→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1680, 01 (partie 1) (Lyon)
Taille
7.18 Mo
Format
Nombre de pages
231
Source
Année de téléchargement
Texte
ElIBqilixublbrualifsitmroitfhfeimcuæs
ALP&rurcgohdriueenxpeinffciospus
NCC.dSeaoeSumlfilvleilgluilsoe
STJPoraciEtineirSttuaaUmttiiss
att1T.atai6entb9ſnru3iltobiausimt
2

807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE
LYON
*1893*
DAUPHIX LA
VELE
anvier 1680 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere .
M. DC. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
M
ONSEIGNEUR ,
Si la Majesté des grands Princes
comme Vous , éblouit lors qu'on
attache les yeux fur leur auguste
Perſonne , dans quel trouble un timide
respect ne jette- t-il point
ceux qui se hazardent ou à leur
parler ou à leur écrire ?F'ay éproua
ij
EPISTRE .
ve l'un & l'autre plus d'une fois .
Voicy la quatrième année , MONSEIGNEUR
, où j'ay l'honneur
de vous offrir le Mercure , & la
troifiéme depuis que la gloire de
vôtre Nom , que vous avez bien
voulu foufrir qu'il portaſt , l'a ren
du confiderable à toute l'Europe.
Douze Epistres au commencement
d'autant de Volumes , ont fait connoître
d'abord aux Nations les plus
éloignées , ce que vous nous faites
voir tous les jours de ſurprenant;
& une infinité d' Articles répandus
dans tous les autres,n'ont rien laifsé
échaper des merveilles de vôtre
vie , La matiere est vaste ,MONSEIGNEUR
, & comme elle augmente
de jour en jour , j'aurois
continué tous les Mois àparler dans
une Lettre particuliere, des extraordinaires
qualitez qui brillent en
Vous , si je n'avois Sçeu que ce qui
est
EPISTRE.
est quelquefois soufert par bonté
comme une premiere marque d'hommage
, ne peut qu'importuner dans
laſuite,&qu'iln'y a point de Panégyriques
de cette nature affez
achevez , pour ne s'en pastenir accablé
par le trop grand nombre.
Ainsi , MONSEIGNEUR ,j'ay crû
queje me devois contenter de laiſſer
vostre auguste Nom à la tefle du
Mercure,afin qu'on ne doutaſtpoint
qu'il ne fuſt toûjours à Vous ; mais
apres qu'un reſpectueux filence m'a
fait tenirpendant une année dans
les termes de la profonde ſoûmiſſion
que je vous doibs , comment ne le
rompre pas au commencement de
celle- cy ? C'est un temps qui a toûjours
euJes privileges. Tout le monde
parle , tout le monde fait des
Souhaits. Cependant que dire à un
Prince qui est au deſſus de tous les
éloges , &quesouhaiter au Filsde
a iij
EPISTRE .
LOUIS LE GRAND ,formé par
ſes ſoins , & rendu parfait par la
ferieuse application qu'il a toûjours
euë à y répondre ? Il nous manquoit
une chose , MONSEIGNEUR , que
toute la France attendoit de Vous,
&qui vient enfin d'estre accordée
auxvoeux empreſſez qu'elle en avoit
faits .C'estoit que vous daignas.
fiezremplir l'impatience où vous
lavoyiezd'un glorieux Mariage,
qui luy permist d'esperer une longue
Suite de Héros de l'auguste Sang
dont vous estes né. Il ne luy reſte
plus rien à desirer , apres le choix
qui a estéfait de l'illustre Princeſſe
que nous allons avoir pour Dauphine.
Elle ne merite pas seulement
les avantages que tay affure ce
choix, par celuy qu'ellea dedeſcendre
comme vous de Henry le Grand;
elle en eft digne par cet amas de
qualitez furprenantes, dont leMinistre
1
EPISTRE.
:
niſtre qui a eu la gloire de conclure
ceMariage afait l'éloge dans la
plupart des Lettres qu'il a écrites
auRoy. La Renommée nous a confirmé
ce qu'il en publie. Tout le
monde est informé de l'égalité de
fon eſprit , & de lajušteſſe avec
laquelle on l'entend s'expliquer
fur toutes choses. On Sçait qu'elle
parle plusieurs Langues avec la
mesme facilité que si elles luy
estoient naturelles , qu'elle a une
vertu modeſte, ennemie du faste &
de l'ostentation , une douceur qui
charme tous ceux qui ont le bonheur
de l'approcher , & qu'enfin
ellene doit pas moins à l'éclat de
fon meritele rang qu'elle va tenir
en France , qu'au Sang de Bavieres
& de Savoye dont elle fort.
Voila, MONSEIGNEUR , des veritez
fur lesquelles ily a beaucoup
- à s'étendre. Je suis aſſuré d'en
:
a iiij
EPISTRE.
trouver ſouvent les occafions , &
l'on ne doit point douter que je
ne les embraſſe avec d'autant plus
dejoye , que rien ne peut égaler le
zele parfait avec lequel je feray
toute ma vie ,
MONSEIGNEUR,
Voſtre tres-humble& tres
obeïffant Serviteur ,
DEVISE' .
LE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Edebiterayfans aucun retardement
la Comedie de LA DEVINERESSE,
le 15. de Fevrier. Quelques- uns
diſent qu'on l'a déja veuë imprimée. Si
cela eſtoit , on n'auroit pû faire cette Impreffion
que furune Copie dérobée pendant
les Repreſentations qu'on en a faites
depuisdeux mois,& par conſequent tresimparfaite,
puiſque ſiioonn aa pû retenir l'ordredes
Scenes , il eſt impoſſible qu'on les
ait retenues toutes telles qu'elles font
joüées. Afin que perſonne ne foit ſurpris,
ny à cette faulle Copie ( s'il eſt vray qu'il
yaituneDevinereſſe déja imprimée ) ny.
aux Impreſſions contrefaites qui s'en
pourront faire , & qui font toûjours pleines
de fautes,je vous avertis que la veritable
Impreſſion de cette Comedie que
l'Autheur fait faire preſentement ,& que
jevous promet tres- correcte , aura le Titre
de la premiere Page, composé des Caracteres
ſuivans.
á v LA
LA
DEVINERESSE ,
OU LES FAUX
ENCHANTEMENS.
COMEDIE .
L'ondiſtribuë toûjours toutes les Semai
nes le Journal des Scavans & Nouvelles
deMedecine, pour fix fols le Cahier .
L'on vendra toûjours les Mercures Galands
, fcavoir , ceux de 1677. 12. fols le
Volume. Ceux de 1678. 1679. & 1680 .
20. fols auffi le Volume; & lex Extraordinaires
30. fols le Volume fans marchander.
Ceux qui envoyeront des Pieces pour le
Mercure fans affranchir le port ne feront
point mis dans ledit Mercure, c'eſt à quo
on doit bienprendrega de.
D
quoy
LIVRES NOVVEAVX
duMoisde lanvier 1680.
Deſſertation ſur la veritable converfion du
Pecheur par Monfieur Dufuel , 12.
La veritable Devotion envers la ſainte
Vierge, établie & defendue, in quarto,
du PereGraffer Jefuite.
CATA
CATALOGUE DES PIECES
contenuës dans le Huitième Extraordinaire
du Mercure Galant,
donné au Public le quinziéme
Janvier 1680 .
VatreRéponſes à laQueſtion,Si
croyant
belle , montre plus d'amour que celuy qui
lacroit belle, quoy qu'ellesoit laide.
Vne Lettre galante en Vers.
Quatre Réponſes à la Queſtion , Si
les Pleurs marquent plus de tendreffe que
les Soûpirs.
Trois Réponſes à laQueſtion, Si un
Mary jaloux aime mieuxſa Femme , que
celuy qui luy donnegrande liberté.
Trois Réponſesà la Queſtion , Sçavoir
, lequel de deux Amans mépriſez do
ce qu'ils aiment, a une plus forte paſſion,
on celuy qui employel'absencepourſeguerir
, & n'on peut venirà bout ; ou celuy
qui n'a pas la force de s'éloigner de fa
Maistreffe , quoy qu'il se tienne afſuré
que l'absencele queriroit .
Vne Piece admirable &pleine d'érudi
rudition, qui fait voir qu'elle est l'origine
des Langues ,qu'ellessont les plus en
ufage,&enfin quelle est la Languematrice.
Vne Ode fur la Paix .
Trois Réponſes en Vers ſur chacune
des quatre Queſtions.
VnFragment d'une Lettre à Béliſe.
Vne Fiction ſur l'Invention de l'Imprimerie.
Une Lettre de Cloris à Damon .
Le Triomphe de l'Amour, à Damon.
Vne Declaration d'Amour'en Vers .
Vne Galanterie en Proſe & en Vers ,
ſur une Miniature repreſentant un
Coeur enflâmé trouvé dans l'Hiſtoire
de la Princeſſe de Cleyes , avec deux
lignes qui marquoient que c'eſtoit celuy
du Duc de Nemours.
Vn tres-beau Poëme intitulé , La
Dispute des Arbres , ou le Laurier couronné.
Treize Explications en Vers ſur les
Enigmes du Fard & du Sommeil...
VnePlanche repreſentant une Sphere,
où ſontgravées pluſieurs Conqueſtes
duRoy.
LExplication de la Lettre en Chifres
fres en Vers , avec les noms de ceux
qui l'ont expliquée.
Vne nouvelle Letrre en Chifres .
Vn fort beau Traité fur l'origine de
Imprimerie.
Vne Piece de Vers ſur l'Entrée de
Monfieur le Comte d'Entremont dans
la Fortereffe & Chartreuſe de Pierre-
Chaſtel .
Dix Dxplications en Vers ſur l'Hiftoire
Enigmatique du dernier Extraordinaire.
Une nouvelle Hiſtoire Enigmatique.
C
Deux Pieces en Vers fut l'origine
des Langues , & fur celle de l'Imprimerie
.
Les noms de ceux qui ont expliqué
les Enigmes du Mois de Mars , avec
huit Explications en Vers .
Le Portrait de Monfieur le Duc de
Brunſvic , gravé.
Une Galanterie intitulée , L'Amour
Paintre , faite par Alcidon .
Deux Epigrammes contre une Vieille,
qui veut encor eftre aimée.
Une Epiſt een Vers .
Soixate & dix neuf Articles concernant
cernant des Reglemens de Rangs &
de Céremonies , non ſeulement pour
ce qui regarde la France, mais preſque
toutes les Cours du Monde.
Pluſieurs Queſtions & Matieres curicuſes
propoſées.
Avis pourplacer les Figures.
A Planche de la Medaille&des
page 15 .
L'air qui commence par Reyne auffi
belle que bonne , doit regarder la page
112..
Les trois Piedeſtaux doivent regarder
la page 156.
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 188
Avis
AVIS.
Na oublié dans la derniere Lettre
Extraordinaire qui a paru le 15. de
ceMois, de mettre dans l'Article des choſes
propoſées au Public pour ſçavoir fes
ſentimens , qu'on demande particulierement
des Difcours ſur le ſujet de la Pierre
Philoſophale , ſur la poſſibilité ou l'impoffibilité
de la trouver,ſur les tromperies
qui onteſté faites par ceux qui en prétendent
ſçavoir le ſecret ,& enfin fur ce que
les Autheurs qui en ont écrit , ont ditde
plus particulier fur cette matiere. Elle ne
fçauroit eſtre que d'une fort grande utilité
, puis qu'elle peut retirer quantité de
Gens du précipice. Les Diſcours qu'on
m'envoyera là-deſſus , feront misdans la
Lettre Extraordinaire qui paroiſtra le 15 .
d'Avril prochain.
Dans leMercuredu dernier Mois , en
parlant de la Délivrancede la Reyne d'Efpagne,
on a mis qu'on avoit crû qu'elle ſe
duſt faire le troifiéme du Mois précedent,
c'eſt àdire du Mois d'Octobre , au lieu
d'avoir mis le trentiéme.
EX
03-5030033
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.......
PA Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer parMois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faires à tous Libraires , Imprimeurs,Graveurs&
autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de ſix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt portéaudit
Privilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s. Janvier 1678. Signé E. CouteroT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sicur de Vizé a
cedé& tranſporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
6. Fevrier 1680.
MERCURE
GALANT,
JANVIER 1680.
E l'avouë, Madame .
J'avois pris pour une
flaterie obligeante,
ce que vous me diftes
des le commencement de
noſtre commerce , que le bonheur
que j'avois de vous écrire
ce qui ſe paſſoit ſous le Regne le
plus floriffant qui fut jamais, rendroit
mes Lettres confidérables
à toutes les Nations du monde.
Janvier 1680 . A
2 MERCURE
L'effet a montré que vous parliez
juſte. J'ay aujourd'huy le
plaifir de voir qu'elles ont cours
en plus d'une Langue ; & quoy
que la promptitude avec laquelle
les Hollandois les impriment
fi - toſt qu'elles ont paru,diminuë
beaucouples avantages quej'aurois
pû m'en promettre, comme
je n'aypour premier objet que la
gloire de LOUIS LE GRAND , Ce
m'eſt un ſujet de joye tres -fenfible
qu'ils ayent porté par toute
la terre les Panégyriques de cet
auguſte Monarque dans quarante
Volumes que je vous ay déja
adreſſez ſous le titre de Mercure .
Comment douterois-je qu'ils ne
fuſſent favorablement reçeus
des Etrangers , apres les Lettres
qui m'onteſté ſouvent envoyées
&d'Eſpagne & d'Allemagne, &
qui marquent toutes l'admira
tion
GALANT. 3
tion où ces Peuples ſont d'avoir
veu les plus fameux Héros de
l'Antiquité effacez par l'incomparable
Héros de la France? J'ofe
dire (& vous endemeurerez ſans
doute d'accord ) qu'en publiant
ces ſuprenantes Merveilles, que
nous ne trouvons croyables que
parce que nous en ſommes les
témoins , je vous ay fait remarquer
mille actions particulieres
plus dignes d'éloges,que ce qui a
immortaliſé les plus grāds.Hommes.
Cependant, Madame, quelques
loüanges qu'elles méritent,
vous les auriez ignorées la plûpart
ſansmoy , ou à cauſe que le
grand nombre en laiſſe toûjours
échaper quelqu'une , ou parce
que l'extraordinaire triõphe que
cetinvincible Conquérant a réporté
ſur Luy-même,en donnant
Ic repos auMonde Chreftien eſt
Aij
4 MERCURE
d'un tel éclat , que tout ce qui
brille moins ſemble ne devoir
point tenir rangparmy lesMiracles
cõtinuels qu'on luy voit faire.
J'ay eu ſoin depuis trois ans de
ramaſſer ces actions particulieres
dont je vous parle ,& qui n'étant
quedes effets ordinaires de vertu
pour Loüis LE GRAND , au
roient paſſé dans tout autre pour
des prodiges.J'en ay mis pluſieurs
enſemble qui ont compoſé pour
Luy tous les mois une eſpece de
Panégyrique au commencement
demes Lettres. Cela ne m'a pas
ſuffy. J'ay encoreſté obligé d'en
remplir le corps de ces meſmes
Lettres,& J'aurois pû aiſémét n'y
faire entrer que cette ſeule matiere
, fi me trouvant accablé de
l'abondace,je n'avois laiſſe beaucoup
de choſes , qui tiendroient
lieu de grads traits das la vie des
plus
GALANT.
4
plus renommez Monarques .Il eſt
vray,Madame,que j'ay eſté bien
récõpenfé de mon travail, par le
plaifir de vous faire voir l'auguſte
Pacificateur du Mõde auſſi admi
rable das la Paix,qu'il l'a toûjours
eſté dans la Guerre. Je vous l'ay
dépeint cét fois das celle- cy avec
toutes les vertus militaires du
plus experimenté Capitaine. Je
vous ay fait obſerver en Luyune
prudence toute finguliere, jointe
àune extréme valeur,&à une co
duite qui luy répondoient de l'évenement
de tous ſes deſſeins .
Vous luy avez veu prendre deux
foisdes Provinces entieres , non
ſeulemet dans des Saiſons, où l'on
n'auroit autrefois ofé attaquer une
ſeule Place,mais dans des teps
où ces Saiſons ordinairement
cruelles , ſembloient avoir accrû
leur rigueur, afin d'augmenter ſa
A iij
MERCURE
(
gloire. Rappellez ceque je vous
aydit qu'il a fait avant le Siege de
Gand.C'eſt une choſe dont toutes
les Hiſtoires n'ont pointd'exemple
.Ce grand Prince eſtoit à
plus de cent lieuës de la Ville où
il avoit réſolu d'aller , & on pénetroit
ſi peu ce qu'il avoit arrefté
avecſon Conſeil & avec Luymeſme,
que douze ou quinze des
plus fortes Places du Monde,ont
craintdans le meſme temps d'en
eſtre affiegées. Je ne parle point
de ces judicieuſes précautions
qui luy ont toûjours fourny abōdamment
tout ce qui pouvoit eftre
neceſſaire au ſuccés de ſes
grandes entrepriſes. Ainſi vous
J'avez veu vaincre par la forcede
ſon eſprit , come par celle de ſes
armes.Il atriompgé en brave Soldat
, en grandCapitaine , &en
prudent Politique ; & malgré
preſque
GALANT.
7
preſque toute l'Europe liguée có
tre Luy,il a pouſſe ſi loin le cours
inoüy de ſes victoires , que pour
les borner , il a fallu qu'il ſe ſoit
oppoſe àLuy-meſme, & qu'il ait
voulu ceſſer de vaincre, pour ne
vaincre plus. Toute la Terre a regardé
ce dernier triomphe avec
admiration, comel'unique de cet.
te nature qu'un Conquérant ait
jamais fongé à reporter.J'aymélé
ma voix avec celle de mille autres
, pour en faire connoître la
grandeur ; & s'ils s'en font expliquezd'une
maniere plusdélicate,
j'ay l'avantagedu moins dem'eftre
fait entendre plus prõptement
en beaucoupde lieux où le bonheur
demes Lettres les fait aller.
Jelaiſſe la Guerre. Il ſeroit malde
vous en faire un plus lõg Article,
quãd la Paix nous fait goûter ſes
douceurs. Nous les goûtons à la
A iiij
8 MERCURE
verité,mais ce repos dont joüit la
France , en laiſſe- t- il à Loüis LE
GRAND, & ne peut- on pas dire
avec raiſon qu'il a ſeulemétchagéde
fatigues ? En effet,appellerez-
vous repos,un travail continuel
, d'eternelles peines pour le
biende ſon Etat,une application
inconcevable auxAffaires,le ſoin
d'établir des Alliances avatageuſes
,de'réſoudre & d'ordonner des
Fortifications,de fonger à ce qui
peut foulager ſes Peuples,d'épargner
le fang de ſa Nobleſſe d'entrer
dans ce qui eſt de l'intereſt
de laJuſtice come dans ce qui regarde
l'Etat,de ne laiſſer recevoir
que de capables Sujets dans tous
lesEmplois qui en dépendent,de
Voir tout, d'étre par tout ,&d'employer
les plus ſages Reglemens
pour couper le pied à toute forte
d'abus ? Si vousdemandiez quelque
GALANT. و
que détail de ce que je viens de
marquer , que ne vous dirois-je
point des nouvelles & utiles Ordonnances
, qui veulent qu'on
ne puiſſe eſtre reçen au Barreau
qu'apres trois années d'étude du
Droit Il s'agit de défendre la vie
& les biens de tous les Particuliers
, & il eſt bie juſte que ceux
qui s'en chargent prennent un
teps ſuffiſant pour acquérir les lumieres
dont ils ont beſoin. J'ay
parlé ſi amplemet dans ma Lettre
dudernier Mois, de ce que S.Ma
fait pout tous ſes Sujets, ſoit à l'égardde
la Nobleſſe, en faisatajoſt.
ter de nouveaux Articles aux anciens
Edits cõtre les Duels,ſoit à
l'égard des Peuples en general ,en
diminuant les droits des Aydes,
que je ne vous repéteray point ce
quevo ne ſçauriés avoir oublié.
Si on examine les Fortifications
A V
J0 MERCURE
des Places,il eſt certainqu'on en
fait plus en un mois préſentement,
qu'on n'en faiſoit autrefois
pendant tout un Regne, &mefme
pendant un Regne de longue
durée. Ce qu'il y a d'étonnant,
c'eſt de voir que cette grande
dépenſe n'empeſche point qu'on
n'en faſſe en meſme temps pour
les anciens Bâtimens, & pour de
de nouveaux. Voyez d'ailleurs la
magnificence du Roy. Elle eſt
toûjoursdans ſon meſme éclat. Il
ne voitpoint de mérite qu'il ne
recõpenſe :Il donne des Penſions
confidérables à ſes plus grands.
Officiers;& comme les téps &les
circonſtances augmentent ou diminuét
la gloire des actions ,vous
remarquerez qu'il fait tout cela.
apres avoir eu à foutenir une
Guerre de ſept ans , contre un
nobre preſque infinyd'Ennemis,
apres.
GALANT. TI
apres avoir marié une Petite-
Fillede France , apres avoir fait
tous les frais de ſon Mariage à
Fótainebleau, apres avoir envoyé
une Reyne en Eſpagne comblée
de Présés d'une valeur exceſſive,
& l'avoir défrayée pendant cent
cinquante lieuës , avec tous les
Officiers & la Garde digne de
l'auguſte Maiſon où elle eſt entrée.
Qui croiroitqu'apres tantde
dépéſes de toutes manieres,pour
l'intéreſt de ſa gloire , & pour la
conſervation de l'Etat , il vouluſt
en faire encor une de pluſieurs
millions , quand il s'en peut difpenſer,
&que les exemples font
pour Luy Ill'a fait cependatavec
une genérofité & une bőtémerveilleuſes
. Il pouvoit vendre toutes
lesCharges de la Maiſon de
Madame la Dauphine, come on
vendit celles de la Maiſon de la
Reyne,
12 MERCURE
Reyne,mais fa grande ame ne s'y
peut réſoudre. Il aime à donner,
il faut qu'il donne ces Charges.
Il a des Perſonnes de mérite à
récompenſer , il faut qu'il les recopenſe.
Les graces qu'il fait le
fatisfont autant qu'elles honorét
ceux qui les reçoivent & il ne
prend pas moins de plaifir à faire
du bien, que d'autres en trouveroient
dans les plus flateuſes carreſſes
de la Fortune.Y a-t-il rien
deplus ſurprenant, de plus nouveau,&
de plus digne d'un Grad
Monarque?Il n'est pas ſeulement
Pere chez luy , Pere de ſes Peuples,
Pere enfin de toute l'Europe
par le repos que ſes bontez luy
ont procurésil eſt particulieremet
de tous ceux qui le ſervent avec
le zele & la fidelité qu'ils luy
doivet. Il ſonge à leurs avantages
comme un Pere qui ſçait lesbefains
de ſes Enfans , & qui leur
GALAN T.
13
donne fans qu'ils luy demandent
rien . Aufſi ont- ils tous un empreſſement
pour ſon ſervice,qui
fait voir qu'en exécutant ſes ordres
avec la prompte obeïſſance,
ils regardent plus le mérite de
la Perſonne , que le pouvoir abſolu
du Souverain.Je ne vous dis
point avec quel éclat il fait fleurir
les beaux Arts. Ce que nous
voyons tous les jours d'incroyable
fur ce ſujet,fait affez connoître
les foins qu'il en prend,& lexactitude
avec laquelle on fuit
ſes intentions . Ce n'eſt point
une inclination naturelle pour
quelque Art particulier, come on
l'a veuë en beaucoup de Princes
. Il en a pour tous en general ,
& l'envie qu'il fait paroiſtre de
leur voir atteindre le degré de
perfection dont ils ſont capables,
eſtune preuve qu'il ſe regarde
beau
C
14. MERCURE
beaucoup moins Luy- même,qu'il
ne confidere l'honneur de la
France , & les biens qui en peuvent
revenir à ſes Sujets .Peut- on
s'étonner ſi le recit de tant de
merveilles luy gagne les coeurs
de ceux-meſmes qui font nez
fous une autre domination ? Je
ne doute point, Madame, à préſent
que la Paix leur donne une
entiere liberté de venir dans ſes
Etats , qu'ils n'accourent de tous
coſtez pour eſtre témoins de ce
que la Renommée leur fait admirer.
Ils verront briller ſur le vifa
gede ce Grand Monarque une
douce majeſté qui les perfuadera
beaucoup mieux que mes paroles
, & ils feront convaincus par
les auguſtes traits qui les fraperont,
des glorieufes veritez qu'on
en publie.
Je ne puis m'éloigner de cette
ma
IYON
E
* 1993
*
na
C
11-
ite
de
ine
Cons
om.
vez,
nousans,
coup
Offi
Celuy
noye,y
loyqui
habille
en qu'il
entconce
des
Me
1
V
S
m
de
fol
IET
née
168.
AILL
ne
fen
ent
Etal
coft
que
rer.Il
ge de
эпор bear
les,
les
ro
e
HOC MARIA
16
AGNVS
RFNNEMDE
GALANT..
matiere,ſans vous faire part d'une
Planche que j'ay fait graver. Elle
eſt aſſez curieuſe pour me donner
lieu de croire que vous en
verrez toutes les Deviſes avec
plaifir.La Médaille qui eſt au milieu,
avec ſon Revers, aeſté faite
pour Sa Majesté à l'occaſion de
la Paix. Tout cequi environne
cette Médaillemarque les Jettons
de l'Année 1680. où nous commençons
d'entrer. Vous ſçavez,
Madame , qu'on en fait de nouveaux
d'or & d'arget tous les ans,
&qu'il s'en diſtribuë beaucoup
de Bourſes aux Principaux Officiers
des Maiſons Royales.Celuy
qui a la directiõ de la Mõnoye,y
faittravailler.C'eſt un employqui
ne ſe donejamais qu'àun habille
Homme. Vous jugez bien qu'il
doit eſtre particulierement confommé
dans la connoiſſance des
Me
1
MERCURE
16
?
Médailles . Les ſujets de ces Jettons
ſont tous inventez par'des
Perſonnes choiſies;& comme on
ne peut trop bie exécuter ces fortes
d'ouvrages, on y employe les
plus excelens Graveurs.Le nombre
en eſt grand en France , depuis
qu'on prend ſoin d'y cultiver
les beaux Arts. Je n'ay mis
icy que le Revers des Jettons,
dont le Portrait du Roy fait la
Face droite , non ſeulement à
cauſe que je l'ay déja fait graver
en d'autres Planches, mais parce
que vous l'allez trouver tres refſemblant
dans la grande Médaillede
la Paix, qui eſt au milieu de
celle-cy. En voicy l'explication
dans l'ordre des Chifres.
I.
Face droite de la Médaille de
la Paix faite à la gloire du Roy .
On y voitle Portrait de Sa Majeſté.
H.
GALANT.
17
4
II.
Revers de cette Médaille. Elle
a eſté deſſinée par Monfieur le
Brun , qui en avoit reçeu l'ordre
de Monfieur Colbert , & qui l'a
remiſe entre les mains deMonſieur
Chéron , pour la graver.Le
Roy y eſt peint , ayant le Manteau
Royal , & armé deſſous . Il
eſt aſſis ſur un Cube , & tient un
Baſton de Commandement d'une
main , &de l'autre une Couronne
d'Olivier, qu'il poſe ſur le
Globede la Terre, que la Victoire
luy vient offrir , le tout accompagné
de ces mots , Orbis
pacatori. Cet habillement moitié
de guerre , & moitié de paix ,
montre que le Roy eſtoit diſpoſé
à l'une & à l'autre. Le Cube qui
luy ſert de ſiege , marque la conſtancede
ſes réſolutions.Comme
il pouvoit conquérir toute la Ter
re , il n'eſt pas ſurprenant que
18 MERCURE
la Victoire luy en vienne offrir
leGlobe, mais il l'eſt beaucoup
qu'en poſantdeſſus une Couronne
d'Olivier , il faſſe connoiſtre
que le repos de l'Europe luy eſt
plus cher que tous les avantages
qui luy eſtoient ſeûrs par la continuation
de la Guerre.
MonfieurCharpentier, de l'Académie
Françoiſe , eſt l'Inventeur
de cette Médaille. C'eſt luy
qui a fait la plupart de celles qui
font pour le Roy. Je vous en ay
déja envoyé pluſieurs de luy ,
mais comme je ne ſçavois pas
qu'il les euſt faites , parce qu'ilne
cherche point à eſtre connu ,je
ne vous l'ay point nommé. Ce
qu'il y a de fâcheux , c'eſt qu'il
s'eſt gliſſe des fautes dans quelques-
unes , &qu'il les en auroit
purgées ſi j'avois pû en conférer
avec tuy. Cela ne fait rien
contre ſa gloire , ſes Ouvrages
GALANT.
19
répondant &de la juſteſſe de ſes
penſées , &de la ſolidité de ſon
eſprit.
Toutes les Deviſes que vous
allez voir , ſont employées dans
lesJettons qui ont eſté faits cette
année...
111.
POUR LE TRESOR ROYAL.
Un Soleil qui éclaire la Terre
de ſes rayons , avec ces mots ,
Ditat inexaustus.
Le meſme Monfieur Chéron à
gravé cette Deviſe, dontl'invention
eſt deuë à Monfieur Quinaut.
Le Soleil, ſans qu'il s'épuiſe
jamais , répand ſes rayons ſur la
Terre pour l'enrichir. C'eſt la
Figure du Roy , qu'on peut regarder
comme une Source inénuellement
couler ſur ſes Sujets.
puiſable de biens qu'il fait conti-
C'eſt auffi une image du Tréfor
Royal,
10 MERCURE
Royal, qui ſans eſtre jamais épuiſé
, diſtribue inceſſamment de
grandes fommes qui ſe répan-
`dent en ſuite dans toute la
France.
IV. 1
3 POVR LES BATIMENS .
UnDiamant, avec ces paroles,
Arguit authoremsplendor.
Cette Deviſe gravée par Mr
Rottier , qui eſt ce bon Graveur
tiré d'Angleterre, eſt de Mr Tallemant
le jeune. Le Diamant eſt
formé par le Soleil dans les entrailles
de la Terre, & il jette un
feu ſi beau , qu'on connoît bien
que tant de brillant ne sçauroit
venir que de ce bel Aſtre. Le
raport en eſt fort juſte avec les
Bâtimens que le Roy fait faire.
Ils font d'une magnificence qui
ne peut partir que d'un Prince
auffi puiflant ,& auſſi fomptueux
cn
GALANT. 2г
en toutes chofes que Loüis LE
GRAND.
V.
POVR LES REVENVS
CASVELS .
Un Cerfavec ſon bois fort petit,
parce qu'il ne commence encor
qu'à pouffer, ayant à ſes pieds
le vieux bois qu'il a quitté , &
ces mots pour ame ,
Hac viresjactura novat.
Comme le Cerf acquiert de
nouvelles forces lors qu'il ſe défait
de ſon vieuxbois pour en reprendre
un nouveau ; de meſme
l'Officier qui paye le Droit An
nuel , eſt aſſuré de ne point perdre
fa Charge , & la renouvelle
ainſi tous les ans. La Deviſe eſt
de Monfieur Perraut , del'Académie
Françoiſe , & elle a eſté
gravée par Monfieur Loire.
:
VI.
22 MERCURE
VI.
POUR LA MARINE.
La Bouſſole, qui eſt le corps de
la face droite de cette Deviſe, a
eſté trouvée par Monfieur Tallement
le jeune , avec ces mots
qui luy ſervent d'ame ,
Hoc,maria omnia , duce.
Cela fait voir que comme avec
la Bouffole les Pilotes ne craignentjamais
des'égarer,& vont
ſeûrement dan toutes les Mers;
mais avec Monfieur l'Amiral,qui
eſt tout pleinde courage,& fçavant
dans l'Art de la Navigation,
les Vaiſſeaux du Roy iront ſans
rien craindre dans les Plages les
plus écartées,& porteront la ter.
reur des Armes de Sa Majeſté
chez ſes Ennemis & chez les
Barbares , ou l'abondance & la
paix chez ſes Alliez , & dans les
Terres qui ſot ſous ſa protection.
VII.
GALANT.
23
VIL
C'eſt le Revers des Jettons
dont je vous viens d'expliquer
la Face droite. On y voit le Portrait
de Monfieur le Comte de
Vermandois, Admiral de France,
le tout gravé par Monfieur Bernard.
VIII.
POVR LES GALERES.
Monfieur Perraut a fait la De.
viſe de ces Jettons.Il ya une Galere
en eſtat de voguer , dans la
Face droite, avec ces paroles ,
Obsequiopotens.
La principale force d'uneGalere,
quelque grande &bien armée
qu'elle ſoit, confiſtedans la
prompte & exacte obeïſſance
des Matelots & des Soldats , qui
eſt telle , qu'il n'y en a point de
pareilles ailleurs. Monfieur le
Maréchal Duc de Vivonne,
Gené
24 MERCURE
General des Galeres , déclare
auſſi que ſa principale force conſiſte
dans la prompte & exacte
exécution des ordres de Sa Majeſté
, dont il ſe glorific plus que
d'aucune chofe.
I X.
Les Armes de Monfieur de
Vivonne ſont dans le Revers des
meſmes Jettons , qu'on a fait graver
par Monfieur le Ferme. Je
n'ay pû ſçavoir ny qui a fait , ny
qui a gravé les autres Deviſes
de cette Planche.
Χ.
POVR L'EXTRAORDINAIRE
DES GVERRES .
Le Temple de Janus , avec
ces mots ,
F'en ay la Clef,
& au bas , Extraordinaire des
Guerres , 680 .
Le Roy a bien fait connoiſtre
qu'il
GALANT .
25.
qu'il eſtoit en pouvoir de ferme
ce Temple , puis que c'eſt à ſes
ſeules bontez que l'on doit la
Paix,& qu'il en areglé Luy-même
les conditions .
X I.
POUR LA CHAMBRE
AUX DENIERS .
Un Rocher d'où il fort de l'eau
qui tombe dans un Baffin , d'où
elle fort encor. Ces mots en ſont
l'ame ,
Exit ut intrat ,
& dans l'Exerque , Chambre aux
Deniers , 1680.
Cette Deviſe n'a pas beſoin
d'explication .
XII.
Un Soleil au deſſous duquel
eſt un Arc- en-Ciel, avec ces paroles
,
Terras jubet effe quietas .
Janvier 1.680 . B
ره
26 MERCURE
Dans l'Exerque , Trésor
Royal, 1679 .
Cette Deviſe eſt de l'an paffé,
&fut faite ſur la Paix. L'explication
en eſt aifée .
XIII .
POVR LA VILLE .
Des Guidons , des Trompetes,
des Mouſquets,& pluſieurs autres
Inſtrumés de Guerre , font noüez
d'une Echarpe couverte de
Fleurs de Lys, avec ces paroles .
Fecit victoria nodum.
Elles ne peuvent eſtre plus juſtes
pour les triomphes du Roy,
puis que s'il n'avoit pas eſté fuivy
en tous lieux de la Victoire ,
nous n'aurions pas encor eu la
Paix. Comme ſa modération eſt
ſas exemple, ſes Ennemis ne s'en
feroient pas fait une vertu , s'ils
avoient eu les meſmes avantagés
que ce Grand Monarque. Ainſi
on
GALANT.
27
on peut dire que l'heureux fuccés
de ſes Armesluy ayat fait voir
qu'apres tant de glorieuſes conqueſtes
il ne luy reſtoit plus qu'à
triompher de Soy- meſme , c'eſt
cette illuſtre victoire qui en rendant
tant de divers Inſtrumens
de Guerre inutiles , a fait le
noeud qui les lië enſemble.

XIV .
Le Revers de cette derniere
Deviſe , nous repreſente les Armes
de Monfieur de Pomereu,
Prevoſt des Marchands.
Je reçois préſentemet un nouveau
Jetton qui a eſté fait pour la
Maiſon de la Reyne. Comme je
le fais adjoûter à la Planche déja
gravée , vous ne le trouverez pas
en ordre comme les autres, il ſuit
ſeulement le chifre. On ne m'a
pû dire le nom de l'Autheur de
la Deviſe. Tout ce que j'ay ſçeu ,
Bij
28 MERCURE
c'eſt que Mr Chéron en eſt le
Graveur.
X V.
Face droite , où eſt le Portrait
de la Reyne.
1
XVI.
Un Encenſoir dans un Champ
d'Oliviers fur un Autel. La fumée
qui s'exhale de cet Encenfoir
vers les Cieux , retombe
changée en une roſée bien faifante
, & entretient l'Olive dans
ſa beauté. Ces paroles ſont autour
,
2
Hinc ros quo lata tuetur.
Rien ne peut mieux convenir
à la Reyne , toute la France eftant
convaincuë , que c'eſt aux
prieres de cette Princeſſe qu'elle
doit la Paix. Vous ſçavez que
l'Olivier eneſt le Simbole,& que
l'Encenſoir fumant eſt celuy de
laPriere.
En
GALANT. 29
En vous parlant des chofes
qu'on peut appeller du premier
Jour de l'Année , puis qu'elles
font faites pour eſtre diſtribuées
ce jour- là, je ne dois pas oublier
de vous apprendre que ce meſme
jour Meſſieurs de Ville ayant
Monfieur le Prevoſt des Marchands
à leur teſte, ſe rendirent
à S. Germain , & eurent l'honneur
de ſalüer le Roy, la Reyne,
Monſeigneur , Monfieur &Madame.
Ils allerent en ſuite chez
tous les Princes du Sang,& s'acquiteret
du même devoir envers
Mr le Comte de Vermandois,
Mademoiselle de Blois , aujourd'huy
Madame la Princeſſe de
Conty,Mr le Duc du Maine, Mr
le Comte du Véxin, Mademoiſelle
deNantes,& Mademoiselle de
Tours. Ils ne font qu'un Complimeutau
Roy , ſans luy faire de
Biij
30
MERCURE
Préfens ; mais ils donnent à tous
les Princes une Bourſe de cent
Jettons d'or ; & aux Princeſſes,
des Oranges des Liqueurs , &
des Confitures .
Je croyois finir icy ce qui regarde
Sa Majesté , mais ce n'a
pas eſteſans raiſon que je vous
ay dit ſouvent que la matiere eſt
inépuiſable . Il me ſouvient que
vous avez ſouhaité de moy un
détail particulier de ce qui s'eſt
paſſé àGeneve , où vous ſçavez
que la Religion Catholique n'eſt
point ſouferte;& en fatisfaiſant
voſtre curioſité là-deſſus , j'ay à
vous donner encor un nouveau
ſujet d'admirer nôtre GrandMonarque.
Rien n'égale le zelequ'il
a pour l'intéreſt de l'Eglife. Il luy
eſt ſans doute bien glorieux d'avoir
réduitles Habitans de laVille
que je viens de vous nõmer , à
laifler
GALAN T.
3:1
laiſſer dire la Meſſe chez ſon Reſident.
C'eſt ce qui n'eſtoit encor
arrivé chez aucun de ceux qu'il
yavoit eus,ny chez les Réſidens
des autres Couronnes. La Populace
, qui ne ſçait preſque jamais
ce qu'elle fait, ny pourquoy
elle s'émeut, & qui croyant toujour
agir pour ſon bien,cauſeroit
ſouvent ſa ruine entiere , fi elle
n'eſtoit ramenée par des Gens
prudens qui s'expoſent à ſa fureur
pour ſon ſalut ; la Populace,
dis-je , s'eſtant ſoulevée contre
Mrde Chauvigny , Réſident de
France,qui avoit faitdire la Mefſe
chez luy , & un des plus emportez
s'eſtant échapé juſques à
tirer à bales, les Magiſtrats joignirent
toute leur vigueuràbeaucoup
d'adreſſe pour empécher
la ſédition , & ayant fait arreſter
deux des plus coupables , ils en
B iiij
32 MERCURE
donnerent auſſitoſt avis à Sa Majeſté
. Le Roy envoya ſes ordres à
Monfieur de Chauvigny ſon Réfident
à Geneve , & il ne les eut
pas plûtoſt reçeus , qu'il fir demander
Audience à Meſſieurs les
Sindics & Conſeil de cette Ville.
Elle luy fut accordée pour le 2 3 .
de l'autre Mois . Deux Magiſtrats
le vinrent prendre le matin chez
luy ſur les dix heures , & le conduifirent
à la Chambre de leur
Conſeil. Apres qu'il y eut pris fa
place ordinaire, il leur préſenta la
Lettre que le Roy leur adreſſoit.
Elle fut remiſe entre les mainsdu
Secretaire d'Etat, qui la leût debout,
tout le Conſeil eſtant teſte
nuë. Il leût en ſuite celle de Monfieur
Colbert qui l'accompagnoit.
La Lettre de Sa Majefté
ne contenoit autre choſe , ſinon
qu'Elle avoit eſté bien aiſe d'avoir
GALANT.
33
voir appris par eux-mêmes, qu'ils
n'avoient aucune part à l'inſulte
faite à ſon Réſident , de la bouche
duquel ils apprendroient fes
intentions. Cette lecture ayant
eſté faite , Monfieur de Chauvignyleur
parla ainfi .
MESSIEURS, !
Je ne puis vous exprimer la joye
que j'ay reçenë par la lectare qui
vient d'eftrefaite,de la Lettre dont
vous a honoré le Roy mon Maistre,
qui vous confirmeſi obligeamment
Les afſurances defa Royale Prote-
Etion , qui vous doivent estre d'autant
plus conſidérables en ce rencontre
que l'occaſion qui vous
les attire estoit preffante & decifive
pour vostre repos. Cette joye
avoit commencédés hierdes'emparer
de mon coeur , par la Lettre que
Son illustre Ministre m'a écrite
Bv
34
MERCURE
de ſa part, dans laquelle Sa Majeſté
a la bonté de vouloir bien me
faire connoistre l'égard qu'Elle a
cu pour la justice que j'ay deû rendre
à voſtre ſage & refpectueuse
conduite , & au Zele de Mefſieurs
vos Pasteurs , lors de l'émotion
arrivée dans vostre Ville le
quatrième du courant , fur laquelle
pour nous conformer à l'intention
de mon Maiſtre , ilfaut paſſer
l'épongepour ne s'en souvenir jamais..
Mais, Meſſieurs , les bontez de
Sa Majesté s'étendent bien plus
loin que vous nepensez , & je croy
vous surprendre tres - agreablement
, en vous diſant que Sa Majesté
a bien voulu encor accorder
lagrace que j'ay ofé luy demander
avec une tres- respectueuse liberté,
pour deux Misérables que vous tenez
dans vos priſons , avec cette
Y T glorien
GALAN T.
35
glorieuse circonstance pour moy,que
Sa Majesté m'ordonne de vous en
porter le premier avis.
Ce n'estoitpas assez , Messieurs ,
que les grandeurs de mon invincible
Maistre vous fuſſent connuës
&à vos Peuples , parſes victoires
&parses triomphes ; il falloit encor
que vous le connuſfiez par les
vertus qui luyfont naturelles , qu'-
ilpoſſede entierement , & qu'ilmet
en pratique dans le plus hautpoint
de la perfection. Ilſçait leur don
ner à chacune le jour qui leur est
propre,dans les temps & dans les
occaſions, &par un noble tempérament
deſaſageſſe & de ſa prudence
, s'accommoder à la foibleſſe &
au beſoin deſes Sujets , &de ceux
quiont, comme vous,l'avantage de
vivreſousſa protection.
Deforte, Meßieurs, queje crois
pouvoir fans profanation , lay attribuer
50 MERCURE
tribuer en ce rencontre , ce qu'un
grand Homme diſoit autrefois de
la Divinité, Juſtitia ſeder , miſericordia
vero affidet , puis qu'il
est vray de dire que la justice &
la clemence , font àSa Majesté des
vertus inséparables ; mais Elle
veut aujourd'huy en vostre faveur&
en celle de vos Peuples,
que cette justice le cede àcette clemence,&
que cette clemence prenne
la place de cettejustice, puis que
Sa Majestém a commandé de vous
dire en termes exprés , qu'Elle
agrée que vous accordiez grace en
fon nom àvos Prifonniers ; &comme
mon auguste Maistre ne fait
que des actions extraordinaires , il
ne dit auſſi que des choses furprenantes.
Iln'yapas un mot dans cette
expreßion qui ne porte leſimbole &
le caractere deſaſageſſe,&qui ne
merite par confequent vos ferienfes
GALANT
37
Ses reflexions pour y proportionner
vos reconnoiſſances. Sa Majesté ne
conſent pas mais elle agrée;SaMajesté
ne veut pas , mais elle agrée.
Vous eſtes trop habilles , Meſſieurs,
pour ne vouspas faire une glorieu-
Seapplication de ces diférences,qui
vousſont des preuves ſenſibles, que
Si Sa Majesté est persuadée de ce
qu'Elle pourroit en ce rencontre,
Elle ne l'est pas moins de la connoiſſanceque
vous y avez de voſtre
devoir,&de l'application que vous
y aporterez pourySatisfaire. Elle
agrée que vous accordiez grace à
vos Criminels. Ilsfont vos Sujets;
Vous estes leurs Souverains. Elle ne
donne aucune atteinte àvostrefouveraineté
; Elle n'attire & ne diminuë
rien de leurſujetion.
Elle agrée que vousfaſſiezenfon
nom ; Sa Majesté est offencée en la
Perſonne de Son Ministre,Sa bonté
veut
38
MERCURE
veut bien se contenter de cettefeule
&foible fatisfaction , & il eftime,
Meſſieurs,queses volontezvous
doivent eſtre d'une affez puiſſante
confideration pour les exécuterà la
lettre.
Cette action est trop éclatante
pour ne la pas rendre publique.
C'est pourquoy , pour ne rien diminuer
des belles circonstances dont il
plaiſt à Sa Majestéd'accompagner
cette grace,je vous demande, Mef-
"fieurs,qu'ilvous plaiſe, pour ne pas
laiffer plus longtemps gémir ces
Misérables fous la pesanteur des
fers , &dans l'incertitude de leur
fort de lesfairepreſentement venir
dans vostre Audience,afin qu'ils en
reçoivent plus promptement l'effet ,
& d'en faire ouvrir les portes
pour en rendre voſtre Peuple témoin.
*** Ce diſcours ayant eſté prononcé,
GALANT .
39
noncé,on ouvrit les portes ,& les
Priſonniers furent amenez. Le
plus criminel ſe mit à genoux;
ce que Monfieur de Chauvigny
ayant veu , pria Monfieur Dupan
Premier Sindic de le faire relever
, afin qu'il joüiſt de la grace
de Sa Majeſté dans toute ſon eftenduë
, & fans qu'elle fuſt accompagnée
d'aucune fâcheuſe
circonstance. Cela fut executé,
& ce Sindic prenant la parole,
repréſenta au Criminel l'énormité
de ſon crime , qui n'eſtoit
*pas moindre que d'avoir voulu
troubler l'Etat , par un attentat
fait à la perſonne d'un Miniſtre
du Roy leur Protecteur ; qu'il en
eſtoit convaincu ; qu'il ne reſtoit
plus qu'à prononcer l'Arreſt de
ſa condamnation qu'il ne pouvoit
êviter du dernier fupplice,
& qu'il avoit eſté ſi heureux que
Sa
40 MERCURE
A
Sa Majeſté avoit agreé que ſes
Seigneurs luy fiſſent grace en
fon nom , & qu'ainſi c'eſtoit de
Sa Majesté ſeule qu'il la tenoit;
ce qui devoit l'obliger de prier
Dieu toute ſa vie pour la profperité
du Regne de ſon Libérateur
, luy ordonnant ainſi qu'à
l'autre , de ſe rendre chez Monſieur
le Réſident, pour le remercier
des ſervices que fa genéroſité
pouvoit luy avoir rendus en
cette occaſion aupres de Sa Majeſté.
Surquoy Mr de Chauvigny
, pour toucher davantage le
Peuple, adreſſa ainſi la parole aux
Criminels.
Mes Enfans . Le Roy mon Maiftre
vous ayant fait grace , jenay
plus rien àvous demander , &je
vous diſpenſe de bon coeur de la viſite
qu'on vient de vous ordonner
de me rendre. Ie veux bien mesme
apres
GALAN T.
41
4
apres avoir fatisfait , commeje le
devois indiſpenſablement,àla qualité
de Ministre du Roy Tres-
Chrestien , dont je ſuis honoré,
m'en dépoüiller un moment , pour
en celle de Particulier vous offrirmon
amitié , & vous demander
la voſtre. Mais prenezgarde
que l'impunité de vostre crime ,
la grace que vous recevez de Sa
Majesté, ne vousfervent pointde
pretexte, ny à d'autres, pour retom.
ber dans des emportemens & des
violencesfi condamnables. Et puis
relevant ſa voix , il adjoûta. Et
Sçachez,aussi bien que tout ce Peuple
quim'entend, quefi mon augusteMonarqueScait
faire des graces
quand il luy plaist , ilfçait & peut
auſſi quand il le veut , chastier l'abus
que l'on pourroit faire de fa
clemence.
Les Priſonniers s'étant retirez ,
on
42 MERCURE
on ferma les Portes, & Monfieur
de Chauvigny parla de nouveau
aux Magiſtrats . Voicy les termes
dont il ſe ſervit.
Meffieurs . Pour ce qui regarde
lamaniere de l'exercice dema Religion,
je n'ay point d'autres ordres
que ceux dont je vous ay déja fait
part ; mais je veux bien vous promettre
ſous le bon plaisir de Sa
Majesté,de prendre toutes les précautions
de bienfeance queje pourray,
pourvous en diminuer le chagrin,
bien ou mal conçeu ; ce que je
n'examine point à present, en laif.
Sant la décision àvostre prudence,
fur laquelle vous devezvous faire
justice,& l'inspirer vous mesmes à
vos Peuples. Mais il eſt bon auſſi de
vostre coste , que vous vous défaffiezde
certaines suriofitezqui ne
vous sont pas seulement inutiles,
mais dangereuses &àcharge ,puis
qu'elles
GALANT.
43
qu'elles ne vous produisent que des
Monstres, qui pour estre volontaires
, ne font pasfaciles à détruire.
Ievous le répete encor , Meßieurs,
que jeveux bien ſous le bonplaifir
du Roy mon Maiſtre , ne pas tout
faire , mais il faut auſſi que vous
ne voyiez pas tout , si vous jugez
qu'il s'y agiſſe de vostre repos ;&
c'est encor dans cette veuë , &fur
ceprincipe , que je prendray la liberté
de vous dire comme voſtre
Amy particulier,& nonpas ſous le
titre de plaintes ou de remontrances
, qu'il seroit à ſouhaiter que
Messieurs vos jeunes Ministres
s'attachaffent plus à suivre l'exemple
de leurs Anciens , &qu'ils
donnaſſent plûtost comme eux leur
Soin à leur édification , qu'àflater
des deſſeins & des defirs mal reglez
, ayant remarqué leudy dernier
que le Sieur *** dans la premiere
44
MERCURE
1
2
miere Prédication defon Ministere
, fit parunemauvaiſe figure de
Réthorique, une comparaiſon, dönt
l'aplication pouvoit estre dangereuse
, &qui fit afſurément plus
d'impreßion dans l'esprit deſes Auditeurs,
que les autres belles chofes
qu'il leur ditpour leur édification;
au lieu que les Sieurs * s'estoient
particulierement attachezà leur
inſpirer l'obeiſſance & le respect
quifont deûs aux Souverains,à leur
donner l'idée des malheurs quifuivent
les émotions,la confusion &le
désordre,&à les exhorter à redoublerleurs
prieres pour laprofperité
du Regne de Sa Majesté , de la
bonté&de la protection de laquelle
ils reçoivent tous les jours des
preuvessi fenſibles.
: L'Aſſemblée ſe ſépara apres
ce dernier Diſcours,& Monfieur
de Chauvigny s'eſtant retiré
chez
GALANT .
45
chez luy ſous la conduite des
meſmes Magiſtrats, ces Meſſieurs
dont quelques -uns avoient remarqué
auſſi - bien que luy les
choſes qui l'avoient obligé à
donner ect avis , manderent le
Sieur *** & luy repréſenterent
ce qui estoit de ſon devoir, particulierement
dans la conjoncture
des choſes.-
L'aſpreſdînée les Magiſtrats
députerent deux d'enttr'eux à
Mr le Réſident, pour luy donner
des marques de leur reconnoifſance
; &de celle de leur Peuple
, touchant la grace qu'il avoit
plû au Roy de leur faire , &
pour le remercier en meſme
temps des bons offices qu'il leur
avoit rendus , Ces Députez s'acquiterent
de leur employ avec
tout le zele imaginable & affurerent
Mr de Chauvigny , au nom
de
46 MERCURE
de tous ceux qui compoſent le
Confeil , que fa maniere d'agir,
& l'action qu'il avoit faite le matin
, les avoit tellement comblez
de joye dans un temps où ils
avoient ſujet de tout craindre,
qu'eux & leur Peuple alloient
redoubler leurs voeux pour la
gloire du Regne de Sa Majesté,
& qu'en fon particulier il ne
trouveroit dans leur Ville à l'a
venir que du reſpect , de l'honneur
, & de l'amitié. Leurs Pafteurs
ſe ſont conformez depuis
à ces ſentimens dans tous leurs
Prêches.
Quelque déference qu'ait
pour les voſtres le Cavalier dont
vous me parlez , il ne peut croire
que les Galanteries qu'il fait de
temps en temps pour ſe divertir ,
méritent l'eſtime que vous témoignez
en faire , & il n'y a pas
moyen
GALANT. 47
moyen d'obtenir de luy qu'il les
laiſſe devenir publiques. S'il les
montre quelquefois à ſes Amis,
c'eſt ſans en donner aucune Copie
, & il a falu uſer d'adreſſe
pour luy dérober la Fable qui
fuit. Vous voyez, Madame, que
je me fais des affaires pour vous
obliger. Vous m'en tiendrez
compte, s'il vous plaiſt,car je ſuis
perfuadé que ce que je vous envoye
eſt de voſtre gouft.
L'AMOUR
PIQUE.
U
FABLE.
N jour, las de courir apres mainte
Inhumaine,
Dont le coeur refusoit de ſe laiſſer toucher,
L'Amour estoit tout hors d'haleine,
Et
48 MERCURE
Etse trouvant au bord d'une Fontaine,
Fut obligé de s'y coucher.
La Place estoit tenable ; un Bois parsa
verdure
La défendoit des ardeurs du Soleil.
Si mille Oyseaux ſans ceſſe y donnoient
un réveil,
Le Ruiſſeau par un doux murmure
Smbloit inviter au Sommeil.
Enfin l'Amour s'y plût, & mettantſous
unHestre
Aupres de luy fon Arc &Son Carquois
,
Ilſe mit en reſuant à compter par ses
doigts
Les Coeursdont il s'estoit ce jour- là rendu
maistre ,
Etqu'il avoit mis ſousſes Loix.
Iln'eut pas le loiſir d'en arreſter le nobre,
Le Sommeil s'emparade luy,
Ce Dieu fit de sa mainàsa teste un
appuy,
Etprit un doux repos à l'ombre,
Apres avoir troublé tout le repos d'as
truy.
Mais
GALANT.
49
:
Mais tandis qu'en dormant il reparoit les
1 veilles
Et lespeines deplus d'un jour,
Le Carquois que sous l'Arbre avoit laiffé
l'Amour, J
Futprisparun Effain d' Abeilles
Pour quelque Ruche propre à faire leur
Sejour.
Sans déliberer davantage ,
Etfans regarderde plus pres
SicetteRuche estoit àleur usage,
Elles entrent dedans , &faisant leur ou
vrage,
Rempliffent de Miel tous lesTraits.
Quand ce petit Dieu plein de charmes
Eutdormy quelque temps en ces aimables
lieux ,
Ilvint à s'éveiller,&sefrotant lesyeux,
Alla pour reprendre les armes
Dont il bleſſe àson gré les Hommes & les
Dieux.
Du Carquois auffitoft les Abeilles for
tirent.
Et leur confus bourdonnement
Janvier 1680 . C
50
MERCURE
Sefatſant tout autour entendre en ce moment,
Fit un bruyant éclatdot les airs retētirent,
Jugezdu petitDion quelfut l'éconnemet.
Quoy queſurpris de l'avanture,
Iln'en fit que rire d'abord;
Mais voulant en prendreune,& luy donner
la mort,
Il enreçeut une bleſſure
Dont comme Enfantilpleurafort.
La douleur qu'ilsentit pourtant ne dura
Son doigtdans le Carquoisunun moment enfoncé,
En fortitplein de Miel, &quand il l'eut
face
Le jeu commençant alny plaire,
Ilnesefachaplus d'avoir esté bleſſé.
Bon , dit- il en portant ſes Fleches àſa
bouche
Etſuçant enſuiteſes doits,
Qu'à ce prix je ſente cent fois
La piqueure de cette Mouche,
Je luy veux àjamais confacrer mon
Carquois .
BIBLIO
GALAN T.
*
55
CeDieufut plus heureux encor qu'il n'ofoit
croire.
Le Miel parmy ses dards laiſſa tantde
douceur,
Que tel qu'ilfuyoit ce Vainqueur,
Avec plaisir luy cédant la Victoire,
Deluy- mesme aujourd'huy luy vient offrir
Son coeur.
Ilcacheſous ceMiel un venin redoutable,
Dontonfent, mais trop tard,les funestes
effets.
Amans, évitezſes attraits,
Il est souvent plus dangereux qu'aimable,
Et ceux qu'il a bleſſez , ne guériſſent
jamais.
On a deûvous apprendre un
Mariage qui s'eſt fait dans une
Province où vous avez quantité
d'Amis. C'eſt celuy de Monfieur
de Pra de Balaiſſeau , & de Madamede
Dortan,Chanoineſſe de
Remiremont en Lorraine. Le
Marié eſt d'une fort ancienne
Cij
52 MERCURE
Maiſon dans le Comté de Bourgogne.
Il en eſt forty des Gouverneurs
& des Eleus de Nobleſſe
, des Colonels de Cavalerie
& d'Infanterie, & on y a veu
preſque de tout temps des Religieux
de l'Abbaye de Saint
Claude Vous n'ignorez pas, Madame
, qu'on ne peut eſtre reçeu
dans cette Abbaye qu'apres
avoir fait les Preuves de
Nobleſſe les plus exactes . Encor
aujourd'huy un des plus proches
Parens de Monfieur de Pra y
poſſede un des principaux Offices
.Celuy dont j'ay commencé à
vous parler,apres avoir paſſe par
tous les degrez, qui ſont preſque
inévitables à tous ceux qui cherchent
à parvenir aux grands Emplois
de la Guerre , a exercé la
Charge d'Ayde de Camp ſous
Mrle Comte de Choiſeul , dont
Mr
GALAN T.
53
Mr le Comte de Peſeu , Coufin
germain du meſme Monfieur de
Pra, a épouſé la Soeur.
Madame de Dortan eſt Fille
de Monfieur le Comte de Bona-
Dortan , & Niéce de Madame
de Chevigny - Villiers , Grand
Aumônier de Remiremont,dont
le Chapitre l'a pluſieurs fois députée,&
meſme à la Courquand
Leurs Majeſtez eſtoient à Nancy,
Il ſuffiroit de vous dire que
cette Dame eſt Chanoineſſe de
Remiremont , pour vous marquer
ſa naiſſance , puis qu'on
ne ſçauroit avoir ce titre ſans eftre
de qualité , ce Chapitre ef.
tant compoſé de Filles ſorties la
plupart de Maiſons de Princes,
de Ducs & Pairs , & de Maréchaux
de France. J'ajoûteray
neantmoins que ſes Anceſtres
ont eu depuis fort longtemps des
Cij
54 MERCURE
Charges & des Emplois tresconfidérables
àla Guerre& ailleurs,
que Monfieur le Comte de
Bona fon Pere a ſervy pluſieurs
Campagnes dans des Poſtes tres .
avantageux , & qu'il y a toujours
eu des Comtes de Saint
Jean de Lyon, des Religieux de
S.Claude , & des Commandeurs
de Malte , de la Maiſon de
Dortan.
Monfieur & Madame de Pra,
nouveaux Mariez , ont alliance
avec quantité de Maiſons tresélevées
, telles que font celles de
la Baume , de Montluel , de la
Vieuville, de Levy,de Choiſeul,
de Bifly, de Chamilly , de Cler- .
mont, de Luſigny , d'Apremont,
de la Guiche-Saint Geron , de
Colligny ,&c.
Madame Bidé, Veuve du Maître
des Requeſtes de ce nom,
dont
GALANT.
55
dont je vous appris la mort le
dernier mois , l'a ſuivy au com -
mencement de celuy- cy.ll mourut
comme je vous l'ay déja dir,
en allant ſe faire recevoir Préfident
à Mortier au Parlement de
Bretagne , & apparemment la
douleur qu'a euë fa Veuve d'un
malheur qu'elle estoit fi éloignée
-de prévoir , l'a miſe hors d'estar
de luy ſurvivre. buiorral
Madame Canillac , Veuve de
Meffire Gabriel de Beaufort-
Canillac , Vicomte de la Mothe,
Baron de la Roche, Seigneur de
Mauriat,&c, eſt morte auffi dans!
lemefme temps. Elle estoit de la
Maiſonde l'Aubeſpin.
19
La perte de Monfieur le Marquis
de Caylus vous aura furpri.
ſe. Il n'avoit que quarante- quatre
ans , & eſt mort fubitement
un des premiers jours de cette
Ciiij
56 MERCURE
année. Madame la Marquiſe de
Caylus ſa Veuve, eſt Fille de feu
Monfieur le Maréchal Faber,
qui remercia le Roy de l'honneur
qu'il luy vouloit faire de le
faire Chevalier de ſes Ordres .
Elle avoit un Frere,mort au Siege
de Candie avec Monfieur le
Ducde Beaufort. Il luy reſte encore
deux Soeurs , aînées d'elle.
La premiere avoit épousé Monfieur
le Marquis de Genlis , &
s'eſt mariée en ſecondes Nôces à
Monfieur le Marquis de Beuvron,
Lieutenantde Roy en Normandie.
La ſeconde , apres eſtre
demeurée Veuve quatorze ans
de Mrle Marquis de Vervins , a
épousé un Seigneur Flamand.
J'oubliay de vous dire dans
ma Lettre du dernier Mois , que
le 27. Decembre le P. Gaillot
Chanoine Régulier de S Augustin,
GALANT .
57
guſtin , eſtoit mort dans la Maifon
Royale de Sainte Croix de
la Bretonnerie , fort regreté de
fon Ordre , dont il avoit eſté
trois fois Provincial . Son zele
à conduire les Ames dans la
perfection Chreſtienne , l'avoit
mis dans une haute réputation
depuis l'âge de vingt-huit ans.
Ce zele eſtoit tel , que deux
jours avant ſa mort , ne pouvant
preſque plus ſe ſoûtenir , & fes
forces eſtant toutes abatuës par
la langueur que luy cauſoient fes
longues années, il ſe fit porter au
Fauxbourg S.Germain, pour y affifter
encor une fois de ſes conſeils,
deux illuſtres Abbeſſes, qu'-
il a toûjours dirigées pendant ſa
vie. C'eſt de luy qu'on peut dire
avec verité qu'il a paſſeſes jours
dans l'obſervance de la Loy , fur
laquelle Mr l'Abbé de la Brouë,
C V
58 MERCURE
nommé à l'Eveſché de Mirepoix,
prêcha ſi éloquemment devant
leRoy il y a bientoſt un an. Je
fuis fort aiſe , Madame , que
vous m'ayez obligé à vous faire
part du Compliment qu'il fit à
Sa Majeſté à la fin de ce Sermon.
Vous me donnerez lieu parlà de
fatisfaire quantité de Curieux,
qui ont eſté ſi charmez de celuy
de Monfieur l'Eveſque d'Agen
que je vous envoyay la derniere
fois, qu'ils en ſouhaiteroient fouvent
de cette nature. Apress'eftre
fort étendu ſur la Loy de
Dieu , voicy par où Monfieur
l'Abbé de laBrouë finit.
9
Lobfervation de cette Lor SIR E, est le plus grand objet
que je puiſſe proposer à Vostre
Majesté ,&de tous les chemins qui
menent à la Gloire , il n'y a plus
que
GALANT.
59
que celuy là où il luy reſte quelques
pas à faire. A peine avez- vous
esté en âge de régner par Vousmesme
, que Maistre abſolu du
coeur de vos Sujets , vous ne les
avez pas seulement contenus par
le refpcet que vous leur avez imprimé
, dans ce profond repos qui
fait la felicité des Etats. Vous
leur avez encor inspiré par voftre
exemple des vertus dont jusqu'-
auRegne de Vostre Majesté , on ne
les avoit pas crûs capables. La
prévoyance ; leſecret , la modération
, la fermeté , ne font plus des
vertus, inconnues aux François de
puis qu'ils vous obeiffent . Außi
toute l'Europe liguée enſemble, n'a
pû vous empeſcher de faire chaque
Année de nouvelles conquestes.
Les Saiſons qui ont accoûtumé
de retarder celle des autres Comquérans
, ont avancé les vostres,

نم
MERCURE
&pendant que les plus fiers de vos
Ennemis ne sçachant plus par où
vous en ſuſciter de nouveaux , eftoient
contraints de publier que
rien ne pouvoit plus vous empeſcher
d'arriver à cette Monarchie univerfelle
que le plus ambitieux
de leurs Princes n'a fait qu'imaginer;
dans ce meſme temps les Peuples
que vous ſoûmetiez à voſtre
puiſſance , charmez de la douceur
de voſtre domination ne craignoient
rien tant que de retomber ſous le
joug de leurs anciens Maîtres.
Avec de tels avantages, SIRE, que
n'estiez-vous pas en droit de prétendre
, ſi le defir defoulager vos
Peuples ne vous eust fait préferer
à la gloire de vaincre tant d'En
nemis , celle de leur donner la
Paix ? Mais , SIRE , ily a pour
les Roys Chreftiens une autreforte
de gloire , plus belle , plus pure,
&
GALAN Τ . 61
& par confequent plus digne des
Soins de V. M. C'est que l'autoritéqu'ils
ontſur leurs Sujets ,l'admiration
qu'ils donnent à leurs Ennemis,
en un mot que tout ce quifaisoit
la gloire des Héros de l'antiquité,
Soit uniquement à faire regner la
Loy de Dieu fur ceux qui leur obeïf-
Sent , ou qui les admirent . La belle
matiere , SIRE , à faire voir ce
que l'exemple de vostre Majesté
peut fur tous les Coeurs ! Vous
ne le devez pas seulement à vos
Sujets , cet exemple capable de
leur oster ſeul tous les vices , &
de leur donner toutes les vertus ;
vous le devez encor à tous les
Peuples de la Terre , qui attirez
par l'éclat de vostre gloire, ontSans
ceſſe les yeux fur Vous. Qu'ils
connoiſſent donc, SIRE , que vous
voulez que ce soit là le premier
foin du glorieux loisir que vous
venez
62 MERCURE
venezde vous procurer,& que vous
voyant remporter chaque jour quel.
que nouvelle victoire ſur vousmesme,
ils soient contraints de publier
que digne de commander à
tous les Hommes,& en état de vous
en faire obeïr , vous n'avezrefusé
dedonner la Loy au Monde , qu'afin
d'y faire regner la Foy de la
Souveraine Majesté , à qui appartient
l'Empire , la Puiſſance ,& la
Gloire,&c .
On m'a conté une Avanture
du premier jour de l'Année,
dont les circonſtances méritent
bien que je vous en faſſe le détail.
Une jeune Veuve de qualité
, auſſi enjoüée que ſpirituelle,
menoit une vie commode, qui ne
luy laiſſoit paffer que de beaux
jours dans une agreable ſocieté.
Elle avoit beaucoup d'Amis &
d'Amies,
GALANT.
63
d'Amies, qu'elle voyoit avec afſez
de familiarité,&de ces Amis
il n'y en avoit aucun qui ne ſe
fuſt declaré volontiers Amant;
mais comme l'état de Veuve luy
ſembloit heureux ; & que fon
deſſein eſtoit de faire un bon
choix fi elle ſe trouvoit d'humeur
ày renoncer, elle examinoit
tous ceux qui luy en contoient,
&ne leur permettoit jamais d'aller
trop avant. Elle en recevoit
des Billets galans, leur faiſoit réponſe
, & tout cela ſe terminoit
àun commerce plaiſant , dont
l'amour eſtoit banny. Dumoins
fi elle fentoit quelque choſe
de plus fort pour l'un que pour
l'autre, c'eſtoit un ſecret entr'elle&
fon coeur , & celuy quiluy
plaifoit davantage , ne pouvoit
connoiſtre qu'il eſtoit le préferé.
Cependant ils s'attachoient
tous
64 MERCURE
tous également à luy marquer
par leurs foins les ſentimens qu'-
ils avoient pour elle , & c'eſtoit
entr'eux à qui luy procureroitde
plus frequentes Parties de plaifir.
Elle en mettoit ſes Amies, &
chacune d'elles prenoit party ſelon
fon panchant, pour luy conſeiller
de faire un Heureux. Elle
répődoit toûjours qu'elle ne pouvoit
trop déliberer de ce qui devoit
eſtre pour toute ſa vie,& que
ſon coeur ne luy faiſant rien ſentir
qui luy fit craindre qu'il puſt ſe
laiſſer ſeduire , elle vouloit voir
qui s'empreſſeroit le plus à le
mériter. Unjour que celles qui
eſtoientleplus dans ſa confidéce,
ſe trouverent ſeules avec elle , la
converſation tombaſur les diverſesmanieresd'aimer
.Les opiniós
furent diférentes , chacune mettant
les preuves d'une veritable
paffion
GALANT.
65
paſſion dans ce qu'elle auroit ſouhaité
qu'on euſt fait pour elle, par
raportà ſon humeur. Enfin la derniere
qui s'expliqua , ayant dit
que rien ne luy ſembloit devoir
tant ſatisfaire une Maiſtreſſe que
ladépenſe, parce qu'elle eſtoit la
marque d'une ame bien faite , &
qu'il y avoit apparence qu'un
Amant fort libéral ne ſeroit point
avare Mary, elles tomberent toutes
dans ſon ſentiment. Il y en
eut ſeulement une qui adjoûta,
qu'afin que cette dépenſe luy
plût,elle voudroit qu'on la fiſt de
bonnegrace; ſurquoy on nemanqua
point de citer ces Vers du
Menteur de Monfieur de Corneille
l'aîné .
Un Lourdaut libéral aupres d'une Maitreffe,
Semble donner l'aumône alors qu'il fait
largeffe.
L'aima
66 MERCURE
L'aimable Veuve fut de ceparty
, & alla meſme plus loin , en
diſant , que fi on faifoit quelque
dépenſe , pour elle ( ce qu'elle
avoüoit qui ne luy déplairoit pas
dans un Amant ) elle voudroit,
non feulement qu'on la fift de
bonne grace , mais avec eſprit,
parce que ſelon elle , il n'y avoit
que l'eſprit qui donnaſt le prix
aux choſes, Alors on commença
de luy dire qu'on ne doutoit
point qu'elle n'euft bientoſt ſujet
d'eſtre ſatisfaite là- deſſus , puis
qu'elle n'avoit point d'Amant
qui ne fuſt auſſi ſpirituel que magnifique
,& que le premier jour
de l'Année approchant, il y avoit
lieu de croire que chacun d'eux
feroit fes efforts pour ſurpaſſer
fes Rivaux en galanterie.On en
nomma cinq ou fix , & entr'au
tres un Marquis fort riche qui
n'eſtoit
GALANT. 67
n'eſtoit pas le moins amoureux.
La Dame rougit d'entendre parler
d'Eſtrennes. Onfe moqua du
ſcrupule qu'elle faiſoit de recevoir
des Préſens dans un jour où
il eſtoit de l'honneſteté d'en faire
, àmoins qu'ils ne fuſſent d'un
prix exceffif , & on allegua ce
qui avoit eſté mis en uſage depuis
quelque temps , d'envoyer
pour marque de ſouvenir à ſes
Amies , des Bijoux & des Caffetes
, au lieu de Bouquet , le jour
de leur Feſte. Le Marquis qui
venoit d'eſtre nommé parmy les
Soûpirans de la Veuve , entra
dans ce meſme temps , & on entama
une autre matiere.L'Affemblée
groffit.On fit des Tables de
jeu,&l'heure de ſe ſéparer eſtant
venuë,une des Dames qui avoiét
eu part à la premiere converſation
, & qui ayant une eſtime
particu
68 MERCURE
particuliere pour le Marquis, avoit
entrepris de le ſervir , luy
dõna lamain,& voulut qu'illare.
menaſt chez elle.Vous jugez bié
qu'elle ne manqua pas à luy rendre
compte de ce qui avoit eſté
dit. Il prit ſes meſures là-deſſus,
&deux jours apres il luy découvrit
unmoyen aſſez nouveau qu'
il avoit imaginé , pour penétrer
s'il pouvoit prétendre au coeur
de la Veuve, carjuſque- là elle avoit
montré une telle égalité de
ſentimens pour tous ceux qui afpiroient
à s'en faire aimer , qu'on
n'avoit encor pû connoiſtre qui
eſtoit le mieux dans ſon eſprit.
Ses autres Amans , qui avoient
auſſi des Confidentes parmy ſes
Amies, reçeurent le meſme avis,
&ils ſe préparerent tous à faire
un Préſent d'Eſtrennes , dont la
galanterie ſe fiſt diftinguer. Le
pre
GALAN Τ. 69
premier qu'on apporta fut envoyé
par un Cavalier qui avoit
mis la Suivante de la Veuve dans
ſes intéreſts. C'eſtoit un Miroir
avec une Bordure d'argent. Des
Ouvriers vinrent l'attacher de
grandmatin dans ſon Antichambre.
lls avoient faitdes trous dans
la muraille le ſoir précedent, tandis
que la Dame eſtoit en Ville,
afin qu'ils le pufſſent placer le
lendemain ſans craindre de l'éveiller.
La glace de ce Miroir eftoit
des plus belles . Un Amour
d'argent d'environ un pied de
haut,faifoit le milieu & la pointe
du Chapiteau. Cet Amour eſtoit
de relief& cizelé. Un reſſort qui
pouvoit eſtre lâché par le bas,
le faiſoit mouvoir. Ce Meuble
nouveau frapa les yeux de l'aimable
Veuve fi- toſt qu'elle ſortit
de ſa Chambre. Elle en parut
éton
70 MERCURE
étonnée , mais la furpriſe qu'elle
en témoigna ne l'empeſcha pas
de faire une action affez naturelle.
Ce fut de s'y venir regarder.
Dans le temps qu'elle approcha,
la Suivante qui l'accompagnoit,
lacha le reffort ſaus qu'elle y prift
garde. L'Amour ſe détacha auſſitoſt
,&la Veuve fit un cry en le
voyant ,&dans le Miroir,& devant
elle , luy preſenter un Billet.
Elle ne s'eſtoit pas apperçeuë
d'abord qu'il en tenoit un. La
nouveauté luy ſembla galante ,&
dans l'impatience de connoiſtre
l'Autheur du Préſent , elle prit le
Billet,&yleutces Vers.
Si vous nesçavezpas encore
Quelle Beauté charmante afur moy tout
pouvoir ,
Regardez- vous dans ce Miroir
Vous verrez l'Objet que j'adore.
:
L'Ecritureluy estoit connue, & à
peine
00:0
GALANT.
71
peine eut elle achevé de lire,&
l'Amour de remonter aulieu d'où
il eſtoit deſcendu, qu'elle vitentrer
quatre petits EſclavesMaures,
dont les habits n'eſtoient pas
moins riches que propres. Ils
tenoient degros Cordons d'or &
deſoye couleur de feu , tortillez,
au bout deſquels eſtoiet de grofſes
Houpes de meſme . Ces Cordons
eſtoient attachez aux quatre
coins d'une Mane que ces petits
Eſclaves portoient. Apres
qu'ils l'eurent poſée ſur la Table
de la Chambre , un d'entr'eux
chanta une Chanſon Eſpagnole
àlagloirede labelle Veuve, puis
ils dancerent tous quatre , & s'en
retournerent. Il fut inutile de
leur demander qui les envoyoit.
Un Carroffe les attendoit dans la
Ruë. Ils y monterent , &diſparurentfans
avoir rien dit. La jeune
72
MERCUR E
ne Veuve ſurpriſe agreablement
de cette galanterie , leva une
Toilete de Brocard , couleur de
feu & or , qui couvroit la Mane.
Les quatre coins , à l'endroit d'où
fortoient les Cordons , eſtoient
garnis de quatre gros noeuds de
tifſſu auſſi riches que la Toilete.
Il y avoit douze Ecransau deſſus
de cette Mane. Les Bâtons en
eſtoient de vermeil doré, travaillez
avec une délicateſſe admirable
, & remplis de Lacs d'amour
& de Chifres de la Veuve. L'Etofe
eſtoit de Satin blanc , avec
une Broderie or & vert tout autour
, large environ de deux
doigts , & repréſentant des branches
de Mirthes. Comme elle fai
ſoit le tour du dedans de chaque
Ecran , il y avoit un autre embelliſſement
endehors . C'eſtoit une
Dentelle d'or qui débordoit . Une
Minia
GALANT.
73
10 Miniature tres- fine faiſoit voir
lesdouze mois del'Année ſur ces
douze Ecrans . Chacun avoit un
Portrait pour ornement , & ce
Portrait eſtoit celuy de l'Amant
qui envoyoit la Mane à la Dame,
mais il n'avoit pas voulu qu'on
l'euſt fait entierement reſſemblant
, afin que la choſe paruſt
generale , & qu'il ne puſt eſtre
reconnu que de ſa Maiſtreſſe
-qu'ilavoit fait peindre en Pallas .
Il avoit cru l'obliger en luy donnant
la figure de cette Déeffe,
par laquelle il prétendoit 'luy
marquer l'eſtime qu'il faiſoit de
ſon eſprit. Ce qu'il avoit fait
pour elle dans toute l'année , eftoit
gravé ſur ces douze Ecrans,
avec la plupart des lieux oùquelque
partie de plaiſir les avoit fait
ſe trouver enſemble. Il y avoit
auffi pluſieurs Cartouches das ces
Ianvier 1680. D
74
MERCURE
Ecrans , tous remplis de Madrigaux
, & de Maximes galantes,
qu'elle pouvoit mieux entendre
qu'un autre. Le grand Ecran qui
ſe tient ſeul ſur un pied , faiſoit
le treiziéme. Les deux Amans
eſtoient peints au milieu de cet
Ecran , & l'Amour entre eux qui
les portoit à s'unir. Au deſſus on
voyoit l'Hymen defcendant du
Ciel .On n'en pouvoitrien attendre
que de favorable , puis qu'il
ſembloit eſtre de concert avec
l'Amour pour les rédre heureux,
On trouva ſous ces Ecrans quantité
de Boëtes de Confitures qui
rempliſſoient le fondde laMane.
Elles étoient noüées d'un Ruban
or& couleur de ceriſe . Le noeud
étoitgros,& il s'en falloit fort peu
qu'il ne couvriſt chaque Boëte
du grand nombre de ſes branches.
Le dehors en estoit doublé
de
GALAN T.
75
de Satin couleur auffi de cerife ,
avec des Chifres de cordonner
d'or. On avoit doublé la Mane
de la meſme forte tant en dehors
qu'en dedans , mais au lieu de
Chifres , ces doublures eſtoient
toutes couvertes de fleurs d'or &
d'argent , meſlées de foye. Une
petite Boëte de filigrane d'or, faite
en coeur , & enrichie de Rubis,
ſe trouva au milieu des autres
Boëtes. Elle enfermoit un Biller
auſſi galant que ſpirituel. La Dame
ayant connu par le caractère
à qui elle avoit obligation du
Préſent, fut fort fatisfaite de toutes
leschosesqui le compoſoient.
Il ne pouvoit eſtre pris pour un
Préſent d'importance, puis qu'on
ne luy envoyoit que des Ecrans
& des Confitures . Cependant
c'eſtoit quelque choſe de magnifique
, de bien entendu , &
1
Dij
76 MERCURE
qu'on voyoit aisément qui devoit
avoir beaucoup couſté. La
galanterie de cette Mane luy fit
faire réflection ſur le Miroir placé
, ſans qu'elle en ſceuſt rien,
dans ſon Antichabre.Il luy fembla
qu'un Préfent de cette nature
n'eſtoit point à faire , & elle
réſolutdés ce moment de le renvoyer.
C'eſt ce qu'elle euſt fait
ſur l'heure , quoy que luy peuſt
dire la ſuivante qui s'intereſſoit à
luy faire garder le Miroir , ſi un
troiſiéme Préſent qu'on luy apporta,
ne l'euft occupée pendant
quelque temps . Elle aimoit les
Perroquets,& ç'en eſtoit un d'un
tres beau plumage qu'on luy envoyoit.
Il eſtoit dans une Cage
de vermeil doré.Au lieu de quatre
gros bâtons qui ſont ordinairement
aux quatre coins de ces
Cages , il y avoit quatre petites
Colom
GALANT.
77
Colomnes torſes,& au deſſus des
Colomnes,quatre oyſeaux émaillez
, & ayant les aîles étenduës,
comme s'ils euſſent eſté ſur le
point de s'envoler.Chacun avoit
à fon bec un Madrigal écrit en
lettres d'or fur un morceau de
Satin , grand à peu pres comme
le fond de la main , brodé tout
autour de femences de Perles ,&
doublé de peau de fenteur. Ces
Madrigaux eſtoient faits au nom
des Oyſeaux fur les belles qualitez
de l'aimable Veuve , & fai
foient connoiſtre qu'ils ne fon
geoient à prendre l'effor que
pour aller vanter ſon mérite aux
quatre coins de la Terre.Dans le
milieu de chaque panneau de
cette Cage,eſtoiet quatreChifres
de la Dame , entrelaſſez avec les
bâtons. On les avoit faits d'un fil
d'archal doré, auſſi poly que lui-
Diij
78 MERCURE
fant,&tres - délicatementtravail
lé. Cette Cage eſtoit portée ſur le
dos de quatre petits Lyons de
vermeil doré. L'Auge du dedans
efſtoit un Ouvrage cizelé de même
matiere. On y avoit mis un
Billet plié en M, qui marquoit
la premiere lettre du nom de la
Belle. A la pointe du milieu de
cette M, eſtoit un petit noeud de
nomparçille, couleur de feu,dans
lequel on avoit paſſe une Bague.
Le Diamant en eſtoit taillé en
coeur.La Dame n'eut point à demander
qui luyfaiſoit cePréſent.
Le Valet de Chambre qui l'apportoit
, luy eſtoit connu. Si .
toſt qu'il l'eut poſe ſur la Table.
il dit quelque choſe au Perroquet.
Apparemment c'eſtoit pour
le faire ſouvenir de quelque leçon
appriſe , car il commença
auſli -tôt à dire, Prenez,Maîtreffe,
prenez;
GALAN T. 79
prenez ; & mettant en ſuite ſa
teſte dans l'Auge , il en tira le
Billetdont je viés de vous parler.
La Veuve le prit, & pendant ce
temps, le Valet de Chambre s'échapa.
Je ne vous dis rien de ces
Billets. On me les promet avec
la plupart des Madrigaux, qu'on
m'aſſure eſtre remplis d'eſprit.
On eut foin fur tout d'envoyer
des Vers à la belle Veuve , parce
qu'on ſçavoit fon goût là- deſſus.
Ce Préſent plut fort à cette aimable
Perſonne. Elle employa
tantde temps à l'examiner , & à
entendre cauſer le Perroquet,
qu'elle oublia preſque qu'il eſtoit
un jour de Feſte. Elle courut à
l'Eglife , & y trouva une de ſes
Amies , qu'elle amena dîner avec
elle. On parla fort des Préfens
d'Eſtrennes, & il eſtoit bien juſte
qu'ils fuſſent veus. L'Amiedema-
Diiij
80 MERCURE
da ſi elle n'avoit rien eu du Marquis
, & ayant appris que non,
elle affura qu'elle en auroit quelque
choſe demagnifique , parce
qu'il avoit du bien , qu'il eſtoit
fort amoureux , naturellement
galant & libéral , & qu'elle venoit
d'aprendre que ce meſme
jour il avoit fait un Préſent confidérable
à une Perſonne qui luy
avoit rendu un ſervice peu important.
Elle adjoûra qu'il faudroit
que les marques qu'il luy
donnoit de ſa paffion, ne fuſſent
que feintes, s'il ne faifoit pour elle
quelque choſe d'extraordinaire.
Tout cela ſe dit en retournant
de l'Egliſe chez la Veuve. Elles
monterent,& on n'eut pas ſi -toſt
ouvert la porte de l'Anticham-.
bre , qu'elles apperçeurent au
milieu une Armoire d'aix de Sapin
, haute comme un Cabinet.
La
GALANT. 8г
La Veuve ayant demandé d'où
elle venoit, ſes Gens luy donnerent
une Lettre , & dirent que
c'eſtoit tout ce qu'ils en ſçavoier.
L'Amie prétédit que le Marquis
avoit envoyé l'Armoire , & euft
volontiers gagé là- deſſus ; mais
le caractere qui fut reconnu décida
la choſe. Il eſtoit d'un autre
Amant, qui avoit tourné la Lettre
ſur ce qu'ayat remarqué que
la belle Veuve aimoit les Livres
& la couleur verte , il avoit crû
que le principal ſoin d'un Amant
devoit eſtre de ſe conformer aux
inclinations de ce qu'il aimoit.
Ainſi l'Armoire ſe trouva remplie
de Livres,les uns galans, les
autres d'hiſtoires Elle estoit dou.
blée de Velours vert en dehors
commeen dedans , avec un gros
galon vert ſur les coûtures. La
couverture des Livres eſtoit du
Dv
82 MERCURE
meſme Velours. On y avoit adjoûté
une broderie plate pour ornement,
& il n'y enavoit preſque
aucune dontle deſſein de labroderie
ne fuſt diferent . Le premier
füeillet de chaque Livre
eſtoit de Vélin , & fur ce Vélin
il y avoit quelque choſe de galant
en Proſe ou en Vers , à l'avantage
de la jeune Veuve..
Apres qu'elle eut viſité toute
l'Armoire avec ſon Amie,elle luy
fit voir les autres Préfens. Ils.
méritoient bien qu'on les regardaſt
un peu à loiſir. Cela fut cauſe
que les Dames. dînerent fort
tard , & qu'il vint pluſieursPerfonnes
avant qu'elles fuſſent forties
de table La Dame qui estoit
de la confidence du Marquis ſe
trouva du nombre. Comme elle
n'eſtoit venue que pour le fervir
, elle demanda , parmy les .
Préfens
GALANT. 83
Préſens que la Veuve luy fit voir ,
quel eſtoit celuy qu'il luy avoit
fait. La Veuve rougit , & fit pa
roître quelque émotion , en luy
répondant , qu'il ne s'eſtoit pas
meſme donné la peine de luy
faire faire un ſimple meſſage.
Cette rougeur futd'unbon augureà
l'adroite Confidente; elle blama
le procedédu Marquis,& feignit
autant d'indignation que
d'étonnement, de ce que s'eſtant
montré juſque- là fi amoureux, il
dédaignoit d'en donner des marques
das un temps où ſes Rivaux
faifoient éclater leur paffion. Ce
blâme affecté fit donner la Veuve
dans le panneau. Elle avoüa
qu'elle trouvoit un peude mépris
dans cet oubly, non pas qu'elle ſe
fouciaſt de Préſens , puis qu'elle
en avoit cent fois refuſéde confidérables,
mais qu'il ne laiſſoit pas
d'y
84 MERCURE
d'y avoir certaines occafions , où
ceux qui aimoient ne pouvoient
ſe diſpenſer d'eſtre galans , &
qu'elle ſe vouloit mal d'avoir un
coeur plus ſenſible aux manieres
deſobligeantes du Marquis , qu'à
la joye de ſe voir veritablement
aimée de tous les autres. Elle rougit
plus qu'elle n'avoit encor fait
en achevant cette confidence,&
route interdite d'en avoir tant dit,.
elle commença elle-meſme às'apercevoirqu'elle
ſentoit quelque
choſe pour leMarquis. Son Amie
ne voulant pas luy faire connoiſtre
qu'elle avoit lû dans ſon
coeur , tourna le diſcours fur
d'autres matieres , & attendit le
moment où elle devoit agir. Le
Cavalier qui avoit donné le Miroir
, entra dans le meſme temps.
La Veuve luy témoigna fort
obligeamment combie elle estoit
fatis
GALANT
85
ي ح
fatisfaite de ſon ſouvenir ; mais
elle voulut une choſe dont elle:
ne put le faire tomber d'accord,,
ce fut qu'il reprendroit fon Préſent
qui luy ſembloit de trop
grande taille pour eſtre accepté,
& qu'il luy envoyeroit un Miroir
de poche qu'elle s'engageoit
à porter toûjours. Il luy réponditqu'il
ne ſçavoit pourquoy elle
luy parloit de Miroir,qu'il ne reclamoit
aucun des Préſens qu'
elle avoit reçeus , & que s'il luy
avoit donné quelque choſe, il eftoit
fort ſeûr qu'avec autant de
mérite qu'elle en avoit, elle ne le
laifferoit jamais en pouvoir de le
reprendre. Cela donna lieu à une
converſation galante qui n'empeſcha
pas que la belle Veuve ne
donnaſt toûjours un peu de chagrin
au Cavalier , en demeurant
ferme fur l'article du Miroir. Le
lieu
qu86
MERCURE
L
lieu n'eſtant pas affez commode
pour y paffer le réſte du jour,el- ,
le fit entrer la Compagnie dans
ſa Chambre. La premiere choſe
qui frapa les yeux en y entrant,
fut un Almanach de la Comedie
de la Devinereſſe , attaché
contre la Tapiſſerie . Il eſtoit fur
du Satin. Un Rouleau d'Ebeine
noire en bas, & une maniere de
Corniche en haut du meſme
bois , le faifoient tenir en eſtat..
On s'en approcha, & quelqu'un
ayant crié , voila Madame Jobin,
la Veuve voulut ſçavoir d'où cet
Almanach luy eſtoit venu. Le
Cavalier qui eſtoit piqué du refus
de ſon Miroir, prévint la réponſe
qu'on luy faifoit,& dit que
c'eſtoient les Eſtrennes de ſa Suivante
, qui ne montroit que lat
moitié du Préfent , & qu'aſſurément
deux Oranges avoient accompagné
GALANT. 87
compagné l'Almanach. La plaifanterie
choqua la Dame,qui en
ouvrantun Billet qu'on luydonna,
avoit déja reconnu l'écriture
du Marquis. Elle avoit eu la foibleffe
, comme beaucoup d'autres
, de confulter la plupart de
celles qui ſe meſlent de deviner,,
&une d'entr'elles luy avoit prédit
qu'elle ne pouvoit eſtre que
malheureuſe, ſi elle épouſoit un
Homme dont le nom commen.
çaſt par un C , & c'eſtoit la pre..
miere lettre du nomduMarquis.
Illuy écrivoit contre cette ridicule
Prédiction , & luy marquoit
d'une maniere tout- à-fait galante
, qu'il n'y avoit rien préſentement
plus à la mode qu'eſtoit
Madame Jobin , qu'elle ſervoit
d'entretien & de divertiſſement
public , qu'elle occupoit les Sérieux
& les Enjoüez,& qu'il avoit
crû
88 MERCURE
erû la luy devoir envoyer en
Almanach , afin que l'ayant devant
les yeux , elle ſe ſouvient
qu'il ne falloit point croire aux
Devinereſſes. Le Billet parut
plaiſamment tourné , mais il ne
put ſervir d'excuſe au Marquis,
de n'avoir envoyé qu'un Almanach.
Chacun condamna l'épargne
, & la Dame qui avoit fi
fortement aſſuré qu'il feroit
quelque Préſent magnifique,
entra dans une veritable colere
de ce qu'il avoit fi mal répondu
à ce qu'elle croyoit devoir at
tendre de luy. Le Cavalier qui
voyoit avec plaiſir qu'on abaiffoit
un Rival qu'il avoit ſujet de
craindre,le railla fur l'Almanach
d'une maniere un peu forte. La
raillerie fit peine à la Veuve, qui
toure ſurpriſe d'un Préſent ſi peu
digne d'une Perſonne qu'on
.
elti
GALANT. 89
eſtimoit , ſe diſoit à elle- mefme,
ce qu'elle entendoit direaux autres.
Enfin comme elle avoit de
l'eſprit , & qu'il y alloit de fon
honneur de cacher ſes ſentimens
, elle déclara qu'elle ſe
renoit plus obligée au Marquis
qu'à aucun de ceux qui s'eftoient
mis en dépenſe , puis que
des Préfens conſidérables font
toûjours rougir,& qu'il l'avoit affez
eſtimé pour luy vouloir épargner
cette forte de confufion.
Quoy qu'elle marquaſt aſſez
• d'enjoüement en diſant cela , il
eſtoit accompagné d'un je- neſçay
quel foûrire malicieux qui
faiſoit connoiſtre ſon dépit ſecret.
La Dame , Confidente du
Marquis , s'en apperçeut, & jugeant
qu'elle ne devoit pas diférer
plustard à joüer le rôle
dont elle estoit convenuë,elle fit
fem
१०
MERCURE
ſemblant de découvrir deux petits
bouts de Ruban qui estoient
au bas des deux coſtez de l'Almanach
, & demanda àquoy ils
ſervoient. Elle commença auſſizoſt
à les tirer, & en méme temps
le Satin de l'Almanach ſe pliſſa
en ſe hauſſant , & monta juſqu'-
au bord du bois d'enhaut, au deffous
duquel il demeura pliffé en
feftons. A meſure qu'il ſe leva ,
on vit paroiſtre un tres-beau
Tableau de miniature . L'aimable.
Veuve y estoit repreſentée
dans le milieu, tres reſſemblante.
Un Amour lay préſentoit une
Montre enrichie de Diamans ,&
de l'autre main il tenoit un papier
ouvert , où l'on pouvoit lire
quelques Vers galans , adreſſez à
cette belle Perſonne. Un autre
Amour paroiſſoit dans ce Tableau
, & attachoit un Collierde
Perles
GALAN T.
وг
Perles au col de la Veuve. L'invention
parut agreable, & leCa-
- valier demeura luy-mefme d'accord
qu'il y avoit de l'eſprit dans
ce deſſein. Il dit ſeulement en
riant , qu'il n'avoit guére veu de
plus belles Perles, mais qu'enfin
ce n'eſtoient que des Perles en
peinture. Dans ce moment on
entendit ſonner une Montre.
Toute la Compagnie ſe regar .
da, en demandant à qui elle ef
toit. Chacun proteſta qu'il n'en
avoit point de ſonante. La ſur
priſe de ce qu'on avoit entendu
augmentant par là , le Chevalier
continua la plaifanterie , & dit
qu'on n'avoit point à chercher
la Montre, & qu'aſſurement c'ef.
toit celle du Tableau qui avoit
ſonné. La penſée fit rire , mais
on rit bien plus quand la Confidente
du Marquis prenant la parole
92
MERCURE
role d'un ton ſérieux , prétendit
qu'il pouvoit y avoir de la verité
dans ce que le Cavalier avoit dit
par raillerie . Comme on ſe contentoit
de rire ſans luy répondre
, elle adjoûta que puis que le
Satin de l'Almanach avoit caché
un Tableau , elle estoit perſuadée
qu'il y avoit du miſtere
dans tout le reſte. Alors elle fit
ſemblant de vouloir tourner un
des bouts de la Corniche , quoy
qu'elle ſçeuſt bien qu'on ne la
pouvoit ouvrir. C'eſtoit pour
venir au Rouleau d'enbas . Elle
tourna une petite Pomme à vice
qui le fermoit par un bout- La
Pomme s'oſta, & un petit Ruban
qu'on apperçeut , fit connoiſtre
que le Rouleau eſtoit creux. La
Confidente tira le Ruban , & fit
paroiſtre une Montre fort petite ,
mais
GALANT.
93
mais toute couverte de Diamans
. Une autre Dame fit la même
choſe de l'autre bout , & en
fit fortir un tres - beau Collier de
Perles,le tout ſemblable à ce qu'-
on voyoit peint dans leTableau.
Jamais perſonne ne fut ſi déconcerté
que le Cavalier. L'Amie du
Marquis prit plaifir à le railler à
fon tour,pendant que tout d'une
voix on admira la magnificence
& la galanterie du Préſent de
l'Almanach. Les loüanges qui
furent données auMarquis ache.
verent de mettre le Cavalier de
méchante humeur. Il brutalifa
la Confidente , & la Veuve ſe
plaignant du peu de conſidération
qu'il avoit chez elle,& pour
une Femme , il ne peut ſoufrir ſes
plaintes avec la ſoumiffion que
doit un Amant à une Maistref.
ſe.Il luy échapa quelques paroles
94
MERCURE
les d'aigreur contre elle meſme,
& il s'oublia fi fort , qu'elle fut
obligée de rompre avec luy:
Vous vous imaginez bien,Madame
, qu'elle ne manqua pas à
luy renvoyer le Miroir dés ce
meſme jour. Tout le monde
eſtant party , la Confidente demeura
ſeule avec elle. Ce fut
alors qu'exagérant la paſſion du
Marquis,& faiſant valoir la douceur
de ſon eſprit , l'affiduité de
ſes ſoins , & la galanterie de fon
Préſent, elle luy fit avoüer que le
Cavalier,& beaucoup d'autres de
ſon caractere , eſtoient entierement
éloignez de ſon mérite . Il
fut queſtion du Collier de Perles
, & dela Montre. La belle
Veuve vouloit abſolument qu'-
on les reportaſt , ces fortes de
choſes eſtant d'un prix & d'une
nature à ne pouvoir eſtre accep
tées
GALANT.
95
tées ſans qu'on ſe fift tort , fur
tout quand elles avoient eſté reçeuës
en préſéce de témoins .Son
Amie luy ayant fait remarquer
la diſcretion du Marquis qui n'avoit
laiſſe paroiſtre qu'un Almanach
, ayant cachéla Montre &
les Perles, afin qu'elles ne fuſſent
veuës que d'elle ſeule , adjoûta
qu'elle ſçavoit un moyen qui la
mettroit en pouvoir de garder le
tout avec honneur. Ce moyen
eſtoitde ſe déclarer pour leMarquis,
& de confentir à l'épouſer.
La Veuve rougiſt au lieu de répondre,
& l'adroite Amie profita
fi biendu deſordre de fon coeur,
dont les ſentimens ne luy avoiét
pas eſté bien connus juſque-là à
elle- meſme , qu'elle luy permit
enfin de dire tout ce qu'elle voudroit
de plus favorable à ſon
Amy. Il fut averty de ce qui
s'eſtoit
96 MERCURE
s'eſtoit paſſe, & s'eſtant alléjetter
le lédemain aux pieds de la Dame
, tranſporté de joye , il luy
marqua tant d'amour , que pour
entiere afſurance de ſon bonheur,
elle commença dés ce moment
à ſe parer du Collier de
Perles ,& de la Montre. C'eſt un
Mariage réſolu , qui doit s'achever
ſur la fin du Carnaval.
Vous vous ſouvenez ſans doute
que le Prince Ferdinand de
Furſtemberg , Eveſque de Paderborn
, l'eſt devenu de Munſter.
Je vous ay parlé de ſes grandes
qualitez & de ſa Maiſon, en
vous apprenant la mort du defunt
Eveſque. Il faut aujourd'huy
vous apprendre les folemnitez
de ſon Entrée dans la Ville de
Munſter. Elle a eſté faite depuis
deux mois avec tout l'éclat quila
pouvoit rendre digne du Prince
pour
GALAN T.
97
pourqui elle eſtoit ordonnée :En
effeton ne ſe ſouvient point d'en
avoir veu de pareilles . Ce qui en
a augmenté le luſtre , outre le
nombre des Spéctateurs qui y
font accourus de tous coſtez , ç'a
eſté la veritable & fincere joye ,
que non ſeulement les Habitans
de la Ville,mais tous les Peuples
voiſins , ont fait paroiſtre dans
cette rencontre. Le 13. de Novembre
1679. ce Prince partit
de Vvolbeck , ſuivy de ſa Cour,
&de pluſieurs Cavaliers du Païs
de Paderborn . A une heure de
Munſter , il fut rencontré par la
Nobleſſe de ce Païs - là , en ſuite
par les Capitulaires, par les Prélats
du Chapitre , & par les Ambaſſadeurs
des Princes Ecclefiaſtiques.
Apres les complimens
faits de part & d'autre, on prit le
chemin vers la Porte S. Leger,
Janvier 1680. E
&
98 MERCURE
par où l'on entra dans l'ordre ſuivant.
Le Maiſtre des Poſtes de Paderborn
, avec ſes Poſtillons devant
luy.
Deux Fourriers de la Cour.
Les Mulets , avec leurs Couvertures
en broderie.
Deux Compagnies de Dragons.
Le 'Regiment des Gardes à
pied, de dix Compagnies, commãdé
par le Colonel Baron Guillaume
de Plettemberg, Commadeur
de l'Ordre Teutonique,qui
marchoit à pied à la teſte du Regiment
de mille Hommes.
Le Regiment des Gardes à
cheval , commandé par le Lieutenant
Colonel Goſæus, de cinq
cens Hommes ..
Les Chevauxde main,de la No.
bleſſe de Munster, des Cavaliers
de
LYON
*
1093
*
de la
GALANT.
THEQUE DEL
Cour,& des Capitulares.
ON
* Leurs Valets , en trois Efdas
- drons .
STTIA
L'Ecuyer de Son Alteſſe , ſuivy
de douze Chevaux de main,
avec des Harnois & desCouvertures
fort propres.
La Noblefſſe de Munſter , en
tres-bel équipage,ayant à ſa teſte
le General Major Baron de Naguel
, Seigneur de Vorenholtz-
Droſſard de Stromberg , & Conſeiller
de Guerre de S. A.
Le Tymballier , & dix Trompetes
de S.A.
La Nobleſſe de la Cour, ayant
le Baron de Vveſterholt , Seigneur
de Lembeck,Maréchal de
Munster , & Conſeiller d'Etat de
S.A. à ſa teſte.
Le Baron Ferdinand de 'Furſtenberg,
Grand Ecuyer, & Neveude
S.A.
E ij
100 MERCURE
Le Comte Jean- Adolphe de
Bentheim-Tecklenbourg.
Douze Valets de pied devant
SonAlteſſe.
Mr l'Eveſque de Munster,
monté ſurun Cheval Turc, environné
de douze Hallebardiers
&de quatorze Heiducs.
LesCapitulaires de Munſter à
cheval apres le Prince.
La Compagnie des Gardes ordinaires
, avec la Caſaque dela
Livrée de S. A. montant à cent
Chevaux.
• Un Carroſſe vuide du Prince,
garni de Velours verd dedans &
dehors,travaillé en Broderie d'or
relevée , traîné par fix Chevaux
gris-de- perle , avec des Harnois
proportionnez .
Le Carroſſe où eſtoient lesAmbaſſadeurs
des Princes Ecclefiaftiques
, c'eſt à dire de l'Electeur
τ de
GALANT.
101
de Treves , de l'Archeveſque de
Saltzbourg , du Grand- Maiſtre
de l'Ordre Teutonique , & de
l'Abbé de Fulde .
Deux autres Carroſſes , où
eſtoient dans l'un les Prélats du
Chapitre de Munſter , excepté
le Baron de Velen, Vice-Dominus
, qui fuivoit le Prince à cheval
; & les Conſeillers d'Etat
dans l'autre .
D'autres Officiers de la Cour
& du Païs , dans divers Carroffes
qui alloient au delà
de quarante , tous à fix Chevaux
.
و
Huit Chariots de bagage,avec
les Armes du Prince en broderie
fur les Couvertures .
Deux Regimens de Cavalerie,
de cinq cens Hommes chacun ,
l'un commandé par le Colonel
de Bonninghauſen , l'autre
E iij
102 MERCURE
par le Colonel de Vvendz , venoient
à la fin de la Cavalcade.
La Bourgeoiſie en armes , &
rangée en double haye , bordoit
les deux coſtez des Ruës par où
la Cavalcade paſſoit .Elle marcha
juſques à la Court , vis - à- vis du
Dome.Les Regimens & la Compagnie
des Gardes s'y eſtoient
mis en bataille .
,
Mr l'Eveſque de Munſter mit
pied àterre dans la Court,& s'étant
retiré dans la Chapelle de
S.Michel, il y prit l'Habit Epifco.
pal & fut fervy & mené en
Proceffion par les Religions , le
Clergé , &le Chapitre, à la Cathedrale
, où apres qu'il euſt fait
les prieres & ceremonies ordinaires
, & reçeu le ferment &
l'hommage du Chapitre,on chantaleTeDeumavec
double Choeur
de Muſique , & les Trompetes ,
triple
GALANT.
103
triple décharge du Canon de la
Ville,& trois ſalves de la Cavalerie
& de l'Infanterie . Cela eftant
fait, ce Prince s'en retourna
à la Court en Proceffion , comme
il en eſtoit party , & l'on traita
fort magnifiquement toute cette
grande Aſſemblée , pendant
trois jours que durala Cerémonie
. L'arrivée de trois Ambaffadeurs
de Hollande , de Brandebourg
, & d'Osnabruch , fut pour
elle une augmentation d'éclat .
Le ſecond jour , la Nobleſſe du
Païs de Munſter preſta ſerment
de fidelité à Son Alteſſe , laquelle
aſſiſta en ſuite en Habit
Pontifical à la Meſſe chantée
par le Tréſorier du Chapitre
de Schmiſing. Apres la Mefſe,
elle reçeut l'hommage desMagiſtrats
, & de la Villede Munſter
avec de grands applaudiſſe-
E iiij
104
MERCURE
mens du Peuple , & s'en revint à
la Court en Carroſſe , précedée
de plus de deux cens Gentilshommes
qui marchoient à pied.
Le troiſième jour on monta
à la Citadelle , pour voir le Feu
d'artifice préparé ſous la dire-
Ction du Colonel de l'Artillerie
Correy , avec pluſieurs Machines
& Figures tres- bien difpoſées
, ſur la terre & ſur l'eau
du Foffe. Ce Spectacle eut tout
le fuccés qu'on en pouvoit eſperer.
Les Collations ſervies fous
des Tentes pour régaler les 'Dames
qui s'y trouverent en fort
grand nombre , acheverent les
divertiſſemens dela Feſte.
Les Habitans de Bernay ſe difpoſoient
fort à y recevoir Mr
l'Abbé de Geſvres,d'une maniere
qui luy fiſt connoiſtre la parfaitə
eſtime qu'ils ont pour une
Per
BIBLIA
GALANT. 105
Perſonne de ſa qualité & de fon
mérite ; mais ſa modeſtie s'opofant
à la dépenſe qu'ils vouloient
faire , luy fit cacher le jour de
ſon arrivée. Le ſeul avis qu'ils
en eurent leur vintd'un Homme
qui avoit rencontré ce jeune Ab.
bé, avec tout ſon équipage, à demy
licuë de la Ville , le Mardy
9. de ce mois , ſur les huit
heures du ſoir. Cette nouvelle
porta auſſitoſt la joye par tout.
Le bruit des Tambours qu'on
entendit preſque en meſmetemps
, fit prendre les armes à
plus de quatre cens Bourgeois,
qui ſerangerent en haye depuis
la Porte de la Ville juſqu'à celle
de l'Abbaye , où le ſon des Cloches
fit accourir tous les Habisans.
Les Peres Benédictins qui
eſtoient déja couchez, ſe leverét
pour le recevoir en Corps à la
Ev
106 MERCURE
1
Porte de leur Eglife. Il y entra,&&
pendant qu'il faifoit ſa priere , on
chantale Te Deum. Le Canon fut
tiré en ſuite , & tous les Moufquetaires
firent leur décharge.
Si -toſt qu'il eut eſté conduit dans
l'Apartement qu'on luy avoit
préparé, il donna ordre que l'on
défonçaſt pluſieurs Muids de
Vin dans le milieu de la Court.
Jugez de la réioüiſſance du Peuple.
Deux Mouſquetaires gardoient
les Portes de ſon Efcalier
& de ſa Chambre, pour empeſcher
la confufion. Les principaux
de 'a Ville vinrent le ſalüer
dés ce ſoir meſme ,& on ne
le quita qu'à deux heures apres
minuit.
Le lendemain , les Mouſquetaires
s'eſtant mis dans le mefme
ordre qu'on les avoit veus
le jour précedent , le Pere Vifiteur
GALANT. 107
1
teur des Benédictins de la Province
, qui estoit à Bernay, paſſa
au milieu pour venir ſalier Mr
l'Abbé dans ſa Chambre. Le
Clergé des Paroiſſes de Sainte
Croix & de Noftre-Dame de la
Couſture , entra apres luy. Les
deux Curez le haranguérent en
termes choiſis , ce qui fut fait de
la meſme forte par les Gardiens
des Peres Cordeliers , &
Penitens, à la teſte de leurs Com.
munautez . Les Juges d'Orbec
& de Montreüil , accompagnez
d'un grand nombre d'Avocats
&de Procureurs , luy rendirent
enſuite les meſmes devoirs.Mon.
fieur de la Boiſarderie Bailly de
Montreüil', luy fit un diſcours
qui luy attira beaucoup d'éloges.
Ce jeune & illustre Abbé répondit
à tout avec tant d'agrément,&
de prefenced'eſprit, qu'il
fut
108 MERCURE
fut admiré de tous ceux qui l'en
tendirent . Cette premiere cerémonie
qui dura juſqu'à midy , fut
ſuivie d'une autre qui fut la reception
de ce meſme Abbé à
l'entrée de la Porte de l'Egliſe de
1 Abbaye . Le P. Vifiteurrevétu
d'une Chape , ainſi que tous les
autres Religieux , vintly recevoir
ſous un Dais qui fut porté
par quatre Officiers. Il luy préſenta
de l'Eau - beniſte , & le
harangua avec beaucoup d'éloquence.
Il fut conduit dans
le Choeur ſous le meſme Dais,.
& on commença la Meſſe qui
fut folemnellement chantée.
Au retour , Il fit faire une diftribution
tres conſidérable à
plus de ſept cens Pauvres qui
eſtoient venus de toutes parts:
LeJeudy 11. il traitamagnifiquement
les Officiers qui avoient
-
com
GALAN T.
109
commandé la Milice, & il a reçeu
depuis les viſites de toute laNobleſſe
des environs ..
Monfieur l'Eveſque de Soiffons
dont la haute pieté vous eſt
connue , continuant à donner
des marques de ce zele ardent
qu'il fait éclater en toutes récon
tres, a baptisé depuis fix ſemaines
une Famille entiere de Juifs, Pere,
Mere & Enfans , dans ſa Ca--
thédrale . Tous ceux qui ſe trouverent
à cette Cerémonie, ne furent
pas moins edifiez de l'excel--
lentdiſcoursdont il accompagna
cette Action,que de la folemnité
quila rendit éclatante. Il fit remarquerentr'autreschoſes
que la
Prophetie qui fut faite au Sacre
du Roy, par l'Eveſque qui avoit
pris pour Theme, Inimicos ejus in
duam confufione,fuperipſum autem
efflorebit Sanctificatio mea , eſtoit
en
F10 MERCURE
enfin accomplie , puis qu'il eſtoit
vray qu'apres avoir défait
tous les Ennemis de ſon Etat &
de la Religion unis enſemble ,
donné la Loy , le repos, & la Paix
à toute l'Europe & au nom Chrétien
, ce grand Monarque mettoit
ſon application particuliere
à faire regner la Foy , à bannir
l'Heréſie de ſon Royaume , & à
rétablir la Meſſe par tout, comme
il avoitdéja fait à Geneve , àl'e ,
xemple du feu Roy qui l'avoit
rétablie à la Rochelle.
Je vous envoye un Air de l'illuſtre
Autheur , dont vous en
avez trouvé dans toutes mes Lettres
depuis quelques Mois. Il a
fait le Chant & les Paroles , &
l'on peut dire qu'il l'a voulu proportionner
ála petiteſſe de celle
qui a eu l'honneurde le chanter à
laReyne, comme unremercîmét
du
GALANT . FFD
du Préſent que Sa Majesté luy a
fait apres l'avoir entenduë joüer
du Claveffin. C'eſt une Enfantde
cinq ans , que Monfieur Jaquet a
renduë comparable aux plus habiles
en fix ou ſept mois. Il luy eſt
bien glorieux de faire des miracles
au dehors comme il en a fait
dans ſon domestique. Cette Enfant
connuë ſous le nom de la
petite Michon , a joüé trois fois
fur l'Orgue de la Chapelle du
Roy , les Pieces qu'elle joüe fur
le Claveſſin . Il n'y a rien de plus
furprenant que de luy voir à fon
âge des mains aflez fortes pour
toucherun Inſtrumétdece poids..
Auſſi ſa réputation eſt- elle déja ſi
grande,que tout le monde s'empreſſe
à venir l'entendre chez
P'Autheur de l'Air que vous trouverez
icy gravé. C'eſt luy qui a
foin de fon éducation.
AIR
F12 MERCURE
AIR NOUVEAU
chanté à la Reyne.
Reynean
EEyynneeaauuffffiibbeellllee que bonne,
Ce n'est pas vostre Couronne
Qui vous fait briller le plus,
Reyne ce font vos vertus.
Le Roy a donné Audience il
n'y a pas fort longtempsaux Députez
des Etats d'Artois. C'eftoient
les meſmes dontje vous
parlay l'anée derniere , aſçavoir
M.l'Evéque de S.Omer,M.le Vicomte
de la Thieuľoye,& M.Paliſot
d'Incourt: M.l'Evéque de S.
Omerporta la parole, & s'énonça
à ſon ordinaire avec cet air
qui répond ſi bien aux vives lumieres
de fon efprit , & à l'avanrage
de ſa naiſſance. Peu de jours
apres cette action , dont Sa Majeſté
fut tres - fatisfaite, il fut attaqué
GALANT .
113
taqué d'une fievre violente &
continuë , accompagnée d'autres
maux , qui en huit jours firent
deſeſpérer de ſa guériſon.
Il la doit au ſeul Medecin Anglois
dont le remede a fait un miracle
. Il feroit difficile de s'imaginer
le concours qu'il y a eu
chez luy , depuis la nouvelle du
danger où il a eſté. C'eſt une juſtice
que la Cour & la Ville ont
renduëà ſon mérite & à ſes grandes
qualitez . On connoiſt par là
qu'il a particulierement celle de
ſe faire des Amis .
:
• Monfieur le Comte de Ligneville,
venu icy de Baviere depuis
quelque temps , y doit retourner
bien-tolt pour accompagner
Madame la Dauphine en France.
Il eſt Gentilhomme de la
Chambre de Son Alteſſe Electorale
, & fut honoré de laClefd'or
il
114 MERCURE
il y a huit ans , lors qu'il entra au
ſervice de Monfieurl'Electeur de
Baviere en qualité de Colonel de
Cavalerie. Je ne vous dis point
que ſa Maiſon eſt l'une des quatre
de l'Ancienne Chevalerie de
Lorraine, qu'il eſt tres- digne Neveu
de ce brave & renommé
Comte de Ligneville , qui a commandé
longtemps l'Armée de
Lorraine avec tant de gloire , &
que Madame la Comteſſe de Lignon,
l'unedes plus illuftres Femmes
de ſon temps, eſtoit ſa Mere.
Je croyque toutes ces choſes vous
font connuës.Mais ce qui ne vous
l'eſt peut- eſtre pas , c'eſt la parfaite
reſſemblance qu'il avoit avec
un Frere Jumeau , appellé Monfieur
le Comte d'Autricourt. Elle
a fait autrefois tant de bruit, que
peu de Perſonnes l'ont ignorée.
Cette reſſemblance eſtoit ſi entiere,
GALAN Τ .
115
I
tiere , que quand ils s'habilloient
de la même ſorte, ce qu'ils faiſoiét
quelquefois pour ſe divertir, leurs
propres Domeſtiques s'yméprenoient
. Ils embaraſſoient juſqu'à
leurs Femmes , tant le fon de
leur voix eſtoit ſemblable , & ils
ont eu là deſſus plus d'un démeſlé
enſemble dans les intrigues de
quelques Maiſtreſſes . Lors qu'ils
eſtoient tous deux Capitaines
de Chevaux-Legers,l'un s'eſt mis
ſouvent à la teſte de l'Eſcadron
del'autre, ſans qu'aucun des Officiers
ny des Cavaliers ſe ſoit apperçeudu
changement. On faifoit
tous les jours des paris confiderables
fur leur reſſemblance,
& ils s'y affuroient tellement,
qu'une affaire criminelle eſtant
arrivée à l'un des deux , ils ne ſe
quitterent point , & fortirent
toûjours enfeble, ſans que laPartie
116 MERCURE
\
tie oſaſt en faire arreſter aucun,
dans la crainte qu'on ne ſaiſift
l'Innocent au lieu de celuy
qu'on vouloit pourſuivre. Ils s'aviſerent
un jour d'une plaiſanterie
fort réjoüiſſante , que je ne
puis m'empeſcher de vous cõter.
Mrde Ligneville avoit fait venir
unBarbier chez luy.Apres qu'on
l'eut razé d'un coſté , il ſupoſa
quelque affaire qui l'obligeoit
d'entrer un momet dans fonCabinet.
Mr le Conte d'Autricourt
fon Frere y eſtoit caché:Ce der
nier prit auffitoſt la Robe de
Chabre ,& s'attacha la Serviete
que le premier avoit emportée,
& eftant forty en cet équipage,il
alla s'affeoir das la même Chaiſe
que Mr de Ligneville venoit de
quiter. Le Barbier qui croyoit
trouver la meſme Perſonne,s'approcha
pour le razer de l'autre
coſté,
GALANT.
117
,
coſté , & eut une telle frayeur
de luy voir la barbe revenuë
en un inſtant , que ne doutant
point que ce ne fuſt un Démon
qui avoit pris ſa figure il fit
un grand cry , & s'évanoüit,
Pendant qu'on luy jettoit de
l'eau pour le faire revenir , Monfieur
d'Autricourt rentra dans
le Cabinet , & Monfieur de
Ligneville reprit ſa place à demy-
razé. Ce fut un nouveau
ſujet de ſurpriſe pour le Barbier.
Il crut avoir reſvé ce qu'-
il avoit veu,& ne ſçavoit que répondre,
quand on luy demandoit
le ſujet de ſa frayeur. Enfin ne
pouvant croire ce qu'on luy apprit
de la reſſemblance de ces
Freres, il les vit tous deux enſemble
, & en fut convaincu par ſes
propres yeux. Ce qu'il y avoit de
plus admirable,c'eſt la ſympathie
qui
118 MERCURE
qui eſtoit entr'eux. Jamais l'un
n'a eſté malade , que l'autre ne
le fuſt dans le meſme temps. Si
l'un recevoit quelque bleſſure,
l'autre en reffentoit la douleur,
quoy qu'ils fuſſent quelquefois
éloignez de plus de ſoixante
lieuës . Il en eſtoit ainſi des maux
d'accident , ce qui faiſoit qu'ils
avoient tous deux grand intéreſt
de veiller à la conduite l'un de
l'autre ; & ce qui vous paroîtra
entierement incroyable , quoy
que ce ſoit pourtant une verité,
c'eſt qu'ils faiſoient tres- ſouvent
lesmêmes ſonges .Cela s'eſt prou .
vé par ce qu'ils en ont dit deux
heures apres à leurs Amis, eſtant
en lieux diferens , & dans un
trop grand éloignement , pour
avoir pû ſe communiquer.Le même
jour que Monfieur le Comte
d'Autricourt fut attaqué d'une
fievre
GALANT . I119
fievre continuë qui l'emporta,
Monfieur le Comte de Ligneville
eſtant à ſon Regiment en Baviere
, fentit la violence de la
meſime fievre , & en fut réduit à
l'extremité dans le temps que
cet autre luy-meſme mourut. Il
luy eſt reſté un ſi grand regret
de cette perte , qu'il y a de l'apparence
que le temps meſme aura
de la peine à le conſoler.Il eſt
fort perfuadé qu'il feroit mort
comme Monfieur d'Autricourt
fon Frere , ſans un Voeu qu'il fit
à Noftre-Dame d'Altenting en
Baviere. Je ne vous dis rien que
je n'aye appris de luy meſme
depuis un mois , & que je ne
fçeuſſe déja par ce qu'en ont pu.
blié ſouvent les premieres Perſonnes
de la Cour , à qui la plûpart
de ces chofes ont eſté connuës.
Les Medecins qui ont
écrit
120 MERCURE
écrit ſur la ſimpathie qui eſtoit
entr'eux , affurent qu'il ne s'en
eſt jamais veu une pareille.
Rien n'eſt certain dans le monde,&
c'eſt ſe tromper,que de s'y
promettre une joye durable.Madame
la Ducheſſe de Hanover
en avoit beaucoup de venir en
France . Madame la Princeſſe
Palatine ſa Mere , & Madame la
Ducheſſe ſa Scoeur , eſtoient de
grands charmes pour l'y attirer.
Cependant elle y a verſédes larmes
; & fi la douleur que luy a
cauſée la nouvelle de la mort de
Monfieur le Duc de Hanover
fon Mary , a pû trouver du ſoulagement
, ce n'a eſté que par la
part qu'elle y a veu prendre aux
deux Perſonnes qu'elle confidere
& qu'elle aimedavantage. Ce
Prince ayant réſolu d'aller paffer
le Carnaval à Veniſe pendant
> l'abfence
GALANT . 121
l'absence de Madame la Ducheſſe
ſa Femme , partit accompagné
de Mr l'Eveſque d'Ofnabruk
fon Frere , ſi- toſt qu'il eut
veu les affaires d'Allemagne &
de Dannemark accommodées .
Il tomba malade à Ausbourg , &
mourut cinq jours apres , la nuit
du 27.au 28.du dernier mois. Les
Chirurgiens qui ont eſté employez
à ouvrir ſon Corps,ont trout
véque la cauſe de ſa mort eſt ve
nuë de deux excrefcences de
chair qui s'eſtoient formées autour
du poulmon , & qui ayant
creû inſenſiblement, ſe ſont jointes
apres une longue fucceffion
detemps , & l'ont privé tout-àcoup
de la faculté de reſpirer.
Auffi eft- il mort enun inſtant,
-ſans témoigner qu'il ſentiſt aucune
douleur. Il eſt univerſellementregreté
pour ſes bellesqua-
Ianvier 1680. F
122 MERCURE
litez . Il avoit l'ame grande &
genéreuſe;& comme il prenoit
plaiſir à faire du bien àdes Particuliers
de mérite , il le faiſoit
quelquefois d'une maniere ſi noble
, qu'on payoit toutes leurs
debtes , quelques conſidérables
qu'elles fuſſent , ſans qu'il laifſaſt
découvrir que ce fuſt luy
qui les euſt payées. C'eſtoit un
des Princes du Monde qui faifoit
le mieux les choſes extérieures
& avec plus d'ordre , quand
il vouloit ſe donner la peine de
les regler, ce qui luy arrivoit fort
ſouvent.Il eſtoit ſecret,tres -délicat
furla gloire , & particulierement
ſur la ſienne propre,& fur
celle de ſa Maiſon , dont il a tâ
ché d'augmenter l'éclat par toutes
fortes de voyes. On l'atoûjours
veu fort abſolu ſans que
perſonne l'ait gouverné , ſon autorité
GALANT!
23
torité eſtant la choſe dont il ſe
montroit le plus jaloux.Il prenoit
connoiffance de tout ce qui regaidoit
fon Etat , ſes Finances ,
&fa Milice , & meſme de tous
les Actes de Juſtice , afin d'en
juger luy-meſme , ordonnant
de toutjuſqu'aux moindres choſes,
dont il n'oublioit jamais que
ce qu'il vouloit. Ainſi ſon eſprit
eſtoit dans une activité continuelle.
Pour ſe délaſſer,il aimoit
les petites railleries , & les Perſonnes
qui le divertiſſoient
agreablement. Il a toûjours entretenu
une Troupe de Comédiens
François avec Mr le Duc
de Zell ſon aîné ; & ſur ſes der.
nieres années , il a fait faire des
Opéra en Italien,qu'on a trouvez
admirables , fur tout pour les
Voix& les Décorations Il en ré.
galala jeuneNobleſſe de l'Armée
Fij
124 MERCURE
de France , qui alla le voir lors
qu'elleeſtoit vers Minden. L'agreable
maniere dont il la reçeut
, luy donna tout lieunde
s'en loüer. Sa Cour eſtoit auffi
moderée que grande , & civile,
& magnifique. Il y avoit étably
toutes les manieres Françoiſes
qu'on ſuivoit en tout , juſque
dans les Familles meſme de la
Ville. Il avoit dans ſa Cour &
das ces Troupes beaucoup d'Of.
ficiers François , & leur fajfoit
garder , ainſiqu'aux Soldats , les
regles de France. Il a toûjours eu
dans cette derniere Guerre dou
ze à quatorze mille Hommes
tres - bien payez, qu'ila faitvivre
avecune fort grande difcipline,
tant dans ſes Etats que dans les
Quartiers qu'ils ont occupez . IlH
jetta les youx ſur Mr Podvvits,
Maréchal de Camp en France,
tresGALANT.
125
tres-habille en ſon Meſtier , &
un parfaitement honneſte Homme,
pour le faire LieutenantGenéral
de ſes Troupes , & l'envoya
demander au Roy. Il faiſoit
gloire d'eſtre fidelle obfervateur
de ſes Traitez , & quoy
qu'il ait fait paroiſtre en pluſieurs
occafions beaucoup d'attachement
pourla France ,& une venération
toute extraordinaire
pour la Perſonne du Roy , dont
il ne parloit jamais que comme
duplus grad&du plus ſageMonarque
du Monde, il n'a paslaiffé
de ſe maintenir toûjours dans
la Neutralité avec l'Empereur
& les autres Puiſſances , &
dans une bonne intelligence aveclesPrinces
voisins. Il leur a
donné à tousdela jalouſie, & en
a eſté continuellement follicité,
ainſi que des Teſtes Couren
Fiij
126 MERCURE
nées&des Etats Genéraux;mais
il eſt demeuré inébranlable , &
travaillant de tout fon pouvoir
pour le bien de l'empire , &
pour la Paix generale , il a fair
paroiſtre une entiere fermeté
contre l'Empereur , & contre
tous ceux qui ont voulu l'in
quiéter dans ſes Quartiers , qu'il
a défendus juſqu'à la fin . On
peut dire encor de luy qu'il eſtoit
tres - équitable , & qu'il n'ya jamais
eu un meilleur Maiſtre. 11
fçavoit diffimuler& foufrir de ſes
Sujets , de ſes Gens , & meſme
de ſes Miniſtres , quand la raifon
& la neceſſité l'exigeoient.
Comme il avoit l'ar de ſe faite
craindre auſſibien qu'aimer, il les
a toûjours maintenus dans le
devoir , & a particulierement
cu ſoin que ſes Miniſtres d'Etat
fuſſent tres-habilles. Il y en a
peu
GALANT.
1.27
peu dans l'Allemagne qui ſoient
du poids de Monfieur de Grotte
,& de Monfieur de Vvitzendorf,
ſur la prudence deſquels il
fe repoſoit de la Régence de ſes
Etat quand il alloit à Veniſe,
où il faiſoit un voyage de temps,
en temps.Cette République l'ef
timoit infiniment , &l'avoit mis,
au rang de ſes Nobles. Les
deux Miniſtres que je viens
de vous nommer , font entierement
conſommez dans les Affaires
; le premier pour les Finances
& l'Oeconomie , & l'autre
pour ce qui regarde l'Etat.
La conduite de ce Prince a toû
jours eſté ſi judicieuſe , qu'il n'a
point donné d'Emplois qui ne
ferventde preuves d'un vraymérite
à tous ceux qui en ont eſté
honorez . On le voit en la Perſonne
de Monfieur Broſſeau,
Fiiij
128 MERCURE
qu'il avoit choiſy pour ſon Réfident
en France , & que fa fidelité
inviolable, & le zele trespaſſionné
qu'il a toûjours eu
pour ſon ſervice , ont fait voir fi
digne de toutes les marques
de conſidération qu'il en a reçeuës.
Vous n'ignorez pas ſans
doute que Monfieur le Duc
de Hanover eſtoit Frere de
la Reyne Mere de Dannemark
qui l'aimoit fort tendrement.
Le 7. de l'autre Mois , c'eſt à
dire, vingtjours avant qu'ilmouruſt
, il avoit envoyé au Roy par
un de ſes Gentilshommes , un
attelage de fix Chevaux grisde-
perle non pommelez , qui
peuvent paffer pour les plus
beaux de l'Europe , & donton
tient qu'il avoit refusé douze
mille Ecus. Comme il n'a point
laiſſé d'Enfans mâles, Mrl'Evefque
GALANT SIRLIN
que d'Ofnabruk, qui eſt ſonCadet
hérite de ſes Etats. Ils font
d'une aflez grande étenduë, bien
fituez , & Luthériens com me
ceux de Monfieur le Duc de
Zell fon Frere aîné , & de
fon Parent Monfieur le Duc
de Volfembutel. L'exercice de
la Religion Catholique ne laiffoit
pas de s'y faire publiquement
depuis ſa Régence dans l'Egliſe
Ducale de ſon Palais. Il entretenoit
pour cela ſplendide
ment un Vicaire Apostolique qui
eſtoit Eveſque , avec quinze ou
vingt Capucins , qui prêchoient
alternativement en François, Italien
,& Allemand dans ſon E.
glife , à cauſe de ces trois Na
tions dont ſa Cour eſtoit compoſée.
Ils estoient logez dans un
des Apartemens de ſon Palais,
& avoient ſouvent l'honneur
Fv
130
MERCURE
d'eſtre reçeus à ſa table. Toutes
choſes leur eſtoient fournies en
abondance , tant pour leurs befoins
, que pour diftribuer à
tous les Pauvres qui ſe preſentoient
chez eux , & pour les Religieux
des autres Ordres. Il yit
avoit vingt-trois ans qu'il s'ef
toit fait Catholique , & quinze
qu'il eſtoit devenu Due deHanover.
Il n'avoit eu juſques là
que des Penſions , eſtant letroifiéme
Fils du Duc George , qui
avoit ordonné par ſon Teſta
ment , que les deux Aînez de fa
Branche ſeroient ſeuls à l'avenir
à partager ſes Etats. Ainfi
Chriſtian- Louis qui estoit l'aît
né, fut Duc de Zell;& George-
Guillaume , Duc de Hanover..
Chriſtian-Loüis eftant mort ſans
avoir laiſſé d'Enfans , George--
Guillaume devint l'aîné & Duc
ソde
GALANT.
131
د
de Zell , & laiſſa le Duché de
Hanover à Jean- Frideric , qui
eſt celuy dont je vous apprens
la mort. Il laiſſe trois Filles, qui
ne peuvent heriter que des meubles
& de l'argent. L'ainée de
ces trois Princeſſes n'a pas encor
neuf ans. La ſeconde en a
huit & l'autre ſepr. Elles
font toutes trois fort belles , &
bien élevées , ont l'eſprit tresavancé
pour leur âge , parlent
également le François & l'Allemand,&
ne ſe démeflent pas mal
de l'Italien qu'elles ſçavent expliquer.
Madame la Ducheffe
de Hanover leur Mere, qui les a
amenées avec elle en France,
n'oublie rien pour leur donner
une éducation digne du rang
qu'elles tiennent. J'aurois beaucoup
à vous dire de cette Prin
ceffe. Elle eft encor jeune, belles
:
13 MERCURE
& d'une bonté toute extraordinaire.
Sa douceur & fes manieres
honneſtes charment tous
ceux qui l'approchent , & rien
n'égale la délicateſſe de fon efprit
que celle de ſa vertu . Elle
a une de ces belles ames qui
ſçavent ſi bien & fi agreablement
faire toutes chofes, &qui
ayant la gloire pour premier objet
, nedémentent jamais ce caractere.
La conduite qu'elle a
gardée dans l'Allemagne , a eſté
ſi ſage & fi moderée , qu'elle
s'y eſt fait admirer de tout le
monde. Rien n'eſt plus àeſtimer
que l'application qu'elle a cuë
àfe conformer à toutes les inclinations
de feu Monfieur
le Duc de Hanover ſon Mary.
Elle en faiſoit le plus
grand de ſes plaifirz , & c'eſt par
la qu'elle a toûjours veſcu avec
luy
GALANT.
133
luy & en elle-meſme, dans cette
douce tranquillité qui fait le ſouverain
bonheur de la vie. Tant de
belles qualitez doivent peu furprendre
dans une Perſonne qui a
l'avantage d'avoir pour Mere
Madame la Princeſſe Palatine,
dont vous avez oüy vanter tant
de fois le grand air & labeauté.
Vous ſçavez qu'elle eſt Veuve
d'Edoüardde Baviere,Prince Palatin
du Rhin . Je n'ay rien a ajoûter
à ce que je vous ay dit depuis
peu de cette Maiſon. Quant au
mérite particulier de Madame la
Princeſſe Palatine,je ferois icy un
long Article ſans vous dire trop .
Elle a une force & une préſence
d'eſprit inconcevable. On luy a
veu quelquefois dicter dans un
même temps quatre ou cinq Lettres
diferentes ſur des matieres
de la plus grande conſequence,
&
1341
MERCURE
&elle n'a jamais entrepris de
negotiations dont elle ne ſoit venuë
àbout . Elle estoit Sur- Intendante
de la Maiſon de la feuë
Reyne Mere, qui l'honoroit d'us
ne tres - particuliere bienveillance,
& qui la regardoit comme ſon
Amie.Je croy que ſa Maiſon vous
eſt connue.Elle eſt Fille de Charles
de Gonzague,Duc de Nevers
& de Rhetel , &depuis Duc de
Mantouë& de Montferrat, &de
Catherine deLorraine,Fille aînée
de Charles de Lorraine, Duc du
Maine,& avoit pour Soeur Louïfe
Marie de Gozague,Femme d'Uladiſlas-
Sigifmond I V. Roy dePologne,&
remariée avec Diſpenſe
au Roy Jean-Cafimir fon Beaufrere.
Charles I I. de Gonzague,
Duc de Rhetelois, eſtoit le Frere
de ces deux Princeſſes . C'eſt
de luy que les Ducs de Mantoue
:
GALANT.
13 :
touë d'aujourd'huy deſcendent.
Les Ducs de Nevers ont vécu
autrefois en France avec tant,
d'éclat, que les plus puiſſans Souverains
de l'Europe ne portoient
pas leur grandeur plus loin. La
Maiſon de Gonzague, dont celle
de Nevers eſt une Branche , a
donné des Femmes aux Empereurs
, & en a pareillement reçeu
d'eux.
Jay à vous apprendre une autre
mort , dont j'avois oublié de
vous parler la derniere fois. C'eſt
celle de Mr leComte d'Albon ,,
Chevalier d'Honneur de Madame
, arrivée au commencement
de Decembre dans ſon Château
de Chafcuil en Bourbonnois. Mr
le Marquis d'Albon, Fils puinéde
M. le Marquis de S. Forgeux, eſt
fon Heritier , comme il l'eſt en
partie de Madame la Marquiſe
Doüairiere de Saffenage Antoi136
MERCURE
nette d'Albon,morte à Lyon dans
ſa 85. année , le 24. Novembre
dernier . C'eſtoit une Dame
d'une éminente vertu , tres charitable
pour les Malheureux,empreſſée
à ſecourir toute forte de
Malades dans lesHôpitaux & ailleurs,&
quia paſsé ſa vie dansun
continuel exercice de piete.L'A
né du jeune Marquis d'Albon,
que je vous ay dit eſtre du nombre
de ſes Héritiers , ayant embraſſe
le party de l'Eglife , s'eſt
fait recevoirComte de Lyon depuisdeux
mois,& eſt le dix- neuf
viémede ſon Nom & de fa Famille
qui ait eu ce Titre.Vous jugez
bien qu'il n'a pas eu de peine
àfaire les Preuvesde ſaNobleffe.
La Maiſon d'Albon eſt tres - ancienne.
Jean d'Albon , Sieur de
S. Forgeux &de S. André', laiſſa
deux Fils de Guillemette de Laire,
ة
GALANT. 137
re , ſçavoir , Guillaume &Gilles
d'Albon. Guillaume fut Pere
d'Antoine Sieur de S.Forgeux,&
c'eſt de luy que font deſcendus
Gilbert-Antoine,Cote d'Albon,
mort Chevalier d'Honneur de
Madame , & Mr le Marquisde
S. Forgeux . Gilles d'Albon, Frere
de Guillaume, épouſa Jeanede la
Paliffe, & en eut Guichard d'Albon
Sieur de S. André, marié en
premieres Nôces avec Anne de
Semur, &en ſecondes avec Catherine
de Talaru .De ce premier
Mariage ſortit Jean d'Albon Sieur
de S.André,Chevalierde l'Ordre
du Roy,& Gouverneurdu Lyon.
nois. Il épouſa Charlote de la
Roche , & en eut Jacques d'Albon
Sieur de S.André, Maréchal
de France, qui n'eut qu'une Fille
morte ſans poſterité;& Marguerite
d'Albon, mariée avecArtaud
de
138 MERCURE
de S. Germain , Chevalier,Sieur
d'Apchon , dont elle eut pluſieurs
Enfans qui ont fait Branche.
L'Hiſtoire eſt pleine des
grandes actions du Mareſchal
que je viens de vous nommer.
Il eſtoit Chevalier des Ordres
de S. Michel , & de la Jartiere
d'Angleterre. Apres s'eſtre ſignalé
en 1544. à la Bataille de
Serizolles , & avoir fait ſes efforts
pour ſe jetter dans Bologne
pendant le Siege qu'y mirent les
Anglois , il fut honoré du Bâtorr
de Maréchal en 1547. & de la
Charge de Premier Gentilhomme
de la Chambre. On l'appelloit
le Maréchal de S. André. Au
Sacre de Henry I I. qui l'eſtimoit
fort, il fit l'office de Grand Maître
de France, & fut l'un des Tenans
au grand Tournoy qu'on fit à
Paris en 1549. Le Roy le choifit
GALANT. 139
fit l'année ſuivante pour porter
le Collier de fon Ordre au Roy
d'Angleterre. Il commanda l'Armée
en Champagne en 1552. &
eut beaucoup de part deux ans
apres à la priſe de Mariembourg.
Il ſervit à la Bataille de Renty,
ruina Château - Cambreſis en
1555. & fe diftingua d'une maniere
fort glorieuſe à la Retraite
qu'il fit pres du Queſnoy. Il fut
choiſi parmy ceux qu'on députa
àChâteau-Cambrefis pour conclure
la Paix avec l'Eſpagnele 3.
Avril 1559.Henry II.eſtantmorr,
il embraſſa le party de Meſſieurs
deGuiſe, fit la fonction de Grand
Maître de France au Sacre de
Charles IX.reprit Poitiers ſur les
Huguenots , & eftant demeuré
priſonnier àlaBataille deDreux,
il fut malheureuſement tué de
fang-froid par Bobigny de Mesunk
zieres,
140 MERCURE
zieres , qui luy tira un coup
de Piſtolet en 1562.
- Le Samedy 13. de ceMois, Mademoiselled'ElbeufFille
deMrle
Ducd'Elbeuf,Chefde la Maiſon
de Lorraine en France, fit Profefſion
aux Religieuſes de la Viſitationdu
Fauxbourg S Germain.La
Reine luy donna le Voile noir,&
laceremonie fut faite par Mr le
Cardinalde Boüillon fon Oncle.
L'Aſſemblée ne pouvoit eſtre ny
plusilluſtre ny plus nombreuſe, le
rangde cette nouvelle Religieuſe
l'attirant, auſſibien que la ſatisfaction
qu'on ſe promettoit d'entendre
précher Mr l'Abbé des
Alleurs . Son Sermon fut d'une
beauté achevée. Cela ne ſurprit
perfonne.On est accoûtumé à ne
luy voir produire que des chefd'oeuvres.
Il dit à la Reyne en finiſſant
, Que la vertu estoit rare
dans
GALAN T.
145
dans le monde,qu'elle devenoit parfaite
dans la Religion , & que Sa
Majestépoſſedoit le merite de cette
double vertu . Il ajoûta, qu'undeses
Ancestres avoit donné une grande
matiere d'étonnement, enſe dépoüil.
lant de la Pourpre Royalepourpren.
dre l'Habit de Religieux, mais que
S.M.trouvoit un plus glorieux temperament
de vaincre le monde au
lieu de le fuir deSanctifier le Trône
au lieu de l' abandonner, & de poffeder
en meſme temps, & la vertu du
Monde qui estoit fi rare,& celle de
la Religion , en y entrant de temps
en temps poury exercer fapieté. Je
ne vous dis que la ſubſtance de
ce compliment qui fut tourné de
la maniere du monde la plus delicate
& la plus fine.
J'achevay ma derniere Lettre
avec tant de precipitation , que
je ne pus vous parler des Filles
d'Hon
142 MERCURE
(
d'Honneur que le Roy a choiſies
pour Madame la Dauphine. Ce
font Mademoiselle de Laval,Mademoiselle
de Clermont - Tonnerre
, Mademoiselle de Biron ,
Mademoiselle de Montaut ſa
Soeur, & Mademoiſelle de Rambures.
Mademoiſelle de Laval deſcéd
des anciens Comtes de Laval,
qui ont eſté les premiers Pairs du
Royaume.Elle eſt Filleule de Son
A. Royale Monfieur , & de Mademoiſelle
d'Orleans. Elle a du
mérite , fort bonne mine , l'air
grand, la taille proportionnée, les
cheveux noirs , le tour du viſage
beau, lesyeux fort grands & fort
vifs , le nez bien fait ,la bouche
petite , & les dents belles. Elle a
deux Freres qui font M. le Marquis
& Monfieur l'Abbé de Laval
. Le premier qui eſt aujourd'huy
GALANT.
143
d'huy l'Aîné & leChefde laMaifon
&des Armes de Laval , s'eſt
fort diſtingué dans les dernieres
Campagnes, tant par la bravoure
que par la dépenſe. Il eſt tresbbiieennffaaiitt,,
de belle taille, naturellement
galant , libéral &magnifique;&
rien nele marque mieux
qu'un Billet qu'il écrivitàMademoiſelle
de Laval ſa Scoeur, ſi-toft
qu'il apprit que le Roy luy avoit
fait l'honneur de la nommer. Il
eſtoit accompagné de deux mille
Loüis d'or pour luy aider à paroître
en Perſonne de ſon rang.Tout
lemonde ſçait que les plus gran.
desCharges du Royaumeonteſté
poſſedées par ceux de la Maiſon
de Laval. Elle eſt alliée aux Maifons
Royales de Caſtille, d'Arragon,
d'Angleterre,& de Sicile.Elle
a même donné pluſieurs Roys,
& à la France par le Mariage de
Jeanne
144 MERCURE
Jeanne de Laval avec Loüis de
Bourbon , Comte de Vendoſme,
Ayeul de Henry le Grand; & à
Jerufalem , par le Mariage d'une
autre Jeanne de Laval Femme de
René , Roy de Jerufalem , Duc
d'Anjou, avec qui elle eſt enterrée
dans les Cordeliers d'Angers.
Je ne parle point de pluſieurs autres
Alliances avec les Maiſons
Souveraines de Bretagne d'Aléçon,
du Maine, & de Chapagne.
Mademoiſelle de Clermont-
Tonnerre, eſt Petite-Fille de feu
MonfieurleComtede Tonnerre,
Chevalier des Ordres du Roy ,
mort le 1. d'Octobre dernier , &
Fille de Meſſfire Jacques de Clermont
, Comte de Clermont &
de Tonnerre , Premier Baron ,
Conneſtable , & Grand- Maiſtre
Hereditaire né de la Province &
des Etats de Dauphiné. L'éclat
de
GALANT.
145
de tant d'importantes Charges
brille affez de ſoy , pour m'empeſcher
de m'étendre davantage
fur cette matiere. Je vous diray
ſeulement qu'une des meilleures
Teſtes de France a jugé
qu'il n'eſtoit pas moins glorieux
pour ceux de cette Maiſon , de
conſerver ces deux grandes Terres
ſous le nom de Comté, dont
l'un eſt ſans contredit le premier
de Dauphiné , & l'autre le plus
ancien de la Province apres celuy
de Champagne , que d'en
pourſuivre l'erection en Duché
&Pairie, dont nos Roys ont honoré
leurs Ayeuls. Comme le
Roy a une connoiſſance parfaite
, du vray mérite , &de toutes
les perſonnes de qualité de fon
Royaume , il jetra d'abord les
yeux fur Mademoiſelle deClermont,
pour estre une des Filles
Janvier 1680.
G
146 MERCURE
d'Honneur de Madame la Dauphine
, & fit ordonner à Monſieur
l'Eveſque de Noyon fon
Oncle , de la faire venir à la
Cour. Ce Prélat dont je vous
ay déja entretenuë bien des fois,
l'alla prédre chez Madame l'Abbeſſe
de Dorigny ſa Tante , de
la Maiſon de Sourdis , & Soeur
de Monfieur le Marquis d'Aluy,
où elle eſtoit élevée ; & l'ayant
amenée à S. Germain , il la preſenta
à Sa Majeſté; qui la reçeut
avec ſes honneſtetez & ſes bontez
ordinaires. Elle a pour Mere
, Françoiſe Virgine de Fletrat,
Marquiſe &Héritiere de Preſſin ,
Maiſon ancienne & tres- riche
dans le Dauphiné.
Mademoiſelle de Biron , &
Mademoiselle de Montaut fa
Soeur, ſont fort belles. L'Aiſnée
eft brune, la Cadete blonde , &
toutes
BIBLIO
TA
GALANT.147
toutes deux d'une tres - grande
vertu.Elles font de l'illuftre Maiſon
de Biron,qui a donné tant de
Héros à la France, & Filles d'Elizabeth
de Coſſe , dont François
de Coffé Duc de Briffac &
Pair de France , eſtoit le Pere.
Il y a fort peu de Maiſons dans
le Royaume qui ſoient auſſi anciennes
que celle-là.
Vous ſçavez combien celle de
Rambures eſt illustre . Dés l'an
1411. David de Rambures fut
Chambellan du Roy qui régnoſt
alors, &Grand-Maiſtre des Arbaleſtriers.
Il y a plus de quatrevingts
ans que l'on compte des
Chevaliers de Malte dans cette
Maiſon. Charles de Rambures,
Chevalier des Ordres du Roy,
avoit épousé la Fille de Jean de
Monluc, fieurde Balagny, Marefchal
de France; & eſtant de
Gij
148 MERCURE
meuré Veuf, il ſe maria en fecondes
Noces avec Renée de Boulainvillier,
Dame de Courtenay ,
Chaſtelaine de Vaudreüil.De ce
ſecond Mariage ſont ſortis Françoisde
Rambures Meſtre de Cấp
du Regiment de ce nom , à la
teſte duquel il fut tué proche
d'Honnecourt;& René Marquis
de Rambures , Sieur de Courtenay
. Ce dernier épouſa Marie
de Bautru, Fille de Nicolas Bautru
, Comte de Nogent , Capitaine
de la Porte de la Maiſon
du Roy. Il en a eu un Fils &
quatre Filles,& c'eſt l'une d'elles
que le Roy vient de choiſir pour
mettre au nombre des Filles
d'Honneur de Madamela Dauphine.
Elleeft brune,& paffe pour
avoir de la beauté & de l'eſprit .
Madamela Marquife de Mont .
chevreüil eſt nommée pour eftre
leur
GALANT.
1
149
leur Gouvernante. Elle eſt Fille
de Meffire Charles Boucher ,
Chevalier , Seigneur d'Orſay ,
Conſeiller au Parlement de Paris
. C'eſt une des meilleures &
des plus anciennes Familles de
la Robe. Elle tire fon origine de
Jean Boucher, Conſeiller au Parlement
en 1315. Ce fut un de
ſes Deſcendans qu'on envoya
pour prendre poffeſſion de la
Ville deGennes au nom du Roy.
Bureau Boucher , auffi Conſeiller
au Parlement en 1427.&depuis
Maiſtre des Requeftes , eut
pluſieurs Filles, dont l'une époufa
Meffire Pierre de Morvilliers,
Chancelier de France ; l'autre,
Meffire de Marle, Premier Préſident
du Parlement de Paris; & la
derniere , Monfieur Viole AvocatGeneral,
dans le même Parlement.
Il eut pour Fils Jean Bou
Giij
150 MERCURE
cher , Conſeiller au Parlement,
en fuite Maiſtre des Requeſtes ,
& puis Conſeiller d'Estat , &
Chancelier de la Reyne Catherine
de Médicis , qui fut envoyé
Ambaſſadeur en Angleterre.Celuy
- là fut Pere de Meſſire Arnoul
Boucher, Seigneur d'Orsay,
qui fut Preſident auGrand. Confeil,
& Confeiller d'Estat , apres
avoir eſté Conſeiller au Parlement
& Maiftre des Requeſtes.
Madame la Marquiſe deMontchevreüil
a encor ſon Frere Cóſeiller
au Parlement. Il eſt Gendre
de Mr Pinon Conſeiller en
la Grand' Chambre ,& l'onziéme
de fon nom qui ait poſſedé cette
Charge de Pere en Fils. Madame
Boucher leur Mere eſtoit
Fille de Mr Bourlon, Chevalier,
Seigneur de Pially , Capitaine
des Chaffes & Levriers du Roy,
&
GALANT. II
& proche Parent de Monfieur
l'Eveſque de Soiffons, qui porte
le meſme nom. La Famille de
Meſſieurs Boucher a de grandes
Alliances. Elle a dans l'Epée ,
Meſſieurs les Ducs de Luxem
bourg-Montmorency, de Coffé ,
de Briffac , de S. Simon , & de la
Mote - Haudancourt , les Marquis
de Rennel , & de Perſan ;
&dans la Robe , Meſſieurs d'Aligre,
Molé, du Harlay, Amelot,
les Picards,les Ragniers, les Boëtes,
les Genciens, & le Boffu .
Dans le meſmetemps que Madame
de Montchevreüil a eſté
nommée Gouvernante des Filles
d'Honneurde Madame la Dauphine,
Sa Majesté a choiſy Mr
le Marquis de Montchevreüil
ſon Mary , pour eftre Gouverneur
de Monfieur le Duc du
Maine. Il eſt le chefde l'ancien-
Giij
152 MERCURE
ne Maiſon du Pleſſis - Mornay,
affez connuë dans l'Hiſtoire . Il
y a plus de quatre cens ans que
ſes Anceſtres prenoient des qualitez
diftinguées . Ils ont poſſedé
de temps en temps,des Gouvernemens
, des Lieutenances de
Roy,ou des Charges tres- confiderables
chez les Roys. Ily a eu
meſime des Chanceliers de cette
Maiſon , ſous Philippes le Bel &
Loüis Hutin. Pendant le Regne
deHenry IV . on a veu les deux
Freres Pierre & Philippes de
Mornay , l'un Cordon Bleu ,
Gouverneur de l'Iſle de France,
& l'autre fort eftimé du Roy fon
Maiſtre , Gouverneur des Ville
& Chasteau de Saumur. Mr le
Marquis de Montchevreüil dont
je vous parle , a ſervy pluſieurs
années dans les Armées en divers
Emplois , dont il s'eſt toûjours
GALAN T. 153
jours glorieuſement acquité . En
s'en retirant , il y a laiſſe cinq
Freres,dont quatre ont eſté tuez ,
ou y font morts. Le cinquiéme,
qu'on appelle Monfieur le Chevalier
de Montchevreüil, a encor
l'honneur d'y comander en qualité
de Colonel du Regiment du
Roy. Monfieur le Marquis de
Villarceau fon Coufin-germain ,
Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
de Monſeigneur , eſt de
la meſme Famille de Mornay , &
Neveu de Madame la Maréchale
de Grancé , qui ſe nomme
Mornay de Villarceau .
Madame la Ducheſſe de Crequy,
auſſi recommandable par ſa
ſageſſe & par ſa vertu , que par
les avantages de ſa Naiſſance ,
a eſté choiſie par le Roy pour
Dame d'Honneur de la Reyne,
en la place de Madame la Du ,
Gv
154 MERCURE
cheſſe de Richelieu,que je vous
ay déja dit eſtre Dame d'Honneur
de Madame la Dauphine.
Elle est de la Maiſon de S. Gelais,
fort illuftre & ancienne,puis que
dés le temps de Loüis XII. Alexandre
de S.Gelais, ſieur de Romefort,
avoit la Charge de Chabellan
, & s'allia dans la Maiſon
de Lanſac. Je laiſſe tous ſes Defcendans
& leurs grandes alliances
avec les Maiſons de Rochechoüart-
Mortemar, de Luſſe, de
Souvré , Touffy, & autres, pour
vous dire que Gilles de S. Gelais
& de Lezignen , Sieur de
Lanſac , & Marquis de Balon ,
bleſſé à mort au Siege de Dole
en 1636. laiſſa deux Filles , dont
l'une eſt Madame la Ducheſſe
de Crequy. Ce ſeroit icy le lieu
devous parler du mérite de Mr
leDuc de Crequy ſon Mary ,&
de
GALANT
155
de ſon voyage en Baviere ; mais
je remets cet Article avec celuy
du Mariage de Monſeigneur, &
tout ce qui l'aura precedé & fuis
vy , juſqu à ma Lettre du Mois
prochain.
J'ay accoûtumé de vous parler
tous les ans , de la galante Feſte
du Sapate, établie à Turin le cin.
quiéme Decembre . Il faut vous
rendre compte de ce qui s'y eſt
paſſé la derniere fois . Ce jourlà
il y eut Comédie Italienne le
foir , & pendant que Madame
Royale y estoit avec toute la
Cour , Son Altefle Royale , fit
porter trois Piédeſtaux carrez
feints en argent , ſur leſquels
eſtoient peints des Vaſes &
Feſtons de fleurs , imitées au
naturel. Les trois Piedeſtaux
dont vous trouverez la Figure
gravée dans cette Planche, s'ou.
vroient
156 MERCURE
J
vroient en maniere d'Armoire
& renfermoient chacun deux
Sieges- plians d'argent maſſif, ci
zelez , & tres- délicatement tra
vaillez. Le Siege en estoit couve
d'un velours violet , bordé d'un
creſpine d'or , le tout afſortiſſant
au Lit de Madame Royale. At
deſſus il y avoit une eſpece de
Marche- pied , qui diminuoit en
largeur à meſure qu'il s'élevoit
Il eſtoit compofé de trois Tiroir
fur chaque Piedeſtal, fort adroi
tement cachez ,& remplis d'une
tres grande quantité de Paquets
deGands, &de Peauxd'Eſpagne
& de Rome , de Couffinets de
ſenteur en broderie , de Pieces
de Rubans , & de riches Tiffus,
deManchons de toutes façons.
de Vazes & de Fiolles d'Effence
&de toutes fortes de galanterie
les plus rares , qui peuvent eſtre
ir
eu
ci
a
n
157
elles
trois
trois
une
e de
que
C'eeaude
Ces
en euds
bit cou-
12 doni
lame
ne bien
eſtre
ne
dont
de ivaà
es mant
S Ir exs
marce
nage
'i la
le
1
V
8
S
Z
V
d
C1
a1
d
N
la
Il
fu
te
tr
de
&
fer
de
dr
GALANT.
157
à l'ufage des Dames , à qui elles
furent diftribuées. Sur les trois
2
Marchepieds 2 on voyoit trois
Amours tenant chacune une
Corbeille d'argent , remplie de
Bouquets de toutesles fleurs que
le Printemps peut produire. C'eſtoit
une aſſez grande nouveauté
dans la ſaiſon du Sapate . Ces
Bouquetsliés avec de gros noeuds
de riches Rubas dediverſes couleurs
, furent pareillement donnez
aux Dames par Madame
Royale , qui apres avoir bien
cherché ce qui pouvoit eſtre
pour elle,outre les fix plians,dont
je vous viens de parler, trouva à
la fin une Bague d'un Diamant
taillé en coeur,d'une groſſeur ex
traordinaire ,&dont le prix marquoit
quelque choſe de lamagnificence
du grand Prince qui la
préſentoit , &de la grandeur de
L'augu
8 MERCURE
Fauguſte Souveraine , à qui elle
eſtoit preſentée. Chacun de ces
Amours avoit en ſa main par
écrit le Compliment qu'il ne
pouvoit prononcer. La lecture
en fut faite, & Madame Royale
l'écouta avec beaucoup de bonté.
Voicy les Vers que le Papier
de chaque Amour contenoit.
Ils font de Monfieur G ....
Confeiller & Secretaire d'Eſtat
de Son Alteſſe Royale , dont je
vous ay envoyé une Epiſtre en
Vers dans ma derniere Lettre .
Je nedoute point, Madame, que
vous ne ſoyez fort contente de
ceux- cy , puis que toute la Cour
de Savoye l'a eſté..
POUR
GALAN T.
159
POUR L'AMOUR
L
DE LA GLOIRE.
SONNET.
EPrincedont vous offre l'hom
mages
icyje
S'attache à mes Leçons dans ſes jeunes
ardeurs
Déja ſon coeur , plus grand que toutes
lesgrandeurs ,
Aux plus hautes Vertus accoûtume Son
age.
La noble impreſſion de cet apprentislage,
Le rendra tout brillant deses propres
fplendeurs,
Vaillant , & Souverain du fond de tous
les Coeurs ,
Tout chérira ſes Loix , on craindra fon
courage.
Ennemy des Flateurs , libéral , juste
doux 2
Extermi
160 MERCURE
Exterminant le vice & l'erreur Jous
Ses coups,
coups,
rite.
Il nedispenſeraſes bienfaits qu'aume
Que pour luy ce grand Art eft facile à
marquer !
Et qu'il est attentif , quand je lefollicite,
Sur ce que vostre exemple enseigne à
pratiquer!
POUR L'AMOUR
FILIAL.
STANCES.
PLein d'une douce confiance,
Qui marque mon respect , plûcost que
mon orgueil ,
Leviens chercher icy voſtre augustepréfence
Et recevoirdevous un favorable accueil,
I'y suis trop bien fondé , pouryformer
dudoute.
Vous sçavez que c'eſt moy qui vous on
ure laroute
C
D'un
GALANT. 161
D'un Coeur , qui de vos voeux est l'objet
le plus doux ;
Voussçavezqu'à mes soins vousdevez
Sa tendreſſe,
Et c'estparmes conſeils qu'ilvous jure
Sans ceffe,
Qu'ilfera toûjours tout à vous.
Dans cet illustre ministere,
Puis-je de mon espoir jamais me défier
Et quelque grand que ſoit le bonheur
que j'espere ,
Lapporte icy dequoy le bien justifier;
C'estun charmanthommage , un tribut
agreable;
Que vous offre par moy vostre Fils
adorable;
Des plus tendres ardeurs deſon empreſſement
,
Ce sont de vifs tranſports d'une amitié
fidelle,
Des respects que son coeur chaque jour
renouvelle,
Pour durer éternellement.
Mais c'est en vain que jem'excite,
Ce grand attachement ne se peut exprimer;
Mes
162 MERCURE
Mesurez-le Princeſſe , avec vostre
mérite ,
Voussçavez à quel point ce Fils vous
Sçait aimer.
Arbitre cependant de vostre doux commerce,
Ieveux que deformais tout mon pouvoir
s'exerce
A meſler à vos feux desplaiſirs infinis;
Etjeferay douter dans cet amourſincere,
Quel est le plus ardent, ou du Fils pour
laMere ,
Ou de la Mere pour le Fils.
POUR L'AMOUR
DE
LA RECONNOISSANCE.
VERS LIBRES.
N jeune & charmant Souve-
UNrain
,
Aparoiſtre àvos yeux aujourd'huy m'intereffe
,
Et jevous viens pour luy, grande &Sa
gePrinceffe,
Communiquer un grand deffein .
11
GALANT.
163
Il veut que ma main immortelle.
Travaille à luyfaire un Tableau,
On je furpaſſeray tout ce qu'on voit de
beau ,
Si j'en puisſuivre le Modelle,
D'abord ce Modelle offre aux yeux
Une Princeffe , en qui le moindre trait
étale
Tout ce qu'ont de plus glorieux
La majesté de la Grandeur Royale,
Et les vives beautez des Cieux,
On la voit appliquée à conduire à la
Gloire
Un Fils qui brille àson costé,
Qui prenant ſes Leçons avec aviditě,
Lesrenferme dansſa memoire
Comme une celeste clarté ,
Dont les divins rayons le disposent à
croire
Qu'ilsmontrent le chemin de l'Immor
talité.
Par leſecret d'un Art inimitable ,
On a peint ſon amour soigneux & dé-
Licat
C'est
164 MERCURE
C'est là qu'on voit cette Mere adorable
Dans l'affiduité d'un travail qui l'accable;
Mais c'est en vain que le travail
l'abbat;
On voit de plus en plus ſa conduite
admirable,
Pourfaire &Soûtenir le bonheur d'un
Etat,
Deſesplusjeunes ans facrifier l'éclat,
D'une constance infatigable.
Icy par sa prudence on voit regner la
Paix
laGuerre ,
Dans le déchaînement des fureurs de
Làſes Royales mains s'ouvrent pourſes
Sujets ,
Et reparent parſes bienfaits
Lafterilité de la Terre.
Icy l'on rétablist le bon ordre & les
Loix ,
Làl'Héreſie est aux abois ;
Là l'on voit refleurir les Arts & les
Sciences.
Icy les Vicesfont punis ,
Et
GALANT.
165
Et là des Monts affreux promptement
applanis,
Ouvrent de cent correspondances
Les avantages infinis,
Desmiracles fi grands à cette illustre
Mere,
Paroiſtroient cependant un fuccez ort
dinaire;
Et l'on remarque en ce Tableau
Queses vertus &ſa ſageſſe ,
Ioignant par un effet auſſi rare que
beau ,
Aux Etats confervez un Empire nouveau,
Couronnent ce cher Fils des fruits defa
tendreſſe.
Voila furquoy le Prince ordonne fans
tarder
Que jefaſſe éclater mon zele ;
Mais, Princeſſe, oferois-je icy vous demander
Si vous connoiſſez ce Modelle ?
Vous ne répondrez point sans doute à
Mais fi vous me cachezdes vertus fi
mon discours ;
públiques,
LVni
166 MERCURE
L'Univers entier tous les jours
Me répondrapour vous, par cent Panégiriques.
L'envais donc copier les traits &la couleur
,
Et pour placer dignement cet Ouvrage,
Princeſſe , j'ay choisi le fond meſime du
coeur ,
DuPrince , àqui ceſoin m'engage.
Làtraçant les effets de vos tendres bom
tex,
Poursa grandeur &poursa gloire,
Ic graveray de vives ſeûretez,
D'une inviolable mémoire.
Ainfitous vosſoins importans
Luy feront preſens en tout temps,
Et voyant vostre Regne &fi doux & fi
juste,
deurs,
De sa reconnoiffance il ſuivra les ar-
Et vous dira , Regnez , Régente au
Sur mes Etats , comme ſur tour les
gufte,
Coeurs,
Qu'en
GALANT. 167
Qu'en tout voſtre ſageſſe ordonne;
Que toûjours vos conſeils ſoient mes
plus cheres Loix ;
Et puiſque voſtre main me donne une
Couronne ,
Daignez toûjours m'aider à ſoûtenir
fon poids;
Le meſme ſoir , Madame Royale
entrant dans ſa Chambre,y
trouva devant fon feu un Ecran
d'une beauté ſinguliere. Il faut
vous en faire la deſcription. Le
pied eſt d'argent doré , travaillé
admirablement ; & dans le haut,
il y a une Couronne de Savoye,
couverte de fort beaux Diamas.
Le corps de l'Ecran eſt une Miniature
d'un excellent Maiſtre .
Le Deſſein reprefente Son Alteſſe
Royale Monfieur le Duc
de Savoye fur le bord de la Mer,
&à pied. Il eſt reveſtu du Manteau
Ducal. Vis-à-vis de luy ,
Mada
1
168 MERCURE
Madame Royale paroift fortir
d'un Palais , fuivie des Vertus.
Elle montre à ce jeune Prince
qu'il faut quiter les plaiſirs enfantins,
(on les voit repreſentez derriere
luy par une Troupe d'Enfans
qui joüent à toute forte de
petits jeux,) & ſe preparer à pafſer
à Lisbone,qu'ondécouvre en
perſpective à l'orizon d'une grãde
Mer. Un petit Amour volant
luy mõtre auſſi avec le doigt, que
c'eſt là qu'il doit aller chercher
ſes plaiſirs. On voit un Port &
des Vaiſſeaux preſts pour l'Embarquement.
La Gloire deſcend,
tenant une Couronne de Lauriers
; & la Renommée fend les
airs, pour publier à toute la Terre
la glorieuſe Alliance qui ſe fait
entre la Savoye & le Portugal ,
On lit ces mots écrits à un coin,
Matre Dea monstrante viam.
Dans
GALANT. 169
Dans l'autre coſté de le Table de
P'Ecran , il y a une broderie d'or,
d'argent , & de ſoye couleur de
feu fort relevée, fur une peau de
Frangipane , dont le deſſein repreſente
des flames de feu , fur
leſquelles eſt une Couronnetres.
riche .Les deux côtez sõt rejoints
parun galon d'or , attaché avec
un tres grand nombre de clous à
tête de Diamans. Madame Royale
, & toute la Cour , furent fort
longteps ſans pouvoir s'imaginer
d'où venoit ce galant& magnifique
Sapate;mais enfin on découvrit
que M. leCardinal d'Eſtrées,
dont la vivacité du genie brille
dans les petites chofes , comme
celle de ſon efprit ſe fait admirer
dans les grandes, avoit envoyé ce
Préſent de Paris par un Courrier
dépeſché exprés.
Les Nouvelles publiques vous
Ianvier 1680. H
170
MERCURE
auront déja appris la mortde Madame
la Duchefle de S. Aignan ,
arrivée le Lundy 22. de ce mois
apres cinq jours de maladie.
Elle estoit Fille de Monfieur de
Servient , Couſin germain du Secretaire
d'Etat Abel de Servient,
qui fut en ſuite Sur- Intendant
des Finances . Cette Maiſon eft
originaire de Dauphiné , & des
plus nobles , Alexandre de Servient,
Chevalier de Malte, ayant
fait les plus belles Preuvesd'une
ancienne Nobleſſe qui ſe ſoiet faites
il y a longtemps. La Mere de
cette Ducheffſe eſtoit Fille du fameux
Mõſieur Groulard premier
Préſident au Parlement de Normandie
, dont le zele pour le fervice
du Roy Henry III. futfecondé
de tat de credit & debonheur,
qu'incontinēt apres lesBarricades,
il aſſura Sa Majefté qu'elle
GALANT.
171
le pouvoit venir fort librement
dans ſa Ville de Roüen , où le
Roy s'achemina auſſitoſt ſur une
fimple Lettre de ce Premier Pré .
fident, auquel il avoit une parfaite
confiance. Auſſi le ſuccés répondit-
il entieremet à l'eſpérance
qu'il en avoit conçeuë. Jamais
persone n'a quité la vie avec plus
de détachement que la Ducheffe
dont je vous parle. Ellea témoignéune
pietévraymetChrêtienne,&
une fermeté tout à- fait
héroïque. Sa vertu, ſa douceur,&
ſa bonté , luy avoient acquis la
conſidération, & l'amitié de tout
le monde Monfieur le Duc de S.
Aignan eftoit abſent lors que
cet accident arriva.Sur l'avis qu'il
en eut , il pritla poſte , & courant
jout & nuit , il arriva aupres
d'elle quatre heures avant
qu'elle mouruſt. Il la trouva dans
Hij
172 MERCURE .
la même tranquillité & dans le
même raiſonnemét,que ſi ſa ſanté
euſt eſté parfaite. L'extreme
tendreſſe qu'elle avoit pour luy,
ne luy fit rie perdrede la ſoûmiffion
qu'elle avoit pour les ordres
du Ciel , tenant la vie & la mort
égales ,pourveu que la volonté de
Dieu s'accomplît en elle.Ce Duc
inconfolable ſe retira auffi-toft
apres dans le Convent des PP.
Auguſtins Déchauſſez, où Leurs
Majeſtez , Monfieur , & toute la
Maiſon Moyale , luy ont fait
l'honneur de l'envoyer viſiter,&
en ſuite un nombre infiny de
Perſonnes de qualité, ſon merite
luy ayant donné beaucoup d'Amis
, qui ont pour luy une eſtime
tres-particuliere.
Le jour précedent, Monfieur
de S. Hilaire , Mareſchal des
Caps&Armées du Roy,& Lieu
tenant
GALANT .
173
tenant General de l'Artillerie ,
mourut icy d'une mort ſubite. Il
me ſouvient que je vous parlay
de luy,quand je vous appris celle
deMõſieurde S.Hilaire ſon Fils,
tué au Siege de Lichtemberg.
Ainſi je croy vous avoir deja dit,
qu'apres avoir eſté bleſſé pluſieurs
fois au ſervice de Sa Majeſté,
& particulierement au Siege
d'Arnheim , où il fut longtemps
crû mortd'un coup de Mouſquet
dans les reins , il eut le bras emporté
du meſme coup de Canon
qui nous enleva MonfieurdeTurenne
. Il eftoit âgé de ſoixante &
dix ans , & avoit toûjours ſervy
depuis ſa jeuneſſe dans l'Artillerie
, ayant étudié ſous feu Mr le
Maréchal de la Meilleraye. Il ne
ſe pouvoit qu'il ne devinſt treshabile
ſous un ſi grand Maiſtre.
Monfieur Cotereau, Préſidét au
Hiij
174
MERCURE
Préfidial de Tours , & Préſident à
Mortier au Parlement de Mets,
eſt mort auſſi à Paris , ainſi que
Dame Genevieve le Bret,Veuve
de Monfieur Menardeau Conſeiller
de la Grand' Chambre .
Quelque avantage qu'on puiffe
tirer des grands biens,il n'y a que
la vie tranquille qui ſoit heureuſe
. La Fable du Ratde Campagne
eſtlà deſſusune Allégorie agreable.
C'eſt une matiere qui a eſté
traitée de pluſieurs , & alaquelle
Monfieur le Préſidět de la Tour.
nelle , de Lyon vient de preſter
de nouvelles graces . Voicy de
quelle maniere il l'a tournée.
297738634839999963 1964 1964 1963 1964 196
LE CAMPAGNARD .
IMITATION D'HORACE.
UNNRat Bourgeois de Village,
Las de mangerdu Fromage ,
Ex
GALANT.
175
Et des Noix pour tout régal ,
Futpafferle Carnaval
Chezun Rat de connoiſſance,
En Villede conféquence.
Ily vit Lambris dorez,
Apartemens azurez ,
Force Cabinets d'ébeine,
Quantitéde Porcelaine,
Et nombre de Couſſinets .
Dans unde ces Cabinets
Le Galantfaisoit retraite ,
Et fans craindre la difete,
Changeoitfelon laſaiſon
De ragoust & de maison.
Un Nid de Pastes de Gennes,
Adurer pluſieurs ſemaines,
N'estoit que pourpeu de jours.
Celuyde Prunes deTours
Se destinoit au Caresme ;
Ilavoit du Sorbec mesme ,
Jusqu'au dela du mois d'Aoust,
Et pourſon dernier ragoust
Cotignac , Verjus , Noiſete ,
Abondoit en ſa cachete.
Le Campagnard à gogo
S'en refaisoit le museau ,
Quand il ouit à la Porte
Fraper d'une étrangeforte,
C
J
Hij
176 MERCURE
Puis venir au Cabinet ;
Ilse crut pris au gober,
Etpour un coup de tariere
Eust donnéfa queue entiere.
Ne craint rien , ditle Bourgeois,
On y vient plus de dix fois,
Sans m'allarmer, dans une heure .
Adieu, Frere, ta demeure
Ravit & charme les yeux.
Mais mon Village vaut mieux,
Dit le Campagnard ſauvage,
Je m'en retourne , & j'enrage
De l'avoir quitté d'un jour.
Ainsi fait d'un beauSejour,
Tel qui dedansfon Village
Nemange que du Fromage.
Ne loge qu'en une Cage,
Etne pense qu'au retour.
3.
2
Le Roy a nommé à l'Evefché
de Carcaſſonne Monfieur
l'Abbé de Bourlemont , à qui
il avoit donné celuy de Fréjus
il y a déja quelque temps.
C'eſt un Homme d'un grand
mérite , & qui a exercé vingt
GALANT.
177
& un an la charge d'Auditeur
de Rote de la part du
Roy , avec beaucoup d'application
& d'intégrité. La Rote
eſt un Tribunal Souverain où
l'on juge toutes les affaires du
Pape , ainſi que celles de la
Chreſtienté , dont les Parties
ont droit d'appeller à Rome.
Comme toutes les Couronnes
y ont intereſt , elles y établiſfent
chacune un Auditeur. La
Couronne d'Eſpagne y en a
deux , l'un de Caſtille , & l'autre
d'Arragon , parce que dans
le temps que la Rote fut inſtituée
, cette Couronne eſtoit
diviſée en ces deux Royaumes.
Les Auditeurs des Couronnes
font chargez des Affaires
du Royaume qui les a nommez
quand il n'y a point d'Ambaſſadeur
, & ce fut par cette
178 MERCURE
raiſon que Monfieur le Duc de
Créquy ayant eſté obligé de ſe
retirer de Rome , Monfieur de
Bourlemont fut Plénipotentiaire>
du Roy , pour regler avec Monſieur
Raſponi qui estoit celuy du
Pape , la réparation qu'il prerendoit
ſur l'injure qui luy avoic
eſté faite. Le Traité ſe termina
à Piſe fort heureuſement pour
Monfieur de Bourlemõt,qui ſoûtint
les intereſts de ſon Maistre
avec une entiere fermere , & fic
inferer quatre Articles tres-glorieux
& tres importas, quoy qu'il
euſt la liberté de ne le pas faire.
Le Roy l'avoit déja rapellé il y a
huit ans, pour le faire Eveſque de
Lavaur; mais il jugea que fes fervices
luy eſtoient plus neceffaires
à Rome.
L'Eveſché de Frejus ,que cette
Nomination allaiſſe vacant,a eſté
donné àMonfieur l'Eveſque de
GALANT.
179
Cifteron , Fils de Monfieur de
Novion Premier Préſident .
Monfieur l'Evefque de Poitiers.
eſt mort le troiſième de ce moisu
Il eſtoit Frere de feu Monfieur le
Maréchal de Clerambault ,
avoit eſté fait Maistre de Cham
bre de Monfieur le Cardinal Ma
zarin , en la place de M. Aubry
aujourd'huy Tréſorier de la Sainte
Chapelle,lors que l'Evefchéde
Coutance luy fut donné.Onl'appelloit
en ce temps-là, M. l'Abbé
de Paluau. Sa Majesté le nomma
quelques années apres àl'Evef
che Poitiers , où il s'eſt rendu
recommandable par une longue
réſidéce.Il a laiſſé beaucoup d'ara
gent comptant à Madame laMaréchale
de Clerambault ſa Bellefooeur,
Veuve de feu Monfieur le
Comte de Paluau, qui ayant eſté
fait Meſtre de Camp de la Cavalerie
1801 MERCURE
valerie Legere, fut fait Maréchal
de France, apres la reduction de
Bellegarde & de Mouron . La
nouvelle de la mort de feu Mr
de Poitiers ayant eſté portée au
Roy , on luy dit que les beſoins
de cet Eveſché demandoient un
Homme intelligent dans les devoirs
des Eveſques , & que Sa
Majesté y devoit nommer quelqu'un
qui cuſt déja poſſedé cette
dignité. Le Roy cõmenda que la
Liſtedes Eveſques luy fuſtaportée,&
fi toſt qu'il eut entendu le
nom de Monfieur de S.Brieux, it
le choiſit pour Eveſque dePoitiers..
Les circonstances qui accompagnent
ce choix, font un fi
grand éloge du meritede ce Prêlat,
que tout ce que j'en pourrois
dire n'approcheroit pas de ce
qu'elles donnent ſujet d'en penfer.
Il eſt Neveu de feu Mr de
Peréfi
GALANT. 181
Peréfixe, Archeveſque de Paris,
a fait les fonctions d'Agent du
Clergé , avec grande gloire , &
s'appelle Hardoüin Fortin de'la
Hoguere. Le Roy a donné une
Penſion fur cet Eveſché à Mr le
Chevalier de la Rochefoucault.
Jay parlé ſi amplement du mérit
te & de l'illuſtre Naiſſance de
ceux de cette Maiſon , que je
n'ay plus rien à vous en apprendre
Il y a une dix- huitiéme place
vacante dans le Sacré College
par lamort du Cardinai François
Barberin,qui en eſtoitle Doyen,
arrivée le dixième de l'autre,
Mois, dans ſa 83.année. Il eſtoit
Neveu du Pape Urbain VIII.
&& s'eſt toûjours fort appliqué
aux affaires. Il a laiffe la plus
grande partie de ſon Bien aux
Religieuſes de Tarfa qu'il avoir
fon
182 MERCURE
fondées, & une Chaîned'or toute
enrichie de Pierreries au Roy
d'Eſpagne, à la protection duquel
il a recommandé ſa Maiſon.g
Je ne ſuis point étonné , Madame
, que la premiere des deux
Enigmes en Vers propoſées dans
ma Lettre du dernier Mois, vous
ait paru difficile à expliquer , &
que vos Amies ayent eſté obligées
de reſver long-temps pour
découvrir que c'eſtoit l'Eponge.
Ce Mot n'a eſté trouvé que de
fort peu de Perſonnes , qui font
Mademoiselle Paucet , de Laon
en Picardie , Meſſieurs Gardien
Secretaire du Roy ; Rault ; de
Roien ; Du Perroy, de Paris; Tamiriſte,
de la Ruë de la Ceriſayes
Le Bon Clerc de Châlons fur
Saône: L'inconnu de Meaux; c
P'Ariane de Sylvie. Mr Gardiena
fait làdeſſus ce Madrigalog
Touk
GALANT. 183
T
Out ce qui s'ofre
Enigme en Vers,
àmoy fur cette
Neme fournit que desſens de travers
Et jemebroüille plus j'y fonge.
Eft-ce l'Air , un Rabot , un Rasoir , un
Balay ,
La Roſée du mois deMay ?
Non, non, fur tous ces mois ilfaut paffer
l'Eponge .
Cette meſme Enigme a eſté
expliquée ſur l'or , le Vifargent,
le Bled, la Glace, un Oeuf, un Ba.
lay un Souflet à ſoufler des Cendres,&
la Suye de Cheminée.
Ceux qui ont trouvé l'Eponge,
ont auſſi trouvé le Ver àfoye , qui
eſt le vray ſens de l'autre Enigme.
Elle a eſté expliquée ainſi
par Monfieur l'Abbé de S.Dominique.
:
Comment donc , par quelle avan-
Vn
184 MERCURE
Cheznostre agreable Mercure
In Ver à ſoye a-t- il trouvé party,
Parmy tous ces Gens de mérite,
Héros, Belles, Stavans,& tant d'autres
d'élite?
Ab jevois maintenant , c'est qu'il s'est
travesty.
M
J'ajoûte les noms de ceux qui
ont auſſi deviné le Mot de cette
feconde Enigme, à laquelle perſonne
n'a donné aucun autre
ſens que celuy du Vers à foye.
MrMinot de Dijon; Le Chevalier
de Maiſoncelles ; Le Camus-
Rennar,de Tonnerre; Grimoüillere,
de la Ruë de Grenelle ;E.du
Coeur ; Bell.... Collet le jeune,
Avocat aAlençon ; Rofeſta Coquelon
Ladarp de Villeneuve
d'Agenois ; L'Abbé de Cary ,de
Marseille ;De Fabri ,Gentilhomme
de Provence ; De Manchalon
, d'Orleans , Jares , du
Quar
GALANT. 185
,
Quartier du Louvre ; de Boiffimon
C.D. C. Dorimond , d'Angouleſme
; P. Sauvage , De Bellair
de Mer pres de Blois ;
Loquet , du Fetit Arsenal ;
D'Hault..... E. Foineau , Sous-
Chantre de la Cathédrale de
Vennes ; De Nogués ; Martin ,
de Noftre - Dame de Provins ;
Guépin , de Rennes ; Regnard,
Bailly de Cruſy ; Deon de Ravieres
, Avocat ; Du Perroy ,
de Paris ; Fauvel , Directeur
de la Poſte à Morlaix ; Blandin
, Avocat en Parlement; Madame
la Marquiſe d'Alaigre,
Madame de Surille , Madame
Genu , & Mademoiselle
de la Brochetiere , toutes qua.
tre d'Alençon ; Meſdemoiſel.
les d'Anty de Pyllois - Montigny
; Meſdemoilles Miet &
Panhuys , de Blois ; Poinfard;
Du
186 MERCURE
Du Freſne , de la Maiſon d'Ef
pagned'Abbeville ; M.G.deNogent
le Roy ; Le Solitaire deGeneve
; l'Antipode des Politiques
deMorlaix; & le nouveau Bourgeois
d'Abbeville.
Ceux qui l'ont expliquée en
Vers , font Mr Boucher , ancien
Curé de Nogent le Roy; Fromentin
& Caudron , Régens au
College d'Abbeville ; &Mefdemoifelles
Heuvrard,de Tonnerre,
de Querjean,du Fret en Bretagne
; &du Freſne Guépin de
Rennes.
Voicy deux nouvelles Enigmes
que je vous propoſe. La
premiere m'a eſté envoyée de
Lyon, ſans qu'on m'ait écrit le
nom de l'Autheur , & la fecon
de m'eſt venue d'Arras . Elle eſt
de Mr de Préfontaine , Frere de
Mr l'Abbé de S.Eloy en Artois,
&
GALANT. 187
&tous deux Freres de feu Mr le
Roy , premier Commis de Mr
des Noyers , & en ſuite de Mrle
Tellier.
ENIGME.
Q
Voy
neme rebute jamais.
Jesuis neceſſaire au Commerce,
Jeſers en guerre comme en paix.
Jesuis presque auſſi vieux que la Terre&
queſouvent l'on me traverſe,
que l'Onde ,
Mais toutesfois loin dema fin.
Car jeſuis ſeûrque mon destin
Eft de finiravec lemonde.
DesMarsjetouche tous les Ports,
Souvent qui me tient , me demande ;
Sur tout , veſtu de blanc,j'embarraſſe ,
c'est lors ,
Queladifficultéde me trouver eft grande.
Eureux Secours
AUTRE ENIGME,
H
d'unefoibleffe humaine
,
Et l'uniquepourmontalent,
Le
188 MERCURE
Leſers aupauvre ainſi qu'à l'opulent,
Etrarementſans m'attirer leur haine.
Dememontrer on sefait unepeine,
Mais le temps met àla raison
Celuy qui voit en venir laſaiſon.
Lors ſans m'aimer , par tout on me promenes
Ala Ville, & dans la Maiſon.
On a bien veu que j'estois neceſſaire
Depuis quedansle Monde onm'afait recevoir;
Auffi par tout j'ay lepouvoir
D'eftre utile àplus d'une affaire.
IefaisplaisirauxArtisans,
I'ay lesSages pour Partisans ,
Etcependantje nepuis plaire.
Onne me vient chercher qu'à son corps
Et lors que l'on m'a mis une fois en
On ne mevoitpas moins que le Nez au
défendant;
usage,
Visage ,
Tantmonservice ad'aſcendant.
L'Enigme en figure eſtoit la
Pierre Philofophale. Jaſon repreſente
le Chymiſte qui la
cher
PHAETON ENIGΜΕ .
NOAT
GALAN T. 189
cherche en ſouflant dans le Fourneau
, que le Monſtre qu'il combatnous
fait entendre . Le Taureau
jette des flâmes par les narines
, comme un Fourneau allumé
en jette par ſes ouvertures.
La Toiſon d'or ſuſpenduë à un
Arbre dans l'Eſtampe,ne ſignific
rien autre choſe que la Pierre
Philofophale , que le Chymiſte
tâche de trouver , en cherchant
les moyens de faire de l'Or. C'eſt
l'explication qu'on donnée à cette
Enigme Meſſieurs Gardien,de
Boiffimon C.D.C. Minot, de Dijon
; & l'Inconnu de Meaux.
D'autres ont crû que c'eſtoit la
Bombe , ou la Pierre à feu , &le
Fufil.
Jettez les yeux fur Phaëton fupliat,&
vous me dirés la premiere
foisquel ſens vous croyez cachée
fous cette nouvelle Enigme.
Vous
190
MERCURE
Vous ſçavez que ſur les repro.
ches que luy fit Epaphe , il alla
prier le Soleil ſon Pere de luy
donner ſon Char à conduire.
Mr Minot Eccleſiaſtique de
Dijon,qui a eu l'honneur de précher
devant la Reyne depuis un
mois, dans l'Eglife des Religieu-
Les Recolletes, offrit le meſme
jour à cette Princeſſe douze Def.
ſeins de Tableaux Emblemati
ques , tirez de douze Textes de
l'Ecriture. Chaque Texte eſtoit
exprimé par quatre Vers François,
& par un petit Diſcours en
Proſe de trente lignes , Les Dames
qui accompagnérent SaMajeſté
chez ces bonnes Religieufes
, furent fort contentes de leur
Habit. Elles font veſtuës de blác ,
& ont un long Manteau de bleu
celeſte, avec deux grandes Médailles
d'argent en ovale,cizelez,
re
1
GALANT. 191
repreſentant la Vierge qui briſe
la teſte du Serpent. L'une de ces
Médailles leur tombe à l'endroit
du coeur , & l'autre eſt attachée
fur le Manteau du coſté du bras
droit. Elles ont preſque toutes
les auſteritez des Religieuſes
des autres Convents , & ce qui
les fait particulierement eſtimer,
c'eſt la parfaite union qu'elles
ont entre-elles , & un defir fi
grand de la folitude , qu'elles ne
prennent jamais de Penſionnaires.
Le Sieur Guichard , dont la
paffion dominante eſtoit de mettre
tout en uſage pour faire des
Opéra, & en établir en quelque
lieu du monde que ce fuſt , eſt
mort à Madrid , apres avoir crû
eftre venu àbout de ſon deſſein .
Mr l'Abbé de Maupertuis,
dont je vous parlay lors qu'il
rem
192
MERCURE
remporta le Prix de l'Eloquence
que l'Académie Françoiſe diſtribuë
tous les trois ans , eſt mort
auſſi depuis peu de jours.
Il eſt temps de vous parler des
divertiſſemens de cette faifon.
Vous ſçavez qu'elle eſt deſtinée
par tout aux plaiſirs.Je commence
par ceux de la Cour. On n'y
en a point pris d'autre pendant
tout ce Mois , que celuy de l'Opéra
de Bellérophon. Il a fort plû
à Sa Majesté, qui en a trouvé des
endroits ſi beaux , qu'elle les a
fait repéter deux fois dans chaque
Repréſentation . Auffi tout
Paris eſtoit- il demeuré d'accord,
qu'on y rencontroit ce qui eft
rafe , & tres -difficile dans un
Opera , je veux dire un Sujet
conduit, qui attache par luy -méme
, qui a toutes les parties de la
Tragedie, & dans lequel tous les
(diver
GALANT.
193
divertiſſemens naiſſent du corps
de l'Ouvrage , ſans qu'on les y
amene par des incidens forcez, à
l'exception de la Scene des Napées
& des Faunes,qui a eſté faite
contre le ſentiment de l'Autheur,&
feulement pour fournir
des Vers à la Muſique. On ceſſa
les Repreſentations de cetOpéra
Vendredy dernier,pour les reprendre
alternativement avec
celles de l'Opéra de Proferpine,
qui paroiſtra pour la premiere
fois le 5.Fevrier.Il eſt de Mr Quinault
, quis'eſt ſurpaflé luy-meſme
; & comme ſes Vers ont toute
la délicateſſe qui eft neceſſaire
pour le chant, on a une impatience
inconcevable de les entendre.
Si les oreilles doivent eftre
fort fatisfaites dans cét Opéra
, les yeux ne le feront pas
moins,puis que foit pour labeau .
Janvier 1680 .
194 MERCURE
té des Décorations , foit pour la
richeffe des Habits, il ne s'eſt jamais
rien veu de fiſomptueux en
France.
La Troupe Royale de l'Hoſtel
de Bourgogne , a repréſentéune
Tragedie intitulée , GenfericRoy
des Vandales,miſe au Theatre par
l'illuſtre Madame des Houlieres ..
C'eſt tout dire.Vous ſçavez combien
les Ouvrages que je vous
ay envoyez de ſa façon, onteſté
trouvez juſtes & pleins de délicateffe
, & avec quel empreſſement
on ſouhaite de tous coſtez
d'en voir dans mes Lettres. La
meſme Troupe prometune autre
Piece nouvelle ſous le nom d'Adrafte.
Elle est de Mr Ferrier.
Je croyois vous apprendre le
fuccés d'Agamemnon , affiché de
puis longtemps par la Troupe
du Roy , qu'on appelle de Guénegaud,
GALANT.. 195
negaud , mais la foule augmente
de jour en jour aux Repréſentations
de la Devinereffe , & non
feulement elles ont continué juſqu'à
aujourd'huy depuis la Saint
Martin qu'elle a commencé de
paroiſtre ſur le Theatre,mais il y
agrande apparence qu'elles continueront
tout le reſte du Carnaval
.Cet extraordinaire ſuccés ne
peut venir que de ce que tout le
monde trouve à s'y divertir plus
d'une fois , & vous tomberez
d'accord que les choſes qui nous
font fouhaiter de les revoir , ne
peuvent eſtre que fort agreables.
Vous ferez ſurpriſe de ne point
trouver icy ce que vous avez
peut- eſtre le plus attendu. Le
Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſellede
Blois n'eſtoit pas à oublier ; mais
plus la matiere m'a paru confidé .
2
Iij
196
MERCURE
rable , plus je me ſuis crû obligé
de la réſerver pour une Relation
particuliere,dans laquelle je vous
feray part avec une entiere exatitude
de toutes les circonſtances
qui en dépendent. Si vous avez
eſté juſqu'icy contente de
moy fur les grands Articles dont
j'ay eu ſoin de vous chercher le
détail , je croy que vous n'aurez
pas moins ſujet de l'eſtre de celuy
que je m'engage à vous faire.
J'y joindray une Relation de la
Lorraine Eſpagnolete,meſlée de
Profe & de Vers , qui vous apprendra
quantité de choſes fort
curieuſes touchat la Reyne d'Efpagne.
Vous ſçavez qu'on ne
peut écrire ny avec plus de jufteſſe,
ny plus galamment que certe
ſpirituelle Perſonne. Elle a
gardé longtemps le filence, & je
puis dire à ſa gloire, que toute la
France
GALAN T. 197
France commençoit à s'ennuyer
de ne plus entendre parler d'elle .
Comme cette Relation , & celle
du Mariage de Monfieur le Prince
de Conty , peuvent remplir
une Lettre preſque de la meſme
groſſeur que mes Lettres ordinaires
, vous jugez bien qu'il ne
m'eſtoit pas poſſible de les faire
entrer dans celle - cy, & qu'il auroit
falu ſuprimer toutes les autres
matieres,pour n'y employer
que ces deux Articles.Je ne manqueray
point à vous envoyer
cette ſuite d'aujourd'huy en
quinze jours . Adieu , Madame ,je
fuis voſtre , &c.
A Paris ce 31.Janvier 1680 .
BLIOTHEQUE
D
*
LYON
TABLE
03630333
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume .
Explication de la Médaille de la A
F
Paix , & de tous les lettons de l'Annéc
1680. IS
Meffieurs de Geneve,
L'Amourpiqué, Fable,
Tout ce qui s'est passé entre M. de Chauvigny
Résident du Roy à Geneve ,
30
47
Mariagede Monfieur de Pra &de Madame
de Dortan , Chanoineffe de Rimiremont
, SI
Mort de Madame Bidé, 54
Mort de M. le Marquis de Caylus, 55
Mort du Pere Caillot , 56
Discours fait au Roypar Monsieur l'Abbéde
la Broue, Evesque de Mirepoix,
58
Les Estrennes , Histoire ,
62
Entrée de M. l'Evesque de Munster à
Munster , 96
Reception faite à Monfieur l'Abbé de
GeſuresàBernay, 104
Famille entiere de luifs , baptiséepar M.
l'Evesque de Soiffons, 109
Audiance
TABLE.
Audience donnée par le Roy aux Dépu
tez des Etats d'Artois , 112
113
Mort deM.le Comte d'Autricourt, Frere
de M. le Comte de Ligneville , avec
pluſieurs avantures arrivées àces deux
Freresàcause de lagrande reffemblante
qui estoit entr'eux .
Mortde M. le Duc de Hanover, 120
Mort deM.le Comte d'Albon, 135
Voile donnépar la ReyneàMademoiselle
d'Elbeuf , avec le Discours fait àla
Reyne par M.l'Abbédes Alleurs, qui
prefcha le jour de cette Ceremonie, 140
Filles d'Honneur de Madame la Dauphine,&
leur Gouvernante , nommées
par leRoy,
M. le Marquis de Montchevrenil est
141
nommé par le Roy Gouverneur deM.
le Duc du Maine, ISI
Madame la Ducheſſe de Créquy est
nommée Dame d'Honneur de la Reyne
153
Ce qui s'estpassé à Turin le jour du Sapate,
155
Mort de Madame la Ducheſſe de S.
Aignan , 170
Mort de M. de S. Hilaire, Lieutenant
General de l'Artillerie 2 172
Le
TABLE.
LeCampagnard,Imitationd'Horace, 174
M.deBourlemont est nommé à l'Eveſché
deCarcassonne , & M. l'Evesque de
Cisteronà celuy de Frejus , 176
Mort de M. l'Evesquede Poitiers, 179
Eveſché de Poitiers donné à M. de S.
Brieux , 180
Mort de M.le Cardinal Barberin, 181
Noms de ceux qui ont expliqué la premiere
Enigme, 182
conde,
Enigme,
Autre Enigme ,
Noms de eeux qui ont expliqué la ſe-
183
187
ibid.
Explication de l'Enigme en figure, 188
Préfens faits àla Reyne par M. l'Abbé
Minor, 190
Mort du Sieur Guichard à Madrid,
191 .
Mort de M. l'Abbé de Mauperthuis,
ibid.
Divertiſſemens publics , 192
Fin de laTable,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le