Fichier
Nom du fichier
1680, 12 (Lyon)
Taille
9.59 Mo
Format
Nombre de pages
291
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1680.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere.
M. D C. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
s
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Avant-Propos.
pag. 1
S
Convent fondé par M. le Comte &
Madame la Comteſſe de Jarnac, 14
Les Ramiers & le Hibou . Fable , 16
Chaffes, 22
Maiſon de Grancey , avec les Actions
du Maréchal de ce nom. 26
Mort de M. le Marquis de Gordes, 31
Mort de Monfieur Lainſné. 32
Mort de M. deBon , Premier Preſident
de la Cour des Comptes , Aydes, &
Finances de Montpellier , 34
Vers pour unConcert , 37
Reception faite par Monfieur l'Evéque
du Bellay à Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées .
45
Harangué faite à Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées. 48
Actions charitables faites par M. l'Evéque
de Condom. 54
Mariage de Monfieur de Cotentin avec
aij
TABLE.
la Fille de Monfieur le Prefident
Briou ,
Excuſe d'Infidelité par Echo ,
56
58
Monfieur Planque eft choisi pourGouverneur
des ville & château de
Bayonne , & Lieux circonvoifins,
SI
Survivance de la Charge de Preſident
au Conſeil d'Artois , accordée àM.
Sçaronde la Longue , 54
Lettre en Vers & en Profe , 56
Mortde Monfieur le Marquis de Brouil
ly , 60
Mort deMademoiselle de Braine , 61
Mort de M. Dreux , 63
Mortde Monfieur l'Abbé d'Aubignac,
ibid .
Le Juge avare , Hiſtoire , 65
Lettre en Profe &en Vers , de Monfieur
de S. Evremont , 81
Mercuriales , & autres Harangues faites
au Parlement , १०
Ouverture de l'Ecole de Medecine faite
par M. Pilon ,
Audiance donnée à M. de Guilleragues
par le Grand-Vizir ,
LeChat & la Souris , Fable ,
95
ibid.
104
Preſent
TABLE.
Preſent fait au Roy par M. l'Electeur
deBrandebourg , ΙΙΙ
Amours de Mars & de Venus , repreſentées
par M. Mignard dans le nouveau
Sallon de S. Cloud, ibid.
Nouveaux Conſeillers d'Etat nommez
par le Roy, 112
Ambaſſadeur de Portugal conduit à
T
Lisbonne, par M. le Marquis de la
Porte de Vezins , 114
Honneurs Funebres rendus à feu Monfieur
l'Electeur Palatin ,
Mort de M. le Prince Radzévill.
II
121
Mort de M. de Langlade , 123
Mort de M. Salmon , ibid.
La Linote & le Moineau , Fable, 125
M. d'Oppede eft nommé par le Roy
ſon Ambaſſadeur en Portugal , 136
Soins du Roy , pour rendre l'Etude du
Droit plus florifſante , 137
Hiſtoire, 139
Theſes ſoûtenuës par Monfieur l'Abbé
Pelot , 159
Converfion 160
Sujets des Prix de l'Eloquence & de la
Poëfie , propoſez par l'Academie
Françoiſe ,
ibid..
aiij
TABLE .
garde ,
Doüay ,
Epiſtre en Vers de Monfieurde Lignieres,
à Madame la Ducheſſe de Belle-
164
Mortde M. des Bonnets Gouverneur de
182.
Gouvernement de Doüay donné à M.
deVauban , 184.
Gouvernement de la Citadelle de Lile
donné à M. du Metz , 187
Divers ſentimens fur les Cometes, 191
Madrigal , 197
Epitaphe , 198
Convalefcencede Monfeigneur leDauphin
, avec les Divertiflemens de la
Cour, 199
Hiftoire 202
Lieutenance de Roy du Gouvernement
de Champagne , donnée à Monfieur
deBeaupré, 2097
M. l'Abbé des Alleurs prefche devant
Leurs Majeftez , 210
Enigme ,
2111
Autre Enigme , 212
Mort de Madame la Duchefſe de Luxembourg,
214
Mort de Madame de Lyonne, 217
Mort de Mademoiselle de Perigny, 318
Mort
TABLE.
Mort de Mademoiselle Bignon , 219
Mort deMademoiselle Courtin , ibid.
Mort de Mademoiſelle de Vienne de
Combe
Mort du Pere Kircher ,
Mort du Cavalier Bernin ,,
Divertiſſemens publics ,
220
222
223.
ibid.
Nomsdes Perſonnes de qualité qui dancent
au Balet , 225
Explication de l'Ombre Ideale de la
Sageffe Univerſelle ,
Modes nouvelles ,
Belle Action du Roy ,
Fin de la Table.
235
237
240
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
८
P A
r Grace & Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, defaire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE CALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps&
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans leconſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678.Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Acheué d'imprimer pour la premiere fois la
3.1. Decemb.1680
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
J
Evouspreſente, cher Le
Eteur , pour la quatrième
Année le Mercure Galant
; je vous envoyeray
dans quinze jours fans manquer
l'Histoire de D. Quichot de la
Manche , de la Nouvelle Edition
d'un deses Meſſieurs & de mon impreſſion
, que vous m'avez plusieurs
fois demandée , ayant trouvée l'impreffion
de Paris trop chere , vous
ferez Satisfait du prix , puiſque je
vous la donneray pour cinq livres
relić. Vous recevrez aussi en même
temps le Troiſiéme & Quatriéme
Tome des Amours de Catulle.
Vous trouverez mon Catalogue depuis
Le Libraireau Lecteur.
puis trois Années , où il y a des Livres
tres - curieux & nouveauxfans
ordre , car ils ont esté mis au Mercure,
ainsi que jevous lesay donné
cy- devantpar Nouveautez , c'est de
quoy je vous avertis ; autrement je
vous les aurois envoyez parScience,
ou par lettre Alphabetique. Tous
ceux qui voudront qu'on leur envoye
le Mercure, font advertis de faire
payer fix Mois ou un Année par
avance , & quand leurs temps fera
fini , d'en faire toucher d'autre, autrement
on ne leur envoyera plus,
& de bien marquer par quellevoye
ils veulent qu'on les leurs envoye,
ce que l'on fera tres - feurement,
comm'auſſi de tous autres Livres
que l'on voudra , que je fourniray
en conscience àun prix tres - raiſonnable.
Ceux qui envoyeront des
Pieces pour le Mercure on Extraordinaire
ſont priez d'affranchir
leurs
Le Libraire au Lecteur.
leursports de Lettres, autrement il
est inutile de les envoyer. On continuera
à diftribuer le Journal des
Sçavans pour fix fols le Cahier,
aussi bien que les Nouvelles Découvertes
de Medecine, mais ceux qui
les voudront avanceront leurs argent
pour toute l'Année, autrement
ils n'en auront point , c'eſt dequoy
ilsfont avertis , & on n'en vendra
aucun Separé qu'on ne les prennent
toute l'année, j'entend de l'année
1681.Pour les autres cy - devant
on les ſeparera à ceux qui en manquent.
L'ay quantité de Livres Nouveaux
fur Preffe , que je vous envoyeray
inceſſamment, comme auſſi
plusieurs que j'attens de Paris , &
autres Païs dont je vous feray part.
Tous les Volumes des Mercures
fe vendront toûjours tant vieux
que nouveaux , sçavoir , ceux de
1677.
Le Libraire au Lecteur.
1677. ily en a dix Volumes à 12.
fols le Tomefait 6. livres ; de 1678.
ily en a douze Volumes à 20.fols,
fait 12. livres ; de 1679. il y en a
treize Volumes à 20. fots fait 13.
livres ; de 1680. il y en a 15. Fo
mes à 10.folsfait 15. livres,fait les
quatre Années 46. livres; & les,
Extraordinaires , iby en a 4. Vo
lumes de 1678. quatre de 1679. &
quatre de 1680. à 30. fols le Volu
mefait 18 livres, le tout fansmarchander
, & onſeparera telVolume
que l'onvoudra pour le mesme pris
il eft inutile de les demander a
meilleur marché , quoy qu'on les
prenne tous àla fois , on n'en ra
battra rien du tout.
2
L'Extraordinaire du Quartier
d'Octobre 1680. Se diftribuera te
25. Janvier 1681.
CATA
LIVRES NOUVEAUX,
qui se trouveront à Lyon chez
le Sieur AMAULRY depuis
l'Année 1678.
SI
Hiftoire de l'Egliſe de M. Go-
Pratique de Pieté , ou Entretiens pour
tous les jours de l'année,ſuivant les Maximes
de l'Evangile , 12. 3.vol. 2.live.
dix fols.
L'Art Poëtique du Pere Lamy , 12.
30. fols.
Nouveaux Plaidoyez de M.Patru, 4.:
Le Comted'Effex,Tragediede l'illu
ſtre M. de Corneille le jeune, 12.11.
Les Nobles de Province, Comedie de
Monfieur de Haute Roche. 10.fols .
Le Comted'Ulfeld, 12. 10. fols.I
Memoires duMarquis d'Almachu,vz.:
2.vob 20.fols, m
T
Traité des Armes , des Machines de :
Guerre, enrichies de figures,par le Sieur
Gayas 12,130fols bonita b
Les Livres de S. Auguſtin de la maé
4
Catalogue.
niered'enſeigner les principes de la Religion,
12. 2.livres.
Remarque ſurunEcrit dicté àDoüay,
12. 30. fols.
La Vie& la Mort Chreſtienne par le
Pere Cyprien de Gamache, 12. 2. livr.
La Princeſſe deCleves, 12. 4.vol. 5.1.
-Idem, la Critique, 12. 30.f.
Nouvelles Amoureuſes &Galantes,
12. 30. fols.
-Heures en Vers de l'incomparable Se
de Corneille l'aifné, 12. fig. 3. livr.
Le quatrième Volume des Effais de
Morale, 12. 2.livr. 5. fols.
La Diſcipline de l'Egliſe du P.Thomaſſin,
fol. 2. vol. zo . livr.
Oeuvres de Meſſieurs de Corneille
augmentées de trois nouveaux Volumes
qui ſe vendent ſeparez, 12. 10.vol. 15.
Architecture Navale, 4. 6. livr.
Hiftoire du grand Tamerlan, 12. 2.1.
De Lazarille deTornes , Traduction
nouvelle, 12. 2.vol. 2. livr.
JeuRoyal de la Langue Latine avec
les Cartes , 8.
Nouveau jeu de Carte du Blazon, 30.f.
Hift.du Schifmedes Grecs, 12.2. vol.
de
Catalogue.
-de l'Arianiſme, 12.3.vol .
des Iconoclaſtes, 12. 2.vol,
- des Croiſades, 12. 4.vol.
-du Schiſme d'Occident, 12.2.vol.
Hiſtoire de la Chancellerie parMonſieur
Teſſereau, fol . 15. livres.
Religion contre les Athées, 12. 30.f.
Capitularia Regum Francorum Auctoris
Steph . Baluz, fol. 2.vol. 30. 1.
Sentences ſur la Bible du Sieur Laval,
45. fols.
Sentences& Inſtructions Chreſtiennes,
tirées des Oeuvres de S. Aug. par
ledit Laval , 12. 4.vol. 9.livres.
Phedre & Hippolite, Tragedie, 12.
Origine des Guerres par P. Linace
de Vaucienne, 12. 2.vol. 4. livres.
Origine des François, 12. 2.vol 4.1,
Hift.du Schifmed'Angleterre,12.2.V.
Conſeil de la Sageffe, 12.
Converfion des Pecheurs , 12. 2.1.
Methode de la Penitence , 12. 2.1.
Vie deMadame le Gras, 12. 2.1.
Maldonat. de Sacramentis, fol . 9.1.
L'Art de Parler, 12. 30.fols.
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers,
12. 2. livres.
Recherches de la Verité , 12. 3.vol. :
6.Lipf. čij
Catalogue.
Idem, in quarto , S. Ι.
Oeuvres de M. Pradon , 12. 3.1.
IdemdeM. Poiffon, 12. 2.1-
-Idem de M.Racine, 12.2. vol.7.1 .
-Nouveau Recueil de Comedies, 12.
20. fols.
Hiſtoire d'Allemagne de M. Prade,
in quarto, 6. livres.
Element de Mathematiques. 4. 7.1.
Theodori de Pænit. 4. 2. vol. rod.
Medecin à la Cenſure , 12.30.fols.
Avantage de la Vieilleffe , 12. 2.1.
Avanture de M.d'Alloucyde France,
12. 2.vol. 3. livres .
-Idem d'Italie, indouze, 30. fols.
-
Priſon dudit, indouze , 20.fols .
Pensée dud. indouze , 20. fols.
Recueil de l'Academie , 12. 5. vol.
7.livres ro. fols.
2
Combat des Chreftiens S.Ifidore,1-2 .
deux livres , Stir
Correction fraternelle, indouze, 2.1.
Idée de la Morale Chreſtienne , 12.
2. vol. 3 livres, L
Prince de Perfe , Nouvelle Hiftori
que, indouze, tot folsl
La Rivale , Nouvelle Hiſtorique,
indouze va falsi
Octyres
Catalogue.
Ouvres de M.d'Andilly, fol. 3.v. 45.1.
NouveauxPleaumes du P.Mege, 8.4.1 .
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4. 1.
Union des Ecclefiaftiques avec
Religieux, 8. 20. fols .
1
les
Expoſition du S. Sacrement parM.
Thiers, indouze, 2. vol. 4. livr.
Methode de la Geographie par le
Sieur Robbé, indouze , 2.vol. 4, livr.
Hift. du Gouvernement de Cifteaux,
inquarto, 6.livres.
-Vie deJefus - Chrift par M. l'Abbé
S.Real, inquarto, 4.1. & indouze, 2.1 .
Defence de l'ancienne Tradition des
Eglifes de France, indouze, 2. livr.
Aftrée, indouze , 2. vol. Nouvelle
Traduction, 2. 1 .
Methodus Hiftoriarum Anatomico-
Medicarum, indouze , 30. fols.
Heroine Mouſquetaire,
indouze , 4.vol. 2. livr,
Jolande de Cecile , 12.
2. vol. 20. 1.8
De M. de
Voyage de Fontaine- > Preſchac.
bleau,dix fols.
Ambitieuſe Grenadine,
indouze, dix fols.
Comted'Eflez , 12. 2.V.J
LAS
20.fols 111
Catalogue.
Les Preceptes Galands de M. Ferier.
indouze, 30. fols.
Nouvelles & faciles inſtructions pour
réunir les Egliſes Pretenduës Reformées,
indouze , 30. fols.
Reflexion Chreftienne ſur les principes
de la Morale , indouze , 30. f.
Maximes de Madame la Marquiſe de
Sablé, indouze.
Confolateur Chrétien, ou Recüeil de
Lettres, indouze.
Fable d'Eſope en Rondeaux par Benferade,
indouze.
Advent du Pere d'Affier, 8. 4. 1.
Vie de S.Ambroiſe par M.Herman,4.
8. livres.
NouvellesdeMiguel de Cervantes,
indouze , 2. vol . 3. livres.
Hift . des Amazones, 12. 2.vol. 20.f.
Les Promenades de Livri, 12. 2.vol.
10. fols.
Meroüé fils de France, 12. 10. fols.
や
Alfrede Reyned'Angleterre , indouze,
10.fols.
De l'Origine des Romans de Monheur
Huet, indouze, 30. fols.
D. Juan d'Autriche , 12. 30. fols.
Memoires d'Hollande, 12. 30. fols..
Relation
Catalogue
:
Relation des Religieux de la Trape,
indouze, 30. fols.
Differtation ſur les Sibyles , indouze,
Craffet, 30. fols.
14
Relation du Siege de Grave avec le
Plan, indouze, 30. fols.
15
HeureuxEſclave, 12. 2.vol.avec l'Hi
ſtoire de Laura, indouze, 30. fols.
Conduitedu Sage, indouze , 30. f.
Remarque fur laTheologie Morale
deM. Geneft,approuvée parM.deGre
noble, indouze, 2. vol. 2. livres.
La veritable forme du Sacrement de
l'Euchariftie,de M. Arnaut, 8. 30. f.
La Vie Chreftienne , ou les Principe
de la Vie Chreftienne, tres-utile &necellaire
à toutes fortes de perſonnes, 24.
L'Academie des Sciences & des Arts
pour raiſonnerde toutes chofes , indouze,
3.vol. 4. livres 10. fols.
Oeuvres de Grenade, fol. 2.vol .
Defenſe du Renverſement de laMorale
d'un Particulier, indouze, 30. fols.
Horace Traduction Nouvelle, 12.2.V.
Critique ou Differtation ſur le Voyage
de Grece de Monfieur Spon, Medecin&
Antiquaire , indouze , avec une
Carte en taille douce 30. fols.
eij
Catalogue.
Le Pilote de Londe.Vive , ou les Secrets
du Flux& Reflux de la Mer, contenantXX
1. Mouvemens & du Point
fixe d'un Voyage Abregé des Indes, &c
de la Quadrature du Cercle , compoſez
fur les Principesde la Nature, nouvellementdécouvertes,
& mis en lumiere par
MathurinEyquem, Sieur du Martineau;
Outre que ce Livre montre par des Syſtemes
nouveaux, faciles, &dont onn'a
jamais parlé,ces Points qu'il eſt ſçavant,
curieux , &plaisant à lire. Les Doctes
en choſes naturelles croyent qu'il montre
laMedecineUniverſelle fousdes figures
& des principes familiers , ce qui
luydonne de la reputation , ce Livre eſt
indouze , imprimé à Paris , & ſevend
trente fols, relić fans marchander.
LIVRES NOUVEAUX
de l' Année 1679.
٠٢ :
La Noble Venitienne, &le Nouveau
Jeude la Baffette , où les Perfonnes de
qualité de la Cour ſont nommées , par
M. de Preſchac, indouze, 10. fols.
Nouvelles Galantes du temps, contemant
la Jaloufie Flamande , & le Mary
heureux
Catalogue.
heureux Amant,de Monfieur de Pref.
chac, indouze, 1ofols
L'Estat preſent de l'Archipel ,aveo
'Hiſtoire d'Irene, 1.2.3.vol. 4.livres.
LesExilez de Madamede Ville-Dieu,
tout rechangé & augmente de deux Volomas
indouze , fix Volumes impreffion
de Paris, ils ſe vendent fix livres.
-Idem impreſſion de Lyon , bien
imprimé , de la meſme lettre du Mercure,
les 6.vol.reliez en 3.&ſe vend45. L.
::Les 5.& 6.Tom.feparez ſe vend 201
Hiftoire du Serrail , auffi nouvelle
Edition , augmenté d'un tiers , indouze,
fix Volumes, ſe vendent fix livres.
<Anne de Bretagne Reyne de France,
Tragediede M. Ferier , qui a fait les
Preceptes Galants , 12. ſe vend 15.
Le Corps de Medecine inquarto , 4 .
vol.antile à toutes perſonnes qui ſe me
lentde cette Profeflion.
---Differtationes Philofophicæ in 12 .
Differtation d'un Voyage de Grece,
publié par M.Spond Medecin, par Mila
Guilletiere, qui a fait Athen , ancienne
&nouvelle, ilſe vend 30. folsan
Nouvelle Ameriquaine , Hiſtoireve
ritable, indouze, 2.vol. 20.fols.
é v
Catalogue.
Le Nouveau Jeu del'Ombré, 12.10.1.
La Princeffe de Montpenfier,indouze,
de l'Autheur de la Princeſſede Cleves,
avec des vers à la fin fur la Paix , par
M. de Corneille l'Aiſné, 12. fols.
Les Oeuvres Chrétiennes&Spirituel.
les deM. l'Abbé de S. Cyran, indouze,
4.vol. il ſe vend fix livres.
Le4.Tome ſe ſepare indouze, 30. f.
Le Journal des Saints du R.P. Groſez,
de laC.de I. reveu , corrige & augmen
té, nouvelle Edition , qui ſe vendra toû
jours 50. fols, indouze, 3. vol.
La nouvelle Vie des Saints , en 4.vol .
in-octavo , par ces Meſſieurs avec des
Reflexions Chreſtiennes fur la Vie de
chaque S. & tirez des meilleurs Autheurs,
douze livres.
Le vray Devot conſideré à l'égard
du Mariage , & des peines qui s'y rencontrent,
indouze, 20. f.
Du culte des Saints , & principalement
de la tres-Sainte Vierge , par ces
Meſſieurs, in octavo, 4. 1 .
Le vray Devot en toute forte d'état,
ſelon l'Ecriture ſainte , & les Peres de
l'Eglife, in-octavo, 4.1.
Le 3. Tome du Roman Comique de
Monfieur
Catalogue.
Monfieur Scaron , pu M. de Prefchac,
indouze, 30. fols.
Reflexions fur la Religion Chrétienne
, contenant l'explication des Propheties
de Jacob & de Daniel, fur la venuë
du Meffie, par ces Meffieurs, 4.1. 10.f.
indouze
Traité des Superftitions ſelon l'Ecriture
Sainte ; Les Decrets des Conciles,
& les ſentimens des Saints Peres& des
Theologiens, par M. Thiers, 12. 2.1.
Memoires pour ſervir à l'Hiſtoire des
Plantes , dreffez par M. Dodart de l'Academie
des Sciences , indouze, so . f.
L'Hiſtoire de France & l'Origine de
la Maiſon Royale par le P.Adrien Jour
dan de la Compagnie de Jeſus , inquarto,
3. vol. 18. livres.
L'Oraiſon Funebre de Monfieur le
Premier Preſident de Lamoignon , par
Monfieur l'Abbé Fléchier.
Hiſtoire de Theodoſe le Grand par le
mefine.
Voyagede la Terre Sainte , avec des
remarques pour l'intelligence de la fainte
Ecriture, indouze, 3.1.
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
, lieux Geometriqués , &c, par
l'Acade
Catalogue.
l'Academie Royale des Sciences , indouze,
50. f.
Traitez de Mechanique , de l'Equilibre
,des Solides & des Liqueurs , du
P. Lamy, indouze, 30. f.
4
t.
Le troifiéme & quatriéme Tomes de
la Morale de Monfieur de Grenoble,
2. vol, indouze, 4. 1.
La Contrecritique de la Princeffe de
Cleves, indouze, 20. f.
Le Courier d'Amour, indouze, ro.f.
L'Education des Filles , 12. 2.1.
Nouvelles Maximes ou Reflexions
Morales, indouze, 20. f.
Caſimir Roy de Pologne , Hiſtoire
veritable &nouvelle, 12. 2.vol. 30.f.
Le triomphe de l'Amitié par Monfieur
de Prefchac, indouze , 10.f.
L'Illuftre Parifienne par le meſime,
indouze, 2.vol. 20.f.
Derniere Campagne de Flandre &
d'Allemagne juſqu'à la Paix, 12. 30.f.
Voyage de Monfieur Pirard de Laval
auxIndes Orientales, Maldives, Moluques,
& au Brefil, & les divers accidens
qui luy font arrivez , inquarto , 6.1.
Hiftoire Sainte de Gantruche, in 1 2.
vol.6
Caffiodo
Catalogue.
Caffiodori Opera, fol. 2. vol. 15.1.
Dictionnaire Pharmaceutique ou
plutôt Apparat Medico - Pharmaco-
Chymique , ouvrage curieux pour tou-
-tes fortes de Perſonnes, utile auxMedecins
, Apoticaires & Chirurgiens , &
tres-neceffaire pour l'avancement &
l'inſtruction des jeunes Gens, qui s'ad-
-donnent à la Profeſſion de la Pharmacie
, &particulierement de ceux qui ne
poffedent pas pleinement la Langue Latine
, par le Sieur de Meuve Docteur
en Medecine , Conſeiller & Medecin
ordinaire du Roy , in-octavo , 2. vol.
3.1. ro.fols.med
Réponſe à la Critique publiée par M.
Guillet, fur le voyage de Grece de Ja
cob Spon , avec quatre Lettres fur le
mefme ſujet. Le Journal d'Angleterie
du Sieur Vernon ,& la Liste des Erreurs
commiſes par Monfieur Guillet dans fon
Athenes Ancienne & Nouvelle indouze,
30.fols.
Aſſociation fur la Paffion de N. Selgneur,
indouze, avec des figures.
Lameſme, in vingt- quatre fans fig
Regles de la Diſcipline Ecclefiaftique,
recueillies des Conciles des Synodes
Catalogac.
des de France , & des Saints Peres , indouze,
30. fols.
Inſtructions Chreſtiennes fur le Mariage&
fur l'education des Enfans, 12 .
Catalogue de divers Livres d'Hiſtoire&
autres matieres, en Eſpagnol, in 8 .
* La Vie de Saint Ignace , par le Pere
Behour Jefuite.
Hiſtoire de la Decadence de l'Empire,
du Pere Mainbour.
La Foy des derniers fiecles , du Pere
Rapin, indouze.
Methode pour converſer avec Dieu,
de l'Autheur du Conteil de la Sageffe.
La Hardie Meſſinoiſe, indouſe, 125.
Dom Sebastien Roy de Portugal, indouze,
15. fols.
Relation curieuſe de l'état prefentde
laRuſſie, indonze, 2. livres.
Arithmetique de le Gendre , inquar
to, nouvelle Edition augmentée .
Amours des grands hommes, deMademoiſelle
de Ville-Dieu , indouze , fix
Volumes reliez entrois , 45.fols.
L'hiſtoire d'un Eſclave qui a eſté
quatre années priſonnier , 10.f.
Le Mariage de la Reyne d'Eſpagne,
indouze, 20.f.th
L'Hiftoire
Catalogue.
L'Hiſtoire de la Ville & de l'Eſtat
de Geneve de Monfieur Spon , avec
pluſieurs figures en taille douce, indouze,
2.vol. 50.f.
Origine du Blazon du Pere Meneſtrier,
indouze, in 12. 2.vol. 4.livres .
Memoire de l'Empire Ottoman,
2. vol. 20. fols .
12.
Lettres Portugaiſes, avec les Réponſes,
indouze, 10.fol .
2. Selecti nummi duo Antoniniani,quorum
primus anni novi auspicia , alter Commodum
&Annium Verum Casares exhibet,
ParMonfieur Bellori , in-octavo , Rome
1676. 20. fols. Ca
Hiſtoire de la Reünion de Portugal,
indouze, 2. vol. 6.livres .
Crifpin Precepteur , Comedie , indouze,
1.5. fols .
Les Nouvelles de la Reyne d'Angleterre,
indouze, 2.vol. 1. livr. s.fols.
La Ville& Republique de Veniſe,
indouze. Ce n'eft pas l'Hiſtoire deVeniſedeNani,
c'eſt l'Hiftoire de la Vil
le& Republique de Venise , tres-bien
écrit, 2.livres 100fols
La Devotion vers Nôtre Seigneur
JESUS-CHRIST Pour ſervir de lecture
Catalogue.
à l'Homme d'Oraifon pendant tout le
cours de l'année par le Reverend Pere
Noüet, inquarto, 2.vol. 11. 1.
Recüsil de diverfes Retraites , la premiere
, fur la qualité d'Enfant de Dieu;
La ſeconde , far l'Habitude de la pre
fence de Dieu ; Latroifiéme, fur ledépoiillement
du vieil Homme, indouze,
-30. fols.
LIVRES NOUVEAUX
de l' Année 1680.
La veritable Devotion envers la
fainte Vierge , établie & défendue par
JePere Craffet Jefuite , inquarto,is .1 .
La Devinereſſe ou le faux Enchantement
, par l'Autheur du Mercure Galand,
indouze avec neuf figures, 35.1 ;
Hiſtoire des Roys de France deMonfieur
d'Eſpernon , reveu par Monfieur
dePrade, indouze, 2.1.1 ro. fols.
Panegyrique & Harangue pronon
céeau Roy par Monfieur l'Abbé Tal
dement de l'Academie Françoiſe , in
octavo, 2. livresin
Vie du Cardinal Commandon par
M.l'Abbé Fléchier, indouze, gel.
Le
Catalogue.
4
Le Chreſtien qui veut eſtre ſauvé ,
in-vingtquatre, 20. fols.
L'Illuſtre Parifiene de M. de Prefchac
,indouze, 2.vol. 20.fols .
Hiſtoire de la Conqueſte d'Eſpagne
par les Maures, indouze, 2. vol.
3
Meditations pour tous les jours de la
Semaine ſainte, indouze, 20.fols.
Hiſtoire generale de tous les Sieeles
de la Nouvelle Loy , laquelle enfeigne
ce qui est arrivé de plus notable dans
l'Eglife&dans le monde, tous les jours
de l'année, depuis la naiſſance de JESUSCHRIST
juſqu'à preſent , composée
par le R. P. David- L'Enfant Jacobin,
indouze, 3.vol. 4.1. ro. fols.
Des obligations des Eccleſiaſtiques,
tirées de l'Ecriture ſainte & des Saints
Peres de l'Eglife & de S. Chrifoftome,
indouze, 2. livres.
Le Journal Amoureux par Madame
deVille-Dieu, indouze, fix volumes relié
en trois, 45. fols.
Federic Prince de Sicile , indouze,
3. vol. 36. fols .
Lettre d'un Eccleſiaſtique à unMiniſtre
de la Religion pretenduë Reformée
pour ſervir de Réponſe à diverſesQueſtions
Catalogue.
ſtions qui luy onteſté faites par ce Miniftre,
dans lesquelles il traite& prouve
pluſieurs Points importans de la Religion
, par la doctrine de S. Cyprien,
avec une Differtation du meſme Eccleſiaſtique
, & d'un des principaux du
Confiftoire de Charanton & une lifte
tres-curieuſe des Eveſques de Rhodes
&de Vabres, indouze, 12.
Adelaide de Champagne , indouze,
4. volumes so. fols.
Cleon ou le Parfait Confident, 12.
Le Conte Genevois, indouze.
La Valife ouverte, in 12. Preſchac.
Le Voyage du Royaume de Congo,
indouze, 20. ſols.
Reflexions fur la Mifericorde de
Dieu de Madame la Valiere. Y
Conference Eccleſiaſtique du Dioceſe
de Luçon, indouze, quarante- cinq
fols.
Les Madrigaux de Monfieur la Sabliere,
indouze, 15. fols.
Les Peintures Sacrées de la Bible,
indouze, 3.vol. 4.1. 10. f. figures.
Le Gridelin, dedié à Madame la Dauphine,
de Preſchac, indouze , 12. f.
Memoires touchant la Religion par
Monfieur
Catalogue.
Monfieur duPleſſis Praſlin Eveſque de
Tournay, indouze , 15. fols.
Le Voyage de la Reyne d'Eſpagne,
indouze, 2. vol . Preſchac.
Converſations ſur divers ſujets par
Mademoiselle Scudery indouze, 2. vol.
50. f. de Lyon, &6. l.de Paris.
Projet de Conference ſur diverſes
matieres de Controverſe , 12. 30.
Hiſtoire du Lutheraniſme du Père
Mainbour.
Dogmatum Theolog. du R. P. Thomaſſin,
in folio .
Les Nouvelles de Dona Maria de
Zayas , traduit de l'Eſpagnol en François,
indouze, 5.vol. 7.1. 10. f.
La Vie & Actions de Monfieur l'Eveſque
de Munſter, 12 .
Le Nouvel Eſtat de la France , avec
la Maiſon de Monſeigneur & Madame
laDauphine, indouze, 2.vol. 4.1 .
Les Pensées pieuſes , troiſième Edition,
s . fols .
Le Quinte Curce de Vaugelas de M.
d'Ablancourt , Nouvelle Edition , 12 .
2.vol. groffe lettre, 4.1 .
Eclairciſſement Apologetique de la
Morale Chreſtienne, touchant le choix
६
Catalogue.
{
des Opinions avec des Reflexions fur
des Remarques du Sieur I. Remonde,
composé par l'ordre de Monfieur l'Evêque
de Grenoble, indouze, 3. 1.
Les Oeuvres de Madame la Comteffe
Lazuſe, 12. 4. vol. nouvelle Edition,
4. livres, 10.f. :
Le Nouveau Praticien François , in
quarto, 4.1. 10. f.
Les Deviſes du R. P. Menestrier, inquarto,
2.1. 10. f.
44
Les Dominicales de Texier , in-octavo,
2.vol. 6.1.1
-Idem les Panegiriques , octavo,
2.vol. 6.1.
Les Ceremonies Nuptiales de toutes
-les Nations, indouze , 20. f.
Reflexion fur l'Oraiſon , 12. 20.Г.
JESUS Penitent, indouze, 30. f.
Horlogiographiedu Pere Feüillant de
laMagdelaine , nouvelle Edition , in-
-octavo figures, 3.1.
Le Conte de Richemont , Hiſtoire
Galante, indouze, 12. f.
Les Memoires Galans, ou lesAmours
d'une perſonne de qualité, 12. 15.f.
Defcription de la France de du Val,
indouze, 20. f.
Vies
Catalogue.
ב
Vies de pluſieurs Saints illuftres de
M. Arnaudd'Andilly , indouze, 40. f.
Pratique de Pieté ou les Conduites
de la Vie Spirituelles , ſuivant les Maximes
de l'Evangile , divisées en divers
Entretiens pour ſervir de Meditations
pour tous les jours de l'Année par le R.
P. le Maiſtre, 1.2 . 2. vol. 30. fols.
+
S
e
-
2
Panegyrique du Roy par M. l'Evéque >
d'Amiens, inquarto , 4. livres.
La Découverte de l'Admirable Remede
Anglois pour la gueriſon des Fiévres
par M. de Blegny, indouze, 10.f.
Revolutions de l'Estat Populaire en
Monarchie , par le Different de Cefar
& de Pompée par M. de Martignac,
indouze, 20.
Antonij Dadini Altafferræ, Notæ &
Obfervationes in Anaftafium de vitis
Romanoum Pontificum , in 4. 5
Le Cheminde Perfection de fainte
Thereſe, traduit par M.l'Abbé Chanuts.
in-detavos 3.livres
Le Voyage d'Italie , nouveau & i
rieux avec deux Liſtes des Scavans &
Curieux detoute l'Italie par M. Spons
Docteur enMedecine de Lyon. 20.
Obſervations fur les Fiévres& Febri
fug es
Catalogue.
fuges par le meſme M.Spon, in 12.7.1
Les Livrés cy-deſſous ſe vendront ſeparez
des Mercures, ſçavoir ,
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
pour 20. fols.
Celuy de la Reyne d'Eſpagne pour
vingt ſols.
Celuy de Monfieur le Prince de
Conty pour 15. f.
Le Voyage du Roy en Flandre en
1680. pour 20. fols .
-La Devinereſſe ou les faux Enchantemens
pour 35.f. avec figures.
-Idem fans figures pour 25. f.
LIVRES NOUVEAVX
duMois deDecembre 1680.
Lettres Chreftiennes & Spirituelles
de M. Varet Grand Vicaire de feu M.
deCondren Archevêque de Sens , 12.
3.vol. 6.livres.
Traité de la Grandeur en general,
qui comprend l'Arithmetique ,l'Alge
bre, l'Analyſe,& les principes de toutes
lesSciences , qui ont la grandeur pour
objet , par le P. Lamy de l'Oratoire,
12. 40.
Dictio
3
Catalogue.
Dictionarium novum Latinum &
Gallicum , par M. l'Abbé d'Anet pour.
Monſeigneur le Dauphin , augmenté
d'un tier à cette nouvelle Edition , &
mis le tout par ordre Alphabetique, inquarto,
6.liures.
Traité de la Maladie Venerienne par
M.deBlegny, 12. 3.vo.l 4.1. 10.f.
Entretiens du Pere Noët, pour ſervir
de lecture Spirituelle à ſes Meditations;
inquarto, Tome 2. cinq.livres.e
Origine des Noms par Monfieur la
Rocque, 12. 30. fols.
Theatre des beaux Elprits , in 12 .
2. vol. 2. livres.
Hiſtoire de Veniſe de Nani , traduit
parMonfieur l'Abbé Tallement , To
me 3. &4. indouze, 2.vol. 6.livres, les
deux premiers volumes fe trouvent auffi
dans la meſmeBoutique..
Sentences & Instructions Chreftiennes
, parMonfieur Laval Tome 3.&4.
4. livres, 10.f.
Confeſſions de Grenade par M. Gi
rard, in-feize, 20. fols.
Semaine Saintede la bonne Tradu-
Etion de toutes grandeurs.
Expli
Catalogue.
f
Explication des Ceremonies de la
Mefle, infeize, 10. fols.
Inftructions Spirituelles pour laguerifon.&
la confolation des Malades par
Graffet 12.2. vol.
Solitude des dix Jours ,in-octavo , z
vol. 4. livres.
Le troiſiéme& quatriéme Tome desí
Amouts de Catulle par Monfieur l'Abbé
la Chapelle , impreffion de Paris,
pour trois livres.
Idem impreffionde Lyon , pour
25. fols.
Lepremier&fecond Tome ſe vendent
dans la meſme Boutique pour les
Hiſtoire de D. Quichot de la Man
che delanouvelle Traductionde ces
Meffieurs , indouze , 4. vol. de mon
impreſſion , s.livres , le tout fans mar
chanderDa
Almanach de Milan de 1681. in 1
15. fols.
Almanach de Liege de 1681. in 72 .
12. fols.
MERCU
5
1
TIL
1
MERCURE
GALANT.
DECEMBRE
a
LYON
1680.186
E ne doute point , Ma-
J dame, que fi voſtre zele
eſtoit bien connu , il
ne fuſt recompenfé
comme il mérite de l'eſtre.Quand
j'ay commencé à vous écrire ,
vous ne ſouhaitiez mes Lettres
que pour le plaiſir que vous donnoir
la diverſité des Nouvelles,
& des Ouvrages galans que j'y
fais entrer ; mais un ſeul Article
Decembre 1680. A
2 MERCURE
fait naiſtre aujourd'huy l'impatience
que vous avez de les recevoir.
La gloire du Roy vous
charme , & dans l'intereſt que
vous y prenez , ce n'eſt jamais
affez - toſt pour vous que je fais
connoiſtre à toute l'Europe les
nouveaux ſujets qu'il nous donne
tous les jours de benir ſon
Regne. Ce qu'il y a de particulier
pour ce grand Prince , c'eſt
que ſes éloges ne ſont point fondez
ſur des paroles choifies , telles
qu'il s'en trouve dans la plûpart
des Panegyriques. Ce font
Faits marquez qui parlent d'euxmefmes
;& ayant à le loüer, fur
ſa pieté , je ne me contente point
de vous dire que parmy ſes ſoins
les plus importans , il eſt ſans cefſe
occupé des intereſts de l'Eglife.
Des termes ſi generaux ne
prouveroient rien ; mais je vous
rends
GALANT.
3
-
=
S
1
1.
र
لا
Di
}
1
rends cette verité ſenſible , en
vous aprenant que depuis fort
peu de jours , le zele qu'il a pour
ce qui regarde la Religion , l'a
fait remedier à deux grands defordres
. Inſenſiblement on avoit
toleré juſqu'à aujourd'huy les
Mariages des Catholiques avec
ceux de la Religion Pretenduë
Reformée . Il en naiſſoit des Enfans
, qui prenoient divers Partis
ſelon la diférence du Sexe ; &
bien ſouvent ceux qui estoient
dans l'erreur , trouvoient moyen
d'y faire tomber les autres . C'eſt
un abus dont Sa Majesté empefche
les fuites , par fon Edit regiſtré
en Parlement le deuxième
de ce Mois. Cet Edit défend à
tous Catholiques de contracter
cesfortes deMariages, fous quelque
pretexte que ce foit , & déclare
les Enfans qui en provien
A ij
4
4 MERCURE
dront , illegitimes , & incapables
de fucceder aux biens meubles
& immeubles de leurs Peres &
Meres. Le meſme jour on regiſtra
une autre Déclaration , portant
que les Juges ordinaires iront
chez les Prétendus Reformez
qui feront dangereuſement malades
, pour ſçavoir d'eux s'ils ne
veulent point changer de Religion.
Cela les met dans l'entiere
liberté de ſe convertir , & fera
ceſſer les violences qu'on exerçoit
pour ne pas ſoufrir l'entrée
aux Eccleſiaſtiques , que quelques-
uns d'eux font appeller
dans les derniers momens de leur
vie. Il n'eſt aucun Catholique
pour qui ce ne doive eſtre un
ſujet de joye , de voir ce grand
Prince ſoûtenir fi dignement le
glorieux Titre de Roy Tres)
Chreſtien. Les ſoins qu'il prend
de
GALANT.
de contribuer de tout fon pouvoir
à l'avancement de la vraye
Religion , affoibliſſent tous les
-jours le Party contraire. Pluſieurs
Abjurations vous l'ont déja fait
connoiſtre. En voicy d'autres,
dont j'ay à vous faire part. Celle
de Guillaume - Joſeph David,
Chevalier , Comte de Villemontade
, eſt fort finguliere. Il eſt de
Bretagne,Fils de Mathurin David,
Seigneur de la Rochebernard
, Villemontade , &c. & de
Dame Mathurine Jumel du Bordage,
dans le Dioceſe de S.Malo.
Apres eftre forty des Etudes , &
avoir achevé ſes Exercices , les
reflexions qu'il avoit faites dés ſes
plus tendres années , ſur l'indifpenſable
obligation de chercher
la verité, ſans s'obſtiner danslerreur
par conſidération de Fa
mille,commencerent à luy faire
A iij
6 MERCURE
fentir de grands troubles. Il entendit
diferens Sermons dans nos
Egliſes , dont il fut aſſez touché,
pour s'accoûtumer à des Pratiques
de devotion contraires à la
Religion où il eſtoit né. Elles fervirent
à fortifier le deſſein qu'il
avoit eu de tout temps de s'éclaircir
de ſes doutes. Il conſulta
les plus ſçavans Miniſtres qu'il
put trouver, & n'eſtant point fatisfait
de leurs réponſes , il ſe retira
dans le Séminaire de S. La
zare , où dejour en jour on luy
deffilloit les yeux. Monfieur de
Villemontade ſon Pere , ayant
eu avis qu'il conferoit avec nos
Docteurs , prit un pretexte éloigné
pour le faire revenir. Si-toft
qu'il fut de retour , il l'enferma
dans un lieu , où il fut traité pendant
trois mois avec toutes les
€
rigueurs imaginables. Il en comprit
GALANT. 7
prit la raiſon, & n'eut pas de peine
à voir quel eſtoit ſon crime.
Il ſoufrit longtems cette perfecution
fans qu'on le laiſſaſt parler
à perſonne. Enfin ayant reconnu
que la feinte ſeule lay rendroit
la liberté, il déclara que les
Maximes des Catholiques qu'il
avoit voulu ſçavoir, n'avoient fait
que l'affermir dans la Religion
de fes Peres , qu'il prétendoit y
mourir , & que s'il eſtoit coupable,
ce ne pouvoit eſtre que d'avoir
eſté trop curieux. La fincerité
qu'il affecta ayant adoucy
fon Pere , non ſeulement il le tira
de prifon , mais il commença de
travailler à fon élevation du coſté
de la Fortune. Les honneurs
qu'il luy vouloir aſſurer furent
incapables de l'ébloüir. Il s'échapa
dés qu'il en trouva l'occafion
, & apres avoir confulté
A iiij
8 MERCURE
رغ
tout de nouveau en diferens
Lieux ce qu'il rencontra de fameux
Miniſtres, fans qu'il en reçeuſt
aucun éclairciſſement qui
le fatisfiſt , il ceſſa de balancer ,
& enfin le 17. de Septembre , il
abjura ſes erreurs à Avignon,
entre les mains du Pere de Pe-
• ruffis , Maiſtre de l'Inquifition,
qui luy avoit procuré quelques
conferences avec monfieur le
Vice-Légat. Cette action faite
avec un zele qui marquoit affez
l'attrait preſſant de la Grace , fut
ſuivie d'une autre qu'on n'attendoit
pas. Il refolut de quiter le
monde , & choiſit le Tiers Ordre
de S. François , par le motif
d'un quatriéme Voeu de Penitence
que l'on y fait , outre les
trois folemnels de Religion. C'eſt
par là que les Religieux de cet
Ordre font appellez Pénitens.
On
GALANT
9
On les nomme auſſi Picpus , en
beaucoup de Villes du Royaume,
à cauſe d'un tres-beau Convent
qu'ils ont à Paris , dans une
Ruë appellée Picpus. Ce vertueux
Poftulant fut renvoyé à
Lyon , où eft le Novitiat de la
Province , & y prit l'Habit le
cinquième d'Octobre dernier,
avec le nom de Frere François-
Marie. Sa ferveur ſurprend , &
comme il eſt agé de vingt- fix
ans, & qu'il n'a rien fait qu'apres
avoir bien déliberé , il eſt aifé de
connoiſtre que l'Eſprit de Dieu
agit veritablement en luy.
Pendant le ſejour que monfieur
le Duc de Navailles a fait
depuis peu à la Rochelle , deux
jeunes Perſonnes , Filles de monfieur
Pagez , d'une des meilleures
Famillesde la Ville, ont abjusé
les meſmes erreurs. Le foup-
V
10 MERGURE
çon qu'on avoit de leur deſſein
les ayant fait obſerver , la Cadete
ſe tira adroitement de la Maiſon
de fon Pere , & vint à celle de
Ville , demander la protection de
Madame la Ducheſſe de Navailles
, pour elle , & pour fon
Aînée qui estoit dans le deſſein
de la fuivre. Elle en fut reçeuë
avec toute forte d'affection , certe
Duchefſe ſe faiſant un plaifir
particulier de proteger ceux qui
luy demandent azile , & ayant
d'ailleurs l'ardeur la plus emprefſée
pour tout ce qui touche la
Religion. Son Aînée trouva peu
de temps apres les moyens de
s'échaper , & toutes deux apres
s'eſtre fait inſtruire par monfieur
Vignier de l'Oratoire, Curé
de S. Barthelemy , ont renoncé à
l'Héreſie de Calvin. Ce zelé Pafteur
les a fait mettre aux Filles
de
GALANT.
ا
1
e
コ
de la Providence , où il a ſoin .
qu'elles ne manquent d'aucune
des choſes qui leur peuvent eſtre
neceſſaires. La principale loüange
de cette bonne oeuvre , eft
deuë aux manieres infinuantes
& perfuafives , auſſi- bien qu'à la
pieté d'une de leurs Soeurs aînées
, qui changea de Religion
il y a cinq ou fix mois. Madame
de Muns, Intendante de Rochefort
, à qui elle avoit communiqué
ſon deſſein , l'ayant fait conduire
à Xaintes , au Conventdes
Filles de Sainte Claire , elle y embraſſa
les veritez Catholiques,
dont un ſcavant Recolet luy
donna l'inſtruction. Depuis ce
temps monfieur de Muns l'a recommandée
au Pere de la Chaiſe
, & en a obtenu pour elle une
Penſion du Roy. Sa fage conduite
a toûjours édifié ces ſain-
ここ
tes
12 MERCURE
res Religieuſes , & enfin elle eſt
revenuë à la Rochelle , où monfieur
le Duc , & Madame la Ducheffe
de Navailles, l'avoient reconciliée
avec ſes Parens; mais
depuis la Converſion de ſes deux
Cadetes, ils ne veulent plus qu'on
leur parle d'elle. C'eſt une Fille
d'un efſprit fort avancé , quoy
qu'elle n'ait pas encor dix- ſept
ans. Madame la Ducheffe de
Navailles l'a confiée en partant
àMadame de Fontmort , qui eft
une Dame d'une generoſité fort
peu commune ,& auffi connue
dans le monde par les charmes
de ſon entretien, que par l'agrément
qu'elle ſçait donner à toutes
fes Lettres. Elle est Coufine
germaine de Madame la Marquiſe
de Maintenon , & Petite-
Fille comme elle du fameux
monsieur d'Aubigny,qui eut tant
de
GALANT.
13
;
,
depart à la confiance & à la faveur
de Henry le Grand.
CesConverfions ont eſté ſuivies
decelle de monfieur Marie,
Avocat au Parlement , qui apres
avoir longtemps combatu, termina
toutes les difficultez qui l'arreſtoient
par la folemnelle Abju
ration qu'il fit le 17. de l'autre
Mois , dans l'egliſe du Novitiat
des Jeſuites , entre les mains du
Pere du Doy , Directeur de la
Congregation établie dans cette
Maiſon , avec qui il avoit eu de
frequentes conferences. Il eſt de
Grenoble ,& on a eſté convaincu
de la fincerité de ſon changement
, non feulement par les
intereſts du monde , auſquels il a
genereuſement renoncé , abandonnant
tous les avantages que
luy offroient ſes Parens, mais encor
par les Motifs qu'il a prononcez
14
MERCURE
cez en Robe au pied de l'Autel ,
&cela d'une maniere ſi édifiante
, qu'il s'eſt attire l'admiration
de quantité de Perſonnes de la
premiere qualité, qui ont eſté témoins
de cette action .
Si les ſoins de ceux qui contribuent
à tirer d'erreur les Heretiques
ſont ſi eſtimables , quelles
loüanges ne merite pas le zele
de monfieur le Comte & de
madame la Comteſſe de Jarnac,
qui ont fondé dans leur Ville un
Convent de Recolets , pour travailler
à convertir les Pretendus
Reformez , qui y font en fort
grand nombre La Fondation
eſt faite ſous le nom de S. Henry
Empereur , & Patron du Fondateur
qui s'appelle Guy-Henry.
L'Egliſe fut benite , & la Croix
plantée le 17. de Novembre. La
Ceremonie commença par une
Pro
GALANTE
1
コ
S
t
a
e
Proceſſion folemnelle qu'on fit
dans toute la Ville. La Nobleffe
des environs y aſſiſta , & l'on ne
vit de longtemps un fi grand
concours de Peuple. C'eſt un
établiſſement qui ne peut caufer
qu'un tres- grand bien dans un
Lieu où l'Hereſie eſt fort répanduë.
Monfieur le Comte de Jarnac
eſt Lieutenant General pour
le Roy des Provinces d'Angoumois
, & de Xaintonge , & vient
de l'illustre Maiſon de Chabot,
qui a donné un Admiral à la
France , & un Eveſque à Limoges.
Ses Ayeux ont eu pluſieurs
Charges & Commiſſions pour le
ſervice de l'Etat pendant les
temps difficiles , & il s'eſt luymeſme
diſtingué dans les dernie
res Campagnes de Hollande.
Madame la Comteſſe de Jarnac
ſa Femme , eſt d'un mérite auſſi
0 con
16 MERCURE
connu que fon nom. Elle eſtDame
d'honneur de Mademoiselle
d'Orleans , & s'appelle Marie-
Claire de Créquy. Ils s'appliquent
l'un & l'autre à détruire
'Hereſie par la voye de l'inſtruction
& des lumieres Evangeliques
, qu'ils font répandre dans
leur Ville de Jarnac , & à la Campagne
, parleminiſtere des Religieux
dont je vous viens de-par-
Jer. Rien ne prouve mieux leur
picté.
Je vous ay ſouvent entendu
dire qu'un peu de fortune faiſoir
prendre un fot orgueil aux Eſprits
malfaits. La Fable qui ſuit nous
en peut ſervir de preuve. Elle eff
de monsieur le Prieur Pelegrin,
d'Aix en Provence.
LES
GALANT. 17
1331888-83-818-83: 83: 8133388
:
LES RAMIERS
ET LE HIBOU.
FABLE.
Deux Ramiers fort paisible-
Dans la fente d'un Roc faisoient
communménage;
L'un estoitjeune encor,l'autre avan
1
cé dans l'âge,
Mais portez l'un&l'autre às'aimer
tendrement.
Appellez cela sympatie,
Instinct , rapport d'humeurs , tout
comme ilvous plaira ,
C'est une Question dont ma phito-
Sophie
Pourle preſentſepaſſera.
Jamais Orfeaux en compagnie
N'ont
18 MERCURE
Nont mené plus tranquile vie,
Tous deux avoient les mesmesfentimens
.
Dans leur gouft point de dife
rence.
Ils veſcurent ainsipendant pres de
deux ans ,
Sans qu'un autre Oyseau troublast
parsa présence
La douceur des plaiſirs charmans
Que donne aux vrais Amis l'étroite
intelligence.
Enfin un malotru Hibou,
D'une humeur groffiere,incivile,
Parle froid& la faim abandon
nant fon trou ,
Aumesme lieu vint chercher un
azile.
Nos Ramiers àl'aspect de ceMonftrehideux,
Enpenferent mourir tous deux,
Maisà la fin leur frayeur paſſe.
Ils confultent entre eux , & refolvent
d'abord De
GALANT. 19
De donner au Galant la chaſſe.
L'autre ayant entendu ce dange-
..... reux accord , ...
Faiſant une laide grimace ,
Morbleu , dit- il, Meſſieurs, vous
me faites grand tort
De chicaner icy ma place ,
Parce que je ſuis le moins forts
Mais ſi nous en venons pardevant
la Juſtice ,
On confondra voſtre malice,
Car enfin le Lieu m'apartient.
Ce Misérable le foûtient
-Parune preuve convaincante.
Suivez-moy, leurdit- il, venez, &
tout d'un temps
嘴
Il les conduit au plus bas de la
fente,
:
Et leur fait voirde vieille fiente
Que fon Ayeul avoit fait làdedans
Depuis prés de quatre- vingts
ans.
Le
20 MERCURE
Letemps preſcrivoit bien, mais ces
Oyſeaux tranquiles,
Qui dans la plaiderie estoient mal
exercez ,
Aiment mieux recourirà des moyens
faciles ,
Que d'un Procez ſe voir embaraffez
De place , dirent- ils , nous en
avons affez,
Vous aurez ſoin des utenciles,
Et nous vous fournirons dequoy
boire & manger.so
Il tope , &pourſigner lapaix ani
verselle,
Ils font claquer le bec , batent trois
そfois de l'aile ,
Puis commencent àse ranger.
Il falut cependant augmenter la
Cuifine.
Cela plaisant fort au Hibou ,
Qui trouvoit à manger au dela de
Sonfou,
IH
GALANT. 21
Ilse dorlote , ilse dodinc,
Sans travailler ny peu ny prou.
En moins de huit jours le Confrere
Se reſſent de la bonne chere.
Il n'avoit , quand il vint , que la
plume &la peau ;
Mais cuffiez-vous bien crû que cet
ingrat Oyſeau
Au milieu du repos pût devenir
Superbe?
Luy qu'on avoit tiré,pour dire ainsi,
de l'herbe ,
Dont n'aguere il faisoit ses plus.
friands repas ,
Commence à murmurer quand il eft
1 gros & gras,
Il trouvefa charge trop rude,
Et confultant fon naturel,
Tout enclin à la folitude,
Cherchez- vous un Maiſtred'Hoſtel,
)
Dit-ilànos Ramiers, car je ne fuis
r . point tel Que
2.2 MERCURE .
Que tous deux vous avez pû
croire.
-Cet employ fait tort à la gloire
Des nobles & puiſſans Hibous
Dont je deſcens en droite
ligne,
Et d'eſtre de leur fang je me
croirois indigne,
Si je reſtois plus longtemps
avec voUS.
Apres cette harangue impertinente
&folle ,
Sans autre compliment cet Etourdy
s'envole,
Et les Ramiers l'ayant bien écouté
,
Sans beaucoup de difficulté,
L'un &l'autreſe conſole ,
Apres avoir tiré cette moralité ;
- Rien de ſi deſagreable
Que de voir un Miferable
Avoir de la vanité.
J'au
GALAN Τ. 23
J'aurois à vous parler de toute
la France, fi je voulois vous entretenir
des diferentes Parties
de Chaſſe qui ont efté faites
pour celebrer la Feſte de S.Hubert.
Cependant ce qui a ſuivy
celle dont j'ay eu avis de Languedoc
, est trop fingulier pour
ne vous en pas apprendre les
circonſtances. Monfieur leComte
de Fontenilles , qui a toûjours
eu un grand Equipage , propoſa
à ſes Amis de faire une S. Hubert
; & pour ſe mettre à couvert
de l'embarras que la quantité
de monde rend inévitable , il
fut arreſté qu'ils ſe trouveroient
dans une petite Ville appellée
Saint Lis , à trois lieuës de Touloufe
, & à un quart de lieuë de
Fontenilles qui eſt une de fes
Terres, Outre qu'on y fait tresbonne
chere, c'eſt un Licu d'une
ad
24 MERCURE
, tous
admirable ſituation pour la Chaffe.
Vingt Gentilshommes
qualifiez , ne manquerent pas de
s'y rendre le jour de la Feſte,
avec quelques . Dames & trois
de leurs Filles qu'ils en avoient
conviées , & qui y vinrent auſſi
proprement vvoétues en Chaffereſſes,
qu'elles y parurent galamment
montées. La journée ſe
paſſa avec beaucoup de plaiſir.
Ils avoient une Meute de cinquante
Chiens des meilleurs de
la Province , & rien ne manqua
de cequ'on peut ſouhaiter pour
ſedivertir agreablement dansune
Partie de cette nature. Le ſoir
on ſe retira à Saint Lis , où un
grand Repas avoit eſté préparé.
Tout ce qui compofoit cetteAfſemblée
ſe trouva ſi bien choiſy,
qu'il n'y eut perſonne qui nedemandaſt
la continuation de la
Feſte.
GALANT.
25
د
Feſte. Monfieur le Comte de
Fontenilles dit auffi- toſt , qu'il
falloit créer un Ordre de Chevalerie
de S.Hubert; à quoy tout
le monde ayant conſenty , on
nomma des Officiers ,& on fit ce
Comte General de l'Ordre.Monfieur
de Sevin,Conſeiller au Parlement
de Toulouſe , en fut déclaré
l'Abbé ; Monfieur le Vicomte
d'Erſe , le Prieur; Monſieur
de Comanien le Sous-
Prieur ; & Monfieur d'Ouvrier,
Maiſtre des Novices. Les Statuts
furent , qu'on s'aſſembleroit au
meſime Lieu quatre fois l'années
que tous lesChevaliers & Chevalieres
porteroient pour marque
de Chevalerie , un petitCor
d'argent pendu au Juſte-à- corps
avec un Ruban couleur de feu,
les jours de leurs Aſſemblées ;
queles Chevaliers qui voudroient
Decembre 1680. B
26 MERCURE
entrer dans l'Ordre , ſeroient exa
minez par un Officier , qui jugeroit
de leur équipage , & de leur
adreſſe à la Chaffe ; que la premiere
fois qu'on s'aſſembleroit,
ils feroient venir des Violons , &
apporter quelques Bouteilles de
Vin Mufcat pour eſtre reçéuss
& que les Daines qui demande +
roient comme eux à eftre re
çeuës , en ſeroient quites pour
des Confitures. J'efpere , Madame
, que dans trois mois , qui eſt
le temps deſtiné pour leur premiere
Aſſemblée, je vous donneray
des nouvelles de l'accroiflement
de l'Ordre , & des galantes
ceremonies qu'on y aura obſervées.
}
Je me contentay la derniere
fois de vous apprendre la mort
de monfieur le Maréchal de
Grancey , arrivée le 10. de Novem
GALANT. 27
a
5
T
S
vembre. Il faut vous dire aujour
d'huy ce que je ſçay de particulier
touchant la Perſonne , & fa
Maiſon. Elle vient de Jean Rou
xel , Sieur du Pleſſis- Morvent,
natif d'Angleterre , à qui Charles
VII. donna pluſieurs Terres
&Heritages fituez aux Bailliages
d'Alençon , & de Caën , en
conſidération de ſes bons ſervices
, par Lettres expediées à
Bernay le 14. Juin 1436. Ce Maréchal
s'appelloit Jacques Rouxel
de Médavy , & estoit Fils
aîné de Pierre Rouxel , Baron de
Médavy, Lieutenant General en
Normandie , & de Charlote de
Hautemer , Comteſſe de Grancey.
Il a ſervy le feu Roy dans
toutes ſes Guerres , tant en Languedoc
, qu'en Piemont,Flandre,
&Lorraine , & fut fait Maréchal
de Camp en 1636. & un peu
Bij
28 MERCURE
aprés Gouverneur de Montbelliard
En 1644.le Roy luy donna
le Gouvernement de Graveline
, le fit Lieutenant Genéral de
ſes Armées , & l'honora du Baſton
de Maréchal de France au
Mois de Janvier 1651. Depuis il
futétablyGouverneur deThionville,
& cree Chevalier du S. Ef
prit le premier Janvier 1662. Ha
eu pour Freres, François Rouxel,
nommé Eveſque de Séez en
1651. &Archeveſque de Roüen
en Janvier 1671. & Guillaume
Rouxel , Comte de Marey , Maréchal
de Camp , & Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes du
Duc de Valois , mort de la blef
fure qu'il reçut au Combat de
Briare en 1652. & pour Scoeurs
Renée Rouxel, Femme de François
de Bigars , Marquis de la
Londe ; Charlote Rouxel , Femme
GALANT.
(
29
me de Jacques de Castelnau ,
Sieur de Mauviſſiere, & Mere de
Jacques Marquis de Caſtelnau,
Maréchal de France & plufieurs
autres , qui s'eſtant faites
Religieuſes , ont poffedé les Abbayes
d'Almeneches, de Gomerfontaine
,de Vignats , & de S.Nicolas
de Verneüil. Il s'eſt marié
deux fois ; & de Catherine de
Monchy , Soeur de Charles de
Monchy , Marquis d'Hoquincourr,
Marechal de France , ſa
premiere Femme qu'il épouſa
en 1624. il a eu Pierre Rouxel,
Comte de Grancey ; Georges,
Chevalier de Malte, mort ſur les
Galeres de l'Ordre , François-
Benedict , Colonel d'Infanteries
François, Chevalier de Grancey;
Louiſe , Abbeſſe d'Almeneches ;
Marie - Françoiſe , Abbeffe de
Vignats , & Bernarde Rouxel,
Bij
30 MERCURE
Religieuſe. Il a épousé en fecon
des Noces Charlote deMornay,
Fille de Pierre de Mornay , Sei
gneur de Villarceaux , &d'Anne
Olivier-Leuville. De ce dernier
Mariage , font fortis Hardoüin,
Abbé de Grancey ; Jacques,
mort en 1667. âgé de huit ans;
Marie- Louiſe Rouxel , mariée
J'onziéme Novembre 1665. à
Joſeph Rouxel , Comte de Marey
ſon Coufin , tué au Siege de
Candie en 1668. pour le ſervice
des Venitiens i quatre autresFilles,
Religieufes à Gomerfontaine,
à Verneuil , & à Vignats ; &
Marie Loüife , aujourd'huy Dame
d'Atour de la Reyne d'Eſpagne.
Pierre Rouxel , Comte de
Grançey , aîné de cette Maiſon
par la mort de monfieur le Maréchal
fon Peré, a eu d'Henriette
de la Palu , Fille de Jean de la
Palu, い
GALANT.
31
a
ر
כ
e
Palu, Sieur de Bouligneux , & de
Gabrielle de Damas-Thianges ,
Jacques - Leonor , Comte de Médavy
; Gabriel , & deux Filles;
&trois autres Fils, de Marie, Fille
de monfieur du Pleſſis- Befançon
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneur
d'Auxone, qu'il épouſa en fecondes
Noces.
Monfieur le Marquis deGordes
, Comte de Carces , mort le
vingt- troifiéme du meſme mois
de Novembre , s'appelloit François
de Simiane de Pontevez. II
eftoitChevalier des Ordres de
Sa Majesté , Grand Senéchal &
Lieutenant de Roy de Provence,
&Chef de l'illuſtre Maiſon de
Simiane , l'une des plus anciennes
de cette Province. Il avoit
eſté Chevalier d'Honneur de la
Reyne. Il a eſté emporté de la
T
B iiij
32
MERCURE
petite verole, à l'âge de 58. ans , &
laiſſe un ſeul Fils d'Anne d'Ef
coubleau de Sourdis ſa Femme.
Guillaume Rambaut de Simiane,
Marquis de Gordes ſon Pere,
eſtoit auſſi Chevalier des Ordres
du Roy , & a poſſedé la Charge
de Premier Capitaine des Gardes
du Corpsde Loüis XIII . &
eu le Gouvernement du Pont
S. Eſprit.
,
Loüis Lainſné, Chevalier, Sei
gneur de la Margrie , Conſeiller
ordinaire du Roy en ſon Conſeil
d'Etat & Privé , & Direction
de ſes Finances eſt mort icy
dans le meſme temps. Il avoit
eſté Conſeiller au Grand Confeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juſtice & d'Armées
aux Provinces de Guyenne,Languedoc
, Normandie , & Bourgogne
, & Premier Préſident au
Par
GALANT.
-
=
1
ב
33
Parlement de Dijon. C'eſt un
Poſte où ſes ſervices l'avoient
élevé en 1654. & qu'il quita avec
l'agrément du Roy , pour prendre
une place de Conſeiller
d'Etat ordinaire. Il eſtoit Fils de
Meffire Helie Lainfné , Seigneur
de la Dourville, & de la Margrie,
Conſeiller au Parlement de Paris
, Maistre des Requeſtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , Intendant
aux Provinces de Poitou &
de Touraine , Premier Préſident
au Parlement de Provence , &
enfuite Conſeiller d'Etat ordinaire,
& de Dame Anne Camus de
Pontcarré, Fille de GeoffroyCamus
de Pontcarré , Conſeiller au
Parlement de Paris , Maistre des
S Requeſtes , Intendant de Juſtice
en Provence , Languedoc &
Guyenne , & Premier Préſident
au Parlement de Provence.
Bv
34
MERCURE
La Courdes Comptes , Aydes
& Finances de Montpellier , a
fait une grande perte en la Perfonne
de Meffire François de
Bon , qui en estoitPremier Pref
dent. Hy eſt mort fur la find'O
ctobre âgé de 84. ans , apres en
avoir paſſe ſoixante dans les fon-
¿tions de Magiftrat , & prefide
àcette celebre Compagnie depuis
l'année 1643. Il joignoit les
plus ſeveres maximes de l'Etat à
celles de la Pieté , que tout le
Clergé de France a reconnue
en luy ſi ſolide , que cette augufte
Affemblée de Prelats a cri
le devoir remercier , de la forte
protection qu'il a donnéeen toutes
rencontres à la Religion Catholique.
Il n'a pas eſté moins
inébranlable dans les temps facheux
pour les interefts du Roy,
qu'il ſe l'eſt toûjours montré
pour
GALANT.
35
ב
5
a
S
en
pour ceux de l'Eglife. Son extraordinaire
application à remplir
tous les devoirsde ſa Charge,
qui a duré preſque juſqu'aux
derniers jours de ſa vie , a eſté
accompagnée d'une integrité
digne des premiers fiecles. Il a
receules honneurs funebresdeûs
à fon rang , & à ſon mérite ,
l'Eglife de Noftre - Dame de
Montpellier , où l'Eveſque de
cette Ville chanta la grand'
Meſſe. Les larmes des Pauvres,
la douleur des Peuples , & les
regrets de tous les Corps de la
Ville, firent une triſte partie de
ſes Funérailles. L'Oraiſon Funebre
fut prononcée par le Pere
Benoiſt,Prieurdes Dominiquains,
qui s'attira l'approbation de tous
ceux qui l'entendirent, en faiſant
voir la pieté d'un Eveſque dans
le coeur de de zelé Magiftrat , le
def
36
MERCURE
def- intereſſement d'un Roy,dans
le coeur de ce grand Juge ; & la
neceſſaire ſeverité d'un Juge,
dans le coeur de ce Politique
Chreftien.Sa Place a eſté remplie
par Meſſire Philibert de Bon fon
Fils aîné, à qui le Roy en avoit accordé
la Survivance dés l'année
1659. Sa Majefié n'ayant pas
lieu de douter que le digne Heritier
de ſes vertus , ne meritaſt
de luy fucceder dans cette importanteCharge.
Je vous envoye une maniere
de petite Paftorale , qu'un des
plus habiles Maîtres que nous
ayons a miſe en Muſique.Vous en
conviendrez , quand je vous auray
nommé Monfieur d'Ambruys.
Les Vers fontde Monfieur
Durand & ont eſté faits
pour un Concert d'Hyver ,
en faveur d'une reconciliatiori
,
apres
GALANT
37
apres une petite jaloufie. Il m'eſt
impoſſible de vous les donner notez
dans cette Lettre , à cauſe du
trop grand nombre de Vers , &
des frequentes Repetitions. I
VERS
POUR UN CONCERT.
SILENE.
Q
V'on n'entende par tout que
Chants melodieux ,
De voix & d'Instrumens que ces
Lieux retentiſſent ;
Que lesjeux , que les Ris , que les
Amours s'uniffent ,
Que nos Concerts charmans s'élevent
jusqu'aux Cieux ;
Faiſons dans nos Hameaux retraite
,
Goûtons unedouceurparfaite.
Perçons
38
MERCURE
Perçons nos Tonneaux ,
-Buvons nos Vins nouveaux ,
Attendantle retour d'une Saison
plus belle
Et que d'icy le Printemps nous
rappelle.
LE COEUR .
Qu'on n'entende par tout que
Chants mélodieux ,
De Voix & d'Instrumens que ces
Lieux retentiffent ,
Que les feux , que les Ris , que les
Amours s'uniffent,
Que nos Concerts charmans s'élevent
jusqu'aux Cieux
- SILVIE à TIRSIS .
--Déja l'Hyver attriste la Nature,
Ses néges,ſes frimats nous font quiter
nos Champs ,
Et
GALANTI
39
Et les Ruiffeaux glacez ont perdu
leur murmure,
Et tes Oyfeaux tears chants.
Pour le retour d'une Saiſon plus
belle
Je n'ay point de defirs.
Si mon Berger avoit l'amefidelle,
il est dans nos Hameaux d'auffa
touchans plaifirs. J
TIRSIS & SILVIE
Si tu voulois, adorable Silvic,
Avoir un coeur pourmoy plus tendre
&moins léger ,
Ie t'aimerois toute mavie,
lamais autre que toy ne pourroit
m'engager.
SILVIE à TIRSIS.
Ie mefais un plaifir extréme
D'eſtre le doux Objet deſes tendres
Soucis ; De
40
MERCURE
De vivre & de mourir avec mon
cher Tirfis ,
Mais il est l'inconstance mesme.
TIRSIS à SILVIE .
Quand Damon occupe ton coeur,
Pourquoy me faire un ſi ſenſible
outrage ? d
SILVIE à TIRSIS.
Tu peux m' abandonner, volage,
Lors que je n'ay pour toy que tendreſſe&
qu'ardeur ?
Enſemble.
A
Pourquoy me faire un ſiſenſible
outrage,
Lors que je n'ay pour toy que tendreſſe&
qu' ardear ?
DA
GALANT..
41
N
ве,
k
ble
A
DAMON & CLIMENE
enſemble, à Tirfis & Silvie.
Ne craignez rienpourvos amours.
Damon avec Climene
Eft joint depuis longtemps d'une
eternellechaîne;
Rien ne doit troubler vos beaux
jours ,
Ne craignez rien pour vos amours.
Le Choeur répete les deux derniers Vers .
Tous quatre enſemble.
[ Nous brûlons tous d'une pareille
envic,
Paſſons enſemble une agreable vie,
Rien ne doit troubler nos beaux
jours,
Ne craignons rien pour nos a-
• amours.
Le Choeur répete encor les deux
derniers Vers.
DA
42 MERCURE
DAMON & TIRSIS
à Silvie & Climene.
Te jure par tes yeux.
*SILVIE & CLIMENE,
à Tircis & Damon.
Iejure partoy- mesme.
Tous quatre enſemble.
De ne changerjamais.
DAMON & TIRSIS
enſemble.
Mon bonheur est extréme.
SILVIE & CLIMENE.
Mes voeuxsont fatisfaits.
Tous quatre enſemble.
Quédenos coeurs unis la douce intelligence
Eloigne
GALANT.
43
تو
1 Eloigne pourjamais nossentimens
jaloux ,
Et qu'une entiere confidence
Regne maintenant entre nous.
Le Choeur répete ces quatre Vers.
SILENE.
Bergers , fi vous m'en voulez
croire,
Nous neparlerons que de boire ;
Puis,que vous eſtes reünis ,
De Bouteilles munis ,
Nefongeons qu'à la bonne chere,
Laiſſez- là l'amoureux myſtere ;
Puis que vous estes réunis ,
De Bouteilles manis ,
Bergers , si vous m'en voulez
croire
Nous ne parlerons que de boire.
LE CHOEUR.
Bergers , si vous m'en voulez
croire,
17. Vous
44
MERCURE
い
Vous ne parlerez que de boire.
TIRSIS , SILVIE , DAMON,
CLIMENE , enſemble,
2.
Unfort si charmant & fi doux,
Doit rendre le Printemps jaloux.
JASILEÑE
Bergers, si vous m'en voulez
croire ,
Nous ne parlerons que de boire.
i
こいつ
LE CHOEUR
Qu'on n'entende par tout que
Chants mélodieux,
De Voix & d'Inftrumens que ces
Lieux retentiffent
Que les leux, que les Ris , que les
Amours s'uniffent,I
Que nos Concerts charmans s'élevent
jusqu'aux Cieux.
Vous
GALANT.
45
N
Vous avez ſçeu le départ de
monſieur le Cardinal d'Eftrées
pour fon voyage de Rome. Monfeur
l'Eveſque du Belley ayant
eu avis le 15. ou le 16. du dernier
Mois , qu'il approchoit de
fon Dioceſe,voulut profiter d'une
coccaſion ſi favorable , pour donner
à cette Eminence des témoi
gnages publics de l'eſtime & de
la venération qu'il a toûjours cuë
pour Elle. Comme ce Prelat ne
fait rien qui ne réponde à la
grandeur de ſon Genie , de fon
Caractere , & de ſes Emplois , il
crut que ce n'eſtoit point affez
pour marquer fon empreſſementàce
Cardinal , de l'attend
dre au Pont de Beauvoiſin , qui
comme vous ſçavez, eſt en Dauphine.
Il l'envoya complimenter
à la Tour du Pin , par Monfieur
l'Abbé de Bellefons , de
l'Or
46 MERCURE
l'Ordre de Cluny , dont monſieurdu
Belley eft Grand Prieur.
Je n'ay pû recouvrer ce Compliment
, dont je ſçay que la le
cture vous auroit donné un fort
grand plaiſir ; mais vous n'aurez
pas de peine à croire qu'il fut admiré
, quand vous apprendrez,
qa'outre la qualité de Docteur
qu'a monfieur de Bellefons , ſes
talens extraordinaires pour la
Chaire , luy ont acquis l'approbation
de tous ceux qui le connoiſſent.
Monfieur du Belley refeat
monfieur le Cardinal d'Eſtrées
à l'entrée de ſon Dioceſe,
où il luy eſtoit venu à la rencon
tre, pour l'accompagner avec
toute la Nobleffe du Païs , jufqu'au
Pont de Beauvoiſin. Son
Eminence y eſtant arrivée aux
Ilambeaux , monfieur l'Eveſque
la régala le foir & le lendemain,
avec
GALANT. ! 47
L
e
D
e
1
0
n
avec une profuſion ſi pleine d'ordre
& de propreté, qu'il euſt eſté
difficile de rien ajoûter à cette
magnificence . Ce n'eſtoient que
Mets exquis , avecun mélange
tres- agreable de Jaſmin,de FleursS
d d'Orange,& de Tubereuſe, dans
tous les Services. Si-toſt que
monfieur le Cardinal fut arri é,
monsieur le Seigle le vint haranguer
au nom de la Ville. C'eſt un
Homme fort eſtimé dans cette
Province, qui n'excelle pas moins
dans la Medecine , dont il fait
profeffion,que dans pluſieurs autres
Sciences qu'il poſſede émi
nemment. Il eſt Frere de mor
ficur le Seigle,Chevalier de Ma
te, & Chanoine du Temple , qui
occupe icy nos meilleures Chaires.
Voicy en quels termes ſa
Harangue estoit conceuë.
E
e
4 MON
48 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Nous avons eu plusieurs fois l'avantage
de voir icy V. E ; mais
nous n'avons jamais eu la hardieſſe
de vous affurer de nos tres- humbles
respects. Quelque soin que
nous ayons pris pour accoûtumer nos
yeux à regardervostre pourpre ,Son
éclat nous a toûjours éblouis , &
quelque deſſein que nous ayons
formé de nous acquiter de ce de.
voir, la pensée de nostre baſſeſſe&
devoſtre élevation nous en a toûjours
detournez , &fans le secours
de nostre grand Evesque qui nous
preſente à V. E. & qui nous fert
*de ce que le Genie de Socrate fervit
à ce fameux Sage , pour entretenirson
commerce avec ſes Dieux,
nous garderions encor noſtre filence
respectueux. Ce n'est pas , Monfeigneur,
que nous ne partagions avec
tout
GALANT.
49
K
10
.
tout le Royaume , les grandes obligations
qu'il vous a , & que nous
ne connoiſſions la Maison d'Estrées.
Nous sçavons qu'elle a esté illuftre
dans tous les fiecles de noftre
Monarchie , qu'elle luy a donnéde
grands Hommes dans tous les temps,
& nous voyons qu'elle n'est pas
moins fécondéeſous le Regne de noſtre
Invincible Monarque , que
Sous les precedens. Elle nous don ..
ne , V. E. des Ducs & Pairs , &
des Vice Admiraux. Ouy , Mon
Seigneur , Elle nous a donné un
1
A
Vice-Admiral incomparable. Toute
la France connoiſt ſon grand
courage , & tous nos Ennemis le
redoutent. Ils en ont reffenty fouvent
la force en Flandre , & en
Allemagne ;mais comme ces grands
Païs estoient trop bornezpour la
valeur de ce Héros, il a fallu que les
Mers entieres ayetfervi deTheatre
Decembre 1680 . C
MERCURE
àtoutesses grandes actions. En effet,
Monseigneur,est- il quelque endroitsur
l'Ocean où il n'ait donné
des Combats , & où il n'aitgagné
des Batailles contre les Ennemis de
l'Etat ? Combien de fois a- t-il garanty
nos Coſtes de leurs Defeentes,
&nos Provincesde leurs irruptions?
Combiendefois les a- t- ilbrûlezdans
leurs Ports ? Enfin combien de fois
les a- t- il attaquez avec de moindres
forces , & chaffez avec de
tres-grands avantages ? Ce n'est
pas affez,Monseigneur. Ny laTerre,
ny la Mer , n'ont pû borner les
Victoires de ce grand Homme , qui
par un defir de gloire , plus noble
que celuy d' Alexandre, est alléfouvent
chercher un Nouveau Monde
, pour y trouver de nouveaux
Ennemis à combatre , & à vaincre.
Mais pendant que le Vice-
Admiral d'Estrées fait tant de
chofes 4
GALANT.
si
ラ
chofes extraordinaires pour la France
, Monseigneur le Duc d'Estrées
vostre Frere , luy rend à Rome
des fervices tres- considérables , &
tres- importans. Il faut connoistre
cette Cour , & l'esprit defon Gouvernement
qui change de forme
toutes lesfois qu'ony changede Pape.
Ilfaut , dis-je ,sçavoir tous les
divers interests qui la partagent,
pourconnoistreparfaitement laſuffifance,&
le caractere de ce grand
Ministre. Rien n'y échape àſa penétration.
Les autres Ambassadeurs
n'y font point de mouvement dont
il ne devine la cause , & dont il
ne prévoye toutes les fuites. Enfin
il y foûtient l'honneur de la
France dans son plus grand éclar
&fait rendre dans cette Cour au
Fils Aîné de l'Eglise tous les bon
neurs qui luy ſont dûs. Il fuit en
toute sa conduite celle du grand
Cij
52.
MERCURE
Maréchal d'Estrées , qui par Sa
prudence &par sa vigueur , aprit
dans une fameuse Assemblée , à
l'Ambassadeur d'Espagne , à ne pas
occuper un Rang que personne ne
pouvoit prendre avec justice , que
celuy de Franceanda jup twoma
Il-feroit temps,Monseigneur, de
me taire , car si l'éclat de vostre
Pourpre , qui est an de vos moindres
ornemens, nous a toûjours ébloüis , à
quoy me dois- je attendre , si j'en- L
treprens de regarder d'un oeil fixe
tout ce que je vois de merveilleux
dans la vie de Kostke Eminence ?
Toutes vos vertus se présentent à
la fois à ma memoire , & comme
vous n'avez rien oublié dans leur
pratique , chacune veut estrepla
cée la premiere. Kostre prabité
dans toutes vos actions , voſtre
exactitude à remplir tous les devoirs
d'un bon Evesque &d'un émi
nent
GALANT53
-nent Cardinal , s'avancent afin que
j'enfaſſe l'éloge.Mais Monseigneur,
je laiſſe teſoin defaire celuy de vôtre
probité, à ceux qui ont eu l'homneur
denégotieravec Vôtre Eminence.
Que leDiocese de Laon,qui jouit
desfruits de vos applications à luy
former de bons Curezpourſa conduite
faffe celuy de tous les exemples
de vertu que vous luy avez donnez .
Ie laiffe à toute la Terre le plaisir
d'admirer celles que vous pratiquez
dans le baût rang ou elle
vous ont élevé aussi bien que vôtre
naiſſance;& pour les couronner tou--
tes,ncfuffit- ilpas de dire que leplus
grand , le plus auguſte , & le plus
éclairéMonarque de la Terre, vous
a choisy pour negotier une des plus
importantes , & des plus délicates
Affaires du Monde , aupres d'un
desplus grands Papes qui ait
jamaisfuccede au premier des
sup Cij
54 MERCURE
:
Apostres ? Que ne doit pas la France,
Monseigneur , à voſtre illustre
Maison ? Car s'il est vray que les
Etats ne s'agrandiſſent que par les
Conquestes, qu'ils nesefoûtiennent
que par Politique,&qu'ils ne s'affermiffent
que par la Religion ; ne
buy a- t-elle pas donné des Mars,
&des Maistres de la Politique , en
luy donnant le Vice- Admiral,le Duc
d'Estrées , &vous , Monseigneur?
N'estes vous pas l'Ange tutelaire
de la Religion ? l'ay pris la liberté
de dize toutes ces chofes , parce
qu'elles sont les regles du profond
respect que nous avons pour vostre
Eminence ,&qu'elles nousfervent
de preffant motif pour estre evernellement
vos tres - humbles , &
tres- obeifſfans Serviters.
1
Monfieur l'Eveſque de Condom,
s'eſtant rendu depuis quelque
GALANT.
55
!
que temps à ſon Abbaye de S.
Lucien aupres de Beauvais, pour
une Cerémonie de pieté qui s'y
eft faite, alla au Bourg de Granville
dont je vous ay parlé dans
quelqu'une de mes Lettres , &
qui eſt des dépendances de cette
Abbaye. Il y vit le deſaſtre
causé par le feu , & viſita les ruines
de l'Eglife. Les Habitans de
ce Bourg , qui s'eſtoient retirez,
dans les Villages voiſins,yaccoururent,&
s'eſtant aſſemblez dans
la Chapelle que ce grand Incendie
a laiſſée encor debout au milieu
du Cimetiere, ce Prélat leur
fit une Exhortation ſi touchante ,
fur le fruit qu'ils pouvoient tirer
de leur patience , & de leur foûmiſſion
dans les diſgraces , qu'il
n'y cut perſonne qui puſt retenir
ſes larmes.Il confola tous cesMalheureux
, non feulement par des
Cij
56 MERCURE
1
paroles pleines d'amour & de
charité , mais auſſi par ſes liberalitez
qu'il leur promit de continuer,
afin d'aider à les rétablir, &
à faire rebaftir leur Eglife , dont
l'embraſement les a plus touchez
que la perte de leurs Biens.
J'oubliay le dernier Mois à vous
aprendre le Mariage de Monfieur
de Cotentin , Fils du Maiſtre des
Requeſtes de ce nom , avec Mademoiselle
de Briou . C'eſt un
Homme fort bien fait , eſtimé
pour fon efprit , & qui fait connoiſtre
par ſes actions que la pieté
eſt heréditaire à tous ceux de
fa Famille. Mademoiſelle de Briou
eſt une brune de tres- belle taille,
qui dance bien,& qui ayant beaucoup
de délicateſſe d'eſprit, fournit
agreablement à la converſation
. Elle est Petite Fille deMonſieur
le Prefident Dorieu, & Fille
de
GALANT. 57
e
.
S
es
1
de Monfieur de Briou , ſecond
Préfident de la Cour des Aydes.
Son Grand-Pere , & un de ſes
Oncles , ont poſſede cette mefme
Charge. La Mere de Monfieur
le Préſident de Briou eſtoit
Soeur de Monfieur le Gras , Maître
des Requeſtes , qui fut tué à
l'Hôtel de Ville ; & fa Grand'-
Mere,Fille de Monfieur Sanguin .
Je vous envoye à mon ordinaireun
Air nouveau de Monfieur
de Baffilly. C'eſt un embelliſſement
qu'il veut bien donner à
toutes mes Leerës. A
3
AIR NOUVEAU.
AARRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR . ROUTEEL T
Limene , tu teplains de ma
legerete,
Et je me plains detaperseverance.
Donnant tout àmesfeux,tu leur as
C V
58 MERCURE
L'amour finit où finit l'esperance,
Helas ! Iris me défend d'esperer,
Et pour elle mon coeur ne fait que
Soupirer.
100 20
Quoy que toute excuſe d'in+
fidelité ſoit odieuſe, en voicy une
que vous trouverez agreable,par
la juſteſſe avec laquelle monfieur
de la Brune qui en eſt l'Autheur,
y a fait parler l'Echo.
S509 Fox63 6003 EX09 01611 10 : 196382209-80963-3 EXES
EXCUSE D'INFIDELITE ,
PAR
ECHOMRO
A E vous l'avovë ingenûment
Tirfis,mon amour est extréme ;
I'aime Clorinde éperdûment .
Mais Clorinde àson tour de mesme,
Maime
1
Ie puis comptersur laBergere.
Helas!
V
GALANT.
Helas ! combien de
dit, Berger,
foisma-t-elle
Que tu sçais bien l'art d'engager!
2.
Mais tu te plains toûjours , cela me
defefpere
Efperetel
T
Ce n'est pas toutefois qu'ilfaille
aveuglement A
Croire ce que dit uneAmante.
Une Amante cent fois,pour tromper
un Amant,
Mental I
Mais lors que fur mon Chaln
meau,
Couché nonchalamment ,je chante
unAirnouveau ,
Jevoy que la Beauté, cher Tirfis
qui m'enchante,
Chante. 2
UNOS Lors
2007.
60 MERCURE
Lors que je m'apperçois qu'elle est
toûjours contente ,
Qu'elle foûrit quandjeſoûris ,
Qu'elle rougit quandje rougis ,
Que l'absence d'un jour comme moy
la tourmente,
Ie ne sçaurois croire, Tirſis ,
Que cette Bergere charmante
Mente.
Qu' Iris n'espere plus retenir ma
tendresse.
Le trouve icy mes feux récompensez.
Lefuis las defouffrir qu'une ingrate
Maîtrefle
1:0 Me maltraite fans ceße ,
I'aySouffert tous cesjours paſſez
Affe
632
Mais quoy , me direz vous , une
flâme nouvelle
Vous
GALANT .
Vous fait-elle oublier les tendres
Sentimens
ر
Dont vous aviez promis la durée
eternelle?
D'oùvient qu'apres tant de fer-
Vous vous separez, Infidelle,
D'elle ?
Tirfis , vous auriez tort , si vous
Atrouviez étrange
Que j'aye ose me dégager.
Apres mille rigueurs , j'ay raison
de changer...
Vn Amant qui connoist qu'on luy
donne le change,
Change.
:
Monfieur Planque , Gentilhomme
de Montpellier , Lieutenant
General du Regiment de
Roüergue,& quim'a donné lieu fi
ſouvent de parlerde luy pendant
nos
:
62 MERCURE
nos dernieres Guerres , a eſte
choiſi, apres un ſervice aſſidu de
plus de quarante années , pour
eſtre Lieutenant de Roy au Gouvernement
des Ville , Chasteau
de Bayonne ,& Lieux circonvoifins,
L'importance de cette Place
qu'on fortifie aveande grands
ſoins, eſt une marque bien avantageuſe
de l'eſtime que Sa Maje
ſté fait de ſa Perfonne , & de la
confiance qu'Elle prend en luy .
Il eut l'honneur d'eſtre auffi choi
ſy par monfieur le Maréchal de
Créquy, pour faire cette Expédi
tion ſignalée dont vous avez
veu les circonstances dans l'une
de mes Lettres , & qui fut conduite
avec tant de coeur & de
prudence , que malgré la reſi-l
ſtance des Ennemis aſſemblez
de toutes parts , il pafſa les Montagnes
noires , porta les Armes
201 du
GALANT.
63
du Roy en des lieux , où toutes
victorieuſes qu'elles ont toûjours
eſté , elles n'avoient point encor
-paru, fit contribuer ce Païs pref!
que inacceffible , & apres avoiri
- executé tous ſes ordres , revint
glorieusement chargé de butin,
& avec quantité de Priſonniers!
-qu'il avoit faits. Une Retraite fi
judicieuſement ménagée avec
peu deGens, & en préſence d'un
grand nombre d'Ennemis , le mit
dans une telle réputation aupres
de ſon General , qu'il luy confia
- le commandement des Forts del
Strasbourg . Les fâcheuſes mala-
- dies qui luy, enleverent pluſieurs
Soldats , & celle mefme dont il
fut dangereusement attaqué ,
n'empeſcherent point que len
Roy ne fuſt dignement ſervy, &
ceux de Strasbourg tres- incom->
modez par les diverſes priſes ,
Пер
qu'il
64
MERCURE
qu'il faifoit fur eux , de Bateaux,
&d'Habitans. L'attaque du Pont
de Rinsfeld , fut encor faite par
luy avec monsieur le Marquis de
la Freſeliere , & il y donna de fi
grandesmarques de courage,que
monfieur le Maréchal de Créquy
luy en témoigna ſa joye , &
en écrivit en Cour avec tous
les avantages qui estoient deubs
àla fermeté de cette Entrepriſe!!
Tant de belles actions , & beaucoup
d'autres dont je ne vous
fais point icy le détail , méritoient
la recompenſe qu'il vient d'obtenir
, & elle ne luy pouvoit manquer
fous un Regne , ou aucun
ſervice n'eſt oublie
Le Roy a reconnu ceux de
monfieur Scarron de Longue,
qui exerce la Charge de Prefident
du Conſeil d'Artois depuis
dix-huit ans , par la Survivance
itup qu'il
GALANT.
5
1
S
S
qu'il en a accordée à monfieur
Sçarron ſon Fils. Il y fut reçeu
le troiſième de ce mois, avec l'applaudiſſement
de toute cette Province
. Cela fait voir combien il y
eft aimé.
Ma Lettre du mois d'Octobre
vous a fait voir celle d'un ſpirituel
Inconnu , qui ayant reçeu
un Preſent galant le jour de
ſa Feſte , ne ſçavoit à qui en
faire paroiſtre ſa reconnoiſſance.
Il n'a encor eu aucun éclairciſſement
de cette Avanture
, & c'eſt ce qui l'a fait
- écrire tout de nouveau en ces
termes.
5
1
1
66 MERCURE
8881318-88-88-88: 83:883388
AU MERCURE
GALANT.
J
N vain , Mercure trop hon-
ENvain
Vous avez reçeu ma Requeftes
En vain par vous mes foibles
Vers
Ont parcouru tout l'Univers ,
En vain contant mon avanture ,
Jay voulu , franchement parlant,
Pour y donner un tour galant,
M'eriger en petit Voiture ;
}
Tout cela m'a esté inutile , puis
que l'Inconnue qui celebra fi galamment
ma Feſte ily a deux mois,
continue àse cacher , & que toute
la reconnoiſſance qu'elle a ſceu par
vous quej'en avois , n'a pû l'obliger,
GALANT. 67
ger, ny à se faire connoistre , ny
mesmes à vous charger de quelque
réponſe qui me le fist esperer. La
Malicieuse se fait un plaifir de
mon inquiétude ; maisfifon filence
est cruel à mon égard , il est criminel
au voſtre , obligeant Mercure,
& vous intéreſſe à partager mon
reffentiment .
2
Car qui reçoit d'agreables nou
८ velles
Par un Dieu , comme vous , galant,
officieux,
Et qui ne répond rien au Mefſager
desDieux,
Mérite des peines cruelles.
Suspendez en toutesfois la rigueur
aupres de cette Inconnue, car
malgré la peine qu'elle me cause,
une je-ne-fçay- quelle fecrete in-
-clination m'engage à craindre pour
elle.
68 MERCURE
elle. Son Préfent fi galant,fa Lettre
, & fes vers si spirituels , me
donnent des idées toutes charmantes
de fa Perſonne ; mais au moment
que je la trouve aimable , je
la trouve injuste. Elle excite en
moy des mouvemens oppoſez qui
me mettent à la geſne; elle me fait
des graces ,& me cause du tourment ;
elle irrite en mesme temps mes defirs
& ma colere , enfin elle me
rend tout enſemble heureux , &
malheureux peilou
arch. Fto gaud
Vous, mon unique eſpérance ,
Donnez- moyquelque allégeace,
Vous eſtes mon ſeul recours.
Veüillez, obligeant Mercure ,
M'accorder quelque ſecours
Dans ma bizarre avanture.
Vous connoiffez mes ennuis,
Peignez à mon Inconnuë,
D'une maniere ingénuë ,
e
201
Le
GALANTM 69
را
1
Le triſte état où je fuis ,
Et faites , s'il eſt poffible,
Que fon coeur y foir ſenſible.
1
Mais si l'Ingrate estoit affez
temeraire pour vous refuser une
réponse favorable , alors usant de
voſtre pouvoir,faites lux connoistre
que la vangeance d'un Dieu est
redoutable. B. κιση 2.A
Et ſi vous vouliez m'obliger
Dans la façon de vousvanger,
Je ſçais un ſeûr moyen de rendre
plus traitable bai
Cette Inconnue inexorable. & ab
" Intéreſſez l'Amour dans mon fort
malheureux , vinoOne of
Faites- luy voir qu'il y va de få
zioMolairesi obo 210
D'emporter fur'eecoeurPuunnee plei
ne victoire
Enle rendant fort amoureuxρίς
Un
70 MERCURE
Un amour violent ne cherche
qu'à paroître,
Un coeur qui le reſſent veut le
faire connoiſtre ;
Ainſi noſtre Inconnuë aura beau
s'empeſcher
De ſe rendre viſible
On ne peut longtemps ſe cacher
Aux yeux d'un tendre Amant
pour qui l'on eſt ſenſible.
:
François de Broüilly , Marquis
de Vvartigny , Vicomte de Villecheron,
& Courtemont, Baron
de Bazoche,& autres lieux, Lieutenant
General pour Sa Majeſté
au Gouvernement de Champagne
, eſt mort dans ſon Hôtel
à Paris le 25. de l'autre Mois.
Rien n'eſt plus édifiant que les
marques de reſignation & de
pieté, qu'il a données dans toute
fa
GALANT. 71
C
0
al
qu
re
e
10
(
ſa maladie . On a embaumé fon
corps_pour le porter à une de ſes
Terres. Il avoit cinquante &un
an,&entre pluſieurs Enfans qu'il
a laiſſez , il y a quatre Garçons.
Les trois aînez, quoy qu'ils foient
encor fort jeunes , ne ſe ſont pas
moins ſignalez dans nos dernieres
Campagnes, que Monfieur le
Chevalier de Broüilly-Vvartigny
a fait depuis peu , au Combat
que les Galeres de Malte ont
donne contre les Turcs. Il ſauta,
L'un des premiers , dans les Vaifſeaux
Ennemis,& apres s'y eſtre
fait diſtinguer par ſa valeur , il
fut fi heureux qu'il ſe ſauva à la
nagershoni 2 :3
La mort de Mademoiſelle de
Braine, arrivée auſſi depuis quelquesjours
, a donné lieu à bien
des regrets. Elle estoit belle,bien
faite , âgée d'environ vingt ans,
&
72 MERCURE
& Cadete de Mademoiselle de
la Marck , Fille comme elle de
Monfieur le Comte de la Marck,
&Niêce de Mademoiselle de la
Marck , qui épouſa il y a fix mois
Monfieur le Marquis de Lannion.
Monfieur le Comte de la
Marck , Frere de Madame la
Marquiſe de Lannion , & Pere
des deux Soeurs dont je vous parle,
eſtoit Fils de Monfieur le Marquis
de la Boulaye , & de Louiſe
de la Marck ſeule reſtée de la
veritable maiſon de Bouillon la
Marck . Henry - Robert de la
Marck fon Pere , Duc de Bouillon
, Prince de Sedan , Zamets,
& Ravecour, Capitaine des cent
Suiſſes , fit un Teſtament par lequel
il inſtituamonfieur le Comte
de la Marck Fils aîné de cette
Fille , fon Heritier univerſel , à
condition de porter ſon Nom , &
fes
م
GALANT
73
5
ſes Armes , & en cas qu'il mouruſt
ſans Enfans males ,il ſubſtitua
le ſecond Fils de la meſme
Loüife de la Marck fa Fille , aux
meſmes conditions. Voila d'où
vient le Nom de la Marck , dont
la Comté eſt aujourd'huy poſſedée
par l'Electeur de Brandebourg.
Monfieur le Comte de la
Marck eſtoit Colonel du Regi-.
ment de Picardie,&Maréchal de
Camp Il s'eſt diſtingué en beaucoup
d'occaſions , & particulierement
en Hollande , & a eſté
tué à la Bataille de Tréves, Comme
il n'a laiſsé aucuns Enfans males
, la Subſtitution eſt preſentemem
declarée ouverte en faveur
de monfieur fon Frere.
•Nous avons perdu monfieur
Dreux ,Doyen du Grand Confeil
, au commencement de ce
Mois , ainſi que monfieur du
Decembre 1680. D
74 MERCURE
Maits,Doyen de la Cour des Aydes.
Ce dernier âgé de quatrevingts-
trois ans, avoit eſté reçeu
Conſeiller en 1622. Il eſtoit Fils
deMeſſire Jean du Maits, Tréſorier
de l'Argenterie du Roy &
de ſaMaiſon, qui avoit ſervy ſous
Henry IV. & fous Louis XIII . &
de Dame Magdelaine Pajot , &
avoit eu pour Fils Meffire Gilles
du Maits,Conſeiller au Parlement
en la Cinquiéme Chambre des
Enquestes , fort eſtimé dans ſa
Compagnie , & mort en 1672 .
Meſſire Gabriel du Maits , Commiſſaire
General des Galeres de
France, eſt auſſi ſon Fils.
Monfieur l'Abbé d'Aubignac ,
Chanoine de S.Germain de l'Auxerrois
, eſt mort dans ce meſme
temps. Il eſtoit Frere de Monſieur
Deſvieux Secretaire du
& de feu Monfieur le Roy د
Chan
GALANT.
75
S
S
Chancelier d'Aligres
Il eſt arrivé une autre mort
qui a donné lieu à un Incident
auſſi extraordinaire qu'il y
en ait jamais eu. Un Officier
premier Juge d'une Ville , s'eftoit
fi bien mis en teſte d'amaffer
du Bien , qu'il n'en refuſoit
aucune voye. Vous pouvez
croire qu'eſtant de ce caractere
, il faifoit fa Charge avec
une entiere régularité. Cela
euſt eſté loüable du coſté de la
Justice , s'il n'euſt cherché qu'à
la rendre ; mais il n'avoit que
l'argent pour but , & dans cette
avidité , comme il ſe faiſoit
payer aſſez largement de chaque
Sentence , il reſſembloit à MonſieurDandin
, qui vousa tant fait
rire dans les Plaideurs , il vouloit
toûjours juger. Quelque
Dij
76 MERCURE
imal fondé qu'on fuft en preten
tions ,on ne le confultoit jamais
qu'il ne fuft d'avis que l'on plaidaft
,& il aimoit tellement qu'il
luy vinſt pratique , qu'il euſt vor
Jontiers intenté Procez contre
tous ceux qui ſe mêloient d'en
accommoder. Malheureuſement
pour une belle jeune Perſonne,
il entendit dire qu'elle avoit
beaucoup de bien. Il la fit foudain
demander en mariage , &
J'empreſſement qu'il témoigna
pour faire conclure , fut moins
un effet d'amour que d'avarice.
Ilmouroit d'impatience de compter
dix mille écus qu'on luy
promettoit ; & la plus diforme
auroit eſté preferée , ſi elle euſt
cu plus d'argent. Comme fa chargele
rendoit confiderable, on luy
accorda la Belle. La Nôce fut
faite , à petit bruit , & à peu de
frais,
GALANT
1
그
S
frais, & tout le merite de cetic ai
mable Perſonne ne pût obtenir
qu'il en ufaſt bien pour elle. Son
épargne alloit fi loin , qu'il luy
refuſoit juſqu'aux chofes necef
faires. Elle s'en plaignoit , & ce
fur affez pour meriter ſon aver
fion. Elle devint telle , que pour
l'empefcher de continuer fes
plaintes , il la relegua à la Cam
pagne , où elle ne devoit avoir
aucune dépense à faire en Habits.
Ce traitement dont elle estoit
fi peu digne , la mit dans l'excez
de la douleur. Elle n'y pût refifter
, & tomba malade quelque
temps apres. Son mal eftant dangereux
, elle fit prier fon cruel
Mary de la venir voir.Ce fut inutilement.
Il craignit que lesdroits
dequelque Sentence ne luy échapaffent
, s'il quittoit la Ville , &
de ne fut qu'après avoir fçeu
Diij
78 MERCURE
que fa Femme eſtoit à l'extrémi
té, qu'il conſentit à partir. Il la
trouva toute agoniſante , écouta
ce qu'elle luy dit en ce triſte
eſtat, ſans en paroiſtre touché ;
& quand elle luy tendit la main
enluy diſant le dernier adieu , il
ne la prit que pour en tirer une
Bague qu'elle avoit au doigt. Illa
vitmourir un moment apres ,&
demeura inſenſible , tandis que
ſa mort faifoit fondre en larmes
tous ceux qui estoient préſens. 11
partit ſur l'heure pour aller continuer
les fonctions de fa Charge;
& le premier ſoin qu'il eut en
rentrant chez luy , fut de s'informer,
s'il n'eſtoit venu perſonne
pour faire figner quelques Requeſtes.
Cependant les Parens de
la Morte ayant appris qu'il n'avoitdoné
aucun ordre pour l'Enterrement
, ſe chargerent de luy
faire
GALANT.
79
a
e
C
e
2
e
20
s
لا
コ
a
faire rédre les derniers honneurs.
Ils firent apporter le Corps dans
un Carroffe de deüil , pour eftre
inhumé au Tombeau de ſes Anceſtres
; & quand on fut averty
qu'il eſtoit tout proche,les Paroifſes,
ainſi que les Charitez, avec le
Corps de Juſtice en Robes , allerent
le recevoir ſous la Porte de
la Ville, où le Cercueil avoit eſté
tiré du Carroffe , & mis un moment
couvert d'un Drap mortuaire
, en attendant qu'on le
portaſt à l'Eglife . Le merite de
cette aimable Perſonne luy avoit
fi bien gagné tous les coeurs pendant
ſa vie , qu'à la veuë de ſon
Cercueil il n'y eut perſonne qui
puſt retenir ſes pleurs. Le Mary
avoit pris rang parmy les Parens ,
®arda tout avec un oeil ſec.
Il y eut quelque conteſtation entre
les Curez pour l'enlevement
Diiij
80 MERCURE
du Corps & comme les Juges
n'eſtoient pas fort loin , on s'adreſſa
auſſi toſt à eux pour avoir
un Reglement. Le plus ancien
ne ſe perfuadant pas que le Mary,
quoy que premier Juge , fuſt
en état de prendre connoiſſance
de la Queſtion , eſtoit fur le point
de prononcer , quand cet Inſenfible
quita fon rang , & fendant
la preſſe , proteſta contre celuy
qui alloit juger le Diférend , que
s'il paffoit outre , il le feroit citer
à la Cour , pour avoir ſes interefts.
Celuy - cy n'eut aucune
peine à luy laiſſer exercer ſa
Charge. Ainfi ce Mary , apres
avoir entendu les raiſons des
Conteſtans , donna comme Juge
la Sentence qui les mit d'accord
touchant l'inhumation du Corps
de faFemme.Cette dureté fit crier
toute la Ville , & fut cauſe que
deux
GALANT. 8,lo
e
1.
Dit
?
A
1
KA
deux Belles , preſtes à ſe marier,
ayant reconnu que leurs Amans
nemanquoiet pasd'avarice,aime.
rent mieux demeurer Filles encor
quelque temps , que de s'expofer
à une diſgrace dont elles
voyoient un fi grand exemple .
Je vous envoye la Lettre de
Monfieur de S.Evremont , que
vous aveztant ſouhaitéede voir,
c'eſt à dire une Piece auffi achevée
qu'ily eenn puiffe avoir en ce
genre.Aini ilne faut pas s'étonner
ſi les Copies qui en courent
ſont ſi recherchées. Elle estécri
te à Monfieur le Comte de Gramont,
ſur quelques bienfaits qu'il
avoit reçeus du Roy. Vous ſcavez
que ce Comte , frere de feu
monfieur le Maréchal Duc de
Gramont, eſtant cadet d'une fort
grande Maiſon , a fait d'autant
plus de gloire de vivre fans Bien,
છછછ RRA R
)
L
*
82 MERCURE
qu'il n'a pas laiſſe de ſe diſtinguer
toûjours par des dépenſes
dignes d'un Homme de fa qualité.
1
13
LETTRE
こ
DERMONSIEURD
DE S. EVREMONT,
A MONSIEUR LE COMTE
DE GRAMONT.
T'Ay appris deMonfieurleMave
devcehanlu un desplus,opulenvsoSuesigneurs
du Royaume. Si les Richeſſes qui
amoliffent le courage , & qui scavent
aneantir l'industrie,nefont pas
de tort aux qualitez de mon Héros,
jesuis prest à me réjouir du chansement
de vostre fortune ; mais fi
elles ruinent les vertus du Cheva-
Lier
GALANT.
83
lier , & lemérite du Comte ,je me
repens den'avoirpas execute le def-
Sein que j'ay cu tant de fois de vous
tuer pour assurer l'honneur devostre
memoire. Que j'aurois de chagrin,
Monfieur le Comte, de vous voirrenoncer
au jeu , & devenir indiferent
pour les Dames ; de vous voir referver
de l'argent pour leMariage de
voftre Fille,aimer les Rentes ,&parler
defonds de Terre , comme d'une
chofe neceſſaire à l'établiſſement
des Maiſons ! Quel changement,
Si vousfaifiez tant de cas du fonds
deTerre , apres l'avoir abandonné,
comme indigne de vous , aux
Pies , aux Corneilles , & aux Pigeons
! Quel changement ,si vous
afpiriez àdevenir Monfieur leBaron
de Simeac , pour avoir la Nobleffe
de Bigorre à voſtre lever
& entretenir vos Voiſins avec
se faux & heureux brillant ,
qui
$4 MERGURE
qui gagne tous les coeurs de la Gafcogne.
Ab , que deviendroit cette vie
Tant admirée & poursuivie!
Que deviendroient tous les avantages
que je vous ay donnez ſi ſouvent
fur le plus fage des Roys!
Ce Sage avec les connoiffances
Que luy donnoient les plus nobles
Sciences,
Et le reſte de fes talens ,
Sans bien , ainſi que vous , n'euſt
pas vefcu deux ans.
BeauxEloges ,vous feriez effacez
de lamemoire des Hommes ; &
pour toute loüange du Comte de
Gramont , on entendroit dire aux
Gaſcons & aux Bearnois , Lamaifon
de Monfieur le Comte va
bien. On y mange dans le Vermeil
de monfieur de Toulongeon,
&
GALANT 85
&l'ordre y eft excellent. Si les
choſes continuent, Mademoiſelle
de Gramont ſe fait un des bons
Partys de la Cour. Sauveznous.
Seigneur , de tout discours de cette
nature- là. Celuy qui a ſoin de vos
Allouettes,aura ſoin de vos Enfans.
C'est à vous àfonger à voſtre réputation
, & à vos plaiſirs.
Devenez opulent, Seigneur , devenez
riche,
Mais ne vous donnez pas un languiſſant
repos ;
Vous pouvez n'eſtre plus en
amour un Heros ,
Que vous ne ferez pas *** &c.
On peut, on peut encor aujourd'huy
vous aimer ;
Et fi jamais le temps , àtout inexorable
,
Vous Stoit les moyens de plaire
& de charmer ,
N'aimez pas moins, Seigneur , ce
qui paroiſt aimable.
86 MERCURE
Un grand Sage , apres vous le
Sage incomparable ,
Sur la fin de ſes jours ſe laiſſoit
enflâmer,
Et plus il vieilliſſoit , plus ce feu
:
fecourable
Sçavoit le ranimer.
Vvallet,qui ne ſent rien des maux
de la vieilleſſe ,
Dont la vivacité fait honte aux
jeunes Gens ,
S'attache à la Beauté pour vivre
plus longtemps,
Et ce qu'on nommeroit dans un
autre foibleſſe ,
Eſt en ce rare Eſprit une ſage
tendreffe
Qui le fait refiſter à l'injure du
temps.
Contre l'ordre du Cielil reſte ſur
la Terre , Ετ
GALANT. 87
!
:
Etle charme divin .
De celle qui me fait une eternelle
guerre,
Arrefte mon deſtin.
Du chagrin malheureux où l'âge
ſçait conduire ,
Les plus beaux yeux du monde
ont droit de me ſauver ;
Un funeſte pouvoir qui tâche à
me détruire,
En rencontre un plus fort qui
veut me conſerver .
Mon corps tout languiſlant , ma
triſte & foible maſſe ,
- Reçoit une chaleur qui vient
fondre ma glace ,
Et la Nature uſée abandonnant
mes jours ,
Je vis ſans elle encor par ce nouveau
ſecours.
Ic
88 MERCURE
Jevis,& chez un autre eſt le fond
dema vie ,
こ
Jene fuis animé que de feux empruntez
,
La machine ſe meut par des reffons
preſtez : gode I
Ma trame def-unie
Se reprend & ſe lie 201
Par des eſprits ſecrets qu'inſpirent
les Beautezion
N'en riez pas , Seigneur , ces innocentes
aides
Σ
Que nous ſcavons tirer de nos
derniers defirs, 29105 noM
Ces ſentimensd'amour font pour
nous des remedes , ол
Et pour vous des plaiſirs.
1
Nôtre exemple pour vous n'eſt
pas encor à ſuivre ,
V
Par
GALANT. 89
:
Par diverſes raiſons nous nous
laiſſons charmer ;
Dans l'âge où je me vois, je n'aime
que pour vivre ,
Il vous reſte du temps à vivre,
pour aimer.
Ievoussouhaiterois un Siecle ,fi
jene sçavois que les Hommes extraordinaires
ont plus de ſoin de
leurgloire que de leur durée.
Soûtenez juſqu'au bout la gloire
d'une vie,
Qui fait l'amour d'un Sexe, & de
l'autre l'envie .
Unifſez les talensd'un Abbé ſin-
こ
12
Aux rares qualitez qu'avoit le
gulier
Chevalier.
Joignez ces qualitez au merite
du Comte, 1. )
Et qu'on trouve un Heros qui
monHeros ſurmonte.20
Abbé,
A
90
MERCURE
e
Abbé , vous ſçeuſtes plaire à ce
Grand Richelieu ;
Vouspluſtes , Chevalier, au Foudre
de la Guerre.
Le Comte a le plus digne lieu;
Il a part aux bienfaits du Maiſtre
de la Terre,
D'un Roy que l'Univers regarde
comme un Dieu;
J'en connois le couroux , c'eſt pis
que le Tonnerre; A
Heureux qui peut joüir de ſes
faveurs , Adieu. です
Je vous appris la derniere fois
ce qui s'eſtoit fait à l'ouverture
du Parlement , & vous dis quelque
choſe des Harangues ; mais
je ne vous parlay point des Mercuriales
qui ſe font toûjours le
Mercredy qui fuit le jour de cette
ouverture.Vous en devez ſçavoir
l'ori
GALANT. 91
20
e
l'originedont je vous ay autrefois
entretenuë. Monfieur de Harlay,
Procureur General , s'eſt fair admirer
dans cette derniere occaſion
de Mercuriales. Il dit , Qu'il
estoit de fon Employ de reprendre;
mais qu'il falloit estre irrépréhenfible
soy mesme pour s'y hazarder,
& qu'ainsi il devoit travailler à
corriger ses propres défauts ; qu'à
L'égard des Inges , il les renvoyoit
à leur propre conscience , à l'exemple
d'un Empereur qui estant
Censeur , n'entroit point dans aucun
détail , & renvoyoit à euxmesmes
les Magistrats quiestoient
Soumis à son examen ; que le Tribunal
de la conscience n'estoit point
Suspect , & qu'il estoit impoſſible
d'empescher que la verité n'y fust
découverte.
En vous parlant dans le meſ
me temps des Harangues de
la
92 MERCURE
la Cour des Aydes , qu'on fait
tous les ans le lendemain dela
SaintMartin, jeme contentay de
vous marquer que Monfieur du
Bois, Procureur General de cette
Cour, avoit fait merveilles, en
traitant le meſme Sujet qu'avoit
choiſi Monfieur le Camus , Pre
mier Preſident. Ce Sujet eſtoit
l'usage que les Juges doivent fai
re du temps des Vacations , &
du relâche que la Juſtice accorde
à leur travail. Voicy ce que
j'en ay ſçeu de particulier. Il dit,
Quece n'estoitpoint affez de prem
dre ce temps comme unsimple dé
laffement ; qu'il le falloit regarder
comme les bornes du Cirque , où il
n'estoit permis de s'arreſter que
pourprendre haleine,& recueillir
de nouvelles forces pour mieuxfournir
la carriere , que c'estoit de ce
repos que le luge retiroit toute fu
perfe
GALANT 93
e
0
2
-perfection , parce qu'il apprenoit
dans la retraite à calmer les paffions
que le tumulte des affaires excitoit
tous les jours , & que les reflexions
qu'il faisoit sur sa propre
conduite, luy fervoient à prendre
des mesures prudentes & aſſurées
pourl'avenir ; que de cette maniere,
il travailloitsans relâche ; que
-fon loisir mesme estoit avantageux
à la Iustice qu'il avoit l'honneur
d'administrer ſous le plus grand &
le plus auguste des Roys , qui non
Seulement a emporté des Places,
gagné des Batailles , mais conquis
mesme des Provinces entieres au
milieu des plus rigoureux Hyvers,
malgré les efforts de plusieurs Nations
envieuſes deſa gloire , qui ne
fongcoient plus àoppofer au rapide
cours deſes Conquestes , que le Ciel
&lesſaiſons ; qu'ellesse confeſſent
plus vaincuës par la Paix qui leur
0
A
94 MERCURE
a donnée, que par la prise de leurs
Villes & de leurs Provinces ; que
Sa puiſſance les favorife; que fon
repos les épouvante ; qu'il eſſuye
lesfatigues de la Guerre , dans le
temps où l'on diroit qu'il joüit de
la douceur de la Paix; que lors
qu'il exerce fes Troupes , il leur
"inspire autant d'ardeur que s'il y
avoit des Ennemis à vaincre , &
que quand il les anime parsaprefence
, il leur fait naistre autant
d'intrepidité que s'il n'y avoit
perſonne à combatre ; que cette
égalité d'ame toûjours infatigable,
toûjours paisible , rend ſonſecret
impenetrable àſes Ennemis;
quefon loiſir lesfait trembler ; que
le divertiſſement de ſa Cour qu'il
mene viſiter ſes Conquestes , alarme
toute l'Europe ; & que la deſtruction
de l'Hereſie que fes Predeceffeurs
n'ont pû defarmer , est
un
GALANT. 95
unfruit defon repos ; que l'exemple
de ce Prince incomparable,
qui a élevé la Monarchie Françoise
au plus haut point de gloire
où elle pouvoit aspirer , anime les
Magistrats , & que de mesme que
ce Conquerant Invincible n'a cefséde
vaincrefes Ennemis que pour
Se vaincre luy- mesme , le suge ne
doit ceffer de juger les autres , que
pour regler fa propre conduite , &
juger de ses actions. Tout le
monde fortit charmé,& on n'admira
pas moins la nobleffe & le
brillant des pensées , que la pureté
du ſtile ,& la force des expreffions.
Les Medecins ont eu ſouvent
part dans mes Nouvelles , fans
que je vous aye encor rien dit
de l'Ecole de Medecine . Il s'y fait
tous les ans un Diſcours celebre,
par celuy qui doit regenter pendant
26 MERCURE
dant l'année . On le prononce à
l'ouverture des Claſſes , & c'eſt
Monfieur Pilon qui depuis un
mois a fatisfait à cette coûtume.
L'Aſſemblée estoit des plus belles&
des plus nombreuſes , & il
s'acquit l'approbation de tous
ceux qui l'écouterent, en parlant
contre les Novateurs , & fur tout
contre ceux du temps, d'une maniere
fi fine & fi delicate , que
fon Difcours ne fut pas moins
eſtimé pour ſon éloquence , que
pour l'érudition qu'on y remar
qua.
Nous avons appris par diverſes
Lettres de Conftantinople ,la
maniere agreabledont Monfieur
de Guillerague Ambaſſadeur de
France a eſté reçeu , & la confideration
où il eſtaupres de tous
les grands Seigneurs de la Porte,
&de tous les Ambaſſadeurs &
Reſidens
GALANT.
97
t
-Réſidens des Cours Etrangeres.
Il s'eſt fur tout fi bien attiré
l'eſtime du Grand- Vizir
que
non ſeulement il a eu de luy une
Audience particuliere preſque
en meſme temps qu'ils l'a demandée
, mais meſme fur le Sopha
, ce qui eft d'un bon augure
pour l'Audience publique
; car du Miniſtere de ce Vizir
aucun Ambaſſadeur n'avoit
eu ce Privilege , & il eſt d'autant
-plus glorieux pour monfieur de
Guillerague , que d'autres Ambaſſadeurs
ayant demandé Audience
depuis qu'elle luy a eſté
donnée , ils ne l'ont euë qu'au
bas du Sopha. Vous vous fouvenez
, Madame , de ce que je
vous ay dit dans quelque autre
Lettre que le Sopha eſt une
Eſtrade couverte d'un Tapis &
,
de Carreaux ,
Decembre 1680.
fur laquelle les
E
58
MERCURE
1 urcs ont accoûtumé de recevoir
leurs viſites. Ce Miniſtre de
la Porte trouva tant de belles
qualitez en monfieur de Guillerague
, & tout ce qu'il luy fit dire
par ſon Interprete ſi juſte , qu'apres
l'avoir retenu avec luy le
plus longtemps qu'il luy fut poffible,
& luy avoir fait préſenter du
Café& du Sorbet, il dit à un Bacha
de ſes Courtiſans , lors qu'il
fortoit, C'eft dommage que cet Homme
nefoit Musulman. Cet Ambaſfadeurdontle
mérite , le zele , &
l'eſprit vous ſont connus , a fait de
grandes Réjouiſſances , dans ſon
Palais , pour le Mariage de
Monſeigneur le Dauphin. Auffi
-toſt qu'il eut reçeu la Lettre
du Roy & les Complimens
des autres Ambaſſadeurs & Rẻ-
ſidens qui en avoient auſſi cu
,
avis , il réſolut de choiſir un
jour
GALANT.
99
- jour pour en remercier Dieu
publiquement , & montrer à tous
les Miniſtres des Princes de la
Chreſtienté , la joye qu'il avoit
- d'une ſi heureuſe nouvelle 98Le
jour de faint Louys , Patron du
Roy & de Monſeigneur le Dauphin
, fut celuy qu'il deſtina,
comme le plus proche à celebrer
cette Feſte & parce que
l'Ambaſſadeur d'Angleterre eft
d'une Religion contraire à la
noſtre , il ſe contenta de le trai
ter en particulier avec toute fa
Maiſon: Le jour choify eſtant arrivé,
monfieurGasparini , Vicaire
Apoſtolique pour le Saint Siege à
Conſtantinople , vint ſur les neuf
heures du matin au Palais de
France , avec tous les Religieux
de tous les Ordres , & de tod
tes les Nations. L'Ambaſſadeur
de Venife , & le Réſident de
Eij
100 MERCURE
Pologne, s'y eſtant trouvez prefque
en mefine temps, le premier
alla prendre Madame l'Ambaffadrice
dans ſa Chambre &
le ſecond , Mademoiſelle de
Guillerague , qui eſt une fort
belle Perſonne , & quia infiniment
de l'eſprit. Tous s'eſtant
rendus dans la Chapelle Royale
du Palais , tenuë par les Peres
Capucins , monfieurGaſparini
y Officia en Habits Pontificaux.
Il y cut Sermon apres
l'Evangile par un Capucin qui
s'en acquita avec beaucoup de
fuccez , & la Meſſe eſtant finie,
la Muſique chanta le Te Deum
& l'Exaudiat. Au fortir de la
Chapelle , on entra dans une
grande Salle , où diverſes Tables
avoient eſté préparées avec
plus decent Couverts. Les Religieux
s'en retournerent chacun
GALANT. 101
-
-
-
cun dans leur Convent , où ils
trouverent des marques de la
libéralité de monsieur l'Ambafſadeur
, qui voulant rendre la
Rejouyſſance publique , avoit
donné ordre qu'on leur portaſt
de quoy les traitter ſplendidement.
Monfieur Gasparini demeura
à dîner au Palais , avec
I'Ambaſſadeur de Venise , le Réfident
de Pologne , tous les Gentilshommes
François & Venitiens
, & tous les Marchands de
la Nation Françoiſe qui ſont en
ce Païs-là. Le Régal fut magnifique
& monfieur de Guillerague
n'oublia rien de ce qui pouvoit
contribuer à faire paroiſtre la
grandeur de noſtre auguſte Monarque
. On y but à la Santé du
Roy,de la Reine,de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la
Dauphine , avec l'aplaudiſſement
رب
E iij
102 MERCURE
non ſeulementdes François,mais
auſſi de tous les Etrangers , qui
dans cette occafion , firent connoiſtre
à l'envy le profond refpect
, & la veneration particuliere
qu'on a pour Sa Majeſté
chez toutes les Nations. Toute
la journée ſe paſſa en Jeux &
en Divertiſſemens , qui eftant
des chofes extraordinaires chez
les Turcs , furprirent le Grand-
Vizir meſme , qui ne sçauroit
s'empeſcher de témoigner quelquefois
un peu de chagrin , de
voir une union fi étroite entre
tous les Miniſtres de la Chreſtienté
& une admiration fi
univerſelle pour le Roy , don't
monfieur de Guillerague luy a
ſçeu fi bien repréſenter les grandes
qualitez & la puiſſance , que
lors qu'il donne Audience à un
Miniſtre Etranger , bien fouvent
GALANT. 103
}
vent avant que de luy parler de
fon Prince , il luy demanda des
nouvelles de l'Empereur des
François. C'eſt un Titre qu'il
donne au Roy ſeul. Auffi montre-
t- il aſſez l'eſtime qu'il a pour
< Luy dans la Perſonne de ſonAmbaſſadeur,
qui n'a ſouffert aucune
des Avanies , auſquelles tous
les autres Ambaſſadeurs & Réſidens
ont eſté expoſez depuis
fix mois. En effet , monfieur de
Guillerague eſt le ſeul qui ait
l'avantage de s'en eſtre mis à
couvert. On le doit attribuer à fa
judicieuſe & ferme conduite, qui
a fait dire ſouvent au Grand-
Vizir. Ce nouvel Ambassadeur de
France a une Teste de fer , & un
Coeur d'airain.
Je vous prie, Madame , de faire
voir la Fable qui ſuit aux belles
Fieres de voſtre Province , qui
E iij
104 MERCURE
s'imaginent pouvoir toûjours
donner de l'amour , fans aucun
péril d'en prendre.MonfieurChapuzeaux-
Baugé qui en eſt l'Autheur
, en a tiré une Moralité qui
ne doit pas leur être inutile.
8331883-818-813-88: 83:81838
LE CHAT
ET LA SOURIS.
FABLE.
Unejeune Sou
Ne jeune Souris , de cervelle
étourdie ,
Malgré tous les conseils de plus
graves Souris,
Affectans d'estre fort hardie ,
Expoſoit tous les joursſa vie,
Et regardoit les Chats avec un fier
mépris.
Sa Mere qui l'aimoit,luy reprochoit
Sans ceffe
Sa
GALANT.
105
Sa funeste temérité.
Ingrate , qui m'as tant couſté,
Me veux tu , difoit- elle, accabler
de triſteſſe ,
Et récompenfer ma tendreſſe
De ton inſenſibilité ?
Si tu tombes entre les pattes
De nos adverſaires les Chats,
La mort caufera mon trépas ,
En vain, cruelle, tu te flates ,
Il faut, il faut périr, helas !
Point de grace chez eux , noſtre
perte eft certaine.
D'abord qu'ils font maiſtres
de nous.....
On ne peut reſiſter au fort qui
nous entraîne.
Ah ,je me moque des Matous,
Répondit la jeune Eventée ,
J'eſſuyray leurs plus rudes
coups,
Sans qu'on m'en voye épou-
1
vantee.
Ev
106 MERCURE
Un coeur lâche tremble d'abord,
La moindre choſe l'intimide ;
Mais un coeur genereux voit approcher
la mort
Avec un courage intrepide .
Le mien eft de ce nombre,& les
plus grands dangers
Sont pour luy des travaux legers
;
Avec ce digne coeur je ſuis ſeûre
de vaincre
L'Ennemy le plus fier que nous
ayons jamais ,
Et je vay de ce pas , ma Mere,
vous convaincre
Que je dis moins encor que je
ne fais.
La Mere toute en pleurs s'efforce
vainement
D'arrester lajeune infensée,
Quiſans autre raisonnement
Part fur l'heure teste baissée,
Etgagne le bord defon trou .
Or
GALANT. 107
Or en ce mesme temps un jeune &
frais Matou
Ayant tout entendu, dit tout bas en
luy-mesme,
Nous verrons qui ſera vainqueur
,
Je ſuis fubtil , & j'ay du coeur ,
Etde plus ma faim eſt extreme ;
Cependantjoüons au plus ſeûr,
Etſervons-nous de ſtratageme .
Ilse couche contre le mur ,
Fait le mort,fansſoufler, ne branle
pied, ny patte.
L'action estoitſcelerate ,
Maisdetout temps entre Ennemy
L'artifice s'eft veu permis.
La Souris fort d'abord elle est toute
Surprise,
En voyant ce terrible objet.
Elle rentre, en difant , ç'en eſt fait,
je ſuis priſe ,
Si je veux ſuivre mon projet,
Etfans-doute ma deſtinée
Par
108 MERCURE
Par ce Chat ſera terminée.
Mais on ſe moquerade moy..
Sijeme ſauveenma tanniere.
La voila , dira- t-on , cette Souris
fi fiere,
La moindre viſion la met en defarroy.
Reviens mon ſuperbe courage,
Pourrois -tu fupporter ces reproches
honteux ?
Non ,mon coeur dont la gloire
attire tous les voeux ,
Eſt encor en état de mépriſer
l'orage.
Elle fort de nouveau , s'avance à
petitpas,
Approche en frémiſſant noftreChat
immobile,
Et mon drôle nebranle pas.
Sans-doute il a reçeu , dit- elle,
le trépas.
Exerçons fur luy nôtre bile..
Ellejouë autourdefon corps ,
E
GALANT .
109
Et retourne en chantant victoire,
Appelleſes Parens pourpartagerSa
gloire,
Et leur dit que parses efforts.
Le Chat est au nombre desMorts.
Tout le Peuple Souris accourt à ce
miracle,
Mais belas, l'étrangeſpectacle!
Nostre Chat reſſuſcite, &prenant
laSouris,
De fon ventre il en fait ſa vive
Sepulture ,
Et donne la terreur à ce Peuple
furpris.
Que dites- vous de l'avanture ?
Qu'en pensez- vous , trop fiere
Iris?
C'est voſtre histoire toute pure..
En vain vous méprisezl'Amour,
Toft ou tard il aurafon tour.
Vous ſçavez les avantages
qu'ont reçeu les Suedois de la
prote
110 MERCURE
protection de Sa Majeſté. Leur
jeune Roy dont l'eſprit eſt penetrant
, & la fermeté inébranlable,
a toûjours marqué une entiere
confiance en la parole de ce
grand Monarque,& les effets ont
fait voir qu'il s'y aſſuroit avec raiſon
, ce Prince ayant renoncé à
une partie de ſes plus confiderables
Conqueſtes, pour faire reſtituer
à la Suede les Places que
le malheur de la Guerre , & un
nombre infiny d'Ennemis liguez
contre elle luy avoient fait perdre.
Elle en a fait voir ſa reconnoiſſance
par la Médaille que je
vous envoye. D'un coſté eſt
un Globe traversé d'une Bande
ſur laquelle est écrit Suecia , &
au deſſus un Coq avec ces mots,
Sub umbra alarum. Dans le Revers,
on voit une Gerbe , qui repreſente
lesArmes de la Famille
Royale
SVB
VMBRA
ALARVM
SVECIA
Callus Protector
DEL
GALANT.
Royale de Suede,& à coſté font
les Iſles avec ces paroles , Gallus
Protector.
Monfieur l'Electeur de Brandebourg
a fait au Roy preſent d'un
Miroir eſtimé cent mille francs,
quoy qu'il n'y ait ny or ny argent
à la bordure, & que laGlace n'ait
rien qui difere de celle des autres
Miroirs. Il eſt vray que cette
bordure eſt faite de morceaux
d'Ambre d'une grandeur extraordinaire
; & comme jamais on
n'en a vû de ſemblables , on peut
dire que c'eſt un Preſent qui n'a
pointde prix.
Le plaifir que vous a donné la
Deſcription de la Galerie de S.
Cloud,peinte parMonfieurMignard,
me fait juger que c'eſt vous
donner une agreable nouvelle,
que de vous apprendre qu'il a
enfin achevé de peindre lemagnifique
112 MERCURE
nifique Sallon qui fait une des
beautez de ce meſme Lieu. Il avoit
pris pour ſujet les Amours
de Mars, & de Venus
Quand j'auray vû ce ſuperbe
Ouvrage , j'entreray dans le détail
de ce qu'il contient.
Le Roy a nommé deux Conſeillers
d'Etat , pour remplir les
deux Places qui vaquoient dans
fon Confeil ; & ces deux Places
vont eſtre occupées par Monſieur
de la Reynie , & Monfieur
Roulié. Ce premier eſt Maiſtre
des Requeſtes , & Lieutenant de
Police. Il me fuffit de l'avoir nommé
pour vous le faire connoiſtre.
C'eſt un Magistrat infatigable,
&d'une probiré exemplaire , reconnu
pour un des plus fidelles,
des plus zélez , &des plus intelligens
Serviteurs du Roy , & qui
outre les devoirs de ſes deux.
Char
GALANT.
113
Charges , dont il s'acquite avec
grand honneur , ne laiſſe pas de
ſervir encor Sa Majeſté dans des
Commiſſions auffi pénibles qu'importantes
, & qui demandent un
Juge éclairé, & d'un eſprit penétrant.
Je ne vous dis rien de
Monfieur Roulié . Vous vous fouvenez
de ce que je vous en ay dit
en beaucoup d'occaſions. Il faut
avoir un fort grand mérite, pour
eftre eſtimé autant qu'il l'eſt de
tous ceux qui le connoiffent.
Les deux Places de Conſeillers
d'Etat qui viennent d'eftre
remplies , ont fait monter Meffieurs
de Breteüil , & de Pomereu
, qui font devenus Ordinaires
du Confeil.Monfieur de Breteüil
a eſté Intendant de la Genéralité
de Paris , & Contrôlleur
General des Finances . On ne
peut ſervir avec plus de zele , ny
de
114.
MERCURE
de probité. Il eſt d'une bonne
& ancienne Maiſon , & a plufieurs
Fils qui fontdans l'Employ,
tant fur les Vaiſſeaux & les Galeres,
que dans les Armées deTerre,
& à la Cour. Je vous ay parlé en
pluſieurs rencontres des actions
étonnantes de Monfieur leChevalier
de Breteüil , & de l'eſprit de
Monfieur de Breteüil, Lecteur de
ſa Majeſté. Pour Monfieur de
Pomereu, vous ſçavezdans quelle
réputation l'a mis fon mérite,
& avec combien de juſtice on a
admiré les belles Harangues que
ſes Emplois luy ont donné lieu
de faire.
L
Monfieur le Marquis de la Porte
de Vezius,tres - habile Homme
de Mer , & le meſme qui a conduit
Monfieur de Guillerague à
Conſtantinople,a reçeu commandement
du Roy,d'armer pourmener
GALANT. 115
-
ner l'Ambaſſadeur qui va Fiancer
l'Infante de Portugal , pour Mtle
Duc de Savoye. C'eſt un Gen-
- tilhomme tres- eſtimé,& qui a fait
quantité d'actions fort genéreuſes
, dans un grand nombre d'occafions
où il s'eſt trouvé pour le
ſervice du Roy. Il eſt d'une mai
fon tres- ancienne , & alliée aux
meilleures du Royaume.
On a rendu les derniers honneurs
à feu Monfieur l'Electeur
- Palatin . La Ceremonie s'en fit
a Heidelberg le Lundy vingtcinquième
de Novembre. Voicy
dans quel ordre.
Sur les fix heures du ſoir,Monſieur
l'Electeur aujourd'huy régnant,
deſcendit de ſon Chaſteau;
- ſuivy de toute ſa Cour, & à moitié
du chemin de la Montagne,
- tous les Flambeaux furent allumez,
tandis que vingt- deux Gen
4 tils
116 MERCURE
tilshommes , qui devoient porter
le Corps , le poſerent fur le Chariot
à l'Hôtel des Commiffaires ,
en forte que le Chariot fortit ,
auffi- toft que Son Alteſſe Electorale
fut arrivée .
Pluſieurs Gardes à cheval commencerent
cette Marche,& précederent
le Grand - Bailly de
Stroberg, Seigneur d'Adelsheim,
qui portoit un Bafton noir , comme
Maréchal. Il eſtoit ſuivy de
vingt- deuxGentilshommes, Vaffauxde
S. A. E. deſtinez à porter
le Corps, marchant deux à deux.
On voyoit en ſuite fix Valets -de-
Pied en une ligne,avec des Flambeaux
de Cire blanche. Monſieur
Bernſteim,& Monfieur Bettendorff,
Maréchal de Cour , alloient
derriere en qualité deMaréchaux
, & avec des Baſtons
noirs.
GALANT. 117
A quelques pas de diſtance .
paroiſſoit le Chariot de deüil. II
étoit tiré par huit Chevaux caparaçonnez
de noir , guidez avec
des Cordons de Crefpe noir par
huit Gentilshommes; fçavoir,
Monfieur de Ruiſch .
- Monfieur Quad de Landfcron.
res.
Meſſieurs de Romberg , Fre-
Monfieur Perſuis de Lautdorff.
Monfieur de Perlips.
Monfieur de Bettendorff.
Monfieur de Schmettau.
Sur ce Chariot eſtoit posé le
Corps de S. A. E. & au deſſus il y
avoit un grand Poël de Velours
noir , garny d'Hermines. Les
quatre bouts en eftoient portez
par les quatre Chambellans de
Monfieur l'Electeur , qui font
Mon
118 MERCURE
J
:
Monfieur le Baron de Polheim .
Monfieur Carben de Carben .
Monfieur Zillhard.
Monfieur Crailsheim .....
Au deſſus du Corps on voyoitun
Dais de Velours noir , garny
d'Hermines, porté par
- Monfieur d'Adelsheim, Capitaine
de la Nobleſſe,
Monfieur le Colonel Vvambolt
,
Monfieur leColonel Haxthaufen
,
Monfieur de Vvolffsheel
Meſſieurs de Vvallbrun , Seigneur
de Portenheim ,
Monfieur le Lieutenant Colonel
Rair, >
Monfieur de Crouberg ,
Monfieur de Surckeim.
Proche du Corps , eſtoient
vingt- quatre tant Etudians que
Commis de la Chancellerie de
la
MERCURE
119
la Chambre , portant des Flambeaux
de cire blanche , & aux
deux côtez quatorze Valets de
Pied,&feize Gardes à cheval .
Apres le Chariot de deüil ſuivoit
le Maréchal de la Cour, precedant
Son Alteſſe Electorale
Palatine avec un tres- long manteau,
dont Monfieur d'Adelsheim
ſon Ecuyer portoit la queuë. De
l'un & l'autre côté marchoient
fix Pages , avec des Flambeaux
de cire blanche , fix Valets de
Pied ,& douze Gardes à cheval .
Le Grand- Maistre d'Hôtelde la
Cour de S.A.E & pluſieurs Comtes
& Seigneurs marchoient enfuite,
& apres eux , tous les Officiers
de la Cour , la Chancellerie
, l'Univerſité precedée de ſes
Bedeaux , portant deux Sceptres
d'où pendoientdes Creſpes noirs,
& fuivie des Etudians en deüil,
les
120 MERCURE
les Miniſtres , &c. Les Officiers
du Bailliage , & les Députez des
Fortereſſes de Manheim, Franc-
Kenthal , & des autres Places du
Palatinat. Le Magiſtrat d'Heidelberg
alloit le dernier, ſuivy de
la Bourgeoifie , & la Marche eftoit
fermée par les Dragonsde
latGarde.
Outre les Flambeaux dont j'ay
parlé , il en fut encor diſtribué
plus dedeuxcens , que les Valets
de la Nobleſſe porterent des
deux coſtez du Corps.
८
Depuis la Maiſon ou l'Hôtel
des Commiſſaires , la Garniſon
eſtoit rangée en bataille avec
une partie de la Bourgeoiſie ,
ayant leurs Tambours couverts
de deüil.
Le Corps eſtant arrivé à la
Porte de l'Eglife, lesGentilshommes
Vaſſaux le tirerent du Chariot,
21
-n
e
nt
nfi
DE
LA
VILLE
LYON
1893
ra
sd. tte
١٢-
ne
1a,
na
T
Du-
יח-
4
les
le
ité
que
ice
cur
1
Гa-
Ac
し
12
le
Fo
Pa
de
SRI-ARCHITH
& EL ・B・D.1676 .
la
101lat
ed plu
de
de
de
IL
eft
un
ay
de
Po
me
GALANT. 121
riot , pour le porter juſques aupres
de la Cave, où des Gens deſtinez
pour cet employ devoient
le deſcendre . S. A. E. ſuivit ainſi
que tout le Convoy ,&demeura
dans l'Egliſe pendat que le Corps
fut defcendu. Si- toſt que cette
Ceremonie fut achevée,la Bourgeoiſie
& la Garniſon firent une
Salve, ſur un fignal qu'on donna,
& Monfieur l'Electeur retourna
au Château accompagné de toute
ſa Cour, au bruit d'une feconde
Salve du gros canon.
Le lendemain 26. il y eut des
Oraiſons Funebres dans tout le
Païs , & le 27. dans l'Univerſité
de Heidelberg. La Médaille que
j'adjoûte eſt le Portrait du Prince
defunt.
Les Cavalcades de Monfieur
le Prince Radzevill Ambaffadeur
de Pologne,dont je vous ay
Decembre 1680. F
122 MERCURE
appris les circonstances depuis
quelques mois, ont eſté bien- toſt
fuivies de fa mort. On l'avoit vû
tourmenté d'un fort grand mal
de poitrine pendant plus d'un
mois avant ſon départ de Rome,
& malgré les Medecins il s'eſtoit
mis en chemin , dans la pensée
que le changement d'air pourroit
luy aider à ſe rétablir ; mais à peine
fut-il arrivé à Bologne , qu'il
ſentit de grands redoublemens
de fon mal , accompagnez d'une
fievre violente qui l'emporta le
14. de l'autre Mois .Ce qu'il y a de
fort remarquable, c'eſt que Monfieur
le Prince Radzevill fon Pere
eſt mort dans la même Ville,dans
le mefine Palais , dans la meſme
Chambre , & au retour comme
luy d'une Ambaſſade de Rome.Je
croy vous avoir déja marqué que
c'eſtoit un Prince orné de tres-
4 belles
GALANT. 123
A
belles qualitez , qui parloit parfaitement
pluſieurs Langues , & qui
dans la Harangue qu'il fit au Pape
en plein Confiftoire , il avoit
fait connoître qu'il poſſedoit la
Latine dans toute ſa pureté. Il
s'eſtoitacquis beaucoup de gloire
dans les Guerres de Pologne, où
il avoit toûjours recherché lesoccafions
les plus perilleuſes , pour
s'y faire diftinguer . Sa magnificence
répondoit à fon courage,
& foûtenoit dignement l'avantage
qu'il tiroitde la qualité de Prinde,
& de celle de Beaufrere d'un
grand Roy.ob quonnred
Monfieur de Langlade eſt mort ,
*auffi - bien que Monfieur Tiraqueau
, Seigneur de Montigny,
Confeiller en la Cour des Aydes.
Ge premier estoit autrefois Secretaire
du Cabineten lo'nalis
Monfieur Salmont , Secretaire
AJ F 2
124
MERCURE
du Roy, & Garde des Rôles des
Offices de France , a ſuivy ceux
que je viens de vous nommer .)
C'eſtoit un Homme plus connu
par ſon merite que par ſesCharges.
Quantité de curieux & beaux
Eſprits , s'aſſembloient chez luy
certains jours de la Semaine . Ce
commerce lay avoit donné beaucoup
d'Amis. C'eſt avec raiſon
qu'ils le regretent , le Public faiſant
toûjours une grande perte,
quand il perd ceux qui ne cherchent
qu'à luy eſtre utiles .
Je vous envoye une Fable , où
beaucoup de Belles trouveront
dépeint ce qui leur eſt arrivé. Le
chagrind'eſtre exposées àla médiſance,
leur fait ſouvent fairede
grands facrifices , & quelque innocent
que foit leur panchant,
elles n'ofent plus le croire , dés
qu'il commence à faire parler .
요 LA
GALANT.
LA LINOTE ,
ET LE MOINEAU.
D
FABLE .
2.2
Ans un Lieu Sombre &folitaire
,
Motille des eaux d'une grande
Riviere ,
Et couvert de mille Arbriſſeaux,
Loin de la foule des Oyſeaux ,
Habite une Linote aussi belle que
fiere
D'un plumage éclatant, d'une vertusevere,
Et quiportesiloin un merite achevé,
Qu'entre tous les Oyſeaux de diferente
espece ,
Il ne s'en trouve point d'un rangsi
relevé ,
Qui puisse justement meriter Sa
tendreffe.
Fiij
126 MERCURE
T
•Mille Amans des Bois d'alentour,
Confiderez par leur plumage ,
Tous de bonneMaison, &d'illustre
Lignage ,
Pour elle ont quitté leurSejour,
Etfont venusà tire- d'aile
Soûpirer ardemment aux pieds de
cette Belle ,
Etpar millefoins amoureux ,
Offriràses appas un coeur tendre &
fidelle sp
Mais elle a méprisé leurs voeux,
Et tous n'ont remporté chez eux
Qu'un grand fond de respect , &
d'estime pour elle.
Admirez de l'Amour le pouvoir
Surprenant.
:
Un Moineau de peu d'apparence ,
Mais d'un esprit entreprenant ,
Ne craignit pointſa reſiſtance.
Son
GALANT. 127
Son coeur estoit pour elle ardemment
prevenu,
Et l'on dit qu'il l'aima dés la premiere
veue ;
Il admiroitfon chant , Sa douceur,
Savertu,
Etfon aimable retenuë .
Enfinſeſentant confumer
Parune langueur inconnuë ,
Cet Oyfeau trop hardy , Sans fonger
à l'iſſuë ,
Reſolut de s'enfaire aimer.
L'entreprise estoit difficile ;
Mille Rivaux devantfes yeux
Etaloientfans eſpoir uneflâme inutile,
Mais cet Esprit ambitieux ,
Pour en venir à bout ,ſe crût affez
habile.
Sans autre guide que l'Amour,
Dont ilfentoit laforce inévitable,
Fiiij
128 MERCURE
Le Moineau se rendit au Reduit
agreable
Où noſtre Belle a choiſt ſonfejour.
Lafe gliſſant au fond deſa demeure
obscure ,
Il eſt reçeu Sans eſtre rebutë ,
Ilfait defon amour unc vive peinture
,
Etfon ramage est écouté.
Apres cette heureuſe viſite ,
S'applaudiſſant deſa conduite,
Etflatant fon coeur amoureux,
Ilne crût pas fort impoſſible
De luy faire agréerſes feux,
Et de la rendre un jourſenſible.
Enfin Sans s'arrester au détail en-
пиусих
Des divers progrés de ſaflâme.
Suffit , qu'il sçeut si bien conduire
cette trame ,
Que lefuccez en fut heureux .
Il
GALANT. 129
Ilfit paroiſtre auxyeux deSa Mattreffe
Tant de respect,tant deſoûmiſſion,
Et fit voir avec tant d'adreſſe
La grandeur de fa paſſion,
Qu'elle laiſſa toucherson coeur à la
tendreffe.
Elle en fouffrit d'abord quelque confusion;
Mais enfin luy rendant carreffe
pourcarreffe,
Apres mille petits discours ,
Qui marquoient de leurs coeurs la
parfaite allegreſſes
Ils convinvent tous deux qu'ils
meroient toûjours .
sar
Ils joüirent longtempsſans peine
De toutes les douceurs d'une agreas
blechaîne.
ة ي د
L'impatient Moineau ne pouvant
Loûtenir
F
130 MERCURE
L'absence de celle qu'ilaime,
Recherchoit en tous lieux avec un
Soin extréme
Le plaisirde la voir & de l'entretenir,
Le Publicse mesta bientoft de lours
Ils laiſſoient éclater un commerce fi
doux
Et n'enfaisoient plus de mistere;
Tant-pis ( cela fort dit seulement
entre nous : -
En effet , le Moineau qui n'avoit
d'ordinaire
Que des plaisirs délicieux ,
Lut bientoft fur les bras, par un deſtin
contraire ,
Des laloux & des Envieux .
Leur amour fut connu, plusieurs s'en
'étonnerent, 347789 91
Tous les Rivaux enmurmurerent,
Onfit mille discours en l'air.
Cha
GALANT. -131
Chaque Oyſeau ſuivoit ſon génie;
L'un par dépit, l'autre par jalousie,
Tout le monde en voulut parler.
Entr'autres certaine Fauvete ,
Ialouſe du bonheur de nostre heureux
Amant ,
Anima fa langue indiscrete
Pour troubler les plaisirs qu'il goutoit
en aimant; 1152
Et cette infolente Gazete
Ofa taxer impudemment
La Linote d'estre Coquete
Quand cette Belle apprit les difcours
odieux
slan
(
Que l'on répandoit en tous lieux,
Comme un Oyfeau , discrete &
Sage
L'ame touchée, & le coeur abattu ,
Elle ſe plaignit de Loutrage.
N'auray -je point le droit que tant
d'autres ont e
Difoit132
MERCURE
Difoit- elle , de voir un Oyſeau
plein d'adreſſe,
Un honneſte Moineau , qui ſe
faiteſtimer
• Par ſon eſprit, par ſa tendreſſe ,
-Dont le ramage doux , & la délicateſſe
,
Peut réjoüir , & nous charmer ?
Quand un tel Oyſeau nous
carrefle ,
Eſt- ce un grand crime de l'aimer
?
L'amour eſt- il incompatible
Avec les deſirs genéreux ,
Et croit- on qu'il ſoit impoffible
D'accorder le coeur tendre avec
le vertueux?
९ !
Puis reprenantfonhumeurfiere.
Si l'on condamne mes ſoûpirs,
Ne fongeons plus , dit- elle , aux
amoureux plaiſirs ,
Et
GALANT.
133
Et reprenons ma conduite premiere.
Ade fauſſes douceurs c'eſt trop
de temps perdu,
Il faut faire un effort digne de
l'entreprendre ,
Sacrifions à la Vertu
Ce que mon coeur a de plus
tendre.
Et vous , dit elle , en parlant au
Moineau ,
Si vous m'aimez , charmant
Oyſeau ,
Etouffez, s'il ſe peut, pour jamais
voſtre flame,
Laiſſez -moy dans ces Lieux
réclus
Achever une vie innocente &
fans blame ;
Adieu , retirez-vous , & ne me
voyez plus.
Vn
134
MERCURE
هقص
CVn
discours fi remply de froideur&
de glace , ek
Surprend ce pauvre Infortuné ,
De mille paſſions son ame s'embarraffes
Ilne peut concevoir cet ordre ino-
:
spines mor
Mais enfin rapellant fon esprit
étonné
1.Il gémit , ilse desesperes
2
Il nomme sa Maîtreffe inconftante
& légere
Et tombant à ses pieds , d'un air
eizi passionné,
Ilſe plaint doucement de Sarigueur
Flextréme. You d
Vous me quittez , dit - il , & je
vous aime
Pouvez-vous m'ordonner de m'ésau
loigner de vous
Moy , qui de vous aimer me fais
un bien fi doux ?
Quel
GALANT.
1
د
Quelle humeur ! quelle fan-
Où ſont ces doux tranſports dont
j'eſtois fi charme ?
Ah ! ce n'eſtoit qu'hypocrifie,
Et le pauvreMoineau ne fut jamaisaime
ອງ و
Quoy donc, dans le fond de vo-
T
treamealq as a la
N'eſt-il point de retour favorable
à maflames,
Qui puiffe révoquer cet Arreſt
inhumain ?
Helas ! vous vous taiſez , In-
Et mes larmes I coulent Cen
C'en est fait, mon malheur par
ce filencer éclates! Shell
Il n'est point de remede à mes
vives doutewisconsing al
Vous voulez m'oublier , je volis
-14 aime , &jemeurs.
On
136 MERCURE
し
On dit qu'à ce discours elle fut attendrie
, azonban and
Et que defon Amant elle eut quelque
pitié.
- Cependantle Moineau public ,
-Qu'apres cent fermens elle oublie
-Ce qu'elle doit àſa tendre amitié.
Il s'en plaint ,foûpire, & proteste,
-Que malgré ce revers funeste
Que luy cauſent de fots discours,
Il aime la Linote , & l'aimera
toûjours.
Le Roy a nommé monfieur
d'Oppede , Préſident à Mortier
au Parlement de Provence, Ambaffadeur
ordinaire en Portugal.
Il a eſté Intendant à Meſſine. Il
eſtbien fait de ſa perſonne. Il a
la phiſionomie belle & heureuſe.
Il est civil& honneſte . Il a beaucoup
d'intelligence dans les Affaires,
GALANT. 137
faires
, & ſon eſprit répond à
toutes les grandes qualitez qu'on
remarque tous les jours en luy.
Il eſt de la Maiſon de Fourbin.
Feu monfieur d'Oppede fon Pere
avoit eſté Intendant de la Province
, puis Préſident à Mortier,
& enfuite Premier Préſident
dans le meſme Parlement de Provence.
Il eſt à remarquer qu'il
eſtoit le cinquiéme Baron d'Oppede
de la meſime Maiſon, qu'on
avoit vû à la teſte de cet illuſtre
Corps. Cette Place eſt preſentement
remplie par monfieur Marin,
fon Beau- Frere.
Le Roy dont la vigilance eſt
continuelle "pour le bien de ſes
Sujets , ne s'eſt pas contenté du
nouveau Code qu'il a fait faire
il y a déja quelques années. Il a
toûjours travaillé depuis ce temps
là à rendre l'Etude du Droit
plus
138
MERCURE
plus floriffante , & dans ce deffein
, il vient encor de nommer
douze Docteurs agrégez à la Faculté
de Paris .Ces Docteurs font
-Meffieurs Boccager , Paucy , dụ
Gono,Bazziere, Piolin, du Ru , le
Gendre , Mongin , Bonamours,
Coleffon , Girard , & Amyot. Ils
preſterent le Serment le vingthuitiéme
du paſſé,entre les mains
de Meffieurs Boucherat , & de
Bezons, Conſeillers d'Etat , Commiſſaires
députez par ſa Majeſté;
-&le lendemain 29. Monfieur de
Meslles , Syndic & cydevant
Doyende Charge de la Faculté
duDroitCivil& Canon de Paris,
fit un Difcours public aux anciennes
Ecoles , où il montra , en
faiſant l'Eloge de Monfieur le
Chancelier , que le Roy ne s'eftoit
pas moins diftingué des autres
Princes de l'Europe par ſa
pru
GALANT.139
1
prudence, &par ſa juſtice,qu'il a
fait par la valeur , par ſes victoi
res,&par fa clemence.Monfieur
Pelletier, Confeiller d'Etat, eſtoit
àla teſtede la Faculté,avec Monfieur
Boucherat , & de Bezons.
Quoy que l'Aſſemblée fut nombreuſe
, elle n'eſtoit compofée
que de Perſonnes de choix , foit
pour le rang,ſoit pour lemérite.
Quoy qu'il y ait de la baſſeſſe à
tromper , il eſt des occafions où
de fort honneſtes Gens ne s'en
font aucun ſcrupule. Voyez,Madame,
fi vous pourrez eſtre contre
le Trompeur dans l'Avanture
qu'on m'a appriſe depuis quelques
jours. Une Dame des plus
coquetes qu'ily eut jamais , s'eftoit
tellement accoutumée à voir
le monde , que la moindre ſolitade
luy paroiffoit le plus grand de
tous les maux. Il falloit qu'elle vifitaft,
140
MERCURE
ſitaſt , ou qu'elle fuſt viſitée , &
de quelque bouche que puſſent
fortir les douceurs qu'on luy difoit,
c'eſtoient toûjours des douceurs
, & il ſuffiroit qu'elle y
trouvaſt de la flaterie , pour les
écouter avec plaifir. Comme elle
avoit beaucoup plus de Bien que
fon Mary , & qu'elle eſtoit mefme
de plus de naiſſance , elle
prétendit avoir droit de dominer.
Il eut beau vouloir régler ſa conduite.
Elle ſuivit ſon panchant, &
ſes remontrances furent inutiles.
Sa coqueterie augmentant de
jour en jour , & attirant ſouvent
au Mary de fâcheuſes railleries,
il en mourut enfin de chagrin ;
par malheur pour la Dame , il
ne s'aviſa de cette folie que
quand elle eut cinquante ans. Cet
âge , que des ſecours mandiez avoient
peine à déguiſer,la rendoit
mal
GALANT... 141
1
mal propre à faire encor des conqueſtes.
D'ailleurs ſes plus grands
charmes n'ayant jamais confiſté
qu'en agrémens de jeuneſſe, il ne
luy reſtoit du premier brillant
qu'elle avoit eu,qu'un ridicule enjoüemét
qui s'accordoit mal avec
ſes années.Ainſi quoy que leVeuvage
la miſt dans l'indépendance,
elle euſt mal paſſe ſon temps,
ſans une Fille dont les belles qualitez
commençoient à faire bruit,
Elle n'avoit encor que douze ans,
mais ſon eſprit eſtoit déja fi formé
, & un fi grand éclat de beauté
ſoûtenoit cet avantage,qu'elle
s'attira bientoſt une groſſe Cour.
Vous pouvez croire que de l'humeur
dont estoit ſa Mere, elle ne
ferma la porte à perſonne. Elle
voyoit avec joye la foule d'Amans
s'accroiftre , & dans ce
-grand nombre , les mieux reçeus
eſtoient
142.1
MERCURE
eſtoient ceux qui luy procuroient
plus de plaiſirs . Cependant lap
Belle à qui l'amour estoit encor
inconnu , eut beau avancer en
âge. Chaque Prétendant avoit fa.
tache dés qu'il s'expliquoit fur le
Sacrement. L'un n'eſtoit pasd'une
qualité affez diftinguée. Liautre
n'avoit qu'un bien médiocre.
Ceļuy- cy faiſoit une trop grande
dépenſe. Celuy-là paroifloittrop
refervé.Enfin aucun d'eux n'ef
toit bon pour un mary ; & dans
les divers defauts que leur impur:
toit la mere, tous demandoient,
perſonne n'obtenoit.La Belle qui
avoit inſenſiblemét attrapé vingt->
ans, ſans qu'elle euſt ceffé d'eſtre
indiferente , s'eſtoit juſque-là afen
fez bien accommodée de cette
conduite ; mais enfin un Cavalier
auſſi bien fait que ſpirituel , s'en
tant attaché à luy rendre quel-
RRRRR
ما
ques
GALANT.
1431
A
ques ſoins , trouva le ſecret de
toucher ſon coeur. Il eſtoit riche
d'une des meilleures maiſons de!
Poitou ,& avoit des manieres fi
engageantes , qu'il eſtoit impoffi
blede le voir ſans l'eſtimer. Comme
il propoſa d'abord beaucoup
de Parties d'Opera , de Comedie,
& de Promenades , il fut tout-à
fait au gré de la Meresmais quand
ſes pretentions furent découver
tes , il n'eut plus pour elle le même
agrément. Elle le tint longtemps
en balance , d'autant plus
chagrine de ſa déclaration , que
le Party eſtant fort avantageux
elle ne ſçavoit fur quelle raiſon
fonder ſes refus. Elle en trouva
pourtant une , en luy oppoſant
qu'il demeuroit en Province , &
qu'aimant fa Fille avec la plus
forte paffion , elle ne pouvoit ſe
réfoudre ny à la perdre , ny à la
:
fuivre
4
144
MERCURE
ſuivre en un Lieu dont le fejour
luy ſeroit inſupportable apres celuy
de Paris. Le Cavalier offrit
auſſitoſt de prendre une Charge
en Cour,& ne demanda à ſe marier
que quand il ſeroit receu.
Elle traita l'offre d'artifice , & dit
qu'une Charge qu'il pouvoit ne
garder que quelques mois , ne
luy répondoit de rien .La Belle qui
aimoit le Cavalier,comença d'ouvrir
les yeux fur la politique de ſa
Mere. Elle connut aiſément qu'
ayant gardé l'amour des plaiſirs
malgré ſes vieilles années, elle ne
trouvoit des raiſons d'exclufion
-fur tous les Partys qui ſe préſentoient
pour elle, qu'afin que diférant
à la marier, elle puſt joüir par
reflexion des complaiſances de
ſes Amans,& paſſer toûjours d'agreables
heures. Le Cavalier à
qui elle ouvrit ſon coeur ſur les
refus
GALANT.
145
refus de fa Mere , comprit ainſi
qu'elle ce qui l'obligeoit à cette
conduite. Son enteſtement pour
toutes les Modes , ſa façon de
s'habiller , & mille affectations,
pardonnables ſeulement auxjeunes
Perſonnes , luy faiſoient trop
voir que le long temps qu'elle
avoit veſcu , n'avoit encor pû luy
meurir l'eſprit. Il ne ſçavoit quel
remede apporter à fon malheur,
& il euſt eſté peut- eſtre contraint
d'abandonner la partie ,
ſans un Marquis de ſa connoifſance
, qui ayant appris ſon embarras,
entreprit de l'en tirer. Ileftoitjeune,
avoit l'eſprit vif,lesmanieres
fines ; & ſur le portrait que
leCavalier luy fit de la Dame,
ne douta point qu'il ne vinſt à
bout de la duper. Il prit ſes mefures
avec ſon Amy , & apres
qu'il eut eſté réſolu qu'ils fein-
Decembre 1680.. G
il
1
146 MERCURE
droient de ne ſe point connoître...
l'un l'autre , & que la Belle ne s'étonneroit
point de le voir agir
contre elle un peu cavalierement,
il rendit viſite , & n'eut pas de
peine à en trouver le pretexte...
Quoy que la Belle luy paruſt
toute charmante , il n'eut pour
elle qu'une honneſteté pleinede
froideur , & s'attacha aupres de
laDame , dont à tous momens il
loioit l'eſprit,& ces agreables jene-
ſcay- quoy qui touchent plus
que labeautémeſme. Il la vit cinq
ou fix fois de la meſme forte , &
toûjours avec un attachement
particulier. La Dame charmée
ne pouvoit affez s'applaudir de
ſon bonheur. La gloire de faire
encor à fon âge une conqueſte
importante , luy paroiffoit un!
triomphe reſervé àelle ſeule; &
dans la crainte de le laiſſer écha- j
:
GALANT. 147
per , c'eſtoient tous les jours de
nouveaux ſoins pour ſe rendre
aimable aux yeux du Marquis. II
eut pour elle pendant tout un
mois des complaiſances & des
affiduitez extraordinaires , fans
qu'on puſt croire qu'il ſongeaſt
dautre choſe qu'à s'en faire ai
mer. Chacun en parloit avec ſurpriſe
, & le commerce augmentant
toûjours, il ſe faiſoitun plai+
fir de la ſotiſe de ceux qui donnoientdans
le panneau. Le temps
l'ayant fait entrer dans la confidence
de la Dame , il luy dit un
jour ſur l'article de ſa Fille , que
tout Homme qui avoit des yeux
devoit convenir de ſa beauté ;
mais qu'il luy trouvoit une fierté
ridicule , un eſprit ſans regle , &
ſi peu de pratique du beau monde,
que cherchant moins le brillant
que le ſolide , il prefereroit
Gij
148 MERCURE
toûjours une Femme de quarante
ans à une Perſonne auſſi jeune
qu'elle . Là- deſſus il luy jura qu'il
ne pouvoit croire qu'elle en euſt
plus de trente-cinq ,& afſaiſonna
cette douceur de regards ſi languiffans
, & de proteſtations fi
tendres , que la Dame demeura
perfuadée qu'on ne pouvoit eftre
plus amoureux qu'il l'eſtoit.
Il pourſuivit quelques jours ſur
ce meſme ton , & pour venir à
ſes fins avec moins d'obstacle , il
feignit d'avoir quelque démeſlé
avec la Belle , & affecta meſmede
l'aigreur en luy parlant. La
Dame ſe rangea de ſon party
contre ſa Fille , & les chofes eftant
diſpoſées de cette forte , le
Marquis qui luy avoit déja dit
plus d'une fois que cette aimable
Perſonne luy eſtoit inſuportable ,
la conjura d'agréer une Partie de
plaifir,
GALANT.
149
plaiſir, ſans ce Témoin importun ,
qui en euſt troublé toute la douceur.
La vieille Coquete y conſentit
avec joye, & montant feule
en Carroſſe avec ſon prétendu
Amant, & une Suivante , ils allerent
à une lieuë de Paris , où un
Repas tres - propre eſtoit préparé.
Ce galant Régal acheva de luy
renverſer l'eſprit. Faire dépenſe
pour elle , c'eſtoit témoigner une
forte paffion.Apres s'eftre diverty
quelque temps de ſa folie,le Marquis
changea d'humeur,& fit paroiſtre
un chagrin dont elle voulut
qu'il luy découvriſt la cauſe.
Alors prenant un viſage ſérieux , il
luy dit qu'il n'avoit pû la voir ſt
longtemps ſans eſtre charme de
fon merite , & qu'il préſumoit affez
des obligeätes marques d'eſtime
qu'elle luy avoittat de fois dōnées,
pour croire qu'elle pourroit
Giij
150 MERCURE
ſe reſoudre à l'épouſer ; mais
que malheureuſement ayant autant
d'averſion pour ſa Fille, qu'il
fentoit d'amour pour elle , il voyoit
bien qu'il devoit renoncer à
fon bonheur , puis qu'aimer la
Mere avec paffion,& ne pouvoir
yoir la Fille ſans ſe faire une violence
inconcevable , c'eſtoient
deux choſes qui n'auroient,jamais
rien de compatible . La difficulté
qui arreſtoit le Marquis eftant
facile à lever , vous devinez
aifément la réponſe de la Dame.
Sa Fille avoit des Amans, & pour
l'ofter d'aupres d'elle , il ne falloit
quela marier.Ce fut peu pour
le Marquis. Il prétendit qu'eſtant
mariée , elle verroit tous les jours
ſa Mere , qu'il feroit blamé s'il
l'empéchoit , & que ne pouvant
vaincre ſon antipatie ,
auroit toûjours à ſoufrir égaleil
ment .
GALAN T.
ment. Le Cavalier de Poitou fut
auſſi toſt proposé. Il devoit mener
la Belle en Province , & le
Mariage fait,elle partoit de Paris.
C'eſtoit où le Marquis attendoit
la Dame. Illuy dit tout ce qu'un
fincere amour peut inſpirer d'obligeant
, & feignant qu'il trouvoit
de l'injuſtice àla priver d'une
Fille qu'elle aimoit, pour contenter
ſa bizarrerie , il la pria de luy
accorder trois ou quatre mois,pédant
leſquels il feroit tous fes efforts
pour furmonter ſon averfion,
&mériter mieux l'extraordinaire
marque de tendreſſe qu'elle vouloit
luydonner. La Dame flatée
du rang de Marquife , & de la
gloire d'avoir un Mary tout plein
de mérite, proteſta que ce facrifice
eſtoir le moindre qu'elle fuſt
preſte à luy faire; que s'il en ſçavoit
de plus importans , il n'a-
Giij
1-152 MERCURE
4
voit qu'à s'expliquer , & pour luy
faire connoiſtre qu'il diſpoſeroit
toûjours abſolument de toutes
les choſes qui dépendroient d'elle
, elle voulut qu'il réglaſt les
avantages qu'elle devoit faire à
ſa Fille , eftant bien aiſe dene luy
donner en la mariant qu'autant
qu il ſouhaiteroit , afin qu'il joüift
du reſte . Le Marquis luy répondit
, que dans l'amour qu'il avoit
pour elle , il ne regardoit que fa
perfonne , & qu'ayant affez de
Bien par luy meſme pour la faire
vivre avecéclat, il luy ſeroit obligé
ſi elle faifoit les conditions de
fa Fille tres- avantageuſes , afin
qu'on ne luy puſt imputer d'avoir
affoibly so Mariage par des veuës
intereſſées. Il ajoûta qu'il voyoit
grand monde , qu'il donnoit fouvent
àmanger à ſes Amis, & que
ſi cettedepenſe ne luy plaiſoit pas .
il
GALAN T.
153:
il renonceroit à tout pour ſe conformerà
ſes volontez .C'eſtoit flater
agreablement laDame ,& du
caractere dont elle eſtoit , vous
jugez bien qu'elle n'avoit garde
de foufrir aucune reforme ſur cet
Article. Dés le ſoir meſme elle
déclara à ſa Fille ce qu'elle avoit
réſolu . Le Contract fut ſigné le
lendemain, avec des clauſes dont
on eut tout lieu d'eſtre ſatisfait,
&trois jours apres le Mariage ſe
fit. Le Marquis fut de la Nôce,
& fit valoir à la Dame les honneſtetez
qu'il eut pour la Mariée.
Les Parties eſtant d'intelligence
avec le Marquis, &d'accord entr'elles
ſur les ſentimens du coeur,
il ne faut pas s'étonner ſi la choſe
alla ſi viſte. Le Cavalier ayant
dit d'abord que d'importantes affaires
le rappelloient en Province,
il eſt aisé de s'imaginer qu'il n'eut
G V
154 MERCURE
pas de peine à obtenir permiffion
de partir. Il feignit de vouloir
faire le voyage ſeul , afin d'épargner
à la Mere& à la Fille le déplaiſirde
ſe ſeparer ſi toft;mais on
trouva juſte que fa Femme le ſuiviſt.
Ils partirent donc, & cejour
là meſme la Dame attendit fon
cher Marquis, avec les emprefſemens
d'impatience que donne
l'amour aux coeurs furannez. Sa
complaifance eftant épuisée par
le ſervice qu'il avoit rendu à fon
Amy,il ne parut point, &elle envoya
fix fois chez luy, fans qu'on
luy pût dire ce qu'il étoit devenu.
L'inquietudela prit,&la plus vive
douleur fut jointe à l'inquietude
quad elle paſſa les deux jours fuivans
ſans qu'elle en reçeuſt aucune
nouvelle. Elle monta enCar
roffe , l'alla chercher elle mefme
en diférens lieux,& revint defefperée
GALANT.
155
perée de cette marque d'oubly.
Tous les Amans de ſa Fille ayant
deferté par ſon Mariage , elle ne
voyoit perfonne ,& fe repentoit
trop tard d'avoir conſenty àl'exiler.
Enfin le Marquis voulant s'affranchir
de festrop fréquesmeſfages,
fongea au dénouement de
la Piece,& le fit parunBilletdont
la raillerie mitle coble à ſeschal
grins. CeBillet portoit qu'allant
chez elle pour les Articles qu'ils
devoient dreſſfer enſemble,il s'eftoit
ſouvenu que croyant mourir
d'une bleſſure reçeuëdans ſa derniere
Campagne,il avoit fait voeu
s'il en échapoit , de paffer fa vie
dans leCélibat ; que depuis trois
jours il avoit confulté tous les
Docteurs de Paris , & qu'aucun
d'euxn'ayant le pouvoir de le relever
de fon Voeu , il eſtoit réſolu
d'enaller pourſuivrela Diſpenſe à
Rome
156 MERCURE
Rome ; qu'il la ſuplioit de ne le
pas expoſer, à la douleur de l'adieu
, & que ſi elle avoit aſſez
de conſtance pour luy conſerver
ſon coeur,il tâcheroit par de nouveaux
ſoins de le mériter à fon
retour. Cette Lettre fut un coup
de foudre pour la Dame. Elle vit
bien qu'elle estoit joüée , & les
plaiſans contes que fit le Marquis
de ſon prétendu attachement,
ne luy apprirent que trop dans
quel panneau elle avoit donné.
Une autre qu'elle ſeroit morte de
chagrin ; mais comme elle aimoit
la vie plus que toutes chofes,
elle trouva à propos de fermer
les yeux fur la tromperie qu'on
luy avoit faite , & partit pour de
Poitou , ne doutant point qu'elle
n'y viſt plus de monde aupres de
ſa Fille , qu'elle n'en verroit en
reſtant ſeule Paris. Je croirois
qu'ayant
GALANT.
157
qu'ayant entendu raifon , &
eſtant revenuë à elle - meſme,
elle ſe ſeroit divertie à écrire le
Billet qui m'a eſté adreſſé depuis
quelques jours , ſi la Coquete
qu'on y fait parler , ne déclaroit
qu'en tâchant de donner de l'amour
à tout le monde , elle s'eſt
toûjours défendüe d'en prendre.
Voyez , Madame , ſi quelqu'un
de vos Amis voudra travailler
pour ſa confolation.Voicy ce que
contient le Billet
A
Ercure. Quoy que vous pu
Mbliyektout dcee que l'on vous
A
dit ,je ne laiſſeray pas de vous confier
que j'ay esté toute ma vie une
honneste Coquete , qui ay fait mon
plaisir de donner de l'amourſans en
prendre. I' aymis en ufage tout ce que
la Nature m'a donné d'adreſſe,
pour m'en faire conter par tou
60
tes
1318 MERCURE
tes fortes de Gens fans exception.
Les Ieunes , les Vieux , les Riches,
les Bourgeois , & jusqu'aux Secretaires&
Sommeliers, il n'a pas te
nu àmoy queje n' aye esté leur amufement
de coeur,&je vous affure que
tant que cela a duré , j'ay paffé le
temps comme une Reyne. Apresent
que je commence àvieillir,jesuis au
déſeſpoir de ne pouvoir plus me divertir
de la mesme forte. Tout me
paroîtfade,&infipide. Ie m'ennuye,
&rien ne me donne de goust.Ie m'adreſſe
donc à vous , mon cherMercure
, non pas pour coqueter avec
vous, car quoy que cesoit un de vos
métiers, cela ne mesuffiroit pas mais
pour vous prier de propoſer au Public
d'écrire pour confoler une Coquete
qui vieillit, afin quej'aprenne
des Gensſages , ce queje dois faire
pour m'empeſcherde mourirde cha.
grinew
१५५
Ces
GALANT.
159
Ces jours paffez , Monfieur
l'Abbé Pellot Fils de Monfieur
Pellot,Premier Préſidentde Normandie,
ſoûtint au College d'Harcourtune
Theſe de Philofophie,
qu'il dédia à Monfieur Colbert.
Ledeſſein en avoit eſté inventé
parMonfieurMignard,& exécuté
par Monfieur Poilly. C'eſtoit
le Temps , qui préſentoit par les
mains de l'Honneur le Portrait
de ce grandMiniſtre à l'Eternité .
Il n'eſt pas beſoin de vous dire
que ce jeune Abbé s'attira l'admiration
de la plus celébre Af
femblée que l'on ait veuë depuis
longtemps , quand vous ſçaurez
qu'il joint à un eſprit vif,
unemémoire heureuſe, & beaucoup
d'attachement pour l'étude.
Et l'on doit en attendre toutes
choſes, puis qu'avec ces qualitez
naturelles il a aupres deluy
Mon
160 MERCURE
M.Audran , Docteur de Sorbonne
, qui outre une grande érudition
, a une netteté admirable
qu'il fait paroiſtre dans les Matieres
les plus épineuſes .
Le P.Alexis du Buc , Theatin ,
continuant d'appliquer ſes ſoins
au falut des Ames, a fait connoiſtre
à Madame de Vallegrand &
àdeuxde ſes Enfans , les erreurs
de la Religion Prétendue Reformée.
Ils en firent abjuration entre
ſes mains le ſecond jour de ce
Mais , dans l'Egliſe des grandes
Carmelites . La maison de Vallegrand
eſt une des premieres de
Champagne.
Le 25 jour d'Aouſt de l'Année
prochaine 1681. Meſſieurs de l'Academie
Françoiſe donneront le
Prix de l'Eloquence , là celuy qui
aura le mieux reuſſi dans un
Diſcours , que tous ceux qui y
pre
GALANT. 161
pretendront feront obligez de
faire, furices paroles que l'Ange
dit à la Vierge en la falüant, Ave
gratia plena Dominus tecum. Ce
Prix doit eſtre un Crucifix,ou un
S.Louis d'or de cent écus , & ne
ſe donne que tous les trois ans. Je
croy-vous en avoir dit les raiſons
ailleurs. Feu monfieur de Balzac
qui l'a fondé pa auſſi marqué les
Sujets fur lesquels il a ſouhaité
qu'on travaillaſt. Le Difcours ne
doit eſtre tout au plus que d'une
demie heure de lecture,avec une
courte Priere à Dieu, par laquelle
il faut finir.
Le meſme jour,la meſme Academie
doit donner un autre Prix
pour la Poëfie Françoiſe , à la
loüange du Roy. Elle a propoſé
pour Sujet , qu'on le voit toûjours
tranquille , quay que dans un mouvement
continuel. Malgré le
choix
162 MERCURE
choix qu'elle a fait de ce Sujet,
elle permet à chacun d'y joindre
telle autre loüange qu'il voudra,
fur une Action particuliere de Sa
Majesté , ou fur toutes enſemble;
& exhorte d'y faire entrer par
forme de comparaiſon la penſée
d'une des Deviſes qui ont eſté
faites pour ce grand Monarque.
Le corps de cette Deviſe eſt le
Soleil , avec ces deux mots pour
ame, Quietofimilis.On doit ajoûter
à la fin de cet Ouvrage une
autre Priere à Dieu pour le Roy,
de telle meſure de Vers qu'on
la voudra faire. Le tout ne doit
point paſſer le nombre de cent,
foit Alexandrins , foit d'Ode , ou
deStances. Les Difcours qui feront
faits pour le Prix de l'Eloquence
, doivent avoir l'Approbation
de deux Docteurs de la
Faculté de Theologie de Paris ,
qui
GALANT . 163
qui y réſident actuellement . Chacun
eft reçeu à travailler pour
les Prix , àl'exception des quarante
de l'Académie , qui doivent
en eſtre les Juges ; & afin qu'on
ait le temps d'examiner les Ou
vrages , il faut qu'ils foient mis
dans le dernier du mois deMay
prochain entre les mains de monſieur
de Mezeray , Conſeiller du .
Roy , Hiftoriographe de France,
Secretaire perpétuel de l'Academie
, ou entre celles du Sieur le
Petit , Imprimeur ordinaire du
Roy & de l'Académie . On ne
doit point ymettre fon nom, mais
ſeulement une marque ou un paraphe,
avec un Paſſage de l'Ecriture
Sainte.
Je vous envoyay la derniere
fois une Lettre en Vers de monfieur
de Lignieres à Madame la
Ducheffle de Bellegarde , par laquelle
164 MERCURE
quelleil prétend faire connoître
que l'Etude & l'Art contribuent
plus que la Nature à faire les
Poëtes. J'y joignis la Réponſe de
cette ſpirituelle Duchefſe. Voicy
-ce qu'elle a donné lieu au meſme
Monfieur de Lignieres d'écrire
tout de nouveau , pour ſoûtenir
fon opinion.
1.
RESPONSE
こ
LA
2
S
A MADAME :
DUCHESSE
DE BELLEGARDE.
I l'on m'en avoit crû, l'on auroit
interdit
Le Proverbe Latin , qui d'un haut
ton nous dit
Qu'on devient Orateur, & qu'on est
né Poëte, Par
GALANT. 165
Par une qualité dominante , &
Secrete.
Fat - ce de Ciceron , ou de Quintilien
,
Ce mot est dit en l'air,& n'est fondé
Sur rien .
Boileau pompeusement , & d'un air
magnifique ,
Parle pour la Nature en fon Art
Poëtique :
Horace est pacifique , & ce grand
Chefde part
Accorde pour les Vers la Nature
avec l'Art :
Les fiens fur ce sujet font Solides
&fermes,
Et je vais ,fije puis les rendre dans
nos termes.
Pour faire de beaux Vers fouvent
on s'eſt enquis ,
Si la veine ſuffit , ou le ſçavoir
exquis :
Le ſçavoir ſert de peu fans une
riche veine , Et
1661 MERCURE
Et la veine a beſoin que le ſçavoir
la meine ;
Il faut par un accord ſtable &
perpétuel ,
Qu'ils ſe preſtent tous deux un
ſecours mutuel.
Vne Seconde fois pour l'Art je me
déclare;
L'appréhendois d'abord de paſſer
pour bizarre,
Maisje ne me fuis point attiré de
mépris,
Et plusieurs ont loué le party que
j'aypris .
Vos Vers font fi bien faits,que je n'y
puis répondres
Ducheffe, je les veux publier pour
confondre
Ceux qui ne liſent rien que pour le
cenfurer:
Fos Vers en ſe montrant se ferant
admirer.
Pourmoy,par un excez d'orgueil&
d'allégreſſe , En
GALANT.* 167
:
Enteſté de l'encens d'une belle Ducheffe
,
Ie me fuis presque veu tomber en
pâmoiſon ,
Par cette merveilleuse & douce
exhalaiſon.
Itsens quej'en auray l'ame toûjours
ravie ,
Ie n'ay jamais reçen tant d'honneur
enmavie.
Oüy, Ducheffe , vos Vers me rendent
glorieux ,
Et Mercure Galant les va dire en
tous lieux :
Nos Poëtes n'ont pas le noble don
d'en faire
De ce tour excellent, ny de ce cara-
Etere.
Pourvos perfections,vous remportez
leprix
Sur les plus beaux Objets,& lesplus
beauxEsprits.
L'Art
1681 MERCURE
L'Art répandſur vos Vers une clartési
pure ,
Qu'il en a tout l'honneur , &nonpas
la Nature.
Ie ne m'en dédis point , l'Art regne
en l'Univers,
Sur les Fruits & les Fleurs , ainsi
que fur les Vers. .
L'Art adjoûte àla Fleur , dont no-
StreSoinse charge;
Vous avoüez qu'elle estplus fournie,
&plus large
Que celle que l'on cueille en un
Champ émaillé ,
Où les mains du Printemps ont fo
les travaille.
L'ignore pour les Vers cette pente
Secrete ,
Et ce je- ne-fçay quoy qui forme le
Poëte.
Eft- il rien dans les Vers; que l'Art
n'ait surmonté,
La
GALAN T. 169
La Science estant jointe avec la
volonte :
L'un & l'autre n'a pas besoin de
cette pente ,
Iem'en rapporte à ceux que le-Parnaſſe
vante :
Toûjours les plus sçavans y font
(rieux. victorieux ;
Et la Palme's'y donne au plus lato-
Ils volent jusqu'au Ciel de mesme
que des Aigles ,
Sans qu'on découvre en eux la contrainte
des Regles.
Leur vol paroiſtfacile, & par leurs
doctes foins,
Ceux qui travaillent plus,ſemblent
travailler moins .
C'est donc l'Art qui nous meut , &م
l'Art qui nous diſpoſe,
Quand nous voulons en Vers mettre
au jour quelque chose ;
L'Art nousfournit les mots , il montre
à les placer ,
Decembre 1680. H
170
MERCURE
Et pour furcroist , c'est l'Art qui
nous fait bien penser.
Laſcience des Vers nous charme,&
nous enflâme ,
Lors qu'on en a fait voir les beautez
à noſtre ame ;
On fent que de foy- mesme on ne s'y
porte point ,
Etfans que l'on ait pris des Leçons
Sur ce point.
L' Amour pour ce Mestier nous vient
par le commerce ,
Et les enseignemens de celuy qui
l'exerce.
L'on fait ainsi des Vers , & je le ſçay
Mais on est odieux quand on parle
parmoy ,
deSoy.
donnent de la peine ,
Dans les temps où les Vers nous
Nous ne recevons rien de lapart de
Mais l'Art intelligent, accompagne
la veine,
de foin,
Illu
GALANT. 171
besoin.
qu'on médite ,
Illumine nostre ame , & la fert au
Lapeine que l'onfentpour un Vers
Eft cet entousiasme , & ce qui nous
agite ; ς
La Machine s'ébranle & dedans ,
&dehors ,
Par les reflexions que nous faiſons
alors.
Dans ces enfantemens uneAme embarraffée
Cherche à bien exprimer une vive
pensée,
On veut faire éclater dessentimens
profonds
し
Qu'elle tire d'un autre , ou defon
propre fonds.
Comme les anciens , le Poëte moderne
Sans fondement aux Vers donne un
principe interne :
Si je l'entreprenois , je poufferois à
bout Hij
172
MERCURE
L'Homme préoccupé, qui fans raiſon
croit tout.
Les Vers ne nous sont point venus
de la Nature,
C'est une invention qui met à la
torture ,
Ils troublent le repos , &puis qu'ils
font l'effet
D'un Art pénible & long, c'est donc
l'Art qui les fait.
L'autre jour chez Boileau, que fans
cefſſe on confulte,
Et dont les Vers limez ne craignent
point d'inſulte,
le vis unchevalier plein de coeur,de
renom, M. le C. de Nantoüillet.
Et qui parſon eſprit a signalé fon
nom.
Ilſoûtint contre l' Art ſouvent qu'un
grand Génie
En Vers cédoit au moindre & c'est
:
Les Vers font de l'eſprit leplus puisce
queje nie.
fant effort; Ce
GALANT.
173
Celuy donc qui fait mieux , l'aplus
vif& plus fort.
Ie crains qu'un Orateur, ou Philoſophe
insigne,
Quandj'exalte les Vers,contre moy
ne s'indigne.
Qu'ilvanteSon Mestier, je vanteray
le mien,
Puis qu'il est naturel de faire cas
dufien ,
On connoist que les Vers veulent
beaucoup d'attache :
Cetteprofeffion aux yeux communs
Se cache ;
On ne démesle point ces miſteres
obscurs
Et les autres talens nous paroiſſent
r
Le Villageois , qui vit dans l'épaiſſe
moins durs.
ignorance ,
Chanteſans eſtre inſtruit ,&ſous les
Arbres dance ,
Quoy qu'il n'ait point appris ces
mouvemens divers ;
174 MERCURE
Mais on voit que fans Maistre on
ne fait point de Vers ,
Et cette invention est fi peu naturelle
,
Qu'on n'y Songeroit point, ſi l'on ne
parloit d'elle.
Un Laboureur dira quelAftre dans
Les Cieux
Fait les vents , l'air ferain , & le
temps pluvieux.
Ila des notionsſans lettres , ni do-
Etrine ,
cine.
De la Géometrie , & de la Mede-
Dans deſimples Vergers,& d'aimables
Forests ,
La Nature ſouvent lui montre des
Secrets ,
Et mieux qu'un Philosophe infolent
&Superbe ,
Ilſçait les Animaux , & les vertus
d'une Herbe ;
Maisle Mestier des Vers n'est pas
fi-tostappris, Et
GALANT.
175
Et cet Art n'est donné qu'aux plus
doctes Esprits.
Parente ,
La Suze , dites - nous, voſtre illustre
Et vostre chere Amie , estoit- elle
ignorante ?
Non, car elle avoit lû tous nos bons
Ecrivains ,
Etpar des Traducteurs , les Grecs,&م
les Romains.
Elle entendoit des Vers les poids &
l'énergie,
Mais elle estoit fix mois à faire
une Elegie;
Et pour venir à bout deſes tendres
Chansons ,
Elle tournoit un Vers en plus de
vingtfaçons.
O vous , que je devois alleguer devant
elle,
Pour avoir plus d'esprit , & pour
estre plus belle,
Ducheffe,les bons Vers ne vous couſtent-
ilspas? L Hiiij
176 MERCURE
De cent que je connoy , l'on feroit
plus de cas ,
Si leur plume n'estoit trop vive &
trop Soudaine ,
S'ils châtioient leurs Vers , & prenoient
plus de peine .
Comme j'ay déja dit , les plus laborieux
Sont ceux qui de tout temps ont
reüffi le mieux.
Mettez en paralelle Ovide avec
Virgile,
Et regardez Malherbe aupres de
Théophile;
Malherbe & Théophile ont fait des
Vers aisez,
Mais les deux autresfont millefois
pluspriſez.
Leurs Ecrits font juger que l'Art
Seul nous éclaire,
Et qu'aux Vers lafcience eſtſur tout
neceffaire.
Qu'on ne'me cite plus l'Artifan de
Nevers , Qui
GALANT .
17-
Qui ſans Latin,ny Grec, a compos
des Vers ;
Ne remarque- t- on pas en cet Homme
loüable
Qu'ilestoit Philosophe,&qu'ilfçavoit
la Fable?
Ie ne parleray point touchant le
naturel ,
Puis qu'il est chimérique , & s'il
estoit réel,
On ne fentiroit point une terrible
gefne,
Ni les difficultez où le Vers nous
entraîne.
Mais ces difficultez ſe tirent à
l'écart
Par la haute Science, & la force de
l'Art. :
Ces épineuses Loix ne ſuivent point
la Profe,
Etfans nul embarras elle dit toute
chofe :
C'est naturellement que l'on est Orateur
Hy
178. MERCURE
Et le docte travail rend Verfificateur
;
L'Art avecle Sçavoir ne veut
point qu'on'admette,
Ny ce je-ne-Scay- quoy , ny de vertu
Secrete.
Sans doctrine a- t- on fait aucun
Vers qui valut ?
Et quelqu'un ofe- t-ilfansArt toucherun
Lut?
Par luy le bruit confus excitéfur les
cordes,
Entre elles cauferoit d'effroyables
difcordes .
Ciceron , le plus vaste Esprit de
l'Univers,
N'a point , à ce qu'on dit , enfanté
de beaux Vers :
Quand ilfaifort d'ailleurs des cho-
Ses immortelles ,
Il regarda les Vers comme des ba
gatelles ,
Et de tout autre ſoinſon coeur estoit
touché. Quel
GALAN T.
179
Quelquefois pour les Vers on a l'efprit
bouché,
Faute de s'appliquer à ce Mestier
pénible ;
Mais à l'Homme éclairé lebon Vers
eſt poſſible ;
Ilse rendrafameux dans ce hardy
Mestier,
Quand il defirera s'y donner tout
entier.
On verra dansſes Vers , loin de la
veine emphase,
Lapensée élevée , & le tour , & la
Par tout y brillera l'ordre , & la
phrase:
liaiſon ,
raiſon.
Le bon goust, la juſteſſe, &la droite
Lors que l'on écriva fur deparfaits
Modetes,
Les Ouvrages auront des beautez
eternelles.
C'est par là que vos Versfi grands
&fifleuris, د Doi
180 MERCURE
Doivent estre à jamais estimez &
cheris :
Ils ont des agrémens dont tout an
coeur s'enchante,
Vous estes admirable , & poliment
Scavante
Votre esprit & vos yeuxfont infiniment
doux,
On ne sçauroit parler , ny plaire
comme vous .
Survos rares attraits j'aurois fait
un Роёте,
S'il ne m'avoit fallu Soûtenir mon
Sisteme ;
Mais que les vers foient faits par
Nature, ou par Art,
Par le raisonnement , ou l'aveugle
hazard,
le sçay ce qu'on en dit dans le Stecle
où nous sommes ,
Et l'état qu'on en fait chez laplûpart
des Hommes .
Ils temoignent aux Vers de furieux
dégoûts, Et
6
GALANT. 181
Et traitent hautement les Poëtes
de fous :
Mais noſtre Roy n'a pas ces barbares
maximes,
Puis qu'il voit de bon oeil tous les
Esprits Sublimes :
Ces Autheurs renommez , pleinement
satisfaits,
Chantent ſes dons frequens , ainſi
quefes hauts faits.
Tout ce qu'ont dit de lay nos plus
1 celebres Plumes ,
Produiroit un amas d'innombrables
Volumes
Leplus parfait bonheur de nostre
Souverain,
C'est qu'ilest feur qu'ilplaiſt à tout
le Genre Humain.
Le Concert eternel qu'on fait de
fes toüanges,
Rend fon Nom venerable aux Nations
étranges ;
Mais de tous les Mortels qui vantent
ce Grand Roya
182 MERCURE
On n'ensçauroit trouver le plus Zeléque
moy.
Il eſt arrivé du changement
dans les Gouvernemens des Villes
de Lile & Doüay, par la mort
de Monfieur des Bonnets , Gouverneur
de cette derniere Place..
Il avoit eſté long- temps Capitaine
dans le Regiment de Champagne,
dont on le tira pourlefaire
Lieutenant Colonel dans celuy
de Louvigny ; enſuite dequoy it
fut fait Inſpecteur General de
toute l'Infanterie de France . Il
s'eſt acquité de cet employ avec
l'entiere approbation de la Cour,
& une bienveillance particuliere
de toutes les Troupes. Apres
eſtre parvenu au poſte de BrigadierGenéral
, il fut choiſy par Sa
Majesté pour commander dans la
Ville, Citadelle , & Païs de Dun-
...kerque
GALANT. 183
ķerque , dans un temps où une
Place de cette importance demandoit
un Gouverneur qui eût
autant de fageſſe & d'experience
qu'il en avoit. Le Roy le rappella
de Dunkerque,pour le faire
ſervir de Maréchal de ſes Camps
& Armées aux Sieges de Gand
& d'Ipres. Il ſervit avec Monſieur
de Montal au Blocus de
Mons en la meſme qualité , auffibien
qu'à l'Armée de Monfieur
de Luxembourg , au Combat de
Saint Denys. C'eſtoit un Gentilhomme
Breton , fort fage , un
peu froid , bon Officier , &d'un
grand merite . Il s'appelloit René
de Perouſe, Seigneurdes Bonnets,
& eſt mort à Doüay le troifiéme
de ce mois , âge de ſoixante ans,
&Doyen des Chevaliersde No
tre-Dame du Mont- Carmel , &
de S. Lazare de Jerufalem. Le
Roy
184 MERCURE
Roy luy avoit donné ce Gouvernement
en propre , & non point
par commiffion de Commandant,
comme celuy de Dunkerque .
Monfieur de Vauban Gouverneur
de la Citadelle de Lile , l'eſt
devenu de Doüay , en la place
de Monfieur des Bonnets . C'eft
un Gentilhomme de Bourgogne,
qui aprés avoir ſervy quelque
temps dans l'Infanterie en qualité
de Capitaine,s'attacha de telle
forte aux Mathématiques , & à
l'Art des Fortifications, qu'il s'eſt
rendu le premier Ingénieur de
l'Europe . Sitoſt qu'ileut fait comnoiſtre
ſa capacité & fon merite,
le Roy l'employa dans toutes les
occafions qui parurent importantes.
On n'a réparé ny fortifié de
nouveau aucune Place fans le
confulter ; & à l'égard de celles
qu'on a attaquées,on luy a donné
2004 la
GALANT. 185
la conduite de tous les Ouvrages.
Il a meſme tellement perfectionné
l'Art de faire des Sieges ,
tant pour avancer, que pour rendre
infaillible la priſe des Places,
de queque maniere qu'elles fufſent
fortifiées , qu'il a toûjours
dit , fans ſe tromper , quel jour
elles feroient forcées à ſe rendre.
Jamais Prince n'en fit tant fortifier
que le Roy ; & cependant il
n'y en apasune depuis que Monſieur
de Vauban a eſté connu ,
dont on n'ait fait lesTravaux fur
fes Deffeins. Il a entr'autres donné
tous fes foins à la conſtruction
de la Citadelle de Lile , dont Sa
Maieſté le fit Gouverneur aprés
la priſe de la Ville en 1667. Auffi
peut-on dire qu'il en a fait un chef
d'oeuvre , tant pour la force & la
regularité desOuvrages,que pour
la commodité & la beauté de la
Place
186 MERCURE
Place. Il en a fi bien choiſy la fituation
pour la rendre plus forte,
qu'il adonné lieuenmeſme teps
d'agrandir la Ville , qui par ce
moyen eſt devenuël'une des plus
belles de toute l'Europe , comme
elle paffoit déja pour l'une des
plus marchandes. Il y a longtemps
que le Roy l'avoit fait Intendant
generaldes Fortifications
duRoyaume. Enſuite Sa Majesté
luy donna la Charge de Maréchal
deCamp; & Elle l'a nommé
depuis peu de jours au Gouvernement
de Doüay. Il a fait depuis
la Paix beaucoup de Voyages ſur
les Frontieres , où non ſeulement
il a fait réparer quelques Places,
& changé les Fortifications de
quelques- autres , mais il en a fait
conſtruire pluſieurs toutes nouvelles
, ſans qu'on ait rien trouvé
àblâmerdans le choixdes Lieux,
ny
GALANT. 187
ny dans la bonté & perfection
des Deffeins & des Ouvrages .
Menine , Maubeuge , Longvvy,
Sarloüis , Huninguen,& Scheleftadt
, ſont de ce nombre , avec
beaucoup d'autres qu'il eſt inutile
de vous nommer , & qui ne
ſerviront pas moins à la gloire de
Monfieur de Vauban , qu'à defendre
les Frontieres de la France.
En meſme temps qu'il a eu le
Gouvernement de Doüay, le Roy
qui ſe plaiſt toûjours à récompenfer
le vray merite , a donné celuy
dela Citadellede Lile àMonfieur
duMetz, Maréchal de Camp de
ſes Armées , & Lieutenant de
l'Artillerie en Flandres , Artois ,
- Hainaut , Païs conquis& reconquis.
Ce Gentilhomme , dont la
Famille eſt de Champagne, a eſté
nourry Page de Monfieur le Marquis
188 MERCURE
quis dela Meilleraye,alorsGrand-
Maiſtre de l'Artillerie,& à préſent
Duc Mazarini . Ce fut là qu'il prit
les premieres Inclinations , ainfi
que les premiers Elemens de cette
Science , à laquelle il s'eſt depuis
appliqué entierement. En
1657. au Siege de S. Venant, qui
eſtoit ſa troifiéme Campagne , il
donna des marques de ſa valeur
en qualité de Commiſſaire ordinaire
de l'Artillerie , & y reçent
un prodigieux coup de Canon à
la teſte, dont il porte de glorieufes
marque's au viſage. Depuis ce
temps , il ne s'eſt guére paffé
d'Actions en Flandre &en Hollande
, qui ne luy ayent fourny
quelque occafion de ſe ſignaler,
& fort peu de Sieges , où il n'ait
eu l'honneur de commander
l'Artillerie , ou de la faire agir
fous les ordres de Monfieur le
Duc
GALANT. 189
Duc du Lude qui en eſt Grand-
Maiſtre . Il eut l'avantage de ſe
trouver à la tefte de ces Braves
qui entrerent les premiers,
d'une maniere ſi ſurprenante ,
dans la Ville de Valenciennes,
& de les commander en qualité
d'Officier General. Il a reçeu de
grandes bleſſures aux Batailles
de Senef & de S. Denys . Celle
que je vous ay déja dit qui a défiguré
fon viſage , fait ſon éloge à
ceux meſme qui ne le connoifſent
que de veuë ; mais ceux
qui ont ſervy avec luy , publient
generalement qu'ils n'ont guére
veu d'Officier plus intrépide
dans les périls , plus infatigable
dans les travaux , plus vigilant
& plus entendu dans toutes les
fonctions de ſes Charges,& dont
les ſervices ayent eſté ſuivis d'un
= ſuccés qui ait plus exactement
répon
191 MERCURE
répondu à ce qu'il en avoit fait
efperer. Le Roy a preſque toû
jours eſté témoin de tout ce qui
luy a fait mériter la réputation
où il eſt. Mr.du Metz a deux Freres,
dont l'un qui s'eſt jetté dans
le party de l'Eglife , mene une
vie exemplaire , & s'eft acquis
l'approbation de tous les honneſtes
Gens. L'autre eft fi connu,
que je ne vous en puis rien dire
que vous ne ſçachiez .Les ſervices
qu'il a rendus au Roy dans plufieurs
Employs avec un zele, une
activité , & une probité dignes de
la confiance ceGrandMonarque,
l'ont fait choiſir par Sa Majesté
pour Garde de fon Trefor Royal.
C'eſt une Charge dont il y a dé
ja quelque temps qu'il fait l'exercice
, d'année en année , alternativement
avec Monfieur de Bertillat.
J'aurois à m'étendre ſur
beau
GALANT.
190
beaucoup de choſes qui luy font
tres-glorieuſes , ſi je n'eſtois ſeur
que fa modeſtie en foufriroit .
Il paroiſt icy depuis quelques
jours un Meteore affez ſurprenant.
On voit tous les foirs fur
les cinq heures une traînée de
lumiere qui reſſemble à celle que .
refléchit une petite nuée éclairée
du Soleil , & qui approche de
la couleur du chemin de lait. Elle
eſt de figure courbe , à peu pres
comme une portion de Cercle, &
ſa largeur eſt preſque égale à la
largeur apparente delaLune.Cette
largeur eft moindre vers l'Horifon,
& augmente peu à peu jufqu'à
ce qu'elle finiſſe , mais c'eſt
vers l'Horiſon que la lumiere eſtla
- plus forte,& en s'en éloignant elle
ſe perd inſenſiblement. Ce Mer-
- teore s'étend du Sud au Nord,
comme s'il fortoit de l'Horifon,
Voila
192 MERCURE .
Voila tout ce que je puis vous
écrire , n'eſtant pas affez habille
Aſtronome pour l'avoir obſervé
felon les regles. Il n'y a point à
douter que ce ne ſoit la queuë
de quelque Comete,dont le corps
nous eſt caché par la terre ou du
moins par les broüillards , qui en
s'élevant le ſoir empefchent que
nous ne puiſſions le découvrir.
Vous ſçavez ,Madame,vous à qui
tout eſt connu,quelle diverſité de
ſentimens il y a fur ce ſujet entre
les Philoſophes. Les uns veulent
que les Cometes ſoient des exhalaiſons
enflámées , mais ces feux
font fi éloignez de nous , & par
conſequent d'une grandeur ſi
prodigieuſe , que l'on a dit fort
agreablement , que toutes les vapeurs
de la terre ne ſuffitoient
pas pour un de leurs dejeunez .
Les autres pretendent qu'il y a
dans
GALANT. 193
dans le Ciel, infiniment audeſſus
de toutes nos Planetes , beaucoup
d'Etoiles errantes,qui eſtant
ſéparées les unes desautres,échapent
à nos yeux à cauſe de leur
éloignement , & de leur petitef
ſe mais que quand le hazard
fait qu'elles viennent à ſe rens
contrer , elles forment ce corps
lumineux , que nous appellons
une Comete. Enfin les Cartéſiens
, dont les ſentimens font f
extraordinaires , & paroiffent
pourtant fi raiſonnables à la plûpart
des Gens bien ſenſez , foûtiennent
que toute la matiere de
l'Univers eſt diviſée en une infinité
d'amas diférens , qu'ils appellent
des tourbillons , parce
que chacun d'eux tourne ſans
ceffe autour de fon centre ; que
tous ces centres font remplis de
la matiere la plus fubtile & la
Decembre 1680. I
194 MERCURE
plus agitée de tout le tourbillon
qui compoſe le Soleil de ce mefme
tourbillon ; que toutes ces
Etoiles fixes qui nous paroiſſent
la nuit attachées au Firmament ,
font les centres & les Soleils
d'autant de tourbillons placez à
diférentes diſtances du noſtre;
que ces Soleils ſujets comme le
noſtre à avoir des taches , peuvent
enfin en avoir de telles
qu'elles viennent à couvrir tout
leur corps ; qu'alors ces taches
s'épaiſſiſſant toûjours , offuſquent
tout l'éclat de ce Soleil , arreſtent
Kagitation de toutes ſes parties,
& en font un corps folide &
opaque , qui n'a plus la force
d'occuper le centre de fon tourbillon;
que ce Soleil ainſi obfcur
cy , & chaffe de fon tourbillon,
pafſſe dans un autre voiſin, où re-
Aechiſſant la lumiere du Soleil
our qu'il
GALANT. 195
qu'il y rencontre , il paroift lumineux,&
eft appellé Comete qu'il
"peut encor fortir de ce tourbillon,&
paffer dans d'autres , jufqu'à
ce qu'il en trouve quelqu'un
où il s'arreſte, ou que mefme
il peut errer toûjours , eſtant,
diſent- ils , de la majeſté de l'Univers,
qu'outre les Soleils attachez
chacun à fon tourbillon , il y en
ait d'autres qui n'appartiennent
à aucun tourbillon , & qui
foient les Hoſtes de tous. Quoy
qu'il en foit , il eſt toujours certain
que les Cometes les plus
affreuſes n'ont rien qui nous doive
épouvanter , & que ce ne font
que des jeux de la Nature , que
noſtre ignorance ſeule nous re-
-préſente terribles
Apparemment les mauvais
augures que les Superstitieux
pourront tirer de celle qui fait icy
AM
I ij
196
MERCURE
parler tout le monde, ne vous feront
pas renoncer à vous divertir.
Ainſi je vous envoyeun Air
nouveau qui pourra fervir à exercer
vostre belle voix, Yous en
ferez part à yos Amics no au up
· AIR NOUVEAU .
(1) Detiss auleaux ineJoyez point
D'entendre de Philis la voix char-
YOUD manteto belle col moist
Elle ſçait mieux chanter que
aulq 2500000????2333 313 1_31
Mais vous savez mieux aimer
mot en quelle 8τομενκοφρον
эрэл si ob zusi zəb sup
Jajoûre l'Avis d'un Amant jaloux
à ſa Maîtreffe jaloufe. Si tout
ai le monde pouvoit ſe réfoudre à
s'en fervir, l'Amour ne feroit pas
tant de malheureux
MA
GALANT
2
197
3 ती MADRIGA
b
1
B.Anmilfons
nos foûpirs ja
Vivons aſſurez l'un de l'autre
Ie vous crois toute à moy ; vous,
noid
croyez-moy tout vostre
Nostre fort en fera plus doux. P
Puis que l'Amour favorable à nos
flames
Répand jes douceurs dans nos
Tandis que mille Amans éprouvent
-3 : 11 fa rigueuring sent
Ne troublons point nostre bon-
,
10
Ne craignons rien de l'i
E
Quel'
l'inconcroyons
fermement touss deux,
Amour allumant ant en nous
19
defi
S'est rendu le garand de leur perfe.
verance. I iij
198 MERCURE
Monfieur du Moulin,Avocat à
Bretheüil en Normandie , a fait
l'Epitaphe de l'Amant infortuné
de labelle Veuve,dont vous avez
lû l'Hiſtoire dans ma Lettre du
dernier Mois . Il faut vous le faire
voir. Une paſſion auffi forte que
celle de cet Amant , mérite bien
que la memoire en ſoit confervée.
EΕPΡIΙTΤAΑPΡΗΕ.
DAfans, arrestez vous
mais
to arreſtez-vos varmefri
Il n'en faut point verfer en appremant
lefort
Duglorieux Amant dont vous lifez
mor
Ila peri par de trop belles armes.
Les Tombeaux en tous temps demandent
des douleurse
Font pouſſer des soupirs,
dre des pleurs ,
répan-
Mais
GALAN T. 199
Mais icy la raison veut que la douleur
cede,
L'Amant que je renferme a bien
voulu mourir ;
Car s'il eust de ses maux demandé
le remede ,
Amour qui le bleſſa, cherchoit à le
guérir.
:
Monſeigneur le Dauphin ayant
eſté attaque tout de nouveau du
mefine mal dont je vous parlay
la derniere fois , & ce mal ayant
continué pendant quelques jours
avec une violence qui luy caufoit
un tres-grand abatement,
les Medecins en ont arreſté le
cours par les Eaux de Forges
qu'ils ont fait prendre à ce Prince.
Ainfion a veu revenir ſa ſanté
de jour en jour. Les ſoins & la
tendreſſe du Roy ont fort éclaté
encerencontre,& il s'eſt montré
I iij
200 MERCURE
auffi bon Pere , que toutes fes
actions nous le font voir grand
Monarque. Monfeigneur le Dauphin
s'eſt diverty pendant fa convalefcence
à faire une Loterie.
Chacun s'empreſſant à y porter
de l'argent, le fond s'en eſt trouvé
bien plus grand qu'il ne prétendoit
le faire. Il a monté juſqu'à
quatre mille Louis. Il n'y avoit
que cinquante Billets noirs fur
ſeize mille . Vous voyez par là
que chaque Billet eſtoit d'un
quart de Loüis. On a tiré cette
Loterie depuis peu de jours ; &
monfieur le Chevalier de Liſcoy,
Chambellande Son AlteſſeRoyale
, qui avoit pris tres -peu de
Billets , á eu le gros Lot. Il eſtoit
de cinq cens Loüis. Monfieur le
Marquis deDangeau a eu auſſi un
des premiers Lots , mais il avoit
douze cens Billets.MonfieurBa
zin
GALANT 201
zin Intendant en Allemagne , &
M. Felix Chirurgien du Roy, qui
en avoient en tres - petit nombre,
ſe ſont trouvez des heureux . Ce
Miroir de deux dernier a eu un a sun
יזו
-
cens Lotüis. On ne m'a point dit
à fe
les noms des autres. Depuis que
Monſeigneur commence
mieux porter ,il y a eu Bal preſque
tous les jours chez ce jeune Prin
ce. Les Seigneurs de la Cour qui
ont excelle dans la Dance , font
monfieur le Grand & monfieur le
Comte de Brionne ſon Fils, mon
fieur le Duc de Villeroy , &
monfieur le Marquis d'Alincourt
ſon Fils . M. le Duc de Mortemar,
de retour defes Voyages, où
il s'eſt acquis beaucoup d'efti
me en pluſieurs Cours Etrange
res , a auſſi paru dans ces Bals
avec de grands avantages ,
pour laDance,ſoit pour lamaniere
2007
10
2
151025
101
foit
201 MERCURE
de ſe mettre de bon air, qui n'eſt
pas une chofe fort facile,& à laquelle
on foit toujours en pouvoir
de parvenir par la dépense.
Il n'eſt point de termes qui puiffent
bien exprimer avec quelle
grace Mademoiſelle de Nantes y
a dance. Quelques loüanges
qu'elle mérite par là,elle s'en attire
tous les jours de plus glorieufes,
par les choſes ſurprenantes.
qu'onluy entenddire;& qui dans
un âge ſi peu avancé , font des
prodiges qu'on a peine à croire..
Fauray tant d'occaſions de vous
parlerde cette Princeffe , que je
coupe court aujourd'huy fur cet
Article , pour vous apprendre ce
qui s'eſt paſſé depuis fix jours das
une affez grande Compagnie.
Une Dame de Province, d'un
méreriittee fingulier , paffant tous les
Hyvers à Paris , & bien fouvent
J
une
GALANT..
203
une partie de l'Eté , y estoit enfin
venuë accompagnée d'une Fille,
que ſes belles qualitez faifoient
diftinguer par tour. C'eſtoit une
Blonde , qui avoit le teint tres vif,
les yeux fort brillans , & tant de
douceur fur le vilage , que peude
Gens la voyoient ſans prendre
pour elle plus que de l'eſtime.
Comme la Mere aimoit les plaifirs
, & que toutes les Perſonnes
qualifiées de fon quartier étoient
de la connoiſſance,quelques jours
apres ſon arrivée on l'attendoit
pourune Partie de Jeu, dans une
Maiſon où il venoit ordinairement
un fort grand monde , quand la
Dame chez qui cette Partie êtot
faite parlade la Fille qu'elle devoit
amener.UnCavalier façon de
Marquis,grand parleur, & de ces
Gens à fracas , qui s'erigent en
Plaifans , autant pars effronterie
201
204 MERCURE
rie , que par talent, de railler ,
dit auffi - toft devoit
C
que ce
eftre quelque Demoiselle nouvellement
debarquée , puis qu'il
connoiffoit la Dame depuis dix
ans , & qu'il ne luy avoit point
encor veu de Fille. Le débarquement
ayant fait rire il ſe
fervit d'expreffions de pareille
force , & peignant une jeune
Perſonne venuë pour la premiere
fois à Paris , comme un
Animal d'eſpece nouvelle, qu'on
pouvoit montrer pour de l'argent
à la Foire, il fit eſperer de plaifantes
Scenes quand la Belle arriveroit.
Un quart- d'heure apres
on la vit paroiſtre . Chacun la
trouva fort à fon gre. Quant
au Cavalier, il n'en voulut point
démordre . Il la garantit Provinciale
depuis les pieds juſques
àla teſte , & luy fit civilité ſur ſa
bien
GALANT.
205
bien- venue, en Homme qui prétendoit
fort s'en divertir. Elle ne
diſoit aucune parole qu'il ne repétaſt
avec une gloſe ridicule; &
lamodeſtie de cette aimable Perſonne
luy faiſant d'abord garder
le filence,il prioit tout bas les Dames
de l'obliger à parler. Il rioit
enluy voyant ſeulement ouvrir la
bouche, & n'attendoit pas qu'elle
euſt achevé pour dire une impertinence
. La Belle qui avoit infiniment
de l'eſprit, connuſt auſſitoſt
ſon caractere. Elle estoit d'une
Naiſſance qui luy avoit fait
voir affez de beau monde dans
la Province,pour l'avoir accoûtumée
àne ſe décocerter d'aucune
rencontre. Ainſi les airs Turlupins
que leCavalier prit avec elle,
l'étonnerent peu. Au contraire,
elle affecta des répõſesingenuës ,
pour luy donner lieu d'eſtre plus
2107
extra
206 MERCURE
extravagant , & fe menagea fi
bien , que gardant fon ferieux,
elle l'engagea pendant plusd'une
heures à s'abandoner àſes ſaillies .
Chacun s'en divertiſſoit; & lors
qu'il donnoit la Comedie , il ne
croyoitpas que ce fuſt à ſesdepens.
Enfin un Abbé qui avoit
f'efprit tres-delicat , eſtant ſurvenu,
on commença une converfationfort
agreable. Ily avoit aſſez
deDames qui ne joüoient point,
pour former un petit Cercle.
La Belle écouta , fort reſoluë
de prendre fon temps pour fe
vanger del'infulte que leCavafier
avoit pretendu luy faire.
L'occaſion s'en offrit bien- toft..
L'Abbéayam propoſé une Queſtion
allez galante , pria les Dames
dela vouloir decider. Cha
cune en dit fon avis; & alors le
Cavalier s'écria , qu'il falloit fçavoir
GALANT.
207
voir le ſentiment de la Belle ; &
prenant fon ton railleur,prépara
l'Abbé à entendre un raiſonnemet
tres fin. La Belle oppoſa qu'il
luy eſtoit defavantageuxde s'expliquer
la derniere ; & apres s'étre
fait prier quelques momens,
elle dit des chofes fi nouvelles
fur la Queſtion,& la décida avec
tant d'ordre & de netteté , qu'il
n'y eut perſonne qui ne luy donnâtmille
loüanges.L'Abbé dit au
Cavalier qu'il avoit eu lieude l'affurer
qu'il entendroitune Perſonne
d'eſprit;& les Dames començant
à le railler , ſur le jugement
évaporé qu'il avoit fait de la Belle,
il reſta fi interdit, qu'il ne pût
trouver aucune réponſe.La Belle
pouffa la choſe plus loin, & pour
mieux joüir de fon defordre, elle
demada fi à fon tour on voudroit
bien luy permettre de propofer
une
208 MERCURE
une Queſtion.Il s'agiſſoit de fcavoir
qui donnoit le plus à rire, ou
une Provinciale qui n'ayant point
les manieres du grand monde,
tâchoit au moins de parler raifon
; ou un Etourdy , qui debitant
à grand bruit ſes Extravagances,
croyoit ébloüir les Gens
par ſes airs de qualité, Si- toft
qu'elle eut propoſe la choſe, elle
s'adreſſa au Cavalier , pour luy
faire dire ce qu'il en penſoit , &
ce fut un tel éclat de rire de toutes
les Dames , que ne pouvant
tenir il prit le pretexte
4 UP 3100EV
d'un Laquais qu'il vit entrer ,
pour demander un des fiens.
Enmeſme temps il s'avança vers
la Porte , comme s'il l'euſt apperceu,&
fe dérobant de la Compagnie,
il laiſſa aux Dames liberté
entiere de décider . Il vous eſt
aisé de voir que la Queſtion ne
re
Suu
D
tourna
GALANT. 209
tourna pas à ſon avantage. La
belle Provinciale fut, fort applaudie
, & on ne luy rendit
pas moins de justice fur fon
efprit , que l'on avoit fait d'abord
fur les agrémens de ſa
perfonne.tv , ανθοί Μασω
La Lieutenance de Roy au
Gouvernement de Champagne
, a eſté donnée à Monſieur
de Beaupré , Gentil
homme de la meſme Province.
C'eſt un Officier tres- conſideré
, & qui a beaucoup de
mérite. Le rang de Colonel
qu'il occupe dans les Troupes
de Sa Majesté , eſt un
Poſte qu'on ne poſſede guére
aujourd'huy , fans s'eſtre
trouvé en beaucoup d'occaſions
importantes , & périlleufes.
Je
ausrol
210 MERCURE
Je vous ay ſouvent parlé de
Monfieur l'Abbé des Alleurs , à
qui le Roy a donné une Charge
d'Aumônier de Madame la Dauphine.
Il a preſché pendant tour
l'Avent à S. Germain devant
leurs Majeſtez , avec ſon ſuccés
accoutumé;& la force de ſes expreffions
jointe à la beauté de
fes pensées , a confirmé ce qu'on
avoit déja veu par mille exemples,
que le Roy fait du bien aux
Gensde merite , ſi toſt qu'ils luy
font connus.
4 Vous n'aurez l'Explication des
Enigmes du dernier Mois , & les
Noms de ceux qui en ont trouvé
le ſens,quedans le douziéme Extraordinaire
, qui paroiſtra le 25 .
Janvier prochain. Je vous en envoye
deux nouvelles .La premiere
eſt de Monfieur d'Ambrevillede
Lifieux,& l'autre du Berger indiférent.
ENI
GALANT. 211
ENIGME.
On Corps eft composé de Corps
tous diférens ,
Dont les diférentes parties
Sont souvent si bien aſſorties ,
Quefurtout à la Cour jefoifonnne
en Galans ומ תנמש
Mais pourme poſſeder l'on n'a pas
peu d'affaires;
Tenant , comme je fais , l'estre de
splusieurs Peres
Ilfaut de chacun d'eux avoir les
agrémens.
Chacun court apres ma jeunesse,
Qu'avecmon enbonpoint je pers dés
quej'engraiffe
Ie vicillis mesme en peu de mois .
De mon extraction la ſervile baffeffe
N'empesche pas qu'on ne s'empreſſe
De
MERACURE
De briguer , pour m'avoir , du beau
Sexe le choix: ИН
Et même fans crainte de Loix,
21 L'on voit toûjours ma petiteſſe
S'unir à la grandeur du plus Grand
de nos Roysbe
Des changemens du temps j'éprou
ve la disgracevalna sre
Mon regne chezles Grands n'est
que de peu de jours:
Capendant l'on me voit toujours
Succeder àmoy-même, &reprendre
23. rima places หากตัว 2
jesuis
st II
d'un
AuxAmans dépourveus de grace,
Pres de l'objet aimé
ingrandfecond
25021903 setur sun
Toy, qui pour me chercher as l'esprit
2 dlagefnelli
Lecteur, pour te tirer de peine, I
Apprens que celle enfin dont j'emprúntele
nom
De Quoy
GALANT.
213
Quoy qu'en rienje ne luy reſſfem-
?????????????????????????????????????????????
Chez les Neveux d'Enée acquit
un bean renom:
Et qu'elle devint tout ensemble,
D'eux &de leur posterité.
In exemple autrefois vanté
Devigilance exacte, & de fidelité.
AUTRE ENIGME .
Ous sommes grand nombre de Nous Som
D Soeurs, nodom
Preſque toutes de même taille,
Flatant également les Grands & la
Gangille 1199 2007
Lorsque nous contos des douceurs.
Chacune de nous aSon maître,
Quicherche ànous faireparoître
Et qui voudroit chez luy nous voir
- à tous moments on ou
ob poni Attirermille Gems, I
-Sur tout Gons àbelle deperfeit
Dans l'avare esperance
you
*14
MERCURE
Ainsi tout est meſlée dans ce vaſte
KnivarsS
Et presque rien neſe reſſemble ;
D'ordinaire pourtant nous sommes
fous les forces, κα
Toûjours hors de chez nous , &jamais
deux enſemble .
Ascanius , couvert ſur la teſte ,
d'un feu que fon Pere & faMere
veulent chaffer ou éteindre ,
cache un ſens myſterieux, que je
vous donne àdéveloper.
Il me refſte pluſieurs morts à
vous apprendre. Celle de Madame
la Ducheſſe de Luxembourg
eſt arrivée à Ligny en Barois,
dans lesderniers jours du mois de
Novembre. Elle estoit âgée de
foixante & douze ans. Henry
Duc de Luxembourg & de Piney
, Pair de France , Prince de
Tingry,laiſſa deux Filles deMagAscanius
Enigme-.
TAVILLE
NOAT
GALANT. 295
T
delaine de Montmorency de
Thore fa Femme. L'une estoit
Lieffe de Luxembourg , mariée à
Henry de Levy, Duc de Vantadour,
puis Religieuſe àChamberry;&
l'autre,Marguerite Charlo
te, Duchefſe de Luxembourg &
de Piney. Cette derniere, qui eft
celle dont je vous apprends la
mort, avoit épousé en premieres
Nôces Jean d'Albert Sr de Brantes,&
s'eſtoit remariée avec Antoine
de Clermont Tonnerre. De
ce ſecond Mariage eſt fortie une
Fille , qui a épousé ..... de Montmorency
, Comte de Bouteville,
avec ſubſtitution du Nom &des
Armes de Luxembourg. C'eft
Monfieur le Maréchal Duc de
Luxembourg d'aujourd'huy.
Madame de Lyonne eſt morte
le 23. de ce Mois , à l'âge de
vingt-quatre ans, fort regretéede
tous
216 MERCURE
tous ceux qui l'ont connuë. Elle
s'appelloit Renée de Lyonne de
Claveffon , & eſtoit de la meſme
Maiſon , & Cousine de Mr. del
Lyonne fon Mary.Mr. de Lyonne
Marquis de Berny & de Claveſſon
, Seigneur d'Autun, Mercurol
, Leiffenis, Mareil,&c. Maiſtre
de laGarderobe du Roy,&,
Gouverneur de Romans , eſt Fils
de feu Mr.de Lyonne , Miniſtre
&Secretaire d'Etar
Ce Mois a eſté fatal à quantité
de jeunes Perſonnes. Mademoiſelle
de Perigny a eſté du
nombre. Elle avoit des agremens
qui la rendoient fort aimable ,&
l'eſprit tourné d'une maniere af.
ſez peu commune. Feu Mr.le Preſident
de Perigny ſon Pere eft
mort Precepteur de Monſeigneur
le Dauphin,& s'étoit aquis beaucoup
de reputation dans leParle-
G
2003
ment
GALANT.
217
:
ment & à la Cour. Madame de
Perigny ſa Mere, avec les avantages
d'un eſprit délicat & treséclairé
ſur toute forte de matieres,
a un coeur qui luy a fait faire
pour ſes Amis beaucoup de choſes
fort conſidérables .
Mademoiselle Bignon , Fille de
Monfieur Bignon,Conſeiller d'Etat
, qui s'eſt acquis tant d'eſtime
dans le Parlement , où il a exercé
longtemps la Charge d'Avocat
General , eſt morte auffi depuis
peu de jours.Elle n'avoit que
dix- sept ans ; & comme de jour
enjour elle augmentoit en merite,
on ne peutmarquer plus de regret,
qu'en ont fait voir de ſa mort
tous ceux qui la connoiffoient.
Celle de Mademoiselle Courtin
n'a pas causé moinsd'affliction
à tous ceux de fa Famille. Elle
eſtoit environ de ce meſme âge,
Decembre 1680. K
1
:
:
218. MERCURE
avoit la Taille fort belle , & un
air modeſte , qui luy attiroit l'eftime
de tout le monde. Monfieur
Courtin fon Pere eſt Maître des
Requeſtes , & a eſté autrefois
Procureur General au Parlement
de Roüen.
Si ces pertes ſont ſenſibles pour
ceux qu'elles touchent , la mort
de Mademoiſelle de Vienne de
Cõbe,arrivée àPigney enChampagnele
17. de l'autre Mois,doit
l'eſtre encor davantage pour toute
cette Maiſon. Elle avoit veu
mourir Meſdemoiselles de Vienne-
Breviande,& Saint Victor, es
Soeurs aînées , les deux années
précedentes ; & eftant devenuë
heritiere de leur fortune , ainſi
que de leurs vertus,elle fongeoit
àépouſer un de ſes Parens , pour
conſerver tout le bien dans ſa Fa
mille,mais Dieu en a diſposé d'une
GALANT. 219
ne autre maniere .Pierre deVienne
fon Pere, Seigneur de Briande
& de Combe , avoit eſté Lieute
nant de Monfieur le Maréchaf
d'Aumont , & eſtoit Petit Fils
d'Antoine de Vienne , Seigneur
de Gentoles & de Breviande,
Capitaine enla Legion deChampagne
, Fils de Jean de Vienne,
Gentilhomme de Meſſire Antoine
de Luxembourg, qui s'établit
à Pigney, apres le don que luy fit
ce Prince en 1508. de quatre
Fiefs , qui luy estoient venus par
la forfaiture d'un de ſes Vaſſaux
en cette Terre.Vous ſçavez ,Madame
,que Forfaiture & Felonnie,
fontdes mots effentiels,pour fignifier
les crimes de trahifon que
commettent les Vaffaux envers
leurs Seigneurs.Nicolas de Vienne
, Ayeul de Jean , avoit eſté
Gouverneur de Ligny en 1468.1
Kij
220 MERCURE
Pour Meſſire Louis de Luxem
bourg , Conneſtable de France;
& eſtoit Petit Fils de Hugues,
Seigneur en partie de Viennele-
Chaſteau , & de Vienne - la-
Ville , Terres en Champagne.
Guillaume de Vienne , Pere de
Hugues,aſſiſta parmilesSeigneurs
de cette Province , à la Ceremonie
de l'Hommage qui fut rendu par
le Roy d'Angleterre au Roy Philippes
de Valois à Amiens l'an
1329. Me le Marquis de Vienne,
du Comté de Tonnerre,eſt l'aîné
de cette Maiſon , qu'on croit iffuë
de celles de Meſſieurs de
Vienne de Bourgongne .
Nous avons auſſi perdu deux
Hommes illuftres , mais dans un
âge fort avancé. L'un eſt le Pere
Kirkher Jeſuite , Profeſſeur de
Mathematique, & fi eſtimé , par
le grand nombre d'excellens Ouvrages
GALANT. 221
1
vrages qu'il a donnez au Public.
Les Livres de ſes Voyages de la
Chine , qui font fi bien connoître
ce Païs- là , par les Taillesdouces
dont ils font remplis , ont
fort fatisfait tous les Curieux. Il
avoit quatre - vingts deux ans ;
& le Chevalier Bernin , qui l'a
fuivy , en avoit quatre - vingts
quatre. Je vous parleray amplement
de ce dernier dans ma Lettre
du mois prochain , & vous en
donneray une Medaille.
Le Remede Anglois , ou Harlequin
Prince de Quinquina , a paru
depuis trois ſemaines fur le
Theatre des Italiens. Comme
rien n'eſt plus à la mode que ce
Remede ,&qu'ils ont traité cette
Comedie ſelon leur regle,
c'eſt à dire , en y mélant un fort
grand nombre de Scenes plai
Kij
222 MERCURE
fantes , elle a attiré quantité de
monde , & auroit eſté encor plus
ſuivie ſans l'incommode rigueur
du froid , qui oblige la pluſpart
des Dames à renoncer aux plaifirs
publics.
Les François repreſenterent
Vendredy dernier l'Afpar de
monfieur de Fontenelle . La beauté
des Vers y foûtient par tout
celle des Pensées ; & fi on pouvoit
ſe plaindre qu'il y euſt trop
d'efprit dans un Ouvrage,c'eſt un
defaut qu'on imputeroit peuteſtre
à cette Piece .
Je ne ſuis point étonné de l'impatience
que vous me marquez ,
d'avoir des nouvelles de l'Efcarboucle
dont je vous parlay
la derniere fois. Tout le monde
a la meſme curioſité : mais
n'eſtant pas encor affez bien
inſtruit de la ſuite de cette affai
re,
GALANT.
223
re, pour vous en donner l'éclairciſſement
que vous ſouhaitez ,
je remets au mois. prochain à
vous dire ce que j'en auray apris.
Je vous ay deja mandé qu'on
faiſoit de grands appreſts pour
un Balet magnifique , qui a pour
Sujet , Le Triomphe de l'Amour.
Ce n'eſt ny un Opéra , ny un
Balet en Machines , mais feulement
une Maſcarade , qui devoit
eſtre dancée à Verſailles le jour
de la Feſtede S. Hubert. La maladie
de Monſeigneur le Dauphin
ayant obligé de la reculer,
on l'a remiſe juſqu'au douziéme
de Janvier. Je puis vous afſfurer
par avance , qu'on n'aura rien
veu de plus ſomptueux que les
Habits. Les Dialogues qui ſeparent
les Entrées en pluſieurs
endroits , & que M. de Lully'a
mis en muſique , font d'une
K iiij
224
MERCURE
beauté qui paſſe tout ce qu'on a
veu de cette nature ; & comme
il n'y aura point de changemens
de Theatre , la Décoration qui
regnera pendant ce Balet , fera
d'une invention toute finguliere.
Il eſt composé de vingt Entrées,
dont je vais icy ajouter l'ordre,
avec les Noms des Seigneurs &
Dames qui doivent avoir l'honneur
de dancer avec Monfeigneur
le Dauphin , & Madame
la Dauphine. Divers accidens,
ou de maladie , ou de mort dans
les Familles , ont eſté cauſe qu'il
y a eu pluſieurs changemens
dans ce Balet, depuis qu'il a eſté
réſolu ; & meſme je ne voudrois
pas répondre qu'il n'y en euſt
encor quelques - uns juſqu'au
jour où il doit eſtre dancé. Je ne
vous dis rien de la muſique , ne
vous envoyant les Noms de ceux
qui
GALAN T.
225
qui doivent paroître dans ces
vingt Entrées , que parce que
vous m'avez témoigné ſouhaiter
d'apprendre qui font les Perſonnes
de qualité que Monſeigneur
le Dauphin a voulu choiſir pour
ce Divertiffement .
PREMIERE ENTREE.
Trois Graces.
MADEMOISELLE .
Mademoiselle de Commercy .
Mademoiselle de Pienne l'aînée.
Quatre Driades.
Madame la Princeſſe Mariane.
Mademoiſelle de Tonnerre.
Mademoiſelle de Cliffon .
Mademoiſelle de Poitiers .
4
2.
Kv
226 MERCURE
SECONDE ENTREE.
Quatre Nayades.η τον
Mademoiselle de Rambures.
Mademoiselle de Chaſteautiers.
Mademoiselle de Biron.
Mademoiſelle de Pienne , cadete.
TROISIEME ENTREE .
Huit Plaisirs.
2107
MONSEIGNEUR.
ou leſieur Lestang l'ainé.
M. le Comte de Brionne.
M. le Comte de Fieſque...
M. le Comte de Tonnerrei
M. de Mimeurs.
M. de la Troche.
Les Sieurs Faure & Bouteville.
QUA
GALANT. 127
QUATRIEME ENTREE..
MARS feul.
M. de Beauchamp.
Huit Guerriers.
M. le Comte de Nangis..
M.le Marquis de Humieres.
M. de Sainte Frique.
M. de Valentiné.
M. de Rouffillon.
M.de Bouligneux, cadet.
M. de Francine.
M. de la Roque.
CINQUIEME ENTREE.
Huit Amours.
Monfieur le Comte de Vermandois.
20
M. le Marquis d'Alincourt.
M. le Comte de Guiche.
M. le Comte de Veruë.
M. de Longueval...
Trois autres Petits Amours.
SIXIE
228 MERCURE
SIXIEME ENTRE'E
Quatre Dieux Marins.
Monfieur le Prince de la Rochefur-
Yon .
M. le Comte de Brionne.
M. le,Marquis de Mouy.
M. de Mimeurs.
Quatre Nereides.
Madame la Princeſſe de Conty.
Mademoiselle de Laval.
Madame de S. Vallier.
Mademoiselle de Pienne l'ainée.
SEPTIEME ENTRE'E.
BOREE.Loom
Le Sieur Pecourt.
Quatre Vents.
Les Sieurs du Mirail, Germain ,
Leſtang l'ainé , & Leſtang
cadet...
HUL
GALANT. 229
HUITIE'ME ENTREE.
ORITHIE feule.
Le Sieur Favre 925
Quatre Filles Atheniennes.
T
Les Sieurs Bouteville , Magny,
Noblet, & Favier cadet.
NEUFVIE'ME ENTREE.
Sept Nymphes de Diane .
MADAME LA DAUPHINE.
Madame de Sully.
Madame de Guimené. 2 : 1
Mademoiſelle de Gontaut.
Mademoiſelle de Pienne, cadete.
Mademoiselle de Biron.
Mademoiselle de Cliffon. T
DIXIEME ENTREE.
ENDIMIONfeul.
Le Sieur Favierl'aînézi
ON
130
MERCURE
ONZIEME ENTREE.
Six Songes.
M. le Prince d'Harcourt.
M. le Marquis de Richelieu.
M. de Humieres .
M. de Mirepoix.
M. d'Autel.
M. de Francine.
DOUZIEME ENTREE .
Huit Cariens..
Les Sieurs Faure , Bouteville,
Magny , Leſtang cadet,Germáin
, du Mirail ,Joubert , &.
Favier cadet.
TREIZIEME ENTREE..
BACCHVS.
M. le Comte de Brionne.
Six Indiens.C
MONSEIGNEUR
ou Leſtang l'ainé.
M. le Comte de Fieſque.
KO M. de
GALANT.
231
M. de la Troche.
M. de Mimeurs.c
Les Sieurs Favier l'aîné , & Pecourt.
QUATORZ ENTREE.
ARIANE.
T
Madame la Princeſſe de Conty.
Six Filles Grecques de la Suite
d'Ariane.
Mademoiselle de Liſlebonne.
Madame de Sully.
Madame de Seignelay.
Mademoiſelle de Pienne l'aînée .
Madame de S. Vallier.
Mademoiselle de Laval.
QUINZIEME ENTREE.
APOLLON Seul.
Le Sieur Leſtang, cadet..
SEIZIEME ENTREE.
Quatre Bergers heroïques.
Les Sieurs Bouteville , Germain ,
Faure, & JoubertCAM
DIX
232 MERCURE
DIX - SEPTIE'ME ENTREE .
PAON feul.
Le Sieur Leſtang laîné .
DIX- HUITIE'ME ENTRE'E .
Quatre Silvains. O
Les Sieurs Pecourt ; du Mirail,
Favier l'aîné, & Favier cadet.
DIX- NEUFVE ENTRE'Ε.
Vn Zéphir.
MONSEIGNEUR ,
ou M. de Mimeurs.
Six Zéphirs.
Monfieur le Prince de la Rochefur-
Yon.
M. le Comte de Vermandois.
M. le Marquis de Richelieu.
M. de Moüy.
M. d'Alincourtのムコウコン
M.d'Amilton.
VINGTIE ME & DERNIERE
ENTREE.
FLORE.
MADAME LA DAUPHINE.
Six
GALANT. 233
Six Nymphes de Flore.
Madame de Sully .
Madame de Guimené.
Madame de la Ferté.
Madame de Seignelay..
Mademoiselle de Pienne, cadete.
Mademoiselle de Cliffon .
Monfieur de Fontenay, celebre
Profeffeur en Mathematiques,
& Philofophie Françoiſe , aprés
avoir diſcouru pendant plus de
douze années dans ſes Conferences
publiques , preſque ſur
toutes les Parties de ces Sciences,
avec une entiere ſatisfaction
de ceux qui l'ont entendu , avoit
entrepris dés le commencement
de cette année , d'expliquer au
Public la Nouvelle Encyclopedie
Jeroglyphique du P. Eſprit
Sabbathier Capucin , qui paroift
au jour depuis deux ans fous le
nom
234
MERCURE
nom de l'Ombre Ideale de Sagefse
Vniverfelle. Il s'en eſt acquité
avec tant de fuccés , qu'ayant
fait voir par expérience que cette
ingénieuſe & fçavante Piece
n'avoit ny l'embarras , ny l'obfcurité
, que la plupart s'y eftoient
figurez , il en va commencer
un Cours cette année
prochaine , pour le continuer
tous les Samedis dans ſon Logis
Rue Chriſtine , à fon beure ordinaire.
Ily expliquera tous les
Arts libres & mécaniques , &
fera voir à leur occafion tout ce
qu'il y a de plus curieux & de
plus beau dans chacun, Il enſeignera
auſſi une Méthode aifée
de compoſer fur le champ
unDiſcours ſoit pour la Chaire,
ou pour le Barreau , fur tel ſujet
qu'on voudra ſe propoſer , fans
confulter aucun autre Livre que
сене
GALANT. 235
cette feule Carte , & donnera la
maniere d'en tirer le deſſein , la
divifion , les preuves , & les raifons;
en unmotdequoy ſoûtenir
folidement,& remplir abondamment
tout fon ſujet.
Il vous faut entretenir des
Modes. La plus grande parure
des Hommes confifte en Brandebourgs
& Manteaux , qu'ils
portent fort riches. La plus grande
partie des Manteaux eſt brodée.
Ils font de Camelot de Bruxelles
, gris ,ou d'écarlate,& doublez
de Panne ou de Pluche de
diférentes couleurs. La couleur
de feu eſt celle qui eſt le plus à la
mode. Les Brandebourgs ſe brodent
auſſi , mais avec cette diféréce,
que la Broderie eſt ſeparée,
&faite en maniere de larges Boutonnieres
. Ceux qui ne veulent
point de Broderie , font mettre
des
236 MERCURE
des Boutonnieres de Point -d'Efpagne
d'or. On voit auſſi quelques
Brandebourgs unies de
Drap d'Hollande couleur de feu ,
doublées de Renard. Quant aux
Habits , on en porte beaucoup
d'unis, de Draps couleur de Caftor.
Il ſe fait de ces Draps d'une
beauté ſurprenante, & qui font à
deux envers. Ces fortes d'Habits
font ordinairement brodez, auffibien
que les Canons , ou de Point
de France toûjours évidez . On
faitauſſi des Habits de ces beaux
•Draps , avec des bas roulez. La
-doubleure en eſt de Panne à carreaux
de toute forte de couleurs.
Onmet avec ces Habits desVeftes
de riches Etofes de foye, brochées
de cordonnet. Le deſſein
de ces Etofes eſt toûjours à
grands panaches, mais les dernieres
font à bastons rompus.
Les
GALANT. 237
Les Ratines d't ſpagne de Drap
couleurdeMuſe, ſont toujours à
la mode pour les Habitsà Bas roulez
. Ces Habits font doublez de
méme Ratine.On porte beaucoup
deBaudriers brodez ſans Frange,
avec les Ferrures d'or ou d'acier
cizelé . Je paſſe à ce qui regarde
les Femmes . Les dernieres Etofes
qu'on a fait venir pour elles , &
dont on voit à peine les premiers
Habits , fontdes Velours de toutes
façons à petits carreaux , de
toutes fortes de gris, les uns unis,
les autres avec des filets or &
argent autour des carreaux. 11
y en a auſſi à carreaux fans or
ny argent , & d'unis, c'eſt à dire
fans carreaux. Elles portent
auffi de riches Etofes de ſoye
brochées de cordonnet , appellées
des Moſaïques , dont les
deſſeins font comme des baſtons
rom
238- MERCURE
rompus. Les Manchons brodez !
fur des Pannes de toute forte de
couleurs, qui ont tant regné, depuis
deux mois commencent à
eſtre moins à la mode , & on les
remplit tellement de noeuds de
Chenille ou de Ruban,qu'on n'en
ſçauroit diftinguer l'Etofe.. Les
Femmes , au lieu de Robes de
Chambre , portent chez elles de
grandes Robes que l'on appelle
Innocentes .Elles font tailléesjufte
ſur le Corps,marquent la taille
&le ſein , & ferment avec des:
Rubans, coufus de chaque coſté
depuis lehaut juſqu'aubas.
Vous attendez ſans doute,Madame,
que je vous parle de l'éclarante
Action que le Roy a faite
depuis quinze jours , en donnant
ſa voix contre Luy meſme , dans
un Affaire que ce grand Prince!
n'a pas voulu gagner contre fes
Sujets
GALAN T. 239
Sujets.Je croy que toute la Terre
l'aprendra avec admiration ; mais
comme il me reſte trop peu de
temps pour luy donner toute l'étenduë
qu'elle mérite je la refervepour
le commencement dema
Lettre prochaine, qui fera la premiere
de l'Année 1681. Je vous
la ſouhaite heureuſe , & fuis voftre
, &c.
J
A Paris ce 31. Decembre 1680.
APOSTILLE.
E viens d'apprendre que Mademoiselle
de Nantes doit dan
cer au Balet ; mais je ne ſçay pas
encor ce qu'elle repréſentera .
Ianvier 1681 .
Le douzième Tome de l'Extraordinaire
se distribuera le 25. de
LYON
THEQUE DELA
Avis
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Cli-
Emene tute plains de ma legereté,
doit regarder la page 57.
La Medaille où eſt un Coq ,
doit regarder la page b
La Medaille qui repréſente!
l'Electeur Palatin , doit regarder
la page 121 .
20
L'Air qui commence par Petits
Oyſeaux, doit regarder la page
196.00
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 214.
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1680.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere.
M. D C. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
s
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Avant-Propos.
pag. 1
S
Convent fondé par M. le Comte &
Madame la Comteſſe de Jarnac, 14
Les Ramiers & le Hibou . Fable , 16
Chaffes, 22
Maiſon de Grancey , avec les Actions
du Maréchal de ce nom. 26
Mort de M. le Marquis de Gordes, 31
Mort de Monfieur Lainſné. 32
Mort de M. deBon , Premier Preſident
de la Cour des Comptes , Aydes, &
Finances de Montpellier , 34
Vers pour unConcert , 37
Reception faite par Monfieur l'Evéque
du Bellay à Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées .
45
Harangué faite à Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées. 48
Actions charitables faites par M. l'Evéque
de Condom. 54
Mariage de Monfieur de Cotentin avec
aij
TABLE.
la Fille de Monfieur le Prefident
Briou ,
Excuſe d'Infidelité par Echo ,
56
58
Monfieur Planque eft choisi pourGouverneur
des ville & château de
Bayonne , & Lieux circonvoifins,
SI
Survivance de la Charge de Preſident
au Conſeil d'Artois , accordée àM.
Sçaronde la Longue , 54
Lettre en Vers & en Profe , 56
Mortde Monfieur le Marquis de Brouil
ly , 60
Mort deMademoiselle de Braine , 61
Mort de M. Dreux , 63
Mortde Monfieur l'Abbé d'Aubignac,
ibid .
Le Juge avare , Hiſtoire , 65
Lettre en Profe &en Vers , de Monfieur
de S. Evremont , 81
Mercuriales , & autres Harangues faites
au Parlement , १०
Ouverture de l'Ecole de Medecine faite
par M. Pilon ,
Audiance donnée à M. de Guilleragues
par le Grand-Vizir ,
LeChat & la Souris , Fable ,
95
ibid.
104
Preſent
TABLE.
Preſent fait au Roy par M. l'Electeur
deBrandebourg , ΙΙΙ
Amours de Mars & de Venus , repreſentées
par M. Mignard dans le nouveau
Sallon de S. Cloud, ibid.
Nouveaux Conſeillers d'Etat nommez
par le Roy, 112
Ambaſſadeur de Portugal conduit à
T
Lisbonne, par M. le Marquis de la
Porte de Vezins , 114
Honneurs Funebres rendus à feu Monfieur
l'Electeur Palatin ,
Mort de M. le Prince Radzévill.
II
121
Mort de M. de Langlade , 123
Mort de M. Salmon , ibid.
La Linote & le Moineau , Fable, 125
M. d'Oppede eft nommé par le Roy
ſon Ambaſſadeur en Portugal , 136
Soins du Roy , pour rendre l'Etude du
Droit plus florifſante , 137
Hiſtoire, 139
Theſes ſoûtenuës par Monfieur l'Abbé
Pelot , 159
Converfion 160
Sujets des Prix de l'Eloquence & de la
Poëfie , propoſez par l'Academie
Françoiſe ,
ibid..
aiij
TABLE .
garde ,
Doüay ,
Epiſtre en Vers de Monfieurde Lignieres,
à Madame la Ducheſſe de Belle-
164
Mortde M. des Bonnets Gouverneur de
182.
Gouvernement de Doüay donné à M.
deVauban , 184.
Gouvernement de la Citadelle de Lile
donné à M. du Metz , 187
Divers ſentimens fur les Cometes, 191
Madrigal , 197
Epitaphe , 198
Convalefcencede Monfeigneur leDauphin
, avec les Divertiflemens de la
Cour, 199
Hiftoire 202
Lieutenance de Roy du Gouvernement
de Champagne , donnée à Monfieur
deBeaupré, 2097
M. l'Abbé des Alleurs prefche devant
Leurs Majeftez , 210
Enigme ,
2111
Autre Enigme , 212
Mort de Madame la Duchefſe de Luxembourg,
214
Mort de Madame de Lyonne, 217
Mort de Mademoiselle de Perigny, 318
Mort
TABLE.
Mort de Mademoiselle Bignon , 219
Mort deMademoiselle Courtin , ibid.
Mort de Mademoiſelle de Vienne de
Combe
Mort du Pere Kircher ,
Mort du Cavalier Bernin ,,
Divertiſſemens publics ,
220
222
223.
ibid.
Nomsdes Perſonnes de qualité qui dancent
au Balet , 225
Explication de l'Ombre Ideale de la
Sageffe Univerſelle ,
Modes nouvelles ,
Belle Action du Roy ,
Fin de la Table.
235
237
240
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
८
P A
r Grace & Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, defaire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE CALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps&
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans leconſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678.Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Acheué d'imprimer pour la premiere fois la
3.1. Decemb.1680
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
J
Evouspreſente, cher Le
Eteur , pour la quatrième
Année le Mercure Galant
; je vous envoyeray
dans quinze jours fans manquer
l'Histoire de D. Quichot de la
Manche , de la Nouvelle Edition
d'un deses Meſſieurs & de mon impreſſion
, que vous m'avez plusieurs
fois demandée , ayant trouvée l'impreffion
de Paris trop chere , vous
ferez Satisfait du prix , puiſque je
vous la donneray pour cinq livres
relić. Vous recevrez aussi en même
temps le Troiſiéme & Quatriéme
Tome des Amours de Catulle.
Vous trouverez mon Catalogue depuis
Le Libraireau Lecteur.
puis trois Années , où il y a des Livres
tres - curieux & nouveauxfans
ordre , car ils ont esté mis au Mercure,
ainsi que jevous lesay donné
cy- devantpar Nouveautez , c'est de
quoy je vous avertis ; autrement je
vous les aurois envoyez parScience,
ou par lettre Alphabetique. Tous
ceux qui voudront qu'on leur envoye
le Mercure, font advertis de faire
payer fix Mois ou un Année par
avance , & quand leurs temps fera
fini , d'en faire toucher d'autre, autrement
on ne leur envoyera plus,
& de bien marquer par quellevoye
ils veulent qu'on les leurs envoye,
ce que l'on fera tres - feurement,
comm'auſſi de tous autres Livres
que l'on voudra , que je fourniray
en conscience àun prix tres - raiſonnable.
Ceux qui envoyeront des
Pieces pour le Mercure on Extraordinaire
ſont priez d'affranchir
leurs
Le Libraire au Lecteur.
leursports de Lettres, autrement il
est inutile de les envoyer. On continuera
à diftribuer le Journal des
Sçavans pour fix fols le Cahier,
aussi bien que les Nouvelles Découvertes
de Medecine, mais ceux qui
les voudront avanceront leurs argent
pour toute l'Année, autrement
ils n'en auront point , c'eſt dequoy
ilsfont avertis , & on n'en vendra
aucun Separé qu'on ne les prennent
toute l'année, j'entend de l'année
1681.Pour les autres cy - devant
on les ſeparera à ceux qui en manquent.
L'ay quantité de Livres Nouveaux
fur Preffe , que je vous envoyeray
inceſſamment, comme auſſi
plusieurs que j'attens de Paris , &
autres Païs dont je vous feray part.
Tous les Volumes des Mercures
fe vendront toûjours tant vieux
que nouveaux , sçavoir , ceux de
1677.
Le Libraire au Lecteur.
1677. ily en a dix Volumes à 12.
fols le Tomefait 6. livres ; de 1678.
ily en a douze Volumes à 20.fols,
fait 12. livres ; de 1679. il y en a
treize Volumes à 20. fots fait 13.
livres ; de 1680. il y en a 15. Fo
mes à 10.folsfait 15. livres,fait les
quatre Années 46. livres; & les,
Extraordinaires , iby en a 4. Vo
lumes de 1678. quatre de 1679. &
quatre de 1680. à 30. fols le Volu
mefait 18 livres, le tout fansmarchander
, & onſeparera telVolume
que l'onvoudra pour le mesme pris
il eft inutile de les demander a
meilleur marché , quoy qu'on les
prenne tous àla fois , on n'en ra
battra rien du tout.
2
L'Extraordinaire du Quartier
d'Octobre 1680. Se diftribuera te
25. Janvier 1681.
CATA
LIVRES NOUVEAUX,
qui se trouveront à Lyon chez
le Sieur AMAULRY depuis
l'Année 1678.
SI
Hiftoire de l'Egliſe de M. Go-
Pratique de Pieté , ou Entretiens pour
tous les jours de l'année,ſuivant les Maximes
de l'Evangile , 12. 3.vol. 2.live.
dix fols.
L'Art Poëtique du Pere Lamy , 12.
30. fols.
Nouveaux Plaidoyez de M.Patru, 4.:
Le Comted'Effex,Tragediede l'illu
ſtre M. de Corneille le jeune, 12.11.
Les Nobles de Province, Comedie de
Monfieur de Haute Roche. 10.fols .
Le Comted'Ulfeld, 12. 10. fols.I
Memoires duMarquis d'Almachu,vz.:
2.vob 20.fols, m
T
Traité des Armes , des Machines de :
Guerre, enrichies de figures,par le Sieur
Gayas 12,130fols bonita b
Les Livres de S. Auguſtin de la maé
4
Catalogue.
niered'enſeigner les principes de la Religion,
12. 2.livres.
Remarque ſurunEcrit dicté àDoüay,
12. 30. fols.
La Vie& la Mort Chreſtienne par le
Pere Cyprien de Gamache, 12. 2. livr.
La Princeſſe deCleves, 12. 4.vol. 5.1.
-Idem, la Critique, 12. 30.f.
Nouvelles Amoureuſes &Galantes,
12. 30. fols.
-Heures en Vers de l'incomparable Se
de Corneille l'aifné, 12. fig. 3. livr.
Le quatrième Volume des Effais de
Morale, 12. 2.livr. 5. fols.
La Diſcipline de l'Egliſe du P.Thomaſſin,
fol. 2. vol. zo . livr.
Oeuvres de Meſſieurs de Corneille
augmentées de trois nouveaux Volumes
qui ſe vendent ſeparez, 12. 10.vol. 15.
Architecture Navale, 4. 6. livr.
Hiftoire du grand Tamerlan, 12. 2.1.
De Lazarille deTornes , Traduction
nouvelle, 12. 2.vol. 2. livr.
JeuRoyal de la Langue Latine avec
les Cartes , 8.
Nouveau jeu de Carte du Blazon, 30.f.
Hift.du Schifmedes Grecs, 12.2. vol.
de
Catalogue.
-de l'Arianiſme, 12.3.vol .
des Iconoclaſtes, 12. 2.vol,
- des Croiſades, 12. 4.vol.
-du Schiſme d'Occident, 12.2.vol.
Hiſtoire de la Chancellerie parMonſieur
Teſſereau, fol . 15. livres.
Religion contre les Athées, 12. 30.f.
Capitularia Regum Francorum Auctoris
Steph . Baluz, fol. 2.vol. 30. 1.
Sentences ſur la Bible du Sieur Laval,
45. fols.
Sentences& Inſtructions Chreſtiennes,
tirées des Oeuvres de S. Aug. par
ledit Laval , 12. 4.vol. 9.livres.
Phedre & Hippolite, Tragedie, 12.
Origine des Guerres par P. Linace
de Vaucienne, 12. 2.vol. 4. livres.
Origine des François, 12. 2.vol 4.1,
Hift.du Schifmed'Angleterre,12.2.V.
Conſeil de la Sageffe, 12.
Converfion des Pecheurs , 12. 2.1.
Methode de la Penitence , 12. 2.1.
Vie deMadame le Gras, 12. 2.1.
Maldonat. de Sacramentis, fol . 9.1.
L'Art de Parler, 12. 30.fols.
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers,
12. 2. livres.
Recherches de la Verité , 12. 3.vol. :
6.Lipf. čij
Catalogue.
Idem, in quarto , S. Ι.
Oeuvres de M. Pradon , 12. 3.1.
IdemdeM. Poiffon, 12. 2.1-
-Idem de M.Racine, 12.2. vol.7.1 .
-Nouveau Recueil de Comedies, 12.
20. fols.
Hiſtoire d'Allemagne de M. Prade,
in quarto, 6. livres.
Element de Mathematiques. 4. 7.1.
Theodori de Pænit. 4. 2. vol. rod.
Medecin à la Cenſure , 12.30.fols.
Avantage de la Vieilleffe , 12. 2.1.
Avanture de M.d'Alloucyde France,
12. 2.vol. 3. livres .
-Idem d'Italie, indouze, 30. fols.
-
Priſon dudit, indouze , 20.fols .
Pensée dud. indouze , 20. fols.
Recueil de l'Academie , 12. 5. vol.
7.livres ro. fols.
2
Combat des Chreftiens S.Ifidore,1-2 .
deux livres , Stir
Correction fraternelle, indouze, 2.1.
Idée de la Morale Chreſtienne , 12.
2. vol. 3 livres, L
Prince de Perfe , Nouvelle Hiftori
que, indouze, tot folsl
La Rivale , Nouvelle Hiſtorique,
indouze va falsi
Octyres
Catalogue.
Ouvres de M.d'Andilly, fol. 3.v. 45.1.
NouveauxPleaumes du P.Mege, 8.4.1 .
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4. 1.
Union des Ecclefiaftiques avec
Religieux, 8. 20. fols .
1
les
Expoſition du S. Sacrement parM.
Thiers, indouze, 2. vol. 4. livr.
Methode de la Geographie par le
Sieur Robbé, indouze , 2.vol. 4, livr.
Hift. du Gouvernement de Cifteaux,
inquarto, 6.livres.
-Vie deJefus - Chrift par M. l'Abbé
S.Real, inquarto, 4.1. & indouze, 2.1 .
Defence de l'ancienne Tradition des
Eglifes de France, indouze, 2. livr.
Aftrée, indouze , 2. vol. Nouvelle
Traduction, 2. 1 .
Methodus Hiftoriarum Anatomico-
Medicarum, indouze , 30. fols.
Heroine Mouſquetaire,
indouze , 4.vol. 2. livr,
Jolande de Cecile , 12.
2. vol. 20. 1.8
De M. de
Voyage de Fontaine- > Preſchac.
bleau,dix fols.
Ambitieuſe Grenadine,
indouze, dix fols.
Comted'Eflez , 12. 2.V.J
LAS
20.fols 111
Catalogue.
Les Preceptes Galands de M. Ferier.
indouze, 30. fols.
Nouvelles & faciles inſtructions pour
réunir les Egliſes Pretenduës Reformées,
indouze , 30. fols.
Reflexion Chreftienne ſur les principes
de la Morale , indouze , 30. f.
Maximes de Madame la Marquiſe de
Sablé, indouze.
Confolateur Chrétien, ou Recüeil de
Lettres, indouze.
Fable d'Eſope en Rondeaux par Benferade,
indouze.
Advent du Pere d'Affier, 8. 4. 1.
Vie de S.Ambroiſe par M.Herman,4.
8. livres.
NouvellesdeMiguel de Cervantes,
indouze , 2. vol . 3. livres.
Hift . des Amazones, 12. 2.vol. 20.f.
Les Promenades de Livri, 12. 2.vol.
10. fols.
Meroüé fils de France, 12. 10. fols.
や
Alfrede Reyned'Angleterre , indouze,
10.fols.
De l'Origine des Romans de Monheur
Huet, indouze, 30. fols.
D. Juan d'Autriche , 12. 30. fols.
Memoires d'Hollande, 12. 30. fols..
Relation
Catalogue
:
Relation des Religieux de la Trape,
indouze, 30. fols.
Differtation ſur les Sibyles , indouze,
Craffet, 30. fols.
14
Relation du Siege de Grave avec le
Plan, indouze, 30. fols.
15
HeureuxEſclave, 12. 2.vol.avec l'Hi
ſtoire de Laura, indouze, 30. fols.
Conduitedu Sage, indouze , 30. f.
Remarque fur laTheologie Morale
deM. Geneft,approuvée parM.deGre
noble, indouze, 2. vol. 2. livres.
La veritable forme du Sacrement de
l'Euchariftie,de M. Arnaut, 8. 30. f.
La Vie Chreftienne , ou les Principe
de la Vie Chreftienne, tres-utile &necellaire
à toutes fortes de perſonnes, 24.
L'Academie des Sciences & des Arts
pour raiſonnerde toutes chofes , indouze,
3.vol. 4. livres 10. fols.
Oeuvres de Grenade, fol. 2.vol .
Defenſe du Renverſement de laMorale
d'un Particulier, indouze, 30. fols.
Horace Traduction Nouvelle, 12.2.V.
Critique ou Differtation ſur le Voyage
de Grece de Monfieur Spon, Medecin&
Antiquaire , indouze , avec une
Carte en taille douce 30. fols.
eij
Catalogue.
Le Pilote de Londe.Vive , ou les Secrets
du Flux& Reflux de la Mer, contenantXX
1. Mouvemens & du Point
fixe d'un Voyage Abregé des Indes, &c
de la Quadrature du Cercle , compoſez
fur les Principesde la Nature, nouvellementdécouvertes,
& mis en lumiere par
MathurinEyquem, Sieur du Martineau;
Outre que ce Livre montre par des Syſtemes
nouveaux, faciles, &dont onn'a
jamais parlé,ces Points qu'il eſt ſçavant,
curieux , &plaisant à lire. Les Doctes
en choſes naturelles croyent qu'il montre
laMedecineUniverſelle fousdes figures
& des principes familiers , ce qui
luydonne de la reputation , ce Livre eſt
indouze , imprimé à Paris , & ſevend
trente fols, relić fans marchander.
LIVRES NOUVEAUX
de l' Année 1679.
٠٢ :
La Noble Venitienne, &le Nouveau
Jeude la Baffette , où les Perfonnes de
qualité de la Cour ſont nommées , par
M. de Preſchac, indouze, 10. fols.
Nouvelles Galantes du temps, contemant
la Jaloufie Flamande , & le Mary
heureux
Catalogue.
heureux Amant,de Monfieur de Pref.
chac, indouze, 1ofols
L'Estat preſent de l'Archipel ,aveo
'Hiſtoire d'Irene, 1.2.3.vol. 4.livres.
LesExilez de Madamede Ville-Dieu,
tout rechangé & augmente de deux Volomas
indouze , fix Volumes impreffion
de Paris, ils ſe vendent fix livres.
-Idem impreſſion de Lyon , bien
imprimé , de la meſme lettre du Mercure,
les 6.vol.reliez en 3.&ſe vend45. L.
::Les 5.& 6.Tom.feparez ſe vend 201
Hiftoire du Serrail , auffi nouvelle
Edition , augmenté d'un tiers , indouze,
fix Volumes, ſe vendent fix livres.
<Anne de Bretagne Reyne de France,
Tragediede M. Ferier , qui a fait les
Preceptes Galants , 12. ſe vend 15.
Le Corps de Medecine inquarto , 4 .
vol.antile à toutes perſonnes qui ſe me
lentde cette Profeflion.
---Differtationes Philofophicæ in 12 .
Differtation d'un Voyage de Grece,
publié par M.Spond Medecin, par Mila
Guilletiere, qui a fait Athen , ancienne
&nouvelle, ilſe vend 30. folsan
Nouvelle Ameriquaine , Hiſtoireve
ritable, indouze, 2.vol. 20.fols.
é v
Catalogue.
Le Nouveau Jeu del'Ombré, 12.10.1.
La Princeffe de Montpenfier,indouze,
de l'Autheur de la Princeſſede Cleves,
avec des vers à la fin fur la Paix , par
M. de Corneille l'Aiſné, 12. fols.
Les Oeuvres Chrétiennes&Spirituel.
les deM. l'Abbé de S. Cyran, indouze,
4.vol. il ſe vend fix livres.
Le4.Tome ſe ſepare indouze, 30. f.
Le Journal des Saints du R.P. Groſez,
de laC.de I. reveu , corrige & augmen
té, nouvelle Edition , qui ſe vendra toû
jours 50. fols, indouze, 3. vol.
La nouvelle Vie des Saints , en 4.vol .
in-octavo , par ces Meſſieurs avec des
Reflexions Chreſtiennes fur la Vie de
chaque S. & tirez des meilleurs Autheurs,
douze livres.
Le vray Devot conſideré à l'égard
du Mariage , & des peines qui s'y rencontrent,
indouze, 20. f.
Du culte des Saints , & principalement
de la tres-Sainte Vierge , par ces
Meſſieurs, in octavo, 4. 1 .
Le vray Devot en toute forte d'état,
ſelon l'Ecriture ſainte , & les Peres de
l'Eglife, in-octavo, 4.1.
Le 3. Tome du Roman Comique de
Monfieur
Catalogue.
Monfieur Scaron , pu M. de Prefchac,
indouze, 30. fols.
Reflexions fur la Religion Chrétienne
, contenant l'explication des Propheties
de Jacob & de Daniel, fur la venuë
du Meffie, par ces Meffieurs, 4.1. 10.f.
indouze
Traité des Superftitions ſelon l'Ecriture
Sainte ; Les Decrets des Conciles,
& les ſentimens des Saints Peres& des
Theologiens, par M. Thiers, 12. 2.1.
Memoires pour ſervir à l'Hiſtoire des
Plantes , dreffez par M. Dodart de l'Academie
des Sciences , indouze, so . f.
L'Hiſtoire de France & l'Origine de
la Maiſon Royale par le P.Adrien Jour
dan de la Compagnie de Jeſus , inquarto,
3. vol. 18. livres.
L'Oraiſon Funebre de Monfieur le
Premier Preſident de Lamoignon , par
Monfieur l'Abbé Fléchier.
Hiſtoire de Theodoſe le Grand par le
mefine.
Voyagede la Terre Sainte , avec des
remarques pour l'intelligence de la fainte
Ecriture, indouze, 3.1.
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
, lieux Geometriqués , &c, par
l'Acade
Catalogue.
l'Academie Royale des Sciences , indouze,
50. f.
Traitez de Mechanique , de l'Equilibre
,des Solides & des Liqueurs , du
P. Lamy, indouze, 30. f.
4
t.
Le troifiéme & quatriéme Tomes de
la Morale de Monfieur de Grenoble,
2. vol, indouze, 4. 1.
La Contrecritique de la Princeffe de
Cleves, indouze, 20. f.
Le Courier d'Amour, indouze, ro.f.
L'Education des Filles , 12. 2.1.
Nouvelles Maximes ou Reflexions
Morales, indouze, 20. f.
Caſimir Roy de Pologne , Hiſtoire
veritable &nouvelle, 12. 2.vol. 30.f.
Le triomphe de l'Amitié par Monfieur
de Prefchac, indouze , 10.f.
L'Illuftre Parifienne par le meſime,
indouze, 2.vol. 20.f.
Derniere Campagne de Flandre &
d'Allemagne juſqu'à la Paix, 12. 30.f.
Voyage de Monfieur Pirard de Laval
auxIndes Orientales, Maldives, Moluques,
& au Brefil, & les divers accidens
qui luy font arrivez , inquarto , 6.1.
Hiftoire Sainte de Gantruche, in 1 2.
vol.6
Caffiodo
Catalogue.
Caffiodori Opera, fol. 2. vol. 15.1.
Dictionnaire Pharmaceutique ou
plutôt Apparat Medico - Pharmaco-
Chymique , ouvrage curieux pour tou-
-tes fortes de Perſonnes, utile auxMedecins
, Apoticaires & Chirurgiens , &
tres-neceffaire pour l'avancement &
l'inſtruction des jeunes Gens, qui s'ad-
-donnent à la Profeſſion de la Pharmacie
, &particulierement de ceux qui ne
poffedent pas pleinement la Langue Latine
, par le Sieur de Meuve Docteur
en Medecine , Conſeiller & Medecin
ordinaire du Roy , in-octavo , 2. vol.
3.1. ro.fols.med
Réponſe à la Critique publiée par M.
Guillet, fur le voyage de Grece de Ja
cob Spon , avec quatre Lettres fur le
mefme ſujet. Le Journal d'Angleterie
du Sieur Vernon ,& la Liste des Erreurs
commiſes par Monfieur Guillet dans fon
Athenes Ancienne & Nouvelle indouze,
30.fols.
Aſſociation fur la Paffion de N. Selgneur,
indouze, avec des figures.
Lameſme, in vingt- quatre fans fig
Regles de la Diſcipline Ecclefiaftique,
recueillies des Conciles des Synodes
Catalogac.
des de France , & des Saints Peres , indouze,
30. fols.
Inſtructions Chreſtiennes fur le Mariage&
fur l'education des Enfans, 12 .
Catalogue de divers Livres d'Hiſtoire&
autres matieres, en Eſpagnol, in 8 .
* La Vie de Saint Ignace , par le Pere
Behour Jefuite.
Hiſtoire de la Decadence de l'Empire,
du Pere Mainbour.
La Foy des derniers fiecles , du Pere
Rapin, indouze.
Methode pour converſer avec Dieu,
de l'Autheur du Conteil de la Sageffe.
La Hardie Meſſinoiſe, indouſe, 125.
Dom Sebastien Roy de Portugal, indouze,
15. fols.
Relation curieuſe de l'état prefentde
laRuſſie, indonze, 2. livres.
Arithmetique de le Gendre , inquar
to, nouvelle Edition augmentée .
Amours des grands hommes, deMademoiſelle
de Ville-Dieu , indouze , fix
Volumes reliez entrois , 45.fols.
L'hiſtoire d'un Eſclave qui a eſté
quatre années priſonnier , 10.f.
Le Mariage de la Reyne d'Eſpagne,
indouze, 20.f.th
L'Hiftoire
Catalogue.
L'Hiſtoire de la Ville & de l'Eſtat
de Geneve de Monfieur Spon , avec
pluſieurs figures en taille douce, indouze,
2.vol. 50.f.
Origine du Blazon du Pere Meneſtrier,
indouze, in 12. 2.vol. 4.livres .
Memoire de l'Empire Ottoman,
2. vol. 20. fols .
12.
Lettres Portugaiſes, avec les Réponſes,
indouze, 10.fol .
2. Selecti nummi duo Antoniniani,quorum
primus anni novi auspicia , alter Commodum
&Annium Verum Casares exhibet,
ParMonfieur Bellori , in-octavo , Rome
1676. 20. fols. Ca
Hiſtoire de la Reünion de Portugal,
indouze, 2. vol. 6.livres .
Crifpin Precepteur , Comedie , indouze,
1.5. fols .
Les Nouvelles de la Reyne d'Angleterre,
indouze, 2.vol. 1. livr. s.fols.
La Ville& Republique de Veniſe,
indouze. Ce n'eft pas l'Hiſtoire deVeniſedeNani,
c'eſt l'Hiftoire de la Vil
le& Republique de Venise , tres-bien
écrit, 2.livres 100fols
La Devotion vers Nôtre Seigneur
JESUS-CHRIST Pour ſervir de lecture
Catalogue.
à l'Homme d'Oraifon pendant tout le
cours de l'année par le Reverend Pere
Noüet, inquarto, 2.vol. 11. 1.
Recüsil de diverfes Retraites , la premiere
, fur la qualité d'Enfant de Dieu;
La ſeconde , far l'Habitude de la pre
fence de Dieu ; Latroifiéme, fur ledépoiillement
du vieil Homme, indouze,
-30. fols.
LIVRES NOUVEAUX
de l' Année 1680.
La veritable Devotion envers la
fainte Vierge , établie & défendue par
JePere Craffet Jefuite , inquarto,is .1 .
La Devinereſſe ou le faux Enchantement
, par l'Autheur du Mercure Galand,
indouze avec neuf figures, 35.1 ;
Hiſtoire des Roys de France deMonfieur
d'Eſpernon , reveu par Monfieur
dePrade, indouze, 2.1.1 ro. fols.
Panegyrique & Harangue pronon
céeau Roy par Monfieur l'Abbé Tal
dement de l'Academie Françoiſe , in
octavo, 2. livresin
Vie du Cardinal Commandon par
M.l'Abbé Fléchier, indouze, gel.
Le
Catalogue.
4
Le Chreſtien qui veut eſtre ſauvé ,
in-vingtquatre, 20. fols.
L'Illuſtre Parifiene de M. de Prefchac
,indouze, 2.vol. 20.fols .
Hiſtoire de la Conqueſte d'Eſpagne
par les Maures, indouze, 2. vol.
3
Meditations pour tous les jours de la
Semaine ſainte, indouze, 20.fols.
Hiſtoire generale de tous les Sieeles
de la Nouvelle Loy , laquelle enfeigne
ce qui est arrivé de plus notable dans
l'Eglife&dans le monde, tous les jours
de l'année, depuis la naiſſance de JESUSCHRIST
juſqu'à preſent , composée
par le R. P. David- L'Enfant Jacobin,
indouze, 3.vol. 4.1. ro. fols.
Des obligations des Eccleſiaſtiques,
tirées de l'Ecriture ſainte & des Saints
Peres de l'Eglife & de S. Chrifoftome,
indouze, 2. livres.
Le Journal Amoureux par Madame
deVille-Dieu, indouze, fix volumes relié
en trois, 45. fols.
Federic Prince de Sicile , indouze,
3. vol. 36. fols .
Lettre d'un Eccleſiaſtique à unMiniſtre
de la Religion pretenduë Reformée
pour ſervir de Réponſe à diverſesQueſtions
Catalogue.
ſtions qui luy onteſté faites par ce Miniftre,
dans lesquelles il traite& prouve
pluſieurs Points importans de la Religion
, par la doctrine de S. Cyprien,
avec une Differtation du meſme Eccleſiaſtique
, & d'un des principaux du
Confiftoire de Charanton & une lifte
tres-curieuſe des Eveſques de Rhodes
&de Vabres, indouze, 12.
Adelaide de Champagne , indouze,
4. volumes so. fols.
Cleon ou le Parfait Confident, 12.
Le Conte Genevois, indouze.
La Valife ouverte, in 12. Preſchac.
Le Voyage du Royaume de Congo,
indouze, 20. ſols.
Reflexions fur la Mifericorde de
Dieu de Madame la Valiere. Y
Conference Eccleſiaſtique du Dioceſe
de Luçon, indouze, quarante- cinq
fols.
Les Madrigaux de Monfieur la Sabliere,
indouze, 15. fols.
Les Peintures Sacrées de la Bible,
indouze, 3.vol. 4.1. 10. f. figures.
Le Gridelin, dedié à Madame la Dauphine,
de Preſchac, indouze , 12. f.
Memoires touchant la Religion par
Monfieur
Catalogue.
Monfieur duPleſſis Praſlin Eveſque de
Tournay, indouze , 15. fols.
Le Voyage de la Reyne d'Eſpagne,
indouze, 2. vol . Preſchac.
Converſations ſur divers ſujets par
Mademoiselle Scudery indouze, 2. vol.
50. f. de Lyon, &6. l.de Paris.
Projet de Conference ſur diverſes
matieres de Controverſe , 12. 30.
Hiſtoire du Lutheraniſme du Père
Mainbour.
Dogmatum Theolog. du R. P. Thomaſſin,
in folio .
Les Nouvelles de Dona Maria de
Zayas , traduit de l'Eſpagnol en François,
indouze, 5.vol. 7.1. 10. f.
La Vie & Actions de Monfieur l'Eveſque
de Munſter, 12 .
Le Nouvel Eſtat de la France , avec
la Maiſon de Monſeigneur & Madame
laDauphine, indouze, 2.vol. 4.1 .
Les Pensées pieuſes , troiſième Edition,
s . fols .
Le Quinte Curce de Vaugelas de M.
d'Ablancourt , Nouvelle Edition , 12 .
2.vol. groffe lettre, 4.1 .
Eclairciſſement Apologetique de la
Morale Chreſtienne, touchant le choix
६
Catalogue.
{
des Opinions avec des Reflexions fur
des Remarques du Sieur I. Remonde,
composé par l'ordre de Monfieur l'Evêque
de Grenoble, indouze, 3. 1.
Les Oeuvres de Madame la Comteffe
Lazuſe, 12. 4. vol. nouvelle Edition,
4. livres, 10.f. :
Le Nouveau Praticien François , in
quarto, 4.1. 10. f.
Les Deviſes du R. P. Menestrier, inquarto,
2.1. 10. f.
44
Les Dominicales de Texier , in-octavo,
2.vol. 6.1.1
-Idem les Panegiriques , octavo,
2.vol. 6.1.
Les Ceremonies Nuptiales de toutes
-les Nations, indouze , 20. f.
Reflexion fur l'Oraiſon , 12. 20.Г.
JESUS Penitent, indouze, 30. f.
Horlogiographiedu Pere Feüillant de
laMagdelaine , nouvelle Edition , in-
-octavo figures, 3.1.
Le Conte de Richemont , Hiſtoire
Galante, indouze, 12. f.
Les Memoires Galans, ou lesAmours
d'une perſonne de qualité, 12. 15.f.
Defcription de la France de du Val,
indouze, 20. f.
Vies
Catalogue.
ב
Vies de pluſieurs Saints illuftres de
M. Arnaudd'Andilly , indouze, 40. f.
Pratique de Pieté ou les Conduites
de la Vie Spirituelles , ſuivant les Maximes
de l'Evangile , divisées en divers
Entretiens pour ſervir de Meditations
pour tous les jours de l'Année par le R.
P. le Maiſtre, 1.2 . 2. vol. 30. fols.
+
S
e
-
2
Panegyrique du Roy par M. l'Evéque >
d'Amiens, inquarto , 4. livres.
La Découverte de l'Admirable Remede
Anglois pour la gueriſon des Fiévres
par M. de Blegny, indouze, 10.f.
Revolutions de l'Estat Populaire en
Monarchie , par le Different de Cefar
& de Pompée par M. de Martignac,
indouze, 20.
Antonij Dadini Altafferræ, Notæ &
Obfervationes in Anaftafium de vitis
Romanoum Pontificum , in 4. 5
Le Cheminde Perfection de fainte
Thereſe, traduit par M.l'Abbé Chanuts.
in-detavos 3.livres
Le Voyage d'Italie , nouveau & i
rieux avec deux Liſtes des Scavans &
Curieux detoute l'Italie par M. Spons
Docteur enMedecine de Lyon. 20.
Obſervations fur les Fiévres& Febri
fug es
Catalogue.
fuges par le meſme M.Spon, in 12.7.1
Les Livrés cy-deſſous ſe vendront ſeparez
des Mercures, ſçavoir ,
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
pour 20. fols.
Celuy de la Reyne d'Eſpagne pour
vingt ſols.
Celuy de Monfieur le Prince de
Conty pour 15. f.
Le Voyage du Roy en Flandre en
1680. pour 20. fols .
-La Devinereſſe ou les faux Enchantemens
pour 35.f. avec figures.
-Idem fans figures pour 25. f.
LIVRES NOUVEAVX
duMois deDecembre 1680.
Lettres Chreftiennes & Spirituelles
de M. Varet Grand Vicaire de feu M.
deCondren Archevêque de Sens , 12.
3.vol. 6.livres.
Traité de la Grandeur en general,
qui comprend l'Arithmetique ,l'Alge
bre, l'Analyſe,& les principes de toutes
lesSciences , qui ont la grandeur pour
objet , par le P. Lamy de l'Oratoire,
12. 40.
Dictio
3
Catalogue.
Dictionarium novum Latinum &
Gallicum , par M. l'Abbé d'Anet pour.
Monſeigneur le Dauphin , augmenté
d'un tier à cette nouvelle Edition , &
mis le tout par ordre Alphabetique, inquarto,
6.liures.
Traité de la Maladie Venerienne par
M.deBlegny, 12. 3.vo.l 4.1. 10.f.
Entretiens du Pere Noët, pour ſervir
de lecture Spirituelle à ſes Meditations;
inquarto, Tome 2. cinq.livres.e
Origine des Noms par Monfieur la
Rocque, 12. 30. fols.
Theatre des beaux Elprits , in 12 .
2. vol. 2. livres.
Hiſtoire de Veniſe de Nani , traduit
parMonfieur l'Abbé Tallement , To
me 3. &4. indouze, 2.vol. 6.livres, les
deux premiers volumes fe trouvent auffi
dans la meſmeBoutique..
Sentences & Instructions Chreftiennes
, parMonfieur Laval Tome 3.&4.
4. livres, 10.f.
Confeſſions de Grenade par M. Gi
rard, in-feize, 20. fols.
Semaine Saintede la bonne Tradu-
Etion de toutes grandeurs.
Expli
Catalogue.
f
Explication des Ceremonies de la
Mefle, infeize, 10. fols.
Inftructions Spirituelles pour laguerifon.&
la confolation des Malades par
Graffet 12.2. vol.
Solitude des dix Jours ,in-octavo , z
vol. 4. livres.
Le troiſiéme& quatriéme Tome desí
Amouts de Catulle par Monfieur l'Abbé
la Chapelle , impreffion de Paris,
pour trois livres.
Idem impreffionde Lyon , pour
25. fols.
Lepremier&fecond Tome ſe vendent
dans la meſme Boutique pour les
Hiſtoire de D. Quichot de la Man
che delanouvelle Traductionde ces
Meffieurs , indouze , 4. vol. de mon
impreſſion , s.livres , le tout fans mar
chanderDa
Almanach de Milan de 1681. in 1
15. fols.
Almanach de Liege de 1681. in 72 .
12. fols.
MERCU
5
1
TIL
1
MERCURE
GALANT.
DECEMBRE
a
LYON
1680.186
E ne doute point , Ma-
J dame, que fi voſtre zele
eſtoit bien connu , il
ne fuſt recompenfé
comme il mérite de l'eſtre.Quand
j'ay commencé à vous écrire ,
vous ne ſouhaitiez mes Lettres
que pour le plaiſir que vous donnoir
la diverſité des Nouvelles,
& des Ouvrages galans que j'y
fais entrer ; mais un ſeul Article
Decembre 1680. A
2 MERCURE
fait naiſtre aujourd'huy l'impatience
que vous avez de les recevoir.
La gloire du Roy vous
charme , & dans l'intereſt que
vous y prenez , ce n'eſt jamais
affez - toſt pour vous que je fais
connoiſtre à toute l'Europe les
nouveaux ſujets qu'il nous donne
tous les jours de benir ſon
Regne. Ce qu'il y a de particulier
pour ce grand Prince , c'eſt
que ſes éloges ne ſont point fondez
ſur des paroles choifies , telles
qu'il s'en trouve dans la plûpart
des Panegyriques. Ce font
Faits marquez qui parlent d'euxmefmes
;& ayant à le loüer, fur
ſa pieté , je ne me contente point
de vous dire que parmy ſes ſoins
les plus importans , il eſt ſans cefſe
occupé des intereſts de l'Eglife.
Des termes ſi generaux ne
prouveroient rien ; mais je vous
rends
GALANT.
3
-
=
S
1
1.
र
لا
Di
}
1
rends cette verité ſenſible , en
vous aprenant que depuis fort
peu de jours , le zele qu'il a pour
ce qui regarde la Religion , l'a
fait remedier à deux grands defordres
. Inſenſiblement on avoit
toleré juſqu'à aujourd'huy les
Mariages des Catholiques avec
ceux de la Religion Pretenduë
Reformée . Il en naiſſoit des Enfans
, qui prenoient divers Partis
ſelon la diférence du Sexe ; &
bien ſouvent ceux qui estoient
dans l'erreur , trouvoient moyen
d'y faire tomber les autres . C'eſt
un abus dont Sa Majesté empefche
les fuites , par fon Edit regiſtré
en Parlement le deuxième
de ce Mois. Cet Edit défend à
tous Catholiques de contracter
cesfortes deMariages, fous quelque
pretexte que ce foit , & déclare
les Enfans qui en provien
A ij
4
4 MERCURE
dront , illegitimes , & incapables
de fucceder aux biens meubles
& immeubles de leurs Peres &
Meres. Le meſme jour on regiſtra
une autre Déclaration , portant
que les Juges ordinaires iront
chez les Prétendus Reformez
qui feront dangereuſement malades
, pour ſçavoir d'eux s'ils ne
veulent point changer de Religion.
Cela les met dans l'entiere
liberté de ſe convertir , & fera
ceſſer les violences qu'on exerçoit
pour ne pas ſoufrir l'entrée
aux Eccleſiaſtiques , que quelques-
uns d'eux font appeller
dans les derniers momens de leur
vie. Il n'eſt aucun Catholique
pour qui ce ne doive eſtre un
ſujet de joye , de voir ce grand
Prince ſoûtenir fi dignement le
glorieux Titre de Roy Tres)
Chreſtien. Les ſoins qu'il prend
de
GALANT.
de contribuer de tout fon pouvoir
à l'avancement de la vraye
Religion , affoibliſſent tous les
-jours le Party contraire. Pluſieurs
Abjurations vous l'ont déja fait
connoiſtre. En voicy d'autres,
dont j'ay à vous faire part. Celle
de Guillaume - Joſeph David,
Chevalier , Comte de Villemontade
, eſt fort finguliere. Il eſt de
Bretagne,Fils de Mathurin David,
Seigneur de la Rochebernard
, Villemontade , &c. & de
Dame Mathurine Jumel du Bordage,
dans le Dioceſe de S.Malo.
Apres eftre forty des Etudes , &
avoir achevé ſes Exercices , les
reflexions qu'il avoit faites dés ſes
plus tendres années , ſur l'indifpenſable
obligation de chercher
la verité, ſans s'obſtiner danslerreur
par conſidération de Fa
mille,commencerent à luy faire
A iij
6 MERCURE
fentir de grands troubles. Il entendit
diferens Sermons dans nos
Egliſes , dont il fut aſſez touché,
pour s'accoûtumer à des Pratiques
de devotion contraires à la
Religion où il eſtoit né. Elles fervirent
à fortifier le deſſein qu'il
avoit eu de tout temps de s'éclaircir
de ſes doutes. Il conſulta
les plus ſçavans Miniſtres qu'il
put trouver, & n'eſtant point fatisfait
de leurs réponſes , il ſe retira
dans le Séminaire de S. La
zare , où dejour en jour on luy
deffilloit les yeux. Monfieur de
Villemontade ſon Pere , ayant
eu avis qu'il conferoit avec nos
Docteurs , prit un pretexte éloigné
pour le faire revenir. Si-toft
qu'il fut de retour , il l'enferma
dans un lieu , où il fut traité pendant
trois mois avec toutes les
€
rigueurs imaginables. Il en comprit
GALANT. 7
prit la raiſon, & n'eut pas de peine
à voir quel eſtoit ſon crime.
Il ſoufrit longtems cette perfecution
fans qu'on le laiſſaſt parler
à perſonne. Enfin ayant reconnu
que la feinte ſeule lay rendroit
la liberté, il déclara que les
Maximes des Catholiques qu'il
avoit voulu ſçavoir, n'avoient fait
que l'affermir dans la Religion
de fes Peres , qu'il prétendoit y
mourir , & que s'il eſtoit coupable,
ce ne pouvoit eſtre que d'avoir
eſté trop curieux. La fincerité
qu'il affecta ayant adoucy
fon Pere , non ſeulement il le tira
de prifon , mais il commença de
travailler à fon élevation du coſté
de la Fortune. Les honneurs
qu'il luy vouloir aſſurer furent
incapables de l'ébloüir. Il s'échapa
dés qu'il en trouva l'occafion
, & apres avoir confulté
A iiij
8 MERCURE
رغ
tout de nouveau en diferens
Lieux ce qu'il rencontra de fameux
Miniſtres, fans qu'il en reçeuſt
aucun éclairciſſement qui
le fatisfiſt , il ceſſa de balancer ,
& enfin le 17. de Septembre , il
abjura ſes erreurs à Avignon,
entre les mains du Pere de Pe-
• ruffis , Maiſtre de l'Inquifition,
qui luy avoit procuré quelques
conferences avec monfieur le
Vice-Légat. Cette action faite
avec un zele qui marquoit affez
l'attrait preſſant de la Grace , fut
ſuivie d'une autre qu'on n'attendoit
pas. Il refolut de quiter le
monde , & choiſit le Tiers Ordre
de S. François , par le motif
d'un quatriéme Voeu de Penitence
que l'on y fait , outre les
trois folemnels de Religion. C'eſt
par là que les Religieux de cet
Ordre font appellez Pénitens.
On
GALANT
9
On les nomme auſſi Picpus , en
beaucoup de Villes du Royaume,
à cauſe d'un tres-beau Convent
qu'ils ont à Paris , dans une
Ruë appellée Picpus. Ce vertueux
Poftulant fut renvoyé à
Lyon , où eft le Novitiat de la
Province , & y prit l'Habit le
cinquième d'Octobre dernier,
avec le nom de Frere François-
Marie. Sa ferveur ſurprend , &
comme il eſt agé de vingt- fix
ans, & qu'il n'a rien fait qu'apres
avoir bien déliberé , il eſt aifé de
connoiſtre que l'Eſprit de Dieu
agit veritablement en luy.
Pendant le ſejour que monfieur
le Duc de Navailles a fait
depuis peu à la Rochelle , deux
jeunes Perſonnes , Filles de monfieur
Pagez , d'une des meilleures
Famillesde la Ville, ont abjusé
les meſmes erreurs. Le foup-
V
10 MERGURE
çon qu'on avoit de leur deſſein
les ayant fait obſerver , la Cadete
ſe tira adroitement de la Maiſon
de fon Pere , & vint à celle de
Ville , demander la protection de
Madame la Ducheſſe de Navailles
, pour elle , & pour fon
Aînée qui estoit dans le deſſein
de la fuivre. Elle en fut reçeuë
avec toute forte d'affection , certe
Duchefſe ſe faiſant un plaifir
particulier de proteger ceux qui
luy demandent azile , & ayant
d'ailleurs l'ardeur la plus emprefſée
pour tout ce qui touche la
Religion. Son Aînée trouva peu
de temps apres les moyens de
s'échaper , & toutes deux apres
s'eſtre fait inſtruire par monfieur
Vignier de l'Oratoire, Curé
de S. Barthelemy , ont renoncé à
l'Héreſie de Calvin. Ce zelé Pafteur
les a fait mettre aux Filles
de
GALANT.
ا
1
e
コ
de la Providence , où il a ſoin .
qu'elles ne manquent d'aucune
des choſes qui leur peuvent eſtre
neceſſaires. La principale loüange
de cette bonne oeuvre , eft
deuë aux manieres infinuantes
& perfuafives , auſſi- bien qu'à la
pieté d'une de leurs Soeurs aînées
, qui changea de Religion
il y a cinq ou fix mois. Madame
de Muns, Intendante de Rochefort
, à qui elle avoit communiqué
ſon deſſein , l'ayant fait conduire
à Xaintes , au Conventdes
Filles de Sainte Claire , elle y embraſſa
les veritez Catholiques,
dont un ſcavant Recolet luy
donna l'inſtruction. Depuis ce
temps monfieur de Muns l'a recommandée
au Pere de la Chaiſe
, & en a obtenu pour elle une
Penſion du Roy. Sa fage conduite
a toûjours édifié ces ſain-
ここ
tes
12 MERCURE
res Religieuſes , & enfin elle eſt
revenuë à la Rochelle , où monfieur
le Duc , & Madame la Ducheffe
de Navailles, l'avoient reconciliée
avec ſes Parens; mais
depuis la Converſion de ſes deux
Cadetes, ils ne veulent plus qu'on
leur parle d'elle. C'eſt une Fille
d'un efſprit fort avancé , quoy
qu'elle n'ait pas encor dix- ſept
ans. Madame la Ducheffe de
Navailles l'a confiée en partant
àMadame de Fontmort , qui eft
une Dame d'une generoſité fort
peu commune ,& auffi connue
dans le monde par les charmes
de ſon entretien, que par l'agrément
qu'elle ſçait donner à toutes
fes Lettres. Elle est Coufine
germaine de Madame la Marquiſe
de Maintenon , & Petite-
Fille comme elle du fameux
monsieur d'Aubigny,qui eut tant
de
GALANT.
13
;
,
depart à la confiance & à la faveur
de Henry le Grand.
CesConverfions ont eſté ſuivies
decelle de monfieur Marie,
Avocat au Parlement , qui apres
avoir longtemps combatu, termina
toutes les difficultez qui l'arreſtoient
par la folemnelle Abju
ration qu'il fit le 17. de l'autre
Mois , dans l'egliſe du Novitiat
des Jeſuites , entre les mains du
Pere du Doy , Directeur de la
Congregation établie dans cette
Maiſon , avec qui il avoit eu de
frequentes conferences. Il eſt de
Grenoble ,& on a eſté convaincu
de la fincerité de ſon changement
, non feulement par les
intereſts du monde , auſquels il a
genereuſement renoncé , abandonnant
tous les avantages que
luy offroient ſes Parens, mais encor
par les Motifs qu'il a prononcez
14
MERCURE
cez en Robe au pied de l'Autel ,
&cela d'une maniere ſi édifiante
, qu'il s'eſt attire l'admiration
de quantité de Perſonnes de la
premiere qualité, qui ont eſté témoins
de cette action .
Si les ſoins de ceux qui contribuent
à tirer d'erreur les Heretiques
ſont ſi eſtimables , quelles
loüanges ne merite pas le zele
de monfieur le Comte & de
madame la Comteſſe de Jarnac,
qui ont fondé dans leur Ville un
Convent de Recolets , pour travailler
à convertir les Pretendus
Reformez , qui y font en fort
grand nombre La Fondation
eſt faite ſous le nom de S. Henry
Empereur , & Patron du Fondateur
qui s'appelle Guy-Henry.
L'Egliſe fut benite , & la Croix
plantée le 17. de Novembre. La
Ceremonie commença par une
Pro
GALANTE
1
コ
S
t
a
e
Proceſſion folemnelle qu'on fit
dans toute la Ville. La Nobleffe
des environs y aſſiſta , & l'on ne
vit de longtemps un fi grand
concours de Peuple. C'eſt un
établiſſement qui ne peut caufer
qu'un tres- grand bien dans un
Lieu où l'Hereſie eſt fort répanduë.
Monfieur le Comte de Jarnac
eſt Lieutenant General pour
le Roy des Provinces d'Angoumois
, & de Xaintonge , & vient
de l'illustre Maiſon de Chabot,
qui a donné un Admiral à la
France , & un Eveſque à Limoges.
Ses Ayeux ont eu pluſieurs
Charges & Commiſſions pour le
ſervice de l'Etat pendant les
temps difficiles , & il s'eſt luymeſme
diſtingué dans les dernie
res Campagnes de Hollande.
Madame la Comteſſe de Jarnac
ſa Femme , eſt d'un mérite auſſi
0 con
16 MERCURE
connu que fon nom. Elle eſtDame
d'honneur de Mademoiselle
d'Orleans , & s'appelle Marie-
Claire de Créquy. Ils s'appliquent
l'un & l'autre à détruire
'Hereſie par la voye de l'inſtruction
& des lumieres Evangeliques
, qu'ils font répandre dans
leur Ville de Jarnac , & à la Campagne
, parleminiſtere des Religieux
dont je vous viens de-par-
Jer. Rien ne prouve mieux leur
picté.
Je vous ay ſouvent entendu
dire qu'un peu de fortune faiſoir
prendre un fot orgueil aux Eſprits
malfaits. La Fable qui ſuit nous
en peut ſervir de preuve. Elle eff
de monsieur le Prieur Pelegrin,
d'Aix en Provence.
LES
GALANT. 17
1331888-83-818-83: 83: 8133388
:
LES RAMIERS
ET LE HIBOU.
FABLE.
Deux Ramiers fort paisible-
Dans la fente d'un Roc faisoient
communménage;
L'un estoitjeune encor,l'autre avan
1
cé dans l'âge,
Mais portez l'un&l'autre às'aimer
tendrement.
Appellez cela sympatie,
Instinct , rapport d'humeurs , tout
comme ilvous plaira ,
C'est une Question dont ma phito-
Sophie
Pourle preſentſepaſſera.
Jamais Orfeaux en compagnie
N'ont
18 MERCURE
Nont mené plus tranquile vie,
Tous deux avoient les mesmesfentimens
.
Dans leur gouft point de dife
rence.
Ils veſcurent ainsipendant pres de
deux ans ,
Sans qu'un autre Oyseau troublast
parsa présence
La douceur des plaiſirs charmans
Que donne aux vrais Amis l'étroite
intelligence.
Enfin un malotru Hibou,
D'une humeur groffiere,incivile,
Parle froid& la faim abandon
nant fon trou ,
Aumesme lieu vint chercher un
azile.
Nos Ramiers àl'aspect de ceMonftrehideux,
Enpenferent mourir tous deux,
Maisà la fin leur frayeur paſſe.
Ils confultent entre eux , & refolvent
d'abord De
GALANT. 19
De donner au Galant la chaſſe.
L'autre ayant entendu ce dange-
..... reux accord , ...
Faiſant une laide grimace ,
Morbleu , dit- il, Meſſieurs, vous
me faites grand tort
De chicaner icy ma place ,
Parce que je ſuis le moins forts
Mais ſi nous en venons pardevant
la Juſtice ,
On confondra voſtre malice,
Car enfin le Lieu m'apartient.
Ce Misérable le foûtient
-Parune preuve convaincante.
Suivez-moy, leurdit- il, venez, &
tout d'un temps
嘴
Il les conduit au plus bas de la
fente,
:
Et leur fait voirde vieille fiente
Que fon Ayeul avoit fait làdedans
Depuis prés de quatre- vingts
ans.
Le
20 MERCURE
Letemps preſcrivoit bien, mais ces
Oyſeaux tranquiles,
Qui dans la plaiderie estoient mal
exercez ,
Aiment mieux recourirà des moyens
faciles ,
Que d'un Procez ſe voir embaraffez
De place , dirent- ils , nous en
avons affez,
Vous aurez ſoin des utenciles,
Et nous vous fournirons dequoy
boire & manger.so
Il tope , &pourſigner lapaix ani
verselle,
Ils font claquer le bec , batent trois
そfois de l'aile ,
Puis commencent àse ranger.
Il falut cependant augmenter la
Cuifine.
Cela plaisant fort au Hibou ,
Qui trouvoit à manger au dela de
Sonfou,
IH
GALANT. 21
Ilse dorlote , ilse dodinc,
Sans travailler ny peu ny prou.
En moins de huit jours le Confrere
Se reſſent de la bonne chere.
Il n'avoit , quand il vint , que la
plume &la peau ;
Mais cuffiez-vous bien crû que cet
ingrat Oyſeau
Au milieu du repos pût devenir
Superbe?
Luy qu'on avoit tiré,pour dire ainsi,
de l'herbe ,
Dont n'aguere il faisoit ses plus.
friands repas ,
Commence à murmurer quand il eft
1 gros & gras,
Il trouvefa charge trop rude,
Et confultant fon naturel,
Tout enclin à la folitude,
Cherchez- vous un Maiſtred'Hoſtel,
)
Dit-ilànos Ramiers, car je ne fuis
r . point tel Que
2.2 MERCURE .
Que tous deux vous avez pû
croire.
-Cet employ fait tort à la gloire
Des nobles & puiſſans Hibous
Dont je deſcens en droite
ligne,
Et d'eſtre de leur fang je me
croirois indigne,
Si je reſtois plus longtemps
avec voUS.
Apres cette harangue impertinente
&folle ,
Sans autre compliment cet Etourdy
s'envole,
Et les Ramiers l'ayant bien écouté
,
Sans beaucoup de difficulté,
L'un &l'autreſe conſole ,
Apres avoir tiré cette moralité ;
- Rien de ſi deſagreable
Que de voir un Miferable
Avoir de la vanité.
J'au
GALAN Τ. 23
J'aurois à vous parler de toute
la France, fi je voulois vous entretenir
des diferentes Parties
de Chaſſe qui ont efté faites
pour celebrer la Feſte de S.Hubert.
Cependant ce qui a ſuivy
celle dont j'ay eu avis de Languedoc
, est trop fingulier pour
ne vous en pas apprendre les
circonſtances. Monfieur leComte
de Fontenilles , qui a toûjours
eu un grand Equipage , propoſa
à ſes Amis de faire une S. Hubert
; & pour ſe mettre à couvert
de l'embarras que la quantité
de monde rend inévitable , il
fut arreſté qu'ils ſe trouveroient
dans une petite Ville appellée
Saint Lis , à trois lieuës de Touloufe
, & à un quart de lieuë de
Fontenilles qui eſt une de fes
Terres, Outre qu'on y fait tresbonne
chere, c'eſt un Licu d'une
ad
24 MERCURE
, tous
admirable ſituation pour la Chaffe.
Vingt Gentilshommes
qualifiez , ne manquerent pas de
s'y rendre le jour de la Feſte,
avec quelques . Dames & trois
de leurs Filles qu'ils en avoient
conviées , & qui y vinrent auſſi
proprement vvoétues en Chaffereſſes,
qu'elles y parurent galamment
montées. La journée ſe
paſſa avec beaucoup de plaiſir.
Ils avoient une Meute de cinquante
Chiens des meilleurs de
la Province , & rien ne manqua
de cequ'on peut ſouhaiter pour
ſedivertir agreablement dansune
Partie de cette nature. Le ſoir
on ſe retira à Saint Lis , où un
grand Repas avoit eſté préparé.
Tout ce qui compofoit cetteAfſemblée
ſe trouva ſi bien choiſy,
qu'il n'y eut perſonne qui nedemandaſt
la continuation de la
Feſte.
GALANT.
25
د
Feſte. Monfieur le Comte de
Fontenilles dit auffi- toſt , qu'il
falloit créer un Ordre de Chevalerie
de S.Hubert; à quoy tout
le monde ayant conſenty , on
nomma des Officiers ,& on fit ce
Comte General de l'Ordre.Monfieur
de Sevin,Conſeiller au Parlement
de Toulouſe , en fut déclaré
l'Abbé ; Monfieur le Vicomte
d'Erſe , le Prieur; Monſieur
de Comanien le Sous-
Prieur ; & Monfieur d'Ouvrier,
Maiſtre des Novices. Les Statuts
furent , qu'on s'aſſembleroit au
meſime Lieu quatre fois l'années
que tous lesChevaliers & Chevalieres
porteroient pour marque
de Chevalerie , un petitCor
d'argent pendu au Juſte-à- corps
avec un Ruban couleur de feu,
les jours de leurs Aſſemblées ;
queles Chevaliers qui voudroient
Decembre 1680. B
26 MERCURE
entrer dans l'Ordre , ſeroient exa
minez par un Officier , qui jugeroit
de leur équipage , & de leur
adreſſe à la Chaffe ; que la premiere
fois qu'on s'aſſembleroit,
ils feroient venir des Violons , &
apporter quelques Bouteilles de
Vin Mufcat pour eſtre reçéuss
& que les Daines qui demande +
roient comme eux à eftre re
çeuës , en ſeroient quites pour
des Confitures. J'efpere , Madame
, que dans trois mois , qui eſt
le temps deſtiné pour leur premiere
Aſſemblée, je vous donneray
des nouvelles de l'accroiflement
de l'Ordre , & des galantes
ceremonies qu'on y aura obſervées.
}
Je me contentay la derniere
fois de vous apprendre la mort
de monfieur le Maréchal de
Grancey , arrivée le 10. de Novem
GALANT. 27
a
5
T
S
vembre. Il faut vous dire aujour
d'huy ce que je ſçay de particulier
touchant la Perſonne , & fa
Maiſon. Elle vient de Jean Rou
xel , Sieur du Pleſſis- Morvent,
natif d'Angleterre , à qui Charles
VII. donna pluſieurs Terres
&Heritages fituez aux Bailliages
d'Alençon , & de Caën , en
conſidération de ſes bons ſervices
, par Lettres expediées à
Bernay le 14. Juin 1436. Ce Maréchal
s'appelloit Jacques Rouxel
de Médavy , & estoit Fils
aîné de Pierre Rouxel , Baron de
Médavy, Lieutenant General en
Normandie , & de Charlote de
Hautemer , Comteſſe de Grancey.
Il a ſervy le feu Roy dans
toutes ſes Guerres , tant en Languedoc
, qu'en Piemont,Flandre,
&Lorraine , & fut fait Maréchal
de Camp en 1636. & un peu
Bij
28 MERCURE
aprés Gouverneur de Montbelliard
En 1644.le Roy luy donna
le Gouvernement de Graveline
, le fit Lieutenant Genéral de
ſes Armées , & l'honora du Baſton
de Maréchal de France au
Mois de Janvier 1651. Depuis il
futétablyGouverneur deThionville,
& cree Chevalier du S. Ef
prit le premier Janvier 1662. Ha
eu pour Freres, François Rouxel,
nommé Eveſque de Séez en
1651. &Archeveſque de Roüen
en Janvier 1671. & Guillaume
Rouxel , Comte de Marey , Maréchal
de Camp , & Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes du
Duc de Valois , mort de la blef
fure qu'il reçut au Combat de
Briare en 1652. & pour Scoeurs
Renée Rouxel, Femme de François
de Bigars , Marquis de la
Londe ; Charlote Rouxel , Femme
GALANT.
(
29
me de Jacques de Castelnau ,
Sieur de Mauviſſiere, & Mere de
Jacques Marquis de Caſtelnau,
Maréchal de France & plufieurs
autres , qui s'eſtant faites
Religieuſes , ont poffedé les Abbayes
d'Almeneches, de Gomerfontaine
,de Vignats , & de S.Nicolas
de Verneüil. Il s'eſt marié
deux fois ; & de Catherine de
Monchy , Soeur de Charles de
Monchy , Marquis d'Hoquincourr,
Marechal de France , ſa
premiere Femme qu'il épouſa
en 1624. il a eu Pierre Rouxel,
Comte de Grancey ; Georges,
Chevalier de Malte, mort ſur les
Galeres de l'Ordre , François-
Benedict , Colonel d'Infanteries
François, Chevalier de Grancey;
Louiſe , Abbeſſe d'Almeneches ;
Marie - Françoiſe , Abbeffe de
Vignats , & Bernarde Rouxel,
Bij
30 MERCURE
Religieuſe. Il a épousé en fecon
des Noces Charlote deMornay,
Fille de Pierre de Mornay , Sei
gneur de Villarceaux , &d'Anne
Olivier-Leuville. De ce dernier
Mariage , font fortis Hardoüin,
Abbé de Grancey ; Jacques,
mort en 1667. âgé de huit ans;
Marie- Louiſe Rouxel , mariée
J'onziéme Novembre 1665. à
Joſeph Rouxel , Comte de Marey
ſon Coufin , tué au Siege de
Candie en 1668. pour le ſervice
des Venitiens i quatre autresFilles,
Religieufes à Gomerfontaine,
à Verneuil , & à Vignats ; &
Marie Loüife , aujourd'huy Dame
d'Atour de la Reyne d'Eſpagne.
Pierre Rouxel , Comte de
Grançey , aîné de cette Maiſon
par la mort de monfieur le Maréchal
fon Peré, a eu d'Henriette
de la Palu , Fille de Jean de la
Palu, い
GALANT.
31
a
ر
כ
e
Palu, Sieur de Bouligneux , & de
Gabrielle de Damas-Thianges ,
Jacques - Leonor , Comte de Médavy
; Gabriel , & deux Filles;
&trois autres Fils, de Marie, Fille
de monfieur du Pleſſis- Befançon
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneur
d'Auxone, qu'il épouſa en fecondes
Noces.
Monfieur le Marquis deGordes
, Comte de Carces , mort le
vingt- troifiéme du meſme mois
de Novembre , s'appelloit François
de Simiane de Pontevez. II
eftoitChevalier des Ordres de
Sa Majesté , Grand Senéchal &
Lieutenant de Roy de Provence,
&Chef de l'illuſtre Maiſon de
Simiane , l'une des plus anciennes
de cette Province. Il avoit
eſté Chevalier d'Honneur de la
Reyne. Il a eſté emporté de la
T
B iiij
32
MERCURE
petite verole, à l'âge de 58. ans , &
laiſſe un ſeul Fils d'Anne d'Ef
coubleau de Sourdis ſa Femme.
Guillaume Rambaut de Simiane,
Marquis de Gordes ſon Pere,
eſtoit auſſi Chevalier des Ordres
du Roy , & a poſſedé la Charge
de Premier Capitaine des Gardes
du Corpsde Loüis XIII . &
eu le Gouvernement du Pont
S. Eſprit.
,
Loüis Lainſné, Chevalier, Sei
gneur de la Margrie , Conſeiller
ordinaire du Roy en ſon Conſeil
d'Etat & Privé , & Direction
de ſes Finances eſt mort icy
dans le meſme temps. Il avoit
eſté Conſeiller au Grand Confeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juſtice & d'Armées
aux Provinces de Guyenne,Languedoc
, Normandie , & Bourgogne
, & Premier Préſident au
Par
GALANT.
-
=
1
ב
33
Parlement de Dijon. C'eſt un
Poſte où ſes ſervices l'avoient
élevé en 1654. & qu'il quita avec
l'agrément du Roy , pour prendre
une place de Conſeiller
d'Etat ordinaire. Il eſtoit Fils de
Meffire Helie Lainfné , Seigneur
de la Dourville, & de la Margrie,
Conſeiller au Parlement de Paris
, Maistre des Requeſtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , Intendant
aux Provinces de Poitou &
de Touraine , Premier Préſident
au Parlement de Provence , &
enfuite Conſeiller d'Etat ordinaire,
& de Dame Anne Camus de
Pontcarré, Fille de GeoffroyCamus
de Pontcarré , Conſeiller au
Parlement de Paris , Maistre des
S Requeſtes , Intendant de Juſtice
en Provence , Languedoc &
Guyenne , & Premier Préſident
au Parlement de Provence.
Bv
34
MERCURE
La Courdes Comptes , Aydes
& Finances de Montpellier , a
fait une grande perte en la Perfonne
de Meffire François de
Bon , qui en estoitPremier Pref
dent. Hy eſt mort fur la find'O
ctobre âgé de 84. ans , apres en
avoir paſſe ſoixante dans les fon-
¿tions de Magiftrat , & prefide
àcette celebre Compagnie depuis
l'année 1643. Il joignoit les
plus ſeveres maximes de l'Etat à
celles de la Pieté , que tout le
Clergé de France a reconnue
en luy ſi ſolide , que cette augufte
Affemblée de Prelats a cri
le devoir remercier , de la forte
protection qu'il a donnéeen toutes
rencontres à la Religion Catholique.
Il n'a pas eſté moins
inébranlable dans les temps facheux
pour les interefts du Roy,
qu'il ſe l'eſt toûjours montré
pour
GALANT.
35
ב
5
a
S
en
pour ceux de l'Eglife. Son extraordinaire
application à remplir
tous les devoirsde ſa Charge,
qui a duré preſque juſqu'aux
derniers jours de ſa vie , a eſté
accompagnée d'une integrité
digne des premiers fiecles. Il a
receules honneurs funebresdeûs
à fon rang , & à ſon mérite ,
l'Eglife de Noftre - Dame de
Montpellier , où l'Eveſque de
cette Ville chanta la grand'
Meſſe. Les larmes des Pauvres,
la douleur des Peuples , & les
regrets de tous les Corps de la
Ville, firent une triſte partie de
ſes Funérailles. L'Oraiſon Funebre
fut prononcée par le Pere
Benoiſt,Prieurdes Dominiquains,
qui s'attira l'approbation de tous
ceux qui l'entendirent, en faiſant
voir la pieté d'un Eveſque dans
le coeur de de zelé Magiftrat , le
def
36
MERCURE
def- intereſſement d'un Roy,dans
le coeur de ce grand Juge ; & la
neceſſaire ſeverité d'un Juge,
dans le coeur de ce Politique
Chreftien.Sa Place a eſté remplie
par Meſſire Philibert de Bon fon
Fils aîné, à qui le Roy en avoit accordé
la Survivance dés l'année
1659. Sa Majefié n'ayant pas
lieu de douter que le digne Heritier
de ſes vertus , ne meritaſt
de luy fucceder dans cette importanteCharge.
Je vous envoye une maniere
de petite Paftorale , qu'un des
plus habiles Maîtres que nous
ayons a miſe en Muſique.Vous en
conviendrez , quand je vous auray
nommé Monfieur d'Ambruys.
Les Vers fontde Monfieur
Durand & ont eſté faits
pour un Concert d'Hyver ,
en faveur d'une reconciliatiori
,
apres
GALANT
37
apres une petite jaloufie. Il m'eſt
impoſſible de vous les donner notez
dans cette Lettre , à cauſe du
trop grand nombre de Vers , &
des frequentes Repetitions. I
VERS
POUR UN CONCERT.
SILENE.
Q
V'on n'entende par tout que
Chants melodieux ,
De voix & d'Instrumens que ces
Lieux retentiſſent ;
Que lesjeux , que les Ris , que les
Amours s'uniffent ,
Que nos Concerts charmans s'élevent
jusqu'aux Cieux ;
Faiſons dans nos Hameaux retraite
,
Goûtons unedouceurparfaite.
Perçons
38
MERCURE
Perçons nos Tonneaux ,
-Buvons nos Vins nouveaux ,
Attendantle retour d'une Saison
plus belle
Et que d'icy le Printemps nous
rappelle.
LE COEUR .
Qu'on n'entende par tout que
Chants mélodieux ,
De Voix & d'Instrumens que ces
Lieux retentiffent ,
Que les feux , que les Ris , que les
Amours s'uniffent,
Que nos Concerts charmans s'élevent
jusqu'aux Cieux
- SILVIE à TIRSIS .
--Déja l'Hyver attriste la Nature,
Ses néges,ſes frimats nous font quiter
nos Champs ,
Et
GALANTI
39
Et les Ruiffeaux glacez ont perdu
leur murmure,
Et tes Oyfeaux tears chants.
Pour le retour d'une Saiſon plus
belle
Je n'ay point de defirs.
Si mon Berger avoit l'amefidelle,
il est dans nos Hameaux d'auffa
touchans plaifirs. J
TIRSIS & SILVIE
Si tu voulois, adorable Silvic,
Avoir un coeur pourmoy plus tendre
&moins léger ,
Ie t'aimerois toute mavie,
lamais autre que toy ne pourroit
m'engager.
SILVIE à TIRSIS.
Ie mefais un plaifir extréme
D'eſtre le doux Objet deſes tendres
Soucis ; De
40
MERCURE
De vivre & de mourir avec mon
cher Tirfis ,
Mais il est l'inconstance mesme.
TIRSIS à SILVIE .
Quand Damon occupe ton coeur,
Pourquoy me faire un ſi ſenſible
outrage ? d
SILVIE à TIRSIS.
Tu peux m' abandonner, volage,
Lors que je n'ay pour toy que tendreſſe&
qu'ardeur ?
Enſemble.
A
Pourquoy me faire un ſiſenſible
outrage,
Lors que je n'ay pour toy que tendreſſe&
qu' ardear ?
DA
GALANT..
41
N
ве,
k
ble
A
DAMON & CLIMENE
enſemble, à Tirfis & Silvie.
Ne craignez rienpourvos amours.
Damon avec Climene
Eft joint depuis longtemps d'une
eternellechaîne;
Rien ne doit troubler vos beaux
jours ,
Ne craignez rien pour vos amours.
Le Choeur répete les deux derniers Vers .
Tous quatre enſemble.
[ Nous brûlons tous d'une pareille
envic,
Paſſons enſemble une agreable vie,
Rien ne doit troubler nos beaux
jours,
Ne craignons rien pour nos a-
• amours.
Le Choeur répete encor les deux
derniers Vers.
DA
42 MERCURE
DAMON & TIRSIS
à Silvie & Climene.
Te jure par tes yeux.
*SILVIE & CLIMENE,
à Tircis & Damon.
Iejure partoy- mesme.
Tous quatre enſemble.
De ne changerjamais.
DAMON & TIRSIS
enſemble.
Mon bonheur est extréme.
SILVIE & CLIMENE.
Mes voeuxsont fatisfaits.
Tous quatre enſemble.
Quédenos coeurs unis la douce intelligence
Eloigne
GALANT.
43
تو
1 Eloigne pourjamais nossentimens
jaloux ,
Et qu'une entiere confidence
Regne maintenant entre nous.
Le Choeur répete ces quatre Vers.
SILENE.
Bergers , fi vous m'en voulez
croire,
Nous neparlerons que de boire ;
Puis,que vous eſtes reünis ,
De Bouteilles munis ,
Nefongeons qu'à la bonne chere,
Laiſſez- là l'amoureux myſtere ;
Puis que vous estes réunis ,
De Bouteilles manis ,
Bergers , si vous m'en voulez
croire
Nous ne parlerons que de boire.
LE CHOEUR.
Bergers , si vous m'en voulez
croire,
17. Vous
44
MERCURE
い
Vous ne parlerez que de boire.
TIRSIS , SILVIE , DAMON,
CLIMENE , enſemble,
2.
Unfort si charmant & fi doux,
Doit rendre le Printemps jaloux.
JASILEÑE
Bergers, si vous m'en voulez
croire ,
Nous ne parlerons que de boire.
i
こいつ
LE CHOEUR
Qu'on n'entende par tout que
Chants mélodieux,
De Voix & d'Inftrumens que ces
Lieux retentiffent
Que les leux, que les Ris , que les
Amours s'uniffent,I
Que nos Concerts charmans s'élevent
jusqu'aux Cieux.
Vous
GALANT.
45
N
Vous avez ſçeu le départ de
monſieur le Cardinal d'Eftrées
pour fon voyage de Rome. Monfeur
l'Eveſque du Belley ayant
eu avis le 15. ou le 16. du dernier
Mois , qu'il approchoit de
fon Dioceſe,voulut profiter d'une
coccaſion ſi favorable , pour donner
à cette Eminence des témoi
gnages publics de l'eſtime & de
la venération qu'il a toûjours cuë
pour Elle. Comme ce Prelat ne
fait rien qui ne réponde à la
grandeur de ſon Genie , de fon
Caractere , & de ſes Emplois , il
crut que ce n'eſtoit point affez
pour marquer fon empreſſementàce
Cardinal , de l'attend
dre au Pont de Beauvoiſin , qui
comme vous ſçavez, eſt en Dauphine.
Il l'envoya complimenter
à la Tour du Pin , par Monfieur
l'Abbé de Bellefons , de
l'Or
46 MERCURE
l'Ordre de Cluny , dont monſieurdu
Belley eft Grand Prieur.
Je n'ay pû recouvrer ce Compliment
, dont je ſçay que la le
cture vous auroit donné un fort
grand plaiſir ; mais vous n'aurez
pas de peine à croire qu'il fut admiré
, quand vous apprendrez,
qa'outre la qualité de Docteur
qu'a monfieur de Bellefons , ſes
talens extraordinaires pour la
Chaire , luy ont acquis l'approbation
de tous ceux qui le connoiſſent.
Monfieur du Belley refeat
monfieur le Cardinal d'Eſtrées
à l'entrée de ſon Dioceſe,
où il luy eſtoit venu à la rencon
tre, pour l'accompagner avec
toute la Nobleffe du Païs , jufqu'au
Pont de Beauvoiſin. Son
Eminence y eſtant arrivée aux
Ilambeaux , monfieur l'Eveſque
la régala le foir & le lendemain,
avec
GALANT. ! 47
L
e
D
e
1
0
n
avec une profuſion ſi pleine d'ordre
& de propreté, qu'il euſt eſté
difficile de rien ajoûter à cette
magnificence . Ce n'eſtoient que
Mets exquis , avecun mélange
tres- agreable de Jaſmin,de FleursS
d d'Orange,& de Tubereuſe, dans
tous les Services. Si-toſt que
monfieur le Cardinal fut arri é,
monsieur le Seigle le vint haranguer
au nom de la Ville. C'eſt un
Homme fort eſtimé dans cette
Province, qui n'excelle pas moins
dans la Medecine , dont il fait
profeffion,que dans pluſieurs autres
Sciences qu'il poſſede émi
nemment. Il eſt Frere de mor
ficur le Seigle,Chevalier de Ma
te, & Chanoine du Temple , qui
occupe icy nos meilleures Chaires.
Voicy en quels termes ſa
Harangue estoit conceuë.
E
e
4 MON
48 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Nous avons eu plusieurs fois l'avantage
de voir icy V. E ; mais
nous n'avons jamais eu la hardieſſe
de vous affurer de nos tres- humbles
respects. Quelque soin que
nous ayons pris pour accoûtumer nos
yeux à regardervostre pourpre ,Son
éclat nous a toûjours éblouis , &
quelque deſſein que nous ayons
formé de nous acquiter de ce de.
voir, la pensée de nostre baſſeſſe&
devoſtre élevation nous en a toûjours
detournez , &fans le secours
de nostre grand Evesque qui nous
preſente à V. E. & qui nous fert
*de ce que le Genie de Socrate fervit
à ce fameux Sage , pour entretenirson
commerce avec ſes Dieux,
nous garderions encor noſtre filence
respectueux. Ce n'est pas , Monfeigneur,
que nous ne partagions avec
tout
GALANT.
49
K
10
.
tout le Royaume , les grandes obligations
qu'il vous a , & que nous
ne connoiſſions la Maison d'Estrées.
Nous sçavons qu'elle a esté illuftre
dans tous les fiecles de noftre
Monarchie , qu'elle luy a donnéde
grands Hommes dans tous les temps,
& nous voyons qu'elle n'est pas
moins fécondéeſous le Regne de noſtre
Invincible Monarque , que
Sous les precedens. Elle nous don ..
ne , V. E. des Ducs & Pairs , &
des Vice Admiraux. Ouy , Mon
Seigneur , Elle nous a donné un
1
A
Vice-Admiral incomparable. Toute
la France connoiſt ſon grand
courage , & tous nos Ennemis le
redoutent. Ils en ont reffenty fouvent
la force en Flandre , & en
Allemagne ;mais comme ces grands
Païs estoient trop bornezpour la
valeur de ce Héros, il a fallu que les
Mers entieres ayetfervi deTheatre
Decembre 1680 . C
MERCURE
àtoutesses grandes actions. En effet,
Monseigneur,est- il quelque endroitsur
l'Ocean où il n'ait donné
des Combats , & où il n'aitgagné
des Batailles contre les Ennemis de
l'Etat ? Combien de fois a- t-il garanty
nos Coſtes de leurs Defeentes,
&nos Provincesde leurs irruptions?
Combiendefois les a- t- ilbrûlezdans
leurs Ports ? Enfin combien de fois
les a- t- il attaquez avec de moindres
forces , & chaffez avec de
tres-grands avantages ? Ce n'est
pas affez,Monseigneur. Ny laTerre,
ny la Mer , n'ont pû borner les
Victoires de ce grand Homme , qui
par un defir de gloire , plus noble
que celuy d' Alexandre, est alléfouvent
chercher un Nouveau Monde
, pour y trouver de nouveaux
Ennemis à combatre , & à vaincre.
Mais pendant que le Vice-
Admiral d'Estrées fait tant de
chofes 4
GALANT.
si
ラ
chofes extraordinaires pour la France
, Monseigneur le Duc d'Estrées
vostre Frere , luy rend à Rome
des fervices tres- considérables , &
tres- importans. Il faut connoistre
cette Cour , & l'esprit defon Gouvernement
qui change de forme
toutes lesfois qu'ony changede Pape.
Ilfaut , dis-je ,sçavoir tous les
divers interests qui la partagent,
pourconnoistreparfaitement laſuffifance,&
le caractere de ce grand
Ministre. Rien n'y échape àſa penétration.
Les autres Ambassadeurs
n'y font point de mouvement dont
il ne devine la cause , & dont il
ne prévoye toutes les fuites. Enfin
il y foûtient l'honneur de la
France dans son plus grand éclar
&fait rendre dans cette Cour au
Fils Aîné de l'Eglise tous les bon
neurs qui luy ſont dûs. Il fuit en
toute sa conduite celle du grand
Cij
52.
MERCURE
Maréchal d'Estrées , qui par Sa
prudence &par sa vigueur , aprit
dans une fameuse Assemblée , à
l'Ambassadeur d'Espagne , à ne pas
occuper un Rang que personne ne
pouvoit prendre avec justice , que
celuy de Franceanda jup twoma
Il-feroit temps,Monseigneur, de
me taire , car si l'éclat de vostre
Pourpre , qui est an de vos moindres
ornemens, nous a toûjours ébloüis , à
quoy me dois- je attendre , si j'en- L
treprens de regarder d'un oeil fixe
tout ce que je vois de merveilleux
dans la vie de Kostke Eminence ?
Toutes vos vertus se présentent à
la fois à ma memoire , & comme
vous n'avez rien oublié dans leur
pratique , chacune veut estrepla
cée la premiere. Kostre prabité
dans toutes vos actions , voſtre
exactitude à remplir tous les devoirs
d'un bon Evesque &d'un émi
nent
GALANT53
-nent Cardinal , s'avancent afin que
j'enfaſſe l'éloge.Mais Monseigneur,
je laiſſe teſoin defaire celuy de vôtre
probité, à ceux qui ont eu l'homneur
denégotieravec Vôtre Eminence.
Que leDiocese de Laon,qui jouit
desfruits de vos applications à luy
former de bons Curezpourſa conduite
faffe celuy de tous les exemples
de vertu que vous luy avez donnez .
Ie laiffe à toute la Terre le plaisir
d'admirer celles que vous pratiquez
dans le baût rang ou elle
vous ont élevé aussi bien que vôtre
naiſſance;& pour les couronner tou--
tes,ncfuffit- ilpas de dire que leplus
grand , le plus auguſte , & le plus
éclairéMonarque de la Terre, vous
a choisy pour negotier une des plus
importantes , & des plus délicates
Affaires du Monde , aupres d'un
desplus grands Papes qui ait
jamaisfuccede au premier des
sup Cij
54 MERCURE
:
Apostres ? Que ne doit pas la France,
Monseigneur , à voſtre illustre
Maison ? Car s'il est vray que les
Etats ne s'agrandiſſent que par les
Conquestes, qu'ils nesefoûtiennent
que par Politique,&qu'ils ne s'affermiffent
que par la Religion ; ne
buy a- t-elle pas donné des Mars,
&des Maistres de la Politique , en
luy donnant le Vice- Admiral,le Duc
d'Estrées , &vous , Monseigneur?
N'estes vous pas l'Ange tutelaire
de la Religion ? l'ay pris la liberté
de dize toutes ces chofes , parce
qu'elles sont les regles du profond
respect que nous avons pour vostre
Eminence ,&qu'elles nousfervent
de preffant motif pour estre evernellement
vos tres - humbles , &
tres- obeifſfans Serviters.
1
Monfieur l'Eveſque de Condom,
s'eſtant rendu depuis quelque
GALANT.
55
!
que temps à ſon Abbaye de S.
Lucien aupres de Beauvais, pour
une Cerémonie de pieté qui s'y
eft faite, alla au Bourg de Granville
dont je vous ay parlé dans
quelqu'une de mes Lettres , &
qui eſt des dépendances de cette
Abbaye. Il y vit le deſaſtre
causé par le feu , & viſita les ruines
de l'Eglife. Les Habitans de
ce Bourg , qui s'eſtoient retirez,
dans les Villages voiſins,yaccoururent,&
s'eſtant aſſemblez dans
la Chapelle que ce grand Incendie
a laiſſée encor debout au milieu
du Cimetiere, ce Prélat leur
fit une Exhortation ſi touchante ,
fur le fruit qu'ils pouvoient tirer
de leur patience , & de leur foûmiſſion
dans les diſgraces , qu'il
n'y cut perſonne qui puſt retenir
ſes larmes.Il confola tous cesMalheureux
, non feulement par des
Cij
56 MERCURE
1
paroles pleines d'amour & de
charité , mais auſſi par ſes liberalitez
qu'il leur promit de continuer,
afin d'aider à les rétablir, &
à faire rebaftir leur Eglife , dont
l'embraſement les a plus touchez
que la perte de leurs Biens.
J'oubliay le dernier Mois à vous
aprendre le Mariage de Monfieur
de Cotentin , Fils du Maiſtre des
Requeſtes de ce nom , avec Mademoiselle
de Briou . C'eſt un
Homme fort bien fait , eſtimé
pour fon efprit , & qui fait connoiſtre
par ſes actions que la pieté
eſt heréditaire à tous ceux de
fa Famille. Mademoiſelle de Briou
eſt une brune de tres- belle taille,
qui dance bien,& qui ayant beaucoup
de délicateſſe d'eſprit, fournit
agreablement à la converſation
. Elle est Petite Fille deMonſieur
le Prefident Dorieu, & Fille
de
GALANT. 57
e
.
S
es
1
de Monfieur de Briou , ſecond
Préfident de la Cour des Aydes.
Son Grand-Pere , & un de ſes
Oncles , ont poſſede cette mefme
Charge. La Mere de Monfieur
le Préſident de Briou eſtoit
Soeur de Monfieur le Gras , Maître
des Requeſtes , qui fut tué à
l'Hôtel de Ville ; & fa Grand'-
Mere,Fille de Monfieur Sanguin .
Je vous envoye à mon ordinaireun
Air nouveau de Monfieur
de Baffilly. C'eſt un embelliſſement
qu'il veut bien donner à
toutes mes Leerës. A
3
AIR NOUVEAU.
AARRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR . ROUTEEL T
Limene , tu teplains de ma
legerete,
Et je me plains detaperseverance.
Donnant tout àmesfeux,tu leur as
C V
58 MERCURE
L'amour finit où finit l'esperance,
Helas ! Iris me défend d'esperer,
Et pour elle mon coeur ne fait que
Soupirer.
100 20
Quoy que toute excuſe d'in+
fidelité ſoit odieuſe, en voicy une
que vous trouverez agreable,par
la juſteſſe avec laquelle monfieur
de la Brune qui en eſt l'Autheur,
y a fait parler l'Echo.
S509 Fox63 6003 EX09 01611 10 : 196382209-80963-3 EXES
EXCUSE D'INFIDELITE ,
PAR
ECHOMRO
A E vous l'avovë ingenûment
Tirfis,mon amour est extréme ;
I'aime Clorinde éperdûment .
Mais Clorinde àson tour de mesme,
Maime
1
Ie puis comptersur laBergere.
Helas!
V
GALANT.
Helas ! combien de
dit, Berger,
foisma-t-elle
Que tu sçais bien l'art d'engager!
2.
Mais tu te plains toûjours , cela me
defefpere
Efperetel
T
Ce n'est pas toutefois qu'ilfaille
aveuglement A
Croire ce que dit uneAmante.
Une Amante cent fois,pour tromper
un Amant,
Mental I
Mais lors que fur mon Chaln
meau,
Couché nonchalamment ,je chante
unAirnouveau ,
Jevoy que la Beauté, cher Tirfis
qui m'enchante,
Chante. 2
UNOS Lors
2007.
60 MERCURE
Lors que je m'apperçois qu'elle est
toûjours contente ,
Qu'elle foûrit quandjeſoûris ,
Qu'elle rougit quandje rougis ,
Que l'absence d'un jour comme moy
la tourmente,
Ie ne sçaurois croire, Tirſis ,
Que cette Bergere charmante
Mente.
Qu' Iris n'espere plus retenir ma
tendresse.
Le trouve icy mes feux récompensez.
Lefuis las defouffrir qu'une ingrate
Maîtrefle
1:0 Me maltraite fans ceße ,
I'aySouffert tous cesjours paſſez
Affe
632
Mais quoy , me direz vous , une
flâme nouvelle
Vous
GALANT .
Vous fait-elle oublier les tendres
Sentimens
ر
Dont vous aviez promis la durée
eternelle?
D'oùvient qu'apres tant de fer-
Vous vous separez, Infidelle,
D'elle ?
Tirfis , vous auriez tort , si vous
Atrouviez étrange
Que j'aye ose me dégager.
Apres mille rigueurs , j'ay raison
de changer...
Vn Amant qui connoist qu'on luy
donne le change,
Change.
:
Monfieur Planque , Gentilhomme
de Montpellier , Lieutenant
General du Regiment de
Roüergue,& quim'a donné lieu fi
ſouvent de parlerde luy pendant
nos
:
62 MERCURE
nos dernieres Guerres , a eſte
choiſi, apres un ſervice aſſidu de
plus de quarante années , pour
eſtre Lieutenant de Roy au Gouvernement
des Ville , Chasteau
de Bayonne ,& Lieux circonvoifins,
L'importance de cette Place
qu'on fortifie aveande grands
ſoins, eſt une marque bien avantageuſe
de l'eſtime que Sa Maje
ſté fait de ſa Perfonne , & de la
confiance qu'Elle prend en luy .
Il eut l'honneur d'eſtre auffi choi
ſy par monfieur le Maréchal de
Créquy, pour faire cette Expédi
tion ſignalée dont vous avez
veu les circonstances dans l'une
de mes Lettres , & qui fut conduite
avec tant de coeur & de
prudence , que malgré la reſi-l
ſtance des Ennemis aſſemblez
de toutes parts , il pafſa les Montagnes
noires , porta les Armes
201 du
GALANT.
63
du Roy en des lieux , où toutes
victorieuſes qu'elles ont toûjours
eſté , elles n'avoient point encor
-paru, fit contribuer ce Païs pref!
que inacceffible , & apres avoiri
- executé tous ſes ordres , revint
glorieusement chargé de butin,
& avec quantité de Priſonniers!
-qu'il avoit faits. Une Retraite fi
judicieuſement ménagée avec
peu deGens, & en préſence d'un
grand nombre d'Ennemis , le mit
dans une telle réputation aupres
de ſon General , qu'il luy confia
- le commandement des Forts del
Strasbourg . Les fâcheuſes mala-
- dies qui luy, enleverent pluſieurs
Soldats , & celle mefme dont il
fut dangereusement attaqué ,
n'empeſcherent point que len
Roy ne fuſt dignement ſervy, &
ceux de Strasbourg tres- incom->
modez par les diverſes priſes ,
Пер
qu'il
64
MERCURE
qu'il faifoit fur eux , de Bateaux,
&d'Habitans. L'attaque du Pont
de Rinsfeld , fut encor faite par
luy avec monsieur le Marquis de
la Freſeliere , & il y donna de fi
grandesmarques de courage,que
monfieur le Maréchal de Créquy
luy en témoigna ſa joye , &
en écrivit en Cour avec tous
les avantages qui estoient deubs
àla fermeté de cette Entrepriſe!!
Tant de belles actions , & beaucoup
d'autres dont je ne vous
fais point icy le détail , méritoient
la recompenſe qu'il vient d'obtenir
, & elle ne luy pouvoit manquer
fous un Regne , ou aucun
ſervice n'eſt oublie
Le Roy a reconnu ceux de
monfieur Scarron de Longue,
qui exerce la Charge de Prefident
du Conſeil d'Artois depuis
dix-huit ans , par la Survivance
itup qu'il
GALANT.
5
1
S
S
qu'il en a accordée à monfieur
Sçarron ſon Fils. Il y fut reçeu
le troiſième de ce mois, avec l'applaudiſſement
de toute cette Province
. Cela fait voir combien il y
eft aimé.
Ma Lettre du mois d'Octobre
vous a fait voir celle d'un ſpirituel
Inconnu , qui ayant reçeu
un Preſent galant le jour de
ſa Feſte , ne ſçavoit à qui en
faire paroiſtre ſa reconnoiſſance.
Il n'a encor eu aucun éclairciſſement
de cette Avanture
, & c'eſt ce qui l'a fait
- écrire tout de nouveau en ces
termes.
5
1
1
66 MERCURE
8881318-88-88-88: 83:883388
AU MERCURE
GALANT.
J
N vain , Mercure trop hon-
ENvain
Vous avez reçeu ma Requeftes
En vain par vous mes foibles
Vers
Ont parcouru tout l'Univers ,
En vain contant mon avanture ,
Jay voulu , franchement parlant,
Pour y donner un tour galant,
M'eriger en petit Voiture ;
}
Tout cela m'a esté inutile , puis
que l'Inconnue qui celebra fi galamment
ma Feſte ily a deux mois,
continue àse cacher , & que toute
la reconnoiſſance qu'elle a ſceu par
vous quej'en avois , n'a pû l'obliger,
GALANT. 67
ger, ny à se faire connoistre , ny
mesmes à vous charger de quelque
réponſe qui me le fist esperer. La
Malicieuse se fait un plaifir de
mon inquiétude ; maisfifon filence
est cruel à mon égard , il est criminel
au voſtre , obligeant Mercure,
& vous intéreſſe à partager mon
reffentiment .
2
Car qui reçoit d'agreables nou
८ velles
Par un Dieu , comme vous , galant,
officieux,
Et qui ne répond rien au Mefſager
desDieux,
Mérite des peines cruelles.
Suspendez en toutesfois la rigueur
aupres de cette Inconnue, car
malgré la peine qu'elle me cause,
une je-ne-fçay- quelle fecrete in-
-clination m'engage à craindre pour
elle.
68 MERCURE
elle. Son Préfent fi galant,fa Lettre
, & fes vers si spirituels , me
donnent des idées toutes charmantes
de fa Perſonne ; mais au moment
que je la trouve aimable , je
la trouve injuste. Elle excite en
moy des mouvemens oppoſez qui
me mettent à la geſne; elle me fait
des graces ,& me cause du tourment ;
elle irrite en mesme temps mes defirs
& ma colere , enfin elle me
rend tout enſemble heureux , &
malheureux peilou
arch. Fto gaud
Vous, mon unique eſpérance ,
Donnez- moyquelque allégeace,
Vous eſtes mon ſeul recours.
Veüillez, obligeant Mercure ,
M'accorder quelque ſecours
Dans ma bizarre avanture.
Vous connoiffez mes ennuis,
Peignez à mon Inconnuë,
D'une maniere ingénuë ,
e
201
Le
GALANTM 69
را
1
Le triſte état où je fuis ,
Et faites , s'il eſt poffible,
Que fon coeur y foir ſenſible.
1
Mais si l'Ingrate estoit affez
temeraire pour vous refuser une
réponse favorable , alors usant de
voſtre pouvoir,faites lux connoistre
que la vangeance d'un Dieu est
redoutable. B. κιση 2.A
Et ſi vous vouliez m'obliger
Dans la façon de vousvanger,
Je ſçais un ſeûr moyen de rendre
plus traitable bai
Cette Inconnue inexorable. & ab
" Intéreſſez l'Amour dans mon fort
malheureux , vinoOne of
Faites- luy voir qu'il y va de få
zioMolairesi obo 210
D'emporter fur'eecoeurPuunnee plei
ne victoire
Enle rendant fort amoureuxρίς
Un
70 MERCURE
Un amour violent ne cherche
qu'à paroître,
Un coeur qui le reſſent veut le
faire connoiſtre ;
Ainſi noſtre Inconnuë aura beau
s'empeſcher
De ſe rendre viſible
On ne peut longtemps ſe cacher
Aux yeux d'un tendre Amant
pour qui l'on eſt ſenſible.
:
François de Broüilly , Marquis
de Vvartigny , Vicomte de Villecheron,
& Courtemont, Baron
de Bazoche,& autres lieux, Lieutenant
General pour Sa Majeſté
au Gouvernement de Champagne
, eſt mort dans ſon Hôtel
à Paris le 25. de l'autre Mois.
Rien n'eſt plus édifiant que les
marques de reſignation & de
pieté, qu'il a données dans toute
fa
GALANT. 71
C
0
al
qu
re
e
10
(
ſa maladie . On a embaumé fon
corps_pour le porter à une de ſes
Terres. Il avoit cinquante &un
an,&entre pluſieurs Enfans qu'il
a laiſſez , il y a quatre Garçons.
Les trois aînez, quoy qu'ils foient
encor fort jeunes , ne ſe ſont pas
moins ſignalez dans nos dernieres
Campagnes, que Monfieur le
Chevalier de Broüilly-Vvartigny
a fait depuis peu , au Combat
que les Galeres de Malte ont
donne contre les Turcs. Il ſauta,
L'un des premiers , dans les Vaifſeaux
Ennemis,& apres s'y eſtre
fait diſtinguer par ſa valeur , il
fut fi heureux qu'il ſe ſauva à la
nagershoni 2 :3
La mort de Mademoiſelle de
Braine, arrivée auſſi depuis quelquesjours
, a donné lieu à bien
des regrets. Elle estoit belle,bien
faite , âgée d'environ vingt ans,
&
72 MERCURE
& Cadete de Mademoiselle de
la Marck , Fille comme elle de
Monfieur le Comte de la Marck,
&Niêce de Mademoiselle de la
Marck , qui épouſa il y a fix mois
Monfieur le Marquis de Lannion.
Monfieur le Comte de la
Marck , Frere de Madame la
Marquiſe de Lannion , & Pere
des deux Soeurs dont je vous parle,
eſtoit Fils de Monfieur le Marquis
de la Boulaye , & de Louiſe
de la Marck ſeule reſtée de la
veritable maiſon de Bouillon la
Marck . Henry - Robert de la
Marck fon Pere , Duc de Bouillon
, Prince de Sedan , Zamets,
& Ravecour, Capitaine des cent
Suiſſes , fit un Teſtament par lequel
il inſtituamonfieur le Comte
de la Marck Fils aîné de cette
Fille , fon Heritier univerſel , à
condition de porter ſon Nom , &
fes
م
GALANT
73
5
ſes Armes , & en cas qu'il mouruſt
ſans Enfans males ,il ſubſtitua
le ſecond Fils de la meſme
Loüife de la Marck fa Fille , aux
meſmes conditions. Voila d'où
vient le Nom de la Marck , dont
la Comté eſt aujourd'huy poſſedée
par l'Electeur de Brandebourg.
Monfieur le Comte de la
Marck eſtoit Colonel du Regi-.
ment de Picardie,&Maréchal de
Camp Il s'eſt diſtingué en beaucoup
d'occaſions , & particulierement
en Hollande , & a eſté
tué à la Bataille de Tréves, Comme
il n'a laiſsé aucuns Enfans males
, la Subſtitution eſt preſentemem
declarée ouverte en faveur
de monfieur fon Frere.
•Nous avons perdu monfieur
Dreux ,Doyen du Grand Confeil
, au commencement de ce
Mois , ainſi que monfieur du
Decembre 1680. D
74 MERCURE
Maits,Doyen de la Cour des Aydes.
Ce dernier âgé de quatrevingts-
trois ans, avoit eſté reçeu
Conſeiller en 1622. Il eſtoit Fils
deMeſſire Jean du Maits, Tréſorier
de l'Argenterie du Roy &
de ſaMaiſon, qui avoit ſervy ſous
Henry IV. & fous Louis XIII . &
de Dame Magdelaine Pajot , &
avoit eu pour Fils Meffire Gilles
du Maits,Conſeiller au Parlement
en la Cinquiéme Chambre des
Enquestes , fort eſtimé dans ſa
Compagnie , & mort en 1672 .
Meſſire Gabriel du Maits , Commiſſaire
General des Galeres de
France, eſt auſſi ſon Fils.
Monfieur l'Abbé d'Aubignac ,
Chanoine de S.Germain de l'Auxerrois
, eſt mort dans ce meſme
temps. Il eſtoit Frere de Monſieur
Deſvieux Secretaire du
& de feu Monfieur le Roy د
Chan
GALANT.
75
S
S
Chancelier d'Aligres
Il eſt arrivé une autre mort
qui a donné lieu à un Incident
auſſi extraordinaire qu'il y
en ait jamais eu. Un Officier
premier Juge d'une Ville , s'eftoit
fi bien mis en teſte d'amaffer
du Bien , qu'il n'en refuſoit
aucune voye. Vous pouvez
croire qu'eſtant de ce caractere
, il faifoit fa Charge avec
une entiere régularité. Cela
euſt eſté loüable du coſté de la
Justice , s'il n'euſt cherché qu'à
la rendre ; mais il n'avoit que
l'argent pour but , & dans cette
avidité , comme il ſe faiſoit
payer aſſez largement de chaque
Sentence , il reſſembloit à MonſieurDandin
, qui vousa tant fait
rire dans les Plaideurs , il vouloit
toûjours juger. Quelque
Dij
76 MERCURE
imal fondé qu'on fuft en preten
tions ,on ne le confultoit jamais
qu'il ne fuft d'avis que l'on plaidaft
,& il aimoit tellement qu'il
luy vinſt pratique , qu'il euſt vor
Jontiers intenté Procez contre
tous ceux qui ſe mêloient d'en
accommoder. Malheureuſement
pour une belle jeune Perſonne,
il entendit dire qu'elle avoit
beaucoup de bien. Il la fit foudain
demander en mariage , &
J'empreſſement qu'il témoigna
pour faire conclure , fut moins
un effet d'amour que d'avarice.
Ilmouroit d'impatience de compter
dix mille écus qu'on luy
promettoit ; & la plus diforme
auroit eſté preferée , ſi elle euſt
cu plus d'argent. Comme fa chargele
rendoit confiderable, on luy
accorda la Belle. La Nôce fut
faite , à petit bruit , & à peu de
frais,
GALANT
1
그
S
frais, & tout le merite de cetic ai
mable Perſonne ne pût obtenir
qu'il en ufaſt bien pour elle. Son
épargne alloit fi loin , qu'il luy
refuſoit juſqu'aux chofes necef
faires. Elle s'en plaignoit , & ce
fur affez pour meriter ſon aver
fion. Elle devint telle , que pour
l'empefcher de continuer fes
plaintes , il la relegua à la Cam
pagne , où elle ne devoit avoir
aucune dépense à faire en Habits.
Ce traitement dont elle estoit
fi peu digne , la mit dans l'excez
de la douleur. Elle n'y pût refifter
, & tomba malade quelque
temps apres. Son mal eftant dangereux
, elle fit prier fon cruel
Mary de la venir voir.Ce fut inutilement.
Il craignit que lesdroits
dequelque Sentence ne luy échapaffent
, s'il quittoit la Ville , &
de ne fut qu'après avoir fçeu
Diij
78 MERCURE
que fa Femme eſtoit à l'extrémi
té, qu'il conſentit à partir. Il la
trouva toute agoniſante , écouta
ce qu'elle luy dit en ce triſte
eſtat, ſans en paroiſtre touché ;
& quand elle luy tendit la main
enluy diſant le dernier adieu , il
ne la prit que pour en tirer une
Bague qu'elle avoit au doigt. Illa
vitmourir un moment apres ,&
demeura inſenſible , tandis que
ſa mort faifoit fondre en larmes
tous ceux qui estoient préſens. 11
partit ſur l'heure pour aller continuer
les fonctions de fa Charge;
& le premier ſoin qu'il eut en
rentrant chez luy , fut de s'informer,
s'il n'eſtoit venu perſonne
pour faire figner quelques Requeſtes.
Cependant les Parens de
la Morte ayant appris qu'il n'avoitdoné
aucun ordre pour l'Enterrement
, ſe chargerent de luy
faire
GALANT.
79
a
e
C
e
2
e
20
s
لا
コ
a
faire rédre les derniers honneurs.
Ils firent apporter le Corps dans
un Carroffe de deüil , pour eftre
inhumé au Tombeau de ſes Anceſtres
; & quand on fut averty
qu'il eſtoit tout proche,les Paroifſes,
ainſi que les Charitez, avec le
Corps de Juſtice en Robes , allerent
le recevoir ſous la Porte de
la Ville, où le Cercueil avoit eſté
tiré du Carroffe , & mis un moment
couvert d'un Drap mortuaire
, en attendant qu'on le
portaſt à l'Eglife . Le merite de
cette aimable Perſonne luy avoit
fi bien gagné tous les coeurs pendant
ſa vie , qu'à la veuë de ſon
Cercueil il n'y eut perſonne qui
puſt retenir ſes pleurs. Le Mary
avoit pris rang parmy les Parens ,
®arda tout avec un oeil ſec.
Il y eut quelque conteſtation entre
les Curez pour l'enlevement
Diiij
80 MERCURE
du Corps & comme les Juges
n'eſtoient pas fort loin , on s'adreſſa
auſſi toſt à eux pour avoir
un Reglement. Le plus ancien
ne ſe perfuadant pas que le Mary,
quoy que premier Juge , fuſt
en état de prendre connoiſſance
de la Queſtion , eſtoit fur le point
de prononcer , quand cet Inſenfible
quita fon rang , & fendant
la preſſe , proteſta contre celuy
qui alloit juger le Diférend , que
s'il paffoit outre , il le feroit citer
à la Cour , pour avoir ſes interefts.
Celuy - cy n'eut aucune
peine à luy laiſſer exercer ſa
Charge. Ainfi ce Mary , apres
avoir entendu les raiſons des
Conteſtans , donna comme Juge
la Sentence qui les mit d'accord
touchant l'inhumation du Corps
de faFemme.Cette dureté fit crier
toute la Ville , & fut cauſe que
deux
GALANT. 8,lo
e
1.
Dit
?
A
1
KA
deux Belles , preſtes à ſe marier,
ayant reconnu que leurs Amans
nemanquoiet pasd'avarice,aime.
rent mieux demeurer Filles encor
quelque temps , que de s'expofer
à une diſgrace dont elles
voyoient un fi grand exemple .
Je vous envoye la Lettre de
Monfieur de S.Evremont , que
vous aveztant ſouhaitéede voir,
c'eſt à dire une Piece auffi achevée
qu'ily eenn puiffe avoir en ce
genre.Aini ilne faut pas s'étonner
ſi les Copies qui en courent
ſont ſi recherchées. Elle estécri
te à Monfieur le Comte de Gramont,
ſur quelques bienfaits qu'il
avoit reçeus du Roy. Vous ſcavez
que ce Comte , frere de feu
monfieur le Maréchal Duc de
Gramont, eſtant cadet d'une fort
grande Maiſon , a fait d'autant
plus de gloire de vivre fans Bien,
છછછ RRA R
)
L
*
82 MERCURE
qu'il n'a pas laiſſe de ſe diſtinguer
toûjours par des dépenſes
dignes d'un Homme de fa qualité.
1
13
LETTRE
こ
DERMONSIEURD
DE S. EVREMONT,
A MONSIEUR LE COMTE
DE GRAMONT.
T'Ay appris deMonfieurleMave
devcehanlu un desplus,opulenvsoSuesigneurs
du Royaume. Si les Richeſſes qui
amoliffent le courage , & qui scavent
aneantir l'industrie,nefont pas
de tort aux qualitez de mon Héros,
jesuis prest à me réjouir du chansement
de vostre fortune ; mais fi
elles ruinent les vertus du Cheva-
Lier
GALANT.
83
lier , & lemérite du Comte ,je me
repens den'avoirpas execute le def-
Sein que j'ay cu tant de fois de vous
tuer pour assurer l'honneur devostre
memoire. Que j'aurois de chagrin,
Monfieur le Comte, de vous voirrenoncer
au jeu , & devenir indiferent
pour les Dames ; de vous voir referver
de l'argent pour leMariage de
voftre Fille,aimer les Rentes ,&parler
defonds de Terre , comme d'une
chofe neceſſaire à l'établiſſement
des Maiſons ! Quel changement,
Si vousfaifiez tant de cas du fonds
deTerre , apres l'avoir abandonné,
comme indigne de vous , aux
Pies , aux Corneilles , & aux Pigeons
! Quel changement ,si vous
afpiriez àdevenir Monfieur leBaron
de Simeac , pour avoir la Nobleffe
de Bigorre à voſtre lever
& entretenir vos Voiſins avec
se faux & heureux brillant ,
qui
$4 MERGURE
qui gagne tous les coeurs de la Gafcogne.
Ab , que deviendroit cette vie
Tant admirée & poursuivie!
Que deviendroient tous les avantages
que je vous ay donnez ſi ſouvent
fur le plus fage des Roys!
Ce Sage avec les connoiffances
Que luy donnoient les plus nobles
Sciences,
Et le reſte de fes talens ,
Sans bien , ainſi que vous , n'euſt
pas vefcu deux ans.
BeauxEloges ,vous feriez effacez
de lamemoire des Hommes ; &
pour toute loüange du Comte de
Gramont , on entendroit dire aux
Gaſcons & aux Bearnois , Lamaifon
de Monfieur le Comte va
bien. On y mange dans le Vermeil
de monfieur de Toulongeon,
&
GALANT 85
&l'ordre y eft excellent. Si les
choſes continuent, Mademoiſelle
de Gramont ſe fait un des bons
Partys de la Cour. Sauveznous.
Seigneur , de tout discours de cette
nature- là. Celuy qui a ſoin de vos
Allouettes,aura ſoin de vos Enfans.
C'est à vous àfonger à voſtre réputation
, & à vos plaiſirs.
Devenez opulent, Seigneur , devenez
riche,
Mais ne vous donnez pas un languiſſant
repos ;
Vous pouvez n'eſtre plus en
amour un Heros ,
Que vous ne ferez pas *** &c.
On peut, on peut encor aujourd'huy
vous aimer ;
Et fi jamais le temps , àtout inexorable
,
Vous Stoit les moyens de plaire
& de charmer ,
N'aimez pas moins, Seigneur , ce
qui paroiſt aimable.
86 MERCURE
Un grand Sage , apres vous le
Sage incomparable ,
Sur la fin de ſes jours ſe laiſſoit
enflâmer,
Et plus il vieilliſſoit , plus ce feu
:
fecourable
Sçavoit le ranimer.
Vvallet,qui ne ſent rien des maux
de la vieilleſſe ,
Dont la vivacité fait honte aux
jeunes Gens ,
S'attache à la Beauté pour vivre
plus longtemps,
Et ce qu'on nommeroit dans un
autre foibleſſe ,
Eſt en ce rare Eſprit une ſage
tendreffe
Qui le fait refiſter à l'injure du
temps.
Contre l'ordre du Cielil reſte ſur
la Terre , Ετ
GALANT. 87
!
:
Etle charme divin .
De celle qui me fait une eternelle
guerre,
Arrefte mon deſtin.
Du chagrin malheureux où l'âge
ſçait conduire ,
Les plus beaux yeux du monde
ont droit de me ſauver ;
Un funeſte pouvoir qui tâche à
me détruire,
En rencontre un plus fort qui
veut me conſerver .
Mon corps tout languiſlant , ma
triſte & foible maſſe ,
- Reçoit une chaleur qui vient
fondre ma glace ,
Et la Nature uſée abandonnant
mes jours ,
Je vis ſans elle encor par ce nouveau
ſecours.
Ic
88 MERCURE
Jevis,& chez un autre eſt le fond
dema vie ,
こ
Jene fuis animé que de feux empruntez
,
La machine ſe meut par des reffons
preſtez : gode I
Ma trame def-unie
Se reprend & ſe lie 201
Par des eſprits ſecrets qu'inſpirent
les Beautezion
N'en riez pas , Seigneur , ces innocentes
aides
Σ
Que nous ſcavons tirer de nos
derniers defirs, 29105 noM
Ces ſentimensd'amour font pour
nous des remedes , ол
Et pour vous des plaiſirs.
1
Nôtre exemple pour vous n'eſt
pas encor à ſuivre ,
V
Par
GALANT. 89
:
Par diverſes raiſons nous nous
laiſſons charmer ;
Dans l'âge où je me vois, je n'aime
que pour vivre ,
Il vous reſte du temps à vivre,
pour aimer.
Ievoussouhaiterois un Siecle ,fi
jene sçavois que les Hommes extraordinaires
ont plus de ſoin de
leurgloire que de leur durée.
Soûtenez juſqu'au bout la gloire
d'une vie,
Qui fait l'amour d'un Sexe, & de
l'autre l'envie .
Unifſez les talensd'un Abbé ſin-
こ
12
Aux rares qualitez qu'avoit le
gulier
Chevalier.
Joignez ces qualitez au merite
du Comte, 1. )
Et qu'on trouve un Heros qui
monHeros ſurmonte.20
Abbé,
A
90
MERCURE
e
Abbé , vous ſçeuſtes plaire à ce
Grand Richelieu ;
Vouspluſtes , Chevalier, au Foudre
de la Guerre.
Le Comte a le plus digne lieu;
Il a part aux bienfaits du Maiſtre
de la Terre,
D'un Roy que l'Univers regarde
comme un Dieu;
J'en connois le couroux , c'eſt pis
que le Tonnerre; A
Heureux qui peut joüir de ſes
faveurs , Adieu. です
Je vous appris la derniere fois
ce qui s'eſtoit fait à l'ouverture
du Parlement , & vous dis quelque
choſe des Harangues ; mais
je ne vous parlay point des Mercuriales
qui ſe font toûjours le
Mercredy qui fuit le jour de cette
ouverture.Vous en devez ſçavoir
l'ori
GALANT. 91
20
e
l'originedont je vous ay autrefois
entretenuë. Monfieur de Harlay,
Procureur General , s'eſt fair admirer
dans cette derniere occaſion
de Mercuriales. Il dit , Qu'il
estoit de fon Employ de reprendre;
mais qu'il falloit estre irrépréhenfible
soy mesme pour s'y hazarder,
& qu'ainsi il devoit travailler à
corriger ses propres défauts ; qu'à
L'égard des Inges , il les renvoyoit
à leur propre conscience , à l'exemple
d'un Empereur qui estant
Censeur , n'entroit point dans aucun
détail , & renvoyoit à euxmesmes
les Magistrats quiestoient
Soumis à son examen ; que le Tribunal
de la conscience n'estoit point
Suspect , & qu'il estoit impoſſible
d'empescher que la verité n'y fust
découverte.
En vous parlant dans le meſ
me temps des Harangues de
la
92 MERCURE
la Cour des Aydes , qu'on fait
tous les ans le lendemain dela
SaintMartin, jeme contentay de
vous marquer que Monfieur du
Bois, Procureur General de cette
Cour, avoit fait merveilles, en
traitant le meſme Sujet qu'avoit
choiſi Monfieur le Camus , Pre
mier Preſident. Ce Sujet eſtoit
l'usage que les Juges doivent fai
re du temps des Vacations , &
du relâche que la Juſtice accorde
à leur travail. Voicy ce que
j'en ay ſçeu de particulier. Il dit,
Quece n'estoitpoint affez de prem
dre ce temps comme unsimple dé
laffement ; qu'il le falloit regarder
comme les bornes du Cirque , où il
n'estoit permis de s'arreſter que
pourprendre haleine,& recueillir
de nouvelles forces pour mieuxfournir
la carriere , que c'estoit de ce
repos que le luge retiroit toute fu
perfe
GALANT 93
e
0
2
-perfection , parce qu'il apprenoit
dans la retraite à calmer les paffions
que le tumulte des affaires excitoit
tous les jours , & que les reflexions
qu'il faisoit sur sa propre
conduite, luy fervoient à prendre
des mesures prudentes & aſſurées
pourl'avenir ; que de cette maniere,
il travailloitsans relâche ; que
-fon loisir mesme estoit avantageux
à la Iustice qu'il avoit l'honneur
d'administrer ſous le plus grand &
le plus auguste des Roys , qui non
Seulement a emporté des Places,
gagné des Batailles , mais conquis
mesme des Provinces entieres au
milieu des plus rigoureux Hyvers,
malgré les efforts de plusieurs Nations
envieuſes deſa gloire , qui ne
fongcoient plus àoppofer au rapide
cours deſes Conquestes , que le Ciel
&lesſaiſons ; qu'ellesse confeſſent
plus vaincuës par la Paix qui leur
0
A
94 MERCURE
a donnée, que par la prise de leurs
Villes & de leurs Provinces ; que
Sa puiſſance les favorife; que fon
repos les épouvante ; qu'il eſſuye
lesfatigues de la Guerre , dans le
temps où l'on diroit qu'il joüit de
la douceur de la Paix; que lors
qu'il exerce fes Troupes , il leur
"inspire autant d'ardeur que s'il y
avoit des Ennemis à vaincre , &
que quand il les anime parsaprefence
, il leur fait naistre autant
d'intrepidité que s'il n'y avoit
perſonne à combatre ; que cette
égalité d'ame toûjours infatigable,
toûjours paisible , rend ſonſecret
impenetrable àſes Ennemis;
quefon loiſir lesfait trembler ; que
le divertiſſement de ſa Cour qu'il
mene viſiter ſes Conquestes , alarme
toute l'Europe ; & que la deſtruction
de l'Hereſie que fes Predeceffeurs
n'ont pû defarmer , est
un
GALANT. 95
unfruit defon repos ; que l'exemple
de ce Prince incomparable,
qui a élevé la Monarchie Françoise
au plus haut point de gloire
où elle pouvoit aspirer , anime les
Magistrats , & que de mesme que
ce Conquerant Invincible n'a cefséde
vaincrefes Ennemis que pour
Se vaincre luy- mesme , le suge ne
doit ceffer de juger les autres , que
pour regler fa propre conduite , &
juger de ses actions. Tout le
monde fortit charmé,& on n'admira
pas moins la nobleffe & le
brillant des pensées , que la pureté
du ſtile ,& la force des expreffions.
Les Medecins ont eu ſouvent
part dans mes Nouvelles , fans
que je vous aye encor rien dit
de l'Ecole de Medecine . Il s'y fait
tous les ans un Diſcours celebre,
par celuy qui doit regenter pendant
26 MERCURE
dant l'année . On le prononce à
l'ouverture des Claſſes , & c'eſt
Monfieur Pilon qui depuis un
mois a fatisfait à cette coûtume.
L'Aſſemblée estoit des plus belles&
des plus nombreuſes , & il
s'acquit l'approbation de tous
ceux qui l'écouterent, en parlant
contre les Novateurs , & fur tout
contre ceux du temps, d'une maniere
fi fine & fi delicate , que
fon Difcours ne fut pas moins
eſtimé pour ſon éloquence , que
pour l'érudition qu'on y remar
qua.
Nous avons appris par diverſes
Lettres de Conftantinople ,la
maniere agreabledont Monfieur
de Guillerague Ambaſſadeur de
France a eſté reçeu , & la confideration
où il eſtaupres de tous
les grands Seigneurs de la Porte,
&de tous les Ambaſſadeurs &
Reſidens
GALANT.
97
t
-Réſidens des Cours Etrangeres.
Il s'eſt fur tout fi bien attiré
l'eſtime du Grand- Vizir
que
non ſeulement il a eu de luy une
Audience particuliere preſque
en meſme temps qu'ils l'a demandée
, mais meſme fur le Sopha
, ce qui eft d'un bon augure
pour l'Audience publique
; car du Miniſtere de ce Vizir
aucun Ambaſſadeur n'avoit
eu ce Privilege , & il eſt d'autant
-plus glorieux pour monfieur de
Guillerague , que d'autres Ambaſſadeurs
ayant demandé Audience
depuis qu'elle luy a eſté
donnée , ils ne l'ont euë qu'au
bas du Sopha. Vous vous fouvenez
, Madame , de ce que je
vous ay dit dans quelque autre
Lettre que le Sopha eſt une
Eſtrade couverte d'un Tapis &
,
de Carreaux ,
Decembre 1680.
fur laquelle les
E
58
MERCURE
1 urcs ont accoûtumé de recevoir
leurs viſites. Ce Miniſtre de
la Porte trouva tant de belles
qualitez en monfieur de Guillerague
, & tout ce qu'il luy fit dire
par ſon Interprete ſi juſte , qu'apres
l'avoir retenu avec luy le
plus longtemps qu'il luy fut poffible,
& luy avoir fait préſenter du
Café& du Sorbet, il dit à un Bacha
de ſes Courtiſans , lors qu'il
fortoit, C'eft dommage que cet Homme
nefoit Musulman. Cet Ambaſfadeurdontle
mérite , le zele , &
l'eſprit vous ſont connus , a fait de
grandes Réjouiſſances , dans ſon
Palais , pour le Mariage de
Monſeigneur le Dauphin. Auffi
-toſt qu'il eut reçeu la Lettre
du Roy & les Complimens
des autres Ambaſſadeurs & Rẻ-
ſidens qui en avoient auſſi cu
,
avis , il réſolut de choiſir un
jour
GALANT.
99
- jour pour en remercier Dieu
publiquement , & montrer à tous
les Miniſtres des Princes de la
Chreſtienté , la joye qu'il avoit
- d'une ſi heureuſe nouvelle 98Le
jour de faint Louys , Patron du
Roy & de Monſeigneur le Dauphin
, fut celuy qu'il deſtina,
comme le plus proche à celebrer
cette Feſte & parce que
l'Ambaſſadeur d'Angleterre eft
d'une Religion contraire à la
noſtre , il ſe contenta de le trai
ter en particulier avec toute fa
Maiſon: Le jour choify eſtant arrivé,
monfieurGasparini , Vicaire
Apoſtolique pour le Saint Siege à
Conſtantinople , vint ſur les neuf
heures du matin au Palais de
France , avec tous les Religieux
de tous les Ordres , & de tod
tes les Nations. L'Ambaſſadeur
de Venife , & le Réſident de
Eij
100 MERCURE
Pologne, s'y eſtant trouvez prefque
en mefine temps, le premier
alla prendre Madame l'Ambaffadrice
dans ſa Chambre &
le ſecond , Mademoiſelle de
Guillerague , qui eſt une fort
belle Perſonne , & quia infiniment
de l'eſprit. Tous s'eſtant
rendus dans la Chapelle Royale
du Palais , tenuë par les Peres
Capucins , monfieurGaſparini
y Officia en Habits Pontificaux.
Il y cut Sermon apres
l'Evangile par un Capucin qui
s'en acquita avec beaucoup de
fuccez , & la Meſſe eſtant finie,
la Muſique chanta le Te Deum
& l'Exaudiat. Au fortir de la
Chapelle , on entra dans une
grande Salle , où diverſes Tables
avoient eſté préparées avec
plus decent Couverts. Les Religieux
s'en retournerent chacun
GALANT. 101
-
-
-
cun dans leur Convent , où ils
trouverent des marques de la
libéralité de monsieur l'Ambafſadeur
, qui voulant rendre la
Rejouyſſance publique , avoit
donné ordre qu'on leur portaſt
de quoy les traitter ſplendidement.
Monfieur Gasparini demeura
à dîner au Palais , avec
I'Ambaſſadeur de Venise , le Réfident
de Pologne , tous les Gentilshommes
François & Venitiens
, & tous les Marchands de
la Nation Françoiſe qui ſont en
ce Païs-là. Le Régal fut magnifique
& monfieur de Guillerague
n'oublia rien de ce qui pouvoit
contribuer à faire paroiſtre la
grandeur de noſtre auguſte Monarque
. On y but à la Santé du
Roy,de la Reine,de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la
Dauphine , avec l'aplaudiſſement
رب
E iij
102 MERCURE
non ſeulementdes François,mais
auſſi de tous les Etrangers , qui
dans cette occafion , firent connoiſtre
à l'envy le profond refpect
, & la veneration particuliere
qu'on a pour Sa Majeſté
chez toutes les Nations. Toute
la journée ſe paſſa en Jeux &
en Divertiſſemens , qui eftant
des chofes extraordinaires chez
les Turcs , furprirent le Grand-
Vizir meſme , qui ne sçauroit
s'empeſcher de témoigner quelquefois
un peu de chagrin , de
voir une union fi étroite entre
tous les Miniſtres de la Chreſtienté
& une admiration fi
univerſelle pour le Roy , don't
monfieur de Guillerague luy a
ſçeu fi bien repréſenter les grandes
qualitez & la puiſſance , que
lors qu'il donne Audience à un
Miniſtre Etranger , bien fouvent
GALANT. 103
}
vent avant que de luy parler de
fon Prince , il luy demanda des
nouvelles de l'Empereur des
François. C'eſt un Titre qu'il
donne au Roy ſeul. Auffi montre-
t- il aſſez l'eſtime qu'il a pour
< Luy dans la Perſonne de ſonAmbaſſadeur,
qui n'a ſouffert aucune
des Avanies , auſquelles tous
les autres Ambaſſadeurs & Réſidens
ont eſté expoſez depuis
fix mois. En effet , monfieur de
Guillerague eſt le ſeul qui ait
l'avantage de s'en eſtre mis à
couvert. On le doit attribuer à fa
judicieuſe & ferme conduite, qui
a fait dire ſouvent au Grand-
Vizir. Ce nouvel Ambassadeur de
France a une Teste de fer , & un
Coeur d'airain.
Je vous prie, Madame , de faire
voir la Fable qui ſuit aux belles
Fieres de voſtre Province , qui
E iij
104 MERCURE
s'imaginent pouvoir toûjours
donner de l'amour , fans aucun
péril d'en prendre.MonfieurChapuzeaux-
Baugé qui en eſt l'Autheur
, en a tiré une Moralité qui
ne doit pas leur être inutile.
8331883-818-813-88: 83:81838
LE CHAT
ET LA SOURIS.
FABLE.
Unejeune Sou
Ne jeune Souris , de cervelle
étourdie ,
Malgré tous les conseils de plus
graves Souris,
Affectans d'estre fort hardie ,
Expoſoit tous les joursſa vie,
Et regardoit les Chats avec un fier
mépris.
Sa Mere qui l'aimoit,luy reprochoit
Sans ceffe
Sa
GALANT.
105
Sa funeste temérité.
Ingrate , qui m'as tant couſté,
Me veux tu , difoit- elle, accabler
de triſteſſe ,
Et récompenfer ma tendreſſe
De ton inſenſibilité ?
Si tu tombes entre les pattes
De nos adverſaires les Chats,
La mort caufera mon trépas ,
En vain, cruelle, tu te flates ,
Il faut, il faut périr, helas !
Point de grace chez eux , noſtre
perte eft certaine.
D'abord qu'ils font maiſtres
de nous.....
On ne peut reſiſter au fort qui
nous entraîne.
Ah ,je me moque des Matous,
Répondit la jeune Eventée ,
J'eſſuyray leurs plus rudes
coups,
Sans qu'on m'en voye épou-
1
vantee.
Ev
106 MERCURE
Un coeur lâche tremble d'abord,
La moindre choſe l'intimide ;
Mais un coeur genereux voit approcher
la mort
Avec un courage intrepide .
Le mien eft de ce nombre,& les
plus grands dangers
Sont pour luy des travaux legers
;
Avec ce digne coeur je ſuis ſeûre
de vaincre
L'Ennemy le plus fier que nous
ayons jamais ,
Et je vay de ce pas , ma Mere,
vous convaincre
Que je dis moins encor que je
ne fais.
La Mere toute en pleurs s'efforce
vainement
D'arrester lajeune infensée,
Quiſans autre raisonnement
Part fur l'heure teste baissée,
Etgagne le bord defon trou .
Or
GALANT. 107
Or en ce mesme temps un jeune &
frais Matou
Ayant tout entendu, dit tout bas en
luy-mesme,
Nous verrons qui ſera vainqueur
,
Je ſuis fubtil , & j'ay du coeur ,
Etde plus ma faim eſt extreme ;
Cependantjoüons au plus ſeûr,
Etſervons-nous de ſtratageme .
Ilse couche contre le mur ,
Fait le mort,fansſoufler, ne branle
pied, ny patte.
L'action estoitſcelerate ,
Maisdetout temps entre Ennemy
L'artifice s'eft veu permis.
La Souris fort d'abord elle est toute
Surprise,
En voyant ce terrible objet.
Elle rentre, en difant , ç'en eſt fait,
je ſuis priſe ,
Si je veux ſuivre mon projet,
Etfans-doute ma deſtinée
Par
108 MERCURE
Par ce Chat ſera terminée.
Mais on ſe moquerade moy..
Sijeme ſauveenma tanniere.
La voila , dira- t-on , cette Souris
fi fiere,
La moindre viſion la met en defarroy.
Reviens mon ſuperbe courage,
Pourrois -tu fupporter ces reproches
honteux ?
Non ,mon coeur dont la gloire
attire tous les voeux ,
Eſt encor en état de mépriſer
l'orage.
Elle fort de nouveau , s'avance à
petitpas,
Approche en frémiſſant noftreChat
immobile,
Et mon drôle nebranle pas.
Sans-doute il a reçeu , dit- elle,
le trépas.
Exerçons fur luy nôtre bile..
Ellejouë autourdefon corps ,
E
GALANT .
109
Et retourne en chantant victoire,
Appelleſes Parens pourpartagerSa
gloire,
Et leur dit que parses efforts.
Le Chat est au nombre desMorts.
Tout le Peuple Souris accourt à ce
miracle,
Mais belas, l'étrangeſpectacle!
Nostre Chat reſſuſcite, &prenant
laSouris,
De fon ventre il en fait ſa vive
Sepulture ,
Et donne la terreur à ce Peuple
furpris.
Que dites- vous de l'avanture ?
Qu'en pensez- vous , trop fiere
Iris?
C'est voſtre histoire toute pure..
En vain vous méprisezl'Amour,
Toft ou tard il aurafon tour.
Vous ſçavez les avantages
qu'ont reçeu les Suedois de la
prote
110 MERCURE
protection de Sa Majeſté. Leur
jeune Roy dont l'eſprit eſt penetrant
, & la fermeté inébranlable,
a toûjours marqué une entiere
confiance en la parole de ce
grand Monarque,& les effets ont
fait voir qu'il s'y aſſuroit avec raiſon
, ce Prince ayant renoncé à
une partie de ſes plus confiderables
Conqueſtes, pour faire reſtituer
à la Suede les Places que
le malheur de la Guerre , & un
nombre infiny d'Ennemis liguez
contre elle luy avoient fait perdre.
Elle en a fait voir ſa reconnoiſſance
par la Médaille que je
vous envoye. D'un coſté eſt
un Globe traversé d'une Bande
ſur laquelle est écrit Suecia , &
au deſſus un Coq avec ces mots,
Sub umbra alarum. Dans le Revers,
on voit une Gerbe , qui repreſente
lesArmes de la Famille
Royale
SVB
VMBRA
ALARVM
SVECIA
Callus Protector
DEL
GALANT.
Royale de Suede,& à coſté font
les Iſles avec ces paroles , Gallus
Protector.
Monfieur l'Electeur de Brandebourg
a fait au Roy preſent d'un
Miroir eſtimé cent mille francs,
quoy qu'il n'y ait ny or ny argent
à la bordure, & que laGlace n'ait
rien qui difere de celle des autres
Miroirs. Il eſt vray que cette
bordure eſt faite de morceaux
d'Ambre d'une grandeur extraordinaire
; & comme jamais on
n'en a vû de ſemblables , on peut
dire que c'eſt un Preſent qui n'a
pointde prix.
Le plaifir que vous a donné la
Deſcription de la Galerie de S.
Cloud,peinte parMonfieurMignard,
me fait juger que c'eſt vous
donner une agreable nouvelle,
que de vous apprendre qu'il a
enfin achevé de peindre lemagnifique
112 MERCURE
nifique Sallon qui fait une des
beautez de ce meſme Lieu. Il avoit
pris pour ſujet les Amours
de Mars, & de Venus
Quand j'auray vû ce ſuperbe
Ouvrage , j'entreray dans le détail
de ce qu'il contient.
Le Roy a nommé deux Conſeillers
d'Etat , pour remplir les
deux Places qui vaquoient dans
fon Confeil ; & ces deux Places
vont eſtre occupées par Monſieur
de la Reynie , & Monfieur
Roulié. Ce premier eſt Maiſtre
des Requeſtes , & Lieutenant de
Police. Il me fuffit de l'avoir nommé
pour vous le faire connoiſtre.
C'eſt un Magistrat infatigable,
&d'une probiré exemplaire , reconnu
pour un des plus fidelles,
des plus zélez , &des plus intelligens
Serviteurs du Roy , & qui
outre les devoirs de ſes deux.
Char
GALANT.
113
Charges , dont il s'acquite avec
grand honneur , ne laiſſe pas de
ſervir encor Sa Majeſté dans des
Commiſſions auffi pénibles qu'importantes
, & qui demandent un
Juge éclairé, & d'un eſprit penétrant.
Je ne vous dis rien de
Monfieur Roulié . Vous vous fouvenez
de ce que je vous en ay dit
en beaucoup d'occaſions. Il faut
avoir un fort grand mérite, pour
eftre eſtimé autant qu'il l'eſt de
tous ceux qui le connoiffent.
Les deux Places de Conſeillers
d'Etat qui viennent d'eftre
remplies , ont fait monter Meffieurs
de Breteüil , & de Pomereu
, qui font devenus Ordinaires
du Confeil.Monfieur de Breteüil
a eſté Intendant de la Genéralité
de Paris , & Contrôlleur
General des Finances . On ne
peut ſervir avec plus de zele , ny
de
114.
MERCURE
de probité. Il eſt d'une bonne
& ancienne Maiſon , & a plufieurs
Fils qui fontdans l'Employ,
tant fur les Vaiſſeaux & les Galeres,
que dans les Armées deTerre,
& à la Cour. Je vous ay parlé en
pluſieurs rencontres des actions
étonnantes de Monfieur leChevalier
de Breteüil , & de l'eſprit de
Monfieur de Breteüil, Lecteur de
ſa Majeſté. Pour Monfieur de
Pomereu, vous ſçavezdans quelle
réputation l'a mis fon mérite,
& avec combien de juſtice on a
admiré les belles Harangues que
ſes Emplois luy ont donné lieu
de faire.
L
Monfieur le Marquis de la Porte
de Vezius,tres - habile Homme
de Mer , & le meſme qui a conduit
Monfieur de Guillerague à
Conſtantinople,a reçeu commandement
du Roy,d'armer pourmener
GALANT. 115
-
ner l'Ambaſſadeur qui va Fiancer
l'Infante de Portugal , pour Mtle
Duc de Savoye. C'eſt un Gen-
- tilhomme tres- eſtimé,& qui a fait
quantité d'actions fort genéreuſes
, dans un grand nombre d'occafions
où il s'eſt trouvé pour le
ſervice du Roy. Il eſt d'une mai
fon tres- ancienne , & alliée aux
meilleures du Royaume.
On a rendu les derniers honneurs
à feu Monfieur l'Electeur
- Palatin . La Ceremonie s'en fit
a Heidelberg le Lundy vingtcinquième
de Novembre. Voicy
dans quel ordre.
Sur les fix heures du ſoir,Monſieur
l'Electeur aujourd'huy régnant,
deſcendit de ſon Chaſteau;
- ſuivy de toute ſa Cour, & à moitié
du chemin de la Montagne,
- tous les Flambeaux furent allumez,
tandis que vingt- deux Gen
4 tils
116 MERCURE
tilshommes , qui devoient porter
le Corps , le poſerent fur le Chariot
à l'Hôtel des Commiffaires ,
en forte que le Chariot fortit ,
auffi- toft que Son Alteſſe Electorale
fut arrivée .
Pluſieurs Gardes à cheval commencerent
cette Marche,& précederent
le Grand - Bailly de
Stroberg, Seigneur d'Adelsheim,
qui portoit un Bafton noir , comme
Maréchal. Il eſtoit ſuivy de
vingt- deuxGentilshommes, Vaffauxde
S. A. E. deſtinez à porter
le Corps, marchant deux à deux.
On voyoit en ſuite fix Valets -de-
Pied en une ligne,avec des Flambeaux
de Cire blanche. Monſieur
Bernſteim,& Monfieur Bettendorff,
Maréchal de Cour , alloient
derriere en qualité deMaréchaux
, & avec des Baſtons
noirs.
GALANT. 117
A quelques pas de diſtance .
paroiſſoit le Chariot de deüil. II
étoit tiré par huit Chevaux caparaçonnez
de noir , guidez avec
des Cordons de Crefpe noir par
huit Gentilshommes; fçavoir,
Monfieur de Ruiſch .
- Monfieur Quad de Landfcron.
res.
Meſſieurs de Romberg , Fre-
Monfieur Perſuis de Lautdorff.
Monfieur de Perlips.
Monfieur de Bettendorff.
Monfieur de Schmettau.
Sur ce Chariot eſtoit posé le
Corps de S. A. E. & au deſſus il y
avoit un grand Poël de Velours
noir , garny d'Hermines. Les
quatre bouts en eftoient portez
par les quatre Chambellans de
Monfieur l'Electeur , qui font
Mon
118 MERCURE
J
:
Monfieur le Baron de Polheim .
Monfieur Carben de Carben .
Monfieur Zillhard.
Monfieur Crailsheim .....
Au deſſus du Corps on voyoitun
Dais de Velours noir , garny
d'Hermines, porté par
- Monfieur d'Adelsheim, Capitaine
de la Nobleſſe,
Monfieur le Colonel Vvambolt
,
Monfieur leColonel Haxthaufen
,
Monfieur de Vvolffsheel
Meſſieurs de Vvallbrun , Seigneur
de Portenheim ,
Monfieur le Lieutenant Colonel
Rair, >
Monfieur de Crouberg ,
Monfieur de Surckeim.
Proche du Corps , eſtoient
vingt- quatre tant Etudians que
Commis de la Chancellerie de
la
MERCURE
119
la Chambre , portant des Flambeaux
de cire blanche , & aux
deux côtez quatorze Valets de
Pied,&feize Gardes à cheval .
Apres le Chariot de deüil ſuivoit
le Maréchal de la Cour, precedant
Son Alteſſe Electorale
Palatine avec un tres- long manteau,
dont Monfieur d'Adelsheim
ſon Ecuyer portoit la queuë. De
l'un & l'autre côté marchoient
fix Pages , avec des Flambeaux
de cire blanche , fix Valets de
Pied ,& douze Gardes à cheval .
Le Grand- Maistre d'Hôtelde la
Cour de S.A.E & pluſieurs Comtes
& Seigneurs marchoient enfuite,
& apres eux , tous les Officiers
de la Cour , la Chancellerie
, l'Univerſité precedée de ſes
Bedeaux , portant deux Sceptres
d'où pendoientdes Creſpes noirs,
& fuivie des Etudians en deüil,
les
120 MERCURE
les Miniſtres , &c. Les Officiers
du Bailliage , & les Députez des
Fortereſſes de Manheim, Franc-
Kenthal , & des autres Places du
Palatinat. Le Magiſtrat d'Heidelberg
alloit le dernier, ſuivy de
la Bourgeoifie , & la Marche eftoit
fermée par les Dragonsde
latGarde.
Outre les Flambeaux dont j'ay
parlé , il en fut encor diſtribué
plus dedeuxcens , que les Valets
de la Nobleſſe porterent des
deux coſtez du Corps.
८
Depuis la Maiſon ou l'Hôtel
des Commiſſaires , la Garniſon
eſtoit rangée en bataille avec
une partie de la Bourgeoiſie ,
ayant leurs Tambours couverts
de deüil.
Le Corps eſtant arrivé à la
Porte de l'Eglife, lesGentilshommes
Vaſſaux le tirerent du Chariot,
21
-n
e
nt
nfi
DE
LA
VILLE
LYON
1893
ra
sd. tte
١٢-
ne
1a,
na
T
Du-
יח-
4
les
le
ité
que
ice
cur
1
Гa-
Ac
し
12
le
Fo
Pa
de
SRI-ARCHITH
& EL ・B・D.1676 .
la
101lat
ed plu
de
de
de
IL
eft
un
ay
de
Po
me
GALANT. 121
riot , pour le porter juſques aupres
de la Cave, où des Gens deſtinez
pour cet employ devoient
le deſcendre . S. A. E. ſuivit ainſi
que tout le Convoy ,&demeura
dans l'Egliſe pendat que le Corps
fut defcendu. Si- toſt que cette
Ceremonie fut achevée,la Bourgeoiſie
& la Garniſon firent une
Salve, ſur un fignal qu'on donna,
& Monfieur l'Electeur retourna
au Château accompagné de toute
ſa Cour, au bruit d'une feconde
Salve du gros canon.
Le lendemain 26. il y eut des
Oraiſons Funebres dans tout le
Païs , & le 27. dans l'Univerſité
de Heidelberg. La Médaille que
j'adjoûte eſt le Portrait du Prince
defunt.
Les Cavalcades de Monfieur
le Prince Radzevill Ambaffadeur
de Pologne,dont je vous ay
Decembre 1680. F
122 MERCURE
appris les circonstances depuis
quelques mois, ont eſté bien- toſt
fuivies de fa mort. On l'avoit vû
tourmenté d'un fort grand mal
de poitrine pendant plus d'un
mois avant ſon départ de Rome,
& malgré les Medecins il s'eſtoit
mis en chemin , dans la pensée
que le changement d'air pourroit
luy aider à ſe rétablir ; mais à peine
fut-il arrivé à Bologne , qu'il
ſentit de grands redoublemens
de fon mal , accompagnez d'une
fievre violente qui l'emporta le
14. de l'autre Mois .Ce qu'il y a de
fort remarquable, c'eſt que Monfieur
le Prince Radzevill fon Pere
eſt mort dans la même Ville,dans
le mefine Palais , dans la meſme
Chambre , & au retour comme
luy d'une Ambaſſade de Rome.Je
croy vous avoir déja marqué que
c'eſtoit un Prince orné de tres-
4 belles
GALANT. 123
A
belles qualitez , qui parloit parfaitement
pluſieurs Langues , & qui
dans la Harangue qu'il fit au Pape
en plein Confiftoire , il avoit
fait connoître qu'il poſſedoit la
Latine dans toute ſa pureté. Il
s'eſtoitacquis beaucoup de gloire
dans les Guerres de Pologne, où
il avoit toûjours recherché lesoccafions
les plus perilleuſes , pour
s'y faire diftinguer . Sa magnificence
répondoit à fon courage,
& foûtenoit dignement l'avantage
qu'il tiroitde la qualité de Prinde,
& de celle de Beaufrere d'un
grand Roy.ob quonnred
Monfieur de Langlade eſt mort ,
*auffi - bien que Monfieur Tiraqueau
, Seigneur de Montigny,
Confeiller en la Cour des Aydes.
Ge premier estoit autrefois Secretaire
du Cabineten lo'nalis
Monfieur Salmont , Secretaire
AJ F 2
124
MERCURE
du Roy, & Garde des Rôles des
Offices de France , a ſuivy ceux
que je viens de vous nommer .)
C'eſtoit un Homme plus connu
par ſon merite que par ſesCharges.
Quantité de curieux & beaux
Eſprits , s'aſſembloient chez luy
certains jours de la Semaine . Ce
commerce lay avoit donné beaucoup
d'Amis. C'eſt avec raiſon
qu'ils le regretent , le Public faiſant
toûjours une grande perte,
quand il perd ceux qui ne cherchent
qu'à luy eſtre utiles .
Je vous envoye une Fable , où
beaucoup de Belles trouveront
dépeint ce qui leur eſt arrivé. Le
chagrind'eſtre exposées àla médiſance,
leur fait ſouvent fairede
grands facrifices , & quelque innocent
que foit leur panchant,
elles n'ofent plus le croire , dés
qu'il commence à faire parler .
요 LA
GALANT.
LA LINOTE ,
ET LE MOINEAU.
D
FABLE .
2.2
Ans un Lieu Sombre &folitaire
,
Motille des eaux d'une grande
Riviere ,
Et couvert de mille Arbriſſeaux,
Loin de la foule des Oyſeaux ,
Habite une Linote aussi belle que
fiere
D'un plumage éclatant, d'une vertusevere,
Et quiportesiloin un merite achevé,
Qu'entre tous les Oyſeaux de diferente
espece ,
Il ne s'en trouve point d'un rangsi
relevé ,
Qui puisse justement meriter Sa
tendreffe.
Fiij
126 MERCURE
T
•Mille Amans des Bois d'alentour,
Confiderez par leur plumage ,
Tous de bonneMaison, &d'illustre
Lignage ,
Pour elle ont quitté leurSejour,
Etfont venusà tire- d'aile
Soûpirer ardemment aux pieds de
cette Belle ,
Etpar millefoins amoureux ,
Offriràses appas un coeur tendre &
fidelle sp
Mais elle a méprisé leurs voeux,
Et tous n'ont remporté chez eux
Qu'un grand fond de respect , &
d'estime pour elle.
Admirez de l'Amour le pouvoir
Surprenant.
:
Un Moineau de peu d'apparence ,
Mais d'un esprit entreprenant ,
Ne craignit pointſa reſiſtance.
Son
GALANT. 127
Son coeur estoit pour elle ardemment
prevenu,
Et l'on dit qu'il l'aima dés la premiere
veue ;
Il admiroitfon chant , Sa douceur,
Savertu,
Etfon aimable retenuë .
Enfinſeſentant confumer
Parune langueur inconnuë ,
Cet Oyfeau trop hardy , Sans fonger
à l'iſſuë ,
Reſolut de s'enfaire aimer.
L'entreprise estoit difficile ;
Mille Rivaux devantfes yeux
Etaloientfans eſpoir uneflâme inutile,
Mais cet Esprit ambitieux ,
Pour en venir à bout ,ſe crût affez
habile.
Sans autre guide que l'Amour,
Dont ilfentoit laforce inévitable,
Fiiij
128 MERCURE
Le Moineau se rendit au Reduit
agreable
Où noſtre Belle a choiſt ſonfejour.
Lafe gliſſant au fond deſa demeure
obscure ,
Il eſt reçeu Sans eſtre rebutë ,
Ilfait defon amour unc vive peinture
,
Etfon ramage est écouté.
Apres cette heureuſe viſite ,
S'applaudiſſant deſa conduite,
Etflatant fon coeur amoureux,
Ilne crût pas fort impoſſible
De luy faire agréerſes feux,
Et de la rendre un jourſenſible.
Enfin Sans s'arrester au détail en-
пиусих
Des divers progrés de ſaflâme.
Suffit , qu'il sçeut si bien conduire
cette trame ,
Que lefuccez en fut heureux .
Il
GALANT. 129
Ilfit paroiſtre auxyeux deSa Mattreffe
Tant de respect,tant deſoûmiſſion,
Et fit voir avec tant d'adreſſe
La grandeur de fa paſſion,
Qu'elle laiſſa toucherson coeur à la
tendreffe.
Elle en fouffrit d'abord quelque confusion;
Mais enfin luy rendant carreffe
pourcarreffe,
Apres mille petits discours ,
Qui marquoient de leurs coeurs la
parfaite allegreſſes
Ils convinvent tous deux qu'ils
meroient toûjours .
sar
Ils joüirent longtempsſans peine
De toutes les douceurs d'une agreas
blechaîne.
ة ي د
L'impatient Moineau ne pouvant
Loûtenir
F
130 MERCURE
L'absence de celle qu'ilaime,
Recherchoit en tous lieux avec un
Soin extréme
Le plaisirde la voir & de l'entretenir,
Le Publicse mesta bientoft de lours
Ils laiſſoient éclater un commerce fi
doux
Et n'enfaisoient plus de mistere;
Tant-pis ( cela fort dit seulement
entre nous : -
En effet , le Moineau qui n'avoit
d'ordinaire
Que des plaisirs délicieux ,
Lut bientoft fur les bras, par un deſtin
contraire ,
Des laloux & des Envieux .
Leur amour fut connu, plusieurs s'en
'étonnerent, 347789 91
Tous les Rivaux enmurmurerent,
Onfit mille discours en l'air.
Cha
GALANT. -131
Chaque Oyſeau ſuivoit ſon génie;
L'un par dépit, l'autre par jalousie,
Tout le monde en voulut parler.
Entr'autres certaine Fauvete ,
Ialouſe du bonheur de nostre heureux
Amant ,
Anima fa langue indiscrete
Pour troubler les plaisirs qu'il goutoit
en aimant; 1152
Et cette infolente Gazete
Ofa taxer impudemment
La Linote d'estre Coquete
Quand cette Belle apprit les difcours
odieux
slan
(
Que l'on répandoit en tous lieux,
Comme un Oyfeau , discrete &
Sage
L'ame touchée, & le coeur abattu ,
Elle ſe plaignit de Loutrage.
N'auray -je point le droit que tant
d'autres ont e
Difoit132
MERCURE
Difoit- elle , de voir un Oyſeau
plein d'adreſſe,
Un honneſte Moineau , qui ſe
faiteſtimer
• Par ſon eſprit, par ſa tendreſſe ,
-Dont le ramage doux , & la délicateſſe
,
Peut réjoüir , & nous charmer ?
Quand un tel Oyſeau nous
carrefle ,
Eſt- ce un grand crime de l'aimer
?
L'amour eſt- il incompatible
Avec les deſirs genéreux ,
Et croit- on qu'il ſoit impoffible
D'accorder le coeur tendre avec
le vertueux?
९ !
Puis reprenantfonhumeurfiere.
Si l'on condamne mes ſoûpirs,
Ne fongeons plus , dit- elle , aux
amoureux plaiſirs ,
Et
GALANT.
133
Et reprenons ma conduite premiere.
Ade fauſſes douceurs c'eſt trop
de temps perdu,
Il faut faire un effort digne de
l'entreprendre ,
Sacrifions à la Vertu
Ce que mon coeur a de plus
tendre.
Et vous , dit elle , en parlant au
Moineau ,
Si vous m'aimez , charmant
Oyſeau ,
Etouffez, s'il ſe peut, pour jamais
voſtre flame,
Laiſſez -moy dans ces Lieux
réclus
Achever une vie innocente &
fans blame ;
Adieu , retirez-vous , & ne me
voyez plus.
Vn
134
MERCURE
هقص
CVn
discours fi remply de froideur&
de glace , ek
Surprend ce pauvre Infortuné ,
De mille paſſions son ame s'embarraffes
Ilne peut concevoir cet ordre ino-
:
spines mor
Mais enfin rapellant fon esprit
étonné
1.Il gémit , ilse desesperes
2
Il nomme sa Maîtreffe inconftante
& légere
Et tombant à ses pieds , d'un air
eizi passionné,
Ilſe plaint doucement de Sarigueur
Flextréme. You d
Vous me quittez , dit - il , & je
vous aime
Pouvez-vous m'ordonner de m'ésau
loigner de vous
Moy , qui de vous aimer me fais
un bien fi doux ?
Quel
GALANT.
1
د
Quelle humeur ! quelle fan-
Où ſont ces doux tranſports dont
j'eſtois fi charme ?
Ah ! ce n'eſtoit qu'hypocrifie,
Et le pauvreMoineau ne fut jamaisaime
ອງ و
Quoy donc, dans le fond de vo-
T
treamealq as a la
N'eſt-il point de retour favorable
à maflames,
Qui puiffe révoquer cet Arreſt
inhumain ?
Helas ! vous vous taiſez , In-
Et mes larmes I coulent Cen
C'en est fait, mon malheur par
ce filencer éclates! Shell
Il n'est point de remede à mes
vives doutewisconsing al
Vous voulez m'oublier , je volis
-14 aime , &jemeurs.
On
136 MERCURE
し
On dit qu'à ce discours elle fut attendrie
, azonban and
Et que defon Amant elle eut quelque
pitié.
- Cependantle Moineau public ,
-Qu'apres cent fermens elle oublie
-Ce qu'elle doit àſa tendre amitié.
Il s'en plaint ,foûpire, & proteste,
-Que malgré ce revers funeste
Que luy cauſent de fots discours,
Il aime la Linote , & l'aimera
toûjours.
Le Roy a nommé monfieur
d'Oppede , Préſident à Mortier
au Parlement de Provence, Ambaffadeur
ordinaire en Portugal.
Il a eſté Intendant à Meſſine. Il
eſtbien fait de ſa perſonne. Il a
la phiſionomie belle & heureuſe.
Il est civil& honneſte . Il a beaucoup
d'intelligence dans les Affaires,
GALANT. 137
faires
, & ſon eſprit répond à
toutes les grandes qualitez qu'on
remarque tous les jours en luy.
Il eſt de la Maiſon de Fourbin.
Feu monfieur d'Oppede fon Pere
avoit eſté Intendant de la Province
, puis Préſident à Mortier,
& enfuite Premier Préſident
dans le meſme Parlement de Provence.
Il eſt à remarquer qu'il
eſtoit le cinquiéme Baron d'Oppede
de la meſime Maiſon, qu'on
avoit vû à la teſte de cet illuſtre
Corps. Cette Place eſt preſentement
remplie par monfieur Marin,
fon Beau- Frere.
Le Roy dont la vigilance eſt
continuelle "pour le bien de ſes
Sujets , ne s'eſt pas contenté du
nouveau Code qu'il a fait faire
il y a déja quelques années. Il a
toûjours travaillé depuis ce temps
là à rendre l'Etude du Droit
plus
138
MERCURE
plus floriffante , & dans ce deffein
, il vient encor de nommer
douze Docteurs agrégez à la Faculté
de Paris .Ces Docteurs font
-Meffieurs Boccager , Paucy , dụ
Gono,Bazziere, Piolin, du Ru , le
Gendre , Mongin , Bonamours,
Coleffon , Girard , & Amyot. Ils
preſterent le Serment le vingthuitiéme
du paſſé,entre les mains
de Meffieurs Boucherat , & de
Bezons, Conſeillers d'Etat , Commiſſaires
députez par ſa Majeſté;
-&le lendemain 29. Monfieur de
Meslles , Syndic & cydevant
Doyende Charge de la Faculté
duDroitCivil& Canon de Paris,
fit un Difcours public aux anciennes
Ecoles , où il montra , en
faiſant l'Eloge de Monfieur le
Chancelier , que le Roy ne s'eftoit
pas moins diftingué des autres
Princes de l'Europe par ſa
pru
GALANT.139
1
prudence, &par ſa juſtice,qu'il a
fait par la valeur , par ſes victoi
res,&par fa clemence.Monfieur
Pelletier, Confeiller d'Etat, eſtoit
àla teſtede la Faculté,avec Monfieur
Boucherat , & de Bezons.
Quoy que l'Aſſemblée fut nombreuſe
, elle n'eſtoit compofée
que de Perſonnes de choix , foit
pour le rang,ſoit pour lemérite.
Quoy qu'il y ait de la baſſeſſe à
tromper , il eſt des occafions où
de fort honneſtes Gens ne s'en
font aucun ſcrupule. Voyez,Madame,
fi vous pourrez eſtre contre
le Trompeur dans l'Avanture
qu'on m'a appriſe depuis quelques
jours. Une Dame des plus
coquetes qu'ily eut jamais , s'eftoit
tellement accoutumée à voir
le monde , que la moindre ſolitade
luy paroiffoit le plus grand de
tous les maux. Il falloit qu'elle vifitaft,
140
MERCURE
ſitaſt , ou qu'elle fuſt viſitée , &
de quelque bouche que puſſent
fortir les douceurs qu'on luy difoit,
c'eſtoient toûjours des douceurs
, & il ſuffiroit qu'elle y
trouvaſt de la flaterie , pour les
écouter avec plaifir. Comme elle
avoit beaucoup plus de Bien que
fon Mary , & qu'elle eſtoit mefme
de plus de naiſſance , elle
prétendit avoir droit de dominer.
Il eut beau vouloir régler ſa conduite.
Elle ſuivit ſon panchant, &
ſes remontrances furent inutiles.
Sa coqueterie augmentant de
jour en jour , & attirant ſouvent
au Mary de fâcheuſes railleries,
il en mourut enfin de chagrin ;
par malheur pour la Dame , il
ne s'aviſa de cette folie que
quand elle eut cinquante ans. Cet
âge , que des ſecours mandiez avoient
peine à déguiſer,la rendoit
mal
GALANT... 141
1
mal propre à faire encor des conqueſtes.
D'ailleurs ſes plus grands
charmes n'ayant jamais confiſté
qu'en agrémens de jeuneſſe, il ne
luy reſtoit du premier brillant
qu'elle avoit eu,qu'un ridicule enjoüemét
qui s'accordoit mal avec
ſes années.Ainſi quoy que leVeuvage
la miſt dans l'indépendance,
elle euſt mal paſſe ſon temps,
ſans une Fille dont les belles qualitez
commençoient à faire bruit,
Elle n'avoit encor que douze ans,
mais ſon eſprit eſtoit déja fi formé
, & un fi grand éclat de beauté
ſoûtenoit cet avantage,qu'elle
s'attira bientoſt une groſſe Cour.
Vous pouvez croire que de l'humeur
dont estoit ſa Mere, elle ne
ferma la porte à perſonne. Elle
voyoit avec joye la foule d'Amans
s'accroiftre , & dans ce
-grand nombre , les mieux reçeus
eſtoient
142.1
MERCURE
eſtoient ceux qui luy procuroient
plus de plaiſirs . Cependant lap
Belle à qui l'amour estoit encor
inconnu , eut beau avancer en
âge. Chaque Prétendant avoit fa.
tache dés qu'il s'expliquoit fur le
Sacrement. L'un n'eſtoit pasd'une
qualité affez diftinguée. Liautre
n'avoit qu'un bien médiocre.
Ceļuy- cy faiſoit une trop grande
dépenſe. Celuy-là paroifloittrop
refervé.Enfin aucun d'eux n'ef
toit bon pour un mary ; & dans
les divers defauts que leur impur:
toit la mere, tous demandoient,
perſonne n'obtenoit.La Belle qui
avoit inſenſiblemét attrapé vingt->
ans, ſans qu'elle euſt ceffé d'eſtre
indiferente , s'eſtoit juſque-là afen
fez bien accommodée de cette
conduite ; mais enfin un Cavalier
auſſi bien fait que ſpirituel , s'en
tant attaché à luy rendre quel-
RRRRR
ما
ques
GALANT.
1431
A
ques ſoins , trouva le ſecret de
toucher ſon coeur. Il eſtoit riche
d'une des meilleures maiſons de!
Poitou ,& avoit des manieres fi
engageantes , qu'il eſtoit impoffi
blede le voir ſans l'eſtimer. Comme
il propoſa d'abord beaucoup
de Parties d'Opera , de Comedie,
& de Promenades , il fut tout-à
fait au gré de la Meresmais quand
ſes pretentions furent découver
tes , il n'eut plus pour elle le même
agrément. Elle le tint longtemps
en balance , d'autant plus
chagrine de ſa déclaration , que
le Party eſtant fort avantageux
elle ne ſçavoit fur quelle raiſon
fonder ſes refus. Elle en trouva
pourtant une , en luy oppoſant
qu'il demeuroit en Province , &
qu'aimant fa Fille avec la plus
forte paffion , elle ne pouvoit ſe
réfoudre ny à la perdre , ny à la
:
fuivre
4
144
MERCURE
ſuivre en un Lieu dont le fejour
luy ſeroit inſupportable apres celuy
de Paris. Le Cavalier offrit
auſſitoſt de prendre une Charge
en Cour,& ne demanda à ſe marier
que quand il ſeroit receu.
Elle traita l'offre d'artifice , & dit
qu'une Charge qu'il pouvoit ne
garder que quelques mois , ne
luy répondoit de rien .La Belle qui
aimoit le Cavalier,comença d'ouvrir
les yeux fur la politique de ſa
Mere. Elle connut aiſément qu'
ayant gardé l'amour des plaiſirs
malgré ſes vieilles années, elle ne
trouvoit des raiſons d'exclufion
-fur tous les Partys qui ſe préſentoient
pour elle, qu'afin que diférant
à la marier, elle puſt joüir par
reflexion des complaiſances de
ſes Amans,& paſſer toûjours d'agreables
heures. Le Cavalier à
qui elle ouvrit ſon coeur ſur les
refus
GALANT.
145
refus de fa Mere , comprit ainſi
qu'elle ce qui l'obligeoit à cette
conduite. Son enteſtement pour
toutes les Modes , ſa façon de
s'habiller , & mille affectations,
pardonnables ſeulement auxjeunes
Perſonnes , luy faiſoient trop
voir que le long temps qu'elle
avoit veſcu , n'avoit encor pû luy
meurir l'eſprit. Il ne ſçavoit quel
remede apporter à fon malheur,
& il euſt eſté peut- eſtre contraint
d'abandonner la partie ,
ſans un Marquis de ſa connoifſance
, qui ayant appris ſon embarras,
entreprit de l'en tirer. Ileftoitjeune,
avoit l'eſprit vif,lesmanieres
fines ; & ſur le portrait que
leCavalier luy fit de la Dame,
ne douta point qu'il ne vinſt à
bout de la duper. Il prit ſes mefures
avec ſon Amy , & apres
qu'il eut eſté réſolu qu'ils fein-
Decembre 1680.. G
il
1
146 MERCURE
droient de ne ſe point connoître...
l'un l'autre , & que la Belle ne s'étonneroit
point de le voir agir
contre elle un peu cavalierement,
il rendit viſite , & n'eut pas de
peine à en trouver le pretexte...
Quoy que la Belle luy paruſt
toute charmante , il n'eut pour
elle qu'une honneſteté pleinede
froideur , & s'attacha aupres de
laDame , dont à tous momens il
loioit l'eſprit,& ces agreables jene-
ſcay- quoy qui touchent plus
que labeautémeſme. Il la vit cinq
ou fix fois de la meſme forte , &
toûjours avec un attachement
particulier. La Dame charmée
ne pouvoit affez s'applaudir de
ſon bonheur. La gloire de faire
encor à fon âge une conqueſte
importante , luy paroiffoit un!
triomphe reſervé àelle ſeule; &
dans la crainte de le laiſſer écha- j
:
GALANT. 147
per , c'eſtoient tous les jours de
nouveaux ſoins pour ſe rendre
aimable aux yeux du Marquis. II
eut pour elle pendant tout un
mois des complaiſances & des
affiduitez extraordinaires , fans
qu'on puſt croire qu'il ſongeaſt
dautre choſe qu'à s'en faire ai
mer. Chacun en parloit avec ſurpriſe
, & le commerce augmentant
toûjours, il ſe faiſoitun plai+
fir de la ſotiſe de ceux qui donnoientdans
le panneau. Le temps
l'ayant fait entrer dans la confidence
de la Dame , il luy dit un
jour ſur l'article de ſa Fille , que
tout Homme qui avoit des yeux
devoit convenir de ſa beauté ;
mais qu'il luy trouvoit une fierté
ridicule , un eſprit ſans regle , &
ſi peu de pratique du beau monde,
que cherchant moins le brillant
que le ſolide , il prefereroit
Gij
148 MERCURE
toûjours une Femme de quarante
ans à une Perſonne auſſi jeune
qu'elle . Là- deſſus il luy jura qu'il
ne pouvoit croire qu'elle en euſt
plus de trente-cinq ,& afſaiſonna
cette douceur de regards ſi languiffans
, & de proteſtations fi
tendres , que la Dame demeura
perfuadée qu'on ne pouvoit eftre
plus amoureux qu'il l'eſtoit.
Il pourſuivit quelques jours ſur
ce meſme ton , & pour venir à
ſes fins avec moins d'obstacle , il
feignit d'avoir quelque démeſlé
avec la Belle , & affecta meſmede
l'aigreur en luy parlant. La
Dame ſe rangea de ſon party
contre ſa Fille , & les chofes eftant
diſpoſées de cette forte , le
Marquis qui luy avoit déja dit
plus d'une fois que cette aimable
Perſonne luy eſtoit inſuportable ,
la conjura d'agréer une Partie de
plaifir,
GALANT.
149
plaiſir, ſans ce Témoin importun ,
qui en euſt troublé toute la douceur.
La vieille Coquete y conſentit
avec joye, & montant feule
en Carroſſe avec ſon prétendu
Amant, & une Suivante , ils allerent
à une lieuë de Paris , où un
Repas tres - propre eſtoit préparé.
Ce galant Régal acheva de luy
renverſer l'eſprit. Faire dépenſe
pour elle , c'eſtoit témoigner une
forte paffion.Apres s'eftre diverty
quelque temps de ſa folie,le Marquis
changea d'humeur,& fit paroiſtre
un chagrin dont elle voulut
qu'il luy découvriſt la cauſe.
Alors prenant un viſage ſérieux , il
luy dit qu'il n'avoit pû la voir ſt
longtemps ſans eſtre charme de
fon merite , & qu'il préſumoit affez
des obligeätes marques d'eſtime
qu'elle luy avoittat de fois dōnées,
pour croire qu'elle pourroit
Giij
150 MERCURE
ſe reſoudre à l'épouſer ; mais
que malheureuſement ayant autant
d'averſion pour ſa Fille, qu'il
fentoit d'amour pour elle , il voyoit
bien qu'il devoit renoncer à
fon bonheur , puis qu'aimer la
Mere avec paffion,& ne pouvoir
yoir la Fille ſans ſe faire une violence
inconcevable , c'eſtoient
deux choſes qui n'auroient,jamais
rien de compatible . La difficulté
qui arreſtoit le Marquis eftant
facile à lever , vous devinez
aifément la réponſe de la Dame.
Sa Fille avoit des Amans, & pour
l'ofter d'aupres d'elle , il ne falloit
quela marier.Ce fut peu pour
le Marquis. Il prétendit qu'eſtant
mariée , elle verroit tous les jours
ſa Mere , qu'il feroit blamé s'il
l'empéchoit , & que ne pouvant
vaincre ſon antipatie ,
auroit toûjours à ſoufrir égaleil
ment .
GALAN T.
ment. Le Cavalier de Poitou fut
auſſi toſt proposé. Il devoit mener
la Belle en Province , & le
Mariage fait,elle partoit de Paris.
C'eſtoit où le Marquis attendoit
la Dame. Illuy dit tout ce qu'un
fincere amour peut inſpirer d'obligeant
, & feignant qu'il trouvoit
de l'injuſtice àla priver d'une
Fille qu'elle aimoit, pour contenter
ſa bizarrerie , il la pria de luy
accorder trois ou quatre mois,pédant
leſquels il feroit tous fes efforts
pour furmonter ſon averfion,
&mériter mieux l'extraordinaire
marque de tendreſſe qu'elle vouloit
luydonner. La Dame flatée
du rang de Marquife , & de la
gloire d'avoir un Mary tout plein
de mérite, proteſta que ce facrifice
eſtoir le moindre qu'elle fuſt
preſte à luy faire; que s'il en ſçavoit
de plus importans , il n'a-
Giij
1-152 MERCURE
4
voit qu'à s'expliquer , & pour luy
faire connoiſtre qu'il diſpoſeroit
toûjours abſolument de toutes
les choſes qui dépendroient d'elle
, elle voulut qu'il réglaſt les
avantages qu'elle devoit faire à
ſa Fille , eftant bien aiſe dene luy
donner en la mariant qu'autant
qu il ſouhaiteroit , afin qu'il joüift
du reſte . Le Marquis luy répondit
, que dans l'amour qu'il avoit
pour elle , il ne regardoit que fa
perfonne , & qu'ayant affez de
Bien par luy meſme pour la faire
vivre avecéclat, il luy ſeroit obligé
ſi elle faifoit les conditions de
fa Fille tres- avantageuſes , afin
qu'on ne luy puſt imputer d'avoir
affoibly so Mariage par des veuës
intereſſées. Il ajoûta qu'il voyoit
grand monde , qu'il donnoit fouvent
àmanger à ſes Amis, & que
ſi cettedepenſe ne luy plaiſoit pas .
il
GALAN T.
153:
il renonceroit à tout pour ſe conformerà
ſes volontez .C'eſtoit flater
agreablement laDame ,& du
caractere dont elle eſtoit , vous
jugez bien qu'elle n'avoit garde
de foufrir aucune reforme ſur cet
Article. Dés le ſoir meſme elle
déclara à ſa Fille ce qu'elle avoit
réſolu . Le Contract fut ſigné le
lendemain, avec des clauſes dont
on eut tout lieu d'eſtre ſatisfait,
&trois jours apres le Mariage ſe
fit. Le Marquis fut de la Nôce,
& fit valoir à la Dame les honneſtetez
qu'il eut pour la Mariée.
Les Parties eſtant d'intelligence
avec le Marquis, &d'accord entr'elles
ſur les ſentimens du coeur,
il ne faut pas s'étonner ſi la choſe
alla ſi viſte. Le Cavalier ayant
dit d'abord que d'importantes affaires
le rappelloient en Province,
il eſt aisé de s'imaginer qu'il n'eut
G V
154 MERCURE
pas de peine à obtenir permiffion
de partir. Il feignit de vouloir
faire le voyage ſeul , afin d'épargner
à la Mere& à la Fille le déplaiſirde
ſe ſeparer ſi toft;mais on
trouva juſte que fa Femme le ſuiviſt.
Ils partirent donc, & cejour
là meſme la Dame attendit fon
cher Marquis, avec les emprefſemens
d'impatience que donne
l'amour aux coeurs furannez. Sa
complaifance eftant épuisée par
le ſervice qu'il avoit rendu à fon
Amy,il ne parut point, &elle envoya
fix fois chez luy, fans qu'on
luy pût dire ce qu'il étoit devenu.
L'inquietudela prit,&la plus vive
douleur fut jointe à l'inquietude
quad elle paſſa les deux jours fuivans
ſans qu'elle en reçeuſt aucune
nouvelle. Elle monta enCar
roffe , l'alla chercher elle mefme
en diférens lieux,& revint defefperée
GALANT.
155
perée de cette marque d'oubly.
Tous les Amans de ſa Fille ayant
deferté par ſon Mariage , elle ne
voyoit perfonne ,& fe repentoit
trop tard d'avoir conſenty àl'exiler.
Enfin le Marquis voulant s'affranchir
de festrop fréquesmeſfages,
fongea au dénouement de
la Piece,& le fit parunBilletdont
la raillerie mitle coble à ſeschal
grins. CeBillet portoit qu'allant
chez elle pour les Articles qu'ils
devoient dreſſfer enſemble,il s'eftoit
ſouvenu que croyant mourir
d'une bleſſure reçeuëdans ſa derniere
Campagne,il avoit fait voeu
s'il en échapoit , de paffer fa vie
dans leCélibat ; que depuis trois
jours il avoit confulté tous les
Docteurs de Paris , & qu'aucun
d'euxn'ayant le pouvoir de le relever
de fon Voeu , il eſtoit réſolu
d'enaller pourſuivrela Diſpenſe à
Rome
156 MERCURE
Rome ; qu'il la ſuplioit de ne le
pas expoſer, à la douleur de l'adieu
, & que ſi elle avoit aſſez
de conſtance pour luy conſerver
ſon coeur,il tâcheroit par de nouveaux
ſoins de le mériter à fon
retour. Cette Lettre fut un coup
de foudre pour la Dame. Elle vit
bien qu'elle estoit joüée , & les
plaiſans contes que fit le Marquis
de ſon prétendu attachement,
ne luy apprirent que trop dans
quel panneau elle avoit donné.
Une autre qu'elle ſeroit morte de
chagrin ; mais comme elle aimoit
la vie plus que toutes chofes,
elle trouva à propos de fermer
les yeux fur la tromperie qu'on
luy avoit faite , & partit pour de
Poitou , ne doutant point qu'elle
n'y viſt plus de monde aupres de
ſa Fille , qu'elle n'en verroit en
reſtant ſeule Paris. Je croirois
qu'ayant
GALANT.
157
qu'ayant entendu raifon , &
eſtant revenuë à elle - meſme,
elle ſe ſeroit divertie à écrire le
Billet qui m'a eſté adreſſé depuis
quelques jours , ſi la Coquete
qu'on y fait parler , ne déclaroit
qu'en tâchant de donner de l'amour
à tout le monde , elle s'eſt
toûjours défendüe d'en prendre.
Voyez , Madame , ſi quelqu'un
de vos Amis voudra travailler
pour ſa confolation.Voicy ce que
contient le Billet
A
Ercure. Quoy que vous pu
Mbliyektout dcee que l'on vous
A
dit ,je ne laiſſeray pas de vous confier
que j'ay esté toute ma vie une
honneste Coquete , qui ay fait mon
plaisir de donner de l'amourſans en
prendre. I' aymis en ufage tout ce que
la Nature m'a donné d'adreſſe,
pour m'en faire conter par tou
60
tes
1318 MERCURE
tes fortes de Gens fans exception.
Les Ieunes , les Vieux , les Riches,
les Bourgeois , & jusqu'aux Secretaires&
Sommeliers, il n'a pas te
nu àmoy queje n' aye esté leur amufement
de coeur,&je vous affure que
tant que cela a duré , j'ay paffé le
temps comme une Reyne. Apresent
que je commence àvieillir,jesuis au
déſeſpoir de ne pouvoir plus me divertir
de la mesme forte. Tout me
paroîtfade,&infipide. Ie m'ennuye,
&rien ne me donne de goust.Ie m'adreſſe
donc à vous , mon cherMercure
, non pas pour coqueter avec
vous, car quoy que cesoit un de vos
métiers, cela ne mesuffiroit pas mais
pour vous prier de propoſer au Public
d'écrire pour confoler une Coquete
qui vieillit, afin quej'aprenne
des Gensſages , ce queje dois faire
pour m'empeſcherde mourirde cha.
grinew
१५५
Ces
GALANT.
159
Ces jours paffez , Monfieur
l'Abbé Pellot Fils de Monfieur
Pellot,Premier Préſidentde Normandie,
ſoûtint au College d'Harcourtune
Theſe de Philofophie,
qu'il dédia à Monfieur Colbert.
Ledeſſein en avoit eſté inventé
parMonfieurMignard,& exécuté
par Monfieur Poilly. C'eſtoit
le Temps , qui préſentoit par les
mains de l'Honneur le Portrait
de ce grandMiniſtre à l'Eternité .
Il n'eſt pas beſoin de vous dire
que ce jeune Abbé s'attira l'admiration
de la plus celébre Af
femblée que l'on ait veuë depuis
longtemps , quand vous ſçaurez
qu'il joint à un eſprit vif,
unemémoire heureuſe, & beaucoup
d'attachement pour l'étude.
Et l'on doit en attendre toutes
choſes, puis qu'avec ces qualitez
naturelles il a aupres deluy
Mon
160 MERCURE
M.Audran , Docteur de Sorbonne
, qui outre une grande érudition
, a une netteté admirable
qu'il fait paroiſtre dans les Matieres
les plus épineuſes .
Le P.Alexis du Buc , Theatin ,
continuant d'appliquer ſes ſoins
au falut des Ames, a fait connoiſtre
à Madame de Vallegrand &
àdeuxde ſes Enfans , les erreurs
de la Religion Prétendue Reformée.
Ils en firent abjuration entre
ſes mains le ſecond jour de ce
Mais , dans l'Egliſe des grandes
Carmelites . La maison de Vallegrand
eſt une des premieres de
Champagne.
Le 25 jour d'Aouſt de l'Année
prochaine 1681. Meſſieurs de l'Academie
Françoiſe donneront le
Prix de l'Eloquence , là celuy qui
aura le mieux reuſſi dans un
Diſcours , que tous ceux qui y
pre
GALANT. 161
pretendront feront obligez de
faire, furices paroles que l'Ange
dit à la Vierge en la falüant, Ave
gratia plena Dominus tecum. Ce
Prix doit eſtre un Crucifix,ou un
S.Louis d'or de cent écus , & ne
ſe donne que tous les trois ans. Je
croy-vous en avoir dit les raiſons
ailleurs. Feu monfieur de Balzac
qui l'a fondé pa auſſi marqué les
Sujets fur lesquels il a ſouhaité
qu'on travaillaſt. Le Difcours ne
doit eſtre tout au plus que d'une
demie heure de lecture,avec une
courte Priere à Dieu, par laquelle
il faut finir.
Le meſme jour,la meſme Academie
doit donner un autre Prix
pour la Poëfie Françoiſe , à la
loüange du Roy. Elle a propoſé
pour Sujet , qu'on le voit toûjours
tranquille , quay que dans un mouvement
continuel. Malgré le
choix
162 MERCURE
choix qu'elle a fait de ce Sujet,
elle permet à chacun d'y joindre
telle autre loüange qu'il voudra,
fur une Action particuliere de Sa
Majesté , ou fur toutes enſemble;
& exhorte d'y faire entrer par
forme de comparaiſon la penſée
d'une des Deviſes qui ont eſté
faites pour ce grand Monarque.
Le corps de cette Deviſe eſt le
Soleil , avec ces deux mots pour
ame, Quietofimilis.On doit ajoûter
à la fin de cet Ouvrage une
autre Priere à Dieu pour le Roy,
de telle meſure de Vers qu'on
la voudra faire. Le tout ne doit
point paſſer le nombre de cent,
foit Alexandrins , foit d'Ode , ou
deStances. Les Difcours qui feront
faits pour le Prix de l'Eloquence
, doivent avoir l'Approbation
de deux Docteurs de la
Faculté de Theologie de Paris ,
qui
GALANT . 163
qui y réſident actuellement . Chacun
eft reçeu à travailler pour
les Prix , àl'exception des quarante
de l'Académie , qui doivent
en eſtre les Juges ; & afin qu'on
ait le temps d'examiner les Ou
vrages , il faut qu'ils foient mis
dans le dernier du mois deMay
prochain entre les mains de monſieur
de Mezeray , Conſeiller du .
Roy , Hiftoriographe de France,
Secretaire perpétuel de l'Academie
, ou entre celles du Sieur le
Petit , Imprimeur ordinaire du
Roy & de l'Académie . On ne
doit point ymettre fon nom, mais
ſeulement une marque ou un paraphe,
avec un Paſſage de l'Ecriture
Sainte.
Je vous envoyay la derniere
fois une Lettre en Vers de monfieur
de Lignieres à Madame la
Ducheffle de Bellegarde , par laquelle
164 MERCURE
quelleil prétend faire connoître
que l'Etude & l'Art contribuent
plus que la Nature à faire les
Poëtes. J'y joignis la Réponſe de
cette ſpirituelle Duchefſe. Voicy
-ce qu'elle a donné lieu au meſme
Monfieur de Lignieres d'écrire
tout de nouveau , pour ſoûtenir
fon opinion.
1.
RESPONSE
こ
LA
2
S
A MADAME :
DUCHESSE
DE BELLEGARDE.
I l'on m'en avoit crû, l'on auroit
interdit
Le Proverbe Latin , qui d'un haut
ton nous dit
Qu'on devient Orateur, & qu'on est
né Poëte, Par
GALANT. 165
Par une qualité dominante , &
Secrete.
Fat - ce de Ciceron , ou de Quintilien
,
Ce mot est dit en l'air,& n'est fondé
Sur rien .
Boileau pompeusement , & d'un air
magnifique ,
Parle pour la Nature en fon Art
Poëtique :
Horace est pacifique , & ce grand
Chefde part
Accorde pour les Vers la Nature
avec l'Art :
Les fiens fur ce sujet font Solides
&fermes,
Et je vais ,fije puis les rendre dans
nos termes.
Pour faire de beaux Vers fouvent
on s'eſt enquis ,
Si la veine ſuffit , ou le ſçavoir
exquis :
Le ſçavoir ſert de peu fans une
riche veine , Et
1661 MERCURE
Et la veine a beſoin que le ſçavoir
la meine ;
Il faut par un accord ſtable &
perpétuel ,
Qu'ils ſe preſtent tous deux un
ſecours mutuel.
Vne Seconde fois pour l'Art je me
déclare;
L'appréhendois d'abord de paſſer
pour bizarre,
Maisje ne me fuis point attiré de
mépris,
Et plusieurs ont loué le party que
j'aypris .
Vos Vers font fi bien faits,que je n'y
puis répondres
Ducheffe, je les veux publier pour
confondre
Ceux qui ne liſent rien que pour le
cenfurer:
Fos Vers en ſe montrant se ferant
admirer.
Pourmoy,par un excez d'orgueil&
d'allégreſſe , En
GALANT.* 167
:
Enteſté de l'encens d'une belle Ducheffe
,
Ie me fuis presque veu tomber en
pâmoiſon ,
Par cette merveilleuse & douce
exhalaiſon.
Itsens quej'en auray l'ame toûjours
ravie ,
Ie n'ay jamais reçen tant d'honneur
enmavie.
Oüy, Ducheffe , vos Vers me rendent
glorieux ,
Et Mercure Galant les va dire en
tous lieux :
Nos Poëtes n'ont pas le noble don
d'en faire
De ce tour excellent, ny de ce cara-
Etere.
Pourvos perfections,vous remportez
leprix
Sur les plus beaux Objets,& lesplus
beauxEsprits.
L'Art
1681 MERCURE
L'Art répandſur vos Vers une clartési
pure ,
Qu'il en a tout l'honneur , &nonpas
la Nature.
Ie ne m'en dédis point , l'Art regne
en l'Univers,
Sur les Fruits & les Fleurs , ainsi
que fur les Vers. .
L'Art adjoûte àla Fleur , dont no-
StreSoinse charge;
Vous avoüez qu'elle estplus fournie,
&plus large
Que celle que l'on cueille en un
Champ émaillé ,
Où les mains du Printemps ont fo
les travaille.
L'ignore pour les Vers cette pente
Secrete ,
Et ce je- ne-fçay quoy qui forme le
Poëte.
Eft- il rien dans les Vers; que l'Art
n'ait surmonté,
La
GALAN T. 169
La Science estant jointe avec la
volonte :
L'un & l'autre n'a pas besoin de
cette pente ,
Iem'en rapporte à ceux que le-Parnaſſe
vante :
Toûjours les plus sçavans y font
(rieux. victorieux ;
Et la Palme's'y donne au plus lato-
Ils volent jusqu'au Ciel de mesme
que des Aigles ,
Sans qu'on découvre en eux la contrainte
des Regles.
Leur vol paroiſtfacile, & par leurs
doctes foins,
Ceux qui travaillent plus,ſemblent
travailler moins .
C'est donc l'Art qui nous meut , &م
l'Art qui nous diſpoſe,
Quand nous voulons en Vers mettre
au jour quelque chose ;
L'Art nousfournit les mots , il montre
à les placer ,
Decembre 1680. H
170
MERCURE
Et pour furcroist , c'est l'Art qui
nous fait bien penser.
Laſcience des Vers nous charme,&
nous enflâme ,
Lors qu'on en a fait voir les beautez
à noſtre ame ;
On fent que de foy- mesme on ne s'y
porte point ,
Etfans que l'on ait pris des Leçons
Sur ce point.
L' Amour pour ce Mestier nous vient
par le commerce ,
Et les enseignemens de celuy qui
l'exerce.
L'on fait ainsi des Vers , & je le ſçay
Mais on est odieux quand on parle
parmoy ,
deSoy.
donnent de la peine ,
Dans les temps où les Vers nous
Nous ne recevons rien de lapart de
Mais l'Art intelligent, accompagne
la veine,
de foin,
Illu
GALANT. 171
besoin.
qu'on médite ,
Illumine nostre ame , & la fert au
Lapeine que l'onfentpour un Vers
Eft cet entousiasme , & ce qui nous
agite ; ς
La Machine s'ébranle & dedans ,
&dehors ,
Par les reflexions que nous faiſons
alors.
Dans ces enfantemens uneAme embarraffée
Cherche à bien exprimer une vive
pensée,
On veut faire éclater dessentimens
profonds
し
Qu'elle tire d'un autre , ou defon
propre fonds.
Comme les anciens , le Poëte moderne
Sans fondement aux Vers donne un
principe interne :
Si je l'entreprenois , je poufferois à
bout Hij
172
MERCURE
L'Homme préoccupé, qui fans raiſon
croit tout.
Les Vers ne nous sont point venus
de la Nature,
C'est une invention qui met à la
torture ,
Ils troublent le repos , &puis qu'ils
font l'effet
D'un Art pénible & long, c'est donc
l'Art qui les fait.
L'autre jour chez Boileau, que fans
cefſſe on confulte,
Et dont les Vers limez ne craignent
point d'inſulte,
le vis unchevalier plein de coeur,de
renom, M. le C. de Nantoüillet.
Et qui parſon eſprit a signalé fon
nom.
Ilſoûtint contre l' Art ſouvent qu'un
grand Génie
En Vers cédoit au moindre & c'est
:
Les Vers font de l'eſprit leplus puisce
queje nie.
fant effort; Ce
GALANT.
173
Celuy donc qui fait mieux , l'aplus
vif& plus fort.
Ie crains qu'un Orateur, ou Philoſophe
insigne,
Quandj'exalte les Vers,contre moy
ne s'indigne.
Qu'ilvanteSon Mestier, je vanteray
le mien,
Puis qu'il est naturel de faire cas
dufien ,
On connoist que les Vers veulent
beaucoup d'attache :
Cetteprofeffion aux yeux communs
Se cache ;
On ne démesle point ces miſteres
obscurs
Et les autres talens nous paroiſſent
r
Le Villageois , qui vit dans l'épaiſſe
moins durs.
ignorance ,
Chanteſans eſtre inſtruit ,&ſous les
Arbres dance ,
Quoy qu'il n'ait point appris ces
mouvemens divers ;
174 MERCURE
Mais on voit que fans Maistre on
ne fait point de Vers ,
Et cette invention est fi peu naturelle
,
Qu'on n'y Songeroit point, ſi l'on ne
parloit d'elle.
Un Laboureur dira quelAftre dans
Les Cieux
Fait les vents , l'air ferain , & le
temps pluvieux.
Ila des notionsſans lettres , ni do-
Etrine ,
cine.
De la Géometrie , & de la Mede-
Dans deſimples Vergers,& d'aimables
Forests ,
La Nature ſouvent lui montre des
Secrets ,
Et mieux qu'un Philosophe infolent
&Superbe ,
Ilſçait les Animaux , & les vertus
d'une Herbe ;
Maisle Mestier des Vers n'est pas
fi-tostappris, Et
GALANT.
175
Et cet Art n'est donné qu'aux plus
doctes Esprits.
Parente ,
La Suze , dites - nous, voſtre illustre
Et vostre chere Amie , estoit- elle
ignorante ?
Non, car elle avoit lû tous nos bons
Ecrivains ,
Etpar des Traducteurs , les Grecs,&م
les Romains.
Elle entendoit des Vers les poids &
l'énergie,
Mais elle estoit fix mois à faire
une Elegie;
Et pour venir à bout deſes tendres
Chansons ,
Elle tournoit un Vers en plus de
vingtfaçons.
O vous , que je devois alleguer devant
elle,
Pour avoir plus d'esprit , & pour
estre plus belle,
Ducheffe,les bons Vers ne vous couſtent-
ilspas? L Hiiij
176 MERCURE
De cent que je connoy , l'on feroit
plus de cas ,
Si leur plume n'estoit trop vive &
trop Soudaine ,
S'ils châtioient leurs Vers , & prenoient
plus de peine .
Comme j'ay déja dit , les plus laborieux
Sont ceux qui de tout temps ont
reüffi le mieux.
Mettez en paralelle Ovide avec
Virgile,
Et regardez Malherbe aupres de
Théophile;
Malherbe & Théophile ont fait des
Vers aisez,
Mais les deux autresfont millefois
pluspriſez.
Leurs Ecrits font juger que l'Art
Seul nous éclaire,
Et qu'aux Vers lafcience eſtſur tout
neceffaire.
Qu'on ne'me cite plus l'Artifan de
Nevers , Qui
GALANT .
17-
Qui ſans Latin,ny Grec, a compos
des Vers ;
Ne remarque- t- on pas en cet Homme
loüable
Qu'ilestoit Philosophe,&qu'ilfçavoit
la Fable?
Ie ne parleray point touchant le
naturel ,
Puis qu'il est chimérique , & s'il
estoit réel,
On ne fentiroit point une terrible
gefne,
Ni les difficultez où le Vers nous
entraîne.
Mais ces difficultez ſe tirent à
l'écart
Par la haute Science, & la force de
l'Art. :
Ces épineuses Loix ne ſuivent point
la Profe,
Etfans nul embarras elle dit toute
chofe :
C'est naturellement que l'on est Orateur
Hy
178. MERCURE
Et le docte travail rend Verfificateur
;
L'Art avecle Sçavoir ne veut
point qu'on'admette,
Ny ce je-ne-Scay- quoy , ny de vertu
Secrete.
Sans doctrine a- t- on fait aucun
Vers qui valut ?
Et quelqu'un ofe- t-ilfansArt toucherun
Lut?
Par luy le bruit confus excitéfur les
cordes,
Entre elles cauferoit d'effroyables
difcordes .
Ciceron , le plus vaste Esprit de
l'Univers,
N'a point , à ce qu'on dit , enfanté
de beaux Vers :
Quand ilfaifort d'ailleurs des cho-
Ses immortelles ,
Il regarda les Vers comme des ba
gatelles ,
Et de tout autre ſoinſon coeur estoit
touché. Quel
GALAN T.
179
Quelquefois pour les Vers on a l'efprit
bouché,
Faute de s'appliquer à ce Mestier
pénible ;
Mais à l'Homme éclairé lebon Vers
eſt poſſible ;
Ilse rendrafameux dans ce hardy
Mestier,
Quand il defirera s'y donner tout
entier.
On verra dansſes Vers , loin de la
veine emphase,
Lapensée élevée , & le tour , & la
Par tout y brillera l'ordre , & la
phrase:
liaiſon ,
raiſon.
Le bon goust, la juſteſſe, &la droite
Lors que l'on écriva fur deparfaits
Modetes,
Les Ouvrages auront des beautez
eternelles.
C'est par là que vos Versfi grands
&fifleuris, د Doi
180 MERCURE
Doivent estre à jamais estimez &
cheris :
Ils ont des agrémens dont tout an
coeur s'enchante,
Vous estes admirable , & poliment
Scavante
Votre esprit & vos yeuxfont infiniment
doux,
On ne sçauroit parler , ny plaire
comme vous .
Survos rares attraits j'aurois fait
un Роёте,
S'il ne m'avoit fallu Soûtenir mon
Sisteme ;
Mais que les vers foient faits par
Nature, ou par Art,
Par le raisonnement , ou l'aveugle
hazard,
le sçay ce qu'on en dit dans le Stecle
où nous sommes ,
Et l'état qu'on en fait chez laplûpart
des Hommes .
Ils temoignent aux Vers de furieux
dégoûts, Et
6
GALANT. 181
Et traitent hautement les Poëtes
de fous :
Mais noſtre Roy n'a pas ces barbares
maximes,
Puis qu'il voit de bon oeil tous les
Esprits Sublimes :
Ces Autheurs renommez , pleinement
satisfaits,
Chantent ſes dons frequens , ainſi
quefes hauts faits.
Tout ce qu'ont dit de lay nos plus
1 celebres Plumes ,
Produiroit un amas d'innombrables
Volumes
Leplus parfait bonheur de nostre
Souverain,
C'est qu'ilest feur qu'ilplaiſt à tout
le Genre Humain.
Le Concert eternel qu'on fait de
fes toüanges,
Rend fon Nom venerable aux Nations
étranges ;
Mais de tous les Mortels qui vantent
ce Grand Roya
182 MERCURE
On n'ensçauroit trouver le plus Zeléque
moy.
Il eſt arrivé du changement
dans les Gouvernemens des Villes
de Lile & Doüay, par la mort
de Monfieur des Bonnets , Gouverneur
de cette derniere Place..
Il avoit eſté long- temps Capitaine
dans le Regiment de Champagne,
dont on le tira pourlefaire
Lieutenant Colonel dans celuy
de Louvigny ; enſuite dequoy it
fut fait Inſpecteur General de
toute l'Infanterie de France . Il
s'eſt acquité de cet employ avec
l'entiere approbation de la Cour,
& une bienveillance particuliere
de toutes les Troupes. Apres
eſtre parvenu au poſte de BrigadierGenéral
, il fut choiſy par Sa
Majesté pour commander dans la
Ville, Citadelle , & Païs de Dun-
...kerque
GALANT. 183
ķerque , dans un temps où une
Place de cette importance demandoit
un Gouverneur qui eût
autant de fageſſe & d'experience
qu'il en avoit. Le Roy le rappella
de Dunkerque,pour le faire
ſervir de Maréchal de ſes Camps
& Armées aux Sieges de Gand
& d'Ipres. Il ſervit avec Monſieur
de Montal au Blocus de
Mons en la meſme qualité , auffibien
qu'à l'Armée de Monfieur
de Luxembourg , au Combat de
Saint Denys. C'eſtoit un Gentilhomme
Breton , fort fage , un
peu froid , bon Officier , &d'un
grand merite . Il s'appelloit René
de Perouſe, Seigneurdes Bonnets,
& eſt mort à Doüay le troifiéme
de ce mois , âge de ſoixante ans,
&Doyen des Chevaliersde No
tre-Dame du Mont- Carmel , &
de S. Lazare de Jerufalem. Le
Roy
184 MERCURE
Roy luy avoit donné ce Gouvernement
en propre , & non point
par commiffion de Commandant,
comme celuy de Dunkerque .
Monfieur de Vauban Gouverneur
de la Citadelle de Lile , l'eſt
devenu de Doüay , en la place
de Monfieur des Bonnets . C'eft
un Gentilhomme de Bourgogne,
qui aprés avoir ſervy quelque
temps dans l'Infanterie en qualité
de Capitaine,s'attacha de telle
forte aux Mathématiques , & à
l'Art des Fortifications, qu'il s'eſt
rendu le premier Ingénieur de
l'Europe . Sitoſt qu'ileut fait comnoiſtre
ſa capacité & fon merite,
le Roy l'employa dans toutes les
occafions qui parurent importantes.
On n'a réparé ny fortifié de
nouveau aucune Place fans le
confulter ; & à l'égard de celles
qu'on a attaquées,on luy a donné
2004 la
GALANT. 185
la conduite de tous les Ouvrages.
Il a meſme tellement perfectionné
l'Art de faire des Sieges ,
tant pour avancer, que pour rendre
infaillible la priſe des Places,
de queque maniere qu'elles fufſent
fortifiées , qu'il a toûjours
dit , fans ſe tromper , quel jour
elles feroient forcées à ſe rendre.
Jamais Prince n'en fit tant fortifier
que le Roy ; & cependant il
n'y en apasune depuis que Monſieur
de Vauban a eſté connu ,
dont on n'ait fait lesTravaux fur
fes Deffeins. Il a entr'autres donné
tous fes foins à la conſtruction
de la Citadelle de Lile , dont Sa
Maieſté le fit Gouverneur aprés
la priſe de la Ville en 1667. Auffi
peut-on dire qu'il en a fait un chef
d'oeuvre , tant pour la force & la
regularité desOuvrages,que pour
la commodité & la beauté de la
Place
186 MERCURE
Place. Il en a fi bien choiſy la fituation
pour la rendre plus forte,
qu'il adonné lieuenmeſme teps
d'agrandir la Ville , qui par ce
moyen eſt devenuël'une des plus
belles de toute l'Europe , comme
elle paffoit déja pour l'une des
plus marchandes. Il y a longtemps
que le Roy l'avoit fait Intendant
generaldes Fortifications
duRoyaume. Enſuite Sa Majesté
luy donna la Charge de Maréchal
deCamp; & Elle l'a nommé
depuis peu de jours au Gouvernement
de Doüay. Il a fait depuis
la Paix beaucoup de Voyages ſur
les Frontieres , où non ſeulement
il a fait réparer quelques Places,
& changé les Fortifications de
quelques- autres , mais il en a fait
conſtruire pluſieurs toutes nouvelles
, ſans qu'on ait rien trouvé
àblâmerdans le choixdes Lieux,
ny
GALANT. 187
ny dans la bonté & perfection
des Deffeins & des Ouvrages .
Menine , Maubeuge , Longvvy,
Sarloüis , Huninguen,& Scheleftadt
, ſont de ce nombre , avec
beaucoup d'autres qu'il eſt inutile
de vous nommer , & qui ne
ſerviront pas moins à la gloire de
Monfieur de Vauban , qu'à defendre
les Frontieres de la France.
En meſme temps qu'il a eu le
Gouvernement de Doüay, le Roy
qui ſe plaiſt toûjours à récompenfer
le vray merite , a donné celuy
dela Citadellede Lile àMonfieur
duMetz, Maréchal de Camp de
ſes Armées , & Lieutenant de
l'Artillerie en Flandres , Artois ,
- Hainaut , Païs conquis& reconquis.
Ce Gentilhomme , dont la
Famille eſt de Champagne, a eſté
nourry Page de Monfieur le Marquis
188 MERCURE
quis dela Meilleraye,alorsGrand-
Maiſtre de l'Artillerie,& à préſent
Duc Mazarini . Ce fut là qu'il prit
les premieres Inclinations , ainfi
que les premiers Elemens de cette
Science , à laquelle il s'eſt depuis
appliqué entierement. En
1657. au Siege de S. Venant, qui
eſtoit ſa troifiéme Campagne , il
donna des marques de ſa valeur
en qualité de Commiſſaire ordinaire
de l'Artillerie , & y reçent
un prodigieux coup de Canon à
la teſte, dont il porte de glorieufes
marque's au viſage. Depuis ce
temps , il ne s'eſt guére paffé
d'Actions en Flandre &en Hollande
, qui ne luy ayent fourny
quelque occafion de ſe ſignaler,
& fort peu de Sieges , où il n'ait
eu l'honneur de commander
l'Artillerie , ou de la faire agir
fous les ordres de Monfieur le
Duc
GALANT. 189
Duc du Lude qui en eſt Grand-
Maiſtre . Il eut l'avantage de ſe
trouver à la tefte de ces Braves
qui entrerent les premiers,
d'une maniere ſi ſurprenante ,
dans la Ville de Valenciennes,
& de les commander en qualité
d'Officier General. Il a reçeu de
grandes bleſſures aux Batailles
de Senef & de S. Denys . Celle
que je vous ay déja dit qui a défiguré
fon viſage , fait ſon éloge à
ceux meſme qui ne le connoifſent
que de veuë ; mais ceux
qui ont ſervy avec luy , publient
generalement qu'ils n'ont guére
veu d'Officier plus intrépide
dans les périls , plus infatigable
dans les travaux , plus vigilant
& plus entendu dans toutes les
fonctions de ſes Charges,& dont
les ſervices ayent eſté ſuivis d'un
= ſuccés qui ait plus exactement
répon
191 MERCURE
répondu à ce qu'il en avoit fait
efperer. Le Roy a preſque toû
jours eſté témoin de tout ce qui
luy a fait mériter la réputation
où il eſt. Mr.du Metz a deux Freres,
dont l'un qui s'eſt jetté dans
le party de l'Eglife , mene une
vie exemplaire , & s'eft acquis
l'approbation de tous les honneſtes
Gens. L'autre eft fi connu,
que je ne vous en puis rien dire
que vous ne ſçachiez .Les ſervices
qu'il a rendus au Roy dans plufieurs
Employs avec un zele, une
activité , & une probité dignes de
la confiance ceGrandMonarque,
l'ont fait choiſir par Sa Majesté
pour Garde de fon Trefor Royal.
C'eſt une Charge dont il y a dé
ja quelque temps qu'il fait l'exercice
, d'année en année , alternativement
avec Monfieur de Bertillat.
J'aurois à m'étendre ſur
beau
GALANT.
190
beaucoup de choſes qui luy font
tres-glorieuſes , ſi je n'eſtois ſeur
que fa modeſtie en foufriroit .
Il paroiſt icy depuis quelques
jours un Meteore affez ſurprenant.
On voit tous les foirs fur
les cinq heures une traînée de
lumiere qui reſſemble à celle que .
refléchit une petite nuée éclairée
du Soleil , & qui approche de
la couleur du chemin de lait. Elle
eſt de figure courbe , à peu pres
comme une portion de Cercle, &
ſa largeur eſt preſque égale à la
largeur apparente delaLune.Cette
largeur eft moindre vers l'Horifon,
& augmente peu à peu jufqu'à
ce qu'elle finiſſe , mais c'eſt
vers l'Horiſon que la lumiere eſtla
- plus forte,& en s'en éloignant elle
ſe perd inſenſiblement. Ce Mer-
- teore s'étend du Sud au Nord,
comme s'il fortoit de l'Horifon,
Voila
192 MERCURE .
Voila tout ce que je puis vous
écrire , n'eſtant pas affez habille
Aſtronome pour l'avoir obſervé
felon les regles. Il n'y a point à
douter que ce ne ſoit la queuë
de quelque Comete,dont le corps
nous eſt caché par la terre ou du
moins par les broüillards , qui en
s'élevant le ſoir empefchent que
nous ne puiſſions le découvrir.
Vous ſçavez ,Madame,vous à qui
tout eſt connu,quelle diverſité de
ſentimens il y a fur ce ſujet entre
les Philoſophes. Les uns veulent
que les Cometes ſoient des exhalaiſons
enflámées , mais ces feux
font fi éloignez de nous , & par
conſequent d'une grandeur ſi
prodigieuſe , que l'on a dit fort
agreablement , que toutes les vapeurs
de la terre ne ſuffitoient
pas pour un de leurs dejeunez .
Les autres pretendent qu'il y a
dans
GALANT. 193
dans le Ciel, infiniment audeſſus
de toutes nos Planetes , beaucoup
d'Etoiles errantes,qui eſtant
ſéparées les unes desautres,échapent
à nos yeux à cauſe de leur
éloignement , & de leur petitef
ſe mais que quand le hazard
fait qu'elles viennent à ſe rens
contrer , elles forment ce corps
lumineux , que nous appellons
une Comete. Enfin les Cartéſiens
, dont les ſentimens font f
extraordinaires , & paroiffent
pourtant fi raiſonnables à la plûpart
des Gens bien ſenſez , foûtiennent
que toute la matiere de
l'Univers eſt diviſée en une infinité
d'amas diférens , qu'ils appellent
des tourbillons , parce
que chacun d'eux tourne ſans
ceffe autour de fon centre ; que
tous ces centres font remplis de
la matiere la plus fubtile & la
Decembre 1680. I
194 MERCURE
plus agitée de tout le tourbillon
qui compoſe le Soleil de ce mefme
tourbillon ; que toutes ces
Etoiles fixes qui nous paroiſſent
la nuit attachées au Firmament ,
font les centres & les Soleils
d'autant de tourbillons placez à
diférentes diſtances du noſtre;
que ces Soleils ſujets comme le
noſtre à avoir des taches , peuvent
enfin en avoir de telles
qu'elles viennent à couvrir tout
leur corps ; qu'alors ces taches
s'épaiſſiſſant toûjours , offuſquent
tout l'éclat de ce Soleil , arreſtent
Kagitation de toutes ſes parties,
& en font un corps folide &
opaque , qui n'a plus la force
d'occuper le centre de fon tourbillon;
que ce Soleil ainſi obfcur
cy , & chaffe de fon tourbillon,
pafſſe dans un autre voiſin, où re-
Aechiſſant la lumiere du Soleil
our qu'il
GALANT. 195
qu'il y rencontre , il paroift lumineux,&
eft appellé Comete qu'il
"peut encor fortir de ce tourbillon,&
paffer dans d'autres , jufqu'à
ce qu'il en trouve quelqu'un
où il s'arreſte, ou que mefme
il peut errer toûjours , eſtant,
diſent- ils , de la majeſté de l'Univers,
qu'outre les Soleils attachez
chacun à fon tourbillon , il y en
ait d'autres qui n'appartiennent
à aucun tourbillon , & qui
foient les Hoſtes de tous. Quoy
qu'il en foit , il eſt toujours certain
que les Cometes les plus
affreuſes n'ont rien qui nous doive
épouvanter , & que ce ne font
que des jeux de la Nature , que
noſtre ignorance ſeule nous re-
-préſente terribles
Apparemment les mauvais
augures que les Superstitieux
pourront tirer de celle qui fait icy
AM
I ij
196
MERCURE
parler tout le monde, ne vous feront
pas renoncer à vous divertir.
Ainſi je vous envoyeun Air
nouveau qui pourra fervir à exercer
vostre belle voix, Yous en
ferez part à yos Amics no au up
· AIR NOUVEAU .
(1) Detiss auleaux ineJoyez point
D'entendre de Philis la voix char-
YOUD manteto belle col moist
Elle ſçait mieux chanter que
aulq 2500000????2333 313 1_31
Mais vous savez mieux aimer
mot en quelle 8τομενκοφρον
эрэл si ob zusi zəb sup
Jajoûre l'Avis d'un Amant jaloux
à ſa Maîtreffe jaloufe. Si tout
ai le monde pouvoit ſe réfoudre à
s'en fervir, l'Amour ne feroit pas
tant de malheureux
MA
GALANT
2
197
3 ती MADRIGA
b
1
B.Anmilfons
nos foûpirs ja
Vivons aſſurez l'un de l'autre
Ie vous crois toute à moy ; vous,
noid
croyez-moy tout vostre
Nostre fort en fera plus doux. P
Puis que l'Amour favorable à nos
flames
Répand jes douceurs dans nos
Tandis que mille Amans éprouvent
-3 : 11 fa rigueuring sent
Ne troublons point nostre bon-
,
10
Ne craignons rien de l'i
E
Quel'
l'inconcroyons
fermement touss deux,
Amour allumant ant en nous
19
defi
S'est rendu le garand de leur perfe.
verance. I iij
198 MERCURE
Monfieur du Moulin,Avocat à
Bretheüil en Normandie , a fait
l'Epitaphe de l'Amant infortuné
de labelle Veuve,dont vous avez
lû l'Hiſtoire dans ma Lettre du
dernier Mois . Il faut vous le faire
voir. Une paſſion auffi forte que
celle de cet Amant , mérite bien
que la memoire en ſoit confervée.
EΕPΡIΙTΤAΑPΡΗΕ.
DAfans, arrestez vous
mais
to arreſtez-vos varmefri
Il n'en faut point verfer en appremant
lefort
Duglorieux Amant dont vous lifez
mor
Ila peri par de trop belles armes.
Les Tombeaux en tous temps demandent
des douleurse
Font pouſſer des soupirs,
dre des pleurs ,
répan-
Mais
GALAN T. 199
Mais icy la raison veut que la douleur
cede,
L'Amant que je renferme a bien
voulu mourir ;
Car s'il eust de ses maux demandé
le remede ,
Amour qui le bleſſa, cherchoit à le
guérir.
:
Monſeigneur le Dauphin ayant
eſté attaque tout de nouveau du
mefine mal dont je vous parlay
la derniere fois , & ce mal ayant
continué pendant quelques jours
avec une violence qui luy caufoit
un tres-grand abatement,
les Medecins en ont arreſté le
cours par les Eaux de Forges
qu'ils ont fait prendre à ce Prince.
Ainfion a veu revenir ſa ſanté
de jour en jour. Les ſoins & la
tendreſſe du Roy ont fort éclaté
encerencontre,& il s'eſt montré
I iij
200 MERCURE
auffi bon Pere , que toutes fes
actions nous le font voir grand
Monarque. Monfeigneur le Dauphin
s'eſt diverty pendant fa convalefcence
à faire une Loterie.
Chacun s'empreſſant à y porter
de l'argent, le fond s'en eſt trouvé
bien plus grand qu'il ne prétendoit
le faire. Il a monté juſqu'à
quatre mille Louis. Il n'y avoit
que cinquante Billets noirs fur
ſeize mille . Vous voyez par là
que chaque Billet eſtoit d'un
quart de Loüis. On a tiré cette
Loterie depuis peu de jours ; &
monfieur le Chevalier de Liſcoy,
Chambellande Son AlteſſeRoyale
, qui avoit pris tres -peu de
Billets , á eu le gros Lot. Il eſtoit
de cinq cens Loüis. Monfieur le
Marquis deDangeau a eu auſſi un
des premiers Lots , mais il avoit
douze cens Billets.MonfieurBa
zin
GALANT 201
zin Intendant en Allemagne , &
M. Felix Chirurgien du Roy, qui
en avoient en tres - petit nombre,
ſe ſont trouvez des heureux . Ce
Miroir de deux dernier a eu un a sun
יזו
-
cens Lotüis. On ne m'a point dit
à fe
les noms des autres. Depuis que
Monſeigneur commence
mieux porter ,il y a eu Bal preſque
tous les jours chez ce jeune Prin
ce. Les Seigneurs de la Cour qui
ont excelle dans la Dance , font
monfieur le Grand & monfieur le
Comte de Brionne ſon Fils, mon
fieur le Duc de Villeroy , &
monfieur le Marquis d'Alincourt
ſon Fils . M. le Duc de Mortemar,
de retour defes Voyages, où
il s'eſt acquis beaucoup d'efti
me en pluſieurs Cours Etrange
res , a auſſi paru dans ces Bals
avec de grands avantages ,
pour laDance,ſoit pour lamaniere
2007
10
2
151025
101
foit
201 MERCURE
de ſe mettre de bon air, qui n'eſt
pas une chofe fort facile,& à laquelle
on foit toujours en pouvoir
de parvenir par la dépense.
Il n'eſt point de termes qui puiffent
bien exprimer avec quelle
grace Mademoiſelle de Nantes y
a dance. Quelques loüanges
qu'elle mérite par là,elle s'en attire
tous les jours de plus glorieufes,
par les choſes ſurprenantes.
qu'onluy entenddire;& qui dans
un âge ſi peu avancé , font des
prodiges qu'on a peine à croire..
Fauray tant d'occaſions de vous
parlerde cette Princeffe , que je
coupe court aujourd'huy fur cet
Article , pour vous apprendre ce
qui s'eſt paſſé depuis fix jours das
une affez grande Compagnie.
Une Dame de Province, d'un
méreriittee fingulier , paffant tous les
Hyvers à Paris , & bien fouvent
J
une
GALANT..
203
une partie de l'Eté , y estoit enfin
venuë accompagnée d'une Fille,
que ſes belles qualitez faifoient
diftinguer par tour. C'eſtoit une
Blonde , qui avoit le teint tres vif,
les yeux fort brillans , & tant de
douceur fur le vilage , que peude
Gens la voyoient ſans prendre
pour elle plus que de l'eſtime.
Comme la Mere aimoit les plaifirs
, & que toutes les Perſonnes
qualifiées de fon quartier étoient
de la connoiſſance,quelques jours
apres ſon arrivée on l'attendoit
pourune Partie de Jeu, dans une
Maiſon où il venoit ordinairement
un fort grand monde , quand la
Dame chez qui cette Partie êtot
faite parlade la Fille qu'elle devoit
amener.UnCavalier façon de
Marquis,grand parleur, & de ces
Gens à fracas , qui s'erigent en
Plaifans , autant pars effronterie
201
204 MERCURE
rie , que par talent, de railler ,
dit auffi - toft devoit
C
que ce
eftre quelque Demoiselle nouvellement
debarquée , puis qu'il
connoiffoit la Dame depuis dix
ans , & qu'il ne luy avoit point
encor veu de Fille. Le débarquement
ayant fait rire il ſe
fervit d'expreffions de pareille
force , & peignant une jeune
Perſonne venuë pour la premiere
fois à Paris , comme un
Animal d'eſpece nouvelle, qu'on
pouvoit montrer pour de l'argent
à la Foire, il fit eſperer de plaifantes
Scenes quand la Belle arriveroit.
Un quart- d'heure apres
on la vit paroiſtre . Chacun la
trouva fort à fon gre. Quant
au Cavalier, il n'en voulut point
démordre . Il la garantit Provinciale
depuis les pieds juſques
àla teſte , & luy fit civilité ſur ſa
bien
GALANT.
205
bien- venue, en Homme qui prétendoit
fort s'en divertir. Elle ne
diſoit aucune parole qu'il ne repétaſt
avec une gloſe ridicule; &
lamodeſtie de cette aimable Perſonne
luy faiſant d'abord garder
le filence,il prioit tout bas les Dames
de l'obliger à parler. Il rioit
enluy voyant ſeulement ouvrir la
bouche, & n'attendoit pas qu'elle
euſt achevé pour dire une impertinence
. La Belle qui avoit infiniment
de l'eſprit, connuſt auſſitoſt
ſon caractere. Elle estoit d'une
Naiſſance qui luy avoit fait
voir affez de beau monde dans
la Province,pour l'avoir accoûtumée
àne ſe décocerter d'aucune
rencontre. Ainſi les airs Turlupins
que leCavalier prit avec elle,
l'étonnerent peu. Au contraire,
elle affecta des répõſesingenuës ,
pour luy donner lieu d'eſtre plus
2107
extra
206 MERCURE
extravagant , & fe menagea fi
bien , que gardant fon ferieux,
elle l'engagea pendant plusd'une
heures à s'abandoner àſes ſaillies .
Chacun s'en divertiſſoit; & lors
qu'il donnoit la Comedie , il ne
croyoitpas que ce fuſt à ſesdepens.
Enfin un Abbé qui avoit
f'efprit tres-delicat , eſtant ſurvenu,
on commença une converfationfort
agreable. Ily avoit aſſez
deDames qui ne joüoient point,
pour former un petit Cercle.
La Belle écouta , fort reſoluë
de prendre fon temps pour fe
vanger del'infulte que leCavafier
avoit pretendu luy faire.
L'occaſion s'en offrit bien- toft..
L'Abbéayam propoſé une Queſtion
allez galante , pria les Dames
dela vouloir decider. Cha
cune en dit fon avis; & alors le
Cavalier s'écria , qu'il falloit fçavoir
GALANT.
207
voir le ſentiment de la Belle ; &
prenant fon ton railleur,prépara
l'Abbé à entendre un raiſonnemet
tres fin. La Belle oppoſa qu'il
luy eſtoit defavantageuxde s'expliquer
la derniere ; & apres s'étre
fait prier quelques momens,
elle dit des chofes fi nouvelles
fur la Queſtion,& la décida avec
tant d'ordre & de netteté , qu'il
n'y eut perſonne qui ne luy donnâtmille
loüanges.L'Abbé dit au
Cavalier qu'il avoit eu lieude l'affurer
qu'il entendroitune Perſonne
d'eſprit;& les Dames començant
à le railler , ſur le jugement
évaporé qu'il avoit fait de la Belle,
il reſta fi interdit, qu'il ne pût
trouver aucune réponſe.La Belle
pouffa la choſe plus loin, & pour
mieux joüir de fon defordre, elle
demada fi à fon tour on voudroit
bien luy permettre de propofer
une
208 MERCURE
une Queſtion.Il s'agiſſoit de fcavoir
qui donnoit le plus à rire, ou
une Provinciale qui n'ayant point
les manieres du grand monde,
tâchoit au moins de parler raifon
; ou un Etourdy , qui debitant
à grand bruit ſes Extravagances,
croyoit ébloüir les Gens
par ſes airs de qualité, Si- toft
qu'elle eut propoſe la choſe, elle
s'adreſſa au Cavalier , pour luy
faire dire ce qu'il en penſoit , &
ce fut un tel éclat de rire de toutes
les Dames , que ne pouvant
tenir il prit le pretexte
4 UP 3100EV
d'un Laquais qu'il vit entrer ,
pour demander un des fiens.
Enmeſme temps il s'avança vers
la Porte , comme s'il l'euſt apperceu,&
fe dérobant de la Compagnie,
il laiſſa aux Dames liberté
entiere de décider . Il vous eſt
aisé de voir que la Queſtion ne
re
Suu
D
tourna
GALANT. 209
tourna pas à ſon avantage. La
belle Provinciale fut, fort applaudie
, & on ne luy rendit
pas moins de justice fur fon
efprit , que l'on avoit fait d'abord
fur les agrémens de ſa
perfonne.tv , ανθοί Μασω
La Lieutenance de Roy au
Gouvernement de Champagne
, a eſté donnée à Monſieur
de Beaupré , Gentil
homme de la meſme Province.
C'eſt un Officier tres- conſideré
, & qui a beaucoup de
mérite. Le rang de Colonel
qu'il occupe dans les Troupes
de Sa Majesté , eſt un
Poſte qu'on ne poſſede guére
aujourd'huy , fans s'eſtre
trouvé en beaucoup d'occaſions
importantes , & périlleufes.
Je
ausrol
210 MERCURE
Je vous ay ſouvent parlé de
Monfieur l'Abbé des Alleurs , à
qui le Roy a donné une Charge
d'Aumônier de Madame la Dauphine.
Il a preſché pendant tour
l'Avent à S. Germain devant
leurs Majeſtez , avec ſon ſuccés
accoutumé;& la force de ſes expreffions
jointe à la beauté de
fes pensées , a confirmé ce qu'on
avoit déja veu par mille exemples,
que le Roy fait du bien aux
Gensde merite , ſi toſt qu'ils luy
font connus.
4 Vous n'aurez l'Explication des
Enigmes du dernier Mois , & les
Noms de ceux qui en ont trouvé
le ſens,quedans le douziéme Extraordinaire
, qui paroiſtra le 25 .
Janvier prochain. Je vous en envoye
deux nouvelles .La premiere
eſt de Monfieur d'Ambrevillede
Lifieux,& l'autre du Berger indiférent.
ENI
GALANT. 211
ENIGME.
On Corps eft composé de Corps
tous diférens ,
Dont les diférentes parties
Sont souvent si bien aſſorties ,
Quefurtout à la Cour jefoifonnne
en Galans ומ תנמש
Mais pourme poſſeder l'on n'a pas
peu d'affaires;
Tenant , comme je fais , l'estre de
splusieurs Peres
Ilfaut de chacun d'eux avoir les
agrémens.
Chacun court apres ma jeunesse,
Qu'avecmon enbonpoint je pers dés
quej'engraiffe
Ie vicillis mesme en peu de mois .
De mon extraction la ſervile baffeffe
N'empesche pas qu'on ne s'empreſſe
De
MERACURE
De briguer , pour m'avoir , du beau
Sexe le choix: ИН
Et même fans crainte de Loix,
21 L'on voit toûjours ma petiteſſe
S'unir à la grandeur du plus Grand
de nos Roysbe
Des changemens du temps j'éprou
ve la disgracevalna sre
Mon regne chezles Grands n'est
que de peu de jours:
Capendant l'on me voit toujours
Succeder àmoy-même, &reprendre
23. rima places หากตัว 2
jesuis
st II
d'un
AuxAmans dépourveus de grace,
Pres de l'objet aimé
ingrandfecond
25021903 setur sun
Toy, qui pour me chercher as l'esprit
2 dlagefnelli
Lecteur, pour te tirer de peine, I
Apprens que celle enfin dont j'emprúntele
nom
De Quoy
GALANT.
213
Quoy qu'en rienje ne luy reſſfem-
?????????????????????????????????????????????
Chez les Neveux d'Enée acquit
un bean renom:
Et qu'elle devint tout ensemble,
D'eux &de leur posterité.
In exemple autrefois vanté
Devigilance exacte, & de fidelité.
AUTRE ENIGME .
Ous sommes grand nombre de Nous Som
D Soeurs, nodom
Preſque toutes de même taille,
Flatant également les Grands & la
Gangille 1199 2007
Lorsque nous contos des douceurs.
Chacune de nous aSon maître,
Quicherche ànous faireparoître
Et qui voudroit chez luy nous voir
- à tous moments on ou
ob poni Attirermille Gems, I
-Sur tout Gons àbelle deperfeit
Dans l'avare esperance
you
*14
MERCURE
Ainsi tout est meſlée dans ce vaſte
KnivarsS
Et presque rien neſe reſſemble ;
D'ordinaire pourtant nous sommes
fous les forces, κα
Toûjours hors de chez nous , &jamais
deux enſemble .
Ascanius , couvert ſur la teſte ,
d'un feu que fon Pere & faMere
veulent chaffer ou éteindre ,
cache un ſens myſterieux, que je
vous donne àdéveloper.
Il me refſte pluſieurs morts à
vous apprendre. Celle de Madame
la Ducheſſe de Luxembourg
eſt arrivée à Ligny en Barois,
dans lesderniers jours du mois de
Novembre. Elle estoit âgée de
foixante & douze ans. Henry
Duc de Luxembourg & de Piney
, Pair de France , Prince de
Tingry,laiſſa deux Filles deMagAscanius
Enigme-.
TAVILLE
NOAT
GALANT. 295
T
delaine de Montmorency de
Thore fa Femme. L'une estoit
Lieffe de Luxembourg , mariée à
Henry de Levy, Duc de Vantadour,
puis Religieuſe àChamberry;&
l'autre,Marguerite Charlo
te, Duchefſe de Luxembourg &
de Piney. Cette derniere, qui eft
celle dont je vous apprends la
mort, avoit épousé en premieres
Nôces Jean d'Albert Sr de Brantes,&
s'eſtoit remariée avec Antoine
de Clermont Tonnerre. De
ce ſecond Mariage eſt fortie une
Fille , qui a épousé ..... de Montmorency
, Comte de Bouteville,
avec ſubſtitution du Nom &des
Armes de Luxembourg. C'eft
Monfieur le Maréchal Duc de
Luxembourg d'aujourd'huy.
Madame de Lyonne eſt morte
le 23. de ce Mois , à l'âge de
vingt-quatre ans, fort regretéede
tous
216 MERCURE
tous ceux qui l'ont connuë. Elle
s'appelloit Renée de Lyonne de
Claveffon , & eſtoit de la meſme
Maiſon , & Cousine de Mr. del
Lyonne fon Mary.Mr. de Lyonne
Marquis de Berny & de Claveſſon
, Seigneur d'Autun, Mercurol
, Leiffenis, Mareil,&c. Maiſtre
de laGarderobe du Roy,&,
Gouverneur de Romans , eſt Fils
de feu Mr.de Lyonne , Miniſtre
&Secretaire d'Etar
Ce Mois a eſté fatal à quantité
de jeunes Perſonnes. Mademoiſelle
de Perigny a eſté du
nombre. Elle avoit des agremens
qui la rendoient fort aimable ,&
l'eſprit tourné d'une maniere af.
ſez peu commune. Feu Mr.le Preſident
de Perigny ſon Pere eft
mort Precepteur de Monſeigneur
le Dauphin,& s'étoit aquis beaucoup
de reputation dans leParle-
G
2003
ment
GALANT.
217
:
ment & à la Cour. Madame de
Perigny ſa Mere, avec les avantages
d'un eſprit délicat & treséclairé
ſur toute forte de matieres,
a un coeur qui luy a fait faire
pour ſes Amis beaucoup de choſes
fort conſidérables .
Mademoiselle Bignon , Fille de
Monfieur Bignon,Conſeiller d'Etat
, qui s'eſt acquis tant d'eſtime
dans le Parlement , où il a exercé
longtemps la Charge d'Avocat
General , eſt morte auffi depuis
peu de jours.Elle n'avoit que
dix- sept ans ; & comme de jour
enjour elle augmentoit en merite,
on ne peutmarquer plus de regret,
qu'en ont fait voir de ſa mort
tous ceux qui la connoiffoient.
Celle de Mademoiselle Courtin
n'a pas causé moinsd'affliction
à tous ceux de fa Famille. Elle
eſtoit environ de ce meſme âge,
Decembre 1680. K
1
:
:
218. MERCURE
avoit la Taille fort belle , & un
air modeſte , qui luy attiroit l'eftime
de tout le monde. Monfieur
Courtin fon Pere eſt Maître des
Requeſtes , & a eſté autrefois
Procureur General au Parlement
de Roüen.
Si ces pertes ſont ſenſibles pour
ceux qu'elles touchent , la mort
de Mademoiſelle de Vienne de
Cõbe,arrivée àPigney enChampagnele
17. de l'autre Mois,doit
l'eſtre encor davantage pour toute
cette Maiſon. Elle avoit veu
mourir Meſdemoiselles de Vienne-
Breviande,& Saint Victor, es
Soeurs aînées , les deux années
précedentes ; & eftant devenuë
heritiere de leur fortune , ainſi
que de leurs vertus,elle fongeoit
àépouſer un de ſes Parens , pour
conſerver tout le bien dans ſa Fa
mille,mais Dieu en a diſposé d'une
GALANT. 219
ne autre maniere .Pierre deVienne
fon Pere, Seigneur de Briande
& de Combe , avoit eſté Lieute
nant de Monfieur le Maréchaf
d'Aumont , & eſtoit Petit Fils
d'Antoine de Vienne , Seigneur
de Gentoles & de Breviande,
Capitaine enla Legion deChampagne
, Fils de Jean de Vienne,
Gentilhomme de Meſſire Antoine
de Luxembourg, qui s'établit
à Pigney, apres le don que luy fit
ce Prince en 1508. de quatre
Fiefs , qui luy estoient venus par
la forfaiture d'un de ſes Vaſſaux
en cette Terre.Vous ſçavez ,Madame
,que Forfaiture & Felonnie,
fontdes mots effentiels,pour fignifier
les crimes de trahifon que
commettent les Vaffaux envers
leurs Seigneurs.Nicolas de Vienne
, Ayeul de Jean , avoit eſté
Gouverneur de Ligny en 1468.1
Kij
220 MERCURE
Pour Meſſire Louis de Luxem
bourg , Conneſtable de France;
& eſtoit Petit Fils de Hugues,
Seigneur en partie de Viennele-
Chaſteau , & de Vienne - la-
Ville , Terres en Champagne.
Guillaume de Vienne , Pere de
Hugues,aſſiſta parmilesSeigneurs
de cette Province , à la Ceremonie
de l'Hommage qui fut rendu par
le Roy d'Angleterre au Roy Philippes
de Valois à Amiens l'an
1329. Me le Marquis de Vienne,
du Comté de Tonnerre,eſt l'aîné
de cette Maiſon , qu'on croit iffuë
de celles de Meſſieurs de
Vienne de Bourgongne .
Nous avons auſſi perdu deux
Hommes illuftres , mais dans un
âge fort avancé. L'un eſt le Pere
Kirkher Jeſuite , Profeſſeur de
Mathematique, & fi eſtimé , par
le grand nombre d'excellens Ouvrages
GALANT. 221
1
vrages qu'il a donnez au Public.
Les Livres de ſes Voyages de la
Chine , qui font fi bien connoître
ce Païs- là , par les Taillesdouces
dont ils font remplis , ont
fort fatisfait tous les Curieux. Il
avoit quatre - vingts deux ans ;
& le Chevalier Bernin , qui l'a
fuivy , en avoit quatre - vingts
quatre. Je vous parleray amplement
de ce dernier dans ma Lettre
du mois prochain , & vous en
donneray une Medaille.
Le Remede Anglois , ou Harlequin
Prince de Quinquina , a paru
depuis trois ſemaines fur le
Theatre des Italiens. Comme
rien n'eſt plus à la mode que ce
Remede ,&qu'ils ont traité cette
Comedie ſelon leur regle,
c'eſt à dire , en y mélant un fort
grand nombre de Scenes plai
Kij
222 MERCURE
fantes , elle a attiré quantité de
monde , & auroit eſté encor plus
ſuivie ſans l'incommode rigueur
du froid , qui oblige la pluſpart
des Dames à renoncer aux plaifirs
publics.
Les François repreſenterent
Vendredy dernier l'Afpar de
monfieur de Fontenelle . La beauté
des Vers y foûtient par tout
celle des Pensées ; & fi on pouvoit
ſe plaindre qu'il y euſt trop
d'efprit dans un Ouvrage,c'eſt un
defaut qu'on imputeroit peuteſtre
à cette Piece .
Je ne ſuis point étonné de l'impatience
que vous me marquez ,
d'avoir des nouvelles de l'Efcarboucle
dont je vous parlay
la derniere fois. Tout le monde
a la meſme curioſité : mais
n'eſtant pas encor affez bien
inſtruit de la ſuite de cette affai
re,
GALANT.
223
re, pour vous en donner l'éclairciſſement
que vous ſouhaitez ,
je remets au mois. prochain à
vous dire ce que j'en auray apris.
Je vous ay deja mandé qu'on
faiſoit de grands appreſts pour
un Balet magnifique , qui a pour
Sujet , Le Triomphe de l'Amour.
Ce n'eſt ny un Opéra , ny un
Balet en Machines , mais feulement
une Maſcarade , qui devoit
eſtre dancée à Verſailles le jour
de la Feſtede S. Hubert. La maladie
de Monſeigneur le Dauphin
ayant obligé de la reculer,
on l'a remiſe juſqu'au douziéme
de Janvier. Je puis vous afſfurer
par avance , qu'on n'aura rien
veu de plus ſomptueux que les
Habits. Les Dialogues qui ſeparent
les Entrées en pluſieurs
endroits , & que M. de Lully'a
mis en muſique , font d'une
K iiij
224
MERCURE
beauté qui paſſe tout ce qu'on a
veu de cette nature ; & comme
il n'y aura point de changemens
de Theatre , la Décoration qui
regnera pendant ce Balet , fera
d'une invention toute finguliere.
Il eſt composé de vingt Entrées,
dont je vais icy ajouter l'ordre,
avec les Noms des Seigneurs &
Dames qui doivent avoir l'honneur
de dancer avec Monfeigneur
le Dauphin , & Madame
la Dauphine. Divers accidens,
ou de maladie , ou de mort dans
les Familles , ont eſté cauſe qu'il
y a eu pluſieurs changemens
dans ce Balet, depuis qu'il a eſté
réſolu ; & meſme je ne voudrois
pas répondre qu'il n'y en euſt
encor quelques - uns juſqu'au
jour où il doit eſtre dancé. Je ne
vous dis rien de la muſique , ne
vous envoyant les Noms de ceux
qui
GALAN T.
225
qui doivent paroître dans ces
vingt Entrées , que parce que
vous m'avez témoigné ſouhaiter
d'apprendre qui font les Perſonnes
de qualité que Monſeigneur
le Dauphin a voulu choiſir pour
ce Divertiffement .
PREMIERE ENTREE.
Trois Graces.
MADEMOISELLE .
Mademoiselle de Commercy .
Mademoiselle de Pienne l'aînée.
Quatre Driades.
Madame la Princeſſe Mariane.
Mademoiſelle de Tonnerre.
Mademoiſelle de Cliffon .
Mademoiſelle de Poitiers .
4
2.
Kv
226 MERCURE
SECONDE ENTREE.
Quatre Nayades.η τον
Mademoiselle de Rambures.
Mademoiselle de Chaſteautiers.
Mademoiselle de Biron.
Mademoiſelle de Pienne , cadete.
TROISIEME ENTREE .
Huit Plaisirs.
2107
MONSEIGNEUR.
ou leſieur Lestang l'ainé.
M. le Comte de Brionne.
M. le Comte de Fieſque...
M. le Comte de Tonnerrei
M. de Mimeurs.
M. de la Troche.
Les Sieurs Faure & Bouteville.
QUA
GALANT. 127
QUATRIEME ENTREE..
MARS feul.
M. de Beauchamp.
Huit Guerriers.
M. le Comte de Nangis..
M.le Marquis de Humieres.
M. de Sainte Frique.
M. de Valentiné.
M. de Rouffillon.
M.de Bouligneux, cadet.
M. de Francine.
M. de la Roque.
CINQUIEME ENTREE.
Huit Amours.
Monfieur le Comte de Vermandois.
20
M. le Marquis d'Alincourt.
M. le Comte de Guiche.
M. le Comte de Veruë.
M. de Longueval...
Trois autres Petits Amours.
SIXIE
228 MERCURE
SIXIEME ENTRE'E
Quatre Dieux Marins.
Monfieur le Prince de la Rochefur-
Yon .
M. le Comte de Brionne.
M. le,Marquis de Mouy.
M. de Mimeurs.
Quatre Nereides.
Madame la Princeſſe de Conty.
Mademoiselle de Laval.
Madame de S. Vallier.
Mademoiselle de Pienne l'ainée.
SEPTIEME ENTRE'E.
BOREE.Loom
Le Sieur Pecourt.
Quatre Vents.
Les Sieurs du Mirail, Germain ,
Leſtang l'ainé , & Leſtang
cadet...
HUL
GALANT. 229
HUITIE'ME ENTREE.
ORITHIE feule.
Le Sieur Favre 925
Quatre Filles Atheniennes.
T
Les Sieurs Bouteville , Magny,
Noblet, & Favier cadet.
NEUFVIE'ME ENTREE.
Sept Nymphes de Diane .
MADAME LA DAUPHINE.
Madame de Sully.
Madame de Guimené. 2 : 1
Mademoiſelle de Gontaut.
Mademoiſelle de Pienne, cadete.
Mademoiselle de Biron.
Mademoiselle de Cliffon. T
DIXIEME ENTREE.
ENDIMIONfeul.
Le Sieur Favierl'aînézi
ON
130
MERCURE
ONZIEME ENTREE.
Six Songes.
M. le Prince d'Harcourt.
M. le Marquis de Richelieu.
M. de Humieres .
M. de Mirepoix.
M. d'Autel.
M. de Francine.
DOUZIEME ENTREE .
Huit Cariens..
Les Sieurs Faure , Bouteville,
Magny , Leſtang cadet,Germáin
, du Mirail ,Joubert , &.
Favier cadet.
TREIZIEME ENTREE..
BACCHVS.
M. le Comte de Brionne.
Six Indiens.C
MONSEIGNEUR
ou Leſtang l'ainé.
M. le Comte de Fieſque.
KO M. de
GALANT.
231
M. de la Troche.
M. de Mimeurs.c
Les Sieurs Favier l'aîné , & Pecourt.
QUATORZ ENTREE.
ARIANE.
T
Madame la Princeſſe de Conty.
Six Filles Grecques de la Suite
d'Ariane.
Mademoiselle de Liſlebonne.
Madame de Sully.
Madame de Seignelay.
Mademoiſelle de Pienne l'aînée .
Madame de S. Vallier.
Mademoiselle de Laval.
QUINZIEME ENTREE.
APOLLON Seul.
Le Sieur Leſtang, cadet..
SEIZIEME ENTREE.
Quatre Bergers heroïques.
Les Sieurs Bouteville , Germain ,
Faure, & JoubertCAM
DIX
232 MERCURE
DIX - SEPTIE'ME ENTREE .
PAON feul.
Le Sieur Leſtang laîné .
DIX- HUITIE'ME ENTRE'E .
Quatre Silvains. O
Les Sieurs Pecourt ; du Mirail,
Favier l'aîné, & Favier cadet.
DIX- NEUFVE ENTRE'Ε.
Vn Zéphir.
MONSEIGNEUR ,
ou M. de Mimeurs.
Six Zéphirs.
Monfieur le Prince de la Rochefur-
Yon.
M. le Comte de Vermandois.
M. le Marquis de Richelieu.
M. de Moüy.
M. d'Alincourtのムコウコン
M.d'Amilton.
VINGTIE ME & DERNIERE
ENTREE.
FLORE.
MADAME LA DAUPHINE.
Six
GALANT. 233
Six Nymphes de Flore.
Madame de Sully .
Madame de Guimené.
Madame de la Ferté.
Madame de Seignelay..
Mademoiselle de Pienne, cadete.
Mademoiselle de Cliffon .
Monfieur de Fontenay, celebre
Profeffeur en Mathematiques,
& Philofophie Françoiſe , aprés
avoir diſcouru pendant plus de
douze années dans ſes Conferences
publiques , preſque ſur
toutes les Parties de ces Sciences,
avec une entiere ſatisfaction
de ceux qui l'ont entendu , avoit
entrepris dés le commencement
de cette année , d'expliquer au
Public la Nouvelle Encyclopedie
Jeroglyphique du P. Eſprit
Sabbathier Capucin , qui paroift
au jour depuis deux ans fous le
nom
234
MERCURE
nom de l'Ombre Ideale de Sagefse
Vniverfelle. Il s'en eſt acquité
avec tant de fuccés , qu'ayant
fait voir par expérience que cette
ingénieuſe & fçavante Piece
n'avoit ny l'embarras , ny l'obfcurité
, que la plupart s'y eftoient
figurez , il en va commencer
un Cours cette année
prochaine , pour le continuer
tous les Samedis dans ſon Logis
Rue Chriſtine , à fon beure ordinaire.
Ily expliquera tous les
Arts libres & mécaniques , &
fera voir à leur occafion tout ce
qu'il y a de plus curieux & de
plus beau dans chacun, Il enſeignera
auſſi une Méthode aifée
de compoſer fur le champ
unDiſcours ſoit pour la Chaire,
ou pour le Barreau , fur tel ſujet
qu'on voudra ſe propoſer , fans
confulter aucun autre Livre que
сене
GALANT. 235
cette feule Carte , & donnera la
maniere d'en tirer le deſſein , la
divifion , les preuves , & les raifons;
en unmotdequoy ſoûtenir
folidement,& remplir abondamment
tout fon ſujet.
Il vous faut entretenir des
Modes. La plus grande parure
des Hommes confifte en Brandebourgs
& Manteaux , qu'ils
portent fort riches. La plus grande
partie des Manteaux eſt brodée.
Ils font de Camelot de Bruxelles
, gris ,ou d'écarlate,& doublez
de Panne ou de Pluche de
diférentes couleurs. La couleur
de feu eſt celle qui eſt le plus à la
mode. Les Brandebourgs ſe brodent
auſſi , mais avec cette diféréce,
que la Broderie eſt ſeparée,
&faite en maniere de larges Boutonnieres
. Ceux qui ne veulent
point de Broderie , font mettre
des
236 MERCURE
des Boutonnieres de Point -d'Efpagne
d'or. On voit auſſi quelques
Brandebourgs unies de
Drap d'Hollande couleur de feu ,
doublées de Renard. Quant aux
Habits , on en porte beaucoup
d'unis, de Draps couleur de Caftor.
Il ſe fait de ces Draps d'une
beauté ſurprenante, & qui font à
deux envers. Ces fortes d'Habits
font ordinairement brodez, auffibien
que les Canons , ou de Point
de France toûjours évidez . On
faitauſſi des Habits de ces beaux
•Draps , avec des bas roulez. La
-doubleure en eſt de Panne à carreaux
de toute forte de couleurs.
Onmet avec ces Habits desVeftes
de riches Etofes de foye, brochées
de cordonnet. Le deſſein
de ces Etofes eſt toûjours à
grands panaches, mais les dernieres
font à bastons rompus.
Les
GALANT. 237
Les Ratines d't ſpagne de Drap
couleurdeMuſe, ſont toujours à
la mode pour les Habitsà Bas roulez
. Ces Habits font doublez de
méme Ratine.On porte beaucoup
deBaudriers brodez ſans Frange,
avec les Ferrures d'or ou d'acier
cizelé . Je paſſe à ce qui regarde
les Femmes . Les dernieres Etofes
qu'on a fait venir pour elles , &
dont on voit à peine les premiers
Habits , fontdes Velours de toutes
façons à petits carreaux , de
toutes fortes de gris, les uns unis,
les autres avec des filets or &
argent autour des carreaux. 11
y en a auſſi à carreaux fans or
ny argent , & d'unis, c'eſt à dire
fans carreaux. Elles portent
auffi de riches Etofes de ſoye
brochées de cordonnet , appellées
des Moſaïques , dont les
deſſeins font comme des baſtons
rom
238- MERCURE
rompus. Les Manchons brodez !
fur des Pannes de toute forte de
couleurs, qui ont tant regné, depuis
deux mois commencent à
eſtre moins à la mode , & on les
remplit tellement de noeuds de
Chenille ou de Ruban,qu'on n'en
ſçauroit diftinguer l'Etofe.. Les
Femmes , au lieu de Robes de
Chambre , portent chez elles de
grandes Robes que l'on appelle
Innocentes .Elles font tailléesjufte
ſur le Corps,marquent la taille
&le ſein , & ferment avec des:
Rubans, coufus de chaque coſté
depuis lehaut juſqu'aubas.
Vous attendez ſans doute,Madame,
que je vous parle de l'éclarante
Action que le Roy a faite
depuis quinze jours , en donnant
ſa voix contre Luy meſme , dans
un Affaire que ce grand Prince!
n'a pas voulu gagner contre fes
Sujets
GALAN T. 239
Sujets.Je croy que toute la Terre
l'aprendra avec admiration ; mais
comme il me reſte trop peu de
temps pour luy donner toute l'étenduë
qu'elle mérite je la refervepour
le commencement dema
Lettre prochaine, qui fera la premiere
de l'Année 1681. Je vous
la ſouhaite heureuſe , & fuis voftre
, &c.
J
A Paris ce 31. Decembre 1680.
APOSTILLE.
E viens d'apprendre que Mademoiselle
de Nantes doit dan
cer au Balet ; mais je ne ſçay pas
encor ce qu'elle repréſentera .
Ianvier 1681 .
Le douzième Tome de l'Extraordinaire
se distribuera le 25. de
LYON
THEQUE DELA
Avis
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Cli-
Emene tute plains de ma legereté,
doit regarder la page 57.
La Medaille où eſt un Coq ,
doit regarder la page b
La Medaille qui repréſente!
l'Electeur Palatin , doit regarder
la page 121 .
20
L'Air qui commence par Petits
Oyſeaux, doit regarder la page
196.00
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 214.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères