'elle une Gouvernante des
plus obſtinées dans ſes erreurs.
Cette
1
180 MERCURE
८
Cette jeune Demoiſelle n'a pas
laiſfé de venir à bout de la convertir
, apres avoir eſté convaincuë
des veritez de noſtre Religion
par l'excellent Livre de Monfieur
l'Eveſque de Condom , que luy
avoit expliqué Monfieur duPleffis
-Badoul , Gentilhomme de fes
Voiſins à la Campagne. Elle avoit
dit fort longtemps , qu'elle
eſtoir de la Religion du Livre
de Monfieur de Condom , mais
elle ſe croyoitbien fondée à croire
que la Religion Romaine n'y
eſtoit pas conforme. On luy a fait
venir toutes les Atteſtations qui
ont eſté données pour ce Livre.&
on l'a fi pleinement éclaircie de
quelques Points qui l'embaraffoient
, qu'elle n'a pû davantage
fermerles yeux à la verité.
Je vous ay parlé dans ma Lettre
de Decembre, de Madame de
Font
GALAN T. 181
Fontmort , Préſidente à Niort, à
qui Madame la Ducheſſe de
Navailles en partant de la Rochelle
, avoit confié Mademoiſelle
Pagez apres ſa Converſion.
CetteDame , dont la vertu eſtoit
tres-connue , amena icy dans ce
meſine mois trois de ſes Nieces
de la Religion Prétenduë
Reformée , dans l'eſpérance' de
la leur faire abjurer en préſence
de la Cour. Elle a employé
toutes fortes de moyens pour venir
à bout de ce deſſein , & n'a
réuſſy que pour la Cadete , que
Madame la Marquiſe de Maintenon
ſa Parente , a prife aupres
d'elle. Les deux Aînées n'ayant
voulu entrer en aucune explication
ſur les Points controverfez,
Madame de Fontmõt s'étoit veuë
contraintede les remener en Poitou
, où de tres- preſſantes Lettres
les
182 MERCURE
les rappelloient. Elle eſpéroit
les gagner avec le temps , &
c'eſtoit par là qu'elle n'avoit pû
les laiſſer partir ſans leur tenir
compagnie ; mais elle n'a fait qu'-
une partie du voyage, ayant efté
attaquée au Port de Pile d'une
apoplexie ſi violente dans la
nuit du 12. au 13. de ce mois,qu'-
elle en eſt morte fix heures apres .
C'eſt une perte conſidérable
pour les beaux Eſprits de ſa Province
, & pour tous ceux dont
elle prenoit les intereſts. Elle
eſtoit d'une liberalité ſans exemple
,& peu de Perſonnes luy ont
demandé ſa protection , ſans qu'-
elle leur ait donné des marques
d'une generoſité peu commune.
Il eſt temps de vous parler de
ce qui s'eſt fait ce Carnaval.Vous
ne doutez point, Madame , qu'on
ne
GALANT. 183
ne l'ait paſſé agréablement dans
la Capitale d'un Royaume , qu'-
une glorieuſe Paix rend abondant
en plaiſirs ainſi qu'en toute
autre choſe. Ils y ont regné
parmy les Grands & parmy les
Peuples , & pluſieurs Miniſtres
Etrangers ſe ſont joints avec
quelques Seigneurs de la Cour
des plus qualifiez , pour ſe divertir
entr'eux , & pour divertir le
Public en recevant des Mafques.
Ces Meſſieurs eſtoient au
nombre de dix- huit. Voicy leurs
noms. Monfieur de Strasbourg,
Meſſieurs les Ambaſſadeurs de
Suede& de Veniſe,Mr Savel Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre
, Meſſieurs les Ducs de Leſdiguieres,
d'Aumont , de Nevers,
& de Geſvres Meſſieurs les
Comtes d'Auvergne & de Bethune,
Monfieur le Prince deMo-
د
naco,
184 MERCURE
4
و
naco, Meſſieursles Chevaliers de
Tilladet & Cornaro,le dernier eſt
Venitien ; Monfieur le Marquis
de Grillon ; Monfieur de Lorance,
Noble Venitien ; Meſſiurs de
Langlée & Deformes,& Mr Moriel
Gentilhomme Provençal.:
Ces Meffieurs faiſoient entr'eux
chaque jour une eſpece de Loterie.
Tous les Billets eſtoient
noirs mais coûtoient beaucoup
plus cher que des blancs,
parce que chaque Billet contenoit
ce que ceux qui les tiroiết devoient
payer pour le Divertiſſement
du foir. La premiere Afſemblée
ſe fit chez Monfieur
l'Ambaſſadeur de Veniſe , qui loge
au Marais. Vous ſçavez quelle
eſt la beauté de la Maiſon ,
puis que c'eſt celle que Monfieur
Aubert a fait bâtir. Aprés un tresgrand
Soupé,l'on joüa l'Andromaane
GALANT.
185
1
quede Monfieur Racine, Tréſorier
de France,& la petite Comédie
de la Comete. Pendant ce
temps des Maſques vinrent en
foule de tous les Quartiers de
Paris. Le Bal commença en ſuite
, & toute la nuit fut employée
à dancer. Huit jours apres ( car
ces Feſtes ne ſe faiſoient que tous
les Jeudis) l'Hôtel de Nevers fut
lelieu de l'Aſſemblée . Tous ces
grands Apartemens eſtoient richement
meublez,& on les voyoit
briller d'un nombre preſque infiny
de lumieres. Le Cinna de Mr
de Corneille l'aîné , fut repréſenté.
Quelques Voix des plus belles
de l'Opéra en diftinguerent les
Actes , & tout cela fut ſuivy de
pluſieurs Scenes plaiſantes des
Italiens . On ouvrit enſuite aux
Maſques qui avoient des Billets
pour entrer. Comme l'on s'eſtoit
fort
186 MERCURE
fort diverty chez Monfieur l'Ambaffadeur
de Venise , & que ces:
Aſſemblées plaifoient extrémement
au Public , on avoit crû
avec beaucoup de raiſon que le
nombre des Maſques ſeroit tresgrand.
On ne ſe trompa point.
Auſſi avoit-on eu la précaution:
de faire éclairer tous les beaux
Apartemens de ce grand Palais
, & de mettre des Violons ou
des Hautbois dans toutes les
Chambres , en forte que chacune
eſtoit un lieu d'Affemblée. Jugez
, Madame , ſi cette agreable
confufion de Maſques, tous tresbien
mis , ſe peut trouver ailleurs
qu'à Paris. La Collation fut
magnifique , & l'on dança jufqu'au
jour. Le Jeudy de la femaine
ſuivante , cette meſme Com
pagnie ſe rendit chez Monfieur
de Strasbourg. Vous ſçavez trop
de
GALANT.
187
de quelle maniere ce Prince fait
les choſes , pour n'eſtre pas perſuadée
que tout y eſtoit ſuperbe,
& en abondance Il y eut Comédie
Italienne.Apres le Soupé, Mr
&Madame,honorerent cette belle
Aſſemblée de leur preſence,&
on leur ſervit une galante Collation
, où vous pouvez croire que
rien nemanqua.
Les Divertiſſemens eſtant de
toutes conditions , &de tous âge
, en de certains temps , il faut
vous entretenir de celuy qu'ont
pris des Perſonnes du premier
rang d'un âge moins avancé.Son
Alteſſe Seréniſſime Madame la
Ducheſſe , qui ſe plaiſt ſur tout
avec ſa Famille , a fait chez elle
une Mafcarade de Mr le Duc de
Bourbon fon Fils , &de Meſdemoiſelles
les Princeſſes ſes Filles .
Cette Maſcarade que l'on regar
doit
188 MERCURE
doit d'abord comme un jeu d'Enfans
eſt devenuë inſenſiblement
une maniere de Feſte , qui
a donné beaucoup de plaifir.
Ils eſt dix- huit ou vingt déguiſez
, dont les plus vieux ne
pouvoient avoir que quatorze
ans. C'eſtoit peut- eſtre la premiere
fois qu'ils s'eſtoient divertis
de cette maniere. Ainſi ils parurent
tous ſi ſatisfaits , qu'il eſtoit
impoſſible en le voyant de ne
pas fentir une partie de leur joye.
Auſſi Madame la Duchefſe y
prit elle tant de part,qu'elle leur
permit de ſe déguiſer plus d'une
fois. Mademoiselle de Bourbon
inventa un Habit de Bergere
, qu'elle fit faire pour le ſecondjour,
ſans en rien dire à perfonne.
Elle fut admirée dans cet
Habit. Madame la Ducheſſe luy
en fit faire un troiſième pour le
こ
Mar
GALANT.
189
Mardy- gras , tres-beau , & tresriche,
tant pour l'Etofe, que pour
les Pierreries dont il eſtoit tout
couvvert. On n'y changea rien
de la maniere du ſecond , que
cette jeune Princeſſe avoit inventé.
Jevous dirois inutilement
qu'elle a infiniment de l'eſprit
&du délicat , cela eſt connu de
tout le monde. Elle a une taille
des plus fines, & quoy qu'elle ne
foit pas bien haute ,on ne la fla
te pointen diſant qu'elle eſt auſſi
bien faite que Princeſſe de
la Cour. Ses façons d'agir obligeantes&
honneſtes,témoignent
aſſez que rien ne manque à fon
éducation . Monfieur le Ducde
Bourbon ſon Frere , parut auffi
dans la Maſcarade avec de
tres-beaux Habits. Rien n'eſtoit
plus magnifique que celuy qu'il
mitle Mardy- gras.On fut furpris
ر
de
190 MERCURE
de la propreté de la petite Mademoiselle
d'Enguyen , qui n'a
encor que quatre ans. Ses petites
manieres ſont toutes charmantes,
& on ne peut voir un plus aimable
Enfant. Ils ſe maſquoient
d'ordinaire ſur les quatre heures
juſqu'à neuf ou dix du ſoir.
Ils alloient chez Monfieur le
Prince , qui leur faiſoit apporter
de fort belles Collations , &
retournoient enſuite dancer chez
Madame la Ducheffe. Je ne
vous ay rien dit de Meſdames
les Princeſſes de Brunſvic , qui
ont eſté toutes trois de ce galant
Divertiſſement. Elles ef-
*toient richement vétuës , la Princeſſe
Charlote en Bohemienne,
la Princeſſe Henriete en Polonoife
,&la Princeſſe Vvillemene
en Bergere. Elles font fort belles ,
& bien faites pour leur âge. La
con
GALANT. 191
continuation de la Maſcarade allant
au delà d'un jeu d'Enfans,
Madame la Ducheſſe de Hanover
leur Mere en fit ſcrupule à
cauſe de ſon deüil , & ne voulut
point permettre qu'elles s'y trouvaffent
leMardy- gras.Mademoifelle
de Bourbon eſtoit la premie
re fois en Egyptienne , & Monſieur
leDuc de Bourbon de mefme;
la ſeconde fois tous deux en
Berger& en Bergere;& la troifiéme
, Mademoiselle de Bourbon
encor en Bergere, mais avec bien
plus de magnificence , & Monſieur
le Duc de Bourbon en Avoeat.
Mademoiſelle Richou parut
auffi en Bergere la premiere
fois,& la feconde , en Perfienne..
SonHabit estoit tout de Dentelle
or& argent , & garny de Pierreries
. Comme elle eſt une des
plus jolies Naines que l'on puiſſe
voir,
192 MERCURE
voir , & qu'elle dance tres -bien,
on la regarda avec beaucoup de
plaifir. Meſſieurs les Chevaliers
de Blanfort, de Longueville,&de
Soubiſe , eſtoient auſſi tres galamment
habillez , ainſi que tous
ceuxde cette illustre & charmanteTroupe.
Je vous ay dit quelque choſe
la derniere fois de la maniere
dont on ſe divertiſſoit à Saint
Germain . On a continue de la
meſme forte le reſte duCarnaval,
& on n'y a laiſſe paſſer aucun
jour , ſans prendre quelques- uns
des plaiſirs qui ſont ordinaires
dans cette faiſon .Le Balet, laComédie
, les Maſcarades , & les
Bals , en ont ſervy alternativementàtoute
la Cour .La Maſcarade
qui préceda celle du Mardygras
, fut tres- éclatante. Monfeigneur
le Dauphin eſtoit Chef
d'une
GALANT
193
d'une Troupe de ſept Indiens,ou
Sauvages. Des Plumes de quatre
couleurs en compofoient tour
l'Habillement.Celles qui eſtoione
fur le corps , les bras ,& les chauf
ſes, estoient de petites Plumes
d'Oyfeati attachées par des nüa
ces de diferentes couleurs . Le
Tour du col , celuy des épaules,
les tours de bras , la cinture, &
les jaretieres, eſtoient de Plumes
d'Autruche affez grandes , fur le
pied deſquelles on voyoit une
chaîne de Rubis & de Diamans.
Le Tonnelet & les Lambrequins
eſtoient auffi de Plume de diferentes
couleurs , avec une nerd
wûre de Plumes noires dans le
milicu de ces Lambrequins . On
avoit enchaffe fur cette nervû
re des Rubis & des Diamans ,
dans des Rofes de Broderie d'or.
Le meſme deſſein paroiſſoit ob-
... Fevrier 1681 ,
I
4
194 MERCURE
ſoit obſervé dans la Coifure. Les
Bas & les Souliers eſtoient de couleur
de feu , brodez d'argent, & le
Maſque de la meſme couleur.
Monſeigneur le Dauphin avoit
fait la dépenſe de ces ſept Habits.
Monfieur le Duc de Ver.
mandois ſe fit Chefle même jour
d'une Bande de Perſans .On n'eut
pas de peine à le diftinguer, tant
il eſtoit magnifique.Il parut beaucoup
dans cet équipage de Perſan
, auffi -bien que Monfieur le
Duc de Mortemar . Mademoifelle
de Nantes ſe fit admirer au
Bal avec un Habit auſſi riche que
galant.Elle estoit veſtuë à la Grecque
; mais quelque éclat que luy
donnaſt ſon Habit, ce n'eſtoit pas
ce qui la faiſoit regarder ; &
ſi les yeux de quelques - uns
eſtoient attirez par les agrémens
de fa Perſonne , les autres qui
1 la
GALANT. 195
la connoiſſoient plus particulierement
, eſtoient beaucoup
plus ſurpris de ce qu'à ſept ans
& demy ( qui eſt ſon vray âge)
elle ſçait autant de choſes , que
la plus parfaite en pourroit ſçavoir
à vingt. La plupart des
Comédies que l'on a joüées à
S. Germain , ont eſté repreſentées
dans l'Antichambre de Madame
la Dauphine. Le Roy entierement
occupé des ſoins de
l'Etat, auſquels ce Prince ſe donne
avec une application inconcevable,
ne s'eſt trouvé à aucune.
Sa Majesté a veu ſeulement la
Repreſentation de la Devinereſſe,
qui s'eſt joüée ſur le Theatre du
Baler.
Je viens au dernier jour du
Carnaval. Vous ſçavez,Madame,
que toute la Cour maſque ce
jour- là , & qu'il y a toûjours Bal
I ij
196 MERCURE
le ſoir. Il commença à dix heures,
apres le Soupé du Roy, dans
la grande Salle des Balets , qui
avoit eſté preparée pour cela ,&
qui estoit éclairée d'un nombre
infiny de lumieres . Elles aidoient
fort à faire briller les Habits des
Maſques ſpectateurs , dont tous
les Amphiteatres eſtoient remplis
; & comme il n'y en avoit
aucun qui ne ſe fuſt mis dans la
derniere magnificence , on peut
dire qu'il eſt peu d'occaſions où
l'on voye tout - à- la- fois tant de
Perſonnes ſi ſuperbement parées
. Le Roy qui ne prend ces
fortes de divertiſſemens que dans
le deſſein de les donner à ſa Cour,
ne mit ce foir- là qu'une Robe de
chambretres- riche , & un Chapeau
avec un bouquet de Plumes
. Jamais la Reyne n'avoit paru
si bien miſe . Son Habit eſtoit à
la
t
EGALANT. 197
la Grecque , & orné des plus belles
Pierreries de la Couronne.
Madame la Dauphine ſe deguiſa
en Venitienne , mais d'une
maniere fi galante , qu'elle furprit
toute l'Affemblée. Il ſeroit
difficile d'expliquer tous les agrémens
qui entroient dans cette
maniere d'ajustement. Toute
la parure eſtoit de Diamans fins ,
-employez avec tant d'art & de
propreté dans les endroits neceffaires
, qu'on ne pouvoit ſe laffer
de l'admirer. Un petit Turban de
Velours tailladé, & orné de Diamans
, faifoit la coifure de cette
Princeffe. Du milieu de ceTurban
s'élevoit une Aigrete de
Diamans d'une beauté ſurprenante
. Il n'y avoit que des Plumes
blanches dans cette coifure.
Monſeigneur le Dauphin repreſentoit
un Arabe. Le deſſus de
I iij
198 MERCURE
ſon Habit eſtoit d'un Brocard
broché d'or, avec de grandsCom-
Partimens noirs , ornez autour
d'un Point de France or & argent,
au milieu duquel eſtoit une
Bande de Marte Zibeline . Le
Lacis du Tour de ſes Manches
eſtoit de Rubis , & le defſous de
fon Habit, d'un Brocard couleur
de feu, & or , avec des Boutonnieres
d'or tres - relevées , & tresriches,
meflées de noir. Ces Boutonnieres
eſtoient ornées de
Pierreries , & les Manches de
l'Habit , d'un Point de Veniſe
d'or , avec un riche Point de
France entre -toile,d'une maniere
fi extraordinaire , qu'on n'a rien
veu juſques à préſent de plus magnifique
. Le Turban de ce. Prince
eſtoitd'un Brocard de Veniſe
grandes fleurs d'or , lacé d'une
Chaîne de pierreries . Ses Plumes
eſtoient
GALANT. اوو
eſtoient couleur de feu & blanc.
Monfieur avoit une Veſte tou
te couverte de Dentelle & de
Diamans, avec de grandes Manches
qui pendoient fort bas. Elles
eſtoient ratachées à ſa ceinture,&
tomboient juſques à terre. La richeſſe
& la galanterie de l'Habit
deMademoiselle, avoient dequoy
ſe faire admirer. Les Pierreries y
brilloient de tous coſtez .
Son Alteſſe Seréniſſime Monfieur
le Ducavoit un Habit Hongrois.
Le deſſous eſtoit de Velours
couleur de feu , tout couvert
de Dentelles or & argent ,
couſuës en Coquilles. Il avoit par
deſſus une Veſte à la Turque de
Drap d'or & vert , doublée d'un
Tiſſu d'or,le tout enrichy de Dentelles
& de Frange d'or , & garny
dePierreries comme la Coëfure.
Monfieur le Prince de Conty
I iiij
200 MERCURE
vint à cette Maſcarade , accom
pagné de Monfieur le Prince de
de la Roche- fur-Yon , de Monfieur
le Duc de la Ferté , & de
Meſſieurs les Marquis d'Alincourt
de Nangy,& de Molac. Ce Prince
repréſentoit un Perſan. SaVeſte
de Brocard or & vert , eſtoit retrouffée
ſur les devans . Il avoit
fous cette Veſte un Tonnelet
couleur de feu , or & argent , des
Manches pendantes d'un tres - riche
Point de France pareillement
or & argent ,& tout fon Habit de
meſme. Rien n'égaloit la beauté
de ſon Echarpe. Il avoit de grandesBoutonnieres
toutes de Pierreries
, & un Turban de Brocard
or& blanc, avec un Fronteau de
Velours noir enrichy de Pierreries.
Les Plumes qui couvroient
fon Turban , eſtoient de couleur
de feu & blanc , accompagnées
d'une ;
GALANT. 201
d'une tres - belle Héronniere .
L'Habit de Monfieur le Princede
laRoche- fur-Yon,eſtoit tout pareil
, auffi -bien que ceux des Seigneurs
qui les ſuivoient. Il n'y
avoit que Monfieur de la Ferté
qui ſe fuſt mis d'une autre maniere.
Ce Duc avoit un Habit d'ombre
or & noir , couvert de Dentelles
d'or. Celuy de Monfieur le
Comtede Vermandois estoit auffi
fingulier que riche. Sa Veſte de
Brocard or & vert, paroiſſoit toute
couverte de riches Dentelles ,
& pour agrément on voyoit fur
ces Dentelles une bande de Velours
noir large d'un doigt ,& toute
brillante de Pierreries, L'Habit
de deſſous eſtoit un Brocard
couleur de feu &or,avecpluſieurs
Dentelles pliffées . Un Turban de
Velours noir tout à jour, garny de
Plumes,& orné de Pierreries, fai-
Iv
202 MERCURE
ſoit ſa coëfure. Monfieur le Duc
de Crufſol avoit un tres bel Habit
à la Turcque. Il menoit d'illuftres
& jeunes Bohemiennes; ſçavoir
, Mademoiselle de Nantes,
Mademoiselle de Cruſſol, Mademoiſelle
de Noailles, Meſdemoiſelles
d'Epinoy , & Mademoiselle
d'Eudicour. On n'a jamais rien vữ
de plus galant que Mademoiselle
de Nantes en Bohemienne. Ses
cheveux bouclez eſtoient étendus
, & flotoient ſur fes épaules.
Par deſſus elle avoit un Point de
France quiluy ſervoit de Coëfure,
& dont les bouts pendoient à
la negligence. Cette charmante
Princeſſe fut l'admiration de cette
Auguſte Aſſemblée , où celles
de ſa Suite parurent beaucoup.
Mr le Ducde S.Aignan eſtoit vézu
en Baſſa. Il ſuffit de le nommer
pour perfuader de ſa bonne mi
nex
GALANT.
103
ne, & de la magnificence de ſon
Habit .Mr le Duc de Noailles s'étoit
deguiſé en Polonois . Il avoit
une Robe de Brocard or & argent
, & couleur de feu , de ces
Etofes damaſquinées du SrCharlier
qu'on eſtime tant. La Robe
auſſfibien que le Bonnet , qu'il avoit
fait faire de la meſme Etofe,
eſtoient garnis de Marte Zibeline
; le tout enrichy de Franges
d'or,d'Echarpes ,& de tous les ornemens
neceſſaires pour l'Habit.
Monfieur le Marquis de Tillader
eſtoit à peu prés de la meſme forte.
Mr le Duc de Mortemart avoit
un Habit à la Perfane. Les Brocards
or & argent , les Dentelles,
& les Pierreries , ne luy manquoient
pas . Depuis le peu de
temps qu'il eſt dans le monde , il
a ſçeu le diſtinguer , & a fait pareiſtre
en tout de la grandeur
d'ame
204
MERCURE
d'ame. Meſdemoiselles de Liflebonne
ne s'attirerent pas moins
de regards par la galanterie de
leurs Habits,que par leur magnificence.
L'une eſtoit en Perſane,
& l'autre eſtoit en Bergere . Madame
la Ducheſſe de Mortemart,
&Madame de Segnelay, repréſen .
toient auſſides Perſanes, avec des
Habits tres - riches, mais fort diferens.
Je ne vous dis point que
Madame de Grancey parut beaucoup
dans cette Aſſemblée . On
ſçait qu'elle n'a pas beſoin d'ornemens
pour ſe faire remarquer .
Madame la Princeſſe Marianne
fut admirée, tant pour la maniere
extraordinaire dont elle estoit miſe,
que pour ſon ajuſtement. Elle
avoit une Veſte du plus riche
Brocard or& argent,dont les tailles
, les bords , & les lez , eftoient
ornez de Marte , avec des
agré
GALANT .
205
agrémens de Diamans & de Rubis
aux deux coſtez . Ses Boutonnieres
eſtoient auſſi de Diamans.
Elle portoit ſes Manches ouvertes
en deux pointes tombantes,
d'une tres belle Etofe , avec des
Dentelles pliffées au tour , & une
Houpe tres -riche à chaque pointe
de Manche. Son Turban lacé
dedeux Etofes, l'une noire & or,
& l'autre couleur de feu & argét,
faiſoit un tres -bel effer . Il y avoit
cinq ou fix Plumes fur ce Turban
, & une Héronniere au milieu
, ſur la tige de laquelle on
voyoit une enſeigne de Diamans
d'un tres - grand prix. Cet Habit
fut trouvé auſſi magnifique que
bien entendu .
On a écrit icy de Madrid que
le Roy & la Reyne d'Eſpagne
ont pris fort ſouvent le divertif
ſement de la Chaffe , & que les
Seigneurs
}
206 MERCURE
Seigneurs les ayant complimen
tez le jour que l'Archiducheſſe,
Fille de l'Empereur, entroit dans
fa treizième année,il y eut le foir
de grandes réjoüiſſances au Palais.
le vous envoye la Veuë des
Jardins de ce qu'on appelle en ce
Païs là Casa del campo. C'eſt la
Ménagerie du Roy.Cette Maiſon
eſt un peu décheuë,depuis qu'on
a bâty El Buen Retiro , qui en eſt
tout proche. Cependant on pouvoit
y faire un tres - beau Lieu , &
avec peu de dépenſe. Les Arbres
y viennent fort bien. On y voit
un grand Etang, autour duquel il
y en a encor d'aſſez beaux. Dans
le Jardin eſt une Statuëde bronze,
où le Roy Philippe IV . eſt tresbien
repréſenté à cheval .
Monfieur de Daillon , Duc
du Lude , Grand - Maiſtre de
P'Artillerie de France , a épousé
depuis
Vista del Sardina
206
Seig
tez
Fille
fatr
de
lais .
Jard
Païs
Mé
eft
aba
tout
voi
ave
y vi
un
ye!
lleeJa
où
bien
du
1
ΓΑ
GALANT.. 207.
depuis peu Madame la Comteſſe
de Guiche , Veuve de Monfieur
le Comte de Guiche,Fils aîné de
feu Monfieur le Maréchal Duc
de Gramont. Comme ce Mariage
s'eft fait fans cerémonie , je
ne vous en diray rien , non plus
que de la Maiſon de Daillon . Il
faudroit le tiers de ma Lettre
pour vous en parler comme je
devrois . Elle est fort illuftre , & a
de tres grandes Alliances. J'auray
d'autres occaſions de vous en en
tretenir . Madame la Comteſſe
de Guiche aujourd'huy Ducheſſe
du Lude , s'appelle Marguerite-
Loüife de Bethune , &
eſt Fille de Maximilien - François
de Bethune VIII. du nom , Duc
de Sully, & de Charlote Seguier ,
Filledu feu Chancelier de ce nom.
Il y a des Charpentiers à Ver-
,
failles, qui travaillent à bâtir une
Fré
208 MERCURE
Frégate d'un nouveau deſſein,
approchant pourtant de la fabrique
Angloiſe , ſur laquelle on
pretend avoir rafiné , tant par la
maſture que pour l'affiere, qui ſe -
ront d'une maniere à faire bien
porter les Voiles , & à la rendre
legere , quoy que chargée de
beaucoup d'Artillerie . Cette Frégate
, qui ne doit avoir que trente
pieds de quilles , fera neantmoins
percée pour ſoixante Pieces
de Canon . C'eſt Monfieur le
Chevalier de Tourville qui a la
direction de cet Ouvrage . Si par
l'execurion de ce deſſein on voit
reüffir ce qu'on s'en promet , on
bâtira à l'avenir toutes les autres
Frégates für ce modelle.
Mr du Queſne , qui eſt arrivé
en Cour apres avoir defarmé en
Provence , en a apporté une autre
qu'il a fait faire en petit ,&
qui
GALANT...
209
qui eſt de ſon deſſein. Il ne luy
donne que quinze pieds de quilles
, au lieu de trente qu'aura la
premiere , & pretend que la Frégate
portera autant d'Artillerie. Il
en ſera bâty une ſur ce deſſein , &
on ſe reglera enſuite ſelon le ſuccés,
pour le modelle des autres.
Je vous ay promis des nouvelles
de l'Eſcarboucle. Il faut vous
tenir parole. Je ne le puis mieux
qu'en vous faiſant part d'une Lettre
de Monfieur de Belmont qui
pouffe l'affaire. C'eſt un Gentilhomme
de probité & de merite;
& le Païfan qui a cette Pierre étant
arreſté par ordre du Roy,
vous voyez bien que quelque
extraordinaire que ſoit' la choſe ,
je n'ay rien avancé ſur cet Article
dont je ne puiſſe vous rendre
raiſon. Voicy ce qu'écrit Monfieur
deBelmont.
a
A
210 MERCURE
A Lyon le 19. Fevrier 1681 . &
E ne doute point , Monsieur, que
Soyezfurpris vous ne dupeud'exactitude
que j'ay eu à vous informer
précisement de tout ce quej'apprendrois
de la découverte de l'Efcarboucle
, dans le temps que jemy
étois engagé.M.le Maréchalde Duras
ayant eu la bonté de me dire que
l'on conduiſoitle Paysan à la Cour,
je partis de Paris un peu àla haste,
&me rendis à Lyon,fur d'autres avis
que j'eus qu'on le retiëdroit quelque
teps à Châlons ſur Saone.Etant
arrivé, je le trouvay à la Citadelle,
dans la plus grande conſternation du
monde. De vous dire quel est le confeil
, & la politique de cet Homme,
c'eſt où les plus éclairez ne connoif
Sentrien.On tache par toutefortede
voyes de découvrir la verité d'une
cho
GALANT. 211
choſe , qui n'est plus au pouvoirde
cet Obštiné de tenir cachée. Les offres
conſidérables qu'on luy afaites ,
ne font pas plus d'impreſſion ſurſon
esprit, que la maniere pleine de rigueur
dont on le tient au pain &à
l'eau au fond d'un Croton. Ses répon-
Ses ambiguës & diferentes , font
croire qu'effectivement il est encor
poſſeſſeur de l'Eſcarboucle. On a
dreſséplusieurs Procés verbaux tant
du côté du Prevoſt qui s'en faifit,
que de lapart de M. Ioly , qui est
celuy qui avoit les ordres du Roy
pour cela. L'on y a inferé ce qu'ita
dit àſafurprise. Toutes les décla
rations qu'il a faites confirment la
verité du fait . Il a avoñé au long
de quelle maniere il a tué le Dragon
, & est demeuré d'accord de
la couleur , groſſeur , forme , &
brillant de cette Pierre ; & le
tout , de la maniere dont je vous
en
21-2 MERCURE
• en ay fait le recit. Il a fait trois dépofitions
de cette forte,les a fignées,
&en a paraphé toutes les feüiltes.
A lafin desa première déposition,il
dit avoir mis la Pierre envelopée
d'un papier dans un pot de terre , &
l'avoir enterrée enſuite danssa CaveJousun
Cuvier. On en fit la recherche
en méme teps avec grande exa-
Etitude , ſans qu'on trouvaſt rien.
Dans laſecode, il dit l'avoir donnée
àgarder à uneFemme deſon Village.
La Femme qui fut ſaiſie außi- toft,
répondit qu'elle n'avoit rien à luy;
qu'il estoit vray que depuis quatre
mois ou environ elle avoit preſte à ce
Paysan unePierre qu'elle avoit ache.
tée ,&qui a la proprieté de guerir
certaines maladies dont les Boeufs
Sont attaquez, &qu'il la luy avoit
rendue . On le confronta avec cette
Fëme, pourſçavoirfi la Pierre étoit
la méme dont il avoit entēdu parler.
11
GALANT.
213
Il dit que oûy , qu'il avoit crû qu'on
Se contenteroit de cela,& que par ce
moyen il auroit eſté exempt de livrer
laveritable, qu'il l'avoit enterrée en
un autre endroit,&que si on luy donnoit
la liberté de l'aller chercher luy
méme avec eſcorte,il estoit aſſuré de
la trouver. C'est ce qu'on ne luy voulut
point permettre,dans l'apprehen .
fion que l'on eut qu'il ne s'échapaſt.
Onne laiſſa pas d'aller au lieu qu'il
avoit marqué ; mais pour laseconde
fois ce furent des pas perdus. Onse
faiſit dù Cousin germain du Paysan,
Preſtre ſervant à la Paroiffe, qui luy
Soûtint qu'il eſtoit vray qu'il avoit
la Pierre,&qu'il ne pouvoit refufer
de la donner. Apres cette confrontation
on lessepara,& l'on conduisit le
fieur BoucquinSon Parent,qui est celuy
qui avot negotié cette affaire
avecpluſieurs ,à la Citadelle du Pont
S.Efprit ,& le Paysan à celle de Cha.
lons,
214 MERCURE
lons, où il est encor. On a des depofitions
deplus dequattre- vingts Per-
Sonnes dignes defoy, qui ont veu &
diftingué ces Animaux volans, portant
leurs Pierres entre leurs dents ,
depuis meſme que le Dragon a esté
tué ,& qui aſſurent avoir entendu
dire au Paysan qu'il avoit la Pierre,
il a encorfait un troiſiéme Billet
poſtérieur aux miens,à un Bourgeois
de ce Pays - là, par lequel il s'engage
àneſedefairede cette Pierre qu'entre
les mains de Sa Majesté , ou de
Monsieur de Louvoys. Voila, Monfieur,
tout ce que vous peut dire für
cette affaire vostre tres , &c.
DE BELMONT.
J'avois crû que le vray mot de
la ſeconde Enigme du dernier
mois , ne pourroit eſtre trouvé ,
mais rien n'échape à la penetration
de ceux qui ſe divertiſſent
àce jeu d'eſprit. Le Fils du Fort
Maſtin
GALANT.
215
Maſtin d'Abbeville a expliqué
ainſi la premiere dans ſon veritable
ſens.
:
MercEurcruree eefsttddeevenu Ioüeur,
C'est en vain qu'il en fait une affaire
fecrete.
Eufſſiez- vous jamais crû qu'il eust
esté d'humeur
Atenir chez luy la Baſſete ?
Pluſieurs Perſonnes ont trouvé
ce meſme mot de la Baffete.Ce
font Meſſieurs Blanchard,de Châteauroux
: De Giſeux , du Païs
d'Anjou : Le Chevalier du Catulé
, du Ponteau- de mer : L'Abbé
de Cary , de Marſeille : Claret,de
Roüen : D. Laurent Raguienne,
Prieur de Bethune:Ha....du Mefnil
, de Chambrais en Normandie
: Le Hot , Avocat à Caën :
Daurould , Bachelier en Sorbonne
, d'Abbeville : Hutuge ,
d'Or
216 MERCURE
d'Orleans : Le Solitaire de Gim
brois lez Provins : Les gays Paftoureaux
de la Ruë S.Antoine:Le
Solitaire de la Porte S. Michel :
Samſon,d'Abbeville : Le Rat du
Parnaſſe, du Cloiſtre S. Mederic:
L'Inconſtant de profeffion : Le
Sincere Herminius : Le Solitaire
de la Ruë Caffete : Le Perroquet
des Muſes: L'Aimable Euterpe ;
L'Amante ſans amour : Le Cafſeux
d'Amande : La Belle Reclu
ſe: Plautine la cadete : La petite
Silvie de la Ruë de BouretàMorlaix.
Elle a eſté expliquée en Vers
par Meſſieurs Gardien : Le Che
valier de Lamplicourt,de Roüen:
Buiffon ,Avocat en Parlement:De
P.le J.Seffrie de S.Joſeph ,d'Andely
en Vexin : L'Amant de la Belle
Poëtevine : Le grand Coureur de
Sermons : L'Amant de la charmante
Mademoiselle de la G. de
:
Roüen:
GALANT. 217
Roüen : Le Reclus d'Aunoy lez
Provins : L'Inconnu d'Argenton-
Chaſteau : L'Amant inconnu de
la belle Philis de Roüen : L'Albaniſtede
la meſme Ville : Le Solitaire
de la Ruë des Arcis : Philonice:
&Paquete.
On a expliqué cette meſme
Enigme fur la Guerre , le Duel , la
Fortune , le Sort, le Poiſon, le Hoca.
&la Comedie Burlesque.
L'Explication de l'autre Enigme
, dont le mot eſtoit le monofyllabe
on , eſt dans les Vers que
vous allez voir. Ils m'ont eſté envoyez
au nom du Soleil du Quartier
de S.Mederic.
0
Nvit dans tous les lieux,On
eſt dans tous les temps ,
On a pris toutefois fon origine en
France.
Fevrier 1681 . ΚΑ
218 MERCURE
On semeslepar tout avec toute af.
Surance,
parle libr On parle librement des Petits &
des Grands.
९६५
Tous les Philosophes antiques
Dont vous voyez remplir les plus
rares Boutiques,
Ces fameux Orateurs que l'on voit
aujourd'hay,
N'en ont jamais tant Sçeu que
luy.
Sa Science est univerſelle,
Mais il ne sçait parler qu'en lan.
gageFrançois;
Il écrit ,fait ,& dit cent choses à
lafois,
Ilapportede tout la premiere nouvelle.
Aux plus Scavans Docteurs aux
plus rares Eſprits,
Ildonne de la tablature,
Et
GALANT.
219
Et vous - mesme, Galant Mercure,
Vous vousfervezſouvent de cet On
queje dis
٢عوو
こ
Mais vous ne faites pas ( & vous
: avez raifon)
7
Comme ces langues indiſcretes,
Quipourfaire éclater des Intrigues
Secretes,
Diſant ce qui leur plaist,ſe dechargent
fur On
Mademoiselle F. Bouvard de
Chartres,a trouvé cemeſme mot,
auſſibien que Meſſieurs de Lifle
Tréſorier ancien des Gardes du
Corps du Roy. L.Boucher,ancien
Curé de Nogent le Roy:Formentin&
Caudron , d'Abbeville, qui
ont tous expliqué cetteEnigme
en Vers. La Gazete,le Mercure
Galant, la Renommée, & l'Enigme,
font d'autres ſens qu'on luy a
Kij
220 MERCURE
>
donnez . Meſſieurs Regnier , & .
Coquillart Bourguignon ont
trouvé celuy de l'une & de
l'autre.
Je vous en envoye deux nouvelles
, dont la premiere eſt de
Mr de Gramont de Richelicu.
ENIGME.
Nous sommes plusieurs, Saurs
ensemble,
Sans que pas- uneſe reſſemble,
Quoyque nous ayons mesmefort.
L'une parle toûjours diferemment
de l'autres
Cependant il n'est point d'accord
Qu'on puiſſe comparer au noftre.
Noftre destin pourtant est tellement
bizare,
Et nostre avanture ſi rare ,
Que telle qui defes beaux doigts
N'o
GALANT.1 221
Nofoit nous toucher autrefois,
Tant elle est propre & delicate,
Sans craindre de fe faire tort ,
Tantoſt avec plaisir nous flate,
Tantoſtſe divertit à nous batre bien
fort.
Pendant le vivant de nos Peres,
Noussommes en mauvaiſe odeur:
Mars fi- tost qu'ils font morts , par
un rare bonheur,
D'officieuses mains nous tirent de
miferes, :
Et nous font acquerir une telle douceur,
Quenous pouvons charmer les coeurs
les plusfeveres.
AUTRE ENIGME.
ADmirez mon étrangefort;
IeSçais donner la vie , & puis can-
Ser la mort.
Kiij
222 MERCURE
De mon corps , s'il est plein , naist la
crainte & lajoye;
S'il est vuide, il reduit les plus gays
aux abois. 1
m'en Toutefois , s'il faut qu'on m'
croye,
L'emprisonneſouvent les Princes &
lesRoys.
Mon corpsn'a que la peau;quoy que
Sans os,fans chair,
L'on le met aux liens , pour me tenir
esclave:
Si par la foye & l'or on me veutrendre
brave,
On prend grädſoin de me cacher:
Car Mercure qui ſçait tous les
tours de Soupleſſe,
Par lesfiesme poursuit ſans ceſſe,
Etfait,s'ilspeuvent m'approcher,
Sur moy triompherfon adreſſe.
C'est biepis,qu'ils fondetſoudain
Sur moy les armes à la main.
Quant
GALANT. 223
Quant à l'Enigme en figure,
vous voyez icy deux Géans repreſentez
, l'un & l'autre armé
de Coutelas, & un Nain qui s'eſt
jetté ſur les gardes de leurs armes
, qu'il ſemble avoir deſſein
d'arreſter. Je laiſſe à voſtre curiofitéd'en
chercher le mot .
Mr Nau Conſeiller de la Troifiéme
des Enqueſtes , eſt mort
fort riche ,& fans Enfans. Il a fait
les Pauvres ſes principaux Heritiers;
& en nommant Monfieur
leBoultz Conſeiller en la Grand'
Chambre , fon Executeur teſtamentaire
, il luy a laiſſe vingt
mille livres .
Nous avons perdu un des plus
grands Hommes de l'Ordre de
S. Dominique, par la mort duPere
Gonet , arrivée à Beziers lieu
de ſa naiſſance le 24. de l'autre
mois. Sa Theologie luy avoit ac-
K iiij >
224 MERCURE
4
quis une tres-haute reputation
dans les Païs Etrangers , & fur
tout à Rome , où il eſtoit extremement
aimé. Aufli Mr l'Evefque
de Beziers, convaincu de ſon merite,
ordonna à tous les Religieux
d'aſſiſter en Corps à ſon Inhumation
. Meſſieurs du Preſidialde la
mefme Ville , & les Confuls , s'y
trouverent. Ce qu'on admire
dans ſes Ouvrages, eſt une grande
netteté d'eſprit , & une profondeur
de ſcience extraordinaire.
Ils ſe vendent à Paris chez
le Sieur de Luyne, au Palais, à la
Justice.
J'ay encor à vous apprendre la
mort de Mr de Céſan,Major General
de l'Armée du Roy,& Major
du Regiment des Gardes.
C'eſtoit un Gentilhomme du
Païs de Foreſts, qui s'eſtant donné
à la Profeſſion des Armes
dés ſa plus tendre jeuneſſe , par
GALANT.
225
vint par ſes ſervices & par fon
courage , à eſtre fait Capitaine
dans le Regiment de l'Alteſſe,
Depuis , la réputation le fit pourvoir
de la Charge de Lieutenant
au Regiment des Gardes , de laquelle
eſtantmonté à celle deCapitaine
dans le méme Regiment,
ſon mérite luy attira l'eſtime de
Sa Majeſté & de feu M. de Turenne.
Il ſervoit en Allemagne
fous ce fameux General en qualité
d'Ayde de Camp en 1674
& ayant eſté commandé par
luy pour reconnoiſtre Saintzim
avec un Détachement d'Infanterie
, il en commença l'Attaque,
& l'acheva glorieuſement par
la priſe de ce Poſte . En 1676. le
Roy luy donna le Gouvernement
deCondé , Ville frontiere , voifine
de Valenciennes , qui avoit
beſoin d'un Homme d'une en-
Kv
226 MERCURE
tiere vigilance . L'année ſuivante,
Sa Majesté ayant fait la conque->
ſte de Cambray , le fit Gouverneur
de cette importante Place.
Pendant les quatre années qu'il
a poſſedé ce Gouvernement , il a
gagné l'eſtime & l'affection non
ſeulement de toute la Ville, mais
auſſi de tout l'Etat de la petite
Province du Cambreſis. Il y a
vécu avec une déference honneſte
pour le Clergé . La Nobleſſe
a trouvé un accés favorable aupres
de luy à toutes les heures;
& tes Bourgeois de Cambray ,
auffi-bien que les Païſans du voifinage,
l'ont confideré comme un
Protecteur toûjours preſt à les
entendre.Il eſt mort au commencement
de Fevrier,pleuré de tous
les Ordres de la Ville , & a laiffé
le Portrait du Roy à M. l'Archeveſque
de Cambray , des mains
de
GALANT .
227
de qui il avoit reçeu les Sacremens
; & à M.de Dreux, Lieute
nant de Roy de la meſme Ville,
un de ſes Carroſſes , avec un Attelage
de fix Chevaux.Son Gouvernement
vient d'eſtre donné
à M. le Marquis de Montbron ,
dont les ſervices ſont connus de
tout le monde. Il a commandé la
Seconde Compagnie des Moufquetaires.
Comme M. de Céſan eſtoit de
meuré pourveu de la Majorité
du Regiment des Gardes, le Roy
en a gratifié M.d'Artagnan , Neveu
de feu M.d'Artagnan , qui a
commandé la Premiere Compagnie
des Mouſquetaires , &
qui fut tué en ſe ſignalant au
Siege de Maſtric. Le Neveu ſe
montre digne Heritier du courage&
de la conduite de l'Oncle.
Il eſtoit l'un des Aydes- Major
des
228 MERCURE
des Gardes, & s'eſt ſi bien acquité
des fonctions qui regardent
cet employ,qu'il a obtenu la Majorité.
;
L'attachement de Monfieur le
Comte Bardi-Magalotti pour le
ſervice du Roy dans ſon Gouver
nement de Valenciennes , ne
pouvant luy permettre de garder
la Lieutenance Colonelle des
Gardes , elle a eſté donnée à
Monfieur de Rubantel,Capitaine
aux Gardes . Ce nom eft connu,
ainſi que le zele que tous ceux
qui l'ont porté ont fait paroiftre
pour le fervice du Roy.
Monfieur de Caſaux qui avoit
eſté nommé au Gouvernement
de Thionville , n'a point jouy de
cet avantage. La mort Fa furpris
dans le temps qu'il en alloit
prendre poffeffion. Ce Gouvernement
a eſté donné depuis peu
de
GALANT
229
de jours à Monfieur Defpagne,
Lieutenant de Roy de la mesme
Ville. Il y a long- temps qu'on le
voitdans le ſervice. Il a eſté Major
dans le Regiment de la Ferté.
On ne peut manquer de ſe rendre
habile dans le métier de la
Guerre , quand on a ſervy ſous
un auſſi grand Maiſtre que Monfieur
le Maréchal de la Ferté .
Auffi Monfieur Deſpagne s'eftoit-
il toûjours ſi avantageuſement
diftingué , qu'il avoit mérité
par ſa valeur & par ſa conduite
, de commander dans Bomel,
dans Gray , & dans Dole.
Madame la Dauphine qui n'avoit
point encor veu la Foire de
Saint Germain , y alla Mardy dernier
, apres avoir dîné au Palais
Royal , où Son Alteffe Royale
traita Monſeigneur le Dauphin.
Ce fut là que ce jeune Prince,
accom
230 MERCURE
accompagné de cette Princeſſe ,
deMonfieur , de Madame , &de
Mademoiselle , ſe rendirent chez
monſieur Malo pour la Repréſentation
& les Intermedes en
Muſique de la Comédie d'Am .
phition , dont je vous ay déja
parlé dans cette Lettre. On leur
ſervit une ſuper Collation dans
quarante Corbeilles d'argent .
Toute cette auguſte Cour n'en
fut pas moins fatisfaite que du
compliment de monfieur Malo,
Conſeiller au Parlement de Mets.
Ils font trois Freres , dont l'un eſt
Conſeiller à la Grand Chambre,
& l'autre Abbé.
Le Roy qui aime à récompenfer
les Perſonnes de Lettres &
de Vertu , auſſi bien que ceux
qui le ſervent dans ſes Armées,
eſtant informée du mérite fingulier
de monfieur Picot , Do
teur
GALANT. 231
teur & Profeſſeur de Sorbonne,
luy a donné depuis peu l'Abbaye
d'Hermieres à dix lieuës de Paris
. C'eſt un Homme d'une érudition
profonde, & qui mene une
vie tres - exemplaire.
Sa Majesté a auſſi donné , fur
laNomination de Monfieur, l'Abbaye
de Braine à monſieur l'Abbé
Merille . Comme il poſſedoit
cellede laCourt-Dieu , il l'a remiſe
entre les mains de S. A. R.
qui en a gratifié monfieur l'Abbé
Fages Docteur de Sorbonne,
l'un de ſes Aumôniers de quartier.
L'Abbaye de Braine eſt ſituée
dans le Bourg de ce nom entre
Fifmes & Soiſſons , dans le
Duché de Valois .Elle eſt de l'Or->
dre de Prémontré .
Monfieur le Chevalier des
Gouttes , Commandant l'un des
Vaiſſeaux de Sa Majesté , fit ſes
Voeux
232:
MERCURE
1
Voeux au Temple ces jours paf
ſez , entre les mains de monſieur
le Bailly Colbert , qui luy donna,
l'Habit . Monfieur le Chevalierde ..
Noailles luy mit l'Eperon d'or.
Monfieur l'Eveſque d' Aire, cy-.
devant Abbé de Fromentieres,
avoit eſté choiſy pour précher:
devant Leurs Majeſtez , trois fois
la ſemaine pendant le Careſme;.
mais une indiſpoſition impreveuë ,
ne luy ayant pas permis de fatisfaire
à ce glorieux employ , &
tous les bons Prédicateurs eſtant
choiſis pour remplir les Chaires
de Paris , le Roy qui n'en a voulu
oſter aucun tout à fait à ſes
Sujets , en a nommé pluſieurs
qui prendront tour àtour la place
de ce Prélat. Ces divers Prédicateurs
qui doivent précher à
Saint Germain, ſont le Pere Gaillard
Jeſuite (il y précha Diman-
200 che
GALAN T.
233
che dernier avec grand ſuccess )
le Pere Chauſſemer , Provincial
des Jacobins ; le Pere Baudran ,
le Pere Meneſtrier , le Pere Patoüillet
, tous trois Jeſuites ; le
Pere Hubert , Preſtre de l'Oratoire;
DomJean de S. Laurens ,
Feüillant ; Monfieur l'Eveſque
d'Autun. Monfieur l'Abbé de
Brou - Feydeau , Aumônier du
Roy ; doit précher le jour de la
Cene ; & Monfieur l'Eveſque de
Condom, le jour de Paſques.
On fait une Loterie à S. Germain
, qui ne devoit eſtre que de
deux cens mille francs ; mais
l'exacte fidelité qui s'y obſerve,
ayant obligé un tres-grandnombre
de Particuliers à y porter de
l'argent , on a eſté obligé de la
faire de cent mille Ecus. Elle feroit
peut- eſtre d'une ſomme encor
plus conſidérable, ſi on vouloit
234
MERCURE
loit toûjours recevoir. Le gros
Lot ſéra de cent mille frans. Je
vous le ſouhaite ſi vous y avez
envoyé de l'argent , comme ont
fait beaucoup de Perſonnes de
Province , & fuis voſtre , &c.
: AParis ce 28. Fevrier 168г .
८
LYON
Dans l'article de ma derniere
Lettre où il eſt parlé des Commanderies
de S.Lazare , Page 26 .
ligne 3. au lieu deM.le Comte du
Luc, Capitaine de Vaiſſeau, lifez
de Galere. Dans la meſme Page,
ligne 5. au lieu de M. Langoulin ,
lifezM. de Cogolin. Page 30. ligne
21. au lieu deM. Daiffe,Moufquetaire
Blanc, liſez Mouſquetaire
Noir. Page 34. ligne 8. au lieu
de M. de Guigneville , Capitaine
Reformé dans Sainte- Maure , lifez
M.de Guigneville , Major de
Lichtemberg en Alface.
1
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy, donné
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sicur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacundeſd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Gra- A
veurs&autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans leconſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt portéauditPrivilege.
Regiſtréſur le Livrede la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
28. Fevrier 1681 .
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DELA VILLEDE
LE DAUPHIN
YON
*13FEVRIER
1681
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere.
M. D C. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
E croyois, cherLe-
Jteur , vous envoyer
ce Mois les
Journaux des Sçavans , le
mauvais temps a eſté cauſe
du retardement ; mais le
Mois prochain je vous les
envoyeray tres - regulierement.
Les Mercures ſe vendront
toûjours , ceux de
!
: a ij
1677. douze fols le volume.
Ceux de 1678.1679 .
1680 , & 1681. vingt ſols ,
&les Extraordinaires trente
fols auffi le volume tant
entier que feparé. Il eſt inutile
de les demander à meil
leur marché. Ceux qui envoyerontdes
Pieces pour le
Mercure , payeront le port
s'ils veulentyeſtre, pourveu
qu'ils valent la peine,&chacun
aura ſon tour.
LIVRES NOVVEAV X
du Mois de Fevrier 1681 .
Inſtitutiones Juris Canonici
1
X
ici
nici par Monfieur de Roye,
imprimé par ordre deMonze,
40.fols.
ſieur le Chancelier , indou-
Heures nouvelles , imprimées
par ordredeMadame
laDauphine, in-dix-huit, en
maroquin , quarante -cinq
fols.
Les Satires de Juvenal,indouze
, 2. vol. de la tradu-
Etion du ſçavant Monfieur
l'Abbé dela Valtrie , indouze,
2. vol . 5. livres.
Les Faux divertiſſans de
Monfieur Poiſſon , indouze,
.quinze fols .
a iij
La Comedie de la Comete,
indouze, 15. fols .
Plaidoyez de Monfieur
Joſeph Barrel , ſur une inftitution
univerſelle faite par
un Pere en faveur de l'Egliſe
des Peres Jeſuites , inquarto,
vingtſols.
TABLE
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
د
Avant -propos
I
Madrigal, 2
Plufieurs Converſions , 3
Embrazement , 10
Dialogue , 13-
Mariage du Prince Gaëtan, & deMademoiselle
Barberin , 19
Mort du Cardinal Vidoni,
1
ibid.
Mort de Madame de Courtágnon , 20
Mort de M. d' Hillerin Sous-Doyen de
la Cinquiéme Chambre des Enquestes,
24
Faux Memoires corrigez touchant la Ge
nealogie de Parabere , 30
Plusieurs Madrigaux , 31
La Comete,Histoire, 36
Sonnetfur ta Comete, 49
Traduction d'une Ode d'Horace , contre
E a iiij 111
TABLE.
l'empreſſement curieux de penetrer l'avenir.
Madame la Marquise de Clarembaut
Dame d'honneur de Madame en la
place de Madamnee llaa Maréchale du
Plefsis ,
SD 53
Honneurs funebres rendus à cette Maréchale
, ibid.
Ré oüiſſances faites à Grenoble apres le
Sermentpresté par Monfieur de Viricu
pour laCharge de Premier President
du Parlement de la mesme Ville , 55
Plaidoyer pour Monfieur Baudry du Bис,
pretendu Religieux Cordelier ,
Histoire ,
ر و
61
Metamorphose d' Alectrion en Coq, I
Ordre de la Faretiere donnéà Monfieur
le Prince Palatin , avec l'origine de cet
Ordre,&les raisons pour lesquelles
l'Empire est devenu electif , 76
88
Divertiſſement donné gratuitement au
Public chez M. Malo ,
Etabliſſement du Droit François à Caen,
120
Billet composé de plusieurs Mots à la
made , 126
Mort
TABLE.
Mort de Madame de Gordes, 128
Mortde Madame de Tonné-Charante
, 129
Mort de M. Brigalier Avocat du Roy
au Chastelet, 130-
Mort de Mademoiselle Parfait , 131
Accouchement de Madame la Ducheffe
de Foix , ibid.
Réponse à l'Histoire du Coeur , intitulée.
Hiſtoire de mes Conqueſtes. 132
Plufieurs Opera de Venise , avec la Defcription
de la Maiſon de Piazzola,
appartenante à M. de Contarini Procurateur
de S. Marc ,
Madrigal ,
150
175
Epigramme, 176
Plusieurs Conversions , ibid.
Ce qui s'est passé à Paris pendant le Cares
naval , 182
6 Divertiſſemens de S. Germain pendant le
au
Carnaval , avec les noms de ceux qui
88 ont esté des Mascarades, & la defcrien
ption de leurs Habits , 192
Mariage de M. le Duc de Lude , 206
la Frégates bâties à Versailles fur un nou-
126
veau deſſein , ibid.
Mort
Lettre
TABLE.
Lettre de M. de Belmont touchant l'Ef
carboucle, 210
Explication en Vers de la premiere Enigmedumois
passé , 215
Noms de cenx qui en ont trouvé le Mot,
ibid.
Explication en Vers de la feconde Enigme,
217
Noms de ceux qui en ont trouvé le vray
fens, 219
Enigme, 220
Autre Enigme, 221
Enigme en figure, 223
Mort de Monfieur Nau , Confeiller en
la Troifiéme des Enquestes , ibid.
Mort du Pere Gonet , ibid.
Mort de M. de Cefan , 224
Majorité des Gardes donnée àM.dArtagnan
, 225
Gouvernement de Cambray donné à M.
de Montbron , ibid.
Lieutenance Colonelle des Gardes donnée
àM. de Rubantel , 228
Gouvernement de Thionville donnéà M.
d'Espagne , ibid.
Voyage de Monseigneur le Dauphin &
de
TABLE.
3
4
17
de Madame ta Dauphine à Paris,
avec le Regal qui leur a esté donné
chez.M. Malo , 229
Abbaye donnée à M. Picot, ibid.
Benefices donnez par Monfieur. 281
Monfieur le Chevalier des Gouttes fait
ſes Voeux dans leTemple , ibid.
Prédicateurs nommez par le Roy pour
preſcher tourà tourle Carefine,devant
leurs Majestez, 232
Loteriefaite à S. Germain , 233
Finde la Table.
M.
id.
née
28
M
bid.
in
de Avis
{
(
L
Avis pourplacer les Figures.
)
Air qui commence par Vous vous
plaignez qu' Iris est trop severe ,doit
regarder la page 3.2 .
La figure de la Comete &des trois
Oeufs, doit regarder la page 127. 1
L'Air qui commence par que je sens
derudes combats , doit regarder la page
174.
La Figure où eſt écrit , Vista del fardin
de la Casa del Campo , doit regarder
la page 206.
L'Enigme en Figure doit regarder
lapage 223 .
MER
MERCURETHEQUE DEL GALAZYON
FEVRIER 1681.
E n'ay point douté,Ma-
Jdame, que la peinture,
quoy que tres- informe,
que je vous ay faite
de la derniere Action du Roy,
n'attiraft de vous l'admiration
que vous me marquez . Elle eſt
le ſujet de mille loüanges qui retentiſſent
dans tout le Royaume;
& ceux qui n'ont point de part
Raux avantages qu'en ont reçeu
Fevrier 168 1.
1
A
2 MERCURE
les Intereſſez , ne montrent pas
moins d'empreſſement à publier
que rien n'approcha jamais de la
grandeur d'ame de noſtre Auguſte
Monarque. Ainſi quand on
fonge à la perte volontaire de
ce Procés que l'exacte rigueur
de la Juſtice luy euſt fait gagner,
il n'y a perſonne qui n'entre dans
les ſentimens de l'Autheur du
Madrigal que vous allez voir , &
qui ne diſe avec luy.
D
Rhin impétueux avoir
dompté les flots,
Avoir foûmis l'orgueil de la fiere
Allemagne, b.at sb
Ademander la Paix avoir réduit
l'Espagne ,
Avoir du Monde entier afſuré le
repos;
(
Grand Roy , tous ces Exploits fe
roient plus d'un Héros ;
Mais
GALANT
3
Mais avoir contre toy pris en main
la Balance
Contre toy de ton Peuple avoir pris
la défence,
T'eſtre toy - mesme condamné,
Ces Exploits inconnus aux Héros de
l'Histoire,
Font bien voirque par tout tu trouves
la victoire ,
Puis que mesme en perdant elle t'a
couronné.
Combien de chefd'oeuvres
nous verrions , s'il eſtoit une éloquence
affez vive pour bien exprimer
avec quelle ſage prévoyance
le Roy entreprend tout
ce qu'il fait ! Le bien que produiſent
ſes diverſes Ordonnances
, nous en montre affez l'utilité.
Je vous ay parlé de la Déclaration
qui enjoint aux Offifo
ciers de Juſtice de ſe tranſporter
Ma
A ij
4
MERCURE
dans les Maiſons des Malades de
la Religion Pretenduë Reformée
, pour ſçavoir d'eux s'ils ont
deſſein d'y mourir , & leur donner
par ces fortes de viſites une
entiere liberté d'expliquer leurs
ſentimens.Elle fut regiſtrée le Jeudy
23. de l'autre Mois , en l'Audience
du Prefidial de Niort , &
deux jours apres il y eut occafion
d'en tirer du Fruit. Marie Meſtayer,
Femme de Loüis Vilain Sieur
de Grandmaiſon , dangereuſement
malade, eſtoit fi fort obſedée
de ſes Miniſtres , que quelque envie
qu'elle témoignaſt de s'éclair
cir de beaucoup de doutes , elle
ne pouvoit trouver moyen de faire
appeller aucun Catholique.
Monfieur de Fontmor Preſident
&Lieutenant General de la Ville ,
ſe rendit chez cette Femme , en
vertu de la Declaration dont je
viens
GALANT.
T
-
e
-
۲-
le
al
ue
en
1
viens de vous parler. Elle luymarqua
la joyequ'elle avoit de ce que
ſa preſence luy donnoit la liberté
de fatisfaire à ce que Dieu vouloit
d'elle , & luy déclara devant
Monfieur le Procureur du Roy,
que jamais elle n'avoit eſté bien
perfuadée de la Religion qu'elle
profeſſoit. Alors ce Préfident
prenant la parole, luy dit les choſes
du monde les plus touchantes
& employa des raiſonnemens
fi forts pour luy faire connoiſtre
la verité , qu'eſtant pleinemet
convaincuë de ſes erreurs,
elle demanda à y renoncer. On
fit venir auſſitoſt le Pere Gardien
des Capucins qui en reçeut
l'Abjuration , & qui luy donna
les inſtructions dont elle eut beille
foin. Monfieur de Fontmort ne
la quitta qu'apres de grandes
marques de liberalité qu'il laiſſa
e
tj
vien
A iij
6 MERCURE
chez elle. Il les reïtera le lende
main par quantité de rafraîchifſemens
qu'il fit porter à cette
Malade. Elle ne fut pas la ſeule
qui abjura l'Hereſie. Son Mary
voulut ſuivre ſon exemple , &
prit des Lettres de recommandation
de ce Préſident pour aller à
Poitiers ſe faire inſtruire. Cela
nous fait voir combien il eſtoit
neceſſaire que par une ſi juſte
Précaution Sa Majesté pourveuſt
aux contraintes , dans leſquelles
les Malades de la Religion de
Calvin ſont preſque toûjours re
tenus par leurs Parens qui les obfedent
au litde la mort.
It en eſt beaucoup qui n'attendent
pas ces derniers momens
pour ſe tirer d'un Party où
le péril eſt ſi manifeſte. Ce ne
font par tout que Converfions,
& le Pere Tiburce de Copiac
Ca
GALANT.M
2
S
Dù
ne
15
jac
Ca
Capucin , & quelques Religieux
de ce meſme Ordre , en ont fait
un fort grand nombre dans leur
Miſſion de Lunel en Languedoc .
C'eſt une Ville du Dioceſe de
Montpellier.Parmy les Religionnaires
de l'un & de l'autre Sexe
qu'ils ont convertis, il s'en trouve
trois des principaux de la Ville.
Le premier eſt Noble François
de Cadolle , Seigneur de
Cannau , Capitaine dans le Re ..
giment de Champagne, & Majer .
dans la Citadelle de Montpellier.
Il a ſervy depuis vingt-cinq ou
trente ans dans les Armées de
Flandre , d'Allemagne & de Ca
talogne, & a eu divers Commandemens
aux Sieges des Villes.
Les playes dont tout ſon Corps
eſt couvert en font une preuve.
Il a pluſieurs Freres Capitaines.
L'Aîné qui demeure à Montpel-
A iiij
MERCURE
lier , & qu'on appelle Monfieur
deCadolle, a fait la mefme Abjuration
avec Madame ſa Femme
&tous leurs Enfans , dont il y en
a qui font Officiers dans les Armées.
Meſſieurs de Cadolle font
d'une Nobleſſe tres- confiderable
dans le Languedoc , & Co- Sei
gneurs avec le Roy de la Ville
deLunel.
Monfieur de Nicol s'eſt conver
ty dans le meſme temps. Il eſt à
preſent le premier Conful de Lunel,
& a fait ſon entrée aux Etats
du Languedoc qui ſe ſont tenus
dans Montpellier, où il a eſté reçeu
à l'Office de Correcteur.C'eſt
une charge des plus importantes
dans la Cour des Aydes. Mefheurs
des Etats luy ont marqué
une extréme joye de cet heureux
changement .
Elle n'a pas eſté moindre pour
celuy
GALANT.
و
celuy de Monfieur de Bofenguer,
l'un des honneſtes Hommes , &
des plus riches de toute la Ville.
* Son exemple a eſté ſuivy de ſes
Enfans qui font en grand nombre.
Il a un Fils Lieutenant-Major
dans un Regiment. Tous les
Catholiques de Montpellier en
ont fait des réjouiſſances publiques
par des Feux allumez devant
leurs Portes apres le Te Deum
chanté folemnellement. Ces utiles
Miſſions font voir le ſoin que
Monfieur l'Eveſque de Montpellier
prend de fon Troupeau. On
ne doit pas moins eſtimer le zele
de Monfieur l'Evéque de Nifmes,
qui eſtant voiſin , & s'appliquant
tout entier à ce qui peut eſtre
avantageux à l'Eglife , a donné
pouvoir aux meſmes Miſſionnaires
de recevoir l'Abjuration de
ceux de fon Dioceſe.
S
t
S
1
e
X
ut
ay
A v
fo MERCURE
( Il s'est fait une autre Miſion
àBourges avec beaucoup de fuccés.
Monfieur l'Abbé Hervé, Fils
de monfieur Hervé , Conſeiller
en la Grande Chambre du Parlement
de Paris, qui a fait en tant
de Lieux des Converſions admirables,
en eſtoit le Chef. Cette
Miſſion fut terminée le 12. de
l'autre Mois par un excellent
Diſcours que monfieur Laurent
Chanoine prononça dans laMétropolitaine
. Ce Diſcours , qui
eſtoit adreſſé à monfieur l'Archeveſque
de Bourges, fit voir que ce
grand Prelat eſtoit le Fleuve de
l'Ecriture qu'on vit changé en
Lumiere & en Soleil.
Quoy qu'il n'y ait rien de plus
beau que la lumiere , elle eſt bien
épouvantable quand c'eſt quelque
embraſement qui la produit.
Celuy de l'Abbaye de Beaumont
prés
GALANT 11
i
e
e
n
us
en
eluit.
Dont
prés
prés de Tours , qui eſt un Convent
de Religieuſes des plus conſidérables
de France , aura peureſtre
fait bruit dans voſtre Province.
Une étincelle de feu venuë
du Chaufoir de cette Communauté
,s'eſtoit attachée à une
Poutre pourrie dans le coeur , &
revétuë de Maçonnerie , & s'y
eſtant conſervée pendant quelque
temps, le feu parut toutd'un
coup', & fit fes ravages avec tant
de violence , que le Refectoir,
Dortoir , & autres lieux réguliers
furent embrazez en un moment.
Les Religieuſes ſortoient
alors de Complies. Si ce malheur
fuſt arrivé trois heures plus
tard la plupart d'elles ſe fuſſent
trouvées enfèvelies dans les flâ
mes. Toute la Cour a écrit à Madame
l'Abbeſſe de Beaumont for
cet accident. C'eſt une Perſonne
auffi
12 MERCURE
auffi pieuſe que belle , &dont la
Naiſſance eſt des plus illuſtres.
Vous le croirez quand je vous
auray appris qu'elle s'appelle Anne
de Bethune. Elle eft Fille de
Madame la Comteſſe de Berhune
, Dame d'Atour de laReyne,
& Soeur de monfieur le Marquis.
de Bethune, Beaufrere de Sa Ma-1
jefté Polonoiſe , & Ambaſſadeur
dans cette Cour. Il eſt aſſez re
marquable qu'il y a preſentement
en France quatre Ducs & Pairs
du nom de Bethune. Ce font
monsieur le Duc de Sully,Prince
d'Enrichemont ; Meſſieurs les
Ducs de Charoft, Pere &Fils ;
monsieur le Duc d'Orval.
Quelque fierté dont s'arment
les Belles , il eſt difficile qu'elles
ſe défendent longtemps de témoigner
qu'elles ſont ſenſibles,
quand un Amant digne d'eſtre
aimé,
GALANT.
13
aimé, ſçait faire valoir ſes plaintes.
Vous l'allez connoiſtre par
ce Dialogue.
TIRCIS , PHILIS,
STIRCIS .
Dilis, vous fuyez qui
aime,
vous
En vainje vous fuis pas àpas .
Sipourmoyvousfaiſiezle mesme,
Helas ! je ne vous fuirois pas.
Est- ce le prix de mon amour ?
Pourquoy maccablez- vous d'un
traitement fi rude ?
- Philis , c'est une ingratitude
Dont je verray le Ciel vous punir
tquelquejour...
S
-
S,
re
PHILIS .
Je ne crains point cette injuste
menace,
4
L'Amour
141
MERCURE
L'Amour n'a jamais pu me ranger
fousSa Loy;
Tu dis que tu n'aimes que moy ,
Tircis , que veux- tu que j'y faffe?
Peut- eftre Sij'aimois , un autre auroit
mafoy ,
Peut- estre aussi n'aimerois-je que
toy.
C'est le Destin qui veut que jefois ....
TIRCIS.
Inhumaine!
PHILIS.
J
L
Dis-moy,tay-jepromis, queſenſible
à tapeine,
Iefoulagerois tes ennuis ?
le te plains de m'aimer , c'est tout ce
que je puis.
Ie te souhaite un coeur qui réponde
à taflame , with of
Vn coeurplus tendre que le mien,
Vn
1
GALANT.
15
Vn coeur que ton amour enflame ;
Comptes- tu tout celapour rien ?
TIRCIS.
F.
C'est beaucoup en effet, &ma trifte
mémoire
N'oublira jamais ce bienfait
Mais si mon coeur m'en vouloit
croire
Il vous pourroit épargner ce fouhait
;
Car enfin qu'esperer de vostre indi-
Vous m'accablez de millemaux,
férence ?
Et vous ne me plaignez de ma perle
Severance , L
Que pour m'en caufer de nouveaux.
onde
Ou ceffez à l' Amour de vous mok-
-trer rebelle,
Et moderezvôtre rigueur;
On confeffez enfin que d'une main
em, cruelle
Vous
16 MERCURE
Vous vous plaiſezà me percer le
coeur.
Ie vous aime , Philis , est- il rien de
plus tendre ?
Quel crime peut commettre un coeur
en vous aimant ?
L'Amour vous follicite en faveur
dun Amante
Voulez-vous toûjours vous défendre
PHILIS
Fierté , mépris , ceffez de vous
cacher
Mon coeur commence àse laiſſer
toucher
Preſtez-moy de nouvelles forces
Pour éteindre mes premiers feux..
Et toy , de mon repos ennemy dangereux
,
Ka- te- n porter ailleurs tes trompeuſes
amorces ..
Mon
GALANT. I
et
$
X.
em
Mon
Mon coeur renonce à tes plaisirs,
C'est en vain que tu fais tes efforts
pour me nuire ,
C'est en vain qu'employant mille
tendres defirs ,
Tu crois, flateur Amour,àlafin me
Séduire.
Fierté , mépris , ceſſez de vous
cacher,
Mon coeur commence à se laiſſer
toucher.
TIRCIS .
Pourquoy vous montrer inhumaine,
Et pourquoy m'accabler d'une nouvelle
peine ?
T
Qu'ay je fait que de vous aimer?
Mon coeur vous adorefans ceſſe.
Si vous voulez qu'on vive fans
%
tendreſſe
Pour ces beaux yeux qui sçavent
tout charmer.
Pour
18 MERCURE
Pourquoy , Philis , nous enflamer?
Pourquoyd'un doux regard aſſujetir
nos Ames ? dan ona rony
Pourquoy nous faire aimer un coeur
qui n'aime rien ?
20000
PHILIS . 1
Mon coeur plus tendre que le
tien ,
S'efforce d'éteindre ſesflames ;
Cependant ... NIT
- TIRCIS.
-Ab , Philis , poursuivez
PHILIS...
Ie nepuis ,
Adien, ferme les yeux fur le trouble
A te bien oublier je mets tout en
01oùje suis .
usage ,
Ie
GALANTM
19
ble
C
Ie ne le cele point , je voudrois te
hair ,
Mon coeur à ma fierté refuse d'o-
In beira
-Tircis,que veux- tu davantage?
:
17
CeDialogue a eſté fait par une
Perſonne dont le nom vous efth
connu. Il eſt de la Solitaria del
Monte Pinceno.Vous voyez par là ?
que je l'ay reçeu de Rome.On yat
fait depuis peu un illustre Mariage.
C'eſt celuy de M. le Prince
Gaëran , qui a épousé Mademoiſelle
Barberin,Fille de Mile Prince
de Paleſtrine , Petit - Neveu
d'Urbain VIII. & Neveu des fameux
Cardinaux, François & Antoine
Barberin .
Il y a préſentement un vingt
quatrième Lieu vacant au Sacré
College, par la mort de M. le CarLo
dinal Vidoni, arrivéeles.del'au-
It
tre
201 MERCURE
ว
tre mois. Il eſtoit d'une noble &
ancienne Famille de Cremone,
dans le Duché de Milan . Urbain
VIII . & Innocent X. luy avoient
confié pluſieursEmplois tres-conſidérables
; & ce dernier eſtant
mortpeu de temps apres luy avoir
donné la Nonciature de Pologne,
Alexandre V I I. le fit Cardinal le
5.Avril 1660. à la Nomination du
feu Roy Cazimir , dont il eſtoit,
Créature. Auſſi eſt- il mort Protecteur
du Royaume de Pologne.
-On a eu avis de Rheims , que
Madame de Courtagnon y estoit
morte depuis un mois , âgée de
quatre- vingts deux ans , & fort
regretée du Public & de ſes Proches.
Les exemples de pieté&de
charité qu'elle a donnez depuis
l'âge de vingt- quatre ans qu'elle
eſtoit demeurée Veuve de Meſſire
Hierôme de Vergeur Seigneur
::
de
GALANT. 21
de Courragnon, Nanteüil- la Fofle,
Aty fur Marne , &c. la faisoient
regarder de tout le monde avec
admiration; & fi les hautes Alliances
qu'elle avoit avec les meilleures
Maiſons du Royaume, la rendoient
conſidérable , ces avantages
cédoient de beaucoup à l'eſtime
qu'on avoit pour ſa vertu.
Elle estoit Grand-Mere de Monſieur
le Marquis de Bouflers ,Colonel
General des Dragons,& de
Meffieurs le Comte & Chevalier
de Lery, & Soeur de feu Mef.
fire François le Danois , Marquis
it de Joffreville , Vicomte de Ront
.
e
Be
-0-
-
cher , Gouverneur de la Ville de
art Rocroy , qu'il défendit dans ce
fameux Siege où Monfieur le
Prince remporta une ſignalée Viuis
ctoire fur les Eſpagnols. Meffire
Philibert le Danoisfon Pere avoit
de
elle
effineur
de
eu ce meſme Gouvernement ,
&
22 MERCURE
& eſtoit Fils de Jeanne Rolin,
Grande-Maréchale de Hainaut,
Fillede Meſſire François de Rolin
, Seigneur de Beauchamp,qui
avoit épousé Jeanne de Bourbon.
Ce François Rolin eſtoit Fils de
Guillaume Rolin , & de Marie de
Levy,& Petit Fils de Nicolas Rolin,
Chevalier,Baron de Nanteüilla-
Foffe , Conſeiller de la Cour,
Intendant des Affaires du Duc de
Bourgogne ,& depuis fon Chancelier
en Bourgogne & aux Païs-
Bas. Il ya eu unJean Rolin Cardinal.
J'aurois beaucoup à vous dire
de la Maiſon des Danois, C'eſt
une des plus illuſtres de la Province
de Champagne,par fon ancienneté
, & par la grandeur de
ſes Alliances. Ils deſcendent de
Pere en Fils , de Bernard le Danois
, iſſu de Bertrand le Danois ,
ここComte
GALAN T.
12:3
تر
e
ComtedeSenlis , lequel Bertrand
eſtoit Fils d'un autre Bernard le
Danois , auſſi Comte de Senlis,
Oncle& Tuteur du dernier Duc
de Normandie. On voit dans
'Hiſtoire , que ce dernier Duc
venoit de Raoul le Danois , Premier
Duc de Normandie , qui ſe
- fit Chreftien, & épouſa Gilete de
France , Soeur du Roy. Ce Raoul
eſtoit iſſu de Gautier le Danois,
Roy de Dannemarck , & Fils de
Guyon le Danois , Premier Roy
de Dannemark, & Frere d'Ogier
leDanois,Pair de France dutemps
de Charlemagne . Le Danois porte
pour Armes , une Croix d'arro
gent fleurdeliſée d'or , au champ
an- d'azur , écartelé de Rolin & de
rdt Bourbon. Cette Maiſon eſt divide
sée en deux Branches en Cham-
Da pagne. L'une eſt celle du Marnois
quis de Joffreville ; &l'autre du
コー
S-
-
re
eft
Omi
3 Comte
24 MERCURE
Comte de Cernay. L'une& l'autre
a des Alliances tres illuftres
tant en France qu'aux Païs-Bas .
Monfieur d'Hillerin, Seigneur
de Bazoges , Petille , &c. Sous-
Doyen de la Cinquiéme Chambre
des Enquestes du Parlement,
eſt mort auſſi depuis quinze jours .
Apres s'eſtre marié d'abord avec
uneCoufinegermaine de ſonmeſ.
me nom,dont il n'a point eu d'Enfans
, il épouſaMademoiselleCharreton
, troifiéme Fille de Monfieur
le Préfident Charreton , fi connu
par les ſervices qu'il rend dans ſa
Charge depuis pres de cinquante
fix ans avec une approbation univerſelle.
De ce ſecond Mariage il
n'eſt ſorty qu'une Fille qui eſt encor
en bas âge. Monfieur d'Hillerin
eſtoit d'une Maiſon originaire
de Poitou , où elle a poſſedé &
poffede encor aujourd'huy de
: tres
GALANT. 25
-
二、
tres- belles Terres, auſſi- bien que
dans l'Anjou . Elle eſt alliée aux
plus conſidérables Familles de
ces deux Provinces , & a donné
deux Conſeillers au Parlement
de Paris , dont l'un eſt mort Conſeiller
Clerc de la Grand Chambre
, apres avoir refuſé l'Eveſché
d'Angers . Elle a auſſi donné deux
el Chanoines de Paris, des Conſeillers
au Parlement de Bretagne,
desSur- Intendans des Baſtimens
de la Reyne, des Maiſtres-d'Hoſtel
chez le Roy , des Lieutenans
[ Generaux', & des Tréſoriers de;
France à Poitiers.
5.
C
ar
Π
te
ni- Cette mort a eſté précedée
geil de celle de Henry de Bancalis,
en Sieur de Pruines , qui eſt mort
ille d'apoplexie le 15. de Janvier,
hairt dans ſa ſoixantiéme année. C'ede
ſtoit un Gentil homme des plus
yd anciennes Maiſons de Roüergue .
LEC Fevrier 1681 . B
26 MERCURE
On ne peut rien adjoûter à l'exactitude
avec laquelle il s'eſt acquité
des divers Emplois qui luy
ont eſté donnez. Il fut d'abord
Capitaine de Chevaux - Legers
dans le Regiment de S.Simon ,&
en ſuite Capitaine- Exempt des
Gardes du Corps du Roy. Il avoit
l'eſprit vif, lejugement tres-folide
, & s'eſtoit acquis par ſes
longs ſervices l'eſtime particuliere
de Sa Majeſté. La confiance
qu'elle eut en luy en fut une
preuve, quand Elle le choifitentre
tous les Officiers de ſa Maifon
pour l'honorer de la Charge
de Commandant des Gardes de
la Reyne , qu'il a exercée plufreurs
années pendant l'abſence
du Roy, qui estoit alors à la teſte
de ſes Troupes .La Reyne leconſideroit
, & il s'eſtoit fait aimer
de toute la Cour. Pour récompenſe
GALANT. 27
S
penſe de ſa fidelité & de ſon zele,
Sa Majesté luy donna la Majorité
de Senlis , avec la Lieutenance
des Chaſſes de la Capitainerie
Royale de la meſme Ville
, dont Monfieur le Prince eſt
Capitaine ; & à monſieur de
Pruines ſon Frere , l'Abbaye
Noftre-Dame d'Ardores au Dio
ceſe de Caſtres. Cet Abbé qui a
porté autrefois les armes avec
beaucoup de fuccez , donne tous
les jours des exemples de picté
&de vertu qui le font eſtimer
de tout le monde. Celuy dont je
vous apprens la mort , a laiffé
deux Garçons & une Fille . L'Ainé
a eſté nourry Page de laGrande
Ecurie , & ne fut pas plutoſt
forty de ce poſte, qu'il entra dans
les Gardes du Corps , où il ſe fit
diftinguer des ſa premiere Camompagne
par une action de bravoue
コン
ge
ラ
de
ce
elte
Conme
calc
Bij
28 MERCURE
re qui eut d'illuſtres Témoins. Ce
fut à la fameuſe Bataille de Senef.
Un Officier Ennemy ſortit de ſes
Rangs,& s'avança vers nos Troupes
pour faire le coup de Piſtoler .
M.de Pruines ſe détacha auffitoft
de fon Efcadron , courut vers cet
Officier, effuyaafſes deux coups de
Piſtolet , lluuyy aappppuuyyaa llee ſien dans
les reins,& le tua fur la place. La
mort de M. de Pruines ſon Pere
l'a mis en poffeffion de la Charge
de Capitaine- Exemt, dont le Roy
luy avoit donné la furvivance.
C'eſt particulierement dans la
perte qu'il vient de faire , que
Leurs Alteſſes Sereniffimes luy ont
marque l'eſtime qu'elles font de
ſa Perſonne par le Préſent de la
Lieutenance des Chaffes de Senlis.
Comme la Charge deCapitaine-
Exempt des Gardes du Corps
l'oblige d'eftre ſouvent à la Cour,
&
GALAN T. 29
S
a
& d'aller à l'Armée, Monfieur le
Prince a donné un Brevet honoraire
de Lieutenant des Chaffes
à monfieur de Pruines ſon Oncle,
afin qu'il puiffe exercer cette
Charge en ſon abſence .Le Cadet
dont je ne vous ay encor rien
dit , a eſté pourveu par le Roy
depuis trois ans de l'Abbaye de
Boiſaubry au Dioceſe de Tours.
Ce jeune Abbé ſe fait voir le digne
Heritier des belles qualitez
de monfieur fon Pere. Il a l'eſprit
auſſi fin, les manieres auſſi délicates,
beaucoup de facilité pour les
ont belles Lettres , la mémoire heude
reuſe, & enfin tout ce qu'on peut
el fouhaiter pour faire untres-honre
re
هد
la
que
Sen nefte Homme .
Ditai
९
On m'avertit qu'en vous ap-
Corps prenant la mort de Madame la
Couth Comtefle de Parabere dans ma
$ Lettre du mois d'Octobre , je
1
Biij
30 A
MERCURE
1
vous ay parlé de la Genealogie
de cette Maiſon fur des Mémoires
peu juſtes , en vous diſant que
Monsieurle Comte de ParabereJon
Mary estoit Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , Frere de monsieur le
Marquis de la Motte SainteHeraye
, Lieutenant de Roy du Bas
Poitou , Fils de Henry de Baudean,
Comte de Parabere , Lieutenant de
Roy duHaut & Bas Poitou, &qu'il
falloit dire que cette Comtesse estoit
Femme de Jean de Baudean, Comte
de Parabere, Marquis de la Motte-
Sainte Heraye, Lieutenant General
pour le Roy au Gouvernement du
Haut Poitou , Frere de monsieur le
Comte de Pardeillan , Lieutenant
General dans les Armées de Sa
Majesté , & au Gouvernement du
Bas Poitou , Fils de Henry de Baudean
, Comte de Parabere , Chevalierdes
Ordres du Roy , & Gouverneur
し
GALANT.
31
de
ot
nte
te-
4
neur en Chef de la Province de
Poitou , qui estoit Fils de Ican de
Baudean, Comte de Larabere, Lieutenant
de Roydu Haut &Bas Poitou,
mort avec un Brevet de Maréchal
de France..
Vos Amis qui aiment tant vôtre
belle voix , ont eu raiſon de
vous dire que la Chanſon du
dernier mois , qui commence par
Dans nos Bois, Tircis ,& . ſe chante
icy depuis quelque temps.
J'aime mieux ne vous les pas envoyer
toutes nouvelles , & eſtre
aſſuré qu'elles font des plus
grands Maîtres .Du moins je vous
les donne notées , & fort correctes
, avant que perſonne en ait
de Copies. Je ne doute point
tds que vous ne chantiez celle-cy
avec plaifir.
eral
du
rle
nant
SA
Ball
heva
.
ouver
.
neut
B iiij
32 MERCURE
Vous
AIR .
Ous vous plaignezqu'Iris
est tropsevere,
Que jamais elle n'aimera.
Aimez- la tendrement , prenezſoin
de luy plaire,
Amour vous aidera,
Laissez-le faire .
Engagez- la dans ce tendre miftere,
Toutefa rigueur finira .
Aimez- la tendrement , &c .
:
07
Voicy des Vers qui ont eſté
faits pour une Perſonne , en luy
envoyant uneCorbeille de Fleurs
pendant la rude Saifon . Ils fontdu
Drüide de Saumur.
A
GALANT. 33
A
té
luy
eurs
ardu
A MADEMOISELLE P *
L ,
Aterre des glaçons ne craint
point les rigueurs ,
Quand elle vous doit rendre un
tribut de ſes Fleurs,
Rien n'en peut contre vous ruiner
l'abondance .
C'est en vain que le froid la veut
couvrir d'effroy.
Helas ! de nos deſtins voyez la diférence
,
67
Tout est Printemps pour vous , tout
est Hyver pour moy.
Les deux Madrigaux qui fuivent
ſont du meſme Autheur , &
pour la meſme Perſonne.
Bv
34 MERCURE
SUR LE DEPART DUNE
Belle , dans le temps qu'on
voyoit voyoit paroître la Comere.
4
Ne Etoile fatate alarme
UN l'Univers.
Tous les Efprits en font des jugemens
divers.
Σ
Chacun s'efforce à ta dépeindre.
Pour moy je ris de fon horreur ,
Lefeu ne me faitpoint de peur,
Etj'ay d'autresmalheurs à craindre.
Iris a résolu de quitter ces beaux
Lieux,
Elle a mesme deja commencé fes
adieux ,
Ce funeste depart me trouble &
m'inquiete ,
C'eſt là ce qu'il faut craindre , &
non pas la Comete.
POUR
GALANT.
35
X
POUR LA MESME.
Sur ce que les Glaces ont retartardé
fon départ.
NEges, frimats,glaçons,horreur
Sans raiſon contre vous on s'emporte,
on murmure ;
:
Graces à vos rigueurs , Iris ne s'en
va pas
Neges,frimats , glaçons , que vous
avezd'appas !
Vostre plus grande horreur est un
charme àmaveuë.
If vous aime bien mieux que le plus
beau Printemps ,
fes
Rar vos foins obligeans Iris eft retenue
;
Hyuer, sharmant Hyver , helas
durez longtemps.
Ce qui eſt marqué dans l'un
QUR
de
36 MERCURE
de ces Madrigaux de l'apparition
dela Comete , me fait ſouvenir
que je vous ay promis le Recit
d'une Avanture ſur cette matiere.
Je vay vous tenir parole.
Une fort jolie Perſonne , noble
de naiſſance , mais manquantde
Bien , s'eſtoit attachée en qualité
de Suivante aupres d'une Dame
d'un rang diftingué. La Dame
qui avoit toûjours eu une conduite
affez réguliere , & que
l'âge mettoit au deſſus de l'ordinaire
ſcrupule des Femmes ,
dont la plupart ne veulent point
aupres d'elles des Filles bien
faites qui pourroient les effacer,
aimoit à fatisfaire ſes yeux , &
avoit choily celle dont je vous
parle, préferablement à beaucoup
d'autres . Il y avoit environ trois
ans qu'elle eſtoit chez elle & د
les ſervices qu'elle en recevoit
luy
GALANT.
37
a
2
ةد
luy donnant tout lieu d'en eſtre
contente , elle auroit eſté ravie
d'aider à la marier , s'il ſe fuſt
offert un Party avantageux. La
Suivante s'attiroit affez de douceurs
de tous ceux qui la
voyoient , mais ſi toſt qu'on remarquoit
qu'elle eſtoit incapable
de s'attacher qu'en faveur d'un
Homme qui voudroit fonger au
Sacrement , les plus fortes proteſtations
ceſſoient , & fon manque
defortune la faifoit trouver moins
belle. Un jour qu'on la pria d'une
Nôce , elle y parut avec tant
d'éclat , qu'un Parent du Marié
en fut ébloüy. Il eſtoit riche,maître
de luy meſme , & preſt à prendre
une Charge , qu'il pouvoit
payer argent comptant. Pendant
tout ce jour il entretint l'aimable
Suivante , & luy fit d'autant
Evoit plus d'honneſterez , que fa naif-
ητ
en
er,
&
ous
coup
trois
&
luy fance
38 MERCURE
fance paroiſſantdans ſes manict
res,& tout ce qu'elle diſoit eſtant
fort juſte , il ne trouvoit pas
moins de plaiſir à l'entendre
qu'à la voir. Ce plaiſir luy fut
ſenſible , &ne pouvant ſe réſoudre
à y renoncer ſi toſt, il luy demanda
en la remenant , s'il ne
pourroit point quelquefois luy
rendre viſite. La Belle luy dit
qu'elle avoit des heures dont on
vouloit bien qu'elle diſpoſaſt , &
conta àfa Maîtreffe , dans la ſeule
veuë de la divertir, la demy-conqueſte
que le hazard luy avoit
fait faire. La Dame ayant ſeeu
que le nouveau Soûpirant demandoit
à voir , luy ordonnade
le recevoir quand il viendroit, &
ne douta point qu'en le ménageant
adroitement , elle ne trou,
vaſt le ſecret de l'engager à quel
que propofition de Mariage.
L'A
GALANT
32
L'Amant vint deux jours apres.
La Belle que la Dame autoriſoit,
le fit monter dans fa Chambre,
&fceut fi bien le charmer, qu'in :
fenfiblement il ſe rendit affidu,
Cependant comme pour ne pas
l'effaroucher , elle crût devoir ne
luy rien dire d'abord de trop
preſſant fur le deſſein qu'il pouvoit
avoir , il ſe contentoit de
l'aſſurer que fa veuë faiſoit ſa
plus forte joye. La connoiffance
qu'il avoit de ſa vertu ,la tenoit
dans un reſpect dont il voyoit
९
bien qu'il ne pouvoit s'éloigner
fans eftre banny ; mais quelques
tendres proteſtations que ſon
amour luy fiſt faire , il ne venoit
point aux mots déciſifs . La Belle
qui trouvoit ſon compte àl'époufer
, & qui commençoit à n'eſtre
el. point indiferente pour luy , tâchoit
de parvenir à fes fins par
*
ar
e
A
tou
40 MERCURE
toutes les marques d'eſtime que
l'intereſt de ſa gloire luy pouvoit
permettre , quand le hazard
termina l'affaire . L'Amant avoit
paſſe une apreſdinée preſque
toute entiere dans ſa Chambre;
& fur le point de luy dire adieu,
il s'aviſa de luy demander ſi elle
avoit veu laComete .Elle ſe montroit
ſeulement depuis deux
jours;& comme toutes les choſes
extraordinaires frapent fortement
, cette nouvelle apparition
faifoit parler tout Paris. La Belle
qui avoit déja appris qu'on voyoit
une Comete, témoigna beaucoup
d'envie de ſçavoir par elle -même
comment estoit faite cette longue
Queuë qui effrayoit tant de Gens .
L'Amant luy dit auffitoſt , que
fans aller loin , elle pouvoit avoir
ce plaifir ; qu'il ne falloit que
monter au lieu le plus haut de
J1
la
GALANT. 41
S
-
e
C
P
e
де
S
ue
oir
ر ا م ش
de
la
۲
la Maiſon , qui eſtoit tres- élevée
& que de là, il luy ſeroit aiſé:
de ſe ſatisfaire. La Belle voulut :
contenter ſur l'heure l'humeur
curieuſe qu'elle avoit marquée,
& laiſſant prendre la lumiere à
ſon Amant , elle monta avec luy
juſqu'au Grenier , d'où elle vit
fortcommodement cette nouvelle
Planete .Apres l'avoir regardée
autant qu'il luy plût , elle prit le
Chandelier pour retourner dans
ſa Chambre ; mais ce fut avec ſi
peu de précaution, qu'en le panchant
par mégarde,la Chandelle
s'échapa , & s'éteignit en tombant.
Cet incident luy parut facheux.
Quoy que tout lemonde
fuſt perfuadé de l'exactitude de ſa
conduite, elle n'étoit pas bien aiſe
qu'on la ſurpriſt ſans lumiere
avec un Homme qui paffoit pour
fon Amant. Tandis qu'elle examinoit
42
MERCURE
minoit ſi elle devoit deſcendre
ſeule ou accompagnée , elle entendit
tout- à-coup cinq ou fix
Perſonnes qui montoient. C'e
ſtoir ſa Maîtreſſe , que la meſme
curioſité amenoit , & qui ſuivie
de quelques Amis , venoir auſſi
au Grenier pour voir la Cometes
Cecontre temps mit la Belle au
deſeſpoir. Elle ne pouvoit ſe laifſer
ſurprendre avec ſon Amant
dans un lieu ſecret, fans s'expoſer
à des railleries qui alarmoient fa
fierté. Son innocence avoit beau
parler pour elle. La Chandelle
éteinte eſtoit la conviction d'une
entreveuë condamnable , & les.
moins ſujets à prendre les chofes
au criminel , en auroient jugé
fur les apparences. Comme il n'y
avoit aucun temps à perdre , elle
obligea fon Amant à ſe cacher. II
s'enfonça dans le Foin le mieux
?
qu'il
GALANT.
43
S
S
qu'il luy fut poſſible , & elle alla
au devant de ſa Maîtreſſe , à qui
elle dit qu'en regardant la Comete
, le vent l'avoit laillée ſans
clarté. Apres qu'on eut obſervé .
pendant un quartd'heure la figure
& la ſituation de ce nouvel
Aſtre , la Dame craignit que ſes
Domeſtiques,qui estoient en fort
grand nombre, ne devinſſent curieux
à ſon exemple ; & comme
elle avoit de grandes précautions
pour prevenir tous les accidens
du feu, en fortant, elle ferma ellemeſme
le Grenier,& en emporta
la Clef , dont la Suivante s'ofrit
inutilement à eſtre dépoſitaire.
Elle voulut la garder, & la mettant
dans ſa poche , laiſſa cette
aimable Fille fort embaraſſée de
fon Priſonnier. Quand en ſe cou-
| chant , elle ne l'euſt pas cachée
ſous ſon chevet,la Suivante n'euſt
e :
le
X
pû
44 MERCURE ...
pû éviter d'eſtre découverte , en
allant ſi tard le tirer de ſa prifon.
D'ailleurs , qu'en euſt - elle fait
tout le reſte de la nuit , puis que
le Portier tenoit toûjours la Maiſon
fermée ſi- toſt qu'on avoit
ſoupé ? Il falut donc ſe réfoudre à
laiſſer les choſes comme elles
eſtoient.Tout ce qu'elle pût pour
conſoler ſon Amant de ſa diſgrace
, fut d'aller luy dire à la porte
du Grenier,qu'il priſt patience,&
qu'elle lay tiendroit compte des
méchantes heures qui luy reſtoient
à paſſer . Le Poſte avoit dequoy
luy déplaire , mais enfin la
choſe eſtoit fans remede,& il eut
beſoin de l'amour qui l'échaufoit,
pour moins fentir le grand froid
de la ſaiſon.Il ſe fit une maniere de
Loge au milieu du Foin , la plus
commode qu'il pût, & y demeura
fort inquiet de la fin de l'avanture.
:
:
GALANT
45
}
1
e
S
a
コー
ture . Jugez de quelle longueur
luy parut la nuit. Le lendemain ,
le Cocher ayant eſté demander
laClef à la Dame , ouvrit le Grenier
fur lesdix heures pour prendre
la provifion de ſes Chevaux
. Apres cinq ou fix botes de
Foin jettées dans la Court , il en
prit une à l'endroit où l'Amant
's'eſtoit caché , & en la tirant , il
aperçeut une de ſes jambes. Il
ne douta point que ce ne fuſt un
Voleur,& craignant de n'en pouvoir
être maître s'il euſt voulu
l'arreſter, il fortit incontinent, ferma
le Grenier tout de nouveau,
& alla chercher un Commiſſaire,
fans dire à perſonne ce qu'il avoit
veu. Il en parla ſeulement quand
le Commiſſaire ſuivy de tous les
Laquais mõra au Grenier. Le bruit
d'un Voleur caché , qui paſſa ſoudain
de bouche en bouche, ayant
fait connoître à la Suivante
20
د
e.
46 MERCURE
que ſon Amant eſtoit découvert,
elle courut à la Chambre de la
Dame , l'inſtruifit de ce qui s'eftoit
paſſe le ſoir précedent touchant
la Comete , & ſe jettant à
fes pieds , la conjura d'empeſcher
qu'on ne fiſt inſulte à un honneſte
Homme.Dans ce meſme temps on
luy amena l'Amant de la Belle.
Tous ceux du Logis l'ayant reconnu
, il avoit prié le Commiffaire
de luy faire voir la Dame,
qu'il vouloit entretenir en particulier.
La Dame prévint ce qu'il
avoit à luy dire. Comme ſa priſe
avoit fait éclat , & qu'en rappellant
les circonſtances , l'honneur
de la Belle s'y trouvoit intéreſſe,
elle dit d'abord à ce prétendu Voleur
, qu'il avoit trop bonne mine
pour croire qu'il ſe fuſt caché
dans aucun mauvais deſſein , &
tombant de la ſur le commerce
fecret
GALANT.
47
e
e.
eſecret
de luy & de la ſuivante,
dont il ne pouvoit diſconvenir,
apres qu'on l'avoit trouvée le foir
ſans lumiere dans le meſme lieu
où il venoit de paſſer la nuit , elle
adjoûta qu'eſtant Demoiselle , &
d'une naiſſance qui méritoit bien
qu'il fermaſtles yeux fur fonmanquede
fortune, ilne devoit point
prétendre qu'on luy permiſt de
( fortir , qu'il n'euſt reparé en l'épouſant
le tort qu'il faiſoit à fa
réputation . L'Amant qui ne fongeoit
à rien moins qu'à ſe marier
wife fi -toſt , & qui peut-eſtre n'y cuft
el jamais fonge tout-de-bon , fe vit
eut obligé de parler François. Quoy
effe que fon commerce fuſt innocent,
Vocequi estoit arrivé ſervoit contre
mint luy de preuve. Il avoit affaire à
une Femme dont le crédit pouvoit
tout. La Belle eſtoit tresaimable
, & avoit beaucoup de
me,
ti
'il
cache
n,
mer
Derd
..
fecr
vertu
48 MERCURE
و vertu &dans le fond de fon
coeur l'Amour parloit fortement
pour elle.Toutes ces raiſons l'empeſchant
de balancer , il ſigna fur :
l'heure un Traité de Mariage , &
trois jours aprés , la Cerémonie
s'en fit. La Dame paya les frais
de la Noce , & tout s'y paſſa avec
une égale fatisfaction des deux
Parties. Vous voyez par là qu'on
n'a pas raiſon de dire que les Cometes
ne préſagent rien que de
malheureux , puis que celle- cy a
contribué au bonheur d'une Perfonne
, à qui la Fortune avoit eſté .
juſque- là tres-peu favorable.zi
7 Nous commençons d'entrer
dans un temps qui nous engage...
aux plus pieuſes reflexions. Ainfi,
Madame , je croy qu'il ne fera
point hors de propos de vous faire
part d'un Sonnet que fit Mademoiselle
de Caſtille lors que
la
GALANT.
49
a
e
laComete commença de ſe montrer.
Vous vous ſouviendrez que
ce fut vers les Feſtes de Noël .
SUR LA COMETE.
SONNET.
Q
Vand du Sauveur naiſſant
nous celebrons les Festes,
Quel feu nouveau ternit tous les
feuxde la nuit ?
Toute-puiſſante Main du Dieu qui
l'a produit ,
Enseigne- nous quels biens , quels
maux tu nous aprestes ?
Vient-il nous menacer de nouvelles
t
e
fi, tempestes?
era De nos faintes ardeurs annonce- t- il
ai- lefruit?
Ma- Est-ce un Chemin de Lait qui vers
:
que
la
Toy nous conduit ?
Fevrier 1681 . C
يم
MERCURE
:
Est- ce un Torrent de feu qui fondra
fur nos testes ? こ
Est - ce l'heureux Flambeau qui conduifit
les Rois ?
Ou ce Glaive enflamé qui punit
autrefois
L'infolent attentat de nostre premier
Pere ?
S'il vient encor punir les fuperbes
Humains ,
N'en frape que leurs coeurs dans ta
juſte colere ,
Et leurs larmes , Seigneur, l'étein ..
dront dans tes mains.
L'excellent Difcours que vous
avez veu ſur les Cometes dans
ma Lettre du dernier mois , fait
affez connoiſtre qu'il n'y a rien de
plus trompeur que l'Astrologie.
Horace eſt cité parmy les fameux
Autheurs
GIALANT 54
it
re
Autheurs qui traitent de crime
l'empreſſement curieux de penétrer
l'avenir. L'Ode dans laquelle
il s'en explique , a eſté traduite
depuis peu d'une maniere ſi a
greable , que je croy vous faire
plaisir de vous l'envoyer.
TRADUCTION DE
bes
sta
l'Ode XI . du Livre d'Horace,
qui commence par Tu ne quefieris
fcire , ini
ein. D
Vterme de nos jours neſoyons
point en peine,
C'est un Secret, Philis , qui n'est que
V
dani
, fait
ien de
logie
ameus
thew
!
pourles Dieux.
Méprisez ces Trompeurs , dont la
Science vaine
Se vante follement de lire dans les
Attendons en repos l'ordre des Deftinées
; Cij
52 MERCURE
Preſts à leur obeïr,en tous lieux , en
tout temps ;
Soit qu'il nous reste encor un grand
nombre d'années lizadas
Ou qu'enfin nous touchions à nos derniers
momens ;
6422
NeSongeons qu'aux plaiſirs que donne
la Jeuneſſe;
Nos jours durent trop peu pour defi
grands deſſeins.Ve SMD
Le temps, cet heureux temps, ſe dérobe
Sans ceffe
Et fuit bien loin de moy pendant
que je m'en plains.
Profitez en ce jour des douceurs de
la vie;
Songez bien qu'il s'en va pour ne
plus revenir;
Et qu'apres tout , Philis , c'est faire
une folie ,
Deperdre lepréſent àchercber l'a-
Mada venir.
JGALANT.
53
-
e-
Ant
de
r ne
faire
l'a
Mada
Madamela Marquiſe de Clerambault
, qui en premieres Nôces
avoit épousé Monfieur le
Comte du Pleffis - Pralin , & qui
eſtoit reçeuë en ſurvivance de la
Charge de Dame d'Honneur de
Son A. R. Madame, l'exerce préfentement
en chef par la mort
de Madame la Maréchale du
Pleffis fa Belle- Mere. C'eſt une
Perſonne qui joint beaucoup de
mérite aux avantages que luy
donne la Naiſſance. Son nom eft
le Loup de Belle- nave. De fon
mariage avec Monfieur le Comte
du Pleſſis , il ne luy reſte qu'un
Fils qu'on appelle Monfieur le
Duc de Choiſeul. Ce jeune Seigneur
a des qualitez qui ne laifſent
point douter qu'on ne trouve
en luy un tres-digne Succefſeurdefes
illuſtres Anceſtres.20
Le Landy roj de ce Mois ,
2 Ciij
54
MERCURE
Madame l'Abbeffe du Sauvoir ,
Fille de Madame la Maréchale
du Pleſſis dont je vous viens de
parler, luy fit rendre les derniers
honneurs dans fon Eglife,par un
Service folemnel, où toute la Ville
affiſta. L'Oraiſon Funebre y fut
prononcée par Monfieur l'Abbé
Vaudin , Chanoine de la Cathé
drale de Laon , avec l'applaudif
fement de tous ceux qui l'entendirent.
Son ſtile eſt fort juſte , & il
donne à ſes pensées un tour aifé,
qui fait affez voir que ce n'eſt
pas d'aujourd'huy qu'il eſt maître
de la Chaire: L'Abbaye du Sauvoir
lez Laon, eſtqune fortbelle
Maiſon ſituée dans de bas de lal
Montagne , for le Chemin de
Noſtre-Dame de Lieffe. Elle est
renommée pour le grand nombre
de Religieuſes Benedictines Reformées
, qui y vivent avec
une
GALANT. 55
S
コ
e
t
be
é
f
zil
fe,
est
tre
auelle
e la
de
leeft
mbre
Re
avec
Unc
une pieté tres - exemplaire.
Vous avez appris par quelqu'une
de mes Lettres la Reception
deMonfieur le Marquis de Saint
André Virieu , en la Charge de
Premier Préſident au Parlement
deGrenoble. Il en eſt venu prefter
le Serment entre les mains de
Sa Majesté , dont il a eſté reçeu
avec tous les témoignages d'eſtime
qu'il pouvoit attendre de ce
grand Monarque. Il a ufe de
beaucoup de diligence pour fon
retour , & s'y eft crû obligé , non
feulement comme Chefd'une auguſte
Compagnie , mais encor
comme Comandant dans le Dauphiné
, en l'absence de Monfieur
le Duc de Leſdiguieres qui en eſt
Gouverneur , & du Lieutenant
de Roy. Il partit de Grenoble au
temps desVacations d'Octobre,&
y retourna pour la premiere Au-
C iiij
56 MERCURE
dience de l'ouverture des Roys.
Cette Ville qui a naturellement
de l'inclination à honorer ſes Magiftrats,
a des obligations tres-particulieres
de revérer cet illuſtre
Chef de ſon Parlement , par les
foins continuels qu'il donne à la
tranquillité publique , & à la Police
, par l'application qu'il fit paroiſtre
ces années dernieres pour
établir le bon ordre,contre les miferes
de la difette des grains , &
par la pieté qu'il joint à celle de
Monfieur le Camus , Eveſque de
la meſme Ville , pour l'entretien
du grand Hôpital. Auſſi tous les
Ordres coururent chez luy en
foule , pour luy faire compliment
à ſon retour. Les Officiers de la
Milice , qui en diférentes occaſions
l'ont eu pour leur Commandant,
ne furent pas les derniers à
luy en marquer leur joye. Ils ſe
rendi
GALANT.M
57
=
S
a
iaur
ni-
&
de
de
en
les
en
ent
Lela
ccamaners
d
Is le
rendi
1
rendirent chez luy en Corps, ayat
Monfieur Baudet Pére du Conſeiller
de ce nom à leur teſte ,
comme le plus ancien Capitaine,
devancez & ſuivis par les Ser
gens des Quartiers qui portoient
leurs Hallebardes , & marchoient
chacun ſuivant le rang de chaque
Quartier . Le ſoir il y eut des détachemens
d'un certain nombre
de Mouſquetaires de toutes les
Compagnies. Ils furent rangez
dans la grande,Court des Peres
Dominiquains , par les ſoins de
Monfieur le Clair qui fait la fonctiond'Ayde-
Major,& qui joignit
aux Détachemens dont je vous
parle une fort agreable Sympho->
nie de Hautbois , Violons , Muſettes,
& autres Inſtrumens. Tout
cela marcha avec une partie des
Officiers à la lueur d'un grand
nombre de Flambeaux , & alla
Cv
58 MERCURE
occuper la Ruë de l'Apartement¹
de Monfieur de S. André , où les
Salves & la Symphonie firent un
effet merveilleux Voila Mada
me , quelles ont eſté les Réjouif
ſances de la Ville de Grenoble
pour le retour de fon Magiftrat.
Les Feſtes publiques qu'on peut
regarder en quelque façon como
me unodevoir du Public envers
les Perfonnes qui repréſentent
l'authorité du Souverain , font
d'ailleurs d'une grande utilité par
la zele qu'elles les engagent à
redoubler pour le ſervice du Roy,
&pour le bien de les Peuples. Je
ne vous dis rien du mérite parti
culier de ce Premier Préſident ,q
vous en ayant déja entretenuë en
d'autres occafions! Je ne puis met
fouvenir ſi en vous parlant deluy,
je vous ay marqué qu'il eſt Petit-
Fils du Fameux Artus Prunier, qui
fut
1
GALANT.
رو
ב
)
S
af
a
Je
اتوا
en
ne
uy,
titqui
fut
fut Premier Préſident au meſme
Parlement de Grenoble , & qui
l'avoit eſté du Parlement de Provence
, où le Roy l'avoit auparavant
employé pour appaiſer les
diviſions que le prétexte de la
Religion y avoit formées. C'etoit
un prodige de ſçavoir. Ce
qu'il y a de tres remarquable en
ce grand Homme , c'eſt qu'il fut
choiſy dans le meſme temps des
diviſions civiles par la Nobleſſe
du Dauphiné , toute illuftre &
nombreuſe qu'elle eſt, pour commander
dans la Province apres
la mort du Gouverneur , juſqu'à
ce qu'il eut plû au Roy d'y pourvoir.
Sa Majesté confirma ce
choix. Monfieur le Marquis de
S. André eſt auſſi Petit-Fils du
celebre Chancelier de Bellievre .
En vous parlant d'un Chef
de Juſtice , il me ſouvient que
vous
60 MERCURE
vous medemandaſtes il y a quelques
mois , des nouvelles d'un
Procés qui faiſoit alors grand
bruit , & pour lequel tout Paris
ſembloit eſtre partagé.Il s'agiſſoit
de la Succeffion de feu Jacques
Baudry, Ecuyer Sieur du Buc , &
de Dame Marie des Hayes , demandée
par monfieur Baudry du
Buc leur Fils , prétendu Religieux
Cordelier ; contre differens
Coheritiers de cette mefine
Succeffion. Le détail qu'il auroit
fallu vous faire de toutes les difficultez
qui ſe rencontroient dans
ce Procés, eſtoit fi grand,qu'il ne
me fut pas poſſible de fatisfaire
voſtre curiofité dans ce temps- là.
Vous n'aurez plus rien à ſouhaiter
là-deſſus,puis que je vous envoye
aujourd'huy le Plaidoyé de
monfieur Lordelot. Il contient
l'Hiſtoire de la Vie de M.Baudry,
pleine
GALANT. 6.г
S
&
Ju
i-
Fe
ne
oit
if
ans
ne
ire
pleine d'incidens fort rares, avec
un Traité touchant la validité
des Voeux des Religieux. Tous
ceux qui l'ont vû , aſſurent qu'il
n'a rien perdu ſur le papier de la
beauté que l'on y trouva,lors qu'il
fut prononcé en la Grand Chambre.
Il a eſté lû avec plaifir , &
meſme à la Cour , où les Ouvra
ges de cette nature ne ſont pas
ordinairement fort recherchez .
Ceux qui croyent qu'un amour
tres- violent ne peut naître
tout d'un coup, feront convaincus
de leur erreur , par ce qui eſt arrivé
depuis fix ſemaines. Une
Dame de Province venuë à Paris
pour quelques affaires de Famille
, alla peu de jours apres entendre
la Meſſe aux Minimes de la
Place Royale. Dans le temps
qu'elle deſcendoit de fon Cardry,
roffe , un Cavalier tres bien fait
defcen
eine
aienéde
ient
62 MERCURE
deſcendoit auſſi du ſien. Il fut frapé
dés ce meſme inſtant de la
beauté de la Dame. Malgré la
rigueur de la ſaiſon, elle avoitun
teint dont l'éclat ébloüiſſoit ; &
ce qui le rendoit plus admirable,
c'eſt qu'on voyoit bien qu'il étoit
tres- naturel Des yeux bleus , auffi
brillans que ſpirituels , une belle
bouche , un nez des mieux faits,
des traits délicats , & un tour de
viſage merveilleux , vous font le
portrait de cette aimable Perſonne.
Joignez à cela une taille des
plus fines ,& un air fi remply de
majeſté , qu'elle euſt inſpiré du
reſpect aux plus hardis. Tant de
charmes ne laifferent pas un moment
le Cavalier en pouvoir de
confulter ſa raiſon. Il abandonna
ſon coeur à ſa paſſion naiſſante, &
ayant fuivy cette belle Dame
dans l'Eglife pour la mieux
con
GALANT 63
1
t
e
S
de
le
n
Hes
de
du
de
mo
- de
Onna
e, &
Dame
icax
сол
confiderer , quand il la vit preſte
d'en fortir , il ſe mit fur fon paffage
, & la falua d'une maniere
qui luy fit connoître qu'elle en
avoit eſté obſervée. Il cuſt bien
voulu luy offrir la main pour la
conduire juſqu'à ſon Catroffe,
mais il craignit que ſa civilité ne
fuſt mal reçeuë, & ſe contenta de
la faire ſuivre pour ſçavoir qui
elle eſtoit , & avec qui elle avoit
des habitudes. On luy rapporta
qu'elle estoit Femme d'un Gentilhomme
fort riche , qui eſtant
retenu en Province par quelque
incommodité , l'avoit envoyée
à Paris poursuivre un Procés
avec un Vieillard de ſes Parens ;
qu'elle ne fortoit preſque jamais ,
à moin que ſes affaires ne l'y
obligeaſſent , ou qu'elle n'allaſt
chez une Veuve de fes Amies , &
que cette Veuve eftoit une Fem
me
64 MERCURE
me fort retirée. Cette régularité
de conduite donna grand chagrin
au Cavalier , par l'impoffibilité
qu'il trouvoit à faire con
noiffance avec la Dame. Son
amour n'en pût pourtant eſtre re,
froidy. Il fit poſter un Laquais aupres
du Logis de cette belle Perſonne,
pour eſtre averty des lieux
où elle alloit à la Meſſe. C'eſtoit
ordinairement à une petite Egli ,
ſe voiſine , & aſſez peu frequentée.
Le Cavalier ne manquoit pas
de s'y rendre , fitoſt qu'il avoit
reçeu l'avis. Il y alla pluſieurs
fois , fans tirer de tous ſes ſoins
autre avantage que celuy de voir .
Enfin ayant un jour apperçeu
fon Loup qui estoit tombé , il le
releva , & le preſentant à cette
belle Perſonne , il luy marqua la
joye qu'il auroit , s'il eſtoit allez
heureux pour trouver l'occaſion
de
GALAN T. 65
コ
-
X
bit
i-
0-
as
Dic
rs
ns
ir.
Geu
le
ette
a la
Mez
fion
de
de luy rendre un plus important
ſervice. La Dame luy répondit
fort civilement , & le Cavalier
voulant profiter d'un moment ſi
favorable , noüa une petite converſation
, qui luy fit connoître,
quoy qu'elle parlaſt fort peu,
qu'ellen'étoit pasmoins eſtimable
par ſon eſprit que par ſa beauté.
Il auroit continué l'entretien plus
qu'il ne fit , ſi elle ne luy euſt témoigné
qu'elle n'eſtoit pas bien
aiſe de parler dans un lieu où elle
croyoit ne pouvoir jamais avoir
aſſez de reſpect. Il ſe retira, pour
ne pas interrompre ſa devotion,
qui fut cejour là tres-longue. Elle
vouloit l'ennuyer , afin qu'il fortit
ſans elle ; mais enfin voyant qu'il
s'obſtinoit à l'attendre,elle ſe leva
pour s'en aller. Il vint à elle auſſitoſt,&
luy préſenta la main,qu'elle
accepta, jugeant à ſa Suite qu'il
eſtoit
66 MERCURE
eſtoit d'un rang à n'être point
refuſé. Illuy aida à monter dans
fon Carroffe , & l'euſt ſuivie au
Palais où elle ſe fit mener , s'il
n'euſt craint de luy déplaire. 11
rentra chez luy tout remply de
fon mérite,& employa le reſte du
jour à s'examiner fur ce qu'il fen
toit. Quoy que ſa vertu le laiſſaſt
fans eſperance,& qu'il la viſt dans
une retraite peu favorable à fa
paſſion, il ne pouvoit affoiblir ces
ſentimens pleins d'ardeur qui la
luy peignoient la plus aimable
des Femmes. Le lendemain il alla
l'attendre dans la meſme Eglife
où il la trouvoit tous les matins
fur les onze heures , mais il y reſta
inutilement juſqu'à ce qu'on
la fermaſt . Elle n'y vint point;
& comme il s'imagina qu'elle
alloit ailleurs pour l'éviter , le
jour ſuivant il renvoya le mefme
GALANT. 67
コ
1
e
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10
ےس
ns
fa
es
la
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ins
re-
'
int;
'elle
le
mef
mc
me Eſpion , qui l'avertiſſoit de
ſa fortie. Cet Eſpion luy vint dire
, qu'apres avoir fait le guer
juſqu'à midy , il avoit ſçeu d'un
Voiſin qu'elle estoit allée à S.Germain.
Il s'y rendit le jour meſme,
& en arrivant , il eut le chagrin
d'apprendre qu'elle estoit partie
pour retourner à Paris . Cette
diſgrace luyfut d'autant plus fen->
ſible, qu'il ſe vit contraint de demeurer
à la Cour pendant quel->
que temps pour une Affaire importante.
Il en eut tant de dou
leur , qu'il fit paroître ſon abatement
ſur ſon viſage . Tous ſes Amis
qui s'en apperçeurent, luy en
demandoient la cauſe , & aucun
d'eux ne pouvoit comprendre le
prompt changement de fon humeur.
Si toſt qu'il eut terminé
l'Affaire qui l'arreſtoit , il retourna
à Paris , où il arriva fort tard .
Aink
1
68 MERCURE
fon
Ainſi il fut obligé de remettre
au lendemain à s'informer de la:
Belle . Il ſçeut qu'elle eſtoit allée .
aux Jeſuites de la Rue Saint Antoine.
Il y courut auffitoft , &
la chercha dans toute l'Eglife. I
n'y vit rien qui luy reſſemblaſt,
& deſeſperoit déja de la rencontrer
, lors qu'une Dame de
air & de ſa taille,fortit tout acoup )
d'unConfeffionnal . Elle estoit ent
équipage de Veuve ,& s'il la fuivit
juſqu'au Baluſtre , ce fut plu- .
toſt par la curioſité que luy donna
ce rapport de taille , que dans .
aucune penſée que ce fuſt la:
Dame qu'il venoit chercher. H
ſe mit aff z pres d'elle,& fut quel
que temps fans pouvoir la voir.
Son viſage eſtoit couvert de Voiles
de crêpe. Enfin, elle les leva,
n'en laiſſant qu'un, elle découvrir !
E
GALANT. 69
こ
1.
n
P
n
i-
1-
コ
ms.
la
H
Dit .
i-
&
cic
alu
au Cavalier cesmeſmės traits que
l'Amour avoit fi bien gravez dans
fon coeur. Jugez avec combien
de ſurpriſe il la vit dans un état fi
diférent de celuy où il l'avoit
toûjours veuë. Ses Habits lugubresn'avoient
rien diminuéde fes
premiers charmes , & il la trouva
auſſi touchante avec un Bandeau
de Veuve,qu'il l'avoit trouvée
aimable dans ſa plus grande
parure. L'attention avec laquelle
it la regardoit , luy fit remarquer
des larmes qui moüilloient ſes
joües. Il en fut tout penetre , &
partagea ſa douleur, malgré la ſecrete
joye qu'il pouvoit avoirde
ce qu'elle eſtoit en liberté de répondre
à fon amour.Aufſitoſt qu'il
fut chez luy , il envoya s'informer
ſi le changement de ſa fortune
n'en apportoit point à ſes
Affaires. On luy apprit qu'elle
partoit
)
70 MERCURE
partoit dés le lendemain , & retournoit
en Province. Cette nouvelle
fut pour luy un coup de foudre.
Le deplaifir de la perdre le
fit reſver quelque temps , & enfin
il refolut de la ſuivre,ne doutant
point que les ſentimens auſſi
tendres & auffi reſpectueux que
ceux qu'il avoit pour elle , n'euffent
le pouvoir de toucher ſon
coeur. Il eſtoit tout preſt d'executer
ce deffein, quand la mort precipitée
d'une Patente qui le fit
fon Heritier , mit obſtacle à ſon
depart. Il ſe vit meſme obligé
d'aller ailleurs pour des Affaires
preffantes quiregardoient la Succeffion;&
dans le chagrin d'eftre
éloigné de laDame,il netrouvoit
à ſe conſoler que quand il
fongeoit que ſa fortune augmentée
le rendoit plus digne d'en
eſtre écouté favorablement. Cependant
GALANT.
71
コー
le
nu-
படு
que
uffon
cu
pre
efit
fon
bligé
aires
Бас-
d'eftrouand
il
mene
d'en
.Ce
Endant
pendant le deplaiſir de l'abſence
a eſté ſi grand pour luy , qu'il en
eſt tombé malade dans une Ville,
où un intereſt tres - confiderable
le tient arreſté. Il n'y voit qu'un
ſeul Amy qui ſçait ſon ſecret ,&
qui s'eſt chargée d'apprendre à la
Dame l'état malheureux où l'a reduit
ſon éloignement. Si cette aimable
Perſonne ſe reconnoît à
ces circonstances , comme il luy
fera aiſe, puis qu'il n'y en a aucune
inventée , elle doit ſe tenir
feûre d'avoir un Amant tres-paf
ſionné , qui feroit tout ſon bonheur
de pouvoir la rendre heureuſe
33
Je paſſe à d'autres amours dont
le recitvous plaira, quoy que l'Avanture
n'ait rien de nouveau
pour vous. Il eſt naturel , & d'une
Muſe qui a des expreffions
aiſées ,Peut- être avez - vous quelques
2 MERCURE
۶
ques Amies dans voſtre Province,
qui s'éveillant quelquefois au
chant du Coq , ne sçavent pas
que la neceſſité de ſe faire entendre
quand le jour approche , eſt
un châtimentqu'il s'eſt attiré. Ce
petit Ouvrage eſt d'une Perſonne
de qualité , dont le merite répond
à l'eſprit.
ΜΕΤΑΜORPHOSE
D'ALECTRION
L
EN COQ
E Conte dit que le Dieu
Mars,
Rebuté come un vieux Gendarme
De la fatigue & des hazards
Que la Guerre de toutesparts
Traîne avec de fi grands vacarmes,
:
Reſolut dese reposer, Et
:
73
GALAN T.
s
コー
eft
Ce
כמ
те
N.
Dien
arme
ards
arts
JACA
Etpour ſe divertir , voulut galan
tifer.
Suivant ce beau deſſein , dans l' Ifte
de Cythere
Il choisit un Quartier de rafraichiffement
La Damedu Païs le reçeutgalamment,
Et luy fit , dit on, chere entiere.
Vn ſoir qu'il avoit rendez - vous
Avecque fon Hoſteſſe auffi tendre
4
que belle,
De crainte des Filoux,
Ou du Mary jaloux,
Ilse fit escorterpar un Valetfidelle
Qu'on appelloit Alectrion,
D'autant qu'en pareille affaire
Vu peu de précaution
Eft toûjours fort neceſſaire :
Mais comme le Dieu des Combats
Sans-doute ne s'ennuyoit pas
Presde la belle Cytherée,
Il s'oublia dans les plaifirs,
Fevrier 1681 . D
74
MERCURE
Et lanuit toute entiere , au gré de
Ses defirs,
Parut defort courte durée.
Cependant le Prince du lour
Quiſoûpiroit pour la Déeſſe,
Sans pouvoir gagnerJatendreſſe,
Plein d'inquietude & d'amour,
Remonta fur nostre Hemisphere
Vn peu plus toſt qu'à l'ordinaire.
Ses rayons curieux ,fort indiscretement
Entrerent trop matin dans un Apartement
,
Où le Galant & la Belle
Parloient de leur paſſion ,
Car lepauvre Alectrion
S'endormit en fentinelle.
Il en fut auſſi battu
D'une terrible manieres
Son Maître estoit fi bourru,
Qu'il ent cent coups d'étriviere.
Enfin dans le couroux dont Mars
4 fut embrazé
Par
GALANT. 75
e
iri
ett
DAM
ل و
viere
M
PA
Par cette funeste avanture .....
Le pauvre Alectrionfut metamorphofe.
On luy donna d'un Coq la forme &
lafigure;
Mais en changeant de nature,
Ilſefitplus avisé,
Carsa disgrace passée
Sans ceffe occupantsapensée,
On voit toûjours dés le minuit
(Bien que dans l'Univers tout repose
Sans bruit )
Que quand l'Astre du Iour veut
quiter l'autre monde
Pour rendre à celuy- cy Sa lumiere
féconde ,
Dés qu'il approche l'Horizon ,
LeCoq ſeſouvenant dufort d'Ale-
Etrion,
Auſſitost se met à l'erte,
Et chantant à gorge ouverte,
D'un empreſſement nompareil,
Il annonce aux Mortels le retour du
Soleil. Dii.
76
MERCURE
Ie ne vous diray point si c'eſt Hi-
Stoire ou Fable,
Ie le tiens cependant d'un Autheur
&
approuvé
Si le cas n'estpas veritable,
Ilparoit affezbien trouve.
Ledernier de l'autre mois , Mr
l'Electeur Palatin fut reçeu Chevalier
de l'Ordre de la Jaretiere.
La ceremonie s'en fit en Angleterre
dans la Chapelle du Chafteau
de Vindſor, par Mrle Comte
d'Oxford , & Mr le Duc d'Albemarle,
Chevaliers de ce même Ordre
, en qualité de Commiſſaires
de Sa Majefté Britannique. Cet
Electeur fut repreſenté par Mr le
Comte de Craven . L'Inſtitution
de cet Ordre eſt connuë preſque
de tout le monde. Elle a eſté faiteen
1351. par Edoüard III. Il aimoit
laComtefle de Sarisbury , &
un
GALANT.
77
T
te
e-
Or
es
et
le
cn
que
fai
ai-
&
un jour la Jaretiere de cette Dame
eſtant tombée dans le temps
qu'elle dançoit,il la releva. Quelques
- uns de ſes plus familiers
Courtiſans qui s'en apperçeû.
rent , luy ayant dit en riant , que
l'amour faiſoit eſtimer les moindres
chofes, il leur répondit,qu'avant
qu'il fuſt peu ils rendroient
honneur à cette Jaretiere. Quelques
jours apres il fit fix - vingts
Chevaliers , & les obligea de
porter des Jaretieres bleuës à la
jambe gauche , avec ces paroles
écrites deſſus en lettres d'or,Honny
foit qui mal y pense , voulant
faire entendre par là à toute ſa
Cour , qu'on avoit jugé de luy
& de la Comteſſe autrement
qu'on ne devoir. Cette origine
eſt bien plus probable que ce
que diſent quelques Autheurs,
que ce Prince établit l'Ordre de
Diij
78 MERCURE
la Jaretiere par la confideration
de la fameuſe Bataille qu'il avoit
gagnée à Crecy. Je ne vous repete
point ce que je vous dis il
y a quelques mois de Monfieur
P'Electeur Palatin , en vous apprenant
la mort du feu Electeur
fon Pere. Je vay ſeulement répondre
à deux Queſtions que
vous me fiſtes. Vous vouliez ſçavoir
fi l'Empire avoit toûjours
eſté electif , & fi jamais les élections
des Empereurs ne s'étoient
faites par un plus grand nombre
d'Electeurs que nous ne voyons
aujourd'huy de Princes qui
ont cette Dignité. Charlemagne
qu'unmerite extraordinaire avoit
placé ſur le Trône Imperial,transfera
l'Empire à fes Defcendans
par droit de ſucceſſion. Ils en jouirent
ſans trouble , tant qu'ils retinrent
quelque choſe de ſa vertuj
GALANT 79
Sa
t
コー
0
ui
e
oit
115-
ans
Düirever
tu; mais lors qu'on les vit degenerer
, on l'alla offrir à Othon de
Saxe qui le refuſa. A fon refus on
jetta les yeux fur Conrad Duc de
Franconie, auquel fucceda Hen
ry Fils d'Othon de Saxe. Son Fils
fat Empereur apres luy ſous le
nom d Othon I.& ce droit de fucceder
de Pere en Fils dura jufqu'à
Henry IV qui fut declare in.
digne de regner , & meſme ex--
communié par le Pape Gregoire
VII. Alors les Allemans qui jufque-
là avoient eu grand ſoin de
conſerver l'Empire à la Race de
leur Prince , abolirent le droitde
fucceffion , en s'attribuant celuy
d'élire les Empereurs.Ce n'eſt pas
qu'avant Henry IV. il n'y euſt
une maniere d'Election, mais elle
n'eſtoit qu'apparente. LesEmpereurs,&
meſme ceux de la Maiſon
de Charlemagne, voulant dc
Diiij
80 MERCURE
clarer leur Succeſſeur , faisoient
affembler les plus confiderables
de l'Empire, pour ſçavoir d'eux ſi
ce Succeſſeur leur agréoit. Cette
Demande qui estoit toûjours
ſuivie de leur approbation , avoit
quelque choſe d'approchant des
élections ordinaires.Quand l'Empire
fut devenu électif , ces élections
ſe firent d'abord par tous
les Princes tant Seculiers qu'Eccleſiaſtiques
, par les Seigneurs,
les Prélats , & les Villes meſmes .
Ainſi , au raport de l'Abbé d'Urfperg
, Henry V. fut éleu par le
fufrage de tous. Lotaire II. par
deux Archeveſques , huit Eveſ.
ques , pluſieurs Prélats & Seigneurs.
Conrad III. par un fort
grand nombre des principaux de
l'Empire , ſans qu'on appellaſt le
Duc de Saxe, ce qui fait voir que
le College Electoral n'eſtoit pas
encor
GALANT. &f
5
S
encor étably comme il l'eſt preſentement
, puis qu'il eſt porté
par une Ordonnance expreſſe,
que l'Electeur de Mayence convoquera
ſes Collegues , & n'en
ômettra aucun , ſous peine de
nullité . Tous les Princes Allemans
éleurent Frideric Barberouffe
. Philippe fut élevé à l'Empire
par les Bavarrois, les Saxons,
& les Suabes ; & Othon IV . par
ceux de Strasbourg , de Cologne
, & de quelques autres Villes.
Cet Empereur ayant eſté excommunié
, le Roy de Boheme , les
Ducs d'Autriche & de Baviere,
le Landgrave de Turinge , &
pluſieurs autres Princes , éleu-
• rent Frideric Roy de Sicile , qui
de fut Frideric II. Inſenſiblement
les plus puiſſans avoient exclus
tous les autres de ce droit d'élire ;
&la confufion qui naiſſoit de ce
S,
S.
le
ar
efgort
le
que
pas
Cor
A
Dv
82 MERCURE
grand nombre d'Electeurs , le fit
reduire à celuy de ſept , en faveur
de ceux qui poſſedoient les
Charges éminentes à la Cour
Imperiale. Tous les Ecrivains demeurent
d'accord que cette reduction
ne ſe fit qu'apres l'éleetion
de Frideric II . dont je viens
de vous parler , à qui on donna
la place d'Othon IV. au commencement
du treiziéme Siecle.
L'Empereur Charles IV. la confirma
par le Reglement qu'il fit
en 1356. dans fon Ordonnance
appellée la Bulle d'or. Les Electeurs
font preſentement trois
Ecclefiaftiques,& cinq Seculiers.
Ceux de Mayence,de Treves, &
de Cologne , font Archeveſques
& Archichanceliers , le premier
en Allemagne le fecond en France,&
au Royaume d'Arles ; & le
troiſiéme enItalie, mais des deux
derniers
GALANT. 83
-
S
pa
n.
le.
fit
200
le-
-ois
ers.
S,&
ques
mier
Fran-
&le
deux
niers
derniers ne ſont Archichanceliers
que de nom. Cette Charge
d'Archichancelier rend T'Ele.
cteur de Mayence tres - confiderable
, parce qu'elle met entre ſes
mains les Archives de l'Empire,
& le rend Depoſitaire des Loix
Univerſelles. Les cinq Seculiers,
font le Roy de Boheme , Grand
Echanſon ; le Duc de Baviere,
Grand - Maître , le Duc de Saxe,
Grand Maréchal ou Conneſtable;
le Marquis de Brandebourg,
Grand Chambellan ; & le Prince
Palatin du Rhin , Sur- Intendantdes
Finances de l'Empire. Le
huitième Electeur eſtoit inconnu
avant la derniere Paix d'Allemagne.
Frideric V. Comte Palatin
, ayant accepté la Couronne
de Boheme que les Proteftans
de ce Païs luy envoyerent
offrir , l'Empereur Ferdinand II.
à
84 MERCURE
à qui elle appartenoit , conceut
une telle indignation de ce procedé
, qu'il transfera la dignité
Electorale de ce Comte à Maximilien
de Baviere. Cet Acte de
Souveraineté,& quelques autres
que fit Ferdinand , fans prendre
l'avis de tous les Etats de
l'Empire , porterent les Princes à
ſe liguer. Ils appellerent les Etrangers
à leur ſecours. La guerre
fut longue & fanglante , &
enfin les deux Partis eſtant las
de voir répandre du fang , on
s'aſſembla à Munſter pour y conclure
la Paix. Les Ambaſſadeurs
ſe trouvoient embaraſſez , parce
qu'il falloit fatisfaire aux deux
principales Branches de la Maiſon
Palatine. Chacune pretendoit
l'Electorat : la premiere , par
les avantages d'une poffeffion de
pluſieurs ficeles : & la ſeconde
par
GALAN T. 85
S
e
a
.
&
as
nars
ce
ux
aien-
Par
par
de
Inde
par
par ſes grands ſervices . Pour
finir ce diferent on accorda ,
le premier Electorat à Maximilien
Duc de Baviere & à ſa Pofterité,
& on en créaun huitiéme
pour Charles - Loüis Prince Palatin
du Rhin , Fils du Comte Frideric
V. à condition que fi la
Branche de Maximilien manquoit
avant l'autre , ces derniers
rentreroient dans leur ancien Electorat
, & le nouveau feroit entierement
aboly. En matiere de
Civil,les Empereurs s'étant obligez
à quelque Juſtice , l'Electeur
Palatin eſt leur Juge : mais quand
ils font accuſez d'avoir mal adminiſtré
l'Empire , le Jugement
en appartient à tout le College
Electoral : & alors, l'Electeur Palatin
eſt Directeur du Procés , &
non celuy de Mayence,quoy qu'il
ſoit Doyen du College Electoral.
86 MERCURE
ر
ral. La préſeance n'eſt diſputée
par aucun à ce dernier. C'eſt luy
qui preſcrit le jour & le lieu de
P'Election , lors que l'Empereur
eſt mort , ou qu'il faut créer un
Roydes Romains. L'Electeur Palatin
& celuy de Saxe, ont ce Privilege
, que quand l'Empire eſt
vacant, ils en font les Vicaires , &
peuvent faire tout ce qui eſt au
pouvoir de l'Empereur, à l'exception
de donner l'Inveſtiture des
grands Fiefs , fans rendre aucun
compte de leur Adminiſtration .
Cependant , quoy que la dignité
Electorale foit tres-éminente,elle
n'égale point la Royale. On le
connoiſt par l'ordre meſme des
-Electeurs.Celuy de Bohëme n'étant
que Duc, eſtoit le dernier,&
dés qu'il eut obtenu le titre de
Roy, il preceda fes Collegues. En
l'Election de Leopold - Ignace,
qui
GALANT. 87
ב
au
d
es
d,
icete
el
le
des
n'e
er , &
de
s. Er
nace
qui regne aujourd'huy , le Roy
de Bohëme ſe trouva une ſeule
fois à l'Aſſemblée , & eut une
Chaiſe de Drap d'or , lors que ſes
Collegues n'en avoient que de
Velours cramoify. Les Electeurs
Eccleſiaſtiques n'ont point de
voix paffive dans les Aſſemblées
d'Election .Ainsi ils peuvent nommer
un autre , mais ils ne ſcauroient
être nommez . Les Seculiers
ſe peuvent donner leur voix
à eux - meſmes. C'eſt ce que fit
Sigifmond de Luxembourg , Roy
de Bohëme, qui eſtant dans l'Afſemblée
pour élire un Empereur
apres la mort de Robert de Bavicre
, parla le premier felon la coûtume,
dit qu'il ne connoiffoit perſonne
qui meritaſt mieux l'Empire
que luy , & en ſe donnant fa
voix , il s'attira celles des autres.
L'Habitque portent les Electeurs
dans
88 MERCURE
dans cette Ceremonie , eſt à peu
prés comme celuy des Préſidens
à Mortier. Les Eccleſiaſtiques ont
une Robe de Drap de laine, teint
en écarlate ; & celle des Séculiers
, eſt de Velours rouge cramoiſy.
Elles ſont fourrées d'Hermine,
& leur Bonnet a le ply retrouffé
, qui laiſſe voir une partie
de la Fourrure. Le Roy de Bohëme
au lieu du Bonnet Electoral,
portoit une Couronne Royale
ſur ſa teſte dans la derniere Eletion.
Voila,Madame,tout ce que j'ay
pû recueillir fur cette matiere. Je
viens à un Article de divertiſſement.
M.Malo,& quelques-uns de
ſes Amis qui ont paſſion pour la
Muſique , ne voulant rien épargner
pour ſe donner ce plaifir ,
ont fait toute la dépenſe qui pouvoit
être neceſſaire pour mêler
GALANT. 89
e.
ie
ё-
al
ale
leler
d'agreables Intermedes de
Chants , & de Dances , à l'Amphitrion
du fameux Moliere .
Cette Comédie a eſté repreſentée
pluſieurs fois ce Carnaval ,
ſur un fort galant Theatre dreſſe
chez M.Malo , en préſence d'un
fort grand nombre de Perſonnes
de qualité invitées à ce Spectacle.
Les Acteurs eſtoient des Particuliers,
qui ſe ſont tous acquitez
admirablement de leurs rôles . La
Muſique des Intermedes qui ont
divité les Actes, eſt de M. Lalloüete
, Eléve de M.Lully. C'eſt aſſez
dire pour répondre de ſa bonté.
Voicy en quoy conſiſtent les Ornemens
qu'on a preſtez à la Piece.
L'ouverture du Theatre ſe
fait par la Seine , qui commence
alle Prologue. Elle eſt ſuivie de ſes
ou Nymphes, deux deſquelles chanay
Je
Te
sde
la
parme
ler
tent ces Vers.
Sor
१०
MERCURE
Ortons , fortons de nos Grotes
Sor profondes, t
Ce jour pour nous est un jour glorieux
;
Le Dieu qui regne sur ces Ondes,
Doit bientoſt paroiſtre en ces
lieux.
La Seine répond.
Qu'àseconder mes foins vostre Zele
s'empreſſe ,
Que vostre heureuse adreſſe
Donne àvos yeux un nouvelagrément
;
Qu'en vos chants,qu'aux transports
d'une pleine allégreſſe ,
Eclate le bonheur d'un sejour si
charmant.
Apres que le Choeur des Nymphes
a repeté ces deux derniers
Vers ,& qu'elles ont toutes exprimé
leur joye par leurs Dances,
deux d'entr'elles chantent ce qui
fuit.
On
GALAN Τ.
91
,
le
m
ers
pri
ces
On dit qu'il faut aimer les peines
Que l' Amourmesle àses douceurs.
Laiſſons ces Biens trompeurs
Aqui veut porter des Chaînes,
Laiſſons ces Biens trompeurs
Aqui veut verfer des pleurs .
Lapeur d'une Chaîne cruelle
Ne me fait point craindreſa Loy;
Mais il n'est plus de foy ,
On rougit d'estre fidelle ;
Mais il nest plus de foy ,
Ilvaut mieux n'aimerque ſoy.
Neptune paroiſt ſuivy desTritons
. La Seine va au devant de ce
Dieu avec ſes Nymphes , &tous
enſemble, ils font cette Scene.
LA SEINE.
Quelle faveur pour ces heureux
Climats !
qui Quelſujet,Dieu paiſſant, attire icy
0
tespas ?
1
NEP
92
MERCURE
NEPTUNE .
Je viens voir de plus pres ta gloire
SansSeconde,
Le viens eſtre àmon tour témoin de
ton bonheur ,
Et montrer icy quel honneur
Moy- mesmeje me fais du tribui de
ton Onde.
C'estfur tes Rivages fameux
Que le plus grand des Rois, en tout
ce qu'il médite,
Charme par sa haute conduite
Ses Peuples qu'il rend heureux,
L'Univers qu'il étonne,& les Dieux
qu'il imite.
: :
Quel charme de le voir à fon Peupte
,àſa gloire ,
D'un coeurfi satisfait immoler Son
repos ,
Et faire oublier ces. Héros,
Ou qu'aformez la Fable,ou quevante
l'Histoire !
LA
GALANT.
93
t
X
LA SEINE .
Quele Gange orgueilleux , jaloux
d'un fortsi beau ,
Sur des Arenes d'or roule fon onde
fiere.
Que du Dieu de la Lumiere
Ses flots foient le brillant Berceau;
A voir ce que mes Bords étalent d'abondance
,
I'ay droit de mépriſer tout l'or de
Sesfablons;
Et d'un si grand Héros l'éclat & la
préſence ,
Du Soleil à mes yeux valent blen
les rayons..
Tous enſemble .
1
Le bruit defa gloire extréme
1. A cent Peuples charmezfait foufor
haiterfes Loix.
On ne peut nombrer ſes Exploits.
La Renommée elle- mesme
S'eſt veuë en peine avecqueſes cent
LA
voix .
UN
94 MERCURE
!
UN TRITON à la Seine.
Nul ne peut mieux que toy de fa
rare valeur.
Montrer icy les preaves.
Tandis que Marsen fureur
De l'Europe troublée alarmoit tous
les Fleuves,
D'horribles cris gémiſſoient leurs
Echos,
Le Sang Soüilloit leurs eaux &
leurs rivages.
Ce Grand Roy cependant afſfuroit
ton repos ,
" Et toûjours tes libres flots
Portoient au Dieu des Mers tes paifibles
hommages.
UNE NYMPHE.
Par ce calme conftant de ces ondes
fi vives
Onpeut juger quels attraits
Une profonde Paix
Entretient fur ces Rives .
Sans
GALAN T.
95
SA
Sans ceffe mille Concerts
En ces aimables Lieux font retentir
les airs.
Vne allégreffe entiere
Ny laiſſe plus pouffer que d'amoureux
soupirs ,
Et la Trompete guerriere
De cette heureuse Paixfert encor
auxplaisirs . :
NEPTUNE & UN
TRITO Ν.
Que ces aimables Lieux
Soient toûjours exempts d'alarmes.
Le Choeur répete cesdeux Vers.
NEPTUNE.
Que lafaveur des Dieux
En maintienne fans ceſſe , en augmente
les charmes .
UN TRITON .
Pour les Voisins jaloux foient le
trouble & les larmes.
DEUX
96 MERCURE
DEUX NYMPHE S.
De ces justes Souhaits l'effet n'est
point douteux .
Le destin de LOUIS, la terreur de
Ses armes,
Enfont de feurs garands àfes Peuples
heureux.
Tous enſemble .
Que ces aimables Lieux
Soient toujours exempts d'alarmes.
Apres que ces Vers ont eſté
chantez, les Tritons forment une
Entrée avec les Nymphes. Elle
eſt ſuivie de ces deux Couplets
que chante la Seine.
Icyl'Amourfait aimer ſapuiſſance,
Ces Lieux charmans , portent nos
defirs .
Suivons ſes Loix. Que fert la re-
Sistance ?
Toûjours les maux précedent fes
plaisirs ;
MAR
GALANT.
97
Mais quand un coeur voit payerfa
constance ,
Regrete- t- il sa peine &ses foupirs?
- Quand des Amans ont fait le tendre
hommage.
Sçait- on joüir des droits de fa
beauté?
- Quels sont les biens que gouste un
coeur Sauvage ?
e
12
Doit- il vantersa triste liberté?
Quede plaisirs il perd dans le bel
âge!
Qu'un jour ce temps fera bien regreté!
Ce Prologue eſtant finy , lesA
cteurs reprefentent le Premier
Acte de la Comédie d'Amphi
trion , dont Jupiter emprunte la
forme pour ſe faire aimer d'Alcmene.
C'eſt là - deflus qu'eſt fait
l'Intermede qui fuit cet Acte.
Fevrier 1681 . E
98
MERCURE
L'Amour y vient s'applaudir de
la victoire qu'il a remportée ſur
le Souverain des Dieux. Venus
paroiſt avec luy. Il eſt ſuivy des
Plaiſirs , & elle des Graces .
VENUS.
Celebrez de l'Amour la victoire
nouvelle ,
Chantezfa gloire immortelle.
CHOEUR.
Celébrons de l'Amour la victoire
nouvelle ,
Chantons ſa gloire immortelle.
L'AMOUR .
QueIupitervante à mesyeux
Sonpouvoirredouté des Hommes &
des Dieux ;
Deſes mains , quandje veux,j'arrache
le tonnerre,
Il quite les Cieux pour la Terre,
Et trouve dans mes fers fon destin
glorieux.
2
CHOEUR
GALANT. 99
R
CHOEUR.
Celébrons de
CHEQUE DELA VID
I Amour , & LYON
UN PLAISIR
Resister à l'Amour est une triste
gloire.
En vain d'un fier orgueil on fe croit
fairehonneur;
Pour unjeune coeur
La défaite vaut mieux cent fois
que la victoire.
VENUS.
La Ieuneſſe
Sans tendreſſe ,
Est un Printempsfansfleurs.
Gardez-vous bien de traiter de
foibleffe
Les amoureuses langueurs.
La reuneſſe
Sans tendreſſe ,
Eftun Printempsfansfleurs.
Al'Amour ilfaut se rendre.
Cedez- luyfans attendre,
)
Pour gousterplus longtempsſes douceurs.
ג
E 2
100 MERCURE
La Jeunesse
Sans tendreſſe ,
Est un Printemps fansfleurs .
TROIS PLAISIR S. A
Si vous croyez toûjours une Fierté
cruelle,
Vous vous épargnerez des ennuis,des
Soûpirs.
Si vous voulez croire un Amant
fidelle ,
Vous gousterezles plus charmans
plaisirs.tod
UNE GRACE .
Toucher une Beauté que fapropre
١١ douceur
Conduit aux ſentimens qu'on veut
luy faire prendre,
C'est un triomphe aisé qu'on doit
tout au bonheur;
Mais defarmer un coeur
Qui des traits de l' Amour s'est toûjours
ſçeu défendre,
C'eſt vaincre avec honneur.
743 VE
GALANT. ΙΟΙ
VENUS .
Au pouvoir de l'Amour, rendez, rendez
les armes .
UN PLAISIR.
Rien ne peut , rien ne doit réſiſter à
Ses coups.
VENUS & UN PLAISIR.
Dans fon Empire plein de charmes
---Il eſt des momens moins doux,
Mais les plaiſirs ailleurs ne valent
pas ses larmes.
VENUS.
Vostre gloire en cedant doit estre
Sans alarmes.
UN PLAISIR .
Il a ſoûmis des coeurs
Qui n'ont point eu d'autres vainqueurs.
L'AMOUR .
Amans,si l'orgueil de vos Belles
Semble d'abord à vos ardeursfidelles
Nepromettre pour fruit que de triſtes
regrets ,
Eiij
10 : MERCURE
Ne vous laſſexpoint de vos chaines.
Soyez conftans , Soyez difcrets,
Bientoſt dans les plaiſirs vous oublirezvos
peines.
AUTRE GRACE.
Un coeur qui ſçaitſe taire ,
Sçait conduire une affaire.
Dans lefort le plus doux
Plaignez- vous d'un malheur extréme,
Vn bonheur bien caché ne craint
point les Ialoux ,
Il ne faut estre heureux que pour
l'objet qu'on aime.
L'AMOUR .
Joignezvos voix & voſtre zele,
Que la Terre & les Cieux
Retentiſſent du bruit de ma gloire
immortelle,
Suivez toûjours mes Loix, c'est imi-
Iter les Dieux.
Le Choeur répete , Ioignons nos
voix,
GALANT.
103
voix, &c. Apres quoy, les Plaiſirs
&les Jeux font une Entrée, pour
marquer la part qu'ils prennent à
la victoire de l'Amour. La Dance
finie , un des Plaiſirs chante ce
qui fuit.
i
Necroyezpas toutes lesplaintes
Qu'onfait de l'Empire amoureux.
Vn coeur bien difcretſous ces adroites
feintes
Souvent veut cacher lebonheur de
fesfeux.
Ne croyezpas toutes les plaintes
Qu'onfait de l'Empire amoureux .
Quefans aimer la vie est triſte !
Cédons à l' Amour, cedons tous.
Tout aime à son tour ; un coeur qui
resiste,
S'attire l'effort des plus rudes coups.
Quefans aimer, la vie est triſte !
Cédons à l'Amour, cédons tous,
Enj
2
104 MERCURE
Les Acteurs ayant repreſenté
le Second Acte d'Amphitrion,
dans lequel Jupiter trouve moyen
de ſe raccommoder avec Alcmene
,Mercure amene des Muſiciens
& des Danceurs veſtus en Bergers
& en Faunes , pour la Feſte
que ce Souverain des Dieux fait
préparer aux Officiers de l'Armée
. L'ouverture de cet Intermede
ſe fait par Mercure , qui
chante ces Vers .
Meſſieurs,c'eſt icy qu' à loiſir
Kous pouvez préparervostre galante
Feste ,
Qui du Festin qu'on appreste
1 Doit achever le plaisir.
Quevos Ieux animez par le Dieu
des Bouteilles ,
Charment lesyeux & les oreilles,
Etdansvos Chants celebrez tourà-
tour
Le Dieu du Vin, & celuy de l'Amour·
BER
GALANT.
105
BERGER CONSTANT .
Aimable liberte , charme d'un coeur
Un Amant malheureux trouve en
:
tranquile ,
toy fon azile ,
Nulchagrinſous tes Loix ne le fait
murmurer;
Et móy dans les plus rudes chaînes ,
Accablé de mille peines ,
Ie meurs fans tepouvoir ſeulement
defirer.
BERGER INCONSTANT .
De tes mortels chagrins je plains la
violence ;
Pour t'en guerir , éprouve l'incon-
Stance. :
Qu'un Inconstant est heureux!
Quefa Bergere
Soit ingrate ou legere, ว
Il n'en a point de momens plus
fâcheux.
Qu'un Inconstant est heureux !
E V
106 MERCURE
S'ilse trouve mal dansſa chaîne,
D'abord il en brifſe les noeuds ,
Et conſolé d'un fort qu'il repare
Sans peine ,
En va chercher ailleurs une ſelon
Ses voeux.
Qu'un Inconstant eft heureux!
BERGER CONSTANT..
Iris eſt inſenſible à mon amour
fidelle ,
Mais je ne puis aimer qu'elle.
UN FAUNE.
Méprise les conseils de cet Amant
volage ,
Defon aveuglement tu dois te garantir.
Changer d'esclavage ,
Ce n'est pas en fortir.
Tous les Faunes ayant repeté
ces deux derniers Vers , deux
d'entr'eux chantent .
Pourguérir ton chagrin ,
Ne chercheque le Dieu du Vin.
Fais
GALANT. 107
Fais ton azile d'une Treille د
C'est là que tu peux te fauver.
L'Amour ne t'y viendra trouver
Quepourpartager ta Bouteille.
BERGER CONSTANT.
Iris eft infenfible à mon amour fidelle
,
Mais je ne puis aimer qu'elle.
BERGER INCONSTANT.
Effaye, eſſaye une fois
Les plaiſirs d'un coeur volage.
LES FAUNES.
Suy Bacchus comme nous , Suy ses
aimables Loix.
BERGER INCONSTANT,
& UN FAUNE .
Tu changeras bientoſt de fort &de
langage.
BERGER CONSTANT.
Ah , si vous connoiffiez la Beauté
que je fers ,
Vous partageriez mes fers.
BER
108 MERCURE
BERGER INCONSTANT .
J'ay veu cette Beauté qui ſe rit de
tes peines,
Cependant ſes appas ne peuvent
rien fur moy.
BERGER CONSTANT .
Il faut donc qu'un Rocher Soit plus
tendre que toy.
BERGER INCONSTANT.
Non, mais une Beauté qui n'ofre que
des chaînes ,
N'aura jamais ma foy.
UN FAUNE.
Bacchus ne défend pas d'aimer,
De beaux yeux quelquefois ont bien
Sçeume charmer ; DAL
Mais quand l'Amour devient trop
puiſſant sur mon ame,......
Ie mets une Bouteille au devant de
Ses coups ;
Et le Vin dans mon coeur , pour modérerſaflame,
Allume unfeu plus doux.
LES
GALANT. 109
LES FAUNES.
Vive le Dieu du vin,vive ſon doux
empire.
Ses charmantes douceurs 5
Ne coustent point de pleurs,
On poſſede auſſitost tout ce que l'on
defire .
Vive le Dieu du vin , vive ſon doux
Empire.
BERGER INCONSTANT.
Un seul regard d'Iris mesme severe
,
Vaut à mon coeur les plaisirs les
plus doux.
Si ce regard estoit desarmé de colere,
Grands Dieux ,de mes transports je
vous rendrois jaloux .
BERGER INCONSTANT.
Esclave malheureux du Tyran que
tu fers
Il ne te faut que despleurs & des
fers
LES
ΙΙΟΙ MERCURE
LES FAUNES.
Va porter tes ennuis ailleurs ,
Et quels que foient les maux dont
tu ſens les, atteintes,
Ne troublepoint icy nos jeux par tes
clameurs ,
Ou le bruit de tes plaintes
Ne fera qu'exciter nos ris & tes
douleurs.
Les Faunes commencent icy à
dancer , & en ſuite chantent ces
Vers.
Fuffiez- vous accabléde mille foins
confus ,
Quand l' Amour, un Procez , & tous
vos Biens perdus ,
Vous donneroient du dégoust pour
la vie,
Voulez- vous rire encor malgré le
Sortjaloux ?
Voulez-vous voir tous les Roys
Sans envie ? L
Buvez , buvez, enyvrez-vous.
Eh
GALANT. 1111
Eh bien, ces jeux & ces plaisirs
Ne valent - ils pas bien tes pleurs
& tes foûpirs ?
BERGER CONSTANT .
Iris eft infenfible à mon amour fi
delle ,
Maisje ne puis aimer qu'elle.
BERGER INCONSTANT.
Esclave malheureux du Tyran que
tu fers ,
Ilne tefaut que des pleurs &des
fers.
BERGER: CONSTANT.
Tant qu' Amour garderafon pouvoir
fur les ames.
LES FAUNES.
Tant que Bacchus chaſſera le chagrin.
BERGER INCONSTANT .
Tant que l'Amour constant fera
craindre fes flâmes.
ز
Tous
112 MERCURE
Tous enſemble .
Bacchus , le ſeul Bacchus, reglera
Iris , la belle Iris, mon
L'aimable changement: Sdestin .
Jupiter s'eſtant fait connoiſtre
pour l'Amant d'Alcmene dans le
troifiéme Acte , les Thebains fimiſſent
la Piece , en exprimant
par leurs dances & leurs chants la
joye qu'ils ont que leur Ville ait
eſté honorée de la prefence de ce
Dieu.
CHOEUR DE THEBAINS .
Iupiter pour ces Lieux
Quite leſejour des Dieux.
DEUX THEBAINS.
De ce grand jour gardons bien la
mémoire ,
Que l'Encensen tous lieux fame
fur nos Autels .
CHOEUR DE THEBAINS .
Que le reste des Mortels
Soit jaloux de noſtre gloire.
DEUX
GALANT.
113
DEUX THEBAINS .
Ces Lieux ont pour luy des appas
Qu'au Ciel il we trouvoit pas.
DEUX AUTRES
THEBAINS . :
Concevons un bonheur fupréme
Sur le charmant espoir qu'il nous
donne luy meſme.
UN THE BAIN.
Tremblez, Ennemis jaloux ,
Il va naître parmy nous
Vn Héros dont les Faits doivent
remplir la Terre .
Vous reconnoistrez àſes coups
Le Fils du Maistre du Tonnerre,
Tremblez, Ennemis jaloux..
AUTRE THEBAIN.
Ieunes Beautez, dont les rigueurs
extrémes
Sont tout le fruit de nos ardeurs,
Voyez condamner vos coeurs
Par l'exemple des Dieux mêmes.
Est- il honteux
De brûler de leursfeux?
114
MERCURE
1
2
DAME THEBAINE .
Les Dieux aux transports amoureux
Peuvent trouver des charmes .
Tous les plaiſirs sont faits pour
eux ,
Ils n'ont point dans leurs voeux
De cruelles alarmes .
Ce n'est point aux Mortelsjaloux
D'efperer unfortsi doux.
THEBAIN.
Quitezune erreurfi vaine,
Les Dieux en prenant une chaîne,
Nefont pas exempts de foûpirs .
Vn peu de peine
Fait mieux goufter les plaiſirs.
DAME THE BAINE .
Iln'est point de tourment cruel
Qui puiſſe mettre à bout leur courage
immortel,
Mais de ma fermeté mon ame Se
défie.
L'ay veude cent Beautezle malheur
éclatant. S'il
GALANT. 115
S'il m'en arrivoit autant ,
Ceferoit fait de ma vie.
DEUX DAMES
THEBAINES.
Fuyons , fuyons l'Amour , craignons
ce Dieu trompeur ,
On ne peut contre luy garder trop
bien fon coeur.
THE BAΙΝ.
Si la crainte desfoûpirs
Vous fait fuir les plaiſirs
Où le bel âge vous convie,
D'un Amant éprouvéfaites un heureux
choix,
Pourſuivre defi douces Loix ,
Ce vousfera trop peu que toute voftre
vie.
LES THEBAINS .
Aimez, jeunes Bautez, aimez,
De vos fers,de vos feux , vos coeurs
Seront charmez.
DAME THEBAINE.
Il est trop malaiſé defaire un choix
AU heureux .
116- MERCURE
AUTRE THEBAIΝΕ .
Tout eft plein aujourd'huy de Trompeurs
dangereux.
AUTRE THEBAINE.
On ne les connoit plus ; ils ont tous
le langage
Des coeurs bien amoureux.
DEUX THEBAINES .
Gardons,gardons toûjours unefierté
Sauvage,
Il est trop malaiſé defaire un choix
heureux.
THEΒΑΙΝ.
Il est des Amans infidelles ,
Mais riſquons - nous moins
Envous ofrant nos ſoins ?!
Les feintes aux coeurs des Belles
Sont - elles moins naturelles ?
DEUX THE BAINS .
Aimons,aimons; que nulle crainte
N'empeſche de nous engager.
DEUX
GALANT.
117
DEUX AUTRES
THEBAINS.
On démeſle aiſement une ame bien
atteinte ,
D'avec un coeur léger.
AUTRE THEBAIN.
7
Et quand on y devroit courir quelque
dangers on
Le prix que l'amour nous propose
Est- il un prix si bas,
Qu'il ne vaille pas I
Qu'un coeur pour l'acquérir bazarde
quelque chofe?
THEBAINS & THEBAINES
enſemble.
MORINTHEBAINS...
Suivez , fuivez l'amour , aimezce
doux Vainqueur.
THEBAINES.
Fuyons, fuyons l'Amour, craignons ce
Dieu trompeur.
THEBAINS .
On ne peut contre luy garder longtempsfon
coeur. THE
118 MERCURE
THEBAINES.
On ne peut contre luy garder trop
bien fon coeur.
Ce Dialogue eſt ſuivy d'une
Entrée que dance le Peuple de
Thebes; apres quoy une Thébaine
chante ces Paroles .
Lors que nous paſſons la vie
Sans quelque amoureux defir,
Que nos jours font peu d'envie !
Ilsfont pournous fans plaisir ,
Lors que nous paſſons la vie
Sans quelque amoureux defir.
Le retour de la verdure
N'eſtdûqu'auxſoins de l'Amour.
Si tout rit dans la Nature,
C'est que tout luy fait la Cour.
Le retour de la verdure
N'eſt dûqu'auxſoins de l'Amour.
DEUX THEBAIN S.
Rendons-nous
Quand l'Amour nous inſpire;
Ren
GALANT.
119
:
Rendons- nous ,
Tout doit aimerses coups.
Le Choeur répete , Rendonsnous
, &c .
DEUX THEBAIN S.
Le vain honneur de braver fon
empire,...
Nous coûteroit nosplaiſirs les plus
doux .
Le Choeur répeteLe vain honneur,&
c. & on chante le Couplet
qui fuit de la meſme forte.
Nosbeaux ans
Sont faits pour la tendreſſe ,
Nos beaux ans
Ne durent qu'un Printemps
Aimons , aimons ; si c'est une foibleffe
,
Pour estreſage , on n'a que trop de
temps.
Avoüez , Madame , que pour
des Particuliers , rien ne sçauroit
eftre
(I 20 MERCURE
:
eſtre plus glorieux, que de ſe donner
à eux, & à leurs Amis,un divertiſſement
aſſez peu commun
pour attirer tout Paris, ſi l'entrée
du Lieu avoit eſté libre pour de
l'argent .Le bruit qu'il a fait ayant
fait naître l'envie à Monſeigneur
le Dauphin de voir ce galant
Spectacle , il ſe rendit il y a trois
jours chez mon ſieur Malo, accompagné
de Madame la Dauphine,
de Monfieur,de Madame,de Mademoiselle
, & ſuivy d'une partie
de la Cour.La Comédie fut ſi bien
joüée ,& les Intermedes chantez
d'une maniere ſi juſte , que ce
Prince témoigna tout haut , que
de long-temps il n'avoit rien veu
qui luy euſt paru ſi agreable.
L'établiſſement du Droit
François s'eſt fait à Caen , ainſi
qu'à Paris. Vous voyez par
là , que le Roy ne ſe laſſe point
de
GALAN T. 121
detravailler au bien commun de
ſes Peuples . Le Mercredy 10. de
ce Mois Monfieur Meliand, Intendant
de la Generalité de
Caën, eſtant venu dansl'Ecole de
Droit , qu'on avoit ornee de tresbeaux
Tapis, les Compagnies du
Préfidial & Bailliage s'y trouverent
en Robes ; ainſi que les
Echevins. Pluſieurs Docteurs de
toutes les Facultez de l'Univerſité
, & la plupart des Officiersdes
autres Corps de Juſtice dela Ville,
s'y rendirent chacun en particulier,
avec preſque tout le beau
monde de Caën . Vous ſçavez ,
Madame , que c'eſt une des Villes
de France où l'on trouve le
plus de Gens d'eſprit , & que les
Dames y ont une politeſſe qui ne
ſent point la Province.Les Compagnies
ayant pris leurs places,
- Monfieur l'Intendant fit faire à
Fevrier 1681 . F
1122 MERCURE
haute voix la lecture de l'Arreſt
du Conſeil du Roy, qui nommoit
-Monfieur le Courtois , Docteur
aux Droits , Avocat au Préſidial
& Bailliage de Caën , pour Doeteur
Profeffeur du Droit François
en l'Univerſité , & le meſme
-Monfieur Courtois , avec Monſieur
Fleury , Preſtre , Chanoine
du S. Sepulcre ; Meſſieurs Seveſ-
-tre, le Coq , & le Gras auffi Avocats
au Bailliage & Siege Préfidial
; Monfieur le Tremançois,
Ecuyer , Avocat en Vicomté à
Casn , Monfieur Halley le jeune,&
Monfieur Pyron, Profeſſeur
de 1 Eloquence, pour les huitDocteurs
aggregez aux Facultez de
Droit. Cette lecture eſtant faite,
Monfieur Meliand leur fit prê-
-ſter le Serment , & donna place
aux Docteurs aggregez , qui eftoient
veſtus de Robes noires
u avec
GALANT.
123
e
avec le Chaperon rouge,au rang
des quatre anciens Docteurs des
Facultés de Droit,qui portoiet des
-Robes rouges. A l'égard de Mr
-le Courtois , dont la Robe eſtoit
de cette meſine couleur, il le mit
en poffeffion de la Chaire de
Droit, où il fit un tres beau Difcoursqui
luy attira l'applaudiſſement
de tout le monde. Il fit voir
les foins que noftre auguſte Monarque
avoit toûjours eus pour le
biende ſes Sujets , &dit , Qu'il
n'avoit pû mieux couronner toutes
fes Victoires apres tant de Provinces
conquiſes , que lors qu'il avoit
fait publier des Edits, des Déclarations,&
des Ordonnances, pour établir
dans tout le Royaame une Iuftice
inviolable qui miſt le repos dans
les Familles. Enfuite , il expliqua
l'Ordonnance de Charles IX.
124
MERCURE
24
3
touchant les Tranſactions &
Accords de Procez , qui ne font
point ſujets au relevement s'il
n'y a dol perſonnel , & cette explication
fut appuyée de preuves
& autoritez ſi fortes , que
chacun fut obligé d'avoüer que
l'étude du Droit François eſtoit
d'une grande utilité , pour porter
ceux qui la font à la haine
des Procés , dont la penſée ne
peut jamais eftre qu'odieuſe , s'ils
ne font abſolument neceſſaires .
Son Difcours eſtant finy , Monfieur
Meliand , dont il loua fort
l'application continuelle à ce qui
regarde les intereſts de Sa Majesté
,& le bien public, luy fit
occuper la ſeconde. Place parmy
les quatre anciens Docteurs Profeffeurs
aux Facultez de Droit,
ſuivant l'Arreſt du Conſeil . Le
choix de ceux qu'on vientd'aggréger
,
GALANT.
125
gréger , a eſté reçeu avec d'autant
plus de joye , qu'ils font tous
d'un mérite particulier.Monfieur
Fleury s'acquite avec une entiere
exactitude del'Office de Promoteur
, qu'il exerce en l'Officialité
de Caën . Meſſieurs le Courtois,
Seveſtre , le Coq , le Gras , & le
Tremançois , ſont des Avocats
confumez dans l'étude du Droit,
&des affaires du Barreau , où ils
paroiſſent avec de grands avantages
; & Mr Pyron qui profeſſe
dans l'Univerſité depuis fort long.
temps , s'y eft acquis une eſtime
generale.
Il ſe fit ces derniers jours une
Converſation tres- agreable entre
pluſieurs Perſonnes d'eſprit, touchant
certains mots , ou manieres
de parler , dont on a voulu
amener la mode. Un fort galant
Homme qui s'en eſtoit diverty
Fiij
126. MERCURE
comme les autres, prit de làoccaſion
de les employer dans ce Billet
qu'il envoya le lendemain à la
Dame , chez qui l'examen s'en
eſtoitfait.
BILLET.
L'aurois Mpraticable Beauté.
vieilly ſans vous avec un coeur
tout neuf. Cependant depuis que je
me suis embarqué à vous aimer ,je
n'ay pû sçavoir la destination du
voſtre,& il est toûjours indéchifrable
pour moy. Puis que je me fais
une vraye affaire de vous aimer,
pourquoy prendre des airs de chagrin
quand vous me voyez ? le ſuis
d'une bonne paste d'Homme , & l'on
en peut faire une bonne paste d'AImant
. Ie vous aime d'un amour
distingué , & je vous trouve une
Beautéà manger. Pour le coup vous
avez
SEAJE DELA V
1
GALANT.
127
avez tort , & vous ne devez pas
estre avec moy du droit , & du dédaigneux
dont vous estes. Vous avez
de violentes douceurs pour d'autres ,
qui ne seroient pas du gouft du sublime.
Ie fuis un Homme d'un bon
commerce , &fijen'ay pas un affez
gros bien pour vous , j'ay du moins
un gros amour,& commeje vous ai
me avec une groſſe délicateſſe , je
Souhaite que vous ayez une groffe
tendreſſe pourmay,finon croyezque
jene vous aimeray jamais plus.
Je reçeus la Figure de la Comere
,&des trois Oeufs extraordinaires
qu'on a veus à Rome,
daas le temps que j'achevois ma
derniere Lettre. Cela fut caufe
que je me contentay de vous en
faire la defcriptio.Je vous envoye
aujourd'huý cette Figure,gravée
fur celle de Rome , afin que vous
Fiij
118 MERCURE
voyiez par vous- meſmes ce que
je puis vous avoir repreſenté imparfaitement.
On a imputé àl'apparition
de cette Comete , le
froid extraordinaire qu'on a fouffert
cette année en Italie . Il a
eſté grand en France , mais nous
n'y avons éprouvé aucun malheur
general dont la Comete
puiſſe eſtre accuſée. Les Particuliers
peuvent avoir eu leurs fujets
d'affliction .Cela eſt ordinaire
dans chaque Famille , où la mort
apportetoûjours de grands changemens.
Celle de Madame la Marquiſe
deGordes a fort ſurpris , quoy
qu'il ſemble qu'elle n'ait pas eſté
impréveuë pour elle. La perte de
Monfieur de Gordes fon Mary
arrivée depuis deux mois, la toucha
ſi vivement , qu'elle dit déslors
qu'il luy reſtoit peu de temps
à
GALANT.
129
+
à vivre. Ce preſſentiment , fondé
fur l'excez de ſa douleur , l'obligea
de mettre ordre à ſes affaires
, non ſeulement pour ſa confcience,
mais encor pour ſon Teftament
, qu'elle fit dans une pleine
ſanté trois ou quatre jours avant
l'accident qui l'emporta tout
d'un coup. Elle fut ouverte,& on
luy trouvale fiel crevé.Elle estoit
de la Maiſon d'Eſcoubleau-Sour
dis,qui fans contredit eſt une des
plus illuſtres du Royaume. Il y
aeu un Cardinal de cette Mai
fon . Mademoiselle de Gordes ſa
Fille,qu'elle avoit retirée duCou
vent depuis quelque temps , a
mille bonnes qualitez quila font
aimer de tous ceux qui la con.
noiffent .
in
Cette mort a eſté ſuivie de cel
lede Madame de Tonné Chal
rante , Fille de Mr de la Vrilliere
Fv
130 MERCURE
Secretaire d'Etat , & Veuve de
Meſſire Jean- Claude de Roche-
Choüart, Chevalier, Seigneur de
Tonné - charante , Comte de Vi
vonne , Marquis de l'Ifle-Dieu,
Seigneur d'Orgere , Colonel du
Regiment de la Marine. C'eſtoit
une Dame d'une tres-grande
vertu. Elle en a donné d'éclatarntesmarques
par la patience & la
reſignation toute Chreftienne avec
laquelle elle a ſoûtenu les
longues douleurs dont ſa maladie
a eſté accompagnée. Elle futenterrée
à S. Eustache le 17. de ce
mois.
E Le meſme jour on enterra Mr
Brigallier à S.Sulpice. Il eſtoitPremier
Avocat du Roy au Chaſtelet
, & ancien Echevin de Paris.
Il exerçoit cette Charge depuis
l'année 1640. & avoit eu le chagrin
de perdre depuis affez peu
de
GALANT.
138
de temps un Fils & une Fille
qu'il avoit. Ainfi Monfieur Brigallier
fon Frere eſt ſon Heritier.
La grande jeuneſſe ne donne
aucun privilege contre les attaques
de la mort. Mademoiſelle
Parfait n'avoit que ſeize ans. Sa
beauté faiſoit grand bruit, & elle
eſt morte , ayant à peine commencé
de vivre . Elle estoitFille
deMadame la Marquife de Vandeuvre.
La groffeffe de Madame la
Ducheffe de Foix avoit caufé
grande joye. Monfieur le Duc
de Foix fon Mary , qui ſouhaitoit
fort un Fils , la reſſentoit vivement.
Cependant s'eſtant bleffee
en tombant dans une Chaiſe à
Porteurs, elle est accouchée d'un
Enfant mort. Ce malheur les af-
Aige d'autant plus , que c'eſt le
feul
1
132 MERCUR
ſeul qu'ils ont eu depuis dix ans
qu'ils font mariez .
Il y a grande apparence que la
liaiſon que je vous dis la derniere
fois qui commençoit à ſe former
entredeux Perſonnes qui ont autant
de délicateſſe que d'eſprit,
fera dedurée,par la maniere dont
vous allez voir qu'elle s'eſtablit.
La Dame que le Cavalier avoit
régalée de l'Hiſtoire de ſon coeur,
ne ſe contenta pas de luy témoigner
le lendemain qu'elle ſe tenoit
obligée de la confidence qu'-
il luy avoit faite de ſes Intrigues.
Elle voulut à fon tour ſe faire connoiſtre,&
luy envoya deux jours
aprés une Réponſe qui contenoit
ce qui ſuit,& avoit ce Titre .3
HISTOI
GALANT .
133
HISTOIRE
J
DE MES
CONQUESTES .
E fuis fi contente de la ſincerité
que vous m'avez marquée
en m'envoyant l'Hiſtoire de vôtre
coeur , que je veux ſuivre
voſtre exemple , & vous conter
auffi de bonne- foy toutes les
petites avantures de ma vie ;
mais avant que de commencer
mon Hiſtoire , il faut que j'acheve
la voſtre , & que j'y ajofite
une Piece qui y manque , c'eſt à
dire mon Portrait , qui devoit
bien tenir ſa place parmy ceux
des Belles , à qui vous vous eſtes
attaché.Vous connoiffez ma perfonne,
134
MERCURE
fonne , & vous dites qu'elle vous
plaitt , ainſi je n'en dis rien ; mais
pour lecoeur & l'eſprit ,j'ay peine
àcroire que vous me connoiffiez
affez par ces endroits-là. J'ay eu
une éducation tres - capable de
m'étouffer l'eſprit ; cependantje
n'ay pas laiſſé d'en échaper , &
d'en fauver quelque choſe. Ilme
refte affez de fineſſe & de déli
cateſſe dans mes penſées , mais
peut eſtre j'y gagnerois , fi on les
pouvoit deviner ſans que je les
exprimaffe. Il y avoit en moy des
commencemens de plus d'eſprit
que je n'en ay. L'intention de la
Nature eſtoit que l'Art achevaſt
ce qu'elle avoit laiſſé à achever,
mais l'Art n'en a rien fait.Si vous
voulez cependant que je vous diſe
ce qu'en penſent quelques
Connoiffeurs qui parlent demoy
plus avantageuſement , ils m'ont
affurée
GALANT.
1351
aſſurée que la Nature m'avoit
donné tout l'eſpris qu'elle me
pouvoitdonner , mais que l'Art
me pouvoit donner quelques apparences
d'eſprit, qu'à laverité il
ne m'avoit pas données. On dit
que je penſemieux que tousceux
qui parlent mieux que moy ,
que j'écris mieux que tous ceux
qui ne penſent qu'auſſi - bien. Ne
me demandez point dans la converſation
des médiſances & des
contes agreables, des traits d'une
imagination bien vive , des ex
preſſions extraordinaires & furprenantes.
Il faut, s'il vous plaift,
vous paffer de tout cela,mais con+
tentez- vous d'une mélancholie
douce qui regne fur tout ce qu'on
dit, de quelques penſées fines ſemées
de temps en temps,& à propos
, d'un certain air de bonté &
de ſincerité repandu juſques ſur
les
136 MERCURE
les moindresdiſcours ; enfin d'un
agrément qui part plûtoſt du
coeur que de l'eſprit , & peuteſtre
trouverez - vous voſtre compte
avec moy. Me voila infenfiblement
venuë à l'article de mon
coeur. Je vous avertis que ſi j'en
parle beaucoup , j'en diray du
bien. Je l'ay naturellement ten -
dre & délicat , & diſpoſé à aimer
d'une certaine maniere , qui fait
que je ne puis jamais aimer beaucoup
de Gens. Si je m'en eſtois
cruë , ma tendreſſe euſt reſſemblé
à celle de la plupartdes Femmes.
Elle euſt eſté jalouſe, inquiete
, ombrageuſe , mais un peu de
raiſon y a donné ordre. Vous allez
croire que la raifon ne peut ſe
méler de ce qui regarde la tendreſſe
, ſans l'affoiblir beaucoup.
Jene ſuis point de cet avis.La délicateſſe
des ſentimens n'eſt pas
incom
GALANT. 137
incompatible avec leur nobleffe.
Mon coeur prend les conſeils de
ma raiſon. Auſſi n'est- ce pas une
raiſon farouche. Elle approuve
de certains engagemens , &
mefme les fortifie. Elle eſt de
moitié avec le coeur à goûter ſes
plaiſirs. Sans cela je ferois fort à
plaindre dés que j'aimerois , car
je me ſouviens que ma raiſon
m'a donné d'étranges peines,
quand elle a eſté ſeulement pour
quelquesmomensd'un autre party
que mon coeur , Songez à ce
que vous faites en m'aimant.
Je ne me trouve preſque jamais
affez aimée. A vous dire le vray,
je me ſuis quelquefois ſurpriſe
moy- mefme dansdes inſtans , ou
c'eſtoit la vanité qui produiſoit
enmoy ce ſentiment. Quelquefois
auffi ce n'eſtoit pas elle. A
propos de vanité , j'y donnerois
quel
138 MERCURE
quelquefois, ſi je n'y prenoisgarde
. Je ſuis affez capable d'entendre
raiſon . Il ſemble que ce ne
ſoit pas là faire un grand éloge de
moy-meſme ; mais à moy il me
paroiſt que c'eſt un ſi grand merite
que de pouvoir entendreraiſon
, que je n'oſe preſque me le
donner. Voila à peu prés tout
le bien & tout le mal que je puis
vous dire de moy. Je viens à mes
avantures . J'eſtois encor fortjeus
ne.Je répondois parfaitement aux
eſpérances d'une Mere, qui avoit
pris tous les ſoins imaginables àmo
redre fort ſimple,& fort innocent
te. Je n'avois jamais rien vû , & ne
ſçavois pas qu'il y euſt rien àvoir.
Enfin j'étois une tres- petite Fille,
lors qu'avec un peu de teint , &
des yeux affez paſſables , quoy
que mal conduits , je ne laiffay
pasde faire une conqueſte. C'ef
toit
GALAN T. 139
toit un jeune Homme , toûjours
aſſez bien mis ; mais qui du reſte
n'avoit aucun caractere . Il n'eſtoit
ny mélancholique, ny enjoüé, ny
complaiſant , ny opiniatre , ny
agreable, ny ridicule. On ne ſçavoit
ce que c'eſtoit. Il me rendoit
des foins. Il eſtoit affidu aupres
de moy , & je ne ſentois rien. Je
medemandois quelquefois àmoy.
meſme ; mais d'où vient que je ne
prens point de plaisir à le voir ?
N'est- ilpas affez bien fait , & toû
jours fort propre ? Oüy. Que luy
manque- t-ildonc ? Je n'en ſçavois
rien alors , car je ne ſçavois pas
qu'il y avoit quelque choſe qui
s'appelloit eſprit & agrément.
J'appris enfin ce que c'eſtoit un
jour queje rencontray dans une
viſite un jeune Cavalier, qui avoit
affez de réputation dans le monde.
Je connus auſſitoſt ce qui
1. man
140
MERCURE
manquoit à mon Amant, & je vis
fort bien à quoy il tenoit que je
ne l'aimaſſe . L'autre parloit une
langue que je n'avois jamais
oüy parler , & que j'entendois
pourtant. Cela répondoit à une
certaine idée confuſe que j'avois
dans la tefte. Je n'avois jamais
vûd'Homme d'eſprit , & je ſentis
bien qu'il l'eſtoit.Au fortir de cette
viſite , mon Amant me devint
infuportable .Je ſongeay au plaifir
que j'aurois d'eſtre aimée du Cavalier
que je venois de voir;
mais j'y fongeay comme j'aurois
fait au plaifir d'eſtre Reyne , car
la choſe ne me paroiffoit pas pofſible.
J'enviſageois une diſtance
épouvantable entre ſon efprit &
le mien,& jeme trouvois une tres-
Petite Creature. Jeune croyois
pas qu'il puſt m'aimer , & cepen
dant je ſentois bien que je ne
pou
GALANT. 141
pouvois plus fouffrir d'eftre aimée
qué de luy. Je fus plus heureuſe
que je n'eſperois. Voicy tout
d'un couple Cavalier à mespieds.
Ces yeux, ce reint, cet airde jeuneffe
, tout cela avoit fait ſon effet.
Je m'apperçeus-bien qu'il ne
me trouvoit tout au plus que belle.
J'en eus du dépit en moymeſme.
Je voulus élever mon meritejuſqu'à
l'eſprit , mais c'eſtoit
une affaire qui n'alloit pas ſi vîte.
Je penſoisaſſez- bien , & je faifois
des efforts pour pouffer mes penſéeshorsde
ma teſte, mais j'avois
beau faire. Je demeurois toujours
riche de mille jolies choſes
que je n'avois point dites . Mon
nouvel Amant avoit parbonheur
affez de penétration. Il démeſla
ce qui ſe paſſoit chez moy , &
me tint compte de l'eſprit que je
ne paroiſſfois pas encor avoir.
4 Enfin
142 MERCURE
1
Enfin je commençay à parler. Il
m'échapa des chofes affez heureuſes,
& qui furent fort applau
dies. Il ſe trouva que j'avois de
l'eſprit. Jamais je ne fus fi étonnée.
Ma réputation ſe forme.
Me voila dans le monde ſur le
pied de Fille tres- fpirituelle.Mon
✓ nouvel Amant devient fou du
mérite qu'il m'avoit preſque donné
, puis qu'il me l'avoit découvert.
Enfin tout me reüffit , tout
profpere . Vous ne trouverez pas
mauvais que pour avoir de l'efprit,
il en ait couſté quelque cho- .
ſe àmon coeur. La reconnoiſſance
m'y auroit engagée au defaut
de l'inclination . L'Amant dont je
vous parle icy eſtoitd'un caractere
fort particulier ; & une des
principales chofes qu'on luy reprochaft
, c'eſtoit cela meſme,
qu'il eſtoit trop particulier. Ilaimoit
GALANT .
143
.
moit les plaiſirs , mais non point
comme les autres. Il eſtoit pafſionné
, mais autrement que tout
le monde. Il eſtoit tendre , mais
à ſa maniere. Jamais ame ne fut
plus portée aux plaiſirs que la
ſienne , mais il les vouloit tranquilles,
plaiſirs plus doux , parce
qu'ils estoient dérobez. Plaifirs
affaiſonnez par leur difficulté,
tout cela luy paroiſſoit des chimetes.
Ainſi ce qui me perſuada le
plus de ſa tendreſſe pour moy,
c'eſt que je luy coûtois quelque
chofe. Il avoit une eſpece de raifon
droite & inflexible, mais non
pas incommode , qui l'accompagnoit
preſque toûjours. On ne
gagnoitrien avec luy pour en eftreaimée.
Il n'en voyoit pas moins
les défauts des Perſonnes qu'il
aimoit , mais il n'épargnoit rien
pour les en guérir , & il ne s'y
pre
144
MERCURE
prenoit pas mal. Des foins,desaffiduitez
, des manieres honneſtes
& obligeantes, des empreſſemens
tant qu'il vous plaira , mais prefque
point de complaiſance finon
dans les choſes indiferentes. Il
diſoit qu'il auroit une complaiſance
aveugle pour les Gens qu'il
n'eſtimeroit guere , & qu'il voudroit
tromper ; mais que pour les
autres , il vouloit les accoûtumer
à n'exiger pas des choſes peu raifonnables
, & à n'eſtre pas les dupes
de ceux qui les feroient A ce
compte là , vous voyez bien que
la plupart des Femmes qui ſont
impérieuſes & déraisonnables, ne
ſe fuſſent guére accompagnées
de luy , à moins qu'il ne ſe fuſt
longtemps contraint; ce qu'il n'étoit
pas capable de faire. Il eſtoit
d'une fincerité prodigieuſe , juf-
C
que-là que quand je le prenois à
foy
GALANT.
145
4
..
foy & à ferment, il n'oſoit me répondre
que de la durée de ſon eftime
& de fon amitié ; & pour
celle de l'amour , il ne la garantiffoit
pas abſolument. Il avoit
toûjours ou un enjoüement affez
naturel , ou une mélancolie affez
-douce. Dans la converſation sil
-y fourniſſoit raiſonnablement , &
eſtoit plus propre qu'à toute autre
choſe , encor faloit il qu'elle
fuit un peu reglée, & qu'il raiſonnaft
,car il triomphoit en raiſonnemens
, & quelquefois meſme
dans des converſations communes,
il luy arrivoitd'y planter des
choſes extraordinaires , qui déconcertoient
la plupart des Gens .
Ce n'eſt pas qu'il n'entendift
bien le badinage. Il l'entendoit
meſme trop finement. Ildivertiffoit
, mais il ne faifoit guére tire.
Son exterieur froid luy donnoit
Fevrier 1681 . G
↓
146 MERCURE
donnoit un air de vanité ; mais
ceux qui connoiffoient ſon ame,
deméloient aiſément que c'eſtoit
une trahifon de ſon exterieur. Je
vous en fais un ſi long portrait, &
il ſemble quej'ay tant de plaiſir à
parler de luy , que vous croirez
Peut-eſtre que noſtre intelligence
dure encore. Non, elle eſt finie
, mais ce n'eſt ny par ſa faute,
ny par la mienne. L'amour avoit
faitde ſon coſté tout ce qui eſtoit
neceſſaire pour rendre noftre
union éternelle .La fortune a renverfé
tout ce qu'avoit fait l'amour.
J'eſtois la ſeule Maîtreffe ,
& la premiere de ſes Amies . Il
eſtoit mon feul Amant, & le premier
de mes Amis. Jugez par là
de quelle nature eſtoit noftre
commerce. Un troiſiéme Amant
vint prendre ſa place , & effaya
inutilement de la remplir tout-à
fait.
GALANT.
147
fait. Ce n'eſt pas que fa Perſonne
ne fuſt aſſez agreable , qu'il
n'euſt de la vivacité d'imagination,&
de certains tours dans l'efprit
tres-divertiſſans ; mais quand
on l'examinoit un peu à fond , on
trouvoit que ſes manieres fai-
-foient honneur à ſon eſprit. Qui
auroit ofté aux choſes qu'il diſoit,
'air,&le ton dont il les diſoit,leur
Jeuſt peut eſtre ofté tout leur
agrément. C'eſtoit ſur cet air , &
fur ceton , que rouloit ſon badinage.
Il amuſoit les Gens plus
qu'il ne les entretenoit. Il y avoit
dans ſa phiſionomie je-ne- ſcayquoy
qui m'eſtoit ſuſpect en fait
de tendreſſe ; & quand je le
voyois , mon coeur m'avertiſſoit
que je ne me fiaſſe point trop à
luy.ll neme ſembloit point Homme
à eſtre la dupe d'une paſſion;
& ſon coeur, autant qu'il m'eſtoit
Gi
148 MERCURE
poffible d'en juger , n'eſtoit pas
denature à ſe laiffer embarquer
dans des mauvaiſes affaires. Il
n'avoit pas l'air tendre , il affetoit
meſme quelque rudeſſe d'efprit
; & pour ſe perfuader qu'on
en fuſt aimée, il falloit eſtre prévenuë
d'amour pour luy. Les reflexions
que je fis fur fon chapitre,
furent cauſe qu'il ne fit jamais
que me divertir, ſans venir à bout
de m'engager mais je penſay en-
-trer dans un commerce de coeur
plus particulier , avec un autre
Amant qui s'attacha à moy dans
ce temps - là. C'eſtoient les manieres
du monde les plus tendres ,
l'air le plus doux. Rien ne paroiffoit
plus propre à une paffion.
Des honneſterez , des complaifances,
des empreſſemens , autant
qu'on en pouvoit ſouhaiter'; tout
cela luy tenoit lieu de vivacité
d'ima
GALANT.
149
d'imagination , & d'enjoüement
dans l'entretien , & empéchoit
en quelque forte qu'on ne s'aperçeuſt
que ces choſes là luy
manquoient. L'uſage du monde
l'avoit un peu gâté. Il s'imaginoit
que les Gens vouloient eftre
trompez , & fur ce pied- là if
prodiguoit les douceurs affez indiferemment
; mais ſon adreſſe
paroiffoit , & par conféquent el
le n'eſtoit plus adreſſe. Je trou
vay enl'aprofondiſſant, qu'il avoit
l'efprit ombrageux & défiant
juſqu'à l'excez , & la peine que
j'aurois euë à le perfuader de ma
tendreffe , fut cauſe que je n'en
conçeus point pour luy.Vous me
connoiſſez préſentement aufſibienque
jeme connois moy mefme.
Je vous ay confié toutes ines
avantures,& tous mes ſentimens.
Prenez vos meſures là-deſſus .
,
Güj
150
MERCURE
Si nous ne ſommes pas le fait l'un
de l'autre , le plûtoſt que nous
pourrons nous en aviſer , ce ſera
lemieux.
Je vous parlay l'année derniere
de l'Opéra intitulé , Les Amazones
dans les iſles Fortunées , que
Monfieur Contarini,Procurateur
de S. Marc , avoit fait repreſenter
en preſence d'un nombre infiny
d'Auditeurs illuſtres, dans ſa belle
Maiſon de Piazzola. On l'y a
repreſenté encor cette année,
avec un autre , qui a eu pour titre,
Berénice vindicative. Piazzola
, Madame , n'eſt autre chofe
qu'un Bourg à dix milles de Padouë,
où ce Noble Venitien , qui
eft tres riche , a fait batir un Pa
lais ſuperbe. Il y a cinq ans que
l'on y travaille ; mais quoy que le
principal Corps de Logis foit du
Deffein
GALANT
151
Deffein du fameux Palladio , се
miracle d'Architecture eſt prefque
effacé par les ornemens dont
Monfieur Contarini a prisſoin de
l'embellir , & par les Bâtimens
qu'il y a fait adjoûter des deux
coftez.
Ge Palais est dans une ſituation
élevée. Il a au devant une
Avenuë de pres d'un mille , &
qu'on doit continuer encor plus
loin. Sa largeur eſt d'environ
cent pieds : ce qui produit un
tres - agreable effet quand on arrive.
Les Murailles de la Court
font tres- belles , & tout le Palais
eſt environné de Canaux d'une
cau courante,qui ſervent auſſi de
Reſervoirs , & qui ſe déchargent
tous dans un grand Baffin de figure
ronde , entouré de grandes
Portes, ou Arcades ornées de Statues.
Ce Baffin a tant d'étenduë
Gij
152 MERCURE
& de profondeur , que l'on y
peut naviger avec des petites
Barques ouGondoles. C'eſt dans
cesGondoles que MonfieurContarini
donne des Serenades &
des Concerts de Muſique pendant
l'Eté . La Court qui depuis la
grande Porte juſqu'à l'Eſcalier a
deux cens cinquante pieds , en a
cinq cens de largeur. Elle est entourée
de trente Voûtes ou Grotes
ornées de Coquillages , avec
des Niches garnies de Statuës,
qui feront dans peu de temps
autant de Fontaines , dont on
ne peut trop loüer le deſſein. Le
Palais est compoſé de quatre Etages
, fans compter le bas ou rais
de chauffee. Trois Statuës fervent
d'ornement à chaque Fenêtre
, avec des Feſtons de fleurs &
de fruits. On voit au premier
Etagedeux grandes Loges ouBal.
cons
GALANT. 153
cons couverts.De groffes Colomnes
ſoûtiennent ces Loges. Il y
en a auſſi deux au ſecond Etage,
d'un deſſein auſſi noble qu'il eſt
extraordinaire. Du coſté droit
eſtune Aîle de cent ſoixante &
dix pieds de longueur. Le bas
en eſt embelly de Groteſques
de diferentes couleurs . Au deffus
il y a de grandes Feneſtres
feparées par des Figures Giganteſques
de marbre , hautes environ
de dix - huit pieds. Elles
foûtiennent une fort grande Cor.
niche auffi de marbre , fur laquelle
on voit un autre Ordre de
petites Colomnes qui ſervent de
baze à des Statuës iſolées . Du
coſté gauche il y a une autre Af-
-ledumeſme deſſein,pareille à cet.
7.3
te premiere. ouma no t
- Quand on eſt entrédans le Palais
,on ſe trouve dans un grand
Gv
154
MERCURE
د
Sallon de ſtructure ronde , avec
des Satuës, & au deſſus , des Cor
lomnes , fur leſquelles il y a un
Corridor pour aller autour , &
voir du premier Etage dans le
ſecond. A chaque coſté de ce
Sallon on voit quatre grandes
Chambres , & deux magnifiques
Eſcaliers qui ſe regardent l'un
l'autre. En traverſant le Sallon ,
on découvre un petit Bois de Citronniers
, & en ſuite , on entre
du coſté gauche dans un Sallon
quarré , dont chaque coſté eſt
long d'environ cinquante pieds.
De haut en bas , ce ne font que
Stucs & Figures de relief. Le
Platfand& les coſtez ſont ornez
de Tableaux des plus fameux
Peintres du Siecle paſſé. Au fortirde
là ; on entre dans ſix autres
grandes Chambres , dont la derniere
a un grand Balcon,embelly
de
GALANT. ags
de Colomnes de marbre , d'où
l'on apperçoit une tres- belle Cafcade.
Au deſſous ſont ſix autres
Chambres foûterraines , qui doivent
ſervir pour divers artifices
d'eau , auſquels on travaille actuellement
. De là , par un tresbel
Escalier qu'on trouve au milieu
de ces fix Chambres,on defcend
dans une longue Galerie,
pavée de petites pierres , qui repréſentent
diverſes Figures . Les
Murailles font incruſtées de Ro-
-cailles , & d'autres choſes tirées
de la Mer , & ont des Statuës&
des Stucs pour ornement.De cette
Galerie on monte dans le
grand Sallon dont j'ay parlé , par
un autre Efcalier remply de Statuës
, & d'un deſſein tres- particulier.
Au deſſus de cette premiere
Galerie , on en doit conf-
Γ truire une autre qui ſera pleine de
Ta
156 MERCURE
Tableaux anciens & modernes,
&dans laquelle on a deſſein de
placer une Biblioteque de toute
forte de Livres. Au deſſus il y a
des Chambres pavées de Carreaux
vernis de diverſes figures
& couleurs. Le Platfond & les
coftez en feront enrichis d'or.
Au fortir de ces grands Apartemens
, en allant au coſté droit,
on trouve huit autres grandes
Chambres pareilles à celles du
coſté gauche. On voit de là
un fecond Bocage de Citronniers
ſemblable au premier. Ces
Chambres doivent eſtre ornées
de Stucs, de Paſtes colorées ,de
Marbres fins,de Moſaïque, & de
Miroirs. Les Portes de toutes ces
Chambres forment une Enfilade
, qui eſt auſſi longue que la
Court eſt large, c'eſt àdire, qui a
cinq cens pieds, en forte que l'on
ne
GALANT.
157
ne pourroit reconnoître une Perfonned'un
bout àl'autre. Au milieu
de ces dernieres Chambres
quine font pas encor achevées
il y a un ſuperbe Eſcalier orné de
Statuës , qui conduit à quatre
Corridors,où le jour entre par des
ouvertures rondes qui ſont au
haut. Dans ces Corridors , font
vingt- quatre Chambres pour les
Domeſtiques. Ce meſme Eſcalier
conduit dans une grande Salled'Armes
, où l'on en trouve de
toutes manieres. Sous cette Salle
fera une Galerie ornée de Scul
pture. Au deſſous des Chambres
il doit y avoirdes Bains. On travaille
inceſſamment à ce coſté
qui répond au grand Baffin ,
par lequel j'ay commencé la
defcriptionde ce Palais.Il y a auſſi
un Balcon qui répond à celuy
queje vous ay dit eſtre dans l'autre
158 MERCURE
tre coſté. De ce Balcon , on va ,
par un petit Efcalier de marbre,
àun Corridor baſty ſur les Murailles
de la Court , & d'où l'on
peut aller au Theatre. Ce Corridor
eſt embelly de part & d'autre
deColomnes de marbre , ac
compagnées de Statuës de mefmematiere
. Ces Colomnes foutiennent
le Toit couvert de
plomb , & font ſeparées par les
Feneſtres , qui doivent eſtre garnies
de Vitres de Chriſtal travaillé
à figures , avec leurs Cages
ou Jaloufies dorées , pour les défendre
de la grefle . On travaille
de l'autre coſté à un Corridor
ſemblable , avec le meſme ordre
de Colomnes,de Statuës,de Toit,
&de Fenestres Les deux autres
Corridors qu'on doit faire en face
du Palais , auront des Statues
& des Colomnes,mais ils n'auront
ny
GALANT
139
ny Toit ny Fenestres , afin de ne
pas empeſcher la veuë . ME
Je ferois trop long, ſi je voulois
yous marquer toutes les beautez
de ce Palais. Au ſecond Etage,
il y a quatre Apartemens , avec
des Salles tres-amples , & capables
de loger de Grands Seigneurs.
Je paſſe les Lieux qui
doivent ſervir à l'uſage domeſtique.
On trouve au troiſiéme EtageuneGalerie,
où ſe voyent toutes
les fortes d'Inſtrumens de
Muſique que l'on peut s'imaginer,
avec tous les Opéra qui ont
eſté veus juſqu'à préſent , ſoit à
Veniſe, ou ailleurs. L'Hercule fait
par le Sieur Cavali , & reprefenté
à Paris pour le divertiſſement
de Sa Majesté , y tient ſa place
parmy les autres . Il ne faut point
s'étonner de cet amas , puis que
pour avoir les Inſtrumens les plus
parti
160 MERCURE
particulieres , Monfieur Contari
ni n'a épargné aucune dépenſe!
Les deux Loges dont j'ay parlé
au commencement , font aux
deux coſtez de la Galerie , avec
des manieres de Tribunes tout
autour,pour y mettre des Choeurs
de Muſique & d'Inſtrumens , afin
de divertir pendant le repas.
De l'un & l'autre coſté de ces
Loges , il y a deux Terraffes, a
vec desColomnes & des Statuës
ifolées . Ces Terraſſes ſe joi
gnent avec les Galeries& les Loges,&
forment une ſeconde Enfi
lade de cinq cens pieds , pareille
à celle des Chambres. Dans ce
mefmeEtage ſont divers endroits
pour y loger & coucher. Le quatrieme
eſt compoſe de Chambres
pour les Domeſtiques , &
pour la commodité de la Maiſon,
avec deux petites Rotondes ou
Dô
1
GALANT. 161
Dômes qui leur fervent d'ornement.
A compter toutes les Chambres
de ce ſomptueux Palais , on
y en trouve juſques à deux cens . )
Le reſte des Bâtimens pour divers
uſages , comme les Remiſes
de Carroffes , les Ecuries , les
Greniers, les Moulins pour moudrele
Bled , pour ſcier des Planches
, pour filer & pour préparer
la Soye à la maniere de Bologne,
pour fouler les Draps , pour
battre du Fer , & pour d'autres
Inventions qui s'exécutent toutes
par la force de l'eau qu'on
y employe avec divers artifices
; tous ces Bâtimens , dis-je,
ſont preſque innombrables , &
répondent à la magnificence des
autres Ouvrages que je viens
de vous décrire. Les Jardins , les
Bois de Citronniers , les Allées
couvertes , les Labyrinthes , les
Mi
162 MERCURE
Mines ou Chambres ſouterraines
, &enfin les Lieux où l'on
éleve des Cailles & des Faifans,
ont quelque choſe de ſi merveilleux
, qu'ils paſſent tout ce qu'on
s'en peut imaginer, Au dehors
de la Court de ce Palais , ondoit
faire une grande Place ovale,
avec cent Boutiques autour , &
des Portiques doubles. Le Defſeinqu'on
en a fait eſt tres- fingulier.
Monfieur Contarini , qui eſt
magnifique en toutes choſes,ac
compagne ſes grandes qualitez
d'une pieté folide , & en a donné
de nobles marques , en faiſant
bâtir à ſes dépens l'Egliſe du
Bourg, & luy donnant des Revenus
qui fuffiſent pour entretenir
l'Archipreſtre, & les autres Pref
tres dontil, a la nomination II
a de plus fair conſtruire un Lieu
en
GALANT.
163
و
avec en forme de Monastere
une Court environnée de Portiques
ſoûtenus de Colomnes de
marbre , des Apartemens dans le
bas pour l'uſage & les neceffitez
de la Maiſon , & des Chambres
au deſſus. Il y a fait bâtir une
Egliſe encor plus belle & plus
grande que celle du Bourg. On
éleve dans ce Lieu trente-trois
pauvres Filles de Famille honneſte
, auſquelles il entretient
des Femmes pour en avoir foin,
&pour leur enſeigner les Ouvrages
ordinaires de leur Sexe , &
des Maîtres pour leur apprendre
la Muſique , qu'il aime avec paſſion.
Comme il s'eſt trouvé parmy
ces Filles de tres belles Voix,
il refolut auffitoft de faire conftruire
un magnifique Theatre
pour des Opéra qu'il fait compoſer
exprés . Ce Theatre a cent
quatre164
MERCURE
quatre-vingts pieds de long. Sa
largeur eſt de foixante.Il y a quatre
Ordres ou Etages de Loges
diſpoſées en demy- cerele tirant
fur l'ovale . On y monte par
des Escaliers de marbre , ornez
& foûtenus de Statuës . Les Murailles
& les Loges ſont peintes
à Freſque , & les ouvertures
tres-bien travaillées. Le Parterre
, qui contient cinq cens Per
fonnes , eſt tout fait debois avec
des degrez percez à jour pour recevoir
le frais L'eau paffe def
fous. Il y a aupres de là pour le
mefme effet une Chambre fou
terraine , qui fert à donner du
vent en Eté à tous les endroits de
ce ſuperbe Théatre. Les Loges
peuvent auſſi contenir cinq cens
Perſonnes. Elles ſont toutes ornées
de Statuës de relief dorées.
Le Ciel ou le Lambris
eft
GALAM T.
165
eſt tour travaillé à fleurs &à fe jil
lages , avec un tres -grand nombre
de Miroirs , qui reflechiſſent
la lumiere , & la renvoyant de
tous coſtez, font un effet furprenant.
Ce fut fur ce beau Theatre
que pour la ſeconde fois on repréſenta
l'Opéra des Amazones
le 10. ou 11. de Novembre.
Vingt Torches de cire blanche
l'éclairoient. Le Rideau quiten
cachoit la Decoration , eſtoit de
Velours cramoify à poil, avec des
Coûtures couvertes de Trainetes
our petits Paſſemens d'or , que
la lumiere rendoit tres - brillans.
Les Spectateurs eſtoient la plûpart
d'une qualité fort relevée,
puis qu'on y voyoit le Duc de
Mantouë , le Prince de Bozzolo,
de Landgrave de Heffe ,& beau
coup
166 MERCURE
coup
deurs de l'Empereur , de France ,
& d'Eſpagne , avec toute leur
Suite , quoy que ces Miniſtres y
fuſſent inconnus , de meſme que
pluſieurs Procurateurs & Senateurs
de Veniſe . Les Dames Venitiennes
y parurent au nombre
de deux cens , & autant de Nobles.
Les Etrangers de l'un & de
l'autre Sexe , eſtoient encor en
plus grand nombre , en forte que
les Loges & tous les autres endroits
en furent remplis autant
qu'ils le pouvoient eſtre. Monfieur
Contarini fit diſtribuer à
tous indiféremment des Livres
de l'Opéra ; & des Bougies pour
les lire , parce qu'avant qu'on
levaſt la toile on éteignit les
vingt Torches , & l'on ne laiſſa
d'autres , & les Ambaffa-
,
allumées que celles qui eſtoient
dans
GALANT.
167
dans les divers Etages des Loges
, juſques au commencement
de la Repréſentation. Elle dura
trois heures & demie avec beaucoup
de varieté , & un aplaudiſſement
univerſel. Parmy des
choſes extraordinaires qui y pa
rurent on y remarqua trois cens
Acteurs , ſçavoir , cent Femmes
Amazones , cent Hommes dé
guiſez en Mores , cinquante
Hommes à cheval qui firent
une tres belle montre , des
Pages , des Etafiers , des Las
quais , & des Cochers , qui
à la fin de la Piece conduifirent
fur le Theatre un Carrofſe
tout couvert de Broderie d'or,
tiré par fix des plus beaux
Chevaux qu'on puiſſe voir. Les
Scenes que l'on admira le plus,
furent celles d'un grand Cabinet,
dont toutes les Pieces eſtoient
rele
-
168
MERCURE
relevées en Broderie,& une autre
de Tentes ou Pavillons brodez .
Il y en avoit pour le moins quarante.
- Le lendemain ſur le ſoir, on ſe
promena dans l'Avenuë qui eſt
au devant du Palais , avec les
Seigneurs & les Dames qui y
parurent tous dans leurs Garrofſes
à fix Chevaux,au nombre de
plus de cent cinquante. En ſuite
on donna le Bal,où l'on vit de tres
ſuperbes Habits , & des Pierreries
qui n'ont point de prix .
Lejourſuivant on alla auCours
dans l'Avenuë, & à quatre heures
de nuit,on ſe rendit au Theatre
que l'on trouva encor éclai
ré par vingt Torches de cire
blanche , mais celles- cy eſtoient
torſes & dorées. La Toile qui
cachoit le lieu de la Scene, étoit
te Velours cramoify à fleurs
à
GALANT.
169
à fond d'or. On diſtribua des
Bougies dorées , & dans les Livres
qu'on donna à tout le monde
, chaque Scene ſe voyoit repreter
préſentée en Taille-douce. Les
Spectateurs furent les meſmesdu
jour precedent. La Repréſentation
dura depuis fix heures jufqu'à
onze , mais avec une admiration
ſi continuelle , qu'aucun
Opéra ne fut jamaisaplaudy avec
tant de marques d'une entiere
fatisfaction . Quoy que le premier
fuſt beau, celuy- cy, qui eftoit
Berénice vindicative , le ſurpaſſa
de beaucoup par la magnificence
des Entrées, &par la richeſſe
des Habits. On y compta
juſques à cinq cens Acteurs ; ſçavoir,
cent Piquiers, cent Femmes,
centCavaliers montans des Chevaux
bardez, foixante Hallebardiers,
des Chaſſeurs,des Eſtafiers,
Fevrier 1681 . H
170 MERCURE
des Pages , qui parurent tous dans
la premiere Scene du Triom-
-phe. Rien ne pouvoit mieux repreſenter
les fameux Triomphes
des Empereurs Romains. On y
voyoit ſept ſuperbes Chars pleins
de Trophées , & un entr'au-
-tres tiré par quatre Chevaux vivans
qui marchoient de front,
La Reyne. Berénice eſtoit aſſiſe
fur ce dernier ,qui estoit hautde
vingt pieds , & orné de Stuts dorez
& argentez d'une beauté admirable
. Sur le derriere eſtoit
-un grand Aigle , qui de ſes aîles
faifoit ombre à cette Reyne. De-
- vant ce Char qu'avoient precedé
cent Femmes, toutes magnifiquement
vétuës , on voyoit marcher
celuy où ſon Ennemy vaincu
eſtoit enchaîné. On admira le
bel ordre de ce Spectacle , qui
quoy que tres grand , ſe termina
fans
> GALANT.
171
ſans confufion . Ce qui étonna le
plus , ce fut une veritable Chafſe
de Cerfs , d'Ours , & de Sangliers
vivans , qui furent tuez
par les Chaſſeurs.Pour les Scenes
feintes , on remarqua particulierement
une grande Place , un
Temple , une Ecurie avec cent
Chevaux vivans & quantité de
Palefreniers;une Chambre toute
garnie de Point de Veniſe d'une
dépenſe extraordinaire , unCarroſſe
qui parut à la fin du ſecond
Acte , dont l'Impériale , les Rideaux,
les Portieres, les Houpes,
& les Couvertures des Chevaux
eſtoient de ce meſme
Point ; un autre tout couvert de
fleurs de foye, un autre de Pierres
fines , un autre embelly de Buftes
d'or,un autre enrichy de Diamans
& de Miroirs , & un autre
orné de Stucs tous dorez.
Hij
172 MERCURE
Ces fix Carroſſes, remplis de Dames
& d'Hommes qui chantoient
de petits Airs galans, alloient en
tournant ſur le Theatre , de la
meſme forte que l'on ſe promene
au Cours. Les diverſes Décorations
ne changeoient pas à la maniere
ordinaire . Elles fortoient de
deſſous la terre , & celles meſme
qui en la place ſe perdoient , &
s'abîmoient avec tant de promptitude
que les yeux eſtoient
trompez. Tout ce qui fervit au
nouvel Opéra de Berénice , fut
diférent de ce que l'on avoit veu
le premier jour à celuy des Amazones.
Ainfi , ce furent nouveaux
Habits, nouvelles Décorations,&
nouveaux Muſiciés. Ces admirables
Repréſentations devoient
eſtre continuées encor quatre
fois, mais la chute d'un Bâtiment
depuis peu conſtruit , empécha -
d'exe
GALANT.
173
d'executer ce deſſein . C'eſtoit
une eſpece de Magazin, dans lequel
on gardoit tous les Habits
des Entrées, &des Perſonnages.
Les Chars de Triomphe en furent
briſez , avec les Carroffes
dont je viens de vous parler.
Voila , Madame , ce que contientune
fort exacte Relation envoyée
par une Perſonne tresdigne
de foy , qui s'eſt trouvée à
toutes ces Feſtes. La Muſique y
fut charmante. Vous ſçavez que
c'eſt en quoy les Italiens excellent.
Monfieur Charpentierqui a
demeuré trois ans à Rome , en a
tiré de grands avantages.Tous ſes
Ouvrages en font une preuve.
Je vous envoye la ſuite de ce
qu'il a commencé.
Hj
174 MERCURE
SECOND COUPLET
DES STANCES DU CID
mis en Air,
Ve
Qre
jeſens de rudes com-
Contre mon propre honneur mon
amour s'intereſſe.
Il faut vanger un Pere , ou perdre
une Maîtreffe ;
L'un m'anime le coeur ,
tientmonbras.
l'autre re-
Réduit au triſte choix , ou de trahir
ma flame ,
Ou de vivre en Infame,
Des deux cofſtez mon mal est in-
こ
finy,
O Dieu, l'étrange peine !
Faut - il laiſſer un affront impuny
?
Faut- il punirle Pere de Chimene
?
:
4 I1
GALANT.
175
7
Je
Il eſt peu de Gens qui n'ai
ment , & bien ſouvent c'eſt un
rien qui fait aimer. Mr Sanfon
d'Abbeville, a faitla deſſus un fort
joly Madrigaluposar
A UNE BELLE,
4)
Sur une Mouche quelle
avoit mife.
L
'Amour n'est que caprice ;
bel oeil peut charmer,
un
Mais auffitres Souvent c'est un rien
qui nous touche.
L'ay veu tous vos appas cent fois
fans m'alarmer,
Etfur un pied de Mouche ,
Aujourd'huy je m'avise , Iris , de
vous aimer.
Une Mouche fait icy naître
l'amour,& fi nous en voulons croi
Hij
176 MERCURE
re Anacreon , l'Amour luy-mefme
s'eſt plaint d'une Mouche.
Voyez de quelle maniere Monſieur
le Préſident de la Tournelle,
de Lyon , a exprimé la penſée de
ce Poëte Grec.
EPIGRAMME .
Unjour cueillant une Rose,
Amourſe piqua la main ,
Et vit avecgrandchagrin
Qu'une Abeille en estoit cause.
Ils'en alla tout enpleurs
Instruire de ſes douleurs
La Déeffe de Cythere.
Mon Fils, ce nefera rien,
Luydit cettebonneMere..
Si vous reffentez si bien
Une piqueure légere
Vn Amant que doit- il faire ?
1
Lezele que le Roy fait éclater
: en
GALANT.
177
en toutes rencontres pour les
choſes qui qui regardent l'intereſt
de la vraye Religion , eſt
viſiblement recompensé par les
grandes pertes que fait tous les
jours la Prétenduë Reformée . Il
eſt ſurprenant d'avoir veu deux
cens Perſonnes en abjurer les
erreurs toutes à la fois. C'eſt
ce qui vient d'arriver dans les
Villages de Chenay & de Chey,
Diocese de Poitiers. Ceux de
ce Party devroient bien par là
rentrer en eux-meſmes , & s'appliquer
tout debon à chercher
la verité , qui ſe découvre toujours,
lors que l'obſtination ne la
cache point. La Converſion de
Madame de Gritin en eſt pour
eux une preuve . Cette Dame, qui
par l'étenduë de fes lumieres
ſembloit fortifier leur aveuglement
, apres avoir combatu pen-
H V
178 MERCURE
د
dant deux ans , a eſté enfin contrainte
à ſe rendre. Vous pouvez
juger de ſon eſprit par la belle
Lettre que je vous envoyay au
mois de Novembre , dans laquelle
eſt contenuë l'Hiſtoire
extraordinaire de cette jeune
Perſonne que ſes Parens avoient
forcée à ſe marier. C'eſt
elle qui l'a écrite. Le long temps
qu'elle a employé à contefter,
nous fait aſſez voir que fi elle a
changé de Religion , ce n'a pas
eſté ſans connoiſſance de caufe.
Nous devons ſon changement,
ainſi que celuy de Monfieur de
Gritin ſon Mary , aux ſoins de
Monfieur Vignier,qui y a travaillé
avec une affiduité extraordinaire
, & qui ne l'a point voulu
abandonner , qu'il ne l'ait tirée
du précipice où elle eſtoit , pour
la faire entrer dans le bon che
min.
}
179 GALANT.
min. Elle abjura au commencement
de ce mois dans l'Eglife de
Meſſieurs de la Miſſion de Richelieu
,& on peut dire qu'elle a pratiqué
le conſeil de l'Evangile,puis
qu'elle a quité Parens & Amis,
& qu'elle s'eſt meſme broüillée
avec Madame ſa Mere , pour qui
elle a toûjours eu un tres-grand
reſpect , & dont elle eſtoit aimée
avec toute la tendreſſe imaginable.
Le Mardy 11. de ce mois,Mademoiselle
de la Mote de la Godinelaye
fit la meſme abjuration
dans l'Eglife des Religieuſes Urfulines
de Rennes. Elle est agée
de vingt-trois ans. Madame
ſa Mere s'eſtoit remariée au Miniſtre
de l'Egliſe des Prétendus
Réformez , & avoit mis aupres
d'elle une Gouvernante des
plus obſtinées dans ſes erreurs.
Cette
1
180 MERCURE
८
Cette jeune Demoiſelle n'a pas
laiſfé de venir à bout de la convertir
, apres avoir eſté convaincuë
des veritez de noſtre Religion
par l'excellent Livre de Monfieur
l'Eveſque de Condom , que luy
avoit expliqué Monfieur duPleffis
-Badoul , Gentilhomme de fes
Voiſins à la Campagne. Elle avoit
dit fort longtemps , qu'elle
eſtoir de la Religion du Livre
de Monfieur de Condom , mais
elle ſe croyoitbien fondée à croire
que la Religion Romaine n'y
eſtoit pas conforme. On luy a fait
venir toutes les Atteſtations qui
ont eſté données pour ce Livre.&
on l'a fi pleinement éclaircie de
quelques Points qui l'embaraffoient
, qu'elle n'a pû davantage
fermerles yeux à la verité.
Je vous ay parlé dans ma Lettre
de Decembre, de Madame de
Font
GALAN T. 181
Fontmort , Préſidente à Niort, à
qui Madame la Ducheſſe de
Navailles en partant de la Rochelle
, avoit confié Mademoiſelle
Pagez apres ſa Converſion.
CetteDame , dont la vertu eſtoit
tres-connue , amena icy dans ce
meſine mois trois de ſes Nieces
de la Religion Prétenduë
Reformée , dans l'eſpérance' de
la leur faire abjurer en préſence
de la Cour. Elle a employé
toutes fortes de moyens pour venir
à bout de ce deſſein , & n'a
réuſſy que pour la Cadete , que
Madame la Marquiſe de Maintenon
ſa Parente , a prife aupres
d'elle. Les deux Aînées n'ayant
voulu entrer en aucune explication
ſur les Points controverfez,
Madame de Fontmõt s'étoit veuë
contraintede les remener en Poitou
, où de tres- preſſantes Lettres
les
182 MERCURE
les rappelloient. Elle eſpéroit
les gagner avec le temps , &
c'eſtoit par là qu'elle n'avoit pû
les laiſſer partir ſans leur tenir
compagnie ; mais elle n'a fait qu'-
une partie du voyage, ayant efté
attaquée au Port de Pile d'une
apoplexie ſi violente dans la
nuit du 12. au 13. de ce mois,qu'-
elle en eſt morte fix heures apres .
C'eſt une perte conſidérable
pour les beaux Eſprits de ſa Province
, & pour tous ceux dont
elle prenoit les intereſts. Elle
eſtoit d'une liberalité ſans exemple
,& peu de Perſonnes luy ont
demandé ſa protection , ſans qu'-
elle leur ait donné des marques
d'une generoſité peu commune.
Il eſt temps de vous parler de
ce qui s'eſt fait ce Carnaval.Vous
ne doutez point, Madame , qu'on
ne
GALANT. 183
ne l'ait paſſé agréablement dans
la Capitale d'un Royaume , qu'-
une glorieuſe Paix rend abondant
en plaiſirs ainſi qu'en toute
autre choſe. Ils y ont regné
parmy les Grands & parmy les
Peuples , & pluſieurs Miniſtres
Etrangers ſe ſont joints avec
quelques Seigneurs de la Cour
des plus qualifiez , pour ſe divertir
entr'eux , & pour divertir le
Public en recevant des Mafques.
Ces Meſſieurs eſtoient au
nombre de dix- huit. Voicy leurs
noms. Monfieur de Strasbourg,
Meſſieurs les Ambaſſadeurs de
Suede& de Veniſe,Mr Savel Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre
, Meſſieurs les Ducs de Leſdiguieres,
d'Aumont , de Nevers,
& de Geſvres Meſſieurs les
Comtes d'Auvergne & de Bethune,
Monfieur le Prince deMo-
د
naco,
184 MERCURE
4
و
naco, Meſſieursles Chevaliers de
Tilladet & Cornaro,le dernier eſt
Venitien ; Monfieur le Marquis
de Grillon ; Monfieur de Lorance,
Noble Venitien ; Meſſiurs de
Langlée & Deformes,& Mr Moriel
Gentilhomme Provençal.:
Ces Meffieurs faiſoient entr'eux
chaque jour une eſpece de Loterie.
Tous les Billets eſtoient
noirs mais coûtoient beaucoup
plus cher que des blancs,
parce que chaque Billet contenoit
ce que ceux qui les tiroiết devoient
payer pour le Divertiſſement
du foir. La premiere Afſemblée
ſe fit chez Monfieur
l'Ambaſſadeur de Veniſe , qui loge
au Marais. Vous ſçavez quelle
eſt la beauté de la Maiſon ,
puis que c'eſt celle que Monfieur
Aubert a fait bâtir. Aprés un tresgrand
Soupé,l'on joüa l'Andromaane
GALANT.
185
1
quede Monfieur Racine, Tréſorier
de France,& la petite Comédie
de la Comete. Pendant ce
temps des Maſques vinrent en
foule de tous les Quartiers de
Paris. Le Bal commença en ſuite
, & toute la nuit fut employée
à dancer. Huit jours apres ( car
ces Feſtes ne ſe faiſoient que tous
les Jeudis) l'Hôtel de Nevers fut
lelieu de l'Aſſemblée . Tous ces
grands Apartemens eſtoient richement
meublez,& on les voyoit
briller d'un nombre preſque infiny
de lumieres. Le Cinna de Mr
de Corneille l'aîné , fut repréſenté.
Quelques Voix des plus belles
de l'Opéra en diftinguerent les
Actes , & tout cela fut ſuivy de
pluſieurs Scenes plaiſantes des
Italiens . On ouvrit enſuite aux
Maſques qui avoient des Billets
pour entrer. Comme l'on s'eſtoit
fort
186 MERCURE
fort diverty chez Monfieur l'Ambaffadeur
de Venise , & que ces:
Aſſemblées plaifoient extrémement
au Public , on avoit crû
avec beaucoup de raiſon que le
nombre des Maſques ſeroit tresgrand.
On ne ſe trompa point.
Auſſi avoit-on eu la précaution:
de faire éclairer tous les beaux
Apartemens de ce grand Palais
, & de mettre des Violons ou
des Hautbois dans toutes les
Chambres , en forte que chacune
eſtoit un lieu d'Affemblée. Jugez
, Madame , ſi cette agreable
confufion de Maſques, tous tresbien
mis , ſe peut trouver ailleurs
qu'à Paris. La Collation fut
magnifique , & l'on dança jufqu'au
jour. Le Jeudy de la femaine
ſuivante , cette meſme Com
pagnie ſe rendit chez Monfieur
de Strasbourg. Vous ſçavez trop
de
GALANT.
187
de quelle maniere ce Prince fait
les choſes , pour n'eſtre pas perſuadée
que tout y eſtoit ſuperbe,
& en abondance Il y eut Comédie
Italienne.Apres le Soupé, Mr
&Madame,honorerent cette belle
Aſſemblée de leur preſence,&
on leur ſervit une galante Collation
, où vous pouvez croire que
rien nemanqua.
Les Divertiſſemens eſtant de
toutes conditions , &de tous âge
, en de certains temps , il faut
vous entretenir de celuy qu'ont
pris des Perſonnes du premier
rang d'un âge moins avancé.Son
Alteſſe Seréniſſime Madame la
Ducheſſe , qui ſe plaiſt ſur tout
avec ſa Famille , a fait chez elle
une Mafcarade de Mr le Duc de
Bourbon fon Fils , &de Meſdemoiſelles
les Princeſſes ſes Filles .
Cette Maſcarade que l'on regar
doit
188 MERCURE
doit d'abord comme un jeu d'Enfans
eſt devenuë inſenſiblement
une maniere de Feſte , qui
a donné beaucoup de plaifir.
Ils eſt dix- huit ou vingt déguiſez
, dont les plus vieux ne
pouvoient avoir que quatorze
ans. C'eſtoit peut- eſtre la premiere
fois qu'ils s'eſtoient divertis
de cette maniere. Ainſi ils parurent
tous ſi ſatisfaits , qu'il eſtoit
impoſſible en le voyant de ne
pas fentir une partie de leur joye.
Auſſi Madame la Duchefſe y
prit elle tant de part,qu'elle leur
permit de ſe déguiſer plus d'une
fois. Mademoiselle de Bourbon
inventa un Habit de Bergere
, qu'elle fit faire pour le ſecondjour,
ſans en rien dire à perfonne.
Elle fut admirée dans cet
Habit. Madame la Ducheſſe luy
en fit faire un troiſième pour le
こ
Mar
GALANT.
189
Mardy- gras , tres-beau , & tresriche,
tant pour l'Etofe, que pour
les Pierreries dont il eſtoit tout
couvvert. On n'y changea rien
de la maniere du ſecond , que
cette jeune Princeſſe avoit inventé.
Jevous dirois inutilement
qu'elle a infiniment de l'eſprit
&du délicat , cela eſt connu de
tout le monde. Elle a une taille
des plus fines, & quoy qu'elle ne
foit pas bien haute ,on ne la fla
te pointen diſant qu'elle eſt auſſi
bien faite que Princeſſe de
la Cour. Ses façons d'agir obligeantes&
honneſtes,témoignent
aſſez que rien ne manque à fon
éducation . Monfieur le Ducde
Bourbon ſon Frere , parut auffi
dans la Maſcarade avec de
tres-beaux Habits. Rien n'eſtoit
plus magnifique que celuy qu'il
mitle Mardy- gras.On fut furpris
ر
de
190 MERCURE
de la propreté de la petite Mademoiselle
d'Enguyen , qui n'a
encor que quatre ans. Ses petites
manieres ſont toutes charmantes,
& on ne peut voir un plus aimable
Enfant. Ils ſe maſquoient
d'ordinaire ſur les quatre heures
juſqu'à neuf ou dix du ſoir.
Ils alloient chez Monfieur le
Prince , qui leur faiſoit apporter
de fort belles Collations , &
retournoient enſuite dancer chez
Madame la Ducheffe. Je ne
vous ay rien dit de Meſdames
les Princeſſes de Brunſvic , qui
ont eſté toutes trois de ce galant
Divertiſſement. Elles ef-
*toient richement vétuës , la Princeſſe
Charlote en Bohemienne,
la Princeſſe Henriete en Polonoife
,&la Princeſſe Vvillemene
en Bergere. Elles font fort belles ,
& bien faites pour leur âge. La
con
GALANT. 191
continuation de la Maſcarade allant
au delà d'un jeu d'Enfans,
Madame la Ducheſſe de Hanover
leur Mere en fit ſcrupule à
cauſe de ſon deüil , & ne voulut
point permettre qu'elles s'y trouvaffent
leMardy- gras.Mademoifelle
de Bourbon eſtoit la premie
re fois en Egyptienne , & Monſieur
leDuc de Bourbon de mefme;
la ſeconde fois tous deux en
Berger& en Bergere;& la troifiéme
, Mademoiselle de Bourbon
encor en Bergere, mais avec bien
plus de magnificence , & Monſieur
le Duc de Bourbon en Avoeat.
Mademoiſelle Richou parut
auffi en Bergere la premiere
fois,& la feconde , en Perfienne..
SonHabit estoit tout de Dentelle
or& argent , & garny de Pierreries
. Comme elle eſt une des
plus jolies Naines que l'on puiſſe
voir,
192 MERCURE
voir , & qu'elle dance tres -bien,
on la regarda avec beaucoup de
plaifir. Meſſieurs les Chevaliers
de Blanfort, de Longueville,&de
Soubiſe , eſtoient auſſi tres galamment
habillez , ainſi que tous
ceuxde cette illustre & charmanteTroupe.
Je vous ay dit quelque choſe
la derniere fois de la maniere
dont on ſe divertiſſoit à Saint
Germain . On a continue de la
meſme forte le reſte duCarnaval,
& on n'y a laiſſe paſſer aucun
jour , ſans prendre quelques- uns
des plaiſirs qui ſont ordinaires
dans cette faiſon .Le Balet, laComédie
, les Maſcarades , & les
Bals , en ont ſervy alternativementàtoute
la Cour .La Maſcarade
qui préceda celle du Mardygras
, fut tres- éclatante. Monfeigneur
le Dauphin eſtoit Chef
d'une
GALANT
193
d'une Troupe de ſept Indiens,ou
Sauvages. Des Plumes de quatre
couleurs en compofoient tour
l'Habillement.Celles qui eſtoione
fur le corps , les bras ,& les chauf
ſes, estoient de petites Plumes
d'Oyfeati attachées par des nüa
ces de diferentes couleurs . Le
Tour du col , celuy des épaules,
les tours de bras , la cinture, &
les jaretieres, eſtoient de Plumes
d'Autruche affez grandes , fur le
pied deſquelles on voyoit une
chaîne de Rubis & de Diamans.
Le Tonnelet & les Lambrequins
eſtoient auffi de Plume de diferentes
couleurs , avec une nerd
wûre de Plumes noires dans le
milicu de ces Lambrequins . On
avoit enchaffe fur cette nervû
re des Rubis & des Diamans ,
dans des Rofes de Broderie d'or.
Le meſme deſſein paroiſſoit ob-
... Fevrier 1681 ,
I
4
194 MERCURE
ſoit obſervé dans la Coifure. Les
Bas & les Souliers eſtoient de couleur
de feu , brodez d'argent, & le
Maſque de la meſme couleur.
Monſeigneur le Dauphin avoit
fait la dépenſe de ces ſept Habits.
Monfieur le Duc de Ver.
mandois ſe fit Chefle même jour
d'une Bande de Perſans .On n'eut
pas de peine à le diftinguer, tant
il eſtoit magnifique.Il parut beaucoup
dans cet équipage de Perſan
, auffi -bien que Monfieur le
Duc de Mortemar . Mademoifelle
de Nantes ſe fit admirer au
Bal avec un Habit auſſi riche que
galant.Elle estoit veſtuë à la Grecque
; mais quelque éclat que luy
donnaſt ſon Habit, ce n'eſtoit pas
ce qui la faiſoit regarder ; &
ſi les yeux de quelques - uns
eſtoient attirez par les agrémens
de fa Perſonne , les autres qui
1 la
GALANT. 195
la connoiſſoient plus particulierement
, eſtoient beaucoup
plus ſurpris de ce qu'à ſept ans
& demy ( qui eſt ſon vray âge)
elle ſçait autant de choſes , que
la plus parfaite en pourroit ſçavoir
à vingt. La plupart des
Comédies que l'on a joüées à
S. Germain , ont eſté repreſentées
dans l'Antichambre de Madame
la Dauphine. Le Roy entierement
occupé des ſoins de
l'Etat, auſquels ce Prince ſe donne
avec une application inconcevable,
ne s'eſt trouvé à aucune.
Sa Majesté a veu ſeulement la
Repreſentation de la Devinereſſe,
qui s'eſt joüée ſur le Theatre du
Baler.
Je viens au dernier jour du
Carnaval. Vous ſçavez,Madame,
que toute la Cour maſque ce
jour- là , & qu'il y a toûjours Bal
I ij
196 MERCURE
le ſoir. Il commença à dix heures,
apres le Soupé du Roy, dans
la grande Salle des Balets , qui
avoit eſté preparée pour cela ,&
qui estoit éclairée d'un nombre
infiny de lumieres . Elles aidoient
fort à faire briller les Habits des
Maſques ſpectateurs , dont tous
les Amphiteatres eſtoient remplis
; & comme il n'y en avoit
aucun qui ne ſe fuſt mis dans la
derniere magnificence , on peut
dire qu'il eſt peu d'occaſions où
l'on voye tout - à- la- fois tant de
Perſonnes ſi ſuperbement parées
. Le Roy qui ne prend ces
fortes de divertiſſemens que dans
le deſſein de les donner à ſa Cour,
ne mit ce foir- là qu'une Robe de
chambretres- riche , & un Chapeau
avec un bouquet de Plumes
. Jamais la Reyne n'avoit paru
si bien miſe . Son Habit eſtoit à
la
t
EGALANT. 197
la Grecque , & orné des plus belles
Pierreries de la Couronne.
Madame la Dauphine ſe deguiſa
en Venitienne , mais d'une
maniere fi galante , qu'elle furprit
toute l'Affemblée. Il ſeroit
difficile d'expliquer tous les agrémens
qui entroient dans cette
maniere d'ajustement. Toute
la parure eſtoit de Diamans fins ,
-employez avec tant d'art & de
propreté dans les endroits neceffaires
, qu'on ne pouvoit ſe laffer
de l'admirer. Un petit Turban de
Velours tailladé, & orné de Diamans
, faifoit la coifure de cette
Princeffe. Du milieu de ceTurban
s'élevoit une Aigrete de
Diamans d'une beauté ſurprenante
. Il n'y avoit que des Plumes
blanches dans cette coifure.
Monſeigneur le Dauphin repreſentoit
un Arabe. Le deſſus de
I iij
198 MERCURE
ſon Habit eſtoit d'un Brocard
broché d'or, avec de grandsCom-
Partimens noirs , ornez autour
d'un Point de France or & argent,
au milieu duquel eſtoit une
Bande de Marte Zibeline . Le
Lacis du Tour de ſes Manches
eſtoit de Rubis , & le defſous de
fon Habit, d'un Brocard couleur
de feu, & or , avec des Boutonnieres
d'or tres - relevées , & tresriches,
meflées de noir. Ces Boutonnieres
eſtoient ornées de
Pierreries , & les Manches de
l'Habit , d'un Point de Veniſe
d'or , avec un riche Point de
France entre -toile,d'une maniere
fi extraordinaire , qu'on n'a rien
veu juſques à préſent de plus magnifique
. Le Turban de ce. Prince
eſtoitd'un Brocard de Veniſe
grandes fleurs d'or , lacé d'une
Chaîne de pierreries . Ses Plumes
eſtoient
GALANT. اوو
eſtoient couleur de feu & blanc.
Monfieur avoit une Veſte tou
te couverte de Dentelle & de
Diamans, avec de grandes Manches
qui pendoient fort bas. Elles
eſtoient ratachées à ſa ceinture,&
tomboient juſques à terre. La richeſſe
& la galanterie de l'Habit
deMademoiselle, avoient dequoy
ſe faire admirer. Les Pierreries y
brilloient de tous coſtez .
Son Alteſſe Seréniſſime Monfieur
le Ducavoit un Habit Hongrois.
Le deſſous eſtoit de Velours
couleur de feu , tout couvert
de Dentelles or & argent ,
couſuës en Coquilles. Il avoit par
deſſus une Veſte à la Turque de
Drap d'or & vert , doublée d'un
Tiſſu d'or,le tout enrichy de Dentelles
& de Frange d'or , & garny
dePierreries comme la Coëfure.
Monfieur le Prince de Conty
I iiij
200 MERCURE
vint à cette Maſcarade , accom
pagné de Monfieur le Prince de
de la Roche- fur-Yon , de Monfieur
le Duc de la Ferté , & de
Meſſieurs les Marquis d'Alincourt
de Nangy,& de Molac. Ce Prince
repréſentoit un Perſan. SaVeſte
de Brocard or & vert , eſtoit retrouffée
ſur les devans . Il avoit
fous cette Veſte un Tonnelet
couleur de feu , or & argent , des
Manches pendantes d'un tres - riche
Point de France pareillement
or & argent ,& tout fon Habit de
meſme. Rien n'égaloit la beauté
de ſon Echarpe. Il avoit de grandesBoutonnieres
toutes de Pierreries
, & un Turban de Brocard
or& blanc, avec un Fronteau de
Velours noir enrichy de Pierreries.
Les Plumes qui couvroient
fon Turban , eſtoient de couleur
de feu & blanc , accompagnées
d'une ;
GALANT. 201
d'une tres - belle Héronniere .
L'Habit de Monfieur le Princede
laRoche- fur-Yon,eſtoit tout pareil
, auffi -bien que ceux des Seigneurs
qui les ſuivoient. Il n'y
avoit que Monfieur de la Ferté
qui ſe fuſt mis d'une autre maniere.
Ce Duc avoit un Habit d'ombre
or & noir , couvert de Dentelles
d'or. Celuy de Monfieur le
Comtede Vermandois estoit auffi
fingulier que riche. Sa Veſte de
Brocard or & vert, paroiſſoit toute
couverte de riches Dentelles ,
& pour agrément on voyoit fur
ces Dentelles une bande de Velours
noir large d'un doigt ,& toute
brillante de Pierreries, L'Habit
de deſſous eſtoit un Brocard
couleur de feu &or,avecpluſieurs
Dentelles pliffées . Un Turban de
Velours noir tout à jour, garny de
Plumes,& orné de Pierreries, fai-
Iv
202 MERCURE
ſoit ſa coëfure. Monfieur le Duc
de Crufſol avoit un tres bel Habit
à la Turcque. Il menoit d'illuftres
& jeunes Bohemiennes; ſçavoir
, Mademoiselle de Nantes,
Mademoiselle de Cruſſol, Mademoiſelle
de Noailles, Meſdemoiſelles
d'Epinoy , & Mademoiselle
d'Eudicour. On n'a jamais rien vữ
de plus galant que Mademoiselle
de Nantes en Bohemienne. Ses
cheveux bouclez eſtoient étendus
, & flotoient ſur fes épaules.
Par deſſus elle avoit un Point de
France quiluy ſervoit de Coëfure,
& dont les bouts pendoient à
la negligence. Cette charmante
Princeſſe fut l'admiration de cette
Auguſte Aſſemblée , où celles
de ſa Suite parurent beaucoup.
Mr le Ducde S.Aignan eſtoit vézu
en Baſſa. Il ſuffit de le nommer
pour perfuader de ſa bonne mi
nex
GALANT.
103
ne, & de la magnificence de ſon
Habit .Mr le Duc de Noailles s'étoit
deguiſé en Polonois . Il avoit
une Robe de Brocard or & argent
, & couleur de feu , de ces
Etofes damaſquinées du SrCharlier
qu'on eſtime tant. La Robe
auſſfibien que le Bonnet , qu'il avoit
fait faire de la meſme Etofe,
eſtoient garnis de Marte Zibeline
; le tout enrichy de Franges
d'or,d'Echarpes ,& de tous les ornemens
neceſſaires pour l'Habit.
Monfieur le Marquis de Tillader
eſtoit à peu prés de la meſme forte.
Mr le Duc de Mortemart avoit
un Habit à la Perfane. Les Brocards
or & argent , les Dentelles,
& les Pierreries , ne luy manquoient
pas . Depuis le peu de
temps qu'il eſt dans le monde , il
a ſçeu le diſtinguer , & a fait pareiſtre
en tout de la grandeur
d'ame
204
MERCURE
d'ame. Meſdemoiselles de Liflebonne
ne s'attirerent pas moins
de regards par la galanterie de
leurs Habits,que par leur magnificence.
L'une eſtoit en Perſane,
& l'autre eſtoit en Bergere . Madame
la Ducheſſe de Mortemart,
&Madame de Segnelay, repréſen .
toient auſſides Perſanes, avec des
Habits tres - riches, mais fort diferens.
Je ne vous dis point que
Madame de Grancey parut beaucoup
dans cette Aſſemblée . On
ſçait qu'elle n'a pas beſoin d'ornemens
pour ſe faire remarquer .
Madame la Princeſſe Marianne
fut admirée, tant pour la maniere
extraordinaire dont elle estoit miſe,
que pour ſon ajuſtement. Elle
avoit une Veſte du plus riche
Brocard or& argent,dont les tailles
, les bords , & les lez , eftoient
ornez de Marte , avec des
agré
GALANT .
205
agrémens de Diamans & de Rubis
aux deux coſtez . Ses Boutonnieres
eſtoient auſſi de Diamans.
Elle portoit ſes Manches ouvertes
en deux pointes tombantes,
d'une tres belle Etofe , avec des
Dentelles pliffées au tour , & une
Houpe tres -riche à chaque pointe
de Manche. Son Turban lacé
dedeux Etofes, l'une noire & or,
& l'autre couleur de feu & argét,
faiſoit un tres -bel effer . Il y avoit
cinq ou fix Plumes fur ce Turban
, & une Héronniere au milieu
, ſur la tige de laquelle on
voyoit une enſeigne de Diamans
d'un tres - grand prix. Cet Habit
fut trouvé auſſi magnifique que
bien entendu .
On a écrit icy de Madrid que
le Roy & la Reyne d'Eſpagne
ont pris fort ſouvent le divertif
ſement de la Chaffe , & que les
Seigneurs
}
206 MERCURE
Seigneurs les ayant complimen
tez le jour que l'Archiducheſſe,
Fille de l'Empereur, entroit dans
fa treizième année,il y eut le foir
de grandes réjoüiſſances au Palais.
le vous envoye la Veuë des
Jardins de ce qu'on appelle en ce
Païs là Casa del campo. C'eſt la
Ménagerie du Roy.Cette Maiſon
eſt un peu décheuë,depuis qu'on
a bâty El Buen Retiro , qui en eſt
tout proche. Cependant on pouvoit
y faire un tres - beau Lieu , &
avec peu de dépenſe. Les Arbres
y viennent fort bien. On y voit
un grand Etang, autour duquel il
y en a encor d'aſſez beaux. Dans
le Jardin eſt une Statuëde bronze,
où le Roy Philippe IV . eſt tresbien
repréſenté à cheval .
Monfieur de Daillon , Duc
du Lude , Grand - Maiſtre de
P'Artillerie de France , a épousé
depuis
Vista del Sardina
206
Seig
tez
Fille
fatr
de
lais .
Jard
Païs
Mé
eft
aba
tout
voi
ave
y vi
un
ye!
lleeJa
où
bien
du
1
ΓΑ
GALANT.. 207.
depuis peu Madame la Comteſſe
de Guiche , Veuve de Monfieur
le Comte de Guiche,Fils aîné de
feu Monfieur le Maréchal Duc
de Gramont. Comme ce Mariage
s'eft fait fans cerémonie , je
ne vous en diray rien , non plus
que de la Maiſon de Daillon . Il
faudroit le tiers de ma Lettre
pour vous en parler comme je
devrois . Elle est fort illuftre , & a
de tres grandes Alliances. J'auray
d'autres occaſions de vous en en
tretenir . Madame la Comteſſe
de Guiche aujourd'huy Ducheſſe
du Lude , s'appelle Marguerite-
Loüife de Bethune , &
eſt Fille de Maximilien - François
de Bethune VIII. du nom , Duc
de Sully, & de Charlote Seguier ,
Filledu feu Chancelier de ce nom.
Il y a des Charpentiers à Ver-
,
failles, qui travaillent à bâtir une
Fré
208 MERCURE
Frégate d'un nouveau deſſein,
approchant pourtant de la fabrique
Angloiſe , ſur laquelle on
pretend avoir rafiné , tant par la
maſture que pour l'affiere, qui ſe -
ront d'une maniere à faire bien
porter les Voiles , & à la rendre
legere , quoy que chargée de
beaucoup d'Artillerie . Cette Frégate
, qui ne doit avoir que trente
pieds de quilles , fera neantmoins
percée pour ſoixante Pieces
de Canon . C'eſt Monfieur le
Chevalier de Tourville qui a la
direction de cet Ouvrage . Si par
l'execurion de ce deſſein on voit
reüffir ce qu'on s'en promet , on
bâtira à l'avenir toutes les autres
Frégates für ce modelle.
Mr du Queſne , qui eſt arrivé
en Cour apres avoir defarmé en
Provence , en a apporté une autre
qu'il a fait faire en petit ,&
qui
GALANT...
209
qui eſt de ſon deſſein. Il ne luy
donne que quinze pieds de quilles
, au lieu de trente qu'aura la
premiere , & pretend que la Frégate
portera autant d'Artillerie. Il
en ſera bâty une ſur ce deſſein , &
on ſe reglera enſuite ſelon le ſuccés,
pour le modelle des autres.
Je vous ay promis des nouvelles
de l'Eſcarboucle. Il faut vous
tenir parole. Je ne le puis mieux
qu'en vous faiſant part d'une Lettre
de Monfieur de Belmont qui
pouffe l'affaire. C'eſt un Gentilhomme
de probité & de merite;
& le Païfan qui a cette Pierre étant
arreſté par ordre du Roy,
vous voyez bien que quelque
extraordinaire que ſoit' la choſe ,
je n'ay rien avancé ſur cet Article
dont je ne puiſſe vous rendre
raiſon. Voicy ce qu'écrit Monfieur
deBelmont.
a
A
210 MERCURE
A Lyon le 19. Fevrier 1681 . &
E ne doute point , Monsieur, que
Soyezfurpris vous ne dupeud'exactitude
que j'ay eu à vous informer
précisement de tout ce quej'apprendrois
de la découverte de l'Efcarboucle
, dans le temps que jemy
étois engagé.M.le Maréchalde Duras
ayant eu la bonté de me dire que
l'on conduiſoitle Paysan à la Cour,
je partis de Paris un peu àla haste,
&me rendis à Lyon,fur d'autres avis
que j'eus qu'on le retiëdroit quelque
teps à Châlons ſur Saone.Etant
arrivé, je le trouvay à la Citadelle,
dans la plus grande conſternation du
monde. De vous dire quel est le confeil
, & la politique de cet Homme,
c'eſt où les plus éclairez ne connoif
Sentrien.On tache par toutefortede
voyes de découvrir la verité d'une
cho
GALANT. 211
choſe , qui n'est plus au pouvoirde
cet Obštiné de tenir cachée. Les offres
conſidérables qu'on luy afaites ,
ne font pas plus d'impreſſion ſurſon
esprit, que la maniere pleine de rigueur
dont on le tient au pain &à
l'eau au fond d'un Croton. Ses répon-
Ses ambiguës & diferentes , font
croire qu'effectivement il est encor
poſſeſſeur de l'Eſcarboucle. On a
dreſséplusieurs Procés verbaux tant
du côté du Prevoſt qui s'en faifit,
que de lapart de M. Ioly , qui est
celuy qui avoit les ordres du Roy
pour cela. L'on y a inferé ce qu'ita
dit àſafurprise. Toutes les décla
rations qu'il a faites confirment la
verité du fait . Il a avoñé au long
de quelle maniere il a tué le Dragon
, & est demeuré d'accord de
la couleur , groſſeur , forme , &
brillant de cette Pierre ; & le
tout , de la maniere dont je vous
en
21-2 MERCURE
• en ay fait le recit. Il a fait trois dépofitions
de cette forte,les a fignées,
&en a paraphé toutes les feüiltes.
A lafin desa première déposition,il
dit avoir mis la Pierre envelopée
d'un papier dans un pot de terre , &
l'avoir enterrée enſuite danssa CaveJousun
Cuvier. On en fit la recherche
en méme teps avec grande exa-
Etitude , ſans qu'on trouvaſt rien.
Dans laſecode, il dit l'avoir donnée
àgarder à uneFemme deſon Village.
La Femme qui fut ſaiſie außi- toft,
répondit qu'elle n'avoit rien à luy;
qu'il estoit vray que depuis quatre
mois ou environ elle avoit preſte à ce
Paysan unePierre qu'elle avoit ache.
tée ,&qui a la proprieté de guerir
certaines maladies dont les Boeufs
Sont attaquez, &qu'il la luy avoit
rendue . On le confronta avec cette
Fëme, pourſçavoirfi la Pierre étoit
la méme dont il avoit entēdu parler.
11
GALANT.
213
Il dit que oûy , qu'il avoit crû qu'on
Se contenteroit de cela,& que par ce
moyen il auroit eſté exempt de livrer
laveritable, qu'il l'avoit enterrée en
un autre endroit,&que si on luy donnoit
la liberté de l'aller chercher luy
méme avec eſcorte,il estoit aſſuré de
la trouver. C'est ce qu'on ne luy voulut
point permettre,dans l'apprehen .
fion que l'on eut qu'il ne s'échapaſt.
Onne laiſſa pas d'aller au lieu qu'il
avoit marqué ; mais pour laseconde
fois ce furent des pas perdus. Onse
faiſit dù Cousin germain du Paysan,
Preſtre ſervant à la Paroiffe, qui luy
Soûtint qu'il eſtoit vray qu'il avoit
la Pierre,&qu'il ne pouvoit refufer
de la donner. Apres cette confrontation
on lessepara,& l'on conduisit le
fieur BoucquinSon Parent,qui est celuy
qui avot negotié cette affaire
avecpluſieurs ,à la Citadelle du Pont
S.Efprit ,& le Paysan à celle de Cha.
lons,
214 MERCURE
lons, où il est encor. On a des depofitions
deplus dequattre- vingts Per-
Sonnes dignes defoy, qui ont veu &
diftingué ces Animaux volans, portant
leurs Pierres entre leurs dents ,
depuis meſme que le Dragon a esté
tué ,& qui aſſurent avoir entendu
dire au Paysan qu'il avoit la Pierre,
il a encorfait un troiſiéme Billet
poſtérieur aux miens,à un Bourgeois
de ce Pays - là, par lequel il s'engage
àneſedefairede cette Pierre qu'entre
les mains de Sa Majesté , ou de
Monsieur de Louvoys. Voila, Monfieur,
tout ce que vous peut dire für
cette affaire vostre tres , &c.
DE BELMONT.
J'avois crû que le vray mot de
la ſeconde Enigme du dernier
mois , ne pourroit eſtre trouvé ,
mais rien n'échape à la penetration
de ceux qui ſe divertiſſent
àce jeu d'eſprit. Le Fils du Fort
Maſtin
GALANT.
215
Maſtin d'Abbeville a expliqué
ainſi la premiere dans ſon veritable
ſens.
:
MercEurcruree eefsttddeevenu Ioüeur,
C'est en vain qu'il en fait une affaire
fecrete.
Eufſſiez- vous jamais crû qu'il eust
esté d'humeur
Atenir chez luy la Baſſete ?
Pluſieurs Perſonnes ont trouvé
ce meſme mot de la Baffete.Ce
font Meſſieurs Blanchard,de Châteauroux
: De Giſeux , du Païs
d'Anjou : Le Chevalier du Catulé
, du Ponteau- de mer : L'Abbé
de Cary , de Marſeille : Claret,de
Roüen : D. Laurent Raguienne,
Prieur de Bethune:Ha....du Mefnil
, de Chambrais en Normandie
: Le Hot , Avocat à Caën :
Daurould , Bachelier en Sorbonne
, d'Abbeville : Hutuge ,
d'Or
216 MERCURE
d'Orleans : Le Solitaire de Gim
brois lez Provins : Les gays Paftoureaux
de la Ruë S.Antoine:Le
Solitaire de la Porte S. Michel :
Samſon,d'Abbeville : Le Rat du
Parnaſſe, du Cloiſtre S. Mederic:
L'Inconſtant de profeffion : Le
Sincere Herminius : Le Solitaire
de la Ruë Caffete : Le Perroquet
des Muſes: L'Aimable Euterpe ;
L'Amante ſans amour : Le Cafſeux
d'Amande : La Belle Reclu
ſe: Plautine la cadete : La petite
Silvie de la Ruë de BouretàMorlaix.
Elle a eſté expliquée en Vers
par Meſſieurs Gardien : Le Che
valier de Lamplicourt,de Roüen:
Buiffon ,Avocat en Parlement:De
P.le J.Seffrie de S.Joſeph ,d'Andely
en Vexin : L'Amant de la Belle
Poëtevine : Le grand Coureur de
Sermons : L'Amant de la charmante
Mademoiselle de la G. de
:
Roüen:
GALANT. 217
Roüen : Le Reclus d'Aunoy lez
Provins : L'Inconnu d'Argenton-
Chaſteau : L'Amant inconnu de
la belle Philis de Roüen : L'Albaniſtede
la meſme Ville : Le Solitaire
de la Ruë des Arcis : Philonice:
&Paquete.
On a expliqué cette meſme
Enigme fur la Guerre , le Duel , la
Fortune , le Sort, le Poiſon, le Hoca.
&la Comedie Burlesque.
L'Explication de l'autre Enigme
, dont le mot eſtoit le monofyllabe
on , eſt dans les Vers que
vous allez voir. Ils m'ont eſté envoyez
au nom du Soleil du Quartier
de S.Mederic.
0
Nvit dans tous les lieux,On
eſt dans tous les temps ,
On a pris toutefois fon origine en
France.
Fevrier 1681 . ΚΑ
218 MERCURE
On semeslepar tout avec toute af.
Surance,
parle libr On parle librement des Petits &
des Grands.
९६५
Tous les Philosophes antiques
Dont vous voyez remplir les plus
rares Boutiques,
Ces fameux Orateurs que l'on voit
aujourd'hay,
N'en ont jamais tant Sçeu que
luy.
Sa Science est univerſelle,
Mais il ne sçait parler qu'en lan.
gageFrançois;
Il écrit ,fait ,& dit cent choses à
lafois,
Ilapportede tout la premiere nouvelle.
Aux plus Scavans Docteurs aux
plus rares Eſprits,
Ildonne de la tablature,
Et
GALANT.
219
Et vous - mesme, Galant Mercure,
Vous vousfervezſouvent de cet On
queje dis
٢عوو
こ
Mais vous ne faites pas ( & vous
: avez raifon)
7
Comme ces langues indiſcretes,
Quipourfaire éclater des Intrigues
Secretes,
Diſant ce qui leur plaist,ſe dechargent
fur On
Mademoiselle F. Bouvard de
Chartres,a trouvé cemeſme mot,
auſſibien que Meſſieurs de Lifle
Tréſorier ancien des Gardes du
Corps du Roy. L.Boucher,ancien
Curé de Nogent le Roy:Formentin&
Caudron , d'Abbeville, qui
ont tous expliqué cetteEnigme
en Vers. La Gazete,le Mercure
Galant, la Renommée, & l'Enigme,
font d'autres ſens qu'on luy a
Kij
220 MERCURE
>
donnez . Meſſieurs Regnier , & .
Coquillart Bourguignon ont
trouvé celuy de l'une & de
l'autre.
Je vous en envoye deux nouvelles
, dont la premiere eſt de
Mr de Gramont de Richelicu.
ENIGME.
Nous sommes plusieurs, Saurs
ensemble,
Sans que pas- uneſe reſſemble,
Quoyque nous ayons mesmefort.
L'une parle toûjours diferemment
de l'autres
Cependant il n'est point d'accord
Qu'on puiſſe comparer au noftre.
Noftre destin pourtant est tellement
bizare,
Et nostre avanture ſi rare ,
Que telle qui defes beaux doigts
N'o
GALANT.1 221
Nofoit nous toucher autrefois,
Tant elle est propre & delicate,
Sans craindre de fe faire tort ,
Tantoſt avec plaisir nous flate,
Tantoſtſe divertit à nous batre bien
fort.
Pendant le vivant de nos Peres,
Noussommes en mauvaiſe odeur:
Mars fi- tost qu'ils font morts , par
un rare bonheur,
D'officieuses mains nous tirent de
miferes, :
Et nous font acquerir une telle douceur,
Quenous pouvons charmer les coeurs
les plusfeveres.
AUTRE ENIGME.
ADmirez mon étrangefort;
IeSçais donner la vie , & puis can-
Ser la mort.
Kiij
222 MERCURE
De mon corps , s'il est plein , naist la
crainte & lajoye;
S'il est vuide, il reduit les plus gays
aux abois. 1
m'en Toutefois , s'il faut qu'on m'
croye,
L'emprisonneſouvent les Princes &
lesRoys.
Mon corpsn'a que la peau;quoy que
Sans os,fans chair,
L'on le met aux liens , pour me tenir
esclave:
Si par la foye & l'or on me veutrendre
brave,
On prend grädſoin de me cacher:
Car Mercure qui ſçait tous les
tours de Soupleſſe,
Par lesfiesme poursuit ſans ceſſe,
Etfait,s'ilspeuvent m'approcher,
Sur moy triompherfon adreſſe.
C'est biepis,qu'ils fondetſoudain
Sur moy les armes à la main.
Quant
GALANT. 223
Quant à l'Enigme en figure,
vous voyez icy deux Géans repreſentez
, l'un & l'autre armé
de Coutelas, & un Nain qui s'eſt
jetté ſur les gardes de leurs armes
, qu'il ſemble avoir deſſein
d'arreſter. Je laiſſe à voſtre curiofitéd'en
chercher le mot .
Mr Nau Conſeiller de la Troifiéme
des Enqueſtes , eſt mort
fort riche ,& fans Enfans. Il a fait
les Pauvres ſes principaux Heritiers;
& en nommant Monfieur
leBoultz Conſeiller en la Grand'
Chambre , fon Executeur teſtamentaire
, il luy a laiſſe vingt
mille livres .
Nous avons perdu un des plus
grands Hommes de l'Ordre de
S. Dominique, par la mort duPere
Gonet , arrivée à Beziers lieu
de ſa naiſſance le 24. de l'autre
mois. Sa Theologie luy avoit ac-
K iiij >
224 MERCURE
4
quis une tres-haute reputation
dans les Païs Etrangers , & fur
tout à Rome , où il eſtoit extremement
aimé. Aufli Mr l'Evefque
de Beziers, convaincu de ſon merite,
ordonna à tous les Religieux
d'aſſiſter en Corps à ſon Inhumation
. Meſſieurs du Preſidialde la
mefme Ville , & les Confuls , s'y
trouverent. Ce qu'on admire
dans ſes Ouvrages, eſt une grande
netteté d'eſprit , & une profondeur
de ſcience extraordinaire.
Ils ſe vendent à Paris chez
le Sieur de Luyne, au Palais, à la
Justice.
J'ay encor à vous apprendre la
mort de Mr de Céſan,Major General
de l'Armée du Roy,& Major
du Regiment des Gardes.
C'eſtoit un Gentilhomme du
Païs de Foreſts, qui s'eſtant donné
à la Profeſſion des Armes
dés ſa plus tendre jeuneſſe , par
GALANT.
225
vint par ſes ſervices & par fon
courage , à eſtre fait Capitaine
dans le Regiment de l'Alteſſe,
Depuis , la réputation le fit pourvoir
de la Charge de Lieutenant
au Regiment des Gardes , de laquelle
eſtantmonté à celle deCapitaine
dans le méme Regiment,
ſon mérite luy attira l'eſtime de
Sa Majeſté & de feu M. de Turenne.
Il ſervoit en Allemagne
fous ce fameux General en qualité
d'Ayde de Camp en 1674
& ayant eſté commandé par
luy pour reconnoiſtre Saintzim
avec un Détachement d'Infanterie
, il en commença l'Attaque,
& l'acheva glorieuſement par
la priſe de ce Poſte . En 1676. le
Roy luy donna le Gouvernement
deCondé , Ville frontiere , voifine
de Valenciennes , qui avoit
beſoin d'un Homme d'une en-
Kv
226 MERCURE
tiere vigilance . L'année ſuivante,
Sa Majesté ayant fait la conque->
ſte de Cambray , le fit Gouverneur
de cette importante Place.
Pendant les quatre années qu'il
a poſſedé ce Gouvernement , il a
gagné l'eſtime & l'affection non
ſeulement de toute la Ville, mais
auſſi de tout l'Etat de la petite
Province du Cambreſis. Il y a
vécu avec une déference honneſte
pour le Clergé . La Nobleſſe
a trouvé un accés favorable aupres
de luy à toutes les heures;
& tes Bourgeois de Cambray ,
auffi-bien que les Païſans du voifinage,
l'ont confideré comme un
Protecteur toûjours preſt à les
entendre.Il eſt mort au commencement
de Fevrier,pleuré de tous
les Ordres de la Ville , & a laiffé
le Portrait du Roy à M. l'Archeveſque
de Cambray , des mains
de
GALANT .
227
de qui il avoit reçeu les Sacremens
; & à M.de Dreux, Lieute
nant de Roy de la meſme Ville,
un de ſes Carroſſes , avec un Attelage
de fix Chevaux.Son Gouvernement
vient d'eſtre donné
à M. le Marquis de Montbron ,
dont les ſervices ſont connus de
tout le monde. Il a commandé la
Seconde Compagnie des Moufquetaires.
Comme M. de Céſan eſtoit de
meuré pourveu de la Majorité
du Regiment des Gardes, le Roy
en a gratifié M.d'Artagnan , Neveu
de feu M.d'Artagnan , qui a
commandé la Premiere Compagnie
des Mouſquetaires , &
qui fut tué en ſe ſignalant au
Siege de Maſtric. Le Neveu ſe
montre digne Heritier du courage&
de la conduite de l'Oncle.
Il eſtoit l'un des Aydes- Major
des
228 MERCURE
des Gardes, & s'eſt ſi bien acquité
des fonctions qui regardent
cet employ,qu'il a obtenu la Majorité.
;
L'attachement de Monfieur le
Comte Bardi-Magalotti pour le
ſervice du Roy dans ſon Gouver
nement de Valenciennes , ne
pouvant luy permettre de garder
la Lieutenance Colonelle des
Gardes , elle a eſté donnée à
Monfieur de Rubantel,Capitaine
aux Gardes . Ce nom eft connu,
ainſi que le zele que tous ceux
qui l'ont porté ont fait paroiftre
pour le fervice du Roy.
Monfieur de Caſaux qui avoit
eſté nommé au Gouvernement
de Thionville , n'a point jouy de
cet avantage. La mort Fa furpris
dans le temps qu'il en alloit
prendre poffeffion. Ce Gouvernement
a eſté donné depuis peu
de
GALANT
229
de jours à Monfieur Defpagne,
Lieutenant de Roy de la mesme
Ville. Il y a long- temps qu'on le
voitdans le ſervice. Il a eſté Major
dans le Regiment de la Ferté.
On ne peut manquer de ſe rendre
habile dans le métier de la
Guerre , quand on a ſervy ſous
un auſſi grand Maiſtre que Monfieur
le Maréchal de la Ferté .
Auffi Monfieur Deſpagne s'eftoit-
il toûjours ſi avantageuſement
diftingué , qu'il avoit mérité
par ſa valeur & par ſa conduite
, de commander dans Bomel,
dans Gray , & dans Dole.
Madame la Dauphine qui n'avoit
point encor veu la Foire de
Saint Germain , y alla Mardy dernier
, apres avoir dîné au Palais
Royal , où Son Alteffe Royale
traita Monſeigneur le Dauphin.
Ce fut là que ce jeune Prince,
accom
230 MERCURE
accompagné de cette Princeſſe ,
deMonfieur , de Madame , &de
Mademoiselle , ſe rendirent chez
monſieur Malo pour la Repréſentation
& les Intermedes en
Muſique de la Comédie d'Am .
phition , dont je vous ay déja
parlé dans cette Lettre. On leur
ſervit une ſuper Collation dans
quarante Corbeilles d'argent .
Toute cette auguſte Cour n'en
fut pas moins fatisfaite que du
compliment de monfieur Malo,
Conſeiller au Parlement de Mets.
Ils font trois Freres , dont l'un eſt
Conſeiller à la Grand Chambre,
& l'autre Abbé.
Le Roy qui aime à récompenfer
les Perſonnes de Lettres &
de Vertu , auſſi bien que ceux
qui le ſervent dans ſes Armées,
eſtant informée du mérite fingulier
de monfieur Picot , Do
teur
GALANT. 231
teur & Profeſſeur de Sorbonne,
luy a donné depuis peu l'Abbaye
d'Hermieres à dix lieuës de Paris
. C'eſt un Homme d'une érudition
profonde, & qui mene une
vie tres - exemplaire.
Sa Majesté a auſſi donné , fur
laNomination de Monfieur, l'Abbaye
de Braine à monſieur l'Abbé
Merille . Comme il poſſedoit
cellede laCourt-Dieu , il l'a remiſe
entre les mains de S. A. R.
qui en a gratifié monfieur l'Abbé
Fages Docteur de Sorbonne,
l'un de ſes Aumôniers de quartier.
L'Abbaye de Braine eſt ſituée
dans le Bourg de ce nom entre
Fifmes & Soiſſons , dans le
Duché de Valois .Elle eſt de l'Or->
dre de Prémontré .
Monfieur le Chevalier des
Gouttes , Commandant l'un des
Vaiſſeaux de Sa Majesté , fit ſes
Voeux
232:
MERCURE
1
Voeux au Temple ces jours paf
ſez , entre les mains de monſieur
le Bailly Colbert , qui luy donna,
l'Habit . Monfieur le Chevalierde ..
Noailles luy mit l'Eperon d'or.
Monfieur l'Eveſque d' Aire, cy-.
devant Abbé de Fromentieres,
avoit eſté choiſy pour précher:
devant Leurs Majeſtez , trois fois
la ſemaine pendant le Careſme;.
mais une indiſpoſition impreveuë ,
ne luy ayant pas permis de fatisfaire
à ce glorieux employ , &
tous les bons Prédicateurs eſtant
choiſis pour remplir les Chaires
de Paris , le Roy qui n'en a voulu
oſter aucun tout à fait à ſes
Sujets , en a nommé pluſieurs
qui prendront tour àtour la place
de ce Prélat. Ces divers Prédicateurs
qui doivent précher à
Saint Germain, ſont le Pere Gaillard
Jeſuite (il y précha Diman-
200 che
GALAN T.
233
che dernier avec grand ſuccess )
le Pere Chauſſemer , Provincial
des Jacobins ; le Pere Baudran ,
le Pere Meneſtrier , le Pere Patoüillet
, tous trois Jeſuites ; le
Pere Hubert , Preſtre de l'Oratoire;
DomJean de S. Laurens ,
Feüillant ; Monfieur l'Eveſque
d'Autun. Monfieur l'Abbé de
Brou - Feydeau , Aumônier du
Roy ; doit précher le jour de la
Cene ; & Monfieur l'Eveſque de
Condom, le jour de Paſques.
On fait une Loterie à S. Germain
, qui ne devoit eſtre que de
deux cens mille francs ; mais
l'exacte fidelité qui s'y obſerve,
ayant obligé un tres-grandnombre
de Particuliers à y porter de
l'argent , on a eſté obligé de la
faire de cent mille Ecus. Elle feroit
peut- eſtre d'une ſomme encor
plus conſidérable, ſi on vouloit
234
MERCURE
loit toûjours recevoir. Le gros
Lot ſéra de cent mille frans. Je
vous le ſouhaite ſi vous y avez
envoyé de l'argent , comme ont
fait beaucoup de Perſonnes de
Province , & fuis voſtre , &c.
: AParis ce 28. Fevrier 168г .
८
LYON
Dans l'article de ma derniere
Lettre où il eſt parlé des Commanderies
de S.Lazare , Page 26 .
ligne 3. au lieu deM.le Comte du
Luc, Capitaine de Vaiſſeau, lifez
de Galere. Dans la meſme Page,
ligne 5. au lieu de M. Langoulin ,
lifezM. de Cogolin. Page 30. ligne
21. au lieu deM. Daiffe,Moufquetaire
Blanc, liſez Mouſquetaire
Noir. Page 34. ligne 8. au lieu
de M. de Guigneville , Capitaine
Reformé dans Sainte- Maure , lifez
M.de Guigneville , Major de
Lichtemberg en Alface.
1
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy, donné
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sicur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacundeſd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Gra- A
veurs&autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans leconſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt portéauditPrivilege.
Regiſtréſur le Livrede la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
28. Fevrier 1681 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères