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1679, 01 (Lyon)
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Texte
Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
1
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHI
THEQUE
D
LYON Janvier 1679
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. D C. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DUROI.
ОЧОЬНІ
A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
S
I dans la Paix ou dans la
Guerre
LOUIS ne fait rien que de
grand ,
Et ſi l'heureux ſuccés de ce qu'il entreprend
,
Le rend ſi formidable aux Princes de
la Terre ;
S'il eſt ſeul digne d'enſeigner
Le grand& bel Art de Regner ;
Enfin ſi ſa códuite en miracles feconde,
Le fait regarder aujourd'huy
Come le plus grand Roy du monde,
PRINCE , combien eſt grand un Fils
digne de luy !
DE HAUTEVILLE.
a ij
EPISTRE .
Ce Madrigal , MONSEIGNEUR
, renferme
un Eloge qui répond parfaitement
à ce qu'on voit
tous les jours éclater de
grand , & d'extraordinaire
dans Vostre Auguste
Personne , &jay peine à
croire que le Panégyrique
le plus étendu pust faire
concevoir davantage.Auf-
Sin'ajouteray-je rien à cette
pensée. le vous diray
Seulement , MONSEIGNEUR
, que comme
le Mercure ne cherche
à se conſerver l'accés
favorablequ'il trouve , &
dans
EPISTRE .
dans toute la France ,&
dans les Cours Etrangeres
, que pour avoir l'avantage
de continuer à y publier
les merveilles devotre
Vie , il va redoublerſes
Soins dans cette nouvelle
Année , pour n'estre pas
tout à fait indigne de la
protection dont vous l'honorez.
Sa fortune ne peut
qu'eſtre fort glorieuse , ſi
vous avez la bonté de le
regarder toûjours du même
oeil que vous avezfait,
&je n'auray rien à fouhaiter
tant que vous agreérez
la respectueuse protesme
a iij
EPISTRE .
tation que je fais d'eftre
toute ma vie avec une entiere
ſoumiffion ,
MONSEIGNEUR,
Voſtre tres-humble & tresobeïffant
Serviteur, D.
LE
OLE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
Advis neceſſaire à lire.
EST pour la troifiéme
Année que j'ay l'honneur
de vous preſenter , cher
Lecteur, le Mercure Galant
, comme c'est celuy de Ianvier
1679. queje vous offre pour Etrenne
, je vous prie de le faire prendre
en nombre , puis que je vous en
fais unpreſent pour vingtfols ; le
prix est bien modique , veu les dépences
& les grands frais qu'ily a
àfaire : Vous voyez queje cherche
plutoſtvôtre fatisfaction que mon
interest , me forçant à vous donner
tous les Mois beaucoup de Nouveautez
que je fais venir de Paa
iiij
LE LIBRAIRE
A
ris ou que j'imprime , je n'épargne
rien pour les avoir dans le temps ,
vous pouvez vous imaginer que les
frais font bien plus grands , cependant
je vous en fais toûjours
bon marché , & vous étes aſſurez
de trouver les Livres nouveaux
tant de Paris que de Lyon ,dans ma
Boutique , ou chez ceux qui vendent
le Mercure dans les Provinces,
puis qu'ils vousfourniront tout
ce que vous aurez de beſoin fans
craindre d'eſtre trompez. I'ay auffi
unegrace à vous demander , qui
eft , que quand on vous parlera du
Mercure ou Extraordinaire, vous ne
vous en rapportiez pas à de petits
Esprits qui font gagez pour le décrier
, puisqu'une infinité de gens ,
fe diſant Autheurs , font Surpris
comment le Mercure va toûjours
de mieux en mieux pour estre bien
écrit , c'est ce qui les contraint
de
AU LECTEUR.
de le vouloir détruire , puisque
leurs Ouvrages ne peuvent paroître
apres unſiſçavant Homme,je
le puis nommer ainsi , puiſque tous
ceux qui m'en ont parlé , m'ont
avoué que tout ce qu'il écrivoit
eſtoitfi plein d'eruditions , que l'origine
du Mot devoit luy estre at
tribué. Plusieurs personnes m'ont
dit que le Mercure n'estoit pas
bon , &je leuray répondu , l'avez
vous leû, ils m'ont dit , je l'ay parcouru.
Apres les avoirpriéde le lire
tout entier , ils m'ont dit ingenuëment
qu'ils avoient éfté Subornez
par des partiſans contre le Mercure
; je ne crois pas que perſonne
vouluſt entreprendre de critiquer
le Mercure , puis qu'il n'y a eu
qu'une seule perſonne qui a voulu
faire cet effort , encore n'a- t-il
pû y reüffir, &si l'on a critiqué les
meilleurs Livres ; ainsi il faut que
ã v
LE LIBRAIRE
le Mercurefoit un Ouvrage achevé
& neceffaire , & qui fera un
jour bien recherché. Les veritables
Autheurs qui font Perfonnes qui
ont beaucoup de Sciences , apres
avoir lû le Mercure, avoüent, que
c'est un Ouvrage achevé , &fi
L'on ne trouve pas le tout égal, c'est
que l' Autheur dudit Mercure écrit
Si sçavamment , qu'il y a peu de
Perſonnes qui puiſſe écrire comme
luy , & c'est ce qui fait , que l'on
ne le trouve pas égal , car l'on ne
veut pas toucher aux Ouvrages
qui viennet de Province, quoy qu'il
y en ayt un nombre qui ont furpris
l'Autheur , les ayant trouvez
fi bien écris ; & c'est par le Mercure
que l'on a connu les Provinciauxſiſçavans,
que mesme à Paris
on en a esté étonné. Il faudroit
un Volume entier pour répondre
àtoutes les objections que
j'aurois
AU LECTEUR.
j'aurois à faire , & quand on me
voudra faire l'honneur de m'écrire,
j'y répondray , non pas en Autheur,
mais en Libraire , carje ne me picque
aucunement de cette qualité,
mais celle de vendre un Livre.
tou-
Ceux qui voudront des Mercures
complets en trouveront
jours à Lyon chezThomas Amaulry
Libraire , Rue Merciere ; ceux
de 1677. pour douze fols le Tome,
& ceux de 1678. & 1679. pour
vingt fols reliez , tant entiers que
Separez ; pour les Extraordinaires
c'est trente fols le Volume , il y en
a quatre de 1678.
Pluſieurs personnesfeplaignent
de ce que leurs ouvrages ne font
pas dans le Mercure ny dans les
Extraordinaires , ny mesme marqué
dans leurs Lettres , qu'ils ont
affranchis le port puisqu'il lefaut,
entr'autres depuis peu une Perfonne
LE LIBRAIRE
connu
ne inconnue de Marseille. Cependant
le port n'estoit point payé,
& ce mesme jour je reçeu de ladite
Ville de Marseille pluſieurs Lettres
lesquelles estoient toutes affranchies
, à la referve de cet Inje
n'ay pû m'empeſcher de
vous dire cela en paſſant , cela ne
doit rien faire à plusieurs Perſonnes
de la mesme Ville & autres
Provinces qui les affranchiſſent,
ilfaut n'avoir que peu de raiſons,
veu que donnant le Mercure à
vingt fols à Lyon , il n'y a rien à
gagner, ils veulent encore que l'on
paye les ports , ainſi s'ils le font
payer, ils ne doivent pasſe plaindre
, s'ils ne trouvent pas leurs Ouvrages
aux Mercures ; s'il me faloit
payer tous les ports , je voudrois
vendre le Mercure quarante
Sols , il suffit que je vous tienne
parole, en vous donnant ledit Mer-
350
cure
3
AU LECTEUR.
cure à vingt ſols ; ainſi je vous
reïtere ma priere d'affranchir tous
les parts de Lettres pourle Mercure
& Extraordinaire , & tout
ce que vous m'envojerez ſera tenu
tres diligemment. Revenons à
vous satisfaire , & à vous donner
plusieurs nouveautez, j'en ay en.
core beaucoup pourle Mois prochain
, je croy que le jeu de la Baf-
Sette fera grand bruit , puisqu'à
la Cour on y jouë jusqu'à des Coliers
de perles fines;je ne doute point
qu'en Province chacun en veüille
10
avoir.
LIVRES
11
NOUVEAUX
du Mois de Janvier 1679 .
La Noble Venitienne & le Nouveau
Ieu de la Baſſette , où les
perſonnes de qualité de la Cour
font nommées , parMonsieurde
Prechac, 12 .
1
Nouvel
4
Nouvelles Galantes du temps de
Monfieur Prefchac , 12 .
L'Estat preſent de l'Archipel , 12 .
3: vol.5
Les Exilez, NouvelleEdition, tout
rechangé & augmenté de deux
Volumes, 12. 6. vol.
Histoire du Serrail , auffi nouvelle
Edition , augmenté d'un tiers,
12. 6.vol.
Anne de Bretagne Reine de France,
Tragedie de Monfieur Ferier,
qui afait les Preceptes Galands.
Le Corps deMedecine, 4. 4.vol.
Huetij demonstratio Evangelica,
folio
Differtationes Philofophica , 12.
Devotions des Saints Vendredys ,
12. figures.
Ie vous ay mis cy- devant la Differtation
d'un Voyage de Grece,
publié par Monsieur SpondMedecin
cin ,je vous diray que cette Critique
estfaite par Monsieur la Guilletiere
, qui a fait l'Athenes Ancienne
& Nouvelle , & Lacedemone
, mais je vous conjure de la lire
, car elle eſt ſçavamment écrite.
AVIS
AVIS.
Luſieurs eftans perfuadez,
que les Extraordinaires ne
font que des abregez de ce qui
eſt contenu dans les trois derniers
VolumesduMercure qui les précedent
, on a eſté prié de faire
connoiſtre dans le premier Volume
de chaque Mercure qui fuivra
chaque Extraordinaire , les
matieres qui compoſeront cesmêmes
Extraordinaires qui auront
precedé le Mercure qui en parlera.
On verra par là que dans ces
Livres qui paroiſſent au commencement
de chaque Quartier
de l'Année, il n'y a pas une ligne
tirée de ceux qui ſe diſtribuent le
premier jour de chaque Mois.On
en va juger par les Ouvrages que
contient le quatriéme & dernier
Extra
Extraordinaire qui a paru le 25 .
jour de Janvier.
Il eſt dedié au Roy. L'Epiſtre
n'eſt point de la maniere ordinaire.
Elle est au milieu de toutes les
Conquestes du Roy, gravées par
M. le Paultre , repreſentées au
naturel , & environnées de Deviſes
& d'Inſcriptions. Le Volume
contient
Vn Eloge en Vers de pluſieurs
Pieces faites par les meilleurs
Autheurs , & imprimées dans le
Mercure.
Vn Editd'Amour,de dix-neuf
Stances.
Vne Feſte galante donnée par
l'Amour, au ſujet de la Paix .
Des Stances morales faites par
le Fils d'un Auditeur des Compres.
€ Huit Fictions differentes fur
l'origine de l'Horloge de Sable,
trai
traitées par metamorphofe & par
invention . La huitieſine en Vers
par un Academicien d'Arles.
Vne Lettre galante qui accompagnoit
un petit Amour de
cire donné pour Erennesh
Deux Lettres galantes deMadrid.
Vne Lettre de Veniſe , où l'on
voit l'originedes Mouches galantes,
&les ſentimens de la ſçavante
Mademoifelle Cornaro , fur la
confidence de Madame de Cleves
à ſonMary.
Six Lettres pleines d'érudi
tion , de Monfieur l'Abbé de la
Vale, fur l'uſage des Fictions !
Vne Lettre fur les indices
qu'on peut tirer pour connoiftre
l'Eſprit, fur la maniere dont cha
cun forme ſon écriture .
Vne nouvelle Lettre en chiffre .
DeMadrigaux fur divers ſujets,
&
&des Sonnets ſur l'Amour & fur
l'Indiference .
Deux Diſcours à la loüange des
Cheveux, pour répondre à la Satire
contre les Cheveux qui étoit
dans le troifiéme Extraordinaire .
Quatre Traductions en Vers
François , des Vers Latins de M.
de Santeüil , qui ſe liſent ſur la
Pompe du Pont N. Dame .
Pluſieurs Madrigaux fervant
d'explication aux Enigmes du
Coeur ,de la Nefle , de l'Eſprit,de
la Mouche galante, de la Calote,
& de quelques Enigmes en figure
Vn Cadran Solaire en tailledouce,
d'une nouvelle invention,
danslequel treize des principales
Actions de Sa Majesté ſont marquées
par autant d'effets du Soleil
.
Vne Galanterie en forme de
Confeil, fur un mal d'amour .
Pluſieurs
Pluſieurs Ouvrages en Versa
la gloire du Roy.
Vne nouvelle
gmatique .
Hiſtoire Eni-
L'Hiſtoire des Amours de Griſette
, Chate de Madame des
Houlieres, contenuë en huit Pieces
de Vers' composées par les
plus beaux Eſprits du Siecle.
Vn Difcours ſur les Deviſes,
Emblémes , & Revers de Medailles.
7
Quarante-deuxRevers de Medailles
à la gloire du Roy,gravées
dans une feule Planche , & tous
expliquez dans l'Extraordinaire
par autant d' Articles ſeparez.
Pluſieurs Queſtions propoſées
pour le cinquieſme Extraordinaire,
qui ſera le premier de l'Année
1679. les quatre premiers faiſant
l'Année complete de 1678 .
Tous les Ouvrages de ce quatriéme
trième Extraordinaire ſe montent
à plus de cent cinquante Pieces
tantde galanterie que d'érudition.
:
Ce grand nombre d'Ouvrages
diférens fait voir que les Extraordinaires
ſont des Recueils
de tout ce que l'on peut s'imaginer
, & où l'on peut avoir recours
, ſuivant les matieres dont
on veut eſtre éclaircy.
On ne propofera pas ſeulement
au Public des Queſtions galantes
pour tous les Extraordinaires,
mais encor tous les Sujets qui ſeront
envoyez , où l'érudition
pourra paroître.
0
Avis pour toûjours .
Nprie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres, d'écrire ces Noms en carateres
tres-bien formez & qui imitent
l'impreſſion
1
AVIS
l'Impreſſion , s'il le peut , afin qu'on
ne ſoit plus ſujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera .
On reçoit tout ce qu'on envoye, &
l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doi
vent chercher dans l'Extraordinaire ;
& s'ils ne ſont dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela . Chacun aura fon
tour,& les premiers envoyez ſeront les
premiers mis , à moins que la nouvelle
matiere qu'onrecevra,ne ſoit tellement
du temps , qu'on ne puiſſe differer..
On ne fait réponſe à perſonne ,
faute de temps.
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions.
Si les Errangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paffées chez
eux , on les mettra dans les Extraordinaires.
On
AV IS.
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiſſent bleſſer la modeſtie des Dames
, ou deſobliger les Particulieres
par quelques traits ſatyriques.
On a beaucoup de Chanfons . Elles
auront toutes leur tour, ſi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy fi ceux par qui elles
ont eſté faites,veulent qu'on s'en ſerve,
ils les doivent garder ſans les chanter
& ſans en donner de copie juſqu'à ce
qu'ils les voyent dans le Mercure .
L
Avis pour placer les Figures.
A Figure du Feu doit regarder la
page. II
La Chanſon qui commence par
Canons, Tambours , Trompetes, & Moufquets,
doit regarder la page. 49
L'air qui commence par Quelle Mufique
agreable, doit regarder la pag. 151
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 221
LaGalere doit regarder la pag. 199
L'Air qui commence par sombres
Forests , & vous , tendresZéphirs , doit
regarder la page barr 225
Extrat
403.003830303533803
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
P A
r Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Confeil, Jun
QUIERESDIl eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver&debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré fur le Livre de la Communauté le
5. Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
31. Ianvier 1679.
I
MERCURE
GALANT.
JANVIER 167213
Es t avecbien du
plaifir , Madame,
que dans cette
nouvelle Année,je
continuë à vous
donner des marques de celuy
que je trouve à vous entretenir
tous les Mois de ce qui ſe paſſe
de plus curieux en France. Les
prodiges de prudence & de valeur
dont je vous ay fait part
Ianvier. A
2
( MERCURE
dans les deux dernieres,ont quelque
choſe de ſi éclatant , que
comme le temps paſsé ne revient
jamais , on peut aſſurer que les
Siecles à venir ne feront rien
voir de pareil. Ce ſont de ces Miracles
qui n'ont point d'exemple,
& qu'on admire ſans les concevoir.
Il n'y avoit que la Paix
qui puſt en interrompre le cours.
La ratification de celle d'Eſpagne
arriva fur la fin du dernier
Mois , & me met dans l'obligation
de vous en parler au commencement
de celuy- cy : mais
qu'en puis -je dire qui réponde
àce qu'elle a de glorieux pour
le Roy ? On a veude tout temps
des Guerres , mais on n'a point
veu des Conquérans comme
Luy. Il ya eu des Potentats qui
ont fait la Paix , mais il eſt inouy
qu'ily en ait jamais eu qui l'ayent
donné
GALANT.
3
donné dans le ſein meſme de la
Victoire. Permettez -moy de me
taire . Quelque portrait qu'on ſe
faſſe de tout ce qu'on peut penſer
de grand , on doit eſtre perſuadé
que l'imagination ne ſçauroit
aller affez loin ſur les merveilles
qui feront diftinguer nôtre
Siecle de tous les autres.
Combien d'Etats ont eſté en
guerre, qui apres de longues an
nées n'ont perdu que des Hom
mes & de l'argent ? Ils ne faifoient
que conquérir dans un
temps , ce qu'on regagnoit fur
eux dans un autre . Mais ce qui
nous reſte par les Traitez de
Paix avec l'Eſpagne eft une chofe
incroyable. Le nombre & la
force des Places s'y rencontrent,
& il y a meſme des Provinces
toutes entieres. Ainſi avec beaucoup
de conqueſtes ,le Roy y
A ij
4
MERCURE
trouve la gloire d'un Vainqueur
modere , mais une gloire dont
tant d'extraordinaires circonftances
augmentent l'éclat, qu'on
peut dire qu'elle n'apartient qu'à
LOUIS LE GRAND . Les réjoüiffances
de cette Paix font
grandes dans l'un & dans l'autre
Royaume , mais par des raiſons
bien diférentes . La joye qu'en
font paroiftre les Eſpagnols,vient
des Places qu'on a bien voulu
leur rendre de la conſervation
de celles qu'ils craignoient de per.
dre , & du beſoin qu'ils avoient
qu'on finiſt une Guerre qui les
accabloit ; au lieu que les François
s'en réjoüiſſent , non pas
pour les maux que la continuation
de cette Guerre leur faifoit
appréhender , ( elle ne leur a jamais
ofté l'abondance de toutes
choſes , mais pour la gloire que
leur
GALANT.
leur auguſte Monarque a fait
- rejallir fur luy & fur la France,
en donnant la Paix au milieu
de tous ſes triomphes. Toute
l'Europe confefſe que c'eſt Luy
qui l'a donnée ; & comment
pourroit-on n'en pas demeurer
d'accord, puis qu'elle a été conclue
aux mefmes conditions
qu'il l'a offerte ? Jugez par là ,
Madame combien la ſeconde
Inſcription que les Hollandois
-ont fait mettre en leur Langue
à la meſme Medaille dont je vous
ay déja envoyé la Figure , regarde
la gloire de ce Grand
Prince. Voicy ce qu'elle contient.
1
A LA MEMOIRE DE LA
PAIX TANT DESIREE , SI
LONGTEMPS RETARDEE ,
ET A LA FIN SI GAILLARA
iij
6 MERCURE
C
,
DEMENT EXECUTE E. DIEV
EN FASSE VIVRE LONGTEMPS
LES AVTHEVRS .
Le mot de gaillardement vous
ſurprendra , mais on n'a pû traduire
autrement le mot Hollandois
dans ſa propre fignification.
Chaque Peuple a ſa maniere de
s'exprimer , qui luy eſt particuliere
; & ce qui a bonne grace en
une Langue , paroiſt quelquefois
rampant, lors qu'il eſt rendu literalement
en une autre .
Je viens à la Publication de
cette Paix qui fut faite icy avec
les ceremonies accoûtumées,
quelques jours apres que la Ratification
eut eſté receuë . La marche
fut fort étenduë , étant composée
de Meſſieurs du Châtelet,
du Corps de Ville, & de tous les
Officiers & Archers de ces deux
grands
GALANT.
7
grands Corps , auſſi bien que des
Fifres , Hautbois , Tambours , &
Trompettes de la grande Ecurie
du Roy. Ce font les Herauts qui
publient la Paix. Ils ſont ſept, du
Titre de Touraine , Normandie,
Angouleſme , Picardie , Rouffillon,
Xaintonge, & Charolois . Le
Roy d'Armes eſt du Titre de
Mont-joye S. Denys , & marche
ſeul apres les autres Hérauts, ce
rang eſtant le poſte d'honneur.
Il ne publie jamais la Paix ,& fait
ſeulement ce que je vay vousapprendre.
Quand on eſt arrivé
aux lieux où les Publications ſe
doivent faire , il ordonne aux
Trompetes de fonner trois Chamades
avec les Clochettesd'Armes
de Sa Majesté , leſquelles finies,
il oſte ſa Toque , & la tenant
à la main , il crie trois fois ,
Depar le Roy. Cela fait , il remet
A iiij
8 MERCURE
l'ordre de Sa Majefté entre les
mainsd'unHérautd'armes,& luy
dit àhautevoix; Vous Héraut d'Armes
de France du Titre de ***
faites vostre Office. Le Héraut
prend l'ordre & fait la publication,
laquelle finie , le Roy d'Armes
oſte ſa Toque & crie trois
fois Vive le Roy , auſquels cris le
Peuple ne manque jamais de
répondre. Le Roy d'Armes ordonne
en ſuite aux Trompetes
de fonner des Fanfares. Apres
quoy les Proclamations ſe font
dans la Court du Palais , & aux
lieux accoûtumez par chacun
des Hérauts alternativement .
Ils font revétus de Cotes d'Armes,
avec des Toques garnies de
plumes, des Trouſſes ,& des Brodequins,&
unCaducée à la main,
leurs Chevaux font caparaçonnez
de Tabit violet frangé d'or.
Quel
GALANT.
9
Quelques-jours apres qu'on
eut publié la Paix d'Eſpagne , on
fit les réjoüiſſances ordinaires
en ces fortes d'occaſions. Le
Canon ſe fit entendre dés le matin
. On chanta le Te Deum , où
toutes les Compagnies aſſiſterent
& le foir on fit un feu devant
l'Hôtel de Ville , & enſuitte on
en alluma dans toutes les Ruës.
Il y en eut un d'Artifice que
Mrs. les Prevoſt des Marchands,
& Echevins avoient fait dreſſer .
Il repreſentoit le celébre Temple
de Janus , ſoûtenu de pluſieurs
piliers . Ce Dieu eſtoit élevé
ſur un pieddeſtal au milieu
de cette grande Machine , tetant
d'une main les Clefs du
Temple , & de l'autre un Sceptre.
Ce Temple avoit pluſieurs
Portes ,&deux degrez regnoient
tout autour. Quatre Figures
Av
IO MERCURE
propres au ſujet , faiſoient l'ornement
des quatre coins . On reconnoiſſoit
Thétis &Cerés, aux
deux premieres . L'une marquoit
le Commerce de Mer ; & la feconde
ſembloit promettre que
pendant la Paix elle rendroit la
fertilité aux Campagnes que la
Guerre avoit empeſchez de
cultiver. On voyoit Mercure
dans l'un des deux autres coins.
Une Bourſe qu'il tenoit , faiſoit
connoiſtre le fruit que nous devons
retirer du Commerce de
Terre & de Mer. La quatrième
Figure repreſentoit les Arts Libéraux.
C'eſtoit une Femme qui
tenoit une Paletre & des Pinceaux
d'une main , & de l'autre
un Globe & des Inſtrumens de
Mathématique , pour montrer
que la Paix rétablit les Sciences
&les Arts . Le reſte eſtoit orné
de
VILLE
*
1
اي
t
1
I
P
GALANT L
de Peintures , de Faftons ,& de
Trophées , comme vous pouvez
voir dans la Figure gravée de ce
Feu que je vous envoye.
Je quitte les réjoüiffances generales
pour vous entretenir des
particulieres. Je vous ay parlé
dans une de mes dernieres Lettres
de celles qui furent faites
icy àl'HôteldeLeſdiguieres pour
la naiſſance de l'Heritier de cette
Illuſtre Maiſon. Vous ſçavez
dans quelle conſidération elle
eſten France , & particulierement
dans le Dauphiné,dontM.
le Duc de Leſdiguieres eſt le
Gouverneur. Apeine la nouvelle
de la naiſſancede ce premierFils
fut - elle ſçeuë à Grenoble , que
toute la Ville s'empreſſa de faire
une Feſte. C'eſt la Capitale de
cetteProvince. Les Habitans en
font forts civils ; ce qui est caufe
12 MERCURE
ſe que la politeſſe y regne univerſellement.
Ainſi les Etrangers
y admirent un abregé de la Cour
à plus de cent lieuës de Paris. Ils
font charmez des honneſtetez
qu'ilsy reçoivent, & fur tout des
Perſonnes de qualité de l'un &
de l'autre ſexe , qui y font en auffi
grand nombre qu'en aucune
Ville de France. On y trouve
des Sçavans dont la réputation
s'étend en pluſieurs endroits
de l'Europe. Le Parlement y
exerce laJuſtice avec une ſi parfaite
intégrité , qu'on y court
en foule des Provinces les plus
éloignées; & noſtre auguſteMonarque
, à la connoiſſance duquel
rien n'échape de ce qui regarde
le bien general ou particulierde
ſon Royaume , eſt ſi bien
inſtruit de cette intégrité , qu'il
y renvoye pluſieurs Affaires de
la
GALAN T.
13
la plus grande importance. Certe
Ville a un Prélat dont le zele
extraordinaire eſt d'un exemple
& d'une édification merveilleufe
. Il eſt Frere de Monfieur le
Camus Premier Préſident à la
Cour des Aydes , & de Monſieur
le Lieutenant Civil , qui
porte ce nom. La viſite de fon
Dioceſe eſt une de ſes plus affiduës
occupations. Il y fait des
fruits ſurprenans par ſa pieté ,
& on n'a pas moins d'admiration
pour ſavertu que de reſpect pour
ſa dignité. A regarder la Province
en general , on peut dire
qu'il n'y a point de Peuple plus
fidelle au Roy , ny qui ait plus
de venération pour ceux qui en
exercent l'Autorité. Elle eft
frontiere à l'Etat de Savoye , &
voiſine de l'Italie. Les obligations
qu'elle a à la Famille de
A
Mon
14
MERCURE
Monfieur le Duc de Lefdiguieres
ſont grandes. Le Conneftable
de ce nom la défendit plufieurs
fois contre les invaſions
des Eſpagnols & de la Savoye,
qui avoientuny leurs forces pour
profiter des troubles que la Religion
cauſoit en France ſur la
fin du dernier Siecle. Henry le
Grand qui avoit de l'eſtime pour
ſa valeur & pour ſa prudence,
& qui meſme l'honoroit d'une
bienveillance particuliere , trouva
toûjours en luy une fidelité
inébranlable , non ſeulement en
la garde de cette Frontiere ,&
de toute celle de Provence, mais
encor en tout ce qui regardoit
les intereſts de ce Grand Monarque.'
Ce fut luy qui par ſa vigilance&
par le credit qu'il avoit
dans cePaïs-là, dont il eſtoit originaire
, vint à bout de décou
vrir
GALANT.
15
vrir & de renverſer en meſme
temps divers deſſeins que le
Party de la Ligue avoit formez .
Il en fut recompensé par l'Epée
de Conneſtable dont Sa Majeſtè
l'honora , & par le Gouvernementde
la Province,qu'il avoit
ſçeu fi bien garder au dedans &
au dehors. La Ville de Grenoble
luy eſtoit déja obligée en
particulier des ſoins de ſon agrandiffement
& de ſes embelliffemens.
Monfieur le Marefchal
de Créquy ſon Gendre,
Ayeul de Monfieur le Duc de
Leſdiguieres , de Monfieur le
Duc de Créquy,&de Monfieur
le Mareſchal de Créquy, feconda
cet illuſtre Conneſtable par
fon incomparable bravoure
avec le zele & le ſuccés que
I'Hiſtoire nous apprend. Monfieur
le Duc de Leſdiguieres fon
Fils
16 MERCURE
Fils , dernier mort , qui a gouverné
la meſime Province jufqu'à
l'âge de quatre-vingt ans,
luy a fait reſſentir les effets de
ſa prudence & de ſa fidelité pour
le Roy pendant les mal - heureux
troubles qu'on appelloit
Guerres de Paris.La France étoit
alors unCorps dont il y avoit peu
de parties qui ne fuſſentinfectées
de la contagion de ce mal ; mais
ce ſage Gouverneur ſçeut toûjours
fi bien penétrer les obſcuritez
du temps , que rien ne
luy ayant pû faire perdre le bon
Party de veuë , il maintint perpétuellement
la Province dans
l'état heureux du devoir & de
la tranquilité. Noſtre invincible
Monarque l'a loüé durant
ſa vie & apres ſa mort. On ne
ſçauroit demander une plus
glorieuſe preuve de fon mérite.
Celuy
GALANT. 17
Celuy de Mr. le Duc de Lefdiguieres
fon Fils vous eſt connu ,
& il n'y a perſonne qui ne fçache
l'attachement qu'il a pour le
Roy , & fa fermeté inébranlable
pour ſon ſervice. J'aurois trop
à vous dire , fi je vous parlois des
marques d'adreſſe &de courage
qu'il a données ſous le nom de
Comte de Sault , dans les Carroufels
, en Hongrie , au Paſſage
du Rhin , & ailleurs. Il a épousé
l'unique Heritiere de I'llluftre
Maiſon de Rets. C'eſt une
Dame qui pendant le ſejour
qu'elle a fait à Grenoble en
1676. & en 1677.a charmé toute
la Ville par ſa pieté , par ſa douceur
, & par ſes autres grandes
qualitez . Le Dauphiné fut uny à
la Couronne en 1343. par le don
qu'en fit Umbert Dauphin de
Viennois,à Philipe de Valois,à la
charge
18 MERCURE
eſt
-charge que tous les Fils aînez de
France porteroient le nom de
Dauphin . Cette Province eſt
d'autant plus redevable à laMaifon
de Lefdiguieres, que c'eſtelle
qui luy a formé les veritables
moeursFrançoiſes .L'avantage
grand, puifqu'on peut dire qu'étre
François , eſt aujourd'huy un
bien incomparablement plus
grand que ne fut autrefois celuy
d'eſtre né Romain . Vous jugez
bien,Madame,que ceux de Grenoble
eſtant du caractere dont
je vous les ay dépeins , ne manquerent
pas de donner tous les
témoignages poffibles de joye, fi
toſt qu'ils eurentappris que Madame
la Duchefſe de Leſdiguie-
Bres eſtoit accouchée d'un Fils.
Dés le foir du jour que cette
nouvelle fut reçeuë , les Capitaines
des Quartiers parurent avec
une
GALANT.
19
une partie de la Milice. On eut
de la peine à contenir les Bourgeois.
Tous vouloient s'armer.
Neanmoins il n'y en eut que ſept
àhuit cens,qui allerent faire une
Salve devant l'Hôtel de Monfieur
le Duc de Leſdiguieres.
Pluſieurs Boëtes & Petards que
les Officiers du meſme Hôtel
avoient fait ranger ſur les terrafſesduParterre,
répondirent à cette
Salve ; & la nuit eſtant venue
toutes les Feneſtres furent éclairées
par des Flambeaux. Il y eut
des Feux d'artifice en divers endroits,
& on n'oublia rien de ce
qui pouvoit faire connoître l'extreme
ſatisfaction que toute la
Ville reſſentoit. Le lendemain la
plus grande partie de ce qu'il y
avoit de Perſonnes de qualité à
Grenoble , fut conviée à diſner
par ces mefmes Officiers. Le
Repas
20 MERCURE
r
Repas fut magnifique,& les fantez
deMonfieur le Duc de Lefdiguieres
, de Madame la Ducheffe
,de Mr. le Cardinal de
Rets,&du jeune Comte de Sault,
y furent beuës avec de grands
cris de réjoüiſſance. Ce jour là &
les Suivans , l'Hôtel fut ouvert à
tout le monde qui s'empreſſoit
-pour apprendre des nouveles de
cette heureuſe naiſſance. Pendant
plus de trois ſemaines, perſonne
ne vouloit confentir qu'il
fuſt un jour de travail. Tout ef
toit Feſte pour les Artiſans. Les
Violons , les Fifres, les Hautbois,
les Muſetes , & plufieurs autres
Inſtrumens , retentiſſoient dans
tous les Quartiers; & en quelque
lieu qu'on allaſt , on n'entendoit
parler que de divertiſſemens &
de plaiſirs .
Les Chevaliers du Jeu del'Harque
GALANT. 21-
quebuſe parurent ſous les armes
un des derniers jours du Mois
de Novembre. Jamais on n'avoit
veu dans leur Compagnie ny
tant de parure , ny un ſi grand
nombre d'Hommes. Monfieur
du Savel Gentilhomme de mérite,
qui en eſt Capitaine , mit cette
Compagnie dans un tres bon
ordre. Il la fit marcher au fon des
Hautbois , des Muſetes, &d'autres
Inſtrumens , qui s'accordant
avec le bruit des Tambours
faifoient un effet tres- agreable-
Il y avoit d'autres fingularitez
de Mouſquets - à croc montez
fur deux Affuts en forme d'Orgues
de guerre , &des Sauvages
qui donnoient beaucoup d'éclat
àcéte marche.Ils formerentdeux
Bataillons dans la Place de Saint
André , où ils firent pluſieurs
décharges , & le ſoir ils vinrent
faire
22- MERCURE
faire la derniere ſur le grand
Pont de l'Iſere , où Monfieur le
Clerc , un des Officiers des Pénonnages
,avoit fait dreffer un
petit Feu d'artifice , qui termina
agreablement les réjouiſſances
de cette Journée.
Le 30. du meſme Mois' , la
grande Feſte ſe fit. Comme perſonne
ne vouloit ſe reprocher
d'avoir eſté pareſſeux dans une
fi belle occafion, les onze Pénonnages
de la Ville ſe trouverent
de grand matin ſous les armes.
Leurs Officiers ſont des Gentilshommes
, & d'autres Perſonnes
conſidérables de la Ville. Monſieur
Baudet , qui a un Frere &
un Fils Conſeillers au Parlement
en eft le plus ancien Capitaine,
& fait la fonction de Colonel
avecle meſme honneur qu'il s'eft
acquis en plufieurs autres Em
plois
GALANT.
23
plois . Toutes ces Compagnies
ſe rendirent hors la Ville , où elles
furent rangées en bataille
par Monfieur la Frey , Major ,&
par Monfieur le Clerc , qui outre
ſa fonction d'Officier de Pénonnage,
faifoit encor celle d'Ayde-
Major.Les Plumes,les Echarpes,
& autres parures , brilloient
de tous coſtez . Chaque Compagnie
avoit ſa couleur particuliere.
La premiere , le gris de lin;
la ſeconde, le bleu ; & les autres,
le vert, le violet, le rouge, lejaune
, &c. Comme quelques-unes
eſtoient composées de trois ou
quatre cens Soldats , cette uniformité
faiſoit un tres-bel effet
dans un ſi grand nombre. Ces
onze Compagnies prirent leur
marche , ayant leur Colonel à
leur teſte. Chaque Officier ordonnoit
à ſes Tambours la bate
rie
24
MERCURE
rie que bon luy ſembloit , comme
celle des Mouſquetaires du
Roy , la Dragone , la Roüargue,
ou la marche ordinaire. Celle
des Mouſquetaires de concert
avecles Hautbois , produiſit un
effet bien nouveau , qui fut de
fairedanſer les Dames ſoit par la
préoccupatióde la joye,ou par la
gayeré de la baterie. Mr. Aubin
Enſeigne du Quartier de la nou-.
velleEnceinte ,qui eſt une desplus
belles Compagnies de la Ville ,
portoit unDrapeauqui attiroitles.
regards de tout le monde . Il eftoit
parſemé de fleurs Lys d'or,&
enrichyde pluſieurs autres ornemens
; & comme ce Drapeau eftoit
fort grand , il pria une jeune
Fille tres- bien faite , & de fort
bonne Famille , d'en vouloir porter
lebout. Elle estoit veſtuë en
Pallas. Il n'y avoit rien de plus
riche
GALANT.
25
4
riche que fa parure. La modeftie
qu'elle faiſoit éclater ſur ſon viſage
, avoit un je ne ſçay quel
mélange de fierté, qui en repreſentant
celle de Soldat , faifoit
connoiſtre que la vertu le devoit
toûjours accompagner. On avoit
un empreſſement incroyable
pour la voir , & pour ſçavoir le
miſtere de l'Employ qu'elle avoit
•bienvoulu accepter: Cette nouveauté
fut ſurprenante , quoy
qu'en uſage chez quelques Peuples
de nos Alliez , à l'imitation
deſquels cette belle Perſonne
conſentit ſans peine à faire paroiſtre
ſon zele , dans une occafion
de joye auffi publique que
celle où toute laVille s'intéreſſoit.
Ce qui acheva de charmer les
Spectateurs , fut un char de
Triomphe , traîné au milieu de
la mefme Compagnie. Il eſtoit
Ianvier. B
26 MERCURE
peint & orné de pluſieurs Couronnes
, Fleurons , & Bouquets,
haut de quatorze pieds , large
de neuf & demy & long de dixhuit.
UnEnfant qui reprefétoit le
jeune Comte de Sault, y étoit af.
fis, ayant à ſes coſtez deux autres
Enfans , habillez , l'un comme
l'Amour , & l'autre comme Mars,
& à ſes pieds estoit la force abatuë
figurée par un Lyon couché.
Le ſiege de l'Enfant avoit un
Aigle & un Cygne pour ſupporter
avec ces paroles.
Propre à l'Amour , & vaillant à la
Guerre..
Dans ce mefme Char estoient
neuf autres Perſonnes magnifiquement
vétuës à la Romaine .
Elles repreſentoient les neufMuſes
, joüoient toutes de quelques
Inſtrumens dont la diverſité fai-
C
2 foit
GALANT.
27
foit une tres-agreable mélodie.
Pluſieurs Hommes vétus en Sauvages,
quiſont les Armes de Mr.
le Ducde Leſdiguieres , tiroient
ce fuperbe Chariot .
Dans une autre Compagnie,
il y avoit un Athlete armé à la
Romaine , portant un Bouclier
&l'Epée nuë, comme s'il euſt invité
au combat tous les Braves
qu'il rencontroit. Il marchoit
immédiatement avant le Drapeau.
Pendant que toute céte Milice
ſe rangeoit dans les Prairies de
la Porte de Bonne , les Officiers
de l'Hôtel de Leſdiguieres tenoient
Table ouverte, & l'aprefdinée
il y eut de leur part une
Fontaine de Vin à trois tuyaux,
qui coula tout le reſte du jour.
Les Compagnies s'eſtant miſes
en ordre, elles vinrent faire leurs
Bij
28 MERCURE
décharges devant cet Hôtel , &
pafferent enſuite devant le Logis
de Monfieur le Préſident de
Saint André , qui a eſté Ambaſfadeur
à Veniſe , & à qui le Roy
a commis le Gouvernement de
la Province en l'absence de Mr.
le Duc de Leſdiguieres , & de
Monfieur le Comte de Tallard
qui en eſt Lieutenant General.
Ces honneurs rendus , elles allerent
ſe poſter dans la Place du
Breüil , avec la Compagnie de la
Jeuneſſe commandée par le méme
Monfieur du Savel dont je
vous viens de parler. Il eſtoit
magnifiquement vétu , & fortbien
monté , ainſi que Monfieur
Pellat Lieutenant de cette
Compagnie , & les Autres Officiers
.
Le foiron fit joüer un Feu d'artifice
; conſtruit par Monfieur
du
GALANT. 29
du Clot , Ingénieur de la Ville.
Le Bâtiment eſtoit octogone, ouvert
par huit endroits , rehauffé
par un tour de balustrades , &
furmonté par un Soleil luiſant.
L'inſcription qui estoit au Frontifpice
faifoit connoiſtre que les
Confuls de Grenoble ſouhaitoient
au jeune Comte de Sault
la gloire , & les grandes qualitez
d'Achille .Aux autres endroits on
voyoit peintes diverſes Actions
de ce fameux Grec,telles qu'Homere
les a décrites. Elles étoient
accompagnées de pluſieurs autres
Inſcriptions Grecques , Latines
, & Italiennes , qui les appliquoient
à la gloire future du
jeune Comte de Sault . Il y avoit
fix Emblêmes en fix endroits
diférens. Le premier eſtoit un
Enfant dans le berceau , aupres
duquel les Parques filoient le tif-
Biij
30 MERCURE
fu de ſa vie , avec ce Vers au
deffus .
Veridicos Parca coeperunt edere cantus.
Trois autres Vers Latins eftoient
au deſſous , qui faifoient
connoiſtre qu'il venoit de naiſtre
un Achille qui n'auroit point ſon
égal, & dont toute la Terre parleroit
un jour. Un Aigle à vol
étendu , regardant avec mépris
tine Colombe perchée ſur un
Arbre , faiſoit le ſecond Emblême
, avec ces mots .
Non imbellem Progenerant Aquila Com
tumbam.
:
Le troifiéme eſtoit une Carriere
, au bout de laquelle il y
avoit une Couronne de Lauriers,
& ces paroles au deſſous.
Virtuti
GALANT .
31
Virtuti gloria merces.
La Figure du Pantheon , qu'on
voyoit dans le quatrième eſtoit
accompagnée de ces mots .
Nullum numen abeft , fifit prudentia.
Dans le cinquième , eftoit repreſenté
un grand Lyon , combatant
un Eléphant en preſence
d'un Lyonceau ; avec ce Vers.
Diſce , puer , virtutem ex me , verumque
Laborem.
Le fixieme faiſoit voir une
épaiſſe Foreſt , d'où un Créquier
fortoit pardeſſus les autres Arbres.
On y liſoit ces paroles.
Crescent illa , crefcetis , honores.
Ces Emblèmes auſſi bien que
les Inſcriptions , eſtoient de la
compoſition de Monfieur l'Ho-
F
Biiij
32 MERCURE
rier, Avocat de la Ville. De cette
Machine ( ſi l'on peut appeller
ainſi cette maniere de Bâtiment
) fortirent pluſieurs fusées
en diverſes figures au commencement
de la nuit. Ce Spectacle
dura plus d'une heure. La clarté
que ces Fusées repandirent,
diffipa les tenebres des environs,
& le bruit qu'elles firent retentir
dans les airs fut fi grand que
plus de cinquante Tambours
qui batoient inceſſamment , avoient
de la peine à ſe faire entendre.
La Milice qui environnoit le
Feu dans la ſpacieuſe Place du
Breüil, augmenta ce bruit par la
décharge de ſa Moufqueterie,
&s'eſtant rangée chacune ſous
fonDrapeau apres que tout fut
achevé , elle ſe retira à la lueur
des Flambeaux, qui avoient eſté
mis
GALANT..
33
mis avec profuſion à toutes les
Feneſtres de la Ville. Il y eut des
Quartiers où les Femmes receurent
les Compagnies qui en
eſtoient , le Piſtolet à la main,
qu'elles tirerent à leur arrivée.
Les plaiſirs durerent toute la
nuit , & les Officiers de l'Hôtel
les continuerent le lendemain,
en régalant magnifiquement un
tres- grand nombre de Perſonnes
de Qualité , tant de la Ville que
des environs.
Voilà , Madame , ce que la
douceur du Gouvernement de
Monfieur le Duc de Leſdiguieres
a produit. Tout le Dauphiné
a pour luy un zele incroyable,
&cette Feſte en eſt une marque.
Je croy ne vous en pouvoir
donner une plus grande du plaifir
que je me fais de chercher
d'agreables chofes à vous en-
!
Bv
34 MERCURE
voyer , qu'en vous faiſant part
de la Piece que vous allez voir.-
Elle est de Monfieur Saurin.
LA VIEILLE
ET LE DUCAT ,
U
FABLE .
6 IN Ducat , des plus beaux Ducats
Avoit gagné le coeur d'une vieille
Dragonne.
Que l'or gagne des Coeurs , ce n'est pas
nouveau cas ,
Ilne doit surprendre personne..
La Vieille aimoit uniquement
Du précieux métal la couleur éclatante,
Etjamais tendreſſe d' Amante
Nefitplusfouffrir un Amant..
Paran excés dejalousie ,
Le Ducat, malheureux à force d'estre ai

Sous double &triple clef , dans un Coffre
enfermé,
Paffoit obscurement ſa vie.
La
GALANT.
35
La Dame l'alloit viſiter ,
Ilest vray , tous les jours deplus en plus
charmée;
Mais ſes ſoins n'avoient rien qui puft le
contenter ;
Rarement d'un Blondin une Vicille eft aimée.
1
Par cesmotsàlaſiennne ilfeplaint de
Sonfort.
Quoy, Sans ceffe en priſon, toûjours dans
l'esclavage ?
Moins captifest l'Oyſeau dans ſa petite
Cage,
Que je ne le ſuis, moy , ſous ce maudit
reffort.
Pourquoy defendre qu'on me voye,
Ay-je commis quelque noir attentat;
Suis-je un Empoisonneur ? ay-je traby
l'Etat ?
Enfin de ma prison que veut - on que je
C
On' ne sçauroit me reprocher
Que de faire trop l'agreable ;
36 MERCURE
Mais eftre aux yeux de tous poly ,bienfait,
aimable ,
Est- ce un crime à vouloir qu'il me coûte
fi cher?
Que je pers debelles conqueftes,
De beaux emplois de grands honneurs!
Mon or pourroit briller fur de Royales
Teftes,
Et ſervir d'ornement aux Conquérans
des Coeurs.
Iepourrois ( ô Ciel quelle gloire !)
Avoirplace au Palais du plus puiſſant
desRoys,
Etde cegrand Héros chery de la Vi-
Etoire,
Aux Siecles à venir apprendre les exploits.
D'unhonneurfans pareil la perte irréparable,
Redouble les ennuis de ma captivité;
Et jemourrois icy dansmon vyfiveté
Si de mourir j'estois capable.
LaVieilleàcela ,pas un mot,
Auxplaiſirsdu Ducat elleferme l'oreilles
Mais
GALANT.
37
L
:
Mais un jour n'ayant rien à mettre
dansfonPot,
Lafaim chaffa l'amour , & ce n'est pas
merveille.
Elleprendſon Ingrat; Vous ferez fam
tisfait,
Luy dit-elle , un Orfeure aura ſoin de
vousplaire.
Le Ducat de l'Orfeure estoit bien le vray
fait.
Car il avoitdorure à faire.
Sur l'Enclume auffitoft ce beau Roy des
Métaux
Souffre d'un Fer pesant la cruelle Torture.
Il avoit murmuré dans ſa retraite obf
cure;
On l'enfait repentir à grands coups de
marteaux.
Pour redoubler enoor ſon Supplice& fa
honte,
LeFeufuccede au Fer , & le Blondin
fondu,
Plus noir que Steropez , & moins poly
queBronte
-
Dans
38 MERCURE
Dans leMercure est confondu. י
lamais un Criminel fut - il traité de
mesme
Lesplaintes à ce coupseroient mieux de
faiſon.
LeDucat dansſapeine extréme,
Regrete, mais trop tard, sa Vieille ,&Sa
prison.
Ainsi nous plaignons- nous d'estre trop à
nostreaise.
L'ambition flate&féduit ;......
Elle n'offre rien qui ne plaiſe,
Maisſouvent ce qui plaiſt nous nuit.
Heureux qui peut en paix , fans ſefaire
connoistre,
Loin des honneurs vivre & mourir :
Lorſque nous cherchons à paroiſtre ,
Nous cherchons toûjoursàsouffrir:
Vous m'avez ſurpris en me
demandant des nouvelles de ce
qui s'eſt paſſe à Turin le dernier
Mois touchant le Sapate. C'eſt
avoir bonne memoire que de
vous eſtre ſouvenuë que je vous
appris
GALANT.
39
appris il y a un an , que cette
Feſte arrivoit toûjours le cinquiéme
de Decembre. La Lettre
qui fuit va vous apprendre en
quoy elle a conſiſté cette année,
mais elle ne vous apprendra pas
pourquoy on luy a donné le nom
de Sapate , & vous m'embarafſez
fort quand vous voulez que
je fatisfaſſe là- deſſus voſtre curiofité.
Je m'en fuis informé à
-bien des Gens , à qui ce mot
n'eſt pas plus connu qu'à moy ;
&fi vous me permettez de vous
expliquer mes conjectures , je
vous diray que certe Feſte tirant
fon origine d'Eſpagne , & une
des conditions qu'elle impoſe eftant
que les préſens qu'on veut
faire foient mis en lieu où celles
à qui on les fait ne doivent pas
s'attendre de les trouver , il fe
peut que ceux qui ont inventé la
galan
40
MERCURE
galanterie , ayent fait mettre d'abord
quelques Bijoux dans les
Souliers des Dames à qui ils
avoient deſſein de plaire , & que
les ayant trouvez le matin en ſe
chauſſant , elles ayent donné le
nom de Sapate à cette feſte , du
mot çapato , qui fignifie Souliers
en Eſpagnol . Souvenez vous, s'il
vous plaiſt , que ce n'eſt qu'une
fimple conjecture que je vous
explique. Elle obligera peut- eftre
ceux qui ſçavent l'origine de
ce que vous me demandez , à
me faire part de leurs lumieres.
Je les recevray avec beaucoup
de plaiſir , & vous laiſſe lire , en
les attendant , ce qui a eſté écrit
de Savoye ſur cet Article.
LETTRE
GALAN T. 41
LETTRE
DE
M DE L'ESCHERAINE,
Secretaire du Cabinet de
L. A. Royales.
AMonfieur l'Abbé d'Estrées .
MONSIEUR,
1
Il estjuste de vous rendre compte
de temps en temps de ce quiſe
paſſe dans nôtre Cour , & ce foin
me regarde plus particulierement
que personne , puisque j'ay une
connoiffance plus particuliere de la
veneration que vous avez pour
noſtre incomparable Souveraine,
& de la part qu'elle vous donne à
fon estime. Ie vous avoüe pourtant,
Monsieur , que je fens quelque
42
MERCURE
que répugnance à vous faire la rélation
du dernier Sapate. Celle que
vous reçeûtes l'année passée , fut
d'un prix qui vous fera trouver
peu de goust à tout ce qui nesera
pas de ta mesme main. Ie veux
bien neantmoins risquer quelque
chofe pour obeïr à l'ordre que M.
R. m'a donné de vous écrire , نم
pour ne pas perdre une occaſion favorable
de vous renouveller mes
tres-humblesfervices.
Vous n'avez pas oublié , Monfieur
, que l'usage du Sapate nous
est venu d'Espagne , avec l'Infante
Catherine, Femme de Charles-Emmanüel
premier. M. R. Chreftienne
de France l'a continué , &
on le continuë encor aujourd'huy :
car il ſuffit qu'une coustume ait
esté une fois introduite dans noftre
Cour,poury estre toûjours obſervée,
fi elle va à la grandeur , au plai
fir.
GALANT. 43.
fir, &à la politeffe. Tant de Filles
de Roys,qui font entrées dans cette
Maiſon Royale , y ont apporté
chacune quelque maniere de Festes
galantes . Elles nous ont toutes plû,
& nous avons fait un mélange du
François , de l'Espagnol , de l'Italien
, qui n'a rien de barbare , &
quiréüffit admirablement bien pour
la galanterie , &pour la magnificence
. Le m'engage trop avant ,
Monsieur , je ne dois vous parler
que du Sapate de Lundy dernier,
cinquième de ce mois .La Feste commença
ſur les fix heures du foir,
par celuy que S. A. R. donna àfon
Auguste Mere. Il l'aborda dans
Son Cabinet , & luy presenta un
paquet en forme de Lettres, où elle
trouva des Sonnets , & des Epigrammes
affez galamment tournezsur
lesujet. Monfieur Pastorel
en est l'Autheur ; c'est un ancien
Poëte
44
MERCURE
Poëte de nostre Cour , dont les Ouvrages
ont souvent eu l'approbation
des Meßieurs de l'Academie
Françoise. En lifant ces Poësies,
on entra dans la Chambre de M.R.
& quoy qu'on ne se fust pas étudié
à cacher le Sapate , Selon la coûtume,
elle ne laiſſapas d'estre furpriſe,
voyantfon Alcovefermépar
un magnifique Balustre d'argent,
qui estoit chargé de quatre grands
Baffins,remplis de gands d'Espagne,
d'Evantails , de Rubans , de Bas
de foye , & de quantité d'autres
Bijoux , que M. R. diftribua ellemesme
aux Dames . Elle découvrit
en faisant ces liberalitezune Agraffe
de Diamans , estimée trois
mille Pistoles. Mais à mon sens ,
ce qui valut encor mieux , fut la
maniere tendre ,honneste , & reconnoiſſante
, dont noſtre jeune Prince
excusa la petiteſſe de ſon preſent.
Mada
GALANT.
45
Madame Royale, luy en avoit auſſi
destiné un proportionné à son âge,
&conforme au deſſein qu'ele a de
meſleràſes divertiſſemens des inſtructions
capables de cultiver les
Semences de gloire &de vertu qui
croiſſent avec luy. Comme elle luy
donna l'année passées des Tentes,
elle a voulu luy faire voir celle- cу
une Armée. On avoit dreſsé une
Table haute de trois pieds, qui occupoit
la moitiéde la largeur ,&
toute la longueur de la Galerie des
Peintures du Palais de faint Iean
que vous connoiſſez . L'on y conduifit
S. A. R.feignant que c'estoitle
paſſage pour aller à la Comédie.
Le bruit des Trompettes , des Timbales
, & des Tambours , formerent
à l'entrée une harmonie , qui ne
déplut pas à l'humeur vive de nôtre
jeune Maistre. Il fut encor
plus agreablement Surpris , Selon
Son
46
MERCURE
fon goust , quand il découvrit le
long de la Galerie , fur une espece
de hauteur couverte de mouſſe , les
Troupes de fa Maiſon campées à
un bout , & rangées en bataille à
l'autre fur une ligne. Le Campement
étoit tres- bien entendu,& dif
posé en tout , felon les Regles. La
Tente de S.A.R. estoit au milieu de
celles de ſes officiers , entre deux
gros d'Infanterie , & la Cavalerie
fur les deux Aifles. Trois Pavillons
fort propres en faisoient la face, &
celuy du milieu renfermoit une
Veste de peau d'Espagne , avec les
Boutons de Diamans , & une Bour-
Se pleine de Pistoles. C'estoit une
partie eſſentielle au Sapate d'un
jeune Prince genereux , comme le
noftre , qui a l'inclination du monde
la plus liberale. On n'y avoit
pas oublié le Parc des Vivres ,
non plus que celuy des Munitions ,
نم
GALANT.
47
&de l' Artillerie. Cette petiteArmée
étoit en tres - bon ordre. Toutes
les figures estoient venues de Paris
, armées & veſtuës fort proprement
, felon les couleurs & les parures
des Compagnies , & des Régimens,
comme vous les avez venës
eſtant icy. Ie vous aſſure qu'iln'eſtoit
rien de plus joly que cette petite
Armée , composée de petits
Hommes , & de petits chevaux.
Apres qu'on l'euft conſiderée à loifir,
&que S. A. R. s'en fut diverty
àson gré, on paſſa dans la grande
Salle des Provinces magnifiquement
ornée,& éclairée de quan.
tité de Luftres. Leurs A A. R R.
sy placerent fous un Dais où les
Comédiens François repreſenterent
la Berenice de Mr. Racine. Leur
action ne diminua rien de la beauté
de cette Piece. Vn Concert de
la
48 MERCURE
la compoſition de Monsieur Laloüette
, digne Elevé de Monfieur
de Lully, en fut comme le Prologue;
& une somptueuse Collation de
vingt- quatre Baſſins de toutesfortes
de Confitures, &de Fruits,fervit
d'Intermede entre le premier
&le second Acte. M. R. donna
cette Comédie au lieu de l'Opéra,
dontnousnn''auronslapremiere Repreſentation
que dans huit jours.
Estant retournée dans ſon Appartement
, elle y trouva le Sapate de
Madame la Princeſſe. C'estoit
quantité de Peaux , & de Gands
d'Espagne , cachezentre deux Toilettes
qui couvroient fon Deshabillé.
La Feste finit par là , &
chacun ſe retira fort satisfait de
ce qu'on avoit veu , & de ce qu'on
avoit oüy. Ie vous conjure , Monſieur,
de l'estre unpeuplus demoy,
que vous ne leferez du méchant
1
4
Stile
GALANT.
4
a
ftile de ma Relation ; carſi je ne
fçay pas écrire avec beaucoup de
juſteſſe, j'ay l'avantage d'eftre avec
beaucoup de paſſion , Monsieur , Vo-
Stre, &c.
*
ATurin le 10. Decembre 1678 .
L'Air qui fuit eſt fur la Paix.
C'eſt une matiere qui exerce
également la Muſique & la Poëfie
. Les Paroles font de Monfieur
Chefnon de Tours. Monſieur
Loyſeau , Organiſte de
S. Martin de la meſme Ville , les
a notées.
AIR SUR LA PAΙΧ.
CAnons , Tambours , Tompetes , &
Mousquets,
Vous refuſez de celebrer la Paix ,
Et vous croyezqu'il est de vostregloire
D'eſtremuets ,
Horsd'un Combat, ou bien d'une Victoire.
Canons, Tambours , reprenez vostre employ,
Ianvier. C
50
MERCURE
Festezla victoire du Roy ,
LOKIS a terminé la Guerre ;
-Mais c'est vaincre toute la Terre,
Que laforcer de recevoirſa Loy.
Vous avez ſçeu que le Roy
accorda , il y a quelques mois , à
Monfieur le Comte de Thorigny
la Charge de Lieutenant de
Roy en Normandie , ſur la démiffion
de Monfieur le Comte
de Matignon , fon Frere. Comme
il eſt de l'ordre que ſes Lettres
ſoient enregiſtrées dans tous
les Sieges Préſidiaux de cette
Province , Monfieur Chevallot
de laMagdelaine,Avocatau Parlement
de Paris, fut prie de faire
la preſentationde ſes Lettres, au
Baillage & Siege Préfidial d'Evreux.
Cette Cerémonie ſe fit le
troifiéme de ce mois, dans le lieu
ordinaire des Audiances, qui fut
femply de tout ce qu'il y a de
Perſonnes de qualité & de mé
rité
GALAN T.
SI
rite dans la Ville. Son Difcours
fut plein d'éloquence & d'érudition
, & il le prononça avec tant
de grace qu'il s'attira l'admiration
de tous ceux qui l'entendirent.
Il fit paroiſtre d'abord l'Illuſtre
Maiſon de Matignon comme
un agreable labyrinthe , où
ſon eſprit trouvant continuellement
, & de nouvelles grandeurs,
&de nouvelles vertus , fe
perdoit dans le nombre ſurprenant
des grands Perſonnages
qu'elle avoit donnez à l'Etat. II
dit , Qu'elle estoit si Noble , & fi
Ancienne ,que les Annales de Bretagne
en raportoient bien la grandeur
dans la ſuite des temps , mais
non pas le commencement; ſemblable
à ce grandFleuve du Nilqueles
Anciens avoient admiré avec veneration
non pas tant pour les
merveilleux effets deses déborde
Cij
52 MERCURE
mens, que pour n'en avoirpû trouver
la Source , quelque exacte recherche
qu'ils en euſſent faite; que
cependant au milieu de cette incertitude
ilfaloit fixer un temps ,
& que l'Histoire faisoit connoistre
combien cette Maiſon avoit été Illuſtre
ſous le Nom de Goujondés le
dixiéme Siecle , dans la Province
de Bretagne. Il ajoûta , Queſous
le Regne de Charles VII. ceux de
céteMaiſon avoient paffé en FrancepourSecourir
le Royaume,&pour
en chaffer les Ennemis. Il parla
des grands Hommes qui en eftoient
fortis , & en élevant leur
valeur & leur vertu , il fit voir
qu'ils en avoient eſté recompenſez
par les premieres Charges du
Royaume. Il dit qu'il y avoit eu
des Mareſchaux de France , des
Chevaliers de l'Ordre du Roy,
des Grands Chambellans , des
Grands
GALANT.
53
-
Grands Ecuyers , &huit Lieutenans
Generaux pour le Roy ,
fucceſſivement dans la Province
de Normandie du Nom de
Matignon. Il montra enſuite les
grandes Alliances que cette
Maiſon s'eftoit faites ,& finit par
l'Eloge de Monfieur le Comte de
Thorigny , dont les glorieux fervices
avoient merité de Sa Majeſté
, la Charge de Lieutenant
General pour le Roy dans la
Province de Normandie, ove
CeDiſcours reçeur de grands
applaudiſſemens. Celuy qui le
prononça eſt Fils de Monfieur
Chevallot, Préſident au Baillage
& Siege Préfidial d'Evreux , qui
foûtint avec beaucoup de merite
l'eſtime qu'on fait de luy
dans le monde
La mesme Cerémonie s'eft
54 MERCURE
auffi faite depuis peu au meſme
Prefidial , pour Monfieur le Marquis
d'Harcourt , en faveur duquel
Sa Majefté a bien voulu
agréer la démiſſion que Mon
fieur le Marquis de Beuvron ſon
Pere a faite , tant de la Charge
de Lieutenant General au Gouvernement
de Normandie , que
de celle de Capitaine & Gouverneur
Particulier du Vieil Châ
teau de Roüen Cet agrément
fait d'autant plus connoître la
bienveillance dont le Roy les
honore l'un & l'autre , qu'il eſt
accompagné d'une clauſe fort
extraordinaire . Elle porte que fi
par un ordre renversé de la Nature
, le Fils meurt avant le Pere
, Monfieur le Marquis de
Beuvron demeureta maintenu
dans les mefmes Charges , ſans
qu'il foit beſoin de nouvelles
G
Provi
GALANTM 55
1
L
Proviſions. Monfieur le Marquis
'd'Harcourt fon Fils , a toutes les
qualitez qui luy pouvoient faire
meriter un Poſte fi avantageux.
En 1673. n'eſtant âgé que de
dix-huit ans , il fut mis à l'Académie
, qui eſt une Ecole où la
Nobleſſe apprenant le meſtier
de la Guerre, s'inſtruit & fe for
me pour la défenſe, de l'Etat
L'année ſuivante, il ſe jetta dans
l'Armée , où d'abord il ſervit ent
qualité de Cornete dans leRegi-v
ment de Monfieur le Marquisde
Thury fon Oncle , qui dans les
dernieres Guerres a donné tant
demarquesde fabravoure.Moner
ſieur deTurenne le fit fon Ayde
de Camp à l'âge de vingt ans
dans cette belle, Armée qu'il
commandoit fur le Rhin en Al-D
lemagne. Il ſoûtint dignement !
le choix que ce grand Homme
-
56 MERCURE
avoit fait deluy,&ne perditaucune
occafion deſe ſignaler.LeRoy
ayant eſté informé de laglorieuſe
part qu'il avoit euë aux avantages
que nous avions remportez
de ce coſte-là en diferentes Batailles,
commeça de récompenfer
fon mérite en luy donnant le Regiment
deMuleMarquis de Souches
qu'il commanda en 1675 .
1676.avectoute la vigueur qui eſt
neceffaire dans cet Employ. Il
vint au Siege de Valenciennes,
où tout ce qu'il y avoit de Braves
dans le Royaume ſe rencontrerent.
Ily fitdes choſes ſi ſurprena
tes , que leRoy,à la veuë de toute
l'Armée, luy donna la Charge
deMestre de Camp du Regimet
de Picardie, vacante par la mort
deMonfieurle Marquis de Bour
lemont. C'eſtoit un des plus
grands Capitaines du temps. Il
s'eſtoit acquis beaucoup de gloi-2
re
GALANT.

57
$7
!
re , & fut tué à la teſte de ce fameux
Regiment dans l'expédition
de ce Siege. Valenciennes
ayant eſté emporté d'aſſaut ,Mr.
le Marquis d'Harcourt ſuivit les
Troupes qui furent envoyées à
Cambray, où Sa Majesté en perſonne
luy ordonna d'aller attaquer
une Demy-lune qu'il emporta
l'épée à la main , à la teſte
du Regiment qu'il venoit de recevoir
de la main du Roy. Le
Gouverneur& les Bourgeois de
Cambray , furent fi effrayez
de la hardieſſe de cette action ,
que peu de temps apres ils bati--
rentla Chamade , & demanderent
à capituler.Ainſion peutdire
que l'avancement de la priſe
de Cambray eft deuë à l'intrepidité
de Mr. le Marquis d'Harcourt,
quiy fut bleſſé àla jambe.
Toutes ces choſes furent mifes
dans leur jour avec beaucoup
Cv
58 MERCURE
d'art& d'eſprit par Monfieurdu
Vaucel, fameux Avocat du Préfidial
d'Evreux l'Audience ſeante
, où préſidoit Monfieur de
Lenglade Lieutenant General.
Il diviſa ſon diſcours en trois Par.
ties. Dans la premiere , il fit voir
par une éloquence vive & animée
, combien le Roy estoit glorieux
, foit qu'on le confideraft
dans fes Conqueſtes , ſoit qu'on
le regardaſt dans le don genereux
qu'il avoit fait de la Paix. 11
employa la ſeconde à exagerer
l'excellence de la Charge de
Lieutenant General , c'eſt à dire
de Vice-Roy de la vaſte Province
de Normandie , reünie anla
Couronne ſous le Regne de Phi +
lippe Auguſte par la felonnie de
Jean , furnommé Sans - Terre ,
Roy dangleterre & le dernier
Duc de Normandie , qui perdit
cette
GALANT .
59
cette belle Duché par confifca
tion pour avoir mechamment
tué ſon Neveu Artus , Vaſſal de
la Couronne de France ( Ces
termes defelonnie &deméchamment
font de l'ancienne Hiſtoire ,
& ont une force que peut-eſtre
de plus choiſis n'auroient pas. )
Il paſſa de là à l'importance de la
Charge de Capitaine &Gouver.
neur Particulier du Vieil Châ
teau de Roüen , ancien fejour
des Souverains Ducs de Normandie
, où ils tenoient leur Lit
de Juſtice dans leur Echiquier,
érigé depuis en Parlement. La
troiſième partie de fon Diſcours
regardoit ce que je vous ay dit
du mérite de Monfieur le Comte
d'Harcourt. Il montra fur l'ar
ticle de fa Naiſſance , qu'il eſtoit
iſſu des Anciens Ducs de Normandie
, auſquels appartenoit la
Comté
60 MERCURE
Comté d'Harcourt dont il porte
lenom, & qui eft venuë par acquiſition
aux Cadets de la Maifon
de Lorraine qui la poſſedent
preſentement.
Cette Cerémonie attira une ſt
grande affluence de monde , que
pour empeſcher la confufion
on fut obligé de poſer les Gardes
de l'Hôtel de Ville aux Portes
du Prétoire Royal. Toute la
Nobleſſe des environs y aſſiſta, &
les Dames meſmes qui voulurent
l'honorer de leur prefence s'y
trouverent en grand nombre.
Monfieur du Vaucel leur fit un
compliment fort ſpirituel , &
fort agreable ; & enfuite Monſieur
le Mareſchal, Premier Avo
cat du Roy , aprés un Diſcours
fort éloquent , confentit pour ſa
Majesté l'Enregiſtrement des
Lettres de Proviſion dans toute
l'éten
GALANT. Gr
F'étenduë du Balliage d'Evreux;
ce qui fut ainſi jugé , & prononcé
par. Monfieur de Lenglade
Lieutenant General.
Comme nous ſommes dans
un Siecle où le vray mérite ne
demeure point ſans récompenfe
, le Roy a rendu juftice à celuy
de Mr. le Marquis de Tilladet,
Maistre de la Garderobe &
Lieutenant General de ſes Armées,
en luy donnant ſon agréement
pour la Charge de Capitaine
des Cent Suiffes de la Garde
, vacante par la démiſſion de
Monfieur le Marquis de Vardes.
Le Pere & le Grand - Pere de
Mr. de Tilladet ont eſté Capitaines
aux Gardes. C'eſt un Employqui
leur a fait acquerir beau.
coup de gloire à l'un & à l'autre.
Le dernier en a merité le
Gouvernemet de Briſſac-Il avoit
épousé
62. MERCURE
épousé une Soeur de Monfieur
le Tellier . Meſſieurs de Tillader
font fortis de ce Mariage ..Vous
ſçavez qu'ils ſe diftinguent tous
les jours avec grand éclat , &
que celuy qui vient d'eſtre receu
Capitaine des Cent Suiſſes,
a monté par tous les degrez au
Poſte glorieux de Lieutenant
General. On ne l'acquiert point
ſans avoir donné de grandes
marques de valeur & de courage.
LeRoy voulant faire connoître
combien il eft fatisfait des
grands ſervices que Monfieur le
Duc de Luxembourg luy a rendus
pendant la derniere Campagne
, a gratifié ſon ſecond fils
del'Abbaye de Montier-Ramey,
Cette Abbaye eſt dans le Dioce
fedeTroyes.
* Meffieurs de Mimur & de la
Chefnaye,
GALANT.
63
Chefnaye , Pages d'honneur de
Monſeigneur le Dauphin, s'étant
attiré l'eſtime & la bienveillance
du Roy par leur merite & par
leur bonne conduite , Sa Majeſté
a eu la bonté de témoigner
la fatisfaction qu'Elle avoit reçeuë
d'eux , en diſant qu'ils n'avoient
point agy en jeunes Gens.
Ce témoignage leur est d'autant
plus glorieux à l'un & à l'autre,
qu'elle ne leur a fait quitter la
Livrée que pour les attacherde
nouveau à la Perſonne de Monfeigneur
le Dauphin , en leur
donnant mille écus de penfion à
chacun,& toutes les entrées .
Il eſt difficile que vous ignoriez
la mort de Monfieur leMarquis
deMontaut , Fils unique de
Monfieur le Mareſchal Duc de
Navailles,puiſque la nouvelle en
arriva dés les derniers jours de
L'autre
64 MERCURE
l'autre Mois. Il n'avoit que vingt
&deux ans. La maladie qui l'emporta
fut fi violente , qu'il ne reſiſta
qu'une ſeule nuit. Son courage
& fes fervices luy avoient
faitmeriter d'eſtre Officier General
dans un âge ſi peu avancé.
Il avoit eſté nommé Brigadier
dans la derniere Campagne.Madame
la Marquiſe de Roitelineſt
ſa Soeur. C'eſt la feconde. Il en
laiſſe encor deux autres qui vont
eſtre de tres-grands Partis.
Quoy qu'on ſoit accoûtumé
de voir faire au Roy des Actions
de grandeur dont les exemples
font rares dans toutes les Hiſtoires
, on ne laiffe pas d'eſtre ſurpris
dela maniere honneſte dont
il les fait. Elle augmente le prix
de ce qu'il donne , & quelques
grands que foient fes Préfens,
ceux qui les reçoivent ſont plus
touchez
GALANT.
65
touchez de marques des bonté
dont ce grand Prince lesaccompagne
, qu'ils ne ſont ſenſibles
aux avantages qu'ils en retirent.
Il n'eft point beſoin de follicitations
aupres de luy. Il ſuffit que
les ſervices & le merite parlent,
&c'eſt la ſeule recommandation
qu'il faut avoir pour ſe voir honnoré
de ſes bienfaits. Monfieur
le Premier Preſident de Novion
vientd'en recevoir des marques
, par deux Préſens de cent
mille écus chacun , lors qu'il s'y
attendoit le moins. L'un eſt un
don de cent mille écus com
ptant , & l'autre un Brevet de
retenuë de la meſme ſomme fur
la Charge de Premier Préſident.
Ces deux Préſens ont eſté faits
de cette maniere noble & engageante,
qui a fait gagner au Roy
juſqu'au coeur de ſes Ennemis.
Comme
66 MERCURE
Comme mes Lettres font leuës
apres vous par beaucoup de,
Gens qui auront entendu parler
de Brevet de retenuë , fans ſçavoir
préciſement ce que c'eſt ,
vous voulez bien queje les éclair.
ciffe en deux mots , en leur apprenant
que les Charges ſur lefquelles
il y a de ces fortes de
Brevets , ne peuvent eſtre remplies
apres la mort de ceux qui
ont eu le credit de les obtenir ,
qu'en payant à leurs Heritiers
les ſommes qui y ſont portées.
Monfieur le Comte d'Eſtrées
Vice-Amiralde France , a eſté
furpris auffi agreablement que
Monfieur de Novion ; & le Roy
qui ſe ſouvient de l'intrepidité
qu'il a fait paroiſtre dans toutes
les occafions où il a pû ſignaler
fon zele pour fon ſervice , a augmenté
fes appointemens de
douze mille livres par an.
GALANT... 67
J'ay à vous faire voirune choſe
affez extraordinaire. C'eſt une
Lettre par laquelle l'Amour demande
grace , luy qui eſt ſi peu
accoûtumné à prier. Il eſt vray
que c'eſt un Amour qui ſe pique
d'eftre raiſonnable , & qui ſçait
apparemment qu'il ne trouveroit
pas fon compte à faire le fier
avec la Belle qui eſt l'objet de
ſes ſoins. La Lettre eſt de Monſieur
le Coq de Boifrivey.
LETTRE
*
*1893
DE L'AMOUR,
A MAD. DE B. ***
A
Imable,
Mais un
Mere
Iris , jesuisl'Amour,
Amour dont vous étes la
C'est unſecret que je ne puis plus taire,
Etqu'ilfaut que je mette aujour.
:
Ie ne crois point vous faire injure,
Ny
68 MERCURE
Nyqu'estant Amour defix ans,
Etparconfequentde bonsens ,
- ledoive vivre encor avec vous de mesure.
T
Vous nepouvezplus deformais
Feindrede ne me pas connoiſtre;
Carfi l'on confulte vos traits,
On ne pourra douter que je tiens de
vous l'estre.
Vous ne rougirez point de me l'avoir
donné
Car quoy que vous m'ayez comme une
fauffeMere
Ingratement abandonné,
Ie neſuis pas un Amour du vulgaire ;
Et pour vous faire voir comme je me crois
Ie vais ingénûment vous faire mon portrait.
***
leſuis tendre , ardent, plein de zele,
Respectueux , Sage, fidelle,
Prudent , difcret , honneste , genereux;
Et quoyque d'un genre amourense
I'ay peu de part à lafolie
Dontpresque on nous accufe tous.
Il est vray que tout commevom
Iepanche unpeu vers la mélancolies
L'ay
GALANT. 69
L'ay le temperament affez paisible &
doux
ولام
On m'accuse d'estre jaloux ;
Mais, charmante Iris , quand on aime ,
le crois qu'un chacun est de mesme.
De laRaison , il eſt aisé de voir,
(Si jamais des Amours elle fut le partage)
Quej'en ay,graces àmonâge,
Autantque l'on en peut avoir. 44
Pourdel'esprit ,je veux m'entaire ;
Si j'en ay, je tiens de ma Mere.
Vousen avezinfiniment ,
Etmoy ( dit-on ) paſſablement.
Apres cela ,mepourray-je promettre
D'appaiser , belle Iris , vôtre longue riqueur
,
Etdepoffedervôtre coeur ?
Carc'est où bute cette Lettre.
Neme repliquez point que jeſuis odieux,
Vous me l'avez trop fait connoistre ,
Puiſque jamais devant vosyeux
Vous ne m'avez laisséparoître,
Etme chaffiez comme un pernicieux.
Ony, dés mes premiers jours, ingrateſans
Seconde,
Vous
70
MERCURE
Vous me donniez à tout le monde ,
Etrecompenfiez de mépris
LesMalheureux qui m'avoient pris.
Qu'on avoit bien raisonde ne me garder
guere !
Carqui donne un piedſeulement
Al'amour d'une telle Mere,
Ne s'en défait pas aisément :
Et cependant l'infortuné Liſandre ,
Qui contoit fur vôtre amitié,
1
Meprit,mais àdeſſein d'estre quitte pour
rendre,
S'ilnepouvoit vous toucher depitié.
Vôtrecruautéfut extréme , 1
Etluy fitplus de mal qu'à tous ;
Pourme vouloir mettre bien avec vous,
Ilſe pensa perdre lay mesme.
Soit qu'il vous aimattendrement,
Ou bien qu'il se laiſſaſt amuser d'esperance,
I'acquis furluy tant de puiſſance,
Que jamais on ne vit de plus parfait
Amant.
Maisbelas j'apperçois parſon inquietude,
Et par un autre traitement,
Quecedangereux changement
Provient
GALANT.
71
Provient de vôtre ingratitude.
Lisandre nem'écouteplus;
Celle que j'eus peine àfeduire,
Cettefiere Raiſon , va gagner le deſſus ,
Et s'efforce de me détruire.

Degrace ne leſoufrez pas,
Onvous me caufez le trépas .
Ony, belle Iris , ma mort eſtſeûre;
Et ne me croyezpoint de ces folets d'amours
Dont ondit que lavie est dure ,
Et qui venaiſſent tous les jours ;
Helas , quand je mourray , ce sera pour
toûjours.
Quoy, pourriez vous fans nulle cause
Laiffer mourir un Amourfi conſtant ?
Dans un age qui promet tant ,
Etdans l'état enfin de faire quelque chose?
Neme rendez plus malheureux ,
Pourun moment ceſſez d'estre inſenſible,
VnFils est -il fi dangereux ?
Et l'Amour est il fi terrible ?
Hébien ,fi je fais tant de peur,
Nemedonnezpoint vôtre coeurs
Etlechangez àceluy de Lisandre.
Belle
72
MERCURE
Belle Iris , foy d'honneſteAmour ,
le vaisvous fignerdés cejour
Que je n'ay plus rienàprétendre ,
Enfinvoilamonsentiment ,
L'aurois bien osé vous le dire ;
Mais quand cela se peut écrire ,
On s'explique plus nettement.
Ilneme resteplus ,pour finir cette Lettre,
Qu'àvous prier de me permettre
D'estre, charmante Iris , jusqu'à mon dernierjour,
Vostre tres -humble Fils & Serviteur,
L'Amour.
Monfieur l'Abbé de Grançey,
Fils de Monfieur le Marefchal
deGrançey, qui s'eſt acquis tant
de réputation , eſt Grand-Vicaire
de l'Official de Pontoiſe . Toute
la Ville en a témoigné beaucoup
de joye. Cet Illuſtre Abbé
fait preſentement ſa Licence, &
a déja paru pluſieurs fois en
Sorbonne avec grand éclat.C'eſt
par
GALAN T.
73
par là qu'il ſe renddigne de pofſeder
bientoſt les plus éminentes
dignitez de l'Eglife , & qu'il fuit
les traces glorieuſes de Monfieur
l'Archevêque de Rouen fon Oncle
, qui luy a donné les deux
Charges dont je vous parle. Il en
prit poffeffion ces derniers jours;
&apres que toutes les formalitez
ordinaires dans ces rencontres
furent faites, il prononça un Dif
cours fort éloquent & fort poly,
quiluy attira l'admiration de tous
ceux qui ſe trouverent à cette
Cerémonie. Il ſeroit difficiled'en
faire un plus juſte. Les penſées
en eſtoient fortes , l'expreffion
vive ; & l'ordre agreable qu'il
leur donna , fit connoiſtre qu'avec
l'étude de la Theologie , &
la rudeſſe des termes de l'Ecole,
on peut joindre les belles Lettres
,&toutes les délicateſſes de
noſtre Langue.
D
74
MERCURE
Je me ſouviens de vous avoir
parlé le dernier Mois du ſuccés
qu'avoit eu Mr. le Coadjuteur
d'Arles en prêchant devant le
Roy le jour de la Feſte de tous les
SS. J'aurois aujourd'huy beaucoup
à vous dire , ſi j'entreprenois
de vous marquer combien
toute la Cour a donné d'applau
diſſemens à ſes derniers Sermons
de l'Avent. Il eſt certain que Sa
Majesté n'avoit de long-temps
entendu un Prédicateur , ny
avec tant d'aſſiduité , ny avec
tant de ſatis- faction. Auſſi
a-t-elle dit pluſieurs fois à ſon
avantage , qu'elle n'avoit jamais
oüy mieux prêcher. Tous les
Complimens que luy a faits ce
-digne Prélat , ont eſté auſſi juſtes,
que bien tournez ; & dans
les louanges qu'il a données au
Roy , il a confervé toûjours un
cer
GALANT.
75
certain air grave & d'autorité
qu'inſpire aux Prédicateurs la
dignité de leur Caractere . Vous
ſçavez qu'il eſt de la Maiſon
de Grignan . Il a pour Frere
Monfieur le Comte de Grignan
Lieutenant de Roy en
Provence ; Monfieur le Chevalier
de Grignan , Meſtre de
Camp , & Brigadier de Cavalerie
, qui s'eſt ſignalé dans pluſieurs
occafions pendant cette
derniere guerre ; & Monfieur
l'Abbé de Grignan , que nous
avons veu Agent du Clergé.
Ils font tous Neveux de Monſieur
l'Archeveſque d'Arles ,
Commandeur des Ordres du
Roy. Perſonne n'ignore le méritede
ce grand Prélat. Il eſt d'une
vertu conſommée, &tout aveugle
qu'il eſt , on peut dire qu'il
y a peu d'Hommes en France
Dij
76 MERCURE
auſſi éclairé que luy . J'irois loin,
ſi je m'engageois à vousfaire icy
l'éloge en particulier de tous
ceux que je viens de vous nommer.
Je vous diray ſeulement
une choſe qui les fait admirer de
toute la Terre ; c'eſt la parfaite
union qu'on leur voit garder
entr'eux. Ils ont tous une fi tendre
& fi cordiale amitié l'un pour
l'autre , & ils vivent dans une ſi
étroitte correſpondance , qu'il
ſemble qu'ils n'ayent qu'un coeur
&qu'une ame . C'eſt ce qui fera
toûjours ſubſiſter cette Illuſtre
Famille dans le meſime éclat , &
qu'on peut prendre pour un préſage
aſſuré d'une profperité eternelle.
J'ay interrompu ma Lettre
pour lire des Memoires de Provincequ''
oonn m'aapportez. Quoy
que cequ'ils contiennent ſoit fort
extra
GALANT. 77
extraordinaire ,onm'affure qu'on
n'adjoûte rien à la verité. La
choſe s'eſt paffée dans une des
plus celebres Villes de France.
Voicy ce que c'eſt .
Quatre Dames , toutes quatre
mariées , & qu'une longue amitié
rendoit preſque inféparables
, ne cherchoient qu'à paffer
agreablement leur temps . Elles
avoient de l'eſprit , recevoient
des Soûpirans,&ſe laiffoient volontiers
conter des douceurs,
pourveu que lesGens ſe montraf.
ſent propres à quelque choſe.
La bonne chere eſtoit leur pafſion
dominante , & un Repas
bien ordonné avoit de grands
charmes pour les mettre de
belle humeur. Ainfi il eſtoit
dangereux de leur faire quelque
avance fur cet article , fion
n'avoit deſſein d'eftre pris au
mot. Elles prévenoient mefme le
Diij,
78 MERCURE
plus ſouvent ceux qui avoient de
la complaiſance pour elles ; &
pour peu qu'ils paruſſent avoir
deſſein de les regaler,elles témoignoient
fi adroitement la difpofition
où elles estoientde le ſoufrir,
que c'eſtoit toujours une affaire
faite. L'une d'elles ne lioit jamais
une Partie de cette nature,qu'elle
n'y appellât les trois autres ; &
come elles estoient toutes quatre
unies d'intereſt pour ce cõmerce ,
il alloit le mieux du mõde,& elles
ſe trouvoiết dans des Feſtes continuelles.
Un jour qu'elles revenoient
enſemble d'une viſite,elles
rencontrerent un jeune Cavalier
qui avoit échapé juſque là à leurs
attaques.Elles s'en firétune honte,
& en l'appellant, elles réſolurent
de le preſſer ſi vivemet,qu'il
ne puſt diſpenſer de ſe mettre en
frais. Apres les premieres civili
tez,
GALANT. 79
tez , à peine eut- il demandé à
quoy elles avoient deffein d'employer
le reſte du jour que la
plus hardie répondit pour toutes,
qu'elles en estoient embaraſſées,
& qu'il eſtoit en pouvoir de les
tirer de cet embarras , en leur
donnant la Collation. Les termes
eſtoient ſignificatifs . Il falloit ré
pondre préciſement , &le Cavalier
qui estoit honneſte , ne balança
point à leur dire, qu'il fe
feroit un fort grand plaifir de
ce qu'on luy propoſoit ; mais
que n'oſant les mener chez luy,
cauſe d'un Pere fur Page
qu'aucune viſite de Femmes
n'accommodoit,il craignoit fort
que la Maiſon d'un Traiteur ,
qui estoit la ſeule qu'il avoit à
leurdoffriry ne les dégouſtaſt
d'une Partie qui luy devoit eftre
fi agreable. Les Dames qui
1
Dij
80 MERCURE
qui prirent cela pour une défaite
(elles n'avoient peut- eftre pas
tort d'en juger ainfi ) ne voulurent
point laiſſer échaper l'occafion.
Leur panchant l'emporta
fur le ferupule. Elles accepterent
le party , & dirent au Cavalier
qu'il les conduiſiſt. Un moment
de reſverie que cette réfolution
luy cauſa , acheva de leur faire
croire qu'il ne leur avoit parlé
d'un Traiteur, que pour trouver
moyen de ſe dégager ; & comme
elles agiffoient du mefme eſprit,
& qu'elles s'imaginerent bien
qu'il ne leur feroit pas aisé d'en:
obtenir un ſecond Régal, elles ſe
mirent de concert pour profiter :
largement des avantages de cette
journée. Le Cavalier qui voulut
ſe tirer de bonne grace de ce
mauvais pas , les mena chez un
Traiteur de ſa connoiſſance, qui
Veſtoit
GALANT. 81
eſtoit le plus fameux de la Ville .
Il ordõna une Collation fort honneſte
, & les fit entrer dans une
Chambre tres propre. Tandis
que la Collation ſe préparoit,une
de ces Dames , avoüée des trois
autres , fortir de la Chambre fur
quelque prétexte , & alla donner
des ordres nouveaux qui furent
fi bien executez , que rien n'a jamais
eſté ſervy ny avec plus de
profuſion, ny avec plus de magnificence
. Ce furent des Baſſins
en pyramides detout ce qui peut
faire un tres- ſplendide Deſſert.
Les Confitures ſeches tenoient
leur place aupres des liquides , &
on apporta de toutes fortes de
Liqueurs en abondance. Le Cavalier
qui n'avoit ſongé qu'à ſe
tirer d'affaires honneſtement, fut
fort ſurpris de ſe voir fi liberal
lors qu'ily penſoit le moins. Les
Dv
82. MERCURE
Dames remarquerent que tant
de dépenſe ne luy plaiſoit pas ;
& pour joüir avec plus de joye
du trouble que luy caufoit la
veuë de tant de Baffins , elles
s'écrierent fur la magnificence
du Régal , & luy demanderent fi
c'eſtoit les traiter en Amies, que
de les faire ſervir avec tant de
fomptualité. Ces paroles furent
accompagnées d'un ſoûrire malicieux
qui acheva de choquer
le Cavalier. Il vit bien qu'on prétendoit
le prendre pour dupe;
& ſe reſolvant tout à coup à repouffer
la piece par une autre
piece , il ſe mit de la plus belle
humeur où il euſt jamais efté . Il
mangea, il but, il chanta , & dés
qu'une des Dames témoignoit
ſouhaiter quelque chofe , ill'envoyoit
chercher auffi- toſt . Les
Baffins furent abandonnez au
pilla
GALANT 83
pillage , & chacune d'elles fit
un magazin de Confitures ſeches
pour l'emporter Gependant
l'heure approchant où ce
qu'elles devoient à deurs Marys
les obligeoit de ſe ſeparertil fur
queſtion de fortir. Le Cavalier
les quita pour aller compter avec
le Traiteur ; & tandis qu'il arrêtoit
la ſomme avec luy , & qu'il
diſoit tout exprés fort haut qu'il
y avoit de l'excés , il entendit les
Dames ſur l'Escalier qui faisoient
de tres-grands éclats de rire. Il
baiſſa alors la voix, ſepara la fomme
en cinq parts , en paya une,
& apres avoir dit auTraiteur que
les Dames acquiteroient les quatre
autres ,il fortit ſans ſemettre
en peine de leur dire adiew. ΕΙ
les l'attendirent long-temps , &
voyant que c'eſtoit inutilement,
elles crûrentque le chagrin de
2 .
fe
84 MERCURE
ſe voir dupé l'avoit obligé à eſtre
incivil Ainfielles ſe préparerent
à s'en retourner fan's eſcortes &
comme elles prenoient leurs
gands & leurs coifes , elles reçeurent
le compliment du Traiteur,
Jamais rien ne les ſurprit
tant. Elles ſe perfuaderent d'abord
qu'il ſe moquoit d'elles , &
prétendirent que les Femmes ne
payoient jamais où il y avoit des
Hommes; mais il leur dit fi déterminément
qu'il n'avoit receu
que la cinquième partie de la
fomme arreſtée par le Cavalier,
& qu'il ne les laiſſeroit pas fortir
fi elles n'achevoient de le'farisfaire
, qu'elles ſe regarderent
long-temps ſans ſçavoir à quoy
ſe déterminer. Par malheur, au
cune desquatre ne s'eſtoit munie
d'argent. Iln'y avoit que le
crédit qui les puſt tirer d'embarras..
GALANT.
85
barras. Elles ſe nommerent pour
l'obtenir ; mais le Traiteur fut
inexorable , la ſomme eftoit groffe
pour des Femmes , & il falut
que l'une d'elles ſe réſoluſt àlaiffer
un. Diamant de vingt Loüis
qu'elle avoit au doigt. Vous pouvez
croire qu'elles ne fortirent
pas avec la meſine joye qu'elles
avoientmarquée en entrant , &
qu'elles peſterent de bonne forte
contre le Cavalier qui leur
avoit fait la piece. Il y en eut
pourtant une qui ne pût s'empecher
dedire qu'elles ſe l'eſtoient
attirée , & qu'il n'eſtoit jamais
plaifant à un galant Homme de
paffer pour dupe. Elles retournerent
chacune chez elles. Le Mary
de celle qui avoit laiſsé fon
Diamant, remarqua le ſoir qu'el
le ne l'avoit point au doigt , &
demanda ce qu'il eſtoit deveniu.
Elle
86 MERCURE
Elle répondit qu'unedaſes Amies
l'avoit pris en badinant, & qu'elle
la viendroit voir le lendemain
pour le rapporter. L'Amie ne
vint point . Le Mary ſe mit de
méchante humeur , dans la pen
sée que le Diamant eſtoit perdu ;
&comme la Dame ne ſe trouva
pas en pouvoir de le dégager
parce que fes Amies furent pas
reffeuſes à luy envoyer de l'argent
, elle en effſuya quelque
gronderie. Pendant ce temps, ce
Mary grondeur s'eſtant trouvé
avec trois ou quatre de ſesAmis,
l'un d'entr'eux qui leur devoit
un Repas , les mena au meſme
lieu où les Dames s'eſtoient regalées
à leurs dépens. Un peu
apres qu'ils furent à table , le
Traiteur eſtant entré pour quel.
que choſe qu'on luy demandoit,
celuy qui donnoit la Feſte vit
une
GALANT.
87
une Bague fort propre , & d'un
grand brillant , au bout de l'un
de ſes doigts. Il la demanda pour
l'examiner ; & tous les autres
ayant jetté les yeux deffus , le
Mary la reconnut , s'en faifit , &
foûtint que c'eſtoit un Diamano
qui luy avoit eſté volé depuis
quatre jours. Le Traiteur monta
fur ſes grands chevaux , dit qu'il
n'eſtoit point un Voleur , & demanda
avec grand bruit que fon
Diamantluy fuſt rendu. La conteſtation
fut grande , & pour
rendre juſtice au Traiteur qui
crioit toujours au meurtre , il fut
queſtion de ſçavoir par quelle
avanture une Bague qui paroifſoit
eſtre de Femme , luy eſtoit
tombée entre les mains. Il conta
la choſe comme elle s'eſtoit pafsée
; & ne connoiſſant point le
Mary , il nomma les Dames qui
ここluy
88 MERCURE
luy avoient laiſsé le Diamant,
auſſi bien que le Cavalier qui les
avoit amenées . Il ajoûta qu'en
attendant qu'on l'euft retiré , il
avoit crû eſtre en droit de s'en
parer pour l'intereſt de l'argent
qui luy eſtoit deû . Le Mary fut
fort ſurpris d'apprendre que ſa
Femme eſtoit meſlée dans l'affaire
. Il entendit raillerie avec ſes
Amis , rit le premier de la piece
que le Cavalier avoit faite aux
Belles , paya le Traiteur , & emporta
le Diamant qu'il croyoit
perdu.
Je vous avois bien dit , Madame,
que les Sentimens du Medecin
employez dans ma Lettre du
Mois paſsé , ne demeureroient
pas fans Réponſe. Voicy ce qui
m'eſt tombé entre les mains fur
cette matiere de la part des Peres
Capucins du Louvre. C'eſt
une
GALANT. عو
tune ſeconde Lettre adreſsée au
meſme Evefque à qui ils ont écrit
lapremiere.
ERS. OE 63 : 9638973 1964
SENTIMENT
DES
- PERES CAPUCINS
DU LOUVRE , O
Sur la Lettre d'un prétenduMedecin.
MONSEIGNEUR,
Nous ne croyionspas qu'en écrivant
historiquement une Lettre,
elle dust estre la matiere d'un Procés.
Cependant comme il ſe trouve
toûjours des Esprits querelleux , il
en a paru un qui fe dit Medecin ,
&qui paroist par là ennemy de la
Medecine , d'autant plus dange
reux
१०
MERCURE
reux qu'il en est moins suspect au
Public. Auſſineſe nomme tilpoint,
pour eftre plus en droit de cacher la
veritéſous le faux nom qu'il emprunte.
Son deſſeinseroit plus injurieux
s'il estoit moins groffier :
mais tout ce qu'il écrit estsi pitoyable,
que nous ne voudrions pas vous
en dire nos fentimens , fi vôtre
Grandeur ne nous y engageoit par
l'obeiſſance que nous luy avons
voüée.Ainsi, Monseigneur, ce n'est
pas poury répondre que nous prenons
la liberté de vous écrire, mais
pour Satisfaire à la fidelité que
vous demandez de nous : car nous
manquerions das la judiciaire dont
ce prétendu Medecin parle dans
Sa Lettre , d'efcrimer contre un
Phantoſme , fans nom , & fans
aveu,& qui diſparoiſtroit des qu'on
be prefferoit tantfort peus 15050
Cette Lettre contient beaucoup
d'injures,
GALANT . 91
d'injures , & encor plus de fauffete.
z Elle estfeconde en invectives:
mais ellene l'estpas tant du coſté
de laſcience , car elle estfi pauvre
&fi sterile , que nous ne pouvons
croire qu'elle foit fortie du Cabinet
d'un Medecin où il y a tant de do
Etrine enfermée. Seroit- il poffible
qu'un Docteur de la Facultéde Paris
, où l'on a tant écrit pour & contre
l'Antimoine , en parlast d'une
maniere außi pitoyable , & aussi
peu concluante qu'il fait ? Il y a
donc beaucoup d'apparence , que ce
qu'il en écrit ne paſſant point la
portée d'un Garçon Apotiquaire, il
ne sçait que par des rapports, l'Hiſtoire
de cettefameuse Dispute qui
partagea longtemps les sentimens
de ces Docteurs , & qu'il ignore les
raiſons des deux Parties : car s'il
avoit lû quelqu'un des Ecrits qui
furent faits fur cette Matiere , il
auroit
92 MERCURE
auroit pû emprunter des raiſonnemens
qui l'auroient micuxtiréd'affaireque
les Arrests du Parlement
qu'il allegue pour suppléer au defaut
deſaſcience , &que les Actes
de Notaire dont il parle pour foûtenir
ſes impoſtures. Car enfin que
pouvoit chercher le Parlement dans
une affaire ou tout le monde estoit
d'accord ? Eft - ce qu'il craignoit
qu'on ne concluft dans la Faculté la
pertedu Genre humain, en convenant
d'un Poison qu'on devoit ordonner
pour Médicament ? ou bien
est- ce que quelques - uns crioient
contre cette décision , & vouloient
foûtenir que l'Emetique estoit
chaud ? Ilsemble que cesoit cette
raison qui obligea le Parlement
d'intervenirpour calmer un Diferent
dont le trouble auroit esté
tres-honteux à cette Faculté remplie
de fi beaux Efprits , puisque
des
GALANT. 93
desPerſonnes dont l'étude n'estpoint
la Medecine , auroient esté plus
éclairées en cette Science que les
Medecins meſmes , & auroient déterminé
un Fait de Nature que ces
meſmes Docteurs de la Faculté
euſſent declaré ignorer. L'Autheur
de l' Ecrit dont il est icy question,
auroit encor ſceu que ſi l'Emétique
afes Partiſans dans cette Faculté,
ily a außiſes Ennemis, comme luymesme
le confeſſe enſa Lettre , lors
qu'il parle des contestations que
Monsieur de Mauvilain fit ceffer,
quoyqu'il eust ditfix lignes auparavant
que toute la Faculté étoit
d'accord ; ce qui est la marque
d'une parfaite judiciaire de ſe démentir
en fix lignes .
Ainsi bien loin qu'on puiſſe croire
qu'ilsoit Medecin, ily a plus d'apparence
qu'il est un Emiſſfaire de nos
Ennemis , qui voudroient nous engager
94 MERCURE
gager à des disputes inutiles , &
nous faire consumer un temps que
Dieu &nôtre conscience nous obligent
d'employer au ſervice du Roy
&du Public , & non pas à refuter
ce quise détruit parsaproprefoibleſſe
, &qui est déja ſans doute
cenſurépar ceux- là mêmes du nom
desquels ilfe couvre.
Vous avez leufans doute, Monfeigneur,
le bel endroit de la Lettre
de ce pretendu Medecin , où
puerilement il dit que nous ne gueriſſons
que des Soldats & des Laquais.
Quand celaferoit, eft ce que
I'Anatomic luy a faitfaire quelque
nouvelle découverte dans le Corps
d'un Riche , qui ne soit pas dans
celuy d'un Pauvre ? Cependant s'il
estoit beſoin de preuve , Madame
la Princeffe de Chevreuse , Monfieur
le Duc de Bethune , Monfieur
leMarefchal de Bellefons , Monfieur
GALANT.
95
Sieur & Madame de Pompone
Monfieur l'Abbé Chamillard Do-
Eteur de Sorbonne , Monsieur l'Abbé
Laudati de l'Hostel de Soiſſons,
&beaucoup d'autres, ne dédaigneroient
peut - estre pas de témoigner
le foulagement qu'ils ont reçeu
de nos Remedes. Nous ne vous
diſons point que Sa Majesté mesme
y a eu affez de confiance pour en
ufer. C'est une chose de fait dont
il eſt aiséde s'éclaircir ; mais ill'est
beaucoup davantage desçavoirque
ceux que ceprétendu Medecinnomme,
comme n'ayant point estéqueris
par nous ,font des Gens dont nous
n'avons jamais entendu parler , &
qui nenoussont connus que parsa
Lettre. Mais il est si accoûtumé à
démentir la verité , qu'il dit que
nos Remedes jetterent Monsieur de
Chartres dans des convulfions , quoy
que Madame & plusieurs autres
Perfon
96 MERCURE
1
Perſonnes de qualité , foient témoins
du contraire , & qu'ils sçachent
que quand nous fûmes appellez
pourfoulager ce Prince,il estoit
dans une letargie dont il ne revint
que par l'efficace de nos Remedes.
-Mais comme nous ne voulons
point répondre à la Lettre de ce
prétendu Medecin, mais feulement
faire voir au Public la bontéde
ces Remedes qu'ils tâchent de décrier
, la dispute estant d'ailleurs
inutile , ſi elle ne donne quelque
nowvelle lumiere qui ſoit profitable
, nous croyons , Monseigneur,
quesi l'Autheur de ce Libelle est
Medecin & Deputé, ouAvoüé de
la Faculté, il nedoit pas refuser la
propoſition que nous luy faiſons de
prendre chacun cinquante Malades
, de maladies diferentes. Nous
nous engageons de prendre autant
de Remedes que nous en ordonnerons
GALANT.
97
rons à ces cinquante Malades que
nous entreprenons de querir. Qu'il
en prenne autant qu'il en ordonnera
aux fiens , deforte que s'il ordonne
cinquante Medecines de dem-
y fep- tier chacune , autant de
Lavemens, de Saignées, de Cauteres,
de Vantouses , &d'Apoſemes , il
Sefoûmette d'en prendre le mesme
nombre ; & comme ilprétend que
l'Emétiquefoit froid , il en pourra
prendre apres tout cela cinquante
priſes pourse rafraîchir. Par là le
Roy&le Public auront le plaisir
de voir qui de luy ou de nousqueriva
plus de Malades , &feramoins
échauffé.Ceferontdes épreuves incõtestables
de la bonté&benignité
des Remedes des uns ou des autres,
&on connoistrafi ce prétenduMedecin
a curaiſon de cenfurer les intentions
qu'a eues SaMajefté dans
noftre établiſſement au Louvre. Ce
...Janvier. E
98 MERCURE
Sera la pierre de touche qui empefchera
qu'on ne cofonde le veritable
Medecin avec celuy qui en usurpe
lenomfans merite . Le don quel'Ecriture
promet par les mains des
Roys , fera dû à celuy que l'experience
aura distingue , & que le
grand Hipocrate appelle récompense
, lors qu'ildit au Livre defes
Preceptes,que celuy- làfera reconnu
pour tres- habile dans l'Art de la
Medecine, quifans détruire la nature
de fon Malade, en confervera
la vigueur entiere &parfaite par
une connoiſſance neceſſaire à un veritable
Médecin , qui luy procurera
la récompense& l'estime des Peuples;
mais qu'au contraire delux- là
fera traité comme un Fourbe & un
Menteur , qui bien loin de guerir
Son Malade, en affoiblira la nature
,&luy cauferada moxth
Mais comme ce prétendu Meacendecin
#1893*
GALANT.
و و
decin ne pourra peut - estre s'éleveran
au deſſus de la baſſeſſe de fon esp
pour former une apparente objec
tion, nous conſentons de luy prefter
la main par la charité qui est deuë
aux Ignorans , & nous luy permettons
de dire que nostre propoſition
est trompeuse,& que nous impofons
au Public , en disant que nos Remedes
ſont ſi benins , que nous en
pouvons prendre tant de priſes en
un jour ſans en étre incommodez ny
alterez, car ily a bien de la diférence
entre un Malade & un Homme
plein deſanté, comme ilparoist
par l'usage du Vin qui fera bon
pour un Homme qui ſe porte bien,
mais qui fera tres - nuisible à un
Gouteux à un Bleffé. A cela
nous répondons premierement , que
fi le Vin estoit nuiſible aux ſains,
commepar exemple un vin furieux
oufumeux , ou Emétique,il leferoit
Eij
100 MERCURE
encorplus aux Malades , qu'ainsi
c'est déja une démonstration que nos
Remedes ont une benignité generale,
puis qu'ils nefont point d'effetfur
ceux qui seportent bien ; ce
qu'on ne voit point arriver des médicamens
de la Pharmacie ordinaire,
qui agiſſent toûjours sur tous
Les Hommes ſains ou malades:mais
nous ajoûtons de plus que nous en
donnerons aux Malades meſmes,
quoy que ce nefoit pas ceux quifont
propres pour leurs maladies ; &
non seulement ils ne leur feront
point de mal , mais meſme ils n'en
Sentiront aucun effet. Par exemple
, la Coloquinte fera du bien à
un Hydropique , & la Brioyne auffi,
luy faisant évacuer des eaux ?
&fi on en donne à un Asthmatique
, iln'en fontira aucun effet
(c'est à dire apresque nous l'aurons
prepares) & de plus d'Opium danné
GALANT. ΙΟΙ
né à l'Hydropique avec Brioyne,
wempefchera pas l'effet de la
Brioyne , non plus que la Brioyne
n'empefcherapas l'effet de l'Opium
fur l'Asthmatique : mais ce qui est
de plus particulier , l'Opiam& les
Hiebles (preparez comme nous les
Sçavons preparer ) gueriffent les
Diffentiers & les Flux hepatiques
, dont la vertu nefera point
empefchéepar nostre Coloquinte&
noſtre Brioyne, quoy que ces Remedes
foient des plus grands évacuans
du monde,& qu'ils queriffent
les Hydropiques par l'évacuation
des urines,de mesme que la Brioyne
ne laiſſera pas d'évacuer les urines
d'un Hydropique , quoy qu'on la
donne avec nostre opium , qui arrefte
l'évacuation des Flux hepatiques.
D'où il paroiſtra lesquels
denos Remedes,ou ceux de la Phar:
macie ordinaire, feront les plus in-
L
Eij
102 MERCURE
nocens, & qui de nous ou de nosja
loux a mieux penetré dans laſcience
de la preparation des Medicamens.
Onverra par là , qui ſçait
le mieux faire le veritable difcernement
du pur & de l'impur , du
venin&de l'effence , qui est cachée
Sous cetteécorceveneneuse; & c'est
ce que nous exhortons d'étudier,
afin qu'on ne décrie&qu'on ne condamnepas
chez nous , ce que l'on
benira peut- estre quand nous l'aurons
donnéaa Public , & que nous
aurons fait voir que c'est un des
principaux objets de la Medecine.
Voilà, Monseigneur , ce que vôtre
Grandeur asouhaitéde nosfoûmiſſions
, luy proteftant que vous ne
manquerons jamais de l'informer
de tout ce qui ſepaſfera deformais
ànostre occasion, puisqu'elle a tant
de bonté pour nous , que d'y vouloir
prendre part.
Comme
GALANT.
103
Comme c'eſt entre mes mains
qu'on remet tout ce qui s'écrit ,
touchant ce Procés , je dois me
taire & demeurer defintereffé
fur toutes les Pieces qui le regardent.
Je vous les envoye telles
que je les reçois. C'eſt à vous
&à ceux qui s'en veulent faire
les Juges, à examiner qui a
raifon.Celuy qui a écritla Leute
qui fuit ne décide pas en faveur
des Medecins , mais ils auronte
quelques raiſons de prétendre
qu'elle doive eſtro rejettée,par
ce quele nomd'Hermocrate ne
faitpas connoiftre d'où ellevient .
J'ay fait difficulté parlàde la recevoir,
& je ne me ferois point
rendu fi on ne m'euſt oppoſé
qu'apres vous avoir fait part de
la Lettre d'unMedecin qui ne ſe
nomme pas , je devois rendre les
choſes égales , fi je ne voulois
E iiij
104
MERCURE
me faire accuſer d'eſtre plus
d'un party que de l'autre. C'eſt
par cette ſeule raiſon que j'ay
fait grace au nom d'Hermocrate
Ce fera fans tirer à conſequence.
Les Peres Capucins ſe
nomment quand ils écrivent , &
à l'avenir il fera inutile de m'envoyer
aucune Piece foit pour ou
contre , à moins qu'elle ne foit
fignée des Autheurs , & qu'ils
Waffurent qu'ils font avoüez de
ceux au nomdeſquels ils auront
37 છ?ે??? ટુ છ????? ????????
1 LETTRE
GALANT.
105
***
LETTRE
D'HERMOCRATE ,
A UN DE SES AMIS,
Sur la Réponſe d'un Medecin inſerée
dans le Mercure Galant du Mois de
Decembre 1678. touchant les RR.
Peres Capucins du Louvre,
MONSIEUR ,
Ievousfuis fort obligé du ſoin
que vous prenez de m'envoyer le
Mercure Galant. Il y a toûjours
quelque chose de fort atile & de
fort agreable dans cet Ouvrage. Ie
vous ay déja écrit ce que je penfois
de la Lettre des RR. Peres
Capucins du Louvre. Foicy ce que
jepense de celle du Medecin qui luy
fert deRéponse. Les termes dont il
E V
106 MERCURE
2
Sefertfont affez connoistre qu'il ne
Scait pas seulement parler ; ce ne
Sont que desexpreſſions barbares &
pédantesques. Les alterations implacables,
laplébecule , & les halenées
de vieux Fumier font de ce
nombre ; mais les hiftoriettes qu'il
nous raconte ſont ſur tout des marques
de ſon ignorance & deſa foibleſſe.
Ilmet en jeu Meßieurs les
Abbez Fayol & Sanguin , qui n'y
ont aucune part. Il ne les diftingue
pas mesme du Medecin de Boeufs
& de Rabel; & s'il ne fait pas
mieux la diférence des maux que
celle desGens de merite ,
lades courent grand riſque de leur
vie . Il dit qu'ily a de certains Ignorans
en Medecine qui ne laiffent
pas d'y jower leur rolle. Mais
je voudrois bien sçavoir s'ily eut
jamais de Sçavant en cet Art , où
le bazard a plus de part que la
A
fesMa-
Science.
GALANT. 107
Science. L'ay veu des Medecins fort
employez , qui m'ont avoüé de bonne-
foy que s'il y avoit des peines
ordonnées contre ceux de leur Profeſſion
, ils ne l'exerceroient pas fi
librement qu'ils font. Vous ferez
peut -estre Surpris , Monsieur, de ce
que je vous écris de laforte. Mais
Si vous prenez la peine de lire les
Loix d'Hypocrate , vous y trouverezla
mesme chofe, & vous y verrez
mesme qu'il compare les Medecins
aux Comedièns. Vous me di
rezfans-doute que ce grandHomme
n'a parlé que des Ignorans ;
mais je vous affure apres luy dans
la Lettre qu'il a écrite à Craterve
,que la Verité est fi cachée ,
Nature si obscure , & la Sciencefi
bornée qu'il n'y a point d'Homme
qui ofe fe vanter de sçavoir
quelque chose de bon & de réel.
Faites, s'il vous plaist , reflexion
la
aux
108 MERCURE
aux diférentes opinions du temps.
Les uns font remplis de Vanbelmont
ou de Villis , les autres de
Descartes ou de Tachenius. Swi
vant tes Autheurs modernes, les
uns tiennentle party des quatre
humeurs , ou d'une feute , qui se
brife en plusieurs petites parties
diferentes , & les autres tiennent
celuy des Acides & des Alkalis.
Chacun fait des experiences ,&
hacun les expliquefelonfon Sifteme
qui est érably fur des principes
diferens les uns des autres. Cependant
il est constant que la verité
est une , & que la maladie qu'on
doit détruire eft aussiune. Il faut
descendredugenre auxfubalternes ,
desfubalternes àla derniere diférencepour
labienconnoistre,&je
nevais pasque ces sistemes foient
des voyes afſfurées poury parvenir.
Ainsitout n'est qu'opinion; &felon
Le
L
GALANT. 109
be mesme Hipocrate au Livre De
decenti ornatu,l'opinion estant un
crime en Medecine , ilfaut s'en
abstenir, de crainte de devenir criminet.
Ilm' apprend encor ququ'il y a
deux choses à confiderer , quifont
La ſcience& l'opinion, que celle- cy
nous jette dans la confusion & dans
l'ignorance , & que celle- là doit
avoir des principes univerſels ,pour
nous guider dans le chemin de la
verité. Vous voyez pourtant qu'il
n'y a point d Homme qui la poffede
, & qu'ainsi l'erreur est l'apanage
du Medecin. Elle luy est fi
waturelle, que le mesme Autheur
ne fait pas difficulté d'avover ſa
foibleffe, & celle d'Esculape meſme
que les Anciens ont appelléle Dieu
de la Medecine. Ie pourrois vous
dire isy que lesprincipes de cet Art
nefont que les observationsdu bien
& du mal, & que ces obfervations
ne
110
MERCURE
ne regardent que desſujets particuliers
qui n'établiſſent aucuneſcience;
mais je retranche cette difcuffion,
pourvous dire que ces opinions
qu'on pretend nouvelles font plus
vieilles qu' Hipocrate mesme. En
effet , il combat les Acides & les
Alkalis dans fon Livre de la vieille
Medecine : lafeute humeur qui ſe
briſe ou fepare en pluſieurs petites
parties de diverſes figures, fe trouve
détruite dans ſon Livre de la
Nature de l'Homme , & les quatre
humeurs nefont point admises dans
Son Livre des Vents , où il n'admet
qu'unseul principe pour toutes les
maladies , qu'il appelle air au dehors
, & efprit au dedans de nous.
Ce Sisteme est le plus beau du monde,&
jenesçaypar quel eſprit ce
grand Homme ne l'a pas poursui
wy , & poarquoy au contraire il a
affecté de le cacber , & ne s'est
étendu
GALANT. 111
étendu quefur celny des quatre humeurs
, qui est le fondement de la
doctrine qu'on profeffe aujourd'huy
dans les Univerſitez. La jaloufie
regnoit de son temps de même qu'à
preſent , en forte qu'il avouë ingenûment
qu'il a acquis plus de mépris
que d'honneur àfaire laMedecine.
C'est sans doute ce qui l'a
empefchéde poursuivreſes Ouvrages,
Selonſon Sisteme de ſon Livre
des Vents , &c'est ce qu'il nous veut
infinuer dans un autre endroit, où
il dit , res facræ , facris homini
bus , comme s'il n'avoit pas estimé
fes Succeffeurs dignes de connoître
cette verité. Ainsi nous voila bien
malheureux d'estre reduits au Siſteme
des quatre humeurs qui embarraſſe
les plus habiles Profeffeurs
de l' Art ; car lors qu'ils font
malades , ils se trouvent auffi empefchez
que les autres. Ils font
obligez
112 MERCURE
obligez d'appeller leurs Confreres
à leurfecours ,& de confier leur
vie à leur conduite. Lafoibleffe de
leurtArt neparoistjamais tant que
dans ces occafions , parce que s'ils
Sçavoient fe connoistre , ils ſcauroient
se guerir , fuivant le fentiment
de leur Maistre. I'ay obfervé
de fort pres leurs manieres , &je
n'en ay point estésurpris, parce que
pour distinguer les maux , il faut
connoiftre les diverſes proprietez
de la Nature ,& ils ne les connois-
Sent pas affurément . Galien nous
dit dans le troiſiéme Livre de ſa
Methode, qu'elles font au deſſus de
toutes les Sciences , & par confequent
que nous ne sçaurions connoiſtre
nos propres maux. Le crois
done qu'un Medecin que la Natu-
• re aformé , vaut mieux que ceux
que les Univerſitez font tous les
jours avec du parchemin. Hipocra
te,
GALANT.
113
tes.
te, dont j'affecte de citer lesfenti
mens,puifque j'écris contre un Medecin,
n'est pas éloigné de ce que je
dis , lors qu'il compare un bon naturel
à une bonne terre , on peude
culture fait des chofes furprenan-
L'eus quelques conferances
eftant à Paris avec ces Messieurs
les Abbez Fayol & Sanguin. Ils
me donnerent tant de fatisfaction
par leurs manieres de traiter la
Medecine , que je compris aisément
qu'ils estoient du nombre de ceux
que la Nature a formez : outre
qu'ils ont joint à leur inclination
naturelle , l'erudition , la doctrine,
le des intereſſement , & laſincerité.
Vous ne trouverez pas qu'ils
ayent reduit toutle fecours de la
Medecine à une Seringue &à une
Lancette. Ilssefervent de tout ce
que la Nature a de bon , pour appliquer
un Remede particulier
114 MERCURE
chaque mal ,felon la maxime generale
qu'il n'y a qu'uneseule chose
qui foit directement contraire à
une autre. Deforte queje ne crois
pas que l'Autheur de la Réponse.
ait rien diminué du merite desRR.
Peres Capucins , lors qu'il les a
mis de la Claſſe de ces Messieurs !
Il feroit à souhaiter , pour dé
tromper une bonne fois le Public,
que ce Docteur se trouvaſt avec
eux devant des Gens habiles &
def- intereffez , il changeroit bientoſt
de langage. Mais dites-moy,
s'il vous plaist , Messieurs , d'où
il vient que cet Homme s'acharnefifort
contre ces pauvres Religieux
? Ils ont eu l'honneur de
plaire au Roy. Ils travaillent nom
Seulement parfes ordres , mais encor
Sa Majesté leur fait des libe
ralitez confiderables. le trouve la
conduite de ce Medecinjaloux bien
hardie
GALANT .
τις
bardie & bien lâche. S'il estoit
bien informé des ſervices que ces
bons Peres rendent au Public , &
s'il avoit autant de fincerité que
Theffalicus , il s'écrieroit avec luy,
non tantùm lætatus fum de falute
ægroti , quàm triſtatus quòd
in mala doctrina fuerim educatus
. Theffalicus estoit un Medecin
fameux , qui vivoit à Rome du
temps de Galien. Il fut appellé
pourguerirune Carie-à-loss mais
apres y avoir employé beaucoup de
temps inutilement , onfit venir Galien
qui la guerit dans fix jours.
Cette cure furprenante fit dire à
Theffalicus qu'il n'avoit pas tant
de joye de la gueriſon du Malade,
que de déplaisir d'avoir esté élevé
dans une meſchante doctrine. On
ne voit point de pareilles finceritez
parmy les Medecins de ce temps.
Chacun est amoureux deſes fautes.
Mais
116 MERCURE
Maisfe corrige quivoudra. Ievous
ay dit franchement mes pensées
fur un Art que je n'ignore pas tout
àfait,&je feray content , pourveu
qu'elles vous donnent quelque
plaisir. Iefuis vôtre, Ga
A Montpellier le 15.Janvier 1679.
2
Ce que je vous ay dit de la
Feſte de Grenoble , n'a pas terminé
les réjoüiſſances qui ſe ſont
faites pour la naiſſance d'un premier
Fils deMonfieur le Ducde
Leſdiguieres. Aufſi toſt que le
Gouverneur du Château de la
Tour d'Aigues en eut la nouvelle,
il fic faire un grand feu de
joyedans laPlace du Château:
l'artifice en estoit admirable..
Pendant qu'il jouoit , les Trompetes,
les Cloches , les Tambours,
& le Canon , ſe faifoient
entendrede tous coſtez . Le Châ
teau
GALANT . 117
teau eſtoit éclairé d'un nombre
infiny de flambeaux , qui de loin
le faifoit paroiſtre tout en feu.
Pluſieurs perfonnes des environs
accoururent pour jouir de
ce Spectacle. Apres que le Feu
eut ceſsé , le Peuple commença
de marquer ſa joye par ſesdanfes
,& dans ce temps on vit fortir
du Château un Bacchus affis
fur un tonneau de Vin , dans un
Char traîné par deux Sauvages,
& precedé de quatre TrompetesaCe
Char s'arreſta dans la
Place , & le Bacchus verſa dù
Vin à tous ceux qui en voulu
rent , tandis qu'un Char de méme
ſtructure rouloit par la Ville;
cequi dura juſqu'au lendemain
midy. Deux Seigneurs Anglois
qu'on avoit invitez à cette Feſte,
prirent leur part de cet agreable
divertiſſement. Il fur ſuivy d'un
magni
18 MERCURE
magnifique Repas où pluſieurs
Santez furent buës , chacunes
au bruit de trois décharges de
tout le Canon. :
Les Députez d'Artois ont eſté
preſentez au Roy par Monfieur
le Duc d'Elbeuf, Gouverneur
de la Province. Monfieur l'Eveſque
de S. Omer eſtoit député
du Clergé , & Monfieur le Vicomte
de la Thieuloye parut
au nom de la Nobleſſe qui l'avoit
choify. Monfieur Paliffor
Sieur d'Incour , nommé par le
Tiers Etat , ne s'y put trouver, à
cauſe d'une dangereuſe maladie
qui l'avoit réduit à l'extremité.
Monfieur l'Eveſque de S. Omer
porta la parole. Il garda un juſte
temperament entre le fublime
de la Harangue &
l'honneſte liberté d'un Compliment
refpectueux. Le Roy
te
GALANT.
témoigna en eſtre fort fatisfait,
& il eut de grands applaudiſſemens
de l'illuſtre & nombreuſe
Aſſemblée qui l'entendit .
-L'abbaye de Saint Jean d'Angely
, vacante par la démiſſion
pure& fimple de Meffire Valentin
du Roy- nier de Droüé, Conſeiller
& Aumônier ordinaire
du Roy , a esté donnée à Monfieur
le Chevalier de la Ferté ,
troiſiéme Fils de Monfieur leMa
refchal Duc de la Ferté Senne-
Etere . Elle est de l'Ordre de
Saint Benoiſt , dans leDioceſede
Xaintes. Ce jeune Abbé n'a encor
que treize ans,& il y en a déja
douze qu'il a eſté reçeu Chevalier
de Malthe. Comme dans
ce grand Ordre , on a de fréquentes
occaſions de donner des
marques de fon courage , on n'a
point à douter qu'il ne s'y
diftin
1
120
MERCURE
diftingue , eſtant d'un ſang qui
luy fournit de glorieux exemples
de ſe ſignaler. Il n'a pour
cela qu'à ſuivre les traces de
Monfieur le Mareſchal fon Pere,
& de Monfieur le Duc de la
Ferté ſon Aîné. Je vous ay fait
l'hiſtoire de toutes les grandes
actions du premier dans une de
mes Lettres , & vous y avez appris
des choſes que nous ne croîrions
pas , ſi elles n'eſtoient arrivées
de nos jours. Quant àMonfieur
le Duc de la Ferté, ſon Fils,
quoy qu'il foit encor fort jeune,
il ne laiſſe pas d'avoir déja fait
pluſieurs Campagnes dans lef
quelles il s'eſt acquis beaucoup
de reputation. Je vous en ay fouvent
entretenue ,& vous n'avez
pas ſans doute oublié , qu'il ne
s'eſt paſsé aucune occafion importante
en Allemagne , où il
n'ait
GALANT. 121
n'ait donné occaſion de parler
deluy, Il n'a pas ſeulement du
coeur toutes les actions ont fait
voir que le meſtier de la guerre
luy étoit parfaitement connu , &
il en écrit ſi juſte,que je ſuis obligé
d'avoüer que tout ce que
vous avez trouve de beau dans
mes Relations des Campagnes
d'Allemagne eſtoit tiré de celles
qu'il envoyoit à fes Amis .
C
3
Ona fait icy un Accueil tresfavorable
aux Ambaſſadeurs de
Hollande, & la joye de les voir a
éclaté en diférentes rencontres.
Ils ont mangé chez pluſieurs
Perſonnes de la plus haute Qualité,
& Monfieur le Préſident de
Meſme les a traitez avec une
tres-grande magnificence. Il y
eut quatre Services de neuf
Plats chacun. Ceux qui furent
invitez à ceRepas,étoientMrs.de
Ianvier. F
122 MERCURE
Strasbourg , Meſſieurs les Marquis
de Soyecourt & de Bouflers
, Monfieur Courtin , Monfieur
le Chevalier Tamboneau,
&Monfieur de Vaſſinard , Gentilhomme
Hollandois d'un grand
mérite . Hy avoit auſſi des Dames
, & de furent Mesdames les
Marquiſes de Gouverné & de
Doré,& Meſdemoiselles de Poufsé
& de Doré. Les Hautbois , les
Flutes douces ,& les Violons , le
tout au nombre de quarante, formerent
un agreable Concert , &
les Ambaffadeurs s'en retournerent
fort fatisfairs & du Regal,
&de la maniere dont le tout
s'estoit paſsé. Vous jugez bien,
Madame, que dans ces fortes de
Feſtes on n'oublie pas à parler
de ce qu'on doit aux bontez du
Roy , qui dans le temps où il
eftoit le plus en pouvoir de vain-
T
cre,
GALAN T ..
123
cre, s'eſt faitune gloire particu
liere de travailler au repos de
toute l'Europe. Voicy unMadrigal
qu'a fait là- deſſus Monfieur
le Preſident Nicole de Chartres,
fameux par un tres-grand nombre
de Vers aiſez & galans, qu'il
a donnez au Public.
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
SUR LA PAIX QUE LE ROΥ
a donné à l'Europe.
MADRIGAL.
Flls du plus Grand Roy de la
Terre,
SiLOVIS fait ceder les fureurs de
La Guerre
Aux douceurs d'une heureuse Paix
Qu'il accorde à l'Europe apres tant de
Souhaits,
Admirezfa tendreſſe extréme.
Pour épargner le ſang de ses fameux
Guerriers,
Fij
124
MERCURE
Prest de se fignaler par de nouveaux
Launiers ,
Ce Vainqueur met sa gloire à ſe vaincre
Loy-mesme.
Monfieur Ferret , d'Amiens ,
s'eſt ſervy tres - ingenieuſement
de cette meſme pensée dans le
Madrigal ſuivant.
SUR LA PAIX . 3
MADRIGAL .
LA
C'est envain que de toutes parts On chante que la Paix nouvelle
Donne à mon Roy le pas au deſſus des
Césars ,
Et comble son grand Nom d'une gloire
immortelle.
1
Pourmoyje ſuis tout convaincu
Que cette Paix àſa gloire est nuisible ;
Carpuis qu'en la donnant , Luy- mesme
enil s'est vaincu ,
Qui voudra le croire invincible ?
Quoy qu'on n'ait rien veu faire
GALANT.
125
re au Roy qui ne puiſſe tenir
lieu de prodiges , il eſt certain
que la Paix eſt un de fes plus
grands Ouvrages, il n'y a rien de
plus juſte que la Deviſe qu'elle
a fait faire à l'Illuſtre, Monfieur
Clement , composée d'un Arc
en Ciel , avec ces mots , Solis
opus. Tout le monde en parle,
&on a raiſonde l'admirer , mais
ce qui vous ſurprendra , c'eſt
que ce mefme Arc en Ciel & ce
meſme Solis opus, ayent eſté employez
par Monfieur Perraut en
1673. pour une Deviſe ſur les
Baſtimens. Sa pensée eſtoit que
comme il n'y a que le Soleil qui
puiffe produire ce beau Mé
teore de l'Arc en Ciel , il n'y
avoit auſſi que le Roy qui puſt
entreprendre des Baftimens d'une
magnificence pareille à celle
du Louvre. Il est vray que dans
Füj
126 MERCURE
céte année on avoit élevé lemodele
d'un Arc de Triomphe à la
Porte S. Antoine , & que cet Arc
pouvoit eſtre figuré par l'Arc
en Cielde la Deviſe.Deux grands
Hommes qui ſe ſont rencontrez
dans la mesme penſée fur
deux Sujets diferens , nous font
connoiſtre que ſi le bon ſens
conduiſoit toûjours l'eſprit , nous
ne verrions pas cette inſuportable
diverſité de reſveries mal
digerées , qui font le ſuplice des
Gens raisonnables .
Je ne puis quiter l'Article de
la Paix ſans vous parler des réjoüiſſances
qui ont ſuivy ſaPublication
dans toutes les Villes. Je
me contenterois de vous dire en
general qu'elles ont eſté grandes
par tout , fi on n'avoit fait
qu'allumer des Feux ; mais comme
dans la plupartde ces réjoüiffances
on a employéedes Machi.
GALANT. 127
nesoù l'invention & la magnificence
ont eu part , je croy avoir
autant de Feſtes galantes à vous
conter , que j'ay de choſes diférentes
à vous apprendre ſur céte
matiere; & je ne doute point
que la diverſité de tant de Spéctacles
qui ont tous eu leurs
beautez particulieres dans cha
que Ville , ne vous rempliſſe l'efprit
d'idées agreables
20.je commence par les Habitans
du Havre de Grace , qui
ayant l'ordre de Mr. le Duc de
Saint Aignan leur Gouverneur,
de rendre cette Publication la
plus folemnelle qu'ils pourroient,
n'oublierent rien pour fatisfaire
dignement à un ſi juſte devoir.
Le jour qui préceda celuy qu'on
avoit choiſy pour cette Ceremo
nie , ils firent allumer des Felix
par tout , & attacher des Flam
Fiij
128 MERCURE
beaux à toutes les Fenestres ; &
aux Maſts de leurs Navires; &
le lendemain ils ſe trouverent
àlaPortede la principale Egli
fe, les Echevins à leur teſte, ас-
compagnezdeTambours,Tromperes,
Hautbois , Fifres , Fluſtes
douces ,&Violons. Une Fontaine
deVin coula tout le jour jufqu'àminuit.
Elle fortoitd'un Piedeſtal,
ſurlequel eſtoit élevéeune
Statuë de Pallas,ayant à ſes pieds
une Salamandre , qui fait partie
des Armes de la Ville. Cette
Statue estoit environnée de Palmes
& de Lauriers , auſquels on
avoit attache quantité de Citrons
& d'Oranges,avec ces mots
au deffous, Pax aterna. Le Feu
qui avoit eſté preparé, fut allumé
le foir au bruit des acclamations
du Peuple,des décharges duCanon
,&de la Moufqueterie de la
Garde
_GALANT.
129
Garde des Habitans. Je dis des
Habitans , car le Roy s'aſſure
tellement fur leur fidelité , qu'il
leur laiſſe à eux-meſmes le ſoin
de garder leur Ville. En fuite le
Premier Echevin traita ſplendidement
tous les autres , & le
Bal termina les réjoüiſſances de
cette journée. V
Elles n'ont pas eſté moins
grandes à Chartres. Les Fontaines
de Vin ont coulé en plufieurs
Quartiers. Il y a eu deux Feux
principaux , dont l'un fut allumé
devant la belle Egliſe de Noftre-
Dame, en preſence de tout
le Clergé. La Muſique qui s'y
fit entendre , & qui peut paſſer
pour une nouveauté en pareil
rencontre, augmenta la joye des
Habitans , L'autre Feu ſe fit devant
l'Hôtel de Ville au bruit des
Trompetes & des Canons Tous
F V
130 MERCURE
eles Bourgeois eſtoient ſous les armes,&
toutes les Ruës furent il-
Huminées pendant la nuit. Ilyeut
un magnifique Repas à l'Hoſtel
de Ville.
- La mefine Ceremonie s'eſt faite
à Epernon avec grand éclat.
On y a diſtribué pluſieurs Tonneaux
de Vin au Peuple.
3
Pluſieurs autres Villes ont accompagné
la Publication de la
Paix, des meſmes témoignages.
de joye; mais rien n'eſt plus galant
que ce qui s'eſt fait à Bour-
-ges. Pendant qu'on chantoit le
Te Deum dans laCathedrale , où
affiſterent toutleClergé, l'Intendant,
le Prefidial , lesOfficiers de
Ville ,& les autres Compagnies,
poure la Bourgeoiſie eſtoit ſous
les armes , & formoit quatre Bataillons
au devant du grand Portail
de l'Eglife..Au milieu de ces
1 Batail
GALANT.
131
Bataillons on voyoit un Char de
-Triomphe couvert de Laurier,
& environné de Deviſes. Il y
avoit un Tonneau de Vin au milieu
de ce Char, d'une groſſeur
extraordinaire ; & de chaque
coſte du Tonneau , deux Hommes
magnifiquement vétus , l'un
à la Françoiſe, &l'autre à l'Eſpagnole.
Ils s'embraſſoientde temps
en temps , ſe touchoient dans la
main en figne d'amitié , & buvoient
à la ſanté l'un de l'autre
au bruit des décharges de toute
la Mouſqueterie. Toutes ces
Troupes défilerent enfuite avec
la Maréchauſsée,& ſe rendirent
dans la Place de Bourbon , cù
l'on avoit preparé un Feu que
Monfieur l'Intendant& les Magiſtrats
allumerent. Ces réjoüif
fancesdurerent toute la nuit.
Comme il ss''eenn eft faitde particulie
132 MERCURE
ticulieres àCaen , vous les apprendrez
par une Relation particuliere
que j'en ay reçeuë . Elle
eſt de Mr. deBerigny. Vous avez
déja veu de luy de fort galantesDefcriptions
de quelques Feftes
, qui vous doivent perfuader
que vous ne regreterez point
le temps que vous employerez à
la lecture de celle -cy.
5
LETTRE
DE M DE BERIGNY,
Conſeiller au Prefidial
de Caën .
Sur les Réjouiſſances qui s'y ſont faites
5D Rourla Publication de laPaix .
Q
Voy que nous soyons éloignez
de la Cours que toutes
les magnificences que l'on peutfaire
icy n'approchent point de celles de
Paris
GALANT.
133
:
Paris , qui est le centre de la Galanterie
& de la Richeffe , nous
avonspourtant publié la Paix avec
des folemnitezſipubliques &figalantes
, que j'ay crû que vous neferiezpas
fâché d'en apprendre les
particularitez. Fous sçaurez donc
que cette Ville , qui n'est pas moins
intereſſée à la gloire de nostre
Grand Monarque, qu'elle estfécowde
en beaux Efprits, n'a voulu rien
épargner pour donner des marques
de fon zele à Sa Majesté , & faire
éclater la joye que nous avons
de voir ses glorieuses Conquestes
couronnées par une si heureuse
Paix. Monsieur Meliand nostre
Intendant , dont le merite & la
magnificencesont connus de tout le
Royaume , n'oublia rien de tout ce
qui pouvoit rendre cette Publica
tion plusfameuse , tant par lesRe-
Pas magnifiques qu'il a donnez à
nos
134
MERCURE
nos Dames , que par les réjoüiffances
publiques dont il regla lay- même
les Ceremonies.
Apres avoir donné ſes ordres neceffaires
Pour la pompe d'un ſi beau jour,
Il voulut que les Jeux, les Plaiſirs , &
l'Amour,
Priſſent la place des Affaires
Et que pendant deux jours on joüift
durepos
Que vient de nous donner noſtre auguſteHeros.
Le destin des belles choses estant
de durer peu de temps , Monfieur
Meliand trouva cette folemnité
trop confiderable , pour souffrir
qu'elle eust le mesme fort , & que
le mesme jour on vist le commencement
& la fin. Ayant donc ordonné
que pondant deux jours on cefferoit
tout commerce , & qu'on ne
Les emploiroit qu'en réjouiſſances
publi
GALANT.
135
publiques , le premier ſe paſſa en
Repassomptueux , & lon en donnamesme
au milieu des Rues , où
l'on voyoit couler le Vin de tous
coste.z Apres que les Officiers de
La Ville conduits par nostre Lieutenant
General , & precedezde
nos Trompetes , curent fait une fuperbe
Cavalcade , ils ſe rendirent
à l'Hostel de Ville , qu'on avoit ornéde
Tableaux, de Festons , d'Emblêmes
, & de Trophées , qui marquoient
les glorieuses Actions de
noſtre invincible Heros qui y estoit
repreſenté à cheval.
LYON
*1893
%
TILLE
On voyoit ſous ſes pieds la Reyne de
la Guerre,
Bellone , qui ne craint ny Dieux ny
Souverains,
Recevoir des fers de ſes mains ,
Et reſpecter en luy l'Arbitre de la
Terre.
21
atre
136
MERCURE
D'autre coſté la Paix couronnant ce
Héros,
Sembloit au nom de tout le monde
Luy rendre grace du repos,
Qu'il venoit d'établir fur la terre &
fur fonde.
1
y
La Deeſſe à cent voix publiant ſes
Combats ,
Y faifoit remarquer ſes plus grandes
Victoires ,
Etmieux que toutes nos Hiſtoires,
Elle meſme y peignoit la valeur de ſon
Bras.
La Déefſſe de l'Abondance
Dans un ſuperbe Char tiré par les
Amours ,
Nous faifoit efperer que deſormais la
France
N'alloit avoir que de beaux jours.
Enfin ce n'eſtoient que Trophées ,
Ex
GALANTM 137
Etqu'Emblêmes où le Dieu Mars
Peignoit du Grand LOUIS les glorieux
hazards,
fees.
Et de ſes Ennemis les Ligues étouf-
Ce jour s'eftant paßé dans les
divertiſſemens les plus galans , la
nuit eut auffi fes plaisirs , & l'on
donna le Bal en plusieurs Maiſons,
où nos Dames , que l'on fçait estre
des mieuxfaites du Royaume firent
également paroistre leur beauté&
teur adreſſe à la Danſe. Pendant
*cette nuit les Ruës furent éclai
rées d'une infinité de Flambeaux,
àla clartédefquels tout le Peuple
prenoit sa part de la joye publique;
mais comme tous ces divertiſ-
Semens n'estoient que le prélude
dugrand Régal que MonsieurMéliand
avoit donné ordre qu'on prépärast
pour toutes les Perſonnes
de qualité , & qu'il devoit
donner
}
L
138 MERCURE
donner lelendemain aufoir avecun
Feu d'artifice des plus beaux qui
puiſſent étre inventez je ne m'arre.
ſteray point à vous dire les particularitezde
toutes les cerémonies que
l'onfit pendat cejour. Ie vous diray
Seulement que ce ſoir on chanta le
Te Deum dans nôtreprincipaleEglife,
ouMr.deBayeux noftre Evefque
officia avec ſa majesté &ſa
pieté ordinaire , & où tout ce que
nous avons de belles Voixſeſigna-
Lerent. Ce Te-Deum eftant finy,
on alluma le Feu de joye au bruit
de nostre Canon , & de la Moufqueterie
de nos Bourgeois qui eftoientſous
les armes , au nombre
de ſept à huit mille ; apres quoy
onse rendit à l'Hostel preparépour
le Soupé. Quoy que fes Apartemens
foient d'une grandeur magnifique
, on en avoit preparéplufieurs
, un seul n'estant pas affez
grand
GALANT.
139
grand pour contenir tant de Perfonnes
de marque. Celuy qui estoit
Superbement meublé & éclairé d'u
ne quantité de Lustres dont l'éclat
& celuy des Vafes qui fervoient
d'ornement aux Bufets , faisoient
un effet admirable; mais quoy que
cet éclat ſurpriſt les yeux , il fallut
qu'il cedaſt à celuy de la beanté
de nos Dames . Quoy qu'elles
foient generalement belles , &que
la magnificence des Habits n'adjoûte
rien à leur beauté naturelle ,
à les voirfi enjoüées ,
On euſt dit que la Paix en ſuſpendant
les Armes ,
Leur euſt donné de nouveaux charmes,
Et que l'eſpoir
De revoir
Les objets de leur flâmes,
Avoit rallumé dans leurs ames
Un feu plus golrieux,
Que
140
MERCURE
Que celuy dont leurs yeux
Brilloient pendant le temps que le
Dieude laGuerre
Sembloit avoir banny les Amours de
15. la terre.
Le commencement de ce Repas
fut le plus tranquille que l'on puis-
Se voir,par le respect qu'on devoit
aux Belles & aux Perſonnes qui
en estoient ; mais comme les plaiſirs
les plus grands ne font pas les plus
longs ny lesplus paisibles , & qu'il
ne faut que le moindre incident
pour troubler la plus grande joye,
celle- cy ne pût ſe paſſerſans quelquepetit
defordre.
Ce furent Bacchus & l'Amour
Qui ſe firent mille querelles.
Ces deux petits Jaloux troublerent
tour à tour
Nos Galans & nos Belles :
Et voulant préſider tous deux à ce
Regal ,
Cauferent un deſordre égal.
Mais
GALANT.
141
Mais la ſuite n'en fut ny triſte ny fanglante,
fentbleffez ,د
Et quoy que bien des coeurs en paruf-
Ils ne s'en tinrent pas toutefois offencez
, こ
1
Et tout ce démeſlé n'eut qu'une fin galante.
Bacchus, comme Dieu des Feſtins,
De ce fameux Repas pretendoit ſeul
lagloire
Et que ce jour n'eſtant deſtiné que
pour boire ,
L'Amour ne devoit pas y meſler ſes
chagrins;
Que c'eſtoit à luy ſeul de preſider aux
Tables ,
Que ſes Liqueurs eſtoient mille fois
plus, aimables
Que tous les charmes de l'Amour ,
Etque dans ce Repas dont il eſtoit le
maiſtre,
Perſonne ne devoit paroiſtre ,
S'il ne vouloit le ſuivre , & luy faire
▲ la Cour.
D'autre
142
MERCURE
r
D'autre côté l'Amour, comme le Dieu
des Ames,
Soûtenoit qu'ayant droit de regner
dans les Cieux ,
Il pouvoit bien auſſi commander dans
ces lieux
Que ce pompeux Régal eſtant fait
pour les Dames ,
Perſonne ne devoit brûler que de ſes
flames ,
•Et qu'eſtant le Fils de la Paix
Dés lemoment qu'il n'eſtoit plus de
guerre ,
C'eſtoit à luy de regner ſur la terre,
Et que l'on n'y devoit adorer que ſes
traits .
Le party du Dieu des Bouteilles
Faifant le plus de bruit , d'abord fut
le plus grand.
Chacun s'y fit valoir , chacun y tint
fon rang,
Les plus ſerieux meſme y firent des
merveilles.
Le bruit des Trompetes, des Voix,
Des Violons & des Hautbois,
S
Se meſlant à celuy du Verre,
Anima
GALANT.
143
Anima fi bien tous les coeurs ,
Que tous ſe ſignalant dans cette douce
guerre ,
Voulurent s'acquerir le titre de Vainqueurs
.
Cebruit fit tant d'éclat , que les Nymphes
de l'Orne
Sortant d'entre les bras de leur Dieu
21
froid& morne ,
Quitterent leur lit de criſtal
Pour venir voir ce grand Regal,
200
Et pour oüir nos Serenades .
Mais Bacchus de tout temps ennemy
des Nayades ,
Ferma la porte à ces Reynes de l'eau,
Et de crainte que leur préſence...
Ne troublât un Repas ſi beau,
Il les fit retirer meſine avec violence.
" L'Amour qui n'aime pas le bruit ,
Quoy qu'il duſt preſider à cette belle
N'avoit pendant ce trouble encor osé
riendire ;
Mais voyant que Bacchus ufurpoit
ſon Empire ,
→ Et luy déroboit ſes plaiſirs,
Il
144
MERCURE
Il regagna les coeurs par ſes tendres
Et rappellant les moins fidelles ,
On vit tous les Galans par un heureux
retour
Se ranger aupres de leurs Belles ,
Et Bacchus interdit, reſta ſeul àà fon
tour.
pour renverſer toutes les Tables,
L'Amour n'eut qu'un figne à donner.
CesPompes que laJoye avoit faitordonner,
CesFruits en pyramide ,
delectables
7
ces mets
Dont la profufion & dont l'ordre
charmant
Satisfaiſoit les yeux par leur ſeule
abondance,
Diſparurent en un moment,
:
Pour faire place au Dieu qui preſide à
slo la Dance.
م
Pendant qu'on se difpofoit pour
le Bal , Monsieur Meliand qui
veilloit à toutes chofes, crût que ce
n'estoitpas assezque les Perſonnes
Π
2
GALANT.
145
-
de qualité euffent leur part de la
joye , & qu'il faloit encor que le
Peupley participaſt. Ainsi il donna
ordre que l'on defonçast plaſieurs
Pieces de Vin dans nostre Place
Royale, où tout ce Peuple estoit accouru
enfoule pourvoir le Feu d'artifice,
qu'o'n eut à peine la liberté
defairejoüer , à cause de l'embaras
& du bruit que fit d'abord
cette grande affluence de monde,
mais
Ces rumeurs eſtant appaisées,
Onvit voler mille Fusées
Où les Chifres du Grand LOUIS
Brilloient avec tant d'adreſſe,
Et meſme avecque tant de vîteſſe,
Que tous les yeux en furent ébloüis.
En voyant s'élever de terre ?
Tant de Feux brilans & divers,
Qui perçoient juſque dans les
T
airs,
lanvier: G
146 MERCURE
On cuſt dit qu'ils alloient leur declarer
la guerre
נע לכ
সতে
Les Aſtres étonnez de voir ces Feux
nouveaux , asid lliadrast
Et d'entendre le bruit de mille Serpenteaux
, 231 201
Qui ſembloit imiter la Fondre,2
Furent quelque temps à refoudre ,
Pour éviter ce combat furieux,
Sils devoient ſe cacher , ou deſcendre
Rodes Cieux. womA'b
La Reyne de la Nuit n'oſa mesme pa-
LE
210
Et cedant fon Empire, à ces Feux écla-
Reconnut dans.c
Que de tout l'Univers LOUIS étoit
leMaiſtre ,
Et qu'elle ne pouvoit troubler fans
Les honneurs qu'on rendoit à ce
Grand Potentat.
201
D
Ce
GALANT
143
:
Ce plaisir estant finy, on commença
le Bal.
Ce fut làque l'Amour , ce fut là que
nosDames A 25
Firent briller bien d'autres flames.
Ce fut là que leurs yeux enchaînant
tous les coeurs, exessing
e
Sefirentmille adorateurs
Chacune pendant cette Fele
Fift quelque nouvelle conqueſte,
Et par mille plaiſits enfin le Dieu
d'Amour
Couronna ce beau jour.
Les Habitans d'Abbeville
n'ont pas efté moins zelez à faire
éclater leur joye pour la Paix
d'Eſpagne, qu'on l'a eſté dansles
Villes que je viens de vousnommer.
Outre les réjoülflances publiques
, il s'en eſt fait une particuliere
chez Meſſieurs du Bureau
des Fermes Royales , qui
ont toûjours fait des divertiſſe-
Gij
148
MERCURE
-2311
mens chez eux pour les conqueſtes
de Sa Majefté. On avoit
dreſse un Theatre au bout de
leur Court , ſur le bord d'un bras
de la Riviere de Somme. Il eſtoit
en façon de Pyramide , & couvert
de tous coſtez de tant de
Feftonss , qu'on l'euſt pris de loin
pour une veritable verdure de
Printemps. Toute la Machine,
depuis le bas juſqu'en haut , étoit
femee de Fleurs - de - Lys d'or,
éclairées de cent Lances à feu ,
au deſſus deſquelles paroiſſoit un
grand Soleil qui jettoit du feu en
tournant, avec cette Devife , So
Super Lilia Solus.
151
231
up ?q
Aux deux coſtez du Theatre,
deux Muſes jettoient fort, loin
une groffe flame , & l'on voyoit
une Fontaine aumilieu,qui chan-
D
geoit de jets de temps en temps,
fans qu'on pût s'apercevoir d'où
ets mala felle
GALANT.149
ala renelle
venoit. On fit joüer pluſieurs
Pots, à- feu , avec quantité
de Petards diferens qui faiſoient
un bruit continuel , & on tira un
tres - grand nombre de groffes
Fusées volantes, fans compterles
petites qui partant toutes enſemble,
formoientuunntres-agreable
Spectacle. Il y en eut quelques-
unes , qui venant a
contre les unes des autres de diferens
endroits fur des fils d'archal,
divertirent fortl'Affemblée
parune eſpece de combat qu'elles
firenten l'air pendant tout le
temps qu'elles durerent. Le Porat
trait du Roy eſtoit ſur une élevation
au milieu de la Court , environné
de plus de cent lumieres,
avec ces Vers ecrits en lettres
Rienne peut fansLOVIS briller enancun
lieu,
Il estplus éclatant que ce qui l'environne.
Giij
ISO MERCURE
On reconnoit en Luy les traits d'un Dimy-
Dieu,
Et ce qu'on voit de grand , c'eſt luy ſeul
qui ledonne.
Pendant qu'on faifoit joüer
le Feu d'artifice, les Trompetesi
& les Violons ſe répondoient,
&Bacchus qui regnoit dans toutei
lapGourt affez ſparicuſe , &
remplie d'un tres -grand nombre
de Spectateurs , faifoit fort
ſouvent crien , Vive leRoy , avec
des acclamations foûtenues à
l'envyde toutes parts. Vis-à- vis
du Theatre , il y avoituneTable
fort propre , & qui estoit phus
éclairéepar les belles Perſonnes
qu'on y voyoit,que par les lumieres,
quoy qu'ily en euft quantité.
Ce fur de là que les. Dames prirétle
divertiſſement du Feu d'ar
tific.e Ensuite ily eur un Bal qui
dura toute la nuit , avec une fuperbe
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rét
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du
VIK RONAEVDO
GALANT
perbe Maſcarade. Madame la
Marquiſe & Monfieur le Chevalierde
Mailly's'y trouverent,avec
Madame la Comteffe de Fontenelle
, Monfieur le Marquis de
Nel Colonel du Regiment de
Condé ,&Mademoiselle de Nel
ſa Soeur , dont la grace & l'enjoüement
ſe firent également admirer.
Sur la fin du Bál , on tira
encor quelques Fusées volantes
qui terminerent la Feſte .
Voyez , Madame , comme la
Paix a mis toute la France en
joye. Celle qu'on fait ordinairement
éclater dans le temps des
Roys , en a redoublé ,& ces paroles
nouvellement miſes en Air
vousl'apprendront.
1.
AIR NOUVEAUT
Q
VelleMusique agreable
* Reteniitdans les airs?
G
*
152 e MERCURE
Le croy que comme nous tout le monde est
Qu'on
table
31-3354 29385 ?? xush ,38
mange , qu'on boit , qu'on fait des
Concerts;
V 'accord en eft admirable canto
Ah qu'il est doux ! qu'ilest aimableras e
Chacuny chante commeal doituoihseis
Homme Femme, Garçon & Fille.
Γ
Tout Legofille bord
A crier le Roy boit.
as 29102
Quede choſes j'ay à vous dir
re fur le premier jour del'annéer
Il eſt juſte de commencer par ce
qui regarde la Maifon du Roy,
Cejourllaa,Mr. le DucdeGef
vres.Premier Gentilhomme de la
Chambre, entra en année . Vous
ſçavez, Madame, qu'il y a quatre
Premiers Gentilshommneess de la
Chambre qui au lieu de
par quartier comme font la plupart
des Officiers de Sa Majesté,
fervent alternativement un an
entier , & c'eſt par cette raifon
X03-31
fervir
qu'on dit d'eux , entrer en année.
Ce
GALANT. 153
A
CeDuc preſenta au Roy vingt
& deux Pages de la Chambre,
fi propres& fi magnifiquement
veſtus , que Sa Majesté ne put
s'épeſcher d'en témoigner fa fatisfaction
en prefence de toute la
Cour. Ils avoient des Juſte- àcorps
en broderie d'or & d'argent,
avec des Veſtes encor plus
riches par la broderie qui effoit
beaucoup mieux travaillée. La
même broderie fervoit d'ornemét
à leurs trouffes On y avoit attacheles
plus beaux canons defoye
qu'on cuſt pû trouver , & l'éclat
de la petite-oye foutenoit merveilleuſement
la magnificence de
leur équipage.lly a cette diference
à remarquer entre- eux , &
les autres de Livrée,que ceux- là
n'ont que du galo,& ceux- cy toute
broderie.Le Roy ne les put voir
dans un ajustement fi éclatat fans
Ginfor
154 MERCURE
s'informer de leurs noms 113
font affez Muftres potir meriter
que vous les foachiez. Les voity.
Monfiour de Foucaut, Nevou
du Lieutenant General qui por-
* MonfieuFM4eChCehveavalliieerr de
Cammon, Fils de Monfieur le
Marquis de Cammon , Gouverneur
de Vannes & d'Avray en
Brelaghe? Wa in Frere qui com
mande les Gendarmes de la
21
Monfieur deNeuchel, Filode
Monfieur de Neuchel Lieutenant
des Gardes du Corps
Monfieur deRicouart, Filsd'un
Maistre des Requeſtes , & Neveu
deMr.d'Herouville Maiſtred'Hoſtel
du Roy. Oes quatre
Pages ont déja ſervyun Quartier
,&demeurent à l'Hoſtelde
Geſvres , auffi - bien que ceux
qui
GALANT
SS
qui me reſtent à vous nommer.
Ils font ſervis par troisValets pora
tans lesCouleurs du Roy,& traitez
ſplendidement aux deſpens
de Mr. le Duc de Geſvres. Ils
ontunGouverneur& SousGouverneur
,apprennentle Latin &
Jes Matématiques , & font les
Exercices ordinairesd'Armes & -
de Cheval. Il yen a pariny eux
qui ne font agez que de fix à
ephansamsbasel, sha
Mrs.les Chevaliers de Pariſis-
Fontaine. Ce font deux Freres,
dont le Pere a commande les
Gendarmes de Treſmes. Il eſt
Brigadier , & a eſté autrefois
Maiſtre d'Hoſtel de Sa Majesté,
Monfieur le Comte deThieux,
Fils de Monfieur de Thieux ,
Chevalier des Ordres du Roy,
&Gouverneur de Crottoy .
A
156
MERCURE
Monfieur le Marquis & Monfieur
le Chevalier de Luſanſly,
Fils du Capitaine aux Gardes
qui fut tué à Senef. olabilirea
Monfieurde Bachivilliers , Fils
du Marquis deace nomineM
Monfieur de Geſdoin , Fils de
Monfieur de Gefdoin Gouver
neurde Monfieur le Prince de
Vermandois.
Monteur le Marquisde S.Proger,
Parent de Madame deNoailles,
Neveu de feu Monfieur le
Cointe de Bioulle.ub aliisq
Monfieur des Fretevillende
Normandie , Fils de Monfieur
de Freteville Maistre d'Hoſtel
deMonfieur.cobito ob rojsM
Mr.le Chevalier de Montmorency
Fils de Monfieurole
Marquis de Fauffeuffensvo
Monfieur le Chevaliere de
Novion petit Fils de Mon
fieur
GALANT 157
sadelos
ſieur de Novion Premier Préfidentul
so
Monfieur le Marquis de Fontenille,
de la Maiſon de Rambudel
Ileeft de PicardienenποΜ
Meſſieurs les Chevaliers de
Froullay, tous deux FilsdeMonfieur
de Froullay GrandMarefchal
des Logis de la Maiſonudu
Roy. ziobasmis
-Monfieur de Comte de Criquetot
de Normandie ,
Monfieur le Comte d'Anteüil,
petit-Fils du Comte du mesme
nom , qui a eſté Gouverneur de
Monfieur le Prince. sibasmi
Monfieur de Briſſac, Fils du
Major des Gardes du Corps
Monfieur le Comte de Montiers
Filsde Monfieur de la Tour
Gouverneur de S. Dizierip
Ce mefme jour ,premier de
l'Année, on fit icyune Ceremonie
158 MERCURE
nie d'autant plus ſurprenante ,
qu'elle n'étoit pas attendue . Elle.
fut fi magnifique ,qu'on n'auroit
paslaiſſed'en eſtre ſurpris,quand,
meſme on l'auroit publiée deux
mois auparavant. Cette ceremo
'nie fut faite pour la Benediction
des Drapeaux du Regimentdes
Gardes.Voicyde quellemanic
re ils furent conduits à Noftro
Damcasiofisil anoT
LovTambour Majormeſtoitna
la teſte de ſoixante autres qui
marchoient quatre à quatre. Mr
d'Artagnan Major du Regiment
des Gardes , paroiſſoit en ſuite,
& précedoit les quatre Aydes-
Majors , qui font Mrs de Tra
verſonel, Defragny , Caillavet ,
& Varenne. Ils eſtoient ſuivis
de ſoixante Sergens , qui marchoient
quatre à quatrede front.
Onovoyoit en fuite trente Offi
ciers
GALAN T. 159
ciersà cheval , marchant deux à
deux, & portant chacun un Drapeau.
Trente Sergens venoient
encor apres eux , dans le meſime
ordre que les premiers. Trente
autres Tambours les fuivoient,
cette Marche estoit fermée
par quatre Officiers Garçons
Majors,qui font Mrs d'Artagnan,
Malicy Chevire , & ufancy.
Tous les Officiers estoient magnifiquement
veſtus , & avoient
des Jufte corpst fibcouverts
de broderie , qu'à peine la couleur
de l'Etofe pouvoit-elle eſtre
diftinguće. Tous les Tambours
eftoient veſtus de blen Leurs
Habits estoient couverts d'un
galon de la Livrée du Roy du
premier jour de l'Années, can
vous ſçavez qu'elle change tous
les ans, & quebien que le fond's
foit toujours blen , le galonn'est
jamais
160 MERCURAEO
jamais fait de la meſme forte. *
Entre ces galons ilyen avoit
un d'argent , ces Habits
eſtoientogarnis de boutons à
queue. Leurs Tambours eftoient
peints180 dorezy & lion voyoit
furt chacun des Armes de leursb
Capitaines Les Sergens avoientq
des Cuiraffes ,avec des filets d'arr
& des Juſte-à- corps d'écarlate,M
galonez d'argent . Les revers den
leuis manches eftoient de tives
loursde pluſieurs couleurs, felon
cellos des Compagnies dont ils
eſtoient. Ils avoient tous des Plu
mes blanches ; & les Etrangers
qui les vitent paffer avec tant
de pompeguen furent tellement
furpris qu'ils avoüerent que les
François estoient ſeuls capables
de cette magnificence. Cepen
dant on a pris fi peu de foin d'in
former le Public de cette fuper
be
C
GALIANTM 16-
be Marche , que ſi je ne vousen
entretenois ,on n'en ſçauroit peut
eftrejamais riens
C'eſticyile lieu de vous ap
prendre quelques particularitez
des Etrennes .Le premier jour
de l'Annéeseft folemnek par là
pour beaucoup de Gens. Les Amansy
font des Préfens à leurs
Maiſtreſſes , & il y en a toûjours
quelques- uns où l'on voit briller
l'eſprit & l'invention , par la maniere
galante dont ils font faits
Celuy dont je vous vay parler
eſt du nombre . Vn Amant fort
paffionné pour une Belles vonlanteluy
faire un preſent plus
confiderable qu'elle ne devoit
l'attendre de luy, & craignat que
le prix ne l'obligeaſt à faire difficulté
de l'accepter fit prendre
l'équipage d'un Crocheteur à un
Homme intelligent,& luy mit fur
le
1621 MERCURE }
le dos une Caiſſe mal emballée,
afin qu'on cruſt plus facilement
qu'elle estoit envoyée de loin.
Le faux Crocheteur laiſſe la
Caiffe. Elle s'addreſſoit au Pere;
mais elle en renfermoit une ſe :
conde, ſur laquelle le nom de
la Belle estoit écrit De cette
ſeconde Caiſſe adreffée à la
Demoiselle , on tira une trest
grand Manne toute matelaffee,
dans laquelle on trouva d'un
coſté un Manchon de veritable
Marte Zibeline , avec un
gros noeud de Ruban or & argents
une Paire de Gands garnis
de la meſme Marte , plufieurs
autres Paires de Gands de
ſenteur ; autant de Paires de Bas
de ſoye d'Angleterre, 'trois Paires
de Jartieres de broderie plate,
avec de la frange ,& un tresgrandnombre
de Pieces de Ruban
GALANT. 163
ban de toute forte de largeurs
& de differentes couleurs. J'oubliois
à vous dire que les bouts
de la premiere Paire de Jartie-1
res eftoient brodez d'or ; ceux
de la ſeconde , d'argent ; & ceux
de la troiſieme , or & argent .
Dans l'autre bout de la Manne,
il y avoit une Ecritoire , dont
la ferrure,la clef, & les plaques,
de deſſus , estoient de vermeil ,
auffi -bien que le Cornet, le Poudrier,
& les manches du Canif
& du Poinçon. Il y avoit encor
dans la meſme Ecritoire desTa
bletes de chagrin , garnies d'ory
&deux Cachets, dontl'un eſtoit
d'or, & l'autred'argent. Chaque
Cachet avoit fa Deviſe. On vo
yoit fur le premier un Coeur qui
Souy LOI , 80 ďou fortoit un Amonr
avecune leche àla Main
Ces paroles luy Tervolent d'ame .
Ie
164 MERCURE
Le ne m'ouvre que pourvous
La graveure du ſecond Cachet
repreſentoit une Montre , avec
ces paroles autour.
Mes mouvemens font cachez. 21 .
Vn petit Coffre ſe fit remarquer
à coſté de l'Ecritoire. II
eſtoit tout garny de Filigrane
& enrichy de Rubis . On trou
va dedans deux petits Couſſinets
de fenteur, avec des Chifres relevez
de Perles , & deux Boures
qui n'eſtoient pas moins riches.
Il y avoit un cent de Jetons
de Filigrane d'argent dans l'une ,
& l'autre eſtoit remplie de cinquante
Fiches de la meſime ma-
- tiere. Les unes eſtoient longues,
les autres faites en triangle , &
quelques - unes quarrées .
ces
Vous croirez fans-doute que
ce
i
GALANT.
165
19
ce Préſent a eſté fait , ou par un
Homme de la premiere qualité
, ou par quelqu'un de ces
riches Financiers qui ſe font un
plaifir de la dépenſe. Cependant
il eſt d'un Bourgeois de Paris
,& s'eft fait à la Ruë S Denys.
Je croy le devoir publier
pour la gloire de la France. Je
n'y aay rien ajoûté ,&la choſe eft
publique en ce quartier- là. Les
Citoyens Romains qui s'eſtimoiet
tant autrefois , n'eſtoient peuteſtre
ny plus galans , ny plus en
état de bien s'acquiter des choſes,
que les François, qui ont l'avantage
de vivre ſous le Regne
de Louis Le Grand.
Ce n'eſt pas ſeulement à Paris
que l'Amour inſpire la liberalité
. Il la fait regner dans les Provinces;&
les Etrennes en
un jeune Cavalier de Dijon à
fa
166 MERCURE
ſa Maîtreſſe le premier jour de
l'Année vous feront connoiftre
que la galanterie eſtde tout Païs.
Elles confiſtoient en une Agraffe,
uurne Buſquiere , & des Boucles
de Souliers de Diamans.
Tout cela estoit dans une Boëte,
autour de laquelle on avoit peint
les Chifres du Cavalier & de la
Belle, en miniature. Ces Chifres
eftoient entrelacez enſemble ,
avec ces mots ecrits en petites
lettresd'or , qui ſervoient comme
de bordure. Teata
Quando cofi farano i chori? i
Les Vers ſuivans eſtoient fous
la Boëte
Lone puis regarder d'un oeil indiferent
Mon Chifre avec celuy de la Belle que
j'aime,
Ny m'empefcher de dire enſoûpirant,
Helas ! quand verrons nous nos coeurs
unis demesinos
Il
GALANT.
167
meline Boete qe
ر
Il y avoit une Deviſe ſur la
qui repreſentoit
un More adorant le Soleil; ce
qui faifoit alluſion au nom &
aux armes du Cavalier. L'Ame
de cette Deviſe eftoit.
Good daro chi mi arde T
Sous laDeviſe , c'eſt àdire , au
fond du couvercle de la Boëte,
on lifoit ces Verisinim no collo
3ledg63J882-tam pasiot.
Ie ſens que j'aime , Iris ; mais pour bien
Pexprimer,
C'est trop peuque lemotd'aimer.
Dans la Boëte , au deſſus des
Pierreries , on trouva ces autres
Vers.
Pour renowveller tous les ans
Saflame,&fes empreſſemens ,
Voicy le jour où chaque coeur étale
Tout ce que peut l'Amour inspirer aux
Amans;
Mais, belle Iris, pour vous , vous sçavez
qu'en tout temps 2
Matendreffe est toujours égales
Les
168 MERCURE
Les deux qui ſuivent eſtoient
dans le papier qui envelopoit
l'Agraffe de Diamans.
Encorque nôtre éclat nous rendeprécieux,
Il cedera toûjours àceluy de vosyeux.
LeBillet qui estoit avec la Bufquiere,
contenoit ceux-cy.
Que nostrefort,belle Iris, ſera doux !
Etquenôtre bonheur vafaire dejaloux !
Cesderniers ſe trouverent dans
l'envelope des Boucles de Souliers.
Ils faifoient parler les Diamans.
Vous n'avez pour charmer aucun besoin
denous;
Maisquoy que tout ſoit beau chez nous ,
Et doive s'attirer conqueftefur conqueste.
Peut- estre qu'avec tant d'appas
Sansnous vous ne brilleriezpas
Depuis les pieds jusqu'à la teste.
Le Roy fit au commencement
de ce Mois une Revenë
des
GALANT. 169
des Regimens des Gardes Françoiſes&
Suiffes dans la Plaine de
Nanterre. Les François furentrăgez
en Bataillons furune Ligne.
Cinquante Grenadiers armez de
Haches, de Fufils ,& de Grenades,
eſtoient à la teſte de chaque
Bataillon . Les Rubans de couleur
de feu qui faisoient l'ornement
de leurs Chapeaux , eſtoientaccommodez
d'une maniere qui
les faiſoit paroiſtre tous garnis
de Plumes . Les Sergens avoient
des Habits d'écarlate , avec un
galon d'argent ; & l'Etofe qui
débordoit autour de leurs Cuiraſſes
, eſtoit toute couverte d'un
galon d'or. Les Soldats eſtoient
veſtus d'un drap gris , avec des
Veſtes d'écarlate , fur lefquelles
il y avoit un galon d'argent. Le
meſme galon bordoit leurs Chapeaux,
qui estoient garnis dePlu-
Janvier. H
170
MERCVRE
mes blanches. Ils avoient des
Baudriers de Bufle , bordez aufſi
d'un galon d'argent de chaque
côté ,&des Gands à frange.Leurs
Bas estoient rouges, & leurs Gibecieres
ornées d'un Soleil, avec
des rayons d'argent. Monfieur le
Mareſchal Duc de la Feüillade
marchoit à leur teſte , & falia
leRoy avec cet air noble &martial
qui luy eft fi naturel. Les
Gardes Suiffes faifoient trois
Bataillons. Les Mouſquetaires
eſtoient veſtus de rouge , & les
Piquiers de bleu. Ils avoient des
Juſte- à- corps garnis de boutons
d'oorr , avec des manches toutes
couvertes de galon. Monfieur le
Duc du Maine, Colonel General
des Suiffes & Grifons , eſtoit à
leür teſte. Il ſalüa Sa Majesté de la
meilleure grace du monde ; &
come on ne doute point qu'il ne
fafle
GALAN T.
171
faſſe un jour paroiſtre autane de
coeur qu'il a fait voir d'eſprit dés
ſon plus bas âge , ily a lieu de le
regarder comme un Prince tresaccomply.
C'eſtoit la premiere
fois qu'il paroiſſoit à la teſte de
ces Troupes , dont il traita tous
les Capitaines avec beaucoup de
magnificence.
Rien n'égale celleque fit paroître
Monfieur le Chevalier de
Lorraine , en traitant leurs Altefſes
Royales la veille des Roys.
Pour vous faire comprendre la
ſomptuoſité du Repas , il ſuffit de
vous dire qu'il fut digne des
Conviez . Monfieur donna à fouper
le lendemain à Meſdames
les Ducheſſes de Vantadour , de
Foix,de la Trimoüille,& de Gramont
; à Madame la Marefchale
deClerambault , à Meſdames les
Comteſſes de Maré, de Bregy,&
:
H 2
172 MERCVRE
de Fiennes ; à Madame la Marquiſe
de Clerambault , à Madame
de Flamarin , & à quelques
autres dont je n'ay pas ſçeu le
nom . Les Services eſtoient d'onze
Plats, & le Régal fut auſſimagnifique
, que bien entendu. Madame
la Comteſſe de Maré trouva
la Féve dans ſa part du Gaſteau.
Il y eut un grand Bal apres
le Soupé. Tous les Maſques y
furent reçeus. Monſeigneur le
Dauphin , & Meſſieurs les Princes
de Conty& de la Roche - fur-
Yon , y parurent veſtus en Perfans
. Pluſieurs Perſonnes de la
plus haute qualité s'y trouverent
, & quelques Ambaſſadeurs
y vinrent incognito, pour admirer
la magnificence & la galanterie
de nos François.
Le meſme jour Monfieur le
Marquis de Chappes , Fils de
Mon
GALANT.
173
Monfieur le Duc d'Aumont , fut
prié d'aſſiſter à la premiere Meſſe
du R.Pere de Mine,Auguſtin du
Grand Convent , en qualité de
Parrain . Il choiſit pour Marraine
Mademoiſelle de Vantadour,Fille
du Ducde ce nom ;& comme
ils font preſque de meſme âge,&
tous deux fort accomplis , cela
donna occafion à quelqu'un qui
eſtoit dans l'Aſſemblée , de faire
ceMadrigal.
Vous voir , Illustres Enfans,
AD beaux&fi charmans,
Iln'est point de bonheur qui foit égal au
vostre.
La Nature a pris ſoin de vous rendre
parfaits ,
Et pour comble deſes bienfaits,
;
Elle a fait vos coeurs l'un pour
l'autre ;
Vous avez ce qu'ilfaut tous deux
Pour rendre des Mortels heureux,
Le bien,les honneurs ,lanaiſſance,
H
3
174 MERCVRE
Labeauté , de l'esprit &du corps pour
charmer,
Des vertus pour ſefaire aimer.
Et mille qualitez audeſſus de l'Enfance,
Vous pouvez mesme encor vous aimer
tendrement,
Et sans obstacle &Sans mistere ,
Heureux Enfans
lement,
ha vivez feu-
C'est l'unique souhait que pour vous on
peutfaire.
Nous avons perdu deux
grands Hommes ce Mois - су.
L'un eſt le R. Pere du Bled ,
Chanoine Régulier de S. Auguſtin
, de l'Ordre du petit S. Antoine
, & Supérieur de cette
Maiſon ; & l'autre , Monfieur
de Monthelon , Doyen des
Avocats. Le premier avoit un
talent tout particulier pour la
conduite des Ames , & cela luy
avoit attiré un tres-grand nombre
de Gens de qualité pour
Amis. Il y avoit plus de trente
GALAN T.
175
te ans qu'il demeuroit à Paris,
contre la coûtume de cet Ordre
; qui eſt de changer tous
les trois ans ; mais à la priere
de Monfieur de Lezeau Conſeiller
d'Etat , & d'autres Perſonnes
de marque dont il eſtoit
Confeffeur , on l'avoit dif
penſé de ce changement. C'étoit
un parfait Religieux. Monfieur
le Premier Preſident l'avoit
fait prier de le venir voir
le jour des Roys , & à peine
eftoit-il à deux cens pas de fon
Convent , qu'il mourut d'apopléxie
dans le Carroſſe qui le
menoit , entre les bras d'un
Frere de la Maiſon , & fort regreté
de tous ceux dont il avoit
la conduite.
12 .
Pour Monfieur de Monthelon
il n'y a perſonne qui ne ſcache
que c'eſtoit un des plus grands
H 4
176 MERCVRE
i
Perſonnages de noſtre temps. Il
eſt mort le 24. de cemois , âgé
de 79. ans. La parience avec la
quelle il a foufert les douleurs
de fon mal pendant un mois , &
ſa deſignation aux ordres de
Dieu , accompagnée d'une pre-
-ſence d'eſpritadmirable, ont eſté
les dernieres marques de ſa ver+
tu . Encor qu'il fuft petit Fils de
deux Gardes des Sceaux de
France, qui ont laiffé de fameux
exemples de courage & d'integrité,
qu'il deſcendiſt des plus il
luftres & anciennes Maiſons du
Royaume, ayant eu dans la fienne
un Cardinal ily a pres dequas
tre cens ans , des Commandeurs
&des Chevaliers qui ſe ſont ſi
gnalez pour la Religion ; un
grand nombre de Préſidens &
d'Officiers dans les Compagnies
Souveraines , & Monfieur de
Mon
GALANT. 177
Monthelon fon Pere Conſeiller
d'Etat; on peut dire que ſon mérite
ſoûtenu d'une pieté &d'une
probité infignes , eſtoit encor au
deſſus des honneurs de ſa naifſance.
Il avoit étably furun fond
tres -rare d'humilité, une capacité
peu commune , qui pouvoit
luy faire remplir les plus grandes
Charges de l'Etat. Sa Majesté
l'avoit honoré d'un Brevet de
Conſeiller ordinaire en fes Conſeils
; mais ayant embraſflé fort
jeune la Profeſſion d'Avocat , ſa
modeſtie ne luy a point permis
dela quiter. Les Roys & les Prin..
ces ont pris & ſuivy ſes ſentimens,
qui ont toûjours donné le
repos à ceux qui l'ont confulté
ſur les Affaires les plus im-,
portantes.
L'occaſion des Feſtes m'obligea
le dernier Mois de finir ma
Η
178 MERCVRE
Lettre de fi bonne heure, que je
ne pûs vous parler de la juſtice
que le Roy a renduë à plufieurs
Officiers qui ſe ſont diftinguez
dans ſes Armées par les ſervices
qu'ils luy ont rendus. Illeur
avoit donné des Gouvernemens ;
& comme la Paix les en dépoüilloit
il n'a pas voulu qu'ils en
fortiffent fans leur en donner
d'autres , ou des récompenfes
proportionnées à ce qu'ils perdoient.
Monfieur de Monbron
qui s'eſt ſouvent ſignalé à la teſte
de la ſeconde Compagniedes
Mouſquetaires , & en beaucoup
d'autres occaſions , & qui estoit
Gouverneur de Gand, a eſté fait
Lieutenant General de Flandres
, fous Mr le Mareſchal de
Humieres . Nous n'avions point
veu juſqu'icy de Lieutenant General
enFladre, parce que le Roy
n'avoit
GALAN T. 179
n'avoit point encor eſté maiſtre
de tant de Places dans ce beau
Païs . Mr de Pertuys Gouverneur
de Courtray , a eu le Gouvernement
de Menein. Il a eſté Capitaine
des Gardes de Mr deTurenne
, & ayant apris le meſtier
de la guerre ſous un figrand Maître
, on ne peut douter qu'il n'y
foit habile . Monfieur de Chamilly
Gouverneur d'Oudenarde,
l'eſtdevenu de Fribourg. Il eſt
Frere du feu Lieutenant General
decenom. Il ſuffit dedire qu'il
a défendu Grave , pour faire
concevoir qu'on doit eſperer de
luy tout ce qu'on peut attendre
d'un Capitaine intrépide,&tresexperimenté.
Mr le Comte de
Nancré Gouverneur d'Ath , &
qui s'eſt tant de fois fait diſtinguer
eſtant Capitaine aux Gardes
, a eu le Gouvernement de
C
4
Longvy;
180 MERCVRE
Longvy ; Et Monfieur le Comte
de MontalGouverneur deCharleroy,
celuy de Dinant. Le nom
de ce dernier en fait l'éloge. On
a donné la Lieutenance de la
Franche- Comté ſous Monfieur
le Mareſchal de Duras , à Monſieur
le Marquis de Montauban .
Il a eſté Gouverneur de Nimegue,
de Zutphen,& de Puicerda,
& nous l'avons veu Lieutenant
General en Franche - Comté
avant qu'il allaſt à Meſſine. Il a
beaucoup de coeur & de prudence
, & s'eft fait aimer par tout où
il a commandé . Monfieur d'Aubaréde
Officier General, & d'une
valeur éprouvée,a eſté pourveu
du Gouvernement de Sa--
lins qu'avoit feu Monfieur d'Afpremont.
Monfieur le Marquis
de Pierrefite qui a acquis tant de
gloire à la teſte du Regiment du
Roy,
GALANT. 181
Roy , & qui commande dans
Doüay , a eu le Gouvernement
de Gravelines vacant par la mort
de Monfieur le Marquis de Flavacour.
Le Roy a en meſmetemps
donné douze mille livres
de penſion à Monfieur le Marquis
de S. Geran. Je vous ay ſi
ſouvent parlé des occaſions où
il s'eſt trouvé , que vous ne pouvez
douter de ſa conduite & de
ſa valeur.
Un Article de Triomphe peut
ſuivre celuy des Guerriers que
je viens de vous nommer. Il eft
vray que ce Triomphe eſt d'une
autre efpece que ceux dont ils
ont eſté les témoins . Voyez en
la deſcription dans la galante
Piece qui fuit.
LE
182 MERCVRE
*****
tro LE
TRIOMPHE
DE L'AMOUR.
L
'AMOUR avoit enfin poufsé
le coeur de la belle Iris
juſqu'à un endroit où il ne pouvoit
plus reculer , & d'où il faloit
qu'il deſcendiſt inſenſiblement
dans le Palais du Vainqueur.
Vn jeune Coeurfait d'abord reſiſtance,
Mais il s'émeut,il s'ébranle à la fin..
Et quand il est une fois en chemin,
De quelques pas chaque jour il avance.
Cependant on va loin en allant pasàpas,
On touche presque au but que l'on n'y
Songepas.
L'Amour alorspreſſe encor davantage;
Et comment s'opposer à cedoux Ennemy?
Beaucoupde Coeur nefontpas cevoyage.
Maispas- un Coeur ne lefait à demy.
L'Amour
GALAN T. 183
L'Amour fit dire à ſes petits
Freres les Amours , qu'il arrivoit
vainqueur d'Iris , & leur ordonna
de luy faire une Entrée
triomphante. On n'en fait pas
de ſemblables à tous les Amours
qui reviennent avec des priſes ;
cet honneur est reſervé à leur
aîné. Mais il ne prend pas fouvent
la peine de le mériter, car il
ſe repoſe preſque toûjoursſur ſes
Cadets du ſoin d'augmenter fon
empire , & il ne s'employe que
dans les grandes occaſions .
Il est tant de Coeurs tous les jours
Qui se rendent d'abord , ou ne reſiſtent
guere
Qu'on laiſſe conquerir ceux qui ſont du
vulgaire
Au petit Peuple des Amours.
Pour les rares Beaute que le Ciel a fait
naistre,
Avec une extréme froideur,
Le
184 MERCVRE
LeMaistre Amour en eſt ſeul le vainqueur
,
Car pour les vaincre il faut des coups de
Maistre.
Comme les Petits Amours
s'eſtoient depuis quelque temps
préparez à cette reception ,ſi toſt
qu'ils furent avertis , ils ne manquerent
pas de venir , & apres
avo ir témoigné à leur Frere aîné
&à Iris la joye qu'ils avoient de
les voir arrivez enſemble, ils donnerent
ordre à la cerémonie de
l'Entrée.

Les Petits Soins parurent d'abord.
Leur marche n'eſtoit pas
bien reg'ée. Ils alloient tantoſt
d'un coſté , & tantoſt d'un autre ,
&ils avoient un certain air inquiet
qui marquoit affez l'empreſſement
qu'ils ont de tout
faire.
La
GALANT. 185-
La tendreſſe d'abord ne sefait pas connoistre,
Elle choiſit ſon temps pour se montrer au
jour;
Mais désque Petits Soins commencentà
paroistre,
On voit bientoſt ſuivre l'Amour.
- Les Soûpirs marchoient en
fuite.lls obſervoient encor moins
d'ordre que les Petits Soins. D'abord
on les voyoit marcher un à
un, & un moment apres ils alloient
en foule ; de forte qu'ils
s'empefchoient quelquefois de
paffer les uns les autres,par l'enviequ'ils
enavoient tous
Désquel'onsouffre en l'amoureux Empire.
Quoy que lemal quelquefois ſoit preſſant.
Il n'est pas permis de le dire ;
Mais on prendun air languiſſant,
Et l'onexplique assezce que l'on fent,
Quand on soupire...
Enfinapres les Soûpirs,on voyoit
les
186 MERCURE
les Declarations,qui marchoient
• aſſez lentement.
Ilfaut que dans un Coeur un Amant fe
prépare
Vn heureux, un facile accés,
Et queson feu neſe déclare
Que quand il est seur du succés.
L'Amour ſuivoit les Déclarations.
Il eſtoit dans un Char de
Triomphe. On voyoit Iris à ſon
coſté , ce qu'on devoit trouver
affez extraordinaire , puis que
c'eſtoit à elle à paroiftre comme
vaincuë . Mais l'Amour &
Marsn'ont pas les meſmes maximes
; l'un triomphe de ceux qu'il
foûmet,& l'autre triomphe quelquefois
avec celle qu'il a ſoumiſes.
Cela pourtant n'arrive pas
toûjours.
Deshonneurs du Triomphe une Belle est
comblée,
Quand elle a long- temps tenu bon.
On
GALANT. 187
On nefait pas tant defaçon
Avec les Coeurs que l'on a pris d'emblée;
Mais quand à de charmans appas
On est prest d'ajouter une tendreſſe extréme,
Qu'on ne ditpoint, je n'aimepas,
Et qu'on ne dit pas non plus, j'aime,
L'Amour pour achever de conquerir ce
Coeur,
Offre de luy ceder la moitié de lagloire,
Ilquitte ſans regret le beau nom de Vain-
2
queur,
Pourveu qu'il ait les fruits de la Vi-
Etoire.
L'Indiference eſtoit attachée
derriere le Char de Triomphe.
Apres que dans un Coeur a regné l'indolence,
Un Sentiment plus doux le remplit àson
tour;
Quand on n'a plus d'indiference ,
Auſſitost on a de l'amour.
Enfin les plaiſirs fermoient la
Marche-
Ce
188 MERCVRE
Cequ'Amour ade moins tendre
Et lepremier en chemins
LesPlaiſirsſefont entendre,
Mais il viennent à lafin.-
A l'entrée de la Place qui eſt
devant la Porte du Palais de l'Amour
, on avoit dreſſé un Arc de
Triomphe,qui repreſentoit l'Hiſtoire
des Combats d'Iris & de
l'Amour. Il y avoir cette Inſcription.
A T'AMOUR TOUJOURS VICTORIEVX.
LA JEVNE IRIS
QUI N'AVOIT POINT LA PAREILLE
EN BEAVTE', EN ESPRIT, EN DOVCEVR ,
ET EN INSENSIBILITE' ,
APRES VNE LONGVE ET GENEREVSE
RESISTANCE ,
A BIEN VOLV
SE RENDRE A L'AMOUR
C'EST POUR APPRENDRE AVX
COE VRS INSENSIBLES
LA DEFAITE D'IRIS ,
QUE L'ON A DRESSE CET ARC
DE TRIOMPHE......
Apres
GALANT. 189
Apres que l'on eut paſſe cet
Arc de Triomphe, on entra dans
la Place , au milieu de laquelle il
y avoit un Trophée de Billets
doux,de Vers galans ,& de petits
Préfens.
Enfin on arriva à la Porte du
Palais , à l'entrée de laquelle les
Petits Soins , les Soûpirs , & les
Declarations , s'arreſterent. Iris ,
l'Amour, &les Plaiſirs, entrerent
feuls.
Le Roy d'Angleterre a prorogé
ſon Parlement juſqu'au
quatorziéme de Fevrier. Je croy
vous devoir marquer icy la diférence
qu'il y a entre proroger
& adjourner. Quand on proroge
le Parlement , toutes les Affaires
qu'on a traitées ſans qu'elles ayer
eſté terminées , demeurent à
neant& comme ſi l'on n'en avoit
1
jamais
190 MERCURE
jamais parlé ; & fi on veut les
pourſuivre , il faut recommencer
les Procedures. Il n'en eſt
pas de meſme quand le Roy dit
qu'il adjourne le Parlement,puis
qu'en recommençant ſes Seances
, il acheve de pourſuivre les
Affaires qui n'étoient pas terminées.
Le Roy a le pouvoir d'adjourner,
de proroger , & de caffer
le Parlement. Quand il eſt caffé,
tous ceux qui ont droit d'élireles
Membres, font de nouvelles Elections
pour en compoſer un nouveau.
Chacun a ſes brigues pour
tâcher de ſe faire nommer à cauſe
des grands Privileges qu'ont
les Membres.
Vous avez veu par ce que je
vous ay déja dit des réjoüiffances
de la Paix, avec quelles acclamations
la Publication en a eſté
faite dans toutes nos Villes . Il
faut
GALAN T. 191
faut vous apprendre preſentement
les témoignages particuliers
de joye qu'en ontdonné les
nouveaux Sujets du Roy.Je parle
des Habitans de S. Omer , qui
eſtant devenus François du conſentement
meſme de l'Eſpagne,
ont fait paroiſtre dans cette éclatante
occaſion le zele le plus empreſſe
qu'on puiſſe marquer à un
Souverain auſſiauguſteque Loürs
LE GRAND. Leurs ſentimens
ſembloient avoir prévenu les ordres
de Mr le Marquis de S. Geniez
leur Gouverneur,qui voulut
eſtre preſent à cette Publication.
Il eſtoit ſuivy du Lieutenant de
Roy,de l'Etat Major,des Officiers
de la Garniſon,du Clergé , de la
Nobleffe , &detout le Magiftrat.
Le carillon des Cloches ſe mefloit
de toutes parts au fon des
Trompetes, des Timbales, & des
Tam
192
MERCVRE
Tambours . Le reſte de la Ceré
monie fut remis au Dimanche
ſuivant. Elle commença ſur les
neuf heures du matin . Tous les
Officiers de la Garniſon ſe
trouverent chez Monfieur le
Gouverneur , pour l'accompagner
en l'Eglife Cathedrale, & af
fiſter à une grande Meſſe chantée
par trois Coeurs de Muſique ,
à laquelle il avoit eſte invite au
nom du Chapitre par Monfieur
de Lierre qui en eſt Doyen. Vous
ſçavez que Sa Majesté l'a nommé
à l'Eveſched Ypres. Les décharges
de l'Artillerie attirerent
tant de monde de la Campagne,
qu'à peine pouvoit - on paſſer
dans quelques Ruës pour entrer
dans la Cathedrale. Elle estoit
éclairée depuis le haut juſqu'au
bas,d'un nombre infiny de Flambeaux.
Monficar le Marquis de
S.Geniez
GALANT .
193
S.Geniez s'y rendit ſur les quatre
heures , accompagné de plus de
fix vingts Officiers. Le Te Deum
fut entonné par Mr. l'Evéque
d'Ypres, & pourſuivy par quatre
Choeurs de Muſique qui cedoiét
quelquefois aux Orgues , quelquefois
à une Symphonie de
routes fortes d'Inſtrumens , &
quelquefois à un Concert de
douze Violons ſeuls . On alluma
leFeuau fortir du Te- Deum. Il y
avoit des Fuzées d'une maniere
extraordinaire, qui laiſſoient voir
en l'air des Couronnes de Fleurs
de Lys. Je ne parle point du
bruit des Tambours , des Timbales
,& des Trompetes , ny des
cris de Vive leRoy , qui durerent
autant que le Feu. Je vous diray
ſeulement que la Feſte n'en demeura
pasla , & qu'apres trois
déchargesdu Canon , des Boë-
Ianvier. I
194 MERCURE
tes,&de toute l'Infanterie , auf
quelles la Garniſon du Fort de
SuMichel & des Hautponnois,
répondirent de leur mieux , on
alla fouper à la Maiſon de Ville,
où quatre vingt Perſonnes furent
traitées. Il y avoit pluſieurs Tables
qui furent magnifique
ment fervies. Les Santez du Roy,
&de toute la Maiſon Royale,
y furent buës avec grand éclat.
Ce ſuperbe Feftin n'eſtant que
pourles Hommes , Meffieurs de
Ville voulurent que les Dames
quiavoient aſſiſté au Te - Deum,
fuſſent auſſi regalées. Ainſi apres
le Soupé , ils leur firent donner
la Comedie , qui fut ſuivie d'un
grand Bal. Monfieur le Baron
de Berneville , comme Chefdu
Magiſtrat en qualité de Majeur,
en fit les honneurs. Il s'en acquica
fort dignement. Ce Bal
el fut
15
GALANTM
195
fut accompagné d'une Collation
tres- magnifique. Il ne finit
qu'à trois heures apres minuit.
Monfieur le Gouverneurbeut la
complaiſance d'y demeurer jufques
àla fin
Tout le monde s'intereſſes fi
fortement à la gloire que noftre
auguſte Monarque s'eft acquiſe
parcettePaix, que les Peres Capucinsde
la Ruë S. Honoré en
ont chantéun Te Deum avecune
magnificence digne de leurizede.
Ily avoit un Feudreſsé dans
leurCourt ,où cinquante Suiffes
eſtoient en haye , la méche allumée,
&le Mouſquet ſur l'épaule.
Ils furent quelque temps en cet
état , pendant que le bruit des
Trompetes invitoit ceux qui étoiếtles
plus prochesde leurC6-
vent, à venir partager leurjoye .
CentCapucins fortirent enfuite
196 MERCURE
de leur Eglife , marchant deux à
deux. Les Trompetes fe tûrent
alors pour laiſſer entendre un tres
beau Concert de Hautbois , &
de Flutes douces. Les Fifres &
les Tambours furent auffi employez
dans cette Fefte .Pendant
tout ce temps , les Capucins firent
le tour de leur Court ; apres
quoy ,
l'Officiant environne de
fix grands Flambeaux , alluma le
Feu, & entonna le Te- Deüm Les
Suiſſes firent auſſitoſt une Salve
qui tint lieud Inſtrumens pour la
repriſe. Un nombre infiny de Fuzées
volantes parurent en même
temps dans les airs. LeTe Deum
finy, les Capucins recommencerent
à trois fois le cris de Vive le
Roy, &cette Feſte finit par une
quatrième décharge des Suiffes,
qui s'en retournerent tres- fatisfaits
de ces bons Peres
GALANT. 197
On celebre la gloire de cette
Paix en toute forte de Langues
Voicy des Stances Italiennes
qu'elle a fait faire à Monfieu
l'Abbé Mallement de Meſſange,
dont vous avez veu la nouvelle
maniere qu'il a trouvée de faire
des Cadrans , dans ma derniere
Lettre Extraordinaireol you
2003-8096380731-EXન X3-19 097232993 19903 * EXX و 3أ
2299.1
LA RICONCILIAZIONE
DEIPOPOLI
- Alla gloria îminortale linge
sm
DI LVIGGI MAGNO ,
Vittore Pacifico.colo
STANZE LIBERE
900 10
M
Entre'l Franco Guerrier può fa-
Perder affatto la nemica gente , 23101
Miracol di pietade ! in mezzo ardore
Iiij
198 MERCURE
D' vinti'l trifte dan vince'lvittore.
Lasciate hormai , Spagnuoli , i lunghi
"
Sdegni
Concetti contro'l bel Francese regno,
Se i vostri fervatori haurere à Sedegno
Di quanto odio pur voi ſarete degni ?
Quellepaſſate noie
Voftra pur'elezzione ſtate fono ;
Malepreſenti gioie
Delgran LVIGGI Son dono.
Affin ch'a voi benigno loſentiſte ,
Diquantepalme haſprezzato l'honore
Cedite al ſuo gran cuore ,
Alqual, per vostroben , eſſoresiste.
2
Cedite alla sua man , ch' egli ha ripreſſa.
Questo da voi l'honor voſtro richiede.
Congloriaficede
Achi vince cofi la gloriaſteſſa.
Venga , per ifavori
D'unpropizio nemico , ogni odio eftinoo.
LaGuerra i corpi ha vinto;
Vinca lapace i cuori..
Je vous ay fait voir une ample
deſcription dans ma Lettre
du.

du.
GALANT. 199
L
dumois paſſé ,des moyens dont
on s'eſt ſervy à Marseille pour
conſtruire une Galere en moins
d'un jour.Je vous envoye le deſſeinde
céteméme Galere . Je l'ay
fait graver ſur la ſurpriſe que
vous m'avez témoignée de ce
prodige , ne doutant point que
vous ne ſoyez bien- aiſe d'examiner
à loiſir en quoy confiſte ce
Bâtiment.
Monfieur le Duc de Vendofme
a prêté le ſerment de fidelité
entre les mains du Roy,pour fon
Gouvernementde Provence. Ce
Prince a non ſeulement ſervy
avec beaucoup de valeur & de
zele pendant toutes les Campagnesqu'il
a faites en Allemagne,
mais encor avec une tres- grande
affiduité . Les périls ne l'ont point
étonné. Ils s'y eſt ſouvent expoſé
avec une intrepidité ſurprenante
; & on ne luy a jamais veu
Iiij
200 MERCURE
ménager ſa perſonne , quand il y
a eu de la gloire àacquerir. fo
Le Regiment de feize cens
Irlandois que commandoit Monfieur
d'Amilton , ayant eſté re
formé , on luy a donné celuy de
Monfieur le Marquis de Mon
taut. Vous voyez par là , Mada
me, quel plaifu il ya de fervir le
Roy puiſqu'il ne laille jamais
de veritable valeur ſans récom
penfans son of Suppor
Monfieur le Marquis de Villars
preſentement. Ambaſſadeur en
Savoye, a eſté nommé par le
Roy al' Ambaſſade d'Eſpagne. Il
y a déja eſté en qualité d'En
voyé extraordinaire , & d'Am
baffadeur,& c'eſt pour la troifié.
me fois qu'il y doit retourner. Je
ne vous parle point de fon intelligence
pour les affaires. On
ne luy confieroit pas un pareil
Employ,,
GALANT. 201
Employ, s'il n'en avoit beaucoup
Il eſt affable , galant , & tresagreable
dansla Cour où on l'envoye.
Il ſeroit difficile d'y plaire
fans avoir de l'eſprit , les Eſpagnols
en ayant beaucoup , & ſe
connoiffant parfaitement en galanterie,
ing sγον πον
Encor un mot de guerre,Madame.
On parle toûjours de Vitoires
avec grand plaifir , & je
croy que je vous en entretien
dray juſqu'à la Paix generale.
Vous avez ouy dire que nous
avons pris la Ville de Nuits, c'eſt
peut- eftre tout ce que le Public
en ſçait. Il fautvous en apprendre
davantage.box
Monfieur deCalvo ayantaſſem.
blé un Corps de Cavalerie, d'Infanterie&
de Dragons,le premier
de Janvier , il arriva devant Nuis
le quatre du mesme Mois. Son
I w
1
202 MERCURE
ſein eſtoit d'établir des Trou
pes dans cette Place. Ily avoit
fix cens Hommes d'Infanterie,
& la Compagnie des Gardes à
cheval deMonfieur de Cologne,
avec un Gouverneur opiniaſtre
Toutes ces chofes obligerent:
Monfieur de Calvo à difpofer
pluſieurs attaques , & ine fauf
ſe dont il chargea Monfieurde
Marquis de Longueval,à la Cita
delle. Elle eſt de quatre bons Ba4
ſtions bien palliſſadez , & fraie
ſez , avec un large Foſſe d'eati
courante Monfieur de Lon
gueval ayant pris ſes meſures
pour faire reüſſir cette attaque,
ſes Dragons pafferent le Fofsé
quoyque fort creux, & les Pallif
fades ayant eſté auffi-toft coupéesavec
des haches , Monfieur
de Longueval ſe rendit Maiſtre
de la Citadelle , de la Ville , de
laz
GALANT.
203
la Garnison , Cavalerie & Infanteriel,
du Gouverneur des
Drapeaux, &Etendarts, &d'environdeux
cens Chevaux. Les
maiſons furent quelque - temps
pillées, l'Infanterie à qui on ouvrit
les Portes , ayant profité
d'une fi belle occafion. Voilà un
recit del Action comme elle s'eft
paſsée fans y rien exagererMais
comme vous eſtes des Amies de
Monfieurde Longueval ,je croy
que vous ne ferez pas fachée
d'aprendre ce qu'ecrit de luy un
Officier des Dragons Dauphins.
J'employe les propres termes de
ſa Lettre. Monfieur de Longueval
afait dans cette occafion des merveilles
à ſon ordinaire ,& fa conduite,
&Sa bravoure luy ont attiré
toute la gloire de l'Affaire , estant
entré l'épée à la main dans cet
te Place àla tefte de cent Dragons,
moitié
204
MERCURE
moitié de nôtre Regiment , &moitie
de Barbeziers , nonfans courir
plus d'un risque , car il éprouva le
fen & l'eau en passant un Fossé,
où il se mit jusques à la ceinture,
ce qui est fort intommode en cette
faifon. Cependant ilse porte bien,
& itfemble que la guerre & les
occasions n'ayent esté faires que
pour thy. Nuis en unePlace af-
Tez confiderable ; & quand on
partit en 1672. pour commencer
la guerre de Hollande, on y avoit
étably nos Magaſins . Monfieur
de Calvo en a donné le Commandement
à Monfieur le Marquis
de Refuge. Apres avoir pris
Nuis, on ſe rendit maiſtre de la
Ville de Zons , qui ne ſe defendit
pas . Ainfi en attendant l'ouverture
de la Campagne , nous
nous ſommes emparez de trois
Poſtes fur le Rhin , & de quan
tité
GALANT.
205
tité de Chaſteaux aux environs ,
qui fonttrembler Tréves& Cologne
. Monfieur de Calvo , ( qui
depuis qu'il a en chefle Commandement
d'une Armée , n'a
preſque pas laissé paſſer un ſeul.
jour fans faire quelque choſe de
remarquable ) a fait détourner
sle cours de la Roër qui paſſe à.
Juliers. L'ouvrage eſtoit difficile ,
fur tout en cette ſaiſon , mais les
1François comptent cela pour
isien. On n'est pas moins alarmé
à Strasbourg que dans le
Païs de Juliers , & tous les Villa--
-ges qui font en deça de cette
argrande Ville payent contribution
MàMonfieur le Baron de Monclar..
Les François ſe ſignalenten même
temps par tout ; &Monfieur
de Guenegaud qui a déja fait
parler de luy en Hongrie , a défendu
un Paſſage contre vingt
Efca
206 MERCURE
Eſcadrons ennemis avec ſon ſeul
Regiment,& leur a tué pres de
cinq centHommes indig
le
Le Jeu de la Baffette & les
Bals ont eſté les deux princi
pauxDivertiſſemens de la Cour,
depuis que le Carnaval eſt come
mencép La grandeur de laFrank
ce paroiſt dans l'un &dansl'ang
tre dans le Jeu par les fome
mesaconfidérables quecolon
joue & dans les Balsts par la
magnificence des Habits
nombre infiny des Pierreries , la
Courloeſtant auſſi nombreuſe
que magnifique. Le Roy a fait
parqueter la Salle des Opéra à
S. Germain , pour les Bals qui
s'y donnent tous les Vendredys
Quay qu'elle foit fort grande,
elle ne peut encor fuffire à con
tenir tous ceux qui s'y prefens
tent
GALANT.
207
tent poury entrer. Les Hommes
eſtoient veſtus à la Cavaliere au
premier Bal qui s'y eſt donné ,
&dans les ſuivans la parure y a
eſté extraordinaire . Nos jeunes .
Braves, accoûtumez à ſe batre
tout Hyverſe ſouvenoient
mieux dans ce premier Baldes
détours de la guerre , querdes
pas mefurez de landancersCe
pendant le Roy , qui durant les
autres Hyvers avoit plus entendu
le bruit du Canon que le
fon des Violons , a dancé dans
tous ces Bals avec cette grace
pleine de majeſté qui eſt inſéparable
de toutes ſes Actions , &&
qui a eſté le charme des nombreuſes
Aſſemblées, qui ont eu
le plaiſir de le voiro Ces grands
Bals feront remis le Mois prochain
aux Samedis , à cauſe des
Media noche. Il ya eutrois ou
quatre
208 MERCVRE
A
quatre Bals fort conſidérables
chez Mr. de Strasbourg au nom
de Madame de Fuſtemberg fa
Niece . Monfieur y eſt venu déguiſé
, avec Madame: Monfieur
de Strasbourg a auſſi donné plufieurs
Soupez magnifiques , à
l'iſſuë deſquels les Maſques ontM
eſté reçeus. Vous ſcavez , Maro
dame, que je vous parle tous les 1
ans de la magnificence de Mr.
de Manevillette , touchant la
Collation accompagnée de Violons
qu'il donne chaque Carsil
naval à Leurs Alteſſes Royat
les ; tout s'y eſt paſſe cette année
avec l'éclat ordinaire . Monfieur
& Madame ont eſté chezb
luy accompagnez de Made
moiſelle , & de pluſieurs Perſonnes
de la premiere Qualité,
tant à viſage découvert que mafquées.
Leurs Alteſſes Royales,
GALANT. 200
&Mademoiselle , ont eſté auffi
au Bal qu'a donné Monfieur de
Pommereüil Capitaine aux Gardes
, Frere de Monfieurde
Pommereüil Prevoſt des ман
chands. Elles avoient avec Elles
Madame la Comteffe de Maré,
Mademoiselle de Grance , 18
toutes les Filles d'honneur de
Madame. Les Hommes quiles
accompagnerent estoient Mr le
Chevalier de Lorraine , Mr.de
la Trimouille,& Mr. le Cheva
Her de Chaſtillon. Les Dames
parées du Bal furent Meſdames.
les Ducheffes de Boüillon ; &
de Foix , Madame la Princefle
de Fuſtemberg , Madame la
Marquiſe de Livry , Mefdames
de Villacerre , de S. Pouange,
de Gargan , & de Verveviete,
& Meſdemoiselles Gargan , de
Fouqueux , de l'ifle , de Sour
dis,
210 MERCURE
dis,& de Pommereüil: Les Hommet
estoiens Monfieur le Grand,
Monfieur de Vandoſme , Mr.Ne
Duc de Villeroy , Meffieurs les
Princes de Commercy, & de Li
gne,Meffieurs de Comminges, &
de Rhodes. La Salle estoit éclai
rée d'un grand nombre de Luſtres
,& ornée de pluſieurs Miroirs
d'argent .Iln'y avoit deVialons
que la ſeule Troupe deMonſieur
de Pommereüil , qui eft
admirable , & que le Royentend
quelquefois en Campagne.
Il ya eu encor pluſieurs autres
Bals à Paris , & des Hautbois
dans la plupart pour dancer des
Menuets qui font fort à la mode
cet Hyver.coid carstulg & ἐν
Monfieur Chaſtelainde Tilly,
Filsde Monfieur Chaſtelain Seigneur
deMontaumer,cy-devant
Secretairedu Conſeil d'Etat,def
Я cendu
GALANT.
2-F1
cendu de l'ancienne Famille des
Chaſtelains de Forests , a épousé
Mademoiselle Heton mandol
2si Le Royla donné le Gouvernement
de Feſcamp , vacant par la
mort de Monfieur de Longueil,à
Monfieur de la Touche Belleviere,
Capitaine des Gardes de
Monfieur leDuc de S.Aignan,en
confideration des fidéllesbfervices
qu'il a rendus à Sa Majesté,
& à la tres- humble ſuplication
que ce Duc a pris la liberté de
buy en faire. Ce nouveau Gouverneur
a fait plufieurs Campagnes
en qualité d'Enſeigne Codonelle
& de Capitaine dans le
Regimentd'Amboiſe.Il s'eſttrouvé
à pluſieurs Sieges,& fut bleſſe
à celuy de Leucate en commandantunDétachement.
Ilsieſtoit
depuis attaché auMervice de
Monfieur le Duc de S. Aignan ..
abass Rien
212 MERCURE
Rien n'égale la genérosité de ce
Duc , on ne le ſert point ſans récompenſe
, & vous en voyez des
marques.
J'avois commencé à ſuprimer
tous les faux noms dont ſe fervent
une partie de ceux qui ſe
divertiſſent à expliquer les Eni-
A A
gmes; mais puis que vous me dires
qu'on s'en plaint dans voſtre
SD
Province , il faut faire ceffer ce
Province
murmure , & laiffer joüir lesParticuliers
du plaifir qu'ils prennent
à ne ſe produire que deguiſez
. Monfieur de Saurin a
trouvé le pray ſens de la premiere
duu ddeernier Mois , en l'expliquant
ainſi ſur la Plume..
CE
Corpss inanimé qu'ilfaut ſoüiller
Pour se fervirutilement,
Eft un mistere aſſurément
Qui n'est pasfacile à comprendre.
Mais
GALANT.
213
:
Maissans reſver jusqu'à demain ,
Sipour former les traits d'un Billet plein
de flame ou not ol or no af
Vousaviez laPlume à la main ,
Ce Corps, belle Philis, ne seroit passans
ame.
Ceux qui l'ont expliquée ſur
ce meſme Mot , font Meffieurs
le Chevalier de Tury ; Le Coq,
d'Orleans ; De Manſec , Sieur,
de Pontdouble ; Sonmans , de
Roterdam en Hollande ; La jeune
Acidalie , de Troyes ; Le Secretaire
des Dames du Quartier
de l'Hoſtel de Ville ; & l'Amant
fidelle , ce dernier en Vers. Les
autres Mots qu'on luy a donnez
font, la Parole , les lettres de
l'Alphabet, l'Ecriture, ane Trompete
, un Port de Mer , la fausse
Monnoye , un Livre imprimé , &
une Bouteille pleine de Vin, two
Le vray Mot de la feconde
214 MERCURE
Enigme eſt dans le Madrigal fui
vant .L'aimable Alexandre en eft
l'Amourite ab agaA rollsliom
Leof our
EMercure plaist en tous lieux, b
les beaux Esprits un mets
12
délicieux ,
Et comme tel on le regarde ;
Mais pour contenter chaque goufts19
Depuis longtemps à ce Ragoust) zob
Il manquoit un grain de Moutarde.t
Pluſieurs ont trouvé be mef
mel ſens , & de font Meſſieurs
de Chaudel,Confeiller àTroyes;
Du Montier , de Beauvais : se
Febvre , Greffier de la Prevoſté
d'Amiens : Blanchard le jeune,
de Beauvais : Rouffel , Aumônier
du Roy à Conches : Tourno
, Directeur des Aydes à
Beauvais Loyfelier , de Beaumont
: Ferret, Notaire : L'Abbé
de la Hierviays : La Foreft , de
Beauvais De Noré , pres de
Caën:
LIO
TH
1780
2F5
GALANT YO
Caën : Des Rofiers & de Gar,
tous deux de Rennes. Meſdemoiſelles
Ange, de Paris : Cailly,
de Rhetel : Breval : Le Tellier ,
de Roüen : Fredinie , de Pontoiſe
: L'Illuſte Veuve , devant
S. Lo : La Dame des Quatre-
Vents , d'Orleans : La Voifine
des Celestins : La Belle imaginaire
, de Troyes : La Communauté
des Creteniſtes,de Lyon:
&le Gemeau, de la Ruë SiDenys,
Meflieurs Broſſard de Monsaney
, Conſeiller au Prefidial
de Bourg : Baffetard : Hordé ,
Secretaire de Monfieur le Comre
de Parabere : Houppin le jeune:
Hugo de Gournay b de la
Renardiere : & Giblou , Marchand
de Troyes,l'ont expliquée
Sen Mers,
ab J'adjoûte, les noms de ceux
qui ont trouvé le ſens de toutes
1058 les
234 MERCURE
les deux. Meſſieurs le Chevalier
du Terrie , Capitaine au Regiment
du Roy ; Hinſelin , Corre
cteur des Comptes ; Gardien,De
S.Sory ,Confeiller au Parlement
deMets ; le Marquis de Cham
pron , âgéde quatorze ans ; De
Langes-Montmiral , Gentilhomme
d'Orange ; Daguinet - Deramville
, de Lyon ; B. Keller,
Suifle de nation ,& Commiſſaire
ordinaire des Fontes de l'Artillerie
de France ; Panthot , Docteur
Medecin aggregé au College
de Lyon ; Du Coeur , de
Roüen ; Le bon Clerc de Châlons
ſur Saône ; Le Mauvileu
de Chauven ; Deſmaiſons,
de la Ruë Grenier S. Lazare;
De Bonnecamp , de Quimper;
De la Huberdiere - Gilbert , de
Roüen; Miconet , Avocat àChâlons;
Veurdiez de Compiegne;
Baizé
GALANT 217
Baizéle jeune ; Frolant Avocat
en Parlement ; Cousinet ; De
Montigny , du Quay des Cele
ſtins; Du Blictry, de Troyes;Pottin,
Avocat , Ruë de la Harpe;
Aubin, de Grenoble;Du Poirier,
Officier du Roy à Amboife; Fredin,
autrefois le Solitaire de Pon
toiſe ; De la Tournelle ; l'Abbé
de la Coudoliere; Du Champet,
deClermont;la petite Margoton,
de Lyon: La Communauté des
Créteniſtes , de Lyon :le Mar
quis de Champron , fur Anfelme
: Meſdemoifelles de laCoudre.
de Bourges; Du Four ,De
Préfond la jeune , de Clamecy
en Nivernois; Raince; Couterot;
Joly, Lenfant,Breton; Sophie
&Odelle de la Petite-Pierre , dit
Luzelſtein en Allemagne ; Darronville,
de Mets;De Guimonets,
d'Orleans, Fredinie, de Pontoiſe;
... Ianvier.
K
3
218 MERCURE
Le Confident d'Apollon ; Les
deux Freres, d'Orleans ; Le Chevalier,
de la Porte Paris ; Le Miffionnaire
de Vierzon ; La Societé
de Gournay ; & la Societé
Cloiſtrée de Paris.
L'une & l'autre a eſté expliquée
en Vers par Meſſieurs
l'Abbé de Sacy , de Roüen, Rault
&du Perche , de Roüen ; Du
Boifroger , Lieutenant Affeffeur
du Criminel à Evreux ; De Saurin
; Du Perroy,de Paris ; Aymés
le Fils, de Beziers ; De Chantlen;
Ferret , d'Amiens; De la Coudre
, de Caën; Coliner de S.Saul.
gete: D'Abloville :Aubery, Avocat
àGifors : Faneüil le jeune,de
Marennes : Polymene : Les Infeparables
d'aupres S. Eftienne du
Mont : Les Boulangers de Goneſſe:
Le Solitaire de Caën : Neptune
: Les Captifs volontaires :
L'aima
GALANT .
219
L'aimable Turlis,& l'aimable Catine
de Senlis , Soeur Anfelme,de
Vienne : La petite Margoton ,&
l'Amie du Zéphire.
Le Poivre, l'Oignon ,& la Roquembole
, font des Mots fur lefquels
on a expliqué la ſeconde
Enigme Je vous en envoye deux
nouvelles , dont la premiere eſt
de Mr de Valne Controlleur de
laMaiſon du Roy. Vous en ferez
part à vos Amies.
L
ENIGME.
Es Princes & les Grands viennent
Souvent me voir,
Et ſans manquer à mon devoir
Ienene rends visite à personne.
Il nefaut pas qu'on s'en étonne.
Il est des Raysqui dépendent demoy.
Aperſonne jamais je nefermela porte.
Ie ſuis honestefur ce point.
Ie vois égalementdes Gensde touteforte,
Kij
220
MERCVRE
Autant queje le puis je n'en rebute point
Pluſieurs metrouvent admirable.
Les deux Sexes forment mon Corps.
Lorsque jesuis chezmoy je parois agreable
,
Et je suis du commun lors que je suis
dehors.
Jemets le chagrin en déroute,
Et merite bien qu'on m'écoute .
AVTRE ENIGME.
M
On ambition m'est fatale,
Ie joüis peu d'un deſtin glorieux ,
Et tout le brillantque j'étale.
N'éblouit qu'un moment les yeux.
Condamnée àpérir, ſans eftre criminelle,
Iecauſeduplaisirpar mõmalheureuxſort,
Et toûjours le jour de ma mort
Est une Feste folemnille
D'abord affez patiemment
leſoufre un cruel traitement
Dont lePeuple ne fait querire.
Ala finſi j'éclate,& meplains hautemet,
C'est dans le moment que j'expire!
Mon trépas est rempiy d'attraits,
Souvent les efforts que je fais
• En mourant, merende fécondent
Mai
DE
FON
بح
1893
*
PHAETON ENIGME .
GALANT. 221
Mais jemets des Enfans au monde
Qui ne meſurvivent jamais.
T
Promethée en Figure, défendu
par Hercule qui tuë l'Aigle qui
luy venoit déchirer le coeur , a
fait faire beaucoup d'Explications
ſur la Guerre que nous
avons avec l'Empire. Il y en a
auſſi ſur la Victoire , le Canon , le
Bleden épy, le Grain ſemé,le Dépit
amoureux, la Mort, le Cristal,la Reconnoiffance
, un Homme endormy
qu'on éveille , le Sel , l'Eclypse , un
Fagot verd,la Force , le Festin des
Courtisans , & l'Innocence reconnue.
Leſeul Mr de Bonnecamp
de Quimper qui l'a expliquéſur
le Bouclier, en a trouvé le vray ses .
L'uſage & l'effet en font marquez
par la poſture où l'on voit Hercule
reveſtu de ſa peau de Lyon,&
défendant Promethée. On peut
meſme ajoûter qu'il en marque

Kiij
222 MERCURE
la matiere, puis que les Boucliers
eſtoient faits autrefois de peaux
& de cuir. Je vous laiſſe maintenant
examiner Phaeton , pour
nouvelle Enigme . Chacun ſçait
que pour avoir imprudemment
demandé au Soleil fon Pere , là
conduite de fon Char, & s'eftre
mal acquité de cet employ , il
fut foudroyé par Jupiter . On voit
ce temeraire tomber en terre,&
la fondre qui ſemble encor le
pourfuivre.
La Troade , Tragédie nouvelle
de Monfieur Pradon ,,a paru
depuis quinze jours fur le Thea
tre de l'Hôtel de Bourgogne.
Leurs Alteffes Royales en ont honoré
une Repreſentation de leur
preſence.C'eſt un avantage que
S'attirent ordinairement les Pie
ces qui font du bruit
La Troupe du Roy qui joue
au
GALANT .
223

au Fauxbourg S. Germain , remis
pour nouveauté l'Inconnu,de
Monfieur de Corneille le jeune.
Cette galante Piece a des agrémens
ſi particuliers , qu'on commence
d'y courir en foule, comme
on faiſoit il y a trois ans. Le
cinquième Acte en eſt changé,&
aeſté pris d'une autre Piece du
meſme Autheur, qui n'ayant aucune
part à ce changement , ne
doit pas répondre du manque de
juſteſſe qui s'y peut trouver...!
On préparoit à Veniſe des la
fin de l'autre Mois trois Opéra
qu'on y devoit reprefenter tout
le Carnaval. Il y avoit déja plus
de fix mille Etrangers dans la
Ville , venus exprez pour en
prendre le divertiſſement. On
m'a promis de me faire ſçavoir
les beautez des Sujets, des Décorations
des Machines.
Kij
224 MERCVRE
A
4
J'eſpere qu'on me tiendra parole
, & ne manqueray point de
vous en faire un Article. On
peut ſe promettre un tres grand
plaifir de ces Spectacles , s'ils approchent
de celuyde Bellérophon,
qui aeſté repreſenté aujourd huy
pour la premiere fois ſur le Theatre
de l'Académie Royale de
Mufique. On peut dire que tout
Paris y estoit , & que jamais Afſemblée
ne fut ny plus nombreuſe
ny plus illuftre . J'entens crier
miraclede tous coſtez . Chacun
convient que Mr de Lully s'eſt
furpaflé luy-même,& que ce dernier
Ouvrage eſt sõ Chef- d'oeuvre.
Je vous en entretiendray plus
amplement dans la premiere Lettre
que vous recevrez de moy.
Cet Article de Muſique me fait
ſouvenir d'un troifiéme Airnou
veau que j'ay à vous faire voir.
AIR
1
GALANT. 225
AIR NOVVEAV.
Sombres Forests , & vous, tendres Zéphirs,
Qui fustes les témoins des innocensplaisirs
Que je goûtois en voyant Célimene,
Devenez aujourd'huy Confidens de ma
peine,
Partagez avecmoy mon amoureuxfoucy,
Célimene n'est plus icy.
La Paix eſt un Ouvrageſi glorieux
pour le Roy,que tout ce qui
en par'e mérite voſtre curioſité.
Ainfiquoy qu'une Paraphrafe de
l'Exaudiat ſemble n'eſtre pas du
caractere de ce qui doit entrer
dans ma Lettre,je ne puis m'empécher
de vous l'envoyer. Outre
le merite de Mr le Préſident Nicole
de Chartres qui en eſt l'Autheur
, des confiderations trespuiſſantes,
m'obligent à vous
faire part de cette Piece. Je ne
doute point que vous n'y trou-
K
7
:
226 MERCURE
viez affez de beautez pour prendre
plaifir à la lire plus d'une fois .
PARAPHRASE
DE LEXAUDIAT ,
Accommodée aux Campagnes de Sa
Majesté , & à la Paix qu'il
donne à l'Europe .
MEN VERS LIBRES
Seigneur, de qui
la Providence ,
Par tant de miracles divers,
Serépand dans tout l'Univers,
Etfait éclater ta puiſſance ;
Arbitre Souverain des Couronnes des
Roys,
いる。
1
Qui maintiens la justice , &la vigueur
des Loix ;
Appuy d'un Trône légitime,
Et qui dans la boüillante ardeur
Des Peuples foûtevez que la Discorde
Affermis ſon pouvoir , & faûtiens sa
grandeur.
Ecout
GALAN T. 117
Ecoute d'un Prince équitable
Les voeux reconnoiſſans, & les justesSonbaits
4
Soit qu'il faſſe la Guerre , ou qu'il don-
* ne la Paix,
Aſes intentions fois toujours favorable.
Seigneur , accorde à ſes defirs
Les charmantes douceurs , les ſolides
plaisirs,
Qui font le bonbeur d'un Empire;
Tous ſes deſſeinsfontgenereux,
La Vertu les fait naiſtre , & l'honneur
les inspire,
Fais que par ton concours ils foient toujours
beureux. 1
Souviens-toy des pursfacrifices
Que fon coeur te fait tous les jours,
Donne-luy ces puiſſansSecours
Dont tu faisles fuccés si grande &
propices,
Ne luy refuse point ces viſibles fam
wehrs, STALIN
Comble-le de tous les honneurs
Qui consacrent les Roys an Lemple de
Sois
228 MERCURE
Sois Jon Guide par tout, fois par tout son
Et s'il marche aux Combats, commandeà
appuy,
la Victoire,
Le Laurier à la main , de marcher avec
Iuy.
Tant que ta Divine Sageſſe
Feraréüſſirses projets
Sur le tranquille front de ſes heureux
Sujets,
Tu verras éclater des marques d'alégreffe.
Nos coeurs pleinementfatisfaits
De tant deſignalez bienfaits
Qu'il reçoit tous les jours de ta mainmagnifique,
Par des transports de joye , & des ra
viſſemens
Où l'extréme plaisir se déploye & s'explique,
Feront voir la grandeur de nos reffen
timens.
Ces Princes orgueilleux , qu'un ſuperbe
équipage
De Chars &de Chevaux enfle de vanité,
Et dont la violence &la temerité
Rempla
GALANT.
229
Rempliſſent l'Univers de deüil & de carnage;
Ces Vainqueurs infolens,de qui l'impiete
Ofantmesme insulter à ta Divinité,
Voyent Souvent perir leurs injustes con
questes ,
Et ce grandappareil que la Foudre détruit
Voit flétrir & Secher des Palmes toutes
prestes
Dont ils s'estoient flatexde recueillir le
fruit.
14
4
L'Invincible LOVIS n'en use pas de
mesme;
Ilestpersuadé que les progrés heureux
Qui rempliffent enfoule &ses soins
Ses voeux ,
Sont deûs à ton pouvoirSuprémes
Ilfçait que c'est àtabonté
Qu'il doit toute la Majesté
Et tout l'éclat qui l'environne ;
Et son reffentiment publie à hautevoix,
Qu'il ne doit qu'à toy ſeul la plus belle
Couronne
Qui jamais ait brilléfurla Teste desRoys.
Il ſçait qu'il doit à ta conduite
LesprogrésSurprenans de tant d'heureu
Exploits
230
MERCURE
Qui chez le Belge ingrat ont fait en moins
d'un mois
نم
De Triomphes fréquens une incroyable
fuite.any
Il ſçait que par ton ordre , &la Meuse
&le Rhin,
Surpris du nouveau poids de ſes Barques
d'airain, 24
N'oferent foûlever le courant de leurs
ondes
Et que ces fleuves ennemis
Loin de s'en irriter , dans leurs Grottes
profondos !!
Conceurent du plaisir de voir leurs flots
Soumis
Alorsque l'amour de la gloire
Qui regne toûjours dans ſonſain,
Iforma le bardy deffein
De tenter fur Mastrick une illustre vi
Dans les fanglans bazards d'un Siege
dangereux,
Où ce Monarque genereux
S'expofait nuit & jour pour baster fa
conquestes
IlSçait bien que tos foins ne l'abandonnoient
pas,
Et
GALANT.
231
Et qu'ils écartoient de sa Teste 1
Les foudroyans Boulets qui portoient le
trépas. t
Dans la périlleuse Campagne
Qu'il fit de la Franche- Comté,
Oule Doux fut témoin deſa noble fierté,
Qui porta la terreur jusqu'au coeur de
l'Espagne, A
Au Camp de Besançon, où la Parque en
fureur
Etaloit des portraits de carnage
d'horreur,

Ilſçait que tu prissa défence,107014
Et que tu foumis àfes Lone,
Apres beaucoup de resistance,
Gray , Dole , & Besançon , pour la fecondefois.
Il connoist que Valencienne
S.Omer&Cambray pris&redus Fraçois,
Sont de tes grands secours éprouvex tant
Et la marque infaillible , & la preuve
certaines pravom 3s =
Il est persuadé que corévénemens
Seront d'eternels monumens apro
De ton amour qui veille an bien de sa
Couronne
Et
232
MERCURE
Et que pour ſoûtenir ſon Empire & fes
Adroitsrael
Tu pourvens en naiſſant ſon auguste
Perfonne.
Du plas noble des Coeurs que le Ciel
donne aux Roys.
Ilſçait que les grands avantages
Qui suivent tous les jours nos Armes
nos Lys
Sur les bords effrayez de l'Escaut &
du Lys,
De ton affection sont les viſibles gages;
Qu'Ypre & Gand investis , attaquez
&rendus,
Sont de hardis projets dont les fuccez
font deus
Alaprotection que ta bonté luy donne,
Etquefes fuccezglorieux
Sont bien moins les effets defon Canon
qui tonne , da
Que des Secours Divins qui luy viennent
des cits per
Ilſçait que l'embarras de tant de diuers
Princes 331
Pour la conclusión d'une profonde Paix
Venoit du noir chagrin de voir tant de
Provinces Paffer
GALANT.
233
Paffer au joug des Lys pour n'en fortir
jamais [l'Envie
Il ſçait que ce chagrin que suscitoit
Contre l'éclat brillant d'unesi belle vie,
Servoit ſouvent d'obstacle à ces fameux
Traitez, L
Et que la gloire deſes Armes
Que tu comblois d'honneurs &deprof
peritez,
N'yformoit que de cris , des fureurs
des larmes.
***
2 .
Ilfçait que cette Paix tant de fois sod
haitée
Dont les douceurs &les appas
S'épanchans en divers Climas,
Promettent le repos à l'Europe agitée.
Ilſçait que ce bonheur qui va charmer
Les fens
Detant de Peuples gémiſſans
Dans les defordres de la Guerre
Est un Ouvragede tesmains ,
Qui vont répandre ſur la terre
1
1
1
Ce bien dont tu peux seul enrichir les
Humains.
Apres tant ddereconnoiſſances,
Tant de preuves de fa vertu,
Seigneur
234 MERCURE
Seigneur, luy refuseras - tu
Derépondre àses espérances ?
De ton Trône éclatant qui brille ſur les
Cieux,
Iettefur luy toûjours les yeux ,
Par de tendres soupirs ſon Peuple t'en
convia
S'il avoit moins de zele , il deviendroit
Puis que tous les momens deſon illuftre Vie
Neſontſacrifie qu'auxfoins de fon Etat.
L C'est donc àce Peuple fidelle
Ademäderpour luy sa grace&ton ſecour
Seigneur , bony fon Stepire,& conferve
fesjours;
Beny tous les travaux oonnfon grandCoeur
L'appelle;
Fay que ſon Regne floriſfant.
D'un bonheur ton ours renaiſſant
Eprouve les fuites constantes ;
Et coblant defaveurs fes deffeins genereux,
Seigneur ,fay reuffir les prieres ardentes
Que forment tous les jours nos soupirs&
nos voeux. THEQUE DE
C
LYON
1213
ſuis, Madame, voſtre, &c.
Paris de 31. Janvier 1679.1
TABLE DES MATIERES
contenuës en ce Volume.
A
Vant-propos,
Second Revers de
10 Hollandois,
I
la Medaille des
Ceremonies particulieres obfervées aux
Publications de laPaix,
Réjouiſſancesfaites à Paris ,
Réjouissances faites à Grenoble pour la
naiſſance de M. le Comte de Sault, II
LaVieille le Ducat , Fable , 34
38
Ce qui s'est passé à la Cour de Savoyoà
Laderniere FesteduSapate,
Cequi s'est passé au Bailliage& Siege
Préſidial d' Evreux,pour l' Enregiſtrement
des Lettres de Monfieur le Comte
de Thorigny de Lieutenant de Roy de
Normandie , &pour celles de Mr. le
Marquis de Buvron d'Harcourt ,
auffi pourven de la Charge de Lientenant
General au Gouvernement de
Normandie , & de celle de Capitaine
& Gouverneur particulier du Vieil
Chasteau de Rouen ,
WA
so
de
Mr.le Marquis de Tilladet est pourven
TABLE .
L
de la Charge de Capitaine des Cent
Suiffes de la Garde ,
1
১ 61
Abbaye donnée au ſecond Fils de M. te
"
Ducde Luxembourg, 62
Penſions donnéesà Meſſieurs de Mirnur
de la Chesnaye , 63
Mort de M. le Marquis de Montaut ,
ibid.
Préfens faitspar le Roy à M. le Premier
Président. 64
Le Roy augmenteàM.le Comte d'Estrées
les Appointements de Vice-Admiral,
7166
Lettre de l' Amour à Mad. deB.67
Aplaudiſſemens donnez à la Cour aux
Sermons de M. le Coadjuteur d'Arles
:
74
LesBelles dupées , Histoire, 77
Sentimens des Peres Capucins du Louvre
sur la Lettre d'un prétendu Medecin,
1
89
Lettre d'Hermocrate ſur le mesmeSujet,
105
1
Réjouiffances faites au Chasteau de la
Tour) d' Aigues pour la naiſſance de
M. le Comte de Sault , 1900116
Les Députez d'Artoisfont presentez au
18
Abbaye
TABLE .
Abbaye donnéepar le Roy à M. le Che
valier de la Ferté, 119
Régal fait par Monsieur de Mesme à
Meffiears les Ambassadeurs de Hollande,
Madrigal,
Autre,

121
123
124
Deviſes de M. Clement , &de M. Peraule
دو
125
Réjouiſſances faites pour la Paix au Havre
de Grace, à Chartres ,&à Epernon,
126
deBerigny, 132
Lettre en proſe & en Vers de Monfieur
Réjouiſſancesfaites àAbbeville ſur lefujetdela
Paix , 147
Vingt-deux Pages de la Chambre preſentezau
Roypar M. le DucdeGeſures
lepremier jour de l'Année, 152
Descriptionde la Marchefaite àN.Da-
1, mepour la Benediction des Drapeаих
:
du Regiment des Gardes , 158
Galantes Etrennes données à Paris ,
165
Revenë du Regiment des Gardes Françoi-
Autres données à Dijon ,
Ses&Suiſſes, أ ةدا
F 168
M. le Chevalier de Lorraine donne à
Sou
TABLE.
Souper à leurs Alteſſes Royales ,
elles en donnet le lendemain àun grand
nombre de Perſonnes de la premiere
Qualité. Monseigneur le Dauphiny
vient en maſque le mesme jour , &les
masquesy sont bien reçeus, 171
Vers pour M. le Marquis de Chapes &
Mademoiselle de Vantadour, 172
Mort du Reverend Pere du Bled, ibid.
MortdeM. de Monthelon, wibid.
Charges &Gouvernemens donnez par le
Roy, 178
Triomphe de l'Amour, 182
Le Roy d'Angleterre prorogele Parlement.
1189
Réjouiſſances pour la Paix, faitesàSaint
Omer, 190
Autres réjoüiſſances faites par les R. P.
Capucins de laRuë S. Honoré, 195
VersIraliens, 197
M. le Duc de Vendoſme preſte leferment
de fiedelité pour le Gouvernement de
Brovence, 199
Le Roy donne à M. d'Amilton le Regiment
que commandoit M. le Marquis
de Montaut, 200
Article de la Guerre, 201
Bals, 206
Mariage
TABLE.
Mariage de M. Chastelain deTilly aves
MademoiselleHéron, 210
Le Roy donne le Gouvernement de FefcampàM.
de la Touche-Belleviere. 21 1
Explication en Vers de lapremiere Enigme,
Noms de ceux qui l'ont devinée,
+212
213
Explication en Vers de lafesonde Enigme,
214
Noms de ceux qui l'ont devinée, ibid.
Namsde ceux qui ont trouvé les deux,215
Enigme,
Autre Enigme,
10219
ذع ٠١٢220
Nomde celuy qui a expliqué l'Enigme en
figure, 3221
LaTroade, Tragedie nouvelle de M.Pradon,
representée au Theatrede l' Hostel
deBourgogne, 222
LInconnu , de M. de Corneille le jeune,
repreſenté par la Troupe du Roy au
Fauxbourg S. Germain, 3223
Trois Operapreparez à Venise, &quise
doivent representer tout leCarnaval,
ibid.
Bellérophon ,repreſenté pour lapremiere
foisfur le Theatre de l'Academie RoyaledeMusique,
224
Para
TABLE .
Paraphrafe de l'Exaudiat , accommodée
aux Campagnes de Sa Majesté , &
àla Paix qu'il donne à l'Europe, 226
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le