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1679, 06 (Lyon)
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Eur.
511
m
1679,6
Eur. 511 m
-1679,6
Mercure
< 36612005100017
<
36612005100017
Bayer . Staatsbibliothek
F
SV
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Juin 1679 .
1
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. D C. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DUROY.
BIBLIOTEK
MGEMCREN
Bayerische
Staatsbibliothek
München
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
E Mercure , cher Lecteur , n'a'jamais
en tant d'aplaudiſſem nt . Vous
avouez vous même,qu'iln'apas encor esté
firemply de Pieces ſçavantes comme àpreſent
,puisque vousy trouvez des Harangues
de Meſſieurs du Parlement & de
Messieurs del'Academie Françoise ; vous
avoüerezen le lifant, que de tous les Livres
qui se font à present , il n'y ena
pas qui égalent au Mercure , tant pour
la delicateſſe du langage de l'Autheur,
que pour les Pieces choisies. Pluſieurs per-
Sonnes de qualité & d'esprits , s'y divertiffent
avec les Enigmes ; il n'y a rien de
fi naturel que de prendre ſon plaisir où
l'ony trouve gouft . C'est pourquoy vous
voyezce plaisir augmenter par tant de
Perſonnes illustres , & jamais personne
n'y a trouvé à redire , qu'une Lettre
écriteà un Sçavant touchant les Enigmes,
maisla Personne ne merite pas que l'on
2
äij
Le Libraire
s'entretienne de luy , puis qu'elle ne peut
venirque de quelque ignorant , avviſi lifez
leMercure , vousy trouverezdans celuy
de Iuin la Harangue que le Sçavant
Monfieur Rose Secretaire de l'Academie
a fait au Roy , & vous avonerez,
qu'à moins de paſſer pour un changeant,
personne ne peut estreſans avoir le Mercure,
je veux dire, les personnes d'esprit.
Vous aurezle fixieme Extraordinaire le
25. Juillet , qui ſe vendront toûjours 30 .
Solsle Volume ;le Mercure de 1677 .
12. fols , ceux de 1678. 1679 .
20. fols , tant entier que ſeparé , ainſi il
eft inutile de les demander à meilleur
marché: quand je marque le prix aux Livres,
je pretens marquer le prix que je les
vendà Lyon , car dans les Provinces les
Marchands ne les peuvent donner aumême
prix.
L'on continue toûjours à donner les
Journaux des Sçavans. Comme je cherche
lasatisfaction de tous les Curieux,
jevous donneray tous les Moisſans difcontinuer
, les Nouvelles Deſcouvertes
fur toutes les parties de la Medecine par
Monfieur de Blegny , il y en a déja cinq
Partiesde cette année qui ſevendront à
Lyon
au Lecteur.
1
Lyon tant aux Particuliers qu'aux Marchandsfixfols
piece. Tous ceux qui voudront
des Mercures ou autres Livres
nouveaux, s'addreſſeront au Sr Amanly ,
qui leur en envoyera , ſuivant l'addreſſe
qu'ilsdonneront , & n'oublieront pas en
mesme temps de faire pajer fix mois ou
une année par avance , dans les Villes , où
ily a des Librawes qui vendent le Merre,
ilsleurs fourniront toutes les nouveautez
commeſi je les leurs envoyois ,
bonnes & veritables impreſſions.
des
Ceux qui auront quelque chose de particulierà
me dire touchant le Mercure
ou Extra rdinaire , ou des Pieces à me
donner,jeferayàla Foire de Beaucaire
en Languedoc , où je les instruiray de
tout ce qu'ils souhaiteront , je veux dire
ceux quiy iront. Les autres me feront
P'honneurdem'écrire à Lyon ,je leur rendray
réponce.
LIVRES
L
NOUVEAUX
du Mois de Juin.
Education des Filles ,
2. livres .
indouze,
a iij
Nouvelles Maximes ou Reflexions
Morales , 12. vingt ſols .
Caſimir Roy de Pologne, Hiſtoire veritable
& nouvelle , indouze , deux
Volumes , 30. ſols.
Le Triomphe de l'Amour de Monfieur
de Preſchac, indouze .
L'illustre Parifienne de Monfieur de
Preſchac , indouze.
Derniere Campagne de Flandre &
d'Allemagne juſqu'à la Paix , 12 .
30. fols.
Voyage de Monfieur Pirard de la Val
aux Indes Orientales , Maldives,
Molaques , & au Brefil , & les divers
accidens qui luy ſont arrivez
en ce voyage, inquarto , 6. livres.
S.Aurelij Augustini Hiponenfis Epifcopi
Operum Tomus 1. Post Lovanienfium
Theol. recenfionem castigatus denuo ad
Mff. Codices Gallicanos , Vaticanos,
Anglicanos , Belgicos , &c . necnon ad
editiones antiquiores , & castigatiores ,
operâ &studio Monachorum Ordinis
Sancti Benedicti è Congr. S. Mauri,
fol.
TABLE
TABLE.....
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
R.Eceprion de Monfieur l'Evesque de
Troyes dans la Capitale defon
Diocese, I
Contre-critique en Vers de Madame la
Viguiered'Alby, 3
Les Apoticaires de Marseille , Hiſtoire
,
6
LeMoineau l'Hyrondelle , Fable, 20
Ceremoniesdes Chevaliers de S. Georges
faitesaBefançon , 23
Avanture du Prince perdu , 30
Monseigneurle Dauphin va pour latroifiéme
fois à l'Opera de Bellerophon,
37 :
Airde Monsieur Lambert , 39
Depart de Monsieur Lorenzani pour aller
en Italie chercher des Musiciens
pour le Roy , 39
Sonnet Italien, 41
5 iiij
TABLE.
Sonnetfait par une Dame , 42
Hiſtoiredu Certificat de Constance , 46
MortdeMadame la MareschaledHoquincourt
, 48
Mort de Madame la Comteſſede Cossé,
ءا
Mort de Mo fieur le Cominandeur de
S. Simon , 52
Pluſieurs Balsdonnez dans quelques Iſles
aux environs du Village de Neuilly,
Exploits de Monfieur de Granmont dans
la Terre forme de l' Amerique Meridionate
,
55
Cano's peschez à l'Iſle de Davés par les
Vaisseaux commandız par Monsieur
Foran , 59
Course de Bague & Carousel de l'Academie
de Longpré , 64
Thesesoûteruëpar le Fils aisné de Monfieur
Colbert Plenipotentiaire à Nimegue
,
68
Deviſes pour leRoy , 70
Maladie de Monsieur l'Abbé d'Harcourt,
72
Grande reputation des Eaux de Vichy,
273
Compli
TABLE .
-
f
Compliment fait au Roy au nom de l'Academie
Françoise par Monsieur Rofe
1 Secretaire du Cabinet 75
MortdeMonfieur le Duc de Baviere, 86
LesPoisverts, Histoire, 92
Regal fait à Monfieur l'Ambassadeur
d'Espagne par Monfieur de Gourville,
103
Choix de Madame la Duchefſfe de Nemours
, de Madame la Baronne de
Manerbe, pour sa Dame d'honneur,
105
Le Printemps d'Olimpe, 108
Voyage de Monsieur le Marquis de
Seignelay dans pusieurs Ports de
Mer د
112
Rencontre de Mrle Chevalier de Lery.
&de trois aiſſeaux des Etats , 114
Secret trouvé de faire des Canons legers,
117
Te-Deum pour la Paix ,chanté dans
l'Eglise des Grands Augustins de
Paris, par l'Assemblée generale des
Chantres , &de la Simphonie de Paris,
118
Receptions faites à Monsieurle Marquis
de Louvoys dans pluſieurs Villes
TABLE.
119 de la Franche- Comté ,
Promenade de Son Alteſſe Sereniffime
Monfieur le Duc, à la Maison de
Monsieur le Brun à Montmorency,
130
EntréedeMonfieur l' Ambaſſadeur d'Efpagne
, &tout ce qui s'est passé pendantles
trois jours qu'il a esté traité,
132
Arrivée de Monsieur le Marquis de
&à l'audiencedu Roy ,
Chamilly & de Madame sa Femme
àFribourg, 152
Souhait de Socrate en Vers , 153
L'Amant enflamé dés la premiere venë,
&devenu Poëte le mesme jour , Hi-
Stoire, I55
164
Reception faite à Turin à Monfieur de
Sacre de Monfieur de Noailles Evesque
deCabors , 173
Le Pere Bourdalonë eſt nommé Predicateur
ordinaire du Roy , 175
Le Roy donne le Gouvernement de la
Ville & Chasteau de Saint Malo à
Monsieurle Marquis du Guemа-
Varengeville Ambassadeur à Venise,
denc 176
Gouver
TABLE.
Gouvernemens donnez par le Roy , 178
Reception faite à Marseille à Monfieur
Le Ducde Nevers, à Madame la Ducheſſeſa
Femme, &à Madame la Ducheffe
Sforze , ibid.
Lettre touchant les Réjouiſſances faites
àMarseille pour la Paix d'Allemagne,
Depart des Galeres du Roy ,
183
181
Mort de Madame de Montfuron , 190
Mort de Monsieur Bourzon , 191
Monsieur l'Abbé Desmaretz ſoûtient un
Actede Licence appellé Majeure or
dinaire 192
Mariagede MonfieurdeBeauvais ,Baron
de Gentilly ,
trées ,
194
Retour de Monfieur le Cardinal d'Ef-
196
Explication en Vers de la premiere Enigmedu
mois passé , 199
Noms de ceux qui en ont trouvé le Mot,
200
Explication en Vers de la seconde Eni-
201 gme,
Noms de ceux qui l'ont expliquée , 202
Noms de ceux qui ont expliqué les deux,
203
Premiere
TABLE.
Premiere Enigme , 207
Seconde Enigme , 28
Explication de l' Enigme enfigure , 210
Nouvelle Enigme , 211
Nouvelle Piece Italienne , ibid.
Le len du Vert , Histoire , 212
Mariage de Monsieur le President le
Coigneux, 216
Arrivée de Monsieur le Marquis de
Louvoys à Fribourg , 218
Deüil du Roy , 219
221 Mariagede Monsieur Amelot ,
:
Fin de la Table.
Avis
Avis pour toûjours.
Ori
Nprie ceux qui envoyeront des
Memoires où ily aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en cara-
Aeres tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin qu'on
ne ſoit plus fujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diferens toutes les Piecesqu'on
envoyera .
On reçoit tout ce qu'on envoye,&
l'on fait plaifir d'envoyer .
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire;
&s'ils ne ſont dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura ſon
tour , & les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, à mo ns que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne puiſſfe
differer.
On ne fait réponſe à perſonne, faute
de temps.
:
On
1
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions .
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les
mettra dans les Extraordinaires .
On prie qu'on affranchiſſe les Ports
de Lettres , & qu'on les addreſſe toûjours
chez le Sieur Amaulry , & il eſt
inutile d'en envoyer ſans payer le
Port , puiſqu'il ne paroîtront pas aurement
.
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiſſentbleſſer lamodeſtie des Dames,
ou deſobliger les Particuliers par
quelques traits ſatyriques.
2
On a beaucoup de Chanſons. Elles
auront toutes leur tour, ſi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ſi ceux par qui elles
ont eſté faites,veulent qu'on s'en ferve,
ils les doivent garder ſans les chanter&
fans en donner de copie juſqu'à
ce qu'ils les voyent dans le Mercure.
:
Avis
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Ombre de
mon Amant , Ombre toûjoursplaintive,
doit regarder la page 39.
La Medaille qui repreſente le Prince
d'Orange , & la Ducheſſe d'Yorx
au Revers , doit regarder la page 130 .
L'Air qui commence par Que fert à
mon amour que le Printemps renaiſſe,
doit regarder lapage 163 .
Le Portrait de l'Empereur , dont le
Revers repreſente l'Enlevement d'Europe,
doit regarder la page 188 .
L'Enigme en figure doit regarder la
page 211 .
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Confeil, Jun-
QUIERES Il eſt permis à J.D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678 Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Iuin 1679.
I
MERCURE
GALANT.
JUIN 1679 .
ENTRE d'abord en
matiere , & fuis afſuré,
Madame,que vous
apprendrés ſans étonnement,
que rien ne peut égaleri
la joye avec laquelle Monfieur
de Chavigny , nouvel Eveſque
de Troyes , fut reçeu le 17. de
May dans cette Capitale de ſon
Dioceſe. Le merite de ce Prelat
vous eſt ſi connu , qu'on ne luy
Iuin 1679. A
2 MERCURE
rendra jamais d'honneurs qui
vous ſurprennent. Ce fut une
foule de monde incroyable dans
toutes les Ruës par où l'on ſceut
qu'il devoit paſſer. Il ne fut pas
plutoſt arrivé , que Meſſieurs du
Chapitre de la Cathedrale , &
apres eux, Mefſieurs de S.Eſtienne
& de S. Urbain , l'allerent
complimenter . Les Doyens de
chacunede ces Compagnies portoient
la parole. Le lendemain,
Meſſieurs du Preſidial, Meſſieurs
de Ville , & tout ce qu'il y a de
Perſonnes cõſiderables à Troyes,
ou aux environs , s'acquiterent
du meſme devoir. Il fut mis en
poſſeſſion par Monfieur le Grand
Archidiacre de Sens, auquel appartient
ce droit. Il en retireun
marc d'or , que luy doit donner
le nouvel Eveſque. Cet Archidiacre
le preſenta à Meſſieurs de
S. Pierre,
GALAN Τ.
3
S. Pierre , qui le vinrent recevoir,
tous en Chape, à la grande
Portede leur Eglife.Apres le ferment
preſté , & les autres coremonies
accoutumées , on chanta
un Motet , & le Peuple s'en retourna
fort ravy de ſe voir ſous
la conduite d'un Prelat que ſes
grandes qualitez rendent fi digne
du rang qu'il occupe.
Un applaudiſſement fi general
me fait rappeller ce que vous
m'avez écrit d'avantageux d'une
Lettre que je vous ay envoyée
de Madame la Viguiere d'Alby,
touchant ce qui ſe paſſa il y a
quelques moisdans une occafion
de meſme nature. Cette Lettre,
quoy que fort approuvée icy , où
l'on peut dire que le bon gouft
regne plus qu'en aucun autre
lieu du Royaume , n'a pas laissé
de luy attirer des Cenſeurs dans
A ij
4
MERCURE
ſa Province. C'eſt une preuve
du merite de l'Ouvrage , puis
qu'on ne critique jamais que ce
qu'on eſt chagrin de voir eftimé.
Madame la Viguiere d'Alby
s'eſt vangée de ſes Jaloux
d'une maniere fort digne d'elle;
c'eſt àdire en faiſant connoiſtre
par ces Vers, qu'il ne part rien
de ſa plume qui ne ſoit aisé , &
tout plein d'eſprit.
L
Orsqued'un Grand Prelat je chante
lemerite,
Foibles Cenfeurs, imitez ma conduite,
Oudu moins retenezvossentimens jalous.
L'on n'entend murmurerque vous,
Mais un emportementfi lache & fi vnlgaire
Nem'obligepas àme taire,
Etpuiſquemon Prélat daigne écouter ma
voix ,
Je luy feray Souvent quelque offrande
nouvelle
Deshumbles tributs de mon Zele ,
Fe
GALAN T.
5
Je connois mon devoir , &j'ensuivray les
loix,
Sans que vôtre chagrin m'étonne &me
retienne.
Toûjours de mon Prelat fidelle Historienne,
Fobſerverayfans ceſſe avec unſoin égal
Ses grandes actions pour remplir mon
Fournal,
Etmalgré les efforts de vêtre noire envie,
Jedépeindrayle cours de ſon illuftre vie.
Déja ſans m'amuser à reflechirſur vous,
f'aydit combienſesſoinsſont eſtimez de
tous.
J'ay déja malgrévos Critiques
Tracé tout le détail deſes dons magnifiques.
Faydéja fait sçavoir en mille & mille
lieux,
Qu'àson Peuple afſsemblé dans noftre augusteTemple
Ilafait un discours docte,touchant,pieux ,
Etqu'il nous préche encore mieux
Parsa vie&parson exemple.
Ieneſuſpendraypoint mon glorieux employ
;
Cenſeurs,fi vouspouvez, écrivez mieux
quemoy.
A iij
6 MERCURE
Parlez du Grand Prélat que le Cielnons
envoye,
Ses Elogesferont monplaisir & majoye.
Deſes raresvertus je ne dis pas assez
Dans les fimples Ecrits que ma inain
atracez;
Par de nouveaux efforts travaillons à
Sagloire.
Muses,placezson nom au Temple de
Memoire,
Ieveux en dépitdes Ialous
Luy consacrer ceque je tiensde vous.
Si la Jalouſie eſt excuſable , il
ſemble qu'elle ne devroit l'eſtre
qu'en amour. Elle a causé depuis
peu ( quoy que fort indirectement
) une Avanture qui merite
bien d'avoir place icy.
Un Gentilhomme de Normandie,
conſiderable par ſes belles
qualitez , & prenant le nom
de Chevalier à bon titre , eſtoit
à Marſeille il y a deux ou trois
mois ,& il y avoit déja paſsé affez
GALANT.
7
ſez de temps pour s'eſtre fait
connoiſtre de toute la Ville.
Comme il aimoit fort à voir le
beau monde , il n'avoit pas laiſsé
ſon merite oiſif,& apres pluſieurs
tendres proteſtations qu'on prenoit
plaiſir à écouter , il s'eſtoit
fait un engagement de coeur
avec une Dame de ce Païs-là,
belle , aimable , mais d'un temperament
ſi jaloux, que les moindres
choſes luy faifoient ombrage.
Ainſi il vivoſt aſſujetty à de
grandes precautions ; & fi la tendreſſe
de la Dame eſtoit un bonheur
pour luy , c'eſtoit d'ailleurs
une ſervitude qui le reduiſoit à
fuir le beau Sexe , & à ſe montrer
ſans complaiſance pour toutes
les Belles qui auroient bien voulu
l'attirer. Il s'eſtoit trouvé trois
ou quatre fois dans une ſocieté
de Femmes , parmy leſquelles
A iiij
8 MERCURE
une fort agreable Perſonne rendoit
la converſation pleine d'enjoüement.
Elle n'auroit pas déplû
au Chevalier , mais il avoit
le coeur pris, & il n'eſtoit plus en
état de ſe donner. La choſe fut
ſçeuë , & ſes viſites , routes innocentes
qu'elles eſtoient , piquerent
fi fort la Dame jalouſe,
qu'il ne put faire fa paix avec
elle qu'en luy promettant qu'il
ſe dégageroit pour toûjours de
cette Societé. Il luy tint parole.
Les Dames qui n'euflent pas
eſté fachées de le voir ſouvent,
l'envoyerent inutilement chercher
en pluſieurs occafions. Il
s'excuſa fur divers pretextes de
toutes les parties de divertiſſement
dont elles luy mandoient
qu'elles l'avoient mis , & pour
n'avoir plus de querelles à effuyer,
il ne répondit pas meſme à
quel
GALANT .
quelques Billets qu'il en reçeut.
Un procedé fi deſobligeant d'un
Homme naturellement galant &
civil, leur en fit chercher la cau .
ſe . Il ne leur fut pas difficile de
la trouver. L'attachement qu'il
avoit pour la Dame leur eſtoit
connu . Elles ne douterent point
de ſa jaloufie , & plaignant le
Chevalier de s'eſtre rendu l'efclave
de ſa paffion , elles ſe mirent
en teſte de rompre le charme
, ou du moins de faire paſſer
de méchantes heures à la Jalouſe.
Le deſſein leur parut réjoüifſant
, mais il s'agiſſoit de l'executer
, & c'eſt ce qu'elles ne pouvoient
faire aisément. Le Chevalier
eſtoit ſur ſes gardes , & ne
ſe trouvoit jamais en lieu où elles
puſſent noüer converſation
avec luy. Enfin elles le firent fi
bien épier , qu'ayant ſceu un
Av
10 MERCURE
jour qu'il ſe promenoit ſeul fur
le Port , elles y vinrent fort determinées
à ne le pas laiſſer échaper.
Il les apperçeut, & tâcha de
les éviter en retournant ſur ſes
pas , mais elles y avoient pourveu.
Deux d'entr'elles marchoient
derriere luy , & comme
elles l'enfermoient , il fut obligé
de s'arreſter. Vous jugez bien
que tout ſpirituel qu'il eſtoit , il
ne leur put donner que de méchantes
raiſons de ſon oubly. Elles
n'en voulurent écouter aucune,
& luy dirent en riant qu'il
s'eſtoit fait une fi grande affaire
avec elles, qu'à peine le reſte du
jour ſuffiroit pour l'entendre fur
fes faits juſtificatifs ; qu'elles s'en
alloient ſouper enſemble, & qu'il
n'avoit qu'à les ſuivre, s'il ſe ſentoit
quelque envie de vuider leur
diférent. Le Chevalier auroit volontiers
GALANT . 11
lontiers accepté la propoſition,
mais ſoit qu'il craignît que ce ne
fuſt un piege qu'on luy dreſſaſt,
foit qu'il cruft que ce qui eſt
fçeu de pluſieurs ne peut jamais
demeurer ſecret , il ne voulut
point s'expoſer à ſe broüiller de
nouveau avec ſa Belle , & pour
ſe mettre à couvert de toute furpriſe
, il s'excuſa du Repas fur
quelque indiſpoſition qui l'obligeoit
àfe retirer ſur l'heure pour
ſe mettre peut - eſtre au lit un
moment apres. Comme jamais
Malade n'avoit eu l'apparence
de ſe mieuxporter, les Dames ne
donnerent pointdans cette défaite.
Elles l'entreprirent , & ſe
montrerent fi reſoluës à l'emmener
, en quelque état qu'il puſt
eſtre , que pour s'en défaire , il
fut reduit à les quitter bruſquement.
L'incivilité les piqua. Elles
jure
1
12 MERCURE
jurerent de l'en punir , & en artendant
qu'elles pûſſent venir à
bout de le mettre mal avec la
Dame qui les faiſoit mépriſer,
elles chercherent à ſe vanger de
luy dés le ſoir meſme. Le faux
pretexte dont il s'eſtoit ſervy
pour ſe dégager , leur ayant frapé
l'eſprit, elles s'aviſerent d'une
auſſi plaiſante malice qu'on en
ait jamais fait aucune. Ce fut la.
belle Enjoüée qui la propoſa.
Elles envoyerent un Laquais déguisé
chez tous les Apoticaires
de la Ville, avec ordre de la part
du Chevalier , de luy apporter,
chacun un remede pour une Colique
qui le tourmentoit, le premier
precisément à huit heures,
le ſecond demy- heure apres, &
les autres de demy-heure en demy-
heure, juſques à minuit. Ils
promirent tous de ne pas man-
4
quer
GALANT.
13
2 &
quer àl'heure marquée. Le Chevalier
eſtoit fort connu. Il logeoit
à l'Hoſtel de Malte , & foupoit
en tres- bonne compagnie d'Auberge
, quand au milieu du Soupé
un Homme à manteau noir
entradans la Salle. Tout le monde
ſe détourna pour le regarder;
&le Chevalier s'eſtant détourné
comme les autres , l'Apoticaire
luy fit humble reverence
crût que c'eſtoit aſſez pour luy
faire entendre ce qui l'amenoit.
Cette reverence faiſant voir au
Chevalier que l'Ambaſſade s'adreſſoit
à luy,il demanda dequoy
il pouvoit eſtre queſtion . Autre
reverence de l'officieux Apoticaire
, qui luy fit figne dans le
meſme temps qu'il avoit ſon affaire
fous fon manteau. Ce figne
n'éclairciſſant point le Chevalier
, l'Apoticaire tâcha de s'ex-
1 pliquer
14 MERCURE
pliquer mieux par quelques autres
,& voyant que c'eſtoit inutilement
, il découvrit enfin la
Seringue. Toute la Compagnie
éclatade rire. On railla le Chevalier
fur le beſoin du Remede.
Il en plaiſanta luy- meſme , & fe
fouvenant qu'un Cavalier de
l'Auberge s'eftoit retiré dans ſa
Chambre à demy malade , ſans
fouper , il crût que la choſe le
regardoit, & luy envoyal'Apoticaire.
LeGentilhomme chagrin
de je ne ſçay quoy , ſe montra
mal gratieux ; & comme on le
prenoitdansun temps où il n'entendoit
point raillerie , l'Apoticaire
euſt pû s'en appercevoir , ſi
apres ſon premier compliment il
ne ſe fuſt ſauvé au plus vite. Il
gagna la Court , & remporta fon
Remede. L'Avanture divertit
fort les Gens de l'Auberge. Elle
leur
GALANT.
!
leur ſervit longtemps d'entretien,
&ils en rioient encor ſur la fin
de leur deſſert , quand une nouvelle
Figure d'Homme à manteau
noir parut dans la Salle. II
n'y eut jamais un fi grand éclat
de rire. Ce fecond Apoticaire
ayant demandé au Chevalier s'il
vouloit qu'il l'allaſt attendre dans
fa Chambre , tous ceux qui
eſtoient à table s'écrierent comme
de concert , que quoy qu'il
fe portaſt mieux , il ne devoit
point diferer au lendemain ; que
les meſmes douleurs qui le preffoient
quand il avoit envoyé
chercher le remede , pouvoient
revenir , & que le meilleur confeil
qu'on luy pfitdonner,c'eſtoit
de s'en faire quite toutd'un coup.
L'Apoticaire convaincu par là
qu'on ne l'avoit point appellé à
faux, déployoit de ſon côté toute
l'éloquen
16 MERCURE
l'éloquence que Dieu luy avoit
donnée pour perfuader au Chevalier
qu'un Remede de precaution
ſauvoit quelquefois la vie.
Je ne ſçay meſme s'il ne ſe ſervit
point du mot d'anodin pour
luy faire croire qu'il n'y en avoit
point de plus benin ny de mieux
faiſant que celuy qu'il luy appor.
toit. Le Chevalier eut la patience
de le laiſſer haranguer fans
P'interrompre ; & s'eſtant enfuite
diverty quelque temps à le faire
raiſonner en termes de l'Art
fur une chaleur d'entrailles qu'il
ſuppoſa , il luy prit la main , luy
taſta le poux , & luy ayant dit
qu'il eſtoit luy- meſme malade,
&bien plus malade qu'il ne penfoit
, il luy voulut faire prendre
fon propre Remede . Je ne vous
dis point combien cette Comedie
fut agreable. Vous pouvez
aisé
GALANT.
17
aisément vous l'imaginer. Elle
finit par la fuite du Harangueur,
qui ſe voyant preſsé de trop
pres , connut bien qu'il n'avoit
point de meilleur party à prendre.
On fit de nouvelles plaiſanteries
ſur la piece. Le Chevalier
en jugea comme il devoit , & ne
doutant point qu'elle ne vinſt
des Belles qu'il avoit refusées
fous pretexte de ſe porter mal, il
fut persuadé qu'elle ne finiroit
pas fi - toſt , & dans cette pensée,
il convia tous ceux de l'Auberge
au plaifir que la ſuite leur en
promettoit. La choſe arriva comme
il l'avoit dit. Les autres Gens
à Seringue , Maiſtres ou Garçons
, s'acquiterent ſi ponctuellement
de l'ordre reçeu , qu'ils
vinrent joüer chacun leur Scene
dans le temps marqué. Ils s'adreſfoient
tous au Chevalier , & s'il
y
18 MERCURE
y avoit de la diverſité dans la reception
qu'il leur faiſoit , tantoſt
ſerieuſe , tantoſt enjoüée , c'étoient
toûjours des manieres tres
réjoüiffantes pour les Regardans .
Enfin aprés avoir bien ry des
Mal- contens qui s'en retournoient
, on ſçeut qu'il eſtoit minuit.
Chacun ſe retira dans ſa
Chambre , & le Chevalier eut à
peine mis le pied dans la ſienne ,
qu'il y vit entrer un nouveau
Frater. Celuy- cy , pour ſe faire
valoir davantage, luy dit gratieuſement
que pour tout autre que
pour une Perſonne de ſa qualité
, il ne ſe ſeroit pas reſolu à
veiller ſi tard , mais que ſa ſanté
eſtoit trop importante pour en
negliger le ſoin , quelque heure
qu'il fuſt. Le Chevalier qui n'avoit
plus perſonne à rire avec
luy , & qui s'ennuyoit de voir
des
GALANT.
او
.
des Seringues, le pria un peu rudement
de le laiſſer en repos.
L'A poticaire s'en fcandaliſa , &
hauſſant le ton , prétendit ſe faire
payer, quand meſme on ne ſe
ſerviroit point de ſon Remede.
La réponſe fut , que qui le prendroit
, le payeroit, Auffi- toſt le
Chevalier fit faifir l'Apoticaire
par ſes Laquais. On verſale Remede
dans la Seringue, & il luy
fut donné je ne ſçay comment.
Ce fut la fin de la piece. Je n'ay
rien appris de ce qui s'eſt paſsé
depuis ce temps-là entre lesDames,
& le Chevalier. Ce qu'il y
a de certain , c'eſt que preſentement
encor à Marseille , quelque
accident qui puſt ſurvenir , on
mourroit dans l'Hoſtel de Malte,
faute d'un Reméde d'Apoticaire.
Tout le monde n'aime pas
avec
20 MERCURE
avec la meſme fidelité que le
Chevalier dont je vous parle , &
il en eſt peu qui ne trouvaſſent
enfin quelque dégouſt à ne voir
jamais que le meſme Objet. La
Fable du Moineau en eſt une
preuve. Elle eſt traitée par Monſieur
Broſſard de Montanay.
Vous connoiſſez ſon talent à
tourner agreablement les choſes.
9998980963 73835-81-8070480909_2763
LE MOINEAU
ET
L'HIRONDELLE .
FABLE.
:
àpeineàlaſaiſonnou-
L'Hyvveelrlec, edoit à
Lors qu'un Moineau qui couroit ſur les
tois,
Vit arriver une Hirondelle ;
Il l'avoit connuë autrefois.
Dien
GALANT. 2 Г
[
1
Dieu vous gard, luy dit-il, la Belle,
Comment vous va? depuis pres de fix
mois
En ce Païs on ne vous a point veuë.
On vous étes- vous donc tenuë ?
Dans le creux de quelque Arbre ? ou dans
lefond d'un Bois ?
Vous moquez- vous, repartit- elle ?
Avôtre avis j'ay donc l'aird'un Hybous
L'irois me cacher dans un trou !
Ien'ay pas fipeu de cervelle.
CesSuperbes Maisons des Champs ,
Et tous ces grands Hostels qu'on bastità
laVille,
Nesont-ils pas à moy ? Quand je viens
au Printemps,
N'enfais -jepas mondomicile,
Et croyez- vous debonne-foy
Que lors que d'un Hyver les rigueurs effroyables
Vous rendent icy miserables,
Cemalheur s'étendeſurmoy ?
Ehpourquoy non ? quel rareprivilege
Vous rend, dit le Moinean, moins frileufo
que nous ? :
Quand la terre en ces tieux est couvertedo
neige,
Vn
22 MERCURE
1
!
!
i
:
1
Un Soleil fait exprés ne luit-il que pour
vous?
Vous remplumez- vous ? bagatelle ,
Cen'estpoint tout cela, maissuivant la
Saiſon
Iechangede Païs,&c'est làmafineſſe,
Ien'yfaispoint d'autrefaçon.
Si vousaviez moins de pareſſe,
Etfi lasdepaſſer laſaiſon desfrimas
Avivre comme un miserable
Sous les tuilesd'un Galetas,
Vouscherchiez en d'autres climas
Uneſaiſonplusfavorable ,
Vous auriez comme moy des jours toujours
heureux.
L'Etéfiny, vous iriez en Provence ,
Oùnous rencontrerions tous deux
Unbeau Printemps qui recommence.
Fort bien ,dit le Moineau, j'aime aſſexle
Printemps.
Et du grain pour manger ? Du grain ?
belledemande!
Le Milestpar tout dans les Champs,
Et l'on en prendſans qu'aucun ledefende.
Tant mieux ; j'y deviendray plus dodu
qu'unChapon,
Iel'aimefort, maiss'y divertit-on ?
Eh
GALANT.
23
Eh vrayment oüy, l'on chante, onse promeine
,
Onfait l'amour. Comment ? vous moqueZvous?
L'amour ! àqui ? vous voilafort enpeine.
Ence Païs àqui le faiſons-nous ?
N'avons- nous pas chacun une Femelle?
Dans laProvence elle nousfuit auſſi ,
Et nousyfaiſons avec elle
L'amour comme on lefait icy.
Oh oh,dit le Moineau, cecy change l'affaire.
Quoy, dans ce Pais éloigné ,
De lamesme Femelle on eft accompagné?
Levoyage auroit pûme plaire ,
Mais pourlecoupjene vous ſuivraypas.
Vouspaſſez donc ainſi la vie?
Par tout dumefme Objet vous avez l'embarras?
LeMil, ny lePrintemps , ne me font
plusd'envie,
Ie veux estre plumé , ſi j'en fais unſeul
pas.
La Ceremonie qui ſe fait tous
les ans à Besançon par les Chevaliers
de S. Georges le jour de
la
24 MERCURE
1
1
"
1
1
1
la Feſte de ce Saint,y a eſté faite
cette année avec les folemnitez
ordinaires. Monfieur le Marquis
de Montauban , Lieutenant de
Roy dans la Comté , & les principaux
Magiſtrats de la Ville , en
ayant eſté conviez , ils ſe rendirent
le vingt-deuxième d'Avril ,
veille de cette Feſte , dans une
Salle du Convent des Carmes ,
où les Chevaliers de cet Ordre
ont accoûtumé de s'aſſembler.
On y propoſa diverſes affaires,
&entr'autres on entendit le rapport
des Commiſſaires donnez à
ceux qui avoient demandé à entrer
dans l'Ordre. Leurs Preuves
de Nobleſſe y furent tres-feverement
examinées . C'eſt ce qui
ſe fait toûjours avec la derniere
rigueur , car à moins que les feize
quartiers , ou pour parler à
leur maniere , les ſeize lignes ne
: foient
GALANT.
25
ſoient pleinement verifiées , on
ne peut éviter l'exclufion , n'y
ayant aucune grace pour les nouveaux
Ennóblis, ny pour les me
rites roturiers. ১
Apres que l'Aſſemblée eur
employé deux ou trois heures à
cet examen,&àd'autres affaires
fur leſquelles on avoit à deliberer
, on fit avertir les Religieux,
qui tous en Chapes tres-magnifiques
, vinrent en Proceffion à
la porte de la Salle, & allerent de
là dans l'Egliſe au meſme ordre
qu'ils eſtoient venus , fuivisdes
Chevaliers deux à deux, portant
chacun un cierge à la main , les
derniers reçeus, à la teſtel,& les
Anciens apres eux! Le Blan
nier revétu de ſon Manteau, qui
fut , dit - on , autrefois celuy des
Ducs de Bourgogne , tenoit en
main fon Bâton d'argent de la
Iuin 1679. B
26 MERCURE
hauteur d'une Croſſe , & marchant
à la gauche de Monfieur
de Faltans Gouverneur de l'Ordre
, comme l'ont eſté pluſieurs
de ſes Anceſtres , fermoit avec
luy le dernier rang de ces Chevaliers.
Joubliois à vous dire
que ce Bâton a pour ornement
une tres - belle , & tres - riche
Image de S. Georges. Sur leurs
pas , & preſque ſans aucune diſtance,
Monfieur le Marquis de
Montauban alloit ſeul. Il fut
conduit à une place qui luy
avoit eſté preparée à côté de
l'Autel fur une Eſtrade élevée
de deux marches , & couverte
d'un tapis de pied avec un Prie-
Dieu & un Fauteüil. Les Chevaliers
occuperent les Chaiſes
du Choeur. On commença Vefpres,
apres lesquelles on retourna
dans la Salle, où l'heure ayant
eſté
GALANT.. 27
eſté priſe pourle lendemain, on
ſe ſeparera fans autre ceremonie
que celle des Officiersdes Trou ,
pes qui accompagnerent Monſieur
de Montauban juſque chez
-luyan Pnom ob stand ?
Le jour ſuivantlamêmeCom.
pagnie s'affembla fur les huit
heures dans le meſme lieu.Mon.
ſieur le Comte de Poitiers , dont
la Maiſon n'eſt pas moins illu
ſtre par ſon ancienneté que par
ſes alliances avec diverſes Cous
ronnes y fue regeu Chevalier,
auſſi-bien que Meſſieurs de Vaus
dray, de Vaugrenan ,& de Gillers
, Perſonnes de tres - grando
qualité. Ces nouveaux Chevde
liers ayant preſté le ferment ac
couſtumé , prirent place & opinerent
en leur rang ſur les affaires.
On alla de là à la Meſſe qui
fut folemnellement celebrée. Il
Bij
28 MERCURE
n'y eut rien de changé dans ce
qui s'eftoit fait le jour prece
dent,tant pour la marche que
pour les ſeances. Tout ce qu'on
remarqua d'extraordinaire , ce
fut l'honneſteté de Monfieur de
Faltans Gouverneur de l'Ordre,
qui alla prendre Monfieur le
Marquis de Montauban à la place,&
le conduifit à l'Autel pour
la ceremonie de l'Offrande. Ce
Lieutenant de Roy donna un
magnifique Repas apres laMefſe
, aux principaux Chevaliers
&Officiers de la Garniſon. L'apres-
midy on retourna à l'Egliſe
où les ſecondes Veſpres furent
chantées. Au Verſet du Magnificat
qui commence par Depofuit
potentes defede , le Celebrant ſe
leva&s'approcha de l'Autel, où
ſupla premiere marche il y avoit
un Fauteüil pour luy. L'ancien
Bâton
GALANT. 29
Bâtonnier y vint auffi- toſt accompagné
du Chevalier qui luy
devoit fucceder dans fa Charge,
& s'eſtant mis tous deux à ge
noux ,le Celebrant prit le Bâton
&le Manteau des mains de l'un ,
&les remit en celles de l'autre,
le dernier Bâtonnier éleu commençant
alors à preceder celuy
qui avoit le pas un moment auparavant.
Ily a diverſité d'opinions tous
chant l'Inſtituteur de cet Ordre.
Les uns veulent qu'il ait eſté étably
par Frederic III. à qui les
Guerres deHongrie firent naître
la pensée de faire une eſpece de
Compagnie particuliere , composée
ſeulement de Perſonnes
de grande naiſlance, & devoüées
au ſervice de laReligionCatholique
. Les autres en donnent la
gloire à un Gentilhomme appel-
८
Bij
30 MERCURE
lé Guillaume de Vienne, auquel
appartenoit une Terre portant le
nom de S. Georges proche de
Châlons fur Saône; & pour le
prouver , ils difent que l'Hiftoire
d'Auxonne fait foy que les premieres
Affemblées des Cheva
Hers de eer Ordre fe faifoient
dans cette Terre; qu'elles furent
tenuës enſuitedans un Bourg de
la Comté nommé Rougemont,
&que ce Bourg ayant eſté brûlé
par le malheur des dernieres
Guerres,ces Affemblées furent
enfin tranſportées à Besançon,
où elles ſe tiennent regulierement
dans la Maifon des anciens
Carmes de la Ville.
2 Il arrive tous lesjoursdescho
fes fi extraordinaires , qu'apres
ce que je vous ay mandé de la
vie cachée de Monfieur de la
Roche Karlan , vous ne trouverez
GALANT. 31
rez rien d'incroyable dans l'Hiſtoire
que racontent quelques
Marchands Aſiatiques arrivez
icy des Indes depuis deux mois.
Ils s'informent avec grand ſoin
dece que peut eſtre devenu un
jeune Prince de leur Païs qu'ils
pretendent avoir amené en France,&
voicy ce qu'ils en diſent,
Une Reyne , Femme d'un Roy
qui a ſes Etats au delàdu Gange,
eſtant accouchée il y a 22. Ou 23 .
ans, de deux Enfans mâles d'une
excellente beauté , on vit paroltre
en l'air dans le meſme inſtant
une Epée teinte de ſang
ſur la teſte de l'un des deux , &
on entendit une voix qui prononça
diſtinctement ces paroles ;
L'Epée qui est teinte deſang infidelle
, est l'assemblée du Diademe
defon Chef. Ce prodige fut conſiderécomme
le preſage de quel.
B iiij
32
MERCURE
4
:
que malheur ; & pour s'en mettre
à couvert , la Reyne ſans en
rien faire connoiſtre au Roy fon
Mary,reſolut de cacher la naiffance
de cet Enfant , & de luy
laiffer ignorer à luy - meſme ce
qu'il eſtoit.On publia donc qu'elle
n'eſtoit accouchée que d'un
Garçon , & une Dame de ſes
Confidentes donna l'autre à
nourrir à une pauvre Femme qui
en prit ſoin . Quoy que cette
Nourrice ne ſceuſt point que
c'eſtoitun Prince qu'on luy avoit
confié , elle ne laiſſa pas de remarquer
quelque choſe demiraculeux
dans cet Enfant. Elle en
avertit la Dame qui en ayant
conferé avec la Reyne , reçent
ordre de prévenir par ſa mort les
defordres qu'il pouvoit un jour
caufer. On donna l'Arreſt, mais
il ne fut pas executé. La Dame
alla
GALANT 33
alla trouver la Nourrice , & touchée
de pitié pour l'Enfant , elle
fit conſentir cette pauvre Femme
à l'aller nourrir dans quelque
Païs éloigné. Il luy fut aisé d'en
venir à bout en luy découvrant
ſa veritable naiſſance, & luy donnant
dequoy ne manquer de
rien. La choſe fut reſoluë . Les
Marchands dont je vous parle
eſtoient ſur le point de faire
voyage. On les fir entrer dans le
ſecret. Ils partirent avec la Nourrice
, & apres beaucoup de pcines
, ils arriverent en France,
ſans que les fatigues de la Mer
euſſent apporté aucun prejudice
à la ſanté de l'Enfant. Il eſt vray
que celle de la Nourrice en fut
alterée. Elle commença de s'en
plaindre en débarquant, & tomba
malade ſur la route du Gaſtinois.
Le mal fut ſi violent qu'il
B V
34 MERCURE
T
la contraignit de s'arreſter dans
la Maifon d'un pauvre Homme
qui estoit ſeule au milieu de la
Campagne entre Milly & Melun.
Elle y mourut deux heures
apres. Les Marchands n'ayant
rencontré perfonne en ce lien-là
pour élever l'Enfant qui leur de
meuroit , avancerent vers un
Bourg à dix ou douze lietres de
Paris, & y eftant arrivez, ils entretent
dans une Maifon allez
apparente , dont le Maiſtre ſe
nommoit Caillou. Its ury apprirent
la fofrune de cet Enfant ,&
le perfuaderent fibien defanaiffance
,qu'il leur promit que luy
& la Femme en prendroient le
melme foin qu'ils pourroiene
avoir de leur propre Fils. Its luy
laifferent dequoy le bien eleer,
vinrent à Paris , firent leurs affaires
, & eftant repaſſez à leur
V &
retour
GALANT
35
retour par le lieu où ils avoient
laiſsé l'Enfant, ils n'y trouverent
plus que la Femme de Caillon .
Elle leur apprit que fon Mary
eſtoit mort depuis quelques
Mois, & qu'ayant perdu dans le
meſme temps un Fils dont elle
avoit accouché un peu avant
qu'ils fuſſent venus en France,
elle nourriſſoit l'Enfant qu'ils luy
avoient confié , comme eftant à
elle,&qu'il n'y avoit perſonne
dans tout le Bourg qui ne cruft
qu'il eſtoit ſon Fils. Ces Marchands
adjoûterent un nouveau
Preſentà celuy qu'ils luy avoient
déja fait la premiere fois , & retournerent
en leur Païs fort coprens
des affurances qu'elle leur
donna,d'en avoir ſoin tant qu'el
Je vivroit. Apres un fort grand
nombre d'années , ces mefmes
Marchands ont efté obligez de
faire
36 MERCURE
COD
faire un ſecond voyage en France
, & font arrivez à Paris au
commencement du mois d'Avril
dernier.Ce n'a pas eſté ſans avoir
paſsé par le Bourg , où ils n'ont
trouvé ny la Femme ny l'Enfant.
Ils en ont demandé des nouvelles
à tous les Voiſins , & ils ont
ſçeu d'eux , que la Femme dont
ils s'informoient ayant eſté forr
traversée de ſes Parens dans
fon Veuvage , avoit tout abandonné
, apres avoir mis fon
Fils chez la Dame du lieu ,
qui l'avoit pris comme un Orphelin
; que cet Enfant y avoit
eſté affez ſoigneuſement
élevé juſqu'à l'âge de huit ou
neuf ans , & que s'y voyant trop
gourmandé de quelques Domeſtiques
jaloux , il eſtoit party de
chez la Dame, fans qu'on eût pû
découvrir ce qu'il étoit devenu.
Voilà
GALANT.
37
Voila ce que ces Marchands,
qui font encor à Paris , publient
pour tres -veritable. Jugez , Madame,
quel feroit l'étonnement
du Prince qu'ils cherchent , &
qui apparemment ne ſe connoiſt
que ſous le nom de Caillou , ſi
eſtant auffi curieux que beaucoup
d'autres qui liſent toutes
les Lettres que je vous écris , il
tomboit fur cet Article , & apprenoit
qu'il est né de Sang
Royal. La difficulté ſeroit de ſe
faire connoiſtre , à moins qu'il
n'euſt quelque marque de naiffance,
car on ne l'en croiroit pas
fur ſa parole ,& il y auroit bien
des preuves à demander.
-Monſeigneur le Dauphin a
yeu pour la troiſième fois l'Opera
de Bellérophon. Il fut reprefenté
extraordinairement pour
ce jeune Prince le Mercredy 31-
de
38 MERCURE
de May. Rien ne ſçauroit eſtre
plus glorieux pour Monfieur de
Lully, qui voit par là ce que peuvent
les charmes de ſa Muſique.
Voicy un Air que vous trouverez
admirable. Quoy qu'il ne
foit pas tout- àfait nouveau , parceque
tout ce que fait le fameux
Monfieur Lambert eſt incontinent
répandu par tout , c'eſt
beaucoup de pouvoir vous dire
que vous ne le pouvez avoir fi
fidellement noté que je vous
l'envoye. La Baffe- continuë y eſt
adjoûtée , & c'eſt ce que peu de
Perſonnes ſeroient en pouvoir
de vous donner. Les Paroles répondent
parfaitement au ſujet,
&ont je ne ſçay quoy de ſi touchant
, qu'il eſt aiséde connoître
qu'elles partent d'une bonne
fource.
AIR
Dua'am nornant
39
A
retonurs.
P
uleurs.
4.
२२०५-
A
itives
jours
rs.
1
lere
font
leur
lent
nay
ble ,
Roy
38
de l
plu
Lul
ver
1
ver
foit
ce
M
ne
be
qu
fid
l'e
ad
Pe
de
po
&
cl
AIR
IGALANT.
39
AIR.
Mbre de mon Amant , Ombreton-
Ο jours plaintive, 23
Helas ! que voulez-vous ? je meurs.
Soyez un moment attentive
Au funeste recit de mes vives douleurs.
C'est fur cette fatale Rive
Que j'ay ven vostre fang couler avec
nes pleurs.
Rien ne peut arnester mon amefugitive,
Je cede à mes cruels malheurs.
Ombre de mon Amant , Ombre toûjours
plaintive,
Helas! que voulez- vous ? je meurs.
1 : :
Je vous marquay la derniere
fois beaucoup de choſes qui font
connoître le merite de Monfieur
Lorenzani. Vous ferez aiſément
perfuadée que je ne vous en ay
rien mandé que de veritable ,
quand je vous diray que le Roy
luy adonné une nouvelle marque
de ſon eſtime, en luy ordon
nant
40
MERCURE
nant de faire un voyage en Italie
, pour luy amener de ce Païs
là les meilleurs Muſiciens qu'il
pourra trouver. La Langue Italienne
a une je ne ſçay quelle
délicateſſe qui s'accommode admirablement
à la Muſique . Elle
donne de grands agrémens aux
Ouvrages de Poëſie ; & le Sonnet
de Monfieur Tonty que je
vous envoye vous en fera demeurer
d'accord. Il a eſtélû au
Roy par Monfieur l'Abbé Dangeau
, & il n'a pas moins plû à
Sa Majesté qu'à toute laCour.
ALLA
GALANT.
41
ALLA MAESTA CHRISTIANISSIMA
DI
LUDOVICO MAGNO .
H
SONETO .
Or chedi
Chiudon
vitto,
Gianolefatali porte
le Palme di LUIG
Ech' all'Europa cura il ſen trafitto
All'ombra de gl'Olivi amica forte ;
Iin
2.3
Tema l'Afia infedele, e guerra, emorte;
Speri Sion; cada Macon sconfitto
Roma eregga Trofei ; pianga l'Ecgitte
L'alte Moschéeda ulerice fiamma abſorie
S'affretti ad adorar l'Arabo, e'l Moro
La Croce, oveGiesu morio esangue ,
E'l Libano á nutrir Chriſtiano Alloro ;
El'impie fronti, in cui l'ardir giá langue,
Al nuovo folgorar degigli d'oro ,
Irrighi ilpio Giordano, o'l proprioſangue.
t
Humiliato a i piedi di V.Maeſtá
vota queſti augurij glorioſi ,
MICHEL ANGELO TONTI .
८
Apres
42 MERCURE
Apres un Sonnet Italien , il
faut vous en faire voir un François.
Vous le devez lire avec
plaifir , puiſqu'il eſt fait par une
Perſonne de vôtre Sexe. Les
Belles qui ne ſe piquent pas
toûjours de fidelite , trouvent
quelquefoisdes Infidelles. C'eſt
là - deſſus que Mademoiselle
Mouſſard s'eſt divertie à faire
ces Vers.
१३ .
U
Navengle transport de tout monfort
décido,
C'estparun Inconstant que mon coeur eft
charmé دیک
Etquoy quil air perdu tout espair d'eftre
aimé,
Ilcedeà ce panchant qui l'entraîne&le
guide.
Une Etoillefatale àmon destin preſide ,
Elle entretient toûjours unfeu trop allumé,
Cefuneste defirpar l'amour confirmé ,
Malgré moy me condamne à cherir un
Perfide,
0
GALANT.
43
Ovous, qui pouvez tour, &verſezdans
le coeur
Ou la tendre foibleffe, ou l'austere rigueur,
Que vous partagezmal vos froideurs &
vosflames !
I
Aftres trop inhumains qui caufez mes
Soncis د
Que ne me laiſſiez- vous la plus fiere des
Ames
Ou que ne donniez - vous ma tendreſſe à
Tirfis?
75
Si un Inconſtant a pů donner
fieu à ce Sonnet , il y a des fidelitez
inviolables , & je puis vous
le prouver par Certificat
Un Cavalier eſtoit amoureux
de cent cinquante lieües loin .
L'abfence qui ralentit d'ordinaireles
plus fortes paſſions ne pouvoit
rien ſur la fienne , & foit
qu'effectivement il euſt un fond
extraordinaire de conſtance, ſoit
que
44 MERCURE
que quelque autre raiſon luy
fiſt trouver de la douceur dans
la fo'itude , il reſolut de ne voir
perſonne,& de vivre d'une maniere
fort retirée dans une petite
Ville où ſes affaires l'avoient
appellé. Il y paſſa d'abord
pour un Miſantrope. Cette
reputation ne luy plût pas.
Cependant il s'en conſoloit en
recevant affez ſouvent des Lettres
de fa Maiſtreſſe , qui ne
manquoit jamais à luy faire de
grandes exhortations de fideliz
té. Celle du Cavalier eſtoit à
l'épreuve , & afin que la Belle
n'en pût douter , il s'aviſa de
dreffer un Certificat de Conſtan.
ce , & de l'envoyer chez quelques
Dames de ce Païs là qu'il
ne connoiſſoit que de veuë , avec
un compliment par lequel il les
prioit de rendre juſtice à ſa maniere
GALANT...
45
niere de vivre , en fignant cette
atteſtationde fon amoureuſe prudomie.
Sa Galanterie ſurprit
agreablement . On commença de
le connoiſtre. Le Certificat fut
ſigné de la meilleure grace du
monde , & vous pouvez croire
que le Cavalier en fit admirablement
ſa cour en l'envoyant
par le premier Ordinaire à l'aimable
Perſonne dont il eſtoit
éloigné. Je vous en fais part.
Vous le trouverez ſigné par les
Bergeres de la Durole. La Durole,
Madame, ſi vous ne le ſçavez
, eſt une petite Riviere qui
paſſe en Auvergne , à laquelle
nous devon's la Manufacture du
plus beau Papier qui ſe faſſe en
France. ১
Say my n είνφλο το τούγτούς του.1
CERTI
46 MERCURE
CERTIFICAT
DE CONSTANCE.
A MAD*** C. D. B. L.
de la Durole
Nous Bergeres de Certifions quivoudra , داز
Ouplutost qu'ilappartiendra ,
Que lejeune Tirfis qu'une absence deſoles
Eftarrivédepuisfix mois
Dans nos Valons, dans nos Bois
Oùvivantſous la loy fevere
:
D'une fidelitémerveilleuse en ce temps,,,
Iladétruit l'erreurduſentiment vulgaire,
Qu'il n'est plus de Bergers constans.
Quand l'aveugle fortune inſulta sSaa ttoen
dreffe,
११
L'éloignant de l'Objet qu'il aime unique-
C
ment ,
Nos Kochers ſont témoins qu'il cut une
triſteſſe
Digned'un veritableAmant.
C
Ilfuyoit nos Hameaux ,&sefuyoit luymesure
,
Pour chercher en esprit la Perſonne qu'il
aime,
Ne
GALANT .
47
Ne parloit qu'aux Echos , se cachoità
Enfinmalgréſesſoins ilfut veudans ces
nosyeux ,
lieux;
Del'hospitalitéle devoir charitable
-Nousfit luy montrer nos appas ;
f
Il en vanta l'éclat , & ne s'en émût pas.
Une ingrate froideur pour la Brune & la
Blonde ,
Luyfaitfuirparmy nous
monde ,
le commerce du
Et toûjoursfolitaire , on ne le voit jamais
S'expoſer au brillant denos jeunes attraits.
D'unſiparfaitAmantlavertupeu comune
Nous enfuitſouhaiter un pareil à chacune,
Estant affez rare aujourd'huy
De trouver un Bergerfi fidelle que luy.i
Iln'est point de faveurs dont la douce
-11: abondance
Puiſſe récompenfer une telle constance ;
Son amourtoft autarddoit estre couronné;
En foy dequoy toutes avonsfigné
Le quinziéme du mois on le Roſſignol
chante ,
L'anmilfix cens neuf&feptante.530
AMARANTE , URANIE , LISETE ,
PHILIS , CALISTE , D. B. Ou
SILVANIRE .
:
!
"
Une
48 MERCURE
ト
Une de ces aimables Bergeres ,
qui fait profeſſion de dire tout
ce qu'elle penſe , & qui s'en acquite
avec autant de grace & de
prefence d'eſprit , qu'elle a d'enjoüementdans
l'humeur,eut peine
à paffer un des Articles du
Certificat. Elle dit qu'une regularité
ſi farouche ne luy plairoit
point , & qu'elle aimeroit mieux
un Amant qui feroit un peu
moins fidelle , & plus fociable.
Les ſentimens des autres furent
partagez ; mais enfin chacune
d'elles convint qu'on ne devoit
pas refuſerun peu decomplaifance
aux malheureux, & qu'il y auroit
de l'injuſtice à ne pas ſigner.
Madame la Maréchale d'Hocquincour
, Veuve du Maréchal
de ce nom, mourut fur la fin de
l'autre Mois, âgée de foixante &
e
douze ans .Elle estoit Fille de Jacques
GALANT. 49
ques d'Estampes , Marquis de
Valencey ; & de .... Blondel , Dame
de Joigny. Feu Monfieur de
Monchy , Marquis d'Hocquincour
, ſon Mary Gouverneur de
Péronne , Montdidier , & Roye,
fut Grand Prevoſt de l'Hôtel
apres la mort de Monfieur d'Hoc.
quincour ſon Pere. Il ſervit de
Maréchal de Camp dans l'Armée
du Roy en 1640. & commandoit
en1642.l'Arriere-garde de l'Armée
à la Bataille de Ville-Franche
en Catalogne. Il ſe trouva au
Siege de Gravelines en 1644. &
eſtant Lieutenant General des
Armées du Roy en Allemagne
en 1646. il contribua beaucoup
à la priſe de Schorndorf au Duché
de Virtemberg , & de celle
de Tubinguen en 1647. Il commanda
l'Aifle gauche de l'Armée
Françoiſe à la Bataille de
Juin 1679. C
50
MERCURE
Rethel en 1650. & fut fait Maréchal
de France un an apres. Il
retourna en Catalogne en 1653 .
& y defit les Eſpagnols dans la
Plaine de Boerdils. L'année ſuivante
il força les Lignes des Ennemis
devant Arras , & fut tué
en 1658. Cette Maiſon, auſſi ancienne
qu'illuſtre , eſt entrée
dans de grandes alliances. Monſieur
le Maréchal d'Hocquincour
a eu cinq Garçons , dont
l'un eſt Evefque & Comte de
Verdun. Il y en eut un de tué au
Siege d'Angers en 1652. Unautre
Chevalier de Malthe , a pery
fur Mer,apres s'eſtre ſignalé dans
un Combat Naval , contre les
Galeres Othomanes en 1665. &
le quatrième eſt mort en Allemagne
dans cette derniere guerre.
Monfieur le Marquis d'Hocquincour
heritier de cette Maifon,
GALANT.
SI
ſon, a épouſe Mademoiſelle Molé
, dontil a eu beaucoup d'Enfãs.
Madame la Comteſſe de Cofſé
, Fille de Monfieur le Charon,
Seigneur d'Ormeilles , & Niêce
de Madame la Maréchale du
Pleſſis,eſt morte auſſidepuis quelques
jours. Elle estoit Veuve de
LoüisTimoleonComte de Coffe,
&deChaſteaugiron , Chevalier
desOrdres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées,Gouverneur
de la Ville & Citadelle de
Mézieres & d'Oüarcq , & Grand
Panetier de France. Je vous parlay
amplement de luy &de ſa
Maiſon quand je vous appris ſa
mort. Ainfi ,Madame, je ne vous
repéte point ce que vous pouvez
trouver dans une de mes premieres
Lettres.Je vous diray ſeulemét
que ſa Veuve eſt morte en deux
jours , quoy qu'elle ne fuſt pas.
Cij
52
MERCURE
dans un âge fort avancé.Sa vertu
reconnuë de tout le monde luy
avoit acquis beaucoup d'eſtime.
Elle a laiſſe trois Enfans , deux
Garçons & ane Fille. L'Aîné des
Garçons a eſté pourveu de la
Charge de Grand Pannetier.
J'ay encor à vous apprendre la
mort de M. le Commandeur de S.
Simon , Frere du Duc & du Marquis
de ce nom,& celle de M. Terat,
Tréſorier General de la Maifon
de feu M. le Duc d'Orleans .
Ce dernier avoit eſté Tréſorier
General des Guerres . Il a laiſſé
deux Fils , dont l'Aîné eſt Secretaire
des Commandemens de Son
Alteſſe Royale. L'autre eſt Conſeiller
au Parlement de Mets , &
doit eſtre Maiſtre des Requeſtes
au premier jour.
Je vous ay dit vray en vous
mandant que Mr le Curé de S.
Paul
GALANT.
53
Paul eſtoit monté à la Grand.
Chambre par la mort de Monſieur
Salo , mais je me ſuis mépris
quand je l'ay nommé Monfieur
Berrier. Il eſt Frere de Madame
Berrier , & s'appelle Monfieur
Hameau .
Je paſſe à une matiere plus
gaye. Nous vivons ſous unRegne
fi heureux & fi floriſſant ,& les
continuelles victoires du Roy
nous ont tellement accoûtumez
à la joye , que les Bals qui n'entroient
autrefois que dans les plai .
firs du Carnaval , font preſentementde
toutes Saiſons , avec cette
diférence , que la plupart de
ceux qui ſervent de divertiſſement
pendant les beaux jours ,
ne ſe font pas dans des lieux fermez.
On en a donné fix au Port
de Neüilly . Monfieur de Bourges
, Correcteur des Comptes , a
Cij
54
MERCURE
commencé le premier ces magnifiques
& galans Regals. II
donna ſon Baldans l'ifle de Puteaux.
Le ſecond fut donné dans
l'iſle de Pont. L'Ifle de Villiers
ſervit de Salle aux trois autres,
& le fixième ſe fit dans le Jardin
deMonfieur des Hallus Seigneur
de Corvois. Tout ce qu'il y avoit
de Perſonnes de qualité dans
ſept ou huit Villages des environs
, prit part à ces agreables
Feſtes. Les Iſles que je viens de
vous nommer eſtoient remplies
d'un nombre infiny de lumieres ,
qui donnant un éclat nouveau à
la verdure naiſſante , produiſoient
le plus bel effet du monde.
Joignez à cela ce qu'on en
voyoit briller fur la Riviere , où
plus de cent petits Bateaux qui
en effoient tous garnis, ſervoient
à paffer & à repaſſer ſans ceſſe,
felon
GALANT.
55
ſelon le beſoin qu'on en avoit. Il
y eut Collation à chaque Bal, &
le tout fut digne des belles Afſemblées
qui s'y trouverent.
Vous vous ſouvenez ſans doute
d'un Naufrage qui nous cauſa
quelque perte à l'Ile Davés, lors
que nous allions continuer nos
conqueſtes apres la priſe de Tabago.
Voicy ce qui s'eſt paſsé
depuis cetemps-là, felon les nouvelles
qu'on a euës de l'Iſle de
S. Dominique du mois de Janvier.
Monfieur Granmont s'étant
embarqué apres ce Naufrage
avec ſept ou huit cens Fribuftiers,
alla deſcendre dans la Lacune
de Maracay e ou Maracaybo
, au fond du Golphe de Venezuelo,
vis - à vis S. Dominique ,
dans la Terre ferme de l'Amerique
Meridionale . Il y demeura
pres de ſix Mois , s'avança juf
C iiij
56 MERCURE
qu'à vingt- ſept lieuës loin de la
Mer , rançonna pluſieurs Villes
des Eſpagnols , en brûla quelques-
unes qui refuſoient de ſe
racheter, entr'autres Gibaltar , &
une autre toute bâtie de pierre
de taille , où il y a eu pour prés
de deux millions & demy de
dommage. Il a détruit pluſieurs
Maiſons le long de cette Lacune,
démoly & razé tous les Forts de
ces lieux là , & fait crever , encloüer
, ou enlever plus de foixante
Pieces de Canon , parmy
leſquelles il s'en eſt trouvé une
tres - belle de fonte de vingt qua.
tre livres de bales , qu'il a amenée
à S. Dominique avec une
Fregate de douze Pieces , deux
petits Navires, une Cache, quelques
Negres , pour vingt ou
vingt- cinq mille livres de Cacao,&
cent cinquante mille Piaſtres
GALANT.
57
ſtres ou Pieces de huit. Chacun
des ſimples Fribuſtiers , Soldats,
& Matelots a eu quatre vingts
de ces Piaſtres dans le partage.
Pendant tout le temps que MonſieurGranmont
a eſté à terre , il
a gardé plus de cinq cens Prifonniers
, dont il y en avoit plufieurs
des plus confiderables du
Païs , ſans qu'il ait perdu qu'un
feul Homme dans toute cette
Expedition. Il eſt depuis retourné
en Mer.
Je crains , Madame , que le
nom de Fribustier , dont je me
ſuis fervy d'abord , ne vous ait
fait quelque peine. Il vient d'un
mot Allemand & Hollandois,
qui ſignifie Pyrate ou Corſaire.
Il a pourtant un ſens plus honneſte
, & pourroit eſtre confondu
avec le mot d'Armateur , fi ce
n'eſt que ce dernier s'entend
C V
58 MERCURE
proprement des Marchands &
des Capitaines qui montent des
Vaiſſeaux en courſe ; au lieu que
Fribuſtier déſigne tous ceux qui
montent les Vaiſſeaux , & qui
font mestier de courir la Mer.
Ce nom eſt particulier aux François
& aux Anglois des Ifles de
l'Amerique. Les Eſpagnols ne
les trouvent jamais à leur avantage
, qu'ils ne s'en rendent les
Maiſtres en quelque temps que
ce ſoit. Les autres font la meſme
choſe de leur coſté , & ne manquent
point à piller les Eſpagnols
, quand ils les rencontrent
en Mer, ou qu'ils peuvent faire
desdeſcentes dans leurs Iſles , ou
dans la Terre- ferme qui leur appartient.
Ce qui cauſe cette efpece
de guerre entr'eux , c'eſt
que les derniers n'ont jamais
voulu faire de Traité de Paix
pour
GALANT .
59
pour l'Amerique,pretendantque
tout ce que les autres Nations
en occupent, eſt uſurpé ſur leurs
droits.
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire que la perte que nous
avons faite dans le Naufrage arrivé
à l'Ifle Davés , a eſté heureuſement
reparée par l'adreſſe
des François , qui ſont venus à
boutde ce que n'ont pû faire des
Gens qui ontpaſſe toute leur vie
fur la Mer. Les Hollandois ayant
voulu retirer les Canons perdus
de nos Vaiſſeaux , n'en ont pefché
que vingt- cinq . Je vous en
envoye l'Etat , afin de vous en
faire connoiſtre le calibre enmême
temps que le nombre.
Etat
60 MERCURE
Etat des Canons peſchez par les
Hollandois à l'Isle Davés.
Nombre. Calibre.
Six Canons de 24 1.
debales.
Huit de 18
Deux de 12
Deux de 8
Cinq de 6
Deux de
4
Plus , la moitié d'un Canon, le
tout de fonte.
Les Hollandois ne peſcherent
que ce qu'ils trouverent de plus
aisé ; apres quoy ils abandonnerent
l'entrepriſe , qui leur devoit
eſtre d'autant plus facile à executer
, qu'ils ne manquoient pas
de Vaiſſeaux . L'ordre de cette
Peſche ayant eſté donné à Mon
fieur
GALANT . 61
ſieur Foran , voicy ce qu'il fit retirer
du fond de la Mer.
Etat de ce qui a esté peſché à la
mesme Iſle Daves par les Vaif-
Seaux commandezparMonsieur
Foran.
Canons defonte.
58 de
24
8 de 20
29
de 18
35
de 12
de
10
35
de
8
II do
6
II de
4
Deux petits Carabinez peſant
cent cinquante livres.
Plus , deux Canons de fonte
de fix livres , ſauvez par les Fribuftiers
, & rendus par le Gouverneur
de S. Dominique.
Plus,
62 MERCURE
Plus, deux moitiez de Canon.
12 Pierriers .
3 Mortiers.
7 Boites.
5 Cloches.
29 Roüets.
Deux morceaux de fonte pefant
cinq à fix cens livres .
Cinq Cueillieres de cuivre.
Canons de fer.
26 de IS
4.9
de 12
34
de 8
9
de 6
47
de
1
4
5
de
3
3
de 2
4
de I
Ce font 368 Canons en tout,ſçavoir
191 de fonte , & 177. de fer .
Plus de fer.
13
Ancres.
8 Pierriers.
13 Boites.
GALANT. 63
13 Boites .
s Roüets.
1 Bombe.
670 Boulets ronds.
118 Boulets à deux teſtes .
Toute cette Peſche a eſté faite
encinq ou fix jours de calme.
Les Chaloupes , à la faveur du
vent, traînoient les Canons & le
reſte entre deux eaux , juſque
ſur la pointe de l'Ifle , d'où enfuite
on les portoit aux Vaiſſeaux
pour les embarquer. Les Hol-
Jandois avoient envoyé un Vaiffeau
pour prendre poſſeſſion de
cette Ifle , mais ils furent ſurpris
d'y trouver les Noftres. On leur
permit pourtantd'y faire du bois.
Le Gouverneur de Corafſol y
vint voir Monfieur Foran ; &
fur ce qu'on luy demanda les
Canons qu'il avoit fait peſcher,
il
64 MERCURE
il en écrivit incontinent aux
Etats.
Monfieur Foran , de Langeron
, Beaulieu , Bourdet , & Pingaut
, commandoient les Vaiffeaux
envoyez pour cette entreprife.
Le premier & le dernier
arriverent à la Rochelle le 24
de May, d'où Monfieur Foran alla
à Rochefort. Les trois autres
s'eſtant ſeparez de luy , vinrent
à Breſt environ dans le meſme
temps.
C'eſt trop vous parler de Mer,
les nouvelles de Terre vous divertiront
davantage . Monfieur
de Lompré ne vous doit pas
eſtre inconnu. C'eſt celuy dont
je vous entretins il y a trois ou
quatre mois , en vous apprenant
qu'il avoit pris l'Academie de
Monfieur Foubert proche l'Abbaye
S. Germain. Comme le lieu
eft
GALANT.
65
eſt fort ſpatieux , il y a douze ou
quinze jours qu'il y donna une
Feſte , dont la beauté ſatisfit extraordinairement
quantité de
Seigneurs & de Dames de la
Cour qui s'y trouverent. Elle
commença par une Courſe de
Bague qu'il a accoûtumé de faire
tous les ans en public. Les
Gentilshommes qui couroient
eſtoient diviſez en trois Quadrilles
. Monfieur de Richemont
Vouvrit la Carriere au ſon des
Trompetes , & ſe fit admirer par
ſa bonne grace. Les autres foûtinrent
tres-dignement la reputation
de l'Academie .Ils estoient
tous galamment vétus , & leurs
Chevaux ne pouvoient eſtre
plus proprement enharnachez.
Le Prix fut quelque temps difputé
entre Monfieur le Prince
Lubomirski , Monfieur de Ri
chemont,
66 MERCURE
chemont , & Monfieur de Nanteüil
, mais enfin Monfieur de Richemont
l'emporta.
Apres la Courſe de Bague il y
eut un Manége , dont on ne fut
pas moins content que de ce qui
avoit precedé . On vit paroiſtre
de nouveaux Chevaux avec de
nouveaux ornemens, & plusmagnifiques
que les premiers .
Monfieur de Chaſtillon commença
d'abord ſur un tres - puifſant
Cheval , qui ſembloit n'aller
àun pas & à un ſaut , que pour
faire écarter la foule.
Monfieur le Comte d'Enof,
Fils du Grand Chambellan de
Pologne, vint enſuite, & l'on admira
également ſa bonne mine
&fon air aisé .
Monfieur le Comte de Butler
avec une fermeté ſans égale,
continua ſur un Cheval qui s'élançoit
GALAN T. 67
lançoit ſi haut , que toutes les
Dames en parurent effrayées .
Monfieur le Comte de Manneville,
petit Fils de Monfieur le
Chancelier d'Aligre , avoit un
Habit tres - riche, & montoit un
grand Barbe qu'il faiſoit manier
fort juſte.
Monfieur le Comte de Suatre
ſe ſignala par ſa propreté , & par
fon addreſſe .
Le bon air & la magnificence
de Meſſieurs de Richemont , de
Chaſtillon , & de Nanteiil , tous
trois Fils de Monfieur le Marquis
de S. Maurice , leur attirerent
beaucoup de loüanges,
auſſi bien qu'à Monfieur le Comte
de Bielenski, Gouverneur de
Mlava en Pologne , qui ne ceda
à aucun autre ny en bonne grace
ny en juſteſſe .
Monfieur le Prince Lubomirski
ne
68 MERCURE
ne ſe fit pas moins remarquer
dans cet exercice qu'il avoit fait
en courant la Bague.
La Feſte ſe termina par un
Carrousel dont la nouveauté
charma toute l'Aſſemblée. Il
eſtoit de l'invention de Monfieur
de Lompré. Sept Chevaux manierent
en même temps par plufieurs
repriſes , quatre ſur les demy
voltes aux quatre coſtez du
Manege , & trois ſur les voltes
dans le milieu . Cela fut executé
avec une juſteſſe , qui ne cauſa
pas moins d'admiration que de
furprife.
Si les Gentilshomme- que je
viens de vous nommer ont fait
connoiſtre les avantages qu'ils
ont dans les exercices du Corps,
une Theſe ſoûtenuë depuis peu
de temps au College de la Marche
ſur la Logique , a fait voir
que
GALAN T.
69
que le Fils Aîné de Monfieur
Colbert Ambaſſadeur Plenipotentiaire
pour la Paix à Nimegue,
a l'eſprit entierement éclairé
pour les Sciences. Il n'eſt âgé
quede treize ans & deny. Cependant
il s'eſt acquité de cette
action avec autant de capacité
que s'il avoit eu le temps d'employer
un tres - grand nombre
d'années à l'étude . L'Aſſemblée
qui eſtoit composée de quantité
de Sçavans , &de pluſieurs Perſonnes
de la premiere qualité,
en fortit fort fatisfaite , & il n'y
eut perſonne qui n'eſperât de
voir un jour ce jeune & habile
Soûtenant , marcher ſur les pas
de Monfieur ſon Pere , qui eſt
encor à Nimegue par ordre du
Roy, pour travailler au Traité de
Paix entre les Couronnes du
Nord ,apres avoir fi heureuſe
ment
70
MERCURE
ment agy dans ceux qui ont eſté
terminez avec tant de gloire pour
la France .
Le Repos que le Roya procuré
à toute l'Europe par ces Traitez
, a donné lieu à ces deux Deviſes.
I.
Un Olivier avec ces mots,
Fructusſum & honor Solis .
Je ſuis le fruit & l'honneur du Soleil.
L'Olivier ne croiſt que dans
les lieux où le Soleil eſt fort
chaud, & les Anciens l'ont conſacré
à la gloire de cet Aſtre.
11.
Le même Olivier chargé d'Olives
avec ces paroles , Soli debetur
fructus & Arbor.
Nous devons au Soleil & cet Arbre , & fon
fruit.
Voicytrois autres Deviſes ſur
divers ſujets à la gloire de SaMajeſté.
Un
GALANT.
71
I.
Un Soleil qui malgré le mouvement
contraire du premier
Mobile , s'éleve au plus haut de
l'Horiſon , dans un Char brillant,
tiré par les quatre Chevaux que
luy donne Ovide , & ce mot du
ſecond Livre des Metamorphoſes.
Contrarius evehor orbi.
Je m'éleve où je veux, malgré tous vos efforts .
Pour faire voir que la reſiſtance
de toute l'Europe n'a pû arrêter
le Roy dans ſes Conqueſtes.
1 I.
Un Soleil éclatant d'or & d'azur
, qui ſe couche dans la Mer,
avec ces mots du meſme Livre
des Metamorphofes. MeSubje-
Etis excipit undis .
Neptune me reçoit, &me ſoûmet les Eaux.
Rien n'exprime plus heureuſement
le grand pouvoir que le
Roy a preſentement ſur la Mer.
Un
72
MERCURE
III.
Un Soleil qui répand ſes rayons
fur des Arbres de diferentes efpeces
, chargez chacun de leurs
Fruits , & ces paroles. Singulis
varius, utilis omnibus.
Diferent pour chacun, avantageux à tous.
Le Roy a un ſi juſte diſcernement
de la capacité de ceux qu'il
employe, qu'on luy voit toûjours
appliquer chacun à ce qui luy
eſt le plus propre.Toutes ces Deviſes
ſont de Monfieur le Franc ,
dont je vous en ay déja fait voir
quelques-unes.
Monfieur l'Abbé d'Harcourt
a eſté malade à l'extremité , &
vous aurez peut- eſtre entendu
dire qu'il eſtoit mort , parce que
le bruit en a couru quelque
temps icy . Il eſt vray qu'on avoit
écrit de Bourbon , que les Eaux
de Vichy l'avoient tué. Cependant
GALANT. 73
dant il étoit tombé malade à cinq
lieües de là dans une petite Ville
nommée Varenne , & il n'eftoit
pas encor à Vichy lors qu'on
publioit cette fauſſeté. Il eſt certain
que les Eaux qu'on a voulu
décrier, ont produit un effet tout
contraire àce qui s'en eſt dit , &
que loin d'avoir fait mourir ce
Prince , elles luy ont rendu ſa
ſanté. Les Medecins ont beaucoup
contribué à la rétablir. Mr
Foüet eſtoit du nombre. C'eſt un
Medecin tres-habile , qui a donné
un Livre au Public , intitulé
Le Secret des Bains& Eaux Mine-
Tales de Vichy , dans lequel font
contenuës beaucoup de recherches
auffi curieuſes qu'utiles pour
les Malades qui ont beſoin de
boire des. Eaux. La réputation
de celles de Vichy , qui commençoient
à eſtre fort en vogue
Iuin 1679. D
74
MERCURE
dés l'année derniere, a beaucoup
augmenté celle- cy. L'Aſſemblée
des Buveurs y est tres-belle ,&
vous le croirez quand je vous auray
nommé Monfieur le Duc de
Vendoſme , Monfieur le Chevalier
fon Frere Grand Prieur de
France,Monfieur le Chevalierde
Lorraine , Monfieur le Comte de
Marſan , Monfieur l'Abbé d'Harcourt
, Monfieur le Marquis de
Bévron Lieutenant de Roy en
Normandie, Madame ſa Femme,
Madame la Marquiſe d'Efiat , Mademoiselle
de Crenantqui a eſté
Fille de la Reyne , Madame la
Comteſſe d'Apchon,Monfieurle
Comte de Carrouge , Madame ſa
Femme, Mademoiſelle de Tilliere
ſa Sooeur , Monfieur Bertier
Confeiller en la Cour , Monfieur,
de Meſſac qui a eſté Secretaire
du Conſeil avec Meſdames ,
leurs
GALANT.
75
, leurs Femmes & Monfieur
Chapelle , fi connu par la beauté
& par la délicateſſe de fon
eſprit. Outre tous ceux que je
viens de vous nommer , Vichy
eſt encor remply de quantité
de Perſonnes confiderables de
Paris , de Lyon , de Norman,
die , d'Auvergne , de Touraine
, & des autres Provinces du
Royaume.
Je vous ay déja mandé que
toutes les Compagnies avoient
eu permiffion d'aller faire compliment
au Roy ſur la Paix.
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe
s'acquiterent de ce devoir
le 23. de l'autre Mois. Monfieur
Rofe Secretaire du Cabinet ,
porta la parole ,& s'attira l'admiration
de toute la Cour par cette
Harangue. 1
Dij
76
MERCURE
SIRE IRE ,
L'Academie Françoise , dont les
veilles sont consacrées à l'immortalité
du Nom de fon Auguste
Protecteur,félicite Vostre Majesté
du fupréme degré de gloire où la
Paix que toute l'Europe vient de
recevoir defa main, éleve ce Nom
triomphant.
Elle avoie , SIRE , qu'elle
croyoit que la Guerre l'eust déja
mis en fon plus haut point de
fplendeur , fans le secours mesme
de tant de Victoires remportées
fousſes auspices dans les commencemens
defon Regne.
Il eſtoit bien difficile qu'elle
n'en fust pas persuadée , voyant
ausfitoft que vostre Majesté eut
pris les reſnes de fon Empire , la
HongrieSauvée, la Thuringe foûmise
GALANT.
77
miſe , &la Hollande délivrée par
voſtre ſeule protection.
Et lors qu'elle parut en personne
à la teste deſes Armées , la moitié
de la Flandre conquiſe dés la
premiere Campagne.
La Franche- Comté fubjuguée
en quinze jours au coeur de l'Hyver,
& depuis renduë & repriſe
avec une égale magnanimité.
LaMeuse , le Rhin , le Vahal
& l'Iffel , & toutes les Places qui
défendoient ces Climats inacceffibles
, forcez en moins de cinq femaines.
Quarante autres Places des
Païs-Bas , de l'Allemagne , & de
l'Espagne, dont la plupart estoient
tenuës auparavant pour imprénables
, infultées plutost qu'aſſiegées
en touteforte defaiſons.
Des Batailles gagnées, des Marches,
des Campemens ,des Retrai-
Düj
78 MERCURE
tes &des Combats qui ne seront,
Pas d'un moindre éclat dans l'Hiſtoire,
que les Batailles.
-Les Flotes de vostre Majesté
victorieuses fur l'Ocean & fur la
Mediterranée , favorisoient auſſi
cette impression.
- Tous ces Trophées de fa valeur,
de la juſteſſe de ſes ordres , de ce
fonds deScience guerriere qui fuplée
à tous ces Héros que la mort
luy a ravis , ou que l'âge & les infirmitez
ont retiré duſervice; tous
ces Trophées , dis-je , qui ſont propres
à Vostre Majesté , & uniquement
àElle, ne laiſſoient rien imaginer
au dela de cet amas de gloire
qu'Elle s'est fait par les Armes.
Mais la Paix découvre ànosyeux
des choses encor plus merveilleuſes.
Vn jeune Monarque intrépide,
infatigable , entraîné par les plus
rapides mouvemens d'une noble ami
bition
GALANT.
79
bition & d'une juste vengeance,
guidépar la Fortune mesme toûjours
esclave deſa vertu, à de nouvelles
conquestes & à la deftru-
Etion entiere de ſes Ennemis , qui
s'arreſte au milieu de ſa courſe pour
Sacrifier au repos publicfes reffentimens
&Ses interests , à la veuë
(ſi je l'ofe dire ) de la Victoire qui
l'appelle pour luy mettre sur la
teſte la Couronne de l'Univers.
Que diray-je de plus?Un Triomphe
où le Char du Vainqueur n'est
pasfuivy comme autrefois de quelques
malheureux Captifs , &des
repréſentations de fuccés la plûpart
chimériques; Mais un Triomphe
dont lapompe est ornée d'une
illustre foule de grands Princes &
de Potentats,ſoûmis aux conditions
qu'il vous a plû de leur preſcrire.
Un Triomphe où voſtre grand coeur
est le premier au rang des Vaincus,
Dinj
80 MERCURE
où toute la Chreftienté vous comble
de benedictions ; & au lieu de ces
vaines images dont on avoit accoûtuméderepaître
le Peuple Romain,
nous avons leſpéctacle réeld'Etats
valans des Royaumes , adjoûtez à
voſtre Couronne , ou qui feront au
premier jour reftituez à vos Amis,
ou déja rendus liberalement à ceux
que vos faits heroïques ont contraint
à ledevenir.
(
Que l'on cherche dans tous les
temps s'ily a rien de comparable à
ce chef- d'oeuvre de puiſſance & de
moderation..
Pouvant conquérir toute la Terre,
vous avez borné vostre pouvoir
à la délivrer des maux qui l'accablent.
Vous n'avez porté le fer & le
feu dans le ſein de vos Aggreffeurs,
que pour les rendre ſenſibles aux
calamitez publiques .
2
Vous
GALANT. 81
Vous n'avez foudroyé tant de
Bastions , que pour relever mille &
milleAutels.
Vous n'avez dompté ces fieres
Nations qui s'estoient liguées contre
vous , que pour leur donner
moyen de s'unir contre les infidelles.
Vous n'avezbravéles perils, les
Saiſons, &les élemens, effuyé tant
defatigues &de dures incommoditez,
que pour mettre en feûreté nos
vies & nos fortunes; nous faire
jouir des douceurs d'une profonde
tranquillité, ranimer l'autoritédes
Loix, bannir l'impunité des crimes,
pourvoir avec un amour paternel
aufalut de nos Familles , extermsner
la violence , l'oppreſſion, & la
tyrannie ; ramener l'innocence&
la bonne-foy ,& porter la felicité
de nostre Siecle audeffus de tout ce
qu'on a dit de celle du Siecle d'Auguste.
ง
82 MERCURE
Quelleétenduë de mcrite envers
Dieu & envers les Hommes !
Quel exemple ! quels engagemens
pour le digne Fils d'un tel
٠٧٠
Pere!
Y
Ma voix que le Sort a mal choifie
, est trop foible pour exprimer
tout ce que l'Academie Françoise
penſeſurunfigrandſujet.
Elle a de meilleurs Interpretes
des hautes idées dont elle est remplie,
qui sçauront donner une plus
digne forme à ces pretieuſes matieres.
Ces fameux Autheurs qui d'un
trait de plume , font des éloges plus
durables que n'est le marbre ny le
bronze, employeront à l'envy toute
la force de l'Eloquence, tout le feu
divin de la Poësie , toute l'exacti.
tude de l'Histoire , pour celebrer
dans leurs Ouvrages , ce concours
inoiy de tant de vertus militaires
&
GALANT. 83
& pacifiques en vostre Perfonne
Sacrée.
Heureux depouvoir porter jusqu'au
Ciel les louanges de leur
Bienfaicteur ſans estrefoupçonnez
deflaterie!
Cependant nous redoublerons nos
voeux pour la conſervation du genereux
Vainqueur de Soy - mesme,
de l'Arbitre Jouverain de la Repu--
blique Chreftienne , du Restaurateur
de la Religion & de la Juštice
, du Pere du Peuple & des Lettres
, enfin de LOVIS XIV. ce
Roy donné de Dieu par miracle,
pour estre l'honneur , les delices,
& (sifa modestie peut fouffrir ce
terme) le Maistre du Genre humain.
CeDiſcours finy , Sa Majeſte
ſe leva , & s'approcha de
Monfieur Rofe, elle luy fit l'honneur
de luy dire qu'elle eſtoit
perfua
84 MERCURE
perfuadée du zele de tous les
Academiciens pour la gloire de
ſon Nom ; Qu'elle en avoit reçeu
beaucoup de preuves,& que
comme elle s'en promettoit la
continuation , ils devoient auffi
eſtre aſſurez de celle de ſa bienveillance.
Elle eur auſſi la bonté de témoigner
à Monfieur Roſe qu'el--
le eſtoit contente de luy en forma
particulier.
Vous jugez bien , Madame,
qu'il fut auſſi toſt environné d'uns
nombre infiny de Gens qui le
feliciterent ſur l'heureux fuccés
de ſa Harangue. Monfieur
leDuc de S. Aignan qui avoit
marché en fon rang d'Academicien
perça la foule,&luydit ces
quatre Vers:
GALANT.
85
Ol'honneur de la Maiſon,
Eloquent &sçavant Rose
Je ne puis dire autre chose,
Sinon , le Sort a raison.
:
Il répondoit par cet Inprompru
à ce qu'il venoit d'entendre
dire à Monfieur Roſe , que le
Sort l'avoit choiſy pour faire au
Roy le Compliment deMeſſieurs
de l'Academie ; car il portoit la
parole comme Chancelier de la
Compagnie , & vous ne devez
pas avoir oublié qu'on y élit tous
les trois mois un Directeur &
un Chancelier , & que c'eſt le
hazard qui en decide. Monfieur
Peliſſon ayant entendu ces quatre
Vers , obligea Monfieur le
Duc de S. Aignan à rentrer dans
la Chambre de Sa Majesté , &
à luy dire que c'eſtoit un compliment
ſur le compliment. Le
Roy eut la bonté de les écouter,
&
86 MERCURE
& témoigna à ce Duc en ſoûriant
, que cela ne luy avoit pas
eſté defagreable.
On a eu icy nouvelles de la
mort de Monfieur le Duc de Baviere
, Grand Maistre & Eleeteur
de l'Empire, Comte Palatin
du Rhin, &c . Il eſt mort le 29.de
May en fon Château de Schlesheim
à une lieuë de Munic .
Apres avoir dîné à fon ordinaire ,
fans qu'il parût en luy aucune
marque d'indiſpoſition, il ſe retira
dans ſonCabinet,oùquelqu'un
de ſes Gens eſtant entré , il dit
qu'il ſe trouvoit extremement
mal,& luy ordonna d'aller promptementchercher
fonConfeffeur
&fon Medecin. Il ne fe fervitde
l'un ny de l'autre , & fut furpris
dans le mefme temps d'une apoplexie
ſi forte , qu'elle l'emporta
dans ce mefme jour fans qu'il
cust
GALANT.
87
cuft repris connoiſſance. Il étoit
né à Munic le 21. Octobre 1636.
& s'appelloit Ferdinand Marie-
François - Ignace Vvolphang.
C'eſtoit un Prince fort genereux
, bon , pieux , aimant la juftice
, fage , & ferme en ſes Alliances.
Heſt preſque le ſeul qui
ait pû venir à boutde maintenir
fes Etats dans une pleine paix,
quoy que la Guerre fuſt allumée
chez tous fes Voiſins,fans que les
inſtaces accompagnées quelquefois
de menaces, ayent jamais pû
l'ébranler ny l'empécher d'eſtre
fidelle à ſes Alliez . Il s'étoit marié
le 22. Janvier 1652.& avoit épou.
sé Adelaïde de Savoye , Fille de
Chriftine de France , & de Victor
Amedée , Pere du Duc de
Savoye , & Grandpere de celuy
d'aujourd'huy. Il a laiſsé deux
Fils&deuxFilles de cette Illuftre
88 MERCURE
ſtre Princeſſe qui mourut il y a
environ trois ans , & qui estoit
également belle, genereuſe, ſçavante
, & capable de grandes
affaires . Les deux Fils font Maximilien
- Marie né l'onziéme
Juillet 1662. & Joſeph - Clement
né en 1671. & les deux Filles,
Marie - Anne - Victoire , née le
28. Novembre 1660. & Joland-
Beatrix née en 1673. Son Fils
aîné Maximilien - Marie luy a
fuccedé ,& felon ce qui eſt reglé
par la Bulle d'Or , le Prince
Maximilien - Philippe - Jerôme
ſon Oncle , Frere unique de ſon
Pere, ſera ſon Tuteur juſqu'à ce
qu'il ait atteint l'âge de dix- huit
ans. Ce Prince eſt né le 30. Septembre
1638.& a épousé Loüife
de la Tour, Soeur de Monfieur le
Ducde Boüillon le 26. Avril 1668 .
La Maiſon de Baviere eſt l'une
des
:
GALANT. 89
des plus Illuſtres du Monde,
tant par ſon ancienneté que par
ſes alliances avec tous les Princes
de l'Europe. Celle des Electeurs
& Princes Palatins eſt la
meſme. Elles deſcendent l'une
& l'autre d'Othon I. Comte de
Schiern & de Vittelpach qui
mourut en 1183. L'un de ſes
Deſcendans appellé Loüis le
Severe mort en 1294. laiſſa deux
Enfans. Rodolphe l'aîné fit la
Tige de la Branche Rudolphine
, de laquelle eſt ſortie la Maifon
Palatine & toutes ſes Bran
ches.
Du ſecond qu'on appella
Loüis , & qui fut éleu Empereur
l'an 1314. eſt venuë la Branche
Vvillelmine ouGuillelmine, c'eſt
à dire la Maiſon des Ducs de
Baviere , par Jean , Ernest , Albert
I II . Albert I V. Guillaume,
Albert
.
१० MERCURE
Albert V. & Guillaume , grand-
Pere de Ferdinand-Marie dernier
mort.
-Ce ſecond Guillaume nâquit
le 29. Septembre 1548. & mourut
en 1624. Il avoit épousé Renée
Fille de François Duc de
Lorraine , de laquelle il eut Maximilien
qui luy fucceda , Philippe
Cardinal & Evefque de
Ratisbonne mort l'an 1598. FerdinandArcheveſque
& Electeur
de Cologne, & Eveſque de Liege,
de Munſter, & de Paderborn,
qui mourut en 1650. Magdeleine
Femme de VolphangGuillaume
Duc de Neubourg , & Mere du
Duc de Neubourg, Anne- Marie
Femmede l'Empereur Ferdinand
II.& Alberi né en 1 584. & mort
en 1666. lequel épouſa Matilde
Fille & Heritiere de George-
Loüis Landgrave de Leuchtemberg
GALANT.
91
berg dans le Haut- Palatinat ,de
laquelle il eut Maximilien Henry
Archeveſque & Electeur de
Cologne , Eveſque de Liege &
de Hildesheim ,& Albert- Sigifmond
Eveſque de Ratifbonne ,
&de Friſengen , qui vivent tous
deux. Maximilien Fils aîné &
Succeſſeur de Guillaume, nâquit
l'an 1573. C'eſtoit un Prince égal
aux plus grands Hommes , &
d'un merite extraordinaire . L'an
1607. il aſſujettit la Ville de Donavert
qui avoit efté miſe au Ban
de l'Empire. En 1609. on le fit
Chef de la Ligue Catholique en
Allemagne , & en 1623. il fut
inveſty du Haut- Palatinat , &
élevé à la dignité du Grand Maître
& Electeur de l'Empire , laquelle
il a laiſſée à ſa Poſterité
avec tout le reſte de ſes Acquiſitions
, de grands Tréfors ,detres
beaux
92 MERCURE
beaux Palais,& quantité de Pierreries
&de Meubles prétieux. Il
mourut en 165 1. & avoit épousé
en ſecondes Noces Marie-Anne
Fille de l'Empereur Ferdinad I I.
morte à Munic le 25. Septembre
1665. de laquelle il a eu Ferdinand-
Marie , dont je vous apрт
prens la mort & Maximilien
Philippe encor vivant.
>
:
Il faut vous conter une Avanture
dont les incidens ſont particuliers.
Un Amant voulant envoyer
quelque choſe de nouveau
àſa Maîtreſſe , chercha des pois
verds aux environs de Paris. On
n'y en avoit point encor apporté,
&la rareté fut cauſe qu'en ayant
trouvé quatre litrons, ils luy coû.
terent fix Loüis le litron . C'eſtoit
l'unique préſent conſidérable
qu'il luy puſt faire fans s'expoſer
au refus. La Belle eſtoit fiere , &
il
GALANT.
93
il s'imagina bien qu'elle n'auroit
rien accepté d'une autre eſpece.
Je ne vous puis dire ſi le Cavalier
donna ordre qu'elle fuſt inſtruite
de ce que luy coûtoient
les Pois, ou fi le hazard ſeul s'en
meſla ; mais enfin elle estoit aufſi
ſçavantequel'Acheteur,quand
on luy apporta le Preſent. Il fut
reçeu , & comme elle eſtoit plus
coquete que friande , elle ne pût
s'empefcher de dire qu'il falloit
eſtre peu ſage pour employer
tant d'argent à ſi peu de choſe.
La Mere qui estoit naturellement
avare , la voyant dans ce
ſentiment , luy propoſa de vendre
les Pois. La Fille n'eut pas
de peine ày confentir. Elle avoit
du Bien, mais un peu embaraſsé
deProcés , & l'argent des Pois
luy pouvoit fournir beaucoup de
petits ajuſtemens qui luy manquoient.
94 MERCURE
quoient. Elle avoit aupres d'elle
tout à propos une de ces Amies
de condition moyenne , qui ne
ſe font point une affaire de trafiquer
de tout ce qui peut tomber
en commerce. L'Amie alla
auſſitoſt aux Halles trouver une
Femme de ſa connoiſſance qui
fourniſſoit la plupart des Maîtres
d'Hoſtel des grandes Maiſons.
On n'y avoit point encor veu de
Pois , comme je vous l'ay déja
dit , & elle ſçeut de cette Femme
, que le Pourvoyeur d'un
Prince qui donnoit un fort grand
Repas , luy en eſtoit venu demander
; qu'il devoit repaſſer
pour je ne ſçay quoy , & que fi
elle vouloit l'attendre, elle feroit
affaire avec luy. L'Amie demeura,
& pendant ce temps, la Belle
pour qui elle revendoit , reçeut
viſite d'un Soûpirant. Son bien,
fa
GALANT.
95
fa beauté , & fon eſprit luy en
attiroient un affez grand nombre
, & celuy- cy eſtoit des plus
amoureux. La converſation roula
ſur toutes les choſes de la ſaiſon
. On parla de Pois , & fur ce
que la Belle dit là-deſſus , ce ſecond
Amant ſe perſuada qu'elle
avoit envie d'en manger. Il fortit
preſque auſſitoſt , & comme
ſa plus forte paffion eſtoit de luy
plaire, il courut aux Halles chercher
des Pois verds. On luy dit
en pluſieurs endroits qu'on n'en
avoit point encor vû , & enfin il
vint à la Femme qui avoit parlé
du Pourvoyeur, Elle dit qu'elle
en avoit quatre litros, mais qu'elle
attendoit nouvelles d'un Prince
qui les payeroit largement.
L'Amant avoit le coeur pris.C'eſtoit
une neceſſité pour luy d'eftre
liberal. Il pria , preſſa , jettaſa
bourſe,
96 MERCURE
bourſe , & trouva qu'on luy faiſoit
bon marché en ne luy de
mandant que trente Loüis-d'or.
L'Amie fort en joye de l'heureux
ſuccés de ſa negotiation ,
porta les trente Loüis à la Belle,
qui fut fort ſurpriſe d'apprendre
que l'Amant qui la venoit de
quiter , avoit acheté les Pois. II
avoit eſté connu de la Vendeuſe
ſans qu'il euſt ſçeu à qui il avoit
donné fon argent. Ce qu'il y eut
de bizarre en cette rencontre ,
c'eſt que la Belle fort contente
de l'argentqu'on luy avoit apporté
, ne put entendre le nom de
l'Acheteur ſans chagrin . C'eſtoit
celuy de tousſes Amans qui luy
plaiſoit davantage. Elle raiſonna
ſur la dépenſe qu'il venoit de
faire , s'imagina qu'il donnoit
quelque Repas à une Rivale , &
faiſant reflexion ſur ce que fa
viſite
GALAN T. 97
viſite avoit eſté plus courte que
de coûtume , elle ne douta point
que les appreſts du Régal n'en
fuſſent la cauſe. Une Dame de
ſes intimes Amies qui ſurvint ,
l'empécha de s'abadonner à tout
fondépit. On tomba fur les faufſ--
ſes proteſtations des Amans. La
Belle que la jalouſie faiſoit parler,
foûtint qu'il ne ſe falloit jamais
fier à aucun, & elle pouffoit cette
matiere d'une grande force,
quand elle vit entrer un Laquais
de celuy qui avoit acheté ſes
Pois.Il luy envoyoit une Corbeil
le qu'il avoit accommodée luymeſme
fort proprement avec des
Rubans , & qui paroiſſoit pleine
de fleurs . Elle la fit mettre fur la
table, dit je ne ſçay quoy au Laquais
pour celuy qui l'envoyoit,
&penſa qu'il la vouloit ébloüir
avec un Bouquet , tandis qu'il
Iuin 1679. E
98 MERCURE
régaloit ſa Rivale. La Dame qui
avoit fort loüé la galanterie du
Preſent, s'approcha de la Corbeille
, & en tira quelques fleurs pour
les emporter. Les Pois parurent ,
& la Belle connoiſſant alors que
les fleurs n'avoient eſté mifes
que pour les couvrir , ne put
s'empecher de rire & des foupçons
que ſa jalouſie luy avoit fait
prendre , & de ce qu'on avoit
acheté d'elle-meſme dequoy luy
faire un preſent. La Dame familiere
de tour temps dans cette
Maiſon , ſuccomba à la tentation
de manger des Pois , &ſe pria de
fouper. Elle dit qu'elle eſtoit fort
aſſurée qu'on n'en avoit point
encor ſervy chez les Princes , &
que c'eſtoit une nouveauté dont
elle vouloit ſe faire honneurdans
le monde. Il n'y eut pas moyen
de la refuſer. Des quatre litrons
on
GALANT. 99
on en ſervit'un au grand regret
de la Belle , qui ſçachant ce
qu'avoient coûté les Pois , voyoit
avec peine que tant d'argent ſe
confumaſt à manger. La Dame
partie , on delibera de ce qu'on
feroit des trois qui reſtoient.
La Belle les euſt volontiers vendus
encor une fois , mais laMere
obligée à un Avocat qui avoit
plaidé pour elle une Cauſe , crût
l'engager à l'en tenir quite enluy
envoyant les Pois. Ils furent portez
le lendemain au matin àl'Avocat
; & s'ils ne firent pas naître
de la jalouſie , ils donnerent
au moins lieu à une diſpute entre
le Mary & la Femme. Cellecy
qui aimoit la bonne chere ,
vouloit en regaler ſes Amis , &
l'Avocat en diſpoſa malgré elle
pour un Marquis du bel air , qui
avoit follicité quelque choſe
Eij
100 MERCURE
pour luy à la Cour.Il n'y eut peuteſtre
jamais d'incident pareil à
celuyqui arriva. Le Preſentavoit
eſté fait à l'Avocat avec la Corbeille
, & une partie des fleurs
qui ne couvroient pas tout à fait
les Pois . L'Avocat le fit au Marquis
de la meſme forte , & il eftoit
encor ſur ſa table , quand
celuy qui l'avoit fait le premier
avec la Corbeille , entra dans la
Chambre du Marquis pour quelque
affaire dont il avoit à l'entretenir
. Son Preſent luy ſauta
aux yeux. Il reconnut la Corbeille
dont il avoit noüé les Rubans,
&fut dans un deſeſpoir inconcevable
de voir qu'on ſe fuſt
ſervy de ce qu'il avoit envoyé,
pour donner des marques de
confideration à ſon Rival. Il fortit
, alla chez la Belle , & fe contenta
d'abord de recevoir avec
beau
GALANT. 101
beaucoup de froideur le remercîment
qu'elle luy fit de ſes Pois .
Mais quad elleditqu'on les avoit
trouvez d'un gouft admirable ,
il ne put s'empeſcher de luy repondre,
que pour parler juſte,elle
devoit attendre que le Marquis
luy euſt fait ſçavoir ce qu'il en
penſoit. La Belle demanda l'explication
de cette Enigme. Elle
fut donnée , & le diférent qu'elle
cauſa ſembloit n'eſtre pas facile à
terminer.L'Amant ſoûtenoit qu'il
avoit veu ſon propre Preſent
chez le Marquis.La Belle ſe trouvoit
mortellement offencée de
ce reproche , & diſoit avecune
fierté digne d'elle, que ſi elle eſtimoit
aſſez de certainesGens pour
en vouloir accepter quelquePreſent
de cette nature, on la devoit
juger incapable d'en ffire jamais
Eiij
102 MERCURE
aucun à un Homme. L'Amant
demandoit à voir la Corbeille , &
on repondoit qu'il eſtoit indigne
qu'on ſongeât à ſe juſtifier avec
luy. Enfin le hazard qui avoit
donné occaſion à la diſpute , fit
connoiſtre qu'ils avoient tous
deux raiſon . Les Pois revinrent
pour la troiſième fois à la Belle.
Le Marquis , à qui elle ne déplaifoit
-pas , aima mieux luy
en faire preſent que de les manger.
On les apporta dans la
plus grande chaleur de leur diferent
; & fi l'Amant fut pleinement
convaincu que la Belle
ne les avoit point donnez
au Marquis , puis que le Marquis
les luy envoyoit , elle
fut convaincuë à ſon tour par
la Corbeille , que l'Amant avoit
veu les Pois chez le Marquis.
La
GALAN T.
103
د
La Mere arriva & ſurpriſe
autant que fa Fille de ce qu'on
luy faiſoit preſent de ſon Preſent
, elle declara celuy qu'elle
avoit fait à ſon Avocat. On ne
douta point qu'il n'euſt envoyé ,
la meſme Corbeille chez le Marquis
, parce qu'on les voyoit fort.
ſouvent enſemble. La paix fur
faite, & les Pois qui avoient déja
causé de la jalouſie des deux côtez,
furent mangez avec l'Amant
Favory que la Mere retint à dîner.
::
Je ne vous puis parler de Repas
ſans vous dire que Monfieur
I'Ambaſſadeur d'Eſpagne ,Madame
l'Ambaſſadrice , Monfieur le
Ducde faint Pierre ſon Gendre,
Madame la Ducheſſe ſa Femme,
& le Fils de Monfieur l'Ambaffadeur,
furent regalez par Monſieur
de Gourville le Jeudy hui-
1
E iiij
104 MERCURE
tiéme de ce Mois. Monfieur le
Prince de Monaco , Madame ,&
Mademoiselle de Roye , Monfieur
Tambonneau , Madame ſa
Mere , & Monfieur Camas , Portugais
d'un fort grand merite,
eſtoient du Regal. Il fut magnifique
; mais quoy que la magnificence
allât loin , elle ne pût
qu'égaler la delicateſſe des Mets .
Aprés le dîné , on paſſa dansun
Appartement , dont les Chambres
eſtoient remplies de quantité
de beaux Vaſes tous garnis
de fleurs . Il y avoit des Tables
pour joüer à l'Hombre , & tandis
qu'on ſe divertiſſoit au Jeu,
on fut agreablemet ſurpris d'entendre
un Concert. La Symphonie
dura juſqu'à fix heures du
foir. Elle estoit conduite par le
Sieur Chicaneau , Maiſtre de la
Muſique de Monfieur le Duc.
Madame
GALANT. 105
Madame la Ducheſſe de Nemours
a choiſy Madame la Baronne
de Manerbe pour eſtre ſa
Dame d'honneur. Ce choix fuffit
pour perfuader de ſon mérite.
Il eſtoit fort connu de cette Princeſſe
depuis huit ou neuf années
que Madame de Manerbe avoit
l'avantage d'eſtre auprés d'elle.
Sa naiſſance ne la rend pas moins
conſiderable que ſes belles qualitez.
Elle eſt de la Maiſon de
Monchy , de la Branche de feu
Monfieur le Mareſchal d'Hocquincour.
Madame ſa Mere, qui
eſt deGuilbon , eſtoit en partie
Heritiere de feu Madame la Ducheſſe
d'Amville. Son Ayeule
eſtoit de Broully, & fa Bifayeule
de Fienne. Monfieur le Baron
deManerbe fon Mary , eſt d'une
des meilleures Maiſons deNor
mandie. Son nom eſt de Borel,
E V
106 MERCURE
connu dans l'Hiſtoire par les fameux
Comtes de Borel. Madame
de Manerbe ſa Mere eſt
d'une tres grande Maiſon de la
Friſe, de la Famille de Siquingua,
qui porte pour ſes Armes les mêmes
Simboles que l'Empire. Ses
Alliances ſont des plus illuſtres
du Royaume . C'a eſté par celles
de Servaire Baron de S. Pere,
qui vient des Comtes de Meulan
, que la Chaſtellenie de Manerbe
eſt entrée dans ſa Famille.
Celuy dont je vous parle a eu
une Grand-mere de la Maiſon
de Graville. Cette Maiſon avoit
en 1400. un Grand- Veneur de
France qui fut marié à Jacquelinede
Montagu, Fille de Jean de
Montagu Grand - Maiſtre de
France , & en 1516. un Admiral
de France , qui épouſa Marie de
Balzac- d'Entragues.Enfin le nom
de
GALANT... 107
de Malet de Graville a eſté honoré
de l'alliance d'une Fille du
Comte d'Alençon , defcendu du
Sang Royal. Ses dernieres ont
eſté dans les Maiſons de Hautemer
Mareſchal de Fervaques , &
de Choiſeul Mareſchal Duc du
Pleſſis. +
Quoy que nous commencions
d'entrer dans l'Eté , vous ne ferez
pas fâchée que je rappelle
les premiers jours de la derniere
Saifon pour vous faire voir une
Piece fort galante de laquelle
ils ont fourny la matiere. Vous
ſçavez , Madame , que tout le
mois d'Avril s'eſtpaſsé en pluyes,
&qu'on l'a pû compter cette année
pour un mois d'Hyver,C'eſt
là-deſſus qu'on a fait ces Vers.
LE
108 MERCURE
****** 谢谢谢
LE PRINTEMPS
D'OLYMPE.
BElleOlympe, dont les appas
Font tant de méchans coups dont on
n'oſeſeplaindre,
Etquiſçavezvous faire aimer& craindre
Par tel qui ne s'en vante pas ;
Comme en defirs d'apprendre
onabonde,
àvôtreage
N'eſtes vouspoint en peine deſçavoir
D'oùvientque nuit&jour il ne fait que
pleuvoir ;
Que le vent qui ſans ceſſeà nos oreilles
gronde,
Dans laplus belle des ſaiſons
Fait leplus vilain temps du monde,
Et qu'àla fin d'Avril on couve fes ti
Sons?
En unmoment fi vous voulez m'entendre,
CeRecitpourra vous l'apprendre.
Lo
GALANT 109
LePrintemps accablé d'un chagrin fans
pareil, :
Vint unjourſe plaindre au Soleil ,
Et lay dit , c'est chose cruelle ,
Quemoy , qui ſuis des ſaiſons la plus
belles
Qui fais naistre les fleurs & les tendres
amours,
toûjours
)
Et quipar làdevrois regner to
Leſuis reduit ,ſi j'ay quelque durée ,
Ala voirfi fort refferrée,
Que l'on n'a presque pas le temps
Dereconnoistre le Printemps.
•Par quelle étrange destinée
L' Hyver, qui des Mortels eft la crainte
&l'effroy,
Regnera-t- ilautant que moy ?
Nefaisant que du bien, pourquoy
N'ay-je que le quart de l'année?
Encorefi chacun vivoit content du ſien ,
Quemes Soeurs fur mon quart ne pretendiffent
rien ,
Ien'enn'aurois jamais demandé davantage;
Mais belas ! c'eft grande pitié,
Parce que jesuisdoux , on me pille , on
m'ontrage 4
!
Et
ΙΙΟ MERCURE
Etde trois pauvres mois qui font tout
monpartage,
Ien'enayjamais la moitié.
Apeine par mes soins ranimant la Nature,
:
Ay-je auxChamps comme aux Bois ramené
la verdure,
Qu'on voit l' Hyver fier & mutin
2 Venirſouvent un beau matin
Ramenant avec luyſa maudite froidure,
Geler &fleurs &fruits , & rendre impunément
Des pauvres Jardiniers les esperances
vaines,
Enfin détruire en un moment
Ceque j'ayfait enfixsemaines.
leneſuisquere mieux traité
Parl'Eté.
د
Ses ardeurs demeſurées
Sont toûjours prematurées ,
Ilmetàsec mes gazoüillans ruiſſeaux ,
Fait taire les petits Oyseaux ,
Etvientſechermes fleurs avec tant d'infolence,
Qu'il me fait perdre patience.
Ainsi parla le Printemps éperdu,
Demandant qu'il luy fust pourven ;
Cefaisant que l'on fist defense .....
A
:
GALANT. 111
A l'Hyver pour l'avenir ,
Apresson temps passé, d'ofer plus revenir,
De mesme qu'à l'Eté d'échauffer par
avance.
Mais par malheur le Dieu qui preſide
aux Saiſons
Negoûtapas fort ses raisons,
Et du pauvre Printemps la barangue
inutile...
4
Fit auffi peu d'impreſſion ,
Que s'ileuft exhorté le Maire d'une Ville
Afaire une Impofition ,
Ilcut beau dire, il eut beau faire ,
Tout alla comme à l'ordinaire.
Poursevanger de ce cruel refus
Il jura hautement qu'on nele verroit plus,
Qu'il renonçoit au ſoin de la ſaiſon nouvelle
,
Que l'Hyver reglast tout au gré de fa
cervelle ,
Pour lay , que jamais rien ne pourroit
l'émouvoir ,
Et que quand il pleuvroit , il laiſſeroit
plenvoir.
Qu'il avoit un moyen facile
De s'affurer un agreable azils
Qui luy feroit enseureté
Braver
112 MERCURE
Braver& Hyver l'Etc.
Alors fans tarderdavantage ,
Il vint ſeretirerdeſſus vostrevisages /
C'est làqu'il nousfait voir fes plus belles
couleurs ,
C
Et qu'il fait tous les jours éclore mille
Hours
Il nepeut estre mieux, &mafoy , s'il est
Sage
Iln'enpartira point d'une centaine d'ans;
Ilnecraint en ce lieu ny le vent , ny l'orage
,
Ny les injuresdu temps.
D'ailleurs il gagne tour , changeant de
destinée , nog on to
Puis qu'au lieu de trois mois
Qu'il avoit àpeine autrefois ,
Son regne aupres de vous dure toute
l'année.
On a écrit du Havre que
Monfieur le Marquis de Segnelay
s'y eſtant rendu le Dimanche
au foir 28. de l'autre Mois, y
avoit paſsé le Lundy & le Mardy
à examiner le Port , & les
Fortifi
GALANT. 1.1.3
Fortifications , ſans avoir voulu
fouffrir qu'on cuſt tiré un feul
coup de Canon à ſon arrivée,
quoy qu'on en cuſt preparé plufieurs
pour cela. Il a parû en ce
Païs - là comme un prodige de
lumieres , ayant raiſonné fur la
conſtruction des Vaiſſeaux , fur
la maniere de faire faire l'Exercice
auxCanonniers, fur les Fortifications
de la Place , ſur les diferens
effets de la Mer , ſur l'aboniſſement
du Port ,& fur une
infinité d'autres choſes , dans les
meſmes termes , & avec les mêmes
connoiſſances que les Officiers,
les Maiſtres, & les plushabiles
Ingenieurs. Je ne vous dis
rien de moy. Je parle ſeulement
apres ceux qui en ont écrit comme
témoins , & qui n'ont pû afſez
admirer avec combien de
prefence d'eſprit il eſt entré ,
dans
114
MERCURE
dans le plus particulier détail de
tout ce que je viens de vous
marquer. La Lettre qu'on m'en
a fait voir portoit que ce Marquis
s'eſtoit embarqué le Mercredy
31. de May , fur un Vaifſeau
de ſoixante & dix Pieces,
commandé par Monfieur le
Chevalier de Lery , qui le conduiſoit
à Dieppe , où apres avoir
veu la Place , il devoit ſe rembarquer
pour continuer la rou
te juſqu'à Boulogne , & aller de
là par terre à Calais & à Dunkerque.
La meſine Lettre marquoit
que Monfieur le Chevalier de
Lery avoit trouvé dans ſa route
de Brest au Havre , trois Navi.
res de guerre appartenant aux
Etats ; que leur ayant fait ſignal
d'amener leurs Flammes,on avoit
incontinent envoyé une Chaloupe
GALANT.
115
loupe à fon Bord pour ſçavoir de
luy de quelle maniere il ſouhaitoit
d'eſtre ſalué , & qu'il s'eſtoit
contenté que ce fuſt à l'ordinaire.
Il y en a qui racontent autrement
ce qui s'eſt paſsé en cette
rencontre. Ce qu'on en dit eſt
fort à la gloire de ce Chevalier;
mais comme de tres - puiſſantes
raiſons m'empeſchent de rien
particulariſer ſur cette matiere,
je vous diray ſeulement qu'il ne
s'eſt jamais offert aucune occaſion
importante , dans laquelle il
n'aitdonné des preuves avantageuſes
de la fermeté de ſon courage.
Dans un des premiers Combats
qui ſe donnerent contre les
Hollandois fur les Côtes d'Angleterre
, il fauta l'épée à la main
dans un Vaiſſeau ennemy , &
ydemeura un quart d'heure ſeul
ſans eſtre ſuivy de perſonne . Il
::
eut
116 MERCURE
eut l'avantage d'en tuer le Commandant
, dont il rapporta l'épée
à fon Bord , apres avoir laiſsé la
ſienne dans le corps de cet Ennemy.
Il s'eſt également ſignalé
enpluſieurs autres Combats. Sa
Maiſon eſt une des plus anciennes
de Champagne , & ceux qui
en ſont ſortis ont toûjours fort
éclaté dans les armes. C'eſt luy
qui atrouvé la nouvelle maniere
de faire l'Exercice ſur ſon Vaifſeau.
Elle merite l'approbation
qu'elle a reçeuë. L'Ocean & la
Mediterranée pourroient rendre
également témoignage de ſa bravoure&
de ſa conduite. Il alla
brûler dans le Port de Reggio les
Bâtimens Ennemis qui y étoient,
&fit un Combatparticulier contre
un Vaiſſeau Eſpagnol qu'il
coula à fond à la veuë du Port
de Meſſfine. Celuy qu'il commande
১
GALANT. 117
mande eſt appellé le Neptune. 11
eſt d'une magnificence extraordinaire
, tant pour la dorure que
pour les meubles. La Lettre
dont je vous ay déja parlé faiſoit
connoiſtre qu'il ſe preparoit
à aller joindre Monfieur de
Chaſteau - Renaud vers le Détroit.
Un Officier de Dunkerque
a écrit depuis quelques jours,
qu'il y a un Homme qui a trouvé
le ſecret de faire desCanons d'une
je ne ſçay quelle matiere qui
les rend fort faciles à tranſporter.
Il en a déja fait ſix de quatre livres
de bales , qui ſont de lamê
me groſſeur , & du meſme calibre
que ceux de fonte. Ils ne peſent
que quatre- vingts à cent livres
, & tirent ſept à huit coups
de ſuite avec le même effet , &
la meſme charge que les Ca
nons
118 MERCURE
nons ordinaires . Chaque Piece
ne couſte pas plus de fix Piſtoles .
Le 14. de ce Mois , on chanta
dans l'Egliſe des grands Auguſtins
un Te Deum pour la Paix ,
accompagné d'un fort beau
Moter. C'eſtoit une Aſſemblée
generale des Chantres &de la
Symphonie de Paris , compoſée
de toute la Muſique de Noſtre-
Dame , de la Sainte Chapelle, de
Saint Germain de l'Auxerrois,&
d'une partie de celle des Saints
Innocens. Il y avoit une élevation
dans le Jubé pour mettre les
Violons , qui estoient des Vingtquatre
de Sa Majesté , & de ſon
Alteſſe Royale Monfieur. Ils ſe
méloient avec émulation dans les
Choeurs des Muſiciens , qui eftoient
diviſez en trois , & qui ſe
furpaſſerent à l'envy les uns des
autres.Les Paroles du Motet por-
: toi ent
GALANT. 119
toient tout le monde à remercier
le Ciel de la Paix,& à s'en réjoüir
fur la Terre . Elles eſtoient de Mr
Mareſts , Docteur de Sorbonne,
Curé de S. Jean le Rond , &
avoient eſté miſes en Muſique
par le St Mignon , Maiſtre de la
Muſique de l'Eglife de Paris .
Je ne vous ay point parlé des
Te Deum chantez dans toutes les
Villes pour cette derniere Paix ,
m'eſtant contenté de ce que je
vous en ay deja dit à l'occaſion
de celles de Hollande & d'Eſpagne..
Les réjoüiſſances publiques
enont éclaté partout, &n'ont pas
eſté moindres pour cette troifiéme
Publication , qu'on les avoit
veuës pour les deux premieres';
mais ç'a eſté ſur tout une joye
inconcevable dans le Comté de
Bourgogne , où l'on avoit devant
les yeux un exemple égale
ment
120 MERCURE
iment récent & furprenant des
bontez du Roy , qui avoit oг-
donné le remboursement des
Terres , Vignes , & Heritages
pris aux Particuliers pour l'achevement
des Fortifications de la
Ville & Citadelle de Beſançon .
L'augmentation d'un nombre de
Conſeillers dans le Parlement ,
n'avoit pas eſté d'une moindre
confideration pour faire connoître
aux Habitans de toutleComté
, que rien ne leur pouvoir
eſtre plus glorieux que de vivre
ſous la domination de LOUIS
LE GRAND , & ils eſtoient encor
tous pleins des réjoüiffances
qu'ils en avoient faites , lors
qu'on eut avis par un Courrier
extraordinaire , que Monfieur le
Marquis de Louvoys devoit arriver
à Sainte Saine, quatre lieuës ,
en deça de Dijon , le Dimanche
GALANT. 121
che 4. de ce mois. Monfieur de
Montauban Lieutenant de Roy,
&Monfieur de Chavelin Intendant
de la Province , partirent
fur cet avis , & vinrent l'attendre
à Dole. Ce Miniſtre y eſtant
arrivé ſur le midy, n'y entra qu'-
apres en avoir fait le tour, & vifité
les Fortifications . Il fut traité
par Monfieurd'Eſpagne Lieutenant
de Roy dans la Ville , &
reçeut les Complimens du Chapitre
Metropolitain de Beſançon
, qui luy avoit envoyé huit
Chanoines . Monfieur le Maréchal,
Abbé de Mortoau , Grand
Treforier du Chapitre , portoit
la parole. Il reçeut en meſme
temps ceux du Parlement par la
bouche deMonfieurPhilippe ſecond
Prefident , accompagné de
ſept anciens Confeillers ; & enfin
ceux du Magiſtrat, par Mon-
Iuin 1679 . F
7
122 MERCURE
fieur Boifland Procureur General
& Maire de laVille, ſuivy de
ſept Deputez. 11 témoigna eſtre
fort content de ces Harangues,
& y répondit avec ce meſme
eſprit qu'il fait éclater par tout.
Il fit la Reveuë de la Cavalerie
&de l'Infanterie avant que de
ſe mettre à table, & dit aux Officiers
qu'ils ſe preparaſſent à marcher.
Il alla le meſme jour coucher
à Salins , éloigné de Dole
de ſept grandes lieuës. Il y fut
harangué par le Corps de Ville,
&monta le lendemain au Fort
S. André , accompagné deMonſieur
de Vauban, Il y demeura
prés de fix heures ; alla de là vifiter
le Fort de Blin qui en eſt
à la portée du Canon ;& en fuite
Monfieur le Marquis de Montauban
le régala. C'eſtoient des
profufions de toutes choſes en
pyra
GALAN T.
123
pyramides. Apres le Dîné , il fit
la Reveuë des Troupes de la
Garniſon, donna les ordres à Mr
Boiſſand Intendant general des
Fortifications du Comté , & troifiéme
Preſident du Parlement,&
monta en Carroſſe avec Monſieur
de Tilladet & Monfieur le
Comte de Nogent , qui ſont du
voyage , pour venir coucher à
Beſançon. Je ne vous puis exprimer
la joye qu'on luy a fait paroiſtre
par tout à ſon arrivée,
juſque dans les plus petits Villages
, ſoit par des Prefens , foit
par ſes Armes arborées en divers
lieux avec les Armes du
Roy. Il arriva fur les huit heures
& demie à Besançon,& trouva
les cinq Bataillons de Champagne
rangez en haye. Celuy
de Bontemps eſtoit depuis la
Maiſon de Monfieur de Chave-
Fij
124 MERCURE
lin où Monfieur de Louvois alloit
loger, juſque ſur le Pont , parce
qu'eſtant un vieux Corps , le
Commandant devoit monter la
Garde pour la ſeureté de ce Miniſtre
, & eſtre relevé par un Bataillon
des Vaiſſeaux , & celuy
des Vaiſſeaux par un Bataillon
de Provence & un de la Reyne,
qui eſtoient tous en haye juſque
hors la Porte de Batten , qui fut
celle par où il entra. Rien n'étoit
plus leſte que toutes ces Troupes.
On n'entendoit que cris de
joye de tous coſtez , les Bourgeois
eſtant en foule dans les
Ruës pour marquer les ſentimens
de leurs coeurs. Le Magiſtrat
avoit fait diſtribuer des Lanternes
aux Armes du Roy & de
ce Miniſtre , qui furent miſes à
chaque Feneſtre. Il entra devancé
d'une Compagnie d'Archers
du
GALANT . 125
4
du Grand Prevoſt de ſoixante &
dix Hommes , & alla deſcendre
chez Monfieur de Chavelin, où
Monfieur Boiſſand, Frere de l'In .
tendant des Fortifications , &
Maire de la Ville , le vint haran.
guer. Il luy dit entr'autres choſes
, Qu'ils luy devoient tous la
confervation de leur Ville , qu'il
estoit le ſeul qui euſt trouvé leſecret
d'en faire une des meilleures
Places de France , apres que plufieurs
Empereurs au pouvoir defquels
elle avoit longtemps demeuré
, en avoient regardé les Fortifications
comme impoſſibles , à cau-
Se du peu de terrain , & des Montagnes
voisines qui la commandent;
Qu'ils partageoient preſentement
avec lay le mesme Zele qu'il avoit
fait éclater pour le ſervice de fin
Roy ; & que si on avoit soupçonné
quelques Habitans de regreter leur
Fij
116 MERCURE
Prince legitime le Roy d'Espagne,
il n'y en avoit aucun qui n'eust
changé de coeur & de volonté depuis
le Traité de Paix conclu à
Nimegue. Monfieur de Louvoys
recent tres favorablement cette
Harangue , & remit les autres
au lendemain , les fatigues du
chemin , & les grandes chaleurs
qu'il avoit fouffertes depuis fon
départ , l'obligeant à prendre un
peu de repos. Il fut de peu de
durée, puis qu'il ſe leva dés quatre
heures pour aller à la Citadelle
, où Monfieur le Chevalier
de Montaut le reçeut à la teſte
de ſa Garniſon. Il fit la vifite de
la Place , de ſes Fortifications ,
Magazins & Munitions , ſans
s'arreſter un moment , malgré
l'exceſſive chaleur qu'il faifoit
fir cette Montagne. Ilen deſcendit
ſur les onze heures , accompagné
GALANT.
127
1
pagné des principaux Officiers
du Roy,& des Perſonnes les plus
qualifiées de la Province ; &
traverſant toute la grande Ruë à
cheval , il donna le temps aux
Bourgeois qui la rempliſſoient,de
voir leur Conſervateur. Si- toſt
qu'ilſe fut rendu chez Monfieur
de Chavelin , le meſme Monſieur
l'Abbé de Morteau le complimenta
à la teſte de tous les
Chanoines. Le Parlement luy
rendit le meſme devoir en Corps ,
la parole eſtant portée par Monfieur
le premier Preſident . C'eſt
une Perſonne d'un ſçavoir profond,
& il charma tous ceux qui
eurent l'avantage de l'entendre .
Le Corps de la Nobleſſe le harangua
par, la bouche de Monfieur
le Comte de S. Amour. Ce
Miniſtre le retint à dîner , &
employa ce qui reſtoit du matin
Fiij
128 MERCURE
& une partie de l'apreſdinée , à
écouter tous ceux qui ſe préſenterent,
de quelque état & condition
qu'ils fuſſent. Il décida des
affaires de quelques-uns,prit des
memoires des autres pour les
examiner à loiſir , & fe communiqua
également à tous avec une
bonté qu'ils ne pouvoient aſſez
admirer. Il monta à cheval fur
les quatre heures pour faire le
tour de la Ville . Il vit les Fortifications
qu'on a déja faites, & en
ordonna de nouvelles , toûjours
accompagné de Mr de Vauban.
Le jour ne fut point affez long
pour toutes ces fortes de foins. Il
paſſa une partie de la nuit avec
Mr. de Montauban &de Chavelin
,à s'éclaircir de toutes les affaires
de la Province,& à dõner des
moyens pour y reparer les ruines
de la Guerre,afin que la douceur
de
GALAN T. 129
de la Paix s'y fit mieux ſentir, Le
lendemain il ſe rendit auChamp-
Mars ſur les ſept heures ,& y demeura
juſqu'à dix à faire la Reveuë
des Troupes. Il les trouva en
fort bon état & dit particulierement
à Monfieur le Comte de la
Tournelle , Mestre de Camp du
Regiment de la Marine , que
quelques Reveuës qui euſſent
eſté faites devant luy , il n'avoit
point encor veu un ſi beauRegiment.
Il rentra chez luy , & ces
Troupes ayant défilé par devant
ſa porte , borderent de part &
d'autre toutes les Ruës par où il
devoit paffer. Il monta en Carroffe
à 11. heures,dans le deſſein d'arriver
le meſmejour à Lare,le lendemain
à Befford, le jour ſuivant
à Brifac, & revenir de là à Falfbourg,
pour refoudre les Fortifications
qu'on doit faire à Long-
Fv
130 MERCURE
vy , & dans les autres Places de
la Lorraine.
Comme je connois que lesMedailles
vous plaiſent , & à tous
ceux à qui vous montrez mes
Lettres, je tâcheray de vous faire
voir les veritables Portraits de
tous les Princes du Monde,& de
tous les grands Hommes qui y
font figure. Je continuë par le
Portrait du Prince d'Orange que
je vous envoye. Il eſt gravé d'apres
la Medaille qui fut faite à
Amſterdam dans le temps du
Mariage de ce Prince.Le Revers
repreſente la Princeſſe d'Orange
ſa Femme. Vous ſçavez qu'elle
eft Fille du Duc d'York .
J'oubliay de vous dire dans ma
Lettre du dernier Mois, que Son
Alteffe Sereniffime Monfieur le
Duc avoit fait l'honneur à Monficur
le Brun premier Peintrede
Sa
GALANT. 135
fieur le Marquis de los Balbaſes
, aujourd'huy Ambaſſadeur
Extraordinaire d'Eſpagne en
France . Avant qu'il entraſt dans
le manîment des grandes Affaires
pour leſquelles fon exaete
probité & fa prudence confommée
ne laiſſent aucune chofe
à ſouhaiter, il avoit paſſé douze
ans dans l'employ des Armes,
d'abord comme Volontaire , en
fuite à la teſte de deux Compagnies
de Cavalerie , puis en
qualité de General des Gensdarmes,
& enfin de toute la Ca---
valerie du Roy Catholique.Il n'a
qu'un Fils , & deux Filles. Ce Fils
qui eſt en France avec luy, s'appelle
D. Philippe Duc del Seſto.
Il n'a encor que quinze ans, &
ne laiſſe pas d'eſtre déja General
des Gens- darmes du Milanois
, & Commandeur de l'Ordre
136 MERCURE
dre de S. Jacques. Des deux Filles
, l'une eſt mariée avec Monfieur
le Duc de Saint Pierre ,
Prince de Molfetta , qui eſt de
la meſme Famille de Spinola, &
l'autre avec D. Martin de Guzman
, Marquis de Montalaigre
& de Quintana , Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Efpagne
, & Fils du Preſident du
Confeil de Caſtille .
Son arrivée à Paris ayant fait
grand bruit , & par le mérite
particulier de ſa Perſonne,& par
la grandeur de ſa Maiſon, on ne
douta point qu'il n'y fiſt ſon Entrée
publique avec beaucoup de
magnificence.Ainſi le jour ayant
eſté choiſy pour cela , qui fut le
Dimanche onzième de ce Mois,
il y eut un nombre preſque infiny
de Curieux qui occuperent
toutes les Feneſtres ,& qui remplirent
GALANT.
137
plirent toutes les Ruës par lefquelles
il devoit paſſer. Monfieur
le Maréchal de Humieres , &
Monfieur de Bonneüil Introduteur
des Ambaſſadeurs, allerent
le recevoir juſqu'au Convent de
Picpus avec les Carroſſes de
Leurs Majeſtez . L'Entrée commença
peu de temps apres de
cette maniere. Deux Trompetes
de Monfieur l'Ambaſſadeur, fuivisde
deux Maiſtres de la Garderobe,
précedoient trente - fix Mulets,
leurs Couvertures en broderie
dor & de ſoye aux Armes de
cette illustre Maiſon eſtoient de
trois diferentes manieres . Il y en
avoit douze de chacune. Tout ce
qui ſert aux Mulets tant par neceffité
que par ornement, je veux
dire les Grelots , les Clairons ,
les Lunetes,& les Bâtons qui ſer.
rent la charge , tout cela eſtoit
: d'argent .
138 MERCURE
d'argent . Enfuite on voyoit les
Pages au nombre de dix- huit,
tous tres - bien montez , ayant
leur Gouverneur & un Ecuyerà
leur teſte. Quarate Valets de pied
marchoient apres eux. LesHabits
des uns & des autres étoient d'écarlate.
Il y en avoit de deux fortes,
les uns tous couverts de broderie
or& argent,& les autres de
pluſieurs galons de meſme matiere.
Ceux- cy étendoient leur
marche juſqu'à la portiere du
Carroſſe de Sa Majesté dans lequel
eſtoient au derriere Monfieur
l'Ambaſſadeur,& Monfieur
le Marechal de Humieres qui
avoir eſté le recevoir. Monfieur
le Duc de S. Pierre , Monfieur
le Duc del Seſto , & Monfieur
le Marquis Imperiale , occupoient
les autres places avec
Monfieur de Bonneüil. Les Carroffes
GALAN T.
139
roſſes de la Reyne , de Monfieur,
de Madame , & des autres Princes
& Princeffes du Sang, fuivoient
, ce premier, & en précedoient
huit de Monfieur l'Ambaſſadeur
dans lequel eſtoient
vingt- deux Gentilshommes de ſa
fuite. Toute la Sculpture de ces
huit Carroffes eſtoit dorée , mais
fur tout il y en avoit cinq à la
magnificence deſquels on ne
peut rien adjoûter. Vous en jugerez
parce que je vous vay dire
du premier. On n'y voyoit que
du Velours vert en dehors & en
dedans , avec un fort riche galon
d'or dans le dehors qui ne laifſoit
voir l'Etofe qu'en quelques
endroits . Le dedans eſtoit brodé
de petits courdonnets d'or , avec
une Campane à gros feſtons aufli
d'or , & ſemblable à celle dontla
Corniche de l'Impériale eſtoit
environ
140
MERCURE
environnée au dehors. Cette
Impériale avoit pour ornement
de grands Bouquets de vermeil
doré au lieu de Pommes. La Ferrure
qui eſtoit dorée auſſi bien
que la Sculpture du train , eſt aſſurément
le plus bel Ouvrage de
cette nature que nous ayons encor
veu . Ce Carroſſe eſtoit tiré
par fix Chevaux Tygres .
Cet illuſtre Ambaſſadeur arriva
ſur les huit heures du ſoirdans
l'ordre que je viens de vous marquer,
à l'Hôteldes Ambafladeurs
Extraordinaires , apres avoir traverſe
tout Paris à venir de la Porte
S. Antoine à la Ruë de Tournon
dans le Fauxbourg S. Germain.
Cet Hôtel eſtoit tres fuperbement
meublé. Une Tapifſerie
toute rehauffée d'or repreſentant
l'Histoire de Renaud &
d'Armide , ſervoit d'ornement à
la
GALAN T. 141
la grande Salle de l'Apartement
qui luy eſtoit deſtiné. Il y avoit
dans la meſme Salle un tres- riche
Dais , & un Luſtre d'argent
dont quelques embelliſſemens.
eſtoient de vermeil - doré . Le
fond de ce Dais eſtoit de toile
d'or , & les fleurs aurore , avec
des bandes vertes & or , & une
Creſpine d'or. La Chambre de
parade qui eſt apres cette Sale ,
eſtoit tenduë de la belle Tapiſſerie
de Pſyché , moins confiderable
par l'or & l'argent dont cette
Tenture eſt toute remplie , que
par la délicateſſe de l'Ouvrage
fait fur les deſſeins de Raphaël .
Il y avoit dans l'Alcove de cette
Chambre des Pieces de la même
Tenture , & un Lit de Satin cramoiſy
en broderie d'or. Les Pentes
, les bonnes- graces , & le Tapisde
Table , estoient remplis de
Cartou
7
142
MERCURE
Cartouches à fonds d'or , qui repreſentoient
en petit point pluſieurs
Hiſtoires de l'Ancien
Teſtament. Le Dais eſtoit de la
meſme étoffe , & de la meſme
broderie que le Lit. On avoit
misdans la meſme Chambre un
fort grand Miroir à Bordure d'argent
toute cizelée , & d'un travail
merveilleux , avec un Luſtre
d'argent admirable , dont toutes
les branches repreſentoient autant
de Cornes d'Abondance. II
eftoitorné de teſtes de Bellier au
deſſous des tiges de chaque branche
, & tout au deſſus du Luſtre
on voyoit un Panier de fleurs &
de fruits La Cheminée eſtoit
garnie de deux Chenets d'argent
qui peſoient deux cens cinquante
marcs . Deux Satires eſtoient
au bas des deux côtez de chaque
Chenet ,& ſembloient les fuporter
GALANT.
143
ter fur leur dos. Comme la Tapiſſerie
de Pſyché a trente-deux
Pieces , il y en avoit encor dans
un petit Cabinet qui eſt derriere
l'Alcove de cette grande Chambre,
par lequel il falloit que Monfieur
l'Ambaſſadeur paſsat pour
aller dans celle où il devoit coucher.
Les Meubles de ce Cabinet
eſtoient de Brocard d'or. La
Chambre à laquelle il fert depafſage
, eſtoit tenduë d'une Tapifſerie
eſtimée une des plus belles
qui ſoit au Monde. Elle reprefentedesBacanales.
Il n'y apointde
laine dedans. Elle est toute d'or,
d'argent & de ſoye , & faite d'apres
les deſſeins de Raphaël . L'Ameublement
eſtoit de Satin cramoiſy
, doublé de toile d'argent.
Onn'en voyoit preſque point le
fonds , eſtant tout couvert de
grandes fleurs toutes de lames
d'or ,
144 MERCURE
d'or , travaillées avec l'Etofe. Le
Lustre & les Chenets de la meſmeChambre,
quoy qued'argent,
ſembloient encor moins confiderables
par la matiere que par
le travail . Les Chenets peſoient
environ cent cinquante marcs.
Je ne vous feray point le détail
des Meubles qui rempliſſoient
tous lesAppartemens de cegrand
Hôtel. Je vous diray ſeulement
que les principaux eſtoient meublez
de Tapiſſeries rehauffées
d'or& d'argent , de Lits en broderie
, & qu'il y avoit des Luſtres
de Criſtal dans toutes les Salles ,
&dans la plupart des Chambres .
Si toſt que Monfieur l'Ambaſſadeur
fut arrivé, Monfieurle Marquis
de Geſvres , reçeu en ſurvivance
à la Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre ,
qu'exerce Monfieur le Duc de
Gefvres
,
GALAN Τ.
145
Geſvres ſon Pere, le complimentade
la part du Roy. Monfieurle
Marquis de Hautefort Premier
Ecuyer de la Reyne, fit la meſme
choſe de la part de cette Princeffe;
& le meſme compliment
luy fut fait enſuite au nom de
Monfieur , par Monfieur le Comte
du Pleſſis PremierGentilhomme
de la Chambre de Son Alteſſe
Royale ; & par Monfieur
le Marquis de Bron , au nom de
Madame dont il eſt Premier
Ecuyer. Cet Ambaſſadeur fut
en ſuite traité aux deſpens du
Roy. On ſervit le Soupé dans
la grande Salle , où l'on vit un
magnifique Bufet appartenant
à Monfieur de los Balbaſes. Il
eſtoit couvert d'environ quarante
Baffins cizelez , les uns de
vermeil , & les autres d'argent.
Ily en avoit un d'une beauté
Juin 1679. G
146 MERCURE
furprenante , qui repreſentoit
l'Enlevement des Sabines , du
deſſein de Raphaël .On n'en pouvoit
admirer aſſez le Relief , qui
eſtoit d'une grøffeur extraordinaire.
Ce Bufet eſtoit encor orné
de pluſieurs Buretes , Vaſes , &
Girandoles d'argent & de vermeil,
letout cizelé , à l'exception
des Girandoles. Aux deux coſtez
duBufet, on voyoit deux grandes
Torcheres. Ce ſontdes Chandeliers
d'argent d'environ fix pieds
dehaut,dans leſquels on met des
Flambeaux de poing. De grandes
Cavetes d'argent ornoient le
devant de ce Bufet. La Table de
Monfieur l'Ambaſſadeur eſtoit
de dix-huit Couverts. Elle fut
ſervie à quatre Services dequinze
grands Plats , & de quatre Affietes
chacun, Les meſmes Servi-
CCS furent continuez pendant
:
trois
GALANT.
147
trois jours par les foins deMoni
ſieur Francine Maistre d'Hoſtel
du Roy en quartier. Pluſieurs
Tables furent ſervies dans le
meſmetempsavecbeaucoupd'abondance
& de propreté. Monſieur
l'Ambaſſadeur reçeut encor
pluſieurs Complimens tout le
Lundy ; & le lendemain dés le
grandmatin il partit pour S.Germain
, où il eut ſa premiere Audience
publique.Son Train eſtoit
le meſme qui avoit paru à fon
Entrée , avec les meſmes Carrof.
ſes , à la referve des 36. Mulets.
Monfieur le Prince de Lilebonne
, &Monfieur de Bonneüil Introducteur
des Ambaſſadeurs,qui
l'eſtoient venus prendre dans les
Carroffes de Leurs Majeſtez , le
conduifirent. Les Compagnies
des Gardes Françoiſes &Suiffes,
eftoient rangées en haye ſous
Gij
148 MERCURE
les armes quand il arriva au Chaafteau
, où le Grand- Maiſtre &
le Maiſtre des Cerémonies , qui
font Monfieur le Marquis de
Rhodes & Monfieur de Saintot,
le reçeurent au bas du degré.
Monfieur le Mareſchal Duc de
Duras, Capitaine des Gardes du
Corps en quartier , ſe trouva à la
Porte de la Salle des Gardes du
Corps , & le conduiſit dans l'Apartement
de Sa Majeſté. La Paix
fut le ſujetde ſon Compliment. Il
dit entr'autres choſes , Que le
Roy d'Espagne Son Maistre l'avoit
toûjours fort desirée , à cause de
l'étroite alliance qui estoit entr'eux
, & qu'il defiroit vivre avec
Luy en bonne intelligence & en bon
Frere. Le meſme jour il eut audiencedela
Reyne&deMonfeigneur
le Dauphin . Ses Complimens
furent auſſi ſur le ſujetde la
Paix.
GALANT. 149
Paix. Il fut traité à dîner à S.
10
:
b
Germain par lesOfficiers du Roy
avec beaucoup de magnificence.tou
Il en partit l'apreſdinee , & vint
àS.Cloud, où il eut auſſi audienen
ce de Monfieur, de Madame,
de Mademoiselle. Ily fut con
duit par Monfieur de S. Laurens
Introducteur des Ambaſſadeurs
pres de L. Alteffes Royales , &
ramené en ſuite à Paris à l'Hôtel
des Ambaſſadeurs Extraordinaires,
de la meſme maniere qu'il
en eſtoit party le matin.Madame
l'Ambaſſadrice , & Madame la
Ducheſſe de S. Pierre ſa Fille,
allerent le lendemain au meſme
Hôtel dîner avec cet Ambaffadeur.
Mesdames les Coteſſes d'Eſtrées
& de Roye, & Mademoiſellede
Rouffy , Fille de Madame
la Comteſſe de Roye, dînerent
auſſi avec luy. Il eſtoit ve-
Giij
150 MERCURE
२०
ſtu du meſme Habit qu'il avoit
le jour précedent , lors qu'il eut
audience de Sa Majeſté . C'eſtoit
un fond brun , tout couvert de
Broderie de ſoye . Il y en avoit
beaucoup plus de blanches que
d'autres couleurs. Les Chauffes
eſtoient à l'Eſpagnole , & le Juſte-
à - corps à la Françoiſe . Il
avoit un Rabat de Point de
France , des Boutons de Diamans
, & des Noeuds de Pierreries
ſur ſes Manches. Son Epée
étoit toute couverte de Diamans ,
auffi - Bien que les Boucles de
fon Baudrier. Il y en avoit de
tres-gros ſur le Ruban d'où pendoit
fon Ordre . L'apreſdînée il
alla au Luxembourg à l'audience
de Mademoiselle d'Orleans;
& comme le dernier des fix
Repas qu'on donne aux Ambaſſadeurs
Extraordinaires eſtoit
finy
GALAN T. 151
finy à dîner , il retourna le foir
coucher à l'Hôtel de Nevers ,
où le Duc de ce nom, ſon Allié ,
l'a prié de demeurer tant qu'il
reſteroit icy. Les Habits qu'avoient
tous ceux de ſon Train le
jour qu'il fit fon Entrée publique,
eſtant des Habits extraordinaires
, il leur en a fait prendre de
Livrée apres les trois jours qu'il
a paſſez à l'Hôtel des Ambaſſadeurs.
Cette Livrée'eſt tres -propre.
Ils font tous en Plumes &
en Bas de foye. Vous pouvez juger
du reſte . On avoit tres avantageuſement
parlé de Mr le Mar-
-quis de los Balbaſes avant fon arrivée
à Paris, & il a confirmé par
ſa prefence tout ce qui s'y eſtoit
-publié de ſon merite. Il eſt affable,
civil,galant, agreable dans la
converſation, & fait paroiſtre infiniment
de l'eſprit en toutes chofes.
Giiij
152
MERCURE
Monfieur le Marquis de Chamilly
, accompagné de Madame
la Marquiſe ſa Femme , eſt arrivé
à Fribourg, dont vous ſçavez
qu'il eſt Gouverneur. La Garniſon
eſtoit ſous les armes pour
les recevoir , & la plus grande
partie de la Cavalerie alla
fort loin au devant d'eux hors
des Portes de la Ville, où ils entrerent
au bruit du Canon.Tou-
-tes les Troupes , & les Habitans,
admirent ces deux illuſtres Perſonnes,
dont les manieres , la douceur
, & l'honneſteté , gagnent
tous les coeurs. Ils ont eſté reçeus
à Briſac , & dans les autres Villes
de leur route , preſque avec les
mêmes honneurs qu'à Fribourg.
Tous lesGouverneurs en avoient
donné les ordres , & ils ont tenu
à gloire de traiter avec toute la
-distinction poffible , celuy qui
2
GALANT. 153
a ſi bien ſçeu ſe diftinguer luymeſme,
en ſoûtenant le Siege de
Grave avec une valeur & une
conduite qui ne recevront jamais
aſſez de loüanges. Un merite fi
extraordinaire luy a fait acquerir
quantité d'Amis , quoy que ce
ſoit l'acquiſition du monde la
plus difficile à faire. Ecoutez ce
que Phedre nous dit là deſſus
d'un des plus grands Hommes
de l'Antiquité. Le Fils d'un Auditeur
des Comptes de Dijon luy
fait parler noſtre Langue.
S
SOUHAIT
DE SOCRATE.
Ocrate , dont le nomne
jamais ,
perira
Fuyant la Cour des Grands,& leurs
riches Palais ,
G
154
MERCURE
Se fit faire à l'écart , avec peu de
dépense,
Une Maison de tres-baſſe apparence.
Un Citoyen flateur qui pres de là
passoit,
Luy dit qu'il s'étonnoit
Que des Gens comme luy, d'auſſi
grande importance ,
Se vinſſent renfermer en de fipetits
lieux .
Cet eſpace eſt petit , dit- il, mais
plût aux Dieux
Pouvoir trouver encore affez
d'Amis fidelles
Pour remplir ma Maiſon !
Ce grand Homme, entre nous, n'avoit
- il pas raiſon ?
Il connoiſſoit combien les amitiez
font belles ,
Quand la constance& lafidelité
Forment ces doux liens de la focieté
;
1
Mais
GALANT.
155
Mais où chercher pour en trouver
de telles?
On fait ſouvent de longues
démarches ſans y reüffir , mais
du moins il y a cet avantage
dans l'amitié , que comme elle
demande du temps pour ſe former
, elle eft preſque toûjours de
durée. Il n'en eſt pas de meſme
de l'amour. C'eſt une paffion impetueuſe
qui montant quelquefois
des les premiers jours au
plus haut point où elle ſoit capabled'aller,
s'éteint ordinairement
avec la meſme facilité qu'elle
s'allume. Ceux qui tiennent impoſſible
qu'on ſe laiſſe fortement
toucher à la premiere veuë d'un
bel Objet , changeront de ſentiment
apres avoir ſçeu ce qui eſt
arrivé depuis fix ſemaines.
Un fort honneſte Homme ,
confi
2
156 MERCURE
confiderable par ſa naiſſance &
par fon eſprit , avoit choiſy un
genre de vie des plus retirez ,
pour fe dégager de certaines tendreſſes
de coeur qui luy avoient
long- temps couſté fon repos.
Il croyoit s'en eſtre mis à couvert
en ſuivant une profeſſion
toute contraire aux engagemens
de galanterie. Cependant fon
temperament l'emporta ſur ſa raifon
, & une occaſion impréveuë
l'ayant exposé aux charmes d'une
belle & jeune Etrangere venuë
à Toulouſe pour voir les
Proceſſions ſolemnelles qui s'y
font dans le temps de la Pentecoſte
, toutes ſes reſolutions de
n'aimer jamais s'évanoüirent en
un moment. Il eſtoit alors dans
- une converſation tres - ſerieuſe
avec beaucoup de Perſonnes de
< qualité ; & à cette ſoudaine apparition,
GALANT.
157
১
parition , charmé , hors de luy
meſme , & fans faire aucune réflexion
à ce qui luy avoit déja
eſté ſi fatal, il courut vers cette
aimable Perſonne avec une rapidité
inconcevable. Il luy parla,
luy dit tout ce qui ſe peut imaginer
de plus obligeat,& ne laqui.
tant que par une neceſſité abſoluë
de la quitter, il s'en ſepara le
plus amoureux de tous lesHommes.
Il perditdés cet inſtant le repos
, l'appetit, & le ſommeil , &
tombadans une langueur quiluy
changeant le corps & l'eſprit , le
laiſſoit à peine reconnoiſtre à ſes
Amis. Il eſt vray qu'eſtant ſoûtenu
pendant quelque temps par la
veuëpreſque continuelle decette
belle Etrangere , ſes forces ne
l'abandonnerent pas tout à fait.
Quoy qu'elle euſt tout le merite
imaginable pour ſe faire aimer,
il
158 MERCURE
il n'avoit peut-eſtre jamais produit
le meſme effet fur perionne.
Si vous me demandez pourquoy
il fit une plus prompte &
plus forte impreſſion ſur celuy
dont je vous parle,qu'il ne l'avoit
faite fur beaucoup d'autres , je
vous diray , ſelon les remarques de
celuy qui m'a fait part de cette
Avanture , qu'une étincelle qui .
n'allume point la paille , embraſe
la poudre en un feul moment, &
que le Soleil qui ne fait qu'ébloüir
des yeux groſſiers,en aveugle
de délicats , quand on s'atta
che à le regarder trop fixement.
Ce qu'il y eut de deſeſperant
pour ce malheureux Paffionné,
c'eſt que la Belle,que la ſeule curioſité
avoit fait venir à Touloufe
, fut obligé de s'en retourner
quelques-jours apres.Il quitades
affaires tres - importantes pour
l'accom
GALAN T.
159
l'accompagner une partie du
chemin , mais enfin eſtant forcé
de luy dire le dernier adieu ſans
qu'il puſt prononcer une parole,
& un coude du Canal Royal
fur lequel elle s'eſtoit embarquée
, l'ayant derobée un peu
apres à ſa veuë , il demeura ſans
aucune force, & ſe laiſſant tomber
ſur le bord , comme s'il euſt
eſté frapé d'un coup de foudre ,
ou plûtoſt comme ſi ſon ame ſe
fuft ſeparée de fon corps pour
ſuivre l'Objet aimé , il perdit
entierement l'uſage des ſens.
Un Homme de qualité de ſes
Amis le trouvant en cet état, le
fit emporter dans une Maiſon de
Campagne qu'il avoit à un quart
de lieuë de là. Cet Amant tranſy
y revint à luy , mais avec des
inquietudes qui ne peuvent s'exprimer.
La force de ſa paffion
luy
160 MERCURE
luy fit montrer des foibleſſesdont
il luy eſtoit impoſſible de ſe rendre
maiſtre. Toutes les Peintures
agreables qui font une partie
des embelliſſemens de cette
Maiſon , luy paroiſſoient reſſem .
bler à ſon aimable Etrangere .
Il cherchoit continuellement la
folitude pour penſer à elle , & fi
on luy faiſoit rompre le filence ,
il ne parloit que de fa beauté.
Le croirez vous , Madame ? Il
ne s'eſtoit jamais aviſé de faire
des Vers ,& tout d'un coup l'amour
luy en donna le talent. 11
faut vous faire voir un Sonnet
de ſa façon. Vous y trouverez
je ne ſçay quelle fureur Poëtique
qui marque affez bien le
trouble d'eſprit dont il eſtoit
agité.
SON
GALAN T. 161
SONNET.
TEbrûle d'une ardeur qui court de
veine en veine ,
Nul remede ne peut appaiser cette
ardeur;
De mes ſens accablez l'importune
langueur ,
De tout ce qui m'a plû fait aujourd'huy
mapeine.
Les Objets lesplus beaux n'attirent
que ma haine ,
La nuit parfon repos réveille ma
Et dans l'accablement dont je ſens
douleur ,
la rigueur,
Je voyjusqu'à la mort ma disgrace
certaine.
***
Dans ce Siecle de fer, où par un art
nouveau
L'avari
162 MERCURE
!
1
1
L'avarice en ſecret nous creuſe le
tombeau ,
Preſsé de tant de maux, que ne dois .
jepas craindre ?
Seroit- ce du poison que l'on m'auroit
donné?
Ah , trop charmante Iris , de qui
puis-jeme plaindre ?
Je mesuis par les yeux moy mesme
abandonné.
La crainte qu'eurent le Maître
& la Maiſtreſſe de la Maiſon ,
de le voir fuccomber à ſes chagrins,
leur fit tout mettre en ufage
pour l'en retirer. Ils feignirent
que la belle Perſonne qui le reduiſoit
en cet état , étoit obligée
de venir chez eux dans quelques
jours ; & la joye qu'il en
reſſentit fut fi forte , qu'il commença
163
iable. La
es,quand
je vous
bus feray
$ nouvelvous
en-
Lir noude
Monles
vous
Ines d'un
plaindre
e.
AU.
ur que le
??
hamps la
îrs mille
vine ,
nſenſible
Il
162
L'avar
to
Preſsé
je
Seroitdi
Ah, t
Je me
P
al
La
tre&
de le
4
grins,
ge pou
que la
duifoi
de ve
ques j
reffen
GALANT. 163
mença de ſe rendre ſociable. La
choſe eſtoit en ces termes,quand
on m'a écrit ce que je vous
viens de conter. Je vous feray
part de la ſuite, ſelon les nouvelles
que j'en auray. Je vous envoye
cependant un Air nouveau,
de la compoſition de Monſieur
le Froid . Les Paroles vous
feront connoiſtre les peines d'un
autre Amant , le plus à plaindre
de tous, s'il en faut croire.
AIR NOUVEAU.
Ve fert à mon amour que le
Que mefert qu'en nos Champs la
verdure paroiffe,
Qu'elle invite aux plaiſirs mille
Amans que je voy ?
Iris eft toûjours inhumaine ,
Et tant que je la trouve inſenſible
àma peine,
Il
164 MERCURE
Iln'est point de beaux jours pour
moy.
Vous avez ſçeuque Monfieur
de Varangeville eftoit party de
Paris pour ſon Ambaſſade de Venife
, à laquelle je vous ay déja
- dit qu'il avoit eſté nommé. Madame
de Varengeville ſa Femme,
& Mademoiselle Courtin ſa
Soeur , l'ont ſuivy dans ce voyage.
Elles ont toutes deux beaucoup
de merite. Il ſeroit ſurprenant
qu'elles en manquaſſent,
eſtant Filles de Monfieur Courtin
Conſeiller d'Etat , fi celebre
par les importantes Negotiations
qui luy ont eſté confiées, & dont
les heureux fuccés ont toûjours
avantageuſement répondu à ce
qu'on attendoit de fon zele & de
fa prudence. Ce fut luy qui lors
du Mariage de la premiere avec
Monfieur
GALANT .
165
Monfieur de Varengeville , allant
en demander l'agrément au
Roy , luy dit avec tant d'eſprit,
que la qualité d'Ambaſſadeur
dont Sa Majesté l'avoit honoré
tant de fois , ne luy avoit point
acquis le droit de faire une Ambaſſadrice
ſans en obtenir ſa permiffion.
Apres avoir ſuivy la
route ordinaire , ils arriverent à
Turin le Lundy quinziéme de
l'autre mois. Monfieur l'Abbé
d'Estrades Ambaſſadeur de France
en cette Cour , qui estoit allé
au devant d'eux , les mena chez
luy , & les ayant priez de ne
prendre point d'autre Maiſon
quela fienne, il les regalamagnifiquement
juſqu'à leur depart.
Le lendemain Mardy , ils allerent
incognito ſaluër Madame
Royale , qui ſe montra fort ſenſible
à la nouvelle aſſurance que
: le
166 MERCURE
le Roy luy donnoit de ſon amitié&
de fa protection par la bouche
de Monfieur l'Ambaſſadeur.
Pendant tout le temps que
Madame l'Ambaſſadrice luy parla
, cette Princeſſe demeura debout.
A peine le bruit de leur
arrivée eut - il eſté répandu , que
toutes les Perſonnes de qualité
les vinrent voir. Monfieur le
Nonce , le Reſident d'Eſpagne,
& le Reſident d'Angleterre , furent
de ce nombre , auſſi - bien
que Monfieur le Cardinal d'Eſtrées
, qui paſſa alors à Turin à
fon retour de Baviere. Le Mercredy
, Madame Royale les regala
de la Comedie. ( Vous ſçavez
qu'elle entretient une Troupede
Comediens François pour
le divertiſſement de ſa Cour. )
Onpaſſa les foirs ſuivans au Cer
cle ; & le Samedy , cette illuſtre
&
7
GALAN Τ. 167
& obligeante Princeſſe envoya
chercher Madame l'Ambaſſadrice
pour la mener à la promenade.
Elle la fit aſſeoir à côté d'elle
; & lors que Monfieur le Duc
qui y estoit allé à cheval, deſcendit
pour monter en Carroſſe, Madame
Royale ne voulut jamais
ſouffrir que Madame l'Ambaſſadrice
luy quitaſt ſa place. Le Dimanche
, jour de la Pentecoſte,
ils virent tenir Chapelle. C'eſt
une Cerémonie quinous eſt inconnuë
en France , & qui ſe fait
à Turin les quatre grandes Feſtes
de l'année . Elle a quelque
choſe de majestueux,dont vous
ne ferez point fâchée d'eſtre inſtruite.
Madame Royale eſt ſous
un Dais dans la Nefde la grande
Eglife . A coſté gauche , il y a
un autre Dais vis à vis pour les
Ambaſſadeurs . Les Chevaliers
de
:
168 MERCURE
de l'Ordre font rangez au defſous
du Banc de cette Princeſſe .
Les Dames viennent deux à
deux paſſerdevant elle , & apres
luy avoir fait deux reverences,
une aux Ambaſſadeurs , & une
autre aux Chevaliers , elles vont
prendre leurs places dans le milieu
de l'Egliſe où elles entendent
la Meſſe.Lors que Monfieur
leDuc ſera en âge , ce ſera aux
Chevaliers à faire ce que font
les Dames pendant la Regence
de Madame Royale. Le ſoir de
ce meſme jour , cette Princeſſe
voulut que Madame l'Ambaſſadrice
ſoupât avec elle ;&elle ne
luy eut pas plutoſt veu quitter
ſes gands pour ſe mettre à table,
que luy ayant pris la main , elle
tira ſon Portrait en miniature, en.
vironné de huit gros Diamans,
qu'elle avoit mis à ſon bras,
&
GALANT. 169
&le paſſa à celuy de Madame
de Varengeville , d'une maniere
auſſi galante que le Préſent eſtoit
magnifique , la priant que cela
l'obligeaſt à ſe ſouvenir d'elle
toute ſa vie. Ce Préfent eſt de
plus dedeux mille écus. Elle luy
donna auſſi un tres-beau Bouquet
de Fleurs d'Orange qu'elle
avoit. Madame l'Ambaſſadrice le
porta au lieu du fien , & mit le
Portrait à la place de ſa Croix.
Elle fit paroiſtre ces ornemens
dans le lieu du Bal que Madame
Royale luy voulut donner. C'eftoit
une grande Salle richement
meublée , & éclairée de maniere
à faire paroiſtre la beauté des
Dames dans tout ſon éclat. Madame
Royale estoit au haut de la
Salle ſous un Dais , dans un fiege
affez élevé , vis-à-vis de la
Place où l'on dançoit. Les Da-
Iuin 1679. H
170
MERCURE
mes qui ſont preſque toutes fort
bien faites , ſe mirent des deux
coſtez , tres-galamment habillées.
Il y en avoit pluſieurs qui
eſtoient toutes brillantes de Pierreries.
Madame l'Ambaſſadrice
alla ſe placer au ſecondrang. Elle
avoit prié qu'on la diſpenſaſt
dedancer à cauſe qu'elle eſtoit
incognito. Les Seigneurs qui s'étoient
diſpoſez pour le Bal , y
vinrent tous en manteau. On ne
prend à dancer dans cette Cour
que ceux qui ſont habillez de
cette maniere. On commence
par un Branle à mener , afin de
fairedancer d'abord tout le monde
, & on finit par pluſieurs petites
dances de la meſme ſorte.
Au milieu du Bal , Madame
Royale quitta ſa Place , & vint
aupres de Madame l'Ambaſſadrice
, qu'elle entretint fort longtemps
GALANT.
171
temps. Cette Feſte fut accompagnée
d'une ſuperbe Collation .
où les Vins & les liqueurs du
Païs furent répandus en abondance.
Le Lundy 22. Monfieur
& Madame de Varengeville ſe
diſpoſoient à continuer leur route
, mais Madame Royale leur
fit dire qu'elle feroit bien aiſe
qu'ils viſſent la Vénerie avant
leur départ. C'eſt une Maiſon
de plaiſance , que le feu Duc de
Savoye a faitbâtir environ àquatre
milles de Thurin. Tout y ref
pire la Chaſſe , juſqu'à la Chapelle
qui eſt dediée à S. Hubert.
Il n'y a riende plus agreable que
les Canaux , les Bois , & les Jardins
de cette Maiſon. Elle eſt
embellie par tout de Peintures.
Monfieur l'Ambaſſadeur & Madame
l'Ambaſſadrice y furent
conduits par Mr de S. Maurice
Hij
172 MERCURE
Grand Ecuyer , & par quelques
Dames de la premiere qualité.
La promenade fut ſuivie d'une
magnifique Collation. Le Mardy
23. ils allerent prendre congé
de Madame Royale , & de toute
la Cour ; & le Mercredy ils s'embarquerent
ſur le Pô pour achever
leur Voyage. Monfieur le
Duc de Mantoüe les régala à
Caſal ,& on leur rendit les mêmes
honneurs que s'ils n'avoient
point paflé incognito. Ce Prince
en uſa pour eux de la meſme forte
à Borgoforte , & à quelques
autres Places de ſes Etats , & les
fit meſme prier d'aller juſques à
Mantoüe. Monfieur l'Ambaſſadeur
luy ayant envoyé unGentilhomme
pour luy marquer la
reconnoiſſance qu'il avoit de ſa
civilité, accepta ſeulement quelques
rafraîchiſſemens ; & enfin le
Mardy
GALANT.
173
:
Mardy 30. May il arriva à Veniſe
, où il doit avoir fait préſentement
ſon Entrée publique.
Comme il ſe preſente ſouvent
occaſion de parler des Perſonnes
d'un merite extraordinaire , je
vous ay entretenuë dans pluſieurs
de mes Lettres de celuy
de Monfieur l'Abbé de Noailles .
Il avoit eſté nommé Eveſque de
Cahors depuis quelques mois , &
fut ſacré ces derniers jours dans
l'Abbaye de Saint Antoine par
Monfieur l'Archeveſque de Paris
, aſſiſté de Meſſieurs les Evefques
de Meaux & de S. Brieu.
Meſſieurs les Archeveſques de
Sens , de Roüen , & de Bourges
s'y trouverent. Ce dernier reçeut
le Pallium à la fin de la Cerémonie.
Les autres Prélats qui y aſſiſte.
rent , furent Meſſieurs les Evefques
d'Orleans , de la Rochelle ,
Hiij
174 MERCURE
d'Autun , de Coutance , de Li
zieux , de Rennes , de SaintMalo
, de Nantes, de Senlis, de Bellay,
d'Arras,de Marseille,d'Axqs,
d'Alet , de Tarbes, de Mirepoix,
de Vance,& de Perpignan , avec
Meſſieursles Abbez Colbert , de
S. Luc , de Breteüil , & le Gay.
Les Dames s'y trouverent auffi
en grand nombre. Mademoiſelle
y eſtoit , ainſi que Meſdames les
Ducheſſes de Verneüil, de Sully,
de Foix & de Noailles , Madame
la Princeſſe de Soubiſe , Meſdames
les Comteſſes de Guiche &
de S. Géran , & Madame la Marquiſe
de Villars. Il y avoit auſſi
pluſieurs Ducs , entre leſquels
eſtoient Meſſieurs les Ducs d'Aumont,
de Charoſt , de Gramont,
de Roquelaure & de Noailles.
Les Particuliers y vinrent en ſi
grande foule , qu'on fut obligé
GALANT.
175
géd'avoir vingt-quatre des Suifſes
du Roy pour empeſcher la
confufion. La Muſique n'y pouvoit
qu'eſtre d'un tres - grand
charme , puis qu'elle eſtoit compoſée
de la plupart des Muficiens
de Sa Majeſté. LaCeremonie
faite, ce nouvel Eveſque donna
untres- magnifique Repas. Il
n'y cut que trois Services , parce
qu'on ſervit l'Entremets avec le
Roſty. Chaque Service eſtoit de
vingt- fix grands Plats.
En vous parlant dans ma Lettre
du dernier Mois , de l'honneur
que Monfieur de Tulle
nominé à l'Eveſché d'Agen ,
avoit receu par le Brevet de Pré.
dicateur ordinairedu Roy , j'oubliayde
vous dire qu'on en avoit
envoyé un pareil au Pere Bourdaloüe
Jeſuite , avec les meſmes
apointemens. Ainſi ces deux
Hiiij
176 MERCURE
grands Hommes preſcheront alternativemet
à l'avenir les Avens
&les Carêmes au Louvre .
Le Gouvernement de la Ville
& Château de S. Malo , a eſté
donné à Monfieur le Marquis du
Guémadeuc , Gouverneur de
Ploërmer en Bretagne, & Neveu
de Monfieur l'Eveſque de S. Malo
. La Famille du Guémadeuceſt
une des plus anciennes , & des
plus illuſtres de cette Province.
Elle est entréedans des alliances
tres conſidérables. Roland du
Guémadeuc , Grand Chambellan
du Duc de Bretagne , épouſa
en 1460. Jeanne Goyon Fille de
Jean Seigneur de Matignon ; &
Roland ſon Fils fut marié avec
Perronelle , Fille de Jean Sire
de Coetquen , dont font defcendus
les Marquis de Coetquen
alliez préſentement à la
Maiſon
2
GALANT.
177
f
1
Maiſon de Rohan . Catherine du
Guemadeuc , Petite- Fille de ce
Roland , fut Mere de Monfieur
le Marquis de la Mouffaye , quia
épouſé une Soeur de feu Monſieur
le Maréchal de Turenne.
Jacques du Guémadeuc ſon Pere
avoit épousé une Petite- Fille de
Loüis Seigneur de Guemené ,
duquel Seigneur de Guemené
Meſſieurs de Montbazon font
defcendus . Thomas , Seigneur
du Guémadenc , & de Guébriac
, Grand Ecuyer de Bretagne
, épouſa Jaquemine de Beaumanoir
; & Marie Françoiſe du
Guémadeuc & de Guébriac ,
Baronne de Bloſſac , Vicomreſſe
de Rezé , qui herita d'Helene
de Beaumanoir , Marquiſe
d'Aſſigné ſa Coufine , les Baronnies
du Pont, de Roſtrener& de
Faou,a eſté mariée avec François
Hv
178 MERCURE
de Vignerot Marquis de Pontcourlay
Chevalier des Ordres du
Roy , General des Galeres de
France , duquel Mariage Mr. le
Duc de Richelieu eſt forty.
Le Roy a donné encor plufieurs
autres Gouvernemens ,
ſçavoir celuy de Maubeuge à
Monfieur du Montal , celuy de
Dinan à Monfieur de Réveillon,
celuy de Longvy à MonfieurCatinal
, & celuy de Montloüys à
Monfieur d'Urban. La derniere
de ces Places vous eſt ſans doute
inconnue. C'eſt une Fortereffe
que le Roy fait bâtir en Catalogne
. Ce Monarque , à qui rien
n'eſt impoffible , ne ſçait pas ſeulement
en prendre par ſa conduite
& par la valeur , il en fait
fortir de terre quand il luy plaiſt.
Je vous manday la derniere
fois , que Monfieur le Duc
de
GALAN T. 179
de Nevers & Madame la Ducheſſe
ſa Femme , eſtoient arrivez
àMarseille avec Madame la
Ducheſſe Sforze. Ils y eſtoient
attendus avec une impatience
extraordinaire ; ce qui leur faiſant
juger des continuelles civilitez
qu'on leur rendroit ,& dela
foule qui les accompagneroit par
tour , ils reſolurent de ne point
prendre de logementdans laVille
, & demeurerent dans une Baſtide
aux environs. Ils y arriverent
à minuit , afin d'empeſcher
qu'on n'allaſt au devant d'eux.
Monfieur le Mareſchal Ducde
Vivonne les y vint trouver le
lendemain. Il les amena voir le
Port , & les vingt - huit Galeres
du Roy , qui font les plus
belles & les plus pompeuſes
qu'on ait jamais veues , & c'eſt
peut- eſtre une des choſes qui
marquent
180 MERCURE
marquent le mieux la grandeur
de Sa Majeſté . Meſdames les
Ducheſſes , qui font toutes deux
Filles de Madame de Thiange,
Soeur de cet illuſtre Mareſchal ,
monterent ſur la Royale, où elles
furent reçenës au bruit du Canon
& d'une Muſique guerriere
, avec tous les honneurs qui
ſe pratiquent en ces fortes d'occaſions.
Elles virent faire l'Exercice
à la Chiourme. Il y eut un
concours extraordinaire de toute
ſorte deGens par tout où elles
pafferent. Perſonne ne ſe pouvoit
laſſer de les admirer , &
on avoit peine à percer la foule.
Monfieur le Mareſchal leur
a donné la Comedie pluſieurs
fois. Elles ont pris fur tout un
plaifir particulier à la reprefentation
de l'Ariane de Monfieur
de Corneille le jeune , qu'elles
ont
GALANT. 181
ont voulu voir deux fois . Ce
grand Rôle eſtoit ſoûtenu par
une Actrice nommée Mademoi
ſelle Belonde. Elle reüffit ſi bien
au gré de toutes ces illuſtres
Perſonnes , dont la delicatefle
du gouſt eft connuë , que les
Comediens de l'Hoſtel de Bourgogne
l'ayant ſçeu , l'ont mandée
incontinent pour venir remplir
chez eux la place de la plus
grande Comedienne que nous
ayons euë depuis pluſieurs Siecles.
C'eſt vous faire entendre
aſſez Mademoiselle de Chammeflé.
La nouvelle Actrice que
je vous ay déja nommée,eſt arrivée
icy depuis quelques jours.
Elle a répondu à l'attente que
l'on avoit d'elle dans le Polieucte
de Monfieur de Corneille l'aîné,
& on peut dire à ſon avantage,
que peu de grandes Comediennes
182 MERCURE
nes ont finy à Paris avec autant
d'approbation qu'elle en a reçeu
en commençant.
Apres le regal de la Comédie,
Monfieur le Mareſchal Duc
de Vivonne invita les deuxDucheſſes
ſes Niéces à venir ſe
promener dans de petites Barques
, afin que s'accoûtumant
peu à peu à la Mer , elles fufſent
moins ſurpriſes quand elles
ſe trouveroient fur les Galeres.
Elles prirent beaucoup de plaifir
à ces promenades , & en reçeurent
un fort grand quelques
jours apres d'une Feſte qu'on fit
à Marseille . Vous en trouverez
la deſcription dans cette Lettre.
Elle est d'un Particulier à
fon Amy.
A
GALANT. 183
J
A Marſeille le 27.May 1679 .
2 Eudy dernier 25. de ce mois
on fit icy les réjoüiſſances de
la Paix avec l'Empereur. Ce fut
un des plus beaux jours dont nous
ayons jouy de tout le Printemps.
Le Soleil ne commença pas plûtoſt
à paroistre , que les Galeres
toutes peintes & toutes dorées
qu'elles font , d'une magnificence
qui n'a jamais esté veuë dans ce
Port,furent ornées de leurs beaux
atours , c'est à dire de leurs Bandieres
, de leurs Banderoles , de
leurs Flames , & de leurs Pavois,
&formerent un Croiſſant d'un bout
du Port à l'autre. Ces Bandieres,
ces Banderoles , & ces Flames
qu'un vent agreable avoit agitées
toute lajournée ,furent oftéessur
les
184 MERCURE
les huit heures & demie du ſoir
avec les Pavois , pour faire place
à un autre Spectacle qui n'estoit
pas moins beau.
D'abord que Monsieur le Mareſchal
de Vivonne eut occupé un
lieu commode pour bien voir avec
Mesdames de Nevers & Sforze,
les vingt - huit Galeres & deux
Galiotes qui rempliſſoient la plus
grande partie du Port , parurent
en un instant illuminées jusqu'aux
Antennes , au signal d'un coup de
fiflet ; mais si bien illuminées de
Poupe à Prouë , que les confiderant
d'un lieu élevé , comme je les conſiderois
, il ne ſembloit plus que
ce fuſſent des Galeres de bois ,
mais des Galeres de clarté & de
lumiere.
Apres avoir joüy quelque temps
de l'éclat de cette illumination
causée par plus de 33000 lumieres,
GALAN T. 185
, hormis
res , dont le brillant furpaſſoit celuy
de la Lune , quoy qu'elle fust
encor presque dans ſon plein , la
Royale commença de faire une décharge
de ses Canons
du Coursier ; & toutes les Galeres
firent la mesme choſe tout d'un
temps , avec un bruit & un retentiſſement
si grand dans tout le
Port , & aux environs , que les
Maiſons en furent ébranlées , &
L'usage de la parole banny mesme
entre ceux qui estoient les plus
pres les uns des autres. Le Tonnerre
n'est pas aſſurément plus
effroyable dans les orages les plus
extraordinaires.
A peine ce bruit eut-il ceßé
que celuy des Boites du Parc ( c'est
ainſi qu'on appelle icy l' Arsenal )
Sefit entendre avec moins de bruit,
mais avec plus d'ordre & plus
longtemps. Apres quelques Fusées
volan
186 MERCURE
volantes qui ſuivirent , on commença
un Feu d'artifice au milieu
de l'eau , vis-à- vis de la Royale,
par pluſieurs Boites disposées ſur
desPontons autour de la Machine,
qui parut illuminée en un moment.
Elle repreſentoitun Soleil élevé au
deſſus de la Paix, qui estoit accompagnée
d'une Aigle & d'un Lion
àses coſtez. Il enſortit une quan.
tité ſurprenante de Fufées , &
d'autres Feux artificiels qui éclaterent
merveilleusement bien dans
l'air.
Quelque temps apres, lesGaleres
firent une decharge ſemblable
à la premiere , qui fut suivie du
tintamarre des Boites du Parc
comme auparavant. Ce fut alors
que je remarquay un effet admirable
de la Machine au travers
de la fumée des Canons , qui toute
épaiſſe qu'elle estoit , n'obscurciſſoit
point
GALANT. 187
point affezl'air pour étouffer ab.
folument le jeu du Feu d'artifice.
Enfin les Galeres firent une troifiéme
décharge , & ce Feu finit
au bruit des Boites du Parc , qui
durerent cette derniere fois pres
d'un quart-d'heure.
Toutes ces choſes ſe paſſerent à
la venë d'une foule de Peuple inconcevable.
Les uns avoient pris
de petits Bateaux pour estre plus
pres de la Machine ; d'autres bordoient
le Mole d'un costé&d'autre
; mais ceux qui s'estoient mis
aux Fenestres estoient les mieux
placez pour tout voir d'une seule
veuë. Ne croyezpas que j'exagere,
quand je dis que la foule des spe-
Etateurs estoit inconcevable. La
VilledeMarseille n'estpas à laverité
si grande que Paris , mais le
Peuple y est à proportion en auſſi
grand nombre , & vous feriezfur
pris
188 MERCURE
pris de voir dans cette ſaiſon la
quantité de monde qui ſe promene
tous lesfoirsfurle Port & au Cours,
qui est tres- long & tres- large.
On a eu nouvelles que toutes
les Galeres font parties de Marſeille
pour ſe rendre à Civitavecchia,
où elles doivent mettre
à terre Monfieur & Madame de
Nevers,& Madame Sforze . Ces
deux illuſtres Ducheſſes n'y peuvent
arriver avec plus de magnificence
& de grandeur qu'avec
tant de ſuperbes Baſtimens, commandez
par un General des Galeres
de France .
Voicy un ſecond Portrait qui
ſervira d'embelliſſement à cette
Lettre .C'eſt celuy de l'Empereur.
Il eſt gravé d'apres une Medaille
envoyée nouvellement d'Allemagne
, & qui vient d'y eſtre
frapée
GALANT. 189
frapée à l'occaſion de la Paix.
La Face droite repreſente l'Empereur.
On voit au Revers Jupiter
ſous la forme d'un Taureau
chargé de la belle Europe, avec
ces paroles , Pax &Salus Europa .
Je ne comprens pas bien dans
quel ſens elles peuvent eſtre
apliquées à Jupiter ſelon la Fable
, ſi ce n'est que voyant cette
Princeſſe ſaiſie de frayeur au milieu
des flots qu'il luy faiſoit traverſer,
changé en Taureau , il la
délivra de la crainte où elle devoit
eſtre de perir,en luy découvrant
ce qu'il eſtoit. Mais enfin
à examiner ces meſmes paroles à
l'égard de l'Empereur, elles n'ont
aucune juſteſſe. Quand il auroit
refusé la Paix, la plus grande partie
de l'Europe n'auroit pas laiffé
d'eſtre en repos , puis que les
Hollandois, les Eſpagnols,& plu
fieurs
190 MERCURE
ſieurs autres Souverains,l'avoiết
acceptée aux conditions réglées
par le Roy. Ainſi en conſentant
luy- meſme à les recevoir , tout
ce qu'on peut dire , c'eſt qu'il a
ſauvé une partie de l'Allemagne
ſans qu'il ait rien donné à l'Europe
, qui tient la tranquillité
dont elle joüit des ſeules bontez
de LoüIS LE GRAND .
La Provence a fait une perte
confiderable en la perſonne de
Madamede Montfuron.Elle éto it
de l'illuſtre Maiſon de Pontevé's,
Soeur de Monfieur le Marquis
de Büou, Belleſoeur de Monfieur
l'Eveſque d'Alet , & proche Parente
de Monfieur le Comte de
Grignan. Outre une beauté furprenante
, elle avoit mille belles
qualitez qui la font regreter de
tous ceux qui l'ont connuë. Si
quelque choſe eſt capable de
confo
GALANT. 191
conſoler ſes Amis , c'eſt l'avantage
d'avoir ſon Portrait vivant.
Elle l'a laiſſe dans Madame la
Marquiſe de Mizon ſa Fille ,
qu'un eſprit auſſi vifque délicat,
un enjoüement naturel ,& des
manieres enchantées , rendent
aujourd'huy un des plus grands
charmes de Marſeille .
Il me ſemble vous avoir entendu
dire que vous aviez des
Tableaux de Monfieur Bourzon,
l'un des plus fameux Peintres du
temps pour les Tempeſtes &
pour les Mers. Je vous avertis
que ſa mort, dont on a eu nouvelles
icy depuis peu , les va
augmenter de prix . Il eſtoit Genois
, & demeuroit en France,
où il travailloit pour le Roy. Sa
Majesté l'ayant envoyé à Genos
pour quelques affaires qui
regardoient ſa Profeffion , il y
a
192 MERCURE
a eſté ſurpris d'une maladie qui
l'a emporté.
Le Vendredy 16. de ce Mois
Monfieur l'Abbé Deſmaretz foû
tint un Acte de Licence , qu'on
appelle Majeure ordinaire. La vivacité
d'eſprit qu'il fit paroiſtre
fur toutes les matieres qu'on agita
ne ſurprit perſonne. Il l'avoit
déja fait éclater en d'autres occaſions
de cette nature, & fi on ad.
mira qu'il puſt réſiſter à la fatigue
de la diſpute , qui dura depuis
huit heures du matin juſqu'à fix
heures du ſoir,on eſtoit perſuadé
qu'il repondroit toûjours juſte,
quelques objections qu'on luy
fiſt. Une je ne ſçay quelle douceur
répanduë ſur ſon viſage ,
fon air modeſte , & l'honneſteté
qui accompagne toutes fes
actions , ont aſſurément dequoy
prevenir tout le monde en fa fa
veur,
GALANT.
193
veur , mais il n'eut point beſoin
de ces avantages pour s'attirer
l'approbation genérale de la
nombreuſe Aſſemblée qui ſe
trouva ſucceſſivement pendant
tout ce jour dans le lieu de la
diſpute. Il ladeût toute à la force
de ſes raiſonnemens & à la netteté
avec laquelle il s'expliqua,
& il ne pouvoit donner une
preuve plus glorieuſe de la juſtice
qu'on luya renduë en le nommant
Agent duClergé.Monfieur
Colbert dont il eſt Neveu , vint
l'entendre le matin , auſſi-bien
que Monfieur le Premier Préſident
, & tous les autres Préſidens
à Mortier. Meſſieurs les
Conſeillers d'Etat , Maiſtres des
Requeſtes , & du Grand Confeil
, s'y trouverent tour à tour
en fort grand nombre. On y vit
Monfieur le Cardinal de Retz,
Iuin 1679 . I
1
194 MERCURE
:
Monfieur le Cardinal de Boüillon,
Meffieurs les Archeveſques
de Roüen , de Sens ,& de Bourges
, Meffieurs les Eveſques de
Meaux , de S. Malo , d'Autun ,
de S. Brieu , & enfin tout ce
qu'il y avoit alors de Prélats icy ,
avec quantité d'autres Perſonnes
du premier rang. ;
Environdans ce même temps,
Monfieur de Beauvais Baron
de Gentilly , Fils de Madame
de Beauvais , Premiere Femme
de Chambre de la feu Reyne
Mere , épouſa Mademoiselle
Bertelot de Bouvillé , Fille de
Monfieur Bertelot Secretaire du
Roy, & Niéce de MonfieurBertelotGenéraldes
Poudres& Salpétrieres
de France. Ce dernier
donna un Soupétres magnifique.
Quatre Tables furent ſervies
en meſnie temps avec autant de
propreté
GALANT...
195
proprété que de délicateffe &
d'abondance. Les Hautbois ſe
meſlerent aux Violons pendant
le Soupé , & firent un Concert
tres -agreable. L'Aſſemblée estoit
nombreuſe. Madame la Marquiſe
de Richelieu s'y trouva avec
plufieurs Dames de qualité. Le
Bal ſuivit. On dança juſqu'à
trois heures du matin que ſe fit
la cerémonie des Epouſailles.
Ces deux nouveaux Mariez accompagnez
d'un grand nombre
de leurs Parens & de leurs Amis,
allerent le meſme jour àGentilly
, où Madame de Beauvais la
Mere , les a magnifiquement régalez
pendant trois jours. Monfieur
le Baron de Gentilly eſt
bien fait , galant , ſpirituel , &
s'eſt acquis la réputation d'eſtre
toûjours un des mieux mis de
la Cour. Il eſt Maiſtre-d'Hoſtel
I ij
196 MERCURE
du Roy, qui l'a tenu ſur les Fonts,
& qui eſtant pleinement perſuadé
de ſes belles qualitez , luy
a voulu marquer ſon eſtime par
le préſent d'une ſomme confidé.
rable. Ce Mariage ne peut-qu'être
heureux , ayant reçeu l'agrément
de Sa Majeſté d'une maniere
ſi glorieuſe. La Mariée eſt belle
, & tres - jeune. Elle a de l'efprit
, de l'embonpoint , le teint
d'une blancheur ébloüiſſante , les
yeux bleus & bien fendus , la
taille aiſée, les cheveux cendrez ,
&par deſſus tout cela , ce je neſçay-
quoy qui ſaute aux yeux,&
qui eſt encor plus touchant que
labeauté.
Monfieur le Cardinal d'Eftrées
, apres treize mois d'abſence
eſt enfin revenu en cette
Cour , où Sa Majesté l'a reçeu
avec tous les témoignages d'eſtime
GALANT. 197
me & d'affection que merite un
fi grand Homme. Celle de Baviere
; dans laquelle il a fait un
fort long fejour , a rendu à ſes
grandes qualitez la meſme juſtice
qu'on leur rend par tout . Vous
jugez bien, Madame , qu'il ne s'y
eft arreſte fi long temps que par
de tres- puiſſantes raiſons . Il feroit
difficile de les penétrer ,
cetteEminence agiſſant toûjours
avec tant de circonfpection .
que meſme avec ſes plus particuliers
Amis il ne luy échape
jamais la moindre choſe qui
puifle donner lieu à des conjectures
. Ce qu'on en peut dire
avec certitude , à parler en genéral
de ſes grands Emplois , c'eſt
que le Roy , à qui toutes les actionsde
ſa vie ont dõné des marques
d'un parfait attachement
pour ſon ſervice & pour fa Per
198 MERCURE
fonne , connoiſſant ſon Génie
auſſiélevé qu'il eſt , ne luymeten
main que des Négotiations tresimportantes
. Ce Cardinal a perdu
un tres-bon & tres- confidérable
Amy , par la mort deMonfieur
l'Electeur de Baviere , & n'a
pas une moins bonne Amie en la
Perſonne de Madame la Duchefſede
Savoye. Il a paflé par Turin
à fon retour , pour luy faire
ſes remercîmens de l'Abbaye
qu'elle luy a donnée. Cette
Princeſſe a montré beaucoup
de joye de le revoir , & ilen a
reçeu tout l'accueil qu'il avoit
ſujet de s'en promettre. Comme
il a l'Etoile des Mariages , &
que Madame Royale le confidere
non ſeulement comme un
Parent tres- zelé , mais comme
le meilleur Amy qu'elle aye ,
on ne doute point qu'elle ne
l'ait
GALANT. 199
l'ait confulté ſur l'Alliance qui
peut contribuer davantage à la
gloire des Etats dont elle est
Régente.
Je viens aux Enigmes du dernier
Mois . Vous trouverez l'Explication
de la premiere dans ce
Rondeau des Réclus de S. Leu
d'Amiens. Vous vous ſouviendrez
que l'Enigme eſtoit de la
Lorraine Eſpagnolete.
Our un Zéro ſe donner tant de
Ponyp
eine,
Mettre pour rien fon esprit à la
gefne ,
Refver longtemps , chercher fans
trouver rien ,
En verité , belle& docte Lorraine,
C'est trop pour rien nous caufer la
migraine.
Qui l'auroit crû qu'un jourparvêtre
veine
:
I iiij
200 MERCURE
Rien pust Servir au Public d'entretien?
Vous l'avez fait , & l'avez fait
trop bien ,
Pour un Zéro.
Mais ce Rondeau , commandé par
Climene , :
Plus que Zéro me tourmente & me
gesne
De le finir , le plus juste moyen
Eft de donner à ma Belle inhumaine
Et mon Rondeau , voſtre Enigme ,
&ma peine ,
Pourun Zéro . :
Ceux qui ont trouvé ce même
Mot du Zéro , font Mef
ſieurs l'Abbé de Bionne , proche
d'Orleans : De Boiſſimon l'aîné ;
De Tronville-Becel , d'Amiens,
Capitaine au Régiment de Piémont:
Nogent le Chartrain;Durand,
GALANT 201
rand , Avocat à Tours ; Mefda
mes Sifredy, de la Ruë S. Honoré
La Belle Mademoiselle
Granger - Bertran la Fille , de
Dijon ; La Nymphe Bulſard ; Le
Berger de Diane ; & le Voyageurd'Onchumont
; La Belle &
charmantede Maunier de la Ruë
du Puis-Neufd'Aix.
On a expliqué cette meſme
Enigme fur le Doigt,le Serpent de
Musique, la Baſſede Violon ,& un
Atome.
Le vray mot de la ſeconde eſt
dans ce Madrigal de Mr le P.Pelegrin,
de Pignansen Provence.
D
Abord que le bon Patriarche
Vit ce que la Colombe apportoit
àfon bec ,
-Croyant de marcher à piedſec,
Ilouvrit les portes de l'Arche.
It neſe trompapoint : Le Ciel fut
appaisé, Iv
202 MERCURE
Toute l'eau s'estoit écoulée ;
Mais helas ! s'estant avisé
Que la Terre estoit defolée :
Noé ( dis -je ) voyant alors
Tous les Arbres à demy-morts ,
Commence àse grater l'oreille :
Mais enfin inspiré par un Esprit
Divin,
Ilplanta la charmante Treille ,
Et de nouveauſauvale triste Genre
humain,
Qui retiré de l'eau , periffoitfans
leVin.
Pluſieurs autres l'ont expliquée
ſur le meſme Mot,& ce font
Meſſieurs l'Abbé de Pezene; De
B.... Chanoine de S. Vaaſt de
Soiffons : De Villers , d'Amiens;
Gourdaut, Avocat, Soulas le cadet,
deTours ; Meſdamesdu Flos-
Veuve, de Nantes ; Seigneur, de
Ja Ruë S. Honoré , De la Haye
de
GALANT .. 203
de Preville,de Falaiſe ; Marchais ;
de la Campagne ; la Belle Cloîtrée
, de Tours , Celimene , de
Picardie , Le meilleur Gourmet
d'Amiens; Le bon Clerc de Châlons
ſur Saône ; & le Berger indiferent
; L'aimable la Foreſt, du
quartier S. Jean d'Aix .
La meſme Explication a eſté
donnée en Vers par Meſſieurs
Rault de Roüen ; De la Coudre
le jeune ; F.de Rheims ; Bechu ,
Preſtre , de Nantes; Hordé , de
Senlis,De Pimoneydes , de Laon;
&le Gouteux d'Andely.
J'ajoûte les noms de ceux qui
ontexpliqué l'une &l'autre dans
leur vray fens . Meffieurs l'Abbé
Charlot,Chanoine de Nôtre Da
medeDijon; Boutot, Chanoine
& Promoteur en l'Eglife Collegiale
de la meſme Ville ; De
Lialbis l'aîné, de Marseille;Au-
GJ gier
204 MERCURE
gier de la Terraudiere , Avocat
& Echevin de Niort : Jarres du
quartier du Louvre:De Boiffimon
D. C. Le Colonel M. de Beaumanoir
Chevreul , de Rennes;
De Frenneval en Normandie :
Darlemont,de Mets:De laRiviere,
d'Abbeville;du Fos Amproux:
Guillard , de Lyon : Hauſtome:
Panthot,Docteur Medecin,agre.
gé au College de Lyon : Tierfer,
Bailly de Tonnerre ; Regnard ,
Bailly de Crufy : Gribiche de la
Noue,Gardie, Secretaire du Roy:
Hervilſon , S.D. V. Secretaire de
l'Academie de Troyes : De Rhonet,
S DLA.Profeſſeur de Philoſophie
; D'Hault , ... De Langes
Montmirail,Avocat au Parlemét;
Montauban,de Mortagne auPerche;
Thuillier le jeune,de Bourges;
Patu,de Pont ſur Seine;Hervy,
C.D.L. Des.Jardins, du Bourg
de
GALANT. 205
de S.Laurens ; Formentin& Codron,
Régens au Colleged'Abbe
ville ; Mefdames de la Riviere;
Marie - Anne Dargences ; Des
Quatre Vents, d'Orleans; D'Orval
, de Falaise ; Le Gueſpin , de
Rennes ; De Richebourg , du
Fauxbourg S. Jacques; Celimene ,
de Bourbon les Bains , La jeune
Marquiſe de Rheims; La Curieuſe
de Vallongnes; L'Amie fidelle
de la Place Maubert ; La belle
Brune de la Marche ; Les trois
Cheres Soeurs proche de l'Arcde
Triomphe; Des Croiſettes; L'aimable
Turlis ; & la Societé dela
Ruë Chapon; Le Preſidant de la
Tournelle,de Lyon : L'Inconnu,
de Compiegne; L'Antimoine,de
Tours;Le Secretaire fidelle,d'A
miens: LeCadet S. Loüis: Le Solitaire;
LeChevalier,de la Portede
Paris : Le Franc Gentilhomme
Rhé
206 MERCURE
Rhémois : Le Fidelle, d'Orleans;
&l'Exilé.
Ceux qui les ont expliquées..
en Vers, font Meſſieurs le Preſident
de Silvecane, de Lyon : De
la Grapiniere, Solitaire de Saint
Georges : Miconet , de Châlons
fur Sone:L'Abbé de Janorcy, dit
le Druide Lyonnois : Des Gâtinois,
de Vandôme; Du Chemin,
d'Auvergne; Richard , de Mets;
Grandis, Fils, de Vienne en Dauphine;
Des Foffe,Avocat enParlement
à Roien ; Hutuge, d'Orleans;
Germain, de Caën ; Jubert
de la Doiiane de Lyon,De Chaudel,
Conſeiller àTroyes ;Hervy
C.D.L.Tabouret,d'Evreux ; Des
Roſiers ; Le Jeune Philofopbe ,
de Saint Estienne en Foreft ;
Tornezy , Medecin de Marſeil-.
le;&le Mauvileu de Chauven,
de Soiffons ; Les Belles Calviniſtes:
GALAN T.
207
niſtes ; L'Amant de la belle Inſenſible
; Les Réclus de Saint
Leu , d'Amiens ; & le Galant
Voyageur en Levant.
Les deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , pourront
coûter quelque reſverie à vos
Amis. La premiere eſt de Monfieur
Gardien Secretaire du Roy;
& l'autre de Monfieur Caſtel-
Colongtec .
L
ENIGME .
On voit deux Soeurs toûjours
ensemble,
Qui fervent en mesme Maifon ;
Elles n'ont rien qui ſe reſſemble ,
Si ce n'est la taille & le nom .
Quoy qu'également neceffaires,
L'une eft toûjours fans se mouvoit
Et
209 MERCURE
Et l'autre n'a pas peu d'affaires
Depuis le matin jusqu'au foir,
Par la franchise de l'Aînée,
Et par fon abord ingénu ,
On la verroit abandonnée
Atoute beure au premier venu.
Mais par les foins de la Cadete
On luy preſcrit dejustes Loix.
Celle- cy paffe pour discrete,
Quoy qu'incivile quelquefois ...
Elle est fort ſujete au caprice,
Souvent ellefait des jaloux ,
Et ne rendpresque point justice,
Si ce n'est àforce de coups.
AUTRE ENIGME.
:
2
men- AMerefans douleur m'
Champs,
Avec ſoin jefus élevée ...
Ie
GALANT. 209
Ien'ensuis pas pourtant plus re-
Servée,
I'ay frequenté depuis les Bons &
les Mechans.
Preſquepar tout je ſuis aimée,
Quoyquejefois contraire auxplaifirs
de l'Amour,
On me voit à la Ville , on me voit
àla Cour ,
Maisbeaucoup plus qu'ailleurs, on
me voit à l' Armée.
A vous dire le vray , mon abord ne
: plaist pas ,
Fort peu de Gens y trouvent des
appas.
Ieprensfeu,fans estre en colere,
Ie m'échauffe facilement ;
Ainsi mon entretien nesçauroitfa.
tisfaire
Ceux qui n'en goûteroient qu'une
fois seulement .
On n'a jamais connu d'Iris , ny de
:
Sylvie , C
2 Qui
210 MERCURE
Qui de tant d'Amoureux ait esté
poursuivie.
Etquiconque enfinſuit mes Loix,
Lesſuit tout le temps defa vie.
Demille Amans tout à lafois
-le puisfatisfaire l'envie;
Mais bien que je brûle pour tous ,
Ie n'enfais pas- un de jaloux.
L'Enigme d'Hyacinte mourant
aux yeux d'Apollon qui le change
en Fleur , eſt la Rosée qui ſe
change en la ſubſtance des Herbes
&des Fleurs,par la vertu du
Soleil. C'eſt la premiere de cette
naturedont on n'ait point trouvé
le vray fens .On l'a expliquée ſur
Le Sommeil, le Ict d'eau , le Prin..
temps, le Tonnerre , la Grefle, l'Apoplexie
, la Taloufie , le Bled, le
Poison, l'Agonie, la Teinture bleüe ,
laMetempsycose , le ver à foye,
la Renommée, les Gens de Let
tres
GALANT. 201
tres,le Soleil couchant , un Parterre,
la Mirrbe, le Melon,la Metamorphose,
&le Phénix.
- Le Raviſſement de Proferpine
, Fille de Cerés , eft la nouvelle
Enigme en figure que je
vous propoſe.
LesMedecins n'ontjamais cefsé
d'être à la mode. Il y en a cependant
que quelques Secrets
particuliers font chercher préferablement
à tous autres. Celuy
que les Italiens ont fait paroître
depuis quelques jours fur leur
Theatre , & qu'ils nomment le
Medecin du temps , eſt du nombre.
Cette nouvauté leur attire
tout Paris . Arlequin y charme à
fon ordinaire. Rien n'eſt plus
plaiſant que de le voir Dogue
d'Angleterre. C'eſt un vray Protée.
Il fait tout ce qu'il veut deſon
corps , & quelque figure qu'il
prenne,
212 MERCURE
prenne, il eſt toûjours également
agreable . Je ni'y trouvay la derniere
fois aupres de celuy que
vous appellez Nouvelliſte univerfel.
Il m'aprit ce que je vay vous
conter.
Deux Dames, d'aſſez de naifſance
pour prendre , l'une la
qualité de Marquiſe , & l'autre
celle de Comteſſe , eſtant
voiſines à la Campagne, où elles
paſſent une partie de l'année ,
s'eſtoient fait un défy de vingt
Loüis payables par celle des
deux qui ſe laifferoit prendre
ſans vert pendant tout le mois de
May. Il y a longtemps que cette
forte de défy eſt en uſage. Il
engage à porter quelques feüilles
de Groiſelier dans une Boite.
On doit prendre ſoin de les
renouveler tous les jours , &
on eſt vaincu quand on eft fur
pris
GALAN T. 213
pris ſans avoir ſa Boite. Les
deux Dames ſe rendoient de fort
frequentes viſites ; mais comme
on couroit les avertir dés qu'on
voyoit l'une entrer chez l'autre,
elles jugerent bien qu'il n'y avoit
que l'adreſſe qui leur puſt donner
l'avantage qu'elles cherchoient.
Ainſi les exceſſives chaleurs
qu'on a fouffertes dans le
mois de May , ayant obligé la
Marquiſe à s'aller baigner,la Corefle
n'eut pas plûtoſt ſçeu qu'elle
avoit choiſy pour cela la pointe
d'une Ifle qui eſt à quatre cens
pas de ſa Maiſon dans la Riviere
de Seine, qu'elle reſolut de l'aller
ſurprendre au milieu du Bain.
Elle ne le voulut pas faire les
premiers jours, afin de l'accoûtumer
à ſe mettre dans l'eau ſans
précaution ; & croyant luy avoir
oſté par là tout ſujet de défian
cc,
214 MERCURE
ce, elle prit enfin un petit Bateau
de Peſcheur, où elle ſe cacha je
ne ſçay comment , defcendit
vers le lieu où ſe baignoit la
Marquiſe , & l'aborda en criant
qu'elle la prenoit ſans vert. La
Marquiſe ſe defendit quelque
temps ſur ce que la Comteſſe
avoit usé de ſurpriſe , & voyant
que ce n'eſtoit pas une raiſon
qu'elle écoutaft , elle luy montra
faBoite qu'elle avoit attachée à
ſon bras avec un ruban . Cependant
elle redoubla ſes ſoins pour
venir à bout de la ſurprendre de
ſon coſté . Voicy l'occafion qui
s'en preſenta. Une Païfanne que
la Comteſſe avoit fait preſſer
pour quelque Fermage , promit
de luy porter de l'argent. La
Marquiſe ſecut le jour , & s'êtant
miſe en équipage de Villageoiſe
, elle joüa le Rôle de la
Païfan
GALANT. 215
Païfanne, alla de fortbon matin
chez la Comteffe,entra fans que
perfonne fongeaſt à l'examiner,
&ayant trouvé un petit Laquais
dans l'Eſcalier , qui luy demanda
où elle alloit , elle répondit
qu'elle apportoit de l'argent. Le
Laquais alla avertir une Suivante
dans la Chambre de ſa
Maiſtreffe , & il fut ſuivy dans
le meſme inſtant de la fauffe
Villageoiſe , qui n'attendit pas
la permiffion d'entrer. Les Ri
deaux tirez far les Fenestres, ne
laiffoient entrer qu'un demy
jour dans la Chambre. La Dame
ne faiſoit que de s'éveiller.
On luy parla d'argent apporté,
& ayant apperçeu des habits
de Païfanne , elle n'eut pas plûtoft
dit qu'on avoit bien fait de
n'attendre pas un dernier meſſa.
ge , qu'un le vous prensſans vert
fut
216 MERCURE
1
fut la réponſe qu'elle reçeut. Jugez
de l'étonnement qu'elle eut
de voir la Marquiſe. Elle reconnut
ſa voix ; & ne pouvant luy
montrer de vert,parce que ſa Boite
demeuroit toutes les nuits fur
ſa table , il fallut qu'elle payaft
les vingt Loüis dont elle estoit
convenuë pour le défy. Il y eut
des Valets grondez , & la vraye
Païſanne qui arriva deux-heures
apres , effuya un peu de
méchante humeur , mais les
vingt Loüis ne laiſſerent pas d'eſtre
perdus. Ma Lettre commence
à eſtre trop longue. J'acheve
mes autres Nouvelles en peu de
mots.
Meſſire Jacques le Coigneux,
Chevalier, Marquis de Montmeliaud
, Pluilly , Mortefontaine ,
&c. Conſeiller d'Estat , & Préſident
à Mortier, fut marié le 25 .
de
"
GALANT. 217
de ce mois avec Mademoiselle
de Navailles , Niece de Monſieur
de Navailles , Due & Pair,
Mareſchal de France. Il donna
le ſoir un fort grand Soupé , où
eſtoient Monfieur le Duc de
Navailles , Monfieur de Monteſpan
, Monfieur le Marquis de
Rotelin , Madame de Navailles,
&Meſdemoiselles ſes Filles, Madame
la Preſidente Thore , Madame
la Marquiſe d'O , Madame
le Coigneux de Bachaumont
, & Madame de Girole.
Meſſire Jacques le Coigneux ſon
Pere fut Conſeiller d'Etat , &
Preſident en la Chambre des
Comptes. Ses grandes qualitez
luy ayant acquis les bonnes graces
de feuMonfieur le Ducd'Or.
leans , qui le fit ſon Chancelier,
il ſe montra ſi digne des plus
importans Emplois par la ma-
Juin 1679 . K
218 MERCURE
niere dont il répondit à la confiance
de ce Prince , que le feu
Roy , voulant le recompenfer
des ſervices qu'il luy avoit rendus
dans les Charges de Prefident
des Requeſtes & des Comptes
, le crea Preſident à Mortier
en 1630. Il fut marié trois
fois , & de ſon premier mariage
avec Dame Marie Cerifier , eſt
forty le Preſident qui vient d'épouſer
Mademoiſelle de Navailles,
en troiſièmes Nôces. Sa premiere
Femme eſtoit Madame
Galand; & la ſeconde , Dame
Marie d'Alongny de Rochefort,
Sooeur du Mareſchal de ce nom .
C'eſt un des plus habiles & des
plus exacts Juſticiers que nous
ayons . La Mariée a beaucoup.
d'eſprit.
Monfieur de Louvoys a eſté
receu à Fribourg de la maniere
GALANT. 219
niere que je vous ay marqué
qu'il l'avoit eſté dans toutes les
Villes où il a paſsé. Quoy que
Monfieur le Marquis de Chamilly
qui en eſt Gouverneur,
n'y fuſt arrivé que quelques
jours avant luy , il n'a pas laissé
de l'y regaler comme s'il y avoit
eſté établydepuis longtemps , &
le Païs n'a rien fourny de bon
ny de rare à plus de trente lieuës
aux environs , qui n'ait eſté employé
pour ce Regal. Ce Miniſtre
ſoupa & coucha le jour de
ſon arrivée chez Monfieur de
Chamilly . Il y dîna le lendemain
, & en partit apres avoir
exactement viſité laPlace. ?
Le Roy ayant appris la mort
de Monfieur l'Electeur de Baviere
, en a pris le violer. C'eſt
la marque du grand deüil , Sa
Majesté s'habillant de noir dans
Kij
220 MERCURE
le petit. La Cour n'a pas man
qué de prendre le deüil dans le
meſme temps, &comme lesModes
viennent de là, & que ce
qu'elle n'autoriſe point eſt peu
eſtimé , les Marchands n'ont
voulu faire voir aucunes des
Etöfes nouvelles qu'ils eſtoient
ſur le point de debiter. On m'afſure
qu'elles paroîtront bientoſt.
Ainſi je ne difereray pas longtemps
à m'acquiter de ce que je
vous promis la derniere fois , &
vous trouverez dans ma Lettre
Extraordinaire que je vous envoyeray
le 25. Juillet , tout ce
qui pourra ſe dire ſur cette matiere.
Je ſuis Madame , Voſtre,
&c.
AParis ce 30. Juin 1679.
On
GALANT. 2 21
On vient de m'apprendre tout
preſentement que Monsieur Amelot
s'est marié depuis quelques
jours , & qu'il a épousé Mademoi-
Sellede laHouſſaye. F'ensuis averty
trop tard pour pouvoir donner
àcetArticle toute l'étendue qu'il
devroit avoir.
FIN.
511
m
1679,6
Eur. 511 m
-1679,6
Mercure
< 36612005100017
<
36612005100017
Bayer . Staatsbibliothek
F
SV
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Juin 1679 .
1
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. D C. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DUROY.
BIBLIOTEK
MGEMCREN
Bayerische
Staatsbibliothek
München
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
E Mercure , cher Lecteur , n'a'jamais
en tant d'aplaudiſſem nt . Vous
avouez vous même,qu'iln'apas encor esté
firemply de Pieces ſçavantes comme àpreſent
,puisque vousy trouvez des Harangues
de Meſſieurs du Parlement & de
Messieurs del'Academie Françoise ; vous
avoüerezen le lifant, que de tous les Livres
qui se font à present , il n'y ena
pas qui égalent au Mercure , tant pour
la delicateſſe du langage de l'Autheur,
que pour les Pieces choisies. Pluſieurs per-
Sonnes de qualité & d'esprits , s'y divertiffent
avec les Enigmes ; il n'y a rien de
fi naturel que de prendre ſon plaisir où
l'ony trouve gouft . C'est pourquoy vous
voyezce plaisir augmenter par tant de
Perſonnes illustres , & jamais personne
n'y a trouvé à redire , qu'une Lettre
écriteà un Sçavant touchant les Enigmes,
maisla Personne ne merite pas que l'on
2
äij
Le Libraire
s'entretienne de luy , puis qu'elle ne peut
venirque de quelque ignorant , avviſi lifez
leMercure , vousy trouverezdans celuy
de Iuin la Harangue que le Sçavant
Monfieur Rose Secretaire de l'Academie
a fait au Roy , & vous avonerez,
qu'à moins de paſſer pour un changeant,
personne ne peut estreſans avoir le Mercure,
je veux dire, les personnes d'esprit.
Vous aurezle fixieme Extraordinaire le
25. Juillet , qui ſe vendront toûjours 30 .
Solsle Volume ;le Mercure de 1677 .
12. fols , ceux de 1678. 1679 .
20. fols , tant entier que ſeparé , ainſi il
eft inutile de les demander à meilleur
marché: quand je marque le prix aux Livres,
je pretens marquer le prix que je les
vendà Lyon , car dans les Provinces les
Marchands ne les peuvent donner aumême
prix.
L'on continue toûjours à donner les
Journaux des Sçavans. Comme je cherche
lasatisfaction de tous les Curieux,
jevous donneray tous les Moisſans difcontinuer
, les Nouvelles Deſcouvertes
fur toutes les parties de la Medecine par
Monfieur de Blegny , il y en a déja cinq
Partiesde cette année qui ſevendront à
Lyon
au Lecteur.
1
Lyon tant aux Particuliers qu'aux Marchandsfixfols
piece. Tous ceux qui voudront
des Mercures ou autres Livres
nouveaux, s'addreſſeront au Sr Amanly ,
qui leur en envoyera , ſuivant l'addreſſe
qu'ilsdonneront , & n'oublieront pas en
mesme temps de faire pajer fix mois ou
une année par avance , dans les Villes , où
ily a des Librawes qui vendent le Merre,
ilsleurs fourniront toutes les nouveautez
commeſi je les leurs envoyois ,
bonnes & veritables impreſſions.
des
Ceux qui auront quelque chose de particulierà
me dire touchant le Mercure
ou Extra rdinaire , ou des Pieces à me
donner,jeferayàla Foire de Beaucaire
en Languedoc , où je les instruiray de
tout ce qu'ils souhaiteront , je veux dire
ceux quiy iront. Les autres me feront
P'honneurdem'écrire à Lyon ,je leur rendray
réponce.
LIVRES
L
NOUVEAUX
du Mois de Juin.
Education des Filles ,
2. livres .
indouze,
a iij
Nouvelles Maximes ou Reflexions
Morales , 12. vingt ſols .
Caſimir Roy de Pologne, Hiſtoire veritable
& nouvelle , indouze , deux
Volumes , 30. ſols.
Le Triomphe de l'Amour de Monfieur
de Preſchac, indouze .
L'illustre Parifienne de Monfieur de
Preſchac , indouze.
Derniere Campagne de Flandre &
d'Allemagne juſqu'à la Paix , 12 .
30. fols.
Voyage de Monfieur Pirard de la Val
aux Indes Orientales , Maldives,
Molaques , & au Brefil , & les divers
accidens qui luy ſont arrivez
en ce voyage, inquarto , 6. livres.
S.Aurelij Augustini Hiponenfis Epifcopi
Operum Tomus 1. Post Lovanienfium
Theol. recenfionem castigatus denuo ad
Mff. Codices Gallicanos , Vaticanos,
Anglicanos , Belgicos , &c . necnon ad
editiones antiquiores , & castigatiores ,
operâ &studio Monachorum Ordinis
Sancti Benedicti è Congr. S. Mauri,
fol.
TABLE
TABLE.....
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
R.Eceprion de Monfieur l'Evesque de
Troyes dans la Capitale defon
Diocese, I
Contre-critique en Vers de Madame la
Viguiered'Alby, 3
Les Apoticaires de Marseille , Hiſtoire
,
6
LeMoineau l'Hyrondelle , Fable, 20
Ceremoniesdes Chevaliers de S. Georges
faitesaBefançon , 23
Avanture du Prince perdu , 30
Monseigneurle Dauphin va pour latroifiéme
fois à l'Opera de Bellerophon,
37 :
Airde Monsieur Lambert , 39
Depart de Monsieur Lorenzani pour aller
en Italie chercher des Musiciens
pour le Roy , 39
Sonnet Italien, 41
5 iiij
TABLE.
Sonnetfait par une Dame , 42
Hiſtoiredu Certificat de Constance , 46
MortdeMadame la MareschaledHoquincourt
, 48
Mort de Madame la Comteſſede Cossé,
ءا
Mort de Mo fieur le Cominandeur de
S. Simon , 52
Pluſieurs Balsdonnez dans quelques Iſles
aux environs du Village de Neuilly,
Exploits de Monfieur de Granmont dans
la Terre forme de l' Amerique Meridionate
,
55
Cano's peschez à l'Iſle de Davés par les
Vaisseaux commandız par Monsieur
Foran , 59
Course de Bague & Carousel de l'Academie
de Longpré , 64
Thesesoûteruëpar le Fils aisné de Monfieur
Colbert Plenipotentiaire à Nimegue
,
68
Deviſes pour leRoy , 70
Maladie de Monsieur l'Abbé d'Harcourt,
72
Grande reputation des Eaux de Vichy,
273
Compli
TABLE .
-
f
Compliment fait au Roy au nom de l'Academie
Françoise par Monsieur Rofe
1 Secretaire du Cabinet 75
MortdeMonfieur le Duc de Baviere, 86
LesPoisverts, Histoire, 92
Regal fait à Monfieur l'Ambassadeur
d'Espagne par Monfieur de Gourville,
103
Choix de Madame la Duchefſfe de Nemours
, de Madame la Baronne de
Manerbe, pour sa Dame d'honneur,
105
Le Printemps d'Olimpe, 108
Voyage de Monsieur le Marquis de
Seignelay dans pusieurs Ports de
Mer د
112
Rencontre de Mrle Chevalier de Lery.
&de trois aiſſeaux des Etats , 114
Secret trouvé de faire des Canons legers,
117
Te-Deum pour la Paix ,chanté dans
l'Eglise des Grands Augustins de
Paris, par l'Assemblée generale des
Chantres , &de la Simphonie de Paris,
118
Receptions faites à Monsieurle Marquis
de Louvoys dans pluſieurs Villes
TABLE.
119 de la Franche- Comté ,
Promenade de Son Alteſſe Sereniffime
Monfieur le Duc, à la Maison de
Monsieur le Brun à Montmorency,
130
EntréedeMonfieur l' Ambaſſadeur d'Efpagne
, &tout ce qui s'est passé pendantles
trois jours qu'il a esté traité,
132
Arrivée de Monsieur le Marquis de
&à l'audiencedu Roy ,
Chamilly & de Madame sa Femme
àFribourg, 152
Souhait de Socrate en Vers , 153
L'Amant enflamé dés la premiere venë,
&devenu Poëte le mesme jour , Hi-
Stoire, I55
164
Reception faite à Turin à Monfieur de
Sacre de Monfieur de Noailles Evesque
deCabors , 173
Le Pere Bourdalonë eſt nommé Predicateur
ordinaire du Roy , 175
Le Roy donne le Gouvernement de la
Ville & Chasteau de Saint Malo à
Monsieurle Marquis du Guemа-
Varengeville Ambassadeur à Venise,
denc 176
Gouver
TABLE.
Gouvernemens donnez par le Roy , 178
Reception faite à Marseille à Monfieur
Le Ducde Nevers, à Madame la Ducheſſeſa
Femme, &à Madame la Ducheffe
Sforze , ibid.
Lettre touchant les Réjouiſſances faites
àMarseille pour la Paix d'Allemagne,
Depart des Galeres du Roy ,
183
181
Mort de Madame de Montfuron , 190
Mort de Monsieur Bourzon , 191
Monsieur l'Abbé Desmaretz ſoûtient un
Actede Licence appellé Majeure or
dinaire 192
Mariagede MonfieurdeBeauvais ,Baron
de Gentilly ,
trées ,
194
Retour de Monfieur le Cardinal d'Ef-
196
Explication en Vers de la premiere Enigmedu
mois passé , 199
Noms de ceux qui en ont trouvé le Mot,
200
Explication en Vers de la seconde Eni-
201 gme,
Noms de ceux qui l'ont expliquée , 202
Noms de ceux qui ont expliqué les deux,
203
Premiere
TABLE.
Premiere Enigme , 207
Seconde Enigme , 28
Explication de l' Enigme enfigure , 210
Nouvelle Enigme , 211
Nouvelle Piece Italienne , ibid.
Le len du Vert , Histoire , 212
Mariage de Monsieur le President le
Coigneux, 216
Arrivée de Monsieur le Marquis de
Louvoys à Fribourg , 218
Deüil du Roy , 219
221 Mariagede Monsieur Amelot ,
:
Fin de la Table.
Avis
Avis pour toûjours.
Ori
Nprie ceux qui envoyeront des
Memoires où ily aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en cara-
Aeres tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin qu'on
ne ſoit plus fujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diferens toutes les Piecesqu'on
envoyera .
On reçoit tout ce qu'on envoye,&
l'on fait plaifir d'envoyer .
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire;
&s'ils ne ſont dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura ſon
tour , & les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, à mo ns que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne puiſſfe
differer.
On ne fait réponſe à perſonne, faute
de temps.
:
On
1
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions .
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les
mettra dans les Extraordinaires .
On prie qu'on affranchiſſe les Ports
de Lettres , & qu'on les addreſſe toûjours
chez le Sieur Amaulry , & il eſt
inutile d'en envoyer ſans payer le
Port , puiſqu'il ne paroîtront pas aurement
.
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiſſentbleſſer lamodeſtie des Dames,
ou deſobliger les Particuliers par
quelques traits ſatyriques.
2
On a beaucoup de Chanſons. Elles
auront toutes leur tour, ſi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ſi ceux par qui elles
ont eſté faites,veulent qu'on s'en ferve,
ils les doivent garder ſans les chanter&
fans en donner de copie juſqu'à
ce qu'ils les voyent dans le Mercure.
:
Avis
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Ombre de
mon Amant , Ombre toûjoursplaintive,
doit regarder la page 39.
La Medaille qui repreſente le Prince
d'Orange , & la Ducheſſe d'Yorx
au Revers , doit regarder la page 130 .
L'Air qui commence par Que fert à
mon amour que le Printemps renaiſſe,
doit regarder lapage 163 .
Le Portrait de l'Empereur , dont le
Revers repreſente l'Enlevement d'Europe,
doit regarder la page 188 .
L'Enigme en figure doit regarder la
page 211 .
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Confeil, Jun-
QUIERES Il eſt permis à J.D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678 Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Iuin 1679.
I
MERCURE
GALANT.
JUIN 1679 .
ENTRE d'abord en
matiere , & fuis afſuré,
Madame,que vous
apprendrés ſans étonnement,
que rien ne peut égaleri
la joye avec laquelle Monfieur
de Chavigny , nouvel Eveſque
de Troyes , fut reçeu le 17. de
May dans cette Capitale de ſon
Dioceſe. Le merite de ce Prelat
vous eſt ſi connu , qu'on ne luy
Iuin 1679. A
2 MERCURE
rendra jamais d'honneurs qui
vous ſurprennent. Ce fut une
foule de monde incroyable dans
toutes les Ruës par où l'on ſceut
qu'il devoit paſſer. Il ne fut pas
plutoſt arrivé , que Meſſieurs du
Chapitre de la Cathedrale , &
apres eux, Mefſieurs de S.Eſtienne
& de S. Urbain , l'allerent
complimenter . Les Doyens de
chacunede ces Compagnies portoient
la parole. Le lendemain,
Meſſieurs du Preſidial, Meſſieurs
de Ville , & tout ce qu'il y a de
Perſonnes cõſiderables à Troyes,
ou aux environs , s'acquiterent
du meſme devoir. Il fut mis en
poſſeſſion par Monfieur le Grand
Archidiacre de Sens, auquel appartient
ce droit. Il en retireun
marc d'or , que luy doit donner
le nouvel Eveſque. Cet Archidiacre
le preſenta à Meſſieurs de
S. Pierre,
GALAN Τ.
3
S. Pierre , qui le vinrent recevoir,
tous en Chape, à la grande
Portede leur Eglife.Apres le ferment
preſté , & les autres coremonies
accoutumées , on chanta
un Motet , & le Peuple s'en retourna
fort ravy de ſe voir ſous
la conduite d'un Prelat que ſes
grandes qualitez rendent fi digne
du rang qu'il occupe.
Un applaudiſſement fi general
me fait rappeller ce que vous
m'avez écrit d'avantageux d'une
Lettre que je vous ay envoyée
de Madame la Viguiere d'Alby,
touchant ce qui ſe paſſa il y a
quelques moisdans une occafion
de meſme nature. Cette Lettre,
quoy que fort approuvée icy , où
l'on peut dire que le bon gouft
regne plus qu'en aucun autre
lieu du Royaume , n'a pas laissé
de luy attirer des Cenſeurs dans
A ij
4
MERCURE
ſa Province. C'eſt une preuve
du merite de l'Ouvrage , puis
qu'on ne critique jamais que ce
qu'on eſt chagrin de voir eftimé.
Madame la Viguiere d'Alby
s'eſt vangée de ſes Jaloux
d'une maniere fort digne d'elle;
c'eſt àdire en faiſant connoiſtre
par ces Vers, qu'il ne part rien
de ſa plume qui ne ſoit aisé , &
tout plein d'eſprit.
L
Orsqued'un Grand Prelat je chante
lemerite,
Foibles Cenfeurs, imitez ma conduite,
Oudu moins retenezvossentimens jalous.
L'on n'entend murmurerque vous,
Mais un emportementfi lache & fi vnlgaire
Nem'obligepas àme taire,
Etpuiſquemon Prélat daigne écouter ma
voix ,
Je luy feray Souvent quelque offrande
nouvelle
Deshumbles tributs de mon Zele ,
Fe
GALAN T.
5
Je connois mon devoir , &j'ensuivray les
loix,
Sans que vôtre chagrin m'étonne &me
retienne.
Toûjours de mon Prelat fidelle Historienne,
Fobſerverayfans ceſſe avec unſoin égal
Ses grandes actions pour remplir mon
Fournal,
Etmalgré les efforts de vêtre noire envie,
Jedépeindrayle cours de ſon illuftre vie.
Déja ſans m'amuser à reflechirſur vous,
f'aydit combienſesſoinsſont eſtimez de
tous.
J'ay déja malgrévos Critiques
Tracé tout le détail deſes dons magnifiques.
Faydéja fait sçavoir en mille & mille
lieux,
Qu'àson Peuple afſsemblé dans noftre augusteTemple
Ilafait un discours docte,touchant,pieux ,
Etqu'il nous préche encore mieux
Parsa vie&parson exemple.
Ieneſuſpendraypoint mon glorieux employ
;
Cenſeurs,fi vouspouvez, écrivez mieux
quemoy.
A iij
6 MERCURE
Parlez du Grand Prélat que le Cielnons
envoye,
Ses Elogesferont monplaisir & majoye.
Deſes raresvertus je ne dis pas assez
Dans les fimples Ecrits que ma inain
atracez;
Par de nouveaux efforts travaillons à
Sagloire.
Muses,placezson nom au Temple de
Memoire,
Ieveux en dépitdes Ialous
Luy consacrer ceque je tiensde vous.
Si la Jalouſie eſt excuſable , il
ſemble qu'elle ne devroit l'eſtre
qu'en amour. Elle a causé depuis
peu ( quoy que fort indirectement
) une Avanture qui merite
bien d'avoir place icy.
Un Gentilhomme de Normandie,
conſiderable par ſes belles
qualitez , & prenant le nom
de Chevalier à bon titre , eſtoit
à Marſeille il y a deux ou trois
mois ,& il y avoit déja paſsé affez
GALANT.
7
ſez de temps pour s'eſtre fait
connoiſtre de toute la Ville.
Comme il aimoit fort à voir le
beau monde , il n'avoit pas laiſsé
ſon merite oiſif,& apres pluſieurs
tendres proteſtations qu'on prenoit
plaiſir à écouter , il s'eſtoit
fait un engagement de coeur
avec une Dame de ce Païs-là,
belle , aimable , mais d'un temperament
ſi jaloux, que les moindres
choſes luy faifoient ombrage.
Ainſi il vivoſt aſſujetty à de
grandes precautions ; & fi la tendreſſe
de la Dame eſtoit un bonheur
pour luy , c'eſtoit d'ailleurs
une ſervitude qui le reduiſoit à
fuir le beau Sexe , & à ſe montrer
ſans complaiſance pour toutes
les Belles qui auroient bien voulu
l'attirer. Il s'eſtoit trouvé trois
ou quatre fois dans une ſocieté
de Femmes , parmy leſquelles
A iiij
8 MERCURE
une fort agreable Perſonne rendoit
la converſation pleine d'enjoüement.
Elle n'auroit pas déplû
au Chevalier , mais il avoit
le coeur pris, & il n'eſtoit plus en
état de ſe donner. La choſe fut
ſçeuë , & ſes viſites , routes innocentes
qu'elles eſtoient , piquerent
fi fort la Dame jalouſe,
qu'il ne put faire fa paix avec
elle qu'en luy promettant qu'il
ſe dégageroit pour toûjours de
cette Societé. Il luy tint parole.
Les Dames qui n'euflent pas
eſté fachées de le voir ſouvent,
l'envoyerent inutilement chercher
en pluſieurs occafions. Il
s'excuſa fur divers pretextes de
toutes les parties de divertiſſement
dont elles luy mandoient
qu'elles l'avoient mis , & pour
n'avoir plus de querelles à effuyer,
il ne répondit pas meſme à
quel
GALANT .
quelques Billets qu'il en reçeut.
Un procedé fi deſobligeant d'un
Homme naturellement galant &
civil, leur en fit chercher la cau .
ſe . Il ne leur fut pas difficile de
la trouver. L'attachement qu'il
avoit pour la Dame leur eſtoit
connu . Elles ne douterent point
de ſa jaloufie , & plaignant le
Chevalier de s'eſtre rendu l'efclave
de ſa paffion , elles ſe mirent
en teſte de rompre le charme
, ou du moins de faire paſſer
de méchantes heures à la Jalouſe.
Le deſſein leur parut réjoüifſant
, mais il s'agiſſoit de l'executer
, & c'eſt ce qu'elles ne pouvoient
faire aisément. Le Chevalier
eſtoit ſur ſes gardes , & ne
ſe trouvoit jamais en lieu où elles
puſſent noüer converſation
avec luy. Enfin elles le firent fi
bien épier , qu'ayant ſceu un
Av
10 MERCURE
jour qu'il ſe promenoit ſeul fur
le Port , elles y vinrent fort determinées
à ne le pas laiſſer échaper.
Il les apperçeut, & tâcha de
les éviter en retournant ſur ſes
pas , mais elles y avoient pourveu.
Deux d'entr'elles marchoient
derriere luy , & comme
elles l'enfermoient , il fut obligé
de s'arreſter. Vous jugez bien
que tout ſpirituel qu'il eſtoit , il
ne leur put donner que de méchantes
raiſons de ſon oubly. Elles
n'en voulurent écouter aucune,
& luy dirent en riant qu'il
s'eſtoit fait une fi grande affaire
avec elles, qu'à peine le reſte du
jour ſuffiroit pour l'entendre fur
fes faits juſtificatifs ; qu'elles s'en
alloient ſouper enſemble, & qu'il
n'avoit qu'à les ſuivre, s'il ſe ſentoit
quelque envie de vuider leur
diférent. Le Chevalier auroit volontiers
GALANT . 11
lontiers accepté la propoſition,
mais ſoit qu'il craignît que ce ne
fuſt un piege qu'on luy dreſſaſt,
foit qu'il cruft que ce qui eſt
fçeu de pluſieurs ne peut jamais
demeurer ſecret , il ne voulut
point s'expoſer à ſe broüiller de
nouveau avec ſa Belle , & pour
ſe mettre à couvert de toute furpriſe
, il s'excuſa du Repas fur
quelque indiſpoſition qui l'obligeoit
àfe retirer ſur l'heure pour
ſe mettre peut - eſtre au lit un
moment apres. Comme jamais
Malade n'avoit eu l'apparence
de ſe mieuxporter, les Dames ne
donnerent pointdans cette défaite.
Elles l'entreprirent , & ſe
montrerent fi reſoluës à l'emmener
, en quelque état qu'il puſt
eſtre , que pour s'en défaire , il
fut reduit à les quitter bruſquement.
L'incivilité les piqua. Elles
jure
1
12 MERCURE
jurerent de l'en punir , & en artendant
qu'elles pûſſent venir à
bout de le mettre mal avec la
Dame qui les faiſoit mépriſer,
elles chercherent à ſe vanger de
luy dés le ſoir meſme. Le faux
pretexte dont il s'eſtoit ſervy
pour ſe dégager , leur ayant frapé
l'eſprit, elles s'aviſerent d'une
auſſi plaiſante malice qu'on en
ait jamais fait aucune. Ce fut la.
belle Enjoüée qui la propoſa.
Elles envoyerent un Laquais déguisé
chez tous les Apoticaires
de la Ville, avec ordre de la part
du Chevalier , de luy apporter,
chacun un remede pour une Colique
qui le tourmentoit, le premier
precisément à huit heures,
le ſecond demy- heure apres, &
les autres de demy-heure en demy-
heure, juſques à minuit. Ils
promirent tous de ne pas man-
4
quer
GALANT.
13
2 &
quer àl'heure marquée. Le Chevalier
eſtoit fort connu. Il logeoit
à l'Hoſtel de Malte , & foupoit
en tres- bonne compagnie d'Auberge
, quand au milieu du Soupé
un Homme à manteau noir
entradans la Salle. Tout le monde
ſe détourna pour le regarder;
&le Chevalier s'eſtant détourné
comme les autres , l'Apoticaire
luy fit humble reverence
crût que c'eſtoit aſſez pour luy
faire entendre ce qui l'amenoit.
Cette reverence faiſant voir au
Chevalier que l'Ambaſſade s'adreſſoit
à luy,il demanda dequoy
il pouvoit eſtre queſtion . Autre
reverence de l'officieux Apoticaire
, qui luy fit figne dans le
meſme temps qu'il avoit ſon affaire
fous fon manteau. Ce figne
n'éclairciſſant point le Chevalier
, l'Apoticaire tâcha de s'ex-
1 pliquer
14 MERCURE
pliquer mieux par quelques autres
,& voyant que c'eſtoit inutilement
, il découvrit enfin la
Seringue. Toute la Compagnie
éclatade rire. On railla le Chevalier
fur le beſoin du Remede.
Il en plaiſanta luy- meſme , & fe
fouvenant qu'un Cavalier de
l'Auberge s'eftoit retiré dans ſa
Chambre à demy malade , ſans
fouper , il crût que la choſe le
regardoit, & luy envoyal'Apoticaire.
LeGentilhomme chagrin
de je ne ſçay quoy , ſe montra
mal gratieux ; & comme on le
prenoitdansun temps où il n'entendoit
point raillerie , l'Apoticaire
euſt pû s'en appercevoir , ſi
apres ſon premier compliment il
ne ſe fuſt ſauvé au plus vite. Il
gagna la Court , & remporta fon
Remede. L'Avanture divertit
fort les Gens de l'Auberge. Elle
leur
GALANT.
!
leur ſervit longtemps d'entretien,
&ils en rioient encor ſur la fin
de leur deſſert , quand une nouvelle
Figure d'Homme à manteau
noir parut dans la Salle. II
n'y eut jamais un fi grand éclat
de rire. Ce fecond Apoticaire
ayant demandé au Chevalier s'il
vouloit qu'il l'allaſt attendre dans
fa Chambre , tous ceux qui
eſtoient à table s'écrierent comme
de concert , que quoy qu'il
fe portaſt mieux , il ne devoit
point diferer au lendemain ; que
les meſmes douleurs qui le preffoient
quand il avoit envoyé
chercher le remede , pouvoient
revenir , & que le meilleur confeil
qu'on luy pfitdonner,c'eſtoit
de s'en faire quite toutd'un coup.
L'Apoticaire convaincu par là
qu'on ne l'avoit point appellé à
faux, déployoit de ſon côté toute
l'éloquen
16 MERCURE
l'éloquence que Dieu luy avoit
donnée pour perfuader au Chevalier
qu'un Remede de precaution
ſauvoit quelquefois la vie.
Je ne ſçay meſme s'il ne ſe ſervit
point du mot d'anodin pour
luy faire croire qu'il n'y en avoit
point de plus benin ny de mieux
faiſant que celuy qu'il luy appor.
toit. Le Chevalier eut la patience
de le laiſſer haranguer fans
P'interrompre ; & s'eſtant enfuite
diverty quelque temps à le faire
raiſonner en termes de l'Art
fur une chaleur d'entrailles qu'il
ſuppoſa , il luy prit la main , luy
taſta le poux , & luy ayant dit
qu'il eſtoit luy- meſme malade,
&bien plus malade qu'il ne penfoit
, il luy voulut faire prendre
fon propre Remede . Je ne vous
dis point combien cette Comedie
fut agreable. Vous pouvez
aisé
GALANT.
17
aisément vous l'imaginer. Elle
finit par la fuite du Harangueur,
qui ſe voyant preſsé de trop
pres , connut bien qu'il n'avoit
point de meilleur party à prendre.
On fit de nouvelles plaiſanteries
ſur la piece. Le Chevalier
en jugea comme il devoit , & ne
doutant point qu'elle ne vinſt
des Belles qu'il avoit refusées
fous pretexte de ſe porter mal, il
fut persuadé qu'elle ne finiroit
pas fi - toſt , & dans cette pensée,
il convia tous ceux de l'Auberge
au plaifir que la ſuite leur en
promettoit. La choſe arriva comme
il l'avoit dit. Les autres Gens
à Seringue , Maiſtres ou Garçons
, s'acquiterent ſi ponctuellement
de l'ordre reçeu , qu'ils
vinrent joüer chacun leur Scene
dans le temps marqué. Ils s'adreſfoient
tous au Chevalier , & s'il
y
18 MERCURE
y avoit de la diverſité dans la reception
qu'il leur faiſoit , tantoſt
ſerieuſe , tantoſt enjoüée , c'étoient
toûjours des manieres tres
réjoüiffantes pour les Regardans .
Enfin aprés avoir bien ry des
Mal- contens qui s'en retournoient
, on ſçeut qu'il eſtoit minuit.
Chacun ſe retira dans ſa
Chambre , & le Chevalier eut à
peine mis le pied dans la ſienne ,
qu'il y vit entrer un nouveau
Frater. Celuy- cy , pour ſe faire
valoir davantage, luy dit gratieuſement
que pour tout autre que
pour une Perſonne de ſa qualité
, il ne ſe ſeroit pas reſolu à
veiller ſi tard , mais que ſa ſanté
eſtoit trop importante pour en
negliger le ſoin , quelque heure
qu'il fuſt. Le Chevalier qui n'avoit
plus perſonne à rire avec
luy , & qui s'ennuyoit de voir
des
GALANT.
او
.
des Seringues, le pria un peu rudement
de le laiſſer en repos.
L'A poticaire s'en fcandaliſa , &
hauſſant le ton , prétendit ſe faire
payer, quand meſme on ne ſe
ſerviroit point de ſon Remede.
La réponſe fut , que qui le prendroit
, le payeroit, Auffi- toſt le
Chevalier fit faifir l'Apoticaire
par ſes Laquais. On verſale Remede
dans la Seringue, & il luy
fut donné je ne ſçay comment.
Ce fut la fin de la piece. Je n'ay
rien appris de ce qui s'eſt paſsé
depuis ce temps-là entre lesDames,
& le Chevalier. Ce qu'il y
a de certain , c'eſt que preſentement
encor à Marseille , quelque
accident qui puſt ſurvenir , on
mourroit dans l'Hoſtel de Malte,
faute d'un Reméde d'Apoticaire.
Tout le monde n'aime pas
avec
20 MERCURE
avec la meſme fidelité que le
Chevalier dont je vous parle , &
il en eſt peu qui ne trouvaſſent
enfin quelque dégouſt à ne voir
jamais que le meſme Objet. La
Fable du Moineau en eſt une
preuve. Elle eſt traitée par Monſieur
Broſſard de Montanay.
Vous connoiſſez ſon talent à
tourner agreablement les choſes.
9998980963 73835-81-8070480909_2763
LE MOINEAU
ET
L'HIRONDELLE .
FABLE.
:
àpeineàlaſaiſonnou-
L'Hyvveelrlec, edoit à
Lors qu'un Moineau qui couroit ſur les
tois,
Vit arriver une Hirondelle ;
Il l'avoit connuë autrefois.
Dien
GALANT. 2 Г
[
1
Dieu vous gard, luy dit-il, la Belle,
Comment vous va? depuis pres de fix
mois
En ce Païs on ne vous a point veuë.
On vous étes- vous donc tenuë ?
Dans le creux de quelque Arbre ? ou dans
lefond d'un Bois ?
Vous moquez- vous, repartit- elle ?
Avôtre avis j'ay donc l'aird'un Hybous
L'irois me cacher dans un trou !
Ien'ay pas fipeu de cervelle.
CesSuperbes Maisons des Champs ,
Et tous ces grands Hostels qu'on bastità
laVille,
Nesont-ils pas à moy ? Quand je viens
au Printemps,
N'enfais -jepas mondomicile,
Et croyez- vous debonne-foy
Que lors que d'un Hyver les rigueurs effroyables
Vous rendent icy miserables,
Cemalheur s'étendeſurmoy ?
Ehpourquoy non ? quel rareprivilege
Vous rend, dit le Moinean, moins frileufo
que nous ? :
Quand la terre en ces tieux est couvertedo
neige,
Vn
22 MERCURE
1
!
!
i
:
1
Un Soleil fait exprés ne luit-il que pour
vous?
Vous remplumez- vous ? bagatelle ,
Cen'estpoint tout cela, maissuivant la
Saiſon
Iechangede Païs,&c'est làmafineſſe,
Ien'yfaispoint d'autrefaçon.
Si vousaviez moins de pareſſe,
Etfi lasdepaſſer laſaiſon desfrimas
Avivre comme un miserable
Sous les tuilesd'un Galetas,
Vouscherchiez en d'autres climas
Uneſaiſonplusfavorable ,
Vous auriez comme moy des jours toujours
heureux.
L'Etéfiny, vous iriez en Provence ,
Oùnous rencontrerions tous deux
Unbeau Printemps qui recommence.
Fort bien ,dit le Moineau, j'aime aſſexle
Printemps.
Et du grain pour manger ? Du grain ?
belledemande!
Le Milestpar tout dans les Champs,
Et l'on en prendſans qu'aucun ledefende.
Tant mieux ; j'y deviendray plus dodu
qu'unChapon,
Iel'aimefort, maiss'y divertit-on ?
Eh
GALANT.
23
Eh vrayment oüy, l'on chante, onse promeine
,
Onfait l'amour. Comment ? vous moqueZvous?
L'amour ! àqui ? vous voilafort enpeine.
Ence Païs àqui le faiſons-nous ?
N'avons- nous pas chacun une Femelle?
Dans laProvence elle nousfuit auſſi ,
Et nousyfaiſons avec elle
L'amour comme on lefait icy.
Oh oh,dit le Moineau, cecy change l'affaire.
Quoy, dans ce Pais éloigné ,
De lamesme Femelle on eft accompagné?
Levoyage auroit pûme plaire ,
Mais pourlecoupjene vous ſuivraypas.
Vouspaſſez donc ainſi la vie?
Par tout dumefme Objet vous avez l'embarras?
LeMil, ny lePrintemps , ne me font
plusd'envie,
Ie veux estre plumé , ſi j'en fais unſeul
pas.
La Ceremonie qui ſe fait tous
les ans à Besançon par les Chevaliers
de S. Georges le jour de
la
24 MERCURE
1
1
"
1
1
1
la Feſte de ce Saint,y a eſté faite
cette année avec les folemnitez
ordinaires. Monfieur le Marquis
de Montauban , Lieutenant de
Roy dans la Comté , & les principaux
Magiſtrats de la Ville , en
ayant eſté conviez , ils ſe rendirent
le vingt-deuxième d'Avril ,
veille de cette Feſte , dans une
Salle du Convent des Carmes ,
où les Chevaliers de cet Ordre
ont accoûtumé de s'aſſembler.
On y propoſa diverſes affaires,
&entr'autres on entendit le rapport
des Commiſſaires donnez à
ceux qui avoient demandé à entrer
dans l'Ordre. Leurs Preuves
de Nobleſſe y furent tres-feverement
examinées . C'eſt ce qui
ſe fait toûjours avec la derniere
rigueur , car à moins que les feize
quartiers , ou pour parler à
leur maniere , les ſeize lignes ne
: foient
GALANT.
25
ſoient pleinement verifiées , on
ne peut éviter l'exclufion , n'y
ayant aucune grace pour les nouveaux
Ennóblis, ny pour les me
rites roturiers. ১
Apres que l'Aſſemblée eur
employé deux ou trois heures à
cet examen,&àd'autres affaires
fur leſquelles on avoit à deliberer
, on fit avertir les Religieux,
qui tous en Chapes tres-magnifiques
, vinrent en Proceffion à
la porte de la Salle, & allerent de
là dans l'Egliſe au meſme ordre
qu'ils eſtoient venus , fuivisdes
Chevaliers deux à deux, portant
chacun un cierge à la main , les
derniers reçeus, à la teſtel,& les
Anciens apres eux! Le Blan
nier revétu de ſon Manteau, qui
fut , dit - on , autrefois celuy des
Ducs de Bourgogne , tenoit en
main fon Bâton d'argent de la
Iuin 1679. B
26 MERCURE
hauteur d'une Croſſe , & marchant
à la gauche de Monfieur
de Faltans Gouverneur de l'Ordre
, comme l'ont eſté pluſieurs
de ſes Anceſtres , fermoit avec
luy le dernier rang de ces Chevaliers.
Joubliois à vous dire
que ce Bâton a pour ornement
une tres - belle , & tres - riche
Image de S. Georges. Sur leurs
pas , & preſque ſans aucune diſtance,
Monfieur le Marquis de
Montauban alloit ſeul. Il fut
conduit à une place qui luy
avoit eſté preparée à côté de
l'Autel fur une Eſtrade élevée
de deux marches , & couverte
d'un tapis de pied avec un Prie-
Dieu & un Fauteüil. Les Chevaliers
occuperent les Chaiſes
du Choeur. On commença Vefpres,
apres lesquelles on retourna
dans la Salle, où l'heure ayant
eſté
GALANT.. 27
eſté priſe pourle lendemain, on
ſe ſeparera fans autre ceremonie
que celle des Officiersdes Trou ,
pes qui accompagnerent Monſieur
de Montauban juſque chez
-luyan Pnom ob stand ?
Le jour ſuivantlamêmeCom.
pagnie s'affembla fur les huit
heures dans le meſme lieu.Mon.
ſieur le Comte de Poitiers , dont
la Maiſon n'eſt pas moins illu
ſtre par ſon ancienneté que par
ſes alliances avec diverſes Cous
ronnes y fue regeu Chevalier,
auſſi-bien que Meſſieurs de Vaus
dray, de Vaugrenan ,& de Gillers
, Perſonnes de tres - grando
qualité. Ces nouveaux Chevde
liers ayant preſté le ferment ac
couſtumé , prirent place & opinerent
en leur rang ſur les affaires.
On alla de là à la Meſſe qui
fut folemnellement celebrée. Il
Bij
28 MERCURE
n'y eut rien de changé dans ce
qui s'eftoit fait le jour prece
dent,tant pour la marche que
pour les ſeances. Tout ce qu'on
remarqua d'extraordinaire , ce
fut l'honneſteté de Monfieur de
Faltans Gouverneur de l'Ordre,
qui alla prendre Monfieur le
Marquis de Montauban à la place,&
le conduifit à l'Autel pour
la ceremonie de l'Offrande. Ce
Lieutenant de Roy donna un
magnifique Repas apres laMefſe
, aux principaux Chevaliers
&Officiers de la Garniſon. L'apres-
midy on retourna à l'Egliſe
où les ſecondes Veſpres furent
chantées. Au Verſet du Magnificat
qui commence par Depofuit
potentes defede , le Celebrant ſe
leva&s'approcha de l'Autel, où
ſupla premiere marche il y avoit
un Fauteüil pour luy. L'ancien
Bâton
GALANT. 29
Bâtonnier y vint auffi- toſt accompagné
du Chevalier qui luy
devoit fucceder dans fa Charge,
& s'eſtant mis tous deux à ge
noux ,le Celebrant prit le Bâton
&le Manteau des mains de l'un ,
&les remit en celles de l'autre,
le dernier Bâtonnier éleu commençant
alors à preceder celuy
qui avoit le pas un moment auparavant.
Ily a diverſité d'opinions tous
chant l'Inſtituteur de cet Ordre.
Les uns veulent qu'il ait eſté étably
par Frederic III. à qui les
Guerres deHongrie firent naître
la pensée de faire une eſpece de
Compagnie particuliere , composée
ſeulement de Perſonnes
de grande naiſlance, & devoüées
au ſervice de laReligionCatholique
. Les autres en donnent la
gloire à un Gentilhomme appel-
८
Bij
30 MERCURE
lé Guillaume de Vienne, auquel
appartenoit une Terre portant le
nom de S. Georges proche de
Châlons fur Saône; & pour le
prouver , ils difent que l'Hiftoire
d'Auxonne fait foy que les premieres
Affemblées des Cheva
Hers de eer Ordre fe faifoient
dans cette Terre; qu'elles furent
tenuës enſuitedans un Bourg de
la Comté nommé Rougemont,
&que ce Bourg ayant eſté brûlé
par le malheur des dernieres
Guerres,ces Affemblées furent
enfin tranſportées à Besançon,
où elles ſe tiennent regulierement
dans la Maifon des anciens
Carmes de la Ville.
2 Il arrive tous lesjoursdescho
fes fi extraordinaires , qu'apres
ce que je vous ay mandé de la
vie cachée de Monfieur de la
Roche Karlan , vous ne trouverez
GALANT. 31
rez rien d'incroyable dans l'Hiſtoire
que racontent quelques
Marchands Aſiatiques arrivez
icy des Indes depuis deux mois.
Ils s'informent avec grand ſoin
dece que peut eſtre devenu un
jeune Prince de leur Païs qu'ils
pretendent avoir amené en France,&
voicy ce qu'ils en diſent,
Une Reyne , Femme d'un Roy
qui a ſes Etats au delàdu Gange,
eſtant accouchée il y a 22. Ou 23 .
ans, de deux Enfans mâles d'une
excellente beauté , on vit paroltre
en l'air dans le meſme inſtant
une Epée teinte de ſang
ſur la teſte de l'un des deux , &
on entendit une voix qui prononça
diſtinctement ces paroles ;
L'Epée qui est teinte deſang infidelle
, est l'assemblée du Diademe
defon Chef. Ce prodige fut conſiderécomme
le preſage de quel.
B iiij
32
MERCURE
4
:
que malheur ; & pour s'en mettre
à couvert , la Reyne ſans en
rien faire connoiſtre au Roy fon
Mary,reſolut de cacher la naiffance
de cet Enfant , & de luy
laiffer ignorer à luy - meſme ce
qu'il eſtoit.On publia donc qu'elle
n'eſtoit accouchée que d'un
Garçon , & une Dame de ſes
Confidentes donna l'autre à
nourrir à une pauvre Femme qui
en prit ſoin . Quoy que cette
Nourrice ne ſceuſt point que
c'eſtoitun Prince qu'on luy avoit
confié , elle ne laiſſa pas de remarquer
quelque choſe demiraculeux
dans cet Enfant. Elle en
avertit la Dame qui en ayant
conferé avec la Reyne , reçent
ordre de prévenir par ſa mort les
defordres qu'il pouvoit un jour
caufer. On donna l'Arreſt, mais
il ne fut pas executé. La Dame
alla
GALANT 33
alla trouver la Nourrice , & touchée
de pitié pour l'Enfant , elle
fit conſentir cette pauvre Femme
à l'aller nourrir dans quelque
Païs éloigné. Il luy fut aisé d'en
venir à bout en luy découvrant
ſa veritable naiſſance, & luy donnant
dequoy ne manquer de
rien. La choſe fut reſoluë . Les
Marchands dont je vous parle
eſtoient ſur le point de faire
voyage. On les fir entrer dans le
ſecret. Ils partirent avec la Nourrice
, & apres beaucoup de pcines
, ils arriverent en France,
ſans que les fatigues de la Mer
euſſent apporté aucun prejudice
à la ſanté de l'Enfant. Il eſt vray
que celle de la Nourrice en fut
alterée. Elle commença de s'en
plaindre en débarquant, & tomba
malade ſur la route du Gaſtinois.
Le mal fut ſi violent qu'il
B V
34 MERCURE
T
la contraignit de s'arreſter dans
la Maifon d'un pauvre Homme
qui estoit ſeule au milieu de la
Campagne entre Milly & Melun.
Elle y mourut deux heures
apres. Les Marchands n'ayant
rencontré perfonne en ce lien-là
pour élever l'Enfant qui leur de
meuroit , avancerent vers un
Bourg à dix ou douze lietres de
Paris, & y eftant arrivez, ils entretent
dans une Maifon allez
apparente , dont le Maiſtre ſe
nommoit Caillou. Its ury apprirent
la fofrune de cet Enfant ,&
le perfuaderent fibien defanaiffance
,qu'il leur promit que luy
& la Femme en prendroient le
melme foin qu'ils pourroiene
avoir de leur propre Fils. Its luy
laifferent dequoy le bien eleer,
vinrent à Paris , firent leurs affaires
, & eftant repaſſez à leur
V &
retour
GALANT
35
retour par le lieu où ils avoient
laiſsé l'Enfant, ils n'y trouverent
plus que la Femme de Caillon .
Elle leur apprit que fon Mary
eſtoit mort depuis quelques
Mois, & qu'ayant perdu dans le
meſme temps un Fils dont elle
avoit accouché un peu avant
qu'ils fuſſent venus en France,
elle nourriſſoit l'Enfant qu'ils luy
avoient confié , comme eftant à
elle,&qu'il n'y avoit perſonne
dans tout le Bourg qui ne cruft
qu'il eſtoit ſon Fils. Ces Marchands
adjoûterent un nouveau
Preſentà celuy qu'ils luy avoient
déja fait la premiere fois , & retournerent
en leur Païs fort coprens
des affurances qu'elle leur
donna,d'en avoir ſoin tant qu'el
Je vivroit. Apres un fort grand
nombre d'années , ces mefmes
Marchands ont efté obligez de
faire
36 MERCURE
COD
faire un ſecond voyage en France
, & font arrivez à Paris au
commencement du mois d'Avril
dernier.Ce n'a pas eſté ſans avoir
paſsé par le Bourg , où ils n'ont
trouvé ny la Femme ny l'Enfant.
Ils en ont demandé des nouvelles
à tous les Voiſins , & ils ont
ſçeu d'eux , que la Femme dont
ils s'informoient ayant eſté forr
traversée de ſes Parens dans
fon Veuvage , avoit tout abandonné
, apres avoir mis fon
Fils chez la Dame du lieu ,
qui l'avoit pris comme un Orphelin
; que cet Enfant y avoit
eſté affez ſoigneuſement
élevé juſqu'à l'âge de huit ou
neuf ans , & que s'y voyant trop
gourmandé de quelques Domeſtiques
jaloux , il eſtoit party de
chez la Dame, fans qu'on eût pû
découvrir ce qu'il étoit devenu.
Voilà
GALANT.
37
Voila ce que ces Marchands,
qui font encor à Paris , publient
pour tres -veritable. Jugez , Madame,
quel feroit l'étonnement
du Prince qu'ils cherchent , &
qui apparemment ne ſe connoiſt
que ſous le nom de Caillou , ſi
eſtant auffi curieux que beaucoup
d'autres qui liſent toutes
les Lettres que je vous écris , il
tomboit fur cet Article , & apprenoit
qu'il est né de Sang
Royal. La difficulté ſeroit de ſe
faire connoiſtre , à moins qu'il
n'euſt quelque marque de naiffance,
car on ne l'en croiroit pas
fur ſa parole ,& il y auroit bien
des preuves à demander.
-Monſeigneur le Dauphin a
yeu pour la troiſième fois l'Opera
de Bellérophon. Il fut reprefenté
extraordinairement pour
ce jeune Prince le Mercredy 31-
de
38 MERCURE
de May. Rien ne ſçauroit eſtre
plus glorieux pour Monfieur de
Lully, qui voit par là ce que peuvent
les charmes de ſa Muſique.
Voicy un Air que vous trouverez
admirable. Quoy qu'il ne
foit pas tout- àfait nouveau , parceque
tout ce que fait le fameux
Monfieur Lambert eſt incontinent
répandu par tout , c'eſt
beaucoup de pouvoir vous dire
que vous ne le pouvez avoir fi
fidellement noté que je vous
l'envoye. La Baffe- continuë y eſt
adjoûtée , & c'eſt ce que peu de
Perſonnes ſeroient en pouvoir
de vous donner. Les Paroles répondent
parfaitement au ſujet,
&ont je ne ſçay quoy de ſi touchant
, qu'il eſt aiséde connoître
qu'elles partent d'une bonne
fource.
AIR
Dua'am nornant
39
A
retonurs.
P
uleurs.
4.
२२०५-
A
itives
jours
rs.
1
lere
font
leur
lent
nay
ble ,
Roy
38
de l
plu
Lul
ver
1
ver
foit
ce
M
ne
be
qu
fid
l'e
ad
Pe
de
po
&
cl
AIR
IGALANT.
39
AIR.
Mbre de mon Amant , Ombreton-
Ο jours plaintive, 23
Helas ! que voulez-vous ? je meurs.
Soyez un moment attentive
Au funeste recit de mes vives douleurs.
C'est fur cette fatale Rive
Que j'ay ven vostre fang couler avec
nes pleurs.
Rien ne peut arnester mon amefugitive,
Je cede à mes cruels malheurs.
Ombre de mon Amant , Ombre toûjours
plaintive,
Helas! que voulez- vous ? je meurs.
1 : :
Je vous marquay la derniere
fois beaucoup de choſes qui font
connoître le merite de Monfieur
Lorenzani. Vous ferez aiſément
perfuadée que je ne vous en ay
rien mandé que de veritable ,
quand je vous diray que le Roy
luy adonné une nouvelle marque
de ſon eſtime, en luy ordon
nant
40
MERCURE
nant de faire un voyage en Italie
, pour luy amener de ce Païs
là les meilleurs Muſiciens qu'il
pourra trouver. La Langue Italienne
a une je ne ſçay quelle
délicateſſe qui s'accommode admirablement
à la Muſique . Elle
donne de grands agrémens aux
Ouvrages de Poëſie ; & le Sonnet
de Monfieur Tonty que je
vous envoye vous en fera demeurer
d'accord. Il a eſtélû au
Roy par Monfieur l'Abbé Dangeau
, & il n'a pas moins plû à
Sa Majesté qu'à toute laCour.
ALLA
GALANT.
41
ALLA MAESTA CHRISTIANISSIMA
DI
LUDOVICO MAGNO .
H
SONETO .
Or chedi
Chiudon
vitto,
Gianolefatali porte
le Palme di LUIG
Ech' all'Europa cura il ſen trafitto
All'ombra de gl'Olivi amica forte ;
Iin
2.3
Tema l'Afia infedele, e guerra, emorte;
Speri Sion; cada Macon sconfitto
Roma eregga Trofei ; pianga l'Ecgitte
L'alte Moschéeda ulerice fiamma abſorie
S'affretti ad adorar l'Arabo, e'l Moro
La Croce, oveGiesu morio esangue ,
E'l Libano á nutrir Chriſtiano Alloro ;
El'impie fronti, in cui l'ardir giá langue,
Al nuovo folgorar degigli d'oro ,
Irrighi ilpio Giordano, o'l proprioſangue.
t
Humiliato a i piedi di V.Maeſtá
vota queſti augurij glorioſi ,
MICHEL ANGELO TONTI .
८
Apres
42 MERCURE
Apres un Sonnet Italien , il
faut vous en faire voir un François.
Vous le devez lire avec
plaifir , puiſqu'il eſt fait par une
Perſonne de vôtre Sexe. Les
Belles qui ne ſe piquent pas
toûjours de fidelite , trouvent
quelquefoisdes Infidelles. C'eſt
là - deſſus que Mademoiselle
Mouſſard s'eſt divertie à faire
ces Vers.
१३ .
U
Navengle transport de tout monfort
décido,
C'estparun Inconstant que mon coeur eft
charmé دیک
Etquoy quil air perdu tout espair d'eftre
aimé,
Ilcedeà ce panchant qui l'entraîne&le
guide.
Une Etoillefatale àmon destin preſide ,
Elle entretient toûjours unfeu trop allumé,
Cefuneste defirpar l'amour confirmé ,
Malgré moy me condamne à cherir un
Perfide,
0
GALANT.
43
Ovous, qui pouvez tour, &verſezdans
le coeur
Ou la tendre foibleffe, ou l'austere rigueur,
Que vous partagezmal vos froideurs &
vosflames !
I
Aftres trop inhumains qui caufez mes
Soncis د
Que ne me laiſſiez- vous la plus fiere des
Ames
Ou que ne donniez - vous ma tendreſſe à
Tirfis?
75
Si un Inconſtant a pů donner
fieu à ce Sonnet , il y a des fidelitez
inviolables , & je puis vous
le prouver par Certificat
Un Cavalier eſtoit amoureux
de cent cinquante lieües loin .
L'abfence qui ralentit d'ordinaireles
plus fortes paſſions ne pouvoit
rien ſur la fienne , & foit
qu'effectivement il euſt un fond
extraordinaire de conſtance, ſoit
que
44 MERCURE
que quelque autre raiſon luy
fiſt trouver de la douceur dans
la fo'itude , il reſolut de ne voir
perſonne,& de vivre d'une maniere
fort retirée dans une petite
Ville où ſes affaires l'avoient
appellé. Il y paſſa d'abord
pour un Miſantrope. Cette
reputation ne luy plût pas.
Cependant il s'en conſoloit en
recevant affez ſouvent des Lettres
de fa Maiſtreſſe , qui ne
manquoit jamais à luy faire de
grandes exhortations de fideliz
té. Celle du Cavalier eſtoit à
l'épreuve , & afin que la Belle
n'en pût douter , il s'aviſa de
dreffer un Certificat de Conſtan.
ce , & de l'envoyer chez quelques
Dames de ce Païs là qu'il
ne connoiſſoit que de veuë , avec
un compliment par lequel il les
prioit de rendre juſtice à ſa maniere
GALANT...
45
niere de vivre , en fignant cette
atteſtationde fon amoureuſe prudomie.
Sa Galanterie ſurprit
agreablement . On commença de
le connoiſtre. Le Certificat fut
ſigné de la meilleure grace du
monde , & vous pouvez croire
que le Cavalier en fit admirablement
ſa cour en l'envoyant
par le premier Ordinaire à l'aimable
Perſonne dont il eſtoit
éloigné. Je vous en fais part.
Vous le trouverez ſigné par les
Bergeres de la Durole. La Durole,
Madame, ſi vous ne le ſçavez
, eſt une petite Riviere qui
paſſe en Auvergne , à laquelle
nous devon's la Manufacture du
plus beau Papier qui ſe faſſe en
France. ১
Say my n είνφλο το τούγτούς του.1
CERTI
46 MERCURE
CERTIFICAT
DE CONSTANCE.
A MAD*** C. D. B. L.
de la Durole
Nous Bergeres de Certifions quivoudra , داز
Ouplutost qu'ilappartiendra ,
Que lejeune Tirfis qu'une absence deſoles
Eftarrivédepuisfix mois
Dans nos Valons, dans nos Bois
Oùvivantſous la loy fevere
:
D'une fidelitémerveilleuse en ce temps,,,
Iladétruit l'erreurduſentiment vulgaire,
Qu'il n'est plus de Bergers constans.
Quand l'aveugle fortune inſulta sSaa ttoen
dreffe,
११
L'éloignant de l'Objet qu'il aime unique-
C
ment ,
Nos Kochers ſont témoins qu'il cut une
triſteſſe
Digned'un veritableAmant.
C
Ilfuyoit nos Hameaux ,&sefuyoit luymesure
,
Pour chercher en esprit la Perſonne qu'il
aime,
Ne
GALANT .
47
Ne parloit qu'aux Echos , se cachoità
Enfinmalgréſesſoins ilfut veudans ces
nosyeux ,
lieux;
Del'hospitalitéle devoir charitable
-Nousfit luy montrer nos appas ;
f
Il en vanta l'éclat , & ne s'en émût pas.
Une ingrate froideur pour la Brune & la
Blonde ,
Luyfaitfuirparmy nous
monde ,
le commerce du
Et toûjoursfolitaire , on ne le voit jamais
S'expoſer au brillant denos jeunes attraits.
D'unſiparfaitAmantlavertupeu comune
Nous enfuitſouhaiter un pareil à chacune,
Estant affez rare aujourd'huy
De trouver un Bergerfi fidelle que luy.i
Iln'est point de faveurs dont la douce
-11: abondance
Puiſſe récompenfer une telle constance ;
Son amourtoft autarddoit estre couronné;
En foy dequoy toutes avonsfigné
Le quinziéme du mois on le Roſſignol
chante ,
L'anmilfix cens neuf&feptante.530
AMARANTE , URANIE , LISETE ,
PHILIS , CALISTE , D. B. Ou
SILVANIRE .
:
!
"
Une
48 MERCURE
ト
Une de ces aimables Bergeres ,
qui fait profeſſion de dire tout
ce qu'elle penſe , & qui s'en acquite
avec autant de grace & de
prefence d'eſprit , qu'elle a d'enjoüementdans
l'humeur,eut peine
à paffer un des Articles du
Certificat. Elle dit qu'une regularité
ſi farouche ne luy plairoit
point , & qu'elle aimeroit mieux
un Amant qui feroit un peu
moins fidelle , & plus fociable.
Les ſentimens des autres furent
partagez ; mais enfin chacune
d'elles convint qu'on ne devoit
pas refuſerun peu decomplaifance
aux malheureux, & qu'il y auroit
de l'injuſtice à ne pas ſigner.
Madame la Maréchale d'Hocquincour
, Veuve du Maréchal
de ce nom, mourut fur la fin de
l'autre Mois, âgée de foixante &
e
douze ans .Elle estoit Fille de Jacques
GALANT. 49
ques d'Estampes , Marquis de
Valencey ; & de .... Blondel , Dame
de Joigny. Feu Monfieur de
Monchy , Marquis d'Hocquincour
, ſon Mary Gouverneur de
Péronne , Montdidier , & Roye,
fut Grand Prevoſt de l'Hôtel
apres la mort de Monfieur d'Hoc.
quincour ſon Pere. Il ſervit de
Maréchal de Camp dans l'Armée
du Roy en 1640. & commandoit
en1642.l'Arriere-garde de l'Armée
à la Bataille de Ville-Franche
en Catalogne. Il ſe trouva au
Siege de Gravelines en 1644. &
eſtant Lieutenant General des
Armées du Roy en Allemagne
en 1646. il contribua beaucoup
à la priſe de Schorndorf au Duché
de Virtemberg , & de celle
de Tubinguen en 1647. Il commanda
l'Aifle gauche de l'Armée
Françoiſe à la Bataille de
Juin 1679. C
50
MERCURE
Rethel en 1650. & fut fait Maréchal
de France un an apres. Il
retourna en Catalogne en 1653 .
& y defit les Eſpagnols dans la
Plaine de Boerdils. L'année ſuivante
il força les Lignes des Ennemis
devant Arras , & fut tué
en 1658. Cette Maiſon, auſſi ancienne
qu'illuſtre , eſt entrée
dans de grandes alliances. Monſieur
le Maréchal d'Hocquincour
a eu cinq Garçons , dont
l'un eſt Evefque & Comte de
Verdun. Il y en eut un de tué au
Siege d'Angers en 1652. Unautre
Chevalier de Malthe , a pery
fur Mer,apres s'eſtre ſignalé dans
un Combat Naval , contre les
Galeres Othomanes en 1665. &
le quatrième eſt mort en Allemagne
dans cette derniere guerre.
Monfieur le Marquis d'Hocquincour
heritier de cette Maifon,
GALANT.
SI
ſon, a épouſe Mademoiſelle Molé
, dontil a eu beaucoup d'Enfãs.
Madame la Comteſſe de Cofſé
, Fille de Monfieur le Charon,
Seigneur d'Ormeilles , & Niêce
de Madame la Maréchale du
Pleſſis,eſt morte auſſidepuis quelques
jours. Elle estoit Veuve de
LoüisTimoleonComte de Coffe,
&deChaſteaugiron , Chevalier
desOrdres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées,Gouverneur
de la Ville & Citadelle de
Mézieres & d'Oüarcq , & Grand
Panetier de France. Je vous parlay
amplement de luy &de ſa
Maiſon quand je vous appris ſa
mort. Ainfi ,Madame, je ne vous
repéte point ce que vous pouvez
trouver dans une de mes premieres
Lettres.Je vous diray ſeulemét
que ſa Veuve eſt morte en deux
jours , quoy qu'elle ne fuſt pas.
Cij
52
MERCURE
dans un âge fort avancé.Sa vertu
reconnuë de tout le monde luy
avoit acquis beaucoup d'eſtime.
Elle a laiſſe trois Enfans , deux
Garçons & ane Fille. L'Aîné des
Garçons a eſté pourveu de la
Charge de Grand Pannetier.
J'ay encor à vous apprendre la
mort de M. le Commandeur de S.
Simon , Frere du Duc & du Marquis
de ce nom,& celle de M. Terat,
Tréſorier General de la Maifon
de feu M. le Duc d'Orleans .
Ce dernier avoit eſté Tréſorier
General des Guerres . Il a laiſſé
deux Fils , dont l'Aîné eſt Secretaire
des Commandemens de Son
Alteſſe Royale. L'autre eſt Conſeiller
au Parlement de Mets , &
doit eſtre Maiſtre des Requeſtes
au premier jour.
Je vous ay dit vray en vous
mandant que Mr le Curé de S.
Paul
GALANT.
53
Paul eſtoit monté à la Grand.
Chambre par la mort de Monſieur
Salo , mais je me ſuis mépris
quand je l'ay nommé Monfieur
Berrier. Il eſt Frere de Madame
Berrier , & s'appelle Monfieur
Hameau .
Je paſſe à une matiere plus
gaye. Nous vivons ſous unRegne
fi heureux & fi floriſſant ,& les
continuelles victoires du Roy
nous ont tellement accoûtumez
à la joye , que les Bals qui n'entroient
autrefois que dans les plai .
firs du Carnaval , font preſentementde
toutes Saiſons , avec cette
diférence , que la plupart de
ceux qui ſervent de divertiſſement
pendant les beaux jours ,
ne ſe font pas dans des lieux fermez.
On en a donné fix au Port
de Neüilly . Monfieur de Bourges
, Correcteur des Comptes , a
Cij
54
MERCURE
commencé le premier ces magnifiques
& galans Regals. II
donna ſon Baldans l'ifle de Puteaux.
Le ſecond fut donné dans
l'iſle de Pont. L'Ifle de Villiers
ſervit de Salle aux trois autres,
& le fixième ſe fit dans le Jardin
deMonfieur des Hallus Seigneur
de Corvois. Tout ce qu'il y avoit
de Perſonnes de qualité dans
ſept ou huit Villages des environs
, prit part à ces agreables
Feſtes. Les Iſles que je viens de
vous nommer eſtoient remplies
d'un nombre infiny de lumieres ,
qui donnant un éclat nouveau à
la verdure naiſſante , produiſoient
le plus bel effet du monde.
Joignez à cela ce qu'on en
voyoit briller fur la Riviere , où
plus de cent petits Bateaux qui
en effoient tous garnis, ſervoient
à paffer & à repaſſer ſans ceſſe,
felon
GALANT.
55
ſelon le beſoin qu'on en avoit. Il
y eut Collation à chaque Bal, &
le tout fut digne des belles Afſemblées
qui s'y trouverent.
Vous vous ſouvenez ſans doute
d'un Naufrage qui nous cauſa
quelque perte à l'Ile Davés, lors
que nous allions continuer nos
conqueſtes apres la priſe de Tabago.
Voicy ce qui s'eſt paſsé
depuis cetemps-là, felon les nouvelles
qu'on a euës de l'Iſle de
S. Dominique du mois de Janvier.
Monfieur Granmont s'étant
embarqué apres ce Naufrage
avec ſept ou huit cens Fribuftiers,
alla deſcendre dans la Lacune
de Maracay e ou Maracaybo
, au fond du Golphe de Venezuelo,
vis - à vis S. Dominique ,
dans la Terre ferme de l'Amerique
Meridionale . Il y demeura
pres de ſix Mois , s'avança juf
C iiij
56 MERCURE
qu'à vingt- ſept lieuës loin de la
Mer , rançonna pluſieurs Villes
des Eſpagnols , en brûla quelques-
unes qui refuſoient de ſe
racheter, entr'autres Gibaltar , &
une autre toute bâtie de pierre
de taille , où il y a eu pour prés
de deux millions & demy de
dommage. Il a détruit pluſieurs
Maiſons le long de cette Lacune,
démoly & razé tous les Forts de
ces lieux là , & fait crever , encloüer
, ou enlever plus de foixante
Pieces de Canon , parmy
leſquelles il s'en eſt trouvé une
tres - belle de fonte de vingt qua.
tre livres de bales , qu'il a amenée
à S. Dominique avec une
Fregate de douze Pieces , deux
petits Navires, une Cache, quelques
Negres , pour vingt ou
vingt- cinq mille livres de Cacao,&
cent cinquante mille Piaſtres
GALANT.
57
ſtres ou Pieces de huit. Chacun
des ſimples Fribuſtiers , Soldats,
& Matelots a eu quatre vingts
de ces Piaſtres dans le partage.
Pendant tout le temps que MonſieurGranmont
a eſté à terre , il
a gardé plus de cinq cens Prifonniers
, dont il y en avoit plufieurs
des plus confiderables du
Païs , ſans qu'il ait perdu qu'un
feul Homme dans toute cette
Expedition. Il eſt depuis retourné
en Mer.
Je crains , Madame , que le
nom de Fribustier , dont je me
ſuis fervy d'abord , ne vous ait
fait quelque peine. Il vient d'un
mot Allemand & Hollandois,
qui ſignifie Pyrate ou Corſaire.
Il a pourtant un ſens plus honneſte
, & pourroit eſtre confondu
avec le mot d'Armateur , fi ce
n'eſt que ce dernier s'entend
C V
58 MERCURE
proprement des Marchands &
des Capitaines qui montent des
Vaiſſeaux en courſe ; au lieu que
Fribuſtier déſigne tous ceux qui
montent les Vaiſſeaux , & qui
font mestier de courir la Mer.
Ce nom eſt particulier aux François
& aux Anglois des Ifles de
l'Amerique. Les Eſpagnols ne
les trouvent jamais à leur avantage
, qu'ils ne s'en rendent les
Maiſtres en quelque temps que
ce ſoit. Les autres font la meſme
choſe de leur coſté , & ne manquent
point à piller les Eſpagnols
, quand ils les rencontrent
en Mer, ou qu'ils peuvent faire
desdeſcentes dans leurs Iſles , ou
dans la Terre- ferme qui leur appartient.
Ce qui cauſe cette efpece
de guerre entr'eux , c'eſt
que les derniers n'ont jamais
voulu faire de Traité de Paix
pour
GALANT .
59
pour l'Amerique,pretendantque
tout ce que les autres Nations
en occupent, eſt uſurpé ſur leurs
droits.
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire que la perte que nous
avons faite dans le Naufrage arrivé
à l'Ifle Davés , a eſté heureuſement
reparée par l'adreſſe
des François , qui ſont venus à
boutde ce que n'ont pû faire des
Gens qui ontpaſſe toute leur vie
fur la Mer. Les Hollandois ayant
voulu retirer les Canons perdus
de nos Vaiſſeaux , n'en ont pefché
que vingt- cinq . Je vous en
envoye l'Etat , afin de vous en
faire connoiſtre le calibre enmême
temps que le nombre.
Etat
60 MERCURE
Etat des Canons peſchez par les
Hollandois à l'Isle Davés.
Nombre. Calibre.
Six Canons de 24 1.
debales.
Huit de 18
Deux de 12
Deux de 8
Cinq de 6
Deux de
4
Plus , la moitié d'un Canon, le
tout de fonte.
Les Hollandois ne peſcherent
que ce qu'ils trouverent de plus
aisé ; apres quoy ils abandonnerent
l'entrepriſe , qui leur devoit
eſtre d'autant plus facile à executer
, qu'ils ne manquoient pas
de Vaiſſeaux . L'ordre de cette
Peſche ayant eſté donné à Mon
fieur
GALANT . 61
ſieur Foran , voicy ce qu'il fit retirer
du fond de la Mer.
Etat de ce qui a esté peſché à la
mesme Iſle Daves par les Vaif-
Seaux commandezparMonsieur
Foran.
Canons defonte.
58 de
24
8 de 20
29
de 18
35
de 12
de
10
35
de
8
II do
6
II de
4
Deux petits Carabinez peſant
cent cinquante livres.
Plus , deux Canons de fonte
de fix livres , ſauvez par les Fribuftiers
, & rendus par le Gouverneur
de S. Dominique.
Plus,
62 MERCURE
Plus, deux moitiez de Canon.
12 Pierriers .
3 Mortiers.
7 Boites.
5 Cloches.
29 Roüets.
Deux morceaux de fonte pefant
cinq à fix cens livres .
Cinq Cueillieres de cuivre.
Canons de fer.
26 de IS
4.9
de 12
34
de 8
9
de 6
47
de
1
4
5
de
3
3
de 2
4
de I
Ce font 368 Canons en tout,ſçavoir
191 de fonte , & 177. de fer .
Plus de fer.
13
Ancres.
8 Pierriers.
13 Boites.
GALANT. 63
13 Boites .
s Roüets.
1 Bombe.
670 Boulets ronds.
118 Boulets à deux teſtes .
Toute cette Peſche a eſté faite
encinq ou fix jours de calme.
Les Chaloupes , à la faveur du
vent, traînoient les Canons & le
reſte entre deux eaux , juſque
ſur la pointe de l'Ifle , d'où enfuite
on les portoit aux Vaiſſeaux
pour les embarquer. Les Hol-
Jandois avoient envoyé un Vaiffeau
pour prendre poſſeſſion de
cette Ifle , mais ils furent ſurpris
d'y trouver les Noftres. On leur
permit pourtantd'y faire du bois.
Le Gouverneur de Corafſol y
vint voir Monfieur Foran ; &
fur ce qu'on luy demanda les
Canons qu'il avoit fait peſcher,
il
64 MERCURE
il en écrivit incontinent aux
Etats.
Monfieur Foran , de Langeron
, Beaulieu , Bourdet , & Pingaut
, commandoient les Vaiffeaux
envoyez pour cette entreprife.
Le premier & le dernier
arriverent à la Rochelle le 24
de May, d'où Monfieur Foran alla
à Rochefort. Les trois autres
s'eſtant ſeparez de luy , vinrent
à Breſt environ dans le meſme
temps.
C'eſt trop vous parler de Mer,
les nouvelles de Terre vous divertiront
davantage . Monfieur
de Lompré ne vous doit pas
eſtre inconnu. C'eſt celuy dont
je vous entretins il y a trois ou
quatre mois , en vous apprenant
qu'il avoit pris l'Academie de
Monfieur Foubert proche l'Abbaye
S. Germain. Comme le lieu
eft
GALANT.
65
eſt fort ſpatieux , il y a douze ou
quinze jours qu'il y donna une
Feſte , dont la beauté ſatisfit extraordinairement
quantité de
Seigneurs & de Dames de la
Cour qui s'y trouverent. Elle
commença par une Courſe de
Bague qu'il a accoûtumé de faire
tous les ans en public. Les
Gentilshommes qui couroient
eſtoient diviſez en trois Quadrilles
. Monfieur de Richemont
Vouvrit la Carriere au ſon des
Trompetes , & ſe fit admirer par
ſa bonne grace. Les autres foûtinrent
tres-dignement la reputation
de l'Academie .Ils estoient
tous galamment vétus , & leurs
Chevaux ne pouvoient eſtre
plus proprement enharnachez.
Le Prix fut quelque temps difputé
entre Monfieur le Prince
Lubomirski , Monfieur de Ri
chemont,
66 MERCURE
chemont , & Monfieur de Nanteüil
, mais enfin Monfieur de Richemont
l'emporta.
Apres la Courſe de Bague il y
eut un Manége , dont on ne fut
pas moins content que de ce qui
avoit precedé . On vit paroiſtre
de nouveaux Chevaux avec de
nouveaux ornemens, & plusmagnifiques
que les premiers .
Monfieur de Chaſtillon commença
d'abord ſur un tres - puifſant
Cheval , qui ſembloit n'aller
àun pas & à un ſaut , que pour
faire écarter la foule.
Monfieur le Comte d'Enof,
Fils du Grand Chambellan de
Pologne, vint enſuite, & l'on admira
également ſa bonne mine
&fon air aisé .
Monfieur le Comte de Butler
avec une fermeté ſans égale,
continua ſur un Cheval qui s'élançoit
GALAN T. 67
lançoit ſi haut , que toutes les
Dames en parurent effrayées .
Monfieur le Comte de Manneville,
petit Fils de Monfieur le
Chancelier d'Aligre , avoit un
Habit tres - riche, & montoit un
grand Barbe qu'il faiſoit manier
fort juſte.
Monfieur le Comte de Suatre
ſe ſignala par ſa propreté , & par
fon addreſſe .
Le bon air & la magnificence
de Meſſieurs de Richemont , de
Chaſtillon , & de Nanteiil , tous
trois Fils de Monfieur le Marquis
de S. Maurice , leur attirerent
beaucoup de loüanges,
auſſi bien qu'à Monfieur le Comte
de Bielenski, Gouverneur de
Mlava en Pologne , qui ne ceda
à aucun autre ny en bonne grace
ny en juſteſſe .
Monfieur le Prince Lubomirski
ne
68 MERCURE
ne ſe fit pas moins remarquer
dans cet exercice qu'il avoit fait
en courant la Bague.
La Feſte ſe termina par un
Carrousel dont la nouveauté
charma toute l'Aſſemblée. Il
eſtoit de l'invention de Monfieur
de Lompré. Sept Chevaux manierent
en même temps par plufieurs
repriſes , quatre ſur les demy
voltes aux quatre coſtez du
Manege , & trois ſur les voltes
dans le milieu . Cela fut executé
avec une juſteſſe , qui ne cauſa
pas moins d'admiration que de
furprife.
Si les Gentilshomme- que je
viens de vous nommer ont fait
connoiſtre les avantages qu'ils
ont dans les exercices du Corps,
une Theſe ſoûtenuë depuis peu
de temps au College de la Marche
ſur la Logique , a fait voir
que
GALAN T.
69
que le Fils Aîné de Monfieur
Colbert Ambaſſadeur Plenipotentiaire
pour la Paix à Nimegue,
a l'eſprit entierement éclairé
pour les Sciences. Il n'eſt âgé
quede treize ans & deny. Cependant
il s'eſt acquité de cette
action avec autant de capacité
que s'il avoit eu le temps d'employer
un tres - grand nombre
d'années à l'étude . L'Aſſemblée
qui eſtoit composée de quantité
de Sçavans , &de pluſieurs Perſonnes
de la premiere qualité,
en fortit fort fatisfaite , & il n'y
eut perſonne qui n'eſperât de
voir un jour ce jeune & habile
Soûtenant , marcher ſur les pas
de Monfieur ſon Pere , qui eſt
encor à Nimegue par ordre du
Roy, pour travailler au Traité de
Paix entre les Couronnes du
Nord ,apres avoir fi heureuſe
ment
70
MERCURE
ment agy dans ceux qui ont eſté
terminez avec tant de gloire pour
la France .
Le Repos que le Roya procuré
à toute l'Europe par ces Traitez
, a donné lieu à ces deux Deviſes.
I.
Un Olivier avec ces mots,
Fructusſum & honor Solis .
Je ſuis le fruit & l'honneur du Soleil.
L'Olivier ne croiſt que dans
les lieux où le Soleil eſt fort
chaud, & les Anciens l'ont conſacré
à la gloire de cet Aſtre.
11.
Le même Olivier chargé d'Olives
avec ces paroles , Soli debetur
fructus & Arbor.
Nous devons au Soleil & cet Arbre , & fon
fruit.
Voicytrois autres Deviſes ſur
divers ſujets à la gloire de SaMajeſté.
Un
GALANT.
71
I.
Un Soleil qui malgré le mouvement
contraire du premier
Mobile , s'éleve au plus haut de
l'Horiſon , dans un Char brillant,
tiré par les quatre Chevaux que
luy donne Ovide , & ce mot du
ſecond Livre des Metamorphoſes.
Contrarius evehor orbi.
Je m'éleve où je veux, malgré tous vos efforts .
Pour faire voir que la reſiſtance
de toute l'Europe n'a pû arrêter
le Roy dans ſes Conqueſtes.
1 I.
Un Soleil éclatant d'or & d'azur
, qui ſe couche dans la Mer,
avec ces mots du meſme Livre
des Metamorphofes. MeSubje-
Etis excipit undis .
Neptune me reçoit, &me ſoûmet les Eaux.
Rien n'exprime plus heureuſement
le grand pouvoir que le
Roy a preſentement ſur la Mer.
Un
72
MERCURE
III.
Un Soleil qui répand ſes rayons
fur des Arbres de diferentes efpeces
, chargez chacun de leurs
Fruits , & ces paroles. Singulis
varius, utilis omnibus.
Diferent pour chacun, avantageux à tous.
Le Roy a un ſi juſte diſcernement
de la capacité de ceux qu'il
employe, qu'on luy voit toûjours
appliquer chacun à ce qui luy
eſt le plus propre.Toutes ces Deviſes
ſont de Monfieur le Franc ,
dont je vous en ay déja fait voir
quelques-unes.
Monfieur l'Abbé d'Harcourt
a eſté malade à l'extremité , &
vous aurez peut- eſtre entendu
dire qu'il eſtoit mort , parce que
le bruit en a couru quelque
temps icy . Il eſt vray qu'on avoit
écrit de Bourbon , que les Eaux
de Vichy l'avoient tué. Cependant
GALANT. 73
dant il étoit tombé malade à cinq
lieües de là dans une petite Ville
nommée Varenne , & il n'eftoit
pas encor à Vichy lors qu'on
publioit cette fauſſeté. Il eſt certain
que les Eaux qu'on a voulu
décrier, ont produit un effet tout
contraire àce qui s'en eſt dit , &
que loin d'avoir fait mourir ce
Prince , elles luy ont rendu ſa
ſanté. Les Medecins ont beaucoup
contribué à la rétablir. Mr
Foüet eſtoit du nombre. C'eſt un
Medecin tres-habile , qui a donné
un Livre au Public , intitulé
Le Secret des Bains& Eaux Mine-
Tales de Vichy , dans lequel font
contenuës beaucoup de recherches
auffi curieuſes qu'utiles pour
les Malades qui ont beſoin de
boire des. Eaux. La réputation
de celles de Vichy , qui commençoient
à eſtre fort en vogue
Iuin 1679. D
74
MERCURE
dés l'année derniere, a beaucoup
augmenté celle- cy. L'Aſſemblée
des Buveurs y est tres-belle ,&
vous le croirez quand je vous auray
nommé Monfieur le Duc de
Vendoſme , Monfieur le Chevalier
fon Frere Grand Prieur de
France,Monfieur le Chevalierde
Lorraine , Monfieur le Comte de
Marſan , Monfieur l'Abbé d'Harcourt
, Monfieur le Marquis de
Bévron Lieutenant de Roy en
Normandie, Madame ſa Femme,
Madame la Marquiſe d'Efiat , Mademoiselle
de Crenantqui a eſté
Fille de la Reyne , Madame la
Comteſſe d'Apchon,Monfieurle
Comte de Carrouge , Madame ſa
Femme, Mademoiſelle de Tilliere
ſa Sooeur , Monfieur Bertier
Confeiller en la Cour , Monfieur,
de Meſſac qui a eſté Secretaire
du Conſeil avec Meſdames ,
leurs
GALANT.
75
, leurs Femmes & Monfieur
Chapelle , fi connu par la beauté
& par la délicateſſe de fon
eſprit. Outre tous ceux que je
viens de vous nommer , Vichy
eſt encor remply de quantité
de Perſonnes confiderables de
Paris , de Lyon , de Norman,
die , d'Auvergne , de Touraine
, & des autres Provinces du
Royaume.
Je vous ay déja mandé que
toutes les Compagnies avoient
eu permiffion d'aller faire compliment
au Roy ſur la Paix.
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe
s'acquiterent de ce devoir
le 23. de l'autre Mois. Monfieur
Rofe Secretaire du Cabinet ,
porta la parole ,& s'attira l'admiration
de toute la Cour par cette
Harangue. 1
Dij
76
MERCURE
SIRE IRE ,
L'Academie Françoise , dont les
veilles sont consacrées à l'immortalité
du Nom de fon Auguste
Protecteur,félicite Vostre Majesté
du fupréme degré de gloire où la
Paix que toute l'Europe vient de
recevoir defa main, éleve ce Nom
triomphant.
Elle avoie , SIRE , qu'elle
croyoit que la Guerre l'eust déja
mis en fon plus haut point de
fplendeur , fans le secours mesme
de tant de Victoires remportées
fousſes auspices dans les commencemens
defon Regne.
Il eſtoit bien difficile qu'elle
n'en fust pas persuadée , voyant
ausfitoft que vostre Majesté eut
pris les reſnes de fon Empire , la
HongrieSauvée, la Thuringe foûmise
GALANT.
77
miſe , &la Hollande délivrée par
voſtre ſeule protection.
Et lors qu'elle parut en personne
à la teste deſes Armées , la moitié
de la Flandre conquiſe dés la
premiere Campagne.
La Franche- Comté fubjuguée
en quinze jours au coeur de l'Hyver,
& depuis renduë & repriſe
avec une égale magnanimité.
LaMeuse , le Rhin , le Vahal
& l'Iffel , & toutes les Places qui
défendoient ces Climats inacceffibles
, forcez en moins de cinq femaines.
Quarante autres Places des
Païs-Bas , de l'Allemagne , & de
l'Espagne, dont la plupart estoient
tenuës auparavant pour imprénables
, infultées plutost qu'aſſiegées
en touteforte defaiſons.
Des Batailles gagnées, des Marches,
des Campemens ,des Retrai-
Düj
78 MERCURE
tes &des Combats qui ne seront,
Pas d'un moindre éclat dans l'Hiſtoire,
que les Batailles.
-Les Flotes de vostre Majesté
victorieuses fur l'Ocean & fur la
Mediterranée , favorisoient auſſi
cette impression.
- Tous ces Trophées de fa valeur,
de la juſteſſe de ſes ordres , de ce
fonds deScience guerriere qui fuplée
à tous ces Héros que la mort
luy a ravis , ou que l'âge & les infirmitez
ont retiré duſervice; tous
ces Trophées , dis-je , qui ſont propres
à Vostre Majesté , & uniquement
àElle, ne laiſſoient rien imaginer
au dela de cet amas de gloire
qu'Elle s'est fait par les Armes.
Mais la Paix découvre ànosyeux
des choses encor plus merveilleuſes.
Vn jeune Monarque intrépide,
infatigable , entraîné par les plus
rapides mouvemens d'une noble ami
bition
GALANT.
79
bition & d'une juste vengeance,
guidépar la Fortune mesme toûjours
esclave deſa vertu, à de nouvelles
conquestes & à la deftru-
Etion entiere de ſes Ennemis , qui
s'arreſte au milieu de ſa courſe pour
Sacrifier au repos publicfes reffentimens
&Ses interests , à la veuë
(ſi je l'ofe dire ) de la Victoire qui
l'appelle pour luy mettre sur la
teſte la Couronne de l'Univers.
Que diray-je de plus?Un Triomphe
où le Char du Vainqueur n'est
pasfuivy comme autrefois de quelques
malheureux Captifs , &des
repréſentations de fuccés la plûpart
chimériques; Mais un Triomphe
dont lapompe est ornée d'une
illustre foule de grands Princes &
de Potentats,ſoûmis aux conditions
qu'il vous a plû de leur preſcrire.
Un Triomphe où voſtre grand coeur
est le premier au rang des Vaincus,
Dinj
80 MERCURE
où toute la Chreftienté vous comble
de benedictions ; & au lieu de ces
vaines images dont on avoit accoûtuméderepaître
le Peuple Romain,
nous avons leſpéctacle réeld'Etats
valans des Royaumes , adjoûtez à
voſtre Couronne , ou qui feront au
premier jour reftituez à vos Amis,
ou déja rendus liberalement à ceux
que vos faits heroïques ont contraint
à ledevenir.
(
Que l'on cherche dans tous les
temps s'ily a rien de comparable à
ce chef- d'oeuvre de puiſſance & de
moderation..
Pouvant conquérir toute la Terre,
vous avez borné vostre pouvoir
à la délivrer des maux qui l'accablent.
Vous n'avez porté le fer & le
feu dans le ſein de vos Aggreffeurs,
que pour les rendre ſenſibles aux
calamitez publiques .
2
Vous
GALANT. 81
Vous n'avez foudroyé tant de
Bastions , que pour relever mille &
milleAutels.
Vous n'avez dompté ces fieres
Nations qui s'estoient liguées contre
vous , que pour leur donner
moyen de s'unir contre les infidelles.
Vous n'avezbravéles perils, les
Saiſons, &les élemens, effuyé tant
defatigues &de dures incommoditez,
que pour mettre en feûreté nos
vies & nos fortunes; nous faire
jouir des douceurs d'une profonde
tranquillité, ranimer l'autoritédes
Loix, bannir l'impunité des crimes,
pourvoir avec un amour paternel
aufalut de nos Familles , extermsner
la violence , l'oppreſſion, & la
tyrannie ; ramener l'innocence&
la bonne-foy ,& porter la felicité
de nostre Siecle audeffus de tout ce
qu'on a dit de celle du Siecle d'Auguste.
ง
82 MERCURE
Quelleétenduë de mcrite envers
Dieu & envers les Hommes !
Quel exemple ! quels engagemens
pour le digne Fils d'un tel
٠٧٠
Pere!
Y
Ma voix que le Sort a mal choifie
, est trop foible pour exprimer
tout ce que l'Academie Françoise
penſeſurunfigrandſujet.
Elle a de meilleurs Interpretes
des hautes idées dont elle est remplie,
qui sçauront donner une plus
digne forme à ces pretieuſes matieres.
Ces fameux Autheurs qui d'un
trait de plume , font des éloges plus
durables que n'est le marbre ny le
bronze, employeront à l'envy toute
la force de l'Eloquence, tout le feu
divin de la Poësie , toute l'exacti.
tude de l'Histoire , pour celebrer
dans leurs Ouvrages , ce concours
inoiy de tant de vertus militaires
&
GALANT. 83
& pacifiques en vostre Perfonne
Sacrée.
Heureux depouvoir porter jusqu'au
Ciel les louanges de leur
Bienfaicteur ſans estrefoupçonnez
deflaterie!
Cependant nous redoublerons nos
voeux pour la conſervation du genereux
Vainqueur de Soy - mesme,
de l'Arbitre Jouverain de la Repu--
blique Chreftienne , du Restaurateur
de la Religion & de la Juštice
, du Pere du Peuple & des Lettres
, enfin de LOVIS XIV. ce
Roy donné de Dieu par miracle,
pour estre l'honneur , les delices,
& (sifa modestie peut fouffrir ce
terme) le Maistre du Genre humain.
CeDiſcours finy , Sa Majeſte
ſe leva , & s'approcha de
Monfieur Rofe, elle luy fit l'honneur
de luy dire qu'elle eſtoit
perfua
84 MERCURE
perfuadée du zele de tous les
Academiciens pour la gloire de
ſon Nom ; Qu'elle en avoit reçeu
beaucoup de preuves,& que
comme elle s'en promettoit la
continuation , ils devoient auffi
eſtre aſſurez de celle de ſa bienveillance.
Elle eur auſſi la bonté de témoigner
à Monfieur Roſe qu'el--
le eſtoit contente de luy en forma
particulier.
Vous jugez bien , Madame,
qu'il fut auſſi toſt environné d'uns
nombre infiny de Gens qui le
feliciterent ſur l'heureux fuccés
de ſa Harangue. Monfieur
leDuc de S. Aignan qui avoit
marché en fon rang d'Academicien
perça la foule,&luydit ces
quatre Vers:
GALANT.
85
Ol'honneur de la Maiſon,
Eloquent &sçavant Rose
Je ne puis dire autre chose,
Sinon , le Sort a raison.
:
Il répondoit par cet Inprompru
à ce qu'il venoit d'entendre
dire à Monfieur Roſe , que le
Sort l'avoit choiſy pour faire au
Roy le Compliment deMeſſieurs
de l'Academie ; car il portoit la
parole comme Chancelier de la
Compagnie , & vous ne devez
pas avoir oublié qu'on y élit tous
les trois mois un Directeur &
un Chancelier , & que c'eſt le
hazard qui en decide. Monfieur
Peliſſon ayant entendu ces quatre
Vers , obligea Monfieur le
Duc de S. Aignan à rentrer dans
la Chambre de Sa Majesté , &
à luy dire que c'eſtoit un compliment
ſur le compliment. Le
Roy eut la bonté de les écouter,
&
86 MERCURE
& témoigna à ce Duc en ſoûriant
, que cela ne luy avoit pas
eſté defagreable.
On a eu icy nouvelles de la
mort de Monfieur le Duc de Baviere
, Grand Maistre & Eleeteur
de l'Empire, Comte Palatin
du Rhin, &c . Il eſt mort le 29.de
May en fon Château de Schlesheim
à une lieuë de Munic .
Apres avoir dîné à fon ordinaire ,
fans qu'il parût en luy aucune
marque d'indiſpoſition, il ſe retira
dans ſonCabinet,oùquelqu'un
de ſes Gens eſtant entré , il dit
qu'il ſe trouvoit extremement
mal,& luy ordonna d'aller promptementchercher
fonConfeffeur
&fon Medecin. Il ne fe fervitde
l'un ny de l'autre , & fut furpris
dans le mefme temps d'une apoplexie
ſi forte , qu'elle l'emporta
dans ce mefme jour fans qu'il
cust
GALANT.
87
cuft repris connoiſſance. Il étoit
né à Munic le 21. Octobre 1636.
& s'appelloit Ferdinand Marie-
François - Ignace Vvolphang.
C'eſtoit un Prince fort genereux
, bon , pieux , aimant la juftice
, fage , & ferme en ſes Alliances.
Heſt preſque le ſeul qui
ait pû venir à boutde maintenir
fes Etats dans une pleine paix,
quoy que la Guerre fuſt allumée
chez tous fes Voiſins,fans que les
inſtaces accompagnées quelquefois
de menaces, ayent jamais pû
l'ébranler ny l'empécher d'eſtre
fidelle à ſes Alliez . Il s'étoit marié
le 22. Janvier 1652.& avoit épou.
sé Adelaïde de Savoye , Fille de
Chriftine de France , & de Victor
Amedée , Pere du Duc de
Savoye , & Grandpere de celuy
d'aujourd'huy. Il a laiſsé deux
Fils&deuxFilles de cette Illuftre
88 MERCURE
ſtre Princeſſe qui mourut il y a
environ trois ans , & qui estoit
également belle, genereuſe, ſçavante
, & capable de grandes
affaires . Les deux Fils font Maximilien
- Marie né l'onziéme
Juillet 1662. & Joſeph - Clement
né en 1671. & les deux Filles,
Marie - Anne - Victoire , née le
28. Novembre 1660. & Joland-
Beatrix née en 1673. Son Fils
aîné Maximilien - Marie luy a
fuccedé ,& felon ce qui eſt reglé
par la Bulle d'Or , le Prince
Maximilien - Philippe - Jerôme
ſon Oncle , Frere unique de ſon
Pere, ſera ſon Tuteur juſqu'à ce
qu'il ait atteint l'âge de dix- huit
ans. Ce Prince eſt né le 30. Septembre
1638.& a épousé Loüife
de la Tour, Soeur de Monfieur le
Ducde Boüillon le 26. Avril 1668 .
La Maiſon de Baviere eſt l'une
des
:
GALANT. 89
des plus Illuſtres du Monde,
tant par ſon ancienneté que par
ſes alliances avec tous les Princes
de l'Europe. Celle des Electeurs
& Princes Palatins eſt la
meſme. Elles deſcendent l'une
& l'autre d'Othon I. Comte de
Schiern & de Vittelpach qui
mourut en 1183. L'un de ſes
Deſcendans appellé Loüis le
Severe mort en 1294. laiſſa deux
Enfans. Rodolphe l'aîné fit la
Tige de la Branche Rudolphine
, de laquelle eſt ſortie la Maifon
Palatine & toutes ſes Bran
ches.
Du ſecond qu'on appella
Loüis , & qui fut éleu Empereur
l'an 1314. eſt venuë la Branche
Vvillelmine ouGuillelmine, c'eſt
à dire la Maiſon des Ducs de
Baviere , par Jean , Ernest , Albert
I II . Albert I V. Guillaume,
Albert
.
१० MERCURE
Albert V. & Guillaume , grand-
Pere de Ferdinand-Marie dernier
mort.
-Ce ſecond Guillaume nâquit
le 29. Septembre 1548. & mourut
en 1624. Il avoit épousé Renée
Fille de François Duc de
Lorraine , de laquelle il eut Maximilien
qui luy fucceda , Philippe
Cardinal & Evefque de
Ratisbonne mort l'an 1598. FerdinandArcheveſque
& Electeur
de Cologne, & Eveſque de Liege,
de Munſter, & de Paderborn,
qui mourut en 1650. Magdeleine
Femme de VolphangGuillaume
Duc de Neubourg , & Mere du
Duc de Neubourg, Anne- Marie
Femmede l'Empereur Ferdinand
II.& Alberi né en 1 584. & mort
en 1666. lequel épouſa Matilde
Fille & Heritiere de George-
Loüis Landgrave de Leuchtemberg
GALANT.
91
berg dans le Haut- Palatinat ,de
laquelle il eut Maximilien Henry
Archeveſque & Electeur de
Cologne , Eveſque de Liege &
de Hildesheim ,& Albert- Sigifmond
Eveſque de Ratifbonne ,
&de Friſengen , qui vivent tous
deux. Maximilien Fils aîné &
Succeſſeur de Guillaume, nâquit
l'an 1573. C'eſtoit un Prince égal
aux plus grands Hommes , &
d'un merite extraordinaire . L'an
1607. il aſſujettit la Ville de Donavert
qui avoit efté miſe au Ban
de l'Empire. En 1609. on le fit
Chef de la Ligue Catholique en
Allemagne , & en 1623. il fut
inveſty du Haut- Palatinat , &
élevé à la dignité du Grand Maître
& Electeur de l'Empire , laquelle
il a laiſſée à ſa Poſterité
avec tout le reſte de ſes Acquiſitions
, de grands Tréfors ,detres
beaux
92 MERCURE
beaux Palais,& quantité de Pierreries
&de Meubles prétieux. Il
mourut en 165 1. & avoit épousé
en ſecondes Noces Marie-Anne
Fille de l'Empereur Ferdinad I I.
morte à Munic le 25. Septembre
1665. de laquelle il a eu Ferdinand-
Marie , dont je vous apрт
prens la mort & Maximilien
Philippe encor vivant.
>
:
Il faut vous conter une Avanture
dont les incidens ſont particuliers.
Un Amant voulant envoyer
quelque choſe de nouveau
àſa Maîtreſſe , chercha des pois
verds aux environs de Paris. On
n'y en avoit point encor apporté,
&la rareté fut cauſe qu'en ayant
trouvé quatre litrons, ils luy coû.
terent fix Loüis le litron . C'eſtoit
l'unique préſent conſidérable
qu'il luy puſt faire fans s'expoſer
au refus. La Belle eſtoit fiere , &
il
GALANT.
93
il s'imagina bien qu'elle n'auroit
rien accepté d'une autre eſpece.
Je ne vous puis dire ſi le Cavalier
donna ordre qu'elle fuſt inſtruite
de ce que luy coûtoient
les Pois, ou fi le hazard ſeul s'en
meſla ; mais enfin elle estoit aufſi
ſçavantequel'Acheteur,quand
on luy apporta le Preſent. Il fut
reçeu , & comme elle eſtoit plus
coquete que friande , elle ne pût
s'empefcher de dire qu'il falloit
eſtre peu ſage pour employer
tant d'argent à ſi peu de choſe.
La Mere qui estoit naturellement
avare , la voyant dans ce
ſentiment , luy propoſa de vendre
les Pois. La Fille n'eut pas
de peine ày confentir. Elle avoit
du Bien, mais un peu embaraſsé
deProcés , & l'argent des Pois
luy pouvoit fournir beaucoup de
petits ajuſtemens qui luy manquoient.
94 MERCURE
quoient. Elle avoit aupres d'elle
tout à propos une de ces Amies
de condition moyenne , qui ne
ſe font point une affaire de trafiquer
de tout ce qui peut tomber
en commerce. L'Amie alla
auſſitoſt aux Halles trouver une
Femme de ſa connoiſſance qui
fourniſſoit la plupart des Maîtres
d'Hoſtel des grandes Maiſons.
On n'y avoit point encor veu de
Pois , comme je vous l'ay déja
dit , & elle ſçeut de cette Femme
, que le Pourvoyeur d'un
Prince qui donnoit un fort grand
Repas , luy en eſtoit venu demander
; qu'il devoit repaſſer
pour je ne ſçay quoy , & que fi
elle vouloit l'attendre, elle feroit
affaire avec luy. L'Amie demeura,
& pendant ce temps, la Belle
pour qui elle revendoit , reçeut
viſite d'un Soûpirant. Son bien,
fa
GALANT.
95
fa beauté , & fon eſprit luy en
attiroient un affez grand nombre
, & celuy- cy eſtoit des plus
amoureux. La converſation roula
ſur toutes les choſes de la ſaiſon
. On parla de Pois , & fur ce
que la Belle dit là-deſſus , ce ſecond
Amant ſe perſuada qu'elle
avoit envie d'en manger. Il fortit
preſque auſſitoſt , & comme
ſa plus forte paffion eſtoit de luy
plaire, il courut aux Halles chercher
des Pois verds. On luy dit
en pluſieurs endroits qu'on n'en
avoit point encor vû , & enfin il
vint à la Femme qui avoit parlé
du Pourvoyeur, Elle dit qu'elle
en avoit quatre litros, mais qu'elle
attendoit nouvelles d'un Prince
qui les payeroit largement.
L'Amant avoit le coeur pris.C'eſtoit
une neceſſité pour luy d'eftre
liberal. Il pria , preſſa , jettaſa
bourſe,
96 MERCURE
bourſe , & trouva qu'on luy faiſoit
bon marché en ne luy de
mandant que trente Loüis-d'or.
L'Amie fort en joye de l'heureux
ſuccés de ſa negotiation ,
porta les trente Loüis à la Belle,
qui fut fort ſurpriſe d'apprendre
que l'Amant qui la venoit de
quiter , avoit acheté les Pois. II
avoit eſté connu de la Vendeuſe
ſans qu'il euſt ſçeu à qui il avoit
donné fon argent. Ce qu'il y eut
de bizarre en cette rencontre ,
c'eſt que la Belle fort contente
de l'argentqu'on luy avoit apporté
, ne put entendre le nom de
l'Acheteur ſans chagrin . C'eſtoit
celuy de tousſes Amans qui luy
plaiſoit davantage. Elle raiſonna
ſur la dépenſe qu'il venoit de
faire , s'imagina qu'il donnoit
quelque Repas à une Rivale , &
faiſant reflexion ſur ce que fa
viſite
GALAN T. 97
viſite avoit eſté plus courte que
de coûtume , elle ne douta point
que les appreſts du Régal n'en
fuſſent la cauſe. Une Dame de
ſes intimes Amies qui ſurvint ,
l'empécha de s'abadonner à tout
fondépit. On tomba fur les faufſ--
ſes proteſtations des Amans. La
Belle que la jalouſie faiſoit parler,
foûtint qu'il ne ſe falloit jamais
fier à aucun, & elle pouffoit cette
matiere d'une grande force,
quand elle vit entrer un Laquais
de celuy qui avoit acheté ſes
Pois.Il luy envoyoit une Corbeil
le qu'il avoit accommodée luymeſme
fort proprement avec des
Rubans , & qui paroiſſoit pleine
de fleurs . Elle la fit mettre fur la
table, dit je ne ſçay quoy au Laquais
pour celuy qui l'envoyoit,
&penſa qu'il la vouloit ébloüir
avec un Bouquet , tandis qu'il
Iuin 1679. E
98 MERCURE
régaloit ſa Rivale. La Dame qui
avoit fort loüé la galanterie du
Preſent, s'approcha de la Corbeille
, & en tira quelques fleurs pour
les emporter. Les Pois parurent ,
& la Belle connoiſſant alors que
les fleurs n'avoient eſté mifes
que pour les couvrir , ne put
s'empecher de rire & des foupçons
que ſa jalouſie luy avoit fait
prendre , & de ce qu'on avoit
acheté d'elle-meſme dequoy luy
faire un preſent. La Dame familiere
de tour temps dans cette
Maiſon , ſuccomba à la tentation
de manger des Pois , &ſe pria de
fouper. Elle dit qu'elle eſtoit fort
aſſurée qu'on n'en avoit point
encor ſervy chez les Princes , &
que c'eſtoit une nouveauté dont
elle vouloit ſe faire honneurdans
le monde. Il n'y eut pas moyen
de la refuſer. Des quatre litrons
on
GALANT. 99
on en ſervit'un au grand regret
de la Belle , qui ſçachant ce
qu'avoient coûté les Pois , voyoit
avec peine que tant d'argent ſe
confumaſt à manger. La Dame
partie , on delibera de ce qu'on
feroit des trois qui reſtoient.
La Belle les euſt volontiers vendus
encor une fois , mais laMere
obligée à un Avocat qui avoit
plaidé pour elle une Cauſe , crût
l'engager à l'en tenir quite enluy
envoyant les Pois. Ils furent portez
le lendemain au matin àl'Avocat
; & s'ils ne firent pas naître
de la jalouſie , ils donnerent
au moins lieu à une diſpute entre
le Mary & la Femme. Cellecy
qui aimoit la bonne chere ,
vouloit en regaler ſes Amis , &
l'Avocat en diſpoſa malgré elle
pour un Marquis du bel air , qui
avoit follicité quelque choſe
Eij
100 MERCURE
pour luy à la Cour.Il n'y eut peuteſtre
jamais d'incident pareil à
celuyqui arriva. Le Preſentavoit
eſté fait à l'Avocat avec la Corbeille
, & une partie des fleurs
qui ne couvroient pas tout à fait
les Pois . L'Avocat le fit au Marquis
de la meſme forte , & il eftoit
encor ſur ſa table , quand
celuy qui l'avoit fait le premier
avec la Corbeille , entra dans la
Chambre du Marquis pour quelque
affaire dont il avoit à l'entretenir
. Son Preſent luy ſauta
aux yeux. Il reconnut la Corbeille
dont il avoit noüé les Rubans,
&fut dans un deſeſpoir inconcevable
de voir qu'on ſe fuſt
ſervy de ce qu'il avoit envoyé,
pour donner des marques de
confideration à ſon Rival. Il fortit
, alla chez la Belle , & fe contenta
d'abord de recevoir avec
beau
GALANT. 101
beaucoup de froideur le remercîment
qu'elle luy fit de ſes Pois .
Mais quad elleditqu'on les avoit
trouvez d'un gouft admirable ,
il ne put s'empeſcher de luy repondre,
que pour parler juſte,elle
devoit attendre que le Marquis
luy euſt fait ſçavoir ce qu'il en
penſoit. La Belle demanda l'explication
de cette Enigme. Elle
fut donnée , & le diférent qu'elle
cauſa ſembloit n'eſtre pas facile à
terminer.L'Amant ſoûtenoit qu'il
avoit veu ſon propre Preſent
chez le Marquis.La Belle ſe trouvoit
mortellement offencée de
ce reproche , & diſoit avecune
fierté digne d'elle, que ſi elle eſtimoit
aſſez de certainesGens pour
en vouloir accepter quelquePreſent
de cette nature, on la devoit
juger incapable d'en ffire jamais
Eiij
102 MERCURE
aucun à un Homme. L'Amant
demandoit à voir la Corbeille , &
on repondoit qu'il eſtoit indigne
qu'on ſongeât à ſe juſtifier avec
luy. Enfin le hazard qui avoit
donné occaſion à la diſpute , fit
connoiſtre qu'ils avoient tous
deux raiſon . Les Pois revinrent
pour la troiſième fois à la Belle.
Le Marquis , à qui elle ne déplaifoit
-pas , aima mieux luy
en faire preſent que de les manger.
On les apporta dans la
plus grande chaleur de leur diferent
; & fi l'Amant fut pleinement
convaincu que la Belle
ne les avoit point donnez
au Marquis , puis que le Marquis
les luy envoyoit , elle
fut convaincuë à ſon tour par
la Corbeille , que l'Amant avoit
veu les Pois chez le Marquis.
La
GALAN T.
103
د
La Mere arriva & ſurpriſe
autant que fa Fille de ce qu'on
luy faiſoit preſent de ſon Preſent
, elle declara celuy qu'elle
avoit fait à ſon Avocat. On ne
douta point qu'il n'euſt envoyé ,
la meſme Corbeille chez le Marquis
, parce qu'on les voyoit fort.
ſouvent enſemble. La paix fur
faite, & les Pois qui avoient déja
causé de la jalouſie des deux côtez,
furent mangez avec l'Amant
Favory que la Mere retint à dîner.
::
Je ne vous puis parler de Repas
ſans vous dire que Monfieur
I'Ambaſſadeur d'Eſpagne ,Madame
l'Ambaſſadrice , Monfieur le
Ducde faint Pierre ſon Gendre,
Madame la Ducheſſe ſa Femme,
& le Fils de Monfieur l'Ambaffadeur,
furent regalez par Monſieur
de Gourville le Jeudy hui-
1
E iiij
104 MERCURE
tiéme de ce Mois. Monfieur le
Prince de Monaco , Madame ,&
Mademoiselle de Roye , Monfieur
Tambonneau , Madame ſa
Mere , & Monfieur Camas , Portugais
d'un fort grand merite,
eſtoient du Regal. Il fut magnifique
; mais quoy que la magnificence
allât loin , elle ne pût
qu'égaler la delicateſſe des Mets .
Aprés le dîné , on paſſa dansun
Appartement , dont les Chambres
eſtoient remplies de quantité
de beaux Vaſes tous garnis
de fleurs . Il y avoit des Tables
pour joüer à l'Hombre , & tandis
qu'on ſe divertiſſoit au Jeu,
on fut agreablemet ſurpris d'entendre
un Concert. La Symphonie
dura juſqu'à fix heures du
foir. Elle estoit conduite par le
Sieur Chicaneau , Maiſtre de la
Muſique de Monfieur le Duc.
Madame
GALANT. 105
Madame la Ducheſſe de Nemours
a choiſy Madame la Baronne
de Manerbe pour eſtre ſa
Dame d'honneur. Ce choix fuffit
pour perfuader de ſon mérite.
Il eſtoit fort connu de cette Princeſſe
depuis huit ou neuf années
que Madame de Manerbe avoit
l'avantage d'eſtre auprés d'elle.
Sa naiſſance ne la rend pas moins
conſiderable que ſes belles qualitez.
Elle eſt de la Maiſon de
Monchy , de la Branche de feu
Monfieur le Mareſchal d'Hocquincour.
Madame ſa Mere, qui
eſt deGuilbon , eſtoit en partie
Heritiere de feu Madame la Ducheſſe
d'Amville. Son Ayeule
eſtoit de Broully, & fa Bifayeule
de Fienne. Monfieur le Baron
deManerbe fon Mary , eſt d'une
des meilleures Maiſons deNor
mandie. Son nom eſt de Borel,
E V
106 MERCURE
connu dans l'Hiſtoire par les fameux
Comtes de Borel. Madame
de Manerbe ſa Mere eſt
d'une tres grande Maiſon de la
Friſe, de la Famille de Siquingua,
qui porte pour ſes Armes les mêmes
Simboles que l'Empire. Ses
Alliances ſont des plus illuſtres
du Royaume . C'a eſté par celles
de Servaire Baron de S. Pere,
qui vient des Comtes de Meulan
, que la Chaſtellenie de Manerbe
eſt entrée dans ſa Famille.
Celuy dont je vous parle a eu
une Grand-mere de la Maiſon
de Graville. Cette Maiſon avoit
en 1400. un Grand- Veneur de
France qui fut marié à Jacquelinede
Montagu, Fille de Jean de
Montagu Grand - Maiſtre de
France , & en 1516. un Admiral
de France , qui épouſa Marie de
Balzac- d'Entragues.Enfin le nom
de
GALANT... 107
de Malet de Graville a eſté honoré
de l'alliance d'une Fille du
Comte d'Alençon , defcendu du
Sang Royal. Ses dernieres ont
eſté dans les Maiſons de Hautemer
Mareſchal de Fervaques , &
de Choiſeul Mareſchal Duc du
Pleſſis. +
Quoy que nous commencions
d'entrer dans l'Eté , vous ne ferez
pas fâchée que je rappelle
les premiers jours de la derniere
Saifon pour vous faire voir une
Piece fort galante de laquelle
ils ont fourny la matiere. Vous
ſçavez , Madame , que tout le
mois d'Avril s'eſtpaſsé en pluyes,
&qu'on l'a pû compter cette année
pour un mois d'Hyver,C'eſt
là-deſſus qu'on a fait ces Vers.
LE
108 MERCURE
****** 谢谢谢
LE PRINTEMPS
D'OLYMPE.
BElleOlympe, dont les appas
Font tant de méchans coups dont on
n'oſeſeplaindre,
Etquiſçavezvous faire aimer& craindre
Par tel qui ne s'en vante pas ;
Comme en defirs d'apprendre
onabonde,
àvôtreage
N'eſtes vouspoint en peine deſçavoir
D'oùvientque nuit&jour il ne fait que
pleuvoir ;
Que le vent qui ſans ceſſeà nos oreilles
gronde,
Dans laplus belle des ſaiſons
Fait leplus vilain temps du monde,
Et qu'àla fin d'Avril on couve fes ti
Sons?
En unmoment fi vous voulez m'entendre,
CeRecitpourra vous l'apprendre.
Lo
GALANT 109
LePrintemps accablé d'un chagrin fans
pareil, :
Vint unjourſe plaindre au Soleil ,
Et lay dit , c'est chose cruelle ,
Quemoy , qui ſuis des ſaiſons la plus
belles
Qui fais naistre les fleurs & les tendres
amours,
toûjours
)
Et quipar làdevrois regner to
Leſuis reduit ,ſi j'ay quelque durée ,
Ala voirfi fort refferrée,
Que l'on n'a presque pas le temps
Dereconnoistre le Printemps.
•Par quelle étrange destinée
L' Hyver, qui des Mortels eft la crainte
&l'effroy,
Regnera-t- ilautant que moy ?
Nefaisant que du bien, pourquoy
N'ay-je que le quart de l'année?
Encorefi chacun vivoit content du ſien ,
Quemes Soeurs fur mon quart ne pretendiffent
rien ,
Ien'enn'aurois jamais demandé davantage;
Mais belas ! c'eft grande pitié,
Parce que jesuisdoux , on me pille , on
m'ontrage 4
!
Et
ΙΙΟ MERCURE
Etde trois pauvres mois qui font tout
monpartage,
Ien'enayjamais la moitié.
Apeine par mes soins ranimant la Nature,
:
Ay-je auxChamps comme aux Bois ramené
la verdure,
Qu'on voit l' Hyver fier & mutin
2 Venirſouvent un beau matin
Ramenant avec luyſa maudite froidure,
Geler &fleurs &fruits , & rendre impunément
Des pauvres Jardiniers les esperances
vaines,
Enfin détruire en un moment
Ceque j'ayfait enfixsemaines.
leneſuisquere mieux traité
Parl'Eté.
د
Ses ardeurs demeſurées
Sont toûjours prematurées ,
Ilmetàsec mes gazoüillans ruiſſeaux ,
Fait taire les petits Oyseaux ,
Etvientſechermes fleurs avec tant d'infolence,
Qu'il me fait perdre patience.
Ainsi parla le Printemps éperdu,
Demandant qu'il luy fust pourven ;
Cefaisant que l'on fist defense .....
A
:
GALANT. 111
A l'Hyver pour l'avenir ,
Apresson temps passé, d'ofer plus revenir,
De mesme qu'à l'Eté d'échauffer par
avance.
Mais par malheur le Dieu qui preſide
aux Saiſons
Negoûtapas fort ses raisons,
Et du pauvre Printemps la barangue
inutile...
4
Fit auffi peu d'impreſſion ,
Que s'ileuft exhorté le Maire d'une Ville
Afaire une Impofition ,
Ilcut beau dire, il eut beau faire ,
Tout alla comme à l'ordinaire.
Poursevanger de ce cruel refus
Il jura hautement qu'on nele verroit plus,
Qu'il renonçoit au ſoin de la ſaiſon nouvelle
,
Que l'Hyver reglast tout au gré de fa
cervelle ,
Pour lay , que jamais rien ne pourroit
l'émouvoir ,
Et que quand il pleuvroit , il laiſſeroit
plenvoir.
Qu'il avoit un moyen facile
De s'affurer un agreable azils
Qui luy feroit enseureté
Braver
112 MERCURE
Braver& Hyver l'Etc.
Alors fans tarderdavantage ,
Il vint ſeretirerdeſſus vostrevisages /
C'est làqu'il nousfait voir fes plus belles
couleurs ,
C
Et qu'il fait tous les jours éclore mille
Hours
Il nepeut estre mieux, &mafoy , s'il est
Sage
Iln'enpartira point d'une centaine d'ans;
Ilnecraint en ce lieu ny le vent , ny l'orage
,
Ny les injuresdu temps.
D'ailleurs il gagne tour , changeant de
destinée , nog on to
Puis qu'au lieu de trois mois
Qu'il avoit àpeine autrefois ,
Son regne aupres de vous dure toute
l'année.
On a écrit du Havre que
Monfieur le Marquis de Segnelay
s'y eſtant rendu le Dimanche
au foir 28. de l'autre Mois, y
avoit paſsé le Lundy & le Mardy
à examiner le Port , & les
Fortifi
GALANT. 1.1.3
Fortifications , ſans avoir voulu
fouffrir qu'on cuſt tiré un feul
coup de Canon à ſon arrivée,
quoy qu'on en cuſt preparé plufieurs
pour cela. Il a parû en ce
Païs - là comme un prodige de
lumieres , ayant raiſonné fur la
conſtruction des Vaiſſeaux , fur
la maniere de faire faire l'Exercice
auxCanonniers, fur les Fortifications
de la Place , ſur les diferens
effets de la Mer , ſur l'aboniſſement
du Port ,& fur une
infinité d'autres choſes , dans les
meſmes termes , & avec les mêmes
connoiſſances que les Officiers,
les Maiſtres, & les plushabiles
Ingenieurs. Je ne vous dis
rien de moy. Je parle ſeulement
apres ceux qui en ont écrit comme
témoins , & qui n'ont pû afſez
admirer avec combien de
prefence d'eſprit il eſt entré ,
dans
114
MERCURE
dans le plus particulier détail de
tout ce que je viens de vous
marquer. La Lettre qu'on m'en
a fait voir portoit que ce Marquis
s'eſtoit embarqué le Mercredy
31. de May , fur un Vaifſeau
de ſoixante & dix Pieces,
commandé par Monfieur le
Chevalier de Lery , qui le conduiſoit
à Dieppe , où apres avoir
veu la Place , il devoit ſe rembarquer
pour continuer la rou
te juſqu'à Boulogne , & aller de
là par terre à Calais & à Dunkerque.
La meſine Lettre marquoit
que Monfieur le Chevalier de
Lery avoit trouvé dans ſa route
de Brest au Havre , trois Navi.
res de guerre appartenant aux
Etats ; que leur ayant fait ſignal
d'amener leurs Flammes,on avoit
incontinent envoyé une Chaloupe
GALANT.
115
loupe à fon Bord pour ſçavoir de
luy de quelle maniere il ſouhaitoit
d'eſtre ſalué , & qu'il s'eſtoit
contenté que ce fuſt à l'ordinaire.
Il y en a qui racontent autrement
ce qui s'eſt paſsé en cette
rencontre. Ce qu'on en dit eſt
fort à la gloire de ce Chevalier;
mais comme de tres - puiſſantes
raiſons m'empeſchent de rien
particulariſer ſur cette matiere,
je vous diray ſeulement qu'il ne
s'eſt jamais offert aucune occaſion
importante , dans laquelle il
n'aitdonné des preuves avantageuſes
de la fermeté de ſon courage.
Dans un des premiers Combats
qui ſe donnerent contre les
Hollandois fur les Côtes d'Angleterre
, il fauta l'épée à la main
dans un Vaiſſeau ennemy , &
ydemeura un quart d'heure ſeul
ſans eſtre ſuivy de perſonne . Il
::
eut
116 MERCURE
eut l'avantage d'en tuer le Commandant
, dont il rapporta l'épée
à fon Bord , apres avoir laiſsé la
ſienne dans le corps de cet Ennemy.
Il s'eſt également ſignalé
enpluſieurs autres Combats. Sa
Maiſon eſt une des plus anciennes
de Champagne , & ceux qui
en ſont ſortis ont toûjours fort
éclaté dans les armes. C'eſt luy
qui atrouvé la nouvelle maniere
de faire l'Exercice ſur ſon Vaifſeau.
Elle merite l'approbation
qu'elle a reçeuë. L'Ocean & la
Mediterranée pourroient rendre
également témoignage de ſa bravoure&
de ſa conduite. Il alla
brûler dans le Port de Reggio les
Bâtimens Ennemis qui y étoient,
&fit un Combatparticulier contre
un Vaiſſeau Eſpagnol qu'il
coula à fond à la veuë du Port
de Meſſfine. Celuy qu'il commande
১
GALANT. 117
mande eſt appellé le Neptune. 11
eſt d'une magnificence extraordinaire
, tant pour la dorure que
pour les meubles. La Lettre
dont je vous ay déja parlé faiſoit
connoiſtre qu'il ſe preparoit
à aller joindre Monfieur de
Chaſteau - Renaud vers le Détroit.
Un Officier de Dunkerque
a écrit depuis quelques jours,
qu'il y a un Homme qui a trouvé
le ſecret de faire desCanons d'une
je ne ſçay quelle matiere qui
les rend fort faciles à tranſporter.
Il en a déja fait ſix de quatre livres
de bales , qui ſont de lamê
me groſſeur , & du meſme calibre
que ceux de fonte. Ils ne peſent
que quatre- vingts à cent livres
, & tirent ſept à huit coups
de ſuite avec le même effet , &
la meſme charge que les Ca
nons
118 MERCURE
nons ordinaires . Chaque Piece
ne couſte pas plus de fix Piſtoles .
Le 14. de ce Mois , on chanta
dans l'Egliſe des grands Auguſtins
un Te Deum pour la Paix ,
accompagné d'un fort beau
Moter. C'eſtoit une Aſſemblée
generale des Chantres &de la
Symphonie de Paris , compoſée
de toute la Muſique de Noſtre-
Dame , de la Sainte Chapelle, de
Saint Germain de l'Auxerrois,&
d'une partie de celle des Saints
Innocens. Il y avoit une élevation
dans le Jubé pour mettre les
Violons , qui estoient des Vingtquatre
de Sa Majesté , & de ſon
Alteſſe Royale Monfieur. Ils ſe
méloient avec émulation dans les
Choeurs des Muſiciens , qui eftoient
diviſez en trois , & qui ſe
furpaſſerent à l'envy les uns des
autres.Les Paroles du Motet por-
: toi ent
GALANT. 119
toient tout le monde à remercier
le Ciel de la Paix,& à s'en réjoüir
fur la Terre . Elles eſtoient de Mr
Mareſts , Docteur de Sorbonne,
Curé de S. Jean le Rond , &
avoient eſté miſes en Muſique
par le St Mignon , Maiſtre de la
Muſique de l'Eglife de Paris .
Je ne vous ay point parlé des
Te Deum chantez dans toutes les
Villes pour cette derniere Paix ,
m'eſtant contenté de ce que je
vous en ay deja dit à l'occaſion
de celles de Hollande & d'Eſpagne..
Les réjoüiſſances publiques
enont éclaté partout, &n'ont pas
eſté moindres pour cette troifiéme
Publication , qu'on les avoit
veuës pour les deux premieres';
mais ç'a eſté ſur tout une joye
inconcevable dans le Comté de
Bourgogne , où l'on avoit devant
les yeux un exemple égale
ment
120 MERCURE
iment récent & furprenant des
bontez du Roy , qui avoit oг-
donné le remboursement des
Terres , Vignes , & Heritages
pris aux Particuliers pour l'achevement
des Fortifications de la
Ville & Citadelle de Beſançon .
L'augmentation d'un nombre de
Conſeillers dans le Parlement ,
n'avoit pas eſté d'une moindre
confideration pour faire connoître
aux Habitans de toutleComté
, que rien ne leur pouvoir
eſtre plus glorieux que de vivre
ſous la domination de LOUIS
LE GRAND , & ils eſtoient encor
tous pleins des réjoüiffances
qu'ils en avoient faites , lors
qu'on eut avis par un Courrier
extraordinaire , que Monfieur le
Marquis de Louvoys devoit arriver
à Sainte Saine, quatre lieuës ,
en deça de Dijon , le Dimanche
GALANT. 121
che 4. de ce mois. Monfieur de
Montauban Lieutenant de Roy,
&Monfieur de Chavelin Intendant
de la Province , partirent
fur cet avis , & vinrent l'attendre
à Dole. Ce Miniſtre y eſtant
arrivé ſur le midy, n'y entra qu'-
apres en avoir fait le tour, & vifité
les Fortifications . Il fut traité
par Monfieurd'Eſpagne Lieutenant
de Roy dans la Ville , &
reçeut les Complimens du Chapitre
Metropolitain de Beſançon
, qui luy avoit envoyé huit
Chanoines . Monfieur le Maréchal,
Abbé de Mortoau , Grand
Treforier du Chapitre , portoit
la parole. Il reçeut en meſme
temps ceux du Parlement par la
bouche deMonfieurPhilippe ſecond
Prefident , accompagné de
ſept anciens Confeillers ; & enfin
ceux du Magiſtrat, par Mon-
Iuin 1679 . F
7
122 MERCURE
fieur Boifland Procureur General
& Maire de laVille, ſuivy de
ſept Deputez. 11 témoigna eſtre
fort content de ces Harangues,
& y répondit avec ce meſme
eſprit qu'il fait éclater par tout.
Il fit la Reveuë de la Cavalerie
&de l'Infanterie avant que de
ſe mettre à table, & dit aux Officiers
qu'ils ſe preparaſſent à marcher.
Il alla le meſme jour coucher
à Salins , éloigné de Dole
de ſept grandes lieuës. Il y fut
harangué par le Corps de Ville,
&monta le lendemain au Fort
S. André , accompagné deMonſieur
de Vauban, Il y demeura
prés de fix heures ; alla de là vifiter
le Fort de Blin qui en eſt
à la portée du Canon ;& en fuite
Monfieur le Marquis de Montauban
le régala. C'eſtoient des
profufions de toutes choſes en
pyra
GALAN T.
123
pyramides. Apres le Dîné , il fit
la Reveuë des Troupes de la
Garniſon, donna les ordres à Mr
Boiſſand Intendant general des
Fortifications du Comté , & troifiéme
Preſident du Parlement,&
monta en Carroſſe avec Monſieur
de Tilladet & Monfieur le
Comte de Nogent , qui ſont du
voyage , pour venir coucher à
Beſançon. Je ne vous puis exprimer
la joye qu'on luy a fait paroiſtre
par tout à ſon arrivée,
juſque dans les plus petits Villages
, ſoit par des Prefens , foit
par ſes Armes arborées en divers
lieux avec les Armes du
Roy. Il arriva fur les huit heures
& demie à Besançon,& trouva
les cinq Bataillons de Champagne
rangez en haye. Celuy
de Bontemps eſtoit depuis la
Maiſon de Monfieur de Chave-
Fij
124 MERCURE
lin où Monfieur de Louvois alloit
loger, juſque ſur le Pont , parce
qu'eſtant un vieux Corps , le
Commandant devoit monter la
Garde pour la ſeureté de ce Miniſtre
, & eſtre relevé par un Bataillon
des Vaiſſeaux , & celuy
des Vaiſſeaux par un Bataillon
de Provence & un de la Reyne,
qui eſtoient tous en haye juſque
hors la Porte de Batten , qui fut
celle par où il entra. Rien n'étoit
plus leſte que toutes ces Troupes.
On n'entendoit que cris de
joye de tous coſtez , les Bourgeois
eſtant en foule dans les
Ruës pour marquer les ſentimens
de leurs coeurs. Le Magiſtrat
avoit fait diſtribuer des Lanternes
aux Armes du Roy & de
ce Miniſtre , qui furent miſes à
chaque Feneſtre. Il entra devancé
d'une Compagnie d'Archers
du
GALANT . 125
4
du Grand Prevoſt de ſoixante &
dix Hommes , & alla deſcendre
chez Monfieur de Chavelin, où
Monfieur Boiſſand, Frere de l'In .
tendant des Fortifications , &
Maire de la Ville , le vint haran.
guer. Il luy dit entr'autres choſes
, Qu'ils luy devoient tous la
confervation de leur Ville , qu'il
estoit le ſeul qui euſt trouvé leſecret
d'en faire une des meilleures
Places de France , apres que plufieurs
Empereurs au pouvoir defquels
elle avoit longtemps demeuré
, en avoient regardé les Fortifications
comme impoſſibles , à cau-
Se du peu de terrain , & des Montagnes
voisines qui la commandent;
Qu'ils partageoient preſentement
avec lay le mesme Zele qu'il avoit
fait éclater pour le ſervice de fin
Roy ; & que si on avoit soupçonné
quelques Habitans de regreter leur
Fij
116 MERCURE
Prince legitime le Roy d'Espagne,
il n'y en avoit aucun qui n'eust
changé de coeur & de volonté depuis
le Traité de Paix conclu à
Nimegue. Monfieur de Louvoys
recent tres favorablement cette
Harangue , & remit les autres
au lendemain , les fatigues du
chemin , & les grandes chaleurs
qu'il avoit fouffertes depuis fon
départ , l'obligeant à prendre un
peu de repos. Il fut de peu de
durée, puis qu'il ſe leva dés quatre
heures pour aller à la Citadelle
, où Monfieur le Chevalier
de Montaut le reçeut à la teſte
de ſa Garniſon. Il fit la vifite de
la Place , de ſes Fortifications ,
Magazins & Munitions , ſans
s'arreſter un moment , malgré
l'exceſſive chaleur qu'il faifoit
fir cette Montagne. Ilen deſcendit
ſur les onze heures , accompagné
GALANT.
127
1
pagné des principaux Officiers
du Roy,& des Perſonnes les plus
qualifiées de la Province ; &
traverſant toute la grande Ruë à
cheval , il donna le temps aux
Bourgeois qui la rempliſſoient,de
voir leur Conſervateur. Si- toſt
qu'ilſe fut rendu chez Monfieur
de Chavelin , le meſme Monſieur
l'Abbé de Morteau le complimenta
à la teſte de tous les
Chanoines. Le Parlement luy
rendit le meſme devoir en Corps ,
la parole eſtant portée par Monfieur
le premier Preſident . C'eſt
une Perſonne d'un ſçavoir profond,
& il charma tous ceux qui
eurent l'avantage de l'entendre .
Le Corps de la Nobleſſe le harangua
par, la bouche de Monfieur
le Comte de S. Amour. Ce
Miniſtre le retint à dîner , &
employa ce qui reſtoit du matin
Fiij
128 MERCURE
& une partie de l'apreſdinée , à
écouter tous ceux qui ſe préſenterent,
de quelque état & condition
qu'ils fuſſent. Il décida des
affaires de quelques-uns,prit des
memoires des autres pour les
examiner à loiſir , & fe communiqua
également à tous avec une
bonté qu'ils ne pouvoient aſſez
admirer. Il monta à cheval fur
les quatre heures pour faire le
tour de la Ville . Il vit les Fortifications
qu'on a déja faites, & en
ordonna de nouvelles , toûjours
accompagné de Mr de Vauban.
Le jour ne fut point affez long
pour toutes ces fortes de foins. Il
paſſa une partie de la nuit avec
Mr. de Montauban &de Chavelin
,à s'éclaircir de toutes les affaires
de la Province,& à dõner des
moyens pour y reparer les ruines
de la Guerre,afin que la douceur
de
GALAN T. 129
de la Paix s'y fit mieux ſentir, Le
lendemain il ſe rendit auChamp-
Mars ſur les ſept heures ,& y demeura
juſqu'à dix à faire la Reveuë
des Troupes. Il les trouva en
fort bon état & dit particulierement
à Monfieur le Comte de la
Tournelle , Mestre de Camp du
Regiment de la Marine , que
quelques Reveuës qui euſſent
eſté faites devant luy , il n'avoit
point encor veu un ſi beauRegiment.
Il rentra chez luy , & ces
Troupes ayant défilé par devant
ſa porte , borderent de part &
d'autre toutes les Ruës par où il
devoit paffer. Il monta en Carroffe
à 11. heures,dans le deſſein d'arriver
le meſmejour à Lare,le lendemain
à Befford, le jour ſuivant
à Brifac, & revenir de là à Falfbourg,
pour refoudre les Fortifications
qu'on doit faire à Long-
Fv
130 MERCURE
vy , & dans les autres Places de
la Lorraine.
Comme je connois que lesMedailles
vous plaiſent , & à tous
ceux à qui vous montrez mes
Lettres, je tâcheray de vous faire
voir les veritables Portraits de
tous les Princes du Monde,& de
tous les grands Hommes qui y
font figure. Je continuë par le
Portrait du Prince d'Orange que
je vous envoye. Il eſt gravé d'apres
la Medaille qui fut faite à
Amſterdam dans le temps du
Mariage de ce Prince.Le Revers
repreſente la Princeſſe d'Orange
ſa Femme. Vous ſçavez qu'elle
eft Fille du Duc d'York .
J'oubliay de vous dire dans ma
Lettre du dernier Mois, que Son
Alteffe Sereniffime Monfieur le
Duc avoit fait l'honneur à Monficur
le Brun premier Peintrede
Sa
GALANT. 135
fieur le Marquis de los Balbaſes
, aujourd'huy Ambaſſadeur
Extraordinaire d'Eſpagne en
France . Avant qu'il entraſt dans
le manîment des grandes Affaires
pour leſquelles fon exaete
probité & fa prudence confommée
ne laiſſent aucune chofe
à ſouhaiter, il avoit paſſé douze
ans dans l'employ des Armes,
d'abord comme Volontaire , en
fuite à la teſte de deux Compagnies
de Cavalerie , puis en
qualité de General des Gensdarmes,
& enfin de toute la Ca---
valerie du Roy Catholique.Il n'a
qu'un Fils , & deux Filles. Ce Fils
qui eſt en France avec luy, s'appelle
D. Philippe Duc del Seſto.
Il n'a encor que quinze ans, &
ne laiſſe pas d'eſtre déja General
des Gens- darmes du Milanois
, & Commandeur de l'Ordre
136 MERCURE
dre de S. Jacques. Des deux Filles
, l'une eſt mariée avec Monfieur
le Duc de Saint Pierre ,
Prince de Molfetta , qui eſt de
la meſme Famille de Spinola, &
l'autre avec D. Martin de Guzman
, Marquis de Montalaigre
& de Quintana , Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Efpagne
, & Fils du Preſident du
Confeil de Caſtille .
Son arrivée à Paris ayant fait
grand bruit , & par le mérite
particulier de ſa Perſonne,& par
la grandeur de ſa Maiſon, on ne
douta point qu'il n'y fiſt ſon Entrée
publique avec beaucoup de
magnificence.Ainſi le jour ayant
eſté choiſy pour cela , qui fut le
Dimanche onzième de ce Mois,
il y eut un nombre preſque infiny
de Curieux qui occuperent
toutes les Feneſtres ,& qui remplirent
GALANT.
137
plirent toutes les Ruës par lefquelles
il devoit paſſer. Monfieur
le Maréchal de Humieres , &
Monfieur de Bonneüil Introduteur
des Ambaſſadeurs, allerent
le recevoir juſqu'au Convent de
Picpus avec les Carroſſes de
Leurs Majeſtez . L'Entrée commença
peu de temps apres de
cette maniere. Deux Trompetes
de Monfieur l'Ambaſſadeur, fuivisde
deux Maiſtres de la Garderobe,
précedoient trente - fix Mulets,
leurs Couvertures en broderie
dor & de ſoye aux Armes de
cette illustre Maiſon eſtoient de
trois diferentes manieres . Il y en
avoit douze de chacune. Tout ce
qui ſert aux Mulets tant par neceffité
que par ornement, je veux
dire les Grelots , les Clairons ,
les Lunetes,& les Bâtons qui ſer.
rent la charge , tout cela eſtoit
: d'argent .
138 MERCURE
d'argent . Enfuite on voyoit les
Pages au nombre de dix- huit,
tous tres - bien montez , ayant
leur Gouverneur & un Ecuyerà
leur teſte. Quarate Valets de pied
marchoient apres eux. LesHabits
des uns & des autres étoient d'écarlate.
Il y en avoit de deux fortes,
les uns tous couverts de broderie
or& argent,& les autres de
pluſieurs galons de meſme matiere.
Ceux- cy étendoient leur
marche juſqu'à la portiere du
Carroſſe de Sa Majesté dans lequel
eſtoient au derriere Monfieur
l'Ambaſſadeur,& Monfieur
le Marechal de Humieres qui
avoir eſté le recevoir. Monfieur
le Duc de S. Pierre , Monfieur
le Duc del Seſto , & Monfieur
le Marquis Imperiale , occupoient
les autres places avec
Monfieur de Bonneüil. Les Carroffes
GALAN T.
139
roſſes de la Reyne , de Monfieur,
de Madame , & des autres Princes
& Princeffes du Sang, fuivoient
, ce premier, & en précedoient
huit de Monfieur l'Ambaſſadeur
dans lequel eſtoient
vingt- deux Gentilshommes de ſa
fuite. Toute la Sculpture de ces
huit Carroffes eſtoit dorée , mais
fur tout il y en avoit cinq à la
magnificence deſquels on ne
peut rien adjoûter. Vous en jugerez
parce que je vous vay dire
du premier. On n'y voyoit que
du Velours vert en dehors & en
dedans , avec un fort riche galon
d'or dans le dehors qui ne laifſoit
voir l'Etofe qu'en quelques
endroits . Le dedans eſtoit brodé
de petits courdonnets d'or , avec
une Campane à gros feſtons aufli
d'or , & ſemblable à celle dontla
Corniche de l'Impériale eſtoit
environ
140
MERCURE
environnée au dehors. Cette
Impériale avoit pour ornement
de grands Bouquets de vermeil
doré au lieu de Pommes. La Ferrure
qui eſtoit dorée auſſi bien
que la Sculpture du train , eſt aſſurément
le plus bel Ouvrage de
cette nature que nous ayons encor
veu . Ce Carroſſe eſtoit tiré
par fix Chevaux Tygres .
Cet illuſtre Ambaſſadeur arriva
ſur les huit heures du ſoirdans
l'ordre que je viens de vous marquer,
à l'Hôteldes Ambafladeurs
Extraordinaires , apres avoir traverſe
tout Paris à venir de la Porte
S. Antoine à la Ruë de Tournon
dans le Fauxbourg S. Germain.
Cet Hôtel eſtoit tres fuperbement
meublé. Une Tapifſerie
toute rehauffée d'or repreſentant
l'Histoire de Renaud &
d'Armide , ſervoit d'ornement à
la
GALAN T. 141
la grande Salle de l'Apartement
qui luy eſtoit deſtiné. Il y avoit
dans la meſme Salle un tres- riche
Dais , & un Luſtre d'argent
dont quelques embelliſſemens.
eſtoient de vermeil - doré . Le
fond de ce Dais eſtoit de toile
d'or , & les fleurs aurore , avec
des bandes vertes & or , & une
Creſpine d'or. La Chambre de
parade qui eſt apres cette Sale ,
eſtoit tenduë de la belle Tapiſſerie
de Pſyché , moins confiderable
par l'or & l'argent dont cette
Tenture eſt toute remplie , que
par la délicateſſe de l'Ouvrage
fait fur les deſſeins de Raphaël .
Il y avoit dans l'Alcove de cette
Chambre des Pieces de la même
Tenture , & un Lit de Satin cramoiſy
en broderie d'or. Les Pentes
, les bonnes- graces , & le Tapisde
Table , estoient remplis de
Cartou
7
142
MERCURE
Cartouches à fonds d'or , qui repreſentoient
en petit point pluſieurs
Hiſtoires de l'Ancien
Teſtament. Le Dais eſtoit de la
meſme étoffe , & de la meſme
broderie que le Lit. On avoit
misdans la meſme Chambre un
fort grand Miroir à Bordure d'argent
toute cizelée , & d'un travail
merveilleux , avec un Luſtre
d'argent admirable , dont toutes
les branches repreſentoient autant
de Cornes d'Abondance. II
eftoitorné de teſtes de Bellier au
deſſous des tiges de chaque branche
, & tout au deſſus du Luſtre
on voyoit un Panier de fleurs &
de fruits La Cheminée eſtoit
garnie de deux Chenets d'argent
qui peſoient deux cens cinquante
marcs . Deux Satires eſtoient
au bas des deux côtez de chaque
Chenet ,& ſembloient les fuporter
GALANT.
143
ter fur leur dos. Comme la Tapiſſerie
de Pſyché a trente-deux
Pieces , il y en avoit encor dans
un petit Cabinet qui eſt derriere
l'Alcove de cette grande Chambre,
par lequel il falloit que Monfieur
l'Ambaſſadeur paſsat pour
aller dans celle où il devoit coucher.
Les Meubles de ce Cabinet
eſtoient de Brocard d'or. La
Chambre à laquelle il fert depafſage
, eſtoit tenduë d'une Tapifſerie
eſtimée une des plus belles
qui ſoit au Monde. Elle reprefentedesBacanales.
Il n'y apointde
laine dedans. Elle est toute d'or,
d'argent & de ſoye , & faite d'apres
les deſſeins de Raphaël . L'Ameublement
eſtoit de Satin cramoiſy
, doublé de toile d'argent.
Onn'en voyoit preſque point le
fonds , eſtant tout couvert de
grandes fleurs toutes de lames
d'or ,
144 MERCURE
d'or , travaillées avec l'Etofe. Le
Lustre & les Chenets de la meſmeChambre,
quoy qued'argent,
ſembloient encor moins confiderables
par la matiere que par
le travail . Les Chenets peſoient
environ cent cinquante marcs.
Je ne vous feray point le détail
des Meubles qui rempliſſoient
tous lesAppartemens de cegrand
Hôtel. Je vous diray ſeulement
que les principaux eſtoient meublez
de Tapiſſeries rehauffées
d'or& d'argent , de Lits en broderie
, & qu'il y avoit des Luſtres
de Criſtal dans toutes les Salles ,
&dans la plupart des Chambres .
Si toſt que Monfieur l'Ambaſſadeur
fut arrivé, Monfieurle Marquis
de Geſvres , reçeu en ſurvivance
à la Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre ,
qu'exerce Monfieur le Duc de
Gefvres
,
GALAN Τ.
145
Geſvres ſon Pere, le complimentade
la part du Roy. Monfieurle
Marquis de Hautefort Premier
Ecuyer de la Reyne, fit la meſme
choſe de la part de cette Princeffe;
& le meſme compliment
luy fut fait enſuite au nom de
Monfieur , par Monfieur le Comte
du Pleſſis PremierGentilhomme
de la Chambre de Son Alteſſe
Royale ; & par Monfieur
le Marquis de Bron , au nom de
Madame dont il eſt Premier
Ecuyer. Cet Ambaſſadeur fut
en ſuite traité aux deſpens du
Roy. On ſervit le Soupé dans
la grande Salle , où l'on vit un
magnifique Bufet appartenant
à Monfieur de los Balbaſes. Il
eſtoit couvert d'environ quarante
Baffins cizelez , les uns de
vermeil , & les autres d'argent.
Ily en avoit un d'une beauté
Juin 1679. G
146 MERCURE
furprenante , qui repreſentoit
l'Enlevement des Sabines , du
deſſein de Raphaël .On n'en pouvoit
admirer aſſez le Relief , qui
eſtoit d'une grøffeur extraordinaire.
Ce Bufet eſtoit encor orné
de pluſieurs Buretes , Vaſes , &
Girandoles d'argent & de vermeil,
letout cizelé , à l'exception
des Girandoles. Aux deux coſtez
duBufet, on voyoit deux grandes
Torcheres. Ce ſontdes Chandeliers
d'argent d'environ fix pieds
dehaut,dans leſquels on met des
Flambeaux de poing. De grandes
Cavetes d'argent ornoient le
devant de ce Bufet. La Table de
Monfieur l'Ambaſſadeur eſtoit
de dix-huit Couverts. Elle fut
ſervie à quatre Services dequinze
grands Plats , & de quatre Affietes
chacun, Les meſmes Servi-
CCS furent continuez pendant
:
trois
GALANT.
147
trois jours par les foins deMoni
ſieur Francine Maistre d'Hoſtel
du Roy en quartier. Pluſieurs
Tables furent ſervies dans le
meſmetempsavecbeaucoupd'abondance
& de propreté. Monſieur
l'Ambaſſadeur reçeut encor
pluſieurs Complimens tout le
Lundy ; & le lendemain dés le
grandmatin il partit pour S.Germain
, où il eut ſa premiere Audience
publique.Son Train eſtoit
le meſme qui avoit paru à fon
Entrée , avec les meſmes Carrof.
ſes , à la referve des 36. Mulets.
Monfieur le Prince de Lilebonne
, &Monfieur de Bonneüil Introducteur
des Ambaſſadeurs,qui
l'eſtoient venus prendre dans les
Carroffes de Leurs Majeſtez , le
conduifirent. Les Compagnies
des Gardes Françoiſes &Suiffes,
eftoient rangées en haye ſous
Gij
148 MERCURE
les armes quand il arriva au Chaafteau
, où le Grand- Maiſtre &
le Maiſtre des Cerémonies , qui
font Monfieur le Marquis de
Rhodes & Monfieur de Saintot,
le reçeurent au bas du degré.
Monfieur le Mareſchal Duc de
Duras, Capitaine des Gardes du
Corps en quartier , ſe trouva à la
Porte de la Salle des Gardes du
Corps , & le conduiſit dans l'Apartement
de Sa Majeſté. La Paix
fut le ſujetde ſon Compliment. Il
dit entr'autres choſes , Que le
Roy d'Espagne Son Maistre l'avoit
toûjours fort desirée , à cause de
l'étroite alliance qui estoit entr'eux
, & qu'il defiroit vivre avec
Luy en bonne intelligence & en bon
Frere. Le meſme jour il eut audiencedela
Reyne&deMonfeigneur
le Dauphin . Ses Complimens
furent auſſi ſur le ſujetde la
Paix.
GALANT. 149
Paix. Il fut traité à dîner à S.
10
:
b
Germain par lesOfficiers du Roy
avec beaucoup de magnificence.tou
Il en partit l'apreſdinee , & vint
àS.Cloud, où il eut auſſi audienen
ce de Monfieur, de Madame,
de Mademoiselle. Ily fut con
duit par Monfieur de S. Laurens
Introducteur des Ambaſſadeurs
pres de L. Alteffes Royales , &
ramené en ſuite à Paris à l'Hôtel
des Ambaſſadeurs Extraordinaires,
de la meſme maniere qu'il
en eſtoit party le matin.Madame
l'Ambaſſadrice , & Madame la
Ducheſſe de S. Pierre ſa Fille,
allerent le lendemain au meſme
Hôtel dîner avec cet Ambaffadeur.
Mesdames les Coteſſes d'Eſtrées
& de Roye, & Mademoiſellede
Rouffy , Fille de Madame
la Comteſſe de Roye, dînerent
auſſi avec luy. Il eſtoit ve-
Giij
150 MERCURE
२०
ſtu du meſme Habit qu'il avoit
le jour précedent , lors qu'il eut
audience de Sa Majeſté . C'eſtoit
un fond brun , tout couvert de
Broderie de ſoye . Il y en avoit
beaucoup plus de blanches que
d'autres couleurs. Les Chauffes
eſtoient à l'Eſpagnole , & le Juſte-
à - corps à la Françoiſe . Il
avoit un Rabat de Point de
France , des Boutons de Diamans
, & des Noeuds de Pierreries
ſur ſes Manches. Son Epée
étoit toute couverte de Diamans ,
auffi - Bien que les Boucles de
fon Baudrier. Il y en avoit de
tres-gros ſur le Ruban d'où pendoit
fon Ordre . L'apreſdînée il
alla au Luxembourg à l'audience
de Mademoiselle d'Orleans;
& comme le dernier des fix
Repas qu'on donne aux Ambaſſadeurs
Extraordinaires eſtoit
finy
GALAN T. 151
finy à dîner , il retourna le foir
coucher à l'Hôtel de Nevers ,
où le Duc de ce nom, ſon Allié ,
l'a prié de demeurer tant qu'il
reſteroit icy. Les Habits qu'avoient
tous ceux de ſon Train le
jour qu'il fit fon Entrée publique,
eſtant des Habits extraordinaires
, il leur en a fait prendre de
Livrée apres les trois jours qu'il
a paſſez à l'Hôtel des Ambaſſadeurs.
Cette Livrée'eſt tres -propre.
Ils font tous en Plumes &
en Bas de foye. Vous pouvez juger
du reſte . On avoit tres avantageuſement
parlé de Mr le Mar-
-quis de los Balbaſes avant fon arrivée
à Paris, & il a confirmé par
ſa prefence tout ce qui s'y eſtoit
-publié de ſon merite. Il eſt affable,
civil,galant, agreable dans la
converſation, & fait paroiſtre infiniment
de l'eſprit en toutes chofes.
Giiij
152
MERCURE
Monfieur le Marquis de Chamilly
, accompagné de Madame
la Marquiſe ſa Femme , eſt arrivé
à Fribourg, dont vous ſçavez
qu'il eſt Gouverneur. La Garniſon
eſtoit ſous les armes pour
les recevoir , & la plus grande
partie de la Cavalerie alla
fort loin au devant d'eux hors
des Portes de la Ville, où ils entrerent
au bruit du Canon.Tou-
-tes les Troupes , & les Habitans,
admirent ces deux illuſtres Perſonnes,
dont les manieres , la douceur
, & l'honneſteté , gagnent
tous les coeurs. Ils ont eſté reçeus
à Briſac , & dans les autres Villes
de leur route , preſque avec les
mêmes honneurs qu'à Fribourg.
Tous lesGouverneurs en avoient
donné les ordres , & ils ont tenu
à gloire de traiter avec toute la
-distinction poffible , celuy qui
2
GALANT. 153
a ſi bien ſçeu ſe diftinguer luymeſme,
en ſoûtenant le Siege de
Grave avec une valeur & une
conduite qui ne recevront jamais
aſſez de loüanges. Un merite fi
extraordinaire luy a fait acquerir
quantité d'Amis , quoy que ce
ſoit l'acquiſition du monde la
plus difficile à faire. Ecoutez ce
que Phedre nous dit là deſſus
d'un des plus grands Hommes
de l'Antiquité. Le Fils d'un Auditeur
des Comptes de Dijon luy
fait parler noſtre Langue.
S
SOUHAIT
DE SOCRATE.
Ocrate , dont le nomne
jamais ,
perira
Fuyant la Cour des Grands,& leurs
riches Palais ,
G
154
MERCURE
Se fit faire à l'écart , avec peu de
dépense,
Une Maison de tres-baſſe apparence.
Un Citoyen flateur qui pres de là
passoit,
Luy dit qu'il s'étonnoit
Que des Gens comme luy, d'auſſi
grande importance ,
Se vinſſent renfermer en de fipetits
lieux .
Cet eſpace eſt petit , dit- il, mais
plût aux Dieux
Pouvoir trouver encore affez
d'Amis fidelles
Pour remplir ma Maiſon !
Ce grand Homme, entre nous, n'avoit
- il pas raiſon ?
Il connoiſſoit combien les amitiez
font belles ,
Quand la constance& lafidelité
Forment ces doux liens de la focieté
;
1
Mais
GALANT.
155
Mais où chercher pour en trouver
de telles?
On fait ſouvent de longues
démarches ſans y reüffir , mais
du moins il y a cet avantage
dans l'amitié , que comme elle
demande du temps pour ſe former
, elle eft preſque toûjours de
durée. Il n'en eſt pas de meſme
de l'amour. C'eſt une paffion impetueuſe
qui montant quelquefois
des les premiers jours au
plus haut point où elle ſoit capabled'aller,
s'éteint ordinairement
avec la meſme facilité qu'elle
s'allume. Ceux qui tiennent impoſſible
qu'on ſe laiſſe fortement
toucher à la premiere veuë d'un
bel Objet , changeront de ſentiment
apres avoir ſçeu ce qui eſt
arrivé depuis fix ſemaines.
Un fort honneſte Homme ,
confi
2
156 MERCURE
confiderable par ſa naiſſance &
par fon eſprit , avoit choiſy un
genre de vie des plus retirez ,
pour fe dégager de certaines tendreſſes
de coeur qui luy avoient
long- temps couſté fon repos.
Il croyoit s'en eſtre mis à couvert
en ſuivant une profeſſion
toute contraire aux engagemens
de galanterie. Cependant fon
temperament l'emporta ſur ſa raifon
, & une occaſion impréveuë
l'ayant exposé aux charmes d'une
belle & jeune Etrangere venuë
à Toulouſe pour voir les
Proceſſions ſolemnelles qui s'y
font dans le temps de la Pentecoſte
, toutes ſes reſolutions de
n'aimer jamais s'évanoüirent en
un moment. Il eſtoit alors dans
- une converſation tres - ſerieuſe
avec beaucoup de Perſonnes de
< qualité ; & à cette ſoudaine apparition,
GALANT.
157
১
parition , charmé , hors de luy
meſme , & fans faire aucune réflexion
à ce qui luy avoit déja
eſté ſi fatal, il courut vers cette
aimable Perſonne avec une rapidité
inconcevable. Il luy parla,
luy dit tout ce qui ſe peut imaginer
de plus obligeat,& ne laqui.
tant que par une neceſſité abſoluë
de la quitter, il s'en ſepara le
plus amoureux de tous lesHommes.
Il perditdés cet inſtant le repos
, l'appetit, & le ſommeil , &
tombadans une langueur quiluy
changeant le corps & l'eſprit , le
laiſſoit à peine reconnoiſtre à ſes
Amis. Il eſt vray qu'eſtant ſoûtenu
pendant quelque temps par la
veuëpreſque continuelle decette
belle Etrangere , ſes forces ne
l'abandonnerent pas tout à fait.
Quoy qu'elle euſt tout le merite
imaginable pour ſe faire aimer,
il
158 MERCURE
il n'avoit peut-eſtre jamais produit
le meſme effet fur perionne.
Si vous me demandez pourquoy
il fit une plus prompte &
plus forte impreſſion ſur celuy
dont je vous parle,qu'il ne l'avoit
faite fur beaucoup d'autres , je
vous diray , ſelon les remarques de
celuy qui m'a fait part de cette
Avanture , qu'une étincelle qui .
n'allume point la paille , embraſe
la poudre en un feul moment, &
que le Soleil qui ne fait qu'ébloüir
des yeux groſſiers,en aveugle
de délicats , quand on s'atta
che à le regarder trop fixement.
Ce qu'il y eut de deſeſperant
pour ce malheureux Paffionné,
c'eſt que la Belle,que la ſeule curioſité
avoit fait venir à Touloufe
, fut obligé de s'en retourner
quelques-jours apres.Il quitades
affaires tres - importantes pour
l'accom
GALAN T.
159
l'accompagner une partie du
chemin , mais enfin eſtant forcé
de luy dire le dernier adieu ſans
qu'il puſt prononcer une parole,
& un coude du Canal Royal
fur lequel elle s'eſtoit embarquée
, l'ayant derobée un peu
apres à ſa veuë , il demeura ſans
aucune force, & ſe laiſſant tomber
ſur le bord , comme s'il euſt
eſté frapé d'un coup de foudre ,
ou plûtoſt comme ſi ſon ame ſe
fuft ſeparée de fon corps pour
ſuivre l'Objet aimé , il perdit
entierement l'uſage des ſens.
Un Homme de qualité de ſes
Amis le trouvant en cet état, le
fit emporter dans une Maiſon de
Campagne qu'il avoit à un quart
de lieuë de là. Cet Amant tranſy
y revint à luy , mais avec des
inquietudes qui ne peuvent s'exprimer.
La force de ſa paffion
luy
160 MERCURE
luy fit montrer des foibleſſesdont
il luy eſtoit impoſſible de ſe rendre
maiſtre. Toutes les Peintures
agreables qui font une partie
des embelliſſemens de cette
Maiſon , luy paroiſſoient reſſem .
bler à ſon aimable Etrangere .
Il cherchoit continuellement la
folitude pour penſer à elle , & fi
on luy faiſoit rompre le filence ,
il ne parloit que de fa beauté.
Le croirez vous , Madame ? Il
ne s'eſtoit jamais aviſé de faire
des Vers ,& tout d'un coup l'amour
luy en donna le talent. 11
faut vous faire voir un Sonnet
de ſa façon. Vous y trouverez
je ne ſçay quelle fureur Poëtique
qui marque affez bien le
trouble d'eſprit dont il eſtoit
agité.
SON
GALAN T. 161
SONNET.
TEbrûle d'une ardeur qui court de
veine en veine ,
Nul remede ne peut appaiser cette
ardeur;
De mes ſens accablez l'importune
langueur ,
De tout ce qui m'a plû fait aujourd'huy
mapeine.
Les Objets lesplus beaux n'attirent
que ma haine ,
La nuit parfon repos réveille ma
Et dans l'accablement dont je ſens
douleur ,
la rigueur,
Je voyjusqu'à la mort ma disgrace
certaine.
***
Dans ce Siecle de fer, où par un art
nouveau
L'avari
162 MERCURE
!
1
1
L'avarice en ſecret nous creuſe le
tombeau ,
Preſsé de tant de maux, que ne dois .
jepas craindre ?
Seroit- ce du poison que l'on m'auroit
donné?
Ah , trop charmante Iris , de qui
puis-jeme plaindre ?
Je mesuis par les yeux moy mesme
abandonné.
La crainte qu'eurent le Maître
& la Maiſtreſſe de la Maiſon ,
de le voir fuccomber à ſes chagrins,
leur fit tout mettre en ufage
pour l'en retirer. Ils feignirent
que la belle Perſonne qui le reduiſoit
en cet état , étoit obligée
de venir chez eux dans quelques
jours ; & la joye qu'il en
reſſentit fut fi forte , qu'il commença
163
iable. La
es,quand
je vous
bus feray
$ nouvelvous
en-
Lir noude
Monles
vous
Ines d'un
plaindre
e.
AU.
ur que le
??
hamps la
îrs mille
vine ,
nſenſible
Il
162
L'avar
to
Preſsé
je
Seroitdi
Ah, t
Je me
P
al
La
tre&
de le
4
grins,
ge pou
que la
duifoi
de ve
ques j
reffen
GALANT. 163
mença de ſe rendre ſociable. La
choſe eſtoit en ces termes,quand
on m'a écrit ce que je vous
viens de conter. Je vous feray
part de la ſuite, ſelon les nouvelles
que j'en auray. Je vous envoye
cependant un Air nouveau,
de la compoſition de Monſieur
le Froid . Les Paroles vous
feront connoiſtre les peines d'un
autre Amant , le plus à plaindre
de tous, s'il en faut croire.
AIR NOUVEAU.
Ve fert à mon amour que le
Que mefert qu'en nos Champs la
verdure paroiffe,
Qu'elle invite aux plaiſirs mille
Amans que je voy ?
Iris eft toûjours inhumaine ,
Et tant que je la trouve inſenſible
àma peine,
Il
164 MERCURE
Iln'est point de beaux jours pour
moy.
Vous avez ſçeuque Monfieur
de Varangeville eftoit party de
Paris pour ſon Ambaſſade de Venife
, à laquelle je vous ay déja
- dit qu'il avoit eſté nommé. Madame
de Varengeville ſa Femme,
& Mademoiselle Courtin ſa
Soeur , l'ont ſuivy dans ce voyage.
Elles ont toutes deux beaucoup
de merite. Il ſeroit ſurprenant
qu'elles en manquaſſent,
eſtant Filles de Monfieur Courtin
Conſeiller d'Etat , fi celebre
par les importantes Negotiations
qui luy ont eſté confiées, & dont
les heureux fuccés ont toûjours
avantageuſement répondu à ce
qu'on attendoit de fon zele & de
fa prudence. Ce fut luy qui lors
du Mariage de la premiere avec
Monfieur
GALANT .
165
Monfieur de Varengeville , allant
en demander l'agrément au
Roy , luy dit avec tant d'eſprit,
que la qualité d'Ambaſſadeur
dont Sa Majesté l'avoit honoré
tant de fois , ne luy avoit point
acquis le droit de faire une Ambaſſadrice
ſans en obtenir ſa permiffion.
Apres avoir ſuivy la
route ordinaire , ils arriverent à
Turin le Lundy quinziéme de
l'autre mois. Monfieur l'Abbé
d'Estrades Ambaſſadeur de France
en cette Cour , qui estoit allé
au devant d'eux , les mena chez
luy , & les ayant priez de ne
prendre point d'autre Maiſon
quela fienne, il les regalamagnifiquement
juſqu'à leur depart.
Le lendemain Mardy , ils allerent
incognito ſaluër Madame
Royale , qui ſe montra fort ſenſible
à la nouvelle aſſurance que
: le
166 MERCURE
le Roy luy donnoit de ſon amitié&
de fa protection par la bouche
de Monfieur l'Ambaſſadeur.
Pendant tout le temps que
Madame l'Ambaſſadrice luy parla
, cette Princeſſe demeura debout.
A peine le bruit de leur
arrivée eut - il eſté répandu , que
toutes les Perſonnes de qualité
les vinrent voir. Monfieur le
Nonce , le Reſident d'Eſpagne,
& le Reſident d'Angleterre , furent
de ce nombre , auſſi - bien
que Monfieur le Cardinal d'Eſtrées
, qui paſſa alors à Turin à
fon retour de Baviere. Le Mercredy
, Madame Royale les regala
de la Comedie. ( Vous ſçavez
qu'elle entretient une Troupede
Comediens François pour
le divertiſſement de ſa Cour. )
Onpaſſa les foirs ſuivans au Cer
cle ; & le Samedy , cette illuſtre
&
7
GALAN Τ. 167
& obligeante Princeſſe envoya
chercher Madame l'Ambaſſadrice
pour la mener à la promenade.
Elle la fit aſſeoir à côté d'elle
; & lors que Monfieur le Duc
qui y estoit allé à cheval, deſcendit
pour monter en Carroſſe, Madame
Royale ne voulut jamais
ſouffrir que Madame l'Ambaſſadrice
luy quitaſt ſa place. Le Dimanche
, jour de la Pentecoſte,
ils virent tenir Chapelle. C'eſt
une Cerémonie quinous eſt inconnuë
en France , & qui ſe fait
à Turin les quatre grandes Feſtes
de l'année . Elle a quelque
choſe de majestueux,dont vous
ne ferez point fâchée d'eſtre inſtruite.
Madame Royale eſt ſous
un Dais dans la Nefde la grande
Eglife . A coſté gauche , il y a
un autre Dais vis à vis pour les
Ambaſſadeurs . Les Chevaliers
de
:
168 MERCURE
de l'Ordre font rangez au defſous
du Banc de cette Princeſſe .
Les Dames viennent deux à
deux paſſerdevant elle , & apres
luy avoir fait deux reverences,
une aux Ambaſſadeurs , & une
autre aux Chevaliers , elles vont
prendre leurs places dans le milieu
de l'Egliſe où elles entendent
la Meſſe.Lors que Monfieur
leDuc ſera en âge , ce ſera aux
Chevaliers à faire ce que font
les Dames pendant la Regence
de Madame Royale. Le ſoir de
ce meſme jour , cette Princeſſe
voulut que Madame l'Ambaſſadrice
ſoupât avec elle ;&elle ne
luy eut pas plutoſt veu quitter
ſes gands pour ſe mettre à table,
que luy ayant pris la main , elle
tira ſon Portrait en miniature, en.
vironné de huit gros Diamans,
qu'elle avoit mis à ſon bras,
&
GALANT. 169
&le paſſa à celuy de Madame
de Varengeville , d'une maniere
auſſi galante que le Préſent eſtoit
magnifique , la priant que cela
l'obligeaſt à ſe ſouvenir d'elle
toute ſa vie. Ce Préfent eſt de
plus dedeux mille écus. Elle luy
donna auſſi un tres-beau Bouquet
de Fleurs d'Orange qu'elle
avoit. Madame l'Ambaſſadrice le
porta au lieu du fien , & mit le
Portrait à la place de ſa Croix.
Elle fit paroiſtre ces ornemens
dans le lieu du Bal que Madame
Royale luy voulut donner. C'eftoit
une grande Salle richement
meublée , & éclairée de maniere
à faire paroiſtre la beauté des
Dames dans tout ſon éclat. Madame
Royale estoit au haut de la
Salle ſous un Dais , dans un fiege
affez élevé , vis-à-vis de la
Place où l'on dançoit. Les Da-
Iuin 1679. H
170
MERCURE
mes qui ſont preſque toutes fort
bien faites , ſe mirent des deux
coſtez , tres-galamment habillées.
Il y en avoit pluſieurs qui
eſtoient toutes brillantes de Pierreries.
Madame l'Ambaſſadrice
alla ſe placer au ſecondrang. Elle
avoit prié qu'on la diſpenſaſt
dedancer à cauſe qu'elle eſtoit
incognito. Les Seigneurs qui s'étoient
diſpoſez pour le Bal , y
vinrent tous en manteau. On ne
prend à dancer dans cette Cour
que ceux qui ſont habillez de
cette maniere. On commence
par un Branle à mener , afin de
fairedancer d'abord tout le monde
, & on finit par pluſieurs petites
dances de la meſme ſorte.
Au milieu du Bal , Madame
Royale quitta ſa Place , & vint
aupres de Madame l'Ambaſſadrice
, qu'elle entretint fort longtemps
GALANT.
171
temps. Cette Feſte fut accompagnée
d'une ſuperbe Collation .
où les Vins & les liqueurs du
Païs furent répandus en abondance.
Le Lundy 22. Monfieur
& Madame de Varengeville ſe
diſpoſoient à continuer leur route
, mais Madame Royale leur
fit dire qu'elle feroit bien aiſe
qu'ils viſſent la Vénerie avant
leur départ. C'eſt une Maiſon
de plaiſance , que le feu Duc de
Savoye a faitbâtir environ àquatre
milles de Thurin. Tout y ref
pire la Chaſſe , juſqu'à la Chapelle
qui eſt dediée à S. Hubert.
Il n'y a riende plus agreable que
les Canaux , les Bois , & les Jardins
de cette Maiſon. Elle eſt
embellie par tout de Peintures.
Monfieur l'Ambaſſadeur & Madame
l'Ambaſſadrice y furent
conduits par Mr de S. Maurice
Hij
172 MERCURE
Grand Ecuyer , & par quelques
Dames de la premiere qualité.
La promenade fut ſuivie d'une
magnifique Collation. Le Mardy
23. ils allerent prendre congé
de Madame Royale , & de toute
la Cour ; & le Mercredy ils s'embarquerent
ſur le Pô pour achever
leur Voyage. Monfieur le
Duc de Mantoüe les régala à
Caſal ,& on leur rendit les mêmes
honneurs que s'ils n'avoient
point paflé incognito. Ce Prince
en uſa pour eux de la meſme forte
à Borgoforte , & à quelques
autres Places de ſes Etats , & les
fit meſme prier d'aller juſques à
Mantoüe. Monfieur l'Ambaſſadeur
luy ayant envoyé unGentilhomme
pour luy marquer la
reconnoiſſance qu'il avoit de ſa
civilité, accepta ſeulement quelques
rafraîchiſſemens ; & enfin le
Mardy
GALANT.
173
:
Mardy 30. May il arriva à Veniſe
, où il doit avoir fait préſentement
ſon Entrée publique.
Comme il ſe preſente ſouvent
occaſion de parler des Perſonnes
d'un merite extraordinaire , je
vous ay entretenuë dans pluſieurs
de mes Lettres de celuy
de Monfieur l'Abbé de Noailles .
Il avoit eſté nommé Eveſque de
Cahors depuis quelques mois , &
fut ſacré ces derniers jours dans
l'Abbaye de Saint Antoine par
Monfieur l'Archeveſque de Paris
, aſſiſté de Meſſieurs les Evefques
de Meaux & de S. Brieu.
Meſſieurs les Archeveſques de
Sens , de Roüen , & de Bourges
s'y trouverent. Ce dernier reçeut
le Pallium à la fin de la Cerémonie.
Les autres Prélats qui y aſſiſte.
rent , furent Meſſieurs les Evefques
d'Orleans , de la Rochelle ,
Hiij
174 MERCURE
d'Autun , de Coutance , de Li
zieux , de Rennes , de SaintMalo
, de Nantes, de Senlis, de Bellay,
d'Arras,de Marseille,d'Axqs,
d'Alet , de Tarbes, de Mirepoix,
de Vance,& de Perpignan , avec
Meſſieursles Abbez Colbert , de
S. Luc , de Breteüil , & le Gay.
Les Dames s'y trouverent auffi
en grand nombre. Mademoiſelle
y eſtoit , ainſi que Meſdames les
Ducheſſes de Verneüil, de Sully,
de Foix & de Noailles , Madame
la Princeſſe de Soubiſe , Meſdames
les Comteſſes de Guiche &
de S. Géran , & Madame la Marquiſe
de Villars. Il y avoit auſſi
pluſieurs Ducs , entre leſquels
eſtoient Meſſieurs les Ducs d'Aumont,
de Charoſt , de Gramont,
de Roquelaure & de Noailles.
Les Particuliers y vinrent en ſi
grande foule , qu'on fut obligé
GALANT.
175
géd'avoir vingt-quatre des Suifſes
du Roy pour empeſcher la
confufion. La Muſique n'y pouvoit
qu'eſtre d'un tres - grand
charme , puis qu'elle eſtoit compoſée
de la plupart des Muficiens
de Sa Majeſté. LaCeremonie
faite, ce nouvel Eveſque donna
untres- magnifique Repas. Il
n'y cut que trois Services , parce
qu'on ſervit l'Entremets avec le
Roſty. Chaque Service eſtoit de
vingt- fix grands Plats.
En vous parlant dans ma Lettre
du dernier Mois , de l'honneur
que Monfieur de Tulle
nominé à l'Eveſché d'Agen ,
avoit receu par le Brevet de Pré.
dicateur ordinairedu Roy , j'oubliayde
vous dire qu'on en avoit
envoyé un pareil au Pere Bourdaloüe
Jeſuite , avec les meſmes
apointemens. Ainſi ces deux
Hiiij
176 MERCURE
grands Hommes preſcheront alternativemet
à l'avenir les Avens
&les Carêmes au Louvre .
Le Gouvernement de la Ville
& Château de S. Malo , a eſté
donné à Monfieur le Marquis du
Guémadeuc , Gouverneur de
Ploërmer en Bretagne, & Neveu
de Monfieur l'Eveſque de S. Malo
. La Famille du Guémadeuceſt
une des plus anciennes , & des
plus illuſtres de cette Province.
Elle est entréedans des alliances
tres conſidérables. Roland du
Guémadeuc , Grand Chambellan
du Duc de Bretagne , épouſa
en 1460. Jeanne Goyon Fille de
Jean Seigneur de Matignon ; &
Roland ſon Fils fut marié avec
Perronelle , Fille de Jean Sire
de Coetquen , dont font defcendus
les Marquis de Coetquen
alliez préſentement à la
Maiſon
2
GALANT.
177
f
1
Maiſon de Rohan . Catherine du
Guemadeuc , Petite- Fille de ce
Roland , fut Mere de Monfieur
le Marquis de la Mouffaye , quia
épouſé une Soeur de feu Monſieur
le Maréchal de Turenne.
Jacques du Guémadeuc ſon Pere
avoit épousé une Petite- Fille de
Loüis Seigneur de Guemené ,
duquel Seigneur de Guemené
Meſſieurs de Montbazon font
defcendus . Thomas , Seigneur
du Guémadenc , & de Guébriac
, Grand Ecuyer de Bretagne
, épouſa Jaquemine de Beaumanoir
; & Marie Françoiſe du
Guémadeuc & de Guébriac ,
Baronne de Bloſſac , Vicomreſſe
de Rezé , qui herita d'Helene
de Beaumanoir , Marquiſe
d'Aſſigné ſa Coufine , les Baronnies
du Pont, de Roſtrener& de
Faou,a eſté mariée avec François
Hv
178 MERCURE
de Vignerot Marquis de Pontcourlay
Chevalier des Ordres du
Roy , General des Galeres de
France , duquel Mariage Mr. le
Duc de Richelieu eſt forty.
Le Roy a donné encor plufieurs
autres Gouvernemens ,
ſçavoir celuy de Maubeuge à
Monfieur du Montal , celuy de
Dinan à Monfieur de Réveillon,
celuy de Longvy à MonfieurCatinal
, & celuy de Montloüys à
Monfieur d'Urban. La derniere
de ces Places vous eſt ſans doute
inconnue. C'eſt une Fortereffe
que le Roy fait bâtir en Catalogne
. Ce Monarque , à qui rien
n'eſt impoffible , ne ſçait pas ſeulement
en prendre par ſa conduite
& par la valeur , il en fait
fortir de terre quand il luy plaiſt.
Je vous manday la derniere
fois , que Monfieur le Duc
de
GALAN T. 179
de Nevers & Madame la Ducheſſe
ſa Femme , eſtoient arrivez
àMarseille avec Madame la
Ducheſſe Sforze. Ils y eſtoient
attendus avec une impatience
extraordinaire ; ce qui leur faiſant
juger des continuelles civilitez
qu'on leur rendroit ,& dela
foule qui les accompagneroit par
tour , ils reſolurent de ne point
prendre de logementdans laVille
, & demeurerent dans une Baſtide
aux environs. Ils y arriverent
à minuit , afin d'empeſcher
qu'on n'allaſt au devant d'eux.
Monfieur le Mareſchal Ducde
Vivonne les y vint trouver le
lendemain. Il les amena voir le
Port , & les vingt - huit Galeres
du Roy , qui font les plus
belles & les plus pompeuſes
qu'on ait jamais veues , & c'eſt
peut- eſtre une des choſes qui
marquent
180 MERCURE
marquent le mieux la grandeur
de Sa Majeſté . Meſdames les
Ducheſſes , qui font toutes deux
Filles de Madame de Thiange,
Soeur de cet illuſtre Mareſchal ,
monterent ſur la Royale, où elles
furent reçenës au bruit du Canon
& d'une Muſique guerriere
, avec tous les honneurs qui
ſe pratiquent en ces fortes d'occaſions.
Elles virent faire l'Exercice
à la Chiourme. Il y eut un
concours extraordinaire de toute
ſorte deGens par tout où elles
pafferent. Perſonne ne ſe pouvoit
laſſer de les admirer , &
on avoit peine à percer la foule.
Monfieur le Mareſchal leur
a donné la Comedie pluſieurs
fois. Elles ont pris fur tout un
plaifir particulier à la reprefentation
de l'Ariane de Monfieur
de Corneille le jeune , qu'elles
ont
GALANT. 181
ont voulu voir deux fois . Ce
grand Rôle eſtoit ſoûtenu par
une Actrice nommée Mademoi
ſelle Belonde. Elle reüffit ſi bien
au gré de toutes ces illuſtres
Perſonnes , dont la delicatefle
du gouſt eft connuë , que les
Comediens de l'Hoſtel de Bourgogne
l'ayant ſçeu , l'ont mandée
incontinent pour venir remplir
chez eux la place de la plus
grande Comedienne que nous
ayons euë depuis pluſieurs Siecles.
C'eſt vous faire entendre
aſſez Mademoiselle de Chammeflé.
La nouvelle Actrice que
je vous ay déja nommée,eſt arrivée
icy depuis quelques jours.
Elle a répondu à l'attente que
l'on avoit d'elle dans le Polieucte
de Monfieur de Corneille l'aîné,
& on peut dire à ſon avantage,
que peu de grandes Comediennes
182 MERCURE
nes ont finy à Paris avec autant
d'approbation qu'elle en a reçeu
en commençant.
Apres le regal de la Comédie,
Monfieur le Mareſchal Duc
de Vivonne invita les deuxDucheſſes
ſes Niéces à venir ſe
promener dans de petites Barques
, afin que s'accoûtumant
peu à peu à la Mer , elles fufſent
moins ſurpriſes quand elles
ſe trouveroient fur les Galeres.
Elles prirent beaucoup de plaifir
à ces promenades , & en reçeurent
un fort grand quelques
jours apres d'une Feſte qu'on fit
à Marseille . Vous en trouverez
la deſcription dans cette Lettre.
Elle est d'un Particulier à
fon Amy.
A
GALANT. 183
J
A Marſeille le 27.May 1679 .
2 Eudy dernier 25. de ce mois
on fit icy les réjoüiſſances de
la Paix avec l'Empereur. Ce fut
un des plus beaux jours dont nous
ayons jouy de tout le Printemps.
Le Soleil ne commença pas plûtoſt
à paroistre , que les Galeres
toutes peintes & toutes dorées
qu'elles font , d'une magnificence
qui n'a jamais esté veuë dans ce
Port,furent ornées de leurs beaux
atours , c'est à dire de leurs Bandieres
, de leurs Banderoles , de
leurs Flames , & de leurs Pavois,
&formerent un Croiſſant d'un bout
du Port à l'autre. Ces Bandieres,
ces Banderoles , & ces Flames
qu'un vent agreable avoit agitées
toute lajournée ,furent oftéessur
les
184 MERCURE
les huit heures & demie du ſoir
avec les Pavois , pour faire place
à un autre Spectacle qui n'estoit
pas moins beau.
D'abord que Monsieur le Mareſchal
de Vivonne eut occupé un
lieu commode pour bien voir avec
Mesdames de Nevers & Sforze,
les vingt - huit Galeres & deux
Galiotes qui rempliſſoient la plus
grande partie du Port , parurent
en un instant illuminées jusqu'aux
Antennes , au signal d'un coup de
fiflet ; mais si bien illuminées de
Poupe à Prouë , que les confiderant
d'un lieu élevé , comme je les conſiderois
, il ne ſembloit plus que
ce fuſſent des Galeres de bois ,
mais des Galeres de clarté & de
lumiere.
Apres avoir joüy quelque temps
de l'éclat de cette illumination
causée par plus de 33000 lumieres,
GALAN T. 185
, hormis
res , dont le brillant furpaſſoit celuy
de la Lune , quoy qu'elle fust
encor presque dans ſon plein , la
Royale commença de faire une décharge
de ses Canons
du Coursier ; & toutes les Galeres
firent la mesme choſe tout d'un
temps , avec un bruit & un retentiſſement
si grand dans tout le
Port , & aux environs , que les
Maiſons en furent ébranlées , &
L'usage de la parole banny mesme
entre ceux qui estoient les plus
pres les uns des autres. Le Tonnerre
n'est pas aſſurément plus
effroyable dans les orages les plus
extraordinaires.
A peine ce bruit eut-il ceßé
que celuy des Boites du Parc ( c'est
ainſi qu'on appelle icy l' Arsenal )
Sefit entendre avec moins de bruit,
mais avec plus d'ordre & plus
longtemps. Apres quelques Fusées
volan
186 MERCURE
volantes qui ſuivirent , on commença
un Feu d'artifice au milieu
de l'eau , vis-à- vis de la Royale,
par pluſieurs Boites disposées ſur
desPontons autour de la Machine,
qui parut illuminée en un moment.
Elle repreſentoitun Soleil élevé au
deſſus de la Paix, qui estoit accompagnée
d'une Aigle & d'un Lion
àses coſtez. Il enſortit une quan.
tité ſurprenante de Fufées , &
d'autres Feux artificiels qui éclaterent
merveilleusement bien dans
l'air.
Quelque temps apres, lesGaleres
firent une decharge ſemblable
à la premiere , qui fut suivie du
tintamarre des Boites du Parc
comme auparavant. Ce fut alors
que je remarquay un effet admirable
de la Machine au travers
de la fumée des Canons , qui toute
épaiſſe qu'elle estoit , n'obscurciſſoit
point
GALANT. 187
point affezl'air pour étouffer ab.
folument le jeu du Feu d'artifice.
Enfin les Galeres firent une troifiéme
décharge , & ce Feu finit
au bruit des Boites du Parc , qui
durerent cette derniere fois pres
d'un quart-d'heure.
Toutes ces choſes ſe paſſerent à
la venë d'une foule de Peuple inconcevable.
Les uns avoient pris
de petits Bateaux pour estre plus
pres de la Machine ; d'autres bordoient
le Mole d'un costé&d'autre
; mais ceux qui s'estoient mis
aux Fenestres estoient les mieux
placez pour tout voir d'une seule
veuë. Ne croyezpas que j'exagere,
quand je dis que la foule des spe-
Etateurs estoit inconcevable. La
VilledeMarseille n'estpas à laverité
si grande que Paris , mais le
Peuple y est à proportion en auſſi
grand nombre , & vous feriezfur
pris
188 MERCURE
pris de voir dans cette ſaiſon la
quantité de monde qui ſe promene
tous lesfoirsfurle Port & au Cours,
qui est tres- long & tres- large.
On a eu nouvelles que toutes
les Galeres font parties de Marſeille
pour ſe rendre à Civitavecchia,
où elles doivent mettre
à terre Monfieur & Madame de
Nevers,& Madame Sforze . Ces
deux illuſtres Ducheſſes n'y peuvent
arriver avec plus de magnificence
& de grandeur qu'avec
tant de ſuperbes Baſtimens, commandez
par un General des Galeres
de France .
Voicy un ſecond Portrait qui
ſervira d'embelliſſement à cette
Lettre .C'eſt celuy de l'Empereur.
Il eſt gravé d'apres une Medaille
envoyée nouvellement d'Allemagne
, & qui vient d'y eſtre
frapée
GALANT. 189
frapée à l'occaſion de la Paix.
La Face droite repreſente l'Empereur.
On voit au Revers Jupiter
ſous la forme d'un Taureau
chargé de la belle Europe, avec
ces paroles , Pax &Salus Europa .
Je ne comprens pas bien dans
quel ſens elles peuvent eſtre
apliquées à Jupiter ſelon la Fable
, ſi ce n'est que voyant cette
Princeſſe ſaiſie de frayeur au milieu
des flots qu'il luy faiſoit traverſer,
changé en Taureau , il la
délivra de la crainte où elle devoit
eſtre de perir,en luy découvrant
ce qu'il eſtoit. Mais enfin
à examiner ces meſmes paroles à
l'égard de l'Empereur, elles n'ont
aucune juſteſſe. Quand il auroit
refusé la Paix, la plus grande partie
de l'Europe n'auroit pas laiffé
d'eſtre en repos , puis que les
Hollandois, les Eſpagnols,& plu
fieurs
190 MERCURE
ſieurs autres Souverains,l'avoiết
acceptée aux conditions réglées
par le Roy. Ainſi en conſentant
luy- meſme à les recevoir , tout
ce qu'on peut dire , c'eſt qu'il a
ſauvé une partie de l'Allemagne
ſans qu'il ait rien donné à l'Europe
, qui tient la tranquillité
dont elle joüit des ſeules bontez
de LoüIS LE GRAND .
La Provence a fait une perte
confiderable en la perſonne de
Madamede Montfuron.Elle éto it
de l'illuſtre Maiſon de Pontevé's,
Soeur de Monfieur le Marquis
de Büou, Belleſoeur de Monfieur
l'Eveſque d'Alet , & proche Parente
de Monfieur le Comte de
Grignan. Outre une beauté furprenante
, elle avoit mille belles
qualitez qui la font regreter de
tous ceux qui l'ont connuë. Si
quelque choſe eſt capable de
confo
GALANT. 191
conſoler ſes Amis , c'eſt l'avantage
d'avoir ſon Portrait vivant.
Elle l'a laiſſe dans Madame la
Marquiſe de Mizon ſa Fille ,
qu'un eſprit auſſi vifque délicat,
un enjoüement naturel ,& des
manieres enchantées , rendent
aujourd'huy un des plus grands
charmes de Marſeille .
Il me ſemble vous avoir entendu
dire que vous aviez des
Tableaux de Monfieur Bourzon,
l'un des plus fameux Peintres du
temps pour les Tempeſtes &
pour les Mers. Je vous avertis
que ſa mort, dont on a eu nouvelles
icy depuis peu , les va
augmenter de prix . Il eſtoit Genois
, & demeuroit en France,
où il travailloit pour le Roy. Sa
Majesté l'ayant envoyé à Genos
pour quelques affaires qui
regardoient ſa Profeffion , il y
a
192 MERCURE
a eſté ſurpris d'une maladie qui
l'a emporté.
Le Vendredy 16. de ce Mois
Monfieur l'Abbé Deſmaretz foû
tint un Acte de Licence , qu'on
appelle Majeure ordinaire. La vivacité
d'eſprit qu'il fit paroiſtre
fur toutes les matieres qu'on agita
ne ſurprit perſonne. Il l'avoit
déja fait éclater en d'autres occaſions
de cette nature, & fi on ad.
mira qu'il puſt réſiſter à la fatigue
de la diſpute , qui dura depuis
huit heures du matin juſqu'à fix
heures du ſoir,on eſtoit perſuadé
qu'il repondroit toûjours juſte,
quelques objections qu'on luy
fiſt. Une je ne ſçay quelle douceur
répanduë ſur ſon viſage ,
fon air modeſte , & l'honneſteté
qui accompagne toutes fes
actions , ont aſſurément dequoy
prevenir tout le monde en fa fa
veur,
GALANT.
193
veur , mais il n'eut point beſoin
de ces avantages pour s'attirer
l'approbation genérale de la
nombreuſe Aſſemblée qui ſe
trouva ſucceſſivement pendant
tout ce jour dans le lieu de la
diſpute. Il ladeût toute à la force
de ſes raiſonnemens & à la netteté
avec laquelle il s'expliqua,
& il ne pouvoit donner une
preuve plus glorieuſe de la juſtice
qu'on luya renduë en le nommant
Agent duClergé.Monfieur
Colbert dont il eſt Neveu , vint
l'entendre le matin , auſſi-bien
que Monfieur le Premier Préſident
, & tous les autres Préſidens
à Mortier. Meſſieurs les
Conſeillers d'Etat , Maiſtres des
Requeſtes , & du Grand Confeil
, s'y trouverent tour à tour
en fort grand nombre. On y vit
Monfieur le Cardinal de Retz,
Iuin 1679 . I
1
194 MERCURE
:
Monfieur le Cardinal de Boüillon,
Meffieurs les Archeveſques
de Roüen , de Sens ,& de Bourges
, Meffieurs les Eveſques de
Meaux , de S. Malo , d'Autun ,
de S. Brieu , & enfin tout ce
qu'il y avoit alors de Prélats icy ,
avec quantité d'autres Perſonnes
du premier rang. ;
Environdans ce même temps,
Monfieur de Beauvais Baron
de Gentilly , Fils de Madame
de Beauvais , Premiere Femme
de Chambre de la feu Reyne
Mere , épouſa Mademoiselle
Bertelot de Bouvillé , Fille de
Monfieur Bertelot Secretaire du
Roy, & Niéce de MonfieurBertelotGenéraldes
Poudres& Salpétrieres
de France. Ce dernier
donna un Soupétres magnifique.
Quatre Tables furent ſervies
en meſnie temps avec autant de
propreté
GALANT...
195
proprété que de délicateffe &
d'abondance. Les Hautbois ſe
meſlerent aux Violons pendant
le Soupé , & firent un Concert
tres -agreable. L'Aſſemblée estoit
nombreuſe. Madame la Marquiſe
de Richelieu s'y trouva avec
plufieurs Dames de qualité. Le
Bal ſuivit. On dança juſqu'à
trois heures du matin que ſe fit
la cerémonie des Epouſailles.
Ces deux nouveaux Mariez accompagnez
d'un grand nombre
de leurs Parens & de leurs Amis,
allerent le meſme jour àGentilly
, où Madame de Beauvais la
Mere , les a magnifiquement régalez
pendant trois jours. Monfieur
le Baron de Gentilly eſt
bien fait , galant , ſpirituel , &
s'eſt acquis la réputation d'eſtre
toûjours un des mieux mis de
la Cour. Il eſt Maiſtre-d'Hoſtel
I ij
196 MERCURE
du Roy, qui l'a tenu ſur les Fonts,
& qui eſtant pleinement perſuadé
de ſes belles qualitez , luy
a voulu marquer ſon eſtime par
le préſent d'une ſomme confidé.
rable. Ce Mariage ne peut-qu'être
heureux , ayant reçeu l'agrément
de Sa Majeſté d'une maniere
ſi glorieuſe. La Mariée eſt belle
, & tres - jeune. Elle a de l'efprit
, de l'embonpoint , le teint
d'une blancheur ébloüiſſante , les
yeux bleus & bien fendus , la
taille aiſée, les cheveux cendrez ,
&par deſſus tout cela , ce je neſçay-
quoy qui ſaute aux yeux,&
qui eſt encor plus touchant que
labeauté.
Monfieur le Cardinal d'Eftrées
, apres treize mois d'abſence
eſt enfin revenu en cette
Cour , où Sa Majesté l'a reçeu
avec tous les témoignages d'eſtime
GALANT. 197
me & d'affection que merite un
fi grand Homme. Celle de Baviere
; dans laquelle il a fait un
fort long fejour , a rendu à ſes
grandes qualitez la meſme juſtice
qu'on leur rend par tout . Vous
jugez bien, Madame , qu'il ne s'y
eft arreſte fi long temps que par
de tres- puiſſantes raiſons . Il feroit
difficile de les penétrer ,
cetteEminence agiſſant toûjours
avec tant de circonfpection .
que meſme avec ſes plus particuliers
Amis il ne luy échape
jamais la moindre choſe qui
puifle donner lieu à des conjectures
. Ce qu'on en peut dire
avec certitude , à parler en genéral
de ſes grands Emplois , c'eſt
que le Roy , à qui toutes les actionsde
ſa vie ont dõné des marques
d'un parfait attachement
pour ſon ſervice & pour fa Per
198 MERCURE
fonne , connoiſſant ſon Génie
auſſiélevé qu'il eſt , ne luymeten
main que des Négotiations tresimportantes
. Ce Cardinal a perdu
un tres-bon & tres- confidérable
Amy , par la mort deMonfieur
l'Electeur de Baviere , & n'a
pas une moins bonne Amie en la
Perſonne de Madame la Duchefſede
Savoye. Il a paflé par Turin
à fon retour , pour luy faire
ſes remercîmens de l'Abbaye
qu'elle luy a donnée. Cette
Princeſſe a montré beaucoup
de joye de le revoir , & ilen a
reçeu tout l'accueil qu'il avoit
ſujet de s'en promettre. Comme
il a l'Etoile des Mariages , &
que Madame Royale le confidere
non ſeulement comme un
Parent tres- zelé , mais comme
le meilleur Amy qu'elle aye ,
on ne doute point qu'elle ne
l'ait
GALANT. 199
l'ait confulté ſur l'Alliance qui
peut contribuer davantage à la
gloire des Etats dont elle est
Régente.
Je viens aux Enigmes du dernier
Mois . Vous trouverez l'Explication
de la premiere dans ce
Rondeau des Réclus de S. Leu
d'Amiens. Vous vous ſouviendrez
que l'Enigme eſtoit de la
Lorraine Eſpagnolete.
Our un Zéro ſe donner tant de
Ponyp
eine,
Mettre pour rien fon esprit à la
gefne ,
Refver longtemps , chercher fans
trouver rien ,
En verité , belle& docte Lorraine,
C'est trop pour rien nous caufer la
migraine.
Qui l'auroit crû qu'un jourparvêtre
veine
:
I iiij
200 MERCURE
Rien pust Servir au Public d'entretien?
Vous l'avez fait , & l'avez fait
trop bien ,
Pour un Zéro.
Mais ce Rondeau , commandé par
Climene , :
Plus que Zéro me tourmente & me
gesne
De le finir , le plus juste moyen
Eft de donner à ma Belle inhumaine
Et mon Rondeau , voſtre Enigme ,
&ma peine ,
Pourun Zéro . :
Ceux qui ont trouvé ce même
Mot du Zéro , font Mef
ſieurs l'Abbé de Bionne , proche
d'Orleans : De Boiſſimon l'aîné ;
De Tronville-Becel , d'Amiens,
Capitaine au Régiment de Piémont:
Nogent le Chartrain;Durand,
GALANT 201
rand , Avocat à Tours ; Mefda
mes Sifredy, de la Ruë S. Honoré
La Belle Mademoiselle
Granger - Bertran la Fille , de
Dijon ; La Nymphe Bulſard ; Le
Berger de Diane ; & le Voyageurd'Onchumont
; La Belle &
charmantede Maunier de la Ruë
du Puis-Neufd'Aix.
On a expliqué cette meſme
Enigme fur le Doigt,le Serpent de
Musique, la Baſſede Violon ,& un
Atome.
Le vray mot de la ſeconde eſt
dans ce Madrigal de Mr le P.Pelegrin,
de Pignansen Provence.
D
Abord que le bon Patriarche
Vit ce que la Colombe apportoit
àfon bec ,
-Croyant de marcher à piedſec,
Ilouvrit les portes de l'Arche.
It neſe trompapoint : Le Ciel fut
appaisé, Iv
202 MERCURE
Toute l'eau s'estoit écoulée ;
Mais helas ! s'estant avisé
Que la Terre estoit defolée :
Noé ( dis -je ) voyant alors
Tous les Arbres à demy-morts ,
Commence àse grater l'oreille :
Mais enfin inspiré par un Esprit
Divin,
Ilplanta la charmante Treille ,
Et de nouveauſauvale triste Genre
humain,
Qui retiré de l'eau , periffoitfans
leVin.
Pluſieurs autres l'ont expliquée
ſur le meſme Mot,& ce font
Meſſieurs l'Abbé de Pezene; De
B.... Chanoine de S. Vaaſt de
Soiffons : De Villers , d'Amiens;
Gourdaut, Avocat, Soulas le cadet,
deTours ; Meſdamesdu Flos-
Veuve, de Nantes ; Seigneur, de
Ja Ruë S. Honoré , De la Haye
de
GALANT .. 203
de Preville,de Falaiſe ; Marchais ;
de la Campagne ; la Belle Cloîtrée
, de Tours , Celimene , de
Picardie , Le meilleur Gourmet
d'Amiens; Le bon Clerc de Châlons
ſur Saône ; & le Berger indiferent
; L'aimable la Foreſt, du
quartier S. Jean d'Aix .
La meſme Explication a eſté
donnée en Vers par Meſſieurs
Rault de Roüen ; De la Coudre
le jeune ; F.de Rheims ; Bechu ,
Preſtre , de Nantes; Hordé , de
Senlis,De Pimoneydes , de Laon;
&le Gouteux d'Andely.
J'ajoûte les noms de ceux qui
ontexpliqué l'une &l'autre dans
leur vray fens . Meffieurs l'Abbé
Charlot,Chanoine de Nôtre Da
medeDijon; Boutot, Chanoine
& Promoteur en l'Eglife Collegiale
de la meſme Ville ; De
Lialbis l'aîné, de Marseille;Au-
GJ gier
204 MERCURE
gier de la Terraudiere , Avocat
& Echevin de Niort : Jarres du
quartier du Louvre:De Boiffimon
D. C. Le Colonel M. de Beaumanoir
Chevreul , de Rennes;
De Frenneval en Normandie :
Darlemont,de Mets:De laRiviere,
d'Abbeville;du Fos Amproux:
Guillard , de Lyon : Hauſtome:
Panthot,Docteur Medecin,agre.
gé au College de Lyon : Tierfer,
Bailly de Tonnerre ; Regnard ,
Bailly de Crufy : Gribiche de la
Noue,Gardie, Secretaire du Roy:
Hervilſon , S.D. V. Secretaire de
l'Academie de Troyes : De Rhonet,
S DLA.Profeſſeur de Philoſophie
; D'Hault , ... De Langes
Montmirail,Avocat au Parlemét;
Montauban,de Mortagne auPerche;
Thuillier le jeune,de Bourges;
Patu,de Pont ſur Seine;Hervy,
C.D.L. Des.Jardins, du Bourg
de
GALANT. 205
de S.Laurens ; Formentin& Codron,
Régens au Colleged'Abbe
ville ; Mefdames de la Riviere;
Marie - Anne Dargences ; Des
Quatre Vents, d'Orleans; D'Orval
, de Falaise ; Le Gueſpin , de
Rennes ; De Richebourg , du
Fauxbourg S. Jacques; Celimene ,
de Bourbon les Bains , La jeune
Marquiſe de Rheims; La Curieuſe
de Vallongnes; L'Amie fidelle
de la Place Maubert ; La belle
Brune de la Marche ; Les trois
Cheres Soeurs proche de l'Arcde
Triomphe; Des Croiſettes; L'aimable
Turlis ; & la Societé dela
Ruë Chapon; Le Preſidant de la
Tournelle,de Lyon : L'Inconnu,
de Compiegne; L'Antimoine,de
Tours;Le Secretaire fidelle,d'A
miens: LeCadet S. Loüis: Le Solitaire;
LeChevalier,de la Portede
Paris : Le Franc Gentilhomme
Rhé
206 MERCURE
Rhémois : Le Fidelle, d'Orleans;
&l'Exilé.
Ceux qui les ont expliquées..
en Vers, font Meſſieurs le Preſident
de Silvecane, de Lyon : De
la Grapiniere, Solitaire de Saint
Georges : Miconet , de Châlons
fur Sone:L'Abbé de Janorcy, dit
le Druide Lyonnois : Des Gâtinois,
de Vandôme; Du Chemin,
d'Auvergne; Richard , de Mets;
Grandis, Fils, de Vienne en Dauphine;
Des Foffe,Avocat enParlement
à Roien ; Hutuge, d'Orleans;
Germain, de Caën ; Jubert
de la Doiiane de Lyon,De Chaudel,
Conſeiller àTroyes ;Hervy
C.D.L.Tabouret,d'Evreux ; Des
Roſiers ; Le Jeune Philofopbe ,
de Saint Estienne en Foreft ;
Tornezy , Medecin de Marſeil-.
le;&le Mauvileu de Chauven,
de Soiffons ; Les Belles Calviniſtes:
GALAN T.
207
niſtes ; L'Amant de la belle Inſenſible
; Les Réclus de Saint
Leu , d'Amiens ; & le Galant
Voyageur en Levant.
Les deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , pourront
coûter quelque reſverie à vos
Amis. La premiere eſt de Monfieur
Gardien Secretaire du Roy;
& l'autre de Monfieur Caſtel-
Colongtec .
L
ENIGME .
On voit deux Soeurs toûjours
ensemble,
Qui fervent en mesme Maifon ;
Elles n'ont rien qui ſe reſſemble ,
Si ce n'est la taille & le nom .
Quoy qu'également neceffaires,
L'une eft toûjours fans se mouvoit
Et
209 MERCURE
Et l'autre n'a pas peu d'affaires
Depuis le matin jusqu'au foir,
Par la franchise de l'Aînée,
Et par fon abord ingénu ,
On la verroit abandonnée
Atoute beure au premier venu.
Mais par les foins de la Cadete
On luy preſcrit dejustes Loix.
Celle- cy paffe pour discrete,
Quoy qu'incivile quelquefois ...
Elle est fort ſujete au caprice,
Souvent ellefait des jaloux ,
Et ne rendpresque point justice,
Si ce n'est àforce de coups.
AUTRE ENIGME.
:
2
men- AMerefans douleur m'
Champs,
Avec ſoin jefus élevée ...
Ie
GALANT. 209
Ien'ensuis pas pourtant plus re-
Servée,
I'ay frequenté depuis les Bons &
les Mechans.
Preſquepar tout je ſuis aimée,
Quoyquejefois contraire auxplaifirs
de l'Amour,
On me voit à la Ville , on me voit
àla Cour ,
Maisbeaucoup plus qu'ailleurs, on
me voit à l' Armée.
A vous dire le vray , mon abord ne
: plaist pas ,
Fort peu de Gens y trouvent des
appas.
Ieprensfeu,fans estre en colere,
Ie m'échauffe facilement ;
Ainsi mon entretien nesçauroitfa.
tisfaire
Ceux qui n'en goûteroient qu'une
fois seulement .
On n'a jamais connu d'Iris , ny de
:
Sylvie , C
2 Qui
210 MERCURE
Qui de tant d'Amoureux ait esté
poursuivie.
Etquiconque enfinſuit mes Loix,
Lesſuit tout le temps defa vie.
Demille Amans tout à lafois
-le puisfatisfaire l'envie;
Mais bien que je brûle pour tous ,
Ie n'enfais pas- un de jaloux.
L'Enigme d'Hyacinte mourant
aux yeux d'Apollon qui le change
en Fleur , eſt la Rosée qui ſe
change en la ſubſtance des Herbes
&des Fleurs,par la vertu du
Soleil. C'eſt la premiere de cette
naturedont on n'ait point trouvé
le vray fens .On l'a expliquée ſur
Le Sommeil, le Ict d'eau , le Prin..
temps, le Tonnerre , la Grefle, l'Apoplexie
, la Taloufie , le Bled, le
Poison, l'Agonie, la Teinture bleüe ,
laMetempsycose , le ver à foye,
la Renommée, les Gens de Let
tres
GALANT. 201
tres,le Soleil couchant , un Parterre,
la Mirrbe, le Melon,la Metamorphose,
&le Phénix.
- Le Raviſſement de Proferpine
, Fille de Cerés , eft la nouvelle
Enigme en figure que je
vous propoſe.
LesMedecins n'ontjamais cefsé
d'être à la mode. Il y en a cependant
que quelques Secrets
particuliers font chercher préferablement
à tous autres. Celuy
que les Italiens ont fait paroître
depuis quelques jours fur leur
Theatre , & qu'ils nomment le
Medecin du temps , eſt du nombre.
Cette nouvauté leur attire
tout Paris . Arlequin y charme à
fon ordinaire. Rien n'eſt plus
plaiſant que de le voir Dogue
d'Angleterre. C'eſt un vray Protée.
Il fait tout ce qu'il veut deſon
corps , & quelque figure qu'il
prenne,
212 MERCURE
prenne, il eſt toûjours également
agreable . Je ni'y trouvay la derniere
fois aupres de celuy que
vous appellez Nouvelliſte univerfel.
Il m'aprit ce que je vay vous
conter.
Deux Dames, d'aſſez de naifſance
pour prendre , l'une la
qualité de Marquiſe , & l'autre
celle de Comteſſe , eſtant
voiſines à la Campagne, où elles
paſſent une partie de l'année ,
s'eſtoient fait un défy de vingt
Loüis payables par celle des
deux qui ſe laifferoit prendre
ſans vert pendant tout le mois de
May. Il y a longtemps que cette
forte de défy eſt en uſage. Il
engage à porter quelques feüilles
de Groiſelier dans une Boite.
On doit prendre ſoin de les
renouveler tous les jours , &
on eſt vaincu quand on eft fur
pris
GALAN T. 213
pris ſans avoir ſa Boite. Les
deux Dames ſe rendoient de fort
frequentes viſites ; mais comme
on couroit les avertir dés qu'on
voyoit l'une entrer chez l'autre,
elles jugerent bien qu'il n'y avoit
que l'adreſſe qui leur puſt donner
l'avantage qu'elles cherchoient.
Ainſi les exceſſives chaleurs
qu'on a fouffertes dans le
mois de May , ayant obligé la
Marquiſe à s'aller baigner,la Corefle
n'eut pas plûtoſt ſçeu qu'elle
avoit choiſy pour cela la pointe
d'une Ifle qui eſt à quatre cens
pas de ſa Maiſon dans la Riviere
de Seine, qu'elle reſolut de l'aller
ſurprendre au milieu du Bain.
Elle ne le voulut pas faire les
premiers jours, afin de l'accoûtumer
à ſe mettre dans l'eau ſans
précaution ; & croyant luy avoir
oſté par là tout ſujet de défian
cc,
214 MERCURE
ce, elle prit enfin un petit Bateau
de Peſcheur, où elle ſe cacha je
ne ſçay comment , defcendit
vers le lieu où ſe baignoit la
Marquiſe , & l'aborda en criant
qu'elle la prenoit ſans vert. La
Marquiſe ſe defendit quelque
temps ſur ce que la Comteſſe
avoit usé de ſurpriſe , & voyant
que ce n'eſtoit pas une raiſon
qu'elle écoutaft , elle luy montra
faBoite qu'elle avoit attachée à
ſon bras avec un ruban . Cependant
elle redoubla ſes ſoins pour
venir à bout de la ſurprendre de
ſon coſté . Voicy l'occafion qui
s'en preſenta. Une Païfanne que
la Comteſſe avoit fait preſſer
pour quelque Fermage , promit
de luy porter de l'argent. La
Marquiſe ſecut le jour , & s'êtant
miſe en équipage de Villageoiſe
, elle joüa le Rôle de la
Païfan
GALANT. 215
Païfanne, alla de fortbon matin
chez la Comteffe,entra fans que
perfonne fongeaſt à l'examiner,
&ayant trouvé un petit Laquais
dans l'Eſcalier , qui luy demanda
où elle alloit , elle répondit
qu'elle apportoit de l'argent. Le
Laquais alla avertir une Suivante
dans la Chambre de ſa
Maiſtreffe , & il fut ſuivy dans
le meſme inſtant de la fauffe
Villageoiſe , qui n'attendit pas
la permiffion d'entrer. Les Ri
deaux tirez far les Fenestres, ne
laiffoient entrer qu'un demy
jour dans la Chambre. La Dame
ne faiſoit que de s'éveiller.
On luy parla d'argent apporté,
& ayant apperçeu des habits
de Païfanne , elle n'eut pas plûtoft
dit qu'on avoit bien fait de
n'attendre pas un dernier meſſa.
ge , qu'un le vous prensſans vert
fut
216 MERCURE
1
fut la réponſe qu'elle reçeut. Jugez
de l'étonnement qu'elle eut
de voir la Marquiſe. Elle reconnut
ſa voix ; & ne pouvant luy
montrer de vert,parce que ſa Boite
demeuroit toutes les nuits fur
ſa table , il fallut qu'elle payaft
les vingt Loüis dont elle estoit
convenuë pour le défy. Il y eut
des Valets grondez , & la vraye
Païſanne qui arriva deux-heures
apres , effuya un peu de
méchante humeur , mais les
vingt Loüis ne laiſſerent pas d'eſtre
perdus. Ma Lettre commence
à eſtre trop longue. J'acheve
mes autres Nouvelles en peu de
mots.
Meſſire Jacques le Coigneux,
Chevalier, Marquis de Montmeliaud
, Pluilly , Mortefontaine ,
&c. Conſeiller d'Estat , & Préſident
à Mortier, fut marié le 25 .
de
"
GALANT. 217
de ce mois avec Mademoiselle
de Navailles , Niece de Monſieur
de Navailles , Due & Pair,
Mareſchal de France. Il donna
le ſoir un fort grand Soupé , où
eſtoient Monfieur le Duc de
Navailles , Monfieur de Monteſpan
, Monfieur le Marquis de
Rotelin , Madame de Navailles,
&Meſdemoiselles ſes Filles, Madame
la Preſidente Thore , Madame
la Marquiſe d'O , Madame
le Coigneux de Bachaumont
, & Madame de Girole.
Meſſire Jacques le Coigneux ſon
Pere fut Conſeiller d'Etat , &
Preſident en la Chambre des
Comptes. Ses grandes qualitez
luy ayant acquis les bonnes graces
de feuMonfieur le Ducd'Or.
leans , qui le fit ſon Chancelier,
il ſe montra ſi digne des plus
importans Emplois par la ma-
Juin 1679 . K
218 MERCURE
niere dont il répondit à la confiance
de ce Prince , que le feu
Roy , voulant le recompenfer
des ſervices qu'il luy avoit rendus
dans les Charges de Prefident
des Requeſtes & des Comptes
, le crea Preſident à Mortier
en 1630. Il fut marié trois
fois , & de ſon premier mariage
avec Dame Marie Cerifier , eſt
forty le Preſident qui vient d'épouſer
Mademoiſelle de Navailles,
en troiſièmes Nôces. Sa premiere
Femme eſtoit Madame
Galand; & la ſeconde , Dame
Marie d'Alongny de Rochefort,
Sooeur du Mareſchal de ce nom .
C'eſt un des plus habiles & des
plus exacts Juſticiers que nous
ayons . La Mariée a beaucoup.
d'eſprit.
Monfieur de Louvoys a eſté
receu à Fribourg de la maniere
GALANT. 219
niere que je vous ay marqué
qu'il l'avoit eſté dans toutes les
Villes où il a paſsé. Quoy que
Monfieur le Marquis de Chamilly
qui en eſt Gouverneur,
n'y fuſt arrivé que quelques
jours avant luy , il n'a pas laissé
de l'y regaler comme s'il y avoit
eſté établydepuis longtemps , &
le Païs n'a rien fourny de bon
ny de rare à plus de trente lieuës
aux environs , qui n'ait eſté employé
pour ce Regal. Ce Miniſtre
ſoupa & coucha le jour de
ſon arrivée chez Monfieur de
Chamilly . Il y dîna le lendemain
, & en partit apres avoir
exactement viſité laPlace. ?
Le Roy ayant appris la mort
de Monfieur l'Electeur de Baviere
, en a pris le violer. C'eſt
la marque du grand deüil , Sa
Majesté s'habillant de noir dans
Kij
220 MERCURE
le petit. La Cour n'a pas man
qué de prendre le deüil dans le
meſme temps, &comme lesModes
viennent de là, & que ce
qu'elle n'autoriſe point eſt peu
eſtimé , les Marchands n'ont
voulu faire voir aucunes des
Etöfes nouvelles qu'ils eſtoient
ſur le point de debiter. On m'afſure
qu'elles paroîtront bientoſt.
Ainſi je ne difereray pas longtemps
à m'acquiter de ce que je
vous promis la derniere fois , &
vous trouverez dans ma Lettre
Extraordinaire que je vous envoyeray
le 25. Juillet , tout ce
qui pourra ſe dire ſur cette matiere.
Je ſuis Madame , Voſtre,
&c.
AParis ce 30. Juin 1679.
On
GALANT. 2 21
On vient de m'apprendre tout
preſentement que Monsieur Amelot
s'est marié depuis quelques
jours , & qu'il a épousé Mademoi-
Sellede laHouſſaye. F'ensuis averty
trop tard pour pouvoir donner
àcetArticle toute l'étendue qu'il
devroit avoir.
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères