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1679, 07 (Lyon)
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Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS.
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
MERCURE
GALANT
OTHEQUE
LYON
DEDIE' A MONSEIGNEUR
Juillet 1679 .
EDELA VILL
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere .
M. DC. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
i
1
未来淡情: 高出版出版
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Ene vous feray pas grand
discours,cher Lecteur,je vous
priede nepasmanquerà affranchir
lesports de Lettres
que vous envoyerezpour le Mercure. L'on
continue toûjours àdistribuer le Journal
des Sçavans inquarto & indouze , &le
Journal des Nouvelles Découvertes de
Medecinede Monfieurde Blegny.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Juillet.
Le Troiſiéme tome de l'Histoire de Francedu
R. Pere lourdan Iefuite , 4. fix
Livres.
Histoire Sainte de Gautruche, 12. 4. vol.
6. livres.
Dictionaire Pharmaceutique , ou plusõe
Apparat Medico-Pharmaco- Chymique,
ouvragecurieux pour toutes for
tes de personnes , utile aux Medecins,
aij
Apoticaires &Chirurgiens , &tresneceſſaire
pour l'avancement & l'inſtruction
des jeunes Gens , qui s'addonnentà
la profeſſion de la Pharmacie.,
&particulierement de ceux qui
ne poffedent pas pleinement la langue
Latine, par le Sieurde Meuve Do-
Eteur en Medecine , Conseiller& Medecin
ordinaire du Roy , in octavo,
2. vol. 3.1.
T
Réponseà la Critique publiée parMonfieur
Guillet,fur le Voyage de Grece de
Iacob Spon, avec quatre Lettres fur le
mesmesujet , le lournal d'Angleterre
du Sicur Vernon , &la Liste des erreurs
commiſes par M. Guillet dans
SonAthenesancienne&nouvelle, 12 .
L'Histoire de Venise par Bapt. Nany de
la Traduction de Monsieur l'Abbé
Tallemant , 12. 2. vol.
Regles de la discipline Ecclesiastique,
recueilliesdes Conciles , des Synodes
de France, &des ſaints Peres , 12.
Instructions Chrestiennes ſur le Mariage
&fur l'education des enfans, 12 .
le continueray de donner tous les Mois
unCayer des Nouvelles Découvertes
furtoutes les parties de la Medecine,
pour
pourfixfols le Cayer.
Catalogue de divers livres d'Histoire ,&
antres matieres en Espagnol, inoctavo,
Aſſociation fur la Paſſion de N. Seigneur
, indouze , avec les figures fur
chaque Mystere, relić, 2. livres .
Lemesmein 24.Sans figurerelié, 8.fols.
Instructions aux Confeffeurs , des RR.
Peres Loarte& Fournary , nouvellement
traduit en François , in 12. relié
18. fols.
La Science du Crucifix pour le temps de
la Vie&dela Mort, 12. relié 12. f.
Nouvelle Methode du Plain-Chant , 8 .
broché, 8.Sols.
L'Adoration perpetuelle de la tres-fainte
Trinité, 12. relié 1 2.fols.
Laſainte Iournée des familles Chreftiennes,
24. relié s .fols.
Lumieres aux Vivans par l'experiencedes
Morts, 8. relié 1. l. 5.fols.
Ordinaireſuivant le Breviaire Romain,
pour l'année 1680 ...
Voffij Etymologicon lingua Latina , fol.
5. livres. 1
:
a iij
CATALOGUE DES PIECES
qui compofent leſixième Extraordinaire
, intitulé Extraordinaire
du Mercure Galant ,
Quartier d'Avril 1679. TomeVI.
donné auPublic le 15.de
Juillet de la mesme année,
U
IL CONTIENT.
Ne Lettreen Proſe& en Vers fur
le Printemps.
Un Madrigal fur lemeſme ſujer.
Pluſieurs Madrigaux.
Quatre Pieces ſur la Queſtion, Si on
doitse marier ,& s'ily a plus de raiſon
d'yfonger dans l'un des deux Sexes , que
dans l'autre. La derniere de ces Pieces
eſt traitée à la maniere de M. de Lefclache.
Deux Pieces , l'une en Vers , & l'autre
enProſe , ſur la Queſtion , Si un
jeune Homme qui est dans le deſſein de
Se marier,doit preferer une Fille de dixhuit
ans &qui a dix-huit mille écus ,à une
de cinquantequi a cinquante mille écus.
Un
Un nouveau Traité de la Peinture,
deſon origine, &de ſes progrés.
Une nouvelle Fable en Vers , fur
l'origine de l'Horloge de Sable. Cette
Piece eſt un des plus galans Ouvrages
du temps.
Une nouvelle Fable en Proſe & en
Vers, ſur le Colier de Perles.
Cinq Pieces ſur la Queſtion , Si un
Amant qui a donnéſon coeur ſans referve,
ſouffre plus de la mort deſa Maiſtreffe,
que deson infidelité. Il y a trois de
cesPieces enProſe, une en Profe & en
Vers,& une autre traitée par deux
diſcours. Un Amant regrete la mort
de ſa Maiſtreſſe dans le premier ; &
dans l'autre, un autre Amant ſe plaint
de l'infidelité de la ſienne.
Une Piece fur laQueſtion , Pourquoy
on donne des graces à Venus pour l'accompagner,
contrela politique des Belles.
Deux Ouvrages ſur l'origine de
l'Architecture, &ſes progrés. Ledernier
en traite à fond.
Vingt- deuxMadrigaux ſur les Enigimes
du Sang & de la Fauffe-Monnoye.
Une nouvelle Piece traitée à la maa
iiij
niere de M. de Leſclache, ſçavoir, S'il
y a plus de gloire àſe vaincreſoy-mesme,
qu'à triompherdeſes Ennemis.
Un Ouvrage fur toutes les Queſtions
proposées , remply d'invention ,
& qui a pour titre , Dispute de Iupiter
&de lunon, & Prediction de Tyresie.
Une Elégie. :
Une grande Planche gravée , toute
remplie de Deviſes pour des Cachets,
enquatre fortes de Langues.
Cinq Madrigaux fur l'Enigme du
Tambour.
UnVirelay.
Une Hiſtoire Enigmatique .
Des Paroles pour un Concert de
Muſique , pour un jeune Prince , en
maniere de Balet.
Quelques Vers ſur la Migraine.
Des Portraits de pluſieurs Hommes
Illuftres d'Eſpagne , d'Angleterre , &
de Hollande, gravez d'apres leurs Medailles.
Dix - huit Madrigaux ſur les Enimes
du Zero & du Vin .
Les noms de ceux qui ont expliqué
la derniere Lettre en chifres .
Nouvelle Lettres en chifres.
Pluſieurs
Pluſieurs Sonnets ſur des matieres
diférentes .
Une Lettre en vieux langage , en
Profe & en Vers .
Cinq nouvelle, Questions, pluſieurs
Origines, Sujet d'Epigramme, &deux
Deſſeins de Planches propoſez pour
l'Extraordinaire du Mois d'Octobre .
Propoſition qu'on s'ofre à defendre
contre ceux qui la voudront attaquer.
Une Plainte en Vers , de Lifete ou
Doudon, petite Chienne d'Olimpe, à
ſa Maiſtreſſe.
Une Lettre de la Lorraine Eſpagno .
lete.
Un Article des Modes nouvelles.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume .
Vant-propos,
PoëmedeM. de Fontenelle ,
I
13
Fefte ancienne&fort particuliere rétablic
àTartasàl'occaſion de la Paix , 21
Réjoüiſſancesfaitesà Saumur au sujet de
la Paix de l' Empire , 31
Dom Joseph de Velasco , Histoire , 33
Lettre en Profe& en Vers , 40
Elegie, 43
Grande Ceremoniefaiteà S. Lo. 47
Beau Discours fait sur la Paix dars
l'Eglise du Grand Convent des Carmes
de Bezançon, 56
Vers sur un Baiser dérobé , 59
Le hazard procure àdeux Belles l'hon-
Le Voleur innocent , Histoire ,
Sonnet au Roy ,
neur de chanter devant le Roy , 63
SonnetàM. le Comtede Louvignies, 75
Combat d'une Fleur de Lys&d'un Crois-
Sant , remarqué en l'airà Annonay en
Vivarés, 76
Filles ChartreusesfacréesparM. l'Evévefque
de Grenoble , 78
Grande
64
73
TABLE .
Grande Ceremonie faiteà Orangepourle
rétabliſſement d'une Croix , 81
86
Lettre de Madame Royale à Monfieur
le Duc de S. Aignan,
La Chauvefauris l'Hyrondelle, Fable,
88
MortdeM.leMarquis de Soyecour, 90
LeRoy donne la Charge de Grand Veneur
de Franse àM. le Prince deMarfillac,
92
Theſe ſoûtenue par M. l'Abbé Dargouges,
93
These soûtenuëpar M.l'Abbé de Villars,
95
Avanture du Bain ,
Vers fur le Mariage d'Iris & d'Angelique,
Madrigal,
Autre,
96
101
102
103
Réjouiſſances faitesàAngerspour la Paix
de l'Empire , avec le rétabliſſement de
l'Academie à monter àcheval dans la
mesme Ville , 104
Réjouiſſances faites à Villeneuve la
Guyard, 105
Prisede la Villede Bilfeld , & la chaffe
donnée aux Troupes de l'Electeur de
Brandebourgpar l'ArméeduRoy, 114
Défaite
TABLE.
Défaite des Rebelles d'Ecoffe par le Duc
de Montmouth, 131
M. de Reybere est reçen Conſeiller d'honneur
au Parlement , 132
Mortde M. l'Abbéde Montrevel, 133
Mortde M.le President Doricu , ibid .
Les Chenilles &le Buiſſon, Fable, 135
Tout ce qui s'est passé touchant le Mariage
du Roy d'Espagne &de Mademoiselle
, 147
L'Amant Garde, Histoire , 155
Meſſieurs de l' Academie Françoise choififfent
M. Verjus pour estre de leurs
Corps,
Placet en Vers auRoy,
Divertiſſemens de la Cour;
Mort de M. l'Abbé Laudati ,
172
178
119
Mort de M.de Clapiſſon, du Lin , 181
282
Epitaphede Madamede Longueville, 184
LePaſſagedu Veferpar l'Arméedu Roy ,
188
Arrivée de M. le Marquis de Villars à
Madrid, 203
Le Duc d'Havré ſalue la Reine анх
Carmelites ,
Portrait de Monfieur, en Vers, 208
M. l'Abbéde Verruëfaitpart au Roy
du Mariage arresté entre le Duc de
Savoye
TABLE .
:
Savoye&l' Infantede Portugal, 210
Reception faite àGeneve à M. le Comte
de S. Maurice , 211
Reception faite à Munic à M. l'Abbé
.
Reffel, 212
213-
217
Mort de M. de Contes , Chancelier &
Doyende l'EglisedeParis,
Course de ChevalfaiteàS. Germain, 214
Ce qui s'est passé dans l'Abbaye de N..
Dame de Homblieres, proche S. Quentin
, àla Translation des Reliques de
Sainte Hunegonde,
Receptionfaite à Monfieur, Madame,
Mademoiselle, à M. l'Ambassadeur &
l'Ambaſſadrice d' Espagne , & autres
Seigneurs & Dames , par M. de Boisfrant,
danssaMaison de S. Oüen, 221
Monfieur mene M. le Marquis de los
Balbaſes à Conflans,où il regale les Dames
qui furentde cette Partie dans la
Maison de M. l'Archevesque , 230
Te- Deum en Muſique chanté dans l'Egliſedes
Feüillans pour la Ratification
de la Paix avec l'Allemagne, ibid.
Mariagede M.Hodig Maistredes Requestes
, avec Mademoiselle de Villayer,
Filledu Conseiller d'Etat de ce
nom , 231
Mort
TABLE .
MortdeM. Boifleau , l'un des Greffiers
de la Grand chambre, ibid.
Explication en Vers de la premiere Enime
du Mois passé, 233
Noms de ceux qui en ont trouvé le Mot,
234
Explication en Vers de la seconde Enigme,
ibid.
Noms de ceux qui l'ont expliquée, 235
Nomsde ceux qui ont expliqué les deux ,
236
Premiere Enigme , 239
Seconde Enigme, 240
Explication de l' Enigme enfigure , 241
Nouvelle Enigme ,
Conclufion,
ibid.
242
Fin de la Table.
とAvis
3333333
Avis pour toûjours.
Nprie ceux qui envoyeront des
Ori où il y aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en cara-
Eteres tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin qu'on
ne ſoit plus ſujet às'y tromper.
Onprie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diferens toutes les Piecesqu'on
envoyera.
Onreçoit tout ce qu'on envoye,&
l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire;
&s'ils ne ſont dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun auta fon
tour ,& les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, àmoins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne puiffe
differer.
On ne fait réponſe à perſonne, fautede
temps.
On
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les
mettra dans les Extraordinaires .
On prie qu'on affranchiſſe les Ports
de Lettres , &qu'on les addreſſe toûjours
chez le Sieur Amaulry , & il eſt
inutile d'en envoyer ſans payer le
Port , puiſqu'ils ne paroîtront pas autrement
.
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiſſentbleſſer la modeſtie des Dames ,
ou deſobliger les Particuliers par
quelques traits ſatyriques .
On a beaucoup de Chanſons. Eles
auront toutes leur tour, ſi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ſi ceux par qui elles
ont eſté faites,veulent qu'on s'en ferve,
ils les doivent garder ſans les chanter
& fans en donner de copie juſqu'à
ce qu'ils les voyent dans le Mercure.
T
MERCU
I
MERCURE
IVILLET
10 THEONE
LYON
1679/893 格
E me ſouviens , Ma-
JI dame, de ce que vous
m'avés écrit pluſieurs
fois, que mes Lettres
ne vous avoient jamais eſté plus
agreables ,que quand je les avois
commencées par des nouvelles
de Paix. J'ay lieu de croire par
là que vous recevrez celle - cу
avec plaiſir,puis que vous y trouverez
pour premier Article celuy
du Traité que Monfieur de
Iuillet 1679 . A
2 MERCURE
1
Pompone, Secretaire & Miniſtre
d'Etat,& Monfieur Minders, Envoyé
Extraordinaire de l'Electeur
de Brandebourg , ſignerent
le 29. du dernier Mois entre le
Roy & cet Electeur. C'eſt la
quatrième fois que les plus puifſans
Etats , & les plus auguſtes
Souverains de l'Europe , ont accepté
les conditions de Paix réglées
par Loüis LE GRAND ; &
ſi vous les voulez tous examiner
, vous n'en trouverez aucun
qui ne le couvre de gloire par
des circonstances particulieres.
Par la Paix que les Hollandois
n'euſſent ofé demander , & qu'il
a bien voulu leur offrir , il pardonne
à ſes anciens Alliez qui
l'avoient d'autant plus offence,
qu'on l'eſt toûjours beaucoup
davantage d'un Amy dont on a
ſouvent appuyé les intereſts,que
d'un
GALANT.
3
d'un autre qui ne nous doit rien.
Il leur a donné cependant fon
aimtié,ſa protection ,& la Paix à
des conditions avatageuſes pour
eux , lors qu'ils ne devoient attendre
que leur ruïne, le Roys'étant
rendu ſi voiſin de leurs Etats
par la conqueſte de Gand,
qu'il eſtoit en pouvoir d'executer
tout ce qu'il luy auroit plû
d'entreprendre.
Par la Paix donnée à l'Eſpagne,
le Roy luy rend liberalement
des Places qu'elle n'auroir pû reprendre,
puis qu'en les recevant,
elle manquoit meſme de Troupes,
pour y mettre les Garniſons
neceſſaires. On peut voir par là
queles ſeulesbontez de ce grand
Prince, ſa moderation, le plaiſir
de rendre le repos à l'Europe, &
ſes étroites alliances avec la Maiſon
d'Autriche , ont eſté les ve-
:
A ij
4 MERCURE
ritables motifs qui l'ont engagé
à ſe priver d'un grand nombre
de belles conqueſtes. Il ne tenoit
qu'à luy d'en joüir , & il le pouvoit
, non ſeulement à titre de
Vainqueur , mais encor par plufieurs
autres droits qui n'étoient
pas moins forts que celuy des
Conquerans.
Le Traité de Paix conclu avec
l'Empereur, l'Empire ,& une
multitude de Souverains qui s'étoient
declarez contre le Roy
qui ne les attaquoit pas,fait connoiſtre
l'extréme bonté de ce
Prince. Il n'avoit qu'à demeurer
armé ſans les combatre, & ils
alloient achever de ſe perdre
eux-meſmes , n'eſtant pas moins
ruïnez par leurs propres Troupes
qui ravageoient leur Païs de
tous coſtez , que par les Troupes
duRoy.
La
GALAN T.
5
La concluſion du quatriéme
Traité de Paix , c'eſt à dire de
celuy de Brandebourg dont je
vous apprens la nouvelle , nous
fait voir des choſes que la Poſterité
ne ſe laſſera jamais d'admirer.
Les Suedois , Alliez du Roy,
avoient eu à ſoûtenir ſept ou
huit Puiſſances Souveraines . Ils
s'eſtoient montrez dignes de leur
ancienne reputation , par la longue
& vigoureuſe reſiſtance du
Siege de Stetin , & par trois Batailles
que le Roy de Suede avoit
gagnées contre le Roy de
Danemark ; mais enfin ne pouvant
comme les François reſiſter
longtemps à un ſi grand nombre
d'Ennemis liguez , s'ils avoient
toûjours fait voir le meſme courage
, ils s'eſtoient trouvez tellement
inferieurs en forces, qu'ils
n'avoient pû s'empêcherde per-
:
A iij
6 MERCURE
dre . C'eſtoit toutefois fans honte.
Au contraire , le jeune Roy
de Suede avoit montré tant de
coeur en combatant en Perſonne
à la teſte de ſes Armées , qu'on
parloit de luy avec admiration
dans toute l'Europe. Cependant
fa valeur & fa conduite ne fuffiſant
pas à rétablir ſes affaires , &
P'Electeur de Brandebourg avoit+
eu d'autant plus de part à la gloire
de cette guerre,qu'on ne ſcauroit
conquerir ſans gloire , fufton
dix contre un . Jugez , Madame
, de celle du Roy , que vous
avez toûjours veu ſeul contre
dix. Vous me direz que ſi l'Electeur
de Brandebourg euſt pû
ſe refoudre à ſe moderer , & à
rendre volontairement aux Suédois
, ce qu'il avoit pris ſur eux ,
fans attendre qu'il y fuſt contraint
, il ſe ſeroit tiré plus avan
tageu
GALANT. 1
tageuſement de cette affaire
qu'il n'en eſt ſorty. Ce ſentiment
eſt d'une ame tres- élevée;
mais , Madame , ne ſçavez - vous
pas que les Héros ne s'eſtoient
point encor immortaliſez par cet.
te voye, & que la gloire en étant
refervée à LoüIS LE GRAND , il
n'eſtoit pas juſte qu'un autre lai
partageât avec luy ? Cet incomparable
Monarque en est tellement
couvertde tous coſtez,que
ſoit qu'on le regarde en domptant
, en rendant , ou en faiſant
rendre, on trouve en luy ce qui
n'a jamais eſté veu en perſonne..
Cette derniere action donne lieu
àtoute l'Europe d'admirer ſa fermeté
pour ſes Alliez , pendant
que celuy qui rend , reconnoiſt
ſes forces. Il ſeroit difficile qu'il
n'en cõvinſt pas. Faire rendre de
la forte,c'eſt la meſme choſe que
A iiij
8 MERCURE
de conquérir , puis que qui rend
par cõtrainte, confeſſe qu'il ſe tenoit
aſſuré d'eſtre vaincu Si c'eſt
une tres - grande gloire pour le
Roy , on doit demeurer d'accord
qu'il la merite. Je n'auray pas de
peine à le prouver. Les Hollandois
m'en fourniront le moyen,
& je ne veux pour cela que citer
un endroit d'une de leurs Gazetes
de ce Mois. Voicy ce qu'elle
dit en parlant de Son Alteſſe
Electorale de Brandebourg.L'im_
poſſibilité aparente qu'il y a quel
le feule puiſſe foûtenir la guerre
contre un Prince ſurqui tant d'autres
Puiſſances jointes ensemble
n'ont pû rien gagner , &n'ont fait
presque que perdre ,fait croire que
Sadite Alteffe Electorale a enfin
refolu d'accepter la Paix aux conditions
quc ce mesme Prince luy a
proposées. On voit par là que fi
le
GALANT.
9
le Roy a toûjours vaincu depuis
le comencement de la Guerre, il
pouvoit encor continuer ſes Victoires;
que la ſeule impoffibilité
de ſe defendre contre un firedoutable
Ennemy , a eſté cauſe
que l'Electeur de Brandebourg
rend les Places conquiſes ſur la
Suede ; & que qui forcé à en
rendre , eſtoit en pouvoir degarder
celles qu'il a données de ſa
propre volonté pour le repos de
l'Europe. Si cet endroit de la
Gazete de Hollande éleve beaucoup
la gloire du Roy , il doit
eſtre crû. En effet , qui peur
mieux parler de ſa bonté que
ceux qui en ont ſenty les effets ?
de ſa force & de ſa clemence,
que ceux qui l'ont veu vainqueur
& pacifique, & qui prouvent
ce qu'ils avancent par ce
qui leur est arrivé à eux-mêmes ?
A V
10 MERCURE
Des témoignages ſi glorieux em -
peſcheront la Poſterité la plus
éloignée de douter des grandes
Actions du Roy. On ne nous en
croiroit peut - eſtre pas , & on
nous accuſeroit de nous laiſſer
prévenir par l'amour de la Nation;
mais quad les Etrangers parlent,
c'eſt la ſeule force de la verité
qui leur fait dire ce qu'ils ont
connu de ce grand Prince.Je n'ajoûte
rien icy à ce que je vous
ay dit dans toutes mes Lettres
des deux Illuſtres Miniſtres qui
l'ont ſi bien ſervy pendant cette
Guerre. Je vous diray ſeulement
que dans tous ces Traitez de
Paix , Monfieur de Pompone a
fait voir tant de vigilance , d'activité
, de zele , & d'intelligence,
qu'il n'y a point de loüanges
dont il ne ſoitdigne.Rien ne juftifie
mieux la parfaite connoiffance
GALANT. 11
fance que le Roy a toûjours euë
des Perſonnes du plus grand
merite , puis qu'il l'a choiſi luymeſme
pour remplir le Poſte où
nous le voyons. Il eſtoit Ambaſſadeur
en Suede,pendant que
ſes grandes qualitez briguoient
ſeules pour lui aupres de Sa Majeſté.
Le rang où il luy a plû de
l'élever, fait affez connoiſtre que
quelque éloigné qu'on ſoit d'un
Prince qui a le diſcernement fi
juſte , on eſt en droit de tout efperer
, pourveu qu'on ſe rende
digne d'obtenir. Rien n'égale la
bonté & l'affabilité de cet obligeantMiniſtre.
Je croyois vous parler icy d'une
Occafion,où nous avons remporté
l'avantage ſur les Troupes
de Brandebourg dans le temps
qu'on fignoit la Paix ; mais j'apprens
qu'il y en a eu une feconde
12 MERCURE
de encor plus confiderable que
la premiere. On m'en promet les
plus exactes particularitez , & je
les attens pour vous parler de
l'une & del'autre tout-à-la- fois,
Vous voyez,Madame,que la Victoire
ne pouvant ſe refoudre à
ſe ſeparer des François , elle les
a fait vaincre deux fois meſme
apres la Paix . C'eſt une marque
de l'attachement qu'elle aura
toûjours pour eux , quand ils auront
beſoin d'elle pour ſoûmettre
leurs Ennemis .
Je puis enfin vous tenir parole
touchant les Vers de Monfieur
de Fontenelle que je vous envoye.
Il y a apparence qu'ils ont
eſté faits un peu apres la Bataille
de Sénef.
SUR
GALAN T.
13
SUR CE QUE
MRLE PRINCE
ne vit plus que de Lait.
A
qui regne en vos Repas,
SI lafrugalitéquir
Succede au luxe qu'elle chaſſe;
Side cent mets exquis le Lait y tient la
place,
Grand Prince,n'enrougiſſezpas .
Autre fois lors que la Nature
Nefaisoit que fortir des mains de son
Auteur ,
Et confervoit un tranquile bonheur,
Enſe conſervant toute pure,
LaTerre vit couler mille ruiſſeaux de
Lait
Surſes Campagnesfortunées ;
Dieux & Héros en burent àſouhait,
Et vécurent longues années.
Pour ce grand Jupiter qui fait craindre
en tous lieux
Sa majestéſupréme , &ſa vaste puis-
Lance
11
14
MERCURE
Ilfut nourry de Lait , & ce Maître des
Dieux
Le trouvant àson goust, ſoit par reconnoiffance
,
Soit pour avoir toûjours du Lait en abondance,
Mit Sa Nourrice dans les Cieux.
Et quel fut le sujet de la métamorphofe
D'Apollon enſimple Berger ?
Agarder un Troupeau s'il voulut s'engager,
Quelle en pouvoit estre la cause ,
Si ce n'est que ce Dien ſe fentoit dé.
goûte
De ce fade Nectar verſé par Ganimede,
Et que de fon dégoust c'estoit le vray
remede,
Que de boire du Lait enpleine liberté?
LeLait n'inspire pas une molleſſe oiſive,
Vngrand coeur en conçoit uneflame plus
vive ,
Qui ſans souffrir aucun repos,
<Par les élancemens d'une vertu divine,
Remonte versle Ciel , d'où l'esprit d'un
Héros
Sent
GALANT.
15
Sentqu'il tire fon origine.
C'est ainsi que vainqueur de deux Serpens
affreux
Al'Univers Hercule fçeut apprendre
Que la jeune valeur qu'il eſſayoit fur
вих ,
luſqu'au Ciel mesme auroit droit de prétendre;
Si la gloire déflorsfut ſon unique objet,
D'où tiroit-il cesforces ,ce courage ?
Du Lait qu'il avoit pris , car il estoit
d'unâge
An'avoir pris encore que du Lait.
4

Mais d'un Héros imaginaire
Nous nous autoriſons en vain,
Vous connoiffex ce Pasteur du lourdain,
Qui ne se fit point une affaire
Dedéchirer les Lions desa main ?
Iamais avec un coup de Fronde
•Dubruit de sa valeur cust-il remply le
monde ,
Et jamais eust- il terraffé
Ce Philistin , l'effroy de la ludée en
tiere ,
Sans le Lait qu'il avoitſucé
De quelque Génisse guerriere ?
Pour
16 MERCURE
Pourquoy prendre , Condé d'autre témoinque
vous ?
Lagenereuse ardeur qui vous rend invincible
,
Le Lait peut- il l'éteindre ? &parce qu'il
est doux .
Vostre Bras dans la guerre en est-il moins
terrible?
Quel'Espagne le diſe , elle qui ne s'unit
Ala Hollandesa rebelle ,
Quepour partager avec elle
Les malheurs éclatans dont la France
punit
CetteRepublique infidelle.
Qu'ils le diſent auſſi , ces valeureux
Soldats ,
Qui dans de longs Festins étudioient la
guerre,
Ces Allemans , qui puiſoient dans un
Verre
L'héroïque chaleur qu'ils portoient aux
combats.
La Sambre avec effroy vitſes ondes troublées
De Sang &de Vin confondus ;
Aujourd'huy dans Sénefcesgrands Corps
étendus,.
Rempliffent encor les Vallées.
GALAN T.
17
Maisquel Héros a remporté
Sur des Buveurs de Vin cette illustre
Victoire ?
C'est un Buveur de Lait. Nostre Poſterité
En lifant ces Exploits , los pourra- t- elle
croire ?
S'en rapportera- t-elle àla fid lité,
Ou de ma Muse , ou de l'Histoire?
Tel qu'un jeune Lion qui boit en mesme
temps
Et lafureur &le lait de ſa Mere,
Et qui des ongles &des dents
Sur les Troupeaux exercefa colere ;
Tel , graces à ce Lait dont la douce liqueur
Vous a fait de vos ans oublier la foibleffe
,
Vous avez aux Combats repris voſtre
jeunesse ,
Et voſtre premiere vigueur.
Sans-doute quand le Rhin vous vit de
Son rivage
Couronner vostre Front de cent Lauriers
nouveaux
Il
18 MERCURE
Il crût qu'il faloit estre en la fleur de
Son âge,
Pour porter tout lepoids de ces nobles
travaux.
Cependant pourle Lait vostre reconnoiffance
Va fi loin, que déja vous ne luy devez
rien ;
Si de voſtre ſanté c'est l'unique foutien
,
Ilenreçoitsa récompense,
Vous luy faites honneur quand il vous
faitdu bien.
Tous nos Françoisglorieux de vousfuivre
,
Dessuperbes Festins neferont plus d'état,
Et je prevoy qu'ils ne voudront plus
vivre
Que d'un Nectar fi delicat.
Bacchus mesme verra la Vigne abandonnée,
Il arrachera de chagrin
Les Pampres dont ſa tefte est toujourscouronnée;
Et maudıra la fatale journée

GALAN T.
19
On pour le Lait vous quittates le Vin .
Les Lys dontle Laitſeul rend la couleur
fibelle ,
Enferont arrofezpour laſecondefois ,
Et nous admirerons une fraîcheur nouvelle
Y
Sur ces illuftres Fleurs de l'Empire Frangois
Et toy , que le Deſtin refervoit à la
gloire
DenourrirunHéros fi grand,
Sid'une immortelle memoire
Lesuis un assezbon garant ,
Geniffe millefois beureuſe ,
Tupeux bien t'enfieràmoy,
lo, cette lofifameuse ,
Quoy qu'en ait publié la Grece fabuleuse,
Ne l'emportera pointfur toy,
Il est vray que de Fille elle devint Ge.
nisse ,
DeGeniffe , Déeſſe , & qu'au pied des
Autels
Tout un Peuple attend d'elle un seul regard
propice ,
Et qu'ilsuffit qu'elle mugisse ,
Pour
20 MERCURE
Pour rendre un Oracle aux Mortels.
***
Maislaiſſe-luy ces foibles avantages,
Ouy, tes Destins seront encor plus
beaux ,
Et tu tiendras ton rangdant ces grands
Pâturages
Que remplissent au Ciel cent nobles
Animaux.
Là , par un doux hymen tu te verras
unie
Au celeste Taureaudigne de tes amours,
Et vous viendrez tous deux de compagnie
Nousamener nos plus beaux jours .
Cependant repais-toyplus qu'à ton ordinaire
,
Choisis la meilleure herbe , & la plus
Salutaire ,
D'un Illustre Héros tu repons aujourd'uy,
Conferve - nous longtemps cette Valeur
Supreme
Dont nous faiſons noſtre plus ferme
appuy,
Et ſçache que tu dois avoirſoin de toy-
Pour même ,
GALAN T. 2 I
Pour avoir plus deſoin de luy.
Empeſche que Condé n'aille de trop bonne
heure
Par le chemin de Lait prendre ſa place
aux Cieux ;
Encor que ſon grand coeur vole
demeure ,
Leplus tard cesera le mieux
BIBLIO
*
Gette
LYON
1893
La joye que les Peuples ont
reſſentie de la Paix , ne s'eſt pas
bornée aux réjoüiſſances qui
font ordinaires aux Villes où la
Publication en eſt faite. Elle a
réveillé ( s'il eſt permis de parler
ainſi )des Feſtes afſoupies depuis
vingt années, & c'eſt ce qu'on a
veu depuis deux mois à Tartas.
Celle que l'occaſion de la Paix
y a fait renouveller , eſt d'une
Inſtirution fort particuliere , &
s'y celébroit autrefois avec toute
fortede magnificence. Il faut
vous en conter l'origine. Il y
avoit neufmois que Tartas , troifiéme
22 MERCURE
fiéme Ville de la Frontiere des
Pyrenées , eſtoit afſiegé par les
Anglois . Tout avoit cedé à ces
puiſſans Ennemis, & c'eſtoit fait
de la Guyenne , ſi Tartas euſt
ouvert les Portes. Du Pleix affure
que la Fortune de la France
ſe joüoit devant cette Ville , &
de Serres adjoûte qu'il ne s'agifſoit
pas ſeulement de la réputation
du Roy , mais du falut de
tout le Royaume , de la ſecourir.
Charles VII.y accourut de Toulouſe.
Il arriva devant cette Place
le jour de la Pentecofte , fit
lever le Siege le lendemain , batit
les Anglois en trois Combats,
& apres les avoir chaſſez de la
Guienne , il affigna luy meſme
un fond fur le Revenu de Tartas
pour celébrer durant la ſemaine
de la Pentecoſte la mémoire de
la délivrance de cette Ville. Elle
a
GALANT.
23
a eſté depuis ce temps- là du Domaine
des Roys de Navarre , &
on y voit encor la Maiſon où
Henry IV.ſe retiroit , lors qu'il
venoit chaffer aux environs-
Le jour de la Pentecoſte , c'eſt
àdire le 21. May dernier , toute
la Bourgeoifie , les Magiſtrats
en teſte , alla prendre des Rameaux
à un des Fauxbourgs, ſuivant
l'ancienne Inſtitution . On
s'aſſembla en ſuite à l'Hostel de
Ville , où les Officiers de la Seigneurie
furent éleus . Ces Officiers
ont le ſoin des trois Combats
qui doivent ſe faire le lendemain
en memoire des trois
Batailles dont je vous viens de
parler. Les Charges ayant eſté
diſtribuées , Monfieur de L'hofpital
Capitaine de la Feſte, comme
premier Jurat, régala les Officiers
du Préſidial , la Nobleffe
des
24
MERCURE
des environs , & les principaux
de la Bourgeoiſie, d'une ſuperbe
Collation . Les Dames & la Jeuneſſe
furent traitées ſéparement
à cauſe de la foule. Les Trompetes
, les Hautbois , les Violons,
& le grand bruit du Canon qui
fut tiré ce jour- là pour le Feu de
joye de la Paix ratifiée avec
l'Empire , mirent tout le monde
debelle humeur. Ainſi l'on n'entendoit
que des vive le Roy de
tous coſtez. Monfieur de L'hofpital
, dont l'eſprit ſublime eſt
foûtenu d'un fort grand mérite,
donna le Bal à Madame la Senéchale
. C'eſt une Perſonne qui ſe
fait aimer de tous ceux qui ont
le gouſt bon & délicat. Rien
n'eſt plus honneſte que ſes manieres
. Elle a l'air aiſe & engageant
, & il eſt dangereux de la
voir quand on veut ſe conſerver
libre.
GALANT.
25
libre. Toutes les Dames ſe rendirent
chez elle dans une propreté
merveilleuſe , & on ne finit
le Bal que fort avant dans la
nuit.
د
Le lendemain qui eſtoit Lundy
on commença la journée
par de grandes réjoüiſſances. On
dança dans tous les Quartiers,
& le Feſtin public termina les
plaiſirs de la matinée. On n'eut
pas ſi -toſt dîné, qu'on ſe prepara
pour le Combat de gazon. On
avoit élevé une eſpece de Fort
dans la Ville haute. Des Bras
vigoureux furent deſtinez pour
foûtenir les efforts des Affaillans.
On planta des pieux, & on
-attacha de groſſes cordes pour ſe
défendre de l'aſſaut. Les Trompetes
& les Tambours ayant
commencé de ſe faire entendre,
la Jeuneſſe monta à cheval .Mon-
Inillet 1679. B
26 MERCURE
ſieur de Corados , Seigneur de
Marfilllac, eſtoit à la teſte, comme
Guidon. Monfieur le Chevalier
du Prat , qui a ſervy à
Meſſine & dans nos dernieres
guerres , & Monfieur de Lanefrangue
, Garde du Corps , qui
ſe trouva alors à Tarras , rangerent
toutes les Compagnies en
bataille. L'heure du Combat
eſtant venuë , la Cavalerie traverſa
la Ville l'épée à la main.
Ceux du fort furent ſommez de
ſerendre , & fur le refus qu'ils
en firent le Guidon s'eſtant détaché
avec les plus braves Cavaliers
, commença l'attaque . Ils
furent reçeus avec une grêle de
coups de gazon , qui les obligea
de ſe retirer. Tout combatit ſeparement
, & apres que cette attaque
eut duré deux heures, on
monta à l'affaut avec la Bote.
Comme
GALANT.
27
Comme la chauſſure n'eſt pas
commode pour les Eſcalades, on
en renverſa une vingtaine par
terre. Les autres que l'ardeur de
vaincre emportoit, paſſerent par
deffus ces Malheureux , malgré
tous leurs cris, & entrerent enfin
dans la Barricade. On fit plufieurs
Prifonniers . Les Vainqueurs
les condamnerent à des
peines agreables , & ces peines
furent un nouveau ſujet de divertiſſement
pour tout le monde.
Ce Combat fini , on commença
celuy de la Corde. Onl'appelle
ainfi , à caufe d'une corde qu'il
faut franchir à cheval , ou couper
avec des Sabres . Il fut fort
opiniâtré , parce que le Peuple
le ſoûtenoir. On deſcendit en
fuite à la Ville baffe,pour eſſayer
le Combat du Pot caſsé que la
grande Bourgeoiſie jettoit du
Bij
28 MERCURE
haut d'un Theatre,& un magnifique
Repas fut le délaſſement
de tant de fatigues. Le ſoir de
ce meſme jour, il y eut Bal chez
Madame de Marfillac , Femme
du Guidon de la Feſte. Comme
c'eſt une des plus belles Perſonnes
de la Province , & que les
Dames y vinrent en fort grand
nombre , les Cavaliers mirent en
uſage toute leur adreſſe pour la
dance ; & ceux qui avoient de
l'eſprit & du merite,ne manquerent
pas d'occaſions de faire connoiſtre
ce qu'ils valóient.
Le Mardy , la Nobleſſe & la
Jeuneſſe coururent la Bague .
Madame de Marfillac donnoit
le Prix. La gloire de le recevoir
de ſa main, anima tellement tous
les Prétendans que beaucop
d'entr'eux ayant couru avec un
د
fuccés égal , on fut obligé de
remet
GALANT. 29
S
remettre la Partie à un autre
jour. Le Bal fut donné le ſoir
chez Madame de Maurian .
Un Combat qui ſe fit ſur la
Dauce ( c'eſt une Riviere qui ſépare
Tartas en Ville haute & en
Ville baſſe) fut le divertiſſement
ㅓ du Mecredy . La Jeuneſſe y parut
en Veſtes de tafetas rouge,
& en Toques de meſme façon,
tous chargez de Guirlandes .Les
Bourgeois eſtoient diftinguez
par le tafetas blanc. On s'embarqua
ſur douze Bateaux à un demyquart
de lieuë de la Ville.On
les attendoit ſur le Pont pour les
voir paſſer deſſous , & les combatre
en paſſant . Le Batteau du
Guidon eſtoit tout brillant par
e
a
e.
1
S
les peintures. On voyoit à la
? Prouë un Neptune,tel que la Fan
ble nous le dépeint ſe promenant
ſur les eaux , & répandant
e
et
Biij
30
MERCURE
la ſerenité par tout. Ces mots fe
lifoient au bas , Tempestates ferenat.
Je ne vous en marque point
l'alluſion , elle eſt aiſée à connoiſtre
. Les Bateaux ne ſe furent
pas fi- toſt approchez du Pont,
que le Combat commença. On
paſſa ſous les Arches. Le grand
nombre de gazon qu'on jetta fur
les Veſtes de tafetas , leur fit
changer de couleur. Les Toques
flotoient fur la Riviere. On fe
défendit des Bateaux , où il y
avoit auſſi du gazon. On monta
à l'affaut ,& les Prifonniers qu'on
fit , furent mis à l'eau juſques au
menton.On regala tous les Combatans
d'un fort grand Soupé, &
il y eut Bal chez Madame de la
Saledupoy.
Le Jeudy on courut de nouveau
la Bague,qui fut enfin emportée
par Monfieur du Camp,
Avocat
GALANT.
31
Avocat du Roy. Comme il eſt un
peu avancé enâge , & que Madame
de Marfillac n'a pas moins
de jeuneſſe que de beauté , il
luy fit un compliment fort galant
, ſur ce que ne ſe contentant
pas de ſoûmettre les jeunes
coeurs par la force de ſes
charmes , elle luy avoit inſpiré
aſſez d'ardeur de luy plaire pour
le rendre. La Feſte qui avoit
commencé dés le Dimanche, fut
terminée ce jour- là par le Bal
qu'on donna le ſoir chez Madame
la Procureuſe du Roy. C'eſt
une Dame d'un merite fingulier,
& dont l'air grand & majestueux
ne tient rien de la Province.
Je ne vous parleray point des
réjoüiſſances des autres Villes,
& fans entrer dans le détail de
celles qui ont eſté faites à Saumur
le jour de la Publication
B iiij
32 MERCURE
&
de la Paix avec l'Empire,je vous
diray ſeulement qu'il y eut un
Feu d'artifice composé d'un
nombre preſque infiny de Fuſées
volantes , Saucifions
Lances- à feu qui partoient inceſſamment
d'un grand Soleil,
élevé au milieu d'un Théatre
dreſſé dans la Place de la Saurnerie.
Il y avoit trois Colõnes po.
ſées en triangle fur ce Théatre.
Celle du milieu ſoûtenoit ce
grand Soleil , au bas duquel on
liſoit ces mots , Coelum moderatur
& orbem . Les deux autres
eſtoient un peu moins élevées.
On voyoit une Aigle ſur l'une,
avec ces paroles , Radios exper
ta refulget. Un Lyon rampant
eſtoit ſur l'autre. Ces mots faiſoient
l'ame de la Deviſe , Inpace
quiefcit. Plus de vingt mille
Perſonnes joüirent du ſpectacle
de
GALAN T. 33
0
e
e
20
es
S
e,
e
e
de ce Feu , qui fut veu de plus
de quatre lieues aux envitons.
Il ne faut s'étonner nyde ces apprêts
, ny de ce grand concours
de Peuple. Saumur eſt une des
Villes de toute la Province
d'Anjou , qui a toûjours le plus
temoigné ſon zele pour le fervice,
& pour la gloire des Armes
duRoy.
On éprouve tous les jours de
fâcheuſes tromperies dans le
Mariage , mais il en eſt peu
dont les circonstances ſoient
auſſi cruelles que vous les allez
trouver dans l'Avanture qui ſuit.
Une jeune & fort aimable Perſonne
, d'une tres- honneſte Famille
de Bruxelles, ſe vit recherchée
de pluſieurs Amans, parmy
leſquels ily en eut un qui toucha
ſon coeur plus que les autres.
Il s'appelloit Don - Joſeph de
Bv
34
MERCURE
1
Valafco .Le Pere de la Belle dont
je vous parle, quoyque né Parifien
, eſtoit au ſervice du Roy
d'Eſpagne en Fladre, en qualité
de Commiſſaire General pour la
paye des Soldats.Il mourut dans
le temps qu'elle auroit eu le plus
beſoin de fes conſeils , & fa mort
l'ayant laiſſee ſous la conduite de
ſa Mere, Don-Joſeph en ſceut ſi
bienménager l'eſprit, qu'il n'eut.
qu'à parler pour la rendre favorable
à fon amour. Il fe diſoit
Eſpagnol, & par conſequent fort
bon Catholique ; & comme il
fuffit de plaire pour perfuader
tout ce qu'on veur , il porta loin
les avantages de fa fortune &de
fa naiſſance , & n'eut pas de peine
à ſe faire croire ſur ſa parole.
Le Mariage ſe fit il y a environ
trois ans , & fembla augmenter
une paſſion qui n'eſtoit
déja
GALANT.
35
déja que trop violente. Don-
Joſeph qui aimoit veritablement
ſa Femme , avoit pour elle
des complaiſances qui la charmoient.
Ils eſtoient preſque toûjours
inſeparables , & l'union
avec laquelle ils vivoient , redoubla
fi fort l'attachement de
la Belle , que le Mary ayant
feint d'avoir des affaires en Angleterre
, elle ne put ſe reſoudre
à l'abandonner. Il connoiffoit
fon eſprit , & ne faifoit ce
voyage qu'afin qu'elle en vouluſt
eſtre & que ce fuſt pour
elle une neceſſité de paſſer la
Mer. Elle emporta tout ce qu'elle
avoit de Bijoux , prit congé
de ſa Mere pour quelques mois ,
& fit le Trajet avec plaifir , parce
qu'elle n'en pouvoit prendre
qu'avec celuy qu'elle accompagnoit.
A peine eut- il demeuré
un
36 MERCURE
un mois en Angleterre , qu'il
propoſa à ſa Femme d'aller à
Madrid , où il la vouloit faire
connoiſtre à ſes Parens . C'étoit
luy plaire , elle y confentit .
Ils s'embarquerent , & la Belle
qui croyoit aller en Eſpagne,
fut bien ſurpriſe d'entendre dire
à un Matelot qu'on prenoit
la route de Barbarie. Il falut
que le Mary s'expliquaſt. Il la
pria de ne ſe point étonner , &
apres les plus fortes proteſtations
d'un amour qui ne finiroit
jamais , il luy declara qu'il
eſtoit Ture , natif d'Alger , &
que c'eſtoit le lieu où il la menoit.
Jugez du deplaiſir de la Belle.
Un Turc eſtoit fon Mary, &
c'eſtoit parmy des Turcs qu'elle
alloit. Il n'y avoit point cependantd'autre
party à prendre que
celuy de debarquer. Le faux
Eſpagnol
GALANT.
37
Eſpagnol alla trouver ſes Parens,
&ils n'eurent pas fi-toſt appris
qu'il s'eſtoit marié à une Chrétienne
, qu'apres luy avoir dit
tout ce qui ſe peut imaginer de
plus outrageant , ils ajoûterent,
que ſi dans un certain temps il
ne l'obligeoit à ſe faire Turque,
ils ſe porteroient contre luy aux
plus rigoureuſes extremitez . Il
en parla à fa Femme , luy fit voir
les avantages qu'elle luy pouvoit
procurer en changeant de Religion
, & l'ayant trouvée là- deffus
dans une fermeté inébranlable,
il fut contraint de quiter Alger,
pour faire ceffer les cruelles
perſecutions qu'elle recevoit. Il
s'embarqua dans un Vaiſſeau qui
faifoit voile en Alexandrie , &
vint de là à Rofſette, où il ſe promettoit
une plus favorable reception
de quelques Algériens
fes
38 MERCURE
ſes Parens qui y demeuroient,
mais il les trouva encor plus
impitoyables que les premiers. Il
fut mis aux fers,& fans quelques
Bijoux que donna ſa Femme , il
luy euſt efté difficile de s'en tirer.
Il ſe rendit avec elle au Caire
où il eſt preſentement , & où
apres avoir acheté une paye de
Janiſſaire , Monfieur de Bonnecorſe
, Conful pour Sa Majesté,
l'a pris à ſa porte , voyant qu'il
n'avoit plus dequoy ſubſiſter. Sa
Femme qui est tres - délicate,
ſoufre ce qu'il ſeroit mal- aiſe de
concevoir. On a écrit depuis peu
à ſes Parens à Bruxelles pour en
obtenir quelque ſecours , & c'eſt
par les meſmes Perſonnes qui
prennent ſes intereſts au Caire,
qu'on a ſçeu icy les particularitez
de ſes diſgraces.
Voila , Madame , comme les
paffions
GALANT.
39
-
paſſions inconſiderées ont prefque
toûjours des ſuites fâcheufes
, quand meſme elles feroient
legitimes. Heureuſes les Belles
qui ont affez de fierté pour n'aimer
pas,& qui eſtant perfuadées
-que pour choisir un Mary , l'amour
est moins neceflaire que
- l'eſtime, refolvent ce choix avec
leur raiſon ! C'eſt un ſeur moyen
de ne s'en point repentir , mais
-il en eſt peu qui en uſent de cet
te forte. On va ſouvent au devant
d'une declaration de ten-
= dreſſe, & il eſt ſi rare de trouver
des Fieres qui s'en fcandaliſent,
qu'un Amant , pour peu qu'il ait
de merite , ne la fait prefque jamais
inutilement. Le Druide
Lyonnois s'explique fort galamment
fur cette matiere. Voicy
le fragment d'une de ſes Let-
.
tres..
Non
40
MERCURE
Non , Dorife, l'odnenecevsoisplus
qui s'irritent d'une declaration
d'amour, & à dire vray, ces exactes
Scrupuleuſes n'ont queres fait
de figure & de bruit que dans le
Païs des Romans. Au contraire,
depuis que l'honneſteté est devenuë
l'ame des conversations , c'est
tellement la mode de montrer de
la joye à un Amant qui découvre
sa paſſion , qu'on peut dire
qu'il n'y a preſque point de Tygreſſes
aujourd'buy parmy le beau
Sexe.
La Fiere n'eſt plus à lamode,
La Douce s'eſt miſe en crédit ;
Alors qu'on s'aime, on ſe le dit,
Noſtre Siecle en amour est devenur
commode.
Aimer & pouſſer des foûpirs,
Sont pour un jeune coeur deux choſes
neceffaires;
Par
GALANT.
41
+
re
لا
Par la fierté , Doriſe , on ſe fait des
affaires,
Par la douceur on ſe fait des plaiſirs.
Cependant l' Autheur du Mercure
Galant , dans ſon cinquiéme
Extraordinaire , nous demande des
Deviſes pour une Femme d'un Ca-
14 ractere bien diferent. Il la fait fiere
, mais d'une fiertéſi tranquille,
& d'une si rare moderation,qu'el
ele nedonne aucune marque de joye,
ny de colere à l'Amant qui a la
inte hardieſſe de luy declarer sa paf-
Ifion. Pour moy , qui raiſonne toû
jours fur le principe que j'ay étably
,je tiens quesous leferieux affecté
qu'elle fait paroiſtre , elle
dißimule sa joye,&peut-estre pen-
Say-je assezjuste d'elle en difant ,
コル
Que l'air ſerain de ſon viſage
Raffure contre le naufrage
Vn Amant trop timide & douteux de
es fonfort,
ar
E
42
MERCURE
Etque pour peu qu'il ſe ménage,
Par hymen , ou par badinage,
lla du vent affez pour donner dans
le Port.
A cette belle Dame d'un airfi
tranquille,& qui ne laiſſe échaper
aucune émotion d'esprit ny de coeur,
je croy qu'on pourroit offrir cette
Devise. Le corps est une Mer dans
Sa bonace , & un Alcion deſſus qui
fait son nid , avec ces paroles pour
ame,
Je baſtis dans le calme.
Cette Deviſe ne vous doit
pas eſtre inconnuë , puis que je
l'ay fait graver parmy celles qui
ont été faites pour des Cachets,
& qui font dans le fixiéme Extraordinaire
que je vous envoyay
le 15. de ce Mois. Cependant fi
vous voulez voir de quelle maniere
en doivent uſer les aimables
GALANT . 43
An
bles Fieres qui cherchent à ſe
défendre d'aimer par raiſon,vous
n'avez qu'à lire l'Elegie qui fuit.
Vous y trouverez une peinture
auffi agreable que delicate , des
fentimens d'une Belle dont le
coeur pourroit devenir ſenſible, ſi
elle l'abandonnoit à ſon pan-
At chant. Je ne vous puis dire qui
la fait parler , mais je ſçay bien
or que peu d'Ouvrages de cette nature
ont d'auffi grandes beautez .
pe
112
AN
qu
oit
je
qu G
cs,
X
ELEGIE.
Enereux Licidas , Amy Sage & fi
delle,
Dont l'esprit est si juste , & dont l'ame
est fi belle,
ar Vous , de qui la Raiſon ne fait plus de
faux pas,
a- Ha , qu'il vous est assé de dire , n'aimez
1- pas!
Quand
es
44
MERCURE
Quand on connoist l'Amour , ſes caprices
,ſes peines,
Quand on sçait comme vous ce que peſent
ſes chaînes,
Sage par ses malheurs , on méprise ai-
Sément
Les douleurs dont ilflate un trop crédule
Amant;
Mais quand on n'apointfait la triste experience
Des jalouses fureurs , des chagrins de
l'absence,
Que pour faire fentir de redoutables feux
Il ne paroiftſuivy que des Ris & des
leux,
Qu'un coeur reſiſte mal àson pouvoirſupréme!
Que desoins , que d'efforts pour empescherqu'il
n'aime !
Ieſçay ce qu'il en couste , & peut- estre
jamais
L'Amourn'a contre un coeurémouſſé tant
de traits.
Inſenſible à l'honneur de fixer un Volage
,
Oude forcer d'aimer l'Ame la plus ſauvage,
reurs,
Ie n'ay jamais tombé dans ces vaines er-
Qui
GALAN Τ.
45
i
Qui donnent de vrais maux pour de faufſesdouceurs
;
Mes Sens sur ma raiſon n'ont jamais eu
d'empire,
Et mon tranquille coeur ne sçait comme
onSoupire,
Il l'ignore , Berger , mais ne préſumez
pas
Qu'un tendre engagement fust pour luy
Sans appass
Ce coeur que le Ciel fit delicat & fincere,
N'aimeroit que trop bien , ſi je le laiſſois
faire;
* Mais grace aux Immortels , une heurensefierté
Sur un fidoux panchant l'a toûjours em
porté.
Sans ceſſe je me dis qu'une forte tendresse
Est malgré tous nos soins l'écueil de la
Sageffe,
Qu'on s'y trompe toûjours , &qu'ilfaut
s'allarmer
Dés qu'un Bergerparoist propre àsefaire
aimer.
Comme unfubrilpoison je regarde l'estime,
Et je crains l'Amitié , quoy qu'elle soit
Sans crime.
Pour
46 MERCURE
PourSauver ma vertu de ces égaremens,
Ieneveux point d'Amis qui puiſſent estre
Amans.
Quandparmonpeu d'appas ma raiſon eft
Seduite,
Je cherche leurs defauts , j'impose à leur
merite,
Rien pour le ménager ne me paroist
permis,
Et dans tous mes Amans je vois mes
Ennemis.
A l'abry d'une longue & seûre indiférence,
Deleurs tendres transports je vois la violence;
L'Esprit libre de ſoins , & l' Ame fans
amour,
Dans lefacré Valon je paſſe tout le jour,
Ly cueille avec plaisir cent &cent fleurs
nouvelles,
Qui braveront du temps les atteintes
cruelles;
Et pourſuivre un panchant que j'ay regeudes
Cieux,
Leconsacre ces fleurs au plus galant des
Dieux.
Par un juste retour ondit qu'il ſçait repandre
Sur
GALAN T.
47
Sur tout ce que j'écris un air touchant.
&tendre;
Ie n'ofe aller plus loin , & fur la foy
d'autruy
Le chante tous les jours & pour , & contre
luy;
Heureuſeſi lesmaux dont jefeins d'estre
atteinte,
Pour mon timide coeurſont toûjours une
feinte.
Je quite ce qui eſt purement
galant, pour venir à une matiere
toute ferieuſe. La ſolemnité qui
ſe fit le Mardy des Feſtes de la
✓ Pentecofte , pour la Tranſlation
des Reliques de S. Lo dans la
Ville de baſſe Normandie qui
porte ce nom , merite bien que
vous la ſçachiez . Il vivoit Eveſque
de Coutance il y a environ
#douze cens ans. Son Corps ayant
eſté porté d'abord à Roüen pour
Ale fauver des mains de certains
112
10
S
Peuples du Nort , gens tres- furieux,
:
48 MERCURE
rieux , qui avoient envie de s'en
faifir , on fut contraint pour une
plus entiere ſeûreté, de le transferer
à Angers,& de là à Tulles .
Cela feroit peut- eſtre encor ignoré,
ſans les ſoins de Mr l'Evefque
de Condom , qui ayant une
veneration particuliere pour ce
Saint , a découvert où ſon Corps
eſtoit. Mr l'Eveſque de Tulles
luy en ayant accordé une partie
des Offemens, pour les donner à
la Ville qui porte encor aujourd'huy
ſon nom , ce Prelat que
d'importantes affaires apelloient
ailleurs, pria Madame la Doüairiere
de Matignon ſa Mere , de
ſe charger du ſoin de la Feſte.
Elle y confentit , & s'en acquita
avec cette magnificence qui luy
eſt ordinaire en toutes choſes.
C'eſt une Dame qui a l'eſprit
auſſi éclairé qu'on le puiſſe avoir,
&
GALANT .
49
el
C
& qui ſoûtient admirablement la
grandeur de la Maiſon où elle
eſt entrée.Vous ſçavez que celle
de Matignon eſt au nombre des
plus Illuſtres. Elle a produit neuf
Chevaliers des Ordres du Roy,
■ & la Baronnie de S. Lo luy appartient
depuis fort long-temps. Je
vous en dirois davantage, ſi je ne
vous avois déja parlé amplement,
quand Monfieur de Matignon fit
enregiſtrer ſes Lettres de Lieutenant
de Roy en Normandie.
Le jour de la Feſte ayant eſté arereſté
,& Monfieur l'Eveſque de
ia Coutance s'étant rendu auChấ
lle
er
Dur
d
teau chez Madame la Doüairiere
fit le Lundy au ſoir 22. de May,elle
luy mit entre les mains une Caffette
cachetée , dans laquelle éla
toient les Os prétieux du Saint.
pri Il les en tira avec les ceremonies
oi accoûtumées , & les enferma en
Iuillet 1679.
18
C
50
MERCURE
enſuite dans un Buſte d'argent
du prix de deux mille livres que
Monfieur de Condom avoit envoyé.
Cela fait , il les emporta
dans l'Egliſe de l'Abbaye appellée
de Saint Lo, qui eſt à un des
Fauxbourgs de la Ville ,& les y
ayant laiſſez en dépoſt juſqu'au
lendemain , il ſe retira dans l'Apartement
qu'on luy avoit preparé
dans cette Abbaye . Le Mardy
, Monfieur de Lauvay- Boisjugan
, Commandant de la Ville
& de la Citadelle , qui avoit fait
mettre les Bourgeois ſous les armes
le jour precedent , les fit afſembler
de bon matin pour les
placer en deux hayes depuis la
Cathedrale juſqu'à l'Abbaye.
Cette Cathedrale eſtoit tenduë
des plus riches Tapiſſeries de la
Maiſon de Matignon. On n'avoit
rien épargné pour ſon orne-
... ment,
GALAN T.
SI
16
1-
: ment, & le Choeur ſur tout brilloit
d'une ſi grande quantité de
dorures , d'argenterie , & delumieres
, qu'il ne ſe pouvoit rien
el voir de plus éclatant. Monfieur
de de Bayeux , que Monfieur l'Eest
veſque de Coutance avoit prié
d'officier , y eſtant arrivé ſur les
A. ſept heures, la Proceffion en fortit
quelque temps apres dans l'or-
1r dre que je vous vay díre. La Baois
niere , donnée par Monfieur de
re
ar
S. Martin Docteur en Theolofar
gie dans l'Univerſité de Rome,
eſtoit ſuivie de douze jeunes
af Hommes qu'il avoit fait veſtir
de Serge blanche à l'Apoftoliist
que. Apres eux marchoient plus
de fix- vingts Ecoliers de douze
du à quinze ans , tous tres- propres,
el & portant chacun de la main
droite un Guidon de tafetas de
ne diferentes couleurs , & de la
ave
ent Cij
52
MERCURE
gauche un Bouclier avec une
Deviſe à l'honneur du Saint.
Ceux - cy precedoient un pareil
nombre d Enfans habillés en Anges
, & fuivis d'autres Enfans de
ſept à huit ans comme eux , qui
repreſentoient les Arts & les
Vertus . Le Clergé marchoit en
fuite , compofé de la plus grande
partie des Preſtres du Dioceſe
,& apres luy Meſſieurs du Chapitre
de Coutance , ayant Mr de
Bayeux accompagné de ſes Officiers
immediatement derriere
eux. Madame la Doüairiere de
Matignon , Madame de Matignon
ſa Belle- Fille , Meſdames les
Comteſſes de Thorigny , de Coigny,
& de Franquetot, & Mademoiſelle
de Matignon,precedées
des Gardes de Mr de Matignon ,
& ſuivies de pluſieurs Damesdes
plus qualifiées de la Province ,
&
GALAN T.
53
コレ
1
di

at
C
ha
d
د
& de Meſſieurs de la Juſtice en
Corps, fermoient cette Marche.
Vous pouvez juger avec quelle
foule le Peuple eſtoit accouru
de tous coſtez à cette Feſte . La
Proceſſion eſtant arrivée à l'Abbaye
, où Mr de Coutance l'attendoit
ce Prelat preſenta les
Reliques à Monfieur l'Evefque
de Bayeux . Pendant qu'on leur
rendoit la veneration qui leur
eſt deuë , une tres-bonne Mufſique
chanta diférens Motets ,
14 apres leſquels la Proceſſion fortit
,& fit le tour de la Ville avec
ces Reliques portées ſur un petit
Trône magnifiquement orné .
Dr Meſſieurs lesEvéquesmarchoiét
derriere , celuy de Bayeux à la
droite,& celuy de Coutance à la
gauche. Si - toſt qu'on fut rentré
dans la Cathedrale , Monfieur
de Bayeux commença la Meſſe
jet
cig
de
dét
10
de
c
&
Ciij
54
MERCURE
la Meſſe qu'il celebra en Habits
Pontificaux . Apres qu'elle fut finie
, Monfieur de Coutance qui
remplit fi dignement aujourd'huy
la place que S. Lo a autrefois
occupée , monta en Chaire
dans la Cour du Chaſteau, à cauſe
de la quantité de monde que
l'Egliſe n'euſt pû contenir. Il
traita des vertus du Saint avec
tant de force & d'éloquence,
qu'il s'attira l'admiration generale.
Cette juſte & pieuſe ceremonie
s'étant ainſi terminée,Ma.
dame la Doüairiere de Matignon
fit monter Meſſieurs les Eveſques
& les Dames dans une tres -belle
Salle de fon Apartement. Elle étoit
ſuperbement tenduë,& toute
remplie de fleurs . Les Perſonnes
les plus confiderables de la
Ville de l'un & de l'autre Sexe,
qui avoient eſté invitées le jour
prece
GALAN T.
55
U
e
10
e

precedent , s'y rendirent dans le
meſme temps , auffi-bien que
Meſſieurs du Chapitre de Coutance
, & une bonne partie du
Clergé. Huit Tables de quinze à
vingt Couverts , furent ſervies à
quatre Services avec une propreté
& une profuſion ſurprenante.
Rien n'y manquoit de ce
que la ſaiſon pouvoit fournir de
plus rare & de plus exquis. On
n'a jamais veu tant de fleurs tout
à la fois.On euſt pris chaque Table
pour un Parterre, tant ellesy
eſtoient en abondance. L'agreable
odeur qui s'en repandoit par
toute la Salle , ne faifoit pas un
des moindres plaiſirs du Feſtin.
Le Te Deum fut chanté le ſoir
en Muſique pour la Paix rati
fiée avec l'Allemagne. En ſuite
toute la Compagnie aſſiſta à la
ceremonie du Feu de joye qui
Cij
هل 56 MERCURE
fur allumé par Mr le Marquis de
Canify Lieutenant de Roy en
Normandie. Il en avoit donné
les ordres en l'absence deMonſieur
de Matignon , qui les luy
avoit envoyez quelques jours
auparavant.
Cette meſme Paix fut annoncée
il y a quelque temps dans
l'Egliſe du Grand Convent des
Carmes de Bezançon 'de l'ancienne
Obſervance , par le Pere
Patrice de S. Gérad de la Vallete,
qui en eſt Prieur. Monfieur
le Mareſchal Duc de Duras,
Gouverneur pour le Roy dans
leComtédeBourgogne, s'y trouva
avec Meſſieurs lesChevaliers
de Saint Georges. Ce Pere fit un
tres-beau Diſcours ſur ce ſujet,
& montra Que la Paix estoit un
don de la bonté de Dieu , &de la
clemence du Roy. Il prouva cette
ſeconde
GALANT.
17
C

S
1
1
ſeconde partie , en diſant Que
ce n'estoit ny la neceſſité, ny l'ennuy
de la guerre , ny le mauvaisſuccés
de nos Armes qui avoit portéà la
conclure ; mais que Sa Majesté qui
aimoitſes Peuples , avoit preferé
leur interest particulierà ceux de
l'Etat,leur repos àſes inclinations,
& leur bonheur à ſa gloire. Les
divers évenemens de la guerre
lui ayant donné occaſionde parler
du coup fatal qui nous enleva
Mr de Turenne , apres quelques
éloges donnez à lamemoire
d'un ſi grand Homme, il ajoûta,
QueleRoy quise connoiſſoit mieux
que perſonne en veritable merite,
avoit relevé le Bâton deMarefchal
tombé des mains de ce Héros,
pour le mettre entre celles de Monfieur
de Durasſon Neveu, connoisfant
la force de fon bras pour le
Porter , celle de son esprit pour
Cv
58 MERCURE
Te conduire , & celle de ſon coeur
pour l'animer.Tout le monde fortit
tres fatisfait de ce Diſcours,
qui luy attira l'applaudiſſement
de tous ceux qui l'entendirent .
On aura beau conclure la Paix
entre les Couronnes , il y aura
toûjours guerre parmy les Amans.
Il eſt vray que comme il
faut peu de choſe pour la faire
naître , elle n'eſt pas ordinairement
de longue durée. Voyez ſi
des Vers auffi galans que ceux
que je vous envoye , ne meriteroient
pas que la Belle confentiſt
au racommodement qu'on
luy demande. Ils font de Monſieur
de Templery. C'eſt un
Gentilhomme d'Aix en Provence,
dont je vous ay déja fait voir
de fort agreables Stances ſur des
Vers à ſoye.
SUR
GALANT.
59
677 98 963 &70340 96385069 89463 63 89463 463
SUR UN BAISER
DEROΒ Ε΄ .
Dour un Baiferque jevous ay surpris,
ra
==
je suis prest de vous rendre ,
Pourquoy, trop rigoureuse Iris ,
A l'honneur de vous voir ne dois-je plus
pretendre ?
it Ce Baiser des long-temps attiroit mes
e
zi
te
en
00
en-
-oit
Jes
Souhaits,
Dans mon preſſant beſoin je crus le-pouvoir
prendre,
Mais las ! voſtre courroux me fait affez
comprendre
Que le Bien dérobé ne profite jamais.
Ace Baiſer vous fites la farouche,
Et fi mon ame alors vint juſques ſur ma
bouche,
Par un transport qui n'eust jamais
d'égal,
Son curieux deſſein nevous fit point d'on-
JR
trage ,
Elle
60 MERCURE
Elle quidans mon coeur voit toûjours vôtre
image,
En voulut voir l'original.
Sa curiofité ne me rendpoint coupable;
Toutesfois je suis miserable,
Pour avoirfatisfait mon innocent defir.
le languis , je soupire , & depuis fix
Semaines
Ie conte aux Ruisseaux , aux Fontaines,
Tous les tourmens qui meviennent ſaiſir.
Faloit-ilqu'unfi courtplaisir
Fût ſuivy de ſi longuespeines ?
Mais, Iris, maintenant que l'Europe est
enpaix,
Pouvez- vous confentir que nous ſoyons
enguerre,
Et que lors que le calme eft par toute la
Terre,
Vn rien nous diviſe àjamais?
L'Empire , l'Espagne, la France,
LaHolande, &les Pais-Bas,
Sont enfort bonne intelligence,
Cepen
GALANT . 61
1
Cependant nous n'yſommespas.
Depuis leTagejusqu'an Tibre,
Depuisle Pont-Euxin jusqu'au Flux&
Reflux
Anjourd'uy le Commerce eft libre ;
Helas! lenostre ne l'estplus.
Rougiſſez, rougiſſez , bel Objet quej'a
dore
Del'injuste refus de nous raccommoder.
Iusques à nos Canons
gronder
tout ceffe de
Cependant vous grondez encore.
Chacunamis les armes bas ,
LesPlaces les mieux défenduës
Enpeudejoursſe ſont renduës ,
En unmois &demy vous nevous rendez
pas..
Iris , à noftre accord ne ſayezplus re
belle,
Etpuis quedans cet heureux temps
DesRoys ont fait la Paix fur despoints:
importans,.
Ne la ferez-vous point sur une baga
telle?
De quel couroux l'Amour ne vient- ilpas
àbout? Kivre
62 MERCURE
Vivre toujours broüillez eft affez incommode.
D'ailleurs la Paix est à la mode,
Elle regne au Parnasse , au Mercure,
&par tout. 1
Dans nos Livres nouveaux on ne voit
autre chose.
Ah,puis que comme un bien chacun nous
lapropose,
Signons la nostrepour jamais.
Denos diſſenſions faiſons un bon usage,
Etde nos Articles de Paix ,
DesArticles deMariage.
elle
Faites la Paix tant qu'il vous
plaira , vous n'obligerez jamais
les Buveurs à figner.celle
du Vin avec l'Eau. Toutes leurs
Chanſons parlent de l'antipatie
qu'ils veulent qui foit entre l'un
&l'autre. En voicy une nouvelle
qui m'a eſté envoyée de Lyon
fur cette matiere.Je ne ſçay qui a
fait les Vers. Je ſçay ſeulement
que Monfieur Bellon les a mis
enAir.
AIR
GALAN Τ . 63

AIR A BOIRE .
Voyede l'eau dans ce Verre ?
Képandons- la viſtepar terre ,
Ie n'enpuisfoufrir quand je bois.
Elle ofte au Vin fa force &ſa couleur
brillante ,
I'aime une liqueur qui contente
Le goust&la venë à lafois.
J'apprens avec grande joye
que vous exercez toûjours voof
ſtre belle voix. C'eſt un talent
}} eſtimé de tout le monde ,& qui
el a procuré beaucoup de gloire
eut depuis quelques jours à Meldeatt
moiſelles Compoint. Madame
leur Mere eſtant à S. Cloud où
el elle a une Maiſon , y fut viſitée
ot par pluſieurs Perſonnes de ſes
Amis qu'elle régala ; en ſuite
e dequoy elle mena toute la Compagnie
dans le Jardin de Monſieur.
Le Roy , la Reyne , &
Leurs R
64 MERCURE
Leurs Alteſſes Royales y êtoient .
Ces Demoiſelles ſe voyant dans
un endroit écarté , ne voulurent
pointrefuſer une Chanſon qu'on
leur demanda . Leur voix attira
des Curieux. Ils trouverent
je- ne- ſçay - quoy de 'fi juſte &
de ſi délicat dans leur maniere,
qu'ils ne pûrent s'empeſcher de
le dire au Roy. Sa Majesté les
voulut entendre , & pour marque
de la fatisfaction qu'elle
avoit reçeuë , elle commanda
qu'on leur donnaſt le divertiſſement
des Eaux.
Le hazard produit beaucoup
d'Avantures , mais peut- eſtre ne
vous a- t- on jamais rien conté
de fi bizarre , que ce qui eſt:
arrivé depuis un mois à Bruxelles.
Un Medecin apellé chez une
Dame de qualité que quelque
maladie arreſtoit au Lit , apres:
luy,.
GALANT. 65
R
luy avoir rendu pluſieurs viſites,
la pria un jour de luy preſter un
- Cheval , parce que le ſien eſtoit
boiteux, & qu'il falloit neceſſairement
qu'il allaſt à une lieuë
de laVille. Il eſt difficile de refuſer
les Gens dont on a beſoin .
La Dame donna l'ordre à une
Demoiselle, qui en ayant chargé
un Laquais , aſſura le Mede-
#cin qu'il trouveroit un Cheval
tout preſt dans la Court. Cependant
le Maiſtre d'Hôtel preſſant
le Laquais d'aller promptement
en quelque licu , ily courut ſans
fonger à ce que la Demoiſel-
# le luy venoit de dire. Le Medecin
raiſonna encor quelque
temps avec la Dame , écrivit
une Ordonnance , & fortit en
voyant entrer un Homme bo-
# té qu'il ne connut pas. C'eſtoit
le Valet de Chambre d'un
لام
e
Comte
66 MERCURE
d'un Comte qui envoyoit faire
compliment à la Malade. Il s'en
acquita , & alla ſe rafraîchir à
l'Office , pendant que le Medecin
defcendu en bas , chercha
dans la Court le Cheval qu'il y
devoit prendre. Il en vit un attaché
, qu'il ne douta point qui
ne l'attendiſt . C'eſt un Barbe de
cinquante Louis , ſur lequel le
Valet de Chambre eſtoit venu. (
Il monta deſſus ſans avoir trou
vé perſonne à qui parler , & le
mena dans ſon Ecurie , ayant
quelques Malades à voir dans la
Ville avant que d'aller à la Campagne
, d'où il prevoyoit qu'on
ne le laiſſeroit revenir que le
lendemain. Les choſes en étoient
là , quand le Valet de Chambre
voulut partir. Il alla chercher
fon Barbe , & fut fort ſurpris de
ne le trouver ny dans la Court,
ny
GALAN T. 67
ny dans l'Ecurie.-Il falut ſçavoir
ce qu'il eſtoit devenu. On le demanda
à tous ceux de la Maiſon;
& perſonne n'en peut donner
de nouvelles. Grande inquiétude
pour le Cheval que l'on crut
volé . Le coup paroiſſoit hardy,
mais on ne ſçavoit à qui l'imputer.
On nomma tous ceux qui
eſtoient entrez depuis l'arrivée
du Valet de Chambre,& le Medecin
fut celuy à qui on ſongea
le moins. Le Laquais qui avoit
eu l'ordre de luy faire ſeller un
Cheval , & qui euſt pû s'aviſer
de la mépriſe , n'eſtoit point encor
de retour. La choſe preſſoit, &
le remede le plus prompt eſtoit
le meilleur. Des Eſpions s'allerent
placer à toutes les Portes de
la Ville, pour obſerver ceux qui
fortiroient , & le Barbe fut demandé
à ſon de Trompe dans
chaque
68 MERCURE
chaque Carfour. On laiſſa tout
ignorer à la Dame. Ce malheur
ne pouvoit que luy cauſer
du chagrin , & elle n'eſtoit pas
en état d'en recevoir. Cinq ou
fix heures s'eſtant paſſées dans
cette recherche fans aucune
revelation , le Valet de Chambre
crut devoir aller avertir ſon
Maiſtre de ce qui luy eſtoit arrivé
. Il ſe ſervit d'un Cheval
d'emprunt , & eur à peine détourné
deux Ruës , qu'il vit de
loin un Homme monté ſur ſon
Barbe.Il n'eſt pas beſoin de vous
dire que c'eſtoit le Medecin.
Comme une monture paiſible étoit
ſon fait , il n'avoit pas peu
d'affaires à ſe rendre maiſtre du
Barbe qui ne vouloit aller que
par bonds. Le Valet de Chambre
piqua vers luy à toute bride,
& prit le devant d'une maniere
qui
GALANT. 69
qui luy fit connoiſtre qu'il avoit
deſſein de l'arreſter . Le Medecin
ſentit redoubler ſon embarras.
Il n'avoit ſongé d'abord qu'à
ſe bien tenir ſur le Barbe qui
ſembloit avoir peine à le ſouffrir,
& ce ne fut pas pour luy un petit
ſujet de ſurpriſe , de recevoir
l'inſulte d'un Inconnu , avec qui
il croyoit n'avoir rien à deméler.
Il ſoûtint quelque temps l'attaque
ſans lacher la bride , mais
le Valet de Chambre ayant crié
au voleur , & cherchant à le colleter
pour le renverſer par terre,
il aima mieux s'y laiſſer gliſſer,
que de s'expoſer au peril de la
cullebute. Le monde s'amaſſoit
de tous coſtez , & quantité de
Gens de livrée qui connoiffoient
le Valet de Chambre,
eſtant accourus, on le crut d'autant
plus facilement fur ce qu'il
dit
70
MERCURE
dit du Cheval volé , que le Medecin
en eſtant volontairement
defcendu , paroiſſoit en quelque
façon demeurer d'accord du crime.
Il voulut parler , mais perſonne
ne l'écouta ; & comme il
n'eſtoit environné que de ceux
qui prenoient le party de l'accuſateur
, & que meſme un affez
méchant Habit de campagne
le déguiſoit , il ne fut reconnu
d'aucun d'eux. On fut d'avis de
le mener en priſon, & on l'y auroit
fans doute conduit, ſi le Valet
de Chambre n'euſt crû qu'il
y alloit de ſon honneur de luy
faire rendre raiſon de ſon vol
dans le lieu meſme où il avoit
pris le Cheval Le Medecin ne
fut pas fâché d'aller.. chez la
Dame. Il n'y manqua pas d'efcorte.
Le Valet de Chambre
monté ſur ſon Barbe l'avoit devancé.
GALAN T.
71
-
vancé. Tous les Domeſtiques
- l'ayant congratulé de fon bonheur
, ſe préparoient à régaler
d'importance celuy qu'on leur
- amenoit , & il n'y avoit pas jufqu'au
moindre Marmiton qui ne
s'armat d'une broche. Jugez de
- la ſurpriſe qu'ils eurent , quand
le pretendu Voleur approchant,
ils le reconnurent pour le Medecin
de leur Maiſtreſſe. La choſe
fut aiſément éclaircie.Le Medecin
demada reparation d'honneur
, mais celuy qui euſt dû la
faire , n'eſtant pas obligé de le
connoiſtre pour Medecin, ny de
deviner qu'il y avoit eu ordre de
luy faire feller un Cheval , il
n'eut pour toute fatisfaction de
fon infulte , que les témoignages
de chagrin qu'on luy en donna,
&les excuſes qu'un Laquais luy
fit de ſa negligence. Il n'a pas
laiſſé
72
MERCURE
4
laiſſé de retourner chez la Dame,
& comme il eſt d'aſſez belle
humeur , il n'a point trouvé de
meilleur party à prendre que
celuy de plaiſanter luy-meſme
de ſon avanture.
Je vous envoye deux Sonnets
que j'ay reçeus d'Allemagne. Ils
font tous deux fur la Paix, quoy
que diferens de ſtile. Monfieur
de la Barre Matéï en eſt l'Autheur.
C'eſt un Gentilhomme
d'un fort grandmerite , auquel Sa
Majesté , par eſtime particuliere,
a temoigné avoir envie de faire
du bien. C'eſt là- deſſus qu'il a
fait le premier de ces Sonnets.
Il fut preſenté au Roy ces jours
paſſez par une Perſonne de tresgrande
qualité. Le ſecond eſt un
In promptu pour Monfieur le
Comte de Louvigny , qui , comme
vous ſçavez , eſt un des plus
braves
GALANT.
73
braves Hommes qu'il y ait dans
le Party de l'Empereur. Il y a peu
de temps qu'il traita magnifiquement
toute la Cour de Monſieur
le Duc de Hannover, dans
fon Quartier ſur le chemin
d'Embs , où ce Prince alloit aux
Eaux . Monfieur de la Barre Matéï
eſtoit du Régal, & fit ce Sonnet
en buvant à la ſanté de ce
fameux Commandant.
AU ROY
SONNET.
Abonté se répand fur laTerre&
Et remplit l'Univers des douceurs de la
Paix.
Que de Peuples heureux vont jouir
deformais
DesBiens que leur promet cette source
feconde!
Juillet 1679. D
74
MERCURE
Sur elle mon espoir , comme le leur se
fonde ,
Et j'en attens un jour d'infaillibles
effets ;
FaySujet de pretendre aux graces quetu
fais,
Lors que tu prens plaisir d'en combler
tout le monde.
Tu voulus autrefois m'honorer d'un bienfait.
As-tu pule vouloir ſans qu'il m'ait esté
fait ,
:
Et manqueray - je ſeul de place en ta
memoire ?
Grand Roy,par deux raiſons je t'enfais
Ily va
Souvenir ,
de mon bien , il y va de ta
gloire,
Cesont deux interests que je dois maintenir.
POUR
GALANT.
75
:
POUR MONSIEUR
LE
COMTE DE LOUVIGNY,
General des Armées d'Eſpagne
, & des Troupes d'Ofnabruck.
SONNET.
Ve n'es-tu, Louvigny , le Grand-
Mogol des Indes !
Que ne poffedes - tu les Biens du Grand
Seigneur;
Ouque n'as-tu quelqu'un à peu pres de
mon coeur ,
Et qui , comme je fais , puiſſe boire cent
brindes ?
Tu pourrois mieux que Sphan ſauver
Lipstadt & Mindes ,
-Etfervir lafierté du Danoisplein d'ardeur.
ث
Aux Suedois armez tu ferois grande
peur,
Dij
76
MERCURE
Et toucheroispar tout les plus fieres Dorindes.
Mais quand tu n'auras point par cent
Combats divers
Subjugué tant de Gens , & dompté l'Vnivers
,
Ilsuffit que tu fois digne de leur hommage.
C'est affezaux grands Coeurs d'avoir
tout merité,
Lors que du Grand LOVIS le Monde
est le partage,
Tu fais plus que César , de l'avoir difpute.
On me mande d'Annonay
en Vivarets , une choſe fort ſinguliere.
Elle a dequoy exercer
le raiſonnement des Speculatifs.
Une grande Fleur de Lys fort
brillante y parut en l'air le 14. de May , entre minuit & une
heure , avec un Croiſſant deux
fois
6

GALAN T. 77
fois auſſi grand que la Fleur de
Lys. Ils s'attaquerent l'un l'autre
, & le combat dura plus d'une
heure. Tantoſt on les voyoit
s'éloigner , tantoſt la Fleur de
Lys tournoit autour du Croiſfant
, & enfuite ils recommençoient
leur combat avec plus de
force. On voyoit quelquefois le
-Croiſſant fort gros , & la Fleur
de Lys petite , & preſque auſſi-
- toſt tout le contraire arrivoit.
Enfin l'attaque s'eſtant faite à
- pluſieurs repriſes , & le Croiffant
ayant fort diminué , il fut
englouty tout d'un coup par la
Fleur de Lys , qui diſparut un
moment apres . Ce prodige a
eſté veu par celuy meſme qui
m'en écrit la nouvelle.Il m'aſſure
que quantité de Perſonnes de la
meſme Ville en ont eſté témoins
comme luy.
Diij
78 MERCURE
Vous n'avez peut - eſtre jamais
entendu parler de Sacre de
Filles. C'eſt une Ceremonie qui
s'eſt faite depuis peu de temps
avec grand éclat dans le Convent
de Salettes , qui eſt une
Chartreuſe de Dames de qualité
, bâtie ſur les Frontieres
du Dauphiné du coſté qui regarde
la Breffe. Monfieur l'Eveſque
de Grenoble qui avoit
eſté prié de la faire , s'y rendit
la veille du jour arreſté ; &
comme le bruit de ce Sacre, qui
n'eſt proprement qu'une Benediction
extraordinaire, à laquelle
on donne ce nom dans le Païs,
avoit attiré un nombre infiny de
Curieux , on fut obligé de garder
les Portes de l'Egliſe pour
empeſcher la confufion . Apres
les Prieres accoûtumées, les Rideaux
de la Grille furent tirez ,
les
GALANT. 79
!
{
les Portes du Choeur des Dames
s'ouvrirent , & fept d'entr'elles
que Monfieur de Grenoble
devoit venir, parurent au
milieu des autres , vetuës de
blanc,dans un air ſérieux & mo-
- deſte , tenant chacune un Cierge
à la main parſemé des Ecuffons
de leur Famille. En cet état,
elles s'approcherent de Mon-
-ſieur l'Eveſque revétu de ſes
Habits Pontificaux, & affis dans
un tres- riche Fauteüil. Celuy
qui faiſoit l'Office de Diacre les
precedoit.Apres trois profondes
reverences, la premiere à la for.
tie du Choeur, la ſeconde au milieu
de l'Eglife , où l'on avoit
laiſſe un grand eſpace , afin
qu'elles puſſent aiſément pafſer
juſqu'à ce Prélat , & la troiſieme
au pied de l'Autel, elles y
firent leurs voeux entre ſes mains ,
elpace
Diiij
80 MERCURE
& il leur donna le Voile noir,
les beniſſant de cette maniere
qui n'eſt commune à aucune autre
qu'à celles de cette Maiſon.
La Meſſe finie, on apporta deux
Baffins d'argent , dans l'un defquels
eſtoient ſept Anneaux , &
dans l'autre ſept Couronnes ſemblables
à celles qu'on donne aux
Filles de France , & autour defquelles
on avoit écrit en lettres C
d'or quelques mots Latins , qui
marquoient le ſacrifice qu'elles
faifoient à Dieu d'elles-meſmes.
Monfieur de Grenoble leur mit
les Anneaux aux doigts , & les
Couronnes ſur la teſte, en diſant
les Oraiſons propres à cet effet;
apres quoy pendant qu'on chanta
le Te Deum, il alla luy-meſme
les prefenter à la Superieure de
ce Gonvent , qui les reçeut à
l'une des Portes du Choeur , où
elles
GALANT. 81
elles rentrerent pour ne plus jamais
ſortir. L'auſterité de la vie
que menent ces Dames , n'empeſcha
pas qu'elles ne donnafſent
un magnifique Repas ce
jour- làà plus de trois cens Perſonnes
de l'un & de l'autre Sexe.
Des monftres de Poiſſon y furent
ſervis , & pour le Deſſert,
des pyramides de toute forte de
Confitures. Le bel ordre de cette
Maiſon , la propreté de l'Eglife
, & la richeſſe de ſes Ornemens,
répondent au zele qui anime
ces dignes Chartreuſes.
Celuy qu'a le Roy pour tout
ee qui regarde la Religion , a
fort éclaté dans ce qui s'eſt fait
à.Orange. Cette Ville ayant eſté
renduë à ſon Prince le 21. d'Otobre
dernier , enſuite du Traitéde
Paix fait avec les Etats Generaux
, quelques Huguenots
Dv
82 MERCURE
allerent la nuit ſuivante abatre
une Croix élevée ſur les Ruines
du Château , qui avoit eſté
démoly pendant les dernieres
guerres .Monfieur l'Evéque d'Orange
en donna avis à Sa Majeſté
, qui envoya auffitoſt ſes ordres.
La crainte que les Coupables
en eurent , fut cauſe qu'on
trouva la Croix remiſe , ſans
qu'on ſceuſt par qui . Ce Prélat
rendit compte de tout à la Cour.
Le Roy qui donne àl'Egliſe une
protection finguliere , fit expédierde
nouveaux ordres à Monfieur
Roüillé Intendant de Provence.
Ils luy enjoignoient d'envoyer
une Perſonne de confiance
à Orange , pour y faire entendre
que Sa Majesté vouloit,
non ſeulement que la Croix remiſe
en fecret , fuſt rétablie au
mefme lieu par une folemnité
publique
GALANT.
83
aux
- publique , mais encor qu'on en
élevât une nouvelle en telle
place de la Ville que Monfieur
l'Eveſque voudroit. Cet actif&
judicieux Intendant dépeſcha à
Orange Monfieur de Gumery
_ ſon Secretaire , qui fatisfit avec
_tant de conduite & de fermeté
inſtructions particulieres
qu'il avoit receues , que tout ce
qu'il demanda luy fut accordé.
Les Conſuls de la Religion Prétenduë
Réformée firent leurs
efforts pour ſe diſpenſer d'eſtre
préſens aux Ceremonies de ce
retabliſſement , mais le Conſeil
de la Ville les y condamna.
jour ayant eſté pris pour cette
folemnité , elle fut commencée
à huit heures du matin par le
Te Deum chanté dans la grande
Eglife , en prefence de Mon-
-ſieur l'Evefque reveſtu de ſes
Le
Habits
84 MERCURE
Habits Pontificaux. Ce Prélat
precedé de tout le Clergé , &
ſuivy de plus de fix mille Perſonnes
, ſe rendit de là ſur la
Montagne où eſtoit le Château
d'Orange. La premiere Croix y
fut retablie, les Conſuls Huguenots
preſens en Chaperon, tefle
nuë de meſme que le reſte de
l'Aſſemblée. On y chanta un
Motet à huit parties , de la compoſition
de Monfieur Nauce,un
des excellens Maiſtres de Mufique
du Royaume , & enſuite la
Proceffion continua ſa marche
juſqu'à la Place du Cirque , où
eſt reſté ce fuperbe Monument
des Romains,qui fait un des plus
grands Ornemens d'Orange .
Cette Place avoit eſté choifie
parMonfieur l'Evefque,non ſeulement
comme la plus belle,
mais encor comme la plus ſpatieufe
GALANT. 85
1
-
t
tieuſe de toute la Ville. On y
aborde par ſept diferentes Ruës.
C'eſt là où fut élevée la nouvelle
Croix , en prefence des meſmes
Conſuls auſquels Mr de Gumery
declara de la part du Roy qu'il
mettoit l'une & l'autre ſous leur
ſauvegarde , & qu'ils repondroient
, auffi bien que tous les
autres Huguenotsd'Orange, des
inſultes qui pourroient y eſtre
faites. Il en fit dreſſer un Acte
fur les Regiſtres de la Maifonde
Ville. Vous voyez par là , Madame
, que l'autorité du Roy ne
ſe fait pas moins connoiſtre par
tout que ſa juſtice , puis qu'un
Homme ſeul appuyé du nom de
ce grand Monarque , a fait fans
obſtacle dans l'Etat d'un Prince
Etranger , ce qu'il ſemble qu'on
n'auroit dû executer qu'avec
peine meſme à force ouverte.
L'im
86 MERCURE
L'intereſt que vous avez toûjours
pris à la gloire de Monfieur
le Duc de S. Aignan , m'aſſure du
plaiſir que vous recevrez , en
voyant les marques particulieres
d'eſtime que luy donne une
des plus grandes Princeſſes du
Monde , par la Lettre dont je
vous envoye une Copie.
LETTRE
DE
MADAME ROYALE,
A Mr LE DUC DE S. AIGNAN.
Monsieur le Duc monConfin .
exprimez fi lesfavorables
ſentimens que voſtre honneſteté
vous inspire à mon avan .
tage , que quelque joye que je reffente
du Souvenir obligeant que
VOUS
GALANT . 87
ل
vous confervez de moy , je ne puis
que me plaindre de la retenuë qui
コvous a empefché jusqu'à present
コde m'en donner de fi agreables af-
- Surances , & qui vous a derobé en
mesme temps les protestations finceres
de ma reconnoiſſance. Mais
nous reparerons tous deux cette
perte , ſi vous voulez bien, comme
je vous en conjure , me continuer
les genereux témoignages de vostre
amitié, & renouveller ma joje par
de frequentes occaſions de vous
donner des preuves de l'estime finguliere
que j'ay pour vous, & de la
partialitéfans égale avec laquel.
le jefuis,
Monfieurle Duc mon Cousin,
Voſtre bien affectionnée
Couſine à vous ſervir ,
M. I. BAPTISTE .
De Turin le 3. Iuin 1679 .
Il y a un tres -grand plaifir à
obliger
88 MERCURE
obliger, mais c'eſt par là fort ſouvent
qu'on perd ſes Amis. Ils
nous fuyent , ou par impuiſſance
de s'acquiter,ou parce que naturellementon
n'aime point à voir
ceux à qui l'on doit. Monfieur le
Preſident la Tournelle de Lyon ,
a fait quelque choſe de fort agreable
ſur les Debiteurs em
baraſſez . Je vous l'envoye. Vous
y trouverez ce tout aiſé qui fait
ſeul valoir les Ouvrages de cette
nature..
LA CHAUVESOURIS
ET L'HYRONDELLE ..
FABLE.
Unjour la Chanveſouris
Voulant négocier au Païs de la Chine
Emprunta deSa Voisine
Une Bourse de Lonis..
Sa
GALANT. 89
S

e
Sa Voisinel'Hyrondelle
Luypresta de bonnefoy
Ce quise trouva chez elle
D'argentde meilleur aloy,
A rendre dans un an sans aucune remise
,
En argent ou marchandise.
Chauveſourisy confent,
Et trouvele party tres - doux & treshonneste
;
Ellefait ſes adieux,ses paquets, &s'ap
prefte
Apartir au premier vent.
Les premiers jours du voyage
Furent d'un heureuxpreſage,
Chauveſouris ne reſvoit
Qu'à l'employ des tresors que son coeur
concevoit
D'unſi facilepaſſage,
Maisſouvent lors que l'on croit
Voguer en feûreté , l'on trouve le naufrage.
Chauveſouris le tronva
Etdudébris neſauva
Queses dents &que ses aisles;
Ellese desespera,
Maismalgré les accens de ses plaintes
mortelles,
Son argent y demeura.
Le
وم
(
MERCURE
Lebout de l'an venu , la douleur renouvelle
;
Sa Voiſine l' Hyrondelle
Lamenace d'un Sergent ;
Fâcheuse & triste nouvelle
Aqui doit&ne sçait oùprendre de l'argent.
Elle s'enferme chez elle
Sans équipage &sans bruit,
Etpourse garantir de la main criminelle
Et deſa triſte Sequelle,
Neparoit plus que la nuit .
Ainsi fait un Miserable
Qu'un Creancier peu traitable
Preffe, menace, & reduit
Achercher dans la fuite un secoursfavorable.
Nous avons beau nous cacher
; il y a une debte dont perſonne
n'a jamais pû s'affranchir,
& qui vient d'eſtre acquitée par
un des grands Officiers de la
mort dans ce Mois Couronne
د
apres quelques jours de fiévre.
Celuy dont je vous parle eſt Mr
le
GALANT. 91

le Marquis de Soyecour. Il s'appelloit
Charles - Maximilien de
Belleforiere. Ses qualitez étoient
Marquis de Soyecour , Roye , &
Guerbigny , Comte de Tilloſoy
& de Tupigny , Chevalier des
Ordres du Roy , & Grand Véneur
de France. Il avoit eſté
Maître de la Garderobe du Roy,
& fut pourveu de la Charge de
Grand Véneur en 1670. Il eſtoit
Fils de Maximilien de Belleforiere,
Marquis de Soyecour,Gou-
- verneur de Corbie, & de Judith
de Meſmes,& petit-Fils de Pontus
Seigneur de Belleforiere,
Gouverneur de Corbie , & de
Françoiſe de Soyecour , Heritiere
de cette Maiſon. Il avoit épouſe
Magdeleine de Longueil,
Fille de René de Longueil,Marquis
de Maiſons , mort ſecond
Preſident à Mortier au Parlement
92
MERCURE
ment de Paris. Il en a laiſſe un
Garçon & une Fille .
Le Grand Véneus de France
a la Surintendance ſur tous les
Officiers de la Vénerie du Roy,
& preſte ſerment entre lesmains
de Sa Majeſté . Cette Charge ne
nous eſt connuë que depuis l'an
1230. Celuy qui la poſſedoit en
ce temps- là , n'avoit que le titre
de Maître Véneur du Roy. Dix
l'ont poffedée ſous ce mefme titre
, & Loüis Dorgeſſin qui l'exerça
apres eux , fut fait Grand
Véneur du Roy. Son Succeffeur
qui eſtoit Jean Sieur de Cochant
& de Marguiliers , fut appellé
Grand Veneur de France, ce qui
a continué juſqu'à aujourd'huy.
Monfieur le Prince de Marfillac
, à qui le Roy vient de donner
cette Charge , eſt le vingtneuvième
qui l'ait poffedée. Il
eft
GALAN T.
93
11 ■ eſt Gouverneur de Berry,Grad-
Maiſtre de la Garderobe, & Fils
de Monfieur le Duc de la Rochefoucault.
Sa Majesté qui a
voulu luy marquer par là com-
¡ bien Elle eſt ſatisfaite de ſes ſervices
, a ſouhaité qu'il donnaſt
: deux cens trente mille livres à
: la Veuve de Monfieur de Soyecour
, & luy a en meſme temps
accordé un Brevet de retenuë
de pareille ſomme. Je vous ay
déja expliqué dans quelqu'une
de mes Lettres ce que c'eſt que
- Brevet de retenuë .
Le Mereredy 12. de Juillet,
Monfieur l'Abbé d'Argouges
-ſoûtint en Sorbonne une Théſe
de Licence , qu'on appelle Mineure
ordinaire , à laquelle Monſieur
l'Eveſque de S. Malo prefida.
L'Aſſemblée fut auſſi nombreuſe
qu'illuſtre. Monfieur le
Cardi
94
MERCURE
Cardinal de Rets , Meſſieurs les
Archeveſques de Sés ,de Roüen ,
de Bourges , Meſſieurs les Eveſques
de Meaux , de Dol , d'Autun
, de Coutance , de Vence,
de Saint Brieux , de Cahors , &
pluſieurs autres Prelats, s'y trouverent
, auffi-bien que Monfieur
le Premier Preſident , Meſſieurs
les Preſidens à Mortier , & Mefſieurs
du Conſeil, qui y vinrent
tous , & qui en fortirent fort ſatisfaits.
La vivacité d'eſpritavec
laquelle cejeune Soûtenant s'acquita
de cette action , luy attira
beaucoup d'applaudiſſemens , &
le fit voir digne Fils de Monfieur
d'Argouges, qui apres avoir eſté
autrefois Sur - Intendant de la
Maiſon de la Reyne Mere , &
fort long- temps Premier Preſident
au Parlement de Bretagne,
eſt aujourd'huy Coſeiller d'Etat.
Quel
GALANT. 95
10
0
e

Quelques - jours auparavant,
Monfieur l'Abbé de Villars avoit
ſoûtenu la meſme Théſe,
à laquelle Monfieur l'Eveſque
de Cahors avoit preſide . Outre
les Perſonnes que je vous
viens de nommer , beaucoup de
Princes , & ce qu'il y a de plus
grands Seigneurs à la Cour , de
la plupart deſquels il eſt ou Parentou
Allié , le vinrent entendre.
L'approbation qu'il reçeut
fut generale. Il eſt Fils de Monſieur
le Marquis de Villars qui a
* eſté longtemps Ambaſſadeur du
Roy en Eſpagne & en Savoye,
& qui eſt preſentement ſur ſon
depart pour s'en retourner en
cette premiere Cour en la mefme
qualité. Le jeune Marquis de
Villars ſon Frere , qui eſt Colonel
d'un Regiment de Cavalerie
, s'eſt diftingué en pluſieurs
2
A
occa
96
MERCURE
occafions pendant cette guerre.
Ils font Neveux de Monfieur
l'Archeveſque de Vienne . Ce
Prelat eſt le ſix ou ſeptième de
ce nom , à qui on ait confié le
Gouvernement de ce Siege qui
eſt un des plus confiderables du
Royaume.
Si l'on vous diſoit , Madame,
qu'une Femme ſe ſeroit jettée
entre les bras d'un Homme in.
connu , dans un état où la retenuë
du Sexe ne ſoufriroit pas
qu'elle ſe montraſt à ſes Amis
les plus familiers, vous prendriez
ſans doute des impreſſions deſavantageuſes
de ſa conduite. Cependant
c'eſt ce qui eſt arrivé
depuis peu à quelques Dames,
qu'une reguliere vertu ne laiſſe
expoſées à aucun reproche . La
pudeur n'a point eſté capable de
les arreſter , & vous ne les condamnerez
:
GALAN T.
97
R damnerez pas d'avoir cedé à la
paffion qui les a ſurpriſes, quand
je vous auray appris ce qui les a
- obligées d'en uſer ainſi. Elles étoient
fix qui firent deſſein d'aller
ſe baigner vers Conflans le
- Lundy 10. de ce Mois. A peine
furent - elles deſcenduës dans
- l'eau , qu'elles entendirent crier
que c'eſtoit fait d'elles , fi elles
ne ſe ſauvoient promptement.
Ces cris leur firent lever un coin
- de leur Tente. Le peril qu'elles
couroient leur fut auſſi-toſt connu.
Elles apperçeurent un Coche
qui n'eſtant plus gouverné
à cauſe du vent extraordinaire,
eſtoit preſt de fondre ſur le lieul
où elles ſe baignoient. C'eſtoit .
celuy de Joigny. La frayeur les
prit , & ne ſe ſouvenant point
qu'elles estoient à demy(nuës,
elles ne fongerent qu'à ſe ſauver .
Iuillet 1679.
E
98
MERCURE
L'une ſe trouva fort preſſée entre
deux Bateaux qui s'éloignoient
, & qui la mirent en ſeûreté.
Les autres ſe confierent à
des Cavaliers qu'elles virent en
état de les ſecourir,& il y en eut
une qui n'ayant pû s'échaper,
auroit infailliblement pery fous
le poids du Coche , ſi ceux qui
eſtoient dedans n'euſſent eu autant
d'adreſſe que de vigueur à
la tirer. Cette belle Compagnie
ainſi diſperſée , eut beſoin de
temps pour ſe ramaſſer. Les Tentes
voiſines ne manquerent pas
d'alarmes , & les Dames dont je
vous parle ne furent pas les feules
que le ſcrupule de la nudité
n'embaraſſa point. Il y alloit de
la vie,& il valoit mieux pour elles
qu'elles ſe laiffaffent voir
dans un état approchant de celuy
de la naiſſance , que de ſe
laiffer a
3
コン
GALANT. O
THEQUE
وو
1. laiſſer mourir
partrop de puccur
Il n'y avoit rien de honteux
pour la plupart
d'elles
, & il en eſt qui peut - eſtre une pareille
oce
cafion ne deplairoit
pas, ſi le pe- ril en eſtoit oſté. Le Coche
qui donna heureuſement
fur du gra- vier où il s'arreſta
, fit ceſſer
la crainte
, & alors les Baigneurs que la curioſité
attira de tous coſtez
en cet endroit
, ſe rendi rent en foule ſur le Rivage
. Ils n'étoient
pas tout à fait en équi- page décent
, mais le bruit qui s'eſtoit
répandu
de ce deſordre leur avoit fait croire, que dans ce
moment
les Loix du Bain ne de- voient
pas eſtre ſi religieuſe ment
obſervées
. Les Bateliers
les plus vieux , aſſurent
qu'ils n'ont jamais
entendu
parler
d'aucun accident
ſemblable
.
L'Hiſtoire Enigmatique que
Eij
100 MERCURE
vous avez veuë dans la premiere
de mes Lettres Extraordinaires,
a donné lieu à une galanterie
d'amitié .Cette Hiſtoire vous pei.
gnoit un Mariage contracté entre
deux Parties du meſme Sexe;
deux aimables Filles en ont
voulu faire une verité . Elles ont
dreſſe des Articles , & apres les
avoir ſignez en preſence de pluſieurs
Témoins qu'elles ont fait
ſigner avec elles , elles ont pris,
l'une le nom de Mary , & l'autre
celuy de Femme. Un galant
Homme qui aime paſſionnement
la derniere , & qui croit n'en
eſtre pas hay , ayant eu l'avis de
ce Mariage, luy envoya les Vers
que vous allez voir.
C
A
GALANT. IOI
t
A L'AIMABLE IRIS,
Sur ſon Mariage avec la
Belle Angelique.
ME Es yeux tournezsur vous ,
ont dit mille fois ,
Adorable Iris, je vous aime ;
vous
- Les vostres à leur tour repondant à leur
voix ,
M'ont quelquefois parléde mesme.
Cet heureux temps n'est plus il est passé
pourmoy.
Le charmant Objet que j'adore ,
-Reçoit d'un autre Epoux &la main ,
lafoy,
Et cependant je vis encore.
- Que dis -je ? C'est à tort que mon amour
ſeplaint [feint.
D'un Hymen innocent qui n'arien que de
Pardonnez, Belle Iris, àmon trop de ten-
: dreffe
Cet excés de delicateſſe,
Qui me fait redouter jusqu'à l'ombre des
maux
Qui peuvent rendre heureux quelqu'un
de mesRivaux. E iij
102
MERCURE
Un de ces Amans reſpectueux
qui craignent d'eſtre mal reçeus
en ſe declarant d'abord ouvertement
, apres avoir parlé pluſieurs
fois de ſa paſſion à une Belle
ſous le nom d'un autre ,a trouvé
enfin moyen de luy faire lire
ceMadrigal.
DECLARATION
D'AMOUR ,
A MADEMOISELLE DE S.
J
Evous ay dit ſouvent charmante Solitaire,
Que mon meilleur Amy vousaimoit ten
drement;
Du reſte mes soupirs n'ont pas fait de
mistere.
Pourquoy me demander le nom de cet
Pouvez-vous ne pas voir à mon visage
Amant ?
blême
Que mon meilleur Amy n'est autre que
moy-même ?
Voicy
GALANT.
103
Voicy d'autres Vers qui m'ont
eſté envoyez de Chartres , &
que vous ne trouverez pas mal
tournez pour une Fille. Ils font
ede Mademoiselle F. D. A. qui
parle en Amant , en faveur d'une
charmante Perſonne accuſée
& pourſuivie fort injustement
pour galanterie.
MADRIGAL.
Vevos Perfecuteurs s'abusent,
, lorsqu'ils vous accufent
D'avoir eu pour quelqu'un desſentimens
trop doux!
La preuve n'en est pas poſſible ;
Mais s'ils vous accufoient d'avoir l'ame
infenfible
lusqu'à negliger ceux qui meurent de vos
coups,
Iedepoferois contrevous.
L'Academie pour monter à
cheval, qui avoit ceſſé à Angers
E iiij
104 MERCURE
depuis le mois de Janvier , a recommencé
ſous Mr de Pignerolle.
C'eſt un Gentilhomme fort
bien allié dans la Robe & dans
l'Epée. Sa capacité, ſa grande fageſſe
dans un âge peu avancé,
fon Ecurie remplie de tres-bons
chevaux,& les excellens Maîtres
entoutes fortes de Sciences , qui
font dans la Ville dont je vous
parle, donnent lieu de croire que
quantité de Nobleſſe y viendra
apprendre ſes Exercices.
Angers n'a pas eſté la moins
empreſſée des Villes de France
à faire paroiſtre ſa joye pour la
Publicationde la Paix;mais comme
je ne vous parle point des autres
, je ne vous diray rien ny de
deux Jets de Vin , l'un blanc, &
l'autre rouge,que le Maire fit fortir
de faMaiſon pendant tout le
jour , n'y d'un Feu d'artifice des
mieux
GALANT.
105
- mieux concertez , qui fit admirer
- l'adreſſe de Mr Reydebel - air Ingenieur
du Roy , & Maistre de
Mathematique. Pour vous faire
- concevoir une juſte idée des
magnificences qui ont été veuës
dans les grandes Villes , lors que
cette Publication y a eſte faite,
il me ſuffira de vous apprendre
les réjoüiſſances d'un Bourg qui
n'eſt preſque pas connu , & qui
n'a pas laiſſede ſe diſtinguer par
tout ce qu'on peut donner de
- marques de zele à ſon Prince . Il
eſt du coſté de Sens, & s'appelle
par corruption Villeneuve la
Guerre , quoy que fon vray nom
foit Villeneuve la Guyard. Ces
réjoüiſſances s'y firent le Dimanche
onziéme de Juin. Trois
Compagnies parurent avec tous
leurs Officiers , & formerent un
Corps de bataille.La bonne mine
Ev
106 MERCURE
& la taille des Soldats repondoient
à leur adreſſe . Ils eſtoient
tous dans une fort grande propreté
, & faisoient l'Exercice avec
tant de grace, qu'il ſembloit
qu'ils euſſent paſſe toute leur vie
parmy les Armes. Apres le Te
Deum chanté en Muſique dans
l'Eglife , ces trois Compagnies
marcherent en ordre vers unc
éminence qui eſt hors le Bourg.
On y avoit élevé un Arbre d'une
longueur & d'une groſſeur
prodigieufe. Il eſtoit environné
de branchages , & d'autre bois
propre à eſtre embraſé facilement.
Sitoſt que le feu y eut eſté
mis , les Muſiciens , ſoûtenus de
Violons , de Baffes de Viole , de
Fluſtes-douces ,& de pluſieurs
autres Inſtrumens , commencerent
l'Exaudiat. Atrente pas de
ce Feu , qu'on apelle ordinaire
ment
GALANT.
107
ment Bucher , étoit un Theatre,
fur lequel Mr du Cheſnay Inge-
- nieur , avoit poſé la Figuredu
- Dieu Mars. On le voyoit à demy
- couché ſur deux Tambours &
ſur quelques Trophées d'Armes,
tenant ſon Sabre negligemment
d'une main , & fon Bouclier de
- l'autre. Aux pieds de ce Dieu
mourant paroiſſoit Vulcain, tout
accablé de douleur d'avoir perdu
ſon plus fort appuy. Son En-
- clume à ſes coſtez ,& ſes Marteaux
jettez à droit & à gauche,
faifoient voir qu'on le laiſſoit
ſans employ. Il y avoit fix Drapeaux
autour de Mars. Les Armes
de France eſtoient appliquées
dans le premier , & ces
quatre Vers ſervoient d'ornement
à ſa bordure.
Le Dieu Mars tout confus de voir qu'un
Mars nouveau
Sçait beaucoup mieux que luy le grand
Artde la Guerre,
Se
108 MERCURE
Se va cacher de honte au centre de la
Terre,
Et Loüis par trois Paix fait celler fon
Tombeau.
On voyoit une grande Croix
bleuë dans le ſecond, avec cette
Inſcription.
Aprestant de Lauriers cueillis,
Leplus grand de tous les Monarques,
Deſes bontex, àlagloire des Lys,
Adonné d'éclatantes marques.
Le troiſieme eſtoit parſemé de
Fleurs de Lys , avec ces paroles.
: Pax Alma cunctis.
Un Soleil eſtoit peint dans le
quatrième, accompagné de ces
mots.
Iuftitia & Pax ofculate funt.
Ceux - cy ſe liſoient dans le
cinquiéme Drapeau .
Ceffat difcordia pace.
4
On a oublié de me marquer
ce
YO

GALANT. 109
i
1
ce qu'il y avoit dans le ſixiéme.
Une quantité de Balustrades
également ſeparées l'une de
l'autre , faiſoit la decoration de
ce Theatre . Les Fuſées volantes
qui partirent au bruit d'une
Baterie de Couleuvrines, formerent
en l'air une multitude d'Etoiles
, qui terminerent le divertifſſement
du Feu d'artifice. Cette
Feſte m'a paru fi grande pour un
petit lieu que non ſeulement
j'ay crû vous en devoir le Récit,
mais encor le Deſſein du Feu,
que vous trouverez gravé dans
cette Planche. Vous jugerez en
l'examinant , de ce qui a pû
eſtre fait dans les Villes , où la
magnificence des Feſtes de cer- -
te nature , reçoit un nouvel
éclat de la dignité des Magiftrats
.
,
La Paix confirmée par tout,
n'em
110 MERCURE
n'empefchera point que je ne
vous entretienne encor de Guer.
re .C'eſt par là que j'aurois commencé
ma Lettre , ſi j'euſſe eſté
pleinement inſtruit des deux
Actions qui ſe ſont paſſées. Je
n'en ay diferé l'Article que pour
eſtre mieux informé des circonſtances.
Vous ſçavez , Madame
, que je me fuis toûjours
attaché, ſoit dans les Sieges , ſoit
dans les Combats , à vous mander
quelque choſedont lesNouvelles
publiques n'euſſent point
parlé. Il ſemble que j'y aye aſſez
heureuſement reüſſy , puis que
vous m'avez ſouvent afſſuré que
quelques Relations de Guerre
que vous ayez veuës , il y a un
nombre infiny de particularitez
qui ne font que dans les miennes
, qui feroient perduës fans
les ſoins extraordinaires que j'ay
pris à les rechercher. J'avoüe que
GALANT. I
e
je me ſuis fait un fortgrand plai-
- fir de travailler en cela pour les
Familles de ceux qui ſe ſont ſig-
- nalez pendant le cours de la
Guerre , Guerre ſi glorieuſe à la
France, que quoy qui arrive , la
Poſterite ne verra jamais rien
- qui en aproche ; Guerre où ceux
- qui l'ont entrepriſe,auffibien que
ceux qui en ont eu la conduite,
ont fait paroiſtre quelque choſe
- au deſſus de l'Homme ; Guerre
- où les moindres Commandans
ont effacé la gloire des plus
grands Héros de l'Antiquité;
Guerre enfin qui n'a point eſté
meſlée de pertes comme les autres,
mais un continuel enchaîne.
ment de Victoires , & où la France
a fait voir qu'elle estoit ſeule
infiniment plus puiſſante que le
reſte de l'Europe. Si la Paix luy
fait éprouver les bontez du Roy,
la
112 MERCURE
; la maniere dont elle s'eſt faite ne
la convainc pas moins de fon
pouvoir.
L'Electeur de Brandebourg
eſtant le feul qui euſt refuſé de
la figner , Sa Majeſté ne voulut
pas envoyer des Troupes qui
l'accablaffent d'abord ; ce qui ſeroit
fans doute arrivé s'il euſt
joint celles de ſa Maiſon à l'Armée
de Mr le Mareſchal de Cré.
quy. Elle chercha ſeulement à
luy faire ouvrir les yeux fur ce
qu'il luy eſtoit avantageux derefoudre
, & cette conduite pour
cet Electeur ne peut le laiſſer
douter de ſes bontez . En effet ,
ceque les Troupes commandées
contre luy ont fait ſeules , donne
à connoiſtre ce qu'elles auroient
executé fi celles de la Maiſon du
Roy euſſent eſté envoyées pour
les ſoûtenir. Ce ſont des Troupes
GALANT.
113
=
= pes ſi aguerries, qu'il n'y a point
1 d'Armée , quelque nombreuſe
qu'elle puſt eſtre, qui fuſt capable
de leur reſiſter. On voit par
ce qui s'eſt fait , que nos Braves
t n'eſtoient pas las de vaincre,puis
i que ny l'éloignement des lieux,
- ny d'autres fatigues à eſſuyer,
1 n'ont pû refroidir l'ardeur qui
- les a toûjours fait voler apres la
- Victoire. L'Electeur de Brandebourg
qui prévoyoit que l'orage
eſeroit trop au deſſus de ſes for-
- ces, a eu la prudence de n'atten-
= dre pas qu'il fondiſt ſur luy. Il
- n'a pû pourtant en éviter le premier
éclat , parce que la genereuſe
impatience de nos Gene.
raux,& de nos Troupes,a devan.
= cé la nouvelle de la Paix , qui a
eſté concluë à Paris, c'eſt à dire,
à deux cens lieuës de chez luy .
Ainfi, Madame , la ſeule diſtance
des
114
MERCURE
1
des lieux eſt cauſe du deſavantage
qu'a reçeu ce Prince , en
deux diferentes occafions , les
deux Actions dont j'ay à vous
entretenir s'eſtant paſſées, la premiere,
dans le tems que le Courrier
qu'il envoyoit à Monfieur
Minders ſon Envoyé Extraordinaire
aupres du Roy, pour luy ordonner
d'accepter les conditions
offertes par Sa Majeſte,eſtoit en
chemin; & la ſeconde , pendant
que celuy du Roy portoit à Mr
leMareſchal de Créquy la nouvelle
de la Paix , avec ordrede
faire ceffer tous actes d'hoſtilité.
Je commence par cette premiere
Action. Voicy celles qui l'ont
precedée.
Le Roy , felon ſon ordinaire
bonté , ayant accordé pluſieurs
délais à l'Electeur de Brandebourg
, afin que ſans rien precipiter,
GALANT.
115
I
piter , il puſt mieux connoiſtre
combien il luy ſeroit avantageux
d'accepter la Paix , fut enfin
obligé de faire ouvrir la Campagne
, & envoya pour cela ſes
- ordres à Monfieur le Mareſchal
1 de Créquy. Ce General detacha
Monfieur le Comte de Choiſeul
-Lieutenant General le dix- neuviéme
de Juin , avec douze cens
Hommes de pied , cinq cens
Chevaux ou Dragons , & quelques
Pieces de Canon pour aller
. attaquer Bilfeldt. Cette Ville eſt
{ grande, belle, riche, & tres- importante.
Cependant elle ne ſe
defendit pas ,& les François furent
ſeulement incommodez de
quelques coups de Canon qu'on
tira du Château de Sparemberg.
Monfieur de Chevilly , Lieutenant
Colonel des Dragons Dauphins,
reçeut un coup de Mouf-

quet
116 MERCURE
:
i
1
quet fur la Contreſcarpe de ce
Château , en pouſſant quelques
Dragons qui ſe retiroient. Le
Châteaun'eſt pas moins fort qu'il
eſtbeau. Sa ſituation eſt avantageuſe,&
il y avoit dedans trois
cens Hommes en garniſon . Mr
le Mareſchal de Créquy, qui l'avoit
reconnu de pres , nejugea
pas à propos de l'attaquer , & ne
trouva pas meſme que cette attaque
fuft neceſſaire. Il crut que
c'eſtoit affez d'établir des Poftes
contre la Garniſon , afin qu'elle
n'incommodaſt pas les Convois
qui nous viendroient du côté du
Rhin . Mr de Montmont, Major-
General de l'Armée , qui en reçeut
l'ordre,s'en acquita fort exatement.
Monfieur le Mareſchal
alla le meſme jour à Bilfeldt , &
apres avoir viſité la Place où il
laiſſa Monfieur le Marquis de
Humic
GALANT .
117
S
e
S
I
-
2
e
-
e
S
Humieres avec le Detachement
de cinq cens Hommes que ce
Marquis commandoit , il revint
coucher en fon Camp de Her
vorde.
Le 20. fur le midy, Monfieur
Rofe Mareſchal de Camp ,joignit
l'Armée avec fix Bataillons
** de la plus belle Infanterie qu'on
euſt jamais veuë. Ces fix Bataillons
eſtoient compoſez des Regimens
de Navarre , Lyonnois,
Louvigny , & de celuy des Fuſeliers
; & parce que ces Troupes
avoient un peu fatigué pendant
$ leur marche, elles reſterent dans
le Camp avec l'Artillerie,les Vivres
, & le Bagage . Mr le Marefchal
de Créquy en partit à ſept
heures du ſoir,apres avoir ordonné
la marche de cette maniere.
Tous les Officiers reformez étoientà
la droite , dont ce General
e
S
voulut
118 MERCURE
voulut avoir la teſte . Meſſieurs
de S. Paul & de Grandpré , tous
deux Majors de Cavalerie , les
commandoient . Apres cette
Troupe , il y en avoit deux autres
des plus Braves de l'Armée,
commandez par Monfieur de
Blincourt Capitaine de Cavalerie.
Il eſtoit à la teſte de ce Dechement
, ſoûtenu par les deux
Regimens des Dragons du Colonel
General , & par ceux de
Barbefieux . Tout le reſte del'Ar.
mée ſuivoit , & l'on prit le chemin
de Minden.On marcha jufques
à deux heures apres minuit
, que l'on fut obligé de faire
alte, parce que la gauche ſe trouva
plus avancée que la droite. Il
y avoit environune heure qu'on
avoit recommencé la marche,
lors que les Officiers reformez
rencontrerent un petit Ruiſſeau,
&
GALANT.
119:
&s'apperçeurent qu'il y avoit au
-delàune Garde des Ennemis de
deux cens Chevaux. Ils paſſerent
vigoureuſement ce Ruifſeau,&
donnerent dans ce Quar.
tier, où perſonne ne leur reſiſta,
les Ennemis s'étant retirez à toutebride,
apres avoir fait leurdécharge.
Cette Garde n'avoit été
établie que pour avertir le Camp
du General Major Spaen qui étoit
campé à une heurede là ; ce
qui obligea Monfieur le Marefchal
de Créquy de faire foûtenir
ces premieres Troupes par
d'autres . Elles s'avancerent au
grand trot , & de poſte en poſter
trouverent des Défilez , où les
Dragons des Ennemis avoient
- mis pied à terre , pour faciliter
la retraite de leurs Troupes.Nos
Officiers reformez qui avoient
toûjours la teſte , pouſſerent par
t
tour,
120 MERCURE .
tout , & foûtenus des Regimens
de Dragons qui terraſſoient sout
ce qui ſe preſentoit devant eux,
ils joignirent enfin le Gros. Ce
Gros eſtoit aupres d'un Village,
avoit le Véſer à ſa droite, & une
Montagne fort eſcarpée & remplie
d'Arbres à ſa gauche. Il y
avoit cinquante- trois Compagnies
de Cavalerie , ou de Dragons
, fort bien fortifiez , & qui
arreſterent d'abord les Noftres.
Ce fut où Monfieur de S. Paul,
Major du Regiment de Magnac ,
futbleſſe à mort.Monfieur le Ma.
reſchal s'y avança, & fortifia ces
premieres Troupes des Regimens
de Dragons Colonel,Dauphin
, & Barbefieux, & de quelques
Gardes ordinaires de Cavalerie
, ayant à leur teſteMonſieur
de Choiſeul Lieutenant
General de jour , Monfieur le
Marquis
GALANT. 121
■ Marquis de Joyeuſe Lieutenant
General , Mr de la Rabliere Mareſchal
de Camp, & Mr le Marquis
de Créquy,avecMr le Che-
= valier de Nefle, Volontaires . On
fit auſſtoſt un Detachement , à
- la teſte duquel Mr le Marquis de
| Créquy ſe mit. Il ſe ſaiſit d'abord
d'une Barriere , & de quel-
1
.
5.
5
ques Hayes qui voyoient à re-
☐ vers les Poſtes des Ennemis . Ils
5 les abandonnerent à ce Marquis
1 & à nos Troupes , qui pouſſant
leur avantage , les obligerent de
quiter le Village & leur Camp,&
de ſe retirer à toute bride le long
- du Valon que formet le Véfer &
- la Montagne pendant une lieuë
- & demie de chemin. Les Ennemis
furent bietoſt joints par toutes
nos Troupes, qui les chargerent
inceſſamment. Ils ne laiſſerent
pas de ſe retourner ſouvent,
Iuillet 1679 . F
122 MERCURE
& de donner des marques de
valeur ; mais enfin apres beaucoup
de perte , ils furent contraints
de ceder aux Noſtres,qui
les menerent batant à toute bride
le long du Valon , c'eſt à dire
pendant une heure & demie. La
plupart ſe ſauverent dans les
Bois,& les plus preſſez ſe precipiterent
dans le Véſer. Ceux qui
ſuivoient le grand chemin , ſe
tournoient , & faifoient ferme à
des Poſtes qu'ils y avoient établis
derriere eux , & qu'il falut forcer
de temps en temps. Cela ſe
fit fans beaucoup de perte , quoy
que la défenſe des Ennemis fuſt
tres - vigoureuſe. On n'en peut
douter apres qu'on a remarqué
que la plupart de nos Morts &
de nos Bleſſez ont reçeu des
coups d'épée. Monfieur le Marquis
de Créquy qui s'eſt toûjours
GALANT.
123
jours trouvé par tout des premiers,
entra dans la Barriere des
Ennemis avec une intrépidité
merveilleuſe , & eut deux Chevaux
tuez ſous luy , l'un de deux
coups d'épée,& l'autre d'un coup
de mousqueton. Tout ce qui fe
pût ſauver ou par le Bois, ou par
- le Defile , fut rallié ſous la Contreſcarpe
de Minden , d'où l'Infanterie
& le Canon de la Ville
firent grand feu , ſans pourtant
nous incommoder. Cependant
- Mr le Mareſchal fit occuper tous
les Poſtes qui pouvoient ferrer
- la Place & les Troupes des Ennemis,&
y fit camper toute l'Armée.
Quelques Efcadrons ne
laifferent pas de fortir de la Ville
, pour aller charger quelquesuns
de nos Dragonsqui pilloient
une Maiſon à la portée du moufqueton
de la Place. Mr le Ma
Fij
124 MERCURE
reſchal qui eſtoit encor à cheval,
en fut averty , & donna ordre
à Mr le Marquis de Créquy,
de marcher avec les Cuiraffiers
pour favoriſer la retraite de ces
Dragons. Ils le firent avec tant
de diligence , qu'ils couperent
les Troupes qui alloient à cette
Maiſon , les chargerent , & les
batirent entierement. Meſſieurs
de Choiſeul & de Joyeuſe menerent
encor d'autres Troupes , avec
leſquelles ils en renverſerent
de nouvelles qui ſortirent de la
Ville , d'où quelques coups de
Canon furent tirez . Mr le Marefchal
voulut la reconnoiſtre luymeſme
, & il le fit de fort pres.
Elle eſt grande. Les Païſages des
environs font agreables , & il s'y
trouve quantité de grains . C'eſt
un Eveſché qui a díx lieuës de
long , & dix de large ; compoſe
de
GALANT.
125
e de cent ſoixante Villages qui
font d'un grand revenu pour
l'Electeur de Brandebourg. La
Ville eſt en deça du Véſer qui
* paſſe aupres des Murailles . Il y a
un tres -beau Pont de pierre, ſur
lequel on vit paſſer les Troupes
du General Spaen , qui alloient
camper de l'autre coſté du
It Véſer . Monfieur le Mareſchal le
tfit sõder & paſſfer à gué par quela
ques Cavaliers . Le General Spaé
en qui en eut l'avis , fit auffitoſt reel
paffer ſes Troupes. Elles camde
perent dans les Foſſez , & fur les
ef Ramparts de Minden , où l'alaray
me fut incontinent repanduë par
e tout. On crut la Ville affiegée,
de & Madame la Ducheſſe de Holfstein,&
ſept ou huit autres Femmes
de qualité , envoyerent demander
des Paſſeports pour en
of fortir. Ils leur furent accordez .
e
di Fiij
126 MERCURE
Mr de Créquy envoya enſuite
dans tous les Bailliages de l'Evêché
de Minden, pour avertir les
Habitans de venir traiter des
Contributions, avec menacesde
les faire piller & brûler , s'ils ne
venoient pas. Le reſte de l'aprefdînée
fut employé à faire ramafſer
les Prifonniers. Il y en avoit
plus de deux cens . Les Bleffez
furent renvoyez dans la Ville.
Voila , Madame , à quoy ſe paſſa
la nuit du 20. au 21. & la journée
entiere du 21.Le 22.au point
du jour toute l'Armée décampa,
pour revenir dans ſon Camp de
Hervorde.
Cette Action a eſté toute pleine
de vigueur , & ce qui en redouble
la gloire pour nous , c'eſt
que les Ennemis ayant ſouvent
tourné teſte , ſe ſont defendus avec
beaucoup de courage. Il y
auroit
GALANT. 127
م
5
7
P
auroit eu plus de Morts,mais les
- Noftres donnerent quartier à
tous ceux qui le demanderent,
& ce fut affez pour eux de montrer,
qu'eſtant capables de tout fi
la Guerre continuoit, il n'y avoit
point de Troupes ſi aguerries,
qu'ils ne fuffet en état de vaincre.
Je ne parle point de la conduite
&de la valeur de Mr le Mareſchal
de Créquy. Les grandes
1 choſes dont il eſt venu à bout
- dans nos dernieres Campagnes,
devoiết faire tout attedre de luy.
On ne peut rien adjoûter à ce
- qu'a fait Mr de Choiſeul.Il a toû.
jours eſté à la teſte de tout , &
pluſieurs Relations marquent
qu'il ne s'eſt pas moins expoſé
que le moindre Dragon de l'Armée.
1
L'ardeur de Mr le Marquis de
Créquy ne peut s'exprimer. Un
i
.....
Fiiij
128 MERCURE
autre ſe ſeroit retiré voyant ſes
Chevaux tuez , mais il a toûjours
combatu juſqu'à ce qu'il en ait
eu d'autres .
Mr le Comte de Longueval
s'eſt diſtingué dans cette occaſion
à ſon ordinaire . Il n'y a pas
eu de Campagne dans laquelle,
à la teſte des Dragons Dauphins
, il n'ait donné des marques
d'une bravoure tout à fait
digne de la reputation qu'il s'eſt
acquiſe . La plus grande partie
de cette Action a roulé fur luy
& ſur ſon Regiment , dont la
valeur & l'intrépidité ne ſe ſont
jamais démenties. Son Lieutenant
Colonel y a eſté bleſſé , &
tous ſes Officiers ſe ſont ſignalez .
Quand ils ne feroient pas auſſi
braves qu'ils le font , l'exemple
d'un Colonel qui s'acquite de
ſon Employ avec autant de vigilance
GALANT.
129
-lance & d'exactitude ,que Mr de
Longueval ,fait toûjours de merveilleux
effets dans l'occaſion .
J'aurois beaucoup à vous dire
de Mr le Marquis de Florenſac,
Frere de Mr le Duc de Crufol ,
& Meſtre de Camp de Cavalerie.
Il s'eſt expoſé par tout où il
y avoit du peril , auffi bien que
Meſſieurs de Barbefieux & Saint
Rheu , & un Capitaine de Dragons
nommé Mr de S. Bonnet.
Ce dernier a eſté fait priſonnier
en forçant une groſſe Haye.
e
1
e
a Mr le Comte de Chamilly ,qui
pour ſa premiere Campagne s'eſt
mis Volontaire dans le Regiment
du Roy, a ſervy dans cette
occafion d'Aide de Camp àMonfieur
le Comte de Choiſeul.
Voicy ce que ce meſme Mr
de Choiſeul écrit à ſon avanta
ge. Le ne vous dis rien du jeune
Fv
130 MERCURE
Comte de Chamilly qui est icy , &
que j'ay pris aupres de moy , sinon
qu'il ne dementira pas le nom de
Chamilly, & c'est tout dire. On ne
peut avoir plus de bonne volonté,
ny mieux payer deſa perſonne. Ce
jeune Comte eſt ſur ſa ſeiziéme
année. Il eſt grand, bien fait, &
a de l'eſprit. Son air marque ſa
ſagefle, & il eſt difficile de jetter
les yeux ſur ſa conduite , ſans le
reconnoiſtre pour le digne Fils
&le veritable Heritier du merite
& des vertus du fameux
Comte de Chamilly , dont les
Gens de guerre honorent fi fort
lamemoire.Monfieur Marchand,
qui a toûjours ſervy aupres du
Pere , & qui eſt preſentement
Ecuyer du Fils , reçeut aupres de
luy un coup d'épée au travers
du corps , dans l'Action dont je
viens de vous apprendre les circonſtan
GALANT.
131
conſtances . Je devrois vous parler
preſentement de celle qui l'a
ſuivie , mais comme je me ſuis
attaché à vous faire un long détail
de cette premiere , parce
= qu'il ne s'en eſt fait aucune am.
-ple Relation , je remets ce que
j'ay à vous dire de la ſeconde,
apres que je vous auray fait parc
de quelques autres Nouvelles.
- Ma Lettre eſtant plus diverſifiée
, il ne ſe peut que vous n'en
_ receviez plus de plaifir.
Vous avez trouvé Monfieur
le Duc de Montmouth ſi bien
fait , lors qu'il eſtoit à Paris dans
le temps que vos affaires vous y
arreſtoient , que je croy vous devoir
aprendre que ce Prince n'a
pas moins de coeur que de bonne
mine. Il en a donné d'éclatantes
preuves contre les Rebelles
d'Ecoſſe qu'il a entierement diffipez
132
MERCURE
pez par une Bataille. Il y combatoit
à la teſte des Troupes du
Roy d'Angleterre. On ne doit
point eſtre ſurpris de ſon grand
courage.Il a apris le Métier de la
Guerre das les Armées de France
, où ſa valeur a paru enbeaucoup
d'occaſions , & fur tout au
Siege de Maſtric.ll y mõtra une
intrépidité extraordinaire, ayant
voulu monter aux Affauts qui
furent donnez aux Dehors de
cette Place , où il courut grand
rifque de la vie,pluſieurs Perfonnes
ayat eſté tuées autour de lui..
Monfieur de Reybere Maiſtre
des Requeſtes,Gendre de Mr le
Premier Preſident , a eſté reçeu
Conſeiller d'honneur au Parlement.
Ce Poſte eſt tres-beau. Il
donne rang immédiatement apres
les Pairs,au deſſus des Conſeillers
d'Etat & Maiſtres des
Reque
GALAN Τ.
133
Requeſtes . Il y avoit fix ſemai-
- nes que cette Place vaquoit par
- la mort de Monfieur le Préſident
de Mégrigny.
J'ay à vous apprendre celle de
- Monfieur l'Abbé de Montrevel,
- arrivée icy depuis dix jours. II
■ eſtoit Fils du Comte de ce nom,
Lieutenant General pour Sa Ma-
- jeſté aux Païs de Breffe , Bugey,
Valromey , & Gex , Chevalier
des Ordres du Roy , & Frere de
Monfieur le Marquis de Montrevel,
Commiſſaire General de
la Cavalerie Légere de France .
Monfieur Dorieu ſecond Préſident
en la Cour des Aydes, eſt
mort auſſi depuis quelques jours ..
Tous ceux de ſa Compagnie,
dont il eſtoit particulierement
eſtimé, ont montré beaucoup de
regret de ſa perte , & ont afſiſté
tous à ſon Service.. C'eſtoit un
tres
134 MERCURE
tres bon Juge,& d'un mérite que
l'Envie avoit toûjours reſpecté,
quoy qu'il n'y en ait point de fi
ſeûrement étably qu'elle n'attaque.
Il eſt vray que c'eſt rarement
avec ſuccés, les entrepriſes
des Envieux tournant ordinairement
contre eux- meſmes. Cette
matiere ne peut eſtre traitée ny
plus agréablement, ny avec plus
d'eſprit qu'elle l'eſt dans la Fable
que je vous envoye.Quoy qu'elle
ſoit un peu longue, je ſuis afſuré
qu'elle ne vous ennuyera
pas. Monfieur de Frontiniere en
eſt l'Autheur. Il a un talent admirable
pour la Poësie , & travaille
avec beaucoup de délicateſſe.
C'eſt luy qui depuis quelques
années a fait la plupart
des belles Paroles que Monfieur
Lambert a miſes en Air. Celles
que je vous envoyay notées le
dernier
GALANT .
135
ان
te
ان
re
dernier Mois , commençant par
Ombre de mon Amant, ſont de luy .
Il n'y a perſonne aujourd'huy qui
ne les chante.
rt
1
bi
e
a
e
LES CHENILLES
ET LE BUISSON.
FABLE.
AV'irefois un Chesne reçeut
De la Terre , &du Ciel, d'infinis avantages.
Il estoit haut , touffu , bien-fait dansses
branchages,
Qui s'élevoient tous par étages,
- Et qui pouvoient loger , ſans qu'on s'en
apperçeût ,
Cent Familles d'Oyſeaux , & leurs petits
ménages.
Quelques Buiſſons jaloux, qui rampoient
àl'entour,
Médiſoient de luy chaque jour.
Laffez
136
MERCURE
Laſſez de ſon voisinage ,
Ne le pouvant plus souffrir,
Ils croyoient que son ombrage
Les empefchoit de fleurir,
Et de croiſtre davantage.
Un des plus anciens ,parconséquent plus
Sage,
Les avoit écoutez tous.
A quoy bon tous ces murmures,
Leur dit - il , & ces injures,
Qui du Cheſne ennemy redoublant
le couroux ,
Ne font que l'attirer ſur nous ?
Il vaut mieux ſe taire ,
Et faire.
Vous parlez trop hautement ;
Des Chenilles inhumaines
Nous rongent terriblement ,
C'eſt le comble de nos peines;
Et par elles (que ſçait on? )
Ce cruel Tyran des Plaines
Veut nous mettre à la raiſon ,
Et les vient d'envoyer chez nous en
garniſon ,
Pour y vivre à difcretion .
Voila le mal , mais le remede ?
Appellons dés aujourd'huy
Les Chenilles à noſtre aide,
Contre
GALAN T.
137
Contre noſtre Ennemy faiſons - nous
un appuy ;
Il ſe ſert d'elles pour nous nuire,
Servons- nous d'elles contre luy ,
C'eſt le moyen de le détruire.
Alors dit un certain Buiſſon ,
Affez Scrupuleux , affez bon ,
Ou qui le vouloit paroiſtre ;
Cette propoſition ,
Contre le Roy noſtre Maiſtre ,
Sent la conjuration ,
Ma foy , je n'en veux pas eſtre.
On le traita comme un petit Garçon ,
Onlefit taire;
Enfin l'on rejetta l'avis de ce dernier ,
Et l'on chargea lepremier
Detout leſoin de l'affaire;
Aufſitoft il entreprit ,
Et voicy comme il s'y prit.
Une Maistreffe Chenille ,
Avec toutesa Famille ,
Se promenoit un matin
Aupres desa Maiſon blanche ;
C'està dire de ſon Couvin ,
Juſtement sur une branche
De nostre Buiſſon mutin.
Elle avoitfait peu de chemin
Sans s'estre bien repoféc.
Le
138 MERCURE
Le Buiſſon aufſi- toft ayant pris un air
doux ,
Etsamine composée ,
Luydit ; Comment vous portez- vous ?
Car elle estoit indisposée
Toûjours mal afſurément,
Toûjours mal , répondit- elle.
O la meſchante nouvelle ,
Repliqua- t-il triſtement !
Mais auffi qui ſe perfuade ,
D'eſtre icy , ſans eſtre malade ?
Je ſçay que l'humidité
Ne vous eſt point ſalutaire ,
Et ſera toûjours contraire
Avoſtre poſterité.
Ce qui vous eſt neceſſaire ,
C'eſt la chaleur de l'Eté ,
Autrement point de ſanté.
Depuis le temps que cet Arbre
Dans ſon vaſte contour nous retient
Loin de ſentir l'effet de l'ardente ſaien
priſon ,
fon ,
Nous ſommes tous froids comme marbre.
Lorsque je parle , en bonne foy,
Je ſens ſes racines ſous moy ,
Qui m'arrachent ma ſubſtance ;
Et
GALANT. 139
Et comment donc ſuffire à voſtre ſubſiſtance
?
Nous ſommes rongez haut & bas .
Si vous n'eſtes point nourrie,
Pouvez vous eſtre guérie ?
N'attendez que le trepas.
Ce n'eſt pas que je vous anime
Aneplus ſuivre ſes Lois ,
Mais on ſçait que la famine
Chaffe le Loup hors des Bois.
La Chenille ſçait comprendre
Ce qu'on veut luy faire entendre,
Elle fait reflexion ,
Qu'elle est sans munition ,
Que tous les jours le Chesne augmente,
Et qu'ilpouffe enperfection ;
Reffentant la chaleur , &sa vertu puis-
Sante.
Elle voit que cet Arbre empeſche le Soleil
De pouvoir au Buiſſon cauſer un bien
pareil ,
Et conclud dans ſafaim preſſante,
Seulsujet deson ennuy ,
Qu'elle trouvera che,z luy
Unepasture abondante.
Dans cet espoirfaut-il executer ?
Elle estpreste de tout tenter,
Et
140 MERCURE
Etmalgré le mal qui la tuë ,
Elle entreprendune Revenë,
Va dans tous les Quartiers , fait des
Détachemens ,
Etfort deſes Retranchemens.
Ellese met à la teste ,
Forme un épais Escadron
Deplus de cent mille de front.
Et pour affurerſa conqueſte ;
Fait d'abord inveſtir le tronc ;
Par tout elle dispose, ordonne.
Une Chenille écloſe aſſex nouvellement,
Et qui ne paroiſſoit Chenille nullement,
Est envoyée en haut comme Espionne.
Elley fut en un moment.
Une Pie ,
Accroupie ,
:
Quifaisoit alors le quet;
Où cours- tu ſi daguet ?
Demeure , luy cria- t- elle ,
Demeure , ou de mon bec crains l'atteinte
mortelle.
Elle obeit ; foudain le Cheſne est averty
Que c'est une Chenille , animal travesty.
Luy , raillant la Sentinelle ,
Une Chenille ! bon , voila bien rapporté
,
Vous
GALANT.
141
ет
Vous vous y connoiffez , cette Beſte
eſt gentille .
Point de replique , en vain la Pie cust
contesté ,
Vn vieux Chesne , prudent , ſage , expérimenté;
Se devoit connoiſtre en Chenille.
Que voulez- vous , luy dit- il doucement?
Par cet heureux commencement ,
La Chenille en ſecret ſe promet tout facile,
Etfait ainſiſon compliment.
Roy des Arbres , vers vous je viens ,
humble Reptile ,
Vous demander azile
Pour deux ou trois jours ſeulement.
Cette grace est accordée ,
Aufſitoft que demandée.
En ce moment , Oyſeaux à l'entourer ,
Oyſeauxà la confiderer ,
Et chacun à bond , à volée ,
A diresa ratelée ;
Trois Fauvetes sur tout aſſurent , la
voyant ,
Qu'elle est Chenille , ou qu'elle en a la
mine.
Si je le croyois pourtant ,
Dit une qui l'examine ,
Je la goberois à l'inſtant.
Vne
142
MERCURE
Une autre dit , Je l'ay veuë en paſſant,
Sur ce Buiffon attenant.
La Bestiole écoutant ,
Vous eſtes des prévenuës ,
Repart- elle fiérement ;
و
Vous m'avez veuë ! où donc ? quand ?
& comment ?
Je viens de tomber des nuës ,
Et de naître maintenant .
Les Oyſeauxse virent confondre,
Et ne sçeurent que répondre .
La nuit venuë, elle ne s'endortpas ;
Tandis que l'Arbre sommeille,
Elleva tout conter aux Chenilles d'enbas,
Qui cependant faisoient merveille.
Le matin chacun s'éveille ,
Le Genéralparoist fort satisfait
De ce que la Chenille a fait .
Les autres Chefs à ſes ordres s'attachent,
Et fans craindre les Oyſeaux ,
A la faveur des feüilles qui les cachent,
Font avancer les travaux.
Enfin toutes cesReptiles ,
Infatigables, agiles ,
Parviennent juſques en haut
Etdonnent ungrand aſſaut.
Au milieude la nuit le Chesne ,
Tout
GALANT.
143
لا
Tout d'un coup s'éveille enſurſaut ,
Comme onfait quand on est en peine,
Et s'agite tellement ,
Queſes racines en treſſaillent ,
Ny plus ny moins , que ceux que les
Puces affaillent ,
Et qu'elles mordent vivement .
En effetdans ce moment ,
Chenilles , de tout temps incommode vermine,
Lepiquoient cruellement .
Enluy-mesme il reſve , il rumine ,
D'où luy peut venir ce tourment.
Déjal Aurore naifſfante
Etaloitsa pourpre brillante ;
Le Chesne avoit toûjours foûtenu les
efforts
Defa lumiere impuiſſante ,
Qui n'éclairoit jamais que ſes dehors.
Il eſtoit ſeul de la Contrée
Qui luy reſiſtaſt dans les Bois ,
Ee pour la premiere fois ,
Elle fait au dedans uneſuperbe entrée.
Acette nouvelle clarté
Ilest tout épouvanté ,
Voit son feuillage épais auſſi percé quun
crible ,
Et ses bras touffus & vers ,
Par
144
MERCURE
Par un changement terrible ,
Comme au milieu des Hyvers.
Il n'est plus maistre de la Place ,
Etpourderniere disgrace ,
Malgré tous les Oyfillons ,
Les Chenilles triomphantes
Avancent leurs Bataillons ,
Ases yeux dreffent des Tentes ,
Et plantent leurs Pavillons .
La Fauvete en ſecret l'approche ,
Pendant cette extremité.
Tout eſt perdu , dit-elle , & fans reproche
,
Avec les miens j'ay longtemps refiſté
Aux Ennemis redoutables.
Nous en avons défait des Troupes innombrables
,
J'en puis parler certainement ,
Car j'eſtois à tout en perſonne.
Il en faut rabatre pourtant ,
Je croy naturellement
La Fauvete un peu Gasconne.
D'autres se veulent meſler
De remontrer , de conſoler ,
Et d'autres mesme d'inſtruire;
Mais l'Arbre les dédaigne , & fait fi
peudecas
Detout ce qu'ils viennent dire ,
Qu'il
GALANT.
145
Qu'il ne les écoutepas.
Il ſçait que l'espoir qui luy reſte ,
Eft en la Puiſſance celeste ;
Ilpouvoit aiſement sefaire entendre aux
Dieux
Puis qu'il estoit voisin des Cieux.
Grand Jupiter , dit-il , un ſeul devos
miracles
Peut finir un malheur qui ne peut s'égaler..
1.
Quand vous avez voulu rendre quelques
Oracles ,
Quel Cheſne mieux que moy vous fic
jamais parlere
Un autre vous diroit le ſujet de ſa
i - peine ,
Mais je m'en garderay bien ,
Vous le ſçavez ,les Dieux n'ignorent
rien.....
Sapriere nefut point vaine
Le Dieu l'exança promptiment
Et parson commandement,
Le Cielſe couvrit de nuages,
Meffagers des grands orages.
On croit qu'il veut encore innonder I'V
niversshare a
Et cen'est point raillerie ,
Tousſes Reservoirs ſont ouvers,
Muillet 1679 . G
146
MERCURE
د
d'une égale Et la pluye , &levent
furie,
Font dans le Chesne un telfracas ,
Que les Chenilles secouées
(Leurs entrepriſeséchouées)
Tombent de tous costezen bas.
Tentes & Pavillons , tout l'attirail de
Guerre
Est auffitoft jettéparterres
La tempeste finit alors ,
Etle Chesne perdit pendant tous ces
A
efforts, こ
Pendant tous ces grands ravages ,
Quelques rameaux , quelques branchages.
ment ,
Tous les Oyseaux , son plus bel orne-
Qui pour lors l'abandonnerent,
L'oragepassé, retournerent
Etdepuis leur trebuchement
Toutes les Chenilles creverent.
Le Chesne nettoyé ,par la pluye & le
vent ,
Repouſſa des feüilles nouvelles,
Ettous les Buiſſons rebelless wor
Furent rongez comme devant s
Ainsi les Envieux que nostre gloire irrites
20. Repan
GALANT.
147
Repandent fur le merite
Leurvenin le plus dangereux,
Maispar un effet contraire ,
Tout le mal qu'ils veulent faire,
Souvent retombe sur eux.
IMOTARANE
1700
Je ne vous parlay point la derniere
fois de la nouvelle Alliance
qui ſe fait entre la France &
l'Eſpagne , parce que Monfieur
le Marquis de los Balbaſes n'avoit
point encor eu de reponſe.
Voicy un detail de tout ce qui
s'eſt paſſe touchant cette affaire.
On eſtoit perfuadé icy lors que
cet Ambaſſadeur y arriva , qu'il
devoit demander Mademoiselle
en mariage pour le Roy ſon Maiſtre.
Toutes les Lettres qu'on recevoit
des Particuliers de Madrid,
donnoient ſujet de le croire.
Cependant Monfieur de los
Balbaſes n'en parla point &
cela fit juger aux plus Clair
Gij
148
MERCURE
voyans que la demande ne ſe
devoit faire que fur ce qu'il auroit
écrit en Eſpagne, du merite
&de la beauté de Mademoiselle.
On remarqua qu'il la voyoit fort
fouvent, qu'il s'attachoit à l'examiner
, & que decouvrant en
elle tout ce qu'on peut ſouhaiter
de grandes & rares qualitez
dans une Perſonne de fon rang,
il ne ceſſoit de s'en expliquer
avec éloge. Comme il ſçavoit
que la Cour d'Eſpagne n'attendoit
que ſes Lettres pour luy
envoyer l'ordre de la demander
, & qu'il ſe tenoit aſſuré de
le recevoir apres tout ce qu'il
en avoit écrit d'avantageux , il
dit aux Particuliers qui luy en
parlerent , que cet ordre n'eſtoit
point encor venu,mais qu'il
l'attendoit. En effet il le reçeut
cinq ou fix jours avant ſon Entrée
GALANT.
149
trée publique , & fit auffitoft fuplier
Sa Majeſté de luy accorder
une Audience particuliere. 11
l'obtint , fit la demande pour le
- Roy ſon Maiſtre , parla de la
violente paſſion que ce Prince
avoit pour Mademoiselle,& s'acquita
de ſa commiffion , & en
grand Miniſtre , & en galant
Homme. Le Roy luy repondit
Qu'il en parleroit à Monsieur &
à Son Confeil & laiſſa paffer
0
C
U
,
quelques ſemaines fans luy rien
dire ; ce qui obligea cet Ambaffadeur
qui commençoit à craindre
de ne pas reüffir , à faire de
preſſantes follicitations. Enfin le
Roy fatisfit ſon impatience , en
luy diſant qu'il avoit fceu les
Sentimens de Monsieur , & qu'il
accordoit Mademoiselle au Roy
d'Espagne avec joye. Il ſeroit difficile
d'exprimer celle que reçeut
Gij
150 MERCURE
1
fme
Monfieur de los Balbaſes d'une fi
favorable reponce. Il depeſcha
auffi- toſt un Gentil - homme à
Madrid pour y en porter l'avis;
&comme Mademoiſelle eſt Niêce
du Roy d'Angleterre , Monſieur
envoya dans le mein
temps Monfieur le Comte de
Flamarin à ce Prince , pour luy
faire part de cette nouvelle. Cependant
Monfieur le Chancelier,
Monfieur le Mareſchal Duc
de Villeroy , Monfieur Colbert,
& Mr de Pompone , tous deux
Secretaires & Miniſtres d'Etat,
furent nommez pour dreſſer les
Articles du Contract de Mariage.
Ils ſe preparerent à y travail.
ler au plûtoſt , & fçeurent du
Roy qu'il marîroitMademoiſelle
comme Fille de France. Le mefme
jour que Sa Majesté eut rendu
reponſe à Mr de los Balbales
GALAN Τ.
151
e
e
ſes , Monfieur fit venir Mademoiſelle
dans ſon Cabinet , pour
luy apprendre que Sa Majesté
l'avoit accordée au Roy d'Eſpagne
. Quoy que cette nouvelle
ne la duft pas beaucoup ſurprendre,
parce qu'elle y devoit eſtre
preparée ,elle ne laiſſa pas d'en
faire paroître de l'agitation,& du
trouble. Elle fit reflexion fur ce
qu'elle feroit bien- toſt obligée
de ſe ſeparer pour jamais de
1 Monfieur ; & comme il a beaucoup
de tendreſſe pour elle ,&
que cette Princeſſe l'aime auſſi
beaucoup , elle ne pût s'empécher
de verſer des larmes , dont
Son Alteſſe Royale fut attendrie..
Le lendemain le Roy entretint
Mademoiselle en particulier , &
luy dit de la maniere du monde
- la plus touchante,&la plus hon-
- neſte , qu'il l'avoit accordée en
Giiij
152
MERCURE
Mariage au Roy d'Espagne; que
le plaisir de la voir élevée en un
rang qu'elle meritoit , ne le confoloit
point de la Separation d'une
Perſonne qu'il eſtimoit tendrement,
mais qu'elle devoit sçavoir que les
Princeffes comme elle estoient àl'Etat.
Il adjoûta , Que l'Espagne luy
avoitfait un grand préſent en luy
donnant la Reyne , & qu'il croyoit
ne le pouvoir mieux reconnoistre
qu'en conſentant qu'elle fuft Reyne
d'Espagne. Il luy dit encor , Qu'il
avoit une priere à luy faire , qui
estoit deſe conformerſur l'exemple
de cette Princeffe , &d'estre außi
bonne Reyne d'Espagne , qu'elle
estoit bonne Reyne de France . Ce
difcours prononcé avec cet air
tout charmant qui accompagne
ce que le Roy dit, penetra fi fort
le coeur de Mademoiselle, qu'elle
ſe retira dans ſon Apartement
toute
GALANT.
153
!
1
toute en larmes. On en avertit
Monfieur, afin qu'il euſt la bonté
de la venir conſoler;mais il répondit
, Qu'il la conſoleroit mal,
puis qu'il ne pourroit la voir fans
estre außi attendry qu'elle. Depuis
ce temps- là, cette Princeſſe a un
peu moderé ſon déplaiſir , par
la confideration de l'ardent
amour que le Roy d'Eſpagnetémoigne
pour elle , & par l'extraordinaire
impatience avec laquelle
elle ſe voit attenduë de
tous ſes Sujets. Son Contract de
Mariage ayant eſté ſigné par les
Commiſſaires choiſis par le Roy
dont je vous viens de dire les
noms , & par Monfieur le Marquis
de los Balbaſes , fut envoyé
fur l'heure en Eſpagne. Dés
qu'il y aura eſtératifié , qu'il ſe
ra ſigné par les Parties, & qu'on
aura reçeu la Diſpenſe qu'on at-
Gv
154
MERCURE
tend de Rome , on fera la ceremonie
des Epousilles. Le Roy
d'Eſpagne qui n'avoit fait demander
Mademoiſelle que dans
une audience particuliere,a écrit
au Roy fur ce ſujet , & fa Lettre
fut renduë à Sa Majesté par Mr
de los Balbaſes,das une Audience
publique. Cet Ambaſſadeur l'eut
le meſme jour de toute la Maifon
Royale. Il pria Mademoiſellede
luy donner ſa main a baifer
au nom du Roy d'Eſpagne , ce
que cette Princeſſe luy accorda.
Si dans les cinq ou fix jours qui
nous reſtentencor de ce Mois , il
ſe paſſe quelque choſe de nouveau
ſur cet Article,je le referveray
pour le Mois prochain , afin
de ne reprendre pas la meſme
matiere. Vous n'y perdrez rien,
pourveu que la premiere fois
que je vous écriray, je vous faſſe
GALANT.
13)
1
e
un récit éxact de tout ce qui ſera
arrivé,& que je le commence par
où celuy- cy finit.
17814 LYON
Si vous doutiez de ce qui a eſté
dit cent fois,qu'il n'y a pointd'obſtacles
fi forts que l'amour ne ſoit
capable de ſurmonter, il me ſeroit
aiſé de vous en convaincre par
l'Avanture qui ſuit .
Un Gentilhomme, jeune, bien
fait, & fpirituel , revenu de l'Armée
apres fix années d'abſence,
devint paſſionnement amoureux
d'unefort aimable Perſonne qu'il
voyoit ſouvent chez une Dame
deſes Amies .Son Amour fut auſſi
toſt connu de la Belle , &en fut
connu avec plaiſir. Un vieux diferent
qui diviſoit leurs Familles
, devoit peut- eſtre les empefcher
de s'abandonner à leur panchant,
mais la ſympatie fut fi forte
entr'eux , que cette raiſon ne
les retint point. Au contraire, ils
196 MERCURE
furent perfuadez qu'on ne feroit
pas fâchéde ſe reünir par unMariage,&
ne voyant aucun obſtacled'ailleurs
àleurs deſſeins , ny
pour lebien,nypour la naiſſance,
ils ſe jurerentune eternelle fidelité.
LeCavalier repondoit de gagner
fon Pere.Çeluyde la Belle
ne leur paroiſſoit pas inexorable,
& la Dame qui favorifoit leurs
entreveuës, ayant entreprisd'en
venir à bout , il ne reſtoit qu'à
prendreuntemps favorable pour
reüffir . Elle estoit un jour chez
luy. Apres une longue converfation
furdiferentes matieres,quelqu'un
parla du retour du Cavalier
,& dit beaucoupde chofes à
fon avantage. Le Pere de la Belle
ſe contenta de repondre qu'il le
croyoit tel qu'on le diſoit , mais
qu'il ne le connoiffoit pas. Cette
reponſe faiſant juger à la Dame
qu'il n'eſtoit prévenu d'aucune
GALANT. 157
aigreur , elle le pria de luy donner
audience dans ſon Cabinet.
La declaration fut faite,mais fort
mal reçeuë. Ilne pût goûter de
s'allier à ſon Ennemy , & diſant
toûjours que le Cavalier n'ai-
- moit fa Fille que parce que ſon
Bien l'accommodoit, il prit pour
outrage l'intelligence ſecrete qui
s'eſtoit formée entr'eux. Il s'en
expliqua fort feverement avec la
Belle , & pour comble de difgra.
- ces , il luy défendoit de voir la
Dame qui s'intereſſoit dans cet
amour. La Belle en fur affligée
au dernier point , mais elle n'en
demeura pas moins ferme dans
l'éternelle correſpondace qu'elle
avoit promiſe à fon Amant
Ne pouvant le voir, parce qu'elle
eſtoit continuellement obfer
vée, elle apprit de ſes nouvelles
par la Dame qui trouva moyen
de
158 MERCURE
de luy faire tenir quelques Billets
ils eſtoient ſi remplis de paffion
, que ce nouveau commerce
qu'ils entretinrent quelque
temps , les confirma dans la refolution
de ſe roidir contre tous
lesobſtacles qui s'offriroient.Cependant
les perſecutions que re
çeut la Belle pour un autre Amant
, jointes au chagrin de ne
plus voir celuy qu'elle aimoit,
l'accablerent tellement , qu'elle
n'y pût reſiſter.Elle tomba dans
une langueur fâcheuſe. La fiévre
la prit, & les accés un furent
fi violens ,que le Medecin craignit
pour ſa vie. Son Pere fut
ſenſiblement touché de fa maladie.
Il s'en crut la cauſe;& comme
ce qui s'eſtoit paffé n'empefchoit
pas qu'il ne l'aimaſt cherement,
la peur de la perdre luy fit
chercher tout ce qui pouvoit
ſervin
GALANT.
159
fervir à ſa gueriſon. Il n'y crut
rien de plus propre que de luy
- faire esperer ,que quad elle feroit
en état d'entendre parlerd'affaires,
il verroit ce que ſes Amis luy
= conſeilleroient touchant l'alliance
du Cavalier. Cette eſperance
dont elle ſe laiſſa aifément flater,
fut un remede fouverain pour
fon mal. Sa fiévre diminua , &
quelques Voiſines eurent permiſ.
fion de la voir pour la divertir .
L'une d'elles eſtant Amie intime
du Pere, il la pria de mettre tout
= en uſage pour la dégoûter de sõ
Amant, ſans qu'ily paruſt d'affectation
. Elle l'entreprit , & avoit
tous les jours quelque méchant
conte à luy en faire. Tantoſt il
eſtoit le Proteſtant le plus affidu
d'une Dame qu'elle connoiffoit.
Tantoſt il faifoit d'agreables
Parties de Promenade avec d'au
tres
160 MERCURE
tres Belles , & par tout il n'avoit
en teſte que ſes plaiſirs,fans s'inquiéter
du cours de fon mal.L'aimable
Malade en foûpiroit; mais
ſa Garde que le Cavalier avoit
gagnée, & par qui elle recevoit
tous les jours de ſes nouvelles,
l'affuroit fi fortement de la fincerité
de ſa paffion,que ſi ces malicieux
raports lui cauſoient quelquefois
un peu de chagrin , c'eſ
toient de foibles nuages qui ſe
diſſipoient en un moment. Le
Cavalier eſtoit averty de tout,
&dans l'impatience de ſe juſ,
tifier luy-meſme avec ſa Maîtreſſe
il prit le plus bizarre deffein
dont on ait jamais entendu
parler. Mais dequoy un
Amant n'eſt - il point capables
Quoy qu'il euſt paffe fix ans à
l'Armée , on l'y avoit envoyé ſi
jeune,qu'il eſtoit encor en âge
de
GALANT . 161

de ſe pouvoir déguiſer en Fille .
Il ſe reſolut d'en joüer le rôle . Ses
traits étoient délicats. Sa taille facilitoit
la métamorphoſe , & un ,
peu plus de liberalité envers la
Garde , luy fit faire tout ce qu'il
voulut. Elle ſupoſa quelques affaires
qui l'obligeoient à fortir
ſouvent , offrit une Perſonne de
confiance pour tenir ſa place
pendant le jour , & afſura qu'elle
reviendroit veiller la nuit au-
- pres de la Demoiselle. Elle tourna
la choſe ſi adroitement,qu'elle
fut executée dés le lendemain.
Le Cavalier traveſty entra dans
la Chambre. La Garde luy dit
tout haut ce qu'il faloit faire,
promit tout bas à la Belle de luy
envoyer au plus viſte des nouvelles
du Cavalier ,& fortit fans
l'avoir avertie du déguiſement.
La Malade n'en connut rien, foit
parce
1
162 MERCURE
parce que la Chambre n'eſtoit
éclairée que d'un faux jour, ſoit
parce que la nouvelle Garde ſe
contentat d'agir sas parler, ne luy
donnoit pas lieu de la regarder
attentivement. La maniere dont
elle ſe découvrit eut quelque
choſe de fort fingulier. La Dame
qui eſtoit fi fortdans les intereſts
du Pere , vint voir la Malade, &
à fon ordinaire elle ne manqua
point de mettre le Cavalier fur
le tapis. Elle dit qu'elle venoit
de le voir monter en Carroffe
dans une propreté achevée,qu'il
eſtoit avecune Dame toute brillante
dont on ne luy avoit pûdire
le nom, & qu'aparemment ils
alloient enſemble à quelque Régal.
La Belle qui luy avoit déja
une fois parlé là -deſſus avec aigreur
, répondit fort fierement
qu'elle estoit ennuyée d'entendre
GALANT. 163
dre ſes contes, qu'elle ſçavoit ce
qu'elle devoit croire du Cavalier,
que tous ſes ſoins à luy faire
ſoupçonner ſa fidelité eſtoient
( inutiles ,& qu'une fois pour toutes
elle la prioit de ne luy en parler
jamais.Jugez quelle joye pour
-la fauſſe Garde qui entendoit
tout. La Dame fortit, & perſonne
n'eſtant reſté dans la Chambre,
le Cavalier métamorphoſé prit.
l'Ecritoire qui ſervoit au Medecin
, écrivit quelques lignes à la
haſte , ouvrit la Porte comme ſi
quelqu'un euſt frapé , &donna
en ſuite le Billet à la Malade. Elle
en reconnut d'abord l'écriture
, & furpriſe de ne le voir pas
cacheté , comme l'eſtoient tous
les autres, elle fit tirer un de ſes.
Rideaux pour lire ce qu'il conte.
noit.Il étoit cõçeu en ces termes.
Ie vousfuis infiniment obligéde
la
164 MERCURE
la bonté avec laquelle vous avez
pris mon party. Vous l'avez pû en
toute afſurance. D'aujourd'huy je
n'ay monté en Carroffe. D'aujourd'huyje
ne me suis entretenuqu'avec
vous , & quoy qui arrive, vous
Serez toûjours laſeule Persone bril-
Lantepourmoy.La propretédans la
quelle on vient de vous aſſurer qu'o
m'a veu , ne s'accorde guere avec
l'habit que j'ay pris . Il ne laiſſepas
de m'estre fort agreable , puis qu'il
m'engage à fuir tout le monde pour
vous avoir toûjours preſente à mes
yeux, & qu'il me donne lieu par là
de vous convaincre de la plus ardente
paſſion quifut jamais .
Rien n'approche de l'étonnement
où la lecture de ce Billet
mit cette aimable Perſonne. Elle
ne pouvoit comprédre par quelle
fortede revelation ſon Amant
ſçavoit déja ce qu'il ne pouvoit
avoir
2
1
165
GALANT.
1
avoir appris ſans l'aide de quelque
Eſprit familier. Il n'y avoit
qu'un moment que le conte du
Carroffe &de la Dame brillante
s'eſtoit fait, & il avoit déja eu le
temps de luy en écrire. Apres
mille penſées diferentes qui ne
faifoient que l'embaraſſer toûjours
davantage , elle appella ſa
nouvelle Garde pour ſçavoir de
qui elle avoit le Billet. Il falut
qu'elle parlaſt,& fon ton de voix
ayant obligé la Belle à examiner
ſon viſage, elle reconnut le Cavalier.
Il ſeroit difficile de vous
exprimer ſes ſentimens.Cequ'el.
le devoit à la bienſeance,luy faifoitvoir
avec peine un Homme
déguisé en Fille aupres d'elle.
Elle voulut d'abord s'en fâcher,
mais que ne peut point l'amour.
Le Cavalier luy dit des choſes ſi
tendres , & luy perfuada fi bien
que
166 MERCURE
que n'eſtant preſque point connu
dans la Ville à cauſe de ſa
longue abſence , il ne la mettroit
en aucun danger , qu'elle conſentit
enfin à le retenir pour
Garde. Il luy fit connoiſtre la
fauſſeté de toutes les Parties galantes
qu'on luy avoit imputées,
par celle dont elle venoit d'eſtre
convaincuë , puis qu'on le faiſoit
aller en régal avec une Dame,
tandis qu'il ſe métamorphoſoit
pour la garder. Les proteſtations
redoublerent , & jamais Amans
ne ſe promirent fi fortement
de s'aimer toûjours. La nuit arriva.
La Garde revint, & le Cavalier
pria inutilement qu'on
luy permiſt de veiller. On voulut
qu'il ſe retiraſt juſqu'au lendemain.
Vous jugez bien qu'il
ne fut pas pareſſeux à revenir.
Les choſes ſe paſſerent de cette
forte
GALANT. 167
{
1
forte pendant huit jours. Il avoit
des ſoins ſi particuliers de la
Malade , qu'ils eſtoient remarquez
de tout le monde. Chacun
l'en loüoit , & le Pere luymeſme
dit un jour qu'il n'avoit
point veu de Garde plus officieuſe
, & qu'il auroit ſouhaité
- qu'elle ſe vouluſt attacher pour
toûjours auprés de ſa Fille. La
fauſſe Garde ne pût s'empeſcher
de rire,& luy ayant dit qu'elle ſe
tenoit fort heureuſe de luy plaire
, elle adjoûta que rien ne la
fatisferoit davantage que le Party
qu'il propoſoit. Une Amie
qui entra dans ce meſme inf
tant , empefcha le Pere de répondre.
La Malade , à qui la
joye de voir toûjours ſon Amant
rendoit viſiblement la ſanté , ſe
fâchoit preſque de guerir trop
1
toſt , quand une occafion impréveuë
168 MERCURE
préveuë luy épargna le déplaifir
de s'en ſeparer. Son Pere
tomba malade à ſon tour , &
pria la jeune Garde d'avoir ſoin
de luy. Elle y conſentit , à la
charge que ce ſeroit elle ſeule
qui le garderoit , & qu'on n'en
feroit point venir une autre la
nuit. C'eſtoit ce qu'il demandoit.
Les manieres de la fauſſe
Garde , ſa vigilance , & l'honneſteté
avec laquelle elle alloit
au devant de tout , l'avoient tellement
charmé , qu'il la vouloit
voir à tous momens. Sa maladie
fut tres-dangereuſe. Le Cavalier
traveſty ne le quitoit point , &
animé par la veuë de ſa Maiftreſſe
qui venoit ſouvent dans ſa
Chambre , il le veilla avec un
foin ſi particulier,qu'étant tiré de
peril par la force des Remedes,
il crut devoir la vie à ſa Garde,
&
GALANT. 169
1
-
& l'aſſura de tout ce qu'elle pour-
= roit ſouhaiter de luy pour récompenfe
.Elle le pria de ſonger
ſeulement à ſe guérir. Il recouvra
ſa ſanté , & luy ayant propo-
= ſe ſérieuſement de grands avantages
aupres de ſa Fille , ſi elle
vouloit s'attacher à ſa fortune,
comme il luy en avoit déja parlé
en riant avant qu'il tombaſt
+ malade ; l'adroite Garde luy dit
- que c'eſtoit ſa plus forte paffion,
= & qu'elle ne ſouhaiteroit rien
tant que de luy voir rendre cet
engagemet ſi fort,qu'il ne ſe puſt
- rompre que par la mort de l'une
ou de l'autre; mais qu'eſtantd'une
tres-honneſte Famille, &dépendant
d'un Frere qui ne luy
avoit laiſſe prendre l'employ où
il la voyoit que par de tres- puifſantes
raiſons , elle avoit beſoin
de fon conſentement pour dif-
Juillet 1679 .

H
170 MERCURE
poſer d'elle ; qu'il tiendroit à
gloire de le venir trouver le lendemain,&
qu'elle feroit contente
de tout ce qu'ils réfoudroient
enſemble. Elle le pria en meſme
temps de luy permettre de ſe retirer,
ſous prétexte d'aller conférer
avec ce Frere , & fortit apres
avoir averty la belle de ce qui
devoit arriver le jour ſuivant. Il
s'agiſſoit de tout leur bonheur.
C'eſtoit dequoy prendre un peu
d'alarme . Cependant le Cavalier
ne s'étonna point, & crut s'eſtre
ſi bien misdans les bonnes graces
du Pere , qu'il alla chez luy
avec confiance d'eſtre bien reçeu.
Il le fit demander par un
Laquais de la part de la Perſonne
qui l'avoit gardé ; & l'ordre
eſtant venu de le faire entrer, il
monta en ſe cachant le viſage
avec un mouchoir , pour n'eſtre
pas
GALANT.
171
pas reconnu des Domeſtiques.
- Il eſtoit dans une propreté qui
furprit le Pere. Tant d'ajuſtement
ne convenoit point au Frere
d'une ſimple Garde ; & quoy
que la reſſemblance des traits ( il
- eſtoit impoſſible d'en trouver de
= plus ſemblables ) l'afluraſt qu'on
luy avoit dit vray de ce coſté- là,
il ne pouvoit que s'imaginer de
-ce qu'il voyoit. Le Cavalier ne
le tint pas longtemps en erreur.
Il ſe fift connoiſtre pour le Fils
de ſon prétendu Ennemy , luy
- déclara l'avantage qu'il avoit de
- s'eſtre fait aimer de fa Fille , &
ſe jettant à ſes pieds pour luy demander
pardon du déguiſement
où l'impatience de voir ce qu'il
aimoit plus que luy-meſme ,l'avoit
obligé de recourir , il luy
parla d'une maniere ſi touchan
te du pouvoir où il eſtoit de le
Hij
172
MERCURE
rendre le plus heureux ou le
plus malheureux de tous les
Hommes, quele Pere s'en eſtant
laiſſé attendrir , le fit relever en
l'embraſſant. Il admira la conſtance
de ſon amour , fit venir ſa
Fille,approuva ſon choix,& prit
un Arbitre pour le diférend
qu'il falloit accommoder. On régla
les chofes, & l'Amant Garde
de ſa Maiſtreſſe , ſe vit quelques
jours apres le plus content de
tous les Maris.
Monfieur Verjus , Secretaire
de la Chambre & du Cabinet du
Roy , fut choisy le dernier Mois
par Sa Majesté pour eſtre ſon
Plénipotentiaire à la Diete de
l'Empire aſſemblée à Ratisbonne,
&composéedes Plénipotentiaires
& Deputez de l'Empereur,
& des Couronnes de France,
d'Eſpagne , de Suede, de Danemarck,
GALAN T.
173
marck , du Duc de Savoye , de
tous les Electeurs , Princes , &
Etats d'Allemagne ,& de tous les
autres Princes qui ont quelque
intereſtaux Affaires de l'Empire.
La réputation de probité , & de
fidelité qu'il s'eſt acquiſe dans
les Emplois qu'il a déja eus en
Allemagne,y a fait recevoir certe
nouvelle avec joye dans la
plupart des Cours des Electeurs,
& des Princes. Elle doit eſtre
grande poureux, d'avoir à traiter
avec les Miniſtres d'un Roy qui
garde l'exactitude la plus ſcrupuleuſe
dans l'execution de ſes
paroles ,& qui préfere avec tant
de gloire l'intereſt de ſes Alliez ,
à ſes propres avantages. Je ne
vous parleray point des qualitez
qui ontfait juger Monficur Verjus
propre à cet Employ. Tout le
monde ſçait avec quel fuccez il
Hij
174 MERCURE
s'eſt déja acquité des Negotiations
qui luy ont eſté confiées en
Portugal, en Savoye , en Angleterre
, & fur tout en Allemagne,
où ſa Majesté l'a honoré de pluſieurs
importantes Commiffions
en qualité de ſon Envoyé Extraordinaire
, tant aux Diétes de
Vveſtphalie , & de Baffe - Saxe,
qu'aupres des Electeurs de Brandebourg,
& de Cologne, de tous
les Princes de la Maiſon de
Brunſvvic, & de Lunebourg, du .
Duc de Neubourg, du Landgrave
de Heſſe , des Eveſques de
Munster & de Paderborn ,
des Villes & Républiques de
Cologne , de Hambourg , & de
Strasbourg , & de divers autres
Princes & Etats de l'Empire.
L'application qu'il a euë à bien
apprendre les Langues Etrangeres
qu'il poffede parfaitement,
د
foit
GALANT.
175
- ſoit pour les parler , foit pour les
= écrire , n'a point empeſché qu'il
n'ait gardé toute la politeſſe de
la noſtre . Il en a donné des marques
publiques par le grand
nombre de Mémoires, de Manifeſtes
, & d'autres Ecrits qui ont
paru en divers temps , & qu'il a
fait ſelon le beſoin des affaires ,
pour remédier aux artifices des
Ennemis de la France , & pour
réfuter les calomnies dont ils
rempliſſoient toute l'Europe. Il
ne faut pas s'étonner de la paffion
qu'il a toûjours fait paroître
pour les belles Lettres& pour la
perfection de noftre Langue ,
puis qu'il latient de Famille , &
comme par Succeſſion . En effet
les Sciences n'ont point eu de
plus ſolides appuis au Siecle pafſé
que Meſſieurs Verjus , Prefidens
& Conſeillers au Parle-
Hij
176
MERCURE
ment. On ſe ſouviendra toûjours
du fameux Préſidét André Verjus,
qui en tant d'occaſions a ſi vigoureuſement
défendu les droits
de la Couronne. Perſonne n'a fair
plus de bruit que le docte Confeiller
Jacques Verjus , ſi eſtimé
de tous les Sçavans de ſon teps.
L'Ayeul & le Pere de celuy dont
-je vous parle , ont eu la meſme
inclination pour les belles Connoiſſances
; & les Ouvrages que
le dernier avoit donnez au Publicdans
ſa jeuneſſe , firent ſouvent
regreter à Monfieur Coeffeteau
& à Meſſieurs de Vaugelas
& Malherbe , ſes intimes
Amis, que ſes voyages & ſes affaires
l'euſſent éloigné de leurs
exercices . La vaſte érudition de
Monfieur l'Abbé Verjus,admiré
de la plupart des Sçavans de
l'Europe qui ont honoré ſa memoire
GALANT.
177
moire de leurs éloges , fut toûjours
accompagné d'une ſigrande
politeſſe en noſtre Langue,
qu'il ne ſe peut rien voir de
mieux écrit que quelques- uns de
ſes Ouvrages qui ſont devenuspublics
.Ces verite z n'ont pas eſté
inconnuës à Meſſieurs de l'Académie
Françoiſe , qui ayant à
remplir la place de Monfieur
l'Abbé Caſſagne , ont crû ne le
pouvoir faire plus dignement
qu'en choiſiſſant le meſme Mr
Verjus qui a donné lieu à cet
Article. Il porte un nom conſacré
depuis longtemps aux Muſes
Françoiſes , & on luy a rendu
juſtice par ce choix. Il fut reçeu
il y a trois jours dans cette
celebre Compagnie. On nem'a
encore rien appris du Compliment
qu'il luy fit. Je vous en rendray
compte le Mois prochain..
Hv
178 MERCURE
Vous vous plaindriez de mon
peu de foin, ſi un autre que moy
vous faiſoit voir un Placet qui a
eſté preſenté au Roy depuis
quelques jours par un ancien
Officier, à qui Sa Majeſté donne
penfion. Il y avoit attaché un
Ruban bleu d'où pendoit une
Médaille de trente Loüis d'or.Le
Portrait du Roy eſtoit dans cette
Médaille.
PLACET AU ROY.
C
Ette Medaille, S IRE,
niere Piece,
eftma der-
Vostre auguste Portrait fait toute maricheffe
,
Trop heureux de garder ce gage précieux
Qui préſente par tout voſtre image à mes.
yeux ;
Mais réduit à lafin dans un êratfuneste,
GrandRoy,cette Médaille est tout ce qui
me reste,
Et n'ayant pour tout bien que ce charmant
LOUIS,
Pour
GALANT.
179

Pourconferver le grand , j'ay beſoin des
Ordonnez, s'il vous plaiſt , SIRE , que
petits.
l'on m'endonne ;
Quoy que vieux Officier, j'ay la dent af-
Sezbonne,
Etpour comblede mes defirs,
Qu'ilssoientdevosmenus plaiſirs.
.1
Le Roy fitrendre la Médaille
à l'Officier, & fa Penſion luy fut
payée dans le meſme temps ſur
l'argent qui s'appelle des Menus.
Rien n'eſt plus avantageux qu'-
une gratification fur ce Fond,
puis qu'il ne faut point d'Ordonnance
pour eſtre payé.
La Cour eſt toûjours à S.Germain
, d'où elle va ſouvent ſe
promener à Verſailles , & quelquefois
à S. Cloud. Les Parties
de Chaſſe ſont le plus ordinaire
de ſes plaiſirs. Je ne vous en parle
pas tous les Mois,pour ne vous
pas
2
180 MERCURE
pas répeter toûjours la meſme
choſe;mais je doy vous dire qu'-
il ne ſe paſſe point de Semaine
qu'elle ne prenne ce divertiſſement
plus d'une fois . La Chaſſe
qui ſe fit il y a environ quinze
jours , fut remarquable. Elle dura
dix heures , le Cerf ayant mené
lesChaſſeurs à Dampierre , qui
eſt à plus de huit grandes lieuës
de S.Germain. Madame dont la
vigueur eſt extraordinaire dans
les Exercices de cette nature,
créva ſon Cheval ſous elle,quoy
qu'il fuſt tres vigoureux. Il s'appelloit
le Schomberg. Le Marefchal
de ce nom en avoit fait préfent
au Royàcauſe de ſa grande
bonté,& Sa Majesté l'avoit donné
àcette Princeſſe. Jugez de la
vigueurde noſtre Cour, puis que
les Dames meſimes y demeurent
dix heures à cheval pendantles
plus
GALANT. 181
plus grandes chaleurs de l'Eté.
Monfieur le Prince de Marfillac
qui avoit preſté ferment de la
Charge de Grand Véneur quelques
jours auparavant, ſe trouva
pour la premiere fois à la Chafle
en cette qualité. Tous les Grands
Véneurs ſont obligez de porter
leCor , &d'en ſonner ; & comme
cet Employ eſt quelquefois
d'une fort grande fatigue,le Roy
voulut bien faire la grace àMonſieur
de Marfillac de l'en dif
penſer.
Monfieur deClapiſſon du Lin,
Doyen des Auditeurs des Comptes
, & Frere de Monfieur de
Clapiffon Controlleur Genéral
de l'Artillerie , fort connu par la
beauté de ſon eſprit , eſt mort
depuis quelques jours âgé de
quatre-vingts ans . Il eſtoit d'une
humeur fort douce , honneſte
Hom
182 MERCURE
Homme,bienfaiſant, & tres eſtimé
dans ſa Compagnie .
Nous avons auffi perdu Monſieur
l'Abbé Laudati - Caraffa,
Frere du Duc Marſano Napolitain
, & Allié de tout ce qu'il
y a de plus grad dans ce Royaume.
Quelques intereſts de Maifon
l'ayant embarqué dans le
Party de Monfieur de Guiſe , il
fut envoyé à la Cour de France
en 1648. par la Nobleſſe de Naples
avec le Duc de Villanova
fon Couſin germain , & le Marquis
dela Caya . Le Roy touché
de la grandeur de ſes ſervices,
luy a donné pendant ſa vie une
Penſion conſidérable; & le Prince
Thomas de Savoye qui le conoiſſoit,
le logea pendant les premieres
années de ſon ſejour à
Paris , dans l'Hoſtel de Soiffons,
où Madame la Princeſſe de Carignan
,
GALANT. 183
-rignan , dont la genérosité eſt fi
connuë , l'a toûjours traité avec
beaucoup de conſidération , regardant
en luy, outre ſa naiffance
, les ſervices qu'il avoit voulu
rendre à la France , & l'amitié
dont le feu Prince Thomas fon
Mary I honoroit. C'eſtoit un parfaitement
honneſte Homme de
bon fens,&de bon efprit ,& qui
faifoit aifément connoiſtre ce
qu'il eſtoit né , par la maniere
dont il faifoit toutes choſes.
Quoy que l'image de la Mort
ſoit fâcheuſe, je croy que vous la
ſoufrirez avec plaifir , pour voir
ce que Madame la Comteſſe de
B. a fait fur celle de Madame la
Ducheſſe de Longueville. C'eſt
une des Illuſtres de voſtre beau
Sexe. Tout ce que nous avons
veu d'elle eſt ſi achevé , que ſon
nom ſera toûjours une forte recom
184 MERCURE
commandation pour ſes Ouvrages.
Ainſi je ne vous dis rien de
celuy-cy, finon que le titre qu'elle
luydonne, eſt .
すけ
ΕΡΙΤΑPHE
DE MADAME
LA DUCHESSE
DE LONGUEVILLE.
* 1893
*
de Bourbon, Duchesse de
ALongueville on the fir
fesjours , pour commencerſon heureuse
éternité. Cette Princeſſe ſe
trouvanée avectous les avantages
dont une Creature pent estre douée;
car elle estoit fortie d'un sang qui
ne forme que des Monarques&
des Héros ; &pour achevement de
fa grandeur , elle s'est venëproche
Parente d'un Roy qui fait &qui
fera l'étonnement & l'admiration
de
GALANT. 185
de tous les Siecles . Cet avantage
s'est trouvé accompagné de celuy
d'estre Soeur d'un Prince, dont lerare
merite & l'éclatante valeur
empefcheront toûjours les Conquérans
dutemps passé , d'oferpreten
dre à la premiere Gloire. Elle avoit
donc ainſi du coſté de la Naiſſance
tout ce quipeutsatisfaire l'orgueil.
Elle ne l'eut pas moins du coſté de
Ja Perſonne , quise trouvoit ornée
de la beauté&de l'esprit d'un Ange.
Son air celesteſembloit estre le
prefagecertain que Dieu la refervoit
pourluy , & qu'ilvouloit luy
donner des lumieres qui inſtruiroiet
Ses yeuxàneplus regarder que le
Ciel. En effet, des que les reflexions
de cette Princeſſe luy eurent appris
qu'ily avoit un Eftre plus parfait
que lefien , elle ceſſa dêlors d'estre
ébloüye d'elle-mesme , & commençant
à mépriser les graces de fa
Per
186 MERCURE
Perſonne & celles defon Esprit, elle
ne confidera plus fon Corps que
comme une victime qu'elleprenoit
plaisir d'immoler à chaque instant .
Ce Dieu qui s'estoit fait connoistre
à elle , s'estoit en mesme- temps fi
parfaitement rendu maistre de ſon
coeur , qu'il l'en avoit chaßée ellemesme
; & depuis qu'elle eut le
bonheur de connoistre qu'il y avoit
quelque chose de plus digne d'adoration
qu'elle n'avoit estéſetonſes
yeux,& selonles yeux de tous ceux
qui l'avoient jamais veuë, elle prit
pour Dieu un attachement fifidelle,
qu'àpeine s'estoit - ellegardéaucun
fentiment humain , hors celuy
de regarder avec veneration &
tendreffe le Prince Son Frere .Toutes
les autres choses luy parurent indignes
d'une Ame Chreftienne. Elle
a veſcu ainſipluſieurs années fans
vivre , quand Dieu voulant finir
cette
GALANT. 187
- cette longueSouffrance , luy envoya
la mort, ſeulement pour la conduire
à la gloire que tant de vertus
avoient méritée. Ainsi en échange
deſa ſolitude volontaire , elle va
prendre place parmy la Troupe des
Bienheureux Esprits qui compoſent
la Cour dece Roy, dont la gloire&
la puiſſance nefiniront jamais.Pour
les graces & les beautez de fon
Corps, qu'elle avoit méprisées, elle
en va recevoir de bien plus brillantes
& de bienplus durablesi&
pouravoir aneanty tous les mouvemens
de ſon coeur, fans luy permettre
aucun sentiment d'amitié ny
dehaine, ilfera comblé d'une eternellejaye
; & enfin chacun desfacrifices
qu'elle afaits , recevrade
la bonté de Dieu sa récompense
particuliere. Heureux ceux qui
pourront recueillir ce qui nous reste
d'Anne de Bourbon , l'exemple de
toutes
188 MERCURE
toutes les Vertus , &qui en atten.
dant la force de les pouvoir imiter,
auront du moins la justice de les
lover!
Je viens au paſſage du Véſer.
C'eſt une ſeconde Action qui a
ſuivy celle dont je vous ay déja
rendu compte. Elle a quelque
choſe de fort remarquable. En
1672. qu. fut la premiere année
de cette Guerre , l'Armée que
commandoit le Roy en perſonne
, pafla le Rhin à la nage ; &
en 1679. qui eſt la derniere année
de la meſme Guerre , Monſieur
le Marefchal de Créquy a
fait pafler le Véſer de la meſme
forte à l'Armée de Sa Majeſté.
Ainſi la Guerre a finy comme
elle avoit commencé , c'eſt à dire,
par une Action auſſi éclatante
que vigoureuſe, & dont l'exécution
GALANT. 189
cution ſemble ne devoir eſtre
tentée que par des François.
Voicy de quelle maniere elle
s'eſt faite .
Monfieur de Créquy ayant
quittéle Camp qu'il avoit répris,
apres avoir mis les Ennemis en
déroute le 21. de Juin,vint camper
au bord du Véſer le 26. du
meſme Mois. Son deſſein eſtoit
d'attaquer la Ville de Minden
qui eſt en deça de cette Riviere
; mais comme il vit bien qu'elle
ſeroit ſecouruë par ſon Pont
qui eſt au delà , à moins qu'il ne
l'empefchât , il reſolut d'en venir
àbout. Quoy qu'il faluſt paſſer
la Riviere pour aller au Pont , &
que les Ennemis fuſſent poſtez
fur ſes bords , rien ne parut difficile
à ce General. Il ne douta
point qu'il ne les ſurpriſt en ſe
preſentant pour ce paffage, pen.
dant
190 MERCURE
dant que Monfieur de Calvo qui
devoit paſſer le Véſer plus loin,
avanceroit ſans qu'ils s'en doutaſſent
pour les prendre en flanc.
Cependant comme il ne vouloit
pas fatiguer toute l'Armée , &
que l'endroit par où il eſtoit arreſté
que Monfieur de Calvo
paſſeroit , eſtoit éloigné des Ennemis
& vis à vis de fon Camp,
il trouva moyen d'y faire un
Pont , quoy que l'équipage de
l'Artillerie n'eſtant point encor
arrivé, il manquaſt de la plupart
des choſes neceſſaires pour le
cõſtruire . Ce Pont fut achevé le
trentiéme , & Monfieurde Calvo
Lieutenant General paſſa auffi-
toſt deſſus, avec Monfieur Roſe
Mareſchal de Camp, & Monſieur
le Marquis d'Uxelles Brigadier.
Ils eſtoient accompagnez
des Dragons de Barbefieres , des
Batail
GALAN T.
191
Bataillons de Humieres , Lyonnois,
Vermandois , & Louvigny,
& de toute la ſeconde Ligne de
Cavalerie, à qui on avoit dit qu'--
on les menoit établir les Contributions.
Monfieur de Créquy
- marcha dans le meſime-temps de
ſon coſté , ſuivy de Meſſieurs de
Choiſeul ,de Roye, & de Joyeuſe,
Lieutenans Generaux , & de Mr
de Sourdis Mareſchal de Camp.
Ils avoient avec eux la Brigade
de Lauriere , celle de Florenſac,
- les Dragons du Roy , les Dau-
-phins , ceux de Tilladet , & un
- Détachement des Grenadiers
commandez par Monfieur de
Crenan . Ces Troupes ayant eſté
découvertes par une petite Garde
des Ennemis , on vit en un
moment toute leur Cavalerie,
leurs Dragons , & quelque Infanterie,
ſe mettre en Bataille au
bord
192
MERCURE
bord de l'eau . Monfieur de Créquy
y fit mettre auſſi ſes Troupes.
Trois ou quatre Piecesde
Canon que les Ennemis firent
venir,incommodérent fort noſtre
Cavalerie. Leur Infanterie faifoit
auffi un fort grand feu fur
nos Grenadiers , qui estoient ſur
le bord de la Riviere ſans tirer.
Ce fut où Monſficur le Marquis
de Mougon reçeut un coup de
Mouſquet à la cuiffe. On effuya
ce feu pendant plus d'une heure,
en attendant que Monfieur de
Calvo paruſt. Le Château de
Bergen qui eſt tres -bon , & dans
lequel les Ennemis avoient trois
cens Hommes , l'avoit arreſté.
Comme c'eſtoit le ſeul chemin
qu'il y euſt , & qu'il falloit prendre
le Château , ou en effuyer le
feu , Monfieur de Calvo donna
ordre à Monfieur de Barbeſieres
de
GALANT. 193
de faire mettre pied à terre à ſes
Dragons pour l'attaquer. Ils eftoient
déja au pied , lors que Mr
de Créquy fit direà Mrde Calvo
de cõtinuer ſa marche;ce qui
obligea ce Lieutenant General
de faire diférer l'attaque de ce
Château , juſqu'à ce que Monſieur
le Marquis d'Uxelles fuſt
arrivé avec l'Infanterie.Pendant
cette attaqueMonfieur deCalvo
pafla par un chemin fort eſtroit,
& exposé au feu du Château.
Dés que la teſte de ſes Troupes
parut au ſortir du Défilé , Mon-
-ſieur de Créquy fit paſſer la Ri-
⚫viere à celles qui estoient aupres
de luy fur une meſme Ligne,
ſçavoir à ſes Gardes commandez
par Monfieur de Roquefeüille
; aux Gardes ordinaires de
Dragons , & de Cavalerie ; à
un Eſcadron de Cuiraffiers qui
Iuillet 1679 . I
194 MERCURE
avoient la grand' Garde commandée
par Mr de la Houſſaye,
ayant à leurs teſtes Meſſieurs les
Marquis de Créquy , de Bellefonds,
deClermont de Chaſte,de
Chefboutonne & de Martron,&
Meſſicurs de Lanſon , & de Chamarante
; au premier Eſcadron
de Mestre de Camp commandé
par Monfieur de Premont ; &
aux Regimens de Lauriere, de la
Luzerne , de Florenſac , &de la
Varenne ; toutes ces Troupes
ayant Mr le Comte de Roye à
leur teſte qui les commandoit,
parce qu'il eſtoit de jour. Les
Grenadiers eſtoient poſtez le
longde l'eau , pour favorifer le
paſſage. Meſſieurs les Chevaliers
de Sourdis , & de S.Ru , ſe jetterent
auſſi à la nage à la teſte des
Troupes , qui conſerverent toûjours
leur ordre malgré le feu des
Enne
GALANT.
195
Ennemis,dont Monfieur de Lauriere
fut bleſfé & noyé. Ils leredoublerent
voyant nos Troupes
approcher du bord, foûtenuës de
trois Eſcadrons du Colonel General
, &d'un du Dauphin, conduit
par Monfieur le Comte de
Longueval qui en eſt Colonel ,&
commandez par Mr le Marquis
de Joyeuſe ; mais quand elles eurent
pris terre,& que l'Aifle droite
de Cavalerie ſe fut enſuite
avancée ſur plufieurs Lignes , ils
ne purent ſoûtenir l'intrépidité
avec laquelle ces Troupes allerent
à eux,& ſe laiſſerent pouffer
juſque dans leurs Retranchemens,
ſous leſquels il y en eut plus
de fix cens tuez , & autant de
priſonniers. Le General Major
Spaen ſe ſauva à Minden , avec
toute ſa Cavalerie. Son Infateric
qui s'eſtoit jettée dans les Hayes
I ij
196 MERCURE
fut taillée en pieces , auſſi bien
que deux Eſcadrons de Cavalerie
qui estoient de Garde ſur le
Chemin paroù venoit Monfieur
de Calvo. Ils crûrent pouvoir ſe
ſauver en mettant le blanc à leur
chapeau , mais les Noſtres les
reconnurent , & les mirent en
fuitejuſqu'à un Village où ils entrerent
en déſordre, & où ils furent
faits priſonniers. Pendant ce
temps Meſſieurs les Marquis
d'Uxelles , de Humieres,& de la
Luzerne,avec Monfieurle Comte
deGaffée ,prirent le Château
de Bergen , ceux qui le defendoient
s'eſtant rendus à diſcretion.
Rien ne peutégaler la fermeté
de nos Troupes qui ont preſque
toutes paflé le Véſer de front fans
perdre leur rang , Monfieur le
Mareſchal de Créquy à leur
: tefte
GALANT. 197
teſte. Cette Riviere eſtoit toute
couvertede demy corps d'Hommes
& d'épées nuës. Monfieur
deBrandon Neveu de Monfieur
de Givry, y a eſté tué : & Monſieur
de Verdun Capitaine dans
Villeroy , bleffé . Monfieur de
Leuſe , Capitaine dans Vermandois
, a perdu unbras ; & Monſieur
de Roffieres Capitaine &
Aide - Major du meſme Regiment,
a eſté Bleſſe à l'épaule . Mr
le Marquis de Lauriere eſt fort
regreté; ſon mérite eſtoit ſi grad,
qu'il eſt juſte d'en dire quelque
choſe. C'eſt le moins qu'on doive
à ceux qui perdent la vie
pour la gloire de leur Prince , &
pour leur Patrie. Il eſtoit Fils de
Meſſire Elie de Pompadour,Marquis
de Lauriere,Gouverneur de
Périgord, & de ...... de Sainte
Maure , Soeur de Mr le Duc de
I ij
198
MERCURE
Montaufier. Il n'avoit que dixhuit
ou vingt- ans,quad il fut tiré
des Cadets des Gardes du Corps,
pour eſtre Meſtre de Cap de Cavalerie
das la Campagne de Lile.
Il paſſa le Rhin des premiers au
Fort de Toluys , eſtant à la teſte
de ſon Regiment,& ſe trouva en
ſuite à tous les Sieges . Il eſtoit à
coſté de fon Major à celuy de
Nimegue , quand il fut emporté
d'un coup de Canon. Ce fut luy
qui procura le Secours d'argent
qu'on donna à Grave pendant
le Siege , & qui fut caufe qu'on
en retira les Oftages des Villes
deHollande qui y estoient enfermez.
Ceux à qui l'ordre de
cette entrepriſe fut envoyé , eftant
arrivez à la veuë de l'Armée
ennemie , y trouverent des difficultez
inſurmontables . On tint
un Conſeil de Guerre .Tous ceux
qui
GALAN T. 199
qui le compoſoient, furent d'avis
de ſe retirer promptement , de
peur d'eſtre taillez en pieces tant
par les Troupes des Affiégeans,
que par les Garniſons de Venlo
& de Ruremonde qui estoient
fur leur route. Le ſeul Monfieur
de Lauriere s'y oppoſa,& il le fit
avec tant de fermeté , en répondantde
l'Action ſur ſa teſte , que
la conduite luy en fut donnée.
Le Secours fut jetté dans la Place
, &les Oftages qu'on en retira
= furent conduits à Maſtric en tra-
- verſant plus de vingt lieuës de
Païs ennemy. La meſme année
il eut ordre de la Cour de conduire
en Allemagne ſon Regiment,
& celuy de Quinſon , qui
eſtoient en garniſon à Maſec & à
Maſtric. Il s'en acquita avec une
prudence qui luy attirade grands
éloges de feu Monfieur de Tu-
I iiij
2UO MERCURE
renne, ayant fait une marche de
plus de quarante lieuës,au milieu
de deux Armées ennemies qui
eſtoient averties de ſon paſſage,
& dont il évita les embuſcades
par ſa diligence & par ſes ſoins.
On ſçait ce qu'il fit en ſuite à la
Bataille d'Heinſeng . Les Ennemis
ayant fait plier noftre premiere
Ligne, le Regiment de Gaprara
avoit abſolument défait les
deux Eſcadrons des Anglois,
dont il ne demeura qu'un ſeul
Officier. Il en ſoûtint ſeul tour
l'effort , le tailla en pieces , l'enfonça
juſques au bout de la Ligne
, qu'il renverſa entierement,
&par cette Action où la plûpare
de ſes Officiers furent bleſſez , il
nous donna la gloire de cette
Journée. Dans la Campagne de
1677. Monfieur de Luxembonrg
ſe trouvant preſſe des Ennemis,
&
GALANT. 201
& ſe retirant de devant eux , le
laiſſa avec ſon Regiment à la
garde d'un Defilé pour aſſurer ſa
Retraite. Il y demeura plus de
⚫ cinq heures exposé au feu & au
Canondes Ennemis , qui voyant
fon intrepidité & celle de fon
Regiment, crûrent que c'eſtoient
des Gens charmez . C'eſt ce qu'-
ont rapporté leurs Priſonniers.
Monfieur de Lauriere eut un
Cheval tué ſous luy dans cette
Action , & vingt ou trente
de ſes Cavaliers le furent à fes
coſtez . Il s'eſt depuis ſignalé au
Siege de Saint Guilain , & dans
toutes les autres Occafions , à.
la derniere deſquelles il a eſté
tué en paſſant le Véſer à la
teſte des Troupes , eſtant Brigadier
de la premiere Brigade.
Sabravoure, ſa conduite, ſon intrépidité,
& la bonté de fon Re-
I V
202 MERCURE
giment , par l'application qu'il y
apportoit , & par l'exemple qu'il
luy donnoit , eſtoient tellement
connuës des Generaux , & particulierement
de feu Monfieur
de Turenne,qu'ils s'en ſervoient
dans toutes les occafions délicates
& difficiles ; & lors que ce
Genéral en prevoyoit,ou qu'il en
méditoit quelqu'une conſidérable,
il le mettoit toûjours à la teſ.
te de ſes Troupes, luy ayant fait
pour cela changer ſouvent de
Brigade .Son affiduité & fonexatitude
au Service , eſtoient extraordinaires
, ne s'en eſtant jamais
abſenté en quelque eſtat
qu'il fuſt , pas meſme des Garnifons
lors qu'elles eſtoient en Païs
de fronriere. Il fut brave ſans
oſtentation , & fi modeſte , qu'il
ne pouvoit ſoufrir que ſes Amis
le loüafſent.Le Roy a fait ſon éloge
GALANT.
203
ge , auffi bien que ſes Genéraux,
& on ne peut rien dire de plus
pour ſa gloire. Il laiſſe un Frere,
Mrl'Abbé de Lauriere , qui étudioit
en Sorbonne.Il eſt fort bien
fait, abeaucoup d'eſprit, & a eſté
élevé Enfant d'Honneur de
Monſeigneur le Dauphin.
Onm'avoit mal informé,quand
je vous ay dit ſur l'Article de Mr
l'Abbé de Villars,que Mr le Marquis
de Villars ſon Peren'eſtoir
que ſur ſon départ pour s'en retourner
en Eſpagne en qualité
d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
On a eu nouvelles qu'il eſt arrivé
à Madrid dés le 17. de l'autre
Mois, & qu'il ſe préparoit à faire
dans peu ſon Entrée publique.
La moitié de fon Equipage , Domeſtiques,&
Carroſſes, étant venuë
par Mer , a eſté plus longtemps
àarriverqu'il ne le croyoit.
Quoy
204 MERCURE
Quoy qu'il ſoit incognito , la plûpart
des Grands n'ont pas laiſſe
de le venir viſiter. Ils luy onttémoigné
beaucoup de - oye de le
révoir dans cette Cour où il eſt
fort eſtimé. Madame la Marquiſe
deVillars fa Femme , doit l'aller
trouver dés que les grandes chaleurs
feront un peu moderées.
Je vous envoye une nouvelle
Médaille qui a eſté frapée à Amſterdam
, dans la ſeule veuë de
faire connoître que la Paix entre
la France & les Etats Genéraux,
avoit eſté faite par la Médiation
de l'Angleterre.Si ſon Roy a esté
Médiateur, il faut qu'il aittrouvé
beaucoupde moderationdans les
conditions offertes par celuy de
France, & que les ayant approuvées
, il n'ait travaillé qu'à faire
confentir les Ennemis de Loürs,
LE GRAND à les accepter , puis
que
GALLIA
CVM BELGIO
t
e
S
1678
D
PACATA PERANGLIAN
NEOMAGL
THEQUE LE
LYON
8*
1893
*
7

GALANT.
205
que la Paix n'a eſté concluë qu'a
cesmeſmes conditions.Au milieu
de la Face droite eſt un Autel fur
lequel eſt écrit 1678. &dans fon
pied , Neomagi ; ce qui marque
l'année & le lieu où la Paix s'eſt
faite.L'ovale ou noeud qui eſt pafſé
dans les mains des deux grandes
Figures que vous voyez , fignifie
la Concorde. La France
eſt repreſentée par celle de ces
Figures qui a l'Ecuffon aux Fleurs
de Lys , & qui paroiſt en Pallas.
L'autre, qui eſt un Mars, & qui
tient un Chapeau au haut d'une
Pique, pour marquede liberté, eſt
la Hollande . Elles s'entre-donnen
tla main pourſe jurer une alliance
éternelle , avec cette Légende
autour , Gallia cum Belgio
pacataper Angliam.
Dans le Revers on voit Mars
&la Difcorde renverſez ſous le
Globe
206 MERCURE
Globe du Monde.La Victoire eſt
poſée ſur ce Globe. Elle a d'un
coſté Mercure qui luy preſente
une Palme ,& qui luy montre de
l'autre main des Vaiſſeaux en
Mer. Deux Amours luy élevent
de l'autre coſté les Ecuſſons de
France, d'Angleterre , & de Hollande.
Une Branche d'Olivier
fait la Ceinture qui embraſſe le
Corps de ce Revers .
La Reyne qui ne laiſſe échaper
aucune occaſion ſansdonner des
marques de ſa pieté, vint le 16.de
ce Mois aux Carmelites de laRuë
du Bouloy,où elle aſſiſta pendant
tout le jour à la Solemnité de la
Feſte qu'on y faiſoit . Le Pere Valentin
de Paris y prêcha,& luy fit
un Compliment qui fut tres-bien
reçeu de tout l'Auditoire. Son
éloquence parut dans la maniere
dont il éleva la gloire des Lys, en
les
GALANT.
207
les faiſant voir ornez de puiſſance
& de ſainteté . Sa Majesté en parut
fort fatisfaite , & trouva bon
que Mr le Ducd'Havré luy vinſt
rendre fes reſpects avant qu'elle
retournaſt à S.Germain. Havré
enHaynaut pres de Mons , fut
erigé en Duché par Philipes IV.
l'an 1627.enfaveur de la Maiſon
de Croy , l'une des plus illuftres
des Païs-Bas . L'Aîné de cette
Maiſon eſt Grand d'Eſpagne .
Vousm'avez demandé des nouvelles
de Madame le Camus,das
le temps que je me préparois à
vous en dõner.La vivacité de fon
Eſprit éclate de jour en jour par
ſes Inpromptu ;& comme Leurs
Alteſſes Royales ont pour elle
une eſtime particuliere,elle a fait
le Portrait de Monfieur , depuis
quelques jours . Je vous l'envoye
tel qu'elle l'a envoyé à Madame .
Vous
208 MERCURE
Vous ytrouverez la meſme facilité
de Poësie qui eſt dans tout
ce que vous avez veu d'elle.
PORTRAIT
_DE MONSIEUR ,
ENVOYE' A MADAME.
Llustre Rejetton des Princes & des
Princeſſe , à qui le Cieldonna tout-à-lafois
InCorps remply d'appas , une Ame gran
de&belle,
Vn Esprit delicat, un Coeurfür &fidelle,
Qualitez qui vom font estimer d'un
Epous
Qui des plus grands Héros est leparfait
modelle ......
Mais infenfiblement je le quitte pour
Princeſſe , je reviens auſujet qui m'ap-
VOUS .
pelle
En
GALAN T. 209
Envous envoyant ce Portrait,
Qui nedoit rienfans-doute à l'excez de
mon zele;
La verité l'a tiré pour trait
Deffus l'Original que la Nature afait.
Vn Héros que leCiel fit tout exprés
pourplaire,
Par qui l'Amour jamais ne manque aucnne
affaire ;
Vn Hérosdont le Corps aufſi-bien que
l'Esprit,
Est admiré par tout fans aucun contredit;
Vn Héros dont l'abord eft charmant ,
acoftable;
Vn Héros plein d'honneur , un Amy
véritable,
Vn Sujetſans égal,de qui labonne-foy,
Autant que la valeur , s'est fait voir à
SonRoy; :
VnMonton dans la Paix , un Lion dans
la Guerre,
Dont la noble fureur renverſant tout par
terre ,
Donna tant de terreur à nos fiers Ennemis,
Lors qu'on le reconnut pour Frere de
LOUIS ,
Quand
210 MERCURE
Quand fur le Mont Caffel il gagna la
ViEtoire,
Victoire qui combla nostre France de
gloire ,
landois
Et qui fit concevoir aux Partys Hol-
L'impoſſibilité de vaincre les François.
Le voila le Portrait de ce Prince adorable
,
Vous le reconnoiſſez , il n'est rien plus
Semblable.
Mr l'Abbé de Verruë qui ſoûtient
icy avec tant d'eſprit &
d'éclat, la qualité d'Ambaſſadeur
de Savoye,&dont je vous aydé--
ja fait connoiſtre la magnificence,
a fait part au Roy du Mariage
arreſté entre le Ducſon Maiſtre
avec l'Infante de Portugal . Il
doit eſtre conſommé ſi - toſt
qu'ils feront en âge. Vous ſçavez
que la Reyne de Portugal & la
Ducheſſe de Savoye ſont Soeurs .
Ces dignes & illuftres Souveraines
GALANT. 211
raines , dont la conduite n'eſt
pas moins admirable que l'eſprit ,
ont procuré cet avantage à leurs
Etats . Ce grand Mariage fournira
de belles matieres pour mes
Lettres . Le Portugal ne vous eſt
pas inconnu , & je ne vous apprendrois
rien , ſi je vous diſois
que la Cour de Savoye eſt auſſi
magnifique que galante .
Mr le Comte de S. Maurice,
Fils du Marquis de ce nom, plus
eſtimé dans cette Cour- là par le
merite de ſa Perſonne,que par le
Poſte confiderable qu'il y occupe
, ayant eſté nommé pour aller
complimenter le jeune Electeur
de Bavieres ſur la mort de l'Electeur
ſon Pere , paſſa par Geneve ,
où il reçeut de tres -grands honneurs.
Les Sindics luy allerét faire
compliment en Corps precedez
par leur Maſty. Ils le traiterent
fplen
212 MERCURE
ſplendidement dans une Maiſon
de campagne , où l'on but à la
ſanté de Madame Royale au
bruitdu Canon de leurs Bastions
& de leurs Frégates. Ils l'accompagnerent
avec cent Chevaux
juſqueshors leurs Murs,& luytėmoignerent
avoir des reſpects
tres - profonds,& une fort grande
foûmiffion pour l'illuſtre Regente
de Savoye.
Les meſmes complimens ont
eſté faits au meſme Electeur, par
Monfieur l'Abbé Roſſel , de la
part de Mr le Duc de Boüillon,
dont la Soeur eſt Femme du Duc
Maximilien , Administrateur de
l'Electorat , & Oncle du jeune
Electeur. Cet Abbé a eſté reçeu
en cette Cour de la meſme maniere
que le font les Envoyez
des Souverains. Il eſt fort intelligent
dans les Affaires & l'a fait
con
GALAN T.
213
connoiſtte à Nimegue, où Monfieur
le Duc de Boüillon l'avoit
- envoyé pour la reſtitution de la
Ville de ce nom.Vous ſçavez que
cette negotiation a heureuſement
reüſſy.
Monfieur de Comtes , Doyen
&Chancelier de Noftre- Dame,
eſt mort au commencement de
ceMois , âgé de ſoixante & dixhuit
ans. Il avoit gouverné le
Dioceſe de Paris , en qualité de
Grand Vicaire de Mr le Cardinal
de Rets pendant pluſieurs
années , & s'eſtoit rendu ſi confiderable
par ſon merite , qu'il
avoit eſté pourveu d'une Place
deConſeiller d'Etat d'Eglife. Je
croy vous avoir déja mandé qu'il
n'y en a que trois . Cette Place
a eſté donnée par le Roy à Mr
l'Archeveſque de Rheims , qui
comme premier Duc & Pair,
fera
214 MERCURE
C
ſera affis au deſſus du Doyen du
Conſeil , immediatement apres
Monfieur le Chancelier. Je ne
vous dis rien de cet illuſtre Prelat.
Il eſt d'une Maiſon dont
l'Etat a reçeu de ſi utiles ſervices
, que toutes mes Lettres ſont
pleines des grandes choſes qui la
regardent. Un des Neveux de
Mr de Contes poſſede preſentement
ſon Doyenné , par la réſignation
qu'il luy en avoit faite .
Le 16. de ce Mois Leurs Majeſtez
accompagnées de Monſeigneur
le Dauphin , de Monfleur,
de Madame, de Mademoiſelle,
&de tous les Seigneurs de
la Cour , eurent le divertiſſement
d'une Courſe de Cheval
qui ſe fit dans la Garenne de
S. Germain , depuis le Pont du
Pec , vers une Maiſon qu'on
nomme la Borde. L'un des deux
Che
GALANT.
215
Chevaux qui diſputeret le Prix ,
apartenoit à Meſſieurs de Vendoſme
, & eſtoit monté par un
Anglois , Domeſtique de ces
Princes , fort adroit dans ces
fortes d'exercices. L'autre eſtoit
un petit Cheval de Mr de Francine
le Fils , Maiſtre d'Hôtel de
Sa Majeſte , qu'il montoit luymeſme,
portant ſur luy quatre livres
de poudre & de plomb, pour
égaler en poids celuy contre qui
il devoit courir. Ils avoient chacun
un petit Habit de tafetas.
Celuy de Mr de Francine eſtoit
de Couleur de Citron ,& l'autre
de couleur de Roſe . Il y eut de
fort grands paris des deux côtez.
Ils partirent en meſme temps,
&. Monfieur de Francine mena
ſon Cheval avec tant d'adreſſe,
& le ménagea fi bien dans l'efpace
d'une lieuë & demie , tant
AT à
216 MERCURE

à aller qu'à revenir , qu'enfin il
devança l'autrede cinquante pas.
Il fut peſé devat & aprés la Courſe
,& eut l'avantage d'entédre dire
à Leurs Majeſtez , qu'elles en
avoiet reçeu beaucoup deplaiſir.
Comme vous m'avez temoigné
que les Airs Italiens vous
plaiſent , je vous en envoye un
quieſt fort augouſt des Connoiffeurs.
Il eſt du dernier Opéra
que la Reyne de Suede a fait repreſenter
à Rome. **
AIR ITALIEN.
Die labra di rofe
Fan guerra al mio core,
E provido amore
Dolcezze vi pose.
S'auvien che ridano ,
Fuggi , cor; che piu s'aspetta ?
In quel labro ogni riſo
Abi, che faetta!
:
Le
GALANT.
217
Le Roy fait tous lesjours goûter
à ſes Peuples de nouveaux
fruits de la Paix en toutes manieres
.En voicy un exemple dont
la Ville de S. Quentin en Picardie
a eſté témoin depuis peu,
par une Action des plus celebres
qui s'eſt paſſée à ſes Portes,dans
l'Abbaye de Noſtre- Dame de
Homblieres de l'Ordre Saint Benoiſt.
On en doit la gloire aux
pourſuites de Dom Antoine
Thuret qui en eſt Prieur.
Son nom eſt affez connu par
ces belles Cartes Genéalogiques
qu'il a faites de toute la Maiſon
Royale de France , & qu'il
a eu l'honneur de preſenter
à Sa Majeſté . Le Roy luy
ayant marqué par ſes liberalitez
combien il en eſtoit ſatisfait , ce
digne Prieur crut ne les pouvoir
mieux employer qu'au rétabliſ-
Juillet 1679. K
>
218 MERCURE
F
1 ſement de cette Abbaye , qui
n'avoit plus rien de recommandable
que ſon antiquité , égale à
celle de la Monarchie Françoiſe.
Il s'y appliqua pendant
douze années avec tant d'eſprit,
de courage & de pieté,qu'il vint
à bout de tous les obſtacles qu'il
rencontra tant à l'égard du ſpirituel
que du temporel ; mais il
manquoit une choſe à la perfection
de ce rétabliſſement..
C'eſtoit le Corps de SainteHunegonde
Patronne de cette
Abbaye , & qui en fut autrefois
Religieufe & Abbeffe ( car dans
ſa premiere fondation c'eſtoit
une Communauté de Benedi
tines. ) Le malheur des Guer
res l'avoit fait porter en refuge
à Saint Quentin , éloigné d'une
lieuë du Village de Homblieres,
& il y estoit demeuré depuis
,
cent
GALANT.
219
cent ans . Ce zelé Prieur voyant
la Paix faite , en demanda la
reſtitution à Sa Majesté , & en
ayant obtenu l'ordre , il travailla
de tout ſon pouvoir à rendre cette
Tranſlation éclatante . Monſieur
l'Evêque de Noyon en
commença la Ceremonie le 2.de
ce Mois , par l'ouverture qu'il fit
publiquement de la Chaſſe de
cette Sainte , en prefence de
Mr le Marquis de Pradel Gouverneur
de Saint Quentin, & de
pluſieurs Perſonnes de marque,
qui virent avec admiration que
ſes Offemens ſe fuſſent ſi bien
confervez , depuis plus demille
ans qu'elle eſt morte. Ils furent
portez en Proceſſion folemnelle
dans l'Abbaye de Noftre-Dame
✓ de Homblieres , & poſez ſur un
Thrône elevé au milieu du
Choeur ſous une grande Cou
Kij
220 MERCURE
ronne Royale ſuſpenduë en l'air,
& toute brillante de lumieres,
auſſi-bien que le reſte de l'Egliſe
qui estoit magnifiquemét ornée.
Mr de Noyon celebra la Meffe
Pontificalement , & fit le Pane--
gyrique de la Sainte , avec cette
éloquence qui luy attire l'admiration
de tout le monde. La Solemnité
dura huit jours , & fe
termina par une ſeconde Procefſion
qui fut faite avec la Chaſſe
par tout le Village ; apres quoy
on éleva cette meſme Chaſſe ſur
une magnifique Pyramide, conftruite
exprés au deſſus du grand
Autel. Le ſoir de ce jour ſe paſſa
en Feux de joye , accompagnez
de pluſieurs Fontaines de Vin
qu'on fit couler à la Porte de
l'Abbaye.
Le Lundy 24. de ce Mois,
Mr de Boisfrant , Sur - Intendant
des
GALANT. 221
des Finances & Bâtimens de
Monfieur , eut l'honneur de le
-recevoir dans ſa belle Maiſon
de Saint Ouen , où Son Alteſſe
Royale mena Mr le Marquis de
los Balbaſes. Le Cortege fut de
dix Carroſſes à fix Chevaux , &
de pluſieurs autres à deux & à
quatre.Celuy de Monfieur, avec
qui estoient Madame , Mademoiſelle
, & Madame l'Ambaffadrice
d'Eſpagne , eſtoit precedé
de trois autres , & ſuivy
d'un cinquième remply de pluſieurs
Dames du premier Rang,
qui accompagnoient Madame &
Mademoiselle.Monfieur le Prince
de Saxe- Eyfenach, Mr l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne , Mr le Duc
del Seſto, & pluſieurs Seigneurs
de la Cour de Leurs Alteſſes
Royales , eſtoient dans ces trois
premiers Carroffes. Quelque
3
Kiij
222 MERCURE
temps apres arriverent Monfieur
le Ducde Saint Pierre , Gendre
de Mr de los Balbafes,& Madame
la Ducheſſe ſa Femme, avec
Monfieur le Marquis de Borgia,
venu depuis trois jours,non feulementde
la part deMonfieur le
Duc de Villa-Hermoſa dont il
eft Parent ,& qui s'appelle auffi
Borgia( ils font de la Maiſon du
Saint de ce nom ) mais encor
de tous les Etats des Païs Bas
Eſpagnols , pour offrir à Mademoiselle
, comme à leur Reyne,
toutes les choſes qui font en
leur pouvoir , avec affurance
qu'elle en eſt Maiſtreſſe abfoluë.
Pluſieurs Perſonnes de leur
Suite rempliffſoient deux autres
Carroffes .
Monfieur conduifit Monfieur
de los Balbaſes dans tous les
Apartemens, & prenoit plaifir à
luy faire remarquer la propreté
GALANT.
223
& l'ajustement de diferentes
ces , à qui l'on avoit donné de
nouveaux agrémens par un
grand nombre de Vaſes de fonte
dorez & vernis, remplis de Tubereuſes
, d'une maniere toutà-
fait galante . On alla de là à
la promenade . Elle commença
par l'Orangerie , qui fut admirée
, tant par la bonne culture
& le nombre des Orangers , que
par le Bâtiment de la Serre de
32.à 33. toiſes de long , couvert
d'ardoiſe , confiderable par ſa
grandeur , fon bon gouft , &
meſme par le peu de temps
qu'on a employé à le mettre
en état d'eſtre veu d'une fillluftre
Compagnie. On pafla
en ſuite dans quantité de petits
Jardins fruitiers , partagez par
de beaux & grands Eſpaliers;
& apres qu'on eut fait le tour
K iiij
224 MERCURE
d'une partie du grand Jardin,
on revint par les deux grandes
Terraſſes qui régnent ſur une
belle Prairie , dans toute l'eſtenduë
de laquelle , la Riviere de
Seine forme le plus bel aſpect
des environs de Paris. Au retour
, Monfieur fit une Partie
d'Hombre avec Mr de los Balbafes&
Mr le Chevalier de Lorraine
. Madame joüa avec Mr
l'Eveſque de Troyes , & Madame
l'Ambaffadrice. Madame la
Ducheffe de Foix , & Madame
la Mareſchale de Clerambaut,
firent une autre Table d'Hombre
dans une Chambre voiſine,
tandis que Mademoiſelle faiſoit
converſation dans la Ruelle de
la meſme Chambre.
2 On ſe mit à table peu de
temps apres. Elle estoit dreſſée
dans le principal Sallon de la
Maiſon,
GALAN Τ.
225
Maiſon , large de cinq pieds , &
longue de dix. Il ne ſe peut rien
adjoûter à la propreté & à
la magnificence de l'Ambigu
qu'on ſervit. L'agreable diverfité
qui s'y trouva , ſurprit tout
le monde. Monfieur tenoit le
haut-bout , ayant Madame à ſa
gauche, tous deux dans des Fauteüils
avec des Carreaux. Mademoiſelle
eſtoit à ſa droite , fur
une Chaiſe àdos. Du meſme
coſtéde la Table , à la diſtance
d'un Couvert de cette Princeſſe
, eſtoient Madame la Marquiſe
de los Balbaſes , Meſdames
les Ducheſſes de Foix &
de S. Pierre , Madame de Gourdon
, Madame la Mareſchale de
Clerambaut , Madame la Comteſſe
de Brégy , & Madame de
Belancourt Chanoineſſe de Re
miremont. De l'autre coſté , à
k
226 MERCURE
mont ,
la main gauche de Madame , à
la diſtance auſſi d'un Couvert,
Madame la Ducheffe de Gra-
Madame la Marquiſe
d'Alluye, Mademoiselle deGrancé
, Madame de Pienne , Mademoiselle
de Vaillac , Mademoiſelle
de Chaſteau - Tier ,
Fille d'Honneur de Madame,
& fur le retour de la Table, Ma
demoiselle de Pienne , & Ma+
demoiselle de Boisfrant , qui fir
les honneurs de la Maiſon de
Monfieur fon Pere , avec cette
grace & ce bon air qui ſoutiennent
fi noblement les autres
agrémens de ſa perſonne. Monfieur
fut fervy par Monfieur de
Boisfrant le Pere ; Madame , par
Mrde Boisfrant le Fils , Maiſtre
des Requeſtes ; & Mademoifelle,
par Monfieur l'Abbé deBoisfrant
, qui commença dés l'annéc
GALAN T.
227
née paſſée à donner des preuves
publiques de ſon ſuccésdans
ſes premieres études de Philofophie.
Une autre Table fut ſervie en
meſme temps avec beaucoup de
magnificence , dans le petit Sallon
de l'aifle droite du Logis,
pour Monfieur l'Ambaſſadeur,&
pour les principaux Seigneurs
qui estoient venus avec Monfieur
& avecluy ; entr'autres Mr
l'Eveſque de Troyes , Monfieur
le Prince de Saxe- Eyſenach, Mr
le Chevalier de Lorraine , Meffieurs
les Ducs de S. Pierre &
del Seſto , Monfieur le Marquis
de Borgia ; Mr le Chevalier de
Chaſtillon ,Mr le Rotgrave , Fils
naturel du Prince Palatin, Mr le
Comtede Vaillac , Meſſieurs les
Marquis d'Effiat , de Bron , & de
Grave, & Mr de Purnon , Pre
mier
228 MERCURE
mier Maiſtre- d'Hoſtel de Monſieur.
Souvenez- vous , Madame,
que je vous ay déja dit pluſieurs
fois , que dans des Feſtes de
cette nature,toutes les Perſonnes
que je vous nomme ſont ſans
aucun ordre de rang.
Mr de los Balbaſes eut aſſez
toſt mange , pour ſe trouver aupres
de Monfieur pendant une
partie du temps qu'il tint table.
Il l'entretint des beautez , & de
la régularité de la Maiſon en
habile Connoiffeur , parla de la
magnificence du Régal ; & la
converſation s'eſtant tournée fur
pluſieurs matieres agreables , il
y entra avec autant d'adreſſe
& d'eſprit que dans les affaires
férieuſes.
La Troupe des Violons de
Son Alteſſe Royale , qui avoient
joüé pendant le Repas dans une
diſtance
$
GALAN Τ.
229
diſtance aſſez éloignée , continua
par une maniere de petit
Bal ,qui ſe fit dans une des deux
Salles qui accompagnent le
grand Sallon . Monfieur, Madame
, & Mademoiſelle , y dancerent
pluſieurs fois, ainſi que Madame
la Ducheſſe de Foix , Mademoiselle
de Vaillac , & Mademoifelle
de Boisfrant. Du coſté
des Hommes, Monfieur le Chevalier
de Lorraine, Meſſieurs les
Ducs del Seſto , & de S. Pierre,
Mrle Prince de Saxe- Eyſenach,
Mrle Rotgrave , & Mr le Chevalier
de Chaſtillon .
Lejeune Prince de Saxe-Eyſenach
a de l'eſprit , de la grace,
de l'enjoüement , & les manieres
de France , au dela de ce
qu'un ſejour de deux mois à la
Cour ,& l'âge de 14.0u 15.ans
peuvent donner......
Mr
230
MERCURE
Mr le Duc de S. Pierre dança
fort bien , & fort à la Françoiſe.
Le Bal finit par quelques Entrées
de Sarabande, que firent au
fon de la Guitarre les meilleurs
Danceurs de l'Opéra, & par d'au .
tres Dances à la Boheme , de
Lianſe , & d'autres de ſa ſuite,
avec le Tambour de Baſque &
les Caſtagnetes . Leurs Alteſſes
Royales partirent de cette Maifon
à minuit, & arriverent à une
heure au Palais Royal.
Peu de jours auparavant,Monfieur
avoit mené Mr de los Balbaſes
à Conflans , où il régala les
Dames qui furent de cette partie
, dans la belle Maiſon de Mr
l'Archeveſque de Paris.
On a chanté un Te Deum en
Muſique dans l'Egliſe des Fuëil-
Jans pour rendre graces à Dieu
de la Ratification de la: Paix
avec
GALANT.
231
avec l'Allemagne. Il eſtoit de la
compoſition de MonfieurGorin.
La Symphonie en a eſté trouvée
tres -belle,& a faitacquerir beaucoup
de gloire à l'Autheur , &
àceux qui en ont eu les Parties
à ſoûtenir. Ils font du nombre
des plus excellens Maiſtres
de France.
Il me reſte à vous apprendre
le Mariage de Monfieur de Hodig
Maiſtre des Requeſtes, avec
Mademoiſelle de Villayer , Fille
du Conſeiller d'Etat de ce nom;
&la mort de Mr Boiſleau, Frere
de l'illustre Mr Defpreaux , &
l'un des Greffiers de la Grand'-
Chambre. Il eſt peu d'Hommes
qui ayent eſté ſi generalement
regrettez. Il eſtoit bon,officieux,
honneſte , & d'une fort grande
capacité dans le Palais. Il laiſſe
un Fils heritier de ſes vertus, &
de
232 MERCURE
de ſon merite, qui avoit eſté reçeu
dans ſa Charge dés la Saint
Martin derniere. Il eſt ſurprenant
combien il eſt déja eſtimé
de tout le monde , & bien voulu
des Puiſſances du Parlement. Il
eſt tres - ſage , fort éclairé , &
fait connoiſtre qu'il ſuffit de porter
le nom de Boifleau , pour
ſe diftinguer par beaucoup d'endroits.
J'avois crû les Enigmes du
dernier Mois plus difficiles à expliquer
qu'à l'ordinaire , mais il
n'en échape aucune à ceux qui
ſe font un plaifir d'en chercher
le ſens. Les Portes , c'eſt à dire
la Porte de pierre qui laiſſeroit
l'entrée libre à tout le monde
ſans la Porte de bois qu'on y attache
, & cette meſme Porte de
bois , eſtoient le vray Mot de
la premiere. MonfieurGond'Abeville,
GALANT. 233
beville , l'a expliquée par ce
Quatrain.
Ne Enigme de cetteforte
EnigmepourGon;
Gon avec ces deux Soeurs a trop de
liaiſon,
Pour ne pas reconnoistre & l'une &l'an-
."
trePorte.
Ceux qui l'ont expliquée ſur
le meſme Mot , font Moſſieurs
de Tichecour Enſeigne du Regiment
de Vermandois ; A. Giraud
, Prieur de Fontenrouſſe
d'Aix en Provence ; Tullier le
jeune , de Bourges ; Catel , de
la Ruë du Four ; Gramont , de
Richelieu ; Les Réelus de Saint
Leu d'Amiens , &de B. M. ( ces
trois derniers en Vers ; ) Mademoiſelle
F. Picart ; Tamiriſte,
de la Ruë de la Ceriſaye ; &
Blandin , Avocat au Parlement
de Bretagne.
Les
234 MERCURE
Les autres Explications qu'on
a données à la meſme Enigme,
ont eſté ſur les Aiguilles d'une
Pendule ; le Réveille - matin , ou
deux Pieces dune Montre Sonnante
; la Clef d'une Serrure ; une
Fenestre ; une Taille ; de l'Eau de
vie ; & les Meules d'un Moulin.
L'Explication de l'autre Enigme
eſt dans ces Vers de Monſieur
de Mauvileu de Chauven.
Tabac, Petun, Herbe à la Reyne
Amacher, en poudre, àfumer,
e
Crû du Pais, venu par Mers
Pong bonfait àla Romaine,
Fleurd'Orange, Citron, Cedrat :
Iafonin, Nerolis, Tubercuſe,
:
Enfin tout ce qu'on voit que cette Plante
heureuse
Emprunte d'euxpour l'Odorat,
Eftdebitépar le Mercure,
C'est un Marchandde bonne foy ,
Qui fans frauder les Droits du Roy,
Fait bonprix &bonne mesure.
Le meſme Mot du Tabac a
eſté
GALANT. 235
eſté trouvé par Meffieurs Gardien
; La Fontaine - Gravoure;
Le Gouteux d'Andely; Le Marquis
de Boffu, de Bruxelles ; De
Beauvais , Lieutenant General
de la Ferté - Senecterre ; Trotte
, Avocat au Mans ; Hutuge,
d'Orleans , demeurant à Mets;
Morand , &de S. Guillain , de
Caën Meſdemoiselles Perdu,
d'Amiens ; E. C. B. de Pucheſſe,
d'Orleans ; Coüeffe , du Mans;
La delicieuſe Albili , de Barfur-
Seine ; Le Dragon de Beauvais;
Le Secretaire fidelle d'Amiens;
Le Sérieux fans critique,deGe
neve, d'Aleyrac , dit Sacroboſco
de Niſmes ; Mr l'Abbé Janorey
de Lyon , & Lucinde , lontexpliquée
en Vers .
La Mêche ,la Poudre, l'Eau de
vie , une Peau de Mouton dont un
Tambour est couvert ; uneEpée, &
un
236 MERCURE
un Canon , font les autres ſens
qu'on a trouvez ſur la meſme
Enigme.
Il me reſte à vous nommer
ceux qui ont expliqué l'une &
l'autre dans leur vray ſens. Ce
font Meſſicurs le Comte de Boffu
, de Bruxelles ; De Langes .
Montmiral , Avocat au Parlement
; De Boſſimon ; Formentin
, & Codron , Régens au College
d'Abbeville ; De Lialbis le
cadet , de Marseille ; De Nécoet-
Coroller, Maire de la Ville
de Morlaix ; C.D.C. de Longchamp
, Avocat, Poſtel , de Bruxelles
; De Pierrefite , de Lyon;
Le Chevalier , de la Porte Paris,
Mauche fils, Medecin de Tarafcon;
Les Peſcheuſes de la Croix-
Rouſſe , proche de Lyon ; Tornezy
, Docteur en Medecine,
aggregé au College de Marfeille;
1
4
GALANT.
237
le; De Beine,Chanoine de Saint
Vaaſt de Soiſſons ; L'Abbé de
Carry de Lyon ; Du Peroy , de
Paris ; Mesdames & Demoiſelles
, La Marquiſe de Terlon;?
Donné ſa Demoiselle ; De Bénére
de Bermeche ; Agnés de
Meeſter , & Fripart , toutes de
Bruxelles ; Du Reſt de Trefſeaut
; De Pufcoat de Querquariou
, proche de Quimper ;
F. du Rheſne , de Senlis ; Fredo,
de Paris ; Fanchon le Febvre, du
quartier Saint Antoine ; Raince;
Marie de Chilly ; L'heureux
Berger des Rives d'Allier ; Le
Flamand de l'aimable Bretonne;
Mimi Manchon , de la Ruë de
la Verrerie ; Les trois Barons
botez d'Orleans ; Les deux Inſeparables
de la Ruë Saint Jacques
de la Boucherie ; Les deux
infeparables Voiſines de Soiffons;
238
MERCURE
fons ; Le Chevalier Henris , de
Rheims ; Robault Commis aux
Raports à Orleans ; L'Ariane de
Sylvie ; La Nymphe de Cleranton
; La Societé enjoüée de
la Rue Chapon ; L'infortunée
Lyonnoiſe ; Le Berger des Rives
du Tarn . Meſſieurs Gon,
d'Abbeville , Lialbis , de Marſeille
; Grandis Fils , de Vienne
en Dauphiné ; Rault, de Roiien;
& le Mauvileu de Chauven, les
ont expliquées en Vers.
Je vous en envoye deux nouvelles.
La premiere eſt d'une ai--
mable Perſonne de voſtre Sexe
; & l'autre , de Monfieur de
Montplaiſir , Lieutenant deRoy
d'Arras.
ENIG
GALAN T..
239
ENIGME .
Oroy quejefois petit , je ceffaire,
fuisfort ne-
Il est pen de Païs où je nefois connu,
Et l'on fort bien souvent d'une mauvaiſe
affaire,
Quand on est de moySoûtenu.
le ſers dans les Combats , je ſers auſſi
l'Amour,
Et tel qui pour voirsa Maiſtreſſe
Arrivedés le point-du-jour,
Sans moy n'arriverest que lors que lejour
ceffe.
Mamatiere est en mille lieux,
Mafigure n'est pas commune.
le nevoy goute,&j'ay pourtant desyeux,
le brille quelquefois ſans Soleil &Sans
Lune.
MonPere en mefaisant a la ſueur au
front,
Encor qu'ilgêle àpierrefendre,
Et la peinequ'ilprend ne le ſçauroit défendre
Que quelquefois je ne luy faffe affront.
AVTRE
240
MERCURE
AUTRE ENIGME .
M
On Perem'engendra dans leſejour
des Morts,
Auſſi je ne vis pas , quoy que j'aideà la
vis;
Ieſuis le rareeffet de ſes derniers efforts,
Et l'on ne mevoitpointſans joye oufans
envie.
Cent Miserables, pourm'avoir,
Déchirent leſein de ma Meres
Et d'autres infenfez , flatez d'un faux
espoir,
Tâchent de m'engendrerd'uneflame adultere,
Et croyent vainement à toute heure me
voir.
Ie ſuis liquide &dur , je suis ferme &
fléxible,
Leſuis broyé, batu , l'on me donne cent
coups.
Ieſuis pourtant aiméde tous ,
Encoreque je fois àl'Amour inſenſible.
Le tire de prison l'Esclave par malbeur
Mon Esclave m'y tient , je le souffre
Sansplainte ;
On
THEONE DEL
LYO
-F
SALMONÉE ENIGME ,
LYON
GALANT. 241
On m'acquiert avec peine , on me poſſede
en crainte,
Et l'on me perd avec douleur.
Monfieur Jarrés, & Monfieur
Aſtoüin d'Aix en Provence, qui
ont expliqué l'Enigme de Proſerpine
fur la Poudre à Canon, en
ont trouvé le vray ſens. Elle eſt
compoſée principalementde Sal
peſtre , de Soulfre & de Charbon
meflez enſemble dans un
Moulin. Le Salpeſtre eſt repreſenté
par Proferpine , Fille de
Céres ou de la Terre ; le Charbon,
par Pluton;l'Eſprit de Soulfre
, par l'Amour ; & le Moulin ,
par le Chariot. Pluſieurs ont expliqué
cette meſme Enigme fur
laMoiſſon , &d'autres fur la Semence
, IExhalaiſon , la Triſteſſe,
la Peſche, l'Eau de vie, de Biere, la
Grefle, &la Nuit.
Salmonée Roy d'Elide , qui
Iuillet 1679 . L
242 MERCURE
4
voulut imiter le Foudre de Jupiter
par des feux qu'il lançoit
d'un Chariot de Fer avec grand
bruit, eſt la nouvelle Enigme en
Figure dont vos Amis chercheront
àpenetrer les obſcuritez.
En vous parlant de la feconde
Action de Monfieur le Mareſchal
de Créquy , il ne m'eſt
pas ſouvenu de vous marquer
que pendant le Paſſage du Véfer,
Monfieur le Comte de Choiſeul
eſtoit demeuré endeça pour
empeſcher les Sorties de la ville,
dont il eſſuya un fort grand feu,
& qu'il avoit eu toutes les peines
du monde à retenir le reſte
de la Cavalerie , qui vouloit ſe
jetter dans le Véſer , & le paſſer
à la nage comme les autres.
Ce que je vousay déja dit des
Modes nouvelles dans ma Lettre
ordinaire du dernier Mois,
&
!
GALANT.
243
& dans l'Extraordinaire du 15.de
celuy- cy, me laiſſe aujourd'huy
peu de choſe à vous en dire. Ce
n'eſt meſme que pour ce qui regarde
les Femmes. Elles portent
des Grifetes , des Poils de Chevre
, & de petites Férandines,
tout cela de gris de diferentes
couleurs. Les Gazes font toûjours
à la mode . Les Femmes de
qualité continuënt à porter de
l'or ; & les Etofes qui font le plus
en regne parmy elles , ſont de
gros Tafetas à fleurs d'argent,
meſlez de grands chiffres . Elles
portent auſſi quelques Etofes de
Soye du meſme deſſein .
Je remets juſqu'au premier
Mois à vous parler des Receptions
faites à Monfieur le Duc,
dans toutes les Villesoù il a pafſé
en allant à Dijon tenir les
Etats du Duché de Bourgogne,
Lij
244 MERCURE
dont on me promet des Memoires
; de la mort de Monfieur l'Eveſque
de Beauvais ; d'un Vaiffeau
conſtruit en fix heures &
demie à Toulon ; & des Benefices
nouvellement donnez par le
Roy. Je ſuis ,Madame,voſtre,&c.
A Paris ce 31. Iuillet 1679 .
1
LYON
Avis
Avis pour placer les Figures.
L'Aqui
'Air qui commence par, Quoy , de
ce Verre , doit regarder
la page 63 .
Le Feu d'Artifice doit regarder la
page 109.
La Médaille gravée doit regarder
la page 204.
L'Air Italien doit regarder la page
216 .
L'Enigme en figure doit regarder
la page 241 .
Extrait
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
du Roy .
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Confcil, Jun-
QUIERES. Il eſtpermis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois: Comme auſſidefenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver &debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece, ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté audit
Privilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678.Signé E. COUTEROT. Syndic.
Etledit SieurD. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
31. Imillet 1679.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le