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Nom du fichier
1679, 02 (Lyon)
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8.21 Mo
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267
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Texte
Illuſtriſſimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
THE
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DAUPHIN
Fevrier 1679
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. DC. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DUROY.
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
duRoy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Confeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5. Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Etledit SieurD. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
28. Fevrier 1679 .
1
330033333
Avis pour toûjours.
N prie ceux qui envoyeront des Memoires
où il y aura des Noms propres ,
d'écrire ces Noms en caracteres tres - bien
formez & qui imitent l'impreſſion , s'il fe
peut , afin qu'on ne ſoit plus ſujet à s'y
tromper.
Onprie auſſi qu'on mette fur des papiers
diférens toutes les Pieces qu'on envoyera .
Onreçoit tout ce qu'on envoye , & l'on
fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs Ouvrages
dans le Mercure , les doivent chercher dans
l'Extraordinaire ;& s'ils ne font dans l'un ny
dans l'autre , ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela . Chacun aura ſon tour ,&
les premiers envoyez ſeront les premiers mis,
àmoins que la nouvelle matiere qu'on recevra
ne foit tellement du temps , qu'on ne
puiffedifferer.
On ne faitréponſe à perſonne , faute de
temps.
Onnemetpoint les Pieces trop difficiles
à lire.
)
On recevra les Ouvrages de tous les
Royaumes Etrangers ,& on propoſera leurs
Queſtions.
Si lesEtrangers envoyent quelques Relations
de Feſtes ou de Galanteries qui ſe ſeront
paſsées chez eux , on les mettra dans les
Extraordinaires.
a ij.
L'Extraordinaire du Quartier de Janvier
fe diftribuera le 25. d'Avril 1679 .
Onne met point d'Hiſtoires qui puiffent
Bleffer la modeftie des Dames, ou deſobliger
les Particuliers par quelques traits ſatyriques.
On abeaucoup de Chanfons. Elles auront
toutes leur tour, fi on apprend qu'elles n'ayent
pas eſté chantées. C'eſt pourquoy fi ceux par
qui elles ont eſté faites veulent qu'on s'en
ſerve , ils les doivent garder ſans les chanter
&fans en donner de copie juſqu'à ce qu'ils
les voyent dans le Mercure.
Avis pour placer les Figures.
L'A
'Air qui commence par Si mes rigueurstefont
mourir, doit regarder la page 35 .
La Medaille du Roy&de laReyne de Pologne,
doit regarder la page 68.
L'Air qui commence par Amans quandfiniront
vos peines, doit regarder la page 102 .
L'Empire de Mars doit regarder la page 145 .
L'Airqui commence par Ab qu'il est doux de
vivre en liberté,doit regarder lapage 163 .
L'Enigme en figure doit regarder la page 237
L'Air qui commence par une langueur extréme
occupe tous messens , doit regarder la page 238 .
LE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
I je ne puis répondre , cher
Lecteur , aux Lettres que vous
mefaites l'honneur dem'écrire,
jevous y Satisferay dans mes
Avis ,oùil fera le plus neceſſaire. Pluſieurs
perſonnesprincipalement de Mar-
Seille,m'ont tous écrits qu'ils voyoient bien
que c'estoit à eux à qui je parlois;meſme un
qui avoit donné une lettre à une de mes
correspondantes. Ieluy répondray que tous
ce qui vient de mes correspondants, quoyque
leport nesoit pas payésest auſſi bien recen,
que s'il l'estoit ,&ce qu'il m'envoye pour
I' Autheur du Mercare il le reçoit toûjours
fort ponctuellement.L' Inconnu dont je vous
lay parlédans mon dernier Avis, s'estfait
connoître à moy ſous le meſme nom d'Inconnu
, mesme j'ay bien vû que c'estoit ta
faute defon Valet , qui oublia de payer te
-port,en ayant ordre de ſon maiſtre , ce qui
m'a paru tout autre que je l'avois nommé
dans mon dernier Avis. L'ay deux beaux
Ouvrages que je vous donneray danspens
هللا
aij
LE LIBRAIRE ,
lepremierqui paroîtra le Mois prochain
fera les Oeuvres Spirituelles & Chreſtiennes
deMrl'AbbéS.Ciran, 12. 4.vol.
vous en avez vû plusieurs de luy quiy
feront inferées,mais tout corrigé &changé
de plusieurs fautes qui s'estoient glissées,
vousy trouverez des Nouvelles Lettres
écrites par lefameux Mr Arnaud d'Andilly
& le sçavant Mr le Maistre , l' Avis
dudit Livrevous inftruira des autres augmentations.
Leſecond Ouvrage qui paroitras
ceserales Nouveaux Blazons du
R.P.Menestrier, ec nom de l' Autheur vous
fait afſfez connoître que ceſera un Ouvrage
achevé , puiſque vous ſçavez que cet Autheur
a traité les Blazonsſiſçavammet&
d'une methodeſi aisée que chacunſans maitre
a apprisfort facilement le Blazon; vous
pouvezdonc uger que depuis dix années
qu'il a donné au public cing Volumes de
Blazons , qui ont esté bien receus , & que
ceux quisont à preſent ſurpreſſe, ſans les
occupations qu'il a eu a prescher depuis
cing années à Paris par les premieres
Chaires de cettefameuse Ville avec l'approbation
de tous les Sçavans , où le temps:
qu'il a eu de refte , ila occupé àſes nouveaux
Blazons , il les auroit plucoft donné
AH
AU LECTEUR.
7
an Publicfans cet employ ; vousy verrez
tous les Ecuſſons changez , un ſtile aizé,
&enun mot, c'est un Ouvrage achevé zje
vous en entretiendray dans le temps plus
amplement, je vous diray ſeulement que
je lefais imprimerà Paris àmes dépens.
le ne puis m'empeſcher de vous dire,
qu'il y a des Libraires qui ont affez de
preſomption de croire qu'ils empeſcheront
ladiftribution du Mercure dans leur ville,
en publiant fauſſement qu'il ne vaut pins
rien , l'artifice est trop groſſier , puisque
ceuxà qui ils le diront ſont priés de le lire,
ilsy trouveront toûjours l'Autheur qui
y met de nouveaux agrémens , mesme pluſieurs
pieces neceffaires àvoir ,je vous en
laiſſe les Iuges ; pourquoy dit- on qu'il ne
vaut rien,parce que ces Libraires n'en
peuvent pas avoir, faisant un negoce de
donner le Mercure Galand à lire , quoy
qu'il soit deffendu,ainſi celam'eſtant de la
derniere confequence je n'en veux envoyer
aucuns à ces fortes de marchands , où il
m'est bien plus avantageux de ne leur en
pas envoyer ; & que ceux qui en auront
besoin , quand il n'y aura pas dans leurs
villes des Libraires qui en ſoient fournis,
ils peuvent s'addreſſer àLyon , chezThomas
LE LIBRAIRE,
mas Amaulry Libraire ruë Merciereàla
Victoire, & il aura ſoin de les leurfaire tenirtres-
diligemment pour 20.fols , ils di
ront bien leur addreſſe & par où on les
envoyera. Ily a 10. Volumes du Mercure
1677. quisevendront toûjours 12.fols
le Tome , ily en a douze de 1678. pour
20.fols, auffi le Tome, & deux de 1679 .
pour lemesme prix, & quatre Extraordinaires
de 1678. auffi pour 30. fols le
Volume , tous lesdits Volumes ſe ſepareront
auſſi pour le mesme prix.
Les addreſſes que je vous marque pour
avoir des Mercures, font pour les Villes,
Bourgs , ou Villages ou il n'y aura pasde
Libraire pour les distribuer, car où ily en
a qui les distribuënt, ceux qui en voudront
les auront auffi- toſt par eux que par moy,
principalemet ceux qui n'épargret point les
ports, car d'abord que le Mercure paroist,
j'ay ſoin de leurfairefaire leurspacquets.
Ceux qui ont pris cy -devant des Iournaux
des Sçavans en petit ,ſont advertis
que si ladistribution a marqué à Lyon cette
année, c'est à cauſe que l'on n'en apoint
imprimé qu'en grand, ainſi l'on cominuëra
àles diftribuer en grand,toutes les ſemaines
à commencer la semaine prochaine..
Kons
AU LECTEUR .
Vous sçavez que les grands valent plus
que lespetits , tant pour le port qu'autrement,
ainſi vous neferezpas furpris ſi l'on
vous les vend plus cher , cet advis ſervira
pour les particuliers,&auffi pour les Libraires.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Fevrier 1679 .
Explication litterale des Epiſtres de faint
PaulàPhilemon , S.
Nouvelles Ameriquaines, Hiſtoire veritable
, 12. 2. vol.
LeNouveau Ieu de Combre 12 .
Histoire univerſelle par Monsieur leBret,
12. 3. vol.
La Princesse de Montpenfier , 12. de
l'Autheur de la Princeſſe de Cleves avec
des Vers à la fin fur la Paix , preſenté
auRoy par l'Academie Françoise, com
posé par Monsieur Corneille l'Aiſné
c'est un ouvrage achevé.
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume. S
PrélNouudveelllee Devise pour leRoy,
Opéra repreſenté àMonpeillier ,
Réjoviſſances faites pour la Paix à Saumur ,
I
3
4
30
Re Roy fait bastir une Eglife aux leſuites de Vienne
en Dauphiné ,
LaRidicule Prévention , Histoire ,
Mort de Monfieur l'Abbé de Creil ,
34
37
64
Mort de Mr.deLong, Chanoine de Notre Dame, ib .
Miſſions établies par úr l'Evesque d' Arras , 68
Réjouiſſances faites à Noyon lejour de la Publication
de la Paix,
Fable de la Tourterelle & du Ramier,
ibid.
73
Réjoisifſancesfaites à tarme pour la naiſſance d'un
Second Prince ,
Avanture de laDame volée ,
76
80
Madrigal, 85
Autre ,
86
Theſes Galantes , 87
Mort de Mr. l'Evesque de Mirepoix, 94
Grande équitédu Roy, 98
Stances à Philis ,
Opéra repreſenté àTurin 103
Le double Déguisement , Histoire , 105
Baptefme de Mr.le Marquis de Mortemar, 112
Gouvernemens donnez par le Roy,
ibid.
Mort de M. de Sainfandoux,
ibid.
Mort de Mademoiselle de Sully .
115
M. le
TABLE.
M. leComtedu Charmel preſte ſerment de fidelitéentre
les mains du Riy pour la Lieutenance generale
de l'Iſle de France, 119
LaRupture , Histoire .
120
Monsieur l'Abbé d'Estrades est nommé à l'Ambas-
Sade de Savoye , 127
RégaldonnéparMonfieur de la HayeEnvoyé Extraordinaire
de France en Bavieres à l'Electeur
decenom. 129
Préfens faits par le Roy, 130
Nouvelle Medaille presentée au Roy , 134
Réjpüiſſances faites à Pezenas, 135
L'Empire de Mars , 445
Signature de la Paix à Nimegue entre la France,
l'Empereur , & l'Empire, 167
Madame de Miramion fait faire un Bout de l'an
pour feu M. le Premier Président. Monfieur
Flechter fait l'Oraiſon Funebre , 168
M. le Mareschal de Vivonne eſt reçeu Duc &Pair
au Parlement , 164
Mort de Monfieur de Malaſſis Capitaine auxGardes.
Sa Charge est donnée par le Roy, 167
107
Il est quelquefois dangereux d'estre obligeant , ibid.
Tout cequi s'est passé chez Monfieur de Strasbourg,
lejour de la Mascaradede Monseigneur leDauphin
, 178
Tout ce qui s'eſt paffé au Mariage de Mr. le Marquisde
Mortemar & de Mademoiselle Colbert,
205
Ce quis'est passé à S. Germain le dernier jour du
213
Explication de la premiere Enigme en Vers , 229
Carnaval ,
Noms de ceux qui l'ont expliquée. ibid.
Explication dela ſeconde Enigme en Vers , 230
6 Noms
TABLE.
Noms de ceux qui l'ont expliquée ..... 231
Noms de ceux qui ont expliqué toutes les deux, 234
Enigme, 235
Autre Enigme, 236
Noms de ceux qui ont expliqué l'Enigme en figure,
237
Mademoiselle de Froullay prend l'Habit de Religieuse
, 239
Nouveau Systeme du Monde , ibid.
Le Triomphe de la Paix , 240
Fin de la Table.

J
MERCU
I
MERCURE
THEQUE
DEL
GALAN
LYONE
FEVRIER. 1679.
3 *
Lya longtemps ,
Madame que les
premiers Articles de
mes Lettres ſont des
Nouvelles de Paix
concluës , ou de Ratifications.
Si vous n'en trouvez point de
cette nature dans le commencement
de celle- cy , j'efpere au
moins que je ne la finiray pas
ſans avoir quelque choſe d'af
Fevrier. A
2 MERCURE
furé à vous dire fur ce qui regarde
la Paix d'Allemagne.
Tous les Souverains qui ont
éprouvé la force des Armes
de la France dans la Ligue
qu'ils ont faite contre le Roy ,
n'ayant qu'un Traité à faire
n'ont à parler qu'une fois de
Paix ; mais LoUIS LE GRAND
qui a veu preſque toute l'Europe
unie contre luy , a tous les jours
de nouveaux Traitez à conclure
, & cela fait voir qu'il n'y eut
jamais une Deviſe plus juſte que
celle qu'on fit autre- fois pour
luy fur le Soleil , avec des Paroles
qui marquoient qu'il fuffifoit
ſeul à tous , puis que cet Invincible
Monarque s'eſt toûjours
veu en état de foûtenir ſeul les
efforts de tant d'Ennemis liguez ,
&que rien n'eûtée capabled'arfter
le cours rapide de fes Conque
GALAN Τ.
3
quetes,s'il n'eût trouvé dela gloi.
re à joindre le titre de Pacifique
à celuy de Triomphant. Cette
penſée a donné occaſion à une
nouvelle Deviſe dont le corps
eſt un Soleil , qui change une
nüće brillante d'éclairs , & grofſe
de foudres , en une roſée qui
ne peut que fortifier la terre.
Elle a ces Paroles pour ame.
Fulgura in pluviam fecit.
Les Vers qui fuivent en font
l'application.
Ainfi LoÜIS LE GRAND étonnoit l'Vnivers
Par le brillantde ſes éclairs ,
Etparlebruit de ſon tonnerre,
Quandfaisant àson tour triompher ſa
bonté,
Ilachangeles frayeurs de laGuerre
Endouceurs d'abondance& de tranquil
lité,
Etde ces deux Soleils d'égale autoritá
D'égal éclats d'égale majesté,
A ij
4 MERCURE
Ce que l'unfait en l'air , l'autre lefait en
terre.
Je vous ay parlé dansma Lettre
du dernier Mois des réjoüifſances
particulieres qui ſe ſont
faites en divers lieux du Royaume
à l'occaſion de la Paix d'Efpagne
. On ne s'eſt pas contenté
àMonpellierd'allumer des Feux,
&d'y faire éclater toute la joye
que font paroiſtre les Peuples
dans ces fortes de rencontres.On
y a preparé une maniere d'Opéra
tres agreable , & Monfieur de
Sablieres quien eſt l'Autheur, en
a donné le divertiſſement pendant
la tenuë des Etats de Languedoc,
à Monfieur le Cardinal
de Bonzi , qui comme vous ſçavez,
eſt Préſident né de ceux qui
s'y tiennent, en qualité d'Archeveſque,&
de Primatde Narbonne.
Le Theatre repreſentoit les
Palais
GALANT.
s
Palais de la Renommée , de la
Gloire , & de Flore. Celuy de la
Renommée eſtoit dans le fond.
De hautes Tours le diftinguoient
des deux autres .On voyoit le Palais
de la Gloire du coſté droit,
& celuy de Flore du coſté gauche
, l'un figuré par des Trophées
d'armes & par desArcs de
triomphe ; & l'autre , par des
Guirlandes de Fleurs & par des
Vaſes d'Orangers. Des Palmes &
des Lauriers entremeſlez de Mirtes
& de rameaux d'Oliviers, faifoient
l'ornement des intervales
de ces trois Palais. Dans le frontiſpice
du Theatre eſtoient les
Armes duRoy , celles de la Province
de Languedoc, & un Trophée
d'Inſtrumensde Muſique .
Apres une grande Ouverture ,
on entendoit les fanfares de pluſieursTrompetes
: apres quoy on
A iij
6 MERCURE
voyoit la Renommée qui defcendoit
en volant d'une des
Tours de ſon Palais. La Gloire
& Flore paroiffoient dans le même
temps , ſuivies de Clio &
d'Erato. La premiere de ces Muſes
eſt dévoüée à la Gloire , &
l'autre préſide aux Amours , qui
ne regnent ordinairement que
pendant la Paix. Les Déeſſes
chantoient les Vers ſuivans , qui
fervoient de Prologue à cet
Opéra.
LA RENOMME'E.
Moyqui n'anonçoisfur laTerre;
Que des Combatsfanglans , que des Faits
inosis;
Moyqui ſemois par tout les horreurs da
la Guerres
Et les exploits du Grand LOVIS :
Jem'en vay maintenant aux quatre coins
du Monde ,
Faire entendre que deformais
Onne verra regnerſur la Terre & fur
l'Onde Que
GALAN T.
7
Queles douxplaiſirs de la Pai
FLORE.
Verray je donc finir les cruelles alarmes
Qui troubloient les douceurs de mes plus
beaux Printemps?
Vn Héros triomphant quittera - 1 - il les
armes?
Déeſſe, n'est-cepas en vain queje l'attens?
Ce bonheur est fi grand que jay peine à le
croire ,
Tu viens de m'en avertir;
Mais avec toy jevoy la Gloire,
Tvoudra-t'elle confentir ?
LA GLOIRE.
Quelque brillant que ſoit le cours defla
Victoire ,
Ilfaut bien l'arrefter lors qu'on a tout
Soûmis.
Iln'est point de plus grandegloire,
Que de voir àsespiedsſesplusfiersEnnemis.
LeHéros que je fers ne voit rien fur la
Terre
A iiij
8 MERCURE
Qui puiſſe à sa valeur s'opposer defor
mais;
Qu'ilfaſſe la Paix ou la Guerre,
Lene lequitteray jamais .
CLIO.
Quetous les Peuples de la Terre
Se viennent joindre ànosfoubaits.
ERATO.
Puiffepar toutfinir la Guerre,
Puiffe toûjours durer la Paix.
Ces quatre derniers Vers eftoient
repetez par toutes enfemble,
& en ſuite on voyoit les quatre
Nations fortir de quatre
coins du Theatre , & fe mef
ler parmy les Déeſſes & les Muſes
, en répetant pluſieurs fois ,
Puiffepar tout finir la Guerre.
Puiffe toûjours durer la Paix.
Deux Troupes de Prifonniers
de
GALANT.
و
de guerre , les uns Hollandois,
&les autres Eſpagnols , au bruit
que la Renommée avoit répandu
par tout , venoient s'informer
d'une nouvelle qui leur eſtoit ſi
avantageuſe ,& unHéraut d'armes
leur annonçoit la Paix &
leur liberté à la veuë des Nations.
Cela donnoit lieu à trois
diférentes Entrées, l'une du Héraut
d'armes , l'autre des Priſonniers
Hollandois , & l'autre des
Prisõniers Eſpagnols.CesEntrées
ne pouvoient eftre que fort agreables
, puis qu'elles ſe faifoient en
réjoüiſſance d'un bien ſi ardemment
ſouhaité . La Renommée ,
la Gloire , & Flore , chantoient
en ſuite les Vers ſuivans , qui eftoient
répetez de la maniere que
vous l'allez voir marqué.
Av
10 MERCURE
LES TROIS DEESSES
enſemble.
Celebrons , celebrons cette Paix triemphante;
Que Mars, que bacchus,que l'Amour
Donnent des Concerts tourà tour ,
Qu'ondance , qu'on chante
En l'honneur de ce jour.
CHOEUR DES NATIONS.
Celebrons , celebrons cette Paix triom-
Phante.
LA GLOIRE ..
QueMars ,
LA RENOMM'EE..
Que Bacchus,
FLORE.
Que l'Amour ,
LES TROIS DE'ESSES
Donnent des Concerts tour à tours
Qu'on dance , quon chante.
Enl'honneurde ce jour.
UNE
GALANT . 11
VNE NATION .
Qu'on chante,
AVTRE NATION.
Qu'ondance,
CHOEVR DES NATIONS.
Qu'ondance , qu'on chante
En l'honneur de ce jour.
Apres ce commandement , la
Renommée , la Gloire ,& Flore,
ſe retiroient pour aller préparer
les Dances & les Concerts , &
les Nations : alloient ſe placer
fur les Balcons de leurs Palais.
Le reſte de ce Divertiſſement
eſtoit diviſé en trois Parties.
Dans la premiere , la Gloire venoit
inviter les Guerriers à ſe rẻ-
joüir de la Paix. Voicy ce qu'elle
chantoit.
Venez , venez, braves Guerriers
Venezmesler à vos Lauriers
Les
12 MERCURE
Les Mirtes &les Fleurs que la Paix
vousprépare. C
C'est afſsexcombatu ſous les Drapeaux de
Mars;
L'Amour a des donceurs dont il n'estplus
avare ,
Rangez vousſousſes Etendars,
Cinq Guerriers ſortoient à ce
commandement , & l'un d'eux
faiſoit cette réponſe àla Gloire.
Nous te ſuivronspar toutflateuse &donceGloire.
Noussommessoumis à tes Loix.
Pour avoir place dans l'Histoire,
Dans les plus grands périls tu nous
Veus centfois,
Auxyeux du plus puiſſant desRoys.
Anjourd'huy ta voix nous ordonne
De quitter le Dieu Mars , & de ſuivre
l'Amour ;
Ne pouvantfaire mioux, chantons à noſtre
tour ,
Chers Compagnons ,meritons la Couronne
Que l'Amour donne.
Les
GALANT.
r3
LesGuerriers faifoient icy une
Entrée avec l'Epée au coſté. Elle
eſtoit ſuivie d'une autre de quatre
petits Amours qui venoient
en volant du Palais de Flore , &
qui s'y retiroient apres avoir defarmé
les Guerriers. L'injure ef
tant ſenſible à des Braves , la
Gloire prenoit ſoin de les en
conſoler par ces Vers..
LA GLOIRE..
On a beau faire il fautse rendre
Aupuiffant Dieu qui fait aimer;-
Personne ne peut s'en défendre ,
Ilfaut , quand illuy plaiſt ſe laiſſfer de
Sarmer..
Afes douceursSoyezſenſibles,
C'est lemoyen de paffer de beauxjours,
Le vous avois promis de vous rendre in
vincibles,
Maisnon pas contre losAmours.
VN GVERRIER.
Déeffe, ilfautſuivretes Loix,
A
Tes
14 MERCURE
Tes ordres ont pour nous des charmes,
Mais que dira le plus puiſſant des
Roys,
Quenous , que l'on connoift par millo
beaux exploits ,
Ayons ainsi rendu les armes ?
LA GLOIRE .
Pour estre desarmez , ne vous rebutez
pas,
Aimex, aimezque rien ne vous arrefte
,
LaVictoire par tout ſuivra toûjours vos
pas,
Le Triomphe en amour vient apres ladé
faite.
Les Guerriers conſolez , dan
çoient une EntréedeJoye; & les
quatre petits Amours fortantune
feconde fois du Palais de Flore,
leur venoient donner unBouquet
à chacun , & tandis qu'ils les
emmenoientdans le Palais de la
Déeſſe , les Nations qui estoient
fur
GALAN T. 15
fur les Balcons répetoient plufieurs
fois ,
On a beau faire, ilfautse rendre
Au puiſſant Dien quifait aimer ,
Perſonne nepeut s'en défendre,
Ilfaut ,quand il luy plaiſt ,ſe laiſſer defarmer.
Dans la ſeconde Partie , Flore
ſortoit à fon tour de fon Palais ,
& invitoit les Bergers à venir
prendre part à la Feſte qui ſe celebroit.
Elle commençoit par ces
Vers.
Sortez, Bergers ,fortez de vos Villages,
Venez danterfous cesfeüillages,
Il en eft temps 3
Et puis que les Armes
Par leurs Allarmes
Changesienten Hyvers les Printemps
Enymeſlant lesfureurs de la Guerre,
Nefaut-ilpas, par un heureux revers,
Que la Paix à son tour ramene fur la
Terre
Lies
16 MERCURE
Lesplaisirsdes Printemps , au milieu des
Hyvers.
Une Troupe de Bergers & de
Bergeres paroiffſoit en meſme
temps , dançant & chantant les
Vers qui ſuivent..
Courons, couronsà nos Muſetes,
Allons dancerſous nos Ormeaux.
Ny les Tambours , ny les Trompetes,
N'allarmerontplus nos Hameaux.
Courons, couronsà nos Muſetes,
Allonsdancerſous nos Ormeaux.
VN BERGER.
Aquoy nousfert que deformais
Tout ſoit calmefur nos Fougeres?
Il est bien feûrque nosBergeres
Ne nous laiſſeront quere enpaix.
AVTRE BERGER .
Heureux Bergers , Sautez , chantez,
dance ,
Tout ira bien , que rien ne vous étonne.
A
GALANT.
17
Ala Paix que le Ciel nous donne;
Nous avons interest plus que vous nepen-
Sez.
Les Soldats furieux qui fouloient nos
Fougeres,
Ydonnoient ſouvent malgré nous
Anos Troupeaux , ànos Bergeres ,
Bien plus d'alarmes que les Loups.
Il ſe faiſoit icy une Entréeldes
Bergers & des Bergeres. Elle ef
toit ſuivie d'une autre de Païfans
qui venoient ſe réjoüir de la
Paix : & pendant qu'ils ſe retiroient
tous , deux Bergeres qui
n'avoient eu aucune part à la
Fefte , & dont l'une cherchoit la
folitude pour ſe plaindre de fon
Amant , faifoient enſemble le
Dialogue qui fuit.
I. BERGERE.
La douleur que je ſens de ta cruelle ab-
Sence,
Volage Amant,s'augmente chaquejour.
L'ay
18 MERCURE
I'ay bean me reprocherta perfide inconſtance
,
F'aybeau dire àmon coeur que tu n'asplus
d'amour ;
Malgré tous mes efforts , il eft fidelle &
tendre.
Helas ! Berger ingrat , quand feras- tu
ceffer
Tant de cruels foûpirs que tu me fais
pouffer
Et tant de tristes plenrs que tu mefais
répandre ?
(II. BERGERE.
Arreſte le cours de tes larmes,
Il n'estplus tempsde s'affliger.
Tu verras bientoft ton Berger ,
La Paix luy fait quiter les armes.
L'éloignement n'a point changéſon coeur,
Iet'en répons , tu peux m'en croire.
UnAmantqui cherche lagloire,
N'est jamais un Amant trompeur.
I. BERGERE.
Quoy , mon Berger
Ne feroit point volage.
Quay
GALAN T.
19
Quoy, mon Berger neseroitpoint leger ?
Ah! qu'àl'aimer ce doux espoir m'engage!
QuoymonBerger
Neferoit point volage ?
Quoy,monBerger ne seroit point leger ?
II. BERGERE.
S'il tereſte encor quelque ombrage
Surlesujet de ton Amant ,
Pour lediffiper promptement ,
Viens dancer avec nous dans ce charmant
Bocage,
S'il te reste encor quelque ombrage
Sur lesujetde ton Amant.
I. BERGERE
*
Allons, allons, Amourſemble me
Qu'on doit croirece qu'on defire.
YDR
Cette Bergere revenuë de ſa
profonde triſteſſe , fortoit la premiere
pour aller joindre la Troupe
des Bergers : & dans le temps
que l'autre Bergere vouloit la
ſuivre , elle eſtoit arreſtée par un
Ber
20 MERCURE
Berger qui épiant l'occafion de
l'entretenir , luy expliquoit ſa
paffion par ces Vers .
LE
BERGER .
Profitons du moment que le Ciel nous
envoye
Et tandis que les Bois & les lieux d'alentour
Vontretentir demille cris de joye ,
Donnons un moment à l'Amour.
LA
BERGERE.
Que diroient les Bergers , que diroient
les Bergeres ?
Sij'ofois m'arrester ainſi ſeule avec toy ;
Laiſſe-moy,Tircis , laiſſe-moy,
Nous pourrionsgafternosaffaires.
LE
BERGER .
Chaque Bergere a fon Amant ,
Ettuſçais que les coeurs épris comme les
noftres,
Ont bien d'autresſoins en aimant ,
Que d'observer les affaires des autres .
LA
BERGERE .
Quefais-je icy ? quittons ces lieux ?
Le vois les Bergers qui reviennent.
LE
GALANT. 21
e
a
LE BERGER.
Etmoyje voy dans tes beaux yeux
Certains charmes qui me retiennent.
LA BERGERE .
Confidere , Berger , à quoy tu me réduis.
LE BERGER.
Confidere toy- meſme en quel état jeſuis.
Demeure.
LA BERGERE.
Sortons.
LE BERGER.
lenepuis.
Ces deux Amans eſtoient interrompus
& emmenez par la
Troupe des Bergers qui revenoient
en danſant , & en chantant
encor une fois.
Courons, courons à nos Muſetes ,
Allons dancerſous nos Ormeaux ;
NylesTambours , ny les Trompetes ,
N'alarmeront plus nos Hameaux.
Courons , courons ànos Muſetes .
Allonsdancerfous nos Ormeaux.
La Renommée qui ſe meſle
de tout , paroiſſoit dans la troi-
1
fiéme
21 MERCURE
fiéme Partie , & cherchant à
rendre la Feſte plus agreable par
la varieté des divertiſſemens,elle
invitoit les Partiſans de Bacchus
à y prendre part. Voicy ce qu'ellechantoit
:
Partiſans de Bacchus, venez à vostre
tour
Vous inspirez par tout leplaisir & la
Joye;
La Gloire & Flore en ce beau jour
Veutent bienque jevous employe.
Secondez les Guerriers , candez les
Amans
Le Dien que vous fervez est connu fur
la terre
Pour avoirdesfecrets charmans,
Etpour l'Amour , &pour la Guerre.
En meſme - temps on voyoit
paroiſtre une Troupe de Soldats
François & Suiſſes. Vn François
chantoit ce qui ſuit.
;
P
C'est
GALANT .
23
C'est affez respiré le ſang & le carnage
C'est afſez traversé de Fleuves à la
nage;
Puis que les Hollandois reduits à leur
devair
Sentenfin retranchez, derriere leur Com
proir ,
Nous devons leslaiſſer dans le coin de
leurterre
Déplorer les malheurs que leur a fait la
Guerre,
Pour chanter en repos dans les bras de
Bacchus
Leſolide plaifir , l'agreable victoire,
Que l'on remporteà boire
Alaſantédes Ennemis vaincus.
Apres que toute la Troupe de
Soldats François & Suiſſes avoit
repeté en choeur les trois derniers
de ces Vers , quatre Suifſes
prenoient occaſion de dancer
ſur le meſme Air , & chantoient
enmeſme temps ces paroles.
La
24
MERCURE
LaFranceafecque nous
Eftre pons camarades ,
Nousdancer en cambades,
Chantera vous ,
Nous dancerons tritous.
SOLDATS FRANCOIS.
Puisqu'enfin nous voicy dans une Paix
profonde ,
Maintenant que tout estsoumis ;
Ayant vaincu nos Ennemis
Sur la terre&Sur l'onde ,
Il ne nous reste plus qu'à leurfaire Sçavoir
Que nous faisons par tout noſtre devoir,
Et que nous remporotns égalemēt la gloire
Debien combatre, &de bien boire.
SOLDAT SUISSE.
Quej'avrede contentement
De voir isti Feste jolie !
Camarade , ilfaut vitement
Chaffirtoute malincolie.
Li Francis estre pon carçon ,
Quand il fallit qu'il s'alit patre .
Ily courircome un Temon ,
Etfaureboire come quatre:
GALANT .
25
Les quatre Suiffes faifoient
alors une entrée,pendant laquelleles
Bergers dont le caractere
amoureux eſt entierement opposé
à celuy des Soldats buveurs,
revenoient pour tâcher à leur
faire quitter la place, ce qui donnoit
lieu au Dialogue ſuivant.
BERGER.
Retirez- vous , Troupe incommode ,
On ne veut point chaumer la Feste à vôtre
mode,
Etpour la celebrer , Amour ne veut que
nous,
Retirez-vous.
SOLDAT.
Ce'ſt bien à vous, Troupe volage ,
Qui ne seplaist qu'au badinage,
D'ofer venir troubler nos Concerts les
plusdoux,
C'estbienàvous ?
BERGER.
On n'a que faire icy de vos Concerts ba
chiques.
Fevrier. B
26 MERCURE
SOLDAT.
On n'y demande pas vos Airs mélancoliques.
BERGER .
Sans Amour, tout estsans appas.
SOLDAT .
Etfans Bacchus on neritpas.
BERGER.
Iln'estpoint de Mortel que l'Amour ne
Soûmette;
Et les Hérosde Guerre , & les Héros de
Paix,
Reverentſes charmans attraits ;
Du Sceptre jusqu'àla Houlete,
Tout le monde reſſent la pointe de fes
traits.
SOLDAT.
Bacchus eft renommé par tout dans l'Univers,
Les Peuples & les Roysſe plaisent àses
briudes;
Et depuis qu'il méla parmyſes Pampres
verds
Les Lauriers qu'il cueillit aux conquestes
des Indes,
Tous les Braves luyfont lacour;
Dans lemonde tout boit.
BER
GALANT.
27
BERGER .
Dansle monde tout aime.
SOLDAT.
C'est un plaisir charmant.
BERGER.
C'est un plaisir extréme.
SOLDAT.
BERGER .
Buvons.
Aimons.
SOLDAT.
Buvons.
BERGER.
Faiſons l'amour.
Les Guerriers accouroient
pendant cette conteftation , &
tâchoient à les mettre tous d'accord,
endiſant.
Serez-vous toûjours en querelle,
Et ne pourroit- on pas vous rendre amis
un jour ?
Pour vous mettre d'accord , souffrez que
Mars s'en mesle ,
Luy qui boit, &qui fait l'amour .
Toute la Troupe des Soldats &
des Bergers répondoit en choeur.
Bij
28 MERCURE
Accordons- nous , finiffons cette Guerre,
Tout doit estre en Paix fur la terre ,
Et chantons tour àtour,
ViveBacchus, vive l'Amour.
Apres qu'ils s'eſtoient tous retirez
, les quatre Nations qui
avoient eſté témoins de la Feſte
dans les Balcons des Palais de la
Renommée , de la Gloire , & de
Flore , chantoient ce qui fuit
pour épilogue.
Quedu Couchant jusqu'à l'Aurore,
Quedes Climats glacezjusqu'au rivage
More,
Le Nom du Grand LOVIS ſoit à jamaischanté.
Qu'on chante sa valeur en tous lieux
triomphante;
Maisquesur tout , toute la Terre chante
EtSa clemence, &sa bonté.
DEUXIE ΜΕ NATION.
Ilmarchoit armé de la Foudre ;
Ses Ennemis de toutes parts defaits
Alloient estre reduits enpoudre,
Quand il leuradonné la Paix.
CHOEUR
GALANT. 29
CHOEUR DES NATIONS.
Qu'on chanteſa valeur en tous lieux triomphante
;
Mais quefur tout, toute la Terre chante
Etsa clemence &sa bonté.
IYON
TROISIEME NATIO 893*97
Envain mille Peuples divers
S'opposoient aux progrez de ſa valeurfu-
Suprême ;
La Fortune pour luy n'avoit point de
revers;
Maispour lebien de l'Univers ,
Ilafçenſe vaincre Luy-meſme.
CHOEUR DES NATIONS.
Olagrande Victoire !
Ole Triompheglorieux !
Les Siecles à venir pourront - ils bien le
croire ?
Luyſeul adeſarméſon Bras victorieux.
O la grande Victoire !
O le Triompheglorieux !
Vous jugez bien , Madame,
que cet aſſemblage de voix , &
Bij
30 MERCURE
de dances , n'a pû que produire
un tres - agreable effet. Joignez à
cela que tous ceux qui avoient
bien voulu eftre des Entrées,
eſtoient des Perſonnes de qualité,
à qui la naiſſance donnoit un
je ne ſçay quel air plus noble &
moins étudié , qu'il ne ſe trouve
ordinairement dans ceux qui
dancent de profeffion .
Saumur ne s'eſt pas moins fait
diftinguer dans les Réjouiſſances
qu'on y a faites pour la Paix
d'Eſpagne , que les autres Villes
dont je vous ay déja parlé. Elles
commencerent par une Marche
à pied que firent ceux du Fauxbourg
des Ponts, ayant unCapitaine
à leur teſte , & un Rameau
à la main. Une Fontaine de Vin
coula tout le jour , & les cris de
Vivele Royy retentirent de tous
côtez . Le lendemain les plus
confi
GALAN T.
31
confiderables Habitans du Fauxbourg
de Fenet, fameux à cauſe
de Noſtre - Dame des Ardilliers,
monterent à cheval en affez
grand nombre , & merveilleuſement
bien en ordre . Ils avoient
leurs Officiers , & faisoient marcher
devant eux un Chariot
chargé deVin qu'ils diftribuoient
au Peuple . La Cavalcade ſe fit
au fon des Trompetes , des Timbales
, & des Hautbois . Ils allerent
d'abord au Chaſteau , où la
Compagnie ayant eſté miſe en
Efcadron fur le Donjon , ils rendirent
leurs reſpects au Lieutenant
de Roy par une décharge
qu'ils y firent. Ils vinrent de là
chez le premier Echevin qui les
régala d'un fort grand nombre de
Bouteilles d'excellent Vin , & de
tout ce qui les pouvoit exciter à
boire à la ſanté du Roy, fans que
Bij
32
MERCURE
i
les Officiers, ny les Cavaliers mifſent
pied à terre. Apres avoir fait
une autre décharge pour marquer
leur reconnoiffance aux
Echevins , ils retournerent dans
leur Fauxbourg, où un grand Feu
fut allumé, au bruit des Trompetes,
& de l'Artillerie du Château .
On chanta le Te- Deum. On fit
joüer les Feux d'artifice,& enfuite
toute la Compagnie ſe mit en
marche pour aller chez le Cornete
où ily eut un fort grand Feſtin.
Il fut ſuivy du Bal , & d'une magnifique
Collation pour lesDames.
Quelques jours apres , Mefſieurs
de la Ville ne voulant pas
ceder aux Habitans des Fauxbourgs
, ſe diviſerent en quatre
Brigades, avec quatre Cornetes;
& quatre Deviſes. Chaque Brigade
avoit fa couleur. Ils étoient
tous bien montez , & en tres-bel
ordre,
GALANT .
33
ordre .Un Char de Triomphe des
mieux ornez augmentoit la pompe
de leur marche . La Renommée
eſtoit au devant,repreſentée
par un des Habitans de la Ville.
Il y eut un Feu d'artifice merveilleux
, grand Soupé , & le Bal en
ſuite. Le lendemain ils partirent
au meſime équipage pour aller à
l'Abbaye Royale de Fontevraut,
où ils complimenterent Madame
l'Abbeſſe. Je ne vous dis rien de
ſon merite ny de ſon eſprit. L'un
& l'autre vous eſt connu . Ils furent
reçeus avec toute la civili
té qu'ils pouvoient attendre d'une
perſonne de ſa naiſſance , &
s'en retournerent fort fatisfaits,
& de ſes honneſtetez , & de la
Collation qui leur fut fervie.
Le Roy, que ſa pieté & fa magnificence
ne rendent pas moins
le plus grand Prince du Monde,
Bv
34 MERCURE
que les autres rares qualitez qui
éclatent dans ſon Augufte Perfonne
, ayant affigné un Fonds
depuis quelque temps pour bâtir
une Egliſe aux Jefuites de Vienne
enDauphine ; le ſeizième jour
deNovembre dernier fut choifi
pour benir la premiere Pierre de
ce ſuperbe Edifice. Comme le
jour estoit tres - beau , Monfieur
l'Archeveſque de Vienne accompagné
d'une partie de fon
Clergé, ſe rendit au College fur
les neufs heures . Les avenuës en
eſtoient occupées par quelques
Compagnies d'Habitans qui s'étoient
mis fous les armes. Les
Habitans ſuivis d'un concours
univerſel de toute la Ville , ne
tarderent pas long-temps à s'y
rendre avec leurs habits deMagiftrature.
Ce Prelat s'eſtant revétu
de ſes habits Pontificaux ,,
fit
GALANT. 35
fit la Ceremonie au bruit des
Fanfares , & de toute la Moufqueterie
qui fit pluſieurs décharges.
La Feſte fut terminée
par le recit de pluſieurs Vers Latins
, dont je ne pourrois vous
faire part ſans donner occafion
de murmurer à vos Amies. Ainſi
il vaut mieux que je vous en fafſe
voir de François,que Monfieur
Merieux amis depuis peu en Air.
S
AIR NOUVEAU.
Imes rigueurs tefont mourir ,
Helas!Tircis ,que ton abfence
Tire une cruellevengeance
Des maux que je te faisſouffrir !
Quandtume déclaras ta flame,
L'écoutay mon devoir,&je trahis mon ame
Pour me refoudre à te chaffer ;
Mais depuis ton depart , nuit & jourje
Soupire.
Si tu ne pouvois pas m'aimer ſans m'offencer
,
Que nem'offençois- tu du moins fans me
Ledire!
Nou
36 MERCURE
Nous ſommes dans un Sie
cle où l'on trouve rarement de
ces Scrupuleuſes qui fe font une
offenſe d'une déclaration d'amour.
Tout ce qui flate eſt reçeu
avec plaiſir, & les Belles ne font
jamais fâchées qu'on leur en con .
te . Les douceurs qu'elles entendent
ſont toûjours des marques
de leur merite , & elles ſeroient
excuſables quand meſme elles
auroient un peu trop, de crédulité.
Mais ce qui leur eſt permis,
ne peut jamais l'eſtre aux Hommes
, & il n'y a rien de moins fuportable
que de voir des Gens
affez enteſtez d'eux - meſmes ,
pour croire qu'il n'y a point de
coeur à l'épreuve de leurs belles
qualitez . C'eſt une ridicule prévention
dont ils ſont ſouvent les
dupes. L'Hiſtoire qui ſuſt en eſt
un exemple.
V
GALANT.
37
Vn jeune Gentilhomme que
Fardeur de voyager avoit enlevé
de Paris depuis cinq ou fix années
dans un âge peu avancé , y
revint joüir d'une grande fucceffion,
que la mortde fon Pere
luy avoit laiſſée avant ſon départ .
Il la trouva conſidérablement
augmentée par celle d'un Oncle,
que fes Tuteurs avoient recuëillie
pour luy pendant ſon abfence
; & comme il aimoit naturellement
l'éclat , & que le grand
biendont il ſe vit maiſtre à fon
retour , luy donnoit moyen de
fatis- faire cette inclination , il ſe
mit d'abord en équipage , pritun
traindes plus leſtes, avec la qualité
de Marquis , & fit une dépenſe
qui ne le laiſſa pas long
temps inconnu. Il eſtoitbienfait,
& ne manquoit pas d'eſprit ;
mais il paroiſſoit toûjours fi con-
ةيرم tent
38 MERCURE
tent de ſa perſonne , qu'à le voir
ainſi remply de luy-meſme , il eftoit
impoſſible de ne pas diminüer
de l'eſtime qu'on auroit eüe pour
luy fans ce defaut. Il avoit de
certaines manieres d'agréement
étudiées qui détruiſoient en
quelque façon les avantages
qu'il avoit reçeus de la Nature. 11
concertoit juſqu'au ſon de fa parole
, & s'imaginant ſotement
qu'il n'y avoit point de Femme
qui le puſt voir ſans eſtre touchez
de fon merite il croyoit en
donner aufli bonne opinion qu'il
l'avoit conceuë luy - meſme
en ne parlant jamais d'aucune
Cour Etrangere où il ſe fuſtarreſté
, ſans aſſaiſonner fon conte
d'intrigues fecretes avec quelques
Dames du plushaut rang.
La qualité le touchoit , fur tout.
C'eſtoit fon charme ; & comme
2
il
GALAΝΤ.
39
il faiſoit une tres-belle dépenſe ,
il ne luy fut pas difficile de trouver
accés chez pluſieursFemmes
de Cour , quiſe faiſantun plaifir
de ſa vanité , n'eſtoient pas fachées
d'avoir un Homme toujours
preft pour toutes les parties
qui les pouvoient divertir. Il
eftoit magnifique en toutes chofes
, & juſqu'aux Bijoux les plus
communs , on ne luy voyoit rien
qui ne fuſt de prix. Il ſe mefla
parmy les jeunes Gens de fon
âge qui fe diftinguoient , ou par
leur rang , ou par leur dépenſe.
C'eſtoit là qu'il debitoit ouverte.
ment les bonnes fortunes qu'il
prétendoit avoir euës dans ſes
Voyages ; & pour peu qu'on le
pouffaſt ſur le chapitre desBelles
qu'il voyoitdepuis fon retour , il
ne manquoit jamais d'en parler
d'un air à faire croire qu'il n'étoit
pas
40
MERCVRE
pas mal avec celles qui avoient
le plus de merite . Vn jour qu'il
foupoit avec cinq ou fix de ſes
Amis , une maniere de Laquais
ſans livrée luy apporta un Billet,
&fortit auſſi toſt ſans en attendre
la réponſe , ny luy dire de
quelle part il venoit. Le Marquis
l'ouvrit , & apres l'avoir lû tout
bas, il ditavec un ſoûrire quimar.
quoit un Homme content , qu'il .
n'eſtoit pas plus malheureux à
Paris qu'il l'avoit eſté ailleurs.
C'eſtoit dire affez pour faire
comprendre que le Billet venoit
d'une Belle. Il fit le difcret , &
ne voulut point le montrer d'abord
; mais enfin ſi - toſt qu'on
eutachevé de ſouper , la tentation
de parler le prit , & il n'y eut
aucun de la Compagnie qu'il ne
tiraſt à quartier tour à tour , pour
luy faire confidence de fon bonheur..
GALANT. 41
heur. Le Billet eſtoit conçeu en
ces termes.
Vous avez-tant de merite,Monfieur
, qu'on ne peut s'empeſcherde
vous dire qu'ilfait plus d'effet que
vous ne penfez fur I eſprit des Gens
qui ont le bien de vous voir. Ie ne
fuispas laſeule qui s'en est aperçeuë
, mais jepuis vous dire queje
fuis celle qui en est la plus penetrée.
Il ne tiendraqu'à vous de
recevoir des marques de cette veri.
té,mais il est affezà propos de Sçavoir
auparavant si vous agréerez
les avances qu'on vous fait On ira
demain chez vous pour avoir la réponſe
ſuivant laquette on prendra
les mesures neceſſaires.
Chacun le congratula ſur la
bonne fortune qui l'attendoit ;
& les applaudiſſemens qu'il re
qeut,
42
MERCURE
çeut , enflerent tellement ſa vanité,
qu'il ne ſe figura rien moins
qu'une Ducheffe dans la Perfonne
qui vouloit noüer commerce
avec luy. Les Amis qu'il régaloit
eſtant fortis , il paffa une
partie de la nuit à ſe regarder,
admira cent fois ſa bonne mine,
& ne douta point qu'il ne vinſt à
bout de toutes les conqueſtes
qu'il voudroit faire. Le lendemain
le meſme Laquais revint
d'aſſez bon matin. Il luy apportoit
un ſecond Billet , qui faifant
connoiſtre que l'impatience
qu'on avoit de l'entretenir , ne
permettoit point qu'on attendiſt
ſa réponce , luy marquoit
l'heure & le lieu d'un rendezvous
pour le foir. Il le reçeut avec
un tranſport de joye incroyable
; & apres avoir écrit de la maniere
la plus tendre pour remercier.
GALANT. 43
cer
*
THEOU
LYON
- cier ſa belle Inconnuë , il renvoya
le Laquais qu'il tâcha inu-
- tilement de faire parler. En même
temps il ſe fit apporter l'Habit
le plus riche & le plus galant
qu'il euſt , & ſe mit dans
une propreté achevée. En
équipage il alla trouver ces mes
mes Amis à qui il avoit fait con
fidence du premier Billet ,& eut
le plaiſir de ſe faire dire qu'il
eſtoit aisé de connoître les Gens
à bonne fortune. Il leur avoüa
le rendez- vous ſans leur en vouloir
dire le lieu , & ne manqua
pointde s'y rendre àl'heure marquée.
Mais il n'y vit paroître aucune
Femme d'affez bon air pour
luy en vouloir ; & apres avoir
attendu fort longtemps , il apperçeut
le Laquais accourant de
toute ſa force pour luy donner
un nouveau Billet. Quoy qu'il
fuft
44 MERCURE
fuſt déja aſſez tard , il eut d'affez
bons yeux pour le lire. Il eſtoit
remply d'excuſes de ce qu'un
tres-grand monde ſurvenu mal
à propos empeſchoit qu'on ne
tinſt parole. On en témoignoit
toutį le déplaiſir poſſible , avec
aſſurance d'en venir dire davantage
le lendemain , quelque obſtacle
qui puſt arriver. Ce Billet
confola fort le Marquis. Il jugea
par ce grand monde dont on luy
parloit , que ſon Inconnuë devoit
eſtre quelque Perſonne du plus
haut rang ; & cette penſée qui
flatoit ſi agreablement ſon ambition
, l'empefcha de regreter
le temps qu'il avoit inutilement
paſſe à l'attendre . Enfin le moment
fortuné arriva. Le Marquis
eſtoit dans une partie de Jeu
qu'il quita au grand murmure
de quelques Perdans , pour cou
rir
GALAN T.
45
rir au lieu aſſigné : mais quelque
diligence qu'il fiſt , il fut prévenu
par la Belle qui l'attendoit à
ſon tour depuis un quart d'heure,
accompagnée d'une ſeule De.
moiſelle . Elle luy reprocha d'abord
fon peu d'empreſſement
pour une Dame qui par le rang
qu'elle tenoit dans le monde , &
par les avances qu'elle avoit bien
voulu faire pour luy , méritoit
peut- être qu'il ſe trouvaſt le premier
au rendez - vous.Elle adjoûta
galamment , qu'il s'eſtoit voulu
vanger de ce qu'elle luy avoit
manqué de parole le jour précedent
, & foûtint la converſation
avec tant d'eſprit,que dés ce moment
le Marquis devint le plus
amoureux de tous les Hommes .
Il la conjura par tout le reſpect
qui estoit deû à ſon Sexe , & par
celuy qu'il avoit particulierement
pour
46
MERCURE
/
pour ſa perſonne, de ne luy point
cacher ſon viſage ; mais elle luy
oppoſa qu'elle avoit trop à rifquer
en ſe découvrant avant
qu'elle fuſt aſſurée , & de ſa difcretion
, & des veritables ſentimens
de ſon coeur. Ainfi il fut
contraint de ſe contenter d'admirer
en elle une taille fine & aisée,
des cheveux blons , & les
plus beaux yeux du monde. La
Dame luy fit fort valoir la peine
qu'elle avoit euë à ſe dérober
de ſa ſuite pour le venir chercher
enChaiſe de Ruë ; & les
aſſurances qu'ils ſe donnerent
l'un à l'autre d'une amitié auſſi
fecrete que tendre , finirent par
une galanterie qui ſurprit extraordinairement
le Marquis.Ilavoit
des Gands dont la frange eſtoit
de couleurs tres - agreablement
aſſorties . La Dame en prit un
qu'elle
GALANT.
47
qu'elle fit emporter à ſa Suivante,
dans le deſſein de ſe faire faire
une Garniture des meſines
couleurs qu'elle vouloit porter
pour l'amour de luy. Il fit ce qu'il
pût pour obtenir qu'on le chargeaſt
de ce foin , ſe tenant aſſez
obligé de la grace qu'on luy faifoit
de luy vouloir reſſembler en
quelque choſe ; mais la Dame
s'obſtina à garder ſon Gand , &
oſta enſuite un des ſiens , en difant
qu'elle avoit un gage d'amitié
à luy donner. Le Marquis fut
charmé de luy voir le bras & la
main d'une beauté admirable;
& croyant que le gage d'amitié
dont on luy parloit , devoit eſtre
la permiſſion de baiſer cette belle
main, il fe pancha deſſus avec
beaucoup de reſpect. La Dame
la retira doucement , & ofta un
Diamant de ſon doigt , qu'elle
1
pria
48 MERCURE
pria le Marquis de vouloir porter
pourun ſouvenir eternel des ſentimens
que fon merite luy avoit
inſpirez pour luy . Un Preſent de
cette nature laiſſa le Marquis
tout interdit. Le Diamant luy
parut de prix. Il eſtoit brillant,
& il crût qu'il pouvoit le refuſer
ſans eſtre incivil ; mais la Dame
voulut ſi abſolument qu'il l'acceptât,
qu'il fut contraint de le met.
tre aubout de ſon doigt. La converſation
dura encor quelque
teps.LaDame lui fit paroître toûjours
un feuid'eſprit qui euſt engagé
le plus inféſible;& afin qu'il
ne ſe figuraſt pas qu'elle euſt beſoin
d'autre choſe que d'ellemeſme
pour toucher ſon coeur,
elle luy permit de rompre avec
elle s'il la trouvoit laide , quand
elle le connoîtroit affez pour ofer
luy découvrir qui elle eſtoit.En
fin
GALANT.
49
fin ils ſe ſéparerent ſans que le
Marquis puſt obtenir une ſeconde
entreveuë qu'à trois jours de
là- Outre les meſures que la Dame
avoit à garder, elle estoit pour
tout ce temps-là de parties de
■ Jeu & de Repas , qui ne luy permettoient
point de diſpoſer d'elle-
mefine. Il luy preſenta la main
pourla mener juſqu'a une Chaife
de Ruë qui l'attendoit à cent pas
de là. Elle le ſoufrit , mais avec
de ſi expreſſes défenſes de la
faire ſuivre, s'il ne la vouloit perdre
pour toûjours , qu'il n'oſa s'y
hazarder. Ces trois jours fans
voir ſa belle Inconnuë , furent
un fiecle pour luy. Il en reçeut
un Billet , qui en augmentant fon
amour , augmenta l'impatience
qu'il avoit de luy exagerer la force
de ſa paflion. Cependant il ne
pût s'empeſcher de fatisfaire fa
Fevrier. C
50
MERCURE
vanité , en faiſant paroiſtre aux
yeux des Dames avec qui il avoit
le plus d'habitude , le Diamant
qu'il portoit au bout du doigt.On
prenoit plaifir à lay dire quec'eftoitune
faveur de Belle , & il ne
s'en défendoit que d'une maniere
à faire connoiſtre qu'il n'eſtoit
pas faché qu'on le cruſt. Ce qui
le charmoit davantage , c'eſt
qu'un Joüailler qui luy avoit fourny
pluſieurs Bijoux, luy en voulut
donner cent cinquante Loüis ,
pour accommoder une Perſonne
qui luy en demandoitun de cette
valeur. Il fut convaincu par là
que la Dame quiluy avoit fait ce
Préſent, eſtoit une Femme d'une
qualité fort relevée ; & ne voulant
pas avoir la honte de recevoir
fans donner , il chercha
un Collier de Perles de quatre
ou cinq mille livres, pour répondre
GALANT.
SI
at
1
dre à la galanterie de fon Inconnuë.
Le jour du ſecond rendezvous
eſtant arrivé , il ſe trouva
( de ſi bonne heure , qu'il reçeut
de la Belle toutes les loüanges
qui font deuës à un Amant empreſſe.
Il luy jura cent fois qu'il
mouroit d'amour pour elle ; &
en attendant qu'il puſt mériter
fon entiere confiance , il la conjura
de vouloir accepter à fon
tour un foible gage de l'inviolable
attachement qu'il luy voüoit.
LaDame cut à peinerreeggaarrddeé
le
Collier de Perles , qu'elle ſe
montra fort offencée de ſon Préfent.
Elle vouloit remonter ſur
l'heure en Carroſſe , mais enfin
il luy dit des choſes ſi tendres
fur le deſeſpoir , où le mettoient
fes refus , qu'il n'eut plus àcom
batre que le ſcrupule qu'elleluy
oppoſa d'un Mary jaloux. C'ef-
Cij
52
MERCURE
toit un Homme à prendre ombrage
de ce Collier , & à luy en
faire l'affaire du monde la plus
cruelle , ſi elle s'engageoit à le
porter , comme le Marquis le fouhaitoit.
Il y a remede en tout , &
il y en eut en cela. On prit le
party de chercher une de ces
Femmes à qui l'on confie de pareils
Bijoux , qui l'apporteroit
pendant le diſner , & qui fur le
bon marché qu'elle en feroit ,
engageroit le Mary à trouver
bon que fa Femme l'achetaft .
On ne douta point que cet expédient
ne réüſſiſt ; & la Dame
qui promit de faire de ſon mieux
là- deſſus pour contenter le Marquis
, revint parée de ce Collier
au troifiéme rendez vous qu'elle
luy donna. Le Marquis preſſoit
toûjours pour voir ſon viſage ,
mais c'eſtoit une faveur qu'on
vouloit
GALANT.
53
vouloit luy rendre plus chere en
la diférant; & dans l'envie qu'on
luy témoignoit d'établir avec
luy l'amitié la plus parfaite & la
plus conſtante , il ne pouvoit
ſe plaindre qu'on cherchaſt à
s'aſſurer entierement s'il feroit
difcret. Les deux Amans ſe firent
les plus fortes proteſtations,
& la fuite en fut remiſe au lendemain
, ſi pourtant le Marquis
eſtoit en pouvoir de venir au
rendez vous. Ce qui en faifoit
douter la Dame , eſtoit qu'on venoit
de l'avertir qu'il avoit fait
une partie de Jeu avec des Femmes
, à l'une deſquelles il deſtinoit
de fort magnifiques Tabletes
qu'il avoit fait faire. Il avoüa
la partie de Jeu , mais pour les
Tabletes ; il ait que toutes belles
qu'eſtoient les ſiennes , il n'avoit
ſongé qu'à luy ſeul en fai
Cij
54 MERCURE
fant la dépenſe qu'il y avoit faite.
La Dame présendit toûjours eftre
fort bien avertie , & il ne la
pût guerir de ſes ſoupçons qu'en
luy remettant les Tabletes entre
les mains. Comme il eſtoit grand
amateur de Bijoux , il avoit fair
mettre force petits Diamans aux
quatre coins , avec un autre de
prix au bout du Poinçon qui eftoit
d'or. La Dame ſe montra
charmée de ce facrifice ; & en
l'aſſurant qu'elle luy en tiendroit
compte , elle luy promir de les
luy rapporter le lendemain remplies
de choſes qui apparemmentn'auroient
rien qui luy déplairoit.
Elle tint parole ; & ce
qu'elle y avoit écrit demandant
réponce , les Tabletes pafferent
d'une main à l'autre pendant trois
ou quatre rendez-vous. Un foir
qu'il les luy avoit données pour
lire
GALAN T. 55
la
1
4
lire des Vers que l'Amour luy
avoit dictez ( car il ne faut qu'eftre
Amant pour deevnir Poëte )
la Dame qui estoit fort enjoüće,
luy dit plaiſammant qu'elle invoqueroit
toutes les Muſes pour
le payer en meſme monnoye ; &
que la Poëfie autoriſant les fortes
expreffions , il auroit lieu d'eſtre
content de ce qu'il trouveroit
dans ſes Tabletes . Il tacha de
profiter de ſa belle humeur , &
apres mille affurances de tendreſſe
& de fidelité reïtérées , il
la conjura fi fortement de ne le
point priver davantage du plaifirde
voir la ſeule Perſonne pour
qui il aimoit la vie , qu'enfin elle
luy promit d'eſtre le lendemain
ſans maſque ſur les onze heures
dans une Egliſe qu'elle luy
marqua , où il luy ſeroit aiſe de
la connoiſtre , & par fa taille , &
C iiij
56 MERCURE
par la Garniture qu'elle devoit
mettre pour la premiere fois , des
meſmes couleurs dont la frange
de ſes Gands eſtoit aſſortie. Elle
adjouta, qu'il ne s'ennuyaſt point
de l'attendre , parce que demeurant
dans un Quartier où
l'on n'entendoit aucune Horloge
, & ayant donné ſa Montre à
racommoder , elle pourroit ſe
tromper à l'heure , comme elle
avoit fait ce foir- la meſme en venant
au rendez - vous beaucoup
plus tard qu'à fon ordinaire. Le
Marquis à qui l'impatience de
connoiſtre ce qu'il aimoit , faiſoit
compter le moindre retardement
pour un fiecle , la pria
de prendre ſa Montre qui outre
lesDiamans dont la Boëte brilloit
de tous coſtez , eſtoit d'ellemeſine
d'un prix tres- confidérable.
Ainfi il ne fut plus queſtion.
que
GALANT.
57
it
e
A
que de regler la conduite du
Marquis , qui devoit ſe contenter
de luy faire un compliment
des plus courts , s'il la vouloit
aborder , & de la remener à fon
Carroffe , pour ne pas faire foupçonner
à ſes Gens qu'il y euſt
rien de concerté entr'eux. Elle
luy ordonna les meſmes précautions
pour les viſites qu'elle s'imagina
bien qu'il luy rendroit ,
&qu'il luy feroit facile de recevoir
, puis que fa Maiſon eftoit
ouverte à toutes les Perſonnes de
qualité . C'eſtoit toûjours avoir la
fatis- faction de ſe voir , en attendant
que l'Amour leur fiſt
prendre des meſures juſtes pour
des teſte- teſte où il n'y euſt rien
à riſquer. Le Marquis l'aſſura
qu'elle n'auroit jamais à ſe plaindre
de fon manque de difcretion
, & luy preſſant les mains
Cv
58 MERCURE
entre les ſiennes,il luydit les cho.
fes les plus tendres & les plus
paſſionnées. Elle y répondit d'une
maniere fort obligeante , &
prenant le Diamant du Marquis
qui luy ſembloit mal placé , elle
voulut le mettre àun autre doigt;
mais l'Anneau ne ſe trouva pas
affez grand, & apres l'avoir froté
quelque temps pour le faire briller
davantage , elle le remit au
meſme doigt d'où elle venoit de
le tirer. Ils ſe quiterent le plus
tard qu'ils pûrent , & toûjours
plus réfolus à ne ceſſer jamais de
s'aimer . Le Marquis flaté de la
joye de voir enfin ſa chere Inconnuë,
paſſa la plusgrande partie de
la nuit à reſver à fon bonheur,&
l'heure du rendez- vous approchant,
il ſe fit mener au lieu marquédans
une parure qui tenoit
du magnifique. Elle le fit regarder
GALANT.
59
S
der de toutes les Belles, ſans qu'il
en découvriſt aucune qui euſt
apparence d'être celle qu'il cherchoit.
Il eſtoit pres de midy , &
déja il commençoit à deſeſperer
qu'on luy tinſt parole , quand il
vit entrer une Dame menée par
un Ecuyer , & fuivie de quatre
Laquais. Elle avoit la taille de fon
Inconnuë , & une Garniture des
meſmes couleurs qu'on luy avoit
promis de porter. Il n'y eut point
de joye pareille à la ſienne. Les
Livrées luy eſtoient connuës,&
il n'eut pas beſoin d'examiner le
viſage de la Dame , pour ſçavoir
que c'eſtoit une fort belle Perfonne
, & qui faisoit une tresgrande
figure dans le monde. Il
lay fit un profond ſalut , qu'elle
luy rendit fort civilement ; & fitoſt
qu'elle ſe leva pour ſortir , il
s'avança vers elle d'un air riant
qui
60 MERCURE
-
quila mit dans un fort grand ferieux.
Il crût d'abord qu'elle en
uſoit de cette maniere , ou pour
l'éprouver , ou par la conſidérationde
ſes Gens; mais luy ayant
dit tout-bas quelque choſe qui
regardoit leur commerce , il en
reçeut une ſi rude réponce,qu'ayant
remarqué qu'il manquoit
quelques couleurs à la Garni
ture , & que la Dame n'avoit
point le Collier de Perles , dont
elle s'eſtoit parée juſque - là , il
demeura convaincu qu'il s'eſtoit
mépris , & fe retira fans ofer luy
offrir la main . L'avanture luy
donna un fort grand chagrin. Il
crût le voir terminé par le rendez-
vous du foir,ne doutant point
que ſi quelque affaire indiſpenfable
empeſchoit la Dame de s'y
trouver , elle ne luy envoyaſt un
Billet , mais il attendit inutile
ment
GALANT. 61
ment juſqu'à la nuit Il ne vit
paroiſtre perſonne,& s'en retourna
dans un deſeſpoir inconcevable.
Le lendemain au matin il
paſſa encor plus de deux heures
dans le meſme lieu que la Dame
luy avoit marqué , & ne fut pas
plus heureux qu'il l'avoit eſte le
jour précedent. Quelques Amis
qu'il rencontra au ſortir de là ,
l'emmenerent diſner avec eux. 11
déguiſa ſon chagrin , fit quelques
contes à fon ordinaire , &
la galanterie du Diamant qu'il
portoit au bout du doigt ayant
donné occafion de parler,un Cavalier
qui le regarda, luy dit qu'il
ne pouvoit confentir qu'unHom.
me auſſi magnifique qu'il l'eſtoit
en tout , vouluſt ſe ſervir d'une
fauſſe Pierre . Le Marquis luy répondit
froidement qu'il eſtoit
fâché qu'il ne ſe connuſt pas
mieux
62 MERCURE
mieux en Diamans. Le Cavalier
l'ayant conſideré de plus pres,
ſoûtint ce qu'il avoit , & propoſa
une gageure de cent Loüis. Le
pary fut accepté au jugement de
tel Connoiffeur de profeſſion que
leMarquis choiſfiroit. Ils allerent
enſemble chez le Joüaillier , qui
ne balança point à décider pour
le Cavalier. Le Marquis qui ne
s'attendoit à rien moins qu'à eſtre
ainſi condamné , luy demanda
pourquoy il luy en avoit voulu
donner cent cinquante Loüis , il
n'y avoit que dix jours. Le Joüaillier
répondit qu'il eſtoit vray qu'il
luy avoit fait voir une bonne Pierre
taillée de la meſme ſorte ; mais
que ſi c'eſtoit la meſme Bague , il
falloit qu'il l'euſt confiée à quelque
Perſonne de mauvaiſe foy
qui en euſt changé le Diamant.
LeMarquis fit alors reflexion que
la
GALANT. 63
laDame l'avoit tenu long- temps
entre ſes mains, ſous prétexte de
le luy vouloir mettre à un autre
doigt; &joignant à cela qu'elle
n'avoit point paru depuis , il ne
douta plus que ce ne fuſt une de
ces Demoiſelles peu ſcrupuleuſes
, qui employent toute forte
d'artifices pour faire tomber les
Dupes dans le panneau. En effet
toute l'intrigue ceſſa, ſans que les
Billets qu'il fit courir luy donnafſent
aucune connoiſſance de ce
que l'adroite amorce du vrayDiamant
luy avoit fait hazarder.Ainfilil
en eut pour ſes Perles , pour
ſa Montre, & pour ſes Tabletes;
&ce qui le facha le plus , il fut
obligé de payer les cent Loüis de
la gageure.
Ces Avantures toutes fâcheuſes
qu'elles font, ſervent au moins
d'inſtruction pour empeſcher les
Gens
64 MERCURE
Gens de tomber dans une feconde
imprudence ; mais il n'y
a point de précautions à prendre
contre la mort, &les plus lon
gues années ne diſpenſent point
du tribut que chacun eſt obligé
deluy rendre. Monfieur de Creil,
Confeiller & Aumônier du Roy,
en a enfin éprouvé la neceffité,
apres avoir vécu quatre-vingts
ans. Il eſtoit Abbé de Chavanon ,
& Frerede Monfieur de Creil
Conſeiller au Parlement. :
La mortde Monfieurde Long,
Chanoine de Noſtre -Dame de
Paris, eſt plus ſurprenante. Il fortoit
du Service ,&mourut fi - toſt
qu'il fut entré dans ſa Chambre
fans aucune attaque de maladie.
Il eſtoit de Toulouſe , où il avoit
eu un Frere Doyen d'une Chambre
des Enquestes du Parlement.
Il menoit une vie tres- édifiante,
GALANT.
65
refiante
,& avoit fatisfait , le jour
meſme de ſa mort , à tous les
devoirs de fon caractere. Sa Chanoinie
a eſté donnée à un Fils
de Madame la Nourrice de
Monſeigneur le Dauphin . Tous
ceux qui le connoiffoient
gardent cette promte mort , qui
n'a jamais eſté impréveuë pour
luy , & qui luy en a épargné les
frayeurs , comme une récompenſe
de la pieté qu'il a toûjours
fait paroître.On parle avec grand
éloge de celle de Monfieur l'Eveſque
d'Arras , qui s'appliquant
tout entier à l'inſtruction des
Peuples qui luy ſont commis , a
depuis quatre ou cinq mois étably
desMiſſion's en beaucoup de lieux
de ſon Dioceſe Il en a fait l'ouverture
dans la Capitale par un Difcours
tout remply de cet eſprit
deDieu qui cherche plus le fruit
que
66 MERCURE
que l'éclat; & les Peres Capucins
ont eſté les dignes Sujets qu'il a
choiſis pour ſeconder fon zele
dans ces Miſſions. Il les a ouvertes
à Bapaume , & à Bethune,où
elles ſe font prefentement , comme
il avoit fait àArras; & fa prefence
, ſes liberalitez , ſon exemple,&
fes conſeils, ne contribuent
pas peu à les rendre profitables à
ceux quile voyent ainſi agiravec
une vigilance , & une charité
toute Apoftolique. Il eſt Fils de
feu Monfieurde Seves, autrefois
PrevoſtdesMarchands,& depuis
Conſeiller d'Etat , qui dans les
temps les plus difficiles a foûtenu
les intereſts de ſon Prince avec
tant de conduite & de vigueur,
que Sa Majesté l'a toûjours honoré
des Employs les plus confiderables.
Monfieur de Seves qui
a eſté Intendant de Justice en
Guyen
GALANT. 67
Guyenne , eſt ſon aîné. Il a un
autre Frere Capitaine aux Gardes,
& tous trois répondent tresdignement
au choix de leur Souverain,
par les ſervices qu'ils luy
rendent dans la Robe , dans l'Eglife,
& dans les Armes .
Les Medailles employées dans
le quatrième Extraordinaire vous
ont trop plû , pour ne vous pas
envoyer celle qui a eſté faite à
l'occaſion de la derniere Paix de
Pologne concluë avec les Turcs,
& ratifiée depuis peu. Vous la
pouvez voir dans cette Planche.
La Face droite contient les Effigies
du Roy & de la Reyne , qui
comme vous ſçavez eſt Fille de
Monfieur le Marquis d'Arquien .
Je vous ay veu tant d'eſtime pour
ce grand Roy , élevé au Trône
par ſon ſeul merite,que cetteMédaille
ne vous ſçauroit eſtre que
fort
68 MERCURE
fort agreable . Il y a dans le Revers
un Palmier , & un Olivier,
avec un Bouclier attaché entre
les deux. La Couronne de Pologne
porte également ſur l'un &
fur l'autre de ces Arbres. Je ne
vous dis rien des paroles qui ſont
autour. Celles que vous voyez à
coſté de cette Eſtampe, font gravées
dansl'épaiſſeur du cercle de
la Medaille. Vous les entendez ,
& aurez ſoin , s'il vous plaiſt , de
les expliquer à vos Amies.
Vous leur ferez part en mefme
temps des réjoüifſſances que
la Publication de la Paix d'Eſpagne
a fait faire à Noyon en Picardie.
Elles ont eſté ſi particulieres
, qu'elles meritent d'eſtre
diftinguées de toutes les autres .
C'eſt pen de vous dire que les
Feux de joye ont eſté ſuivis de
trois jours de Feſte , paffez dans
les
SIT PAXIN TVRRIBVS
IOAN• 111·
REXET
MARIA
CAS REG
POL ·MD·L·R·P
OLIVAM
.
ELE
THE
2:
CALVXGAXTVNVDVSNDIIIMOTIOS----
BIBLIO
*
189
PARIT
AVAST
PALMA
TUETUR
CUTUMQUE
, CORONA
THEEDS
BIBLIO
YON
LAYU
GALANT. 69
les Feſtins ,& dans les plus agreables
divertiſſemens . Les Femmes
qui dans l'ordinaire haïffent le
bruit des Armes , voulurent ſe ſignaler
par une action d'éclat.
Tout ce qu'il y a de belles Perfones
dans laVille,s'aſſembla avec
la Bandolliere ſur le corps , & le
Piſtolet à la main.Dans cet équipage
elles partirent en fort bon
ordre pour ſe rendre à la porte
duMajeur , dont la Fille les vint
recevoir. On la ſalûa de trois décharges
de tous les Piſtolets. Elle
en prit un à ſon tour qu'elle tira
avec une fermeté & une grace
furprenante. Toute la Troupe
en fut ſi charmée qu'on luy défera
ſur l'heure le Commandement,
qui ne luy étoit pas moins deû par
fon adreſſe à bien manier les Armes,
que par fon rang de Fillede
Maire. L'élection du Capitaine
70
MERCURE
ne eſtant faite , on donna des
noms de guerre à toutes les Belles
qui formoient cette Compagnie.
& on choifit particulierement
ceux qui avoient quelque raport
à leur humeur. Lors qu'elle fut
preſte à ſe mettre enmarche, on
luy apporta fon Drapeau fait exprés.
On y avoit peint des Amazones
au lieu d'Armes. Ces mots
eſtoient écrits tout au tour. L'Efprit,
le Courage, &la Vertun'ont
point de sexe. Le milieu de ce
Drapeau eftoit occupé par de
jeunes Aiglons tenans des Foudres
qui fervoient de corps à une
Devife , avec ces paroles pour
ame. Ferimus , non timemus . On
leur donna une double explication
. L'une fut , Nous les portons
Sans les craindre , &l'autre , Nous
bleſſons , & demeurons intrépides.
Le Drapeau arrivé , elles prirent
toutes
GALANT.
71
toutes leur rang , & s'avancerent
vers la grande Place au fon des
Tambours, des Flutes douces , &
des Hautbois. Le Maire & les
Echevins qui s'eſtoient rendus à
l'Hôtel de Ville,en fortirent pour
venir au devant d'elles. On fe falia
de part& d'autre. Les Dames
tirerent leurs Piſtolets,& leCorps
deVille lesayant comptées, leur
donna des Billets pour aller loger
par Eſtape chez les principaux
Officiers. Perfonne ne chercha à
fe faire décharger de ce logement;
&au lieu que les Hoſtes
n'ont jamais plus de joye que
quand ils voyent déloger leurs
Gens deguerre, ce ne furent icy
que regrets à s'en feparer. On
leur fervit par tout de magnifiques
Collations ; mais quelque
ſoin qu'on priſt de bien traiter
ces belles Guerrieres , il fut impoffible
72 MERCURE
poſſible de les arrêter à coucher,
&toutes ces aimables Perſonnes
ſe retirerent , malgré les plaintes
que firent leurs Hoſtes de ce
qu'elles ne ſe ſervoient point chez
eux du Privilege que la qualité
de Soldat leur y donnoit. Les glorieuſes
Campagnes de Loürs LE
GRAND , ſemblent avoir inſpiré
en France un coeur d'Amazone à
toutes les Femmes, & ainſi on ne
doit pas eſtre ſurpris d'y voir tant
de Braves de l'autre ſexe. La
Guerre nous en a emporté beaucoup
, & je ne doute point que
leur mort n'ait couſté des larmes
à de beaux yeux , mais il n'y a
point de douleurs qui ne finiſſent.
La Fable qui fuit vous l'apprendra.
FABLE.
GALAN T.
73
43830303
FABLE .
DE LA
TOURTERELLE
ET DU RAMIER.
Q
V'on ne me parle plusd'amour , ny
deplaisirs,
(Diſoit un jour la triste Tourterelle. )
Consacrez- vous , mon ame , à d'éternels
Soupirs,
L'ay perdu mon Amant fidelle.
Arbres , Ruiffeaux , Gazons délicieux
,
Vous n'avezplus de charmes pour meя
yeux,
MonEpoux a ceſſéde vivre.
Qu'attendons-nous , de mon coeur ? hatons
nousde leſuivre.
Comme on l'euft dit , autrefois on l'eust
fait
Quand nos Peres vouloient peindre un
Amant parfait ,
LaTourterelle en estoit leſimbole.
Elleſuivit toûjoursſon Epoux autrépas ;
Mais la mode change icy bas
•Fevrier. D
74
MERCURE
Decetteconstance frivole.
Ledeſeſpoir a perduſon crédit,
LaTourterellefe confole ,
S'ilfaut tenir pour vray ce que la Fable
en dit.
Elleprétend que cette Defolée
Asa juſte douleur voulant estre immolée,
Choiſit un vieux Palais , vray fejour des
Hiboux ,
Oùfans chercher aucune nourriture ,
Unprompt trépas estoitson espoir le plus
doux,
Mais qui ne sçait qu'en talle conjon-
Eture
Sauvent nostre destin ne dépend pas de
nous ?
Dans cette demeureſauvage
Habitoit un jeune Ramier ,
Houpé,patu, de beau plumage,
Et quoy que joune , vieux routier
Enl'art de fonlager les douleurs du Venvage.
Pour nostre Tourterelle il met courtoi-
Sement
Ses plus beaux fecrets on usage.
3
La pauvrette an commencement,
anh Lain
GALANT. 75
Loin de prefter l'oreille àson langage ,
Ne vouloitpas se montrer ſeulements
Maisle Ramier parlant de defunt fon
Amant ,
Inſenſiblement il l'engage
Arecevoirfon compliment.
Ce complimant fut d'une grande force.
Ildisoitdu Defunt touteforte de bien ,
Ne blamoit la Veuvede rien ;
Brefcefut une douce amorce
Pour attirer un plus long entretien.
Voila doncla BelleAffligée
En tendres proposengagéo;
Elle tombesur le discours
Del'histoirede ſes amours;
Dépeint, nonfans cris &fanslarmes,
Du pauvre Trépassé les vertus & les
charmes,
Etne croyantpar làqu'étoufferſa douleur,
Elle apprit au Ramier le chemin de fon
Gooeur,
**
Sur ce que le Defunt avoit fait pour luy
plaire,
Ilcomprit cequ'ilfalloitfaire ;
It estoit Copiſte entendu ,
Dij
76
MERCURE
Etſçeut fi dextrement imiterfon modelle,
Que dans pen nostre Tourterelle
Crut retrouver en luy ce qu'elle avoit
perdu.
La naiſſance d'un ſecond Prince
que Dieu a donné à la Maiſon
de Parme depuis fix mois , cauſa
tant de joye au Duc de ce
nom, qu'il fit préparer des Opéra
en Muſique , qui devoient eſtre
repréſentez ce Carnaval fur le
Theatre du College des Nobles
de cette fameuſe Ville. Ce Theatre
eſt ſuperbe par ſes Machines
, & par une quantité de De .
corations qui forment des changemens
ſurprenans , & des Scenes
magnifiques. Plus de trois
cent Gentilshommes des meilleures
Maiſons de l'Europe ſont
élevez & inſtruits dans ce College
par les ſoins de Monfieur le
Duc de Parme , qui a eſté bien
aife
GALAN T.
77
aife de leur donner le Divertiſſement
dont je vous parle , pour
leur ſervir de relâche dans une
ſaiſon qui ſemble n'eſtre deftinée
qu'aux plaiſirs. Rien n'eſt
mieux reglé que les Exercices
de ces jeunes Gentils-hommes.
Ce Duc leur envoye deux fois
la ſemaine les Chevaux de fon
Ecurie , & meſme ſes Ecuyers ,
pour leur apprendre à monter à
cheval, & à voltiger . Outre cela ,
il y a pres de cinquante Maiſtres
gagez tant pour les Jeux de la Pique
& du Drapeau,pour la Peinture
, la Muſique , & toute forte
d'Inſtrumens , que pour les LanguesEtrangeres,
les Fortifications,
Arithmétique,&la Poësie Françoiſe
& Italienne , ſans que tous
ces Exercices les détournent de
l'application qu'on leur fait avoir
pour les Belles Lettres. Tous
Diij
78 MERCURE
ceux qui voyent cette Maiſon,
ne peuvent ſe laſſerd'en admirer
le bon ordre. Meſſieurs les
Comtes de Fuftemberg, qui ſont
partis de France ſi eſtimez de
Monſeigneur le Dauphin,avoient
eſté conduits dans ce College
pour y achever leurs Etudes ;
mais leur indiſpoſition continuelle
ayant fait craindre àMonſieur
l'Eveſque de Strasbourg
leur Oncle , qu'elle n'euſt des
fuites fâcheuſes , les a obligez
d'en fortir , pour aller à Vienne,
où ils reſpirent un air qui leur est
plus naturel,
Madame la Ducheſſe Doüairiere
de Parme ayant appris les
particularitez du Mariage de
Monfieur le Duc Sforce Romain,
en a fait part à Don Alexandre
Sforce,Coufin germain duMarić,
& ancien Penſionnaire de ce
Colle.
GALANT. 79
College. Il en a montré d'autant
plus de joye qu'il a l'inclination
toute Françoiſe. Aufſi ſe fait-il
enſeigner cetelangue avec grand
foin, pour s'en ſervir à recevoir
fa nouvelle & charmante Parente
, qu'on croit qui prendra
la route de Parme en allant à
Rome. Parmy les fingularitez
de cette Ville , on vante fort le
Theatre du Palais Ducal. Il paſſe
pour eftre l'unique en l'Eürope
quimérite la curioſité des Etrangers,
foit pour les Peintures &
les Sculptures des meilleures
Mains anciennes & modernes ,
foit pour ſa grandeur extraordinaire.
La Salle où il eſt , contient
juſqu'àdouze mille perſonnes ;&
ce qui eſt ſurprenant , c'eſt que
fans trop élever la voix , tout ce
qui ce dit fur ce Theatre eſt
Dij
80 MERCURE
entendu auſſi clairement de tous
coſtez, que ſi on eſtoit aupres de
ceux qui recitent. On m'en promet
la deſcription. Si on y adjoûte
le deſſein, vous aurez la fatisfaction
de le voir gravé .
Il faut cependant vous apprendre
une Avanture auſſi rare
dans ſes circonstances , qu'elle eſt
ordinaire dans ſa fin. Une Dame
qui aime le jeu plus que toute
choſe , & qui alloit trois ou quatre
fois la ſemaine ſatisfaire cette
paffion chez une Amie dans
un Quartier affez éloigné , revenant
un ſoir ſur les huit heures,
paſſa devant l'Opéra, où il y avoit
une fort grande quantité de Carroffes.
Le ſien ne laiſſoit pas de
trouver paſſage, quand une Chaiſe
roulante vint mal-à- propos à
la traverſe, & forma un embarras.
Vn Homme affez propre , veftu
GALANT. 81
ſtu de noir, avec un Manteau &
un Colet de Point de France, ſe
rencontra là , appellant ſon Cocher
qu'il ne pouvoit découvrir.
Vn Laquais appella auſſi - toſt
ce meſme Cocher au nom de
fon Maiſtre , qu'il qualifia de
Conſeiller ; & comme le Cocher
ne répondit point , il dit qu'il
l'alloit chercher dans la Place.
Le remercîment que luy en fit
l'Homme ſans Carroſſe , fit connoiſtre
que le Laquais n'eſtoit
point à luy. En meſme temps il
vit avancer deux autres Carrofſes
qui ſembloient le mettre en
péril d'en eſtre bleffé . Il s'adrefſa
alors à la Dame , qui estoit
ſeule , & la fuplia de luy vouloir
donner une place dans le ſien,
juſqu'à ce que l'embarras fuſt pafsé.
Le nom de Conſeiller qu'elle
avoit ouy , ne luy laiſſant rien
Dv
82 MERCURE
àcraindre d'un Homme deMa
giftrature , elle ne luy accorda
pas feulement ce qu'il demandoit,
mais elle offrit de le remettre
chez luy , puis qu'il eſtoit
fans voiture. Ilaccepta le party,
en luy nommant fon Quartier,
pourveu qu'on la remenaſt d'abord
chez elle. Elle n'y pouvoit
preſque aller ſans qu'elle paſſaſt
par ſa Ruë , & ainſi elle donna
ordre qu'on yarreſtaſt. L'embarras
ceffà , & on commença de:
marcher. La civilité de la Dame
engagea leConſeillerade grands
témoignages de reconnoiffance.
Illuy dit qu'il eſtoit fortydel'Opéra
au cinquiéme Acte, & qu'il
falloit qu'on ne luy euft point
encor amené fon Carroſſe , puis
qu'il avoit marqué l'endroit où
il devoit le trouver. Celuy de
la Dame ayant alors détourno
:
GALANT. 83
né par une Ruë affez longue
& fort deferte , le prétendu
Conſeiller changea de langage,
& luy demanda la Bource. Jugez
de ſa ſurpriſe. Elle voulut
crier , mais la déplaiſante viſion
d'un Piſtolet luy ferma la bouche.
Il luy fut inutile de dire d'abord
qu'elle n'avoit point d'argent.
L'adroit Filou luy fit connoiſtre
en peu de paroles , qu'il
ſçavoit qu'elle venoit de joüer
chez fon Amie qu'il luy nomma.
Iladjoûta meſme qu'il y avoit
quinze jours qu'il épioit l'occaſion
qu'il avoit enfin rencontrées
que des Gens afſociez avec luy
avoient formé tout exprés l'embarras
qui l'avoit arreſtée devant
l'Opéra, que le Laquais qui
l'avoit fait paffer pour Confeiller
, eſtoit de l'intelligence , &
qu'il y avoitdix de fesCamarades
qu'il
84 MERCURE
qui le ſuivoient pour luy pre
ſter main forte en cas qu'il en
euſt beſoin. Il parloit & voloit
dans le meſme temps. Sa Ha
rangue ne ſe termina pas à la
Bource. Il obligea la Dame de ſe
défaire d'un Collier de Perles ,
qu'il s'apropria par la vertu du
meſme Piſtolet qu'il luy faifoit
toûjours voir. Le vol fait , il cria
qu'on le defcendift. Ses officieux
Camarades accoururent auffitoft
à la portiere , & laifferent laDame
à demy-morte de frayeur. Ce
qui la facha le plus quand elle ſe
trouva un peu remiſe, c'eſt qu'outre
quarante ou cinquante Loüis
qu'elle avoit portez , elle en avoit
gagné encor autant & ſembloit
ne s'eſtre trouvée en fortune que
pour faire les affaires du Filou.
Un galant Homme qu'un compliment
ſemblable à celuy que
regeut
7
GALANT. 83
4
reçeut la Dame, obligea auffi un
jour de rendre la Bource , s'en
confola par ces Vers envoyez à
une Belle.....
MADRIGAL.
Hilis,plaignez
P
monfort,jen'ay point
deresource,
I'ay perdu tout mon bien quand on a pris
ma Bource ,
Et ce malheur me cauſe mille ennuis .
L'espoir s'enfuit de moy , le bonheur m'a
bandonne,
len'ay plus que mon coeur, Philis , je vous
ledonne,
Le ne puis rien de plus en l'état où je
fuis.
3
On croit quelquefois ne donner
ſon coeur qu'en riant. Il eſt
reçeu de la meſme forte . On
s'accoûtume à ſe voir,& l'habitude
eſtant une fois formée , il n'y
a plus moyen de s'en dédire.
C'eft
86 MERCURE
C'eſt ce que vous trouverez fort
ſpirituellement décrit dans ce
Madrigal . Il eſt de Monfieur ie
Chevalierde la Terrie,Capitaine
au Regiment du Roy, & faitvoir
que le commerce des Muſes n'eſt
pas incompatible avec la profeffion
des Armes ...
MADRIGAL .
Ne fimple inclination
Dansses commencemens est toujours
peude chofe.
In coeurſur ſafierté bien souventse repofe,
Sans crainte&fansprécaution.
Mais cepanchantfi doux en apparence,
Va bientoft plus loin qu'on ne pense,
Sansqu'on s'en apperçoive, onselaiſſe enflamer,
On foufre avec plaisir un mouvement fi
tendres
Et quand cecoeur ſurpris commence àsa
larmer
Il n'est plus temps dese défendre.
Perſon
GALANT..
Perſonne n'ignore que l'Amour
est ungrand Maiſtre; mais
quoy qu'il ait eu de tout temps.
beaucoupdeDiſciples , lesTheſes
galantes que je vous envoye
font les premieres qu'on ait entrepris
de foûtenir par Acte public.
Ceux qui les voudront attaquer,
feront reçeus,pourveu qu'ils
ne faffent pas de longs diſcours..
Il fuffiroit d'un Madrigal fur tel
Article qu'on voudra choiſir pour
entrer dans la Difpute. Vous en
avertirez vos Amis..
01
*1803*
THESES
GALANTES.
ADAMANTE A PIROPE:
Vos beaux yeux ſous leſquels
j'ay fait toute mon étude ,
m'obligentàvous offrir cesThefes
88 MERCURE
ſes galantes. L'Amour ne s'eſt
fervy que de luy-meſme pour en
faire naiſtre les Propoſitions en
mon eſprit. Il n'a point foüillé
de Bibliotheques , ny feüilleté
d'autres Livres que celuy de
mon coeur , pour luy en donner
l'intelligence. Iln'a rien emprunté
d'Ariftote, ny des anciens Autheurs.
Il euft crû offencer vôtre
Beauté, qui eſt le vray Profeffeur
en cette Science , s'il n'euſt tiré
d'elle- meſme les raiſons dont il
prétend ſe ſervir. C'eſt la ſeule
Univerſité où s'apprennent les
plus délicates pensées; c'eſt où les
Graces,les Douceurs,le Mignardiſes,
& les Gentilleſſes , régentent
; c'eſt où jamais Diſciple ne
ſe crût aſſez ſçavant pour avoir
des Degrez de Licence; c'eſt où
les Leçons ont tant de delices ,
qu'on voudroit eſtre en étude
perpe
GALANT. 89
1
!
1
perpetuelle; enfin c'eſt où il ſemble
que ſoit l'état de perfection,
& la plus grande douceur de la
vie. Mon deſſein , belle Pirope,
eſt de maintenir pour voſtregloire
les Concluſions ſuivantes , &
faire voir à ceux qui paroiſtront
en la Diſpute , qu'il s'eſt trouvé
autrefois des Bacheliers Erophiles
, & que je ſuis Erophile ſans
avoir eſté Bachelier.
CONCLUSIONS.
Qu'on ne ſçauroit parler d'un
parfait amour apres ſa fin , parce
que ſa perfection préſupoſe l'infinité.
II.
Que l'on peint l'Amour enfant à
cauſe qu'eſtant délicat &ſenſible,
il ne peut fouffrir la moindre dou.
leur,ny lamoindre amertume,ſans
ſe plaindre , & fans pleurer .
4
111.
१०
MERCURE
III.
Qu'on ne luy met point des
aifles , pour marque d'inconſtance,
mais à caufe de ſa vîteſſe incomparable.
IV.
Qu'on luy donne un Arc &
des Fleches, plûtoſt que d'autres
armes,parceque les bleſſuresd'amour
fe font fans bruit.
V.
QueVénus ſaMere ne luy attacha
point un Bandeau pour luy
oſter entierement la lumiere,mais
àdeſſeinde l'empefcher de trop
voir.
VI.
Qu'on le dépeint nud , pour
faire connoiſtre qu'il doit eſtre
toûjours accompagné de ſincé-
Fité.
VII.
Que les Amans ne ſe peuvent
ſauver
GALANT.
و
fauver des mains de l'Amour,parce
que leur fuite ne ſçauroit égaler
la promptitude & la vîteſſe de
fesaifles.
VIII.
Que c'eſt une marque que l'amour
n'eſt point parfait , lors que
noſtre eſprit nous peut propoſer
quelque moyen d'en guérir.
IX.
Qu'en amour le deſir croiſt
toûjours avec l'eſpérance.
Χ.
Qu'à mesure que l'amouraugmente
en nous , toutes les autres
paſſions diminuënt.
XI.
Que l'amour attire toûjours la
Perſonne aimée , pourveu qu'elle
ne foit point prévenuë d'une autre
paffion , ou qu'il n'y ait point
d'antipatie formée ..
XII.
92
MERCURE
ΧΙΙ .
Qu'on ne peut diſputer contre
fon amour,& eſtre d'accord aveć
foy-mefme.
ΧΙΙΙ.
Que toutes choſes fe maintiennent
par l'amour,& ſe détruiſent
par la haine.
XIV.
Que pendant l'abſence , nos
ames font ſi ſenſibles à la douleur
, fi tendres & fi craintives
pour ce que nous aimons , qu'elles
devinent&penſent ſans ceſſe
à ce qui luy peut arriver de plus
fâcheux.
XV.
Qu'il n'eſt rien qui s'accommode
au ſentiment d'un Amant
pendant l'éloignement de ſa
Maiſtreffe , ny qui ſoit agreable
à ſes yeux , que l'arrivée deTaurore
, le coucher du Soleil , la
naiffan
GALANT.
93
naiſſance des Fleurs , le courant
d'un Ruiſſeau, l'ombre d'une Foreft
, & la ſterilité d'une Roche.
XV I.
Que bien ſouvent les Amans
ſouhaitent des imperfections
dans ce qu'ils aiment , afin que
l'envie ne trouble point leur bonheur.
XVII
Qu'on excuſe toûjours la Perſonne
aimée , & qu'on en prend
ordinairement le party contre ſoy
mefine.
XVIII.
Que les Amans ſe conſolent
des plus grands malheurs.qui leur
arrivent , quand ces malheurs
leur fourniſſent quelque moyen
de témoigner leur amour à la
Perſonne qu'ils aiment.
On a eu nouvelles de la mort
de
94
MERCURE
deMonfieur l'Eveſque de Mirepoixdés
les derniers jours de Jan
vier. Il eſtoit de la Maiſon de
Vantadour , Oncle du Duc qui
porte ce nom,& tres - eſtimédans
ſon Dioceſe. Il a toûjours mené
une vie fort exemplaire . Il ſe fit
d'abord Jefuite,& paſſa pluſieurs
années dans cette celébre Compagnie
, en donnant de grandes
marques de vertu & de pieté. Il
entra enſuite dans l'Ordre de S.
Benoift, &fit Profeffion au College
de Cluny ſous la conduite
de Monfieur du Laurens , Do-
Geurde la Faculté , & nommé à
l'Eveſché du Bellay. On l'en tira
pour le faire Eveſque de Mirepoix
, où il a dignement remply
tous les devoirs d'un veritable
Prélat. Il a eu cinq Freres , tous
Fils comme luy d'Anne de Levi,
Duc de Vantadour , Comte de
la
GALANT.
95
la Voute , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur du Limofin,&
Lieutenant de Sa Majesté
en Languedoc ; & de Marguerite
de Montmorency , Fille du
Conneſtable de ce nom,& Soeur
de Madame la Ducheſſe d'Angouleſme
, Mere de feu Monfieur
le Comte d'Allet depuis Duc
d'Angouleſme,&Gouverneurde
Provence, qui d'une de ſes Filles
mariée à Monfieur leDuc de Joyeuſe,
a eu Monfieur leDucde
Guiſe dernier mort.
L'Aîné des FréresdeMonfieur
l'Eveſque de Mirepoix dont je
vous parle , fut appellé d'abord
Comte de la Voute , & apres la
mort de Monfieur ſon Pere,Due
de Vantadour. Il avoit épousé
Lieſſede Luxembourg, Aînéede
cette Maiſon , dont il n'a point
eu d'Enfans. Ils furent rouchez
de
96 MERCURE
de Dieu, & réfolurent tous deux
de ſe retirer dumonde. L'une entra
dans le Convent des Carmelites
d'Aneſcy , où elle eſt morte
Profeſſe & Bienfaictrice ; & l'autre
prit les Ordres , & fert encor
dans l'Egliſe de Noſtre - Dame
de Paris en qualité de Vetéran
, autant que les incommoditez
de ſon âge le peuvent permettre.
Il avoit déja ſervy plus de
vingt ans dans la meſme Eglife,
fans autre titre que celuy de ſa
pieté , quand Monfieur l'Archeveſque
de Gondy luy donna la
Chanoinie qu'il a long-temps pofſedée,&
dont il s'est défait depuis
peu entre les mains de Mr Salo
Conſeiller en laGrand' Chambre .
Le fecond fut Charles de Levy
, Marquis d'Annonay , depuis
Ducde Vantadour, par la démiſſion
de celuy dont je vous viens
de
GALANT .
97
de parler. Monfieur le Duc de
Vantadour d'aujourd'huy eſt ſon
Fils. L'eſprit & la vertu de Madame
de Vantadour ſa Mere, font
un trop haut éloge de fon merite,
pour entreprendre d'y rien ajoûter.
Elle est de l'Illuſtre Maiſon de
S. Géran.
Le troiſième qui prenoit la qualité
de Comte de Vauvert , fut
tué en 1622. dans l'Armée du
Roy, à la Bataille Navale donnée
devant la Rochelle.
Le quatriéme eſtoit Chriſtophe
de Levy , Duc d'Anville ,
Gouverneur du Limoſin , & du
Château de Fontainebleau. Il
avoit été Premier Efcuyer de feu
Son Alteſſe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans , ſous le nom de
Comte de Brion. Ses ſervices &
ſa perſonne ont toûjours eſté
tres- agreables à la Cour.
Fevrier. E
98 MERCURE
Le cinquiéme eſt mort Archeveſque
de Bourges.
Vous voyez par là , Madame,
que des fix Freres il n'y a plus
que l'Aîné qui ſoit vivant. Cela
eſt rare dans un fi grand nombre.
Sa pieté luy a ſans doute fait
meriter d'eſtre témoin de la gloire
de Loüis LE GRAND . Elle
n'éclate pas moins dans la Paix
que dans la Guerre, & une reforme
de Troupes qui a eſté déja
faite,vous va faire admirer le plus
grand acte de justice & de prudence,
dont on ait jamais entendu
parler en de ſemblables occafios.
Ce ſontdeces choſesqui rendent
ceux qui les font d'autant plus
dignes d'eſtre loüez , que la Fortune
n'y a point de part,qu'ils n'y
font point engagez par la coûtu
me , & qu'ils doivent la conduite
qu'ilstiennent , àl'équité qui leur
eft
GALANT.
99
eſt naturelle.Mr.des Bonnets ayat
fait aſſembler il y a déja quelque
temps une grande partie de l'Infanterie
, fur l'ordre qu'il en reçeut
de la Cour,prit des dates de
toutes les Commiffions des Capitaines
,&des Lettres de Lieutenant,
& fit un memoirede ceux
quiprouvoient par bons. Certificats
qu'ils avoient fervy dans la
Maiſon du Roy , car perſonne
n'en eſt crû fur ſa parole. Il vit
par là quels eſtoient les ſervices
de chacun. En ſuite il interrogea
deux ou trois Capitaines de chaque
Bataillon,& fur tout les Commandans
, pour eſtre inſtruit des
vie&moeurs de tous les Officiers
qui en estoient. Il examina aufli
leurs defauts tant de l'eſprit que
ducorps;& quand il eut dreſſé un
état de tout, il vit les Compagnies
endétail afin de ſçavoir ſi elles
Eij
100 MERCURE
i
eſtoient honnes , médiocresou
méchantes , ce qu'il fit dans la
derniere exactitude. Ainſi l'on
peut dire qu'une Reforme, faite
avec tant de connoiffance , eſt
ſeulement comme une ſéparation
de ce qu'il y avoit de moins bon
dans les Troupes , ſans que ceux
qui en ont eſté retranchez puiſ
ſent imputer leur malheur qu'au
peu de foin qu'ils ont eu de meriter
qu'on les confervaſt.
La Paix ſi ſolemnellement publiée
depuis quelques mois , n'a
pas éteint la guerre par tout , s'il
en faut croire les reproches que
Monfieur Vvaubert de Noyon' ,
fait par ces Vers à une Belle inſenſible.
r
A
GALANT. 101
A PHILIS ,
SVR LA PAIX.
er au vous opposer
Terre?
repos
Apres que LOVIS a ſoûmis
de la
Les plusfiers de ſes Ennemis ,
Ofez- vous bien encor entretenir la Guerre?
Nos Voiſins en tons lieux mettant les armesbas
,
Ont eu recours à ſa clemence ;
Vos yeuxseulsplus hardis , dans le ſein
de laFrance ,
Troublent la paixde ſes Etats.
Que nous peut fervir que l'Empire
Semontre prest à desarmer ?
Sivoſtre coeur , Philis ne se laiſſe enflamer,
Les nostres accablez de leur cruel martyre
,
Toûjours pleins de leurs maux , ne goûteront
jamais
Derepos aſſuré, ny deſolide Paix.
Ei
102 MERCURE
Cet Amant plaintif ſeroit bien
toſt delivré de ſes chagrins , s'il
eſtoit d'humeur à profiter du
conſeil que l'Autheur de ces autres
Vers luy donne. Ils onteſté
mis en Air par Monfieur Labbé,
Maiſtre de Muſique de S. Jacques
de Dieppe.
RECIT DE BASSE.
Mans, quand finiront vos
A
peines?
Quevousm'importunez parvos triſtesaccens!
Vos charinantes Philis font toujours inhumaines
,
Et vousn'eſtes jamais contens.
Renoncez à l'Amour en faveur de la
Treille,
Son jus est plein d'appas ,fes plaifirs
ſont parfaits.
In Buveur ne se plaint jamais ,
Quand il est presdesa Bonteille.
La Mufique est en regne plus
que jamais ; &dans un tempsoù
les 專
GALANT.
103
les plus fameuſes Villes d'Italie
attirent les Etrangers de toutes
parts,par la beauté des Opéra qui
s'y repreſentent , il y auroit lieu
de s'étonner ſi cette forte de divertiſſement
avoit manqué à Turin.
En effet la Cour de Savoye
eſtant une des plus galantes
Cours de l'Europe , on peut dire
qu'on y trouve abondamment
tout cequi marque le plus la grandeurdes
autres. Ily a une Troupe
de Comédiens François entretenuë
; & dans toutes les occaſions
de Feſtes , telles que font le
Sapate, & les jours de la Naiſſance
de Leurs Alteſſes Royales , on
y fait des magnificences ſi achevées,
que peut- efſtre vous auriez
eu peine vous-même à les croire,
fi je ne vousen avois convaincuë
par ce que je vous ay envoyé
gravé des Divertiſſemens de cé-
Eij
104 MERCURE
te Cour dans ma ſeconde Lettre
on em-
Extraordinaire. L'Opéra qu'on
y a repreſenté ce Carnaval , eftoit
un Opéra Italien , & avok
pour ſujet la mort d'Heliogable.
Les defordres de la vie de cet
abominable Empereur ſont connus
à tous ceux qui ont la moin -
dre teinture de l'Histoire. Son
plaiſir eſtoit de renverſer l'ordre
delaNature. Il vouloit qu'on
ployaſt la nuit au travail ,& qu'on
ſe repoſaſt pendant le jour. C'eſt
pour cela que parmy les diférens
changemens de Theatre qu'on
aveus dans cetOpéra, il y en avoit
un qui faifoit paroiſtre Rome
illuminée . Les Repreſentations
qu'on en a faites ont eſté meflées
de diférentes Entrées de Ballet
de Tritons & de Faunes , de
Mariniers ,' de Combatans , de
Jardiniers,d'Eſclaves & de Mores,
d'Egyp
4
GALANT.
105
d'Egyptiens & d'Egyptiennes . Je
ne vous dis rien de l'intrigue de
la Piece. Elle finiſſoit par la jufticequ'on
rendoit à la vertu d'Alexandre
, proclamé Empereur
par les meſmes Soldats qui venoient
de tuer Heliogabale. II
eſtoit ſon Cousin germain , &
avoit eſté aſſocié à l'Empire de
fon vivant.
***Le Carnaval s'eſt paffé icy ,
comme ailleurs , dans les divertiſſemens
ordinaires de cette Saifon
. Vous ſçavez que celuy de ſe
déguiſer pour courir le Bal, en eſt
un fort grand pour beaucoup
demonde. Ces déguiſemens ſont
affez ſouvent ſuivis d'Avantures .
En voicy une en peu de mots.
Je ne vous diray que le fait , ſans
aucun embeliſſement de paroles,
parce que je ne vous veux rien
dire que de veritable,& que je ne
E. w
106 MERCURE
1
prête jamais de faux incidens à
toutes les Hiſtorietes que je vous
raconte.
VnHomme de qualité propopropoſe
à ſa Femme de ſe déguiſer
avec luy pour voir les Affemblées
ſans eſtre connus. Elle y
conſent. Vn Amy du Mary , qui
avoit pour la Dame autant de
reſpect que ſa vertu & la ſageffe
des ſa conduite le méritoient, eſt
mis de cette partie. Ils prennent
de habits diferens , & le maſque
change ſi bien leur parole , que
loin d'eſtre reconnus de ceux à
qui ils parlent partout où ils vont,
ils ne ſe reconnoiffent eux-mefmes
qu'à leur équipage. Ils ſçavent
qu'il y a Aſſemblée chez un
de leurs plus particuliersAmis. Ils
s'y font mener , & apres que la
Dame a long-temps embarraffé
la Maiſtreffe de la Maiſon par les
nouvel
GALANT. 107
nouvelles qu'elle luy demande de
beaucoup de choſes quelle croit
ſecrettes , elle la tire de peine en
ſedécouvrant.Les deux Maſques
qui l'accompagnentſe donnent le
meſme plaifir avec le Mary , qui
les ayant à la fin connus, les oblige
de le ſuivre dans un autre Apartement
, où il veut les regaler
de liqueurs . La Dame demeure
aupres de la Maiſtreſſe du Bal,
qui la fait dancer pluſieurs fois,
& enfin elle voit revenir l'Amy,
à qui elle demande en ton déguisé
de Maſque , ce que fonMary
eſtoit devenu. Il répond tout bas
qu'il a lieu de le ſouhaiter qu'il
ne revienne pas ſi toſt, puis que
ſon éloignement luy laiſſe la libertéde
luy dire qu'on n'a jamais
eu tant d'amour qu'il en a pour
elle. La Dame ſurpriſe d'un emportement
ſi peu attendu,luy de
mande
108 MERCURE
mande s'il la connoiſt , ou s'il a
perdu l'eſprit . Ce font encor de
plus ardentes proteſtations d'amour.
La Dame le repouſſe avec
une fierté mélée de la plus forte
colere, le menace de ſe plaindre .
de ſon infolence à fon Mary,foûtient
ces menacés de toutes les
paroles d'aigreur qui luy peuvent
eſtre permiſes , & tout ce qu'elle
peut dire ne rend point le Prote--
ſtantmoins hardy à faire éclater.
fa paſſion: Le Mary revient. La
Dame le prie de la remener , &
comme elle a beſoin qu'on luy
aide à percerla foule,elle ne peut
refuſer la main de ce teméraire:
Amy, qui ſerre la ſienne ſans aucun
reſpect,& luy jure que quoy.
qu'elle faffe,il ne ceffera jamaisde
l'aimer. La Dame ne répond rien,
remonte en Carroffe , & réſiſte
long-temps àfon Mary qui veur
encore
> 109
GALANT .
encor aller à une Aſſemblée,mais
enfin elle est obligée d'avoir la
complaiſance qu'il luy demande..
Elle y va,& pour ne s'expofer pas
davantage à des déclarations
dont elle ſe trouve nouvellement
offencée , elle luy fait promettre
qu'il demeurera toûjours aupres
d'elle dans ce dernier Bal. Quelques
précautions qu'elle prenne
pour le retenir, à peine eſt- il dans
la Salle , qu'il ſe perd parmy le
grand nombre de Maſques qui y
fontde tous coſtez .L'Amy recommence
à debiter ſes folies , & la
Dame au deſeſpoir perd patience.
Les reproches qu'elle luy fait
ayant ceffe parle retour du Mary,
il futqueſtionde la remettre chez
elle. On s'eſtoit ſervy du Carroffe
de l'Amy pour cette partie :
On arrive chez la Dame. Le dépit
la fait deſcendre d'abord fans
atten
110 MERCURE
attendre que perſonne luy donne
la main. L'Amy defcend apres
elle,& le Mary leur ayant dit qu'il
vouloit encor voir un Bal où devoient
eſtre de fort aimables Perfonnes,
ſe ſert du Carroſſe pour
y aller, malgré les cris de fa Femme
qu'il laiſſe ſeule avec ſonAmy.
LaDame le jugeant indigne qu'el. -
le garde avec luy aucunes meſures
d'honneſteté, luy dit que puis
qu'il a laiſſé partir ſon Carroffe, il
peut s'en aller à pied , parce qu'-
elle n'a aucun deſſein de luy tenir
compagnie. Il répond qu'aſſurément
il paſſera la nuit dans ſa
Chambre, & la prend par la main
pour l'y conduire. Elle entre dans
une colere inconcevable,&ſe ſeroit
portée au plus violent éclat,
fi enfin il n'euſt ofté ſon mafque
pour l'appaiſer. Jugez quelle
fut la ſurpriſe de la Dame. Elle
trouva
t
III GALANT.
trouva ſon Mary dans celuy qui
luy venoit de faire de ſi injurieufes
proteſtations d'amour. Elle ne
fçavoit que penſer de luy voir
l'habit qu'avoit ſon Amy quand
ils eſtoient fortis enſemble pour
courir le Bal. Il luy conta que
comme ils estoient tous deux de
meſme taille,ils en avoient changédans
la Maiſon où elle s'eſtoit
fait connoiſtre auſſi-bien qu'eux,
& qu'il avoit voulu joüir de l'embarras
où il jugeoit bien que tout
ce qu'il luy avoit dit, devoit mettre
une Femme de ſon caractere.
Il y eut un peu de gronderie , la
Dame prenant cette épreuve
pour une défiance qu'on avoit
euë de ſa vertu . Mais elle aimoit
fon Mary, & il eſt difficile d'avoir
de longs diférens avec ce qu'on
aime.
L'ay à vous apprendre laCeré
monie
112 MERCURE
monie du Baptefme de Monfieur
le Marquis de Mortemar. Elle fut
faite au commencement de ce
Mois dans laChapelledu Louvre,
par Monfieur le Curé de Saint
Germain de l'Auxerrois . Le Parrain
& la Marraine furent Monſieur
Colbert , & Madame de
Monteſpan. Il fut nommé Louis.
Je ne vous dis rien de ce jeune
Marquis. Je vous en entretiendray
dans un autre endroit de .
cette Lettre.
Le Roy a donné à Monfieur le
Comte de Nancré la Lieutenan
ce Genérale d'Artois, & le Gouvernement
d'Arras qu'avoitMon.
fieur le Comte de Montbron,auquel
il a donné en meſme temps
celuy de Tournay.Ce dernier va-
Ribeyre , Baron de Sainſandoux,
quoit par la mort de Monfieur de
&de Travers , Mareſchal des
Camps
GALANT.
113
Camps & Armées du Roy , mort
d'apoplexie à Paris. Il eſtoit Fils
deMeffire Paulde Ribeyre Confeiller
du Roy en ſes Conſeils, &
Premier Préſident en ſa Cour des
Aydes de la Ville de Clermont en
Auvergne. Il avoit pris les premieres
Leçons de la Guerre dans
le Regiment desGardes Françoifes
, où peu d'années apres qu'il
yfut entré, il acheta une Charged'Enſeigne
, & en ſuitte une
de Lieutenant. Il paſſade là àcelle
de Capitaine , & fit également
connoiſtre dans toutes ces Charges,
qu'il n'avoit pas moins de coduite
que de courage. Les plus
dangereuſes occafions n'avoient
rien qui l'étonnaft. Il y couroit
avec une intrépidité ſurprenante
, & le grand nombre de
playes qu'il a reçeuës, dont plufieurs
ont eſté cruës mortelles, en
eft
114 MERCURE
eſt une marque. Aufſi eſtoit - il
tout percé de coups. Il avoit
quatre Canules, & s'eſtoit fi extraordinairement
diftingué dans
toute forte de rencontres , qu'apres
la mort de Monfieur de Ca
ſtelan , il fut choiſy par le Roy
pour luy fucceder dans la Charge
de Major du Regiment des
Gardes. Il fut fait en ſuite Major
General de l'Infanterie , & enfin
Grand Bailly & Gouverneur de
de la Ville & Citadelle de Tournay,
Meſtre de Camp d'un Regiment
de douze Compagnies de
Dragons , Brigadier d'Armée , & .
Mareſchal de Camp . Il eſtoit rigide
obſervateur de la Diſcipline
Militaire , & uſoit d'une ſeverité
extréme envers les Soldats, pour
les contenir dans le devoir , ne
pouvant croire qu'on puſt ſe faire
obeïr, fi on ne ſe faifoit redouter,
GALAN T.
115
ter. MonfieurChanut ſon Parent,
Conſeiller d'Etat , l'ayant mené
avec luy dans ſa derniere Ambaſſade
de Suede ,l'avoit fait connoiſtre
en ce Païs- là à la Reyne
Chriſtine , qui l'a toûjours depuis
honoré d'une bienveillance 'particuliere.
Il eſt mort âgé de quarante-
fix ans.Monfieur de Ribey
re Maiſtre des Requeſtes , qui a
épousé la Fille de Monfieur le
Premier Préſident , & qui eſt un
des plus habiles Hommes du
Conſeil , eſtoit ſon Parent, auffibien
que Monfieur de Ribeyre
qui a eſté Lieutenant Civil. Feu
Monfieur le Premier Préſident de
Clermont ſon Pere, a paſſe pour
undes meilleurs Juges du Royaume
, & un des plus fages Perſonnages
de fon Siecle. Monfieur
de Ribeyre fon Fils aiſné, qui occupe
aujourd'huy ſa place,ne luy
cede
116 MERCURE
cede en rien,& joint une integrité
parfaite à une tres-grande érudition.
J'oubliois à vous dire que
MonfieurdePeiffonel Lieutenant
Colonel du Regiment de Monfieur
de Sainſandoux , en a eſté
fait Meſtre de Camp.
La Mort qui n'épargne point
les Braves,ne fait pas plus de grace
au beau Sexe , & elle vient
encor dele faire voir en nous enlevantMademoisellede
Sully,Dame
de Montmort , & Princeſſe
d'Enrichemont. C'eſtoit une Perfonne
dont l'extraordinaire vertu
luy avoit acquis une tres-grande
autorité dansſa Famille.Elle estoit
Fille de Monfieur le Marquis de
Rofny,Grand- Maiſtre de l'Artillerie
de France,& Niéce de Monfieur
leDuc d'Orval,dont je vous
appris la mort il y a cinq ou fix
mois. Je me ſouviens que vous
ayant
GALAN T. 117
ayant parlé en ce temps - là de
Monfieur le Marquis de Bethune,
& de Monfieur le Vicomte de
Meaux, fortis du premier Lit de ce
Duc , & m'eſtant contenté de
vousdire qu'ils estoient tous deux
mariez , vous vous plaigniſtes de
ce queje ne vous avois point marqué
dans quelles Maiſons ils
avoient pris alliance. Je ne vous
puis dire par quel oublyj'ay diferé
juſqu'à aujourd'huy à vous fatisfaire
là-deſſus , en vous apprenant
que le premier ( c'eſt à
dire Monfieur le Marquis de Bethune
) a épousé Mademoiſelle
de la Porte , Fille unique de feu
Monfieur de la Porte Maiſtre des
Requeſtes , dont le Pere eſtoit
Préſident à Mortier au Parlement
de Roüen. Il y a pluſieurs Enfans
de ce Mariage.L'Aîné qui porte le
nomde Marquis de Bethune,ain
fi
118 MERCURE
ſi que Monfieur fon Pere , s'eſt
acquis tant de reputation dansles
Campagnes qu'il a déja faites,
qu'elles luy ont attiré l'eſtime de
toute la Cour. On peutjuger de
la fatisfaction que le Roy a reçeuë
de ſes ſervices , par leglorieux
témoignage que Sa Majeſtéena
rendu, en le faifant Guidonde
ſes Gensdarmes. Ce font
là lespremiers fruits des ſoins que
Madame la Marquiſe de Bethune
ſaMere a prisde ſon éducation,
dans laquelle elle a fi bien réüſſy,
que dés- à-preſent il eſt aisé de
connoiſtre qu'il fera un jour digne
Heritier des vertus héroïques
du Grand Maximilian Duc
deSully , fon Bifayeul. Monfieur
le Vicomte de Meaux, a épousé
Mademoiſelle de Miée.C'est une
Perſonne d'un tres- grandmérite ,
&d'une des plus illuftres & plus
ancien
GALANT. 119
anciennes Familles de Normandie.
Elle est Fille de Monfieur le
Baron duGueſpré, qui a eſté Capitaine,
Lieutenant des Gensdarmes
de la feu Reyne Marie dé
Médicis. Ils n'ont qu'une Fille,
dont la vertu eſt d'autant plus à
admirer, qu'ayant des avantages
tres- confiderables de la Nature
&de la Fortune, elle les a mépriſez
pour ſe donnertoute à Dieu,
en ſe faiſant Religieuſe dans
l'Abbaye du Port-Royal.
Monfieur le Marquis de Boufflers,
Colonel General des Dragons,
s'eſtantdéfait de la Lieutenance
Generale du Gouvernement
de l'ifle de France , Monſieur
le Comte du Charmel en 2
eſté pourveu,& en a preſté le ſerment
de fidelité entre les mains
du Roy. Ce Comte eſt une des
meilleures Maiſons de Champagne.
120 MERCURE
gne. Il a des Scoeurs Chanoineffes
àRemiremont, où la ſeverite que
l'on a pour les Preuves de Nobleſſe
eſt ſi grande, qu'on peut ſe
vanter d'eſtre de bonne Maiſon
quand on a l'avantage d'y eſtre
receu
Il n'y a rien de plus commun
que les ruptures, mais on en voit
peu arriver pour une occafion
auſſi foible que celle que j'ay à
vous conter. Vn Cavalier qui voyoit
uneDame d'une fort grande
laideur,mais dontl'eſpritluy plaiſoit,
ſe trouvant ily a dix ou douze
jours avec cinq ou fix de ſes amis,
l'un d'eux chanta le Menuet de
l'Opéra de Bellérophon, dont ces
paroles font un Couplet.
20
Que fert la fiertédans les Belles ?
Tout aime enfin àson tour ;
231 Voit- on des rigueurs éternelles ?
- Non, non,non rien n'échape à l'Amour.
Vn
GALANT. 121
Vn de ces Languiſſans de profeſſion
qui veulent qu'on devine
ce qu'ils ont dans le coeur , &
qui croiroient manquer de refpect
s'ils s'en expliquoiēt,prit l'intereſt
dubeau Sexe , & dit qu'il
connoiſſoit des Dames toûjours
rigoureuſes , auſquelles il feroit
dangereux de faire des déclarations
, & qui ne ſe laiſſoient
attendrir ny par les ſoins , ny
par les ſervices . Le Cavalier qui
eſtoit naturellement enjoué , répondit
que c'eſtoit peut - eſtre
qu'on s'y prenoit mal, qu'il eſtoit
inoüy que la plus Scrupuleuſe
euſt jamais pris de chagrin d'entendre
dire qu'elle fuſt aimée, &
qu'il eſtoit meſme perfuadé qu'il
y avoit certaines faveurs innocentes
, que les Belles n'eſtoient
pas fâchées qu'on leur dérobaſt,
parce que tout tranſport , quand
Fevrier F
122 MERCURE
il n'alloit point trop loin , eſtoit
une marque de paffion , au lieu
que le reſpect trop exact faiſoit
voir une tranquilité d'ame qui
ſembloit incompatible avec l'amour.
On ne trouva rien dans
ce ſentiment qui puſt eſtre injurieux
au beau Sexe ; & comme
il donna lieu à de fort agreables
choſes qui furent dites, le Gavalier
qui ſe méloit de faire des
Vers , envoya le lendemain ceux
qui ſuivent à ſes Amis , comme
ayant eſté faits ſur leurs pensées.
AMans , dont la longue conf-
Nepeut fléchirun Objet rigoureux ,
Faute d'un peu d'expérience,
Souvent vous estes malheureux.
On trouve mal fon compte aupres d'une
Maistreffe ,
Quand le respect toûjours veut regner sur
lessens.
Croyezmoy ,
Sageffe
la tranquille & trop froide
Est
GALANT .
123
Eft une vertu du vieux temps.
Aujourd'huy pour ſe rendre aimable,
Ilfaut en oublier les ſcrupuleuſes Loix.
Sied-il bien à l'Amour d'eſtre ſi raisounable
,
Quand il apûsefaire écouter une fois ?
Pour mettre en bon trainſes affaires,
On doit se pardonner un peu de liberté.
S'il faut parler fans fard , mesme aupres
des plusfieres ,
In transport amoureux n'a jamais rien
gasté.
Ilporte avec luy ſon excuse .
Si la Prude ſemble en gronder ,
Ne vous y trompez pas ,ſouvent elle refufe
Ce qu'elle brûle d'accorder.
La querelle d'ailleurs eſt aſſex toſt finie.
C'est unvieux jargon de l'honneur,
Et tout ce vin dehors d'unefauſſe pudeur
Neſe donne jamais qu'à laceremonie.
Pourfauver l'apparence, il est quelquefois
bon
Fij
124 MERCURE
Qu'une faveur ſurpriſe irrite un peu la
Belle.
Mais quoy que la fierté prenne d'abord
Son ton ,
Commeauffitoft cette fierté chancelle ,
Onfait moins un larcin , qu'on ne reçoit
undon.
LeSexe nefait point d'avance.
Mille Tyrans fâcheux contraignant fes
defirs ;
Vn Amant n'obtient rien par la perſevérance
,
Quand ilſe retranche aux foûpirs.
Ces muets Truchemens marquent trop de
contrainte ;
Et comme on n'aime pas un airfi retenu,
Le langage desyeux, lalangueur , & la
plainte,
Sont toûjours pour l'Amour d'un méchant
revenu.
Aquoy bon tant gémir ? pourfoulagerſa
peine,
Ilvaut mieux tenter le hazard.
Fust- on prest d'expirer , il est telle Inhumaine
Qui pourroit s'attendrir trop tard.
GALANT. 125
Sur un vain prétexte de gloire ,
Ses yeux avec plaisir verroient noſtre
trépas ;
Vn Mort de leurfaçon , dansl'amoureuse
histoire ,
Feroit honneur à leur appas. is
2Y00
O, vous , qui ſoûpirez apres
année,
*
plusd'une
Sans qu'on réponde à voſtre ardeur,
Vous changeriezde destinée ,
Si vous connoiffiez mieux tout le foible
d'un coeur.
De luy-mesme il chercheà se rendre,
Mais il veut qu'un Amantfaſſe les premierspas.
Quand on l'attaque mal , il aime àse défendre
,
Etpreste àse donner , ilneſe donne pas.
Rien n'est plus delicat , un fcrupule l'arreste
,
Ilse refroidit aisément,
Et pour meriterſa conqueſte ,
Vous ne sçauriez marquer affez d'empref-
Sement.
Fiij
126 MERCURE
Ces Vers eftant d'une veine
aisée n'ont pas manqué de courir.
La Laide ſpirituelle les a vûs,
& a crû ſe faire honneur d'en
prendre le prétexte de rompre
avec le Cavalier qui les a faits.
Quand on luy en a demandé la
raifon , elle a répondu qu'elle ne
croyoit pas qu'une Femme raifonnable
pûtrecevoir aucune viſite
d'un Homme qui établiſſoit
pourmaxime ,qu'il ne falloit qu'ê .
tre un peu hardy pour ſe mettre
en commerce de faveurs avec les
Dames . Une jeune & fort aimable
Marquiſe, qui ne garde aucunes
meſures avec elle , luy ayant
entendu faire ce raiſonnement ,
n'a pû réſiſter à la tentation de
luy dire qu'elle estoit bonne de
prendre ainſi l'intereſt du Sexe,
puis que ces Vers n'avoient rien
qui la regardaſt . Comme elle a
beau
GALANT. 127
beaucoup d'eſprit , elle n'a pas
voulu ſe faire expliquer qu'elle
eſtoit trop laide pour faire foupçonner
que perſonne prétendiſt
afes faveurs. Elle s'eſt contentée
de demeurer ferme dans la rupture
, & quoy qu'on luy ait pû dire,
elle n'aplus voulu voir leCavalier.
On ne vous a rien dit que de
vray en vous apprenant queMonfieur
l'Abbé d'Eſtrades avoit eſté
nommé par le Roy, pour faire la
fonction d'Ambaſſadeur en Savoye.
Il l'a déja eſté à Veniſe.Les
grands ſervices qu'a rendus le
Pere dans le Cabinet & dans l'Epée
, font tout attendre des Fils ;
& de fi conſidérables Emplois
fous un Roy qui ne les diſpenſe
qu'avec juſtice,prouvent affez le
merite de celuy dont je vous parle.
Il aura la fatisfaction d'eſtre
dans une Cour fi polie , qu'il ne
: Fiiij
128 MERCURE
s'appercevra qu'avec peine qu'il
aura quité celle de France. Il y
trouvera fur tout matiere à fon
admiration , en voyant une Souveraine,
qui dans la maniere d'é--
lever le Duc fon Fils,de gouverner
ſes Etats , & de travailler
pour leur gloire , peut fervir de
modelle à toutes les Princeſſes du
Monde.
C'eſt un avantage pour les
Perſonnes de fon rang, qu'eſtant
dans une haute élevation , elles
ne peuvent rien faire d'éclatant
qui ne ſoit connu. Il n'en eft pas
de meſme des Particuliers, & fur
tout des François qui eſtant braves,
magnifiques , & galans , felon
les differentes occaſions où ils ſe
rencontrent , négligent de faire
ſçavoir ce qu'ils font de remarquable
, & privent le Public du
plaifir qu'il auroit d'en eſtre informé.
GALANT. 129
formé. Cette négligence qui eſt
un effet de leur modeſtie, m'empeſche
de vous envoyer le détail
du Repas que Monfieur de la
Haye donna il y a quelque temps
àMonfieur l'Electeur de Bavieres .
Vous ſçavez qu'il eſt Envoyé Extraordinaire
dans cette Cour là.
Tout ce que j'en ay appris eft
qu'on ne vit jamais rien de plus
ſomptueux , que chaque Service
fut de trente Plats , &qu'on
les releva cinq fois. Tout le monde
connoît Monfieur de la Haye.
Il eſt forty d'une Soeur de Monſieur
PalluauConſeiller à la grand
Chambre, & fucceda dans l'Ambaffade
de la Porte à feu Mr de
la Haye fon Pere , qui en avoit
fait les fonctions pendant vingtcinq
ans avec toute la réputation
imaginable, apres avoir efté Confeiller
au Parlement , Maiſtre des
Ev
130 MERCURE
Requeſtes , & Conſeiller d'Etat.
Feu Monfieur de la Mote le Vayer,
Précepteur de Monfieur,dont
les Ouvrages font ſi eſtimez de
tout le monde, & fur tout des veritables
Sçavans, eſtoit ſon Beaufrere.
Madame de la Haye ſa Femme
eſt Fille du fameux Monfieur
de Monthelon , dont je vousappris
la mort ces jours paſſez .
Le Roy, ſemblable à cet Empereur
qui croyoit avoir perdu un
jour quand il n'avoit rien donné,
n'eſt pas ſeulement le plus grand
des Conquérans , mais le plus
libéral des Princes. Il ne faut pas
s'étonner qu'il faſſe des préſens
pendant la Paix, puis que les exceſſives
dépenſes de la guerre , &
d'une guerre qui luy donnoit pref
que tous les Princes de l'Europe
à combattre, ne l'ont jamais mis
hors d'état d'en faire. Mademoifelle
GALANT. 131
felle de Theobon,que nous avons
veuë Fille d'honneur de la Reyne
, & qui eft preſentement aupresdeMadame
ſans aucune fonction
, a reçeu depuis quelques
jours une glorieuſe marque de
l'eſtime que ce grand Prince a
pour elle , par une Garniture de
Diamans d'un prix fort confiderable
qui luy a eſté apportée de
ſa part. Quand le merite de cette
belle Perfonne ne ſeroit pas auſſi
ſolidement étably, qu'il l'eſtila ju.
ſtice que Sa Majefté luy vient de
rendre par ce préſent , en feroit
une preuve incontestable.
Vous aurez ſans- doute entendu
parler de la Maſcarade dont
Monſeigneur le Dauphin a honoré
Monfieur de Strasbourg ,&
du grand Bal qui a eſté donné
trois jours apres à Saint Germain
dans la Salle des Opéra , où perfonne
1
132. MERCURE
ſonne n'entra ſans étre maſqué.
Mademoiselle de Beauvais , &
Mademoiselle de Fontange , Filles
d'honneur de Madame , ef
toient de la Mafcarade ; & comme
elles devoient faire de la dépenſe
pour y paroître avec Monſeigneur
le Dauphin , le Roy
leur envoya à l'une & à l'autre
une Bource , dans laquelle elles
trouveront dequoy y fournir. I.I
uſa de la meſme liberalité dans
l'occaſion du Bal, envers Mademoiſelle
des Adraits &Mademoiſelle
Potiers ; pareillement Filles
d'honneur de Madame. Je vous
parleray de ces deux grands Divertiſſemens
, & de tout ce qui
s'y eſt paffé , avant que de finir
cette Lettre.Il y a quelque temps
que je vous fis la peinture de
Mademoiselle de Fontange. Elle
eſtoit juſte ſur ce que je vous fis
ſçavoir
GALANT.
133
ſçavoir de ſon mérite , & de ſa
beauté , mais je me trompay en
vous diſant que les yeux de cette
admirable Perſonne eſtoient
bleus. J'avoue que je ne l'avois
pas affez bien conſiderée, & que
m'eſtant laiſſé ébloüir à un éclat
que peu de Belles ont auffi brillant
, ſes cheveux châtain clair
qui étoient fort poudrez , me
parurent blonds , & me firent
croire en meſime temps qu'il
y avoit du bleu dans ſes yeux.
Cependant elle les a noirs, doux,
perçans, & pleins de feu .Ne vous
étonnez pas , Madame , ſi je me
retracte . On a quelque croyance
aux Lettres que je vous écrits,
quand elles ſont devenuës publiques.
Les Articles que j'y employe
font affez ſouvent faire des
gageures , & je ſuis obligé par là
d'eſtre fort exact, juſque dansles
moin
134
MERCURE
moindres circonstances des choſes
dont je vous parle . :
On a preſenté une nouvelle
Medaille au Roy.Elle eft deMonfieur
le Brun Avocat auParlemét .
On voit le Portrait de Sa Majeſté
dans la face droite Le Soleil
eſt dans le Revers , avec ces paroles
tirées des Métamorphoſes
d'Ovide,VIDET OMNIA PRIMUS.
C'eſt luy qui le premier aperçoit
toutes choses.
L'application en eſt fort juſte,
rien ne pouvant mieux marquer
l'activité, la penétration , & l'extréme
prudence de noſtre incomparable
Monarque , qui a cela
de commun avec le Soleil , qu'il
découvre & qu'il ſçait le premier
ce qui ſe paſſe dans ſes Etats. Il
n'eſt pas moins bien informé
des affaires des autres Cours , &
on peut dire que rien n'échape à
fes
GALANT.
135
fes yeux. Ce fut ainſi que les Egyptiens
conſacrerent la memoire
d'Ofiris, qu'ils repreſenterent par
un oeil dépeint ſur un Sceptre,
afin de faire connoiſtre la ſageſſe
de ce Prince. ::
Comme vous avez pû prendre
méchante impreffion de ceux
qui naiſſent à Pezenes , fur quelques
peintures publiques qui en
ont eſté faites , il eſt bon de
vous faire connoître par la maniere
dont on y a publié la Paix
d'Eſpagne , que quoy que cette
Ville foit une des plus éloignées
de la Cour , la Nobleſſe qui s'y
trouve en affez grand nombre,
n'y manque ny de galanterie,ny
de politeffe. En effet , les jeunes
Gentilshommes qui ont eſté prefque
tous élevez dans les Armées
du Roy , y ont acquis un air ouvert,
aisé,&tout- à- fait diférent de
celuy
136 MERCURE
celuy que le Baron de la Craffe
prend ſur le Theatre. Les Dames
y font belles , honnêtes , & fpirituelles
, & on n'y en connoit aucune
d'aſſez mauvais gouft, pour
courir ſotement apres un Mary
du merite de Monfieur de Pourceaugnac.
Voicy les particularitez
de la Feſte . Le 22.de Janvier,
qui estoit le jour que les Confuls
de Pezenas avoient choiſy,eftant
arrivé, on entendit dans toute la
Ville un bruit guerrier de Hautbois,
de Trompetes , de Fifres, &
de Tambours. Tous les Artiſans
fous les armes, ſe mirent en haye
dans les principales Ruës. La Nobleſſe
monta à cheval , & alla
ſe ranger en haſte ſous ſon Etendart.
Cet agreable defordre qui
dura juſqu'a midy , êtoit ſi bien
concerté , que Pezenas reſſembloit
plutoſt à une Place de guerre
GALANT. 137
re qu'on alloit aſſieger , qu'à une
Ville où l'on devoit publier la
Paix . Le Chaſtelain & les Confuls
, accompagnez de leur Affeffeur
& de leur Greffier , monterent
enſuite à cheval , & allerent
faire le tour de la Ville. Ils
eſtoient précedez par deux Bataillons
d'Artiſans , & ſuivis d'un
Eſcadron de jeunes Gens, la plûpart
Perſonnes de qualité . On fit
alte dans les principales Ruës. Le
Greffier y publia la Paix . En même
temps cette petite Troupe
fit une décharge auſſi juſte que fi
elle avoit eſté inſtruite de tout
temps dans le meſtierde la Guerre.
Leur Cavalcade eſtant finie,
les Armes diſparurent , & on
n'entendit plus par tout que des
Violons , des Muſetes , & des
Fluſtes douces . Les Gentilshommes
voulant plaire aux Dames
qui
138 MERCURE
qui s'eſtoient déguiſées en Bergeres
, furent aſlez galans pour
changer leur Epée en Houlete.
Le Chaſtelain régala les Belles
d'unBal , qui fut ſuivy d'un Soupé
aufli propre que magnifique .
Le Deflert fut affez particulier.
Il y eut cinq grands Baffins , quatre
de Fruit & de Confitures , &
un cinquiéme au milieu , dans lequel
eſtoient autant de Couronnes
d'Olivier , qu'il y avoit
d'Hommes à table , avec un
Bouquet de Fleurs pour chaque
Dame. Le Chaſtelain leur diſtribua
ces Bouquets, & elles furent
fort ſurpriſes d'y voir toutes un
petit Billet attaché. Chacune ouvrit
promptement le fien , & y
trouva des Vers. J'en ay recouvré
quelques - uns que je vous envoye.
POVR
GALANT . 139
POUR MADAME DE N. T. S.
L'Amour Tyran eft
incommode;
Iris, aimez moins vostre Epoux;
Cachez vos fentimens jaloux,
Et laiſſez le vivre à ſa mode.
Servezvous de cette méthode,
Il n'est point de party qui ſoit meilleur
pourvous.
POUR MADEMOISELLE
DE S. N. T. M. R. T. N.
Lc
AFeste qu'on fait en ce jour,
Climene, vous doit estre cheres
Puisqu'elle annonce le retour
D'un Amant d'un Frere,& d'un Pere.
Le defir de fervir le plus puiſſant des
Roys,
Les obligea tous trois
De courir hazarder leur vie
Dans ces Champs où d'honneur la bravoure
eſt ſuivie.
Mais ce Roy favorable à vostre attachement
,
Ne voulant pas troubler une amitié fi
belle,
Croit qu'il ne sçauroit mieux récompen-
Ser
140
MERCURE
fer le zele
Et de vous, & de vostre Amant,
Qu'en vous le renvoyantfidelle.
POUR MADEMOISELLE
DE L ... RGN.
E crois estre obligé , Philis , de vous
Jeapprendre
Que Cupidonſe plaintde vous.
Cepetit Enfant est fort tendre,
Etpour lamoindre choſe ilſe met en couroux.
Tâchez d'éviter sa coleres
Si quelquefois l' Amour est doux,
Leplus souvent il eft fevere.
Ilveut vous obliger de viure ſousſaLoy,
Et se plaint hautement de vostre indiference.
Obeiffez-luy , croyez-moy ,
Il est facheux d'éprouversa vengeance.
POUR MADEMOISELLE
DE L. G. N. C.
Vousavez de l'efprit,vous estesjeune
Pourengagervous avez ce qu'ilfaut,
Et
GALANT.
141
Etfi vous n'eſtiez pas cruelle,
Vous feriezſans defaut .
Comme ilne tient qu'à vous de devenir
parfaite ,
Si voſtre oeil a trop de douceur,
Faites en forte qu'il en preste
Vnepartieàvostre coeur ,
C'est leplusfeûrmoyen pourplaire.
Si vous voulez conferver un Amant,
Traitez le doucement ;
Si vousvoulez vous en défaire
Affectezune humeurſevere,
Vous le perdrezfacilement.
*
LYDN
Vous jugez bien , Madame,
que les autres Billets qui ne me
ſont pas tombez entre les mains,
avoient comme ceux - cy quel
que rapport à l'inclination & à
l'état du coeur des Belles à qui ils
eſtojent adreſſez . On recommença
le Bal dés qu'on eut achevé
de ſouper , & cette charmante
Aſſemblée ne ſe ſépara qu'apres
avoir employé à dancer la plus
grande
142 MERCURE
1
grande partie de la nuit.
La plupart des Actions des
Hommes eftant examinées par
des Gens fans occupation , il ne
faut pas s'étonner fi on leur donne
quelquefois des motifs tous
autres que ceux qui les ont produites.
Ces honneftes Faineans
qui n'ont que les affaires d'autruy
dans la teſte , faute d'en avoir
pour eux -meſmes, ont leurs lieux
d'aſſemblée où ils raiſonnent à
fond de toutes choſes. Il n'arrive
rien qui ne foit la matiere de
leurs réflexions , & ils vont fouvent
juſqu'à vouloir deviner les
plus fecretes penſées de ceux
qu'ils s'attachent à connoître . Un
peu apres qu'on eut publié laPaix
d'Eſpagne , ils ſe trouverent afſemblez
en aſſez grand nombre.
Ils parlerent d'abord de l'intereſt
qu'avoient tous les Princes de
l'Empi
GALANT.
143
l'Empire à la faire generale ; &
s'eſtant entretenus en ſuite de
la gloire que beaucoup de Braves
s'eſtoient acquiſe pendant la
derniere Guerre , ils tomberent
fur certaines Gens qui avoient
fait pluſieurs Campagnes , quoy
que par bien des raiſons ils ne
dûffent pas aller à l'Armée , les
uns eſtant trop avares pour ſoûtenir
la dépenſe qu'il y faut faire,
& les autres ayant fait voir en
pluſieurs occaſions , qu'ils manquoient
de coeur. Vn de ces Piliersde
converſation dontje viens
de vous parler, & qui ſçavent afſez
ce qui ſe paſſe à force de lire
tous les jours dans le grand Livre
du monde, dit que ce qui venoitde
cauſer tant de ſurpriſe, ne
devoit pas eſtre un ſujet d'étonnement
, & qu'il prétendoit le
prouver , en faiſant connoître ce
ここ
que
144
MERCURE
que c'étoit que l'Empire de Mars;
que bien que la Paix commençaſt
à régner en France , la Guer.
re ne laiſſeroit pas d'eſtre toû
jours dans quelque Partie du
Monde ; que ce qu'il prétendoit
établir devoit eſtre bon en tout
temps , & qu'il oſoit meſme ſoûtenir
qu'il ſeroit plus de ſaiſon
que jamais , puis qu'en parlant
generalement des choſes qui regardentla
Guerre , & des motifs
qui y font aller , ce qu'il diroit
pourroit donner lieu à des refléxions
, qui par l'aplication qui les
ſuivroit , feroient eſtimer davantage
une partie de ceux qui s'eftoient
trouvez dans les dernieres
Campagnes. Chacun ſe montra
diſpoſé à l'écouter. Il demanda
du temps , & dit que ſon deſſein
eſtoit de donner par écrit une
Deſcription del'Empire de Mars,
هللا
&
ILLE
*1893*
t
b
g

P
X
t
t
14-
9
556
r
j
A
é
GALANT.
145
&d'en faire meſme une Carte.
Son deſſein futapprouvé.Onparla
d'autre choſe. Dix ou douze
jours ſe paſſerent , & enfin il tint
parole. Il fit voir d'abord laCarte
que je vous envoye , & pria la
Compagnie de l'examiner. Vous
ferez , s'il vous plaiſt , la meſime
choſe , afin que par le raport du
Chifre que vous y trouverez
marqué, &de celuy qui eſt dans
l'ouvrage qu'il leur aporta , vous
puiſſiez plus aisément diftinguer
les divers Articles qui le compoſent.
Le plus empreſſe prit cet
ouvrage, & le lût tout haut. Voicy
ce qu'ilcontenoit.
L'EMPIRE
Q
DE MAR S.
Velques Cartes qu'on aitdon
nées juſquà aujourd'huy
Fevrier. G
d'em.
146 MERCURE
pires veritables &feints , on n'en
à point encor veu qui reſſemble en
aucune forte à celuy dont je vous
vay faire la description. Vous n'a
vezpointjusqu'icy entendu parler
d'Empire qui euſt des Portes , &
nous n'en avons jamais veu qu'aux
Maiſons , Chasteaux , villes &
Bourgs. Cependant l'Empire de
Mars en a huit , qui font,
1. La Porte de l'amour que chaque
Nation apour fon Prince ; d'où
l'on peut juger que celle qui regarde
la France, doit estre appellée la
Porte de Loüis LE GRAND . Ila
toûjours fait la guerre d'une maniere
àne pas manquer de Soldats ; &
comme tout leur a este fourny en
abondance dans ses Armées , &
qu'on n'a point laißé de ſervices
Sans récompense, on l'a toûjoursfuivy
avec empreſſement , comme un
de ces Maistres infaillibles ſous qui
on
GALANT.
147
on estoit aſſure qu'on apprendroit
l'Art de vaincre . Cette Porte,depuis
quelques années la premiere de
l'Empire de Mars , & dont le chemin
est leplus batu,eft ornée deplufieurs
bas Reliefs qui representent
les Batailles que ce Conquérant a
gagnées , & les Villes qu'il a priſes.
Cet invincible Monarque paroît à
cheval au deſſus de ce superbe
Edifice.
2. Laseconde Porte est appellée
Porte du zele de la Patrie. Le che
min en estoit beaucoup plus batu du
temps des Romains , la plupart de
ceux qui vouloient aller dans l'Em
pire de Mars , y entrant par cette
Porte. Elle est remplie des Statuës
de ceux quiſeſontſacrifiezpour la
gloire, le repos , & le bien de la Pa
trie. On y voit celles des Curtius,
des Décius , des Codrus , des deux
Freres Cartaginois , Surnommez
Philenes , & de beaucoup d'autres .
Gij
148 MERCURE
3. La troifiéme Porte est celle de
la belle Ambition . La Statuë de la
Gloire est au deſſus , & l'on y voit
celles de plusieurs Héros qui invitent
àsuivre l'exemple qu'is ont
donné. L'ambition de ceux qui paf-
Sent par cette Porte pour entrer
dans l'Empire de Mars , n'est pas
du nombre de ces paßions déreglées,
qui n'ont que la fureurpour guide,
& qui n'inspirent que de violens
defirs de s'agrandir à ceux qui en
Sont maîtriſez. Celle-cy est unepafſionhonneste
, qui n'a que la gloire
pour objet. Ceux qu'elle animen'ont
aucune pensée pour leurfortune. Ils
ne cherchent que cette belle réputation
dont ily a peu de Gens qui
Se rendent dignes , & qu'on croit
pourtant que plusieurs poſſedent ,
parce qu'elle est souvent confondue
avec la fauſſe réputation dont l'éclat
est encorplus brillant.
4.La
GALANT.
149
4. La Fortune , le Dieu des Richefſes
,& les Statuës de ceux qui
ont fait leurs affaires à la Guerre,
fervent d'ornement à la quatriéme
Porte, appellée la Porte de la Fortune.
Ceux qui entrent par là dans
l'Empire de Mars,ont des fentimens
auſſiintereſſezque ceux qui entrent
par la Porte de la belle Ambition
en ont de remplis d'honneur. Ils ne
cherchent qu'à faire fortune. S'ils
font quelque dépense , c'est dans le
deffein de se faciliter les occafions
d'en estre largement récompensez.
Ilsnefont jamais contens, ſe plaignent
fans ceffe de la Fortune , &
diſent toûjours qu'elle ne fait rien
pour eux lors qu'ilssefont ruinez
pour elie.
5. La cinquiéme Porte eft celle
de l'inclination naturelle. Elle est.
remplie de Trophées d'armes , &de
toutesfortes d'instrumens de guerre.
Giij
150
MERCURE
Rien ne fait prendre ce chemin ,
qu'une inclination qu'on a naturellement
pour les armes. Ceux qui
entrent par cette Porte dans l'Empire
de Mars, nefont jamais rebutez
de la peine ny des périls , & v
font fouvent plus de fortune que
ceux qui n'entrent dans cet Empire
que par un mouvement d'interest.
6. Comme l'amour ſe mesle de
tout , & qu'il a ſouvent part à ce
qui luy paroist de plus opposé , on
ne doit pas s'étonner s'il a une Porte
dans l'Empire de Mars.Lafixieme
est sous son nom. Vne infinité
de petits Amours luyfervent d'ornemens
, &semblent inviter à choisir
plutoft cette Porte qu'une autre pour
entrer dans l'Empire de Mars.
Tous les Amans dont les Maîtreffes
aiment la folide gloire , prennent
ce chemin , parce qu'ils font
Seûrs de leur plaire , en acquérant
de
;
GALANT.
de la réputation par les armes. De
pareils Guerriers ſe ſignalent dans
toutes les occaſions où ils se rencontrent.
Rien n'égale leur valeur
,parce qu'ilsfont toûjours animez
du veritable feu qui fait les
Braves.
7. La Sculpture de la feptiéme
Porte n'est que de pillage de
Villes , de Villages , &de Convois,
de partages de Butin fait entre les
Soldats , & de paye qu'on leur donne.
Auffin'entre- t- il quafi que des
Soldats par cette Porte. Elle est
appellée Porte de l'espoir du Gain,
&leur tient lieu de celle de la Fortune,
qui n'est que pour les Perfonnes
relevées ou par leurs emplois
dans cet Empire , ou par leur naiffance
, qui ne leur doit rien faire
attendre que de grand.
8. La huitième & derniere
Porte est appellée Porte du Liberti-
1
G iiij
152
MERCURE
nage , de la Faineantiſe , & de
l'Oifiveté. Bacchus , le leu , & la
Ioye , y fervent d'ornemens. Ceux
qui entrent par cette Porte , ne regardent
point la fatigue , parce
qu'elle n'est pas continuelle
nese foucient pas d'avoir quelques
jours de peine, dans l'efperance d'en
avoir beaucoup de plaifir. Si cette
amorce ne les attiroit , quantité
de Gens oififs , & mesmeplusieurs
Ouvriers qui n'aiment pas le travail,
ne renonceroient pas à ce qu'ils
doivent avoir de plus cher , pour
allerprendre du bon temps à l' Armée.
Toutes ces Portes neferment
point , parce qu'il est permis à tout
Le monde d'entrer dans cet Empi
re en quelque temps que se foit
On y est toûjours bien reçeu. On
n'y paye rien pourle droit de Bourgeoisie,
au contraire ceux qui veulent
y venir demeurer reçoivent
de
GALANT.
153
de l'argent en y entrant. On les
nourrit , on les récompense , & on
va mesme jusqu'à les folliciter d'y
prendre party. A- t - on jamais entendu
parler qu'il ait aucun autre
Empire dans le Monde où l'on en
use de cette forte ? & n'est-onpas
bien heureux , de n'avoir rien à
faire qu'àmontrerquelquefois qu'on
adu courage , dont on est d'ailleurs
doublement récompensépar la gloire
qu'on en reçoit ?
Quoy que cet Empire ait des
Portes , il n'a aucunes Murailles.
L'on y peut aisément entrer
par les endroits vuides qui font
d'une Porte à l'autre. Peu de Gens
pourtant prennent ce chemin ,
quoy qu'il soit fort aisé , &
chacun entre par les diférentes
Portes que je vous viens de marquer
, Selon ſes diférentes inclis
nations.
G
154 MERCURE
9. Le Palais de Mars est au
milieu de l'Empire. Ne vous imaginez
pas que le Bâtiment en foit
Superbe,&quele Porphyre,leMarbre,
& le lafpe, y foient employez.
Ce Dieu n'aime le plus souvent à
coucher que ſous des Tentes. Ce n'est
Pas que les dedans n'en foient d'une
fort grandesomptuoſité , & qu'ils
ne renferment quelquefois desMeubles
aussi précieux que ceux qui
Sont dans les plus magnifiques Palais.
Il faut toûjours que les Souverains
foient marquez par des
choses qui faſſent connoistre leur
grandeur , & qui impriment les
fentimens defoûmiſſion & d'obeis-
Sance qui leurfont deûs. Sans cela
iln'y auroit que tumulte &que defordre.
Qui manque de respect,
manque de crainte; & qui ne craint
point,fait malfon devoir.
10. La plupart des Villes de.
cet
GALAN Τ .
155
cet Empire font bonnes & bien
fortifiées. Elles font toûjours ou
affiegées , ou menacées de l'estre.
Vous en voyez d'aſſiegées , & d'autres
preßées , où l'on commence de
monter à l'affaut.
11. On y donne fréquemment
des Batailles comme vous pouvez
remarquer dans cette Carte. Onne
s'en étonnepoint . Plusieurs s'en font
un plaisir , n'ayant esté élevez que
pour cela , &n'estant venus dans
cet Empire que pour en voir.
12. On y marche fort rarement
fansEfcorte , à caufe des embuscades
dont on entend parler à tous
momens . Ceux qui paſſent aupres
des Forests , ou dedans , ont de la
peine à les éviter.
13. On y voit des Villages en
- 14. Les Villages pillez yfont en
grandnombre.
15. It
156 MERCURE
15. Ily a de méchans Marais,
quifont appellez Marais desMalheureux,
dont pendant les mauvais
temps,de misérables Soldatsnepeuvent
quelquefoisſe tirer..
16. On ydécouvreplusieursMontagnes,&
entr'autres celle de Gloire,
qui est la plus élevée. Il en fort
un Torrent qui forme 17.uneRiviere
appellée d' Ambition. CetteRi
viere enproduit trois autres quiferpentent
dans tout l'Empire deMars.
Ges trois Rivieres font, 18. laRiviere
de Temerité , 19. la Riviere
de Fierté , 20. & la Riviere d'Intrépidité.
Cette derniere roule avec
une vitesse incroyable..
Les Villages les plus conſidérables
de cet Empire font , 21. Vigilance,
22. Abondance 23. Gruauté, 24Vi-
Etoire, 25. Clemence , 26. Brutalité,
27.Fatigue, 28.Repentir, 29.Crainte,
30. Terrcurpanique, 31. Grand.
coeur
32.33.
GALANT. 157
32.33 . Les Villages les plus proshes
des Troupes quifont encampagne
, font toûjours choisis pour les
Hôpitaux des Armées. R
34. Ily a un Lac dans cet Empire
appellé Lac d'Inconstance . On
paſſeſouvent d'un bout àl'autre lors
qu'on y penſe le moins , & qu'on
n'en a pas mesme deffein , & l'on
est souvent renvoyé peu de temps
apres au mesme endroit d'où l'on
est party. Les Vents du Sortjournalier
des Armes qui fouflent or
dinairement sur ce Lac, font cau
ſe de tous ces changemens précipitez.
31. De tous costez hors de cet
Empire, on voit des Deferteurs qui
s'échapent
Il y a des Habitans", qui quoy
qu'enfermez dans ce qui s'en peut
appeller l'enclos,ne font point Sujets
de Mars ,& qui ſouvent mesme
ne
158 MERCURE
ne portent point d'armes. Tels font
les Bourgeois des Places afſſiegées,qui
ne ſe meſlent de rien ,& qui laiſſant
à leur Garnison , & aux Armées
qui les afſtegent , lefoin de démefler
leurs diférens , ne font que fpe-
Etateurs inquiets des coups qui se
donnent .
La plupart des Villes de cet
Empire fourniſſent aux Troupes
de bons Quartiers d'Hyver , qui
mériteroient plutost d'estre appellez
Quartiers de Divertiſſement.
Ce ne font que Bals & Réjoüiffan
ces. Les Braves qui sçavent l'Art
de vaincre , n'ont point à craindre
d'y perdre leur temps , &doublier
leur mestier . Ils attaquent
des coeurs , & en triomphent fouvent.
Il ne faut pas s'en étonner. Il
est peu de coeurs bien faits qui
puiffent long- temps resister à des
Amans couverts de Lauriers ,&
tout
GALANT. 159
tout brillans de cette belle gloire
dont les Conquéransfont revestus .".
Ie ne vous ay point fait remarquer
dans cet Empire de certains
endroits où il y a des Goufres appellezAbîmes
de lacheté.Ilsfont dans
des coins fi détournez , qu'on ne
les peut voir que lors qu'on est
fur le bord. Ainsi l'on ne s'en apperçoit
pas davantage que de ceux
qui pendant un Combat ſe retirent
de la mêlée , & trouvent moyen
de ſe joindre à leurs Compa
gnies, lors qu'il eft question de faire
retraite.
Fort loin des Portes de cet Empire
, il y a de grands Palais appellez
de Récompense , où se viennent
quelquefois repofer ceux qui
ont eu l'avantage de ſe ſignaler
fouvent, & de faire des actions extraordinaires.
On doit remarquer que ce Païs
est
160 MERCURE
eft tout diferent des autres , où il
y a des routes qui ſont toûjours les
mesmes pour les voyageurs , & qui
les conduisent où ils ont destiné
d'aller. Cet Empire n'ariendeſemblable.
On ne peut le diviſer. Point
de routes , point de chemins , détours
par tout. C'est comme un labyrinthe
, où l'on passe d'un endroit
à l'autre ſans fçavoir où l'on
va. Le terrain eſt ſemblable aux
affaires de la Guerre , qui font pleines
de détours . Les uns logent d'abord
à Victoire , & les autres n'y
logentjamais. Ceux- cy vont àRepentirdés
lapremierejournée.D'autres
font deux giftes en mesme jour,
&paffent de Brutalité à Cruauté.
Quelques-uns vont tout d'un coup
à ce dernier. Il y en a qui arri
vent à Intrepiditéfans paſſer par
Crainte ; & d'autres logent toû
jours à Crainte fans qu'ils en ofent
Sortir
GALANT. 161
Sortir. Tout change dans cet Em..
pire. Une Ville y devient Village,
a un Village fortifié y devient
Ville. Le cours des Rivieres y est
mesme ſouvent détourné. Du refte
c'est un bon Païs. Si les vivresyfont
raresquelquefois , ily aſouvent des
temps où ils s'y trouvent en abondance.
On ne s'y voit jamais fans
argent , parce que ceux qui en ont
en prêtent toûjours volontiers à
ceux qui en manquent. Iln'est point
beſoin de Notaires pour en paſſer
L'obligation , ny de Sergens pour
obliger à le rendre. Le plus avare
change là d'humeur , & offre ſa
Bourcefans qu'on la luy demande,
àceux-mefmes qui hors de cet Empire
luy auroient fait inutilement le
moindre emprunt fur de bons Contracts.
Auffices fortes de debtesfont
toûjours privilegiées, GunHome qui
négligeroit de rendre ce qu'on luy a
preffé,
162 MERCURE
preſté, neseroit pas moins notéd'infamie
, que ceux qui ne ſe mettent
point enpeine depayer l'argët qu'ils
perdent au jeu fur leur parole. Les
Tables y font toûjours bonnes , & les
veritablesBraves qui n'en ont point
y sont bien reçeus. Enfin c'est un
Païs de joye, de bonne chere , & de
plaisirs , & ce qu'on ne croiroit pas,
defincerité.
Toute l'Aſſemblée fut affez
contente de cette Piece.L'invention
en parut fort agreable.On dit
qu'à la bien examiner ,, on y
trouveroit tout ce qui ſe paſſe
dans laGuerre , qu'elle estoit morale
& utile , & qu'on ne s'éton
noit plus fi certaines Gens s'eftoient
fait un point - d'honneur
d'aller à l'Armée .
La liberté eſt unbien ſi doux,
qu'on ne ſe laſſe jamais d'en
chan
GALANT . 163
chanter les avantages. L'air qui
fuit vous le fera voir. Il eſt de
Monfieur du Pré.
AH, qu'il est doux de vivre on li
Quand on s'engage,
On est peu fage,
Et le repos n'estplus en feûreté.
Vit- on jamais aimerSans peine 1893
Et jamais aima- t'onſa chaîne ?
Ah ,
*
qu'il est doux de vivre en liberté!
Comme on vous mande fouvent
des nouvelles de la Cour,
vous aurez ſçeu ſans doute qu'elle
a crû perdre un de ſes ornemens
au commencement de ce
Mois. En effet Madame la
Marquiſe de Coëtquin a eſté
fi malade , que ſa mort a eſté
publiée en cette Ville . Ce
bruit a pu ſe répandre dans
voſtre Province , & ainſi je
:
د
croy
164 MERCURE
croy la devoir reſſuſciter dans
l'eſpritde ceux qui ne ſçavent pas
qu'elle en a eſté quite pour l'apprehenfiodemourir.
Il est bon de
leur apprendre en meſime temps
que Monfieur le Marquis de Biran
commence à recouvrer fa
ſanté.On a deſeſperé long- temps
de ſa gueriſon. Cette perte euſt
eſté ſenſible à Monfieur le Duc
de Roquelaure ſon Pere , car ce
jeune Marquis a beaucoup d'efprit
, & il eft difficile de donner
aux choſes un tour plus agreable
qu'il fait.Monfieur le Duc de Roquelaure
a connu dans cette oc+
cafion combien il eſt eſtimé , par
le nombre infiny de Gens qui
eſtoient tous les jours chez luy,
pour demander des nouvelles
d'un Fils qui luy eſt ſi cher. Ses
manieres honneſtes qui le font
aimer par tout , luy avoient particulie
GALANT. 165
ticulierement gagné les coeurs
des Perſonnes les plus qualifiées
de Normandie pendant le ſejour
qu'il y a fait , & il vient de voir
combien le zele qu'on luy avoir
marqué eſtoit veritable , puis que
tout ce qui s'eſt trouvé à Paris
de plus confiderable de cette
Province , s'eſt continuellement
empreſſe , auſſi - bien que tous
ceux de fon Gouvernement , à
luy aller témoigner la part qu'ils
prenoient à ſa douleur.
J'avois raiſon , Madame , de
vous dire au commencement de
cette Lettre , qu'il y avoit apparence
que je ne la finirois point
fans vous donner encor une fort
agreable nouvelle. Je croy qu'il
ne vous en faut pas dire davantage
pour vous faire deviner de
quelle nature elle eft. Voicy l'état
des choſes.
Douze
L
166 MERCURE
Douze mille Impériaux incommodoient
fort les Habitans
de Strasbourg,& confumoient ce
qu'ils avoient de vivresdans leur
Place. Nos Troupes mangeoient
ce qui en pouvoit reſter au dehors,
& il n'en entroit pointdans
la Ville qu'ils ne les payaſſent
cherement. Toute la Nobleffe
d'Alface qui y ſoufroit , avoit entierement
réſolu d'en fortir .Monfieur
de Monclar faiſoit détourner
le cours d'une Riviere, ce qui
alloit cauſer la derniere mifere
dans cette Ville . Tréves & Cologne
appréhendoient d'eſtre afſiegées.
Nous nous eſtions déja
rendusmaiſtres de huit Places fur
le Rhin. Nos appreſts eſtoient
grands pour la Campagne prochaine
, & toute l'Allemagne en
eſtoit alarmée , lors que l'Empereur
a crû devoir enfin accepter
les
GALANT. 167
les conditions de Paix qui luy ont
eſté offertes par le Roy il y a pres
d'un an , & que tant de Princes
d'Allemagne trouvoient fi
équitables , qu'ils faifoient tous
les jours de nouveaux efforts
pour faire entendre à Sa Majeſté
Imperiale , qu'elle ne les devoit
pas refuſer . C'eſtoit entrer
veritablement dans ſes intereſts,
puis que cette Paix fi neceſſaire
à toute l'Allemagne, eſt auſſi avatageuſe
à l'Empereur dans l'état
où ſont ſes affaires , qu'elle eft
glorieuſe au Roy par mille circonſtances
dont toutes mes Lettres
font pleines. Je vous en parleray
plus amplement , quand les
Ratifications auront eſté échangées.
Monfieur le Marquis d'Eftrades
en a apporté le Traité au
Roy. Il a eſté ſigné à Nimégue
le 5. de ce mois. Il apporta auſſi
à
168 MERCURE
à Sa Majesté la nouvelle de celuy
qui a eſté conclu entre l'Empereur
&leRoy de Suede.Jugez,
Madame , s'il n'y a pas lieu d'efperer
apres cela que nous verrons
bien- toſt la Paix genérale, & fi le
repos de l'Europe ne ſera pas dû
auRoy , qui à la teſte d'une Armée
victorieuſe , & avant qu'aucun
de ſes Ennemis fuſt en état
de ſe mettre en campagne pour
luy refifter , a bien voulu offrir la
Paix , eſtimant plus la gloire immortelle
qu'il acquiert en la donnant,
que les Conqueſtes qui luy
eftoient infaillibles. Je viens à des
Nouvelles plus particulieres.
Madame de Miramion ,dont la
pleté exemplaire vous eſt connuë
, fit faire ces jours paſſez un
Bout-de- l'an pour feu Monfieur.
le Premier Preſident de Lamoignon
, dans l'Egliſe de S. Nicolas
des
GALAN T. 169
des Champs. Elle avoit priéMr.
l'Abbé Flechier de faire l'Oraiſon
Funebre. Il s'en acquita à fon
ordinaire , c'eſt à dire que ce fut
un Ouvrage achevé , qui charma
toute l'Aſſemblée. Elle estoit
auſſi illuſtre que nombreuſe. La
grande réputation du Défunt ,
l'eſtime qu'on a pour celle qui
faiſoit faire le Service ,& les belles
choſes qu'on attendoit de
Mr- l'Abbé Flechier avoient engagé
un nombre infiny de Gens
de la premiere qualité à ſe rendre
dans cette Eglife. On y devoit
faire le Panégyrique d'un
grand Homme , & ce Panégyrique
partoit d'une Plume tres.
délicate. C'eſtoitaſſez pour atti
Fer tout Paris .
Il y a eu auſſi ſur la fin du Carnaval
, une fort grande Affemblée
au Parlement , où Monfieur
Fevrier. H
170 MERCURE
le Mareſchal Duc de Vivonne
a eſté reçeu Duc & Pair. Je ne
vous répete point ce qui ſe paſſe
dans ces fortes de Receptions ,
vous en ayant déja entretenuë
fort amplement dans deux de
mes Lettres . Monfieur Colbert
eſtot venu trouver Monfieur le
Premier Préſident de la part du
Roy , pour luy dire que Sa Majeſté
diſpenſoit Monfieur de Vivonnedes
viſites qu'on a de coûtume
de rendre à Meſſieurs du
Parlement , à cauſe de quelques
incommoditez qui ne luy permet.
toient pas de les faire. Mr.le Boux
Rapporteur , ſe fit admirer dans
l'Eloge qu'il fit de ce Duc , quoy
qu'il euſt eu fort peu de temps
à s'y preparer ; mais la matiere
eſtant belle & ample , & leRapporteur
habile Homme , il ne
faut pas s'étonner s'il n'eut pas
beſoin
GALANT. 171
beſoin d'une longue meditation
pour réüſſir avec autant d'avan.
tages qu'il fit . Monfieur le Duc
aſſiſta à cette Ceremonie , auffibien
que Mr. l'Archeveſque de
Rheims , Mr. de Langre & Mrs.
les Ducsde Cruſſol , de Chaune ,
de Boüillon, de Leſdiguieres , de
Richelieu , de Mazarin , de Foix ,
de Créquy , de S. Aignan , de
Coiflin ,deMonaco , de Gevre,
de Villeroy, &de Gramont. Souvenez-
vous , Madame , que je
ne leur donne aucun rang , &
que je vous en écris les noms
ſelon que ma memoire me les
fournit. Le meſme jour de cette
Reception , Mr. de Vivonne ceda
ſon Duché à Mr. le Marquis
de Mortemart ſon Fils .
Monfieur de Malaſſis Capitaine
aux Gardes eſtant mort , le
Roy a donné ſa Charge à deux
Hij
172
MERCURE
7
Lieutenans du meſme Corps , &
par un accommodement fait
entr'eux , elle eſt demeurée à
Monfieur Mouron .
r
Il eſt ſouvent dangereux d'êſtre
obligeant. Vous l'avez veu
par cequ'il en a couſté à la Damequicut
l'honneſteté de donner
place dans ſon Carroffe au
prétendu Conſeillerqu'elle trouva
à pied dans un embarras ; &
vous l'allez encor mieux voir
par les circonstances d'une autre
Avanture quia fait icy tant
de bruit,que vous en aurez peuteſtre
déja entendu parler dans
voſtre Province. L'Opéra venoit
de finir. La foule y eſtoit
grande, comme elle l'a toûjours
eſté depuis les Repréſentations
de Bellérophon. Une Dame qui
apparemmet étoit fortie des premieres
, appelloit tout haut fon
Cocher,
GALANT. 173
Cocher , & perfonne neluy répondoit.
Elle n'avoit qu'une Demoiſelle
avec elle , & un Laquais
qui portoit ſa queuë. Les plaintes
qu'elle faifoit de ſe trouver
ainſi ſans voiture au milieu d'un
grand monde qui abondoit de
touscoſtez , furent entenduës d'un
Cavalier qui étant naturellement
fortcivil , luy offrit d'abord ſes
Gens pour aller chercher ſon
Carroffe. Elle répondit qu'elle
venoit d'envoyer un de ſes Laquais
pour le découvrir;mais que
comme il ne revenoit point , il
y avoit apparence que ſon Cocher
n'avoit pas eſté ſi diligent
qu'elle luyen avoit donné l'ordre.
Elle tourna alors la teſte pour
voir fi elle ne ſe pourroit point
tirer de la foule , & s'échaper
dans quelque Maifon, où elle pût
attendre ſans embarras qu'on luy
Hij
174 MERCURE
amenaſt ce qui ne pouvoit manquer
d'arriver bientoſt. Le Cava.
lierqui vit uneDame auffi propre
que bien faite , crûtdevoir poufſer
ſa civilité plus loin, en luy offrant
de la remener chez elle, ou
en tel lieu qu'elle voudroit luy
marquer, Ces paroles luy faifoient
connoître qu'elle eſtoit en
toure, ſeûreté avec luy , & que la
ſeule conſidération qu'un galant
Homme doit avoir pour le beau
Sexe , l'engageoit à luy faire les
offres qu'elle recevoir. Aufli ne
fongeoit - il guere à chercher ce
qu'on appelle mal- à- propos occafion
debonne fortune.Son mérite
le met à couvert de ce ſoupcon
; & comme peu d'Hommes
enFrance font auſſi bien faits que
luy, il n'a point beſoin , pour étre
heureux , que le hazard ſe meſle
de ſes Affaires, La Dame ne
pût
GALAN T.
175
pût conſentir d'abord à luy donner
la peine qu'il vouloit prendre
pour elle ; & enfin apres quelques
refus où elle ne fit pas moins
paroiſtre d'eſprit que d'honneſteté
, elle accepta le party , &
monta dans le Carroſſe du Cavalier
. Son équipage, ſa mine, & un
certain air qui parle toûjours de
ce qu'on eſt , luy firent juger
qu'elle avoit affaire à une Perfonne
de naiſſance , mais elle ne
le connut point pour un Homme
diſtingué par ſa qualité &
par ſes emplois. On prit la route
du Quartier où logeoit la Dame.
LaMaiſon eſtoit affez d'apparence.
LeCavalier luydonna la main,
& la conduiſit dans un Apartement
où il y avoit quelque choſe
de plus que de la propreté
dans les meubles. La Dame ne
pouvoit luy faire aſſez de remer-
Hiiij
176 MERCURE
cimés de la gracequ'elle avoit reçeuë
; & comme elle avoit beaucoup
de vivacitéd'eſprit, elle l'engagea
dans une longue conver
ſation qu'elle interrompit pour le
prier de vouloir ſouper avec elle.
Il commençoit à ſe faire tard, &
on l'en pria de fi bonne grace,
qu'il crût ne pouvoir paffer plus
agreablement le reſte du jour. II
demeura. On couvrit la Table, &
on parloit de ſervir , quand il vit
entrer deux Hommes d'épée . Ils
firent connoiſtre qu'ils arrivoient
de S. Germain. La Dame leur
dit que s'ils n'avoient point ſoupé
, il ne tiendroit qu'à eux de
prendre place. Ils n'en firent
point de façon , & en attendant
qu'on ſerviſt , ils commencerent
à debiter des Nouvelles .
Le Cavalier les écouta en les
regardant. Ils avoient une phyfiono
GALANT.
177
ſionomie qui luy déplût , & il
n'en jugea pas mal,en les croyant
de ces braves ſans bravoure , qui
font toûjours preſts à tirer l'épée
par tout où ils ſçavent qu'ils font
les plus forts , &qui mettent les
crimes utiles au rang des plus
belles actions. Il rêvoit aux mefures
qu'il avoit à prendre quand
il en parut trois autres de meſme
figure que les premiers. Ils firent
compliment à la Dame , furent
retenus à ſouper , & lierent
tous converſation , comme Gens
qui ſe connoiffent . Le Cavalier
accoûtumé à ne voir que des
Perſonnes de Cour , fut fort furprisde
ſe trouver dans une Feſte
de cette nature. Le pas eſtoit
dangereux. Il connut qu'on ne
s'aſſembloit pas pour rien , &
il y avoit du péril à faire paroif..
tre qu'il le connoiffoit. 11 fic
Hw
178 MERCURE
:
bonne mine , ne s'ébranla point,
& pria ſeulement qu'on fiſt monter
un de ſes Laquais pour le fervir.
Adire vray , Madame , il faut
une préſence d'eſprit admirable,
&une intrépidité qui paſſe tout
ce qu'on en peut concevoir,pour
ſe poſſeder de cette forte. Ce
font des occafions où les plus fermes
s'étonneroient. Il ne s'agit
point de fix contre un ſeul . Un
Brave ne les craindroit peuteſtre
pas en pleine campagne ;
mais quand on ſe voit ſans armes,
qu'on eſt aſſuré de n'eſtre point
attaqué par les formes , & qu'on
peut périr par des refforts qu'il ,
eft impoſſible de prévoir le jugement
le plus aſſuré ſe trouble , &
il eſt difficile de ne laiſſer pas
échaper quelques marques d'agitation
qui découvrent l'embarras
d'eſprit où l'on eft. On ſemit
à
GALANT. 179
atable , & il n'y eut rien que
d'honneſte dans le commencementdu
Repas . La Dame en fit
les honneurs au Cavalier , & les
Braves ſe montrerent d'abord tous
pleins de zele pour luy ; mais peu
àpeu ils vinrent à de certaines
libertez qui luy firent affez voir
le deſſein qu'ils avoient de prendre
querelle. Ils luy jettoientde
petites boules de Pain au viſage,
& témoignoient avoir grande
envie qu'il ſe fachaſt . Il leur en
jetta de ſon coſté , en diſant que
tout eſtoit permis dans la joye ;
mais il ne laiſſoit pas de garder
toûjours beaucoup de précaution
, parce qu'il avoit à ſe ménager.
Enfin le plus effrontéd'entr'eux
luy parla d'un fort beau
Diamant qu'il avoit au doigt. Il
l'en tira auſſitoſt , afin qu'il puſt
le voir de plus pres , & luy
dit,
180 MERCURE
dit,en le mettant entre ſes mains,
qu'il eſtoit à ſon ſervice. Le Brave
fit d'abord l'honneſte , & répondit
qu'une choſe de cette importance
ne s'acceptoit point;
mais enfin le Cavalier luy repetatant
de fois , que puis qu'il le
trouvoit beau , il le deſobligeoit
de le refuſer , qu'il le garda malgré
les feintes prieres que luy fit
la Dame de ne ſe point prevaloir
d'une generofité ſi peu com .
mune. Les quatre autres qui
s'attendoient à partager le butin,
ſe porterent de nouveau la ſanté
du Cavalier. Il leur fit raiſon , &.
feignant de prendre plaifir à ce
redoublement de débauche , il
leur dit que fi la Dame n'eſtoit
point incommodée de leur voir
tenir table fi longtemps , il ſçavoit
d'excellent Vin qu'il luy
eſtoit facile de faire apporter.
7.
IL
GALAN T. 181
Il en obtint aisément la permif.
ſion , puis qu'apparemment on
ne cherchoit qu'à laiſſer avancer
la nuit pour l'exécution du defſein
qu'on pouvoit avoir fait de
le voler , & peut- eſtre de l'afſaffiner
. En meſme temps il donna
ordre tout haut à ſon Laquais
de courir chez une Perſonne
qu'il luy nomma , & d'en
apporter douze Bouteilles du
meſme Vin qu'il luy avoit envoyé
depuis fix jours . Le Laquais
qui eſtoit intelligent,& qui avoit
remarqué ce qui ſe paſſoit, com.
prit ce que ſon Maiſtre ſouhaitoit
de luy. Il l'envoyoit chez
un Officier qui prenoit ſes ordres,
& c'eſtoit affez luy faire con
noiſtre qu'il avoit beſoin de ſecours.
Le Laquais fortoit quand
le Cavalier le rappella , pour luy
dire qu'il luy apportaſt enmeſme
temps
182 MERCURE
temps quatre Bouteilles de Liqueur
qu'il trouveroit à l'entrée
de ſon Cabinet. Il luy ſerra
fortement la main en luy donnant
la clef, & adjoûta tout bas, douze,
Gardes. Le Laquais fit toute la
diligence poffible . Cependant
on continua le Repas ,& les Amis
de la Dame furent d'autant plus
civils , que le Cavalier étant de
fort bonne humeur , ils crûrent
qu'il ſe préparoit à boire , &
qu'ils en viendroient plus facilement
à bout de leur entrepriſe.
Le Laquais revint. Si-toſt qu'il
parut , ſon Maiſtre luy demanda
fi les Bouteilles venoient. Il répondit
qu'on les apportoit , &
dans le meſme moment douze
Gardes entrerent avec le Moufqueton
tout preſt à tirer. La Livrée
fut connue des Braves . Ils
ſe regarderent l'un l'autre , &
demeu
A
GALAN T. 183
demeurerent dans une ſurpriſe
qui ne ſe peut exprimer. LeCavalier
leur dit d'abord en riant, que
dans la crainte qu'ils ne le vouluffent
pas croire fur ſa parole, s'il
leur déclaroit ce qu'il eſtoit , il
avoit envoyé chercher des Témoins
qui leur donneroient là
deſſus toute forte d'éclairciffement.
La Dame qui ſe vit perduë,
eut recours aux larmes & aux fuplications
. Les Gardes la vouloient
jetter par les Fenestres ,
mais le Cavalier les en empefcha,
& apres avoir repris fonDiamant,
il ſe contenta de la faire mettre
en lieu ſeûr juſqu'à nouvel ordre.
Les braves qui luy tinrent compagnie,
furent un peu mal-traitez
en allant où les Gardes les conduifirent.
Comme ils ne méritoient
pas qu'on les épargnaft , on
les fit marcher plus viſte qu'ils
ne
1
184 MERCURE
ne vouloient , & jamais ils ne ſe
trouverent plus defagreablement
eſcortez.
Il eſt temps que je m'acquite
des Articles que je vous ay promis
. Je commence par celuy de
Monfieur le Prince & Eveſque
de Strasbourg. Vous ſçavez qu'il
y a déja pluſieurs années qu'il
eſt hors de ſes Etats qu'on l'a
privé preſque de tous ſes Revenus
, les Biens qu'il a dans l'Empire
ayant eſté confiſquez , &
qu'il n'a trouvé d'azile qu'en
France contre les puiſſans Adverſaires
qu'il a eus depuis le
commencement de la Guerre .
Cet azile luy estoit bien feûr
dans la Cour d'un Roy qui ſçait
également protéger ſes Alliez , &
triompher de ſes Ennemis. Cette
grande verité eſt trop connuë
pour avoir beſoin de preuve ,
quand
GALANT.
185
quand meſme elle ne ſe rencontreroit
pas en la perſonne de
Monfieur le Prince de Stras
bourg. Sa conduite ,& toutes les
choſes qu'on luy a veu faire depuis
qu'il eſt à Paris , font affez
connoître combien il eſt ſatis fait
du party qu'il a pris. Ceux qui ont
P'honneur de l'approcher,aſſurent
qu'il eſt tellement perfuadé de
la grandeur & de la genérofité
du Roy , qu'il joüit d'un calme
&d'un repos d'eſprit qui ne ſe
peuvent imaginre,& nous en vo
yons des marques dans le ſuperbe
& galant Régal qu'il donna
à Monſeigneur le Dauphin
la nuit du Samedy au dernier
Dimanche du Carnaval , que ce
jeune Prince vint maſqué à l'Hôtel
de Strasbourg. Le Roy avoit
nommé tous ceux qui devoient
eſtre de la Maſcarade. Les
Dames
186 MERCURE
Dames qui eurent l'avantage d'être
de ce nombre , furent Meſdames
les Ducheſſesde Vantadour,
de la Ferté , & de Foix ; Madame
la Marquiſe de Louvois, & Mefdemoiselles
de Beauvais & de
Fontange , ces deux dernieres,
Filles d'honneur de Madame.
Le jour de ce Divertiſſement eftant
arrivé , Monſeigneur le
Dauphin ſe rendit au Palais Royal
, accompagné de Meſſieurs
les Princes de Conty & de la Roche-
fur-Yon , & de Monfieur le
Duc de Montaufier ; & apres
avoir eſté à la Foire S. Germain,
il alla voir le nouvel Opéra de
Bellerophon. Au fortir de ce
Spectacle , Son Alteſſe Royale
donna à ſouper à Monſeigueur
le Dauphin , & aux Princes qui
eſtoient venus avecluy. Madame ,
Mademoiselle , Mademoiſelle de
Valois,
GALANT. 187
Valois , Meſdames la Maréchale
& la Marquiſe de Clerambaut ,
Meſdames les Comteſſes de Brégy
& de Fiennes , & les Filles
d'honneur de Madame , furent
de ce magnifique Repas. Il eſtoit
Samedy; &comme les Monſtres
en poiſlon ne font point de peur,
on en ſervit qui ſurprirent , eftant
d'une grandeur extraordinaire
, & occupant preſque toute
la longueur de la Table. Comme
on eſtoit encor remply des
beautez de l'Opéra , on en parla
fort pendant le Soupé. On loüa
ſeparément toutes les belles parties
qui le compoſent. Monſieur
de Lully qui arriva pendant
ce temps , reçeut de la
bouche de Monſeigneur le Dauphin
les loüanges qu'il méritoit
,& les plus habilles Connoiffeurs
dirent tout haut qu'ily avoit
beau
188 MERCURE
beaucoup de conduite dans la
Piece. Apres le Soupé , chacun
alla s'habiller, & fur les dix heures
du foir Monfieur de Vendofme
, Monfieur le Grand , Monſieur
le Duc de Villeroy,& Monfieur
le Chevalier Colbert , fe
rendirent au Palais Royal dans
un déguisement d'une magnificence
& d'une invetion toute extraordinaire.
Peu de temps apres,
les Dames dont je vous ay parié,
arriverent avec des Habits qui
n'eſtoient pas moins riches que
bien entendus ; & en ſuite cette
illuſtre & belle Troupe partit du
Palais Royal. Monſeigneur le
Dauphin menoit Madame laDu.
cheffe de Vantadour; Monfieur le
Prince de Conty , Madame la
Ducheſſe de la Ferté ; Monfieur
le Prince de la Roche-fur
Yon , Madame la Ducheffe de
: Foix:
GALANT. 189
{
Foix : Monfieur le Duc de Vendoſme
, Madame la Marquiſe de
Louvois : Monfieur le Grand ,
Mademoiselle de Fontange.
Monfieur le Chevalier Colbert,
qui estoit habillé en Eſclave
More , mais avec une magnificence
qui ſurprenoit , n'ayant
point de Dame s'attacha à cette
aimable Perſonne , & fit l'office
de fon Efclave , en portant
la queuë de ſa Robe. Monfieur
leDuc de Villeroy menoit Mademoiselle
de Beauvais. Toute
cette belle Troupe eſtant montée
en Carroffe , s'avança vers
l'Hoſtel de Strasbourg. Dés
qu'on la vit approcher , le bruit
des Boëtes annonça ſon arrivée à
tout Paris , & mille Fuſées partirent
d'un Feu d'artifice qui eſtoit
fur le bord de l'eau. Pluſieurs
Bandes de Maſques tres-magni
fiques
190 MERCURE
fiques ſuivirent la Troupe de
Monſeigneur le Dauphin , parce
qu'on n'en laiſſa entrer aucune
avant que ce Prince fuſt arrivé.
Il entra environ fur les onze heures
dans l'Hoſtel de Strasbourg,
éclairé par dehors , auffi - bien
que par dedans, d'un nombre infiny
de lumieres. Monfieur de
Strasbourg, accompagné deMonfieur
le Comte de Leveſtein ſon
Neveu, ſuivy de ſes Gentilhommes
& des Officiers de ſa Maifon
, tous tres - leſtement habillez,
reçeut Monſeigneur le Dauphin
à fon Carroffe. Ce jeune
Prince deſcendit au pied d'un
grand Efcalier par où il monta
avec toute ſa ſuite dans un tres
ſuperbe Apartement , orné de dorures
, & de riches Tapiſſeries,
& éclairé par quantité de Luſtres
, de Girandolles & de Plaques
GALANT.
191
ques d'une grande richeſſe;Monſeigneur
le Dauphin entra d'abord
dans une tres grande Salle à
la porte de laquelle il fut reçeu
par Madame la Comteſſe de Soifſons,
& par Meſdames les Princefſes
de Baden & de Furstenberg.
A un des bouts de cette Salle,
dans un endroit exhauſsé & fait
exprés,eſtoient un grand nombre
des meilleurs Violons de Paris.
Aux deux côtez de la Salle il y
avoit des eſpeces d'Amphiteatres
par degrez , pour placer ſans confuſion
& fans deſordre plus de
mille Perſonnes maſquées ou autres
, pour lesquelles on avoit diſtribué
des Billets . Ces places furent
remplies auffi- toſt que Monſeigneur
le Dauphin fut entré
avec ſa Troupe . Monfieur arriva
un peu apres, avec Madame,Mademoiselle,
Madame la Ducheffe
de
192
MERCURE
de Gramont, Madamela Marefchale,&
Madame la Marquiſe de
Clerambaut,Madame la Comtefſe
de Maré , Mademoiselle de
Grancé,Mademoiſelle Potiers,&
Mrs. les Chevaliers de Lorraine
&de Chaſtillon. Madame , dont
l'enjoüement eſt ſi naturel & fi
agreable , ſe divertit quelque
temps à ſe cacher à tout le monde.
Monſeigneur le Dauphin
fut le premier qui la reconnut.
Leurs Alteſſes Royales s'en retournerent
vers la my-nuit. Je
pourrois vous faire icy la defcription
des Habits non ſeulement
de Monſeigneur le Dauphin
, mais encor de toutes les
Perſonnes de la premiere qualité
qui ſe trouverent à cette ſuperbe
Feſte. J'en ay de tres -fidelles memoires
; mais tous ces Habits eftant
extraordinaires , foit pour la
magni
GALANT. 193
t
magnificence, ſoit pour eftre bien
entendus, & n'ayant point encor
paru devant leRoy,ſerviret encor
au grandBal que Sa Majesté donna
à S. Germain le jour du Mardygras
, & je me reſerve à vous en
parler ſur cetArticle.J'acheve celuy
de la Maſcarade.L'ouverture
du Bal ſe fit par Monſeigneur le
Dauphin , qui prit Madame la
Princeſſe de Furſtemberg , Niece
de Monfieur le Prince de
Strafbourg. Elle n'eſtoit point
maſquée parce qu'elle eſtoir
chez elle , & qu'elle en faiſoit
les honneurs , mais elle ne laiffoit
pas pour cela d'eſtre magnifiquement
habillée , & d'attirer
les regards de tout lemonde
plus par elle-meſme, que par l'éclat
des Pierreries , qui brilloient
fur ellede tous côtez .Les Perſonnesles
plus conſiderables par leur
د
Fevrier. I
194 MERCURE
naiſſance ayant dancé d'abord,
chacun fut pris indifféremment,
ſuivant la liberté que donne le
Bal. L'affluence des Maſques
qui entra ayant remply toute cette
grande Salle , Monſeigneur le
Dauphin paſſa dans une grande
Chambre qui estoit à coſté,
& continua de dancer juſqu'à
deux heures apres minuit, au ſon
des meilleurs Hautbois de France;
enſuite de quoyce Prince paſ.
ſe dans une troiſième Chambre
qui eſtoit de plein- pled , & plus
richement parée que les deux
premieres. Il s'y fit deshabiller
fous un Dais qui avoireſté preparé
pour les recevoir , & apres
qu'il eut pris un Habit à la Françoiſe,
il defcendit,avec tous ceux
qui l'avoient accompagné , dans
un apartement bas où l'on devoit
fairemedia noche. On avoit mis le
Cou
GALAN T.
195
Couvert dans une des Chambres
de cet Apartement. Les
Meubles y estoient ſuperbes, &
outre les riches Tapiſſeries dont
elle estoit tenduë, les Girandoles,
les Plaques , & les Miroirs tous
rares dans leur maniere , on voyoit
encor àl'undes bouts un tres
grand Bufet en forme d'Amphiteatre
à pluſieurs degrez . Ce Bufet
eſtoit composé de vingt-quatre
grands Baffins de vermeil doré
, de huit grands Bures auſſi de
vermeil, de dix- fſept Figures portant
chacune des Deviſes , de
douze Soûcoupes d'un pied &
demy de haut , de douze ovales
d'or,dedeux grandes Figures d'or
cizelées, fur chaque coin du Bufet,
& de douze Plaques de vermeil&
cizelées,autour du meſme
Bufet , portant trois Flambeaux
chacune.Il y avoit plus bas ſur la
: I ij
196 MERCURE
Nape pluſieurs Figures avec de
grands Bures,& de grandes Coupes
couvertes de Pierreries , &
plus bas encor cinq grandes Cuvetes
de vermeil doré , de huit
feaux d'eau chacune , entremeflées
de grands Guéridons de
quatre pieds de haut , fur chacun
deſquels il y avoit une Gi-
• randole de ſept Flambeaux.Tout
ce Bufet eſtoit garny de Feſtons
de Fleurs , fans celles qu'on y voyoit
ſemées par tout. Il y avoit fur
la droite & fur la gauche , deux
autres moindres Bufets pour fervir
de décharge , ſur leſquels on
avoit mis pluſieurs Flambeaux de
vermeil doré & cizelez.Sur celuy
de la droite eſtoient pluſieurs
Eguieres , & Bures , de grands
Carafons or & argent cizelez , &
quinze douzaines d'Affietes de
vermeil doré . Celuy de la gau-
2 1 che
GALAN T. 197
1
che eſtoit couvert de Vaiſſelle
d'argent , & garny de quantité
de Verres exquis la plupart couverts
de Coupes d'or. Dans le
milieu de cette Chambre , dont
ce ſuperbe Bufet faifoit l'enfoncement,
on avoit dreſſe une Table
à pans de dix- huit Couverts.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça
au haut de cette Table ſous un
Dais. Il y avoit à ſes coſtez une
diſtance de deux Places , apres
leſquelles ſe mirent du coſté droit
Mesdames les Ducheſſes de Van .
tadour & de Foix , avec Madame
la Marquiſe de Louvois , & à la
gaucheMeſdemoiselles de Beauvais,&
de Fontange, avec Madame
la Princeffe de Furſtemberg,
&Mrs les Princes de Conty,& de
la Roche- fur-Yon. Vous remarquerez
s'il vous plaiſt qu'on eſtoit
fort à l'aiſe à cette Table, & que
I iij
198 MERCURE
quoy qu'elle fuſt aſſez grande
pour contenir les dix- huit Couverts,
il n'y avoit neanmoins que
le nombre de Perſonnes que je
vous viens de marquer.
Voicy de quelle maniere elle
fut ſervie. Le premier Service
fut de Potages & d'entrées . Il y
avoit cinq grands Plats , quatre
ſeconds, fix moyens , dix petits,
& huit Affictes , le tout en Vaifſelle
de vermeil doré. On fit en
meſme temps un Service hors
d'oeuvre,en petits Plats d'or couverts
, devant Monſeigneur le
Dauphin. Il fut relevé juſqu'à
trois fois , pendant que le grand
Service reſta ſur la Table. Ainfi
on peut dire qu'il n'y en eut
aucun qui n'en continſt quatre.
En meſme temps qu'on releva
ce premier Service , on releva
le
GALANT. 199
le troiſième qui estoit devant
Monſeigneur leDauphin, & l'on
ſervit le Roſty dans le meſime ordre,
&dans un auſſi grand nombre
de Plats qu'on avoit ſervy
l'Entrée , c'eſt à dire toûjours
trois Services en Plats d'or pour
Monſeigneur le Dauphin , & un
grand pour ceux qui estoient à
table .
En ſuite les Salades furent relevées
, ainſi que le dernier Service
qui estoit devant Monſeigneur
le Dauphin , en la place
duquel on ſervit pluſieurs
Ragouſts , qui tant froids que
chauds , estoient portez par des
Couronnes de Palmes & de Laurier.
On ſervit en meſme temps
à la place du grand Service ,
trente - deux autres Affietes de
divers Ragoufts , qui formerent
une maniere de Galerie en quar
I iij
200 MERCURE
ré . La Table eſtoit éclairée de
vingt - quatre Flambeaux & Girandoles
, & ces Girandoles garnies
de pluſieurs Bougies. On fit
une ſalve de cent Boëtes à chaque
Service..
Les Ragouſts eſtant relevez ,
on fervit le Fruit. Il faut remarquer
que les Plats eſtoient diféremment
dreſſez , que chacun
avoit fon deſſein particulier, &
que le nombre égaloit celuy des
autres Services. Le Plat du milieu
eſtoit un Dôme avec quatre
Tours , & une Couronne au
deſſus. Il y avoit des Dauphins
dans les defauts , & au deſſous
du Dôme, un petit Feu, qui dura
juſqu'à ce que Monſeigneur le
Dauphin ſe leva de table. On
liſoit au dehors quelques Vers
à la gloire de ce jeune Prince.
Autour de ce Dôme eſtoient
quatre
GALANT. 201
quatre Forts baſtis de Fruits de
toutes fortes de couleurs , & faifant
la meſine figure que des
Forts qui défendent une Place.
Douze Soûcoupes eſtoient auſſi
autour , chacune remplie de
neuf Criſtaux de diverſes Crêmes.
Les autres grands Plats
eſtoient en triangles , en ferpenteaux
, & en parterres garnis
de feüillages , de feftons , & de
pluſieurs autres figures. Il y en
avoit qui repreſentoient le Mont
Parnaffe , & d'autres , des Pyramides
. On fit auffi trois petits
Services de Fruit devant Monſeigneur
le Dauphin. Le premier
qui fut de ſec , eſtoit composé
de Fruits & de confituresexquiſes.
Le ſecond fut d'un Parterre
de petits fruits diférens dans le
defaut deſquels ily avoitdesGla--
ces de toutes fortes de couleurs.
Iv
202 MERCURE
Les Plats eſtoient au nombre de
vingt - quatre , & formoient une
petite Galerie en quarré. Ledernier
fut d'une autre petite Galeriede
Compôtes , & de vingtquatre
Affietes de liquide , ornées
de Fleurs , & reprefentant
des Allées de Jardin. Monfieur
le Comte de Leveſtein
dont je vous ay déja parlé ,
fervit Monſeigneur le Dauphin.
Ce jeune Seigneur n'a pas encor
vingt - deux ans. Quelques
avantages qu'il ait du coſté de
la Naiſſance , il n'en a pas
moins reçeu de la Nature. Il
eftoit aide dans ce glorieux employ
par Monfieur le Baron de
Roſevuorme, que vous avez veu
icy avec admiration, & qui avec
les traits du viſage les plus réguliers
, a l'eſprit , le coeur ,&les
ſentimens d'un tres galantHomme.
GALANT . 203
me. Les Dames eſtoient ſervies
par des Perſonnes du premier
rang ; & derriere ceux qui les
ſervoient , il y avoit un Cercle
deMaſques regardans. Cela produiſoit
un tres- bel effet , les lumieres
de la Table faiſant briller
les pierreries de leurs Habits .
Il y eut une ſeconde Table tenuë
parMonfieur de Strasbourg,
& qui fut preſque auffi bien fervie
que la premiere. Les plus
grands Seigneurs qui avoient accompagné
Monſeigneur leDauphin
, y mangerent. Pendant
qu'on fut à table , on fit profufion
de toutes choſes à ceux de
dehors qui voulurentbien y prendre
part. Tout parloit de la joye
parfaite que reffentoit Monfieur
de Strasbourg de l'honneur que
luy faiſoit Monſeigneur le Dauphin.
Il eſtoit d'autant plus con
fidera
204 MERCURE
fiderable , que ce jeune Prince
ne l'avoit encor fait à perſonne..
Ce qui ſe trouve de remarquable
dans cette Feſte, c'eſt
qu'ayant eſté préparée depuis
pluſieurs jours , elle ſe ſoit donnée
le lendemain qu'on eut reçeu
le Traité de Paix avec l'Empereur
, dans lequel Sa Majeſté
a fait ſtipuler ſi avantageuſement
les intereſts de Monfieur
le Prince de Strasbourg , & la liberté
du Prince Guillaume fon
Frere.MonseigneurleDauphinſe
leva de table environ furles quatre
heures du matin , & remonta
en Carroſſe une demy - heure
apres, pour s'en retourner à Saint
Germain . Monfieur de Strafbourg
le vit partir avec tous ceux
qui l'avoient accompagné , au
bruit d'un ſecond Feu d'artifice.
Il eſt difficile que vous n'ayez
appris
1
GALAN T
20.5
appris il y a déja long-temps ,
qu'on traitoit du Mariage de
Monfieur le Marquis de Mortemar
, Fils de Monfieur le Marefchal
Duc de Vivonne , avec
Mademoiselle Colbert , troifiéme
Fille de ce grand Miniftre.
La Cerémonie s'en fit à S. Ger--
main en Laye le dernier jour du
Carnaval.. Le Contract fut figné
par le Roy chez Madame de
Monteſpan , & Sa Majesté le
remplit d'un Million qu'Elle
donne à Monfieur le Duc de
Mortemar , ( car je vous ay déja
marqué que ſous le bon plaifir
du Roy , Monfieur leDuc de
Vivonne s'eſt demis de fon Duché
en ſa faveur ) Apres que
la Reyne , Monſeigneur le Dauphin
, Monfieur, Madame, & les
Princes du Sang , eurent ſigné,
le Contract , les Parens les plus
proches 1
206 MERCURE
proches de l'une & l'autre Partie
le ſignerent chez Monfieur
Colbert. La Demande avoit
eſté faite par Monfieur le Duc
de Créqui , Oncle de Monfieur
le Duc de Mortemar. Le Mardy
14. de Fevrier , apres que ce
nouveau Duc eut preſté entre
les mains du Roy le ferment de
fidelité pour la Charge de General
des Galeres poſſedée par
Monfieur le Duc de Vivonne
fon Pere , & dont Sa Majesté
luy a accordé la furvivance , il
alla à l'Egliſe avec Mademoiſelle
Colbert. Ils y furent accompagnez
des plus proches Parens
qui avoient ſigné leur Contract.
Monfieur le Duc de Mortemar
avoit un Habit de Velours noir
à fleurs , dont le Manteau estoit
doublé de Velours plein ,garny
juſques au colet de tres - belles
Dentel
GALAN T.
207
Dentelles noires. Sa Garniture
eftoit de Ruban couleur de feu
figuré. Il avoit des Plumes de la
meſme couleur. Mademoiselle
Colbert avoit un Habit de Velours
noir , avec une Jupe tresriche.
Les tailles & écharpes de
fon Habit eſtoient couvertes de
Pierreries fines .La Cerémonie du
Mariage fut faite par Monfieur
l'Evefque Comte de Noyon,Pair
de France , proche Parent de
Monfieur le Mareſchal Duc de
Vivone;& en ſuite Monfieur Colbert
donna un magnifique Difner.
Madame de Monteſpan, qui
dans cette occafion n'a rien oublié
de ce qui pouvoit faire paroiſtre
l'extréme conſideration
qu'elle a pour Monfieur le Duc
de Vivonne ſon Frere , aſſiſta à
toutes ces Ceremonies , malgré
une fluxion violente qui luy cau
foit
208 MERCURE
ſoit une groſſe fievre. Le Diſner
dont j'ay commencé de vous parler,
fut donné dans l'Apartement
du Château qu'occupe Monfieur
Colbert. Ily avoit trois Tables das
trois Pieces diférentes qui répondoient
à une quatriéme placée au
milieu , où eſtoient les Bufets de
ces trois Tables. Voicy les noms
de tous ceux qui les remplirent.
Je ne vous les donne ny felon leur
qualité , ny felon le rang qu'ils y,
avoient. A la premiere eſtoient le
Marié & la Mariée , Monfieur le
Comte de Vermandois , Mademoiſelle
de Blois,Madame la Ducheſſe
de Vivonne , Madame de
Monteſpan, Monfieur le Duc du
Maine , Mademoiſelle de Nantes,
Madame de Thiange , Madame
la Ducheffe de Nevers,Madame,
la Ducheffe, Sforce , Madame.
d'Elbeuf , Madame la Ducheffe
de
GALAN T.-
209
de Créquy , Madame de la Trimoüille
, Madame la Préſidente
de Meſme , & Madame Colbert.
Ala ſeconde.Monfieur le Duc de
Vivonne , Monfieur l'Evefque de
Noyon, Monfieur le Duc de Nevers,
Monfieurle Ducde Créquy,
Monfieur de la Trimoüille,Monſieur
de Thiange , Monfieur le
Préſident de Meſme , Monfieur
Colbert,Monfieur & Madame de
Chevreuſe,& Monfieur Puffort :
Etàla troiſieme,Monfieur le Duc
de S.Aignan,Monfieur leDuc de
Beauvilliers fon Fils, Monfieur le
Marquis de Seignelay, Monfieur
le Comte de Maulevrier , Monfieur
Defmaretz Intendant des
Finances , & Monfieur Gédoüin
Précepteur de Mr le Comte de
Vermandois . Madame la Duchef.
fe de Beauvilliers , ſeconde Fille
de Monfieur Colbert , n'eſtant
point
110 MERCURE
point encor relevée de ſes Cotches
, ne pût ſe trouver à ce Repas.
Le Roy fit l'honneur à la Mariée
de l'aller voir l'aprefdinée
chez elle . Monſeigneur le Dauphiny
alla en ſuite ; & la Reyne,
Madame , Mademoiselle , Mademoiſelle
de Valois , & toute la
Cour , luy firentle meſme honneur
le lendemain.Toutes lesCerémonies
eſtant achevées , Monfieur
le Duc de Chevreuſe , &
Monfieur le Duc de Beauvilliers,
ramenerent à Paris Monfieur le
Duc de Mortemar leur Beaufrere,&
luy donnerentun tres grand
Soupé , l'âge des Mariez n'ayant
pas permis qu'on les euſt laiſſez
enſemble. Monfieur le Duc de
Mortemarn'a que quinze ans &
demy , & a déja fait pluſieurs
Campagnes fur mer & ſur terre,
où il a donné des marques de valeur
GALANT. 211
leur &de ſageſſe , qui méritent
beaucoup de loüanges. On ne
doute point qu'il n'adjoûte un
nouveau luſtre à ſa Maiſon toute
remplie de grands Perſonnages
, que des ſervices importans
à leur Prince & à leur Patrie ont
toûjours rendus auſſi recommandables
que la grandeur de leur
Naiſſance , à laquelle les Genealogiſtes
les plus exacts ne
trouvent rien qui ſoit cóparable.
Si l'on examine bien toutes les
actions de Monfieur le Marefchal
Duc de Vivonne ſon Pere,
on connoiſtra que ce jeune Duc
n'a pas à chercher fort loin dans
fon ſang pour trouver de grands
exemples ſur qui ſe former. Les
Heros de ſa Maiſon qui font en
grand nombre , luy en fournifſent
de tres- remarquables de zele
& de fidelité pour leurs Souverains,
212 MERCURE 1
verains ; mais quoy qu'il y découvre
d'éclatant & d'héroïque,
il voit encor plus dans Monfieur
le Duc de Vivonne ſon Pere,
qui à l'âge de trente- huit ans
a merité les premiers honneurs
de la Guerre , & les récompenſes
de la Valeur , & qui depuis
qu'il a eſté en eftat de porter
les armes , a eu le bon- heur de
n'avoir veu aucune de ſes années
vuide de ſervice. Mais fous
quel Roy vit- il , & quel Roy
ſert- il ? Je ne vous dis rien de
Monfieur Colbert ; le nommer ,
c'eſt beaucoup dire. Tout parle
de luy , & vous l'avez reconnu
cent fois dans mes Lettres,
fans y avoir leû fon nom. Quant
à Madame de Mortemar fa Fille
, on ne peut vous dire trop à
fon avantage. Quoy qu'elle n'ait
que treize ans , elle n'ignore
rien:
GALANT.
213
:
:
rien de ce qu'une Perſonne beaucoup
plus âgée , & parfaitement
bien élevée , doit ſçavoir. Elle a
mille belles qualitez qui font connoiſtre
de qui elle eſt Fille , &
qu'elle doit ſon éducation à Madame
Colbert ſa Mere. Cette
loüange comprend beaucoup ,
&la jeune Ducheſſe dont je vous
parle doit eſtre bien contente
d'elle-meſme de la mériter. L'apreſdinée
du jour de ſon Mariage
, elle alla rendre ſes reſpects à
laReyne , & reçeut les honneurs
duTabouret.
Les grands Bals dont je vous ay
déja entretenuë , & que le Roy a
donnez chaque ſemaine du Carnaval
dans la Salle des Balets du
Vieil Château de Saint Germain,
ont continué le Dimanche &
le Lundy gras. Le Mardy toute
l'Aſſemblée y estoit maſquée.
Le
214
MERCURE
Le Roy y parut , plus paré de ſa
bonne mine & de ſon grand air ,
que des Habits qu'il avoit ce jour
là , quoy qu'ils fuſſent fort magnifiques.
Sa Veſte eſtoit de
Drap d'or , la Mante de Point
d'Eſpagne or & argent toute d'une
piece, & tout ſon ajuſtement,
fi extraordinaire & fi bien entendu
, qu'on auroit eu peine a dire
qui l'emportoit dela magnificence,
ou de la galanterie. Ce Prince
qui a une parfaite intelligence
de toutes choſes,en avoit luymeſme
donné le deſſein. Jamais
on n'a rien vû de ſi riche fans
Pierreries . Sa Coëffure eſtoit admirable.
On voyoit fortir du haut
d'un grand nombre de Plumes
couleurde feu, une Aigrette noire
qui coûtoit plus de quatre
cens Loüis d'or. Quoy qu'il ne
fuſt point en Habit à la Françoife,
GALANT. 115 I
ſe , il parut neanmoins dans l'Afſemblée
ſans avoir de Maſque.
La Reyne eſtoit vétuë en Perſane.
Il n'y avoit rien de plus riche
que l'Etofe de fon Habit. Il
ſembloit qu'elle euſt eſté fabriquée
en Perſe, tant on avoitbien
imité les deſſeins des Etofes de
ce Païs là . La plus grande partie
des Pierreries de la Couronne
relevoit encor l'éclat de cet Habit.
Monſeigneur le Dauphin
avoit un Corcelet Africain couleur
de feu , ſur lequel eſtoit un
enchaînement de Velours noir
large d'un poulce,qui enchaînoit
le Corps , & formoit un deſſein
de Rabeſque à jour qui laiſſoit
voir le fonds couleur de feu. Tous
les ornemens de Velours noir
eſtoient brodez de petits Fleurons
d'or trait , qui enchaſſoient
des Diamans de diférente groffeur;
216 MERCURE
ſeur ; ces Diamans faiſoient un
ornement continu. Les Manches
eſtoient ferrées. Le premier Tonnelet
avoit les meſmes ornemens
que le Corps. Dans les vuides de
ces ornemens de Velours, eſtoient
des Fleurons brodez d'argent
trait. De petits Diamans en formoient
les tiges. Ces Rabefques
& ces Fleurons eſtoient à jour
fans eſtre attachez ſur le fonds
couleur de feu. Les Manches
pendantes avoient quelque chofe
de fort extraordinaire, & par leur
maniere , & par l'ouvrage. Il étoit
d'or à jour , & fort leger. Les Bas
de foye couleur de feu brodez
d'or paroiffoient au travers des
Souliers qui eſtoiết auffi à jour, &
faits d'une Rabeſque de Velours
noir, ornée de Diamans, & de la
meſme broderie que l'Habit . Le
fecod Tonnelet eſtoit bleu brodé
d'or
GALANT.
217
d'or , ouvert par le devant & fermé
par desBoutonnieres de Diamans
coupez en pointes, au bout
deſquels pendoient des Pandeloques
de Diamans.La Mante, faite
de Point de France or & argent,
êtoit atachée ſur l'épaule gauche,
& fur la hanche droite avec des
attaches de Diamans.Comme on
l'avoit laiſſée ſans doublure , on
voyoit au travers , le derriere de
l'Habit qui n'eſtoit pas moins riche
que le devant.Undemy Tulban
Africain de meſine deſſein
que le Corps, faifoit laCoëffure.
Les Plumes eſtoient couleur de
feu & blanc , & montées d'une
maniere toute nouvelle. L'Habit
deMonfieur le Duc , qu'il avoit
fort ingénieuſement imaginé luy
meſme,eſtoit auſſi extraordinaire
que riche; & avoit quelque choſe
de la maniere Grecque.Il eſtoit
Fevrier. K
4
218 MERCURE
d'un riche Brocart , & d'un Velours
noir tout couvert de diférens
Points de France,&brodé de
Pierreries de toutes couleurs ,
avec la Mante d'un Point de
France or& argent à jour , fans
doublure,borde tout autour d'un
Velours noir, aubord duquel on
ne voyoit quePierreries.La Coëffure
avoit lemême ornement que
l'Habit. Celuy de Monfieur le
Prince deConty,eſtoit d'une Etofe
à la Perſane à fonds d'or,meſlé
de couleur , avec une premiere \
Veſte bordée d'une broderie
d'or , fur un fonds noir enrichie
de Boutonnieres de Pierreries.
La ſeconde Veſte eſtoit bleuë,
toute couverte de Point-d'Eſpagne
d'argent ; la Coëffure,un petit
Tulban laſſé de riches Tiffus
d'or& couleur de feu, & orné de
chaînes de Diamans ; la Mante,
de
GALANT.
219
de Point d'Aurillac or & argent,
doublée d'une gaze bleuë brochée
d'or ; les Bas de foye , &les
Souliers brodez .L'Habit deMon.
fieur le Prince de la Roche-fur-
Yon eſtoitune Veſte fermée par
devant , ſéparée en quatre Bafques
fermées auffi pardes bandesdeVelours
couleur de feu,larges
de deux doigts , qui faifoient
des compartimens. Ily avoit fur
le bord de ce Velours de petits
örnemens d'argent , de chacun
deſquels fortoit une Rofe deDiamans,
de maniere que ce n'eſtoiết
que Roſes ſemées par tout , mais
fans aucune confufion. Entre ces
compartimens , on voyoit des
Fleurons brodezd'or &d'argent,
découpez à jour , au travers defquels
paroifſoit la doublure de
l'Habit qui estoit vert ; la Coëffure
& la Chauſſure eſtoient de
Kij
220 MERCURE
meſme que celles de Monfieurle
Prince de Conty fon Frere.Monſieur
le Comte de Vermandois
avoit un Habit Perſan d'une Etofe
or & argent,&couleurde feu.
Toute la Veſte eſtoit bordée d'une
petite chaîne de Diamans miſe
entre deux Points de France or
&argent, avec le devant& toutes
les ouvertures garnies de Boutonnieres
de Pierreries enchafſées
das une Broderie d'or . Il avoit
une Mante de Point d'Eſpagne or
& argent à jour,& pour Coëffure
, un petit Tulban de meſime
Etofe que l'Habit , enchaîné de
Pierreries , & couvert de Plumes
couleur de feu & blanc .
Mademoiſelle de Blois ſe fit
voir en Amazone.Son Habit tout
heroïque , répondoit à la grande
mine de cette Princeſſe. Le Corcelet
eſtoit de Velours noir bro- .

GALANT. 221
déd'or , & bordé d'une chaîne
de Diamans. Une Draperie couleur
de feu, brodée d'argent, fortoit
de deffus ce Corcelet Les
Lambrequins de la ceinture , &
des épaules estoient de Velours
noir orné de même que le Corps,
&laDemy veſte de deſſus, d'une
Etofe violet & or , chamarée de
Point d'Eſpagne or & argent . La
Jupe de deſſous eſtoit couleur de
feu , avec une broderie or & argent.
Un Caſque de Velours,noir,
brodé de même que le Corcelet
&monté de Plumes fort élevées ,
faifoit ſa Coëffure. Des Voiles de
Point d'Aurillacd'argét,pendoiét
derriere leCaſque , &fe retroufſoient
ſur les deux épaules , puis
tomboient en Feſtons ſur la Jupe.
Monfieur le Duc du Maine
eſtoit habillé en Berger. Il n'en
futjamais de ſi richement mis, ny
d'unemaniere ſi bien imaginée.
Kij
222 MERCURE
Auſſi ſon Habit ne cedoit- il daucun
des autres pour la magnificencedesEtofes,
garniesdeDentelles
or & argent en Point de
France , avec des agrémens de
Pierreries.
Mademoiſelle de Nantes parut
en Païfane.Elle avoit un Corpsde
Brocard d'or,tres- riche, chamaré
d'un galon à jour fur des bandes
deVelours noir. La Piece de devant
le Corps eſtoit de Velours
noir,laſſée d'or & d'argent; ſa Jupetres-
riche,d'une couleurdiferentede
celle du Corps , avec des
Dentelles ſur une Etofe d'une autre
couleur,& des Noeuds ferrez
de Pierreries par tout où les Païfanesmettentdes
Rubansjun Ta.
blierde toile jaune, avec des en.
tretoilles de Point de France ; fes 1
Manches , &fa Gorgerete , de
mefme.
Madame la Duchefſſe de Nevers
GALANT. 223
vers s'habilla en Moreſſe.SonHabit
eſtoit de Velours noir,& d'autres
Etofes couleur de feu , avec
un enchaînement de Pierreries,
&de Perles . Son Voile pendoit
d'une maniere fort agreable. Elle
avoit un demy Tulban tout couvert
de Plumes,& garny dePerles
&de Diamans .
Madame la Ducheſſe Sforce
eſtoit en Nympheid'une maniere
laplus finguliere, la plus galante,
& la plus riche qu'on ait encor
veuë. Les Pierreries brilloient
fur tout fon Ajuſtement, dont les
Dentelles de Point-d'Eſpagne or
& argent faiſoient l'ornement lo
moins remarquable,le toutde l'invention
de Madame de Thiange,&
executé par ſes ordres.
Madame la Duchefſe de Mortemar
avoit pris l'équipage d'une
Perſane . Sa Veſte de deſſous étoit
d'une Etofe d'or , & couleur de
K iiij
224 MERCURE
Cerife,toute garnie de Point-d'Ef
pagne or & argent,& de Boutonnieres
de Velours noir brodées
d'or , dans leſquelles on avoit enchaffé
des Diamans. L'Habit de
deſſouseſtoit verd,& tout brillant
de la plus riche broderie. On
voyoit deſſous fes Plumes un Voile
de Point-d'Aurillac or & argent,
qui tomboit ſur ſes épaules,
& qui eſtant attaché avec des
Noeuds de Pierreries , faiſoit une
maniere de Mante tres- agreable.
Monfieurle Duc de Vendoſme
eſtoit tres richement veſtu en
Bohémienne. Le fond de l'Habit
de Mt de Soiffons , qui s'habilla
en Perfan,eftoitde couchure d'or
brodé d'argent , lizeré de noir,
avec des Boutonnieres de Diamans,
les Mantes d'Etofe d'or traînantes
à la Perſane .Mr le Chevalier
de Savoye eſtoit à peu pres
de la meſme forte. Son grand air
&
GALANT.
225
& fa belle chevelure le paroient
extrémement. Monfieur le
Grand avoit un Habit Polonnois,
avec une Veſte de deſſus d'une
Etofe or & noir , bordée de Marte.
Sa coëffure de même.Sa Veſte
de deſſous eſtoitde Velours couleur
de feu , chamarée de grands
agrémens en forme de Boutonnieres
d'argent.Sesgrandes Manches
pendantes , & fon Echarpe ,
eftoient de rezeau d'argent. Il
avoit des Bas & des Souliers noirs
tout lizerez d'or , & des Plumes
blanches avec une Héronniere .
Mr le Duc de Villeroy eſtoit vê
tu comme luy. Ces habillemens
répondoient à leur bonne mine,
&l'on avoit peine àles diftinguer.
Mr le ChevalierColbert avoit un
Habit Africain . Sa Veſte eſtoit
d'une Etofeviolete & or,avecdes
agrémens de Diamans desManches
pendantes de Point-d'Au-
KVA
226 MERCURE
rillac or & argent , & des entre,
toillesde Point de France, au tra+
vers deſquelleson voyoit unBas
noir. Ses jambeseftoient noires.
Il avoit un Mafque de More , de
groſſesPerles à fesoreilles,un Co.
lies , &une Perruque de More,
avec un petit Tulban laffé detif
fu or & argent , qui paffoit dans
des tailladesde Velours noir,garniesde
Pierreries. SesPlumeseftoient
couleur de feu & noir,& fa
Mante de Point de France à jour
or& argentMonfieur le Marquis
deGefvreseſtoit aufi habillé en
Affricain Mrle Comte de Caſtres
l'eſtoit en Perfan ;& Mr le
Comte deBrionne, Meſſicurs les
Marquis d'Eſtrées , de Créquy
& d'Alincourt , & Monfieur
Chevalier de Chaſtillon ,
en Solimes. Tous ces Habits , à
l'exception de quelques-uns que
jaymarquez , avoient eſté deſſignez
par MrBerin Deſſignateur
GALANT.
227
du Cabinet du Roy , & executezpar
le Sieur Baraillon Tail
leur des Balets de Sa Majefté.
Onn'en a veu aucun dans les fuperbes
Opera qui ont paru depuis
quelques années à la Cour , où
l'un & l'autre n'ayent eſté employez
pour le deſſein & pour
l'execution . Tout le reſte de la
Cour eſtoit dans un ajuſtement
magnifique,mais outre que ladef
cription de leurs Habits feroit
trop longue , il feroit difficile de
décrire ceux qui n'ont point eſté
faits ſur des deffeins , & qui ne
confiftoient qu'en riches Etofes
& en Dentelles , quoy qu'ils
ayent couſté autant que les autres
, & peut- eſtre davantage.
Tout ce que je vous puis dire,
c'eſt que l'Habit de Madame de
Louvois fut trouvé tres-beau , &
bien entendu ,& que toute la perſonne
plût infiniment .L'Habit de
Mademoiselle deBeauvaisreçeur
228 MERCURE
auſſi beaucoup de loüanges.
Quant à la Colation qui fut fervie
au milieu du Bal , elle estoit
dignedu grandPrince quila donnoit.
C'eſtoient cent grandes
Corbeilles auffi galamment que
richement accommodées , rempliesde
tout ce que l'on peut s'imaginer
de Fruits & de Confitures
ſeches des plus rares , de tout
ce que la Patiſſerie peut faire de
plusdélicat , de quantité de petites
Boëttes de toute forte de
Cotignac , & d'un fort grand
nõbre de Paquets noüez de Nopareille
de toutes couleurs,& réplis
de Conſerves & de Confitures
àdemy ſeches,que par ce mo.
yen on peut faire paſſer de main
enmain,de meſme queles Citrons
& les Oranges. C'eſt ainſi que le
Carnaval a finy à Saint Germain ,
pendant que Paris , & toutes les
Villes de France , avoient leurs
diver
GALANT . 229
divertiſſemens particuliers. Il me
reſte encor à vous parler de plu
ſieurs Bals,& meſme de quelques
Hiſtoires qui regardent leCarnaval;
mais ma Lettre eſt déja filongue,
que je fuis obligé de vous les
referver pour le Mois prochain,
avec vingt autres Articles. Celuy
des Enigmes ne ſe peut remettre .
J'acheve par là.
La premiere expliquée ſur l'Opéra
par Mr Bachelon, l'a eſté fur le
vray fens.Ce Madrigal eſt de luy.
Ous voulez, aimable Angelique,
Quefur le champ jevous explique
Cette Enigme qu'on lit au Mercure Galat.
Quoy que je ne fois pas habile,
Ien'aypassipeu de talent,
V
Que leſens àtrouver n'en ſoit pour moy
facile,
Quandde nos Coeurs l'union ſefera ;
Pour cet effet il faut un Opera.
Mr de Montigny du Quay des
Celestins , & Polymene, l'ont expliquée
ſur lemefme Mot. Plu
fieur's
230 MERCURE
fieurs en ont fort approché , en
F'expliquant fur la Comedie , mais
ils n'ont pas ſongé à ce Vers qui
en fait la diference .
Ie ne rens viſite àpersonne...
On donne la Comedie en viſite,
&on n'y ſçauroitdonner l'Opera .
Les autres Explications ont eſté
fur le Balle Ieu de Cartes,la Montrefonate,
un Temple ,&un Navire.
Le vrayMot de la ſeconde eft
celuy de la Fusée que vos Amies
ont trouvé.Mr Rault de Roüen l'a
expliquée par ce Sonnet , en faifant
parler la Fusée meſme .
P
Our laPaixque l' Europe aujourd'huy
voit renaiſtre
Par l'uniquefaveur de l' Auguste Loüis,
Dont apresſa valeur &ſes faits inoüis ,
Ilſe voit enfin soul & l'Arbitre & le
Maistre ;
Ie brûle en mesme temps d'agir &de paroiſtre,
Et charmant àlafois cent Peuples réjoüis,
Par
GALANT. 231
Par l'éclat du brillant dont je les éblouis,
Ie leur marque la jove ,&je me fais connoistre.
Mais à l'heureux retour d'un bonheur ft
charmant ,
Dont je viens annoncer & l'heure & lo
moment.
Le vay que manature est en tout opposée.
Il est vray , car j'expire au moment que
jenais,
Pour n'avoir que le temps que dure una
Fuséc,
Et laPaix qui renaiſt doit dureràjamais.
Pluſieurs ont trouvé ce meſme
fens,& ce font Meſſieurs le Chevalier
de Villequier ;Le Cadet S.
Loüis;Deflignieres,& Sevrey, de
Roüen; LeBaron de Warcoing,
Deſmaiſons,de la Ruë Grenier S.
Lazare;De la Sagerie, Avocat en
la Cour;Guyon de la Jaquiniere,
deMontargis; Du Martroy, Premier
Affeffeur en la Mareſchaufsée
de Sens ; Girault , Agent de
Change;
232
MERCURE
Change; D'Hault.... Ferret; Le
Boutavier, de Berne en Suiſſe;Minutali,
Profeſſeur aux belles Lettres
, de Geneve ; L'Inconnu , de
Marseille ; une Dame de qualité
duMont-Himant,Aubin de Grenoble;
Les Solitaires,de Marſeille;
Nicolas Sabatier 3 Richard; Janvier,
deBeauvais; Potin, Avocat,
Preaudeau le Fils , d'Auxerre;
Amiot,Medecin à Orleans; Fon
gerange,de Chartres; Defſize,de
Soiffons;Du Feu, Chanoine de S.
Clement à Compiegne ; La Pigaliere
, de Coutance ; Merlin , de
Beauvais, d'Auburtin de Bionville,
Avocat de Mets;Chambert,de
Gõneffe;De Noré,proche Caën;
Baffetard ; de Villay ; De Livais ;
Adrian Sonmant,de Roterdam en
Hollande ; Panthot, Doct. Med.
& Profeffeur agregé au College
de Lyon; Le P.de la Tournelle,de
Lyon ; Le Hulle, du Quartier du
Palais;
GALANT.
233
Palais;De Jaude, de Clermont en
Auvergne;Baizé le jeune; Meſdemoiſelles
le Tourneur, de la Ruë
Quinquempoix; Benoist,Greffier
Criminel au Prefidial de Niſmes :
De la Porte l'aînée,&Graffet l'aînée,
toutes deux de Clamecy ; Le
Beau,de Pontoiſe; LesBoquillõnes
deBeauvais;Les Amazones pacifiques,
de Noyon;Fredmie,de Põtoiſe;
La Damedes Quatre Vents,
d'Orleans ; Les trois inſéparables
Coufines,de Senlis; La Bien aimée
de ſon Amant,de Lyon;L'aimable
Triolet , de Poitiers ; Neptune,
L'Inconnu , du Marais; De Bares,
Profeſſeur de Galanterie à Troyes,
L'Enjoué, de Poiſſy; Le Rhétoricien,
de la Rue des Noyers;&
le Franc Suiffe. Ceux dont les
noms ſuivent, l'ont expliquée en
Vers. Meſſieurs Tornezis Doct .
en Medecine, de Marſeille; Lorry
Chanoine du Ponteau de- mer;
Vn
234 MERCURE
Un Maiſtre des Comptes de Paris
; De Berlancourt, de Soiffons;
Le Mauvileu,de Chauven;Hugo
de Gournay;Feret,d'Amiens;Ger
main,de Caën; L'Abbé de S.Dominique;
de Jounery ; La Mathe
àE.P. Du Perroy, de Paris: Mefdemoiſelles
Bonnet, de Clamecy
en Nivernois : Des Guimonets,
d'Orleas:Fée de Bourg enBreffe :
La Giroüete de l'Eſtrapade : Le
Roy du Trio de Sainte Genevieve:
Le Poëte amoureux : Le Soli
tairede Pontoiſe: Les Reclus de S.
Leu : Meſdemoiſelles Cailly , de
Rethel : Mademoiſelle du Pré,
d'Andely, en Vers-
Le vray ſens de ces deux Enigmes
a eſté trouvé par Meſſieurs
GardienSecretaire du Roy ; De
Langes- Montmiral,Gentilhomme
d'Orange : Clairet , Officier au
Bailliage de Pont ſur Seine : Des
Rouffets,de Gien ſur Loire:Boif
fimon
GALAN T.
235
fimon C. D. C. Loquet , du Petir
Arſenal : Veyvolet : C. Hutuge,
d'Orleans,demeurant à Mets:De
Bonnecấp, Medecin à Quimper,
(ces trois derniers en Vers :) Le
Mitron de Normandie : La Bel
le Chriſtine:Le Secretaire fidelle,
d'Amiens: Tamiriſte,de laRuëde
la Cerifaye : & par Madame &
Meſdemoiselles Feron , Madame
de Siffredy , & Meſdemoiselles
Maſſon, Turlis,& Raince. La ſeconde
Enigme a eſté auſſi expliquée
ſur l'Oye &le Carnaval. En
voicy deux nouvelles.La premiere
eſt de Monfieur l'Abbé du
Marais de S.Girod en Savove : Et
la ſeconde,du Juge de Chaſteaubas
en Agenois.
ENIGME.
Ans efprit,fans raiſon,ſans jambes&
Sans bras,
Irreguliere en ma figure ,
Ieregletout le monde avec ordre&meſure.
Et
236 MERCURE
Et jefais voir en moy tout ce qu'on ne voit
pas.
Malgrémon ignorance extréme,
Iepartage les droits de tous les Souverains,
De leurs égaremens je tire les Humains,
Et puis,fans autreſtratagéme
Que quelques regards incertains ,
Leſçay les égarer de mesme.
Lecteur , qui me cherchez, apprenez que
jepuis
Donnerà vos ſouhaits des lumieres parfaites
;
Peut- estre avez- vous peine àſçavoir qui
jesuis,
Mais je sçayfort bien où vous eſtes.
AVTRE
OnPere est
MO
ENIGME.
un grand Corps ſujet
aux mouvemens;
Quoy qu'on n'ait jamais pû connoistre
Sa figure ,
Il est pourtantde la Nature
Vndes plus parfaits ornemens.
MaMere est un Eſtreſans corps,
Qui peut naiſtre &mourirſans ceffe,
Quimeproduit , & qui délors
MeurtSouvent avant que je naiſſe.
78
BIBLE
LYON
8*1893
*
8
IVPITER ET VVLCAIN ENIGME .
GALANT.
237
Pour moy , quoy qu'on se faſſe un plaisir
agreable
Deme chercher en bien des lieux,
Ie fuis imperceptible aux yeux,
Cependant on voit dans la Fable
Mon nom parmy les Demy Dieux.
Quant à l'Enigme en figure du
trebuchement de Phaëton,voicy
les divers ſens qu'on luy a donnez
, Le Tonnerre , l'Yurognerie , la
Temerité, l' Ambition , la Grefle, an
meſchant Pilote, la Cire d'Espagne,
l'Estrapade,la luſtice, la Chymie,le
Boulet de Canon, la Pluye , l Exhalaiſon
, l'Aigle Impérial renversé
par le Soleil François, la Fusée volante,
le Feu de joye , & le Milan
qui ſe jette ſur les Pigeons .
Le ſeul Monfieur Rault de
Roüen a trouvé le veritable. C'étoit
l'Eclair, repreſenté parPhaëton
.Comme il précede ordinairement
le Tonnerre , on voit icy la
Foudre qui fuit.Les Chevaux entraînez
figurent les Vents qui
portent
238 MERCURE
portent la tempeſte , & que les
Poëtes n'ont pas fait difficulté de
monter fur des Chevaux.L'Operation
de Vulcain ſur la teſte de
Jupiter,eſt le ſujet de la nouvelle
Enigme que je vous propoſe.
Vous ſçavez que ce Dieu le pria
de la luy fendre& que Pallas en
fortit armée .
J'adjoûte icy un quatrième Air,
fait d'une maniere qui vous furprendra
. Il eſt d'un tres- habile
Homme qui ne ſçait pointla Mufique.
Il compoſe par Alge re,ou
progreſſion harmonique , & fçachant
les Paroles d'un Opéra , il
viendroit aisément à bout de le
copier entier dans une demyfeüille
de papier avec toutes ſes
parties.
AIR PAR ALGEBRE.
Ne langueur extréme
Helas!
GALANT. 239
7
Helas ! quand on aime ,
Qu'on souffre de tourmens !
Ilferoit impoſſible
D'éviter tous leurs coups.
Mon coeur est trop fenfible,
Mais ce n'est que pour vous.
Je vous manday il y a un an que
Mademoiselle de Froullay s'eſtoit
jettée dans un Convent malgré
ce qu'on avoit fait pour l'en détourner
. C'eſtoit aux Religieuſes
de la Ville- l'Eveſque.Elle y vient
de prendre l'Habit. L'Aſſemblée
y eſtoit illuftre & nombreuſe.
Monfieur l'Eveſque d'Amiens y
a preſché. Cette nouvelle Religieuſe
eſt belle , & a beaucoup
d'eſprit,
Monfieur de Mallement de
Meſſange , Autheur du Cadran
Solaire ,& de pluſieurs autres Ouvrages
que je vous ay marquez ,a
faitun nouveau Syſteme duMonde,
qu'on eftime fort. Ses Réponces
240
MERCURE
ces aux Objections qu'on luy fait,
font tres deciſives , & font connoiſtre
que c'eſt un Eſprit univerfel.
On a donné au Public depuis
trois jours un Ouvrage meflé de
Profe & de Vers , dont ceux qui
l'ont leû parlent fort avantageuſement.
Il a pour titre, LeTriomphe
de la Paix. Monfieur duJarry
en eſt l'Autheur. Il ſe debite chez
le Sieur de Sercy dans la Salle du
Palais. Adieu Madame , je ſuis
voftre , &c .
A Paris ce 28. Fevrier 1679.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le