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1679, 04 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Avril 1679
DE
LE
DE
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. DC. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DUROY.
A
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
Eprix des Livres que vous me
demandez an Mercurus voule
treleplus au long,ſefera , cher Lecteur,
tant que je le pourray faire ,& tacheray
autant qu'il mefera poſſible à vous fatisfaire.
Ievous reitere, ce que j'ayfait plufieursfois
,quevous payiez les ports des
pacquets&lettres que vous m'envoyerez
pourle Mercure , autrement je ne les feray
point teniràl' Autheur ; ainſi il ſera
inutile de m'envoyer rien ſans payer le
port ; je ſuis honteux moy même de recommencer
toûjours cela dans mes Avis,
La peine que je me donne pour le Mercure,
Sans profit vous devroitfatisfaire.
Ceux qui auront beſoin du Mercure
dans les Pais Etrangers on Provinces,
oùil n'y aura point de Libraire qui di-
Stribuent ledit Mercure , ou autrement,
& qui voudront en avoir tant tous les
mois que tous entier, s'adreſſferont à Lyon,
chez THOMAS AMAULRY Librai
A
ai)
Le Libraire au Lecteur .
re ruë Merciere, & on lour fera tenir regulierement
tous les moispar telles voyes
que l'on marquera , & autres Livres que
l'on aura besoin. L'on aura auſſi le ſoin
de faire payer six mois , ou une année
par avance. Il y a dix Volumes
de ceux de 1677. pour douzeſols ; ceнх
de 1678. & 1679. pour vingt ſols le
Volume , tant les anciens que les nouveaux
, les Extraordinaires trente
fols chacunſans marchander , ainſi il est
inutile de les demander à meilleur marché
; Onfeparera quel volume que l'on
voudrapourle mêmeprix.
LIVRES NOVVEAV X
du Mois d'Avril .
Traité des Superstitions , ſelon l'Ecriture
Sainte, des Decrets des Conciles , &
lesfentimens des Saints Peres, &des
Theologienspar Monfieur Thiers , 12.
deux livres.
Selecta Historia Ecclefiaftica , Anton.
P. Alexandr. in octavo , 4. vol. neuf
livres.
Raisonnemens Chrestiens ,fur ce qui s'est
passé
passédans le commencement du monde,
in douze, 2. livres .
Nouveau Recücil de Lettres & billets
Galands , avec leurs réponſes ſur diversſujets
, indouze , 25. fols.
Memoires pour ſervir à l'Histoire det
Plantes dreffez par Monsieur Dodart
de l'Academie des Sciences , indouze,
so.fols.
Histoire de France & l'Origine de la
maiſon Royale par le P. Adrien lourdan
de la Compagnie de Jesus , in
quarto, 2. vol. 12. livres.
Laconnoiſſancedes Temps , ou le Calendrier
& Ephemerides du lever
coucher du Soleil , de la Lune , &des
autres Planetes avec les Eclipses pour
l'année 1679. avecpluſieursfigures en
taille douce , indouze pour 20. fols.
L'Oraiſon Funebre de Monsieur le
Premier Preſident de Lamoignon par
Monfieur l'Abbé Fléchier, in quarto,
vingt fols.
a iij
6383030303-03
CATALOGUE DES PIECES
contenues dans le V. Extraordinaire
donné au Public le 15 .
d'Avril 1679.
CEt Extraor
Et Extraordinaire intitulé Extraordinaire
du Quartier de Ianvier
1679. eſt dedié à Madame Royale,
dont lePortrait eſt repreſenté dans
la premiere Planche,
IL CONTIENT
Un Ouvrage en Profe & en Vers ,
qui fait l'éloge de ce qu'il y a de plus
beau dans l'Extraordinaire du Quartier
d'Octobre .
Cinq Pieces ſur la Queſtion , S'il y a
plus de gloire à triompher de ſoy-même,
qu'avaincreſes Ennemis.Ces Pieces ſont
pleines de ſolides raiſonnemens , de
beaucoup d'érudition , & de citations
tres curieuſes;mais quoyque l'inventio
& le tour en ſoient diferens , tous les
Autheurs de ces Pieces ſe ſont rencontrez
à parler de la moderation du Roy.
Trois autres Pieces ſur la Queſtion ,
Si un Amant doit diferer à ſe justifier
avec
avecsa Maistreſſe , quand il la voit dans
unemportement qui l'oblige à luy defendrede
luy riendire.
1
Troisfur la Queſtion, Si la condition
des Femmes iſt plus avantageuse que celle
desHommes.
- Quatre fur la Queſtion , Si on peut
hair ce qu'on a une fois bien aimé.
Trois fur la Queſtion,S'il est plus glorieux
de vaincre un coeur qui fait vanité
d'étre indiferent ou d'envaincre un qui est
prevenu d'amourpour un autre Objet. Ily
aune de ces Pieces en Profe & en Vers.
Deux fur laQueſtion , Si apres avoir
eſté trabi d'une Maistreſſe qu'on a aimée
parfaitement , on en peut aimer une autre
avec une auſſi ardente paſſion .
Trois autresPieces en Vers,dans chacunedeſquelles
ily afixMadrigaux qui
répondét à chacune des fix Queſtions .
Trois enProſe ſur l'origine de l'uſage
des Coliers de Perles .
Une ſur l'origine des Bracelets &
desPendans-d'oreille .
Une Avanture du Parnaſſe enProfe
&enVers .
A
Dix- ſept Madrigaux fur les trois
Enigmes du Mois de Decembre.
a iiij
Un Ouvrage admirable contenant
des Recherches tres- curieuſes &pleines
d'érudition ſur l'origine du Parchemin
, du Papier, & des Tabletes.
Une Fable en Vers de la Cigale &
de la Fourmy.
L'Hiſtoire d'une Dame de Dauphiné,
écrite par elle-meſme.
Une Satyre en Vers intitulée les
Nouvellistes.
:
Un Cadran horizontal gravé.Tout le
ſujet de cette Planche eſtde faire voir
en moins d'un moment,& d'une ſeule
veuë ,pour ainſidire, tout ce que leRoy
a fait de grand depuis ſept ans , dans
quels lieux il a gagné des Batailles, &
fur quels Princes il a pris des Places.
Comme un ſi grand nombre de choſes
extraordinaires ne ſe pourroient retenir
ſans les écrire ,il faudroit lire avecla
plume à la main les Recueils de Gazetes
de ſept ans , ou une Hiſtoire d'autant
d'années , Cette Planche eſt ornée
d Inſcriptions & de Deviſes qui
conviennent au ſujet.
Quatre Lettres fort curieuses; la
premiere , fur l'origine du Verre ; la
ſeconde , fur les Veritez qui ſont renfermées
fermées dans les Fables; la troiſieme,
fur les Songes ; & la derniere , fur ce
qui donne lieu d'employer la Fable
d'Orphée pour fignifier le Songe.
Quatorze Madrigaux ſur les EnigmesduMois
de Janvier.
L'Explication de la Lettre en Chifresdu
dernier Extraordinaire.
Une nouvelle Lettre en Chifres,
gravée& proposée auPublic.
Un Recit de Baſſe noté en Chifres,
avec l'explication de ce que chaque
Chifre ſignifie.Cette nouvelle maniere
denoter les Airs eſtant tres-facile,
pourra avoir cours , ſi on ſe donne la
peinede l'examiner. +
UneMaſcarade de la Courde Savoye,
avec pluſieurs galanteries ſur ce ſujer.
Quatre Lettres, dont la premiere eſt
de l'excellence de la Peinture; la ſeconde,
du peud'eſtime qu'on a eu pour
les Peintres dans les premiers Siecles;la
troiſiéme, dela maniere dont la Peinture
a eſté trouvée;& la quatriéme,des
Amours deDemarate & de Philonome,
dont la Peinture tire ſon origine.
L'Explication de l'Histoire Enigmatique
du Jeu des Echecs dudernier
ã V
Extraordinaire, avec les noms de ceux
qui en ont trouvé le vray ſens.
L'Origine de ce mêmeJeu , Ouvrage
plein d'érudition & de recherches
curienfes . Il eſt de M. Germain P. de
Caën. On a oublié de mettre fon nom
dans le dernier Extraordinaire.:
Vingt-uneDeviſes gravées ,& dont
le ſujet eſt expliqué fort aulong. Ces
Deviſes ſont pour Monfieur le Chan
celier, pour Monfieur Colbert & pour
Monfieur de Louvois .
Huit Madrigaux ſur les Enigmes
du Mois de Fevrier.A ad
Cinq Questions proposées pour
l'Extraordinaire prochain qui ſe donnera
le 15. de Juillet.
Deſſeins de Planches proposées pour
le meſime Extraordinaire.
Modes nouvelles.
AVIS TOUCHANT LES
Deſſeins des Deviſes proposez
pourdes Cachets. シ
0
Neſt prié de ne ſe pas attacher
au ſeul ſujer de Deſſeins deDevi-
Ja fes
:
:
fes qu'on a proposé pour des Cachets
dans ce dernier Extraordinaire.
On en peut faire ſur toute forte de ſujets
qui regardent l'Amour,comme ſur
unAmour naiſſant, conſtant,heureux,
fans eſpoir , traversé , & fur tel autre
qu'on voudra,pourvû que l'on marque
untitre. Ceux qui envoyeront des Defſeins,
feront preferez , parce que fouventon
ne peut deviner par le diſcours
la pensée de ceux qui inventent , &
qu'ils pourroient le remplir de tant de
choſes , qu'il feroit impoſſible de les
faire entrer dans l'eſpace d'une Piece
dequatre fols . C'eſt à peu pres de cette
grandeur qu'on pretend les faire graver.
Ceux qui en feront de bons,ne les
envoyeront point inutilement.On les
affure qu'on fera toutgraver. Il fautun
peu plus de diligence pour ces Defſeins,
que pour les Ouvrages qu'on envoye,
car on eſt plus longtemps àgraver
qu'à imprimer , & l'on ne peut
commencer qu'on n'ait tout ce qui doit
entrer dans la Planche ; Autrement on
n'en pourroit fixer la grandeur.
IBLIOT
IYON
TABLE
S
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
2
Vantpropos, I
Relation de l' Entréede M. l'Archevesque
d'Alby dans la Ville de ce
nom, 3
Mascarade de la Paix , 25
Mort de Madame la Ducheffe de Noirmoutier,
32
Mortde M. Doublet, 4.3
Gouvernement de Bregançonſur la Cofte
de Provence , donné par le Roy, 44
Sentimens fur les fix Questions propo-
Sées dans l'Extraordinaire du Quartierd'Octobre
, 46
Discours en Profe & en Vers , ſur la
quatriéme Queſtion du mesme Extraordinaire,
So
Le lalouxfans ſujet , Histoire, 58
Tout ce qui s'est passéà Venise pendant
le Carnaval , avec la Description de
tous les Opéra qui ont été representez
dans la mesme Ville , & les noms des
Maîtres qui les ontmis enMusique,75
Air chantédans un des derniers Opéra
deVenise, 85
Carrou
TABLE.
Carrousel fait à Venise, 93
96
Mariage de M. le Marquis de Cha-
La Nymphede Chaville,
milly. 103
Histoire deM.de la Roche-Karlan,105
Medailles sur les Bastimens du Roy,
117
Mort de M. de Rochebrune Capitaine
auxGardes. 118
Charge de M. de Rochebrune donnée à
ibid.
Madame de Berulle est nommée AM.
deBoiffelau,
beffe de S. Barthelemy d'Aix en Provence,
121
Mort de M. le Marquis de Solas, ibid.
La Femme Amante defon Mary , Galanterie,
123
Lettre en Profe & en Vers, 131
Lettre en Vers de Brunaut , Matou banal
des environs d' Argentan , àGrifete,
Chatede Madame des Houlieres
, 140
Monument découvert à Geneve , 142
Mort de Mad.Groſſfeteste-Gargant,145
Mort de Mad. dela Fond. ibid.
Mort deM.le Marquis de Rostaing,146
MortdeM. Dreux-Varannes,Chanoine
deNoftre-Dame, ibid.
Canoni
TABLE.
Canonicat de M. Dreux donné au Fils de
M. lePresidentde la Grange, ibid.
MortdeM.de Lort d'Olonzac, Marefchal
des Camps & Armées du Roy,
ibid.
Mortde M. de Palluau Conseiller en
la Grand' Chambre , ibid.
M. Tronçon monte à la place de M. de
Palluau, ibid.
Viſites renduës par la Reyne àMademoi-
Selle d'Orleans,&à Madame la Du-
-cheffe,

147
149
Magnifique Carroſſe donné au Roy par
M.leMareschal Ducde Vivonne, 148
Oraiſon Funebre defeu M. de Lamoignon
, faite par M. l'Abbé Flechier,
imprimée chez Cramoiſy ,
Ce qui s'est passé aux dernieres Mercuriales
du Parlement , avec la Haranque
deM. le Premier Président, 150
Madame de Montespan eft reçenë Sur-
Intendante de la Maison de la Reyne,
157
Le Triomphe de Bélife, Galanterie,pour
apprendre aux Dames à connoistre
leurs Amans, 166
Lettre de Madame Royale à Monfieur
le Marquis de Villars, 205
Retour
TABLE.
Retour du Regiment de Piémont Ducat
àThurin, 207
? Nouveaux Capitaines aux Gardes , 208
Regiment Royal des Vaiſſeaux donné à
M.leMarquis de Gandelu , 210
M. l'Abbé Colbert reçen Docteur de
Sorbonne, 213
Remboursement definance offert aux Officiers
de Police, 215
Profeſſionde Mademoiselle de Langlée,
219
Pourquoy l'on dit Chambre ardente, 220
Depart de M. le Duc de Vivonne , qui
doit conduire Madame la Ducheffe
Sforce jusqu'à Civitavecchia , 221
Mort deMadame la Ducheſſe de Longueville,
222
Deviſes deM. le Francfur la mort de
cettePrinceſſe, 228
Mort de M. le Marquis de Coëtquin,
229
Mort deMadamede Bologniny deLyon,
ibid.
Explication de la premiere Enigme en
Vers, 231
Noms de ceux qui l'ont expliquée , 232
Explication de la seconde Enigme en
Verss 233
Noms
TABLE.
Noms de ceux qui l'ont expliquée, 234
Noms de ceuxqui ont expliquétoutes les
deux ,
Enigme,
Autre Enigme,
236-
237
238
Explication de l'Enigme d'Orithie, 240
NouvelleCarte, intitulée l'Ombre Ideale
de la Sageſſe univerſelle, 241
Histoire du Grand Theodose , par M.
l'Abbé Flechier ,
Divertiſſemens,
242
ibid.
Publication de la Paix avec l'Empereur ,
lesElecteurs , les Princes & Etats
de l'Empire.
Fin de la Table,
244
MER
I
MERCURE
LIO
T
AVRIL 1679
DE
DELA
LYON
Evous tiens parole
, Madame ; &
pour mériter toûjours
le titre de
voſtre tres exact
Hiſtorien , je commence les Articles
qui n'ont pû trouver place
dans ma Lettre dudernier Mois,
par ce qui regarde l'Entrée de
Monfieur l'Archeveſque d'Alby
dans la Capitale de ſonDioceſe.
Si vous avez eſté ſatisfaite de
Avril 1679 . A
2 MERCURE
toutes les Feſtes galantes dont je
vous ay fait juſqu'icy la defcription
, celle - cy , quoy que d'une
autre nature , aura d'autant plus
d'agrémens pour vous , que la
Relation que je vous en donne
a eſté faite par une Perſonne de
voſtre Sexe , dont vous avez admiré
déja l'eſprit avec beaucoup
de juſtice dans quelques Ouvrages
que je vous en ay fait voir.
Elle est de Madame de Saliez ,
Veuve de feu Monfieur le Viguier
d'Alby , & je la tiens de
Monfieur l'Abbé de la Roque, à
qui le Public eſt ſi obligédes do-
&es & curieuſes Remarques
qu'il nousdonne dans ſon Journal
des Sçavans.
RELA
GALANT.
3
RELATION
DE L'ENTREE
DE MONSIEUR
L'ARCHEVESQUE D'ALBY,
dans la Ville de ce nom .
A MADAME DE MARIOTTE,
de Toulouſe.
Legrandembarras
E me ſuis trouvée dans unfort
apres avoir leu
vostre Lettre. Eh dequoy vous avi-
Sez- vous , Madame, de me demander
un Tableau de ma façon , qui
vous represente l'Entrée deMonſieurnostre
Archevesque dans cette
Ville ? Vous voulezmesme qu'il
y ait dans ce Tableau des endroits
en miniature. Cependant vousſcavez
que je ne suis pas Peintre , &
A ij
4
MERCURE
il faudroit estre des plus habiles
pourfaire ceque vous voulez.L'extréme
defir que j'ay de vous plaire,
m'a fait d'abord fonger que pour
Satisfaire voſtre curiosité, ilmefalloit
copier les Tableaux que ceux
qui ont ordonné la Fešte en veulent
laiſſer à la Posterité. Je ne croyois
pas qu'on en pust faire d'autres qui
fuſſent fidelles ; mais , Madame, le
mestier de Copiſte me parcît un
pauvre mestier, &j'ay aſſezd'ambition
pour prétendre à faire un
Original. Enfin je mesuis heureu-
Sement ſouvenuë qu'ily a des Tableaux
en émail , qu'il y en a en
miniature , qu'ily en afurde la
toile , &mesme ensimple crayon ;
que tous en representant la mesme
chofe , ont leurs beautez qui nefont
pas pareilles , &que tous parcette
raiſon ont la gloire d'estre Origi
naux. L'ay esté contente de cette
dernie
GALAN T.
5
derniere reflexion ; & quoy que la
grandeur duſujet m'étonne, & que
jefois perfuadée que bien d'autres
travailleront là- deſſus mieux que
moy , je prens le pinceau , ou pour
parler plus clairement , je prens la
plume , Madame , pour vous obeïr,
&je vais commencer dans les formes
une grande Relation , commefi
elle devoitpaſſer à ceux qui viendront
apres nous , &fervir unjour
àl'Histoire de mon Païs .
Le 22. de Fevrier de cette année
1679. Monsieur de Serroni ,
Premier Archevesque d'Alby,partit
de Castres pour arriver lemême
jour à Alby , où depuis plus dedeux
ans il eſtoit attendu avec une impatience
extraordinaire. Le Ciel
pourſeconderſes deſſeins, fit naître
un jour admirable , & bien diférent
de ceux qui l'avoient précedé
durant trois mois. Ce jour estoit fi
A iij
6 MERCURE
beau, qu'ilsembloit , Madame, que
toute la Nature ſe réjoüifſoit avec
nous. Ne vous imaginez pas d'avoir
veu briller à Toulouſe toute la
lumiere de ce beau jour ; il ne fut en
aucun lieu du monde si bean , st
clair , ny fi ferain qu'en Albigeois .
Le Soleil , & Monfieur l'Archevesque
d'Alby , se leverent fort
matin. Tous les Habitans d'Alby
en firent de mesme , & nous fûmes
agreablement éveillezau bruit des
Trompetes , des Tambours , & des
Fifres. Comme nous sçavions ce
qu'ils nous annonçoient , la joye
s'empara d'abord de tous les coeurs,
& c'est la seule paſſion qui regna
dans Alby ce jour- là.
Monsieur l'Archevesque ayant
fait la moitié de ſa journée avant
midy , diſna à Realmont , où il ſe
repoſa , si c'est toutefois se repoſer,
Madame , que d'écouter un grand
nombre
GALANARÈQUE DI
nombre de Harangues . Il trouva
dans ce lieu Meſſieurs les Abbezde
Son Diocese , Monfieur le Viguier
d'Alby , les Deputez du Clergé ,
ceux defon Chapitre , &de celuy
-de S. Salvy , & ceux de la Nobleffe
&de la Ville d' Alby . Leurs Haran
quesfurentfort belles , & il ne vous
estpaspermis d'en douter. L'onm'a
afſurée qu'iln'estoit pas poſſible de
comprendre avec quelle presence
d'esprit , & avec quelle douceur
Monfieur d'Alby avoit répondu à
ces premieres Harangues , & à
toutes celles qu'il a entenduës . Son
air de bonté animoit ceux qui luy
parloient . Il répondoit ſi juſte à
toutes les chofes eſſentielles qu'on
luy diſoit, qu'ilſembloit qu'il avoit
déja une parfaite connoiſſance de
Son Diocese.
Ilpartit enfin de Realmont , &
continua sa marche , qui fut fort
A iiij
8 MERCURE
Souvent interrompuë. Toute laNobleſſe
du Païs diviséeparEscadres,
àla teste desquelles estoient nos Vicomtes
& nos Barons , alla au devant
de luy , & par des intervales
affezréguliers chaque Troupe l'arrestoit
; mais ce n'estoit pas pour
long temps , il en estoit quittepour
écouterun petit Compliment Cava..
lier. Monsieur l'Abbé de Camps
qui estoit en Litiere avecMonfieur
l'Archevesque, &qui nous connoit
tous , luyfaisoitsi bien comprendre
en peu de mots , avec ſa présence
d'esprit ordinaire , le caractere&
la qualitédes Perſonnes qui l'abordoient
, que chaque chef d'Efcadre
fut connu de luy , & il dit à
chacun tout ce qu'ilfalloit luy dire
pourle rendre content.
Lors qu'il découvrit la Ville
d'Alby , il s'arreſta pour confidererfafituation.
Ie croy qu'il enfut
1
SatisGALANT.
fatisfait. Nostre Ville est au mitieu
de laplus charmante Vallée
du monde , qui a affez d'étenduë
pour avoir tous les agrémens de la
Plaine. Les Collines qui l'environnent
, chargées d'Arbres &de Vignes
, nefont que borner agreablement
la veuë , &semblent n'estre
placéesquepour l'empeſcherde s'égarer.
S'ilparut content de cet objet
, il le fut auffi de voir la Campagne
couverte d'un grand nombre
de Bourgeois à cheval. Celuy qui
estoit àleur teste , parla defort
bonnegrace ; Apres quoy, Monsieur
l'Archevesque , fuivy de ce grand
nombre de Gentils-hommes & de
Bourgeois , arrivaà une des Portes
de la Ville opposée au lieu'où il devoit
coucher. Cecy vous surprend,
Madame, Vous avezSans- doute
orû qu'il alloit entrer dansAlby.
Je vous apprendray bientoft larai-
1
A V
10 MERCURE
fon d'une chosefi particuliere. En
attendant , vous remarquerez , s'il
vous plaiſt , que par un bonheur
que je n'ay garde d'attribuer au
bazard , nul accident ne déconcertal'ordre
des choses ,& que Monfieur
d'Alby arriva précisement à
I'heure qu'ilfalloit.. Ilfit le tour de
la moitié de la Ville , & jepuis
avancer hardiment qu'en aucune
autre Ville de France iln'auroit pû
voir ce qu'il vit alors.
Pour me comprendre , Madame,
ilfaut vous figurer cette admirable
Terraffe dont je vous ay parlé
quelquefois , que nous appellons la
Lice , bordée de grands & vieux
Ormeaux qui entourent nôtre Ville,
ở d'où l'on voit le beauJeu de
Mail qui est au pied de nos Murailles.
L'on avoit mis de chaque
costé de la Terraſſe , pres du tronc
des Arbres , une Haye bien vivan-
A
te,
GALANT. 11
te,puis que nos Artiſans la formoient.
Chacun d'eux avoit rebauſſefa
mine par des Plumes, par
des Rubans , & par des Cravates
de Point. Ils sçavoient porter le
Mousquet &la Pique de bonne
grace , & chaque Mestier s'y diftinguoit
par fon Etendart , qu'à
L'envy l'un de l'autre ils avoient
fait fort riches &fort éclatans. Il
leur fut défendu de tirer qu'apres
que Monsieur l'Archevesque auroit
paßé, parce que cela met tout
en confusion . La fumée de la poudre
ne l'empefcha point de confiderer
une Route fi particuliere. La
beauté de laſoirée augmentoit celle
de tous les objets. Celaſe paſſoit
durant ces agreables momens qui
précedent le coucher du Soleil apres
un beau jour , & lors que cet Aftre
nous voulant quitter ,
Pour porter ſa clarté féconde
Aux
12 MERCURE
Aux Habitans d'un autre Monde ,
Son Char qui fait rougir les Cieux,
Eſtant preſqu'à demy dans l'onde ,
Peut-eſtre regardé fans offencer les.
yeux.
Vous me paſſerezbien , s'ilvous
plaist, Madame , mon air Poëtique
dont je ne puis me défaire , & qui
Souvent malgré moy découvre mon
panchant pour cet Art. Ne croyez
Pas que tandis que les Hommes eftoient
fi agreablement occupez, les
Dames fuffent enrepos dans leurs
Chambres. Nous allions dans les
Rues & dans les Places publiques,
toutes attroupées, murmurantplus
que de coûtume contre les Loix qui
nous rendent inutiles en de pareilles
cerémonies , & ne pouvant rien
faire de mieux , nous parlions dis
moins toutes à lafois de nostre Ilbustre
Archevesque. Le bruit des
Cloches & du Canon nous ayant
fait
GALAN T.
13
fait connoistre qu'il approchoit ,
nous fortîmes de la Ville , & alla
mes nous placer aux fenestres des
belles Maisons quifont au coſtéde
nostre Lice, opposé auJeu de Mail,
d'où nous eûmes enfin le plaisir de
voir Monsieur l'Archevesque. It'
alla au Convent des Jacobins C'est
làque Meſſieurs les Confuls le haranguévent.
Ilyreçeut tant deHarangues
pendant quatrejours qu'il
ydemeura, qu'onpeut dire que Per-
Sonne ne fut jamais tant harangué.
Il est juste , Madame , que je
vous tienne parole , &que je vous
apprenne icy pourquoy Monsieur
d'Alby paſſa quatre jours dans un
Convent hors de la Ville , au lieu
d'aller dans fon Palais Archiepifcopal
On nejageroitpas à nous voirſi
doux &fi Gens de bien , que nos
Peres eussent esté fort meschans.
Cepen
14
MERCURE
Cependant nous deſcendons de ces
-Herétiques Albigeois , dont les erreurs
estoient en si grand nombre ,
que tous les Heréſiarques qui font
venus apres eux , ont puisé quelque
chose dans cette mauvaise Source.
Ilfallut de grands miracles pour
nous convertir. Enfin S. Dominique
-vint à bout de nous ; mais quelque
temps apres ces Heréſies s'estant renouvelées
, l'Evesque d'Alby fut
-chaßé defon Siege.Le Pape envoya
-un Inquisiteur , Religieux de l'Ordre
de ce grand Saint , qui mena
l'Evêque dansfon Convent.C'estoit
un azile que les Herétiques refpestoient
, & en fuite il remit ce Prélat
fortglorierfementfurfon Siege.
-Depuis ce temeps-là nos Evesques ,
parunsentiment de reconnoiſſance
&de pieté , alloient avant que de
faire leur Entrée dans la Ville , au
Convent de S. Dominique , &y
paffoient
IGALANT.
IS
paffoient quelques jours dans une
faimte retraite. Un fi bel usage
avoit efté interrompupar nos derniers
Prélats , & vous trouverez
fans doute qu'il estoit juste qu'il
fust rétably par te Premier Archevesque
d'Alby , auquel cette pieuse
action attira d'abord les acclama-
-tions publiques.
Enfin , Madame ,le Dimanche
26. de Fevrier fut destiné pour
l'Entrée de Monsieur d'Alby. L'on
Se prépara pour paroiſtre dans le
mesme équipage&dans le mefme
ordre que le jour de fon arrivée.
L'on pofa dés le matin les ornemens
aux Arcs de triomphe. Les Chiffres
& les Armes de Monfieur
d'Alby parurent en mille endroits.
Je nesçaurois bien , Madame, vous
rendre compte des Emblémes & de
leurs Devises ny vous écrire&
vous expliquer du Grec & du La
4. tin;
16 MERCURE
tin;mais j'en ay fait faireun petit
Recueilſeparé de cette Relation ,
que vous pourrez voir, s'ilvous en
prend quelque envie , ou le donner
à vos Amis. On ne me confulta
point là deſſus , quoy que vous en
ayezcrû. F'en eus unſecret dépit ;
&commeje voulois avoir quelque
part àcette Feste , je fis promptement
des Emblèmes en monparticulier.
Agréez queje vous en dife
quelque chose.
H n'est pas poſſible , Madame ,
que vous n'ayez remarqué , aussi
bien que reffenty , la rigueur du
long Hyver que nous venons de
paffer. Ie croyois qu'il nefiniroit pas
encor , &que l'ordre des Saiſons
alloit changer. Ie fus furprife du
retour du soleil, &je fis peut- estre
plus de reflexions qu'un autre , qu'il
paroiſſoit pour la premiere fois le
mesme jour que Monsieur d'Alby
arre
GALAN T.
17
arrivoit. Frapée de mille persées
que j'eus là- deſſus , je pris le Pinceau
,&quoy que je ne deffigne que
paſſablement, je me furpaſſay dans
cette occafion.
Je peignis fans beaucoup de peine
Mille beautez de noſtre Plaine ,
Le Tar ,& ſon ſuperbe cours ,
D'Alby les Rampass &les Tours,
Les Clochers, & l'auguſte Temple,
Dont la ſtructure eſt ſans exemple,
Etdont les ornemens divers
Trouvent peu de pareils dans tout cet
Univers.
Ie couvris tout cela de nuages
affez épais , & mettant en suite
( comme vous croirez bien ) le Ciel
au deffus de la Terre ,je peignis
deux Soleils dont la lumiere égale
paroîtfi grande&fi brillante, que
l'on est d'abord convaincu qu'ils
vont diſſiper toute l'obscuritéde ma
peinture,au baut de laquelle on lit
cesmots,
Nom
6
18 MERCURE
Nonbaſta unico Sol per Ciel ſi foſco.
Voyez , Madame , ſi j'aurois
mieux fait d'y mettre ceux- cy.
Per tal ſplendor , non basta un Sole.
Ne trouvez -vouspas , Madame,
qu'il estoit juste que l'on vist quelqueDevise
Italienne dans un jour
consacré à la gloire d'un Illuftre
Romain ? Ie ne m'arreſtay pas là.
Le fis encor d'autres Emblèmes ;
mais j'ay peur de vous fatiguer. Le
recit de ſes fortes de choses n'est
Pas divertiſſant. L'esprit n'en est
point agreablement frapé ,ſi les
yeux ne le font à mesme temps par
La Peinture . Ie vous diray doncfeulement
que le reste de mes Emblêmes
contient certaines Prophéties
touchant Monfieur d'Alby , qui
luy promettent les plus grandes élevations
aufquelles un grand mérite
& un heureux destin peuvent conduire
un Prélat Illustre.
L'on
GALANT.
19
L'on obferva pourſon Entrée les
cerémonies queje vais vous décrire.
Monfieur le Marquis de S. Sulpice,
& Monsieur de Montmaur ,
marchoient les premiers à la tefte
de la Nobleffe. Ils avoient aupres
d'eux nos Vicomtes , le Viguier
d'Alby , & nos Barons , tous mon
tez fur de tres-beaux chevaux ,
&dans une parure fort éclatante.
Nos Bourgeois à chevalparurent en
fuite vestus le plus proprement du
monde. Monsieur l'Archevesque
venoit immédiatement apres. Lors
qu'ilfut à la Porte de la Ville , les
Confuls apres l'avoir de nouveau
fort bien harangaé, luy preſenterent
un magnifique Poile qu'il envoya
d'abord aux Jacobins . On luy
prefenta aussi les Clefs de la Ville.
dans un Baffin de vermeil doré ,
proprement attachées avec des
Cordons d'or&defoye quiformoiet
Ses
20 MERCUR E
fes Chiffres. Il entra dans la Ville
porté dans une Chaiſe ouverte ,
ayant àfes côtez tous les Officiers
defa Maiſon. Monsieur le Vicomte
de Paulo, parfaitement bien monté,
accompagnéd'une petite Eſcadre
choisie, le precedoit de quelques
pas. Les Confuls le ſuivoient en
Carroffe, & nos Artisans bordoient
les Ruës de lamême maniere qu'ils
avoient bordé la Lice. C'est ainsi,
Madame , qu'il fut conduit jufques
àlagrande Eglife,apres avoir
traverſe plusieurs Arcs de triomphe.
Ie ne dois pas oublier de vous
dire qu'ilnous donnoitfa Benediction
d'une maniere si douce &fi
touchante , qu'ilparoiffſoit viſiblement
que fon coeurfaifoit mouvoir
Samain; mais s'il beniſſoitfon Peuple
, fon Peuple luy donnoit auſſi
mille & mille benedictions. Apres
qu'il eut monté le Degré magnifique
GALANT. 21
que qui conduit à une des plusbelles
Eglifes de France , il trouva
Son Chapitre , & une tres-belle
Harangue. C'est, Dieu mercy, Madame
, la derniere dontjevous parleray.
On luy témoigna l'extréme
impatience que l'Eglise fon Epouse
avoit euë de fon arrivée , & le
bonheurqu'elle en attendoit. Monficur
l'Archevesque répondit d'une
maniere qui donna de l'admiration
àtous ceux qui furent affez heureux
pour pouvoir l'entendre , &
l'Epoux & l'Epouse parurent fort
contens l'un de l'autre. Apres qu'il
eut preſtéleferment avec les cerémonies
accu umées , & qu'on l'eut
revestu deſes Habits Pontificaux,
il entra dans l'Eglife , se mit àgenoux
devant le Maistre-Autel ,le
baiſa,ſe plaça dans fon Siege , &
le Te-Deum eftant chanté , il
voulut aller à piedjuſques à l'Archeveſché,
22 MERCURE
cheveſché, ſuivy deSon Chapitre.
Nos Cavaliers devenus alors Piétons,
l'accompagnerent .&ilarriva
enfin heureusementjuſques dansſa
Chambre. Ie croy , Madame , qu'il
estoit bien fatigué , & que vous
l'estes auſſi de cette longue lecture.
Il faut pourtant que je vous apprenne
encorqu'apres que Monsieur
d'Alby eut paßéſous mes fenestres,
jefusſaiſie d'un de ces entousiasmes
où voussçavez quejesuis quelquefois
ſujette , pendant lequel je dis
milte chofes dont il ne mesouvient
plus. Il n'en est resté dans mamemoire
que ces Vers que jeprononçay
en prefence de plusieurs Perſonnes.
:
Enfin nous le voyons ce Prélat admirable
,
grands voeux
Elevé dans un rang digne des plus
Enfin voicy le jour ſi doux , firemar-
3.
Qui
GALANT.
235
Qui finit nos ennuis , & nous va ren
dre heureux .
Nous le verrons bientoſt , ce Paſteur
doux & tendre ,
Pour foulager nos maux , tout voir,&
tout entendre
Par ſes pénibles ſoins prévenir nos
ſouhaits ,
Agir inceſſamment , partager ſes bienfaits.
Mais qu'il eſt dangereux qu'une vertu
firare
L'éleve quelque jour à de plus grands
honneurs!
Je lis ſa gloire , & nos malheurs,
Dans ce que ſon deſtin en ſecret luy
prépare.
Rome qui l'a donné , peut le redemander,
Et c'eſt un grand tréſor difficile da
garder.
Si vous estes laſſe de lire ,Ma-
, ne vous en plaignez qu'à
dame
vous - mesme ; & bien loin de me
faire des reproches , Sçachez- moy
quelquegré d'avoir tant écrit.Iene
vous
24
MERCURE
vous ay jamais donné uneplus lonque
marque de l'attachement avec
lequeljeſuis toute àvous.
AAlby le s . Mars 1679 .
Je ne vous dis rien , Madame,
à l'avantage de cette Relation.
Elle est écrite de ce ſtile aiſé que
vous preférez auxgrandes paroles
; & la vivacité naturelle de
l'eſprit y paroiſt , dépoüillée des
vains artifices de l'étude. Tandis
qu'Alby rendoit tant d'honneurs
àun illuſtre Prélat, on faiſoit une
autre Cerémonie àBourges. Une
belle Perſonne s'y marioit , &
pour rendre la Feſte plus ſolemnelle
, on avoit préparé uneMafcarade
, dont le divertiſſement
fut meſlé aux réjoüiſſances de la
Nopce. Cette Mascarade faiſoit
paroiſtre la Paix conduite par un
François ,&fuivie d'unHollandois,
GALANT. 25
=
dois , d'un Eſpagnol , &d'un Allemand
, qui en dançant autour
d'elle , donnoient des marques
de l'extréme envie qu'ils avoient
de revoir cette aimable Déeſſe
dans leurs Païs.Un Herautd'Armes
le precédoit,& chacun d'eux
expliquoit ſes ſentimens par les
Vers qui ſuivent. Ils font deM
l'Abbé de la Chapelle. Son nom
ne vous doit pas eſtre inconnu .
Je me ſouviens de vous avoir
déja parlé de luy.
MASCARADE
DELA ΡΑΙΧ.
POUR LE HERAUT D'ARMES.
Ο
Vous , qui vivezſous l'Empire
D'un Roy que l'Univers adimire,
Preparez- vous, François ,
Avoirla Pompe nouvelle ,
Avril 1679 . B
26 MERCURE
Qu'une Troupe fidelle
Conſacre àsesfameux Exploits.
Amans interrompezle cours de vos careffes
,
Pour un moment suspendez vos tendreffes.
POUR LE FRANÇOIS.
✔Ener, Peuples tremblans , venez,
Roys alarmez,
Faire entendre à la Paix vos voeux &
vos ipriones ;
LOVIS entre elle & vous nemet plus de
Barrieres ,
Et vent bien relever vos Etats abifmez.
Venez d'un autre esprit deſormais animez;
LOVIS , qui pour dompter des Pro-
٠٤٠
vinces entieres ,
Fait ceder les Hyvers àſes ardeurs querrieres
,
Pardonne aux Ennemis , vaincus &de-
Sarmez.

Mais
GALANT
27
Mais ne vous fiez plus à voſtre Politique,
Malheureux , croyez-moy , foûmetezvous
aux Loix
Qu'impose pour la Paix le plus patsfant
des Roys. LYON
C
Remettez en fes mains lafortunepublique;
Ce n'est point un cruel , ennemy du repos,
Et s'ilprend on Vainqueur it fçeit rendre
en Héros.
POUR LE HOLLANDOIS.
2
TOyez , charmante Paix, quels malhears
vostre abfence V
Cause depuis fix ans dans nos Champs
Auxpieds de vos Autels nos Etats af-
Samplex
D'unseul regard propice implorentl'affistendamat
Jodsterk
Si dans noftre Senat , fiers d'un peu de
puiſſance
enflez;
,
D'un imaifcret orgueil nous nous sommes
Bij
28 MERCURE
Lesmaux quifont gémir nos Peuplesaccable
, 1
N'ont que trop expié cette legere offence.
L'interest de LOVIS , toûjours chery des
Dieux,
Dans ses vastes deſſeins toujours victorieux
,
Ne doit point arrester vostre bontéſ
préme.
Rien nepeut deformaisfoûtenirſes grands
coups;
Iln'est plus d'Ennemy digne defon conroux
Vainqueur de l'Univers ,il ſe vaincra
luy-mesme.
છે ???????? છે બ
As
POUR L'ESPAGNOL.
L devoir tous lesjoursfur
&fur l'Ebre
Volerdans un habit funebre
A
Et venirtoute enpleurs ,
Enquitant noſtre Armée ,
Latriste Renommée 4
2
Aux Peuples effrayez annoncer centmalleTage
beurs;
Las
GALAN T 29
Las de voir que LOVIS plus craint que
leTonnerre ,
Fait en nous puniſſant trembler toute la
Terre,
OPaixſouhaitéeen tous lieux ,
Nous venons vous preffer de descendre
desCieux ,
Pour terminer cettefanglateGuer-
De Triomphes nouveaux LOVISn'aplus
befoin,
Enleſuivant par tout la cruelle Victoire
Inſqu'icy deſa gloire
N'apris que trop deſoin
Quand il n'auroitfur nous conguis aucunes
Villes,
Ses travaux toutesfois ne seroient point
steriles ,
Et c'est toujours beaucoup que de voirà
Sespieds
LesEspagnols humiliez,
POUR L'ALLEMAND.
0
Paix , jettezles yeux fur
perbesRives ,
nos fu-
Où bâtissant un Pont , le premierdes
Cefars
:
Biij
30
MERCURE
A peine un jour entier ofa montrer fes
Dards.
Voyez - les maintenant tremblantes
captives.

NôtreRhinfait horreur à nos Villes craintives
,
Ilva par lesFrançois paffédetoutesparts
Teint dusangde nos Chefs , rougirmille
Remparts
Pour laverdans la Mer ſes Ondesfugi-
ADR &trop longtemps
fifté
nous avons re-
1
L'Invincible LOVIS domptenôtre fierté?
Venezdonc dans nos Murs ramener l'abondance;
Ou bien, ſi toûjours fiere ,&Sourde ànos
douleurs ,
Vous ne vous hatez point pour finir nos
malheurs ,
Ο Paix , venezdu moinspour couronner
la France.
POUR LA PAIX.
Vous , dont je reçois les voeux de
toutes parts ,
N'élevez
GALANT.
31
N'élevez point aux Cieux vos timides
regards ,
En dépit des fureurs d'une si longue
1
Guerre
Fay toûjours habité la Terre ,
Et la France est l'heureux ſe, our
Où LOVIS dans vosChamps indomprable&
terrible ,
Mais parmy ſes Sujets debonnaire &paifible,
Faitregner avecmoy les Plaiſirs & l'Amour.
Ce Conquérant touché devos larmesfin-
Geres,
Permet que j'aille enfin ſoulager vos mi-
Sexes,
Vous estesaffez punis ,
Et tous vos mauxseront bientoftfinis..
Non , vous ne verrezplus vos Campagnes
fumantes ;
Ny de vos Ofſfemens vos fillons engraif-
Sez ,
Des Cadavres bydeux l'un ſur l'autre
entaffez
N'empoisonneront plus vos Rivieresfanglantes.
Allez revoir vos Peuples affligez ,
Tirez - les des horreurs on Marsles a
plongez; Biiij
32 MERCURE
Cependant deces lieux obſervez les merveilles
,
Et charmez comme nous, avoüez que vas
yeux
Ontpeu veu de beautezpareilles
Acelledont l'Hymense rend maistre en
ceslieux.
POUR MADAME *****
Repreſentant la Paix .
Ovy, Philis , dans vostre air tout est charmant&doux :
Mais que cette douceur qui releve vos
charmes,
Va jetter dans les coeurs d'amoureuses
alarines,
Esque je crains enfin une Paix comme
vous!
Je viens aux autres nouvelles
dont je vous dois compte dés le
dernier Mois. Vous avez raiſon
de dire queMadame la Duchefſe
de Noirmoutier eſt morte
trop toſt . En effet les Perſonnes
d'une
GALANT.
4
33
d'une conduite auſſi genérale
ment approuvée qu'étoit la fienne
, meriteroient de vivre toûjours,
& comme l'exemple qu'elles
donnent , ne peut- eſtre que
d'une fort grande utilité pour
tout le monde , il ſemble que le
terme de ſoixante ans ne ſoit pas
d'une affez longue durée pour
elics. Celle dont je vous parle
s'appelloit Renée Julie Aubery,
& avoit herité de ſes Peres la
vertu & la pieté qu'on a vûbril-
Ierdans toutes ſes actions. Je ne
vous parle pointde ſa naiſſance.
La Maiſon dont elle ſortoit s'eſt
renduë conſidérable par les
importans Employs que ſes Anceſtres
ont poffedez , & par ies
bonnes Alliances qu'ils ont contractée.
Elle estoit Veuve de
Meſſire Loüis de la Tremoüille ,
Duc & Pair de France , Lieu-
B
A
34 MERCURE
tenant General des Armées du
Roy , & connu ſous le nom de
Duc de Noirmoutier. Vous ſçavez
combien le nom de laTrémouille
eſt illustre. Il eſt porté
par les Aînez de cette Maiſon
diviſée aujourd'huy en trois
branches . Monfieur le Duc de
la Trémoüille eſt de la premiere
. La ſeconde eſt des Marquis
de Royan. Elle a commencé à
Georges Baron de Royan,& Seneſchal
de Poitou: La troiſiéme
eſt des Marquis & Ducs de Noirmoutier.
Ils font deſcendus de
Claude Baron de Noirmoutier
& de Mornac. Il y a peu de grãdes
Maiſons en Europe auſquelles
celle de la Tremoüille ne foit
alliée. Feu Madame la Ducheffe
de Noirmoutier a laiſſe deux
Garçons & trois Filles. L'Aîné
qui eft aujourd'huy Duc de
Noir
GALANT.
35
Noirmoutier , n'auroit cedé ny
en merite ny en valeur à aucun
de ſes Anceſtres , ſi un malheureux
accident ne l'avoit pas privé
de la veuë. Monfieur l'Abbé
de Noirmoutier eſt ſon Cader.
Des trois Filles , la derniere
n'eſt point encor mariée. C'eſt
une Perſonne bien faite , fort civile,&
dont les manieres nobles
& honneſtes repondent parfaitement
aux avantages de ſa naifſance.
La ſeconde a épousé Mr
le Marquis de Royan , Frere de
Mr le Comte d'Olonne , dont la
Famille fait une des branches de
la Maiſon de la Tremoüille. 11
me reſte à vous parler de Madame
la Ducheflede Bracciane qui
eſt leur aînée. Je ſçayqu'on vous
a déja fait ſon Portrait , & que
vous eſtes pleinement inſtruite
de tous les agrémens de fa Perfonne
36 MERCURE
ſonne. Il eſt certain qu'on ne la
peut voir ſans eſtre frapé de cet
aimable je ne ſçay quoy , qui eft
plus touchant que la beautémême
, & qui ſe rencontre dans la
delicateſſe de ſes traits. Ainſi on
n'a que ſes yeux à confulter pour
luy rendre là - deſſus la juſtice
qui luy eſt deuë. Mais pour ce
qui regarde foname , quelque
peinture qu'on puiſſe vous en
avoir faite , je doute qu'on vous
en ait affez marqué l'élevation .
On ne voit rien de plus grand,
&s'il y a quelque choſe qui luy
foit égal , ce ne peut eſtre que la
forcede ſon eſprit: Elle l'a vif,
aifé , brillant , éclairé , ſolide, &
d'une penetration dont l'étenduë
n'eſt jamais bornée. Joignez.
à cela une bonté de coeur toute
charmante pour ceux qu'elle honore
de fon eftime. Elle ne ſe
con
GALANT. 37
contente pas de leur ſouhaitter
du bien , elle cherche les occafions
de leur en faire , & on n'a
jamaisrien àluy demander,quad
il eſt en ſon pouvoir d'aller au
devant des bons offces qu'elle
peut rendre .Tantdebelles qualitez
luy ont acquis par tout une
eftime generale. Vous ſçavez
que Mr lePrince de Chalais,décendu
des anciens Comtes de
Périgord, l'avoit épousée en premieres
Nopces. Il mourut à Veniſe
où elle l'avoit accompagné.
Cette mort luy fit prendre le
party de ſe retirer à Rome. Elle
s'y renferma dans un Convent,
&ydemeura trois ans. Pendant
ce temps-là,Mr le Duc de Braccianodevint
veuf,& l'épousa.
Pour vous faire concevoir cobie
ce Mariage eſtoit digne d'une
Perſonne de ſa naiſſance , je
nay
38 MERCURE
n'ay qu'à vous dire que ce Duc
eſt Chef de la Maiſon des Urfins.
Il n'y en a point en Italie de
plus Illuſtre , ſoit qu'on examine
fon ancienneté , & ſes hautes
Alliances avec les plus grands
Potentats de l'Europe, ſoit qu'on
regarde un nombre infiny d'excellens
Hommes qui en font fortis.
Elle a donné à l'Allemagne
des Electeursde Saxe,&de Bran.
debourg , depuis le Regne de
l'Empereur Frideric Barberouſſe,
juſqu'à celuy de l'Empereur Sigiſmond.
C'eſt de là que viennent
les Ducs de Saxe- Lavembourg
, & les Princes d'Anhalt.
Elle a donné auſſi l'origine aux
Comtes de Lippe en Veſtphalie
, & à ceux de Roſenberg en
Boheme. Les Urfins poffedoient
de grands Etats en Grece du
temps de l'Empereur Eſtienne,
&
GALANT.
39
& Jean Zapha des Urſins eſtoir
Grand Conneſtable de cet Empire
ſous l'Empereur Simeon.Les
Comtes de Blagay qui ont leurs
Etats ſur les frontieres de Dalmatie
, ſont deſcendus de cette
branche. Celle des Marquis de
Trinel -Urſins eſt éteinte , apres
avoir fleury pendant pluſieurs
Siecles en France , où elle a occupé
les premieres Charges du
Royaume. L'an 1227. le Roy
Jacques d'Arragon donna à Oddefredus
des Vrſins , des Etats
confiderables au Royaume de
Valence,pour reconnoifſſancedu
Secours qu'il luy avoit amené de
Rome contre ſes Ennemis. C'eſt
de luy que font venus les Sandovals
de Ros en Eſpagne. Cette
Maiſon a eſté partagée en
cinq branches principales qui
ont fait plus de douze rejetions .
Je
40 MERCURE
Je n'entreray point dans le detail
des Hommes illuſtres qu'elle
a produits. Les divers Etats
qu'ils ont poſſedez en Italie
pourroient former une des grandes
Souverainetez de l'Europe.
Si vous vous attachez à fes Alliances
, vous trouverez qu'elle a
donné des Reynes à pluſieurs
Royaumes , & que beaucoup de
ceux qui en ſont ſortis ont eu
l'honneur d'époufer des Princeſſes
Royales. Outre neufMariages
qui ont uny les Urſins
avec les branches Royales de
Monfort , de Brenne , de Clairmont
, &de Beaux , ils ſont alliez
par la Maiſon de Médicis à
celles de Valois & de Bourbon .
JordandesUrſins premier de ce
nom,DucdeBracciano,Bizayeul
de celuy d'a- preſent, épouſa Iſabellede
Médicis Fille de Cofme
"
GALANT.
41
me de Médicis , premierGrand
Duc de Toſcane. Elle estoit Tate
de Marie de Médicis Reyne
de France , Femme de Henry
IV. & Mere de Loüis XIII. Laurens
I. de Médicis , appellé le
grand Prince de Florence,épouſa
Clarice des Urſins Biſayeule
de Catherine de Médicis , Reyne
de France , Femme de Henry
II . & Pierre de Médicis deuxiéme,
Prince de Florence, fut marié
avec Alfonfine des Vrſins
Ayeule de la meſme Catherine
de Médicis. On peut dire ſans
ſe rendre ſuſpect d'exagerer,que
la Maiſon de Médicis a baſty les
premiers fondemens de ſa grandeur
ſur l'appuy & fur l'alliance
des Vrſins,auſſi bien que la Maiſon
des Farneſes. Paul III. Pape,
maria Pierre - Loüis Farneſe ſon
Fils à Girolama des Vrſins , laquelle
42 MERCURE
quelle eut le glorieux avantage
de voir ſon Fils Horace,Duc de
Caftre , Epoux de Diane de Valois
Fille de Henry II . Roy de
France ; & fon Fils Octave Duc
de Parme marié à Marguerite
d'Autriche Fille de l'Empereur
Charles-Quint.
Mrle Ducde Bracciano d'aujourd'huy
vit ſous la protection
de Sa Majesté ,& imite le zele
que ſes Predeceffeurs ont toû
jours eu pour le ſervice des
Roys de France. Quoy qu'il ait
vendu pour huit millions de livres
d'Etats , dont il a payé les
debres de ſes Anceſtres , il poffede
encor les Duchez de Bracciano
& de S. Gemini , la Principauté
de Vicouar, les Comtez
d'Anguilara & de Galera , les
Marquiſats de Treviniano, Roccantiqua,&
de la Penne,la Seig
neurie
GALANT.
43
neurie de Torri,& la Fortereffe
dePalo. Il a le droit de faire ba
tre Monnoye , & jouït dans fes
Etatsde toutes les prerogatives
dont les Souverains ont accoû
tuméde jouïr. Le rang de Princedu
Solio le diftingue luy , & le
Conneſtable Colonna , de tous
les autres Princes Romains.
J'oubliois à vous dire que les
Ducs de Bracciano & leurs Suc
ceffeurs,lont Princes de l'Empire,
Grands d'Eſpagne , & Comtes
Palatins ; ce qui leur donne
le privilege de créer des Coms
tes , des Barons ,& des Chevaliers,
d'annoblir des Roturiers,Sc
de legitimer des Bâtards.
..Je vous ay ſi ſouvent entendu
vanter le fecours qu'une de vos
plus particulieres Amics avoit
reçeu de Mr Doublet, que je ne
doute point que vous ne ſoyez
touchée
44
MERCURE
touché de ſa mort. Il avoit d'admirables
ſecrets pour les maladies
des yeux , & il s'en eſtoir
fervy avec un ſi heureux ſuccés
pour tous ceux qui s'eſtoient
confiez à luy , que quantité de
Perſonnes de la premiere qualité,
juſqu'à S. A. R. Monfieur, témoignent
regreter la perte que
le Public a faite de cet excellent
Homme. Il avoit eſté Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux
Legers , & eſt mort dans lacinquante
- troiſième année de fon
âge.
Le Roy a donné le Gouvernement
de Bregançon à Mr du
Julianis Seigneur du Rourer.
C'eſt une Place forte, & un Port
confiderablede la Coſte de Provence.
Les ſervices qu'il a rendus
pendant plus de vingt années
en qualité de Capitaine
d'In
GALANT.
45
d'Infanterie & de Cavalerie, luy
ont attiré cette recompenſe. Ila
auſſi commandé le Regiment du
Gua en Allemagne , & reçeu
pluſieurs bleſſures en diverſes
occaſions , dans leſquelles il s'eſt
toûjours dignement acquité de
ſesEmploys.c
Puis que vous trouvez que je
m'acquite paſſablement du mien
aupres de vous , par les galantes
Pieces que j'ay ſoin de vous envoyer
dans toutes mes Lettres
Extraordinaires , j'en adjoûteray
icyquelques-unes que j'ay crû à
propos de vous reſerver. Tout
ce qu'il y a de Reponſes aux fix
Queſtions dans la derniere , a
eſté affez de voſtre gouft , &
j'ay lieude croire que vous ne
recevrez pas moins de plai.
fir de celles que Mademoiselle
Fredinie de Pontoiſe , a faites à
ces
46 MERCURE
ces meſmes Queſtions par autant
de Madrigaux.
03-03-2634563, 09898763-8493-80719993-19563514
SENTIMENS
SUR LES SIX QUESTIONS
propoſées dans l'Extraordinaire
du Quartier d'Octobre .
2SJGL
L
-Couvent, par un bonheur extréme,
Souvent 2510 In Barbare a vaincu de puiſſans
t
Mais s'il eust enttrreepprriiss ddee se vaincre
T Tuy-mefme,
La raison,le devoirne l'auroient
Ainsi je choy que classictoire
pas
Que l'auguste LOFISobrient furfon
Le rend plus éclatant de gloire,
Que celle qu'il ne doit qu'àſa ſeule va-
ARRRRRRRRRRRRRRRRRumorsab sid?ia?
II. Vn
GALANT. 47
U
II.
INBerger qu'on croit infidelle,
Et quiinnee l'a jamais esté,
Doit ,ſans perdre de temps , pour de
tromperfa Belte,
Prendre tout àtémoin deſafidolité.
Ses affiduitez, fesfoins,Sa complaifante,
Pourront enparler touràtour;
Ilfaut avec cela de laperseverance,
Etse reposerfurt Amour.
Acondition d'une Femme
LA
A quelque chose de charmant;
Et pour vous decouvrir le fecret de mon
:
ame, 1
La voftre , cher Tirſis , a bien de l'a
grément.
De vous dire si l'une est plus noble que

L'autre
Le ne m'y refoudrayjamniss
Il suffit que la mienne ait comblé mes
Joubaits,
Pour vous croite heureux dans la
vostre.
17
IV. On
48 MERCURE
IV.
Ounobjet qu'onabien aime
Npeus hairen apparence
Onpeut cacher les feux dont on eft con-
Sumé,
Sous unefeinte indiférence;
Maisdans les Loix de la Constance,
Vn coeur bien amoureux , meurs toûjours
L
I
enflamé.
V.
eſtplus glorieux de vaincre un caur
fenfible
Aux attraits d'une autreBeauté,
Que de rabaiffer lafierté
D'un coeur que l'on croit inflexible.
Lapreuveen estplus claireque lejour,
Puis qu'un Berger quichange deBergere,
Pour en aimer un autre ,&luy faire la
cour,
Peutprendre le change àson tour,
Etse voir chatiédeſon humeur legere,
D'ailleurs l'Indiferent ne voit qu'un pas
àfaire
De l'Indiference àlAmour.
VI.
GALANT.
49
S
V I.
Evoirtrahy d'une Maistresse
Que l'on aimoit uniquement ,
Et le voirſans reffentiment ,
C'est manquer de courage & de délicateffe.
Amans trabis ,pour vivre enpaix,
Fuyez& Climene&Sylvie,
Autrement vousn'aurezjamais
Vn heureux moment dans la vie.
La quatrième de ces Queſtions
a eſté traitée à fond d'une maniere
fort agreable par Monfieur
de Ravend. Ses raiſonnemens
vous plairont , & je croirois dérober
beaucoup à vos plaiſirs , fi
je differois à vous faire part de
ce qu'il a écrit fur cette matiere.
1030303803603-803-80
SI ON PEUT HAYR
ce qu'on a une fois bien aimé.
Lespaffionsfont
Avril 1679.
,
diférentes de
&àl'égard de
C
50
MERCURE
IObjet qui les fait naiſtre. Ily en
a de promptes & de paſſageres ,
dont l'effet eft violent , mais elles
durent peu , & ne laiſſent
presque aucun vestige dans l'ame
de ceux qui les ont reçeuës. L'Objet
paſſe ;& l'idée s'en efface incontinent.
Telles font la joje&la
colere. Ces paffionsfefuccedent les
unes aux autres , &unmême Objet
peut leurfournirde matiere. Mais
lespaſſionsfortes &de lõgue durée,
fifant plus d'impreſſion ſur nôtre
ame,y laiſſent un caractere & une
image de leur Objet , qu'il estmalaisé
d'effacer. Tellesfont la trifteſſe
& la douleur , mais sur tout,
I'amour& la haine.
Il est certain encor que toutes les
paſſions qui font opposées , maitriſentrarement
le coeur de l'Hommeàl'égard
du me mesme Objet; car
outre qu'ily en a toûjours une qui
eft
GALANT. 51
eft dominante , l'objet qui afrapé
le premier noštre imagination , y
laiße un obstacle invincible àl'effet
que la paſſion contraire y veut
produire. Cet obstacle n'est autre
choſe que l'habitude de la paſſion,
qui est bien diférente du mouvement
de lapaſſion contraire. Or l'amour
estant une habitude qui s'eft
faiteparla transformation de l' Amant
& de la Perſonne aimée,
on peut dire qu'il est impossible
de hair ce qu'on a une fois bien
aimé.
On ne le peut hair par antipathie.
Quelque defaut qu'ony dé
couvre , quelque injure que nous en
recevions , ila toûjoursje- nesçayquoy
qui nous porte vers luy, & qui
nous y attache malgré toutes les
violences que nous nous faiſons ,
dans le deffein de nous enfeparer.
Peut-on le hairpar aversion ,&
Cij
52
MERCURE
regarder comme un mal laſource de
nostre bien & de nostre felicité?
Pourroit - on le hairpar vangeance,
& vouloir du mal à quinous avons
fouhaité tant de bien ?
Se vanger de l'Objet qu'on aime,
C'eſt ſe vanger contre ſoy-même.
Ecoutez ce que fait dire leplus
Sçavant Interprete de l'amouràla
defolée Oenone , lors qu'elle voit
Helene entre les bras de Pâris . Elle
devoit se vanger de cet Infidelle.
Cependant.
Acet indigneObjet je perdis patience,
Je me frapay le ſein , j'arrachay mes
cheveux ,
Ettournay contre moy la ſevere vangeance
Que preffoit l'Objet de mes voeux.
Tant il est vray qu'on ne peut hair
ce qu'on a une fois bien aimé , &
qu'on se prend à foy - mesme de
l'injure
GALANT.
53
l'injure qu'il nous a faite. Mais ...
de plus , fi quelques uns ont crû
que l'amour estoit une impreſſion
de Dieu mesme , qui lapeut changer
? Si elle vient de noſtre Etoile,
qui la peut vaincre ? Si elle vient
enfin d'un certain raport des eſprits
de l' Amant & de l'objet aimé, qui
peut rompre cette charmante harmonie
? Si les chofes font dignes
d'estre aimées , ceferoit agir contre
la raison que de les hair , & ces
mouvemens estant involontaires ,
ne peuvent détruire l'amour .
Nous nous formons ordinairement
une image odieuse de ce que
nous haïffons . Cette imagenousfuit
partout.Elle détruit dans nôtre efprit
toutes ses belles qualitez, &
tout ce qu'il a d'aimable. Elle s'o
poſe à tous les bons Sentimens que
nous en pourrions avoir , & nous
rend mesme insupportable le bien
1
Ciij
54
MERCURE
1
qu'ilnous peutfaire.Il en est demême
de ce que nous aimons. Nous en
gardons une image si vive &fi
charmante , qu'elle efface tous les
defauts de la Perſonne aimée , tous.
les mépris & toutes les rigueurs
qu'elle pourroit avoirpournous.
Ilfe contracte une unionsi étroite
entre l' Amante & l'Objet aimé,
qu'ils nesont qu'une mesme chose,
& de cette union ilseforme une
habitude qu'on ne peut changer,
Soit que l'image qui demeure
imprimée dans nostre ame y produiſe
toûjours le mesme effet ;foit
que l'ame qui est plus dans ce
qu'elle aime que dans ce qu'elle anime
, ne puiſſe quitter le lieu de
Son repos & deſa complaisance.
Quoy qu'il en foit , il eſt toûjours
vray que l'amour laiſſe en nous de
certaines traces de l'objet aimé ,
qui non seulement font capables de
fermer
GALANT. 35
fermer nos coeurs à la haine , mais
encor de rallumer une plus forte
paſſion qu'auparavant ; & cefont
ces restes de l'amour qu'on appelle
unfeu cachésous la cendre.
Amant , c'eſt une choſe ſeûre ,
Quand l'amour fait une bleſſure,
La marque en demeure toûjours..
Eloignez - vous d'Iris , abandonnez
Aminte ,
Implorez le Divin fecours ,
Si voſtre ame en eſt bien atteinte,
Fuyez les tant qu'il vous plaira ,
Jamais de voſtre cooeur l'amour ne
fortira.
colere
Quelques-uns croyent que cette
haine peut venir d'un amour laßé,
d'un amour irrité , mais la
peut- elle durer contre l'amour , &
un veritable Amant peut- il jamaisse
lafferd'aimer ? Autrement
on peut dire qu'il n'a jamais bien
3
C iiij
56
MERCURE
!
aimé , & ainsi il n'y a plus de
Question à résoudre .
La colere est une vapeur qui
peut offuſquer l'amour , mais qui ne
peut l'étouffer. Elle va quelquefois
jusqu'à s'en vanger , mais jamais
jusqu'à le détruire . Elle garde même
des mesures pour l'Objet aimé
dansſes plus grands emportemens ,
&c'est ce qui faifoit dire à Hipfipile
écrivant àJaſon qui l'abandonnoit
pour Medée.
Contre toyma colere a ſes bornes pref-
: crites ,
Elle t'euſt épargné , non que tu le mérites
;
Mais quelque dureté qui regne dans
ton coeur ,
Ma bonté va plus loin encor que ta
rigueur.
Et qui est l' Amant qui ignore
que toutes les coleres en amourl'augmentent
plus qu'elles ne le dimi-
L
nuënt
GALANT.
57
nuënt , & qu'apres une rupture on
s'aime ſouvent encor plus qu'on ne
faifoit auparavant? YOU
Ceux qui n'aiment guere,fant
Sujets audégoust &àl'inconstance,
mais ils ne vontpas jusqu'à la baine.
Pour hair ce qu'on a bien aimé,
fi celaſe peut , il faut aimer encor .
Cette espece de baine vient d'un
trop violent amour. On aime ce
qu'on croit hair , & tous ces emportemens
ne font que de foibles mar- .
ques d'une fauffe haine.
Ily a eu des Amans cruels
barbares , dont l'amour s'est changé
enfureur; mais c'estoient moins
des Amans que des Bourreaux.
Mahomet II. abatit d'un coup de
Cimeterre lateste de ſa Maîtreffe;
mais l'ambition Scule luy fit faire
ce grand facrifice. La haine
n'y eut point de part , &fon coeur
paya cherement l'excés defa bru-
:
C V
58 MERCURE
tale vanité. Mais pourquoy citer
Mahomet ? Un Barbare est- il capable
d'aimer ? Non , non , un ve-.
ritable Amant aime toûjours fa
Maîtreffe. Qu'ellefoitfiere, qu'ellefoit
inhumaine , qu'ellefoit infidelle
, elle eft toûjours aimable , il
ne lasçauroit hair.
Mais enfin quelle apparence de
renverſer l'Idole que nous avons
adorée , d'abatre l'Autel où nous
avons facrifié , d'arracher de noſtre
coeur ce qui enfaisoit les delices
? Quel châtiment doit attendre
de l' Amourun Infidelle quipaffe
de la legeretéàl'ingratitude &
àlabaine ? Je conclus dono avea
Le Proverbe , Qu'on nepeuthair ce
qu'on a une fois bien aimé.
Je croy , Madame , que vous
vous laiſſerez perfuader par ces
raiſons. Il eſtde certains outrages.
qui
GALANT. 59
qui font prendre des reſolutions
de haïr ; mais on ne les execute
jamais , ſi ce n'eſt qu'on devienne
auſſi jaloux qu'on eft amoureux
, car il n'y a rien qui ſoit plus
à craindre que la jaloufie. Elle
aveugle ceux qu'elle poſſede , &
quand ils ſe ſont une fois mis
quelques chimeres en teſte , la
raifon eft incapablede les diffi
per. Vousen trouverez la preuve
dans ce quej'ay àvousdire.Quoy
que la choſe ſoit arrivée il y adéjaun
an, comme elle n'a eſté juſqu'icy
connuë de perſonne , elle
n'en aura pas moins les graces
de la nouveauté.
Apres que le Roy eut pris
Gand &Ypre , il renvoya dans
cette premiere Ville une partie
des Troupes qui compoſent ſa
Maiſon. Un des Officiers qui les
commandent , fut logé chez un
Avocat
60 MERCURE
1
Avocat. Il en reçeut de tresgrandes
honneſtetez , & rien ne
luy fut épargné de ce qu'il pouvoit
attendre d'un Hoſte obligeant.
Si - toſt qu'il entroit , l'Avocat
luy venoit tenir compagnie
, & il ne le quitoit jamais le
foir , qu'il ne l'euſt mis dans ſa
Chambre . L'Officier meritoit
toutes ces civilitez. Il eſtoit bien
fait , galant Homme , raifonnoit
juſte , & diſoit les choſes d'une
maniere tres - agreable. Mais
quelques belles qualitez qu'il
euſt , ce n'estoit point par eſtime
particuliere pour luy que l'Avocat
luy rendoit tant de devoirs.
Vn autre principe le faiſoit agir.
Il eſtoit naturellement jaloux , &
jaloux avec tant d'excés , qu'on
ne pouvoit jetter les yeux fur fa
Femme , fans luy faire croire
qu'on luy en vouloit. Ainfi les
égards
GALANT. 6
égards d'honneſteté & de complaifance
que l'Officier témoig
noit avoir pour cette Femme,
bleſferent l'imagination du Mary.
Il crût qu'il en eſtoit devenu
amoureux,& c'eſtoit pour ne
luylaiſſeraucune occaſion de luy
en conter ,qu'il ne le quitoit jamais
un moment. L'Officier qui
eſtoit fort éloignédes ſentimens
qu'on luy imputoir , ne ſe faiſoit
point une peine d'avoir toûjours
l'Avocat en teſte. Il luy trouvoit
de l'eſprit , & n'ayant rien de
particulier à dire à ſa Femme, il
ne s'embarafſoit point du ſoin extraordinaire
qu'il prenoit de la
garder. Cette forte d'indiference
pour elle , ne remedioit point
à ce que le Mary ſoufroit de ſa
defiance. Il croyoit lire dans les
yeux de l'Officier l'amour que
luy avoir donné ſa Femme, & il
s'eſtoit
62 MERCURE
s'eſtoit meſme apperçeulavec
beaucoup de chagrin qu'ilavoit
quelquefois ſoûpiré en la regardant.
Cette remarque acheva de
confirmer ſes ſoupçons. La veri
té eſt qu'un ſouvenir amoureux
avoit de temps en temps couſté
des ſoûpirs à l'Officier, ſur quel
que raport qu'avoit la Femme
de l'Avocat avec une fort belle
Perfonne qu'il aimoit paffionné
ment, & qu'il avoit laiflée à Paris.
Ce n'eſt pas qu'il y euſtentr'elles
aucune reſſemblance de
traits. Le viſage de l'une eſtoit
diferent de celuy de l'autre,mais
elles eftoient toutes deuxde la
meſme taille , avoient l'une &
P'autre les cheveux blons ; & ce
qui frapoit davantage l'Officier,
la belle Perſonne dont il eſtoit
amoureux ne portoit preſque jamais
que du bleu , & la Femme
de
e
GALANT. 63
de l'Avocat mettoit tous les
jours un Defhabillé de cette
couleur. Les choſes estoient en
cet eſtat , & la jaloufie qui devoroit
le Mary fans qu'il en fiſt
rien paroiſtre,n'avoit encor eſté
incommode que pour luy,quand
elle éclata par une occafion auſſi
impreveuë qu'elle fut extraordinaire
. L'Officier revint un foir
tout reſveur. Il avoit perdu fon
argent au jeu , & ne trouvant
pas à propos de le dire à l'Avocat
qui luy demanda la cauſe de
fon chagrin , il ſupoſa quelque
legere indiſpoſition pour avoir
pretexte de ſe retirer. L'Avocat
le mit dans ſa Chambre à fon
ordinaire ; & afin de luy faire
croire que les foins qu'il luy rendoit
eſtoient pour luy -meſme
independamment de ſa jaloufie,
le lendemain il voulut aller s'in
former
64 MERCURE
former dés le matin comment il
avoit paſſe la nuit. Il ouvrit la
Porte fans l'éveiller , & s'eſtant
approché fort doucement, il apperçeut
une Boëte de Portrait
que l'Officier avoit laiſſée ſur un
Fauteüil aupres de ſon Lit. C'étoit
le Portrait de ſa Maîtreſſe .
Il le portoit par tout avec luy, &
il l'avoit regardé le ſoir pour ſe
conſoler de la perte de fon argent.
L'Avocat ne pût reſiſter à
la tentation de prendre la Boëte.
Il s'en faifit ,& ne l'eut pas plu
toſt ouverte , qu'un grand cry
qu'il fit éveilla le Cavalier. Il fut.
ſurpris de voir ſon Portrait dans
les mains de l'A vocat,& il le fut
encor plus quand le voulant retirer
, il luy entendit dire qu'il
auroit ſa vie auparavant. Il fauta
du Lit en paſſant ſa Robe de
chambre ,& alla vers l'Avocat
qui
GALANT.
65
qui s'eſtoit ſaiſi de ſes Piſtolets
qu'il avoit trouvez fur la Table,
L'Officier s'en mit peu en peine.
CesPistolets eſtoient ſans amorce.
Il l'avoit oftée à cauſe de
quelques Enfans qui pouvoient
y toucher en badinant ; & comme
il n'en craignoit rien , il ſe
contenta de courir à fon Epée,
dont il donna quelques coups du
pommeau à l'Avocat,qui lâchoit
inutilement le declin des Piſtolets.
La partie n'eſtant pas égale,
l'Avocat qui recevoit toûjours
quelque coup , cria aux Voleurs
de toute fa force. Un des Magiftrats
paffoit alors dans la Ruë.
Ces cris l'arreſterent. Il prit quelque
eſcorte,& monta à la chambre
des Combatans. Le ſpectacle
le ſurprit . L'Officier en Robe
de chambre tenoit d'une main
l'Avocat par le colet , & fon Epée
nuë
66 MERCURE
nuë de l'autre . Il s'avança pour
empeſcher que cette violence
n'allaſt plus loin ; & ayant fait
entendre au Cavalier en termes
graves de Magiſtrature , qu'il
eſtoit Officier de Juſtice , il luy
commanda de par le Royde ceffer
ſes emportemens contre fon
Hoſte. Le Cavalier s'arreſta , &
il n'eut pas plutoſt conté auMagiſtrat
la cauſe de leur demeflé,
que l'Avocat reprit bruſquement
qu'il avoit raiſon de ne vouloir
pas rendre le Portrait , puis que
c'eſtoit celuy de ſa Femme. Le
Magiſtrat qui la connoiffoit,voulut
juger par ſes yeux , & ayant
examiné le Portrait en queſtion,
il ſe mit du party de l'Officier
qui traitoit l'Avocat d'extravagant.
L'Avocat au deſeſpoir de
ce que le Magiſtrat ſe declaroit
contre luy,demanda tout en colere
GALAN T. 67
lere s'il eſtoit aveugle,& s'il pouvoit
ne pas reconnoiſtre ſa Fem
me à ſes cheveux blons , & à fon
Def-habillé bleu. On eut beau
luy dire que le Portrait n'ayant
aucunde ſes traits,& ne luy ref
ſemblant que par du blond &
du bleu , cette circonfiance ef
toit trop foible pour s'y arreſter.
Il ſoûtint toûjours que c'eſtoit le
Portrait de fa Femme , & qu'il y
avoit intelligence entr'elle& le
Cavalier. La conteſtation s'é
chaufa. Les deux pretendus Rivaux
ſe dirent chacun des chofes
fâcheuſes. L'A vocat qui n'é
toit plus maiſtre de ſa raiſon,
donna un dementy au Cavalier!
Le dementy for payé d'un ſouflet
, le fouflet d'une gourmade,
&le combat recommença tout
de nouveau. Le Magiſtrat ſe mit
entr'eux pour les ſeparer ,& regeut
68 MERCURE
çeut les coups qui ne pûrent aller
juſqu'aux Combatans. Cependant
une Servante accouruë
à ce ſecond bruit , alla dire
en haſte à ſa Maîtreſſe que l'Officier
afſaſſinoit sõ Mary.La Belle
couchoit dans un Apartemet de
derriere , où elle n'avoit rien entendu
de tout ce vacarme. La
nouvelle luy fit craindre tout.
Elle ſe jetta hors du Lit toute effrayée,&
courut à demi nuë à la
chambre de l'Officier. L'accueil
fut mal gracioux pour Elle. Le
Mary qui ne sçavoit à qui ſe
prendre de l'eclat qu'il avoit
commencé de faire , la regala de
quelques ſouflets , dont le Magiſtra
empefcha la ſuite. Ces fortes
de careſſes qui n'eſtoient ny
ordinaires ny deuës à la Belle,la
mirent dans un ſi grand ſaiſiſſement
de douleur , qu'elle en de
meura
GALANT. 69
meura évanoüye. On chercha à
la faire revenir , & tandis que
ce charitable ſoin occupoit le
Magiſtrat & le Cavalier , l'emporté
Mary envoya dire au Pere
& à la Mere de ſa Femme,
qu'ils vinſſent reprendre leur
Fille , s'ils ne vouloient qu'il la
fiſt mener dans un Convent.
L'un& l'autre vint. Le compliment
de leurGendre les avoit
Turpris,& ils le furent encor davantage
de trouver leur Filleen
cet état. Ils ne ſçavoient que
penſer de la voir avec une ſeule
Jupe dans la Chambre d'un
Homme qui avoit encor ſon Bōnet
de nuit, & en preſence d'un
Magiſtrat de la Ville. Le Mary
leur fit les meſmes plaintes qu'il
avoit déja faites de l'infidelité de
ſa Femme , & les finit par le pretendu
don de ſon Portrait au
Cava
70
MERCURE
Cavalier. La Belle qui estoit revenuë
de ſon évanoüiſſement,
demanda raiſon de la calomnie.
Il fut queſtion de voir le Portrait
. L'habillementbleu , & les
cheveux blons , eſtoient la ſeule
reſſemblance qu'il euſt avec elle.
Le Pere & la Mere qui avoient
eu la patience de laiſſer
dire à leur Gendre les choſes les
plus cruelles contre leur Fille, ne
pûrent la voir condamnée ſur un'
ſoupçon qui avoit ſi peu d'aparences
de verité, ſans entrer dans
un reflentiment proportionné à
l'affiontqu'on leur faifoit.LaMere
fe jetta la premiere ſur l'Avocat,
le prit aux cheveux ,& tandis
qu'elle les tiroit d'une main , &
l'égratignoit de l'autre , le Pere
luy faifoit connoiſtre qu'on ne
l'offençoit pas impunément. La
Féme toute interdite de voir aux
mains
GALANT.
74
mains les trois Perſonnes à qui
elle devoit le plus , crioit au ſecours
fans prendre party. Ses cris
attirerent quelques Voiſins de
l'un& de l'autre Sexe, qui eſtant
arrivez au champ de bataille , firent
ceffer ce dernier combat. Il
falut de nouveau éclaircir le fait.
Les circonstances qui avoient
donné lieu au ſoupçon , furent
trouvées ridicules.Tout le monde
blamale Mary Le Mary voulut
avoir raiſon contre tout le
monde , & traitant ceux qui le
condamnoient , d'ignorans , il
envoya chercher le plus fameux
Peintre de la Ville , comme un
Juge competant fur cette matiere.
Le Peintre arriva. Le Mary
luy mit luy -meſme le Portrait
entre les mains,& le pria de leur
dire à laquelle de toutes ces
Femmes il trouvoit qu'il reſſemblaſt.
72. MERCURE
blaſt. Le Peintre les regarda toutes
, examina le Portrait , & dit
qu'il ne reſſembloit à aucune.
L'Avocat plus en colere qu'il
n'avoit eſte juſque-là , demanda
au Peintre s'il pouvoit nier que
ce Portrait ne fuſt celuy de ſa
Femme , & le Peintre n'eut pas
plutoſt répondu qu'il luy reſſembloit
encor moins qu'aux autres,
que deux ſouflets & quelques
gourmades le payerent de ſa réponce.
A ce quatrième combat
on ſaiſi le Mary comme un furieux;
mais ſi on arreſta ſes mains,
on n'arreſta pas ſa langue. Il dit
que le Peintre eſtoit de l'intrigue
, que c'eſtoit luy qui avoit
fait le Portrait , & que les prefens
de l'Officier l'ayant corrompu,
il avoit intereſt d'empeſcher
que la verité ne fuſt connuë.Le
Peintre demanda reparation
d'hon
GALANT... 73 ..
d'honneur & pour l'impoſture,
&pour les coups qu'il avoit reçeus.
Il y avoit tant de témoins
de la choſe , que rien n'eſtoit
plus à craindre pour l'Avocat
que le Procés criminel qu'il luy
vouloit faire . Toute l'Aſſemblée
s'employa aupres du Magiſtrat,
pour le ſuplier de l'aſſoupir ; &
l'Avocat qui commençoit à connoiſtre
qu'il avoit tort , ayant
conſenty à l'en faire Juge , il le
condamna à quelque ſomme
d'argent , qui obligea le Peintre
à ſe taire. Cependant comme il
ne falloit pas que l'affaire reſtaſt
indeciſe, parce qu'elle regardoit
la reputation & le repos de la
Belle , on apporta de ſi bonnes
raiſons au Mary ſur ce que le raport
d'habillement eſtoit un pur
effet du hazard , & ne pouvoit
faire de conſequence , que peu
Avril 1679. D
74 MERCURE
à peu il ſe laiſſa ébranler ; &ce
qui acheva de le convaincre, ce
fut qu'il eſtoit impoſſible que le
Portrait qui avoit cauſe tout ce
defordre , fuſt le Portrait de ſa
Femme que l'Officier euſt fait
faire , puis qu'on pouvoit ailément
connoiſtre qu'il eſtoit fait
il y avoit déja plus d'un an , &
que l'Officier n'eſtoit dans la
Ville que depuis dix jours .Cette
derniere raiſon l'emporta. L'opiniâtre
Jaloux ſe rendit ,&joüa
le perſonnage du Georges Dandin
de feu Moliere , en faiſant
des excuſes à fon Beaupere , à ſa
Bellemere, à ſa Femme,& àl'OF
ficier, qui demeura poſſeſſeur de
fon cher Portrait. Vous jugez
bien, Madame , que toutes choſes
ſe trouverent par là fortdifpoſées
à la paix . Il ne s'y rencontra
qu'un ſeul obſtacle. L'Avo
cat
GALANT.
75
cat ſe connoiſſoit. La moindre
apparence le rendoit jaloux. Il
avoit outragé ſa Femme. Elle
pouvoit eſtre d'humeur àſe vanger
, & l'Officier eſtoit en état
de luy en fournir les occafions.
Ainſi pour le repos du ménage,
il falloit que l'Officier delogeaſt.
On vient à bout de tout avec
de l'Argent. L'Avocat ſe reſolut
d'en donner , & il ne s'agiffoit
plus que de la ſomme,quand
on entendit publier un ordre à
laCompagnie defortirdeGand.
Cetordre leva la difficulté .L'Officier
partit , & laiſſa le Mary &
la Femme en pleme liberté de
faire leurs conditions telles qu'ils
les crûrent neceſſaires pour la
ſeûretéde leurs repos.
Je vous ay fait part dans mes
deuxdernieres Lettres de quelques
Feſtes du Carnaval. C'eſt
Dij
76 MERCURE
une ſaiſon favorable pour les
plaiſirs ; mais quoy qu'elle donne
lieu par tout à des réjoüiflances
particulieres, celles de Veniſe
vont au delà de tout ce qui ſe
peut faire ailleurs de plus magnifique
& de plus galant. Aufſfi
l'on y vient à foule dans ce tems
de joyedetous les côtez de l'Europe
, & il ne ſe paſſe point de
Carnaval qui n'y amene extraordinairement
plus de ſoixante
mille Perſonnes, tant Etrangers,
que Gens Sujets de l'Etat. On
y peut choiſir d'une infinité de
Feſtes ou Aſſemblées qui s'y font
das le ſomptueux Palais,chez la
principale Nobleſſe. Les Dames
s'y trouvent toûjours en grand
nombre admirablement parées,
& on y reçoit une quantité prodigieuſe
de Maſques de l'un&
de l'autre Sexe. La plupart des
+
Maria
GALANT. 77
Mariages des Nobles,quoi qu'arreftez
depuis fort longtemps, ne
s'achevent ordinairement qu'au
Carnaval , & c'eſt ce qui donne
occafion à ces grandes Affemblées.
Comme les Palais ſont fort
ſpatieux , la Salle du Bal eſt au
milieu de huit ou dix Chambres
, toutes ornées de riches
Tentures , de Tableaux , & de
Meubles d'un fort grand prix .
Ily a de tres-agreables Concerts
d'Inftrumens dans chacune. Les
Maſques les vont entendre , &
onydonne de toute forte de Liqueurs
à ceux qui en veulent.
Les Dames priées font afſiſes
dans la Salle du Bal , où la Nobleſſe
les vient prendre pour
dancer. Leur dance n'eſt qu'une
maniere de promenade, continuée
quelquefois de Chambre
en Chambre, où ceux qui y ſont
)
Dij
78 MERCURE
peuvent avoir le plaiſir de voir
paffer tout le Bal. Un Gentilhomme
rencontrera un de ſes
Amis , & luy donnera la Dame
qu'il tient afin qu'il pourſuive la
dance avec elle,& quand la Dame
veut ſe repoſer,elle fait la reverence
, & prend un ſiege.
Grande liberté en tout cela , &
jamais de confufion.
Pendant tout le Carnaval il y
a pluſieurs Académies de Jeu,les
unes pour la Nobleffe,& les autres
pour les Bourgeois.Les Mafques
ont le privilege d'enter
par tout. Leur Jeu le plus ordinaire
eſt celuy de la Baſſete . On
y jouë des ſommes immenfes , &
l'on tient que dans Veniſe il ſe
confume pour plus de cinq cens
mille livres de Cartes qui payent
des droits au Prince . Ce qu'on
ne ſçauroit affez admirer, c'eſt ce
qui
GALAN T. 79
qui ſe paſſe dans la Place de S.
Marc , où il y a quelquefois jufqu'à
trente mille Perſonnes , la
plupart maſquées , tant Hommes
que Femmes , & de toute
forte de conditions. Les Dames,
outre une magnifique parure , y
éclatent en Pierreries , dont elles
ont toutes un tres -grand nombre.
C'eſt làque ſefont les parties
pour le Bal ,l'Opera,la Comedie ,
&les autres divertiſſemens . On
y trouve des Bandes de cinquante
à ſoixante Maſques,qui reprefentent
enſemble un ſujet reglé,
fans compter pluſieurs autres
Compagnies de ſimphonie
qui s'y rencontrent. On y voit
auſſi quantité de Feſtes de Taureaux
qui combatent contre des
Ours & des Chiens , mais ce ne
font pas des plaiſirs tranquiles,
& il y arrive quelquefois beaucoup
de defordre. Diij
80 MERCURE
Des huit Theatres qui ſont à
Veniſe , il y en a eu fix occupez
dans le dernier Carnaval. Deux
Troupes de Comédiens des
meilleurs de l'Italie , ont repreſenté
pluſieurs Pieces , fur celuy
de S. Samuël , & fur celuy de S.
Caëtan. Le premier appartient à
Mrs Grimani Spaghi ,&, l'autre à
Mr Badoüer. Divers Opéra ont
attiré une foule extraordinaire
de Spéctateurs ſur les quatre
autres Théatres. Celuy de S.Anzolo
, élevé depuis deux ans par
le Sieur Santorini , a ſervy aux
Repreſentations de deux qui
avoient pour titre Sardanapale,
&Gircé. La beauté des Machines
& des Décorations répondoit
à la bonté des Inſtrumens,
& de la Muſique. Elle avoit eſté
faite par le Sieur Jean Dominique
Freſchi, Maiſtre de Chapelle
GALANT . 81
leà Vicenze. Deux autres Opéra
ont paru avec quantité de
changemens de Théatre,ſur celuy
de S. Luco , apartenant àMr
Vendramin. La Muſique du premier
intitulé Sexte Tarquin , eftoit
du Maiſtre de Chapelle de
S. A. S. le Duc de Mantouë ; &
celle du ſecond , ayant pour titre
Le doe Tiranni, marquoit l'excellent
génie du Sieur Antonio
Sertorio qui l'avoit faite.C'eſt un
des plus experimentez Maîtres
de Chapelle qu'il y ait en Italie.
Ily avoit pluſieurs Machines , &
entr'autres , un Firmament qui
venoit des Cieux , tout remply
d'Etoiles , en maniere d'un Palais
des Dieux. Quantité de
Gens ſe voyoient rangez tout
autour des Balustrades , & tout
eſtoit foûtenu en l'air. On n'avoit
pas eſté quite de cette Ma
2 Dy
82 MERCURE
chine pour deux mille Ecus. Joignez
à cela les meilleurs Muſiciens
qu'on euſt pû trouver. Le
fameux Cortonne en eſtoit. On
luy donnoit quatre cens Piftoles
d'or pour deux mois de Repreſentation
que dure le Carna.
val ; autant à Marguerite Pia,
deux cens cinquante à la Signora
Giuglia Romana , & aux autres
felon leur merite..
Les deux autres Théatres
d'Opéra de cette année, ont eſté
ceux de S. Jean & Paule,& de S.
Jean Chrifoftomme.Ils apartiennent
à Mrs Grimani.On a repreſenté
le Grand Alexandre fur le
premier. Le Napolitain s'y eſt
faitadmirer ſecondé de trois ex
cellentes Muſiciennes. Les Décorations
en estoient fuperbes,
Chars de triomphe,Chaiſes roulantes
tirées par de vrais Che-
Vaux,
GALANT. 83
vaux , & des Cavaliers auſſi à
cheval .Une Machine venant du
Ciel , remplie d'Apollon & des
neufMuſes qui faifoient entendre
une admirable Simphonic
de Voix & d'Inſtrumens , occupoit
toute la face du Théatre,
La Muſique eſtoit de Monſicur
Ziani le jeune.
Quant au Théatre de S. Jean
Chritoſtome , fait cette année
meſme , il a remporté le prix ſur
tous les autres,tant pour ſa ſomp.
tuoſité que pour la Simphonie,
Muſiciens, Décorations, &Machines.
Ce n'eſt que de l'or au
dehors des Loges.Le dedans eft
tapiſſé de Velours de Damas , &
des plus riches Etofos qui ſe fafſent
à Veniſe. Neron eſtoit le titre
de l'Opéra qui fut reprefenté
ſur ce Theatre. Le fameux
Iſape ou Jofepin de Bavieres,
l'in
84 MERCURE
l'incomparable Jean François
Grotti Romain , ſurnommé Siphax,
& la Signora Antonia Caratti
Romaine, y chantoient.Ces
trois avoient pour eux ſeuls mille
Piſtoles d'or pour leur Carnaval.
La Muſique eſtoit de la
compoſition du Sieur Palavicini.
C'eſt un des ſçavans Maistres
qu'il y ait en ce Païs- là. Sa maniere
eſt auſſi galante que ſpirituelle
, & on ne peut trop loüer
l'adreſſe qu'il a de donner admirablement
ce qui convient à
chacunde ceux qui ſervent d'Acteurs
dans un Opéra. Il faur,
Madame , vous faire juger par
yous - meſme de la beauté des
Airs qu'il compoſe , en vous envoyant
un de ceux qui a eſté
chanté dans celay- cy. En voicy
les Paroles avec la Note.
AIR
GALANT. 85
:
1
AIR CHANTE' DANS
UN DES DERNIERS
Opéra de Veniſe.
P
Er non vivere geloſo, LYON
Vo cercando ogn'or riposo,
E trovarlo , oh Dio , non so *1893 *
S'un momento
Di contento
Fò provar al alma in ſeno,
Quasi rapido baleno
Il martir de me torno.
Quarante Inſtrumens des meil
leurs qu'on euſt pû trouver, fervoient
à la Simphonie. L'ouverture
du Théatre ſe faifoit par
une grande Place dans Rome,
avec des Arcs de triomphe , &
un Globe qui en s'ouvrant laifſoit
voir plus de cent Perſonnes
en armes. Néron paroiſſoit dans
une autre Scene.Son Char eſtoit
traîné
86 MERCURE
traîné par deux Elephans.Apres
luy , le Roy Tiridate venoit à
cheval avec les principaux de
fa fuite. La Reyne ſa Femme
eſtoit portée par des Hommes
dans une Chaiſe fort magnifique
,& l'un & l'autre alloient ſe
proſterner aux pieds de Néron,
qui ordonnoit un Bal pour les
divertir. Une fort grande quantité
de lumieres faiſoit briller la
Décoration qui fut particuliere
àce Bal. Néron,& toute la Cour
tant de l'un que de l'autre Sexe,
ydançoit à l'Italienne au fon de
pluſieurs Inſtrumens extraordinaires
qui estoient ſur leThéatre.
Onvoyoit enſuite une Académie
de Muſique dans laquelle
Neron chantoit , ainſi que les
principaux de ceux qui l'accom
pagnoient , auſquels il diſtribüoit
desRôles pour reprefenter
une
GALANT.. 87
une Comédie. Cet Empereur y
joioit luy-méme,& c'étoit quel.
que choſe d'affez particulier que
cette Scene. Il y avoit des Lo+
ges des deux coſtez du Théatre.
Des Dames & des Cavaliers entroient
dans ces Loges , comme
Auditeurs de la Comedie,& une
toile ſe levant laiſſoit paroiſtre
un autre Theatre. On y voyoit
la Lune & fept Etoiles en Machines
, toutes ſi brillantes , que
leur éclat n'ebloüiſſoit pas moins
qu'il ſurprenoit. La Comedie ef
tant faite, Néron donnoit l'ordre
pour un fuperbe Feſtin. Il avoit
eſté preparé dans une Grote
toute remplie de nüages , qui
formoit une Décoration d'une
beauté merveilleuſe. On croyoit
voir un licu enchanté. Il y avoit
de la Simphonie dans tous les
coins de la Grote. Les Tables
estoient
88 MERCURE
eſtoient élevées en manieres de
Machines , & on n'y pouvoit aller
qu'en montant vingt degrez
de chaque coſté , Au milieu de
ce Feſtin on venoit avertirNéron
que ſon Palais alloit eſtre
afficgé par des Conjurez . La
Scene ſuivante faiſoit paroiſtre
un grand Peuple en armes , qui
avec les Conjurez donnoit l'affaut
au Palais . On ſe ſervoit d'Echelles
& de Machines pour y
monter ,&toutes fortes d'Armes
eſtoient employées pour en abatre
les Tours , & renverſer les
Murailles. Les Afliegez faifoient
éclater une vigueur extraordinaire
pour leur défenſe , & ils
eſtoient ſecondez par Tyridate,
qui accompagné d'un bon nombre
de Soldats , entreprenoit un
combat fi furieux contre lesAf
fiegeans , que quoy qu'il fuft
feint
GALANT. 89
feint,il ne laiſſoit pasde cauſer de
l'épouvate aux Spectateurs. Plus
de cent Perſonnes eſtoient engagées
dans ce combat. Il duroit
pres de demy- heure ,& finiſſoir
par la défaite des Conjurez. Néron
faiſoit voir la joye qu'il avoit
de cette Victoire par une Simphonie
ordonnée dans le meſme
temps. Elle venoit ſur une Machine
roulante ,qui fortantde la
Porte de ſon Palais , s'élargiſſoit
à meſure qu'on la voyoit avancer.
Elle occupoitinſenſiblement
tout le Theatre,& certains niages
qui la couvroient , ſe diffipant
, on y découvroit quantité
d'Inſtrumens de toutes fortes ,
Flûtes douces,Trompetes, Timbales
, Violes, & Violons , qui ſe
joignant à la grande Simphonie
de l'Opera , formoient la plus
belle& la plus mélodieuſe har
monie
१० MERCURE
monie qu'on cuſt jamais entenduë.
Le dernier jour du Carnaval,
apres qu'on eut repreſenté cet
Opéra, Meſſieurs Grimani, aufli
eſtimez pour leur mérite particulier
que pour les avantages de
leur naiſſance ,( ils font alliez de
Monfieur le Duc de Mamoüe ,
&de la Maiſon de Gonzague , )
donnerent le Balà toute la Nobleſſedans
ce lieu meſme. Rien
ne pouvoit être plus magnifique.
Toutes les Dames qui avoient
eſté invitées à l'Opéra , furent
regalées dans leurs Loges , de
pluſieurs Baffins remplis des
meilleurs mets de la ſaiſon , &
de toute forte de liqueurs. Plus
decent Flambeaux de cire blanche
qu'on alluma fur des Bras
d'or attachez aux dehors des Loges
, répandoient un nouveau
jour
:
GALANT. 91
:
jour fur le Parterre. Quantité de
Damesdes plusbelles&des plus
jeunes s'y placerentapres le Repas
,ſur des ſieges qu'on avoit
preparez tout autour. Elles ef
toient habillées à la derniere mode
de France , mais dans un ajuſtement
ſi ſuperbe qu'on ne voyoit
qu'or , argent , broderie ,
points , & pierreries. Plus de
deux cens Gentilshommes fe
trouverent dans le meſme lieu .
La magnificence de leurs Habits
ne cedoit en rien à celle des Da
mes , & on ne leur voyoit comme
à elles que broderie , Pierre
ries , & Points des plus fins . Ilne
s'eſtoit fait de longtemps aucune
affemblée où la Nobleſſe Veni
tienne ſe fuſt renduë , ny en f
grand nombre , ny dans une fi
riche parure . Toute la Simphonie
de l'Opera eſtoit en cercle
fur
92
MERCURE
:
fur le Théatre. Vous jugez bien
qu'une fi charmante harmonie
ne fut pas un des moindres plaifirs
que cauſa le Bal. Il n'y avoit
que les Perſonnes qui en eſtoiét,
dans le Parterre. Tout le reſte
demeura dans les Loges à voir
dancer. On donna encor un nouveau
Régal aux Dames , & la
Feſte ne finitque quand le jour
commença.
Quoy qu'on ne voye Carrofſesny
Chevaux à Venife , à cauſe
de la quantité de Ponts qui y
ſont élevez en Arche pour donner
paffage aux Gondoles , la
Nobleſſe ne laiſſle pas d'y avoir
une tres-belle Académie pour
tout ce qui regarde les exercices
du Corps. Elle est tenuë par Me
Nicolo Gentilhomme Napolitain
. Cette Nobleſſe voulant
montrer au public qu'elle n'ar
voit
GALANT. 95 :
voit pas moins d'adreſſe à manier
un Cheval qu'en toute autre
choſe , fit un tres-beau Carrouſelle
27. Fevrier&le 6. Mars,
Elle s'eſtoit ſeparée en quatre
Quadrilles , de quatre Cavaliers
chacune. Il y en avoit une de
Mores , une d'Indiens , & deux
autres de Turcs &de Tartares .
Ils combatirent aux Teſtes avec
le Dard , le Piſtolet , & l'Epée,
& firent en ſuite un Balet à cheval
, de trois façons. TroisRécits
yfurent chantez par le Fameux
Muſicien Cartonne , veſtu en
Diane.L'équipage de ces Mores,
Indiens , Turcs &Tartares , eftoit
magnifique ,& jamais on ne
vit des Rubans , des Plumes , &
des Pierreries en ſi grande confuſion.
Ils avoient huit Trompetes
, & trente Perſonnes de
Livrées, tous fort leſtes,& montez
94 MERCURE
tez fur les plus beaux Chevaux
d'Italie. Les Dames & les Cavaliers
qui ſe trouverent à ce merveilleux
Spectacle, eſtoient dans
des Loges faites expres. Il y avoit
de grands Echafauts pour les
Etrangers , le tout dans le lieu
meſme de l'Académie ,qui peut
contenir juſqu'à quatre mille
Perſonnes. Les ſeize qui formerent
ces quatre Quadrilles , eftoient
Monfieur le Duc de Mantoüe
; Monfieur Moulin , Meffieurs
Cornaro , deux Freres ;
Meſſieurs Vanieri , deux Freres,
&un Coufin ; Monfieur Dolfin ;
Meſſieurs Moroſini , deux Cou
fins ; & Meſſieurs Foſcarini , Loredan
, Zanobie , Tiepolo , Capello
, & Cavabli , tous de la
meilleure Nobleſſe Venitienne ,
des plus riches , & des plus
adroits.
Je
GALANT.
95
Je croy vous avoir parlé d'un
Panegyrique de Monfieur le
Chancelier , fait en Vers Latins
par Monfieurde Santeüil , Chanoine
de S. Victor. Je ne vous repeteray
pointqu'il a un commerce
tres-familier avec les Muſes,
&qu'il ne part rien de luyqui ne
faſſe voir qu'elles le favoriſent
de leurs graces les plus particulieres.
Le Panegyrique dont je
vous parle en eſt une preuve.
Elles y font répanduës par tout.
C'eſt ce qui a engage un fort
galantHomme, non pas à le traduire
tout à fait en noſtre Langue
, mais à en prendre l'idée
genérale & quelques penſées ,
car pour la fiction elle eſt traitée
diferemment. Cela n'empefche
pas qu'il n'avoue qu'on doituni
quement à Monfieur de Santeüil
cette ingénicuſe maniere
de
96 MERCURE
E
de loüerMonfieur leChancelier.
i
HEQUE
ME
ANYMPHE
LYON
DE
CHAVILLE
.
8
L
Ors que le choix du Roy dans le
Grand LETELLIER
Fit revoir à la France un digne Chance-
1
lier ,
Apeine le ſcent-on , qu'une bouche fidelle
AChaville bientoft en porta la nouvelle ,
Chaville , où ce Héros va prendre quelquefais
Va moment de relâcheàses gravesEmplois.
Cen'est point unPalais d'admirableſtru-
Eture ,
Ny des Iardins oùl'Artfurpaſſe la Nature.
De l'Ombre ; quelques Eaux , & des
Berceaux galans ,
Fontdecette Maison les charmes lesplus
grands,
Une propreténoble , unegrace champe-
Stre
C'eft
GALANT.
97
C'est tout ; ainſi le veut la ſageſſe du
Maistre.
Mais, loin de l'imiter, la Nymphe de
ceslieux,
Æglé, cachant toûjours un coeur ambi
tieux,
Se persuade enfin que tant de modestie
Avec un ſi haut Rang seroit mal affortie.
Déja pour embellir ses Iardins & ses
Eaux,
Elle forme en secret mille projets nou-
1
veaux,
Elle ne se croit plus une Nymphe ordinaire,
Ses jeux accoûtumezne sçauroient plus
luy plaire,
Des Hoſteſſes des Bois les ſimples entretiens
Luy paroiffent trop bas poury mesler les
fiens,
Et la Superbe Æglén'aplus rien à leur
dire, P
On veut toujours parler de tout ce qu'elleadmire,
Tantoſt de ces grandeurs où son orgueil
pretend
Avril 1679 . E
98 MERCURE
Ec tantost du Héros dont elle les attend.
Puis ,pour leur en tracer une pompeuse
image,
Elle peint des éclairs fortans de fon
visage,
Luy met deffus le front l'austere gravité
,
Luy donne dans les moeurs plus deſeverité,
Décrit de ſon pouvoir les marques venerables,
Fait voir autour de luy des armes redoutables,
Spectacles , je l'avoue , illuftres , glorieux,
Mais inconnus encore à ces paisibles
lieux.
Auſſi les Soeurs d'Æglé n'y trouvent pas
grands charmes,
LeHérosfous ces traits leur donne trop
d'allarmes .
L'une a peur que le bruit d'une nombren-
La Cour
Sejour ;
Vienne Souvent troubler leur tranquille
L'autre, qui cherche en luy sa douceur fi
connue,
Deman
GALANT.
99
Demande en soupirant ce qu'elle est devenue
;
THEQUE Et toutes pour cacher
leur
craints
leurs regrets,
LYON
Se retirent bien-toft dans leurs Antref
DE
E
Secrets.
Cependant LE TELLIER vient avec
peu deſuite.
A Son abord Æglé , par son devoir
instruite,
Au deſſus de fon Urne ément de petits
flots,
Et de leur doux murmure aplaudit au
Héros.
Mais, Dieux ! en la voyant, quelle furpriſe
extréme,
Do nepoint decouvrir cettepompequ'el
leaime,
Tout ce grand appareil vanté dans ſes
discours?
Ilparolſt à ses yeux telqu'ilparut toûjours.
Ailleurs rien n'est changé;la fiere Sentinelle
N'usurpe point l'employ du Concierge
fidelle ,
On n'entend point parler de Gardes ny
d'Exempt, 20
Eij
100 MERCURE
*** n'est point là dans son habit décent.
Cofteaux qui vous cachezſous les vertes
feüillées,
Bois , Prez , tendres Gazons , agreables
Valées,
Ce vous doit estre un fort & bien noble
&bien doux,
Que LE TELLIER vous cherche , &fe
plaiſeavec vous.
Dansvoscharmans detours je le voy qui
s'avance,
Bien loin autour de luy regne un prefond
filence,
C'est ainsi que ces lieux ſemblent les reverer
;
Le plus petit Zéphir n'oferoit refpirer,
Les Chansons des Oiseaux sont à l'inf
tant ceſsées,
Tant craint de le diſtraire enſes hautes
pensées
douxZephirs,
plaisirs,
Mais non , chantez , Oiseaux , folâtrez,
Il ne vient point gefner vos innocens
Au lieu de ce respect montrez - luy de
la joye,
3
C'eft
GALANT. 101
C'est pour se divertir que le Ciel vous
l'envoye.
Tandis qu'il se promene en ces lieux
pleins d'appas, 4
Unefimple Naiade , an bruit quefontfes
pas ,
Atraversle cristal de ſa demeure humide,
Ofe le parcourir d'un oeil prompt & ti
mide,
Mais n'apperçevant rien de ce qu'a dit
Ægle,
Elle rend un doux calme àson esprit
troublé.
Il semble que de joye au fortir de sa
Source,
Pour l'aller publier , elle baſteſa courſe;
Tous les Bois d'alentour font bien- toft
avertis,
Et les discours d'Ægléſont bien- toft de
mentis.
Vous verriez à ſa voix revenir les
Naiades,
Et de leurs troncs ouverts accourir les
Driades,
Comme apres un orage on peut voir des
Pigeons.
Eüj
102 MERCURE
Que le Soleil raſſemble à ses premiers
rayons.
A l'aspect du Héros ce n'est plus qu'allegreffe,
La foule pour le voir se groſſit & s'empreffe,
Pan mesme , &ses Sylvains , venant de
toutesparts,
Ont peine à contenter leurs avides regards.
Alors,comme àl'envy, fur leurs pipeaux
rustiques,
Ils ofent celebrer ses vertus beroïques,
Les Oyseaux réjonis y meſlent leurs
concerts,
١٤
Et la voix des Echos les répand dans
les airs.
Mais vous , qui demeurez interdite.
&confuse,
Æglé , reconnoissez que l'orgueil vous
abuse,
Que pour les vrais Heros le faste est fans
appas,
Et qu'ils soufrent la pompe , &ne la
cherchent pas.
Ces Vers partent d'une veine
fi
GALAN T.
103
fi aiſée , que quoy que la matiere
ſoit des plus illuftres , on
peut dire qu'ils n'en ravalent
point la dignité . On m'en avoit
promis de fort galans qu'on ne
m'a point encor envoyez. Ils ont
eſté faits ſur le Mariage de Mr
de Chamilly. Je me contentay
de vous mander la derniere fois
qu'il avoit épousé Mademoiselle
du Bouchet de Vilfly. Il faut
vous dire aujourd'huy que cette
Demoiselle eſt riche de pres
cehuit cens mille livres , qu'elle
eſt dans une grande devotion
auffi-bien que Madame ſa Mere,
&d'un merite qui ne la rend
pas moins confiderable que ſa
vertu. Je vous ay dit tant de
choſes de Mr de Chamilly dans
la plupart de mes Lettres , qu'il
femble qu'il foit inutile d'y rien
adjoûter. Il eſt Frere de ce fa-
E. iiij
104 MERCURE
meux Monfieur de Chamilly
Lieutenant General , à qui ſa
valeur , ſa prudence , ſon eſprit ,
& ſa galanterie,avoit acquis une
fi haute reputation. Celuy dont
je vous parle eſt fort connu
par luy - meſme. Ses Emplois
& les Gouvernemens qu'il a
eus , font de glorieuſes preuves
de ſes ſervices. On luy a confié
ceux de Zvuol , de Nuis,
de Grave , d'Oudenarde
il a preſentement celuy de Fribourg.
La longue & preſque incroyable
refſiſtance de Grave a
fait tant de bruit , que tout ce
que je pourrois dire là-deſſus à
fon avantage , ſeroit infiniment
au deſſous de ce que ce Siege
en fait concevoir.
&
Je vous ay auſſi parlé fort fouvet
de Mr le Bret,Lieutenat General,&
Gouverneur de Doüay.
le
GALANT.
105
Is ne vousen parleray plus qu'aujourd'huy.
L'occaſion en eſt bien
funeſte , puis que ce n'eſt que
pour vous apprendre ſa mort.
C'eſtoit un tres - bon & ancien
Officier. Il avoit fervy en Catalogne
depuis quelques années,
&toûjours avec ſuccés. LeRoy
qui ne donne les Gouvernemens
, & fur tout ceux qui font
d'uneaufſſihaute importance que
l'eſt celuy de Doüay , qu'à des
Perſonnes d'une prudence &
d'une valeur éprouvée , a nommé
Monfieur des Bonnets,Commiſſaire
General de l'Infanterie,
pour eſtre Gouverneur de cette
Place.
Je ne ſçay , Madame, ſi quelques
particularitez de l'Hiftoire
deMonfieur de la Roche-Karla,
dont je vous ay promis de vous:
faire part , n'ont point eſté déja
Ε. v.
I106 MERCURE
juſqu'à vous. Il ſeroit pourtant
difficile, apres les exactes recherches
que j'en ay faites , qu'on
vous en euſt pû dire tout ce que
j'en ſçay. Sa mort a donné lieu
àtoute la Cour de parler de luy.
Elle est arrivée à Champagnac,
C'eſt un Bourg en Limofin, qui
ne feroit qu'un Village en France
, & meſme des plus petits.
Il eſt à trois lieuës de Tulle , en
allant vers les Montagnes d'Auvergne
extremement froid , &
inacceffible en de certains tems.
C'eſt là que Monfieur de la Roche-
Karlan s'eſtoit retiré , menant
une vie fort cachée. Quoy
qu'il pretendiſt eſtre Roy de
Colconda , ou Colkinde en Afie
, il faifoit profeſſion ouverte
d'inſtruire des Enfans gratuitement
,& il leur avoit dicté en
langage du Païs une eſpece de
Caté
GALAN T.
107
Catéchiſme meſlé de l'Histoire
Sainte&de la Prophane. Ileftoit
âgé environ de cinquante
ans,fort petit de taille, tres -gros,
&quoy qu'il portaft une Perruque
, on jugeoit qu'il avoit eſté
extremement blod.On le voyoit
rarement ſans Bagues & fansBijoux,
rien ne luy plaiſant davantage
que ces ornemens. Il ne
beuvoit preſque jamais de Vin,
& comme il eſtoit fans: barbe
,& que d'ailleurs il ufoit fort
de Lait, de Sucre,& de Confitur
res ,toutes ces chofes, quoy que
naturelles aux Anglois & à plufieurs
autres Nations ; ont faic
que la plupart de ceux qui l'ont
veu, ſe ſont imaginez qu'il eſtoit
d'un Sexe diferent du noſtre.En
effet, il n'eſt point de Femme,qui
n'aye le ton de voix plus maſle
qu'il ne lavoit , & qui ne fuft
mieux
108 MERCURE
mieux à cheval que luy. Mais
enfin il a fait connoiſtre qu'il ef.
toitHomme. Son langage ordinaire
eſtoit le François.ll le par
loit paffablement pourun Etranger.
Le caractere de ſon Ecriture
tenoit beaucoup de celuydes
Femes .Il affectoit de paroîtrePhiloſophe,
avoit de la curioſité pour
toutes les belles. Connoiſſances,
parloiten Sçavant , & raiſonnoit
fortſouvent ſur les Cours & les
Intrigues des Princes. Sa Religion
eſtoit apparemment la Catholique.
Il frequentoit les Sacremens
, & les a reçeus avant
fa mort ; & ce qui confirme ce
qu'il a fait croire de luy für cet
article , c'eſt qu'entr'autres choſes
on a trouvé une Lettre qu'il
avoit écrite à un de ſes Amis
fur le Conclave , & fur l'exaltation
au Pontificat. Il n'y a riere

GALANT. 109
de plus Chreſtien que cette
Lettre. Il s'y explique avec de
fort grandes moralitez , &d'une
maniere tres- agreable, en faveur
du Sacré College & de la
Perſonne éleuë: Il ſoûtient fur
tout que le S.Eſprit préſide à céte
Aflemblée; qu'il donne de lumieres
aux Cardinaux, auſſi bien..
que des graces au nouveau Pape
, pour ſoûtenir la ſainteté de
fon Miniftere , quand mesme il
auroit paru avant ſa promotion
n'avoir pas toutes les qualitez requiſes
,& qu'ainſi c'eſtoit ànous
à benir les ordres de la Providence
,& à ne rien approfondir
dans cette matiere. Cela dément
ce que quelques-uns prétendent
luy avoir entendu dire,
que la veritable Religion eftoit
celle du ſouverain dans les
Etats du quel on avoit à vivre..
On ne l'a jamais veu s'éloi
fro MERCURE
loigner de la conduite d'un
Homme de bien. Il prêtoit ſur
gages ſans intereſt, & quoy qu'il
fuſt ſoupçonné de Chymie par
quelques- uns , toutes les Eſpeces
qu'ila expoſées ſe ſons toujours
trouvées de bon alloy. Quand il
eſt arrivé en Limoſin, ç'a eſté
furdes Chevaux de loüage , & à
petitbruit. Il avoit deux charges
de Cheval de Bagage. Sa maniere
de s'habiller a toûjours eſté
fort modeſte . Je ne vous puis dire
ſi ſon humilité eſtoit veritable
ou affectée , mais il eſt certain
que dans quelque compagnie de
Gens de naiſſance & d'eſprit
qu'il ſe ſoit trouvé , il n'a jamais
découvert ny fait valoir ce qu'il
croyoit eftre. Il parut un jour
chagrin de ce qu'une Perſonne
de qualité & d'un grand mérite,
vouloitqu'il fuſt le FilsdeCrom-
Bat en vuel,
GALANT. IIT
vuel , mort avec le Titre de Prorecteur
d'Angleterre. Il diſoit &
faifoit là deſſus de longues hiftoires.
Fort peu de Gens ont eu
la liberté d'entrer dans ſa Chambre
, tant qu'il s'eſt affez bien
porté pour n'avoir beſoin d'aucun
ſecours. Il paffoit pour un
Homme tres-pecunieux , &un
de ſes Amis la déposé qu'il luy
avoit un jour aidé à compter
quatre mille Pieces de quatre
Pistoles , & qu'il pouvoit faire
encor la meſme ſomme en Pierseries
, en Bijoux ,& en autre
argent. Il a fort ſouvent fait voir
aux Gens qui le vifitoient , un
Ecran garny de diverſes Pierres.
Il le nommoit fon Parterre ,
vantoit extrémement certaines
Eſcarboucles à la faveur def
quelles il diſoit qu'il luy eſtoit
aiſede lire&d'écrire la nuit fans
autre
12 MERCURE
autre lumiere. Voicy ce que
quelques Perſonnes qui le voyoient
tres particulierement ,
ont rapporté touchant ſa naifſance.
Il leur a dit qu'il avoit
le Sceptre,le Diademe,& les autres
Ornemens Royaux de fes
Anceſtres ; Qu'il eſtoit Prince
Aſiatique; Que ſon Pere eſtant
devenu amoureux de ſa propre
Soeur, elle cut une fi grande horreur
des inceſtueuſes pourſuites
de fon Frere,qu'elle ne pût s'empeſcher
de découvrir sõ embarras
à ſa Meres Que cette Mere
connoiffant ſon Fils pour unPrince
emporté& violent,réſolut de
ſe retirer de ſes Etats , d'emmener
la Princeſſe ſa Fille , &de la
mettre ſous la protection du Roy
de Perſe ; Que l'ayant mariée à
unPrince Perfan, ſon Fils ne fongea
plus à ſa Soeur,mais que quel
que:
GALANT..
143
que temps aprés ayant veu une
Perſonne qui luy reſſembloit, il
l'épouſa;Que c'eſtoit de ceMariage
que luy, la Roche-Karlan ,
eſtoit forty , Que ſon Pere étant
mort quelque temps apres , la
Princeſſe ſaTante mariée en Per
ſe , eſtoit venue avec une puiffante
Armée pour ſe rendre maî
treſſe du Royaume de Colcanda,
& qu'elle avoit trouvé moyen
d'en chaſſer tout ce qui pouvoit
mettre quelque obſtacle à ſes,
deſſeins. Ces meſmes Amis luy
ont encor entendu dire que ſa,
Succeffion feroit au Roy , fi fa
qualité étoit cõnuë; qu'on auroit
pourtant de la peine à decouvrir
fonTréſor ;que tous les Bohémies
du Royaume ne viendroient pas
à bout de deviner où il l'avoit
mis , & que ſa mort rendoit
champagnac un lieu celebre . Le
Curé
114 MERCURE
Curé du Bourg que je vous nomme
, a remis quelques Effets de
fa Succeffion entre les mains des
Officiers du Préſidial de Tulle.
Son Corps a eſté expoſé pendant
huit jours dans ſon Eglife,
apres quoy il l'a fait mettre dans
une Foſſe d'une profondeur qui
n'eut jamais d'égale en ce Païslà.
On ne m'en a point mandé
laraiſon.
Si vous cherchez celle qui
empeſche les jeunes Roſſignols,
de chanter auſſi agreablement
que leurs Peres dés qu'ils ſe peuvent
ſervirde leurs aifles , vous
la trouverez dans cette Fable de
Monfieur Broſſard Conſeiller
au Préſidial de Bourg en Brefle.
LES
4
}
115
GALANT.
4763 63 6363644696338
LES
ROSSIGNOLS.
FABLE.
1
:
Unjeune Rofſſignol depuis pen dénia.
Estoit nuit &jour attaché
Aseformer ſur le chant deſon Pere ;
Mais bien qu'il fust exact àprendrefes
legons
Il nepouvoit atteindreàla fine maniere,
Dontle vieux Roſſignol debitoitſes Chan
Sons.
Apres bien de la peine , un jour ne ponvantrendre
Certainspaſſagesdélicats ,
Qu'on avoitbeauluy faire entendre,
Et queſesfoinsn'attrapoientpas ;
le ne sçay ( dit-il àfon Pere
D'unton qui marquoit ſa colere)
Si jeſuis Roffignol , ounon.
Legazoüille au bazard ,fans grace&
Sans juſteſſe ,
Ettout ceque je chante a moins de politeffe
Que
116 MERCURE
Que le chant d'un jeune Pinçon.
Degrace, instruisez- moy , contentez mon
envie,
Vos Chansons me rendent jaloux,
Etje ne chante de ma vie,
Si je ne chante comme vous.
Au lieu de semettre en couroux,
Le vieux Muficien le prit d'un air tran-
Pour la saifon , dit-il , vous en fçaquile;
vez affez,
En vain vousvous embarraſſez,
C'est un empreffement qui vous est inutile.
Ce que vous demandez, ne depend point
de moy,
rez habile,
Et ce n'est qu'au Printemps que vousfo
La Nature a fait cette loy;
Lors que dans laſaiſon nouvelle
Vnejeune& blonde Femelle
Vous aura donné dans les yeux,
L'envie&leſoin de luy plaire
En un jourvous instruiront mieux
Que tout ce que je pourroisfaire.
Aufondsjefais ce que jepuis,
Et de l'air dont je vous instruits,
Ie vous en montre affez pour marquer
vostre espece, C'eft
DEL
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BIBLBLIO
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LYON
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28
88
LYON
ADIF . REG.
1678
PACE DATA
ÆDIF REGLA
1679
ÆDIFICAT
GALANT.
117
C'est tout ce qu'aujourd'huy je puis vous
:
enfeigner,
Car la douceur , la politeſſe,
Les agrémens ,&la delicateſſe,
C'est l'amour seul qui vous les peut
donner.
On acheve de travailler à deux
nouvelles Medailles qu'on doit
donner au Public. Elles font fur
les Bâtimens. Le Roy eft reprefenté
dans la Face droite de l'une
& de l'autre. J'en ay fait graver
les deux Revers que je vous
envoye.L'un vous fait voir quantité
d'Abeilles en l'air qui ſe batent
, tandis que les autres s'occupent
à bâtir leurs petites maiſons
dans une Ruche , avec ces
mots, Fervet opus,nec bella morantur
; & dans le ſecond Revers,
vous voyez un Alcion qui fait
ſon nid ſur les Flots pendant le
calme , avec ces paroles , Pace
data
418 MERCURE
data edificat. On auroit peine à
faire connoiſtre d'une maniere
plus ingénieuſe que leRoy a fait
bâtir en tout temps , & que les
dépenſes de la guerre n'ont pû
faire diſcontinuer ce qu'on
acheve pendant la Paix.
: Je vous appris la derniere fois
que l'Abbaye de la Magdelaine
de Chaſteau-dun,avoit ête donnée
à Monfieur l'Abbéde Boifſeleau
Droüé du Raynier. J'ay à
vous apprendre aujourd'huy
que Monfieur le Marquis de
Boiſſeleau fon Frere , a eſté fait
Capitaine aux Gardes, en la placede
Mr. de Rochebrune, mort
de quelques bleſſures qui ſe ſont
rouvertes . Cedernier eſtoit tresbrave
, & fort eſtimé dans ſon
Corps.Mr.le Marquis de Boiffeleau
qui a ſaCharge, a eſté gratifié
preſque en meſme temps
&
} GALANT. 119
!
&de l'agrément de Sa Majesté,
&de deux mille Piſtoles. Ses
ſervices parlent avantageuſement
pourluy. Je ne vous repete
point les actions ſurprenantes
qu'il fit au Siege de Cambray. Je
vous en ay plainement inſtruite
par ma troifiéme Lettre de l'an
née 1677. Il eſt le huitiéme Capitaine
aux Gardes de ce nom.
Mr.deBoiſſeleau ſonPere l'a êté,
auffi-bien que feu Mr. de Droüé
fon grand Pere , à qui on avoit
donné leGouvernement de Royan.
Ils ont tous ſervy avec une
grande fidelité , & ſe ſont toûjours
fait diftinguer par leur bravoure.
La Maiſon de Droué eſt
une des plus anciennes du Royaume
, alliée de Ducs & Pairs,
&deMaréchaux de France.CelledeBoiſſeleau
eſt bâtie dans le
Blaifois , & paffe pour une des
plus
120 MERCURE
belles , & des plus regulieres
qu'il y ait dans la Province.Outre
le Marquis & l'Abbé dont je,
vous parle , il y avoit un troifiéme
Frere qui portoit le nom de
Chevalier de Boiſſeleau. Il commandoit
une Cõpagnie de Dragons
dans le Regimét de laReyne,&
fut tué en dõnant des marques
de ſon courage,dans la même
occafion qui couſta la vie à
Mr le Marquis d'Hoquincourt.
Il eſtoit tres - bien fait de ſa perſonne.
C'eſt un avantage commun
à tous ceux de cette Maiſon
, qu'on peut appeller la belle
Famille. Il y a peu de Perſonnes
auſſi bié faites que Mlle de Boifſeleau
leur Soeur. Son eſprit, ſon
humeur, ſa taille, ſon agrément,
tout charme en elle.Me de Boiffeleau
ſa Mere eſt l'illustre&lancienne
Maison de Longueval.
Elle
GALAN T. 121
Elle a cinq autres Filles Religieuſes
, toutes également belles , &
ſpirituelles .Il y en a trois à la Virginité
dans le Vendômois.Madamel'Abbeſſe,
qui eſt Soeurde M.
l'Archeveſque de Paris , en fait
un cas tres- particulier. C'eſt une
Dame d'un fort grand mérite, &
dont la conduite eſt admirable.
On attend beaucoup de celle
deMadame de Berulle qui estoit
Religieuſe parmy les Dames de
Poiffy , & qui vient d'être nommée
Abbeſſe du Convent de S.
Barthelemy d'Aix en Provence.
C'eſt une Abbaye de Fondation
Royale.
Mr le Marquis de Solas , Préfident
à la Cour des Comptes,
Aydes, & Finances, eſt mort icy
au commencement de ce Mois.
C'eſtoit un Homme qui avoit
fait grand bruit dans le mon-
Avril 1679 . F
122 MERCURE
de ,& que le Roy honoroit d'une
eſtime toute particuliere. Il eſtoit
Grand Prieur de l'Ordre Royal
de Noftre- Dame du Mont-
Carmel , & de Saint Lazare de
Jerufalem en Languedoc. Cette
funeſte nouvelle ne ſe fut pas
plûtoſt répanduëdans ſa Province
, que Mr Marcelat Directeur
General des Affaires de cet Ordre
, par une juſte reconnoiſſance
des obligations qu'il avoit à
-ce Preſident,luy fit faire un fort
beau Service dans la Chapelle
de Noftre - Dame du Mont-
Carmel de Toulouſe. Quantité
de Perſonnes de marque y affiſterent.
Il faut vous tirer de cette facheuſe
image de mort par le récit
d'unegalanterie qui vous ſurprédra.
Ileſt certain que celles que
l'Amour inſpire aux beau Sexe,
font
GALANT. 123
font toûjours les plus tendres &
les plus ingénieuſes ; mais il eſt ſi
rare que les Femmes foient galantes
pour leurs Marys , que ce
que j'ay à vous dire là-deſſus,
quoy que vray , pourra ne vous
paroiſtre pas vray ſemblable.
Vne belle Dame ayant épouſé
un jeune Marquis aufſi ſpirituel
quebien fait, ſe vit réduite à
s'en ſéparer dés les premiers
jours de fon Mariage. Rien ne
luyparut fi cruel que cette neceffité.
Elle l'aimoit avec une tresardente
paſſion. Il n'en avoit pas
moins pour elle,& il s'eſtoit rendudigne
de ſa tendreſſe par toute
la ſienne, mais ils eurent beau
ſe plaindre de leur malheur.Il falut
faire ceder l'amour à la gloires
&comme il auroit eſté honteux
auMarquis de ſe laiſſer arreſter
parune Femme, quand les occa-
Fij
124 MERCURE
ſions de ſervir ſonPrince l'appelloient,
où toutes les Perſonnes de
ſa naiſſance ne ſe pouvoient difpenfer
d'aller,il continua les Capagnes
qu'il avoit déja commencé
de faire,& paffa deux ans ſans
revenir.Il ſignala fon courage en
plufieurs rencontres.La Belle en-
-tendoit parler tous les jours de
Auy avec grande eſtime ; mais
comme ce n'eſtoit point le voir,
cette joye ne luy tenoit lieu
-que d'une fort legere confolation.
Enfin il plût à Sa Majesté
de donner la Paix à fes Enne-
-mis. Le Traité, qui en fut conclu
à Nimegue , mit le Marquis en
pouvoir de quitter l'Armée . La
Bellel'apprit avec des tranſports
de joye qu'on ne ſe peut figurer,
&comme leMarquis prenoitdes
meſures i juſtes pour ſon voyage
, qu'il l'avertiſſoit précife-
L
ment
GALANT.
125
ment du jour de fon arrivée, elle
refolut de le ſurprendre , &
obligea quelques Gentilshommes
de ſes Parens , d'aller au de
vant de luy dans un Bois éloigné
d'une demy-lieuë de la Ville , où
elle faiſoit fon ordinaire ſejour.
Elle les avoit priez de l'y arrêter,
& ils furent fort furpris d'y trouver
une fomptueuſe Collation
qu'on y avoit préparée par ſes
ordres. Ils n'attendirent pas longtemps
le Marquis. A peine eurent-
ils fait une demi-lieuë fur
ſa route , qu'ils le découvrirent.
Il les embraſſa , & eſtant ve
nu avec eux au lieu où eſtoit la
Collation, les appreſts luy en parurent
fi obligeans , que quelque
impatience qu'il euſt d'avancer,
il ne pût ſe défendre de
demeurer dans le Bois juſqu'à
l'entréede la nuit.Ils alloient tous
Fiij
126 MERCVRE.
?
monter à cheval , quand tout à
coup ils entendirent un bruit de
Tambours,de Fifres,& de Moufquetades,
qui les étonna.Le Marquis
croyoit eftre encor à l'Armée.
Il demanda où estoient fes
armes , ne ſçachant ſi on avoit
deſſein de les attaquer. Il ne fut
pas longtemps dans cette pensée.
Ce bruit de guerre ceffa , &
laiſſa entendre pluſieurs Inſtrumens
qui formoient une tresagreable
harmonie. C'eſtoit un
Concert qui ſe faifoit ſur uneRiviere
, à quatre cens pas du Bois
où les Cavaliers estoient. Comme
le lieu où l'on avoit ſervy la
Collation , n'eſtoit pas fort couvert
d'Arbres , il ne leur fut pas
mal- aisé de remarquer que pluſieurs
petits Bateaux , avec des
Tente's retrouffées,où l'on voyoit
briller l'or de toutes parts,s'avançoient
GALANT.
127
çoient fur cette Riviere.Quantité
de Lampes eſtoient attachées
fur leurs bords,& les Luftres qu'-
on avoit mis en ordre ſous ces
Tentes ambulantes,rendoient affez
de clarté, pour faire paroître
pluſieursDames dans un équipage
tout à fait galant. Le Marquis
ne ſçavoit que juger de cette
Feſte. Il s'eſtoit avancé juſqu'au
bord du Bois avec ceux qui ef
toient venus à ſa rencontre,& ils
raiſonnoient enſemble fur cette
galanterie , dans laquelle il eſtoit
fort éloigné de croire qu'il pût
avoir part . Cependantles Dames
defcendirent de leurs Bateaux,&
s'eſtant arreſtées apres avoir fait
deux cens pas vers les Cavaliers ,
une d'elles qui avoit la voix admirable,
chanta le Quadrain fuivant.
LYON
F / 893
128 MERCVRE
Celebrons LOVIS , dont les charmes
Lemettet au deſſus de tous les autres Rois;
Il triomphe moins parses armes,
Que par ia douceur de ſes Loix.
Cet Air chanté , les Dames firent
encor quelques pas , s'arrêterent
de nouveau ,& la même
Perſonne qui avoit déja fait admirer
ſa voix , chanta ces autres
Paroles.
Mesyeux,vous l'avezveuce magnanime
Prince,
Subjuguer en huit jours une grande Province.
Jamais,
L'Espagnol est soumis plus qu'il ne fuo
Et n'a de salut qu'en la Paix.
ن
LeMarquis ne put refifter davantage
à l'envie de ſçavoir qui
eſtoient ces Dames. Il s'avança
verselles , auffi - bien que les autres
Cavaliers , & à la clarté de
fix Flambeaux qui precédoient
cette
GALANT .
129
cette belle Troupe , il remarqua
qu'elle estoit composée de vingt
Perſonnes , àla teſte deſquelles
il y en avoit une de tres-belle
taille , ( vous jugez bien que c'eftoit
ſa Femme,)ornée d'une gran .
de Veſte de Satin blanc , ſous laquelle
estoit un Brocard d'incarnat
entremeflé d'or. Il attacha
particulierement ſes yeux fur
cette Dame ſans ſçavoir pourquoy
,& il ſouhaita d'autant plus
la voir , qu'un grand Voile que le
vent faiſoit voltiger , luy cachoit
tout le viſage. Ellele leva quand
elle fut affez pres de luy pour en
eſtre reconnuë , & elle ne ſe fut
pasplûtoſt montrée , que voyant
fi pres de luy ce qu'il avoit de
plus cher au monde,il fitun grad
cry , courut l'embraffer , & demeura
quelque temps fans s'apercevoir
qu'ilmanquoit de civi
F V
130
MERCVRE
✔lité pour les autres Dames. Il les
falüa,entra avec elles dansun des
Bateaux qui les attendoient& fit
paroître à ſa Femme toute la reconnoiſſance
poffſible dela galate
reception qu'elle luy faiſoit. Le
Concert recommença.Onarriva
dans la Ville. Toutes les Dames
accompagneret le Marquis chez
luy,&y trouveret un magnifique
Repas.LeBal ſuivit,& rien ne maqua
de ce qui peut contribuer
à rendre une Fefte fort agreable.
Avoüez , Madame , que files
Femmes vouloient prendre modelle
fur celle- cy, elle feroit d'un
fort bon exemple, car on ſçait ce
qui eſt deû au beau Sexe. II
eſt né pour recevoir des hommages
, & beaucoup de Belles
ne prendroient peut- eſtre pas
tat de plaifir qu'elles font àécouter
ceux qui leur en content , fi
les
GALANT.
131
les Hommes ne ceſſoient pas
d'être Amansauffi-toſt qu'ils font
devenus Marys. Je ſçay qu'il eſt
quelquefois dangereux de trop
écouter , mais auffi il ne faut pas
affecter d'eſtre inſenſible .On rebute
les Amans qu'on déſeſpere,
& il doit y avoir en cela un milieu
comme en toutes chofes. La
Lettre qui fuit vous apprendra
les conſeils que Monfieur de
Merville donne là-deſſus à une
aimable Perſonne.
**3803003830303810380381033
A MADEMOISELLE D***
AThiers en Auvergne
le 10. Fevrier 1679 .
Puis
Vis que l'éloignement des lieux
me prive de l'honneur de vous
voir , il faut , belle Iris , que je
me conſole en vous écrivant ,&
que
132
MERCURE
que je vous entretienne de loin;
mais comme il eſt aſſez difficile de
vous faire tenir les Lettres qu'on
vous écrit où vous estes, je mefers
d'un Meſſager qui paſſe par tout,
à qui les Cabinets des plus grands
Seigneurs font ouverts , & dont
le ministere eſt auſſi honneste à
prefent , qu'il estoit autrefois Scandaleux.
Vous voyez bien que c'est
du Mercure que je vous parle.
Ne Soyezpasfurpriſe de la peine
qu'il prend pour moy. Il n'y a rien
de plus obligeant que luy , &
peut-estre un peu de reconnoiſſance
l'engage - t - elle à me fervir
au besoin. Ilfait tous les mois an
voyage en ce Païs- cy . Mon Logis
eſt ſa demeure la plus ordinaire . Ie
le mene en bonne compagnie , & tout
le monde le veut avoir à fon tour.
A la verité c'est une hospitalité
peu méritoire. Il est accompagné
*
d'un
GALANT. 133
d'un ſi grand nombre de plaisirs,
il estsi bienfait &fi galant, qu'il
y a peu de Bourgeois qui n'euffent
este ravis de changer d'Hofte avec
moy, lors que les Dragons de Bourfard
estoient en garnison en cette
Ville. Cependant ce Regiment est
commandé par des Officiers de merite
& de qualité ; & quand vous
Sçaurezque nos Dames font auffi
bien faites que fpirituelles , vous
n'aurez pas de peine à croire que
nous nous préparionsàbienpaſſerle
reſte du Carnaval. Chaque Belle
avoit déjafait plus d'une coqueſte.
Plus d'un Brave s'eftoit déja rendu,
&l'on neparloit que de Divertiſſemens
& de Festes, quand un malheureux
Contr'ordre nous enleva
tous nos Officiers. On n'en est pas
encor bien revenu.Les Dragons font
allez en Provence , & teur départ
avec lefroid femble avoir reſſerré
tous
34 MERCURE
tous les plaiſirs. Le voisinage des
Montagnes le rend icy beaucoup
plus insuportable qu'iln ' est ailleurs.
Cependantpeuàpeu
Le cruel Hyver fait place
Ala ſaiſon de l'Amour.
Nous ne verrons plus de glace,
Le Printemps aura fon tour.
Ses charmes ſe vont répandre
Pour chaffer tous nos ennuis ;
Mais vous ne devez attendre,
Si vous n'avez le coeur tendre ,
Ny beaux jours, ny belles nuits.
Faites vostre profit de l'avis, &
Songez- y plus - tost que plus- tard.
Il n'est point neceſſaire d'attendre
que le Roſſignol vous en parle.
L'Amour n'a point de meilleur Interprete
que lay- meſme. Il est de
tous les âges & de toutes lesſaiſons.
L'on peut s'engager en tout temps,
Aquoybon remettre au Printemps?
En vain les noirs frimats affligent la
Nature, En
GALANT. 1 135
En vain la neigeétouffe la verdure,
L'Hyver ne peut rien ſur l'Amour;
Celuy cy me le fait connoiſtre;
Certaine ardeur que je ſens naiſtre,
Au lieu de s'amortir, augmente chaque
jour.
Ie fuis fort trompé cependant
fi mon exemple vous perfuade; &
pour vous attacher sérieusement ,
vous estes trop prevenue du Proverbe
Italien , Cogli la Rofa , &
lafcia ſtar la ſpina. Apprenez celuy-
cy,belleIris, Eſaviezza talhora
mutar configlio. Vous croyez
que cette Rofefans épine , est d'a-
-voir beaucoup d'amāsfans que vous
en aimiez aucun; mais l'un n'arrive
guerefans l'autre.Une cruelleinſenfibilité
querit les plus malades, &
l'on est bientoſt las de foûpirer à
crédit.
Qu'il ne ſoit point de coeur infenfible
àvos coups.
Que de vos agrémens une Ame foit
charmée, Avec
136 MERCURE
4
Avec tous ces attraits, avec ces yeux fi
doux,
Il faut aimer un peu pour eſtre bien
aimée.
C'est alors que le plaisir du
triomphe fait oublier la fatigue
du combat . On est si remply des
charmes de fa victoire , que les
chagrins qui les peuvent ſuivre ne
fervent qu'à les faire mieux favourer.
Ils nous les rendent plus
chers , & ressemblent en quelque
façon à ces petits Diamans mis
enoeuvre aupres d'une Pierre fort
-précieusepour enrelever l'éclat.Le
temps qui paroift long dans l'abfence,
nous donne le plaisir defon-
-ger inceffamment à ce que nous
aimons. Qu'il arrive quelque difgrace
à l'objet aimé , l'on ne se
peut fatisfaire plus agreablement
qu'en luy facrifiant mille pleurs,
dans un lieu où l'Amour seul est
33%4 témoin
T
GALANT.
137
témoin de nostre tendreſſe. Unpeu
de jalousie redouble nos foins. On
en prend quelquefois pour avoir le
plaisir d'en témoigner ; & on se
fait souvent une agreable occupation
d'un malheur imaginaire.
En Amour la difficulté
Anime un coeur â la conqueſte ,
Et la diſgrace qui l'arreſte
Redouble ſa fidelité.
Mais il s'en trouve peu dont la
constance tienne bon contre le defef
poir. Si l'on seflate au commencement
, onfe détache à lafin. Les
maux de l'amour veulent estrepartagez,
autrement ils deviennent infuportables
; & puis que je suis en
train de parler une Langue que
vous poſſedez il faut que je
vous dife encor , ch'il mele ſi fa
leccare per che è dolce.
Si
138
MERCURE
Si vous voulez que l'on vous aime,
Il faut aimer à voſtre tour ;
Car le meilleur philtre d'Amour,
Aimable Iris , c'eſt l'amour mefme.
Si vous examinez mes conſeils,
vous trouverezque je vous les donne
en Amy.C'est voſtre intereſt ſeul
que je regarde ; & commeje sçay
qu'on va de l'oreille au coeur, & que
vous chantez parfaitement , j'ay
fait mettre en Air les premiers
Vers de ma Lettre. Faites-y refléxion,
& me croyez voſtre, &c.
Voicy l'Air dont il eſt parlé
fur la fin de cette lettre. Comme
vous en avez déja lû les
Vers , je me contente de vous
les envoyer meſlez avec les Notes.
Ce font ceux qui commencent
par
Le cruel Hyver fait place , &c.
C'eſt une étrange choſe que
l'amour.Il ne cauſe pas ſeulemet
du
GALANT.
139
du fracas parmy les Hommes , il
tourmente juſqu'aux Animaux,
& l'aimable Chate Grifete pour
laquelle tant de beaux Eſprits
ont fait les galantes Pieces que
vous avez leuës dans l'Extraordinaire
du Quartier d'Octobre,
n'a pas borné ſes conqueſtes à
Paris. Le bruit de ſon mérite a
eſté plus loin ,& voicy ce qu'on
luy écrit d'aupres d'Argentan.
La Lettre eſt au nom du Matou
Brunaut, a qui Mr d'Ablouville a
prêté ces Vers.
BRUNAUT,
MATOU BANAL DES
environs d'Argentan.
A L'AIMABLE GRISETE,
CHATE DE MADAME
DES HOULIERES.
A
Trendant l'autre jour une tendre
avanture,
Affis
140
MERCURE
Afſis aupres d'une Mafure,
Ouje traitois d'heures tous les momens
Qui retardoient la fin de mes tourmens,
Grifete, j'appris du Mercure
Vos aimables miaulemens.
Ilsme firent bientoſt abandonner laplace,
Etmalgré la neige &la glace,
Concevoir le defſfein de me rendre à Paris.
Un Chat qui pour vous voir veut quiter
SonPais ,
Par lasaifon qu'ilfait , mérite quelque
17
grace
Voudriez- vous luy marquer du mépris?
Ie ſuis de qualité ; je ne ſens point le
Drille,
On peut fans vanité compter dans ma
Famille
DesChats HérosdePere en Fils.
Les Rodilards, tes Rominagrobis,
De tout temps ont passé pour estre fore
habiles
Afaire la guerre aux Souris.
Nalle Chate en ces lieux nem'a paruTygreſſe
;
Si
GALANT.
141


Si la beauté,fi latendreffe,
Pouvoient me contenter , mon fortseroit
bien doux ;
Mais des Chats bastis comme now,
Demandent de l'esprit, de la delicateffe,
Et toutcela n'est que chez vous.
Tata m'allarme peu ; quoy qu'il sçache
biendire,
Bien raisonner , bien rimer , bien
écrire,
Iln'est, engros comme en détail,
Bon qu'àfaire un Chat de Serrail,
Son confeil vaut beaucoup ,mais c'est lors
qu'onveut rive,
Peude chose queson travail.
Tous les autres Matous de vostre voifinage
Amon abord changeront de langage,
Entr-autres Dom Gris & Mitin ;
Certain Renault, certain Blondin,
Renoncerontpour jamais au fromage ,
Quand je voudray prendre mon air mutin
1
Cecyn'estpoint parGaſconnade;
S'ils veulent avec moy venir à la
I gourmade,
A
Ils
142
MRECVRE
Ilsverront comme un Chat Normand,
Qui s'est declaré voſtre Amant,
Sçait mettre en jeu l'eſtafilade,
Pourpoffeder un Objet si charmant.
Ily a longtemps que j'oublie à
vous parler d'un Monument qui
a eſté decouvert à Geneve depuis
quelques mois.C'eſt unMarbre
quarré & affez mal poly, qui
doit avoir ſervy de Piedeſtal à
une Statuë du Dieu Silvain .On le
connoift & à quelques veftiges
de l'aſſiete des pieds du Simulacre
qui ſe remarquent encor au
deſſus de cette pierre , & à l'Inſcription
d'un de ſes Panneaux.
Il n'y a riende gravé ſur les trois
autres. Voicy ce que contient
cette Inſcription.
DEO
GALANT
143
DEO SILVA
NO PRO SALV
TE RATIARIORú
SVPERIOR. A
MICOR. SVOR.
P.... T SANCT.
MA .... S..C IVIS HEL
V. S. L. М.
*
;
Quelques Bourgeois de Geneve
allant à la Peſche apper.
çeurent cette Antiquité dans le
fonddu Rhône à ſa ſortie du Léman.
L'eau eſtoit alors fi baffe &
fi claire, qu'il leur fut aisé de voir
que la pierre eſtoit écrite. Ils eurent
ſoin de la faire tirer ſur le
bord , un peu au deſſous de la
Tour qu'on appelle de Céfar.Elley
demeura exposée deux ou
trois
144 MERCVRE
trois jours , en ſuite dequoy elle
fut portée dans la Court de l'Hôtel
de Portugal .Mr Minutoli,Profeffeur
aux belles Lettres , à qui
appartient préſentement cetHô.
tel, fit un peu apres deux Differtations
Académiques ſur cette
nouvelle découverte, & les recita
publiquemét. Il parla du Dieu
Silvain , mais fans s'y étendre
beaucoup , parce qu'il s'en voit
quantité d'autres Inſcriptions &
dans le Tréſor de Gruter , & das
les Pieces que le ſçavant & curieux
Mr Spon continuëde nous
donner. Il s'arrêta principalemét
fur la navigation du Lac Léman,
laquelle du temps des Romains,
& même longtemps apres , ne
s'eſt faite qu'avec des Radeaux.
Le mot de Ratiarij , qui eſt connu
des Jurifconfultes , comme
celuy qui ſignifie,des Conduc
teurs
GALANT.
145
teurs de Radeaux , & qui n'avoit
point encor paru dans aucune
Inſcription , luy fournit la
_ matiere de quantité de doctes
Recherches , dont je ne doute
point qu'il ne faſſe un jour part
au Public.
Madame de Groſſe teſte,Veu.
ve du Controlleur General de
l'Extraordinairedes Guerres qui
portoit ce nom, eſt morte depuis
quelques jours , auſſi - bien que
Monfieur de la FondGarde des
Rôles des Offices de France.Cet.
te premiere s'appelloit Claude
Gargant. Monfieur de la Fond
eſtoit Pere du Maiſtre des Requeſtes
de ce nom ,& Beaupere
de Monfieur le Marquis de la
Trouffe, LieutenantGeneral des
Armées du Roy, & Gouverneur
d'Ypres.
Monfieur le Marquis deRof-
Avril 1679. G
146 MERCURE
taing eſt mortauſſi. Monfieur de
Lavardin eſt ſon heritier.
Le Canonicat de Monfieur
Dreux de Varennes , Chanoine
de Noftre Dame, mort au commencement
de ce mois , & enterré
à S. Victor, où il avoit demeuré
fort longtemps , a eſté
donné à un Fils de Monfieur le
Preſident de la Grange.
Monfieur Tronçon Conſeiller
au Parlement , eſt monté à la
place de Monfieur de Palluau
Conſeiller en la Grand Chambre
, mort ſur la fin du meſme
mois. On connoît le merite de
l'un & de l'autre.
Dans le moment que je vous
écris , on m'apprend que nous
avons auſſi perdu Monfieur de
Lort Seigneur d'Olonzac. Il
étoit Maréchal des Camps & Armées
du Roy . C'eſt un degré
d'hon
GALANT.
147
:
d'honneur où l'on ne parvient
jamais fans avoir pluſieurs fois
exposé ſa vie , & fans s'eſtre acquis
une grande reputation.
Ce long Article de Morts me
fait ſouvenir que j'oubliay à
vous dire le Mois paſsé , que la
Reyne eſtant venue à Paris,
apres une viſite qu'il luy plût de
rendre dans le Luxembourg à
Mademoiselle d'Orleas ,qui avoit
eſté ſaignée, fit l'honneur àMadame
la Ducheſſe de l'aller voir,
fur la perte qu'elle avoit faite
deMadame la Princeſſe de Salms
fa Soeur. Cette illuſtre. Morte
avoit l'eſprit infiniment éclairé..
Onne doit pas en eſtre ſurpris,
puis qu'elle estoit Fille de Madame
laPrinceſſe Palatine.Monfieur
le Prince de Salms fon Mary
, dont elle estoit parfaitement
aimée , eſt un des Hommes du
Gij
148 MERCURE
monde le mieux fait .
Vous avez ſans-doute enten
du parler d'un Carroſſe auſſibien
imaginé que magnifique ,
dontMonfieur le Mareſchal Duc
de Vivonne a fait preſent au
Roy depuis quelques jours .Tout
cequ'ilya de Perſonnes curieuſes
à Paris, a eſté le voir en foule,&
je ne doute point que vous
n'en attendiez de moy une defcription
particuliere. Je ne manqueray
pas de m'en acquiter;
mais comme je ne pourrois vous
l'envoyer qu'imparfaite , ſi je
vous l'envoyois precipitée , je
la reſerve pour le premier Mois;
&afin de reparer ce retardement,
je vous promets par avanceden'oublier
rien de tout ce
que cet Ouvrage a de curieux,
de riche , de bien travaillé , &
d'hiſtorique. J'y joindray une
Taille
GALANT. 149
Taille-douce qui vous le repreſentera
, & qui n'auroit pû eſtre
aſſez toft gravée pour accompagner
cette Lettre.
Cependant je ſatisfais à l'ordre
que vous me donnez , en
vous envoyant l'Oraiſon Funebre
que Monfieur l'Abbé Fléchier
a faite pour feu Monfieur
lePremier Preſident de Lamoignon
. Quoy que je vous en aye
parlé avec grand éloge , je ſuis
afſuré que vous la trouverez au
deſſus de tout ce que je vous en
ay pû dire. Il eſt certain qu'il y
a de la deſtinée dans tous les
Ouvrages d'eſprit. On en voit
peu qui ſoient generalement ap.
plaudis. Les plus grands Hommes
ont eu des Cenſeurs dans
tous les Siecles ,& il eſt difficile
de contenter un nombre infiny
degoufts diferens. C'eſt ce qui
Gij
150
MERCURE
redouble la gloire de Monfieur
l'Abbé Flechier. L'Oraiſon Funebre
dont je vous parle n'a pas
eſte ſeulement admirée de tout
lemonde dans laChaire, où l'Orateur
peut quelquefois impofer;
elle a augmenté de prix par l'Impreſſion
,& loin d'y perdre aucune
de ſes beautez , elle en a tiré
un nouvel éclat , & merité les
applaudiſſemens des plus feveres
Critiques.
:
Vous ſçavez, Madame , qu'on
fait des Mercuriales au Parlement
deux fois chaque année;
les premieres apres la S. Martin,
&les autres apres le Dimanche
de Quasimodo. Comme je vous
ay déja parlé de ce qui s'obſerve
lors que de pareils diſcours
fe font , je ne vous le repeteray
point. Je vous diray ſeulement
que Monfieur le Procureur General
GALANT.
151
ral parla dans la derniere Mercuriale
avec beaucoup d'éloquence.
Il fit un Panegyrique du
Roy, dans lequel il comprit toutes
ſes Campagnes depuis le
commencement de la guerre , &
remarqua meſme qu'il y avoit eu
des années pendant leſquelles
ce Grand Prince en avoit fait
deux. Apres ce denombrement
des travaux du Roy , il exhorta
Meſſieurs de la Robe de travailler
à ſon exemple , & dit , Quà
preſent que Sa Majesté n'avoit
plus toute l'Europe à combattre,
Elle alloit de nouveau appliquer
SesSoins àfaire flcurir la Justice,
& qu'ily avoit déja pour cela des
Declarations ſous la Preffe. Monſieur
le Premier Préſident prit la
parole apres luy, & ayant adrefsé
le commencement de ſon Difcours
à Meffieurs les Gens du
Giiij
152
MERCURE
Roy , il le continua en parlant
aux Juges . Voicy les termes dont
il ſe ſervit .
ENS DU ROY,
La Magistrature est une
Enigme. On l'explique de plus
d'une maniere. Plusieurs la redoutent
comme un fardeau,& ne peuvent
comprendre qu'on abrege fa
vie , ở qu'on manque à la Nature,
pour acquerir des honneurs.
Si l'on s'éleve davantage , on la
regarde comme un état parfait..
qui rend ceux qu'elle honore , participans
de la plus noble fonction
de la Divinité.
Dieu , difent- ils , ne met point
la main aux Sacrifices. Il ne combat
point par luy-mesme , mais il
lefait avec operation de fa justice,
& le Ciel qui nous couvre, n'en
est pas moins le Tribunal , que la
demeure
GALANTALUE
153
demeure des Bienheureuse. YON
L'inégalité des Esprits fait ces
diférentes pensées. Les uns font
empeſchez d'un fardeau , dont les
autresſejouent. いい
Souvent le Tronc de l'Arbre
n'est pas ébranlé du vent qui fait
tomber lesfeüilles.
Voila bien vôtre caractere. Vous
confervez une ame dégagée , au
milieu d'un travail qui ne finit
point;ſemblables à ces claires Fontaines
,que l'on ne peut ny tarir,
ny troubler.
Vous agiſſez toûjours d'un mê
me esprit . Rien ne vous préoccupe.
A l'exemple des Loix dont vous
estes parfaitement instruits , vous
eftes inflexibles.
Cependant vous nousfaites voir
qu'on peut facrifier à la Justice
fans negliger les Graces. Vous étes
ſages, & vôtreſageſſe ne vous a
4
Gv
154 MERCURE
point coûté la perte de vos belles
années.
C'est l'effet d'une heureusenaif-
Sance ,&desfoins devos Illuſtres
Peres. Ils vous ont laissé leurs vertus
; comme aux Jeux Olympiques,
apres avoirfinyſa courſe , on laiffoit
le flambeau à ceux qui devoient
entrer dans la Carriere .
Profitez avec le Public des biens
que vous tenez de l'Art & de la
Nature.
Onse doit connoître foy-mesme,
pourjoüirde ces avantages , comme
pour corrigerſes defauts.
On ne connoist ny l'amour propre,
ny lapersuasion des Amis, plus
capable que tout de penetrer une
belle ame.
Ces Sentimens , Messieurs , font
admirables ,& dignes des vertus du
Prince que vous fervez .
L'esprit des Luftes , dit le Sage.
να
GALANT.
155
va toûjours comme le Soleil.
Mais n'entreprenons point fon
éloge. Tout le monde voitſa lumiere,
perſonne ne lasçauroitpeindre.
Meffieurs. Nous ne noussommes
point trompez, lors que nous
avons dit aux Gens du Roy que la
Magistrature a de rudes engagemens.
Plus vous la remplissez avec
honneur , plus les devoirs vous en
font ſenſibles .
Iln'en estpas comme des Arts,
que l'on meſure ſeulement par la
Science. Ilfaut la probité, & bien
d'autres qualitez pour achever un
Magistrat.
Ses moeurs fervent de regle autant
que fes decisions & comme il
est l'interprete des Loix , il en doit
estre le modelle.
Sadignité le met tout à décou
vert . Son élevation le ravit à luymesme
156 MERCURE
mesme , pourle donner tout audehors.
Ilſemble qu'il doit toûjours estre,
comme les flambeaux allumez qui
Se consument tout pour éclairer les
autres.
Sage dansſes defirs , reglédans
Sa conduite , juste dans ſes refolutions
, tout est encor à craindrepour
Lagloire
Auſſi l'Ecriture remarque que
Dieu remplit Moïse d'un esprit
fingulier, lors qu'il le prepara pour
juger fon Peuple , & c'est fansdoute
ce mesme esprit qui s'estcommuniqué
depuis à tant de fages
Magistrats , qui a portéfi loin ,&
qui augmente tous les jours la reputation
de cette auguste Compagnie.
Tout le mondey concourt pour la
gloire commune ; les uns par des
merites conſommez , les autres par
des
GALANT. 157
des vertus naiffantes. Nul n'est
avare deſonſçavoir ,nul n'est ja
louxdeſapensée.
Avoüez , Madame , qu'on ne
peut rien voir de plus brillant,
de plus ferré , de plus fecond en
pensées ,& enfin de plus digne
de l'Illustre Chefdu plus auguſte
Parlement de France.
Je paiſe à une Nouvelle de
*Cour. Madame de Monteſpan a
xeſté pourveuë de la Charge de
Sur- Intendantede la Maiſon de
la Reyne, ſur la demiſſion volóntaire
de Madame la Comteſſe de
Soiffons.Cette charge a toûjours
eſté poſſedée par des Perſonnes
du premier rang. L'ancienne
Princeſſe de Conty , de la Maiſon
de Guiſe , a eſté Sur- Inten-
* dante de la Maiſon de la feuë
Reyne Mere. Madame la Connefta
158 MERCURE
neſtable de Luynes , appellée
aujourd'huy Madame la Princeſſe
de Chevreuſe , luy fucceda
, & ce Poſte fut enſuite occupé
par Madame la Princeſſe de
Conty , Mere de Meſſieurs les
Princes de Conty , & de la Roche-
fur-Yon , qui paroiſſent aujourd'huy
à la Cour avec tant
d'éclat. Les Sur- Intendantes de
la Maiſon de la Reyne , ont eſté
Madame la Princeſſe Palatine,
&Madame la Comteſſe de Soiffons.
Madame de Monteſpan
qui poſſede preſentement cette
premiere Charge de laMaiſon
de la plus grande Reyne du
Monde , peut avec beaucoup de
juſtice s'attribuer l'avantage des
plus illuftres Naiſſances. Elle eſt
de la Maiſon de Mortemar , &
tire ſon origine des Souverains
de Limoges ; mais quoy qu'elle
ne
GALANT.
159
ne laiſſe voir que le Sang Royal
au deſſus d'elle , comme je vous
l'ay dit en d'autres occaſions, ce
n'eſt pas cette ſeule gloire qui la
rend confidérable. Elle l'eſt bien
plus par la force de fon eſprit ,
&par la grandeur de ſon ame.
Vous le croirez quand je vous
auray dit qu'au ſentiment des
Perſonnes les plus éclairées ; ſa
beauté à laquelle rien ne ſçauroit
eftre comparable, eſt infiniment
au deſſous de ce que l'un&
l'autre a d'éclatant. Cette nouvelle
Sur- Intendante apres avoir
prêté le ferment ordinaire , a
commencé les fonctions de fa
Charge,& les a commencées de
fi bonne grace,que tous ceux qui
furent témoins des manieres aifées,
naturelles , & engageantes
dont elle en remplit les devoirs
la premiere fois qu'elle entra en
exer
160 MERCURE
exercice , ne purent ſe défendre
de l'admirer..
Il s'eſt fait depuispeu une galanterie,
dont la nouveauté vous
divertira. Je dis plus , Madame.
Ellepourra eſtre utile à pluſieurs
de ces Belles que vous connoif->
ſez , qui ayant grand nombre
d'Amans, ſont embaraſſées dans
le choix qu'elles devoient faire
d'un Mary. Voicy ce qui a donné
lieu à la galanterie dont je
vous parle..
Un Cavalier d'une Naiſſance
tres conſidérable, ayant pris une
forte paffion pour une jeune
Perſonne dont l'eſprit ne brilloit
pas moins que la beauté , eut le
malheur de luy voir épouſer un
Marquis , que des raiſons de famille
engagerent fes Parens à
buy preferer. La Belle conſentit à
cemariage.Elle avoit de l'eſtime
pour
1
GALANT. 161
pour le Cavalier; mais comme il
n'eſtoit pas le ſeul qu'elle euſt
écouté,elle avoit reçeu fes ſoins
ſans attachement , & s'eſtoit renuë
toûjours afſez maîtreſſe de
ſes ſentimens , pour s'accommoder
du choix qu'on feroit pour
elle. LeCavalier la perdit avec
une douleur inconcevable, mais
il ne put ceſſer de l'aimer. Illuy
rendoit mille agreables ſervices,
faifoit tout fon plaiſir de la voir
quand il en pouvoit trouver les
occafions ; & luy ayant proteſté
enpluſieursrencontres que malgré
ſon engagement il ne vivroit
jamais que pourelle, il refuſa tous
les Partys qui ſe preſenterent,
quelques avantageux qu'ils fufſent
pour luy. La Belle Marquiſe
devint Veuve. Il s'attacha
aupres d'elle plus que jamais,
& comme elle avoit beaucoup
de
162 MERCURE
demerite , il eut bien-toſt beaucoup
de Rivaux. Tant de Proteſtans
l'inquieterent. Il ne put
voir leurs affiduitez ſans quelque
chagrin , mais il eut beau le
faire paroître . C'eſtoit l'humeur
de la Dame. Elle aimoit le monde
, & eftant devenuë maîtreffe
d'elle-meſme , elle crut devoir
profiter de cet avantage. Sa cour
groſſiſſoitdejour en jour. Chacun
luydiſoit qu'elle estoit aimable
, & rien ne luy plaiſoit tant
quede ſe l'entendre dire par pluſieurs
bouches . Le Cavalier luy
en faiſoit quelquefois de galans
reproches, & l'ayant trouvée un
jour avec cinq ou fix de ſes
Amies ſans aucun de ſes Rivaux,
ildit les choſesdu monde les plus
agreables , ſur un abandonnement
ſi peu ordinaire.Il ſe mit en
ſuite à reſver profondement.On
en
GALANT.
163
en fut furpris. Il ſçavoit fi bien
parler , qu'on ne luy donnoit jamais
ſujet de ſetaire.Les Dames
font curieuſes . Celles qui étoient
de la converſation voulurent ſçavoir
le ſujetde ſa reſverie. Il répondit
qu'il faiſoit reflexion fur
la quantité d'Amans qu'avoit la
Marquiſe , & qu'il en venoit de
compter plus de cinquante. Elles
commencerent toutes à rire,
&de ce nombre d'Amans , & de
la reflexion.La Marquiſe n'en fut
point fâchée . Une Belle ne l'eſt
jamais d'avoir des Adorateurs,
quand meſme elle n'en aimeroit
aucun, puiſque le nombre eſtune
preuve de ſon merite. Une Dame
des plus enjoüées de la Compagnie
pouffa la matiere ,& dit
que ce qui l'empeſcheroit de recevoir
tous les voeux qu'on s'empreſſeroit
de luy offrir , eſtoit
qu'elle
164 MERCURE
qu'elle croyoit impoffible d'avoir
des Amans en ſi grand nombre,
ſans qu'il y en euſt de bien fatiguans.
Elle adjoûta qu'il y avoit
apparence que le Cavalier connoiſſoit
parfaitement les defauts
detousceuxqui s'eſtoient declarez
pour la Marquiſe , n'y ayant
perſonnequi euſt des yeux plus
penetrans qu'un Rival, quand il
s'agiſſoit d'examiner ſes Kivaux.
Le Cavalier ſe contenta de repõdre
qu'il n'y avoit aucun d'eux
qui ne meritaſt d'être eſtimé puis
qu'on ne pouvoit aimer la Mar
quiſe ſans ſe montrer de bon
gouft.On ſe récria fur cette douceur,&
la Marquiſe qui accuſa le
Cavalier d'eſtre peu fincere , ne
luy pardonna ce qu'il avoit ditde
tropobligeant pour elle,qu'à códition
qu'il feroit la peinture de
tous ſes Amans. Les Dames condam
GALANT.
165
damnerent le Cavalier à luy obeïr
; & comine ce qui approche
un peu de la ſatire divertit beaucoup
, elles luy firentuneeſpece
de neceſſité de parler contre ſes
Rivaux , adjoûtant pour l'y engager
plus aiſement , qu'on ſçavoit
bien qu'il ne feroit que des peintures
de leurs manieres d'aimer
plus plaiſantes que ſatyriques,
& qui ne diminuëroient rien de
leur reputation. La choſe valoit
bien qu'on y penſaſt. Le Cavalier
demanda du temps, & voicy
ce qu'il envoya quelques jours
apres à la Marquiſe. Il fit faire
une Pyramide de coeurs , fur lefquels
des Amours en l'air tiroient
des fléches de tous coſtez . Ily en
avoit un qui faiſoit la pointe de
la Pyramide,& qui ſembloit dominer
fur tous les autres . Il tenoit
un coeur percé qu'il regar
doit.
166 MERCURE
doit. On en remarquoit pluſieurs
fur des degrez de Marbre qui
faiſoient le pied de cette meſine
Pyramide , & ceux- là eſtoient
en poſture d'Amours qui ſe retirent
, & qui ont eu leur congé.
Tous ces Amours avoient
des attitudes diferentes , auffibien
que ceux qui estoient dans
les Pancaux. A coſté de chaque
Amour on voyoit un Chifre , &
ce Chifre avoit fon raport àun
autre du meſme nombre, mis au
deſſus d'un petit diſcours mêlé
de Proſe & de Vers qui expliquoit
la nature de cet Amour. 11
yavoit juſqu'à vingt- ſept de ces
Amours marquez par des Chi
fres ; & les vingt - ſept Articles
qui les regardoient , eſtoient é
crits en lettres d'or dans un
grand Rideau au deſſous de la
Pyramide. Vous en pouvez voir
la
VILLE
*
*
1893
c'estle croire bien genereux , ou
n'avoir pas deffein d'adjoûter foy
à ce qu'il en dira. Il en est de mef-
Z
me
THE
BIBLIOT
QUE
YON
ت ا ش
199397714
Sorsarinbcrits en lettres d'or dans un
grand Rideau au deſſous de la
Pyramide. Vous en pouvez voir
la
GALANT. 167
*
la Figure que je vous envoye
gravée. J'ay ſupprimé le Rideau
, parce qu'il auroit eſté
trop grand. Vous n'y perdrez
rien , puis que je vous vay écrire
tout ce que vous y auriez
leû , ſi je l'avois fait graver avec
la Figure. Les Chifres vous
marqueront les Amours aufquels
chaque Article doit feraporter.
Cette agreable Galanterie
eſtoit accompagnée d'une
Lettre du Cavalier conçeuë en
ces termes .
A LA CHARMANTE
BELISE.
Emander à
Damanperle
un Ennemy ce
c'est le croire bien genereux , ou
n'avoir pas deſſein d'adjoûter foy
à ce qu'il en dira. Ilen est de mefme
168 MERCURE
me d'un Amant , qui ne regardant
Ses Rivaux que d'un oeilde jaloufie
, ne sçauroit en dire dubien. Il
ade la peine à leur trouver du
merite , parce qu'il ne leur en fouhaite
point. Il ne les examine que
de leur mauvais coſté , &fon
plus grand defir feroit qu'on ne
leur vist rien que de baiſſable.
Quand je vous dirois que je ne
Suispoint de ce nombre , je nesçay
fi en faisant trop l'honneſte Homme
, on ne me prendroit point pour
unAmant peu touché. Comme la
raiſon n'est pas toûjours lamarque
d'un grand amour , il est dangereux
d'eſtre trop raisonnable en
aimant. La plupart des Femmes.
font delicates,fur tout quand elles
ont del'esprit. Elles tirent des con-
Sequences de la moindre chofe , &
ilvaut fouvent mieux leur montrer
qu'on les aime éperduement,
&
GALAN T. 169
& meriter par là leur tendreſſe,
que de s'acquerir leur estime par
des voyes qui leur font connoistre
qu'on a plus de raison que d'amour.
Un Amant qui ſçait trop se poffeder
, plaiſt rarement à une Maitreffe.
Elle croit que ce grand empire
qu'il conſerveſurſoy- mesme,
s'étendjusqu'à le rendre toûjours
maître de fon coeur ; & dans la
pensée qu'il est en pouvoir de s'en
reſaiſir quand il luy plaira , elle
ne luy laiſſe pas faire de grands
progrezsur lesien.Voilà, ce me fembie,
par oùje pourrois m'autoriser à
une entiere Satyre contre mes Rivaux
; car àdire vray , charmante
Belife,je vous aime trop pour ne les
pas hairbeaucoup.Vous me diſpen-
Serezpourtant de vous en nommer
aucun . Vous avez trop d'esprit pour
ne les pas connoiſtre par la peinture
queje vous en vayfaire, &je ne
Avril 1679 . H
170
MERCURE
Sçay s'iln'y en aura pas beaucoup
qui ne se connoistront pas si bien
eux-mêmes que vous les connoîtrez.
Ce qui me le fait croire, c'est que plufieurs
attribuënt auxautres les defauts
qui font en eux. Ils en font
Sans - doute moins condamnables,
puiſque s'ils croyoient les avoir, ils
chercheroient às'en corriger. Ie dois
pourtant demeurer d'accord qu'il y
en a parmy eux qui ont du merite,
mais ce merite n'est pas complet, ce
qu'ils ont de bon eſtant mesle de
qualitez peu dignes qu'on les trouve
aimables. Pourvous, charmante
Belife, on peut dire que les Amours
s'intereffent àvousservir à l'envy ,
puisque vous avezdes Amans de
toute forte d'âges,de temperamens,
& d'humeurs. Cette diverſitévous
eft glorieuse. C'est un avantage de
Soamettre des coeurs de toute nature
, & iln'y a point un plus grand
triomphe
GALANT.
171
triomphe pour une Belle ; car enfin ,
quoy qu'un Brutal ne doive pas étre
aimé, il est plus glorieux d'aſſujetir
ce Brutal, qu'un Amant naturellement
tendre . Ie dis la mesme cho-
Se des autres coeurs peu disposez à
l'amour. Vous avez tout aſſujety;
c'est ce qui rend vôtre triomphe
parfait. Vous en avez rebuté pluſieurs
; c'est ce qui donne le dernier
éclat àvôtre gloire.Vous en ſoufrez
parpitié; c'est ce qui fait connoître
vôtre bonté. On ne doit pas setonner
apres cela , si le Tableau que
jeprens la libertéde vous envoyer,
porte le titre devôtre triomphe..
Voicy ce que cet ingenieux
Amant avoit fait écrire en lettres
d'or ſur chaque Amour repreſenté
dans ce Tableau.
Hij
172 MERCURE
10363033333333
LE TRIOMPHE
DE BELISE.
C
1. L'AMOUR ENTREPRENANT.
EtAmour estoit à craindre
pour vous. Il n'a jamais de
reſpect ; & comme il falloit que
vous fuffiez toûjours en garde
avec luy, vous avez bien fait de
le chaffer.
Les indignes Amans qu'il vous avoit
Soumis,
Haiſſantles discoursfrivoles,
Loignoiêt les actios à l'ardeurdesparoles,
Etcroyoient qu'à leur fen tout dust estre
permis.
Sur ces Entreprenans on n'a qu'un vain
empire,
Ilsnevous aiment que pour eux,
Etde telsAmans , pour tout dire,
Sontplus débauchezqu'amoureux.
2. L'AMOUR SANS ESPRIT.
Cet Amour auffi maltraité de
vous
GALAN T. 173
vous que de ſes Freres , dont
peu le veulent reconnoiſtre , a
mis au nombre de vos Amans de
pauvres Eſclaves qui ſont à
plaindre, mais qui ſont en même
temps ſi peu dignes que vous
les conſideriez , que vous ne luy
avez point fait d'injustice en le
banniffant ;
Car enfin on a beau me dire ,
Qui pour de beaux yeux ſoûpire ,
Quoy qu'il soit sans esprit , peut aimer
fortement.
Quandſon amour ſeroit extrême ,
Commeil s'agit de plaire , il faut que cet
Amant
Ait plus que de l'amour pour meriter
qu'on l'aime.
3. L'AMOUR LAID .
Il n'eſt point , dit - on , de laides
amours. Je le veux croire;
mais cela n'empeſche pas qu'il
n'y ait de fort laids Amans. Cet
)
Hiij
174 MERCURE
Amour vous en a ſoûmis quelques-
unsqui ſont de cenombre.
Leur laideur vous a dégoûtée,&
il s'eſt retiré de dépit.
Jesçay que la beauté n'est pas dans un
Amant
Leplus neceſſaire agrément.
L'amour , les foins , l'esprit , cela vaut
mieux sans- doute ;
Mais enfin quand onfait les ofres defa
foy ,
Ilfaut avoir dumoins certain je-ne-Sçay
quoy
Qui merite qu'on vous écoute.
TH
4. L'AMOUR CAUSEUR
ET VAIN
Que vous avez ſagement fait ,
de vous garder des Amans dont
cet Amour vous avoit attiré
Phommage ! Si vous ne les euffiez
chaffez,leurs langues en auroient
chaſsé bien d'autres .
Ces
GALANT. 175
Ces Cauſeurs éternels , & d'eux seuls
amoureux,
Ne cherchent en aimant que ce qui peut
paroiftre,
Etpourven qu'on les croye heureux ,
Ils s'inquietent peu de l'estre.
5. L'AMOUR PARESSEUX.
Il y a beaucoup à riſquer avec
de pareils Amans ; & comme
il eſt difficile qu'ils n'ayent autant
de pareſſe que l'Amour qui
vous les ſoûmet, vous n'en devez
pas attendre de grands foins à
vous procurer des plaifirs .
S'il faut que pour Mary cet Armourse
bazarde
Avousproposer quelqu'un d'eux ,
De grace, prenezy bien garde.
C'est un Epoux bien froid qu'un Amant
paresseux.
6. L'AMOUR TRANQUILLE .
Cet Amour qui aime à fe repoſer
, & qui ne s'inquiete ja-
Hiiij
176 MERCURE
mais de rien , vous a donné des
Amans qui vous feront peu de
bruit. A peine vous diront-ils
qu'ils vous aiment, &je ne voudrois
pas meſme afſſurer qu'au
defautdes paroles, ils vous le fafſent
connoître par les actions .
Ils vous verront Soufrir leurs Rivaux
Sansfeplaindre,
Vôtreabsence jamais ne les fera gêmir,
Et mesme aupres de vous ils pourront
s'endormir,
Sans s'embaraſſer, ſans rien craindre.
Attirezpar vostre beauté,
Ilsse font de vous voir une agreable affaire;
Maisils fuiroient, s'ilfalloitpour vous
plaire ,
Dérober quelque chose à leurtranquillité.
7. L'AMOUR BRILLANT.
Vous avez obligation à cet
Amour. Il vous donne des
Amans qui vous peuvent ôter
le
GALANT .
177
le chagrin que vous recevez de
la veuë de quelques autres . Ils
ont le bel air. Tout brille dans
leurs manieres & dans leur perfonne.
Ils fautent & dancent
toûjours. Ils preſident dans les
Ruelles galantes , & il n'y a
point de matieres ſur leſquelles
ils ne trouvent abondamment à
s'étendre.
C'est un torrent de mots qu'on ne peut
arrester.
Ilspartentſans ſoufrir bien ſouvent qu'on
réponde,
Et chacun d'eux , tant qu'on veut l'écouter
,
Dit les plus jolis riens du monde ;
Mais comme auſeul brillant on doit pen
s'attacher,
Ces Amans d'Oripeau ne ſont point vôtreaffaire.
Vous aimez le ſolide , il ſcent toûjours
vous plaire.
Et c'est ailleurs qu'il vous le faut cheraber..
Hv
178 MERCURE
8. L'AMOUR OBSTINE'.
Tous ceux que cet Amour
a bleſſez pour vous luy refſemblent
; mais ne croyez pas
que quand il faudra vous aimer
toûjours , ils demeurent
également obſtinez. Leur obſtination
ne conſiſte qu'à vouloir
fortement ce qu'ils veulent
, & à l'emporter meſme
contre ce qu'ils aiment , ſoit
qu'ils ayent raiſon ou non. Ceux
qui font de ce caractere , n'en
fortentjamais .
Tantqu'ils ne sont qu'Amans , on trouve
lieu d'en rire,
Chacun a , leur dit- on , fes defauts favoris
;
Mais on enfoufre un dur martyre ,
Quand ils font devenus Maris.
$
9. L'A
GALANT. 179
A
9. L'AMOUR PROMPT.
Gardez- vous des Amans dont
la promptitude ne ſçauroit ſe
moderer.
Quiconque estant encor Amant,
Peut montrer ſa colere à l'objet de fa
flame,
Quand ilfera Mary , pourra mal- aisément
S'empeſcher de batre ſa Femme.
10. L'AMOUR SOUMIS .
Cet Amour est bien trompeur
, & les Amans qui le reconnoiſſent
ne le font pas
moins. Vous les voyez foûmis
, infinuans , complaifans,
& ils veulent tellement tout
ce que vous voulez , qu'il ſemble
que les chofes les plus fâcheuſes
pour eux ,, leur foient
agrea
180 MERCURE
agreables . Une ſi parfaite ſoû
miſſion eſt à eſtimer ; mais
comme il eſt autant d'Hypocrites
en amour qu'en autre
choſe , on doit fort ſe défier
de la paſſion d'un Amant qui
a trop l'art de ſe poſſeder. En
effer,
Il est bien malaisé qu'on soit toûjours le
maître
D'un amour dont l'ardeur ne sçauroit
s'augmenter.
Plus cet amour est fort , & plus ilfait
connoître
Qu'il eſtſujet às'emporter ;
Mais commeſes transports marquentfa
violence ,
LaBelle qui les voit les pardonne aisément
;
Etfi parpolitique elle en gronde un moment,
Cen'est qu'un chagrin d'aparence.
DI . LA
GALAN T. 181
11. L'AMOUR IMPERIEUX.
Vn je ne ſçay quel Amour
fier vous a donné des Amans ſi
imperieux , qu'on peut dire
qu'ils ne ſçavent prier qu'en
commandant.
L'esprit le moins timide en est deconcerté.
C'est une hauteur ſans égale,
Vn Serieux qui glace , un air plein de
fierté,
Vne gravité magistrale
Qui s'explique toûjours avec autorité.
De ces imperieux cherchezà vous dofaire.
mander,
Les Belles comme vous naiſſent pour com-
Et tout Amant qui ne veut point ceder,
Semble n'estre pointfait pourplaire.
12. L'AMOUR AVARE.
Ceux que cer Amour gouverne
peuvent offrir à leur ne ,
Maî
182 MERCURE
Maîtrefle qu'un coeur partagé,
puis que leurs trefors ſont toûjours
ce qui leur eſt le plus cher.
Ilsrompent toutes les parties qui
les pourroient engager à quelque
depenſe , &lemoindre preſent
à faire leur feroit quiter la
plus belle Perſonne du monde.
Cependant quelque attachement
qu'on puiſſe avoir pour le
bien , on n'a jamais veritablement
aimé, qu'on n'ait ceſſe d'être
avare.
Decette paffion c'est l'effet ordinaire,
D'un violent amour les Amans combatus
Changent leurs vices en vertus
Si-tost qu'ils ont deffein de plaire.
Ainsi l'on montre en vain l'ardeur des
plus beaux feux;
Qui n'est point liberal , ne peut estre
amoureux,
Dans un Amantl'avarice est infame,
A cent defauts par elle on se laiſſe entrainer,
Et
GALANT. 183
Et quand àſa Maistreffe on peut ne rien
donner,
On retranche tout àſa Femme.
13. L'AMOUR EMPORTE
Les Amans qui ſuivent les
Loix de cet Amour , ſont d'abord
tout de feu pour leurs Maîtreſſes
. Gardez de vous aſſurer
trop fur ceux qu'il vous a foumis.
Ils n'ont que des tranſports
violens , & leurs premiers ſoins
font accompagnez d'un emportement
de paffion qui ne laiſſe
rien à ſouhaiter ; mais tout ce
qui eſt violent n'est jamais durable
, & fi vous y faites reflexion,
De la force ſouvent la foibleſſe a ſcen
naiſtre
Pour avoir trop agy , cetteforce s'abat;
C'est ainsi qu'un grand feu qui jeste un
viféclats
S'éteins
184 MERCURE
S'éteint presque auſſi- toſt qu'il commence
àparoiſtre.
14. L'AMOUR LANGUISSANT.
Cet Amour est d'un caractere
entierement opposé à l'autre.
Ceux qu'il fait brûler pour vous,
ne vous parlent jamais que des
yeux. Rien n'eſt plus triſte que
leurs manieres. Ils n'ontpreſque
pas la force d'ouvrir la bouche,
&à voir leurs regards mourans,
vous diriez qu'ils font toûjours
au bord du tombeau. De pareils
Amans ne font pas ceux qui aimentavec
plus de violence.
Toute leur paſſion n'est que dans leur lan
gueur.
Pour tropsentir àpeine ilsſe ſentent
eux-mesmes,
Cene sont quesoupirs ,qu'abatemens extrémes,
Qui de l'amour étoufent la vigueur.
1.L'A
GALANT.
185
15. L'AMOUR INTERESSE'.
Fuyez les Amans qui ſuivent
les maximes de cet Amour. Ils
ne peuvent aimer veritablement,
puis qu'ils ont un autre but que
celuy de fe faire aimer. Quelques
charmes que puifle avoir
une Belle , ils font moins touchez
de ſa beauté que du bien
qu'ils en eſperent , & c'eſt ce
qui les rend encor plus à mépriſer
que les Avares , qui peuvent
au moins aimer fortement,
pourveu qu'on ne leur demande
rien de ce qu'ils ont déja
amaffé. Qu'une belle Perſonne
plaiſe à ces Avares, ils chercheront
quelquefois à fe fatisfaire
, & n'examineront point s'ils
pourroient trouver ailleurs plus
d'avantage. Mais
L'Amant intereſſé ne regarde quesoy,
Dans
186 MERCURE
Dans l'hommage apparent qu'il rend à
Sa Maistreffe.
Qu'une autre ſoit plus riche , il luy donnefafoy,
Et perd fans nul regret sa premiere
tendreffe.
16. L'AMOUR DE GLOIRE.
Il eſt beaucoup de ces Amours
dans le monde , & ils vous ont
attiré quelques Amans , mais
fongez qu'ils s'attachent moins
à vous pour vous aimer , que
pour faire croire que vous les
aimez. Les ſoins qu'ils vous rendent
ne ſont qu'un effet de
leur vanité . La penſée qu'ils ont
que les apparences d'avoir quelque
part dans voſtre coeur leur
peuvent donner de la gloire das
le monde,vous feroit avantageuſe
, s'ils ne vouloient en meſme
temps qu'on les creuſt aimez de
toutes
GALANT. 187
toutes les autres Belles qui ont
un mérite extraordinaire,& auf.
quelles ils adreſſent leur hommages
auſſi-bien qu'à vous.
C'estfans-doute les estimer,
lamais un bon effet n'eut qu'une bonne
cause;
Mais où l'amour n'est pas , l'estime est
pende chofe ,
Quand on a comme vous dequoy sefaire
aimer.
17. L'AMOUR ENJOUE'.
Comme il eſt de toute forte
d'Amours , il eſt auſſi de toute
forte d'Amans. Celuy- cy n'a pas
manqué de vous en ſoûmettre
d'enjoüez & de badins ; mais
qui rit toûjours , doit eſtre fufpect
à une Belle.
L'Amour veut quelquefois un peu deſérienx.
Qu'un de ces Enjonez pour vos bauх
yeuxSoupire,
11
188 MERCURE
Il a beau le jurer , vous n'en sçaurezpas
mieux
Si c'est tout de bon , ou pour rire.
18. L'AMOUR DELICAT.
Les Fleches dont cet Amour
a bleſſe pour vous quelquesuns
de vos Amans, n'ont pas fait
de fort profondes bleſſures. Ils
font toûjours preſts à rompre.
Tout les choque . Tout les chagrine.
Des Bagatelles leur paroiſſent
des Monſtres , & ils ne
croyent jamais eſtre aimez.Peuteſtre
n'agiſſent- ils de cette forte
que par un excés de paffion. Ils
le difent , & je le veux croires
mais enfin
Quand ces plaintifs & trop fâcheux
Amans
Auroient autant d'amour que de delicateffe
,
Que fervent leurs empreſſemens,
Si jamais leur chagrin ne ceffe ?
ン19. L'A
GALANT.
189
19. L'AMOUR GRONDEUR .
Tous les coeurs que cet Amour
a frapez , ne ſont que des
coeurs d'Amans grondeurs, chagrins,
inquiets , & propres à faire
enrager la Beauté la plus complaiſante.
Deſemblables Amans ne le ſont que de
fes
nom,
Et leur amour qui toûjours gronde
Peut s'appeller avec raiſon
Leplus vilain amour du monde.
20. L'AMOUR COQUET.
Cet Amour vous a ſoûmis
des Amans affez agreables. Ils
vous diſent de fort jolies cho-
& dés la premiere fois
qu'ils vous voyent , ils ne manquent
point à vous faire les
proteſtations les plus tendres ,
د
& les plus remplies de paffion;
4
1
190 MERCURE
fion ; mais gardez de vous y
tromper.
Tous leursfermens d'amourſontſermens
d'habitude,
En conter en tous lieux est leur unique
étude;
Ainsi quelque brillant qu'étalent vos
appas,
Ils ont beau vous jurer qu'un fort amour
les touche ,
Ils vous peignent des maux qu'ils ne ref-
Senient pas,
Et leur coeur ne sçait rien de ce que dit
CHBAUR
Leur
bouche
.
STON 21. L'AMOUR JALOuX.
Si lesAmans Coquets aiment
ſi legerement , qu'ils ne ſe ſouviennent
point des proteſtations
qu'ils ont faites , ſi - toſt qu'ils
ont quitté la Belle qui les a reçeuës
; ceux que l'Amour jaloux
a bleſſez , aiment au contraire
avec
GALANT. 191
avec tant d'excés , qu'on peut
dire que rien n'approche de la
violence de leur amour. Mais
quoy qu'il ſemble que celles de
voſtre Sexe ne doivent rien
tant ſouhaiter que des Amans
fort paſſionnez elles n'ont
guere ſujet de s'accommoder de
ceux - cy.
,
Toûjours la defiance au foupçon les entraîne,
Leur amour reſſemble à la haine,
De leurs transports jaloux rien n'arreste
l'éclat.
Sans ceſſe à ce qu'on aime imputer quelquecrime,
C'est ne l'estimer point , & l'amour ſans
estime
N'a jamais satisfait un coeur bien delicat.
22. L'AMOUR CAPRICIEUX.
Si vous haïſſez l'inégalité,
ne
192
MERCURE
ne vous attachez pas aux Amans,
que cet Amour vous a engagez .
Vous les trouverez un jour tout
de feu , &dans l'autre vous les,
verrez tout de glace. Apres vous
avoir montré une entiere complaiſance
, ils ne pourront s'empeſcher
de vous faire paroître
leur brutalité . Ils feront quelquefois
preſts à ſe detacher de
vous , & vous promettront en
fuite une conſtance éternelle .
Quelfondfaire pour un Amant
Dont vous craignez toûjours que l'amour
ne finiffe,
Et qui dans ſon attachement
N'a pour regle que son caprice ?
Aujourd'huy tout à vous , demain prefque
ennemis.
Ces inégalitez ſont des peines cruelles,
Etn'accommodent point les Belles
Aqui toûjours on doit eſtre ſoûmis .
23.L'A
GALANT.
193
23. L'Amour RESVEUR.
Cet Amour naturellement mé.
lancolique, n'a mis ſous vos Loix
que des Amans aufſfi mélancoliquesqueluy.
Ils refventtoûjours,
parlent peu, ont plus d'applicatio
que les autres à examiner ce qui
ſe paſſe; & quand ils ſont recueillis
en eux-meſmes , ils font ſouvent
des jugemens fâcheux de
tout ce qu'ils voyent. Ainſi une
pareille reſverie n'eſt pour l'ordinaire
qu'une fombre jaloufie cachée,
dont ils foufrent beaucoup,
&qu'ils n'ofent pourtantdécouvrir,
de peur qu'on ne les rebute.
:
Dés que le nom d'Epoux a renda ces
Amans
Maistres de l'Objet de leursflames,
Ils reforment l'abus qui caufa leurs
tourmens,
Avril 1679.1920 eurijavesi
194 MERCURE
Etfont bientoft changer de conduite à
leursFemmes.
Sur tout cequi leur a déplû,
Et dont avant l'hymen ils n'ont osé se
plaindre,
Ils parlent d'un ton abfolus
Et s'ils nesont aimez , dumoins ils fe
font craindre.
24. L'AMOUR .......
Je ne ſçay quel nom donner à
cet Amour. Il ne fait que des
Amans qui aiment leurs aifes , &
quine cherchent qu'eux ſeuls en
toutes choſes. Ils prennent par
tout ſans façon la place la plus
commode , ſans l'offrir à leur
Maiſtreſſe. Ilss'accomodentdes
meilleurs morceaux , & contratent
une habitude d'incivilité
qui leur donne ce privilege.
Dece genre d' Amans l'amour n'est que
duvent,
Leurs flames les plusapparentes
Pour
GALANT.
195
Pour le plus bel Objet ſont ſi peu violentes
,
Quequandilsfont Maris,de leurs Femmesſouvent
Ilsfont leurs premieres Servantes.
25. L'AMOUR DOUCEREUX.
Cet Amour n'est ny froid ny
chaud , & ceux qu'il bleſſe font
de meſme nature que luy. Sans
avoir de cette langueur que produit
le veritable amour , ils diſent
d'un ton lent quantité de
douceurs, & les accompagnétde
méchantes pointes apellées Turlupinades
, qui ne peuvent fatisfaire
un Efprit bien fait.
Leur entretien est fade, & n'a rien d'a
greable ,
fin ,
Et pour vous , dont legoust est délicat
C'est un ragoust bien miserable
Que les douceurs d'un AmantTurla
pin. I ij
196 MERCURE
26. L'AMOUR INCONSTANT.
Les traits que décoche cet
Amour ſont en grand nombre,
mais ils font des bleſſures ſi légeres
, que les coeurs des Amans
qu'ils frapeten ſont à peine éfleurez.
Comme ils ſe trouvent bientoſt
guéris, & qu''ils ſoufrent peu ,
ils s'expoſent volontiers à eſtre
bleſſez de nouveau. Ainſi ils
ont de perpetuelles affaires ſans
preſque en avoir , eſtant toûjours
plus preſts à entrer dans de
nouvelles, qu'à pourſuivre celles
qu'on leur a veu commencer. Je
ſçay qu'ayant autant de merite
que vous en avez , vous devez
moins craindre qu'une autre d'éprouver
leur légereté.
Voussçavez ſous vos Loix fortemens
engager
Ceux que de vos beantez levif éclat oc-
Mais
cupe
GALANT . 197
Mais comme un Inconstant eſt ſujet à
Vous
changer,
enpourriez estre
La
Dupe .
YON
27. L'AMOUR CONSTANT
Laplupart de ceux que les autresAmours
ont bleffez , ont des
manieres ſur leſquelles on ne
peut pas entierement s'afſurer. Ils
ont beau marquer de grandes
complaiſances pour ce qu'ils aiment,
elles font d'une nature qui
peut faire bientoſt finir leur attachement.
Je dis attachement ,
pour ne pas dire tout - à
mour, caron abuſe ſouvent de ce
nom. Rien de plus commun , &
cependant rien de ſi rare que ce
qu'on peut dire veritablement
amour. Rien de fi peu ordinaire
qu'un amour conſtant, quand
meſime il ſe trouveroit qu'il fuft
véritable. Rien enfin qui foit
à- fait a-
I ij
198 MERCURE
هم
tant dans la bouche , ſans eſtre
preſque jamais dans le coeur.
Il en faut demeurer d'accord .
Chacun ne regarde que ſoy en
aimant , & il y a peu de Perſonnes
qui aiment leurs Maîtreſſes
pour elles-mefmes .
L'Amant foul qui jamais ne ſe laſſe
d'aimer ,
Doit estre regardé comme Amant veritable.
Tout remply de l'Objet qui leſçeut enflamer,
Ilnevoit rien ailleurs d'aimable.
Les devors qu'il luy rend l'occupent
nuit &jour,
De cent Soins obligeans fa tendreſſe eſt
Suivie,
Et le dernier ſoûpir qui terminesa vie
Est encor unsoupir d'amour.
Si des Amans de cette conſtance
ont quelques defauts , on
les doit attribuer à la Nature , &
non
GALANT.
199
non pas à leur amour , & l'excez
de leur paffion joint à une fermeté
ſi eſtimable , les rend dignes
d'être préferez à tous les autres.
C'eſt par là,aimable Béliſe,que je
penſe mériter que vous vous déclariez
pour moy contre mes Rivaux.
Jeledis ,& croy le pouvoir
dire fans eſtre blâme.S'il fied mal
àun Homme de courage dedire
qu'il eſt vaillant,à un habile Home
de faire vanité de ſon eſprit,
prit,
à une Belle de vanter ſes charmes
, il fied bien à un Amant de
dire qu'il aime , de le dire mille
fois le jour,de le prouver,de peindre
l'excés de ſa paffion,&de faire
voir que perſonne n'a jamais
tant aimé,ny n'aimera jamais tất
que luy. C'eſt ce que je fais ;&
comme je ſuis ce Conſtant fi rare
à trouver , cet Amour conſtant
qui eſt lemien , ſe voit placé au
I j
200 MERCURE
deſſus de tous les autres,& tient
mon coeur comme l'unique qu'il
ait pû connoître parmy tant de
coeurs, capable d'aimer éternellement.
C'eſt une verité dont il ne
ſe peut que vous ne foyez convaincuë
; pour peu que vous me
rendiez juſtice.Je ſuis toutà vous,
je vis tout pour vous , &je n'ay
jamais eu d'yeux que pour vous.
J'ay commencé à vous aimer dés
vos plus tendres années. L'engagemét
que le mariage vous a dōné,
n'a point affoibly ma paffion .
Tuos ceuxqui vous avoient fait
les meſimes proteſtations que
moy, ont pris d'autres liaiſons , fi
toſt qu'ils vous ont veu faire un
heureux Moy ſeul, j'ay continué
à vous aimer,& vous ne ſçauriez
douter que je ne vous aye aimée
purement pour vous,puis quej'ay
continué à vous aimer fans aucun
GALAN T. 201
cun eſpoir. Vous eſtes devenuë
maîtreffe de vous -même , & en
même temps de ma deſtinée .
Vous en pouvez décider.Faiſons
un Contract dont l'Amour regle
luy ſeulles Articles. Lemien deférera
tout au vôtre . Ma vie,mes
biens,ma fortune,touteſt à vous.
Eprouvez ſi je dis vray ; & fi la
foûmiffion que j'auray à toutes
vos volontez n'eſt point entiere,
banniſſez -moy pour jamais &de
vos yeux,&de voſtre coeur.Ony,
divine Béliſe , je vous parle ſerieuſement
quand je vous affure
que la grandeur de ma paffion ne
fçauroit eſtre exprimée. Nous
diſons tous que nous aimons, il eft
vray;mais c'eſt nous-mêmes que
nous aimos.Tout a raportà nous;
&de mille Amans ,je ne ſçay s'il
s'en peut trouver un ſeul qui aime
ſaMaîtreſſe ſeulemet parelle.
Iv
202 MERCURE
2
Je ne puis moy-même defavoüer
qu'il n'y ait de l'amour propre
dans celuy que j'ay pour vous,
autrement il faudroit queje vous
aimaſſe ſans que j'euffe aucun
plaifir à vous aimer ;mais la diférence
qu'il y a entre mes Rivaux
&moy, c'eſt que je ne vous aime
par aucun des motifs qui les artachent
àvous .La plupart cachét
leurs defauts. Examinez -les , &
pour peu que vous leur donniez
occafionde paroître, vous verrez
que le plus concerté s'échapera,
malgré la réſolution qu'il peut
avoir priſe de ſe tenir ſur ſesgardes.
Vous en avez de tous éprouvez
, dont les défauts vous ſont
connus. J'entens des defauts qui
feroient impenetrables pour une
Perſonne qui auroit moinsde lumieres
que vous. Pourquoy vous
attacher davatage àune épreuve
fi peu neceffaire ?
De
GALANT , 203
De nouveaux Soupirans vous viennent
tous les jours ;
Maissans qu'aucun Amant vous touche&
vous engage,
Voulez- vousavec les amours
-Paffer te plus beau de vostre âge ?
2
2
200
Ces Amours vous ſervent en
foule. Mais quels Amours : Démeflez
le mien de cette foule, ou
plûtoſt voyez qu'il s'en démefle
luy - même , & que ſa conſtance
& fon ardeur meritent que vous
le diftinguiez. C'eſt ce qu'attend
de vous celuy qui aimera éternellement
l'aimable Bélife.
Le Cavaliera fait admirablement
fa cour à la jeune Veuve
par cette galanterie.Ontientqu'-
elle s'eſt renduë à ſa conſtance
& qu'elle doit l'époufer au premier
jour. La peinture de tat d'Amans
d'un caractere diféreenntt ,a
fort réjoüy quelques Dames qui
L'ont
204 MERCURE
l'ont déja veue. Elles prétendent
qu'on en peut tirerbeaucoup de
lumieres,pour ne ſe point tromper
au choix d'un Amant dont on a
deſſein de faire un Mary, & qu'-
ainſi ondoit mettre ce que vous.
venez de lire au nombre de ces
Ouvrages qui inſtruiſent en divertiſſant.
ob
Je vous envoyay le Mois paffé
une Lettre de la Reyne de Portugal
. En voicy une de Madame
la Ducheffe de Savoye ſa Soeur..
Elle est écrite à Mele Marquis
de Villars qui estoitAmbaſſadeur
pour le Roy en Savoye.CetAmbaſſadeur
eſtant party pour s'en
retourner en France , Madame
Royale luy écrivit, & accompagna
ſa Lettre d'un Préſent magnifique,
qu'Elle luy envoya pour
Madame la Marquiſe de Villars
fa Femme.....
LET
B
GALANT.
205
t
LETTRE
DE MADAME
-or all ROYALE ,
:
AMonfieur le Marquis de Villars.
Ousavez une
VO
C
figrande délicatesse
de certaines matieres , &j'au
rois en tant de honte à vous remettre
moy-mêmesi peu de chose pour Madame
de Villars , que j'ay choisy le party
de vous l'envoyer apres voſtre départ.
Jevous priede le luy faire agréer comme
une marque de mon amitié,&d'estre
bienperfuadez l'un & l'autre, de l'esti
metres-particuliere que je conſerveray
toûjourspour tous deu.x..
Ce queMadame Royale veut
bien nommer peu de choſe, étoit
fon Portrait , enrichy de huit
gros Diamans de plus de cent
Louis chacun. Les Préſens de:
cette grande Princeffe ne doivent
206 MERCURE
vent pas eſtre ſeulement confidérez
par leur prix , mais encor
par la maniere dontelle les fait..
C'eſt toûjours fi obligeamment,
qu'elle charme ceux qu'elle honore
de cette glorieuſe marque
de ſon eſtime .Ce feroit icy lelieu
de vous parler d'une des deux
Feſtes ordinairesde Savoye,mais
je n'en ſuis pas encor affez informe;
& comme j'en fis graver les
Deſſeins il y a un an , pour vous
les envoyer dans une de mes
Lettres Extraordinaires , j'attens
ceux des Feſtes de cette année,
afin de faire la même choſe . Cependant
je croy vous devoir apprendre
par avance ce que c'eſt
qu'on appelle Feſtes de Savoye..
Elles se celebrent tous les ans
deux foisila premiere,le onzième
Avril, jour de la Naiſſance de
Madame Royale , & la ſeconde ,
le
GALANT .
207
lequatorziéme de May, jour auquel
Son Alteſſe Royale Monfieur
le Duc de Savoye eſt né.
Cejeune Prince regale Madame
Royale le jour de ſa Naiſſance,
& cette Princeffe regale à fon
tour Mr le Duc de Savoye ſon
Fils le jour de la ſienne. Il n'y a
rien de ſi pompeux & de fi galant,
que ce qui ſe paſſe pendant
ces deux grandes journées , &
c'eſt ce qui eſt appellé Feſtes de
Savoye. Je ne puis quitter cette
Cour ſans vous dire que Mrle
Marquis de la Pure Maréchalde
Camp en ce Païs- là , Brigadier
d'Infanterie en France, & Colonel
du Regiment de Piémont
Ducal , ayant remené ce Regiment
en Savoye , luy a fait faire
l'exercice en prefence de Son
Alteſſe Royale , & de toute la
Cour de ce jeune Prince. Mon-
Are fieur
208 MERCURE
:
ſieur l'Abbé d'Eſtrades Ambaffadeur
de France s'y trouva. Le
Marquis que je vous viens de
nommer faiſoit luy même la fonction
de Major , & chacun s'acquita
de fon devoir avec tat d'intelligence
, & d'un air fi martial
que ceux qui en furent témoins
dirent que loin d'oublier dans
les Armées du Roy les bonnes
diſpoſitions qu'on pouvoit avoir
à bien faire,on y en acqueroit de
nouvelles ,& quec'eſtoit la veritable
Ecole , où l'on pouvoit en
peu de temps ſe rendre parfait
dans le meſtier de la Guerre.
La Charge de Capitaine aux
Gardes que poffedoit feu Mr
Goffeau, Chevalier Seigneur de
Rochebrune,remplie (comme je
vous l'ay deja dit) par Mr.le Marquuis
de Boiffeleau,n'eſt pas le ſeul
changement qu'il y ait eudans
GALANT.
209
ce Corps. Le Roy a donné quinze
mille livres à Mr Defragny
AydeMajor, pour luy aider à avoir
une Cõpagnie,& il a acheté
celle de Mrde laTournelle. Sa
Majeſté ayantfait la même gratification
à Mrde Ronville Lieutenant,
il a acheté la Compagnie
de Mr Voiſin . Mis de Manevilete&
du Tremblé,tous deux Sous
Lieutenans , ont eu des Lieutenances,
auffi-bien que Monfieur
Pidoux Enſeigne. Mr de Maupeou
a eſté pourvû de l'Enſeigne
de cedernier. Le Regiment des
Gardes ayant droit d'ouvrir le
premier la Tranchée dans tous
les Sieges , on peut juger par les
grands fuccés de cette derniere
guerre combien il doit s'eſtre ſignalé
; & comme les Officiers
donnent l'ame aux Corps dont
ils font les Chefs , & que leur
exem
210 MERCURE
*
exemple les excite, ſi l'on regarde
ce que ce Regimenta fait,on demeurera
d'accord, qu'on nepeut
donner trop de loüanges à ceux
quil'ont commande.
La mort de Mr le Bret LieutenantGeneral,
dontje vous aydé
ja parlé, ayant faitvaquer le Regiment
Royal des Vaiſſeaux, Sa
Majesté l'a donné à Monfieur le
Marquis de Gandelu ſecond Fils
deMr le Duc de Geſvres. Ce
Marquis n'a que dix- huit ans &
demy,& a déja fait voir ſon courage
en pluſieurs grandes occaſions.
Il a eſté Enſeigne Colonelle
du Regiment du Roy en 1677-
dans laquelle année il ſe ſignala
au Siege de Condé , & monta à
l'Affaut de cette Place.Il courut à
celuy d'Aire pendant la même
Campagne en qualité de Volontaire
, ſon Regiment n'eftant
pas
GALANT. 211
pas à cette expedition.Il vint enſuite
au ſecours de Maſtric , &
ayant réjoint ſon Regiment pendant
le quartier d'Hyver,le Roy
qui estoit bien informé de l'ardeur
avec laquelle il cherchoit
les occafions de le fervir, luy dōna
une Compagnie das le même
Regiment. Il alla au Siege de Valenciennes
, où il eſtoit tous les
jours à la Tranchée,&de là, devant
Cambray , où il demeura
juſqu'à la prife de cette Place. Il
ſe trouva l'Hyver ſuivant au Siege
de S.Guilain , & peu de temps
apres à ceux deGand& d'Ypres.
Le Roy qui ne laiſſe point demérite
fans récompenſe , luy donna
le Regiment d'Albretd'Infanterie
. Il en receut le Brevet le jour
du Combat de S. Denis , où il
continua de donner des preuves
de fon zele pour le ſervice de Sa
Maje
212 MERCURE
Majesté,& des marques de ſa va
leur , & de l'intrepidité de ſon
courage.
Je vous ay mandé depuis quel.
ques Mois la Reception de Mr
l'Abbé Colbert à l'Académie
Françoiſe,& l'on vous a cófirmé
tout ce que je vous dis alors à fon
avantage touchant le Difcours
qu'il fit le jour de cette Receptio.
Je vous ay marqué un peu apres
qu'il s'eſtoit mis en retraite dans
le Seminaire de S. Sulpice.Il a pris
les Ordres depuis ce temps-là,
&vient d'eſtre reçeu Docteur.
Ilne feroit pas aisé de vous bien
faire connoiſtre juſqu'où vont
les progrés qu'a fait cet Illuſtre
Abbé dans un fort petit nombre
d'années. Il n'ignore rien
detout ce qu'un grand Homme
doit fçavoir ; & il y a fi peu de
Docteurs de fon âge , qu'on
peut
GALANT. 213
peut dire que les Sciences luy
ont eſté naturelles. Le Bonnet
qu'il vient de recevoir en cette
qualité, m'engage à vous entretenir
de ce qui ſe paſſe en cette
Ceremonie. Apres la Licence ,
on nomme par ordre , de quinze
jours en quinze jours , ceux qui
doivent recevoir le Bonnet de
Docteur. Ils foûtiennent le jour
precédent , ou quelques jours
auparavant , une Veſperie , qui
renferme les plus grandes Queſtions
de la Theologie, & les endroits
les plus difficiles de l'Ancien&
du Nouveau Testament.
Le lendemain ils ſoutiennent
une autre Theſe, qu'on nomme
Aulica , parce que ce doit eſtre
chez Monfieur l'Archeveſque
de Paris , en ſuite dequoy le
Chancelier de l'Vniverſité leur
donne le Bonnet de Docteur au
nom
214 MERCURE
nom du Pape , & les conduit
dans l'Egliſe Noftre-Dame , à la
Chapelle S. Sebaſtien , où il reçoit
le Serment qu'ils font de
défendre la Verité , meſme aux
deſpens de leur ſang. Vous remarquerez
, s'il vous plaiſt , Madame
, que cette Ceremonie de
donner le Bonnet , ne ſe fait
point ſans que quelque Docteur
d'éclat & d'un mérite tres-reconnu
, y repreſente le Grand-
Maistre de la Faculté. Le choix
endepend de celuy qui eft reçeu
Docteur. Le Grand-Maistre
louë le Répondant , des veilles
& des travaux par leſquels il
s'eſt mis en état de mériter l'a
vantage qu'il reçoit. Le Chancelier
fait en ſuite un petit Difcours
à la gloire du Grand-
Maistre , & du nouveau Dol
teur ; & le nouveau Docteur
les
GALANT.
215
les remercie , en faiſant Péloge
de l'un & de l'autre. Monfieur
l'Archeveſque ayant eſté prié
de faire la fonction de Grand
Maiſtre dans la Cerémonie dont
je vous parle , s'étendit fort fur
lesmerites de MonfieurColbert,
&de Monfieur l'Abbé ſon Fils.
Comme il n'y eut jamais d'Orateur
plus éloquent que ce
Grand Prelat , & que la matiere
eſtoit ample & belle, je ne
vous feray rien ſçavoir de nouveau
, en vous apprenant que
tout ce qu'il dit fut admire!
Le Roy a donné depuis peu
des marques de bonté & de li
beralité , qui ne doivent pas.
eftre ignorées. Les preffantes
neceffitez de la Guerre obligé
rent Monfieur Colbert en 1674.
à lever par les ordres de Sa Ma
jeſté,des ſommes confiderables
fur
Σ
216 MERCURE
fur les Officiers de Police. Le
nombre en eſt grand icy , & ce
vigilant & fage Miniſtre ne leur
eut pas plûtoſt fait ſçavoir le
beſoin que le Roy avoit de leur
ſecours , qu'ils ſe montrerent
preſts à ſe dépoüiller de tous
leurs Biens pour ſon ſervice.
Monfieur Colbert borna l'ar
deur de leur zele , & ſe contentant
de beaucoup moins qu'ils
n'ofroient , il déclara aux principaux
de ces Officiers , que Sa
Majesté les faiſoit rentrer dans
tous les droits qu'ils avoient perdus
pendant les mouvemens de
Paris. Le Roy informé de la
maniere empreſſée avec laquelle
ils avoient apporté leur argent
eux-mefines , s'en eſt ſouvenu
, & a ordonné le rembourſement
des ſommes qu'ils
avoient données , en laiſſant à
भयो
ceux
GALAN T.
217
ceux qui avoient reçeu des graces
plus fortes , le choix de re
noncer aux droits dans leſquels
ils estoient rentrez , ou de reprendre
l'argent qu'ils avoient
preſté. Mr du Mets , Garde du
Treſor Royal , a eſté nommé
pour faire ce rembourſement,
&l'a fait ſur l'heure à tous ceux
qui l'ont voulu recevoir. Il y
en a cu beaucoup qui ont ſuplié
Sa Majesté de les vouloir laiſſer
dans l'état où ils font à preſent,
déclarant qu'il leur eft beau
coup plus avantageux d'y refter
, que de reprendre ce qu'ils
ont mis dans ſes Cofres. Le Roy
qui eſt auſſi juſte qu'il eſt grand,
a conſenty à ce qu'ils luy ont
demandé là-deſſus , & ils ont
eſté luy en faire leurs tres-humbles
remercîmens , au nombre
deplus de deux cens cinquante.
Avril 1679 .
K
218 MERCURE
N'admirez - vous pas , Madame,
& la bonne-foy qui ſe garde
dans des affaires de cette nature
, & la conduite toute merveilleuſe
de Monfieur Colbert,
qui a ſçeu trouver des ſommes
tres - confiderables ſans fouler
ces Officiers , puis qu'au con.
traire les Actes autentiques qu'ils
ont paſſez en renonçant à reprendre
leur argent,ont fait cons
noiſtre qu'ils n'ont fait aucuns
payemens qui n'ayent tourné à
leur avantage?
Mademoiſelle de Langlée, qui
avoit pris l'Habit il y a un an parmy
les Filles de l'Aſſomption, fit
Profeſſion ces jours paſſez entre
les mainsde Monfieur l'Eveſ
que de Saint Brieu , Frere de
Mrle Marquis de la Hoguete,&
Neveude feu Monfieurl'Arche
yeſque de Paris. La Ceremonie
fut
GALANT. 219
fut tres-belle. Les Religieuſes
y chanterent divinement à leur
ordinaire . La beauté de ce Convent
vous eft connuë. Quantité
de Filles de qualité & d'un
grand mérite , le rendent celebre.
Madame leur Supérieure
eſt Soeurde Monfieur de laHaye
l'Ambaſſadeur. Il ſe trouva à cet
teCerémonie. L'Aſſemblée étoit
compoſée de pluſieurs Eveſques,
& d'un fort grand nombre de
Perſonnes tres - confiderables de
l'un&de l'autre Sexe.
La Chambre que je vous ay
mandé qui avoit eſté établie contre
quelques Perſonnes arreſtées
pour le Poiſon , a commencé ſes
Séances à Vincennes . Monfieur
Boucherat qui y preſide , &
Mr Robert qui en eſt Procureur
General , ont fait de tres- beaux
Difcours à l'ouverture de cette
Kij
220 MERCURE
Chambre . On la nomme Chambre
ardente. Beaucoup en demandent
la raiſon , & on la peut
demander dans voſtre Province
comme on fait icy. Cela vient
de ce qu'on jugeoit autrefois les
Criminels dont la naiſſance êtoit
élevée , dans une Chambre
toute tenduë de deüil , & qui
n'eſtoit éclairée que par des
Flambeaux. C'eſt à cauſe de
ces meſmes Flambeaux que le
nom de Chapelle ardente eſt demeuré
aux Mauſolées qu'on
dreſſe aux Perſonnes de qualité,
le jour des Services ſolemnels
qu'on fait pour honorer leur
memoire. Vous ſçavez que la
grande obſcurité du deüil fait
paroiſtre les lumieres toûjours
plus ardentes qu'elles ne ſeroient
fans l'oppoſition de cette nuit artificielle.
3
Mon
GALANT. 221
Monfieur le Maréchal Duc
de Vivonne eſt party pour aller
commander vingt-huit Galeres
& quelques Vaiſſeaux du Roy.
Son experience pour les grands
Emplois, & l'ardeur de fon zele
pour le fervice de Sa Majefté,
eſtant connuës , on ne doute
point qu'il n'execute les ordres
qu'il aura reçeus avec autant de
valeur , que de ponctualité & de
conduite. Comme les fecrets du
Roy font impenetrables , on ne
peut pas meſme ſoupçonner, où
ce General des Galeres doit mener
celles qu'il commande. On
ſçait ſeulement qu'il a ordre de
conduire Madame la Ducheſſe
Sforce juſqu'à Civitavecchia,
L'Eſcorte eft belle , & peu de
Souveraines en pourroient avoir
une plus pompeuſe dans une pareille
occafion. Mr & Madame
Kij
222 MERCURE
de Nevers menent cette jeune
Duchefſe à Rome .
Madame la Ducheſſe de
Longueville, Princeſſe du Sang,
auffi illuftre par ſes vertas , que
par le glorieux avantage d'eſtre
Soeur de Monfieur le Prince ,
dont les Victoires ont eſté l'admiration
de toute la Terre ,
mourut icy le 15. de ce Mois.
Elle estoit Fille de Henry de
Bourbon II . du nom , Prince de
Condé , & de Charlote- Marguerite
deMontmorency. Cette
Maiſon tire fon origine de Robert
Comte de Clermont , cinquiéme
Fils du Roy S. Louïs, né
l'an 1256. Je ne dis rien de tous
les grands Hommes qui en font
fortis , & qui ont fleury depuis
ce temps juſqu'à Charles de
Bourbon , né l'an 1489. Ce
Charles eſtoit Duc de Vendô
me,
GALANT.
223
me , Pair de France , Comte de
Soiffons , de Marle , & de Converſan
, Vicomte de Meaux ,
Sieur d'Epernon , de Montdou
bleau , de Condé , de Ham, de
Gravelines , de Dunkerque, de
la Roche , de Bohain, de Beaurevoir
, & de Heſdin , Chaſtelain
de Lifle , Gouverneur de
Paris& de l'Ifle de France . Ce
Prince , apres s'eftre trouvé à
pluſieurs fameuſes Batailles ,
avoir fait lever le Siege de Mezieres
au Comte de Naffau , &
chaffé les Imperiaux de Picardie,
fut fait Chef du Conſeil
de France pendant la prifon de
François Premier. Il eut ſept
Fils , Loüis , Antoine , François,
un autre Loüis , Charles , Jean,
& un troifiéme Loüis . Les deux
premiers Loüis moururent Enfans.
Antoine , Roy de Navarre,
Kij
724 MERCURE
demeura l'aîné . C'eſt de luy
que font defcendus nos trois
derniers Roys, François Comte
d'Anghien mourut ſans qu'il
ſe fuſt marié. Charles fut Cardinal
& Archeveſque de Roüens
&on appella le troifiéme Loüis,
Prince de Condé. Il eut des
Enfans mâles de deux lits , ſçavoir
du premier , Henry Prince
de Condé , François Prince
de Conty , & Charles Cardinal
& Archeveſque de Roüen ; & -
du ſecond , Charles Comte de
Soiffons. C'eſt de ce Henry
Prince de Condé qu'eſtoit fortie
Anne -Genevieve de Bourbon
dont je vous apprens la
mort. Elle estoit Veuve de
Henry d'Orleans , ſecond du
nom ; Duc de Longueville , &
Gouverneur de Normandie ,
mort il y a environ feize ans. I
avoit
GALANT.
225
avoit épousé en premieres Noces
Loüife de Bourbon , Princeffe
du Sang , Fille aînée de
Charles de Bourbon , Comte
de Soiffons , Grand - Maistre de
France , & Soeur de Madame
la Princeſſe de Carignan. Il
n'eſt reſté qu'une Fille de ce
Mariage. C'eſt Madame la Ducheffe
de Nemours , Veuve de
Henry de Savoye II . du nom,
Duc de Nemours , & auffi connuë
par les vives lumieres de
fon efprit, que par les avantages
de fa Naiſſance. De fon Mariage
avec Anne - Genevieve de
Bourbon , que je vous ay déja
nommée , font fortis quatre Enfans
, deux Garçons & deux Filles.
Les deux Filles font mortes
tres- jeunes. L'Aîné des Garçons
s'eft fait Preſtre, &l'autre a elté
tué aupres du Fort de Toluys ,
Kv
226 MERCVRE
dans le temps du fameux Paffage
du Rhin. Il a laiſſé un Fils naturel.
Cette Maiſon d'Orleans
que nous voyons aujourd'huy
éteinte, tiroit ſon origine de Jean
d'Orleans , Comte de Dunois &
de Longueville , Fils naturel de
Loüis de France , Duc d'Orleans.
Il nâquit l'an 1403. &
mourut ſous le Regne de Loüis
X I. apres luy avoir rendu de
grands ſervices , auffi- bien qu'à
CharlesVII.foûs l'obeïſſanceduquel
il remit toute laGuyenne &
toute la Normandie.
Ne croyez point , Madame ,
que je prenne icy l'occaſion de
faire l'éloge de feu Madame
de Longueville. Perſonne n'ignore
qu'il n'y eut jamais un efprit
plus éclairé que le ſien. Sa
devotion estoit connue , & ce
que je ne vous dis point de ſes
admi
GALANT. 227
admirables qualitez , paroiſtra
bien-toſt avec tout l'éclat qui
leur eſt deu , dans l'Oraiſon Funebre
, à laquelle Mr l'Eveſque
d'Autun travaille pour cette
grande & vertueuſe Princeſſe.
Son Corps fut porté à S.Jacques
duHaut-pas ſa Parroiffe , precedé
de fix- vingts Valets de pied,
tant de ſa Maiſon , que de celle
de Monfieur le Prince , ſuivis
-d'un tres-grand nombre de Prêtres
, & reporté dans le meſme
ordre aux Carmelites du Fauxbourg
S. Jacques, où il fut inhumé
aupres de Madame la Princeſſe
ſa Mere. Son coeur a eſté
mis en depoſt dans une desChapelles
de ceste Egliſe , d'où il
doit eſtre porté à Port-Royal.
• On fit le lendemain un ſervice
folemnel à S. Jacques du Hautpas
où ſes entrailles avoient eſté
miſe.s
228 MERCURE
miſes dans la cave de la Chapelle
qu'elle y a fait bâtir,&on en
doit faire un autre aux Carmelites
dans quelques jours. Voicy
quelques Devifes , faites pour
cette Illuſtre Defunte , par Mr
le Franc, Eccleſiaſtique d'un rare
merite, & d'une grande probité,&
qui a paſſé ſes premieres
années au Barreau .
Un Phénix au milieu des flames
que les rayons du Soleil ont
allumées , avec ces mots , Lumen
& ignis mors & vita mihi , qui
marquent que ſi cette Princeſſe
a avancé la fin de ſes jours par
ſes continuels exercices de foy
& de charité , elle s'en eſt attiré
un bonheur qui ne finira jamais..
Un Aigle , qui apres avoir
rompu ſes liens , prend ſon effor
vers le Soleil , avec ces paroles,
Vt lace fruatur in fonte ,qui font
voir
GALANT. 229
voir que cette Princeſſe eſt allée
joüir de la lumiere dans ſa
fource méme.
Une Colombe qui s'éleve dans
les airs.Facta est immensi copia cali.
Elle joüit maintenant du Ciel.-
Une Lune éclipſée .Mea lumina
Fraterfolus habet , pour faire
connoiftre l'entiere confiance
qu'elle avoit en Monfieur le
Prince.
Cette mort a eſté ſuivie de celledeMr
leMarquis deCoëtquin..
-Madame la Marquiſe de Coëtquin
ſa Veuve , eſt Fille de Madame
de Rohan,& Soeur deMadame
de Soubize.
Ce n'eſt pas feulementicy qu"-
on a fait des pertes confiderables
pendant ce Mois. Il s'en eſt
faite une tres-grande à Lyon en
-la perſonne de Madame de Bologniny.
C'eſtoit une Dame route
230
MERCVRE
te aimable ,jeune vertueuſe , &
auſſi ſpirituelle que belle.Elle eftoit
de la Maiſon de Charreton,
qui eſtant une des premieres de
laRobe,n'a paslaiſſe de ſe ſignaler
encor par l'Epée. Monfieur
de la Mote fon Pere eſtoit de la
Branche de la Terriere . Mrde
Bologniny fon Mary ne ſe peut
conſoler de cette mort. Il eſt
Puiſné des Comtes qui portent
ce nom. C'eſt une des plus nobles
& des plus anciennes Maifons
de Bologne. Le magnifique
Palais de Bologniny qui fait
un des Ornemens dela Ville que
je viens de vous nommer , & le
Comte Ainé du nom & de la Famille
, dont les dépenſes égalent
le rang qu'il tient , font voir qu'-
elle va de pair avec les premieres
Maiſons d'Italie. Ils portent
dans leurs Armes trois Fleurs de
Lys
GALANT. 231
Lys , honneur qui leur a eſté accordé
par les Roys de France, en
conſideration des ſervices ſignalez
qu'ils en ont reçeus dans les
Guerres que nous avons euës au
delàdesMonts.
Il eſt temps de vous rendre
compte des Enigmes du dernier
Mois. Le vray Mot dela premiere
, dont Monfieurle Marquis de
Saint Priest eſtoit l'Autheur , eft
dans ces Vers de MonfieurGardien.
Q
Vand on estd'illustre naiſſance,
Et qu'on met au jour de bons
Vers
Affecter pour son nom un scrupuleus
filence ;
C'est avoir l'esprit de travers..
Il est temps qu'on fe deſabuse
Dece chimériquefoucy;
E
232 MERCVRE
Et quiconque à rougir n'oblige pointsa
Muse ,
Nedoit pas en rougir aussy.
Laissezla bonte pour les crimes ,
Ne cherchez point d'eſtre lonez ;
Mais quand vous nous donnez ces En-
+
fans légitimes ,
Que du moins ils soient avoñez.
Nobles, les Filles de Mémoire
Sont des Filles de qualité.
Vous fatisferez mieux à voſtre propre
gloire .
Vousdéclarant pour leur beauté.
Elles vont graver dans leur Temple
Cette Enigme du premier rang ;
Imitezſon Autheur , ſa franchise eft
d'exemple ,
Ils'estfait honneur defon Sang.
Voicy les noms de ceux qui
ont deviné cette Enigme ſur ce
meſme Mot. Meſſieurs Gauvin
Curé de Martenay ; Du Bus le
jeune , de la Ruë du Buffy ;
L'Abbé
GALAN Τ .
233
L'Abbé d'Oyfemont ; Pertat ,
de Montargis ; L'Abbé de Rouville
; Heruy ; Gautier Secretaire
de Monfieur de Richebourg;
Necoët- Coroller , Maire
de la Villede Morlaix;& Meſdames
du Chaſtel,& Marc,Fillede
Campagne.Meffieurs le Chevalier
de Lery , & le Chevalier du
Vaudeſtrembles, l'ont expliquée
enVers. L'Estre , le Vent, l'Air, le
Soleil, te Feu , l'Eau , la Mort , &
l'Esprit, font les autres Mots qu'-
on luy adonnez .
: Mr d'Yevoſed Echevin de la
Ville de Lile en Flandre, a expliqué
la ſeconde Enigme dans ſon
vray ſens par ce Madrigal.
D
Etoute antiquité Mercure eut le
renom
D'estre un fort dangereux Larron;
Letemps n'apoint corrigéſes malices,
Et pendant qu'aujourd'huy plaisant en
mille lieux , 11
234
MERCURE
1
Ilſemble exprés pour nos delices
Avoir abandonné les Cieux ,
Ce Dieu toûjoursſenſible à la maligne
joye
Qu'on dit qu'il se faisoit autrefois de
fourber,
S'ilne nous peut maintenant dérober,
Il nous donne du moins de la fauffe
Monnoye.
Ceux qui ont expliqué cette
Enigme ſur lemême Mot , font
Meſſieurs l'Abbé Pellot; Broffard
de MontaneyiDu Perroy,de Paris
; De Courtenay ; Gravet; De
Fofſfecave- Leſven , de Morlaix;
Panthot , Medecin aggregé au
College de Lyon ; De Loynes Sr
de Paraffis; Berrier, Maiſtre de la
Poſte de Beauvais; Hardoüin de
Paris,demeurant à Orleans;Blanchard,
aîné & cadet; Jarres ; Navel,
de Corbie ; Roſe,Docteur en
Medecine ; Ameline , du College
d'Harcourt , Meſdemoiselles
Morel
GALANT.
235
Morel & Platel ; La jeune Acidalie
, de Troyes ; Loüiſe l'Enjoüće
; La jeune Marquiſe , de
Rheims ; Fredinie , de Pontoife;
La Mere charitable ; L'illuftre
Veuve de devant S. Lo ; Le Rhétoricien
de la Ruë des Roſiers;
& Baget de Mariſſé , de Beauvais.
L'explication de la même
Enigme m'a été envoyée en Vers
par Meſſieurs le Chevalier Arnoul
de Thorigny, Officier dans
Lille en Flandre ; Le Commandeur
de Coufy;Gardien;De Bares
Profeffeur de Galanterie à
Troye;Beffin,Lieutenant deClameſſy
en Nivernois ; Maillet,
Prieur de S. Lubin des Vignes;
L'Abbé Guerard ; L'Abbé Meliat
; Madame Sarrafin, de Lyon;
L'Amant fidelle & infortuné de
Paris ; Le bon Clerc de Châlons;
&Polymene.
Le
236 MERCURE
Le vray ſens de toutes les
deux a eſté trouvé par Meſſieurs
Beaumais , Seigneur de Chantelou
; De Bar ,Capitaine au Regiment
de Bourgogne ; L'Abbé
de Pezéne ; De Langes-Montmiral;
De Boiffimon; De Foffecave,
Sr de Rocheville,de Morlaix;
C.Hutuge,d'Orleans ; de la Terraudiere
, Avocat & Echevin de
Niort ; Meſdames des Oyſeaux;
Panhuis ; de Mauré ; d'Aunier;
&la Mote, (la derniere en Vers; )
L'Ariane de Sylvie; La Dame des
Quatre- Vents , d'Orleans ; Les
deux charmantes Soeurs Champenoiſes,
du Quartier S.Sauveur;
Le Secretaire fidelle ,d'Amiens;
Le Chinois de l'Etoile ; & le
Mutin de Liſette ; L'Abbé de la
Coudeliere,de Marſeille; La Belle
du Bourguet , de Provence.
Ceux dont les noms ſuivent , les
ont
GALANT.
237
ont expliquéesen Vers.Meſſieurs
Feret , d'Amiens ; Germain , de
Caën; Les Réclus de S.Leu, d'Amiens;
Minutoli;Le P.la Tournelle,
de Lyon; Potin,Avocat,&Fredin,
dit le Solitaire de Pontoife.
Les deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye, font, la premiere
de Mr Broſſard de Montaney
; Conſeiller au Prefidial de
Bourg en Breffe,& l'autre de Mr
G.de Chambery.
ENIGME.
En'aygozier, langue, ny bouche,
Cependant jem'expliquebience
Maisilfautme contraindre, ou je ne
diray rien
Lors que jesuis remply , je suis comme
uneSouche;
Quand je ne le ſuis pas , on se plaiſt à
m'ouiry's
De ma voixgroffiere &farouche
Ne
238 MERCURE
:
Ne laiſſe pas de réjoüir.
Bienque je nefois pas dans une grande
estime ,
Les plus grands, les plusfiers,ſont ſoûmis
àmes Loix ;
Et quand onfait refus d'obeir àmavoix,
Cerefus paſſepour un crime.
Lemefuisfait valoir , j'ay bienfait du
fracas,
Mais tous nos Voiſins en font las,
Etje n'aurois plus rien àfaire,
Si depuis quelque temps on ne meforçoit
pas
Aparter pour qui me fait taire.
AUTRE ENIGME .
T'Ignore absolument où j'aypris la naif-
Sance,
Je nesçaisqui je ſuis , &ne le puis ſçavoir
;
Je n'ay point de raiſon , cependant je
fais voir
Stance.
Que je suis raisonnable en quelque circon-
Selon les objets que jevois,
Le les reçois de bonne ou de mauvaiſe
grace.
Ic
GALANT.
239
Ie ne sçay ce que c'est de faire la gri-
A
mace,
Ie lafaispourtant quelquefois.
Toujours mesme panchant m'occupe jour
En quelque lien que l'on me voye,
nuit.
Qui veut m'en arracher, mefaitfaire du
bruit,
Car je fais le plaisir de ce qui fait ma
Joye.
Dans un attachementfi doux,
Iem'abandonne àmatendreſſe.
Tel qui de mon bonheur est bien ſouvent
jaloux,
Vaut moins que moy dansſon espece.
Poursçavoir qui jesuis , quand je vous
vois reſver,
Vous me voyez peut-estre, &je vous voy
demesme.
Cherchez-moy , cher Lecteur , avec un
Soin extréme;
L'affligerois bien ce quej'aime,
Si l'onnepouvoit me trouver.
Monfieur de Boiſſimon a eſté
le ſeul qui ait expliqué l'Enigme
d'orithie dans ſon vray ſens.
C'étoit
A
240 MERCURE
C'eſtoit la Neige , qui n'eſt autre
choſe que la matiere de laPluye,
épaiſſre par le froid , & portée
dans l'air au gré du vent. Il eſt
ſi ordinaire de comparer le teint
des belles Perſonnes à la Neige,
qu'on ne doit pas s'eſtonner fi
une Nymphe telle qu'Orithie
en eſt le ſymbole. Le froid ne
peut eſtre mieux repreſenté que
par Borée , qui eſt le plus froid
de tous les Vents. On a expliqué
le Raviſſement de cette
Princeſſe d'Athenes fur le Cerfvolant
, l'Eloquence , l'oyseau de
proye une Lampe ou un Chandelier
àbranches , la Renommée, la Fré
nefie ou les tranſports , la Fumée,
Le retour du Printemps , la Bruine,
laNuë , le vent, le naufrage d'un
Vaiſſeau la Perruque, la Honte, &
laPluye.
Narciffe qui ſe regarde avee
plaifir,
GALANT.
241
plaifir dans une Fontaine , eſt la
nouvelle Enigme en figure que
je vous propoſe.
Ma Lettre eſt déja ſi longue,
que je ne vous entretiendray
point aujourd'huy de cette grade
& nouvelle Carte appellée
l'ombre Ideale de la Sageffe univerſelle
, dont vous avez déja
fans-doute entendu parler , parce
qu'une choſe qui renferme
tout ce qu'il y a dans le Monde,
& tout ce qui peut tomber dans
la penſée , doit faire affez de
bruit pour obliger tous les Curieux
à en parler. Comme cette
matiere eſt ample , il ne me faut
plus que du temps pour vous en
informer à fonds. Il faut que j'examine
cette Carte avec une
profonde attention , avant que
de vous en pouvoir rendre compre
, & je ne doute point que fi
Avril 1672. L
242 MERCURE
je puis venir à bout d'en bien
faire connoiſtre l'utilité , tous
vos Amis ne veüillent avoir
chez eux un Ouvrage dont ils
feront affurez de tirer un tresgrand
profit.
La celebre & belle Hiſtoire
du Grand Theodofe,par Monfieur
l'Abbé Flechier , ſe vend depuis
quelques jours chez le Sr Cramoify.
Tout le monde court l'acheter
en foule. Il y a long- tems
qu'il ne s'eſt rien fait de fi beau .
Je ne vous tiendray point la
parole que je vous avoisdonnée
de vous faire ce Mois- cy un Article
de Modes nouvelles. La ſaifon
ne le permet pas. Bien loin
d'avoir engagé le beau monde
aux Promenades, elle a fait courir
aux divertiſſemens de l'Hyver.
L'Opéra de Bellérophon a
Paru tout nouveau , tant les Affem
NARCISSE ENIGME
LON
*1893*
THEQUR
ம்.
*
Blo
LYON
*
1893*
E
GALANT.
243
ſemblées ont continué d'y eſtre
nombreuſes . L'Ariane de Monfieur
de Corneille le jeune n'a
pas eſté moins ſuivie ; &Mademoiſelle
de Chammeſlé , cette
inimitable Actrice qui a paſſé
dans la Troupe du Fauxbourg
Saint Germain,y a tiré pluſieurs
fois des larmes de la plupart de
ſes Auditeurs. On nous y promet
apres l'Ariane , la galante
Comedie de l'Inconnu, du meſme
Autheur.C'eſt unePiece,dont on
n'a jamais veu finir les Repreſentations
qu'avec regret. La Troupe
Royale a fait paroiſtre trois
Acteurs nouveaux, qui ont eu de
grands applaudiſſemens. Vous
n'en ferez point ſurpriſe, quand
vous ſçaurez qu'ils eſtoient dans
la Troupe de Monfieur le Prince,
qui apres les deux qui joüent
àParis, eſt la meilleure qui ſoit
enFrance. Lij
244 MERCURE
La Publication de la Paix
avec l'Empereur , les Electeurs,
& les Princes & Etats de l'Empire
, fut faite icy Mercredy dernier
26.de ce Mois. Je ne vous en
dis rien aujourd'huy, n'ayant pas
le temps de vous parler comme
je le dois d'une fi grande nouvelle.
Je ſuis , Madame , voſtre
tres,&c. :
AParis ce 30. d'Avril 1679.
Avis
Avis pour toûjours ..
Opricceux
Nprie ceux qui envoyeront des
il y aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en carateres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin qu'on
ne foit plus fujer à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette fur des
papiersdiferens toutes les Pieces qu'on
envoyera .
On reçoit tout ce qu'on envoye, &
l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne ſont dans l'un ny dans l'autres
ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela . Chacun aura fon
tour , & les premiers envoyez feront
les premiers mis, à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne puiffe
differer.
On ne fait réponſe àperſonne, fautede
temps.
7
Liij
On nemet point les Pieces trop
difficiles à lire.
On recevra les Ouvrages de tous
lesRoyaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Ga.
lanteries qui ſe ſeront paſsées chez
eux , on les mettra dans les Extraordinaires.
y I
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiſſent bleſſer la modeſtie des Dames
, ou deſobliger les Particuliers par
quelques traits fatyriques.
On abeaucoupde Chanſons. Elles
auront toutes leur tour, fi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ſi ceux par qui elles
ont eſté faites veulent qu'on s'en ferve
, ils les doivent garder ſans les
-chanter ,& fans en donner de copie
juſqu'à ce qu'ils les voyent dans le
Mercure, :
TO
DE
LA
=
LYONE
*1893
ي ف
Avis
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air Italien doit regarder la page
85
La Planche des Medailles doit regarder
la page 117 .
L'Air qui commence par Le cruel
Hyver fait place , doit regarder la page
134.
Le Triomphe de Beliſe doit regarder
la page 166.
L'Enigme en figure doit regarder
la page 242 .
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.

P
Ar.Grace & Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J. D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps&
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver &debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus aur long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5. Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Er ledit SieurD Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulty Libraire de Lyon , pour
en jouir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
4. May 1679.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le