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1679, 03 (Lyon)
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2

807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
Mars 1679 .
DEL
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere.
M. D C. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DUROY.

3603
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Lferoit inutile , cher Lecteur,
de vous louer les Oeuvres
Chrestiennes & Spirituelles
de Monfieur l'Abbé de Saint
Cyran,son nom est affezconnu ſans faire
Son Eloge ; il suffit de vous dire , que vous
les trouverezseulement aurang des Livres
Nouveaux , & que pour contenter ceux
qui aurōt les lettres cy devant Imprimées ,
l'on Separera le quatriéme Tome , cependant
les trois Tomes de lettres sont bien
recorrigés &beaucoup changés.
L'on donnera tous les quinze jours le
Journal des Sçavans, 4. Ceux qui feront
dans lespaïs Etrangers , ou Ville , Bourg,
de France, où les Libraires ne vendët point
deMercure, ils pourrot s'addreſſer à Lyon
chezThomas Amaulry Libraireruë Merciere,
qui auraſoin de leur faire tenir tres
feurement, où ils voudront, & marqueront
bien leurs addreſſes ,&par la voye &commodité
qu'ils voudront qu'on les envoye;
aurontſoin enmême temps , defairepayer
aij
Le Libraire au Lecteur.
fix Mois ou une année par avance,&
l'on tiendra un registre fort fidele du
tout , comme aussi l'on leur envoyera toutesfortesd'autres
Livres dont ils auront
besoinàun prixfort raisonnable , & l'on
fera fort diligent à leurfaire tenir. Les
Mercuresſe vendront toûjours' sçavoir,
ceux de 1677.12 .fols : ceux de 1678.0
1679.20.fols : les Extraordinaires 30 .
Sols, tant separément que tous enſemble.
Plusieurs Perſonnes croyent en acheptant
pluſieurs à la fois,que l'on en ferameilleur
marché, ils se trompent ; car le Mercure
augmentera pluſtoſt que de diminuer.
L'Extraordinaire du quartier de Ianvier
1679. Se distribuera le 24. Avril.
Ie vous donneray le Mois prochain
deux beaux Ouvrages de Monfieur l'Abbé
Flechier : il nefautpas vous en dire davantage
pour avoir envie d'en avoir : le
Mois qui vient , vous en sçaurez le nom,
ily aquelques perſonnes,quiſeſontplaint
de ce qu'ils avoiet fait acheter à Lyon des
Livres qu'ilsavoiet ven nouveaux dans le
Mercure,&que l'on ne leur avoitpas envoyédes
belles Impreſſions ny des veritables,
il faut s'addreſſer pour cela à Lyon
ruc Merciere à la Victoire, &non ailleurs,
&
1
Le Libraire au Lecteur .
&dasles Provinces chez les Libraires qui
vendet le Mercure, & de cette maniere ils
auront ce qu'ils souhaitent ſans craindre
que l'on leur donne l'un pour l'autre.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Mars 1679 .
Les Oeuvres Chreſtiennes & Spirituelles
de Monfieur l'Abbé de Saint
Cyran 12. 4. Vol .
-- Idem le quatriéme Tome ſeparé.
Meditations pour tous les Jours de
la ſemaine Sainte , 12 .
Journal des Saints du R. P. Groſet
de la Compagnie de Jeſus, reveu ,corrigé
& augmenté , 12. 3. vol .
La Nouvelle Vie des Saintsen quatre
Volumes in octavo , par ces Mefſieurs
avec des reflexions Chreftiennes
fur la vie de chaque Saint ; Ce n'eſt
pas celle qui a parul'année paffée;c'eſt
une nouvelle , puiſque à l'autre, il n'y
avoit que trois Volumes & à celle- cy
& tirez des meilleurs & des
quatre
plus fidelles Auteurs .
Le vray Devot conſideré à l'égard
du Mariage, & des peines qui s'y rencontrent
, 12 .
aiij
Du Culte des Saints,&principalement
de la tres ſainte Vierge par ces
Meſſieurs .
Le Vray Devot en toute forte d'état
ſelon l'Ecriture Sainte & les Peres
de l'Eglife , 8 .
| Le 3. Tome du Roman Comique de
Scaron de Monfieur de Preſchat, 12 .
Les Exilez 12.6 . Vol. reliéen trois
de Madame de Villedieu : ſi vous les
avez veu dans le Mercure de Janvier
come nouveaux, & fije les mets encore
dans celuy de Mars , c'eſt que je les ay
fait imprimer à Lyon,qui ſe donneront
àbeaucoup meilleur marché,puiſqu'ils
valent de Paris fix livres , & de Lyon
je vous les donneray les fix Volumes
reliés en trois pour 45.fols, & le cinq ,
&le fixiéme Tome ſeparez reliés en un
20. fols ils font tres bien Imprimés de
la même Lettre que le Mercure, ce font
les prix juſtes ſans marchander.
La Troade Tragedie de Monfieur
Pradon 12. le prix eſt auſſi ſans marchander
, 15. fols .
Reflexions furla Religion Chrétienne
, contenant l'explication des Propheties
de Jacob, & de Daniel , fur la
venue du Meſſie, 12. 2. vol.
TABLE
***********
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.
S
Vite des Divertiſſemens du Carnaval
, I
Lettre en Profe & en Vers ,ſur le mesme
Sujet ,
LeMasque Démon, Histoire,
S
16
L'Habit deMasque , Galanterie, 24
Madrigal, 28
Suite des Réjoüiſſances de Noyon. 29
Magnificences faitesà Montpellier , 31
Cerémonies obſervées à Toulouſe pour la
Publication de la Paix , 35
1 . Réjouiſſancesfaites àAgde pour le mefmeſujet
, 43
Vers de M. de Corneille l'aisné , 48
Lettre en Profe & en Vers , à Madame
de....
SS
Mort de M. de Montmort Doyen des
Maîtres des Requestes , 61
M. le Comte de la Serre est reçen Conloufe,
L'Amante infidelle , Histoire ,
Seillerd'honneurau Parlement de Tou-
Tombeau de M. le Marquis de Mon-
62
64
taut
80
a iiij
TABLE.
Fragment d'une Lettre écrite à M. le
Mareſchal de Navailles , 82
Mort de M. l'Evesque & Comte deTre-
85
86
Mortde M. deParmangle Gouverneur
guier ,
de Limoges,
Gouvernement de Limoges donnéàM. de
Niert , 87
Mortde M. le Prince d'Epinoy , 88
BelleAction de Meſſieurs de la Cour des
Aydes , 89
M. le Comte de S. Aignan est reçen Duc
Pair au Parlement , fous le nom de
Duc de Beauvilliers , 91
Lettrede la Reyne de Portugal à M. le
Duc de S. Aignan , 94
Inpromptu de M. le Duc de S. Aignan
fait devant le Roy , 97
Autre du mesme , 99
Stances , 100
Entrée de Madame la Ducheſſe deMekelbourg
à Hannover , 102
Tailles douces en Tableaux,
IIS
Monseigneur le Dauphin va une ſeconde
fois à l'Opera de Bellerophon, 119,
Baptefme du Fils de MaleComtede Moreüil,
fait dans la Chapelle dis Palais
Royal , 121
Opera
TABLE.
Opera representé à Castelnaudary .
ibid.
Abregé de toute l'Histoire de France en
Vers,preſenté au Roy par M. de Berigny,
123
Inpromptu, ibid.
Epitaphe d'une Belle vivante , 125
Mort de la Duchefſse Donairiere de
Parme, 126
Avanture arrivée àcing Chevaliers de
Malte , 127
Vers contre la ſeiziéme Concluſion des
Theſes galantes du Mercure du Mois
de Fevrier , 130
Autres du mesme Autheur ſur le mesme
fujet , 132
Arrivée deM. le Marquis de Montaubanà
Besançon ,
Le Soleil & les Planetes , Fable,
134
142
L'épreuve dangereuse , Histoire , 145
Medailles nouvellement venues d'Allemagne
, 164
Eveſchez & Abbayes données par le
Roy, 171
Mort de M. l'Eveſque de Gap , 180
Dialogue qui doitſervir à un Concert de
Guitarres qui doit eſtre donné tous l'es
quinzejours au Public, 181
Derniere
1
TABLE.
Derniere Action de Guerre faite en Allemagne,
187
Retour de M. le Mareſchal de Humieres,
188
Maladie de Monseig. le Dauphin. ibid .
beuf, 189
Baptefme du Fils de M. le Prince d'El-
L'Academie de M. de Longpréva loger
dans le lieu où estoit cy- devant celle
de M. Foubert , 190
Sermon de M. l'Archevesque de Paris,
192
Deviſeſur ceſujet,
Autre Devise ,
Mort du R. Pere Combéfis ,
ibid .
194
ibid.
Mort de M. le Marquis de Raray . 195
Mariage deM. de Bechamel & de Mademoiselle
le Rageois de Bretonvilliers,
197
Mariage de M.le Comte de Pietra- San-
Eta , & de M. la Comteſſe de Marle,
20.0
Entréede Meffieurs les Ambaſſadeurs de
Hollande ,
205
Baptefme du Fils de M. Veydeau dans la
Chapelle du Vieux Chasteau de S. Germain
, 214
Etabliſſement d'une Chambre Souveraine
pour
TABLE.
:
pour jugerquelques Perſonnes arrestées
pour lepoison, 219
Explication en Vers de la premiere E
gime ,
221
Noms de ceux qui en ont trouvé le vray
Sens , 222
Explication en Vers de la ſeconde Enigme
, 223
Nomsde ceux qui ont trouvé le vray ſens
des deux , 224
Noms de ceux qui ont trouvé le vrayſens
de l'Enigme en figure , 226
Enigme , 227
Autre Enigme, 229
Avanture du Carnaval , 230
Concluſion de l'Histoire des Sevarambes,
232
Articles remis au Mois prochain, 233
Finde la Table,
Avis
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence par Ab que
LtHyver est ennuyeux , doitregarder
la page 27 . i
LeTombeau de Monfieur le Marquis
deMantaut doit regarder la page
80 .
L'Air Italien doit regarder la page
126
La Planche des Medailles doit regarder
la page 164 .
L'Enigme en figure doit regarder
lapage 227.
MERCU
MERCURE
MARS.
HERUB
D 167OLYON
F
*
OUS volls en
ſouvenez , Madame
. Ma derniere
Lettre contient de
ſi longues deſcriptiõs
de ce qui ſe paſſa chez Monſieur
le Prince de Strasbourg, le
jour de la Maſcarade de Monſeigneur
le Dauphin,& des magnificences
du grand Bal qui ſe
donna chez le Roy le Mardy-
Mars 1679. A
2 MERCURE
lat
gras , qu'elles ne me laifferent
point le temps de vous entretenir
alors des autres réjoiſſances
du Carnaval . C'eſt ce qui
m'oblige à vous parler aujourd'huy
non pas de toutes, mais au
moins de quelques-unes. Quoy
que la ſaiſon en ſoit paſſée , il
n'eſt iamais trop tard d'aprendre
ce qu'on ne ſçait point , & ce
qu'on ignore eſt toûjours nouveau
. A voir les Perſonnes les
plus qualifiées de la Cour , &
tout ce qu'il y a de beau monde
à Paris chez Monfieur de Strasbourg,
le jour de la Feſte dont ie
vous ay appris les circonftances
, on auroit crû inutile d'aller
chercher d'autres Aſſemblées .
Cependant il y avoit Bal ce méme
iour chez Mr de Pommereüil
Capitaine aux Gardes , &
la foule des Gensde la premiere
qualité
GALANT
3
qualité y fut tres-grande.La Salle
eſtoit magnifiquement ornée,
&les Dames en fort grand nombre.
Je ne vous dis rien des Violons
, il y en a peu de meilleurs
en France. Vous ſçavez
qu'on les eſtime , & que le Roy
ne dedaigne pas quelquefois de
s'en ſervir en campagne . Le Dimanche
gras , il y eut un concours
extraordinaire de monde
aux Gobelins chez Mr le Brun .
Pluſieurs Ducs & Pairs , Maréchaux
de France, & autres Perſonnes
du premier rang , honorerent
cette Aſſemblée de leur
preſence. Elle fut tres-agreablement
divertie , & l'on y dança
un Balet de l'invention & de la
compoſition du Sieur de Beauchamp.
La Paix en avoit fourny
le ſujet.La Muſique, la Dance ,&
le reſte des Arts , venoient ren
A ij
4
MERCURE
dre hommage à la Peinture , &
ſe réjoüir de l'occupation que
luy alloit donner, auffi bien qu'à
elles,le calme qu'on voyoit preſt
à ſe répandre par tout . Les Plaifirs
ne ſe ſont pas renfermez entierement
à Paris. Ils ont eſté
plus loin , & le voiſinage de S.
Germain a communiqué l'uſage
de la galanterie à Poiffy. Ce que
j'ay à vous en dire en eſt une
preuve. Quoy qu'il ne s'agiffe
que d'un divertiſſement particulier
, il n'en merite pas moins
la curioſité que vous avez pour
tout cequi vous eſt inconnu. Si
je ne vous apprenois que ce que
font les Roys & les Princes , je
ſerois toûjours prévenu par la
voix publique , & je n'aurois ja-r
mais que l'avantage de vous inſtruire
de quelques circonftances,
qui font fort rarement ſçûës,
ou
GALAN Τ.
5
où qui ne le ſont que confufé-.
ment. Il eſt des divertiſſemens
où l'eſprit, l'invention , & la galanterie,
tiennent lieu d'une exceſſive
deponſe , & que ces trois
choſes rendent auſſi agreables
que cette éclatante magnificence
où tout le monde ne ſçauroit
atteindre . Tel a eſté celuy de
Poiſſy. Vous en trouverez les
particularitez dans cette Lettre .
7
A MADEMOISELLE
D. R****
A Pontoiſe le 16. Fevr. 1679 .
L ne ſe peut rien de mieux con-
Mascarade que vous avez faite
en cette ville. Les Perſonnes de
l'un & de l'autre Sexe qui la
compofoient, ont fait remarquer un
A iij
6 MERCURE
fi bon air dans la Dance , & tant
d'agrément dans leurs manieres,
qu'ellesſeſont attiré l'admiration
de tous ceux qui ont eu le bonheur
de les recevoir.
On ne doit point s'en étonner;
Ce que vous voulez ordonner,
S'execute toûjours de la belle maniere.
Vos regards reglent tous les pas.
Et voſtre voix fournit une juſte carriere
Aceux qui ſans vos ſoins ne la trou
veroient pas .
Vous jugez bien , belle Iris , où je
veux aller. De bonnefoy l'on vous
doit tout lefuccés de cette agreableMascarade.
Elle est le fruit
d'un moment de voſtre application,
& il vous est fi naturel d'en lier
de Semblables par tout où vous
vous rencontrez , qu'on doitsefaire
un ſenſible plaisir d'estre té
moin
GALANT.
7
moin de ces galantes Metamorphoses.
Oüy , l'on doit defirer pour avoir de
beaux jours,
D'entrer dans toutes vos Parties.
Elles ſont ſi bien aſſorties,
Queje les croy l'ouvrage des Amours.
Vous ne me connustes pas Mardy
dernier, quand je vous dis là deffus
tout ce que je penſois chez M²
G. Sous le nom de l'Inconnu masqué.
Vous sçavez que l'avantage
que j'eus d'y paſſer deux ou trois
heures à vos pieds , me fit des jaloux.
Il ne tint pas à may que vous
n'entendiſſiez des veritez tres- ef-
Sentielles , mais toute voſtre curio
fitéſe borna à vouloir apprendre
quels ont esté les Divertiſſemens
de Poiſſy. Vous me chargeaſtes du
foin de vous en envoyer la Relation.
Je m'en acquite.
A iiij
8 MERCURE
Le Feudy gras un Officier des
Gardes du Corps donna le Bal aux
Belles du Lieu queje viens de vous
nommer. Fy allay avec Meßieurs
les Chevaliers de Maſſigny & de
Berthenonville , qui ne contribuerent
pas peu aux plaiſirs de l'Affemblée.
On paſſa toute la nuit à
dancer,& le jour avoit paru avant
qu'onſeſeparast. Le Dimancheſuivant
il y eut Comedie chezMonfieur
de Montaigu. Le Theatre
estoit dreſſsé dans une Salle magnifique
, & on avoit fait venir des
Fluftes , des Hautbois , & des Violons
de S.Germain, pour joüer entre
les Actes. Cinna, le chef- d'oeuvre
de toutes les Pieces de Theatre, fut
repreſenté. Trois belles Perſonnes
faisoient Livie, Æmilie,& Fulvie ,
Des Officiers des Gardes avoient
étudié des Rôles d' Auguſte,de Cinna
, & de Maxime, & ils s'estoient
fi
GALANT.
9
1
able fi bienconcertez, qu'une veritable
Troupe de Comediens auroit eu pei
ne à mieux reüffir.Cette Reprefentation
fut ſuivie d'un applaudiſſement
general. Monfieur le Chevalier
de Maffigny en fit des congratulations
particulieres aux trois
aimables Actrices , & leur propoſa
le Bal pourle foir. Elles l'accepterent
chez l'une d'elles. Toutes les
Belles de Poiſſy y vinrent mafquées
. Apres qu'on eut dancé quelque
temps , on commença de faire
place à un Oublieux , qui s'attira
les regards de tout ce qu'il y avoit
de Gens dans la Salle. La propreté
de fon Corbillon faisoit connoiftre
que ce n'estoit pas un Oublieux
du commun. Ses poches estoient garnies
de Limons & de Citrons doux,
& il avoit une Ceinture de Bouteilles
de Vin Muscat, de Vind Efpagne,&
de Vin de Canarie. Il aw-
Av
10 MERCURE
roit bien voulu faire une Entrée
en cet eftat , mais le fracas estoit
trop à craindre , & d'ailleurs les
Belles avoient plus d'envie de
joüer le Corbillon,que de voir dancer
l'Oublieux. Il s'approcha d'une
Table, & leur preſenta trois Dez
de Sucre candy dans un Limon confit
, qui tenoit lieu de Cornet. Vous
jugez bien qu'on nes'enfervit pas
longtemps fans vuider le Corbillon
. Il eſtoit remply de Biscuits, de
Macarons , & de Maſſepain. Les
Bouteilles ſuivirent , apres leſquelles
ce fut aux Limons & aux Citrons
à defiler. Ils fortirent auſſitoft
des poches de l'oublieux , &
paſſerent dans les mains des Belles.
Vn Billet attachéfur chacun
des trois premiers , fit connoistre
qu'on les avoit deſtinezaux trois
aimables Actrices. Voicy ce que
contenoient les Billets.
POUR
GALANT.
2
POUR MADEMOISELLE R.
IEE
viens icy, belle Livie,
Chercher aupres de vous les Jeux &
les Plaiſirs .
Si vous ſecondez mes defirs ,
Mon fort ſera digne d'envie.
POUR MADEMOISELLE I.
Æ
Milie eſt l'objet de mes tranfports
ardens,
Ma peau fait voir ce que je ſens pour
IE
elle.
Cependant je crains que la Belle
Ne me déchire à belles dents.
POUR MADEMOISELLE B.
E fuis , agreable Fulvie,
Le plus charmant Limon que vous
verrez jamais.
J'ay de la douceur, des attraits ,
J'ay la peau bien faite&polie,
Je ſuis un mets delicieux ,
J'entre dans le Nectar des Dieux,
Jeme donne à qui me careſſe,
Et ce qui doit me rendre cher,
C'eft
12 MERCURE
C'eſt que je me fais écorcher
Pour marquer ma delicateſſe.
Les Limons & les Citrons qui
restoient , furent diftribuez à toute
la Compagnie,qui preſſa tellement
l'Oublieux de ſe demaſquer , qu'il
fut enfin contraint de ceder aux
empreſſemens des Belles. C'estoit
Monfieur le Chevalier de Berthenonville.
Il ſoûtint la plaisanterie
qu'il avoit faite par mille
agreables choses qu'il leur dit . On
continua le Bal,qui fut de nouveau
interrompu deux heures apres par
l'entrée d'un Vendeur d'Eau de
vie,qui parut dās un équipage des
plus grotesques. Il avoit des Bas
bleus , une Culote rouge , un Fuste
au corps de Bufle , & un Bonnet à
la Dragonnette.Ilportoit uneMane
remplie d' Amandes d'Espagne,
d'Anis de Verdun , d'Oranges de
Portugal , & de Bouteilles d'Hy.
poeras
1
GALANT.
13
pocras & de Roffoly de Turin. La
Mane estoit couverte d'une Ialoufie
de foye pour empefcher les larcins
, & ilfalut la lever pourjuger
fi cetteſeconde galanterie valoit
celle de l'Oublieux , Ces Vers
furent trouvezpour Infcription à
l'ouverture de la Mane.
Cette Liqueur eſt pour les Belles.
Elles pourront trouver de la douceur
chez moy,
Je vous le dis debonne foy,
LaLiqueur qudee je porte eſt fortpropre
pour elles.
C
Il n'en falut pas davantage
pour expliquer aux Belles ce qu'elles
avoient à faire. Le Vendeur
d'Eau de vie leur preſenta des
Vases de Glace de diférentes figures
, & les remplit d'Hypocras &
de Roſſoly. L'Anis de Verdun, les
Amandes d'Espagne , & les Oranges
de Portugal , furent en suite
aban
14 MERCURE
abandonnées au pillage. Il y eut
un peu de confusion , puis que les
Oranges qui estoient marquées pour
les Actrices , ne tomberent pas d'abord
entre les mains de celles à
qui elles s'adreſſoient. Ce defordre
fut incontinent reparé. Chacune
eut la fienne , accompagnée
d'un Billet. Les Vers qui ſuivent
yfurent leûs. :
POUR L'AIMABLE LIVIE.
Ndoit peu me porter envie
Deme voir fi bien avec vous .
C'eſt pour me déchirer , trop cruelle
Livie,
7
Quevous me faites les yeux doux.
POUR LA BELLE ÆMILIE.
S'Expofer à la mortpour venir vous
C'eſt tout ce que j'ay fait, ce que je fais
2
encore.
Chere Æmilie, helas ! j'aime,je vous
adore,
Cepen
GALANT.
15I
1
Cependant vous voulez me perdre &
m'écorcher .
Hé bien , paſſez - en voſtre envie,
Je trouveray chez vous une plus douce
vie.
BLIOT
LYON
POUR LA CHARMANTE
Q
FULVIE.
Vand on eſt belle comme un
Ange,
Quand on a l'eſprit fin , les yeux brillans
& doux ,
On peut en dépit des Jaloux
Prétendre à la Pomme d'Orange,
Fulvie, & ce preſent n'eſt deſtiné qu'à
vous.
Le Vendeur d'Eau de vie diſparut
pendant que la Compagnie
examinoit ſes Billets . On s'apperçeut
un peu tard qu'iln'estoit plus
dans la Salle. On le chercha , on
courut apres luy , mais fort inutilement.
Il avoit ſçeu d'un Cavalier
que vous eſtiez à Herouville,
& que vous y deviez paſſerle re-
Ste
16 MERCURE
fte du Carnaval. Il prit le party
de vous y aller chercher. Vous n'y
eſtiez plus. Vostre aimable Troupe
faisoit une Mascarade chez
Monsieurde Vierſet Gouverneur de
Pontoise. Ily alla, & eut l'avantage
de vous parler. C'est un plaifir
dont la confufion des Masques
ne le laiſſa joüir qu'un moment.
Le Bal que Mr G. donna le Mardy
dernier , luy fournit une occafion
plus favorable de vous expli
quer fes fentimens. Ilpaſſa aupres
de vous quelques heures qui luy firent
des envieux. Vous ne le reconnustes
point , & il est bon de vous
dire que l'Inconnu masqué de ce
jour-là , ở le Vendeur d'Eau de
vie du Bal de Poiſſy , ne font autre
choſe que voſtre , &c .
FREDIN.
Pendant qu'on s'eſt diverty fi
agreablement à Poiffy, il ne faut
point
GALAN T.
17
point douter que les Affemblées
qui ſe ſont faites dans les autres
Villes, n'ayent produit desavantures
de toute eſpece . Ce qui
eſt arrivé à Morlaix en Baſſe Bre .
tagne , eft fort fingulier. Voicy
ce qu'on m'en écrit . Unedes jolies
Femmes de la Ville , ayant
la taille petite , mais degagée, &
le viſage auffi beau , que l'eſprit
aifé& infinuant, donnoit à joüer
chez elle un des derniers jours
du Carnaval. Sa douceur qui luy
gagne tous les coeurs , luy attirant
ordinairement plus de viſites
qu'elle n'en vouloit recevoir , il
ne faut pas s'étonner ſi elle eut
ce jour - là une Affemblée fort
nombreuſe. Elle ne manquoit
pas de Proteftans , qui tous attendoient
, pour luy faire leur
,
declaration en forme qu'on
euſt des nouvelles aſſurées de la
mort
18 MERCURE
mort de fon Mary. Il s'eſtoit embarqué
il y avoit déja pluſieurs
années , & le filence qu'il avoit
gardé depuis ſon depart faifoit
prefumer qu'il avoit pery. Cependat
la Dame obſervoit beaucoup
de regularité dans fa conduite
, & il ne luy faloit pas
moins que les Privileges duCarnaval
, pour l'autoriſer à faire
chez elleuneAfſſemblée pareille
à celle dont je vous parle. On
venoit de deſſervir une grande
Collation qu'elle avoit donnée
apres trois heures de Jeu , quand
on vit entrer un Maſque qui luy
preſenta un Momo.Il avoit trouvẻ
la porte ouverte,& ne s'eſtoit
point mis en peine de faire demader
ſi on le voudroit recevoir.
Sabruſque entrée n'étonna perſonne.
La ſaiso permetoit ces fortes
de libertez,& dans les petites
Villes
GALANT.
19
Villes on eſt bien venu par tout
avec le maſque.La Dame reçeut
le Momon , & le gagna. LeMafque
la pria d'en joüer un autre
qu'il perdit encor. La meſme
choſe luy eſtant arrivée cinq ou
fix fois , parce qu'il broüilloit les
Dez avec tant de promptitude,
que quand ils tournoient favorablement
pour luy , il ſembloit
ne s'en pas apercevoir , d'autres
voulurent joüer à leur tour,mais
ils n'y trouverentpas leur compte.
Le Maſque gagna, & ne perdit
que contre la Dame qu'il en
gagea de nouveau au jeu. La
gayeté avec laquelle il ſoûtint
la perte qu'il continua de faire
contre elle, ne laiſſa aucun doute
qu'elle ne fuſt volontaire . On
s'en expliqua tout haut. Il l'entendit
, & prenant un ton diférent
de celuy dont il s'eſtoit ſervi
juſqu'a
20 MERCURE
juſqu'alors , il déclara qu'il eſtoit
le Maiſtre des Richeſſes,qu'il ne
les aimoit que pour en faire part
à la Dame, & qu'il ne diſoit rien
qu'il ne s'ofriſt à juſtifier par les
effets . En meſme temps il découvrit
pluſieurs Bources toutes pleines
de pieces d'or , qu'il demanda
à joüer en un ſeul Momon,
contre tout ce que la Maiſtreſſe
du Logis voudroit hazarder. La
Dame embaraſſée de cette déclaration
, renonça au jeu. On
examina le Maſque avec plus
d'attention ; & une Femme de la
compagnie , que l'âge & beaucoup
de tempérament rendoient
ſujete à ſe faire des réalitez de
ſes viſions , l'ayant regardé depuis
la teſte juſqu'aux pieds,devint
pafle , tremblante , & telle..
ment éperduë , qu'elle demeura
quelque temps ſans pouvoir parler
GALAN Τ. 21
ler. La parole luy eſtant revenuë,
elle dit tout bas à ſa Voiſine,qu'il
n'y avoit point à douter que le
Maſque ne fuſt le Diable ; qu'il
l'avoit marqué en declarant qu'il
eſtoit le Maiſtre des Richeſſes ,
& que ſi elle y vouloit prendre
garde , elle luy trouveroit des
grifes au lieu de pieds. Le Diable
maſqué avoit pris une chauf
fure bizarre qui convenoit en
quelque maniere avec ce que
les Peintres ont accouſtumé de
nous repreſenter du Démon, &
c'eſtoit là-deſſus que la credule
Viſionnaire avoit appuyé ſon jugement.
Ce qu'elle dit paſſa en
un moment d'oreille en oreille.
Apparemment elle trouva des
foibles comme elle , puis qu'on
propoſa d'appeller du ſecours
pour l'Exorcifme . Ce mot fit
connoifſtre au Maſque ce qu'on
s'eſtoit
22 MERCURE
s'eſtoit figuré de luy.Il commença
tout de bon à faire le Diable,
parla pluſieurs Langues dont
quelques-unes eſtoient inconnuës
, & apres quelques raiſons
expliquées ſur ce qui l'avoit obligé
de quiter l'Enfer , il ajoûta
qu'il venoit particulierement demander
une Perſonne de la Copagnie,
qui s'eſtoit donnée à luy ,
proteſta qu'elle luy appartenoit,
& qu'il ne deſampareroit point
qu'il ne l'euſt , quelque obſtacle
qu'on y apportaſt. Chacun regarda
la Dame. Ces menaces
ſembloient s'adreſſer à elle, & le
Maſque les avoit prononcées
d'une voix creuſe qui embaraffoit
les moins fufceptibles de
frayeur. Les uns ſe taiſoient , les
autres ſe parloient bas , & celle
qui avoit donné ouverture à la
diablerie, crioit continuellement
à
GALAN T.
23
à l'Exorcifme . L'hiſtoire porte
que ſans conſulter perſonne, elle
fitvenir des Gens d'un caractere
à faire fuir les Démons ; que le
Diable prétendu leur répondit
fort pertinemment , & qu'apres
s'eſtre diverty quelque temps
de leurs zelées conjurations , il
leva le maſque , ce qui finit l'avanture
par un fort grand cry
que fit la Dame. C'eſtoit ſon
Mary qui avoit paſſe d'Eſpagne
au Pérou. Il s'y eſtoit enrichy, &
revenoit chargé de tréſors. En
arrivant il avoit appris que ſa
Femme régaloit ſes plus particulieres
Amies. C'eſtoit un des
derniers jours du Carnaval . Cette
ſaiſon favorable aux déguiſemens
, luy fit naiſtre l'envie de
voir la Feſte ſans eſtre connu, &
il avoit pris pour cela le plus croteſque
habit qu'il euſt pû trou
ver
24 MERCURE
ver. Toute l'Aſſemblée luy fit
- compliment,& comme il n'eſtoit
pas ſi diable qu'on l'avoit crû, on
Iuy abandonna la Dame qu'il venoit
chercher,& qu'il avoit dit ſi
hautement qui s'eſtoit donnée à
luy.
J'adjoûte à cette Avanture
une galanterie du Carnaval. Un
Amant fit faire un Habit de
Maſque par le Tailleur de ſa
Maiſtreſſe , ſans qu'elle en ſçeuſt
rien . Ill'ordõna auffi magnifique
que galant, & quand il fut fait, il
propoſa de courir le Bal fur le
champ en équipage affez propre
pour le faire remarquer. La Belle
s'en excuſa ſur ce qu'elle n'avoit
point d'Habit. Le Cavalier dit
qu'il n'avoit qu'à en emprunter
un à Mademoiselle de Chammeſlé.
En meſme temps il écrivit
un
:
GALANT.
25
un Billet , & envoya fon Laquais
qui avoit le mot.La Belle le railla
de ſa cofiace, ſouſtint qu'il auroit
la honte d'eſtre refusé,ou que s'il
ne l'eſtoit pas , comme un habit
propre ne ſe doit jamais demander
pour courir le Bal, on luy en
envoyeroit un ſi vilain , qu'elle
luy déclaroit d'avance qu'il la
prieroit inutilement de s'en fervir.
Le Cavalier luy promit de la
laiſſer dans une entiere liberté
de rompre ou d'éxecuter la partie
, ſi elle ne pouvoit s'accommoder
de ce qu'il avoit envoyé
chercher. Le Laquais revint , &
apporta l'Habit que ſon Maiſtre
avoit fait faire par le Tailleur.
La Belle en admira la beauté , &
fut fort ſurpriſe de le trouver
auſſi juſte que s'il avoit eſté fait
pour elle. Vous jugez bien qu'elle
lotia plus d'une fois l'honneſ-
Mars. B
26 MERCURE
teté de l'obligeante Prétieufe .
Elle crût y devoir répondre en
prenant des ſoins extraordinaires
de ne point gaſter l'Habit.
Elle y reüffit , & eftant contente
de ſa propreté, elle le renvoya le
lendemain à Mademoiselle de
Chammeflé , avec de grands remercimens
en ſon nom, du plaifir
qu'elle avoit bien voulu luy
faire. Mademoiselle de Chammeſlé
qui ne ſçavoit ce qu'on
luy vouloit dire , répondit qu'on
ſe méprenoit , & qu'elle n'avoit
preſté aucunHabit. Ainfi celuy
de la Mafcarade fut reporté à la
Belle à qui il fut inutile de le
vouloir rendre au Cavalier. Il le
refuſa autant de fois qu'il fut apporté
chez luy ,& la Belle a efté
contrainte de le garder.
Il faut vous faire part des fouhaits
qui ont eſté faits pour le
retour
GALANT.
27
:
retour du Printemps où nous
commençons d'entrer. Les Paroles
ſont de Monfieur Noël ,
Homme d'un fort grand merite ,
& que je vous ay déja dit que la
Ville de Chartres avoit choify
pour ſon Avocat. Elles ont eſté
miſes en Air par Monfieur le
Redde.
A
AIR NOUVEAU.
H, que l'Hyver est еппиусих!
Durera-t-il longtemps encore ?
Haftez-vous, ô divine Flore ,
Devenir regner en ces lieux.
Ramenezavecnousla Beauté que j'adore,
Rameneznos Ris & nos Ieux.
Ah, que l' Hyverest ennuyeux !
Les Fleurs dans teurs boutons ſe cachene
à nos yeux ,
Mais à voſtre retour nous verrons tout
éclore.
Si le plaiſir de voir renaiſtre
la belle Saiſon peut eſtre regar
Bij
28 MERCURE
dé comme un bien, jugez quels
voeux on a eſté capable de former
pour obtenir la fin de la
Guerre. Voicy ce que Monfieur
Broſſard de Montaney , Conſeiller
au Préfidial de Bourg en
Breſſe , a dreſſé là-deſſus au
Roy.
MADRIGAL .
Aiffez prendre haleine à l'Hiftoire,
Et donnez-vous grand Prince un moment
derepos ;
Celuy qu'onprend au faiſte de la Gloire,
Nefied jamais mal aux Héros.
Content d'avoir bravé les efforts inutiles,
De ces Princes jaloux qu'affligent vos
Exploits,
Par grace accordez-leur quelqu'une de
ces Villes
Que vous avezfoûmiſes àvos loix.
A quoy qu'en leur faveur vostre bonté
s'étende,
En
GALANT. 29
En leur quittant un Bienqu'ils perdroient
pour toûjours,
C'est peupour Vous, Grand Roy ; tout çe
qu'on vousdemande!
YON
Apeine vous coûte huit jours
1803 7714
93%
Puis que la fingularité des
Amazones de Noyon , dans les
réjoüiſſances de la Publication
de la Paix, vous a paru une cho.
ſe ſi digne d'eſtre remarquée , il
faut vous apprendre la ſuite de
cette Fefte. Apres que les belles
Perſonnes qui compoſoient la
galante Troupe , dont je vous
parlay le dernier Mois , eurent
pris des Billets à l'Hoſtel de
Ville pour aller loger dans les
meilleures Maiſons , elles reçeurent
parmy elles quelques Officiers
du Regiment de Navarre,
arrivez depuis peu, qui leur de
manderent permiffion de les accompagner
la Halebarde à la
B iij
30 MERCURE
main. Elles marcherent toûjours
dans leur premier ordre , & vinrent
au Bureau des Aydes , où
apres qu'elles eurent fait pluſieurs
décharges , on les régala
d'une tres-magnifique Collation .
Une autre Troupe de Demoifelles
habillées en Bergeres , s'y
rencontra , & on y dança fort
longtemps au fon des Hautbois
& des Violons.Depuis ce tempslà
il n'y a eu à Noyon que Bals,
Feſtins , Feux de joye , &Mafques.
Les Païfans des Villages
des environs ont voulu prendre
part àtoutes ces Feſtes , & lors
qu'on ypenſoit le moins , ils ont
fait Entrée dans la Ville , d'une
nouveauté fort particuliere. Ils
eſtoient tous habillez de deüil,
& conduifoient un Eſtapier ,
qui eſt unHomme eſtably pour
diſtribuer les Vivres aux Soldats
GALANT. 31
dats pendant la Guerre. Pluſieurs
Tambours qu'on avoit
couverts de noir, les précedoient
. L'Eſtapier monté ſur
un Cheval couvert auſſi d'un
Drap noir parfemé de larmes ,
eſtoit en meſme équipage que
les Païfans , & crioit par tout,
La Guerre est morte . On luy
répondoit par des Vive le Roy,
vive la Paix que le Peuple
faiſoit retentir de tous les
côtez.
د
La Publication de celle d'Efpagne
s'eſt faite à Montpellier
avec les meſmes ceremonies qui
avoient eſté obſervées à la premiere
. Le Greffier Domanial de
la Seneſchauffée , à qui ſeul
appartient le droit de faire ces
fortes de Publications , fit les
Cris accoûtumez , & leût enſuite
cequi avoit eſté envoyé de la
Bij
32 MERCURE
د
part du Roy. Mais il ne fe peut
rien de plus magnifique que le
Te - Deum qui fut chanté dans
l'Eglife Cathédrale de S.Pierre .
Monfieur le Cardinal de Bonzy,
Archeveſque de Narbonne,Primat
des Gaules,& Preſident des
Etats de Languedoc y aſſiſta
avec onze Eveſques , deux Archeveſques
, Monfieur leMarquis
de Calviſſon Lieutenant
pour le Roy en cette Province,
Monfieur Dagueſſeau Intendar,
deux Commiſſaires du Roy , &
quantité de Barons. Les Confuls
des Villes , & les Députez des
Communautez qui compoſent
l'Aſſemblée des États , s'y trouverent
, auffi-bien que tous les
Officiers de la Cour des Aydes
en Robes rouges ; les Tréſoriers
de France en Robes de fatin
noir ; les Officiers du Senef.
chal
GALANT.
33
chal & Prefidial , & les Confuls
de la Ville auſſi en Robes rouges&
Chaperons, avec leur ſuite.
Elle est de ſix Valets habillez
de rouge , avec leurs Pertuiſanes
; de quatre Valets de ſanté
, & de fix Eſcudiers, qui ont
auſſi une Robe rouge , & une
longue Maſſe d'argent ſur l'épaule.
La Ceremonie ſe fit par
Monfieur l'Eveſque de Montpellier,
reveſtu Pontificalement.
Le ſoir , l'Opera que vous avez
trouvé dans ma Lettre de Fevrier
, fut reprefenté devant Mr
le Cardinal de Bonzi , & toute
l'Afſſemblée des Etats. Monfieur
de Broy Avocat en a fait les
Vers. Je crois vous avoir déja
marqué que la Muſique eſtoit
de Monfieur de la Sabliere.
Comme chaque premier jour de
l'An on fait de nouveaux Con-
Bv
34 MERCURE
fuls de Mer,on élit auſſi un nouveau
Guidon à Montpellier.Celuy
qui a eſté nommé la derniere
fois , a paru avec grand éclat
dans la Ceremonie de la Publication
de la Paix. Sa Garniture
de gris - de- lin , & les Plumes &
les Echarpes qu'il donna àtoute
la Jeuneſſe qu'on vit à cheval,
ont eſté des marques de fa paffion
pour une aimable Perſonne,
devant la porte de laquelle il fit
faire la decharge de tous les pifvolets.
Il montoit un Cheval Anglois
, orné d'une magnifique
Houſſe , ſur laquelle on voyoit
en broderie d'or & d'argent,
grand nombre de G & de B, qui
font les lettres capitales de fon
nom, & de celuy de la Belle . Le
foir il fit un fort ſomptueux Régal
à la plupart de cette leuneſſe.
Il me reſte à vous parler de
Tou
GALAN T. 35
T
Toulouſe & d'Agde. Sije m'en
acquite un peu tard, ne l'imputez
qu'à l'éloignement des lieux
qui m'a empefché d'en eſtre informé
plutoſt .....
L'ordre ayant eſté reçeu à
Toulouſe , les Capitouls apres
avoir publié la Paix le matin dans
le grandConſiſtoire de l'Hoſtel
de Ville , firent l'apreſdiſnée la
meſme Publication par la Ville
avec les ceremonies accoûtumées.
Les quarante Soldats de
la Famille du Guet marchoient
les premiers , apres leſquels on
vit paroiſtre à cheval les Officiers
de l'Hoſtel de Ville , & les
Capitouls precedez des Hautbois
& des Trompetes de la
Ville , & fuivis de pluſieurs anciens
Capitouls auffi à cheval.Le
Secretaire du Confiftoire fit la
lecture du Placard das toutes les
Places
36 MERCURE
Places publiques de leur marche.
Il y eut une decharge des
Soldats du Guet à chaque lecture
. Mille cris de Vive le Roy l'accompagnoient
, & la foule eſtoit
ſi grande dans toutes les Ruës,
qu'on avoit de la peine à y paffer,
Le Te- Deum fut chanté deux
jours apres dans la Metropolitaine
de S. Eſtienne. Les Officiers
du Parlement s'y trouverent
avec les Capitouls,& lesautres
Compagnies qui ont droit
d'y aſſiſter La ceremonie du Feu
de joye fut diferée quelque
temps , afin que tous les Corps
des Meſtiers euſſent celuy de
créer leurs Officiers , de dreſſer
leurs Compagnies, de ſe mettre
en ordre,& d'y aſſiſter en armes.
La veille du jour qui avoit eſté
deſtiné pour cela , ces Compagnies
au nombre de cinquante,&
faifant
GALANT.
3
faiſant plus de cinq mille Hom
mes , eurent ordre de ſe rendre
à la Place de Saint George , où
elles furent rangées par Monſieur
Martin Capitoul , qui faiſoit
la fonction de Major de la
Ville,& par Monfieur Royer ſon
Ayde-Major. Elles avoient chacune
leurs Officiers , Capitaine,
Lieutenant , & Enſeigne , tous
dansune ſi grande propreté, que
comme on ne s'eſtoit attendu à
rien de ſemblable , il n'y eut perſonne
qui n'en fuſt agreablement
furpris. Elles defilerent par le
Pré Montardy , & traverſerent
l'Hoſtel de Ville , pour y paffer
en reveuë en preſence des Capitouls.
Le lendemain ces mefmes
Compagnies eurent leur
rendez- vous à la meſme Place,
& allerent prendre les Capitouls
àl'Hoſtel de Ville .On revint de

38 MERCURE
là à la Place de S. Eſtienne , où
ſe devoit faire le Feu de joye.
Chaque Compagnie ayant pris
fon poſte , Monfieur Mariotte,
comme Capitoul de ce Quartier
, mit le feu au Bucher , aux
acclamations du Peuple , & aux
cris reïterez de Vive le Roy. Le
fon des Trompetes, des Fifres,&
de Tambours , ſe mefla auſſitoſt
au bruit de la decharge de toute
cette Infanterie , & à celuy du
Canon qui tiroit en meſme teps
fur le Rampart. Ainſi rienn'eftoit
plus agreable que de voir
l'Image de la Guerre dans une
ceremonie de Paix. On fit joüer
le Feu d'artifice, ſitoſt que la nuit
parut.LaMachine repreſentoit la
Ville de Nimegue.Sa figure étoit
octogone, & avoit cinq toiſes de
diametre . Les Faces eſtoient or
nées d'Ecuſſons aux Armes de
France,
GALANT.
39
France , & de pluſieurs Symbo
les de Paix , comme de Mains
jointes , de Noeuds faits de Rubans
bleus & rouges,qui font les
Couleurs de France & d'Eſpagne
, de Branches d'Olivier & de
Lauriers liées enſemble,& d'autres
choſes ſemblables . Du milieu
s'élevoit une maniere de
Donjon,ornétout autourdeTrophées
d'armes.La France paroiffoit
affiſe ſur ce Donjon , avec
une Couronne fermée , & un
grand Mateau parſemé de Fleurs
de Lys d'or.On luy voyoit prendre
des Branches d'Olivier des
mains de la Paix qui eſtoit en
l'air. Il n'eſtoit pas difficile de
connoiſtre qu'elle ne prenoit ces
Branches que pour les donner
aux Nations qui font compriſes
au Traité de Paix. Les Figures
d'unEſpagnol ,d'un Allemand,&
d'un
40
MERCURE
d'un Hollandois , les reprefentoient
, ayant chacun un Etendard
aux Armes de ſa Nation.
Toute cette Machine eſtoit portée
ſur huit Pilliers de trois toiſes
de hauteur. Il y avoit de petits
Arcs entre-deux, le tout entortillé
de Lierre meſlé de petites
Branches d'Olive. Sous ces
Arcs étoient ſuſpendus huit Tableaux
ou Cartouches , qui faifoient
autant de Deviſes à l'honneur
du Roy ſur le ſujet de la
Paix. La premiere eſtoit un grad
Soleil dans un Ciel fort calme,
avec ces mots Eſpagnols.
En apazible todoſe vée.
L'incomparable genie du Roy
n'a jamais paru avec plus de force
que dans cette Paix qui eſt
ſon ouvrage.
II . Un Soleil en fon midy, &
ces mots :
Pis
GALANT. 41
Piu valido e piuSereno.
Le Roy eſtant le plus en pouvoir
de ſes Ennemis , a donné la
Paix à l'Europe.
III . Vn Soleil qui ſe couche
dans laMer.
Etiam pelago fic fulget Ibero.
Le Roy n'eſt pas ſeulement l'admiration
de ſes Peuples , mais
celle de fes Ennemis.
I V. Vn Soleil dans ſon midy,
fort ferein , qui regarde les nüa
ges du Nort.
Borea quoque nubila cedent.
La Paix du Nort ſuivra celle que
Sa Majesté a concluë.
V. Vn Soleil couchant , avec
des Animaux qui ſe retirent
dans les Bois , & des Hommes
qui quitent leur travail .
Dat requiem fefſis.
Ces paroles marquent l'avantage
que retirent de la Paix ceux
qui
42 MERCURE
qui estoient continuellement
expoſez aux deſordres de la
Guerre.
V I. Vn Soleil brillant,&des
Nuës groſſes de foudres qui s'évanouiffent.
Terrori fuccedit amor.
Le Roy apres avoir fait trembler
ſes Ennemis , leurs donne des
marquesde ſa bonté par la Paix .
VII. Vn Soleil qui dore des
Nuës noires.
Serenat & ornat .
Cette Deviſe regarde la magnificence
de Sa Majesté pendant
laPaix.
VIII. Vn Soleil qu'un Aigle,
un Lyon, & un Léopard , regardent
avec attention , & ces paroles
de Claudian .
Commune facit reverentiafædus.
Apres le Feu d'artifice on ſe retira
fãs aucun deſordre à la faveur
des
GALANT. 43
des lumieres qui estoient à toutes
les Feneſtres . On fit en ſuite
des Feux particuliers chacun
devant ſa Maiſon.Ils furent continuez
les deux jours ſuivans, &
toûjours avec les plus grandes
demonſtrationsde joye quepuifſent
donner des Sujets zelez
pour la gloire de leur Prince .
Je viens à Agde. C'eſt une
Ville qui a de grands avantages
à eſperer du rétabliſſement du
Commerce ; & comme elle en
voit l'aſſurance par la Paix , voicy
ce qu'elle a fait de particulier
pour en témoigner ſa joye. Il y
avoit à l'entrée du Pont un Arc
de triomphe , avec des Cordons
de Laurier & d'Olivier entrelaſſez.
Du coſté droit on voyoit
le Portrait du Roy à cheval ; &
de l'autre , un Tableau d'Hercule.
Sous l'Hercule eſtoient de
peints
44 MERCURE
peints trois ou quatre de ſes Travaux
, comme le Lyon de Nemée
, l'Hydre , le Sanglier d'Erymanthe
,&c.avec cette Inſcription
, Tres Alter , nunquam iste
duos, ( faiſant alluſion au Proverbe
Ne Hercules contra duos.) Sous
le Roy , il y avoit un Trophée
d'armes appuyé ſur un Lyon &
un Aigle , qui font les Armes
de l'Empire , de l'Eſpagne , &
de la Hollande , avec ces quatre
Vers qui expliquent l'Inſcription
Latine de l'Hercule.
Iamais l'Hercule de la Fable
Eut-il deux Ennemis à cõbatre àlafois?
Noftre Hercule veritable
ASçeu triompher de trois .
Au bout du Pont on voyoit cinq
Arcs de triomphe en pentagone,
à trois étages , en forme pyramidale
, de la hauteur de quatre
GALANT. 45
tre toiſes , avec ſes dimenſions,
&fur le tout un Mars. Tous les
Arcs eſtoient crenelez,& ſemez
de Fleurs de lys d'or ſur un
Champ d'Azur. A tous les angles
des Arcs, il y avoit desGuidons
avec les Armes du Roy , &
des Lances à feu qui étoient cóme
autant de Flambeaux dont
cette Machine fut toûjours éclairée
lors qu'on y eut mis le
feu.Sur le premier Arc de triomphe
on liſoit cette Inſcription en
gros caracteres , Poftrema incendia
Martis ; & fur le Bouclier
de Mars qui regardoit directement
le Roy , on avoit mis cette
autre Inſcription à l'entour,
Tibi fat Lodoice datum. Toute
cette Machine ( auſſi bien les
Arcs de triomphe que la Figure
de Mars ) eſtoit remplie de Feux
d'artifice .
Les
46 MERCURE
Les choſes eſtant ainſi diſpofées
, les Confuls à cheval & en
Robes rouges , accompagnez de
la Jeuneſſe auffi à cheval , de la
Bourgeoiſie ſous les armes, & de
tous les Meſtiers chacun dans
fon rang, firent le tour de la Ville
au bruit des Violons , des Trompetes
,des Hautbois,& des Tambours
; & apres avoir fait la lecture
& la proclamation de la
Paix devant la Maiſon de Ville,
&dans tous les autres endroits
accouſtumez, ils allerent vers le
Pont dans le meſme ordre , &le
pafferent à l'entrée de la nuit.
Les Confuls eſtantdeſcendusde
cheval , s'avançoient pour metwe
le feu au Bucher , quand un
Ange deſcendit rapidemet d'un
Clocher qui est d'une hauteur
& d'une diſtance confiderable,
&l'ymisen meſme teps qu'eux.
Cet
GALANT. 47
Cet Ange tenoit un Flambeau
d'une main , & une Couronne
d'Olivier de l'autre. Toute la
Machine éclata d'abord en mille
Feux d'artifices diférens , ce
qui fut ſuivy du bruit de plus de
deux cens Boëtes diſpoſées le
long des deux Quais, & d'autant
de coups de Pierriers que tirerent
les Barques qui estoient
dans la Riviere.
Je ne puis mieux finir cetArticle
que par les Vers que l'incomparable
Monfieur de Corneille
l'aiſné a preſentez à Sa
Majesté ſur la gloire qu'Elle s'eſt
acquiſe par ce qui donne lieu à
toutes ces réjoüiſſances. Il n'eſt
point beſoin de vous dire qu'ils
ont eſté admirez de toute la
Cour. Vous ſçavez qu'il ne part
rien que d'achevé de la plume
de ce grand Homme.
AU
48 MERCURE
AU ROY.
SUR LA PAIX.
CE
E n'estoit pas affez , Grand Roy ,
que la Victoire
A te ſuivre en tous lieux miſt ſa plus
haute gloire,
Ilfalloit , pourfermer ces grands éve
nemens ,
Quela Paixſe tinst prſte àtes commandemens.
Apeine parles-tu , queſon obeiſſance
Convainc tout l'Univers de ta toute-puis-
Sance,
Et le foûmet si bien à tout ce qu'il te
plaist,
Qu'auplusfort de l'orage un plein calme
renaist.
Vne Ligue obſtinée aux fureurs de la
Guerre,
terre:
Mutinoit contre toy juſques à l'Angle-
Cesprojets tout à coup ſeſont évanoüis,
Et pour toute raison , AINSI LE VEUT
Loüis . Ce
GALANT. 49
Ce n'est point une Paix que l'impuis-
Sance arrache,
Et dont l'indignité ſous de faux jours
fecache.
Pour la donnerà tous ne consulter que
Toy,
C'est la résoudre en Maistre , & l'impofer
enRoy,
te rendent,
Et c'est comme un tribut que tes Vaincus
Si-toſt que par pitié tes bontez le commandent,
Prodige ! ton ſeul ordre acheve en un
moment
Ce qu'enſept ans Niméque atenté vainement.
Ce que des Députez la fameuse Af-
Semblée,
D'interests opposez trop ſouvent accablée
Ce que n'esperoit plus aucun Médiateur,
Tu le fais par toy-meſme ,& le fais do
hauteur.
On l'admire avec joye, & loin de t'en
dédire,
Tes plus fiers Ennemis s'empreſſent d'y
Souscrire:
Mars 1679.
C
50 MERCURE
Vn zele impatient de t'avoir pour ſoû .
tien,
Reduit leur Politique à ne conteſter rien .
Ils ont veu tout poſſible à tes ardeurs
guerriéres,
Etfeûrs que ta luſticey mettra des barriéres,
Qu'elle se defendra de rie garder du leur,
Ils la font ſeule arbitre entre eux &ta
valeur.
Qu'il t'épargne de sang , Espagne !
il te veut rendre.
Des Villes qu'il faudroit tout un fiecle à
reprendre :
Il en est en Hainaut , en Flandres , que
Son choix
En t'imposant la Paix , remettra ſous
tesloix:
4
Mais au commun repos s'il fait ce sacrifice,
En tous tes Alliez, il veut mesmejustice,
Et qu'aux loix qu'il se fait leurs inte
rests foûmis
Ne laiſſent aucun lieu de plainte àses
Amis.
Ovous qu'il menaçoit, & qui vous teniez
preſtés
Al'infaillible honneur d'estre de ſes conquestes,
Places
GALANT.
Placesdignes de Luy , Mons, Namur
plaignez-vous:
La Paix vous ofte un Maistre àprefererà
tous,
EtLoürs au vieux joug vous laiffecondamnées,
1
Quand vous vous promettiez nos bonnes
Destinées.
Heureux au prix de vous Ypres
Saint Omer :
Ilsont eu comme vous dequoy les alarmer ,
Ils ont veu comme vous leur campagne
fumante
Faire paſſer chez eux la faim & l'épou
vante;
Maispour cinq oufix jours que cesmaux
ont duré,
Ils ont mon Roy pour Maistre , & tout
est reparé.
Ainfi fait le bonheur de l'Egypte inondée
Du Nil impetueux lafureur debordées
Ainsi les mesmes flots qu'elle fait regorgers
Enrichiffent les champs qu'ilvient de ravager.
Conſolez- vous pourtant , Places qu'il
abandonne..
A
Cij
52
MERCURE
Qu'il ſemble dedaigner d'uniràſa Cou
ronne ;
Charles , dont vous aurez à recevoir les
loix ,
Voudra d'un ſi grand Maistre apprendre
l'artdesRois,
Et vous verrezl'effort deſaplus noble
étude
S'attacher à le ſuivre avec exactitude.
Magnanime Dauphin , n'enſoyez point
jaloux,
Si jamais on le voit s'élever jusqu'à
Vous.
Il pourra faire un jour ce que déjavous
faites ,
Estre un jour en vertas ce que déja vous
estes :
Mais exprimer au vifce grand Roy tout
entier,
C'est cequ'on ne verra qu'en ſon digne
Heritier :
Le privilege est grand , & vous serez
L'unique
Aqui du juſte Ciel le choix le comть-
nique.
I'allois vous oublier,Bataves genereux,
Vous qui fans liberté ne sçauriez vivre
heureux,
Et
:
GALANT.
53
Et que l'illustre horreur d'un avenir funeste
Afait de l'Alliance ébranler tout le
reste.
En ce grand coup d'Etat fi long-temps
balancé,
Si tout ce reste fuit , vous avez com
mencé ;
Et Loüis qui jamais n'en perdra lame
moire,
Se promet de vous rendre àtoute voſtre
gloire.
De rétablir chez vous l'entiere liberté,
Mais ferme , mais durable à la Pofterité,
Et telle qu'en dépit de leurs destinsse.
veres
Vos Ayeux opprimez l'acquirent à vος
Peres.
M'en deſavoüras- tu, Grand Roy , fi je
le dis ?
Me pardonneras- tu, sipar là je finis ?
Mille autres te diront que pour cebien
Supréme,
Vainqueurde toutes parts, tu t'es vaincu
toy-mesme ;
Ils diront à l'envy les bonheurs que la
(
Paix
Cij
54 MERCURE
Vafaire àgros ruiſſeaux pleuvoirſur tes
Sujets:
Ils diront les vertus que vont faire renaiſtre
L'observance des Loix , & l'exemple du
Maistre,
Le rétabliſſement du Commerce en tous
lieux,
L'abondance par tout repandue à nos
yeux,
Le nouveau fiecle d'or qu'aſſure ton
Empire,
Et le diront bien mieux que je ne le puis
dire.
Moy,pour qui ce beau Siècle est arrivési
tard,
Que je n'y dois pretendre ou point , o
peu de part;
Moy,qui ne le puis voir qu'avec un oeit
d'envie,
Quand il faut que jeſonge àfortir de la
vie ;
Ic n'ofe en ébaucher le merveilleux portrait
,
De crainte d'en fortir avec trop de
regret.
La Lettre que vous allez voir
eft
GALAN T.
55
eſt la ſuite d'un Article du dernier
Mois. Elle eſt ſur une matiere
qui convient fort à la fainteté
du temps où nous ſommes.
L'Autheur a caché fon nom, mais
il ne peut cacher qu'il a infiniment
de l'eſprit , & que la Poëfieluy
eſt un talent auſſi naturel
que celuy d'écrire aifément en
Profe.
A MADAME DE***
VOUS
Ous estes ſiſenſible aux belles
choses , Madame › que je
Suis persuadé que vous lirez avec
plaisir l'Oraiſon Funebre que je
vous envoye, puis qu'elle en est toute
remplie. Elle est de Monsieur
l'Abbé Fléchier qui fait un des
principaux ornemens de l'Academie
Françoife. Fea Mr.le Premier
C iiij
56 MERCURE
Président de Lamoignon en est le
Sujet ,& elle fut prononcée le 18.
de Fevrier dans l'Eglise de Saint
Nicolas du Chardonnet , par les
Soins de Madame de Miramion
dont la vertu eftfi univerſellement
connuë. Je vous avoüe que je fus
Surpris dufuccés de cette Action,
&que je ne le fus pas moins des
effets qu'elle produiſit en moy. La
reputation du Panegyriste m'avoit
attiréà cette Ceremonie. Ienem'étois
rien proposépour mon coeur. Ie
m'imaginois que mon esprit ſeuly
trouveroit de quoy se fatisfaire,
& encor ne sçavois-je qu'en pen-
Ser. Lamatiere paroiſſoit usée, &
je doutois que l'Orateur eust affez
de feu pour rechauffer des cendres
d'une année. Vous sçavez de
plus , Madame , vous quiſçavez
fi bien toutes choses , qu'un ouvrage
qui a pour but l'éloge des
Morts,
GALANT. 57
Morts , & la cenſure des Vivans,
trouve ſouvent les oreilles mal difposées.
Tant d'obstacles me faifoient
craindre que ma curiosité
fust malsatisfaite , & que l'Autheur
n'éprouvaſt aux depens de
Sa reputation , les méchans effets
que produisent d'ordinaire les contretemps.
Ilne me laiſſa pas longtemps
dans cette crainte , & ces
obstacles, quoy que confiderables,ne
Servirent qu'à faire éclater davantage
la beautédefon génie. Il
entrafi naturellement dans le crractere
de l'Illustre Défunt dont il
honoroit la memoire , qu'il renouvela
des idées que le temps &l'ingratitude
du Siecle n'ont peut - estre
déja que trop effacées. Les loüäges
qu'il luy donna furent accompagnées
de tant de modestie , qu'on eust
dit qu'ilse faisoit un ſcrupule de
n'avoir pas affez de respectpourſes
Cv
58 MERCURE
dernieres volontez ; &fa Morale,
quoy quefevere , fut fi insinuante,
qu'ellesefit recevoir dans les coeurs
Les plus endurcis. Cependant , Madame
, ce n'est pas ce que j'admiray
davantage , ny ce qui m'édifia le
plus. Ie laiſſe àpart la magnificence
de la Pompe , où rienne respiroit
pourtant qu'une picuſe majesté. Le
zele de Madame de Miramion qui
faisoit les honneurs de cette Feste
chrestienne , acheva de m'entever,
& il me parutsi beau dans toutes
Les circonstances , que tout mondain
que jefuis , je nepûs m'empeſcher
de dire qu'il n'apartient qu'aux
Perſonnes qui s'aiment en Dieu, de
s'aimer toûjours de la mesmo forte.
En effet, Madame, faisons- nous juftice.
Oufont- ils ces coeurs qui ont
affez de folidité pourſoûpirer toû
jours également la perte de leurs
Amis ? On en trouve encor quelquesuns
GALANT. 59
ل
zins qui donnent quelque chose à la
bienséance &àla coûtume , ou qui
troublezdes funeftes pensées de la
mort , laiſſent voir des marques de
frayeur que leur diſſimulation fait
paffer quelques jours pour des regrets.
Il ne faut pour cela que des
Ames communes ; & c'est dequoy
l'on ne manquepas dans le temps où
noussommes .Mais , Madame, pour
faire une application juste , &pour
finir un discours que je ne mefens
pas capable de foûtenir plus longtemps
, qu'ily a peu de Madames
de Miramion , & qu'il feroit neceſſaire
pour la gloire de Dieu , &
pour lefecours du Prochain , qu'il
n'y eust que des Perſonnes comme
elle dans le monde !
On verroit refleurir cette vertu Chreſtienne,
Dontnos ſens pervertis ont corrompu
les Loix;
La
60 MERCURE
La Foy rétabliroit ſa vigueur ancienne
,
Et noſtre unique objet ne ſeroit que la
Croix.
Le Pauvre ſecouru dans ſamiſere ex-
3 tréme ,
Sans ſe plaindre du rang où le Ciell'a
placé ,
Verroit d'un oeil ſoûmis l'éclat du
Diadéme ,
Sans que fon coeur en fuſt bleſfé.
Il beniroit de Dieu la volonté ſupréme;
La cruelle Neceffité
Qui porte quelquefois le plus juſte au
blafpheme,
Au fortdu deſeſpoir dont il eſt agité,
N'auroitplus contre ſa coûtume
Cette inſupportable amertume
Dont nos avares mains compoſent du
poifon ,
Tout icy bas enfin ſe feroitpar raiſon.
Les Vices enchaînez connoiſtroient
ſon Empire ,
La Charité ſçauroit étoufer la Satire,
Etdans cette arriere- faifon
Qui nous appelle à la retraite ,
Au ſouvenir de nos douleurs ,
Nous
GALANT. 61
Nous ne ſentirions point cette crainte
fecrete
Qu'un remords devorant fait naiſtre
dans nos coeurs .
Cette funeſte Cerémonie me
fait ſonger à la perte que Mrs les
Maiſtres des Requeſtes firent de
Monfieur Habert de Monmort
leur Doyen , ſur la fin de l'autre
Mois. C'eſtoit un des plus anciens
Magiſtrats du Royaume.
Son illustre Famille eſt aſſez
connuë de tout le monde , n'y
ayant prefque point de Maiſon
confiderable ou dans la Robe ,
ou dans l'Epée , à laquelle il ne
fuſt allié. Il eſtoit auffi Doyen
de l'Académie Françoiſe , dans
laquelle il avoit eſté reçeu il y
a quarante - quatre ans. Elle
luy doit d'autant plus , que ce
fut fur les curieuſes Aſſemblées
qu'il faiſoit chez luy compoſées
62 MERCURE
poſées de Gens de qualité,&des
plus beaux Eſprits du Royaume,
que Monfieur le Cardinal deRichelieu
forma le deſſein de ſon
Inſtitution . Il y laiſſe une Place
vacante par ſa mort. J'auray à
vous entretenir la premiere fois
dumérite de fon Succeſſeur.
✔ On a rendu justice en Languedoc
, comme on avoit déja fait
en Guyenne , à celuy de Monfieur
le Comte de la Serre , Fils
de feu Monfieur le Mareſchal
d'Aubeterre-Luſſan. Je vous appris
il y a quelque temps que Sa
Majesté voulant récompenferles
ſervices qu'Elle en a reçeus en
plus de trente Campagnes , luy
avoit donné la Charge de Lieutenant
de Roy dans cette derniere
Province.Le Titre de Confeiller
d'honneur luy fut accordé
par les meſmes Lettres , &
c'eſt
P
GALANT. 63
c'eſt en cette qualité que les
honneurs dont j'ay à vous entretenir
, luy ont eſté déferez au
Parlement de Toulouſe. Il fut
placéau deſſus du Doyen, & prit
le pas en entrant& en fortant ,
immédiatement apres le Premier
Préſident. Deux Commiffaires
de la Grand Chambre le
vinrent recevoir à l'entrée du
Palais ,& le reconduiſirent de la
mefme forte. L'apreſdiſnée un
Préſident à Mortier & deux
Conſeillers , allerent chez luy le
complimenter au nom de toate
la Compagnie. Il reçeut la civilité
des Capitouls , &de tous les
autres Corpsde la Ville ,& outre
cela , les viſites particulieres de
tout le Parlement , & de tout ce
qu'il y a de Gens de qualité à
Toulouſe.
Apres tant d'Articles de ma
tieres
64 MERCURE
tieres diférentes , il faut vous
parler de Mariage. Il s'en eſt fait
un depuis quelque temps , qu'on
croyoit qui ne duſt pas s'achever
fans trouble. Voicy l'Hiſtoire
. Un Cavalier ſervant dans
l'Armée de Catalogne fit un vo...
yage à Paris apres ſes trois premieres
Campagnes. Dans le peu
de temps qu'il y demeura , il fit
habitude avec une fort aimable
Perſonne. Elle l'égaloit en naif
fance &en fortune , avoit du
merite , & une humeur douce
&infinuante qui toucha le Cavalier.
De ſon coſté il meritoit
fort qu'on l'eſtimaſt. Il eſtoit
bien fait , diſoit les choſes avec
eſprit , écrivoit agreablement
en Vers & en Profe , & mefloit
un enjoüement dans la converſation
qui le faifoit ſouhaiter
par tout. Ainſi comme il ne man-
6
qua
د
GALANT.
65
S
qua point de plaire à la Belle , il
n'eut beſoin que de s'expliquer
pour la voir répondre àſa paſſion .
Il parla de l'époufer. La propoſition
fut reçeuë , & on fongeoit
à dreffer les Articles du
- Contract , quand un ordre de
--partir qu'il n'attendoit pas ſi- toft,
l'arracha tout d'un coup d'aupres
de cette belle Perſonne.
Il voulut faire le Mariage avant
ſon départ , mais il ne pût obliger
la Mere à y conſentir. Elle
en remit la conclufion à ſon retour
,& fe contenta de l'affurer
ques'ildemeuroit toûjours dans
les meſmes fentimens pour ſa
Fille , il ne trouveroit point de
changement dans les fiens . Il
falut ſe ſéparer.Les Lettres furent
le foulagement de l'abfence. Le
Cavalier écrivit ſouvent , &
toûjours en termes fort paffionnez.
66 MERCURE
nez . La Belle faiſoit des Réponſes
fort obligeantes , & netémoignoit
pas moins d'impatiencede
fon retour , qu'il en faiſoit paroiſtre
de la revoir. Dans cette correſpondance
qui le confoloit du
malheur d'en eſtre éloigné , il
remplit les devoirs de ſon Employ
avec toute l'ardeur d'un Sujet
zelé pour la gloire de fon
Prince , &d'un Amant qui ſouhaitede
la réputation , pour meriter
d'eſtre uniquement aimé
de ſa Maiſtreſſe . Les périls qu'il
effuya firent bruit , & il s'y expoſoit
avec d'autant plus d'intrépidité
, qu'il avoit ſujet de croire
que la voix publique parleroit de
luy à ce qu'il aimoit. Cependant
comme les objets s'effacent inſenſiblement
du coeur , quand
ils s'éloignent des yeux , la Belle
accoutumée à ne plus voir
fon
GALANT.
67
11-
ا
1.
fon Amant , laiſſa diminuer peu
5 à peu l'empreſſement qu'elle
avoit à luy écrire. Il y avoit déja
pres de deux ans qu'il étoit party ,
& une fi longue abſence luy oftoit
beaucoup de fon merite au-
1 pres d'elle. Il pouvoit ne point
revenir , & c'eſtoit ſe vouloir piquerd'une
vertu du vieux temps,
que de ſe garder toûjours à un
Abſent. On luy en conta. Elle
ne ferma point l'oreille aux douceurs
, & enfin un Homme de
Magiſtrature , bien fait & fort riche
, s'eſtantdéclaré , elle le renvoya
à ſa Mere dont elle devoit
fuivre les volontez . Il avoit
- plus de bien que le Cavalier ,
&ainſi il n'eut pas plus de peine
à perfuader la Mere qu'il en avoit
eu à gagner la Fille. Les avantages
qu'il luy offroit eſtoient
grands , & valoient bien qu'on
ne
68 MERCURE
ne ſe fiſt pas un point d'honneur
de garder exactement ſa parole.
D'ailleurs les reproches du Cavalier
n'eſtoient point à craindre,
puis qu'il ne devoit apprendre
la choſe que quand elle ſeroit
ſans remede. On figne le
Contract. On prend jour pour les
Fiançailles , & on invite les Parens
de part & d'autre pour rendre
la Cerémonie plus folemnelle.
Cejourarrive. L'Amant heureux
vient chez la Belle enHabitdécent.
La Belle ſe metdans
une propreté qui luy donne de
nouveaux charmes , & ils attendoientque
la Compagnie fuſt afſemblée
, tres- fatisfaits l'un de
l'autre , quand tout d'un coup
le Cavalier entre dans la Salle.
Il va falüer la Belle , ou plûtoſt
il court l'embraſſer comme une
Perfonne qui luy eſt promiſe ,
&
GALANT. 69
& qu'il prétend épouſer dans
peu de jours. Il eſt reçeu avec
la froideur que vous pouvez
vous imaginer. La Belle eſt déconcertée.
Elle ne s'attendoit à
rien moins qu'à fon retour , &
ne ſçait quel party prendre dans
l'embaras où elle ſe trouve. L'Amant
n'eſt pas moins ſurpris.
Cette familiarité l'inquiete. On
-ne l'avoit point averty que fa
Maiſtreſſe euſt aucun engagement
, & il ne peut deviner
d'où vient qu'un Homme d'épée
a de ſi grands privileges aupres
d'elle . Le Cavalier tranf
portéde ſa paſſion , ne prend garde
au defordre de l'un nyde l'autre.
Il eſtoit party de Catalogne
fi-toſt qu'on avoit eu nouvelle
de la Paix fignée , & comme il
ne faut qu'aimer pour trouver
moyen
70
MERCURE
moyé d'accourcir un long voya -
ge, il avoit employé fort peu de
jours en chemin , & eſtoit accouru
chez la Belle preſque en
arrivant. Il tient les yeux attachez
fur elle , la regarde quelques
momens ſans parler, & enfin
luydit les choſes les plus tendres
ſur la joye qu'il a de la re
voir. Il l'admire , la trouve plus
belle que jamais , luy prend les
mains, les luy baiſe,la prie de ne
perdre plus de temps à ſe parer,
parce qu'elle n'a beſoin d'aucun
ornement d'emprunt pour eſtre
toute charmante, & adreſſant la
parole à fon Rival qui luy eſt
encor inconnu , il luy demande
s'il ne le tient pas heureux d'avoir
une fi belle Maiſtrefle , &
d'en eſtre aimé. L'Amant ne ſçait
que répondre. La Belle eſt dans
un redoublement d'embarras inconce
:
GALANT.
71
. concevable , & une Dame priée
de la Feſte entrant alors dans la
Salle , ne peut les voir ainſi in-
- terdits l'un & l'autre , fans leur
- dire qu'ils paroiſſent bien cha-
- grins pour des Gens qui font
preſts à ſe marier. Le Cavalier
qui s'aplique tout parce qu'il
n'eſt remply que de fon amour,
répond qu'on ne luy ſçauroit
faire un plus grand plaifir que
de ne point reculer. L'arrivée
d'un Homme de Robe l'empefche
d'en dire davantage. Ce
nouveau venu à qui le Cavalier
paroiſt un des Conviez,
congratule les deux Amans ſur
leurs Fiançailles. Ce mot eſt un
coup de foudre pour leCavalier.
Il voit ſa Maiſtreſſe toute décon->
certée qui baiſſe les yeux. Il fait
reflexion qu'elle eſt dans une
parure extraordinaire , remarque
qu'elle
72
MERCURE
qu'elle a un Bouquet , & que
tout eſt en mouvement dans le
Logis, comme s'il s'y paſſoit quelque
grande affaire . C'en eſtoit
affez pour luy faire comprendre
fon malheur. Cependant il en
veut eſtre éclaircy par elle-mefme.
Il n'y avoit point à balancer.
La Belle ſe réſout de franchir le
pas,&ſe ſervant des termes les
plus honneſtes & les plus conſolans
qu'elle peut trouver,elle luy
fait connoiſtre le choix qu'elle a
fait ; luy avoüe que l'heure eſt
priſe pour ſes Fiançailles ; adjoûte
que s'il ne la retrouve pas
la meſme qu'il l'avoit laiſſée , il
ne doit s'en prendre qu'à une
fatale neceſſité qui force les
cooeurs les plus fermes au changement.
Le Cavalier ne garde
plus de meſures. Il la traite de
perfide , luy fait cent reproches,
regarde
GALAN Τ.
73
regarde ſon Rival d'un oeil menaçant
, luy dit qu'il ſçait les
moyens de l'empeſcher d'eſtre
heureux , & voyant qu'on s'afſemble
au bruit qu'il fait , il fort
dans un emportement ſi plein
de fureur,que tous ceux qui font
accourus , en demeurent ſaiſis
d'effroy. Chacun ſe regarde.On
eſt longtemps ſans rien dire , &
ceux qui parlent n'expliquent
qu'à demy ce qu'ils penſent:
Quoy qu'il ſemble que les Abſens
ayent toûjours tort , on ne
laiſſe pas de plaindre le Malheureux
. L'Aſſemblée acheve de ſe
groffir , & comme les premiers
racontent tout - bas ce qui s'eſt
paffé à ceux qui arrivent,perſonne
n'oſe ſe mettre de bonne humeur,
& chacun garde ſon ſerieux,
come ſi on prevoyoit quelque
funeſte ſuite de cette avan- 5
Mars 1679 . D
74
MERCURE
ture. La Belle ſur tout eft inconfolable
. Le Bien la tenoit
moins attachée au dernier Amant
qu'elle avoit choiſy , que
ſes belles qualitez . Elle l'aimoit ,
& la certitude de l'épouſer luy
avoit fait abandonner fon coeur à
fa paffion. Les menaces du Cavalier
l'effrayent . Elle ne doute,
point qu'il n'ait medité quelque
choſe de violent contre ſon Ri
val , & elle eſt ſi vivement prevenuë
de cette imagination ,
qu'elle ne voit plus de ſeûreté
pour ſa vie. On tâche de la raffurer
, & apres deux heures de
raiſonnement ſur le trop d'alarmes
qu'elle ſe donne , on estoit
preſt de fortir pour la ceremo
nie des Fiançailles
Laquais entre de la part du Cavalier
avec un Billet. Elle court :
à luy , le luy atrache des mains ,
quand un
GALANT.
75
& le voyant fortir ſans en demander
reponſe, elle s'écrie que
c'eſt un Défy pour s'aller batre,
qu'elle ne veut point qu'ils en
viennent là,qu'on les accommode
, & n'écoute point ce qu'on
luy oppoſe , qu'il n'y a perſonne
affez hardy pour entreprendre
un Duel , & que d'ailleurs un
Homme d'Epée n'avoit jamais
attaqué un Homme de Robe.
Elle ouvre le Billet en tremblant,
& lit tout haut ce qui ſuit.
Animé des transports de l'espoir le plus
doux
Ię viens avec ardeur embraſſer vos ge-
поих,
Et j'apprens , ô malheur ! ôfuneste difgrace!
Que tandis que mon bras pour vous &
pourl'honneur
Aidoit chez l'Espagnol à forcer une
Flace,
In Ennemy secret m'enlevoit vostre coeur.
Dij
76
MERCURE
Auxplus vives fureurs mon ame s'abandonne,
Mon desespoir aigry n'épargnera per-
Sonne,
Vous verrez ce Rival juſque dans voftreſein,
Percéde mille coups ,Succomberſous ma
main.
Quelle fureur , ss'écrie-t- elle en
s'arreſtant tout d'un coup en cet
endroit ! C'eſt bien plus que de
ſe vouloir batre avec ſon Rival.
Il veut l'aſſaſſiner. Qu'il ne forte
point , il luy en coûteroit la vie.
L'Amant luy fait connoiſtre
qu'elle prendde vaines frayeurs ,
& la conjure de vouloir achever
la ceremonie. Ses Parens
l'en preſſent de leur coſté,& luy
repondent de l'évenement . Elle
n'écoute perſonne , & toûjours
pleinede ſon tranſport , elle s'opoſe
ſi abſolument à ce qu'on
veut d'elle , que fon Amant ne
peut
GALANT. 77
peut s'empeſcher de luy dire
qu'en reculant fon bonheur , il
ſemble qu'elle cherche à ſe conſerver
à fon Rival. Au lieu de
repondre , elle continuë la lecture
de fon Billet,& y trouvant
cesmots,
Ie porteray plus loin les efforts de ma
rages
Et vous-meſme , perfide ....
Al'ons , dit- elle ſe tournant vers
fon Amant , vous le voulez , me
voila preſte , fortons. Puis qu'il
en veut à mon fang auffi-bien
qu'au voſtre , je ne crains point
ce qui me doit eſtre commun
avec vous. En meſme temps elle
donne la main à ſon Amant,
&laiſſe prendre le Billet à une
Dame qui ayant leû tout - bas
ce qui reſtoit , dit que les dernieres
menaces eſtoient bien
plus terribles que les premieres ,
Diij
78 MERCURE
& qu'elle prioit qu'on les écoutaſt.
On preſte ſilence , & voicy
ce qu'on entend.
Le porteray plus loin les efforts de ma
rage,
Et vous-meſme, perfide .... Ahtout beau,
Mepriſons cette ingrate ; un an de mamon
couroих,
riage
Mevangera bien mieux quevous.
د
Comme la Dame donnoit de la
grace à ce qu'elle liſoit tout le
monde ſe mit à rire , parce qu'on
s'apperçeut que c'eſtoient des
Vers La Belle les avoit leûs d'une
maniere ſi trainante & fi interrompuë
, qu'ils avoient paſſé
-juſque-là pour de la Proſe. Il ne
fut pas difficile de juger qu'un
Homme qui avoit l'eſprit aſſez
libre pour faire des Vers , n'eftoit
pas ſi en colere qu'il le diſoit,
& que les reproches eſtoient
toute
GALANT.
79
toute la vangeance qu'il vouloit
prendre de la preference
qu'on avoit donnée à ſon Rival.
On plaiſanta fur ces Vers,
&une jeune Perſonne fort enjoiée
dit agreablement , qu'il
falloit empeſcher le Dieu Hy-
- menée d'entrer , puis qu'il avoit
entrepris de vanger un Amant
deſeſperé. Cette menace ne fit
point de peur à l'Amant. La
ceremonie fut achevée. Il en
montra une extreme joye , &
s'il eut quelque chagrin qui ne
parut pas , ce fut de connoiſtre
que ſa Maiſtreſſe avoit cu une
premiere paffion dans le coeur.
On a dreſſé un Tombeau
à Monfieur le Marquis de Montaut
, Fils unique de Monfieur
le Marefchal Duc de Navailles.
Je l'ay fait graver pour vous
en faire voir la conſtruction .
:
Diiij
80 MERCURE
Vous pouvez l'examiner dans
cette Figure. Les neuf Vers
Latins que vous trouverez, font
connoiſtre la gloire de ce jeune
Marquis pendant ſa vie , &
les circonstances de ſa mort. II
eſtoit tellement né pour la
Guerre, qu'on a dit de luy avec
beaucoup de juſtice qu'il avoit
remporté des Victoires dans un
âge où l'on eſt à peine capable
de porter les armes . On
ſçait de quelle maniere il ſe diftingua
à la Bataille d'Eſpoüille ,
où il fit des merveilles avec ſon
Regiment , dans la fonction de
Brigadier , en la place de Monſieur
de S.André qui s'eſtoit jetté
dans Bellegarde.Ainfi on peut
dire qu'il partagea en quelque
façon l'honneur de cette Victoire
avec Mr le Duc de Navailles
fon General & fon Pere , auffi-
3
bien
HEQUE DELA
LYON
1893
BIBI
とい
LA
VILLE
YON
*1893*
BI
CHÈQUE DELAVILL
٧٥٠
*
bien
GALAN T. 81
bien qu'au premier Affaut de
Puycerda, où Mr le Bret Lieutenant
General fut témoin de ſa
valeur. Elle luy avoit déja acquis
deux Charges, l'une de Colonel
d'infanterie , & l'autre de
Brigadier de l'Armée. Il eſt
mort ſans fievre , & fans aucun
accident qui euſt paru dangereux.
Son Valet de Chambre s'étant
apperçeu à minuit qu'il ſe
debatoitdans ſon Lit, cria au fecours.
On accourut,& il rendoit
le dernier ſoûpir , quand Mr le
Duc de Navailles entra dans ſa
Chambre.C'eſt ce qu'expriment
les Vers qui diſent qu'il l'a veu
mourir ſans qu'il ait eu la conſolation
de l'embraſſer. Madame
la Duchefſe ſa Mere , qui travailloit
à luy choiſir un Party
digne de luy, eſtant alléefau devất
de l'un & de l'autre, fut arre+
Dv
82 MERCURE
1
!
ſtée en chemin par la funeſte
nouvelle de cette mort. Monſieur
de Navailles a reçeu ce
coup avec une fermeté ſurprenante.
Voicy un Fragment de ce
qu'on luya écrit là-deſſus .
E73-53-1969 FEES EFFER EXP
FRAGMENT
J
D'UNE
Lettre écrite à Monfieur le Marefchal
Duc de Navailles , fur lamort
de Monfieur le Marquis deMontaut
fon Fils.
fij'oladou-
E ne sçay , Monseigneur ,
Serois vous témoigner icy
beur que je sens de la perte irréparable
que vous venezde faire avec
toute la France : mais vous me
permettrez du moins d'admirer
vostre fermetéfinguliere en ce rencontre
, qui m'empeſche de craindre
de vous en renouveller leſouvenir
, puis que vous avez mesme
denié à la Nature les premiers
mouve
GALANT.
83
:
mouvemens deſenſibilité qu'aucun
Pere ne luy avoit refufez juſques
à vous. Vous avez voulu sansdoute
nous apprendre par là ,
qu ayant donné&facrifié à l'Etat
ce Fils fi generalement estime ,
&fi justement regreté, c'està nous
feuls à le pleurer , parce qu'il ne
vous appartenoit plus apres le
-don que vous nous en aviez fait;
& que l'ayant si fouvent exposé
auxpérils infeparables de vos Emplois
, vous n' aviezpas comptéſur
une vie que vous n'avez pas mieux
ménagée que la vostre. Ce font
peut- estre , Monseigneur , ces glorieux
&fréquens hazards qui nous
ont attiré cette disgrace , car la
MortSeréglant platoft par ce qu'il
afait , queparle temps qu'il a vef
cu , elle l'a crû trois fois plus âgé
qu'il ne l'estoit . Par cette raison
pourtant il y auroit long - temps
qu'elle
84 MERCURE
qu'elle nous auroit auſſi ravy le
Pere ; & il est plus à croire qu'ayant
ſçeu que vous l'aviez destiné
entierement pour la Guerre , elle
n'a pas crû qu'il dust furvivre un
moment à la nouvelle de la Paix.
Vous voyez , Monseigneur , par les
Soins que jeprens à chercher quelque
matierede confolation , à quet
point je fuis fenſible à cet accident
funeste , & que je connois parfaitement
qu'il nous intéreſſe incomparablement
plus que vous.C'est
dans ceſentiment que je vous Supplie
de nous vouloir vous- mesme
confoler. Ie n'en fçay qu'un seul
moyen ; c'estdans le calme que nous
donnent les Victoires ausquelles
vous avez tant de part ,de penſer
féricuſement à conferver vostre
Santéſi précieuse à tout le Royaume
, afin que nous puiſſions trouver
dans la perſonne du Pere , les années
GALANT. 85
nées que laMort vient d'enleverà
cet illuftre Fils.
Si l'on n'a pas élevé un Tombeau
à Mr. l'Evefque & Cointe
de Treguier , ſa memoire eſt du
moins fort avant gravée dans le
coeur de tous ceux de ſon Dioceſe,
où il eſt extraordinairement
regreté. Les Services & les Oraifons
Funebres qu'on y a faites
dans toutes les Villes , en ſont
une preuve. Il avoit eſté vingt
ou vingt - deux ans Aumonier
de Loüis XIII. & eſtoit Fils de
Meſſire Timoleon Grangier , Préfident
aux Enquestes du Parlementde
Paris , &d'Anne de Refuge,
& Frere de Meſſire Edoüard
Grangier , Conſeiller du Roy ,
& Doyen du Parlement , Homme
de probité , & qui paſſe pour
un tres-bon Juge. Il y a eu de
grands Hommes dans cette
Famille,
86 MERCURE
Famille , & qui ont poſſedé les
premieres Charges de la Robe.
L'Eveſque dont je vous parle eſt
mort fort âgé dans la Ville de
Treguier , où il faiſoit ſa réſidence
ordinaire. Il y avoit fait baſtir
& fondé un Seminaire , outre
plufieurs Hoſpitaux qui ont eſté
établis par ſes ſoins dans les Villesde
fon Dioceſe. L'application
avec laquelle il l'a toûjours gou--
verné , jointe à l'ardeur de fon
zele , & à ſes continuelles charitez
, l'avoient fait également
eſtimer de la Nobleſſe & du
Peuple.
• Cette mort a eſté ſuivie de celle
de Monfieur de Parmangle ,
Maréchaldes Logisdes Chevaux
Legers de la Garde. Il avoit efſuyé
beaucoup de dangers en diférentes
occaſions , & s'eſtoit
trouvé en ſeptou huit Batailles.
C'eſt
GALANT. 87
C'eſt ce qui luy avoit attiré les
graces de Sa Majesté , qui ne
laiſſant aucun veritable Brave
ſans récompenſe , luy avoit donné
le Gouvernement de Limoges
, pour ſe repofer apres ſes longues
fatigues. On vous a déja
ſans doute appris que Monfieur
de Niert le Fils , l'un des quatre
Premiers Valets de Chambre du
Roy , a eſté pourveu de ce Gouvernement
, mais on ne vous a
peut-eſtre pas dit qu'il ne penſoit
à rien moins qu'à une pareille
gratification , lors qu'il l'a reçeuë.
C'eſtdonner deux fois que
donner de cette forte , & il n'apartient
qu'à LoUIS LE GRAND
de prévenir les fouhaits de ceux
qui ont du merite. Monfieur de
Niert le Pere , dont le Fils exerce
la Charge àcauſe de la ſurvivance
qu'il en a , plus touché de la
maniere
88 MERCURE
maniere dont le Préſent a eſté
fait que du Préſent meſme , verſa
des larmes de joye quand il
en remercia Sa Majeſté. Vous
ſçavez , Madame, qu'il eſtoit fort
aimé de Loüis XIII . & qu'il l'a
ſervy avec le meſme zele , & la
meſme fidelité qui éclatent dans
les ſervices que rend aujourdh'uy
Monfieur de Niert le Fils.a
Il faut vous apprendre auſſi la
mort d'Alexandre Guillaume de
Melun , Prince d'Epinoy , Marquis
de Roubaix , Vicomte de
Gand , Conneſtable heréditaire
de Flandres , Seneſchal de Hainaut
, & Chevalier des Ordres
du Roy de France. Il eſtoit ſecond
Fils de Guillaume de Melun
, prince d'Epinoy , &c. Che
valier de laToifon d'or, & Grand
Bailly de Hainaut, mort en 1635 .
Celuy qui vient de mourir avoit
épousé
GALANT. 89
épousé en premieres Nopces
Loüife Anne de Bethune , Fille
de Loüis de Bethune Duc de
Charros , Chevalier des Ordres
du Roy , & en ſecondes Nopces,
Jeanne- Pelagie Chabotde Rohan
, Fille puiſnée de Henry
Chabot , Duc de Rohan .
Je vous parlay il y a quelque
temps d'un Acte de juſtice qui
avoit attiré beaucoup de loüangesà
Monfieur le LieutenantCivil
Girardin. La Cour des Aydes
vient de donner un pareil exemple
d'équité , qui pourra retenir
dans le devoircertaines gens que
l'intereſt rend peu fcrupuleux.
Un grand Procés eſtant ſur le
point d'y eſtre jugé , l'une des
Parties qui cherchoit à le mettre
hors d'état de l'eſtrejamais,ſe ſervit
de la voye qui eſt le plus en
uſage parmy ceux qui ne plaidēt
que
5
१० MERCURE
que par eſprit de chicane , c'eſt
à dire , d'une intervention mandiée
, bonne ou mauvaiſe . Elle
fut faite au nom d'un Sergent. Il
n'y a point de gens plus experts
en delicateſſe de procedures.
Celuy- cy fermant les yeux ſur
ſa vie paffée , & n'enviſageant
que l'occaſion preſente de contribuer
à éternifer un Procés,
peut - eſtre ſur l'exemple de
beaucoup d'autres qui ont joüé
de ſemblables perſonnages impunément,
accompagna fon Avocat
à l'Audience, pour donner
plus de couleur au ſpecieux pretexte
de ſa chicane. L'Avocat
adverſe , parfaitement inſtruit
de ce qui regardoit la Partie
qu'il avoit en teſte , & des detours
qu'on luy preparoit , ſe
trouva muny de tout ce qui luy
eſtoit neceſſaire pour faire rendre
GALANT. 91
dre justice au Sergent qui fut
reçeu Partie intervenante au
Procés comme il avoit demandé.
Ce qu'il y eut de fâcheux
pour luy , c'eſt que laCour ordonna
en meſme temps qu'il defcendroit
dans la Conciergerie.
Il n'eut pas le loiſir de s'y ennuyer
, puis que dés le lendemain
le Procés qui estoit en
état , fut jugé à fond. On fit droit
à toutes les Parties ,& on condamna
le Sergent à la plus rigoureuſe&
honteuſe peine, que
puiffe fubir un Criminel , à l'exception
de la mort.
Je viens , Madame , à ce que
vous me dites de Monfieur le
Duc de Beauvilliers. Je n'avois
point douté que vous ne reconnuffiez
Monfieur le Comte de
Saint Aignan fous ce nom dans
ce que je vous en manday la
derniere
92 MERCURE
د
derniere fois. Il fut reçeu au Parlement
le ſecond de ce Mois
avec les Cerémonies accoûtumées.
Deux jours apres , le Roy
envoya à Monfieur le Duc de
Saint Aignan ſon Pere un
Brevet qui luy confirma tous
les honneurs des Pairs dont il
joüifſoit auparavant , & le lendemain
un ſecond Brevet , par
lequel Sa Majesté luy accordoit
cinquante mille Ecus de retenuë
fur ſon Gouvernement du Havre.
Madame la Ducheſſe de
Beauvilliers , ſeconde Fille de
Monfieur Colbert , alla prendre
le Tabouret chez la Reyne le
Samedy quatrième du meſme
Mois.
Je croy vous avoir déja marqué
qu'il pluſt au Roy de donner
il y a pres de deux ans à Monſieur
de S. Aignan une petiteFregate
GALANT.
93
gate qu'il arma en courſe , & qui
eut l'avantage de batre quelques
Corſaires auffitoſt apres. Comme
ce Due eſt naturellement Galant
, il ne pût ſoufrir l'Eté dernier
que fa Fregate luy demeuraſt
inutile. Ainſi il l'envoya à
Lifbonne avec des Fruits de fa
Province pour la Reyne de Portugal
, à laquelle il a l'honneur
d'appartenir d'aſſez pres. Cette
Princeſſe qui est toute pleine
d'eſprit , eſtant tres- civile d'elle
meſme, & ayant toûjours conſervé
une eſtime particuliere
pour ce Duc , luy écrivit la Lettre
qui fuit.
LETTRE
94
MERCURE
LETTRE
DE LA REYNE
DE PORTUGAL,
A M. LE DUC DE S. AGNAN.
On Cousin , F'ay reçeu avec
Morava jovela Lettre obli
geante que vous m'avez écrite
par le Capitaine du Vaiſſeau qui
en estoit chargé parce que je compte
entre les bonheurs de la vie, celuy
de ſe voir dans le ſouvenir des
Perſonnes pour qui l'on a une efti.
me & une consideration auſſi particuliere
, que j'eway toûjours eu ,
& que j'en ay encor pour vous,
apres le long temps & la grande
distance des lieux qui l'effacent
affez aisément. Ie vous en remercie
donc affectueusement ,auſſi-bien
que
GALAN T.
95
que de vostre beau preſent de
Fruits , qui font d'autant plus agreables,
qu'on n'en voitpoint de cete
espece- la en ces Pays- cy I'aydé
ja fait dire au Capitaine de voftre
Vaisseau , qu'ilse tinſt aſſuré
de toute la protection que vous me
demandezpour luy , Souhaitant des
occafions de vostre fatisfaction encor
plus importantes , & priant
Dieu qu'il vous ait , mon Cousin,
enfafainte garde. Ecrit à Salvaterre
le 8. de l'an 1679. Mon Cou
fin, voſtre bonne Cousine ,
MARIE.
Je croirois derober beaucoup
à voſtre ſatisfaction , ſçachant
l'intereſt que vous prenez à la
gloire de, Monfieur le Duc del
S. Aignan , ſi avant que de finir
cet Article , je ne vous apprenois
ce qui luy arriva d'aſſez extraor
96 MERCURE
traordinaire au commencement
de ce Mois. Le Roy , dont les
entretiens ſont toûjours proportionnez
à ſa Dignité & à l'élevation
de ſon Eſprit, eſtant dans
une converſation fort ſerieuſe
ſur le ſujet de l'Academie Françoiſe,
qu'il a bien voulu honorer
de ſa protection , & parlant à
Meſſieurs les Marquis & Abbé
d'Angeau , & à Monfieur Roſe
Secretaire du Cabinet , en preſence
de beaucoup de Perſonnes,
Monfieur de S. Aignan entra
, & Sa Majesté ayant dit d'abord,
Voicy encor un Academicien,
luy demanda s'il n'avoit point
retenu un Sonnet dont on luy
avoit parlé avec avantage. Ce
Duc dont la memoire eſt affez
connuë,ayant repondu que non ,
le Roy luy temoigna eſtre ſurpris
de ce qu'il ne le ſçavoit point
par
GALAN T.
97
par coeur , apres l'avoir entendu
une fois . Surquoy il repartit galamment
: Sire , le ſujet en eſt ſi
grand &fi relevé, &l'on en a tant
fait avec beaucoup de raiſon à la
loüange de Voſtre Majesté , que l'un
fait oublier l'autre. Le Roy ayant
repliqué en ſoûriant , qu'il luy en
fift un, puis qu'il ne ſçavoit point
celuy qu'il luy demandoit, Monſieur
Roſe luy donna les Boutsrimez
que vous allez voir. Ce
Duc jetta ſeulement les yeux
deſſus , & fans fortir du Cabinet
de Sa Majesté , il vintà bout du
Sonnet en aufli peu de temps qu'il
luy en falut pour l'écrire .
SONNET.
DVA RO
cent fois plus grand que le
fameux Célar,
Qui paſſe de bien loin Alexandre &
Pompée ,
Mars 1679.
E
98 MERCURE
On vavoir aujourd'huy l'esperance trompée,
Carfi je réuſſis , ce n'est queparhazard.
Il feroit le Vainqueur du Tartare & du
Czar,
Qui veut luy refifter , voitsa valeur dupée;
Il chérit plus l'honneur , qu'un Enfant fa
Poupée ,
Contre luy le plus brave est froid comme
unPuiſart.
Son mérite est encor plus grand que fa
Couronne ,
De peur de fos Edits nul ne ſe déboutonne,
Euft- on toûjours veſcu de Truffe &d'Artichaud.
**
Son Ame , de la Gloire eft avide & gloutonne
,
Et jamais pour gronder nul mutin ne
bourdonne,
Fuft-il plus embrafé que le feu d'un Réchaut.
Toute la Cour ayant admiré
une
GALAN T.
99
}
une choſe ſi peu commune ,
Monfieur Péliſſon & Monfieur
Roſe tomberent dans le meſme
ſentiment , que plus les Rimes
que l'on donnoit eſtoient communes
& faciles , plus le Sonnet
eſtoitmalaiſe. On voulut en faire
l'épreuve ; & le lendemain lors
que M. le Duc de S. Aignan rentroit
chez luy, il trouva les Boutsrimez
qui ſuivent, & fit ce ſecond
Sonnet fur la même matiere auffi
promptement qu'il avoit fait
l'autre. HEQUE DEL
NOATE
SONNET
>
* 113
NRoy grand & magnanime.
Du'admire tout l'Univers
Etdont l'Esprit eft fublime
Veut que je faffe des Vers.
Ie vayperdreſon eſtime ,
L'écriray tout de travers
Eij
100 MERCURE
Carjeſuis bien las de Rime ,
Etj'ay milleſoins divers .
Pourtant n'écoutons perſonne ,
Puis que ce Grand Roy l'ordonne ,
Ilfaut en veniràbout.
Travaillons fans répugnance ,
Uneprompte obeïffance
Nousmet àcouvert de tout.
Je ne vous puis dire fi les Stances
que j'adjoûte icy ont coûté
beaucoup de temps . L'Autheur
ne m'en eſt point connu , & le
hazard ſeul me les a fait tomber
entre les mains ; mais elles
me paroiſſent d'un Génie fort
aiſe , & je me tiens ſeûr que le
tour vous en plaira auffi -bien que
la matiere.
03-603-5903-608036303336
A MLE BRUN.
T
dont lefidelle Pinceau
Sçaitfibien ſuivre la Nature,
I
LE
GALANT. 101
LE BRUN , j'en voudrois un Tablean
Enpastel , en miniature ,
Encraye, en crayon ; mais enfin
Dust-il estre fait de fuzin ,
N'importe de quelle matiere.
Pourpeu que tu formes de traits ,
Et que de tamain ils
Onyconnoistratamaniere,
Soientfaits,
NOAT
Conçois unſujetſérieux
Dans ta fertile & noble idée ,
Phaëtonfoudroyé des Cieux ,
Iafon poursuivy por Médée,
Le laidMarſias écorché ,
Prométhée auRoc attaché
Quefon crime au Vautour expose.
Cessujetsfont tristes aux yeux ,
Prenons- en un qui plaiſe mieux ,
Sansfeinte &fans métamorphose.
V
Pourrois- tu peindre un Conquérant
Tout environné de ſa gloire ;
Goûtant d'un air indiférent
Les plus douxfruits deſa victoire ?
Faispourtant qu'il ait dans les yeux
Ce brillant qui des Demy- Dieux
Rend la majestéfiere &grande.
Dépeins-le dans le Champ de Mars ,
E iij
102 MERCURE
Forçant l'Heritier des Césars
Afigner la Paix qu'il commande.
Pourbien employerton Pinceau
Dans toute faforce&sa grace ,
Peut- estre quedans ce Tableau
Tupeindras le Dieu de laThrace.
Non;peins leplus grand des Mortels,
Maisqui mérite des Autels
Audela de ceux de nostre âge ,
Parſesfaits d'Armes inouis;
Enfin tu dépeindras LOVIS ,
Et voila ton parfait Ouvrage.
Vous voulez bien , Madame,
que je vous faſſe fortir un moment
de la Cour de France, pour
vous mener en celle d'Hannover.
La Paix ſignée avec l'Allemagne,
nous donne l'entiere liberté
du paſſage. Vous ſçavez fansdoute
que Monfieur le Duc
d'Hannover eſt un Prince de la
Maiſon de Brunſvich &de Lune.
bourg , & qu'il a toûjours eſté
dans
GALANT.
103
dans les intereſts de Sa Majesté
pendant nos dernieres guerres ,
malgré les engagemens contraires
des autres Princes de fa Maifon,
c'eſt àdire de Mr. le Duc de
Zell fon Frere aiſné , & de Monſieur
l'Eveſque d'Ofnabruch fon
cadet , qui ont fait depuis peu
leur accommodement avec le
Roy. Ce font des Princes d'un
fort grandmérite, &qui foûtiennent
la dignité de leur rang avec
tout l'éclat que demande leur
naiſſance.
La nouvelle s'eſtant répanduë
que Madame la Ducheffe de
Meklebourg venoit à Hannover,
Monfieur l'Evefque d'Osnabruch
s'y rendit le premier de Fevrier
avec Madame la Princefle ſa
Femme. Ne foyez pas ſurpriſe
de m'entendre parler de cette
forte. Les Eveſques Luthe-
E iij
104 MERCURE
riens ont permiſſion de ſe marier
, & il y a cela de particulier
dans l'Eveſché d'Osnabruch ,
د
qu'il ſe donne alternativement
à un Luthérien & à un Catholi .
que. Celuy qui en eſt pourveu
preſentement eſt un Prince à
faire la guerre au Turc , & qui
outre la bravoure a toutes les
qualitez qui gagnent l'eſtime &
l'amour des Peuples. Quand on
n'auroit jamais entendu parler
de Madame la Princeſſe d'Ofnabruch
, & qu'on ne ſçauroit
point qu'eſtant Soeur de l'Electeur
Palatin , elle eſt Tante de
Madame , fon grand air , ſon efprit
merveilleux , & toutes ſes
manieres nobles & élevées , luy
feroient rendre la justice deuë
à un grand mérite & àune Perſonne
de haute naiſſance . Ce
qui eſt en elle de plus ſurpre
nant,
GALANT .. 105
nant ,c'eſt qu'on puiſſe la prendre
pour la Soeur de deux de
ſes Fils , qui ſont deux grands
Princes parfaitement beaux &
bien fait , tant cette Princeſſe
paroiſt encorjeune &belle. Auffi
ne reſſemble- t-elle pas à ces
Meres qui cachent leurs Filles,
&ne les foufrent jamais aupres
d'elles , de peur qu'un trop grand
éclar de jeuneſſe ne faſſe tort à
quelque reſte de beauté , dont
elles veulent encor faire parade.
Madame d'Ofnabruch mene par
tout avec elle la plus belle
Princeſſe du monde , fans en
rien craindre qui luy puiſſe eſ
tre deſavantageux. Ce n'eſt
que faire voir ſon portrait dans
cette beauté naiſſante , & les
loüanges qu'on donne à l'une ,
font toujours par raport à l'autre.
Tous ces Princes & Prin-
P
Ev
106 MERCURE
avec une Suite nombreuſe de
Cavaliers & de Gens en Livréci
tres - riche & tres - magnifique,
deſcendirent dans la Cour du
Chafteau , où Mr. le Duc & Madame
la Duchefle de Hannover
vinrent à leur rencontre avec
Meſdames les Princeſſes leurs
Filles. La joye qui paroiffoit ſur.
le viſage de cette Ducheffe , y
faifoit briller un éclat & une vivacité
de teint qui luy donnoit
tous les charmes qu'on peut de
firer dans une belle & jeune
Perſonne . Elle eſt Fille de Ma
dame la Princeſſe Palatine qui
~ eft icy , & Soeur de Madame là
Ducheffe.Pour Monfieur leDuc
de Hannover , on ne voit rien
en luy qui ne charme. C'eſt de
l'efprit par tout , auffi -bien que
de la grandeur ; & quand il ne
feroit pas Prince , ce ſeroit toujours
GALANT. 107
jours un de ces grands Hommes
dont le merite eft fingulier, & la
Perſonne tres confiderable.
Le 4. de Fevrier , ſur l'avis
qu'on eut que Madame la Ducheffe
de Meklebourg eſtoit
partie de Zell , toute la Maiſon
de Monfieur le Duc de Hannover
fut commandée pour aller au
devant d'elle , & Leurs Alteffes
s'eſtant avancées juſqu'àune demy
lieuë de la Ville , s'arreſterent
dans un endroit , où l'on
avoit fait dreſſerune Tentepour
la recevoir. L'entreveuë de tant
de Perſonnes du plus haut rang
fut quelque choſe digne d'eſtre
veu. Apres les premiers compli
mens , on marcha dans l'ordre
qui fuit , afin de rendre l'entrée
de cette Princeſſe plus folemnelle.
:
Le Grand Ecuyer de Monficur
108 MERCURE
fieur le Duc de Hannover com
mença la Marche à la teſte de
l'Ecurie. Il eſtoit ſuivy detrente
Perſonnes en Livrée à cheval,&
qui tenoient trente beaux Chevaux
de main , couverts de diferentes
Houſſes en broderie également
riches & brillantes ,
dans la diverſité de leurs couleurs
& de leurs dorures.Vingtcinq
Carroſſes à fix chevaux fuivoient
à la file, & formoient une
diference d'atelages, de harnois ,
&d'ornemens, fort agreable à la
veuë. Douze Pages en Livrée ,
& des mieux ajuſtez , continuoient
cette Marche deux à
deux , tous montez à l'avantage,
& precedez de leur Gouverneur.
A quelques pas de diſtance
, marchoit le Grand Marefchalde
laCour à la teſte de foixate
Gentilhommes,dont les uns
eftoient
GALANT. 109
eſtoient couverts de riche broderie
d'or & d'argent, & les autres
magnifiquement habillez,
chacun à ſon gré & à ſa maniere.
Douze Trompetes en Livrée,
avec leurs Tymbales,mar -
chant fur deux lignes devant le
Carroffe des Princes , joüoient
cent fanfares à réjoüir les coeurs
les plus inſenſibles à la joye . Enfin
le magnifique Carroffe de
Madame la Ducheſſe de Hannover
, tout couvert de dorures
&de broderies à fond de velours
cramoiſy , & environné de crépines
& de groſſes capanes d'or
&d'argent, tiré par fix fuperbes
Chevaux de couleur iſabelle,
marchoit pompeuſement au petit
pas , tout glorieux de porter
quatre fi belles &fi fpirituelles
Princeſſes . Une foule de Valets
de
MERCURE
de pied en livrée riche & éclatante
, entouroit cet admirable
Char de triomphe , & on peut
dire que les Heroïnes qui étoiét
dedans , auroient paffé pour des
Divinitez du premier rang dans
le temps qu'on adoroit les belles
Perſonnes . Six- vingts Gardes
du Corps en Eſcadron , l'Epée
nuë à la main, tous en Caſaques
rouges , brodées d'or & d'argent,
d'une meſme parure , avec leur
Colonel à leur teſte, & leur Major
à la queuë , fermoient cette
Marche , à laquelle ils nedonnoient
pas peu d'éclat.
On entra dans la Ville en cet
ordre au bruit du Canon,& tout
če nombreux Cortege vint ſe
ranger dans la grande Cour du
Palais , par où le grand Carroffe
paffa pour ſe rendre au pied de
PEfcalier qui conduit au plus bel
Aparte
GALANT. III
Apartement du Chaſteau . On
l'avoit preparé pour Madame la
Duchefle de Meklebourg.Monfieur
l'Eveſque d'Ofnabruch dona
la main à cette Princeffe en
deſcendant de Carroffe. Monfieur
de Hannover la donna à
Madame d'Ofnabruch , le Prince
aiſné d'Ofnabruch , à Madame
de Hannover ; & le grand
Mareſchal de la Cour, à la jeune
Princeſſe d'Oſnabruch . La même
civilité a continué dans toutes
les rencontres pendant douze
jours que Madame la Ducheffe
de Meklebourg a paffez àHannover,
& qui ont eſté employez
en diverſes réjouiffances .
Entr'autres divertiſſemens on
luy a donné deux Repreſentations
du nouvel Opéra Italien
de cette Cour , & une de eeluy
de l'année derniere . Ces Opéra
fonr
112 MERCURE
font repreſentez par ceux de la
Muſique Italienne que Monſieur
le Duc de Hannover entretient
toûjours à fon fervice.i
On a encor donné à cette Prin
ceffe le divertiſſement d'une
Chaſſe de Renards dans l'enclost
de la grande Cour du Chaſteau .
On y fit fauter ces Animaux en
l'air, en paſſant par deſſus des Echelles
de cordes qu'on tenoit
par les deux bouts , & qu'on élevoit
à force de bras . Cela s'ap
pelle berner les Renards. Le
plaiſir du Vuirtſchaffqu'on luy
fit prendre à l'impourveu quelques
jours apres , n'a pas eſté
un des moindres qu'elle ait reçeus
. C'eſt une eſpece de Mafcarade
à la mode d'Allemagne.
Monfieur d'Ofnabruch y parut
en Armenien ; Madame de
Meklebourg, en Dame Suédoife;
GALANT. 113
ſe; Monfieur de Hannover , en
Noble Venitien ; Madame d'Ofnabruch
, en Homme de Robe;
Madame de Hannover , en Dame
Perſane ; l'aiſné des Princes
d'Osnabruch , en Païfan , le
Prince fon Frere , en habit de
Femme ; & la jeune Princeſſe
leur Soeur, en Indienne de quao
lité .Le reſte de la Cour s'accommoda
à ſa fantaiſie , ſelon que le
pût permettre le peu de temps
qu'on avoit donné pour ſe déguifer.
Il y eut un magnifique
Soupé, apres lequel la plus grande
partie de la nuit fut employée
à laDance...
Il n'y a eu aucune de ces occafions
où Madame la Ducheffe
de Meklebourg ne ſe ſoit fait
admirer tant pour les avantages
de ſa perſonne , que pour le
grand air qui l'accompagne. Elle
y
114
MERCURE
y a reçeu tous les honneurs qui
ſont deûs au rang qu'elle tient,
& à l'illuftre ſang de Mommorency
Je ne vous dis point qu'elle
eft Soeur de Monfieur le Duc
de Luxembourg. C'eſt une choſe
qui vous eſt connuë.
Voila , Madame , ce que j'ay
tiré d'une Relation envoyée de
Hannover , dans les meſmes termes
dont je me fuis ſervy pour
vous l'écrire.A preſent que nous
ſommes en paix avec l'Allemagne,
je ne doute point qu'on ne
prenne ſoin de me faire part de
ce qui ſe paſſera de plus remarquable
dans les Cours de tantde
Princes qui y poſſedent le Titre
de Souverains. Ce feront d'agreables
Articles pour vous , &
je croy vous faire plaiſir de vous
les promettre.
On voit tous les jours des
choſes
GALANT.
choſes nouvelles dans ceRoyaume.
Les François n'imaginent
pas feulement, mais ils executết,
&fur tout à Paris , où pendant
laguerre, les Arts ont augmenté
en inventions comme en entre
priſes Les Graveurs n'avoient
fait juſqu'icy des Tailles-douces
que d'une grandeur fort médiocre,
en comparaiſon desTableaux
que nous voyons à preſent de
cette nature. Il ſembloit meſme
impoſſible d'aller au delà de cette
mediocrité , à cause de la longuer
du travail , de la grandeur
des Cuivres neceffaires pour
graver , & de la hauteur& largeur
des Papiers. Cependant le
Sieur Landry , Graveur &Marchandde
Tailles - douces , demeurant
Ruë Saint Jacques à
l'Enſeigne de Saint François de
Sales , a furmonté toutes ces difficultez
116 MERCURE
ficultez , & a fait voir une Taille-
douce qui peut ſervir de Tableau
d'Autel. C'eſt une Nativité
toute remplie de Figures,
tant dans le Ciel que fur la Terre.
Elle eſt de ſept pieds de hauteur
& cinq de large , & faite
ſur un Tableau du ſçavant Pierre
Berretin Cortonen , fameux
Peintre Romain. Le Sieur Landry
acheve preſentement un
Crucifix de mefme hauteur &
de meſme largeur. C'eſt à luy
qu'on doit quatre Tailles-douces
de quatre pieds de large fur
deux pieds deux poulces de
haut , en forme de friſe . Les ſujets
qui les compoſent ſont la
Terre , l'Eau , l'Air , & le Feu .
Ces beaux Ouvrages ſont gravez
d'apres les Tableaux peints
par Mr de Corneille l'aîné de
l'Academie des Peintres. Vous
voyez
GALANT.
117
voyez, Madame,que ce nom eft
illuſtre en pluſieurs manieres, &
que c'eſt aſſez de le porter pour
faire bruit dans le monde. Le
meſme Graveur a auſſi donné
quatre Pieces au Public de pareille
largeur & hauteur que les
precedentes. Ces Pieces font le
Printemps , l'Eté , l'Automne, &
'Hyver.Elles peuvet paſſer pour
Originales,n'eſtant gravées d'apres
aucuns Tableaux , & Monfieur
le Pautre le Pere en ayant
fait les Deffeins. Je ne puis finir
ſans vous parler encor de quatre
autres Tailles douces auſſi larges
& auffi hautes. Elles reprefentent
la Mort , le Purgatoire,
l'Ame bienheureuſe , & l'Ame
damnée. Elles ſont faites d'apres
les Tableaux peints par le
Frere Luc Recolet. Toutes ces
Tailles
118 MERCURE
Tailles douces eſtant d'apres de
grands Maiſtres , dont les Originaux
coûtent des ſommes immenfes
, on peut dire qu'elles valent
beaucoup mieux que de veritables
Tableaux , mal peints &
eſtropiez. 3
J'allay voir la trentiéme Repreſentation
du nouvelOpérade
Bellérophon le Dimanche dixneufde
ce Mois ,& le plaiſir que
j'y reçeusm'empécha d'eſtre ſurpris
du grand monde que j'y trouvay.
Cen'eſt point ce qu'on appelleChanſonnetes
qui l'y attire .
Ellesyfont en fort petit nombre,
la grandeur du Sujet n'ayant pû
foufrir que l'Autheur foit forty
de fa matiere. Ce que je remarquay
qui plaiſoit particulierementdans
cetOuvrage, c'eſt d'y
voir l'action ſuivie par tout , en
forte qu'il n'y a aucune Scene qui
n'ait
GALANT.
119
n'aitde l'enchaînement avec celle
qui l'a precedée , ce qui n'y
laiſſe aucun endroit languiſſant.
Quand on obſerve cette conduitedans
unOpéra; que les divertiſſemens
qu'on y fait entrer naifſent
de la Piece meſme , & font
une partie de l'action ( ce que
nous voyonsfort rarement, ) que
la Muſique eſt d'un auſſi grand
Homme que Monfieur de Lully,
& qu'on n'épargne rien pour le
reſte , il eſt impoffible que cet
Opéra manque de ſuccés, & c'eſt
par cette raiſon que celuydeBellérophon
a eſté au delà de tout
ce qu'on a veu juſqu'icy de cette
nature. Je vous dis vray en vous
mandant la derniere fois que
Monſeigneur le Dauphin qui l'avoit
veu le jour de ſa Mafcarade
chez Monfieur le Prince de
Strasbourg , en eſtoit fortytres
fatis
120 MERCURE
fatisfait . On n'en peut douter,
puis qu'il l'a voulu revoir depuis
trois ſemaines. Il en parla encor
plus avantageuſement qu'il
n'avoit fait la premiere fois. Les
Dames qui estoient avec luy
n'en furent pas moins contentes,&
cette Repreſentation leur
fut un fort agreable divertiſſement.
Ce jeune Prince avoit difné
chez Monfieur , ce jour - là
meſme. Il eſtoit à Table entre
Leurs Alteſſes Royales. A la
droite , du coſté de Monfieur,
eſtoient Mademoiselle, Madame
de Monteſpan , Madame la Ducheſſe
Sforce , Madame la Ducheſſe
de la Ferté , Madame la
Comteſſe de Gramont , & Madame
la Mareſchale de Clerambaut.
A la gauche , du coſtéde
Madame, eſtoient Mademoiſelle
de Valois,& Monfieur le Comte
de
1
GALANT . 121
de Vermandois. L'apreſdînée,
Monſeigneur le Dauphin , &
Madame de Monteſpan, tinrent
ſur les Fonts , dans la Chapelle
haute du Palais Royal , le Fils de
Monfieur le Comte de Moreüil .
Madame la Comteſſe de Moreüil
ſa Femme a été Fille d'honneur
de la Reyne ſous le nom
deMademoiſelle de Dampierre.
Cen'eſt pas ſeulement à Paris
que les Opéra font le divertiſſement
le plus recherché. Outre
celuy de Montpellier dont je
vous ay envoyé les Vers , il s'en
eſt fait un àCaſtelnaudary, pour
marquer la joye que la Publication
de la Paix y a caufée. On
n'y a pas oublié les Décorations;
&comme les François ont beaucoup
d'invention , & qu'ils ne
peuventdemeurer oyfifs, un Architecte
employé aux Ouvrages
Mars 1679.
F
122 MERCURE
duCanal de la jonction des deux
Mers , ſe trouvant en pouvoir
de diſpoſer de ſon temps , entreprit
les Machines qui devoient
fervir à ce Spectacle , &
fatisfit beaucoup un grand nombre
de Perſonnes de qualité &
de merite que la Séance de la
Chambre de l'Edit de Languedoc
avoit attirées en cette Ville-
là. Je m'informeray du nom
de celuy qui a fait les Vers de
cetOpéra,pour vous le mander;
& cependant je croy que vous
ne ſerez pas fâchée d'apprendre
que vous avez tres-bien jugé de
Monfieur de Bérigny Conſeiller
au Préſidial de Caën , quand fur
les Pieces galantes que je vous ay
envoyées de luy , vous avez dit
qu'il avoit beaucoup de talent
pour la Poëfie. Il faut en effet
que ſa veine ſoit fort aiſée , puis
qu'il
GALANT.
123
qu'il a preſenté au Roy depuis
quelques jours un Abregé en
Vers de toute l'Hiſtoire de France
, depuis Pharamond juſqu'à
la Paix d'Allemagne. Cet Ouvrage
fut tres-bien reçeu de Sa
Majesté. Il eſt ſous la Preſſe. Je
vous en diray davantage quand
je ſçauray le jugement qu'en aura
fait le Public. Il a eſté fort favorable
à deux Quadrains qui
ont couru de la façon du Fils
d'un Auditeur de la Chambre
des Comptes de Dijon. Une Dame
luy reprocha dans un Bal,
qu'il eſtoit forty de cadence , &
il fit l'Inpromptu qui ſuit ſur ce
reproche.
L
:
INPROMPTU.
Ors que je vous
Danfe
vois dans la
Briller avec tous vos appas,

Fij
124
MERCURE
Ilneſepeut que je ne penfe
Que l'Amour anime vos pas.
Pourvous,fi jefors de cadence,
Tout ce que vous devez penser,
C'est qu'un Homme en voſtre presence
Nesçaitplus ſur quel pied danſer.
Autre Impromptu d'une autre
nature. Vne Belle pleine de
ſanté avoit demandé qu'on luy
fiſt ſon Epitaphe . La demande
paroiſſoit bizarre , & on ne concevoit
pas trop bien ce qu'on
pouvoit faire fur ce ſujet pour
une Perſonne qui n'avoit aucun
deſſein de renoncer à la vie . Vn
Cavalier qui ne luy avoit encor
parlé de ſa paſſion que par ſes
regards , prit cette occafion de
ſe declarer , & apres avoir reſvé
quelques momens , il luy dit en
montrant ſon coeur,
EPI
GALANT 125
ΕΡΙΤΑPHE
UE
DELA
LYON POUR UNE BELLE VIVANTE .
Y gift Iris. Ce coeur on cette Belle
R
N'eft il pas un tombeau pour elle?
Ellen'en fortira jamais.
LLE
Les Amans jurent toûjours
d'aimer éternellement. Voyezle
dans ces Vers Italiens , comme
vous venez de le voir dans
cet Epitaphe. Ils m'ont eſté envoyez
de Rome avec les Notes
que j'ay fait graver. Puis
que la Graveure vous plaiſt
mieux en Muſique que l'Impreſſion
, j'auray ſoin à l'avenir de
vous fatisfaire. Les Connoiffeurs
eſtiment fort celle qui a eſté faite
ſur ces Paroles. Vous en jugerez.
Fiij
126 MERCURE
T
AIR ITALIEN.
E'cofi dolce la pena ch ' io Senta
Che nel tormento
Voglio gioire ,
Voglio morire ,
Senza pietà.
Godo gioire del mio penare.
Voglio amare
Con candida fè,
Voglio ſervire ſenza mercé.
Ardasi , auvampasi.
Struggasi , abbrugia si,
Voglio adorare divina beltà.
On a eu icy nouvelles de la
mort de Madame la Ducheffe
Doüairie de Parme , Mere du
Duc de ce nom , arrivée dans
fon Palais Ducal le 6. de Fevrier.
Elle s'appelloit Margue-.
rite de Médicis , & eſt morte
en la 67. année de ſon âge, d'une
fluxion ſur la poitrine , avec
une fiévre , qui l'a emportée en
trois
GALANT.
127
د
ne
trois jours . Elle expira entre les
bras de la Princeſſe Magdelaine
ſa Fille , dont la vertu & l'amour
qu'elle avoit pour une Mere fi
digne de ſon attachement
peuvent recevoir trop de loüanges.
Vous en conviendrez quand
je vous auray dit que cette Princeffe
a paſſe ſes plus belles années
ſous ſa conduite , & que
pour n'avoir pas lieu de l'abandonner
, elle a renoncé dés ſes
plus jeunes ans au Mariage , & a
veſcu dans un volontaire Célibat
, auſſi exemplaire pour une
Perſonne de ſon rang , que l'a
eſtéle Veuvage de la Duchefſe
ſa Mere .
Je paſſe à un Article de Mer.
Une Tartane venant de Ligourne
avec cinq Chevaliers de Malte
, qui ſont Mrs les Chevaliers
des Alleurs , de Cominges , de
Filij
128 MERCURE
Simiane , de Choupes , & de Javon
, accompagnez de Mr Guillot
Chevalier ſervant de l'Ordre
, fut attaquée par une autre
Tartane armée en guerre , avec
cent trente Hommes , commandez
par un Majorquin nommé le
Capitaine Eſtienne. Les Chevaliers
, quoy qu'aſſurez d'eſtre
pris,ſe défendirent avec une vigueur
inconcevable. Ils allerent
plufis fois à la charge ; mais
comme il n'y a point de valeur
qui ne foit forcée de ceder au
nombre,ils furent faits enfin priſonniers
ſans s'eſtre rendus. Ils
s'attendoient à eſtre renvoyez ,
laPaix ayant eſté publiée depuis
longtemps , & en effet le Capitaine
Majorquin n'eſtoit pas
enpouvoirde les retenir , mais
la perte qu'il avoit faite luy ayant
fait prendre la reſolution de
fe
GALAN T. 129
ſe vanger , il n'en trouva point
d'autre moyéquede faire jeuſner
ces Chevaliers, & de les debarquer
fur la Coſte avec de meſchans
habits de Mariniers. Ils
foufrirent beaucoup , ces habits
eſtant auſſi legers que le froid
eſtoit exceffif ; outre qu'on les
avoit mis à terre à plus de quatre
lieuës d'aucune retraite . Ils
ont ſuporté ce malheur en Braves
que de longues épreuves
ont accoûtuinez à la fatigue ; &
ils s'en ſont d'autant plus facilement
conſolez , qu'ils ne ſe
l'eſtoient attiré que par leur
trop grande valeur contre un
nombre ſi inégal.
Les Theſes galantes employées
dans ma Lettre du dernier
Mois , ont engagé Mr Gardien
Secretaire du Roy, à repondre ce
-qui fuit ſur la ſeiziéme Conclu-
Fv
130
MERCURE
**
fion, Elle porte , Que bienfouvent
les Amans ſouhaitent des imperfections
dans ce qu'ils aiment,
afin que l'envie ne trouble point
leur bonheur.
A
CONTRE LA SEIZI EME
Conclufion des Theſes galantes du
Mercure du Mois de Fevrier.
Vt-il jamais, grands Dieux !
Fre-il
deSem-
Tout coeur qui ſçait aimer , en doit estre
Surpris. 1.
Quoy ! pourſauver l'Amour de la dent
del'Envie,
L'exposer à perir dans les bras du
Mépris !
De quelque vive ardeur qu'un Objet nous
anime,
Si d'imperfections nous le voyons at
veint
La tendreſſe bientôtſe perd apres l'eſtime;
Nostre feu ralenty s'évapore , & s'é
teint.
Vn
GALAN T. 131
Un amour alarmé d'un trouble imaginaire
,
Pour azile doit - il se creuser un Tombeau
,
Et pour de vains perils d'une guerre
étrangere,
beau ?
D'une guerre intestine allumer le flam-
Que diray je de plus? Malgrénos avantages,
Sur des maux incertains porter ſi loin
nos yeux,
C'est s'éloigner du Port pour chercher des
orages,
C'est àſe perdre enfin se rendre inge
nieux.
Ovous, qui rabaiſſez ce qu'ilfaut qu'on
adore,
Craignez, laches ſoubaits , en voulant
le ternir,
Que sur vostre fureur il n'encheriſſe
encore,
Et que son changement ne ſerve àvous
punir.
Le
132 MERCURE
Le meſme Monfieur Gardien
donnant un ſens plus étroit à
cette Conclufion , & fupoſant
qu'un Amant ſouhaite des perres
& des diſgraces à ſa Maîtrefſe
, afin qu'en la ſecourant il
puiſſe eſtre plus en eſtat de s'en
faire aimer , repond ce que vous
allez voir.
Vi
Que fe flatene
ſe flate d'aimer , &peut àce
Du Destin en couroux ſouhaiter lesrigueurs,
Afin qu'à la Beautédont il tarit les
pleurs,
Ses bienfaits prouvent mieuxſa paffion
extrémes
Par ce bizarre sentiment ,
Où de fa Souveraine il fait sa Tribu
taire,
Ilse declare Mercenaire,
Et perd la qualité d'Amant.
Va
GALANT.
133
すこ
1
4
1
Vn veritable amour n'inspire aux belles
Ames
Que des soins genereux , & des voeux
épurez;
Lagloire ,&le repos , de l'objet denos
flames,
Sont des droits , qui pour nous doivent
estrefacrez
Qu'il honore nos dons d'un seul regard
propice,
Est- il grace plus grande , &fort plus
glorieux ?
Croyons toûjours du ſien luy faire unfacrifice,
Et quand nous luy donnons , que ce fois
comme aux Dieux.
Vous avez ſçeu que Sa Majeſte
avoit choiſy Mr le Marquis
de Montauban pour eftre Lieutenant
de Roy dans la Franche-
Comté. Si- toſt qu'on en eut l'avis
en ce Païs-là , on ne ſçauroit
exprimer la joye qui ſuivit une
fi agreable nouvelle. On ſe mit
en
134 MERCURE
1
en état de luy en donner des
marques à ſon arrivée. Mais Mr
de Montauban ayant apris la
veille de ſon départ de Paris ,
qu'on avoit deſſein de le recevoir
avec apareil , rompit les mefures
qui avoient eſté priſes làdeſſus,
par la Lettre qu'il écrivit
aux principaux Officiers de Beſançon.
Elle leur marquoit qu'il
n'y pouvoit arriver que le 8. ou
10. de ce Mois. Cependant il
partit dés le lendemain meſme
ſans équipage ; & comme il furprit
lesHabitans , il leur épargna
la dépenſe qu'ils vouloient faire.
Sa modeſtie ne pût pourtant empeſcher
que le concours des
premiers avertis n'attiraſt chez
luy une fort grande affluence de
Peuple ,chacun s'empreſſantde
luy rendre les reſpects deûs à fon
nouveau caractere. Je vous ay
parlé
GALANT.
135
I
parléde luy tantde fois , que fon
mérite vous doit eſtre fort connu.
Il eſt d'une des plus confidérables
& plus anciennes Maifons
de Dauphiné , & s'appelle
Réné de la Tour de Gouvernet.
Ses qualitez font Marquis de
Montauban , de Soyan , & de la
Chau. Divers Particuliers du
nom& des armes , ſe ſont diſtinguez
en divers Siecles par leurs
belles actions , & par les ſervices
qu'ils ont rendus à nos Roys &
auxDauphins de Viennois. Nos
vieilles Hiſtoires en ſont pleines.
Celuydont je vous parle eut
quelque forte de bonne fortune
dés ſa premiere jeuneſſe. Le feu
Roy le voulut avoir pour Page ;
mais comme Monfieurde Montauban
fon Pere l'avoit deſtiné à
Monfieur le Cardinal de Richelieu
, Sa Majesté le donna Ellemefme
136 MERCURE
,
meſme à Son Eminence. Apres
avoir eſté élevé au ſervice de
ce grand Cardinal avec tous
les ſoins imaginables , il fut
envoyé à la guerre ſous la
conduite de quelques Officiers
Favoris & reçeut un
préſent de dix mille livres pour
ſon équipage. Depuis il a fait
trente - cinq Campagnes dans
la Cavalerie ſans aucune difcontinuation
. Ily a eu toute forre
de Commandemens , & eſt
parvenu au Poſte où nous le voyons
par tous lesdegrez qui peuvent
joindre à la valeur & au
courage une parfaite intelligence
du Meſtier. Aufſi a-t-il ſçeu
ſediſtinguer toûjours extraordinairement
, ſoit dans la Charge
de Brigadier , ſoit dans celle de
Mareſchal deCamp dont SaMajeſté
l'honnora , &dans leſquelles
GALANT. 137
les il eut l'avantage d'eſtre choify
par M le Prince pour commander
le Corps de reſerve à la
Bataille de Senef , & par feu M
de Turenne en Allemagne, dans
la plus preffante & la plus importante
occafion qui s'y ſoit offerte.
L'eſtime d'un Prince & d'un
Capitaine de cette réputation ,
luy doit tenir lieu de grandes
loüanges. Ce fut par elle qu'il
ſe conſola du malheur qu'il
eut de demeurer quelque temps
Prifonnier de guerre du Duc
de Lorraine . Il fut renvoyé fur
ſa parole , & la dégagea par les
liberalitez de Sa Majeſté. A
peine eut- ilreçeu l'honneurd'étre
fait LieutenantGeneral dans
les Armées du Roy , qu'il futen-
-voyé à Meſſine , où malgré les facheux
reſtes d'une longue mala
diequil'avoit réduit àl'extremité
à
138 MERCURE
1
àAix en Provence , il ne laiſſa
pas de ſe hazarder ſur Mer. A
fon retour de Sicile , on luy fit
faire le Voyage de Catalogne. La
ſageſſe de ſa conduite a éclaté
par les importans ſervices qu'il y
arendus. Il eut leGouvernement
de Zutphen ,& enſuite celuy de
Nimégue , dés les premieres
Conquestes de Sa Majeſté. Il a
eu auffi celuy de Puycerda , qui
luy devoit valoir quarante mille
livres de rente ; & ce qu'il y a
d'extraordinaire dans ce dernier
, c'eſt qu'en meſme temps
qu'il en fut pourveu , il ſe trouva
luy-mefme obligé de faire ſauter
la Ville , de la faire rafer , &
de ruiner ain fi de ſa propre main
les avantages qu'il en pouvoit
efperer pour ſa fortune ; mais il
n'en eſt point d'autre pour luy
que celle de plaire à un Maiſtre
qui
GALAN T.
139
qui ne l'a pas laiſſe longtemps
fans récompenſe , luy ayant donné
preſque auffitoſt la Lieutenance
de Roy dontje vous viens
de parler. Il a eu pluſieurs Freres
, qui ont tous vieilly dans la
Guerre, ou qui y ſont morts .
Loüis de la Tour- Gouverner,
Baron de Soyan , eut l'honneur
d'eſtre tenu ſur les Fonts par le
feu Roy qui ayant promis d'avoir
ſoin de fon établiſſement ,
luy donna le premier Employ
dont il fut capable. Il a ſervy en
plus de vingt- cinq Campagnes
confecutives , juſqu'à ce que le
defordre de ſa ſanté cauſé parſes ,
longues fatigues dans la Guerre,
l'ait réduit à la neceſſité de ſe retirer
chez luy.
Son fecond Frere , Alexandre
Gouvernet , St de la Chau , s'eſt
acquis beaucoup de gloire à la
Batail
140 MERCURE
Bataille de Rhaab , ſous le commandement
de Mt le Marefchal
de la Feüillade. Il eſt mort apres
s'eſtre ſignalé en Catalogne en
qualité de Brigadier , & avec
ſon Regiment de Cavalerie. Je
ne vous parle point de Mademoiſelle
de la Tour-Gouvernet
leur Soeur. On ſe ſouvient avec
quel éclat elle parut à la Cour
dés ſes premieres années. Sa
bonne mine , ſes riches traits,
la fraîcheur de ſon teint , & le
brillant de ſes yeux , l'y firent
paffer pour une des plus belles
Perſonnes de fon temps. Mais fi
ſa beauté fic bruit , ſa vertu ne
luy attira pas moins d'admiration.
Quoy qu'elle fuſt ſouhaitée
par tout , & qu'on la miſt de
tous les plaifirs , on remarquoit
bien qu'elle ne ſe trouvoitdas les
grades Aſſemblées que par complaifance.
GALANT. 141
plaiſance. Les années ont eu
beau ſe multiplier , elles n'ont
pas laiſſéde garder le reſpect deû
à tant de mérite , & elle est encor
également aimable & vertueuſe
, s'appliquant toute entiere
aux actions de pieté & de
bon exemple.
こMr. le Marquis de Montauban
a deux autres Freres d'un fecond
Lit, Madame ſa Mere ayant
épousé en ſecondes Nopces un
Gentilhomme des plus confidérables
de Normandie , de la
Maiſon de Poifſſon du Mény.
L'aîné s'eſt rendu ſi digne de
l'eſtime de Sa Majeſté par ſa bravoure,
que ceGrand Prince ayat
eſté témoin de ce qu'il avoit
fait au Paſſage du Rhin, & dans
la Franche - Comté , l'honnora
de la Charge d'Enſeigne dans
une Compagnie de ſesGardes
du
142 MERCURE
du Corps , & l'a élevé en ſuite à
celle de Lieutenant , qu'il exer
ce aujourd'huy avec beaucoup
d'affiduité &de zele. Monfieur le
Chevalier du Mény eſt le plus
jeune de ces deux Freres . Il a
déja fait dix Campagnes. Les
bleſſures qu'il y a reçeuës rendent
témoignage de ſon courage
&de ſa valeur. Q
On m'envoye préſentement
la Piece qui ſuit. Elle eſt du
temps , & fera une agreable diverſité
parmy les nouvelles que
je vous écris.
LE SOLEIL ,
ET LES PLANETES.
FABLE.
Es Planetes parfantaisie ,
LLes uns disent parjalousie,
D'autres
GALANT. 143
D'autres par orgueilfans pareil ,
Faifoient la guerre à leur Soleil.
Saturne , &son lent Satellite ,
Iupiter , & ceux de ſa ſuite ,
Et quelques autres Planeteaux ,
Qui ſont Phænomenes nouveaux ,
Faifoient une triple alliance ,
Et s'eſtant joints d'intelligence ,
Venoientſe poſter , cedit- on ;
Dedans le Signe du Lyon.
L'Aftre du Lour , qui les éclaire ,
Qui les voit , & les confidere,
Craignant que leur conjonction
Ne fift de ladiviſion ,
Et du deſordre en la Nature ,
Qui déja bienfort enmurmure ;
S'animant d'un juſte couroux ,
Lesvainc , & les diſperſe tous.
Envain les Fuyards ſerallient ,
Toûjours vaincus ,toûjours ilsfuyent ,
Et le ſoleil au milieu d'eux
Toûjours vainqueur , toûjours heureux ,
Les va battantdeſes lumieres ,
Les rabatant jusqu'en leurs Spheres ,
Où chacunfuit de ſon coſté ,
Cherchant un lieu deſeûreté.
Plusieurs d'entr'eux retrograderent ,
Du Signe du Lyon paſſerent ,
1
144
MERCURE
Qui jusqu'au Cancre, qui plus loin ,
Selon leur plus preſſant beſoin.
LeSoleil voyant les Planetes
Errercommetriſtes Cometes ,
L'un s'éclypser , l'autre blémir ,
Et le pauvremonde gémir ,
Suspend le coursdesa victoire ,
Etpour éterniſerſa gloire ,
Ilveutpar cent moyens divers
Donner la Paix à l'Univers.
Alors parsa prudence extréme
Il en faitplusieurs Plans luy- même ,
Etfansfortir hors defes droits ,
Luy-mesmeil enpreſcrit les Loix.
On les publie , on les envoye ,
On les reçoit avecque joye :
Lapremiereporte ces mots ,
Allez, vivez , Monde , en repos ;
Et vous , Planetes fatellites ,
Nefortezplus de vos limites
Oùje vous bornepour jamais ;
Et vous laiſſe regner en paix ;
Tandis quedu haut dema Sphere ,
Toûjours brillant dans ma lumiere ,
Merépandant de toutes parts ,
Parmes rayons , par mes regars ,
Etparma vertuſansſeconde ,
Le regneray dans tous le monde.
Je
GALANT.
145
Je vous laiſſe faire l'aplication
de cette Fable , & viens à une
Avanture dont je ne puisdiférer
plus long - temps à vous faire
part.
LYOK
Unfortgalant Homme , ayant
épousé depuis fix mois une jeune
Veuve auſſi ſage que bien
faite , & auſſi ſpirituelle que riche
, avoit pour elle tous les
égards que l'honneſteté pouvoit
demander ; mais comme l'amour
avoit eu moins de part à ſon Mariage
que la confideration des
avantages qu'il en retiroit , malgré
tant de bonnes qualitez , il
ne ſentoit point pour la Dame
ce fond de tendreſſe qui laifſe
un coeur incapable de tout
autre engagement. Ainſi il eftoit
prodigue des douceurs par
tout où il rencontroit des Belles ,
& ſi ſes coqueteries n'avoient
Mars 1679.
G
146 MERCURE
point de ſuite, c'eſtoit moins par
le ſcrupule qu'il euſt deû s'en
faire , que pour n'en trouver pas
l'occaſion affez favorable . Son
panchant pour toutes les converſations
flateuſes , luy permettoit
peu de reſter chez luy. Il
s'en juſtifioit quelquefois aupres
de ſa Femme,& luy faifoit croire
que ſes Amis l'engageoient à de
continuelles Parties , dont il ne
pouvoit ſe défendre ſans paroiftre
de méchante humeur. La
Dame qui avoit beaucoup de
prudence , ſe contentoit de luy
dire qu'elle ſe croiroit injuſte, ſi
elle s'opoſoit à ſes plaiſirs ; qu'il
eſtoit d'un âge à chercher les
agreables Parties, & que comme
elle estoit perfuadée qu'il ne s'en
permettoit aucune qui préjudiciaſt
à la tendreſſe qu'il luy devoit,&
qu'elle tâcheroit toûjours
de
GALANT.
147
1
de meriter par la ſienne , elle ſe
faiſoit une joye de tout ce qui le
pouvoit divertir. Quoy que tant
d'honneſteté redoublaſt l'eſtime
qu'il avoit pour elle, il n'en eſtoit
pas moins empreſſé à faire de galantes
proteſtations,& peut eſtre
ne tenoit- il pas à luy que quelque
Belle ne fixaſt ſes voeux . Le
Carnaval vint. Son plus grand
plaiſir eſtoit celuy de courir le
Bal. Il s'y donna tout entier , &,
paſſa peu de jours fans aller mafqué
dans les Aſſemblées .Sa Femme
luy aidoità ſe déguifer,& luy
diſoit toûjours en riant qu'il priſt
bien garde à luy raporter fon
coeur. Il luy jura pluſieurs fois
qu'il ſeroit ravy qu'elle fuſt de
ces fortes de Parties , mais que
c'eſtoit quelque choſe de ſi embaraſſantquelacõduite
des Femmesdas
des lieux où la foule apor.
1
Gij
148 MERCURE
toit toûjours du defordre , qu'il
n'oſoit luy rien offrir là-deſſus ;
qu'elle avoit d'aimables Voifines
qui aimoient le jeu , & qu'il
la prioit de faire une étroite ſocieté
avec elles. La Dame trouvoit
cette défaite plauſible. La
priere que ſon Mary luy fai-
Toit de chercher à ſe divertir, efzoit
obligeante,& elle répondoit
aux foins qu'il ſembloit prendre
deſes plaiſirs , par toutes les complaiſances
qui pouvoient la rendre
plus digne de fon amour.
Cependant ce divertiſſement
d'Afſemblées trop ſouvent reïteré
, fit naiſtre à la Dame quelque
envie de voir le perſonnage
qu'y pouvoit joüer fon Mary.
Elle fit confidence de ſon
deſſein à une de ſes meilleures
Amies,& un ſoir qu'il s'eſtoit
habillé chez luy en Turc, & que
par
GALANT. 149
par là il luy devoit eſtre fort aiſé
de le reconnoiſtre , elle ſedéguiſa
en Egyptienne,& ſon Amie
en Bergere , mais dans un équipage
fi propre quoy que modeſte
, qu'elles s'attirerent l'admiration
de toutes les Aſſemblées où
elles parurent. Deux Parens de
l'Amie fort galamment ajuſtez ,
les accompagnoient. La Dame
obſerva tous les Maſques des
deux premiers Bals fans découvrir
ſon cher Turc, & à peine eut
elle demeuré un moment dansle
troiſieme , qu'elle l'aperçût qui
faiſoit la reverence pour dancer.
Elle ſentit d'abord une émotion
qui la ſurprit par la crainte qu'elle
eut de voir quelque choſe qui
ne luy pluſt pas. Elle ſe remit un
peu,& eut la force de le regarder
en face come ſi elle eût ſouhaité
dancer avec luy. La choſe arriva.
Giij
150 MERCURE
Il la ſalûa de la teſte , & luy dit
galamment apres la dance , qu'il
auroit voulu mériter qu'une fi
aimable Egyptienne luy diſt ſa
bonne avanture. Elle répondit
qu'elle estoit des plus expertes
dans ſon métier,& qu'il n'y avoit
perſonne fi capable qu'ellede luy
dire des veritezdont- il conviendroit.
Il n'en falut pas davantage
pour luy faire noüer converfation
avec l'agreable Egyptienne,
fitoſt qu'elle ſe fut acquitée d'unelſeconde
Courante, elle con-
✓ ſentit volontiers à ſe tirer un
peu à quartier, demandad'abord
à voir ſa main droite,obſerva enſuite
toutes les lignes de la gauche,&
apres tout ce prélude,or
dinaire aux Gens qui ſe meſlent
de Chiromancie , elle lay dit
des choſes ſi poſitives ſur ce qui
luy eſtoit arrivé de plus ſecret,
que
GALANT.
151
que foit par les regles de ſon Art,
foit parce qu'elle le connoiſſoit,
il fut convaincu qu'il parloit à
une Perſonne qui n'ignoroitrien
de fesaffaires.Cependant elle luy
faifoit paroiſtre tant d'eſprit,& le
brillant de ſes yeux joint à l'agrément
de ſa taille avoit de ſi
grands charmes pour le Turc ,
qu'il ne ſe laſſoit point de l'entretenir.
Il voulut ſçavoir ce
qu'elle penſoitde ſon coeur.C'eftoitun
article que la crainte d'aprendre
trop luy avoit toûjours
fait éviter , mais enfin elle ne ſe
pût diſpenſer de luy répondre
que ſans faire d'examen plus particulier,
elle jureroit bien que ſes
ſentimens n'avoientaucune conformité
avec l'habit qu'il portoit.
Il en demeura d'accord , en
luy proteſtant qu'il fentoit pour
elledepuis un moment ce qu'il
1
Giiij
152
MERCURE
qu'il n'avoit jamais ſenty pour
perſonne , & qu'il ſe tiendroit
bienglorieux fi elle vouloit foufrir
qu'il luy fiſt connoiſtre qu'il
n'avoit rien moins que l'ame d'un
Turc. Une declaration ſi peu
attendue donna du chagrin à la
belle Egyptienne , mais comme
elle avoit intereſt à diſſimuler ,
elle cachaſon émotion,&continua
de parler avec ſon premier
enjoüement. Elle dit au Turc
qu'elle ne s'étonnoit point qu'il
ne pût la voir fans ſentir quelque
choſe d'extraordinaire ;que c'eftoit
l'afcendant de ſon étoile
qui agiſſoit malgré-luy , & que
peut- eſtre il hazardoit moins à
ne s'y pas oppoſer pour elle, qu'il
ne feroit s'il s'y foûmettoit en
faveur d'une autre ; mais qu'il
ſongeaſt qu'il eſtoit parfaitement
aimé d'une Perſonne qui luy
ayant
2
GALANT.
153
ayant donné tout fon coeur ,
feroit au deſeſpoir s'il portoit
ailleurs la tendreſſe qui luy
eſtoit deuë ; qu'il devoit craindre
qu'il ne luy priſt envie de
s'en venger ; qu'ayant du merite
il ne luy feroit pas difficile
d'en trouver l'occafion ;
& que fi elle ſe reſolvoit à la
chercher, elle luy feroit plus ſoufrir
d'inquiétude par ſa galanterie,
qu'il ne luy en pourroit caufer
par la fienre. Le Turc n'eut
pas de peine à comprendre par
cet avisque l'Egyptienne le connoiſſoit.
Il en eut de la joye, parce
qu'il crut que ſçachant à qui
on en vouloit en nojant cette
avanture avec luy , on eſtoit déja
fatisfait de fa Perſonne , & qu'il
n'eſtoit queſtion pour la mener
juqu'au dénoüement , que de
donner des furetez de l'at-
G V
154 MERCURE
tachement qu'il pouvoit promettre
. Ainſi il s'épuiſa en tendres
proteſtations ,& finit en conjurant
fortement la Dame de ne
luy point cacher ce qui paſſoit
dans ſon coeur , puis qu'elle eftoit
convaincuë que ſon étoile
l'engageoit indiſpenſablement à
prendre une liaiſon particuliere
avec elle. La Dame luy repondit
, que s'il avoit un habit d'Egyptien
comme elle en avoit un
d'Egyptienne , il ſçauroit malgré
elle ce qu'il demandoit, que
ces fortes d'habillemens donnoient
des lumieres extraordinaires
pour decouvrir les ſecrets
les plus cachez ; qu'il en
voyoitune preuve dans ce qu'elle
ſçavoit de luy ; que cependant
fi elle croyoit qu'il fuſt ſineere
, elle luy ditoit qu'elle alloit
tous les jours à onze henres,
:
GALANT.
ISS
res à une Egliſe qu'elle luy
nomma , mais qu'elle estoit per.
ſuadée qu'il ne penſeroit plus à
elle ſi-toſt qu'ils ſe ſeroient ſeparez
, & que la curioſité de la
voir n'auroit rien d'aſſez fort
pour luy faire accepter le rendez-
vous.
Je ne vous diray point , Madame
, avec quelle joye la propoſition
fut reçeuë. Le Turc
vouloit ſe jetter aux pieds de
l'Egyptienne. Elle l'empeſcha,
& fur la priere qu'il luy fit de
luy dire comment elle ſeroit
habillée le lendemain , il n'en
pût obtenir autre choſe , finon
qu'elle ſe trouveroit au rendezvous
; qu'il ne manquaſt point
d'y venir ; qu'elle ne luy demandoit
aucune marque pour
le connoiſtre , parce que fa
-Science luy avoit appris qui il
eſtoits
156 MERCURE
,
eſtoit ; que pour porter un jugement
aſſuré de ce qu'elle devoit
attendre de luy il luy
eſtoit important d'examiner ſa
phyſionomie , & qu'elle ſe decouvriroit
quand il ſeroit temps.
On ſe preparoit à luy dire encor
cent choſes , mais elle ne
voulut plus rien écouter , & fe
retira en diligence avec ſa Compagnie,
pour ſe rendre chez elle
avant le retour de fon Mary. Elle
ſe mit promptement au lit,
donna ordre de dire qu'un grand
mal de teſte l'avoit obligée à ſe
coucher de bonne heure , &
s'abandonna à fes réveries. Vous
jugez bien qu'elles furent fort
melancholiques. Elle ſe repentit
du rendez - vous qu'elle avoit
donné. Le trop d'éclairciffement
ne pouvoit eſtre que facheux
pour fon repos , & elle
avoic
GALAN Τ. 157
avoit pouffé la choſe ſans reflexion.
Il y avoit une heure qu'elle
formoit cent deſſeins fans s'arreſter
à aucun , quand ſon Mary
arriva. L'avanture luy tenoit
au coeur. Il brûloit d'impatience
d'en voir la ſuite , & l'embarras
d'eſprit qu'elle luy cauſoit ne
luy avoit plus laiſſé de curiofité
pour les autres Aſſemblées. A
ſon arrivée chez luy, il demanda
des nouvelles de ſa Femme.
La reponſe fut juſte , parce
qu'elle avoit eſté concertée. Il
ſe coucha à ſon ordinaire apres
luy avoir témoigné le chagrin
qu'il avoit de ſon mal de teſte,
& paſſa le reſte de la nuit ſans
dormir. La Dame feignit de ne
s'apercevoir pas de fes agitations,
& en eut d'auſſi fortes de fon
coſté , quoy que d'une autre
nature. Le lendemain elle ne
manqua
158 MERCURE
manqua point de ſe trouver de
bonne heure au lieu marqué , &
elle s'y plaça commodement
pour obſerver la contenance de
fon Mary ſans en eſtre veuë.
Il s'y rendit à l'heure precife.
L'embarras d'un Homme qui
cherche des yeux , ce qui luy
eſt inconnu , euſt eſté quelque
choſe de plaiſant pour elle , fi
elle n'y euſt point eu d'intereſt :
Elle avoit beau ſe dire que c'ef.
toit pour elle-meſme qu'on luy
faifoit infidelité , on ne laiſſoit
pas pour cela d'eſtre infidelle,
& il n'en falloit pas d'avantage
pour la tourmenter cruellement.
Le Mary demeura juſqu'à midy
à examiner toutes les Femmes
qui entrerent. Il n'en vit aucu
ne qui cuſt la taille de l'Egyptienne
, ou du moins qui jettaſt
les yeux fur luy ; & perfuadé
qu'on
GALANT. 159
qu'on s'eſtoit diverty à luy faire
piece , il fortit chagrin , &
ne pût s'empefcher d'eftre inquiet
le reſte du jour. La Dame
retourna chez elle,tint confeil
avec ſon Amie , & apres
qu'elles eurent raiſonné quelque
temps enſemble , elles jugerent
à propos de dénoüer l'avanture
de la maniere que vous
l'allez voir. Le Mary eſtoit prié
de diſner en Ville le jour ſuivant.
La Dame ne voulut point
ſçavoir s'il ſe trouveroit de nouveau
au rendez-vous, Elle ſe
contenta de l'envoyer attendre
par un Laquais inconnu , qui
luy donna un Billet au fortir
de Table. On luy faifoit connoiſtre
par ce Billet qu'on eftoit
content de ſa ponctualité,
& que s'il en vouloit ſçavoir
davantage , il n'avoit qu'à fe
laiffer
160 MERCURE
laiſſer conduire par le Porteur.
Jugez de ſa joye . Il vole plutoſt
qu'il ne va , où il eſt mené par
le Laquais . Il entre dans une
Maiſon d'aſſez d'aparence,monte
dans une Chambre fort propre,
& à peine en a-t- il regardé
un moment le Meuble , qu'il
voit paroiſtre ſon aimable Egyptienne
avec le meſme Maſque
& le meſme Habit qui l'avoit
charmé au Bal . Il ſe jette d'abord
à ſes genoux pour la remercier
de ſes bontez , exagere ce qu'il a
foufertdeux jours de ſuite das le
rendez - vous , & apres luy avoir
dit tout ce qu'une paffion naifſante
peut inſpirer de plus tendre,
il la conjure de lever fon
Mafque , & de luy faire voir à
qui il eſt redevable de fon bonheur.
La Dame le laiſſe parler
encor quelque temps ſans luy
repon
GALANT. 161
repondre , & enfin comme vaincuë
par ſes prieres , elle oſte ſon
Loup , & le met dans une ſurpriſe
que vous concevrez plus
aiſément que je ne vous la puis
exprimer. Il prend un air fombre,
demeure reſvcur ; & la Dame
profitant de ſa reſverie , luy
dit d'un air libre & d'un viſage
riant , qu'il n'a aucun lieu de ſe
chagriner;qu'elle eſt fort perfuadée
que dans toutes les demarches
qu'il a faites , il a moins fongé
à prendre de l'engagement ,
qu'il n'a ſuivy une curioſité naturelle
que tout autre que luy
auroit euë; qu'elle eſt peut- eftre
plus à condamner qu'il ne l'eſt
luy - meſme, d'avoirmis ſa fidelité
à cette épreuve ; qu'il luy en
peut impoſer telle peine qu'il
luy plaira, quoy qu'elle n'ait rien
fait que par un excés d'amour;
que
162 MERCURE
que ne pouvant voir foufrir ce
qu'elle aimoit , elle n'avoit pas
voulu attendre davantage à luy
mettre l'eſprit en repos ; que
l'aſſurance qu'elle luy donnoit
de ne ſe ſouvenir jamais du pafſé,
meritoit qu'il oubliaſt lesinquietudes
qu'elle luy avoit cauſées
; qu'il fongeaſt ſeulement
autant pour luy que pour elle,
que ces fortes de curiofitez avoient
quelquefois des ſuites facheuſes
, & que trop de facilité
à donner dans les apparences,
avoit fait faire ſouvent beaucoup
de chemin à ceux qui n'y avoiết
pas refléchy. En meſme temps
elle embraſſe ſon Mary avec toute
la tendreſſe imaginable. Le
Mary charmé de l'honneſteté
de ſa Femme , l'embraſſe à fon
tour , & luy donne des marques
de fon repentir , par l'admiration

GALAN T.
163
où il eſt de ſa conduite. Illuy
avoüe que tout autre Parti que
celuy qu'elle avoit pris , n'euſt
pû produire que de fort méchans
effets , & l'affure que ce qu'elle
venoit de faire pour luy , le touchoit
fi fort , qu'il n'en perdroit
jamais la memoire. L'Amie eſt
appellée pour eſtre témoin des
promelles que cette reünion luy
fait faire. Il les a tenuës , & depuis
ce temps - là, il n'a voulu accepter
aucune Partie de plaifir
fans y faire entrer ſa Femme.
Je ne doute point , Madame,
que la prudence qu'elle a fait
paroiſtre dans une occafion fi
delicate , n'obtienne de vous les
loüanges qu'elle merite , & que
vous ne demeuriez d'accord
qu'elle eſt digne de ſervir d'exemple
àtoutes celles qui ont
de pareils chagrins à eſſuyer.
Une
164 MERCURE
2
Une Emportée ne ménage rien ,
met toute la Famille en defordre,
éclate en injures, & ne fait
ſouvent qu'aigrir un Mary , fans
remedier aux foibleſſes qu'elle
luy reproche.
Je croy vous envoyer quelque
choſe de fort curieux ; du
moins je ſuis afſuré qu'il fera de
voſtre gouft. Ce font neuf Medailles
qui viennent d'Allemagne.
J'en ay cu entre les mains
les Originaux en argent , d'apres
leſquels je les ay fait graver
de la meſme grandeur. Ainſi
vous devez eſtre perfuadée qu'il
ne manque rien à ces Copies
de ce qui ſe trouve dans les
Originaux dont je vous parle.
Au contraire, les Portraits y font
d'autant plus reſſemblans , que
les Médailles ne peuvent recevoir
d'ombre comme la Graveure,
(
aans ce Revers. Chacun peus
dire
woir d'ombre comme la Graveure,
GALANT. 16)
veure. Je ne vous en donneray
point l'explication entiere.
Je vay ſeulement vous marquer
ce que chaque Médaille repreſente.
1. La Face droite de cette
Médaille nous montre Loüis
LE GRAND. Il ſuffit de jetter
les yeux deſſus pour le reconnoiſtre
.
2. Revers de la meſme Médaille.
On y voit les Plans des
douze premieres Places que
cet inimitable Conquerant prit
dans la premiere Campagne
qu'il fit contre les Hollandois
en 1672 .
3. La Face droite de cette
Médaille repreſente la priſe de
la Pomeranie par l'Electeur de
Brandebourg.
4. Il n'y a qu'une Inſcription
dans ce Revers. Chacun peut
dire
166 MERCURE
dire ce qu'il luy plaiſt à ſon avantage
; mais on n'eſt pas Juge pour
cela en ſa propre Cauſe. Quelques
pertes que le Roy de Suede
ait faites , elles ont couſté bien
cher à ſes Ennemis , & les Suedois
ſe ſont toûjours montrez dignes
de leur ancienne gloire. Ils
ont eu à combatre en meſme
temps pluſieurs Souverains liguezcontreeux.
Le Roy de Dannemarc
avoit armé preſque tous
ſes Sujets. L'Electeur de Brandebourg
, dont la puiſſance eſt connuë
, n'avoit rien épargné pour
lever de grandes Armées. Ils
eſtoient ſecondez des Princes de
la Maiſon de Brunfvic , & du feu
Eveſque de Munſter , Prince riche
& belliqueux , & qui avoit
des Troupes aguerries. Cependant
toutes ces Puiſſances unies
ont fait des pertes tres -confidérables
GALAN T. 167
rables avant que de prendre au
Roy de Suede des Places , non
ſeulement éloignées de ſes Etats,
mais meſme ſéparées par la Mer,
ce qui luy avoit oſté le moyen
de les ſecourir. Ainſi on peut dire
que fi elles ont reſiſté longtemps
, cette longue reſiſtance
n'eſt deuë qu'à la valeur de ceux
à qui la défenſe en eſtoit commife.
5. Le Portraitdu Roy de Dannemarc
eſt repreſenté dans la
Face droite de cette Médaille.
6. Ce Revers marque le premier
Combat naval que ce Prince
a gagné contre les Suedois. ,
7. Le Portrait du Roy de Suede.
8. Cette Medaille ayant eſté
faite pour la priſe de Schonen
par ce jeune Roy , tout ce qui
paroiſt dans ce Revers s'y rapporte.
Il eſt certain que quand ce
Prince
168 MERCURE
Prince n'a point eſté traverſé par
les Elémens , il a ſouvent eſté
vainqueur , & qu'il a toûjours
triomphé lors qu'il a combatu en
perſonne. Il n'en faut point d'autre
preuve que les deux Barailles
qu'il a gagnées depuis qu'il a eu
à ſoûtenir les efforts de tant de
Princes unis contre luy.
9. La Facedroitede cette Médaille
fait voir le Portrait du
Prince Auguſte - Frideric de
Brunſvic & de Lunebourg.
10. L'Exerque de ce Revers
fait connoiſtre qu'il regarde la
priſe de Philiſbourg. Les Figures
quile rempliffent parlent d'ellesmeſmes.
Il ne faut pas s'étonner
ſi les Allemans ont fait faire des
Médailles de la priſe de cette
Place , ayant eu peu d'autres fujets
d'en faire pendant le cours
de cette derniere Guerre. Je ne
ſçay
GALANT. 169
* ſçay pas meſme ſi la priſe de
Philiſbourg leura eſté fort avantageuſe.
Le Siege en a duré cinq
mois, pendant leſquels les Affiégeans
ont perdu dix fois plus de
mondeque les Affiegez. Ils y ont
fouffert beaucoup , & ils ne s'en
font rendus maiſtres que par le
ſang d'une infinité de Braves, &
de Perſonnes de la plus haute
qualité d'Allemagne. Il faut
vaincre fans perte comme les
François , pour triompher ſans
chagrin. Si chacune de nos
Conqueſtes nous avoit couſté
cinq mois,nous les aurions achetées
bien cherement. Joignez à
cela qu'il y a peu de gloire à acquerir,
puis que lors que les Places
font une ſi longue reſiſtance,
c'eſtmoins la valeur que le
temps qui en vient à bout.
11. L'ifle deRugen eſt ree
Mars 1679. H
170 MERCURE
preſentée dans la Face droite de
cette Médaille.
12. Ce Revers contient une
Inſcriptiontouchant la priſe de
l'Iſle marqué dans la Face droite
de cette Médaille,
13. On voit dans celle-cyles
Portraits du Roy & de la Reyne
de Pologne.
14. Ce Revers fait paroiſtre
une des Villes Capitales de Pologne
, avec un Palmier couronné,
ſur le Tronc duquel un petit
Amour grave les noms du Roy
&de la Reyne de Pologne. Cette
Médaille a eſté faite au ſujet
de leur Couronnement.
115. Le nõ du Docteur Strauch
a fait trop de bruit pour eſtre inconnu
. C'eſt celuy que le Peuple
de Dantzic a demandé avec
tantd'empreſſement à l'Electeur
de Brandebourg qui le tenoit
prifon
:
:
GALANT. 171
priſonnier.On le voit dans la Face
droite de cette Médaille tel
qu'il eſtoit quand on l'arreſta.
L'autre Médaille marquée 16. le
repreſente avec la Barbe qu'il
avoit laiſſe croiſtre pendant ſa
prifon.
17. Ce Revers regarde le mefme
Docteur . d
Je vous ay parlé dans pluſieurs
- Articles de la mort de quelques
Eveſques & Abbez arrivée en
divers temps. Voicy de quelle
maniere le Roy a remply en un
meſme jour tous ces Benefices.
Il a donné l'Eveſché d'Agen à
Mr l'Eveſque deTulle. C'eſt celuy
dont l'éloquence vous a tant
de fois charmée , & que vous
avez connu ſous le nom du Pere
Mafcaron .
Mr l'Abbé de Bourlemont
Auditeur de Rote , a eu l'Evef-
Hij
172 MERCURE
ché de Fréjus. C'eſt un Homme
affable , honneſte , qui ſoûtient
dignement à Rome la gloire &
les intereſts de la France, & qui
ſe fait aimer de tout le monde. Il
eſt de qualité ,& nous avons vû
unArcheveſque de Toulouſe de
fa Maiſon. Elle eſt alliée à celle
d'Anglure,Jean dit Saladin d'Anglure
, ayant épousé Jeanne heritiere
de Bourlemont , d'où ſont
iſſus les Comtes de Bourlemont,
Princes d'Ambliſe, les Vicomtes
d'Eſtauges, & les Barons deGivry.
Si ce nom de Saladin vous
furprend , apprenez par quelle
rencontre il a eſté donné à ceux
de cetteMaiſon. Jean d'Anglure
en une Croiſade ſous un de
nos Roys, fut cauſe d'une Victoire
ſignalée que les Chrétiés remporterent
contre le Saladin Souldan
d'Egypte. Il commandoit fix
mille
GALANT.
173
mille Chevaux de l'Armée du
Roy , & fut detaché pour aller
enlever le Quartier de Saladin.
Pour mieux executer ce deſſein,
il fit mettre des grelots au colde
ſes Chevaux, & donna droit dans
le Camp des Ennemis . Le ſon
extraordinaire de ces grelots y
mit l'épouvante . Leurs Eſcadrons
en furent rompus, & toute
leur Cavalerie defaite . Le Roy
pour recompenfer le merite de
cette Action, le fit appeller Saladind'Anglure,&
afin que la memoire
en fuſt éternelle , il voulut
qu'au lieu des anciennes Armes
de fa Maiſon , il portaſt des
Grelots d'or meſlez avec les
Croiſſans des Infidelles. D'autres
ne font pas de ce ſentiment , &
diſent que ces Armes furent
données à un Cadet de la Maiſon
d'Anglure par Saladin Soul
Hiij
174 MERCURE
dan de Babylone, qui l'ayant fait
priſonnier en 1193. luy permit
de venir en France ſur ſa parole
, pour moyéner ſa rançon 3 que
n'ayant pû fournir dequoy la
payer, parce qu'il n'avoit eu que
le partage d'un Cadet, il retourna
ſe mettre au pouvoir de fon
Vainqueur , & que Saladin admirant
ſon exactitude à tenir ce
qu'il luy avoit promis, luy rendit
ſa liberté sas rançon, à la charge
qu'il porteroit pour Armes les
marques que luy Saladin avoit
ſur ſa Cotte d'Armes le jour qu'il
l'avoit pris à la Bataille , & qu'à
l'avenir tous les Aîncz mâles qui
defcendroient de luy, s'appelleroient
Saladin. Je paſſe au reſte
des Eveſques nommez .
L'Eveſché de Cahors a eſté
donné à Monfieur l'Abbé de
Noailles , Frere du Duc de ce
nom.
GALANT. 175
nom. Je vous ay ſi ſouvent parlé
de cette Maiſon , & des belles
qualitez de cet Abbé , que fon
nom ſuffit pour vous faire ſouvenir
qu'il n'a pas moins d'érudition
que de pieté , & qu'il joint
à ces avantages une modeſtie
qui le fait admirer de tout le
monde..
Monfieur l'Abbé de la Broüe
a eu l'Eveſché de Mirepoix. Il
eſt Fils d'un Conſeiller du Parlement
de Toulouſe. L'excellent
Sermon qu'il fit le jour de la Purification
en preſence de Leurs
Majeſtez , luy a eſté une recommandation
tres - favorable.
C'eſt tout que de faire parler le
merite aupres du Roy. Quand
ce grand Prince eſt convaincu
qu'on en a , il ne le laiſſe pas
longtemps fans recompenſe.
Le Pere Saillant Preſtre de
Hiij
176 MERCURE
l'Oratoire, n'a pa pas eſté oublié.
Il ne penſoit à rien moins qu'à
l'Eveſché quand on luy a donné
celuy de Treguier. Il a poſſedé
toutes les grandes Charges de
fon Ordre , & il ne luy reſtoit
plus qu'à en eſtre General. On
luy a veu autrefois porter les Armes
,& il s'eſtoit meſme ſignalé
dans cet Employ.
L'Abbaye de Beauport en
Bretagne , a eſté donnée àMr
l'Abbé de Verteüil,Fils de Mrle
Duc de la Rochefoucaut. Je ne
vous dis rien de ce Duc, ce ſeroit
luy faire tort que de ſupoſer
qu'il ne vous fuſt pas affez connu.
Il a une delicateſſe & une
ſolidité d'eſprit admirables , &
il s'eſt toûjours diſtingué par des
qualitez fi peu communes , que
quoy que fa Naiſſance ſoit des
plus Illuſtres , on peut dire que
c'eſt
GALANT.
177
c'eſt le moindre de ſes avantages
.
Mr l'Abbé de la Fayette a eu
l'Abbaye de la Grenetiere en
Poitou. Ce nom eſt un titreglorieux
pour ceux qui le portent.
Les loüanges ſont au deſſous de
ce qu'il fait concevoir de leur
merite ; & Madame de la Fayette
, Mere du jeune Abbé dont je
vous parle , fait tant d'honneur
à la France , que je n'oſe vous
rien dire d'elle, de peur de n'en
dire pas aſſez .
Les Abbayes de la Couronne
à Angouleſime , & de S. Sever
enGaſcogne , ont eſté données,
la premiere à Mrde Courtebonne
Lieutenant de Royde Calais,
&la ſeconde au Frere de Mr de
la Barre Mareſchal des Logis
de la premiere Compagnie des
Moufquetaires. On connoiſt par
:
Hv
178 MERCURE
làque le Roy ne reçoit pointde
ſervices ſans les reconnoiſtre.
Sa Majesté a auſſi donné l'Abbaye
de Sordes en Gascogne à
un des Fils de Mr le Marquis de
Ravetot , Gendre de feu Mr le
Mareſchal de Gramont.
-Mr le Gris Chapelain de la
Chapelle du Chaſteau de Verſailles,
a eu l'Abbaye de Boisgroland
en Poitou ; & celle de la
Magdelaine de Chaſteaudun , a
eſté donnée à Mr l'Abbé de
Boiſſeleau fur la demiffion de
Mr l'Abbé Droüet ſon Oncle. Je
vous ay parlé depuis peu de ce
dernier , & vous n'aurez pas oublié
que le nom de Boiſſeleau eſt
dans pluſieurs de mes Articles
de guerre.
Le Roy donnant les Eveſchez
dont je vous viens de parler , a
mis dix mille livres de penfion
fur
GALANT.
179
ſur celuy de Cahors pour Monſieur
le Comte de Marfan. Ce
jeune Prince a ſouvent fait voir
qu'il ne craignoit point les dangers,
&qu'il eſtoit digne Fils du
grand Comte d'Harcourt. Le
Roy a mis auſſi une Penſion ſur
l'Eveſché d'Agen , pour Monfieur
le Chevalier de Tilladet. II
n'y a perſonne qui ne parle de
luy avec avantage,& on ne peut
eſtre ſi generalement eſtimé ſans
ungraud merite. Je vous marquay
la derniere fois que le Fils
de Madame la Nourrice de
Monſeigneur le Dauphin avoit
eu une Chanoinie de Notre-
Dame. Je m'étois mépris en vous
écrivant ; c'eſt à un Fils de Madame
la Nourrice du Roy , que
que certeChanoinie a eſté donnée.
A peine tous ces Eveſchez
ont180
MERCURE
ont-ils eſté remplis , qu'il en a
vaqué un autre par la mort de
Monfieur Meſchatin , Eveſque
&Comte de Gap. Le R. P. de
la Chaiſe , juſtement perfuadé
de fon grand merite , l'avoit fait
connoiſtreau Roy , & Sa Majeſté
luy avoit donné l'Eveſché
qu'il laiſſe vacant. Il eſtoit Com--
te de Lyon ,& cette dignité eſt
une preuve fuffiſante de l'ancienne
Nobleſſe de ſa Maiſon.
Vous donnerez avis , s'il vous
plaiſt , à tous vos Amis de Province
qui viendront icy , qu'ils
pourront prendre part à un fort
agreable concert de Guitarres,
que Monfieur Médard va faire
chez luy tous les quinze jours.
Il a donné au Public un Livre
gravé de ſes Piéces , & les plus
fins Connoiffeurs tombent d'accord
qu'il a trouvé le plusbeau
%
cara
GALANT. 181
caractere de cet Inſtrument. Ce
Concert ſera diverſifié par le
Dialogue fuivant qui ſe chantera.
Il eſt ſur le ſujet de la Paix .
Monfieur Fleury de Chasteaudun
l'a mis en Muſique,&Monfieur
Médard qui en a fait les
Paroles , y a meſlé ſes Inſtrumens ,
comme je vous le vay marquer.
DIALOGUE.
MARS , LA VICTOIRE,
C
LA PAIX.
Allemande desGuitarres
CHOEUR.
Hantons du Grand Loüis
roïques Faits.
lesbe-
Il demeure vainqueur de la TripleAl.
liance,
Ilva de cent plaiſirs contenter vos fou
haits.
la Paix,
Admirons dans laGuerre, ainsi que dans
Sa
182 MERCURE
Safageſſe & sa vaillance.
Fanfares des Guitarres.
LA PAΙΧ.
Quoy ? toûjours me perfecuter ?
MARS.
Souffrez pour un moment que je vous
entretienne;
Etpuis,fansque rien vous revienne,
Le vous permets de m'éviter.
LA PAIX .
Voulez- vous me parler des horreurs de
LaGuerre,
Et par le recit des malheurs
Dont vous avez troublé la Terre,
Augmenter mes triſtes douleurs ?
MARS.
Non, non, apprenez, belle Ingrate,
Que c'est pour vous que je combats.
C'est pour vous rétablir que mon Tonnerre
éclate,
-Puis, je quitteray.ces Climats.
LA PAIΧ.
Helas ! oferois-je vous croire?
MARS.
C'est l'ordre de ce grand Roy,
Qui remplit tout desa gloire.
N'en doutezpoint , la Victoire
Vous le dira commemoy.
1

LA
GALANT. 183
LA VICTOIRE.
Loüis, ce Monarque invincible,
Qui m'a fait de tout temps ſuivre ses
Etendars,
M'ordonne d'aller avec Mars,
Porter ce que la Guerre a d'affreux &
:
d'horrible
Chez ce Peuple obſtiné , jaloux de ſon
pouvoir,
Qui neveut pas vous recevoir.
Ace qu'on fait pour vous , montrez- vous
plus-Sensible.
CHOEUR.
Chantons dn Grand Loüis, &c .
Courante desGuitarres.
LA VICTOIRE.
Icunes Coeurs, praparez- vous
Ades paſſe- temps plus doux.
L'Amour revientsur laTerre,
Etdeformais lesAmans
Vont sepayer desmomens
Qu'ils ont perdus dans la Guerre.
Fanfares des Guitarres.
LA PAIX.
Leſpererois en vain de voir cet heureux
temps.
Le bruit de Guerre que j'entens
N'affure que trop ma disgrace.
On
184 MERCURE
On vient de prendre quelque Place,
Qui fait pouſſer en l'air tous ces fons
éclatans.
LA VICTOIRE.
Ecoutez d'un esprit un peu plus pacifique.
Faut-il que la frayeur vous trouble à cer
excés ?
Et n'entendez-vous pas que ce Chant heroïque
Est une douce Muſique
Qui nepromet que la Paix?
Fanfares des Guitarres.
MARS.
Helas ! c'eſt moy que l'on jove,
Iedoy me plaindre des François.
C'estparmoy qu'ils ontfait tant de rares
Exploits,
Etdéjal'on me deſavone.
Mais il faut obeir au plus puiſſant des
Roys,
Ilnene me tient àfonſervice
Qu'autant qu'ilplaiſt àſa justice.
CHOEUR.
Chantons duGrand Louis , &c .
Sarabande des Guitarres.
LA PAI Χ.
Que deplaisirs! que de beaux jours !
Donnons
GALANT. 185
Dannons nos coeurs à l'allégreſſe.
Adien Trompetes & Tambours ;
Que par tout l'épouvante ceſſe ,
Voicy le Regnedes Amours.
CHOEUR.
Que par tout l'épouvante ceffe,
Voicy leRegnedes Amours.
GavotedesGuitarres ,
LA PAIX.
L'Amourfuit le bruit des Armes ,
Ilfaut peupour l'allarmer .
Son feu s'éteint dans les larmes ,
Et ne peutplus enflammer.
LaBeautédans les allarmes
Perd lesecret de charmer.
Gavotes des Guitarres .
د
LA VICTOIRE.
Eſtreplacé dans les Hiſtoires ;
C'est lebut des nobles defirs ;
6
Mais il est en amour de certaines vi
Etoires
Qui donnent de plus doux plaiſirs.
Ménüet des Guitarres.
MARS & LA VICTOIRE.
Mais lors qu'onfaisoit laGuerre
Preſque par toute la Terre ,
Dequoy seplaignoit la Paix ?
Ne pouvoit- elle pas aussi bien quejamais
Regner
186 MERCURE
Regner en afſurance
Aumilieu de la France ?
LA PΑΙΧ.
Ony,jepouvoisde Mars éviter lecouroux,
Etmêmepartagerles fruits de laVictoire,
Dans le temps que Loüis ſe fatiguoit
pournous.
MaisSçachez qu'ilm'est doux
Defervir afa Gloire
Auffi bien comme vous.
Commencezdonc à diſparoiſtre ;
Maisavantdenous dire adieu ,
Celebrons dans ce Lieu
Les loñangesde nostre Maistre.
CHOEUR.
Chantons du Grand Loüis les héroïques
Faits,
Il demeure vainqueur de la Triple Alliance,
Il va de cent plaiſirs contenter nos Souhaits.
Admirons dans la Guerre , ainſi que dans
laPaix ,
Safageffe&sa vaillance.
Fanfares& Ménüets des Guitarres.
Quoy qu'on ne parle plus icy
que de Paix, & qu'elle ſerve de
matiere
GALAN T. 187
matiere à tout ce qui ſe fait pour
la ſatisfaction des Curieux, il faut
encor vous dire deux mots de
Guerre , pour vous apprendre
que celle que nous avions avec
les Allernans , a finy à peu pres
comme elle avoit commencé ,
c'eſt à dire par une maniere de
rencontre . Le dernier combat a
eſté de ſoixante Hommes de
pied, commandez par Monfieur
de Rainſevaux Capitaine dans le
Regiment de Monſeigneur le
Dauphin, contre fix - vingts Maîtres
, tant Cavalerie qu'infanterie.
Ainfi les Ennemis n'eſtoient
pas ſeulement deux contre un,
mais ils avoient encor l'avantage
d'avoir de la Cavalerie qui eſt
tres bonne parmy les Allemans .
Cependant les Nôtres s'eſtant
jettez dans une petite haye, eurent
l'avantage de leur reſiſter
fans
188 MERCURE
ſans pouvoir eſtre enfoncez , de
ſorte que les Ennemis furēt obligez
de ſe retirer avec perte.
Monfieur le Mareſchal de
Humieresque vous eſtimez tant,
eſt de retour à Paris. Il n'y eſtoit
point venu depuis dix ans , & je
croy ne vous pouvoir rien mander
de plus glorieux pour luy.
Il n'eſt pas beſoin apres cela de
dire qu'il fert le Roy avec beaucoup
de zele & d'affiduité. Il
n'e faut pointd'autre preuve que
de demeurer dix ans dans un
Gouvernemét qui n'eſt pas éloigné
de la Capitale du Royaume,
& où les plaiſirs & les affaires
amenent inceſſamment ceux qui
aiment le plus à ne point fortir
de chez eux.
Le bruit de la maladie de
Monſeigneur le Dauphin aura
fans doute eſté juſqu'à vous , &
je
GALANT. 189
jene doute point que vous n'en
ayez eſté alarmée. Sa fievre qui
provenoit d'ungrand rhume, n'a
point continue.Il n'en a eu qu'un
accés qui ayant duré trente- cinq
heures, donnoit lieu d'en craindre
de fâcheuſes ſuites, mais les
Medecins ont trouvé le ſecret
de la chaffer. Leurs Majeſtez
l'ont eſté voir pluſieurs fois , &
ces marques de leur tendreſſe
luy ont eſté un grand foulage-
-mentdans ſon mal. Vous pouvez
juger de l'empreſſemet qu'a
eu toute la Cour à ſçavoir des
nouvelles d'un Prince & accomply..
sinbo
Le Fils de Monfieur le Prince
d'Elbeuf fut baptifé au commencement
de ce Mois. Tous
les Princes de la Maiſon de Lor-
- raine aſſiſterent à cette Cerémonie.
Monfieur fut le Parain , &
Mada
190 MERCURE
4
Madame de Monteſpan la Maraine.
Ces deux noms diſent
beaucoup , c'eſt pourquoy je finis
cet Article n'y pouvant rien
adjoûter de plus glorieux pour
ce jeune Prince qui fut nommé
Philippe.
Je ne ſçay quel conſeil prendra
le jeune Marquis que vous
me mandez qui vient icy pour
ſes exercices , mais je croy qu'il
ne peut rien faire de plusavantageux
pour luy, que de ſe mettre
chez Monfieur de Longpré
qui estoit dans la Ruëde Seine,
& qui occupe preſentement le
plus beau Manege de Paris , au
bout de la Ruë de Sainte Marguerite
, dans le Faux-bourg S.
Germain, pres de l'Abbaye.C'eſt
où Monfieur Foubert tenoit ſon
Académie. Il l'a quitée, &Monſieur
de Longpré a pris ſa place.
La
GALANT.
191
La Maiſon qui eſt fort belle , luy
donne dequoy loger plus commodement
un grand nombre de
Gentils - hommes François &
Etrangers qui l'ont ſuivy , &
quantité d'autres qui ſe rendent
inceſſamment chez luy de toutes
parts . Outre tout le merite
qu'on peut ſouhaiter dans un
veritable Gentil-homme, Monfieur
de Longpré a toute l'application,&
toute l'experience poffible
dans ſa Profeſſion. La Cour
de France , & preſque tous les
Païs Etrangers , fourniffent affez
d'exemples illuftres , pour perſuader
qu'il réüffit admirablemet
dans l'art d'élever la Nobleſſe. Il
aune methode toute particuliere
pour ménager les eſprits de
ceux qui ſe mettent ſous ſa conduite.
Il ne ſe contente point de
les former aux exercices du
corps
192 MERCURE
Vcorps , il porte ſes ſoins juſqu'à
-les inſtruire de tout ce qu'il y a
de plus important dans la vie civile,
& leur fait meſme donner
des leçons de Droit trois fois la
Semaine , eftant perſuadé qu'un
Gentilhomme, àquoy qu'il puifſe
eſtre deſtiné, ſoit que les fon
ctions publiques , ou les négotiations
d'Etat le regardent , ſoit
qu'il ſe borne à gouverner ſa Famille&
fon bien , atoûjours beſoin
de ſçavoir les Loix de fon
Païs, qu'il ſemble d'ailleurs qu'il
foit honteux d'ignorer.
- Monfieur l'Archeveſque de
Paris preſcha il y a huit ou dix
jours en faveur des Priſonniers,
dans l'Eglife des grands Auguftins.
Son Sermon fut fur l'Aumoſne.
Je ne vousdis point qu'il
fut admirable. Tout le monde
ſçait quelle eſt l'éloquence, &la
1.
pro
GALAΝΤ. 193
profonde érudition de cet Illuſtre
Prélat. 11 a des raiſonnemens
ſi perfuafifs , & de ſi vives manieres
de s'exprimer , qu'il ne
faut qu'avoir l'avantage de l'entendre
, pour eſtre entierement
convaincu des veritez qu'il ſoûtient.
Ainsi , Madame , vous pouvez
juger de quelle utilité ce
Sermon a pû eſtre pour les Pauvres
, dont ſa charité luy faiſoit
prédre le party.Il y avoit un tresgrandnombrede
Prélats &d'autres
Perſonnes dequalité, de vertu
, &de ſcience. Je vous envoye
deux Deviſes qui ont eſté faites
fur ce ſujet. La premiere eſt un
Soleil dont les rayons éclairent
pluſieurs Montagnes , au pied
deſquelles il y a des Mines
d'or. Ces paroles luy ſervent d'ame.
Superiora illuminat , interiora
ditat. La ſeconde eſt unc
Mars 1679 I
194 MERCUR E
Roſée qui tombe fur des Montagnes,
avec ces mots, Fæcundat
ut alios ditent .
Monfieur le Franc , Autheur
de cette premiere Deviſe , en a
fait une autre pour Monfieur Lifot
Cure de Saint Severin , qui
prêche toûjours d'une maniere
fi édifiante , & qui pendant la
rigueur du froid a fait diftribuer
plus de ſoixante voyes de Bois
aux Pauvres de ſa Parroiſſe , outre
le ſecours qu'il leur a donné
pour leur nourriture. Le corpsde
cette Deviſe eſt une Poule qui
a fous ſes aifles pluſieurs Pouffins,
qu'elle échaufe,qu'ellenour.
rit,& qu'elle defend d'un Milan .
Ces mots en font l'ame , Fame,
frigore , hofte liberat.
Nous avons perdu le 23. de
ce mois le R. P. Combéfis , Religieux
du Convent des Peres Jacobins
GALAN T.
195
cobins de la Ruë S. Honoré. Sa
pieté & ſon érudition l'ont fait
paſſer pour un des plus grands
Hommes de noſtre Siecle. Mrs
du Clergé de France luy avoient
donné une marque fort éclatante
de leur eſtime , par une Penſion
conſidérable qu'il employoit
à l'impreſſion de ſes Livres. Il en
a laiſſe pluſieurs , & ils ont eſté ſi
utiles à toute l'Eglife , qu'on peut
dire qu'il n'a point affez vécu
pour elle , quoy qu'il foit mort
âgé de ſoixante & quatorzeans.
Monfieur le Marquis de Raray
que nous avons perdu quelques
jours auparavant , en avoit
foixante & ſeize. Il avoit eſté
élevé dés ſa jeuneſſe aupres de
la Perſonne de feu Monfieur le
Duc d'Orleans , qui l'honora du
Gourvernement de Breſcon en
I ij
196
MERCURE
Languedoc , & de la Charge de
Lieutenant de ſa Compagnie de
Gendarmes , à la teſte de laquelle
il a ſervy pluſieurs Campagnes
. Il s'y eſt ſignalé par un nombre
infiny de belles actions , &
particulierement le jour de la
Bataille de Sedan , où commandant
cette Compagnie de Gendarmes
, il chargea les Ennemis
das le temps que toutes nos Troupes
avoient plié. Il perça leur
premiere & ſeconde Ligne avec
ſon ſeul Eſcadron , & voyant
qu'il n'eſtoit ſoûtenu de perſonne,
il fit ſa retraite au milieu des
Ennemis avec vingt- cinq ou
trente Maiſtres qu'il avoit encor
, de fixvingts dont eſtoit
compofé fon Efcadron. Tout le
reſte avoit eſté tué ou mis hors
de combat. Dans la Reveuë que
le feu Roy fit enſuite de ſes
Troupes,
GALANT.
197
Troupes , il reçeut de la bouche
de Sa Majesté , & à la teſte de fon
Armée les loüanges qui estoient
deües à une ſi éclatante action .
C'eſtoit un Homme tres-judicieux
, & fort confideré à la
Couroù il avoit paſſé toute ſa vie.
11 a laiſſé deux Enfans, dont l'Aîné
eſt Monfieur le Marquis de
Raray , qui a une des premieres
Charges dans la Vénerie du Roy.
Madame la Marquiſe de Raray
ſa Veuve, de la Maiſon d'Angennes
, a eſté Gouvernante des Enfans
de fou Mr le Duc d'Orleans .
Madame la Marquiſe de l'Aigle
eſt ſa Fille.
Mr de Bechamel Maiſtre des
Requeſtes, Fils de Mr de Bechamel
Secretaire du Conſeil , s'eſt
marié depuis peu de jours. Il a
épousé Mademoiselle le Rageois
de Bretonvilliers , Fille du
I iij
198 MERCURE
Préſident des Comptes de ce
nom . Un peu avant qu'il ſe mariaſt
, il envoya une tres belle
Caffete à ſa Maiſtreſſe , dans laquelle
elle trouva un Manchon
de grand prix , & quatre Bources
des plus riches aux quatre coins .
Il y avoit cinq cens Loüis d'or
dans chacune. La Caſſete en
renfermoit une autre fort magnifique
, & dans celle- là eſtoient
des Attaches de Manches ,& de
Poches , une buſquiere , & deux
douzaines de Boutons , le tout
de tres -beaux Diamans avec
quantité d'autresBijoux, comme
Boëtes à Mouches , Eſtuys , Flacons,
Montres , &c . d'un travail
qui diſputoit de beauté avec la
matiere. Le deſſus, auffi -bien que
le fonds de cette Caſſete , eſtoit
remply de Gands , de Rubans,
de Bas , de foye, de Jartieres , de
Couf
د
GALANT.
199
Couffins de ſenteur , & de pluſieurs
autres galanteries de cette
nature . Le Mariage ſe fit par
Mr le Curé de Saint Loüis de
l'ifle , Paroiſſe de la Mariée; &
MrColbert , General de l'Ordre
des Prémontrez , dit la Meſſe,
comme Parent. Il y eut un magnifique
Repas. L'Aſſemblée ne
fut preſque compoſée que de Parens
conviez par l'une & l'autre
Partie.Comme ils ſont connus, je
ne les nommeraypoint. Je vous diray
ſeulement que la belle Madame
la Ducheſſe de Briſſac en eftoit.
Il ſeroit inutile de parler du
merite des Mariez . Tout le monde
convient que Mr de Bechamel
en abeaucoup , & vous ſçavez
que Mademoiselle de Brétonvilliers
n'a pas moins d'eſprit
quede beauté.
Ceux qui prétendent qu'il
I iiij
200 MERCURE
د
n'y ait point de ſolidité parmy
le beau Sexe , ont lieu de ſe
detromper fur l'exemple de
Madame la Comteffe de Marle,
qui épouſa Monfieur le Comte
de Pictra- Sancta dans les derniers
jours du Carnaval. Elle eſt
Fille de Monfieur le Marquis de
Lifbourg , Comte de Marle,
Chef de la Maiſon de Noyelle,
une des plus anciennes de l'Artois
, qui n'ayant point de Fils,
&voulantconſerver ſon Nom &
fon Bien dans ſa Famille , obtint
de Rome permiffion de la marier
avec Monfieur le Comte de
Marle fon Frere. Ainſi elle devint
Femme de ſon Oncle. Elle
n'avoit alors que quinze ans.
Mr le Comte de Marle fon Mary
ayant été fait Meſtre deCamp
d'un Regiment d'Infanterie , &
Gouverneur de la Mote au Bois
par
GALANT. 201
par le Roy d'Eſpagne, & en fuite
Grand- Bailly de Caſſel , alla
demeurer à Saint Omer , où il
mourut dans le temps de la Declaration
de la Guerre contre la
Hollande. Madame la Comtef
fe de Marle demeura dans le
Party d'Eſpagne , ſon Fils ayant
eu le Gouvernement de ſon Pere
, quoy qu'il n'euſt qu'un an.
Mr le Comte de Pietra - Sancta,
Major du Regiment Italien de
Monfieur le Marquis de Belle-
Joyeuſe ſon Parent , eſtoit en
garniſon à Saint Omer , & ya
reſté huit ans juſqu'à la prife.
Il y vit l'aimable Comteſſe dont
je vous parle ; & comme elle
eſt une des Perſonnes du monde
la mieux faite & la plus fpirituelle
, il s'y attacha fortement.
Son merite , & les ſoins qu'il
luy rendit pendant cinq ans,
I
202 MERCURE
firent quelque impreſſion ſur elle.
Il ſe déclara. Elle luy marqua de
l'eftime, & luy fit voir des obſtacles
preſque invincibles pour le
Mariage dont il la preſſoit. Rien
ne fut capable de le rebuter. Le
Roy prit Aire. La priſe de cette
Place obligea Madame la Comtefle
deMarle de ſe retirer à Bethune
chez Madame la Marquiſe
de Digneule fa Sooeur , pour
éviter la rigueur des Edits de ſa
Majesté , qui confiſquoit tous
les Biens de ceux qui eſtoient
dans le Party de ſes Ennemis.
L'abſence ne pût affoiblir la paffion
de Monfieur le Comte de
Pietra- Sancta . Il écrivit , & témoigna
perſiſter toûjours dans le
meſme attachement. S.Omer fut
pris . Madame la Comteſſe de
Marle s'y rendit un jour avant
que cette Place fuſt miſe entre
les
GALANT.
203
les mains des François , parce
qu'elley avoit ſon Fils âgé de fix
ans, que les Eſpagnols vouloient
mener à Bruxelles avec la Garniſon
, comme Officier du Roy
Catholique Eſtantalliée deMōſieur
le Duc de Luxembourg,
elle n'eut pas de peine à luy faire
prendre ſes intereſts aupres de
Monfieur , qui eut la bonté de
faire mettre dans un Article ſéparé
de la Capitulation , que les
Eſpagnols luy rédroient ſon Fils.
Elle entra dans Saint Omer avec
Monfieur le Marquis de S. Genier
qui en fut fait Gouverneur.
Monfieur le Comte de Pietra-
Sancta eut la joye de la revoir
apres une annéed'abſence,& luy
fit paroiſtre tant d'amour, qu'elle
luy promit , que fi la Paix generale
dont on commençoit à parler
ſe faifoit , & qu'il puſt vaincre
204 MERCURE
cre les obſtacles qu'elle luy avoit
toûjours oppoſez , il la trouveroit
tres favorablement diſpofée
à l'écouter , ajoûtant qu'-
elle ne recevroit aucune autre
propoſition dedeux ans. Elle luy
a tenu parole. Beaucoup de Gens
de qualité & d'un grand mérite
, ont fait leurs efforts pour
l'engager. Ils ont parlé inutilement.
La Paix s'eſt faite. Les obſtacles
ont eſté ſurmontez. Monfieur
le Comte de Pietra-Sancta ,
de cadet de ſa Maiſon qu'il eftoit
, en est devenu l'aîné , & s'eſt
rendu quelque temps apres à S.
Omer , où il a épousé Madame la
Comteſſe de Marle , qui s'appelle
Adrienne - Therefe - Leonor,
de Noyelle. Cette Maiſon de
Noyelle eſt alliée à celle de Montmorency
, & aux plus nobles Familles
des Païs- Bas. Pour eſtre
per
GALANT. 205
perfuadé du rang qu'elle y tient,
il ne faut que voir le bel Hoſtel
de Marle qui eſt dans Arras. Mr
le Comte de Pietra- Sancta eſt de
Milan. L'ancienneté de ſa Maifon
eft connuë.Quantité deCardinaux
, Archeveſques & Eveſques,
en ſont ſortis.
Meſſieurs Boréel, d'Odiick,&
Dikuvelt, Ambaſſadeurs Extraordinaires
des Etats Generaux,
ont fait icy leur Entrée publique
depuis quinze jours. Leurs Carroffes,
dont il y en avoit trois fort
beaux, tous à fix Chevaux, douze
Pages à cheval , & un grand
nombre de Valets de pied, êtant
allez le matin les attendre àRamboüillet
du coſté du Fauxbourg
S.Antoine , ils s'y rendirent incognito
à une heure apres midy.
Un peu apres,Mrle Mareſchal de
Schom
206 MERCURE
Schomberg,accompagné de Mrs.
Bonneüil & Giraut , les y vint
prendre avec les Carroſſes du
Roy, de la Reyne, de Monfieur,
de Madame,de Mademoiselle,&
de toute la Maiſon Royale. Celuy
de Mr de Pompone y estoit
auſſy. Les Complimens eftant
faits, ils ſe mirent dans les Carroffes
de Leurs Majeſtez ,& commencerent
à prendre le chemin
de l'Hoſtel des Ambaſſadeurs .
LesPages, à la teſte deſquels étoient
les Ecuyers , ſuivis des
Valets de pied, marchoient devant
les Carroſſes. Paris eſt ſi
grand , & on y voit tous les jours
tantdemerveilles,que le Peuple
n'eſtant jamais averty de ces Entrées,
qui dans les autres Royaumes
tiennent ſouvent lieu de
Feſtes publiques , la plupart des
Ambaſſadeurs traverſent la Ville
fans
GALANT.
207
ſans qu'on le ſçache , & au milieu
des autres Carroſſes qu'ils
rencontrent dans leur paflage.
Cependant le bruit de cette derniere
Entrée s'eſtant répandu,le
Peuple & les Carroſſes s'arrefterent
dans les Ruës pour voir
les Ambaſſadeurs dont je vous
parle , & cette curioſité rendit
la foule ſi grande , qu'ils eurent
peine à paſſer en beaucoup d'endroits.
Mr de Schomberg les qui .
ta apres les avoir conduits à l'Hôtel
des Ambaſſadeurs Extraordinaires.
Le meſme jour le Roy
les envoya complimenter par Mr
le Marquis de Tilladet , Maiſtre
de la Garderobe ; la Reyne, par
Monfieur de Villacerf ſon Premier
Maistre d'Hoſtel. Monfieur,
parMonfieurle Marquis deGrave,
Maistre de ſa Garderobe ; &
Madame , par Monfieur deGo
rillon
208 MERCURE
rillon ſon Maiſtre d'Hoſtel. Le
foir , & les deux jours ſuivans,
ils furent traitez ſplendidement
par les Officiers du Roy , jufqu'à
ce que Monsieur le Marefchal
de Schomberg , accompagné
de Monfieur de Bonneüil Introducteur
des Ambaſſadeurs ,
les vint prendre à fix heures
du matin dans les Carrofſes
de Leurs Majeſtez , & les
mena à Saint Germain , où ils
eurent leur premiere Audience
publique. Ils trouverent devant
le Louvre les Gardes Françoiſes
& Suiffes rangées en
hayes , Enſeignes deployées ,
& Tambours batans. Les Gardes
de la Porte , & les Gardes
du Grand Prevoſt , avoient
auſſi pris les armes. Les Cent
Suiſſes eſtoient rangez au bas
de l'Eſcalier. Monfieur leMar
quis
GALAN T.
209
quis de Rhodes Grand - Maiftre
des Ceremonies , & Monfieur
de Saintot Maiſtre des
Ceremonies , s'avancerent jufqu'à
la Porte de la Salle des
Gardes pour les recevoir. Ils
y furent enſuite reçeus par Mr
le Duc de Noailles Capitaine
des Gardes du Corps , qui
eſtoient auſſi rangez le long de
la Salle. Ce Duc les mena dans
la Chambre de Sa Majeſté. Le
Roy les voyant , oſta ſon Chapeau
, & fe leva. Ils firent les
trois reverences accoûtumées,
& entrerent dans le Baluſtre où
eſtoit Sa Majesté , du coſté du
Lit. Monfieur Boréel porta la parole
, & apres les Complimens
faits au nom des Etats & de
Monfieur le Prince d'Orange,
il preſenta ſa Lettre de créance
au Roy , & le remercia de ce
qu'au
210 MERCURE
qu'au milieu de ſes Victoires , il
avoit bien voulu préferer le repos
des Peuples, à la gloire que de
nouvelles Conqueſtes luy auroient
infailliblement acquiſe. Il
adjoûta que c'eſtoit de ſes ſoins
que le reſte de l'Europe attendoit
la Paix. La réponſe du Roy fut
tres - civile, & pleine de marques
de bonne volonté pour les Etats
Genéraux. Avant que de prendre
congé de Sa Majesté , ils la
ſuplierent de permettre à leurs
Gentilhommes de la ſalier . Cer
honneur leur fut accordé . Ils eftoient
du moins cinquante , tous
de belle taille , de bonne mine ,
& dans un ajustement fort propre.
Ces mêmes Ambaſſadeurs
furent en ſuite conduits à l'Audience
de Monſeigneur le Dauphin
, qui les reçeut tres obligeamment.
On les mena de là
chez
GALAN T. 211
chez Monfieur , où le même accueil
leur fut fait. Ces Audiences
finies , ils furent traitez magnifiquement
par les Officiers du
Roy ; & l'apreſdînée ils eurent
audience de la Reyne. Ils la trouverent
accompagnée de preſque
toutes les Princeſſes du Sang , &
de quantité de Dames du premier
rang. La reception que leur
fit Sa Majesté fut tres- favorable,
auſſi bien que la maniere dont
ils furent reçeus de Madame.
Ils retournerent le ſoir à Paris
dans les meſmes Carroffes qui
les avoient amenez , furent encor
traitez à l'Hôtel des Ambaffadeurs
, comme ils l'avoient eſté
les jours précedens. Vous voyez ,
Madame avec combien de
د
juſtice toutes mes Lettres vous
ont marqué que c'eſtoit au
Roy feul que l'Europe devoit
la
212 MERCURE
,
la Paix. Les François l'ont dit.
Ses Alliez , auſſi bien que ceux
que charment ſes hautes vertus
, ont pris plaifir à le publier.
Mais afin que la Poſterité le
cruft , il falloit que ces paroles
fortiffent de la bouche meſime
de ceux à qui cette Paix a eſté
donnée. Elles eſtabliſſent une
verité qui ne peut plus eſtre
miſe en doute puis que les
Ambaſſadeurs de Hollande vien.
nent de la confirmer. Je ne vous
dis rien du merite particulier
de leurs Perſonnes. Les grandes
Negotiations qui leur ont
eſté confiées en font une preuve.
Monfieur Boréel Ambaſſadeur
de la Province de Hollande,
apres avoireſté Ambaſſadeur
Extraordinaire des Eſtats aupres
du Grand Duc de Mofcovie,fut
choiſy les annéesdernieres pour
traiter
GALANT.
213
traiter des Affaires les plus importantes
avec Monfieur le Duc
de Villa-Hermoſa. Il étoit Plenipotentiaire
à Nimegue , où il a
beaucoup aidé par ſa prudence à
la Paix qui s'y eſt concluë. Ce
grand Ouvrage s'eft achevé en
partie par les ſoins de Monfieur
d'OdiickAmbaſſadeur de laProvince
de Zelande, qui avoit déja
eſté envoyé Plenipotentiaire
à Cologne. Il fut fait Ambaſſadeur
Extraordinaire vers Sa Majeſté
Britannique pendant l'Affemblée
de Nimegue. Monfieur
de Dikuvelt Ambaſſadeur de la
Province d'Utrek , apres avoir
exercé les Commiſſions les plus
honorables , a eſté choiſy , non
ſeulement pour negotier avec
Monfieur le Ducde Villa-Hermoſa
, mais auſſi pour aſſiſter de
"la part du Conſeil d'Etat des
Pro
214 MERCURE
Provinces unies , au Conſeil de
Guerre, &prendre ſoin de conſerver
l'Armée des Etats Je paffe
les Emplois particuliers que tous
les trois ont dans leurs Provinces
Il ne faut pas que j'oublie à
vous faire part de l'honneur que
Monfieur Veydeau de Grandmont
Conſeiller au Parlement,
reçeut à Saint Germain au commencement
de ce Mois. Son fecond
Fils y fut baptizé dans la
Chapelle du Vieux Chaſteau .
Monſeigneur le Dauphinen fut
le Parrain , & Madame de Monteſpan
, la Marraine. Il fut nommé
Loüis. Ce jeune Enfant âgé
de ſept ans , tres-bien fait de
corps & de viſage , ſoûtint le
brillant éclat de la Cour & la
preſence de Monſeigneur d'un
air fi noble , & répondit ſi juſte
à tout ce qui luy fut demandé,
qu'il
GALANT.
215
qu'il s'attira l'admiration de tout
lemonde. Son ajustement , qui
eſtoit des plus galans , & des
mieux imaginez , merite que je
vous en faffe la defcription. 11
avoit des Souliers de brocard
d'argent , garnis de Rubans d'argent&
de ſatin blanc, & fermez
de Boucles de Diamans, avec un
Bas de ſoye blanc , tiré juſqu'au
haut de la cuiſſe , lié au deſſous
du genoüil d'une Jartiere couverte
de tres-gros Diamans , &
attaché dans le haut par deffous
un Tour de cuiſſes de Rubans
fatin blanc& argent, à une
Trouffe de brocard d'argent.
Cette trouffe eſtoit couverte de
taillades de ſatin blanc de haut
en bas , toutes enrichies de
Dentelles d'argent appliquées
de chaque coſté. Le Pourpoint
joignoit la ceinture de

la
216 MERCURE
la Trouſſe , ornée d'une Garniture
ſemblable au Tour des
cuiſſes . Il eſtoit boutonné juſqu'au
bas , & tout couvert de
Dentelles , avec des Manches
taillées de long , & les taillades
couvertes , comme celles
de ſa Trouffe , de Dentelles
d'argent en ſi grand nombre ,
qu'eſtant reſſerrées à quatre
doigts du poignet , elles luy faifoient
une groſſe Manche ronde
, qui ſervoit extremement à
faire remarquer le fin de ſa taille.
Le bout de ſes Manches eftoit
plein de Noeuds toufus de
ſaGarniture , avec un Tour de
brasde Pointde France . Il avoit
fur cepetit Habitune eſpecede
Mante de brocard d'argent, ſans
colet & fans manches, Ses bras
y eſtoient paſſez par des ouvertures
de Manches autour
د
def
GALANT.. 217
deſquelles, auffi bien que de toute
cette Mante , eſtoit une grande
Dentelle d'argent couſuë en
petite Fraiſe volante. La Mante
dont je vous parle , coupée &
taillée du deſſous des bras jufqu'au
bout de la queuë qui traînoit
d'une aune de long , comme
le derriere d'un Capot de Chevalier
de l'Ordre , ornoit extrémement
cet Habit ſans rien cacher
ny de la taille ny du bon
airde l'Enfant. Il avoitdes Gands
blancs garnis des meſmes Rubans,
une demy- Fraiſe doublede
Point de France pour Cravate;
&pour coifure , par deſſus une
des plus belles chevelures qu'on
puiſſe voir , une Toque du même
brocard , bordée d'une Dentelle
d'argent , retrouffée d'une
Attache de tres-gros Diamans,
& enrichie d'un Cordon auſſi
Mars.
K
218 MER CURE
deDiamans,mais d'une grandeur
xetraordinaire. Une Aigrette, &&&
des plumes blanches,en faifoient
la garniture . On les avoit difposées
de maniere qu'elles ne couvroient
ny le Cordon, ny l'Attache
, ny la forme de la Toque
La galanterie de l'Habit attira
mille complimens au Pere càlasi
Mere qui accompagnoient l'En
fant. Ils onttous deux beaucoup
demérite. Mr de Grandmonteſto
fortbien fait,honneſte,obligeantis
&confideré dans ſa Compagnieli
Sa Famille vous eft connue. Mas
dame de Grandmont fa Femme.I
eft Fille de Mr Genoud de Gui
beville , Confeiller de la Grand-
Chambre,& petite Niéce des Il
luftres Mrs du Puy, fi eſtimez der
tous les Sçavans. Ellea l'eſprit vif,
&parle avec une juſteſſe qui la
fait écouter par tout avec plaifir
At Le
GALAN T.
219
-Le Roy qui veille toûjours au
foulagement & à la feûreté de
ſes Sujets , voyant le Parlement
accablé d'affaires , & n'en voulant
pas retarder l'expedition , a
étably une Chambre Souveraine,
qui jugera ſans appel le Proces
de quelques Perſonnes arreſtées
pour le poiſon. L'uſage en
aeſté inconnujuſqu'icy en France;
& fi elle a preſentement des
Empoifonneurs, c'eſt ſans qu'elle
en doive rougir , puis que ce
n'eſt point un crime de la Nation,
mais une maladie qu'un petit
nombre de Particuliers y a
fait gliſſer , & dont l'air ne ſçauroit
eſtre contagieux qu'à peu
de Gens , à cauſe de la bonté de
celuy du Païs. Cette Chambre
eft composte de huit Confeillers
d'Etat , & de quatre Maî
Kij
220 MERCURE
tres des Requeſtes.Les Conſeillers
d'Etat font , Meſſieurs Boucherat
, de Breteüil , de Bezons,
Voiſin , Pelletier , de Pommereüil
, d'Argouges , & Fieubet.
Les Maiſtres des Requeſtes ,
Meſſieurs de Fortia , de la Reynie
, Turgot S. Clair, & le Febvre
d'Ormeſſon. Monfieur Boucherat
y preſide. Comme l'affaire
eſt d'un grand travail , il y a
deux Raporteurs nommez , qui
font Monfieur de Bezons & Mōſieur
de la Reynie. Tous ces Juges
eſtant éclairez , prudens &
vigilans , on ne doit pas douter
qu'ils ne rendent bonne juſtice.
J'oubliois à vous dire que Monfieur
Robert Procureur du Roy
au Chastelet , ſi eſtimé dans lés
fonctions de ſaCharge , eft Procureur
General de cette Chambre;&
Monfieur Sagot , Greffier
de la Commiffion . Les
GALANT . 221
Les Enigmes continuant toûjours
à faire le divertiſſement
du Public , je dois vous rendre
compte de celles du dernier
Mois. Le vray mot de la premiere
eſt dans ce Madrigal de Mr
Tournezis, Medecin à Marseille.
'Ous qui n'avez ny bras
mains ,
, ny
Vous ſeule dites- vous , dirigez les Humains,
Et les menez par tout de l'un à l'autre
Pole;
MaisSçachez qu'il est un Païs
Où les beaux yeux de ma Philis
Ont bien sçcu penétrer ſans Carte , ny
Bouffole.
Ce meſime Mot de Carte Géographique
a eſté trouvé par Meffieurs
de Naffau Baron de Vvar.
coing ; D'Hault.... Le P. de la
Tournelle,de Lyon,Amiot, Medecin
à Orleans ; Un Reclus
de S. Leu , d'Amiens ; De Faneville
, de Boiſſimon ; Le Marquis
Kiij
222 MERCURE
de Sorteville , âgé de treize ans ;
L'Abbé Doucet ( ces deux derniers
en vers ) & par Meſdames
Cabriers ; De Mazanot; L'Inconnude
Marseille ; De Paſſebon, de
Marseille ; Des Guimonets d'Orleans,
( la derniere en Vers; (Lepetit
Bon, d'Epinay; L'Indiſcret,de la
Ruë de Buſſy, Le Rhétoricien,de
la Ruë des Noyers ; La belle qui
n'aime rien , de Caën ; Brunet
de Saint Nicolas ; & Souris , de
l'Infanterie. On a expliqué cette
meſme Enigme fur la Sphere
, l'Ayman , la Montre , la
Bouſſole , les Caracteres de Lettre,
l'Ecriture , la Fortune , les Limites
ou Frontieres une Plume , une
Toiſe , la Lune , la Mort , & le
Temps.
Cet autre Madrigal de Monſieur
de Vaulois Avocat, renferme
le vray Mot de la ſeconde .
Ceffez
GALANT. 223
Effez de vous donner belle Iris , la
torture ,
Pourdeviner l'Enigme du Mercure.
En voulez - vous sçavoir le fin ſans qui
pro quo ?
Lors que je vou,dis, je vous aime
Repetezaprés moy de mesme,
Que j'entendrois , belas
Echo !
un agreable
Ceux qui l'ont expliquée ſur
ce meſme ſens font , Meſſieurs
Marchand ; Baffetard ; De Saint
Juſt ; Georges , de Pont ſur Seine
Mathieu , de Caën , Bachelier
du College de Sainte Barbe
; De Glos , Mathématicien
à Honfleur ; Rault , de Roüens
Germain de Caën ; Polymene ,
('ces quatre derniers en Vers ; )
& Mesdames de Mauré ; Des
Oyſeaux ; Panhuis ; La Mote ;
Le Charmant de Saint Eyr , de
Montargis, Le Cadet Saint Loüiss
K iiij T
224 MERCVRE
Le bon Clerc , de Châlons fur
Saône ; L'Etranger inconnu ; Le
M. de Blois ; & l'Enjoüé , de Poiffy.
Le Feu , le Soleil , la Fraîcheur,
la Nuit, l'Aurore , l'Arc- en- Ciel, les
Vents,& le Tonnerre, font les autres
Mots fur leſquels on a expliqué
cette Enigme.
J'adjoûte les noms de ceux qui
ont trouvé le ſens de toutes les
deux. Ce font Meſſieurs Berleu
Préſident en l'Election de Noyon;
De Langes-Montmiral; Gardien;
Thibaut , Procureur du Roy en
l'Election de Compiegne ; Joufſes
, Capitaine dans la Citadelle
d'Arras ; Rouſſelet , ou le Solitaire
, de Picardie ; De Foſſecave
, de Morlaix ; Dermon du
Sacq , de Chauny ; De Bonnecamp
, Medecin à Quimper ; le
Febvre , de Beauvais ; De Theis
du Joly , Maire de Chauny;
Ther
GALANT.
225
Therrier , Profeffeur au College
du Pleſſis ; Marçan , Directeur
du College de Beauvais ; Richard
Srde Boutiller, de Chauny ; Panthot
Docteur Medecin, & Profeffeur
aggregé au College de Lyon ,
Potier de Lange , Avocat à Compiegne
, Hauſtome ; Tournez ;
du Village de Goux ; Clement&
Feret,d'Amiens;De la Coudre, de
Caën;De Vaulois,Avocat ; Potin ,
Avocat ; Tornezis , Medecin à
Marseille ; Meſdames de Beaumont
d'Viſeau ; Fredinie,de Pontoife
; Maſſon,La Dame des Quatre-
Vents,d'Orleans; Le Mutin de
Liſete; Le Solitaire de Pontoiſe, en
Vers ; Tamiriſte , de la Ruë de la
Ceriſaye; Adrien,de Paris; Lo Sconofciuto;
& la Brune, de Geneve.
L'Enigme en figure a eſté expliquée
ſur le Réveille-matin , le
Tonnerre , le Fufil,le Canon, le Feu,
K V
226 MERCURE
د
la Science, la Fusée, la Guerre , la
Pensée,laBombe la Mine,& unRamoneur
de Cheminée.La Migraine
en eſtoit le vray ſens,& il n'y a eu
que Meffieurs Bigot de Paris, de
la Saulſaye d'aupres de Gifors, &
Aubin de Grenoble , qui l'ayent
trouvé. Elle eft repreſentée par
Vulcain qui fend la teſte à
Jupiter d'un coup de marteau,
parce qu'elle n'a point de cauſe
plus ordinaire que les vapeurs
chaudes qui montent au cerveau
. Comme Vulcain eſt pris
dans les Fables pour le Feu , il
ne peut eſtre mieux appliqué
qu
qu'à ſignifier ces vapeurs. On
dit que Pallas , la Deefle des
beaux Arts , fortit de la teſte de
Jupiter par la violence de ce
coup. Cela favoriſe l'opinion
vulgaire , qui attribuë la Migraine
aux beaux Eſprits , comme
BIBLIO
LYON
*
189%
ORYTIE ENIGME .
GALANT . 227
me un effet de leurs profondes
méditations .
L'Enlevement d'Orithye, Fille
d'Ericton Roy d'Athenes , par le
Vent Borée , eſt la nouvelle Enigme
dont je vous dõne àdeveloper
le ſens.En voicy deux autres
enVers.La pren premiere eſt deMonſieur
le Marquis de Saint Prieft,
Seigneur de la Ville & Terre de
S. Eſtienne en Foreft.
J
ENIGME .
E n'ay point de repos . ma vigueur est
extrême,
Quandjefors de chez moy,je cours apres
moy- mesme ;
Lors que j'en suis dehors , je n'y rentre
jamais;
Mes Voisins tous les jours tâchent de me
détruire,
Jamais ces Ennemis qui troublent mon
Empire,
Ne veulent me laiffer en paix.
Pere
228 MERCURE
Pere &Filsdes Humains , je faistout
dans le monde.
Sansmoy l'on ne fait rien ſur la terre&
fur l'onde ,
Je produis tous les jours des ouvragesnonveaux;
{
Et bien que je fois dans les Ruës ,
Et que je m'approchedes Nuës ,
Lesuis toujours aufond des eaux.
Tenant tout mon pouvoirde la Divine Ef-
Sence?
leregnedans les coeurs , & l'on craint mon
absence.
Preſque enfermé toûjours ,je me trouve en
tous lieux
Etme laissat allerà l'ardeur qui me preſſe,
Legouste les plaisirs , j'aime fort la jeunesse
,
Et je m'ennuye avee les vieux.
SansmoyleGrand LOVIS qui fit trembler
la Flandre ;
Neseroit pas plus grand que le Grand
Alexandre;
Sans moy , tous ſes Sujets , & Luy, perdreient
lejour.
On
GALANT. 229
On peut voir mon nom dans l'Histoire
Jefais de Mars toute lagloire,
Et tous les plaiſirs de l' Amour.
AUTRE
F
ENIGME.
Ille d'un Pere malheureux ,
Iefuis encor plus malheureuse ;
Monfort est desplus rigoureux ,
On me croit riche ,&jesuisgueuse.
Aumoment que je viens aujour ,
MonPere mesme m'abandonne ;
Ilestpourmoysans nul amour ,
Comme je n'en ay pourpersonne.
Quiconque me connoist , me fuit,
Bien loinde meporter envie;
L'ay des fleurs, &jamaisde fruit ,
Dumonde entier jeſuishaïe.
Si quelqu'un me reçoit chez lay ?
C'est qu'il est surpris par ma mine;
Le rougis du crimed'autruy ,
Auſſitost que l'on m'examine.
Apres avoir trompéſouvent ,
Quoyquesans deſſeinde lefaire,
230
MERCURE
Il m'arrive ordinairement 201
De caufer la mort de mon Pere.
L
Je finis apres que je vous auray
conté en peude mors,une derniere
Avanture du Carnaval. Deux
jeunes Perſonnes de qualité releguées
depuis quelque temps
dans un Convent proche de Paris
fur les Rives de la Marne,
moins pour n'eſtre pas propres
au monde , que parce que leurs
Meresqui en font trop, cherchent
à cacher qu'elles ayent de grandes
Filles, prévoyant qu'elles pafſeroient
tres- malleur Carnaval , ſi
elles n'y mettoient ordre de bonne
heure, s'aviferent de faire promettre
à deux Cavaliers qui les
alloient voir de temps en temps,
qu'ils viendroient dans la Ville
où elles estoient , pour leur faire
compagnie pendant ce temps de
réjouiſſance.Comme ils leurs trouvoient
GALANT.. 231
voientde l'eſprit , & de la beau
té , ils ſe firent un agreable engagement
de cette partie. La
ſaiſon devint fort rude , la glace
tenoit tout le monde renfermé,
&on ne pouvoit aller à la Campagne
ſans s'expoſer à de fâcheux
accidens. Les belles Recluſes
firent là deffus les refléxions
neceffaires, & ne doutant
point que les Cavaliers ne ſe difpenſaſſent
de tenir parole ſur le
mauvais temps , elles vouloient
les prevenir , en leurmandant galamment
qu'elles les confideroient
trop pour éxiger qu'ils ſe
miſſent en chemin dans une faiſon
ſi rigoureuſe ; mais que comme
il ne ſeroit pas juſte qu'ils
paſſaſſent d'agreables heures pen.
dant qu'elles s'ennuyeroient dans
leurs Convent , elles les prioient,
s'ils vouloient qu'elles fuſſent perſuadées
232 MERCURE
ſuadées de leur eſtime, d'entrer le
Jeudy gras à Saint Lazare , ou
dans quelque autre Maiſon encor
plus auſtere , s'il y en avoit,
& d'y demeurer juſqu'au Mercredy
des Cendres. Les Cavaliers
vouloient plaire aux Belles,
mais la Retraite ne les accommodoit
point. Ainſi ils prirent le party
de ſe rendre où ils s'étoient engagez
d'aller , & firent le voyage
comme ils purent. Vousjugezbien
de la joye qu'on eut de les
voir. On leur fit grand'chere &
beau feu. La peine qu'ils s'eftoient
donnée meritoit l'une, & la
rigueur de l'Hyver demandoit
l'autre. L'hiſtoire finiroit là , la
Grille eſtant un terrible rampart
contre la tendreſſe , ſans ce
qui leur arriva le Mardy gras.
Le feu prit à la cheminée du
Parloir , & il en fortit une fi
épaiffe
GALANT.
233
épaiffe fumée , que les Cavaliers
avoient peine à reſpirer. Par
malheur pour eux , la ferrure ſe
trouva broüillée ; & comme il ne
leur eſtoit pas poffible de ſe ſauverpar
oùils estoient entrez, ils ſe
refolurentde rompre la Grille afin
de s'échaper par le Convent.
Les Belles y conſentoient , & ne
ſe croyoient pas obligées de laiffer
perir deux galans Hommes,
pour garder les Loix de l'étroite
Regularité , mais enfin les Gens
de dehors vinrent àbout de faire
fauter la ferrure. Nos Cavaliers
raporterent à Paris un teint un peu
bazané , & s'eſtimerent heureux
d'en eſtre quites pour quelques
jours qu'ils eurent à paffer chez
un Baigneur.
Il faut avoir une fermeté admirable
pour enviſager ce genre
demort ſans frayeur. Cependant
vous
2:34 MERCUR E
vous en trouverez un exemple
dans la conclufion des Sevarambes
qui nous a eſté donnée de+
puispeu. Parmy quantité de cho
ſes fort extraordinaires qu'elle
contient, ilya une Hiſtoire de
deux Amans quireſolurent à ſe
brûler,pour ne point tomber entre
les mains de leurs ennemis..
- Il eſt difficile que vous n'ayez
déja appris lamort de Madame
ela Ducheffe de Noirmouſtier.
Ce nom eft illuftre, &m'engage
cà vous dire quantité de chofes,
mais je ſuis Ti preffe de finir ma
1. Lettre,que je les remetsjuſqu'au
premier Mois , auſſi bien que les
@particularitez du Mariage de
Mv de Chamilly , qui a épousé
Mademoiselle du Bouchet. Je
- remets auffi à ce temps là à vous
:faire part d'une Relation de
t
T'entrée de Monfieur l'Arche
Επαν
vefque
GALAΝΤ.
235
4
veſque d'Alby , dans la Ville
qui porte ce nom, écrite par une
Dame du Païs dont les Ouvrages
-vous charment; & à vous entretenir
de l'Hiſtoire de Monfieur
de la Roche Karlan , mort à
trois lieues de Tulle , crû par
les uns Fils du Roy de Colcinde
en Afie, & par les autres Fils de
Cromvel. J'adjoûteray à cela une
deſcription de la merveilleuſe &
furprenante Horloge de Niort,
auſſi-bien que des Opéra de Venife.
J'auray ſoin de diverfifier
tout cela par des Hiſtoires , puis
que vous me faites connoiſtre
que le nombre vous en plaiſt . La
France eſt trop abondante en
évenemens , pour ne me donner
pas toûjours à choiſir fur cette
matiere. Je ſuis, Madame, voſtre
tres,&c.
A Paris ce 31. Mars 1679 .
:
236
000003803813823
Ο
Avis pour toûjour.
N prie ceux qui envoyeront
des Memoires où il y aura
des Noms propres , d'écrire ces
Noms en caracteres tres bien formez
& qui imitent l'Impreſſion ,
s'il ſe peut,afin qu'on ne ſoit plus
ſujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette fur
des papiers diferens toutes les
Pieces qu'on envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye,&
l'on fait plaifird'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point
leursOuvrages dans le Mercure,
les doivent chercher dans l'Extraordinaire
; & s'ils ne font dans
l'un ny dans l'autre, ils ne ſe doivent
pas croireoubliez pour cela .
Chacun aura ſon tour,& les premiers
envoyez ſeront les premiers
237
miersmis, àmoins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne
puiſſe differer.
On nefait réponſe à perſonne
fautede temps-
On ne met point les Pieces trop dif
ficiles à lire.
On recevra les Ouvragesde tous les
Royaumes Etrangers ,& on propoſera
leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paffées chez eux , on les
mettra dans les Extraordinaires .
Onne metpointd'Hiſtoires qui puifſent
bleffer la modeſtie des Dames , ou
deſobliger les Particuliers par quelques
traits ſatyriques.
On abeaucoupde Chanſons. Elles
auront toutes leur tour , ſi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.C'eſt
pourquoy ſi ceux par qui elles ont eſté
faitesveulent qu'on s'en ſerve, ils les
doivent garder ſans les chanter & fans
endonner de juſqu'à cequ'ilsles
voyent dans le THESTE
Of Mercure.
SLY
Extrait
BI
*
1893 )
98983993 1993-903 903 1903 1900 1901
EXTRAIT DV PRIVILEGE
duRoy.
P A
r Grace & Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Confeil, Jun
QUIERES. Il eftpermis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le confentement de l'Expoſant,
ný d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'as
mende , confiſcationdes Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté audit
Privilege.
&
Regiſtre ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678.Signé E. Couteror . Syndic.
Et ledit SieurD. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé && tranſporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Mars 1679.
120

YON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le