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1681, 01 (Lyon)
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Eur.
511
M
1681.1
m
Our 511-1684,1
Mercure
< 36618281410012
< 36618281410012
Bayer. Staatsbibliothek
Bayerische
Staatsbibliothek
München
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
IANVIER 1681 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pourplacer les Figures.
AMédaille du Cavalier Bernin,doit
Lregarder lapage 56.
L'Air qui commence par Dans nos
Bois Tircis apperçeût , doit regarder la
page 113 .
La Chanſon qui commence , Percé
juſques au fond du coeur, doit regarder la
page 166.
Les Jettons , doivent regarder la page
208. i
Les deux Oeufs , doivent regarder la
page 217.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
ESTpour la cinquièmeAnnée
, cher Lecteur , que j'ay
CA l'honneur de vous envoyer le
Mercure Galand , où vous
apprenez plusieurs Curiofitez que vousne
Sçauriez pas d'ailleurs ; ils ſe vendront
toûjours , ſçavoir , ceux de 1677. douze
fols le volume. Ceux de 1678. 1679 .
1680. 1681. vingt fols le volume, tant
entier que ſeparé ; les vieux ſe vendront
autant que les nouveaux quand on les
prendroit tous à lafois.On en ſeparera tel
Volume que l'on voudra pour le mesme
prix , & les Extraordinaires ſe vendront
toûjours 30. fols le volume.
Ceux qui voudront qu'on leur envoye
les Mercures on Extraordinaires, feront
payer trois, oufix mois, ou une Année par
advance , & quand leur terme fera fini
its auront ſoin de faire tenir d'autre argent,
autrement l'on ne leur envoyeraplus;
ā ij
Le Libraire au Lecteur.
car d'une autre maniere ce ſeroit une confusion,
on tient ur registre tres-fidele pour
cela , & on aſoin d'envoyer les Mercures
fort diligemment , & on a ſeulement quà
bien donner l'addreſſe.
On continuera à distribuer le Journal
des Nouvelles Découvertes de la Medecine
de Monfieur de Blegny en petit volume
in 12. tous lesMois pourfixfols le Cahier,
c'est toutes les années 3. livres 12. fo's.
On distribuera auſſi les Journaux des
Sçavans , mais ils les faut payer par advance,
&on n'enſeparera aucuns.
Les Febrifuges de Monfieur Spond neſe
vendent queſeptſols.
Ceux qui envoyent des Ouvrages pour
les Mercuresqui ne payent pas les ports,
leurs Ouvrages ny feront jamais.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Janvier 1681 .
Les Satyres de Juvenales , indouze,
2. vol. Traduction nouvelle.
la
Memoires touchans le Mariage de
Charles 11. Roy d'Espagne avec
Princeffe Marie - Louise d'Orleans , indouze.
Hiftoire
1
Histoire de Dom Quichot de la Manche,
Traduction de ces Meſſieurs,indouze,
4. vol. de mon impreſſion , s . livres.
Les Amours de Catulle de l'Abbé la
Chapelle , indouze , quatre volumes , cinquante
fols.
Le grand Soliman, Tragedie , indouze,
quinzefols.
L'Eglise Romaine , reconnuë toûjours
des Lutheriens des Pretendus Reformez
pour vray Eglise de Jesus-Christ , en
laquelle chacun peut faire ſon ſalut , in
otavo, 30. fols .
i
ālij
CATALOGUE DES PIECES
qui composent le douziéme Extraordinaire,
intitulé Extraordinaire du Mercure
Galant, Quartier d'Octobre 1681 .
Tome 12. donné au Public le 15. Janvier
1681 .
IL CONTIENT
Eux Pieces en Profe & en Vers, fur
leplus grand DlaQuestion Quel eft و
chagrin qu'une Maistreſſe puiſſe donner à
unAmant.
Une Piece en Proſe , ſur la Queſtion,
Si le Souvenir d'un plaisir paſsé, cauſe du
plaiſir ou de la peine.
Une Piece en Proſe, ſur la Queſtion,
Lequel touche plus aisément le coeur d'une
Belle,ou celuy qui ſe declarant, employe les
termes les plus paffionnez pour luy proteſter
qu'il l'aime ; ou celuy qui en luy rendant
beaucoup d'affiduitez , laiſſe agir ſes
Soins fansſe declarer.
Une Réponſe ſur la Queſtion , Si un
Amant maltraité de la Perſonne qu'il aime,
peut fans l'offenſer ſouhaiter la mort.
Undiſcours fur les Eſprits Folets , s'ils -
font de tout Païs , ce qu'ils ont fait , &
une Hiftoire fur ce Sujet.
1
1
6
-Undiſcours ſur la Sympathie.
Un Sonnet à Iris ,
Une plainte à une Belle qui avoit
choiſy deux Amans noirs comme de demyMores.
Deux Pieces en Profe, & une en Vers,
fur la Queſtion. Si un amour récompensé
defaveurs est àpreferer à un amour d'éclat
qui donne de lagloire fans aucun plaisir.
Deux Pieces en Proſe,& une en Vers,
fur la Queſtion , Auquel une Femme doit
Sçavoir meilleur gré, ou à celuy qui a aimé
Son eſprit , avant que de ſe laiſſer charmer
de sa beauté ; ou à celuy qui a aiméſa
beauté, avant que de ſe laiſſer charmer de
Son esprit.
Deux Pieces en Profe, & une en Vers,
fur la Queſtion , Si pour une liaison de
tendreffe, il est plus agreable de s'attacher
àune perſonne de feize ans , qu'à une de
trente.
Deux Pieces en Profe,& une en Vers,
fur la Queſtion, Laquelle on doit plaindre
davantage, ou une Femme qui a un Mary
Stupide jusqu'à la folie ; ou celle dont le
Mary est jaloux jusqu'à la fureur .
Deux Difcours ſur l'Origine de l'Harmonie
, ceux qui l'ont inventée , & de
fes effets. ā iiij
Deux diſcours en Proſe,&un en Vers ,
fur le frequent uſage de la Saignée , &
quel mal ou quel bien en peut arriver.
Pluſieurs Madrigaux fur les neuf Enigmes
des trois derniers Mois.
Deux Diſcours en Profe , & un en
Vers, fur l'Origine de la Nobleſſe.
Une Explication dela Lettre en Chifre
du dernier Extraordinaire , dont le
ſecret n'avoit point eſté découvert.
Une Explication de la Lettre en chifre
du dernier Extraordinaire.
Une nouvelle Lettre en Chifres.
Une Hiſtoire Enigmatique.
L'indiferent paſſionné en Vers .
Une Lettre d'une Fleur d'Orange en
Profe & en Vers en faveur du Berger
Fleurifte.
د
Un Recit chanté par les trois Graces
à la gloire de l'Amour.
Les noms de ceux qui ont trouvé le
Mot des Enigmes du Mois de Decembre.
Pluſieurs Queſtion à décider.
TABLE
Vant-propos.
Royde perdre ,
ETS RS- EASE 1903 94 943 1944 1943 1944 E
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
fur le
I
Procés qu'il a plú au
Noms de cingGrands Prieurs , ¢ quarante
17
Commandeurs de l'Ordre de S.Lazare , nommezpar
leRoy, 19
Discours deM. de Launay àl'ouverture des Leçons
du Droit François . 35
Lettre de Rome , dans laquelle on voit un Panegyrique
du Roy en Vers.
1
47
Eloge du CavalierBernin, 52
Sonnet , dans lequel on fait parler le Cavalier
Bernin, 57
Mort de Madame de la Bourlie, 58
Mort de Madame Hotman , 59
Mort de M.le Marquis de Vignacour, ibid.
Mort deM. goal , 60
Mort de M. and , ibid.
M.de Bragelonne, & M. Piques , montent à la
Premiere Chambre de la Cour des Aydes , 61
Mort de M. Patru , Doyen de l' Acad. Françoise, 62
Stances de la Comete, parlant à Paris,
Madrigalfur la Comete ,
64
68
Discoursfur les Cometes, par lequel il est prouvé
qu'elles ne produisent aucun malheur , 71
M.de la Reynie est toûjours Lieutenant de Police
, 97
Lieutenance de Roy de Champagne donnée àM.
leMarquis de Beaupré, ibid.
Gouvernement de Kimper donné à M.de Colombe,
102
TABLE .
Belles Actions de M.le Maréchal de Grancey, 103
Madrigal ,
Etrennes,
4
115
ibid.
Madrigaux mis au devät de pluſieurs autres, 116
Mariage de M. de Dolomieu , 119
Audience donnée par le Roy aux Deputez des
Etats d' Artois , 124
Histoire , 127
Reception depluſieurs Academiciens en iAcademieRoyale
d' Arles , 147
Lettre, 154
Madrigal, 161
Autre, 162
Sonnet, 163
Chanson ,
Mort de M.le Comte de Brancas,
Mort de M. le Vicomte de Lamet,
Mort de Madame la Ducheſſe du Lude ,
Mort de M. de Chevrieres , ſecond President au
164
166
167
170
Parlement de Grenoble, 171
Retour deM.le Duc de Vivonne , 172
Gouvernement de Thionville donné à M. de Cafaux
, 173
Gouvernemët de Bergues donné à M.de Tracy,174
Pluſieurs Intendances données par le Roy, ibid.
Lettre en Profe & en Vers,au Mercure Gabat,176
Malheurs cauſez par le feu , 178
Nouvelles de l'Eſcarboucle , 184
Hôpital General fondé à Laon , par M. le Cardinal
d'Estrées, 187
Abjuration , 189
Divertiffemens de S. Germain, 190
Eloge deMademoiselle de Nantes. 194
Divertiſſement de la Cour, 197
Arlequin Mercure Galant, 198
Zaide
TABLE .
Zaïde, Princeſſe de Grenade, ibid.
La Pierre Philoſophale ,
Theſe ſoûtenuë par M.l' Abbé le Camus
199
ibid.
,
Remede de l'Esprit de Vin composé , 201
Explication de la premiére Enigme en Vers , 202
Noms de ceux qui l'ont expliquée , ibid.
Explication de la ſeconde Enigme , 203
Noms de ceux qui l'ont expliquée , ibid.
Noms de ceux qui ont expliqué toutes les deux,
204
Enigme, 205
i Autre Enigme , 206
.
Explicatio de l'Enigme en Figured'Ascanius,209
Explication des lettons de l'Année 1681. ibid.
M. l'Abbé de Bragelonne preſche à Mets , 216
Maiſon de Longueval- d'Haraucourt , ibid.
Nouvellesfigures d'Oeufs envoyéesdeRome, 217
Petite Comédie de la Comete, 219
Inpromptu ſur la mort de l'Elephant de Verfailles
,
Mort de Male Comte de Vaillac ,
Mort de Madame la Maréchale du Pleſſis,
220
221
222
Mort de M. de Bernieres , Procureur General au
Parlement de Roizen , 223
Avanture tragique d'Angers , 224
Brevet de Conſeiller d'Etat donné à M. l'Abbé
d'Hervault , 226
Obſervations de M. Spon ſur les Fievre: & les
Febrifuges , -228
Divertiſſemens d' Andely , 227
3
Fin de la Table.
EX
0363033
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
t
duRoy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
* QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le remps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenfes
font faitesà tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver&debiter
ledit Livre ſans le confentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny. Planches
fervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende,&
confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi queplus au long il eſt porté au
ditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678.Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilegevà
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
31. Ianvier 1681 .
i
Γ.
MERCURE
GALANT.
JANVIER 1681 .
N
Ous entrons, Madame,
dans la cinquiéme
année de
noftre commerce .
Il ſeroit peu furpre
nant qu'il duraſt toujours , s'il eſ
toit particulier ; mais en le rendant
public ,vous m'avez mis en
péril de m'attirer le dégouft des
Curieux , & de me faire impoſer
filence.C'eſt un chagrin quej'aurois
eu peine à éviter fous un au-
Ianvier 1688 A
12 MERCURE
tre Regne. Tout s'y paſſant avec
moins d'éclat, de quelques Nouvelles
qu'oneuſt trouvé mes Lettres
remplies , on ne ſe ſeroit pas
contenté du peu d'ornement que
je leur preſte. Mon bonheur eſt
de m'eſtre fait voſtre Hiſtorien
dans un tempsoù les Actions parlent
d'elles-meſmes , & n'ont beſoin
d'aucun embelliſſement. En
vit-onjamais de plus extraordinaires
que toutes celles du Roy ?
J'ay accoûtumé au commencementde
chaque année de ramaffer
en un ſeul Article ce qui a
plus d'étenduë das les premieres
de toutes mes Lettres. C'eſt réduire
en un ſeul Corps diférens
Panégyriques, qui vous font connoître
ce que ce Grand Prince a
fait d'étonnant pendant chaque
mois, pour ſa propre gloire , pour
celle de ſon Etat , & pour le bien
de
1
GALANT. 3
deſesPeuples. Cet ordre quej'ay
obſervé depuis quatre ans , me
ſerviroit encor aujourd'huy de
regle , fi le trop de choſes nou--
velles que je trouve à vous en
dire, ne m'empeſchoit de reprendrele
paſſé. Je ſeray meſme contraint
, parmy le grand nombre
dont je pourrois vous entretenir,
de ne m'arreſter qu'à celles qui
n'ont jamais eu d'exemples. Auroit-
on pû croire que l'on fuſt capable
d'en faire encor de cette
nature , & qu'apres que l'on a dic
tant de fois depuis pluſieurs Siecles
qu'on ne peut rien voir ny
rien faire de nouveau , Loürs LE
GRAND ne paſſaſt preſque aucun
mois ſans le marquer par
quelque Action qui fuſt ſinguliere
a Celles que j'ay à vous rapporter
ſont ſi élevées , qu'on ne
lit rien de ſemblable dans aucune
A ij
4 MERCURE
Hiftoire. Chaque Etat a eu de
tout temps de fort Grands Hom-,
mes , & il n'y en a eu aucun qui
n'ait fait quelque choſe d'aſſez
éclatant pour faire parler toute
la Terre mais s'ils ſe ſont diſtin- ,
guez par làde beaucoup de Princes
, dont le ſeul nom conſervé
nous apprend qu'ils ont veſcu,
ils n'ont fait que ſuivre les traces
de ceux qui avoient déja acquist
la qualité de Héros ; & ce qui eftoit
extraordinaire en eux à l'égarddes
autres Hommes, ne l'eftoit
point à l'égard de ces Héros
qu'ils n'avoient fait qu'imiter. Il
n'en eſt pas de meſme de noſtre
auguſte Monarque. Tout ce qu'il
fait tous les jours,eſt tellement au
deſſus des Modeles de valeur , de
bonté , de justice, & de prudence
, que nous ont laiſſez les plus
Illuftres de l'Antiquité,qu'on peut
:: dire
GALAN T.
-dire qu'en ſe faiſant admirer, il ne
doit rien qu'à Luy-méme.Ce font
Actions uniques,qui n'ayant point
de pareilles , n'entrent en comparaiſon
avec aucune autre , & qui
-luy donnent cet avantage particulier
, que ſans avoir imité perſonne,
il a la gloire de s'eſtre ren .
du inimitable. Je ne rappelleray
point cette modération inoüye
qui luy a fait donner la Paix à
l'Europe au milieu de ſes Victoires.
C'eſt un effort fur Luy- melme,
qui ne ſera jamais oublié.
Toutes les Nations du Monde ,
l'Airain , le Cuivre , le Marbre,
tout en a parlé. Tout en parle encor
à tous momens , & tout en
parlera éternellement. Apres ce
triomphe,qu'il eſt plus facile d'admirer
que de.comprendre, tant il
demande une vertu conſommée,
il ſembloit que la matiere d'un
A iij
6 MERCURE
autre,auffi extraordinaire & également
unique , ne pourroit jamais
s'offrir. Celuy qui a ſuivy ce
premier , paſſoit d'autant plus les
forces de l'Homme , que pour
l'obtenir , il falloit eſtre entierementdétachédes
ſentimens d'intereſt
qui font faire tous les jours
les plus grandes injustices aux
Gensles plus équítables,mais que
ne peut point un Roy accoûtumé
à ſe vaincre, & quel intereſt toucheroit
un coeur qui a pû affez ſe
commander pour dédaigner des
conqueſtes ſeûres , quand le repos
de laTerre a voulu ce ſacrifice
? L'Action qui a donné lieu
à ce court Eloge , a fait bruit par
tout, & elle eſt telle, que je doute
fort qu'on puiſſe en marquer
toute la grandeur. S'il en eſt de
petites que la Renommée groffit,
ilen eſt d'autres ſi grandes,qu'on
ne
GALANT. 7
ne peut qu'en affoiblir le mérite
en les voulant élever . Celle- cy
eſt de ce nombre. Vous en jugerez
par les circonstances.
Sa Majesté avoit droit de rentrer
dans tous les Fonds alienez
qui font au dela des limites de
l'ancienne Enceinte des Murailles
de Paris. Tout cela eſtoit de
fon Domaine. Beaucoupde Particuliers
avoient baſty fur ce
Fond ; & ceux qui eftoient chargez
de faire le Recouvrement
pour le Roy , vouloient ſe mettre
en poſſeſſion de leurs Maiſons.
Les Proprietaires y ayant formé
oppoſition fous le bon plaifir de
Sa Majesté , on porta l'Affaire au
Conſeil d'Etat du Roy, ce Prince
y eſtant préſent. Ses prétentions.
eſtoient fondées ſur un droit fi
légitime , que dans la rigueur de
la Juſtice , les Oppoſans ne pou-
た
A ilij
8 MERCURE
voient éviter de perdre leurCauſe.
Enfin apresavoir écouté l'Avis
de pluſieurs Conſeillers d'E ,
tat& Maiſtres des Requeſtes,qui
eurent la liberté de parler pour
& contre , ce qui ne ſe fait que
dans les Regnes heureux,& fouς
les Princes qui comptent le Bien
de leurs Peuples pour leur plus
grand avantage ; le Roy , qui avoit
paffé pres de trois heures le
matin , & cinq l'apreſdînée a entendre
le Raport , & ces diferens
Avis , prononça contre Luy-méme
en faveur de ſes Sujets, & eut
labonté de dire , que quoy qu'il
euſt entendu des raiſons tres-fortes
pour ſes intéreſts,& qu'il connuſt
bien que fa Cauſe eſtant fort
juſte , il gagnoit pluſieurs millions
en la gagnant , il ne vouloit pas
juger à ſon avantage , parce qu'il
ſe paſſeroit bien plus aiſément des
fom
GALANT.
9
•ſommes qui luy devoient revenir,
- que le grand nombre de Particuliers
qui estoient intéreſſez dans
cette Affaire. Vous obſerverez,
Madame , que dans ces fortes de
conſeils le Roy eſt toûjours le
Maître, qu'il n'y fait que demander
les Avis , & que ſans y avoir
aucun égard, il peut donner tel
Arreſt qu'il veut. Cette marque
de ſon extréme bonté pour ſes
Sujets, ne fut pas la ſeule qui accompagna
ce Jugement. On luy
propoſa divers Accommodemens
dont les Intéreſſez auroient eſté
fatisfaits , parce qu'eſtant obligez
de ſe condamner eux- meſmes, ils
ſe ſeroient eſtimez heureux de
ne pas tout perdre ; mais ce grand
Prioce , qui n'eſt né que pour les
choſes extraordinaires , & qui ne
ſçait ce que c'eſt que faire à demy
des graces , ne voulut rien
Av
T1O0 MERCURE
écouter. Cette Action qui tient
du miracle, trouveroit ſans doute
la Poſterité incrédule, ſi elle n'eftoit
une ſuite des merveilles qui
rendent la Vie de Sa Majesté la
plus illuftre de toutes les Vies.
Quels avantages ne devoient pas
s'en promettre ſes Sujets , apres
que les Peuples de l'Europe avoient
fait une ſi heureuſeépreuve
de ſa clemence ? Une vertu eft
le degré glorieux qui mene à une
autre ;&quand une Ame vrayement
héroïque a pris l'habitude
de ſe vaincre ſur ſes propres intéreſts
, elle eſt ſeûre de gagner
autantde triomphes ſur elle-mefme,
qu'elle ſe propoſe d'en remporter.
Que de Familles ſe trouvent
comblées de joye par un
Arreſt qui leur eft fi favorable!
Que de benedictions on donne
partout àl'incomparable Monarque
GALANT . I if
que qui l'a fait rendre ! Que de
proſpéritez luy ſont ſouhaitées !
& quand on forme de ſi juſtes
voeux, quel plaiſir pour moy d'eftre
l'Interprete de ce qui oblige à
les former : Mon zele me trompe.
Je cherche inutilement des termes
auſſi relevez que l'Action.
Ce qu'on trouve ſans exemple
n'eſt pas aifé à décrire. La grandeur
& la nouveauté de la matiere
accablent en étonnant ; &
quelques hautes idées qu'on en
prenne , on ne la conçoit qu'imparfaitement.
Je la quite pour
vous donner un nouveau fuje
d'admiration . Vous venez de voit
le Roy ſe dépoüiller de ſes inté
refts , pour conſerver ceux de
Particuliers . Vous l'allez voir s'a
pliquer uniquement avec une
bonté ſurprenante , à chercher
ce qui peut récompenfer la var
S
leur
12 MERCURE
leur de ſes Sujets , qui en le fervant
travaillent pour la gloire de
leurPatrie.
Vous avez oüy parler de l'Ordre
de Chevalerie de Noftre-
Dame de Mont Carmel , & de
S. Lazare , que Henry IV. a renouvellé
. Le Bien de cet Ordre
conſiſtoit en pluſieurs Commanderies,
qui ſous le nom de Maladreries
eſtoient devenuës autant
d'Hôpitaux. Ces Maladreries eftoient
tombées par ſucceſſion de
temps entre les mains de divers
Particuliers , qui fans les entretenir,
en convertiſſoient le Revenu
à leurs ufages ; & enfin Sa Majeſté
ayant appris cette diffipation,&
confiderant d'ailleurs que
les Maladies pour lesquelles on
avoit fondé ces Hôpitaux , n'avoient
plus de cours, Elle a retiré
les Biensde ces deuxOrdres pour
les
:
GALANT.
13
lesdonner àdes Malades illuſtres,
qui ne laiſſent pas d'avoir encor
affez de force pour ſervir l'Etat.
Ainſi les Fonds , dont une partie
eſtoit deſtinée pourles Hôpitaux,
feront toûjours employez à des
uſages qu'on voit qui répondent
à l'intention des Fondateurs, puis
que le Roy les voulant diſtribuer,
a choiſydans ſes Armées ce qu'il
y ade plus braves Officiers , qui
ontſervy pendant vingt- cinq ans,
& qui portent d'honorables marques
de leurs ſervices. On a fait
venir tous ces Braves à la Cour.
Monfieur Félix, Premier Chirurgien
du Roy , a viſité leurs bleſ
fures, & Sa Majeſté a fait enſujte
un choix équitable , qui marque
la parfaite connoiſſance qu'Elle a
de tous ceux qui ont répandu
leur ſang pour ſe ſignaler. Elle a
fait par là un tres-grand nombre
d'Heu
14
MERCURE
d'Heureux ; & ils le font meſme
de plus d'une forte. Ils font heureux
par le revenu qui leur eſt
donné,heureux par la gloiredont
ce choix les couvre , & bien plus
heureux encor d'eſtre dans le
fouvenir d'un grand Roy de la
Terre , & de ſe voir reconnus
pour Braves par un Prince qui
ſçait fi bien diftinguer le vray &
le faux mérite. Vous pouvez juger
, Madame, combien cette récompenſe
va inſpirer de valeur.
Elle doit faire trembler les Ennemis
de la France , pour qui ſansdoute
il ſera tres- dangereux d'avoir
en teſte des Gens animez par
cet exemple Officiers , Soldats,
tout eſt ſeûr de ne plus avoir à
effuyer de bleſſures , que toft ou
tard ces marquesd'hõneur ne les
mettent en repos pour le reſte de
leurs jours,puis que files Officiers
ont
GALANT. is
ontdesCommanderies de S. Lazare
, les Soldats peuvent entrer
dans les Invalides,où l'on eſt traité
d'une maniere à rendre le plus
heureuxde nos Ennemis envieux
de ce bonheur.
-Quoy que ces deux Actions
foient fort éclatantes,elles ne font
pas les ſeules qui ayent marqué
dans le meſme Mois, le ſoin qu'a
le Roy du bien de ſes Peuples
J'ay à vous parler d'une troifiéme
qui regarde la Juſtice. Les Coû
tumes &Ordonnances imprimées
desRoys , estoient ſeulement ce
qu'on confultoit en France. Le
Droit François n'y avoit jamais
eſté enſeigné ; & fi pendant plufieurs
Regnes , on avoit parlé
d'en faire donner des Leçons publiques,
ce deſſein avoit toûjours
trouvé des obstacles , fans qu'on
l'euſt executé... C'eſt une gloire
qui
16 MERCURE
qui ſemble avoir eſté reſervée au
-Roy. Ce Prince ne s'eſt pas conrenté
de faire établir une Etude
fi utile , il a fait auparavant publier
une Ordonnance , par la
quelle on ne peut plus eſtre re
çeu Avocat , qu'on n'ait pris publiquement
des Leçons de Droit
pendant un nombre d'années.
C'eſt le moyen de ne plus avoir
que des Juges éclairez , &d'éviter
les abus que l'ignorance peut
faire commettre au Jugement des
Procés . J'ay oublié de vous dire
que quand il plût à Sa Majesté
de perdre le ſien , Monfieur de
Lamoignon de Baville, Fils de feu
Monfieur le Premier Préſident,
& Frere de Monfieur l'Avocat
General qui porte ce nom , fit le
Raportde cette importante Affai
re , avec une netteté qui charma
le Roy, & tout fon Confeil. Cette
glo
GALANT. 17
glorieuſe Perte a donné lieu à
Mademoiſelle de Scudéry, de fairele
Madrigal que j'adjoûte icy.
F
:
AU RO Υ.
Aut- il donc toûjours vaincre
&forcer des Murailles ?
N'aurons- nous des Héros que par
des Funerailles ?
Non pour vous , GRAND LOUIS,
tout devient glorieux ;
Et le Monde étonné,doute quelvaut
le mieux ,
Ou perdre des Procés , ou gagner
des Batailles.
Pluſieurs Perſonnes ont écrit
fur la mesme Affaire. Vous le
pouvez voir par ce ſecond Madrigal.
Tant
-18 MERCURE
AAnntt ddeeggrraands diférens , malgré
tant de hazars ,
Ont estédécidezpar Vous au Champ
de Mars.
Par les fanglans efforts d'une valeurextréme,
Y
Vous avez fait trembler vos plus
fiers Ennemis ;
Mais dans le Temple de Themis ,
En décidant contre Vous- même,
Vous rendez les Dieux, & les Penplesamis.
Ces Vers ſont de Monfieur le
PreſidentGontier de Longeville;
&ceux qui ſuivent , deMonfieur
de C.
REgler ttoouuttdans la Paix,vain-
D'un abfolu pouvoir calmer toute la
Terre
A
GALANT. 19
A tous ſes Ennemis avoir donné des
Loix ;
C'est estre au plus haut point de la
GrandeurSupreme :
Fourfauverſes Sujets , juger contre
Soy-mesme,
C'est estre le meilleur des Rois.
Je croirois ne vous avoir fatisfaite
qu'à demy ſur ce qui regarde
les Commanderies de S.Lazare,
ſi apres vous avoir dit que le
Roy en a fait la récompenſe de
ceux qui portent des marques de
leurs Services , je n'ajoûtois pas
lesNomsde ces braves Officiers ,
& la quantité du Revenu qui a
eſté donné à chacun. En voicy
une Lifte fort exacte.
Grands-Pricurez old
Monfieur deChaſteau-Regnaut,
Chefd'Eſcadre, 60001
Monfieur de la Rabliere , Meſtre
de
20 MERCURE
de Camp, & Brigadier de Cavalerie,
: 60001.
Monfieur Bulonde , auffi Meſtre
de Camp , & Brigadier de Cavalerie,
60001.
Monfieur de Rivarolles , Meſtre
de Campde Cavalerie du Regiment
Royal Piemont, 60001.
-Monfieurde Montchevreüil,Colonel
du Régiment du Roy
- d'Infanterie,
Commanderies.
6000 1.
Monfieur de Vatteville , Meſtre
*** de Camp.& Brigadier de Cavalerie,
Monfieur de Sauſſay , Mestre de
30001.
Camp de Cavalerie, 3000 1 .
Monfieur Dauzon , Meſtre de
Camp de Cavalerie, 30001.
Monfieur de Bellegarde , Meſtre
de Camp de Cavalerie, 3000 1.
Monfieur de S.Sylvestre , Meſtre
* de Camp deCavalerie,30001.
Mon
GALANT.. 21
Monfieur Davejan , Capitaine
aux Gardes,
Monfieur de S.Germain,Capitaine
auxGardes,
Monfieur des Alleurs , Capitaine
30001.
3000 1.
auxGardes, 30001
Monfieur Valkerk,Capitaine aux
Gardes Suiffes , 30001
Monfieur de la Forest , Lieutenant
Colonel des Dragons du
Colonel, 30001.
Monfieur de Givry , Lieutenant
Colonel des Dragonsdu Royal
, 3000.11
Monfieur le Chevalier de Souvré
, Colonel du Regiment de
Navarre, 30001.
Monfieur Mathieu Caſtelas, Colonel
du Regiment de la Marine,
30001.
Monfieur de Guillerville, Lieutenant
Colonel du Regiment de
Normandie, 30001.
Mon
22 MERCURE
Monfieur Polaſtron , Lieutenant
Coloneldu Regiment du Roy,
30001.
Vaiſſeau, ...21001.
Monfieur Panchis , Capitaine de
Monfieur de Montbas, Meſtre de
Camp de Cavalerie, 210P 1.
MonfieurdeChevilly,Lieutenant
- Colonel du Regiment Dauphin,
.... 21001.
Monfieur de S.Pierre de Lauzier,
Lieutenant Colonel des Dragons
de Theſſe, 21001.
Monfieur de Villechauve , Lieu-
- teuant Colonel du Régiment
Royal d'Infanterie, 21001.
Monfieur deRefuges , Capitaine
- aux Gardes, -20001.
Monfieur de Fourilles, Capitaine
auxGardes, 30001 .
Monfieur de Montpapoul, Sous-
Lieutenant des Mouſquetai
res," 2000 1 .
1 Mon
GALANT.
23
Monfieur de la Fouchardiere,
Exempt des Gardes du Corps,
2000 1 .
Monfieur de S.Vians,Exemptdes
Gardes du Corps , 2000 1.
MonfieurdeMannevillette, Lieutenant
auxGardes , 20001.
Monfieur d'Arbouville , Lieutenant
aux Gardes, 20001.
Monfieur Damoreſan,Lieutenant
aux Gardes, 2000 1.
Monfieur de Rozamel , Sous-
Lieutenant des Gensdarmes
Flamans , 20001 .
Monfieur Cornelius Capitaine
de Cavalerie du Regiment
Dauphin 2000 1 .
Monfieur Caſteja , Meſtre de
Camp & Capitaine de Cavaleriedu
Regiment d'Enguyen,
2000 1 .
Mr de Vienne , Capitaine Reformé
de Buſſy de Cavalerie,
2000 1. Mon
24 MERCURE
Monfieur Valker, Capitaine Re
formé de Vivans de Cavale-
4
rie, 20001.
Monfieur de Neuville de Beau-
..vais,Capitaine Reformé d'Orleans
de Cavalerie, -
Monfieur Carles, Capitaine Re-
2000-1.
formé de Quinçon de Cavale
rie, 2000 1.
Monfieur le Chevalier de Buf
fan , cy-devant Capitaine de
Cavalerie, 2000-1.1
Monfieurde Bezons , Meſtre de
Camp de Cavalerie, 20001.
Monfieur Bercourt, Capitaine de
Cavalerie,
"
2000 1 .
Monfieur de Garenciere , Capitaine
de Cavalerie, 2000 1.1
Monfieur de Cadrieux, Capitaine
de Cavalerie, 2000-1.
Monfieur Dalou , Meſtre de
Camp, Capitaine au Regiment
de Villeroy20001
Monfieur
GALANT.
25
Monfieur Dubourg, Inſpecteurde
4
Cavalerie, $2000 1.
Monfieur de la Haye , Major
des Dragons de Barbezieres ,
2000 1 .
Monfieur de Lafré,Capitaine des
Dragons du Royal, 20001.
Monfieur de Laubanie , Lieutenant
Colonel du Regiment de
la Ferté, 20001.
Monfieur de Riépert, Lieutenant
Colonelde Provence, 2000 1.
Monfieur de Creſpy , Major du
Regiment du Roy, 2000 1.
Monfieur Darbon , Major de Picardie,
20001.
Monfieur de Villemandor ,Lieutenant
Colonel de Picardie,
20001.
Monfieur de Viſſac , Major dur
Regiment Royal ,
Monfieur Preſchac ,
Champagne,
Janvier 1681.
20001.
Major de
20001.
B
1
26 MERCUR E
Monfieur Decour , Major de la
Fere, 2000 1.
Monfieur le Comte du Luc, Са-
pitaine de Vaiſſeau , 2000 1. •
Monfieur Langoulin , Capitaine
de Vaiſſeau, 20001.
Monfieur Damblimont, Capitaine
de Vaiſſeau , 2000 1.
Monfieur de Luſancy, Sous-Lieutenant
aux Gardes, 1800 1.
Monfieur de S.Alvert,Sous- Lieutenant
aux Gardes,
Monfieurde Marcilly,Sous-Lieutenant
aux Gardes,
Monfieurde Cheviré,Sous- Lieu-
18001 .
1800 1.
tenant aux Gardes, 1800 1.
Monfieur de Vignault, Capitaine
au Regiment Dauphin d'Infanterie,
18001.
Monfieur de Salerne , Capitaine
au Regiment de Sault, 18001.
Monfieur Chevalier, Ingénieur à
Fribourg, 18001.
Mon
GALANT .
27
Monfieur de Calvimon, Capitaineau
Regiment du Roy d'Infanterie,
18001.
Monfieur Renier , Capitaine de
Vaiſſeau, 18001.
Monfieur de S.Ferré , Enſeigne
auxGardes, 12001
Monfieur de Cambes Brigadier
des Gardes du Corps, 1200
Monfieur Clozieux , Sous - Brigadierdes
Mouſquetaires Blancs ,
1200 1.
Monfieur Boucaud , cy-devant
Meſtre de Camp de Cavalerie,
I 2001.
Monfieur Darnaud , cy-devant
Capitaine de Cavalerie,1200 L.
Monfieur Raventun , Capitaine
au Regimet de Navarre, 12001.
Mr de S. Amadoux , Capitaine
d'Orleans d'Infanterie, 12001.
Monfieur Cantan , Capitaine de
Navarre, 1.2001.
Bij
28 MERCURE
:
Monfieur Deſtailleux , Capitaine
de Bourgogne, 12001.
Monfieur la Greffiere , Capitaine
au Regiment des Vaiſſeaux,
12001.
Monfieur Gregoire,Capitaine de
Dampierre, 1200 1.
12001.
Monfieur Carinau, Capitaine de
Champagne,
Monfieur Banny , Premier Capitaine
du Regiment Lyonnois,
1200 1 .
Monfieur Franchebroüillé,Capitaine
de Navarre, 1200 1.
Monfieur de Rey , Capitaine au
Regiment Dauphin Infanterie,
12001.
Monfieur Genſac , Capitaine de
Picardie, 1200 1.
Monfieur de la Mottemarcé, Capitaine
de Navarre , 12001.
Monfieurde la Fitte,Capitaine de
Piémont, 1200 1.
Mon
GALANT.
29
Monfieur Boiſveau, Capitaine de
Bourgogne, 12001.
Monfieur Deſregards Capitaine
de la Marine, 1200 1.
Monfieur d'Argouft,Ayde- Major
d'Auvergne, 12001.
Monfieur de Ligny, Capitaine de
Piémont, 1200 1.
Monfieur de la Touche,Capitaine
de Feuquieres, 12001.
Monfieur Douy , Capitaine de la
Marine, 12001.
Monfieur de Louze,Capitaine de
Vermandois, 12001.
Monfieur Mauroux,Capitaine de
S.Laurent,
de Piémont,
12001.
Monfieur de Balzac , Capitaine
12001.
Monfieur de S.Thomas , Capitai
ne d'Alface , 12001 .
Monfieur de Rift , Lieutenant de
Vaiſſeau , 12001.
Monfieur de Saujon, Lieutenant
Biij
30 MERCURE
deVaiffeau, 12001.
Monfieur Sicard , Lieutenant de
Vaiſſeau, 12001.
Monfieur de la Trouſſe, Enſeigne
auxGardes, 9001.
Monfieur Bourſonne , Enſeigne
auxGardes. १००1.
Monfieur Cordaye,Maréchal des
Logis des Gensdarmes de
Bourgogne, 900 1.
Monfieur Malherbe , Garde du
Corps, १००1.
Monfieur de laCheſnaye, Garde
duCorps, 9001.
Monfieur de Fontenay , Garde
du Corps, १०० 1.
Monfieur Dugué , Mouſquetaire
Blanc, ໑໐໐1.
Monfieur Planque,Mouſquetaire
Blanc, ९ १००1.
Monfieur Daiffe , Moufquetaire
Blanc, e
५०० 1.
Monfieur Danjou,cy-devant Capitaine
GALANT.
31
pitaine de Cavalerie, 900 1.
Monfieur de la Roche , Lieutenant
dans Tilladet,de Cavalerie,
9001.
Monfieur de Neufville , Lieutenant
Reformé de Langallerie,
9001.
Monfieur de l'Etoile , Lieutenant
Reformé d'Orleans de Cavalerie,
१००-1.
Monfieur du Saufier, Lieutenant
dans ledit Regiment d'Orleans,
9001.
Monfieur Gouſſolles, Lieutenant
dans la Vallete, १००1.
Monfieur de Bains , Lieutenant
: dans Orleans, १००1.
Monfieur Blin, l'aîné , Lieutenant
Reformé du Regiment du
Chevalier Duc, 9001.
Monfieur Blondelot , Lieutenant
dans la Rabliere , 9001.
Monfieur Monteclair , Lieute-
B iiij
32
MERCURE
nant Reformédudit Regiment
de la Rabliere , १००.1.
Monfieur de Senneville , Lieutenant
des Dragons Royal,9001 .
Monfieur de la Pierre , Lieutenant
des Dragons du Color.el,
१०० 1.
Monfieur Borelly,Lieutenant des
Dragons de Pinſonnel, 900 1 .
Mõſieur Deſchamps, Lieutenant
des Dragons de Barbezieres,
900 1.
Monfieur de Laburth , Cornette
Reformé des Dragons de Liftenois,
4
१००1.
Monfieur Daugicourt , Capitaine
de la Reyne d'Infanterie,
१०० 1.
Monfieur du Quayla , Capitaine
de Picardie, १००1.
Monfieur Lamagnane , Capitaine
du Dauphin d'Infanterie,
१००1.
Mon
GALANT.
33
Monfieur Geſombec , Capitaine
dans Navarre , 900.1.
Monfieur Luroy , Capitaine dans
Navarre, 9001
Monfieur Breſſy , Capitaine des
Fuzeliers, 9001.
Monfieurde la Petitiere, Capitaine
dans les Vaiſſeaux, 9001.
MonfieurTangy , Capitaine au
Regiment du Roy, १००1.
Monfieurde Bar , Capitaine dans
Piemont, १००1.
Monfieur de Villaformiou, Capis 1
taine dans Rouffillon, 900 1.
Monfieur Lurcy , Capitaine dans
Navarre, 9001.
Monfieur Duboſe , Capitaine
dans Piemont, १०० 1 .
Monfieur Duhaget , Capitaine
dans leRoyal, そ900 1.
Monfieur Dogerville, Lieutenant
dans les Vaiſſeaux, १००1.
Monfieur Montenot , Liente-
Bv
34 MERCURE
nant dans le Dauphin, 900 1.
Monfieur de Montigny , Capitai-
: ne dans les Fuzeliers ,
Monfieur Ferrier , Lieutenant
१००l ..
dans Navarre, 9001.
Monfieur de la Motte , Major de
la Citadelle de Lile, १००1.
Monfieur de Guigneville , Capitaine
Reformé dans Sainte
Maure, 900 1.
Monfieur Molé , Major de Rocroy,
१०० 1.
Monfieurde Braiſne,Enſeignede
Vaiſſeau, १०० 1..
Un ſi grand nombre de Noms,
vous aura ſans-doute cauſe de
l'étonnement. Rien ne prouve
mieux,que ſi on veut eſtre récompenſé
, c'eſt dans un Royaume
auſſi floriſſant que la France , &
fous un Roy auſſi éclairé , & auſſi
juſte que le noſtre,qu'il faut cher
cher
GALANT.
35
cher à ſervir. Comme parmy tant
de Noms on en peut avoir oublié
quelqu'un , & qu'il eſt même impoſſible
qu'on les ait aſſez bien lûs
pour ne s'étre pas trompé à pluſieurs
lettres,je remédîray le Mois
prochain à ces manquemens , fi
l'on m'avertit qu'il y en ait.
Il me reſte à vous entretenir
de l'ouverture des Leçons du
Droit François. Elle fut faite le
vingt- huitieme Decembre par
Monfieur de Launay , Avocat en
Parlement , pourveu par Sa Ма-
jeſté de la Charge de Profeſſeur
de ce Droit. Un pareil Employ,
donné dans un temps où l'on ne
ſe ſert que de Gens tres- éclairez,
vous eſtune preuve de fon méri-
: te. Voicy un Extrait du Difcours
qu'il fit à cette ouverture. Ildit
d'abord. Que l'établiſſement du
Droit François,doit faire espereru13
bien
36 MERCURE
bien univerſel pour tous les ordres
de la Justice,& parla de la difficuttéd'enſeigner
le Droit du plus ancien
, & du plus floriſſant Empire
de la Chreſtienté. Il fit voir enfuite
, qu'entre les Arts que les
Hommes ont inventez, ceux qui ont
eu un plus favorable accueildans
Le monde, ne font arrivezà leurperfection
que par diférens dégrézy
& une longue ſuite d'années , &
que c'est une maxime conftante quela
gloire du premier effort est toujours
bien éloignée de la derniereperfection.
Il enrapporta quelques
exemples. Cette maxime préſupoſée
, il dit , Qu'il avoit ſujet de
croire qu'on voudroit bien excufer
toutes les imperfections,quiſe pourroient
rencontrer dans l'exécution
du deffein dont ilſe voyoit chargé,
puis qu'il faut avoir une grande
étendue deconoiſſancepourramaffer
1
less
:
GALANT.
37
こ
Les Loix , les Coûtumes, & les va
ges de tant de Provinces qui n'ont
presques riende commun entr'elles;
que cet ouvrage demandoit leſens
de plusieurs teftes , & le loisir de
pluſieurs années. Apres avoir marqué
par d'autres raiſons que la
perfection de toutes chofes ne
s'acquiert qu'avec le temps,il dit,
Qu'il avoit lieu d'esperer des or
dres du Roy, ce qu'ilne pouvoit attendre
de la mediocrité de son ef
prit ; que tout ce que ce Prince em
treprenoit ayant une fin heureuse,
le deſſein de faire fleurir l'Etude
des Laix dansſon Royaume,ne pou
voit avoir qu'un avantageux ſuscés.
Il ajoûta, Que lagloire de ce
Grand Monarque neferoit pas par
faite,ſiſa justice ne diſputoit àfa
generofité qui à l'envy feroit son
premier éloge. Il fit voir enſuite,
Qu'iln'ya rien de plus neceſſaire ,
ny
38 MERCURE
ny mesme de plus glorieux à un
Etat , que de rendre la connoiſſance
de ces Loix publique. Pour le
prouver , il donna l'exemple des
Perſes qui envoyoient leurs Enfans
aux Academies pour y apprendre
les Loix de leurs Païs,
comme les Grecs y envoyoient
les leurs afin qu'on leur enſeignaſt
la Grammaire de leur Langue.
Il prouva, Que chez les Gau-
Lois dont nous defcendons , la Scien
ce des Sacrifices , & celle des Loix,
estoient en pareille recommandation
; & que les Druïdes en exerçant
leurs Diſciples , leur faisoient
apprendre par coeur leur Doctrine,
qui conſiſtoit , dans la Religion &
dans la Iustice ; que c'estoit de là
que dependoit le falut du Peuple,
&la conſervation de l'Empire , &
qu'on avoit cu raison de mettre l'ignorance
des Loix dela Patrie parmy
GALANT.
39
my les choses qui devoient estre en
execration ,fur le fondement de la
divine Parole du Prophete Royal,
IL N'A PAS VOULU APPRENDRE
A FAIRE LE BIEN QU'IL DOIT
FAIRE. Il dit encor , Que l'igno
rance des Loix qui regnent en chaque
Païs , estant criminelle , l'établiſſement
que Monfieur le Chancelier
procure aujourd'huy à la
France , est un bien univerſel qui
doit renouveller tout l'Etat , qui
doit remplir de Gens sçavans tous
les ordres de la Iustice ; & que nôtre
Posterité , que cet établiſſement
rendra heureuse, benira éternellement
la ſageſſe incomparable de ce
Ministre qui jette aujourd'huy les:
fondemens de fon bonheur. Il parla
enfuite du Droit Romain avec
beaucoup d'avantage, & dit, Que
ce n'estoit pas faire honneur à la
France, que nous y vouloir affujetir;
qu'e lle
40 MERCURE
qu'elle avoit cu de tout temps des
Loix Domestiques , des Loix fingulieres
, qui avoient composé Son
Droit Civil , mesme pendant qu'elle
estoit ſous la domination des Romains.
Dela preuve de toutes ces
choſes , il paſſa à l'utilité, & mef
me la neceffité d'enſeigner le
Droit François. Ildit, Que tout le
monde demeuroit d'accord, qu'il n'y
avoit pas moins de commodité que
d'avantage à l'enseigner en nostre
Langue , qui est aujourd'huy opulente
& noble , & presque aussi élevée
que la Latine& la Grecque;
que ce feroit luy faire grand tort
que d'avoir recours àune IurifprudenceEtrangere
,pour repréſenter
une Iurisprudence qu'elle a formée,
qu'elle a revestuë de tous les ornemens
qui la peuvent faire paroiſtre
agreable , qu'elle a enrichie
de tous les termes neceſſaires
GALANT. 41
res pour la rendre intelligible àtout
le monde. Il pourſuivit en montrant
, Qu'il avoit estéſagement
dit , que preferer une Langue Etrangere
à Sa Langue Maternelle
, estoit preférer une Concubine à
Sa legitime Epouse , ou du moins le
visage d'une Courtisane couvert de
plaftre , à la beauténaturelle d'une
honneste Femme. Le destin de
La Langue Françoise , dit- il , est
trop heureux pour tomber dans ce
mépris , &noftre Langue a droit
de tout esperer du Ministre , qui
orné de tant d'autres connoissances
, ne laiſſe pas de la proteger ;
mais aussi ce Ministre a droit d'ef
pérer d'elle , que la gloire qui eft
duë à ſes ſervices , accompagnez
d'une fidelité incorruptible ,& d'une
vigilance infatigable , ne s'éfacera
jamais de la mémoire des Hommes.
Il continua en difant , Qu'il
fe
42 MERCURE
ſe trouvoit indispensablement obligéde
se fervir de nostre Langue,
parce que Loüis XII. ayant ordonné
que toutes les Procedures Criminelles
, & François I. que tous les
Actes Publics redigez par les Greffiers
, &par les Notaires , fuſſent
écrits en François, ceferoit contrevenir
en quelque forte à leurs Ordonnances,
que de parler de ces cho-
Sesen une autre Langue. Il rapporta
là- deſſus qu'un grandPerſonnage
du dernier Siecle , avoit dit
avec beaucoup de raiſon , Que
rien ne l'étonnoit tant , que de voir
un Peuple obligé àsuivre des Loix
qu'il n'entendoit point , de levoir
attaché en toutes fes Affaires domestiques
, Mariages , Donations,
Testamens , Achapts , Ventes ; de le
voir , dis -je , attachéà des Regles,
& à des Maximes qui n'estoient
ny écrites , ny publiées en ſa Langue.
GALANT. 43
:
gue. Il ajoûta , que ceferoit encor
contrevenir à l'exemple de tous les
Peuples de la Terre , chez qui depuis
la Creation du Monde , l'on
n'avoit enseigné les Sciences qu'en
Langue vivante , & maternelle ,
que les Gaulois , les Egyptiens
les Perfes , les Grecs , & les Romains
, n'avoient jamais emprunté
-le fecours d'aucune Langue Etrangere
pour faire apprendre les Mys-
-teres de leur Religion , ny les Maximes
de leur Iurisprudence ; Que
-ce n'estoit pas d'aujourd'huy qu'on
avoit eu lamesme pensée en Fran-
-ce; que Monsieur le Chancelier de
Lhôpital avoit proposé autrefois de
fonder des Colleges dans Paris , pour
I enseigner les Sciences en nostre
Langues Que Monsieurle Cardinal
du Perron poussé par le mesme
Zele , avoit formé le meſme deſſein;
mais que l'accompliſſement de ce
grand
44 MERCURE
grandProjet estoit reservéà Menfieur
le Tellier, aujourd' buy Chancelier
de France , que son jugement
qui conduit toûjours l'inclination
qu'ila de faire du bien , luy avoit
fait trouver ce nobleSecret,de joindre
à la gloire du Roy le bonheur
de ſes Sujets,&d'attirer à Sa Majesté
les benedictions de tous ceux
qui vivent , ou qui viendront a-
-pres nous, en reconnoiſſance du bien
que cet Etabliſſement doit procurerà
toute la France ; que cette
Institution publique du Droit François
, apporteroit le remede au mal
qui nous afflige , puis que l'ignorance
de nos Ordonnances , de nos
Coûtumes , & des veritables Maximes
du Palais , estoit la veri.
table cauſe de la Chicane qui infecte
la focieté civile. Il marqua
en ſuite , Qu'il alloit prendre un
chemin où il ne trouveroit ny guide;
GALANT.
45
eny
de , ny compagnie , mais qu'ilfalloit
obeïr aux ordres du Roy , qui
apres avoir imposé des Loix àtou-..
te l'Europe, en luy donnant la Paix,
n'avoit point d'autre pensée quede
rendre la France heureuse ,
faiſant regner la Iustice; que l'honneur
que Mesſſieurs les Commiſſaires
faisoient aux Lettres , échaufoit&
encourageoit son eſprit;qu'il
tuy semble qu'il estoit éclairé de
leur lumiere ; que leur vertu le
fortifioit , & qu'il nesouhaitteroit
; pour bien enseigner le Droit
François , que d'avoir un Recueil
des connoiſſances qu'ils avoient acquiſes
, & un Registre des Iugemens
qu'ils avoient rendus . Il finit
en diſant , Que s'il n'oſoit efperer
d'atteindre jusqu'où il tendoit,
il feroit tous ses efforts pour en
approcher , & qu'ayant appris d'un
Proverbe Grec que ce n'estoit ১
Pas
1
46 MERCURE
pus affez de sçavoir bien chanter,
fi on nesçavoit chanter au gré des
Dieux, ilſuivroit les traces qui luy
estoient designées , & auroit tou
jours leſoin de tenir un juſte milieu
entre l'honneur du Public , & l'u
tilité des Particuliers.
J'ay eu raiſon de vous dire au
commencement de cette Lettre,
que toutes les Nations du Monde
parloient avec admiration du
triomphe ſurprenant que le Roy
avoit remporté ſur Luy même, en
arreſtant ſes Conqueſtes , pour
donner la Paix. Vous en allez
eſtre convaincuë , en liſant ce
que j'ay reçeu depuis trois jours
au nom d'une tres - ſpirituelle Solitaire.
A
GALANT.
4.7
ARome ce 4. Dec. 1680 .
JE
ne puis m'empécher , Monsieur,
de vous faire part d'une Viſion que
j'ay euë enfonge , affezfinguliere
pour meriter de vous eſtre écrite.
L'estois occupéeà la lecture d'un fort
beau Livre imprimédepuis un mois,
fous le Titre Della Spada d'Orione
, contenant les Vies des Hommes
Illuftres qui ont vécu dans les derniers
Siecles ; & mestant arrestée
à celle de Loüis le lufte ,j'admirois
le bonheur de ce Monarque , d'avoir
donné à la Terre le plus Grand
Prince qui ait jamais montéſur le
Trône ; lors que leſommeilm'ayant
inſenſiblement fermé les yeux , il
m'a ſemble estre tranſportée dans
une grande Forest de Palmes & de
Lauriers , où j'ay d'abord apperçeй
deux Nymphes , ou Déeſſes magnifique
48 MERCURE
fiquement vétuës , qui diſputoient
avec beaucoup de chaleur. Lacuriosité
naturelle à nostre Sexem'ayantfait
approcher doucement; une
des deux , qu'à fes Habits j'ay reconnue
pour estre l'ancienne Rome,
prenant un ton de voix plus foûmis
qu'elle n'avoit auparavant , a prononcé
ces paroles avec une douceur
qui m'a charmée.
France, Rome te cede,& veut te
rendre hommage ;
Tu triomphes par tout,les Dieux
l'ont ordonné.
Joüis du bien qu'ils t'ontdõné,
Et revere en LOUIS leurs plus
parfaite Image.
Si la haute valeur de ton auguſte
Roy
Te fait mépriſer ceux que l'on a
veus chez moy ;
Superbe, ton mépris eſt juſte .
Tout ce qu'on dit de mesGuerriers,
De
GALANT. 49
Demes Cefars , de mon Au-
" gufte ,
N'approche point de ſes Lauriers.
Vaincre mes Ennemis , tous mes
Chefs l'ont fçeu faire,
Un Monde tout entier n'a pûleur
- refifter,
Carthage en vain crût éviter
Les foudroyans éclats de leur juſte
colere;
Mais tous ces grands Heros,tous
ces Chefs ſi vantez ,
N'ont ſceu.comme ton Roy,dans
leurs profperitez ,
Au Public immoler leur gloire.
Tous ont fait des Faits inoüis;
Mais aucun d'eux dans ſa victoire,
:
Ne s'eſt vaincu comme LOUIS .
९६७७
Ton Monarque marchant dans
Ianvier 1681 . C
So
MERCURE
4
les Belgiques Plaines ,
Renverſant des Citez les Murs
audacieux,
Portant la terreur en tous lieux,
Donnoit de ſon grand coeur des
preuves plus qu'humaines.
Chacun voyoit en Luy le plus
puiſſantdesRoys.
LesPeuples en tremblant ſe rangeoient
ſous ſes Loix,
Commedu Maiſtre de laTerre.
Le Lyon rugiſſant rampoit,
Et l'Aigle au bruit de ſon tonnerre,
...
Battoit de l'aîle & s'échapoit.
,
LOUIS en cet état me paroiſſoit
terrible,
J'admirois en ce Prince un puiffantConquérant;
Mais , France , il en eſt un plus
grand,
Et
GALANT.
Etqui merite mieux le titre d'Invincible.
LOUIS a furmonté ſes plus fiers
Ennemis;
Un Demy- Dieu par l'autre à ſes
Loix eſt ſoumis,
Sa victoire eſt plus magnifique.
Preparons un nouveau Laurier,
France , LOUIS le Pacifique
A vaincu LOUIS le Guerrier.
A ces mots je les ayvevës toutes
deux arracher des branches des
Lauriers voisins ,& comme je ſuis
fortie du lieu où je m'étois cachée,
pour aller aider à ces Déeſſes àfaire
des Couronnes pour Loüis LE
GRAND , ellesse font retirées au
bruit que j'ay fait , avec une ſi
grande promptitude , qu'il m'a esté
impoſſible de les ſuivre dans un
Païs dont je n'ay point de connoiffance.
L'ayparcouru toutes les rou-
4
Cij
52 MERCURE
tes de ce Bois pour les trouver , lors
qu'en passant aupres d'un Buiſſon,
un Serpent d'une prodigieuse grandeur
s'est élancé contre moy. La
peurm'afait pouffer un grand cry.
Iemesuis éveillée , & faisant reflexion
auxparticularitezde mon
fonge, j'ay connu qu'il n'estoit pas
permis à des mains ordinaires , de
faire des Couronnes pour le plus
grand Roy de la Terre , & que leur
temerité ne demeuroit jamais impunic.
leſuis voſtre, &c.
LA SOLITARIA del
Monte - Pinceno.
Cette Lettre écrite de Rome me
faitſouvenir de la mort du Cavalier
Bernin , arrivée dans la mefme
Villele Jeudy 28.de Novembre.
Je vous promis la derniere
fois de vous en parler plus amplement,
GALAN Τ.
53
amplement , & je fatisfaits à ma
parole. Ce grand Homme eſtoit
Peintre , Architecte , Sculpteur ,
Ingenieur, & Machiniſte ,& pofſedoit
ces divers talens ſi également
, qu'il feroit difficile de dire
dans lequel il a le plus excellé.
Quoy qu'il ait fait peu de Tableaux
, ceux qu'on voit de luy
pourroient aisément perfuader
que c'eſtoit à quoy il s'occupoit
davantage.Ils ont le coloris beau ,
font bien entendus, de clair, obfcur,
facilement peints ,& ce qu'on
peut appeller en termes de l'Art,
d'une tres-grande maniere . Tant.
de Monumens de ſa façon dont
Rome eſt toute remplie , l'ont
fait regarder comme un des plus
grands Architectes de fon Siecle.
Il eſt ſurprenant que l'application
qu'il donnoit à un Art qui
demande l'eſprit le plus recueilly
Cij
54
MERCURE
pour imaginer , n'ait point entpeſché
qu'il ne ſe ſoit preſque
toûjours occupé à la Sculpture.
Il ne ſe contentoit pas de faire
des Modelles comme il l'auroit
pû , pour donner aux autres à
executer. Il cognoit luy-meſme,
& fi vigoureuſement , qu'il fembloit
que le marbre s'amolliſt ſous
le cizeau. Auſſi dans tout ce qui
reſte de l'Antiquité , ne voit on
rien d'un travail fi hardy , & fr
extraordinaire que ce qu'il a fait.
Il eſtoit d'ailleurs grand Machinifte
comme je vous l'ay déja
marqué , & outre la beauté des
Spectacles ſurprenans qu'il a fait
paroiſtre ſur le Theatre,il y a fait
prendre le feu , amené le Tibre,
fait grefler , pleuvoir, & on peut
dire à ſon avantage qu'il eſt prefque
impoſſible de rien inventer
dont il n'ait donné les ouvertures .
,
Il
GALANT.
55
1
:
Il faifoit tres-bien des Vers,avoit
la converfation agreable , l'eſprit
vif & penetrant , &beaucoup
d'honneſteté avec tout le monde.
Son merite le fit faire Chevalier.
Sa fortune commença fous Paul
V.& continua ſous les autres Papes.
Alexandre VII. le combla de
Biens , fit fon Fils Prelat , & l'auroit
fait, dit- on, Cardinal, s'il euſt
vécu plus longtemps. Les honneurs
que ce grand Homme a
reçeus par tout luy eſtoient bien
deûs. Vous ſçavez ceux qui luy
furent faits en France , quand
le Roy l'y fit venir pour le confulter
touchant le deſſein du Louvre.
Jamais Génie ne fut plus
univerſel . C'eſtoit un abondance
& un torrent auquel il s'abandonnoit
, parce qu'il ne pouvoit
luy-mefme en arrefter la rapidité.
Tous fes Ouvrages , foit de
Ciiij
56 MERCURE
Peinture, Sculpture, ou Architecture
, ont un caractere merveilleux,
noble, grand, extraordinaire
, & pourtant aiſe . On remarque
qu'il s'eſt toûjours éloigné de
ce que les autres ont fait avant
luy.Comme le Portrait des Hommes
rares eft à conferver,je vous
envoye le fien dans une Médaille
tres.reſſemblante,gravée ſur celle
que fitMonfieur Chéron en 1674-
Le Cavalier Bernin avoit alors
foixante & feize ans. Vous voyez
par là, qu'il eſt mort âgé de quatre
- vingts - deux. Vous ſçavez
dans quelle reputation eſt Monfieur
Cheron.C'eſt un des plusllluſtres
que nous ayons pour les
choſes de cette nature , & qui en
fait la plus grande partie pour Sa
Majeſté. L'explication du Revers
de la Médaille , eſt aiſé à
faire . Vous y voyez les Arts, avec
ces
LIS IN
EQVES -IOA
-LAVRENT
76.1674
GALAN T.
57
cès paroles. Singularis infingulis,
in omnibus unicus .
Voicy un Sonnet, dans lequel
on fait parler cet Illuſtre Mort.
Mr Daviler en eſt l'Autheur.
Es Pontifesfacrez j'ayformé
DESdes Images ,
De leur Temple fameuxj'augmentay
laSplendeur;
l'ay joint dans leur Palais l'Art.
avec la Grandeur,
Et de leur riche estime acquis les
avantages,
***
Le Marbre &le Métal celebrent
mes Ouvrages,
La Fortune prodigue a comblé mon
bonheur,
Et j'ayſur mes Ialoux remporté cet
honneur,
hommages,
Que Rome àmon mérite arendu des
C
58 MERCURE
Mais de tant debienfaits que je reçeus
des Cieux,
La faveur de LOUIS fut le plus
prétieux,
Quandj'ay de ce Hérosfaitle co-
LoffeEquestre.
Et l'Europe apprendra que fans
craindre l'oubly,
Laiſſant dans le Tombeau ma dépoüille
terrestre,
A. l'abry de fon Nom le mien s'eft
étably.
On m'apprend la mort de Dame
Geneviefve de Longueval..
Femme de Meſſfire Georges de
Guiſcard,Comte de Bourlie, Seigneur
de Fourdrimont , Sous-
Gouverneur du Roy, Lieutenant
General de ſes Armées, Gouverneur
& Grand- Bailly de Sedan .
Mada
GALAN T.
59
Madame Hotman eſt morte
auſſi dés la fin de l'autre Mois,
-âgée de quatrevingts-quinze ans.
Elle estoit Veuve d'un Préſident
de Tréſoriers de France,& Merede
Monfieur Hotman , Intendantdes
Finances & de la Genéralité
de Paris, cy-devant Procureur
Genéral de la Chambre de
Justice.
Ces deux morts ont eſte precédées
de celle de Mr le Marquis
de Vignacourt , arrivée à Etoüy
enBeauvoifis , le 19. de l'autre
Mois. Il eſtoit Neveu de l'Illuftre
Grand- Maistre de Malte de
ce nom , qui gouverna la Religion
pendant vingt deux ans fous
leRegnede Henry IV. Il avoit
eſté Grand- Veneur de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , & aſſiſta
à la Convocation des Etats fous
Loüis XIIL Il a depuis commandé
60 MERCURE
mandé l'Arriereban de la No
bleſſe des Bailliages du Comté de
Clermont en Beauvoiſis , de Senlis,
Soiffons , & de Chasteauneuf
en Timeray , & autres Bailliages.
Il eſtoit Frere de Monfieur le
Grand- Tréſorier de Vignacourt,
qui eſt à préſent à Malte , & Oncle
de Mr le Duc de Noailles,
Premier Capitaine des Gardes du
Corps.
Ces morts ont eſté ſuivies de
celles de Mr Forcoal reçeu Maiftre
des Requeſtes en 1646.& auparavant
Avocat General au
Parlement de Mets. Il eſtoit
Frere de Monfieur. l'Eveſquede
Sées en Normandie , & a toûjours
mené une vie fort exemplaire.
Mr Jaffaud Conſeiller de la
Quatrième des Enquestes , eſt
mort
GALANT.. 6г
mort dans le meſme temps. 11
avoit eſté reçeu en 1673. & eſtoir
Fils de Mr Jaſſaud Doyen des
Maiſtres des Requeſtes..
Je vous manday la derniere
fois que la Cour des Aydes avoit
perdu Monfieur du Maits fon
Doyen. Cette mort , & celle de
Monfieur Foreſt reçeu Conſeiller
en 1641. dans la meſime Compagnie,
ont faitentrer dans la Premiere
Chambre de cette Cour
Mr de Bragelonne & Mr Piques,
qui estoientde la Troiſième.
Je vous appris auſſi par la mefme
Lettre la mort de Mr Tiraqueau.
Il ſortoit d'une ancienne
Nobleſſe de Poitou , & defcendoit
d'André Tiraqueau Conſeiller
au Parlement , du temps
de François I. Cet André Tiraqueau
eſtoit un tres - fameux Jurifconfulte
, qui a composé tren
te--
62 MERCURE
te- fix Volumes ſur le Droit , &
qui s'eſt veu Pere d'un pareil
nombred'Enfans.
Il y a une Place vacante à l'Académie
Françoife,par lamortde
Mr Patru qui en eſtoit le Doyen .
Il y avoit eſté reçeu en 1640.
& paffoit pour un des Hommes
de France qui fçavoit le
mieux parler. Auffis'adreſſoit-on .
fort ſouvent à luy pour eſtre éclaircy
des doutes qu'on avoit
fur noſtre Langue , dont il poffedoit
toute la fineſſe. C'eſtoit un
ancien Avocat du Parlement qui
a fait d'admirables Plaidoyers.
L'eſtime & l'amitié que l'illuſtre
Mr Deſpreaux a témoigné avoir
pour luy juſqu'apres fa mort, font
des marques de ſon mérite dư
coſté des belles Lettres .
Apres vous avoir appris la mort
de tant de Perſonnes , il eſt juſte
d'en
GALANT. 63
d'en reſſuſciter une que j'ay tuée
fort innocemment , en vous difant
dans ma Lettre du mois de
Novembre , que Monfieur le
Préſident de Blancmeſnil eſt
mort ſans Enfans. Je vous l'ay
mandé fur un Mémoire qui le
portoit. On m'affure cependant
qu'il a laiſſé une Fille,qui ef
tant unique Heritiere de ſon
Bien,eſt aujourd'huy undesmeilleurs
Partys de Paris.
Mr Portail, Srdu Freſneau a eſté
reçeu Conſeiller au Parlement
le is.de ce mois.Il a eſté Conſeiller
au Nouveau Chastelet , & en
fuite au Parlement de Mets .
Je ne doute point , Madame,
que vous n'ayez veu dans voſtre
Province la Comete qui paroiſt
icy depuis longtemps. Elle a
fait trembler les Foibles ; & le
Peuple , que les choſes peu communes
64 MERCURE
munes ne manquent jamais d'épouvanter
, en a tiré de fâcheux
preſages . C'eſt là- deſſus que Mr
Philbert d'Antibe en Provence, a
fait la Piece qui fuit.
LA COMETE,
PARLANT A. PARIS.
E
Stant deſſus ton Hemisphere,
Ie vois tes Enfans affemblez ,
Qui comme des Cervaux troublez,
D'un rien font une grande affaire.
Ils cherchent les lieux écartez,
Ils montent furdes éminences,
Et les ayant tous écoutez,
le conclus de leurs conférences,
Qu'on doit nommer abſurditez
Ce qu'ils appellent connoiſſances.
L'un
:
GALANT. 65
L'un ayant regardé longtemps
Si ma couleur est blanche ou bleuë,
Fait deplaisans raisonnemens
Etfur mateſte &surma queuë.
Ildit, tournant ſon doigtvers moy
Voyez la dangereuſe Beſte,
Comme fur nous elle s'arreſte
Selon fon aſpect je prévoy,
Que par quelque horrible tempeſte
Elle va tout remplir d'effroy .
Quoy ? mon aspect est si terrible,
Qu'ilporte en tous lieux lafrayeur!
Et je ne puis estre visible,.
Que d'abordje nefaſſe peur !
Ah, c'est me faire trop d'outrage.
Mon corps eft clair & lumineux ;
Et, ſi l'on veut ouvrir les yeux,
L'on verra bien que mon visage
Ne porte rien de furieux
Qui prédiſe le moindre orage.
L'autre
66 MERCURE
عووو
L'autre affure,fans balancer,
Quesijeparois à la terre,
C'est pour luy venir annoncer
Les fureurs d'une rude guerre ;
Mais lors que la France en couroux
Adompte l'orgueil teméraire
D'uneNation étrangere,
Quelle Comete d'entre nous
Aprédit les funestes coups
Qu'on effuyroit defa colere?
Il estmesme de faux Sçavans ,
Qui par ma courſe vagabonde,
Veulent quej'anonce aux Vivans
La mort de quelque Grand du
Monde.
Ilsdiſent pour tout argument,
Qu'unGrandnourry das l'opulence,
Est d'un foible tempérament,
Qui ne peutfaire réſiſtance
A la violente influence
Queje pouſſe du Firmament.
Ie
GALANT. 67
:
Je ne veux d'aucun le trépas ;
Et ſi , ſelon eux , on doit plaindre
Les tempéramens délicats ,
LOUIS LE GRAND n'a rien à
craindre .
CeHéros a portéſes pas
Iuſques aux plus lointains Climats,
Vaincus par fon Bras redoutable ;
Et dansſes travaux indomptable,
Les chaleurs comme les frimas
L'ont veu toûjours infatigable.
Qu'ils ne cherchét point dedétours;
Quoy qu'il arrive ſur la terre ,
Tempeste , mort, sanglante guerre .
Onn'en peut accufer mon cours ;
Mais leur ignorance parfaite ,
Et leur esprit ambitieux ,
Veut dans une pauvre Comete,
Ou dans lamatiere des Cieux,
Trouver l' Autheur pernicieux
D'une faute qu'ils auront faite.
22 L'ad
63 MERCURE
J'adjoûte icy un Madrigal que
vous trouverez galamment tourně
.
SUR LA COMETE.
AComete eft l'objet dela ter
reur
د
Mais mon coeur amoureux ne s'en
met point en peine ;
Elle a beau ſe montrer deſſus noftre
Horizon ,
Menacer les Humains ou de mort,
ou de guerre .
Ie ne suis point d'humeur pendant
cetsefaison
De gagner à la voir quelque fåcheux
caterre.
Lors que je veux fonder la rigueur
de monfort ,
Deux Aftres plus charmansfont mes
deux Interpretes;
Et pour me menacer de l'Arrest de
mamort, Les
GALANT. 69
:
Les beaux yeux de Philis me fervent
de Cometes.
Apres avoir veu cette matiere
traitée en Vers avec tant d'eſprit,
je croy Madame , que vous ne
ſerez pas fâchée de voir une Difſertation
auffi curieuſe que ſçavante,
ſur les preſages qu'on doit
tirer des Cometes. Elle eſt de
Monfieur Comiers d'Ambrun ,
Prevoſt du Chapitre de Fernant,
Docteur en Theologie,& l'un des
-plus grands Philofophes & Mathématiciens
de ce Siecle. Son
Livre de la Nouvelle Science de la
nature des Cometes , imprimé à
Lyon en 1665. luy avoit deja acquis
tune fort grande reputation .
Il a depuis travaillé au Journal des
Sçavans pendant les années 1676 .
1677. & 1678. & l'a enrichy de
pluſieurs rares Machines inventées
70
MERCURE
tées par luy. Il a enfin donné geometriquement
avec la regle & le
compas , la ſolution de la duplication
du Cube , ce fameux Probleme
proposé autrefois par l'Oracle
d'Apollon aux Habitans de
l'iſle de Délos pour eſtre délivrez
dela Peſte . Ce Livre est dédié à
Monfieur Colbert , & imprimé à
Paris en 1677. Il en a donné un
autre au Public en l'année 1678 .
ſous le titre de la nouvelle & facile
Instruction pour réünir I Eglise
Pretenduë Reformée à l'EglifeRomaine,
qui fait connoiſtre ſon zele
pour ce qui regarde la Religion
. Le Traité que je vous envoye
eſtant d'un fi habile Homme
, ne peut vous donner qu'un
fort grand plaiſir.
DIS
GALAN T.
71
DISCOURS
SUR
LES COMETES.
Out ce qui eſt veritablement
Tig nos admirations,
ceffede les attirer ,à meſure qu'il
ceffe d'eſtre rare , & qu'il nous
devient familier. Le commun des
Hommes ne s'aſſemble point pour
contemplerla Pompe majestueuſe
, & pour étudier les routes &
les démarches de ces Aftres, qui
font l'ornement des nuits; mais
dés qu'une Planete, qui estoit auparavant
obfcure & inviſible,
quoy qu'auſſi ancienne que les
autres , commence à former par
ſes fumées & par ſes vapeurs cette
longue chevelure , qui ſe rend
viſible
72
MERCURE
viſible par la lumiere du Soleil
qu'elle refléchit, il n'y a perſonne
qui ne l'admire , & qui ne s'informe
ſi cet Aſtre qui paroiſt de nouveau,&
qui eſt ſi diferent des autres
Planetes, eſt auſſi redoutable
qu'il eſt extraordinaire . Il ſe trouve
affez de Gens , qui pour épouvanter
la Populace , publient que
les Cometes preſagent de grands
malheurs; & les Poëtes , qui de
tout temps ont eu la liberté de
feindre , ont donné cours à cette
erreur populaire , ayant par des
termes graves & pompeux accusé
les Cometes de nous prédire le
mal. Avant Platon , les Peuples
ne vouloient pas qu'on attribuaft
aucune choſe extraordinaire à
une cauſe naturelle. Ils mirent
Anaxagoras en priſon, parce qu'il.
avoit dit que l'Eclypſe du Soleil
procedoit de l'interpofition de la
Lune.
GALANT.
73
Lune. Les anciens Philoſophes
ſouffroient cette ſuperſtition,pour
retenir les Peuples en leur devoir,
dans le temps que la lumiere de
la Foy manquant aux Gentils , la
ſeule crainte leur faifoit reverer
les Habitans du Ciel , comme dit
Lucrece ; mais les Philofophes
Chreftiens , & tous ceux qui ont
un peude ſens commun , croyent
queles Cometes ne préſagent ny
bien ny mal.
L'envie de penetrer l'avenir , a
eſté le premier crime d'Adam &
d'Eve. Ils en crurent un Serpent.
LesHommes ne ſont pas aujourd'huy
plus excuſables , lors que
pour connoître le bien & le mal
qui leur doit arriver , ils ajoûtent
foy à ceux qui ſe mélent de les en
inſtruire , & qui eſtant toûjours
favorables aux deſirs des Curieux,
ne peuvent prédire la mort , ou
Ianvier 1681 . D
74
MERCURE
la ruine d'un Homme de bien , à
moins qu'ils n'ayent quelque commerce
ſecret avec la Cabale des
Empoisonneurs, ou des Aſſaſſins.
Parce que la Sainte Ecriture
nous aprend qu'avant la fin du
Monde il y aura des Signes au
Ciel, au Soleil , à la Lune , & aux
Etoiles , ces Devins & faux Prophetes
concluënt d'abord que
les Cometes font ces Signes
Celeſtes , que Dieu nous envoye
pour nous avertir de ſon couroux;
mais ils ne remarquent pas que
ces Signes prophetifez doivent
eſtre extraordinaires , & que les
Cometes ne font pas de ce nombre
, puifqu'elles n'arrêtent pas fur
un lieu particulier, & qu'elles paroiſſent
tres frequemment , &
meſme pluſieurs à la fois, dans un
meſme temps .
Les Signes Celestes dont Dieu
fe
GAL ANT.
75
ſe fert quand il luy plaiſt d'avèrtir
les Peuples,ſont toûjours particuliers.
Telles eſtoient les Armées
qui parurent en l'air pendant
quarante jours,fur la Ville de Jerufalem,
avant que le Roy Antiochus
la fiſt ſaccager. Telle estoit
laComete que Joſephe vit paroître
une année entiere , avec une
queuë en forme de glaive , pendante
ſur Jerufalem,avant la derniere
deſtruction du Temple &
de la Ville.
L'Apocalypfe nous menace de
la chûte d'une grande Etoile, ardente
comme un Flambeau, qu'il
appelle Abſynthe, mais il ne parle
point de Comete. Le Prophete
Ifaïe aſſure que la lumiere de la
Lune ſera comme la lumiere du
Soleil , & la lumiere du Soleil ſept
fois au double. Voila quels ſont
les Signes Celeſtes qui doivent
Dij
76 MERCURE
arriver avant que la Terre , que
S. Pierre aſſure eſtre gardée pour
le feu au jour du Jugement , &
que l'Apocalypſe dit devoir eſtre
brûléepar le Soleil , ceſſe d'eftre
la Terre des Vivans , comme dit le
Prophete , & paroiſſe elle -meſme
par ſon embraſement,une Comete
aux autres Aſtres Planetaires .
Les Cometes ne ſont donc pas
du nombre de ces Signes menaçans
, envoyez pour effrayer les
Habitans de la. Terre. Le Prophete
Jeremie détruit tout à coup
les funeſtes préſages que le Peuple
attribué aux Cometes. Il nous
affranchit de la peur , qui eſt le
ſeul mal qu'elles foient capables
de caufer aux eſpritstrop crédules.
Ne craignezpoint,dit - il, les Signes
du ciel , que les Gentils apprehendent.
Ceſt blafphemer , que
d'attribuer les Guerres à l'appa
rition
GALANT.
77
rition des Cometes, puis que l'Ecriture
nous apprend, que le Coeur
du Roy est en la main de Dieu , &
qu'il l'incline & porte à tout ce qu'il
veut.
Le Prophete Royal chante
bien, que les Cieux nous racontent
la Gloire de Dieu; mais dans aucun
lieu de l'Ecriture,il n'eſt fait mention
ny de Comete , ny d'aucun
Aſtre , qui ſoit le Signe de la Colere
Celeſte , & le préſage des
malheurs qui arrivent ſur la Terre.
En effet, comment ces Globes
de feu pourroient - ils eſtre des
Signes de malheurs ? L'Empirée,
qui èſt le ſejour des Bienheureux,
eſt tout enflamé. Les Seraphins,
les plus nobles de tous les Eſprits ,
tirent leur nom d'un mot Hebreu ,
qui ſignifie brûler. Le Prophete
Elie a eſté enlevé au Ciel dans
un Chariot de feu . Dieu a étably
Diij
78 MERCURE
/
fon Trône dans le Soleil. Non
ſeulement il habite une Lumiere
inacceſſible,mais il eſt la Lumiere
du Monde ; & dans une Colomne
de feu il fut luy- meſime pendant
la nuit , le Conducteur de
fon Peuple , à la fortiedela captivité
d'Egypte.
Perſonne n'ignore que l'Aſtrologie
Judiciaire n'eſt ny un At,
ny une Science , puis qu'elle n'a
aucun principe ny démontré ny
plausible. Tous les Chreſtiens
demeurent d'accord qu'elle eſt
contraire à la Religion , & au
Franc- arbitre , parce qu'elle impoſe
une fatalité indiſpenſable
aux actions des Hommes , & les
fait dépendre d'une imaginaire
influence des Aftres Auſſi l'Egliſe
ne permet l'uſage de l'Astrologie,
qu'en ce qui peut ſervir à la Medecine,
à la Navigation , & à l'Agriculture;
GALANT. 79
griculture ,mais les Payens euxmeſmes
en ont reconnu la vanité.
Horace dit que c'eſt une folie &
un crime de conſulter les Aſtrologues
ſur ſa deſtinée , puis que
Dieu par une Providence éternelle
a caché l'avenir dans des
obſcuritez impenetrables.
Cicéron dit que les Caldéens
( c'eſt ainſi que les Aſtronomes
ſe nommoient alors) avoient préphetiſé
àPompée , à Craffus , & à
Céfar, qu'aucun d'eux ne mourroit
que dans une extreme vieilleſſe
, dans les bras de ſa Famille ,
avec honneur & fplendeur. Cependant
la mort de ces trois grāds
Hommes a eſté funeſte. Craffus
eſtát allé contre les Parthes,mourut
dans le Royaume du Pont;
Pompée fut enterré dans les Sables
de la Mer d'Egypte ,& Céfar
fut aſſaſſiné dans Rome meſme.
Diiij
80 MERCURE
Combien de fois les Aftrologues
ont-ils eſté chaſſez de Rome,
comme des peſtes publiques,
qui empoiſonnoiét les eſprits foibles,
parleur fauſle interprétation
des Aſtres ? C'eſt ce qui a fait
dire à Tacite , que ces fortes de
Gens qui abuſent de noſtre ridicule
credulité , ſeroient toûjours
chaſſez de Rome , & qu'ils n'en
fortiroient jamais.
Pour prouver par l'expérience
combien les Aftrologues font
dangereux , il ne faut qu'écouter
lemeſme Tacite , qui nous dit au
quinziéme Livre de ſes Annales,
que Néron , pour détourner les
menaces du Ciel de deſſus ſa tefte,
faiſoit aux Cometes un Sacrificede
la vie des plusGrandsHommes
de l'Empire , ſuivant en cela ,
au rapport de Suétone.la diabolique
doctrine d'un Aftrologue
Baby
GALANT. 81
Babylonien. Rien n'eſt plus trompeur
que cette Science ; & fi
nous en croyons Cardan meſme,
un des plus zelez Partiſans de
l'Aftrologie , de quarante choſes
prédites,à peine en peut- il arriver
dix. Marcianus nous a marqué
agreablement quel fruit croyoit
qu'on pouvoit tirer des prédictions,
quand il nous a dit, Si vous
voulez deviner , dites justement le
contraire de ce que les Astrologues
promettent.
Pour démontrer par raiſon phy- )
ſique, que les Cometes ne luiſent
point pour nous annoncer la mort
des Grands , je veux me fervir
des termes de Guiniſius , traduits
en noſtre Langue. Parlons Sans
flater , dit- il , les teſtes meſmes des
Empereurs, ne font pas defigrande
confequence au Ciel , qu'ilfaille
qu'elles foient frapées d'un Glai-
D V
82 MERCURE
ve celeste , quesemblent former les
queues des Cometes . C'est un effet
de la vanité des Hommes, que mefme
dans le dernier des malheurs,
ils aiment jusqu'à ce point le fafte
& lapompe , comme si les Puif-
Sans de la Terre estant mortels,
ne pouvoient mourir , Sans qu'il
arrivaſt auparavant quelque trou
ble dans la Nature , & que le
Ciel eust allumé quelque Corps celefte
, comme une Torche funebre,
pour faire honneur à leurs funérailles.
La couleur des Cometes,quelle
qu'elle ſoit ne préſage aucun
mal , puis que la diférence
des couleurs , comme ſçavent les
Philoſophes , ne provient que de
la modification de la Lumiere.
Ainſi peu avant le lever du Soleil,
ou peu aprés ſon coucher , les
Nuées recevant diféremment.
les
GALANT.
83
les rayons , prennent ſucceſſive.
metdiverſes couleurs.Ainſi la décoction
du Bois Nefretique , miſe
dans une Fiole de verre , paroiſt
bleuë , eſtant regardée à contrejour
; & ſe montre de couleur
d'or , eſtant miſe contre l'oeil & la
lumiere.
Si la queuë de la Comete eftoit
menaçante , il n'y auroit à
craindre que pour les Habitans
des Aſtres ; ſupoſé que le Cardinal
Cuſanus , qui écrivit en 1640.
ait auſſi bien rencontré, en diſant
que les Planetes ſont habitées,
que lors qu'il a ſoûtenu que la
Terre ſe meurt autourdu Soleil.
Le Medecin Senert ayant fupoſé
dans ſa Science Naturelle, que
les Cometes eſtoient de monſtrueux
enfantemens du Ciel,
qui en general nous préſagent
quelque choſe de grand , avouë
de
84 MERCURE
de bonne foy , qu'il n'y a point
d'Homme qui puiſſe connoiſtre
leur particuliere fignification , ny
quelles Provinces doivent ſervir
deThéatre aux évenemens qu'-
'elles préſagent , car les Cometes
ſemblent tourner tous les jours
autour de la terre , & leur queuë
regarde tantoſt l'Orient , tantoſt
l'Occident .
Les vrais Philoſophes ont toû-
-jours pris les Cometes pour des
Signes indiférens ;& le docte Scaliger
affure qu'il en a veu plufieurs
qui n'ont eſté ſuivies d'aucun
malheur dans l'Europe ; que
beaucoup de puiſſans Etats ont
eſté réverſez ,& pluſieursGrands
Perſonnages ont péry malheureuſement
ſans qu'aucune Etoile
cheveluë ſe ſoir montrée dans le
Ciel pour prédire leurruine..
C'eſt donc fans raifon que lors
que
GALANT 85
que quelque malheur est arrivé
apres l'apparition d'une Comete
, on accuſe cette Planete cheveluë
d'en avoir eſté la cauſe,
ou du moins le ſigne & le préſage.
On en diſoit autrefois autant
des Eclipſes du Soleil ; c'eſt pourquoy
l'Empereur Claude fit publier
par tout l'Empire qu'il en
arriveroit une pendant que l'on
celebreroit fon jour natal par
des Sacrifices & des Jeux publics,
de peur que la fuperftition du
Peuple n'en tiraft un mauvais augure.
Les Cometes ont leur cours auſſi
bien regłé que les autres Planetes
, bien que la ſcience de leurs
mouvemens ne foit pas encor
bien établie ; car , comme dit Seneque
, c'est une nouvelle obſervation
des Corps Celestes qui est veunë
depuis peu de temps en Grece.
11
86 MERCURE
Il adjoûte , qu'il viendroit un jour
quelque Astronome qui montreroit
en quels endroits les Cometes errent,
pourquoy elles sont écartées des autres
Planetes , &de quelle grandeur
ellesfont.
L'Aſtronomie eſt une Science
tres - fublime , & plus divine qu'-
humaine, puis que dans le temps
meſme de ſon enfance,& lors que
faute de nos grandes Lunetes
elle avoit la veuë affez courte,
elle ne laiſſa pas de faire connoître
à Abraham la grandeur du
Createur des Aftres,& de luy apprendre
qu'il n'y avoit qu'un
Dieu Maistre de l'Univers , & à
qui tout devoit hommage; c'eſt ce
que rapporte Joſephe.
Mais l'Aftrologie eſt un vil
amuſement , une vaine obſerva
tion indigne d'un Homme de
bon ſens,& puniſſable dans la perfonne
GALANT. 87
ſonne des Chreſtiens,quien voulant
ſonderles fecrets de l'avenir,
entreprennent , ſelon Tertullien ,
de voler la Divinité.
Il fuffit , pour détruire les préſages
des Aftrologues , d'en raporter
icy quelques-uns. Les Co
metes , diſent ils, estant dans le Signe
du Belier , malheur à l'Orient,
mais chaque Païs eſt oriental à
l'égal d'un autre. Si ellesse font
voir au Signe du Taureau,malheur
à l'Occident& au Septentrion, &c.
Si elles vont contre l'ordre des Signes,
elles préſagent l'établiſſement
des nouvelles Loix. Si elles paroisfent
au milieu du Ciel, elles annoncent
l'accroiffement d'un Royaume.
Si elles ſont pres de Saturne , elles
engendrent la peste , la fterilité,
& les trahisons. Proche de Iupiter
, elles cauſent des changemens
de Loix , & la mort des Pontifesi
88. MERCURE
fes; proche de Mars , elles donnent
le signal à de sanglantes
guerres ; & proche de Mercure;
qui avec fon Caducée &fes Ta-
Lonnieres estoit le Meſſager des
Dieux , elles découvrent lesſecrets
des Souverains d'icy bas. Ce ſont
là les beaux raifonnemens & les
éclatantes folies des Aftrologues .
Si ce n'eſtoit pas leur faire trop
d'honneur que de les réfuter , if
ne faudroit que leur demander
, s'il ya quelque apparence
de croire que les Planetes
ayent les vertus qu'ils leur attribuent
, parce que les Anciens
leur ont donné à leur fătaiſie des
noms de Divinitez feintes , qui
n'avoient elles- meſmes ces qualitez
que dans la fauſſe opinion
de leurs Adorateurs. La Planete
de Mars porte le nom du
Dieu de la Guerre , & par conſéquent
GALANT. 89
ſequent elle a la vertu de preſider
à la Guerre,mais on luy pouvoitdonner
le nom de Minerve,
& alors elle euſt preſidé à la Paix,
ou du moins aux beaux Arts qui
ſe cultivent pendant la Paix.
Supoſons maintenant que les
annoncent quelque
grand deſaſtre , quel prognoſtic
tirera t- on du tres-grand nombre
de Cometes qui ſont inviſibles
aux Habitans de la Terre ? Car
en effet il y en a beaucoup que
nous ne voyons pas, parce qu'elles
ne ſortent jamais de la trop
grande lumiere du Soleil qui les
offuſque ; & Poffidonius raporte
qu'une Comete parut ſeulement
pendant une Eclipſe de Soleil.
Mais ce deſaſtre qu'elles annoncent,
où,& à qui l'annoncentelles
? Il y a tant de Roys, tant de
Princes , tant de Grands Hom
Cometes
mes,
१०
MERCURE
mes , que s'il faloit allumer une
Comete pour la mort de chacun
d'eux, le Ciel en ſeroit épuisé il y
a longtemps.
Il eſt auſſi ridicule de croire
que les Cometes ſoient la cauſe,
le ſigne, ou le preſage des funeftes
accidens qui arrivent ſur la
Terre , que ſi l'on s'imaginoit
que des Flambeaux qui éclairent
un Theatre , foient la cauſe , le
figne , ou le preſage de la mort
des Grands Hommes qui y font
repreſentez .
Si pendant que l'air dans la
nuit d'un jour de réjoüiſſance,eſt
parſemé de brillantes Fuſées ou
d'Etoiles artificielles que l'on jetteroit
de deſſus la Mer, nous entendions
les Poiſſons dire en leur
langage, Que de malheurs, que de
desastres nous prefagent ces Feux
& ces Fufées ! n'aurions-nous pas
raifon
GALANT.
raifon de leur dire, Pauvres Poif-
Sons, onnepensepas à vous , vivez
en repos , nos Fuſées & nos Feux ne
vous preſagent aucun mal ? Appliquons
nous ànous-mefmes ce que
nous leur dirions.
Je remarque que tous ceux
qui par l'aparition des Cometes
& des nouvelles Etoiles, ont predit
les revolutions des Etats , les
changemens dans la Religion,ont
eſté de faux Prophetes. L'exemple
du grand Tychobrahé ſuffira.
Il avoit oſe predire un entier bouleverſement
de toutes choſes fur
la Terre par l'aparition de la nouvelle
Etoille de 1572. Cependant
tout le monde ſçait quelle a eſté
l'évenement de la Prophetiede
ce Prince des Aſtronomes.
Keppler , le plus celebre des
Aſtronomes Coperniciens , fut
auſſi grand menteur que Tychobrahé,
92 MERCURE
brahé , lors qu'en parlant de la
Comete de 1607. il juroit hardiment
qu'elle avoit eſté allumée
entre les autres Aftres , pour avertir
les Hommes que Dieu avoit
reſolu de faire perir dans peu
de temps , une grande partie du
Genre-Humain.
Ceux qui pretendent que ces
Etoiles cheveluës ſont toûjours
-accõpagnées de quelques grands
malheurs,n'ont pour preuves que
quelques inductions;mais par unie
meſme forte de raiſonnement , je
pourrois conclure que les Cometes
annoncent toûjours quelque
grand bonheur à la Terre.
Ily a plus de quinze cens ans,
au raport d'Origene, que le Philoſophe
Charemon fit un Livre
des Cometes , dans lequel il remarquoit
que toutes les Etoiles
cheveluës avoient toûjours prefagé
GALANT. 93
:
ſagé quelque bonheur.
Le plus grand bonheur des
Hommes , qui eſt la Naiſſance
du Sauveur , n'a- t- il pas eſté annoncé
par cette Etoile extraordinaire
, que ſuivirent les trois
Rois, ſçavans Mathémaciens.
Senéque dit que la Comete
qu'il obſerva pendant fix mois ,&
qui ſe levoit du coſté du Nort, &
montoit vers l'Orient, rétablit les
Cometes dans leur bonne renommée.
Pline s'explique encor plus avantageuſement
dans le ſens de
ma propoſition , lors que parlant
de la Comete qui parut à Rome
pendant qu'Auguſte faiſoit des
Jeux en l'honneur de Vénus, il dit
que cette Etoile cheveluë fut à la
Terre un Aſtre bienfaiſant .
Junetin rapporte que fous Céfar
Auguſte le Ciel alluma une
grande
94 MERCURE
grande Comete , dans laquelle la
Sybille Tiburtine montrant un
Enfant entre les bras d'une Vierge
, dit à l'Empereur , Adore cet
Enfant, parce qu'il eſt plus grand
que toy.
Anchiſe faiſant des voeux pour
ceux qui reſtoient des Ruines de
Troye, vit une Comete à laquelle
il rendit des honneurs pareils à
ceux qu'il devoit à ſes Dieux , &
ſe promit de cette Etoile cheveluë
la felicité & la grandeur de
ſa Race dans le Païs Latin .
Des Cometes ont éclairé la
naiſſance d'Alexandre le Grand,
de Mitridate , de Jule - César , de
François I. de Soliman, de Charles-
Quint, & enfin d'une infinité
de Grands Hommes .
Celle qui parut à Rome au
commencement de l'Empire de
Claude, ne fervit- elle pas d'heureux
GALAN T.
95
reux preſage à cette Reyne des
Villes , que la venuë de S. Pierre
alloit établir chez elle une Souveraineté
ſpirituelle & univerſelle
, qui ne finira qu'avec le
monde?
: Les deux Cometes qui parurent
en l'an 716. l'une devançant
de peu d'heures le lever du
Soleil , & l'autre ſuivant de pres
fon coucher , preſagerent la victoire
que Charles Martel remporta
peu de jours apres ſur les
Sarraſins , dont il tua le Roy Abderame
, ayant fait pres deTours
un carnage detrois cens ſoixante
& quinze mille Infidelles , ſans
perdre que quinze cens des ſiens.
La Comete de 800. preſagea
à Charlemagne la Couronne de
l'Empire d'Occident, qu'il reçeur
à Rome des mains du Pape
Leon.
٢٠
A
96 MERCURE
A la lueur de la Comete de
1585.les Ambaſſadeurs du Japon
entrerent dans Rome pour prefter
le Serment d'obeiſſance au
Souverain Pontife.
Les trois Cometes qui parurent
en 1618. furent autant d'heureux
Flambeaux allumez dansle Ciel,
pour faire voir aux Bearnois la
Verité de l'Evangile que. Loüis
XIII . d'heureuſe memoire , alla
en perſonne faire rétablir dans
cesPaïs infortunez d'où elle estoit
bannie depuis 50. ans. i
Enfin pour ne pas faire l'Hif
toire generale des Cometes , on
peut conclure auffitoſt qu'elles
ſont des preſages heureux que
malheureux ; ou plutoſt on doit
conclure , que puis qu'elles font
ſuivies tantoſt de quelque bonheur
, tantoſt de quelque malheur
, elles ne preſagent rien du
tout,
GALAN T. 97
tour , & font tout- à- fait indiferentes
.
Tout Paris ayant appris que Sa
Majesté avoit fait Mrde la Reynie
Conſeiller d'Etat , apprehendoit
de le perdre pour Lieutenant
de Police.ll ne faut pas s'étonner
de cette crainte. Son extréme vigilance
, ſon exactitude à faire
obſerver les Reglemens & ſa juſte
ſeverité utile au Public,parce
qu'elle tient tout le monde dansle
devoir, luy ont fait faire des choſes
dont avant luy aucun Magiſtrat
n'avoit pû venir àbout,& qui
manquoient ſeules pour rendre
Paris la plus belle Ville , & la
mieux policée de toute la Terre.
Onnepeut douter qu'onn'y voye
toûjours regner le meſme ordre,
puiſque ceGrand Homme prend
toûjours les meſmes ſoins.
Je me contentay la derniere
Janvier 1681 . E
98 MERCURE
fois de vous apprendre que la
Lieutenance de Roy en Champagne
avoit eſté donnée à Mr de
Beaupré. Il faut aujourd'huy vous
en dire davantage. Elle avoit été
poſſedée ſucceſſivement depuis
plus de cinquante ans par
les Seigneurs de Livron Marquis
de Bourbonne, Pere,Fils,&Petit-
Fils ; & le 24.du moisde Decembre
Meffire François de Choifeul,
Marquis de Beaupré, le plus
ancien Brigadier & Meſtre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie,
en fut reveſtu . Sa Majesté
ne pouvoit faire un plus digne
choix , foit qu'on examine la
naiſſance , ſoit qu'on regarde les
fervices de ce Marquis. Il ſort
des Aînez de la Maiſon de Choifeul
, dont la Nobleſſe eſt aſſurément
des plus anciennes & des
plus pures de tout le Royaume.
Feu
GALANT. 99
Feu Monfieur le Maréchal du
Pleſſis , qui ſe faiſoit un honneur
d'en eſtre , n'a pas jugé neceſſaire
d'en faire le détail dans les Memoires
qu'il a laiſſez au Public,
parce qu'il ſçavoit que tout le
monde en estoit inſtruit. Il ſe
contente de dire qu'elle avoit
porté ſa gloire juſqu'à l'avantage
d'avoir eſté alliée à la tres- auguſte
Maiſon de France. C'a eſté
ſans- doute par la confideration
d'un ſi Grand Homme , que le
Marquis dont j'ay commencé à
vous parler , s'eſt crû plus obligé
qu'aucun autred'en foûtenir l'intereſt
par la voye des armes.Auſſi
l'a- t'on veu toûjours ſervir avec
une ardeur & une affiduité incroyable
, quelques raiſons qu'il
ait euës de ſuſpendre l'activité
de fon zele par les frequentes
bleſſures , qui le mettoient pref
Eij
100 MERCURE.
que dans une abſoluë neceſſité
de s'accorder du repos. Depuis
la Bataille de Lens , où quoy qu'il
ne fuſt encor que dans ſa quinziéme
année , les dernieres marques
de courage qu'il donna le
firent juger capable de fucceder
à Meffire René de Choiſeul fon
Pere , au Commandement d'une
Compagnie de Chevaux- Legers
dans le Regiment de feu Monſieur
le Duc d'Orleans. On ne l'a
point veu ſous aucun pretexte,
manquer à une ſeule Campagne.
Il a partagé tous les perils & toutes
les fatigues des guerres que
nous avons euës depuis ce temps,
&a ſuivy tous les mouvemens de
l'Armée dans laquelle il commandoit.
Ainſi il a eſté de tous
les Sieges & de tous les Combats,
&perſonne ne contribua davanage
au gain de celuy que Mon
fieur
GALANT. fot
fieur de Turenne donna aux Ennemis
le 4. d Octobre 1673. Cet
illuſtre General luy ayant confié
le Corps de reſerve , Monfieur
le Marquis de Beaupré le conduiſit
avec tant d'art, de prudence
, &de courage , que le ſuc
cés répondit entierement à ce
qu'on s'eſtoit promis de luy. Toute
l'Armée fut témoin de ſa va
leur & de fa conduite , & le fut
encor depuis à la mortde ce méme
General , dans lequel temps
il fit charger les Ennemis ſi à
propos & avec tant de vigueur;
qu'ils ſe virent hors d'état d'executer
les menaces qu'ils avoient
oſe nous faire. Tant de belles
actions luy ont acquis une eſtime
generale. Je ne vous dis rien de
la bienveillance dont Sa Majesté
l'honore. Vous en voyez des
1 Eij
102 MERCURE
effets par la récompenſe qu'il
vient d'obtenir.
Il ne faut que bien ſervir pour
s'en promettre de la juſtice du
Roy . C'eſt par là que le Gouvernement
de Kimpercorentin a eſté
donné à Monfieur de Colombe,
Maréchal des Logis dans la Seconde
Compagnie des Mouſquetaires.
L'affiduité & l'exactitude
de ce Gentilhomme à bien remplir
ſon devoir , ont eſté telles ,
qu'il a eu l'avantage de ſe trouver
à toutes les occaſions glorieuſes
où cette illuftre Compagnie
s'eſt ſignalée depuis vingtdeux
ans . Auſſi tout le monde
convient- il qu'il est né unique
ment pour la guerre , & qu'il n'y
a perſonne dans le Royaume
plus capable de s'acquiter d'une
Charge , & particulierement de
celles où il faut du mouvement
&
GALANT.
103
4
& où il y a du détail.
C'eſt icy le lieu de vous fatisfaire
fur ce que vous ſouhaitez
ſçavoir des actions particulieres
de feu Monfieur le Maréchal de
Grancey. Il fut nourry des ſa
premiere jeuneſſe auprés du feu
Roy , qu'il a ſuivy dans tous ſes
Voyages ; & aprés qu'il ſe fut
ſignalé au Pont de Cée , quand
le Retranchement fut emporté
par le Regiment des Gardes , il
ſe trouva à tous les Sieges , dépuis
celuy de S. Jean d'Angely,
qui fut le premier , juſqu'à celuy
de Privas , durant les Guerres
contre les Rebelles. Il acquit
beaucoup de gloire dańs
la défaite des Anglois en l'ifle
de Ré ; & le feu Roy l'ayant fait
Maréchal de Camp au Siege
de Saverne , il ſçeut fi bien meriter
la confiance du Duc de
Eij
104 MERCURE
۱
Vvimar , qui commandoit une
Armée contre les Imperiaux, qui
l'avoient contraint de ſe retirer
fur la Frontiere de Baffigny, pour
les empeſcher d'entrer en France
, que ce General l'appelloit
toûjours pour donner les ordres,
voulant par un privilege particulier
, que tous les Officiers de
ſon Armée luy obeïffent. Quand
Galas , qui commandoit ces meſ
mes Imperiaux , entreprit d'entrer
dans la Bourgogne , l'Armée
Françoiſe fut obligée de ſe
retirer , & de paſſer la Riviere
de Tilles au Pont de Spoy.
Monfieur de Grancey qui n'avoit
alors que la qualité de Comte
, eſtant demeuré ſur l'Arriere.
garde pour faire face , afin d'a.
muſer les Ennemis , fit une Action
d'une Valeur extraordinaire.
Aprés que pluſieurs Efcadrons
L
GALANT.
τος
cadrons de Cavalerie l'eurent
pouffé , il prit fa retraite par le
Pont de Spoy,& ſe vit abandonné
de l'Infanterie qui le devoit dé
fendre,à la faveur des Hayes qui
lebordoient.Ayant paffé ce Pont,
il ſe tourna feul contre tous ces
Eſcadrons,& ayant tué d'un coup
de Piſtolet le Cheval de celuy
qui le poufſoit de plus prés ,&ce
Cheval eſtant tombé mort ſur le
Pont,il ydemeura l'épée à la main
àdiſputer le paſſage ; &un ſeul
Cavalier l'y ayantjoint, ce fut un
ſpectacle aſſez peu commun , de
voir deux Hommes arréter mille
Chevaux. Cette réſiſtance donna
le temps à quelques Officiers
d'Infanterie de ramener des
Moufquetaires,qui tinrent enbride
les Ennemis , juſqu'à ce qu'on
euſt fait filer le Bagage,qu'on eftoit
refolu d'abandonner .
E
1
106 MERCURE
Les Impériaux n'ayant pû entrer
en Bourgogne, & le Siege de
S.Jean de Laune qu'elle avoit entrepris
, ayant échoüé par une
inondation d'eaux qui ne ſe pouvoit
prevoir , ils furent contraints
de prendre leur Quartier d'Hyver
dansle Comté de Bourgogne.
Les Places dépendantes du Païs
de Montbeliard eſtans toutes inveſties
par pluſieurs Quartiers
de leur Armée , le Roy envoya
Mr de Grancey pour y commander.
Il paſſa par la Suiffe & par le
travers des Montagnes , pour ſe
jetter dans Montbeliard , où il
trouva la Villede Hericourt , affiegée
par des Troupes tirées
des Quartiers commandez par
les Generaux de Soye & de Mercy.
Après avoir fait entrer du ſecours
dans Hericourt, il fit le ralliement
de la plupart des Garni
nifons
GALANT.
107
-fons de Befort , Porantin , & autres
Places dont il avoit le Gouvernement
; & cela , avec une fi
judicieuſe conduite , qu'eſtant
tombé ſur un des Quartiers des
Ennemis , il l'enleva , & força le
reſte de lever le Siege, avec perte
de deux Pieces de Canon .En fuite
il travailla à remettre des Vivres
dans les Places malgré tous
les Quartiers des Ennemis qui luy
eſtoient oppoſez ; en forte que le
General Galas perdant l'efperance
de les pouvoir affamer , fut
obligé de retirer la plus grande
• partie de ſon Armée du coſté du
Rhinice qui donna lieu depuis au
Duc de Vvimar , qui avoit ſes
Quartiers fur les Frontieres du
• Baffigny & de Lorraine , d'entrer
dans le Comte de Bourgogne, &
de mettre ſon Armée en étatd'aller
chercher un paſſage fur le
Rhin
4
-
-
L'efti
108 MERCURE
L'eſtime que Monfieur leCom
te de Grancey s'acquit dans ces
diférentes occaſions, porta le Roy
à fortifier les Garniſons de ce
Païs , du Régiment qui porteencor
aujourd'huy ſon nom; &dans
le temps que le Duc de Vvimar
marcha avec ſon Armée vers le
Rhin , ce Comte fit pluſieurs Sieges
de petites Villes & Châteaux
du voiſinage de Montbeliard, qui
eſtans le paſſage des Vivres,
avoient penſe faire perdre ce
Païs à Sa Majeſté. Ce fut dans
l'une de ces occafions qu'il reçeut
cettegrandebleſſure,quiluy caffa
legenoüil, & dont il eſto't eſtropié.
Il s'y comporta avec tant de
coeur, que fe retirant devant touυ
tes les Troupes du Comté de
Bourgogne , qui luy étoient tombées
ſur les bras , il porta cette
bleſſure pendant cinqheures,fans.
la
GALANT.
109
:
la vouloir faire paroître , de peur
que le Soldat ne perdiſt courage
dans ſa retraite ; auſſi penſa-t-elle
luy coûter la vie.
Cette Playe l'ayant arrêté deux
ans au Lit, elle ne fut pas plutoft
fermée , qu'il reçeut ordre de venir
ſervir. L'Action qu'il fit au
Siege d'Arras , à la veue de
deux Armées , celles des Maréchaux
de Chaſtillon & de la
Meilleraye , eſt une des plus hardies
dont on ait parlé depuis longtemps.
Chaque Armée avançoit
ſes Tranchées avec émulation >
comme elles ſe joignoient preſque
l'une & l'autre , les Affiegez
ayans fait une Sortie , ſe rendirent
maiſtres de la Tranchée du
Maréchal de la Meilleraye , &
tenoient leur Bataillon fur le
haut, tandis qu'on la rempliſſoit.
Monfieur deGrancey qui arrivoit
۷۰
à
110 MERCURE
à l'autre Tranchée , monta ſoudain
à cheval , & pouſſa ſeultraversla
diſtance des deux Tranchées
, pour fondre fur ce Batail-
Ion , dont il tua les deux Officiers
qui le commandoient. Tout le
Bataillon demeura fi étourdy de
l'intrepidité d'un ſeul, Cavalier ,
qu'il ſe mit incontinent en defordre
, voyant venir au ſecours
ceux de la Garde de la Tranchée;
que cet exemple avoit engagez
à ſe rallier. Monfieur le Cardinal
de Richelieu luy écrivit , pour le
féliciter fur cette Action extraordinaire
, qui fut d'autant plus
agreable à ce grand Miniftre ,
qu'il ſouhaitoit avec paffion de
voir la Place renduë , par les travaux
de Monfieur le Maréchal
de la Meilleraye fon Neveu.
Le Duc Charles de Lorraine
ayant recouvré par un Traité
fait
GALANT. III
fait avec le Roy , toutes les Villes
& Chaſteaux de ſon Païs , à la referve
de Nancy , & ayant depuis
manqué à obſerver ce Traité , on
commanda Monfieur de Grancey,
pour s'opoſer avec un Corps de
quatre à cinq mille Hommes au
progrés de ce Prince , beaucoup
plus fort en Cavalerie. Il fut fi
heureux dans cette Expedition,
qu'ayant pouffé le Duc Charles
hors de ſon Duché juſqu'en Allemagne
, il emporta avec une
promptitudeinconcevable tousles
Châteaux qui avoient eſté rendus
au Duc, fortifiez par la France depuis
la conqueſte de la Lorraine.
La Place de Chartel fur Moſelle,
ne réſilta que trois jours , quoy
qu'ayant eſté depuis ſurpriſe , elle
ait obligé l'une de nos. Armées à
un mois de Siege. J'irois trop
loin , fi je m'engageois à vous
: rapor
112 MERCURE
vy ,
raporter tous ceux où il a fer-
& tous les Combats où il
s'eſt trouvé. Le grand nombre
de bleſſures dont fon corps
estoit couvert , en auroient pû
rendre témoignage. Ce qu'il a
eu de particulier , c'eſt de n'avoir
jamais eſté batu tant qu'il
a commandé en Chef, ny en
France , ny en Allemagne , ny
en Italie quoy qu'il y ait cu
fort peu de Grands Capitaines
qui ne ſoient tombez dans cette
diſgrace , quelque prudence qui
ait accompagne leur valeur. Auſfi
n'attribuoit- il cette gloire qu'au
hazard , diſant toûjours qu'un
General ne pouvoit eſtre blâme,
quand la ſeule lâcheté de ſes
Troupes donnoit l'avantage à ſes
Ennemis.
,
;
Jusqu'icy , Madame , fi jen
croy vos Lettres , tous les A irs
nou
113
encoup
û en
ſujet
à l'atotis
Maides
conveut
jetter
ſcher
Cen'des
Vous
changrand
U.
percut
Ber-
Elle
112
rapo
vy !
s'eft
de
efto
ren
eu c
voir
a.c
Fran
en
fort
qui
difgi
ait a
n'att
haza
Gen
quar
Trot
Enn
Ju
croy
e'
Jeu
GALANT. 113
2
nouveaux que je vous ay envoyez
, vous ont cauſe beaucoup
de plaiſir. Si vous avez pû en
eſtre contente , vous aurez ſujet
de l'eſtre encor davantage à l'avenir
, puis que ce ſeront tous
Airs choiſis des meilleurs Maiſtres
de France ; & qu'un des
Hommes du monde qui ſe connoiſt
le mieux en Muſique ; veut
bien ſe donner la peine de jetter
les yeux deſſus pour empeſcher
qu'il ne s'y gliſſe des fautes. Celuy
que vous allez voir eſt un des
derniers que l'on ait faits. Vous
-connoiſtrez aisément en le chantant
, qu'il part d'un fort grand
Génie.
AIR NOUVEAU.
nos Bois Tircis aperçut
Une jeune & Simple Ber-
DAns
gere.
Elle
114
MERCURE
:
Elle luy plût ,
:
Sans qu'elle fçeust
Comme il faut faire
Quand on veut plaire.
Le Madrigal que j'ajoûte , a eſté
fait pour accompagner un Préfent
d'Etrennes . Ce Préſent conſiſtoit
en des Balances d'argent
auſquelles un coeur auſſi d'argent
ſervoit de poids. Mademoiselle
d'Avignau, Fille unique de Monfieur
le Lieutenant Generald'Auxerre
, & auſſi ſpirituelle & bien
faite qu'elle eſt jeune, envoyoit le
tout à une Dame d'un merite extraordinaire
dont elle eſtime particulierement
l'amitié . Ces Vers
qu'elle emprunta de Monfieur
Joly, luy tinrentlieu de Billet.
MADRI
GALAN T. 115
J
MADRIGAL.
E vous offre en cette lournée,
Des douze Signes de l'Année,
Celuy qui regle l'Equité.
Et j'ose meflater de la douce eſperance
Que par le poids de ma Balance
Vostre coeur panchera toûjours de
mon costé.
Voicy d'autres Vers galans,
qu'un Gentilhomme a envoyez à
une Dame avec une Palatine .
ETRENNES.
A
U premier Iourde l'Anje me
Suis mis en teste
De vous fairedon d'une Beste
Qui n'a muscles,ventre, ny chair,
Et se laiſſe aisément toucher.
Elle
116 MERCURE
Elle porte le nom d'une grande
L
Princeffe,
Vostre Sexefeul la careſſe;
Le nostre n'y prend interest
Qu'autant qu'ilvoit qu'ellevous
plaist.
Elle donne aux Amans bienplus de
jalousie,
Eſtant morte, qu'eſtant en vie,
Puis qu'elle embraſſe avec fon
Corps
Un devos plus charmans dehors.
Ie la chérirois bien, belle Iris , davantage,
Si je la voyois par l'uſage,
En vous donnantdefa chaleur,
Echauffer un peu vostre coeur.
Je vous envoye d'autres Madrigaux
qui méritent bien de
trouver
1
GALANT. 117
trouver icy leur place. Ils font
d'un Cavalier de Dijon , dont
vous avez déja vû quantité de
petites Pieces galantes . Une aimable
& jeune Perſonne luy avoit
emprunté des Livres , & il
prit occaſion de luy écrire quelques
Vers au commencement de
chacun de ceux qu'il luy envoya .
Le premier eſtoit un Tome du
Journal amoureux,dans lequel elle
trouva ce Quatrain au deſſous
du Titre .
S
Il'on vouloit, Philis pour certaine
raiſon,
Faire un Iournal de tout ce qui
Se passe :
Dans vostrejeune coeur ; ah , ditesmoydegrace,
QuelTitre luy donneroit- on ?
DANS
118 MERCURE
DANS LE II. LIVRE .
Pour lire avec profit pendant voſtre
jeunesse,
Ce que l'Amour afait de grand, de
glorieux,
Aimez, belle Philis, ayez de la tendresse
Autant qu'en promettet vosycux.
DANS LE III.
Philis, lors que je m'intereffe
Avous preſter un Livre ou l'Amour
.
vous plaira
Avecque toutson air & Sa délicateffe
;
Sçavez - vous bien comment cela
s'appellera ?
Semer chezvous de la tendreſſe
Qu'un autre unjour moiſſonnera,
DANS
GALANT. 119
:
DANS LE IV.
Quand vous lifez, Philis, pourprofiter,
pourplaire,
:
On nesçauroit s'y prendre mieux;
Mais occupant ainsi vostre esprit.
: & vos yeux,
Faut- il que vostre coeur demeure
Sans rienfaire ?
Vous avez tant de connoiffances
dans le Dauphiné, que ce
ne ſera pas vous parler de Perfonnes
inconnuës , que vousapprendre
le Mariage de Monfieur
de Dolomieu , Conſeiller au Parlement
de Grenoble, avec Mademoiſelle
de Puppetiere .Monfieur
de Dolomieu eſt de la Maiſon de
Grattet , tres- conſidérable par
les Charges qui y font entrées,
par les Terres qu'elle poſſede,
&
120 MERCURE
& par les Hommes d'un mérite
non commun qu'elle a produits.
Antoine deGrattet , pour ne pas
remonter plus haut , épouſa Angélique
de Dorgeoiſe , d'une
des plus Nobles Familles de la
Province. De ce Mariage nâquit
Pierre - Jacques de Grattet,
Seigneur de Granjeu , qui fut celébre
dans la Guerre & dans la
Paix. Il commanda une Compagnie
Franche de cent Hommes,
durant les déſordres de la Ligue,
pour le ſervice du Roy Henry
I V.& le Dauphiné n'eut point
alors de Capitaine plus renommé.
Il fit tant de belles actions,
endivers Emplois qu'il eut , que
la Paix eſtant faite avec lesChefs
de la Ligue , & avec l'Eſpagne,
Sa Majesté , pour le récompenſer
de ſes ſervices , l'honora de la
Charge de Tréſorier General
de
GALANT. 121
de France , unique dans le Dauphiné
& dans le Marquiſat de Saluces
,& il l'exerça avec une égale
ſatisfaction du Roy,& des Peuples.
Feu Monfieur le Comte du
Bouchage, Preſident dans le meſf
me Parlement , & feu Monfieur
deDolomieu, Preſident des Treſoriers
Generaux de France en
la Generalité de Grenoble, furentſes
Petits-Fils. Le premier a
eſté l'amour & l'honneur de l'Illuſtre
Corps dont il eſtoit Préſident;&
de luy & de Marguerite
de Clermont de la Branche de
Monteſon,est né Mr le Comte du
Bouchage,Conſeiller dans la mê
me Compagnie. Le fecond ayant
épousé Marguerite de la Poipe
de la Branche de Serrieres , en a
euMonfieur de Dolomieu , qui
eſt celuy dont je vous apprens le
Mariage. Son nom eſt François
Janvier 1681 . F
122 MERCURE
de Grattet ; & Dolomieu , dont
il eſt Seigneur , & qui eſt ſon Titre,
eſt une des plus belles Terres
du Viennois. La Nobleſſe eſt ſi
ancienne dans les Maiſons de
Clermont , & de la Poipe , qu'on
n'en a pû trouver l'origine. C'eſt
ce que marquent ceux qui ont
écrit l'Hiſtoire du Dauphiné.
MrdeDolomieu a auſſides Freres
tres-braves , quoy que fort
jeunes ; ils ſe ſont déja acquis
beaucoup de réputation dansles
Armes. Pour luy , Madame , il eſt
fort bon Magiſtrat,&un parfaite.
ment honneſte Homme. C'eſt
tout dire. Mademoiſelle de Puppetieres
s'appelle Catherine de
Virieu,de la Branche qui poſſede
les deux Terres de Puppetieres,
& de Montrevel. Elle est tresjeune,
bien faite,ſpirituelle ,& Fille
de Mr de Puppieres, Conſeiller
GALANT.
123
&Garde des Sceaux au meſme
Parlement de Grenoble. La Maifon
de Virieu est tres-ancienne,
&la Terre de Virieu qui a la dignité
deMarquiſat,luy a communiqué
ſon nom ;mais elle eſt fortie
de cette Famille , & eſt entrée
dans une autre. Guiffrey,
Seigneur de Virieu , vivoit l'an
mille quarante- trois. Il en eſt la
Tige,quia produit pluſieurs Branches
; mais il n'en reſte que celles
de Puppetieres, de Pointieres, &
de Ponterrey ; & meſines ces
deux dernieres ne ſont que des
rejettons de celle de Puppetieres.
Elles ont donné en nos
jours des Hommes d'une probité
finguliere à l'Eglife , & à divers
Ordres Religieux ; des Conſeillers
au Parlement de Grenoble
, & divers Officiers aux Armées,
qui ont ſervy avecbeaucoup
Fij
124 MERCURE
de courage & de valeur. Il falloit,
Madame , que Mr de Dolomieu
cuſt une diſpenſe , pour eſtre à
couvert des rigueurs de l'Ordonnance
, qui ne permet point
que le Pere & le Fils , ny le Beaupere
, & le Gendre , ſoient Préſidens
, ny Conſeillers en meſme
temps dans les Compagnies qui
jugent en dernier reffort. Le
Roy l'a accordée au merite de
Monfieur de Dolomieu , & aux
ſervices de ſes Anceſtres , & de
ſes Proches.
Sur la fin du dernier Mois , les
Deputez des Etats d'Artois , eurent
Audience de Sa Majefté . Ils
luy furent preſentez par Mr le
Duc d'Elbeuf, Gouverneur dela
Province , & par Mr le Marquis
de Louvois , Secretaire d'Etat du
Departement duquel elle eſt .
Monfieur l'Evefque d'Arras por-
A
ta
GALANT
125
ta la parole. La Harangue qu'il
fit au Roy, fut admirée de la nombreuſe
Aſſemblée qui s'y trouva.
Vous jugez bien qu'elle n'eftoit
compoſée que de Perfonnes
de la premiere qualité. Chacun
demeura d'accord que l'on
ne pouvoit en meſme temps faire
l'Eloge du Souverain , & repreſenter
les intereſts des Sujets avec
plus d'éloquence, de zele,de
force, d'adreſſe,& de reſpect . Ce
font des qualitez hereditaires
dans la Maiſon de Seve , & qui
l'ont toujours avantageuſement
diftinguée. Monfieur l'Eveſque
d'Arras s'appelle Guy de Seve
de Rochechoüart. C'eſt un Prélat
d'une profonde doctrine , d'une
infigne pieté , & d'une tresexacte
application à remplir tous
les devoirs de l'Epiſcopat , en
un mot un tres-digne Paſteur
Füj
126 MERCURE
du Peuple qui luy eſt commis.
Les autres Deputez estoient ,
pour la Nobleſſe , Philippes-Albert
du Mont-Saint Eloy , Seigneur
de Nedonchel , Gentilhomme
encor plus recommandable
par ſes vertus que par ſa naiffance,
quoy qu'elle foit des meilleures
du Païs, & d'une fort ancienne
Maiſon , alliée à celles de
Mailly , Saqueſpée , Preſſy , de
Vvaſtines-Chrinchy, d'Offay , le
Borgne , Monbertaut - Haynin,
Vvambrecy , & autres toutes il-
Juſtres. Pourle Tiers Etat, Monfieur
Palifot, Chevalier, Seigneur
d'Incourt , en eſtoit le Député.
C'eſt le meſme dont je vous ay
déja fait connoiſtre le merite en
deux de mes Lettres à l'occafion
de ſemblables Audiences. Ils furent
reçeus tres - favorablement
de S. M. qui leur fit l'honneur
de
GALANT 127
deleur témoigner beaucoupd'affection
pour le bien de la Province.
Il s'eſt fait depuis un mois entre
deux Perſonnes auſſi delicates
que ſpirituelles , un commentementde
liaiſon d'une nouveaute
affez finguliere. Un Cavalier,
eſtimé par ſes bonnes qualitez,
apresquelques ſoins rendus àune
Dame d'un fort grand merite,
luy declara en termes formels
qu'il avoit pour elle un attachement
d'amour. Ce grand mot
n'épouvanta point la Dame. Elle
conſentit à la paffion duCavalier
, pourveu qu'il s'accommodaſt
de quelques Rivaux qui
comme luy cherchoient à toucher
ſon coeur. Elle ajoûta , que
s'il l'aimoit veritablement , il devoit
voir avec joye qu'elle euſt
aſſez ,de merite pour s'attirer
F iiij
128 MERCURE
afin'
une groſſe Cour ; que s'agiſſant
de ſon choix , c'eſtoit à luy à ſe
rendre digne de la preference;
& comme il avoit fait bruit par
quelques intrigues , elle voulut
qu'il luy appriſt les raiſons qui
l'avoient porté à rompre ,
qu'elle ſe réglaſt ſur la maniere
dont elle devoit traiter avec luy .
Il accepta les conditions , & luy
envoya dés le lendemain un Papier
qui contenoit ce qui ſuit,avec
ce Titre .
HISTOIRE
DE MON COEUR.
A premiere paffion , prefque
au fortir de l'Académie,
fut une Dame , qui estoit en
poſſeſſion de former la plupart
des
GALANT. 129
des jeunes Gens. Elle avoitbeaucoup
d'uſage du monde , & la
foule eſtoit toûjours fort grande
chez elle. Quand on n'y
trouvoit que cinq ou fix Perſonnes
, c'eſtoit eſtre avec elle teſte à
teſte autant qu'on y pouvoit jamais
eſtre. J'eſtois en ce temps- là
beaucoupplus capablede faire du
bruit que de parler,& les Affemblées
tumultueuſes estoientbeaucoup
mieux mon fait , que des
converſations un peu régulieres.
Ainſi je trouvay juſtement
chez cette Dame ce qu'ilme fal-
Hoit. Mes Habits à la verité y eftoient
bien plus confiderez que
moy , mais cela me fuffiſoit ; &
je ne ſeparois pas le peu que j'ay
de merite , d'avec celuy que me
preſtoit ma parure. Je ne ſçay pas
bien ſi jeconçus un veritable a-
1
mour pour la Dame , ou ſi je
F V
130 MERCURE
me fis une affaire de vanité,d'étre
diftingué chez elle, aux yeux
de tant de Rivaux. Il eſt toûjours
certainque je m'yattachaybeaucoup.
Je cherchay les moyens
de luy expliquer ma paffion en
termes intelligibles , car ſa. Maiſon
n'eſtoit pas un lieu où les
yeux & les petits ſoins fuſſent en
pouvoir de ſe faire entendre, il y
avoit toujours trop de tracas ;
mais à peine au bout de fix moi's
la pûs je trouver toute ſeule dans
fa Chambre . Je commençois à
luy demander ſi elle n'entendoit
point ce que vouloient dire mes
affiduitez , & là-deſſus il furvint
une viſite. Il ſe paſſa encor
pluſieurs mois avant que je puffe
reprendre ma declaration où j'en
eſtois demeuré , mais enfin je
me laſſay de tant de difficultez,.
&je commençay à perdre le
gouft
GALANT. 131
P
gouſt que j'avois pour l'embarras
& la foule du grand monde. Je
me retiray inſenſiblement de
chez cette Dame , & je tournay
mes aſſiduitez du coſté d'une
jeune Perſonne nouvellement
mariée , fort bien faite , & qu'on
diſoit avoir de l'eſprit. Elle voyoit
peu de monde, mais le peu qu'elleenvoyoit
eſtoit aſſezbienchoiſy.
Elle fentoit parfaitement bien
tout ce qu'on luy diſoit de fin&
dejoly , mais elle ne diſoit prefque
rien où il paruſt un tour d'efprit
particulier ; & il y avoit plus
de plaifir à en eſtre écouté , qu'à
l'écouter. Elle ſuivoit toûjours
bien les penſées des autres , mais
les ſiennes n'alloient pas loin.
Enun mot , elle avoit beaucoup
plus de bon ſens que d'agrément.
Pour le coeur , j'ay reconnu en
toutes occafions qu'elle l'avoit
affez
132 MERCURE
affez droit. Quand elle l'épane
choit une fois , ce ne pouvoit
eſtre à demy ; & fitoſt que l'humeur
de faire des confidences la
prenoit , elle ne regardoit pasde
trop prés aux Confidens. La Nature
luy avoit donné quelquesdefauts
dont ſa raiſon avoit bien de
la peine à la guérir. Tout alloit
bien quand elle ſongeoit à elle,
mais il ne faloit pas qu'elle ſe perdiſt
de vûë , autrement la Nature
reprenoit le deſſus. Il m'arriva
avec elle , ce que je croy qui
n'eſt arrivé jamais à perſonne.
D'ordinaire on eſt frape d'abord
des bonnes qualitez ; on s'engage
là-deſſus à aimer. Peu à peu
on reconnoiſt les defauts , & le
dégouſt vient. Mais il. m'arriva
tout le contraire. La premiere
choſe que j'aperçeus dans cette
jeune Perſonne , ce furent ſesdefauts.
GALANT.
133
:
:
fauts. Je crus que j'en pourrois
faire quelque uſage , & les tourner
au profit de ma paffion . Je
m'embarquay à l'aimer , flaté de
cette eſperance. Quand je commençay
à aprofondir ſon caractere
, je luy trouvay beaucoup de
bonnes qualitez , auſquelles je
ne m'eſtois point attendu. Là
deſſus je changeay de deſſein , &
je me mis à l'aimer plus que je
n'avois encor fait. J'entrepris de la
défaire de ſes défauts , pour avoir
Thonneur d'aimer une Perſonne
parfaite. Maisque cela me reüſſit
mal ! J'eus beau mener finement
mon entrepriſe , elle ſentit
que je luy trouvois des defauts,
& jamais elle n'a ſçeu me le pardonner.
Nous entrâmes l'un
avec l'autre dans une eſpece de
jalouſie tout à fait particuliere..
C'eſtoit une jalouſie d'eſprit. Elle 4
crut
134 MERCURE
crut que j'affectois de marquer
que j'avois de la ſuperiorité de
génie ſur elle ; & pour me faire
voir que je n'avois pas tant d'efprit
que je me l'imaginois , elle
reçeut bien mieux que moy des
Gens , qui à ce que je croyois, ne
me valoient pas.
Me voila déja arrivé àma troifiéme
paffion, ſans avoir encor eu
beaucoup de plaiſirs en amour.
Mon gouſt s'eſtoit raffine , il me
faloit quelque choſe de nouveau,
&de plus piquant , que ce que
l'Amour m'avoit juſqu'alors donné
en partage. Jem'attachay done
àunejeune Fille, qui à peine avoit
ouy dire qu'il y cuſt un Amour
au monde. C'eſtoit une fimplicité
de l'Age d'Or, mais une fimplicité
ſpirituelle , & qui ne fervoir
qu'à donner de l'agrement à ſon
eſprit naiſſant. Elle n'avoit encor
aimé
GALANT. 135
L
aime qu'une Parente de fon âge,
mais elle imaginoit déja dans cette
amitié des delicateſſes qui me
charmoient , & que je mourois
d'envie qu'elle tranſportaſt à l'amour.
Je fus fi heureux , que
je l'accoûtumay à me voir , à fouhaiter
de me voir , & enfin à ne
s'en pouvoir plus paſſer. Elle ne
ſçavoit point encor qu'elle m'aimoit
, & ſes yeux m'avoient fait
confidence de ſa tendreſſe longtemps
avant qu'elle ſe la fiſt à ellemeſme.
Les delicieux momens que
je paſſay ! Il n'y a que vous , Madame,
qui me les puiffiez faire retrouver.
Je voyois avec plaiſir comment
l'Amour debroüilloit tout ce
petit cahos de ſon coeur &de fon
eſprit. Les lumieres de l'un , &
les ſentimens de l'autre , ſe fortifioient
en meſme remps. Je
luy aprenois avec un plaifir incroya
136 MERCURE
croyable toutes les delicateſſes de
l'Amour. Je luy donnois moymeſme
des leçons de jaloufie &de
defiance , tant je me tenois ſeûr
de neluy en donner jamais de veritables
ſujets ; mais à la finelle me
paſſa beaucoup dans l'Art que je
luy avois enſeigné. Elle pouſſa
la délicateſſe dans des extremitez
dont je ne me fuſſe jamais
aviſé . Si ma tendreſſe eſtoit moins
forte dans un inſtant que dans un
autre, elle ſentoit cette diference .
Elle liſoit mes penſées dans mon
eſprit au meſme moment qu'ellesynaiſſfoient.
Je ne pouvois plus
faire un pas , ou jetter un coup
d'oeil , qui ne fourniſt quelque
matiere à une remarque delicate.
Je commençay à ſentir un peu
l'incommodité de cette maniere
d'aimer- Je luy voulus faire entendre
, qu'à la verité on ne ſçavoit
aimer
GALANT.
137
:
aimer trop tendrement ; mais
qu'apres de certaines furetez prifes
de part &d'autre,il faloit pourtant
agir enſemble de bonne foy,
&ne s'entr'épier pas fans ceſſe;
que quand on eſtoit ſeûr en gros
de la reciproque tendreſſe du
coeur, on ne devoit pas s'amuſer à
mille petits détails , ſur leſquels il
feroit inutile de ſe chicaner. Mais
de quelques précautions & de
quelque adreſſe que je me ferviſſe
pour luy infinuër doucement
ces fentimens , elle crut
que je luy annonçois par là la fin
de ma paffion , & que ce n'eſtoit
qu'une maniere honneſte de
prendre mon congé. Elle tomba
dans une mélancolie qui me
déſeſpera. Je redevins plus amoureux
d'elle que jamais,&je ne ſouhaitois
rien plus que de renoüer
avec elle , à condition de luy laiffer
138 MERCURE
fer pouffer ſes chimeres délicates
auſſi loin qu'elle voudroit; mais
elle medit toûjours, que puis que
ſon trop d'amour m'avoit incommodé
, elle estoit réſoluë à n'incommoder
jamais ny moy ny
perfonne.
"
Je paſſay une bonne année ,
bien réſolu auffi de mon côté à
n'aimer jamais. Je ne pus pourtant
me garantir de tomber entre les
mains d'une Dame, bien éloignée
du caractere de cette jeune Perfonne
, dont j'avois fi long- temps
regreté la perte. C'eſtoit une
vraye Femme. Elle en avoit toutes
lesbonnes & toutes les matuvaiſes
qualitez , pleine d'eſprit, ou
plûtoſt d'imagination ; car pour
le jugement , elle déclaroit ellemefine
qu'elle n'y prétendoit pas;
mais inégale , imperieuſe ,& aigre
, autant à peu pres qu'on le
peut
GALANT.
139
peut eſtre , laide par deſſus tout
cela ,& ayant quelque âge. Ce.
pendant elle estoit toûjours en
poffeffion de caufer de fort grandes
paffions. Le fecret qu'elle a
voit pour cela , eſtoit de tourner
tres - agreablement en ridicules
Toutes les autres Femmes,de forte
que parmy ceux qui la voyoiết ,
il n'y en avoit point qui fuſſent
affez hardis pour s'attacher à aucune
de celles dont le Portrait les
avoit fait rire tant de fois,& pour
s'attirer par là des railleries , que
les plus habiles auroient eſté fort
embaraſſez à ſoûtenir. De plus,
T'humeur médiſante de cette Dame
faiſoit un autre effet merveil
leux pour elle, car il eſtoit impoffible
que l'on ne ſentiſt ſa vanité
flatée , en ſe voyant diftingué
dansun lieu où l'on avoit peu d'égars
pour tout le GenreHumain.
Enfin
140 MERCURE
Enfin elle inſpiroit ſi bien ſonGénie
fatyrique à ceux qui alloient
chez elle, qu'elle les avoit en peu
de temps broüillez avec tout le
monde , & reduits à ne plus voir
qu'elle ſeule. Je me ſuis engagé à
vous avoüer icy mes fautes. L'efpritde
cette Dame m'ébloüit d'abord.
Comme j'eſtois dégoûté de
laplupart des Gens , j'entray aiſément
das ſa Satyre.Elle fit pour
moy quelques avances , qu'elle
ſçavoit faire parfaitement bien,
&tres - finement. Mille affaires
quejeme fis tous les jours à cauſe
d'elle , me liérent encor plus étroittement.
Que vous diray - je
enfin ? Je me trouvay pris. Elle
m'aima pendant quinze jours auffi
fortement qu'elle eſtoit capable
d'aimer. Aprés cela elle ne voulut
plus que l'honneur de m'avoir
fait ſa conqueſte. Il faloit que je
fuffe
GALANT.
141
fuſſe eternellement dans ſa Chabre
, qu'elle me montraſt tous les
jours au Public dans ſon Caroſſe,
&elle faiſoit naître elle-meſme
des occaſions de faire paroître
aux yeux de tout le monde, l'empire
qu'elle avoit acquis ſur moy.
Je paſſay beaucoup de temps à
n'eſtre qu'un Amant de montre
&de parade. Je méditois quelquefois
ma retraite , mais le courage
me manquoit au beſoin. Je
craignois toûjours de m'attirer
cette Dame à dos , & elle avoit
trouvé le moyen de m'attacher à
elle par la crainte, autant qu'elle
avoit fait par l'amour. Heureuſement
il parut en ce temps- làdans
le monde un jeune Homme de
mérite , ſur qui il luy plut de jetter
les yeux. Elle avoit tiré de
moy tout l'honneur qu'elle pou
voit en tirer , il luy faloit faire
: d'autres
147
MERCURE
d'autres conqueſtes. Je fus ravy
qu'un Rival aimé vinſt me degager.
Il n'y eut aucun bruit entre
luy & moy , quand il prit ma place
, & les choſes ſe paſſerent de
part & d'autre avec toute la douceur
imaginable.
Enfin , Madame, apres tant de
peines endurées au ſervice de
l'Amour , il a voulu m'en recompenſer
, en me faiſant voir une
auſſi aimable Perſonne que vous.
Vous voyez que je compte déja
pour recompenſe le ſeul plaiſir
que j'ay eu de vous voir. Que ſera-
ce donc , ſi je ſuis aſſez heureux
pour ne vous déplaire pas?
Je viens de vous faire connoiſtre
parfaitement ce coeur que vous
poffedez tout entier. Il a déja eu
d'autres Paſſions,il eſt vray ; auſſi
je me rens juſtice, & je m'engage
à voir chez vous , ſans chagrin,
tous
GALANT. 143
tous les Rivaux que voſtre merite
m'a déja faits , & tous ceux
qu'il me fera. J'en jure par Apollon,
qui m'a inſpiré ces Vers.
EC foupirant pour vous , Cli-
Ie nesuis point de ses Amans fåcheux
Qui ne peuvent voir qu'avec
peine
Queleur Maîtresse écoute d'autres
feux.
هعووو
-Leur défiante humeur vous paroist
i incommode,
C'est affez, je le ſçay , pour vous
mettre en courroux;
Auſſi mon coeur déja ſuit une autre
méthode,
Etpour sefaire à voſtre mode,
Apprend à n'estre point jaloux .
Cet
144
MERCURE
629
Cet effort qu'ilsefait,doit d'autant
plus vousplaire,
Qu'il est rarejusqu'à ce jour,
Que de ce caprice ordinaire
- On ait ſçeu défaire l'Amour.
Le mien , pour estre à voſtre
usage,
Renonce à cent communs defauts,
Et complaisant pour vous, regarde
Sans ombrage
Le grandnombre de mes Rivaux .
D'un autre Amant laflâme en feroit
alarmée,
S'abandonneroit au depit;
Mais pour moy , je vous vois
aimée,
Et cette raiſon meſuffit.
ع و ض و
ن
Vous voulez groſſfir voſtre Empire
D'une foule d' Amans qui vousfuive
en tous lieux ;
Pour
GALANT.
145
Pourquoy faut - il que j'enfoûpire?
En voyant l'éclat de vos yeux,
Peut - on y trouver à redire ?
:
Ils s'accommodent mald'un pouvoir
limité ;
Et commerien ne les arreste,
l'en connoy trop bien la fierté,
Pour les bornerà ma conqueſte.
Certains d'estre par tout vainqueurs,
C'est peu pour eux d'une victoire;
Et par l'amas de mille coeurs,
Ils font bien mieux briller leur
gloire.
, Climene en cent endroits faites
craindre leurs coups,
Et par interest pour luy- mesme,
A mon amour ilſera doux,
Que chacun à l'envy vous aime.
Janvier 1681. G
146 MERCURE
2
Lors que mille Captifs reconnoîtront
vos Loix,
Qu'il fera glorieux à mon ame
charmée,
D'ouïrjustifiermon choix
Par la voix de la Renommée!
Cet éloge public fait de vôtre
beaute',
Avoüons-le tous deuxfans honte,
Flatera vostre vanité ,
La mienney trouveraſon compte.
0627
Ce n'est pas apres tout que je n'aimaſſe
mieux
( Soit ditfans offenfer vostre air incomparable
)
àmes yeux,
c
まい
Que ce fustseulement à mon coeur,
Quevous vous montraſfiez aimable
Mes
GALAN T. 147
:
Mes voeux,me direz- vous,font trop
intereſſez;
Mais ilfaut que je vous réponde,
Climene, je vous aime affez,
Pourvous faire oublier tout le reste
dumonde.
Cependant mon coeurſe reſout,
Vous le voulez d'une autreforte's
On doit s'accommoder à tout,
Aimez-moy Seulement , le reste ne
m'importe.
L'Academie Royale d'Arles,
qui eſt alliée à l'Academie Françoiſe
, & dont vous ſçavez que
Monfieur le Duc de S. Aignan
eſt Protecteur , a reçen Monfieur
l'Abbé Petit dans ſon Corps. Il
eſt Fils d'un Secretaire du Roy,
& fort eſtimé pour ſa profonde
érudition. Il a composé le Penitentiel
de Theodore . C'eſt un
Fij
148 MERCURE
Livre qui a eu l'approbation de
tous les Sçavans' , & qui repreſente
en tres- peu de mots &dans
un bel ordre , ce que l'Egliſe Orientale
& Occidentale a de plus
particulier. Pluſieurs Pieces curieuſes
y font ajoûtées pour l'expliquer,&
c'eſt ce qu'on doit aux
foins de Monfieur l'Abbé Petit . Il
a une connoiſſance parfaite des
Langues Greque, Latine,& Françoiſe
, & fur tout des Droits de
l'Eglife, & de ceux du Roy, qu'il
foûtient d'une maniere admirable
, par les Memoires qu'il fournit
actuellement à Mr le Cardinal
d'Eſtrées pour la Regale.
L'eſtime que cette meſme Academie
s'eſt acquiſe parles ſoins
continuels qu'elle prendde n'oublier
rien , pour répondre aux
deſſeins que Sa Majesté a eus
en l'établiſſant, ayant fait ſouhaiter
GALANT.
149
ter à Monfieur le Preſident de
Montmiral de Lubieres,& à Monſieur
de Faure- Fondamente , d'y
eſtre reçeus en qualité d'externes
, on en écrivit à Monfieur le
Duc de Saint Aignan, & àMonfieur
le Marquis de Robias d'Eftoublon
, Secretaire perpetuel de
la Compagnie , qui estoit alors en
Cour. Leur Reception ayant eſté
refoluë dans les formes ordinaires
, ces Meſſieurs furent conduits
dans la Salle où ſe tenoit
l'Aſſemblée , & apres la lecture
des Statuts qui fut faite parMonſieur
Giffon , Secretaire Subſtitut
en l'absence de Monfieurle Marquis
de Robias , & le Serment
preſté par l'un & par l'autre de
les obſerver de point en point,
Monfieur de Beaumont qui ſe
trouva Directeur , fit l'ouverture
de l'Academie par unDiſcours
Giij
150 MERCURE
fi plein d'érudition & d'éloquen.
ce, qu'il charma tous ceux qui
curent le plaiſir de l'écouter. Il fit
voir que tous les efforts de l'Antiquité
n'avoient rien produit de
fi grand dans les Armes, & dans
les Lettres , que ce que noftre
auguſte Monarque nous fait admirer
de jour en jour. Ce Dif
cours fut ſuivyde celuy de Monfieur
le Preſident de Lubicres .
Les pensées nobles & les vives
expreſſions dont il eſtoit ſoûtenu,
remplirent avec beaucoup d'avantage
tout ce qu'on avoit attendude
luy. C'eſtoit un Remercîment
à la Compagnie,de l'honneur
qu'il recevoit d'y eſtre admis.
Monfieur de Faure-Fondamente
parla apres luy. C'eſt ce
fublime & ſçavant Génie , à qui
Monfieur Peliſſon adreſſe fonHiſtoire
de l'Académie Françoiſe.
Il
GALANT.
ISI
:
Il fit connoiſtre par tout ce qu'il
dit , que peu de Perſonnes poffedent
auffi parfaitement que luy
toutes les délicateſſes de noſtre
Langue. Avant qu'on ſe ſeparaſt,
comme c'eſtoit au commencement
de l'année , Monfieur de
Giffon propoſa à la Compagnie
de proceder , felon l'uſage ordinaire
, à l'élection d'un nouveau
Directeur. Le Sort tomba fur
Monfieur d'Urbaye - Vachieres,
qui ne ſongea plus qu'à bien rem
plir fon Employ. Il en commença
les fonctions le Jeudy 9. de ce
Mois ,dans l'Aſſemblée la plus
nombreuſe qu'on euſt veuë depuis
longtemps. Ce fut un concours
extraordinaire de Gens de
merite & de qualité, à qui l'Académie
trouva bon de donner entrée
ſans conſequence. Il fit l'ouverture
de cette Séance par un
Fiiij
152 MERCURE
Diſcours ſi digne de luy,ſoit pour
la force du raiſonnement , ſoit
pour le choix des termes & des
penſées , foit pour la maniere de
le prononcer , que ce ne furent
qu'acclamations de toutes parts.
Ce qui eſt fort remarquable dans
ce jeune Gentilhomme , qui eſt
undes mieux faits du Royaume,
c'eſt qu'il n'eſt encor que dans
ſa vingt - deuxième année , &
qu'il joint aux brillantes qualitez
du ſçavoir & de l'eſprit, une
honneſteté qui le rend tres - agreable
dans le commerce du
monde. Son Diſcours eſtant finy,
Monfieur l'Abbé Fleche termina
cette Aſſemblée par un Entretien
qu'il avoit eſté prié de
faire ſur la nature des Cometes
, à l'occaſion de celle qui paroiſt
depuis un mois. Il expofa
les ſentimens des anciens &des.
moder
GALANT .
153
modernes Philoſophes , avec des
termes qui répondirent également
à la force de fon génie , &
à la curioſité que devoit cauſer
cette matiere....
Monfieur Guyonnet de Vertron
de la meſme Académie , en
a traité une qui pourra eſtre le ſu.
jet de quelques diſputes. Il doit
bien-toſt donner au Public un
Diſcours dans lequel il prouve
l'excellence du beau Sexe , par
les exemp'es de toutes les vertus,
par la pratique des Sciences , &
des beaux Arts , par les témoig
nages des Hiſtoriens facrez &
prophanes, & enfin par tolites les
raiſons naturelles, morales & politiques.
Il a fait part de fon entrepriſe
à une Dame tres - fpirituelle
, par une Lettre qui luy en
marque toute la conduite. Voicy
la Réponſe de la Dame .
1 Gv
154 MERCURE
LETTRE
DE MADAME DE***
A Monfieur Guyonnet de Vertron,
de l'Académie d'Arles.
Ansm
Spondr
m'arrester, Monsieur,àrẻ-
pondre aux grandes qualitez
que vous me donnez , je vous diray
ingénuëment que je ne suis point
d'accord avec vous, pour élever mon
Sexe au deſſus du voštre. Je nepré
tens pas pour cela manquer de reconnoiſſance
à voštre égard , quoy
qu'il le ſembleroit , en def- approuvant
voštre idée. Ce n'est point
cela. Je vous louë dans mon ame
& il faut estre außi genereux
& bienfaisant que vous l'estes,
pour proteger un Party' qui manquesouvent
de Protecteur. Ie n'en
ay
GALANT .
155
ay point encor vû de vostre ma.
niere , & c'est ce qui rend vostre
opinionplus avantageuse au Sexe,
car vous n'estes point Suspect. Tout
ce qu'il y a de Gens qui vous connoiſſent
ſcavent tres- bien que vous
n'avez aucune préoccupation , ny
aucune attache ; que sivous vous
declarez pour nous , ce n'est point
dans la veuë de vous attirer l'estime
particuliere d'une Belle , & que
vous cherchezſimplement à rendre
justice , Sans aucun mélange d'interest.
Aussi , Monsieur, avezvous
Sujet de croire que les Femmes vous
Seront infiniment obligées. Nous entendonsſouvent
des loüanges , mais
en mesme temps qu'on semble les
écouter, on refléchit ſurſoy-mesme
d'une maniere à connoistre fort bien
quel motif engage les Gens à nous
lower. Ils croyent la plupart plaire
beaucoup davantage parleurs dif
COW
ون
156 MERCURE
cours que par leur merite , & s'attachent
bien moins à corriger leurs
défauts qui déplaiſent infiniment,
qu'à étudier les belles manieres de
s'exprimer dans les Ruelles.C'est un
abus dont toutes les Perſonnes de
bonſens devroient tâcher de segarantir.
L'un & l'autre Sexe en tirevoit
de grands avantages , & les
Dames ne donneroient pas des andiencesfifavorables
àdes choses inatiles,&
quelquefois entierement éloignées
de la verité. A leur exemple
les Hommes s'attacheroient àſe
rendre dignes de nostre eſtime , par
les vertus effentielles- dont leurs
Perſonnesseroient aifement ornées,
s'ils refléchiſſoient un peu fur euxmesmes.
Mais il ſembleparje ne
Sçay quel bouleversement que les
uns&les autres abandonnent lefolide
, qui donne là veritable tranquilité
, pour beaucoup d'exterieur
G
GALANT.
157
de dehors . Ilſemble mesme qu'il
Suffit de paroiſtre honneste Homme
encor qu'on ne lefoit pas ; de
paroistreriche , quoy qu'on foit incommode
; de paroiſtre genereux&
bon Amy , quoy qu'onsoit intereſſfé,
Ce que je dis , se peut dire des
deux Sexes , & je ne voy pas de
défauts d'un costé que je n'en remarque
d'auffi grands de l'autre.
On jugeroit àm'entendre , que je
voudrois continuellement une Phi
lofophie génée. Nullement: Lacontrainte
n'est point de mon gouft..
Ce n'est que pour l'éviter , &pour
vous faire connoistre par ces rai-
Sonnemens que j'ay de l'aversion
pour elle , que je vous entretiens fi
longtemps. le vous déclare que ce
Jeroit me contraindre au dernier
point , de m'obliger à tomberd'accord
que le mérite des Femmes est
au deſſus de celuy des Hommes
estant:
138 MERCURE
estant perfuadée , comme je lafuis ,
que l'Autheur de toutes choses n'a
pointmis de diference dans la creation
des ames , & qu'estant tous
partagezcomme nous sommes de
Ses bienfaits , l'un & l'autre Sexe
peut acquerir du merite felon le bon
usage qu'il fait des talens qu'il a
reçeus. Mais , Monsieur, mon Sentiment
est de peu de confequence. Il
vient peut - estre de ce queje me con-
-nois trop foible pourſoûtenir un par-
-tyque vous voulez qui devienne le
plus fort . Continuez, Monfieur, vôtregenereuse
entreprise. Vostre plu-
-me eft feconde , vos pensées sont
belles & justes , vous eſtes ſcavant,
vous donnerez de beaux exemples
où les Dames verront les grandes
qualitezqu'elles poſſedent , & cel-
-les qu'elles peuvent s'attirer . C'est
lepropre de celles qui tendent à la
perfection de se souhaiter quelque
chofe
GALANT. 159
chose, & cesfortes de ſoubaitsfont
dignes des belles Ames. Adien ,
Monfieur. Ie me repens trop tard
de vous avoir écrit une si longue
Lettre.
1
Malgré ce que Monfieur de
Lignieres a ſoûtenu dans ſes deux
Lettres à Madame la Ducheffe
de Bellegarde , il eſt tres- certain
que la Nature fait plus de Poëtes
que l'Art. Beaucoup qui s'appliquent
pluſieurs années à faire
des Vers , ont bien ſouvent de la
peine à réüffir , & d'autres font
maiſtres dés leur coup d'eſſay. Ce
qui vient d'arriver à un jeune
Pagenous le fait connoître.Monſieur
le Duc de S. Aignan eſtant
entré en ſervice cette année ( car
-vous ſçavez que les quatre Premiers
Gentils - hommes de la
Chambre ſervent alternative
ment
160 MERCURE
ment une année entiere)a choify
ſelon les droits de ſa Charge,tous
les Pages de la Chambre qui doivent
ſervir pendantſon année,&
entr'autres ce Duc a jetté les
yeux ſur le Fils de Mr le Marquis
de Robias , que je vous ay déja
dit eſtre Secretaire perpetuel de
l'Académie d'Arles,& qui eft Frere
de Monfieur d'Eſtoublon , de
l'illustre Maiſon de Grilles. Il ya
dans cetteMaiſon beaucoupd'efprit,
de valeur,& de naiſſance. Ce
jeune Page qui n'avoit point encor
fairde Vers,réſolut de remereier
Mr le Duc de S.Agnan par
un Madrigal, de la grace qu'il luy
avoit faite, en le choiſiſſant pour
avoir l'honneur de ſervir le Roy
dans un Employ d'autant plus
glorieux pour ceux qui l'exercent
, qu'il donne lieu d'approcher
de la Perſonne de ce Grand-
Prince.
GALANT. 161
Prince. Voicy quel fut ſon Remercîment.
A MR LE DVC
DE SAINT AIGNAN.
J
L'Ingratitude Neceffaire.
MADRIGAL.
E le fçay bien , Grand Duc, qu'il
faut que jevous aime,
Mon coeur me l'adit mille fois;
Etpour tantdefaveurs que devous
je reçois ,
Mareconnoissance est extreme.
Maissi pour ſoûtenir l'honneur de
mon Employ ,
Ieveux vous imiter , & mefaire
aneLoy
De ce que vousfaites vous- même,
Le n'auray plus d'amour ny pour
vous, ny pour moy,
Mon coeurfera tout pour leRoy.
Mon
162 MERCURE
Monfieur Guyonnet de Vertron
, dont je vous ay déja parlé
dans cette Lettre , a fait ces Vers
pour l'Autheur de ce Madrigal.
Stre bien fait , Sçavant, &
Estreagen
Et compoferdejolis Madrigaux ,
C'est n'avoir point à la Chambre
d'égaux,
C'est estre en unmot hors de Page.
L'Académie d'Arles n'eſtant
composée que de Gens d'efprit,
demerite , & de naiſſance , tous
les Ouvrages de ſes Académiciens
meritent d'eſtre rendus publics.
Le Sonnet qui ſuit eſt de
Monfieur Sabatier , de cet illuſtre
Corps. C'eſt un Gentilhomme
qui a eſté Page de Sa Majeſté,
& qui a ſervy dans ſes Armées
.
3
SON
GALAN T. 163
S
SONNET .
Acrez Manes des Roys , Demy-
Dieux de la France ,
Quittez pour quelque temps vosfuperbes
tombeaux ,
Venez estre témoins des glorieux
travaux ९
Qui font du GRAND LOUIS -
douter la puiſſance.
Admirez avecnous l'héroïque vaillance
Qui luy fait tous les jours tant de
Sujets nouveaux ,
Les Loix qu'il établit pour prevenir
nos maux ,
Et de tousfes Conſeils laforce & la
prudence.
م و و
Voyez de sa grandeur les dignes
Monumens ,
Ces
164 MERCURE
2
Ces vastes Arcenaux , ces pompeux
Bastimens,
Ces Ports,oùparſesſoins tout vient
& tout abonde ;
عوضوم
Et quandvous aurez eu le tempsde
) l'admirer,
Allezfairesçavoirſa gloireà l'autre
Monde,
Perſonne en celuy- cy ne la peut
ignorer.
- Monfieur le Marquis de Vien
ne a fait ces Vers pour une
Chanfon
AMo
4.
je craignois peu tes
charmes,
Si tu n'euſſes pris pour tes armes
Lesyeux du monde les plus beaux.
L
Helas ! qui s'en pourroit défendre
?
Situtefers de ces Flambeaux,
Tu
GALANT.
165
Tu mettras tous les coeurs en cen
dre.
J'ay donné le nom de Chanſon
à ces Vers , parce qu'ils me
paroiſſent fort propres à eſtre mis
enMuſique. A propos de Mufique
, elle a fait une grande perte
en la perſonnede Monfieur Langeais
, tres- eſtimé de tous ceux
qui prennent plaiſir à ce divertiſſement.
Il eſtoit de celle du
Roy , & mourut quelques jours
avant la premiere repréſentation
duBalet.
Je vous envoye une choſe fort
ancienne, & pourtant toute nouvelle.
Elle est ancienne pour les
Vers , & tres - nouvelle pour
l'Air. Monfieur Charpentier dont
vous connoiſſez la capacité & le
mérite, travaille ſur les Stancesdu
Cid , dont chaque Mois il donnera
i
166 MERCURE
:
nera un Couplet. Voicy le premier
noté.
Dercéjusques
Ercé jusques au fond du coeur,
7
D'une atteinte imprévenë außi
bien que mortelle ,
Miserable Vangeur d'une juste querelle
>
Etmalheureux Objet d'une injuste
rigueur,
Ie demeure immobile , & mon ame
abatuë
Cede au coup qui me tuë.
Si pres de voir monfeurecompensé,
O Dieu ! l'étrange peine !
En cet affront mon Pere est l'offensé,
Et l'Offenseur le Pere de Chimene.
Monfieur leComte de Brancas
, Chevalier d'honneur de la
feuë Reyne Mere du Roy , eſt
mort icy le 8.de ce Mois , âgé de
foixante
6
dir Percejusqueaufondducoeur des
etmalheureuxobjet dvnejnjuste rigu
43
tie sipradevoirmo foureomin
GALANT. 167
foixante & trois ans. Il eſtoit Fils
de Georges de Brancas , Duc de
Villars ,& de Julienne - Hipolite
d'Eſtrées , Sooeur de François -Annibal
premier du nom , Duc
d'Eſtrées , Pair & Maréchal de
France, qui mourut le 23. Janvier
1657. âgé de 92. ans. Monfieur
le Comte de Brancas avoit pour
Frere aîné Loüis - François Duc
de Villars . Ses deux Filles ont
eſtémariées , l'une à Monfieur le
Prince d'Harcourt , qui a eu
Thonneur de conduire la Reyne
d'Eſpagne juſqu'à Madrid ; &
l'autre, àMonfieur le Duc deVillars
fon Neveu. La Maiſon de
Brancas a donné pluſieurs Cardinaux
à l'Eglife , ſçavoir Landolphe
Brancaccio , creé Cardinal
par le Pape Celeſtin V. l'an 1292 .
Renaud Brancaccio ,Cardinal en
1385. Loüis Brancaccio , Cardinal
168 MERCURE
nal en 1408.Thomas Brancaccio,
Cardinal en 141 1.Marie de Brancas
, Cardinal en 1633. Alexandre
Brancaccio , eſtoit Maréchal
du Royaume de Sicile en
1364. La Terre de Villars apartenante
à la Maiſon de Brancas,
a eſté erigée en Duché & Pairie
en 1627. La Verification s'en
trouve au Parlement de Provence.
Brancas porte d'azur au Pal
d'argent , chargé de trois Châteaux
de gueules maçonnez de
ſable , & tenus par quatre Pates
de Lion .
Cettemort avoit eſté precedée
decelle de Monfieur le Vicomte'
de Lamet , Lieutenant General
des Armées du Roy, arrivée le 2 .
de ce Mois en ſon Château de
Pinon proche Soiffons. Il avoit
foixante & treize ans. La Maiſon
de Lamet tire ſon origine
de
GALAN T.
169
3
de la Terre de ce nom , fituée
aux Païs - Bas , & porte de gueules
à bandes d'argent , accompagnée
de fix Croix recroiſetées au
pied fiché de meſme miſe en orle.
Baudoüin de Lamet fut tué à la
Bataille d'Azincourt en 1415.Antoine
de Lamet , Conſeiller &
Chambellan du Roy Loüis X I.
Baillif, & Capitaine de Sens, puis
de Montenis , & d'Authun , en
ſuite Gouverneur de Bourges , &
Lieutenant de Roy en Berry,
mourut en 1494. en la Ville d'Amiens
, & fut enterré en l'Egliſe
du Prieuré de S. Denis de la mef-
The Ville , où ſont à preſent les
Jeſuites. Il avoit épousé en 1460.
Jaqueline de Henancourt, depuis
lequel temps ce nom de Henancourt
a eſté joint à celuy de Lamet
par les Aînez de cette Mai-
- fon. Il y a eu de cette Famille:
Ianvier 1681 . H
170 MERCURE
pluſieurs Gouverneurs de Corbie
, Montreüil , Laon , Melieret,
Coucy , & autres Places confiderables.
Madame la Ducheſſe du Ludea
ſuivy ceux dont je viens de
vous parler. Elle eſt morte le 12 .
de ce Mois dans ſon Château de
la Meute, âgée de 49. ans. C'eſtoit
une fort riche Heritiere de la
Maiſon deBoüillé au Païs duMaine.
Si elle euſt veſcu dans le
temps des Amazones, elle euſt pûû
avec juſtice eſperer d'eſtre leur
Reyne , tant elle aimoit les pénibles
exercices.Jamais on ne l'en a
veuë incommodée. La plus rude
Chaſſe ne l'étonnoit point , &
quelque longue qu'elle puſt eſtres
elle s'y montroit infatigable.Monſieur
le Duc du Lude ſon Mary
, eſt Grand- Maiſtre de l'Artillerie.
Mon
GALANT.
171
Monfieurde Chevrieres , Second
Préſident au Parlement de
Grenoble , eſt mort auſſi depuis
quelque temps. C'eſt ce qui a
empefché la belle Madame la
Comteſſe de S. Vallier ſa Belle-
Fille , de dancer au Balet , où elle
ne ſe ſeroit pas moins fait admirer
que dans les Repétitionsdont
elle a toûjours eſté. Cettemort
n'eſt point de celles qu'on peut
nommer impréveuës , puis que
Monfieur le Préſident de Chevrieres
vivoit comme un Homme
qui l'attendoit depuis treslong-
temps , c'eſt àdire , dans
une pratique exacte des Vertus.
Il avoit l'eſprit vif, élevé , & d'une
conception admirable, Il fut
choify en 1644.pour aller à Rome
négotier des Affaires importantes.
Le Roy fut tres fatisfaitdela
maniere dont il s'aquita de cet
Hij
172 MERCURE
>
Employ,& à fon retour le fit Confeiller
d'Etat. Deux ans apres, la
feuë Reyne Mere luy donna la
mefme marque d'eſtime en le
nommant pour eſtre de ſon Confeil.
Il avoit épousé Mademoiſellede
Sayve, d'une des meilleures
Maiſons de Bourgogne. Je ne
vous dis rien de cette Dame qui
fait l'exemple de ſa Province .
C'eſtoit une Heritiere tres- confiderable
par ſa naiſſance , par ſes
grands biens , & par ſa vertu. Je
vous ay déja marqué en peu de
mots dans une de mes Lettres,des
choſes tres-glorieuſes de la Maifon
de la Croix de Chevrieres,
quand je vous ay parlé de Monſieur
le Comte de Sayve, Préſident
Mortier à Grenoble , & fecond
Fils de celuy dont je vous apprens
la mort.
Monfieur le Maréchal Duc
de
GALANT. 173
de Vivonne , a eu l'honneur de
falüer le Roy au commencement
de ce Mois. Il y avoit deux ans
qu'il n'eſtoit venu à la Cour , le
zele qu'il a pour Sa Majesté , l'ayant
fait demeurer pendant tout
ce temps , ou ſur les Galeres , ou
en Provence, pour eſtre toûjours
en état d'agir,& pour fairefervir le
Roy de la maniere qu'on voit que
ce Grand Prince eſt ſervy en tou
tes choſes .
Il eſt difficile que vous n'ayez
ſouvent entendu parlerde Mr de
Caſaux,qui s'eſt fait connoître par
fes grades actions dés le temps de
Monfieur le Cardinal Mazarin ,
dont il eſtoit Creature. Sa Majefté
qui l'avoit pourveu du Gouvernement
de Bergues,luy a don- .
né celuy de Thionville vacant
par la mort de Monfieur le Maréchal
de Grancey. Monfieur
: Hiij
174 MERCURE
de Tracy , ancien Capitaine aux
Gardes,& fort connu par ſes ſervices,
va remplir à Bergues la place
de Monfieur de Caſaux ; &
Monfieur des Roches , Maréchal
des Logis de la Cavalerie ,
a eu le Gouvernement de Fougeres.
Il ya eu pluſieurs changemens
dans les Intendances. Monfieur
Charon de Ménars , qui avoit
celle de la Genéralité d'Orleans,
a eſté nommé à l'Intendance de
Paris , en la place de Monfieur
Hotman qui en avoit fait les fonctions,
depuis que MonfieurColbert
de Croiſſy eſt Secretaire
d'Etat. Monfieur de Ménars eſt
un Homme fi connu ,& s'eſt appliqué
de ſi bonne heure aux Affaires
, qu'il n'y a perſonne qui ne
foit inſtruitde ſa capacité&de
fon mérite.
Mon
GALANT.
175
Monfieur de Bezons a eſté
choiſy pour, l'Intendance d'Orleans
; Monfieur le Bret , Maiſtre
des Requeſtes , pour celle de Limoſin.
Ces Emplois ſont d'une
telle importance , & demandent
des Perſonnes ſi fermes , fi incorruptibles
, & fi vigilantes , que
nommer ceux qui en ont eſté
Pourveus , c'eſt par un ſeul mot
faire leur éloge.
Je vous ay fait part de deux
Lettres d'un ſpirituel Inconnu,
qu'unPréſent galant reçeu le jour
de fa Feſte tenoit en inquietude .
Voicy ce qui m'a eſté adreſſé
pourRéponſe.
176 MERCURE
380380380303080030033-803-
AU MERCURE
GALANT.
Idans vostre courſe de
Sha
ceMois
Galant Mercure vous paſſez au
Lieu où vous avezvû Tircis en peine
d'où luy estoit venuſon Bouquet,
dites luy, je vous conjure,
Ne cherche point Tircis , à connoiſtre
la Belle,
Qui t'a voulu marquer par un
préſent de Fleurs ,
Ce qu'un ſecret penchant a de
pouvoir ſur elle,
Nen attens point d'autres faveurs
.
Quoy que ſur ſes defirs puiſſe un
mérite extréme,
Elle ceſſe d'aimer quand on connoiſt
qu'elle aime .
Si
GALANT. 177
Si Tircis neſe contentoit pas de
cette réponse , & qu'il vous preſſaſt
de luy dire davantage ( car s'ilaime
, il doit estre curieux ) ajoûtez
que celle dont ila touché le coeur,
ne mérite que trop fa tendreſſe , &
qu'encor qu'elle fost maintenant
dans une affreuſe retraite on ne luy
trouve rien deSauvage...
:
:
Quelquefois parmy les Deferts
,
Malgré les plus rudes Hyvers ,
On trouve des Objets aimables,
Des Betgeres incomparables,
Une bouche , des yeux , un teint,
un air charmant,
Et tout ce que l'Amour peut fournir
d'agrément.
:
- Si apres toutes ces chofes il vou-
Loit venir au nom , vous luy direz,
H
178 MERCURE
fidelle Mercure , qu'il ne connoîtra
jamais celle qui l'aime , que sous le
nom de Rofaline ; qu'ilfaut qu'ilse
Servede cenompourdeviner le reſte,
s'il le peut,mais qu'il prenne garde
qu'une trop grande curiofité ne ruine
en un moment, ce que l'Amourtâche
depuis fi longtemps d'établir en
Safaveur.
Le Feu cauſe tous les jours les
plus funeſtes ravages , & l'exéple
des malheurs qui en arrivent,
n'augmente point la précaution.
Rien n'eſt plus à déplorer que ce
qui a ſuivy depuis quinze jours
l'embrazement de la Maiſon de
Mr du Vaux Tréſorier des Gardes
Françoiſes,Rue S Denys,proche
S.Sauveur. Deux Corps de
Logis ont preſque eſté tout- à- fait
brûlez, & le troifiéme du fond a
couru grand riſque. Le manque
de
GALANT.
179
de ſoin a cauſé tout ce defordre.
Un Commiſſaire ayant un Apartement
dans cette Maiſon , avoit
prié Madame Galonnier , Veuve
d'un Secretaire du Roy qui y logeoit
comme luy , deluy preſter
ſon Laquais , parce qu'il ſoupoit
en Ville. A fon retour, le Laquais
qui avoit ſervy à le ramener , mit
le pied ſur le Flambeau , & le
Commiſſaire l'ayant pris , le laiſſa
imprudemment dans un Cabi
net remply de Papiers , fans examiner
s'il eſtoit éteint entiere
ment. Quelque temps apres , le
Flambeau ſe ralluma ,&mit tout
le Cabinet en feu. L'embrazement
ſe communiqua bientoft
aux endroits les plus voiſins , avec
tant de violence , que ce fut
un mal fans aucun remede. Le
Commiſſaire fut le premier qui
s'en apperçût. Comme il de-
4
:
voic
180 MERCURE
voit épouſer au premier jour la
Fille de Madame Galonnier , il
courut les avertir l'une & Tartre
du péril où la flame les mettoit.
Elles ſe ſauverent avec la
frayeur qu'il eſt aiſé de s'imaginer,&
furent à peine en lieu d'affurance
, que la Mere ſe ſouvint
d'une Caffete, où il y avoit beaucoupd'argent
, & des Pierreries .
Il luy, fut impoffible de ſe reſoudre
à l'abandonner . Le feu n'ayant
point encore gagné ſa Chabre
, elle ſe perfuada qu'elle auroitle
temps de retirer la Caffete,&
fans confulter perſonne , elle
y retourna ſuivie de ſa Fille,
qui n'eſtoit àgée que de ſeize
à dix ſept ans , & qui crût la
devoir accompagner dans un
lieu où elle pourroit avoir beſoin
de ſecours. Il y a grande appasence
qu'elles uferent de toute
la
GALANT. 181
la diligence poſſible . Cependant
la flame fut encor plus prompte
qu'elles. Sa rapidité arreſta la
Mere, qui fut brûlée à demy , &
la fumée étoufa la Fille. Pendant
ce temps , tous ceux de cette
Maiſon en estoient fortis, à la reſerve
du Curé de Conflans , Parent
de la jeune Demoiſelle , qui
eſtoit venu à Paris pour faire la
Cerémonie de ſon Mariage. Il
dormoit alors ſi profondement,
que quelque bruit qu'on puſt faire
, il ne s'éveilla qu'apres que la
flame luy euſt ofſté les moyens de
fuïr. Ainſi il perit auſſi malheureuſement
que fes deux Parentes,&
ce fut le lendemain un ſpetacle
bien lugubre , de voir emporter
ces Corps , qui n'eurent
tous trois qu'un meſme Convoy.
La Comete ayant paru à Rome
au mois de Decembre de
l'année
:
182 MERCURE
l'année derniere , dans le Signe
de la Vierge , de treize degrez
d'étenduë, chacun raiſonnoit ſelon
la force de ſon eſprit , ou ſa
timidité naturelle , lors qu'une
Poule voulut faire parler d'elle,
auſſibien que la Comete.Elle étoit
au Capitole chez Monfieur le
Marquis Maximi. On dit qu'elle
n'avoit jamais fait d'oeufs . Sur la
minuit elle commença à ſe faire
entendre d'une façon extraordinaire,&
reveilla par ſes cris quantité
de monde comme autrefois
les Oyes du Capitole réveil.
lerent les Soldats qui legardoient.
Il ſembloit que cette Poule attendiſt
quelqu'un pour ſe lever de
deſſus un oeufqu'elle avoit pondu.
Le grandbruit qu'elle avois
fait , excita de la curioſité , &
fit prendre l'oeuf. On apperçût
auſſitoſt de la lumiere au tra-
,
VCES
GALANT. 183
vers , & à la faveur de cette lumiere
on découvrit , les uns difent
la figure de la Comete , &
les autres , de quelque choſe
d'approchant. Il en eſt venu icy
diferens de Rome , & je vous en
envoye deux que j'ay fait gra
ver. Cela vous fera connoiſtre
qu'il eſt dificile d'aſſurer rien
dans le monde , les ſentimens
des Hommes eſtant fi fortpartagez
fur toutes chofes , qu'ils le
font mefme dans celles de fait,
fur leſquelles on ne devroit jamais
l'eftre , fur tout lors qu'il
s'agit du rapport des yeux. Cet
oeuf encometé ( vous voudrez
bien faire grace au terme ) a fait
tant de bruit à Rome , où il a eſté
portédans les plus grandes Maifons
, qu'il y a preſque fait oublier
la veritable Comete. Mais
ce n'eſt pas d'aujourd'huy qu'on
voit
184 MERCURE
voit des prodiges dans la Nature.
Je ſouhaite qu'on écrive autant
fur cet oeuf,que l'on fit il y a quelques
années ſur celuy qui fe trouvadans
le corps d'un Serpent au
Village de Pouffan pres de Montpellier.
Vous vous ſouvenez qu'il
y avoit fix monofyllabes fur cet
oeuf , rangez en colomne, parfaitement
diftinguez les uns des autres,&
fi bien écrits,qu'on auroit
eu peine à les mieux marquer avec
le pinceau. Ces mots étoient,
ou pa re,ma,ne,pa.Je vous envoyay
en ce temps là un fort grand nõbre
d'Ouvrages fur ces paroles;&
s'il m'en vient quelques - uns fur
ce dernier oeuf,vous pouvez croire
que j'auray le meſme ſoin.
D'un Prodige je paſſe à un autre
bien plus ſurprenant , & par
conſequent bien plus difficile à
croire. C'eſt à l'Article de l'Efcarbou
GALANT. 185
carboucle, dont vous me demandez
des nouvelles ainſi que toute
la France. Tout ce que je vous ay
mandé là- deſſus de Monfieur de
Belmont eft tres- veritable. C'eſt
un Gentilhomme de merite,dont
je garde le Memoire qu'il écrit
de ſa propre main en ma preſence.
Le Traité qu'il a fait avec
Monfieur l'Eveſque de Bellay ,
& qu'il m'a montré , eſt unTraité
effectif ; & des Gens de qualité
, & dignes de foy , qui ont
veu ſon ſeing , & qui l'ont reconnu
, m'en ont aſſuré. Peut eſtre
que Monfieur de Belmont s'ef
tant confié à la parole du Païfan,
a trop dit, en me diſant qu'il avoit
veu l'Eſcarboucle. S'il eſtoit vray
qu'il l'euft veuë, il n'y auroit plus
de doute dans cette affaire . Elle
fait encor beaucoup de bruit. Le
Païſan qui dit avoir tué le Dragon,
186 MERCURE
gon, a eſté conduit priſonnier de
la part du Roy à la Citadelle de
Châlons ſur Saone ; & un Preſtre
de ſes Parens qui ſçait ſes ſecrets,
a auſſi eſté mené priſonnier au
Pont S. Eſprit , par les ordres de
Sa Majesté. Tout cela marque
qu'il y a, ou une Eſcarboucle, ou
un grand concert de fourberie
entre le Païſan & ſon Parent. Je
reçois preſentement des Lettres
qui me marquent que Mr de Belmont
eft à Châlons , où il continuë
à ſoûtenir les meſmes chofes
que je vous ay raportées, à tous
ceux qui luy en parlent. Apres
cela , Madame , je croy pouvoir
aſſurer, quand meſme il n'y auroit
point d'Eſcarboucle , quelje n'ay
dit quedes veritez , puis que le
Faitdemeure certain pour ce qui
regarde le Traité qui eſt cauſe .
qu'on a arreſté le Païfan.
A
La
GALANT. 187
La Benediction de la Chapelle
&l'Egliſe del'Hôpital Generalde
Laon
ナ
ſous l'invocation de
S. Loüis& de Sainte Anne , fut
faite le 27. Decembre dernier par
Monfieur Deſmonts, Vicaire General
de Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées , Chanoine & Grand
Archidiacre de la Cathedrale.
C'eſt luy qui depuis douze ans
que cette Eminence eſt dans les
Négotiations à Rome & ailleurs,
a foûtenu ſeul tout le poids du
Dioceſe. La ſageſſe qu'il fait écla
teren le conduiſant le rend bien
digne des loüanges qu'il en reçoit
tous les jours. Les Principaux
dela Ville aſſiſterent à cette Ceremonie
, apres laquelle le Pere
du Pont Jefuite fit un Sermon
qui fatisfit fort tous ſes Auditeurs
, en ſuite dequoy la premiere
Meſſe fut celebrée dans
cette
188 MERCURE
cette Chapelle avec une affluence
de monde extraordinaire , par
Monfieur de Vaſſan Chanoine &
Tréſorier de la Cathédrale , &
l'un des anciens Directeurs Eccleſiaſtiques
de cet Hôpital . Je ne
ſçay fi vous ſçavez que Monfieur
le Cardinal d'Eſtrées en eft Fondateur.
Ce grand Prélat eſtant venu
à Laon à Paſques dernier , témoigna
beaucoup de joye de voir
l'application avec laquelle ces
Directeurs avoient travaillé , pendant
ſon ſejour dans les Païs
Etrangers pour les Affaires du
Roy , à la conſtruction de cette
Chapelle ; & continuant ſes liberalitez
ordinaires envers l'Hôpital
, il réſolut d'y faire élever à
ſes deſpens un ſuperbe Baftiment
de ſoixante & douze pieds
de longueur , joignant la Chapelje
, demeſme ſtructure , aligne-
1
ment,
GALANT. 189
:
ment , & hauteur , afin d'y retirer
les Garçons , qu'on pourroit par
là ſeparer d'avec les Hommes. Ce
deſſein ne fut pas plutoſt conçeu ,
qu'on commença à l'executer.Les
Directeurss'y ſont employez avec
tant dezele , que ſi l'Hyver euſt
eſté plus doux, ce Baſtiment ſeroit
maintenant dans ſon entiere perfection
. Ce n'eſt pas à quoy cet illuſtre
Cardinal borne les projets
de ſa pieté . Il en a medité d'autres
beaucoup plus confiderables pour
l'ornement & agrandiſſement de
cette Maiſon , aux intereſtsde laquelle
il eſt attaché avec une affection
toute finguliere.
Mrde la Grange,Gentilhomme .
du Vivarés , apres avoir entendu
pendant l'Avent quelques Sermõs
du Perede Langeron Recteurdes
Jeſuites de Véſoul en Comté, a fait
abjuration de l'Heréſie de Calvin
en tre
190 MERCURE
:
entre ſes mains dans la même Ville.
Il fertle Roy dans ſes Troupes
depuisquarante ans,& eſt Officier
de Cavalerie dans le Regiment du
Chevalier Duc. Le Perede Langeron
eſt Frere de Monfieur le
Marquis de Maulévrier.
Enfin,Madame, le Baletintitulé
leTriomphedel'Amour, a eſtédancé.
Je vous en ay deja parlé dans
deux de mes Lettres. Dans la premiere
je vous entretins de fon Sujet;
& dans la ſeconde , je vous ay
marqué lesnoms des Perſonnesde
qualité qui en devoient eſtre.Elles
y ontdancé toutes, à la reſerve de
trois ou quatre qui ont eu permifſion
de s'en retirer pour quelques
raiſons de bienſéance. Je ne vous
repeteray pas leursnoms. Le Livre
du Balet eſt public, on peut les y
voir.Je vousdiray ſeulementquela
Muſique de Mr de Lully a eſté
trouvée
GALANT. 191
trouvée tres-belle, auffi -bien que
les Habits. La galanterie y a paru
àl'envy avec la magnificence , le
tout varié d'une maniere fiagreable
, qu'on eſtdemeuréd'accord
que le géniedeMr Berrin ne peut
s'épuiſer , quand il s'eſt meſlé de
quelque choſe. Je croy vous avoir
déjamandé que le Sujet du Balet,
&lesVersque l'onychate,étoient
de Mr Quinaut. Vous connoiſſez
ſa maniere. Tous ſes Ouvrages,fur
tout quand l'Amouryentre,ontun
caractere qui luy eſt particulier.Si
Mr de Benſerade qui faiſoit toujours
les Vers qui ſe chantoient
aux Balets, n'y a pas travaillé cette
fois-cy , ceux qui regardent tous
Perſonnages,& que vous trouverezdans
l'ImpriméduBalet,font
de ſa façon. Il faut entendre la
Cour pour cela, &il la ſçait mieux
les
qu'Homme du monde , ayant fait
depuis
192 MERCURE
4
depuis plus de trente ans, tous les
Vers de cette nature qui ſont dans
les Balets imprimez .Ce travail demande
un eſprit d'autant plus vif,
qu'il faut faire des portraits délicats&
en racourcy,des Perſonnes
dont on parle, par raport aux Perſonnages
qu'elles repreſentent.
Monſeigneur le Dauphin ne dança
point le premier jour du Balet,
mais on fut agreablement ſurpris
quand on le dançala ſeconde fois.
Ce Prince eut paru à peine avec
ceux de ſon Entrée , qu'il fut reconnu
de tout le monde.Il s'éleva
auſſi- toſt un bruit d'applaudiſſement&
de joye, qui occupa quelque
temps toute l'Aſſemblée.Vous
jugez bien avec quel plaiſir on le
vit dancer , puis que c'eſtoit une
preuve de l'entier retabliſſement
de ſa ſanté .Ila réſolu de ſe donner
le divertiſſemet de ſon Entrée une
fois
GALAN Τ.
193
fois chaque ſemaine. Madame la
Dauphine qui s'eſtoit fait admirer
dans toutes les fiennes par ſa jufteffe
à la dance , s'attira de nouvelles
acclamations le ſecond
jour qu'elle parut. Auffi fit-elle
une chofenaffez extraordinaire .
Madame la Princeſſe de Conty
eſtant malade,& n'ayant pû dancer
ſes Entrées , le Roy dit deux
heures avant le Balet, qu'il falloit
que Madame la Dauphine en
dançaſt quelqu'une. Son deſſein
n'eſtoit pas que ce fuſt dés ce
jour meſme. Cependant cette
Princeſſe apprit ſur l'heure une
grande Entrée toute remplie de
figures,& dans laquelle il y a plus
de douze repriſes. Ainſi toute la
Cour fut fort étonnée de luy avoir
vû faire en moins de deux heures
, ce qu'une Perſonne moins
intelligente n'auroit pas appris
Janvier 1681 . I
194 MERCURE
en quinze jours.
Je ne ſçaurois finir cet Article
fans vous parler de l'Entrée , où
Mademoiselle de Nantes dance
feule. Elle s'en acquite avec tant
de grace , de legereté, &de jufteſſe
, qu'elle enchante tout le
monde. Auſſi n'a-t- on jamais veu
perſonne qui euſt l'oreille plus
fine,ny plus d'agrémét pour toute
forte de dances.Quelqu'un ayant
dit au Roy dans une Repetition
generale où Sa Majesté ſe trouva
, que parmy le grand nombre
d'Inſtrumens , on n'entendroit
pas affez les Castagnetes que cette
Princeſſe bat admirablement
bien ; le Roy répondit que ceux
qui devoient ſe meſler avec elle
à la fin de l'Entrée , les batoient
auſſi . Monfieur le Duc de S. Aignan
prit la parole,&dit, On ne les
entendra pas, Sire, le batement des
mains
GALANT.
195
mains de toute l'Assemblée, empeschera
d'ouïr celuy- là. Il ſeroit fort
difficile de bien loüer Mademoiſelle
de Nantes , quoy qu'elle ſoit
dans un âge où les autres ne ſont
encor qu'Enfans ; & c'eſt avec
beaucoup de juſtice que Monſieurde
Benſerade a dit d'elle,
Que de naiſſantes Fleurs ! ô que
cette Princeffe
Represente bien la Icuneſſe,
Et qu'elle aurade grace & defacilité.
Arepresenter la Beauté!
Heureuse de pouvoir un jour estre
fidelle
Atous les traits defon Modelle.
Cen'eſt pas aux agrémens exterieurs
que font bornées les perfections
de cette jeune Princeſſe.
Comme elle a le jugement for
I ij
e
196 MERCURE
mé , avec un eſprit tres-vif , on
trouve dans tout ce qu'elle dit
beaucoup de bon ſens &de fel,
& juſqu'aux manieres de parler,
tout eſt remarquable en elle.L'Ef.
pagnol ne luy eſt pas moins familier
que le François , & c'eſt un
tres-grand plaifir de luy entendre
faire un Conte en cette Langue
, ou raporter quelque choſe
qu'elle ait lû. Elle ne manque jamais
à l'aſſaiſonner de traits d'efpritqui
fontde fon propre fonds,
& qui valent beaucoup mieux
que tout ce que les Livres luy
fourniſſent. Joignez à cela une
grace merveilleuſe dans les moindres
chofes qu'elle fait,& une humeur
engageante qui charme
tous ceux qui ont l'avantage de
l'approcher.C'eſt l'effet des ſoins
qu'on a toûjours eus de fon éducation
,dont le bonheur joint à un
natu
GALANT. 197
naturel incomparable, la rend digne
Soeur de Monfieur le Duc
duMaine.
Il y a tous les foirs des Divertiſſemens
à la Cour , aujourd'huy
Balet,demain Comedie Françoiſe
ou Italienne ,& le jour ſuivant Bal
&Maſcarade. Les Dames dans
une grande parure , ſans pourtant
eſtre maſquées, reçoivent les
Maſques chez Madame la Dauphine.
Monſeigneur le Dauphin
y alla dernierement vétu en Sauvage.
Son Habit eſtoit tres-bien
entendu , & l'on fut longtemps
ſans reconnoiſtre ce Prince. Il étoit
accompagné de Monfieur le
Prince de la Roche- sur-Yon , de
Monfieur le Comte de Brionne,
de Mr le Marquis d'Alincour , de
Mr le Marquis de Moüy , de Mr
le Comte de Fieſque,& de Mr de
Iiji
198 MERCURE
Mimeures. Ily eut plufieurs autresMaſcarades
le meſime jour
tres- magnifiques , & entr'autres
celle de Monfieur le Comte de
Vermandois, dont eſtoient Mr &
Madame de Mortemar , Madame
la Marquife de Seignelay,& plufieurs
autres . Les Bals regnent
auſſi à Paris où il y a beaucoup
*d'Aſſemblées tous les foirs. La
Comédie y en attire toûjours de
fort grandesmalgré la rigueur de
la Saiſon , & Arlequin - Mercure
Galant, autrement, Dien Mercure,
fait fort admirer cet incomparable
Acteur,
Les François ont donné depuistrois
jours la premiere Repre.
fentation de Zaide , Princeffe de
Grenade. C'est une Piece tout- àfait
agreable , dont les Vers font
naturels , les penſées brillantes,&
les incidens fort peu communs.
Elle
GALANT.
199
Elle est bien joüée,& on voit affez
par la dépenſe que les Comediens
ont faite pour des Habits extraordinaires
, qu'ils n'ont point douté
de fon fuccés. Ils doivent joüer
furla fin du Carnaval, une Comédie
en cing Actes , intitulée La
Pierre Philofophale. On dit qu'elle
eſt remplie de Spectacles d'une
invention tres- fingulieres, & qui
on'tmême quelque choſe de grad.
Ceux quicherchentla PierrePhilofophale
ayant plus d'un but , &
eette Science en renfermant plufleurs
autres , ce Sujet doit faire
attendre beaucoup de diverſité.
Le Jeudy 23. de ce mois , Mr
l'Abbé le Camus , Fils de Mr le
Premier Préſident de la Cour des
Aydes , ſoûtint une Theſe pour
Tentative , en la grande Salle exterieure
de Sorbonne.Mr le Coadjuteur
de Roüeny prefida, & dif-
: I iij
200 MERCURE
puta le premier avec toute la capacité
poffible. Ce jeune Abbé répondit
avec beaucoup de doctrine,
de netteté,&de grace. Ily eut
un concours univerſel de toutes
les Compagnies de Paris, Archeveſques,
Eveſques, Ducs & Pairs,
&autres Perſonnes tres qualifiées.
L'Acte commença preciſement à
une heure , & finit à fix . Chacun
admira le Soûtenant ; & dans les
loüanges qu'il reçeut , on peut affurer
que la flaterie n'eut aucune
part, puis qu'on ne s'eſt jamais acquité
plus dignement d'une pareille
Action.
Nous avons préſentement un
nouveau Remede qui fait bruit de
jour en jour. C'eſt un Efprit de
Vin compoſé , dont les effets font
d'autant plus merveilleux , qu'il
guérit les plus grandes maladies,
fans le ſecours de la Saignée. Il
s'appli
GALANT. 201
s'applique extérieurement ſur le
corps , meſlé avec fix fois autant
d'eau , & quelquefois tout pur,
quand le mal devient preſſant. Le
Remede agit par une inſenſible
- tranſpiration,en ouvrantles pores,
&tirant au dehors les humeurs
malignes qui cauſent les maladies.
On en a veu pluſieurs cures furprenantes.
: Je viens à l'Explication des Enigmes
du dernier Mois. Monfieur
Bouchet, ancien Curé de Nogent
le Roy , a renfermé le vray Mot
de la premiere des deux en Vers,
dans ce Madrigal.
Mercureeft en humeur, Mercu
toute en joye ;
Etpourfaire éclaterfa liberalités
Dans ce Mois de Ianus il nousa
preſenté,
Sinon un bel Habit , du moins la
Petite Oye.
IV
202 MERCURE
Cemême Mot a eſté trouvé par
Mademoiselle Lonmeau,du Mans;
& par Meſſieurs Samſon ; d'Abbéville
; F. Ha.. du Meſnil , de
Chambrais en Normandie ; De
Languedoc , Procureur au Parlement
de Bretagne ; L'Hermitede
Sacé , pres de Pontorçon ; &le
Solitaire de la Ruëdes Arciss les
cinq derniers en Vers.
On a auſſi expliqué cette même
Enigme ſur la Mode , la Veste , les
Lettres d'Imprimerie ou Alphabet,
La Barbe& la Perruque..
Le vray Mot de la ſeconde eſt
dans ce Quatrain de Monfieur
Richebourg deCrucy..
APrenez, Mercure Galant ,
Ce Proverbe receu dans les plus
grandes Villes ;
Lors que l'Hofteffe est belle , & le
Vin excellent ,
Les Enſeignes font inutiles..
GALANT. 203
Ceux qui l'ont expliquée ſur ce
meſme Mot, fontM" l'Abbé Vaucler,
de Moleſme ; Guerignon, de
Montargis;Hutuge d'Orleans,demeurant
à Mets;Carrier,Avocat à
S.Eſtienneen Forest;& Meſdames
dela Tuſte,& de la Guette. Quelques-
unsont crû que c'eſtoient
les Dents, les Cartes, les Plumes , les
Paffions, &les Marionnetes .
Pluſieurs ont expliqué l'une &
l'autre dans leur vray ſens ,& ce
font M'le Roux , Peintre dans la
Ruë Royale ; Le bon Clerc de
Châlons ſur Saône ; L'Inconſtant
de Profeſſion , le Perroquet des
Muſes ; La belle Drion , de Provins;
L'aimable Euterpe ; L'Abbé
de Cary, de Marseille ; L'Amante
fans amour ; La Spirituelle Calliope
; La belle Recluſe ,&Plantine
la Cadete. En Vers , Meffieurs
le Chevalier Blondel ,
L'Abbé
204
MERCURE
L'Abbé de la Ruë Montmartre,
Caudron , d'Abbeville ; M. ou le
Poulet perdu recouvré de la belle
Mouton d'Alençon ; Le Conſeiller
de la Rue des cinq Dia
mans ; Le Rat du Parnaſſe du
Cloiſtre S. Mederic ; Mademoiſelle
Baſtonneau , de la Ruë
des cinq Diamans ; & la Blondine
Guerin.
Voicy deux nouvelles Enigmes
en Vers que je vous propoſe. Lai
premiere eſt de Monfieur de la
Mare- Chennevarin de Roüen ...
ENIGME..
Andis que jeregnois , on voyoit
àmafuite
Un tres- grand nombre de Sujets.
Si les uns d'inconstance accufoient
ma conduite,
L'avois pour d'autres des attraits.
:
Ie
@GALANT.
205
Te leurfaifois du bien ; mais lors que
mon caprice
Me portoit à faire dumal,
Plusieurs , fi je manquois de leur
estre propice ,..........
Se voyoient presque à l'Hôpital.
Mesme on parloit de moy juſquefur
leTheatre,
Quandun renommé Potentat
Ne pouvant mesouffrir,m'a bientoft
fait abatre,
En me chaſſant de fon Etat.
-AUTRE ENIGME
J
E vay dans tous les lieux , je fuis
de tous les temps ,
Et j'ay pris toutefois monorigine en
France;
Ie me meslepar tout avec toute affun
Et parle librement des petits&des
rance ,
grands.....
Tous
206 MERCURE
:
Tous ces Philosophes antiques
Dont vous voyez remplir les plus
vastes Boutiques ;
Ces fameux Orateurs qui vous ont
fait la loy ,
N'en ontjamais tantſceu que moy.
MaScience est univerſelle ,
Et je ne sçay parler qu'en langage
François;
L'écris, je dis, je fais cent chofesàla
fois ,
Etj'apporte de tout la premierenouvelle.
Aux plussçavans Docteurs,aux plus
rares Esprits.
Le donne de la Tablature,
Et vous-mesme,GalantMercure,
Vous vous fervez ſouvent de ce que
je vous dis.
:
Mais vous ne faites pas comme ces
Gensfansfoy.. Gom
GALANT.
207-
Comme ces langues indiscretes ,
Qui pour faire éclater des intrigues
Secretes,
Diſant ce qu'il leurplaist ſe déchargentSurmoy.
Monfieur Gardien , Secretaire
du Roy , & Monfieur l'Abbé Minot
, ont trouvé le vray ſens de
'Enigme en Figure d'Aſcanius,
en l'expliquant ſur le Fufil. Le
Pere, eſt le Fer; la Mere ,la Pierre;&
le Petit avec ſa flame,l'Etincelle
qui eft produit par cette
Pierre& ce Fer. Le Matelas eſt la
Méche,& la Couche eſt la Boëte
du Fuſil . Je ne puis m'empeſcher
de mettre icy l'agreable Explication
de la Blondine Guerin , qui
n'ayantpas trouvé le Fufil, a tourné
l'Enigme ſur la Chandelle.
Aufli bienne le bat-on que pour
L'allumer, :
Faut108
MERCURE
F
Aut - il se tourner la cervelle,.........
En ruminant & recherchant
Quelque chose de finſur l'Enigme
nouvelle.
Ony voit pres d'un Lit Ænée &Sa
Femelle,
Avec Afcanius ardent ;
Get Ardetn'est qu'une Chandelle
Qu'ils éteignent enſe couchant.
3
Au lieu d'une nouvelle Enigme
en Figure qui n'a pû eſtre preſte
ce Mois- cy , je vous donne les
nouveaux Jettons de cette année,
dont j'ay ramaſſé la plus grande
partie felonma coûtume. Comme
-la curiofité qu'on a de voir ces
Jettons n'eſt que pour les Deviſes
, j'ay fait ſeulement graver les
Revers. Ainſi la Médaille du milieu
ne vous fait point voir le Portrait
du Roy qui eſt d'un coſté..
Cette
GALANT.
209
CetteMédaille a eſté faite en Allemagne.
Vous voyez dans ſon
Revers une Epée, un Bouclier,&
une Corne d'Abondance , avec
ces mots, Sub Clypeo, ferro & auro.
Au deſſous eſt la Figure de la
France , qui tient d'une main cel
le de Juſtice environnée de Serpens
, dont elle forge une Palme
ſur une Enclume , avec ces paroles
, Pacemprudentia cede
le lointain ,
nité d
210 MERCURE
le jeune,&Quinaut, tous trois de
l'Académie Françoiſe. Monfieur
Charpentier a fait la quatrième,
Monfieur l'Abbé Tallemant , la
premiere , la troifiéme,& la fixié
me ;&Mr Quinaut, la huitième.
La premiere eſt pour le Tréfor
Royal. On y voit un Aqueduc,
avec ces mots , Vebit , nonfervat.
L'Aqueduc ne ſert qu'àporter les
veniconlent fans ceffe , & ne
Le Trefor
Heu par
GALANT. 211
ſageſſe,eſt la Couronne du Mary .
La troiſieme a efté faire pour
Madame la Dauphine.Elle repréfente
la Couronne d'Ariadné,tel
le qu'on la voit au Ciel parmy les
Constellations. Ces paroles ſont
autour ,Novum decus addita Calo.
Ariadné fut aimée de Bacchus,
Fils de Jupiter,qui l'épouſa, & qui
fit mettre ſa Couronne au nombre
des Constellations. Cela convient
admirablement à Madame
la Dauphine , qui a épousé le
digne Fils de LoUIS LE GRAND,
&qui par fa naiſſance & les rares
qualitez a merité de fe voir
placée dansla plus auguſte Famille
du monde.
La quatrième eſt pour la Marine.
Elle nous fait voir un Phare
que la Mer entoure, avec du feu,
allumé enhaut, & ce commencement
de Vers,PerScopulos dat tu-
L
tus
212 MERCURE
tus iter , pour faire entendreque
la prudence de Sa Majesté eſt un
Phare , qui a conduit le Vaiſſeau
de l'Etat en ſeureté au milieu des
perils dont nous l'avons veu environné.
La cinquiéme eſt pour l'Artillerie.
Ce ſont des Canons démontez
, & qui n'ont point d'occupation
, avec ce demy Vers de Virgile,
Deus nobis hac otia fecit . Rien
ne marque mieux le bonheur
dont nous joüiffons , par la Paix
que Sa Majeſté nous a donnée.
La ſixiéme eſt pour les Bâtimes.
On y découvre un Aigle dans số
aire,avec ces paroles , Domos , non
ad otia. Un Aigle bâtit ſon nid
avec ſoin,& le rend le plus cõmode
qu'il peut, mais ce n'eſt pas pour
y demeurer oyfif. Il s'occupe inceſſammet
àlı Chaſſe,où il exerce
fa force contre d'autres Animaux.
Ain
GALIANT. 213
Ainſi le Roy fait bâtir de magni-*
fiques Palais pour luy &toute fa
Cour, mais fon coeur ſe porte à
des pensées bien plus nobles. Il eſt
fans ceſſe appliqué à gouverner
fonEtat, à prevenir les deſſeinsde
ſes Ennemis , & il n'y a point de
momens où il ne veille pour l'intereſt
de ſa gloire,&pour le bien
deſes Peuples.
La ſeptiéme eſt pour l'Ordinaire
des Guerres. C'eſt un Soleil
dardant fes rayons ſur des Lys,avec
ces mots , Hoclumineflorent.
Tout le monde ſçait que la France
doit au Roy le haut pointdegloireoù
elle eſt montée.........
La huitiéme eſt pour les Parties
Cafuelles. C'eſt une Ancre,
environnée de ces mots , Salus
perituris.Demeſmequ'une Ancre
ſert à ſauver ceux qui eftant prêts
dedonner contre un écueil , font
en
214 MERCURE
en danger de périr ; le Droit annuel
que les Officiers de ce Royaume
portent aux Parties Cafuelles,
conſerveles Charges qu'ils
perdroient ſans ce ſecours.
La neufviéme eſt pourles Põts
&Chauffées. Ce,ſont deux Arches,
avec ces mots, Eduxit me de
lut ofecis,pour faire entendre que
les Chauſſées qu'on éleve dans
les cheminsbas & enfoncez , en
rendent par tout le paſſage aiſé.
La dixiéme eſt pour la Ville.
C'eſt un Navire,avec ces paroles,
Unde omnia regimen. La Ville nous
fournit tout , ou nous fait tout
fournir.On ne m'a pû dire le nom
de ceux qui ont inventé cinq de
ces Medailles. Elles ont eſté gravées
par Mrs Chéron & Loir. Il y
en adeuxqui ne lesõt point encor
&que je vous envoyeray le Mois
prochain. Ce ſont les Galeres ,&
l'Extraordinaire des Guerres.
GALANT.
215
On m'apprend que Monfieur
l'Abbé de Bragelonne s'eſt attiré
de grands applaudiſſemens à
Mets où il a preſché dans l'Egli.
ſe des Jeſuites le premier jour de
l'Année. L'Aſſemblée eſtoit toute
-enſemble tres-nombreuſe & tres-
-choifie. Monfieur d'Aubuffon de
-la Feüillade, Archeveſque d'Am-
-brun , & Evefque de Mets , s'y
trouva,avec la plus grande partie
du Parlement & du Clergé , &
tout ce qu'il y a de Perſonnes
confiderables dans cette Ville.
Cet Abbé eſt Fils de Monfieur
• de Bragelonne,Premier Preſident
de Mets.
Vous me demandez,Madame,
ce que c'eſt que Monfieur de
Longueval qui dance au Balet
Hans l'entrée des huit Amours,
parce que vous en connoiffez pluſieurs
qui portent ce nom. C'eſt
Mon
216 MERCURE
C
Monfieur le Marquis d'Haraucourt,
décendude cette Branche,
qui eft celle de l'Aîné de tous
ceux qui font en France. Il y en a
d'autres en Allemagne & en Fladre,
dontMr le Comte de Buquoy
eſt l'aîné. Cette Branche d'Haraucourt
a l'honneur d'eſtre al-
-liée à la Reyne de Portugal,à Madame
Royale , à Madame la Ducheffe,&
à Meſſieurs de Vendofme.
Les Ayeux de ce jeune Marquis
d'Haraucourt Longueval,qui
dance au Balet , ont poſſedé les
premieres Charges de la Cour,&
eu l'avantage de ſe faire toûjours
diftinguer das les Armées par leur
bravoure , & par leur attache-
: ment particulier au Service. La
: mere du Marquis dõtje vous parle,
eſt de la Maiſon de Pipemont
en Flandre. Elle a perdu deux de
ſes Freres dans les Armes . Son
Aîné
GALANT.
217
1
:
Aîné eſtColoneld'un Regiment
de Cavalerie. C'eſt une des plus
belles Femmes du Royaume , &
qui eſt demeurée Veuve das une
grade jeuneſſe,M. ſon Mary étant
mort dans le Service il y a fix ans.
J'ay cu raiſon de vous dire que
l'on ne s'accorde preſque jamais
fur les Points de fait. Apres vous
avoir fait part de deux Figures
diferentes de l'oeufde Rome , où
l'on a trouvé les images naturelles
de la Comere , je reçois préſentement
de Rome meſme une
autre Figure de ce meſme oeuf,
encor diferente des deux premieres.
On y voit une Comete avec
une queue. Cette Comete a au
milieu une petite Etoile,& audeffus
d'elle,une eſpece de Croix de
Lorraine,qui touche àune petite
portion de Cercle. Ily a deux autres
Figures d'oeufjointes au pre-
Janvier 1681 . K
218 MERCURE
mier, l'un trouvé deux jours apres
l'oeufde laComete,& l'autre quad
elle acommencé à diſparoiſtre.
Ainſi ce font trois oeufs qui en
meſme temps ont fait bruit à Rome.
Le ſecond n'ade remarquable
que la figure d'une Boule
toute tachetée,& au deſſous ,celle
d'un fort gros Serpent. Le troifiéme
n'a que deux petites figures
de Boules affez imparfaites . C'eſt
quelque choſe de ſurprenant que
ces jeux de la Nature qui ont paru
avec la Comete, ſi pourtant ce
font de vrais jeux de la Nature ;
car j'ay quelquefois entendu dire
qu'il y a des eaux qui penetrent
l'écaille des oeuf, & avec leſquelles
on trace au dedans telles figures
qu'on veut,
Ceux qui voudront ſe guérir
de la peur de la Comete, peuvent
aller voir la petite Comedie que
la
GALANT.
219
la Troupe Royale des Comédiés
François a commencé de repréſenter,
ſous le meſme titre de la
Comete,avec beaucoup de ſuccés.
Elle fait connoiſtre qu'on n'a aucun
lieu de s'en effrayer , & marque
d'une maniere tres- enjoüée ,
l'opinion du fameux Deſcartes
fur cette matiere)
Le Peuple atoûjoursvoulu que
les Cometes fuſſent le préſage de
la mort des Grands. C'eſt là deffus
qu'un fort galant Homme
ayant appris que l'Eléphant de
Verſailles eſtoit mort , a fait l'Inpromptu
qui fuit.
INPROMPTU
Assurez- vous que Du Ciel la
la Comete
funeste Interprete,
Prédit toûjours la mort d'un Grand.
Ne voila t - il pas qu'à Versaille,
K 2
220 MERCURE
:
Etendu , couchéfur lapaille
Vient de mourir un Eléphant ?
Si ma Lettre eſtoit moins longue,
je vous ferois part icy d'une
Avanture de la Comete , que je
remets àune autre fois,pour vous
apprendre la mort de Monfieur le
Comte de Vaillac. Il s'appelloit
Jean-Paulde Gourdon de Genouillac,
eſtoit Premier Baron de
Guyenne, Chevalier des Ordres
du Roy, Chevalier d'Honneur de
Madame, Lieutenant Generaldes
Armées de Sa Majefte , & avoit
eſté Premier Ecuyerde Monfieur
&enfuite Capitaine de fes Gardes.
Jamais Homme ne fut plus
univerſellement aimé & eſtimé.
Il avoit la plus belle ame du monde
, une droiture admirable dans
toutes ſes actions,&une ſincerité
fans égale. Son zele pour tout ce
qui regardoit le Roy estoit incroyable
GALANT. 22F
croyable. Ila ſervytres- utilement
en pluſieurs rencontres , & particulierement
pendant les mouvemens
de Guyenne. La confidération
où il eſtoit dans cette Province,
fut cauſe que luy ſeul,à la
teſte de ſes Amis , il rendit des
ſervices d'une fort grande importance.
Sa Maiſon eſt tres- illuſtre ,
&il eſt mort le 18. de Janvier en
fa 61. année.
Dimanche dernier , 26. de ce
mefme mois , fur les onze heures
du foir , Madame la Maréchale
du Pleffis , Dame d'Honneurde
Madame , ſe trouva ſurpriſe d'apoplexie,
âgée de 78.ans.Tous les
Remedes qu'on employa furent
inutiles , & elle mourut un peu
apres. C'eſtoit une Dame d'une
tres grande vertu , & qui faiſoit
éclaterſa pieté en toutes rencon
tres. Elle s'appelloit Colombe le
Kiij.
222 MERCURE
Charron ,& eſtoit Veuve deMef.
fire Céſar Duc de Choiſeul, Pair
&Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Monfieur, Premier Gentilhomme
de ſaChambre,&Gou .
verneur & Lieutenant General
pour ſa Majeſté des Païs & Evefché
de Toul.
Monfieur de Bernieres,Procureur
General au Parlement de
Roüen, eſt mort auſſidepuis quelques
jours. C'eſtoit un Magiſtrat
fort aimé, & qui par ſes manieres
honneſtes s'eſtoitacquisune eſtime
genérale. Aufſi peut- on aflurer
que toute la Ville a pleuré ſa
perte. La Maiſonde Bernieres eff
une des plus conſidérables de la
Robe,& a de tres-grades Aliaces.
Je finis par le recit de deux autres
morts , arrivées le 15. de ce
mois à Angers , de la maniere du
L
mon
GALANT. 223
monde la plus tragique.UnHomme
, ayant une Charge qui luy
donnoit droit de porter l'Epée,
quand il ne l'euſt pas eu par ſa
naiſſance, entra dans une ſi forte
jaloufie de quelques ſoins qu un
jeuneMarquis rendoit à ſa Fcmme,
qu'il n'euſt plus aucun repos.
Il luy fit d'abord les reproches les
plus aigres des honneſtetez qu'elle
avoit pour le Marquis , & la
Dame n'ayant pas laiſſe de le voir
encor chez une Amie malgré ſa
defenſe , il n'en fut pas plutoſtaverty
, qu'il perdit l'uſage de ſa
raiſon . Il vintdes paroles à des
traitemens indignes , & fit connoiſtre
à ſa Femme par une facheuſe
épreuve,qu'il étoit jaloux
juſqu'à la fureur. La Dame , auffi
fiere qu'elle paroiſſoit aimable, ſe
trouva ſi indignée de l'emportement
de ſonMary , qu'elle reſo-
2
K iiij
224 MERCURE
lutde s'en vanger. D'autres auroient
borné leur vangeance à
redre heureux le jeune Marquis.
Elle en uſa d'une autre maniere.
Comme elle avoit beaucoup de
courage , & qu'aimant les armes
avecpaffion, elleprenoit quelquefois
plaifir àtirer unPiſtolet,àmanier
l'Epée,elle s'habilla en Homme,&
avec une grande Perruque
qui luy cachoit une partie du vifage
, elle alla attendre ſon Mary
dans une Ruë écartée ,où elle ſçavoit
qu'il devoit paſſer. Si toft
qu'elle l'aperçeut , déguiſant fa
voix, elle luy cria de ſe défendre,
&courut fur luy avecune réſolu.
tion ſi déterminée,que quoy qu'il
puſt faire pour ſe garatir du coup,
elle luy paſſa l'Epée au travers du
corps. Le Mary ſe ſentantbleſsé
mortellement , ramaſſa tout ce
qu'il avoit de vigueur,& luy donna
GALANT.
225
na à ſon tour deux coups mortels
qui la jetterent par terre. Elle s'écria
qu'elle estoit morte; & l'in
fortuné Mary ayant reconnu ſa
voix , apprit avec beaucoup de
douleur qu'il avoit tué ſa Femme .
Le ſang qu'il perdit ne luy laiffant
point affez de force pour ſe
foûtenir, il tomba à coſté d'elle . Ils
ſe dirent beaucoup de choſes fort
tendres, & fe demanderent réciproquement
pardon,en s'embraffant.
On accourut pour les ſecourir
, mais il fut impoſſible de les
fauver,& ilsmoururent tous deux
dés le meſme jour. La Dame eftoit
deFamille noble,grade,bienfaite
, brune , mais fort agreable ,
avoit beaucoup d'enjoüement, le
viſage rõd,& les dents fort belles .
Le Roy a honoré Monfieur
l'Abbé d'Hervault , nommé depuis
peu Auditeur de Rote , d'un
Brevet
226 MERCURE
1
Brevet de Conſeiller d'Etat. Il eſt
Docteur de Sorbonne. Le nom
de fa Maiſon eſt Yſoré. C'eſt un
ancien nom de Touraine. Le premier
qui s'y voit eſtably, & dont
la ſuite ſe juſtifie, par Titres , eſt
un Litard Yſoré qui vivoit envi.
ron l'an 1100.& eſt qualifié Senéchal
du Comte d'Anjou , Fils de
Foulques Roy de Jerufalem. Cette
Maiſon a toutes les anciennes
marques de grandes Nobleſſe,
mais elle ſe glorifie principalement
de n'avoir jamais pris de
mauvaiſes Alliances , & d'avoir
toûjours eſté attachée au ſervice
des Roys avec une fidelité finguliere.
Le Livre de Monfieur de Blegny,
intitulé ,La Découverte de l'admirable
Remede Anglois , adonné
lieu à Monfieur Spon,fameux par
quantité de ſçavans Ouvrages ,
d'en
GALAN Τ.
227
d'en faire imprimer un autre qui
a pour titre , Obfervations fur les
Fievres & les Febrifuges. Ces obſervations
font auffi utiles que
curieuſes ,&fe vendent chez le
Sieur Blageart , Court- neuve du
Palais , au Dauphin
J'ay oublié de vous dire que
pluſieurs Gentilshommes d'Andely,&
des environs , ayant fait
une grande Partie de Chaſſe le
jour de la Feſte de S. Hubert, ont
donnédepuis cetemps des Feſtes
continuelles à toute la Nobleffe
du Païs de l'un & de l'autre Se
xe. Il y a eu deux fois la ſemaine
diverſes Tables ſervies avec autant
de propreté que d'abondance
, & les Violons n'ont point
manqué àtous ces Repas.Les derniers
ont eſté precedez de la Repreſentation
des Fâcheux , & de
la petite Comédie du Deüil. Jugez
228 MERCURE
gez combien de plaiſir reçeurent
les Dames qui avoient eſté invitées
à ce Divertiſſemnt, puis que
tous les Rôles furent joüez avec
toute la juſteſſe & tout l'agrément
poffible. On y admira fur
tout une fort aimable Perſonne,
auſſi conſidérable par ſes belles
qualitez que par ſa naiſſance, qui
fit tout ce qu'on euſt pû attendre
d'une Actrice conſommée , dans
le Perſonnage qu'elle voulut bien
repréſenter. Andely eſt une petite
Ville à ſept lieuës de Roüen,
où il y a Préſidial,& de fort honneſtes
Gens . Je ſuis , Madame,
voſtre &c.
A Paris ce 31. Janvier 1681 .
511
M
1681.1
m
Our 511-1684,1
Mercure
< 36618281410012
< 36618281410012
Bayer. Staatsbibliothek
Bayerische
Staatsbibliothek
München
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
IANVIER 1681 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pourplacer les Figures.
AMédaille du Cavalier Bernin,doit
Lregarder lapage 56.
L'Air qui commence par Dans nos
Bois Tircis apperçeût , doit regarder la
page 113 .
La Chanſon qui commence , Percé
juſques au fond du coeur, doit regarder la
page 166.
Les Jettons , doivent regarder la page
208. i
Les deux Oeufs , doivent regarder la
page 217.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
ESTpour la cinquièmeAnnée
, cher Lecteur , que j'ay
CA l'honneur de vous envoyer le
Mercure Galand , où vous
apprenez plusieurs Curiofitez que vousne
Sçauriez pas d'ailleurs ; ils ſe vendront
toûjours , ſçavoir , ceux de 1677. douze
fols le volume. Ceux de 1678. 1679 .
1680. 1681. vingt fols le volume, tant
entier que ſeparé ; les vieux ſe vendront
autant que les nouveaux quand on les
prendroit tous à lafois.On en ſeparera tel
Volume que l'on voudra pour le mesme
prix , & les Extraordinaires ſe vendront
toûjours 30. fols le volume.
Ceux qui voudront qu'on leur envoye
les Mercures on Extraordinaires, feront
payer trois, oufix mois, ou une Année par
advance , & quand leur terme fera fini
its auront ſoin de faire tenir d'autre argent,
autrement l'on ne leur envoyeraplus;
ā ij
Le Libraire au Lecteur.
car d'une autre maniere ce ſeroit une confusion,
on tient ur registre tres-fidele pour
cela , & on aſoin d'envoyer les Mercures
fort diligemment , & on a ſeulement quà
bien donner l'addreſſe.
On continuera à distribuer le Journal
des Nouvelles Découvertes de la Medecine
de Monfieur de Blegny en petit volume
in 12. tous lesMois pourfixfols le Cahier,
c'est toutes les années 3. livres 12. fo's.
On distribuera auſſi les Journaux des
Sçavans , mais ils les faut payer par advance,
&on n'enſeparera aucuns.
Les Febrifuges de Monfieur Spond neſe
vendent queſeptſols.
Ceux qui envoyent des Ouvrages pour
les Mercuresqui ne payent pas les ports,
leurs Ouvrages ny feront jamais.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Janvier 1681 .
Les Satyres de Juvenales , indouze,
2. vol. Traduction nouvelle.
la
Memoires touchans le Mariage de
Charles 11. Roy d'Espagne avec
Princeffe Marie - Louise d'Orleans , indouze.
Hiftoire
1
Histoire de Dom Quichot de la Manche,
Traduction de ces Meſſieurs,indouze,
4. vol. de mon impreſſion , s . livres.
Les Amours de Catulle de l'Abbé la
Chapelle , indouze , quatre volumes , cinquante
fols.
Le grand Soliman, Tragedie , indouze,
quinzefols.
L'Eglise Romaine , reconnuë toûjours
des Lutheriens des Pretendus Reformez
pour vray Eglise de Jesus-Christ , en
laquelle chacun peut faire ſon ſalut , in
otavo, 30. fols .
i
ālij
CATALOGUE DES PIECES
qui composent le douziéme Extraordinaire,
intitulé Extraordinaire du Mercure
Galant, Quartier d'Octobre 1681 .
Tome 12. donné au Public le 15. Janvier
1681 .
IL CONTIENT
Eux Pieces en Profe & en Vers, fur
leplus grand DlaQuestion Quel eft و
chagrin qu'une Maistreſſe puiſſe donner à
unAmant.
Une Piece en Proſe , ſur la Queſtion,
Si le Souvenir d'un plaisir paſsé, cauſe du
plaiſir ou de la peine.
Une Piece en Proſe, ſur la Queſtion,
Lequel touche plus aisément le coeur d'une
Belle,ou celuy qui ſe declarant, employe les
termes les plus paffionnez pour luy proteſter
qu'il l'aime ; ou celuy qui en luy rendant
beaucoup d'affiduitez , laiſſe agir ſes
Soins fansſe declarer.
Une Réponſe ſur la Queſtion , Si un
Amant maltraité de la Perſonne qu'il aime,
peut fans l'offenſer ſouhaiter la mort.
Undiſcours fur les Eſprits Folets , s'ils -
font de tout Païs , ce qu'ils ont fait , &
une Hiftoire fur ce Sujet.
1
1
6
-Undiſcours ſur la Sympathie.
Un Sonnet à Iris ,
Une plainte à une Belle qui avoit
choiſy deux Amans noirs comme de demyMores.
Deux Pieces en Profe, & une en Vers,
fur la Queſtion. Si un amour récompensé
defaveurs est àpreferer à un amour d'éclat
qui donne de lagloire fans aucun plaisir.
Deux Pieces en Proſe,& une en Vers,
fur la Queſtion , Auquel une Femme doit
Sçavoir meilleur gré, ou à celuy qui a aimé
Son eſprit , avant que de ſe laiſſer charmer
de sa beauté ; ou à celuy qui a aiméſa
beauté, avant que de ſe laiſſer charmer de
Son esprit.
Deux Pieces en Profe, & une en Vers,
fur la Queſtion , Si pour une liaison de
tendreffe, il est plus agreable de s'attacher
àune perſonne de feize ans , qu'à une de
trente.
Deux Pieces en Profe,& une en Vers,
fur la Queſtion, Laquelle on doit plaindre
davantage, ou une Femme qui a un Mary
Stupide jusqu'à la folie ; ou celle dont le
Mary est jaloux jusqu'à la fureur .
Deux Difcours ſur l'Origine de l'Harmonie
, ceux qui l'ont inventée , & de
fes effets. ā iiij
Deux diſcours en Proſe,&un en Vers ,
fur le frequent uſage de la Saignée , &
quel mal ou quel bien en peut arriver.
Pluſieurs Madrigaux fur les neuf Enigmes
des trois derniers Mois.
Deux Diſcours en Profe , & un en
Vers, fur l'Origine de la Nobleſſe.
Une Explication dela Lettre en Chifre
du dernier Extraordinaire , dont le
ſecret n'avoit point eſté découvert.
Une Explication de la Lettre en chifre
du dernier Extraordinaire.
Une nouvelle Lettre en Chifres.
Une Hiſtoire Enigmatique.
L'indiferent paſſionné en Vers .
Une Lettre d'une Fleur d'Orange en
Profe & en Vers en faveur du Berger
Fleurifte.
د
Un Recit chanté par les trois Graces
à la gloire de l'Amour.
Les noms de ceux qui ont trouvé le
Mot des Enigmes du Mois de Decembre.
Pluſieurs Queſtion à décider.
TABLE
Vant-propos.
Royde perdre ,
ETS RS- EASE 1903 94 943 1944 1943 1944 E
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
fur le
I
Procés qu'il a plú au
Noms de cingGrands Prieurs , ¢ quarante
17
Commandeurs de l'Ordre de S.Lazare , nommezpar
leRoy, 19
Discours deM. de Launay àl'ouverture des Leçons
du Droit François . 35
Lettre de Rome , dans laquelle on voit un Panegyrique
du Roy en Vers.
1
47
Eloge du CavalierBernin, 52
Sonnet , dans lequel on fait parler le Cavalier
Bernin, 57
Mort de Madame de la Bourlie, 58
Mort de Madame Hotman , 59
Mort de M.le Marquis de Vignacour, ibid.
Mort deM. goal , 60
Mort de M. and , ibid.
M.de Bragelonne, & M. Piques , montent à la
Premiere Chambre de la Cour des Aydes , 61
Mort de M. Patru , Doyen de l' Acad. Françoise, 62
Stances de la Comete, parlant à Paris,
Madrigalfur la Comete ,
64
68
Discoursfur les Cometes, par lequel il est prouvé
qu'elles ne produisent aucun malheur , 71
M.de la Reynie est toûjours Lieutenant de Police
, 97
Lieutenance de Roy de Champagne donnée àM.
leMarquis de Beaupré, ibid.
Gouvernement de Kimper donné à M.de Colombe,
102
TABLE .
Belles Actions de M.le Maréchal de Grancey, 103
Madrigal ,
Etrennes,
4
115
ibid.
Madrigaux mis au devät de pluſieurs autres, 116
Mariage de M. de Dolomieu , 119
Audience donnée par le Roy aux Deputez des
Etats d' Artois , 124
Histoire , 127
Reception depluſieurs Academiciens en iAcademieRoyale
d' Arles , 147
Lettre, 154
Madrigal, 161
Autre, 162
Sonnet, 163
Chanson ,
Mort de M.le Comte de Brancas,
Mort de M. le Vicomte de Lamet,
Mort de Madame la Ducheſſe du Lude ,
Mort de M. de Chevrieres , ſecond President au
164
166
167
170
Parlement de Grenoble, 171
Retour deM.le Duc de Vivonne , 172
Gouvernement de Thionville donné à M. de Cafaux
, 173
Gouvernemët de Bergues donné à M.de Tracy,174
Pluſieurs Intendances données par le Roy, ibid.
Lettre en Profe & en Vers,au Mercure Gabat,176
Malheurs cauſez par le feu , 178
Nouvelles de l'Eſcarboucle , 184
Hôpital General fondé à Laon , par M. le Cardinal
d'Estrées, 187
Abjuration , 189
Divertiffemens de S. Germain, 190
Eloge deMademoiselle de Nantes. 194
Divertiſſement de la Cour, 197
Arlequin Mercure Galant, 198
Zaide
TABLE .
Zaïde, Princeſſe de Grenade, ibid.
La Pierre Philoſophale ,
Theſe ſoûtenuë par M.l' Abbé le Camus
199
ibid.
,
Remede de l'Esprit de Vin composé , 201
Explication de la premiére Enigme en Vers , 202
Noms de ceux qui l'ont expliquée , ibid.
Explication de la ſeconde Enigme , 203
Noms de ceux qui l'ont expliquée , ibid.
Noms de ceux qui ont expliqué toutes les deux,
204
Enigme, 205
i Autre Enigme , 206
.
Explicatio de l'Enigme en Figured'Ascanius,209
Explication des lettons de l'Année 1681. ibid.
M. l'Abbé de Bragelonne preſche à Mets , 216
Maiſon de Longueval- d'Haraucourt , ibid.
Nouvellesfigures d'Oeufs envoyéesdeRome, 217
Petite Comédie de la Comete, 219
Inpromptu ſur la mort de l'Elephant de Verfailles
,
Mort de Male Comte de Vaillac ,
Mort de Madame la Maréchale du Pleſſis,
220
221
222
Mort de M. de Bernieres , Procureur General au
Parlement de Roizen , 223
Avanture tragique d'Angers , 224
Brevet de Conſeiller d'Etat donné à M. l'Abbé
d'Hervault , 226
Obſervations de M. Spon ſur les Fievre: & les
Febrifuges , -228
Divertiſſemens d' Andely , 227
3
Fin de la Table.
EX
0363033
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
t
duRoy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
* QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le remps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenfes
font faitesà tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver&debiter
ledit Livre ſans le confentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny. Planches
fervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende,&
confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi queplus au long il eſt porté au
ditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678.Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilegevà
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
31. Ianvier 1681 .
i
Γ.
MERCURE
GALANT.
JANVIER 1681 .
N
Ous entrons, Madame,
dans la cinquiéme
année de
noftre commerce .
Il ſeroit peu furpre
nant qu'il duraſt toujours , s'il eſ
toit particulier ; mais en le rendant
public ,vous m'avez mis en
péril de m'attirer le dégouft des
Curieux , & de me faire impoſer
filence.C'eſt un chagrin quej'aurois
eu peine à éviter fous un au-
Ianvier 1688 A
12 MERCURE
tre Regne. Tout s'y paſſant avec
moins d'éclat, de quelques Nouvelles
qu'oneuſt trouvé mes Lettres
remplies , on ne ſe ſeroit pas
contenté du peu d'ornement que
je leur preſte. Mon bonheur eſt
de m'eſtre fait voſtre Hiſtorien
dans un tempsoù les Actions parlent
d'elles-meſmes , & n'ont beſoin
d'aucun embelliſſement. En
vit-onjamais de plus extraordinaires
que toutes celles du Roy ?
J'ay accoûtumé au commencementde
chaque année de ramaffer
en un ſeul Article ce qui a
plus d'étenduë das les premieres
de toutes mes Lettres. C'eſt réduire
en un ſeul Corps diférens
Panégyriques, qui vous font connoître
ce que ce Grand Prince a
fait d'étonnant pendant chaque
mois, pour ſa propre gloire , pour
celle de ſon Etat , & pour le bien
de
1
GALANT. 3
deſesPeuples. Cet ordre quej'ay
obſervé depuis quatre ans , me
ſerviroit encor aujourd'huy de
regle , fi le trop de choſes nou--
velles que je trouve à vous en
dire, ne m'empeſchoit de reprendrele
paſſé. Je ſeray meſme contraint
, parmy le grand nombre
dont je pourrois vous entretenir,
de ne m'arreſter qu'à celles qui
n'ont jamais eu d'exemples. Auroit-
on pû croire que l'on fuſt capable
d'en faire encor de cette
nature , & qu'apres que l'on a dic
tant de fois depuis pluſieurs Siecles
qu'on ne peut rien voir ny
rien faire de nouveau , Loürs LE
GRAND ne paſſaſt preſque aucun
mois ſans le marquer par
quelque Action qui fuſt ſinguliere
a Celles que j'ay à vous rapporter
ſont ſi élevées , qu'on ne
lit rien de ſemblable dans aucune
A ij
4 MERCURE
Hiftoire. Chaque Etat a eu de
tout temps de fort Grands Hom-,
mes , & il n'y en a eu aucun qui
n'ait fait quelque choſe d'aſſez
éclatant pour faire parler toute
la Terre mais s'ils ſe ſont diſtin- ,
guez par làde beaucoup de Princes
, dont le ſeul nom conſervé
nous apprend qu'ils ont veſcu,
ils n'ont fait que ſuivre les traces
de ceux qui avoient déja acquist
la qualité de Héros ; & ce qui eftoit
extraordinaire en eux à l'égarddes
autres Hommes, ne l'eftoit
point à l'égard de ces Héros
qu'ils n'avoient fait qu'imiter. Il
n'en eſt pas de meſme de noſtre
auguſte Monarque. Tout ce qu'il
fait tous les jours,eſt tellement au
deſſus des Modeles de valeur , de
bonté , de justice, & de prudence
, que nous ont laiſſez les plus
Illuftres de l'Antiquité,qu'on peut
:: dire
GALAN T.
-dire qu'en ſe faiſant admirer, il ne
doit rien qu'à Luy-méme.Ce font
Actions uniques,qui n'ayant point
de pareilles , n'entrent en comparaiſon
avec aucune autre , & qui
-luy donnent cet avantage particulier
, que ſans avoir imité perſonne,
il a la gloire de s'eſtre ren .
du inimitable. Je ne rappelleray
point cette modération inoüye
qui luy a fait donner la Paix à
l'Europe au milieu de ſes Victoires.
C'eſt un effort fur Luy- melme,
qui ne ſera jamais oublié.
Toutes les Nations du Monde ,
l'Airain , le Cuivre , le Marbre,
tout en a parlé. Tout en parle encor
à tous momens , & tout en
parlera éternellement. Apres ce
triomphe,qu'il eſt plus facile d'admirer
que de.comprendre, tant il
demande une vertu conſommée,
il ſembloit que la matiere d'un
A iij
6 MERCURE
autre,auffi extraordinaire & également
unique , ne pourroit jamais
s'offrir. Celuy qui a ſuivy ce
premier , paſſoit d'autant plus les
forces de l'Homme , que pour
l'obtenir , il falloit eſtre entierementdétachédes
ſentimens d'intereſt
qui font faire tous les jours
les plus grandes injustices aux
Gensles plus équítables,mais que
ne peut point un Roy accoûtumé
à ſe vaincre, & quel intereſt toucheroit
un coeur qui a pû affez ſe
commander pour dédaigner des
conqueſtes ſeûres , quand le repos
de laTerre a voulu ce ſacrifice
? L'Action qui a donné lieu
à ce court Eloge , a fait bruit par
tout, & elle eſt telle, que je doute
fort qu'on puiſſe en marquer
toute la grandeur. S'il en eſt de
petites que la Renommée groffit,
ilen eſt d'autres ſi grandes,qu'on
ne
GALANT. 7
ne peut qu'en affoiblir le mérite
en les voulant élever . Celle- cy
eſt de ce nombre. Vous en jugerez
par les circonstances.
Sa Majesté avoit droit de rentrer
dans tous les Fonds alienez
qui font au dela des limites de
l'ancienne Enceinte des Murailles
de Paris. Tout cela eſtoit de
fon Domaine. Beaucoupde Particuliers
avoient baſty fur ce
Fond ; & ceux qui eftoient chargez
de faire le Recouvrement
pour le Roy , vouloient ſe mettre
en poſſeſſion de leurs Maiſons.
Les Proprietaires y ayant formé
oppoſition fous le bon plaifir de
Sa Majesté , on porta l'Affaire au
Conſeil d'Etat du Roy, ce Prince
y eſtant préſent. Ses prétentions.
eſtoient fondées ſur un droit fi
légitime , que dans la rigueur de
la Juſtice , les Oppoſans ne pou-
た
A ilij
8 MERCURE
voient éviter de perdre leurCauſe.
Enfin apresavoir écouté l'Avis
de pluſieurs Conſeillers d'E ,
tat& Maiſtres des Requeſtes,qui
eurent la liberté de parler pour
& contre , ce qui ne ſe fait que
dans les Regnes heureux,& fouς
les Princes qui comptent le Bien
de leurs Peuples pour leur plus
grand avantage ; le Roy , qui avoit
paffé pres de trois heures le
matin , & cinq l'apreſdînée a entendre
le Raport , & ces diferens
Avis , prononça contre Luy-méme
en faveur de ſes Sujets, & eut
labonté de dire , que quoy qu'il
euſt entendu des raiſons tres-fortes
pour ſes intéreſts,& qu'il connuſt
bien que fa Cauſe eſtant fort
juſte , il gagnoit pluſieurs millions
en la gagnant , il ne vouloit pas
juger à ſon avantage , parce qu'il
ſe paſſeroit bien plus aiſément des
fom
GALANT.
9
•ſommes qui luy devoient revenir,
- que le grand nombre de Particuliers
qui estoient intéreſſez dans
cette Affaire. Vous obſerverez,
Madame , que dans ces fortes de
conſeils le Roy eſt toûjours le
Maître, qu'il n'y fait que demander
les Avis , & que ſans y avoir
aucun égard, il peut donner tel
Arreſt qu'il veut. Cette marque
de ſon extréme bonté pour ſes
Sujets, ne fut pas la ſeule qui accompagna
ce Jugement. On luy
propoſa divers Accommodemens
dont les Intéreſſez auroient eſté
fatisfaits , parce qu'eſtant obligez
de ſe condamner eux- meſmes, ils
ſe ſeroient eſtimez heureux de
ne pas tout perdre ; mais ce grand
Prioce , qui n'eſt né que pour les
choſes extraordinaires , & qui ne
ſçait ce que c'eſt que faire à demy
des graces , ne voulut rien
Av
T1O0 MERCURE
écouter. Cette Action qui tient
du miracle, trouveroit ſans doute
la Poſterité incrédule, ſi elle n'eftoit
une ſuite des merveilles qui
rendent la Vie de Sa Majesté la
plus illuftre de toutes les Vies.
Quels avantages ne devoient pas
s'en promettre ſes Sujets , apres
que les Peuples de l'Europe avoient
fait une ſi heureuſeépreuve
de ſa clemence ? Une vertu eft
le degré glorieux qui mene à une
autre ;&quand une Ame vrayement
héroïque a pris l'habitude
de ſe vaincre ſur ſes propres intéreſts
, elle eſt ſeûre de gagner
autantde triomphes ſur elle-mefme,
qu'elle ſe propoſe d'en remporter.
Que de Familles ſe trouvent
comblées de joye par un
Arreſt qui leur eft fi favorable!
Que de benedictions on donne
partout àl'incomparable Monarque
GALANT . I if
que qui l'a fait rendre ! Que de
proſpéritez luy ſont ſouhaitées !
& quand on forme de ſi juſtes
voeux, quel plaiſir pour moy d'eftre
l'Interprete de ce qui oblige à
les former : Mon zele me trompe.
Je cherche inutilement des termes
auſſi relevez que l'Action.
Ce qu'on trouve ſans exemple
n'eſt pas aifé à décrire. La grandeur
& la nouveauté de la matiere
accablent en étonnant ; &
quelques hautes idées qu'on en
prenne , on ne la conçoit qu'imparfaitement.
Je la quite pour
vous donner un nouveau fuje
d'admiration . Vous venez de voit
le Roy ſe dépoüiller de ſes inté
refts , pour conſerver ceux de
Particuliers . Vous l'allez voir s'a
pliquer uniquement avec une
bonté ſurprenante , à chercher
ce qui peut récompenfer la var
S
leur
12 MERCURE
leur de ſes Sujets , qui en le fervant
travaillent pour la gloire de
leurPatrie.
Vous avez oüy parler de l'Ordre
de Chevalerie de Noftre-
Dame de Mont Carmel , & de
S. Lazare , que Henry IV. a renouvellé
. Le Bien de cet Ordre
conſiſtoit en pluſieurs Commanderies,
qui ſous le nom de Maladreries
eſtoient devenuës autant
d'Hôpitaux. Ces Maladreries eftoient
tombées par ſucceſſion de
temps entre les mains de divers
Particuliers , qui fans les entretenir,
en convertiſſoient le Revenu
à leurs ufages ; & enfin Sa Majeſté
ayant appris cette diffipation,&
confiderant d'ailleurs que
les Maladies pour lesquelles on
avoit fondé ces Hôpitaux , n'avoient
plus de cours, Elle a retiré
les Biensde ces deuxOrdres pour
les
:
GALANT.
13
lesdonner àdes Malades illuſtres,
qui ne laiſſent pas d'avoir encor
affez de force pour ſervir l'Etat.
Ainſi les Fonds , dont une partie
eſtoit deſtinée pourles Hôpitaux,
feront toûjours employez à des
uſages qu'on voit qui répondent
à l'intention des Fondateurs, puis
que le Roy les voulant diſtribuer,
a choiſydans ſes Armées ce qu'il
y ade plus braves Officiers , qui
ontſervy pendant vingt- cinq ans,
& qui portent d'honorables marques
de leurs ſervices. On a fait
venir tous ces Braves à la Cour.
Monfieur Félix, Premier Chirurgien
du Roy , a viſité leurs bleſ
fures, & Sa Majeſté a fait enſujte
un choix équitable , qui marque
la parfaite connoiſſance qu'Elle a
de tous ceux qui ont répandu
leur ſang pour ſe ſignaler. Elle a
fait par là un tres-grand nombre
d'Heu
14
MERCURE
d'Heureux ; & ils le font meſme
de plus d'une forte. Ils font heureux
par le revenu qui leur eſt
donné,heureux par la gloiredont
ce choix les couvre , & bien plus
heureux encor d'eſtre dans le
fouvenir d'un grand Roy de la
Terre , & de ſe voir reconnus
pour Braves par un Prince qui
ſçait fi bien diftinguer le vray &
le faux mérite. Vous pouvez juger
, Madame, combien cette récompenſe
va inſpirer de valeur.
Elle doit faire trembler les Ennemis
de la France , pour qui ſansdoute
il ſera tres- dangereux d'avoir
en teſte des Gens animez par
cet exemple Officiers , Soldats,
tout eſt ſeûr de ne plus avoir à
effuyer de bleſſures , que toft ou
tard ces marquesd'hõneur ne les
mettent en repos pour le reſte de
leurs jours,puis que files Officiers
ont
GALANT. is
ontdesCommanderies de S. Lazare
, les Soldats peuvent entrer
dans les Invalides,où l'on eſt traité
d'une maniere à rendre le plus
heureuxde nos Ennemis envieux
de ce bonheur.
-Quoy que ces deux Actions
foient fort éclatantes,elles ne font
pas les ſeules qui ayent marqué
dans le meſme Mois, le ſoin qu'a
le Roy du bien de ſes Peuples
J'ay à vous parler d'une troifiéme
qui regarde la Juſtice. Les Coû
tumes &Ordonnances imprimées
desRoys , estoient ſeulement ce
qu'on confultoit en France. Le
Droit François n'y avoit jamais
eſté enſeigné ; & fi pendant plufieurs
Regnes , on avoit parlé
d'en faire donner des Leçons publiques,
ce deſſein avoit toûjours
trouvé des obstacles , fans qu'on
l'euſt executé... C'eſt une gloire
qui
16 MERCURE
qui ſemble avoir eſté reſervée au
-Roy. Ce Prince ne s'eſt pas conrenté
de faire établir une Etude
fi utile , il a fait auparavant publier
une Ordonnance , par la
quelle on ne peut plus eſtre re
çeu Avocat , qu'on n'ait pris publiquement
des Leçons de Droit
pendant un nombre d'années.
C'eſt le moyen de ne plus avoir
que des Juges éclairez , &d'éviter
les abus que l'ignorance peut
faire commettre au Jugement des
Procés . J'ay oublié de vous dire
que quand il plût à Sa Majesté
de perdre le ſien , Monfieur de
Lamoignon de Baville, Fils de feu
Monfieur le Premier Préſident,
& Frere de Monfieur l'Avocat
General qui porte ce nom , fit le
Raportde cette importante Affai
re , avec une netteté qui charma
le Roy, & tout fon Confeil. Cette
glo
GALANT. 17
glorieuſe Perte a donné lieu à
Mademoiſelle de Scudéry, de fairele
Madrigal que j'adjoûte icy.
F
:
AU RO Υ.
Aut- il donc toûjours vaincre
&forcer des Murailles ?
N'aurons- nous des Héros que par
des Funerailles ?
Non pour vous , GRAND LOUIS,
tout devient glorieux ;
Et le Monde étonné,doute quelvaut
le mieux ,
Ou perdre des Procés , ou gagner
des Batailles.
Pluſieurs Perſonnes ont écrit
fur la mesme Affaire. Vous le
pouvez voir par ce ſecond Madrigal.
Tant
-18 MERCURE
AAnntt ddeeggrraands diférens , malgré
tant de hazars ,
Ont estédécidezpar Vous au Champ
de Mars.
Par les fanglans efforts d'une valeurextréme,
Y
Vous avez fait trembler vos plus
fiers Ennemis ;
Mais dans le Temple de Themis ,
En décidant contre Vous- même,
Vous rendez les Dieux, & les Penplesamis.
Ces Vers ſont de Monfieur le
PreſidentGontier de Longeville;
&ceux qui ſuivent , deMonfieur
de C.
REgler ttoouuttdans la Paix,vain-
D'un abfolu pouvoir calmer toute la
Terre
A
GALANT. 19
A tous ſes Ennemis avoir donné des
Loix ;
C'est estre au plus haut point de la
GrandeurSupreme :
Fourfauverſes Sujets , juger contre
Soy-mesme,
C'est estre le meilleur des Rois.
Je croirois ne vous avoir fatisfaite
qu'à demy ſur ce qui regarde
les Commanderies de S.Lazare,
ſi apres vous avoir dit que le
Roy en a fait la récompenſe de
ceux qui portent des marques de
leurs Services , je n'ajoûtois pas
lesNomsde ces braves Officiers ,
& la quantité du Revenu qui a
eſté donné à chacun. En voicy
une Lifte fort exacte.
Grands-Pricurez old
Monfieur deChaſteau-Regnaut,
Chefd'Eſcadre, 60001
Monfieur de la Rabliere , Meſtre
de
20 MERCURE
de Camp, & Brigadier de Cavalerie,
: 60001.
Monfieur Bulonde , auffi Meſtre
de Camp , & Brigadier de Cavalerie,
60001.
Monfieur de Rivarolles , Meſtre
de Campde Cavalerie du Regiment
Royal Piemont, 60001.
-Monfieurde Montchevreüil,Colonel
du Régiment du Roy
- d'Infanterie,
Commanderies.
6000 1.
Monfieur de Vatteville , Meſtre
*** de Camp.& Brigadier de Cavalerie,
Monfieur de Sauſſay , Mestre de
30001.
Camp de Cavalerie, 3000 1 .
Monfieur Dauzon , Meſtre de
Camp de Cavalerie, 30001.
Monfieur de Bellegarde , Meſtre
de Camp de Cavalerie, 3000 1.
Monfieur de S.Sylvestre , Meſtre
* de Camp deCavalerie,30001.
Mon
GALANT.. 21
Monfieur Davejan , Capitaine
aux Gardes,
Monfieur de S.Germain,Capitaine
auxGardes,
Monfieur des Alleurs , Capitaine
30001.
3000 1.
auxGardes, 30001
Monfieur Valkerk,Capitaine aux
Gardes Suiffes , 30001
Monfieur de la Forest , Lieutenant
Colonel des Dragons du
Colonel, 30001.
Monfieur de Givry , Lieutenant
Colonel des Dragonsdu Royal
, 3000.11
Monfieur le Chevalier de Souvré
, Colonel du Regiment de
Navarre, 30001.
Monfieur Mathieu Caſtelas, Colonel
du Regiment de la Marine,
30001.
Monfieur de Guillerville, Lieutenant
Colonel du Regiment de
Normandie, 30001.
Mon
22 MERCURE
Monfieur Polaſtron , Lieutenant
Coloneldu Regiment du Roy,
30001.
Vaiſſeau, ...21001.
Monfieur Panchis , Capitaine de
Monfieur de Montbas, Meſtre de
Camp de Cavalerie, 210P 1.
MonfieurdeChevilly,Lieutenant
- Colonel du Regiment Dauphin,
.... 21001.
Monfieur de S.Pierre de Lauzier,
Lieutenant Colonel des Dragons
de Theſſe, 21001.
Monfieur de Villechauve , Lieu-
- teuant Colonel du Régiment
Royal d'Infanterie, 21001.
Monfieur deRefuges , Capitaine
- aux Gardes, -20001.
Monfieur de Fourilles, Capitaine
auxGardes, 30001 .
Monfieur de Montpapoul, Sous-
Lieutenant des Mouſquetai
res," 2000 1 .
1 Mon
GALANT.
23
Monfieur de la Fouchardiere,
Exempt des Gardes du Corps,
2000 1 .
Monfieur de S.Vians,Exemptdes
Gardes du Corps , 2000 1.
MonfieurdeMannevillette, Lieutenant
auxGardes , 20001.
Monfieur d'Arbouville , Lieutenant
aux Gardes, 20001.
Monfieur Damoreſan,Lieutenant
aux Gardes, 2000 1.
Monfieur de Rozamel , Sous-
Lieutenant des Gensdarmes
Flamans , 20001 .
Monfieur Cornelius Capitaine
de Cavalerie du Regiment
Dauphin 2000 1 .
Monfieur Caſteja , Meſtre de
Camp & Capitaine de Cavaleriedu
Regiment d'Enguyen,
2000 1 .
Mr de Vienne , Capitaine Reformé
de Buſſy de Cavalerie,
2000 1. Mon
24 MERCURE
Monfieur Valker, Capitaine Re
formé de Vivans de Cavale-
4
rie, 20001.
Monfieur de Neuville de Beau-
..vais,Capitaine Reformé d'Orleans
de Cavalerie, -
Monfieur Carles, Capitaine Re-
2000-1.
formé de Quinçon de Cavale
rie, 2000 1.
Monfieur le Chevalier de Buf
fan , cy-devant Capitaine de
Cavalerie, 2000-1.1
Monfieurde Bezons , Meſtre de
Camp de Cavalerie, 20001.
Monfieur Bercourt, Capitaine de
Cavalerie,
"
2000 1 .
Monfieur de Garenciere , Capitaine
de Cavalerie, 2000 1.1
Monfieur de Cadrieux, Capitaine
de Cavalerie, 2000-1.
Monfieur Dalou , Meſtre de
Camp, Capitaine au Regiment
de Villeroy20001
Monfieur
GALANT.
25
Monfieur Dubourg, Inſpecteurde
4
Cavalerie, $2000 1.
Monfieur de la Haye , Major
des Dragons de Barbezieres ,
2000 1 .
Monfieur de Lafré,Capitaine des
Dragons du Royal, 20001.
Monfieur de Laubanie , Lieutenant
Colonel du Regiment de
la Ferté, 20001.
Monfieur de Riépert, Lieutenant
Colonelde Provence, 2000 1.
Monfieur de Creſpy , Major du
Regiment du Roy, 2000 1.
Monfieur Darbon , Major de Picardie,
20001.
Monfieur de Villemandor ,Lieutenant
Colonel de Picardie,
20001.
Monfieur de Viſſac , Major dur
Regiment Royal ,
Monfieur Preſchac ,
Champagne,
Janvier 1681.
20001.
Major de
20001.
B
1
26 MERCUR E
Monfieur Decour , Major de la
Fere, 2000 1.
Monfieur le Comte du Luc, Са-
pitaine de Vaiſſeau , 2000 1. •
Monfieur Langoulin , Capitaine
de Vaiſſeau, 20001.
Monfieur Damblimont, Capitaine
de Vaiſſeau , 2000 1.
Monfieur de Luſancy, Sous-Lieutenant
aux Gardes, 1800 1.
Monfieur de S.Alvert,Sous- Lieutenant
aux Gardes,
Monfieurde Marcilly,Sous-Lieutenant
aux Gardes,
Monfieurde Cheviré,Sous- Lieu-
18001 .
1800 1.
tenant aux Gardes, 1800 1.
Monfieur de Vignault, Capitaine
au Regiment Dauphin d'Infanterie,
18001.
Monfieur de Salerne , Capitaine
au Regiment de Sault, 18001.
Monfieur Chevalier, Ingénieur à
Fribourg, 18001.
Mon
GALANT .
27
Monfieur de Calvimon, Capitaineau
Regiment du Roy d'Infanterie,
18001.
Monfieur Renier , Capitaine de
Vaiſſeau, 18001.
Monfieur de S.Ferré , Enſeigne
auxGardes, 12001
Monfieur de Cambes Brigadier
des Gardes du Corps, 1200
Monfieur Clozieux , Sous - Brigadierdes
Mouſquetaires Blancs ,
1200 1.
Monfieur Boucaud , cy-devant
Meſtre de Camp de Cavalerie,
I 2001.
Monfieur Darnaud , cy-devant
Capitaine de Cavalerie,1200 L.
Monfieur Raventun , Capitaine
au Regimet de Navarre, 12001.
Mr de S. Amadoux , Capitaine
d'Orleans d'Infanterie, 12001.
Monfieur Cantan , Capitaine de
Navarre, 1.2001.
Bij
28 MERCURE
:
Monfieur Deſtailleux , Capitaine
de Bourgogne, 12001.
Monfieur la Greffiere , Capitaine
au Regiment des Vaiſſeaux,
12001.
Monfieur Gregoire,Capitaine de
Dampierre, 1200 1.
12001.
Monfieur Carinau, Capitaine de
Champagne,
Monfieur Banny , Premier Capitaine
du Regiment Lyonnois,
1200 1 .
Monfieur Franchebroüillé,Capitaine
de Navarre, 1200 1.
Monfieur de Rey , Capitaine au
Regiment Dauphin Infanterie,
12001.
Monfieur Genſac , Capitaine de
Picardie, 1200 1.
Monfieur de la Mottemarcé, Capitaine
de Navarre , 12001.
Monfieurde la Fitte,Capitaine de
Piémont, 1200 1.
Mon
GALANT.
29
Monfieur Boiſveau, Capitaine de
Bourgogne, 12001.
Monfieur Deſregards Capitaine
de la Marine, 1200 1.
Monfieur d'Argouft,Ayde- Major
d'Auvergne, 12001.
Monfieur de Ligny, Capitaine de
Piémont, 1200 1.
Monfieur de la Touche,Capitaine
de Feuquieres, 12001.
Monfieur Douy , Capitaine de la
Marine, 12001.
Monfieur de Louze,Capitaine de
Vermandois, 12001.
Monfieur Mauroux,Capitaine de
S.Laurent,
de Piémont,
12001.
Monfieur de Balzac , Capitaine
12001.
Monfieur de S.Thomas , Capitai
ne d'Alface , 12001 .
Monfieur de Rift , Lieutenant de
Vaiſſeau , 12001.
Monfieur de Saujon, Lieutenant
Biij
30 MERCURE
deVaiffeau, 12001.
Monfieur Sicard , Lieutenant de
Vaiſſeau, 12001.
Monfieur de la Trouſſe, Enſeigne
auxGardes, 9001.
Monfieur Bourſonne , Enſeigne
auxGardes. १००1.
Monfieur Cordaye,Maréchal des
Logis des Gensdarmes de
Bourgogne, 900 1.
Monfieur Malherbe , Garde du
Corps, १००1.
Monfieur de laCheſnaye, Garde
duCorps, 9001.
Monfieur de Fontenay , Garde
du Corps, १०० 1.
Monfieur Dugué , Mouſquetaire
Blanc, ໑໐໐1.
Monfieur Planque,Mouſquetaire
Blanc, ९ १००1.
Monfieur Daiffe , Moufquetaire
Blanc, e
५०० 1.
Monfieur Danjou,cy-devant Capitaine
GALANT.
31
pitaine de Cavalerie, 900 1.
Monfieur de la Roche , Lieutenant
dans Tilladet,de Cavalerie,
9001.
Monfieur de Neufville , Lieutenant
Reformé de Langallerie,
9001.
Monfieur de l'Etoile , Lieutenant
Reformé d'Orleans de Cavalerie,
१००-1.
Monfieur du Saufier, Lieutenant
dans ledit Regiment d'Orleans,
9001.
Monfieur Gouſſolles, Lieutenant
dans la Vallete, १००1.
Monfieur de Bains , Lieutenant
: dans Orleans, १००1.
Monfieur Blin, l'aîné , Lieutenant
Reformé du Regiment du
Chevalier Duc, 9001.
Monfieur Blondelot , Lieutenant
dans la Rabliere , 9001.
Monfieur Monteclair , Lieute-
B iiij
32
MERCURE
nant Reformédudit Regiment
de la Rabliere , १००.1.
Monfieur de Senneville , Lieutenant
des Dragons Royal,9001 .
Monfieur de la Pierre , Lieutenant
des Dragons du Color.el,
१०० 1.
Monfieur Borelly,Lieutenant des
Dragons de Pinſonnel, 900 1 .
Mõſieur Deſchamps, Lieutenant
des Dragons de Barbezieres,
900 1.
Monfieur de Laburth , Cornette
Reformé des Dragons de Liftenois,
4
१००1.
Monfieur Daugicourt , Capitaine
de la Reyne d'Infanterie,
१०० 1.
Monfieur du Quayla , Capitaine
de Picardie, १००1.
Monfieur Lamagnane , Capitaine
du Dauphin d'Infanterie,
१००1.
Mon
GALANT.
33
Monfieur Geſombec , Capitaine
dans Navarre , 900.1.
Monfieur Luroy , Capitaine dans
Navarre, 9001
Monfieur Breſſy , Capitaine des
Fuzeliers, 9001.
Monfieurde la Petitiere, Capitaine
dans les Vaiſſeaux, 9001.
MonfieurTangy , Capitaine au
Regiment du Roy, १००1.
Monfieurde Bar , Capitaine dans
Piemont, १००1.
Monfieur de Villaformiou, Capis 1
taine dans Rouffillon, 900 1.
Monfieur Lurcy , Capitaine dans
Navarre, 9001.
Monfieur Duboſe , Capitaine
dans Piemont, १०० 1 .
Monfieur Duhaget , Capitaine
dans leRoyal, そ900 1.
Monfieur Dogerville, Lieutenant
dans les Vaiſſeaux, १००1.
Monfieur Montenot , Liente-
Bv
34 MERCURE
nant dans le Dauphin, 900 1.
Monfieur de Montigny , Capitai-
: ne dans les Fuzeliers ,
Monfieur Ferrier , Lieutenant
१००l ..
dans Navarre, 9001.
Monfieur de la Motte , Major de
la Citadelle de Lile, १००1.
Monfieur de Guigneville , Capitaine
Reformé dans Sainte
Maure, 900 1.
Monfieur Molé , Major de Rocroy,
१०० 1.
Monfieurde Braiſne,Enſeignede
Vaiſſeau, १०० 1..
Un ſi grand nombre de Noms,
vous aura ſans-doute cauſe de
l'étonnement. Rien ne prouve
mieux,que ſi on veut eſtre récompenſé
, c'eſt dans un Royaume
auſſi floriſſant que la France , &
fous un Roy auſſi éclairé , & auſſi
juſte que le noſtre,qu'il faut cher
cher
GALANT.
35
cher à ſervir. Comme parmy tant
de Noms on en peut avoir oublié
quelqu'un , & qu'il eſt même impoſſible
qu'on les ait aſſez bien lûs
pour ne s'étre pas trompé à pluſieurs
lettres,je remédîray le Mois
prochain à ces manquemens , fi
l'on m'avertit qu'il y en ait.
Il me reſte à vous entretenir
de l'ouverture des Leçons du
Droit François. Elle fut faite le
vingt- huitieme Decembre par
Monfieur de Launay , Avocat en
Parlement , pourveu par Sa Ма-
jeſté de la Charge de Profeſſeur
de ce Droit. Un pareil Employ,
donné dans un temps où l'on ne
ſe ſert que de Gens tres- éclairez,
vous eſtune preuve de fon méri-
: te. Voicy un Extrait du Difcours
qu'il fit à cette ouverture. Ildit
d'abord. Que l'établiſſement du
Droit François,doit faire espereru13
bien
36 MERCURE
bien univerſel pour tous les ordres
de la Justice,& parla de la difficuttéd'enſeigner
le Droit du plus ancien
, & du plus floriſſant Empire
de la Chreſtienté. Il fit voir enfuite
, qu'entre les Arts que les
Hommes ont inventez, ceux qui ont
eu un plus favorable accueildans
Le monde, ne font arrivezà leurperfection
que par diférens dégrézy
& une longue ſuite d'années , &
que c'est une maxime conftante quela
gloire du premier effort est toujours
bien éloignée de la derniereperfection.
Il enrapporta quelques
exemples. Cette maxime préſupoſée
, il dit , Qu'il avoit ſujet de
croire qu'on voudroit bien excufer
toutes les imperfections,quiſe pourroient
rencontrer dans l'exécution
du deffein dont ilſe voyoit chargé,
puis qu'il faut avoir une grande
étendue deconoiſſancepourramaffer
1
less
:
GALANT.
37
こ
Les Loix , les Coûtumes, & les va
ges de tant de Provinces qui n'ont
presques riende commun entr'elles;
que cet ouvrage demandoit leſens
de plusieurs teftes , & le loisir de
pluſieurs années. Apres avoir marqué
par d'autres raiſons que la
perfection de toutes chofes ne
s'acquiert qu'avec le temps,il dit,
Qu'il avoit lieu d'esperer des or
dres du Roy, ce qu'ilne pouvoit attendre
de la mediocrité de son ef
prit ; que tout ce que ce Prince em
treprenoit ayant une fin heureuse,
le deſſein de faire fleurir l'Etude
des Laix dansſon Royaume,ne pou
voit avoir qu'un avantageux ſuscés.
Il ajoûta, Que lagloire de ce
Grand Monarque neferoit pas par
faite,ſiſa justice ne diſputoit àfa
generofité qui à l'envy feroit son
premier éloge. Il fit voir enſuite,
Qu'iln'ya rien de plus neceſſaire ,
ny
38 MERCURE
ny mesme de plus glorieux à un
Etat , que de rendre la connoiſſance
de ces Loix publique. Pour le
prouver , il donna l'exemple des
Perſes qui envoyoient leurs Enfans
aux Academies pour y apprendre
les Loix de leurs Païs,
comme les Grecs y envoyoient
les leurs afin qu'on leur enſeignaſt
la Grammaire de leur Langue.
Il prouva, Que chez les Gau-
Lois dont nous defcendons , la Scien
ce des Sacrifices , & celle des Loix,
estoient en pareille recommandation
; & que les Druïdes en exerçant
leurs Diſciples , leur faisoient
apprendre par coeur leur Doctrine,
qui conſiſtoit , dans la Religion &
dans la Iustice ; que c'estoit de là
que dependoit le falut du Peuple,
&la conſervation de l'Empire , &
qu'on avoit cu raison de mettre l'ignorance
des Loix dela Patrie parmy
GALANT.
39
my les choses qui devoient estre en
execration ,fur le fondement de la
divine Parole du Prophete Royal,
IL N'A PAS VOULU APPRENDRE
A FAIRE LE BIEN QU'IL DOIT
FAIRE. Il dit encor , Que l'igno
rance des Loix qui regnent en chaque
Païs , estant criminelle , l'établiſſement
que Monfieur le Chancelier
procure aujourd'huy à la
France , est un bien univerſel qui
doit renouveller tout l'Etat , qui
doit remplir de Gens sçavans tous
les ordres de la Iustice ; & que nôtre
Posterité , que cet établiſſement
rendra heureuse, benira éternellement
la ſageſſe incomparable de ce
Ministre qui jette aujourd'huy les:
fondemens de fon bonheur. Il parla
enfuite du Droit Romain avec
beaucoup d'avantage, & dit, Que
ce n'estoit pas faire honneur à la
France, que nous y vouloir affujetir;
qu'e lle
40 MERCURE
qu'elle avoit cu de tout temps des
Loix Domestiques , des Loix fingulieres
, qui avoient composé Son
Droit Civil , mesme pendant qu'elle
estoit ſous la domination des Romains.
Dela preuve de toutes ces
choſes , il paſſa à l'utilité, & mef
me la neceffité d'enſeigner le
Droit François. Ildit, Que tout le
monde demeuroit d'accord, qu'il n'y
avoit pas moins de commodité que
d'avantage à l'enseigner en nostre
Langue , qui est aujourd'huy opulente
& noble , & presque aussi élevée
que la Latine& la Grecque;
que ce feroit luy faire grand tort
que d'avoir recours àune IurifprudenceEtrangere
,pour repréſenter
une Iurisprudence qu'elle a formée,
qu'elle a revestuë de tous les ornemens
qui la peuvent faire paroiſtre
agreable , qu'elle a enrichie
de tous les termes neceſſaires
GALANT. 41
res pour la rendre intelligible àtout
le monde. Il pourſuivit en montrant
, Qu'il avoit estéſagement
dit , que preferer une Langue Etrangere
à Sa Langue Maternelle
, estoit preférer une Concubine à
Sa legitime Epouse , ou du moins le
visage d'une Courtisane couvert de
plaftre , à la beauténaturelle d'une
honneste Femme. Le destin de
La Langue Françoise , dit- il , est
trop heureux pour tomber dans ce
mépris , &noftre Langue a droit
de tout esperer du Ministre , qui
orné de tant d'autres connoissances
, ne laiſſe pas de la proteger ;
mais aussi ce Ministre a droit d'ef
pérer d'elle , que la gloire qui eft
duë à ſes ſervices , accompagnez
d'une fidelité incorruptible ,& d'une
vigilance infatigable , ne s'éfacera
jamais de la mémoire des Hommes.
Il continua en difant , Qu'il
fe
42 MERCURE
ſe trouvoit indispensablement obligéde
se fervir de nostre Langue,
parce que Loüis XII. ayant ordonné
que toutes les Procedures Criminelles
, & François I. que tous les
Actes Publics redigez par les Greffiers
, &par les Notaires , fuſſent
écrits en François, ceferoit contrevenir
en quelque forte à leurs Ordonnances,
que de parler de ces cho-
Sesen une autre Langue. Il rapporta
là- deſſus qu'un grandPerſonnage
du dernier Siecle , avoit dit
avec beaucoup de raiſon , Que
rien ne l'étonnoit tant , que de voir
un Peuple obligé àsuivre des Loix
qu'il n'entendoit point , de levoir
attaché en toutes fes Affaires domestiques
, Mariages , Donations,
Testamens , Achapts , Ventes ; de le
voir , dis -je , attachéà des Regles,
& à des Maximes qui n'estoient
ny écrites , ny publiées en ſa Langue.
GALANT. 43
:
gue. Il ajoûta , que ceferoit encor
contrevenir à l'exemple de tous les
Peuples de la Terre , chez qui depuis
la Creation du Monde , l'on
n'avoit enseigné les Sciences qu'en
Langue vivante , & maternelle ,
que les Gaulois , les Egyptiens
les Perfes , les Grecs , & les Romains
, n'avoient jamais emprunté
-le fecours d'aucune Langue Etrangere
pour faire apprendre les Mys-
-teres de leur Religion , ny les Maximes
de leur Iurisprudence ; Que
-ce n'estoit pas d'aujourd'huy qu'on
avoit eu lamesme pensée en Fran-
-ce; que Monsieur le Chancelier de
Lhôpital avoit proposé autrefois de
fonder des Colleges dans Paris , pour
I enseigner les Sciences en nostre
Langues Que Monsieurle Cardinal
du Perron poussé par le mesme
Zele , avoit formé le meſme deſſein;
mais que l'accompliſſement de ce
grand
44 MERCURE
grandProjet estoit reservéà Menfieur
le Tellier, aujourd' buy Chancelier
de France , que son jugement
qui conduit toûjours l'inclination
qu'ila de faire du bien , luy avoit
fait trouver ce nobleSecret,de joindre
à la gloire du Roy le bonheur
de ſes Sujets,&d'attirer à Sa Majesté
les benedictions de tous ceux
qui vivent , ou qui viendront a-
-pres nous, en reconnoiſſance du bien
que cet Etabliſſement doit procurerà
toute la France ; que cette
Institution publique du Droit François
, apporteroit le remede au mal
qui nous afflige , puis que l'ignorance
de nos Ordonnances , de nos
Coûtumes , & des veritables Maximes
du Palais , estoit la veri.
table cauſe de la Chicane qui infecte
la focieté civile. Il marqua
en ſuite , Qu'il alloit prendre un
chemin où il ne trouveroit ny guide;
GALANT.
45
eny
de , ny compagnie , mais qu'ilfalloit
obeïr aux ordres du Roy , qui
apres avoir imposé des Loix àtou-..
te l'Europe, en luy donnant la Paix,
n'avoit point d'autre pensée quede
rendre la France heureuse ,
faiſant regner la Iustice; que l'honneur
que Mesſſieurs les Commiſſaires
faisoient aux Lettres , échaufoit&
encourageoit son eſprit;qu'il
tuy semble qu'il estoit éclairé de
leur lumiere ; que leur vertu le
fortifioit , & qu'il nesouhaitteroit
; pour bien enseigner le Droit
François , que d'avoir un Recueil
des connoiſſances qu'ils avoient acquiſes
, & un Registre des Iugemens
qu'ils avoient rendus . Il finit
en diſant , Que s'il n'oſoit efperer
d'atteindre jusqu'où il tendoit,
il feroit tous ses efforts pour en
approcher , & qu'ayant appris d'un
Proverbe Grec que ce n'estoit ১
Pas
1
46 MERCURE
pus affez de sçavoir bien chanter,
fi on nesçavoit chanter au gré des
Dieux, ilſuivroit les traces qui luy
estoient designées , & auroit tou
jours leſoin de tenir un juſte milieu
entre l'honneur du Public , & l'u
tilité des Particuliers.
J'ay eu raiſon de vous dire au
commencement de cette Lettre,
que toutes les Nations du Monde
parloient avec admiration du
triomphe ſurprenant que le Roy
avoit remporté ſur Luy même, en
arreſtant ſes Conqueſtes , pour
donner la Paix. Vous en allez
eſtre convaincuë , en liſant ce
que j'ay reçeu depuis trois jours
au nom d'une tres - ſpirituelle Solitaire.
A
GALANT.
4.7
ARome ce 4. Dec. 1680 .
JE
ne puis m'empécher , Monsieur,
de vous faire part d'une Viſion que
j'ay euë enfonge , affezfinguliere
pour meriter de vous eſtre écrite.
L'estois occupéeà la lecture d'un fort
beau Livre imprimédepuis un mois,
fous le Titre Della Spada d'Orione
, contenant les Vies des Hommes
Illuftres qui ont vécu dans les derniers
Siecles ; & mestant arrestée
à celle de Loüis le lufte ,j'admirois
le bonheur de ce Monarque , d'avoir
donné à la Terre le plus Grand
Prince qui ait jamais montéſur le
Trône ; lors que leſommeilm'ayant
inſenſiblement fermé les yeux , il
m'a ſemble estre tranſportée dans
une grande Forest de Palmes & de
Lauriers , où j'ay d'abord apperçeй
deux Nymphes , ou Déeſſes magnifique
48 MERCURE
fiquement vétuës , qui diſputoient
avec beaucoup de chaleur. Lacuriosité
naturelle à nostre Sexem'ayantfait
approcher doucement; une
des deux , qu'à fes Habits j'ay reconnue
pour estre l'ancienne Rome,
prenant un ton de voix plus foûmis
qu'elle n'avoit auparavant , a prononcé
ces paroles avec une douceur
qui m'a charmée.
France, Rome te cede,& veut te
rendre hommage ;
Tu triomphes par tout,les Dieux
l'ont ordonné.
Joüis du bien qu'ils t'ontdõné,
Et revere en LOUIS leurs plus
parfaite Image.
Si la haute valeur de ton auguſte
Roy
Te fait mépriſer ceux que l'on a
veus chez moy ;
Superbe, ton mépris eſt juſte .
Tout ce qu'on dit de mesGuerriers,
De
GALANT. 49
Demes Cefars , de mon Au-
" gufte ,
N'approche point de ſes Lauriers.
Vaincre mes Ennemis , tous mes
Chefs l'ont fçeu faire,
Un Monde tout entier n'a pûleur
- refifter,
Carthage en vain crût éviter
Les foudroyans éclats de leur juſte
colere;
Mais tous ces grands Heros,tous
ces Chefs ſi vantez ,
N'ont ſceu.comme ton Roy,dans
leurs profperitez ,
Au Public immoler leur gloire.
Tous ont fait des Faits inoüis;
Mais aucun d'eux dans ſa victoire,
:
Ne s'eſt vaincu comme LOUIS .
९६७७
Ton Monarque marchant dans
Ianvier 1681 . C
So
MERCURE
4
les Belgiques Plaines ,
Renverſant des Citez les Murs
audacieux,
Portant la terreur en tous lieux,
Donnoit de ſon grand coeur des
preuves plus qu'humaines.
Chacun voyoit en Luy le plus
puiſſantdesRoys.
LesPeuples en tremblant ſe rangeoient
ſous ſes Loix,
Commedu Maiſtre de laTerre.
Le Lyon rugiſſant rampoit,
Et l'Aigle au bruit de ſon tonnerre,
...
Battoit de l'aîle & s'échapoit.
,
LOUIS en cet état me paroiſſoit
terrible,
J'admirois en ce Prince un puiffantConquérant;
Mais , France , il en eſt un plus
grand,
Et
GALANT.
Etqui merite mieux le titre d'Invincible.
LOUIS a furmonté ſes plus fiers
Ennemis;
Un Demy- Dieu par l'autre à ſes
Loix eſt ſoumis,
Sa victoire eſt plus magnifique.
Preparons un nouveau Laurier,
France , LOUIS le Pacifique
A vaincu LOUIS le Guerrier.
A ces mots je les ayvevës toutes
deux arracher des branches des
Lauriers voisins ,& comme je ſuis
fortie du lieu où je m'étois cachée,
pour aller aider à ces Déeſſes àfaire
des Couronnes pour Loüis LE
GRAND , ellesse font retirées au
bruit que j'ay fait , avec une ſi
grande promptitude , qu'il m'a esté
impoſſible de les ſuivre dans un
Païs dont je n'ay point de connoiffance.
L'ayparcouru toutes les rou-
4
Cij
52 MERCURE
tes de ce Bois pour les trouver , lors
qu'en passant aupres d'un Buiſſon,
un Serpent d'une prodigieuse grandeur
s'est élancé contre moy. La
peurm'afait pouffer un grand cry.
Iemesuis éveillée , & faisant reflexion
auxparticularitezde mon
fonge, j'ay connu qu'il n'estoit pas
permis à des mains ordinaires , de
faire des Couronnes pour le plus
grand Roy de la Terre , & que leur
temerité ne demeuroit jamais impunic.
leſuis voſtre, &c.
LA SOLITARIA del
Monte - Pinceno.
Cette Lettre écrite de Rome me
faitſouvenir de la mort du Cavalier
Bernin , arrivée dans la mefme
Villele Jeudy 28.de Novembre.
Je vous promis la derniere
fois de vous en parler plus amplement,
GALAN Τ.
53
amplement , & je fatisfaits à ma
parole. Ce grand Homme eſtoit
Peintre , Architecte , Sculpteur ,
Ingenieur, & Machiniſte ,& pofſedoit
ces divers talens ſi également
, qu'il feroit difficile de dire
dans lequel il a le plus excellé.
Quoy qu'il ait fait peu de Tableaux
, ceux qu'on voit de luy
pourroient aisément perfuader
que c'eſtoit à quoy il s'occupoit
davantage.Ils ont le coloris beau ,
font bien entendus, de clair, obfcur,
facilement peints ,& ce qu'on
peut appeller en termes de l'Art,
d'une tres-grande maniere . Tant.
de Monumens de ſa façon dont
Rome eſt toute remplie , l'ont
fait regarder comme un des plus
grands Architectes de fon Siecle.
Il eſt ſurprenant que l'application
qu'il donnoit à un Art qui
demande l'eſprit le plus recueilly
Cij
54
MERCURE
pour imaginer , n'ait point entpeſché
qu'il ne ſe ſoit preſque
toûjours occupé à la Sculpture.
Il ne ſe contentoit pas de faire
des Modelles comme il l'auroit
pû , pour donner aux autres à
executer. Il cognoit luy-meſme,
& fi vigoureuſement , qu'il fembloit
que le marbre s'amolliſt ſous
le cizeau. Auſſi dans tout ce qui
reſte de l'Antiquité , ne voit on
rien d'un travail fi hardy , & fr
extraordinaire que ce qu'il a fait.
Il eſtoit d'ailleurs grand Machinifte
comme je vous l'ay déja
marqué , & outre la beauté des
Spectacles ſurprenans qu'il a fait
paroiſtre ſur le Theatre,il y a fait
prendre le feu , amené le Tibre,
fait grefler , pleuvoir, & on peut
dire à ſon avantage qu'il eſt prefque
impoſſible de rien inventer
dont il n'ait donné les ouvertures .
,
Il
GALANT.
55
1
:
Il faifoit tres-bien des Vers,avoit
la converfation agreable , l'eſprit
vif & penetrant , &beaucoup
d'honneſteté avec tout le monde.
Son merite le fit faire Chevalier.
Sa fortune commença fous Paul
V.& continua ſous les autres Papes.
Alexandre VII. le combla de
Biens , fit fon Fils Prelat , & l'auroit
fait, dit- on, Cardinal, s'il euſt
vécu plus longtemps. Les honneurs
que ce grand Homme a
reçeus par tout luy eſtoient bien
deûs. Vous ſçavez ceux qui luy
furent faits en France , quand
le Roy l'y fit venir pour le confulter
touchant le deſſein du Louvre.
Jamais Génie ne fut plus
univerſel . C'eſtoit un abondance
& un torrent auquel il s'abandonnoit
, parce qu'il ne pouvoit
luy-mefme en arrefter la rapidité.
Tous fes Ouvrages , foit de
Ciiij
56 MERCURE
Peinture, Sculpture, ou Architecture
, ont un caractere merveilleux,
noble, grand, extraordinaire
, & pourtant aiſe . On remarque
qu'il s'eſt toûjours éloigné de
ce que les autres ont fait avant
luy.Comme le Portrait des Hommes
rares eft à conferver,je vous
envoye le fien dans une Médaille
tres.reſſemblante,gravée ſur celle
que fitMonfieur Chéron en 1674-
Le Cavalier Bernin avoit alors
foixante & feize ans. Vous voyez
par là, qu'il eſt mort âgé de quatre
- vingts - deux. Vous ſçavez
dans quelle reputation eſt Monfieur
Cheron.C'eſt un des plusllluſtres
que nous ayons pour les
choſes de cette nature , & qui en
fait la plus grande partie pour Sa
Majeſté. L'explication du Revers
de la Médaille , eſt aiſé à
faire . Vous y voyez les Arts, avec
ces
LIS IN
EQVES -IOA
-LAVRENT
76.1674
GALAN T.
57
cès paroles. Singularis infingulis,
in omnibus unicus .
Voicy un Sonnet, dans lequel
on fait parler cet Illuſtre Mort.
Mr Daviler en eſt l'Autheur.
Es Pontifesfacrez j'ayformé
DESdes Images ,
De leur Temple fameuxj'augmentay
laSplendeur;
l'ay joint dans leur Palais l'Art.
avec la Grandeur,
Et de leur riche estime acquis les
avantages,
***
Le Marbre &le Métal celebrent
mes Ouvrages,
La Fortune prodigue a comblé mon
bonheur,
Et j'ayſur mes Ialoux remporté cet
honneur,
hommages,
Que Rome àmon mérite arendu des
C
58 MERCURE
Mais de tant debienfaits que je reçeus
des Cieux,
La faveur de LOUIS fut le plus
prétieux,
Quandj'ay de ce Hérosfaitle co-
LoffeEquestre.
Et l'Europe apprendra que fans
craindre l'oubly,
Laiſſant dans le Tombeau ma dépoüille
terrestre,
A. l'abry de fon Nom le mien s'eft
étably.
On m'apprend la mort de Dame
Geneviefve de Longueval..
Femme de Meſſfire Georges de
Guiſcard,Comte de Bourlie, Seigneur
de Fourdrimont , Sous-
Gouverneur du Roy, Lieutenant
General de ſes Armées, Gouverneur
& Grand- Bailly de Sedan .
Mada
GALAN T.
59
Madame Hotman eſt morte
auſſi dés la fin de l'autre Mois,
-âgée de quatrevingts-quinze ans.
Elle estoit Veuve d'un Préſident
de Tréſoriers de France,& Merede
Monfieur Hotman , Intendantdes
Finances & de la Genéralité
de Paris, cy-devant Procureur
Genéral de la Chambre de
Justice.
Ces deux morts ont eſte precédées
de celle de Mr le Marquis
de Vignacourt , arrivée à Etoüy
enBeauvoifis , le 19. de l'autre
Mois. Il eſtoit Neveu de l'Illuftre
Grand- Maistre de Malte de
ce nom , qui gouverna la Religion
pendant vingt deux ans fous
leRegnede Henry IV. Il avoit
eſté Grand- Veneur de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , & aſſiſta
à la Convocation des Etats fous
Loüis XIIL Il a depuis commandé
60 MERCURE
mandé l'Arriereban de la No
bleſſe des Bailliages du Comté de
Clermont en Beauvoiſis , de Senlis,
Soiffons , & de Chasteauneuf
en Timeray , & autres Bailliages.
Il eſtoit Frere de Monfieur le
Grand- Tréſorier de Vignacourt,
qui eſt à préſent à Malte , & Oncle
de Mr le Duc de Noailles,
Premier Capitaine des Gardes du
Corps.
Ces morts ont eſté ſuivies de
celles de Mr Forcoal reçeu Maiftre
des Requeſtes en 1646.& auparavant
Avocat General au
Parlement de Mets. Il eſtoit
Frere de Monfieur. l'Eveſquede
Sées en Normandie , & a toûjours
mené une vie fort exemplaire.
Mr Jaffaud Conſeiller de la
Quatrième des Enquestes , eſt
mort
GALANT.. 6г
mort dans le meſme temps. 11
avoit eſté reçeu en 1673. & eſtoir
Fils de Mr Jaſſaud Doyen des
Maiſtres des Requeſtes..
Je vous manday la derniere
fois que la Cour des Aydes avoit
perdu Monfieur du Maits fon
Doyen. Cette mort , & celle de
Monfieur Foreſt reçeu Conſeiller
en 1641. dans la meſime Compagnie,
ont faitentrer dans la Premiere
Chambre de cette Cour
Mr de Bragelonne & Mr Piques,
qui estoientde la Troiſième.
Je vous appris auſſi par la mefme
Lettre la mort de Mr Tiraqueau.
Il ſortoit d'une ancienne
Nobleſſe de Poitou , & defcendoit
d'André Tiraqueau Conſeiller
au Parlement , du temps
de François I. Cet André Tiraqueau
eſtoit un tres - fameux Jurifconfulte
, qui a composé tren
te--
62 MERCURE
te- fix Volumes ſur le Droit , &
qui s'eſt veu Pere d'un pareil
nombred'Enfans.
Il y a une Place vacante à l'Académie
Françoife,par lamortde
Mr Patru qui en eſtoit le Doyen .
Il y avoit eſté reçeu en 1640.
& paffoit pour un des Hommes
de France qui fçavoit le
mieux parler. Auffis'adreſſoit-on .
fort ſouvent à luy pour eſtre éclaircy
des doutes qu'on avoit
fur noſtre Langue , dont il poffedoit
toute la fineſſe. C'eſtoit un
ancien Avocat du Parlement qui
a fait d'admirables Plaidoyers.
L'eſtime & l'amitié que l'illuſtre
Mr Deſpreaux a témoigné avoir
pour luy juſqu'apres fa mort, font
des marques de ſon mérite dư
coſté des belles Lettres .
Apres vous avoir appris la mort
de tant de Perſonnes , il eſt juſte
d'en
GALANT. 63
d'en reſſuſciter une que j'ay tuée
fort innocemment , en vous difant
dans ma Lettre du mois de
Novembre , que Monfieur le
Préſident de Blancmeſnil eſt
mort ſans Enfans. Je vous l'ay
mandé fur un Mémoire qui le
portoit. On m'affure cependant
qu'il a laiſſé une Fille,qui ef
tant unique Heritiere de ſon
Bien,eſt aujourd'huy undesmeilleurs
Partys de Paris.
Mr Portail, Srdu Freſneau a eſté
reçeu Conſeiller au Parlement
le is.de ce mois.Il a eſté Conſeiller
au Nouveau Chastelet , & en
fuite au Parlement de Mets .
Je ne doute point , Madame,
que vous n'ayez veu dans voſtre
Province la Comete qui paroiſt
icy depuis longtemps. Elle a
fait trembler les Foibles ; & le
Peuple , que les choſes peu communes
64 MERCURE
munes ne manquent jamais d'épouvanter
, en a tiré de fâcheux
preſages . C'eſt là- deſſus que Mr
Philbert d'Antibe en Provence, a
fait la Piece qui fuit.
LA COMETE,
PARLANT A. PARIS.
E
Stant deſſus ton Hemisphere,
Ie vois tes Enfans affemblez ,
Qui comme des Cervaux troublez,
D'un rien font une grande affaire.
Ils cherchent les lieux écartez,
Ils montent furdes éminences,
Et les ayant tous écoutez,
le conclus de leurs conférences,
Qu'on doit nommer abſurditez
Ce qu'ils appellent connoiſſances.
L'un
:
GALANT. 65
L'un ayant regardé longtemps
Si ma couleur est blanche ou bleuë,
Fait deplaisans raisonnemens
Etfur mateſte &surma queuë.
Ildit, tournant ſon doigtvers moy
Voyez la dangereuſe Beſte,
Comme fur nous elle s'arreſte
Selon fon aſpect je prévoy,
Que par quelque horrible tempeſte
Elle va tout remplir d'effroy .
Quoy ? mon aspect est si terrible,
Qu'ilporte en tous lieux lafrayeur!
Et je ne puis estre visible,.
Que d'abordje nefaſſe peur !
Ah, c'est me faire trop d'outrage.
Mon corps eft clair & lumineux ;
Et, ſi l'on veut ouvrir les yeux,
L'on verra bien que mon visage
Ne porte rien de furieux
Qui prédiſe le moindre orage.
L'autre
66 MERCURE
عووو
L'autre affure,fans balancer,
Quesijeparois à la terre,
C'est pour luy venir annoncer
Les fureurs d'une rude guerre ;
Mais lors que la France en couroux
Adompte l'orgueil teméraire
D'uneNation étrangere,
Quelle Comete d'entre nous
Aprédit les funestes coups
Qu'on effuyroit defa colere?
Il estmesme de faux Sçavans ,
Qui par ma courſe vagabonde,
Veulent quej'anonce aux Vivans
La mort de quelque Grand du
Monde.
Ilsdiſent pour tout argument,
Qu'unGrandnourry das l'opulence,
Est d'un foible tempérament,
Qui ne peutfaire réſiſtance
A la violente influence
Queje pouſſe du Firmament.
Ie
GALANT. 67
:
Je ne veux d'aucun le trépas ;
Et ſi , ſelon eux , on doit plaindre
Les tempéramens délicats ,
LOUIS LE GRAND n'a rien à
craindre .
CeHéros a portéſes pas
Iuſques aux plus lointains Climats,
Vaincus par fon Bras redoutable ;
Et dansſes travaux indomptable,
Les chaleurs comme les frimas
L'ont veu toûjours infatigable.
Qu'ils ne cherchét point dedétours;
Quoy qu'il arrive ſur la terre ,
Tempeste , mort, sanglante guerre .
Onn'en peut accufer mon cours ;
Mais leur ignorance parfaite ,
Et leur esprit ambitieux ,
Veut dans une pauvre Comete,
Ou dans lamatiere des Cieux,
Trouver l' Autheur pernicieux
D'une faute qu'ils auront faite.
22 L'ad
63 MERCURE
J'adjoûte icy un Madrigal que
vous trouverez galamment tourně
.
SUR LA COMETE.
AComete eft l'objet dela ter
reur
د
Mais mon coeur amoureux ne s'en
met point en peine ;
Elle a beau ſe montrer deſſus noftre
Horizon ,
Menacer les Humains ou de mort,
ou de guerre .
Ie ne suis point d'humeur pendant
cetsefaison
De gagner à la voir quelque fåcheux
caterre.
Lors que je veux fonder la rigueur
de monfort ,
Deux Aftres plus charmansfont mes
deux Interpretes;
Et pour me menacer de l'Arrest de
mamort, Les
GALANT. 69
:
Les beaux yeux de Philis me fervent
de Cometes.
Apres avoir veu cette matiere
traitée en Vers avec tant d'eſprit,
je croy Madame , que vous ne
ſerez pas fâchée de voir une Difſertation
auffi curieuſe que ſçavante,
ſur les preſages qu'on doit
tirer des Cometes. Elle eſt de
Monfieur Comiers d'Ambrun ,
Prevoſt du Chapitre de Fernant,
Docteur en Theologie,& l'un des
-plus grands Philofophes & Mathématiciens
de ce Siecle. Son
Livre de la Nouvelle Science de la
nature des Cometes , imprimé à
Lyon en 1665. luy avoit deja acquis
tune fort grande reputation .
Il a depuis travaillé au Journal des
Sçavans pendant les années 1676 .
1677. & 1678. & l'a enrichy de
pluſieurs rares Machines inventées
70
MERCURE
tées par luy. Il a enfin donné geometriquement
avec la regle & le
compas , la ſolution de la duplication
du Cube , ce fameux Probleme
proposé autrefois par l'Oracle
d'Apollon aux Habitans de
l'iſle de Délos pour eſtre délivrez
dela Peſte . Ce Livre est dédié à
Monfieur Colbert , & imprimé à
Paris en 1677. Il en a donné un
autre au Public en l'année 1678 .
ſous le titre de la nouvelle & facile
Instruction pour réünir I Eglise
Pretenduë Reformée à l'EglifeRomaine,
qui fait connoiſtre ſon zele
pour ce qui regarde la Religion
. Le Traité que je vous envoye
eſtant d'un fi habile Homme
, ne peut vous donner qu'un
fort grand plaiſir.
DIS
GALAN T.
71
DISCOURS
SUR
LES COMETES.
Out ce qui eſt veritablement
Tig nos admirations,
ceffede les attirer ,à meſure qu'il
ceffe d'eſtre rare , & qu'il nous
devient familier. Le commun des
Hommes ne s'aſſemble point pour
contemplerla Pompe majestueuſe
, & pour étudier les routes &
les démarches de ces Aftres, qui
font l'ornement des nuits; mais
dés qu'une Planete, qui estoit auparavant
obfcure & inviſible,
quoy qu'auſſi ancienne que les
autres , commence à former par
ſes fumées & par ſes vapeurs cette
longue chevelure , qui ſe rend
viſible
72
MERCURE
viſible par la lumiere du Soleil
qu'elle refléchit, il n'y a perſonne
qui ne l'admire , & qui ne s'informe
ſi cet Aſtre qui paroiſt de nouveau,&
qui eſt ſi diferent des autres
Planetes, eſt auſſi redoutable
qu'il eſt extraordinaire . Il ſe trouve
affez de Gens , qui pour épouvanter
la Populace , publient que
les Cometes preſagent de grands
malheurs; & les Poëtes , qui de
tout temps ont eu la liberté de
feindre , ont donné cours à cette
erreur populaire , ayant par des
termes graves & pompeux accusé
les Cometes de nous prédire le
mal. Avant Platon , les Peuples
ne vouloient pas qu'on attribuaft
aucune choſe extraordinaire à
une cauſe naturelle. Ils mirent
Anaxagoras en priſon, parce qu'il.
avoit dit que l'Eclypſe du Soleil
procedoit de l'interpofition de la
Lune.
GALANT.
73
Lune. Les anciens Philoſophes
ſouffroient cette ſuperſtition,pour
retenir les Peuples en leur devoir,
dans le temps que la lumiere de
la Foy manquant aux Gentils , la
ſeule crainte leur faifoit reverer
les Habitans du Ciel , comme dit
Lucrece ; mais les Philofophes
Chreftiens , & tous ceux qui ont
un peude ſens commun , croyent
queles Cometes ne préſagent ny
bien ny mal.
L'envie de penetrer l'avenir , a
eſté le premier crime d'Adam &
d'Eve. Ils en crurent un Serpent.
LesHommes ne ſont pas aujourd'huy
plus excuſables , lors que
pour connoître le bien & le mal
qui leur doit arriver , ils ajoûtent
foy à ceux qui ſe mélent de les en
inſtruire , & qui eſtant toûjours
favorables aux deſirs des Curieux,
ne peuvent prédire la mort , ou
Ianvier 1681 . D
74
MERCURE
la ruine d'un Homme de bien , à
moins qu'ils n'ayent quelque commerce
ſecret avec la Cabale des
Empoisonneurs, ou des Aſſaſſins.
Parce que la Sainte Ecriture
nous aprend qu'avant la fin du
Monde il y aura des Signes au
Ciel, au Soleil , à la Lune , & aux
Etoiles , ces Devins & faux Prophetes
concluënt d'abord que
les Cometes font ces Signes
Celeſtes , que Dieu nous envoye
pour nous avertir de ſon couroux;
mais ils ne remarquent pas que
ces Signes prophetifez doivent
eſtre extraordinaires , & que les
Cometes ne font pas de ce nombre
, puifqu'elles n'arrêtent pas fur
un lieu particulier, & qu'elles paroiſſent
tres frequemment , &
meſme pluſieurs à la fois, dans un
meſme temps .
Les Signes Celestes dont Dieu
fe
GAL ANT.
75
ſe fert quand il luy plaiſt d'avèrtir
les Peuples,ſont toûjours particuliers.
Telles eſtoient les Armées
qui parurent en l'air pendant
quarante jours,fur la Ville de Jerufalem,
avant que le Roy Antiochus
la fiſt ſaccager. Telle estoit
laComete que Joſephe vit paroître
une année entiere , avec une
queuë en forme de glaive , pendante
ſur Jerufalem,avant la derniere
deſtruction du Temple &
de la Ville.
L'Apocalypfe nous menace de
la chûte d'une grande Etoile, ardente
comme un Flambeau, qu'il
appelle Abſynthe, mais il ne parle
point de Comete. Le Prophete
Ifaïe aſſure que la lumiere de la
Lune ſera comme la lumiere du
Soleil , & la lumiere du Soleil ſept
fois au double. Voila quels ſont
les Signes Celeſtes qui doivent
Dij
76 MERCURE
arriver avant que la Terre , que
S. Pierre aſſure eſtre gardée pour
le feu au jour du Jugement , &
que l'Apocalypſe dit devoir eſtre
brûléepar le Soleil , ceſſe d'eftre
la Terre des Vivans , comme dit le
Prophete , & paroiſſe elle -meſme
par ſon embraſement,une Comete
aux autres Aſtres Planetaires .
Les Cometes ne ſont donc pas
du nombre de ces Signes menaçans
, envoyez pour effrayer les
Habitans de la. Terre. Le Prophete
Jeremie détruit tout à coup
les funeſtes préſages que le Peuple
attribué aux Cometes. Il nous
affranchit de la peur , qui eſt le
ſeul mal qu'elles foient capables
de caufer aux eſpritstrop crédules.
Ne craignezpoint,dit - il, les Signes
du ciel , que les Gentils apprehendent.
Ceſt blafphemer , que
d'attribuer les Guerres à l'appa
rition
GALANT.
77
rition des Cometes, puis que l'Ecriture
nous apprend, que le Coeur
du Roy est en la main de Dieu , &
qu'il l'incline & porte à tout ce qu'il
veut.
Le Prophete Royal chante
bien, que les Cieux nous racontent
la Gloire de Dieu; mais dans aucun
lieu de l'Ecriture,il n'eſt fait mention
ny de Comete , ny d'aucun
Aſtre , qui ſoit le Signe de la Colere
Celeſte , & le préſage des
malheurs qui arrivent ſur la Terre.
En effet, comment ces Globes
de feu pourroient - ils eſtre des
Signes de malheurs ? L'Empirée,
qui èſt le ſejour des Bienheureux,
eſt tout enflamé. Les Seraphins,
les plus nobles de tous les Eſprits ,
tirent leur nom d'un mot Hebreu ,
qui ſignifie brûler. Le Prophete
Elie a eſté enlevé au Ciel dans
un Chariot de feu . Dieu a étably
Diij
78 MERCURE
/
fon Trône dans le Soleil. Non
ſeulement il habite une Lumiere
inacceſſible,mais il eſt la Lumiere
du Monde ; & dans une Colomne
de feu il fut luy- meſime pendant
la nuit , le Conducteur de
fon Peuple , à la fortiedela captivité
d'Egypte.
Perſonne n'ignore que l'Aſtrologie
Judiciaire n'eſt ny un At,
ny une Science , puis qu'elle n'a
aucun principe ny démontré ny
plausible. Tous les Chreſtiens
demeurent d'accord qu'elle eſt
contraire à la Religion , & au
Franc- arbitre , parce qu'elle impoſe
une fatalité indiſpenſable
aux actions des Hommes , & les
fait dépendre d'une imaginaire
influence des Aftres Auſſi l'Egliſe
ne permet l'uſage de l'Astrologie,
qu'en ce qui peut ſervir à la Medecine,
à la Navigation , & à l'Agriculture;
GALANT. 79
griculture ,mais les Payens euxmeſmes
en ont reconnu la vanité.
Horace dit que c'eſt une folie &
un crime de conſulter les Aſtrologues
ſur ſa deſtinée , puis que
Dieu par une Providence éternelle
a caché l'avenir dans des
obſcuritez impenetrables.
Cicéron dit que les Caldéens
( c'eſt ainſi que les Aſtronomes
ſe nommoient alors) avoient préphetiſé
àPompée , à Craffus , & à
Céfar, qu'aucun d'eux ne mourroit
que dans une extreme vieilleſſe
, dans les bras de ſa Famille ,
avec honneur & fplendeur. Cependant
la mort de ces trois grāds
Hommes a eſté funeſte. Craffus
eſtát allé contre les Parthes,mourut
dans le Royaume du Pont;
Pompée fut enterré dans les Sables
de la Mer d'Egypte ,& Céfar
fut aſſaſſiné dans Rome meſme.
Diiij
80 MERCURE
Combien de fois les Aftrologues
ont-ils eſté chaſſez de Rome,
comme des peſtes publiques,
qui empoiſonnoiét les eſprits foibles,
parleur fauſle interprétation
des Aſtres ? C'eſt ce qui a fait
dire à Tacite , que ces fortes de
Gens qui abuſent de noſtre ridicule
credulité , ſeroient toûjours
chaſſez de Rome , & qu'ils n'en
fortiroient jamais.
Pour prouver par l'expérience
combien les Aftrologues font
dangereux , il ne faut qu'écouter
lemeſme Tacite , qui nous dit au
quinziéme Livre de ſes Annales,
que Néron , pour détourner les
menaces du Ciel de deſſus ſa tefte,
faiſoit aux Cometes un Sacrificede
la vie des plusGrandsHommes
de l'Empire , ſuivant en cela ,
au rapport de Suétone.la diabolique
doctrine d'un Aftrologue
Baby
GALANT. 81
Babylonien. Rien n'eſt plus trompeur
que cette Science ; & fi
nous en croyons Cardan meſme,
un des plus zelez Partiſans de
l'Aftrologie , de quarante choſes
prédites,à peine en peut- il arriver
dix. Marcianus nous a marqué
agreablement quel fruit croyoit
qu'on pouvoit tirer des prédictions,
quand il nous a dit, Si vous
voulez deviner , dites justement le
contraire de ce que les Astrologues
promettent.
Pour démontrer par raiſon phy- )
ſique, que les Cometes ne luiſent
point pour nous annoncer la mort
des Grands , je veux me fervir
des termes de Guiniſius , traduits
en noſtre Langue. Parlons Sans
flater , dit- il , les teſtes meſmes des
Empereurs, ne font pas defigrande
confequence au Ciel , qu'ilfaille
qu'elles foient frapées d'un Glai-
D V
82 MERCURE
ve celeste , quesemblent former les
queues des Cometes . C'est un effet
de la vanité des Hommes, que mefme
dans le dernier des malheurs,
ils aiment jusqu'à ce point le fafte
& lapompe , comme si les Puif-
Sans de la Terre estant mortels,
ne pouvoient mourir , Sans qu'il
arrivaſt auparavant quelque trou
ble dans la Nature , & que le
Ciel eust allumé quelque Corps celefte
, comme une Torche funebre,
pour faire honneur à leurs funérailles.
La couleur des Cometes,quelle
qu'elle ſoit ne préſage aucun
mal , puis que la diférence
des couleurs , comme ſçavent les
Philoſophes , ne provient que de
la modification de la Lumiere.
Ainſi peu avant le lever du Soleil,
ou peu aprés ſon coucher , les
Nuées recevant diféremment.
les
GALANT.
83
les rayons , prennent ſucceſſive.
metdiverſes couleurs.Ainſi la décoction
du Bois Nefretique , miſe
dans une Fiole de verre , paroiſt
bleuë , eſtant regardée à contrejour
; & ſe montre de couleur
d'or , eſtant miſe contre l'oeil & la
lumiere.
Si la queuë de la Comete eftoit
menaçante , il n'y auroit à
craindre que pour les Habitans
des Aſtres ; ſupoſé que le Cardinal
Cuſanus , qui écrivit en 1640.
ait auſſi bien rencontré, en diſant
que les Planetes ſont habitées,
que lors qu'il a ſoûtenu que la
Terre ſe meurt autourdu Soleil.
Le Medecin Senert ayant fupoſé
dans ſa Science Naturelle, que
les Cometes eſtoient de monſtrueux
enfantemens du Ciel,
qui en general nous préſagent
quelque choſe de grand , avouë
de
84 MERCURE
de bonne foy , qu'il n'y a point
d'Homme qui puiſſe connoiſtre
leur particuliere fignification , ny
quelles Provinces doivent ſervir
deThéatre aux évenemens qu'-
'elles préſagent , car les Cometes
ſemblent tourner tous les jours
autour de la terre , & leur queuë
regarde tantoſt l'Orient , tantoſt
l'Occident .
Les vrais Philoſophes ont toû-
-jours pris les Cometes pour des
Signes indiférens ;& le docte Scaliger
affure qu'il en a veu plufieurs
qui n'ont eſté ſuivies d'aucun
malheur dans l'Europe ; que
beaucoup de puiſſans Etats ont
eſté réverſez ,& pluſieursGrands
Perſonnages ont péry malheureuſement
ſans qu'aucune Etoile
cheveluë ſe ſoir montrée dans le
Ciel pour prédire leurruine..
C'eſt donc fans raifon que lors
que
GALANT 85
que quelque malheur est arrivé
apres l'apparition d'une Comete
, on accuſe cette Planete cheveluë
d'en avoir eſté la cauſe,
ou du moins le ſigne & le préſage.
On en diſoit autrefois autant
des Eclipſes du Soleil ; c'eſt pourquoy
l'Empereur Claude fit publier
par tout l'Empire qu'il en
arriveroit une pendant que l'on
celebreroit fon jour natal par
des Sacrifices & des Jeux publics,
de peur que la fuperftition du
Peuple n'en tiraft un mauvais augure.
Les Cometes ont leur cours auſſi
bien regłé que les autres Planetes
, bien que la ſcience de leurs
mouvemens ne foit pas encor
bien établie ; car , comme dit Seneque
, c'est une nouvelle obſervation
des Corps Celestes qui est veunë
depuis peu de temps en Grece.
11
86 MERCURE
Il adjoûte , qu'il viendroit un jour
quelque Astronome qui montreroit
en quels endroits les Cometes errent,
pourquoy elles sont écartées des autres
Planetes , &de quelle grandeur
ellesfont.
L'Aſtronomie eſt une Science
tres - fublime , & plus divine qu'-
humaine, puis que dans le temps
meſme de ſon enfance,& lors que
faute de nos grandes Lunetes
elle avoit la veuë affez courte,
elle ne laiſſa pas de faire connoître
à Abraham la grandeur du
Createur des Aftres,& de luy apprendre
qu'il n'y avoit qu'un
Dieu Maistre de l'Univers , & à
qui tout devoit hommage; c'eſt ce
que rapporte Joſephe.
Mais l'Aftrologie eſt un vil
amuſement , une vaine obſerva
tion indigne d'un Homme de
bon ſens,& puniſſable dans la perfonne
GALANT. 87
ſonne des Chreſtiens,quien voulant
ſonderles fecrets de l'avenir,
entreprennent , ſelon Tertullien ,
de voler la Divinité.
Il fuffit , pour détruire les préſages
des Aftrologues , d'en raporter
icy quelques-uns. Les Co
metes , diſent ils, estant dans le Signe
du Belier , malheur à l'Orient,
mais chaque Païs eſt oriental à
l'égal d'un autre. Si ellesse font
voir au Signe du Taureau,malheur
à l'Occident& au Septentrion, &c.
Si elles vont contre l'ordre des Signes,
elles préſagent l'établiſſement
des nouvelles Loix. Si elles paroisfent
au milieu du Ciel, elles annoncent
l'accroiffement d'un Royaume.
Si elles ſont pres de Saturne , elles
engendrent la peste , la fterilité,
& les trahisons. Proche de Iupiter
, elles cauſent des changemens
de Loix , & la mort des Pontifesi
88. MERCURE
fes; proche de Mars , elles donnent
le signal à de sanglantes
guerres ; & proche de Mercure;
qui avec fon Caducée &fes Ta-
Lonnieres estoit le Meſſager des
Dieux , elles découvrent lesſecrets
des Souverains d'icy bas. Ce ſont
là les beaux raifonnemens & les
éclatantes folies des Aftrologues .
Si ce n'eſtoit pas leur faire trop
d'honneur que de les réfuter , if
ne faudroit que leur demander
, s'il ya quelque apparence
de croire que les Planetes
ayent les vertus qu'ils leur attribuent
, parce que les Anciens
leur ont donné à leur fătaiſie des
noms de Divinitez feintes , qui
n'avoient elles- meſmes ces qualitez
que dans la fauſſe opinion
de leurs Adorateurs. La Planete
de Mars porte le nom du
Dieu de la Guerre , & par conſéquent
GALANT. 89
ſequent elle a la vertu de preſider
à la Guerre,mais on luy pouvoitdonner
le nom de Minerve,
& alors elle euſt preſidé à la Paix,
ou du moins aux beaux Arts qui
ſe cultivent pendant la Paix.
Supoſons maintenant que les
annoncent quelque
grand deſaſtre , quel prognoſtic
tirera t- on du tres-grand nombre
de Cometes qui ſont inviſibles
aux Habitans de la Terre ? Car
en effet il y en a beaucoup que
nous ne voyons pas, parce qu'elles
ne ſortent jamais de la trop
grande lumiere du Soleil qui les
offuſque ; & Poffidonius raporte
qu'une Comete parut ſeulement
pendant une Eclipſe de Soleil.
Mais ce deſaſtre qu'elles annoncent,
où,& à qui l'annoncentelles
? Il y a tant de Roys, tant de
Princes , tant de Grands Hom
Cometes
mes,
१०
MERCURE
mes , que s'il faloit allumer une
Comete pour la mort de chacun
d'eux, le Ciel en ſeroit épuisé il y
a longtemps.
Il eſt auſſi ridicule de croire
que les Cometes ſoient la cauſe,
le ſigne, ou le preſage des funeftes
accidens qui arrivent ſur la
Terre , que ſi l'on s'imaginoit
que des Flambeaux qui éclairent
un Theatre , foient la cauſe , le
figne , ou le preſage de la mort
des Grands Hommes qui y font
repreſentez .
Si pendant que l'air dans la
nuit d'un jour de réjoüiſſance,eſt
parſemé de brillantes Fuſées ou
d'Etoiles artificielles que l'on jetteroit
de deſſus la Mer, nous entendions
les Poiſſons dire en leur
langage, Que de malheurs, que de
desastres nous prefagent ces Feux
& ces Fufées ! n'aurions-nous pas
raifon
GALANT.
raifon de leur dire, Pauvres Poif-
Sons, onnepensepas à vous , vivez
en repos , nos Fuſées & nos Feux ne
vous preſagent aucun mal ? Appliquons
nous ànous-mefmes ce que
nous leur dirions.
Je remarque que tous ceux
qui par l'aparition des Cometes
& des nouvelles Etoiles, ont predit
les revolutions des Etats , les
changemens dans la Religion,ont
eſté de faux Prophetes. L'exemple
du grand Tychobrahé ſuffira.
Il avoit oſe predire un entier bouleverſement
de toutes choſes fur
la Terre par l'aparition de la nouvelle
Etoille de 1572. Cependant
tout le monde ſçait quelle a eſté
l'évenement de la Prophetiede
ce Prince des Aſtronomes.
Keppler , le plus celebre des
Aſtronomes Coperniciens , fut
auſſi grand menteur que Tychobrahé,
92 MERCURE
brahé , lors qu'en parlant de la
Comete de 1607. il juroit hardiment
qu'elle avoit eſté allumée
entre les autres Aftres , pour avertir
les Hommes que Dieu avoit
reſolu de faire perir dans peu
de temps , une grande partie du
Genre-Humain.
Ceux qui pretendent que ces
Etoiles cheveluës ſont toûjours
-accõpagnées de quelques grands
malheurs,n'ont pour preuves que
quelques inductions;mais par unie
meſme forte de raiſonnement , je
pourrois conclure que les Cometes
annoncent toûjours quelque
grand bonheur à la Terre.
Ily a plus de quinze cens ans,
au raport d'Origene, que le Philoſophe
Charemon fit un Livre
des Cometes , dans lequel il remarquoit
que toutes les Etoiles
cheveluës avoient toûjours prefagé
GALANT. 93
:
ſagé quelque bonheur.
Le plus grand bonheur des
Hommes , qui eſt la Naiſſance
du Sauveur , n'a- t- il pas eſté annoncé
par cette Etoile extraordinaire
, que ſuivirent les trois
Rois, ſçavans Mathémaciens.
Senéque dit que la Comete
qu'il obſerva pendant fix mois ,&
qui ſe levoit du coſté du Nort, &
montoit vers l'Orient, rétablit les
Cometes dans leur bonne renommée.
Pline s'explique encor plus avantageuſement
dans le ſens de
ma propoſition , lors que parlant
de la Comete qui parut à Rome
pendant qu'Auguſte faiſoit des
Jeux en l'honneur de Vénus, il dit
que cette Etoile cheveluë fut à la
Terre un Aſtre bienfaiſant .
Junetin rapporte que fous Céfar
Auguſte le Ciel alluma une
grande
94 MERCURE
grande Comete , dans laquelle la
Sybille Tiburtine montrant un
Enfant entre les bras d'une Vierge
, dit à l'Empereur , Adore cet
Enfant, parce qu'il eſt plus grand
que toy.
Anchiſe faiſant des voeux pour
ceux qui reſtoient des Ruines de
Troye, vit une Comete à laquelle
il rendit des honneurs pareils à
ceux qu'il devoit à ſes Dieux , &
ſe promit de cette Etoile cheveluë
la felicité & la grandeur de
ſa Race dans le Païs Latin .
Des Cometes ont éclairé la
naiſſance d'Alexandre le Grand,
de Mitridate , de Jule - César , de
François I. de Soliman, de Charles-
Quint, & enfin d'une infinité
de Grands Hommes .
Celle qui parut à Rome au
commencement de l'Empire de
Claude, ne fervit- elle pas d'heureux
GALAN T.
95
reux preſage à cette Reyne des
Villes , que la venuë de S. Pierre
alloit établir chez elle une Souveraineté
ſpirituelle & univerſelle
, qui ne finira qu'avec le
monde?
: Les deux Cometes qui parurent
en l'an 716. l'une devançant
de peu d'heures le lever du
Soleil , & l'autre ſuivant de pres
fon coucher , preſagerent la victoire
que Charles Martel remporta
peu de jours apres ſur les
Sarraſins , dont il tua le Roy Abderame
, ayant fait pres deTours
un carnage detrois cens ſoixante
& quinze mille Infidelles , ſans
perdre que quinze cens des ſiens.
La Comete de 800. preſagea
à Charlemagne la Couronne de
l'Empire d'Occident, qu'il reçeur
à Rome des mains du Pape
Leon.
٢٠
A
96 MERCURE
A la lueur de la Comete de
1585.les Ambaſſadeurs du Japon
entrerent dans Rome pour prefter
le Serment d'obeiſſance au
Souverain Pontife.
Les trois Cometes qui parurent
en 1618. furent autant d'heureux
Flambeaux allumez dansle Ciel,
pour faire voir aux Bearnois la
Verité de l'Evangile que. Loüis
XIII . d'heureuſe memoire , alla
en perſonne faire rétablir dans
cesPaïs infortunez d'où elle estoit
bannie depuis 50. ans. i
Enfin pour ne pas faire l'Hif
toire generale des Cometes , on
peut conclure auffitoſt qu'elles
ſont des preſages heureux que
malheureux ; ou plutoſt on doit
conclure , que puis qu'elles font
ſuivies tantoſt de quelque bonheur
, tantoſt de quelque malheur
, elles ne preſagent rien du
tout,
GALAN T. 97
tour , & font tout- à- fait indiferentes
.
Tout Paris ayant appris que Sa
Majesté avoit fait Mrde la Reynie
Conſeiller d'Etat , apprehendoit
de le perdre pour Lieutenant
de Police.ll ne faut pas s'étonner
de cette crainte. Son extréme vigilance
, ſon exactitude à faire
obſerver les Reglemens & ſa juſte
ſeverité utile au Public,parce
qu'elle tient tout le monde dansle
devoir, luy ont fait faire des choſes
dont avant luy aucun Magiſtrat
n'avoit pû venir àbout,& qui
manquoient ſeules pour rendre
Paris la plus belle Ville , & la
mieux policée de toute la Terre.
Onnepeut douter qu'onn'y voye
toûjours regner le meſme ordre,
puiſque ceGrand Homme prend
toûjours les meſmes ſoins.
Je me contentay la derniere
Janvier 1681 . E
98 MERCURE
fois de vous apprendre que la
Lieutenance de Roy en Champagne
avoit eſté donnée à Mr de
Beaupré. Il faut aujourd'huy vous
en dire davantage. Elle avoit été
poſſedée ſucceſſivement depuis
plus de cinquante ans par
les Seigneurs de Livron Marquis
de Bourbonne, Pere,Fils,&Petit-
Fils ; & le 24.du moisde Decembre
Meffire François de Choifeul,
Marquis de Beaupré, le plus
ancien Brigadier & Meſtre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie,
en fut reveſtu . Sa Majesté
ne pouvoit faire un plus digne
choix , foit qu'on examine la
naiſſance , ſoit qu'on regarde les
fervices de ce Marquis. Il ſort
des Aînez de la Maiſon de Choifeul
, dont la Nobleſſe eſt aſſurément
des plus anciennes & des
plus pures de tout le Royaume.
Feu
GALANT. 99
Feu Monfieur le Maréchal du
Pleſſis , qui ſe faiſoit un honneur
d'en eſtre , n'a pas jugé neceſſaire
d'en faire le détail dans les Memoires
qu'il a laiſſez au Public,
parce qu'il ſçavoit que tout le
monde en estoit inſtruit. Il ſe
contente de dire qu'elle avoit
porté ſa gloire juſqu'à l'avantage
d'avoir eſté alliée à la tres- auguſte
Maiſon de France. C'a eſté
ſans- doute par la confideration
d'un ſi Grand Homme , que le
Marquis dont j'ay commencé à
vous parler , s'eſt crû plus obligé
qu'aucun autred'en foûtenir l'intereſt
par la voye des armes.Auſſi
l'a- t'on veu toûjours ſervir avec
une ardeur & une affiduité incroyable
, quelques raiſons qu'il
ait euës de ſuſpendre l'activité
de fon zele par les frequentes
bleſſures , qui le mettoient pref
Eij
100 MERCURE.
que dans une abſoluë neceſſité
de s'accorder du repos. Depuis
la Bataille de Lens , où quoy qu'il
ne fuſt encor que dans ſa quinziéme
année , les dernieres marques
de courage qu'il donna le
firent juger capable de fucceder
à Meffire René de Choiſeul fon
Pere , au Commandement d'une
Compagnie de Chevaux- Legers
dans le Regiment de feu Monſieur
le Duc d'Orleans. On ne l'a
point veu ſous aucun pretexte,
manquer à une ſeule Campagne.
Il a partagé tous les perils & toutes
les fatigues des guerres que
nous avons euës depuis ce temps,
&a ſuivy tous les mouvemens de
l'Armée dans laquelle il commandoit.
Ainſi il a eſté de tous
les Sieges & de tous les Combats,
&perſonne ne contribua davanage
au gain de celuy que Mon
fieur
GALANT. fot
fieur de Turenne donna aux Ennemis
le 4. d Octobre 1673. Cet
illuſtre General luy ayant confié
le Corps de reſerve , Monfieur
le Marquis de Beaupré le conduiſit
avec tant d'art, de prudence
, &de courage , que le ſuc
cés répondit entierement à ce
qu'on s'eſtoit promis de luy. Toute
l'Armée fut témoin de ſa va
leur & de fa conduite , & le fut
encor depuis à la mortde ce méme
General , dans lequel temps
il fit charger les Ennemis ſi à
propos & avec tant de vigueur;
qu'ils ſe virent hors d'état d'executer
les menaces qu'ils avoient
oſe nous faire. Tant de belles
actions luy ont acquis une eſtime
generale. Je ne vous dis rien de
la bienveillance dont Sa Majesté
l'honore. Vous en voyez des
1 Eij
102 MERCURE
effets par la récompenſe qu'il
vient d'obtenir.
Il ne faut que bien ſervir pour
s'en promettre de la juſtice du
Roy . C'eſt par là que le Gouvernement
de Kimpercorentin a eſté
donné à Monfieur de Colombe,
Maréchal des Logis dans la Seconde
Compagnie des Mouſquetaires.
L'affiduité & l'exactitude
de ce Gentilhomme à bien remplir
ſon devoir , ont eſté telles ,
qu'il a eu l'avantage de ſe trouver
à toutes les occaſions glorieuſes
où cette illuftre Compagnie
s'eſt ſignalée depuis vingtdeux
ans . Auſſi tout le monde
convient- il qu'il est né unique
ment pour la guerre , & qu'il n'y
a perſonne dans le Royaume
plus capable de s'acquiter d'une
Charge , & particulierement de
celles où il faut du mouvement
&
GALANT.
103
4
& où il y a du détail.
C'eſt icy le lieu de vous fatisfaire
fur ce que vous ſouhaitez
ſçavoir des actions particulieres
de feu Monfieur le Maréchal de
Grancey. Il fut nourry des ſa
premiere jeuneſſe auprés du feu
Roy , qu'il a ſuivy dans tous ſes
Voyages ; & aprés qu'il ſe fut
ſignalé au Pont de Cée , quand
le Retranchement fut emporté
par le Regiment des Gardes , il
ſe trouva à tous les Sieges , dépuis
celuy de S. Jean d'Angely,
qui fut le premier , juſqu'à celuy
de Privas , durant les Guerres
contre les Rebelles. Il acquit
beaucoup de gloire dańs
la défaite des Anglois en l'ifle
de Ré ; & le feu Roy l'ayant fait
Maréchal de Camp au Siege
de Saverne , il ſçeut fi bien meriter
la confiance du Duc de
Eij
104 MERCURE
۱
Vvimar , qui commandoit une
Armée contre les Imperiaux, qui
l'avoient contraint de ſe retirer
fur la Frontiere de Baffigny, pour
les empeſcher d'entrer en France
, que ce General l'appelloit
toûjours pour donner les ordres,
voulant par un privilege particulier
, que tous les Officiers de
ſon Armée luy obeïffent. Quand
Galas , qui commandoit ces meſ
mes Imperiaux , entreprit d'entrer
dans la Bourgogne , l'Armée
Françoiſe fut obligée de ſe
retirer , & de paſſer la Riviere
de Tilles au Pont de Spoy.
Monfieur de Grancey qui n'avoit
alors que la qualité de Comte
, eſtant demeuré ſur l'Arriere.
garde pour faire face , afin d'a.
muſer les Ennemis , fit une Action
d'une Valeur extraordinaire.
Aprés que pluſieurs Efcadrons
L
GALANT.
τος
cadrons de Cavalerie l'eurent
pouffé , il prit fa retraite par le
Pont de Spoy,& ſe vit abandonné
de l'Infanterie qui le devoit dé
fendre,à la faveur des Hayes qui
lebordoient.Ayant paffé ce Pont,
il ſe tourna feul contre tous ces
Eſcadrons,& ayant tué d'un coup
de Piſtolet le Cheval de celuy
qui le poufſoit de plus prés ,&ce
Cheval eſtant tombé mort ſur le
Pont,il ydemeura l'épée à la main
àdiſputer le paſſage ; &un ſeul
Cavalier l'y ayantjoint, ce fut un
ſpectacle aſſez peu commun , de
voir deux Hommes arréter mille
Chevaux. Cette réſiſtance donna
le temps à quelques Officiers
d'Infanterie de ramener des
Moufquetaires,qui tinrent enbride
les Ennemis , juſqu'à ce qu'on
euſt fait filer le Bagage,qu'on eftoit
refolu d'abandonner .
E
1
106 MERCURE
Les Impériaux n'ayant pû entrer
en Bourgogne, & le Siege de
S.Jean de Laune qu'elle avoit entrepris
, ayant échoüé par une
inondation d'eaux qui ne ſe pouvoit
prevoir , ils furent contraints
de prendre leur Quartier d'Hyver
dansle Comté de Bourgogne.
Les Places dépendantes du Païs
de Montbeliard eſtans toutes inveſties
par pluſieurs Quartiers
de leur Armée , le Roy envoya
Mr de Grancey pour y commander.
Il paſſa par la Suiffe & par le
travers des Montagnes , pour ſe
jetter dans Montbeliard , où il
trouva la Villede Hericourt , affiegée
par des Troupes tirées
des Quartiers commandez par
les Generaux de Soye & de Mercy.
Après avoir fait entrer du ſecours
dans Hericourt, il fit le ralliement
de la plupart des Garni
nifons
GALANT.
107
-fons de Befort , Porantin , & autres
Places dont il avoit le Gouvernement
; & cela , avec une fi
judicieuſe conduite , qu'eſtant
tombé ſur un des Quartiers des
Ennemis , il l'enleva , & força le
reſte de lever le Siege, avec perte
de deux Pieces de Canon .En fuite
il travailla à remettre des Vivres
dans les Places malgré tous
les Quartiers des Ennemis qui luy
eſtoient oppoſez ; en forte que le
General Galas perdant l'efperance
de les pouvoir affamer , fut
obligé de retirer la plus grande
• partie de ſon Armée du coſté du
Rhinice qui donna lieu depuis au
Duc de Vvimar , qui avoit ſes
Quartiers fur les Frontieres du
• Baffigny & de Lorraine , d'entrer
dans le Comte de Bourgogne, &
de mettre ſon Armée en étatd'aller
chercher un paſſage fur le
Rhin
4
-
-
L'efti
108 MERCURE
L'eſtime que Monfieur leCom
te de Grancey s'acquit dans ces
diférentes occaſions, porta le Roy
à fortifier les Garniſons de ce
Païs , du Régiment qui porteencor
aujourd'huy ſon nom; &dans
le temps que le Duc de Vvimar
marcha avec ſon Armée vers le
Rhin , ce Comte fit pluſieurs Sieges
de petites Villes & Châteaux
du voiſinage de Montbeliard, qui
eſtans le paſſage des Vivres,
avoient penſe faire perdre ce
Païs à Sa Majeſté. Ce fut dans
l'une de ces occafions qu'il reçeut
cettegrandebleſſure,quiluy caffa
legenoüil, & dont il eſto't eſtropié.
Il s'y comporta avec tant de
coeur, que fe retirant devant touυ
tes les Troupes du Comté de
Bourgogne , qui luy étoient tombées
ſur les bras , il porta cette
bleſſure pendant cinqheures,fans.
la
GALANT.
109
:
la vouloir faire paroître , de peur
que le Soldat ne perdiſt courage
dans ſa retraite ; auſſi penſa-t-elle
luy coûter la vie.
Cette Playe l'ayant arrêté deux
ans au Lit, elle ne fut pas plutoft
fermée , qu'il reçeut ordre de venir
ſervir. L'Action qu'il fit au
Siege d'Arras , à la veue de
deux Armées , celles des Maréchaux
de Chaſtillon & de la
Meilleraye , eſt une des plus hardies
dont on ait parlé depuis longtemps.
Chaque Armée avançoit
ſes Tranchées avec émulation >
comme elles ſe joignoient preſque
l'une & l'autre , les Affiegez
ayans fait une Sortie , ſe rendirent
maiſtres de la Tranchée du
Maréchal de la Meilleraye , &
tenoient leur Bataillon fur le
haut, tandis qu'on la rempliſſoit.
Monfieur deGrancey qui arrivoit
۷۰
à
110 MERCURE
à l'autre Tranchée , monta ſoudain
à cheval , & pouſſa ſeultraversla
diſtance des deux Tranchées
, pour fondre fur ce Batail-
Ion , dont il tua les deux Officiers
qui le commandoient. Tout le
Bataillon demeura fi étourdy de
l'intrepidité d'un ſeul, Cavalier ,
qu'il ſe mit incontinent en defordre
, voyant venir au ſecours
ceux de la Garde de la Tranchée;
que cet exemple avoit engagez
à ſe rallier. Monfieur le Cardinal
de Richelieu luy écrivit , pour le
féliciter fur cette Action extraordinaire
, qui fut d'autant plus
agreable à ce grand Miniftre ,
qu'il ſouhaitoit avec paffion de
voir la Place renduë , par les travaux
de Monfieur le Maréchal
de la Meilleraye fon Neveu.
Le Duc Charles de Lorraine
ayant recouvré par un Traité
fait
GALANT. III
fait avec le Roy , toutes les Villes
& Chaſteaux de ſon Païs , à la referve
de Nancy , & ayant depuis
manqué à obſerver ce Traité , on
commanda Monfieur de Grancey,
pour s'opoſer avec un Corps de
quatre à cinq mille Hommes au
progrés de ce Prince , beaucoup
plus fort en Cavalerie. Il fut fi
heureux dans cette Expedition,
qu'ayant pouffé le Duc Charles
hors de ſon Duché juſqu'en Allemagne
, il emporta avec une
promptitudeinconcevable tousles
Châteaux qui avoient eſté rendus
au Duc, fortifiez par la France depuis
la conqueſte de la Lorraine.
La Place de Chartel fur Moſelle,
ne réſilta que trois jours , quoy
qu'ayant eſté depuis ſurpriſe , elle
ait obligé l'une de nos. Armées à
un mois de Siege. J'irois trop
loin , fi je m'engageois à vous
: rapor
112 MERCURE
vy ,
raporter tous ceux où il a fer-
& tous les Combats où il
s'eſt trouvé. Le grand nombre
de bleſſures dont fon corps
estoit couvert , en auroient pû
rendre témoignage. Ce qu'il a
eu de particulier , c'eſt de n'avoir
jamais eſté batu tant qu'il
a commandé en Chef, ny en
France , ny en Allemagne , ny
en Italie quoy qu'il y ait cu
fort peu de Grands Capitaines
qui ne ſoient tombez dans cette
diſgrace , quelque prudence qui
ait accompagne leur valeur. Auſfi
n'attribuoit- il cette gloire qu'au
hazard , diſant toûjours qu'un
General ne pouvoit eſtre blâme,
quand la ſeule lâcheté de ſes
Troupes donnoit l'avantage à ſes
Ennemis.
,
;
Jusqu'icy , Madame , fi jen
croy vos Lettres , tous les A irs
nou
113
encoup
û en
ſujet
à l'atotis
Maides
conveut
jetter
ſcher
Cen'des
Vous
changrand
U.
percut
Ber-
Elle
112
rapo
vy !
s'eft
de
efto
ren
eu c
voir
a.c
Fran
en
fort
qui
difgi
ait a
n'att
haza
Gen
quar
Trot
Enn
Ju
croy
e'
Jeu
GALANT. 113
2
nouveaux que je vous ay envoyez
, vous ont cauſe beaucoup
de plaiſir. Si vous avez pû en
eſtre contente , vous aurez ſujet
de l'eſtre encor davantage à l'avenir
, puis que ce ſeront tous
Airs choiſis des meilleurs Maiſtres
de France ; & qu'un des
Hommes du monde qui ſe connoiſt
le mieux en Muſique ; veut
bien ſe donner la peine de jetter
les yeux deſſus pour empeſcher
qu'il ne s'y gliſſe des fautes. Celuy
que vous allez voir eſt un des
derniers que l'on ait faits. Vous
-connoiſtrez aisément en le chantant
, qu'il part d'un fort grand
Génie.
AIR NOUVEAU.
nos Bois Tircis aperçut
Une jeune & Simple Ber-
DAns
gere.
Elle
114
MERCURE
:
Elle luy plût ,
:
Sans qu'elle fçeust
Comme il faut faire
Quand on veut plaire.
Le Madrigal que j'ajoûte , a eſté
fait pour accompagner un Préfent
d'Etrennes . Ce Préſent conſiſtoit
en des Balances d'argent
auſquelles un coeur auſſi d'argent
ſervoit de poids. Mademoiselle
d'Avignau, Fille unique de Monfieur
le Lieutenant Generald'Auxerre
, & auſſi ſpirituelle & bien
faite qu'elle eſt jeune, envoyoit le
tout à une Dame d'un merite extraordinaire
dont elle eſtime particulierement
l'amitié . Ces Vers
qu'elle emprunta de Monfieur
Joly, luy tinrentlieu de Billet.
MADRI
GALAN T. 115
J
MADRIGAL.
E vous offre en cette lournée,
Des douze Signes de l'Année,
Celuy qui regle l'Equité.
Et j'ose meflater de la douce eſperance
Que par le poids de ma Balance
Vostre coeur panchera toûjours de
mon costé.
Voicy d'autres Vers galans,
qu'un Gentilhomme a envoyez à
une Dame avec une Palatine .
ETRENNES.
A
U premier Iourde l'Anje me
Suis mis en teste
De vous fairedon d'une Beste
Qui n'a muscles,ventre, ny chair,
Et se laiſſe aisément toucher.
Elle
116 MERCURE
Elle porte le nom d'une grande
L
Princeffe,
Vostre Sexefeul la careſſe;
Le nostre n'y prend interest
Qu'autant qu'ilvoit qu'ellevous
plaist.
Elle donne aux Amans bienplus de
jalousie,
Eſtant morte, qu'eſtant en vie,
Puis qu'elle embraſſe avec fon
Corps
Un devos plus charmans dehors.
Ie la chérirois bien, belle Iris , davantage,
Si je la voyois par l'uſage,
En vous donnantdefa chaleur,
Echauffer un peu vostre coeur.
Je vous envoye d'autres Madrigaux
qui méritent bien de
trouver
1
GALANT. 117
trouver icy leur place. Ils font
d'un Cavalier de Dijon , dont
vous avez déja vû quantité de
petites Pieces galantes . Une aimable
& jeune Perſonne luy avoit
emprunté des Livres , & il
prit occaſion de luy écrire quelques
Vers au commencement de
chacun de ceux qu'il luy envoya .
Le premier eſtoit un Tome du
Journal amoureux,dans lequel elle
trouva ce Quatrain au deſſous
du Titre .
S
Il'on vouloit, Philis pour certaine
raiſon,
Faire un Iournal de tout ce qui
Se passe :
Dans vostrejeune coeur ; ah , ditesmoydegrace,
QuelTitre luy donneroit- on ?
DANS
118 MERCURE
DANS LE II. LIVRE .
Pour lire avec profit pendant voſtre
jeunesse,
Ce que l'Amour afait de grand, de
glorieux,
Aimez, belle Philis, ayez de la tendresse
Autant qu'en promettet vosycux.
DANS LE III.
Philis, lors que je m'intereffe
Avous preſter un Livre ou l'Amour
.
vous plaira
Avecque toutson air & Sa délicateffe
;
Sçavez - vous bien comment cela
s'appellera ?
Semer chezvous de la tendreſſe
Qu'un autre unjour moiſſonnera,
DANS
GALANT. 119
:
DANS LE IV.
Quand vous lifez, Philis, pourprofiter,
pourplaire,
:
On nesçauroit s'y prendre mieux;
Mais occupant ainsi vostre esprit.
: & vos yeux,
Faut- il que vostre coeur demeure
Sans rienfaire ?
Vous avez tant de connoiffances
dans le Dauphiné, que ce
ne ſera pas vous parler de Perfonnes
inconnuës , que vousapprendre
le Mariage de Monfieur
de Dolomieu , Conſeiller au Parlement
de Grenoble, avec Mademoiſelle
de Puppetiere .Monfieur
de Dolomieu eſt de la Maiſon de
Grattet , tres- conſidérable par
les Charges qui y font entrées,
par les Terres qu'elle poſſede,
&
120 MERCURE
& par les Hommes d'un mérite
non commun qu'elle a produits.
Antoine deGrattet , pour ne pas
remonter plus haut , épouſa Angélique
de Dorgeoiſe , d'une
des plus Nobles Familles de la
Province. De ce Mariage nâquit
Pierre - Jacques de Grattet,
Seigneur de Granjeu , qui fut celébre
dans la Guerre & dans la
Paix. Il commanda une Compagnie
Franche de cent Hommes,
durant les déſordres de la Ligue,
pour le ſervice du Roy Henry
I V.& le Dauphiné n'eut point
alors de Capitaine plus renommé.
Il fit tant de belles actions,
endivers Emplois qu'il eut , que
la Paix eſtant faite avec lesChefs
de la Ligue , & avec l'Eſpagne,
Sa Majesté , pour le récompenſer
de ſes ſervices , l'honora de la
Charge de Tréſorier General
de
GALANT. 121
de France , unique dans le Dauphiné
& dans le Marquiſat de Saluces
,& il l'exerça avec une égale
ſatisfaction du Roy,& des Peuples.
Feu Monfieur le Comte du
Bouchage, Preſident dans le meſf
me Parlement , & feu Monfieur
deDolomieu, Preſident des Treſoriers
Generaux de France en
la Generalité de Grenoble, furentſes
Petits-Fils. Le premier a
eſté l'amour & l'honneur de l'Illuſtre
Corps dont il eſtoit Préſident;&
de luy & de Marguerite
de Clermont de la Branche de
Monteſon,est né Mr le Comte du
Bouchage,Conſeiller dans la mê
me Compagnie. Le fecond ayant
épousé Marguerite de la Poipe
de la Branche de Serrieres , en a
euMonfieur de Dolomieu , qui
eſt celuy dont je vous apprens le
Mariage. Son nom eſt François
Janvier 1681 . F
122 MERCURE
de Grattet ; & Dolomieu , dont
il eſt Seigneur , & qui eſt ſon Titre,
eſt une des plus belles Terres
du Viennois. La Nobleſſe eſt ſi
ancienne dans les Maiſons de
Clermont , & de la Poipe , qu'on
n'en a pû trouver l'origine. C'eſt
ce que marquent ceux qui ont
écrit l'Hiſtoire du Dauphiné.
MrdeDolomieu a auſſides Freres
tres-braves , quoy que fort
jeunes ; ils ſe ſont déja acquis
beaucoup de réputation dansles
Armes. Pour luy , Madame , il eſt
fort bon Magiſtrat,&un parfaite.
ment honneſte Homme. C'eſt
tout dire. Mademoiſelle de Puppetieres
s'appelle Catherine de
Virieu,de la Branche qui poſſede
les deux Terres de Puppetieres,
& de Montrevel. Elle est tresjeune,
bien faite,ſpirituelle ,& Fille
de Mr de Puppieres, Conſeiller
GALANT.
123
&Garde des Sceaux au meſme
Parlement de Grenoble. La Maifon
de Virieu est tres-ancienne,
&la Terre de Virieu qui a la dignité
deMarquiſat,luy a communiqué
ſon nom ;mais elle eſt fortie
de cette Famille , & eſt entrée
dans une autre. Guiffrey,
Seigneur de Virieu , vivoit l'an
mille quarante- trois. Il en eſt la
Tige,quia produit pluſieurs Branches
; mais il n'en reſte que celles
de Puppetieres, de Pointieres, &
de Ponterrey ; & meſines ces
deux dernieres ne ſont que des
rejettons de celle de Puppetieres.
Elles ont donné en nos
jours des Hommes d'une probité
finguliere à l'Eglife , & à divers
Ordres Religieux ; des Conſeillers
au Parlement de Grenoble
, & divers Officiers aux Armées,
qui ont ſervy avecbeaucoup
Fij
124 MERCURE
de courage & de valeur. Il falloit,
Madame , que Mr de Dolomieu
cuſt une diſpenſe , pour eſtre à
couvert des rigueurs de l'Ordonnance
, qui ne permet point
que le Pere & le Fils , ny le Beaupere
, & le Gendre , ſoient Préſidens
, ny Conſeillers en meſme
temps dans les Compagnies qui
jugent en dernier reffort. Le
Roy l'a accordée au merite de
Monfieur de Dolomieu , & aux
ſervices de ſes Anceſtres , & de
ſes Proches.
Sur la fin du dernier Mois , les
Deputez des Etats d'Artois , eurent
Audience de Sa Majefté . Ils
luy furent preſentez par Mr le
Duc d'Elbeuf, Gouverneur dela
Province , & par Mr le Marquis
de Louvois , Secretaire d'Etat du
Departement duquel elle eſt .
Monfieur l'Evefque d'Arras por-
A
ta
GALANT
125
ta la parole. La Harangue qu'il
fit au Roy, fut admirée de la nombreuſe
Aſſemblée qui s'y trouva.
Vous jugez bien qu'elle n'eftoit
compoſée que de Perfonnes
de la premiere qualité. Chacun
demeura d'accord que l'on
ne pouvoit en meſme temps faire
l'Eloge du Souverain , & repreſenter
les intereſts des Sujets avec
plus d'éloquence, de zele,de
force, d'adreſſe,& de reſpect . Ce
font des qualitez hereditaires
dans la Maiſon de Seve , & qui
l'ont toujours avantageuſement
diftinguée. Monfieur l'Eveſque
d'Arras s'appelle Guy de Seve
de Rochechoüart. C'eſt un Prélat
d'une profonde doctrine , d'une
infigne pieté , & d'une tresexacte
application à remplir tous
les devoirs de l'Epiſcopat , en
un mot un tres-digne Paſteur
Füj
126 MERCURE
du Peuple qui luy eſt commis.
Les autres Deputez estoient ,
pour la Nobleſſe , Philippes-Albert
du Mont-Saint Eloy , Seigneur
de Nedonchel , Gentilhomme
encor plus recommandable
par ſes vertus que par ſa naiffance,
quoy qu'elle foit des meilleures
du Païs, & d'une fort ancienne
Maiſon , alliée à celles de
Mailly , Saqueſpée , Preſſy , de
Vvaſtines-Chrinchy, d'Offay , le
Borgne , Monbertaut - Haynin,
Vvambrecy , & autres toutes il-
Juſtres. Pourle Tiers Etat, Monfieur
Palifot, Chevalier, Seigneur
d'Incourt , en eſtoit le Député.
C'eſt le meſme dont je vous ay
déja fait connoiſtre le merite en
deux de mes Lettres à l'occafion
de ſemblables Audiences. Ils furent
reçeus tres - favorablement
de S. M. qui leur fit l'honneur
de
GALANT 127
deleur témoigner beaucoupd'affection
pour le bien de la Province.
Il s'eſt fait depuis un mois entre
deux Perſonnes auſſi delicates
que ſpirituelles , un commentementde
liaiſon d'une nouveaute
affez finguliere. Un Cavalier,
eſtimé par ſes bonnes qualitez,
apresquelques ſoins rendus àune
Dame d'un fort grand merite,
luy declara en termes formels
qu'il avoit pour elle un attachement
d'amour. Ce grand mot
n'épouvanta point la Dame. Elle
conſentit à la paffion duCavalier
, pourveu qu'il s'accommodaſt
de quelques Rivaux qui
comme luy cherchoient à toucher
ſon coeur. Elle ajoûta , que
s'il l'aimoit veritablement , il devoit
voir avec joye qu'elle euſt
aſſez ,de merite pour s'attirer
F iiij
128 MERCURE
afin'
une groſſe Cour ; que s'agiſſant
de ſon choix , c'eſtoit à luy à ſe
rendre digne de la preference;
& comme il avoit fait bruit par
quelques intrigues , elle voulut
qu'il luy appriſt les raiſons qui
l'avoient porté à rompre ,
qu'elle ſe réglaſt ſur la maniere
dont elle devoit traiter avec luy .
Il accepta les conditions , & luy
envoya dés le lendemain un Papier
qui contenoit ce qui ſuit,avec
ce Titre .
HISTOIRE
DE MON COEUR.
A premiere paffion , prefque
au fortir de l'Académie,
fut une Dame , qui estoit en
poſſeſſion de former la plupart
des
GALANT. 129
des jeunes Gens. Elle avoitbeaucoup
d'uſage du monde , & la
foule eſtoit toûjours fort grande
chez elle. Quand on n'y
trouvoit que cinq ou fix Perſonnes
, c'eſtoit eſtre avec elle teſte à
teſte autant qu'on y pouvoit jamais
eſtre. J'eſtois en ce temps- là
beaucoupplus capablede faire du
bruit que de parler,& les Affemblées
tumultueuſes estoientbeaucoup
mieux mon fait , que des
converſations un peu régulieres.
Ainſi je trouvay juſtement
chez cette Dame ce qu'ilme fal-
Hoit. Mes Habits à la verité y eftoient
bien plus confiderez que
moy , mais cela me fuffiſoit ; &
je ne ſeparois pas le peu que j'ay
de merite , d'avec celuy que me
preſtoit ma parure. Je ne ſçay pas
bien ſi jeconçus un veritable a-
1
mour pour la Dame , ou ſi je
F V
130 MERCURE
me fis une affaire de vanité,d'étre
diftingué chez elle, aux yeux
de tant de Rivaux. Il eſt toûjours
certainque je m'yattachaybeaucoup.
Je cherchay les moyens
de luy expliquer ma paffion en
termes intelligibles , car ſa. Maiſon
n'eſtoit pas un lieu où les
yeux & les petits ſoins fuſſent en
pouvoir de ſe faire entendre, il y
avoit toujours trop de tracas ;
mais à peine au bout de fix moi's
la pûs je trouver toute ſeule dans
fa Chambre . Je commençois à
luy demander ſi elle n'entendoit
point ce que vouloient dire mes
affiduitez , & là-deſſus il furvint
une viſite. Il ſe paſſa encor
pluſieurs mois avant que je puffe
reprendre ma declaration où j'en
eſtois demeuré , mais enfin je
me laſſay de tant de difficultez,.
&je commençay à perdre le
gouft
GALANT. 131
P
gouſt que j'avois pour l'embarras
& la foule du grand monde. Je
me retiray inſenſiblement de
chez cette Dame , & je tournay
mes aſſiduitez du coſté d'une
jeune Perſonne nouvellement
mariée , fort bien faite , & qu'on
diſoit avoir de l'eſprit. Elle voyoit
peu de monde, mais le peu qu'elleenvoyoit
eſtoit aſſezbienchoiſy.
Elle fentoit parfaitement bien
tout ce qu'on luy diſoit de fin&
dejoly , mais elle ne diſoit prefque
rien où il paruſt un tour d'efprit
particulier ; & il y avoit plus
de plaifir à en eſtre écouté , qu'à
l'écouter. Elle ſuivoit toûjours
bien les penſées des autres , mais
les ſiennes n'alloient pas loin.
Enun mot , elle avoit beaucoup
plus de bon ſens que d'agrément.
Pour le coeur , j'ay reconnu en
toutes occafions qu'elle l'avoit
affez
132 MERCURE
affez droit. Quand elle l'épane
choit une fois , ce ne pouvoit
eſtre à demy ; & fitoſt que l'humeur
de faire des confidences la
prenoit , elle ne regardoit pasde
trop prés aux Confidens. La Nature
luy avoit donné quelquesdefauts
dont ſa raiſon avoit bien de
la peine à la guérir. Tout alloit
bien quand elle ſongeoit à elle,
mais il ne faloit pas qu'elle ſe perdiſt
de vûë , autrement la Nature
reprenoit le deſſus. Il m'arriva
avec elle , ce que je croy qui
n'eſt arrivé jamais à perſonne.
D'ordinaire on eſt frape d'abord
des bonnes qualitez ; on s'engage
là-deſſus à aimer. Peu à peu
on reconnoiſt les defauts , & le
dégouſt vient. Mais il. m'arriva
tout le contraire. La premiere
choſe que j'aperçeus dans cette
jeune Perſonne , ce furent ſesdefauts.
GALANT.
133
:
:
fauts. Je crus que j'en pourrois
faire quelque uſage , & les tourner
au profit de ma paffion . Je
m'embarquay à l'aimer , flaté de
cette eſperance. Quand je commençay
à aprofondir ſon caractere
, je luy trouvay beaucoup de
bonnes qualitez , auſquelles je
ne m'eſtois point attendu. Là
deſſus je changeay de deſſein , &
je me mis à l'aimer plus que je
n'avois encor fait. J'entrepris de la
défaire de ſes défauts , pour avoir
Thonneur d'aimer une Perſonne
parfaite. Maisque cela me reüſſit
mal ! J'eus beau mener finement
mon entrepriſe , elle ſentit
que je luy trouvois des defauts,
& jamais elle n'a ſçeu me le pardonner.
Nous entrâmes l'un
avec l'autre dans une eſpece de
jalouſie tout à fait particuliere..
C'eſtoit une jalouſie d'eſprit. Elle 4
crut
134 MERCURE
crut que j'affectois de marquer
que j'avois de la ſuperiorité de
génie ſur elle ; & pour me faire
voir que je n'avois pas tant d'efprit
que je me l'imaginois , elle
reçeut bien mieux que moy des
Gens , qui à ce que je croyois, ne
me valoient pas.
Me voila déja arrivé àma troifiéme
paffion, ſans avoir encor eu
beaucoup de plaiſirs en amour.
Mon gouſt s'eſtoit raffine , il me
faloit quelque choſe de nouveau,
&de plus piquant , que ce que
l'Amour m'avoit juſqu'alors donné
en partage. Jem'attachay done
àunejeune Fille, qui à peine avoit
ouy dire qu'il y cuſt un Amour
au monde. C'eſtoit une fimplicité
de l'Age d'Or, mais une fimplicité
ſpirituelle , & qui ne fervoir
qu'à donner de l'agrement à ſon
eſprit naiſſant. Elle n'avoit encor
aimé
GALANT. 135
L
aime qu'une Parente de fon âge,
mais elle imaginoit déja dans cette
amitié des delicateſſes qui me
charmoient , & que je mourois
d'envie qu'elle tranſportaſt à l'amour.
Je fus fi heureux , que
je l'accoûtumay à me voir , à fouhaiter
de me voir , & enfin à ne
s'en pouvoir plus paſſer. Elle ne
ſçavoit point encor qu'elle m'aimoit
, & ſes yeux m'avoient fait
confidence de ſa tendreſſe longtemps
avant qu'elle ſe la fiſt à ellemeſme.
Les delicieux momens que
je paſſay ! Il n'y a que vous , Madame,
qui me les puiffiez faire retrouver.
Je voyois avec plaiſir comment
l'Amour debroüilloit tout ce
petit cahos de ſon coeur &de fon
eſprit. Les lumieres de l'un , &
les ſentimens de l'autre , ſe fortifioient
en meſme remps. Je
luy aprenois avec un plaifir incroya
136 MERCURE
croyable toutes les delicateſſes de
l'Amour. Je luy donnois moymeſme
des leçons de jaloufie &de
defiance , tant je me tenois ſeûr
de neluy en donner jamais de veritables
ſujets ; mais à la finelle me
paſſa beaucoup dans l'Art que je
luy avois enſeigné. Elle pouſſa
la délicateſſe dans des extremitez
dont je ne me fuſſe jamais
aviſé . Si ma tendreſſe eſtoit moins
forte dans un inſtant que dans un
autre, elle ſentoit cette diference .
Elle liſoit mes penſées dans mon
eſprit au meſme moment qu'ellesynaiſſfoient.
Je ne pouvois plus
faire un pas , ou jetter un coup
d'oeil , qui ne fourniſt quelque
matiere à une remarque delicate.
Je commençay à ſentir un peu
l'incommodité de cette maniere
d'aimer- Je luy voulus faire entendre
, qu'à la verité on ne ſçavoit
aimer
GALANT.
137
:
aimer trop tendrement ; mais
qu'apres de certaines furetez prifes
de part &d'autre,il faloit pourtant
agir enſemble de bonne foy,
&ne s'entr'épier pas fans ceſſe;
que quand on eſtoit ſeûr en gros
de la reciproque tendreſſe du
coeur, on ne devoit pas s'amuſer à
mille petits détails , ſur leſquels il
feroit inutile de ſe chicaner. Mais
de quelques précautions & de
quelque adreſſe que je me ferviſſe
pour luy infinuër doucement
ces fentimens , elle crut
que je luy annonçois par là la fin
de ma paffion , & que ce n'eſtoit
qu'une maniere honneſte de
prendre mon congé. Elle tomba
dans une mélancolie qui me
déſeſpera. Je redevins plus amoureux
d'elle que jamais,&je ne ſouhaitois
rien plus que de renoüer
avec elle , à condition de luy laiffer
138 MERCURE
fer pouffer ſes chimeres délicates
auſſi loin qu'elle voudroit; mais
elle medit toûjours, que puis que
ſon trop d'amour m'avoit incommodé
, elle estoit réſoluë à n'incommoder
jamais ny moy ny
perfonne.
"
Je paſſay une bonne année ,
bien réſolu auffi de mon côté à
n'aimer jamais. Je ne pus pourtant
me garantir de tomber entre les
mains d'une Dame, bien éloignée
du caractere de cette jeune Perfonne
, dont j'avois fi long- temps
regreté la perte. C'eſtoit une
vraye Femme. Elle en avoit toutes
lesbonnes & toutes les matuvaiſes
qualitez , pleine d'eſprit, ou
plûtoſt d'imagination ; car pour
le jugement , elle déclaroit ellemefine
qu'elle n'y prétendoit pas;
mais inégale , imperieuſe ,& aigre
, autant à peu pres qu'on le
peut
GALANT.
139
peut eſtre , laide par deſſus tout
cela ,& ayant quelque âge. Ce.
pendant elle estoit toûjours en
poffeffion de caufer de fort grandes
paffions. Le fecret qu'elle a
voit pour cela , eſtoit de tourner
tres - agreablement en ridicules
Toutes les autres Femmes,de forte
que parmy ceux qui la voyoiết ,
il n'y en avoit point qui fuſſent
affez hardis pour s'attacher à aucune
de celles dont le Portrait les
avoit fait rire tant de fois,& pour
s'attirer par là des railleries , que
les plus habiles auroient eſté fort
embaraſſez à ſoûtenir. De plus,
T'humeur médiſante de cette Dame
faiſoit un autre effet merveil
leux pour elle, car il eſtoit impoffible
que l'on ne ſentiſt ſa vanité
flatée , en ſe voyant diftingué
dansun lieu où l'on avoit peu d'égars
pour tout le GenreHumain.
Enfin
140 MERCURE
Enfin elle inſpiroit ſi bien ſonGénie
fatyrique à ceux qui alloient
chez elle, qu'elle les avoit en peu
de temps broüillez avec tout le
monde , & reduits à ne plus voir
qu'elle ſeule. Je me ſuis engagé à
vous avoüer icy mes fautes. L'efpritde
cette Dame m'ébloüit d'abord.
Comme j'eſtois dégoûté de
laplupart des Gens , j'entray aiſément
das ſa Satyre.Elle fit pour
moy quelques avances , qu'elle
ſçavoit faire parfaitement bien,
&tres - finement. Mille affaires
quejeme fis tous les jours à cauſe
d'elle , me liérent encor plus étroittement.
Que vous diray - je
enfin ? Je me trouvay pris. Elle
m'aima pendant quinze jours auffi
fortement qu'elle eſtoit capable
d'aimer. Aprés cela elle ne voulut
plus que l'honneur de m'avoir
fait ſa conqueſte. Il faloit que je
fuffe
GALANT.
141
fuſſe eternellement dans ſa Chabre
, qu'elle me montraſt tous les
jours au Public dans ſon Caroſſe,
&elle faiſoit naître elle-meſme
des occaſions de faire paroître
aux yeux de tout le monde, l'empire
qu'elle avoit acquis ſur moy.
Je paſſay beaucoup de temps à
n'eſtre qu'un Amant de montre
&de parade. Je méditois quelquefois
ma retraite , mais le courage
me manquoit au beſoin. Je
craignois toûjours de m'attirer
cette Dame à dos , & elle avoit
trouvé le moyen de m'attacher à
elle par la crainte, autant qu'elle
avoit fait par l'amour. Heureuſement
il parut en ce temps- làdans
le monde un jeune Homme de
mérite , ſur qui il luy plut de jetter
les yeux. Elle avoit tiré de
moy tout l'honneur qu'elle pou
voit en tirer , il luy faloit faire
: d'autres
147
MERCURE
d'autres conqueſtes. Je fus ravy
qu'un Rival aimé vinſt me degager.
Il n'y eut aucun bruit entre
luy & moy , quand il prit ma place
, & les choſes ſe paſſerent de
part & d'autre avec toute la douceur
imaginable.
Enfin , Madame, apres tant de
peines endurées au ſervice de
l'Amour , il a voulu m'en recompenſer
, en me faiſant voir une
auſſi aimable Perſonne que vous.
Vous voyez que je compte déja
pour recompenſe le ſeul plaiſir
que j'ay eu de vous voir. Que ſera-
ce donc , ſi je ſuis aſſez heureux
pour ne vous déplaire pas?
Je viens de vous faire connoiſtre
parfaitement ce coeur que vous
poffedez tout entier. Il a déja eu
d'autres Paſſions,il eſt vray ; auſſi
je me rens juſtice, & je m'engage
à voir chez vous , ſans chagrin,
tous
GALANT. 143
tous les Rivaux que voſtre merite
m'a déja faits , & tous ceux
qu'il me fera. J'en jure par Apollon,
qui m'a inſpiré ces Vers.
EC foupirant pour vous , Cli-
Ie nesuis point de ses Amans fåcheux
Qui ne peuvent voir qu'avec
peine
Queleur Maîtresse écoute d'autres
feux.
هعووو
-Leur défiante humeur vous paroist
i incommode,
C'est affez, je le ſçay , pour vous
mettre en courroux;
Auſſi mon coeur déja ſuit une autre
méthode,
Etpour sefaire à voſtre mode,
Apprend à n'estre point jaloux .
Cet
144
MERCURE
629
Cet effort qu'ilsefait,doit d'autant
plus vousplaire,
Qu'il est rarejusqu'à ce jour,
Que de ce caprice ordinaire
- On ait ſçeu défaire l'Amour.
Le mien , pour estre à voſtre
usage,
Renonce à cent communs defauts,
Et complaisant pour vous, regarde
Sans ombrage
Le grandnombre de mes Rivaux .
D'un autre Amant laflâme en feroit
alarmée,
S'abandonneroit au depit;
Mais pour moy , je vous vois
aimée,
Et cette raiſon meſuffit.
ع و ض و
ن
Vous voulez groſſfir voſtre Empire
D'une foule d' Amans qui vousfuive
en tous lieux ;
Pour
GALANT.
145
Pourquoy faut - il que j'enfoûpire?
En voyant l'éclat de vos yeux,
Peut - on y trouver à redire ?
:
Ils s'accommodent mald'un pouvoir
limité ;
Et commerien ne les arreste,
l'en connoy trop bien la fierté,
Pour les bornerà ma conqueſte.
Certains d'estre par tout vainqueurs,
C'est peu pour eux d'une victoire;
Et par l'amas de mille coeurs,
Ils font bien mieux briller leur
gloire.
, Climene en cent endroits faites
craindre leurs coups,
Et par interest pour luy- mesme,
A mon amour ilſera doux,
Que chacun à l'envy vous aime.
Janvier 1681. G
146 MERCURE
2
Lors que mille Captifs reconnoîtront
vos Loix,
Qu'il fera glorieux à mon ame
charmée,
D'ouïrjustifiermon choix
Par la voix de la Renommée!
Cet éloge public fait de vôtre
beaute',
Avoüons-le tous deuxfans honte,
Flatera vostre vanité ,
La mienney trouveraſon compte.
0627
Ce n'est pas apres tout que je n'aimaſſe
mieux
( Soit ditfans offenfer vostre air incomparable
)
àmes yeux,
c
まい
Que ce fustseulement à mon coeur,
Quevous vous montraſfiez aimable
Mes
GALAN T. 147
:
Mes voeux,me direz- vous,font trop
intereſſez;
Mais ilfaut que je vous réponde,
Climene, je vous aime affez,
Pourvous faire oublier tout le reste
dumonde.
Cependant mon coeurſe reſout,
Vous le voulez d'une autreforte's
On doit s'accommoder à tout,
Aimez-moy Seulement , le reste ne
m'importe.
L'Academie Royale d'Arles,
qui eſt alliée à l'Academie Françoiſe
, & dont vous ſçavez que
Monfieur le Duc de S. Aignan
eſt Protecteur , a reçen Monfieur
l'Abbé Petit dans ſon Corps. Il
eſt Fils d'un Secretaire du Roy,
& fort eſtimé pour ſa profonde
érudition. Il a composé le Penitentiel
de Theodore . C'eſt un
Fij
148 MERCURE
Livre qui a eu l'approbation de
tous les Sçavans' , & qui repreſente
en tres- peu de mots &dans
un bel ordre , ce que l'Egliſe Orientale
& Occidentale a de plus
particulier. Pluſieurs Pieces curieuſes
y font ajoûtées pour l'expliquer,&
c'eſt ce qu'on doit aux
foins de Monfieur l'Abbé Petit . Il
a une connoiſſance parfaite des
Langues Greque, Latine,& Françoiſe
, & fur tout des Droits de
l'Eglife, & de ceux du Roy, qu'il
foûtient d'une maniere admirable
, par les Memoires qu'il fournit
actuellement à Mr le Cardinal
d'Eſtrées pour la Regale.
L'eſtime que cette meſme Academie
s'eſt acquiſe parles ſoins
continuels qu'elle prendde n'oublier
rien , pour répondre aux
deſſeins que Sa Majesté a eus
en l'établiſſant, ayant fait ſouhaiter
GALANT.
149
ter à Monfieur le Preſident de
Montmiral de Lubieres,& à Monſieur
de Faure- Fondamente , d'y
eſtre reçeus en qualité d'externes
, on en écrivit à Monfieur le
Duc de Saint Aignan, & àMonfieur
le Marquis de Robias d'Eftoublon
, Secretaire perpetuel de
la Compagnie , qui estoit alors en
Cour. Leur Reception ayant eſté
refoluë dans les formes ordinaires
, ces Meſſieurs furent conduits
dans la Salle où ſe tenoit
l'Aſſemblée , & apres la lecture
des Statuts qui fut faite parMonſieur
Giffon , Secretaire Subſtitut
en l'absence de Monfieurle Marquis
de Robias , & le Serment
preſté par l'un & par l'autre de
les obſerver de point en point,
Monfieur de Beaumont qui ſe
trouva Directeur , fit l'ouverture
de l'Academie par unDiſcours
Giij
150 MERCURE
fi plein d'érudition & d'éloquen.
ce, qu'il charma tous ceux qui
curent le plaiſir de l'écouter. Il fit
voir que tous les efforts de l'Antiquité
n'avoient rien produit de
fi grand dans les Armes, & dans
les Lettres , que ce que noftre
auguſte Monarque nous fait admirer
de jour en jour. Ce Dif
cours fut ſuivyde celuy de Monfieur
le Preſident de Lubicres .
Les pensées nobles & les vives
expreſſions dont il eſtoit ſoûtenu,
remplirent avec beaucoup d'avantage
tout ce qu'on avoit attendude
luy. C'eſtoit un Remercîment
à la Compagnie,de l'honneur
qu'il recevoit d'y eſtre admis.
Monfieur de Faure-Fondamente
parla apres luy. C'eſt ce
fublime & ſçavant Génie , à qui
Monfieur Peliſſon adreſſe fonHiſtoire
de l'Académie Françoiſe.
Il
GALANT.
ISI
:
Il fit connoiſtre par tout ce qu'il
dit , que peu de Perſonnes poffedent
auffi parfaitement que luy
toutes les délicateſſes de noſtre
Langue. Avant qu'on ſe ſeparaſt,
comme c'eſtoit au commencement
de l'année , Monfieur de
Giffon propoſa à la Compagnie
de proceder , felon l'uſage ordinaire
, à l'élection d'un nouveau
Directeur. Le Sort tomba fur
Monfieur d'Urbaye - Vachieres,
qui ne ſongea plus qu'à bien rem
plir fon Employ. Il en commença
les fonctions le Jeudy 9. de ce
Mois ,dans l'Aſſemblée la plus
nombreuſe qu'on euſt veuë depuis
longtemps. Ce fut un concours
extraordinaire de Gens de
merite & de qualité, à qui l'Académie
trouva bon de donner entrée
ſans conſequence. Il fit l'ouverture
de cette Séance par un
Fiiij
152 MERCURE
Diſcours ſi digne de luy,ſoit pour
la force du raiſonnement , ſoit
pour le choix des termes & des
penſées , foit pour la maniere de
le prononcer , que ce ne furent
qu'acclamations de toutes parts.
Ce qui eſt fort remarquable dans
ce jeune Gentilhomme , qui eſt
undes mieux faits du Royaume,
c'eſt qu'il n'eſt encor que dans
ſa vingt - deuxième année , &
qu'il joint aux brillantes qualitez
du ſçavoir & de l'eſprit, une
honneſteté qui le rend tres - agreable
dans le commerce du
monde. Son Diſcours eſtant finy,
Monfieur l'Abbé Fleche termina
cette Aſſemblée par un Entretien
qu'il avoit eſté prié de
faire ſur la nature des Cometes
, à l'occaſion de celle qui paroiſt
depuis un mois. Il expofa
les ſentimens des anciens &des.
moder
GALANT .
153
modernes Philoſophes , avec des
termes qui répondirent également
à la force de fon génie , &
à la curioſité que devoit cauſer
cette matiere....
Monfieur Guyonnet de Vertron
de la meſme Académie , en
a traité une qui pourra eſtre le ſu.
jet de quelques diſputes. Il doit
bien-toſt donner au Public un
Diſcours dans lequel il prouve
l'excellence du beau Sexe , par
les exemp'es de toutes les vertus,
par la pratique des Sciences , &
des beaux Arts , par les témoig
nages des Hiſtoriens facrez &
prophanes, & enfin par tolites les
raiſons naturelles, morales & politiques.
Il a fait part de fon entrepriſe
à une Dame tres - fpirituelle
, par une Lettre qui luy en
marque toute la conduite. Voicy
la Réponſe de la Dame .
1 Gv
154 MERCURE
LETTRE
DE MADAME DE***
A Monfieur Guyonnet de Vertron,
de l'Académie d'Arles.
Ansm
Spondr
m'arrester, Monsieur,àrẻ-
pondre aux grandes qualitez
que vous me donnez , je vous diray
ingénuëment que je ne suis point
d'accord avec vous, pour élever mon
Sexe au deſſus du voštre. Je nepré
tens pas pour cela manquer de reconnoiſſance
à voštre égard , quoy
qu'il le ſembleroit , en def- approuvant
voštre idée. Ce n'est point
cela. Je vous louë dans mon ame
& il faut estre außi genereux
& bienfaisant que vous l'estes,
pour proteger un Party' qui manquesouvent
de Protecteur. Ie n'en
ay
GALANT .
155
ay point encor vû de vostre ma.
niere , & c'est ce qui rend vostre
opinionplus avantageuse au Sexe,
car vous n'estes point Suspect. Tout
ce qu'il y a de Gens qui vous connoiſſent
ſcavent tres- bien que vous
n'avez aucune préoccupation , ny
aucune attache ; que sivous vous
declarez pour nous , ce n'est point
dans la veuë de vous attirer l'estime
particuliere d'une Belle , & que
vous cherchezſimplement à rendre
justice , Sans aucun mélange d'interest.
Aussi , Monsieur, avezvous
Sujet de croire que les Femmes vous
Seront infiniment obligées. Nous entendonsſouvent
des loüanges , mais
en mesme temps qu'on semble les
écouter, on refléchit ſurſoy-mesme
d'une maniere à connoistre fort bien
quel motif engage les Gens à nous
lower. Ils croyent la plupart plaire
beaucoup davantage parleurs dif
COW
ون
156 MERCURE
cours que par leur merite , & s'attachent
bien moins à corriger leurs
défauts qui déplaiſent infiniment,
qu'à étudier les belles manieres de
s'exprimer dans les Ruelles.C'est un
abus dont toutes les Perſonnes de
bonſens devroient tâcher de segarantir.
L'un & l'autre Sexe en tirevoit
de grands avantages , & les
Dames ne donneroient pas des andiencesfifavorables
àdes choses inatiles,&
quelquefois entierement éloignées
de la verité. A leur exemple
les Hommes s'attacheroient àſe
rendre dignes de nostre eſtime , par
les vertus effentielles- dont leurs
Perſonnesseroient aifement ornées,
s'ils refléchiſſoient un peu fur euxmesmes.
Mais il ſembleparje ne
Sçay quel bouleversement que les
uns&les autres abandonnent lefolide
, qui donne là veritable tranquilité
, pour beaucoup d'exterieur
G
GALANT.
157
de dehors . Ilſemble mesme qu'il
Suffit de paroiſtre honneste Homme
encor qu'on ne lefoit pas ; de
paroistreriche , quoy qu'on foit incommode
; de paroiſtre genereux&
bon Amy , quoy qu'onsoit intereſſfé,
Ce que je dis , se peut dire des
deux Sexes , & je ne voy pas de
défauts d'un costé que je n'en remarque
d'auffi grands de l'autre.
On jugeroit àm'entendre , que je
voudrois continuellement une Phi
lofophie génée. Nullement: Lacontrainte
n'est point de mon gouft..
Ce n'est que pour l'éviter , &pour
vous faire connoistre par ces rai-
Sonnemens que j'ay de l'aversion
pour elle , que je vous entretiens fi
longtemps. le vous déclare que ce
Jeroit me contraindre au dernier
point , de m'obliger à tomberd'accord
que le mérite des Femmes est
au deſſus de celuy des Hommes
estant:
138 MERCURE
estant perfuadée , comme je lafuis ,
que l'Autheur de toutes choses n'a
pointmis de diference dans la creation
des ames , & qu'estant tous
partagezcomme nous sommes de
Ses bienfaits , l'un & l'autre Sexe
peut acquerir du merite felon le bon
usage qu'il fait des talens qu'il a
reçeus. Mais , Monsieur, mon Sentiment
est de peu de confequence. Il
vient peut - estre de ce queje me con-
-nois trop foible pourſoûtenir un par-
-tyque vous voulez qui devienne le
plus fort . Continuez, Monfieur, vôtregenereuse
entreprise. Vostre plu-
-me eft feconde , vos pensées sont
belles & justes , vous eſtes ſcavant,
vous donnerez de beaux exemples
où les Dames verront les grandes
qualitezqu'elles poſſedent , & cel-
-les qu'elles peuvent s'attirer . C'est
lepropre de celles qui tendent à la
perfection de se souhaiter quelque
chofe
GALANT. 159
chose, & cesfortes de ſoubaitsfont
dignes des belles Ames. Adien ,
Monfieur. Ie me repens trop tard
de vous avoir écrit une si longue
Lettre.
1
Malgré ce que Monfieur de
Lignieres a ſoûtenu dans ſes deux
Lettres à Madame la Ducheffe
de Bellegarde , il eſt tres- certain
que la Nature fait plus de Poëtes
que l'Art. Beaucoup qui s'appliquent
pluſieurs années à faire
des Vers , ont bien ſouvent de la
peine à réüffir , & d'autres font
maiſtres dés leur coup d'eſſay. Ce
qui vient d'arriver à un jeune
Pagenous le fait connoître.Monſieur
le Duc de S. Aignan eſtant
entré en ſervice cette année ( car
-vous ſçavez que les quatre Premiers
Gentils - hommes de la
Chambre ſervent alternative
ment
160 MERCURE
ment une année entiere)a choify
ſelon les droits de ſa Charge,tous
les Pages de la Chambre qui doivent
ſervir pendantſon année,&
entr'autres ce Duc a jetté les
yeux ſur le Fils de Mr le Marquis
de Robias , que je vous ay déja
dit eſtre Secretaire perpetuel de
l'Académie d'Arles,& qui eft Frere
de Monfieur d'Eſtoublon , de
l'illustre Maiſon de Grilles. Il ya
dans cetteMaiſon beaucoupd'efprit,
de valeur,& de naiſſance. Ce
jeune Page qui n'avoit point encor
fairde Vers,réſolut de remereier
Mr le Duc de S.Agnan par
un Madrigal, de la grace qu'il luy
avoit faite, en le choiſiſſant pour
avoir l'honneur de ſervir le Roy
dans un Employ d'autant plus
glorieux pour ceux qui l'exercent
, qu'il donne lieu d'approcher
de la Perſonne de ce Grand-
Prince.
GALANT. 161
Prince. Voicy quel fut ſon Remercîment.
A MR LE DVC
DE SAINT AIGNAN.
J
L'Ingratitude Neceffaire.
MADRIGAL.
E le fçay bien , Grand Duc, qu'il
faut que jevous aime,
Mon coeur me l'adit mille fois;
Etpour tantdefaveurs que devous
je reçois ,
Mareconnoissance est extreme.
Maissi pour ſoûtenir l'honneur de
mon Employ ,
Ieveux vous imiter , & mefaire
aneLoy
De ce que vousfaites vous- même,
Le n'auray plus d'amour ny pour
vous, ny pour moy,
Mon coeurfera tout pour leRoy.
Mon
162 MERCURE
Monfieur Guyonnet de Vertron
, dont je vous ay déja parlé
dans cette Lettre , a fait ces Vers
pour l'Autheur de ce Madrigal.
Stre bien fait , Sçavant, &
Estreagen
Et compoferdejolis Madrigaux ,
C'est n'avoir point à la Chambre
d'égaux,
C'est estre en unmot hors de Page.
L'Académie d'Arles n'eſtant
composée que de Gens d'efprit,
demerite , & de naiſſance , tous
les Ouvrages de ſes Académiciens
meritent d'eſtre rendus publics.
Le Sonnet qui ſuit eſt de
Monfieur Sabatier , de cet illuſtre
Corps. C'eſt un Gentilhomme
qui a eſté Page de Sa Majeſté,
& qui a ſervy dans ſes Armées
.
3
SON
GALAN T. 163
S
SONNET .
Acrez Manes des Roys , Demy-
Dieux de la France ,
Quittez pour quelque temps vosfuperbes
tombeaux ,
Venez estre témoins des glorieux
travaux ९
Qui font du GRAND LOUIS -
douter la puiſſance.
Admirez avecnous l'héroïque vaillance
Qui luy fait tous les jours tant de
Sujets nouveaux ,
Les Loix qu'il établit pour prevenir
nos maux ,
Et de tousfes Conſeils laforce & la
prudence.
م و و
Voyez de sa grandeur les dignes
Monumens ,
Ces
164 MERCURE
2
Ces vastes Arcenaux , ces pompeux
Bastimens,
Ces Ports,oùparſesſoins tout vient
& tout abonde ;
عوضوم
Et quandvous aurez eu le tempsde
) l'admirer,
Allezfairesçavoirſa gloireà l'autre
Monde,
Perſonne en celuy- cy ne la peut
ignorer.
- Monfieur le Marquis de Vien
ne a fait ces Vers pour une
Chanfon
AMo
4.
je craignois peu tes
charmes,
Si tu n'euſſes pris pour tes armes
Lesyeux du monde les plus beaux.
L
Helas ! qui s'en pourroit défendre
?
Situtefers de ces Flambeaux,
Tu
GALANT.
165
Tu mettras tous les coeurs en cen
dre.
J'ay donné le nom de Chanſon
à ces Vers , parce qu'ils me
paroiſſent fort propres à eſtre mis
enMuſique. A propos de Mufique
, elle a fait une grande perte
en la perſonnede Monfieur Langeais
, tres- eſtimé de tous ceux
qui prennent plaiſir à ce divertiſſement.
Il eſtoit de celle du
Roy , & mourut quelques jours
avant la premiere repréſentation
duBalet.
Je vous envoye une choſe fort
ancienne, & pourtant toute nouvelle.
Elle est ancienne pour les
Vers , & tres - nouvelle pour
l'Air. Monfieur Charpentier dont
vous connoiſſez la capacité & le
mérite, travaille ſur les Stancesdu
Cid , dont chaque Mois il donnera
i
166 MERCURE
:
nera un Couplet. Voicy le premier
noté.
Dercéjusques
Ercé jusques au fond du coeur,
7
D'une atteinte imprévenë außi
bien que mortelle ,
Miserable Vangeur d'une juste querelle
>
Etmalheureux Objet d'une injuste
rigueur,
Ie demeure immobile , & mon ame
abatuë
Cede au coup qui me tuë.
Si pres de voir monfeurecompensé,
O Dieu ! l'étrange peine !
En cet affront mon Pere est l'offensé,
Et l'Offenseur le Pere de Chimene.
Monfieur leComte de Brancas
, Chevalier d'honneur de la
feuë Reyne Mere du Roy , eſt
mort icy le 8.de ce Mois , âgé de
foixante
6
dir Percejusqueaufondducoeur des
etmalheureuxobjet dvnejnjuste rigu
43
tie sipradevoirmo foureomin
GALANT. 167
foixante & trois ans. Il eſtoit Fils
de Georges de Brancas , Duc de
Villars ,& de Julienne - Hipolite
d'Eſtrées , Sooeur de François -Annibal
premier du nom , Duc
d'Eſtrées , Pair & Maréchal de
France, qui mourut le 23. Janvier
1657. âgé de 92. ans. Monfieur
le Comte de Brancas avoit pour
Frere aîné Loüis - François Duc
de Villars . Ses deux Filles ont
eſtémariées , l'une à Monfieur le
Prince d'Harcourt , qui a eu
Thonneur de conduire la Reyne
d'Eſpagne juſqu'à Madrid ; &
l'autre, àMonfieur le Duc deVillars
fon Neveu. La Maiſon de
Brancas a donné pluſieurs Cardinaux
à l'Eglife , ſçavoir Landolphe
Brancaccio , creé Cardinal
par le Pape Celeſtin V. l'an 1292 .
Renaud Brancaccio ,Cardinal en
1385. Loüis Brancaccio , Cardinal
168 MERCURE
nal en 1408.Thomas Brancaccio,
Cardinal en 141 1.Marie de Brancas
, Cardinal en 1633. Alexandre
Brancaccio , eſtoit Maréchal
du Royaume de Sicile en
1364. La Terre de Villars apartenante
à la Maiſon de Brancas,
a eſté erigée en Duché & Pairie
en 1627. La Verification s'en
trouve au Parlement de Provence.
Brancas porte d'azur au Pal
d'argent , chargé de trois Châteaux
de gueules maçonnez de
ſable , & tenus par quatre Pates
de Lion .
Cettemort avoit eſté precedée
decelle de Monfieur le Vicomte'
de Lamet , Lieutenant General
des Armées du Roy, arrivée le 2 .
de ce Mois en ſon Château de
Pinon proche Soiffons. Il avoit
foixante & treize ans. La Maiſon
de Lamet tire ſon origine
de
GALAN T.
169
3
de la Terre de ce nom , fituée
aux Païs - Bas , & porte de gueules
à bandes d'argent , accompagnée
de fix Croix recroiſetées au
pied fiché de meſme miſe en orle.
Baudoüin de Lamet fut tué à la
Bataille d'Azincourt en 1415.Antoine
de Lamet , Conſeiller &
Chambellan du Roy Loüis X I.
Baillif, & Capitaine de Sens, puis
de Montenis , & d'Authun , en
ſuite Gouverneur de Bourges , &
Lieutenant de Roy en Berry,
mourut en 1494. en la Ville d'Amiens
, & fut enterré en l'Egliſe
du Prieuré de S. Denis de la mef-
The Ville , où ſont à preſent les
Jeſuites. Il avoit épousé en 1460.
Jaqueline de Henancourt, depuis
lequel temps ce nom de Henancourt
a eſté joint à celuy de Lamet
par les Aînez de cette Mai-
- fon. Il y a eu de cette Famille:
Ianvier 1681 . H
170 MERCURE
pluſieurs Gouverneurs de Corbie
, Montreüil , Laon , Melieret,
Coucy , & autres Places confiderables.
Madame la Ducheſſe du Ludea
ſuivy ceux dont je viens de
vous parler. Elle eſt morte le 12 .
de ce Mois dans ſon Château de
la Meute, âgée de 49. ans. C'eſtoit
une fort riche Heritiere de la
Maiſon deBoüillé au Païs duMaine.
Si elle euſt veſcu dans le
temps des Amazones, elle euſt pûû
avec juſtice eſperer d'eſtre leur
Reyne , tant elle aimoit les pénibles
exercices.Jamais on ne l'en a
veuë incommodée. La plus rude
Chaſſe ne l'étonnoit point , &
quelque longue qu'elle puſt eſtres
elle s'y montroit infatigable.Monſieur
le Duc du Lude ſon Mary
, eſt Grand- Maiſtre de l'Artillerie.
Mon
GALANT.
171
Monfieurde Chevrieres , Second
Préſident au Parlement de
Grenoble , eſt mort auſſi depuis
quelque temps. C'eſt ce qui a
empefché la belle Madame la
Comteſſe de S. Vallier ſa Belle-
Fille , de dancer au Balet , où elle
ne ſe ſeroit pas moins fait admirer
que dans les Repétitionsdont
elle a toûjours eſté. Cettemort
n'eſt point de celles qu'on peut
nommer impréveuës , puis que
Monfieur le Préſident de Chevrieres
vivoit comme un Homme
qui l'attendoit depuis treslong-
temps , c'eſt àdire , dans
une pratique exacte des Vertus.
Il avoit l'eſprit vif, élevé , & d'une
conception admirable, Il fut
choify en 1644.pour aller à Rome
négotier des Affaires importantes.
Le Roy fut tres fatisfaitdela
maniere dont il s'aquita de cet
Hij
172 MERCURE
>
Employ,& à fon retour le fit Confeiller
d'Etat. Deux ans apres, la
feuë Reyne Mere luy donna la
mefme marque d'eſtime en le
nommant pour eſtre de ſon Confeil.
Il avoit épousé Mademoiſellede
Sayve, d'une des meilleures
Maiſons de Bourgogne. Je ne
vous dis rien de cette Dame qui
fait l'exemple de ſa Province .
C'eſtoit une Heritiere tres- confiderable
par ſa naiſſance , par ſes
grands biens , & par ſa vertu. Je
vous ay déja marqué en peu de
mots dans une de mes Lettres,des
choſes tres-glorieuſes de la Maifon
de la Croix de Chevrieres,
quand je vous ay parlé de Monſieur
le Comte de Sayve, Préſident
Mortier à Grenoble , & fecond
Fils de celuy dont je vous apprens
la mort.
Monfieur le Maréchal Duc
de
GALANT. 173
de Vivonne , a eu l'honneur de
falüer le Roy au commencement
de ce Mois. Il y avoit deux ans
qu'il n'eſtoit venu à la Cour , le
zele qu'il a pour Sa Majesté , l'ayant
fait demeurer pendant tout
ce temps , ou ſur les Galeres , ou
en Provence, pour eſtre toûjours
en état d'agir,& pour fairefervir le
Roy de la maniere qu'on voit que
ce Grand Prince eſt ſervy en tou
tes choſes .
Il eſt difficile que vous n'ayez
ſouvent entendu parlerde Mr de
Caſaux,qui s'eſt fait connoître par
fes grades actions dés le temps de
Monfieur le Cardinal Mazarin ,
dont il eſtoit Creature. Sa Majefté
qui l'avoit pourveu du Gouvernement
de Bergues,luy a don- .
né celuy de Thionville vacant
par la mort de Monfieur le Maréchal
de Grancey. Monfieur
: Hiij
174 MERCURE
de Tracy , ancien Capitaine aux
Gardes,& fort connu par ſes ſervices,
va remplir à Bergues la place
de Monfieur de Caſaux ; &
Monfieur des Roches , Maréchal
des Logis de la Cavalerie ,
a eu le Gouvernement de Fougeres.
Il ya eu pluſieurs changemens
dans les Intendances. Monfieur
Charon de Ménars , qui avoit
celle de la Genéralité d'Orleans,
a eſté nommé à l'Intendance de
Paris , en la place de Monfieur
Hotman qui en avoit fait les fonctions,
depuis que MonfieurColbert
de Croiſſy eſt Secretaire
d'Etat. Monfieur de Ménars eſt
un Homme fi connu ,& s'eſt appliqué
de ſi bonne heure aux Affaires
, qu'il n'y a perſonne qui ne
foit inſtruitde ſa capacité&de
fon mérite.
Mon
GALANT.
175
Monfieur de Bezons a eſté
choiſy pour, l'Intendance d'Orleans
; Monfieur le Bret , Maiſtre
des Requeſtes , pour celle de Limoſin.
Ces Emplois ſont d'une
telle importance , & demandent
des Perſonnes ſi fermes , fi incorruptibles
, & fi vigilantes , que
nommer ceux qui en ont eſté
Pourveus , c'eſt par un ſeul mot
faire leur éloge.
Je vous ay fait part de deux
Lettres d'un ſpirituel Inconnu,
qu'unPréſent galant reçeu le jour
de fa Feſte tenoit en inquietude .
Voicy ce qui m'a eſté adreſſé
pourRéponſe.
176 MERCURE
380380380303080030033-803-
AU MERCURE
GALANT.
Idans vostre courſe de
Sha
ceMois
Galant Mercure vous paſſez au
Lieu où vous avezvû Tircis en peine
d'où luy estoit venuſon Bouquet,
dites luy, je vous conjure,
Ne cherche point Tircis , à connoiſtre
la Belle,
Qui t'a voulu marquer par un
préſent de Fleurs ,
Ce qu'un ſecret penchant a de
pouvoir ſur elle,
Nen attens point d'autres faveurs
.
Quoy que ſur ſes defirs puiſſe un
mérite extréme,
Elle ceſſe d'aimer quand on connoiſt
qu'elle aime .
Si
GALANT. 177
Si Tircis neſe contentoit pas de
cette réponse , & qu'il vous preſſaſt
de luy dire davantage ( car s'ilaime
, il doit estre curieux ) ajoûtez
que celle dont ila touché le coeur,
ne mérite que trop fa tendreſſe , &
qu'encor qu'elle fost maintenant
dans une affreuſe retraite on ne luy
trouve rien deSauvage...
:
:
Quelquefois parmy les Deferts
,
Malgré les plus rudes Hyvers ,
On trouve des Objets aimables,
Des Betgeres incomparables,
Une bouche , des yeux , un teint,
un air charmant,
Et tout ce que l'Amour peut fournir
d'agrément.
:
- Si apres toutes ces chofes il vou-
Loit venir au nom , vous luy direz,
H
178 MERCURE
fidelle Mercure , qu'il ne connoîtra
jamais celle qui l'aime , que sous le
nom de Rofaline ; qu'ilfaut qu'ilse
Servede cenompourdeviner le reſte,
s'il le peut,mais qu'il prenne garde
qu'une trop grande curiofité ne ruine
en un moment, ce que l'Amourtâche
depuis fi longtemps d'établir en
Safaveur.
Le Feu cauſe tous les jours les
plus funeſtes ravages , & l'exéple
des malheurs qui en arrivent,
n'augmente point la précaution.
Rien n'eſt plus à déplorer que ce
qui a ſuivy depuis quinze jours
l'embrazement de la Maiſon de
Mr du Vaux Tréſorier des Gardes
Françoiſes,Rue S Denys,proche
S.Sauveur. Deux Corps de
Logis ont preſque eſté tout- à- fait
brûlez, & le troifiéme du fond a
couru grand riſque. Le manque
de
GALANT.
179
de ſoin a cauſé tout ce defordre.
Un Commiſſaire ayant un Apartement
dans cette Maiſon , avoit
prié Madame Galonnier , Veuve
d'un Secretaire du Roy qui y logeoit
comme luy , deluy preſter
ſon Laquais , parce qu'il ſoupoit
en Ville. A fon retour, le Laquais
qui avoit ſervy à le ramener , mit
le pied ſur le Flambeau , & le
Commiſſaire l'ayant pris , le laiſſa
imprudemment dans un Cabi
net remply de Papiers , fans examiner
s'il eſtoit éteint entiere
ment. Quelque temps apres , le
Flambeau ſe ralluma ,&mit tout
le Cabinet en feu. L'embrazement
ſe communiqua bientoft
aux endroits les plus voiſins , avec
tant de violence , que ce fut
un mal fans aucun remede. Le
Commiſſaire fut le premier qui
s'en apperçût. Comme il de-
4
:
voic
180 MERCURE
voit épouſer au premier jour la
Fille de Madame Galonnier , il
courut les avertir l'une & Tartre
du péril où la flame les mettoit.
Elles ſe ſauverent avec la
frayeur qu'il eſt aiſé de s'imaginer,&
furent à peine en lieu d'affurance
, que la Mere ſe ſouvint
d'une Caffete, où il y avoit beaucoupd'argent
, & des Pierreries .
Il luy, fut impoffible de ſe reſoudre
à l'abandonner . Le feu n'ayant
point encore gagné ſa Chabre
, elle ſe perfuada qu'elle auroitle
temps de retirer la Caffete,&
fans confulter perſonne , elle
y retourna ſuivie de ſa Fille,
qui n'eſtoit àgée que de ſeize
à dix ſept ans , & qui crût la
devoir accompagner dans un
lieu où elle pourroit avoir beſoin
de ſecours. Il y a grande appasence
qu'elles uferent de toute
la
GALANT. 181
la diligence poſſible . Cependant
la flame fut encor plus prompte
qu'elles. Sa rapidité arreſta la
Mere, qui fut brûlée à demy , &
la fumée étoufa la Fille. Pendant
ce temps , tous ceux de cette
Maiſon en estoient fortis, à la reſerve
du Curé de Conflans , Parent
de la jeune Demoiſelle , qui
eſtoit venu à Paris pour faire la
Cerémonie de ſon Mariage. Il
dormoit alors ſi profondement,
que quelque bruit qu'on puſt faire
, il ne s'éveilla qu'apres que la
flame luy euſt ofſté les moyens de
fuïr. Ainſi il perit auſſi malheureuſement
que fes deux Parentes,&
ce fut le lendemain un ſpetacle
bien lugubre , de voir emporter
ces Corps , qui n'eurent
tous trois qu'un meſme Convoy.
La Comete ayant paru à Rome
au mois de Decembre de
l'année
:
182 MERCURE
l'année derniere , dans le Signe
de la Vierge , de treize degrez
d'étenduë, chacun raiſonnoit ſelon
la force de ſon eſprit , ou ſa
timidité naturelle , lors qu'une
Poule voulut faire parler d'elle,
auſſibien que la Comete.Elle étoit
au Capitole chez Monfieur le
Marquis Maximi. On dit qu'elle
n'avoit jamais fait d'oeufs . Sur la
minuit elle commença à ſe faire
entendre d'une façon extraordinaire,&
reveilla par ſes cris quantité
de monde comme autrefois
les Oyes du Capitole réveil.
lerent les Soldats qui legardoient.
Il ſembloit que cette Poule attendiſt
quelqu'un pour ſe lever de
deſſus un oeufqu'elle avoit pondu.
Le grandbruit qu'elle avois
fait , excita de la curioſité , &
fit prendre l'oeuf. On apperçût
auſſitoſt de la lumiere au tra-
,
VCES
GALANT. 183
vers , & à la faveur de cette lumiere
on découvrit , les uns difent
la figure de la Comete , &
les autres , de quelque choſe
d'approchant. Il en eſt venu icy
diferens de Rome , & je vous en
envoye deux que j'ay fait gra
ver. Cela vous fera connoiſtre
qu'il eſt dificile d'aſſurer rien
dans le monde , les ſentimens
des Hommes eſtant fi fortpartagez
fur toutes chofes , qu'ils le
font mefme dans celles de fait,
fur leſquelles on ne devroit jamais
l'eftre , fur tout lors qu'il
s'agit du rapport des yeux. Cet
oeuf encometé ( vous voudrez
bien faire grace au terme ) a fait
tant de bruit à Rome , où il a eſté
portédans les plus grandes Maifons
, qu'il y a preſque fait oublier
la veritable Comete. Mais
ce n'eſt pas d'aujourd'huy qu'on
voit
184 MERCURE
voit des prodiges dans la Nature.
Je ſouhaite qu'on écrive autant
fur cet oeuf,que l'on fit il y a quelques
années ſur celuy qui fe trouvadans
le corps d'un Serpent au
Village de Pouffan pres de Montpellier.
Vous vous ſouvenez qu'il
y avoit fix monofyllabes fur cet
oeuf , rangez en colomne, parfaitement
diftinguez les uns des autres,&
fi bien écrits,qu'on auroit
eu peine à les mieux marquer avec
le pinceau. Ces mots étoient,
ou pa re,ma,ne,pa.Je vous envoyay
en ce temps là un fort grand nõbre
d'Ouvrages fur ces paroles;&
s'il m'en vient quelques - uns fur
ce dernier oeuf,vous pouvez croire
que j'auray le meſme ſoin.
D'un Prodige je paſſe à un autre
bien plus ſurprenant , & par
conſequent bien plus difficile à
croire. C'eſt à l'Article de l'Efcarbou
GALANT. 185
carboucle, dont vous me demandez
des nouvelles ainſi que toute
la France. Tout ce que je vous ay
mandé là- deſſus de Monfieur de
Belmont eft tres- veritable. C'eſt
un Gentilhomme de merite,dont
je garde le Memoire qu'il écrit
de ſa propre main en ma preſence.
Le Traité qu'il a fait avec
Monfieur l'Eveſque de Bellay ,
& qu'il m'a montré , eſt unTraité
effectif ; & des Gens de qualité
, & dignes de foy , qui ont
veu ſon ſeing , & qui l'ont reconnu
, m'en ont aſſuré. Peut eſtre
que Monfieur de Belmont s'ef
tant confié à la parole du Païfan,
a trop dit, en me diſant qu'il avoit
veu l'Eſcarboucle. S'il eſtoit vray
qu'il l'euft veuë, il n'y auroit plus
de doute dans cette affaire . Elle
fait encor beaucoup de bruit. Le
Païſan qui dit avoir tué le Dragon,
186 MERCURE
gon, a eſté conduit priſonnier de
la part du Roy à la Citadelle de
Châlons ſur Saone ; & un Preſtre
de ſes Parens qui ſçait ſes ſecrets,
a auſſi eſté mené priſonnier au
Pont S. Eſprit , par les ordres de
Sa Majesté. Tout cela marque
qu'il y a, ou une Eſcarboucle, ou
un grand concert de fourberie
entre le Païſan & ſon Parent. Je
reçois preſentement des Lettres
qui me marquent que Mr de Belmont
eft à Châlons , où il continuë
à ſoûtenir les meſmes chofes
que je vous ay raportées, à tous
ceux qui luy en parlent. Apres
cela , Madame , je croy pouvoir
aſſurer, quand meſme il n'y auroit
point d'Eſcarboucle , quelje n'ay
dit quedes veritez , puis que le
Faitdemeure certain pour ce qui
regarde le Traité qui eſt cauſe .
qu'on a arreſté le Païfan.
A
La
GALANT. 187
La Benediction de la Chapelle
&l'Egliſe del'Hôpital Generalde
Laon
ナ
ſous l'invocation de
S. Loüis& de Sainte Anne , fut
faite le 27. Decembre dernier par
Monfieur Deſmonts, Vicaire General
de Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées , Chanoine & Grand
Archidiacre de la Cathedrale.
C'eſt luy qui depuis douze ans
que cette Eminence eſt dans les
Négotiations à Rome & ailleurs,
a foûtenu ſeul tout le poids du
Dioceſe. La ſageſſe qu'il fait écla
teren le conduiſant le rend bien
digne des loüanges qu'il en reçoit
tous les jours. Les Principaux
dela Ville aſſiſterent à cette Ceremonie
, apres laquelle le Pere
du Pont Jefuite fit un Sermon
qui fatisfit fort tous ſes Auditeurs
, en ſuite dequoy la premiere
Meſſe fut celebrée dans
cette
188 MERCURE
cette Chapelle avec une affluence
de monde extraordinaire , par
Monfieur de Vaſſan Chanoine &
Tréſorier de la Cathédrale , &
l'un des anciens Directeurs Eccleſiaſtiques
de cet Hôpital . Je ne
ſçay fi vous ſçavez que Monfieur
le Cardinal d'Eſtrées en eft Fondateur.
Ce grand Prélat eſtant venu
à Laon à Paſques dernier , témoigna
beaucoup de joye de voir
l'application avec laquelle ces
Directeurs avoient travaillé , pendant
ſon ſejour dans les Païs
Etrangers pour les Affaires du
Roy , à la conſtruction de cette
Chapelle ; & continuant ſes liberalitez
ordinaires envers l'Hôpital
, il réſolut d'y faire élever à
ſes deſpens un ſuperbe Baftiment
de ſoixante & douze pieds
de longueur , joignant la Chapelje
, demeſme ſtructure , aligne-
1
ment,
GALANT. 189
:
ment , & hauteur , afin d'y retirer
les Garçons , qu'on pourroit par
là ſeparer d'avec les Hommes. Ce
deſſein ne fut pas plutoſt conçeu ,
qu'on commença à l'executer.Les
Directeurss'y ſont employez avec
tant dezele , que ſi l'Hyver euſt
eſté plus doux, ce Baſtiment ſeroit
maintenant dans ſon entiere perfection
. Ce n'eſt pas à quoy cet illuſtre
Cardinal borne les projets
de ſa pieté . Il en a medité d'autres
beaucoup plus confiderables pour
l'ornement & agrandiſſement de
cette Maiſon , aux intereſtsde laquelle
il eſt attaché avec une affection
toute finguliere.
Mrde la Grange,Gentilhomme .
du Vivarés , apres avoir entendu
pendant l'Avent quelques Sermõs
du Perede Langeron Recteurdes
Jeſuites de Véſoul en Comté, a fait
abjuration de l'Heréſie de Calvin
en tre
190 MERCURE
:
entre ſes mains dans la même Ville.
Il fertle Roy dans ſes Troupes
depuisquarante ans,& eſt Officier
de Cavalerie dans le Regiment du
Chevalier Duc. Le Perede Langeron
eſt Frere de Monfieur le
Marquis de Maulévrier.
Enfin,Madame, le Baletintitulé
leTriomphedel'Amour, a eſtédancé.
Je vous en ay deja parlé dans
deux de mes Lettres. Dans la premiere
je vous entretins de fon Sujet;
& dans la ſeconde , je vous ay
marqué lesnoms des Perſonnesde
qualité qui en devoient eſtre.Elles
y ontdancé toutes, à la reſerve de
trois ou quatre qui ont eu permifſion
de s'en retirer pour quelques
raiſons de bienſéance. Je ne vous
repeteray pas leursnoms. Le Livre
du Balet eſt public, on peut les y
voir.Je vousdiray ſeulementquela
Muſique de Mr de Lully a eſté
trouvée
GALANT. 191
trouvée tres-belle, auffi -bien que
les Habits. La galanterie y a paru
àl'envy avec la magnificence , le
tout varié d'une maniere fiagreable
, qu'on eſtdemeuréd'accord
que le géniedeMr Berrin ne peut
s'épuiſer , quand il s'eſt meſlé de
quelque choſe. Je croy vous avoir
déjamandé que le Sujet du Balet,
&lesVersque l'onychate,étoient
de Mr Quinaut. Vous connoiſſez
ſa maniere. Tous ſes Ouvrages,fur
tout quand l'Amouryentre,ontun
caractere qui luy eſt particulier.Si
Mr de Benſerade qui faiſoit toujours
les Vers qui ſe chantoient
aux Balets, n'y a pas travaillé cette
fois-cy , ceux qui regardent tous
Perſonnages,& que vous trouverezdans
l'ImpriméduBalet,font
de ſa façon. Il faut entendre la
Cour pour cela, &il la ſçait mieux
les
qu'Homme du monde , ayant fait
depuis
192 MERCURE
4
depuis plus de trente ans, tous les
Vers de cette nature qui ſont dans
les Balets imprimez .Ce travail demande
un eſprit d'autant plus vif,
qu'il faut faire des portraits délicats&
en racourcy,des Perſonnes
dont on parle, par raport aux Perſonnages
qu'elles repreſentent.
Monſeigneur le Dauphin ne dança
point le premier jour du Balet,
mais on fut agreablement ſurpris
quand on le dançala ſeconde fois.
Ce Prince eut paru à peine avec
ceux de ſon Entrée , qu'il fut reconnu
de tout le monde.Il s'éleva
auſſi- toſt un bruit d'applaudiſſement&
de joye, qui occupa quelque
temps toute l'Aſſemblée.Vous
jugez bien avec quel plaiſir on le
vit dancer , puis que c'eſtoit une
preuve de l'entier retabliſſement
de ſa ſanté .Ila réſolu de ſe donner
le divertiſſemet de ſon Entrée une
fois
GALAN Τ.
193
fois chaque ſemaine. Madame la
Dauphine qui s'eſtoit fait admirer
dans toutes les fiennes par ſa jufteffe
à la dance , s'attira de nouvelles
acclamations le ſecond
jour qu'elle parut. Auffi fit-elle
une chofenaffez extraordinaire .
Madame la Princeſſe de Conty
eſtant malade,& n'ayant pû dancer
ſes Entrées , le Roy dit deux
heures avant le Balet, qu'il falloit
que Madame la Dauphine en
dançaſt quelqu'une. Son deſſein
n'eſtoit pas que ce fuſt dés ce
jour meſme. Cependant cette
Princeſſe apprit ſur l'heure une
grande Entrée toute remplie de
figures,& dans laquelle il y a plus
de douze repriſes. Ainſi toute la
Cour fut fort étonnée de luy avoir
vû faire en moins de deux heures
, ce qu'une Perſonne moins
intelligente n'auroit pas appris
Janvier 1681 . I
194 MERCURE
en quinze jours.
Je ne ſçaurois finir cet Article
fans vous parler de l'Entrée , où
Mademoiselle de Nantes dance
feule. Elle s'en acquite avec tant
de grace , de legereté, &de jufteſſe
, qu'elle enchante tout le
monde. Auſſi n'a-t- on jamais veu
perſonne qui euſt l'oreille plus
fine,ny plus d'agrémét pour toute
forte de dances.Quelqu'un ayant
dit au Roy dans une Repetition
generale où Sa Majesté ſe trouva
, que parmy le grand nombre
d'Inſtrumens , on n'entendroit
pas affez les Castagnetes que cette
Princeſſe bat admirablement
bien ; le Roy répondit que ceux
qui devoient ſe meſler avec elle
à la fin de l'Entrée , les batoient
auſſi . Monfieur le Duc de S. Aignan
prit la parole,&dit, On ne les
entendra pas, Sire, le batement des
mains
GALANT.
195
mains de toute l'Assemblée, empeschera
d'ouïr celuy- là. Il ſeroit fort
difficile de bien loüer Mademoiſelle
de Nantes , quoy qu'elle ſoit
dans un âge où les autres ne ſont
encor qu'Enfans ; & c'eſt avec
beaucoup de juſtice que Monſieurde
Benſerade a dit d'elle,
Que de naiſſantes Fleurs ! ô que
cette Princeffe
Represente bien la Icuneſſe,
Et qu'elle aurade grace & defacilité.
Arepresenter la Beauté!
Heureuse de pouvoir un jour estre
fidelle
Atous les traits defon Modelle.
Cen'eſt pas aux agrémens exterieurs
que font bornées les perfections
de cette jeune Princeſſe.
Comme elle a le jugement for
I ij
e
196 MERCURE
mé , avec un eſprit tres-vif , on
trouve dans tout ce qu'elle dit
beaucoup de bon ſens &de fel,
& juſqu'aux manieres de parler,
tout eſt remarquable en elle.L'Ef.
pagnol ne luy eſt pas moins familier
que le François , & c'eſt un
tres-grand plaifir de luy entendre
faire un Conte en cette Langue
, ou raporter quelque choſe
qu'elle ait lû. Elle ne manque jamais
à l'aſſaiſonner de traits d'efpritqui
fontde fon propre fonds,
& qui valent beaucoup mieux
que tout ce que les Livres luy
fourniſſent. Joignez à cela une
grace merveilleuſe dans les moindres
chofes qu'elle fait,& une humeur
engageante qui charme
tous ceux qui ont l'avantage de
l'approcher.C'eſt l'effet des ſoins
qu'on a toûjours eus de fon éducation
,dont le bonheur joint à un
natu
GALANT. 197
naturel incomparable, la rend digne
Soeur de Monfieur le Duc
duMaine.
Il y a tous les foirs des Divertiſſemens
à la Cour , aujourd'huy
Balet,demain Comedie Françoiſe
ou Italienne ,& le jour ſuivant Bal
&Maſcarade. Les Dames dans
une grande parure , ſans pourtant
eſtre maſquées, reçoivent les
Maſques chez Madame la Dauphine.
Monſeigneur le Dauphin
y alla dernierement vétu en Sauvage.
Son Habit eſtoit tres-bien
entendu , & l'on fut longtemps
ſans reconnoiſtre ce Prince. Il étoit
accompagné de Monfieur le
Prince de la Roche- sur-Yon , de
Monfieur le Comte de Brionne,
de Mr le Marquis d'Alincour , de
Mr le Marquis de Moüy , de Mr
le Comte de Fieſque,& de Mr de
Iiji
198 MERCURE
Mimeures. Ily eut plufieurs autresMaſcarades
le meſime jour
tres- magnifiques , & entr'autres
celle de Monfieur le Comte de
Vermandois, dont eſtoient Mr &
Madame de Mortemar , Madame
la Marquife de Seignelay,& plufieurs
autres . Les Bals regnent
auſſi à Paris où il y a beaucoup
*d'Aſſemblées tous les foirs. La
Comédie y en attire toûjours de
fort grandesmalgré la rigueur de
la Saiſon , & Arlequin - Mercure
Galant, autrement, Dien Mercure,
fait fort admirer cet incomparable
Acteur,
Les François ont donné depuistrois
jours la premiere Repre.
fentation de Zaide , Princeffe de
Grenade. C'est une Piece tout- àfait
agreable , dont les Vers font
naturels , les penſées brillantes,&
les incidens fort peu communs.
Elle
GALANT.
199
Elle est bien joüée,& on voit affez
par la dépenſe que les Comediens
ont faite pour des Habits extraordinaires
, qu'ils n'ont point douté
de fon fuccés. Ils doivent joüer
furla fin du Carnaval, une Comédie
en cing Actes , intitulée La
Pierre Philofophale. On dit qu'elle
eſt remplie de Spectacles d'une
invention tres- fingulieres, & qui
on'tmême quelque choſe de grad.
Ceux quicherchentla PierrePhilofophale
ayant plus d'un but , &
eette Science en renfermant plufleurs
autres , ce Sujet doit faire
attendre beaucoup de diverſité.
Le Jeudy 23. de ce mois , Mr
l'Abbé le Camus , Fils de Mr le
Premier Préſident de la Cour des
Aydes , ſoûtint une Theſe pour
Tentative , en la grande Salle exterieure
de Sorbonne.Mr le Coadjuteur
de Roüeny prefida, & dif-
: I iij
200 MERCURE
puta le premier avec toute la capacité
poffible. Ce jeune Abbé répondit
avec beaucoup de doctrine,
de netteté,&de grace. Ily eut
un concours univerſel de toutes
les Compagnies de Paris, Archeveſques,
Eveſques, Ducs & Pairs,
&autres Perſonnes tres qualifiées.
L'Acte commença preciſement à
une heure , & finit à fix . Chacun
admira le Soûtenant ; & dans les
loüanges qu'il reçeut , on peut affurer
que la flaterie n'eut aucune
part, puis qu'on ne s'eſt jamais acquité
plus dignement d'une pareille
Action.
Nous avons préſentement un
nouveau Remede qui fait bruit de
jour en jour. C'eſt un Efprit de
Vin compoſé , dont les effets font
d'autant plus merveilleux , qu'il
guérit les plus grandes maladies,
fans le ſecours de la Saignée. Il
s'appli
GALANT. 201
s'applique extérieurement ſur le
corps , meſlé avec fix fois autant
d'eau , & quelquefois tout pur,
quand le mal devient preſſant. Le
Remede agit par une inſenſible
- tranſpiration,en ouvrantles pores,
&tirant au dehors les humeurs
malignes qui cauſent les maladies.
On en a veu pluſieurs cures furprenantes.
: Je viens à l'Explication des Enigmes
du dernier Mois. Monfieur
Bouchet, ancien Curé de Nogent
le Roy , a renfermé le vray Mot
de la premiere des deux en Vers,
dans ce Madrigal.
Mercureeft en humeur, Mercu
toute en joye ;
Etpourfaire éclaterfa liberalités
Dans ce Mois de Ianus il nousa
preſenté,
Sinon un bel Habit , du moins la
Petite Oye.
IV
202 MERCURE
Cemême Mot a eſté trouvé par
Mademoiselle Lonmeau,du Mans;
& par Meſſieurs Samſon ; d'Abbéville
; F. Ha.. du Meſnil , de
Chambrais en Normandie ; De
Languedoc , Procureur au Parlement
de Bretagne ; L'Hermitede
Sacé , pres de Pontorçon ; &le
Solitaire de la Ruëdes Arciss les
cinq derniers en Vers.
On a auſſi expliqué cette même
Enigme ſur la Mode , la Veste , les
Lettres d'Imprimerie ou Alphabet,
La Barbe& la Perruque..
Le vray Mot de la ſeconde eſt
dans ce Quatrain de Monfieur
Richebourg deCrucy..
APrenez, Mercure Galant ,
Ce Proverbe receu dans les plus
grandes Villes ;
Lors que l'Hofteffe est belle , & le
Vin excellent ,
Les Enſeignes font inutiles..
GALANT. 203
Ceux qui l'ont expliquée ſur ce
meſme Mot, fontM" l'Abbé Vaucler,
de Moleſme ; Guerignon, de
Montargis;Hutuge d'Orleans,demeurant
à Mets;Carrier,Avocat à
S.Eſtienneen Forest;& Meſdames
dela Tuſte,& de la Guette. Quelques-
unsont crû que c'eſtoient
les Dents, les Cartes, les Plumes , les
Paffions, &les Marionnetes .
Pluſieurs ont expliqué l'une &
l'autre dans leur vray ſens ,& ce
font M'le Roux , Peintre dans la
Ruë Royale ; Le bon Clerc de
Châlons ſur Saône ; L'Inconſtant
de Profeſſion , le Perroquet des
Muſes ; La belle Drion , de Provins;
L'aimable Euterpe ; L'Abbé
de Cary, de Marseille ; L'Amante
fans amour ; La Spirituelle Calliope
; La belle Recluſe ,&Plantine
la Cadete. En Vers , Meffieurs
le Chevalier Blondel ,
L'Abbé
204
MERCURE
L'Abbé de la Ruë Montmartre,
Caudron , d'Abbeville ; M. ou le
Poulet perdu recouvré de la belle
Mouton d'Alençon ; Le Conſeiller
de la Rue des cinq Dia
mans ; Le Rat du Parnaſſe du
Cloiſtre S. Mederic ; Mademoiſelle
Baſtonneau , de la Ruë
des cinq Diamans ; & la Blondine
Guerin.
Voicy deux nouvelles Enigmes
en Vers que je vous propoſe. Lai
premiere eſt de Monfieur de la
Mare- Chennevarin de Roüen ...
ENIGME..
Andis que jeregnois , on voyoit
àmafuite
Un tres- grand nombre de Sujets.
Si les uns d'inconstance accufoient
ma conduite,
L'avois pour d'autres des attraits.
:
Ie
@GALANT.
205
Te leurfaifois du bien ; mais lors que
mon caprice
Me portoit à faire dumal,
Plusieurs , fi je manquois de leur
estre propice ,..........
Se voyoient presque à l'Hôpital.
Mesme on parloit de moy juſquefur
leTheatre,
Quandun renommé Potentat
Ne pouvant mesouffrir,m'a bientoft
fait abatre,
En me chaſſant de fon Etat.
-AUTRE ENIGME
J
E vay dans tous les lieux , je fuis
de tous les temps ,
Et j'ay pris toutefois monorigine en
France;
Ie me meslepar tout avec toute affun
Et parle librement des petits&des
rance ,
grands.....
Tous
206 MERCURE
:
Tous ces Philosophes antiques
Dont vous voyez remplir les plus
vastes Boutiques ;
Ces fameux Orateurs qui vous ont
fait la loy ,
N'en ontjamais tantſceu que moy.
MaScience est univerſelle ,
Et je ne sçay parler qu'en langage
François;
L'écris, je dis, je fais cent chofesàla
fois ,
Etj'apporte de tout la premierenouvelle.
Aux plussçavans Docteurs,aux plus
rares Esprits.
Le donne de la Tablature,
Et vous-mesme,GalantMercure,
Vous vous fervez ſouvent de ce que
je vous dis.
:
Mais vous ne faites pas comme ces
Gensfansfoy.. Gom
GALANT.
207-
Comme ces langues indiscretes ,
Qui pour faire éclater des intrigues
Secretes,
Diſant ce qu'il leurplaist ſe déchargentSurmoy.
Monfieur Gardien , Secretaire
du Roy , & Monfieur l'Abbé Minot
, ont trouvé le vray ſens de
'Enigme en Figure d'Aſcanius,
en l'expliquant ſur le Fufil. Le
Pere, eſt le Fer; la Mere ,la Pierre;&
le Petit avec ſa flame,l'Etincelle
qui eft produit par cette
Pierre& ce Fer. Le Matelas eſt la
Méche,& la Couche eſt la Boëte
du Fuſil . Je ne puis m'empeſcher
de mettre icy l'agreable Explication
de la Blondine Guerin , qui
n'ayantpas trouvé le Fufil, a tourné
l'Enigme ſur la Chandelle.
Aufli bienne le bat-on que pour
L'allumer, :
Faut108
MERCURE
F
Aut - il se tourner la cervelle,.........
En ruminant & recherchant
Quelque chose de finſur l'Enigme
nouvelle.
Ony voit pres d'un Lit Ænée &Sa
Femelle,
Avec Afcanius ardent ;
Get Ardetn'est qu'une Chandelle
Qu'ils éteignent enſe couchant.
3
Au lieu d'une nouvelle Enigme
en Figure qui n'a pû eſtre preſte
ce Mois- cy , je vous donne les
nouveaux Jettons de cette année,
dont j'ay ramaſſé la plus grande
partie felonma coûtume. Comme
-la curiofité qu'on a de voir ces
Jettons n'eſt que pour les Deviſes
, j'ay fait ſeulement graver les
Revers. Ainſi la Médaille du milieu
ne vous fait point voir le Portrait
du Roy qui eſt d'un coſté..
Cette
GALANT.
209
CetteMédaille a eſté faite en Allemagne.
Vous voyez dans ſon
Revers une Epée, un Bouclier,&
une Corne d'Abondance , avec
ces mots, Sub Clypeo, ferro & auro.
Au deſſous eſt la Figure de la
France , qui tient d'une main cel
le de Juſtice environnée de Serpens
, dont elle forge une Palme
ſur une Enclume , avec ces paroles
, Pacemprudentia cede
le lointain ,
nité d
210 MERCURE
le jeune,&Quinaut, tous trois de
l'Académie Françoiſe. Monfieur
Charpentier a fait la quatrième,
Monfieur l'Abbé Tallemant , la
premiere , la troifiéme,& la fixié
me ;&Mr Quinaut, la huitième.
La premiere eſt pour le Tréfor
Royal. On y voit un Aqueduc,
avec ces mots , Vebit , nonfervat.
L'Aqueduc ne ſert qu'àporter les
veniconlent fans ceffe , & ne
Le Trefor
Heu par
GALANT. 211
ſageſſe,eſt la Couronne du Mary .
La troiſieme a efté faire pour
Madame la Dauphine.Elle repréfente
la Couronne d'Ariadné,tel
le qu'on la voit au Ciel parmy les
Constellations. Ces paroles ſont
autour ,Novum decus addita Calo.
Ariadné fut aimée de Bacchus,
Fils de Jupiter,qui l'épouſa, & qui
fit mettre ſa Couronne au nombre
des Constellations. Cela convient
admirablement à Madame
la Dauphine , qui a épousé le
digne Fils de LoUIS LE GRAND,
&qui par fa naiſſance & les rares
qualitez a merité de fe voir
placée dansla plus auguſte Famille
du monde.
La quatrième eſt pour la Marine.
Elle nous fait voir un Phare
que la Mer entoure, avec du feu,
allumé enhaut, & ce commencement
de Vers,PerScopulos dat tu-
L
tus
212 MERCURE
tus iter , pour faire entendreque
la prudence de Sa Majesté eſt un
Phare , qui a conduit le Vaiſſeau
de l'Etat en ſeureté au milieu des
perils dont nous l'avons veu environné.
La cinquiéme eſt pour l'Artillerie.
Ce ſont des Canons démontez
, & qui n'ont point d'occupation
, avec ce demy Vers de Virgile,
Deus nobis hac otia fecit . Rien
ne marque mieux le bonheur
dont nous joüiffons , par la Paix
que Sa Majeſté nous a donnée.
La ſixiéme eſt pour les Bâtimes.
On y découvre un Aigle dans số
aire,avec ces paroles , Domos , non
ad otia. Un Aigle bâtit ſon nid
avec ſoin,& le rend le plus cõmode
qu'il peut, mais ce n'eſt pas pour
y demeurer oyfif. Il s'occupe inceſſammet
àlı Chaſſe,où il exerce
fa force contre d'autres Animaux.
Ain
GALIANT. 213
Ainſi le Roy fait bâtir de magni-*
fiques Palais pour luy &toute fa
Cour, mais fon coeur ſe porte à
des pensées bien plus nobles. Il eſt
fans ceſſe appliqué à gouverner
fonEtat, à prevenir les deſſeinsde
ſes Ennemis , & il n'y a point de
momens où il ne veille pour l'intereſt
de ſa gloire,&pour le bien
deſes Peuples.
La ſeptiéme eſt pour l'Ordinaire
des Guerres. C'eſt un Soleil
dardant fes rayons ſur des Lys,avec
ces mots , Hoclumineflorent.
Tout le monde ſçait que la France
doit au Roy le haut pointdegloireoù
elle eſt montée.........
La huitiéme eſt pour les Parties
Cafuelles. C'eſt une Ancre,
environnée de ces mots , Salus
perituris.Demeſmequ'une Ancre
ſert à ſauver ceux qui eftant prêts
dedonner contre un écueil , font
en
214 MERCURE
en danger de périr ; le Droit annuel
que les Officiers de ce Royaume
portent aux Parties Cafuelles,
conſerveles Charges qu'ils
perdroient ſans ce ſecours.
La neufviéme eſt pourles Põts
&Chauffées. Ce,ſont deux Arches,
avec ces mots, Eduxit me de
lut ofecis,pour faire entendre que
les Chauſſées qu'on éleve dans
les cheminsbas & enfoncez , en
rendent par tout le paſſage aiſé.
La dixiéme eſt pour la Ville.
C'eſt un Navire,avec ces paroles,
Unde omnia regimen. La Ville nous
fournit tout , ou nous fait tout
fournir.On ne m'a pû dire le nom
de ceux qui ont inventé cinq de
ces Medailles. Elles ont eſté gravées
par Mrs Chéron & Loir. Il y
en adeuxqui ne lesõt point encor
&que je vous envoyeray le Mois
prochain. Ce ſont les Galeres ,&
l'Extraordinaire des Guerres.
GALANT.
215
On m'apprend que Monfieur
l'Abbé de Bragelonne s'eſt attiré
de grands applaudiſſemens à
Mets où il a preſché dans l'Egli.
ſe des Jeſuites le premier jour de
l'Année. L'Aſſemblée eſtoit toute
-enſemble tres-nombreuſe & tres-
-choifie. Monfieur d'Aubuffon de
-la Feüillade, Archeveſque d'Am-
-brun , & Evefque de Mets , s'y
trouva,avec la plus grande partie
du Parlement & du Clergé , &
tout ce qu'il y a de Perſonnes
confiderables dans cette Ville.
Cet Abbé eſt Fils de Monfieur
• de Bragelonne,Premier Preſident
de Mets.
Vous me demandez,Madame,
ce que c'eſt que Monfieur de
Longueval qui dance au Balet
Hans l'entrée des huit Amours,
parce que vous en connoiffez pluſieurs
qui portent ce nom. C'eſt
Mon
216 MERCURE
C
Monfieur le Marquis d'Haraucourt,
décendude cette Branche,
qui eft celle de l'Aîné de tous
ceux qui font en France. Il y en a
d'autres en Allemagne & en Fladre,
dontMr le Comte de Buquoy
eſt l'aîné. Cette Branche d'Haraucourt
a l'honneur d'eſtre al-
-liée à la Reyne de Portugal,à Madame
Royale , à Madame la Ducheffe,&
à Meſſieurs de Vendofme.
Les Ayeux de ce jeune Marquis
d'Haraucourt Longueval,qui
dance au Balet , ont poſſedé les
premieres Charges de la Cour,&
eu l'avantage de ſe faire toûjours
diftinguer das les Armées par leur
bravoure , & par leur attache-
: ment particulier au Service. La
: mere du Marquis dõtje vous parle,
eſt de la Maiſon de Pipemont
en Flandre. Elle a perdu deux de
ſes Freres dans les Armes . Son
Aîné
GALANT.
217
1
:
Aîné eſtColoneld'un Regiment
de Cavalerie. C'eſt une des plus
belles Femmes du Royaume , &
qui eſt demeurée Veuve das une
grade jeuneſſe,M. ſon Mary étant
mort dans le Service il y a fix ans.
J'ay cu raiſon de vous dire que
l'on ne s'accorde preſque jamais
fur les Points de fait. Apres vous
avoir fait part de deux Figures
diferentes de l'oeufde Rome , où
l'on a trouvé les images naturelles
de la Comere , je reçois préſentement
de Rome meſme une
autre Figure de ce meſme oeuf,
encor diferente des deux premieres.
On y voit une Comete avec
une queue. Cette Comete a au
milieu une petite Etoile,& audeffus
d'elle,une eſpece de Croix de
Lorraine,qui touche àune petite
portion de Cercle. Ily a deux autres
Figures d'oeufjointes au pre-
Janvier 1681 . K
218 MERCURE
mier, l'un trouvé deux jours apres
l'oeufde laComete,& l'autre quad
elle acommencé à diſparoiſtre.
Ainſi ce font trois oeufs qui en
meſme temps ont fait bruit à Rome.
Le ſecond n'ade remarquable
que la figure d'une Boule
toute tachetée,& au deſſous ,celle
d'un fort gros Serpent. Le troifiéme
n'a que deux petites figures
de Boules affez imparfaites . C'eſt
quelque choſe de ſurprenant que
ces jeux de la Nature qui ont paru
avec la Comete, ſi pourtant ce
font de vrais jeux de la Nature ;
car j'ay quelquefois entendu dire
qu'il y a des eaux qui penetrent
l'écaille des oeuf, & avec leſquelles
on trace au dedans telles figures
qu'on veut,
Ceux qui voudront ſe guérir
de la peur de la Comete, peuvent
aller voir la petite Comedie que
la
GALANT.
219
la Troupe Royale des Comédiés
François a commencé de repréſenter,
ſous le meſme titre de la
Comete,avec beaucoup de ſuccés.
Elle fait connoiſtre qu'on n'a aucun
lieu de s'en effrayer , & marque
d'une maniere tres- enjoüée ,
l'opinion du fameux Deſcartes
fur cette matiere)
Le Peuple atoûjoursvoulu que
les Cometes fuſſent le préſage de
la mort des Grands. C'eſt là deffus
qu'un fort galant Homme
ayant appris que l'Eléphant de
Verſailles eſtoit mort , a fait l'Inpromptu
qui fuit.
INPROMPTU
Assurez- vous que Du Ciel la
la Comete
funeste Interprete,
Prédit toûjours la mort d'un Grand.
Ne voila t - il pas qu'à Versaille,
K 2
220 MERCURE
:
Etendu , couchéfur lapaille
Vient de mourir un Eléphant ?
Si ma Lettre eſtoit moins longue,
je vous ferois part icy d'une
Avanture de la Comete , que je
remets àune autre fois,pour vous
apprendre la mort de Monfieur le
Comte de Vaillac. Il s'appelloit
Jean-Paulde Gourdon de Genouillac,
eſtoit Premier Baron de
Guyenne, Chevalier des Ordres
du Roy, Chevalier d'Honneur de
Madame, Lieutenant Generaldes
Armées de Sa Majefte , & avoit
eſté Premier Ecuyerde Monfieur
&enfuite Capitaine de fes Gardes.
Jamais Homme ne fut plus
univerſellement aimé & eſtimé.
Il avoit la plus belle ame du monde
, une droiture admirable dans
toutes ſes actions,&une ſincerité
fans égale. Son zele pour tout ce
qui regardoit le Roy estoit incroyable
GALANT. 22F
croyable. Ila ſervytres- utilement
en pluſieurs rencontres , & particulierement
pendant les mouvemens
de Guyenne. La confidération
où il eſtoit dans cette Province,
fut cauſe que luy ſeul,à la
teſte de ſes Amis , il rendit des
ſervices d'une fort grande importance.
Sa Maiſon eſt tres- illuſtre ,
&il eſt mort le 18. de Janvier en
fa 61. année.
Dimanche dernier , 26. de ce
mefme mois , fur les onze heures
du foir , Madame la Maréchale
du Pleffis , Dame d'Honneurde
Madame , ſe trouva ſurpriſe d'apoplexie,
âgée de 78.ans.Tous les
Remedes qu'on employa furent
inutiles , & elle mourut un peu
apres. C'eſtoit une Dame d'une
tres grande vertu , & qui faiſoit
éclaterſa pieté en toutes rencon
tres. Elle s'appelloit Colombe le
Kiij.
222 MERCURE
Charron ,& eſtoit Veuve deMef.
fire Céſar Duc de Choiſeul, Pair
&Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Monfieur, Premier Gentilhomme
de ſaChambre,&Gou .
verneur & Lieutenant General
pour ſa Majeſté des Païs & Evefché
de Toul.
Monfieur de Bernieres,Procureur
General au Parlement de
Roüen, eſt mort auſſidepuis quelques
jours. C'eſtoit un Magiſtrat
fort aimé, & qui par ſes manieres
honneſtes s'eſtoitacquisune eſtime
genérale. Aufſi peut- on aflurer
que toute la Ville a pleuré ſa
perte. La Maiſonde Bernieres eff
une des plus conſidérables de la
Robe,& a de tres-grades Aliaces.
Je finis par le recit de deux autres
morts , arrivées le 15. de ce
mois à Angers , de la maniere du
L
mon
GALANT. 223
monde la plus tragique.UnHomme
, ayant une Charge qui luy
donnoit droit de porter l'Epée,
quand il ne l'euſt pas eu par ſa
naiſſance, entra dans une ſi forte
jaloufie de quelques ſoins qu un
jeuneMarquis rendoit à ſa Fcmme,
qu'il n'euſt plus aucun repos.
Il luy fit d'abord les reproches les
plus aigres des honneſtetez qu'elle
avoit pour le Marquis , & la
Dame n'ayant pas laiſſe de le voir
encor chez une Amie malgré ſa
defenſe , il n'en fut pas plutoſtaverty
, qu'il perdit l'uſage de ſa
raiſon . Il vintdes paroles à des
traitemens indignes , & fit connoiſtre
à ſa Femme par une facheuſe
épreuve,qu'il étoit jaloux
juſqu'à la fureur. La Dame , auffi
fiere qu'elle paroiſſoit aimable, ſe
trouva ſi indignée de l'emportement
de ſonMary , qu'elle reſo-
2
K iiij
224 MERCURE
lutde s'en vanger. D'autres auroient
borné leur vangeance à
redre heureux le jeune Marquis.
Elle en uſa d'une autre maniere.
Comme elle avoit beaucoup de
courage , & qu'aimant les armes
avecpaffion, elleprenoit quelquefois
plaifir àtirer unPiſtolet,àmanier
l'Epée,elle s'habilla en Homme,&
avec une grande Perruque
qui luy cachoit une partie du vifage
, elle alla attendre ſon Mary
dans une Ruë écartée ,où elle ſçavoit
qu'il devoit paſſer. Si toft
qu'elle l'aperçeut , déguiſant fa
voix, elle luy cria de ſe défendre,
&courut fur luy avecune réſolu.
tion ſi déterminée,que quoy qu'il
puſt faire pour ſe garatir du coup,
elle luy paſſa l'Epée au travers du
corps. Le Mary ſe ſentantbleſsé
mortellement , ramaſſa tout ce
qu'il avoit de vigueur,& luy donna
GALANT.
225
na à ſon tour deux coups mortels
qui la jetterent par terre. Elle s'écria
qu'elle estoit morte; & l'in
fortuné Mary ayant reconnu ſa
voix , apprit avec beaucoup de
douleur qu'il avoit tué ſa Femme .
Le ſang qu'il perdit ne luy laiffant
point affez de force pour ſe
foûtenir, il tomba à coſté d'elle . Ils
ſe dirent beaucoup de choſes fort
tendres, & fe demanderent réciproquement
pardon,en s'embraffant.
On accourut pour les ſecourir
, mais il fut impoſſible de les
fauver,& ilsmoururent tous deux
dés le meſme jour. La Dame eftoit
deFamille noble,grade,bienfaite
, brune , mais fort agreable ,
avoit beaucoup d'enjoüement, le
viſage rõd,& les dents fort belles .
Le Roy a honoré Monfieur
l'Abbé d'Hervault , nommé depuis
peu Auditeur de Rote , d'un
Brevet
226 MERCURE
1
Brevet de Conſeiller d'Etat. Il eſt
Docteur de Sorbonne. Le nom
de fa Maiſon eſt Yſoré. C'eſt un
ancien nom de Touraine. Le premier
qui s'y voit eſtably, & dont
la ſuite ſe juſtifie, par Titres , eſt
un Litard Yſoré qui vivoit envi.
ron l'an 1100.& eſt qualifié Senéchal
du Comte d'Anjou , Fils de
Foulques Roy de Jerufalem. Cette
Maiſon a toutes les anciennes
marques de grandes Nobleſſe,
mais elle ſe glorifie principalement
de n'avoir jamais pris de
mauvaiſes Alliances , & d'avoir
toûjours eſté attachée au ſervice
des Roys avec une fidelité finguliere.
Le Livre de Monfieur de Blegny,
intitulé ,La Découverte de l'admirable
Remede Anglois , adonné
lieu à Monfieur Spon,fameux par
quantité de ſçavans Ouvrages ,
d'en
GALAN Τ.
227
d'en faire imprimer un autre qui
a pour titre , Obfervations fur les
Fievres & les Febrifuges. Ces obſervations
font auffi utiles que
curieuſes ,&fe vendent chez le
Sieur Blageart , Court- neuve du
Palais , au Dauphin
J'ay oublié de vous dire que
pluſieurs Gentilshommes d'Andely,&
des environs , ayant fait
une grande Partie de Chaſſe le
jour de la Feſte de S. Hubert, ont
donnédepuis cetemps des Feſtes
continuelles à toute la Nobleffe
du Païs de l'un & de l'autre Se
xe. Il y a eu deux fois la ſemaine
diverſes Tables ſervies avec autant
de propreté que d'abondance
, & les Violons n'ont point
manqué àtous ces Repas.Les derniers
ont eſté precedez de la Repreſentation
des Fâcheux , & de
la petite Comédie du Deüil. Jugez
228 MERCURE
gez combien de plaiſir reçeurent
les Dames qui avoient eſté invitées
à ce Divertiſſemnt, puis que
tous les Rôles furent joüez avec
toute la juſteſſe & tout l'agrément
poffible. On y admira fur
tout une fort aimable Perſonne,
auſſi conſidérable par ſes belles
qualitez que par ſa naiſſance, qui
fit tout ce qu'on euſt pû attendre
d'une Actrice conſommée , dans
le Perſonnage qu'elle voulut bien
repréſenter. Andely eſt une petite
Ville à ſept lieuës de Roüen,
où il y a Préſidial,& de fort honneſtes
Gens . Je ſuis , Madame,
voſtre &c.
A Paris ce 31. Janvier 1681 .
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