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1680, 06 (Lyon)
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iffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
MERCURE
GALANT
DEDIE ' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
THEQUE DE
BL
LYON
2
F VIN 1680.
VILLB
UR
DE
LA
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere.
M. DC. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

2
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous ay prié , cher
J Lecteur, d'affranchir les
ports quand vous m'envoyerez
des Ouvrages
pour le Mercure & Extraordinaire.
Ceux qui affranchiront les
ports ,y auront leur tours s'ils en
valent la peine. Ceux qui ne payeront
pas les ports , n'y feront aſſurement
point.
Les Particuliers qui feront dans
les Villes , principalement où il
n'y a point de Libraire , pourront
faire payer six Mois ou une Année
d'avance. L'on aura Soin de
a ij
Le Libraire au Lecteur.
leur envoyer le Mercure & Extraordinaire
, ſi l'on veut , le tout
tres - exactement. Quand ily aura
des Libraires dans lesdites Villes
qui fourniſſent des Mercures à
ceux quien veulent : comme dans
pluſieurs Villes où ily en a , ils les
peuvent prendre chez eux. Ils leur
fourniront auffi diligemment que
moy : le choix enſera au Lecteur.
L'on distribuë tous les Feudys
les Nouvelles de Medecine de
Monsieur de Blegny in quarto,
pour fix fols le Cahier ; comme
auſſi le Iournal des Sçavans pour
lemesmeprix.
Les Mercures Galants ſe vendront
toûjours , sçavoir ceux de
1677. pour douze fols le tome :
Ceux de 1678. 1679. & 1680 .
pour vingt fols le tome : Et les
Extraordinaires trente fols auſſi
le Volume, le tout fans marchander:
Le Libraire au Lecteur.
der : car il feroit inutile de les
demander à meilleur marché, tant
les vieux que les nouveaux , parce
qu'on en rabattra rien du
tout.
Les Mariages se vendront Separement
des Mercures ,Scavoir,
Le Mariage de Monſeigneur
le Dauphin pour 20. fols .
Le Mariage de la Reyne d'Ef-
> pagne pour 20. fols.
Le Mariage de Monfieur le
Prince de Conty pour 15. fols .
La Devinereſſe ou les faux enchantemens
ſe distribuent toûjours,
Sçavoir pour trente cinqfols avec
des figures , & vingt cinq Sans
figures .
L'ay à vous faire part de quantité
de Nouveautez que j'ay fur
Preſſe , dont je ne vous diray les
Noms qu'en vous les envoyant.
a iij
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Juin , qui ne se diſtribuëront
que le 15. de Juillet
1680.
ADelaïde de Champagne, 12 .
Cleon , ou le parfait Confidant,
12 .
Le Comte de Genevois, 12 .
La Valize Ouverte , indouze,
de Monfieur de Preſchac , 20.f.
Le Voyage du Royaume de
Congo, 12. 20. f.
J'en recevray quantité d'autres
cette ſemaine , dont je vous
diray le nom le Mois prochain;
ceux cy- deſſus ſont tous demon
Impreſſion.
2
Ceux qui auront quelque difficulté
touchant le Mercure ou
Extra
Extraordinaire , & qui iront à
la Foire de Beaucaire en Languedoc
, j'y feray , où je tâcheray
àleur en éclaircir le mieux
qu'il me ſera poſſible.
L'Extraordinaire du Quartier
d'Avril ſe diſtribuëra le 25. Juillet
1680.
٥٠
E103 EOS 80903. EX63. 69169 To 10103.8963.89503-80768-863-
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Avant-propos fur la Paix ,
I
3
Tout ce qui s'estpassé à la mort du Grand-
Maistrede Malte , &à l' Election du
nouveau , avec l'origine de cet Ordre,
5
On ne perd ſouvent rien pour attendre,
Histoire , 38
Les Arts , les Sciences , & les Armes
employez par l'Hymenée , pour le
MariagedeMonseigneur le Dauphin.
Comédie, 44
Balet des Fleurs , on la Victoire du Lys,
59
Madrigal fur le Mariage de Monfeigneur
77
Galan
TABLE.
Galanterie faite à Crufy aupres de Tonnerre
,
Mort de Monfieur le Rebours,
Mortde Monfieur de Héere ,
ibid.
80
81L
Mort de Mademoiselle Danguſſe, ibid.
Divertiſſemens donnez à Bourbon les
Bains, 82
Lettre écrite au Mercure Galant , touchant
la Lorraine Espagnolete ,
Description de la Galerie de S. Cloud ,
87
peinte par Monsieur Mignard de
Rome,
91
Esprits à Turin ,
LeNaufrage. Conte ,
Origine de l'Ordre de l'Annonciade, III
Places données à l'Academie des beaux
120
129
Mariage de Monsieur le Marquis de
Lavardin avec Mademoiselle de
Noailles,
132
Mariage de Monsieur le Comte de Chiverny
, avec Mademoiselle de Sommery,
138
Mariage de Monsieurde Boiſſy Confeillerau
Parlement , avec Mademoiselle
de Richebourg , 139
Madame Stüart fait Profeſſion dans le
Convent des Carmelites , ibid.
Accou
TABLE.
Accouchement de Madame la Vicomteffe
de S. André , d'une Fille& de deux
Garçons , 141
Mortde Monfieur Emery de Provence,
143
Mort de Monfieur de la Terriere, 144
Vers deMonfieur Ranchin ,ſur la mort
deMademoisellede Frault. 148
Les Malades d'amour. Histoire , 151
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau
166
Accidens arrivez pendant les derniers
Orages, 174
Mort de Monfieur Fourcault , Chanoine
de l'Eglise deParis , 177
L'Abbé de la Chaise pourvendefon Ca
ibid. nonicat ,
Penfion donnée par le Royà Monsieur le
Marquis de Chasteauneuf , Secretaire
-d'Etat , 178
Reception de Monsieur de Beauchamp
dans laplace de Chancelier de l'Académie
Royalede Dance , 179
Second Voyagede Monfieur Chardin aux
Indes , 182
MariagedeM. le Marquis de Lannion
avecMademoiselle de la Mark, 183
Ce
TABLE.
Ce qui s'est passé au Mariage du Roy de
Suede avec la Princeſſe de Dannemark,
187
Versde Monsieur leGivrefur les MariagesdesRoys
d'Espagne , &de Suede,
de Monseigneur le Dauphin , &de
Monfieur le Princede Conty ,
Préfent du Roy d'Espagne à la Reyne
d'Espagne.
193
196
Autre Présent du Roy de France à Monfieur
l'Electeurde Baviere , 199
Monfieur leDucde Verneüil , conduit les
Députez de Languedoc à l'Audience
duRoy, 201
Le Desespoir amoureux , Histoire, 202
Mariage deMonfieur Feuret avecMadameDoriau
, 205
MortdeMonsieur l'Evesque & Comtede
Châlons, 208
Mort d'un jeune Religieux Miſſionnaire
à S. Lazare , 210
Mort de Madame la Marquise de
Breauté,
Enigme ,
Autre Enigme,
211
215
216
Retourde Monfieur de Lonvoysà Fontainebleau
د
ibid.
Voyage
TABLE.
Voyage de Monsieur le Marquis de Segnelay
àBayonne , 325
Eveſché de Châlons donné à Monsieur
l'Evesque de Cabors , 326
Galanterie, Madrigal. 327
€ Fin de la Table.
MERCU
MERCURE
GALANTHEOUR
JUIN 1680.
DELA VILE
3
LYON
F
1893
Ous le remarquez ,
Madame. Ce n'a
point eſté pour s'affurer
du repos , que
le Koy l'a voulu donner à toute
l'Europe. Au lieu d'en joüir , il
agit fans cefle pour nous rendre
heureux ; & apres ce grand
nombre de Déclarations qui ont
eſté toutes à la décharge de ſes
Peuples; apres tant de ſoins pour
Juin 1680 . A
2 MERCURE
faire rendre la justice plus
promptement , & pour empef.
cher que d'autres que des Gens
éclairez ne ſe mêlent de ſoûtenir
les Parties ; apres ſes Défenſes
renouvelées touchant les
Duels, il vient encor de donner
un Edit portant peine de mort
contre les Fauſſaires. N'avoüerez
-vous pas que c'eſt travailler
de toutes manieres pour l'avantage
de ſes Sujets , & que c'eſt ,
pour ainſi dire , prévenir tout ce
qu'ils pourroient ſouhaiter ? Ce
Prince ne ſe contente pas de
faire du bien au genéral. Il en
fait inceſſamment aux Particuliers
,& ayant creé des Charges
de Receveurs Genéraux des Finances
de Flandres & de Franche-
Comté , loin d'en tirer du
profit , il en a usé comme il avoit
fait de celles de la Maiſon de
Madame
GALANT..
3
Madame la Dauphine , & les a
données libéralement. Jugez ,
Madame , ſi la raiſon ne demande
pas que dans chacune demes
Lettres je vous faſſe un court
Eloge de ce Grand Monarque,
quand on voit toute la France
dans une continuelle admiration
de ſes bontez , & qu'il n'eſt pas
juſqu'aux plus ſimples Bergers
qui n'en marquent leur recon
noiſſance , en s'écriant ,
ENfin
leGrand LOUIS fait
ceffer nos alarmes,
La Paix étale icy tout ce qu'elle a
decharmes ,
Un doux calme fuccede à des troubles
fâcheux,
Apres un long exil nous revoyons
les jeux ,
Tout rit dans nos Forests,dans nos
Champs, dans nos Plaines ,
A ij
4
MERCURE
On va prendre le frais ſur le bord
des Fontaines ,
L'impitoyable Mars par ses cris
furieux
Avoit banny l'amour de ces aimables
Lieux ,
Nous vivions retirez dans des
Grotes profondes,
Ruiſſeau, nous n'allions plus refver
2 pres de tes ondes ,
On ne voyoit par tout que Bergeres
en pleurs ,
Ces Prez ne donnoient plus ny
: d'herbes ny de fleurs ,
Des flots ensanglantez arrofoient
nos Campagnes,
Vn bruitpresque tonnant ébranloit
nos Montagnes ,
La triſteſſe & l'honneur régnoient
dansnos Hameaux ,
Et l'on n'entendoit plus Hautbois
ny Chalumeaux ;
Mais d'un fameux Héros les bon.
tez plus qu'humaines,
GALANT.
5
En nous donnant la Paix, ont fait
ceffer nos peines ,
Tout a changédeface,& toutSemble
en ce jour
N'avoirjamaisfenty que les traits
de l' Amour.
Je vous parlay la derniere fois
d'un Préfent que Monfieur le
Grand-Maistre de Malte avoit
envoyé au Roy. J'ay aujourd'huy
à vous apprendre ſa mort
arrivée le 29. Avril. Ce Grand-
Maiſtre qui s'appelloit Nicolas
Cotoner , eſtoit Majorquin , &
avoit fuccedé à Rafaël Cotoner
ſon Frere , par l'élection qui fut
faite de luy tout d'une voix le
23. Octobre 1663. Il a gouverné
ſeize ans , fix mois , & fix jours ,
avec une entiere fatisfaction de
toute l'Ifle ; & fans s'ébranler des
continuelles menaces des Turcs
A iij
6 MERCURE
qu'ila vaincus en diférentes occaſions,
il a toûjours fait paroiſtre
une prudence & une force d'efprit
, dignes du rang où il eſtoit
élevé. Enfin chargé d'années &
de gloire, & accabléde pluſieurs
maux qui faifoient ſouvent
craindre pour ſa vie , on l'a veu
contraint de leur ceder. Cet accablement
parut un peu avant la
derniere ſemaine du Carefine .
Il ne laiſſa pourtant pas le Jeudy
Saint de faire la Cerémonie du
lavement des pieds ; mais ſa foibleffe
ayant redoublé le Samedy
20. d'Avril , il ne donna aucune
audience à ceux qui venoient
luy fouhaiter les bonnes Feſtes .
Lejourde Paſques il fit ſes devotions
dans la Chapelle, & apprenant
que l'on commençoit à
murmurer de ce que depuis fix
jours on ne le laifſoit voir à perfonne,
GALAN T.
7
ſonne, il témoigna vouloir recevoir
les Sacremens en public.
Le Jeudy 25. Monfieur Viani ,
Prieur de l'Egliſe de S. Jean, qui
eft comme le Prélat de l'Ordre ,
les luy vint adminiſtrer en Habits
Pontificaux , accompagné
des Grand Croix & des Chevaliers,
tous un Flambeau à la main .
Monfieur le Grand- Maiſtre voulant
profiter de l'occaſion qui les
affembloit , leur dit en Italien ,
mais d'une voix forte & intelligible,
Qu'il estoit bien aiſe de leur
donner des marques de ce que font
tous les Hommes , en leur faisant
voir l'état où il avoit plû à Dieu
de le réduire ; qu'ayant perdu l'efperance
de relever de la maladie
qui l'abatoit , il les exhortoit à la
paix& à l'union , & leur remettoitle
Magiſtere qu'ils luy avoient
confié, les priant de choisir parmy
A iiij
8 MERCURE
eux celuy qu'ils en croiroient le
plus digne , & qui fust affezjeune
pour avoir laforce desuporter cette
grande Charge , &de l'exercer
longtemps ; qu'il leur demandoit
pardon s'ilne leur avoit pasaccordé
toutes les graces qu'ils avoient
Souhaitées de luy ; que la justice
&sa conscience s'estoient Scules
opposées au deſſein qu'il avoit toujours
eu de les fatisfaire en toutes
chofes ,&qu'il les croiroit contens
de luy , s'ils lesecouroient de leurs
Prieres.Apres ces paroles, il s'acquita
fort devotement de ce que
la qualité de Chreftien demandoitde
luy ; & en ſuite ſelon la
coûtume , il nomma ſon Lieutenant
pendant le reſte du temps
que pourroit durer ſa maladie.
Chacun luy alla baifer la main;
&quoy qu'il viſt tout le monde
attendry de ſon difcours, il garda
GALANT.
da toûjours une égale fermeté.
Il paſſa le Vendredy fans aucun
accident confiderable , ce qui le
mit en état de faire fon dépropriement.
( C'eſt ainſi qu'on appelle
le Teſtament des Chevaliers
. ) Le Samedy 27. il ſentit
diminuer ſes forces , & fa foibleſſe
fut telle , qu'entre minuit
&une heure on luy donna l'Extreme-
Onction. Il revint un peu
à luy deux heures apres , & reçeut
le Viatique ; apres quoy il
ſe diſpoſa à la mort avec une
conſtance qui répondoit à ſa
picté. La nuit du Dimanche au
Lundy 29. luy fut tres-fâcheuſe;
& comme on croyoit le voir
mourir à chaque moment, on fit
ſonner l'Agonie dés quatre-heures
du matín. Il n'expira qu'à
quatre heures &demie du ſoir,
&employa tout ce temps àſeré-
Av
10 MERCURE
ſigner parfaitement aux ordres
d'Enhaut. Si toſt qu'il fut mort,
ontintceque l'on appelle Confeil
complet. Il eſt composé des
plus anciens de l'Ordre , avec les
Grand-Croix. Apres qu'on eut
brisé les Sceaux du Prince défunt
, on nomma un Régent ,
qui fut le meſme que le Grand-
Maiſtre avoit choiſy pour fon
Lieutenant. On ferma les Ports,
&on donna les ordres néceſſaires
pour la Cerémonie des Funérailles.
Le Mardy 30. le Corps
fut exposé tout le jour dans la
grande Salle du Palais , fur un
magnifique Lit de parade. Le
Mercredy premier jour de May,
Monfieur le Prieur Viani vint
l'enlever. Il eſtoit accompagné
de tout fonClergé , & précedé
de la Compagnie de la Ville , Piques
traînantes, &Tambours en
deüil
GALANT
. TT
deüil. On porta le Corps dans
l'Egliſe de S. Jean . On fit l'Oraifon
Funebre , & les derniers devoirs
luy ayant eſté rendus , on
ſe prépara à l'Election d'un nouveau
Grand- Maiſtre . Cette Election
ſe doit toûjours faire le len
demain de l'Enterrement
du
Mort , autrement ce ſeroit au
Pape à le nommer. A infi le Jeudy
2. de May , on s'aſſembla dans
l'Eglife , où l'on dit la Meſſe du
S. Eſprit , apres laquelle il n'y
demeura que les Novices & Profés
de l'Ordre. Les premiers
n'ont point de voix ; mais tous
les Profés , tant Chevaliers , que
Preſtres , ou Freres ſervans , ont
droit de nommer. Pour éviter la
confuſion que pourroit cauſer ce
trop grand nombre de voix , on
choiſit trois Electeurs pour chaque
Langue ; & comme la Religion
12 MERCURE
gion de Malte eſt composée de
huit Nations , à qui ce nom de
Langue a eſté donné , l'élection
du Grand- Maiſtre dépend des
vingt quatre Electeurs qu'elles
choififfent, en y comprenant les
trois qui repréſentent l'Angleterre
, & qui font nommez par
les vingt-un des ſept autres Langues.
Celle de Provence eſt la premiere
de toutes . Elle a pour
Chef le Grand- Commandataire
de l'Ordre. Les Grands- Prieurez
de Saint Gilles & de Toulouſe
ſont dans cette Langue.
La ſeconde eſt celle d'Auvergne.
Elle a leGrand Prieuré de
ce nom , & le Maréchal de l'Ordre
en eſt le Chef.
La France eſt la troiſiéme.
Son Chef a le titre de Grand
Hofpitalier de l'Ordre.C'eſt dans
3
cette
GALANT. 13
cette Langue que ſont les Grads-
Prieurez de France , d'Aquitaine
&de Champagne,le Bailly Capitulaire
de la Morée,& le Bailly
Capitulaire Tréſorier General
de l'Ordre.
L'Italie eſt la quatrième. Elle
contient les Grands- Prieurez de
Rome,de Lombardie,de Veniſe,
de Piſe, de Barlette, de Meſſine,
& de Capouë . L'Admiral de
l'Ordre en eſt le Chef.
La cinquième ,qui est l'Arragon,
comprend les Royaumes de
Navarre, d'Arragon,& les Comtez
de Catalogne, de Sardaigne,
de Rouffillon , &c. Le Grand
Chaſtelain d'Ampuſſa eſt dans
cette Langue, dont le Chef a le
titre de Grand- Conſervateur de
l'Ordre.
L'Angleterre eſt la fixieme.
Son Chefeſt Grand Turcopolier
de
1
14
MERCURE
de l'Ordre, c'eſt à dire, Colonel
de la Cavalerie . Elle comprenoit
autrefois les Grands - Prieurez
d'Angleterre , d'Ecoſſe , & d'Irlande.
L'Allemagne eſt la ſeptiéme.
Sous cette Langue,dont le Chef
prend le titre de Grand Bailly de
l'Ordre, ſont compris les Royaumes
de Hongrie,de Boheme, de
Pologne,de Dannemark,de Suede,&
tous les Etats d'Allemagne .
La Caſtille eſt la derniere,
&comprend les Royaumes de
Leon , de Caſtille , de Portugal,
des Algarbes , de Grenade , de
Tolede , deGalice , & d'Andalouſie.
Le Grand Chancelierde
l'Ordre en eſt le Chef.
Je reviens à la derniere Elction
qui a eſté faite. Tous les
Profes s'eſtant retirez dans leurs
diverſes Chapelles,chaque Langue
GALANT . 15
$ !
gue nomma ſes trois Electeurs,
ſçavoir , Provence, Meſſicurs de
Chabrillan Grand- Prieur de S.
Gilles, de Cafault Grand- Prieur
de Toulouſe,& le Bailly de Caumont
; Auvergne , Meſſieurs de
Lourdouë Grand-Prieur d'Auvergne
, du Fay de Gerlande ,
Lieutenant du Maréchal de l'Ordre,
& le Commandeur de Gennetines
; France , M" de Vignancourt
Tréſorier de l'Ordre , le-
Bailly d'Humieres , & le Commandeur
de Cany ; Italie , M
Spinola Grand- Prieur de Lombardie,
Caraffa Grand Prieur de
la Rochere,& Lomellini Grand
Prieur d'Angleterre ; Arragon,
Meſſicurs de Galdiano Grand-
Prieur de Navarre , le Bailly de
Percillos , & le Commandeur
de Moix , Allemagne , Mefficurs
le Commandeur de Freirac
Lieute
16 MERCURE
Lieutenant du Bailly de l'Ordre ,
Vvratiſlaus Grand - Prieur de
Boheme , & le Chevalier Helbervert
; Caſtille , Meſſieurs de
Brandau Grand Chancelier , le
Bailly Correa General des Galeres
, &le Commandeur Arias .
De ces Electeurs , qui estoient
au nombre de vingt & un pour
les ſept Langues que je viens
de vous nommer , il y en avoit
dix dans les intéreſts de Monfieur
de Vignancourt Neveu du
feu Grand Maiſtre qui portoit
ce nom. Les onze autres prenoient
le party de Monfieur le
Grand - Prieur de la Rochere.
Ainſi s'agiſſant entr'eux de choifir
les trois qui repreſenteroient
l'Angleterre , le nombre de ces
derniers fut le plus fort' , & ils
éleurent Mõſieur CorettaGrand
Admiral,le Commandeur de Villages,&
le Commandeur XimeGALAN
Τ.
17
A
nez, c'eſt à dire qu'ils s'aſſuroient
par là de trois autres voix. Ces
vingt-quatre Electeurs compofent
le grand Conclave , dont
le plus grand nombre entraîne
toûjours ce qu'on appelle le
petit Conclave, puis que c'eſt à la
pluralité des voix qu'on élit ceux
dontil eſt formé. Ils en nomment
trois d'abord,qui ſont unChevalier,
un Preſtre , & un Frere fervant.
Ces trois eliſent treize autres
Chevaliers , & font le nombre
de ſeize Electeurs,deux pour
chaque Langue , ſans qu'on en
puiſſe choiſir aucun parmy les
Grands - Croix pour compoſer
ce petit Conclave. Les trois que
nommerent les vingt - quatre
premiers Electeurs furent Meffieurs
Sanchez Chevalier de la
Langue d'Arragon , Cocco Preftre
de la Langue d'Italie , & Bataille
18 MERCURE
taille Frere ſervant de la Langue
de France. Ces trois,pour remplir
les deux de chacune de leurs
Langues , nommerent Monfieur
le Commandeur Muños pour
l'Arragon ; Monfieur le Commandeur
de Gravine, pour l'Italie
; Monfieur le Commandeur
deBayer, pour la France ; Meffieurs
les Commandeurs de la
Fare & de Brillane , pour la Provence
; Meffieurs les Chevaliers
de Lignerat & Lomieu , pour
l'Auvergne ; Meſſieurs les Commandeurs
de Freytat & de Herbeſtein,
pour l'Allemagne ; Meffieurs
les Commandeurs Carnero&
Gongora, pour la Caſtille;
&Meffieurs les Commandeurs de
Médicis & Spinola , pour l'Angleterre.
L'Election s'acheva à
deux heures apres midy;& Dom
Gregorio Caraffa Napolitain ,
Grand
GALANT.. 19
Grand- Prieur de la Rochere en
Calabre , fut nommé tout d'une
voix. C'eſt un Homme qui est
tout blanc , affez gros , & d'une
taille plus que mediocre. Il a ſoixante&
cinq ans, & eſt Frere du
Cardinal Caraffa. C'eſt quelque
choſe de ſurprenant , que cette
prompte détermination de toutes
les Nations du Monde às'élire
un Chef. La joye fut univerſelle
, & le concours du Peuple
ſi grand , que ne pouvant
preſque trouver de paſſage , ce
nouveauGrand-Maiſtre fut plûtoſt
porté que conduit depuis
l'Egliſe juſques à la Chambre du
Palais.ll a bien ſervy la Religion;
&entr'autres belles Actions qu'-
il a faites en diférens temps , eftant
General de ſes Galeres , il
amena un jour dans le Port de
Malte ſept Baſtimens Turcs d'uneſeule
priſe. Il eſt le ſoixante
20 MERCURE
deuxième Grand Maistre depuis
l'Inſtitution de l'Ordre , dontje
croy que vous ne ferez pas fâchée
queje vous apprenne l'origine
enpeu de mots.
Un peu avant le voyage de
nos Paladins François pour la
conqueſte de la Palestine , des
Marchands de Melphe, Ville du
Royaume de Naples , vifitant la
Terre- Sainte , firent ſi bien aupres
du Calife d'Egypte , qu'au
moyen d'un tribut annuel, il leur
permit de baſtirune petite Maiſon
pour s'y retirer,&y recevoir
ceux de leur Nation , qui viendroient
viſiter les meſmes Lieux.
Ils n'eurent d'abord qu'une Chapelle
vis-à- vis l'Egliſe du Patriarche
, où des Religieux Hermites
de S. Auguſtin qu'ils firent
venir, celebrérent le Divin Service
en Langue Latine ; mais le
brui
GALANT . 21
bruit qui ſe repairdit de leur charité,
ayant engagé un nombre infiny
de Gens pieux à paſſer la
Mer , les aumônes qu'en reçeurent
ces Religieux augmenterent
tellement leur revenu , qu'-
enfort peu de temps ils ſe virent
en état de ne plus manquer de
rien. Le bon traitement qu'ils
faiſoient aux Pelerins , inſpirant
àlaplupart le meſme zele qui les
animoit , les uns prenoient leur
Habit, & les autres s'apliquoient
à ſervir & à panſer les Malades ;
de forte que pour leur grande
hoſpitalité,on lesnomma les Freres
Hoſpitaliers de S. Jean Baptifte,
en l'honneur duquel ils firent
baſtir un ſuperbe Temple .L'Hôpical
qu'ils y joignirent , ne fut
pas le ſeul ſecours qu'ils donnerent
aux Etrangers.Ils prenoient
le ſoin de les conduire , & affu
roient
22. MERCURE
roient les paſſages contre les
courſes des Sarrazins.
Les François ayant conquis la
Ville de Jerufalem, le Roy Baudoüin
I. confirma les Hoſpitaliers
dans un ſi pieux Office , &
leur donnant de grandsbiens , il
leur permit de porter les Armes
comme il avoit fait aux Chanoines
Reguliers Gardiens du
Saint Sepulcre. Ainſi il les eſtablit
Chevaliers de Saint Jean
en 1104. pour loger les Pelerins
de la Terre - Sainte de quelque
Païs qu'ils fuffent , & les afſiſter
dans leurs maladies , ce
qui fut leur quatrième voeu, outre
ceux d'obedience,de pauvrete,&
de chaſteté ,qu'ils firent certe
meſme année entre les mains
du Patriarche de Jerufalem ,
le reconnoiſſant pour Chef ; &
afin d'eſtre diftinguez des Chevaliers
GALANT . 23
valiers du Saint Sepulcre , ils
prirent l'Habit noir des Hermites
de Saint Auguſtin, portant
deſſus l'eſtomac , au coſté gau
che, une Croix de Toile blanche
àhuit pointes ,qui repréſentoient
les huit Beatitudes celeſtes.
Quand ils alloient à la guerre,
qu'ils faifoient ſouvent aux Sarrazins
, on les voyoit reveſtus
d'une Cotte d'armes rouge ,
ayant une Croix blanche deffus.
Gerard de Saint DidierGentilhomme
de Picardie , devenu
Intendant de l'Hospitalen 1110 .
inſtitua certains Reglemens que
les Papes confirmerent ; & comme
le nombre de ces Chevaliers
s'accrut en fort peu de téps,
& qu'ils ſe rendirent confiderables
parleur valeur, ils ſe tirerent
de la Jurisdiction du Patriarche,
& choiſirent un Grand- Maiſtre
de
24
MERCURE
de leur Corps. Ce Gerard de S.
Didier fut le premier qu'ils élurent.
Raimond de Polignac, l'un
des Anceſtres des Vicomtes de
ce nom , fut fon Succeſſeur. Enfin
Saladin Soudan de Babilone
ayant pris Jerufalem ſur le
Roy Jean de Brienne , les Chevaliers
Hoſpitaliers ſe virent
contraints de ſe retirer à Acre,
dont le Soudan Helpy s'eſtant
rendu maiſtre en 1290. apres un
long Siege ſoûtenu avec toute la
vigueur poſſible ilsallerent
chercher retraite aupres deHenry
de Lufignan Roy de Chipre,
qui leur donna la Ville de Limiffo
dans ſon Royaume. Ils y firent
leur refidence juſqu'en 1309 .
qu'ils ſurprirent Rhodes, envahie
ſur l'Empereur de Grece depuis
peu de temps par les Sarrazins.
Le ſtratageme dont ils ſe ſervi-
,
rent
GALAN T.
25

rent pour venir à bout de ce
defſſein , fut fort extraordinaire.
Ceux à qui l'on confia la
conduite de l'entrepriſe , parurent
aux environs de la Ville,
vétus en Bergers , avec dix ou
douze Troupeaux de Moutons,
parmy leſquels on avoit meſlé
un nombre des plus vaillans
Soldats , qui marchant à quatre
pates couverts de peaux deMouton
, s'emparerent de la Porte,
fans qu'on ſe fuſt aperçeu de
leur artifice. Les Habitans effrayez
d'un accident ſi peu attendu
, voulurent gagner le
Port , mais ils furent inveſtis
en meſme temps par l'Armée
Navale des Hoſpitaliers , qui
s'eſtant ſaiſis de leurs Vaiſſeaux,
ſe mirent en poffeffion de toute
l'ifle , & de cing autres petites
qui l'environnent. Depuis
Juin 1680 . B
26 MERCURE
ce temps. là , ils prirent le titre
de Chevaliers de Rhodes , &
pour Armes de la Religion , ils
porterent de gueules à Croix
d'argent. Les Sarrazins & les
Turcs ne pouvant ſe conſoler
de la perte de cette Ifle , vinrent
affieger Rhodes avec une Flote
tres-puiſſante ; mais Amedee le
Grand, Comte de Savoye, eſtant
accouru à fon ſecours , contraignit
les Sarrazins de ſe retirer,
&remporta pour marque d'honneur
les Armes de la Religion,
avec ces lettres F.E.R. T. qui
veulent dire , Fortitudo ejus Rhodum
tenuit.
Le Soudan d'Egypte, laſſé des
continuelles courſesde ces Chevaliers,
recherchala Paix en 1403 .
Philibert de Naillac Grand-
Maiſtre de l'Ordre , y trouvant
ſes avantages , fit un Traité avec
luy,
GALANT.
27
luy,par lequel ce Soudan luyaccorda
, outre la liberté du commerce
pour toute la Chreſtienté
, que la Religion auroit des
Hoſpitaux à Jerufalem & àRama
, & que les Pelerins pourroient
voyager dans la Paleſtine
en toute afſurance. Mahomet
Empereur des Turcs , tenant
à honte qu'une Ifle ſi voifine
de ſes Etats , ne reconnuſt
fon Empire par aucun tribut , fit
équiper une Flote , & en donna
la conduite au Bacha Miſat,de
- la Race des Palcologues , quiat-
- taqua Rhodes le 23. de May
1480. Il fut courageuſement re-
= pouflé par Pierre d'Aubuſſon
- Grand-Maiſtre de l'Ordre , qui
- pendant trois mois ſoutint les
- effroyables Afſſauts des Turcs avec
une fermeté inconcevable.11
= y en cut neuf mille bleſſez , plus
Bij
28 MERCURE
de quinze mille tuez , & le peu
d'apparence de réüffir força enfin
le Bacha de lever le Siege.Ce
Grand- Maistre d'Aubuſſon eſt
l'un des Anceſtres de ces vaillans
Comtes de la Feüillade qui ſont
morts au lit d'honneur pour le
ſervice de nos Princes. L'ifle de
Rhodes ſeroit encor au pouvoir
des Chevaliers qui portoient ce
nom , ſans la jaloufie que cauſa
l'élection de Philippes de Villiers-
l'Iſle-Adam , de la Langue
de France, Perſonnage ſi recommandable
pour ſa vertu & pour
ſa valeur , qu'il fut fait Grand-
Maiſtre pendant ſon abfence,
malgré la brigue d'André d'Amaral
Portugais , Grand- Croix,
Prieur de Caſtille, & Chancelier
de l'Ordre. Celuy- cy affez renommé
par ſes belles actions,
mais ambitieux avec excés , ſe
voyant
GALANT.
29
voyant décheu de ſes eſpéran.
ces,& ne pouvant fuporter l'élevation
de l'Ifle-Adam , avec lequel
il avoit eu autrefois quelque
démeſlé,réſolut de trahir la Religion
& fon honneur. Dans ce
deſſein , il donna avis à Soliman
de ce qui ſe paſſoit dans les Conſeils
où il aſſiſtoit, & fut ſecondé
par un Medecin Juif , que Selim
Pere de Soliman avoit envoyé à
Rhodes comme Eſpion , & qui
ſe fit baptifer pour mieux tromper
l'Ordre. Les raiſons qui engageoient
Soliman à entreprendre
le Siege de cette Ville , ayant
eſté appuyées par Muſtapha
Bacha fon Beau- frere , bien
que les autres Bachas ne fufſent
pas de ſon ſentiment , il parut
devant l'ifle le 26. de Juin
1522. avec une Flote de trois ces
Voiles,qui s'accrut depuisjuſqu'à
1
Biij
30 MERCURE
quatre cens. Les Tures affirent
leurCamp hors la portée du Canon
, & firent voir une Armée
de plus de deux cens mille
Hommes. Soliman s'y rendit luymeſme
le vingt- fixième d'Aouſt;
& ſa préſence ayant relevé le
courage de ſes Soldats , qui apres
des pertes conſidérables
crioient qu'on les avoit menez à
la Boucherie,on continua le Siege
avec une opiniaſtreté invin,
cible. Ce que racontent lesHif
toriens des Aſſauts , Combats,
Meurtres , Bouleverſemens de
Murailles & Boulevards par cin -
quantecinqMines qui furent faites
, paffe tout ce qu'on s'en peut
imaginer. Rien ne fut capable
d'ébranler les Affiégez . Ils firent
un ſi grand carnage de leurs Ennemis
, que Mustapha n'ayant
pû réüffir à ruiner un Boulevard,
GALANT. 31
vard , & les Janiſſaires refuſant
d'aller à l'attaque des Forts , les
Turcs commencerent àdeſeſperer
de prendre Rhodes. Déja
chacun ſongeoit à plier bagage
, & il y en avoit meſme quelques-
uns qui ſe retiroient dans
leurs Vaiſſeau , quand un Traître
qui s'échapa de la Ville , vint
avertir Soliman que tous les Soldats
de Rhodes eſtoient tuez ou
bleſſez. Des Lettres qu'on reçeut
en meſme temps du Chancelier
Amaral , confirmerent co
raport , & la choſe ayant eſté divulguée
, l'eſpoir du pillage fit
reprendre coeur . Ainfile Bacha
Acmet Capitaine fort expéri.
menté, qu'on avoit mis àla place
de Mustapha , recommença de
nouvelles Bateries .Ceux de Rho.
des le ſoûtinrent avec vigueur.
La trahiſon d'Amaral fut décou-
B iiij
32 MERCURE
1
verte , & on luy tranchala teſte
le 30. d'Octobre. Enfin Soliman
voyant que le grandcarnagede
ceux qu'il perdoit oſtoit le
courage aux autres , écrivit à de
Villiers- i'Ifle-Adam , pour l'in
viter à ſe rendre. L'Iſle - Adam
reduit aux plus fâcheuſes extrémitez
, luy envoya auf
fi- toſt des Chevaliers , qui a
pres pluſieurs conferences , ar.
reſterent la compofition à des
conditions tres - avantageuſes.
Soliman entra dans Rhodes le
jour de Noël , traita fort honorablement
le Grand-Maistre
qu'il viſita meſme dans ſa Maifon
le nomma ſon Pere , & le
laiſſa partir avec ſes Cheva
liers le premier jour de Janvier.
L'ifle.Adam vint en Candie,pafla
de là en Sicile,& arriva à Meffine
au
3
GALANT.
33:
au commencementde May. Ily
aborda dans un appareil tout à
fait lugubre , ſans fanfares de
Trompetes ny coups de Canon,
&n'ayant qu'une ſeule Enſeigne
déployée qui repreſentoit une
Noſtre-Dame de Pitié , avecces
paroles , Afflictis ſpes unica rebus.
Le Vice - Roy de ce Païs - là
l'ayant reçeu avec de fortgrands
honneurs, il le quita pour aller à
Naples , d'où il ſe rendit à Orviette
, & de là à Rome. Le Pape
luy fit un tres-bon accueil. Il s'avança
quelques pas vers luy ;&
comme le Grand- Maiſtre voulut
luy baiſer les pieds , il l'embraſſa,
l'appellant le Défenſeur conſtant
de la Foy. Adrian VI. eſtant
mort peu de jours apres cette
entreveuë , Clement VII. fon
Succeſſeur donna VViterbe à
l'ifle-Adam , pour y demeurer
B V
34 MERCURE
juſqu'à ce qu'il euſt trouvé un
lieu plus commode. Le Grand-
Maiſtre envoya des Ambaſſadeurs
à l'Empereur Charles-
Quint , pour luy demander l'iſfle
de Malte , qu'il luy accorda le
25. Avril 1530. Il en prit poſſeſſion
le 26. d'Octobre , avec le
conſentementdes Roys de Fran .
ce , d'Angleterre , de Portugal,
&des autres Princes dans les
Terres deſquels l'Ordre a des
Commanderies , à la chargede
donner un Faucon tous les ans au
Viceroy de Naples. LesChevaliers
ont pris le nom de cette Iſle
depuis que leur réſidence y eſt
établie. Les courſes continuelles
qu'ils font en Mer ayant donné
de l'ombrage à Soliman ſur ſes
derniers jours , il fit de tresgrands
préparatifs pour attaquer
Malte par Mer & par terre . Sa
Flote
GALANT.
35
Flote compoſée de deux cens
Navires y arriva le 18. de May
1565. Mustapha vaillant & expérimenté
Capitaine , la commandoit.
Apres quelqueslegeres
eſcarmouches , les Turcs attaquerent
avec furie la Fortereſſe
de Saint Elme , dont la priſe leur
couſta quatre mille Hommes , &
Dragut entr'autres. Il eſtoitVice-
Soudan de Tripoli , & l'un des
plus grands Capitaines de Soliman.
Cette Fortereſſe fut tresvigoureuſementdefenduë
vingtquatre
jours par les Affiegez , qui
de leur coſté perdirent deux mille
Chrêtiens. Il y demeura cent
dixChevaliers.
Cette perte ayant étonné Jean
de la Vallete- Parifot , qui estoit
alors Grand-Maistre de l'Ordre,
il envoya vers Dom Garcia de
Tolede Viceroy de Sicile , pour
preffer
36 MERCURE
preffer le ſecours qu'il en atten
doit. Déja le Canon avoit ruiné
les Fortereſſes de Saint Michel
& de Burge , & Malte ne fubfiftoit
plus que par le courage de
ſes vaillans Défenſeurs , quand
ce Viceroy arriva , & mit huit
mille Hommesàterre. Les Turcs
quideſeſperant de prendre l'Iſſe ,
ſe préparoient au retour , réſolarent
de combattre ce Secours,
dans la penſée de le defaire aifément,
&d'ofter par là le courage
aux Affiégez . Ils détacherent dix
mille Hommes de leur Armée
pour l'attaquer ; mais rencontrant
des Gens frais,que l'intereſt
dela Religion animoit, apres une
perte notable de leurs Soldats,ils
furent contraints de prendre la
fuite vers leurs Vaiſſeaux, & mirent
les Voiles au vent le 12. de
Septembre ,ayant employé qua-
7...
tre
GALANT.
37
tre mois à ce Siege , & perdu environ
quinze mille Soldats , &
huit mille Hommes de Marine.
La conſervation de l'Iſle couſta la
vie à deux cens cinquante Chevaliers
.
Voila , Madame , un fort fim-
• ple extrait des changemensarrivez
àla plus illuſtre Religion de
la Terre. Il eſt des matieres qui
demandent quelques fois un peu
d'étenduë , & j'ay crû que vous
trouveriez celle- cy traitée imparfaitement,
ſi je vous en raportois
moinsde circonſtances .
On a travaillé fur les Paroles
de Mademoiselle Caſtille que je
vous envoyay dans ma Lettre dumois
d'Avril.ll me ſouvientqu'elles
vous parurent agréablement
tournées ,& cela m'oblige à vous
lesdonner aujourd'huy en Air.La
Note eſt de M' Bellon de Lyon.
AIR
38 MERCURE
AIR NOUVEAU.
AHqu'ilsfont courts Les beaux jours
D'une Fleur Printaniere !
C'est ainsique s'enfuit laſaiſon des
Amours.
Hastez vous donc d'aimer , ôjeune
Beauté fiere ,
Hastez- vous , on n'est pas jeune &
belle toufiours.
La jeuneſſe & la beauté font
des avantages dont il arrive des
occafions de profiter. Si vous en
doutez, vous n'avez qu'à lire.Un
Homme affez avancé en âge ,
-mais aimant la joye , & ayant des
Piſtoles en quantité , voyoit le
beau monde , & n'oublioit rien
pour ſe divertir. Il eſtoit trop
bon Chreftien pour ſouhaiter la
mort
GALAN T.
39
mort de ſa Femme ; mais comme
elle estoit grondeuſe , ſi elle euſt
eſté d'humeur à vouloir mourir,
il ne l'auroit pas dédite , & euſt
volontiers payé les frais de l'Enterrement.
Il rendoit quelques
viſites à une Dame , qui depuis
un an ou deux avoit aupresd'elle
une fort jolie Parente qu'elle
nourriſſoit. Son Pere ne luy
avoit laiſſé aucunbien, & laDame
qui l'aimoit fort tendrement,
faifoit ce qu'elle pouvoit pour la
marier ſur ſa bonne mine. Le
bon Homme luy diſoit toûjours
quelque douceur. La Belle ſçavoit
comment y répondre , & un
jour qu'en plaiſantant avec elle,
il luy avoit dit qu'elle feroit bien
ſon fait , s'il devenoit Veuf,
elle le pria de s'en ſouvenir ,
l'aſſurant avec la meſme plaifanterie
, qu'elle iroit le fommer
de
40 MERCURE
de ſa parole , & feroit du bruit
s'il prétendoit nela pas tenir . Le
Mary eſtoit bien plus âgé que la
Femme. Ainſi il n'y avoit pas
d'apparence que la choſe puſt aller
jamais plus loin. Cependant il
demeura Veuf quelques mois
apres. Tout ſe paſſa avec grand
honneur. La Morte fut bien &
deuëment enterrée ; & le bon
Homme , apres avoir écouté le
plustriſtementqu'il putquelques
complimés de condoleance,trouva
àpropos de ſe conſoler. Commeen
ce monde,ne rien demander
c'eſt le moyen de ne rien
avoir , la Dame voulut hazarder
une viſite . Elle alla le voir apres
tous les autres , accompagnée de
fon aimable Parente. Il tâcha
d'abord à eſtre chagrin , & la
converſation eſtant devenuë en
fuite affez enjoüée , on fit tomber
GALANT.
41
ber à propos ce qu'il avoit dit
touchant la Belle . Apres qu'on
eut encor plaiſanté ſur ce qu'il y
alloit de ſon honneur de s'en
ſouvenir , il répondit qu'il n'oublioit
jamais rien , & que ſi on
vouloit l'en laiſſer le maiſtre , il
avanceroit les affaires en fort peu
de temps. Il fut avoüé de tout ,
& on ſe ſépara en riant , ſans
qu'on fuſt entrédans aucune propoſition
plus particuliere. Trois
jours apres ( il eſtoit Dimanche )
la Dame eut viſite dés qu'elle
eurdîné. Figurez - vous ſa ſurpriſe
, quand on la congratula fur
le mariage de ſa Parente . Toutes
les deux demanderent avec qui.
On leur nomma le bon Homme
; & comme elles proteftoient
que c'eſtoit un bruit
répandu mal à propos , on prétendit
avoir entendu publier les
Bans
M
42 MERCURE
Bans lematin meſme. La Dame
vouloit qu'on ſe fuſt trompé ;
mais quelques autres de ſes Amies
eſtant ſurvenuës , & luy
ayant toutes dit la meſme choſe ,
elle commença de croire que le
vieil Amantavoit pris feu,&s'eftoit
haſté de mettre l'affaire en
eſtat d'eſtre promptement concluë,
pour ne rien perdre du peu
de beaux jours qu'il avoit encor
à eſperer. Il vint luy - meſme
deux heures apres , & montrant
la Diſpenſe des deux derniers
Bans , & un Contract de Mariagetout
dreſſés apres avoir donné
la plume à la Belle pour le ſigner
ſeulement entr'eux en attendant
qu'on appellaſt les Notaires
, il la conjura de vouloir ſe
rendre le lendemain à l'Egliſe à
quatre heuresdu matin. Le terme
eſtoit court, mais la Bellen'a-
,
VOIE
GALANT.
43
voit point de Bien. Les avantages
que luy faiſoit le bon Homme
eſtoient fort conſidérables;
& la Dame , qui demeura ſaiſie
du Contract, trouva cette affaire
du genrede celles qu'on ne peut
jamais conclure trop toſt. Ainſi
ils furent mariez le jour ſuivant,
quoy que fans habits de Noce.
Une Bourſe pleine de Loüis laifſée
à la Belle pour en acheter
quand il luy plairoit , fit affez
connoiſtre que ce n'eſtoit point
par avarice. Elle est fort heureuſe,&
les complaiſancesqu'elle
a pour ſon vieux Mary , luy font
obtenir tout ce qu'elle veut.
Cette avanture de Mariage
me fait ſouvenir d'une Piece.
toute pompeuſe qui fut repreſentée
le 13.de l'autre Mois dans
le College Royal des Jeſuites de
la Flêche , qui paſſe pour un des
plus
44 MERCURE
plus magnifiques de toute l'Europe.
Elle avoit pour titre , Les
Arts, les Sciences , & les Armes,
employez par l'Hymenée pour le
Mariage de Monseigneur le Dauphin.
Ce Dieu voulant faire quelque
choſe de ſuperbe pour une
fi importante occafion,fans avoir
recours ny à Minerve ny àApollon
, ny à Mars , ſe ſervit pour ce
deſſein des Amours ſes Freres,les
jugeant capables de fournir à
tout. Ainſi des Amours déguiſez
en Artiſans , en Sçavans , &
en Guerriers , firent les trois partiesde
cette Piece.
Dans la premiere qui eſtoit
des Arts , le Theatre repréſentoit
une grande Salle où eſtoient
pluſieurs Apartemens. Divers
Amours Artiſans y travailloient,
Peintres, Sculpteurs .Forgerons,
Muficiens , & autres , & dans le
fond
GALANT.
45
fond eſtoit cette Inſcription en
lettres d'or , Quas non se fingat
ad Artes ? Tous ces Artiſans
invitez par l'Hymenée à faire
voir leur travail , ouvrirent le
Theatre & formerent une Dance
, chacun avec l'Inſtrument
qui eſtoit propre à ſon Art.Apres
cela ils vinrent préſenter leurs
Ouvrages àl'Hymenée.Le Peintre
apportale Portrait de Madame
la Dauphine ; le Sculpteur,
la Médaille de Monſeigneur le
Dauphin ; & les Forgerons , les
coeurs de l'un & de l'autre formez
ſur ceux des plus grands
Princes & des plus grandes Princeſſes
que nous ait vantez l'Hiftoire.
Les Muſiciens firent à
leur tour un Opéra. Le ſujet eftoit
une Alliace feinte d'unDauphin
qu'une Sirene avoit ſçeu
charmer par la douceur de ſon
chant
46 MERCURE
chant. Tout estoit allégorique
dans cette Alliance , & avoit raport
à ce qui s'eſtoit paſſfé dans
le Mariage de Monſeigneur le
Dauphin. La Sirene , les Tritons
, les Nymphes de la Seine,
&les autres Divinitez des Eaux,
compoſerent un agreable Coneert
qui termina cette Scene.
Pendant que ce petit Opéra fatisfaiſoit
les oreilles,on avoit pris
ſoin du plaiſir des yeux , en faifant
paroiſtre une Peinture qui
repréſentoit un Dauphin attiré
par le chant d'une Sirene , avec
ces paroles , Trahitur dulcedine
cantus. Voicy ce qui a eſté fait
furcette idée.
LE
GALANT. 47
3630333
LE DAUPHIN,
ET LA SIRENE.
FABLE.
UNDauphin qui regnoit affez
pres de la Seine,
Gouvernoit fes Sujets moins par
autorité,
Queparsa douce majesté.
Les Habitans des Eaux charmez
deSa bonté,
Leprièrent unjour de choisir une
Reyne,
Qui leur donnast des Roys desa
LeDauphinſerenditſans peines
Pofterité.
Bientost on vit s'offrir mainte Divinite,
Chaque Nympheàl'envy s'efforça
deluyplaire,
Vne
48 MERCURE
Vne Sirene l'emporta.
Les Dieux conduiſirent l'affaire,
L'Amour estoit préſent , qui me le
raconta.
Les Nayades accouruës
Des Rivages d'alentour,
S'estoient en foule renduës
Aux Lieux où le Dauphin tenoit
alorsfa Cour.
Chacune par l'éclat de fa haute
naiſſance
Aspiroit à cette alliance,
Chacune s'appuyoit sur sa Divinité.
L'une estoit Fille de Nerée,
L'autre descendoit de Protée;
Toutes enfin pour leur beauté,
Ou pour quelque autre qualité,
Prétendoient àla Royauté,
Quand des bords du Danube il vint
une Sirene,
Qui fur les flots nageantSuperbement,
SON S'avançoit
GALANT. 4
S'avançoit affez lentement.
Elle avoit l'air de Souveraine.
Attirez parfon chant, les Poiſſons
d'alentour
Luy compofoient une petite Cour,
Qui montroit bien déja qu'elle feroit
leur Reyne.
LaTroupe en la voyant , dehonte
Secacha,
Au fond des eaux les unes se
plongerent,
Dans les Roſeaux les autres
s'enfoncerent ,
Et le Dauphin auſſi toft s'aprocha.
Pour vous , dit- il, j'ay quitté des
Déeſſes ,
Et vous m'avez paru plus digne
de mon choix,
J'ay bien pû reſiſter à des vaines
careffes,
- Mais je cede au doux ſon d'une
agreable voix.
Iuin 1680. C
So
MERCURE
Aux Poiſſons avec moy vous
donnerez des Loix .
Pour gage de ma foy recevez ma
Couronne.
Téthis conſent à tout,&Neptune
l'ordonne .
Mon fort , dit la Sirene , aura des
envieux ,
Et les plus illuſtres Princeſſes
Se feroient un honneur de ce
choix glorieux ;
Mais ſi pour moy vous quittez
des Déeſſes,
Pour vous auffi j'ay quitéquelquesDieux.
Dés qu'elle eut achevé, les Poiſſons
aplaudirent,
Les Nayades les entendirent.
On dit auſſi que les Tritons
Yjoignirent le ſon de leur Trompe
marine,
Et firent retentir les airs de leurs
Chansons,
Pour
GALAN T.
SI
Pour celebrer par tout la nouvelle
Dauphine.
Ausfitoft furent députez
Des Courriers de divers coſtez ,
Pouren faire un recit fidelle
A toutes les Divinitez.
Chacun avce plaisir aprit cette
nouvelle ,
Et dans tout l'Empire des Eaux
Ilnese trouva ny Ruiſſeaux ,
Ny petit Fleuve , ny Fontaine,
Qui ne félicitaſt cejour la la Sirene.
- Pour terminer la Feſte , on celébra
des Jeux
Oùse trouverent tous les Dieux.
On admira leur train, leur air , &
tout le reste,
Et chacun avoua, de tant d'éclat
Surpris ,
Qu'on n'avoit rien veu de plus
lefte
AuxNoces mesmede Thétis.
e
Cij
MERCURE
Les Amours qui avoient pris
laDance pour leur party , firent
la derniere Scene de la premiere
Partie dont j'ay commencé de
vous parler , & repréſenterent le
Balet des Fleurs qui diſputoient
entr'elles , à qui auroitPavantage
de compoſer la Couronne de
Madame la Dauphine. Le Lys
fut preferé aux autres Fleurs
par le jugement de l'Hymenée.
A peine eut il prononcé en ſa
faveur , qu'on futeſtonné de ne
voir plus que des Lys , qui formerent
une eſpece de Couronne en
dançant . Une nouvelle Peinture
augmenta en meſme temps les
ornemens du Theatre. Elle fit
paroiſtre un Lys élevé au deſſus
des autres Fleurs , qui ſembloient
ſe pancher pour luy rendre leurs
hommages , avec cette Inſcription,
Plebeij cedite Flores .
Les
GALANT.
53
e
Les Amours de la ſecondePartie
avoient pris les Sciences pour
leur partage ; & l'explication de
ces paroles qui ſe liſoient , Cefsit
Parnaſſus Amori , fut aiſée à faire,
quand on vit Apollon & les Muſes
quiter le Parnaſſe pour les en
laiſſer les maiſtres . Dans le mefme
temps on entendit un agreable
Concert , où ceux- cy temoi- .
gnoient leur joye de cet avantage,
& celuy- là fon chagrin d'eftre
obligé de ceder ſa Lyre à un
des Amours.
Ce Concert finy , le Parnafſſe
avança ſur le Theatre, & dix Amours
couronnez tous de Laurier,
en deſcendirent dans lemefme
inſtant , l'un ayant l'équipage
d'Apollon , & les neufautres tenant
à leur main les Inſtrumens
qui diftinguent chaque Muſe. Ils
firent une tres- agreable Entrée
Cij
54 MERCURE
de Balet , & apres qu'ils eurent
préſenté divers Ouvrages faits à
l'honneur de Monſeigneur le
Dauphin & de Madame la Dauphine,
ils terminerent cette Partie
par la Fable du Dauphin placé
au Ciel , pour avoir reçeu Arion
ſur ſon dos lors qu'il le précipita
dans la Mer. L'Amour
Apollon préſidoit à cette Cerémonie
celeſte,& mitle Dauphin
aupres de la Lyre , du Cigne , &
des Aſtres qui ont quelque ra
port avec les Sçavans .
La troifiéme Partie de cette
Piece comprenoit l'exercice des
Armes. Le Theatre repréſentoit
une eſpece de Camp où pluſieurs
Troupes d'Amours Guerriers ef
toient fous diverſes Tentes. Ils
fortirent formant divers petits
Eſcadrons , avec les Armes, Simboles
, & Enſeignes ordinaires
des
GALAN T.
55
-
des Guerriers ; & dans la principale
peinture de la Décoration
paroiffoit un Mars , dont ces paroles
qui ſe liſoient, audeſſus marquoient
la ſurpriſe. Miratur telis
amula tela fuis. Ils commencerent
par un Tournoy ; & comme
les Amours ſçavans avoient placé
le Dauphin au Ciel , les Amours
Guerriers le rendirent vitorieuxdans
un Combat que les
Aftres firent. Les Tenans pour
☑le Dauphin eſtoient le Soleil, qui
repréſentoit le Roy ; la Planete
de Jupiter,qui repréſentoit Monſieur
; celle de Mars , qui repréſentoit
Monfieur le Prince ; &
les Aſtres des Bourbons , qui repréſentoient
les autres Princes de
la Maiſon Royale. ( Vous fçaurez
, Madame , queles Aftronomes
ont donné le nom d'Aſtres
des Bourbons à de petites Plane.
;
τ
S
S
5
5 Cij
56 MERCURE
tes qui font toûjours autour du
Soleil , & qui l'accompagnent &
le ſuivent. ) On voyoit pour Affaillans
l'Aigle celeſte qui repréſentoit
l'Empereur ; le Lyon celeſte
, qui repréſentoit l'Eſpagne
& la Flandre ; la Lune ou le
Croiſſant , qui repréſentoit le
Grand- Seigneur. D'abord deux
Hérauts s'avancerent en dançant
, ſuivis des Pages qui tenoient
les Lances des Combatans.
Le Cartel des Tenans fut
publié par le premier des Hérauts.
L'autre y répondit , & les
Tenans & les Aſſaillans s'eſtant
joints à eux,repérerent lemeſme
Cartel, le tout en chantant . Cela
fait , on commença le Tournoy.
On y combatit avec trois ſortes
d'Armes, la Lance, le Sabre,& le
Poignard. Apres ces combats , la
Couronne celeſte ſe préſenta au
Dau
GALAN Τ.
$7
E
X
Dauphin , qui par l'apuy du Soleil
, eſtoit demeuré Vainqueur
des autres Aſtres . La Couronne
_ dança ſeule,& fit la derniere En.
trée de ce Balet. Chaque Aftre
avoit ſon Recit & fa Deviſe qui
tomboient également ſur l'Aftre,
& fur la Perſonne qu'il repréſentoit.
Ces premiers Guerriers
s'eſtant retirez , firent place à
d'autres Amours Guerriers qui
repréſentoient les Nations. Ces
Nations estoient le François,l'Efpagnol,
l'Anglois , l'Italien, & le
Hollandois . Ils firent un Carrouſel
, où le François qui marquoit
e Monſeigneur le Dauphin , emporta
la Bague. Ils avoient tous
leur Recit & leur Deviſe , ſelon
le caractere de la Nation.L'Hymenée
qui avoit promisun Carquois
doré à celuy qui réüſſiroit
le mieux , ne ſcachant à qui le
s
10
De
es
Je
la
all
Cv
al
58 MERCURE
donner , parce qu'ils l'avoient
tous également bien ſervy, avoüa
que l'Amour eſtoit le plus habile
des Artiſans , le plus ingénieux
des Sçavans,& le plus adroit des
Guerriers,& que rien ne le pouvoit
récompenfer dignement ,
que la gloire d'avoir travaillé
pourun Prince & une Princeſſe
d'un aufli grand mérite que ceux
qu'il avoit voulu honorer par
cette Feſte.
La Piece fut repreſentée par
un grand nombre d'Enfans de
qualité , la plupart Penſionaires
des Peres Jefuites. L'Aſſemblée
eſtoit compoſée du Préſidial , &
des autres Corps de la Ville . Le
Prince Loüis de Vvittemberg
Filleul du Roy , s'y trouva avec
quantité de Seigneurs & Gentilshommes
Allemans , Polonois,
&Anglois , & preſque toute la
No
GALANT.
59
Nobleſſe du Païs. L'aprobation
fut generale , & il n'y eut perſonne
qui n'avoüaſt que depuis
longtemps , on n'avoit rien veu
de plus beau dans ce grand Col-
- lege. J'adjoûte le Dialogue des
Fleurs dont il eſt parlé dans la
= premiere Partie .
0303-03 8003830303536
BALET
- DES FLEURS,
=
$
e
OU LA VICTOIRE
DU LY S.
LA ROSE.
Our avoir icy gain decause,
Poufuffre quejesuis laRose.
Ce nom m'a donné de tout temps
Parmyvous le titrede Reyne,
Fay
60 MERCURE
Fay des Gardes armez comme une
Souveraine,

Mon odeur enchante les ſens.
Combien dans l'Empire de Flore
Voit- on de diférentes fleurs
Qui font gloire en tous lieux de
porter mes couleurs !
Et ne sçait on pas que l' Aurore
Emprunte aussi mon éclat , ma
beauté,
Dasles plus beauxjours de l'Eté,
Quand pour plaire au Soleil elle
étaleſes charmes ?
Ainsi je prétens l'emporter ;
Etfi quelqu'une encor oſoit le difputer,
Je luy ferois fentir la pointe de mes
armes.
L'IMPERIALE.
Vous vous fâchez , se me semble.
un peu,
:
L'aper
GALANT. 61
L'aperçoy mesme que le feu
Déja vous en monte au visage,
Ieprétens bien cet avantage
Par le droit de mon nom & de ma
qualité.
Vous estes Rose , &moyjeſuis Impériale
;
Ie croy que pour la dignité,
Dans l'Empire des Fleurs il n'estrien
qui m'égale.
Sije n'ay pas des Gardes comme
vous,
C'est que mon Empire est plus
doux.
MaSeulemajesté me défend d'ellemesme
;
Mon front orné d'un Diadéme,
Ne me donne pas moins d'éclat &
de beauté,
Qu'il me donne d'autorité.
LA
62 MERCURE
LA TULIPE.
Vous le portezbien haut. Moy,j'ay
droit d'y prétendre,
Laiſſons le nom à part,c'est un fragile
bien.
Enmatiere de Fleurs,je croy qu'à le
bien prendre,
La couleury fait tout, &la qualité,
rien. ,
Vous n'avez qu'une parure
Dans tous vos ajustemens ;
Mais moy, grace à la Nature,
Ie prens divers ornemens ,
Et j'ay certains agrémens,
Que ne peut imiter la plus vive
Peinture.
L'ANEMONE.
Croyez- moy , la varieté
Dont vous faites icy la fiere,
Marque
GALANT . 63
Marque un air de légereté,
Que la Princeſſe n'aime guére.
Gardez donc voſtre ajustement
Pour quelque autre cerémonie.
Avec un tel ornement
On peut àla Comédie
Paroiſtre affez plaiſamment.
Pour moy que la pourpre envirõne
Comme la Reyne des Fleurs,
l'entens qu'à cette Couronne
On voyc aufi mes couleurs.
L'IMMORTELLE .
Vous voulez donc à ce compte
Qu'on ne juge de nous que par nos
SeulsHabits ?
L'Immortelle aura la honte
De ne rien prétendre au prix ?
Les Dieux dans cette querelle
Sont intéreſſez auſſi.
Comme eux je ſuis Immortelle;
Mais Sans difputer icy ,
Laiſſons
S
64 MERCURE
Laiſſons paſſer deux journées ,
Vousferezbien toſt fanées,
C'est alors qu'onjugera
Qui de nous on choiſira.
LE SOUCY .
Vous voyez paroiſtre icy
Une Fleur affez commune ,
Le malheur de ma fortune
M'afait nommer le Soucy ;
Mais ce nom, quoy qu'on en dic,
Ne fait voir que mon amour ;
Et sij'ay perdu la vie,
C'est pour avoir aimé le bel Aftre
du lour.
Le Soleil en récompense
De rayons m'a couronné,
Plaignant , à ce que je pense,
L' Arrest qui m'a condamné.
Maflâme toûjours nouvelle
Paroist encor aujourd'huy ,
Ie brûle toûjours pour luy,
1
Quoy
GALANT.
65
Quoy qu'il meſoit infidelle .
Mon teint pâle, & ma langueur,
Luy marque affez mon ardeur.
Lors qu'il paroistfur la Terre,
Ie leſuis de toutes parts ;
S'il détourne ſes regards,
Auſſitost je me refferre,
Maisjeſecheray d'ennuy ,
Si l'on me chaße aujourd'huy .
LA PENSE'E.
Vous vous offrez toûjoursfans que
l'on vous appelle.
Ofez- vous bien troubler une Feste
fi belle ?
Croyez-moy,fortezd'icy,
L'on n'y veut point de Soucy.
Aucune d'entre vous ne doit estre
offencée,
Sije parlefranchement ;
Commejesuis la Pensée,
le hais le déguisement .
4
MO
66 MERCURE
Mon nom vousfera connoiſtre
Si l'on doit me mettre au jour ,
Etsij'ay droit de paroiſtre
Avec les Fleurs à la Cour.
Ie Sçay qu'il est des Pensées
Qu'il ne faut pas préſenter,
Il en est quifont paßées,
Et que l'on doit rejetter.
Pour cette cerémonie
Ien'y veux pas renoncer ;
Le crois estre affezjolie,
Pour pouvoir icy paſſer.
LA VIOLETE .
Si pour estre choisie on use de
hauteur,
Ie ne puis espérer de l'estre.
Cependant entre nous , quoy queje
Sois d'humeur
A me cacher plutoſt, qu'à chercher
de paroistre ,
Ce choix a pour moy tat d'appas,
Quà
GALANT.
67
Qu'à vous dire le vray je n'y renoncepas.
Il est peu de Fleurs de maforte,
Pour la Tulipe elle n'a point d'odeur
;
Celle de la Roſe est trop forte,
La mienne est douce , &je l'emporte
Sur la Tubereuſe ma Sxur.
Jeſuis ſeûre,quoy qu'on en die,
Que la Princeffe aimera mieux
Ma douceur & ma modestie,
Que tout voſtre brillant qui donne
dans lesyeux.
L'AMARANTE.
Ie rougis de vous voir faire laſuffifante,
Vous qui rampez àterre,& que l'on
foule aux pieds.
Pesez vous quevous l'emportiez
Sur moy quifuis l'Amarante,
Moy
68 MERCU RE
Moy dont la pourpre éclatante
En Hyver comme en Eté,
Montre que jejoüis de l'immortalité?
Ajoûtez quema naiſſance
Me donne la préference ;
Interrogez- en l'Amour ,
Il vous apprendra qu'un jour
Un Amourſon petit Frere,
De dépit &de colere
De voir des coeurs inconstans
Mépriser depuis longtemps
Etſes traits &Sapuiſſance,
Laſſé de leur inconstance,
D'une Fleche ſe perça,
Et que duſang qu'il verſa
Nâquit cette Fleur charmante.
Cette Fleur depuis ce jour
Fut appellée Amarante ,
Autrement la Fleur d'Amour.
L'IRIS.
L'Iris est affez connuë
Pour la Fille du Soleil,
Mon
GALANT. 69
Mon teint est affez pareil
Auteint de cette Iris qu'il forme
dans la nuë.
L'on voit dans mes couleurs cette
varieté,
Et ce mélange agreable
Quifait toutesa beauté,
Mais la mienne est plus durable.
Aussise fond-elle en pleurs,
Voyant que parmy les Fleurs
Il est une Iris plus belle ;
Et de mon vif éclat les traits bien
plus constans
Ont affezfait voir de tout temps
Que le Soleilm'aimeplusqu'elle.
L'
OEILLET THEORE
LYC
Souvent pour eftre trop aimable,
On en est plus malheureux .
Pourplaire on devient coupable,
Du moinsſi l'on croit la Fable;
Tel fut mon fort rigoureux.
L'estois
70 MERCURE
L'estois aimé de l' Aurore,
E je l'aimois à mon tour,
Lorsque la jalouſe Flore
Se piqua de nostre amour.
Cette Déesse offencée ,
Dans l'excés deson transport,
Voulant punir par ma mort
L'objet qui l'avoit bleßée,
En Oeillets mes yeux changea.
Ainsi Floreſe vangea ;
Mais la pitoyable Aurore
Prenant part à mes malheurs,
Tous les matins fond en pleurs
Sur l'Oeillet qu'elle aime encore .
Cette admirable Liqueur,
Quoy que Flore en puiße dire,
Me rend la plus belle Fleur
Quiſoit dans tout ſon Empire ;
Car avec mille couleurs
D'une beauté raviſſante,
Jejoins une odeur charmante,
Quiſçait gagner tous les coeurs .
Ainsipuis qu'uneDéeße
S'eft
GALAN T..
71
S'est rendue à tant d'appas,
L'espère que la Princefje
Ne me rebutera pas .
LE JASMIN.
Ie viens d'Espagne en ces quartiers
Pour une occaſionſi belle.
Les Zéphirs furent les Couriers
Qui m'en aprirent la nouvelle.
I'ay mesme avancé mon depart,
De crainte d'arriver trop tard.
Vous sçavez combien l'on m'honore.
G
pour gouster ce parfum divin
Qui fait l'eſſsence du Iasmin ,
Mille petits Zéphirs an lever de
l'Aurore
Volentfans ceſſe autour de moy ,
Pour enformer, comme je croy,
Letribut qu'ils rendent à Flore.
Iln'est point de Baume ou d'Encens
Qui
72 MERCURE
Qui comme mon odeur puißeflater
lesSens.
Tout le monde enfait ſes delices .
On la cherche de tous coſtez,
Pour en faire desfacrifices
Aux plus grandes Divinitez .
LA FLEUR D'ORANGE .
Dans les Iardins des Rois j'ay choi-
Sy ma demeure.
Làje vois comme vous mille Divinitez,
Me visitant à toute heure,
Se parer de mesbeautez .
L'on m'y traite en Souveraine,
I'ayma Cour &mon Palais,
Et des Officiers exprés ,
Comme une petite Reyne,
Pour conſerverma beauté,
Car le moindre froid la blesße .
Avecſoin l'on s'intéreſſe
A me faire en Hyver trouver un
doux Eté.
C'est
GALANT
73
C'est alors qu'on me retire,
Et qu'on me tient chaudement
Iusqu'au retour de Zéphire,
Dans un bel Apartement.
Avoštre beauté prés , vous estes
inutile;
Mais apres qu'on m'aveufleurir,
Monfruit dorécomençant à meurir
Montre que commevous je nefuis
passterile.
LA TUBEREUSE.
Pourvoir la Cerémonie
Que l'on prépare en ces Lieux,
Exprés j'ay quitté l'Afie,
Ce Climat délicieux ,
Où le Baume & l'Encens me tenoient
compagnie.
Maissi j'ay paſſsé la Mer ,
On voit aßez à mon air ,
A ma taille, à mon viſage,
Queje n'ay rien deSauvage.
Juin 1680 . D
74 MERCURE
1
Eft- il rien de plus divin
Que l'odeur que je refpire ?
L'Orange , ou le Jasmin ,
Oferoient- ils m'en dédire ?
Aux plus beaux jours de l'Eté
Ne me voit- on pas en France
Dans ce Jardin enchanté ,
Qui paſſe en magnificence
Tout ce que l'Antiquité
Ajamais le plus vanté?
Iln'est point de Tubereuse
Qui ne s'estimast heureuse
De pouvoir quelquefois admirer en
ces lieux
Le plus grand Roy de la Terre,
Lors qu'ily vient apres les exploits
}
glorieux
D'une longue&pénible Guerre.
LE LYS.
Quoy donc , les Etrangers aurontils
l'avantage
Sur les Naturelsdu Païs?
Ne
GALANT
75
Nefçait on pas bien que les Lys
De la France ont esté de tout temps
lepartage?
La neige cede à ma blancheur,
Sur le reste des Fleurs je l'emporte
en grandeur;
Et fi la Tubéreuse est estimée en
France
Come une Fleur de quelque prix,
Ce n'est quepar la reſſemblance
Qui lafait aprocher du Lys.
Je puis donc avec confiance
Espérer que le Dieu qui préſide en
ces Lieux ,
Prendra contre vous ma défence,
Et qu'estant destiné par un ordre
des Cieux
Acouronner les Roys de France,
On ne pourra m'oster cet employ
glorieux.
L'HYMENΕ'Ε .
La Princeſſe reçoit aujourd'huy vos
hommages,
Dij
76 MERCURE
r
Vous luy pourrezſervir à diférens
usages;
Les unes fourniront leurs celestes
odeurs ,
Les autres preſteront leurs plus vives
couleurs
Pour parerSaperſonne ,
Et pour donner du lustre aux Fleurs
de ſes Habits ;
Mais pour compoſerſa Couronne,
Elle ne prendra que le Lys. 1
Il eſt aiſé de connoître que ce
Dialogue & la Fable duDauphin,
sốt du même Autheur. Vous avez
le gouſt trop fin pour n'eſtre pas
fatisfaite de la lecture de l'un &
de l'autre . C'eſt M² Theroulde
Abbé de Maupertuis qui m'a envoyé
le tout.Les Vers qui ſuivent
font d'une autre Plume. Ils ont
eſté faits fur ce que Madame la
Dauphine porte le nom de Vi-
Etoire. SUR
GALANT.
77
SUR LE MARIAGE
DE MONSEIGNEUR .
F
Rance , vis - tu jamais monterfi
haut tagloire?
Ton Monarque àtes Lys attache la
Victoire ,
Et l'Hymen prenant part à ton heureux
deſtin,
Avec tousſes appas la donne à ton
Dauphin.
Mars l'offroit à LOVIS au milieu
des Batailles ,
L'Amour l'offre au Dauphin Sans
tant de funérailles ,
Et l'Univers la voit au gré de leurs
Souhaits ,
Suivre l'un dans la Guerre , & l'autre
dans la Paix.
Il n'y a ny magnificence, mygalanterie,
dont les Particuliers ne
:
Diij
78 MERCURE
foient aujourd'huy capables en
France . Une Cerémonie de Pain -
benit vous le fera voir. Un vieux
Garçon de Cruſy , petite Ville
aupres de Tonnerre, ayant à s'en
acquiter le Dimanche 12. de
May, ſe rendit à l'Egliſe de S.Barthelemy
ſa Paroiſſe dans l'ordre
qui fuit. Quatre Hautbois &
vingt Violons affemblez chez
luy fortirent d'abord , faifant retentir
l'Hymne du Patron fur
leurs Inſtrumens. Apres eux parurent
douze jeunes Filles vétuës
de blanc , couronnées de
fleurs , & ayant toutes un Cierge
à la main. Elles precedoient
le Pain- benit , qui estoit porté
par quatre Garçons auffi couronnez
de fleurs , & tres - proprement
vétus . Ils avoient chacun
une Echarpe blanche à frange
d'argent. Dix pas derriere mar
choit
GALANT
79
choit l'Autheur de la Feſte, avec
une grande Tavayole ſur l'épaule
, & au deſſous , une riche
Echarpe de taferas incarnat à
frange d'or. Il eſtoit ſuivy d'un
fort grand nombre d'Amis conviez
qui alloient en ordre. Il y
eut une tres bonne Muſique
pendant la Meffe , & les Hautbois
& les Violons tinrent la place
des Orgues . On diftribua
-plus de deux cens Cierges à tout
ce qui ſe trouva dans l'Egliſe de
Jeuneſſe non mariée au deſſus
de l'âge de douze ans , pour la
ceremonie de l'Offrande. Celuy
qui rendoit le Pain- benit, l'offrit
luy-meſme dans l'equipage que
je vous viens de marquer. La
Meſſe finie il s'en retourna dans
le meſme ordre. Quatre Tables
seſtoient préparées chez luy. La
premiere fut remplie par leCler-
3
Diij
80 MERCURE
gé ; la ſeconde , par les Magi,
ſtrats & Corps de Ville , la troifiéme
, par la Jeuneſſe qui l'avoit
accompagné ; & la derniere , par
quelques Amis appellez des en.
virons , Ces quatre Tables furent
ſervies ſans confufion à ſept diférens
Services, & le Régal dura
juſqu'au foir. La nuit venuë , le
Régalant fortit de chez luy , fuivy
defix Violons, & précedé de
fix jeunes Filles avec des Flambeaux.
Dans cet appareil ,til alla
porter le Chanteau à celuy que
la meſme Cerémonie regardoit
pour le Dimanche ſuivant.
Il s'en fait icy continuellement
de lugubres par le grand nombre
deConvoys funebres que nous y
voyons. Celuy de Monfieur le
Rebours, Seigneur de Prunelay,
Maître des Comptes, ſe fit à Saint
Nicolas des Champs le Samedy
premier
GALANT . 81
1
premier de ce Mois. Il eſtoit
Fils de Monfieur le Rebours, qui
eſt mort Conſeiller d'Etat,& Directeur
des Finances en 1652.
Monfieur le Rebours Préſident
au Grand Confeil , & Monfieur
le Rebours Conſeiller au Parlement
, ſont ſes Freres .
Monfieur de Héere, Seigneur
de Vaudoy, Conſeiller au Parlement,
eſt mort douze jours apres,
âgé ſeulement de quarante neuf
ans. Il avoit eſté reçeu Conſeiller
en 1659. & eſtoit Filsdu Mattre
des Requeſtes de ce meſme
nom , qui eſt mort à Tours Intendantde
la Province en 1656.
Ses Armes font d'argent au Chevron
de fable , deux Coquilles
en chef auſſi de fable , & une
Etoile de gueules en pointe.
Mademoiselle Danguſſe, Fille
de feu Monfieur Danguſſe qui...
Dv
8.2 MERCURE
a eſté Ambaſſadeur pour Sa
Majesté à Conſtantinople , eſt
morte environ dans ce même
temps.
Les réjoüiſſances continuënt
toûjours à Bourbon, & Monfieur
de Pomereüil Capitaine aux
Gardes , ya donné une Feſte. Il
eſt aité de juger qu'il n'y manqua
rien , par la magnificence , & le
bel ordre des Bals qui attirent
tout Paris chez luy chaque Carnaval.
Dans le lieu qu'il occupe
preſenteme: à Bourbon, il y a une
Allée en terraſſe d'une beautéadmirable.
Les Arbres y font tellement
garnis , qu'en plein midy
même , le Soleil n'y entre que
pour montrer qu'il eſt jour.
Le deſſein étoit de danſer dans
cette Allée, & on avoit fait
cela une illumination dans tous
pour
les Arbres ; mais Madame de,
Louvoys
GALANT.
83
-
2
e

S
Louvoys devant eſtre de la
Fefte , & Monfieur Grifet , Surintendant
des Eaux , premier
Medecin de Bourbon & le fien,
luy ayant repréſenté que le ſerein
eſt mortel à ceux qui boivent
des Eaux , la Compagnie ſe
renditdans une fort grande Salle
, où un quart-d'heure apres
qu'on eut commencé le Bal , on
admira la galante entrée de quatre
Dames en maſque , vetuës en
Bergeres avec une propreté qui
repondoit à leur bonne mine.
Cette Entrée ne fut pas la ſeule
qui interrompit agreablement la
fuite du Bal.Un Homme de qualité
en fit une autre avec l'équipage
d'un Malade qu'on porte à
la Douge , & il n'y eut rien de
plus plaiſant . Celle là fut ſuivie
d'une troifiéme de quelques
Gentilhommes d'Auvergne dé-
২০১ guiſez
84 MERCURE
guiſez en Villageois , avec des
Dames habillées en Païfanes. La
Bourrée d'Auvergne qu'ils dan
ferent tous avec une grace qui
ne ſe peut exprimer , donna un
fort grand plaifir à l'Aſſemblée.
La derniere Entrée fut d'un Medecin,&
de fix Apotiquaires. Ils
offroient leurs foins aux Beuveuſesd'eau
,& cela étoit affez à propos
dans l'occaſion des Bains. Le
Bal finy, il y cut un magnifique
Soupé pour ceux qui ne beuvoient
point. Madame la Marquiſe
de Louvoys ſortit tres contente
de la Feſte où elle parut
avec toute la bonne mine & fon
eſprit . Madame de Bernieres qui
en a infiniment , étoit avec elle.
Vous ſçavez qu'elle eſt de ſes
plus particulieres Amies , & que
l'agrément de ſſa perſonne , &
fes manieres honneſtes , ſont
des
GALANT.
85

des charmes qui luy ont fait acquérir
l'eſtime de tous ceux qui
la connoiffent.Elle eſt Fille de feu
Monfieur de Ris, Premier Prefident
au Parlement de Normandie
, & Soeur du Maistre des
Requeſtes de ce nom , qui a
aujourd'huy ! l'Intendance de
Bordeaux,Les Dames qui furent
du meſme Régal eſtoient Madame
& Mademoiselle de Pheli
peaux, Niêce de Monfieur de la
Vrilliere ; Madame la Marquiſe
de Sepville,Femme deMonfieur
de Sepyille Lieutenant desChevaux-
Legers de la Reyne,& Net
veu de Monfieur le Maréchal
de Belfons ; Mademoiselle de
Sepville ,Madame de Langlée,
Veuve du Maréchal General
des Champs & Armées du Roys
Madamela Marquiſe de Brezols
PAST LUNGUAPAGI Made
ab
86 MERCURE
3
Mademoiselle de Brezol ſa Fille,
qui eſt une tres-belle Perfonne;
Meſdemoiselles de Rubel,Mada-!
me & Meſdemoiselles du Candalle
; Madame la Préſidente de
Guedreville; Madame la Vicomb
teffe de Lefpo , & pluſieurs autres
Dames de Province.Il y eut pour
Hommes Monfieur le Marechal
de la Ferté; Monfieur le Marquis
de Valavoir , Lieutenant General
; Monfieur le Comte de Bouligneux
, Lieutenant des Gendarmes
de la Reyne Mere;Monfieur
le Milord Bruce , Gouver- >
neur de Londres; Monfieur le Ba
ron Ducker , Envoyé de l'Ele-
Aeur de Cologne; Monfieur le
Comte & Monfieur le Chevalier
de Gaucour , Freres ; Monfieur
de Bezons , Conſeiller d'Etat ;
Monfieur de Bezons ſon Fils, In
tendant de Limoges,&Monfieur
de
GALANT. 87
}
de Coulanges , Maiſtre des Requeſtes
.
L'eſtime que vous m'avez
toûjours marquée pour la Lorraine
Eſpagnolete , me perfuade
que vous ferez bien aiſe de voir
de quelle maniere on parle d'elle
dans la Lettre anonime que je
vous envoye. Celuy qui l'écrit
la croit toûjours en Eſpagne.
Cependant elle a quitté la Cour
de Madrid depuis quelques
mois , & l'onm'aſſure qu'elle eſt
à preſent en Franche- Comté.
Voicy ce que porte cette Lettre,
datée de Venise , & adreſſee
AU MERCURE GALANT.
S
Ivous n'eſtiez le dépositaire
des fentimens de tout le monde ,
& des fecrets les plus importans ,
je ne vous apprendrois pas ma
1 paffion
88... MERCURE
paſſion pour la spirituelle Lorraine
Espagnolete ; mais quelque forte
que foit l'intelligence qui est entre
vous & elle,& quelque risque qu'il
y ait pour moy de rencontrer un
Rival , où je ne croy trouver que
Mercure ,jene laiſſe pas dem'affürerfur
le nom que vous portez,
Il me fait croire que vous voudrez
bien l'informer de mon amour,
puis que vous en estes en quelquefaçon
la cauſe,& que les charmes
de cette Minerve me feroient
peut- estre encor inconnus , fi
vous n'aviezpris ſoin de m'en faire
voir une partie. Que vous estes
heureux , fidelle Mercure , defervir
de Meſſager à cette Déeffe, &
d'avoir l'avantage de faire paſſer
fes Lettres dans les quatre coins
du Monde ! Si vostre but a
eſtéde luy gagner tous les coeurs,
jéprouve aßez aux dépens du
mien
GALANT
89
mien que vous avez reuſſy.N'étoitce
point affez à l'Espagne , de ceux
que ſa nouvelle Reyne y a portez
avec elle ? Pourquoy débaucher les
Sujets du Roy , jusqu'à ceux qu'il a
dans les Païs Etrangers , & chercher
à les mettre ſous l'empire de
l'aimable Eſpagnolete ? C'est ce que
vousfaites exposant au Public fes
galans Ouvrages. Pour moy ,je l'avouë
, vous m'avez tres-fort deſobligé
de me faire Amant. Iem'en
estois toûjours garanty , mais on ne
m'avoit jamais appris à me défendre
des charmes de l'Esprit , & ce
font des armes que vous avez prêtées
à l'Amour pour m'aſſujetir
quandje le bravois . Si vous voulexappaiser
le juſte reſſentiment
quej'en ay,Souvenezvous de vôtre
nom de Mercure , & comme tel,
faites lire ceBillet à celle que vous
m'avezfait aimer,
SLYON
#1893 *
وم
MERCURE
A LA SPIRITUELLE
ESPAGNOLETE.
Ce qu'ordonnent les Deſti-
Eſt une inévitable Loy.
Les Alpes & les Pyrenées
Sont en vain entre vous& moy.
Vous avez ſçeu paffer l'une &
l'autre Montagne
Pour me venir trouver icy
Pour vous aller voir en Eſpagne
Je puis bien les paſſer auffi.
Voſtre eſprit a fait l'un , mon
- amour fera l'autre ;
Mais j'apréhende avec raiſon ,
Que mon voyage un peu hors de
ſaiſon
Ne ſoit moins heureux que le
voſtre.
I'eus
GALANT.
91
L'eus envie ily a quelques jours,
Galant Mercure , de vous prier
d'obtenir de l'aimable Espagnolete,
qu'elle voulutſe faire graver , afin
que dans la premiere occafion .
vous nous pußicz donnerſon Portrait
; mais je fis außitost refléxion
que c'eſtoit ternir un amour
außi pur , & auſſi ſpirituel que
le mien , que de chercher à le
Soûtenirpar le plaisir de mes yeux,
& de vouloir connoistre ce que
j'aime autrement que par fes
Lettres. Il pourroit pourtant y
avoir quelque milieu en cela , &
au defaut du Portrait gravé
que je ne demande point , je
croy que pour ne def- obliger
pas tout à fait mes sens , dont je
ne suis pas encor ennemy déclaré,
je puis souhaiter que cette charmante
Perſonne veüille confentir
à ſe peindre elle- mesme dans
quelque
92
MERCURE
1
quelque Lettre. Mais connois - je
affez ce que je veux ? Partez ,
Mercure. Quelle Scache mon
amour , j'auray tout Sujet d'estre
content.
Quand je vous parlay leMois
paffé de la Feſte de S. Cloud ,
donnée au Roy , & à toute la
Cour par Son Alteſſe Royale , je
vous promis une deſcription de
la Galerie de cette délicieufe
Maiſon,peinte par Monfieur Mignard
de Rome. L'empreſſement
avec lequel vous me demandez
des effets de ma parole ne me
furprend point , puis qu'on parle
de ce grand Chef - d'oeuvre
dans toute l'Europe , & qu'il ne
vient pointd'Etrangers en Franee
qui ne foient furpris de ſa
beauté. Il ne fuffit pas de ſçavoir
bien toucher le Pinceau , pour
entre
GALANT. 93
1
entreprendre un pareilOuvrage.
Il faut que l'eſprit, & la teſte des
grands Peintres , agiſſent avant
leur main. Il faut un ſujet general
qui en fourniſſe pluſieurs autres
pour les divers endroits qui
doivent eſtre remplis , & que
ces morceaux , quoy que ſeparez
, ayent entr'eux de la liaiſon .
L'Histoire eſt en cela d'un moindre
travail , puis qu'on eſt rarement
aſſujety à décrire les Habits
qui ont eſté en uſage dans le
fiecle dont on raconte les évenemens,
& qu'elle ne perd rien de
ce qui luy eſt eſſentiel , dénüée
de ces fortes de circonstances ;
mais dans la Peinture, il faut tout
marquer. Ainfi il eſt de l'adreſſe
d'un habile Peintre de bien choifir
ſes ſujets , pour en tirer ce
qu'il croit luy devoir eftre le plus
avantageux, ſoit pour les habillemens,
94 MERCURE
mens , ſoit pour beaucoup d'ations
qui donnent lieu à de belles
attitudes. Il faut qu'il connoifſe
ce qui eſt à éviter ce qui ne
fait point de beautez dans ce
grand Art, & ce qui peut en faire
paroiſtre. En un mot, il faut qu'il
ſcache parfaitement l'Antiquité ,
qu'il ait l'imagination vive, qu'il
rencheriſſe ſur le ſujet qu'il entreprend
de traiter, ſans pourtant
rienmettrequi luy ſoit contraire;
qu'avant qu'on admire ſa peinture
, on ait ſujet d'admirer fon
choix, ſon bongouſt, ſon invention
, & le feu de ſon eſprit , &
qu'on voye qu'il ſçait autre choſe
que manier le Pinceau , qui dans
ces occafions n'eſt qu'une partie
de l'ouvrage.C'eſt enquoy on ne
peut trop donner de loüanges à
Monfieur Mignard , car quoy
qu'il faſſe du fien tout ce que l'on
peut
GALANT. 95
peut attendre d'achevé , & que
la délicateſſe ,& la force paroifſent
dans ſes Tableaux , on peut
dire que jamais Homme ne pofſeda
mieux l'antiquité , & qu'il
ne repréſente rien fans faire connoiſtre
en toutes manieres le
temps dont il eſt tiré.
En entrant dans la Galerie de
S. Cloud, il eſt impoſſible de n'eſtre
pas ébloüy des diférentes
beautez qui s'offrent de toutes
parts , & dont chacune demanderoit
un long examen, ſi on pouvoit
s'empeſcher de les regarder
d'abord toutes à la fois. Le grand
Platfond repreſente le Soleil levant
que l'on voit fortir de ſon
Palais . Les Heures du jour ſont
à ſes coſtez , & femblent pouffer
& ouvrir la vapeur qui faiſoit
l'obſcurité. Devant luy eſt un
Enfant qui porte un Cornetremply
96 MERCURE
ply de Fleurs. L'Abondance eſt
fignifiée par ceCornet. Plus bas
il y a de petits Zéphirs qui verſent
la roſée du matin , en voyant
briller les premiers rayons de ce
bel Aftre. L'Aurore paroiſt dans
ſon Char avec un Amour volant
devant elle , & femant des
Fleurs. Une des Heures du jour
fait la meſme choſe. Au deſſus,
& un peu devant l'Amour , eſt
l'Etoile du matin . Elle eſt figurée
par un jeune Homme bien fait
qui porte l'Etoile ſur ſa teſte , &
qui dans ſa main tient une verge,
avec laquelle ilchaſſe laNuit,
&toutes les Conſtellations. Un
peu devant luy vole une Hirondelle.
Vous ſçavez que cet Oyſeau
chante avat le pointdu jour.
La Nuit ſe voit dans l'exttrémité
du Tableau en attitude rapide,
tirant à deux mains ſes Voiles .
Elle
GALANT .
97
/
Elle est accompagnée de ſes Enfans
qui repréſentent le ſommeil
de la vie , & le ſommeil de
lamort.
Il y a quatre petits Tableaux
autour de la Voûte. Des deux
qui font aux coſtez, celuy qui eſt
ſur la droite vers le grand Platfond
, fait voir Climene préſentant
Phaeton à Apollon, afin qu'-
il l'avoüe pour eſtre ſon Fils. Sur
la gauche paroiſt le meſime Apollon
volant dans les airs. La
Vertu eſt aſſiſe en bas ſur des
nüées , & ce Dieu luy montre
fon Siege tout lumineux,comme
le lieu où il veut luy donner place.
L'Amourde la Vertu eſt aupres
, affis ainſi qu'elle fur des
nüées , & tenant de grandes
branches de Laurier qui ne fervent
que pour orner le Tableau.
Ce ſujet n'eſt point tiré de laFa-
Juin 1680. E
98 MERCURE
ble.C'eſt une licence du Peintre ,
fondée ſur ce qu'il a leû dans le
Cavalier Marin, ou dans le Tafſe,
qu'Apollon s'eſtoit unjour repenty
du défordre que ſes paſſios
avoient cauſe ſur la Terre,& que
pour en reparer l'emportement,
il avoit promis à Jupiter de fuivre
le party de la Vertu. Dans
l'un des bouts du Platfond , on
voitCircé Fille du Soleil , aſſiſe
ſur des nüées . Un Amour qui eſt
aupres , luy donne des herbes
pour faire ſes Charmes. Icare eft
repréſentédans l'autre bout,avec
ſes aifles dont la cire a déja commencé
de ſe fondre. Il eſt en attitude
d'un Homme effrayé,
qui ne ſe pouvant plus ſoûtenir
en l'air , voit ſa cheûte inévitable.
Il ne ſe peut rien adjoûter à la
beauté des Tableaux qui font
paroî
GALANT.
BIBLI
DE
LA
9DON
E
paroître les quatre Saifons.
Printemps eſt figuré par les Fer
tes , dont le Mariage de Zéphire
& de Flore fournit le ſujet.
Cette Déeſſe eſt aſſiſe ſur un Lit.
Zéphire aupres d'elle, la carreſſe
d'une main , & tend l'autre vers
des Fleurs qu'une des Heures
du jour apporte dans un Cornet
d'abondance. Cette action marque
le deſſein qu'il a d'en jeter
fur Flore. C'eſt ce que fait un
Amour qui en prend dans une
Corbeille qu'un autre Amour
tient , & qui en eſt toute pleine.
Un autre eſt aſſis aupres d'une
autre Corbeille,& fait des Guirlandes
pour la couronner.Au côté
gauche de Flore , on voittrois
autres Amours . L'un perce une
peau de Bouc fur laquelle il eſt
mõte, & en fait ſortir du Vin que
les deux autresreçoivet. Il y en a
Eij
100 MERCURE
un qui tend une Taſſe d'or , &
l'autre eſt aſſis plus bas tenant un
Vaſe entre ſes jambes . C'eſt dans
ce Vaſe que tombe le Vin en
Arcade , & avec impetuoſité . Au
coſté droit de la meſme Flore,
paroiſt un Amour avec la Torche
allumée . Il repreſente l'Hymen.
Un autre ſe joüe avec un
petit Oyſeau qu'il laiſſe voler.
Surle devant du Tableau,eſt une
Figure qui cuëille des Fleurs
pour les préſenter à Flore , & une
autre qui n'eſt veuë que par le
dos , en prend d'une main dans
une Corbeille , & de l'autre en
répand ſur le Lit de la Déefſſe.
Aupres ſont repréſentez des
Vaſes , avec une Table fur laquelle
on voit la Collation ſervie.
L'ancienne figure du Sel y
eſt employée . Comme elle eſtoit
dans tous les Repas , elle eſt icy,
en
GALANT. 10I
-
S

-
en forme d'une petite Pyramide,
avec des Gafteaux , & diférens
Fruits . Au fond du Tableau ſont
de petites Figures dans le lointain
, repréſentant des Bacchantes
avec des Satyres , qui ſe
viennent réjoüir aux Feſtes de
Flore.
Dans le Tableau de l'Eté , ſont
les Festes de Céres. Les Vierges
qui ont accoûtumé de porter
cette Déeſſe parmy les Bleds
pour obtenir la fertilité de la
Terre , y paroiffent arreſtées , apres
qu'elles ont poſé leur Trepié
, & mené les Victimes qui
eſtoient la Truye & la Brebis.
Tout eſt diſposé pour le Sacrifice.
La Figure de devant qu'on
ne voit que par derriere , repréſente
le Boutipe. C'eſt le nom
qu'avoit le Sacrificateur. Il tient
leCoûteau de la main droite , &
E iij
102 MERCURE
tout preſt à égorger la Victime,
il ſemble n'attendre que la fin
de quelques paroles que la Preftreffe
doit prononcer , & qui font
dans des Tabletes qu'elle a.Dans
ce moment , une de celles qui
l'accompagnent dans fon miniſtere
, répand du Lait & du Vin
fur le feu du Trepié , que l'on
voit fumer. Les Vierges ſont
ſuivies de Bacchantesavecquelques
Inſtrumens antiques , &
quand le Sacrifice ſe fait , les
Moiffonneurs viennent fe mettre
à genoux , pour adorer la Statuë
de Céres que les Vierges
portent ſur leurs épaules. Il y en
a d'autres qui luy préſentent des
Gerbes de Bled. Le Peintre,
pour faire connoiſtre l'extréme
chaleur de la Saiſon , a reprefenté
la Canicule dans une Nüée.
Cette Canicule eſt un Chien
alteré
GALANT. 103
alteré qui regarde le Soleil
Les Bacchanales font le ſujet
du Tableau qui repréſente l'Automne.
Bacchus revenant des
Indes , trouva Ariane inconfolable
de la fuite de Théſée qui avoit
laiſſé cette Princeſſe dans
l'ifle de Naxe. Le Peintre fait paroiſtre
ce Dieu au milieu de fon
Tableau. Ariane eſt dans ſon
Char, tiré par des Pantheres que
gouvernent deux Amours. Ces
Amours témoignent par leur action
partager la joye qu'elle doit
ſentir,de ſe voir aupres d'un Dieu
ſi puiſſant. Une marche de Faunes
& de Bacchantes qui vont
en ordre le Tirſe à la main , eſt
repréſentée dans ce Tableau .Une
d'entr'elles ſonne du Tambour
de Baſque , & ſemble s'étre détachée
de la Marche pour danſer
devant le Char. Une autre porte
E iiij
104
MERCURE
un panier de Raiſins. Cette derniere
, marque par ſon air riant
le plaiſir qu'elle a de voir deux
-petits Enfans , l'un endormy par
la force de la Vendange , &l'autrequi
ſe rit de luy. Cette Troupe
couronnée de feüilles de Vigne
, & de Lierre , eſt ſuivie du
Pere Silene , porté par des Faunes.
Le fond du Tableau fait voir
12 Mer fur la gauche , avec un
petit Vaiſſeau en éloignement.
Ariane montre ce Vaiſſeau à
Bacchus comme celuy qui emmene
ſon Perfide. Sur la droite
font des Arbres chargez des
Fruits de l'Automne. Des Mafques
, des Tambours de Baſque,
&des Peaux de Tygres , font attachez
à ces Arbres. On s'en fervoit
dans les Feſtes de Bacchus.
Le Vent Borée eſt la principale
GALAN T.
105
pale Figure du Tableau de l'Hyver.
Il eſt ſur une groſſe Nüée,
fon Manteau entortillé dans ſon
bras gauche; volant,& fouflant la
neige & la grefle . Zéthés & Calaïs
ſes deux Fils, volent avec luy,
&vont chaffer le Soleil , qui paroift
preſque offuſqué par une
épaiſſe nüée qui le couvre. Derriere
Borée ſont ſept Pleiades;
tant en Figures humaines qu'en
Etoilles , qui en ſe fondant en
eau, la verſent par des Vaſesantiques.
La Terre qui implore
l'aſſiſtance du Soleil , eſt ſur le
devant du Tableau. Vulcain luy
vient offrir ſon ſecours , comme
eſtant le ſeul qui luy en puiſſe
donner. On voit un Fleuve dans
l'éloignement. Il eſt ſous une
Grote avec ſon Urne , & l'eau
qui en fort eſt toute glacée. Le
fond du Tableau fait découvrir
1
E V
106 MERCURE
une Mer pleine de bouraſques,
où quelques Vaiſſeaux font en
péril .Le rivage de cette Mer eſt
glacé , & il ya fur les bords pluſieurs
Oyſeaux aquatiques.
Comme la Galerie que je vous
décris eſt nommée la Galerie
d'Apollon , elle a un Tableau où
l'on voit ce Dieu ſur le Parnaſſe .
Il montre un Roffignol , perché
ſur la branche d'un Laurier,
comme le Symbole de la Mufique.
La Muſe qui la repréſente ,
écoute tous les tons de cet Oyfeau
, &les note . Il ya deux Enfans
fur le devant du Tableau .
L'un frape d'un Marteau ſur une
Enclume , & l'autre paroiſt en
vouloir prendre un dans des Balances
afin de fraper auſſi, Cela
marque la Meſure , & les Balances
qui font au bas de l'Enclume
fur le terrain marquent la Juſteſſe.
On
GALANT.
107
On voit des Cignes ſur le coſté
gauche. La Voix des Poëtes eſt
repréſentée par eux .
fait
Il faut vous parler des huit bas
Reliefs. Ils font dans de grandes
Bordures rondes, rehauffées d'or.
Le premier qui eſt ſur la droite
de la Galerie en y entrant ,
voir Apollon avec ſon Trepié
devant le Portique de fon
Temple . Sa Sibille eſt à genoux,
& luy montre une poignée de
ſable dans ſa main , comme le
priant de la faire vivre autant
d'années qu'elle en tient de
grains . Sur la gauche , Apollon
affis fur une Terraſſe , a le
Dieu Eſculape ſon Fils à genoux
aupres de luy. Ce Fils s'apuye
ſur un grand Livre qui eſt ſur les
genoux d'Apollon . On voit devant
eux quantité de Plantes
dont ce Dieu,qui veut enſeigner
la
108 MERCURE
la Medecine à Efculape , ſemble
luy apprendre la vertu .
Les deux autres bas Reliefs
qui ſuivent juſqu'à la moitié de
laGalerie , font plus grands que
ces premiers. Dans l'un paroiſt
Marſias, difputant à Apollon l'avantage
de mieux joüer de la
Flûte. Midas qu'ils ont pris pour
Juge , eſt peint aupres d'eux.
L'autre bas Reliefqui eſt vis àvis
, fait voir ce meſime Satyre ,
qu'Apollon punit en le faiſant
écorcher.
L'autre moitié de la Galerie
eſtauſſi ornée de quatre bas Reliefs
. Les deux plus grands repréſentent
le changement de
Daphne en Arbre , & celuy de
Coronis en Oyſeau ; & les deux
autres qui font au bout de la Galeric
, aux deux coſtez du Tableau
du Parnaſſe , font voir la
méta
GALANT.
109
|.
:
métamorphoſe de Cypariſſe en
Ciprés , & celle de Clytie en
Tournefol.
Il ne reſte plus qu'à expliquer
le Tableau qui eſt ſur la Porte.
On y voit la naiſſance d'Apollon
& de Diane. Ovide nous dit, que
Latone n'eut pas plûtoſt mis au
monde ces deux nouvelles Divinitez
, que la haine de Junon
l'obligea de fuïr , & de les emporter
hors de l'iſle de Délos où
elle avoit accouché. Apresavoir
marché fort longtemps pendant
les grandes chaleurs , elle
vint dans la Lycie , avec une
foif qu'elle voulut appaiſer en
prenant de l'eau dans un Eſtang;
mais les Payſans troublerent cette
eaupour l'en empefcher; & firent
monter au deſſus la fange
du fond. Jupiter punit ces infames
Payſans en les changeanten
Gre
110 MERCURE
Grenoüilles , & c'eſt le ſujet de
ce Tableau . Ce Maiſtre des
Dieux y eſt noblement reprefenté
ſur une nuë, comme preſt à faire
éclater ſon reſſentiment . Pour
ne pas rendre le ſujet hydeux, le
Peintre ne montre qu'un des Païfans
changeż . On ne voit de luy
que ſa teſte de Grenoüille ; mais
ce qui paſſe pour l'expreſſion la
plus vigoureuſe , c'eſt la ſurpriſe
d'un autre , de voir ſon Camarade
metamorphofé. Il y en a un
baiſſe qui trouble l'eau , afin que
Latone ne puiſſe boire , & un
autre luy fait la moüe en la menaçant.
Les autres Figures ne
font que pour l'embelliſſement
du Tableau .On en voit une couchée
qui dort & deux autres
d'une petite Payſane, & d'un
petit Payſan Cette premiere tient
un Nid de Canes , & le dernier
,
une
GALANT. III
une Flûte . Le fond du Tableau
repreſente l'Iſle de Délos , avec
une Mer & une grande Foreft .
Je ne doute point,Madame,que
cette deſcription ne vous en fafſe
ſouhaiter de pareilles , de tous
les grands Ouvrages de Mr Mignard.
Il ne me fera peut- eſtre
pas mal aifé de vous fatisfaire làdeſſus
; mais ces fortes d'Articles
demandent du temps.
La Cour de Savoye , dont je
ne vous ay rien dit depuis quelques
mois , m'en fournit un tresconfiderable.
Je le commence par
les changemens qu'on y a veu
arriver dans les grandes Charges.
Mr le Comte de S. Maurice,
ſi eſtimé dans toutes les Cours
où l'intereſt de ſon Prince l'a fait
aller , a eſté fait Commandant
de Savoye. Monfieur le Marquis
de S. Germain , qui estoit
Grand 74
112 MERCURE
GrandChambellan,a eu ſa Charge
de Grand Ecuyer,& celle de
Grand Chambellan a eſté donnée
à Monfieur le Marquis de
Saint Martin. Monfieur le Marquis
Mourozzo , Gouverneur de
Son Alteffe Royale, a eu la place
de ce dernier , & eſt devenu
Grand- Maistre de la Maiſon de
Madame la Ducheſſe de Savoye .
Cette Princeſſe tint Chapelle le
jour de Paſques dans l'Egliſe Cathédrale.
Je vous ay déja expliqué
dans quelqu'une de mes
Lettres en quoy conſiſte la cerémonie
de tenir Chapelle. Monfieur
le Duc de Savoye s'y trouva.
Tous les Chevaliers de l'Annonciade
l'accõpagnoient.Quoy
que le nom de cet Ordre vous
foitfort connu , peut eſtre n'en
fçavez- vous pas l'Inſtitution .
Il fut étably en 1362. par
Amé
GALANT. 113
Amé V I. Comte de Savoye , dit
le Verd,qui le nomma l'Ordre du
Collier , parce que le Collier
que portoient alors les Chevaliers
, eſtoit fait comme celuy
d'un Levrier. Il eſt des
Hiſtoriens qui veulent qu'en ſon
origine on l'ait appellé l'Ordre
Militaire du Laqs d'Amour , &
que la galanterie ait eſté la cauſe
de ſon établiſſement , comme
on l'a crû des Ordres de la Toifon
d'or &de la Jarretiere. Ainſi
ils aſſurent que le Comte Amé
ayant reçeu d'une Dame qu'il
aimoit , le Bracelet de cheveux
treſſez & cordonnez en Laqs
d'amour, voulut conſerver le ſouvenir
de cette faveur par l'Inſtitution
de cet Ordre , & ils expliquent
les quatre lettres de la
Deviſe F. E. R. T. qui eſt dans
le Collier , par ces paroles qui
mar
114 MERCURE
Madamarquent
le devoir d'un Chevalier
combatant à la Barriere .
Frapez , Entrez, Rompez Tout.
Je vous ay marqué
me , dans l'Article de l'élection
du nouveau Grand - Maiſtre de
Malte , la veritable fignification
de ces Lettres , qui furent miſes
autour de l'Ecuſion de Savoye
, apres qu'Amedée le
Grand eut empeſché la perte
de Rhodes . Ceux qui appuyent
cette opinion , raportent que le
Collier eſtoit fait de Roſes d'or
émaillées de rouge & de blanc,
jointes l'une à l'autre par un
double Laqs d'amour fait de
foye , & qu'Amedée V I I I. premier
Duc de Savoye , qu'on élût
Pape au Concile de Baſſe ſous le
nom de Félix V. changea ces
Laqs de ſoye en Cordelieres d'or.
Ce qu'ily a de conftant , c'eſt
qu'Amé
GALANT. 115
qu'AméV I. inſtitua l'Ordre , &
le compoſa de quinze Chevaliers
, dont les Cotes,aujourd'huy
Ducs de Savoye , ſeroient à jamais
les Chefs;qu'Amedée VIII.
fon Petit - Fils , en fit les Statuts
; & que le Duc Charles, furnommé
le Bon , ayant ordonné
que l'Image de l'Annonciation
de la Vierge feroit miſe dans le
vuide du pendant du Collier,
voulut auſſi qu'il y euſt au Collier
quinze Roſes d'or émaillées,
ſept de blanc , & fept de rouge;
& celle d'enbas moitié rouge
& moitié blanc en chef. Les
Chapitres de cet Ordre ſe devoient
tenir dans la Chartreuſe
de Pierre-Chatel en Bugey , où
les Chevaliers eſtoient enterrez .
Celas'obſerva juſques à l'échange
de la Breſſe & du Bugey avec
leMarquiſatde Saluces.LaChartreuſe
116 MERCURE
de
treuſe de Pierre-Chaſtel ſe trouvant
par là dans la Souveraineté
de France , le Duc Charles-
Emanuel ordonna que les Chapitres
ſe tiendroient dans l'Egliſe
de Saint Dominique de
Montmelian, & en 1627.il transfera
la Chapelle de l'Ordre fur
laMontagne de Turin,en l'Hermitage
de la Camaldule. Le Mãteau
des Chevaliers , aux jours
folemnité , a eſté ſous ce
Charles Emanuel, couleur d'Amarante
, doublé de Toile d'argent
à fond bleu. Il eſtoit rougecramoiſy
, frangé & bordé de
Laqs d'amour de fin or
Charles leBon , &bleu , doublé
de Tafetas blanc , ſous Emanuel-
Philibert. Pour les Colliers , ils
font de deux fortes. Le petit qui
ſe porte tous les jours attaché au
col , eſt d'or, de la largeur de deux
doigts,
,
fous
GALANT. 117
doigts, &du poids de cent écus.
La Deviſe F. E. R. T. y eſt pluſieurs
fois en petites lettres Gothiques
émaillées d'or , & des
Laqs à la fin de chaque mot. Au
bout de trois Chaînons d'or eſt
le pendant du Collier avec l'Image
de l'Annonciation de la
Vierge. Le grand Collier ne ſe
porte qu'aux jours de cerémonie
&dans les Feſtes de
l'Ordre. Il eſt du poids de deux
cens cinquante écus d'or , large
de deux doigts & demy, compoſé
des meſmes mots F.E.R.T.entrelaſſez
de Laqs d'amour , & ſéparez
de Roſes d'or émaillées de
blanc & de rouge. Le reſte eſt
ſemblable à l'autre Collier.
,
Madame Royale , qui ne fait
rien que d'auguſte,voulant augmenter
l'éclat de cet Ordre , a
ordonné que les Chevaliers de
l'An
1
118 MER CURE
l'Annonciade porteroient à l'avenir
l'Image de l'Annonciation
fur le coſté gauche de leurs Manteaux
, dans les occaſions de cerémonie
, & qu'ils l'auroient tout
le reſte de l'année ſur le coſté
gauche de leurs Juſte- à- corps.
Ces Chevaliers parurent pour la
premiere fois avec ce nouvel ornement
le jour de Paſques dernier.
Il faut vous marquer enquoy
il conſiſte. C'eſt une Médaille
dont le fond eſt tout brodé d'argent
trait. Les Figures font d'Orfevrerie
, dorées d'or moulu. Le
Cartouche eſt relevé,brodé d'or,
avec la Cordeliere auſſi d'or ,
&les revers des Fleurons , d'argent.
Les lettres dont le fond eſt
de couchure d'argent , ſont d'or,
& bordées de noir. Les flames
ſont d'or & de lame ſur les
nervures , qui font les brillans.
La
E*
6
y
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GALANT. 119
J
La figure de cet Ordre que j'ay
fait graver , expliquera mieux ce
que je cherche à vous faire en- .
tendre. Je vous I envoye. Enjettant
les yeux deſſus, vous concevrez
aiſement de quelle maniere
il devoit paroiſtre. Je ne vous
repete point ce que Madame
Royale a fait pour les belles Lettres
. Vous vous ſouvenez de ce
que je vous ay dit en pluſieurs
occaſions de l'Académie des
Eſprits choiſis , établie à Turin
par cette Princeſſe. Mr de Martignac
, quoy qu'abſent , y a eſté
reçeu depuis peu avec éloge . La
belle Traduction qu'il nous a
donnée des Comedies de Térence,&
celle des Oeuvres d'Horace
dédiée à Monfieur le Duc
de Savoye, le rendoientdigne de
cet avantage. Madame Royale
luy a donné des marques de ſa
libé
120 MERCURE
( libéralité par un tres- beau Diamant.
Quelque temps apres, cette
meſime Académie s'eſtant afſemblée
extraordinairement, mit
Monfieur l'Abbé de S. Real au
nombre de ceux qui la compoſent.
Les Ouvrages qu'on a imprimez
de luy à Paris pendant le
ſejour qu'il y a fait, ne vous ſont
pas inconnus. Comme il eſtoit
malaiſé qu'il remerciaſt la Compagnie
ſans s'étendre ſur les
grandes qualitez de Madame
la Ducheſſe de Savoye , vous
jugez bien qu'il fit un tresbeau
Diſcours. Rien ne luy
manquoit du coſté de la matiere,
&il a toute la délicateſſe d'efprit
qui est néceſſaire pour donner
un tour agreable aux choſes.
Madame Royale aſſiſta incognito
à cette Reception , &joignit
au Préſent d'un Diamant
qui
GALANT .. 121
qui marqua d'abord ſon eſtime
à cet Abbé , une Penſion de
deux mille livres . Au fortir de
l'Aſſemblée , elle entra dans la
Chambre du Conſeil , où Monfieur
le Duc de Savoye ſon Fils
ſe trouva. Elle s'y démit de la
Régence . Cejeune Prince né le
14. de May 1666. achevoit ce
meſme jour ſes ans de minorité.
Il ſe montra fort ſenſible aux affuraces
qu'elle luy donna du zele
&de la fidelité de ſes Sujets , &
l'ayant remerciée en termes fort
obligeans , de la continuelle application
qu'elle avoit euë pour
tout ce qui regardoit l'éducation
de fa Perſonne , & le bien de ſes
Etats, il la conjura de luy accorder
la continuation de ſes ſoins,
pour luy aider à les gouverner.
Čes témoignages de reconnoiffance
eſtoient bien juſtes , apres
Inin 1680. F
122 MERCURE
ce que cette Princeſſe a fait pour
la gloire & pour l'avantage de
la Savoye , qu'elle a maintenuë
par ſa prudence dans un calme
heureux , pendant que toute
l'Europe a eſté en armes. Leſoir,
les Officiersluy eſtant venus demander
le mot à l'ordinaire , elle
les renvoya au jeune Duc qu'on
preſſa inutilement de le donner.
Ce fut une diſpute agreable, Madante
Royale voulant luy remettre
toutes les marques de Souveraineté
, & ce Prince ne pouvant
mieux luy faire connoiſtre qu'en
les refuſant , combien il eſtoit
content de ton Adminiſtration .
Il falut enfin qu'elle conſentiſt à
donner le mot , & ce fut Amé
Victor, nom de Son Alteſſe Royale
, qu'elle choifit. Le lendemain
ils allerent enſemble à la Meſſe,
précedez d'une tres - nombreuſe
Cour.
GALANT.
123
Cour. Le Peuple accourut en
foule,& mille acclamations firent
voir la joye qu'il recevoit de leur
union.Tous les grands Seigneurs
avoient des Habits ſuperbes.
Ce n'eſtoit que Broderie , dont
les Perles& les Diamans rehauffoient
l'éclat. Au retour on baifa
la main à Leurs Alteſſes Royales.
Lejeune Ducreçeut toutle monde
de cet air riant qui gagne les
coeurs , & ne vit aucune Perfonne
de marque à laquelle il ne
diſt en particulier quelque choſe
d'obligeant. Madame Royale
l'ayant toujours élevé à eſtre
honneſte , il ſuivoit l'exemple
qu'il avoit reçeu. Ils dînerent en
public , & furent haranguez l'a-
-preſdînée par les Magiſtrats , qui
prierent cette Princeſſe de vouloir
encor dõner ſes ſoins aubien
d'un Etat qu'elle avoit gouverné
Fij
124
MERCURE
fi heureuſementdepuis tant d'années
Une priere de cette nature
eft bien glorieuſe à une Régente
, puis qu'elle fait voir la fatisfaction
que les Peuples ont de ſa
conduite , & le zele qui les porte
à ſe ſoûmettre toûjours à la
meſme autorité. Apres que les
Magiftrats furent fortis , Monfieur
le Comte de Scaravel Maiſtre
des Cerémonies , vint prendre
l'Academie, & la conduifit à
l'Audience. Monfieur le Marquis
d'Entraives , qui portoit la parole
comme Directeur, ſe fit admirer
par le beau Diſcours qu'il
fit. Le ſujet luy eſtoit avantageux.
Les magnificences qui
avoient eſté preparées ce jourlà
pour un Carrouſel, furent inutiles
, la pluye ayant obligé de le
remettre. Elle n'empeſcha pourtant
pas qu'on n'allaſt en Cavalcade
GALANT. 1-25
cade au Valentin. Monfieur le
Comte de Pioſaſque , Grand-
Maiſtre de l'Artillerie , y fit tirer
un Feu d'artifice , dont l'Ingénieur
eut beaucoup de gloire. II
repréſentoit le Palais du Soleil.
Les réjoüiſſances de cette Journée
finirent par le divertiſſement
d'un Bal , & par une magnifique
Collation . Joubliois à vous dire
que dés le matin. Son Alteſſe
Royale avoit fait expedier des
Lettres Patentes , par leſquelles,
elle confirmoit le Conſeil fecret
d'Etat. C'eſt une marque du bon
& judicieux choix qu'avoit fait
Madame Royale des Perſonncs
qui le copoſent. Ceux qui y doivent
entrer , font M'P'Archevefque
de Turin , Dom Gabriel de
Savoye Fils naturel de Charles-
Emanuel I. & CommandantGeneral
des Armées , Monfieur le
Fiij
1267 MERCURE
Marquis Buſquet Grand Chancelier
de Savoye , Meſſieurs les
Marquis de S. Maurice & Mourozzo
, Monfieur le Comte Truchi
Premier Préſident des Finances
, & Monfieur le Marquisde
S. Thomas Premier Secretaire
d'Etat. Ily a un Article dans ces
Patentes qui fait connoiſtreplus
que toutes chofes , combien le
paffé donne lieu d'attendre du
ſage Gouvernement de Madame
la Ducheſſe de Savoye. Le Prince
fon Fils la prie de prendre
dans leConfeil le même pouvoir
qu'elle y a eu pendant ſa Régence,
d'y faire entrer telles Perſonnes
qu'elle croira propres à foûtenir
le poidsdes Affaires , & de
contreſigner toutes les Expéditions
qu'elle ne voudra pasfigner
elle - meſme. Quatre jours
apres , c'eſt à dire le 19. de May,
on eut le divertiſſement du
GALANT.
127
Carrouſel qui devoit ſe faire le
jour de la Majorité du jeune
Prince. J'en reſerve le detailjufqu'au
Mois prochain , pour avoir
letemps d'en eſtre mieux informé.
Son Alteſſe Royale apres
avoir entretenu longtemps fon
Grand Chancelier , & Dom Gabriel
de Savoye General de ſes
Armées , chacun en particulier,
fitaſſembler le Conſeil ſur le ſujet
de fon Mariage. On ne peut trop
admirer la conduite de Madame
Royale , qui en a voulu diferer
la Ratification qu'elle pouvoit
faire , juſqu'à ce que le Duc fon
Fils devenu Majeur , fuſt en état
d'en refoudre par luy meſine.
• Elle l'avoit toûjours aſſuré qu'il
efſtoit le maiſtre du Traité de
Portugal , & qu'il ne l'engageoit
à aucune choſe , ſi ſes Miniſtres
ne trouvoient pas qu'il
Fiij
128 MERCURE
luy fuſt avantageux. Elle luy
répeta les meſmes choſes apres
ſa Majorité , & ce fut ſurquoy il
voulut tenir Conſeil. Apres que
chacun eut ditſon avis,ce Prince
remercia Madame Royale,d'avoir
cherché à luy procurer uneAlliance
ſi glorieuſe , & luy dit
qu'il approuvoit dans tous ſes
Articles le Traité qu'elle avoit
fait , & qu'il iroit en Portugal
confommer le Mariage ſi - toſt
qu'il auroit vingt ans . Monfieur
leMarquis de Dronero y eſt envoyé
en qualité d'Ambaſſadeur
Extraordinaire pour la Ceremonie
des Fiançailles , & tous les
Conſeillers du Conſeil ont figné
l'Acte d'approbation qu'on adrefſé
pour cette importante Affaire.
-- On m'envoye un Conte que
-vous ferez bie aiſe de voir.L'Autheur
ne m'en eſt connu que ſous
le
GALANT.
129
le nom du Solitaire de Carpiagne.
Le Naufrage du Coloffe,
Vaiſſeau commandé par un
Homme de Marseille appellé
Seguier , & qui a péry vers les
Iſles de Sapience , luy en a donné
l'idée.
LE NAUFRAGE.
CONT E.
'N Vaiſſeau nommé le Co-
UN loße,
Cingloit par un aßezbon vent,
Vers une Ville du Levant,
Où le Patron avoit ſon principal
negoce.
Il estoit déja bien avant ,
Quand tout d'un coup le Ciel s'ob-
Sourcit de nuages , *
Et fit entendre dans les airs
F V
130
MERCURE
Des Tonnerres affreux , qui précèdez
d'éclairs ,
Donnerent l'épouvante aux plus
fermes courages .
Les Aquilons avec fureur,
* De la Mer agitant les Plages ,
Onvit de toutes parts de funeſtes
images ,
Et de deſeſpoir & d'horreur,
La bourrasque venant à fondre
dans les Voiles
De cet infortuné Vaiſſcau ,
Le faisoit fuccomber ſous les montagnes
d'eau ,
Qu'elleportoitjusqu'aux Etoiles.
Le Navire s'ouvrit enfin par le
milieu ,
Et les Hommes en vain s'efforçant
àlanage
De gagner leprochain rivage,
Dirent un éternel adieu
A la clarté dujour , leurplus cher
heritage.
6
Rien
GALANT.
131
Rienneſeſauva du débris
De ce déplorable naufrage ,
Qu'un Chat, & trois jeunes Souris,
Qui regardant comme un Bien de
grandprix
Le bonheur dejoüir longtemps de
la lumiere ,
Seſaiſirent d'un ais , & ſe tinrent
deffus.
Le Chat interdit &confus,
Aux Souris tournoit le derriere,
Sans penser à leur courirfus.
Une d'entr'elles y prit garde,
Et nepût s'empefcherde l'enrailler
un peu.
Nous faiſons maintenant , ditelle,
fi beaujeu
A Voſtre Majesté Camarde.
Que ne vient - elle nous manger?
Bon , fuis-je , dit le Chat , en état
d'y fonger ?
Aprenez , Souris babillarde,
L
Que
132
MERCURE
Que quand on a ſa vie à ménager,
Les plus fortes haines s'oublient
,
Et que dans un preſſant dansger
Y
Les Ennemis preſts à s'entrégorger
,
En perdent la penſée , & fe reconcilient.
Monfieur leMarquis de Lavar.
din, Lieutenant General de Bretagne
, a épousé Mademoiselle
de Noailles , Soeur de Monfieur
le Duc de Noailles , Capitaine
des Gardes du Corps. Je ne vous
diray rien de ce Marquis , vous
en ayant déja parlé pluſieurs
fois , & fur tout lors qu'il épouſa
Mademoiselle de Thiange , au
nom de Monfieur le Duc Sforce
fon Parent. La Noce s'eſt faite à
Sainte
GALANT. 133
Sainte Geneviève des Bois .
C'est une: Terre qui appartient
à Madame la Duchefle de
Noailles la Doüairiere . Mademoiſelle
de Noailles eſt jeune,
& a preſque toûjours demeuré
dans le Convent de Sainte Marie.
Elle eſt d'une Famille ſi
ſage , & fi pleine de vertu , qu'il
ſuffit de la nommer , pour perfuader
qu'elle en a beaucoup.
Celle de feu Monfieur le Duc
de Noailles fon Pere , luy avoit
fait meriter une eſtime generale.
La pieté de Madame la Ducheffe
de Noailles ſa Veuve, ne
brille pas moins. Les avantages
de la jeuneſſe , de l'eſprit ,
& de la beauté , qui l'ont fait
paroiſtre à la Cour avec tant
d'éclat , ne l'ont jamais ébloüie .
Elle étoit Dame d'Atour de la
feuë Reyne , & fi elle charmoir
Par
134
MERCURE
:
par la douceur qu'on voyoit répanduë
ſur ſon viſage , on y découvroit
en même temps cet
air modeſte qui attire l'admiration
avec le reſpect. Il ne faut
pas s'étonner ſi d'un Pere , &
d'une Mere d'un ſi grand mérit
e, il n'eſt ſorty que des Enfans
de la plus haute vertu.
Monfieur le Duc de Noailles,
aujourd'huy Capitaine desGardes
du Corps , vit d'une maniere
qui édifie tous les Courtiſans,
& qui leur fervant d'exemple ,
fait connoiſtre en luy une pieté
ſans faſte qui les diftingue
par tout. Je ne vous répete point
ce que je vous ay dit dans d'autres
Lettres de Monfieur l'Evéque
de Cahors fon Frere, & de
Monfieur le Chevalier de Noailles
, Lieutenant General des
Galeres de France. La Nobleffe
de
GALANT.
135
de cette Maiſon eſt des plus
anciennes du Royaume. Guintrand
Chevalier Seigneur de
Noailles en Limoſin , vivoit
longtemps avant le Régne de
S. Loüis . Pierre de Noailles accompagna
ce Monarque en fon
voyage de la Terre - Sainte . Il y
mourut ,& fon Corps fut aporté
à Noailles , où il eſt enterréavec
ſes Anceſtres . Tous ſes Defcendans
ſe ſont ſignalez depuis, ſoit
dans l'Egliſe , ſoit dans les Armes.
Il y a eu parmy eux pluſieurs
Eveſques d'Acqs , un de
Saint Flour , & un de Rhodés .
Monfieur le Préſident de Thou
a fait un grand éloge de François
de Noailles , Eveſque
d'Acqs. Il étoit Ambaſſadeur
pour le Roy à Veniſeen 1558 .
Pierre de Noailles , dit le Borgne
, fut tué à la journée d'Azincourt,
136 MERCURE
zincourt , & François & Jean de
Noailles ſe ſignalerent aux fiéges
& priſe d'Acqs & de Bayonne.
Antoine , Seigneur de Noailles
,Chevalier de l'Ordre du Roy,
Gentilhomme ordinaire de ſa
Chambre , Lieutenant General
au Gouvernement de Guyenne ,
Gouverneur & Maire de Bordeaux
, Ambaſſadeur en Angleterre
& en Ecoffe , commanda la
Gendarmerie de France aupres
d'Avignon , où le Roy François
I. vouloit s'opoſer aux forces de
Charles - Quint. Comme je ne
vous donne point icy une Génealogie
par ordre , je paffe par
deſſus beaucoup d'Illuftres de
cette Maiſon , & fans vous rien
dire des grandes Alliances qu'elle
a faites ,je viens à François de
Noailles , Comte d'Ayen, Chevalier
des Ordres du Roy , Ambaſſa
2
GALANT
137
baſſfadeur à Rome , Gouverneur
de Perpignan , & Lieutenant
General en Auvergne , & Roüergue.
C'étoit un Homme d'un
mérite extraordinaire , & qui ne
s'étoit pas moins acquis de réputation
par les Lettres que par les
Armes. Il avoit épousé Roſe
de Roquelaure , Fille d'Antoine
Maréchal de France , & en
a eu Henry de Noailles , Comte
d'Ayen , tué à la Bataille
de Rocroy , Antoine de Noailles
decedé à Paris , Charles de
Noailles mort au Siége de Maſtric
, plufieurs Filles Religieu-
= ſes , & Anne de Noailles Gouverneur
de Rouffillon,& de Perpignan
, Premier Capitaine des
Gardes du Corps , Lieutenant
= General des Armées du Roy,
& Pere de Mademoiselle de No-
- ailles , qui vient d'épouſer M² le
Marquis de Lavardin.
-
-
a
138 MERCURE
Le Mariage de Monfieur le
Comte de Chiverny,Fils de Madame
de Monglas , avec Mademoiſelle
de Sommery , s'est fait
dans le meſme temps. Je vous ay
parlé du Marié, lors que le Roy
le choiſit pour eſtre du nombre
de ceux qui doivent toûjours
accompagner Monſeigneur. La
Marice eſt Fille de Monfieur de
Sommery , Gouverneur du Chaſteau
de Chambort , & Grand-
Maistre des Eaux & Foreſts de
France , & Niêce de Madame
Colbert , du coſté de Madame
ſa Mere. Elle eſt jeune , bien
faite , & fort eſtimée pour fon
eſprit. La Cerémonie des Nôces
ſe fit à Sceaux. Toute la Famille
de Monfieur Colbert s'y
trouva , à la referve de cegrand
Miniſtre , qui ne put quiterFon
taine
GALANT.
139
- tainebleau , où les Affaires du
- Roy l'arrétoient.
Monfieur de Boiffy , Con
ſeiller au Parlement , s'eſt auſſi
marié depuis quelques jours. Il
■ a épousé Mademoiſelle de Richebourg
, Fille de Monfieur de
Richebourg Maiſtre des Re-
■ queſtes . Madame ſa Mere ſe
nomme Feydeau. Elle eſt Soeur
- de Monfieur Feydeau de Brou ,
- Maiſtre des Requeſtes , & de
Monfieur l'Abbé de Brou Aumônier
du Roy. Monfieur de
Boiffy eſt Fils de Monfieur de
Caumartin Conſeiller d'Etat ,
Petitfils de Monfieur de Cau-
- martin Préſident au Parlement,
& Arriere- Petit-Fils de Monſieur
de Caumartin , Garde des
Sceaux de France. Leur Nom
de Famille eſt le Febvre .
Le neufiéme de ce mois, jour
de
:
140 MERCURE
de la Pentecoſte , Mad. Stuart,
Arriere - Petite - Fille du Comte
de Mourray, Régent d'Ecofſe
ſous Marie Stuart ſa Soeur , Fils
naturel de Jacques V.qui en étoit
Roy, fit Profeffion dans le Grand
Convent des Carmelites. Les
charmes de fa Perſonne ,fon mé
rite , ſa naiſſance , & l'engagement
où elle étoit dans la Religion
Anglicane , rendent cette
Action des plus extraordinaires.
Tout ce qu'il y a icy de Gens
conſidérables d'Angleterre de
l'un & de l'autre Sexe , furent
témoins de la fermeté avec laquelle
, n'ayant encor que vingt
ans , elle s'est réſoluë à ſacrifier
les avantages de la beauté,l'eſpérance
d'un grand établiſſement,
&toute la douceur d'un rang
auſſi élevé que le ſien. La Cerémonie
ſe fit en préſence de plufieurs
GALANT.
141
1
1
ſieurs Perſonnes de la premiere
qualité. M'l'Abbéde Brou , Aumonier
du Roy , prêcha avec
beaucoup de ſuccés. Cette nouvelle
Religieuſe avoit fait icy il
y a trois ou quatre ans,abjuration
du Calviniſme entre les mains
de M² l'Archevêque de Paris,
qui luy donna auſſi l'année pafsée
le Voile de Carmelite .
Quoy qu'il foit rare de paſſer
d'une tres- forte douleur à une
tres grande joye , c'eſt un bonheur
qu'a eu depuis peu de
temps Madame la Vicomteſſe de
S.André. Elle étoit venuë paſſfer
le Printemps à Caſtres en Languedoc
, dans les derniers mois
de ſa groſſeſſe ; & la nouvelle
qui s'y répandit de la mort de
M Gauthier sõ Pere , Tréſorier &
Receveur General de cette Province,
l'ayat frapée tout à coup, fit
unc
142
MERCURE
une ſi violente impreſſion ſur
ſon eſprit , que le déplaiſir qu'elle
en reçeut , la fit accoucher
dans le même temps. Elle mit au
monde une Fille & deux Garçons;&
cet avantage ayant commencé
à foulager ſon chagrin, il
ceſſa entiérement quelques jours
apres , quand elle connut avec
certitude qu'elle s'étoit affligée
fur un faux avis . Cette Dame ne
fut pas fi- toſt relevée , que pour
marque de ſa joye , elle donna
une Feſte magnifique, & remercia
par là tous ſes Amis qui luy
avoient fait faire compliment.
Vous aurez tout lieu d'être
contente de moy ſur les vers de
Mademoiselle Caſtille qui vous
ont tant plû , & que vous aurez
déja veus notez au commencement
de cette Lettre. Je vous les
donne encor une fois avec d'autres
GALANT.
143
3
tres Notes , afin que vous les
puiffiez chanter diféremment.
M' Charpentier qui vient de les
mettre en Air , en a fait une façon
de Rondeau. Vous y trouverez
ce caractere aifé & particulier
qui vous fait aimer tous ces
- Ouvrages . Examinez celuy - cy
mais en chantant , Ah qu'ilsfont
courts les beauxjours , &c. n'oubliez
pas que vous devez profiter
de la moralité de ces Vers.
L'amitié que vous avez pour
la Muſique , vous obligera ſansdoute
de prendre part à la perre
que celle de Provence a faite en
- la perſonne de Monfieur Emery.
C'étoit un Homme d'un fort grad
mérite,& qui s'étoit acquis laréputation
d'un desmeilleursMuſficiens
de ſon temps. Il avoit appris
ſous les premiers Maîtres
-d'Italie;& lors qu'ils qu'il retourna
144 MERCURE
na en Provence د il ſe rendit
d'abord fi recommandable , qu'il
y avoit tres- peu de Chapitres
où l'on ne chantaſt de ſa Muſique.
Auſſi n'étoit - ce qu'à luy
qu'on avoit recours quand il
s'agiſſoit de quelque Solemnité
dans tous les endroits de la
Province. Il ſe ſeroit fait encor
mieux connoître , s'il n'eût
préferé ſon Canonicat de Pignans
à tous les avantages qu'on
luy offroit . Il eſt extrémement
regreté de tous ceux avec qui
il avoit quelque habitude , &
fur tout de Monfieur le Comte
de Grignan qui l'honoroit de
ſon eſtime particuliere .
La mort de Monfieur de la
Terriere , de la Maiſon de
Charreton , a eſté ſuivie de cel.
le de Madame la Marquiſe de
Forbois , de cette meſme Maifon.
GALANT.
145
-
fon . Elle estoit Fille de Monſieur
le Preſident Charreton ,
qui depuis pres de cinquante
- quatre ans , rend la juſtice
dans le Premier Parlement
de France avec une approbation
univerſelle ; & Soeur de
Monfieur Charreton de la
Douze , Avocat General des
Eaux & Forests , & de Meſdames
le Boultz & de Bazoges- Hilerin
, celle -là Femme d'un Maître
des Requeſtes , & celle - cy
- du Sous - Doyen de la Cinquiéme
Chambre des Enquestes.
- Elle avoit eſté mariée à Mon-
-ſieur le Marquis de Forbois ,
d'une ancienne Maiſon qui tire
fon origine d'Ecoſſe , où elle a
donné pluſieurs Admiraux &
Viceroys à ce Royaume . Jac-
- ques I. Roy d'Ecoffe qui mourut
en 1437. eſtimoit particulie-
Iuin 1680. G
146 MERCURE
rement Pierre de Forbois , & luy
en donna d'éclatantes marques
par les grands Emplois dont il
l'honora . Le Roy Jacques II.
ſon Succeſſeur , le diſtingua auffi
par des Charges confiderables
; & quand nos Roys établirent
en France la Garde Ecoffoiſe
, Jean de Forbois fut Lieu .
tenant de la Premiere Compagnie
qui entra à leur ſervice.
Cette Charge qui l'attachoit en
ce Royaume , le fit reſoudre à
s'y établir , & y ayant pris une
Alliance confiderable , il y laifſa
des Enfans dont eſt deſcendu
le Gendre de Monfieur le Prefident
Charreton .
Les Vers qui ſuivent , ſont
la feule confolation qui ſoit demeurée
à ceux qui pleurent Mademoiselle
de Frault morte à
l'âge de quinze ans , & déja
fort
GALANT.
147
+
fort eſtimée pour ſa vertu , fon
eſprit , & fa beauté. Ces avantages
eſtoient ſoûtenus de cinq
cens mille livres de bien. Elle
avoit de la Naiſſance , & eſtoit
Fille d'un Conſeiller au Parle
ment de Toulouſe. Monfieur
Ranchin , dont les Ouvrages
ont un caractere de politeffe qui
les diftinguent toûjours , n'a pû
apprendre ſa mort fans marquer
l'eſtime qu'il faisoit de
ſes belles qualitez . Voicy de
quelle maniere il s'en explique.
ad si pot
C
Gij
148
MERCURE
3 LAMEMOIRE
DE LA JEUNE MELITE.
Es jours paffez , dans le brildans
le
50 3090I
Où regnent la Paix & l'Amour,
Dieu qui vouloit pour chanter fes
loüanges 10, analiz
Augmenter le nombre des Anges;
Allez, dit - il, Eſprits legers,
Partez, fideles Meſſagers ,
Anges, courez la terre & l'on- .
de ,
Et cherchez dans tout le bas
monde ,
Ce qu'il a de plus beau , de plus
fin , de plus doux ,...
Et de plus digne enfin de chanter
avec vous.
Choiſiſſez , pour m'offrir tous les
attraits enſemble ,
Une
GALANTM (149
Une Beauté qui vous reffemble
,
Qui brille comme un Cherubin,
Qui brûle comme un Seraphin
,
Mais qui brûle des ſaintes flames
Dontmon amour nourtitles bel- ,
les Ames ,
Qui ſoit un Ange en terre, & vive
en ces bas lieux
Comme vous vivez dans les
Cieux.
Les Anges du Ciel defcendirent
,
Etfur la Terre ſe rendirent ;
Le bruit estoit alors en tous lieux
répandu
t
Des appas , de l'esprit , des vertus,
dumérite
De l'illustre & Sage Melite.
Giij
750 MERCURE
هما
Par les Anges ce bruit fut bientoft
entendu ,
Ils volerent d'abord vers l'illustre
Mortelle ,
- Et la voyant & fi douce&fi
belle,
Ilsjugerentfondain au fidelle Portrait
2200
Que leur Dieu tear en avoit
fait , 838GDA 2822
Que c'estoit l'aimable Heroine,
Déjafainte, &déja divine ,
Que le Ciel destinoit au glorieux
employ
Dechanter avecoux des Hymnes à
leurRoy.
Dé's ce moment cette Troupe fidelle
Se tint attachée aupres d'elle ;
Ces Gardes immortels l'affifterent
toûjours
De leur infailliblefecours,
Et d'une douce voix , par son coeur
entenduë,
L'affu
GALANT.
ISI
L'affurerent qu'au Ciel elle estoit
attenduë .
Son ame alorsſe hasta de partir,
Avec le zele & la foy d'un
Martyr.
Elle quitta ſon corps , les-Anges
l'emporterent,
Et fur un Trône d'or dans le Ciel
la placerent .
Là, cet Ange nouveau de fon corps
dégagé,
Aux autres Anges agregé,
Meflesa voix au concert magnifique
De l'eternelle & celeste Musique,
Avec les Esprits Saints de gloire
environnez ,
Avec les Martyrs couronnez
Avec les Saintes gloricuſes ,
Au premier rang des Vierges lumineuses
.
Mortels, ne pleurez pas ſa mort ,
Giiij
152 MERCURE
Ce n'est qu'un changement de
fort;
Mesme dans fon fort rien ne
change ,
Elle est , comme elle estoit , un
Ange.
Quelque reſolu qu'on foit de
ne point aimer , il eſt dangereux
de voir trop ſouvent ce
qui eſt aimable. L'Hiſtoire qui
fuit en eſt un exemple. Un Cavalier
d'un fort grand merite vivoit
tres conſideré dans une
des plus galantes Villes de France.
Comme il eſtoit fait pour
les plaiſirs , toutes les Belles le
recevoient agreablement , & on
ne comptoit pour Parties divertiffantes
que celles qu'il prenoit
le ſoin de ménager. Il avoit
ce tour d'eſprit infinuant qui eſt
ſi propre à gagner les coeurs ; &
s'il
GALANT.
153
s'il euſt voulu donner le ſien, il
ne l'auroit pas offert inutilement
; mais ſoit qu'il craigniſt
de s'engager , ſoit que le charme
qui devoit l'aſſujetir luy fuſt
encor inconnu , il debitoit des
douceurs par tout , & quelques
avances qui luy fuffent faites,
on ne pouvoit réüſſir à luy faire
prendre de l'attachement .
Son indiférence pour tant de
Belles qui n'en marquoient point
pour luy , faiſant un jour l'entretien
d'une grande Compagnie
, une fort aimable Perſonne
qui s'y trouva , dit en plaifantant
, qu'il falloit qu'on s'y
priſt mal, & que pour peu qu'ane
Dame euft de merite , ellé
eſtoit toûjours aimée au delà
de ſes ſouhaits . Ce fut une efpece
de défy pour le Cavalier .
Il ſçeut ce que la Belle avoit dit
G V
154 MERCURE
4
1 de luy , & fans autre venë que
celle de fatisfaire ſa vanité , il
crût qu'il y alloit de fa gloire de
luy donner de l'amour. Il l'entreprit
, & ayant trouvé accés
chez une Parente qu'elle voyoit
fort ſouvent , il s'y rendit affidu.
La Belle ne fut pas fâchée de l'y
rencontrer . 'C'eſtoit une conqueſte
importante à faire , & par
le meſme principe de vanité,
elle ſe mit en teſte d'en venir à
bout. L'eſperance du ſuccés la
pouvoit flater. C'eſtoit une Brune
claire , d'une taille mediocre
, mais tres-bien priſe. Elle
avoit les yeux noirs & pleins de
feu , la bouche admirable un
enjoüement naturel , & ce vif
je- ne - ſçay- quoy qui charme encor
plus que la beauté. Comme
ils avoient tous deux le meſme
د
deſſein , ils mirent également
tous
GALANT.
155
tous leurs foins à inſpirer ce
qu'ils ſe croyoient certains de ſe
garentir de prendre. Le Cavalier
prévenoit tous les deſirs de
la Belle , & la Belle recevoit
les complaiſances du Cavalier
avec des honneſtetez que rien
n'égaloit. Quoy qu'ils ſe vifſent
ſouvent , rien ne leur eſtoit
ſuſpect , parce qu'ils avoient chacun
leur but , & que s'aveuglant
ſur le peril où ils s'expoſoient
, ils n'avoient devant les
yeux que le triomphe qu'ils
cherchoient à remporter. Cependant
ils hazardoient d'autant
plus , que l'envie de l'acquerir
leur faifoit faire parade
de tout leur merite , & qu'en
ayant beaucoup l'un & l'autre , il
eſtoit difficile qu'ils le connufſent
, ſans s'eſtimer plus qu'ils
ne vouloient. Ils ne s'eſtoient
encor
BIBLIO
LYON
7053
156 MERCURE
encor apperçeus de rien , & fe
répondant toûjours d'eux- mefmes
malgré la ſenſible joye
qu'ils avoient en ſe voyant , ils
ne l'imputoient qu'au plaifir ſecret
d'avoir réüfly à ſe faire aimer
, quand un mois d'abſence
les fit refléchir ſur ce qu'ils ſentoient.
Le Cavalier , que quelque
embarras d'affaires contraignoit
à s'éloigner , partit fort
contentde luy. Il s'applaudiſſoit
de ſa conqueſte , & perfuadé
d'eſtre toûjours libre , il ſe preparoit
à en faire de nouvelles
dans les lieux où il alloit , mais
il reconnuſt bientoſt que fon
coeur l'avoit trahy. On eut beau
luy donner des connoiſſances.
Il ne vit rien qui luy paruft approcher
de la Belle à qui il
croyoit ne déplaire pas. Les plus
jolies chofes dites par une autre
bouche,
GALANT. 157
bouche , n'avoient pour luy au-
✓ cun agrément , & au milieu des
plus agreables Compagnies , il
ſe trouvoit ſeul parce qu'eſtant
toûjours occupé de la meſme
idée , il s'abandonnoit à ſa reſverie,
& ne prenoit preſque point
de part aux divertiſſemens qu'on
luy procuroit Surpris de ce changement
, il en découvrit la cauſe
, & fe faiſant une honte d'avoir
eſté pris en cherchant à
prendre , il ſe voulut arracher
àla paſſion qui le maîtriſoit. Il
n'oublia rien pour y reüffir. Il fit
des Parties de Jeu. Il en fit de
Promenade ; & fe contraignant
àdebiter des douceursaux Belles
, il crût ſe remettre dans l'indépendance
où il s'eſtoit veu ;
mais le Jeu le faiſoit reſver plus
fortement. La Promenade ne l'éloignoit
point de ſa chere Abſente;
158 . MERCURE
ſente ; & s'il faiſoit le galant , les
paroles luy manquoient dés qu'-
une réponſe ſpirituelle l'engageoit
à repliquer. Ses précautions
allerent plus loin. Sçachant
combien le commerce de
Lettres augmente l'amour, il s'obſtina
à ne point écrire, &par cette
violence qu'il ſe fit , il mit ſon
coeur en état de profiter du ſecours
que l'abfence luy offroit.
Rien ne fut capable d'en bannir
la Belle. Il l'aima toûjours en dépit
de luy , & l'envie de la revoir
luy ayant fait accepter des conditions
def- avantageuſes pour
fortir plutoſt d'affaires, il retourna
aupres d'elle avec unejoye qui
neſe peut concevoir. La Belle de
ſon coſté avoit mal paſſe ſon teps.
Dés qu'elle ne vit plus le Cavalier
, elle trouva qu'il manquoit
quelque choſe à tous ſes plaiſirs ;
&
GALAN T.
159
& l'inquiétude que luy caufa fon
abſence , luy ayant ouvert les
yeux fur l'engagement qu'elle
avoit pris , elle fut inconfolable
de ſe voir la Dupe de ſa prétenduë
fierté . Outre le chagrin d'aimer
malgré elle , le filence que
gardoit le Cavalier luy faiſoit
tout craindre. Il luy donnoit lieu
de croire que ſes complaiſances
n'avoient eſté qu'un amuſement,
& que s'il avoit paru s'attacher
à elle plus qu'à aucune autre , il
n'eſtoit pas moins ce Galant univerſel
qui s'accommodoit de
tout , qui oublioit en ne voyant
plus, &qui n'en contoit que par
habitude . Comme ils s'eſtoient
veus chez ſa Parente , elle luy
fit confidence des ſentimens de
fon coeur. Cette Parente les
ſçavoit mieux qu'elle . Elle avoit
connu aux empreſſemens de
l'un
{
160 MERCURE
l'un & de l'autre , que leur com -
merce eſtoit de l'amour. Tout
parloit dans les foins du Cavalier.
Cependant elle ne ſçavoit
qu'oppoſer à fon filence. Il ſembloit
l'effet d'un coeur degagé,&
il s'agiſſoit de voir de quelle maniere
on le recevroit àfon retour.
Apres qu'elles eurent longtemps
raifonué enſemble , il fut arrefté
que la Belle ſeroit inviſible
pendant quelques jours. C'eftoit
le party le plus feûr à prendre.
Les devoirs que le Cavalier
luy avoit rendus , avoient aſſez
éclaté pour ſauver ſa gloire . S'ils
eſtoient feints , elle témoignoit
n'avoir voulu que s'en divertir,
en refuſantde le voir;& s'il eſtoit
veritablement touché , ce refus
devoit redoubler ſa paffion,& luy
en faire donner les plus fortes
marques.Tout ſe paſſa comme on
l'avoit
GALANT. 161
l'avoit réſolu. A peine le Cavalier
fut- il arrivé , qu'il courut
chez la Parente Elle plaifanta fur
l'humeur tranquile qui luy laiffoit
oublier les Gens , & joüa fi
bien ſon rôle , qu'en feignant de
l'approuver , elle luy perfuada en
même temps que dans fon abſence
laBelle s'eſtoit toûjours divertie
, ſans qu'elle euſt trouvé le
temps de ſonger à luy. Il s'en plaignit
en Amant paffionné , & ne
pouvant garder ſon ſecret , il fit
connoiſtre à la Dame tout ce
qu'il avoit ſoufertdepuis fon éloignement.
La Belle avertie de
tout , goûta pleinement la douceur
de ſon triomphe . Elle avoit
lieud'en eſtre contente , & pour
fon amour , & pourſa fierté. Le
Cavalier eut pourtant beau faire.
Trois jours ſe paſſerent ſans qu'il
la puſt voir. Divers prétextes luy
fourni
162 MERCURE
fournirent des raiſons pour demeurer
aupres de ſa Mere , & ce
fut par cette épreuve qu'elle s'affura
plus fortement de l'entier
pouvoir qu'elle avoit fur luy.Enfin
ils ſe virent , & quoy que la
Belle euſt réſolu de ſe tenir dans
un enjoüement qui luy marquaſt
grande liberté de coeur , il s'expliqua
d'une maniere ſi tendre,
qu'il la força de ſe declarer. C'eſt
un détail où je n'entre point. Je
vousdiray ſeulementque s'eſtant
fait l'aveu réciproque de leur
deſſein , quand ils avoient commencé
à fe connoiſtre, ils avoüerent
tous deux que les plus indiferens
avoient leur moment fatal.
Il falut ſe ſeparer, & ils ne ſe
quiterent qu'apres mille proteſtations
de s'aimer juſqu'au tombeau.
Leur paffion augmenta toûjours,&
tout leur bonheur dépédant
GALANT .
163
dant de s'épouſer , il fut que
ſtion d'agir dans les formes. La
Belle qui gouvernoit l'eſprit de
ſa Mére , la mit aiſement de fon
party. Il ne reſtoit plus qu'à gagner
fon Pere. C'eſtoitun
vieux Medecin , qui ayant toute
la pratique du Païs , avoit
amalle de grandes richeſſes . Sa
Fille eftoit ſa ſeule Heritiere, &
le Cavalier n'eſtant qu'un Cadet
, rendoit le party fort inégal
eduncoſté de la Fortune. Ce
qu'on craignoit arriva. Le Medecin
qui avoit ſes venës, ne voulut
point entendre parler du Cavalier,&
fit à laBelle de ſi expreſſes
défenſes de le voir , que deſeſ
perant de le fléchir, elle ſe trouva
dans un état déplorable. Sa
douleur n'eut point de bornes , &
de lamaniere qu'elle parut peinte
ſur ſon viſage , il fut aisé de
connoiſtre combien ſon coeur
164 MERCURE
en étoit ſaiſy. Elle vit encor le
Cavalier trois ou quatre fois ;
mais ſa veuë ne faiſant que l'affliger
, elle le pria de n'exiger
plusune complaifance qui luy
étoit inutile , & qui ne fervoit
qu'à leur faire mieux ſentir la
trifte neceffité de ne ſe plus voir.
Quelques jours apres , elle tomba
dans une langueur qui fit
craindre pour ſa vie . Le Medecinen
fut alarmé , & jugeant de
la cauſe de ſon mal par l'inutile
effay des Remedes , il futobligé
d'employer le feul qui eſtoit capable
de la guérir. Vous jugez
bien que ce Remede ne fut autre
choſe que de promettre à la
Belle d'approuver l'amour du
Cavalier. Il n'avoit peut-eſtre
pas tout-à- fait deſſein de tenir
parole. Voicy ce qui acheva de
le toucher. Unde ſes Confreres
traitant
GALANT... 165
traitant un Malade réduit à l'extremité
, luy envoya demander
fon heure, pourle confulter luy&
deux autres fur des accidens qui
l'embaraſſoient . Le Malade étoit
juſtement le Cavalier. Il avoit
ſçeu le peril où étoit la Belle , &
cette nouvelle affliction jointe à
ſes autres ſujets de chagrin, l'avoit
fi fort accablé , qu'on employoit
inutilement à le ſecourir
les plus grands Secrets de la Me
decine. Il fut fort ſurpris de voir
arriver le Pere de ſa Maiſtreſſe,
qu'il ne sçavoit pas qu'on cuſt
appellé. Son viſage s'enflama,&
à l'agitation de ſon poux , il n'y
eut aucun des Confultans qui
ne reconnuſt que l'accés du
mal devenoit plus violent. Les
trois premiers dirent quantité
de grands mots Grecs qui ne
concluoient à rien. Le vieux Mc
decin
166 MERCURE
decin parla le dernier. Il dit
que l'abatement de l'ame cauſoit
fort ſouvent celuy du corps , &
que connoiſſant à diverſes marques,
que la maladie duCavalier
venoit du refus qu'il avoit fait
de luy donner ſa Fille pour
Femme , il le prioit de chercher
à ſe guérir pour recevoir de ſa
main le prix que méritoit fon
amour.Un changement ſi peu attendu
parut incroyable au Cavalier.
Il fut quelque teps muet de
ſurpriſe,& il eût donté de ſon bo
heur,ſide nouvelles promeſſes du
vieux Medecin , & les vifites
qu'il continua de luy rendre avec
un ſoin tout particulier , ne luy
cuſſent répondu de la fincerité
de ſes ſentimens. Le Malade fut
guéry en douze jours , & revit
la Belle avec des tranſports
de joye que les feuls Amans
peuvent
GALAN T. 167
peuvent concevoir. L'affaire
étoitdans ces termes, quand on
m'a mandéles circonstances que
je vous apprens. Comme toutes
les Parties étoient d'accord , il
ya ſujet de croire qu'elle a eſté
terminée par l'union des deux
principales .
Le Roy qui donne en tout
des exemples de magnificence,
de valeur , & de conduite , fait
également éclater ſa pieté dans
les jours que les Myſteres de la
Religion rendent ſolemnels . La
maniere dont ce Grand Prince
paſſa celuy de la Pentecofte, en
eſt une preuve. Il fit ſes devotions,
toucha les Malades
entendit le Sermon du Pere Hubert
de l'Oratoire , qui prêcha
avec fon ordinaire ſuccés.LeJeudy,
jour de la Feſte Dieu , Sa Majeſte
aſſiſta à la Proceſſion de
&
la
168 MERCURE
la Parroiſſe , où Elle ſe rendit
fur les dix heures. Monſeigneur,
Monfieur , Monfieur le Duc,
Monfieur le Prince de Conty,
&Monfieur le Prince de la Roche
- fur - Yon , marchoient devant
Elle. Monfieur le Cardinal
de Bouillon , Grand Aumônier
de France , eſtoit à ſa droite.
Monfieur le Cardinal de
Bonzy , Grand Aumônier de la
Reyne , eſtoit auſſi à la droite de
cette Princeſſe , derriere laquelle
marchoient Madame la Dauphine
, Madame , Madame de
Guiſe , & Madame la Princefſe
de Conty. Pres de quatre
mille aunes de Tapiſſeries de la
Couronne tenduës dans toutes
les Courts du Chaſteau , furent
admirées . On en avoit encor reſervé
d'autres , mais moins belles,
pour mettre à la place de
celles
GALANT. 169
:
celles.cy en cas de pluye. La
Proceffion alla à un Repoſoir
qu'on avoit fait dans la Court
des Fontaines. Il eſtoit d'une
beauté ſurprenante . Un tresgrand
nombre de Vaſes , de Girandoles
, & de Candelabres, faifoit
une partie de ſes ornemens.
Il y avoit de ces Guéridons
d'argent de Sa Majesté , qu'on
appelle Giganteſques , à cauſe
de leur exceſſive hauteur. Je ne
vous fais point le détail des autres
Richeſſes qu'on y voyoit.
Je les ay déja marquées , ainſi
que les noms de toutes les
Tentures, de Tapiſſeries , dans
une de mes Lettres de l'année
1677. quand je vous parlay
du fuperbe Repoſoir qu'-
on fit à Verſailles pour la Proceffion
d'un ſemblable Jour.
Pour ce qui eſt des Tapiſ-
1 Juin 1680. H
170 MERCURE
-
ſeries , tout ce qu'on en vit il y
a huit jours à Fontainebleau,
n'empeſcha point que les environs
du Louvre , & tout le devant
du Palais Royal , n'en fufſent
tendus. La plupart de ces
Tentures ont eſté faites ſur les
Deſſeins du fameux Monfieur le
Brun. Ily en avoit qui repreſentoient
le Sacre de Sa Majeſté
; Son Entreveuë avec le Roy
d'Eſpagne Philippe I V. Son
Mariage;L'Audience donnée au
Cardinal Chigi Legat à latere ;
Le Renouvellement d'Alliance
juré avec les Suiſſes dans l'Egliſe
Noftre - Dame ; Avec les
Priſes de pluſieurs Places , où
cet auguſte Monarque a commandé
en perſonne. Tous les
Perſonnages de ces Tapiſſeries
ont eſté faits ſur le naturel avec
tant de reſſemblance , qu'on ne
les
GALANT.
171
les peut voir ſans les reconnoître.
A l'égard des Divertiſſemens
de la Cour , la Comédie continuë
toûjours à faire un de fes
plaiſirs. Les François l'y reprefentent
deux fois la ſemaine , &
les Italiens une. Quoy que Madame
la Dauphine aime beaucoup
plus les Pieces ſerieuſes
que les Comiques , elle ne laiſſe
pas de goûter les naïvetez d'Arlequin
, qui ſatyriſe agreablement
les Modes outrées. Cette
Princeſſe commença à ſe promener
à cheval les Feſtes de la
Pentecofte. Elle n'y avoit jamais
monté ,& l'on fut ſurpris de luy
voir autant d'adreſſe &de bonne
grace dans cet Exercice , que
ſi elle s'y eſtoit faite de fort longuemain.
Elle manioit ſonCheval
fans aucune peine , & vou-
Hij
ON
1899
172 MERCURE
loit meſme galoper dés le premier
jour. Toutes les Dames
qui l'accompagnoient , avoient
des Perruques . Elle estoit la ſeule
qui fuſt coifée avec ſes cheveux.
On en avoit fait pluſieurs
boucles noüées de Rubans . Ses
Filles d'Honneur faisoient admirer
leur propreté. Elle pouvoit
eſtre grande , le Roy leur
ayant donné dequoy ſe mettre
en équipage de Chaſſe , pour
ſuivre cette Princeſſe dans toutes
ſes Cavalcades. Madame
eſtoit de cette Partie. Je ne
vous en diray rien. Vous ſçavez
que c'eſt une Amazone à cheval
,& qu'il eſt peu d'Hommes
qui ayent plus de vigueur qu'elle
dans cet Exercice. Madame
la Princeſſe de Conty accompagnoit
auſſi Madame la Dauphine
, avec le bon air & la grace
qui
GALANT. 173
qui luy eſt ſi naturelle . Le Roy
& Monſeigneur ſe promenerent
avec cette belle & galante Trou.
pe , & rien n'eſtoit ſi brillant à
voir que toute la Cour à cheval,
avecdes Habits auſſi magnifiques
que bien entendus.
Si Madame la Dauphine donne
de nouveaux ſujets d'admiration
par fon adreſſe , elle en
donne tous les jours par ſon efprit
de fort glorieux pour elle.
Tout ce qu'elle dit a un tour fin
qui en fait briller la vivacité ; &
la réponce qu'elle fit dernierement
à Monfieur l'Archeveſque
de Paris qui l'avoit complimentée
à la teſte du Clergé , charma
tout lemonde. Il avoit eſté aupa.
ravant chez le Roy & chez Monſeigneur.
La Harangue que cet
illuſtre Prelat fit à ſa Majesté,
Hiij
174 MERCURE
avoit pour ſujet le zele qu'Elle a
toûjours eu pour l'intereſt de
l'Eglife.
Il n'arrive jamais rien d'extraordinaire
, qu'on ne le conte
fort diverſement , & qu'on n'y
adjoûte des circonstances nouvelles,
ſolon que la choſe achangé
de bouche. C'eſt ce qui m'oblige
à vous dire en peu de
mots ce que j'ay appris de certain
des effets prodigieux du
Tonnerre , qui ont eſté veus depuis
quelques jours en divers
endroits. Ilya eu aupresde Mon.
tereau- Faut-Yonne une maniere
d'Ouragan ſi épouvantable,
que tout le monde en fut ſaiſy de
frayeur. On vit en l'air un tourbillon
de feu de la grandeur
d'un Arpent. Ce Tourbillon ſe
ſepara en ſept ou huit branches,
& s'eſtant jetté ſur un Village,
il
GALANT.
175
il y foudroya ſoixante Maiſons.
Ces branches ſe rejoignirent,
& firent le meſme ravage en
pluſieurs autres lieux des environs.
Elles confumérent quantité
de petits Bateaux qui étoient
fur la Riviere , & un Moulin
à vent en fut emporté fans
qu'on en ait veu les moindres
reſtes. Ily a eu pluſieurs Perfon -
nes tuées tant de la chute des
Maiſons & du feu du Ciel , que
par celle de la grefle , dont la
groſſeur alloit au delà de tout ce
qui s'en eſt jamais veu de plus
furprenant. Elle estoit fi exceffive
, que les plus petits greflons
( ſi c'eſt un mot qu'on puiſſe .
employer ) peſoient trois à quatre
livres. Ce que je vous conte
, eſt ſur la foy d'un Témoin
qui dit avoir veu. Une Lettre
écrite icy à une Perſonne de
1
Hiiij
176 MERCURE
qualité , porte que le Chaſteau
de Montaigu , qui eſt aux environs
de Sezanne , a eſté auſſi entierement
ruiné par le Tonnerre
qui y tomba le 7. de ce mois,
& que dix ou douze Maiſons
ont eu le meſme malheur , fans
qu'il en paroiſſe aucun veſtige.
Celuy qui écrit , adjoûte que le
Clocher, une Cloche, & l'Homme
qui ſonnoit , furent emportez
à une demy- lieuë delà , ſans
que cet Homme ait eu aucun
mal. On le trouva la teſte appuyée
ſur le bord d'un Puits.
Dans un autre lieu , deux Hommes
ayant voulu éviter l'orage
fous un grand Buiſſon , le Tonnerre
fit un petit trou au deffous
de l'oreille de l'un , & le
:
laiſſa mort. L'autre en fut quite
pour s'évanoüir de frayeur. On
dit beaucoup d'autres choſes que
je
GALANT.
177
>
je ne vous mande point , parce
que je ne fuis pas aſſuré qu'elles
foient vrayes .
Vous aurez peut - eſtre déja
appris la mort de Monfieur Fourcault
, Chanoine de l'Egliſe de
Paris , arrivée le treifiéme de
ce mois. Il eſt fort regreté de
ſa Compagnie, qu'il ſervoit avec
beaucoup de capacité & de zele.
Il avoit eſté Secretaire du
Chapitre & de l'Officialité pendant
plus de dix années que
nous avons veu le Siege vacant;
& il s'eſtoit rendu ſi digne de
l'affection de Monfieur Stuard ,
Prince du Sang Royal d'Ecoffe,
Seigneur d'Aubigny, Grand Aumônier
de la feuë Reyne d'Angleterre
, & Chanoine de Nôtre-
Dame , que ce Prince luy refigna
purement ſa Chanoinie
avant ſa mort dés l'année 1665 .
Hv
>
178 MERCURE
Il a donné la plus grande partie
de fon Bien à l'Hôpital de la
Charité de Langres , où il étoit
ne. Monfieur l'Abbéde laChaiſe
d'Aix , Neveu du Reverend
Pere de la Chaiſe , Confeſſeur
du Roy', a eu fon Canonicat. Je
vous ay déja fait connoiſtre en
d'autres Articles le mérite &
l'eſprit de cet Abbé.
Si ce que je vous aydit pluſieurs
fois à l'avantage de Monſieur
le Marquis de Chaſteauneuf
, avoit eu beſoin de preuves
, j'en trouverois une des
plus éclatantes dans ce qu'il a
plû au Roy de faire pour luy
depuis quelques jours. Vous ſçavez
qu'il eſt Fils de Monfieur
de la Vrilliere l'un des quatre
Secretaires d'Etat , & qu'ayant
obtenu la Survivance de cette
importante Charge , il en fait
les
GALANT.
179
les fonctions , il y a déja quelques
années , avec un attachement
qu'on ne ſçauroit trop
loüer. Sa Majeſté voulant faire
voir combien elle eſt ſatisfaite
de ſes ſervices , luy vient d'accorder
la Penſion de vingt mille
livres , qu'Elle donne àſes Miniſtres
d'Etat. Ce témoignage
d'eſtime eſt un grand éloge pour
ce. Marquis. Son intelligence
dans les Affaires ne ſurprend
point. Il a eſté Conſeiller au
Parlement ,&la réputation qu'il
avoit déslors de déveloper avec
une netteté admirable ce qui paroiſſoit
le plus embroüillé , etoit
une marque de ce qu'on devoit
attendre de luy en d'autres Emplois.
Monfieur de la Vrilliere
fon Pere a toûjours paflé pour
tres-habile Homme. Il a eu fur
tout la gloire de ſe faire voir en
toutes
180 MERCURE
toutes rencontres tres fidelle &
tres - zelé ferviteur du Roy.
Vous avez ſouvent entendu
parler des Académies Royales:
de Sculpture & de Peinture.Celle
de Muſique éclate affez tous
les jours , mais je croy que vous
ne ſçavez pas encor qu'il y en a
une de Dante. Elle fut établie en
1661. par Lettres Patentes du
Roy verifiées en Parlement le 30 .
Marsde l'année ſuivante .Le Sieur
le Petit , Imprimeur & Libraire
de Sa Majesté , én a imprimé un
Livre en 1663. où avec les Lettres
d'Etabliſſement , & l'Enregiſtrement
qui en a eſté fait , on voit
les Statuts qui doivent eſtre obſervez
dans l'Academie , & un
Diſcours ſur les avantages de la
Danſe. Ces Statuts portent que
cette Academie , dont le Roy a
bien voulu eſtre le Protecteur, &
à
-
GALANT. 181
à laquelle il a donné Monfieur
leDuc de Saint Aignan pour Vice-
protecteur,ſera composée des
plus anciens & plus experimentez
Maiſtres àdanſer, au nombre
de treize , qui auront un Chancelier.
Le SieurGalanddu Deſert,
qui a eu le premier cette qualité,
eſtantmort depuis peu de temps,
Monfieur le Duc de Saint Aignan
a nommé le Sieur de Beauchamp,
l'un des anciens Académiſtes
, pour remplir ſa place.
Vous ſçavez qu'il eſt le Compofiteur
des Balets du Roy , & le
Chefde ſes Danſeurs. Les autres
qui compoſent l'Academie , ſont
le Sieur Renauld , qui en eſt le
Secretaire , & les Sieurs Defert
Fils du defunt Chancelier , Queru,
de Manthe , Raynal l'aîné , de
l'Orge, Piquet l'aîné , Deſert l'aîné,
Reynal cadet , Deſert cadet,
Dégan,
182 MERCURE
Degan , le Chantre & Saint
André.
Monfieur Chardin , qui avoit
fait un ſecond Voyage aux Indes
, eſt revenu de Surate en
France , en cinq mois & quatre
jours , apres avoir touché &
demeuré quelque temps auCap
de Bonne - Efperance pour y
prendre les rafraîchiſſemens néceſſaires.
Il a moüillé à l'Iſle de
l'Aſcenſion ,où il a pris des Tortuës
, dont il y en a qui peſent
deux cens cinquãtelivres,& plus.
Ila apporté pour le Roy quel
ques Manufcrits tres -curieux, &
entr'autres une Bible écrite en
caractere Malabare ſur des feüilles
de Palmier. On prétend
qu'elle étoitdans le Païs dés le
temps de S. Thomas. Il en a un
autre qui eſt enrichy de Vignetes
& Figures d'or tres-particu
lieres
GALANT. 183
lieres de Perſans & Faquirs en
Vers Perſiens.Il avoit paffépar la
Mer noire àCaffa, à Trébifonde,
à la Mingrelie , & au Païs des
Circaffes , pour venir en Perſe.
Vous aviez raiſon , Madame,
de me dire que Monfieur le Marquis
de Lannion , Capitaine-
Lieutenant des Gensdarmes de
la Reyne,ne pouvoit rien fairede
mieux que de s'attacher,comme
il faiſoit depuis fort longtemps,
àla recherche de Mademoiſelle
de la Mark , qui a été l'une des
Filles d'Honneur de la Reyne,
puis qu'en l'épouſant il a rencon
tré tout ce que la Fortune &
l'Alliance pouvoient avoir de
plus engageant pour luy. Vous
ſçaviez ainſi quemoy,que leRoy
avoitdonné àcette aimable Perſonneune
ſomme de cent mille
livres , & vous jugiez par toutes
les
184 MERCURE
les bontez que la Reyne a toûjours
marquées pour elle , que
cette Princeſſe luy continuëroit,
comme elle vient de faire , ſa
Penſion de trois cens Loüis.Ces
avantages joints à ce qui luy revient
du coſté de feu Monfieur
le Duc de Boüillon- la- Mark ,
Prince de Sedan, &c.fon Grand-
Pere , ſans parler de ce quin'eſt
pas encor écheu , rendoient le
Party tres- conſidérable. Mais ce
que ny vous,ny moy,n'avions pû
prévoir , c'eſt qu'en faveur de
ce Mariage, leRoy a bien voulu
augmenter de deux mille écus
les Apointemens du Gouvernement
de Vannes , que poffede
Monfieur le Comte del Lannion,
Peredu Marquis. Le mérite particulier
des Mariez eſt ſi éclatant,
qu'on peut dire que c'eſt un
Couple parfaitement afforty.
1
Outre
1
GALANT. 185
-
par
des
Outre une grande naiſſance foûtenuë
de beaucoup de Bien, M
le Marquis de Lannion a la gloire
de s'eſtre acquis l'eſtime &
la conſidération du Roy ,
une bravoure des plus diſtinguées.
La Charge de Lieutenant
des Gensdarmes d'Anjou
qu'il eut d'abord , & celle de
Capitaine Lieutenant
Gensdarmes de la Reyne , dont
Sa Majesté le récompenſa apres
la Bataille de Caſſel, oùil donna
des marques d'une valeur &
d'une intrépidité admirable,font
affez connoiſtre combien ce
Grand prince eſt content de ſes
ſervices . Pour Mademoiſelle de
laMark, vous ſçavez , Madame,
qu'elle a tout ce qu'il faut pour
faire le bonheur d'un honneſte
Homme. Elle est tres-bien faite,
& joint à une naiſſance des
plus
186 MERCURE
plus illuftres , & à tout ce que
les plus grandes Alliances peuvent
donner d'avantage , une
douceur ſans égale ,& une conduite
digne d'une Eleve de feuë
Madame la Ducheſſe de Montaufier.
C'eſt elle qui luya en
quelque façon ſervy de Mere
•tant qu'elle a veſcu; & apres fa
mort,chacun ſçait que Monfieur
le Duc de Montaufier , & Madame
la Ducheſſe de Cruſſol ,
digneHeritiere des vertus & du
méritede feuë Madame ſa Mere,
onttoûjours eu pour Mademoifellede
la Mark la meſme eſtime
& les meſmes honneſterez ,
n'ayant perdu aucune occafion
de parler au Roy en ſa faveur ,
quand ils ont veu quelque jour à
luy procurer du bien. Comme
Madame la Ducheſſe de Cruffol
a grande part à ce Mariage , elle a
voulu
GALANT. 187
= voulu que la Noce ſe ſoit faite
- dans ſon Hoſtel. On n'a rien veu
à Paris depuis fort longtemps ,
qui fuſt ny plus magnifique , ny
mieux entendu .
La Paix que nous a donnée le
plus auguſte Monarque de la
Terre , a eſté ſuivie par tout de
Mariages illuſtres ; & celuy de
la Princeſſe de Dannemark
qui devoit unir les deux Couronnes
du Nord avant laGuerre
que nous avons veu s'y allumer,
vient de conſommer ce grand
Ouvrage. A ne regarder que les
deux Roys , on peut dire que
cetteGuerre a eſté fort gloricuſe
pour eux. Ils ont donné des Batailles
, où en s'expoſantjuſqu'à
ſe chercher l'un l'autre au milieu
-de la meflée, chacun s'eſt montré
digne de l'illustre Sang dont
il eſt forty. Ils avoient tous deux
une
188 MERCURE
une grande reputation à ſoûtenir,
c'eſt ce qu'ils ont fait. Le Roy de
Suede s'eſt ſi fort couvert de gloire
par la maniere dont il a payé de
ſa perſonne , que le malheur de
ſes armes, qui avoiét eſté de tout
temps victorieuſes, a eſté reparé
à ſon égard par l'éclat de ſa bravoure.
Je ne ſçay même s'il ne luy
a point eſté avantageux qu'elles
ayent manqué un peu de bonheur
, puis qu'outre les marques
de valeur qu'il a données, il a fait
connoiſtre que les pertes ne pouvoient
rien ſur ſon coeur,& com.
me la conſtance qu'on fait éclater
dans les diſgraces eſt une efpece
de victoire ſur ſoy-meſme,
qui n'eſt pas moins eſtimable que
l'intrepidité avec laquelle on ſe
ſignale dans les hazards,il y a raiſon
de ſoûtenir que cette Guerre
a eſté avantageuſe de toutes ma
nieres
GALANT. 189
nieres au Roy de Suede. Ce que
je dis de la conſtance d'un coeur
que le malheur ne ſçauroit abatre
, eſt un triomphe ſi glorieux ,
que des Couronnes en ont quelque-
fois eſté la récompenfe.Nous
avons veu le feu Roy de Dannemark
, Pere de celuy qui regne
aujourd'huy , aſſiegé par les Suedois
dans Copenhague . L'extremité
où il fut réduit , ne pût l'ébraler;&
la fermeté qu'il fit paroître
en attendant du ſecours,dõna
pour luy une ſi forte admiration à
ſes Sujets, que les Etats s'eſtat afſemblez
apres la Guerre finie rédirent
heréditaire au Prince ſon
Fils le Royaume de Dannemark,
qui auparavantn'étoit qu'électif.
Cefut une reconnoiſſance qu'ils
crurent devoir à ſa vertu.Voyez,
Madame , fi j'ay avancé temerairemét
qu'il n'y a rien de plus glo
rieux
190 MERCURE
rieux que de réſiſter à la mauvaiſe
fortune. Il eſt certain que
beaucoup de Conquérans qui
ſont capables de vaincre , ne le
ſontpas de ſuporter les diſgraces .
L'Allianceque viennent de faire
les Roys de Suede & de Dannemark
, doit les rendre d'autant
plus amis , qu'ils ont veu tour-àtour
dans leurs Etats les triſtes effets
du fort journalier des Armes,
& que les vrais Braves s'aimant
naturellement , ils ont éprouvé
dans cette derniere Guerre que
l'un ne cederoit jamais à l'autre
en grandeur d'ame , lorsqu'il ne
s'agiroit que de leurs Perſonnes .
Ces deux Princes ne ſont pas feulement
dignes d'eſtre eſtimez du
côtéde la valeur,ils ont chací de
tres- grandes qualitez . On peut
juger de celle du Roy de Suede,
par la fermeté avec laquelle il en-
{ viſagea
GALANT. 191
viſagea la mort , lors qu'un mal
tres - dangereux fit deſeſperer de
ſa vie. Je vous ay marqué dans
une de mes Lettres de l'année
derniere, tout ce qu'il dit dans ce
triſte état. Rien n'eſt ny plus hé.
roïque, ny plus touchant , & on
ne le peut lire ſans concevoir
une tres-haute eſtime pour ce
jeune Prince. Quant au Roy de
Dannemark, il eſt digne par luymeſme
de la Couronne qu'il porre.
Tout ce qu'il entreprend eſt
élevé. Sa magnificence paroiſt
juſque dans les Ambaſſadeurs
qu'il envoye aux Teſtes couronnées,&
elle vient encor d'éclater
dans de Carrouſel qu'il a fait pour
le Mariage de la Princeſſe ſa
Soeur. Ce Prince commandoit
l'une des deux Quadrilles qui y
furent veuës . Elles eſtoient composées
chacune de douze Chevaliers,
192 MERCURE
valiers à la teſte deſquels marchoient
douze Avanturiers, fuivis
d'un fort grand nombre de
Pages , &de vingt- quatre Chevauxdemain.
La couleur de la
Quadrille du Roy, étoit incarnat
& blanc;& l'autre que commandoit
le Prince George fon Frere
, avoit pour couleurs le blanc
&le vert.
La Princeſſe de Dannemark,
à préſent Reyne de Suede , a la
taille avantageuſe , l'air majeſtueux
, beaucoup d'agrément
dansſa Perſonne, & les cheveux
plus blonds que châtains. Elle
parle tres-bien la Langue Françoiſe
, & a eſté élevée par la
Reyne ſa Mere , a pris des ſoins
tous particuliers de fon éducation.
Je vous ay déja parlé de
cette Princeſſe , en vous apprenant
la bonté qu'elle avoit euë
Pour
GALANT
193
pour tous les Prifonniers Suedois.
Elle eſtpartie de la Cour du
Roy ſon Frere , d'une maniere
à ſe faire éternellement regreter
, y ayant laiſsé des marques
de ſa generofité & de ſa tendreſſe.
Ce Mariage qui a eſté
precedé depuis la Paix , de ceux
dont je vous ay envoyé des Relations
particulieres , a donné
occafion à Monfieur le Givre
Avocat à Provins , de faire ces
Vers . ?
1893
SUR LES MARIAGES
des Roys d'Eſpagne & de Suede
, de Monſeigneur le Dauphin,&
de Monfieur le Prince
de Conty. 201
On,jamais l'Hymenée
N'eut tant d'affaire àlafois
Juin 1680. I
194
MERCURE
Qu'il en a cette année.
Jamais ce Dieu në foûmit à ses
Join u
Tant de Princes & tant de
Rois
Mais nous verrions encor toute
l'Europe en armes,
Et nos Heros dans les bazards,
Si l'Amour ennuyé de voir couler
des larmes,
Par les cruels efforts de Mars,
N'eustpourles arrester employétous
Ses charmes.
C'est donc à ce grand Dieu , c'est à
Ses doux attraits
Que nous devons la Paix.
A
C'est luy qui fegliſſant dans le coeur
denos Princes ,
De tous ces braves Conquérans
Afait de nobles Soûpirans ,
Et par cet artifice a calmé leurs
Provinces.
T
nii Ce
GALANT.
195
Ce n'est pas que tout Dieu qu'il
est ,
Iln'ait en ce rencontre agy par interest.
S'il cust laißé durer la guerre,
Elle alloit finirſon pouvoir,
Etfairefur toute la terre
Regner au lieu de luy le fatal De-
Sespoir.
Voyez donc ſi l'Amour avoit peu
d'avantage ,
D'établir le repos que l'ongoûte aujourd'huy.
S'il n'eust pas de Bellone arreſté le
ravage,
C'estoit fait pour jamais &de nous
&de luy .
Mais cela n'oste rien du prix &

de lagloire
D'une telle victoire.
Que pourfon interest , ou celuy des
Mortels,
I ij
196 MERCURE
\
Il aït banny les maux où Mars nous
precipite,
Nous n'en irons pas moins au pied
deſes Autels
Rendre l'hommage qu'il merite.
Là , reconnoiſſantſes faveurs
Par les voeux Soûmis de nos
coeurs ,
Nous luy demanderons au nom de ?
l'Hymenée,
Une Pošterité feconde & fortunée
:
Pour tant de Princes & de
Roys,
Que cette année
Il a rangé ſous ſes aimables
Loix.
Je vous manday la derniere
fois, que le Roy d'Eſpagne eſtoit
toûjours tres - galant . Voicy le
particulier d'un de ces riches
Preſens dont je ne vous parlay
qu'en
GALAN T.
197
qu'en general. Ce Prince ayant
eſté à la Chaſſe, envoya à ſon retour
ſa priſe à la Reyne,& luy fit
dire qu'afin que ce fuſt un Mets
qui meritaſt mieux ſon appetit,
il auroit ſoin de luy faire fervir
une Salade qu'elle trouveroit
aſſez bien aſſaiſonnée. Certe
Princeſſe luy renvoya pour
remercîment un Habit tres -magnifique.
Le lendemain on luy
apporta la Salade de la part du
Roy. C'eſtoit un Plat d'or , d'un
ouvrage merveilleux , plein d'Emeraudes
, de Rubis , de Semence
de Perles & de Topaſes.
Les Herbes eſtoient repreſentées
par les Emeraudes ; le Vinaigre
, par les Rubis ; l'Huile,
par les Topafes; le Sel , par la
Semence de Perles ; & comme
les Herbes doivent l'emporter
dans une Salade , il y avoit beau-
د
I iij
198 MERCURE
coup plus d'Emeraudes que de
tout le reſte . Le Preſent eſt
beau ; mais ce n'eſt pas affez
d'aimer fortement , il faut eſtre
Roy pour en pouvoir faire de
ſemblables .
Je croy , Madame , que devant
avoir d'aſſez frequentes occaſions
de vous parler de la Cour
d'Eſpagne , vous approuverez le
deſſein que j'ay de vous faire
voir toutes les Maiſons Royales
qui y ſont confiderables , &
dont vous pouvez connoiſtre les
noms . Je commence par le Palais
de Madrid , demeure ordinaire
des Roys Catholiques. Cette
Planche vous en montre la
Structure , à le regarder par la
face de l'entrée. C'eſt un fort
grand Corps de Logis entre
deux petits Pavillons , dont la
couverture eſt en pointe de Clocher.
19
le
ne
ле
uer
nt.
adire,
ver
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orant
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Entree duPalais de Madrid de
Vuie Située au milieu d
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1
qu
de
no
lai
na
te
Sti
fac
gra
de
CO
GALANT 199
cher. La Façade ſeule en eſt de
Pierre. Les trois autres coſtez ne
font que de Brique , ainſi que
toutes les Maiſons des Particuliers.
Quantité de Balcons de Fer
y font un grandembelliſſement.
Vous trouverez deux autres Faces
du meſme Palais dans madixiéme
Lettre Extraordinaire,
que j'auray ſoin de vous envoyer
le 25. de Juillet.
Il me reſte à vous parler d'un
autre Prefent. Sa Majeſté qui
n'en fait jamais que de proportionnez
à ſa grandeur , ſçachant
que le Manege & laChaffe, font
des exercices où Monfieur l'Ele .
cteur de Baviere aime à s'occuper,
luy a envoyé par Monfieur de
Marcouville l'un de ſes Ecuyers,
quatre Chevaux de la Grande
Ecurie, & huit de la Petite , avec
des Houſſes en broderie d'une
I iiij
200 MERCURE
1
beauté merveilleuſe . On tient
qu'elles fontdeplusde vingt mille
livres. Les Ecuries du Roy ne
laiſſent pas d'eſtre plus remplies
de Chevaux qu'elles n'ont jamais
eſté . L'on y en met ſouvent
de nouveaux ; & parmy ceux
que l'on eſtime le plus, on admire
particulierement les Chevaux
de Naples , qui font dans la Petite
Ecurie. Ils ſe reglent ſur la
voix , & l'on eſt ſurpris de la
prompte obeïſſance qu'ils rendent
à celuy qui les gouverne.
Quoyqu'il n'y ait rien de plus
beauque laMaiſon de Sa Majeſté
, &que ce grand Prince ait
plusde Pages , & plusde Valets
de pied,que beaucoup de Souverains
de l'Europe n'en ont enſemble,
on n'a pas laissé d'augmenter
le nombre des Pages de laGrande
Ecurie de plus de ſoixante de
-puis
GALAN T. 201
puis un an. Ce n'eſt pas que le
Roy en euſt beſoin ; mais comme
on leur montre tout ce que doit
ſçavoir un Gentilhomme, Sa Majeſté
a eſté bien aiſe de procurer
àune partie de ſa Nobleſſe l'avantage
d'apprendre ſes exercices,
fans qu'il luy en coûte rien.
Le 16. de ce mois , Monfieur
le Duc de Verneüil , Gouverneur
de Languedoc , conduiſit
les Députez de cette Province à
l'Audience du Roy. La parole
fut portée par Monfieur l'Evéque
de S. Papoul, avec un ſuccés
qui luy attira les loüanges de toutela
Cour. Elle estoit fort grofſe
ce jour- là. Sa Majesté témoigna
beaucoup de fatisfaction de
cette Harangue , & dit tot
haut , apres que ce Prelat eut
finy , qu'on ne pouvoit rien faire
de mieux. Les Députez alle-
Iv
202 MERCURE
renten ſuite chez la Reyne, chez
Monseigneur , & chez Madame
laDauphine ; & les Harangues,
ou plutoſt les Complimens prononcez
par le meſme Eveſque de
S. Papoul , furent trouvez également
beaux. On applaudit particulierement
à celuy qu'il fit à
Madame la Dauphine. Ileſtoit
tourné de la maniere du monde
la plus délicate.
Vous avez veu dans mes Lettres
de Fevrier &de Mars les réſolutions
les plus violentes qu'ait
jamais fait prendre l'Amour en
fureur. Ce qui est arrivé depuis
quatre jours dans le Fauxbourg
S. Germain , ne vous ſurprendra
pasmoins. Je ne ſçay meſme s'il
vous paroîtra croyable ; mais
cette aveugle & inconfiderée
paffion produit tous les jours de
fi bizarres effets , qu'il n'y a rien
de
GALANT.
203
de ſi extraordinaire qu'elle n'autoriſe.
Un jeune Homme tresbien
fait , ayant l'air & les manieres
agreables , apres quelques
foins rendus à une Femme
qui avoit peut - eftre quelque
eſprit , mais qui par ſon âge , &
par le peu d'agrément de ſa perſonne
, ne devoit jamais prétendre
à inſpirer de l'amour, en conçeut
pour elle un ſi violent , que
l'ayant prefféede le vouloir époufer
, il luy offrit tous les avantages
qu'il pouvoit luy faire. La
Vieille , ravie de s'entendre conter
des douceurs, & jugeant avec
beaucoup de raifon que le Sacre-
-ment changeroit l'état des chofes
, fut moins empreſſée que fon
jeune Amant. Elle fe fervit de
divers prétextes pour diferer de
conclure ;& afin de rendre plus
vive une paſſion dont les témoi-
-
gnages
204 MERCURE
gnages la charmoient , elle fe
feignit jalouſe d'une afſſez aimable
Perſonne de ſon voiſinage,
qu'elle prétendoit qui luy tinſt
au coeur. L'Amant luy jura avec
des ſermens à perfuader les plus
incrédules , qu'elle l'accuſoit injuſtement.
Il pleura, il ſoûpira. Ses
pleurs , ſes ſoûpirs , tout fut inutile
. La Dame ne relâcha rien de
ſes ſoupçons , & pouffa fi loin
l'orgueilleux triomphe de ſes
charmes ſurannez , qu'elle écouta
ſans s'en émouvoir la proteſtation
que luy fit ſon jeune Amant
de ſe tuer à ſes yeux , ſi toutes
les marques d'amour qu'il luy
donnoit, ne la pouvoient ſatisfaire.
Soit que le cas luy paruſt nouveau
,ſoit qu'elle cruft que s'agiffant
de mourir , les plus exacts
à tenir parole y regardent à
deux fois , elle luy laiſſa tirer fon
Epée;
GALAN T.
205
4
:
Epée; & il ſe l'eſtoit déja enfoncée
au milieu du corps , quand
elle fe jetta fur lay pour l'arreſter .
Le coup eſt mortel , & on ne
croit pas qu'il en revienne. Cependant
il eſt toûjours fi fort
poffedé de fon amour , qu'il ne
peut mourir content, ſi on ne luy
permet d'épouſer ſa Belle . C'eſt
ce qu'il demande avec des empreſſemens
qui paſſent tout ce
que je pourrois vous en dire.b
Monfieur Feurer , Seigneur
-d'Aubigny , Conſeiller au Parlement
de Bourgogne , Petit Fils
de l'illustre Monfieur Feuret ,
qui a donné au Public le fameux
Traité de l'Abus , s'eſt marié depuis
peu avec Madame Doriau,
Veuve d'un Capitaine de Cavalerie
qui portoit ce nom . Elle eſt
Fille de feu Monfieur Enin- Lietar
, Comte de Roche , Lieutenant
206 MERCURE
nant pour le Roy aux Ville &
Citadelle de Châlons , & Soeur
de Monfieur le Comte de Roche
Lieutenant aux Gardes. Ce
Mariage s'eſt fait à Châlons fur
Saône , où s'eſtoient rendus les
Parens des Mariez. Monfieur
Feuret Confeiller d'Egliſe dans
le mefme Parlement , & Chanoine
de la Sainte Chapelle de
Dijon , leur donna la Benédiction
Nuptiale. Toute l'Aflemblée,
apres avoir paſſé huit jours à
Châlons endiverſes Feſtes, s'embarqua
dans un Bateau tout
doré , & orné de pluſieurs belles
Peintures qui repreſentoient
le Mariage de Pſyché & de
l'Amour. Un autre Bateau fuivoit
,&estoit remplyd'uneBande
deViolons , meflez de Hautbois.
Dans cet équipage , lesMariez
arriverent à Lyon , & réveillerent
GALANT. 207
lerent toutes les Dames qui depuis
le Carnaval ſembloient
avoir rompu commerce avec les
Plaiſirs. Pendant le ſejour qu'ils
y ont fait , on n'a fongé qu'à
les divertir. C'eſtoit tous les
jours quelque nouvelle Partie.
La derniere ſe fit à la Clere
, où Monfieur de Variſan
Conſeiller au Prefidial de Lyon
les regala. On avoit illuminé
toutes les Allées du Jardin ; & les
Dames qui estoient toutes trespropres
, avoient des Bouquets
des plus belles Fleurs de la Saifon.
Le Repas fut d'une magnificence
admirable. Il eſtoit à cinq
Services. Il y eut en fuite un
fort beau Concert. Les Mariez
partirent le lendemain pour
retourner à Châlons , & ſe rendre
de là à Dijon avec toute l'Afſemblée
de la Noce. Tout le
monde
208 MERCURE
monde a eſté charmé de la jeune
Mariée , qui par ſa beauté,
par ſa douceur , & par ſes honneſtetez
, s'eſt acquis un eſtime
genéral.
Meffire Felix Vialart de Herſe,
Evêque & Comte de Châlons ,
Pair de France,eſt mort dans ſon
Seminaire , où il faiſoit ſa plus
ordinaire réſidence. Il étoit âgé
deſoixante & ſept ans,& en avoit
paffé quarante dans l'Epiſcopat.
Il a gouverné l'Egliſe de
Châlons avec une application
finguliere , & on ne peut rien
adjoûter au zele qui luy a fait
confumer tout ſon Patrimoine
pour les beſoins temporels des
Peuples qui étoient commis à ſa
conduite. Ses travaux continuels
l'ont fait enfin ſuccomber, ſa ſanté
étant d'ailleurs traversée par
de fréquentes infirmitez . Il étoit
Fils
GALAN T.
209
Fils de Michel Vialart, Seigneur
de la Forêt & de Herſe , Préfident
aux Requêſtes du Palais,&
Ambaſſadeur pour le Roy en
Suiffe . Son Ayeul a eſté Maître
des Requeſtes;ſon Bifayeul, Préfident
au Grand Confeil ; & fon
Triſayeul , celebre Avocat au
Patlement , puis LieutenantCivil
au Chaſtelet de Paris ſous
François I. & enſuite Préſident
à Mortier au Parlement de
Roüen. Il y a eu de cette Famil .
le Antoine Vialart Archevêque
de Bourges au dernier fiecle ; &
dans celuy-cy , Charles Vialart,
Religieux Feüillant , puis Eveſque
d'Avranche , Oncle de celuy
dont je vous apprens la
mort. Il laiſſe un Neveu Conſeiller
au Parlement. Vialart porte
d'azur au Sautoir d'or , accompagné
de quatre Croix potencées
demeſme. Le
210 MERCURE
Le zele d'un jeune Religieux
Miſſionnaire à Saint Lazare , a
trop éclaté , pour ne vous pas
apprendre la mort. On peutdirequ'il
eſtoit entièrement penétré
de l'eſprit de Dieu, & que le
feu de la charité qui bruloit ſon
ame , a tellement échaufé ſon
corps , qu'il n'a pas eſté capable
de luy réſiſter. La vivacité d'ef
prit qu'il a fait paroiſtre dans
ſes Exhortations alloit au delà
de tout ce qu'on peut attendre
de ceux de fon âge. Il n'avoit
encor que vingt deux ans &
demy , & s'appelloit Monfieur
Chaffebras . Cette Famille a diverſes
Branches. Il eſtoit d'une
Cadete. Il ne reſte plus de
la Branche aînée que Gabriel
Chaſſebras , Seigneur de Breau ;&
Jacques Chaſſebras , Seigneur de
Crémailles , Freres , qui ſe ſont
parti
GALANT. 21F
particulieremet addonnez à la
connoiſſance des belles Lettres,
& aux recherches de l'antiquité
de noſtre Hiſtoire. Ils portent
coupé de gueules ſur or à deux
Soleils en chef , & une Ombre
de Soleil en pointe de l'un
en l'autre , qu'ils écartelent de
Melun , depuis que Jean Chaf
febras , Seigneur du Breau , Capitaine
de Cinquante Lanciers
ſous Charles VIII. épouſa Antoinete
de Melun , de l'illuſtre
Maiſon des Vicomtes de Melun,
& Comtes de Tancarville ...
* Madame la Marquiſe de Breauté
, Veuve de Pierre Sire de
Breauté , Marquis de Hotot,Vicomte
de Neuville , Meſtre
de Camp du Regiment de Picardie
, tué au Siege d'Arras en
1640. eſt auſſi morte depuis dix
ou douze jours . Monfieur le Mar-

quis
212 MERCURE
quis de Breauté ſon Fils , a fait
voir en diférentes occaſions qu'il
eſtoit digne Heritier du courage
&de la valeur de ſes Anceſtres
, qui depuis plus de quatre
cens ans ont eu les premiers
Commandemens dans les Armées
de nos Roys. Pluſieurs
d'entr'eux ont versé leur fang
dans le Service. Cette Maiſon,
qui eſt des plus anciennes , tire
fon origine du Chaſteau deBreauté
pres S. Omer,& porte d'argent
à la Quinte- feüille de gueules.
La Marquiſe dont je vous
parle,étoit Fille de feuë Madame
de Fieſque , Dame d'Honneur
de Mademoiselle d'Orleans, Petite
Fille de Scipion de Fieſque ,
Comte de Lavagne & de Breffuire
, Chevalier d'Honneur de
la Reyne Catherine de Medicis,
quele Roy Henry III.fit Che
valier
GALANT. 213
-valier de l'Ordre du S. Eſprit à
la premiere Promotion,& Belle-
Soeur de Madame la Comteffe
de Fieſque , ſi eſtimée de toute
la Cour par ſes belles qualitez .
La Maiſon de Fieſque porte
bandé d'argent & d'azur de fix
pieces.Elle eſt tres-confiderable
dans le Royaume de Naples & à
Génes,où elle a poſledé des Terres
en titre de Souveraineté.Plu-.
ſieurs Cardinaux en font fortis,
ainſi que la Bienheureuſe Catherine
de Fieſque , qui a composé
quatité d'Ouvrages ſpirituels
dignes de la fainteté de ſa vie.
Vous trouverez tout ce qui
regarde les Enigmes du dernier
Mois , dans le dixiéme Extraor-)
dinaire que je vous ay déja promis
de vous envoyer le 25. de
Juillet. En voicy deux dont vos
Amies ſe divertirõt à chercherle
fens .
214
MERCURE
ſens. La premiere eſt de Monſieur
Hevrard Conſeiller du Roy
àTonnerre.
ENIGME.
Eſuis vieux comme le Soleil ,
QuiJans moyTeroit inutile.
Je regne aux Champs comme à la
Ville;
Auſſi n'ay-je point de pareil.
Perſonne encor ne m'a pûſuivre,
Quoy que l'on m'ait autour de
Soy.
Tout un grand Peuple meurt par
moy ,
Cependant c'eſt moy qui fais vivre.
Enfin devinez qui je suis.
Jeſuis un rien qu'on nepeut dire ,
Que
GALANT .
215
Quejamais on n'a pû décrire ,
Etsipourtantje réjoüis .
J
AUTRE ENIGME .
Epoffede des Biens , & n'ensçaurois
joüir. 1
JeSuis de tous Festins , & jamais
jen'y mange.
Quand on meveut parer, ilme faut
du mélange;
Et quandje divertis , c'eſt ſans me
réjoüir.
F'aßiste aux entretiensſans pouvoir
Lesoüir ;
Qui mefait de l'honneur, reçoit de
moy le change;
Qui mefait un affront , trouve en
moy qui ſevange ;
La Terre en mafaveur doitse lais-
Serfoüir.
Quand
216 MERCURE
Quand on m'habille bien, ony trouvefon
compte ;
Quand on m'habille mal , on en
Soufre lahonte;
Onm'apporte ,je porte; on me charge,
je rends .
L'exige en ces emplois de la vicif-
Situde ,
On y voit un travail exempt de laf
fitude ;
Ie ne demande rien ; qu'on me donne
, je prens.
Bacchus entre les mains des
Nymphes de Nyſe , qui le nourrirent
dans les Antres de leur
Montagne, eſt le ſujet de la nouvelle
Enigme en Figure que je
vous propoſe.
Monfieur de Louvoys eſt de
retour
Bachus Enigme .
LYON
*
1833
GALANT .
217
retour à Fontainebleau dés le
16. du mois , apres avoir parcouru
beaucoup de Païs. Vous
ſçavez , Madame , juſqu'où le
zele qu'il a pour le ſervice du
Roy l'emporte , & avec quelle
rapidité on le voit aller , quand
il s'agit des intereſts de l'Etar.
Son Voyage n'a pas tant eſté
pour le beſoin qu'il avoit des
Eaux de Barrege , quoy qu'elles
puſſent contribuer à fortifier ſa
jambe qu'il a euë rompuë , que
pour voir les Travaux de quelques
Places , où les grandes lumieres
qu'il a fur toutes choſes
rendoient ſa prefence neceſſaire.
En partant d'icy , il alla coucher
à Montargis , le lendemain
à la Charité , le jour ſuivant à
Tarare , & le quatrième à Lyon ,
où il refuſa tous les honneurs
qu'on s'appreſtoit à luy rendre,
K
218 MERCURE
s'étant contenté ſur toute la Route
des civilitez que la bienſeance
& l'honneſteté engagent toûjours
à recevoir. Il mangea à
Lyon chez Monfieur du Gué
fon Parent , Intendant de la Province.
Il alla enſuite à Beaucaire
, où le Preſidial de Niſmes
envoya des Deputez pour le haranguer.
Monfieur le Marquis
de Vardes , & Monfieur l'Intendant
Dagueſſeau , vinrent
au devant de luy. Il a eſté traité
à Narbonne , ainſi que dans
une des Abbayes de Monfieur
le Cardinal de Bonzy , ſuivant
les ordres de cette Eminence,
avec une propreté , une abondance
, & une délicateſſe qu'il
ſeroit difficile d'exprimer. On
avoit fait travailler par les mefmes
ordres aux chemins les plus
rompus. Il paſſa enſuite à Salces,
&
GALANT. 219
& delà à Perpignan , où le Parlement
& les Conſuls de la Ville
le complimenterent. De Perpignan
, il ſe rendit à Mont- Loüis,
dont il viſita les Fortifications
avec Monfieur de Vauban . On
dit qu'on ne peut rien voir de
plus beau dans toute l'Europe.
Il y a haute & bafle Ville , &
Citadelle . C'eſt un travail dont
la promptitude donne de l'étonnement
à tout le monde. Les
anciens Conquérans mettoient
plus de temps à prendre de pe
tites Places , qu'il n'en faut au
Roy pour en faire baſtir de gran ,
des. Le Gouverneur de Puycerda
envoya fon Lieutenant de
Royà Mont- Loüis , faire compliment
à Monfieur de Louvoys
fur ſon arrivée & luy offrir
tout ce qui dépendoit de luy &
du Païs. Monfieur de Louvoys
,
Kij
MERCURE
SEDOnciade porteroient à
wenir l'image de l'Annoncia
forje coſte gauche de leurs M
teaux , dans les occafions de
rémonie, & qu'ils l'auroient
le reſte de l'année fur le c
gauche de leurs Juſte- à - co
Ces Chevaliers parurent pot
premiere fois avec ce nouvel
nement le jour de Paſques c
nier. Ilfaut vousmarquerenqu
il conſiſte . C'eſt une Meda
dont le fond eſt tout brodé d'
gent trait. Les Figures ſont d'C
fevrerie , dorées d'or moulu .
Cartouche eſt relevé,brodéd
avec la Cordeliere auffi d'e
& les revers des Fleurons , d'
gent. Les lettres dont le fond
de couchure d'argent , ſont d'
& bordées de noir. Les
mes font d'or & de lame fur
nervures , qui font les brilla
T. 221
coucher à
uzan, chez
de Cominque
qua-
'aïs mais
,
e - cinq de
Foucaut qui
Ditpris ſoin
ler les chedens
, d'où
voys alla à
mpan à Baré
Miniſtre a
Pyrenées deues
à l'autre;
grande peine,
is ſa routepar
léfilez , où il
our un Homla
fatigue ne
que le péril.
e fort peu de
nt préferé à ſa
Kiij
110 MERCURE
le remercia fort civilement , &
pria cet Envoyé de vouloir attendre
juſqu'au lendemain à
s'en retourner , afin qu'il viſt la
Reveuë qui ſe devoit faire. L'Envoyé
s'en excuſa. S'il fuſt demeuré
, il euſt veu de belles
Troupes . Elles ſurprirent
tous ceux qui ſe trouverent à
cette Reveuë , quoy qu'ils fufſent
preparez à ne voir que des
Gens de bonne mine , & tresbien
entretenus . De Mont-
Loüis , Monfieur de Louvoys alla
à Sainte Colombe , & de
Sainte Colombe à Mirepoix , où
le Marquis de ce nom le traita
ſplendidement. Le lendemain,
il vint dîner à Rieux chez Monſieur
l'Eveſque , où Monfieur
Foucaut Intendant de Montauban
, le reçeut à un quart de
lieuë de ſon Département. Le
mefme
GALANT. 221
,
meſme jour , il alla coucher à
S. Gaudens en Nébouzan, chez
Monfieur l'Eveſque de Cominge.
On n'y compte que quatorze
lieuës du Païs mais
elles en font trente - cinq de
France. Monfieur Foucaut qui
l'accompagna , avoit pris ſoin
de faire accommoder les chemins
de Saint Gaudens , d'où
Monfieur de Louvoys alla à
Campan , & de Campan à Barrege.
Ainſi ce zelé Miniſtre a
eſté le long des Pyrenées depuis
une Mer juſques à l'autre;
& ce qui eſt une grande peine,
il a falu qu'il ait pris ſa routepar
des Cols & des Défilez , où il
n'y a paſſage que pour un Homme
à la fois; mais la fatigue ne
l'étonne pas plus que le péril.
Il n'a demeuré que fort peu de
jours à Barrege,ayant préferé à ſa
Kiij
222 MERCURE
ſanté le plaiſir de venir ſervir
leRoy.
Monfieur le Marquis de Segnelay
a auſſi fait un Voyage
à Bayonne avec la meſme vîteffe
, ayant eſté en poſte la
plupart du temps. Il ne faut pas
s'étonner ſi toutes les entreprifes
du Roy ont un ſuccés fi
avantageux. Il voit par Luymême
tout ce qu'il doit voir,
& les Miniftres ne remettent
point à d'autres , ce que ce
Grand Prince confie à leurs
foins.
J'apprens que l'Evêché de
Châlons a eſté donné à Monſieur
l'Eveſque de Cahors . On
-dit que le feu Eveſque l'avoit
ſouhaité pour fon Succeſſeur.
Cela fait connoiſtre le juſte difcernemet
du Roy, dont le choix a
répondu
GALANT . 223
répondu aux ſouhaits d'un ſi
faint Homme.
Je finis par une Galanterie
dont un des plus grands Poëtes
de l'Antiquité a fourny l'idée
à Monfieur de Claris de
Dauphiné , qui en eſt l'Autheur.
IMITATION D'HORACE.
Hante qui voudra les Héros
Couverts d'une noble pouffiere?
Qu'on rende leurs Travaux
A ceux de Mars égaux ;
Que Pallas foit ſenſible à leur
vertu guerriere ;
Ie ne chante que nos Repas ,
Et ces jolis Combats
Où les ſeules bleßures
Sont les égratignures
K iiij
224 MERCURE
Que les Belles nous font , quand
nous ne plaiſonspas.
Je ſuis , Madame , voſtre &c .
AParis ce 28. de Juin 1680.
Le dixiéme Tome de l'Extraordinaire
ſe diſtribuërale 25. de
Juillet.
HEQUR DEL
LYON
BIBLI
Ετα
*1893*
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
PAr Grace &
Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſonConſeil, Jun-
QUIERES. Il eſtpermis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &&
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs,Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans leconſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT. Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
enjoüir ſuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
5. Fuillet 1680
Avis pour placer les Figures.
'Airle
Lpage
plus petit , doit regarder la
La Planche où eſt marquée l'Annonciade
, doit regarder la page 119 .
Le grand Air , doit regarder la page
148 ...
La veuë du Palais de Madrid , doit
regarder la page 198 .
L'Enigmeen Figure , doit regarder
la page216
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le