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1679, 12 (Lyon)
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Bibliothecæ quam Illuſtriſſimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
MERCURE
GALANT,
LE
DAUPHILE12 DEDIE' A MONSEIGNEUR
THEQUE DA
LYDECEMBRE 1679
*
1893
8
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere .
M. DC. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROΥ.

LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
'EST pour la troifiéme
Année, cher Le-
Eteur , que je vous
preſente leMercure
Galand , vousy avez vû dans
ces derniers Volumes le Mariage
de la Reyne d'Espagne ; vous y
trouverez dans ceux de 1680.
leMariage de Monseigneur le
Dauphin avec pluſieurs autres,
qui donneront bien de la matiere
pour le Mercure. Vous me demandez
un Catalogue depuis
deux années des Livres Nonveaux,
je vous l'envoye.
a ij
LIVRES NOUVEAUX
L
i
de l'Année 1678.
'Hiſtoire de
fol.3.vol.
l'Egliſe de M.Godeau,
-Idem, le 3. Tome ſeparé.
Pratique de Pieté , ou Entretiens pour
tous les jours de l'année, ſuivant les
Maximes del Evangile, 12. 3. vol.
L'Art Poëtique, 12 .
Nouveaux Plaidoyez de M.Patru, 4.
Le Conte d'Effex , Tragedie de l'illuftre
Monfieur de Corneille le jeune .
LesNobles de Province, Comedie de
Monfieur de Haute Roche.
Le Comte d'Ulfeld, 12 .
Memoires duMarquis d'Almachu, 120
2. vol.
Traité des Armes , des Machines de
Guerre , enrichies de figures, par le
SieurGaya, 1 2 .
Les Livres de S. Auguſtin de la maniere
d'enſeigner les principes de la
Religion, 12 .
Remarque ſur un Ecrit dicté à Doüay,
12.
LaVie & la Mort Chreſtienne par le
Pere
Catalogue.
Galates, 1
Pere Cyprien de Gamache , 12 .
Nouvelle Vie des Saints, 8. 3. Vol.
La Princeſſe deCleves, 12.4. vol.
- Idem, la Critique , 12 .
Nouvelles Amoureuſes &
Relation de Catalogue, 12.
Heures enVers de l'incoparable Sieu
8957
de Corneille l'aifné, 12. figures.
Le quatriéme Volume des Ellais de
Morale, 12 .
La Difcipline de l'Egliſe du Pere Thomaffin
, fol . 2. vol .
:
Oeuvres de Meſſieurs de Corneille augmentées
de trois nouveaux Volumes
qui ſe vendent ſeparez , 12.
10. vol .
Architecture Navale, 4.
Le pur & parfait Chriſtianiſme du P.
Camaret, 8. 3. vol .
Hiſtoire du grand Tamerlan, 12.
De Lazarille de Tornes , Traduction
nouvelle, 12. 2. vol.
Hiſtoire de D. Quichotde laManche,
Traduction nouvelle , 12. 4. vol,
Jeu Royal de la Langue Latine avec
les Cartes, 8.
Nouveau jeu de Carte du Blazon.
دس
1
Hiſt, du Schifine des Grecs, 12. 2.vol...
aij
Catalogue.
-del'Arianiſme, 12.3 . vol.
-des Iconoclaſtes , 12. 2. vol.
-des Croiſades, 12.4.vol.
-du Schiſme d'Occident, 12.2.vol.
Hiſtoire de la Chancellerie par Monſieur
Teſſereau, fol.
Capitularia Regum Francorum Autoris
Steph .Baluz , fol. 2. vol .
Religion contre les Athées , 12.
Sentences ſur la Bible du Sieur Laval.
Sentences & Instructions Chreſtiennes
, tirées des Oeuvres de S. Aug.
par ledit Laval , 12. 2. vol.
Phedre &Hippolite, Tragedie, 12.
Origine desGuerres par P. Linace de
Vaucienne, 12. 2.vol.
A
Origine des François , 12. 2.vol .
Hift. du Schiſme d'Angleterre, 12.2.7.
Conſeil de la Sageffe, 12.
Converfion des Pecheurs , 12 .
Methode de la Penitence, 12 .
Vie de Madame le Gras , 12 .
Nouveau Dictionaire de Monſeigneur
le Dauphin, 8. & 4 .
Maldonat. de Sacramentis , fol.
Delices de l'Eſprit de M. Deſmareſt,
12.2.vol.
Inſtruction du Droit Eccleſiaſtique de
Bonel, 12 . L'Art
Catalogue.
L'Art de Parler, 12 .
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers,12.
Recherches de la Verité, 12. 3.vol.
- Idem, 4.
Oeuvres de Mont- Fleury, 12. 2.vol .
4
Idem de M. Pradon, 12 .
- Idem de M. Poiffon, 12 .
- Idem de M. Racine , 12. 2.vol .
Nouveau Recueil de Comedies, 12 .
Morale Chreſtienne de Droinet , 8.
Hiſtoire d'Allemagne de M.Prade, 4.
Element de Mathematique, 4.
Theodori de Pænitent. 4. 2.vol .
Medecin à la Cenfure, 12 .
Avantage de la Vieilleſſe , 12.
Avanture de M. d'Affoucy de France,
12. 2.vol.
-Idem d'Italie, 12 .
-Priſon dud. 12.
-Pensée dud . 12 .
Recüeil de l'Academie, 12 .
Combatdes Chreſtiens S.Ifidore,12.
Correction fraternelle, 12 .
Idée de la Morale Chreſtienne,12.2.v.
Hiſtoire des grands Viſirs, 12.
Prince de Perſe , Nouvelle Hiſtorique,
12 .
La Rivale, Nouvelle Hiſtorique, 12 .
a iiij
Catalogue.
1
Oeuvres de M. d'Andilly, fol.3. vΙ.Ι
Nouveaux Preaumes du Pere Mege, 8..
La Vie de Sainte Gertrude , 8
Union des Ecclefiaſtiques avec les Religieuxs
8 -inoid ch asuv
Expoſition du S. Sacreniente parM.
Thiers, 12. 2 vol.
Methode de la Geographie par le S.
Robbé, 12. 2. vol.
Hift. du Gouvernement de Ciſteaux,44
Voyage de M.Tavernier, 4.2.2 vol
Vie de Jeſus Chriſt par M. l'Abbé Si
Real, 4..
Defence de l'ancienne tradition des
Egliſes de France. Izi sh
Aftrée, 12. 2. yol. Nouvelle Traduct.
Methodus Hiſtoriarum Anatomico-
Medicarum, 12 .
Heroine Mouſquetaire,
12.4.vol.
Jolande de Cecile,
2. vol.
zoiseT
De M.1. de
Voyage de Fontaineblean.
Prefchac .
Ambitieuſe Grenadine,
Comte d'Eſſez , 12. 2.v. J 5
Les Preceptes Galands de M.Ferier,12.
Nouvelles
Catalogue.
Nouvelles & faciles inſtructions pour
réünir les Egliſes Pretenduës Re
formées , 12 .
Reflexion Chreſtienne ſur les principes
de la Morale, 12 .
Maximes de Madame la Marquiſe de
Sablé, 12 .
Confolateur Chrêtien , ou Recüeil de
Lottres, 12 .
Fable d'Eſope en Rondeaux par Ben-
1 ferade, 12. figures.
Advent du Pere d'Affier ,8.
Vie de S.Ambroiſe par M. Herman , 4 .
De la maniere qu'un Chreſtien doit
faire ſonTeſtamét par M Sarazin,12 .
Explication des Epiſtres de S. Paul,
par Monfieur du FR. 8 .
Nouvelles de Miguel de Cervantes,
12. 2.vol.
Hift. des Amazones, 12. 2.vol. "
Les Promenades de Livri, 12. 2. vol .
Meroüé fils de France , 12 .
Alfrede Reyne d'Angleterre, 12.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huer, 12 .
D. Juan d'Autriche, 12 .
Memoires d'Hollande, 12 .
Relatió des Religieux de laTrape. 12 .
a V
Catalogue.
Differtation ſur les Sibyles, 12.
Regles de l'Ame affligée, 12. fig.
Converfion du Pecheur par la penitence,
12. fig.
Relation du Siege deGrave avec le
Plan, 12.
Heureux Eſclave, 12. 2. vol . avec l'Hiſtoire
de Laura, 12 .
Conduite du Sage , 12 .
Nouveau Eſtat de la France, 1 2.2.vol.
Remarque ſur la Theologie Morale de
M. Geneſt , approuvée par M. de
Grenoble, 12. 2.vol.
Almanach de Milan, 12. 1680 .
Almanach de Liege 1680 .
La veritable forme du Sacrement de
l'Eucharistie , de M. Arnaut, 8 .
La Vie Chreſtienne , ou les Principes
de la Vie Chreſtienne , tres utile &
necellaire à toutes fortes de perfonnes,
24.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Decembre .
L'Academie des Sciences & des Arts
pour raiſonner de toutes chofes,
32. 3.vol.
La
Catalogue.
La Belle Hollandoiſe , Nouvelle Hiſtorique,
12 .
Nouvelle Methode pour apprendre le
Plain- Chantjen fort peude temps.8 .
Diſcipline de l'Eglife, tom. 2. fol .
Baluzij Miſſellanij , 8 .
Oeuvres de Grenade, fol .
Advent de Sarrazin , 8. 2.vol .

Defenſe du Renverſement de la Morale
d'un Particulier, 12 .
Horace Traduction Nouvelle, 12.2.v.
Critique ou Differtation ſur leVoyage
de Grece deMonfieur Spon,Medecin&
Antiquaire , 12. avec une
Carte en taille douce.
Le Pilote de Londe-Vive , ou les Secrers
du Flux & Reflux de la Mer,
contenant XXI . Mouvemens & du
Point fixe d'un Voyage Abregé des
Indes, & de la Quadrature du Cercle
, compoſez ſur les Principes de
la Nature , nouvellement decouverts
, & mis en lumiere par Mathurin
Eyquem , Sieur du Martineau
; Outre que ce Livre montre
par des Syſtemes nouveaux , faciles,
&donton a jamais parlé,ces Points
qu'il eſt ſçavant, curieux , &plai
fant
Catalogue.
fant à lire . Les Doctes en choſes
naturelles croyent qu'il montre la
Medecine Univerſelle ſous des figures&
des principes familiers , ce
qui luy donne de la reputation , ce
Livre eſt in 12 , imprimé à Paris,
& ſe vend trente ſols , relié ſans
matchander.
LIVRES NOVVEAVX
de l'Année 1679 . :
LaNoble Venitienne', & le Nouveau
Jeu de la Baffette, où les Perſonnes
de qualité de la Cour font nommées
, par M.de Preſchac , 12 .
Nouvelles Galantes du temps , contenant
la Jalouſe Flamande , & le
Mary heureux Amant, de Monfieur
dePreſchac, in douze.
L'Eftat preſent de l'Archipel , avec
l'Hiftoire d'Irene, in- douze , 3.vol .
Les Exilez de Madame de Ville- Dieu,
tout rechangé & augmenté de deux
Volumes in-douze , fix Volumes
impreffion de Paris , ils ſe vendent
fixlivres.
-Idem impreſſion de Lyon , bien
imprimé,
Catalogue.
imprimé , de la meſme lettre du
Mercure , les 6. vol. reliez en 3. ſe
vend 45. fols.
Les 5.& 6. tom.feparez ſe vend 20. f.
Hiſtoire du Serrail ,auſſi nouvelle Edition,
augmenté d'un tiers, in douze,
fix volumes , ſe vendent fix livres .
Anne de Bretagne Reyne de France,
Tragedie de M. Ferier, qui a fait les
Preceptes Galants, 12.ſe vend 15.f.
Le Corps de Medecine in quarto, 4.
vol. utile à toutes perſonnes qui ſe
meſlent de cette Profeſſion .
Huetij Demonftratio Evangelica , in
folio, ſe vend douze livres. Ce nom
vous eft affez connu , pour un des
Scavans Hommes de ce Siecle. Il
fuffit de vous dire qu'il eſt de l'Academie
Françoiſe , & qu'il a I hon .
neur d'eſtre Precepteur de Monfeigneur
leDauphin.
-Differtationes Philoſophicæ in 12 .
Devotions des Saints Vendredys , indouze,
figure.
e
Differtation d'un voyage de Grece,
publié par M. Spond Medecin , par
M.la Guilletiere, qui a fait Athene,
anciene& nouvelle, il ſe vend. 25 ..
Explica
1
Catalogue.
Explication litterale des Epiſtres de
S.Paul à Philemon, in octavo .
Nouvelle Ameriquaine , Hiſtoire veritable,
indouze, 2. volumes.
Le Nouveau Jeu de l'Ombre, in 12.4
La Princeſſe de Montpenfier, in 12.de
l'Autheur de la Princeffe de Cleves,
avecdes vers à la fin ſurſla Paix,
par M. de Corneille l'Aiſné.
LesOeuvres Chrétiennes & Spirituelles
de M.l'Abbé de S. Cyran,in 12.
4.vol. il ſe vend 6. 1 .
Le4. tome ſe ſepare indouze.
Le Journal des Saints du R.P.Groſez,
de laC. de I. reveu , corrigé &augmenté
, nouvelle Edition , qui ſe
vendra toûjours so.f.in 12. 3.vol.
La nouvelle Vie des Saints , en 4. vol.
in- octavo , par ces Meſſieurs avec
desReflexions Chreſtiennes fur la
Vie de chaque S. & tirez des meilleurs
Autheurs, 12. 1.
Le vray Devot confideré à l'égard
du Mariage , & des peines qui s'y
rencontrent,indouze, 20. f.
Du Culte des Saints , & principalement
de la tres-Sainte Vierge , par
cesMeffieurs, in octavo, 4. 1.
Le
Catalogue.
Le vray Devot en toute forte d'étar,
ſelon l'Ecriture Sainte , & les Peres
de l'Egliſe, in - octavo, 4.1 .
Le 3. tome du Roman Comique de
Monfieur Scaron , par M. de Préchac,
in 12.30. f.
La Troade de Monfieur Pradon,Tragedie,
15. f.
Reflexions ſur la Religion Chrétienne,
contenant l'explication des Propheties
de Jacob & de Daniel , fur
la venuë du Meſſie , par ces Meffieurs,
4.1. 10.f. indouze.
LIVRES NOVVE AVX
du Mois d'Avril.
Traité des Superſtitions ſelon l'Ecriture
Sainte ; Les Decrets des Conciles
,& les ſentimens des Saints
Peres & des Theologiens , par M.
Thiers , indouze, 2. livres .
Memoires pour ſervir à l'Hiſtoire des
Plantes , dreſſez par Monfieur Dodart
de l'Academie des Sciences ,
indouze, so . f.
L'Hiſtoire de France & l'Origine de
laMaiſon Royale par le P. Adrien
Jourdan
Catalogue.
2
Jourdan de la Compagnie de Jeſus,
in- quarto, 3. vol. 18. livres.
Le troifiéme volume dudit ſeparément,
6 livres .
L'Oraiſon Funebre de Monfieur le
Premier Prefident de Lamoignon ,
par Monfieur l'Abbé Fléchier , inquarto.
Hiſtoire de Theodoſe le Grand par le
meſme, inquarto, 6.1.
Voyage de la Terre Sainte , avec des
remarques pour l'intelligence de la
fainte Ecriture, indouze, 3.1 .
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
, lieux Geometriques , &c.
par l'Academie Royale des Sciences;
indouze, so. f.
Traitez de Mechanique , de l Equilibre
, des Solides & des Liqueurs ,
du P. Lamy, indouze, 30. f.
Le troifiéme & quatriéme Tomes de
Ia Morale de Monfieur de Grenoble,
2. vol . indouze, 4.1 .
La Contrecritique de la Princeſſe de
Cleves, indouze, 20. f.
Le Courier d'Amour, indouze.
L'Education des Filles , indouze,
3
2. livres.
Nouvel
Catalogue.
J
Nouvelles Maximes ou Reflexions
Morales , indouze, 20.
Cafumir Roy de Pologne , Hiſtoire!
-veritable & nouvelle , indouze,
2. vok of
Le triomphe de l'Amitié , par Mon
fieur de Preſchac, indouze.ava
L'illustre Parifienne par le meſme,
indouze 4
Derniere Campagne de Flandre &
d'Allemagne juſqu'à la Paix , in- コン
douze, 30. f.
Voyage de Monfieur Pirard de Laval
aux Indes Orientales , Maldives,
Moluques,& au Brefil ,& les divers
accidens qui luy font arrivez , inquarto,
5.
6.1. 1
S. Aurelij Auguftini Hipponenfis
Epifcopi Operum Tom. I. poft Lovanienfium
Theof.recenfionem,Caſtigatus
denuo ad Mff,Codices Gallicanos
, Vaticanos , Anglicanos,
Belgicos , &c. Nec non ad editio
nes antiquiores& caftigatiores,operâ&
ſtudio T MonachorumOrd.Santi
Benedicti , in- foll
Hiſtoire Sainte de Gautruche , in 12 .
"
6
Caſſiodo
Catalogue.
4
Caſſiodori Opera, fol. z. vol. 15.1.
Dictionnaire Pharmaceutique ou
plûtoſt Apparat Medico - Pharmaco-
Chymique, ouvrage curieux pour toutes
fortes de Perſonnes ,utile aux Medecins
, Apoticaires & Chirurgiens,
&tres- neceſſaire pour l'avancement
&l'inſtruction des jeunes Gens , qui
s'addonnent à la Profeſſion de la
Pharmacie , & particulierement del
ceux qui ne poſſedent pas,pleine.
ment la Langue Latine , par le Sieur
de Meuve Docteur en Medecine,Conſeiller
& Medecin ordinaire du Roy,
in- octavo , deux vol. 3.1.
Reſponſe à la Critique publiée par
Monfieur Guillet , ſur le voyage de
Grece de Jacob Spon , avec quatree
Lettres ſur le meſme ſujet. Le Journal
d'Angleterre du Sieur Vernon , & la
Lifte des Erreurs commiſes par Monſieur
Guillet , dans ſon Athenes Ancienne
& Nouvelle , in- douze.
L'Hiſtoire de Veniſe par Baptiste
Nany , de la Traduction de Monfieur
l'Abbé Tallement , in- 12. 2. vol .
Affociation fur la Paſſion de Nôtre
Seigneur , in-douze, avec des Figures .
La
Catalogue.
La meſme , in vingt-quatre ſans figures.
LIVRES NOVVE AVX
du Mois de Juillet.
*
1893*
L'Hiſtoire de France du Reverend
Pere Jourdan Jeſuite , in quarto, 3.vol.
18. livres.
Hiſtoire Sainte de l'Autruche , indouze,
4. vol. 6.1 .
Regles de la Diſcipline Ecclefiaftique
, recueillies des Conciles des Synodes
de France ,& des Saints Peres,
indouze.
Inſtructions Chreſtiennes ſur le
Mariage & fur l'Education des Enfans,
indouze.
Catalogue de divers Livres d'Hif
toire & autres matieres , en Eſpagnol ,
in octavo .
Ordinaire ſuivant le Breviaire Romain
, pour l'année 1680 .
La vie de Saint Ignace, par le Pere
Behour Jeſuite , in quarto .
Hiſtoire de la Decadence de l'Empire,
du Pere Mainbour.
La Foy des derniers ficeles, du Pere
Rapin, in douze.
Me
Catalogue
1
Methode pour converſer avec Dieu,
de l'Autheur du Conſeil de la Sageſſe.
La Hardie Meſſinoiſe, in douze.
Dom Sebastien Roy de Portugal,in
douze.
3
Relation curieuſe de l'état preſent
de la Ruffie, in douze.
Arithmetique de le Gendre, in quarto,
nouvelle Edition augmentée.
Amours des grands hommes, deMademoiselle
de Ville-Dieu , in douze,
quatre volumes reliez en deux , trente
fols.
L'hiſtoire d'un Eſclave qui a eſté
quatre années prifonnier.
Le Mariage de la Reyne d'Eſpagne,
indouze, 20. f.
L'Hiſtoire de la Ville & de l'Eſtat
de Geneve de Monfieur Spon , avec
pluſieurs figures en taille douce, in 12 .
2. vol. so.
ء ا
Origine du Blaſon du Pere Meneſtrier,
indouze 40.f. chaque vol.
Vie de JESUS- CHRIST de Saint Real,
indouze, 30 , f.
Memoire de l'Empire Ottoman ,
:
indouze, 2.vol . 20. f.
Lettres
Catalogue.
Lettres Portugaiſes , avec les Réponſes,
indouze.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Novembre.
1
Recueil des Pieces d'Eloquence &
de Poeſie de ceux qui ont remporté
le prix de l'Academie Françoiſe cette
année 1679. indouze 30. fols.
Miscellanea erudita antiquitatis ,five
Supplementi Gruteriani Liber primus , in
quo eruditiora marmora à Grutero omiffa
enodantur ,ſtatuis ,gemmis , nummis
toreumatis illustrantur : Auctore JACOBO
SPONIO, D. M. in folio cum figuris,
dedié à Monſeigneur le Dauphin .
Ce n'eſt que la premiere Section , qui
n'a que huit feüilles , &dix Planches
tres belles, Elle ſe vend ſeparément
couſuë en cahier deux livres ; elle contient
ces ſept Articles.
1. Explicatio infcriptionis Graca &
Palmyrena. 2. Sacrificia Fratrum Arralium.
3. Nuptia Cupidinis &Pſyches.
4. DeHermis, Hermathenis ,&c. s . De
Harpocrate , &fignis Pantheis. 6. De
cymbalis, crotalis , crupeziis & aliis crepitacu
4
Catalogue.
pitaculis antiquorum. 7. De diis Manibus.
Selecti nummi duo Antoniniani , quorum
primus anni novi auspicia, alterCommodum
& Annium Verum Cafares exhibet
, Par Monfieur Bellori , in octavo,
Roma 1676. 15. Γ.
Hiſtoire de la Reunion de Portugal,
12. 2. vol. 6. livres.
Almanach de Milan,12.15.1.1680 .
Almanach de Liege,12. 10.f. 1680.
Criſpin Precepteur , Comedie , 12 .
s.fols.
Inſtruction pour l'Hiſtoire, 12 .
LIVRES
:
NOVVEAV X
du Mois de Decembre 1679.
Les Nouvelles de la Reyne d'Angleterre,
indouze, 2. vol. 1.1.s.fols.
La Ville & Republique de Veniſe,
indouze. Ce n'eſt pas l'Hiſtoire de
Veniſe de Nani , c'eſt l'Hiſtoire de la
Ville& Republique de Veniſe , tresbien
écrit , 2. 1. 10. f.
La Devotion vers, Nôtre Seigneur
JESUS- CHRIST pour ſervir de lecture
à l'Homme d'Oraiſonpendant tout le
cours
Catalogue.
cours de l'année par le Reverend Pore
Noüet , inquarto.
Recüeil de diverſes Retraites , la
premiere , ſur la qualité d'Enfant de
Dieu ; La ſeconde , ſur l'Habitude de
la preſence de Dieu; La troiſieme, ſur
le dépoüillement du vieil Homme,
indouze, 30. f.
L'on diſtribuera l'Extraordinaire
d'Octobre 1679. le 25. de Janvier
1680.
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air qui commence par Pendant
que vous donnez la Chaffe doit
regarder la page 53
88.
د
Le portrait doit regarder la page
LaMédaille qui repréſente le Duc
d'York , doit regarder la page 209.
L'air qui commence par Confolezvous
mes chers Troupeaux , doit regarder
la page 217 .
L'Enigmeen figuredoit regarder la
page 231.
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, donné à
PSaint Germain ch Laye le 31 Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun
QUIERES.IIlleſtpermmiiss àJ.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monfeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faitesà tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece, ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre letout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires con
trefaits, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtre ſur le Livre de la Communauté le
. Janvier 1678. Signe E. COUTEROT. Syndic.
Erledit Sieur D. Ecuyen, Sicur de Vizé a
cedé& tranſporté fon droit dePrivilège à
Thomas Amauluy Libraire de Lyon , pour
eenn joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la première fois le
30 Decembre 1679 .
4
MER
I
MERCUREAU DE
GALANTE LYON
*
1800*
DECEMBRE 1679 .
E prens la plume ,
Madame , & je la
prens fans m'embarraffer
du commence-
5
ment de ma Lettre .
Je le trouve toûjours sãs aucune
peine dans ce que nous voyons
faire continuellement au Roy ,
ou de grand pour la gloire de la
France , ou d'avantageux pour
le bien de ſes Sujets ; mais il ne
m'eſt pas également aisé chaque
Mois de vous rendre un compte
Decembre 1679. A
2 MERCURE
exact de tout ce qui dõne de jour
en jour de nouveaux ſujets de
l'admirer. La matiere m'accable
ſouvent,& je n'entre preſque jamais
dans aucun de ces ſurprenas
Articles,que je ne me voye obligé
d'en remettre d'autres qui demanderoient
le plus long détail.
Je ne vous a yencor rien dit de ce
que ce Grand Prince fit publier
il y a deux ou trois mois touchant
les Duels,ny de pluſieurs Arreſts
quifurent donnez dans le mefme
temps pour le foulagement
de ſes Peuples. Pour peu qu'on
raiſonne fur cette nouvelle défenſe
des Combats particuliers ,
on trouvera que rien ne peut
mieux marquer l'inébranlable
fermeté du Roy dans toutes
les choses qu'il entreprend.
C'eſt un Ouvrage que les Roys
ſes Predeceſſeurs ſemblent avoir
ſeulement tenté pour luy laifGALANT.
3
-
fer le glorieux avantage d'en venir
à bout. Il y a long - temps que
= la ſeverité des premiers Edits
avoit commencé de remedier à
ce defordre ; & fi elle n'eſtoit
pas encor capable de retenir les
- plus emportez, les nouveauxArticles
qu'on vient d'ajoûter aux
anciens , acheveront fans -doute
d'éteindre la fole & brutale ar-
- deur qui a autrefois coûté tant de
fang.Cependant comme malgré
tant de ſages & prudentes précautions
, il ne feroit pas aiſé
d'arreſter entierement le cours
des Duels , ſi les reparations
d'honneur eſtoient difficiles à
obtenir , il y a eſté pourveu par
l'ordre du Roy; & le Reglement
que Meſſieurs les Maréchaux de
-France ont fait ſur les diverſes fatisfactions
, ſelon les divers degrez
d'offenſes , ne laiſſe rien là-def-
A ij
4
MERCURE
1
ſus à ſouhaiter. C'eſtoit ſeulement
par làqu'on pouvoit couper
la racine d'un ſi grand mal.L'hon.
neur eſt ce que les Hommes ont
toûjours eu de plus cher ; &
comme il n'y a perſonne qui ne
prodiguaſt volontiers ſa vie en ſe
batant,pour le fatisfaire s'il eſtoit
bleſſé , on euſt eu peine à ne pas
s'abandonner à la plus forte rigueur
des Loix , fi on n'euſt pas
fongé à regler les diférentes reparations
qui luy ſont ſeûres .
Les Tailles diminuées , & le
fang de la Nobleſſe épargné par
lajuſte & exacte obſervance des
anciens Edits ſur les Duels, avec
les nouveaux Articles dont je
viens de vous parler , ne ſont pas
les ſeuls fruits qu'on ait tirez de'
la Paix.Sa Majesté en fait inceſſamment
goûter de ſolides à ſes
Peuples:& outre ce qu'Elle a déja
fait
GALAN T.
- fait pour mettre le Sel à plus bas
prix , nous avons veu trois Arreſts
confécutifs & diférens, l'un
4 du 19. Septembre dernier, l'autre
du 7. Octobre, & le troiſième du
21. du meſme mois , portant diminution
ou décharge entiere de

S
-
divers Droits qu'on recevoit fur
A les Vins & fur les autres Boiſſons .
- Un ſemblable foin ne fait il pas
voir la vigilance d'un Pere qui
ayant étudié le beſoin des Peuples
, s'attache par toute forte de
moyens à leur procurer du foulagement
? Le commerce d'écriture
que vous avez bien voulu
que nous ayons étably enſemble
depuis trois ans, ne m'oblige pas
ſeulement à vous parler de tout
ce qui a fait mériter le fur-nom
de Grand à Louis XIV. mais méme
à vous envoyer ce que les
premiers Hommes du Siecle
A iij
6 MERCURE
ont écrit ſur un ſi vaſte ſujet.
C'eſt une obligation à laquelle
je fatisferois mal , fi je ne prenois
pas ſoin de vous faire part
du Difcours que Monfieur l'Eveſque
de Tulles , nommé à
l'Eveſché d'Agen , luy adreſſa,
en prêchant au Louvre le jour
de la Feſte de Tous les - Saints .
Ce Difcours a fait aſſez de brutt
pour exciter la curiofité de ceu x
qui ne l'ont point entendu. On
s'empreſſe de tous coſtez pour
en avoir des Copies. Il vient
de m'en tomber une entre les
mains ,&je vous l'envoye, C'eſt
un peu tard ; mais les belles choſes
ayant l'avantage de ne point
vieillir , & conſervant les mefmes
beautez en tout temps , celle
- cy n'en doit pas moins avoir
pour vous aujourd'huy, que vous
luy en auriez pû trouver il y a
deux mois. L'Illuſtre Prélat à qui
nous
GALANT.
7
nous devons ce merveilleuxElo-
-ge du Roy , traita dans le Sermon
que je vous ay déja mar-
-qué , de la violence qu'il faut ſe
faire pour gagner le Ciel. Il y
déploya fon éloquence ordinaire
, & apres avoir charmé tous
- ſes Auditeurs par les excellentes
preuves qu'il apporta pour
foûtenir cette grande verité , il
finit de cette forte .
IRE,
Si lagloire des Saints n'estoit
pasplus difficile à acquerir que celle
des Héros ; je ne crains point de
dire que le Cielne coûteroit àVôtre
Majestény efforts ny violence.Ane
conſiderer que le dehors des grandes
entrepriſes que Vostre Majeste
vient de terminer , on diroit que
ce ſont des actions poſſibles à un
Héros, qui apres avoir triomphéde
tous ſes Ennemis par les glorieuses
A iiij
8 MERCURE
fatigues de la Guerre , s'efforce
de triompher de luy-mesmepar la
moderation avec laquelle il leur
accorde. la Paix ; mais , Sire , quiconque
entrera dans le fonds du
coeurde Vostre Majesté, y trouvera
une inclination si dominante
pour la gloire , qu'ilfera convaincu
que le repos & les delices vous
euſſent plus couſtéque le cours d'une
si longue activité ; & impoſer
en Maistre le joug glorieux deta
Paix à ceux qu'il ne vous a pas
plû retenir ſous l'heureuxjoug de
vostre Empire , est une espece de
gloiresi nouvelle , &fi particuliere
àVoštre Majesté , que l'on peut
douterſi ce que nous appellons modération
, n'estpas en effet la plus
noble , & la plus héroïque ambition
quifatjamais ; mais , Sire , il
faut bien qu'ilen coufte davantage
à V. M. pourse vaincre tout à
fait
GALAN T.
9
- fait Elle mesme , &pourfaire fon
Salut , que pour vaincre tant de
Nations. Il n'est pas neceſſaire de
Sortir des bornes de l'humanité
pour estre le plus grand de tous les
Hommes ; mais pour estre mesme le
dernier de tous les Saints ; ilfaut
eſtre plus qu' Homme , il faut estre
plus que Héros , & s'élever par des..
efforts plus que naturels à cette régionSupreme
des vertus Chreftiennes
que l'amourpropre rejette , que
lavanité dédaigne , &que larai-
Son mesme ne connoist pas . Il faut ,
Sire , que cette gloire à laquelle
tant de choses ont esté ſacrifiées,
Soit facrifiée àson tour an Dieu
qui vous fait Regner avec tant de
gloire & tant de bonheur. C'eſt un
Roy Saint , & un Roy Conquérant,
qui inspiré d'Enhaut , vous fait
cette leçon par des paroles que le
S. Espritſemble n'avoirdictées que
A V
TO MERCURE
pour. V. M. Le Seigneur ( ditle
Prophete David) a étably furla
Terre une Paix profonde , & il a
éloigné si loin la Guerre , que nous
n'en entendons presqueplus le bruit
ny le nom. Auferens bella uſque
ad finem Terræ. Il a diſſipé vos
Ennemis ; il a confondu leurfagesfesil
leur aosté le coeur &la force
; ilarompu leur union ; il abrifé
l'Arc , & mis en pieces les Armes
entre les mains de V. M. en luy
infpirant le genéreux deſſein defe
defarmer Elle-même. Arcum conteret&
confringet Arma. Ila réduit
en cendre les Boucliers detant
d'Ennemis . Et ſcuta comburet
igni . Quel doit doncestre lefruit
de ces merveilles de Guerre qui ont
produit le miracle de la Paix ? Le
voicy , Sire , marqué parle doigt
de Dieu dans ces belles paroles.
Vacate & videte quoniam ego.
fum
GALANT.
fum Deus. Repoſez vous , Grand
Roy & employez ce glorieux reposà
confidererque le Seigneur est
vostre Dien , que c'est à luy que
vous deveztoutes vos victoires ,
le grand ouvrage de la Paix ,
quequand il ne mériteroit pas
v041893
ſtre amour, & tous vos reſpectspar
fa grandeur , il mériteroit toute
vostre reconnoissance parfes bienfaits.
En effet , Sire , il importeroit
peu devant Dieu que la Paixfuccedaſt
à la Guerre ,ſi la Paix devoit
estre plus criminelle par les
délices , & par l'oubly du Seigneur,
que laGuerre ne l'eſt ordinairemet
par les violences & par les deſordres
qu'elle entraîne. C'est durant
cette Paix que V.M.doit s'apliquer
àfaire regner Dieuſurvos Peuples
&fur Vous même,&àluy facrifier
des Ennemis inviſibles plus dangereux
, &plus opiniâtres que tous
ceux
12 MERCURE
ceux que vous venez de vaincre. La
Terre , Sire , a eu des applaudiſſemens
& des festes pour celebrer les
victoires publiques de Voſtre Majesté
Elle a des Arcs deTriomphe&
des Inſcriptions pour en laiſſer les
Monumens à la Pošterité la plus
éloignée ; mais le Ciel a des honneurs
plus augustes, &plusSaintes
pour les Victoires qu'elleremportera
Sur Elle meme &fur toutesses paffions
prédominantes. Les Anges &
les Saints méritent ſeuls d'enchan.
ter le Cantique devant le Thrône
del'Agneau . Dieu luy - mesme dref-
Se l'appareil du triomphe par la
Gloire immortelle qu'il prépare à
Vostre Majesté& que je luy fouhaite,&
c. ر
Vous demeurerez d'accord,
Madame, que quelques hautes
idées qu'on puiſſe prendre des
actions heroïques de Loürs
LE
GALAN T. 13
LE GRAND , il eſt au deſſus de
toutes les loüanges qu'on luy
peut donner. C'eſt par là qu'on
doit eſtre perfuadé que ſes libéralitez
pour les Gens de Lettres,
fontun pur effet de ſon inclina
tion genéreuſe & bienfaiſante ,
puis que leurs Ecrits ne pouvant
rien contribuer à ſa gloire , il ne
laiſſe pas de récompenfer l'application
qu'ils ont euë à ſe cultiver
l'eſprit par d'utiles connoiſſances.
Le Sonnet qui fuit explique
agréablement ce que je vousdis .
Il a eſté fait parune Perſonne de
voſtre Sexe. Je ne vous dis point
qu'elle eſt tres- fpirituelle ; vous
en jugerez par vous meſme
quand vous aurez lû .
:
-
SUR
14 MERCURE
SUR LES LIBERALITEZ
DU ROY,
SONNET.
☑ Enez , Chantresfameuxde
Venez
fteParnaffe ,
l'augu-
Rendrehommage à LOUIS , au nom de
l'Univers,
Etde tous les Lauriers dont vos fronts.
Sont couverts,
Elever un Trophée aux Fertus qu'il embraffe.
Cc Marsplus redouté que le Marsde la
Thrace,
Offre une ample matiere à vos illuftres
Vers,
Etfait voir en nos jours , par mille dons
divers,
Un Siecle plus heureux que le Siecle
d'Horace.
Si jadis des Césars les libérales mains
Ont Comblé de bienfaits les Muses des
Romains,
Ils avoient pour objet l'intéreſt de leur
gloire.
Mai
GALANT. 15
Maisdans noſtre Monarque , on ne voit
rien de tel,
Etfans avoir besoin des Filles de Mé
moire,
Sa valeur luy suffit pour se rendre immortel..
Madame la Ducheſſe de Vil
lars demeurée Veuve depuis
deux Mois , eſt accouchée d'une
Fille ces derniers jours.Madame
luy a fait l'honneur de la tenir
fur les Fonts avec Monfieur le
Comte de Brancas . La Cerémonie
s'eſt faite au Palais Royal
dans la Chapelle de fon Aparrement
, par Monfieur l'Abbé
Teſtu Aumônier de cette Princeffe.
Il n'y eut jamais un plus heureux
Siecle que celuy où nous
vivons,ſoit qu'on regarde le haur
point
16 MERCURE
point de gloireoù la valeur a éle.
vé les François , ſoit qu'on examine
les nouvelles découvertes
qui ſe font de jour en jour pour
la perfection des Sciences.lls'en
fait fur tout d'admirables en
Medecine ; & fi le Medecin Anglois
a fait bruit en guériſſant
toute forte de fievres intermittétes,
le ſecret d'arreſter les continuës
eſt quelque choſe de plus
ſurprenant: C'eſt ce qu'a trouvé
un Italien Docteur en Medeci ..
ne à Bologne ,appellé Il Signor
Amonio. Vous pourrez n'avoir
pas encor entendu parler de ce
Secret , parce qu'il y a peu qu'il
eſt éprouvé, mais les differentes
Cures qu'il adéja faites en juſtifient
la bonté , & ce qu'il y a d'avantageux
dans ce Remede, c'eſt
que les effets qu'il produit s'accommodent
à la Nature , &
font
GALANT. 17
font d'une fort grande douceur.
Ainſi on s'en peut ſervir en toute
forte d'âges & d'états , & les
Femmes groffes meſimes en peuvent
prendre. Il ne guérit pas
moins les Fievres intermittentes
que les continuës ; & tant pour
les unes quepour les autres,on en
prend en tres - petite quantité,&
deux ou trois jours tout au plus .
On en eſt quite quelquefois pour
une priſe. Le Medecin que je
viens de vous nommer s'attache
plus au foulagementdes Particulire
s qu'à fon intereſt , & le prix
de ſon Remede eſt tres- médiocre.
S'il y en avoit pour préſerver
de la mort , Mr. Bride Maiſtre
des Requeſtes auroit joüy de la
Charge de Préſident à Mortier
qu'il avoit achetée au Parlement
de Bretagne. Il eſtoit party pour
en
1.8 MERCURE
en aller prendre poffeffion , &
une maladie impréveuë dont ila
eſté ſurpris en chemin , l'a emporté
en fort peu de jours . Voila
comme en un moment nos plus
grands deſſeins font renverſez.
On employe de longues années
à ne penſer qu'à un établiſſe .
ment conſidérable , & à peine
quelquefois commence - t - on
d'en joüir, qu'on eft obligé de le
quiter. Heureux qui ne fonge
qu'à cequi eſt veritablement ſolide
, &d'une obligation indifpenſable
! C'eſt par là qu'une
des plus belles Perſonnes qu'on
ait jamais vûës , a crû qu'elle ne
quitoit rien en quitant la vie.
Comme elle estoit détachée entierement
d'elle- même , elle faifoit
il yalõg-temps une ſérieuſe
étude de la neceſſité de mourir,
& ce terrible paflage qui épou
vante
GALANT.
19
vante les plus hardis , n'a eſté
pour elle qu'un paſſage heureux
qui luy a faittrouver la fin de ſes
peines.C'eſt deMadem.deGorfe
que je vous parle , morte depuis
peu avec une réſignation qui ne
peut eſtre aſſez admirée. Son extraordinaire
mérite a trop éclaté
pendant ce qu'ellca paffé d'années
dans le mõde, pour ne vous
avoir pas eſté connu. Elle estoit
d'une tres - bonne Maiſon de
Poitou, &il ne falloit quela voir
pour juger qu'il n'y avoit rien
que de noble en elle. Jamais perſonne
ne fut ſi propre à gagner
les coeurs . Elle avoit l'air , le
port , & toutes les inclinations
d'une Princeſſe , l'eſprit vif& in.
finiment éclairé , la mémoire
belle , le jugement folide , l'ame
grande, genéreuse & élevée; &
elle ne penſoit pas moins juſteen
toutes
20 MERCURE
toutes chofes , qu'elle s'expliquoit
agréablement. Sa beauté
qu'on pouvoit dire des plus touchantes
, eſtoit un charme dangereux
à ſoûtenir , & il ne faut
pas s'étonner ſi un Prince auſſi
grand par ſes belles qualitez que
par l'élevation de ſa naiſſance',
ne pût conneſtre ce qu'elle valoit
, ſans prendre pour elle une
paffion tres- violente. Il la fit paroiſtre
par tout ce qu'il luy put
rendre de ſoins obligeans ; mais
ſi la délicateſſe de ſon eſprit , &
les agrémens de ſa Perſonne luy
avoient fait naître cet attache
ment , ſa vertu fit de ſi fortes impreſſions
ſur ſon ame , qu'il la jugea
digne de partager ſa grandeur.
Ce deſſein qui fut connu
alarma tous ceux qui s'intéreſfoient
à la gloire de ce Prince.
On fit les recherches les plus rigou
GALANT. 21
goureuſes de la conduite de Mademoiſelle
deGorſe;& l'inégalité
de naiſſance,&de fortune, fut
la ſeule choſe dont on put tirer
quelque avantage. Un ſi ſevere
examen produifit un effet entierement
oppoſé à ce qu'on en
avoit attendu. Il fit connoiſtre
tout le mérite de' céte belle Perſonne
; & beaucoup de ceux qui
s'eſtoient declarez contre elle
s'en eftant laiſſez gagner , & le
Roy ne refuſant pas ſon agrément
pour ce Mariage , il ſe ſeroit
ſans doute conclu , ſi la mort
du Prince arrivée en 1664. n'a
voit empeſché qu'il ne pouſſaſt
les choſes plus loin. Cette perte
ayant coûté des larmes à toute la
France , vous jugez-bien de ce
qu'elle put couſter àla belleMademoiselle
de Gorſe. La maniere
toute engageante dont elle
s'eſtoit
22 MERCURE
s'eſtoit veuë aimée , avoit mérité
toute ſon eſtime. Auſſi n'en
pût-elle conſerver pour ce qui
reſtoit au monde apres ce qu'elle
perdoit. Elle s'enferma incontinent
dans le Monastere de Nôtre-
Dame de Mifericorde , où la
feuë Reyne luy donna le Voile
peude temps apres. Elle y a me.
né la vie d'un Ange depuis
quinzeans qu'elle a pris l'Habit,
& avoit tellement rompu avec
tout ce qui s'appelle commerce
du monde , qu'elle a ſervy d'exemple
aux Religieuſes les plus
Lauſteres . Madame l'Abeſſe de
Mont-martre qui l'honoroit de
ſa bienveillance tres -particuliere,
luy en a donné des marques
juſqu'au dernier jour , en luy
écrivant deux fois ſur le déplaifir
qu'elle reſſentoit de l'extremité
de ſon mal. La reconnoiffance
GALANT.
23
fance que cette vertueuſe Malade
en eut , luy fat demander
quelques jours avant ſa mort dequoy
écrire à cette Princeſſe ,
ceffe , pour luy témoigner avec
quels ſentimens de ſoûmiſſion
elle attendoit l'accompliſſement
des ordres d'Enhaut Elle mourut
le 20. de l'autre Mois , âgée
de quarante-quatre ans,& regre
tée de quantité de perſonnes de
qualité qui avoient pour elletou.
tel'eſtimeque ſa vertu méritoit.
Vous m'en avez fait paroiſtre
beaucoup pour la Muſe naiſſante
d'un jeune Gentilhomme dont
je vousenvoyay des Vers ſur une
Migraine il y a cinq ou fix mois.
Jevous fis connoître dés ce temps
là qu'il eſtoit Fils de Monfieur
le Comte de Louville. Voicy un
petit Ouvrage de ſa façon , qui
ne dément point ce que le pre
mier
24
MERCURE
mier vous a fait penſer de luy.
Rien n'eſt plus aiſé ny plus natu
rel que la maniere dont il ſçait
tourner les choſes. Il y avoit
grande Compagnie chez Madame
la Comteſſe de Louville ſa
Mere. La converſation fut toute
pleine d'eſprit : & apres qu'on
eut parlé quelque temps de certains
mots qui s'eſtoient mis en
vogue àlaCour, fans qu'on ſçeût
comment ils avoient pû y faire
fortune , quelqu'un adjoûta qu'il
n'y avoit rien de plus commun
en ce Païs là, que de dire,il apeſté;
& on demanda là-deſſus d'où
eſtoit venu le mot de Pefte. Chacunditſon
ſentiment :& comme
on voulut ſçavoir celuy du jeune
Monfieur de Louville , il répondit
que la Peſte eſtoit quelque
choſe de trop affreux pour tirer
fon origine des Hommes : & que
fion
GALAN T.
25
fi on vouloit luy donner un peu
de temps, il feroit connoiſtre ce
qui avoit eſté capable de la produire
. Il quita la Compagnie , ſe
retira dans un Cabinet,& revint
une heure apres avec un papier,
dans lequel il leur les Vers que
je vous envoye.
SUR L'ORIGINE
DE LA PESTE.
V
FABLE.
N jour les vents déchainez
Quiterent leur GroteSombre,
Etfirent des maux Sans nombre,
Apres s'estre mutinez.
Les Forefts & les Campagnes ,
LeVallons &les Montagnes,
Tout retentiſſoit du bruit
Qu'ils faisoient & jour & nuit.
Point deMer qu'ils ne troublaſſents
Pointde Cap qu'ils ne doublaſſent.
Decembre . 1679 . 23 B
26 MERCURE
Enfin cespetits Mutins
Ne craignant ny Ciel , ny Terre
Ny Iupiter, ny Tonnerre,
Faifoientpar tout les Lutins.
Fatiguez de leur ravage,
Ilsvirent fur un rivage
Par où l'on devoit paffer,
Uneprofonde Caverne
4
Semblable à quelque Taverne
Fort propreàsedelaffer OPL
LesGalans entrent ſur l'heure,
Ilsy vontprendre le frais
Ilsy vont boire à longs traits,12
Mais cette triſte demeure
N'avoit ny rives ny fond, I
C'estoit un Antre profond
Qui conduiſoitau Cocyte,
Ilsentrent , ils veulent voir,
duFleuve noir Ilsgoustent
L'eaumal-faifante
2
Et ces petits Miserables
4
Là tout estoit empesté,
Apres en avoir gousté,
Sortirent comme des Diables, NAI
Et vinrent dans l'Univers
Empefterde leurs halsines
LesBledsmeurs , les Arbresverds,
LesMarescages, lesPlaines
Zes
GALANT.
27
LesEtangs & les Fontaines,
LesHommes apres cela
Voulant mettre le hola ,
Et crianten nous empeste,
Enpenſerent étouffer.
Voila ce qui leur on reſte,
La Peſte vient de l'Enfer.
Je fais fucceder l'Hiſtoire à la
Fable , c'eſt à dire un veritable
Incident aux agrémens de la Fiction.
L'avanture eſt finguliere,
& ſera ſans - doute nouvelle pour
vous, quoy qu'arrivée avant la
recolte de l'Eté dernier .
Un vieux Gentilhomme que
de longues & exceſſives dépen
ſes faites pour la Chaffe, avoient
réduit à n'avoir plus ny Chiens
ny Chevaux , confervoit toûjours
la meſme inclination : &
s'il ne couroit pas fort ſouvent
le Cerf comme il faiſoit autre
fois , il alloit preſque tous les
Bij
28 MERCURE
foirs à l'afuft , & ne ſe couchoit
jamais content, qu'il n'euſt perdu
quelques heures à faire le
guet. Comme tout le monde le
connoifloit pour hardy Chaffeur
, un Païfan le vint avertir,
qu'un Sanglier des plus grands
qu'on euft veus de longtemps
dans le Païs, ravageoit unChamp
de Bled à deux lieuës de là, dés
que le jour finiſſoit. Il ne luy en
falut pas dire davantage pour
l'obliger d'y courir. Il emprunta
un Cheval à un Gentilhomme
de ſes Amys, & partit arméd'un
Moufqueton à trois coups pour
exterminer le Sanglier. LePaïſan
quile conduifoit, portoit un
Fufil pour ſecondes armes. Le
Gentilhomme eſtant arrivé au
bord du Champ où fe faiſoit le
dégaſt , attacha luy-meſme fon
Cheval au tronc d'un Arbre voifin
GALANT .
29
- in, & gagna une petite hauteur,
d'où il luy parut que le Sanglier
ſeroit plus aiſé àdécouvrir. Il y
demeura long- temps fans rien
voir. La nuit s'avançoit toûjours,
& les objets ne pouvoient plus
ſe diftinguer que confufément,
quand il apperçeut quelque choſequi
remuoit au milieu du Bled.
Le Païſan qui alloit de temps en
temps faire la ronde tout autour
du Champ , vint luy dire que le
Sanglier y eſtoit entré. Le Gentilhomme
ſe prepara à faire fon
coup.Il regarda de tous ſes yeux,
& preſta l'oreille pour écouter.
Le Bled qui estoit haut & épais,
faiſoit du bruit , comme eſtant
foulé par quelque Beſte qui s'avançoit
vers la hauteur où le
Gentilhomme s'eſtoit poſté. Il
voyoit aſſez à la faveur d'un peu
de clarté que luy preſtoient les
Biij
30 MERCURE
Etoiles , pour eſtre aſſuré que
c'eſtoit un Animal qui paiſſoit ;
& n'ayant que le Sanglier en teſte
ſur le raport de ſon Conduteur
, il ne douta point qu'il
n'euſt rencontré ce qu'il cherchoit.
Il n'eſtoit plus queſtion
que dele tirer d'aſſez pres pour
faire une heureuſe Chaſſe. Ainfi
il fit quelques pas vers ce qu'il
voyoit toûjours remuër : & lors
qu'il le crut à la portée de fon
Mousqueton il tira les trois
coups preſque en un inſtant. Le
Paiſan le ſeconda avee ſon Fufil,
& la Beſte ayant fait un bond,&
eſtant tombée en fuite , il cria
victoire, fort perfuadé qu'elle eftoit
bleffée à mort. Le Gentilhomme
qui l'entendit ſe debattre,
jugea à proposde charger de
nouveau fon Mouſqueton , pour
3
n'approcher pas imprudemmét.
Le
GALANT.
31
pre-
- Le Païfan chargea auſſi ſon Fufil ,
& ayant fuivy le Gentilhomme
- qui en s'avançant ſe tenoit preſt
- à tirer dans le beſoin , il le prépara
à voir un Sanglier d'une
- gradeur extraordinaire . Le Gentilhomme
n'eut pas de peine à
le croire , quand regardant d'afſez
pres , il diftingua un grand
eſpace du champ, couvert de la
Beſte qu'ils venoient de renverſer.
Ils'en approcha juſqu'à la
toucher du bout de fon Moufqueton
, & ce fut alors qu'appercevant
un Cheval où il croyoit
voir un Sanglier, il demeura
dans une ſurpriſe inconcevable.
C'eſtoit celuy meſme que
ſon Amy luy avoit preſté. A force
d'avoir tiré contre l'Arbre , il
y avoit laiſſe ſa bride attachée , &
eſtoit venu paiſtre au milieu du
Bledl'avanture fut d'autant plus
3
:
B iiij
32
MERCURE
fâcheuſe pour le Gentilhomme,
que ce Cheval eſtoit de ſoixante
Loüis , & qu'outre ce que lamepriſe
luy devoit coûter , le malheureux
fuccés de ſa Chaſſe le
réduiſoit à s'en retourner à pied.
Le mal eſtoit ſans remede , & la
mort du Sanglier , quand il ſeroit
venu enfuite ſe faire tuer ,
n'euſt pas rendu la vie au Cheval
. Ainſi apres quelque emportement
contre le Païfan & contre
luy - meſme , il fortit du
Champ fort déconforté ,& arriva
chez luy comme il put. Les
deux lieuës luy parurent beaucoup
plus longues qu'il ne les
avoit trouvées en venant. Il ſe
fuſt pourtant confolé de la fatigue
, fi à fon retour il euſt eſté
en état de bien gouſter le repos ,,
mais il falloit indemnifer fon
Amy,& cette pensée ne contribua
1
GALAN T.
33
bua pas fort à luy faire avoir une
nuit tranquille . Le Preſteur qui
avoit beſoinde ſon Cheval pour
quelque affaire , l'envoya demander
le lendemain . Le Gentilhomme
ſans rien expliquer, ſe
contentade luy faire dire qu'il
ne le pouvoit renvoyer ſitoſt.
Son Amy ſurpris de ce compliment
, en receut l'explication
deux heures apres , par le bruit
qui s'eſtoit répandu aux environs
de l'avanture du Sanglier.
Il ſe regarda come l'unique Perdant,
&n'eſtant pas d'humeur à
ufer de poursuites contre ſes Amis
, il compta un Coureur de
moins dans ſon Ecurie. Le Gen-t
tilhomme qui n'en reçeut plus
aucun meſſage , & qui apprit la
réſolution où il eſtoit de ne luy
rien demander de fon Cheval,
ne put confentir à ſe laiſſer vain
2
Bv
34 MERCURE
cre en honneſteté. Il avoit un
petit Bois qui accommodoit le.
Preſteur , & qu'il avoit voulu
ſouvent acheter de luy. Il en
paſſa un Contract de vente pour
deniers reçeus , & le fit donner
à ſon amy en bonne & valable
forme. Je ne vous puis dire s'il
l'accepta fans en rien payer. Je
ſçay ſeulement que le Bois eſt
demeuré au Preſteur , & qu'on
l'appelle prefentement le Bois
du Cheval.
Vous avez raiſon , Madame ,
de vous étonner de mon filence
fur le malheur d'un Naufrage
dont on a parlé par tout , & dont
jedevrois vous avoir entretenuë
dans ma Lettre du dernierMois.
C'eſt ceque je n'aurois pas manqué
de faire , fi j'euſſe eſté alors
aſſez informé de tout ce qu'il y
avoit de vray à vous endire mais
YOUS
4
GALANT. 35
vous ſçavez qu'un juſte détail
des chofes demande du temps
pour s'en éclaircir , & que s'il
m'arrive quelquefois de le donner
un peu tard ſur certains Articles
, je m'en acquite du moins
avec une exactitude qui vous inſtruit
de beaucoup de circõſtances
que vous n'apprendriez peut
étrejamais sãs moy. Voicyce qu'il
yadecertains touchant ce Nau .
frage. Si en ſuivant les Mémoires
qui m'enont été dõnez,jeme fers
mal des termes de Mer qu'on y
employe je croy n'avoir pas trop
beſoin de vous dire que la Marime
n'eſt point mon fait,&qu'un
Homme qui n'a jamais perdu
terre , peutaifément ſe tromper
dans ce qui eft particulier à cette
matiere.
Les Vaifſeaux de l'Eſcadre du
Levant , étant venus moüiller
àla Rade de Caillery, apres s'e36.
MERCURE
7
ſtre promenez une partie de l'Eté
dans la Mediterranée , les
quatre plus gros partirent de céte
Rade le 20. d'Aouſt dernier,
pour aller deſarmer à Rochefort
, ſuivant les ordres qu'ils en
avoient reçeu de la Cour. Ces
Vaiſſeaux eſtoient le Sans pareil,
le Conquerant, le Maure, & l'Arc
en Ciel , qui ayant mis à la voile ,
pafferent heureuſement le Détroit
, & entrerent dans la Riviere
de Lisbonne. Ils n'y demeurerent
pas long - temps , &
dés le lendemain de leur fortie
de cette Riviere , un Vaifſeau
qui les avoit joints , commandé
par Monfieur Damblimont
, les quita. Ils trouverent
pendant treize jours beaucoup
de calmes , &des ventsde Nort,
& Nort- Nort- Oeſt , ce qui les
par
1
3
fit élever à 80. lieuës à l'Oest-
NorGALANT.
37
pc
Nor Oeft des Berlingues , où
quelques coups de vent rompirent
les deux Mats de la Fluſte
aux poudres, & l'obligerent par
là de demeurer en arriere. Les
autres Vaiſſeaux ne jugerent
pas à propos de l'attendre , parce
qu'ils ne ſe voyoient plus de
vivres que juſqu'à la fin dumois .
Apres qu'ils l'eurent quite
quelques Fluſtes chargées de
Marbres pour le Roy les rencontrerent
,&joignirent le Pavillon.
Ils continuerent leur route
juſqu'au 13. d'Octobre. Le
vent vint à l'eſt, qui les fit porter
au Nord- Nord-Eft . Le 16. il
ſe mit au Sud-Est ,& le 17. il fut
au Sud , &devint ſi fort, que la,
grande Vergue du Vaiſſeau de ,
l'Arc en Ciel , commandé par
Monfieur de Cologon , ſe caffa.
Le Conquerant en fut auffi fort
incom
38
MERCURE
incommodé. Le 18. le vent fe
trouva au Sud - Sud-Oeft , &
beaucoup plus fort , en forte que
le Conquerant foufrant toûjours
davantage , mit Pavillon
au Beaupré , & joignit le
Maure. Quand les Commandans
des deux Vaiſſeaux furent
aſſez pres l'un de l'autre pour
pouvoir ſe parler , Monfieur le
Chevalier de Bérule , qui eſtoit
Capitaine en ſecond ſur le premier,
parut ſur la Galerie, & dit
à Monfieur d'Anfreville , qui
commandoit leMaure , que fon
Vaiſſeau le Conquérant ſoufroit
extraordinairement, qu'il faiſoit
beaucoup d'eau , qu'il alloit à
quatre Pompes & trois Puits, &
que dans le péril où il eſtoit, il
avoit beſoin qu'on ne l'abandonnaſt
pas . Monfieur d'Anfreville
luy promit en même temps
de
GALANT.
39
de ſe tenir toûjours preſt à le ſecourir.
Ainfi ils forceret tous deux
de voile , & quiterent le Sanspareil
aommandé par Monfieur
de Tourville , qui estoit obligé
de reſter en attendant que la
grandeVerguede l'Arc -en-Ciel
que je vous ay dit qui s'eſtoit
rompuë , fuſt racommodée. Le
19. à Midy le Conquerant & le
Maure qui estoient devant , fe
trouverent à la hauteur de Bel-
Ifle, environ à cinquante ou foixante
lieuës en Mer à l'Oest . Le
ventaugmenta , & agita la Mer
avec une telle violence ,que ces
deux Vaiſſeaux ne pouvoienteſtre
en plus grand peril .Monfieur
de Chabert qui commandoit le
Conquerant , jugea à propos de
mettre àla Cappe. Mr d'Anfrevillequi
ne le vouloit point quizer,
fit auffitoft pareille manoeu
vre.
40
MERCURE
vre. Enfin ſur les ſept heures du
foir le Conquerant tira deux
coups de Canon. Le Maure qui
en eſtoit pour lors àun grand
quart de lieuë à cauſe de la Derive,
ne douta pointqu'ils n'eufſent
eſté tirez pour demander
du ſecours. On fit tout ce qu'on
pût pour luy en donner ; mais le
Canon avoit averty troptard.On
ne vit plus de Fanal un quartd'heure
apres , & on eut certitu.
de que le Vaiſſeau s'eſtoit entrouvert
. En effet il s'entr'ouvrit
tout à coup. Les Officiers ſe
mirent auffitoſt dans la Chalou-.
pe , & euffent pû atteindre le
Maure qui les euſt reçeus ; mais
le Sans- pareil qui fut abîmé en
un inſtant , entraina la Chaloupe
avec luy , avant qu'ils eufſent
eu le temps de couper
le Cable. C'eſt ce qui a
eſté
GALANT 41
eſté rapporté par vingt ou vingt
cinq Matelots, qui s'eſtant jettez
dans la Mer pour tâcher de ſe
ſauver à la nage , furent fi heureux,
qu'ils trouverent une Fregate
Angloiſe, qui les mena aux
Ifles de Gerſey &de Quernefcey.
Cependant Monfieur d'Anfreville
demeura à la Cappe juſqu'à
minuit. Alors il connut que
fon Vaiffeau ſe trouvoit entierement
incommodé du gros temps
Les Pompes estoient gagnées,&
il y avoit déja cinq pieds d'eau .
On raccommoda les Pompes , &.
on travailla avec tant de ſuccés,
que le 20. à midy l'eau ſe trouva
reduite à un pied; mais fur les
deux heures le Vaiſſeau s'eſtant
ouvert par la Proüe,les plus robu .
ſtes Pompeurs eurent beau faire
.L'eau les gagnoit d'unegrande
force , & ils furent obligez
d'em
42
MERCURE
d'employer des Machines extraordinaires
pour la vuider. Ils firent
fi bien , qu'ils s'empeſcherent
d'en eſtre gagnez . Mais dans
la fuite , le Vaiſſeau s'ouvrit par
l'Eſtambort. Ce fut alors qu'ils
ne purent plus ſe rendre maiftres
de l'eau . Elle entroit par là
en plus grande abondance que
par la Proüe , & malgré leurs
ſoins & tous leurs travaux, l'eau
les gagnoit de plus d'un pouce
par empoulette. Ils allerent ainfi
juſqu'au 21.que le Vaiſſeau commença
à l'arguer par les coſtez.
Ils furent contrains de redoubler
le travail pour pomper &
vuider l'eau , & ils firent fi heureuſement
, que le 22 à onze
heures du matin ils arriverent à
Bel- Ifle , où ils échoüerent. S'ils
euſſent tardé ſeulemet une heure
à prendre terre , ils eftoient
tous
GALANT.
43
tous perdus ſans reſource , car le
Vaiſſeau avoit dix pieds & 3 .
poulces d'eau , & il n'en falloit
qu'onze pieds pour le faire couler
à fond. Aufſi ne gouvernoitil
plus, & fi ceux qui étoient dedans
ont évité le naufrage , ils
peuvent dire que jamais perſonne
s'en vit ſi pres. Cent Chaloupes
, & mille Hommes de Bel-
Iſle les tirerent du Vaiſſeau , &
on déchargea le Canon avec des
Machines. On envoya le Maître
Charpentier de Breft au lieu où
ce Vaiſſeau étoit venu échoüer,
mais ce ſoin fut inutile. Il avoit
eſté tellement rompu par la violence
des vagues , qu'il fut impoſſible
de le relever. Outre l'Equipage
entier , le Canon , & les
Agrais qu'on ſauva d'abord , on
eſpéroit fauver encor tout le Fer,
&la plus grande partie du Bois.
Le
44 MERCURE
Le 24. l'Arc- en-Ciel , commandé
par Monfieur de Cologon ,
arrriva , & ramena Monfieur le
Chevalier de Tourville Capitaine
, avec Monfieur de Chafteaumourant
Lieutenant , Monfieur
Iſverden Enſeigne, 63. Matelots
, & fix Soldats, qui eſtoient
les ſeuls qui avoient pû ſe ſauver
du Sans - pareil qui s'eſtoit perdu.
Monfieur de Tourville qui
le commandoit , fit tout ce qu'on
peut attendre d'un Homme de
coeur qui ſe poſſede dans le péril
,& qui le regarde avec la plus
forte intrepidité . Apres avoir reſiſté
à la tempeſte autant qu'il
luy fut poffible , enfin voyant ſon
Vaiſſeau entr'ouvert par la chute
du Mats , & qu'il n'y avoit plus
aucune eſperance de ſalut, ildéclara
aux Officiers que dans cette
occafion il falloit payer de
leurs
GALANT.
45
leurs perſonnes, & demeurer les
derniers, pour ſauver tout l'E..
quipage. En meſme temps il fit
jetter la grande Chaloupe en
Mer , & foixante & dix Hommes
, ou environ , tant Matelots
que Soldats , y deſcendirent . Ils
ſe virent tant de fois fur le point
d'eſtre perdus, & ils eurent tant
de peine à gagner l'Arc en-Ciel,
où Monfieur de Cologon les
reçeut , que prieres ny menaces
ne pûrent engager les plus hardis
à s'en retourner au Sans-pareil.
C'eſtoit laiſſer perir Monfieur
de Tourville Son Enſeigne
ne pouvant ſoufrir qu'on l'abandonnaſt
ſi laſchement , ſe jetta
dans un Canot avec quatre hommes
choisis ; mais n'oſant aborder
le Vaiſſeau , non ſeulement
par la crainte que leCanot ne ſe
briſat en le choquant , mais parce
46 MERCURE
ce qu'il jugea bien que tout le
monde s'y précipiteroit tout- à la
fois, & le feroit abîmer , il cria à
Monfieur le Chevalier de Tourville
qu'il falloit qu'il ſe jettaſt à
la Mer , & qu'on feroit tous ſes
efforts pour le reprendre. CegénéreuxCommandant
apres avoir
dit aux Officiers du Vaiſſeau
qu'il alloit leur donner l'exemple,
& que chacun aviſaſt à
ſe ſauver, ſe lança au milieu des
vagues,& fçeut ſi bien ſe ſervir
de ſa force &de ſon adreſſe pour
les ſurmonter , qu'il rencontra
enfin le petit Canot. Il n'y courut
guére moins de riſque que
dans la haute Mer, qu'il en avoit
couru dans le temps qu'il nageoit
pour l'attraper, & ce ne fut
pas fans d'extremes difficultez
qu'on rejoignit l'Arc en Ciel. Le
Sans pareil, Vaiſſeau de ſoixante
&
GALANT. 47
&dix Pieces de Canon, perit un
moment apres , à la hauteur du
Cap d'Ortegueira , à quarante
lieuës au Nord, avec tous ceux
qui y estoient demeurez. Les
principaux font Monfieur de
Villars Capitaine en ſecond , Mr
de Montmorency Lieutenant ,
Mr de Valavoir Enſeigne,Monſieur
Sougere Aide-Major, Mr
Lortis Commiſſaire , & Meſſieurs
le Chevalier de Clermont, Brancar
, de Villiers , & le petit Comte
de Tourville. Il y apéry aufli
ſeize Gentilshommes Gardes de
la Marine , du nombre deſquels
font Meffieurs Sauffon , S. Roman
, du Pleſſis , Tournon , du
Mont , du Clos, de Fecarze, Villedon
, Mathomey , deux Patroles
Freres, & Vauvillac. Dans le
Conquérant, dontil ne s'eſt ſauvé
qu'un tres - petit nombre de
Mate
48
MERCURE ..
Matelots , eſtoient Meſſieurs de
Chabert & de Bérulle , Capitaines
; Mr le Marquis du Tot,Frere
de Monfieur le Duc de Caderouffle;
Monfieur le Comte d'Entragues:
Mr le Chevalier Deſmas
retz Neveu de Mr. Colbert, Mr.le
Chevalierde Bezős , Fils du Conſeiller
d'Etat , deux Enſeignes ,
& cinq Gardes de la Marine .
Ce malheur a eſté ſuivy d'un
autre , qui quoy que d'une nature
fort diférente , ne laiſſe pas
de toucher beaucoup de Gens .
C'eſt le depart des Peres Capucins
du Louvre. Il n'a pas eſté
poſſible de les arreſter davantage
, & toutes les propoſitions
qu'on leur a faites pour les reteniren
France , n'ont pû ébranler
leur revocation. Ils vont rendre
compte au Pape de ce qu'ils ont
obtenu du Roy pour ſeconder
Sa
GALANT. 49
- Sa Sainteté dans le deſſein où el
le eſt d'envoyer une Miſſion en
Ethiopie , pour remettre les Sujets
de l'Empereur des Abyſſins
dans la veritable Eglife.Ces Peuples
font infectez depuis fort
longtemps de l'hereſie de Diofcore;
& ces charitables & zC
lez Religieux, pendantle ſejour
qu'ils ont fait au Caire, ont acquis
toutes les lumieres dont on
peut avoir beſoin pour travailler
à les convertir. Auſſi n'eſtoientils
revenus d'Egypte en Europe,
que pour demander en France &
à Rome ce qui leur eſtoit neceffaire
pour reüſſir dans une ſi ſainte
& fi loüable entrepriſe. SaMa
jeſté ayant découvert que ces)
Miſſionnaires eſtoient des Medecins
merveilleux, les avoit arreſtez
icy pour quelque temps.
Vous l'avez ſçeu, Madame, & je
Decembre 1679. C
50
MERCURE
:
vous ay ſouvent parlé d'eux , &
de l'excellence de leurs Remedes.
Ils les ont préparez dans le
Louvre pendant dix-huit mois,
& diſtribuez au Public avec une
charité qui ne ſe trouve que
dans des Hommes Evangeliques
comme eux. Les premieres
Perſonnes de l'Etat les ont
éprouvez avec ſuccés , & on ne
peut douter de leur bonté, apres
les admirables Cures qu'ils ont
faites , & que justifient tous ceux
qui s'en ſont ſervis. Auffia-t- on
vû partir ces Peres avec beaucoup
de douleur. Ils font regretez
de tout ce qui eſt ſenſible au
mérite;& le Peuple de Paris qui
en a reçeu de ſi grands foulagemens
, ne peut ſe conſoler de
leur perte . On a pû juger par la
maniere dont ils ont vécu , de la
pureté de leurs intentions , &
du
GALANT.
St
du zele ardent qu'ils ont pour
la Foy. Leur charité n'a pas ſculement
paru dans le prompt ſecours
qu'ils ont donné aux Malades
, mais elle a encor éclaté
danslamoderation avec laquelle
ils ont vû d'injuſtes Partys
ſe former contre eux. Ils ont
ſouffert les injures & les calomnies
avec patience, & regardant
tous les Chrêtiens comme leurs
Freres , ils ont tâché de cacher
la mauvaiſe volonté de ceux
qui ont voulu les détruire , &
ce n'a jamais eſté de leur conſentement
qu'on a découvert
qu'ils avoient des Ennemis. Le
Roy ayant ſçeu que leur vocation
l'emportoit ſur toutes choſes
,& qu'on tâchoit inutilement
de les arreſter, leur a donné des
Lettres à l'Empereur des Abyffins
, pour faciliter leur deſſein,
Cij
5.2
MERCURE
& faire connoiſtre en ce Païslà
l'eſtime qu'on a cuë pour eux
en ce Royaume . Il y a adjoûté
avec un Paſſeport autentique,
deux autres Lettres de recommandation
particuliere , l'une à
M. le Cardinal Cibo , principal
Miniſtre de Sa Sainteté ;& l'autre
à M. le Duc d'Eſtrées , fon
Ambaſſadeur à Rome. Quel
bonheur pour ceux qui poffederont
ces pieux & ſçavans
Miſſionnaires , & quel ſujet de
chagrin pour nous d'en eſtre
privez.
Ilyen a un fort grand pour
tous les Beuveurs , auquel il ſera
toûjours affez difficile de remedier.
Les Vers qui compoſent
l'Air nouveau que je vous envoye,
vous feront connoiſtre dequoy
ils ſe plaignent.
AIR
GALANT. 53
P
AIRA BOIRE.
201
Endant quevous donnezla chaffe,
Meſſieurs lesMagistrats ,
Atous les Scélerats ,
Helas, belas ,
Nefaites point de grace
Aces Cabaretiers, cette maudite race,
Puis qu'ils ont encor l'audace
D'empoisonner àvaſtreface
Joni Nos Kins les plus délicats.
4
CetAir ne peut eſtre que tresbeau
, puis qu'il eſt du meſime
Autheur qui a fait ceux que je
vous ay envoyez depuis trois
mois.Les Paroles meſme ſontde
luy, comme le ſont preſque toutes
celles que vous avez veues
dans les Airs gravez qu'il a donnez
au Public. Il n'y a point de
Baffe au deſſous du ſujet de cer
Air, comme on ade coûtime d'y
Cij
auisin
14
MERCURE
en trouver , parce que l'Autheur
a jugé à propos de mettre à la
fin une eſpece de Baffe chantante,
qui pourtant ne fait aucun
accord avec le Deſſus , & qui eſt
ſeulement faite pour une plus
grande varieté de Chant. C'eſt
encor une invention nouvelle,
qui ſans doute ne plaira pas
moins que les Récits de Baſſe
ordinaires , dont il eſt l'Original,
& que vous avez vûs de luy en
tres -grand nombre tous fort
agreables felon le ſujet.
,
und
Le triomphe de l'Amour fuccede
ſouvent aux déſordres des
plus longues Guerres.LeMariage
du Roy d'Eſpagne en eſt une
preuve , & nous ſommes preſts
d'en avoir une autre par celuy
du jeune Roy de Suede. Peu de
Braves ont paru aufſi intrépides
que nous l'avons vûdans lesder.
nieres
GALANT.
55
nieres Occaſions ; & ſi la victoire
aquelquefois trahy ſon courage,
ileſt d'autant plus digne d'admiration
, que ſes malheurs ne
l'ont jamais abatu.Cette fermeté
eſt le caractere des grādes Ames,
& qui peut l'avoir , tire ſouvent
plus de gloire de ſes propres
pertes , qu'il n'en tireroit des avantages
les plus importans.
Quand ils font & continuels , &
d'un grand éclat , il eſt malaisé
qu'ils n'enorgueilliſſent. L'oubly
de ſoy meſme fuit ordinairement
cet orgueil ; & l'aplaudiſſement
trop préſomptueux que ſe donne
le Vainqueur ſur la défaite de ſes
Ennemis , l'enhardit enfin à des
projers qui ne peuvent tourner
qu'à ſa honte. L'Hiſtoire nous
marque pluſieursde ces Conqué.
rans , enyvrez de leurbon-heur,
qui ſe ſont perdus au milieu de
2
Cij
56 MERCURE
leurs conqueſtes , & on ne connoit
que Loürs LE GRAND capable
de cette haute modération
quetoute la Terreadmire ſans la
concevoir , tant on trouve difficile,
quand on peut tout ce qu'on
veut , de ne pas vouloir tout ce
qu'on eſt en pouvoir de faire.
Mais pour revenir au Roy de
Suede , dont le courage n'a pû
eſtre ſurmonté par les forcesde
tant de Souverains liguez contre
luy , & qui meſme dans les lieux
où il a combatu en perſonne , a
remporté ſouvent de grandes
victoires, on peut dire que la paffon
qu'il a pour la guerre , n'a
point fermé fon coeur à l'amour.
Le Portrait de la Princeſſe Ulrique
Eleonor , Scoeur du Roy de
Dannemarc , luy a fait voir tant
de charmes , qu'il montre pour
elle tout l'empreſſement dont
un
GALANT.
57
un jeune Prince bien amoureux
peut eſtre capable , lors qu'il ſe
voit aſſuré de ſon bonheur , &
que ce bonheur ne luy peut ,
plus eſtre retardé que par le
temps.Quel que puiſſe eſtre cet
empreſſement , il n'en ſçauroit
trop avoir pour une Princeffe
qui a non ſeulement de l'ef.
prit&de labeauté , mais toutes
les inclinations auffi élevées
que ſa naiſſance. Elle est bienfaiſante
& genéreuse; & ce qui
eft vrayment digne d'une Perfonne
Royale , on luy voit une
noble ſenſibilité pour les Malheureux,
qu'elle prend toute forte
d'occaſions de fatisfaire . La
derniere a dû luy donner beaucoup
de plaifir.On faifoit l'Echage
des Suedaisydemeurez Pri
fonniersdu Roy fon Frere pendant
la guerre,& comme ils pou-
C V
58 MERCURE
A voient eſtre affez en defordre,
elle leur a fait donner des Habits
à tous, avant que de les laiffer
retourneren leur Païs. Elley
trouvera en eux des Sujets qui
l'auront déja fait aimer des autres;
& cette action.quoy qu'elle
n'en regarde qu'un fort petit
nombre,luy fera gagner le coeur
de tous les Peuples fur qui elle
va regner , comme ſon merite
luy a foûmis celuy du jeune Monarque
qui afpire avec tant de
paflion àluy faire partde ſaCouronne.
Je vous dis beaucoup,&
ne vous dis pourtant rien qui ne
foit fort au deſſous de ce qu'on
public à l'avantage de cette il-
Juſtre Princeſſe. Les beautez &
ladelicateſſe de noſtre Langue,
Juy fort connuës; & la lecture
eſtant un de ſes plaifirs , mous
n'avons point d'Ouvrages nou
veaux
GALANT. 59
veaux qu'elle ne voye , & dont
elle ne juge avec un difcernement
admirable. On m'aſſure
meſme que preſque toutes mes
Lettres luy font envoyées , &
qu'elle ne dédaigne pas de ſedivertir
de ce que vous y trouvez
de curieux.
Le Samedy 2. de ce mois, Mr
le Prince de Guimené épouſa
Mademoiſellede Vauvineux.Elle
avoit eſte ſa premiere paffions
mais des raiſons où je n'entre
point,l'engagerent à ſe marier à
Mademoiſelle de Luynes , Fille
du Duc de ce nom , &qui n'a
eſté la Femme qu'environ deux
ans. Si toſt qu'il fur veuf, il ſe
trouva ſenſible plus que jamais
au merite qui l'avoit d'abord
charmé, & vous en voyez l'effet
par le Mariage que je vous apprens.
Mademoiselle de Vauvineux
60 MERCURE
neux eſt tres- aimable de ſa per.
fonne , a beaucoup de bien , &
s'appelle Charlote- Elizabeth de
Cochefilet.Cette Maiſon eſt originaire
du Perche . Guillaume
de Cochefilet ſe qualifioit puiffant
Seigneur du temps deCharles
VII. Roy de France , & fut
marié avec Jeanne de Bailleul
de Normandie. De ce Mariage
fortit Mathurin Pere de Georges
Seigneur de Vaucelas . Georges
époufa Jeanne de Hangeſt, & en
eut Jacques Chevalier Seigneur
de Vaucelas & de Garencieres ,
qui de Marie Arbaleſte laiſſa Rachel
de Cochefilet Ducheſſe de
Sully , & André de Cochefilet
Comte de Vauvineux , Baron de
Vaucelas, Ambaſſadeur en Eſpagne,
& Chevalier des Ordres du
Roy. Ce dernier s'eſtant marié
à Elizabeth de l'Aubeſpine-
Cha
1
GALANT. 61
Chaſteauneuf , eut pour Fils Mr
le Comtede Vaucelas, mort ſans
Enfans en 1671. & feu Monfieur
le Comte de Vauvineux , Pere
de la Mariée dont je vous parle .
Je ne vous dis rien de Monfieur
le Prince de Guimené. La grande&
illuftre Maiſon de Rohan
vous eſt ſi connuë & par ellemeſme
, & par quantité d'Articles
que j'en ay déja employez
en diverſes Lettres , qu'il me fo ト
roit inutile de vous repeter ce
que vous ſçavez .
Tandis que les uns condui.
fent l'Amour juſqu'au Sacrement
, les autres s'effrayent d'un
engagement pour toute la vie.
Voyez ce que propoſe là deſſus
un Amant qui pretend n'avoir
en venë que le ſeul intereſt de
ſa Maiſtreſſe .
62 MERCURE

** 3-23567623 ક દવેના 63 63 463 89103
L'AMANT
DES-INTERESSE'.
Ris, vous nesçauriezmmiieeuuxxfaire,
IvVoouuss trouvez vous voyant dans la
bellefaifon,
Qu'un Amant est pour vous un meuble
Neceffaire
Vom en voulez prendre un, & vous avez
raison.
Sans la douceur d'aimer , la vie est infipide,
doux;
C'estde tous lesplaisirs le plaifir le plus
Vous avez ce qu'il faut pour le rendre
د.
folide,
Et je m'en fiérois bien à vous.
Vos yeux brillent d'un feu qui penetreles
ames,
U n'est cooeur pres de vous qui n'enſeit
embrasé,
Etfurleplus rebelle auxamoureusesflames
Le triomphe vous est aiſe.
A
Comme
GALANT. 63
Comme à l'envy pour vous tout le mondo e
Soupire,
Vous pouvez pour aimer Suivre vostre
defir;
Maisparmy tant d' Amans cherchant
bien choisirs
Gardez- vous de prendre lepire.
なかな
Quoy qu'ilspretendent tous eftrefrancs
Qu'aucun semble n'avoir l'ame diffi
mutée,
Il en est de vrais &de faux,
Et c'est marchandise meſlée.
Souvent le plus prodigue en fermens amon
reux,
Eft à tromper le plus habile,
Et pour un jeune Objet rien n'est plus
dangereuxs
Que d'estre en écoutant de croyance
facile
De cent choses qu'un Amant dit,
Quelquefois il n'en pense aucune,
Et sur la bonne-foy ,camme elle eft pe
commune,
Bien luy prend qu'on luy fait crédit.
64
MERCURE
Ie displus, cceett Amantqui vous donne
affurance ARRRRRRRRRRRR
De n'adorer jamais que vos jeunes appas,
En vous le protestant , peut dire ce qu'il
pense,
د
Mais ilpenſe ce qu'il n'estpas.
Reglez-vous là-deſſus,&fans vous met
tre en peine
Sil'on a dans le coeur ce qu'on y croit
Sentir,
Tenez pour maxime certaine,
Que l'Amour ne sçait que mentir.
S'attacher fans reserve est de la vieille
mode; 2
Ainfi de tant d'Amans que charment vos
beauxyeux, IN THE
Ne prenez pas celuy qui femble aimer le
Maisseulement leplus commade.
Ces Dolens qu'un regard vers un autre
Roduit auffiroft àlaplaimes
Vous tiendroient sans ceffe en con-
Défiez
GALANT. 65
Défiez- vous d'un coeur d'amour trop oc6-
cupé.
Quiconque s'en fait
qu'une affaire,
moins un plaisir
Sur le moindre soupçon devient reſveur,
jaloux.
Pour luy prouver qu'on l'aime , on ne peut
affezfaire,
Et cela ne vaut rien pour vous.
Il vous faut un Amant bon à tout f
ciable,
Avec qui vivreſans façons
Etqui d'humeur toûjours traitable,
Lors que vous direz ouy, ne diſe jamais,
non.
l'enconnois unqui ſera voſtre affaire,
Aifé, jamais grondant, & toûjours gratieux;
Quand exprés vous leferiez faire,
Vous auriez peine à trouver mieux.
En tous temps , vous n'aurez qu'à
Telle qu'il vous verra , tel vous le trouverez
Il
66 MERCURE
Il rira quand vous voudrezrire,
Pleurera quand vous pleurerez.
Si vous estes d'humeur àſoufrir qu'il badine,
Avec vous il badinera.
Si ſurvenant en tiers , il voit qu'il vous
chagrine,
Aufi - tost quelque affaire ailleurs l'ap
pellera.
Iene vous promets rien pour luy qu'il
n'accompliffe;
Et pour marquerma bonne-foy,
CetAmant,belle Iris , est moy,
Qui peut- estre en amour nefuispas trop
Novice.
Pour éprouver ce que jefçay,
Voyez juſqu'où parvous ira ma complai-
Sance.
D'autres pour s'engager veudroient quelqueaffurance;
Pourmoy ,jeme donneàl'eſſay.
Hazardezpour épreuve une intrigueſecrete,
Dont l'Amour avec nousfait l'uniquetémoin
Et
GALANT. 67
Et selon que de moy vous serezSatisfaite,
On vous reculerez , on vous irez plus
Loin.
Du moins comme en amourplus qu'en ton
teautrechose,
Tous les commencemens ſont doux,
- Les débuts de tendreſſe on mon coeur fo
dispose
Seront agreables pour vous.
Apres quelque temps , s'il vous ſemble
Qu'un autre Amantſera mieux voſtre
fait,
Tanttenu ,tant payé , plus de commerce
ensemble,
Vous aimerez ce plus parfait .
Agirainfi ,n'est pas chercher à vous fure
prendre.
L'effay que je propose est pour vostre
interest ;
- Songez - y belle Iris ; fi le party vous
plaift ,
Ilne tient qu'àvous de le prendre.
Si
68 MERCURE
Si dans les amples deſcriptions
que je vous ay faites depuis
trois ans , des Opéra qui attirent
tant de Curieux à Veniſe
chaque Carnaval , vous n'avez
pû vous defendre d'admirer la
quantité prodigieufe des chofes
qui s'y repréſentent au naturel,
je ſuis aſſuré que vous allez redoubler
voſtre étonnement , &
je ne ſçay mefme fi les merveilles
deceluydontj'ay à vous parler
, vous pourront ſembler croyables
, Il n'a paru ny à Veniſe,
ny pendant le Carnaval. Piazzoladans
le Padotian, eſt le lieu où
ce grand Spéctacle a eſté donné.
La Piece a pour titre, Les Amazones
dans les Ifles Fortunées , &
c'eſt leProcurateur Marco Con
tarini qui en a fait la dépenſe.
Ce noble & richesVenitien l'a
moins entrepriſe par vanite , que
pour
GALANT 69
qu'il
pour faire honneur à ſa Patrie,
On peut diremeſme que le plaifir
de contribuer au foulagement -
des mal-heureux , a euquelque
part dans ce deſſein , puis
n'a eſté exécuté qu'en emplo
yant fix cens Filles qu'il faittravailler
dans un Hôpital , & qui
ont gagné dequoy fubfifter en
faiſant tout ce qui fert à cetOpé-r
ra, à l'exception de ce qui regarde
la Menuiſerie , & la conſtrution
de la Salle. Tous les Ha
bits des Acteurs font de leurs
Ouvrages , auffibien que les diverſes
Décorations qui changent
la Scene. On en voit plu.
ſieurs de Tapiſſeries de verdure,
travaillées au petit point. Les
Palais font faits de Colomnes ,
Pilaftres , & autres ornemens du
mefme travail;&juſqu'aux Etofes
de toiles d'or faites au Meftier,
70 MERCURE
tier , tout est de ces Filles. Ce
qui vous étonnera, c'eſt quetout
s'eſt fait ſi ſecretement , que fort
peu de jours avant la Repréſen
tationde cet Opéra , chacun ignoroit
qu'il y en deuſt faire un.
On voyoit bien préparer quantité
de choſes pour la conftrution
d'un grand lieu : mais comme
on ne les plaça qu'apres
qu'elles furent toutes achevées,
il n'y eut perfonne qui devinaſt
à quel uſage on les vouloit
employer. Enfin le jour qu'on
avoit choiſy pour ce ſurprenant
Spectacle eſtant arrivé , les Perſonnes
conviées , & non aucune
autre , ſe rendirent au lieu marqué
pour la Feſte. Chaque Particulier
avoit eu ſon heure afin
d'entrer fans confuſion : & alors
àmeſure que les premiers aver
tis ſe préſenterent , on leur donna
GALANT.
71
na un Billet de la Loge deſtinéc
pour eux ,& une clef pour l'ouvrir.
Dans le temps qu'ils commençoient
tous à ſe placer , on
vittout d'un coup la Salle éclairée
d'un grand nombrede Flambeaux
de cire blanche , & cette
lumiere fit remarquer que le devant
du Theatre , au lieu d'eſtre
fermé par une Toile peinte ,
comme il l'eſt par tout , avoir
pour Rideau quantité de lez de
Velours cramoiſy , qui tous enſemble
faiſoient une grande piece.
Il y avoit un gros galon d'or
fur les coûtures de chaque lez,
& au haut , & au bas de cétemaniere
de Rideau , une grande
Creſpine pareillement d'or. Les
Tapis qui ornoient les apuis des
Loges,& qui en couvroient tout
le devant , eſtoient du mesme
Velours avecle meſme galon, &
avoient
72 MERCURE
avoient une Creſpine ſemblable
à celle dont je viens de vous
parler. Quand tous ceux qui
avoient été choiſis pour compoſer
l'Aſſemblée eurent pris leurs
places , on apporta des Bougies
dans chaque Loge , avec une
Collation auſſi magnifique qu'elle
eſtoit galante, Ce Regal ne fut
pas fi-toſt finy, que les lumieres
qui éclairoient cette brillante
Salle,diſparurent tout d'un coup.
Ce qui ſervoit de Rideau dans
ledevant du Theatre ayant auffi
diſparu d'une maniere preſque
imperceptible , on vit le plus
étonnant & le plus pompeux
Spectacle,dont on ait jamais par
lé. Ce fut la Reyne des Amazones
accompagnée de ſoixante
Femmes , montées toutes fur de
veritables Chevaux. Trois cens
autres parurenten méme temps
fous
GALANT.
73
ſous des Pavillons de Toile d'or.
Jugez de l'éclat que répandoient
ces ſuperbes Tentes dans le lieu
où campoient ces Amazones. Il
eſtoit d'une ſi vaſte étenduë ,
qu'on n'en pouvoit remarquer
le bout. Quantité de Machines
furprenantes fortirent de terre
dans la meſme Scene , & un
Char attelé de fix Chevaux ſe
ſoûtint en l'air. Il y eut dans ce
mefme Opéra une Riviere d'eau
veritable . Deux Armées s'avancerent
fur un Pont qui la traverſoit,&
un fort grand nombre
d'Aſiatiques tomberent dans
l'eau. Vous pouvez croire qu'on
les comptoit pour noyez , & que
l'avantage demeura par là aux
Amazones. Je ne vous fais point
aujourd'huy l'entiere deſcription
de ce merveilleux Spéctacle
, qui ſemble eſtre moins un
Decembre 1679 . D
74
MERCURE
Opéra effectif qu'un Enchantement
. On m'en promet une
tresample & tres - exacte Relation.
Je l'attens , & ne manqueray
point alors à vous faire part
du reſte. Je vous diray paravance
que la Salle où l'on a fait céte
magnifique repreſentation , eſt
toute voutée,& qu'ainſien quelque
ſaiſon que ce ſoit , on n'y
foufrira aucune incommodité.
Le feu qu'on doit mettre ſous
les voûtes pendant l'Hyver , la
rendra chaude : & dans l'Eté, on
trouve moyen de la rafraîchir
par des Souflets qui ſont ſous ces
meſmes voûtes , & qui par des
trous faits à deſſein , répandent
un vent dans toute la Salle qui
cauſe un frais agreable. Comme
la plupart de ceux qui ont eſté
conviez à cetOpéra, estoient de
Veniſe , celuy qui en a donné le
Spé
GALANT.
75
Spectacle s'eſtoit précautionné
pour eux contre l'obſcurité de
la nuit , & afin qu'elle n'embaraſſaſt
perſonne au retour, il avoit
fait éclairer tout le chemin depuis
Piazzola juſqu'à cete grande
Ville , par un nombre prefque
infiny de Falots . Une ſi extraordinaire
magnificence vous
ſurprendra dans un Particulier :
mais , Madame, c'eſt la mode du
Païs . On prend ſes meſures de
longue main pour venir à bout
de ces fortes d'entrepriſes : &
comme les choſes s'y font avec
toute l'economie qu'on peut
avoir,& qu'elles ne reviennent à
ceux qui en font les frais , qu'à
ce qu'elles couſtent véritablement,
onfournit àtout avecbeau.
coup moins de dépenſe qu'il
n'en paroiſt. Si les grands Seigneurs
de France avoient amené
Dij
76
MERCURE
la mode de ces ſomptueux Spéctacles
, on peut aſſurer que ce
qu'on y verroit , de cette nature
, iroit au dela de tout cequi
s'eſt fait de plus étonnant juſqu'à
aujourd'huy. La raiſon eſt que
nous avons tout en abondance :
que les beaux Arts ayant comme
étably leur Empire parmy nous,
tout ſe polit à Paris , & qu'on
nous voit rendre desChef d'oeuvres
à toutes les Nations du
Monde pour ce qu'elles nous
preſtent quelquefois d'informe .
Joignez à cela la magnificence
&la libéralité naturelle des François
, pour ne pas dire profuſion.
On a déja veu quelques eſſaisde
ces magnifiques Feſtes dans la
Piece de Machines, intitulée la
Toiſon d'or , que compoſa Mr. de
Corneille l'aîné , & qui fut repréſentée
en 1660.dans le Chafteau
GALANT.
77
teau du Neubourg en Normandie.
Mr. le Marquis de Sourdeac,
àqui appartient ce Chaſteau prit
le temps du Mariage de Sa Majeſté
, pour faire une réjoüiſſance
publique , de la repréſentation
de cette Piece ; & outre
tous ceux qui eſtoient néceſſaires
pour l'exécution de ce deſſein
, qui furent entretenus plus
de deux mois au Neubourg à ſes
deſpens , il traita & logea dans
ſon Chaſteau plus de cinq cens
Gentilshommes de la Province
pendant pluſieurs Repréſentations
que la Troupe du Marais y
donna de cet Ouvrage. Ce n'eſtoient
par tout que Tables fervies
avec une abondance & une
propreté admirable. Il recevoit
toutes les Perſonnes confidérables
qui ſe préſentoient , &
rien ne pouvoit marquer plus
Diij
78 MERCURE
noblement le glorieux avantage
qu'a ce Marquis d'eſtre de l'illuſtre
Maiſon de Rieux. La Paix
que la modération du Roy fait
régner preſentement dans toute
l'Europe , nous fera peut
eſtre voir des Feſtes dont la
ſomptuoſité paſſera ce que nous
trouvons aujourd'huy ſi ſurprenant.
Quand on veut fairequelque
choſe de grand en France,
on ne laiſſe rien à y ajoûter. Il
n'en faut pour preuve que les
Carrouſels qu'on a entrepris. Il
ſembloit que toutes les richeſſes
de l'Univers s'eſtoient ramaſlées
pour le dernier ; & fi l'induſtrie
des plus ingénieux Ouvriers s'y
épuiſa , jamais Chevaliers ne firent
voir ny tant d'adreſſe ny
tantde galanterie qu'il en parut
dans les cinq Quadrilles qui le
compoſoient. En attendant ces
mer
GALANT.
79
merveilles, je ſuis aſſuré de vous
faire des Relations fort corieuſes,
ſi l'on continuë de m'envoyer
d'exactes deſcriptions de tous les
Opéra įde Veniſe. Il y en aura
cinq nouveaux ce Carnaval , &
on prétend qu'il ne ſe ſoit encor
rien fait de plus beau dans cette
riche & fameuſe République.
Vous m'avez déja marqué de
l'étonnement de voir tant de
Perſonnes de la premiere qualité
prendre des fatigues pour
l'étude , dont ceux qui estoient
d'une naiſſance un peu diftinguée
, croyoient autrefois avoir
droit de s'exempter. C'eſt un
fruit de l'exacte juſtice du Roy,
qui ne confiant les principales
Dignitez de l'Egliſe qu'à des
Gens d'un mérite conſommé,
engage par là tous les Prétendans
às'en rendre dignes. Exa-
Diiij
80 MERCURE
minez les Maiſons les plus illuſtres
. Il y en a peu où vous ne
voyiez quelque Docteur de Sorbonne.
Une qualité ſi avantageuſe
ne ſçauroit manquer encor
longtemps à M. l'Abbé de Gefvres.
Je croy,Madame,qu'il fuffira
de ce nom pour vous le faire connoiſtre,
& que je n'ay pas beſoin
de vous dire qu'il eſt Fils de
M.le Duc de Geſvres , Premier
Gentilhomme de la Chambre. Il
ſoûtint le dernier Acte de ſa Licence
au commencement de ce
Mois,avec un ſuccés qui luy acquit
toute la gloire qu'il pouvoit
attendre. Ce fut en préſence de
pluſieurs Princes du Sang , de
quantité de Prélats , & d'un fort
grand nombre des premieres
Parlement , du Conſeil , & des
Perſonnes du Royaume , du
autres Cours. La Theſe comprenoit
GALAN T. 81
prenoit les Points les plus difficiles
de la Chronologie , & de
'Hiſtoire Eccleſiaſtique depuis
la Création du Monde juſqu'au
Concile de Trente , expliquez
avec beaucoup d'ordre & de
netteté . La Diſpute fut ouverte
àhuit heures du 'matin , & ne
finit le ſoir que ſur les fix heures.
M. d'Aubuſſon de la Fuëillade,
Archeveſqued'Ambrun &
Eveſque de Mets,Commandeur 880
- des Ordres du Roy, la commença.
Ce Prélat , auſſi illuſtre par
fon mérite que par ſa naiſſance
, préſidoit à cette Action,
comme Docteurde la Maiſon de
Sorbonne. Il agita fort longtemp's
trois Queſtions des plus
importantes ; & les réponces du
Soûtenant aux doctes Objections
qu'il lay fit , furent ſi juſtes , &
d'une déciſion ſi évidente , que
YO
93 *
D V
82 MERCURE
ſi ſa bonne mine & fa modeſtie
avoient eſté capables de
préoccuper d'abord ſes Auditeurs
, il ne dût qu'à la force
de ſes raiſonnemens , & à la
facilité avec laquelle il s'énonça
, les applaudiſſemens qu'il
reçeut de tous ceux qui l'entendirent.
C'eſt aſſurément
quelque choſe de bien glorieux
* pour une Perſonne de ſa qualité,
d'eſtre à ſon âge auſſi avancé
qu'il l'eſt , dans les Sciences
les plus relevées.
Si je vous donnay une agreable
nouvelle la derniere fois en
vous apprenant qu'on avoit remedié
à l'accident qui avoit fair
craindre pour M. le Maréchal
d'Eſtrades , je croy, Madame,que
vous ne ſerez pas fâchée d'entendre
aujourd'huy parler de
M. l'Abbé d'Eſtrades fon Fils,
Am
GALANT. 83
.
1
2
Ambaſſadeur pour Sa Majesté
aupres de Leurs Alteſſes Roya-
_ les de Savoye. Il fit ſon Entrée
publique à Turin le Lundy
13. Novembre , & fortit de la
Ville à deux heures apres midy
, accompagné de ſes Gentilshommes
, de quelques Officiers
de Pignerol,& de pluſieurs
autres François de qualité , dans
trois Carroſſes à fix chevaux,
dont les deux premiers qui
eſtoientde Velours bleu turquin
à ramage à fonds d'or , furpaffoient
par leur magnificence en
dorure , ſculpture & peinture,
tout ce qui avoit paru juſque là
dans cette Cour , en ces fortes
d'occafions. Pluſieurs Pages, à
cheval, &beaucoup de Gensde
Livrée fort ſuperbement veſtus ,
fuivoient cet Ambaſſadeur. Eftant
arrivé à S.Salvary , qui eſt
Ct
e
1
d
0
טמ
4
MERCURE
un Convent de Peres Servites,
il deſcendit pour y attendre les
Carroſſes de leurs Alteſſes Royales
, & pluſieurs autres qui furent
envoyez au devant de luy
par les Princes de la Maiſon de
-Savoye , par M. le Nonce & les
autres Miniſtres Etrangers , &
par les Seigneurs de cette Cour.
Les cinq Compagnies deGardes
du Corps fortirent auffi au devantde
luy. LesOfficiers eſtoient
àla teſte couverts de riches
Caſaques en broderie d'or, qu'ils
n'avoient pas accoûtumé de
porter en de ſemblables Cerémonies.
Il reçeut les Complimens
que luy firent de la part de
Leurs Alteſſes Royales , M. le
Comte de Pioſaſque Chevalier
de l'Ordre , & Monfieur le
Comte de Scaravelle Introducteur
des Ambaffadeurs , & tous
les
,
GALAΝΤ.
85
les autres Gentilshommes qui
avoient eſté envoyez dans les
Carroſſes à fix Chevaux , &
monta en fuite dans celuy de
Son Alteſſe Royale. Il trouva
en arrivant dans la Ville toutes
les Ruës de fon paſſage bordées
d'une foule innombrable
de Peuple. Toutes les Feneſtres
eſtoient remplies de Dames
, & d'autres Perſonnes de
qualité qui avoient voulu prendre
part au plaifir que donnoit
la veuë d'un ſi ſuperbe équipage
; & quand il paſſa dans la
grande Place du vieux Palais , il
aperçeut Leurs Alteſſes Royales
avec toute la Cour,qui des Feneſtres
& des Balcons regardoient
paſſer ce magnifique Cortege,
e qui le remena chez luy. Le lendemain
ſur les huit heures du
foir,Mile Comte de Pioſaſque &
S
a
M.
86 MERCURE
M. le Comte de Scaravelle, qu'il
reçeut dans un fort riche Apartement
, le menerent à ſa premiere
Audience dans les Carroffes
de Leurs Alteſſes Royales.
Il les harangua en préſence
de toute la Cour , & fit un Difcours
qui répondit parfaitement
àla haute eſtime qu'Elles avoient
déja conçeuë de ſon mérite &
de la délicateſſe de ſon eſprit.
Auſſi reçeut- il d'Elles beaucoup
de marques de refpect pour Sa
Majesté,& tous les témoignages
d'agrément qu'il pouvoit ſouhaiter
pour ſa Perſonne. M. l'Abbé
d'Eſtrades eſt forty depuis peu
de l'Ambaſſade de Veniſe,où il a
paru avec avantage pour le fervice
du Roy , & avec beaucoup
de gloire pour ſa Famille ; mais
comme il eſt Fils de l'illuſtre
Maréchal de ce nom qui vient
de
GALAN T.
87
de travailler ſi utilement à la
conclufion de la Paix,& qui ayant
joint avec tout l'avantage poffible
les Armes & les Lettres en ſa
perfonne,a paſſé par les premiers
Emplois de ces deux diférens
Etats , on ne doit pas s'étonner
que le Fils ſuive les traces du
: Pere,& qu'à la fleur de fon âge il
ait déja trouvé des occafions
éclatantes d'employer au ſervice
du Roy beaucoup de ſçavoir , de
jugement , & de délicateſſe , &
mille autres qualitez qui luy
font auffi naturelles, qu'elles font
generalement connuës .
.
1

On tire ſans doute des avantages
fort importans , quand on
eſt d'une Famille où l'on a de
grands exemples.Nous le voyons
tous les jours en la perſonne de
M. l'Avocat General de Lamoignon,
dont la probité , l'érudition,
88 MERCURE
dition , & toutes les excellentes
qualitez qui ſe peuvent ſouhaiter
dans un Magiſtrat, nous font
des marques de ce qu'il a hérité
de ſes Anceſtres. Sa reconnoiſſance
pour le meilleur Pere
qui fut jamais , luy a fait chercher
à inſtruire la Poſterité de
ce qu'il croit devoir à ſa mémoire,&
dans ce defſſein il a fait graver
les Poinçons & Quarrez de
feu M. le Premier Préſident de
Lamoignon ,dont on a tiré quantité
de Médailles d'argent &
de bronze pour les diſtribuer
au Public. J'ay fait graver une
de ces Médailles que je vous
envoye. On voit d'un coſté le
Portrait à demy buſte de feu M.
de Lamoignon veſtuen Premier
Préſident , & autour , Guillelmus
de Lamoignon Senatus Princeps..
Dans l'Exerque eſt le nom du
S.Ber
e
AN
AUNON SENATUS
· PRINC
GVILLD
EPS
T
-BERNARD
e
S
e
PARENTI
CHR
FRF
ADV
OPTIMO
•PIETAS .
ANMD CLXXIX
GENER
.
BIBLIOTA
1893
GALANT. 89
Sieur Bernard Graveur. La Pieté
eſtdans le Revers. On la reconnoiſt
par une Cigogne qu'elle a
devant elle. Elle eſt aſſiſe fur
un Cube , pour montrer la conſtance
de feu Monfieur le Premier
Preſident dans toutes fes
reſolutions .Ces mots ſont autour.
Optimo Parenti Chr. Francifcus
Filius Advocatus Generalis; & il y
a dans l'Exerque , Pietas , anno
1679. Il eſt certain qu'on ne peut
trop rendre à la memoire de ce
grand Homme. Quand je ne
vous aurois pas déja fait un long
Article de ſes admirables qualitez
, elles ſont peintes tellement
au naturel dans l'Oraiſon Funebre
que Mr l'Abbé Flechier a
faite pour luy , qu'on ne peut
rien adjoûter à ce qui ſe trouve
dans ce merveilleux Panegyrique.
La
१०
MERCURE
La vertu n'eſt pas ſeulement
avantageuſe par l'eſtime qu'elle
fait acquerir à toutes les Perſonnes
qui l'ont ſolide , mais encor
par les glorieuſes recompenfes
qui manquent rarement d'en eftre
le prix. Vous ſçavez dans
quelle reputation Madame la
Marquiſe d'Effiat eſt là deſſus
depuis fort longtemps. Toute la
Cour eſt perfuadée de fon merite
,& le choix qu'on a fait d'elle
depuis quelques jours, pour eſtre
Gouvernante des Enfans de Son
Alteſſe Royale , en eſt une glorieuſe
preuve. Elle a preſté le
ferment de fidelité pour cette
Charge entre les mains de Monfieur.
Si elle s'en eſt renduë digne
par fa vertu , elle ne l'eſtoit
pas moins par ſa naiſſance. Elle
defcendde François-Olivier Fils
de Jacques Sieur de Leuville &
de
GALANT. 91
de Puifieux , Premier Preſident
au Parlement de Paris , mort le
20. Novembre 1519. & de Ge.
■ nevieve Tullen. François-Oli
= vier , Chevalier , Sieur de Leuville
, apres avoireſté Preſident
au Parlement & Garde des
Sceaux , fut fait Chancelierde
France en 1545 & en cette qualité
il aſſiſta à l'Entrée de Henry
II. à Paris le 6. Juin 1549. Une
Paralyſie dont il fut ſurpris , fit
donner les Sceaux au Preſident
Bertrand fans commiſſion , qui
les garda juſqu'à ce que Monfieur
de Leuville ſe vit en état de
= retourner à la Cour. Il n'y exerça
pas long - temps cette grandeCharge,
qu'un autre accident
qui le rendit preſque aveugle,
luy fit demander permiffion de
ſe retirer chez luy. Il l'obtint ſans
prejudice des titres , droits &
hon
92
MERCURE
honneurs qui luy furent refervez
; & apres avoir demeuré dans
ſa Maiſon juſqu'en 1559. la veuë
s'eſtant un peu éclaircie , il fut
rappellé en Cour , & remis en
l'exercice de la Charge de Chan .
celier par le Roy Fraçois II. C'eſt
un honneur dont il joüit peu,
eſtant mort au mois de Mars de
l'année ſuivante. Il laiſſa d'Antoinette
de Cerifay, Jean Olivier
I. du nom , qui de Susanne Chabannes
, Fille de Charles de la
Paliffe , eut Jean - Olivier II . du
nom, Sieur de Leuville. Ce dernier
ſe maria avec Magdelaine
de l'Aubeſpine , Fille de Guil.
laume Sieur de Chaſteau- neuf,
& laiſſa pour Fils Loüis- Olivier
I. du nom , Marquis de Leuville,
qui en 1636. épouſa Marie Morand
, Fille de Thomas Morand,
Baron du Meſnil. Grenier , Conſeiller
d'Etat. De ce Mariage
GALAN Τ .
3
93
ſont ſortis Loüis- Olivier II . du
■ nom, Marquis de Leuville, mort
ſans Enfans en 1671. & Marie-
Anne- Olivier , qui eſt Madame
= la Marquiſe d'Effiat dont je vous
parle.
2 Vous ſçavez que Monfieur le
Marquis d'Effiat ſon Mary eſt
Premier Ecuyer de Monfieur;&
afin de vous donner une entiere
connoiſſance de la Maiſon de
l'un & de l'autre , je vous diray
que Gilbert Coifier Sieur d'Effiat
, Maiſtre d'Hôtel du Roy &
( de Mad. Marguerite de France,
épouſa Bonne Ruzé , Soeur de
Martin de Ruzé Sieur de Beaulieu,
Chilly,& Longiumeau, Secretaire
d'Etat , & Tréſorier des
Ordres du Roy , & en eut Antoine
Coifier , Marquis d'Effiat.
Ce Martin Ruzé ſon Oncle,
n'ayant point d'Enfans , l'inſtitua
fon
94 MERCURE
ſonHéritier, à la charge de prendre
ſon Nom & ſes Armes. C'eſt
celuy qui fut fair Chevalier du
S. Eſprit en 1620. & depuis Sur-
Intendant des Finances . Le Roy
l'envoya Ambaſſadeur Extraordinaire
en Angleterre ,& à fon
retour les belles Actions qu'il fit
aux Combats de Veillane,& de
Carignan , & à la Priſe de Saluces
, luy ayant fait meriter leBâton
de Maréchal de France , il
en fut honoré en 1631. Il mourut
l'année ſuivante, apres avoir été
fait Senéchal du Bourbonnois,&
Lieutenant General de l'Arméc
du Roy en Allemagne. Il avoit
époufé Marie de Fourcy,dont il
cut Martin Ruzé, Marquis d'Effiat
; Henry , Marquis de Cinqmars
Grand Ecuyer de France;
Jean , Abbé de Saint Sorlin ; &
Marie Ruzé , premiere Femme
de
GALANT.
95
de Charles de la Porte , Duc de
la Meilleraye , Pair & Maréchal
de France, & Mere de Monfieur
- le Duc Mazarin d'aujourd'huy.
L'Aîné de tous qui eſtoit Martin
Ruzé , épouſa Iſabelle d'Efcoubleau
, Fille de Charles d'Eſcoubleau,
Marquis de Sourdis,Chevalier
des Ordres du Roy , & de
1 Jeanne de Monluc & de Foix,
Comteſſe de Carmain , dont il a
laiſſé Antoine Ruzé , Marquis 1
d'Effiat. C'eſt celuy que nous
- voyons Premier Ecuyer de Son
S Alteſſe Royale.
1 Quand apres une application
continuelle ,& une longue ex-
D
perience des affaires du plus
[ grand poids , on s'eſt une fois
rendu capable du Miniſtere , on
peut dés le premier jour faire
toutes les fonctions qui en dépendent
, avec autant de faci
lité,
96 MERCURE
lité, de prudence, & de conduite
, que ſi on n'avoit jamais eſté
employé à autre choſe. C'eſt ce
que nous fait voir Monfieur Colbertdans
ce qui regarde laCharge
de Secretaire d'Etat des Affaires
Etrangeres. Tous les Ambaſſadeurs
& autres Miniſtres
qui le vont trouver, pendant que
Monfieur le Preſidet Colbert eft
en Bavieres , en ſortent toûjours
fatisfaits , & s'en louënt
d'autant plus , qu'il leur donne
des Audiences extraordinaires
lors qu'ils en demandent . Ils font
charmez de la penetration de
ſon eſprit , & l'admirent tous les
jours , en luy voyant réſoudre en
quatre paroles les affaires les plus
difficiles . Je croy, Madame, que
vous ne ſerez pas ſurpriſe de cette
nouvelle. Vous eſtes convaincuë
depuis longtemps , auffibien
tres -
que
GALANT.
97
que toute la France , qu'il n'y a
rien dont ce grand Génie ne ſoit
capable. Tant de diférens Emplois
foûtenus avec un zele fi peu
commun pour les avantages
de l'Etat , diſent plus que les
-plus brillants éloges , & ne laiferont
jamais douter que cet infatigable
Miniſtre ne vienne toûjours
glorieuſement à bout de
toutes les chofes qu'il plaira au
Roy de luy commander .
Quoy qu'un Amant qui ſe
plaint, faſſe rarement pitié à celles
de voſtre Sexe , particulierement
quand il s'adreſſe aux Ar.
bres & aux Rochers , Monfieur
Vuaubert de Noyon en fait parler
un d'une maniere trop agreable
, pour ne vous prier pas de
l'écouter. Voicy ce qu'il luy fait
Decembre 1679. E
dire .
98 MERCURE
E
PLAINTE .
N vain pour divertir l'excés de mon
martyre,
Oyſeaux, vous employez vos concerts les
-plus doux,
Iln'est point temps pourmoy de chanter,
myde rire,
Importuns Oyseaux ,taiſez- vous.
Silence encor un coup,filence ;
Oufi vous prenezpart aux ennuis que je
Sens,
Changez en de lugubres chants
Ces Chansons de réjoniſſance,
Chantez aux Echos d'alentour
Les trop longues rigueurs de l'injufte
Climene,
Et qu'ils vous parlent à leur tour
De la triſte langueur on me reduit la
Peine
Que m'a cousté le trop fidelle amour
Que jefenspour cette Inhumaine.
Mais las ! de quel ofpoir me laiſſay - je
flater?
Ces Oyſeaux loin de m'écouter,
(Ainsi que l'Ingrate que j'aime
BIB
LYON
Lors
*
TO THEQUE
GALANT
Lors que je l'entretiens de
treme)
mon amourex
893771
Nefont que rive &que chanter.
Voicy un Sonnet qui a eſté
preſenté à Monfieur , fur leMariage
de la Reyne d'Eſpagne.
A SON
ALTESSE ROYALE.
H
Eros , dont la
inoüis
valeur & les faits
N'auroient rien de pareilſur la Terre &
fur l'Onde,
Si le Ciel , d'une Tige en miraclesfeconde,
N'avoitfait naiſtre un Prince auffi grand
que LOVIS.
Tuſcais en confondant les plus fiers EAnemis,
Au bruit de tes Exploits faire trembler
LeMonde;
Eij
100 MERCURE
Mais lors qu'il n'est plus temps que ton
Tonnerre gronde,
TuScais querir les maux que la Guerre a
produits.
Espagnols , alarmez au milieu du carnage,
Vous avez déja ven ce que peut son courage,
Mais voyez à present ce que peut fa
bonté.
Il reſiſte pour vous à l'Amour le plus
tendre,
Il vous donne ſonSang; par quel plus
douxTraité
Peut-il payer leſang qu'il vous afait re-
Pandre?
Ce Sonnet eſt de Monfieur l'Abé
Mallement de Meſſange,dont
je vous ay déja envoyé pluſieurs
Ouvrages tant galant que ferieux,
qui vous ont fait connoitre
la force & la delicateſſe de
fon Génie. L'application qu'il a
τοῦ
GALANT. 101
toûjours euë pour les Sciences ,
ne s'eſt pas bornée à ce qui eſt
commun à beaucoup d'autres. II
eft entré dans les Connoiſſances
les plus fublimes , & il raiſonne
d'une maniere fi diferente de
celle des anciens & nouveaux
Philoſophes dans le Traité Phifique
du Monde qu'il a donné au
Public depuis peu de temps, que
ceux-metmes qui par des principes
contraires ne ſe rendent
pas à ce qu'il nous dit des Phénomenes
, admirent les Inven-
- tions nouvelles qu'il a trouvées
de les expliquer.
Beaucoup de Perſonnes ont
partagé avec vous le deplaifir
que vous me marquez de la mort
de Mr de Monchy- d'Hocquincour,
Evefque & Comte de Verdun.
Son peu de ſanté l'avoit
obligé à venir icy, & les Reme
E iij
JO2 MERCURE
des n'ayant pû rien contre l'opiniâtreté
de ſon mal, il y fuccom.
ba apres avoir languy fort long.
temps. Son coeur fut donné à
Mr Vigneron fon Aumônier,
pour le porter à Verdun , où cet
Aumônier eſt Curé de la Paroifſe
de S. Amant. Il arriva à Clermont
le 3.de ce mois,avec ce dé.
poſt qu'il poſa en ceremonie
dans la principale Egliſe où Meffieurs
de Joſtice, la Nobleffe , &
le Clergé , luy rendirent les derniers
honneurs par un Service
des plus folemnels. Sitoſt qu'on
en eut avis à Verdun , le Chapitre
de la Cathédrale donna ordre
à tout le Clergé de ſe tenir
preſt pour aller recevoir le coeur
de cet illuftre Prelat , & envoya
trois Chanoines juſqu'à Clermont
pour accompagner Mr Vigneron
qui le devoit apporter.
La
GALANT. 103
D
La Cavalerie de la Ville , auffibien
que l'Infanterie , eſtoit fortie
hors des Portes. Cet Aumônier
eſtant arrivé à celles de la
Cathédrale , configna ce cher
& triſte Dépoſt à la premiere
Dignité du Chapitre , avec un
diſcours qui tira des larmes de
tout ce qu'il y avoit d'Aſſiſtans .
Le reſte de cette lugubre Cerémonie
ſe fit au fon de toutes les
Cloches de la Ville, avec un concours
extraordinaire de la Nobleſſedes
environs .
•La mort ſurprend tous lesjours
les Jeunes. Le temps en eſt certain
pour les Vieux,& cela n'empeſche
point les derniers de s'atacher
auffi fortement au monde
que s'ils avoient aſſurance d'y
reſter toûjours. Voyez les ridicules
pretentions d'un Barbon
dans ce qui est arrivé depuis
quelques mois . E iiij
.
104 MERCURE
Une aimable Veuve qui n'avoit
point renoncé au Mariage,
foufroit qu'on luy fiſt la cour , &
parmy beaucoup de Prétendans ,
ne ſe hâtoit point de ſe declarer.
Elle demeura quelque temps indiferente
pour tous , mais enfin
un Cavalier qui luý marqua plus
d'amour que fes Rivaux, trouva
le ſecret de la toucher. Elle ne
luy dit rien de ce qui ſe paſſoit
pour luy dans ſon coeur; mais fes
regards,& les complaiſances dõt
elle paya ſes ſoins , luy en parlerent
affez . Ainſi il connut bientoſt
qu'il eſtoit aimé . Ceux qui
comme lui aſpiroient aux bonnes
graces de l'aimable Veuve,furent
convaincus en peu de temps de
l'avantage qu'il avoit fur eux, &
s'ils ne ceſſerent pas entierement
de la voir, ils diminuerent
beaucoupde leurs premieres affiduitez.
GALANT
- duitez . Le Triomphe eſtoit doux
au Cavalier . On ne luy diſoit
pas ouvertement qu'on ſe ré
folvoit à le rendre heureux;
mais il ne voyoit perſonne qui
luy diſputaſt la place , & il n'avoit
plus beſoin que d'un peu
de patience pour mériter que la
Dame s'expliquaſt. La choſe
- eſtant en ces termes , il vivoit
- remply de la certitude de ſon
bonheur,quand il le vit traverſé
par les viſites d'un nouveau Rival.
Un Gentilhomme affez
furanné , mais tout plein d'efprit
, jetta les yeux ſur l'aimable
Veuve ,& apres l'avoir entretenuë
deux ou trois fois , il s'en
laiſſa tellement charmer , que
comme il avoit beaucoup de
bien , il ne deſeſpera pas de l'ébloüir
par les avantages qu'il
pouvoit luy faire. Il parla franc
1
t
I
+
Ev
106 MERCURE
à- la Dame . La Dame trouva
quelque choſe de fingulier à
s'eſtre attiré les ſoins d'un Barbon
, & voyant qu'ils donnoient
de l'inquiétude au Cavalier, elle
voulut faire une derniere épreu
ve de ſon amour par les effets
de ſa jaloufie. Il eut beau dire
qu'on n'écoutoit point des propoſitions
de Mariage apres un
engagement formé. Elle prétenditdevoir
eſtre maîtreſſe de ſes
actions , & que la bonté qu'elle
avoit euë de foufrir les emprefſemens
de ſon amour , ne luy
oſtoit point le droit d'examiner
à loiſir ce qui pouvoit eſtre avantageux
à fon repos , & à fa
fortune. Quoyque tout cela fufſt
dit d'un air enjoué , qui faifoit
connoiſtre au Cavalier qu'elle
ne ſongeoit à rien moins qu'à
favorifer la paffion de fon vieil
Amant,
GALANT.
107
Amant , il ne laiſſoit pas de s'al'armer,&
il n'eſt rienqu'il ne fiſt
ou par luy-même ou par quelques
Amies de la Dame, pour empefcher
la continuation de ce commerce.
Son Rival de ſon coſté
faiſoit toutes choſes pour plaire
à l'aimable Veuve. Il eſtoit propre
, avoit une Perruque d'un
blond admirable ; & comme ſa
taille droite & quelques reftes
= d'agilité luy aidoient aſſez à cacher
ſon âge , il ſe recrioit contre
l'impoſture quand on le faifoit
approcher de cinquante
ans. Ce n'eſt pas que les rides
de ſon viſage ne fuffent contre
luy de fâcheux témoins. Il avoit
beau ſe donner encor un peu de
jeuneſſe. Elles l'accuſoient toujours
d'avoir trop veſcu ,& il ne
luy eſtoit pas poffible de changer
de peau , comme il avoit
chan
108 MERCURE
changéde cheveux.Ainſi quand
malicieuſement on le mettoit
quelquefois ſur le chapitre des
rides, tout ce qu'il pouvoit, c'e.
ſtoit de les imputer aux fatigues
de divers voyages. Il en avoit
fait quelques- uns , en avoit étudié
d'autres dans les Livres , &
parloit des lieux les plus éloignez
, comme s'il euft veu luymeſime
les merveilles qu'il en
raportoit. Il aſſaiſonnoit le tout
de quelque conte agreable qui
divertiſſoit la Dame , & elle prenoit
quelquefois plaifir en fon
abfence , à ſoûtenir contre fon
Amant , qu'il n'eſtoit pas ſi âgé
qu'il le paroiſſoit. Le Cavalier
alarmé de la voir dans fon party
, crût qu'il y alloit de fon intéreſt
de la détromper , & apres
plufieurs recherches du vieux
Gentilhomme , il fut fi particu
liere
GALAN T. 109
lierement inſtruit de ſon Age,
qu'il fit connoiſtre à la Dame
qu'il entroit dans ſa ſoixantetreiziéme
année. Elle plaifanta
fur le pouvoir de ſes charmes
qui luy donnoient unAdorateur
- ſeptuagenaire,& feignit de trou
ver d'autant mieux ſon compte
à cette nouvelle , qu'en ſe réfolvant
à prendre un Mary ſi vieux,
- elle auroit moins à vivre avec
luy, pour joüir en ſuite à droit de
veuvage de tout le bien qu'il luy
vouloit faire. Le Cavalier ne
ſçavoit plus par où remedier au
mal qu'il craignoit , quand un
incident des plus finguliers le
tira d'inquiétude. Il y avoit
grande Compagnie de Femmes
chez l'aimable Veuve , ſans autres
Hommes que les deux Rivaux.
Le Barbon Amant s'eſtoit
poſté aupres de la Belle à fon ordinaire,
1
1
1
110 MERCURE
dinaire , & ayant fourny quelque
temps à la converſation genérale,
il baiſſa enfin la voix pour
luy parler de ſa paſſion. Il le fit
avec un tranſport ſi apparent,
qu'il n'y eut perſonne qui le
voyant ainſi occupé de fon amour,
ne jettaſt les yeux fur luy.
Les Dames rioient , le Cavalier
enrageoit , & l'aimable Veuve
auroit peut- eſtre joüy plus longtemps
du plaifir des unes , & du
deſeſpoir de l'autre , ſi le Barbon
qui parloit toûjours avec beaucoup
de chaleur,ne luy euſt mis
tout d'un coup la main fur la
gorge. Elle fit un cry en le repouffant,&
les Dames qui la virent
rougir d'un emportement fi
peu attendu , s'offençant pour
elle du pea de reſpect qu'on luy
gardoit , entreprirent le vieux
Gentilhomme, & luy firent une
affaire
GALANT. 111
affaire de ce qu'il s'eſtoit ainſi
oublié . Il voulut dire quelque
choſe pour ſa defence , mais il
n'ouvroit qu'à demy la bouche,
& bégayoit ſans ſe faire entendre.
Elles imputoient cette
difficulté de parler , au trouble
où l'avoit jetté l'indifcretion de
fon tranſport , & eſtoient bien
éloignées de deviner l'embarras
où il ſe trouvoit. Le Cavalier
murmuroit de ſon coſté , & faifoit
affez connoiſtre qu'en tout
autre lieu il auroit eu peine à ſe
retenir. La Dame craignant qu'il
ne luy échapaſt quelques paroles
d'aigreur dont elle ne puſt
arreſter la fuite , prit prétexte
d'une commiffion à luy donner,
pour l'aller prier tout-bas de ne
dire rien. Le vieil Amant diſparut
pendant qu'elle luy parloit,&
alors lesDames commencerent
à
112 MERCURE
à plaiſanter de ce qui ſe devoit
paſſer de terrible entre le Barbon
& elle dans le teſte-à-teſte,
puis qu'il eſtoit ſi peu maiſtre
de ſa paffion en préſence, de
Témoins. L'aimable Veuve qui
entendoit raillerie , ſe divertit
quelque temps de leur penſée,
& enfin plus pour l'honneur du
Barbon que pour le ſien propre,
voulant le juſtifier de l'égarement
dont on l'accuſoit, elle leur
aprit que pendant qu'il luy di
foit des chofes admirables de
fon amour , la teſte un peu trop
panchée vers elle , il luy eſtoit
tombé tout-à- coup je-ne- ſçayquoy
ſur la gorge dont il avoit
voulu ſe ſaiſir , & qu'elle avoit
jetté par terre dans le meſme
temps en luy repouffant la
main. On fut curieux de ſçavoir
ce que c'eſtoit. Le Cavalier
cher
L
GALANT.
11.3
1
chercha du coſté où la main de
la Dame avoit pû porter , &
trouva enfin quatre dents qui
s'eſtoient détachées tres- mal à
propos de la bouche du vieux
Gentilhomme , & qui remplaçant
les naturelles , juſtifioient
fon antiquité. Il n'y eut plus perſonne
qui s'étonnaſt de ce qu'il
avoit bégayé en s'excuſant.
Quatre dents perduës l'empefchoient
de parler diſtinctement ,
& il avoit eu raiſon de s'éloigner
pour cacher la honte qui lay
eſtoit inévitable , s'il fuſt demeuré.
La Dame demanda le ſecret
à ſes Amies ; mais foit qu'elles
vouluſſent obliger le Gavalier,
ſoit qu'il y ait de l'impoſſibilité
pour les Femmes à s'abſtenir
I de faire un bon conte , la choſe
fut ſceuë aufſfitoſt dans tout le
Quartier. Je ne vous puis dire
fi
114 MERCURE
ſi le bruit qui ſe répandit de l'Avanture,
obligea le vieux Gentilhõme
à quiter la Ville,mais il eſt
certain que depuis cette diſgrace
il n'a point paru chez l'aimable
Veuve. Vous pouvez croire
qu'elle s'en eft conſolée fort aisément
, & que ça eſté un redoublement
de joye pour le Cavalier
d'eſtre convaincu par là
qu'il avoit toûjours poffedé fon
coeur , & qu'elle n'avoit témoigné
quelques complaiſances pour
ſon Rival , que pour avoir le
plaiſir de l'en voir jaloux.
L'Article qui ſuit vous fera
connoiſtre le ſoin que je prens
de vous fatisfaire fur toutes choſes.
Rien n'eſt plus commun que
d'entendre parler des Flotes
d'Eſpagne. Toutes les Nouvelles
marquent le temps de leur
arrivée , mais beaucoup de Gens
igno
GALANT.
115
ignorent en quels lieux on les
envoye , & il me ſouvient que
-vous me demandaſtes la derniere
fois un détail particulier deleurs
Voyages. Ce que je vay vous en
dire ſera d'autant plus nouveau
pour vous , qu'aucune Relation
- publique n'en a encor eſté faite,
& que je ne vous apprendray
rien qui ne foit tiré de Mémoires
d'habiles Gens qui ſçavent
à fond ce qu'ils ont écrit.
Les Eſpagnols font quatre
fortes de Voyages en Amérique .
Le premier eft celuy des Flotes
qui vont à Cartagene , Portobelo
, & S. Juan d'Ulja. Le ſecond
eſt celuy qu'ils font de Panama,
Quatimala, & Acapulco, à Lima,
Capitale du Pérou , & au Chili.
Le troiſieme , celuyd'Acapulco,
&&quelquefois de Lima,aux Philippines
; & le quatriéme eſt celuy
116 MERCURE
luy d'Eſpagne à la Riviere de
la Plata , qui ſignifie argent
en leur Langue. Les deux derniers
font moins conſidérables ,
& on n'y employe ordinairement
qu'un , deux, ou trois Vaifſeaux
chaque année. Le ſecond
fert à entretenir quelque commerce
entre la nouvelle Eſpagne
& le Pérou , & à rapporter à
Panama l'or & l'argent du Pérou
&du Chili ; mais le premier eft
le plus important de tous les
quatre , puis que c'eſt par ce moyen
que l'on reçoit tout l'argent
que nous voyons en Europe.
Les Eſpagnols poffedent tout
ce qu'il y a de Mines connues
dans l'Amérique. Elles appartiennent
à ceux qui ont pû les
découvrir , ou à qui le Roy d'Efgne
les a données, ce Prince ne
s'en eſtant refervé aucune. Ils
'"
luy
GALANT.
117
luy doivent ſeulement le dixieme,
avec quelques autres droits ;
& en y fatis- faiſant, ils ont permiſſion
d'en tirer autant de Mé
tauxque bon leur ſemble. Mais
-comme les Eſpagnols font natu .
rellement pareſſeux , &, qu'on
les voit rarement abonder en induſtrie
, ils ont beſoin de prefque
toutes fortes de marchandiſes
, ayant en ces Païs là trespeu
de Manufactures , & c'eſt
ce qui entretient le commerce
entre l'Eſpagne & l'Amérique.
Cependant les Eſpagnols de
l'Europe n'eſtant guère plus laborieux
que ceux qui font nez
dans le nouveau Monde , ils ſe
trouvent obligez d'acheter ces
marchandiſes des autres Na-
Etions Chrétiennes , & particu
lierement des François , des Anglois
, & des Hollandois , qui les
vont
118 MERCURE
vont vendre en Eſpagne , parce
que les Eſpagnols ne permettent
pas qu'ils les aillent debiter
cux-meſmes en Amérique.
Ce commerce ſe faifoit à Seville
le Siecle dernier. On l'y
avoit particulierement étably ,
parce qu'on n'employoit alors
quede fort petits Vaiſſeaux dans
ces Voyages , & qu'avec le ſecours
de la Marée , on trouvoit
moyen de les faire remonterjufqu'à
cette fameuſe Ville , quoy
qu'avec beaucoup de peine , à
cauſe des Bancs & du peu d'eau
dela Riviere de Guadalquivir.
Mais depuis qu'on a commencé
de ſe ſervir des Baſtimens plus
grands & plus forts , on a tranfporté
tout ce commerce à Cadis
, dont la Baye & le Port font
admirables . C'eſt là que les
Etrangers ont ſoin de porter
toute
GALAN T.
119
toute forte de Toiles,d'Etofes de
laine & de ſoye ,de Quinquailleries
,& autres choſes , dont' ils
trafiquent avec les Marchands
Eſpagnols , en les leur preſtant
juſques au retour de leur voyage.
La Flote s'aſſemble à Cadis ,
& le nombre des Vaiſſeaux depuis
vingt juſqu'à quarante ou
cinquante , eſt plus ou moins
grand, ſelon la quantité des marchandiſes
qu'on tranſporte au
nouveau Monde. Quoy qu'ils
ſoient tous d'une meſme forme,
ils ne laiſſent pas d'eſtre diftingués
ſuivant les lieuxoù ils vont.
Ceux qui ont accoûtumé d'aller
à la nouvelle Eſpagne , s'appellent
la Flote des Vaiſſeaux ou
Navires : & ceux qui vont aborder
à Portobelo , ſe nomment
les Galions. Ils partent & retour
120 MERCURE
tournentordinairement de conſerve
, ou enſemble , pour plus
grande feûreté . Toutefois ce
n'eſt pas une choſe fi bien reglée
, qu'ils ne reviennent quelquefois
ſeparément,quand quelqu'une
de ces Flotes ne ſe trouve
pas affez toſt au rendez- vous,
ou que des raiſons d'Erat ou de
Commerce les obligent à hyverner
en Amérique.
Le temps de leur depart & de
leur retour n'eſt pas non plus
bien reglé. La lenteur des Eſpa.
gnols , & les Vents , y cauſent
ſouvent des retardemens confiderables.
Ils tâchent pourtant autant
qu'ils le peuvent , de partir
de Cadis dans le mois d'Avril &
celuy de May , qui eſt la ſaiſon
la plus favorable , parce que
l'on évite les mauvais temps qui
font ordinaires en Hyver , &
que
GALANT.
121
■ que l'on paſſe les Iſles Antilles
avant les mois d'Aouſt & de
Septembre , dans leſquels on eſt
ſujet à la furie des Ouragans &
des Vents de Nord, qui ſont particulierement
à craindre pendant
ces deux Mois. On peut
neantmoins partir en Aouſt &
Septembre, pour aller à Portobelo
, à cauſe qu'on a pour lors l'avantage
d'y arriver en un temps
oùl'airy eſt beaucoup moins mal.
ſain , qu'il ne l'eſt en ce lieu-là
Trout le reſte de l'année .
1
P
La Flote eſtant partie de Cadis
, va paffer aux Canaries entre
l'Ifle de Fer & celle de Tenarife,
pour y prendre les rafraîchiffemens
dont elle a beſoin. De
là elle faifoit autrefois ſa route à
l'Ouest - Sud - Oüest juſqu'au
vingtiéme degré de latitude,d'où
tournant un peu d'avantage au
Decembre 1679 . F
:
122 MERCURE
Sud , elle faiſoit voile juſqu'an
quinziéme degré. De là elle
tournoit au Couchant juſques à
laDominique, la Defirade , Ma
rigalante , la Martinique , & la
Guadaloupe, qui ſont à peu pres
àla meſme hauteur de quinze
ou feize degrez . La Flote s'y
rafraîchiſſoit pendant quelques
jours ; mais à preſent que la plûpart
de ces Ifles font au pouvoir
des François , les Eſpagnols font
leur route un peu plus au Nord
par le dix-ſept ou dix - huitie
me degré , juſqu'à ce qu'ils arrivent
à l'Aguada dans l'Ifle de
Portorico ,où ils fontde l'eau &
dubois ,&fe fourniffent de ce
qui leur manque COD Rom
La Flote paſſe de là entre l'Iſle
de Portorico& celle de S. Domingue,
coſtoyant la partie Méridionale.
C'eſt là que lesFlores
* ?? છ-**-*--- Se
GALANT.
123
ſe ſéparent. Celledes Vaiſſeaux,
oude lanouvelle Eſpagne, continuë
fa route juſques à l'Oüeft,
&va paffer entre la Jamaïque &
l'ifle de Cuba , au bout de laquelle
ils entrent dans le Golphe
de Méxique , & vont abor
der au Port de S.Jean d'Ulüa,qui
eſt leur retraite depuis que l'on
aabandonné le Port de la Veracruz
qui ne valoit rien. Ils chargent
en cet endroit l'or & l'argent
monnoyé ou en barres ,de
la nouvelleGrenade, de la nouvelleGalice
, de la nouvelle Bifcaye
, &autres endroits de la
Goohenille, de l'Indigo, du Bois
-deCampeſche , & autres chofespropres
pour le Teintures : du
Cácao , pour faire le Chocolat ,
zauſſibien que des Manilles des
Cuirs excellens quelque peu
de Soye , & enfin tout ce
Orada Fij
124 MERCURE
qui peut eſtre de trafic .
- La Flote de Galions ou deTerre-
ferme, va gagner la Coſte de
l'Amérique Méridionale juſqu'à
la veuë de Cartagene.Une partie
delaFlotey entre , & charge l'or
&l'argent des Provinces de céte
partie de l'Amérique , qu'on appelle
Terre- ferme. Elle y charge
auſſi des Emeraudes , quelque
peude Perles, dont la Peſche eſt
àpreſent ruinée : des' Cuirs de
Carracas, du Tabac de Verine &
autre , avec quelques -unes des
Marchandiſes que je vous aydé.
ja ſpécifiées. L'autre partie de la
Flote , apres avoir envoyé deux
Frégates donner avis de ſon arrivée,
va moüiller l'Ancre à Portobelo
, où elle charge l'or & l'argent
du Perou & du Chili , des
Laines de Vigogne , du Baume
naturel,&c.Il y a quelques Marchands
GALANT.
125
ا
chands particuliers qui ſe ſéparent
de la Flote de Terre-ferme
àCartagene,pour faire leur commerce
le long de la Coſte.
Sur l'avis que reçoivent les
Eſpagnols de la prochaindarrivée
des Flotes , ils ſe trouvent
avec ce qu'ils ont d'effets , dans
2 les Ports où elles vont toûjours
aborder : & en huit jours ,& fouvent
en trois ; il ſe tient les plus
riches Foires du Monde , puis
que le Commerce qui s'y fait de
= part & d'autre , va quelquefois à
plus de cent cinquante ou cent
foixante millions : mais comme il
* eſt impoſſible que les Marchands
ayent fait leurs comptes , & expedié
leus affaires en ſi peu de
jours , & que cependant ils n'y
peuvent demeurer qu'autant
que l'Admiral le permet , ils
luy donnent ordinairement de
G
d
こFij
126 MERCURE
:
de grandes ſommes pour obte
nir de luy qu'il difére fon départ
de ſept ou huit jours ,afin qu'ils
ayent le temps de charger leurs
Marchandifesa any rival and
Quand la Garguaiſon eft achevée
, ces Flotes partent en
Mars , afin de ſe trouver auren
dez-vous qui eſt à la Havane,
Ville& Port fameux de l'Iſle de
Cuba , à l'entrée du Détroit de
Bahama , où elles ont accoûtumé
de s'aſſembler. Cellesde Cartagene
& de Portobelo vont reconnoiſtre
la Pointe de Negrillo
, qui eſt le Cap le plus Occidental
de la Jamaïque. Elles s'avancent
ainſi vers l'Orient plus
que la droite route ne ſemble permettre
; mais on le fait ainfi de
peur que les Brizes ou Vents
d'Orient , & les Courans qui regnent
toute l'année entre le Tropique
GALANT. 127
--
םי
pique & la Ligne, ne les jettent
dans le Golphe de Honduras,
d'où elles auroient beaucoup de
peine à fortir , & ce ſont cesBrizes
& ces Courans qui, empef
chentles Vaiſſeaux de retourner
en Europe par la meſme route
qu'ils onttenuë en venant, ſçachant
bien qu'ils les trouveroiết
alors auſſi contraires qu'ils les ont
pû avoir favorables en allant
- d'Eſpagne en Amerique. Ils
vont enſuite doubler le Cap S.
Antoine, qui est à l'Oüest de l'Ifle
de Cuba , d'où ils vont terre à
terre moüiller à la Havane. La
Flote de la nouvelle Eſpagne,
part de S. Jean d'Ulüa dans le'.
meſme temps, ou environ. Il ne
luy eſt pas poſſible de partir plûtoft
à cause de la violence des
vents du Nord qui regnent fur
ces Mers pendant tout l' Hyver.
Fiiij
128 MERCURE
Quand les Vaiſſeaux font fortis
du Port , ils font leur route au
Nord - Eſt juſqu'à la hauteur de
vingtcinq degrez , & font voile
de ladans la meſime hauteur jufques
aux Tortuës , où ils changent
leur route , & vont quaſi
Nord & Sud à la Havane. Ils
prennent là toute forte de rafraîchiſſemens
, chargent quantité
de Marchandiſes de toutes façons
qu'on leur apporte de divers
endroits , & y attendent les
Vaiſſeaux des Particuliers , qui
ont ordre de s'y rendre dans un
temps préfix.
Quand toutes chofes ſont pref--
tes , ce qui arrive ordinairement
au mois d'Aouſt , ou au commencement
de Septembre , la Flote
part à la faveurdes vents deTerre
, & débouque ou fort par le
Détroit de Bahama , ſitué entre
la
:
GALAN T.
129
2
|-
e
1
te
۲۰
re
la
la Floride & les Iſles Lucayes,où
il y a toute l'année un Courant
qui porte au Nord ou au Nord-
Eft . Les Vaiſſeaux le ſuiventjufqu'au
vingt huitiéme degré de
latitude . Là ils tournent juſques
à la hauteur des Bermudes qui
font au trentetroiſiéme degré- Ils
vont de là reconnoiſtre les Acores
, & enfuite le Cap S.Vincent,
d'où ils arrivent bien-toſt à Cadis
.Que ſi l'Eſpagne eſten Guerre
avec quelque autre Nation,
on envoye des Vaiſſeaux d'avis
au devant de la Flote , pour luy
apprendre la route qu'on veut
qu'elle tienne , & meſme quelques
Navires de guerre pour
l'eſcorter. Le chemin que font
ces Flotes tant en allant qu'en revenant
, ſuivant l'eſtime des Pilotes
, eſt d'environ deux mille
fix cens ou deux mille ſept cens
F V
130 MERCURE
lieuës .Elles employent à peu pres
deux mois, ou deux mois & demy
à aller, & autant à revenir.
Lors que la Flote arrive à Cadis
, elle y trouve quantité de
Vaiſſeaux François,Anglois,Holandois,
&c. qui viennent recevoir
le payement des Marchandiſes
qu'ils ont preſtées. Il abforbe
preſque toûjours les trois
quarts de la charge de la Flote,
&l'autre quart en fort auffi par
divers moyens avant la fin de
l'année. Ainfi on peut dire que
les Eſpagnols ſont ſeulement le
Canal par où toutes ces richeſſes
paſſent en Europe.
Ces Flotes font tantoſt plus,
& tantoſt moins riches , c'eſt à
dire , depuis quarante juſqu'à
quatre- vingts & quatre.vingts
dix millions. L'or & l'argent font
les trois quarts de leur charge ,&
quel
GALANT.
131
S
1
8
1
&
quelquefois davantage.Les Marchandiſes
font l'autre quart . Ce
qui en revient auRoy d'Eſpagne,
va depuis fix juſqu'à neuf ou dix
millions de livres , ſelon que la
Flote eſt riche , & que les revenus
de Sa Majeſté ont eſté bien
ménagez.
Voila ,Madame,un éclairciſſe
ment aſſez entier de ce qui pouvoit
ne vous eſtre pas tout - àfait
connu fur cet Article . Vôtre
curioſité en doit eſtre ſatisfaite.
Il faut la fatisfaire, preſentement
fur une matiere galante,en vous
faiſant part de quelques Nouvel
les d'amour envoyées à une Belle
par fon Amant. Le hazard me
les a fait tomber entre les mains,
ſans que j'aye pû découvrir ny
pour qui , ny par qui elles ont
eſté faites.
NOU
A
132
MERCURE
333333
NOUVELLES
D'AMOUR.
V
Ous voulez donc , jeune &
mante Iris,
char-
Qu'on vous écrive des Nouvelles ?
Il faut , puis qu'on ne peut vous plaire
qu'à ce prix,
Vous en donner de telles- quelles .
Mais où les prendray-je ? à la Cour ?
Ce n'est pas là trop man affaire.
Comme je connois peu cet aimable sejour,
Sur ce qu'on ne sçait point il est bon de
Se taire.
Et puis , qui pres des Grands ſe conduit
fagement,
Ecoute tout, &parle rarement;
Mais pour dire en deux mots ce que je
pense d'elle,
Lene sçaysi j'en juge bien,
C'est une Maistreffe cruelle,
Elle plaist comme vous , elle est charmants
&belle,
On la fuit, mais l'on n'y fait rien.
Ainsi
GALANT. 133
Ainsi déja l'Histoire icy seroitfinie,
- Simon amoureuse manie
Neprenoit cette occafion
:
Pour vous dire en paffant ce que je fens
dans l'ame,
Car vous demandez peu que fait ma
paffion,
Point denouvelles de maflame.
Pourvous en punir à mon tour,
Puis que toute Gazete a le droit de vous
-
Plaire,
Sçavez-vous bien que je vaisfaire
La Gazete de mon amour ?
-Vous n'y trouverez rien qui ne ſoit veri-
:
table ;
Pour toute autre marquez de foy,
Mais en ce que je dis , je dois eftre croya
ble,
Puis que tout se paffe chez moy.
Que s'il faut dans une Gazete,
Soit qu'on parle d'un Siege, ou de quelque
Défaite,
Marquer exactement le lieu d'où l'osa
écrit,
Comme on die de Paris ,de Londres , de
-Bruxelless
Ie
134 MERCURE
Iedateray dansmes Nouvelles,
Du Coeur, de l'Ame,de l'Esprit,
Demafoible Raifon , de ma tristeMemoire;
Etpuis que j'entreprens d'écrire dans ces
Vers
La veritable & tendre histoire
Devos rigueurs & de mes fers,
Ie croy qu'enmon ardeur extréme
Soufrant moy feul plus que tous les
Amans,
ledois me diviſer moy- mesme,
Pour vous entretenir de mes divers tourmens,
Oudu moins faire voir qu'en mon cruel
martire
L'Amour ingénieux par de nouveaux
projets,
A Sçeu vous faire un vaſte Empire
Duplus petit de vos Sujets.
Voicy donc par où je commence.
De mon coeur enflamé partent mille fon
Et bien qu'enfes malheurs il foit fans
pirs ,
esperance
De voirfinirſes deptaiſirs ,
Ce Coeur toûjours soumis à vos Loix inhumaines,
Aime
GALAN T.
135
Aime mieux expirer ſous de fi belles
chaînes,
Queporter ailleursfes defirs.
Que s'il murmure dans ſes peines,
Ildemande en mourant , que pour lefou
lager,
•Amour qui l'a forméfitendre,
Faſſeque vous ayez moinsde peine à vous
rendre,
Ouluy, moins de peineàchanger.
Souvent du voſtre il blâme le caprice,
-De trouver de la gloire àfaire une inju-
Stice.
ل
S'il nefert pour l'amour , à quoy fert ce
grand Coeur ?
Quittez , Iris , quittez vostre injuste rigueur,
Cette dure fierté n'est point vostre partage;
Vouloir vaincre par tout , vouloir tout
enftamer,
C'est confondre le Coeur avec le grand
Courage;
L'un est fait pour combatre , & l'autre
pour aimer.
- Quand mesme il vous plairoit vous piquer
de vaillance,
Il
1361 MERCURE
Il faudroit l'employer contre vos Ennemis
,
Et laiſſer vivre en patience
Ceux que l'Amour vous a ſoûmis.
Mon Coeur comme le vostre eft exempt
de baſſseſſe ,
Mais il ne peut penser qu'une extréme
tendreffe
Soit en luy digne de mépris ;
Un grand Coeur pour aimer n'est pas
moins intrépide ,
Alexandre auſſi - bien qu' Alcide
Ont languy prés des yeux qui les avoient
Surpris ,
Et l'Amour qui dompta ce Monarque
indomptable
Sur le Trône de l'Univers ,
Et qui ſçent ranger dans ses fers
L'autre Héros infatigable ,
Est encore ànous faire voir
Ou dans l'Histoire , ou dans la Fable,
Aucune Amazone intraitable ,
Ou de Coeur qu'il n'ait pû ranger ſous
Son pouvoir.
Vous seule avez bravé cette extréme
puissance,
Etvoſtre injuste resistance
Montre enfin une fois dans l'Empire
amoureux, QuA
GALANT.
137
Qu'Amour pouvoit trouver un coeur tonjours
rebelle,
Toûjours inſenſible àses feux ,
Qu'il pouvoit en moy ſeul trouver un
Coeur fidelle ,
Toûjours constant , & toûjours malheureux.
Que si pour vous parler des peines qu'il
endure ,
Ilmet le voſtreſur les rangs,
:ינ
Sçachezque rarement un Esclave murmure
,
* Sans mal parlerdeſes Tyrans.
Un Coeur parle toûjours par raport à
quelqu'autre ,
C'est làson plus cher entretien ,
Et je dois bien blâmer ce qui ſepaſſe au
voſtre ,
Pour vous faire sçavoir ce qui ſe paſſe
au mien.
Mais laiſſons- là ces plaintes de ma
flame,
C'est affez parlé de mon Coeur,
Ilest temps de paſſer aux nouvelles de
l'Ame.
La mienne, fans vouloir quérirde ſa lan
gneur ,
Prétend,
138 MERCURE
Prétend,comme estant immortelle,
Porter dans la nuit du Tombeau
Les éclatans rayons d'une flame si belle ,
Yconsacrer mon amour de nouveau ,
Ea le rendre immortel comme elle.
Mon Esprit vous alloit promettre mesme
fort ,
Etſans le lugement qui n'en est pas d'ac
cord,
Etqui m'exhorte à n'enrien croire ,
Il auroit crû pouvoir afpirerà la gloire
D'éternifer icy vos appas &mesfers,
Et par la douceur de mes Kers
Placer vostre beau Nom au Temple do
Memoire;
Mais vostre gloire, Iris , ne peut jamais
finir,
Et l'Esprit que du Ciel vous eustes en
pariage,
Auraluy ſeul cet avantage
De vous faire connoistre aux Siecles à
venir.
Lemien auſſi ne doit prétendre
Qu'àvous divertir quelquefois ;
2
Ie tiens de l'Amour ſeul lepenque j'ay
de voix ,
Etc'estpar ſon ſecours que je mefais en
tendre. Sans
GALANT. 139
Sans luy j'eusse pensé qu' Apollon &fes
Saurs
N'estoient que de vaines chimeres ,
Et je n'implore leurs faveurs
Que pour en obtenir àmon Coeurde plus
cheres.
e
Si d'un plus haut deſſein mon Esprit
eust fait choix ,
Que j'euſſe en de la force autant que du
courage,
1
Pour LOVIS le plus granddes Roys
I'aurois entrepris quelque ouvrage.
Mais qui peut dignement parlerdefes
Exploits ,
De fon Coeur intrépide au milieu des
Du Monde entier qui cherche à vivre
alarmes ,
Sous ces Loix ,
Enfait tout ſon bonheur du fuccés de fes
armes ?
Ie nevais point chercher au pied du double
Mont ,
D'un pas audacieux, ſur les bords d'Hippocrene
,
L'inutile Laurier qui couronne lefront
DesAutheurs àféconde veine.
Ecrivant ſans orgueil auſſi bien que fans
:
peine , Pay
140
MERCURE
I'ay toûjours trouvéplus charmant
Leplaisir de l'amour , que celuy de la
gloire ,
Et je cherche bien moins en contant mon
१.
tourment ,
Demefaire admirer , que de me faire
croire.
Apres avoir parlé de l'Ame & de
l'Esprit,
Il faut de la Raison dire quelque nouvelle
;
Mais je n'ay garde en parlant d'elle ,
Deconter tout ce qu'elle dit.
La mienne qui prétend eſtre ſolide &
brave ,
Fondant mapaſſion ſur ſes raisonnemens
,

Soutient qu'en Souveraine , & nonpas
en Esclave,
Elle a ſgeu consentir à mes cruels
tourmens.
Elle se flate encor qu'elle n'est point
vaincuë,
Et prétend que l'amour n'auroit pû
m'enflamer ,
S'il ne l'euſt d'abord convaincuë,
Qu'lris estant aimable , il la failoit
aimer. Mais
GALANT. 141
ل
:
Mais que diray - je enfin de ma ſtriſte
(
Mémoire ?
Elle n'a rien de doux pour vous entretenir.
Si j'avois à me ſouvenir
De quelque amoureuse victoire,
:
Ou que j'eusse touché vostre inſenſible
coeur,
Ce tendre ſouvenir feroit tout mon
bonheur,
Mon filence , toute magloire .
1
Cependant il est temps de finir ce difcours,
On lit avec chagrin une longue Ga-
MY
zerd?
Mais quelle date , Iris , faudra-t- il
quej'y mette,
7
Souffrant & les nuits & les jours ?
Quels temps puis- je y marquer , Ingrate?
Onne sçauroit mettre de date
Ades maux que l'on sent toûjours.
Vous vous ſouvenez,Madame,
que dans ma Lettre du dernier
глом
Mois,
142 MERCURE
Mois, je vous parlay de l'arrivée
de la Reyne d'Eſpagne à Iron,
& de la Délivrance qui avoit
eſté faite de ſa Perſonne , entre
les mains de M. le Marquis
d'Astorga. Comme ce que je
vous en manday eſtoit tiré des
premieres Nouvelles qu'on avoit
reçeuës , il y a beaucoup de circonſtances
qui ſe ſont trouvées
peu conformes à la verité. Il
eftoit difficile alors de la bien
déveloper. La plupart de ceux
qui avoient envoyé des Rélations,
avoient plus ſongé à eftre
les premiers quisles envoyoient,
qu'à marquer le tout dans un
ordre exact, & cette precipitation
avoit eſté cauſe ' qu'ils n'avoient
pas aſſez examiné ce
qu'ils écrivoient. D'autres,quoy
que ſur les lieux meſmes où les
choſes s'eſtoient paſſées,avoient
1
moins
GALANT.
143
moins écrit ſur le raport de leurs
yeux , que fur ce qu'on leur en
avoit pi dire confufément ; &
toutes ces raiſons vous font bien
juger que ny par les Nouvelles
données au Public , my parce
que je vous en ay écrit la derniere
fois , perſonne n'a pû encor
bien fçavoir de quelle maniere
cette Délivrance a esté
faire. C'eſt ce que je puis me
vanter de vous pouvoir apprendre
aujourd'huy dans l'entiere
verité , apres avoir eſté inſtruit
de bien des chofes par des PerL
ſonnes tres éclairées , & qui par
- leurs fonctions eſtoient obligées
-de les ſavoir , & meſme de les
regler. Auſſi en ay-je tiré beaucoup
de circonſtances curieuſes
, que vous ne pourrez voir
enſemble que dans ma Lettre,
puis que quand meſme elles ſe- 1
5
1 roient
144
MERCURE
roient ſçeuës , elles font tellemen)
diſperſées , que ſans le
ſoin que j'ay pris de les recuëillir
pour vous , elles n'auroient
jamais fait un corps . Pour commencer
cette grande Rélation ,
je croy yous devoir dire encor
une fois , que la Reyne d'Eſpagne
partit de Bayonne le vingtneuvième
d'Octobre, & qu'elle
arriva le meſme jour à S.Jean de
Luz . C'eſt le dernier Bourg de
France . Il eſt grand , bien bâty,
&vaut une bonne Ville. Les
Habitans y font riches,& l'honneur
qu'ils ont en ſouvent de
voir leurs Roys , & leurs Reynes,
dans des temps heureux,
leur a procuré l'exemption de
Taille, dont ils jouiffent . La
Reyne d'Eſpagne demeura dans
ce licujuſqulau troiſieme de
Novembre . On croyoit la déli
:
vrer
GALAN Τ.
145
vrer aux Eſpagnols le troifiéme
du Mois précedent ; mais quelques
difficultez ſurvenuës en
firent diférer laCerémonie. Outre
que cette Princeſſe fut bien
aiſe de paſſer la Feſte de la
Touffaints , & le jour ſuivant,
dans un repos qu'on ne peut
avoir parmy les déplaiſirs d'une
Cour qui pleure une grande
perte , & les témoignages d'allégreſſe
d'une autre que cette mef-
- me perte enrichit. Pendant le
ſejour que la Reyne d'Eſpagne
fit à S.Jean de Luz,les Eſpagnols
demanderent à Monfieur le
Prince d'Harcourt un Pouvoir
de la délivrer entre leurs mains,
de meſme que M. le Marquis
d'Astorga en avoit un du Roy
fon Maiſtre pour la recevoir.
On leur répondit que cela n'étoit
pas neceſſaire , parce que la
Decembre 1679. G
T
1
e
146 MERCURE
conduite que M.le Prince d'Harcourt
avoit euë de la Reyne d'Efpagne
par tout le Royaume de
France, & l'honneur qu'il devoit
avoir de luy donner la main
dans le temps de la Délivrance,
valoient un Pouvoir. On adjoûta
auſſi que M. le Duc de Guiſe
n'en avoit point 'eu lors du Mariage
des deux Reines, Elizabeth
de France , & Anne d'Autriche.
Les Eſpagnols repliquerent à cela
, que n'en ayant point donné
de leur coſté à celuy qui en ce
temps-là vint prendre la Reyne
Elizabeth , l'échange de ces
deux Reynes avoit rendu les
choſes égales pour les ſeûretez .
M. le Prince d'Harcourt ayant
préveu cette difficulté dés Bordeaux
, avoit de quoy la lever.
Il avoit ſçeu ménager le temps
d'écrire àla Cour , & eſtoit faiſi
d'un
GALANT.
147
d'un Pouvoir pareil à celuy de
- Monfieur le Marquis d'Astorga.
La prétention de ce Marquis
qui vouloit avoir la main pendant
tout le temps qu'il feroit
dans la Maiſon qu'on avoit élevée
ſur le bord de la Riviere de
Bidaſſoa pour y délivrer la Reyne
, reçeut de plus grandes difficultez
, mais M.le Prince d'Har.
court foûtint ſi bien l'honneur
que le Roy luy avoit fait en le
nommant pour conduire une ſi
grande Princeſſe , & fit voir
tant de fermeté , & une ſi forte
• réſolution à ne point céder la
main , qu'il emporta ce qu'il demandoit.
Cet avantage eſtoit
deû à ſa fonction de Conduteur.
Monfieur d'Aſtorga , qui
n'ayant point le caractere d'Ambaſſadeur
eſtoit mal fondé à
luy diſputer la droite , avoit
: Gij
148
MERCURE
30
deſſein d'emmener la Reyne
dés qu'il luy auroit fait ſon compliment
, & à Monfieur le Prince
d'Harcourt , ſans vouloir attendre
qu'on euſt lû les deux
Actes qui ſe devoient donner
de part & d'autre de la remiſe
de cette Reyne ; mais M.le Prince
d'Harcourt ayant conſideré
qu'on devoit rendre ces Actes
publics , infiſta toûjours , & obtint
enfin que la lecture s'en feroit
tout haut. Les Eſpagnols eurent
auſſi quelques diſputes entr'eux
pour les places qu'ils occuperoient
pendant le temps de
la Délivrance. M. le Marquis
d'Aſtorga Major dome- Mayor,
M. le Duc d'Oflonne , & M. le
Marquis de los Balbafés ne
s'accordant pas là- deſſus , il fut
réſolu que pour empefcher
les préjugez , Monfieur le Mar-
د
quis
GALANT.
149
t
0
i
quis d'Aſtorga viendroit prendre
la Reyne luy ſeul , & que
ny Monfieur de los Balbafés
qui le devoit nommer à cette
Reyne , ny M. le Duc d'Offonne
ſon Grand Ecuyer , ny aucune
autre Perſonne qualifiée,
ne s'y trouveroit, non pas mefime
Madame la Ducheffe de Terranova.
Toutes chofes ayant eſté reglées
, il fut arreſté quele 3. du
dernier mois on feroit la Délivrance
de la Reyne. Elle dîna ce
jour là d'aſſez bonne heure , &
partit de S. Jean de Luz à une
heure apres midy , au bruit de
tout le Cano .Elle avoit gagné les
coeurs des Peuples pendant le
peu de jours qu'elle y avoit demeuré
, & ils ne pûrent la voir
partir ſans donner des marques
d'une tres-grande douleur. Outre
Giij
150 MERCURE
)
Madame la Princeſſed Harcourt,
qui avecle Prince ſon Mary avoit
l'honneur de la conduire de la
part du Roy , elle eſtoit accompagnée
de Madame la Maréchale
de Clerambaut ſa Dame
d'honneur , & de Madame de
Grancé ſa Dame d'atour.LaReine
ne pût retenir ſes larmes en
quitant la France , quoy qu'elle
fuſt aſſurée de la violente pafſion
que le Roy d'Eſpagne avoit
pour Elle , & qu'il luy en euſt
donné depuis fon départ les plus
galans témoignages. Madame
la Princeſſe d'Harcourt , & Madame
de Grancé , s'abandonnerent
à tout ce qu'un véritable
déplaifir a de plus ſenſible ;&
tous ceux qui avoient accompagné
la Reyne pendant ſon Voyagel,
firent paroiſtre dans l'abatement
qu'on leur remarqua, combien
GALANT.
ISI
bien ils eftoient veritablement
touchez .Toute cette triſte Cour
arriva enfin à la Maiſon qu'on
avoit fait conſtruire exprés pour
la Délivrance de cette Reyne,
fur le bord de la Riviere de Biavoit
huit toiſes de
daſſoa , du côté de France .
EREDIE
face, qui
fof10
moient une Salle,uneChambre,
& un petit Cabinet hors d'en
vre, le tout tres -richement meublé
. Cette Maiſon faite ſeulement
de bois , eſtoit toute peinte
- & dorée en dehors . Si - toſt que
la Reyne y fut entrée, elle paſſa
dans le petit Cabinet que je
vous viens de marquer.Elle y fit
accommoder ſes cheveux , &
l'on mit ſur Elle pour plus d'un
million de Pierreries. Elle vint
en ſuite dans la Salle , où M. de
Chalange Maiſtre d'Hoſtel du
Roy, qui avoit eſté chargé du
Gij
152
MERCURE
ſoin de ſon traitement pendant
le Voyage , avoit fait préparer
une ſuperbe Collation. Elle fe
mit à table & mangea fort peu.
Les Eſpagnols donnerent de
grandes marques de leur admiration
, & furent charmez de
voir enſemble tant de douceur
& de majesté. La magnifique
abondance de cette Collation
les furprit, & ils la pillerent avec
plaifir fi- toſt que la Reyne fut
fortie de table .Pendant ce temps,
cette Princeffe entra dans la
Chambre qui eſtoit toute tenduë
de Damas rouge cramoify,
avec des galons & une crêpine
d'or & d'argent. Le Dais eſtoit
de la meſme Etofe & enrichy
comme la Tapifferie. Il y avoit
une Eſtrade ſous ce Dais , &
fur l'Estrade , un Fauteüil.
La Reyne n'y fut pas plutoſt
affife, 1
GALANT . 153
aſſiſe , que Monfieur le Prince
d'Harcourt ſe mit à ſa droite , &
- Madame la Princeffe d'Harcourt
à la gauche. Derriere le Fauteüil
de la Reyne eſtoit Mr. du
Repaire Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy , qui avoit
commandé depuis ſon départ de
Fontainebleau les Gardes du
Corps du Roy qui l'avoient accompagnée.
Madame la Maréchale
de Clerambaut, & Madame
de Grancé, eſtoient à la gauche
, & à la droite de ce Lieutenant.
La Séance ayant eſté pri
ſe de cette forte , la Reyne ordonna
à Monfieur de Saintot
d'aller avertir Monfieur le Marquis
d'Astorga. Monfieur de
Saintot traverſa le Pont qui eftoitde
plein pied de la Porte de
la Salle qui donnoit du coſté de
l'eau , & qu'on avoit fait dreſſer
Gv
154
MERCURE
exprés . Il n'eſtoit pas long , &
aboutiſſoit dans une Ifle qui appartient
aux François. Les Gardes
du Corps du Roy eſtoient
dans cette Ifle , & y formoient
pluſieurs Eſcadrons. Elle estoit
toute couverte de planches de
plein - pied du Pont , & ſeulement
de la meſme largeur. Ce
fut au bord de cette Iſle,du coſté
d'Eſpagne , que M. de Saintot
trouva M. le Marquis d'Afſtorga.
Il ſortit auſſitoſt d'un Bateau
tres-magnifique ; & M de Saintot
luy ayant dit que la Reyne
l'attendoit , il monta ſur le Pont,
precedé de ſoixante Perſonnes
de livrée , Pages & Valets de
pied , tous vetus à l'Eſpagnole
, avec des Habits de drap
d'Angleterre couleur de feu , &
chargez de galon d'or tant plein
quevuide. Vingt Gentilshommes
GALANT.
155
:

mes l'accompagnoient. Son Habit
eſtoit d'une fine Broderie à
la maniere d'Eſpagne. L'Etofe
paroiſſoit eſtre une Moiere à
fonds verdaſtre . C'eſt la couleur
de ceremonie en ce Païs là.
M. le Marquis d'Aſtorga fit une
tres profonde revérence en entrant
dans la Chambre de la
Reyne. Il en fit une ſeconde en
s'aprochant , luy baifa la main ,
& en ſe relevant , il ſe couvrit
ſans attendre qu'elle luy diſt de
le faire. ( Monfieur le Prince
d'Harcourt ſe couvrit dans le
meſme temps.) Il la complimenta
enſuite en Eſpagnol de la
part du Roy , & de la Reyne
Mere d'Eſpagne , & luy donna
deux Lettres qu'il avoit à luy
rendre de Leurs Majeſtez, apres
les avoir fait toucher à ſon front ,
à fon viſage , & à fon coeur. La
Reyne
156 MERCURE
:
+
Reyne luy témoigna qu'elle étoit
fort aiſe que le Roy d'Eſpagne
l'euft chargé de ſa conduite
, & apres qu'elle eut ceffé de
parler , Mr de Saintot marqua à
Mr le Marquis d'Astorga où étoit
Mr le Prince d'Harcourt.Ce
Marquis fit un compliment àce
Prince , & luy témoigna qu'il
eſtoit làde la part du Roy fon
Maître , & qu'il venoit recevoir
la Reyne. Monfieur le Prince
d'Harcourt répondit à ce compliment
par un autre tout plein
d'eſprit.Apres avoir déclaré qu'il
avoit ordre de la luy remettre
entre les mains , il fit connoiſtre
le prix de ce que la France donnoit
à l'Eſpagne,& finit en diſant
à ce Marquis que cette illuftre
Princeſſe devant ſervir d'un lien
de Paix entre les deux Monarchies
, il ſouhaitoit que la fon-
Etion
GALANT. 157

t
Si
ction qu'ils faifoient l'un & l'autre
dans cette grande journée,
puſt fervir entr'eux d'un lien
d'amitié Mr le Marquis d'Aftorga
fit en fuite compliment à Madame
la Princeſſe d'Harcourt,
apres lequel Monfieur de Chateauneuf
, Conſeiller au Parlement
de Paris , lût en François
l'Acte de Délivrance que voicy.
ACTE DE DELIVRANCE
de la Reyne d'Eſpagne ..
Ous Pierre- Antoine deCastagnere,
Chevalier, Seigneur&
Baron de Chateauneuf , Confeiller
du Roy en tous fes Confeils & en
fon Parlement de Paris; de la part
du Tres-Haut , Tres- Puiſſant , &
Tres-Excellent Roy Louis XIV. de
ce nom , par la grace de Dien , Roy
de
1
158
MERCURE
de France & de Navarre; Certifions
à qui il appartiendras qu'il a
efté accordé entre Sa Majesté Tres-
Chrestienne & Sa Majesté Catholique
Charles II. de ce nom , qu'apres
la Celebration des Epousailles
faites à Fontainebleau le 31 .
Aoust 1679. de Sa Majesté Catholique
avec Son Alteſſe Royale
Marie- Loüife , Fille de Leurs Alteffes
Royales Philippe de France
Frere Unique du Roy , &Henriete-
Anne d'Angleterre , laReyne
d'Espagne seroit conduitepar Tres-
Excellent Seigneur Son Alteſſe le
Prince d'Harcourt , & Servie par
les Officiers du Roy juſques à la
Frontiere defon Royaume ; Et s'etant
trouvée dans la Maiſon bâtie
par ordre du Roy fur les Terres
defon Domaine , proche celle qu'on
appelle Martino , vis-à-vis le Pas
de Behobie , Son Excellence Don
L
Antoi
GALANT.
159
Antoine - Pierre Alvarés Gomés,
Marquis d'Astorga , Conseiller
d'Etat de Sa Majesté Catholique,
& Grand - Maistre de la Maiſon
de la Reyne d'Espagne , s'est rendu
dans la mesme Maiſon,où l'échange
s'est fait des Pouvoirs dont
Tres- Excellent Seigneur Son Alteſſe
le Prince d'Harcourt & le
Marquis d'Astorga estoient chargez
de la part de Leurs Majeftez
Tres - Chrestienne & Catholique
, où les ceremonies accoûtuméesſeſont
faites de part &
d'autre , & où le Marquis d' Aftorga
apres les foûmiſſions deuës en
pareilles occaſions , s'eſt chargé de
fervir & de conduire la Reyne
d'Espagnejuſques à ce qu'elle trou
ve le Roy Catholique ; & ainsi s'est
faite la cerémonie de la Délivrance
de la Reyne d'Espagne ce 3. Novembre
1679. & avonssigné.
Dom
160 MERCURE
Dom Alonſo Carnero , Secretaire
d'Etat d'Eſpagne , lût
enfuite l'Acte de Reception. Je
vous en envoye l'Original Eſpagnol
, parce que les choſes ont
plus de force en leur Langue naturelle
; & pour vous épargner
la peine de l'expliquer à beaucoup
de vos Amies qui n'entendent
pas l'Eſpagnol , j'y adjoûte
une Traduction preſque toute
literale qu'on en a faite.
ACTE DE RECEPTION
de la Reyne d'Eſpagne.
Om Alonso Carnero , Caval-
Derode La Orden de Santiago
, del Consejo , y Secretario de
Estado y Guerra en los Paysesbajos
, delmuy alto, muy excellen
te , y muy poderoso Rey Catolico
Dom
GALANT. 161
Dom Carlos II. deſte nombre , por
la gracia de Dios , Rey de Castilla,
&c. nuestro Señor, que Dios guarde
y enfalce por largos y felices años;
certifico , y hago fépara que fea
notorio , y manifiesto à todos , que
aviendoſe acordado entre la Mageftad
Catolica del Rey nuestro Señor
, y del muy alto , muy excellente
, y muy poderoso Rey Chriſtianiffimo
Luys XIV. de Francia , que.
despues de la celebracion del felicißimo
deſpoſorio del Rey nuestro
Señor , con la Sereniffima Princesa
Maria-Luyſa , Hija de los Sereniffimos
Principe Duque d'Orleans,
y de Madama Enrietta- Anna de
Ingalaterra , Sobrina de Su Magestad
Christianiſſima, y oy Reyna
de España nuestra Señora , huviere
de fer conduzida y fervida
por cuenta de Su Mageftad Chriftianiſſima
, hasta los confines de
España,
162 MERCURE
España , y en ſubſequencia dello,
efetuadoſe el matrimonio como con
efeto ſe efetuò el dia 3. de Agosto
deste preſente año en Fontainebleau
,y hallandoſe Su Magestad
en la casa que por orden del Rey
Christianißimo se ha edificado en
tierra de ſu Dominio , junto à la
que llaman de Martino enfrente
del Paſſo de Behobia , assistida y
Servida del Señor Principe de
Harcourt , quien tiene y trabepoder
de Su Mageftad Chriftianiſſi.
ma para bazer la entrega de fu
Real Perfona , y hallandoſe por
parte del Rey nuestro Señor con
poder que se requiere para recebir
à Su Magestad , el excellentiſſimo
Señor Dom Antonio- Pedro Alvarez-
Gomezd'Avila , Osorio y Toledo
, Marques de Velada y Aftorga
, &c. del Consejo de Estado
de Su Magestad , y Mayordomo-
Mayor
GALANT. 163
Mayor de la Reyna nuestra Señora
, y venido en ſu Real nombre
, à encargarse desta funcion,
despues de hecho el acatamiento
y reverencia devida y acostumbra
da en semejantes Actosy entregas
de Perſonas Reales ,se encargò
de fervir y conduzir à la Mage.
fſtad de la Reyna nuestra Señora à
la parte donde se hallare el Rey
nuestro Señor , en cumplimiento y
obſervancia deSus Reales ordenes,
con lo qual se acabò la referida
entrega , yse compliò lo acordado
acerca desto entre ambas Magestades
Catolica y Christianis.
sima , aßistiendo à todo lo refe.
rido , &c .

TRA
164 MERCURE
TRADUCTION DE
l'Acte Eſpagnol .
On Alonso Carnero , Cheva-
Dlier de l'ordre des.Jacques,
du Conseil & Secretaire d'Etat &
de Guerre, aux Païs Bas ; du Tres-
Haut, Tres -Excellent , & Tres-
Puiffant Roy Catholique Don Char.
les II. de ce nom , par la grace de
Dieu , Roy de Castille , &c. noftre
Souverain Seigneur , que Dieu garde
& exalte pour longues & hew
reuses années ; certifie&fais foy,
pour qu'ilfoit notoire & manifeſte
à tous, qu'ayant esté accordé entre
la Majesté Catholique du Roy nôtre
Souverain Seigneur , & du
Tres - Haut , Tres - Excellent , &
Tres - Puiſſant Roy Tres - Chreftien
Louis XIV. Roy de France qu'apres
la
GALANT.
165
la celebration des heureuſes Epou-
Sailles du Roy nostre Souverain
Seigneur avec la Seréniſſime Prin.
ceffe Marie-Loüife , Fille des Sereniffimes
Prince Duc d'Orleans, &
deMadame Henriette- Anne d'An.
gleterre, Niéce de Sa Majesté Tres-
Chreftienne , & à préſent Reyne
d'Espagne , nostre Souveraine Dame
; ladite Reyne seroit conduite
&fervie par les Officiers de Sa
Majesté Tres Chrestienne juſques
aux confins d'Espagne ; & en con-
Séquence de ce le Mariage s'estant
effectué, comme en effet il s'effectua
les 31. jour d'Aouſt de la préſente
annéeà Fontainebleau , & SaMa
jestéſe trouvant en la Maiſon qui
aesté édifiée par ordre de Sa Majesté
Tres - Chrestienne au Territoire
de fon Domaine , joignant celle
qu'on appelle Martino , vis-à-vis
le Pasde Behobie , conduite fervie
166 MERCURE
vie parMonsieurle Prince d'Harcourt
, qui a &porté Pouvoir de Sa
Majesté Tres - Chreftienne pour
faire la Remiſe de ſa Royale Per-
Sonne; Et se trouvant de la Part
du Roy nostre Souverain Seigneur,
avec le Pouvoir requis pour rece
voir Sa Majesté, le Tres-Excellent
Seigneur Don Antoine-Pierre Alvarés
Gomés d'Avila , Osorio &
Toledo, Marquis de Velada &Aftorga,
&c. du Conseil d'Etat de Sa
Majesté ,& Grand- Maistre de la
Maison de la Reyne nostre Souve
raine Dame, & venu parſes ordres
àfaire cettefonction , ledit Seigneur
Marquis d'Astorga , apres
avoirfait les ſoûmiſſions deuës &
accoûtumées en Semblables Actes
&Remiſes des Perſonnes Royales,
s'est chargéde ſervir & conduire
la Majesté de la Reyne nostre
Souveraine Dame , au lieu où se
trou
GALAN Τ .
167
1
لا
.
trouvera le Roy noſtre Souverain
Seigneur , en accompliſſement &
obfervance des ordres qu'il en a
eus ; avec quoy s'acheva la dite Remise
, & s'accomplit ce qui a esté
fur ce accordé entre Leurs Majestez
Catholique & Tres- Chrestienne
, aſſiſtant à tout ce qui a esté dit
cy -deſſus , &c.
Apres que ces deux Actes eurent
eſté lûs, Monfieur le Marquis
d'Astorga préſenta à la
Reyne deux Ménins , & quelques
Perſonnes de qualité qui
luy baiferent la main,le genoüil
gauche en terre. Mr. l'Eveſque
de Pampelune vint en Camail
de Cordier , & en Bonnet carré.
Il baiſa pareillement la main de
la Reyne , mais ſans ſe mettre à
genoux. Je croy , Madame , que
la Cour d'Eſpagne vous eſt trop
con
168 MERCURE
nuë pour ne ſçavoir pas qu'il
faut eſtre de qualité & jeune,
pour eſtre reçeu Ménin , & que
ny dans le Palais, nyhors du Palais
, ceux à qui on donne ce
nom ne peuvent avoir Chapeau
ny Manteau . Il y a auſſi des Ménines
qui font toutes Filles de
naiſſance . On les nomme ainſià
cauſe qu'elles n'ont que des Sou.
liers bas & point de Patins . La
Reynes'étantlevée auſſitoſt que
fes nouveaux Sujets luy eurent
rendu ce premier reſpect , fon
Premier Aumônier par je - neſçay-
quel excés de zele,tira vingt
ou trente Piaſtres de ſa poche ,
& les jetta dans la Chambre, en
criant Viva la Reyna nuestra
Señora. On luy demanda ſi c'eftoient
des Médailles qu'il avoit
jettées. Il répondit que non , ce
qui fit que les François n'curent
د
aucun
GALANT. 169
>
aucun empreſſement pour s'en
faifir , & que ceux-meſmes qui
en avoient ramaſſé les donnerent
aux Eſpagnols . Cela ſe pafſa
derriere la Reyne qui marchoit
toûjours .Monfieur le Marquis
d'Astorga eſtoit à ſa droite,
& un des Ménins à ſa gauche.
Elle s'appuya fur ce Ménin par-
-ce qu'elle n'eut plus d'Ecuyer.
Madame la Ducheſſe de Terranova
vint au devant d'Elle au
milieu du Pont dont je vous ay
déja parlé. Mr. le Marquis d'Aſtorga
l'ayant préſentée à la
Reyne , elle luy baiſa la main ,
ainſi , que les Filles d'honneur
qui l'accompagnoient. Monfieur
du Repaire Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy , qui avoit
porté juſque- là la queuë de la
Reyne , la remit alors entre les
mains de cette Ducheſſe , mais
Decembre. 1679 . H
170
MERCURE
:
elle la trouva fi lourde , qu'elle
le priade luy aider à la foûtenir.
Cette fonction ne luy appartenoit
plus. Celle de tous les François
eſtoit ceſſée ; & ceux qui
paſſerent ſur les Terres d'Eſpagne
avec la Reyne , ne pouvoient
plus eſtre regardez que
comme des Curieux qui ſe divertiſſent
à voyager. Elle entra
dans un Bateau fort magnifique,
qu'on luy tenoit preſt au bord
de l'eau . Il eſtoit doré , & avoit
une Chambre toute vitrée. Il
n'entra dans céte Chambre que
Madame la Duchefſſe de Terranova
, & Madame la Marquiſe
de Mortare , avec les Filles
d'honneur , ſans aucun Homme.
C'eſt ce qui a donné lieu de dire
qu'il n'en eſtoit point entrédans
le Bateau. Cependant Monfieur
le Marquis d'Astorga , le Ménin,
GALANT. 171
-
nin , & quelques François , y
eſtoient. Il y avoit de plus quatre
Gardes fort extraordinarement
veſtus . Ce ſontdes Gardes
particuliers , qui ne ſervent
en Eſpagne que dans les grandes
Ceremonies. Deux Barques
ayant chacune douze Matelots
avec des Habits de Velours
noir à l'Eſpagnole , tiroient le
Bateau où eſtoit la Reyne. Lest
Gardes du Corps du Roy
quiYON
eſtoient dans le lieuque je vousg
ay déja marqué , avoient l'Epée
nue , & leurs Trompetes par de
longs fanfares répondoient à
celles des Cuiraffiers Eſpagnols
I qui estoient de l'autre coſté de
l'eau. Sitoſt qu'on commença à
voguer , les Cavaliers Eſpagnols
firent une décharge de
leurs Mousquetons & de leurs
Piſtolets , & pendant le paffa-
Hij
172
MERCURE
ge de la Reyne , toute l'Artillerie
de Fontarabie fit un tres-
⚫ grand feu. La Barque où je
vous ay dit qu'on la fit entrer ,
eſtoit accompagnée d'environ
vingt autres pour paſſer les François
les plus qualifiez , & les
principaux Eſpagnols. Ces Barques
eſtoient magnifiques , &
l'on ne voyoit que Damas,
Velours , & Or. Il n'y avoit
rien de plus brillant ; car ou
tre ce qui paroiſſoit ſur l'eau ,
ceux qui rempliſſoient lesdeux
bords eſtoient fort leſto . Les
Gardes du Corps du Roy eftoient
du coſté de France , &
de l'autre , les Cuiraffiers Efpagnols
toute la maiſon de la
Reyne, ſes Carroffes, & ſesGens
de Livrée. Ce qu'on entendoit
de tumultueux de toutes parts,
avoit quelque choſe de fort
,
agtea
GALANT. 173
agreable . Joignez à cela les cris
d'allégreſſe , qui s'accordant au
bruit des Canons & des Moufquets
, formoient un Concert,
qui ſembloit avoir toutes ſes
parties. Si on euſt pourtant
examiné le ſecret des coeurs,
on auroit connu que toute la
joye eſtoit d'un coſté. La nuit
commençoit déja à ſe fermer,
lors que la Reyne fortit de ſa
Barque. Elle trouva ſur le bord
del'eau fon Carroſſe du Corps,
accompagné de beaucoup d'au-
- tres , fa Litiere , & une Chaiſe.
Elle y trouva auffi grand nombre
de Gens de Livrée , & témoigna
quelque joye d'y remarquer
des couleurs ſemblables
= à celles de Son Alteſſe Royale
Monfieur. Elle ſe mit dans une
Chaiſe à Porteurs qui eſtoit fort
magnifique. Vingt de ſes Eſta-
1
1
H iij
174 MERCURE
fiers ou Valets de pied , portoient
des Flambeaux de cire
blanche , beaucoup plus longs
que les noſtres . Pluſieurs Suiſſes
marchoient devant elle , & crioient
, Guarda lunga , guarda
lunga. En arrivant à Iron, elle fut
conduite à l'Eglife. Vn Prie-
Dieu couvert d'un Tapis de Ve.
lours rouge , eſtoit préparé pour
Elledevant le Portail ,& il y avoit
fur l'appuy de ce Prié - Dieu,
deux Chandeliers , avec une
Croix. La Reyne s'eſtant miſe à
genoux fur un Carreau qui estoit
au bas , Monfieur l'Evefque de
Pampelune luy fit baifer la
Croix, & luy jetta de l'Eau beni.
ſte . Elle entra en ſuite dans l'E.
glife,&s'alla mettre ſur un autre
Prie-Dieu dreſſe devat le Grand
Autel pour la recevoir.Elle y en.
tenditleTeDeum à genoux.Tous
les.
GALANT. 175
- les Eſpagnols,& lesFrançois pour
les imiter , ſe rangerent fi pres
des murs du coſté du Choeur,
qu'ils paroifloient y eftre colez.
Cette coûtume marque beau-
= coup de reſpect & de venera.
tion , & adjoûte un je-ne- ſçay
- quel air de grandeur aux Perſonnes
Royales qui fait encor mieux
fentir ce qu'elles font. Il ſeroit
difficile d'en uſer de meſme en
France , non ſeulement à cauſe
- du zele extraordinaire , & τοûjours
nouveau , qui fait ſouhai.
ter de voir ſon Prince , quoy
qu'on puiſſe joüir fort ſouvent
de cebonheur,mais encor à cauſe
du nombre infiny , foit de
Courtiſans, ſoit d'Officiers, ſoit de
Peuples , qui ne pourroient en
aucun endroit laiſſer un ſi grand
eſpace vuide ſans reſſentir
tout ce que la plus grande foule
:
{
1
: Hiiij
176 MERCURE
a d'incommode. Apres que le
Te Deum eut eſte chanté , la
Reyne fortit de l'Eglife , & rentradans
ſa Chaiſe au bruitd'une ,
décharge des Cavaliers dont je
vous ay déja parlé. Elle fut conduite
dans la Maiſon qui luy
avoit efté préparée. Pluſieurs,
Officiers François qui ne pouvoient
fe réſoudre à la quiter ,
l'ayantdevancée , on les arreſta
à la Porte de l'Antichambre ;
mais la Reyne qui les vit en arrivant
, donna ordre qu'on les fiſt
entrer. Elle s'attacha quelque
temps à examiner les Habits
de ſes Filles d'honneur. Outre
quelques lumieres qui étoient
dans cette Antichambre , il y avoit
un Flambeau de poing dans
le milieu , ſur un Guéridon d'argent.
Un peu apres que la Reyne
fut entrée, vingtOfficiersapporterent
1
GALANT.
177
t
J
terent la Collation. Elle estoit
dans vingt Ballins , & chaque
Baffin eſtoit remply de Bifcuits,
d'Amendes , & de Prunes feches
envelopées de papier. La Reyne
les fit diftribuer à tous ceux qui
eſtoient preſens , & s'entretint
juſqu'à l'heure du Soupé avec
les François & les Eſpagnols
qui ſe trouverent alors dans fa
Chambre. On luy demandad'af
fez bonne heure ſi elle vouloit
fouper. Comme elle avoit peu
mange ce jour- là ,, quoy qu'on
luy euſt ſervy en France unDîné
& une Collation fort magnifiques
, elle fit figne que oüy. On
apporta auffitoft une Table ovale
couverte d'un Tapis de Velours.
Le Ménin alla prendre un
Baffin de vermeil doré ſur un
Bufet qu'on avoit dreſsé dans
l'Antichambre , & le poſa fur
H V
178 MERCURE
tun des bords de la Table. Il eſtoit
à cul de Lampe , & le Couvert
de la Reyne le rempliſſoit. Une
des Filles d'honneur en tira une
fort belle Nape de ces Linges
de Flandres figurez. Elle étendit
cette Nape fur la Table ,
ayant vis - à-vis d'Elle une autre
Fille d'honneur qui luy aida
à l'accommoder. Une troifiéme
déploya une Serviete à la place
de la Reyne. Une Affiere
quarrée d'or , ou de vermeil doré
, à rebords relevez d'un demy
doigt , fut miſe deſſus , & le Cadenas
à gauche. On apporta en
ſuite un Fauteüil couvert de Velours
cramoiſy , ſans que les bras
en fuſſent garnis. Monfieur le
Marquis d'Aftorga s'eſtant apperçeu
qu'il eſtoit trop bas , fit
apporter unCarreau ,& ayant ôté
fon Chapeau & fes Gands , qu'il
donna
GALANT.
179
1
G
donna à tenir à un Officier , il
prit le Carreau , le baifa , & le
mit ſur le Fauteüil de la Reyne ,
en faiſant une génuflexion . Sitoſt
qu'elle fut à table , le Maiſtre-
d'Hoſtel parut. Il marchoit
devant la viande , & avoit un
Baſton uny , taillé d'une telle
forte , qu'il n'en pouvoit fraper
le planchers fans faire grand
bruit. La Reyne fut ſervie Plat à
Plat, fuivant l'uſage d'Eſpagne.
Cette Princeffe ayant demandé
à boire , le Maiſtre-d'Hoſtel
-préceda le Ménin avec ſon
Baſton de cerémonie. Ce Ménin
tenoit une Aſſiete ſur laquelle
il y avoit un grand Verre . Il
le preſenta a une Fille d'hon-
-neur,qui verſa un peu du Vin qui
eſtoit dedans, furla même Affiete.
Elle en goûta par forme d'ef
fay , fe mit enſuite à genoux , &
preſenta
180 MERCURE
préſenta le Verre à la Reyne.
Comme elle n'eſtoit pas accoûtumée
à la quantité de Vin qu'on
luy donnoit, elle dit à M. leMarquis
d'Aftorga qu'il falloit luy apporterdeux
Caraffes, pourméler
le Vin & l'Eau comme elle voudroit.
C'eſt ce qu'on fit la feconde
fois qu'elle demanda à boire.
Le Soupé finy , un Aumônier
qui avoit dit le Benedicite vint
dire les Graces , apres quoy on
donna une Serviette moüillée à
la Reyne pour laver ſes mains.
Les Eſpagnols arreſterent à fouper
les François qui avoient pafsé
avec eux. Je ne vous dis rien
de ce Repas . C'eſtoit un jour
maigre , & le Païs ne fourniſſcit
pas beaucoup. Sur les onze heures
du foir , les François jugeant
qu'ils auroient de la peine à
repaffer s'ils attendoient,plus
tard
GALANT. 181
1
tard à partir , prirent congéde la
Reyne à la Françoiſe , en luy
baiſant le bas de fa Robe. Quelque
temps auparavant , il eſtoit
arrivé un Courrier aux Eſpagnols,
portant ordre exprés de ne
contraindre la Reyne en aucune
choſe , de la laiſſer s'habiller à
la Françoiſe , chaffer, monter à
Cheval , tant qu'il luy plairoit,
&de la fatisfaire ſur tout ce
qu'elle pourroit ſouhaiter. La
Reyne témoigna eſtre fort contente
de la liberté qu'on luy donnoit,&
jugea bien qu'elle ne pouvoit
venir que de la galanterie
je d'unRoy amoureux. En effet, ce
Prince luy écrivit quelque temps
C apres, Qu'elle pouvoit agir en Souveraine
abfolue , & qu'en luy donnant
fon coeur, il luy avoit donéfon
Autorité. Je ne vous parle point
de l'argent qu'il luy avoit fait
tenir
182 MERCURE
tenir ſur la Frontiere , & qui fut
diſtribué par ſes ordres aux
Officiers de Sa Majesté , qui l'avoient
ſervie avec tant de zele,
depuis qu'elle estoit partie de Fōtainebleau
. Ce détail n'eſt pas
affez important pourm'y arréter ,
&il vaut mieux que je revienne
au demelé de Monfieur le Marquis
d'Astorga , &de Monfieur le
Duc d'Ofſone . Ce dernier comme
Grand Ecuyer , ſoûtenoit que
quand la Reyne monteroit à
Cheval, il devoit avoir le pas préferablement
à Monfieur le Marquis
d'Astorga. Il alléguoit pour
raiſon , Que le Grand Ecuyer du
Roy précede le Majordome- mayor à
la Campagne. Monfieur le Marquis
d'Astorga répondoit , Que
l'usage estoit diferent dans la Mai-
Son de la Reyne , & qu'on n'y pouvoit
rien changer. Dom Carnero
Secre
GALANT. 183
Secretaire d'Etatd'Eſpagne,craignant
que les diviſions de ces
deux Seigneurs qui partageoient
toute la Maiſon de la Reyne , ne
ſe terminaſſent par des voyes de
fait , fit prier la Reyne de figner
un ordre à Mr le Duc d'Ofſone,
conforme à une Lettre quele Secretaire
d'Etat des Dépeſches
univerſelles avoit écrite à Mr le
Marquis d'Aſtorgade la part du
Roy. Cette Lettre portoit , Que
Sa Majesté remettoit à décider à
Madrid , des contestations qui eftoient
entre lay & M² le Duc d' of-
Sone touchant leurs Charges ; mais
que luy ayant donnéla conduite de
la Reyne,nul autre ne devoit avoir
le pas au deſſus . La Reyne dit ,
Qu'elle efperoit affez du respect de
l'un& de l'autre pour croire qu'ils
Soûtiendroient leurs prétětionsSans
violece,& que lepeu de connoiſſan-
८८
184 MERCURE
2
ce qu'elle avoit de leurs raisons,
l'empefchoit d'entrer dans leur diferent
pour ne pas préjudicier aux
interests de deux Perſonnes qu'elle
conſideroit beaucoup. Le cinquiéme
Novembre la Reyne partit
d'Iron & prit la route de
Vittoria. Je ne vous dis rien des
lieux où elle coucha pendantcette
marche , ils n'ont rien de remarquable
, il ne ſe paſſa aucune
choſe pendant le chemin , qui
mérite de vous eſtre écrit , fi on
en excepte les grandes conteſtations
arrivées par les démeflez
deMonfieur le Marquis d'Aſtorga
& de Mr le Duc d'Offſone, qui
au lieu de s'aſſoupir , augmentoient
à tous momens. Ce fut ce
qui obligea la Reyne qui eſtoit
un jour montée à Cheval , de
ſe remettre en Carroffe Ils écrivirent
tous deux en Cour , &
peu

GALANT.
185
peu de temps apres Monfieur le
Duc d'Oflone reçeut ordre de
partir inceſſamment pour Madrid
, fans paſſer par Burgos. II
obeït fur l'heure à cet ordre. Le
9. du mois , la Reyne eſtant à
Ognate, à deux journées de Vittoria,
Elle y reçeut Mr le Comte
d'Altamire , Grand d'Eſpagne,
qui luy vint faire compliment
de la part du Roy,arreſté à Burgos
par un Rhume. Ce Comte
en eſtoit party quelques jours
apres qu'on eut apporté à Sa
- Majesté une Cravate , & une
- Montre que la Reyne luy cnvoya.
Mr de la Neufville qu'elle
- avoit choisi pour les porter , fut
= gratifié de cinq cens Loüis. La
- Reyne arriva deux jours apres à
Vittoria. Cette Ville eſt la premiere
de Caſtille, & la Capitale
du
186 MERCURE
du Païs d'Alava. Elle eſt aſſez
agreable & par elle- meſme , &
par ſa ſituation , qui eſt au bout
d'une belle Plaine. Dom Sancho
Roy de Navarre, la fit fortifier
, pour s'en ſervir de Barriere
contre le Roy de Caſtille. Elle
n'eſt pas beaucoup éloignée de
la Source de l'Ebre , une des
plus fameuſes Rivieres d'Eſpagne.
On donna le divertiſſement
de la Comedie à la Reyne dés
le foir meſme qu'elle fut arrivée
àVittoria. Le lendemain matin
elle prit un Habit à l'Eſpagnole.
C'eſtoit le premier qu'elle euſt
encor mis. Tout fied bien à ceux
qui ont naturellement bon air,
& par cette raiſon la Reyne ne
parut point Etrangere , quoy
qu'en Habit étranger pour Elle.
On fut étonné de ce qu'elle ne
s'en trouva point embaraffée.
C'eſt
GALANT. 187
- C'eſt ce qui arrive ordinaire .
ment en changeant de manieres
de s'habiller , quand meſme les
nouveaux Habits qu'on prend,
feroient plus aiſez que ceux que
l'on quite. L'apreſdînée laReyne
alla à la grande Egliſe , où le
Dais lay fut preſenté par l'Evefque
de Calahorra qui l'attendoit
à la Porte de cette Cathédrale .
Elle fut divertie en ſuite par un
= combat de Taureaux , dont les
Bourgeois de la Ville luy voulurent
donner le plaifir. Je ne
vous dis rien de cette forte de
Feſtes , me reſervant à vous en
parler dans une autre occafion .
La Reyne reçeut dans la meſme
Ville un magnifique Preſent de
la Reyne Mere du Roy d'Eſpagne
, qu'on eſtime cept mille
écus. Ce ſont des Pendans d'o-
-reilles , avec des Perles en Poi-
7 res
188. MERCURE
res d'une groffeur & d'une
beauté parfaite. Les Filles d'honneur
de la Reyne , qui ſont des
premieres Maiſons d'Eſpagne ,
ayant trouvé nos Manchons
commodes , la Reyne écrivit à
Monfieur avant qu'elle partiſt
de Vittoria , pour le prier de
luy en envoyer de toutes facons.
Son Alteſſe Royale en
ayant choiſi des plus beaux , &
les ayant fait mettre dans une
Caffete de Velours vert garnie
de galon d'or , avec des noeuds
de tiffu d'or fur chaque Manchon
, les a fait porter par un
Courrier depeſché exprés. La
Reyne , apres avoir demeuré
deux jours à Vittoria , en partit
pour aller coucher à Miranda
d'Ebro , & ſe rendre à Burgos
en cinq jours de marche. Monſieur
le Marquis de Villars luy
vint
GALANT. 189
-
vint faire la reverence à une
journée de cette derniere Ville.
Il alla en ſuite chez Mr le Prince
d'Harcourt , & ce Prince luy
rendit viſite dés le meſine ſoir,
de forte qu'ils eurent pluſieurs
conférences touchant la conduite
que Mr le Prince d'Harcourt
devoit tenir pendant le ſejour
qu'il feroit à la Cour d'Efpagne.
Le 18. au matin, ils partirent
enſemble du lieu où Mr
de Villars eſtoit venu ſalüer la
Reyne , pour aller coucher à
Burgos , où Sa Majeſté la devoit
attendre . C'eſtoit du moins ce
qu'on avoit voulu luy perfuader,
car on avoit pris d'autres meſures
, & ce fut par cette raiſon
qu'on mena cette Princeſſe ſi
doucement, quoy que la journée
fuſt longue,qu'on feignit d'eſtre
obligé de coucher à Quintana
Palla,
190
MERCURE
<
Palla , petit Village à trois lieuës
de Burgos, où le Roy avoit reſolu
d'arriver de grand matin , &
d'y confirmer ſon Mariage incognito
par une ſeconde Benediction
. Mrle Prince d'Harcourt
ayant eſté averty de ce deſſein,
- en donna avis à Mr le Marquis
de Villars. Ils partirent auſſitoſt
de Burgos , & ſe rendirent à
Quintana Palla une heure avant
que Sa Majesté Catholique y
arrivaſt. On leur dit qu'il n'eftoit
pas neceſſaire qu'ils aſſiſtafſent
à une Cerémonie qui ſe devant
faire incognito , n'eſtoit Cerémonie
que pour ce qui regardoit
l'Eglife. Monfieur le Prince
d'Harcourt & Mr le Marquis de
Villars , ne ſe fatisfirent point
de cette réponſe , & demanderent
pour leur décharge un Acte
figné de la main du Roy , qui
mar
GALANT.
191
-marquaſt qu'il n'avoit pas voulu
qu'ils s'y trouvaſſent.Mr le Mar.
quis d'Astorga , & Madame la
Ducheſſe de Terranova,envoyerent
au devant du Roy, pour luy
apprendre la reſolution de ces
Meſſieurs. Sa Majeſté les voyant
ſi fermes, conſentit qu'ils aſſiſtaſſent
à cette Cerémonie. Le Roy
arriva à Quintana Palla entre dix
& onze heures. Mr le Prince
d'Harcourt , & Mr le Marquis
de Villars , allerent le recevoir à
la deſcente de ſon Carroſſe . Mr
a
le Marquis d'Aftorga nomma ce
premier au Roy. Il n'eut le temps
que de luy faire la reverence, Sa
Majeſté eſtant dans une impatience
extraordinaire de voir la
Reyne qui l'attendoit dans ſon
Antichambre. Ce Prince y monta
, precedé de pluſieurs Grands
d'Eſpagne , & fuivy immédiatement
192
MERCURE
ment de Mr le Prince d'Harcourt
& de Mr le Marquis de
Villars . Les Grands qui accompagnoient
le Roy, étoient Mrs le
Duc de Médina-Celi , le Connétable
de Caſtille, le Duc d'Ucede,
le Comte d'Oropeda, les Cótes
d'Altamire, le Marquis de los
Balbafés , Dom Antoine de Tolede,
le Comte de Baños, leComte
de los Suarés, le Comte de Tallara
, Dom Joſeph de Lira , le
Marquis de Guevara, & le Marquis
de Quintana. L'Anticham.
bre où la Reine attendoit le Roy ,
ſervoit de Chapelle ; & quand
ce Prince y entra, Elle eſtoit entre
l'Autel & fon Prie-Dieu. Le
Roy s'avança vers Elle , & ne
voulut point ſoufrir qu'elle luy
baiſaſt la main , ce qu'elle tâcha
de faire juſqu'à trois fois. Il la
falia à la maniere d'Eſpagne,
fans
GALANT. 193
ſans la baiſer , c'eſt àdire en luy
ferrant les bras avec ſes deux!
mains. Ils ſe firent en ſuite un
compliment réciproque , dont
Monfieur le Marquis de Villars
fut l'Interprete.Ces complimens
eftant achevez , le Roy fit approcher
les Grands d'Eſpagne
qui l'avoient accompagné , &
les préſenta à la Reyne . M. le
Duc de Médina Celi , & M. le
Conneſtable de Caſtille,eſtoient
avec Luy dans ſon Carroffe
quand il arriva. Je croy, Madame,
que le Portrait de ce Prince
adjoûte icy, augmentera le plaifir
que le reſte de cet Article
vous pourra donner. Sa taille eft
fine. Il n'eſt ny grand ny petit.
Il a de lagrace dans fa Perſonne,
&des cheveux blonds en quantité,
crêpus par le bas.Il les porte
- àl'Eſpagnole , derriere l'oreille,
Decembre 1679.
I
194 MERCURE
)
ce qui ſemble ne s'accommoder
pas avec l'air de ſon viſage. lla
les yeux beaux , le teint blanc
& délicat , le nez aquilin , mais
un peu grand & élevé , la bouche
affez bien priſe , les levres
vermeilles , les dents belles, le
menton affez large , avec le col
un peu long. Ce Prince ne manquoit
pas de raiſons pour rece
voir la ſeconde Benediction de
fon Mariage ſans ceremonie.)
Il ſçavoit ce qui s'estoit paſſe à
Fontainebleau le jour queMonſieur
le Prince de Conty avoit
épousé Mademoiselle en fon
nom , & il n'ignoroit pas qu'on
ne pouvoit rien faire hors de,
Madrid , qui égalaſt , ny meſme
qui approchaſt des magnificences
qu'on avoit veuës. Cette rai-,
fon ne fut pas la ſeule qui lay fit
Précipiter cette ſeconde Bene-.
1 diction .
1
GALAN T. 19
*
1
diction . Les Amans font ennemis
de ce qui retarde leur bonheur.
Les grandes Cerémonies
demandent du temps pour les
préparer , & les amoureux empreſſemens
de ce jeune Prince
eſtoient fi puiffans , qu'il aima
mieux paroiſtre véritable Amant
, que de faire voir en cette
rencontre la magnificence de fa
Cour;&peut- être n'a- t- on point
encor oüy dire juſqu'à aujourd'huy
, que deux Amans qui net
-ſe ſontjamais veus,ſe ſoient mariez
en ſe voyant,& qu'on les ait
en ſuite laiſſez ſeuls enſemble,
tout cela dans la mefme heure.
Je paſſe à la Ceremonie de leur
Mariage. Les Grands d'Eſpagne
- qui estoient entrez les premiers ,I
- avoient pris la droite. Made Vil
lars fort réfolu de ne leur ceder
-pas cet avantage , s'approcha dư
I ij
196 MERCURE
Roy qui estoit déja à genoux, &
luy ayant dit en Eſpagnol que
les Grands avoient pris la place
qui appartenoit à M. le Prince
d'Harcourt & à luy , il pria Sa
Majeſté de trouver bon qu'ils
fuffent placez comme ils devoient
l'eſtre. Le Roy répondit
fort bas, qu'il y confentoit,&dans
le meſme moment M. le Prince
d'Harcourt & M. le Marquis de
Villars paſſerent à la droite , &
ſe mirent devant les Grands
qui les y foufrirent impatiemment.
Ils direntque la place leur
appartenoit ; à quoy Mile Prince
d'Harcourt répliqua qu'elle étoit
deuë à M. de Villars & à luy,
& qu'ils la ſçauroient garder.
Les Grands vouloient en aller
faire leurs plaintes au Roy, mais
aucun d'eux ne l'oſa. La Cerémonie
ſe fit à l'ordinaire. Elle
: eft
GALANT. 197
eſt preſque la meſme des Fiançailles
, & difére peu de ce qui
ſe pratique en France. On mit
autour du Roy' , & fur la Reyne
un Lien blanc , noüé en lacs
d'amour , & une Gaze blanche
avec une Frange d'argent
fur les épaules du Roy, & fur la
teſte de la Reyne. Cette Princeffe
charma tout le monde ſous
cetteGaze. Elle ne fut jamais
fi belle , & on ne pouvoit affez
admirer la grace qui l'accompagnoit
en toutes choſes . Madame
la Princeſſe d'Harcourt fut placée
vis à- vis des Grands,devant
toutes les autres Dames, & Madame
laDucheſſe de Terranova
porta la queie de la Reyne. L'Archeveſque
de Burgos n'ayant pû
faire la Cerémonie , à cauſe de
quelque indiſpoſition , elle fut
faite par le Patriarche des Indes.
I iij
198 MERCURE
Apres qu'elle fut finie,Monfieur
le Prince d'Harcourt voyant
que le Roy ſe préparoit à ſortir,
s'avança vers luy , & luy fit un
compliment de la part du Roy
fon Maiſtre . Sa Majesté y répondit
fort civilement. M. le
Marquis de Villars le complimenta
en fuite , mais en Eſpagnol.
Madame la Princeſſe
d'Harcourt , Madame laMaréchale
de Clerambaut,&Madame
de Grancé , s'aprocherent dans
le meſme temps , & ſe mirent à
genouxpour luy baifer la main,
comme eſtant de la maiſon de la
Reyne. Cela eſtant fait , le Roy
& la Reyne entrerent ſeuls dans
la Chambre, & eurent une con
verſation particuliere qui dura
deux heures. Ils dînerent ce jourlà
tous deux enſemble en public,
quoy que ce ſoit une choſe
peu
GALANT. 199
peu ordinaire en Eſpagne. Apres
le Dîner , le Roy monta ſeul
en Carroffe avec la Reyne , &
retourna coucher à Burgos .C'eſt
une des plus fameuſes & des
plus anciennes Villes de toute
l'Eſpagne. Les Habitans y parlent
tres bien Caſtillan. Sa Ca
thédrale eſt fort belle , & quel
ques Roys de Caſtille y font enterrez.
On y voit auſſi de tresbelles
maiſons qui font à des
Grands. Cette Ville eſt la Capitale
de la vieille Caſtille. Le
Roy tire ſes meilleurs Soldats
de ce Païs-là. Il eſt ſeparé de la
nouvelle Caſtille par quelques
montagnes qui commencent
aux confins de la Navarre. Leurs
■ Majeſtez eſtant arrivées le foir
à Burgos , fouperent fur les
fept heures , ſe coucherent à
huit,& ne ſe leverent qu'à dix le
1 I iiij
t.
200 MERCURE
lendemain , quoy que la coûtume
du Roy ſoit de ſe lever à
fix. La Reyne alla dîner ce jourlà
à un Convent hors de laVille,
& y fit ſon Entrée à fon retour.
Elle estoit à cheval , & veſtuë
àl'Eſpagnole Trois Grands d'Efpagne
marchoient devant Elle,
ayant des Habits fort magnifiques
, & des Livrées encor
plus riches. Ils eſtoient ſuivis
de Monfieur le Marquis d'Aftorga.
La Reyne paroiſſoit en
fuite fous un Dais fort élevé .
Elle estoit parée tres-fuperbement
, & faifoit l'admiration de
ſes Peuples. Madame de Terranova
& Madame de Mortare la
ſuivoient , montées ſur desMules,
& apres elles marchoient les
Dames & Filles d'honneur, & en
ſuite las Dueñas. Ily eut le ſoirun
Feu d'artifice , qu'on trouva fort
beau,
GALANT. 201
خ
1
beau , & Comédie apres le Feu .
Le Roy & la Reyne ſouperent
enſemble ce meſme foir. Le lendemain
, Monfieur le Prince
d'Harcourt , qui faiſoit les fonctions
d'Ambaſſadeur Extraordinaire
depuis qu'il avoit remis
la Reyne entre les mains de Mr
le Marquis d'Astorga, envoya un
Gentilhomme demander àDom
Hieronimo de Gujas Secretaire
des Dépeſches univerſelles , une
Audience ſecrete qu'on n'avoit
pû luy donner le jour prece-
. dent. Il l'eut ce jour- là, & meſine
fon Audience publique , & fit
ſon Entrée .Cefont bien des choſes
en un mesme jour , mais il
eſtoit malaisé de faire autrement,
acauſe du peu de temps que le
Roy devoit reſter à Burgos. On
envoya prendre Monfieur le
Prince d'Harcourt chez luy pat
Iv
202 MERCURE
M. le Marquis de Castelnova
Major dome-Mayor de la maifon
du Roy , & par le Corregidor
de la Ville , qui fit la fonction
d'Introducteur , parce que
celuy qui poſſede cette Charge
eſtoit demeuré malade à Madrid.
M, le Prince d'Harcourt fortit
de chez luy à midy , & alla à
cheval juſqu'au Palais. Il avoit
leMajor-dome à ſa gauche , &
'Introducteur marchoit devant
luy. Ils estoient précedez par
pluſieurs Perfonnes de qualité
qui accompagnerent cet Ambaffadeur,
par douze Gentilshommes
à luy , & par fix Gentilshommes
François quiſe trouverent
alors à Burgos. Iln'y en
avoit aucun dont l'Habit ne
fuſt couvert ou de broderie , ου
de galon d'or, Trente - deux
Hommes de Livrée ſuivoient.
Les
GALANT.
203
1
dela haute efti-
Les Carroffes de ce Prince venoient
en ſuite , remplis de ſes
Pages. Vous ſçavez quelle eſtoit
la magnificence de ſon Train.
Je vous l'ay marqué quand il eſt
party de Fontainebleau. M. le
Prince d'Harcourt fit au Roy
d'Eſpagne les Complimens du
Roy fon Maiſtre ,& luy marqua
quelque choſe
me où les grandes Actions de
cet auguſte Monarque l'ont mis
par toute la Terre. Le Roy d'Efpagne
s'eſtant tout fait expliquer
par un Interprete, répondit avec
autant de galanterie que de civilité
, & dit entr'autres choſes
à M. le Prince d'Harcourt ,
Qu'il espéroit que l'Union qui ſe
venoit de faire , ſerviroit de base
&de fondement à une Paix qu'il
Souhaitoit durable entre l'un &
Lautre Etat. Il adjoûta plufieurs
204 MERCURE
ſieurs choſes tres - obligeantes
pour ſa perſonne. Cet Ambaſſadeur
eut en fuite une Audience
publique de la Reyne . On fit une
Courſe de Parejas le 17. Je ne
vous en dis rien , cette forte de
divertiſſement ayant eſté afſez
expliquée dans une Relation
de la Lorraine Eſpagnolete ,
dont je vous fis part il y a quatre
ou cinq mois. Le 22. il y eut
une Fefte de Taureaux , apres laquelle
Monfieur le Prince d'Harcourt
eut ſon Audience de congé
du Roy Catholique , dans laquelle
il reçeut pluſieurs temoignages
des bontez & de l'eſtime
particuliere de ce Monarque . Il
eut auſſi ſon Audience de congé
de la Reyne. Cette Princeſſe luy
donna mille aſſurances de reſpect
&de tendreffe pour le Roy &
pour Son Altefle Royale , &ne
put
GALAN T.
205
pût le faire ſans s'attendrir. Monfieur
le Prince d'Harcourt en fut
touché , & quelques larmes qui
luy échaperent en la quittant , le
firent paroître. Je ne puis finir ce
qui regarde ce Prince , ſans vous
dire qu'il a tres - bien ſoûtenu
Thõneur de la France , & les avatages
de ſa Maiſon. On affembla
trois fois le Conſeil d'Etat
pour réſoudre de quelle maniere
on luy parleroit. On luy
porta tous les Regiſtres & Mémoriaux
d'Eſpagne , & il ne ſe
trouvoit dans aucun , qu'à l'exception
des Souverains , les
Grands euſſent jamais donné
de l'Alteſſe aux Princes . Sur ce
fondement , ils le vouloient traiter
d'Excellence ; mais il menagea
les chofes avec tant de fermeté
& de conduite , qu'il fut

réſolu qu'on luy parleroit en tierce
206 MERCURE
ce perſonne ; & que tous ceux
qui n'auroient point le titre de
Grand , ſe ſerviroient avec luy
du mot d'Alteſſe. En effet, Monfieur
le Marquis de Caſtelnova
n'ayant point ce titre attaché
à ſa perſonne , quoy qu'il ſoit
d'une Famille de Grand, le traita
d'Alteſſe quand il luy parla au
retour de l'Audience. Si M. le
Prince d'Harcourt s'eft acquis
beaucoup de gloire du coſté des
choſes où l'eſprit a part , il n'a
pas moins cauſe d'admiration
par la magnificence qu'il a fait
paroiſtre. Je laiſſe celle de fon
Entrée à Burgos , & viens à
une autre qui ſembloit ne dépendre
pas tout à- fait de luy.
Sa Table pouvoit eſtre toûjours
ſervie proprement , mais il ya
lieu de s'étonner qu'en pluſieurs
endroits où la plupart des
cho
GALANT.
207
choſes manquent en Eſpagne,
elle ait eſté auſſi abondante en
tout ce qui la pouvoit rendre
fomptueuſe &délicate , que s'il
ne fuſt point forty de Paris.C'eſt
le propre des François , de n'epargner
rien pourſoûtenir l'honneur
de leur Prince. Je pourrois
vous faire icy remarquer avec
quel éclat la Reyne d'Eſpagne a
eſté conduite aux dépens du
Roy dans un Voyage de deux
cens lieuës ; mais ignorez - vous
combien il eſt magnifique en
tout ce qu'il fait ? Il eſt certain
que rien ne peut égaler la propreté&
l'abondance desTables
qui ont eſte ſervies tous les jours
à cette Princeſſe parles Officiers
de Sa Majeſté. Il ſembloit qu'ils
difputafſſent àl'envy l'avantage
debien répondre à ſesordres.
Rien n'a paru plus leſte que les
ſe
Gar
208 MERCURE
Gardes du Corps & leurs Commandans
; & quand il s'eſt agy
des honneurs qu'on devoit rendre
à la Reyne dans les Villes
de France où elle a paffé , tout
s'eſt fait avec autant d'ordre que
de pompe. Monfieur de Saintot
avoit ce foin , c'eſt tout dire. On
n'a encor veu aucun Maiſtre
des Ceremonies connoître mieux
ce qui dépend de ſa Charge.
Ilne faitjamais ny trop , ny trop
peu , tant il ſçait parfaitement
ce qu'il doit faire , avec les
Etrangers meſime ; & ce qui eſt
admirable , il fait tout executer
fans bruit , fans embarras , avec
beaucoup d'ordre , & avec la civilité
que demandent les diverſes
fonctions dont il a tous les
jours à s'acquiter. Il ne faut
pas s'étonner apres cela ſi la
Reyne d'Eſpagne a témoigné
eftre
YON
*
LACOBVSDVX EBOR
ETALBAN
DVM
MAGN.
ADMIRA
ALLVS
FOR TAG
GALANT
209
eſtre ſi ſatisfaite de luy. Elle ne
l'a pas moins eſté de Madame de
Grancé fa Dame d'atour. La
maniere dont elle a rempli
certe place , l'a fait admirer
par tout où elle a paffé , & les
Eſpagnols n'ont pû ſe défendre
de la regarder avec eſtime. On
n'en peut douter , puis que ces
veritez ſont prouvées par les preſens
& les dons qu'elle a remportez
de la Cour d'Eſpagne , &
meſme par une penſion de deux
mille écus que Sa Majesté Catholique
luy a donnée.
On a publié depuis peu une
Médaille de Monfieur le Duc
d'Yorck. Comme je connois vo
ſtre curioſité là - deſſus , je l'ay
fait graver pour vous l'envoyer.
Le Portrait de ce Prince eſt d'un
coſté. Le Revers marque un
Combat naval donné en 1665 .
dans
210 MERCURE
dans lequel il remporta l'avantage
fur les Hollandois. Les paroles
font voir l'eſtime où il eſt,
& que ſa valeur ne luy a pas
moins acquis de gloire fur Terre,
qu'elle luy a donné de réputation
fur mer.
Apres ce que je vous ay déja
dit dans pluſieurs de mes Lett
tres , des grandes & extraordinaires
qualitez de Monfieur de
S. André Virieu Premier Prefi
dent au Parlement de Grenoble,
vous ne ſerez point ſurpriſe de
l'applaudiſſement general qu'il
reçeu à la S. Martin derniere ,
par le fublime Diſcours qu'il
tit dans l'ouverture de ce même
Parlement. Il ne ſe peut
rien de plus achevé. Tout ce
qui s'y trouva de Gens délicats,
fortirent charmez de la force
&de la beauté de cette Action .
11
GALANT. 211
11 prit pour ſujet la Juſtice Politique
& la Juſtice Civile , &
apres avoir montré les devoirs
des Magiftrats envers le Souverain
& envers les Peuples, il s'étendit
ſur les éloges du Roy avec
la grace de cette majestueuſfe
prononciation qui luy eſt ſi naturelle
,& fit connoiſtre que ce
Grand Prince n'étoit pas moins
juſte pourles Etrangers que pour
ſes Sujets.
Monfieur le Duc de Mortemar
reçeu en ſurvivance à la
Charge de General des Galeres
de France, partit ces jours
paffez pour aller en Italie , qu'
il doit voir entiere. Son deſſein
eſt de paſſer le Carnaval à Venife
,de parcourir enfuite toute
l'Allemagne , & de ſe rendre
au mois de May à Marſeille,pour
ymonter les Galeres, & apprendre
T
212 MERCURE
dre ſous Monfieur le Mareſchal
Duc de Vivonne ſon Pere à les
commander. Quoy que cejeune
Seigneur n'aitpas encor dix- fept
ans , il a fait tous ſes Exercices,
appris les Langues & les belles
Lettres , & fait pluſieurs Voyages
ſur Mer, & diferentes Campagnes
fur Terre,quelques-unes
en Sicile , & les autres en Flandre
avec le Roy. Il a la ſageſſe
de l'Homme le plus conſommé,
les plus belles inclinations du
monde ; & lors qu'il ſe trouve
Duc & Pair de France , & General
des Galeres ; que le Roy
luy donne un million en mariage
; qu'il ſe voit Fils d'un Homme
illuftre par mille actions éclatantes
& toutes preſque ſingulieres,
Neveu de Madame de
Monteſpan , Gendre d'un Miniſtre
que ſes ſervices & fon
amour
GALANT. 213
amour pour ſon Maiſtre diſtingueront
en tout temps , & enfin
Mary d'une jeune Perſonne élevée
par Madame Colbert , & à
qui on donne quatre cens mille
livres en mariage , il ne ſe tient
pas heureux , dit-il , parce qu'il
n'a pas acquis tous ces avanta
ges par luy meſme , & qu'il les
doit aux bontez du Roy & à la
tendreſſe de ſes Parens , dont il
ne croit pas avoir affez merité les
graces qu'il en reçoitho
Madame de la Loupe , Mere
de Madame la Mareſchale de
la Ferté , eſt morte. Elle estoit
de la Maiſon d'Angennes , qui a
donné un Cardinal & des Evef
ques aux Egliſes de Noyon , de
Bayeux, & du Mans. Cette Maifon
eſt fort ancienne . Robert
d'Angennes ſervit Charles V.
fort utilement. Il cut pour Fils
Jean
214 MERCURE
Jean d'Angennes , qui fut Gouverneur
du Dauphiné & du
Chaſteau du Louvre , pendant
la maladie du Roy. Iean II.du
nom , Neveu de Robert , pric
par affaut la Ville de Mantes fur
les Anglois , & en fut faitGouverneur
du Regne de Charles
VII.Charles d'Angennes fon petit
Neveu , épouſa Marguerite
de Coëlme- Lucé ,& lailla Jac
ques&René d'Angennes, d'où
les Barons de la Loupe font fortis
, ainſi que Meſdames de Raré
, d'Olonne , & de la Ferté- >
Senecterre.no
ة
& Madame de Biron , Soeur de
Madamela Mareſchale de la
Meilleraye , eſt morte auffi depuis
douze jours. Elle eſtoit de
laMaiſon de Coffe-Briffac , &
avoit épousé Mr de Gontaut de
Biron , Lieutenant General des
라오면 Camps
GALANT.. 215
Camps & Armées du Roy.- ..
Cette mort a eſté ſuivie de
celle de Mr Boucheraut , Abbé!
de S. Sever, Conſeiller honoraire
du Parlement.
1
J
- LesApointemens de la Charge
de Chambellan n'eſtant pas,.
affez grands pour une des plus
confiderables Charges de la
Couronnelle Royen ajaugmenté
le revenu de vingt mille
livres par an. On voit par là que
quoy que ce Prince foit tresmagnifique
en toutes chofes , il
ne fait rien qu'avec beaucoup
d'équité& de prudence, &qu'il
n'a pas eu ſeulement égard au
peu de revenu de cette Gharge,:
mais encor au merite particulier
de Monfieur le Duc de Boüillon!
qui la poſlede. 150 g s
Vous ſçavez que depuis pluſieurs
années , Sa Majesté n'a
preſque
216 MERCURE
preſque point tenu d'Enfans fur
les Fonts. Cependant Elle a fait
l'honneur ces derniers jours à
Monfieur Devize Maistre d'Hôtel
ordinaire de la Reyne , &
cy-devant Lieutenant des Gardes
du Corps , de nommer fon
Fils avec la Reyne. LaCerémonie
s'eſt faite par Monfieur le
Cardinal de Boüillon dans la
Chapelle du vieux Chaſteau de
S.Germain of по 06 год 25 - vil
Comme vous avez toûjours
une forte paffion pour la Mufique
vous nevſerez pas fâchée
d'apprendre que Mr Lorenzani
eft revenu d'Italie , où il eſtoit
allé par ordre du Roy. Il a amené
cinq belles Voix de ce Païslà
,& a eſté regalé par tout où il
a paſſfé. C'eſt l'effet ordinaire
du vray merite. Il a fait chanter
de ſes Ouvrages d'Egliſe & de
supiony Cham
GALANT. 217
Chambre à Turin , où Madame
Royale l'a retenu quelque temps.
Cette Princeſſe toûjours genereuſe
& magnifique , luy a donnè
un fort beau Diamant à ſon
départ.
Cet Article de Muſique me
fait ſouvenir d'un ſecond Air à
vous envoyer. Les Paroles font
de Monfieur l'Abbé Tallemant
AIR NOUVEAU.
Confolez - vous ,
mes chers Tron-
De tous les maux
f
Que lafroideſaiſon nousdonne.
Vous aurez tout l'Eté, l'Automne, & le
Printemps;
Pour joüird'unplas heureux temps;
Mais il n'est point d'Eté, de Printemps,
nyd'Automne,
Pour lepauvreTircis,
Dans le coeur de l'ingrate Iris.
1
Decembre 1679. K
218 MERCURE
Enfin , Madame , le Mariage
de Monſeigneur est conclu avec
Madame Anne-Marie-Victoire
de Bavieres , Soeur de l'Electeur
de ce nom. Le Roy , la Reyne,
& Monseigneur le Dauphin ,
ontenvoyé leurs Procurations à
Monfieur Colbert , Miniſtre &
Secretaire d'Etat , qui eſt à Munic,
pour en dreſſer les Articles ,
Si- toſt qu'on eur eu nouvelles
que les chofes estoient arreſtées,
ce jeune Prince écrivit à cette
Princeſſe , &le fit de la maniere
du monde la plus ſpirituelle& la
plus galante. Le Roy fut trescontent
de ſa Lettre , auſſibien
que du Portrait de laPrinceſſe,
qui arriva à la Cour quelques
jours apres.Monſeigneur leDauphin
en eſt charmé. Il a eſté
fait par Monfieur de Troye,
Peintre fameux, On verroit
quel
44
GALAN T.
219
quelque choſe de bien éclatant
, fi on pouvoit faire le Portrait
de ſon eſprit , car il eſt certain
, qu'elle en a infiniment . Sa
Majeſté a déja nommé ſes principaux
Officiers , & luy donne
Monfieur l'Eveſque de Condom
Précepteur de Monſeigneur ,
pour ſon Premier Aumônier. Le
mérite de cet illuſtre Prélat eft
ficonnu , & il en a de tant de manieres,
qu'il ſuffit de le nommer,
pourfaire penſer de luy tout ce
qu'on peut dire à l'avantage d'un
tres-grand Homme.
Monfieur le Duc de Richelieu
ſera Chevalier d'honneur de
Madame la Dauphine;& Madame
la Ducheſſe de Richelieu, ſa
Dame d'honneur. Que n'aurois
- je pas à vous dire de l'un &
de l'autre , & de ce grand nombre
de vertus brillantes , qui
Kij
220 MERCURE
ſeules les ont mis dans les Poſtes
que nous leur avons veu remplir
? Vous vous ſouvenez ſans
doute du bruit que faiſoit l'Hô
tel de Richelieu . C'eſtoit le
ſejour des Muſes , & des plus
honneſtes Gens de la Cour &
de la Ville , & il n'y a perſonne
qui ne ſçache avec combien de
juſtice; on y donnoit le prix à
chaque choſe.
Madame la Maréchale de Rochefort
eſt nommée Dame d'atour
; & Madame la Marquiſe
de Maintenon , ſeconde Dame
d'atour. Vous n'ignorez pas que
cette premiere eſt de la Maiſon
de Laval , Petite-Fille du Maréchalde
Boisdaufin ,& Veuve
de Mr le Maréchal de Rochefort
, que ſon mérite avoit élevé
en ſi peu de temps aux premiers
Emplois de l'Epée. Je ne vous
par
GALANT. 221
parleray point des qualitez qui
ont fait mériter à cette Dame
les avantages qu'elle reçoit. Je
vous diray feulement que les
charmes de fa Perſonne ont
donné autant d'envie à quelques-
unes de fon Sexe , que ſa
vertu a fait naiſtre d'émulation
parmy celles qui ont crû que
c'eſtoit ſeulement en l'imitant
qu'on pouvoit ſe faire eſtimer de
tout le monde .
Quant à Madame de Maintenon,
on ne peut trop élever cette
admirable Perſonne-Jamais Fem .
me n'eutune fi belle,& fi juſte réputation.
Une ancienneNobleſſe ,
&une grande beauté , furentles
premiers avantages qu'on cõnut
en elle,& fon eſprit brilla enfuite
avec tat de force,qu'elle eut bien
tôt autatd'Amans &d'Amis qu'il
y eut de Gens quila virent. Sa
$
Kiij
222 MERCURE
vertu les a toûjours retenus les
uns & les autres , & aucun d'eux
ne s'eſt rebuté par les raiſons
qui ont accouſtumé d'éloigner
ceux qui s'attachent le plus fortement.
Elle est devenuë la prin.
cipale Amie des premieres Dames
du Royaume , & a eu par
tout une conduite ſi ſage, qu'elle
a merité l'amitié de toute la
Cour, avec l'eftime & les graces
de Sa Majefté .
La longue retraite de M. le
Maréchal de Bellefons , ne luy
a rien fait perdre de la confideration
que le Roy a toûjours
marquée pour luy. On le voit
par la Charge de Premier
Ecuyer qu'il luy a donnée , &
que M. le Marquis de Bellefons
fon Fils doit avoir en ſurvivance.
Les vertus militaires de ce
Maréchal font affez connuës.
Cha
GALANT.
223
Chacun ſçait avec quelle fermeté
il a ſoûtenu les intéreſts
d'un Maiſtre , à qui ſa ſeule inclination
l'avoit attaché , ſans
aucune veuë de ce qui engage
ordinairement à rechercher les
Emplois. Il a adjoûté
grandes qualitez qu'on admire
en luy , celle de donner l'exemple
d'une pieté qui n'édifie pas
moins qu'elle ſurprend , & qui
fait taire tous les Impies & les
Libertins.
aux
M. de Chamarante a eu la
Charge de Premier Maiſtred'Hoſtel
, & M. fon Fils la furvivance.
Vous le connoiſſez,
& je vous dirois inutilement
qu'il eſt d'une Maiſon que la
valeur n'a pas renduë moins recommandable
que la Nobleſſe .
Il a toûjours eu une probité &
ane droiture dans ſes actions,
K Fij
224 MERCURE
qui luy a fait acquerir l'eſtime
de tous les honneſtes Gens ; &
comme il eſt tres-bon Amy , il
eſt peu de Courtiſans qui en
ayent eu autantque luy,& d'auffi
confiderables. Monfieur de
Chamarante ſon Fils ſe forme
fur ce modele ,& quoy que fort
jeune , on a déja reconnu de luy
tout ce qu'on peut attendre
d'un Gentilhomme heritier de
la vertu de ſes Peres. Il fait admirablement
ſes Exercices ; &
dans la derniere Campagne de
Mr le Maréchal de Créquy , qui
aeſté ſa premiere, ila donné lieu
de croire qu'il ſera Homme à ſe
vouloir diſtinguerdans toutes les
occaſions où il faut faire voir du
courage. Il eſt tres-bien fait de
ſa perſonne.
La Promotion de Monfieur
deChamarante ayant fait vaquer
la
GALANT . 2.25
la Charge de Premier Valet de
Chambre du Roy , elle eſt dignement
remplie par Mr de la
Vienne. Son affection & fon
addreſſe à ſervir ſon Maiſtre,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut penſer. Pour eſtre toû..
jours aupres de Sa Majesté, qu'il
ne ſe peut reſoudre à quiter un
jour, il acheta une Charge dans
chaque Quartier , quoy qu'il ne
rende jamais que de bons offices
, il ne pouvoit s'empeſcher
d'envier aux autres les ſervices
qu'il ne rendoit point. Voila
bien des choſes pour vous le
faire eſtimer,mais il a encor une
qualité bien rare au lieu où il eſt.
C'eſt celle de tres-bon & tres .
chaud Amy.
Meffieurs Bontemps & de
Niert le Fils , tous deux Premiers
Valets de Chambre de Sa
K
226 MERCURE
د Majeſté ont eu la Charge de
Sur- Intendant de la maiſon de
Madame la Dauphine. Le mérite
de l'un & de l'autre a trop
éclaté , pour ne vous eſtre pas
connu. Le premier ayant eſte
de tous les plaiſirs du Roy pendant
ſa jeuneſſe , ordonnoit
dans les Balets , comme il a fait
depuis ce temps- là dans quelques
Feſtes où l'on a toûjours
trouvé la magnificence & l'invention
jointes à la ponctualité
& au plus bel ordre. Il eſt admiréde
toutes les Nations dans
le Gouvernement de Verſailles,
& il y plaiſt tellement à Sa Majeſté
, qu'on dit qu'Elle ne va
jamais à ce Lieu charmant , fans
luy donner de nouveaux éloges .
Il a une préſence d'eſprit merveilleuſe
qui l'empeſche de
s'embaraffer d'aucune choſe.
Son
GALANT.
227
Son activité eſt ſurprenante , &
il ſe diftingue ſur tout par l'attachement
qu'il a pour le Roy.
Monfieur de Niert eſt d'un
grand mérite. Il a beaucoup
d'eſprit & de belles Lettres , &
on ne peut eſtre plus modeſte
qu'il l'eſt là- deſſus.Il prit le party
des Armes dans ſes premieres
années , & le prit avec ſuccés ;
& depuis qu'il a l'honneur de
ſervir Sa majeſté , il a reçeu pluſieurs
témoignages fort glorieux
de la fatisfaction qu'Elle en a
euë. Vous demeurerez d'accord,
Madame,que le moyen leplus in.
faillible de ſe faire genéralement
eſtimer, c'eſt de ſe rendre agreable
à Loür's LE GRAND .
Il ya encor d'autres Officiers
nommez .Les Filles d'honneur&
leur Gouvernante , le font aufli;
mais je ſuis tellement preſſé de
finir
228 MERCURE
finir ma Lettre , que j'attendray
juſqu'au Mois prochain à vous
en parler, auffi-bien que du Mariage
de Monfieur le Prince de
Conty avec Mademoiſelle de
Blois, & de ce qui s'eſt paffé cette
année à Turin le jour du Sapate.
Je remettray meſme l'Article
entier des Enigmes juſqu'à
l'Extraordinaire que vous recevrez
le 25.de Janvier,& me contenteray
aujourd'huy de vous en
propoſer deux nouvelles. La premiere
eſt de M. de Silvecane ,
Fils de l'illuftre Préſident de
Lyon dont je vous ay déja parlé
, qui à l'âge de dix- neuf ans
donne toutes les eſpérances
qu'on peut avoir d'un Gentilhomme
élevé dans toutes les
belles connoiſſances . La ſeconde
eft de l'inconnu de Mets.
ENI
GALANT.
229
ENIGME.
Efuis un Enfant d'ire , & de toute
Et ma cruelle destinée
Veut que fi- cost que jesuis née,
L'onme chaffe de laMaiſon.
Cen'estpas de monfort leplusfâcheux
caprice ,
Puisque tombant en desavares mains,
Pour faire voir mon usage aux Humains,
Des plus grands Criminels jefoufrele
Suplice.
Parmyma pauvreté jeſuis propre à ce
Point ,
Queje chaffe toute l'ordure,
Etdans mabizarre figure
L'on a beau me preffer , on ne me con
traintpoint.
Je conferve à ma Mere un fi fidele
amour,
Quefans faire ſes funeraillesa
230.
MERCURE
Je l'attire dans mes entrailles,
Etla reproduis à mon tour.
AUTRE ENIGME.
Enais pour la prison&pour la li-
JEberté,
Viile àtout le monde , &fatal àmoymesme
;
J'enrichis les Humains parma captivité,
Mon prétieux travail fait mon malhear
extréme.
Avant que jefois né , mon Pere est au
tombeau,
Le trépas m'a ravy la Mere qui m'engendre;
Nezfans aisles tous deux , ils meurent
en Oyseau,
Le mystere en paroist difficile à comprendre.
Commeun Efclave aux fers on me voit
dans les chaînes,
Sous les Loix de l'instinct travailler pour
- l'éclats
Ichercher le trépas comme fruit de mes
peines
Et
PREODE
LYON
&
¥ 1893
*
LASON ENIGME .
GALANT.
231
Et tout queux que je suis , enrichirun
Εται.
P'unis l'éclat des Roys avecque ma bas-
Seffe ,
Malgré ma nudité je reveſt les Mortels,
Pembellis les Palais , je pare les Autels
,
Et l'Art n'a pû jamais imiter mon
adreffe.
Vos Amies tâcheront à developer
ce que leur cache lafon
combatant le Taureau qui jette
des flâmes par les narines .
Bellérophon doit eſtre repreſenté
à la Cour le 2. de Janvier
par les Muſiciens de Sa Majesté.
Il en fera le divertiſſement tout
le reſte du meſme mois, l'Opéra
nouveau de Proferpine eſtant refervé
juſqu'à l'arrivée de Madame
la Dauphine,
Sta
232 MERCURE
Statira , Piece nouvelle de
Monfieur Pradon , a paru depuis
peu de jours fur le Theatre
de l'Hoſtel de Bourgogne,
& la Troupe de Guenegaud
continue toûjours la Devinereffe
, quoy que commencée
depuis plus de fix ſemaines. Il
vous eſt aiſe de juger par là
que la foule y eſt toûjours fort
grande. On ne doit point en
eſtre ſurpris , tout Paris diſant
qu'on ne peut joier une Piece
de meilleur exemple , ny plus
utile au Public. Chacun ſe détrompe
des Devinereſſes , eny
voyant ce qui eſt arrivé depuis
pluſieurs années chez ces prétendues
Sorcieres ; & c'eſt par
cette raifon que les Marys y
menent leurs Femmes , comme
les Meres y menent leurs
Filles , afin qu'elles ne donnent
GALANT.
233
nent jamais dans ces fortes de
paneaux. Je ſuis , Madame ,
voſtre , &c.
A Paris ce 30. Decembre 1679.
BLIOTEBO
YON
DE LA
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Avant-propos
1
Difcours fait au Roy par Monfieur
l'Evesque d'Agen. 7
Sonnetſur les liberalitezdu Roy pour les
Gensde Lettres, 14
Secret pour guerir les Fieures continuës
trouvé par le Sieur Amonio , 15
Mort deM. Bidé Président à Mortier
au Parlement de Bretagne ,
Mort de Mademoiselle de Gorse ,
Tableſur l'Origine de la Peste,
L'Avanturedu Sanglier ,
Naufrages ,
Depart des Capucins du Louvre ,
17
18
25
27
34
48
Violente paſſion du Roy de Suede pour la
Princeffede Dannemarc, 44
Mariagede M. le Prince de Guimené,
&deMademoiselle de Vauvineux, 59
L'Amantdef- intereſſé ,
62
LesAmazones dans les Iſles fortunées,
Operade Venise ,
68
Thesesoûtenuepar M. l'Abbéde Gef-
L vres ,fur tous les Points les plus difficiles
TABLE.
ciles de la Chronologie &de l'Histoire
Ecclefiaftique. 79
82
Entrée à Turin de M. l'Abbé d'Estrades
Ambassadeurde France,
Madame la Marquise d'Effiat est reqenë
Gouvernantedes Enfansde Monfieur,
M. Colbert exercela Charge de Secretai-
१०
re d'Etat des Affaires Etrangeres, 95
Plainte , १४
Sonnet, 99
Coeur de M. l'Evesque de Verdun porté
àVerdun ,
L'Histoire desfauſſes Dents ,
101
103
Détaildu Voyagedes Flores d'Espagne,
τις
Nouvellesd' Amour, Galanterie, 132
Nouvelles particularitez touchât leVoyagede
la Reyne d'Espagne; ce qui s'est
passé dans le lieu où elle a esté délivrée
; les Actes de Délivrance &de
Reception;fon Voyage jusques à Burgos;
&la Cerémonie de la Ratification
deſonMariage, 141
Discours fait à l'ouverture du Parlement
deGrenoble par M. de Saint André-
Virieu , 210
Depart de Mile Duc de Mortemar, 213
Mort
TABLE.
Mort deMadame dela Loupe , 213
Mortde Madame de Biron , 214
MortdeM. l'Abbé Boucherat, 215
Apointemensde la Chargede Chambellanaugmentez,
215
Baptefme, 216
Retour d'Italiede M. Lorenzani , ibid.
Officiers de Madame la Dauphine nommez
par le Roy , 218
Enigme, 229
Autre Enigme, ibid.
don,
Statira,Piece nouvelle de Monfieur Pra-
Finde la Table.
231
مرو
Avis
0
Avis pour toujorDELA
VILE
Nprie ceux qui envoyeront des
Memoires où ilyaura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en carateres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin qu'on
ne ſoit plus fujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diferens toutes les Pieces qu'on
envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye, &
l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire;
&s'ils ne font dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura fon
tour ,& les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne puiſſe
differer.
Onne fait réponſe àperſonne,fau
tedetemps. On
Onne met point les Pieces trop
difficiles à lire.
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions.
Si lesEtrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les
mettra dans les Extraordinaires.
On prie qu'on affranchiſſe les Ports
de Lettres , & qu'on les addreſſe toûjours
chez le Sieur Amaulry , & il eft
inutile d'en envoyer ſans payer le
Port , puiſqu'ils ne paroîtrontpas autrement.
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiſſent bleſſer la modeſtie des Dames,
ou deſobliger les Particuliers par
quelques traits ſatyriques.
On a beaucoup deChanſons. Elles
auront toutes leur tour, ſi on apprend
qu'elles n'ayent pas efté chantées.
C'eſt pourquoyfi ceux par qui elles
ont eſté faites,veulent qu'on s'en ferwe,
ils les doivent garder fans les chanter
&ſans en donner de copie juſqu'à
ce qu'ils les voyent dans leMercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le