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1678, 11 (Lyon)
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Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti
tabulis attribuit anno 1693 .
BIBLIO
LYON
*
1893 *
807156
MERCURE
LYO
GALANT.
Novembre
16
DE LA
VILLE
DE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. D C. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
M ONSEIGNEUR,
le ne me laſſe point d'admi
rer avec toute la France, le merveilleux
progrés que vous faites
dans tout ce que vous entreprenez,
l'ay souvent parlé
a ij
EPISTRE .
de vôtre adreſſe dans vos
Exercices. l'ay parlé de la force
& de lavigueur avec laquel
le vous en foûtenez le travail,
& quoy que j'en puiſſe dire , je
ſens bien que mes expreffions
fontfoibles , & que tout ce que
je pense est infiniment au deffous
de ce qu'on doit attendre
du Fits de Lours LE
GRAND. Ce glorieux Titre
enferme tout , & je croy ne
pouvoir mieux faire , MONSEIGNEUR
, que de vous
repeter en Vers, ce que je viens
de prendre la liberté de vous
dire en Profe. Permettez- moy
pour cela de me ſervir d'un
Sonnet dont on a rendu le Mercure
1
EPISTRE.
:
cure dépositaire, dontje laiſſe
lagloire à ſon Autheur en fai-
Sant connoîtreſon Nom.
F
:
RANC
:
E,depuis long- temps toûjours
fi triomphante ,
Que de biens , que d'honneurs , que
de Lauriers nouveaux ,
Ton DAUPHIN quiſe forme au métier
des Héros,
Ne te ſeme-t- il pas dans ſa Valeur
naiſſante !
11 y fait déja voir une force étonnante,
Et tous ſes coups d'eſſay ſont ſi grands
&fi beaux ,
Que ce jeune Lion dés ſes premiers
travaux ,
Porte en tout l'Univers l'allarme &&
l'épouvante.
S'il exerce un Courfier , c'eſt d'un aic
qui ſurprend.
Tout charme en ſa Perſonne , il n'eſt
rien de ſi grand;
Ce qu'il fait promet plus que ne fir
Alexandre.
aiij
EPISTRE.
Tous ſes Exploits feront des Exploits
inoüis.
Quels miracles auſſi ne doit- on pas
attendre
D'un Demy Dieu formé du Sang du
Grand Loüis ?
: 小JOURDAIN. $
le fuis avec le plus profond
respect
MONSEIGNEUR ,
Voſtre tres-humble, & tres
obeïllant Serviteur, D.
Ceux
qui ont travaillé à quelques
Couvrages fur les matiere pro
posées dans le Troifiéme Extraordinaire
, ſont priez de les envoyer incef
famment. La Saiſon va devenir rigoureuſe
,& les Ouvriers , & fur tour
lesGraveurs , ne pourront travailler
qu'avec peine . On prie auſſi ceux qui
par le moyen de leurs correfpondances
reçoivent des Nouvelles de Perſe ,
de la Chine, du Japon, des Indes , du
Mogol , & d'autres Païs Etrangers
dont on ne parle jamais dans les Gazettes
, d'en faire part à l'Autheur du
Mercure , à l'adreſſe marquée chez le
Sieur Amaulry. Les Nouvelles qu'on
demande des Païs Etrangers , peuvent
eſtre de leurs Guerres preſentes,
de leurs Révolutions , Ceremonies,
de tout ce que font leurs Rois,& generalementde
toutes fortes de Nouvel
les de la nature de celles que l'on met
de toute l'Europe dans le Mercure.
TABLE
TABLEDESMATIERES
contenuës en ce Volume.
ADeepe
Vant propos,
de Bellone&de la Paix, 11
BelleActionde Iustice de M. le Lientenant
Civil Girardin , 16
Retour de Madame la Comteſſe de Soiffons
,&tout ce qui s'est passé à Turin
pendat leſejour qu'elle y a fait,17
Madame la Duchefſe de Lefdiguieres accouche
d'un Garçon , 22
Mort de M. du Boulay , 24
Maulou ,
Mort de Monsieurle Noir , Sieur de
25
27
28.
Mort de M. Esprit , Premier Medecin
deSonAlteſſe Royale ,
Céte charge est donnee à M. Lizor,ibid.
LaChargede Premier Medecin deMadameestdonnéeàM.
le Bel,
On appuye ſouvent le bonheur de ceux
àqui l'on cherche ànuire. Hist. 30
Tout ce qui s'est passé à lamaladie de
M. le Duc de Chartres ,
Extrait d'une Lettre écrite par un Evefque
aux Peres Capucins du Louvre,
SE
SS
Réponse
TABLE.
57 Réponse des Peres Capucins,
Attaques d'un nouveau Fort à l'Acade-
75. mie de M. de Bernardy,
Versà M.ColbertPréſidēt à Mortier, 79
Tout ce qui s'est passéa l' Academie Françoise
le jour que M. l'Abbé Colbert y
fut reçeu , 84
Propofition de Mariage entre un Linot
110 une Linote ,
Avature qui a obligélefieur lofuas àprê.
dre leparty desMécōtens d'Hongrie.11 3
Recompensesdonnées par le Roy d'Espa
gne,
ibid.
Reception faiteen Franceà Madame la
Ducheffe de Saint Pedro &à Madame
laMarquise de Quintana, 118
Su jet des Maladies d'Anvers, 124
Mort de Mr. leNonce, 125
Mortde M. l'Evéque d' Agen, 126
Mortde M. l'Evesque de Cahors , 127
Le Mariage inpromptu , Histoire , 129
Tout ce qui s'est passé au Parlement le
lendemain de la S. Martin , avec les
Harangues de la Cour des Aydes , 138
Mr.le Coadjuteur d'Arles presche à
Versailles devant Leurs Majestez le
jourde la Festede tous les Saints, 150
Meffieurs les Abbez Desmarets & de
Bezons
TABLE.
Bezősfont nõmezAgensdu Clergé, 151
LeRoy donne le Regiment deChampagne
àM. le Commandeur Colbert, ibid.
Ce qui s'est passé àVersailles le jour de la
S. Hubert, 152
Lettre de Mr. Chapelle àMr. le Duc
de S. Aignan , 159
Réponſe inpromptu de M. le Duc de
S. Aignan. 259
Ballade deM. le Marquis de Monplaifir.
162
Tout ce qui s'est passédans nos Armées
pendant les deux derniers Mois, 164
MariagedeM.le Duc Sforce& deMademoiselle
de Thiange,
Mariage de M.de Vertamon &de MademoiselleBignon
,
Airde M. Charpentier ,
195
208
210
Annede Bretagne, de M. Ferrier, reprefentée
à l'Hostel de Bourgongne. 211
La Secchia rapita , Poëme Italien traduit
par Monsieur Perraut, ibid.
Explication des deux Enigmes en Vers
duMoisd Octobre ,
213
Noms de ceux quiles ont expliquées, 214
Enigme enVers, 228
Autre Enigme en Vers, 229
Noms de ceux qui ont expliquè l'Enigme
en
TABLE . :
enfigure , ibid.
Explication de cette mesme Enigme en
figure ,
Nouvelle Enigmeenfigure ,
220
ibid.
Mort de Madame la Comteſſe de Froullay,
Fin de la Table.
222
Avis
Avis pour placer les Figures .
A Médaille des Hollandois doit
Lregarder la page 8 .
La Chánfon qui commence par Il
n'est point de Printemps que fur le teint
d'Iris , doit regarder la page 29 .
Le Menuët qui commence par Ne
croyezpas , jeune Bergere , doit regarder
la page 109.
Le Plan de Lichtemberg doit regarder
la page 166 .
La Table Genealogique de la Mai .
ſon Sforze doit regarder la page 195 .
L'Air qui commence par Ahqu'on
est malheureux d'avoir eu des defirs ,
doit regarder la page 210.
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 220.
MERCU
:
MERCURE
GALANT.
Na eu raiſon , Madame,
de vous affurer
qu'il n'y a rien
d'égal à la joye que
les Hollandois continuent
à faire parbiſtre de la
Paix. Ils en gouftent d'autant
mieux la doticeur , que depuis
l'année 1672. ils ont éprouvé
tout ce que la guerre a de rigoureux.
Les juftes ſujetsque leRoy
avoit eu de ſe plaindre de leur
conduite , leur avoientattiré ſes
Novembre. A
2 MERCURE
:
armesde tous coſtez Vous vous
ſouvenez que plus de trente de
leurs plus fortes Places furent
priſes , preſque dans le meſme
temps qu'ils les virent attaquées.
Tout trembloit, juſque das leurs
Provinces les plus reculées.Amfterdam
ne ſe croyoit plus en ſeûreté
, & Monfieur le Duc de
Luxembourg avoit eſté afſſez
avant pour ſe rendre Maiſtre de
la Haye , ſi un dégel qui ſurvint
ne luy en eut fait manquer l'entrepriſe
.Les Etats ſe voyant perdus,&
manquant de forces contre
celles du redoutableEnnemy
qu'ils s'eſtoient fait , eurent recours
à l'argent. C'eſt un ſeûr.
moyen pour faire agir bien des
bras. Comme il ne manque prefque
jamais , il leur réüffit. Vous
le ſçavez , & cela eft connu de
tout le Monde. Les offres qu'ils
?
firent
GALAN T.
3
firent de fournir la plus grande
partie des frais de la Guerre,
engagerent.pluſieurs Puiſſances
à ſe déclarer contre le Roy.
L'éclat de ſa gloire avoit cauſe
de la jalouſie ,& on ne doit pas
s'étonnér ſi on prit avidement
cette occafion de s'unir , pour
mettre quelque obſtacle à fes
Conqueſtes. Il ſe forma une Ligue
d'Alliez . Leurs Armes furent
jointes pour arréter les progrés
d'unConquerant à qui rien
n'avoit encor reſiſté ; mais ſi les
Hollandois réüſſfirent à luy ſuſciter
des Ennemis, ils ne vinrent
pas à bout d'empeſcher qu'il
ne triomphaſt toûjours également.
Ces Ennemis s'eſtoient
declarez fans aucun autre fujet
de ſe plaindre , que celuy
que leur pouvoit donner fon
trop de mérite ; & dans toutes
r
S
S
e
S
+
t A ij
4
MERCURE
leurs entrepriſes , ils furent auffi
malheureux qu'ils estoient injuſtes.
Il n'eſt point beſoin d'entrer
dans un détail dont toute
l'Europe eſt inſtraire. Les Hollandois
rebutez de cette longue,
ſuite de diſgraces qui accabloit
leursAlliez , & qui neleur laif-,
ſoit pas le temps de refpirer,
fongerent à l'unique moyen
qu'ils avoient d'en trouver la fin.
Ils voyoient leurs Peuples dans
l'impuiſſance de payer plus long
temps les taxes qu'on estoit obli
gé de faire pluſieurs fois fur
eux pendant chaque année ,&
d'ailleurs ils s'ennuyoient de
fournit inutilement de l'argent
qui ne ſervoit qu'à donner de
nouveaux ſujets de triomphe à
leur Ennemy. Les importantes
Conquestes qu'il faifoit dans
chaque Campagne , l'appro
choient
?
4
1
GALANT.
choient d'eux par un endroit,
d'où rien ne le pouvoit faire reculer
, puis que lesPlaces qu'il
prenoit de jour enjourdevenant
Frontieres de ſes Provinces , en
pouvoient tirer tous les fecours
dont elles auroient eu beſoin .
Ces diverſes conſiderations fur
leſquelles ils réflechirent, lesdéterminerent
à chercher la Paix .
Le Roy n'eut pas plûtoſt appris
ladiſpoſition où ils eſtoient de la
recevoir , qu'il en voulut bien
regler les conditions. Elles leur
furent offertes. La bonté que
ce grand Prince fit voir par là
qu'il conſervoit encor pourdés
Peuples qui avoient eſté ſesAmis,
fut auſſi remarquable qu'elle
devoit eſtre peu attenduë .Les
Hollandois en témoignerentde
la joye , & trouverent tant de
moderation pour un Vainqueur
A iij
6 MERCURE
dans ces conditions propoſées,
qu'ils n'en refuſerent aucune.
C'eſt peu dire . Ils en furent fi
fatisfaits , qu'ils firent meſme
l'Eloge du Roy en les recevant.
Il avoit eſté leur Protecteur
avant la Guerre,&l'état de leurs
affaires domeftiques leur faifoit
voir qu'ils avoient encor beſoin
de luy, pour empécher qu'on ne
donnaſt atteinte à la liberté qui
leur eſt ſi chere. Je vous ay appris
tout ce qui s'eſt paſſedepuis
la concluſion de cette
Paix, mais vous ne ſçavez peuteſtre
pas les marques éclatantes
qu'ils ont données de leur
fincerité à la ſouhaiter inviolable.
Ils ont fait battre une Médaille,
ſur la Face droite de laquelle
on voit ſept Fléches qui
repreſentent les ſept Provinces
unies. Elles font liées avec un
Lvs,
GALANT.
7
Lys , dont trois fleurs paroiſſent
au deſſus . Les paroles qui font
fur le lien , font connoiſtre que
rien ne les fçauroit deſunir. Cellesde
la circonference marquét
que la France & la Hollande
joignent leurs Lys & leurs Armes.
Toute la capacité du Reversde
laMédaille eſt occupée
par une Infcription environnée
d'une branche d'Olivier. Cette
Inſcription donne à entendre
que cette Paix fi agreable à tous
les Peuples eft venuë du Ciel.
Cela ſe rapporte à ce que je
vous aydéjaditdansquelqu'une
de mes Lettres, que la Paix viết
toûjours de Dieu ; que quand il
en veut faire un preſent aux
Hommes, il la fait deſcendre das
le coeur des Roys,& qu'il a choiſi
celuy de LoüIS LE GRAND,
pour le porter à en répandre les
Ainj
8 MERCUR E
fruits fur toute l'Europe. Vom
pouvez voir tout ce que je viens
de vous expliquer dans cette
Planche. Elle repreſente le Revers
auffi bien que la Face droite
de la Médaille , & j'ay fait
graver l'un& l'autre , afin que
vous en puiffiez mieux comprendre
toute la beauté. Par
ces Monumens aiſez à multi- .
plier , & fur leſquels le temps
n'a point de pouvoir , on peut
juger de la veritable joye que
la Paix a cauſée aux Hollandois,
& avec quelle forte paſſion ils
defirent la voir durable. On
ne dira point , apres le ſoin qu'ils
prennent de faire parler desMéraux
, que ces grandes réjoüif
fances qui ont été faites enHollande,
font de celles que lesPeuples
font quelquefois inconfiderément
en faveur d'une nouveauté
, ſans avoir examiné s'ils
BIBLIO
THEQUE DELA
LYON
VILLE
*
18937
ADOMINOVENIENS
POPVLIS
PAX
LATA REEVLGET
CONIVNGVNT
SVA
TELLIST
SEPA
QVIS
GALLVS+
LEO
SVA LILIA
GALANT.
9
ontunjuſte ſujet d'en eſtre contens.
La Paix a également charmé
tout le monde,& on le connoiſt
, puis que dans le temps
que toutes les Villes témoignent
à l'envy leur extréme fatisfaction
par leurs acclamations , &
les Feux de joye, ceux qui gouvernent
expriment ſur l'or, l'argent
& le bronze , l'eſtime qu'ils
font de la pretieuſe amitié que
le Roy a daigné leur rendre .On
a eu raifon de faire entrer dans
le corps de la Medaille l'impofſibilité
qui ſe va trouver àdeſunir
laFrance & la Hollande. Apparemment
elles ne ſe def-uniront
point d'elles-mêmes,& quel Ennemy
affez puiſſant viendroit à
boutde les y forcer?Toute l'Eu
ropeliguée n'a pû rien contre la
France , & elle pourroit encor
bien moins fans les Hollandois,
2040 A V
১
10 MERCURE
puis qu'avec tout l'argent qu'ils.
ont fourny,les Alliez ſemblent
n'avoir pris les Armes que pour
payer des Contributions, ſe faire
batre , & perdre des Villes..
Nous ne pouvons nous plaindre
que la Guerre nous ait cauſé
de grands maux , puis que
nos Armées ont toûjours eſté
chez les Ennemis : mais ſi vous
voulez voir la peinture des
avantages , qu'apporte la Paix
dans les lieux où les Troupes
avoient accoûtumé de camper,
vous la trouverez dans les Vers:
que je vous envoye..Ils fontde
Monfieur de Roux , dont vous,
avez déja veu d'autres Ouvrages.
Il ſera difficile que celuy- cy
ne vous plaiſe , ayant je ne ſçay
quoy de naturel & dégagé qui
eſt particulier aux Cavaliers , &
quine ſe rencontre pas toûjours,
V dans
GALANT. 11
dans ce que font ceux dont la
principale occupation eſt d'écrire.
LE DEMESLE'
DE BELLONNE ,
ET DE LA PAIX.
BELLONNE ..
Ors qu'avec un juste couroux,
Sur les pas de
Victoire ,
Loürs je conduis la
Rivale Paix , vossentimens jalous
Viennent troubler mes progrés & ma
gloire.
Au temps des Grecs & des Romains,
Avec moins de chagrin je ſouffrois vos
outrages.
Mes armes n'estoient pas ende fi bonnes
mains
Et je n'animois point de fi dignes courages.
Vous vous ennuyez, donc de rester dan
lesCieux
Avec ces bonsHéros Antiques ,
12 MERCURE
Qui parmy les douceurs de laTable des
Dieux
Vous regaloient toûjours d'un trait de
leurs Croniques ?
Ceux qu'on voit icy bas chargez de mes
Lauriers A
S'offencent du repos qu'offrent vas Oli
viers.
Depuisqu'aux Combats je préſide,
Quej'inspire aux Mortels une ardeur intrépide,
Queje regle par tout les interests des
Grands,
Et que je fais des Conquérans ,
Len'en ay point trouvé de plus infatigable
Que l'Auguste Loürs qui fait honte à
laFable,
Et qui pardesfaits immortels,
Atoûjoursfoûtenu l'honneur de mesAutels.
Ses ordres & Son bras ont rendu mapuis-
Sance
Plus formidable que jamais...
Cependant , trop jalouse Paix ,
Vous m'empeschez d'avoir de la reconnoiſſance
,
Quand par centTriomphes divers
Le
GALANT. 13
Je veux à fon pouvoir foûmettre l'Univers.
LA PAIX
YON
*
1893
*77
Qui l'a pu conquerir , pent s'en dire lo
Maistre;
Mais l'Hercule François ſçait bornerſes
travaux ,
Et leCiel l'a fait naiſtre
Pourdonner àla Terre un afſurérepos.
Que le carnage done cede aux FestesGalantes;
Inhumaine , retivez-vous.
Laiffez dans ces Climats regner un air
Lesmains des Arts n'y feront plus trem
plus doux
blantes ,
gers
1
Lesinfertiles Champsy deviendront Ver-
LesLoupsyferontſeuls tout l'effroy des
Bergers,
Les Echos qu'alarmoit l'aigre ſon des
Trompettes
Bediront ſeulement les accords desMu-
Setes.
On campoient les Soldats , là paiſtront
Los Troupeaux ;
14 MERCURE
Où les Tentes estoient on verra les Hameaux.
Ges Herbages cheris des Zéphirs &de
Flore,
Neferontplusfoulez,neferont plusfanglans,
Ils ne seront trempoz que des pleurs d'e
l'Aurore,.
Et naiſtront à leur gré plusieurs fois tous
les ans..
Le Laboureur dans ſes Herbes naif-
Santes ,
Verraſans plus trembler l'espoir defon
Grenier.;
Où l'on a jusqu'icy moiſſonnéle Lau
rier ,
Le Soleil meûrira des moiſſons abon
dantes ,
Le tumulte & l'effroy je verront abba
tus ,
Les innocentes Delices ,
Et les tranquilles Vertus,
Chaſſeront pour toûjours les Soucis & les
Vices
Et les Hommes pourront encor
Gouster les vrais plaiſirsque donnoit l'a-
1-
ge d'or.
Loürs
GALANT .
15
Louis fait son bonheur d'accroiſtre l'a
bondance
:
D'abolir les abus , de venger l'innocence
,
Devoir fleurirſous luy les Muſes &les
Arts.
Il est mon Apollon comme il eſt voſtre
Mars.
Le repos des Humains est tout ce qu'il
defire,
1
Voila l'heureuse fin de ses travaux di
vers..
Allez , retirez-vous ; il poffede an Empire
Qui vaut mieux que tout l'Univers.
Si on voit regner la tranquillité
dans nos Campagnes , la juftice
regne dans nos Villes. C'eſt
avec un pouvoir fi fouverain ,
que quoy qu'elle y en ait eu
beaucoup de tout temps , il
ſemble qu'elle n'ait jamais eſté
fi floriſſante que ſous l'Empire
du Fils de LoüIS LE JUSTE. Le
Code
16 MERCURE
Code que ce Grand Monarque
a fait faire depuis pluſieurs ans
pour foulager ſes Sujets , en eſt
une marque incontestable.Tous
les Magiſtrats s'efforcent à l'envy
de feconder les bonnes intentions
de få Majefté ſur l'équité
qui doit eſtre la regle de
leurs fentimens pour toutes fortes
de Parties ; & Monfieur le
Lieutenant Civil Girardin , fit le
mois paſſé une action de Juſtice
fiéclatante , qu'on aura ſujet
de s'en ſouvenir long - temps.
Ce fut dans une Affaire où
Monfieur Hebert l'un des
plus fameux Banquiers de Paris
, eftoit opprimé . Comme
cette action a eſté ſçeuë de
beaucoup de monde , il n'y a
point à douter qu'elle ne retienne
dans le devoir ceux qui
par animoſité ou par intereſt
ne
GALANT.
17
S
-
ne font pas quelquefois fcrupule
de paſſer par deſſus la formalité
des Procedures. Je ne
vous explique point l'Affaire
dont il s'agiſſoit. Les termes
d'Exploit , de manque de Controle
, &d'autres ſemblables , ne
font point divertiſſans pour les
Dames ; & comme par cet Article
je ne cherche qu'à vous faire
voir combien Monfieur Girardin
s'eſt rendu digne de l'eſ.
time qu'il s'eſt acquiſe , il me
ſuffit de vous avoir marqué ce
qui le regarde.
Je finis ma derniere Lettre
avec tant de précipitation,queje
ne pûs vous parler du retour de
Madame la Comteſſe de Soif
fons. Elle eſt revenuë de Savoye,
& a eſté tres- favorablement receuë
de Leurs Majeſtez . Les
honneurs qu'on luy a rendus ,&
les
18 MERCURE
les divertiſſemens qu'on a eu
foin de luy procurer à Turin ,
l'y ont arreſtée plus longtemps
qu'elle n'avoit crû y devoir refter.
Je ne vous dis rien de la politeffe
de cette Cour. Elle a des
charmes qui ne la laiſſentjamais
quitter ſans regret , fi ce n'eſt
pour venir en celle de France.
Ainſi il vous eſt aiſé de juger
que Madame la Comteſſe de
Soiſſons n'a pû qu'y faire un fort
agreable ſéjour, ſoit pour le rang
qu'elle y tient , ſoit pour l'eſprit,
la beauté , la galanterie & la
Magnificence qui s'y trouvent
avec d'autant plus d'éclat , que
Madame Royale qui en eſt l'ame
, n'oublie rien de ce qui peut
les y maintenir. Quoy qu'il y ait
des Païs où toutes ces chofes
font naturelles , il eſt certain
que la plupart des Cours ne
font
GALANT.
19
font que ce que les font les Souverains.
Pour vous faire con
noître combien celle dont je
vous parle eſt magnifique , il ne
faut que vous apprendre le Jeu
qu'on y a joué , & les fommes
qu'on y a perduës. Madame de
Soiffons en a eſté quite pour
huit cens Piſtoles , mais il en a
couſté prés de cinq mille à Monſieur
le Marquis de Panelle & à
Madame fa Femme ; deux mille
à Monfieur le Comte de Saint
Maurice , & douze cens àMonfieur
le Marquis de Chaſtillon,
fans compter d'autres ſommes
confidérables que preſque tous
ceux de cette Cour ont perduës.
Monfieur le Prince Philippes ,
outre vingt Chevaux & plufieurs
riches Etoffes pour faire
des Ameublemens , a emporté
plus de quinze cens Piſtoles en
Fran.
20 MERCURE
France. Joignez à cela les genereuſes
remiſes que ce jeune
Prince a faites de tres-groffes
fommes qu'il n'a point voulu
qu'on luy ait payées. Monfieur
le ChevalierDoria n'a pasmoins
gagné que luy. Un peu avant
le Départ de Madame la Comreſſede
Soiffons,MadameRoyale
luy envoya un riche Bracelet
de Diamans , eſtimé trois mille
Piſtoles. Il luy fut apporté par
Madame la Comteffe de Saint
Maurice , à laquelle cette Princeffe
donna un fort beauDiamant
pour marque de fon amitié&
de ſon eftime. Elle fit auffi
prefent à tous les Gentilshommes
, Officiers & Domeſtiques
de Monfieur le Prince de Carignan
, & il n'y eut aucundes
Valets de pied& des Gens des
Ecuyers qui ne reſſentiſt des
effets
GALANT.
21
effets de ſa liberalité. Enfin le
4. du mois paſſe , elle alla prendre
congé de Monfieur leDuc
de Savoye & de Madame Royale
, ainſi que Monfieur le Prince
Philippe , & Monfieur l'Abbé de
Savoye, & partit le lendemain.
Leurs Alteſſes Royales , & toute
leur Cour , l'accompagnerent
juſqu'à un mille de Turin, & ce
ne fut pas fans regret que Madame
Royale s'en ſépara , les
belles & grandes qualirez de ces
deux Princeffes leur ayant fait
naiſtre beaucoup d'eſtime l'une
pour l'autre. D. Gabriel de Sa-s
voye la vint conduire juſqu'à
S. Ambroiſe , avec les Carroffes
de leurs Alteſſes Royales;Monfieur
le Prince de Carignan jufqu'à
la Nonvaleze, &Monfieur
le Prince Jules fon Fils juſqu'à
Chambery. Je ne ſçay ſi Mon-
1
fieur
22 MERCURE
fieur l'Abbé de Savoye que je
viens de vous nommer , vous
fera connu.C'eſt celuy qu'on appelloit
toûjours Mõſieur le Chevalier
de Carignan. Il prit ce
nom d'Abbé de Savoye en ſe
faiſant tonfurer quelques jours
avant qu'il partiſt de cette Cour
Comme il a fait voir par là qu'il
ſe deſtinoit à l'Eglife , S. A. R.
luy doit donner les meilleurs Benefices
de ſon Etat , lors qu'ils
vaqueront.
Vous vous ſouviendrez ſans
doute de ce que je vous dis il y
a quelque temps d'une Nourrice
, qui ayant eſté retenuë par
Madame la Ducheſſe de Lefdiguieres
, en mourut de joye. Si
elle euſt eu une ſeconde vie,elle
l'auroit infailliblement perduë
en la voyant depuis peu accouchée
heureuſement d'un Garçon.
Cette agreable nouvelle ne
GALANT.
23
fut pas plûtoſt répanduë dans
l'Hoſtel de Leſdiguieres , que
tous les Domeſtiques fortirent
dans la Ruë en danſant,& rendirent
tout le Quartier témoin de
leur joye en la faiſant éclater au
ſon de pluſieurs Inftrumens. Ces
marques de réjoüiſſance durerent
toute la nuit.Le lendemain il
y eut un Feu d'artifice dans les
formes avec des figures . Ces témoignages
d'un zele affectionné
dans des Domestiques , furent recompenfez
par une fomme conſiderable
que Mr. le Duc de Lefdiguieres,
prit ſoin de leur faire
diftribuër.
On ſe réjoüit de la naiſſance
de beaucoup d'Enfans ; cependat
ils ne naiſſentque pour mourir
, & les plus heureux apres
avoir joüy quelque temps,ou des
honneurs , ou de la reputation
qu'ac
24
MERCURE
&
qu'acquiert le merite , fontobligez
de quitter la place. Celle de
Mõſieur du Boulay qui eſt mort
le 16. de l'autre Mois ne fera pas
aiſée à remplir. L'Univerſité de
Paris a perdu en luy ſon ancien
Docteur, fon Greffier,ſon Hiſtoriographe
, & un de ſes Illuſtres
Profeſſeurs en éloquence,qu'il a
enſeignée fort longtemps avec
beaucoup d'applaudiſſement,
de fuccez , dans le College de
Navarre. Ce ſçavantHomme
a maintenu la gloire de ce grand
Corps , & defendu ſes intereſts
en toutes rencontres. , par ſes
conſeils , par ſes ſoins infatigables
, & par un grand nombre
de doctes Ecrits , mais principa-
Jement par le travail immenſede
fix gros Volumes In fol. de fon
Hiſtoire qu'il a donnée au Pu-
Mic. Comme toutes les Perſonnes
GALANT.
25
nes d'un merite extraordinaire
ne manquent jamais d'Envieux,
quelques particuliers tâcherent
d'abord de troubler ce bel Ouvrage
, & voulurent en empêcher
la continuation ; mais tous
leurs efforts furent inutiles , &
apres que les Commiſſaires nom
mez par Sa Majeſté eurent examiné
fon deffein & le travail
qu'il avoit déja fait,ils luy donne.
rent les éloges qui luy estoient
dûs,& l'encouragerent àle pourſuivre
, comme eſtant à la gloire
de l'Etat , à l'avantage de l'Univerſité
, & tres- utile au Public.
: La meſme Univerſité vient
auſſi de perdre Monfieur le Noir
Seigneur de Maulou, Directeur
du College de Soiſſy , fondé
parMonfieur Chartier. Lenom
de ce dernier eſt ſi connu dans
Paris , qu'il n'est pas beſoin
Novembre. B
26 MERCURE
d'en rien dire. Monfieur le Noir.
dont je vous apprens la mort,
eftoit un Homme d'une pieté
finguliere , ſçavant & fort curieux.
Il a laiſſé une tres-belle
Bibliotheque. On a commencé
de la mettre en vente il y a déja
quelques jours . Pour ce qui regarde
ſa naiſſance , il eſtoit Fils
d'un Controlleur General de la
Maiſon de la Reyne Marguerite,
qui deſcendoit d'un Thomas de
Rochefort,Chancelierde Monfieur
le Duc d'Anjou , depuis
Roy de France ſous le nom de
Henry III . La Direction du
College de Boiffy luy eſtoit
tombée par l'alliance de ſa
Maiſon avec celle des Chartiers.
Les Medecins ne ſont pas
plus exemps que les autres
Hommes de la fâcheuſe neceffité
GALANT.
27
6-
e
1
e
a
S
a
e
S
e
1
t
a
5
S
ceffité de mourir. Je vous parlay
l'autre Mois de la perte
que nous avions faite de
Monfieur Brayer ; Monfieur ?
Eſprit l'a ſuivy. Il eſtoit Premier
Medecin de Monfieur ,
& avoit acquis dans ſa Profeſſion
toutes les lumieres qu'
une longue eſtude & une grande
expérience peuvent donner.
Monfieur Lizotluy a fuccedé
dans la Charge de Premier
Medecin de Monfieur. Il
l'eſtoit auparavant de Madame
, & luy avoit eſté donné
par Madame la Princeſſe Pa--
latine qu'il avoit ſuivie en pluſieurs
Voyages. Comme cet
te grande Princeſſe a une parfaite
connoiffance de toutes
choſes , l'eſtime qu'elle fait
de luy eſt une marque affurée
de fon mérite. Il eſt
Bij
28. MERCURE )
Frere de Monfieur Lizot depuis
peu Curé de S.Severin , fi confidere
d'une grande Princeſſe,&
de tous ſes Paroiſſiens. Monfieur
le Bel,Medecin fort eſtimé d'un
grand nombre de Perſonnes de
la premiere Qualité , & qui ne
l'eſt pas moins dans ſon Corps
&dans la Ville , a eſté choiſy
pour remplir la placede Premier
Medecin de Madame. Il a infi-:
niment de l'eſprit,mais de cet efprit
aisé & infinuant , & quoy
qu'il ſe ſoit rendu tres-habile
dans la Profeſſion qu'ila embrafſée,
il peut parler de toute autre
choſe, & fe faire toûjours.écouter
avec plaiſir.
C'eſt dans la penſée de vous
en procurer un tres-grand, que
je vous fais part d'une nouvelle
Chanſon de Mõſieur Goüet.El->
le eſt àquatre Parties. Jene vous
:
en
GALANT. 29
en envoye pas ſouvent de ſemblables
.L'harmonie eſtoit autrefois
le remede dont on ſe ſervoit
le plus pour la guérifon des Malades
, & ainfi je croy vous pouvoir
parler de Muſique apres
vousavoir parléde Medecins.
CHANSON
Ln'estplus de Printemps ,
teint d'Iris;
que far le
L'Hyver a fait mourir les Roses &les
Lys,
- Qué leZephir & Flore
3: Tous les ans font éclore.co
Iris , laseule Iris , cet Objet que j'adore,
Malgréla neige&lesglaçons ,
Nous fait voir le Printemps dans toutes
lesSaiſons.
Ges: Printanieres. Iris ſont
bien dangereuſes pour ceux qui
ontlecoeur trop ſenſible. L'avan-
Bii1j11
030 MERCURE
ture que je vous vay conter en
eſt une preuve. Je ne change
rien dans les circonstances , &
des Témoins tres- dignes de foy
vous en certifieront la verite.bal
Un Gentilhomme de Normandie
, n'ayant qu'un Fils qu'il
devoit laiſſer heritier de cinquate
mille livres de rente , mettoit
tous ſes ſoins à le rendre auffi
honneſte Homme qu'il eſtoit né
heureux du coſté de la Fortune .
Le Cavalier avoit toujours eu de
tres -favorables difpofitions à devenir
ce que fon Pere ſouhaitoit
qu'il fuft. Il eſtoit bien fait, avoit
de l'eſprit ,, diſoit des choſes
d'une maniere
fine & il ne luy manquoit qu'un certain
air qu'on ne ſçauroit acquerir
dans des Provinces , & que la
ipratique du monde ne manquie
-point de donner. Il vient àParis,
YOUTH
aisée , &
y
GALANT. 31
y trouve des Amis , en fait de
nouveaux ; & comme c'eſt particulierement
aupres du beau
Sexe que les jeunes Gens ſe poliffent,
il cherche accés chez les
Dames dont le merite fait bruir.
Son bien,ſa naiſſance , & l'âge de
vingt-deux ans , qui doit eſtre
cõpté pour ungrand charme,luy
facilitét l'entrée partoutoù il demande
à eſtre reçeu. On le voit
avec plaifir. Les Meres qui ont
des Filles à marier le ſouhaitent.
C'eſt à qui l'aura .On le carefſe de
tous côtez .Son bonheur le charme.
S'il parle ,il eſt applaudy. Ses
douceurs sõt agreablemét écoutées,&
il n'y apoint de Belle qui
par ſes cõplaiſances ne tâche de
s'en attirer un redoublement de
foins. Il en dõne de particuliers à
unejeune Perſonne qui ayat encor
plus d'eſprit que de beauté,
B iiij
32
MERCURE
n'oublie rien pour en faire autre
choſe que fon Amant. L'avantage
qu'elle rencontre dans le party
, la met au deſſus de certains
ſcrupules qui l'arrêteroient pour
tout autre. Les trop exactes formalitez
luy peuvent eſtre nuifibles.
Elle parle pour luy donner
lieu de s'expliquer , & fait pour
cela toutes les avances que la retenuë
de fon Sexe luy peut foufrir.
Le Cavalier trouve de l'agrément
dans fon humeur. Sa
coverſation luy plaift,& ce qu'il
buydit de flateur , luylaiſſe eſperer
ce qu'elle ſouhaite.Cependat
come il n'eſt pas moins bien reçeuailleursque
chez elle,tout ce
qu'il luy fait paroître d'obligeant
n'eſt qu'un commencement d'amour
qui n'a point de ſuite. Ce
qu'il voit eſt toûjour ce qui l'oc
cupe le plus. Tout luy plaît , &
pour
GALANT.
33
pour trouver trop à s'attacher, il
demeure ſans aucu attachemér .
Cette ſpirituelle Prétendante eſt
obligée de s'éloigner de Paris .
Des affaires indiſpéfables appellent
ſa Mere à la Căpagne. Rien
ne la peut diſpenſer d'eſtre du
Voyage,& elle eſt forcée de partir
ſans autre aſſurance d'eſtre
aimée que celle que luy donne
la confiance qu'elle prend en ce
qu'elle vaut. Grand chagrin de
ce qu'onne s'oppoſe point à fon
depart.ll ne faudroit pour cela
qu'une declaratio en forme,mais
on ne ſe hâte point de la faire,&
elle n'obtient que des promeffes
de ſouvenir, qu'on ne refuſejamais
à celles qui ont un peu de
merite. Le Cavalier luy écrit
trois ou quatre fois , & luy fair
croire qu'il s'apperçoit fort de
fon abſence , tandis qu'il s'en
BV
34 MERCURE
cofole agreablemeravecd'autres
Belles. Ce commerce ceffe par
fin embarras de coeur qui l'occupe
enfin tout entier. On le me-
-ne chez une Fille de qualité que
fonPere , retenu dans une Ville
frontiere par un Employ tres-
-confidérable , avoit miſe ſous la
conduite d'une Grand' Mere .
Elle faifoit bruit ,& par fa beau-
τέ & par l'enjoüement de fon
humeur qui luy attiroit force
Proteftans .Le Cavalier eft charmé
de l'une & de l'autre. Il trouve
plus qu'on ne luy a dit .Il regarde,
il admire, & cette admiration luy
donne une ſtupidité impreveuë
dontilneſepeut tirer.Il veurmotrer
de l'eſprit parce qu'ilveut
plaire, mais il a beau vouloir dire
d'agreables chofes. Il n'acheve
**rien de ce qu'il commence,& fon
Y a
GALANT. 35
embarras eſt ſi fort,qu'il cherche
inutilement à le cacher.La Belle
s'applaudit de ce deſordre . Le
Cavalier eſtoit en réputation d'avoir
de leſprit ; & comme ſes
yeux luy parloient, elle avoit afſez
prisl'habitude de ce langage
pour entendre ce qu'ils s'empreſſoient
de luy expliquer. Ainfi
il n'y eut jamais rien de plus
éloquent pour elle que la ſtupidité
qu'il le reprochoit ; & les
parolesles mieux choiſies ne luy
auroient pas tant plû que le
trouble dont il croyoit avoir à
rougir . Elle avoit du bien mais
non pas affez pour ne ſe pas faire
une fortune conſidérable des
cinquante mille livres de rente
du Cavalier. Il revient le lendemain
apres avoir paſſe la nuit
dans des agitations qui luy font
connoiſtre qu'il a de l'amour.
-1
36 MERCURE
Il en trouve la Belle ſi digne,
qu'il ne ſçauroit plus partager ſes
ſoins. On le reçoit avec joye.
L'accueil qu'on luy fait le rend
moins timide . Il parle,& fait entendre
en termes galans qu'il eſt
des occafions de ſurpriſe où il
ne doit pas eſtre honteux demaquer
d'eſprit. On feint de ne pas
comprendre ce qu'il veut dire,
afin qu'il s'explique plus clairement.
Ille fait , &pendant cinq
ou fix jours de viſites affiduës,
les affaires de coeur sõt toûjours
un article privilegié qui ſoûtient
la converſation . Comme il ne
parle point encor d'époufer , on
affecte un peu de froideur, mais
de celle qui engage plus qu'elle
ne rebute. On n'eſt pas toûjours
viſible . On feint des affaires qui
obligent de fortir.Le Cavalier ſe
plaint de ce qu'il en foufre. On
revient
GALANT.
37
revient plûtoſt par complaifance
pour luy ,& enfin ſans ſedéclarer,
on luy laiſſe deviner qu'on
l'aime.Il en montre une joye dõt
rien ne peut approcher.La Belle
ſe fâchede ce qu'il veut trop penétrer
dans ſes ſentimens. Les
nouvelles proteſtations qu'il luy
fait l'apaiſent;& quand elle croit
l'avoir rendu affez amoureux
pour ne devoir plus craindre
qu'il luy échape,elle luy fait voir
ceque de plus longues affiduitez
ontd'incõpatible avec ce qu'elle
doit à la bienfeance du monde,.
- &à ſa propre vertu.Le Cavalier
ne balance point à la relever de
ſes ſcrupules. Il parle de Sacrement
,& demande ſeulement le
temps de l'arrivée d'un Parent
qui doit venir de jour en jour à
Paris,& qui gouvernant abſolumentl'eſprit
de fon Pere, en obtiendra
38 MERCURE
tiendra pour fon Mariage le conſentement
dont il a beſoin . C'étoit
le ſeul party qu'il avoit à
prendre dans l'empreſſement de
ſa paffion. En effet , il eſtoit
trop riche pour pouvoir eſperer
d'eſtre heureux par une
autre voye , meſime aupres de
celles qui ont le plus de panchant
à s'humaniſer . Les faveurs
ſe reſerventordinairement
pour ceux qui ne ſont confidérables
que par leur mérite.Comme
ils n'ont que leur coeur à
offrir aux Belles , ilsne les trouvent
pas toûjours rigoureuſes, &
cet avantage les recompenſe
quelquefois de l'injustice que la
Fortune leur fait, Le Cavalier
ne s'eſt pas plutoſtdeclaré,qu'on
luy permet de rendre viſite à
toutes les heures du jour. C'eſt
par là qu'il commence d'eftre
mal
GALANT.
39
malheureux . Il aime avec une fi
violente paffion , qu'il voudroie
que fa Maiſtreſſe fift tout fon
bonheur de le voir, comme il fait
tout le fien du plaiſir de l'entretenir
; mais l'humeur de cette
belle Perſonne qui ſe fairde la
joye de tout,lalaiſſe incapablede
refufer aucune forte de divertiffement.
Elle eſt ſeûre de fa conqueſte,
& quelque eſtime qu'elle
ait pour le Cavalier , comme
l'amour ateu moins de part à
l'engagement qu'elle a tâché de
hiy faire prendre que la cons
fideration de fa fortune, elle ne
peut fe contraindre affez pour
huy donner ſon entiere complaifance:
Ainfi elle reçoit viſite à
fon ordinaire , ſoufre qu'on luy
conte des douceurs , ſe montre
enjoüée avec tout le monde,
&agit d'une maniere ſilibre que
ceux
40
MERCURE
ceux qui la voyent ne peuvent
deviner qu'elle ait un Amant
choify . Le Cavalier s'en chagrine.
Il croit n'eſtre point aimé,
mais il eſt trop pris pour eſtre en
pouvoirde rompre ſes chaînes.Il
diffimule , & jaloux de l'enjouement
de ſa Maîtreſſe qui cherche
par tout à ſedivertir, ſans ſe
mettre quelquefois en peine de
ce qu'il devient, il ne ſçait ſi c'eſt
indiférence oumépris ,&dans ce
cruel embarras il ſouffre tout ce
qu'une jalousie de gloire & d'amour
peut faire foufrir.Le ſuplice
eſt rude , & il ſe hazarde enfin
à s'en expliquer. La Belle qui
croit que c'eſt un premier pas de
maiſtriſe qu'il eſt dangereux de
luy laiſſer faire, reçoit ſes plaintes
fort fierement.lljuge de ſa fierté
ſelon les ſentimens de cha
grin dont il eſt déja prévenu,
8
GALAN Τ.
4
& entre tout- à- coup dans un
fi grand ſaiſiſſement de douleur
, qu'il perd en meſme
temps & la connoiſſance & la
parole . On le faigne. Il revient
à luy, & tombe preſque auffitôt
dans des convulfions qui font
apprehender pour ſa vie. Leur
violence fait courir au Medecin.
Il trouve cet accident dangereux
, & dit qu'on ne le peut
tranſporter chez luy ſans le hazarder
. Comme on avoit intereſt
à le conſerver , on ſe réſout
à luy donner une Chambre
dans cette Maiſon. Cet
obligeant témoignage de bonté
luy fait ſouhaiter de vivre.
Cependant on táche de tenir la
choſe fecrete. La médiſance eſt
prompte à parler , & on eſt bien.
aiſe de ne luy pas donner lieu de
faire des contes. Le Cavalier
appelle
42 MERCURE
appelle ſes Gens, leur donne ordre
de dire au Maiſtre de fon
Auberge qu'une Partie de plaifir
le doit arreſter à la Campagne
pendant quelques jours , &
les fait loger dans un quartier efloigné,
en attendantle temps de
fa guerifon . La Belle dont l'imprudence
avoit cauſe ce malheur,
ouvrelesyeux fur lesavantages
qu'elle a penſé perdre;& la
maladie de fon Amant luy eſt
une fiforte preuve de fon amour
qu'elle en eſt touchée , & en
prend pour luy tout de bon. Ce
fontdes foins continuels pour le
foulager. Ils font plus pour luy,
que tous les remedes , & il femble
que ſa fiévre ſoit obligée de
ceder à l'envie qu'on a de le voir
guery. Tandis qu'on y travaillede
tout fon pouvoir, la jeune
& fpirituelle perſonne dont
je
GALANT.
43
jevous ay parlé revient à Paris .
Le filence que le Cavalier gardoit
avec elle depuis quelque
temps,luy avoit fait hater ſon retour
, Elle envoye auffitoſt à fon
Auberge , & ſurpriſe qu'on ne
luy puiſſe dire où il eſt alle , elle
employe toute forte d'adreſſe
pour le découvrir. On luy dit
qu'ilavoit rendu des viſites affez
affiduës à la Belle qu'il aimoit,
sas qu'on puiſſe luy apprédre aucune
particularité de cet amour .
Elle met des Eſpions en campa
gne.On va dans cette Maiſon;&
comme les Domeſtiques aiment
-àparler , ils font entendre par
quelques paroles inconfiderées
qui leur échapent, que le Cavalier
y est enfermé , & qu'il n'en
-fort point.Grand deſeſpoir de la
Demoiselle. Elle fait confidence
de ce qu'elle a ſçeu àun Ado
rateur
44
MERCURE
rateur de ſa Rivale , qui ayant
apprisla meſine choſe ſans qu'on
luy euſt rien dit de la maladie du
Cavalier , adjoûte , ſoit qu'il le
cruſt , ſoit qu'il l'inventaſt par
jalouſie , que les cinquante mille
livres de rente avoient ébloüy
l'aimable Perſonne dont ils ſe
plaignoient tous deux ; que fur
le prétexte de quelques viſites
trop affiduës du Cavalier, on l'avoit
arreſté chez elle , pour la
luy faire épouſer de force ; &
que quatre Hommes armez ly
gardoient à veuë,juſqu'à ce qu'il
ſe fut réſolu à ce qu'on vouloit
de luy. Le conte eſt reçeu ,parce
qu'il flate l'Amante jalouſe.
Elle ſe veut croire toûjours aimée
, & que la ſeule priſon du
Cavalier l'empeſche deluydonner
des marques de fa tendreſſe .
Dans cette penſée , elle fonge à
luy
GALANT.
45
luy procurer ſa liberté. Je vous
ay parlé d'un Parent qu'attendoit
le Cavalier. Elle découvre
qu'il eſt à Paris,&qu'il s'informe
par tout deceque peut eſtre devenu
celuy dont elle croit encor
poffeder le coeur. C'eſtoit un
Homme ſage & d'autorité , &
qui exerçoit depuis pluſieurs ans
une des premieres Charges de
la Province. Elle luy écrit , luy
marque le lieu où il trouvera le
Cavalier dont il eſt en peine,exagere
la violence qu'on luy fait
pour l'obliger à un Mariage qui
ne luy plaiſt pas, l'aſſure qu'il eſt
gardéjour & nuit à veuë,abaiſſe
le merite de la Demoiſelle qu'on
veut qu'il épouſe ,& luy fait un
pointd'hõneurde repouſſerhau.
temet l'injure qu'un ſi lâche procedé
fait à ſa Famille. Quoy que
ſon Billet faſſe impreffion,ce ſage
Parent
46 MERCURE
Parent ne va pas ſi viſte. Il trouve
de la vrayſemblancé à la cho
ſe. Le Cavalier eſt fort riche.On
n'eſt pas toûjours prudent à fon
âge. Il ne paroiſt point. On luy
aura tendu quelque piege , &
d'un Amantqui a peut- eftre fait
quelques proteſtations un peu
trop fortes , on peut en vouloir
faire unMary . Tout cela luy paroiſt
aſſez croyable, mais on eft!
quelquefois ſurpris dans des
choſes qui ſemblent encor plus
affurées ; & comme la Demoifelle
qu'on luy nomme , eſt de
qualité , il croit qu'il ne peut agir
avec trop de circonfpection
dans une affaire de cette imporrance.
Il s'adreſſe au Magiſtrat,
luy montre le Billet qu'il a reçeu,
luy demande du ſecours en
cas de beſoin , ſe fait accompa
gner de quelques Gens de Juſti-
こ
4
ce,
GALANT.
47
ce, & les ayant laiſſez aux environs
avec ordre de ne point avăcer
s'ilne des appelle , il va où
eft fon Parent, & prie qu'il puifſe
entretenir la Maiſtreſſe de
la Maiſon . On le fait monter. Sa
Robede Magiſtrature ( car comme
je vous ay déja dit,il avoit unei
des premieres Charges de ſa
Province,) ſa ſuite& fon équipage
, ſont des marques du Rang
qu'il tient. Il entre où eſt la grand
Mere, voit la Belle qui luy tenoit.
compagnie, & ſe perfuaded'autant
plus qu'on luy a dit vray,
qu'il la trouve luy- meſme toute
aimable.Apresles premiers complimens
de civilité,il parlede fon
Parent, dit qu'on en eſt en peine
dans ſa Famille ,&que n'en
ayant pû apprédre aucunesnouvelles
depuis fix jours qu'il eſt à
Paris, il leur en vient demander,
fur
48
MERCURE
fur ce qu'il a ſçeu qu'elles luy
faiſoient quelquefois la grace de
le recevoir. On luy répond en
termes qui ne luydonnent aucun
éclaircifſſement ; & comme on
veut ſçavoir à qui on parle , on
tourne ſi bien les chofes , qu'on
l'engage à fe nommer. A peine
s'eft-il fait connoiſtre pour celuy
que le Cavalier attendoit,
qu'on luy marque une extreme
joye. Il en eſt ſurpris. Mais ill'eſt
beaucoup davantage , quand la
GradMere, ſans s'expliquer avec
luy , le prend par la main , & le
prie de vouloir bien ſe laiſſfer
conduire. Elle luy fait traverſer
un fore grand Apartement , &
lemene dans une Chambre propre
, mais reculée, où il trouve le
Cavalier au lit , gardé ſeulement
par les charmes de la Belle ,& par
un reſte de fiévre qui laiſſoit encor
GALAN T.
49
cor ſur ſon viſage les marques
de l'extremité où ſa maladie
l'avoit reduit. Jugez de l'étonnement
où il fut de trouver les
choſes ſi éloignées de ce qu'on
luy avoit voulu faire croire. Le
Cavalier luy conta tout ce qui
lay eſtoit arrivé, les ſoins qu'on
avoit eûs de luy dans cette Maiſon,
les raiſons qui avoient obligéde
cacherqu'il y fuſt demeuré
malade , & l'amour paſſionné
qu'il avoit pour la belle Perſonne
en faveur de laquelle il le
conjuroit d'obtenir le conſentement
de ſon Pere . Les Dames
trouverent à propos de ſe retirer
, afin qu'il puſt s'expliquer
plus librement , & que la franchiſe
do leur procedé aidaſt à
faire connoître qu'on l'avoit
toûjours laiſſe maiſtre de ſes
ſentimens . Son Parent touché
Novembre. C
50
MERCURE
1
de ce qu'il luy dit, & convaincu
d'ailleurs par fes yeux des charmes
de fa Maiſtreſſe , ne pût faire
cas d'un peu d'inégalité de
bien , dontle deſavantage eſtoit
reparé par beaucoup de naiflance&
de merite. Ainfiil n'euſt
pas de peine à luy promettre
d'employer tout ce qu'il avoit de
credit aupres de ſon Pere .. Il l'a
fait , & avec tant de ſuccés, que
le Mariage ſe doit achever au
premier jour. La Belle en reçoit
les complimens de tous coſtez
au grand déplaifir de ſa Rivale,
quien cherchant à luy nuire , a
avancé fon bonheur .
Toute la Maiſon de Mr. ou
plûtoſt toute la France , s'en fait
un tres grand de l'entiere guérifon
de Mr. le Ducde Chartres ,
Fils unique de S. A. Royale .
Vous ſçavez qu'il fut malade
a
GALANT.
1
.
ا
.
e
1
1
그
fu der
189
E
71
à l'extremité fur la fin
nier mois . Elle fut telle ,
répandit par tout le bruit de ſa
mort. Mr. & Madame en furent
inconfolables .La crainte de perdre
ce petit Prince les accabla
de douleur.Toute la Coury prit
part ; & dés que Leurs Majeftez
eurent appriscéte fâcheuſe nouvelle,
Elles partirent de Verfailles
pour ſe rendre au Palais
Royal. Il eſt certain que fi un ſi
juſte ſujet d'affliction euſt laiflé
Leurs Alteſſes Royales capab'es
de recevoir quelque foulage
ment dans leur déplaifir , l'empreſſement
du Roy àles venir
confoler , & lantendreſſe qu'il
leur témoigna , auroient beaucoup
contribué à l adoucir,mais
il ne diminua que par l'heureux
effet des Remedes. Vous pouvez
croire qu'on n'épargna rien
52
MERCURE
pour les faire agir avec ſuccés.
Les deux Premiers Medecins
dont je vous ay déja parlé , mirent
en uſage tout ce que l'expérience
leur avoit appris. Les
Peres Capucins du Louvre furent
appellez , & la vie dont on
avoit commencé à deſeſperer
fut enfin renduë à ce petit Prince.
Je ne vous repete point ce
que je vous ay dit pluſieurs fois
des connoiſſances particulieres
que ces Peres ontdans la Medecine.
Vous ſçavez le bruit qu'ils
fontdans le monde , & le grand
nombre de Malades qu'ils ont
guéris.Des fuccés ſi avantageux
leur acquierent beaucoup de
gloire , mais ils les expoſenten
meſme temps à l'injurieuſe cenfure
des Jaloux . Il eſt impoſſible
den'en point avoir quand on eſt
d'un mérite extraordinaire .
Ceux que bleſſe la haute reputation
GALAN T.
53
tation de ces charitables Peres ,
veulent croirequ'il ne doit mourir
perſonne qui ſe ſoit ſervy de
- leurs Remedes ; & fi de cent il
en eft unfeul que la violence du
mal emporte , ils en rejettent la
faute fureux, comme s'ilsétoient
dans l'obligation de rendre immortels
ceux qu'ils entreprennent
de traiter.11 font courir des
bruits fourds qui les décrient.
Cesbruits ſe répandent.Chacun
parle fans ſçavoir s'il a ſujet de
parler.Pluſieurs foûtiennentdes
fauſſerez , dans la penſéede ne
rien dire que de vray. Ils repetent
ce qu'ils ont entendu dire.
D'autres font la meſme choſe
apres eux ; & comme la verité
mefme s'altere en paſſant d'une
bouche dans une autre, ils rencheriſſent
ſur les raports qui leur
ont eſté faits. Les crédules ſe
Cij
54
MERCURE
laiſſent perfuader , & trompens
ceux qui les écoutent, parce que
croyant ce qu'ils difent , ils d'affurent
de bonne - foy . On ne
fonge point à chercher les veritables
Auteurs de ces bruits ,
pour s'éclaircir avec eux. Ils ſe
perdentdans la foule. On ne les
connoit plus.lls écoutent ce que
les autres leur racontent , comme
s'ils ne l'avoient pas inventé,
& joüiffent de leur malice en
feignant de n'avoir aucun intereſt
à la foûtenir. Voila Ice qui
arrive ordinairement dans une
auſſi grande Ville que Paris , où
la confufion des Peuples empéche
aisément que la verité de
beaucoup de choſes ne foit connuë
; & c'eſt ce qui eſt arrivé
apres la mort de Mr. Carpatry à
l'égard des Peres Capucins
du Louvre. Ils ont foufert ce
qui a eſté dit contr'eux avec
tout:e
GALANT .
55
toute l'humilité que doivent
avoir des Perſonnes de leur
robe & de leur caractere ; &
ils garderoient encor le filence
, ſi une Lettre d'un Eveſque
de leurs Amis ne les avoit forcez
de le rompre. Ce Prélat leur
marque , qu'il ne peut avoir autant
d'estime & de consideration
qu'il en a pour eux,fans les plaindre
des exceßives fatigues que leur
doit caufer leſoin continuel qu'ils
ont des Malades; Qu'il est cepedant
furpris d'apprendre les injustices.
qui leur font faites ; Qu'il fçait
que leurs Envieux publient que ce
n'est pas à des Capucins d'exercer
la Medecine; Qu'il voudroit qu'on
eust fait sçavoir à ces Laloux inconſiderez
que cet employ est de
droit Ecclefiastiques,& qu'ilnappartient
qu'aux Prestres d'en faire
lafonction, parle motifde charité
Ciiij
56 MERCURE
qui les anime,fans en esperer d'autre
récompense que celle de plaire
à Dieu en foulageant le Prochains
Que c'est pour cela que tous les
Evesques portent un Saphir dans
leur Anneau Pastoral , pour les
faireſouvenir qu'ils doivent aſſiſter
les Peſtiferez, &les guérirpar
la vertu que la Nature a renfermée
dans cette Pierre prétieuse ;
Qu'il vient desçavoirqu'on afait
courir des bruits deſavantageux
contre leurs Remedes à l'occaſion
de Monsieur Carpatry , & de la
maladie de Monsieur le Duc de
Chartres , & qu'il les prie de luy
donner l'éclairciſſement de
bruits avec leurfincerité ordinaire.
Je vous envoye la Réponſe qu'ils
ont faite à ce Prélat , ne doutant
point que vous ne vous faffiez
un plaifir d'apprendre la verité
de ce qui a fait depuis peu l'entretię
de Paris & des Provinces .
ces
REPONSE
GALANT.
57
;
S
REPONSE
1
DES PERES CAPUCINS
DU LOUVRE ,
Ala Lettre de M. Eveſque de *
MONSEIGNEUR ,
১
:
Tout le monde went sçavoir ce qui se
paſſfe , mais tout le monde ne le veut pas
parlemefme motif. Ily en a qui font la
recherche de ce qu'ils ignorent , par le
feul defir de sçavoir la verité, & cefont
des Esprits bienfaits. D'autres lefont
pour s'en divertir , & ce sont des Gens
oyfifs qui ne cherchent pas pour trouver,
c'est àdire pourprofiter,masseulement
faute d'unmeilleur employ. D'autresſont
pires. Cefont les malicieux , qui ne veulentsçavoir
les choses que pour en corrom
pre la verité , ou pour publier ce qui la
détruit quand ils l'ont déja trouvée corrompue.
Vous n'estes , Monseigneur , ny
des feconds, ny des derniers; auffi ne vou
58 MERCURE
drions- nous pasfi mal employer le temps,
que de lepaſſer à écrire cette Lettre , fi
vous aviezrang parmy cesfortes deGénies.
Comme l'expérience nous afait mille
fois connoistre le zele que vous avez pour
Laverité , nous ne doutons point qu'elle
neſoit le motifqui vous a obligé denous
faire l'honneur de nous écrire. Noussommes
d'ailleurs persuadezque vostre Efprit
est d'un rangtrop élevé pour ſe laif-
Serſurprendre àl'opinion, &donnerdans
lesens de ceux qui ayant une mauvaise
Cause à defendre , ne produisent pour
l'appuyer que desfauſſetez &des ſuppofitions
malicieuses , Sans prendre garde
qu'une Ame prudente éloignée du caprice
, & revenuë de la bagatelle , peut facilement
découvrir leur ridicule deſſein.
C'est donc , Monseigneur, pourſatisfaire
à ce que vous defirez ſçavoir , que
nous vous dirons que feu Monfieur
Carpatry , qui s'estoit acquis la glois
re de bien Servir Monseigneur de Louvois
, par l'attachement particulier qu'il
avoit pour ce vigilant Ministre , n'y
avoit pasfait unfond d'une parfaiteſanté.
La vieſedentaire qui est commune aux
Gens qui s'appliquent avec autant de
fidelité qu'il faisoit aux affaires de fon
GALANT.
59
Maistre ,y estoit tout-à-fait contraire . Il
auroit pû cependant vivre encor pluſieurs
années,ſi ſa complaisance pour des Amis
ne l'eust pasfait confentiràun divertiſſement
de Chaſſe , dont l'excés confterna la
Nature , jusqu'àluy procurer une fievre
doable- tierce , qui l'obligea de nous venir
voir , & de nous prier de l'aſſiſter dans
Samaladie, en cas qu'elle continuaft; nous
marquant qu'une infinité de Lettres, que
la confidencedeſon Maistre luy avoit
fait tomber entre les mains , & qui affuroient
que nos Febrifuges avoient far des
merveilles dans les Armées , luy donnoient
la confiance de s'en fervir , si sa
maladie augmentoit. Le refusque nous
luy fiſmes de le viſiter ne le rebuta point.
Au contraire désle lendemain au matir
il envoya Madameſa Femme, accom
pagnéede Monfieur du Cheſne Medecin
du Roy , pour nous demander la mesme
chefe. Comme elle nous vitfermes à la
refuser , elle nousfit donner un Ordre de
Monseigneur de Louvois. Ilfallut ceder
àl'autorité d'un Miniſtre qui ne violen
te jamais les inclinations , puis qu'on se
fait toujours un fort grand plaisir de luy
obeir. Nous allâmes donc voir ce Malade
,qui leſouhaitoit avec tant d'ardeur
60 MERCURE
quoy qu'il fuft aſſez inutile , puis que
Monfieur du Cheſne, commenous luy dimes
, avoit de nostre Febrifuge entre ses
mains , par ordre de Monseigneur de
Louvois , & qu'il pouvoit luy en donner
s'il le jugeoità propos. Il lefit , Le Remede
ne manqua pas de fairefon effet. Le
Malade sua abondamment pendant les
trois jours qu'il en prit; &fi laNature
eust esté auſſi fidelle à feconder le
Remede , que le Remede avoit de vertu,
on doit croire qu'il n'auroit pas esté noins
efficacefurMonsieur Carpatry , qu'il l'a
estésur tant de milliers d'autres , dontle
Roy est informé auffi bien que tout le Public.
Toutes les dispositions mesmeypa..
roiſſoient déja par le raport du Malade,
qui diſoit toûjours qu'il ne pouvoit s'empeſcherdelower
la bonté du Remede , qui
fut caufe qu'il ne reſſentit jamais aucun
mal de tefte , ny aucune chaleur d'entrailles.
Il protestoit ſouvent qu'uneseule
Saignée l'avoit bien plus échaufé. Son
visage mesme avoit toujours conſervé un
certain air qui auroitfait croire qu'il ef
zoit peu malade. Cependant ſa foibleffe
qui s'estoitfait connoistre auparavant par
un depost qui fe faisoitsur ses jambes ,
qu'il
GALANT. 61
qu'il avoit ouvertes depuis un long temps
(quoy qu'on ne nous en cuſtpas avertis)
augmenta fi fort pendant que les forces
duMalade diminuoient , que la vie qui
estoit déja languiſſante,& qui n'envoyoit
plus au cerveau les esprits qui font le
bonsens, donnades marques qu'elle l'abandonnoitpar
un délire qui ne luy laiſſa
que quelques intervales dont nous voulumesprofiter,
pour luy faire donner tous les
Sacremens , qu'il reçent avec une pieté
exemplaire. Ce témoignage d'un parfait
Chrestien , qu'il rendit par nossoins ,&
par la connoiſſance de l'état où il eſtoit,
détruit la calomnie qui nous imputed'avoir
dit à Madame de Louvois qu'il eftoit
hors de danger , quoy qu'il demeure
constant qu'ily avoit plus debuit jours
que nous n'avions eu l'honneurdela voir..
Cependant la maladie augmentant
toûjours, nous retournames au Louvre
pourpreparer un dernier Remede , quo
nous apportâmes le lendemain ; mais com--
me nous vêmes qu'on l'avoitfaigné deux
fois ,&qu'onsepreparoità une troiſiéme
Saignée pour le dispofer, à trois priſes
d'Emetique,quiluyfurent données enſuite,
nous crûmes que lepariy de rempor
ter
62 MERCUR. E
د
noſtre Remedes estoit le meilleur , &qu'il
estoit inutile de le donner. Nous ne vous
diſons point, Monseigneur, la qualitéde
cette effence. Vous la ſçavez déja. Elle
eft la mesme quiſauva la vieà Monfieur
de Bonnecorse , ce bel Esprit en Poësie,
qui est encor au Caire d'Egypte Conful
pour Sa Majesté. Il vous en fit l'histoire
lors qu'il vous envoyales Livres Arabes
que vous luy aviez demandez. Il suffit
pour confirmer ſa vertu , que nous vous
difions que l'ayant remportée cheznous
Monfieur Bachelier de Clotomont avec
qui nous eſtions en Egypte qui
avoit appris de Monfieur de Bornecorsemesme
cet effet prodigieux arrivé en fa
perſonne par ce Remede , nous le demanda
pour Monsieur Huſſon Secretaire dis
Roy ,Son Amy , qui estoit auſſi mal que
Monfieur Carpatry. Il le luy porta . Sa
fievre ceſſa dés le moment qu'il l'eut pris,
&à quelques jours de là il s'en alla à la
Campagne dans une parfaiteſanté. Ilen
peut rendre témoignage. Ilavoit la mesme
maladie que Monsieur Carpatry. It
avoit pris deux ou trois fois de voſtre Fe--
brifuge , Sans en guerir. Son mal ayant
quelque chose de plus malin que les fie-
Ures
GALANT. 63
ores ordinaires , demandoit auſſi un Remedeplus
efficace.
Aureste , quand il feroit vray que
nous cuffions dit à Madame de Louvois
que Monsieur Carpatry estoit hors de
danger , il falloit nous laiffer continuer
jusqu'aubout, avant que de critiquer nos
Pronostics, qui auroient pourtant esté affez
justes, car il est constant qu'il seportoit
mieuxle jour qu'on nous faitparler ,
que le lendemain que les Medecins l'entreprirent
. Cependant ils ne croyoient
point que sa maladie dust estre mortelle ,
quoy qu'il fust plus mal. Ce Paradoxeparoift
convainquant , puis qu'ils n'auroient
pas esté affezfaciles pourſe commettre à
la cure d'un Homme qu'ils auroient cru
incurable; fi ce n'est qu'on vouluſt dire
malicieusement qu'ils avoient peur que
nousne le tiraſſions d'affaire, ou que voulant
nous en faire un capital , ils cherchoient
àle mettre en état de ne pouvoir
eftre foulagé , car ilfaudroit conclure l'un
ou l'autre , mais le dernier ne sçauroit
estre inferé contr'eux , puis que laraiſon
fait voir qu'ils n'auroient pas voulu rifquer
leur honneurſur un Homme tout-àfait
incurable dont nous aurions pû en
৯
Suite
64 MERCURE
Suite leur donner le blâme . Il faut donc
dire qu'ils ont crû qu'il eſtoit en état d'en
revenir ,&qu'ils ont en deſſein denous
aider dans cette cures &par confequent
quand nous aurions dit le jour precedent
que Monsieur Carpatry n'en mourroit
point , nous aurions esté mieux fondez
qu'ils ne le furent le lendemain , ce qui
fait paroiſtre le peu de reflexion de celuy
quifaisoit ce reproche de ſoy ,déja faux.
Mais quand nous demeurerions d'accord
d'avoir dit à Madame de Lauvois que
Monsieur Carpatry n'en mourroit pas,
peut- eftre aurions- nous dit vray , fi per-
Sonneque nousne s'en fust meſlé. Car ila
parupar le Remede que nous avionsfait
pour luy , qu'il auroit pû prolonger fes
jours , s'il euſté affez heureux pour le
prendre, puis que l'effet en aestéfiefficace
fur Monsieur Huffon.
On nous trouvera toûjours de bonne
fay ; ce qui ne sera peut- estrepassi régulier
de lapart de nos Ialoux , qui pourroientfoubaiterque
Monfieur Huſſon retombast
malade , &mesme qu'il mourust,
comine il peut arriverà un Homme de
fon age : mais cet accident ne détruiroit
point l'effencede nastre Remede, & ne fo
TOIS
GALAN T. 65
roit rien non plus ſur l'esprit d'un Hommo
integre , qui doit estre convaincu qu'un
Remede qui guerit une maladie , ne rend
pas un Homme immortel , quand mesme co
feroit la Saignée,le Sené, oula Rhubarbe.
Enfin , Monseigneur , Monsieur Carpatry
mourut apres avoir estéſaigné trois
fois;&pris trois fois duVin Emetique.Les
larmes queſa mort a fait répandre nefont
pas affez efficaces pour laver la calomnie,
qui ne ditpas que les Medecins ne l'ons
pûſauver, mais que les Capucins du Louvre
l'ont tué. Celafurprend le Public. Sa
Surprise n'est pas ſansfondement. L'Antiquitéqui
nous donne les Ouvrages d'un
Michel-Ange, ne s'étonnoit point quand
ce grand Peintrefuivoit la délicateſſe de
Son Pinceau , & qu'il faisoit ces vives
Peintures qui font l'admiration des Curieux
, & l'ornement du Cabinet desplus
grandsPrinces. Mais elle auroit estéfurpriſe
,ſicettemain délicateſefuſt appliquée
àfaire des Lanternes ,& elle auroit
pû dire avec quelque étonnement , que
Son Mestier n'estoit pas celuy d'un Lanternier
, mais celuy d'un Peintre. Ainfi
Si le Publicestsurpris d'entendre dire que
les Capucins du Louvre ont tué Monfieur
Carpatt
66 MERCURE
Carpatry , c'est que leur Meſtier est de
guerir, comme ils en ont donné des marques
depuis fix mois par des milliers de
cures qui demeurent incontestables.Parmy
un grand nombre des Guéris , on leur
vent imputer la mort de Monfieur Carpatry,
parce qu'il a pris de leurs Remedes ,
&qu'il n'est pas ordinaire devoir mourir
ceux qui s'en ſont ſervis. Sur ce fondement
nous devons l'avoir tué. Cela s'est
dit ; mais il est difficile de juger qui l'a
dit , & comment il peut avoir esté dit ;
car pour rendre cette accusation autentique
, il faudroit qu'elle enst estéfaite par
LesMedecins. Or ilparoiſt ſans replique
qu'ils ne peuvent estre de ce sentiment,
puisqu'ilsont tenu une conduite qui prouvetout
le contraire. Cela fait voir que ce
font leursfeuls Ennemis qui ontfait courir
se bruit , qui paroist estre contre nous ,
&qui dans la verité est contr'eux ; au
Sentiment de tout Homme bien ſenſé ,&
incapable de pévention. Car qui ne croiroit
qu'un Medecin froit le plus ignorant
ou le plus criminel Homme du monde
, si jugeant qu'un Malade seroit en
périlpour avoir pris des Remedes chauds,
il venoit à luy donnerpar deſſus le plus
échauffent
GALANT. 67.
?
ف
éshauffant de tous les Remedes , comme
- est le Vin Emetique ? Cependant cela
s'est fait de l'avis de cing Medecins,&
apres cela on crie que les Capucins luy
ont mis lefeu dans le corps que pour
l'en quérir on luy donne de l'Emetique .
Vous voyez bien , Monseigneur , la
fuite de ce raisonnement sans vous l'expliquer.
Vostre Grandeur excufera peur
eftre les Auteurs de ce bruit , en disant
que les cinq Medecins n'ont pas signé
l'Ordonnance de l'Emetique, &qu'ainsi
une partie d'eux opinoit à le rafraîchir
& concluoit par conſequent , que nous
l'avions échauffé; mais nous répondons à
cela que tout fait pour nous , car c'est
une conviction que les Medecins n'é
toient pas tous d'accord , & que dans
l'opposition des ſontimens qui estoient
partagez , la realité du Fait a esté
meûrement examinée apres quoy la
pluralité a estépour nous , & a conclus
qu'il n'estoit point échaufé. Maissupose
que cela ne fuft pas, cette Ordonnance
(quoy que non signée de tous) nous donne
droit quand mesme nous ne l'aurions
point Car l'on ſçait que dans les Confule
tations des Medecins la pluralité détermine
68 MERCURE
J
mine la Nature à estre ce qu'ils ordonnent
, c'est pourquoy on execute ce qui est
preſcritparle nombre prévalant , comme
eftant reconnu réellement tel , mesme an
Péril de la vie , qui ne reçoit point de
Suplément , tant est constante en Medecine
la décision de la pluralisé , & ideo
numerantur , fed non ponderantur
fuffragia .
Pour conclure ,Monseigneur , la plu
ralué ordonne un Remede chaud. Jugez
donc s'il n'est pas de fait que Monsieur
Carpatry n'estoit point en danger pour
avoir esté échaufé par nos Remedes.
Les Auteurs de ce bruit offencent bien
encor davantage les Medecins , en pus
bliant une chose qui pour oit este vraye
de la part de l' Ernetique , mais qui de
toute impoſſibilité ne peut estre un effet de
nos Effences. Ils diſent imprudemment,
quoy qu'à nostre avantage, que Monfieur
Carpatry ayant esté ouvert , on luy a
trouvé les boyaux gangrenez . Cela peut
estre, nous n'ensçavons rien : mais que la
choſeſoit ou ne soit par , tout est également
injurieux aux Medecins , & nous
donne gain de Cause. Car s'il est vray
que les boyaux de ce Mort fuffent gengrenez,,
GALANT. 69
grenez, & que nostre Remede n'en ait på
estre la cause , à quoy la voudrez- vous
attribuer , si ce n'est à l'Emetique , qui
duſentiment de ceux qui l'ordonnent , est
-échaufant, caustique,& brûlant ;
-
ainsi
en divulguant cet incident , on accuſe les
Medecins,&non pas nous. Sid'autrepart
on veut dire que les Medecins nous
donnent le tort de cette méchante ſuite,
ils font trop prudents pour vouloir paſſer
pourdes temeraires, & trop sçavans pour
vouloirſe declarer ignorans. Temeraires,
de vouloir que la gangrene ſoit causéepar
des Effences qui queriſſent de la gangrene
, bien mieux que l'Esprit de Vin qu'ils
ordonnent pour la guerir , & dans lequel
les Chirurgiens confervent leursMonf
tres morts , qu'ils tirent des Corps des
Femmes, quand ils arrivent dans laNature.
Outre qu'il est encor uray ,selon les
bons Philosophes , que l'eſſence abstraite
des choses est de la nature du Ciel , dont
lapuretéeſtſiſimple , qu'elle neparticipe
presque plus de ce qui fait les accidens,&
Les qualitez diférentes du froid oudu
chaud. Ils ne voudroient non plus paffer
pour ignorans dans les Principes de la
Medecine &de la Chimie ; car ils ſça
vent
70
MERCURE
vent bien que les Eſſences de la nature
de nostre Febrifuge, ne descendent jamais
dans les boyaux. Cesont des Remedes qui
ne font pointſujets aux digestions , estant
fi volatils &fi penétrans , qu'ils passent
presque à l'instant par les pores de l'eſtomach
, &transpirent jusqu'à la circonference.
C'est parlà que ces Effences font
Suer avec tant d'efficace , qu'elles refolvent
& emportent en paſſant ce qu'ily a
d'impuretez& d'excrémensfebrilles dans
l'habitude du Corps , qui se trouve query
le lendemain pour l'ordinaire , quand il
n'y a point de maladie compliquée. C'est
un étrange Monstre que la Ialousie. Sans
reflechirà quoy que cesoit,elleseprécipite
en mille extravagances , & ne se nourrit
que du ſeul plaisir d'empeſcher le plaifir
des autres , en ſe le voulant approprier.
Si ces Critiques pou prudens avoient mis
denós Effences , ou quelque Esprit valatil,
dans une Phiole de verre,bien bouchée,
&qu'ils poriaffent cet eſprit dans un lien
chaud, comme l'estomach d'un Homme ,
ils verroient tant- s'en faut que cet fprit
defcendit en bas comme dans les boулих,
qu'au contraire il s'éloveroit en vapeurs
qui fortiroient de la Phiole , fi le Verre
avoit
GALAN T.
71
1
avoit des pores comme l'estomach de
lHomme,sans qu'il reſtaſt rien qui pust
tomber au fond . Ce font des experiences.
irréprochables , que la jalousie jointe à
l'ignorance , ne ſe donne pas le temps d'examiner.
Commentſe peut - il done faire.
que les Effences qui ne peuvent deſcendre
dans les boyaux , y ayent cauſe la gangrene
, qu'ellesy auroient quorse , si par
un impoffible elles i'y avoient efté trouver
? Enfin s'il faut donner une preuve
que ces Effences ri'ont que le degré de chaleur
qu'il leur faut , nous vous dirons
qu'elles queriffent les Ereſipelles & les
Brûlures, que les Medecins traitent tous
par des Refrigerans. Mais nous avons
une démonstration plus celebre dans la
gueriſon de Monfieur de Chartres , dont
Vostre Grandeur nous commande de l'informer.
Onſquit que ce petit Prince âgé
d'environ quatre ans, avoit pris pluſieurs
fois du Vin Emetique par la bouche, & en
lavemes .On fçait ( & Madame mesme l'a
ven) que la violece dece Remede, apres des
cõvulsionsriïterées, a qu'il le pût redre,
l'avoit reduit en deux heures dans une létargie
entiere,fans poulx, sas reſpiration,
Sans mouvement ; les yeux ternes & li
vides
72 MERCURE
vides comine de la corne ; aucunsignede
vie ; on le croyoit mort. Ce n'estoit pasde
froid,s'il s'en faut raporter à l'opinion des
Medecins , qui disent que l'Emetique
échaufe.Cependantfi c'eſt de chaleur cau-
Sée par la violence de ce Vin , comment
L'effet qui parut pouvoit- il arriver,ſi nos
Effences font chaudes ? Comment un Remede
chaud n'a- t-ilpas achevé ce que la
chaleur de l'autre avoit fifort avancé ?
Comment enfin cette Ame qu'une ardeur
devorante chaſſoit de son corps , fut- elle
rapellée par un Remede brûlant ? Ce que
nous luy donnâmes , n'estoit autre chose
que l'effence de Vipere que nous faiſons
Seuls ,jointe à une teinture minerale qui
ne se nomme que par les effets , puis que
dans un instant elle luy redonna la
vie , avec le poulx , la respiration , le
mouvement , la voix , & la connoiſſance,
& calma ces terribles convulsions qui
faisoient desespererdefes jours. Il demeura
ainſi en repos plus de demie heure,
pouffant quelques nausées qui faisoient
paroiſtre l'efficace du Remede , qui apres
avoirfortifié la Nature , vouloit expulfer
l'Emetique : mais apres ce peu de bon
temps on luy redonna de cet Emetique
par
GALAN T.
73
parla bouche & en Lavemens, & aussitoft
les convulsions le reprirent comme
auparavant. Cependant noſtro Remede
ent affez de force pour foûtenir entre
deux Emetiques,an plus grand poids que
celuy qui avoit déja fait succomber la
Nature; si bien qu'apres neuf heures de
semps,cepetit Prince les rendit heureu
fement,&fut query.
C'est une circonstance fi notable , qu'il
eſt inouy qu'un Homme , quelque robuste
qu'il soit , ait jamais gardé l'Emerique
quatre ou cing heures ſans en créver ,
cependant Monfieur de Chartres l'a
Soûtenu neuf beures, apres quoy il l'arendu,&
n'en est point mort.
Est- ce-là une effence shande ou froide.
qui foûtient &tempere, la violence d'un
Rmeede caustique & boüillant ? On dira
que c'est du Vipere , qui est cru un des
plus chauds Medicamens du monde ;
nousdirōsqu'il n'y a que nousquiſçavons
ce que c'est , &que les autres en doivent
jugerparses effets. Ilfaut donc estreplus
moderé dans famalice,&nepas condamnerce
qu'on ne connoist point, ſi l'on nese
vent declarer temeraire ce qui est le
caractere des Ignorans. Car enfin on
Novembre.
د
D
74
MERCURE
doit à ce Remede froid on boüillant , la
vie d'une Persone auſſi chere al'Etat que
celle de ce petit Prince, dont Madame qui
yestoit preſente,&les Medecins meſmes,
nous ont rendu un témoignage glorieux,en
nous en remerciant le lendemain,auſſi bien
que Monfieur , de qui nous avons reçen
cethonneur que nous a acquis ce Remede,
qui , quoy qu'il ne ſoit pas le meſme que
celuy des Fievres , est pourtant de la mesme
nature.
Que ceux qui nous blament réuſſiſſent
également , &nous les loueronsſans les
regarder avec jalousie. Qu'ils queriffent
autant de monde que nous avons
fait , &qu'il meure entre leurs mains un
Monfieur Carpatry , qui n'est pourtant
pas mort entre les nostres,& nous dirons
qu'ilsfont desmiracles,quoy qu'ils ne refſuſcitent
pas les Morts.Voila, Monseigneur
, ce que Vostre Grandeur a voulu
Scavoirde nous . S'il arrive de ſemblables
incidens, nous prendrons ſoin de l'en
informer , estant avec tout le respect
que nous luy devons , vos tres humbles.&
c.
205
Quand je donne des Pieces
... auſſi
GALANT.
75
auſſi importantes que cette Let- !
tre , on doit faire reflexion que
ce n'eſt pointmoy qui parle. Ce
font des Articles de Defense
qu'on me communique. Je les
rapporte dénüé de tout intereſt.
Le Public les examine. C'eſt à
luy de conclure, & àmoyde luy
laiſſer l'entiere liberté de fon
jugement.
Si la Guerre dont je viens de
vous parler n'eſt point ſanglante
, vous ne trouverez pas que
celle qui fuit le ſoit davantage,
qu'oy qu'il s'agiſſe de Sieges &
deCombats.Vous avez ſouvent
admiré la conduite & l'expériece
que la Jeuneſſe de ce florifſant
Royaume a toûjours fait voir
dans nos Armées. Vous n'avez
pas dû en eſtre ſurpriſe. Il ſemble
que le coeur ne ſoit point fujet
à l'âge.On en peut avoir dans
Dij
76
MERCURE
le Berceau , & qui n'en a point
naturellement , employe quelquefois
ſans aucun fruit & les
lumieres de ſa raiſon ,&les ſoins
d'une longue étude,pour venir à
boutd'en acquerir.Mais comme
le coeur ne ſuffit pas pour le
* meſtier de la Guerre , & qu'il y
a des Leçons neceſſaires à ſçavoir
pour devenir Capitaine , on
peut dire que l'Académie de
Monfieur de Bernardy eſt une
Ecole ouverte , où l'on apprend
en fort peu de temps tout ce qui
regarde une Profeſſion ſi digne
des Perſonnes de la plus haute
naiſſance . Les Forts qu'on y attaque
tous les ans ſont d'un tresutile
ſecours pour la connoiſſancede
ce grand Art,Monfieur le
Prince de Montlort, ſecond Fils
de Mr. le Comte d'Harcourt ,
s'y fait admirer, Il a eſté choiſy
cette
GALANT. 77
cette année par Monfieur de
Bernardy pour commander à
l'Attaque du Fort qu'il a fait
conſtruire. Ainſi c'eſt luy qui a
ſous ſa direction toute lajeune
Nobleffe . Il l'exerce aux Expéditions
Militaires , & continuë à
s'acquiter de ſi bonne grace de
la Charge de General de cette
petite Armée , qu'il ſemble
que la Guerre air eſté juſqu'icy
ſon unique employ . A le voir
agirdans les diferentes fonctions
de cet Exercice,on ſeroit injuſte
fi on ne diſoit qu'il eſt déja par
fait Capitaine dans un âge où
peu de Gens ont eſté Soldats. II
eſt certain qu'il est né ce queles
autres deviennent avec peine,
laNature luy ayant libéralement
donné ce qu'elle fait quelquefois
acheter bien cherement. 11
eſt vray qu'on n'a pas ſujet de
Dij
78 MERCURE
s'étonner des eſpérances qu'il
donne. Il eſt d'un ſangqui inſpire
la valeur;& la Maiſon dont il fort
eſt ſi féconde en grands Capitaines,
qu'il ſemble que les qualitez
qui font les Héros luy ſoient
devenuës heréditaires .
On continuë de faire à Nimegue
force Conférences pour
la Paix,& il ya grand ſujet d'efpérer
que nous l'aurons bientoſt
generale. Voicy des Vers ſur
celle qui eſt déja faite , adreſſez
àMonfieur Colbert , qui y ſoûtient
toûjoursavec beaucoup de
zele & d'éclat la qualité de Plénipotentiaire.
Vous ſçavez que
le Roy l'a honoré de la Charge
qu'avoit Monfieur de Novion,
avant qu'il fut Premier Préfident.
A
GALANT. 79
A MONSIEUR
COLBERT
Prefident à Monier?N
R
Evenez
*
1893 *
nos plaisirs,Louis
eft de retour ;
Ne craignez plus
desArmes,
le bruit
Des Trompetes, ny du Tambour,
La Paixfait ceſſer nos allarmes,
Et fi doreſnavant nous répandons des
Larmes,
Ceseront des larmes d'amour.
Affez & trop longtemps l'inhumaine
Bellonne
Atroublé de nos Bois le calme &le repos;
Affez &trop longtemps du recit de nos
таих
Tout ce grand Univers reſonne;
Ilest temps de goûter le loiſir que nous
donne
l'Invincible Loüis , le plus grand des
Heros. Dij
O MERCURE
Malgrél'envie & la rage,
Ses obftinez Ennemis ,
Par l'effort de fon courage,
Ala fin luy ſont ſoûmis .
Contre luy, l'Aigleétonnée
N'ofe plus faire d'effort,
Et le Lyon dans son Fort
Craint la mesme destinée.
Tremblant il voit detoutesparts
Que Loüis dansſamoindre courſe
Comme un Fleuve en fureur s'éloignant
deſaſource,
Abat ſes plus fermes Ramparts;
Qu'ilporte la terreurdansses gras Pan
turages;
Qu'iln'est rien affezfort pour fermer les
Paffages;
Que tost ou tard il cedera ,
Que lepremier coupde tempefte
Qui tombera deſſus ſateste,
Eft celuy qui l'écrafera.
P
4
Enfin une Ligue envieuſe
Du bonheurdeces grandsfuccés,
Concevant mille vainsprojets,
Se croit deja victorieuse.
2
GALANT. 81
:
Mais ses deſſeins mal concertez
Sontàpeineproduits,qu'on les voit avortex,
Ilsla laiſſent embarassée
S'égarer sans repos de pensée en pen-
Sée.
***
Demêmeque ces feux errans
Que dans les nuits les plus fereines,
Lors que la chaleur regne , on voit an
grédesvents
Voltigerau milieu des Plaines,
Leur éclat n'est qu'unevapeur
Qui n'any forse ny chaleur ,
Et comme un moment la voit nai
Stre;
Vn moment la voit disparoiſtre.
400
Trop foibles Ennemis d'un ſi vaillant
Heros,
Vous voyezce qu'il peut pour punir l'ar
rogance,
Finiſſez, finiffez vos orgueilleux prow
poss
Et recourezàſa clemence.
Il est prest à vous pardonner,
Etce qui doit vous étonner,
Ce Vainqueurfi puiſſant content deſavi-
Stoire, Dv N'a
82 MERCURE
N'a point d'autre intereſt que celuy defa
gloire.
Maispour vous genéreux Loüis,
Que ce trait de vostre clemence
Se répande auſſi loin que va voſtre vaillance
,
Et le bruit éclatant de vos Faits inoüis
Ministre de ce grand Ouvrage,
COLBERT , qui dans tous vos Emplois
Servez utilement le plus puiſſant des
Roys,
Recevez ces Vers pour hommage.
Sa gloire estvoſtre unique objet,
MaMuse en afait ſon Sujet ,
Dans le ſeul desseinde vous plaire.
Peut-estre qu'elle a pris ſon vol un pew
trop haut ;
Maissi chanterſon Nom c'est estre teméraire,
Qui ne tombe aujourd'huy dans lemesme
defant ?
Sagloire va par tout,la Terre en est remplie.
Iln'est Peuble barbare , it n'est Desert
affreux,
V
GALAΝ Γ . 8
Qui dans sa langue nepublie
De l'Auguste Loüis le Nom victorieux.
Mais fur tout c'eſt icy que d'un air doux
tendre
Mille Chantres fameux , mille Apollons
nouveaux ,
Enflent pour luy leurs Chalumeaux ;
Leur Concert est charmant , venez , venez
l'entendre .
Puis que vos ſoins nous ont acquis la
Paix,
Venez du Grand Loüis partager les
bienfaits ,
Apres une si longue absence.
Il vous offre un repos Selon nos justes
voeux
Deſſus les Fleurs de Lys , parmy nos
Demy-Dieux.
C'est une digné récompense
Devosfervicesglorieux ;
Iouiffez en long-temps pour le biende la
Francei,
Et lefecours des Malheureux.
84 MERCUR E
Je vous ay parlé du choix que
l'Academie Françoiſe avoit fait
de Monfieur l'Abbé Colbert
pour réplir la place de feuMonſieur
Eſprit . Le Voyage de Fontainebleau
fut cauſe qu'il diféra
le téps de ſa Receptionjuſqu'au
dernier jour de l'autre Mois.
Cette Ceremonie ſe fait dans le
lieu ordinaire de leurs Affemblées.
C'eſt une Salle du Louvre
, où l'on voit les Tableaux
des Protecteurs de cette celebre
Compagnie , qui font celuy du
Roy , & ceux de Monfieur le
Cardinal de Richelieu ſon Inſtituteur
, & de feu Monfieur le
Chancelier Seguier qui luy a
fervy de Protecteur apres luy.
On y voit auſſi celuy dela Reyne
de Suede.Lors que cette grade
Princeſſe vint à Paris , elle
voulut ſe trouver àune Seance
de
GALANT. 85
de l'Academie,& elle fut ſi ſatisfaite
des ſçavantes lumieres que
luy découvrirent ceux qui com-
- poſoient cet Illuſtre Corps , que
pour marque de ſon amitié , elle
leur fit l'honneur de leurenvoyer
fon Portrait. Cette Salle eft ouverte
à tout le monde chaque
fois qu'on reçoit un Académicien
nouveau.Ainsi la fouley eſt
ordinairement fortgrade,& particulierement
quand c'eſt une
Perſonne diftinguée par la qualité.
Vous jugez bien par là que
l'Affemblée ne pouvoit étre que
tres-nombreuſe le jour où Mr
l'Abbé Colbert fut reçeu. L'enviede
vous entretenir de ce qui
s'ypaſſa comme témoin oculaire,
m'y fit chercher place de fort
bonne heure. Je ne vous rediray
point ce que je me souviens de
vous avoir déjadit,qu'une partie
de
86 MERCURE
de l'Académie Françoiſe eſt
compoſée de Perſonnes du Premier
Ordre par leur naiſſance &
par leurs emplois, tant dans l'Eglife
& la Robe,que dans l'Epée .
Si l'autre partie n'eſt pas d'un
rang ſi élevé,elle ne voit rien, ou
ne doit rien voir au deffus d'elle
pour ce qui regarde l'Eſprit ; &
l'Eſprit eſt tellement eſtimé,que
quoy que ces Meſſieurs foient
avec les premiers du Royaume ,
il n'y a neantmoins aucune diſtinction
entre eux pour les
rangs. C'eſt le fort qui décide
tous les trois mois des Charges
de l'Académie . Il y en a trois,
qui ſont celles de Directeur , de
Chancelier , & de Secretaire .
Je croy , Madame , que vous ne
ferez point fâchée que je vous
inſtruiſe de ces particularitez ,
puis que je vous parle d'un
Corps
GALAN T. 87
Corps qui eſt reçeu à l'audiance
du Roy avec les mêmes cerémonies
que les Compagnies
Souveraines. Ce n'eſt pas d'aujourd'huy
qu'il eſt en confidération.
On le peut connoître par
le Livre qui s'eſt fait il y a déja
vingt- cinq ou trente ans, de fon
Inſtitution , &de ſes Statuts. If
porte pour titre , Histoire de l'Académie
Françoise,& eft deMonfieur
Peliſſon qui n'eſtoit pas encor
Academicien. Ses Regles
font,que celuy qui a eſté choiſy
pour remplir une des Places vacantes,
doit faire un Compliment
àla Compagnie en forme deRemercîmét.
Comme le Roy en eft
preſentement le Protecteur , &
queles grandes chofesqu'il afaites
, & qu'il continuë de faire
tous les jours,donnét lieude parler
de luy dãs toutes les Actions
publi
88 MERCURE
publiques, les Académiciens qui
font reçeus font ce Remercîment
en peu de paroles , afin
d'avoir plus de temps à s'étendre
ſur le Panegyrique de ce
grand Prince. Il en faudroit
beaucoup , quand il ne s'agiroit
que de l'ébaucher. Celuy
qu'on reçoit eſt afſis au bour
d'en bas de la Table , parce que
n'ayant point encor eu de place
dans l'Académie , il ſemble
qu'il ne la doive prendre qu'apres
ſa Reception . Le Directeur
eſt vis- à- vis de luy à l'autre bout
de la Table, ſeul de toute l'Académie,
aſſisdans un Fauteüil.Les
Officiers font à ſes coſtez , &le
reſte des Académiciens fur des
Chaifes autour de la Table Pluſieurs
Evêques ſe placerentderriere
ces Illuſtres Sçavans,lejour
queje viens de vous marquer. Il
y
GALANT. 89
y avoit avec eux un grand nombre
de Perſonnes de la premiere
Qualité.Le reſte de la Salle étoit
remply indiféremment de toute
forte deGens dont beaucoup ſe
pouvoient väterd'un mérite genéralement
reconnu. Mr l'Archeveſque
de Paris,Mr Colbert,
& Mr l'Abbé fon Fils,eftantentrez,
ce dernier eut à peine pris
fa place , que fans ſe donner le
tempsde reſpirer apres avoir traverſé
une grande foule , il commença
ſon Compliment.Je l'entendis,&
j'en fus charmé. Vous
perdez fans doute beaucoup de
ce que ma mémoire ne m'eſtpas
affez fidelle , pour me donner
-lieu de vous faire un exact rapport
des belles choſes qui furent
dites. J'en croy ſçavoir l'ordre,
mais les termes m'ont échapé,
& c'eſt dans les termes que
confi
१०
MERCU ER
conſiſte la perfection d'une Pie
ce d'éloquence. Ce que je vous
vay dire de celle cy , ne laiſſfera
pas de vous en donner de grandesidées,&
de vousayderàconcevoir
, ce qu'elle pouvoit eſtre
dans la bouche de Mr l'Abbé
Colbert , qui la prononça avec
autant de fermeté que de grace.
Il dit d'abord , Qu'il avoitbeaucoup
de joye deſe voiradmis dans
l'Illustre Corps de l' Academie,mais
qu'en meſme temps fon peu de mérite
luy donnoit une juſte crainte
de ne pouvoir remplir dignement
la place de celuy dont elle lefai-
Soit Succeffeur ; Qu'il croyoit
pourtant qu'elle n'avoit pas fait
choix de fa Perſonne fans avoir
usé de discernement. Il adjoûta
pour expliquer ſa pensée, Que la
gloire qu'ils s'estoient tous acquiſe
dans l'Empire des belles Lettres, ne
pouvoit
GALANT.
91
4
pouvoit plus recevoir d'augmentation;
Qu'ils avoient choisy juſquelà
aſſez de Gens d'un mérite déja
-étably , qui pouvoient leur commu-
-niquer leurs lumieres , Qu'ils ne
devoient plus fonger à l'avenir
qu'à former des Diſciples qui en
profitant de celles qu'ils leur donneroient
, püſſent ſoûtenir l'éclat
qui rendoit leursçavante Compagnieſtrecommandable,
& que comme
il ne doutoitpoint que ce ne fust
-dans cette venë qu'ils avoientjetté
les yeux fur luy , il eſperoit
qu'avec tant d'habiles Gens , te
temps luy seroit d'un grandSecours
pourlefairedevenir ce qu'ils avoiēt
deffein de le rendre. Ildit enſuite,
Qu'il pouvoit au moinsfe vanter
d'avoir toutes les qualitez requiſes
dans un bon Diſciple , puis qu'il ne
manquoit ny de docilité ny de
foûmiſſion , & qu'il commençoit
mesme
1
92
MERCURE
mesme d'en donnerdes marques, en
fe foûmettant à des Loix qui luy
impofoient la neceffité deſeprodui
re d abord en la presence de tantde
Grands Hommes qu'il auroit en be.
Soin d'écouter long- temps avant
que d'ofer parler devant eux , ne
JeSentantpas un mérite affezfort
pour s'y bazarder, s'il luy avoit
efté permis de ſe taire; Qu'ilfçavoit
qu'il auroit dûfaire l'Eloge
de l'Académie , & du Cardinal
de Richelieu fon Instituteur , qui
ayant toute la confiance de fon
Maître,&par là toutes les Affaires
de l'Etat&de la Religion, qui
estoient alors tres- grandes ,fedélafſoit
dans l'Académie , ou avec
les Ouvrages des Académiciens,de
fes grandes&férieuses occupations.
Qu'il auroit dû loüer feu Monfieur
le Chancelier Seguier , premier
Protecteur de cette celebre
Com
GALANT.
93
Compagnie , & qui pendant trente
trois années avoit poſſedé la
plus importante Charge de Iuftice
avec une conduite & une prudence
qui n'avoit rien d'égal que fon
zele, mais qu'en regardant Loüis
LE GRAND , LOUIS L'INVINCI
BLE, LOUIS LE CONQUERANT,
aujourd'huy leur Auguste Prote-
Etcur , l'éclat de sa gloire qui
l'occupoit tout entier ne luy laiffoit
point détourner les yeux fur
d'autres Objets . De là , il entra
inſenſiblement dans tout ce
que ce Monarque a fait depuis
la Guerre commencée en 1672 .
Il parla du paſſage du Rhin , &
dit , Que ce Fleuve tout rapide
qu'il eſt , n'avoit pû arreſter les
Armes de ee grand Prince; Que
malgré l'obstacle que devoit
former à ses deffeins l'oppoſition
de ce Rampart , il n'avoit pas
Laisse
-94 MERCURE
laiſſé d'entrer chez les Ennemis ;
Qu'il avoit pris d'abord trente de
leurs plus-fortes Places , & que les
Digues des Hollandois n'eſtantpas
Suffisantes pour retenir ce torrent
de valeur, ils s'estoient veus contraints
de rompre ces mesmes Digues
ausquelles l'Art & la Nature
avoient travaillé depuis plus de
cent ans. Il parla enſuite de toutes
les Victoires du Roy pendantcette
Guerre , & fit voir de
quelle maniere il avoit joint par
tout la prudence & la conduite,
au courage & à la valeur. Il dépeignit
les deux Conqueſtes de
la Franche Comté dans des faiſons
rigoureuſes, où ce Prince eftoit
expoſé à toutes les injures du
temps. Il parla de ce que ſa préſence
avoit fait faire au Regimet
desGardes, dont les Soldats mõtez
lesuns fur les autres, avoient
en
GALANT .
95
en plein jour forcé la Citadelle
de Besançon à ſe rendre ; entrepriſe
dans laquelle de grands
-Capitaines avoient échoüé. Il fit
- connoiſtre que chaque année ,
chaque mois , chaque jour , cet
incomparable Monarque avoit
triomphe , & s'étendit ſur ladefcription
de la priſe de Valenciennes.
Il en fit une peinture admirable
, & fur tout de la frayeur
que ce Peuple devoit avoir en ſe
voyant ſur le point d'eſtre abandonné
à tout ce qu'une Ville
priſe d'aſſaut doit attendre d'un
Soldat vainqueur , & naturellement
inſolent.Il finit cette peinture
, en faiſant voir de quelle
maniere le Roy eſtoit obey , &
que par ſa clemence qui empefcha
le pillage , il avoit trouvé
dans la Victoire quelque choſe
de plus beau que la Victoire mê
me.
96 MERCURE
me. Apres avoir parlé de toutes
les Conqueſtes de céte année-là,
il paſſa à celles de l'année ſuivante.
Il dit , Qu'au milieu de l'Hyver,
malgré des Defefperez qui estoient
juſque-là demeurez neutres , &
qu'onsçavoit eſtreſur lepoint deſe
déclarer , le Roy avoit esté atta
quer un des plus forts Ramparsdes
Ennemis. Il parla en ſuite de la
Paix qu'il a donnée, & fit voir la
beauté & la genérosité de cette
Action qui couronnoit toutes
les autres ; apres quoy il finit ,
en difant , qu'il n'appartenoit
qu'à Meſſieurs de l'Académie de
parler dignementdes merveilles de
cet Auguste Monarques & que
pour luy , ilse contentoit de les admirer.
Quel plaifir pour vous ,Madame
, fi vous aviez entendu ce
Panegyrique , dont ce que j'en
ay
GALANT.
97
ay pû recueillir n'eſt qu'une
ébauche toute imparfaite ! La
modeftie de Mr. l'Abbé Colbert
à ne fe regarder que comme
Diſciple dans l'illuſtre Corps où
il avoit eſté ſi genéralement
ſouhaité , charma toute l'ΑΓ
ſemblée . Jamais on n'en a tant
fait paroiſtre avec de ſi juſtes
ſujets de vanité . Mais on n'en
doitpas eſtre ſurpris. Les exemples
de ſa Famille qu'il a tous les
jours devant les yeux , luy ont
fait voir que cette vertu n'eſt
pas incompatible avec le mérite,
& que ſi c'eſt une qualité que
beaucoup de grands Hommes
ont negligée , elle n'eſt pourtant
pas indigne d'entrer parmy celles
qui font les grands Hommes.
Je paſſe à ce que le Direteur
de l'Académie luy répondit
de ſa part. Le Sort qui décide
Novembre.
E
98 MERCURE
tous les trois mois de lélection
des Officiers , avoit rendu juſtice
aumérite deMonfieur Racine ,
en le mettant dans ce Poſte glorieux
, & plus glorieux encor ce
jour-là par l'avantage qu'il eut
de parler devant une fi belle &
fi illuſtre Aſſemblée. Cet avantage
eſt grand quand on eſt affuré
qu'on ne peut diré que de
belles chofes , & qu'on n'a pas
lieu de douter que tous ceux
qui écoutent n'en- foient convaincus.
Voicy donc ce que réponditMonfieur
Racine.Si ce ne
font pas les meſmes paroles, ç'en
eſt à peu pres le fens. Il dit d'abord,
Que le hazard l'avoit mis
dans une place oùson mérite ne
l'auroit pas élevé : Et s'addreffant
àMr.l Abbé Colbert,il le remercia
au nom del'Académie &
des belles Lettres , de l'honneur
qu'il
GALANT .
وو
qu'il avoit bien voulu leur faire,
& repeta meſme , Que l'Academie
tenoit à honneur de l'avoir
dansfon Corps. Il adjoûta , Queles
Portes en estoient ouvertes au mérite
, & que connoissant le fien ,
elle luy avoit voulu épargner la
peine de folliciter. Il le loua
enſuite fur le Cours de Philofophie
qu'il avoit enſeigné , &
de ce qu'ayant raſſemblé l'ancienne
& la moderne , & fuprimé
des termes barbares , pour
faire connoiſtre des ſolides veritez
, il avoit fait voir Ariftote ,
dont juſqu'icy on n'avoit veu
que le Phantome.Il adjoûta à céte
loüange celles qui estoient
deuës à toutes les Actions qu'il
avoit faites en Sorbonne. Il dit ,
Quejusque- là lAcadémie l'avoit
admiré , mais que l'ayant entendu
prescher depuis avec toute la
}
Eij
100 MERCURE
délicateſſe de la Langue,elle avoit
jetté les yeuxfur luy , perſonnene
pouvant estreplus propre à celebrer
les Surprenantes merveilles du Roy
qui les accabloient de trop de matiere.
Iltombade là fur les Conqueſtes
de Sa Majesté , & dit ,
Que ce ne seroit pas l'Académie
qui feroit vivre les Actions de ce
grand Monarque , mais qu'elles
estoient si éclatantes & fi extraordinaires
qu'elles rendroient leurs
Ouvrages immortels. Il parla de
la Paix qui eſt encor plus glorieuſe
au Roy que la Guerre, &
dit , Qu'il l'avoit donnée en un
moment, les diférens Interests ne
pouvant s'accorder à Nimegue ;
Mais qu'il n'oſoit entreprendre de
donner à cette Action les loüanges
qu'elle méritoit, apres ce qu'en venoit
de dire Monsieur l'AbbéColbert
, dans le discours duquel on
avoit
GALANT. I
avoit connu non ſeulement ſon éloquence
, mais la paſſion qu'il avoit
commune avec tous ceux defa Famille
, pour le ſervice de Sa Majesté.
Il prit là-deſſus occafionde
loüer le zele que toute cette
Maiſon a pour le Roy à l'exemple
de ſon Chef. Il dit , Que ce
Chef Illuſtre avoit Enfans , Freres
&Neveux , qui dans leurs divers
Emplois n'oublioient rien pour le
Seconder; Que parmy eux on trouvoit
des Testes & des Bras qui
s'employoient avec une égale ardeur
pour la gloire de cet Auguste
Monarque : Qu'on en voyoit dans
LeConfeil, dans les Armées , &fur
les Mers ; & que la Navigation
qui juſque- làne nous avoitpas eftétout-
à-fait connuë, commençoit
arendre la France redoutable depuis
queMonficur Colbert y donnoit
fesfoins. Il finit,en difant àMon-
E iij
102 MERCURE
fieur l'Abbé fon Fils , Qu'il trouveroit
dans tous ceux qui compofoient
le Corps de l'Académie , ce
même esprit & ce même zele pour
le Roy qu'il voyoitfi genéralement
répandu dans sa Maiſon ; & que
leDictionnaire qui paroiſſoit une
matiere auſſi ſeiche qu'épineuse,
leur devenoit agreable, parce que
toutes les fyllabes estoient autant
d'instrumens qui ferviroient à
porterlagloire du Roy juſque dans
lapoſteritéla plus éloignée.
Les applaudiſſemens qu'on
donna tout haut à ce diſcours,
furent grands, & firent voir que
chacun ne connoiſſoit pas moins
que Mr. Racine, les veritez qu'il
venoit de dire de la Maiſon de
Mr. Colbert. Le bruit que cauſa
lajoye que toute l'Aſſemblée en
reffentit , eftant ceffé , le mefime
Mr. Racine , comme Directeur
de
GALANT.
103
de l'Académie , demanda aux
Académiciens s'ils avoient quelque
chofe à lire. Cette demande
ſe fait toûjours dans leurs Actions
publiques. Il n'y a qu'eux
qui ayent ce droit de lecture .
Ils la font affis , couverts ,& le
papier à la main.
Monfieur l'Abbé Cotin com
mença par un Diſcours de Philofophie.
ll le fit fur ce queMonfieur
l'Abbé Colbert qu'on recevoit
ce jour- là , eſtoit un treshabile
Philofophe. Il n'en lût
qu'une partie , ſon âge ne luy
laiſſant pas affez de voix pour ſe
faire entendredans une fi grande
Affemblée.
Monfieur Quinaut lût enſuite
deux petits Ouvrages de Vers .
Il y en avoit un fur la modeſtie
deMr Colbert qui fuit toute forte
de loüanges , & qui n'aime à
Eij
104 MERCURE
entendre que celles du Roy. I
finiſſoit par une tres-belle penſée
qui faiſoit connoiſtre que ſi
ce zelé Miniſtre ne pouvoit foufrir
que les loüanges de fon Maître,
l'admirable Panegyrique que
venoit de faire un autre luymeſme,
avoit dû luy donner une
extréme joye .Le ſecond Ouvrage
de Monfieur Quinaut eſtoit
tout entier à l'avantage deMonfieur
l'Abbé Colbert, fur ce que
dans le bel âge il avoit uny les
belles Lettres au profond Sçavoir.
Apres qu'il eut achevé,Monfieurl'Abbé
Furetiere fit entendre
quelques Vers ſur pluſieurs
endroits de la Vie du Roy, pour
ſervir d'Inſcriptions à un Arc de
Triomphe , dont il a fait le defſein
il y a déja quelque temps.
Vn Dialogue de la Paix,& de
la
GALAN Τ .
105
la Victoire , fût lû par Monfieur
Boyer . Il eſt plein de loüanges
pour le Roy,& reçeut de grands
applaudiſſemens .
D'autres Vers de Monfieur
de Corneille l'ainé fur la Pax,
furent écoutez avec beaucoup
de plaifir. On y remarqua de ces
grands traits de Maiſtre qui l'ont
fi ſouvent fait admirer , & qui le
réndent un des premiers Hommes
de fon Sieele .
, tant
Monfieur le Clerc lût apres
luy diférens Ouvrages de Poë
fie , & s'acquit l'approbation de
cette grande Aſſemblée
par la maniere dont il les recita,
que par leur propre beauté. La
fin de l'un marquoit à l'avantage
du Roy , que fi cet Invincible
Monarque n'avoit pas conquis
le Monde , il avoit fait voir
qu'il avoit eſté en pouvoir de le
ひじEv
১১
106 MERCURE
conquerir. Il s'eſtoit rencontré
avec Monfieur Quinaut dans
un autre fur la modeſtie de
Monfieur Colbert , qui luy faifoit
rejeter toute autre loüange
que celles du Roy. Il en lût un
troiſiéme dont la derniere penfée
eſtoit qu'on devoit regarder
le Siecle de Loürs comme celuy
des merveilles. Cette penfée
tomboit ſur Monfieur l'Abbé
Colbert dont l'eſprit eſt un
prodige à ſon âge , & qui en a
donné des marques ſur toute
forte de matieres, que les plus
éclairez ne donnent ſouvent
qu'apres de longues années. Il
finit ce qu'il avoit à faire voir
par la lecture d'une Paraphraſedel'Exaudiat
.Monfieur Charpentier
parla le dernier ; & come
lamatiere des Ouvrages qui ſe liſent
publiquemet dans ces jours
de
GALANT.
107
de Reception n'eſt jamais fixée,
il fit entendre une Traduction
qu'il a faite du Miferere.Elle est
reſſerrée en peu de Vers , & fut
extrémement applaudie,J'aurois
pû vous envoyer une partie de
ces Pieces,maisj'ay tantde choſes
à vous apprendre ce Moiscy
, qu'elles rendroient ma Let
tre trop longue. Il ſuffit que vous
en ayant marqué les principales
penſées , je vous aye donné lieu
de juger de leur beauté. Il y a
une reflexion à faire . Plufieurs
de ceux que je vous viens de
nommer , ſe ſontattachez à vanter
la modeſtie de Monfieur
Colbert dans leurs Ouvrages,
&ils ne peuvent l'avoir fait fans
qu'ils ayent reconnu que cette
vertu eſt particuliere à ce grand
Miniſtre. On ne ſe rencontre
jamais dans une meſme pensée,
que
108 MERCURE
que ſur des veritez inconteftables.
Adire vray , les loüanges
ne ſemblent eftre que pour ceux
dont on peut ignorer les actions;
mais celles des grands Hommes
que ſa Majesté employe dans les
Affaires les plus importantes
de l'Etat , font trop en veuë,
pour eftre cachées à perſonne;
& comme elles parlent d'elles
meſmes , & que l'heureux fuccés
de tous les deſſeins du Roy,
fait connoiſtre l'exactitude , le
zele , les foins , & la prudence
de ceux qui le ſervent, on chercheroit
inutilement à les loüer
autant qu'ils méritent ; ce ne ſeroit
qu'apprendre au Public ce
qu'il ſçait déja . Monfieur Charpentier
ayant achevé de lire ,
toute l'Aſſemblée fortit , fort fatisfaite
des belles choſes qu'elle
avoit entenduës ; & comme elle
en
GALANT. 109
en eſtoit toute remplie , les applaudiſſemens
réſonnoient de
tous coſtez en faveur des Illuftres
de l'Academie .
On ſe regle ſouvent fur les
Saiſons pour les Airs qu'on fait.
C'eſt ce qui a donné lieu àMonſieur
du Parc de faire celuy - cу
fur celle où nous ſommes. Divertiffez
- vous à le chater aupres du
feu,fi vous ne voulez pas y écou
ter ceux qui vous diroient avec
plaiſir que vous étes belle & aimable.
N
MENUET.
Ecroyezpas, jeune Bergere,
Que l'Hyver ait banny les plaiſirs de
ce lieu.
On fait l'amour aupres du fea.
Aufſi bien que sur la fougere.
Tad
HO MERCURE
J'adjoûte à cette Chanſon une
ingénieuſe Galanterie qui ne
ſçauroit manquer devous plaire.
Vous avez le gouſt trop bon
pour n'eſtre pas fatisfaite & de
l'enjoüement des penſées , & de
la facilité du ſtile .
F
PROPOSITION
DE MARIAGE
ENTRE
UN LINOT
ET UNE LINOTE.
A Madame R.
J'Ay dans ma
Chambre une Femelle
Ieune, amoureuse, tendre ,&belle
Qui voudroit bien semarier.
le connoisſon envieàson petit bec pâle.
Sçachez un peu de vostre Mâle
S'il ne veut point saparier
Si vous voulez ſçavoir&Son bien &Son
24
age Je
GALANT. LIE
Ie vay vous le dire en un mot .
Elleafix mois , pas davantage.
Toutfon bien est un petit Pot.
Fait d' une coqued'Escargot
Avec une petite Cage.
Au reste elle
>
fur toujours fage
LYONE
*1893*
Etmalgré de certains Efprits
Le trop licentieux langage,
Ellen'eut jamais de Petits.
L'Oyſeleur qui me l'a venduës
M'afait voir qu'elle est descenduë,
D'unefort honneste Maison,
Etquesa Race est répanduë
Audelà de nostre horizon .
Ilm'a fait touteſon histoire ,
Et si j'avois de la memoire,
Ie pourrois bien vous repéter
Tout ce qu'ila ſçeum'en conter:
Comme en ce Pais chacun cause,
Et que de peu l'onfait grand choses
Ilne fautpas vous alarmer ,
Si l'on dit qu'elle ſcent aimer,
Caril est vray , je le confeffe.
Unjeune Oyſeau deméme espece,
Alafaveur d'un Air nouveau
Ietta dans sonpetit cerveau
Quelque femence de tendreffe.
Elle le tint lebec dans l'eau ,
Mais
MERCURE
Mais l'emplumé Godelureau
Qui laperfecutoit fans ceſſe ,
Voulant la derniere faveur,
La trouva Femelle d'honneur,
Et ne peut l'obliger à manquer de Sageffe
Dont il euttres-grand mal au coeur .
Ecouter un Amant , rire desa fteurete
,
C'est le vray tour d'une Coquette :
Mais comme elle estoit jeune ,elle nefçavoitpas
১.
Qu'ilfalloit éviter ce pas ,
Et que par la Coqueterie ,
Hommes , Oyseaux , tout se décrie.
Du depuis un Serin verd comme un Perroquet
,
leune , badin ,joly , coquet ,
Superbe , &fier defon plumage,
De quelques tendres tons embellit fon
ramage ,
Pour l'enyorerdefon caquet :
Mais elle luy fit bien connoistre
Que ce qu'ilfaisoit pour paroiſtre ,
Son air ,ſon chant , &ſa façon,
N'estoient qu'unepure Chanson
Qui n'éblouiſſoit point savenë,
٢٠٠٠٠٢٠
Et
GALANT. 113
:
Et qu'elle ne seroit émeine,
Ny ne souffriroit plus d'Amant ,
Que par un établiſſement,
C'est àdire pour mariage.
Depuis elle afait davantage.
Quandelle a vescu dansles Bois ,
Dans les lardins , à la Campagne,
Elle a ſçeu faireun ſage choix
D'une irreprochable Compagne.
On la vit s'éloigner toûjours
Dela libertine Fauvette,
Dont on connoit l'hiſtoriette,
Pour paſſerla plupart des jours
: Chez l'Hirondelle on l' Aloisete.
• Cette Piece eſt de Monfieur
Corps de Troyes en Champagne,
qu'une diſgrace impreveüe
tient preſentement arreſté dans
laConciergerie. Il eſt aiſé de voir
à la liberté d'eſprit que luy laiſſe
ſa prifon , qu'il ne sçauroit eſtre
que malheureux Ceux qui ont
quelque choſe à craindre dans
un lieu , où ils ne peuvent éviter
un Jugement Souverain ,
n'ont
114
MERCURE
n'ont jamais la tranquillité qui
eft neceſſaire pour imaginerun
Ouvrage auffi galant que celuy
de ce ſpirituel Priſonnier .
La France me fournit tant de
nouvelles , que je vous entretiens
rarement des Etrangeres .
Cependant je ne puis m'empécher
de vous apprendre un incident
particulier , auquel les
MécontensdeHongrie ontdonné
lieu . Il vous fera connoiſtre
qu'il ne faut pas toûjours juger
del'intention ſur les apparences.
Ces Mécontens paſſant il y a déja
quelque temps parles Terres
d'un Preftre , nommé Jofuas ou
Jofeph , ce Jofuas qui eſt un
Hommed'eſprit, hardy , refolu ,
&qui ſe voyoit fort accommodé,
leur fit ſçavoir que loin de ſe
retirer come la plupart des autres
, & d'emporter avec luy ce
qu'il
GALANT.
r
qu'il avoit demeilleur, il demeu
reroit dans ſes Terres pour les
regaler , pourveu qu'ils voulufſent
luy promettre de n'y faire
aucun dégaſt. La propoſition
leur parut d'un galant Homme,
& ils luy promirent ce qu'il demanda.
Les Mécontens pafferent.
Jofuas les regala , & quoy
que l'Aſſemblée fut fort nombreuſe
, il s'en acquita ſi bien
que rien ne manqua à la reception
qu'il leur fit. Les Mécontens
tinrent leur parole , & partirent
fort fatisfaits de fon procedé. A
quelque temps de là , les Imperiaux
commandez par le General
Virmena, vinrét ſur les terres
de Jofuas,& le regardant comme
ennemy,parce qu'il avoit régalé
leurs Ennemis , ils le ruinerent
entieremet , ſans confiderer que
ce n'étoit pas être criminel qu'a
voir
16 MERCURE
voir eu l'adreſſe de s'exempter
du pillage, en donnant de bonne
grace beaucoup moins qu'il
n'auroit perdu en ſe retirant.Ce
General ne fe contenta pas de
cette rigueur. Il le mal-traita
dans ſa Perſonne,& le fit mener
en priſon. Il a trouvé moyen d'en
fortir, & pour s'en vanger il s'eſt
mis avec les Mécontens , dans
l'Armée deſquels l'exercice de
la Religion Catholique eft libre .
Il eſt entré dans la Moravie à
la teſte de deux mille Chevaux,
& en a fait fuïr la plus grande
partie des Habitans par delà le
Danube.De cesdeux milleChevaux
il en a choify deux cens,&
a eſté facager & brûler tout ce
qu'il a ſceu qui appartenoit au
Genéral Virmena. Il a paffé en
fuite en Silefie,où il a fait un tresgrand
degaft. Comme il eſt
Homme
GALANT.
117
1
1
Homme de réſolution , la Cour
de Vienne fait tout ce qu'elle
peut pour luy faire quiter le Party
qu'il a embraſſe, & il ne tient
pas à des offres avantageuſes
qu'elle ne repare ce que le Genéral
Virmena a cauſe de mal
en le traitant de coupable fur
de fauſſes apparences .
: Ceux qui ſervent fidellement
le Roy d'Eſpagne , ont tout fujet
de ſe loüer de D.Juan. L'état
où ſe trouvent depuis long
temps les Affaires de ce grand
Royaume , qui ne ſont pasmeſme
encor rétablies , ne l'a point
empefché de fairedonner par Sa
Majesté Catholique des récompenſes
à ceux qu'il a crû quien
meritoient. Le Duc de Villa-
Hermoſa,le Comte de Rache ,le
Prince de Vaudemont,Monfieur
de Louvignies , & D.Francifco-
Marcos
:
718 MERCURE
Marcos de Velafco,en ont eu de
cófiderables . S'ils ne lesont point
acquiſes par des grandesactions,
le deſir qu'ils avoient d'en faire ,
& l'excés de leur zele , les rendoient
dignes de ce qui a eſté
fait enleur faveur. C'eſt ſouffrir
affez que d'eſtre toûjours malheureux.
Au moins quand on
réüſſit, la gloire qu'on en reçoit,
&la fatisfaction fecrete qu'on en
a , peuvent tenir lieu de récompenfe
; mais fi on ne leur en euſt
donné aucune , apres qu'ils ont
employé tous leurs efforts pour
détourner l'orage qui eft fi fouvent
tombé fur eux , c'euſteſté
les punir de toutes les vertus po-
Hriques & militaires de Loüis
LE GRAND Ce qu'ils ont fait
leur euft affuré la victoire contre
tout autre Ennemy, & il leur
doit avoir beaucoup plus couſté
COLA LA
de
GALANT .
119
de ne l'avoir pas remportée,puis
qu'outre les meſmes fatigues , ils
ont efluyé des chagrins qui n'ac.
compagnent jamais les Vainqueurs.
Madame la Ducheffe de San-
Pedro , & Madame la Marquiſe
de Quintana, accompagnées de
Mr le Duc de San- Pedro, Mary
dela premiere,ont paffé par cette
Ville pour prendre la route
d'Eſpagne. Elles font Filles de
Mr le Marquis de los Balbazes
premier Ambaffadeur de faMajeſté
Catholique à Nimegue, &
qui doit fuccederà Monfieur de
Villa - Hermoſa au Gouvernementdes
Païs Bas apres la Paix
generale. La derniere eft une
jeune Perſonne de ſeize ou dixſept
ans , qui a eſté mariée à
Vienne par Procureur , & qui
s'en va trouveren Eſpagne le
Mar
120 MERCURE
Marquisde Quintana ſon Mary.
C'eſt un jeune Seigneur âgé de
dix-neuf à vingt ans, de grande
qualité ,& fort riche. Ces deux
Mariez ne ſe ſotjamais veûs que
par les Portraits qu'ils ſe ſont envoyez
l'un àl'autre.L'Epoux viédra
au devant de la jeune Marquiſe
ſa Femme , juſqu'à S.Jean
de Luz , & quand on l'aura miſe
entre ſes mains,le Duc & la Ducheſſe
de San-Pedro doivent
revenir à Nimegue , aupres de
Monfieur le Marquis de los Balbazes.
Ces Dames ont reçeu à
Valenciennes, à Cambray, à Peronne,
àGentilly , &dans toutes
les Villes & lieux de l'obeïſſance
duRoy où elles ont paffé ,tous les
honneurs qui font deûs à leur
naiſſance & au mérite de leurs
Perſonnes. Elles ont eſte ſalüer
Leurs Majeſtez à Verſailles , &
quoy
GALANT. 121
+
quoy qu'elles attendiſſent beaucoup
de l'honnêteté du Roy,elles
l'ont trouvé civil pour elles au
delade ce qu'elles ſe l'étoiét promis.
Apres avoir veu tout ce qu'il
y a debeau à Verſailles,elles vinrent
à Paris,où elles ſe donnerent
ledivertiſſement de l'Opéra. La
galanterie Françoiſe ne les furprit
point.Elles avoient déja cómencé
à connoître la France à
Nimegue, car la galanterie regne
par tout où il y a des François.
Comme ils la communiquent à
toutes les autres Nations,ils font
cauſe que cette Ville,où les Miniſtresde
tat de Souverains font
aſſemblez , eſt devenuë une Villede
plaiſirs & de Parties agreables
, parles Régals qui s'y ſont
donnez , & qui continuent à s'y
donner toutes les Semaines . La
ſocieté que ces agreables Parties
Novembre. F
122 MERCURE
ont fait lier, n'a pas peu cõtribué
àétablir de l'amitié & de l'union
entre la plupart des Ambaſſfadeurs
& Ambaſſadrices . Madame
Colbert , qui ne ſe fait pas
moins diftinguer par la magnificence
qui accompagne tout ce
qu'elle fait , que par ſon admirable
conduite , a donné lieu à ces
Divertiſſemens. Quelques autres
Dames Ambaſſadrices , &
particulieremet celle d'Eſpagne
& de Dannemarc , l'ont imitée.
Ainfiles Affemblées de divertifſemet
ont alternativement cõtinué
chez elles tous les jours de
chaque Semaine, par le Jeu , par
leBal, &par des Collations magnifiques.
Il s'en donna une le 22.
du Mois paffé chez Mr Colbert,
où il parut de ſi grandes démonſtrations
de joye de la plupart
des Ambaſſadeurs & Miniſtres
qui
GALAN T. 123
qui s'y trouverent, que ces marques
extraordinaires de fatisfaction
jointes aux Santez qui s'y
bûrent, firentdéslors eſpererque
la Paix de France, d'Eſpagne , &
de Hollande , feroit bientoft fuivie
de la genérale.Les Ambaſſadeurs,
qui dans le Cabinet ont fi
bien executé les ordresde leurs
Maîtres, n'ont pas moins de part
à cette Paix,que ceux qui en expoſant
leur fang , & en gagnant
des Victoires , l'ont fait ſouhaiter
à nos Ennemis. On peut
meſme dire que Madame Colbert
, par les Divertiſſemens
que les autres Ambaſſadrices
ontdonnez à ſon exemple,a commencé
d'unir des Miniſtres que
des intéreſts bien diférens te
noient diviſez ,&que pendatque
M. Colbert fon Mary travailloit
avec une entiere application à
Fij
124
MERCURE
la grande Affaire de la Paix,elle
travailloit de ſon coſté à entretenir
entre les Parties l'intelligence
qui leur eſtoit neceſſaire
pour traiter agreablement. Les
Ambaſſadrices ne ſe divertifſoient
pas ſeules , les Ambaſſadeurs
estoient quelquefois de la
partie , & fe délaſſoientdans ces
illuſtres Aſſemblées de leurs pénibles
& preſque continuelles
occupations.
Quoy que le calme ſoit rétablydans
les Provinces de Flandre
, la Mort qui y regne toû
jours empeſche qu'on ne ſe ſoit
encor apperçeu du bõheur qu'il
y doit caufer. Vous ſçavez les ravages
qu'elle a faits à Anvers, &
cõbien elle y a emporté de Peuple,
mais vous n'en ſçavez peuteſtre
pasla cauſe. Quand le Roy
prit laVille de Gand, celle d'An
vers
GALANT.
125
vers en fut fi fort alarmée,qu'elle
retint ſes Ecluſes . Les eaux retenuës
ſe corrompirent. Comme
on ne s'eſtoit point apperçeu de
cette corruption , on continua
de ſe ſervir de ces eaux àfaire de
la Biere ,& l'on a remarqué qu'il
n'eſt prefque échapé perſonne
de tous ceux qui en ont beû .
La Saiſon où nous fommes a
eſté fatale à pluſieurs Perſonnes
qui tenoient les premieres Dignitez
de l'Eglife. Le Nonce que
nous avions en France eſt un de
ceux qu'elle a emportez. Il eftoit
Archeveſque titulaire d'Andrinople
, Auditeur de la Rote,
& d'une tres- bonne Maiſon de
Rome,dont il avoit eſté Gouverneur.
Il ſe nommoit PompeïoVarefi.
Il avoit toûjours eu l'avantage
d'eſtre fort agreable au Roy,
juſque - là qu'avant méme qu'il
Füj
126 MERCURE
vinſt en France, Sa Majesté avoit
témoigné qu'Elle agréeroit le
choix que le Pape feroit de ſa
Perſonne pour l'y envoyer. Son
Corps a eſté porté à l'Egliſe de
S. Sulpice ſa Paroiffe , & de là
dans celle des Theatins , où il
avoit choiſy ſa Sepulture. Le der.
nier Nonce mort en France du
temps de Henry III . fut enterré
à Nôtre - Dame aux deſpens du
Roysmais comme celuy-cy avoit
ordonné luy-meſme du lieu où il
vouloit que ſon Corps fuſt mis,
on a ſuivy ſes dernieres volontez .
Monfieur l'Eveſque d'Agen
eſt mort auſſi.ll tenoit rang parmyles
plus grands Prédicateurs,
& vous n'en douterez pas quand
je vous auray fait ſouvenir qu'il
s'appelloit Mr. Joly , & qu'avant
que fon mérite l'euſt fait élever
à l'Epifcopat , il eſtoit Cure de
S.Ni
GALAN T.
127
S. Nicolas des Champs. On affure
qu'il a laiſſe tous ſes Biens
aux Pauvres.
Sa morta eſte ſuivie de celle
de Mr. Sevin , Eveſque , Comte,
& Baron de Cahors. Il eſtoit venu
icy pour les Affaires de fon
Dioceſe,& a finy comme il avoit
commencé , c'eſt à dire en donnantjuſqu'au
dernier jour toutesles
marques de pieté qu'on pouvoit
attendre d'un Homme qui
n'avoit jamais eu de veuës que,
pour le Ciel. Il a eſté trente ans
Eveſque, & pendant ce temps ſa
conduite a ſervy d'une grande
édification à tous les Peuples de
ſonDioceſe. Il faiſoit tres-ſouvent
ſes viſites , & vivoit dans une
mortificatió extraordinaire, couchant
preſque toûjours fur la
dure ,& macerant fon Corps de
mortifications & de pénitences.
Fiiij
LYON
E
*1893*
128 MERCURE
Il eſtoit tres-bien fait , & avec
une grande modeftie il confervoit
une gravité telle que la demandoit
la Dignité Epiſcopale
où Dieu l'avoit appellé. Il ne
ſoufroit chez luy aucune Perfonne
de l'autre Sexe ; & quand il
eſtoit obligé d'avoir quelque
converſation avec les Femmes,
c'eſtoit avec une reſerve qui luy
attiroit une grande véneration
& un reſpect fingulier de toutes
celles qui l'approchoient. Il avoit
beaucoup d'eſprit , & n'ignoroit
rien de ce qui estoit deû au rang
qu'il avoit à ſoûtenir dans l'Eglife.
Ille maintenoit avec tant
de zele , que la moindre choſe
qui en bleſſfaſt tant-ſoit-peu la
dignité , luy eſtoit inſuportable.
Apres avoir été Eveſque de Sarlat
pendant dix ans , il fut choiſy
par un faint Homme pour luy
fucceder
GALANT.
119
fucceder dans l'Eveſché de Cahors.
Il eſt mort icy dansla Maifon
des Miſſionnaires de S.Lazare
, où il avoit ſouhaité depuis
long- temps de mourir , fi Dieu
diſpoſoit de luy hors de ſon Dioceſſe.
Vous ne ſçauriez croire le
concours de monde que la fainreté
de ſa vie a attiré pendant
trois jours qu'il a eſté expoſé en
public. Meſſieurs de S. Lazare
ont montré le zele qu'ils avoient
pourluy , en luy faiſant des Obfeques
dignes de ce qu'il eſtoit .
Il s'eſt fait depuis peu une
Cerémonie , dont la fin a eſté
toute contraire à ce qu'on s'en
eſtoit promis. Le Cas eſt particulier
, & vaut bien que je vous
en fafle un Article. Je ne vous diray
rien que de vray. La chofe
s'eſt paſſée àTroyes,& il vous femaiséd'é
étre éclaircie.Vnejeu-
! Fv
130 MERCURE
:
neDemoiselle, ayant pris le Voi
le blanc dans un Convent de la
Ville que je vous nomme , eſtoit
fur le point de faire ſes voeux.
Elle y avoit eſtémiſe Penſionnairedés
l'âge de huit ou neufans,
& ſuivant la coûtume des Filles.
qui dans leurs premieres années
ont preſque toutes quelque tentation
de ſe faire Religieuſes ,
elle en avoit eu quelque envie
comme les autres. Une Guimpe
qu'on luy avoit donnée quelquefois
luy avoit paru la plus
jolie choſe du monde; & comme
dans ces jours qui n'eſtoient
que de divertiſſement pour elle
, on ne luy parloit ny de mortification,
ny de penitence , elle
s'étoit laiſſée gagner aux charmes
de la nouveauté , & avoit
crû qu'on l'applaudiroit toûjours
fur l'agréement qu'elle recevoir
de
GALANT.
131
de cet ajuſtement emprunté. Sa
Mere luydemandoit de temps en
temps ce qu'elle avoit deſſein
d'eſtre. Vous jugez bien qu'elle
répondoit en baiſſant les
yeux , Religieuse. La Mere s'accommodoit
affez de cette réponſe.
Elle avoit une autre Fil
le que cette Vocation prétenduë
laiſſoit heritiered'une aſſez gran.
de Succeffion. Elle devenoit par
là un Party confidérable , &
l'ambition jointe àun peu plus
de panchant que cette Mere
avoir toûjours eu pour elle ,
luy faiſoit entretenir ſa Caderte
dans la réſolution de prendre
l'Habit . Le temps vint.Cette
Cadette eut quinze ans. On
s'informa ſi elle avoit le don de
perfeverance , & foit que fon
coeur ne luy euſt encor rien dit
pour le monde , foit qu'elle craignift
132
MERCURE
gniſt ſa Mere qui témoignoit
ſouhaiter qu'elle y renonçaſt ,
elle perſiſta dans ſes premiers
ſentimens, prit le Voile,&le prit
d'un air ſi content qu'on ne douta
point qu'elle ne fuſt inſpirée
d'enhaut. Peut- eſtre le crût- elle
d'abord elle- meſme. Tout ce
qu'on luy ordonnoit luy plaifoit.
Elle s'en acquitoit avec une
gayeté extraordinaire , mais elle
ne ſçavoit pas qu'à moins d'eſtre
veritablement appellée , ons'ennuye
bien-toſt de faire toûjours
la meſme choſe , & qu'il en eft ,
qui quoy que tres-bonnes Religieuſes
, font réduites quelquefois
à ſouhaiter un peu de
diverſité pour ſe délaſſer l'eſprit,
ne fuſt - ce que l'Enterrement
de quelque Ancienne qui
ayant affez veſcu ( car en ce lieula
on ne ſouhaite point la
mort
GALANT.
133
mort du prochain ) leur donne
lieu par les devoirs qui luy ſont
rendus, de s'employer à quelque
autre choſe, qu'à ce qu'elles font
obligées de faire régulierement
tous les jours. La Belle dont je
vousparle ne fut pas plûtoſtNovice,
que ſa Soeur trouva un Party
fort avantageux. On la maria
fur le pied d'unique heritiere.
Elle vint voir la Novice qui
commença de trouver qu'un
Point de France valoit bien la
Guimpe qu'elle ſe voyoit. Il y a
toûjours je ne ſçay quoy debrillant
dans une nouvelle Mariée
qui fauta aux yeux de cette jeune
Perſonne. Elle n'en dit rien,
mais malheureuſement pour fon
Aînée, elle avoit une Compagne
dont le Frere luy avoitdéja com -
pté des douceurs avant qu'elle
cût pris l'habit.Il eſtoit bien fait,
de
134
MERCURE
de condition égale à la ſienne ,
perfuafifquand on l'écoutoit ; &
ſi elle luy avoit paru aimable das
fes habits negligez du monde ,
il trouva ſa beauté ſi augmen- >
tée par le Voile , qu'il commença
tout de bon à ſe declarer. La
Soeur qu'il avoit dans le Convent
,avecla Novice , luy facilitoit
les moyens de luy parler,&il
tourna ſi bien l'eſprit de la Belle,
que s'eſtant rendu maiſtre de
fon coeur , il la contraignit à ne
luy en pas faire un ſecret. Ils ſe
voyoient fort ſouvent , & s'ecrivoient
quand il ne leur eſtoit
pas permis de ſe voir. Jugez du
chagrin de la Novice. Elle avoit
fait un grand pas. Sa Mere
eſtoit d'humeur à ne luy pardonner
jamais. Le temps de
la Profeffion approchoit toûjours
, & elle ne pouvoit plus
باذ eftre
GALAN T ..
135
eftre heureuſe , qu'en épouſant
celuy qu'elle aimoit. Son Amant
l'enhardiſſoit à ſe défaire de la
crainte qui l'empeſchoit de parler.
Elle luy promettoit merveilles;
mais dés qu'elle estoit avecſa
Mere (car sõ Pere ne vivoit plus)
ſes réſolutions s'évanoüiſſoient,
juſque- là, qu'elle luy laiſſa arreſter
le jour de la cerémonie de
ſes Voeux à un mois de là, &
n'eutpasla force des'y oppofer..
Son Amant fut au deſeſpoir de
cette nouvelle,& il auroit couru
riſque de n'eſtre jamais heureux,
fi une fievre tres violente n'eust
enfin emporté la Mere en quatre
jours . C'eſtoit le ſeul obſtacle
qui arreſtoit la Novice. Cette
mort la rendoit maiſtreſſe de
ſes volontez & de ſa perſonne ,
& elle commença dedonner des
affurances plus poſitives à fon A
Amant, L
136 MERCURE
Amant , qui continua pourtant
de trembler quand il la vit obftinée
à laiſſer aſſembler ſes Pa
rens pour la ceremonie dont on
avoit arreſté le jour. Elle le pria
de ſe trouver proche de la Grille
, & de ne s'inquiéter de rien .
Il y vint tremblant , mais fi
propre , que comme on ſçavoit
qu'il voyoit quelquefois la Novice
, on luy dit qu'on ne devoit
pas eſtre ſurpris qu'il vouluft
faire honneur à ſa Feſte.
L'Aſſemblée fut grande. On fit
tout ce qui precede la folemnité
des Voeux,& enfin il fut queſtion
de venir à la Novice pour
luy faire declarer le deffein où
lon croyoit qu'elle fuſt encor..
Mais à peine luy eut-on dit, que
demandez - vous ? que d'une
voiy ferme , & fans balancer,
Voila, dit-elle, ce que je demande,
Elle
GALANT.
137
Elle montra ſon Amant en difant
ces mots , & proteſta qu'el
le le prenoit pour Mary , comme
elle ſçavoit qu'il vouloit la prendre
pour Femme. Jamais il n'y
eut un pareil étonnement. Tout
le monde ſe regardoit. L'Amant
charméde la fermeté de ſa Maiftreffe
, fit paroiſtre tant de reconnoiffance
, &, parla d'une
maniere ſi pleine d'amour aux
Parens de cette aimable Perſonne,
qu'ils ne pûrent ſe diſpeſerde
luy eſtre favorables. Ainſi quelques
jours apres,ils s'aſſemblerét
tout de nouveau pour une Cerémonie
bien diferente de celle
qu'on n'acheva point , puis que
ce fut pourles Noces des deux
Amans.Elles ſe firent du côté du
Marié avec une magnificéce digne
de l'avantage qu'il trouvoit
dans l'heureux ſuccez de fon
amour.
Le
¥38 MERCURE
Le Samedy 12. de ce mois,
Meffieurs du Parlement s'aſſemblerent
à la Grand' Chambre
felon la coûtume , & fortirent
fur les dix heures pour aller entendre
la Meſſe, apres avoir eſté
avertis que Monfieur l'Eveſque
de Luçon qui la devoit celebrer
Pontificalement , eſtoit preſt.
Elle fut chantée par la Muſique
de la Sainte Chapelle, à laquelle
on avoit adjoûté quantité des
plus belles Voix de Paris. La
Meſſe eſtant dite , Monfieur
de Novion Premier Préſident,
amena ce Prélat à la Grand'
Chambre. Tous ceux qui compoſent
cet auguſte Corps le ſuivirent
, & prirent leurs places à
l'ordinaire. Apres quoy , Mr le
Premier Préſident remercia Mr
de Luçon . Ce qu'il dit fut court,
mais fort bien pensé, & en tresbeaux
GALANT. 139
tres -beaux termes. Monfieur de
Luçon fit Compliment en ſuite,
& remercia Mr.le Premier Préfident
àfon tour,de ce qu'il avoit
bien voulu le choiſir pour faire
l'Ouverture du Parlement.ll parla
des belles qualités de Monſieur
de Novion; & comme la
matiere eſt ample , il luy fut impoſſible
de finir fi - toſt. Il fit voir
par letour fin qu'il donna à ſes
penſées , qu'il parloit en Homme
à qui l'éloquence eſtoit naturelle.
On n'a pas lieu d'en
eſtre ſurpris . Il eſt d'une Famille
où il y a infiniment de l'efprit
, & le nom de Barillon qu'il
porte, perfuadera toûjours aifément
de tout ce qui ſe dira à ſon
avantage.Les Complimens faits,
ce Prélat ſe rendit à l'Hoſtel de
Monfieur le Premier Préſident,
qui dés l'entrée de la Grand
A
Cham
140
MERCURE
Chambre avoit prié tous ceux
de ſa Compagnie de venir dîner
chez luy. Le Repas fut d'une
magnificence à laquelle il ne ſe
peut rien adjoûter Les Harangues
ayant eſté remiſes àla fin
du mois,je paſſe à celles qui furent
faites ce même jour à la
Cour des Aydes.
" Monfieur le Camus , Premier
Préſident, en fit l'ouverture, fuivant
l'uſage ordinaire , par un
Diſcours plein de grace & d'érudition
, & auquel il donna
tout l'agrément poſſible par la
beauté de la prononciation . Il
fit voir la neceſſité dans laquelle
les Magistrats se trouvoient engagez
de s'établir dans un état de
liberté& d'independance , pour
pouvoir refifter aux prieres , aux
menaces, aux larmes , à la misere
même , quoy qu'elle fust quelquefois
GALANT . 141
mis
fois injustes condamner leurs Aabfoudre
leurs Ennemis :
enfin pour rendre la Iustice dans
toute son étenduë ; à quoy ils devoient
se croire d'autant plus obligez
, que le plus grand bonheur
qui pouvoit arriver aux luges , c'ézoit
d'estre les Martyrs de la Iuftice,
apres en avoir esté les Mini-
Stres;& que cetteſageſſe éminente
que l'Orateur Romain diſoit eftre
seule libre , & qui demeuroit
toûjours en poſſeſſion defes droits
dans les étatsheureux ou malheu
reux de la vie , estoit le veritable
partage de la Magistrature. Il
adjoûta , Que fuivant la pensée
d'un ancien Philoſophe , l'Homme
juste estoit un préfent que le Ciel
faisoit aux autres Hommes pour
Leur utilité commune & qu'il
estoit semblable à ces Fontaines
qui répandent gratuitement &
avec abondance leurs eaux falu142
MERCUR E
taires à tous ceux qui en ont befoin.
Il montra en ſuite , Qu'encor
que les Magistrats duſſent
eftre fort libres & indépendans ,
cependantiln'y avoit rien de moins
libre que les Iuges , puis qu'ils ne
Sepouvoient diſpenſer , ſans commettreune
lâcheté criminelle , de
Suivre avec courage & avec ſoûmißion
les mouvemens de leur con-
Science , & les déciſions des Loix,
& qu'ils en estoient les Dépositaires
& les Protecteurs , comme
les Anciens avoient autrefois donné
cet avantage à Apollon l'un
de leurs Dieux , n'ayant pas voulu
commettre leſoin d'une chosefi
prétieuse à un autre qu'à une Divinité;
Que si un excellent Autheur
de l'Antiquité appelloit les
Songes qui arrivoient aux grands
Hommes des Oracles naturels
, la conscience estoit l'Oracle
د
GALANT .
143
le plus naturel que pûſſent avoir
les luges, puis que c'estoit elle
qui les conduiſoit dans les routes
les plus feûres de la Verité & de
la Iustice;& qu'à l'égarddes Loix,
la ſoûmiſſion que devoient y avoir
les Iuges , estoit beaucoup plus noble
que l'independance imaginaire
de ceux qui s'abandonnent aux
caprices & aux irrégularitez de
Leur imagination. Il dit à Mefſieurs
les Gens du Roy , Qu'il
estoient ſemblables à cet Officier
des anciens Roys de Perſe , qui
marchoit toûjours devant eux
avec un Flambeau allumé quand
ils fortoient en public, & qu'ils devoient
par leurs lumieres tirées de
la diſpoſition des Loix , diffiper
les obscuritez des affaires quand
elles paroiſſfoient aux yeux de la Iuftice.
Il finit en exhortant laCompagnie
de s'attacher avec une
extrême
144
MERCURE
extrême regularité àl'adminiſtration
de cette luftice, puis qu'un illustre
Payen avoit dit autrefois à
un grand Empereur que la pureté
de la Iustice avoit fait lespremieres
Divinitez
Mr. Ravot d'Ombreval,AvocatGeneralde
cette Compagnie
parla en ſuite, & dit , Qu'autrefois
on s'estoit contenté de lafimple
lecture des Ordonnances , pour
remettre devant les yeux des Iuges
lesregles deleur devoir au commencement
du travail ; Que les
dernierstemps avoient rendu cette
Iournéeplus celebre, ſans qu'on cût
pourtant méprisé laméthode d'inſtruire
ces mêmes Iuges par la voix
du Precepte ; Querien ne donnoit
une plus haute idée de la Magiftrature,
que quand le luge étoit regardé
comme l'image du Souverain
; Qu'il n'entendoit pointparler
GALANT.
145
ler d'un Iuge formé par la Seule
lambition , mais d'un Iuge dont
l'entendement éclairé & la vo
lonté invincible à suivre toûjours
lesſentimens de justice ,faisoient
un modele de perfection ; d'un lis
ge sçavant & vertueux , tenant
plus de la raiſon que de la nature
,àqui il ne manquoit rienpour
le bonheur des Royaames, que l'avantage
d'estre immortel Que
L'éclat de la Pourpre , & l'autorité,
qui accompagnent une Fon-
Etion fi auguste , ne rendoient pas
les Iuges indépendans & maistres
abfolus de leurs décisions ; qu'au
contraire, elles estoient les marques
& les premiers titres de leur
aſſujettiſſement à la Loy ; que
leurnom mesme les obligeoit d'en
poſſeder parfaitement l'esprit , &
d'en faire application à tous les
diférens qu'ils décidoient Que
Novembre. G
146 MERCURE
quelques Sages de l'Antiquité
avoient appellé la Loy l'ame du
Iuge, parce qu'elle devoit regler
toutesses actions , le déterminer
en tousses conſeils , & luy servir
de guide infaillible & afſurée
dans toutes les difficultez qui l'embarafſfoient
; & que comme les mouvemens
du Corps apres la ſeparation
de l'Ame , ne font plus les
actions d'un Homme , de mesme
un Iuge qui n'obeïffſoit point à la
Loy, n'estoit pas un veritable juge,
qu'il estoit seulement Homme , &
mesme quelque chose qui ne meritoit
pas un ſi beau nom ; Que les
premiers Legislateurs de Grece &
de Rome, pour empeſcherque dans
Laſuite des temps on ne s'écartast
de la Loy, avoient feint qu'ils l'avoient
appriſe dans pluſieurs conférences
avec les Divinitez de leur
Religion, & qu'en effet ,foit qu'on
GALANT.
147
e
la considerast dans l'éternité,
avant qu'elle fust exposée aux
yeux des Hommes , &telle qu'elle
estoit en Dieu;ſoit qu'on la regardast
dans le temps comme le chefd'oeuvre
d'uneſageſſe & d'uneprudence
achevée , le luge estoit towjours
obligéde s'y conformer; Que
l'Histoire qui nous apprend que des
Royaumes ont esté des fiecles entiers
fans Loy écrite , bien loin de
détruire cette verite , l'établiſſoit
invinciblement , puis qu'elle nous
fait connoiſtre que le Roy & la
Loy estoient une mesme chose , &
queses paroles estoient autant de
Decisions & d'Arrests ; Qu'il ne
falloit pas pour cela estre du ſen.
timent de Platon , qui ne permettoit
à perſonne de raifonnerfur la
Loys Que le Iuge n'estoit pas réduit
à estre seulement le trachement
de Ses paroles , qu'il devoit
Gij
148 MERCURE
estre l'interprete de ses pensées
dans les Cas qui sont disposez à
l'équité, & qui n'ont pû estre préveus
parle Legislateur; que la
Morale du Chriftianiſme leurpermettoit
de jugermoins feverement;
Que les plus habiles Legislateurs
n'avoient pû faire autant d' Articles
d'Ordonnances qu'ilse prefentoit
de diferentes especes fur lefquelles
le juge estoit obligé de donmerſes
decisions ; Qu'il yavoit en .
tre le Iuge &la Loy un de ces mariages
politiques où elle confervoit
toute lafuperiorité , & où elle empruntoit
du Iuge le droit deſefaire
obeïr; Que fans luy elle seroit
dans une impuiſſance continuelle;
Quefans luy les Hommes qui ont
perdu par le peché la Sympathie
avec le veritable bien , & qui ſentent
une augmentation de plaisir à
faire ce qui leur est defendu, Se-
い
roient
GALANT.
149
roient dans un déreglement & un
defordre fans reſource ; Que c'eftoit
un avantage pour un Royaume,
lors que la Loy animoit les Iuges
, & que les Iuges estoient l'organe
de la Loy ; Que cet avantage
Se trouvoit en ce Royaume plusparfaitement
qu'en aucun autre , &
qu'on devoit eſtreſeûr deſa continuationfous
un Monarque quisçavoit
parfaitement unir aux vertus
d'un Conquérant , les lumieres des
Iuges les plus éclairez , & qui
pourroit dire veritablement ce que
Libanius fait dire au plus puiſſant
des Dieux,que la Juſtice eſt afſiſe
fes côtez , & qu'elle luy ſert autat
que la Foudre & le Tonnerre
pour gouverner le monde ; Que
c'estoit une grande gloire aux Iuges
devant qui il parloit , d'avoir un
fi beau Modelle , puifque l'imitant
enfa Iustice , ils meritoient l'eſti
Giij
150
MERCURE
me du plus juſte de tous les Roys,
& s'attiroient en mesme temps le
respect & la venération des Peuples;
Que pour luy il se pouvoit
dire encor plus heureux , puis qu -
ayant le mesme Modelle , il en
avoit encor une parfaite Copie en
leurs perſonnes qui le confirmoient
dans la réſolution qu'il avoit priſe
de s'unirparfaitementà la Loy.
Cesdiſcours qui estoient tous
remplis d'éloquence , me font
fouvenir de celle qu'on admira
dans le Sermon que Monfieur
de Grignan fit à Verſailles le
jour de Tous-les - Saints,en préſence
de Leurs Majeſtez. Il ſeroit
difficile d'exprimer les applaudiſſemens
qu'il en reçeut.
Le Roy luy-mefime l'en felicita ,
& eut la bonté de luy dire qu'il
n'avoit jamais mieux entendu
Precher.
Mon
GALANT.
Monfieur l'Abbé Deſmaretz ,
& Mrl'Abbé de Bezons,ont eſté
nommez pour eſtre Agents du
Clergé dansla prochaine A ſſemblée.
Comme cet Employ de .
mande des Perſonnes d'un grand
merite , on ne peut douter qu'ils
n'en ayent beaucoup. Je vous
en informeray plus amplement,
quand ils agiront pour le ſervice
de l'Egliſe & du Roy. Je ne
vous en parle aujourd'huy que
pour vous faire ſçavoir leur Nomination
. Arzallara siivo
Sa Majeſté a donné le Regiment
de Champagne à Mr le
Commandeur Colbert. Il ſe ſignala
dans la journée de Cateau.
Aufſi peut on dire qu'il ne contribuë
pas peu à faire connoître
que la valeur n'eſt pas moins attachée
à cette Maiſon , que la
prudence &l'eſprit.
Gij
RIBLIOTE
1857
152 MERCURE
Monfieur de Brouffelles,Confeiller
au Parlement,eſt mort depuis
peu.ll eſtoit Fils de feu Mr
de Brouffelles Conſeiller de la
Grand Chambre,& fort eſtimé
dans la fienne. Il meritoit de l'eſtre
, & par l'intelligence qu'il
avoit dans les affaires,& par l'exacte
juſtice qu'il rendoit.
Ily a des chofes , qui quoy
qu'elles ſe faffſent ſouvent pendant
le cours d'une année , ne
laiſſent pas d'avoir un jour particulier
où elles ſe font plus folemnellement.
Je parle des divertiſfantes
aufſi -bien que des ſerieufes.
La Chaſſe, appellée de S.Hubert',
parce qu'elle ſe fait le jour
où l'on celebre la Feſte de ce
Saint , & du nombre des premieres
. Le Roy s'en donna le divertiſſement
ce jour - là avec
Monſeigneur le Dauphin,Mon-
3 fieur,
GALANT.
153
fieur, Madame ,&les Perſonnes
les plus qualifiées de la Cour,de
l'un & de l'autre Sexe . Les Dames
estoient toutes en habit de
Chaffereffes.On laiſſa courre un
Cerfà Fofer-paule , qui donna
beaucoup de plaifir à ces Illuſtres
Chaffeurs. Il alla battre le
Bois Beranger , & le Bois de la
Selle,& s'en revintdans ſon païs
d'où on l'avoit fait partir. Ily fut
pris apres s'eſtre fait relancer
pluſieurs fois. Monfieur, & toutes
les Dames, ſe trouverent à fa
mort.Tous les Bois estoient remplis
de monde , & il n'y avoit
point d'avenuë quin'en fût couverte..
Le Roy court quatre fois
la Semaine tantôt dans ſon Parc
de Versailles , & tantôt dehors .
On peut juger par ce penible &
continuel exercice , où rien ne
L'obligé que fon divertiſſement,
G V
154 MERCURE
que les fatigues d'une longue
Guerre n'étoient point capables
de l'étonner,& que s'il a renoncé
à vaincre, ça eſté moins pour
s'acquerir du repos,que pour en
donner à toute l'Europe.
La meſime Feſte ayant donné
lieu à une autre Chaſſe , eſt
cauſe du plaifir que je vous vay
donner par la lecture de deux
Lettres dont on m'a fait part.
Meſſieurs les Chevaliers de Lorraine
& de Marſan ,Monfieurle
Grand - Maiſtre , Meſſieurs le
Marquis de Termes, d'Effiat , &
de Manicamp , & Meſſieurs du
Boulay , & Chapelle , ayantdemandé
à Monfieur le Duc de
Saint Agnan ſa Maiſon dla
Ferté Saint Aignan prés Chambort
, pour y faire la Saint Hubert
, ce Duc qui fait ſon plus
grand plaifir d'obliger de bonne
grace,
?
GALANT.
155
grace, leur accorda auſſi- toſt ce
qu'ils ſouhaitoient. Ils s'y rendirent
, & pour luy en marquer
leur reconnoiffance , Mr. Chapelle
, dont lebel eſprit vous eſt
connu, luy envoya les Vers que
vous allez voir , dans lesquels il
fait preſque par tout alluſion à la
Chaffſe d'un furieux Sanglier
que Monfieur de S. Aignantua
autrefois , & dont le Portrait eft
dans la Salle de cette Maiſon . II
parle ſur la fin d'un autre combat
plus perilleux , lors que ce
meſme Duc ſe defendit avec
tant de courage & de valeur,
contre quatre Hommes qui eftoient
venus l'attaquer. Cette
avanture ſi glorieuſe pour luy,
eſt ſçenë de tous ceux qui ont
un peu de commerce dans le
monde.
LET
256 MERCURE
L
12:
LETTRE
DE Mr. CHAPELLE ,
A Monfieur le Duc de S. Aignan.
G
Rand Duc
leux,
en tout, tout merveil.
Sur tout pour estre affez heureux
D'avoir , contre ta propre attente
Sorty de cent dangers affreux ,
Et nonſeulement de tous ceux
Quepour le Pais Marspreſente,
Mais ce que plus en toy jevante,
*Demille autres Exploits fameux
Que ta grande Ame impatiente
DePaix, nonjamais contente,
Qu'elle n'affronte le trépas ,
D'unnoblefeu toûjours brulante,
En tant de périlleux Combats
Dont leſeul recit m'épouvante,
Fit naiſtre àtout propos , &par toutfons
tes pas..
Qu'avec plaisir la Compagnie.
En qui ton accueilgratieux .
A
GALANT. 157
AToury redoubla l'envie
Deſe voir viste en ces beaux lieux ,
Ycontemple de tous sesyeux
Dés l'abordſurpriſe &ravie ,
Ce Monstre vraymentfurieux ,
Quiſans ton Fer victorieux
Eustpar tout farage afſouvie,
Et dont l'écumante furie
Capablede vanger les Cieux ,
Etd'aſſembler les Demy-Dieux,
A tout autre qu'à toy n'eust point laiſſe
de vie!
Mais quoy, labeste d'Erimante,
Pour qui laGrèce eut le friſſon ,
Quelque rude &mauvais Garçon
Que fon Méleagre elle vante ,
Ny tout ce qu'Homere nous chante
De Phênix &fon Nouriſſon ,
Dont la colere trop constante,
Et letrop cuifant Mariffon,
Pour la perte d'une Servante ,
Combladetantde morts le Xante,
A
Nefontdevrayqu'une Chanson;
Auprix de ce que le Cauffon
A veu de ta valeur brillante ,
D'une bien plus guerriere & toute autre
façon.
Canffone
158
MERCURE
Cauſſon dont l'onde claire&pure
Tantoft brille,& tantoſtſepert
Sous l'épaiſſe &fraiſche verdure
Du long&fidelle couvert ,
Qui forme ta belle bordure ;
Par ta Divinité je jure
Que jamais rien ne s'est offert
Au petit talent de nature
Qui ſouvent affez bien me fert ,
Pour oferfaire une peinture ;
Riendis-jetelque l'avanture ,
Dontfut témoin l'affreux Desert ,
Oumefme encorje ſens que dure
Vne horreur, dontſeul me raffure
L'aspect toûjours riant & vert,
De ton cours qui de loin m'en trace la
ceinture.
Et n'estoit que la modestie
Est la grande & digne partie
D'un Héros à qui l'on écrit.
Cauffon il faut que je le die ;
Comme jamais le Ciel ne vit
Rien d'égal àtout ce qu'il fit
Dans ce bel endroit de ſa vie,
Rien auſſi n'auroit pû me donner tant
d'esprit.
REPON
GALAN Τ .
159
REPONSE IN PROMPTU.
De Monfieur de S. Aignan .
Imable& brillant Chapelle,
Ta Lettre sçavante & belle
Vient me rendre Satisfait;
Car fans blaſmer le génie
De ceux de ta Compagnie,
Dont lestalens font divers,
Si ma raiſon n'est trompée,
Lapointe de leur Epée
Vaut bien celle de leurs Vers.
い
Ce n'est pas que ta Flamberge
Nepust prouver ta vigueur ,
Et qu'en mon petit Auberge
Elle nefift voir ton coeur.
Les Sangliers de mes Boccages
Ydemeureroient pour gages;
Mais j'ay defort grands soupçons,
Quetu croisplus raisonnable
Deles percerfur la Table,
Quedans leurs affreux Buiſſons.
I'en reviens donc àta Muse,
Et je fontiendray cepoint,
:
Mu
1
Qu'ils
160 MERCURE
Qu'il faudroit estre bien buse ,
Sil'on ne l'estimaitpoint.
Comme on tient pour des merveilles
Les fruits de tesdoîtes veilles ,
Quand Pbébus vient t'embraser,
Ton humeur libre &
Par mille agrémens enchante
Ceux qui t'entendent jazer.
galante د
L
Tes beaux Versſont ſurmon ame
Dignes d'admiration ;
DeMonfieur &de Madame
Ils ont l'approbation ;
D'un Prince tout plein d'estime
De qui l'esprit eſtſublime ,
Ilsferont tout l'entretien ;
Mais je suis fort en demeure ,
Car cette Oded'un quart-d'heure
N'y répondra pas trop bien.
Ces Chaſſeurs dont la naiſſance
Est égaleà la vertu ,
Sans doute auront connoiſſance
De cemeſchant Inpromptu.
Dis-leur , illustre Chapelle ,
Que mon Coeur , mon Alumelle ,
Ma Bourse , rous mes Amis
Mon Gibier,mes Bois , ma Plaine,
4
Mes
GALANT. 161
Mes Poissons &ma Fontaine,
Enfin, tout leur est soumis .
Mais dis deplus, si tu m'aimes,
-Aujeune Prince Lorrain,
Qui pardes efforts extrêmes
Fit rougir les Eaux du Rhin,
Quequandle Destin contraire
Ramenaſon brave Frere;
Dont chez moy chacun pesta,
Mon ame alors desolée
Neput estre consolée
Queparce qu'ily resta.
:
:
OChapelle que j'eftime,
Et que l'aime tendrement,
Sois certain que cette Rime
Eft faite dans un moment
Allonge ta promenade,
Redouble Saulce & grillade
Dansmon antique Maison;
Et cependant je vay boire
Taſanté deça la Loire ;
Songeà m'en faire raiſon.
Comme les choſes qui font
belles d'elles- mémes ont l'avantage
162 MERCURE
ras ,
5
tage de ne point vieillir, je croy
pouvoir mettre icy la Ballade
que Mr. le Marquis de Montplaifir
, Lieutenant de Royd'Artres
- conſidérable pour fa
valeur & pour ſon ſçavoir , envoya
à ce Duc , accompagnée
d'unMouſqueton qui tiroit ſept
coups , dont il luy fit preſent,
apres le combat dont il fortit
avec tant d'honneur contre quatre
Hommes.
BALLADE.
PArmyles Bois&
avanture ,
14
lagaye verdure
:
cherchant souvent mainte
Ainsi que vous
lier ,
لو
tout gentil Cheva-
Lors que chez vous vous alliez vous ébatre
Quatre Affaffins venans vous défier,
Vous avez fait ( dit- on ) le Diable
quatre.
En
GALANT. 163
En coucher deux roides morts fur la
dure,
A Arrester l'un d'une grande bleſſure ;
Et mettre encor en fuite le dernier ;
Quoy que blessé , comme un Démon se
battre!
Dam Chevalier , on ne lepeut nier,
C'est affez bienfaire le Diableà quatre.
:
Les Demy Dieux ſi fiers de leur nature
۲
N'euffent pas fait telle déconfiture ,
S'il euft fallu tel péril effuyer.
Celuy qui fçent tant de Monstres abattre
N'eust pas ofé contre deux s'eſſayer ,
Et vous , Seigneur , faites le Diable à
quatre
ENVΟΥ.
VnMousqueton joſe vous envoyer ,
Avec lequel , s'il vous plaiſt de combattre
Vous en pourrez ; Seigneur , Sept défier,
4
)
Apres avoir tant fait le Diable à
quatre.
Je
164 MERCURE
Je vous ay promis des nouvelles
de ce qui s'eſt paflé dans nos
Armées pendant les deux derniers
Mois. Voicy celles d'AIlemagne
. Quand les François
font Maiſtres d'une Place , ils
en ſçavent tirer tous les avantages
qu'elle leur peut procurer.
Le Bourg de Chenaux ayant
refusé de payer les Contributions
qu'il devoit , & fe fiant fur
les Soldats & fur les Païſans armez
qui le defendoient , & plus
encor fur ce qu'il eſtoit éloigné
de 14. lieuës de Fribourg , Mr.
Mathieu qui commandoit dans
cette derniere Place , s'en rendit
maiſtre il y a deux mois avec un
détachement de ſa Garniſon. Il
fe retira apres y avoir fait mettre
le feu.. Le Prince Charles
qui en eſtoit fort éloigné , fai-
1
foit cependant trembler Fran-
Kenda
ا ن
GALANT. 165
Kendal, Vvorms,& Mayence, &
cauſoit de grands deſordres das
tout le Palatinat. Ses Troupes
brûlerent pluſieurs Villages , &
par l'incommodité qu'elles apporterent
à ceux qu'elles devoient
foulager , on peut dire
qu'elles ſervoient bien le Roy,
puis qu'elles ne faifoient redout
terque des Amis de l'Empire
Pendant ce temps Monfieur de
Crequy donnoit des Sauve-gardes
à la Ville de Spire, & faifoit
aporter des grains das ſon Camp
par les Bourgeois de Neuſtad,
Ville du Palatinat. Mr de la Fite
, Lieutenant des Gardes du
Corps, étant allé audela de Landau,
rencontra un Party des Ennemis,
preſque auſſi fort que celuy
qu'il commandoit. Il le batit.
Plusde quatre- vingts demeurerent
fur la place , avec deux
2027 Capi
166 MERCURE
Capitaines,& pluſieursOfficiers.
Les noſtres amenérent plus de
cent Chevaux.Monfieur le Mareſchal
de Créquy apres avoir
fait confumer tous les Fourrages
de la Baſſe Alface, vint auCamp
d'Inguiler. Il alla en perſonné
viſiter le Chaſteau de Lichtemberg
, défendu par une groſſe
Garniſon Impériale , & parun
grand nõbre de Païfans. La Brigade
de la Roque , les Dragons
de Teffé , &deux Bataillons , ſe
faifirent de toutes les avenuës.
Voicyle Plande cette Place eftimée
dans le Païs plus forte que
n'eſt Fribourg .Vous allez croire,
apres que vous en aurez examiné
les Fortifications & les Atta
ques , que je vous vay donner à
mon ordinaire un exact & ample
Journal des neufjours que
ce Siege a duré. Quoy que je
vous
S
e
S
BIBLIOT
*
ر م
TE 4
VILLE
1893
*
GALANT.
167
vous aye toûjour fait ſçavoir jufqu'aux
moindres particularitez
de tout ce qui s'eſt paffé en de
pareilles occaſions , n'attendez
point la meſme choſe de moy
dans celle- cy. Je vous manque
pour la premiere fois ,& j'y fuis
forcé , parce que nos Braves ont
manqué à m'envoyer des Mémoires.
Ainfi c'eſt plus leur faute
que ce n'eſt la mienne . Mais ils
font tellement accoûtumez aux
grandes Actions , & ils en font
ſi ſouvent , qu'ils n'y refléchifſent
pas. Le nombre eft cauſe
qu'ils les oublient, & apres qu'ils
ont vaincu , ils aiment mieux
chercher de nouveau à vaincre,
que d'employer le temps à écrire
ce qu'ils ont fait.Ceux qui défendoient
la Ville de Lichtemberg,
voyant qu'elle n'eſtoit pas
en état de foûtenir la vigueur de
nos
168 MERCURE
nos Troupes , y mirent le feu, &
ſe retirerent dans le Chaſteau.
Mr de Crequy fit avancer le
Travail , & faire un Logement
fur la Contreſcarpe.Mr le Comte
de Montperoux eut fon chapeau
& une main percée d'un
coup de Mouſquet,en parlant à
ce Marefchal.Trois autres à qui
ce General montroit ce qu'ils
avoient à faire ,furentdangereuſement
bleſſez aupres de luy das
le meſme temps. Il y en eut deux
autres tuez ſur la place. On perça
la muraille la nuit ſuivante,
pour faire la deſcente du Foſſé;
mais parce que le Roc y estoit
ferme , on n'avança pas beaucoup.
Pendant ce temps , les
Impériaux firent entrer beaucoup
de Troupes dans Strafbourg
, dont la Ville eſt fort incommodée.
Le Commandant
201
de
GALANT. 169
de celles de l'Empereur qui défendoitLichtemberg,
voyant plu.
fieurs Mineurs attachez , n'en
voulut pas attendre l'effet. Ilobtint
les conditions ordinaires à
ceux qui ſe ſont défendus en
Gens de coeur. Le Commandement
de la Place fut donné àMr.
Bertrandy Lieutenant Colonel
du Regiment du Pleſſis . On y
trouva trente Pieces de Canon,
& quantité de Fourrages , & de
Meubles prétieux qu'on y avoit
aportez comme dans une Place
imprenable. Le Prince Charles
la croyoit telle. Unede ſes Lettres
qui fut fupriſe le fait connoiſtre.
Il écrivoit au Prince de Baden
qui estoit dans Strasbourg,
Que l'Empereur n'avoit point de
Sujet qui pust lay rendre un fervice
plus conſidérable que celuy
que luy rendoit Monsieur le
Novembre . H
170
MERCURE
1
Mareſchal de Créquy en afſiegeät
Lichtemberg ; Que de l'humeur
dont ce General estoit, ilferoit périr
toute fon infanterie avant que
d'abandonner cette entrepriſe;que
Sa Cavalerie pourroit auſſi manquer
de Fourrage ; Qu'il n'en remporteroit
rien autre chose que le
deſavantage de voir diminuer tous
lesjoursfes Troupes par le fer &
par la faim; Que de la maniere
qu'il connoiſſoit cette Place , &
l'Homme qui y commandoit , il eftoitſeûr,
quand mesme Mr. de Créquy
s obſtineroit fix mois à ce Siege,
qu'ilferoit contraint de ſe retirer
honteusement ; qu'il estoit
Surpris qu'apres tous les mouvemens
qu'on luy avoit veu faire , il
Sefust attaché au Lieu d'Allemagne
du plus difficile accés
qu'il falloit neceſſairement qu'on
L'eust trompé. Cette Lettre fut
H ordmarocau
GALANT.
171
fut cauſe que lors qu'on vit le
Gouverneur de Lichtemberg à
Strasbourg , on luy dit qu'il devoit
s'attendre à eſtre pendu en
arrivant à l'Armée du Prince
Charles , puis qu'il avoit rendu
une Place qu'il auroit pû défendre
un an entier contre la plus
grande Armée. Sa Femme qui
entendit ces paroles , s'évanoüit.
Le Prince Charles eſtoit ſi bien
perfuadé de ce qu'il avoit écrit,
que quand on eut ceffé de tirer
dans la Place, parce qu'elle étoit
priſe, M" de Strasbourg luy ayat
envoyédire qu'ilsn'entendoient
plus leCanon, il répondit que ce
qu'ils luy mandoient , ſe rapportoit
à ce qu'on luy venoitde faire
ſçavoir, que M.de Créquyavoit
levé le Siege. Cela luy doit faire
beaucoup depeine, adjoûta- r'il, car
je le connois Cependant cette
Hij
172
MERCURE
Place couſta peu demonde. Mr.
de Tracy , Officier d'une valeur
& d'une expérience conſommée
, y fut bleſſé d'un coup de
Fauconneau. Le même coup tua
Monfieur leChevalier de S. Hilaire,
Commiſſairedel'Artillerie .
Rien ne l'obligeoit à ſe trouver
dans le lieu où il fut tué , mais
il vouloit partager le danger
avec ſon General qui alloit reconnoiſtre
un endroit propre à
faire attaquer la Place. Les circonſtances
de cette mort font
dignes d'eſtre remarquées. II
eſtoit Fils de Mr. de S. Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, qui ayant eu le bras emporté
du Boulet de Canon qui tua
Monfieur de Turenne , ne vefcut
apres luy que quelques
momens . Ainſi le Pere & le Fils
font morts chacun d'un coup
H de
GALANT. 173
de Canon , & chacun aupres de
fon General. Cela fait voir que
fi ceux qui commandent nos
Armées , ont ſi ſouvent la gloire
de vaincre , ce n'eſt pas fans
qu'ils s'expoſent beaucoup.Mr.
de S. Hilaire le Fils voyant fon
Pere à l'extrémité dans la malheureuſe
occaſion qui nous coûta
Mr. de Turenne , voulut luy
donner quelques larmes ; mais ce
genéreux Pere luy défendit de
le plaindre , & l'envoya pleurer
ſur le Corps de fon General.
Le Roy pour récompenſer ſes
ſervices , l'honnora l'année pafſée
, avec Mr. le Marquis de la
Frezeliere , du Brevet de Maréchal
de Camp. Mr. de Mormaix
Frere de celuy qui vient d'eſtre
tué,& digne Ecolier de ſon Pere
, commanda l'Artillerie apres
ſa mort , à la Retraite de noftre
Hiij
174
MERCURE
Armée. Il la commande prefen
tement dans le Corps d'Armée
dont Mr.de Calvo a la conduite .
Sa modeſtie a toûjour empefché
qu'on n'ait ſceu que ce fut luy
qui monta le premier ſur le Rampart
de Valenciennes & qui
tourna le Canon ſi à propos fur
laVille,aſſiſté de Mrde S.Hilaire
fon Frere,& de quelques autres
Commiſſaires . On a auſſi perdu
devant le Château de LichtembergMrleChevalier
de Vaubecour,
Capitaine dans le Regimet
deMr le Marquis de Vaubecour
fon Frere . Ce Chevalier , quoy
qu'il n'euſt que dix- sept ans,
avoit déja fait pluſieurs Campagnes,
& s'eftoit fignalé à la priſe
du Fort de Kell. Il eſtoit d'une
des plus illuftres Maiſons de
France. Son Biſayeul fut bleſſe
à mort au Combat d'Aumale,
en
GALAN T. 175
en ſervant le Roy Henry IV.
Et fonAyeul JeandeNetancour,
Comte de Vaubecour , Chevalier
des Ordres du Roy, reprit
Javarin ,& fut eſtropié en petardant
Belgrade. Comme vous aimez
qu'on rende juſtice à tous
les Braves , je me perfuade que
cette digreffion en faveur de
deux ou trois Perſonnes d'un
grand mérite , ne vous aura pas
déplû . Ces Braves ont répandu
leur ſang.On n'en parler a plus,&
ce ſouvenir eſt le moins qu'on
doive à des Familles auſſi confidérablesque
celles quis'affligent
de leur mort. Je reviens à noftre
Campagne. M. deCréquy va en
quatre jours du Camp d'Ingveiller
en celuy de Molshein. Ce
Marefchal fait faire un Pont fur
le Rhin , qui ayant alarmé le
Prince Charles , l'oblige à le re-
Hj
176 MERCURE
monter pour s'approcher des
Places qui luy reſtent dans le
Briſgau. Il ordonne des Fourneaux
pour faire ſauter les Fortifications
d'Offembourg. C'eſt
eſtre bien foible, que ne ſe ſentir
pas en étatde défendre une Place
qui avoit eſté fortifiée avec
tant de ſoin incontinent apres
que nous eûmes pris Fribourg.
Les Gardes ſe rendent maiſtres
devingtChariots qu'on conduifoit
à Strasbourg. M. de la Feüillée
fait entrer un Convoy dans
les Forts du Rhin. Mr. le Comte
de Schomberg, à la teſte de quelques
Officiers ſeulement, bat un
Party de cinquante Maiſtres , &
en prend trente. Les Troupes
de l'Empereur continuënt à defoler
leurs Alliez , & ravagent
les environs de Mayence . Mon
fieur le Duc de la Ferté eſt
déta
GALANT. 177
détaché avec ſa Brigade , &
celle de Normandie , pour aller
joindre Monfieur de Monclar à
Gravenſtad; à une heure & demie
de Strasbourg.Elles y arriverent
à quatre-heures du foir & allerent
camper à Illekirc,une demy
lieuë en deça, à la portée du
Canon. Mr. de Créqui y amena
luy-méme de nouvelles Troupes
le lendemain. Il y a en cet endroitundouble
Fofſſe qui vade la
Riviere d'Ill au Rhin. Les Allemans
l'appellent Landvverdt. II
eſtoit gardé par une Tour où les
Ennemis avoient environ cent
Hommes . Un peu au delà eſt un
grand Canal fort profond , qui
va de Strasbourg au Rhin,& qui
forme entre le Canal des Forts
& ce Fleuve , ce qu'on appelle
l'Ifle des Bouchers. C'eſtoit par
dedans cette Ifle que ceux de
Hv
178 MERCUR E
Strasbourg s'eſtoient conſervez
la communication libre avec
Offembourg.Ils s'étoient retranchez
dans un Moulin & dans
une Maiſon fur ce Canal , qui
eftoit affez pres de la premiere
Ifle du Rhin où leur Pont volant
abordoit. On marcha avec quatorze
cens Hommes de pied , &
fix Eſcadrõs,droit àLandvverdt.
On laiſſa la Tour ſur la gauche,
& les Troupes n'ayant trouvé
perſonne derriere elle, firent en
peu de temps un Chemin pour
faire paſſer deux Eſcadrons ,
apres quoy on avança fur le bord
du Canal pour y travailler à
une Baterie , afin de faciliter les
moyens de faire un Pont ſans
lequel il auroit eſté impoſſible
de paſſer. On fit auſſi ſommer la
Tour fi - toſt que le jour parut.
L'Officier qui y commandoit
ayant
GALANT. 179
ayant demandé à voir leCanon,
on le luy montra , & il ſe rendit
priſonnier de guerre , avec quatre-
vingts quinze Hommes. Le
broüillard s'eſtant diſſipé , on
vit quelques Eſcadrons del'autre
coſté ; mais noſtre Canon
n'eut pas tiré quatre coups , que
la Cavalérie prit le chemin de
Strasbourg au grand trot. Ceux
qui estoient dans la Maiſon retranchée
, ſe retirerent apres y
avoir mis le feu du coſté du
Rhin. Comme le trajet ne ſe
pouvoit faire que fort difficilement
, il n'y eut que peu de nos
Gens qui paſſerent dans des Bateaux.
Ils prirent ſept ou huit des
Ennemis qui ſe retiroient. On fit
un Pont , & avec un affez gros
Corps on marcha aux Forts du
Rhin , où l'on donna les ordres
pour les démolir , & pour brûler
ce
180 MERCURE
ce qui reſtoit du Pont de Strafbourg
, ſans que 12. mille Hommes
qui eſtojent dans cette Ville
là, s'y opoſaſſent.Il eſt vray qu'ils
ſemblent n'y eſtre entrez que
pour affoiblir l'Armée de l'Empire
, puis qu'ayant ces 12. mille
Hommes de moins , elle n'a pas
eſté en estat de rien entreprendre.
Le Pont qu'on dreſſa apres
la priſe de la Tour dont je vous
viens de parler , fit croire àMeffieurs
de Strasbourg qu'on les
alloit affieger,& que ce Põtétoit
pour la communication de nos
Quartiers. L'alarme fut fi chaude
, qu'ils brûlerent un de leurs
Faubourgs. Mr. le Mareſchal de
Crequy a fait ruiner Graveſſtad
& Illerick fur la Riviere d'Ill,
avec leurs Chaſteaux & leurs
Moulins ; & apres avoir mis des
Troupes en Quartier dans l'Alface
GALANT . 181
face&dans leBriſgau , il eſt venu
à Nancy.J'aprens tout preſen.
tement que M. d'Almani Meſtre
deCamp de Cavalerie ,a efté attaqué
dans ſon Quartier par des
Partys ramaſſez ,& par des Chenapans
, & qu'il n'a pû éviter le
malheur d'eſtre tué. Mr. de Biffy
a eſté plus heureux. Ila fait une
Courſe fort conſiderable dans
Hunfrach , d'où il eſt revenu
avec quantité de Priſonniers , &
untres-grand butin.Ces avantages
font aiſément oublier les petites
diſgraces pareilles à celle
que je viens de vous marquer.
Je finis cet Article , en faiſant
refléxion à l'état où Strasbourg
ſe trouve,auſſi bié que les Troupes
d'Allemagne .Cette Ville fiere
de ſon Pont & de ſes trois
Forts , n'en a plus. Elle a perdu
un de ſes Fauxbourgs . Pluſieurs
petites
182 MERCURE
petites Places de ſa Jurisdiction
font brûlées , la plupart de ſes
Maiſons de plaiſance ruinées;&
quoy que nos Troupesayent fait
vendages pour elle,il faut qu'elle
donne à boire àdouze mille
Allemans qui y ſont en garniſon ,
Elle pouvoit s'exempter de tant
de malheurs,endemeurant neutre.
Quant au reſte des Troupes
d'Allemagne , elles ont eſté occupées
tout l'Eté à courir le long
du Rhin pour en défendre les
Places.Ellesont veu ruiner lelõg
de ſes bords Rhinfeld & Sekingen
, & le Fort de Kell de leur
coſté meſine. Elles y ont veu
prendre des Chaſteaux ; & dés
qu'elles ont voulu faire paſſer
quelques Troupes, elles ont eſté
batuës. Elles ont enfin paſſé la
Campagne chez elles, ce qu'elles
n'avoient point encor fait. Pendant
GALANT. 183
dant toutes les autres années elles
avoient crû pouvoir prendre
des Quartiers d'Hyver chez
nous, mais elles ne l'ont pas même
eſperé celle- cy .
Il ſeroit injuſte de refuſer à la
Garniſon de Maſtric les loüanges
qu'elle mérite. Vous ſçavez
par tout ce queje vous en ay dit,
qu'elle n'a pas moins fait parler
d'elle pendant le cours de cette
Guerre , qu'auroit fait une Armée
toûjours victorieuſe. Le 24 .
de Septembre on fit undétachement
de cette Place , pour aller
recüeillir les Contributions dans
le Païs de Cologne. Il fut rencontré
par un Party d'Allemans
beaucoup plus fort. Monfieur le
Marquis de Molac qui commandoit
le ſecond Eſcadron du
Regiment de l'Eſtang , chargea
ce Corps de Cavalerie Allemande
184 MERCURE
de avec tant de vigueur & de
fuccez , qu'ille pouſſa dans un
Défilé , & en ſuite juſqu'à un
Marais , où il prit le Commandant.
Il fit quarante Priſonniers,
& amenerent cinquante Chevaux
au Camp. Plus de trente
cinq des Ennemis demeurerent
fur la place . Monfieur le Comte
de Roufillon eſtoit reſté ſur une
hauteur pour ſoûtenir ce jeune
Capitaine , en cas queles Ennemis
en plus grand nombre ſe fufſent
avancez pour le charger.
Ce Comte dont la valeur eft
connuë , n'attendoit que l'occafion
d'y courir , & il n'auroit pas
manqué de ſe ſignaler ; mais le
jeune Marquis de Morlac n'eut
beſoin que de ſon courage , &
quand de nouveaux Ennemis
auroient voulu s'approcher de
luy , je doute qu'ils en euſſent
confer
GALANT. 185
conſervé l'envie en le voyant
combatre avec tant de conduite,
& de valeur. Ce jeune Guerrier
eſt Fils de Monfieurle Marquis
de Morlac, Lieutenant General
en Bretagne , & Gouverneur
du Païs Nanto's. Il eſt d'une
des plus Illuſtres Maiſons du
Royaume,& il en ſoutient l'éclat
avec beaucoup de magnificence.
L'eſtime particuliere que
toute ſa Province a pour luy eft
une marque de ſon merite. Auſſi
a-t- il toutes les qualitez d'un
galant Homme,& on ne doit pas
eſtre ſurpris de le voir generalementaimé
.Je paſſe à ce que l'Armée
de Monfieur de Luxembourg
a fait depuis la Paix ſignée
entre la France & l'Eſpagne.Ce
Duc vient dans le Païs de Liege,&
établit ſon Quartier general
prés de la Ville deHuy.Pen
dant
186 MERCURE
dant ce temps Monfieur le Marquis
d'Uxelles fait payerlesCótributions
dans le Païs de Vaës .
Monfieur de Luxembourg va en
trois jours d'Hy à Aix la Chapelle,
dont il ſe réd maiſtre apres
luy avoir ſeulement montré du
Canon.Ily demeure deux jours,
& y laiſſe douze Bataillons ſous
le commandement de Monfieur
de S. Rupt. Aix la Chapelle eſt
un nom fameux dont vous ne
ferez pas fachée que je vous fafſe
ſçavoir l'origine. C'eſt une
Ville Imperiale du Cercle de
Vveſtphalie , enfermée dans le
Duché de Julliers. Ce mot vient
de ſes Bains d'eau chaude, &de
la belle Egliſe de N.Dame, bâtie
par Charlemagne . Les Latins
l'appellerent Aquisgranum d'un
Granus , Gouverneur du Pays
pour les Romains, qui le premier
trou
GALANT.
187
trouva ces Eaux ſalutaires cõtre
pluſieurs maladies,& particulierement
contre les fievres étiques
; ce qui donna occaſion d'y
faire bâtir une Ville.Elle fut depuis
ruinée par Attila Roy des
Huns . Charlemagne la rétablit,
& en fit la Capitale de l'Empire
par une conſtitution particuliere.
Ilymourut en l'année 814.
& fut enterré dans l'Egliſe de
Noftre-Dame qu'il avoit fait bâtir.
Les Empereurs avoient coûtume
d'y prendre la Couronne
de Fer. Charles- Quint eſt le
dernierqui ait voulu y eſtre couronné,
la pluſpart de ſes Succefſeurs
l'ayant eſté à Francfort.
Quand ce Couronnement ſe
fait ailleurs , les Electeurs font
venir le Chapitre de l'Egliſe
Collegiale de N. Dame d'Aix,
pour en apporter les Pierreries
&
188 MERCURE
&les autres Ornemens qui fervent
à cette Ceremonie,& dont
ce Chapitre eſt depoſitaire au
nom de l'Empire . Si- toſt que
l'Empereur eft couronné , il prête
ferment au Doyen & au Chapitre
de cette Eglife , dont en
meſme temps ce Prince eſt reçeu
Chanoine. En 1614. la Ville
d'Aix la Chapelle fut ſurpriſe
par le Marquis de Spinola,& depuis
elle a toûjours eu Garniſon
Eſpagnole juſqu'en 1632.qu'elle
en fut délivrée quand les Hollandois
mirent le Siege devant
Maſtric. En 1636. elle reçeut
Garniſon Impériale,qui en fortit
peu de temps apres. En 16 38.elle
fut affiegée par le Marquis
Grana , Pere de celuy d'aujourd'huy.
Ainfi elle fut obligée de
donner des Quartiers aux Imde
periaux. En 1642. les François,
Vvima
GALANT.
189
Vvimariens , & Heffiens , commandez
par le feu Mareſchalde
Guébriant , firent quelques defordres
dans ſon territoire ; &
dans la crainte d'en eſtre affiegée
, elle reçeut quinze cens
Hommes tirez des Garniſons
Eſpagnoles voiſines. Elle a ſouffert
un embraſement genéral
depuis vingt- cinq ou trente ans.
Plus de trois mille Maiſons furent
brûlées. Elle s'eſt rétablie
depuis ce temps- là. Il y a deux
ou trois ans que les Troupes du
dernier Eveſque de Munſter
l'aſſiegerent , mais elles ſe retirerent
avec précipitation , ayant
appris que Monfieur de Calvo
s'avançoit pour les combatre.
Cette Ville eſt à peu pres de la
grandeur de Soiffons , à quatre
heures de Cologne , à dix de
Julliers , à quatre de Limbourg,à
fix
1.90
MERCURE
fix de Liege , & à cinq de Duren&
de Maſtrick .L'Armée des
Alliez épouvantée de voir nos
Troupes dans Aix la Chapelle,
ſe retire àCologne.En ſe retirat,
elle jette des Troupes dans Julliers,
dans Hinsberg,&dansDuren
. On donne des ſeûretez à
Mr de Luxembourg pourl'argét
du Roy qui avoit eſté arreſté à
Cologne, & meſme pour les intereſts
: Duren & Hinsberg ſe
rendent , Humbac eft pris auſſi
bien que Monjoye , &toutes les
autres Placesdu Païs de Julliers .
Cette Ville Capitale reſte , mais
coupée de tous coſtez. Quoy
qu'elle étoit réplie de monde,on
y manque de toutes fortes de
munitions, & cela oblige tous les
Soldats à fe débander.Il ne ſuffit
pas de jeter beaucoup deTroupes
dans une Place. Il faut avoir
la
GALANT.
191
la prudence de nos Miniftres , &
faire en forte que le reſte n'y
manque pas. Sans cette prévoyace
, les Hommes ne ſervent de
rié.Jugez de l'état où ſe doit trouver
Julliers avec un grand Secours
inutile. Cette Place eft fituée
à un jet de pierre de la Riviere
de Roure , & Capitale du
Duché dõt elle porte le nõ . Elle
eſt noméeGulich,ou Gulch,par
les Allemans, & Iuliacum en Latin.
Ce nom vient de Jules-Céſar
ſon premierFondateur,quoy que
quelques Hiſtoriens prétendent
qu'ellea efté bâtie par Julie Agripine
, Merede l'Empereur Néron-
Elle est défenduë d'une bone
Citadelle de même figure que
celle de Cabray. Apres la mort
du dernier Duc de Julliers arrivée
en 1609. la Maiſon d'Autriche
mit Garniſon das cette Ville,
qui
192
MERCURE
qui fut priſe en ſuite par les
Hollandois en 1610. Marie de
Médicis , Mere du Roy défunt,
& Régente du Royaume , y envoya
une Armée de 12000.Hómes
ſous le Mareſchal de la
Chaſtre, pour favorifer les Affiegeans.
Les Clefs de la Ville, lors
de la priſe , furent miſes entre
les mains de ce Mareſchal , par
reſpect que l'on devoit au Roy,
comme eftant le plus confiderable
des Confederez . En 1622 .
elle fut repriſe par les Eſpagnols
ſous le Comte Henry de Berg.
Ils en ont gardé la Citadelle jufques
au Traité des Pyrenées, en
execution duquel ils l'ont reſti
tuée au Duc de Neubourg. La
Succeffion vacante des Ducs de
Cleves & de Julliers a fait affez
de bruit dans l'Europe. Elle fut
la cauſe ou le prétexte du puiffant
GALANT. 193
fant armement que fit le Roy
Henry le Grand un peu avant
fa mort. Les Ducs de Brandebourg
& de Neubourg eftoient
les principaux Prétendans à céré
Succeffion. Ils l'ont partagée en
fuite. Le Duché de Cleves &
les Comtez de la Marck & deRa.
verſberg , échûrent à l'Electeur
de Brandebourg ; & les Duchez
de Berg & de Julliers , & la Seig
neurie de Ravenſtein , au Duc
de Neubourg On entend parler
des Villes avec plus de plaifir,
quand l'hiſtoire en eft connuë, &
c'eſt par céte raiſon que j'ay crû
vous devoir marquer ces circonſtances
J'acheve cet Article , &
peut - eſtre tous ceux de guerre
pour pluſieurs années . Mr. le
Marquis de Refuges fait relever
les Fortifications de Sittard,& va
commanderdans Hinſberg . Mr.
Novembre. I >
194 MERCURE
de Luxembourg met dans Verviers
28. Compagnies tant Cavalerie
qu'Infanterie. Ilmarche
vers le Pais d'Eyffel , & ſe ſaiſit
de la Ville de Blanckenheim. Il
y metGarniſon ,&dans tous les
Chaſteaux & Maiſons fortes du
Païs. Trente Eſcadrons de ſes
Troupes commandez par Mr. le
Comte de Maulevrier - Colbert,
vont en Flandre dans les trois
Chaſtellenies qu'on doit rendre
aux Eſpagnols apres l'échange
des Ratifications . Admirez comme
en peu de temps on a mis
dans de bonnes Villes hors de
France , une Armée de plus de
50000. Hommes en Quartier
d'hyver.Toute la peine qu'ilena
coûté,a êté le chemin qu'ila fallu
faire pour s'y rendre. Ce grand
nombre de Troupes ayat êté mis
àcouvert,M.de Luxembourg eſt
revenuàParis. Jc
* BIBLIO
?
LYON
1893
2 .
C
GALANT.
195
Je devois vous parler au commencement
de cette Lettre du
Mariage de Mr. le Duc Sforze,
& de Mademoiselle de Thiange,
puis que la Cerémonie s'en
eſt faite désle 30. du Mois paſſe
mais quand on veut décrire les
choſes avec une entiere exactitude,
on a beſoin de temps pour
en apprendre toutes les particularitez
; ce qui ne ſe fait point
ſans beaucoup de ſoins, & mefmes
ſansde grandes recherches.
Vous ferez aiſément perfuadéc
que je n'ay pas negligé d'en faire
, en voyant d'abord la Table
genéalogique que je vous envoye
de la Maiſon Sforze , qui ſe
peut väterd'êtredepuis pluſieurs
Siecles une des premieres d'Italie,&
dans l'Alliance de la plus
grade partiede ſes Princes.Vous
n'y trouverez que ce qui re-
I ij
196 MERCURE
garde les Deſcendans de Mafle
en Mafle. Comme je n'y ay point
marqué les Alliances qui ont
eſté faites par le Filles de cette
Maiſon , parce que cela auroit
efté à l'infiny , vous jugez -bien
queje mediſpenſe de parlerd'un
tres-grand nombre de ce qu'il y
enade plus conſidérables en Italie
, dont vous devriez voir les
noms dans cette Table. Elle ne
laiſſera pas de vous faire connoître
que Loüis Sforze qui eſt celuy
dontje vous aprens aujourd'huy
le Mariage , a des Alliancos
qui le rendentCouſin iſſu de
germain de Monfieur le Duc.Ce
nouveauMarié eſt bien fait de ſa
Perſonne , quoy que dans un
âge un peu avancé. Il a l'humeur
agreable , & l'efprit droit & folide.
Il eſt Duc d'Onano dans le
Patrimoine de S. Pierre , & de
:
Segni
GALANT I1991
Segni dans la Campagne de Ro
me , Comte de Santa Fior dans
le Terroir de Sienne , & Souvé
rain de Caſtel Arquato en Lombardie
, & de la Sforzeſca dans
le meſme Patrimoine de S. Pierre.
Outre toutes ces Terres , le
Duc Mario Sforze , Pere de ce
luy d'apreſent , poffedoit le Du
ché de Valmontone dans la
-Campagne de Rome. Ille vendit
aux Seigneurs Barberins onze
cens mille Ecus Romains. La
nouvelle Mariée méritoit les
avantages que ce grand Party luy
donne. Vous ſçavez qu'elle fort
des Maiſos de Damas, de Thiange,
& de Rochechoüart- Mortemar
, Maiſon auffi Illuſtre par ſes
puiſſantes Alliances , que par la
propre grandeur , & par fon ancienneté.
Ainfije n'ay rie àvous
dire fur cet Article. Mais fi la
I iij
دو MERCURE
Naiſſance rend cette nouvelle
Ducheſſetres conſidérable, elle
ne l'eſt pas moins par ſabeauté.
Elle l'a vive,touchante,&foûtenuëde
tant d'agreement , qu'on
nela peut voir ſans eſtre ſurpris.
Joignez à cela mille autres belles
qualitez qu'elle ne ſçauroitmanquer
d'avoir, puis qu'elle eſt Fillede
Madame de Thiange. Je
vous dis tout en vous la nommant
, eſtant impoſſible d'entendre
parler de Madame de Thiange,
ſans concevoir tout ce qu'on
peut ſouhaiter de perfections
dans une Dame accomplie. En
effet il n'y a rien qui ne charme
dans cette merveilleuſe Perſonne
, dont l'ame eſt auffi grande
que l'eſprit , quoy qu'elle ait
l'eſprit infiniment élevé.Sa beau.
té ne vous eſt pas inconnuë ,
mais c'eſt un des moindres avatages
GALANT. 199
tagesde la Maiſon de Mortemar,
où l'on trouve tout ce qui peut
contenter les yeux les plus difficiles
, comme on y trouve d'ailleurs
tout ce que la grandeurd'amea
de plus noble, &de plus digne
d'eſtre admire. La Cerémoniede
ce grand & celebreMariage
commençadés le Samedy
29. de l'autre mois. Le Roy , la
Reyne , Monſeig, le Dauphin ,
Monfieur, Madame , Mademoiſelle
, Mademoiselle de Valois ,
Mademoiselled'Orleans , Madame
laGrand Ducheſſe, Madame
de Guyſe , Monfieur le Prince,
Monfieur le Duc , Madame la
Duchefſe , M" les Princes de
Conti & de la Roche-fur- Yon ,
Mr. de Vermandois , & Mr. le
Duc du Maine , ſe rendirent
dans la Chambre du Roy ſur les
9. heures du foir. Les Parens s'y
Iiij
200 MERCURE
trouverent de part & d'autre,
avec quantité de Perſonnes du
premier rang ; ce qui rendit l'Afſemblée
ſi nombreuſe, que chacun
ne pouvant avoir place , on
fut contraint d'ouvrir diferentes
Portes qui rendent aux aut
Chabres pour détourner la foule
& foulager ceux dōt la préſence
eſtoit
autres
neceſſaire.Aprés qu'on eut
ainſi gagné quelque peu d'eſpace,
le Roy & la Reyne priretleurs
places dans deux fuperbes Fauteüils,
au devant deſquels il y avoit
uneTable richement ornée.
Mrde Pompone s'avança, leCon .
tract de Mariage à la main , qu'il
venoit de prédre de celle du Notaire
qui l'avoit paſſe auparavat.
Il eſtoit ſuivy du Secrétaire du
Cabinet de quartier, qui portoit
une Ecritoire d'or garnie de tout.
Vn des Commis de ce Miniſtre
en
GALANT.. 201
en portoit une d'argent. Le Roy
ordonna auſſitôt qu'on fiſt avan
cer les deux Parties. Mr le Marquis
de Lavardin parut dans le
mefme temps, menat Mademoiſe
de Thiange par la main. Ce
Marquis avoit eſté choiſy par
Mofifieur le Duc Sforze , comme
un des plus proches Pa
rens qu'il euſt en France , pour
l'époufer en fon nom. Son habit
eſtoit de velours noir , tout
garny de Dentelles & de Rubans
tres - riches. Il avoit un
tres -beau Bouquet de Plumes,
&une Epée garnie de Pierreries.
Ilne ſe pouvoit rien voirde
mieux entendu, &toute la Cour
en tomba d'accord. Avant la
Cerémonie , il avoit envoyé à
Mademoiselle de Thiangefur
vant la coûtume , un Bouquet
de Fleurs les plus rates,dans une
I V
102 MERCURE
1
tres-riche Corbeille , & Mademoiſelle
de Thiange en avoit fait
un préſentdedevotion.Elle étoit
veſtuë de ſatin blanc à fleurs,
-fous unegaze noire claire &auffi
àfleurs, avec une grande queuë.
Tout cet ajuſtement eſtoit enrichy
tantpar haut que par bas,
d'unnõbre infiny de Pierreries.
Ils s'approcherent ainſi dela Table,&
firent une profonde revérence
à LeursMajeſtez. Le Roy
ordonna aufſfitoſt à Mr de Pomponede
lire le Contract de Mariage
àhaute voix. Il n'en lut que
le commencement,qui contenoit
les qualitez des Parties.La lecture
entiere en auroit eſté trop lōgue.
Il commença ainſy. Aunom
deDieu; Le tres -haut,tres- puiſsat,
& tres- illustre Prince Loüis Duc
deSforce .... avec toutes les autres
qualitez de fa Maiſon. Cela ne
fut
GALANT.
203
futlû qu'afin de faire ſçavoir àla
Cõpagnie que le Roy traitoit ce
Duc fur le pieddes PrincesEtragers
.Cette lecture eſtant faite,le
Secretaire du Cabinetmit l'Ecri
toire d'or fur la Table,& Mr de
Pompone en ayant prisla plume,
la mit entre les mains de Sa Majeſté,
qui ſigna le Cotract de Mariage
, & apres Elle , la Reyne,
Monſeigneur le Dauphin,Mr de
Lavardin come Procureur, Mademoisellede
Thiange,&en ſuite
toute la Maiſon Royale,& les
Parens.Mr de Pompone figna le
dernier avec une plume de l'Ecritoire
d'argent qu'un de fes
Commis avoit portée. A cette
Ceremonie ſucceda celle des
Fiançailles,qui fur faite par Mr le
Comte de Noyon, Pair de France.
Le Roy l'avoit choiſy pour
faire cette fonctio,non ſeulemét
parce
204 MERCURE
parce qu'il étoit un des plus proches
Parens de Mademoiſelle de
Thiange; mais encor par le rang
qu'il tient entre les plus Illuſtres
Prélats de l'Eglife. Les Fiançailles
ne furent pas plûtoſt achevées
, que quantité de Pages du
Roy aporterent un fort grand
nombre de Baffins de Confitures,
qui furent répandues par tout
avec profufion . Le lendemain
Dimanche , le Roy avec toute
l'Aflemblée du jour precédent,
ſe rendit entremidy& une heure
dans la Chapelle du Chaſteau
de Verſailles , ornée , & gardée
extraordinairement , afin d'empefcher
la confufion . Toute la
Cour s'y trouva fort fuperbement
veſthë. Mr. de Noyon eftoit
en habit Pontifical pour dire
la Meffe , & faire le reſte de la
Cerémonie.Toutes chofes eftant
T
ainfi
GALANT.
205
|
ainſi diſposées , le Roy ordonna
qu'on fiſt approcher les Fiancez".
Mr. le Marquis de Lavardin parut
avec un Habit tres-magnifique,&
diferent de celuy du premier
jour. MademoiselledeThiage
en avoit un de Toile d'argent
relevée d'or en fleurons. Il eſtoit
chargé de Perles & de Rubis,au
lieu de Diamans qu'elle avoit le
jour precédent, & fa queüeméme
qui eftoit fort longue en eftoit
toute remplie. Ainfi elle en
avoit pour plus de fix millions fur
elle. Ils allerent de cette forte à
l'Autel,où ils ſe mirent à genoux,
ayant tous deux un Cierge à lal
main avec cette difference que
celuy de Monfieur de Lavardin
ſeul eſtoit garny de bas en haut
d'Ecus d'orqui furent diftribuez
aux Pauvres , plus par charité
que par coutume. LaMeffe fut
chan
206 MERCURE
chantée par la Muſique duRoy,
& la Cerémonie finit par une
courte & utile remontrance que
fit Mr. de Noyon aux Mariez .
Elle fut admirée de toute cette
grande Aſſemblée, & fur tout du
Roy qui ſe connoiſt mieux que
Perfonne aux belles choſes.
Comme on ne peut eſtre trop
exact ſur la ſignature des quatre
Témoins neceſſaires ou du
moins ordonnez , le Roy ſe fit
apporter ſur ſon prie - Dieu le
Regiſtrede la Paroiſſe.Il le ſigna,
& le fit ſigner à la Reyne , à
Monſeigneur le Dauphin , & à
Monfieur le Duc. Mr. le Marefchal
Duc de Vivonne traita fuperbement
une partiedesParens
&des Amis qu'on avoit conviez
des deux coſtez , & entr'autres
M. le Marquis Sforce qui a eſté
un des principaux Négociateurs.
de
GALANT.
207-
de ce Mariage , & qui depuis
longtemps a fait connoiſtre à la
Courde France, & fon eſprit, &
fon zele pour les divers interefts
de ſa Maiſon.Madame deThiange
, Madame de Monteſpan , &
la nouvelleMariée,eurent l'honneur
de dîner ce jour- là mefme
avec ſa Majefté , ainſi que Mefſieurs
les Princes du Sang. Immediatement
aprés le Dîner , la
Reyne rendit viſite à Madame
la Duchefſe Sforce , qui reçeut
anſfi les complimens de tout ce
qu'il y a de plus qualifiéà la Cour.
Le foir cette nouvelle Ducheffe
alla rendre ſes devoirs à la Reyne
, &fut miſe enpoffeffionde
tous les rangs &honneurs dont
jouiſſent les Princeſſes Etrangeres.
Elle n'oublia pas les liberalitez
accoûtumées en de pareilles
occafions. La journée finit par
un
208 MERCURE
un Bal dans la nouvelle Salle de
Marbre , ornée de Luftres d'argent
, & de tout ce qui pouvoit
enrichir un Appartement fi fuperbe
. Le Roy l'ouvrit avec
Madame la Ducheſſe Sforce.
Quelques jours apres Monſieur
de Vertamon épouſa Mademoiselle
Bignon. Il eſt Maiſtre
des Requeſtes, & Fils de Madamede
Vertamon , à preſent Ma -
dame la Marefchale d'Eſtrades,
& petit-Fils de feu Mr.le Chancelier
d'Aligre . Ce jeune Marié
a de l'eſprit , & des qualitez
quiluy font mériter l'eſtime que
tout le monde a pour luy. Mademoifelle
Bignon eft petite-Fille
de ce grand Hierôme Bignon ,
AvocatGeneral, auſſi pieux que
ſçavant , & qui avoit une ſi parfaite
connoiffance des habiles
Gens de fon Siecle. Je n'entre
prens
GALANT. 209
prens pas de le loüer apres feu
Mr. le Premier Preſident Molé,
qui a dit publiquement ,que Rome
& Athenes n'avoient jamais
porté un fi grand Homme. Le
Pere de la Mariée eſt préſident
au Confeil , & Maistre des Requeſtes
. Sa probité eſt univerfellement
connue. Ileſt Frere du
Fameux Mr. Bignon , cy - devant
AvocatGeneral, & aujourd'huy
Conſeiller d'Etat .La Mere
de Mademoiselle Bignon eſt
Soeur de Monfieur l'Avocat General
Talon , dont la réputation
eſt ſi bien & fi juſtement
établie. Ainſi cette nouvelle
Mariée ſe trouve Niece de ces
deux grands Avocats Generaux.
Elle eſt Fille unique , riche , modeſte,
vertueufe , & peu touchée
de l'éclatdumonde .
Vous ne ferez pas faſchée de
voir
110 MERCURE
voirpour la ſeconde fois un Madrigal
que vous avez déja la
avec plaiſir , puis que je vous le
renvois mis en Air par Monfieur
Charpentier. Comme ces fortes
d'Ouvrages parlent d'eux-mefmes
, je vous laiſſeray juger à l'a.
venirde leurbonté , &me con.
tenteray de vous en nommer les
Autheurs.
AIR NOUVEAU.
H,qu'on eft malheureux d'avoir en
AHdes defirs,
D'avoir fait de l'amour ſes plus charmansplaisirs,
Quand il faut renoncer à l'ardeur qui
nouspreſſe!
Onnepent oublier ce qui nous a charmé,
On ne gouverne pas comme on veut la
tendreffe.
Heureuxqui peuthair ce qu'il a bien aim
mé..
Anne
GALANT. 211
e
S
$
Annede Bretagne , dontl'Hô-
+ tel de Bourgogne nous a déja
donné quelques Repréſentatiós,
eſt la premiere Piece nouvelle
qui ait paru au Theatre de cet
Hyver. Elle eſt de Monfieur
Ferrier. Les Vers en font fort
aiſez , & les penſées naturellement
exprimées. Il y a des endroits
dans la peinture qu'on y
fait de Charles VIII. tres- finement
tournez àl'avantage du
Roy. Leurs Alteſſes Royales
l'ont eſté voir , & en ſont ſorties
fort fatisfaites.
Onnous vient de donner en
nôtre Langueun des plus beaux
Ouvrages d'Italie , qui n'y avoit
point encor eſté traduit. C'eſt
la Secchia rapita du Taſſoni.
Mr. Perraut qui en a fait la Traduction
, a mis le Poëme Italien
d'un coſté , afin de ne rien ofter
212 MERCURE
à ceux qui l'entendeur afſez ,
pour bien goufter toutes les graces
de l'Original. Il'eſt digne
Frere de Monfieur Perraut de
l'Academie Françoife , & de celuy
qui a traduit Vitruve. Nous
luy ſommes d'autant plus obligez
de la peine qu'il s'eſt don-
, née, que ce Poëme eſtant moitié
burleſque,& moitié ſérieux, il y a
des endroits fort difficiles à eftre
entendus. Le ſujer en eſt fonde
fur la Guerre qui s'eſleva
entre ceux de Boulogne & de
Modene , au temps de l'Empereur
FedericoII. On prétend
que ce fut à l'occaſion d'un
Seau de bois , qu'on a toûjours
conſervé depuis ce temps - là
dans l'Eglife Cathédrale de Modene.
On le võit encor ſuſpendu
à la voûte de la Salle avec une
chaîne de fer, dont on ſe ſervoit
pour
GALANT.
213
- pour fermer la Porte de Bou-
- longne , par laquelle les Modénois
entrerent quand ils rayirent
ce Seau .
J'avois crû vous tromper , &
le Public apres yous , en vous
envoyant deux Enigmes ſur le
meſime Mot ; mais pluſieurs Perfonnes
ſe font apperçeuës de la
-ſurpriſe que je voulois faire , &
Monfieur Gardien a expliqué
ainſi l'une & l'autre .
Ces deux Enigmes font fort belles,
Tous les rapports enfontfidelles,
Je nevoisrien de mieux écrit ;
Mais ceque je trouve de rare,
C'est que lesujet s'y declare.
Comment cacher l'Eſprit avec tant d'efprit
L'Esprit eſt donc le vrayMot
de toutes les deux Pluſieurs l'ont
connu. En voicy les noms.
Meſſieurs
214 MERCURE
Meſſieurs Thabaud des Ferrons
, Jarroſſon , Avocat au
Conſeil ; Jouſſes de la Chape
lerie ; Chantreau , de Paris ;
L'Abbé Rateau , Barrandy &
Marchand , de la Rochelle
DesAvaris , de Bourlague ; Mi.
conet , de Villedieu , & Lan.
glois , de Pontoiſe ; Rouffel
Aumônier du Roy , de Con
ches ; de Bonnecamp , Medecin
àQuimpercorantin ; de Beau
voir , Gentilhomme de Guera
neçay ; Le Mitron de Norman
die ; Stoopen , Suiſſe de Bafle
Le Secretaire fidelle d'Amiens
Balamir amoureux , & le Che
valier de la Porte Paris , Meſ
demoiſelles Leger , de Troyes
De Maillerville , de S. Malo
Du Collombier , de Torigny
Turlis ; Rape ; Mafficq , de L
Flote de Re ; La belle Jouneau,
&
GALANT.
215
-
& la Veuve de la Ruë Chapon.
Beaucoup de Particuliers ont
envoyé leurs Explications en
Vers , & ce ſont Meſdemoiſelles
Penavaly, de Breſt en Bretagne ;
Noman Anorry , de Poitiers ;
Fredinic & Valcherie , de Pontoiſe
; Meſſieurs de la Coudre ,
| de Roüen ; De la Touche , de
Saumur ; De Cafteler Matemacicien
( il a promis un nouveau
■ Siſteme ; ) De la Marthe,Avocat
en Parlement; De Mauvileu de
Chauven , de Soiſſons ; Aimez
le Fils , de Beziers ; L'aimable
Alexandre & le ſolitaire de
Pontoiſe.
•
Ceux qui n'ont expliqué que
l'une des deux fur l'Eſprit , &
qui ont donné un ſens diférent
à l'autre , font Meſſicurs Baiſe
le jeune ; Lamory , Secretaire
de Noyon ; De Bellefontaine ;
Laffon
216 MERCURE
,
Laſſon le jeune ; De Laſtre ,
Avocat àGuyle ; Gautry,Geographe
à Tours ; Hervilfon , de
Troyes ; Chefnon , Directeur
General des Poſtes de Charleville
; Les Inféparables , du Périgord
; Le Celadon d'Aſtrée ,
Le Bohemi , de Sens ; Ariſte de
Guyſe ; Millete , de Millefleurs;
L'aiſnée des trois Soeurs de
Charleville ; & la Marquiſe curieuſe
de Coutance. Ceux qui
ont expliqué l'une ou l'autre en
Vers,font Meſſieurs Robert , de
Châlons en Champagne ; De
Tirman , Abbé de S. Loüis lez
Troyes ; D'Abloville;Germain,
de Caën ; Chapuis de Monbrifon
; De Glos , Matématicien
Hydrographe à Honfleur ; De
Blegny ; Mademoiselle du Bocage
; Le Poëte naiſſant ; Le
bon Vigneron , d'Argentüeil ;
&
GALANT. 217
3
;
& l'Inconfolable de la Ruë
Saint Antoine. J'ay ſuprimé les
noms qui n'ont que de ſimples
lettres , & une partie de ceux
qui eſtant faux , ne ſe peuvent
mettre qu'en trois lignes. A l'avenir
meſmeje ne vous envoyeray
que les véritables , ne doutant
point que je ne faſſe plaifir
à ceux qui en prenent à ſe cacher.
Ils ne s'en divertiront pas
moins dans leurs Societez , en
faiſant connoiſtre par le vray
Mot des Enigmes qu'ils verront
dans le Mercure de chaque
- Mois , que c'eſt celuy - meſme
qu'ils avoient trouvé. On a expliqué
la premiere des deux de
l'eſprit , fur le Secret ,le Raifonnement,
le Bon Sens, le Iugement,
le Rafinement , le Silence , l'Eloquence
, la Galanterie , le Vin,
l'Eau , l'or , l'Argent , la Mode,
Novembre. K
1
218 MERCURE
le Secret, & le Ver à foye . Je vous
en envoye deux nouvelles. La
premiere eſt de Madame de
Rambey . C'eſt une Veuve de
la Franche-Comté qui a beaucoup
de naiſſance , & dont la
perſonne n'a pas moins de beauté&
d'agrément , que ſon eſprit
adedélicateſſe &de lumieres. ?
ENIGME.
noire ;
Ay lapeau donce,maisfort
leſuis baftie afſez bizarrement ,
Ie n'ay demoy quefort peu d'agrémens,
Cependant le pourra-t- on croire ?
Leneforspas plutoſt d'uneſombre priſon,
Que l'on voit contester lesyeux &la rai-
Son
Pour m'établir de bonne grace.
Tantoft jesuis en haut ,tantost jesuis en
bas.
Enfin apres pluſieurs debats,
Sur un Trône defleurs on me donne ma
place;
Mais
GALANT . 259
Mais si je tombepar disgrace ,
Ce qui m'arrive affezſouvent ,
Autant en emporte levent.
AUTRE ENIGME.
Evinez qui je suis ; mon Corps
n'estplusdumonde.
I'habite la moitié d'une Machine ronde,
Vivante , je n'avois qu'un ſentiment brutal;
Mais depuis que l'effort d'une main af-
Saffine
M'afait donner le coupfatal ,
Ie renferme ſouvent la plus haute Doc
trine.
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
en figures ſur leMasque,
l'ont expliquée dans ſon vray
fens , & ce font Meſſieurs Gardien
Secretaire du Roy ; Rault
de Roüen , en Vers ; Comparet
Regnaud,Chantre de S.Urbain
Kij
220 MERCURE
de Troyes ; Mademoiselle Noman
-Annorri, de Poitiers ; & le
faux Crifante. Voicy l'Explication
de ce dernier.
DErfée ence Tableau nous charme &
nous abuse
Avec sa teste de Meduse ;
Mais de quoy s'est- onavisé,
De tuy laiſſfer lefront ainsinusous un
Casque?
Car on n'est pas fort déguisé,
Quand on leve le Maſque.
Cette Enigme n'eſt pre que
fondée que ſur l'action & la difpoſition
des Perſonnes qui yfont
dépeintes. La teſte de Meduſe
avec laquelle Perſée ſemble ſe
cacher le viſage, repreſente le
Masque , qui n'eſt ſouvent qu'-
une figure diforme , capable
d'effrayer ou de faire rire. Ces
deux effets font exprimez par
les autres Perſonnages de l'Enigme,
EVRYDICE ENIGME
GALANT. 221
nigme, dont l'un s'enfait, tandis
que les deux autres ſemblent ſe
moquer de Perſée. J'adjoûte les
divers mots fur leſquels elle a
eſté expliquée , L'Hyver , une
Carcaffe de Guerre , la Mort , la
Peur , le Tonnerre , le Froid , le
Miroir ardent , la Fronde, la Pareffe
, la Lanterne fourde , le Pavot
, le Chymiſte, la Beauté, le Sel,
la Glace, la Pluye, la Grenade , la
Trahison , l'Hirondelle, la Difcorde
, la Guerre, la Paix que Louis
LE GRAND donne aux trois
grandes Puiſſances ſes Ennemis ;
la force de l'Eloquence , le Difcours
concis , le Tombeau, la Vieilleffe
, & le contrepoison.
Reſvez à preſent ſur l'Enigme
d'Euridice. Elle mourut piquée
d'un Serpent. Orphée l'alla redemander
aux Dieux des Enfers
, & les charma ſi bien par
Kij
222 MERCURE
la douceur de ſon chant , qu'ils
luy accorderent ce qu'il vouloit.
Il retournoit avec elle tout
remply de joye , lors que ſur le
point de revoir le jour , il tourna
la teſte pour la regarder ,
contre la défenſe qui luy en
avoit eſté faite. En même temps
il eut la douleur de voir Euridice
qui luy tendoit les bras ,
& des Spectres qui s'en ſaiſiffoient
pour la remener aux Enfers.
Il ne me reſte plus qu'à vous
apprendre la mort de Madame
la Comteſſe de Froullay , arrivée
depuis peu en fon Chaſteau
de Monflaux au Bas Maine.
Quoy qu'elle fuft dans un âge
peu avancé , elle s'y eſt preparée
avec une réſignation digne de
la folide vertu qu'elle a toûjours
pratiquée. Elle estoit tres-belle,
&
GALANT.
223
-
&fut Fille d'Honneur de la
Reyne Mere dés ſa plus tendre
jeuneſſe , ſous le nom de Mademoiſelle
de Neüillan . Quelques
avantages qu'elle euſt reçeus de
la Nature , elle ne s'en ſervit
que pour faire mieux admirer ſa
conduite . Jamais elle ne donna
lieu à la moindre médiſance .Au
contraire , elle estoit regardée à
la Cour comme un modele à
eſtre ſuivy par toutes les Perſonnes
de fon Sexe. Auſfilesbontez
& la bien veillance du Roy , de
la Reyne , & de toute la Maiſon
Royale , n'ont jamais changé
àſon égard, Elle épouſa Monſieur
leComte de Froullay Grad
Maiſtre des Logis du Roy en
1656. Il a eſté Chevalier de ſes
Ordres , & fortoit d'une des
meilleures & plus anciennes
Maiſons du Païs du Maine. Les
K iiij
224.
MERCURE
Titres qui ont eſté produits pour
la preuve de cette ancienneté,
juſtifient qu'il deſcendoit de Pere
en Fils d'un Roland Seigneur
de Froullay , qui vivoit vers l'an
1140. Feu Monfieur le Comte
de Teffé estoit ſon aiſné . Deux
de ſes Cadets font encor vivans ,
Monfieur l'Evêque d'Avranche,
& Monfieur l'Abbé de Froullay
Comte de Lyon . Il eſt peu de Ges
qui n'ayent eſté perfuadez du
veritable mérite de celuy dont
je vous parle. Il eftoit brave , &
on ne peut guére ſe diftinguer
davantage qu'il avoit fait eſtant
Capitaine aux Gardes. Sa droiture
d'ame, ſa fidelité, & fa vertu,
luy avoient donné pour Amis
tout ce qu'il y a de Perſonnes
du premier rang. Il y a environ
ſept ans qu'il eſt mort , & l'on
peut dire que cette mort commença
GALANT.
225
mença celle de Madame la Comteffe
de Froullay ſa Femme . Le
ſaiſiſſement qu'elle en eut fur
tel , qu'il contribua beaucoup
au ſchire qui ſe forma avec le
temps dans ſon foye , & qui l'a
enfin emportée. La douleur qu'-
elle eut de perdre un Mary qui
luy eſtoit fort cher , fut ſuivie
d'une autre encor tres- ſenſible
que luy cauſa la perte d'un Fils
aiſné , tué en 1675. à la Bataille
qui ſe donna devant Treves. Il
eſtoit reveſtu de la Charge de
Grand Marefchal des Logis,l'une
des plus confiderables de la
Cour, & digne heritier des vertus
& du merite de Monfieur le
Comte de Froullay ſon Pere.
-Mais toutes ces diſgraces, ny les
embarras d'un tres-grand Procés
, n'ont pû jamais ébranler la
fermeté d'ame qu'elle a fait pa-
:
K
226 MERCURE
2
১,
roiſtre juſqu'au dernier moment
de ſa vie ; &malgré tant de traverſes
, on l'altoûjours veuë d'une
douceur & d'une foûmiſſion
aux ordres d'Enhaut , dont l'Ecole
du grand monde enſeigne
peu la pratique.. Elle estoit Fille
de Charles de Beaudean-Parabere,
Comte de Neüillan,Gouverneur
de Niort , &petite Fille
de Jean de Baudean Comte
de Parabere , qui avoit fait un
Regiment pour le ſervice de
Henry IV. Roy de Navarre,
& qui luy en rendit de tres - conſidérables
juſqu'à la mort. Il'ſe
trouva à la Bataille de Coutras,
où il acquit grand honneur , &
prit la Ville de Niort & le Château
où eſtoit le Gouverneur
de la Province. Ce fut la premiere
Place qui ſervit au Roy
pour difputer la Couronne de
France,
GALANT.
227
France. Le Prince de Parme,
que la Ligue avoit fait venir
dans le Royaume , ayant afſiegé
Corbeil , le Comte de Parabere
l'obligea de lever le Siege , &
délivra Paris . Il fit cinq cens
Lans - cadets prifonniers , prit
Corbie en ſuite ; & au Siege
d'Amiens où le Roy eftoit préſent
il commanda une Attaque
& une Baterie conjointement
avec le Mareſchal de Biron qui
en commandoit une autre. Le
Roy luy auroit donné le Baſton
de Marefchal de France , s'il
euſt voulu changerde Religion
quand Sa Majefté en changea;
mais il ne pût endurer qu'il entraſt
un mouvement d'intereſt
du monde dans les motifs qui le
devoient porter à ſe convertir.
A prés avoir demeuré aſſez long
temps Lieutenant de Roy de
Le
Poitou
228 MERCURE
Poitou,& Gouverneurde Niort,
il ſe retira dans ſa Maiſon de
Parabere , où il ſe fit Catholique.
Quoy qu'il y euſt tres- long
temps qu'il euſt renoncé à la
Cour , fon mérite & les grands
ſervices qu'il avoit rendus , parloient
tellement à ſon avantage,
que pour les reconnoître , le feu
Roy Louis XIII . luy envoya un
Brevet de Mareſchal de France,
avec ordre de venir recevoir cet
honneur , & le Cordon bleu en
mefme temps. Pendant qu'il ſe
préparoit à fe rendre aupres de
Sa Majesté , il mourut tout couvert
de gloire,& laifſa deux Fils,
dont le Cadet fut Pere de Madame
la Conteſſe de Froullay,
L'Aiſné fut fait Chevalier des
Ordres du Roy , & a eſté Lieutenant
de Roy de Xaintonge ,
& Gouverneur de Cognac ,
Lieu
GALANT . 229
!
Lieutenant General & Gouverneur
de Poitou .
J'ay oublié de vous dire fur
IArticlede la Medaille des Hollandois
, que les lettres qui ſont
d'un plus grand caractere que
les autres dans le Revers , s'appellent
lettres numerales. Elles
ſervent à marquer l'année pendant
laquelle la Médaille a eſté
faite . Cela ſe peut voir en les afſemblant
, apres qu'on a rejetté
les petites.
Que de choſes j'aurois encor
à vous dire , ſi je voulois renfermer
dans cette Lettre toutes les
nouvelles de ce Mois! Le temps
me preſſe , il faut qu'elle parte,
& malgré moy je ſuis obligé
d'attendre à vous entretenir
dans la premiere , des Publications
de la Paix quionteſté faites
dans pluſieurs grandes Villes
du
230 MERCURE
du Royaume , avec autant de
magnificence que de galanterie
, & des Harangues qui ſe
font tous les ans au Parlement
à l'ouverture des Audiances .
J'y joindray l'Article des Modes..
Adieu Madame . Je ſuis, &c.
AParis ce 30. Novembre 1679.
93*
Avis
GALANT.
231
Avis pour toûjours.
N prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en caracteres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut ; afin
qu'on ne ſoit plus ſujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye
& l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire ;,
&s'ils ne font dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela . Chacun aura fon
tour ,& les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, àmoins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne puiffe.
differer.
Onne fait réponſe àperſonne,faute
de temps..
On
232
MERCURE
On ne met point les Pieces trop.
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propofera
leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux,
on les mettra dans les Extraordinaires
.
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiffent bleffer la modeſtie des Dames,
ou defobliger les Particuliers par
quelques traits fatyriques .
On a beaucoup de Chanſons. Elles
auront toutes leur tour , fi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ft ceux par qui
elles ont eſtéfaites veulent qu'on s'en
ſerve , ils les doivent garder ſans les
chanter & fans en donner de copie
juſqu'à ce qu'ils les voyent dans le
RoRay of
YON
1893
LE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Voilà, cher Lecteur, le onzićmeTome
du Mercure Galand
que je vous donne cette année
1678. qui ſe vendra toûjours vingt
Sols , & ceux de 1677. douzefols,
& les Extraordinaires trente fols
Le Volume. Ieſuis bien aiſe que
dans chaque Volume que vous lifez
vous y trouviez des charmcs
nouveaux tant pour la delicateſſe
des choix que l'on fait des
Pieces, que pour la peine que l'Autheurſe
donne pour vousfatisfaire.
Soyezsoeur qu'ilse perfectionnera
toûjours ; & comme ma plus
grande Satisfaction eft de vous
faire part de beaucoup de Nouveauteztous
les Mois , outre ceux
que
que vous verrezcy - aprés, quifont
des Livres tres - bien écrits je vous
advertis qu'à Lyon oùse distribuë
le Mercure , vous y trouverez de
toutes fortes de grands Almanachs
de Paris tant enluminés que autrement.
Vous pouvez vous addreſfer
àla Victoire, où ily en aura de
plusieursfortes defaçons & bonnes
impreßions de Paris . Vous ne douterez
nullement que les beaux Almanachs
s'y rencontreront , ilsuffit
de vous dire , que c'est dans ma
mesme boutique où fe distribuë le
Mercure, & cesera la veufve Coral
qui vous les vendra comme elle
a accoûtumé defaire depuis plus
de 20. années ; l'addreſſe ſe trouvera
au commencement du Mercure
, je ne vous diray rien des
deſſeins , vous sçavezles Victoires
que le Roy a gagnées, & les Villes
qu'ilapriſes , on les Graveurs de
Paris
Paris n'auront pas manquéà vous
fatisfaire. Puisque je suis fur
les Almanachsje vous en donne
deux pour nouveaux , vous y trouverez
bien des choses tres curieuses;
te premier est l' Almanach de Milan
de 1679. qui ſe vendra fans
marchander quinze fols , & celuy
de Liege dix fols. Ie vous envoyeray
dans le premier Mercure
un Catalogue de tous les Livres
Nouveaux de cette année, queje
prendray dans tous les Volumes
dudit Mercure : L'attend pluſieurs
Nouveautez dont je vous entretiendray
le Mois prochain , je vous
en envoye pourfaire Etrenncs . On
prie toûjours ceux qui envoyeront
des Pieces pour le Mercure , d'affranchir
les ports ; Vous ferez adverti
pour toûjours que dans les
bonnes impreſſions où il n'y a rien
de changé ny des articles Satyriques
ques que l'on adjoûte aux fanſſes
impreſſions,qui bleſset biensouvent
la modestic des personnes ſages,
Se trouveront feurement dans les
Provinces où l'on vend & distri
bueleMercure,&ne vous coûteront
pas plus que les fauſſes ; Remarquez
aux veritables que j'imprime
mon Nom , la mesme Marque
qu'au Mercure & la mesme
Vignette & de belle impreſſion;&
aux fauffes , de petite lettre & le
Nomde Paris ou Cologne.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Novembre.
Voyagede Fontai-
De M.de Prefne-
Bleau.
chac,Autheur
de l'Heroine L'AmbitieuseGrenadine
, 12 .
Almanach de Milan, 12. 1679.
Remarque ſur la Theologie Mo-
Almanach de Liege , 1679.
rale
rale de Monfieur de Grenoble,
12. 2.vol.
La veritable forme du Sacrement
de l'Eucharistie de Monsieur
Arnaut, 8 .
La Vie Chreftienne, ou les principes
de la Vie Chrestienne , 24.
tres-utile & neceſſaire à toutes
Sortes de perſonnes.
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
Pin
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, donnéà
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſonConſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenfes
font faitesà tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout àpeine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi queplus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livrede la Communauté le
5. Janvier 1678.Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Juillet 1678 .
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
de Monseigneur le Vice - Legat
d'Avignon.
LYON
*
1893
*
Ar grace & Privilege de
P
MonseignentIIA
il eſt permis
àTHOMAS AMAULRY Libraire de Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé Le Mercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avec deffences à tous autres d'imprimer
, vendre , nydebiter dans la Ville d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy- devant imprimés ,
en tout ou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compter du jour que chaque Volume ſera imprimé
pour la premiere fois, àpeine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
porté à l'Original ; & le preſent Privilege
eſt tenu pour deuëment fignifié en mettant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice - Legat. Datté du
16. Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archevifte.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieurde Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevéd'imprimerpour la premiere fois le
30. Juillet, 1678 .
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti
tabulis attribuit anno 1693 .
BIBLIO
LYON
*
1893 *
807156
MERCURE
LYO
GALANT.
Novembre
16
DE LA
VILLE
DE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. D C. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
M ONSEIGNEUR,
le ne me laſſe point d'admi
rer avec toute la France, le merveilleux
progrés que vous faites
dans tout ce que vous entreprenez,
l'ay souvent parlé
a ij
EPISTRE .
de vôtre adreſſe dans vos
Exercices. l'ay parlé de la force
& de lavigueur avec laquel
le vous en foûtenez le travail,
& quoy que j'en puiſſe dire , je
ſens bien que mes expreffions
fontfoibles , & que tout ce que
je pense est infiniment au deffous
de ce qu'on doit attendre
du Fits de Lours LE
GRAND. Ce glorieux Titre
enferme tout , & je croy ne
pouvoir mieux faire , MONSEIGNEUR
, que de vous
repeter en Vers, ce que je viens
de prendre la liberté de vous
dire en Profe. Permettez- moy
pour cela de me ſervir d'un
Sonnet dont on a rendu le Mercure
1
EPISTRE.
:
cure dépositaire, dontje laiſſe
lagloire à ſon Autheur en fai-
Sant connoîtreſon Nom.
F
:
RANC
:
E,depuis long- temps toûjours
fi triomphante ,
Que de biens , que d'honneurs , que
de Lauriers nouveaux ,
Ton DAUPHIN quiſe forme au métier
des Héros,
Ne te ſeme-t- il pas dans ſa Valeur
naiſſante !
11 y fait déja voir une force étonnante,
Et tous ſes coups d'eſſay ſont ſi grands
&fi beaux ,
Que ce jeune Lion dés ſes premiers
travaux ,
Porte en tout l'Univers l'allarme &&
l'épouvante.
S'il exerce un Courfier , c'eſt d'un aic
qui ſurprend.
Tout charme en ſa Perſonne , il n'eſt
rien de ſi grand;
Ce qu'il fait promet plus que ne fir
Alexandre.
aiij
EPISTRE.
Tous ſes Exploits feront des Exploits
inoüis.
Quels miracles auſſi ne doit- on pas
attendre
D'un Demy Dieu formé du Sang du
Grand Loüis ?
: 小JOURDAIN. $
le fuis avec le plus profond
respect
MONSEIGNEUR ,
Voſtre tres-humble, & tres
obeïllant Serviteur, D.
Ceux
qui ont travaillé à quelques
Couvrages fur les matiere pro
posées dans le Troifiéme Extraordinaire
, ſont priez de les envoyer incef
famment. La Saiſon va devenir rigoureuſe
,& les Ouvriers , & fur tour
lesGraveurs , ne pourront travailler
qu'avec peine . On prie auſſi ceux qui
par le moyen de leurs correfpondances
reçoivent des Nouvelles de Perſe ,
de la Chine, du Japon, des Indes , du
Mogol , & d'autres Païs Etrangers
dont on ne parle jamais dans les Gazettes
, d'en faire part à l'Autheur du
Mercure , à l'adreſſe marquée chez le
Sieur Amaulry. Les Nouvelles qu'on
demande des Païs Etrangers , peuvent
eſtre de leurs Guerres preſentes,
de leurs Révolutions , Ceremonies,
de tout ce que font leurs Rois,& generalementde
toutes fortes de Nouvel
les de la nature de celles que l'on met
de toute l'Europe dans le Mercure.
TABLE
TABLEDESMATIERES
contenuës en ce Volume.
ADeepe
Vant propos,
de Bellone&de la Paix, 11
BelleActionde Iustice de M. le Lientenant
Civil Girardin , 16
Retour de Madame la Comteſſe de Soiffons
,&tout ce qui s'est passé à Turin
pendat leſejour qu'elle y a fait,17
Madame la Duchefſe de Lefdiguieres accouche
d'un Garçon , 22
Mort de M. du Boulay , 24
Maulou ,
Mort de Monsieurle Noir , Sieur de
25
27
28.
Mort de M. Esprit , Premier Medecin
deSonAlteſſe Royale ,
Céte charge est donnee à M. Lizor,ibid.
LaChargede Premier Medecin deMadameestdonnéeàM.
le Bel,
On appuye ſouvent le bonheur de ceux
àqui l'on cherche ànuire. Hist. 30
Tout ce qui s'est passé à lamaladie de
M. le Duc de Chartres ,
Extrait d'une Lettre écrite par un Evefque
aux Peres Capucins du Louvre,
SE
SS
Réponse
TABLE.
57 Réponse des Peres Capucins,
Attaques d'un nouveau Fort à l'Acade-
75. mie de M. de Bernardy,
Versà M.ColbertPréſidēt à Mortier, 79
Tout ce qui s'est passéa l' Academie Françoise
le jour que M. l'Abbé Colbert y
fut reçeu , 84
Propofition de Mariage entre un Linot
110 une Linote ,
Avature qui a obligélefieur lofuas àprê.
dre leparty desMécōtens d'Hongrie.11 3
Recompensesdonnées par le Roy d'Espa
gne,
ibid.
Reception faiteen Franceà Madame la
Ducheffe de Saint Pedro &à Madame
laMarquise de Quintana, 118
Su jet des Maladies d'Anvers, 124
Mort de Mr. leNonce, 125
Mortde M. l'Evéque d' Agen, 126
Mortde M. l'Evesque de Cahors , 127
Le Mariage inpromptu , Histoire , 129
Tout ce qui s'est passé au Parlement le
lendemain de la S. Martin , avec les
Harangues de la Cour des Aydes , 138
Mr.le Coadjuteur d'Arles presche à
Versailles devant Leurs Majestez le
jourde la Festede tous les Saints, 150
Meffieurs les Abbez Desmarets & de
Bezons
TABLE.
Bezősfont nõmezAgensdu Clergé, 151
LeRoy donne le Regiment deChampagne
àM. le Commandeur Colbert, ibid.
Ce qui s'est passé àVersailles le jour de la
S. Hubert, 152
Lettre de Mr. Chapelle àMr. le Duc
de S. Aignan , 159
Réponſe inpromptu de M. le Duc de
S. Aignan. 259
Ballade deM. le Marquis de Monplaifir.
162
Tout ce qui s'est passédans nos Armées
pendant les deux derniers Mois, 164
MariagedeM.le Duc Sforce& deMademoiselle
de Thiange,
Mariage de M.de Vertamon &de MademoiselleBignon
,
Airde M. Charpentier ,
195
208
210
Annede Bretagne, de M. Ferrier, reprefentée
à l'Hostel de Bourgongne. 211
La Secchia rapita , Poëme Italien traduit
par Monsieur Perraut, ibid.
Explication des deux Enigmes en Vers
duMoisd Octobre ,
213
Noms de ceux quiles ont expliquées, 214
Enigme enVers, 228
Autre Enigme en Vers, 229
Noms de ceux qui ont expliquè l'Enigme
en
TABLE . :
enfigure , ibid.
Explication de cette mesme Enigme en
figure ,
Nouvelle Enigmeenfigure ,
220
ibid.
Mort de Madame la Comteſſe de Froullay,
Fin de la Table.
222
Avis
Avis pour placer les Figures .
A Médaille des Hollandois doit
Lregarder la page 8 .
La Chánfon qui commence par Il
n'est point de Printemps que fur le teint
d'Iris , doit regarder la page 29 .
Le Menuët qui commence par Ne
croyezpas , jeune Bergere , doit regarder
la page 109.
Le Plan de Lichtemberg doit regarder
la page 166 .
La Table Genealogique de la Mai .
ſon Sforze doit regarder la page 195 .
L'Air qui commence par Ahqu'on
est malheureux d'avoir eu des defirs ,
doit regarder la page 210.
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 220.
MERCU
:
MERCURE
GALANT.
Na eu raiſon , Madame,
de vous affurer
qu'il n'y a rien
d'égal à la joye que
les Hollandois continuent
à faire parbiſtre de la
Paix. Ils en gouftent d'autant
mieux la doticeur , que depuis
l'année 1672. ils ont éprouvé
tout ce que la guerre a de rigoureux.
Les juftes ſujetsque leRoy
avoit eu de ſe plaindre de leur
conduite , leur avoientattiré ſes
Novembre. A
2 MERCURE
:
armesde tous coſtez Vous vous
ſouvenez que plus de trente de
leurs plus fortes Places furent
priſes , preſque dans le meſme
temps qu'ils les virent attaquées.
Tout trembloit, juſque das leurs
Provinces les plus reculées.Amfterdam
ne ſe croyoit plus en ſeûreté
, & Monfieur le Duc de
Luxembourg avoit eſté afſſez
avant pour ſe rendre Maiſtre de
la Haye , ſi un dégel qui ſurvint
ne luy en eut fait manquer l'entrepriſe
.Les Etats ſe voyant perdus,&
manquant de forces contre
celles du redoutableEnnemy
qu'ils s'eſtoient fait , eurent recours
à l'argent. C'eſt un ſeûr.
moyen pour faire agir bien des
bras. Comme il ne manque prefque
jamais , il leur réüffit. Vous
le ſçavez , & cela eft connu de
tout le Monde. Les offres qu'ils
?
firent
GALAN T.
3
firent de fournir la plus grande
partie des frais de la Guerre,
engagerent.pluſieurs Puiſſances
à ſe déclarer contre le Roy.
L'éclat de ſa gloire avoit cauſe
de la jalouſie ,& on ne doit pas
s'étonnér ſi on prit avidement
cette occafion de s'unir , pour
mettre quelque obſtacle à fes
Conqueſtes. Il ſe forma une Ligue
d'Alliez . Leurs Armes furent
jointes pour arréter les progrés
d'unConquerant à qui rien
n'avoit encor reſiſté ; mais ſi les
Hollandois réüſſfirent à luy ſuſciter
des Ennemis, ils ne vinrent
pas à bout d'empeſcher qu'il
ne triomphaſt toûjours également.
Ces Ennemis s'eſtoient
declarez fans aucun autre fujet
de ſe plaindre , que celuy
que leur pouvoit donner fon
trop de mérite ; & dans toutes
r
S
S
e
S
+
t A ij
4
MERCURE
leurs entrepriſes , ils furent auffi
malheureux qu'ils estoient injuſtes.
Il n'eſt point beſoin d'entrer
dans un détail dont toute
l'Europe eſt inſtraire. Les Hollandois
rebutez de cette longue,
ſuite de diſgraces qui accabloit
leursAlliez , & qui neleur laif-,
ſoit pas le temps de refpirer,
fongerent à l'unique moyen
qu'ils avoient d'en trouver la fin.
Ils voyoient leurs Peuples dans
l'impuiſſance de payer plus long
temps les taxes qu'on estoit obli
gé de faire pluſieurs fois fur
eux pendant chaque année ,&
d'ailleurs ils s'ennuyoient de
fournit inutilement de l'argent
qui ne ſervoit qu'à donner de
nouveaux ſujets de triomphe à
leur Ennemy. Les importantes
Conquestes qu'il faifoit dans
chaque Campagne , l'appro
choient
?
4
1
GALANT.
choient d'eux par un endroit,
d'où rien ne le pouvoit faire reculer
, puis que lesPlaces qu'il
prenoit de jour enjourdevenant
Frontieres de ſes Provinces , en
pouvoient tirer tous les fecours
dont elles auroient eu beſoin .
Ces diverſes conſiderations fur
leſquelles ils réflechirent, lesdéterminerent
à chercher la Paix .
Le Roy n'eut pas plûtoſt appris
ladiſpoſition où ils eſtoient de la
recevoir , qu'il en voulut bien
regler les conditions. Elles leur
furent offertes. La bonté que
ce grand Prince fit voir par là
qu'il conſervoit encor pourdés
Peuples qui avoient eſté ſesAmis,
fut auſſi remarquable qu'elle
devoit eſtre peu attenduë .Les
Hollandois en témoignerentde
la joye , & trouverent tant de
moderation pour un Vainqueur
A iij
6 MERCURE
dans ces conditions propoſées,
qu'ils n'en refuſerent aucune.
C'eſt peu dire . Ils en furent fi
fatisfaits , qu'ils firent meſme
l'Eloge du Roy en les recevant.
Il avoit eſté leur Protecteur
avant la Guerre,&l'état de leurs
affaires domeftiques leur faifoit
voir qu'ils avoient encor beſoin
de luy, pour empécher qu'on ne
donnaſt atteinte à la liberté qui
leur eſt ſi chere. Je vous ay appris
tout ce qui s'eſt paſſedepuis
la concluſion de cette
Paix, mais vous ne ſçavez peuteſtre
pas les marques éclatantes
qu'ils ont données de leur
fincerité à la ſouhaiter inviolable.
Ils ont fait battre une Médaille,
ſur la Face droite de laquelle
on voit ſept Fléches qui
repreſentent les ſept Provinces
unies. Elles font liées avec un
Lvs,
GALANT.
7
Lys , dont trois fleurs paroiſſent
au deſſus . Les paroles qui font
fur le lien , font connoiſtre que
rien ne les fçauroit deſunir. Cellesde
la circonference marquét
que la France & la Hollande
joignent leurs Lys & leurs Armes.
Toute la capacité du Reversde
laMédaille eſt occupée
par une Infcription environnée
d'une branche d'Olivier. Cette
Inſcription donne à entendre
que cette Paix fi agreable à tous
les Peuples eft venuë du Ciel.
Cela ſe rapporte à ce que je
vous aydéjaditdansquelqu'une
de mes Lettres, que la Paix viết
toûjours de Dieu ; que quand il
en veut faire un preſent aux
Hommes, il la fait deſcendre das
le coeur des Roys,& qu'il a choiſi
celuy de LoüIS LE GRAND,
pour le porter à en répandre les
Ainj
8 MERCUR E
fruits fur toute l'Europe. Vom
pouvez voir tout ce que je viens
de vous expliquer dans cette
Planche. Elle repreſente le Revers
auffi bien que la Face droite
de la Médaille , & j'ay fait
graver l'un& l'autre , afin que
vous en puiffiez mieux comprendre
toute la beauté. Par
ces Monumens aiſez à multi- .
plier , & fur leſquels le temps
n'a point de pouvoir , on peut
juger de la veritable joye que
la Paix a cauſée aux Hollandois,
& avec quelle forte paſſion ils
defirent la voir durable. On
ne dira point , apres le ſoin qu'ils
prennent de faire parler desMéraux
, que ces grandes réjoüif
fances qui ont été faites enHollande,
font de celles que lesPeuples
font quelquefois inconfiderément
en faveur d'une nouveauté
, ſans avoir examiné s'ils
BIBLIO
THEQUE DELA
LYON
VILLE
*
18937
ADOMINOVENIENS
POPVLIS
PAX
LATA REEVLGET
CONIVNGVNT
SVA
TELLIST
SEPA
QVIS
GALLVS+
LEO
SVA LILIA
GALANT.
9
ontunjuſte ſujet d'en eſtre contens.
La Paix a également charmé
tout le monde,& on le connoiſt
, puis que dans le temps
que toutes les Villes témoignent
à l'envy leur extréme fatisfaction
par leurs acclamations , &
les Feux de joye, ceux qui gouvernent
expriment ſur l'or, l'argent
& le bronze , l'eſtime qu'ils
font de la pretieuſe amitié que
le Roy a daigné leur rendre .On
a eu raifon de faire entrer dans
le corps de la Medaille l'impofſibilité
qui ſe va trouver àdeſunir
laFrance & la Hollande. Apparemment
elles ne ſe def-uniront
point d'elles-mêmes,& quel Ennemy
affez puiſſant viendroit à
boutde les y forcer?Toute l'Eu
ropeliguée n'a pû rien contre la
France , & elle pourroit encor
bien moins fans les Hollandois,
2040 A V
১
10 MERCURE
puis qu'avec tout l'argent qu'ils.
ont fourny,les Alliez ſemblent
n'avoir pris les Armes que pour
payer des Contributions, ſe faire
batre , & perdre des Villes..
Nous ne pouvons nous plaindre
que la Guerre nous ait cauſé
de grands maux , puis que
nos Armées ont toûjours eſté
chez les Ennemis : mais ſi vous
voulez voir la peinture des
avantages , qu'apporte la Paix
dans les lieux où les Troupes
avoient accoûtumé de camper,
vous la trouverez dans les Vers:
que je vous envoye..Ils fontde
Monfieur de Roux , dont vous,
avez déja veu d'autres Ouvrages.
Il ſera difficile que celuy- cy
ne vous plaiſe , ayant je ne ſçay
quoy de naturel & dégagé qui
eſt particulier aux Cavaliers , &
quine ſe rencontre pas toûjours,
V dans
GALANT. 11
dans ce que font ceux dont la
principale occupation eſt d'écrire.
LE DEMESLE'
DE BELLONNE ,
ET DE LA PAIX.
BELLONNE ..
Ors qu'avec un juste couroux,
Sur les pas de
Victoire ,
Loürs je conduis la
Rivale Paix , vossentimens jalous
Viennent troubler mes progrés & ma
gloire.
Au temps des Grecs & des Romains,
Avec moins de chagrin je ſouffrois vos
outrages.
Mes armes n'estoient pas ende fi bonnes
mains
Et je n'animois point de fi dignes courages.
Vous vous ennuyez, donc de rester dan
lesCieux
Avec ces bonsHéros Antiques ,
12 MERCURE
Qui parmy les douceurs de laTable des
Dieux
Vous regaloient toûjours d'un trait de
leurs Croniques ?
Ceux qu'on voit icy bas chargez de mes
Lauriers A
S'offencent du repos qu'offrent vas Oli
viers.
Depuisqu'aux Combats je préſide,
Quej'inspire aux Mortels une ardeur intrépide,
Queje regle par tout les interests des
Grands,
Et que je fais des Conquérans ,
Len'en ay point trouvé de plus infatigable
Que l'Auguste Loürs qui fait honte à
laFable,
Et qui pardesfaits immortels,
Atoûjoursfoûtenu l'honneur de mesAutels.
Ses ordres & Son bras ont rendu mapuis-
Sance
Plus formidable que jamais...
Cependant , trop jalouse Paix ,
Vous m'empeschez d'avoir de la reconnoiſſance
,
Quand par centTriomphes divers
Le
GALANT. 13
Je veux à fon pouvoir foûmettre l'Univers.
LA PAIX
YON
*
1893
*77
Qui l'a pu conquerir , pent s'en dire lo
Maistre;
Mais l'Hercule François ſçait bornerſes
travaux ,
Et leCiel l'a fait naiſtre
Pourdonner àla Terre un afſurérepos.
Que le carnage done cede aux FestesGalantes;
Inhumaine , retivez-vous.
Laiffez dans ces Climats regner un air
Lesmains des Arts n'y feront plus trem
plus doux
blantes ,
gers
1
Lesinfertiles Champsy deviendront Ver-
LesLoupsyferontſeuls tout l'effroy des
Bergers,
Les Echos qu'alarmoit l'aigre ſon des
Trompettes
Bediront ſeulement les accords desMu-
Setes.
On campoient les Soldats , là paiſtront
Los Troupeaux ;
14 MERCURE
Où les Tentes estoient on verra les Hameaux.
Ges Herbages cheris des Zéphirs &de
Flore,
Neferontplusfoulez,neferont plusfanglans,
Ils ne seront trempoz que des pleurs d'e
l'Aurore,.
Et naiſtront à leur gré plusieurs fois tous
les ans..
Le Laboureur dans ſes Herbes naif-
Santes ,
Verraſans plus trembler l'espoir defon
Grenier.;
Où l'on a jusqu'icy moiſſonnéle Lau
rier ,
Le Soleil meûrira des moiſſons abon
dantes ,
Le tumulte & l'effroy je verront abba
tus ,
Les innocentes Delices ,
Et les tranquilles Vertus,
Chaſſeront pour toûjours les Soucis & les
Vices
Et les Hommes pourront encor
Gouster les vrais plaiſirsque donnoit l'a-
1-
ge d'or.
Loürs
GALANT .
15
Louis fait son bonheur d'accroiſtre l'a
bondance
:
D'abolir les abus , de venger l'innocence
,
Devoir fleurirſous luy les Muſes &les
Arts.
Il est mon Apollon comme il eſt voſtre
Mars.
Le repos des Humains est tout ce qu'il
defire,
1
Voila l'heureuse fin de ses travaux di
vers..
Allez , retirez-vous ; il poffede an Empire
Qui vaut mieux que tout l'Univers.
Si on voit regner la tranquillité
dans nos Campagnes , la juftice
regne dans nos Villes. C'eſt
avec un pouvoir fi fouverain ,
que quoy qu'elle y en ait eu
beaucoup de tout temps , il
ſemble qu'elle n'ait jamais eſté
fi floriſſante que ſous l'Empire
du Fils de LoüIS LE JUSTE. Le
Code
16 MERCURE
Code que ce Grand Monarque
a fait faire depuis pluſieurs ans
pour foulager ſes Sujets , en eſt
une marque incontestable.Tous
les Magiſtrats s'efforcent à l'envy
de feconder les bonnes intentions
de få Majefté ſur l'équité
qui doit eſtre la regle de
leurs fentimens pour toutes fortes
de Parties ; & Monfieur le
Lieutenant Civil Girardin , fit le
mois paſſé une action de Juſtice
fiéclatante , qu'on aura ſujet
de s'en ſouvenir long - temps.
Ce fut dans une Affaire où
Monfieur Hebert l'un des
plus fameux Banquiers de Paris
, eftoit opprimé . Comme
cette action a eſté ſçeuë de
beaucoup de monde , il n'y a
point à douter qu'elle ne retienne
dans le devoir ceux qui
par animoſité ou par intereſt
ne
GALANT.
17
S
-
ne font pas quelquefois fcrupule
de paſſer par deſſus la formalité
des Procedures. Je ne
vous explique point l'Affaire
dont il s'agiſſoit. Les termes
d'Exploit , de manque de Controle
, &d'autres ſemblables , ne
font point divertiſſans pour les
Dames ; & comme par cet Article
je ne cherche qu'à vous faire
voir combien Monfieur Girardin
s'eſt rendu digne de l'eſ.
time qu'il s'eſt acquiſe , il me
ſuffit de vous avoir marqué ce
qui le regarde.
Je finis ma derniere Lettre
avec tant de précipitation,queje
ne pûs vous parler du retour de
Madame la Comteſſe de Soif
fons. Elle eſt revenuë de Savoye,
& a eſté tres- favorablement receuë
de Leurs Majeſtez . Les
honneurs qu'on luy a rendus ,&
les
18 MERCURE
les divertiſſemens qu'on a eu
foin de luy procurer à Turin ,
l'y ont arreſtée plus longtemps
qu'elle n'avoit crû y devoir refter.
Je ne vous dis rien de la politeffe
de cette Cour. Elle a des
charmes qui ne la laiſſentjamais
quitter ſans regret , fi ce n'eſt
pour venir en celle de France.
Ainſi il vous eſt aiſé de juger
que Madame la Comteſſe de
Soiſſons n'a pû qu'y faire un fort
agreable ſéjour, ſoit pour le rang
qu'elle y tient , ſoit pour l'eſprit,
la beauté , la galanterie & la
Magnificence qui s'y trouvent
avec d'autant plus d'éclat , que
Madame Royale qui en eſt l'ame
, n'oublie rien de ce qui peut
les y maintenir. Quoy qu'il y ait
des Païs où toutes ces chofes
font naturelles , il eſt certain
que la plupart des Cours ne
font
GALANT.
19
font que ce que les font les Souverains.
Pour vous faire con
noître combien celle dont je
vous parle eſt magnifique , il ne
faut que vous apprendre le Jeu
qu'on y a joué , & les fommes
qu'on y a perduës. Madame de
Soiffons en a eſté quite pour
huit cens Piſtoles , mais il en a
couſté prés de cinq mille à Monſieur
le Marquis de Panelle & à
Madame fa Femme ; deux mille
à Monfieur le Comte de Saint
Maurice , & douze cens àMonfieur
le Marquis de Chaſtillon,
fans compter d'autres ſommes
confidérables que preſque tous
ceux de cette Cour ont perduës.
Monfieur le Prince Philippes ,
outre vingt Chevaux & plufieurs
riches Etoffes pour faire
des Ameublemens , a emporté
plus de quinze cens Piſtoles en
Fran.
20 MERCURE
France. Joignez à cela les genereuſes
remiſes que ce jeune
Prince a faites de tres-groffes
fommes qu'il n'a point voulu
qu'on luy ait payées. Monfieur
le ChevalierDoria n'a pasmoins
gagné que luy. Un peu avant
le Départ de Madame la Comreſſede
Soiffons,MadameRoyale
luy envoya un riche Bracelet
de Diamans , eſtimé trois mille
Piſtoles. Il luy fut apporté par
Madame la Comteffe de Saint
Maurice , à laquelle cette Princeffe
donna un fort beauDiamant
pour marque de fon amitié&
de ſon eftime. Elle fit auffi
prefent à tous les Gentilshommes
, Officiers & Domeſtiques
de Monfieur le Prince de Carignan
, & il n'y eut aucundes
Valets de pied& des Gens des
Ecuyers qui ne reſſentiſt des
effets
GALANT.
21
effets de ſa liberalité. Enfin le
4. du mois paſſe , elle alla prendre
congé de Monfieur leDuc
de Savoye & de Madame Royale
, ainſi que Monfieur le Prince
Philippe , & Monfieur l'Abbé de
Savoye, & partit le lendemain.
Leurs Alteſſes Royales , & toute
leur Cour , l'accompagnerent
juſqu'à un mille de Turin, & ce
ne fut pas fans regret que Madame
Royale s'en ſépara , les
belles & grandes qualirez de ces
deux Princeffes leur ayant fait
naiſtre beaucoup d'eſtime l'une
pour l'autre. D. Gabriel de Sa-s
voye la vint conduire juſqu'à
S. Ambroiſe , avec les Carroffes
de leurs Alteſſes Royales;Monfieur
le Prince de Carignan jufqu'à
la Nonvaleze, &Monfieur
le Prince Jules fon Fils juſqu'à
Chambery. Je ne ſçay ſi Mon-
1
fieur
22 MERCURE
fieur l'Abbé de Savoye que je
viens de vous nommer , vous
fera connu.C'eſt celuy qu'on appelloit
toûjours Mõſieur le Chevalier
de Carignan. Il prit ce
nom d'Abbé de Savoye en ſe
faiſant tonfurer quelques jours
avant qu'il partiſt de cette Cour
Comme il a fait voir par là qu'il
ſe deſtinoit à l'Eglife , S. A. R.
luy doit donner les meilleurs Benefices
de ſon Etat , lors qu'ils
vaqueront.
Vous vous ſouviendrez ſans
doute de ce que je vous dis il y
a quelque temps d'une Nourrice
, qui ayant eſté retenuë par
Madame la Ducheſſe de Lefdiguieres
, en mourut de joye. Si
elle euſt eu une ſeconde vie,elle
l'auroit infailliblement perduë
en la voyant depuis peu accouchée
heureuſement d'un Garçon.
Cette agreable nouvelle ne
GALANT.
23
fut pas plûtoſt répanduë dans
l'Hoſtel de Leſdiguieres , que
tous les Domeſtiques fortirent
dans la Ruë en danſant,& rendirent
tout le Quartier témoin de
leur joye en la faiſant éclater au
ſon de pluſieurs Inftrumens. Ces
marques de réjoüiſſance durerent
toute la nuit.Le lendemain il
y eut un Feu d'artifice dans les
formes avec des figures . Ces témoignages
d'un zele affectionné
dans des Domestiques , furent recompenfez
par une fomme conſiderable
que Mr. le Duc de Lefdiguieres,
prit ſoin de leur faire
diftribuër.
On ſe réjoüit de la naiſſance
de beaucoup d'Enfans ; cependat
ils ne naiſſentque pour mourir
, & les plus heureux apres
avoir joüy quelque temps,ou des
honneurs , ou de la reputation
qu'ac
24
MERCURE
&
qu'acquiert le merite , fontobligez
de quitter la place. Celle de
Mõſieur du Boulay qui eſt mort
le 16. de l'autre Mois ne fera pas
aiſée à remplir. L'Univerſité de
Paris a perdu en luy ſon ancien
Docteur, fon Greffier,ſon Hiſtoriographe
, & un de ſes Illuſtres
Profeſſeurs en éloquence,qu'il a
enſeignée fort longtemps avec
beaucoup d'applaudiſſement,
de fuccez , dans le College de
Navarre. Ce ſçavantHomme
a maintenu la gloire de ce grand
Corps , & defendu ſes intereſts
en toutes rencontres. , par ſes
conſeils , par ſes ſoins infatigables
, & par un grand nombre
de doctes Ecrits , mais principa-
Jement par le travail immenſede
fix gros Volumes In fol. de fon
Hiſtoire qu'il a donnée au Pu-
Mic. Comme toutes les Perſonnes
GALANT.
25
nes d'un merite extraordinaire
ne manquent jamais d'Envieux,
quelques particuliers tâcherent
d'abord de troubler ce bel Ouvrage
, & voulurent en empêcher
la continuation ; mais tous
leurs efforts furent inutiles , &
apres que les Commiſſaires nom
mez par Sa Majeſté eurent examiné
fon deffein & le travail
qu'il avoit déja fait,ils luy donne.
rent les éloges qui luy estoient
dûs,& l'encouragerent àle pourſuivre
, comme eſtant à la gloire
de l'Etat , à l'avantage de l'Univerſité
, & tres- utile au Public.
: La meſme Univerſité vient
auſſi de perdre Monfieur le Noir
Seigneur de Maulou, Directeur
du College de Soiſſy , fondé
parMonfieur Chartier. Lenom
de ce dernier eſt ſi connu dans
Paris , qu'il n'est pas beſoin
Novembre. B
26 MERCURE
d'en rien dire. Monfieur le Noir.
dont je vous apprens la mort,
eftoit un Homme d'une pieté
finguliere , ſçavant & fort curieux.
Il a laiſſé une tres-belle
Bibliotheque. On a commencé
de la mettre en vente il y a déja
quelques jours . Pour ce qui regarde
ſa naiſſance , il eſtoit Fils
d'un Controlleur General de la
Maiſon de la Reyne Marguerite,
qui deſcendoit d'un Thomas de
Rochefort,Chancelierde Monfieur
le Duc d'Anjou , depuis
Roy de France ſous le nom de
Henry III . La Direction du
College de Boiffy luy eſtoit
tombée par l'alliance de ſa
Maiſon avec celle des Chartiers.
Les Medecins ne ſont pas
plus exemps que les autres
Hommes de la fâcheuſe neceffité
GALANT.
27
6-
e
1
e
a
S
a
e
S
e
1
t
a
5
S
ceffité de mourir. Je vous parlay
l'autre Mois de la perte
que nous avions faite de
Monfieur Brayer ; Monfieur ?
Eſprit l'a ſuivy. Il eſtoit Premier
Medecin de Monfieur ,
& avoit acquis dans ſa Profeſſion
toutes les lumieres qu'
une longue eſtude & une grande
expérience peuvent donner.
Monfieur Lizotluy a fuccedé
dans la Charge de Premier
Medecin de Monfieur. Il
l'eſtoit auparavant de Madame
, & luy avoit eſté donné
par Madame la Princeſſe Pa--
latine qu'il avoit ſuivie en pluſieurs
Voyages. Comme cet
te grande Princeſſe a une parfaite
connoiffance de toutes
choſes , l'eſtime qu'elle fait
de luy eſt une marque affurée
de fon mérite. Il eſt
Bij
28. MERCURE )
Frere de Monfieur Lizot depuis
peu Curé de S.Severin , fi confidere
d'une grande Princeſſe,&
de tous ſes Paroiſſiens. Monfieur
le Bel,Medecin fort eſtimé d'un
grand nombre de Perſonnes de
la premiere Qualité , & qui ne
l'eſt pas moins dans ſon Corps
&dans la Ville , a eſté choiſy
pour remplir la placede Premier
Medecin de Madame. Il a infi-:
niment de l'eſprit,mais de cet efprit
aisé & infinuant , & quoy
qu'il ſe ſoit rendu tres-habile
dans la Profeſſion qu'ila embrafſée,
il peut parler de toute autre
choſe, & fe faire toûjours.écouter
avec plaiſir.
C'eſt dans la penſée de vous
en procurer un tres-grand, que
je vous fais part d'une nouvelle
Chanſon de Mõſieur Goüet.El->
le eſt àquatre Parties. Jene vous
:
en
GALANT. 29
en envoye pas ſouvent de ſemblables
.L'harmonie eſtoit autrefois
le remede dont on ſe ſervoit
le plus pour la guérifon des Malades
, & ainfi je croy vous pouvoir
parler de Muſique apres
vousavoir parléde Medecins.
CHANSON
Ln'estplus de Printemps ,
teint d'Iris;
que far le
L'Hyver a fait mourir les Roses &les
Lys,
- Qué leZephir & Flore
3: Tous les ans font éclore.co
Iris , laseule Iris , cet Objet que j'adore,
Malgréla neige&lesglaçons ,
Nous fait voir le Printemps dans toutes
lesSaiſons.
Ges: Printanieres. Iris ſont
bien dangereuſes pour ceux qui
ontlecoeur trop ſenſible. L'avan-
Bii1j11
030 MERCURE
ture que je vous vay conter en
eſt une preuve. Je ne change
rien dans les circonstances , &
des Témoins tres- dignes de foy
vous en certifieront la verite.bal
Un Gentilhomme de Normandie
, n'ayant qu'un Fils qu'il
devoit laiſſer heritier de cinquate
mille livres de rente , mettoit
tous ſes ſoins à le rendre auffi
honneſte Homme qu'il eſtoit né
heureux du coſté de la Fortune .
Le Cavalier avoit toujours eu de
tres -favorables difpofitions à devenir
ce que fon Pere ſouhaitoit
qu'il fuft. Il eſtoit bien fait, avoit
de l'eſprit ,, diſoit des choſes
d'une maniere
fine & il ne luy manquoit qu'un certain
air qu'on ne ſçauroit acquerir
dans des Provinces , & que la
ipratique du monde ne manquie
-point de donner. Il vient àParis,
YOUTH
aisée , &
y
GALANT. 31
y trouve des Amis , en fait de
nouveaux ; & comme c'eſt particulierement
aupres du beau
Sexe que les jeunes Gens ſe poliffent,
il cherche accés chez les
Dames dont le merite fait bruir.
Son bien,ſa naiſſance , & l'âge de
vingt-deux ans , qui doit eſtre
cõpté pour ungrand charme,luy
facilitét l'entrée partoutoù il demande
à eſtre reçeu. On le voit
avec plaifir. Les Meres qui ont
des Filles à marier le ſouhaitent.
C'eſt à qui l'aura .On le carefſe de
tous côtez .Son bonheur le charme.
S'il parle ,il eſt applaudy. Ses
douceurs sõt agreablemét écoutées,&
il n'y apoint de Belle qui
par ſes cõplaiſances ne tâche de
s'en attirer un redoublement de
foins. Il en dõne de particuliers à
unejeune Perſonne qui ayat encor
plus d'eſprit que de beauté,
B iiij
32
MERCURE
n'oublie rien pour en faire autre
choſe que fon Amant. L'avantage
qu'elle rencontre dans le party
, la met au deſſus de certains
ſcrupules qui l'arrêteroient pour
tout autre. Les trop exactes formalitez
luy peuvent eſtre nuifibles.
Elle parle pour luy donner
lieu de s'expliquer , & fait pour
cela toutes les avances que la retenuë
de fon Sexe luy peut foufrir.
Le Cavalier trouve de l'agrément
dans fon humeur. Sa
coverſation luy plaift,& ce qu'il
buydit de flateur , luylaiſſe eſperer
ce qu'elle ſouhaite.Cependat
come il n'eſt pas moins bien reçeuailleursque
chez elle,tout ce
qu'il luy fait paroître d'obligeant
n'eſt qu'un commencement d'amour
qui n'a point de ſuite. Ce
qu'il voit eſt toûjour ce qui l'oc
cupe le plus. Tout luy plaît , &
pour
GALANT.
33
pour trouver trop à s'attacher, il
demeure ſans aucu attachemér .
Cette ſpirituelle Prétendante eſt
obligée de s'éloigner de Paris .
Des affaires indiſpéfables appellent
ſa Mere à la Căpagne. Rien
ne la peut diſpenſer d'eſtre du
Voyage,& elle eſt forcée de partir
ſans autre aſſurance d'eſtre
aimée que celle que luy donne
la confiance qu'elle prend en ce
qu'elle vaut. Grand chagrin de
ce qu'onne s'oppoſe point à fon
depart.ll ne faudroit pour cela
qu'une declaratio en forme,mais
on ne ſe hâte point de la faire,&
elle n'obtient que des promeffes
de ſouvenir, qu'on ne refuſejamais
à celles qui ont un peu de
merite. Le Cavalier luy écrit
trois ou quatre fois , & luy fair
croire qu'il s'apperçoit fort de
fon abſence , tandis qu'il s'en
BV
34 MERCURE
cofole agreablemeravecd'autres
Belles. Ce commerce ceffe par
fin embarras de coeur qui l'occupe
enfin tout entier. On le me-
-ne chez une Fille de qualité que
fonPere , retenu dans une Ville
frontiere par un Employ tres-
-confidérable , avoit miſe ſous la
conduite d'une Grand' Mere .
Elle faifoit bruit ,& par fa beau-
τέ & par l'enjoüement de fon
humeur qui luy attiroit force
Proteftans .Le Cavalier eft charmé
de l'une & de l'autre. Il trouve
plus qu'on ne luy a dit .Il regarde,
il admire, & cette admiration luy
donne une ſtupidité impreveuë
dontilneſepeut tirer.Il veurmotrer
de l'eſprit parce qu'ilveut
plaire, mais il a beau vouloir dire
d'agreables chofes. Il n'acheve
**rien de ce qu'il commence,& fon
Y a
GALANT. 35
embarras eſt ſi fort,qu'il cherche
inutilement à le cacher.La Belle
s'applaudit de ce deſordre . Le
Cavalier eſtoit en réputation d'avoir
de leſprit ; & comme ſes
yeux luy parloient, elle avoit afſez
prisl'habitude de ce langage
pour entendre ce qu'ils s'empreſſoient
de luy expliquer. Ainfi
il n'y eut jamais rien de plus
éloquent pour elle que la ſtupidité
qu'il le reprochoit ; & les
parolesles mieux choiſies ne luy
auroient pas tant plû que le
trouble dont il croyoit avoir à
rougir . Elle avoit du bien mais
non pas affez pour ne ſe pas faire
une fortune conſidérable des
cinquante mille livres de rente
du Cavalier. Il revient le lendemain
apres avoir paſſe la nuit
dans des agitations qui luy font
connoiſtre qu'il a de l'amour.
-1
36 MERCURE
Il en trouve la Belle ſi digne,
qu'il ne ſçauroit plus partager ſes
ſoins. On le reçoit avec joye.
L'accueil qu'on luy fait le rend
moins timide . Il parle,& fait entendre
en termes galans qu'il eſt
des occafions de ſurpriſe où il
ne doit pas eſtre honteux demaquer
d'eſprit. On feint de ne pas
comprendre ce qu'il veut dire,
afin qu'il s'explique plus clairement.
Ille fait , &pendant cinq
ou fix jours de viſites affiduës,
les affaires de coeur sõt toûjours
un article privilegié qui ſoûtient
la converſation . Comme il ne
parle point encor d'époufer , on
affecte un peu de froideur, mais
de celle qui engage plus qu'elle
ne rebute. On n'eſt pas toûjours
viſible . On feint des affaires qui
obligent de fortir.Le Cavalier ſe
plaint de ce qu'il en foufre. On
revient
GALANT.
37
revient plûtoſt par complaifance
pour luy ,& enfin ſans ſedéclarer,
on luy laiſſe deviner qu'on
l'aime.Il en montre une joye dõt
rien ne peut approcher.La Belle
ſe fâchede ce qu'il veut trop penétrer
dans ſes ſentimens. Les
nouvelles proteſtations qu'il luy
fait l'apaiſent;& quand elle croit
l'avoir rendu affez amoureux
pour ne devoir plus craindre
qu'il luy échape,elle luy fait voir
ceque de plus longues affiduitez
ontd'incõpatible avec ce qu'elle
doit à la bienfeance du monde,.
- &à ſa propre vertu.Le Cavalier
ne balance point à la relever de
ſes ſcrupules. Il parle de Sacrement
,& demande ſeulement le
temps de l'arrivée d'un Parent
qui doit venir de jour en jour à
Paris,& qui gouvernant abſolumentl'eſprit
de fon Pere, en obtiendra
38 MERCURE
tiendra pour fon Mariage le conſentement
dont il a beſoin . C'étoit
le ſeul party qu'il avoit à
prendre dans l'empreſſement de
ſa paffion. En effet , il eſtoit
trop riche pour pouvoir eſperer
d'eſtre heureux par une
autre voye , meſime aupres de
celles qui ont le plus de panchant
à s'humaniſer . Les faveurs
ſe reſerventordinairement
pour ceux qui ne ſont confidérables
que par leur mérite.Comme
ils n'ont que leur coeur à
offrir aux Belles , ilsne les trouvent
pas toûjours rigoureuſes, &
cet avantage les recompenſe
quelquefois de l'injustice que la
Fortune leur fait, Le Cavalier
ne s'eſt pas plutoſtdeclaré,qu'on
luy permet de rendre viſite à
toutes les heures du jour. C'eſt
par là qu'il commence d'eftre
mal
GALANT.
39
malheureux . Il aime avec une fi
violente paffion , qu'il voudroie
que fa Maiſtreſſe fift tout fon
bonheur de le voir, comme il fait
tout le fien du plaiſir de l'entretenir
; mais l'humeur de cette
belle Perſonne qui ſe fairde la
joye de tout,lalaiſſe incapablede
refufer aucune forte de divertiffement.
Elle eſt ſeûre de fa conqueſte,
& quelque eſtime qu'elle
ait pour le Cavalier , comme
l'amour ateu moins de part à
l'engagement qu'elle a tâché de
hiy faire prendre que la cons
fideration de fa fortune, elle ne
peut fe contraindre affez pour
huy donner ſon entiere complaifance:
Ainfi elle reçoit viſite à
fon ordinaire , ſoufre qu'on luy
conte des douceurs , ſe montre
enjoüée avec tout le monde,
&agit d'une maniere ſilibre que
ceux
40
MERCURE
ceux qui la voyent ne peuvent
deviner qu'elle ait un Amant
choify . Le Cavalier s'en chagrine.
Il croit n'eſtre point aimé,
mais il eſt trop pris pour eſtre en
pouvoirde rompre ſes chaînes.Il
diffimule , & jaloux de l'enjouement
de ſa Maîtreſſe qui cherche
par tout à ſedivertir, ſans ſe
mettre quelquefois en peine de
ce qu'il devient, il ne ſçait ſi c'eſt
indiférence oumépris ,&dans ce
cruel embarras il ſouffre tout ce
qu'une jalousie de gloire & d'amour
peut faire foufrir.Le ſuplice
eſt rude , & il ſe hazarde enfin
à s'en expliquer. La Belle qui
croit que c'eſt un premier pas de
maiſtriſe qu'il eſt dangereux de
luy laiſſer faire, reçoit ſes plaintes
fort fierement.lljuge de ſa fierté
ſelon les ſentimens de cha
grin dont il eſt déja prévenu,
8
GALAN Τ.
4
& entre tout- à- coup dans un
fi grand ſaiſiſſement de douleur
, qu'il perd en meſme
temps & la connoiſſance & la
parole . On le faigne. Il revient
à luy, & tombe preſque auffitôt
dans des convulfions qui font
apprehender pour ſa vie. Leur
violence fait courir au Medecin.
Il trouve cet accident dangereux
, & dit qu'on ne le peut
tranſporter chez luy ſans le hazarder
. Comme on avoit intereſt
à le conſerver , on ſe réſout
à luy donner une Chambre
dans cette Maiſon. Cet
obligeant témoignage de bonté
luy fait ſouhaiter de vivre.
Cependant on táche de tenir la
choſe fecrete. La médiſance eſt
prompte à parler , & on eſt bien.
aiſe de ne luy pas donner lieu de
faire des contes. Le Cavalier
appelle
42 MERCURE
appelle ſes Gens, leur donne ordre
de dire au Maiſtre de fon
Auberge qu'une Partie de plaifir
le doit arreſter à la Campagne
pendant quelques jours , &
les fait loger dans un quartier efloigné,
en attendantle temps de
fa guerifon . La Belle dont l'imprudence
avoit cauſe ce malheur,
ouvrelesyeux fur lesavantages
qu'elle a penſé perdre;& la
maladie de fon Amant luy eſt
une fiforte preuve de fon amour
qu'elle en eſt touchée , & en
prend pour luy tout de bon. Ce
fontdes foins continuels pour le
foulager. Ils font plus pour luy,
que tous les remedes , & il femble
que ſa fiévre ſoit obligée de
ceder à l'envie qu'on a de le voir
guery. Tandis qu'on y travaillede
tout fon pouvoir, la jeune
& fpirituelle perſonne dont
je
GALANT.
43
jevous ay parlé revient à Paris .
Le filence que le Cavalier gardoit
avec elle depuis quelque
temps,luy avoit fait hater ſon retour
, Elle envoye auffitoſt à fon
Auberge , & ſurpriſe qu'on ne
luy puiſſe dire où il eſt alle , elle
employe toute forte d'adreſſe
pour le découvrir. On luy dit
qu'ilavoit rendu des viſites affez
affiduës à la Belle qu'il aimoit,
sas qu'on puiſſe luy apprédre aucune
particularité de cet amour .
Elle met des Eſpions en campa
gne.On va dans cette Maiſon;&
comme les Domeſtiques aiment
-àparler , ils font entendre par
quelques paroles inconfiderées
qui leur échapent, que le Cavalier
y est enfermé , & qu'il n'en
-fort point.Grand deſeſpoir de la
Demoiselle. Elle fait confidence
de ce qu'elle a ſçeu àun Ado
rateur
44
MERCURE
rateur de ſa Rivale , qui ayant
apprisla meſine choſe ſans qu'on
luy euſt rien dit de la maladie du
Cavalier , adjoûte , ſoit qu'il le
cruſt , ſoit qu'il l'inventaſt par
jalouſie , que les cinquante mille
livres de rente avoient ébloüy
l'aimable Perſonne dont ils ſe
plaignoient tous deux ; que fur
le prétexte de quelques viſites
trop affiduës du Cavalier, on l'avoit
arreſté chez elle , pour la
luy faire épouſer de force ; &
que quatre Hommes armez ly
gardoient à veuë,juſqu'à ce qu'il
ſe fut réſolu à ce qu'on vouloit
de luy. Le conte eſt reçeu ,parce
qu'il flate l'Amante jalouſe.
Elle ſe veut croire toûjours aimée
, & que la ſeule priſon du
Cavalier l'empeſche deluydonner
des marques de fa tendreſſe .
Dans cette penſée , elle fonge à
luy
GALANT.
45
luy procurer ſa liberté. Je vous
ay parlé d'un Parent qu'attendoit
le Cavalier. Elle découvre
qu'il eſt à Paris,&qu'il s'informe
par tout deceque peut eſtre devenu
celuy dont elle croit encor
poffeder le coeur. C'eſtoit un
Homme ſage & d'autorité , &
qui exerçoit depuis pluſieurs ans
une des premieres Charges de
la Province. Elle luy écrit , luy
marque le lieu où il trouvera le
Cavalier dont il eſt en peine,exagere
la violence qu'on luy fait
pour l'obliger à un Mariage qui
ne luy plaiſt pas, l'aſſure qu'il eſt
gardéjour & nuit à veuë,abaiſſe
le merite de la Demoiſelle qu'on
veut qu'il épouſe ,& luy fait un
pointd'hõneurde repouſſerhau.
temet l'injure qu'un ſi lâche procedé
fait à ſa Famille. Quoy que
ſon Billet faſſe impreffion,ce ſage
Parent
46 MERCURE
Parent ne va pas ſi viſte. Il trouve
de la vrayſemblancé à la cho
ſe. Le Cavalier eſt fort riche.On
n'eſt pas toûjours prudent à fon
âge. Il ne paroiſt point. On luy
aura tendu quelque piege , &
d'un Amantqui a peut- eftre fait
quelques proteſtations un peu
trop fortes , on peut en vouloir
faire unMary . Tout cela luy paroiſt
aſſez croyable, mais on eft!
quelquefois ſurpris dans des
choſes qui ſemblent encor plus
affurées ; & comme la Demoifelle
qu'on luy nomme , eſt de
qualité , il croit qu'il ne peut agir
avec trop de circonfpection
dans une affaire de cette imporrance.
Il s'adreſſe au Magiſtrat,
luy montre le Billet qu'il a reçeu,
luy demande du ſecours en
cas de beſoin , ſe fait accompa
gner de quelques Gens de Juſti-
こ
4
ce,
GALANT.
47
ce, & les ayant laiſſez aux environs
avec ordre de ne point avăcer
s'ilne des appelle , il va où
eft fon Parent, & prie qu'il puifſe
entretenir la Maiſtreſſe de
la Maiſon . On le fait monter. Sa
Robede Magiſtrature ( car comme
je vous ay déja dit,il avoit unei
des premieres Charges de ſa
Province,) ſa ſuite& fon équipage
, ſont des marques du Rang
qu'il tient. Il entre où eſt la grand
Mere, voit la Belle qui luy tenoit.
compagnie, & ſe perfuaded'autant
plus qu'on luy a dit vray,
qu'il la trouve luy- meſme toute
aimable.Apresles premiers complimens
de civilité,il parlede fon
Parent, dit qu'on en eſt en peine
dans ſa Famille ,&que n'en
ayant pû apprédre aucunesnouvelles
depuis fix jours qu'il eſt à
Paris, il leur en vient demander,
fur
48
MERCURE
fur ce qu'il a ſçeu qu'elles luy
faiſoient quelquefois la grace de
le recevoir. On luy répond en
termes qui ne luydonnent aucun
éclaircifſſement ; & comme on
veut ſçavoir à qui on parle , on
tourne ſi bien les chofes , qu'on
l'engage à fe nommer. A peine
s'eft-il fait connoiſtre pour celuy
que le Cavalier attendoit,
qu'on luy marque une extreme
joye. Il en eſt ſurpris. Mais ill'eſt
beaucoup davantage , quand la
GradMere, ſans s'expliquer avec
luy , le prend par la main , & le
prie de vouloir bien ſe laiſſfer
conduire. Elle luy fait traverſer
un fore grand Apartement , &
lemene dans une Chambre propre
, mais reculée, où il trouve le
Cavalier au lit , gardé ſeulement
par les charmes de la Belle ,& par
un reſte de fiévre qui laiſſoit encor
GALAN T.
49
cor ſur ſon viſage les marques
de l'extremité où ſa maladie
l'avoit reduit. Jugez de l'étonnement
où il fut de trouver les
choſes ſi éloignées de ce qu'on
luy avoit voulu faire croire. Le
Cavalier luy conta tout ce qui
lay eſtoit arrivé, les ſoins qu'on
avoit eûs de luy dans cette Maiſon,
les raiſons qui avoient obligéde
cacherqu'il y fuſt demeuré
malade , & l'amour paſſionné
qu'il avoit pour la belle Perſonne
en faveur de laquelle il le
conjuroit d'obtenir le conſentement
de ſon Pere . Les Dames
trouverent à propos de ſe retirer
, afin qu'il puſt s'expliquer
plus librement , & que la franchiſe
do leur procedé aidaſt à
faire connoître qu'on l'avoit
toûjours laiſſe maiſtre de ſes
ſentimens . Son Parent touché
Novembre. C
50
MERCURE
1
de ce qu'il luy dit, & convaincu
d'ailleurs par fes yeux des charmes
de fa Maiſtreſſe , ne pût faire
cas d'un peu d'inégalité de
bien , dontle deſavantage eſtoit
reparé par beaucoup de naiflance&
de merite. Ainfiil n'euſt
pas de peine à luy promettre
d'employer tout ce qu'il avoit de
credit aupres de ſon Pere .. Il l'a
fait , & avec tant de ſuccés, que
le Mariage ſe doit achever au
premier jour. La Belle en reçoit
les complimens de tous coſtez
au grand déplaifir de ſa Rivale,
quien cherchant à luy nuire , a
avancé fon bonheur .
Toute la Maiſon de Mr. ou
plûtoſt toute la France , s'en fait
un tres grand de l'entiere guérifon
de Mr. le Ducde Chartres ,
Fils unique de S. A. Royale .
Vous ſçavez qu'il fut malade
a
GALANT.
1
.
ا
.
e
1
1
그
fu der
189
E
71
à l'extremité fur la fin
nier mois . Elle fut telle ,
répandit par tout le bruit de ſa
mort. Mr. & Madame en furent
inconfolables .La crainte de perdre
ce petit Prince les accabla
de douleur.Toute la Coury prit
part ; & dés que Leurs Majeftez
eurent appriscéte fâcheuſe nouvelle,
Elles partirent de Verfailles
pour ſe rendre au Palais
Royal. Il eſt certain que fi un ſi
juſte ſujet d'affliction euſt laiflé
Leurs Alteſſes Royales capab'es
de recevoir quelque foulage
ment dans leur déplaifir , l'empreſſement
du Roy àles venir
confoler , & lantendreſſe qu'il
leur témoigna , auroient beaucoup
contribué à l adoucir,mais
il ne diminua que par l'heureux
effet des Remedes. Vous pouvez
croire qu'on n'épargna rien
52
MERCURE
pour les faire agir avec ſuccés.
Les deux Premiers Medecins
dont je vous ay déja parlé , mirent
en uſage tout ce que l'expérience
leur avoit appris. Les
Peres Capucins du Louvre furent
appellez , & la vie dont on
avoit commencé à deſeſperer
fut enfin renduë à ce petit Prince.
Je ne vous repete point ce
que je vous ay dit pluſieurs fois
des connoiſſances particulieres
que ces Peres ontdans la Medecine.
Vous ſçavez le bruit qu'ils
fontdans le monde , & le grand
nombre de Malades qu'ils ont
guéris.Des fuccés ſi avantageux
leur acquierent beaucoup de
gloire , mais ils les expoſenten
meſme temps à l'injurieuſe cenfure
des Jaloux . Il eſt impoſſible
den'en point avoir quand on eſt
d'un mérite extraordinaire .
Ceux que bleſſe la haute reputation
GALAN T.
53
tation de ces charitables Peres ,
veulent croirequ'il ne doit mourir
perſonne qui ſe ſoit ſervy de
- leurs Remedes ; & fi de cent il
en eft unfeul que la violence du
mal emporte , ils en rejettent la
faute fureux, comme s'ilsétoient
dans l'obligation de rendre immortels
ceux qu'ils entreprennent
de traiter.11 font courir des
bruits fourds qui les décrient.
Cesbruits ſe répandent.Chacun
parle fans ſçavoir s'il a ſujet de
parler.Pluſieurs foûtiennentdes
fauſſerez , dans la penſéede ne
rien dire que de vray. Ils repetent
ce qu'ils ont entendu dire.
D'autres font la meſme choſe
apres eux ; & comme la verité
mefme s'altere en paſſant d'une
bouche dans une autre, ils rencheriſſent
ſur les raports qui leur
ont eſté faits. Les crédules ſe
Cij
54
MERCURE
laiſſent perfuader , & trompens
ceux qui les écoutent, parce que
croyant ce qu'ils difent , ils d'affurent
de bonne - foy . On ne
fonge point à chercher les veritables
Auteurs de ces bruits ,
pour s'éclaircir avec eux. Ils ſe
perdentdans la foule. On ne les
connoit plus.lls écoutent ce que
les autres leur racontent , comme
s'ils ne l'avoient pas inventé,
& joüiffent de leur malice en
feignant de n'avoir aucun intereſt
à la foûtenir. Voila Ice qui
arrive ordinairement dans une
auſſi grande Ville que Paris , où
la confufion des Peuples empéche
aisément que la verité de
beaucoup de choſes ne foit connuë
; & c'eſt ce qui eſt arrivé
apres la mort de Mr. Carpatry à
l'égard des Peres Capucins
du Louvre. Ils ont foufert ce
qui a eſté dit contr'eux avec
tout:e
GALANT .
55
toute l'humilité que doivent
avoir des Perſonnes de leur
robe & de leur caractere ; &
ils garderoient encor le filence
, ſi une Lettre d'un Eveſque
de leurs Amis ne les avoit forcez
de le rompre. Ce Prélat leur
marque , qu'il ne peut avoir autant
d'estime & de consideration
qu'il en a pour eux,fans les plaindre
des exceßives fatigues que leur
doit caufer leſoin continuel qu'ils
ont des Malades; Qu'il est cepedant
furpris d'apprendre les injustices.
qui leur font faites ; Qu'il fçait
que leurs Envieux publient que ce
n'est pas à des Capucins d'exercer
la Medecine; Qu'il voudroit qu'on
eust fait sçavoir à ces Laloux inconſiderez
que cet employ est de
droit Ecclefiastiques,& qu'ilnappartient
qu'aux Prestres d'en faire
lafonction, parle motifde charité
Ciiij
56 MERCURE
qui les anime,fans en esperer d'autre
récompense que celle de plaire
à Dieu en foulageant le Prochains
Que c'est pour cela que tous les
Evesques portent un Saphir dans
leur Anneau Pastoral , pour les
faireſouvenir qu'ils doivent aſſiſter
les Peſtiferez, &les guérirpar
la vertu que la Nature a renfermée
dans cette Pierre prétieuse ;
Qu'il vient desçavoirqu'on afait
courir des bruits deſavantageux
contre leurs Remedes à l'occaſion
de Monsieur Carpatry , & de la
maladie de Monsieur le Duc de
Chartres , & qu'il les prie de luy
donner l'éclairciſſement de
bruits avec leurfincerité ordinaire.
Je vous envoye la Réponſe qu'ils
ont faite à ce Prélat , ne doutant
point que vous ne vous faffiez
un plaifir d'apprendre la verité
de ce qui a fait depuis peu l'entretię
de Paris & des Provinces .
ces
REPONSE
GALANT.
57
;
S
REPONSE
1
DES PERES CAPUCINS
DU LOUVRE ,
Ala Lettre de M. Eveſque de *
MONSEIGNEUR ,
১
:
Tout le monde went sçavoir ce qui se
paſſfe , mais tout le monde ne le veut pas
parlemefme motif. Ily en a qui font la
recherche de ce qu'ils ignorent , par le
feul defir de sçavoir la verité, & cefont
des Esprits bienfaits. D'autres lefont
pour s'en divertir , & ce sont des Gens
oyfifs qui ne cherchent pas pour trouver,
c'est àdire pourprofiter,masseulement
faute d'unmeilleur employ. D'autresſont
pires. Cefont les malicieux , qui ne veulentsçavoir
les choses que pour en corrom
pre la verité , ou pour publier ce qui la
détruit quand ils l'ont déja trouvée corrompue.
Vous n'estes , Monseigneur , ny
des feconds, ny des derniers; auffi ne vou
58 MERCURE
drions- nous pasfi mal employer le temps,
que de lepaſſer à écrire cette Lettre , fi
vous aviezrang parmy cesfortes deGénies.
Comme l'expérience nous afait mille
fois connoistre le zele que vous avez pour
Laverité , nous ne doutons point qu'elle
neſoit le motifqui vous a obligé denous
faire l'honneur de nous écrire. Noussommes
d'ailleurs persuadezque vostre Efprit
est d'un rangtrop élevé pour ſe laif-
Serſurprendre àl'opinion, &donnerdans
lesens de ceux qui ayant une mauvaise
Cause à defendre , ne produisent pour
l'appuyer que desfauſſetez &des ſuppofitions
malicieuses , Sans prendre garde
qu'une Ame prudente éloignée du caprice
, & revenuë de la bagatelle , peut facilement
découvrir leur ridicule deſſein.
C'est donc , Monseigneur, pourſatisfaire
à ce que vous defirez ſçavoir , que
nous vous dirons que feu Monfieur
Carpatry , qui s'estoit acquis la glois
re de bien Servir Monseigneur de Louvois
, par l'attachement particulier qu'il
avoit pour ce vigilant Ministre , n'y
avoit pasfait unfond d'une parfaiteſanté.
La vieſedentaire qui est commune aux
Gens qui s'appliquent avec autant de
fidelité qu'il faisoit aux affaires de fon
GALANT.
59
Maistre ,y estoit tout-à-fait contraire . Il
auroit pû cependant vivre encor pluſieurs
années,ſi ſa complaisance pour des Amis
ne l'eust pasfait confentiràun divertiſſement
de Chaſſe , dont l'excés confterna la
Nature , jusqu'àluy procurer une fievre
doable- tierce , qui l'obligea de nous venir
voir , & de nous prier de l'aſſiſter dans
Samaladie, en cas qu'elle continuaft; nous
marquant qu'une infinité de Lettres, que
la confidencedeſon Maistre luy avoit
fait tomber entre les mains , & qui affuroient
que nos Febrifuges avoient far des
merveilles dans les Armées , luy donnoient
la confiance de s'en fervir , si sa
maladie augmentoit. Le refusque nous
luy fiſmes de le viſiter ne le rebuta point.
Au contraire désle lendemain au matir
il envoya Madameſa Femme, accom
pagnéede Monfieur du Cheſne Medecin
du Roy , pour nous demander la mesme
chefe. Comme elle nous vitfermes à la
refuser , elle nousfit donner un Ordre de
Monseigneur de Louvois. Ilfallut ceder
àl'autorité d'un Miniſtre qui ne violen
te jamais les inclinations , puis qu'on se
fait toujours un fort grand plaisir de luy
obeir. Nous allâmes donc voir ce Malade
,qui leſouhaitoit avec tant d'ardeur
60 MERCURE
quoy qu'il fuft aſſez inutile , puis que
Monfieur du Cheſne, commenous luy dimes
, avoit de nostre Febrifuge entre ses
mains , par ordre de Monseigneur de
Louvois , & qu'il pouvoit luy en donner
s'il le jugeoità propos. Il lefit , Le Remede
ne manqua pas de fairefon effet. Le
Malade sua abondamment pendant les
trois jours qu'il en prit; &fi laNature
eust esté auſſi fidelle à feconder le
Remede , que le Remede avoit de vertu,
on doit croire qu'il n'auroit pas esté noins
efficacefurMonsieur Carpatry , qu'il l'a
estésur tant de milliers d'autres , dontle
Roy est informé auffi bien que tout le Public.
Toutes les dispositions mesmeypa..
roiſſoient déja par le raport du Malade,
qui diſoit toûjours qu'il ne pouvoit s'empeſcherdelower
la bonté du Remede , qui
fut caufe qu'il ne reſſentit jamais aucun
mal de tefte , ny aucune chaleur d'entrailles.
Il protestoit ſouvent qu'uneseule
Saignée l'avoit bien plus échaufé. Son
visage mesme avoit toujours conſervé un
certain air qui auroitfait croire qu'il ef
zoit peu malade. Cependant ſa foibleffe
qui s'estoitfait connoistre auparavant par
un depost qui fe faisoitsur ses jambes ,
qu'il
GALANT. 61
qu'il avoit ouvertes depuis un long temps
(quoy qu'on ne nous en cuſtpas avertis)
augmenta fi fort pendant que les forces
duMalade diminuoient , que la vie qui
estoit déja languiſſante,& qui n'envoyoit
plus au cerveau les esprits qui font le
bonsens, donnades marques qu'elle l'abandonnoitpar
un délire qui ne luy laiſſa
que quelques intervales dont nous voulumesprofiter,
pour luy faire donner tous les
Sacremens , qu'il reçent avec une pieté
exemplaire. Ce témoignage d'un parfait
Chrestien , qu'il rendit par nossoins ,&
par la connoiſſance de l'état où il eſtoit,
détruit la calomnie qui nous imputed'avoir
dit à Madame de Louvois qu'il eftoit
hors de danger , quoy qu'il demeure
constant qu'ily avoit plus debuit jours
que nous n'avions eu l'honneurdela voir..
Cependant la maladie augmentant
toûjours, nous retournames au Louvre
pourpreparer un dernier Remede , quo
nous apportâmes le lendemain ; mais com--
me nous vêmes qu'on l'avoitfaigné deux
fois ,&qu'onsepreparoità une troiſiéme
Saignée pour le dispofer, à trois priſes
d'Emetique,quiluyfurent données enſuite,
nous crûmes que lepariy de rempor
ter
62 MERCUR. E
د
noſtre Remedes estoit le meilleur , &qu'il
estoit inutile de le donner. Nous ne vous
diſons point, Monseigneur, la qualitéde
cette effence. Vous la ſçavez déja. Elle
eft la mesme quiſauva la vieà Monfieur
de Bonnecorse , ce bel Esprit en Poësie,
qui est encor au Caire d'Egypte Conful
pour Sa Majesté. Il vous en fit l'histoire
lors qu'il vous envoyales Livres Arabes
que vous luy aviez demandez. Il suffit
pour confirmer ſa vertu , que nous vous
difions que l'ayant remportée cheznous
Monfieur Bachelier de Clotomont avec
qui nous eſtions en Egypte qui
avoit appris de Monfieur de Bornecorsemesme
cet effet prodigieux arrivé en fa
perſonne par ce Remede , nous le demanda
pour Monsieur Huſſon Secretaire dis
Roy ,Son Amy , qui estoit auſſi mal que
Monfieur Carpatry. Il le luy porta . Sa
fievre ceſſa dés le moment qu'il l'eut pris,
&à quelques jours de là il s'en alla à la
Campagne dans une parfaiteſanté. Ilen
peut rendre témoignage. Ilavoit la mesme
maladie que Monsieur Carpatry. It
avoit pris deux ou trois fois de voſtre Fe--
brifuge , Sans en guerir. Son mal ayant
quelque chose de plus malin que les fie-
Ures
GALANT. 63
ores ordinaires , demandoit auſſi un Remedeplus
efficace.
Aureste , quand il feroit vray que
nous cuffions dit à Madame de Louvois
que Monsieur Carpatry estoit hors de
danger , il falloit nous laiffer continuer
jusqu'aubout, avant que de critiquer nos
Pronostics, qui auroient pourtant esté affez
justes, car il est constant qu'il seportoit
mieuxle jour qu'on nous faitparler ,
que le lendemain que les Medecins l'entreprirent
. Cependant ils ne croyoient
point que sa maladie dust estre mortelle ,
quoy qu'il fust plus mal. Ce Paradoxeparoift
convainquant , puis qu'ils n'auroient
pas esté affezfaciles pourſe commettre à
la cure d'un Homme qu'ils auroient cru
incurable; fi ce n'est qu'on vouluſt dire
malicieusement qu'ils avoient peur que
nousne le tiraſſions d'affaire, ou que voulant
nous en faire un capital , ils cherchoient
àle mettre en état de ne pouvoir
eftre foulagé , car ilfaudroit conclure l'un
ou l'autre , mais le dernier ne sçauroit
estre inferé contr'eux , puis que laraiſon
fait voir qu'ils n'auroient pas voulu rifquer
leur honneurſur un Homme tout-àfait
incurable dont nous aurions pû en
৯
Suite
64 MERCURE
Suite leur donner le blâme . Il faut donc
dire qu'ils ont crû qu'il eſtoit en état d'en
revenir ,&qu'ils ont en deſſein denous
aider dans cette cures &par confequent
quand nous aurions dit le jour precedent
que Monsieur Carpatry n'en mourroit
point , nous aurions esté mieux fondez
qu'ils ne le furent le lendemain , ce qui
fait paroiſtre le peu de reflexion de celuy
quifaisoit ce reproche de ſoy ,déja faux.
Mais quand nous demeurerions d'accord
d'avoir dit à Madame de Lauvois que
Monsieur Carpatry n'en mourroit pas,
peut- eftre aurions- nous dit vray , fi per-
Sonneque nousne s'en fust meſlé. Car ila
parupar le Remede que nous avionsfait
pour luy , qu'il auroit pû prolonger fes
jours , s'il euſté affez heureux pour le
prendre, puis que l'effet en aestéfiefficace
fur Monsieur Huffon.
On nous trouvera toûjours de bonne
fay ; ce qui ne sera peut- estrepassi régulier
de lapart de nos Ialoux , qui pourroientfoubaiterque
Monfieur Huſſon retombast
malade , &mesme qu'il mourust,
comine il peut arriverà un Homme de
fon age : mais cet accident ne détruiroit
point l'effencede nastre Remede, & ne fo
TOIS
GALAN T. 65
roit rien non plus ſur l'esprit d'un Hommo
integre , qui doit estre convaincu qu'un
Remede qui guerit une maladie , ne rend
pas un Homme immortel , quand mesme co
feroit la Saignée,le Sené, oula Rhubarbe.
Enfin , Monseigneur , Monsieur Carpatry
mourut apres avoir estéſaigné trois
fois;&pris trois fois duVin Emetique.Les
larmes queſa mort a fait répandre nefont
pas affez efficaces pour laver la calomnie,
qui ne ditpas que les Medecins ne l'ons
pûſauver, mais que les Capucins du Louvre
l'ont tué. Celafurprend le Public. Sa
Surprise n'est pas ſansfondement. L'Antiquitéqui
nous donne les Ouvrages d'un
Michel-Ange, ne s'étonnoit point quand
ce grand Peintrefuivoit la délicateſſe de
Son Pinceau , & qu'il faisoit ces vives
Peintures qui font l'admiration des Curieux
, & l'ornement du Cabinet desplus
grandsPrinces. Mais elle auroit estéfurpriſe
,ſicettemain délicateſefuſt appliquée
àfaire des Lanternes ,& elle auroit
pû dire avec quelque étonnement , que
Son Mestier n'estoit pas celuy d'un Lanternier
, mais celuy d'un Peintre. Ainfi
Si le Publicestsurpris d'entendre dire que
les Capucins du Louvre ont tué Monfieur
Carpatt
66 MERCURE
Carpatry , c'est que leur Meſtier est de
guerir, comme ils en ont donné des marques
depuis fix mois par des milliers de
cures qui demeurent incontestables.Parmy
un grand nombre des Guéris , on leur
vent imputer la mort de Monfieur Carpatry,
parce qu'il a pris de leurs Remedes ,
&qu'il n'est pas ordinaire devoir mourir
ceux qui s'en ſont ſervis. Sur ce fondement
nous devons l'avoir tué. Cela s'est
dit ; mais il est difficile de juger qui l'a
dit , & comment il peut avoir esté dit ;
car pour rendre cette accusation autentique
, il faudroit qu'elle enst estéfaite par
LesMedecins. Or ilparoiſt ſans replique
qu'ils ne peuvent estre de ce sentiment,
puisqu'ilsont tenu une conduite qui prouvetout
le contraire. Cela fait voir que ce
font leursfeuls Ennemis qui ontfait courir
se bruit , qui paroist estre contre nous ,
&qui dans la verité est contr'eux ; au
Sentiment de tout Homme bien ſenſé ,&
incapable de pévention. Car qui ne croiroit
qu'un Medecin froit le plus ignorant
ou le plus criminel Homme du monde
, si jugeant qu'un Malade seroit en
périlpour avoir pris des Remedes chauds,
il venoit à luy donnerpar deſſus le plus
échauffent
GALANT. 67.
?
ف
éshauffant de tous les Remedes , comme
- est le Vin Emetique ? Cependant cela
s'est fait de l'avis de cing Medecins,&
apres cela on crie que les Capucins luy
ont mis lefeu dans le corps que pour
l'en quérir on luy donne de l'Emetique .
Vous voyez bien , Monseigneur , la
fuite de ce raisonnement sans vous l'expliquer.
Vostre Grandeur excufera peur
eftre les Auteurs de ce bruit , en disant
que les cinq Medecins n'ont pas signé
l'Ordonnance de l'Emetique, &qu'ainsi
une partie d'eux opinoit à le rafraîchir
& concluoit par conſequent , que nous
l'avions échauffé; mais nous répondons à
cela que tout fait pour nous , car c'est
une conviction que les Medecins n'é
toient pas tous d'accord , & que dans
l'opposition des ſontimens qui estoient
partagez , la realité du Fait a esté
meûrement examinée apres quoy la
pluralité a estépour nous , & a conclus
qu'il n'estoit point échaufé. Maissupose
que cela ne fuft pas, cette Ordonnance
(quoy que non signée de tous) nous donne
droit quand mesme nous ne l'aurions
point Car l'on ſçait que dans les Confule
tations des Medecins la pluralité détermine
68 MERCURE
J
mine la Nature à estre ce qu'ils ordonnent
, c'est pourquoy on execute ce qui est
preſcritparle nombre prévalant , comme
eftant reconnu réellement tel , mesme an
Péril de la vie , qui ne reçoit point de
Suplément , tant est constante en Medecine
la décision de la pluralisé , & ideo
numerantur , fed non ponderantur
fuffragia .
Pour conclure ,Monseigneur , la plu
ralué ordonne un Remede chaud. Jugez
donc s'il n'est pas de fait que Monsieur
Carpatry n'estoit point en danger pour
avoir esté échaufé par nos Remedes.
Les Auteurs de ce bruit offencent bien
encor davantage les Medecins , en pus
bliant une chose qui pour oit este vraye
de la part de l' Ernetique , mais qui de
toute impoſſibilité ne peut estre un effet de
nos Effences. Ils diſent imprudemment,
quoy qu'à nostre avantage, que Monfieur
Carpatry ayant esté ouvert , on luy a
trouvé les boyaux gangrenez . Cela peut
estre, nous n'ensçavons rien : mais que la
choſeſoit ou ne soit par , tout est également
injurieux aux Medecins , & nous
donne gain de Cause. Car s'il est vray
que les boyaux de ce Mort fuffent gengrenez,,
GALANT. 69
grenez, & que nostre Remede n'en ait på
estre la cause , à quoy la voudrez- vous
attribuer , si ce n'est à l'Emetique , qui
duſentiment de ceux qui l'ordonnent , est
-échaufant, caustique,& brûlant ;
-
ainsi
en divulguant cet incident , on accuſe les
Medecins,&non pas nous. Sid'autrepart
on veut dire que les Medecins nous
donnent le tort de cette méchante ſuite,
ils font trop prudents pour vouloir paſſer
pourdes temeraires, & trop sçavans pour
vouloirſe declarer ignorans. Temeraires,
de vouloir que la gangrene ſoit causéepar
des Effences qui queriſſent de la gangrene
, bien mieux que l'Esprit de Vin qu'ils
ordonnent pour la guerir , & dans lequel
les Chirurgiens confervent leursMonf
tres morts , qu'ils tirent des Corps des
Femmes, quand ils arrivent dans laNature.
Outre qu'il est encor uray ,selon les
bons Philosophes , que l'eſſence abstraite
des choses est de la nature du Ciel , dont
lapuretéeſtſiſimple , qu'elle neparticipe
presque plus de ce qui fait les accidens,&
Les qualitez diférentes du froid oudu
chaud. Ils ne voudroient non plus paffer
pour ignorans dans les Principes de la
Medecine &de la Chimie ; car ils ſça
vent
70
MERCURE
vent bien que les Eſſences de la nature
de nostre Febrifuge, ne descendent jamais
dans les boyaux. Cesont des Remedes qui
ne font pointſujets aux digestions , estant
fi volatils &fi penétrans , qu'ils passent
presque à l'instant par les pores de l'eſtomach
, &transpirent jusqu'à la circonference.
C'est parlà que ces Effences font
Suer avec tant d'efficace , qu'elles refolvent
& emportent en paſſant ce qu'ily a
d'impuretez& d'excrémensfebrilles dans
l'habitude du Corps , qui se trouve query
le lendemain pour l'ordinaire , quand il
n'y a point de maladie compliquée. C'est
un étrange Monstre que la Ialousie. Sans
reflechirà quoy que cesoit,elleseprécipite
en mille extravagances , & ne se nourrit
que du ſeul plaisir d'empeſcher le plaifir
des autres , en ſe le voulant approprier.
Si ces Critiques pou prudens avoient mis
denós Effences , ou quelque Esprit valatil,
dans une Phiole de verre,bien bouchée,
&qu'ils poriaffent cet eſprit dans un lien
chaud, comme l'estomach d'un Homme ,
ils verroient tant- s'en faut que cet fprit
defcendit en bas comme dans les boулих,
qu'au contraire il s'éloveroit en vapeurs
qui fortiroient de la Phiole , fi le Verre
avoit
GALAN T.
71
1
avoit des pores comme l'estomach de
lHomme,sans qu'il reſtaſt rien qui pust
tomber au fond . Ce font des experiences.
irréprochables , que la jalousie jointe à
l'ignorance , ne ſe donne pas le temps d'examiner.
Commentſe peut - il done faire.
que les Effences qui ne peuvent deſcendre
dans les boyaux , y ayent cauſe la gangrene
, qu'ellesy auroient quorse , si par
un impoffible elles i'y avoient efté trouver
? Enfin s'il faut donner une preuve
que ces Effences ri'ont que le degré de chaleur
qu'il leur faut , nous vous dirons
qu'elles queriffent les Ereſipelles & les
Brûlures, que les Medecins traitent tous
par des Refrigerans. Mais nous avons
une démonstration plus celebre dans la
gueriſon de Monfieur de Chartres , dont
Vostre Grandeur nous commande de l'informer.
Onſquit que ce petit Prince âgé
d'environ quatre ans, avoit pris pluſieurs
fois du Vin Emetique par la bouche, & en
lavemes .On fçait ( & Madame mesme l'a
ven) que la violece dece Remede, apres des
cõvulsionsriïterées, a qu'il le pût redre,
l'avoit reduit en deux heures dans une létargie
entiere,fans poulx, sas reſpiration,
Sans mouvement ; les yeux ternes & li
vides
72 MERCURE
vides comine de la corne ; aucunsignede
vie ; on le croyoit mort. Ce n'estoit pasde
froid,s'il s'en faut raporter à l'opinion des
Medecins , qui disent que l'Emetique
échaufe.Cependantfi c'eſt de chaleur cau-
Sée par la violence de ce Vin , comment
L'effet qui parut pouvoit- il arriver,ſi nos
Effences font chaudes ? Comment un Remede
chaud n'a- t-ilpas achevé ce que la
chaleur de l'autre avoit fifort avancé ?
Comment enfin cette Ame qu'une ardeur
devorante chaſſoit de son corps , fut- elle
rapellée par un Remede brûlant ? Ce que
nous luy donnâmes , n'estoit autre chose
que l'effence de Vipere que nous faiſons
Seuls ,jointe à une teinture minerale qui
ne se nomme que par les effets , puis que
dans un instant elle luy redonna la
vie , avec le poulx , la respiration , le
mouvement , la voix , & la connoiſſance,
& calma ces terribles convulsions qui
faisoient desespererdefes jours. Il demeura
ainſi en repos plus de demie heure,
pouffant quelques nausées qui faisoient
paroiſtre l'efficace du Remede , qui apres
avoirfortifié la Nature , vouloit expulfer
l'Emetique : mais apres ce peu de bon
temps on luy redonna de cet Emetique
par
GALAN T.
73
parla bouche & en Lavemens, & aussitoft
les convulsions le reprirent comme
auparavant. Cependant noſtro Remede
ent affez de force pour foûtenir entre
deux Emetiques,an plus grand poids que
celuy qui avoit déja fait succomber la
Nature; si bien qu'apres neuf heures de
semps,cepetit Prince les rendit heureu
fement,&fut query.
C'est une circonstance fi notable , qu'il
eſt inouy qu'un Homme , quelque robuste
qu'il soit , ait jamais gardé l'Emerique
quatre ou cing heures ſans en créver ,
cependant Monfieur de Chartres l'a
Soûtenu neuf beures, apres quoy il l'arendu,&
n'en est point mort.
Est- ce-là une effence shande ou froide.
qui foûtient &tempere, la violence d'un
Rmeede caustique & boüillant ? On dira
que c'est du Vipere , qui est cru un des
plus chauds Medicamens du monde ;
nousdirōsqu'il n'y a que nousquiſçavons
ce que c'est , &que les autres en doivent
jugerparses effets. Ilfaut donc estreplus
moderé dans famalice,&nepas condamnerce
qu'on ne connoist point, ſi l'on nese
vent declarer temeraire ce qui est le
caractere des Ignorans. Car enfin on
Novembre.
د
D
74
MERCURE
doit à ce Remede froid on boüillant , la
vie d'une Persone auſſi chere al'Etat que
celle de ce petit Prince, dont Madame qui
yestoit preſente,&les Medecins meſmes,
nous ont rendu un témoignage glorieux,en
nous en remerciant le lendemain,auſſi bien
que Monfieur , de qui nous avons reçen
cethonneur que nous a acquis ce Remede,
qui , quoy qu'il ne ſoit pas le meſme que
celuy des Fievres , est pourtant de la mesme
nature.
Que ceux qui nous blament réuſſiſſent
également , &nous les loueronsſans les
regarder avec jalousie. Qu'ils queriffent
autant de monde que nous avons
fait , &qu'il meure entre leurs mains un
Monfieur Carpatry , qui n'est pourtant
pas mort entre les nostres,& nous dirons
qu'ilsfont desmiracles,quoy qu'ils ne refſuſcitent
pas les Morts.Voila, Monseigneur
, ce que Vostre Grandeur a voulu
Scavoirde nous . S'il arrive de ſemblables
incidens, nous prendrons ſoin de l'en
informer , estant avec tout le respect
que nous luy devons , vos tres humbles.&
c.
205
Quand je donne des Pieces
... auſſi
GALANT.
75
auſſi importantes que cette Let- !
tre , on doit faire reflexion que
ce n'eſt pointmoy qui parle. Ce
font des Articles de Defense
qu'on me communique. Je les
rapporte dénüé de tout intereſt.
Le Public les examine. C'eſt à
luy de conclure, & àmoyde luy
laiſſer l'entiere liberté de fon
jugement.
Si la Guerre dont je viens de
vous parler n'eſt point ſanglante
, vous ne trouverez pas que
celle qui fuit le ſoit davantage,
qu'oy qu'il s'agiſſe de Sieges &
deCombats.Vous avez ſouvent
admiré la conduite & l'expériece
que la Jeuneſſe de ce florifſant
Royaume a toûjours fait voir
dans nos Armées. Vous n'avez
pas dû en eſtre ſurpriſe. Il ſemble
que le coeur ne ſoit point fujet
à l'âge.On en peut avoir dans
Dij
76
MERCURE
le Berceau , & qui n'en a point
naturellement , employe quelquefois
ſans aucun fruit & les
lumieres de ſa raiſon ,&les ſoins
d'une longue étude,pour venir à
boutd'en acquerir.Mais comme
le coeur ne ſuffit pas pour le
* meſtier de la Guerre , & qu'il y
a des Leçons neceſſaires à ſçavoir
pour devenir Capitaine , on
peut dire que l'Académie de
Monfieur de Bernardy eſt une
Ecole ouverte , où l'on apprend
en fort peu de temps tout ce qui
regarde une Profeſſion ſi digne
des Perſonnes de la plus haute
naiſſance . Les Forts qu'on y attaque
tous les ans ſont d'un tresutile
ſecours pour la connoiſſancede
ce grand Art,Monfieur le
Prince de Montlort, ſecond Fils
de Mr. le Comte d'Harcourt ,
s'y fait admirer, Il a eſté choiſy
cette
GALANT. 77
cette année par Monfieur de
Bernardy pour commander à
l'Attaque du Fort qu'il a fait
conſtruire. Ainſi c'eſt luy qui a
ſous ſa direction toute lajeune
Nobleffe . Il l'exerce aux Expéditions
Militaires , & continuë à
s'acquiter de ſi bonne grace de
la Charge de General de cette
petite Armée , qu'il ſemble
que la Guerre air eſté juſqu'icy
ſon unique employ . A le voir
agirdans les diferentes fonctions
de cet Exercice,on ſeroit injuſte
fi on ne diſoit qu'il eſt déja par
fait Capitaine dans un âge où
peu de Gens ont eſté Soldats. II
eſt certain qu'il est né ce queles
autres deviennent avec peine,
laNature luy ayant libéralement
donné ce qu'elle fait quelquefois
acheter bien cherement. 11
eſt vray qu'on n'a pas ſujet de
Dij
78 MERCURE
s'étonner des eſpérances qu'il
donne. Il eſt d'un ſangqui inſpire
la valeur;& la Maiſon dont il fort
eſt ſi féconde en grands Capitaines,
qu'il ſemble que les qualitez
qui font les Héros luy ſoient
devenuës heréditaires .
On continuë de faire à Nimegue
force Conférences pour
la Paix,& il ya grand ſujet d'efpérer
que nous l'aurons bientoſt
generale. Voicy des Vers ſur
celle qui eſt déja faite , adreſſez
àMonfieur Colbert , qui y ſoûtient
toûjoursavec beaucoup de
zele & d'éclat la qualité de Plénipotentiaire.
Vous ſçavez que
le Roy l'a honoré de la Charge
qu'avoit Monfieur de Novion,
avant qu'il fut Premier Préfident.
A
GALANT. 79
A MONSIEUR
COLBERT
Prefident à Monier?N
R
Evenez
*
1893 *
nos plaisirs,Louis
eft de retour ;
Ne craignez plus
desArmes,
le bruit
Des Trompetes, ny du Tambour,
La Paixfait ceſſer nos allarmes,
Et fi doreſnavant nous répandons des
Larmes,
Ceseront des larmes d'amour.
Affez & trop longtemps l'inhumaine
Bellonne
Atroublé de nos Bois le calme &le repos;
Affez &trop longtemps du recit de nos
таих
Tout ce grand Univers reſonne;
Ilest temps de goûter le loiſir que nous
donne
l'Invincible Loüis , le plus grand des
Heros. Dij
O MERCURE
Malgrél'envie & la rage,
Ses obftinez Ennemis ,
Par l'effort de fon courage,
Ala fin luy ſont ſoûmis .
Contre luy, l'Aigleétonnée
N'ofe plus faire d'effort,
Et le Lyon dans son Fort
Craint la mesme destinée.
Tremblant il voit detoutesparts
Que Loüis dansſamoindre courſe
Comme un Fleuve en fureur s'éloignant
deſaſource,
Abat ſes plus fermes Ramparts;
Qu'ilporte la terreurdansses gras Pan
turages;
Qu'iln'est rien affezfort pour fermer les
Paffages;
Que tost ou tard il cedera ,
Que lepremier coupde tempefte
Qui tombera deſſus ſateste,
Eft celuy qui l'écrafera.
P
4
Enfin une Ligue envieuſe
Du bonheurdeces grandsfuccés,
Concevant mille vainsprojets,
Se croit deja victorieuse.
2
GALANT. 81
:
Mais ses deſſeins mal concertez
Sontàpeineproduits,qu'on les voit avortex,
Ilsla laiſſent embarassée
S'égarer sans repos de pensée en pen-
Sée.
***
Demêmeque ces feux errans
Que dans les nuits les plus fereines,
Lors que la chaleur regne , on voit an
grédesvents
Voltigerau milieu des Plaines,
Leur éclat n'est qu'unevapeur
Qui n'any forse ny chaleur ,
Et comme un moment la voit nai
Stre;
Vn moment la voit disparoiſtre.
400
Trop foibles Ennemis d'un ſi vaillant
Heros,
Vous voyezce qu'il peut pour punir l'ar
rogance,
Finiſſez, finiffez vos orgueilleux prow
poss
Et recourezàſa clemence.
Il est prest à vous pardonner,
Etce qui doit vous étonner,
Ce Vainqueurfi puiſſant content deſavi-
Stoire, Dv N'a
82 MERCURE
N'a point d'autre intereſt que celuy defa
gloire.
Maispour vous genéreux Loüis,
Que ce trait de vostre clemence
Se répande auſſi loin que va voſtre vaillance
,
Et le bruit éclatant de vos Faits inoüis
Ministre de ce grand Ouvrage,
COLBERT , qui dans tous vos Emplois
Servez utilement le plus puiſſant des
Roys,
Recevez ces Vers pour hommage.
Sa gloire estvoſtre unique objet,
MaMuse en afait ſon Sujet ,
Dans le ſeul desseinde vous plaire.
Peut-estre qu'elle a pris ſon vol un pew
trop haut ;
Maissi chanterſon Nom c'est estre teméraire,
Qui ne tombe aujourd'huy dans lemesme
defant ?
Sagloire va par tout,la Terre en est remplie.
Iln'est Peuble barbare , it n'est Desert
affreux,
V
GALAΝ Γ . 8
Qui dans sa langue nepublie
De l'Auguste Loüis le Nom victorieux.
Mais fur tout c'eſt icy que d'un air doux
tendre
Mille Chantres fameux , mille Apollons
nouveaux ,
Enflent pour luy leurs Chalumeaux ;
Leur Concert est charmant , venez , venez
l'entendre .
Puis que vos ſoins nous ont acquis la
Paix,
Venez du Grand Loüis partager les
bienfaits ,
Apres une si longue absence.
Il vous offre un repos Selon nos justes
voeux
Deſſus les Fleurs de Lys , parmy nos
Demy-Dieux.
C'est une digné récompense
Devosfervicesglorieux ;
Iouiffez en long-temps pour le biende la
Francei,
Et lefecours des Malheureux.
84 MERCUR E
Je vous ay parlé du choix que
l'Academie Françoiſe avoit fait
de Monfieur l'Abbé Colbert
pour réplir la place de feuMonſieur
Eſprit . Le Voyage de Fontainebleau
fut cauſe qu'il diféra
le téps de ſa Receptionjuſqu'au
dernier jour de l'autre Mois.
Cette Ceremonie ſe fait dans le
lieu ordinaire de leurs Affemblées.
C'eſt une Salle du Louvre
, où l'on voit les Tableaux
des Protecteurs de cette celebre
Compagnie , qui font celuy du
Roy , & ceux de Monfieur le
Cardinal de Richelieu ſon Inſtituteur
, & de feu Monfieur le
Chancelier Seguier qui luy a
fervy de Protecteur apres luy.
On y voit auſſi celuy dela Reyne
de Suede.Lors que cette grade
Princeſſe vint à Paris , elle
voulut ſe trouver àune Seance
de
GALANT. 85
de l'Academie,& elle fut ſi ſatisfaite
des ſçavantes lumieres que
luy découvrirent ceux qui com-
- poſoient cet Illuſtre Corps , que
pour marque de ſon amitié , elle
leur fit l'honneur de leurenvoyer
fon Portrait. Cette Salle eft ouverte
à tout le monde chaque
fois qu'on reçoit un Académicien
nouveau.Ainsi la fouley eſt
ordinairement fortgrade,& particulierement
quand c'eſt une
Perſonne diftinguée par la qualité.
Vous jugez bien par là que
l'Affemblée ne pouvoit étre que
tres-nombreuſe le jour où Mr
l'Abbé Colbert fut reçeu. L'enviede
vous entretenir de ce qui
s'ypaſſa comme témoin oculaire,
m'y fit chercher place de fort
bonne heure. Je ne vous rediray
point ce que je me souviens de
vous avoir déjadit,qu'une partie
de
86 MERCURE
de l'Académie Françoiſe eſt
compoſée de Perſonnes du Premier
Ordre par leur naiſſance &
par leurs emplois, tant dans l'Eglife
& la Robe,que dans l'Epée .
Si l'autre partie n'eſt pas d'un
rang ſi élevé,elle ne voit rien, ou
ne doit rien voir au deffus d'elle
pour ce qui regarde l'Eſprit ; &
l'Eſprit eſt tellement eſtimé,que
quoy que ces Meſſieurs foient
avec les premiers du Royaume ,
il n'y a neantmoins aucune diſtinction
entre eux pour les
rangs. C'eſt le fort qui décide
tous les trois mois des Charges
de l'Académie . Il y en a trois,
qui ſont celles de Directeur , de
Chancelier , & de Secretaire .
Je croy , Madame , que vous ne
ferez point fâchée que je vous
inſtruiſe de ces particularitez ,
puis que je vous parle d'un
Corps
GALAN T. 87
Corps qui eſt reçeu à l'audiance
du Roy avec les mêmes cerémonies
que les Compagnies
Souveraines. Ce n'eſt pas d'aujourd'huy
qu'il eſt en confidération.
On le peut connoître par
le Livre qui s'eſt fait il y a déja
vingt- cinq ou trente ans, de fon
Inſtitution , &de ſes Statuts. If
porte pour titre , Histoire de l'Académie
Françoise,& eft deMonfieur
Peliſſon qui n'eſtoit pas encor
Academicien. Ses Regles
font,que celuy qui a eſté choiſy
pour remplir une des Places vacantes,
doit faire un Compliment
àla Compagnie en forme deRemercîmét.
Comme le Roy en eft
preſentement le Protecteur , &
queles grandes chofesqu'il afaites
, & qu'il continuë de faire
tous les jours,donnét lieude parler
de luy dãs toutes les Actions
publi
88 MERCURE
publiques, les Académiciens qui
font reçeus font ce Remercîment
en peu de paroles , afin
d'avoir plus de temps à s'étendre
ſur le Panegyrique de ce
grand Prince. Il en faudroit
beaucoup , quand il ne s'agiroit
que de l'ébaucher. Celuy
qu'on reçoit eſt afſis au bour
d'en bas de la Table , parce que
n'ayant point encor eu de place
dans l'Académie , il ſemble
qu'il ne la doive prendre qu'apres
ſa Reception . Le Directeur
eſt vis- à- vis de luy à l'autre bout
de la Table, ſeul de toute l'Académie,
aſſisdans un Fauteüil.Les
Officiers font à ſes coſtez , &le
reſte des Académiciens fur des
Chaifes autour de la Table Pluſieurs
Evêques ſe placerentderriere
ces Illuſtres Sçavans,lejour
queje viens de vous marquer. Il
y
GALANT. 89
y avoit avec eux un grand nombre
de Perſonnes de la premiere
Qualité.Le reſte de la Salle étoit
remply indiféremment de toute
forte deGens dont beaucoup ſe
pouvoient väterd'un mérite genéralement
reconnu. Mr l'Archeveſque
de Paris,Mr Colbert,
& Mr l'Abbé fon Fils,eftantentrez,
ce dernier eut à peine pris
fa place , que fans ſe donner le
tempsde reſpirer apres avoir traverſé
une grande foule , il commença
ſon Compliment.Je l'entendis,&
j'en fus charmé. Vous
perdez fans doute beaucoup de
ce que ma mémoire ne m'eſtpas
affez fidelle , pour me donner
-lieu de vous faire un exact rapport
des belles choſes qui furent
dites. J'en croy ſçavoir l'ordre,
mais les termes m'ont échapé,
& c'eſt dans les termes que
confi
१०
MERCU ER
conſiſte la perfection d'une Pie
ce d'éloquence. Ce que je vous
vay dire de celle cy , ne laiſſfera
pas de vous en donner de grandesidées,&
de vousayderàconcevoir
, ce qu'elle pouvoit eſtre
dans la bouche de Mr l'Abbé
Colbert , qui la prononça avec
autant de fermeté que de grace.
Il dit d'abord , Qu'il avoitbeaucoup
de joye deſe voiradmis dans
l'Illustre Corps de l' Academie,mais
qu'en meſme temps fon peu de mérite
luy donnoit une juſte crainte
de ne pouvoir remplir dignement
la place de celuy dont elle lefai-
Soit Succeffeur ; Qu'il croyoit
pourtant qu'elle n'avoit pas fait
choix de fa Perſonne fans avoir
usé de discernement. Il adjoûta
pour expliquer ſa pensée, Que la
gloire qu'ils s'estoient tous acquiſe
dans l'Empire des belles Lettres, ne
pouvoit
GALANT.
91
4
pouvoit plus recevoir d'augmentation;
Qu'ils avoient choisy juſquelà
aſſez de Gens d'un mérite déja
-étably , qui pouvoient leur commu-
-niquer leurs lumieres , Qu'ils ne
devoient plus fonger à l'avenir
qu'à former des Diſciples qui en
profitant de celles qu'ils leur donneroient
, püſſent ſoûtenir l'éclat
qui rendoit leursçavante Compagnieſtrecommandable,
& que comme
il ne doutoitpoint que ce ne fust
-dans cette venë qu'ils avoientjetté
les yeux fur luy , il eſperoit
qu'avec tant d'habiles Gens , te
temps luy seroit d'un grandSecours
pourlefairedevenir ce qu'ils avoiēt
deffein de le rendre. Ildit enſuite,
Qu'il pouvoit au moinsfe vanter
d'avoir toutes les qualitez requiſes
dans un bon Diſciple , puis qu'il ne
manquoit ny de docilité ny de
foûmiſſion , & qu'il commençoit
mesme
1
92
MERCURE
mesme d'en donnerdes marques, en
fe foûmettant à des Loix qui luy
impofoient la neceffité deſeprodui
re d abord en la presence de tantde
Grands Hommes qu'il auroit en be.
Soin d'écouter long- temps avant
que d'ofer parler devant eux , ne
JeSentantpas un mérite affezfort
pour s'y bazarder, s'il luy avoit
efté permis de ſe taire; Qu'ilfçavoit
qu'il auroit dûfaire l'Eloge
de l'Académie , & du Cardinal
de Richelieu fon Instituteur , qui
ayant toute la confiance de fon
Maître,&par là toutes les Affaires
de l'Etat&de la Religion, qui
estoient alors tres- grandes ,fedélafſoit
dans l'Académie , ou avec
les Ouvrages des Académiciens,de
fes grandes&férieuses occupations.
Qu'il auroit dû loüer feu Monfieur
le Chancelier Seguier , premier
Protecteur de cette celebre
Com
GALANT.
93
Compagnie , & qui pendant trente
trois années avoit poſſedé la
plus importante Charge de Iuftice
avec une conduite & une prudence
qui n'avoit rien d'égal que fon
zele, mais qu'en regardant Loüis
LE GRAND , LOUIS L'INVINCI
BLE, LOUIS LE CONQUERANT,
aujourd'huy leur Auguste Prote-
Etcur , l'éclat de sa gloire qui
l'occupoit tout entier ne luy laiffoit
point détourner les yeux fur
d'autres Objets . De là , il entra
inſenſiblement dans tout ce
que ce Monarque a fait depuis
la Guerre commencée en 1672 .
Il parla du paſſage du Rhin , &
dit , Que ce Fleuve tout rapide
qu'il eſt , n'avoit pû arreſter les
Armes de ee grand Prince; Que
malgré l'obstacle que devoit
former à ses deffeins l'oppoſition
de ce Rampart , il n'avoit pas
Laisse
-94 MERCURE
laiſſé d'entrer chez les Ennemis ;
Qu'il avoit pris d'abord trente de
leurs plus-fortes Places , & que les
Digues des Hollandois n'eſtantpas
Suffisantes pour retenir ce torrent
de valeur, ils s'estoient veus contraints
de rompre ces mesmes Digues
ausquelles l'Art & la Nature
avoient travaillé depuis plus de
cent ans. Il parla enſuite de toutes
les Victoires du Roy pendantcette
Guerre , & fit voir de
quelle maniere il avoit joint par
tout la prudence & la conduite,
au courage & à la valeur. Il dépeignit
les deux Conqueſtes de
la Franche Comté dans des faiſons
rigoureuſes, où ce Prince eftoit
expoſé à toutes les injures du
temps. Il parla de ce que ſa préſence
avoit fait faire au Regimet
desGardes, dont les Soldats mõtez
lesuns fur les autres, avoient
en
GALANT .
95
en plein jour forcé la Citadelle
de Besançon à ſe rendre ; entrepriſe
dans laquelle de grands
-Capitaines avoient échoüé. Il fit
- connoiſtre que chaque année ,
chaque mois , chaque jour , cet
incomparable Monarque avoit
triomphe , & s'étendit ſur ladefcription
de la priſe de Valenciennes.
Il en fit une peinture admirable
, & fur tout de la frayeur
que ce Peuple devoit avoir en ſe
voyant ſur le point d'eſtre abandonné
à tout ce qu'une Ville
priſe d'aſſaut doit attendre d'un
Soldat vainqueur , & naturellement
inſolent.Il finit cette peinture
, en faiſant voir de quelle
maniere le Roy eſtoit obey , &
que par ſa clemence qui empefcha
le pillage , il avoit trouvé
dans la Victoire quelque choſe
de plus beau que la Victoire mê
me.
96 MERCURE
me. Apres avoir parlé de toutes
les Conqueſtes de céte année-là,
il paſſa à celles de l'année ſuivante.
Il dit , Qu'au milieu de l'Hyver,
malgré des Defefperez qui estoient
juſque-là demeurez neutres , &
qu'onsçavoit eſtreſur lepoint deſe
déclarer , le Roy avoit esté atta
quer un des plus forts Ramparsdes
Ennemis. Il parla en ſuite de la
Paix qu'il a donnée, & fit voir la
beauté & la genérosité de cette
Action qui couronnoit toutes
les autres ; apres quoy il finit ,
en difant , qu'il n'appartenoit
qu'à Meſſieurs de l'Académie de
parler dignementdes merveilles de
cet Auguste Monarques & que
pour luy , ilse contentoit de les admirer.
Quel plaifir pour vous ,Madame
, fi vous aviez entendu ce
Panegyrique , dont ce que j'en
ay
GALANT.
97
ay pû recueillir n'eſt qu'une
ébauche toute imparfaite ! La
modeftie de Mr. l'Abbé Colbert
à ne fe regarder que comme
Diſciple dans l'illuſtre Corps où
il avoit eſté ſi genéralement
ſouhaité , charma toute l'ΑΓ
ſemblée . Jamais on n'en a tant
fait paroiſtre avec de ſi juſtes
ſujets de vanité . Mais on n'en
doitpas eſtre ſurpris. Les exemples
de ſa Famille qu'il a tous les
jours devant les yeux , luy ont
fait voir que cette vertu n'eſt
pas incompatible avec le mérite,
& que ſi c'eſt une qualité que
beaucoup de grands Hommes
ont negligée , elle n'eſt pourtant
pas indigne d'entrer parmy celles
qui font les grands Hommes.
Je paſſe à ce que le Direteur
de l'Académie luy répondit
de ſa part. Le Sort qui décide
Novembre.
E
98 MERCURE
tous les trois mois de lélection
des Officiers , avoit rendu juſtice
aumérite deMonfieur Racine ,
en le mettant dans ce Poſte glorieux
, & plus glorieux encor ce
jour-là par l'avantage qu'il eut
de parler devant une fi belle &
fi illuſtre Aſſemblée. Cet avantage
eſt grand quand on eſt affuré
qu'on ne peut diré que de
belles chofes , & qu'on n'a pas
lieu de douter que tous ceux
qui écoutent n'en- foient convaincus.
Voicy donc ce que réponditMonfieur
Racine.Si ce ne
font pas les meſmes paroles, ç'en
eſt à peu pres le fens. Il dit d'abord,
Que le hazard l'avoit mis
dans une place oùson mérite ne
l'auroit pas élevé : Et s'addreffant
àMr.l Abbé Colbert,il le remercia
au nom del'Académie &
des belles Lettres , de l'honneur
qu'il
GALANT .
وو
qu'il avoit bien voulu leur faire,
& repeta meſme , Que l'Academie
tenoit à honneur de l'avoir
dansfon Corps. Il adjoûta , Queles
Portes en estoient ouvertes au mérite
, & que connoissant le fien ,
elle luy avoit voulu épargner la
peine de folliciter. Il le loua
enſuite fur le Cours de Philofophie
qu'il avoit enſeigné , &
de ce qu'ayant raſſemblé l'ancienne
& la moderne , & fuprimé
des termes barbares , pour
faire connoiſtre des ſolides veritez
, il avoit fait voir Ariftote ,
dont juſqu'icy on n'avoit veu
que le Phantome.Il adjoûta à céte
loüange celles qui estoient
deuës à toutes les Actions qu'il
avoit faites en Sorbonne. Il dit ,
Quejusque- là lAcadémie l'avoit
admiré , mais que l'ayant entendu
prescher depuis avec toute la
}
Eij
100 MERCURE
délicateſſe de la Langue,elle avoit
jetté les yeuxfur luy , perſonnene
pouvant estreplus propre à celebrer
les Surprenantes merveilles du Roy
qui les accabloient de trop de matiere.
Iltombade là fur les Conqueſtes
de Sa Majesté , & dit ,
Que ce ne seroit pas l'Académie
qui feroit vivre les Actions de ce
grand Monarque , mais qu'elles
estoient si éclatantes & fi extraordinaires
qu'elles rendroient leurs
Ouvrages immortels. Il parla de
la Paix qui eſt encor plus glorieuſe
au Roy que la Guerre, &
dit , Qu'il l'avoit donnée en un
moment, les diférens Interests ne
pouvant s'accorder à Nimegue ;
Mais qu'il n'oſoit entreprendre de
donner à cette Action les loüanges
qu'elle méritoit, apres ce qu'en venoit
de dire Monsieur l'AbbéColbert
, dans le discours duquel on
avoit
GALANT. I
avoit connu non ſeulement ſon éloquence
, mais la paſſion qu'il avoit
commune avec tous ceux defa Famille
, pour le ſervice de Sa Majesté.
Il prit là-deſſus occafionde
loüer le zele que toute cette
Maiſon a pour le Roy à l'exemple
de ſon Chef. Il dit , Que ce
Chef Illuſtre avoit Enfans , Freres
&Neveux , qui dans leurs divers
Emplois n'oublioient rien pour le
Seconder; Que parmy eux on trouvoit
des Testes & des Bras qui
s'employoient avec une égale ardeur
pour la gloire de cet Auguste
Monarque : Qu'on en voyoit dans
LeConfeil, dans les Armées , &fur
les Mers ; & que la Navigation
qui juſque- làne nous avoitpas eftétout-
à-fait connuë, commençoit
arendre la France redoutable depuis
queMonficur Colbert y donnoit
fesfoins. Il finit,en difant àMon-
E iij
102 MERCURE
fieur l'Abbé fon Fils , Qu'il trouveroit
dans tous ceux qui compofoient
le Corps de l'Académie , ce
même esprit & ce même zele pour
le Roy qu'il voyoitfi genéralement
répandu dans sa Maiſon ; & que
leDictionnaire qui paroiſſoit une
matiere auſſi ſeiche qu'épineuse,
leur devenoit agreable, parce que
toutes les fyllabes estoient autant
d'instrumens qui ferviroient à
porterlagloire du Roy juſque dans
lapoſteritéla plus éloignée.
Les applaudiſſemens qu'on
donna tout haut à ce diſcours,
furent grands, & firent voir que
chacun ne connoiſſoit pas moins
que Mr. Racine, les veritez qu'il
venoit de dire de la Maiſon de
Mr. Colbert. Le bruit que cauſa
lajoye que toute l'Aſſemblée en
reffentit , eftant ceffé , le mefime
Mr. Racine , comme Directeur
de
GALANT.
103
de l'Académie , demanda aux
Académiciens s'ils avoient quelque
chofe à lire. Cette demande
ſe fait toûjours dans leurs Actions
publiques. Il n'y a qu'eux
qui ayent ce droit de lecture .
Ils la font affis , couverts ,& le
papier à la main.
Monfieur l'Abbé Cotin com
mença par un Diſcours de Philofophie.
ll le fit fur ce queMonfieur
l'Abbé Colbert qu'on recevoit
ce jour- là , eſtoit un treshabile
Philofophe. Il n'en lût
qu'une partie , ſon âge ne luy
laiſſant pas affez de voix pour ſe
faire entendredans une fi grande
Affemblée.
Monfieur Quinaut lût enſuite
deux petits Ouvrages de Vers .
Il y en avoit un fur la modeſtie
deMr Colbert qui fuit toute forte
de loüanges , & qui n'aime à
Eij
104 MERCURE
entendre que celles du Roy. I
finiſſoit par une tres-belle penſée
qui faiſoit connoiſtre que ſi
ce zelé Miniſtre ne pouvoit foufrir
que les loüanges de fon Maître,
l'admirable Panegyrique que
venoit de faire un autre luymeſme,
avoit dû luy donner une
extréme joye .Le ſecond Ouvrage
de Monfieur Quinaut eſtoit
tout entier à l'avantage deMonfieur
l'Abbé Colbert, fur ce que
dans le bel âge il avoit uny les
belles Lettres au profond Sçavoir.
Apres qu'il eut achevé,Monfieurl'Abbé
Furetiere fit entendre
quelques Vers ſur pluſieurs
endroits de la Vie du Roy, pour
ſervir d'Inſcriptions à un Arc de
Triomphe , dont il a fait le defſein
il y a déja quelque temps.
Vn Dialogue de la Paix,& de
la
GALAN Τ .
105
la Victoire , fût lû par Monfieur
Boyer . Il eſt plein de loüanges
pour le Roy,& reçeut de grands
applaudiſſemens .
D'autres Vers de Monfieur
de Corneille l'ainé fur la Pax,
furent écoutez avec beaucoup
de plaifir. On y remarqua de ces
grands traits de Maiſtre qui l'ont
fi ſouvent fait admirer , & qui le
réndent un des premiers Hommes
de fon Sieele .
, tant
Monfieur le Clerc lût apres
luy diférens Ouvrages de Poë
fie , & s'acquit l'approbation de
cette grande Aſſemblée
par la maniere dont il les recita,
que par leur propre beauté. La
fin de l'un marquoit à l'avantage
du Roy , que fi cet Invincible
Monarque n'avoit pas conquis
le Monde , il avoit fait voir
qu'il avoit eſté en pouvoir de le
ひじEv
১১
106 MERCURE
conquerir. Il s'eſtoit rencontré
avec Monfieur Quinaut dans
un autre fur la modeſtie de
Monfieur Colbert , qui luy faifoit
rejeter toute autre loüange
que celles du Roy. Il en lût un
troiſiéme dont la derniere penfée
eſtoit qu'on devoit regarder
le Siecle de Loürs comme celuy
des merveilles. Cette penfée
tomboit ſur Monfieur l'Abbé
Colbert dont l'eſprit eſt un
prodige à ſon âge , & qui en a
donné des marques ſur toute
forte de matieres, que les plus
éclairez ne donnent ſouvent
qu'apres de longues années. Il
finit ce qu'il avoit à faire voir
par la lecture d'une Paraphraſedel'Exaudiat
.Monfieur Charpentier
parla le dernier ; & come
lamatiere des Ouvrages qui ſe liſent
publiquemet dans ces jours
de
GALANT.
107
de Reception n'eſt jamais fixée,
il fit entendre une Traduction
qu'il a faite du Miferere.Elle est
reſſerrée en peu de Vers , & fut
extrémement applaudie,J'aurois
pû vous envoyer une partie de
ces Pieces,maisj'ay tantde choſes
à vous apprendre ce Moiscy
, qu'elles rendroient ma Let
tre trop longue. Il ſuffit que vous
en ayant marqué les principales
penſées , je vous aye donné lieu
de juger de leur beauté. Il y a
une reflexion à faire . Plufieurs
de ceux que je vous viens de
nommer , ſe ſontattachez à vanter
la modeſtie de Monfieur
Colbert dans leurs Ouvrages,
&ils ne peuvent l'avoir fait fans
qu'ils ayent reconnu que cette
vertu eſt particuliere à ce grand
Miniſtre. On ne ſe rencontre
jamais dans une meſme pensée,
que
108 MERCURE
que ſur des veritez inconteftables.
Adire vray , les loüanges
ne ſemblent eftre que pour ceux
dont on peut ignorer les actions;
mais celles des grands Hommes
que ſa Majesté employe dans les
Affaires les plus importantes
de l'Etat , font trop en veuë,
pour eftre cachées à perſonne;
& comme elles parlent d'elles
meſmes , & que l'heureux fuccés
de tous les deſſeins du Roy,
fait connoiſtre l'exactitude , le
zele , les foins , & la prudence
de ceux qui le ſervent, on chercheroit
inutilement à les loüer
autant qu'ils méritent ; ce ne ſeroit
qu'apprendre au Public ce
qu'il ſçait déja . Monfieur Charpentier
ayant achevé de lire ,
toute l'Aſſemblée fortit , fort fatisfaite
des belles choſes qu'elle
avoit entenduës ; & comme elle
en
GALANT. 109
en eſtoit toute remplie , les applaudiſſemens
réſonnoient de
tous coſtez en faveur des Illuftres
de l'Academie .
On ſe regle ſouvent fur les
Saiſons pour les Airs qu'on fait.
C'eſt ce qui a donné lieu àMonſieur
du Parc de faire celuy - cу
fur celle où nous ſommes. Divertiffez
- vous à le chater aupres du
feu,fi vous ne voulez pas y écou
ter ceux qui vous diroient avec
plaiſir que vous étes belle & aimable.
N
MENUET.
Ecroyezpas, jeune Bergere,
Que l'Hyver ait banny les plaiſirs de
ce lieu.
On fait l'amour aupres du fea.
Aufſi bien que sur la fougere.
Tad
HO MERCURE
J'adjoûte à cette Chanſon une
ingénieuſe Galanterie qui ne
ſçauroit manquer devous plaire.
Vous avez le gouſt trop bon
pour n'eſtre pas fatisfaite & de
l'enjoüement des penſées , & de
la facilité du ſtile .
F
PROPOSITION
DE MARIAGE
ENTRE
UN LINOT
ET UNE LINOTE.
A Madame R.
J'Ay dans ma
Chambre une Femelle
Ieune, amoureuse, tendre ,&belle
Qui voudroit bien semarier.
le connoisſon envieàson petit bec pâle.
Sçachez un peu de vostre Mâle
S'il ne veut point saparier
Si vous voulez ſçavoir&Son bien &Son
24
age Je
GALANT. LIE
Ie vay vous le dire en un mot .
Elleafix mois , pas davantage.
Toutfon bien est un petit Pot.
Fait d' une coqued'Escargot
Avec une petite Cage.
Au reste elle
>
fur toujours fage
LYONE
*1893*
Etmalgré de certains Efprits
Le trop licentieux langage,
Ellen'eut jamais de Petits.
L'Oyſeleur qui me l'a venduës
M'afait voir qu'elle est descenduë,
D'unefort honneste Maison,
Etquesa Race est répanduë
Audelà de nostre horizon .
Ilm'a fait touteſon histoire ,
Et si j'avois de la memoire,
Ie pourrois bien vous repéter
Tout ce qu'ila ſçeum'en conter:
Comme en ce Pais chacun cause,
Et que de peu l'onfait grand choses
Ilne fautpas vous alarmer ,
Si l'on dit qu'elle ſcent aimer,
Caril est vray , je le confeffe.
Unjeune Oyſeau deméme espece,
Alafaveur d'un Air nouveau
Ietta dans sonpetit cerveau
Quelque femence de tendreffe.
Elle le tint lebec dans l'eau ,
Mais
MERCURE
Mais l'emplumé Godelureau
Qui laperfecutoit fans ceſſe ,
Voulant la derniere faveur,
La trouva Femelle d'honneur,
Et ne peut l'obliger à manquer de Sageffe
Dont il euttres-grand mal au coeur .
Ecouter un Amant , rire desa fteurete
,
C'est le vray tour d'une Coquette :
Mais comme elle estoit jeune ,elle nefçavoitpas
১.
Qu'ilfalloit éviter ce pas ,
Et que par la Coqueterie ,
Hommes , Oyseaux , tout se décrie.
Du depuis un Serin verd comme un Perroquet
,
leune , badin ,joly , coquet ,
Superbe , &fier defon plumage,
De quelques tendres tons embellit fon
ramage ,
Pour l'enyorerdefon caquet :
Mais elle luy fit bien connoistre
Que ce qu'ilfaisoit pour paroiſtre ,
Son air ,ſon chant , &ſa façon,
N'estoient qu'unepure Chanson
Qui n'éblouiſſoit point savenë,
٢٠٠٠٠٢٠
Et
GALANT. 113
:
Et qu'elle ne seroit émeine,
Ny ne souffriroit plus d'Amant ,
Que par un établiſſement,
C'est àdire pour mariage.
Depuis elle afait davantage.
Quandelle a vescu dansles Bois ,
Dans les lardins , à la Campagne,
Elle a ſçeu faireun ſage choix
D'une irreprochable Compagne.
On la vit s'éloigner toûjours
Dela libertine Fauvette,
Dont on connoit l'hiſtoriette,
Pour paſſerla plupart des jours
: Chez l'Hirondelle on l' Aloisete.
• Cette Piece eſt de Monfieur
Corps de Troyes en Champagne,
qu'une diſgrace impreveüe
tient preſentement arreſté dans
laConciergerie. Il eſt aiſé de voir
à la liberté d'eſprit que luy laiſſe
ſa prifon , qu'il ne sçauroit eſtre
que malheureux Ceux qui ont
quelque choſe à craindre dans
un lieu , où ils ne peuvent éviter
un Jugement Souverain ,
n'ont
114
MERCURE
n'ont jamais la tranquillité qui
eft neceſſaire pour imaginerun
Ouvrage auffi galant que celuy
de ce ſpirituel Priſonnier .
La France me fournit tant de
nouvelles , que je vous entretiens
rarement des Etrangeres .
Cependant je ne puis m'empécher
de vous apprendre un incident
particulier , auquel les
MécontensdeHongrie ontdonné
lieu . Il vous fera connoiſtre
qu'il ne faut pas toûjours juger
del'intention ſur les apparences.
Ces Mécontens paſſant il y a déja
quelque temps parles Terres
d'un Preftre , nommé Jofuas ou
Jofeph , ce Jofuas qui eſt un
Hommed'eſprit, hardy , refolu ,
&qui ſe voyoit fort accommodé,
leur fit ſçavoir que loin de ſe
retirer come la plupart des autres
, & d'emporter avec luy ce
qu'il
GALANT.
r
qu'il avoit demeilleur, il demeu
reroit dans ſes Terres pour les
regaler , pourveu qu'ils voulufſent
luy promettre de n'y faire
aucun dégaſt. La propoſition
leur parut d'un galant Homme,
& ils luy promirent ce qu'il demanda.
Les Mécontens pafferent.
Jofuas les regala , & quoy
que l'Aſſemblée fut fort nombreuſe
, il s'en acquita ſi bien
que rien ne manqua à la reception
qu'il leur fit. Les Mécontens
tinrent leur parole , & partirent
fort fatisfaits de fon procedé. A
quelque temps de là , les Imperiaux
commandez par le General
Virmena, vinrét ſur les terres
de Jofuas,& le regardant comme
ennemy,parce qu'il avoit régalé
leurs Ennemis , ils le ruinerent
entieremet , ſans confiderer que
ce n'étoit pas être criminel qu'a
voir
16 MERCURE
voir eu l'adreſſe de s'exempter
du pillage, en donnant de bonne
grace beaucoup moins qu'il
n'auroit perdu en ſe retirant.Ce
General ne fe contenta pas de
cette rigueur. Il le mal-traita
dans ſa Perſonne,& le fit mener
en priſon. Il a trouvé moyen d'en
fortir, & pour s'en vanger il s'eſt
mis avec les Mécontens , dans
l'Armée deſquels l'exercice de
la Religion Catholique eft libre .
Il eſt entré dans la Moravie à
la teſte de deux mille Chevaux,
& en a fait fuïr la plus grande
partie des Habitans par delà le
Danube.De cesdeux milleChevaux
il en a choify deux cens,&
a eſté facager & brûler tout ce
qu'il a ſceu qui appartenoit au
Genéral Virmena. Il a paffé en
fuite en Silefie,où il a fait un tresgrand
degaft. Comme il eſt
Homme
GALANT.
117
1
1
Homme de réſolution , la Cour
de Vienne fait tout ce qu'elle
peut pour luy faire quiter le Party
qu'il a embraſſe, & il ne tient
pas à des offres avantageuſes
qu'elle ne repare ce que le Genéral
Virmena a cauſe de mal
en le traitant de coupable fur
de fauſſes apparences .
: Ceux qui ſervent fidellement
le Roy d'Eſpagne , ont tout fujet
de ſe loüer de D.Juan. L'état
où ſe trouvent depuis long
temps les Affaires de ce grand
Royaume , qui ne ſont pasmeſme
encor rétablies , ne l'a point
empefché de fairedonner par Sa
Majesté Catholique des récompenſes
à ceux qu'il a crû quien
meritoient. Le Duc de Villa-
Hermoſa,le Comte de Rache ,le
Prince de Vaudemont,Monfieur
de Louvignies , & D.Francifco-
Marcos
:
718 MERCURE
Marcos de Velafco,en ont eu de
cófiderables . S'ils ne lesont point
acquiſes par des grandesactions,
le deſir qu'ils avoient d'en faire ,
& l'excés de leur zele , les rendoient
dignes de ce qui a eſté
fait enleur faveur. C'eſt ſouffrir
affez que d'eſtre toûjours malheureux.
Au moins quand on
réüſſit, la gloire qu'on en reçoit,
&la fatisfaction fecrete qu'on en
a , peuvent tenir lieu de récompenfe
; mais fi on ne leur en euſt
donné aucune , apres qu'ils ont
employé tous leurs efforts pour
détourner l'orage qui eft fi fouvent
tombé fur eux , c'euſteſté
les punir de toutes les vertus po-
Hriques & militaires de Loüis
LE GRAND Ce qu'ils ont fait
leur euft affuré la victoire contre
tout autre Ennemy, & il leur
doit avoir beaucoup plus couſté
COLA LA
de
GALANT .
119
de ne l'avoir pas remportée,puis
qu'outre les meſmes fatigues , ils
ont efluyé des chagrins qui n'ac.
compagnent jamais les Vainqueurs.
Madame la Ducheffe de San-
Pedro , & Madame la Marquiſe
de Quintana, accompagnées de
Mr le Duc de San- Pedro, Mary
dela premiere,ont paffé par cette
Ville pour prendre la route
d'Eſpagne. Elles font Filles de
Mr le Marquis de los Balbazes
premier Ambaffadeur de faMajeſté
Catholique à Nimegue, &
qui doit fuccederà Monfieur de
Villa - Hermoſa au Gouvernementdes
Païs Bas apres la Paix
generale. La derniere eft une
jeune Perſonne de ſeize ou dixſept
ans , qui a eſté mariée à
Vienne par Procureur , & qui
s'en va trouveren Eſpagne le
Mar
120 MERCURE
Marquisde Quintana ſon Mary.
C'eſt un jeune Seigneur âgé de
dix-neuf à vingt ans, de grande
qualité ,& fort riche. Ces deux
Mariez ne ſe ſotjamais veûs que
par les Portraits qu'ils ſe ſont envoyez
l'un àl'autre.L'Epoux viédra
au devant de la jeune Marquiſe
ſa Femme , juſqu'à S.Jean
de Luz , & quand on l'aura miſe
entre ſes mains,le Duc & la Ducheſſe
de San-Pedro doivent
revenir à Nimegue , aupres de
Monfieur le Marquis de los Balbazes.
Ces Dames ont reçeu à
Valenciennes, à Cambray, à Peronne,
àGentilly , &dans toutes
les Villes & lieux de l'obeïſſance
duRoy où elles ont paffé ,tous les
honneurs qui font deûs à leur
naiſſance & au mérite de leurs
Perſonnes. Elles ont eſte ſalüer
Leurs Majeſtez à Verſailles , &
quoy
GALANT. 121
+
quoy qu'elles attendiſſent beaucoup
de l'honnêteté du Roy,elles
l'ont trouvé civil pour elles au
delade ce qu'elles ſe l'étoiét promis.
Apres avoir veu tout ce qu'il
y a debeau à Verſailles,elles vinrent
à Paris,où elles ſe donnerent
ledivertiſſement de l'Opéra. La
galanterie Françoiſe ne les furprit
point.Elles avoient déja cómencé
à connoître la France à
Nimegue, car la galanterie regne
par tout où il y a des François.
Comme ils la communiquent à
toutes les autres Nations,ils font
cauſe que cette Ville,où les Miniſtresde
tat de Souverains font
aſſemblez , eſt devenuë une Villede
plaiſirs & de Parties agreables
, parles Régals qui s'y ſont
donnez , & qui continuent à s'y
donner toutes les Semaines . La
ſocieté que ces agreables Parties
Novembre. F
122 MERCURE
ont fait lier, n'a pas peu cõtribué
àétablir de l'amitié & de l'union
entre la plupart des Ambaſſfadeurs
& Ambaſſadrices . Madame
Colbert , qui ne ſe fait pas
moins diftinguer par la magnificence
qui accompagne tout ce
qu'elle fait , que par ſon admirable
conduite , a donné lieu à ces
Divertiſſemens. Quelques autres
Dames Ambaſſadrices , &
particulieremet celle d'Eſpagne
& de Dannemarc , l'ont imitée.
Ainfiles Affemblées de divertifſemet
ont alternativement cõtinué
chez elles tous les jours de
chaque Semaine, par le Jeu , par
leBal, &par des Collations magnifiques.
Il s'en donna une le 22.
du Mois paffé chez Mr Colbert,
où il parut de ſi grandes démonſtrations
de joye de la plupart
des Ambaſſadeurs & Miniſtres
qui
GALAN T. 123
qui s'y trouverent, que ces marques
extraordinaires de fatisfaction
jointes aux Santez qui s'y
bûrent, firentdéslors eſpererque
la Paix de France, d'Eſpagne , &
de Hollande , feroit bientoft fuivie
de la genérale.Les Ambaſſadeurs,
qui dans le Cabinet ont fi
bien executé les ordresde leurs
Maîtres, n'ont pas moins de part
à cette Paix,que ceux qui en expoſant
leur fang , & en gagnant
des Victoires , l'ont fait ſouhaiter
à nos Ennemis. On peut
meſme dire que Madame Colbert
, par les Divertiſſemens
que les autres Ambaſſadrices
ontdonnez à ſon exemple,a commencé
d'unir des Miniſtres que
des intéreſts bien diférens te
noient diviſez ,&que pendatque
M. Colbert fon Mary travailloit
avec une entiere application à
Fij
124
MERCURE
la grande Affaire de la Paix,elle
travailloit de ſon coſté à entretenir
entre les Parties l'intelligence
qui leur eſtoit neceſſaire
pour traiter agreablement. Les
Ambaſſadrices ne ſe divertifſoient
pas ſeules , les Ambaſſadeurs
estoient quelquefois de la
partie , & fe délaſſoientdans ces
illuſtres Aſſemblées de leurs pénibles
& preſque continuelles
occupations.
Quoy que le calme ſoit rétablydans
les Provinces de Flandre
, la Mort qui y regne toû
jours empeſche qu'on ne ſe ſoit
encor apperçeu du bõheur qu'il
y doit caufer. Vous ſçavez les ravages
qu'elle a faits à Anvers, &
cõbien elle y a emporté de Peuple,
mais vous n'en ſçavez peuteſtre
pasla cauſe. Quand le Roy
prit laVille de Gand, celle d'An
vers
GALANT.
125
vers en fut fi fort alarmée,qu'elle
retint ſes Ecluſes . Les eaux retenuës
ſe corrompirent. Comme
on ne s'eſtoit point apperçeu de
cette corruption , on continua
de ſe ſervir de ces eaux àfaire de
la Biere ,& l'on a remarqué qu'il
n'eſt prefque échapé perſonne
de tous ceux qui en ont beû .
La Saiſon où nous fommes a
eſté fatale à pluſieurs Perſonnes
qui tenoient les premieres Dignitez
de l'Eglife. Le Nonce que
nous avions en France eſt un de
ceux qu'elle a emportez. Il eftoit
Archeveſque titulaire d'Andrinople
, Auditeur de la Rote,
& d'une tres- bonne Maiſon de
Rome,dont il avoit eſté Gouverneur.
Il ſe nommoit PompeïoVarefi.
Il avoit toûjours eu l'avantage
d'eſtre fort agreable au Roy,
juſque - là qu'avant méme qu'il
Füj
126 MERCURE
vinſt en France, Sa Majesté avoit
témoigné qu'Elle agréeroit le
choix que le Pape feroit de ſa
Perſonne pour l'y envoyer. Son
Corps a eſté porté à l'Egliſe de
S. Sulpice ſa Paroiffe , & de là
dans celle des Theatins , où il
avoit choiſy ſa Sepulture. Le der.
nier Nonce mort en France du
temps de Henry III . fut enterré
à Nôtre - Dame aux deſpens du
Roysmais comme celuy-cy avoit
ordonné luy-meſme du lieu où il
vouloit que ſon Corps fuſt mis,
on a ſuivy ſes dernieres volontez .
Monfieur l'Eveſque d'Agen
eſt mort auſſi.ll tenoit rang parmyles
plus grands Prédicateurs,
& vous n'en douterez pas quand
je vous auray fait ſouvenir qu'il
s'appelloit Mr. Joly , & qu'avant
que fon mérite l'euſt fait élever
à l'Epifcopat , il eſtoit Cure de
S.Ni
GALAN T.
127
S. Nicolas des Champs. On affure
qu'il a laiſſe tous ſes Biens
aux Pauvres.
Sa morta eſte ſuivie de celle
de Mr. Sevin , Eveſque , Comte,
& Baron de Cahors. Il eſtoit venu
icy pour les Affaires de fon
Dioceſe,& a finy comme il avoit
commencé , c'eſt à dire en donnantjuſqu'au
dernier jour toutesles
marques de pieté qu'on pouvoit
attendre d'un Homme qui
n'avoit jamais eu de veuës que,
pour le Ciel. Il a eſté trente ans
Eveſque, & pendant ce temps ſa
conduite a ſervy d'une grande
édification à tous les Peuples de
ſonDioceſe. Il faiſoit tres-ſouvent
ſes viſites , & vivoit dans une
mortificatió extraordinaire, couchant
preſque toûjours fur la
dure ,& macerant fon Corps de
mortifications & de pénitences.
Fiiij
LYON
E
*1893*
128 MERCURE
Il eſtoit tres-bien fait , & avec
une grande modeftie il confervoit
une gravité telle que la demandoit
la Dignité Epiſcopale
où Dieu l'avoit appellé. Il ne
ſoufroit chez luy aucune Perfonne
de l'autre Sexe ; & quand il
eſtoit obligé d'avoir quelque
converſation avec les Femmes,
c'eſtoit avec une reſerve qui luy
attiroit une grande véneration
& un reſpect fingulier de toutes
celles qui l'approchoient. Il avoit
beaucoup d'eſprit , & n'ignoroit
rien de ce qui estoit deû au rang
qu'il avoit à ſoûtenir dans l'Eglife.
Ille maintenoit avec tant
de zele , que la moindre choſe
qui en bleſſfaſt tant-ſoit-peu la
dignité , luy eſtoit inſuportable.
Apres avoir été Eveſque de Sarlat
pendant dix ans , il fut choiſy
par un faint Homme pour luy
fucceder
GALANT.
119
fucceder dans l'Eveſché de Cahors.
Il eſt mort icy dansla Maifon
des Miſſionnaires de S.Lazare
, où il avoit ſouhaité depuis
long- temps de mourir , fi Dieu
diſpoſoit de luy hors de ſon Dioceſſe.
Vous ne ſçauriez croire le
concours de monde que la fainreté
de ſa vie a attiré pendant
trois jours qu'il a eſté expoſé en
public. Meſſieurs de S. Lazare
ont montré le zele qu'ils avoient
pourluy , en luy faiſant des Obfeques
dignes de ce qu'il eſtoit .
Il s'eſt fait depuis peu une
Cerémonie , dont la fin a eſté
toute contraire à ce qu'on s'en
eſtoit promis. Le Cas eſt particulier
, & vaut bien que je vous
en fafle un Article. Je ne vous diray
rien que de vray. La chofe
s'eſt paſſée àTroyes,& il vous femaiséd'é
étre éclaircie.Vnejeu-
! Fv
130 MERCURE
:
neDemoiselle, ayant pris le Voi
le blanc dans un Convent de la
Ville que je vous nomme , eſtoit
fur le point de faire ſes voeux.
Elle y avoit eſtémiſe Penſionnairedés
l'âge de huit ou neufans,
& ſuivant la coûtume des Filles.
qui dans leurs premieres années
ont preſque toutes quelque tentation
de ſe faire Religieuſes ,
elle en avoit eu quelque envie
comme les autres. Une Guimpe
qu'on luy avoit donnée quelquefois
luy avoit paru la plus
jolie choſe du monde; & comme
dans ces jours qui n'eſtoient
que de divertiſſement pour elle
, on ne luy parloit ny de mortification,
ny de penitence , elle
s'étoit laiſſée gagner aux charmes
de la nouveauté , & avoit
crû qu'on l'applaudiroit toûjours
fur l'agréement qu'elle recevoir
de
GALANT.
131
de cet ajuſtement emprunté. Sa
Mere luydemandoit de temps en
temps ce qu'elle avoit deſſein
d'eſtre. Vous jugez bien qu'elle
répondoit en baiſſant les
yeux , Religieuse. La Mere s'accommodoit
affez de cette réponſe.
Elle avoit une autre Fil
le que cette Vocation prétenduë
laiſſoit heritiered'une aſſez gran.
de Succeffion. Elle devenoit par
là un Party confidérable , &
l'ambition jointe àun peu plus
de panchant que cette Mere
avoir toûjours eu pour elle ,
luy faiſoit entretenir ſa Caderte
dans la réſolution de prendre
l'Habit . Le temps vint.Cette
Cadette eut quinze ans. On
s'informa ſi elle avoit le don de
perfeverance , & foit que fon
coeur ne luy euſt encor rien dit
pour le monde , foit qu'elle craignift
132
MERCURE
gniſt ſa Mere qui témoignoit
ſouhaiter qu'elle y renonçaſt ,
elle perſiſta dans ſes premiers
ſentimens, prit le Voile,&le prit
d'un air ſi content qu'on ne douta
point qu'elle ne fuſt inſpirée
d'enhaut. Peut- eſtre le crût- elle
d'abord elle- meſme. Tout ce
qu'on luy ordonnoit luy plaifoit.
Elle s'en acquitoit avec une
gayeté extraordinaire , mais elle
ne ſçavoit pas qu'à moins d'eſtre
veritablement appellée , ons'ennuye
bien-toſt de faire toûjours
la meſme choſe , & qu'il en eft ,
qui quoy que tres-bonnes Religieuſes
, font réduites quelquefois
à ſouhaiter un peu de
diverſité pour ſe délaſſer l'eſprit,
ne fuſt - ce que l'Enterrement
de quelque Ancienne qui
ayant affez veſcu ( car en ce lieula
on ne ſouhaite point la
mort
GALANT.
133
mort du prochain ) leur donne
lieu par les devoirs qui luy ſont
rendus, de s'employer à quelque
autre choſe, qu'à ce qu'elles font
obligées de faire régulierement
tous les jours. La Belle dont je
vousparle ne fut pas plûtoſtNovice,
que ſa Soeur trouva un Party
fort avantageux. On la maria
fur le pied d'unique heritiere.
Elle vint voir la Novice qui
commença de trouver qu'un
Point de France valoit bien la
Guimpe qu'elle ſe voyoit. Il y a
toûjours je ne ſçay quoy debrillant
dans une nouvelle Mariée
qui fauta aux yeux de cette jeune
Perſonne. Elle n'en dit rien,
mais malheureuſement pour fon
Aînée, elle avoit une Compagne
dont le Frere luy avoitdéja com -
pté des douceurs avant qu'elle
cût pris l'habit.Il eſtoit bien fait,
de
134
MERCURE
de condition égale à la ſienne ,
perfuafifquand on l'écoutoit ; &
ſi elle luy avoit paru aimable das
fes habits negligez du monde ,
il trouva ſa beauté ſi augmen- >
tée par le Voile , qu'il commença
tout de bon à ſe declarer. La
Soeur qu'il avoit dans le Convent
,avecla Novice , luy facilitoit
les moyens de luy parler,&il
tourna ſi bien l'eſprit de la Belle,
que s'eſtant rendu maiſtre de
fon coeur , il la contraignit à ne
luy en pas faire un ſecret. Ils ſe
voyoient fort ſouvent , & s'ecrivoient
quand il ne leur eſtoit
pas permis de ſe voir. Jugez du
chagrin de la Novice. Elle avoit
fait un grand pas. Sa Mere
eſtoit d'humeur à ne luy pardonner
jamais. Le temps de
la Profeffion approchoit toûjours
, & elle ne pouvoit plus
باذ eftre
GALAN T ..
135
eftre heureuſe , qu'en épouſant
celuy qu'elle aimoit. Son Amant
l'enhardiſſoit à ſe défaire de la
crainte qui l'empeſchoit de parler.
Elle luy promettoit merveilles;
mais dés qu'elle estoit avecſa
Mere (car sõ Pere ne vivoit plus)
ſes réſolutions s'évanoüiſſoient,
juſque- là, qu'elle luy laiſſa arreſter
le jour de la cerémonie de
ſes Voeux à un mois de là, &
n'eutpasla force des'y oppofer..
Son Amant fut au deſeſpoir de
cette nouvelle,& il auroit couru
riſque de n'eſtre jamais heureux,
fi une fievre tres violente n'eust
enfin emporté la Mere en quatre
jours . C'eſtoit le ſeul obſtacle
qui arreſtoit la Novice. Cette
mort la rendoit maiſtreſſe de
ſes volontez & de ſa perſonne ,
& elle commença dedonner des
affurances plus poſitives à fon A
Amant, L
136 MERCURE
Amant , qui continua pourtant
de trembler quand il la vit obftinée
à laiſſer aſſembler ſes Pa
rens pour la ceremonie dont on
avoit arreſté le jour. Elle le pria
de ſe trouver proche de la Grille
, & de ne s'inquiéter de rien .
Il y vint tremblant , mais fi
propre , que comme on ſçavoit
qu'il voyoit quelquefois la Novice
, on luy dit qu'on ne devoit
pas eſtre ſurpris qu'il vouluft
faire honneur à ſa Feſte.
L'Aſſemblée fut grande. On fit
tout ce qui precede la folemnité
des Voeux,& enfin il fut queſtion
de venir à la Novice pour
luy faire declarer le deffein où
lon croyoit qu'elle fuſt encor..
Mais à peine luy eut-on dit, que
demandez - vous ? que d'une
voiy ferme , & fans balancer,
Voila, dit-elle, ce que je demande,
Elle
GALANT.
137
Elle montra ſon Amant en difant
ces mots , & proteſta qu'el
le le prenoit pour Mary , comme
elle ſçavoit qu'il vouloit la prendre
pour Femme. Jamais il n'y
eut un pareil étonnement. Tout
le monde ſe regardoit. L'Amant
charméde la fermeté de ſa Maiftreffe
, fit paroiſtre tant de reconnoiffance
, &, parla d'une
maniere ſi pleine d'amour aux
Parens de cette aimable Perſonne,
qu'ils ne pûrent ſe diſpeſerde
luy eſtre favorables. Ainſi quelques
jours apres,ils s'aſſemblerét
tout de nouveau pour une Cerémonie
bien diferente de celle
qu'on n'acheva point , puis que
ce fut pourles Noces des deux
Amans.Elles ſe firent du côté du
Marié avec une magnificéce digne
de l'avantage qu'il trouvoit
dans l'heureux ſuccez de fon
amour.
Le
¥38 MERCURE
Le Samedy 12. de ce mois,
Meffieurs du Parlement s'aſſemblerent
à la Grand' Chambre
felon la coûtume , & fortirent
fur les dix heures pour aller entendre
la Meſſe, apres avoir eſté
avertis que Monfieur l'Eveſque
de Luçon qui la devoit celebrer
Pontificalement , eſtoit preſt.
Elle fut chantée par la Muſique
de la Sainte Chapelle, à laquelle
on avoit adjoûté quantité des
plus belles Voix de Paris. La
Meſſe eſtant dite , Monfieur
de Novion Premier Préſident,
amena ce Prélat à la Grand'
Chambre. Tous ceux qui compoſent
cet auguſte Corps le ſuivirent
, & prirent leurs places à
l'ordinaire. Apres quoy , Mr le
Premier Préſident remercia Mr
de Luçon . Ce qu'il dit fut court,
mais fort bien pensé, & en tresbeaux
GALANT. 139
tres -beaux termes. Monfieur de
Luçon fit Compliment en ſuite,
& remercia Mr.le Premier Préfident
àfon tour,de ce qu'il avoit
bien voulu le choiſir pour faire
l'Ouverture du Parlement.ll parla
des belles qualités de Monſieur
de Novion; & comme la
matiere eſt ample , il luy fut impoſſible
de finir fi - toſt. Il fit voir
par letour fin qu'il donna à ſes
penſées , qu'il parloit en Homme
à qui l'éloquence eſtoit naturelle.
On n'a pas lieu d'en
eſtre ſurpris . Il eſt d'une Famille
où il y a infiniment de l'efprit
, & le nom de Barillon qu'il
porte, perfuadera toûjours aifément
de tout ce qui ſe dira à ſon
avantage.Les Complimens faits,
ce Prélat ſe rendit à l'Hoſtel de
Monfieur le Premier Préſident,
qui dés l'entrée de la Grand
A
Cham
140
MERCURE
Chambre avoit prié tous ceux
de ſa Compagnie de venir dîner
chez luy. Le Repas fut d'une
magnificence à laquelle il ne ſe
peut rien adjoûter Les Harangues
ayant eſté remiſes àla fin
du mois,je paſſe à celles qui furent
faites ce même jour à la
Cour des Aydes.
" Monfieur le Camus , Premier
Préſident, en fit l'ouverture, fuivant
l'uſage ordinaire , par un
Diſcours plein de grace & d'érudition
, & auquel il donna
tout l'agrément poſſible par la
beauté de la prononciation . Il
fit voir la neceſſité dans laquelle
les Magistrats se trouvoient engagez
de s'établir dans un état de
liberté& d'independance , pour
pouvoir refifter aux prieres , aux
menaces, aux larmes , à la misere
même , quoy qu'elle fust quelquefois
GALANT . 141
mis
fois injustes condamner leurs Aabfoudre
leurs Ennemis :
enfin pour rendre la Iustice dans
toute son étenduë ; à quoy ils devoient
se croire d'autant plus obligez
, que le plus grand bonheur
qui pouvoit arriver aux luges , c'ézoit
d'estre les Martyrs de la Iuftice,
apres en avoir esté les Mini-
Stres;& que cetteſageſſe éminente
que l'Orateur Romain diſoit eftre
seule libre , & qui demeuroit
toûjours en poſſeſſion defes droits
dans les étatsheureux ou malheu
reux de la vie , estoit le veritable
partage de la Magistrature. Il
adjoûta , Que fuivant la pensée
d'un ancien Philoſophe , l'Homme
juste estoit un préfent que le Ciel
faisoit aux autres Hommes pour
Leur utilité commune & qu'il
estoit semblable à ces Fontaines
qui répandent gratuitement &
avec abondance leurs eaux falu142
MERCUR E
taires à tous ceux qui en ont befoin.
Il montra en ſuite , Qu'encor
que les Magistrats duſſent
eftre fort libres & indépendans ,
cependantiln'y avoit rien de moins
libre que les Iuges , puis qu'ils ne
Sepouvoient diſpenſer , ſans commettreune
lâcheté criminelle , de
Suivre avec courage & avec ſoûmißion
les mouvemens de leur con-
Science , & les déciſions des Loix,
& qu'ils en estoient les Dépositaires
& les Protecteurs , comme
les Anciens avoient autrefois donné
cet avantage à Apollon l'un
de leurs Dieux , n'ayant pas voulu
commettre leſoin d'une chosefi
prétieuse à un autre qu'à une Divinité;
Que si un excellent Autheur
de l'Antiquité appelloit les
Songes qui arrivoient aux grands
Hommes des Oracles naturels
, la conscience estoit l'Oracle
د
GALANT .
143
le plus naturel que pûſſent avoir
les luges, puis que c'estoit elle
qui les conduiſoit dans les routes
les plus feûres de la Verité & de
la Iustice;& qu'à l'égarddes Loix,
la ſoûmiſſion que devoient y avoir
les Iuges , estoit beaucoup plus noble
que l'independance imaginaire
de ceux qui s'abandonnent aux
caprices & aux irrégularitez de
Leur imagination. Il dit à Mefſieurs
les Gens du Roy , Qu'il
estoient ſemblables à cet Officier
des anciens Roys de Perſe , qui
marchoit toûjours devant eux
avec un Flambeau allumé quand
ils fortoient en public, & qu'ils devoient
par leurs lumieres tirées de
la diſpoſition des Loix , diffiper
les obscuritez des affaires quand
elles paroiſſfoient aux yeux de la Iuftice.
Il finit en exhortant laCompagnie
de s'attacher avec une
extrême
144
MERCURE
extrême regularité àl'adminiſtration
de cette luftice, puis qu'un illustre
Payen avoit dit autrefois à
un grand Empereur que la pureté
de la Iustice avoit fait lespremieres
Divinitez
Mr. Ravot d'Ombreval,AvocatGeneralde
cette Compagnie
parla en ſuite, & dit , Qu'autrefois
on s'estoit contenté de lafimple
lecture des Ordonnances , pour
remettre devant les yeux des Iuges
lesregles deleur devoir au commencement
du travail ; Que les
dernierstemps avoient rendu cette
Iournéeplus celebre, ſans qu'on cût
pourtant méprisé laméthode d'inſtruire
ces mêmes Iuges par la voix
du Precepte ; Querien ne donnoit
une plus haute idée de la Magiftrature,
que quand le luge étoit regardé
comme l'image du Souverain
; Qu'il n'entendoit pointparler
GALANT.
145
ler d'un Iuge formé par la Seule
lambition , mais d'un Iuge dont
l'entendement éclairé & la vo
lonté invincible à suivre toûjours
lesſentimens de justice ,faisoient
un modele de perfection ; d'un lis
ge sçavant & vertueux , tenant
plus de la raiſon que de la nature
,àqui il ne manquoit rienpour
le bonheur des Royaames, que l'avantage
d'estre immortel Que
L'éclat de la Pourpre , & l'autorité,
qui accompagnent une Fon-
Etion fi auguste , ne rendoient pas
les Iuges indépendans & maistres
abfolus de leurs décisions ; qu'au
contraire, elles estoient les marques
& les premiers titres de leur
aſſujettiſſement à la Loy ; que
leurnom mesme les obligeoit d'en
poſſeder parfaitement l'esprit , &
d'en faire application à tous les
diférens qu'ils décidoient Que
Novembre. G
146 MERCURE
quelques Sages de l'Antiquité
avoient appellé la Loy l'ame du
Iuge, parce qu'elle devoit regler
toutesses actions , le déterminer
en tousses conſeils , & luy servir
de guide infaillible & afſurée
dans toutes les difficultez qui l'embarafſfoient
; & que comme les mouvemens
du Corps apres la ſeparation
de l'Ame , ne font plus les
actions d'un Homme , de mesme
un Iuge qui n'obeïffſoit point à la
Loy, n'estoit pas un veritable juge,
qu'il estoit seulement Homme , &
mesme quelque chose qui ne meritoit
pas un ſi beau nom ; Que les
premiers Legislateurs de Grece &
de Rome, pour empeſcherque dans
Laſuite des temps on ne s'écartast
de la Loy, avoient feint qu'ils l'avoient
appriſe dans pluſieurs conférences
avec les Divinitez de leur
Religion, & qu'en effet ,foit qu'on
GALANT.
147
e
la considerast dans l'éternité,
avant qu'elle fust exposée aux
yeux des Hommes , &telle qu'elle
estoit en Dieu;ſoit qu'on la regardast
dans le temps comme le chefd'oeuvre
d'uneſageſſe & d'uneprudence
achevée , le luge estoit towjours
obligéde s'y conformer; Que
l'Histoire qui nous apprend que des
Royaumes ont esté des fiecles entiers
fans Loy écrite , bien loin de
détruire cette verite , l'établiſſoit
invinciblement , puis qu'elle nous
fait connoiſtre que le Roy & la
Loy estoient une mesme chose , &
queses paroles estoient autant de
Decisions & d'Arrests ; Qu'il ne
falloit pas pour cela estre du ſen.
timent de Platon , qui ne permettoit
à perſonne de raifonnerfur la
Loys Que le Iuge n'estoit pas réduit
à estre seulement le trachement
de Ses paroles , qu'il devoit
Gij
148 MERCURE
estre l'interprete de ses pensées
dans les Cas qui sont disposez à
l'équité, & qui n'ont pû estre préveus
parle Legislateur; que la
Morale du Chriftianiſme leurpermettoit
de jugermoins feverement;
Que les plus habiles Legislateurs
n'avoient pû faire autant d' Articles
d'Ordonnances qu'ilse prefentoit
de diferentes especes fur lefquelles
le juge estoit obligé de donmerſes
decisions ; Qu'il yavoit en .
tre le Iuge &la Loy un de ces mariages
politiques où elle confervoit
toute lafuperiorité , & où elle empruntoit
du Iuge le droit deſefaire
obeïr; Que fans luy elle seroit
dans une impuiſſance continuelle;
Quefans luy les Hommes qui ont
perdu par le peché la Sympathie
avec le veritable bien , & qui ſentent
une augmentation de plaisir à
faire ce qui leur est defendu, Se-
い
roient
GALANT.
149
roient dans un déreglement & un
defordre fans reſource ; Que c'eftoit
un avantage pour un Royaume,
lors que la Loy animoit les Iuges
, & que les Iuges estoient l'organe
de la Loy ; Que cet avantage
Se trouvoit en ce Royaume plusparfaitement
qu'en aucun autre , &
qu'on devoit eſtreſeûr deſa continuationfous
un Monarque quisçavoit
parfaitement unir aux vertus
d'un Conquérant , les lumieres des
Iuges les plus éclairez , & qui
pourroit dire veritablement ce que
Libanius fait dire au plus puiſſant
des Dieux,que la Juſtice eſt afſiſe
fes côtez , & qu'elle luy ſert autat
que la Foudre & le Tonnerre
pour gouverner le monde ; Que
c'estoit une grande gloire aux Iuges
devant qui il parloit , d'avoir un
fi beau Modelle , puifque l'imitant
enfa Iustice , ils meritoient l'eſti
Giij
150
MERCURE
me du plus juſte de tous les Roys,
& s'attiroient en mesme temps le
respect & la venération des Peuples;
Que pour luy il se pouvoit
dire encor plus heureux , puis qu -
ayant le mesme Modelle , il en
avoit encor une parfaite Copie en
leurs perſonnes qui le confirmoient
dans la réſolution qu'il avoit priſe
de s'unirparfaitementà la Loy.
Cesdiſcours qui estoient tous
remplis d'éloquence , me font
fouvenir de celle qu'on admira
dans le Sermon que Monfieur
de Grignan fit à Verſailles le
jour de Tous-les - Saints,en préſence
de Leurs Majeſtez. Il ſeroit
difficile d'exprimer les applaudiſſemens
qu'il en reçeut.
Le Roy luy-mefime l'en felicita ,
& eut la bonté de luy dire qu'il
n'avoit jamais mieux entendu
Precher.
Mon
GALANT.
Monfieur l'Abbé Deſmaretz ,
& Mrl'Abbé de Bezons,ont eſté
nommez pour eſtre Agents du
Clergé dansla prochaine A ſſemblée.
Comme cet Employ de .
mande des Perſonnes d'un grand
merite , on ne peut douter qu'ils
n'en ayent beaucoup. Je vous
en informeray plus amplement,
quand ils agiront pour le ſervice
de l'Egliſe & du Roy. Je ne
vous en parle aujourd'huy que
pour vous faire ſçavoir leur Nomination
. Arzallara siivo
Sa Majeſté a donné le Regiment
de Champagne à Mr le
Commandeur Colbert. Il ſe ſignala
dans la journée de Cateau.
Aufſi peut on dire qu'il ne contribuë
pas peu à faire connoître
que la valeur n'eſt pas moins attachée
à cette Maiſon , que la
prudence &l'eſprit.
Gij
RIBLIOTE
1857
152 MERCURE
Monfieur de Brouffelles,Confeiller
au Parlement,eſt mort depuis
peu.ll eſtoit Fils de feu Mr
de Brouffelles Conſeiller de la
Grand Chambre,& fort eſtimé
dans la fienne. Il meritoit de l'eſtre
, & par l'intelligence qu'il
avoit dans les affaires,& par l'exacte
juſtice qu'il rendoit.
Ily a des chofes , qui quoy
qu'elles ſe faffſent ſouvent pendant
le cours d'une année , ne
laiſſent pas d'avoir un jour particulier
où elles ſe font plus folemnellement.
Je parle des divertiſfantes
aufſi -bien que des ſerieufes.
La Chaſſe, appellée de S.Hubert',
parce qu'elle ſe fait le jour
où l'on celebre la Feſte de ce
Saint , & du nombre des premieres
. Le Roy s'en donna le divertiſſement
ce jour - là avec
Monſeigneur le Dauphin,Mon-
3 fieur,
GALANT.
153
fieur, Madame ,&les Perſonnes
les plus qualifiées de la Cour,de
l'un & de l'autre Sexe . Les Dames
estoient toutes en habit de
Chaffereffes.On laiſſa courre un
Cerfà Fofer-paule , qui donna
beaucoup de plaifir à ces Illuſtres
Chaffeurs. Il alla battre le
Bois Beranger , & le Bois de la
Selle,& s'en revintdans ſon païs
d'où on l'avoit fait partir. Ily fut
pris apres s'eſtre fait relancer
pluſieurs fois. Monfieur, & toutes
les Dames, ſe trouverent à fa
mort.Tous les Bois estoient remplis
de monde , & il n'y avoit
point d'avenuë quin'en fût couverte..
Le Roy court quatre fois
la Semaine tantôt dans ſon Parc
de Versailles , & tantôt dehors .
On peut juger par ce penible &
continuel exercice , où rien ne
L'obligé que fon divertiſſement,
G V
154 MERCURE
que les fatigues d'une longue
Guerre n'étoient point capables
de l'étonner,& que s'il a renoncé
à vaincre, ça eſté moins pour
s'acquerir du repos,que pour en
donner à toute l'Europe.
La meſime Feſte ayant donné
lieu à une autre Chaſſe , eſt
cauſe du plaifir que je vous vay
donner par la lecture de deux
Lettres dont on m'a fait part.
Meſſieurs les Chevaliers de Lorraine
& de Marſan ,Monfieurle
Grand - Maiſtre , Meſſieurs le
Marquis de Termes, d'Effiat , &
de Manicamp , & Meſſieurs du
Boulay , & Chapelle , ayantdemandé
à Monfieur le Duc de
Saint Agnan ſa Maiſon dla
Ferté Saint Aignan prés Chambort
, pour y faire la Saint Hubert
, ce Duc qui fait ſon plus
grand plaifir d'obliger de bonne
grace,
?
GALANT.
155
grace, leur accorda auſſi- toſt ce
qu'ils ſouhaitoient. Ils s'y rendirent
, & pour luy en marquer
leur reconnoiffance , Mr. Chapelle
, dont lebel eſprit vous eſt
connu, luy envoya les Vers que
vous allez voir , dans lesquels il
fait preſque par tout alluſion à la
Chaffſe d'un furieux Sanglier
que Monfieur de S. Aignantua
autrefois , & dont le Portrait eft
dans la Salle de cette Maiſon . II
parle ſur la fin d'un autre combat
plus perilleux , lors que ce
meſme Duc ſe defendit avec
tant de courage & de valeur,
contre quatre Hommes qui eftoient
venus l'attaquer. Cette
avanture ſi glorieuſe pour luy,
eſt ſçenë de tous ceux qui ont
un peu de commerce dans le
monde.
LET
256 MERCURE
L
12:
LETTRE
DE Mr. CHAPELLE ,
A Monfieur le Duc de S. Aignan.
G
Rand Duc
leux,
en tout, tout merveil.
Sur tout pour estre affez heureux
D'avoir , contre ta propre attente
Sorty de cent dangers affreux ,
Et nonſeulement de tous ceux
Quepour le Pais Marspreſente,
Mais ce que plus en toy jevante,
*Demille autres Exploits fameux
Que ta grande Ame impatiente
DePaix, nonjamais contente,
Qu'elle n'affronte le trépas ,
D'unnoblefeu toûjours brulante,
En tant de périlleux Combats
Dont leſeul recit m'épouvante,
Fit naiſtre àtout propos , &par toutfons
tes pas..
Qu'avec plaisir la Compagnie.
En qui ton accueilgratieux .
A
GALANT. 157
AToury redoubla l'envie
Deſe voir viste en ces beaux lieux ,
Ycontemple de tous sesyeux
Dés l'abordſurpriſe &ravie ,
Ce Monstre vraymentfurieux ,
Quiſans ton Fer victorieux
Eustpar tout farage afſouvie,
Et dont l'écumante furie
Capablede vanger les Cieux ,
Etd'aſſembler les Demy-Dieux,
A tout autre qu'à toy n'eust point laiſſe
de vie!
Mais quoy, labeste d'Erimante,
Pour qui laGrèce eut le friſſon ,
Quelque rude &mauvais Garçon
Que fon Méleagre elle vante ,
Ny tout ce qu'Homere nous chante
De Phênix &fon Nouriſſon ,
Dont la colere trop constante,
Et letrop cuifant Mariffon,
Pour la perte d'une Servante ,
Combladetantde morts le Xante,
A
Nefontdevrayqu'une Chanson;
Auprix de ce que le Cauffon
A veu de ta valeur brillante ,
D'une bien plus guerriere & toute autre
façon.
Canffone
158
MERCURE
Cauſſon dont l'onde claire&pure
Tantoft brille,& tantoſtſepert
Sous l'épaiſſe &fraiſche verdure
Du long&fidelle couvert ,
Qui forme ta belle bordure ;
Par ta Divinité je jure
Que jamais rien ne s'est offert
Au petit talent de nature
Qui ſouvent affez bien me fert ,
Pour oferfaire une peinture ;
Riendis-jetelque l'avanture ,
Dontfut témoin l'affreux Desert ,
Oumefme encorje ſens que dure
Vne horreur, dontſeul me raffure
L'aspect toûjours riant & vert,
De ton cours qui de loin m'en trace la
ceinture.
Et n'estoit que la modestie
Est la grande & digne partie
D'un Héros à qui l'on écrit.
Cauffon il faut que je le die ;
Comme jamais le Ciel ne vit
Rien d'égal àtout ce qu'il fit
Dans ce bel endroit de ſa vie,
Rien auſſi n'auroit pû me donner tant
d'esprit.
REPON
GALAN Τ .
159
REPONSE IN PROMPTU.
De Monfieur de S. Aignan .
Imable& brillant Chapelle,
Ta Lettre sçavante & belle
Vient me rendre Satisfait;
Car fans blaſmer le génie
De ceux de ta Compagnie,
Dont lestalens font divers,
Si ma raiſon n'est trompée,
Lapointe de leur Epée
Vaut bien celle de leurs Vers.
い
Ce n'est pas que ta Flamberge
Nepust prouver ta vigueur ,
Et qu'en mon petit Auberge
Elle nefift voir ton coeur.
Les Sangliers de mes Boccages
Ydemeureroient pour gages;
Mais j'ay defort grands soupçons,
Quetu croisplus raisonnable
Deles percerfur la Table,
Quedans leurs affreux Buiſſons.
I'en reviens donc àta Muse,
Et je fontiendray cepoint,
:
Mu
1
Qu'ils
160 MERCURE
Qu'il faudroit estre bien buse ,
Sil'on ne l'estimaitpoint.
Comme on tient pour des merveilles
Les fruits de tesdoîtes veilles ,
Quand Pbébus vient t'embraser,
Ton humeur libre &
Par mille agrémens enchante
Ceux qui t'entendent jazer.
galante د
L
Tes beaux Versſont ſurmon ame
Dignes d'admiration ;
DeMonfieur &de Madame
Ils ont l'approbation ;
D'un Prince tout plein d'estime
De qui l'esprit eſtſublime ,
Ilsferont tout l'entretien ;
Mais je suis fort en demeure ,
Car cette Oded'un quart-d'heure
N'y répondra pas trop bien.
Ces Chaſſeurs dont la naiſſance
Est égaleà la vertu ,
Sans doute auront connoiſſance
De cemeſchant Inpromptu.
Dis-leur , illustre Chapelle ,
Que mon Coeur , mon Alumelle ,
Ma Bourse , rous mes Amis
Mon Gibier,mes Bois , ma Plaine,
4
Mes
GALANT. 161
Mes Poissons &ma Fontaine,
Enfin, tout leur est soumis .
Mais dis deplus, si tu m'aimes,
-Aujeune Prince Lorrain,
Qui pardes efforts extrêmes
Fit rougir les Eaux du Rhin,
Quequandle Destin contraire
Ramenaſon brave Frere;
Dont chez moy chacun pesta,
Mon ame alors desolée
Neput estre consolée
Queparce qu'ily resta.
:
:
OChapelle que j'eftime,
Et que l'aime tendrement,
Sois certain que cette Rime
Eft faite dans un moment
Allonge ta promenade,
Redouble Saulce & grillade
Dansmon antique Maison;
Et cependant je vay boire
Taſanté deça la Loire ;
Songeà m'en faire raiſon.
Comme les choſes qui font
belles d'elles- mémes ont l'avantage
162 MERCURE
ras ,
5
tage de ne point vieillir, je croy
pouvoir mettre icy la Ballade
que Mr. le Marquis de Montplaifir
, Lieutenant de Royd'Artres
- conſidérable pour fa
valeur & pour ſon ſçavoir , envoya
à ce Duc , accompagnée
d'unMouſqueton qui tiroit ſept
coups , dont il luy fit preſent,
apres le combat dont il fortit
avec tant d'honneur contre quatre
Hommes.
BALLADE.
PArmyles Bois&
avanture ,
14
lagaye verdure
:
cherchant souvent mainte
Ainsi que vous
lier ,
لو
tout gentil Cheva-
Lors que chez vous vous alliez vous ébatre
Quatre Affaffins venans vous défier,
Vous avez fait ( dit- on ) le Diable
quatre.
En
GALANT. 163
En coucher deux roides morts fur la
dure,
A Arrester l'un d'une grande bleſſure ;
Et mettre encor en fuite le dernier ;
Quoy que blessé , comme un Démon se
battre!
Dam Chevalier , on ne lepeut nier,
C'est affez bienfaire le Diableà quatre.
:
Les Demy Dieux ſi fiers de leur nature
۲
N'euffent pas fait telle déconfiture ,
S'il euft fallu tel péril effuyer.
Celuy qui fçent tant de Monstres abattre
N'eust pas ofé contre deux s'eſſayer ,
Et vous , Seigneur , faites le Diable à
quatre
ENVΟΥ.
VnMousqueton joſe vous envoyer ,
Avec lequel , s'il vous plaiſt de combattre
Vous en pourrez ; Seigneur , Sept défier,
4
)
Apres avoir tant fait le Diable à
quatre.
Je
164 MERCURE
Je vous ay promis des nouvelles
de ce qui s'eſt paflé dans nos
Armées pendant les deux derniers
Mois. Voicy celles d'AIlemagne
. Quand les François
font Maiſtres d'une Place , ils
en ſçavent tirer tous les avantages
qu'elle leur peut procurer.
Le Bourg de Chenaux ayant
refusé de payer les Contributions
qu'il devoit , & fe fiant fur
les Soldats & fur les Païſans armez
qui le defendoient , & plus
encor fur ce qu'il eſtoit éloigné
de 14. lieuës de Fribourg , Mr.
Mathieu qui commandoit dans
cette derniere Place , s'en rendit
maiſtre il y a deux mois avec un
détachement de ſa Garniſon. Il
fe retira apres y avoir fait mettre
le feu.. Le Prince Charles
qui en eſtoit fort éloigné , fai-
1
foit cependant trembler Fran-
Kenda
ا ن
GALANT. 165
Kendal, Vvorms,& Mayence, &
cauſoit de grands deſordres das
tout le Palatinat. Ses Troupes
brûlerent pluſieurs Villages , &
par l'incommodité qu'elles apporterent
à ceux qu'elles devoient
foulager , on peut dire
qu'elles ſervoient bien le Roy,
puis qu'elles ne faifoient redout
terque des Amis de l'Empire
Pendant ce temps Monfieur de
Crequy donnoit des Sauve-gardes
à la Ville de Spire, & faifoit
aporter des grains das ſon Camp
par les Bourgeois de Neuſtad,
Ville du Palatinat. Mr de la Fite
, Lieutenant des Gardes du
Corps, étant allé audela de Landau,
rencontra un Party des Ennemis,
preſque auſſi fort que celuy
qu'il commandoit. Il le batit.
Plusde quatre- vingts demeurerent
fur la place , avec deux
2027 Capi
166 MERCURE
Capitaines,& pluſieursOfficiers.
Les noſtres amenérent plus de
cent Chevaux.Monfieur le Mareſchal
de Créquy apres avoir
fait confumer tous les Fourrages
de la Baſſe Alface, vint auCamp
d'Inguiler. Il alla en perſonné
viſiter le Chaſteau de Lichtemberg
, défendu par une groſſe
Garniſon Impériale , & parun
grand nõbre de Païfans. La Brigade
de la Roque , les Dragons
de Teffé , &deux Bataillons , ſe
faifirent de toutes les avenuës.
Voicyle Plande cette Place eftimée
dans le Païs plus forte que
n'eſt Fribourg .Vous allez croire,
apres que vous en aurez examiné
les Fortifications & les Atta
ques , que je vous vay donner à
mon ordinaire un exact & ample
Journal des neufjours que
ce Siege a duré. Quoy que je
vous
S
e
S
BIBLIOT
*
ر م
TE 4
VILLE
1893
*
GALANT.
167
vous aye toûjour fait ſçavoir jufqu'aux
moindres particularitez
de tout ce qui s'eſt paffé en de
pareilles occaſions , n'attendez
point la meſme choſe de moy
dans celle- cy. Je vous manque
pour la premiere fois ,& j'y fuis
forcé , parce que nos Braves ont
manqué à m'envoyer des Mémoires.
Ainfi c'eſt plus leur faute
que ce n'eſt la mienne . Mais ils
font tellement accoûtumez aux
grandes Actions , & ils en font
ſi ſouvent , qu'ils n'y refléchifſent
pas. Le nombre eft cauſe
qu'ils les oublient, & apres qu'ils
ont vaincu , ils aiment mieux
chercher de nouveau à vaincre,
que d'employer le temps à écrire
ce qu'ils ont fait.Ceux qui défendoient
la Ville de Lichtemberg,
voyant qu'elle n'eſtoit pas
en état de foûtenir la vigueur de
nos
168 MERCURE
nos Troupes , y mirent le feu, &
ſe retirerent dans le Chaſteau.
Mr de Crequy fit avancer le
Travail , & faire un Logement
fur la Contreſcarpe.Mr le Comte
de Montperoux eut fon chapeau
& une main percée d'un
coup de Mouſquet,en parlant à
ce Marefchal.Trois autres à qui
ce General montroit ce qu'ils
avoient à faire ,furentdangereuſement
bleſſez aupres de luy das
le meſme temps. Il y en eut deux
autres tuez ſur la place. On perça
la muraille la nuit ſuivante,
pour faire la deſcente du Foſſé;
mais parce que le Roc y estoit
ferme , on n'avança pas beaucoup.
Pendant ce temps , les
Impériaux firent entrer beaucoup
de Troupes dans Strafbourg
, dont la Ville eſt fort incommodée.
Le Commandant
201
de
GALANT. 169
de celles de l'Empereur qui défendoitLichtemberg,
voyant plu.
fieurs Mineurs attachez , n'en
voulut pas attendre l'effet. Ilobtint
les conditions ordinaires à
ceux qui ſe ſont défendus en
Gens de coeur. Le Commandement
de la Place fut donné àMr.
Bertrandy Lieutenant Colonel
du Regiment du Pleſſis . On y
trouva trente Pieces de Canon,
& quantité de Fourrages , & de
Meubles prétieux qu'on y avoit
aportez comme dans une Place
imprenable. Le Prince Charles
la croyoit telle. Unede ſes Lettres
qui fut fupriſe le fait connoiſtre.
Il écrivoit au Prince de Baden
qui estoit dans Strasbourg,
Que l'Empereur n'avoit point de
Sujet qui pust lay rendre un fervice
plus conſidérable que celuy
que luy rendoit Monsieur le
Novembre . H
170
MERCURE
1
Mareſchal de Créquy en afſiegeät
Lichtemberg ; Que de l'humeur
dont ce General estoit, ilferoit périr
toute fon infanterie avant que
d'abandonner cette entrepriſe;que
Sa Cavalerie pourroit auſſi manquer
de Fourrage ; Qu'il n'en remporteroit
rien autre chose que le
deſavantage de voir diminuer tous
lesjoursfes Troupes par le fer &
par la faim; Que de la maniere
qu'il connoiſſoit cette Place , &
l'Homme qui y commandoit , il eftoitſeûr,
quand mesme Mr. de Créquy
s obſtineroit fix mois à ce Siege,
qu'ilferoit contraint de ſe retirer
honteusement ; qu'il estoit
Surpris qu'apres tous les mouvemens
qu'on luy avoit veu faire , il
Sefust attaché au Lieu d'Allemagne
du plus difficile accés
qu'il falloit neceſſairement qu'on
L'eust trompé. Cette Lettre fut
H ordmarocau
GALANT.
171
fut cauſe que lors qu'on vit le
Gouverneur de Lichtemberg à
Strasbourg , on luy dit qu'il devoit
s'attendre à eſtre pendu en
arrivant à l'Armée du Prince
Charles , puis qu'il avoit rendu
une Place qu'il auroit pû défendre
un an entier contre la plus
grande Armée. Sa Femme qui
entendit ces paroles , s'évanoüit.
Le Prince Charles eſtoit ſi bien
perfuadé de ce qu'il avoit écrit,
que quand on eut ceffé de tirer
dans la Place, parce qu'elle étoit
priſe, M" de Strasbourg luy ayat
envoyédire qu'ilsn'entendoient
plus leCanon, il répondit que ce
qu'ils luy mandoient , ſe rapportoit
à ce qu'on luy venoitde faire
ſçavoir, que M.de Créquyavoit
levé le Siege. Cela luy doit faire
beaucoup depeine, adjoûta- r'il, car
je le connois Cependant cette
Hij
172
MERCURE
Place couſta peu demonde. Mr.
de Tracy , Officier d'une valeur
& d'une expérience conſommée
, y fut bleſſé d'un coup de
Fauconneau. Le même coup tua
Monfieur leChevalier de S. Hilaire,
Commiſſairedel'Artillerie .
Rien ne l'obligeoit à ſe trouver
dans le lieu où il fut tué , mais
il vouloit partager le danger
avec ſon General qui alloit reconnoiſtre
un endroit propre à
faire attaquer la Place. Les circonſtances
de cette mort font
dignes d'eſtre remarquées. II
eſtoit Fils de Mr. de S. Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, qui ayant eu le bras emporté
du Boulet de Canon qui tua
Monfieur de Turenne , ne vefcut
apres luy que quelques
momens . Ainſi le Pere & le Fils
font morts chacun d'un coup
H de
GALANT. 173
de Canon , & chacun aupres de
fon General. Cela fait voir que
fi ceux qui commandent nos
Armées , ont ſi ſouvent la gloire
de vaincre , ce n'eſt pas fans
qu'ils s'expoſent beaucoup.Mr.
de S. Hilaire le Fils voyant fon
Pere à l'extrémité dans la malheureuſe
occaſion qui nous coûta
Mr. de Turenne , voulut luy
donner quelques larmes ; mais ce
genéreux Pere luy défendit de
le plaindre , & l'envoya pleurer
ſur le Corps de fon General.
Le Roy pour récompenſer ſes
ſervices , l'honnora l'année pafſée
, avec Mr. le Marquis de la
Frezeliere , du Brevet de Maréchal
de Camp. Mr. de Mormaix
Frere de celuy qui vient d'eſtre
tué,& digne Ecolier de ſon Pere
, commanda l'Artillerie apres
ſa mort , à la Retraite de noftre
Hiij
174
MERCURE
Armée. Il la commande prefen
tement dans le Corps d'Armée
dont Mr.de Calvo a la conduite .
Sa modeſtie a toûjour empefché
qu'on n'ait ſceu que ce fut luy
qui monta le premier ſur le Rampart
de Valenciennes & qui
tourna le Canon ſi à propos fur
laVille,aſſiſté de Mrde S.Hilaire
fon Frere,& de quelques autres
Commiſſaires . On a auſſi perdu
devant le Château de LichtembergMrleChevalier
de Vaubecour,
Capitaine dans le Regimet
deMr le Marquis de Vaubecour
fon Frere . Ce Chevalier , quoy
qu'il n'euſt que dix- sept ans,
avoit déja fait pluſieurs Campagnes,
& s'eftoit fignalé à la priſe
du Fort de Kell. Il eſtoit d'une
des plus illuftres Maiſons de
France. Son Biſayeul fut bleſſe
à mort au Combat d'Aumale,
en
GALAN T. 175
en ſervant le Roy Henry IV.
Et fonAyeul JeandeNetancour,
Comte de Vaubecour , Chevalier
des Ordres du Roy, reprit
Javarin ,& fut eſtropié en petardant
Belgrade. Comme vous aimez
qu'on rende juſtice à tous
les Braves , je me perfuade que
cette digreffion en faveur de
deux ou trois Perſonnes d'un
grand mérite , ne vous aura pas
déplû . Ces Braves ont répandu
leur ſang.On n'en parler a plus,&
ce ſouvenir eſt le moins qu'on
doive à des Familles auſſi confidérablesque
celles quis'affligent
de leur mort. Je reviens à noftre
Campagne. M. deCréquy va en
quatre jours du Camp d'Ingveiller
en celuy de Molshein. Ce
Marefchal fait faire un Pont fur
le Rhin , qui ayant alarmé le
Prince Charles , l'oblige à le re-
Hj
176 MERCURE
monter pour s'approcher des
Places qui luy reſtent dans le
Briſgau. Il ordonne des Fourneaux
pour faire ſauter les Fortifications
d'Offembourg. C'eſt
eſtre bien foible, que ne ſe ſentir
pas en étatde défendre une Place
qui avoit eſté fortifiée avec
tant de ſoin incontinent apres
que nous eûmes pris Fribourg.
Les Gardes ſe rendent maiſtres
devingtChariots qu'on conduifoit
à Strasbourg. M. de la Feüillée
fait entrer un Convoy dans
les Forts du Rhin. Mr. le Comte
de Schomberg, à la teſte de quelques
Officiers ſeulement, bat un
Party de cinquante Maiſtres , &
en prend trente. Les Troupes
de l'Empereur continuënt à defoler
leurs Alliez , & ravagent
les environs de Mayence . Mon
fieur le Duc de la Ferté eſt
déta
GALANT. 177
détaché avec ſa Brigade , &
celle de Normandie , pour aller
joindre Monfieur de Monclar à
Gravenſtad; à une heure & demie
de Strasbourg.Elles y arriverent
à quatre-heures du foir & allerent
camper à Illekirc,une demy
lieuë en deça, à la portée du
Canon. Mr. de Créqui y amena
luy-méme de nouvelles Troupes
le lendemain. Il y a en cet endroitundouble
Fofſſe qui vade la
Riviere d'Ill au Rhin. Les Allemans
l'appellent Landvverdt. II
eſtoit gardé par une Tour où les
Ennemis avoient environ cent
Hommes . Un peu au delà eſt un
grand Canal fort profond , qui
va de Strasbourg au Rhin,& qui
forme entre le Canal des Forts
& ce Fleuve , ce qu'on appelle
l'Ifle des Bouchers. C'eſtoit par
dedans cette Ifle que ceux de
Hv
178 MERCUR E
Strasbourg s'eſtoient conſervez
la communication libre avec
Offembourg.Ils s'étoient retranchez
dans un Moulin & dans
une Maiſon fur ce Canal , qui
eftoit affez pres de la premiere
Ifle du Rhin où leur Pont volant
abordoit. On marcha avec quatorze
cens Hommes de pied , &
fix Eſcadrõs,droit àLandvverdt.
On laiſſa la Tour ſur la gauche,
& les Troupes n'ayant trouvé
perſonne derriere elle, firent en
peu de temps un Chemin pour
faire paſſer deux Eſcadrons ,
apres quoy on avança fur le bord
du Canal pour y travailler à
une Baterie , afin de faciliter les
moyens de faire un Pont ſans
lequel il auroit eſté impoſſible
de paſſer. On fit auſſi ſommer la
Tour fi - toſt que le jour parut.
L'Officier qui y commandoit
ayant
GALANT. 179
ayant demandé à voir leCanon,
on le luy montra , & il ſe rendit
priſonnier de guerre , avec quatre-
vingts quinze Hommes. Le
broüillard s'eſtant diſſipé , on
vit quelques Eſcadrons del'autre
coſté ; mais noſtre Canon
n'eut pas tiré quatre coups , que
la Cavalérie prit le chemin de
Strasbourg au grand trot. Ceux
qui estoient dans la Maiſon retranchée
, ſe retirerent apres y
avoir mis le feu du coſté du
Rhin. Comme le trajet ne ſe
pouvoit faire que fort difficilement
, il n'y eut que peu de nos
Gens qui paſſerent dans des Bateaux.
Ils prirent ſept ou huit des
Ennemis qui ſe retiroient. On fit
un Pont , & avec un affez gros
Corps on marcha aux Forts du
Rhin , où l'on donna les ordres
pour les démolir , & pour brûler
ce
180 MERCURE
ce qui reſtoit du Pont de Strafbourg
, ſans que 12. mille Hommes
qui eſtojent dans cette Ville
là, s'y opoſaſſent.Il eſt vray qu'ils
ſemblent n'y eſtre entrez que
pour affoiblir l'Armée de l'Empire
, puis qu'ayant ces 12. mille
Hommes de moins , elle n'a pas
eſté en estat de rien entreprendre.
Le Pont qu'on dreſſa apres
la priſe de la Tour dont je vous
viens de parler , fit croire àMeffieurs
de Strasbourg qu'on les
alloit affieger,& que ce Põtétoit
pour la communication de nos
Quartiers. L'alarme fut fi chaude
, qu'ils brûlerent un de leurs
Faubourgs. Mr. le Mareſchal de
Crequy a fait ruiner Graveſſtad
& Illerick fur la Riviere d'Ill,
avec leurs Chaſteaux & leurs
Moulins ; & apres avoir mis des
Troupes en Quartier dans l'Alface
GALANT . 181
face&dans leBriſgau , il eſt venu
à Nancy.J'aprens tout preſen.
tement que M. d'Almani Meſtre
deCamp de Cavalerie ,a efté attaqué
dans ſon Quartier par des
Partys ramaſſez ,& par des Chenapans
, & qu'il n'a pû éviter le
malheur d'eſtre tué. Mr. de Biffy
a eſté plus heureux. Ila fait une
Courſe fort conſiderable dans
Hunfrach , d'où il eſt revenu
avec quantité de Priſonniers , &
untres-grand butin.Ces avantages
font aiſément oublier les petites
diſgraces pareilles à celle
que je viens de vous marquer.
Je finis cet Article , en faiſant
refléxion à l'état où Strasbourg
ſe trouve,auſſi bié que les Troupes
d'Allemagne .Cette Ville fiere
de ſon Pont & de ſes trois
Forts , n'en a plus. Elle a perdu
un de ſes Fauxbourgs . Pluſieurs
petites
182 MERCURE
petites Places de ſa Jurisdiction
font brûlées , la plupart de ſes
Maiſons de plaiſance ruinées;&
quoy que nos Troupesayent fait
vendages pour elle,il faut qu'elle
donne à boire àdouze mille
Allemans qui y ſont en garniſon ,
Elle pouvoit s'exempter de tant
de malheurs,endemeurant neutre.
Quant au reſte des Troupes
d'Allemagne , elles ont eſté occupées
tout l'Eté à courir le long
du Rhin pour en défendre les
Places.Ellesont veu ruiner lelõg
de ſes bords Rhinfeld & Sekingen
, & le Fort de Kell de leur
coſté meſine. Elles y ont veu
prendre des Chaſteaux ; & dés
qu'elles ont voulu faire paſſer
quelques Troupes, elles ont eſté
batuës. Elles ont enfin paſſé la
Campagne chez elles, ce qu'elles
n'avoient point encor fait. Pendant
GALANT. 183
dant toutes les autres années elles
avoient crû pouvoir prendre
des Quartiers d'Hyver chez
nous, mais elles ne l'ont pas même
eſperé celle- cy .
Il ſeroit injuſte de refuſer à la
Garniſon de Maſtric les loüanges
qu'elle mérite. Vous ſçavez
par tout ce queje vous en ay dit,
qu'elle n'a pas moins fait parler
d'elle pendant le cours de cette
Guerre , qu'auroit fait une Armée
toûjours victorieuſe. Le 24 .
de Septembre on fit undétachement
de cette Place , pour aller
recüeillir les Contributions dans
le Païs de Cologne. Il fut rencontré
par un Party d'Allemans
beaucoup plus fort. Monfieur le
Marquis de Molac qui commandoit
le ſecond Eſcadron du
Regiment de l'Eſtang , chargea
ce Corps de Cavalerie Allemande
184 MERCURE
de avec tant de vigueur & de
fuccez , qu'ille pouſſa dans un
Défilé , & en ſuite juſqu'à un
Marais , où il prit le Commandant.
Il fit quarante Priſonniers,
& amenerent cinquante Chevaux
au Camp. Plus de trente
cinq des Ennemis demeurerent
fur la place . Monfieur le Comte
de Roufillon eſtoit reſté ſur une
hauteur pour ſoûtenir ce jeune
Capitaine , en cas queles Ennemis
en plus grand nombre ſe fufſent
avancez pour le charger.
Ce Comte dont la valeur eft
connuë , n'attendoit que l'occafion
d'y courir , & il n'auroit pas
manqué de ſe ſignaler ; mais le
jeune Marquis de Morlac n'eut
beſoin que de ſon courage , &
quand de nouveaux Ennemis
auroient voulu s'approcher de
luy , je doute qu'ils en euſſent
confer
GALANT. 185
conſervé l'envie en le voyant
combatre avec tant de conduite,
& de valeur. Ce jeune Guerrier
eſt Fils de Monfieurle Marquis
de Morlac, Lieutenant General
en Bretagne , & Gouverneur
du Païs Nanto's. Il eſt d'une
des plus Illuſtres Maiſons du
Royaume,& il en ſoutient l'éclat
avec beaucoup de magnificence.
L'eſtime particuliere que
toute ſa Province a pour luy eft
une marque de ſon merite. Auſſi
a-t- il toutes les qualitez d'un
galant Homme,& on ne doit pas
eſtre ſurpris de le voir generalementaimé
.Je paſſe à ce que l'Armée
de Monfieur de Luxembourg
a fait depuis la Paix ſignée
entre la France & l'Eſpagne.Ce
Duc vient dans le Païs de Liege,&
établit ſon Quartier general
prés de la Ville deHuy.Pen
dant
186 MERCURE
dant ce temps Monfieur le Marquis
d'Uxelles fait payerlesCótributions
dans le Païs de Vaës .
Monfieur de Luxembourg va en
trois jours d'Hy à Aix la Chapelle,
dont il ſe réd maiſtre apres
luy avoir ſeulement montré du
Canon.Ily demeure deux jours,
& y laiſſe douze Bataillons ſous
le commandement de Monfieur
de S. Rupt. Aix la Chapelle eſt
un nom fameux dont vous ne
ferez pas fachée que je vous fafſe
ſçavoir l'origine. C'eſt une
Ville Imperiale du Cercle de
Vveſtphalie , enfermée dans le
Duché de Julliers. Ce mot vient
de ſes Bains d'eau chaude, &de
la belle Egliſe de N.Dame, bâtie
par Charlemagne . Les Latins
l'appellerent Aquisgranum d'un
Granus , Gouverneur du Pays
pour les Romains, qui le premier
trou
GALANT.
187
trouva ces Eaux ſalutaires cõtre
pluſieurs maladies,& particulierement
contre les fievres étiques
; ce qui donna occaſion d'y
faire bâtir une Ville.Elle fut depuis
ruinée par Attila Roy des
Huns . Charlemagne la rétablit,
& en fit la Capitale de l'Empire
par une conſtitution particuliere.
Ilymourut en l'année 814.
& fut enterré dans l'Egliſe de
Noftre-Dame qu'il avoit fait bâtir.
Les Empereurs avoient coûtume
d'y prendre la Couronne
de Fer. Charles- Quint eſt le
dernierqui ait voulu y eſtre couronné,
la pluſpart de ſes Succefſeurs
l'ayant eſté à Francfort.
Quand ce Couronnement ſe
fait ailleurs , les Electeurs font
venir le Chapitre de l'Egliſe
Collegiale de N. Dame d'Aix,
pour en apporter les Pierreries
&
188 MERCURE
&les autres Ornemens qui fervent
à cette Ceremonie,& dont
ce Chapitre eſt depoſitaire au
nom de l'Empire . Si- toſt que
l'Empereur eft couronné , il prête
ferment au Doyen & au Chapitre
de cette Eglife , dont en
meſme temps ce Prince eſt reçeu
Chanoine. En 1614. la Ville
d'Aix la Chapelle fut ſurpriſe
par le Marquis de Spinola,& depuis
elle a toûjours eu Garniſon
Eſpagnole juſqu'en 1632.qu'elle
en fut délivrée quand les Hollandois
mirent le Siege devant
Maſtric. En 1636. elle reçeut
Garniſon Impériale,qui en fortit
peu de temps apres. En 16 38.elle
fut affiegée par le Marquis
Grana , Pere de celuy d'aujourd'huy.
Ainfi elle fut obligée de
donner des Quartiers aux Imde
periaux. En 1642. les François,
Vvima
GALANT.
189
Vvimariens , & Heffiens , commandez
par le feu Mareſchalde
Guébriant , firent quelques defordres
dans ſon territoire ; &
dans la crainte d'en eſtre affiegée
, elle reçeut quinze cens
Hommes tirez des Garniſons
Eſpagnoles voiſines. Elle a ſouffert
un embraſement genéral
depuis vingt- cinq ou trente ans.
Plus de trois mille Maiſons furent
brûlées. Elle s'eſt rétablie
depuis ce temps- là. Il y a deux
ou trois ans que les Troupes du
dernier Eveſque de Munſter
l'aſſiegerent , mais elles ſe retirerent
avec précipitation , ayant
appris que Monfieur de Calvo
s'avançoit pour les combatre.
Cette Ville eſt à peu pres de la
grandeur de Soiffons , à quatre
heures de Cologne , à dix de
Julliers , à quatre de Limbourg,à
fix
1.90
MERCURE
fix de Liege , & à cinq de Duren&
de Maſtrick .L'Armée des
Alliez épouvantée de voir nos
Troupes dans Aix la Chapelle,
ſe retire àCologne.En ſe retirat,
elle jette des Troupes dans Julliers,
dans Hinsberg,&dansDuren
. On donne des ſeûretez à
Mr de Luxembourg pourl'argét
du Roy qui avoit eſté arreſté à
Cologne, & meſme pour les intereſts
: Duren & Hinsberg ſe
rendent , Humbac eft pris auſſi
bien que Monjoye , &toutes les
autres Placesdu Païs de Julliers .
Cette Ville Capitale reſte , mais
coupée de tous coſtez. Quoy
qu'elle étoit réplie de monde,on
y manque de toutes fortes de
munitions, & cela oblige tous les
Soldats à fe débander.Il ne ſuffit
pas de jeter beaucoup deTroupes
dans une Place. Il faut avoir
la
GALANT.
191
la prudence de nos Miniftres , &
faire en forte que le reſte n'y
manque pas. Sans cette prévoyace
, les Hommes ne ſervent de
rié.Jugez de l'état où ſe doit trouver
Julliers avec un grand Secours
inutile. Cette Place eft fituée
à un jet de pierre de la Riviere
de Roure , & Capitale du
Duché dõt elle porte le nõ . Elle
eſt noméeGulich,ou Gulch,par
les Allemans, & Iuliacum en Latin.
Ce nom vient de Jules-Céſar
ſon premierFondateur,quoy que
quelques Hiſtoriens prétendent
qu'ellea efté bâtie par Julie Agripine
, Merede l'Empereur Néron-
Elle est défenduë d'une bone
Citadelle de même figure que
celle de Cabray. Apres la mort
du dernier Duc de Julliers arrivée
en 1609. la Maiſon d'Autriche
mit Garniſon das cette Ville,
qui
192
MERCURE
qui fut priſe en ſuite par les
Hollandois en 1610. Marie de
Médicis , Mere du Roy défunt,
& Régente du Royaume , y envoya
une Armée de 12000.Hómes
ſous le Mareſchal de la
Chaſtre, pour favorifer les Affiegeans.
Les Clefs de la Ville, lors
de la priſe , furent miſes entre
les mains de ce Mareſchal , par
reſpect que l'on devoit au Roy,
comme eftant le plus confiderable
des Confederez . En 1622 .
elle fut repriſe par les Eſpagnols
ſous le Comte Henry de Berg.
Ils en ont gardé la Citadelle jufques
au Traité des Pyrenées, en
execution duquel ils l'ont reſti
tuée au Duc de Neubourg. La
Succeffion vacante des Ducs de
Cleves & de Julliers a fait affez
de bruit dans l'Europe. Elle fut
la cauſe ou le prétexte du puiffant
GALANT. 193
fant armement que fit le Roy
Henry le Grand un peu avant
fa mort. Les Ducs de Brandebourg
& de Neubourg eftoient
les principaux Prétendans à céré
Succeffion. Ils l'ont partagée en
fuite. Le Duché de Cleves &
les Comtez de la Marck & deRa.
verſberg , échûrent à l'Electeur
de Brandebourg ; & les Duchez
de Berg & de Julliers , & la Seig
neurie de Ravenſtein , au Duc
de Neubourg On entend parler
des Villes avec plus de plaifir,
quand l'hiſtoire en eft connuë, &
c'eſt par céte raiſon que j'ay crû
vous devoir marquer ces circonſtances
J'acheve cet Article , &
peut - eſtre tous ceux de guerre
pour pluſieurs années . Mr. le
Marquis de Refuges fait relever
les Fortifications de Sittard,& va
commanderdans Hinſberg . Mr.
Novembre. I >
194 MERCURE
de Luxembourg met dans Verviers
28. Compagnies tant Cavalerie
qu'Infanterie. Ilmarche
vers le Pais d'Eyffel , & ſe ſaiſit
de la Ville de Blanckenheim. Il
y metGarniſon ,&dans tous les
Chaſteaux & Maiſons fortes du
Païs. Trente Eſcadrons de ſes
Troupes commandez par Mr. le
Comte de Maulevrier - Colbert,
vont en Flandre dans les trois
Chaſtellenies qu'on doit rendre
aux Eſpagnols apres l'échange
des Ratifications . Admirez comme
en peu de temps on a mis
dans de bonnes Villes hors de
France , une Armée de plus de
50000. Hommes en Quartier
d'hyver.Toute la peine qu'ilena
coûté,a êté le chemin qu'ila fallu
faire pour s'y rendre. Ce grand
nombre de Troupes ayat êté mis
àcouvert,M.de Luxembourg eſt
revenuàParis. Jc
* BIBLIO
?
LYON
1893
2 .
C
GALANT.
195
Je devois vous parler au commencement
de cette Lettre du
Mariage de Mr. le Duc Sforze,
& de Mademoiselle de Thiange,
puis que la Cerémonie s'en
eſt faite désle 30. du Mois paſſe
mais quand on veut décrire les
choſes avec une entiere exactitude,
on a beſoin de temps pour
en apprendre toutes les particularitez
; ce qui ne ſe fait point
ſans beaucoup de ſoins, & mefmes
ſansde grandes recherches.
Vous ferez aiſément perfuadéc
que je n'ay pas negligé d'en faire
, en voyant d'abord la Table
genéalogique que je vous envoye
de la Maiſon Sforze , qui ſe
peut väterd'êtredepuis pluſieurs
Siecles une des premieres d'Italie,&
dans l'Alliance de la plus
grade partiede ſes Princes.Vous
n'y trouverez que ce qui re-
I ij
196 MERCURE
garde les Deſcendans de Mafle
en Mafle. Comme je n'y ay point
marqué les Alliances qui ont
eſté faites par le Filles de cette
Maiſon , parce que cela auroit
efté à l'infiny , vous jugez -bien
queje mediſpenſe de parlerd'un
tres-grand nombre de ce qu'il y
enade plus conſidérables en Italie
, dont vous devriez voir les
noms dans cette Table. Elle ne
laiſſera pas de vous faire connoître
que Loüis Sforze qui eſt celuy
dontje vous aprens aujourd'huy
le Mariage , a des Alliancos
qui le rendentCouſin iſſu de
germain de Monfieur le Duc.Ce
nouveauMarié eſt bien fait de ſa
Perſonne , quoy que dans un
âge un peu avancé. Il a l'humeur
agreable , & l'efprit droit & folide.
Il eſt Duc d'Onano dans le
Patrimoine de S. Pierre , & de
:
Segni
GALANT I1991
Segni dans la Campagne de Ro
me , Comte de Santa Fior dans
le Terroir de Sienne , & Souvé
rain de Caſtel Arquato en Lombardie
, & de la Sforzeſca dans
le meſme Patrimoine de S. Pierre.
Outre toutes ces Terres , le
Duc Mario Sforze , Pere de ce
luy d'apreſent , poffedoit le Du
ché de Valmontone dans la
-Campagne de Rome. Ille vendit
aux Seigneurs Barberins onze
cens mille Ecus Romains. La
nouvelle Mariée méritoit les
avantages que ce grand Party luy
donne. Vous ſçavez qu'elle fort
des Maiſos de Damas, de Thiange,
& de Rochechoüart- Mortemar
, Maiſon auffi Illuſtre par ſes
puiſſantes Alliances , que par la
propre grandeur , & par fon ancienneté.
Ainfije n'ay rie àvous
dire fur cet Article. Mais fi la
I iij
دو MERCURE
Naiſſance rend cette nouvelle
Ducheſſetres conſidérable, elle
ne l'eſt pas moins par ſabeauté.
Elle l'a vive,touchante,&foûtenuëde
tant d'agreement , qu'on
nela peut voir ſans eſtre ſurpris.
Joignez à cela mille autres belles
qualitez qu'elle ne ſçauroitmanquer
d'avoir, puis qu'elle eſt Fillede
Madame de Thiange. Je
vous dis tout en vous la nommant
, eſtant impoſſible d'entendre
parler de Madame de Thiange,
ſans concevoir tout ce qu'on
peut ſouhaiter de perfections
dans une Dame accomplie. En
effet il n'y a rien qui ne charme
dans cette merveilleuſe Perſonne
, dont l'ame eſt auffi grande
que l'eſprit , quoy qu'elle ait
l'eſprit infiniment élevé.Sa beau.
té ne vous eſt pas inconnuë ,
mais c'eſt un des moindres avatages
GALANT. 199
tagesde la Maiſon de Mortemar,
où l'on trouve tout ce qui peut
contenter les yeux les plus difficiles
, comme on y trouve d'ailleurs
tout ce que la grandeurd'amea
de plus noble, &de plus digne
d'eſtre admire. La Cerémoniede
ce grand & celebreMariage
commençadés le Samedy
29. de l'autre mois. Le Roy , la
Reyne , Monſeig, le Dauphin ,
Monfieur, Madame , Mademoiſelle
, Mademoiselle de Valois ,
Mademoiselled'Orleans , Madame
laGrand Ducheſſe, Madame
de Guyſe , Monfieur le Prince,
Monfieur le Duc , Madame la
Duchefſe , M" les Princes de
Conti & de la Roche-fur- Yon ,
Mr. de Vermandois , & Mr. le
Duc du Maine , ſe rendirent
dans la Chambre du Roy ſur les
9. heures du foir. Les Parens s'y
Iiij
200 MERCURE
trouverent de part & d'autre,
avec quantité de Perſonnes du
premier rang ; ce qui rendit l'Afſemblée
ſi nombreuſe, que chacun
ne pouvant avoir place , on
fut contraint d'ouvrir diferentes
Portes qui rendent aux aut
Chabres pour détourner la foule
& foulager ceux dōt la préſence
eſtoit
autres
neceſſaire.Aprés qu'on eut
ainſi gagné quelque peu d'eſpace,
le Roy & la Reyne priretleurs
places dans deux fuperbes Fauteüils,
au devant deſquels il y avoit
uneTable richement ornée.
Mrde Pompone s'avança, leCon .
tract de Mariage à la main , qu'il
venoit de prédre de celle du Notaire
qui l'avoit paſſe auparavat.
Il eſtoit ſuivy du Secrétaire du
Cabinet de quartier, qui portoit
une Ecritoire d'or garnie de tout.
Vn des Commis de ce Miniſtre
en
GALANT.. 201
en portoit une d'argent. Le Roy
ordonna auſſitôt qu'on fiſt avan
cer les deux Parties. Mr le Marquis
de Lavardin parut dans le
mefme temps, menat Mademoiſe
de Thiange par la main. Ce
Marquis avoit eſté choiſy par
Mofifieur le Duc Sforze , comme
un des plus proches Pa
rens qu'il euſt en France , pour
l'époufer en fon nom. Son habit
eſtoit de velours noir , tout
garny de Dentelles & de Rubans
tres - riches. Il avoit un
tres -beau Bouquet de Plumes,
&une Epée garnie de Pierreries.
Ilne ſe pouvoit rien voirde
mieux entendu, &toute la Cour
en tomba d'accord. Avant la
Cerémonie , il avoit envoyé à
Mademoiselle de Thiangefur
vant la coûtume , un Bouquet
de Fleurs les plus rates,dans une
I V
102 MERCURE
1
tres-riche Corbeille , & Mademoiſelle
de Thiange en avoit fait
un préſentdedevotion.Elle étoit
veſtuë de ſatin blanc à fleurs,
-fous unegaze noire claire &auffi
àfleurs, avec une grande queuë.
Tout cet ajuſtement eſtoit enrichy
tantpar haut que par bas,
d'unnõbre infiny de Pierreries.
Ils s'approcherent ainſi dela Table,&
firent une profonde revérence
à LeursMajeſtez. Le Roy
ordonna aufſfitoſt à Mr de Pomponede
lire le Contract de Mariage
àhaute voix. Il n'en lut que
le commencement,qui contenoit
les qualitez des Parties.La lecture
entiere en auroit eſté trop lōgue.
Il commença ainſy. Aunom
deDieu; Le tres -haut,tres- puiſsat,
& tres- illustre Prince Loüis Duc
deSforce .... avec toutes les autres
qualitez de fa Maiſon. Cela ne
fut
GALANT.
203
futlû qu'afin de faire ſçavoir àla
Cõpagnie que le Roy traitoit ce
Duc fur le pieddes PrincesEtragers
.Cette lecture eſtant faite,le
Secretaire du Cabinetmit l'Ecri
toire d'or fur la Table,& Mr de
Pompone en ayant prisla plume,
la mit entre les mains de Sa Majeſté,
qui ſigna le Cotract de Mariage
, & apres Elle , la Reyne,
Monſeigneur le Dauphin,Mr de
Lavardin come Procureur, Mademoisellede
Thiange,&en ſuite
toute la Maiſon Royale,& les
Parens.Mr de Pompone figna le
dernier avec une plume de l'Ecritoire
d'argent qu'un de fes
Commis avoit portée. A cette
Ceremonie ſucceda celle des
Fiançailles,qui fur faite par Mr le
Comte de Noyon, Pair de France.
Le Roy l'avoit choiſy pour
faire cette fonctio,non ſeulemét
parce
204 MERCURE
parce qu'il étoit un des plus proches
Parens de Mademoiſelle de
Thiange; mais encor par le rang
qu'il tient entre les plus Illuſtres
Prélats de l'Eglife. Les Fiançailles
ne furent pas plûtoſt achevées
, que quantité de Pages du
Roy aporterent un fort grand
nombre de Baffins de Confitures,
qui furent répandues par tout
avec profufion . Le lendemain
Dimanche , le Roy avec toute
l'Aflemblée du jour precédent,
ſe rendit entremidy& une heure
dans la Chapelle du Chaſteau
de Verſailles , ornée , & gardée
extraordinairement , afin d'empefcher
la confufion . Toute la
Cour s'y trouva fort fuperbement
veſthë. Mr. de Noyon eftoit
en habit Pontifical pour dire
la Meffe , & faire le reſte de la
Cerémonie.Toutes chofes eftant
T
ainfi
GALANT.
205
|
ainſi diſposées , le Roy ordonna
qu'on fiſt approcher les Fiancez".
Mr. le Marquis de Lavardin parut
avec un Habit tres-magnifique,&
diferent de celuy du premier
jour. MademoiselledeThiage
en avoit un de Toile d'argent
relevée d'or en fleurons. Il eſtoit
chargé de Perles & de Rubis,au
lieu de Diamans qu'elle avoit le
jour precédent, & fa queüeméme
qui eftoit fort longue en eftoit
toute remplie. Ainfi elle en
avoit pour plus de fix millions fur
elle. Ils allerent de cette forte à
l'Autel,où ils ſe mirent à genoux,
ayant tous deux un Cierge à lal
main avec cette difference que
celuy de Monfieur de Lavardin
ſeul eſtoit garny de bas en haut
d'Ecus d'orqui furent diftribuez
aux Pauvres , plus par charité
que par coutume. LaMeffe fut
chan
206 MERCURE
chantée par la Muſique duRoy,
& la Cerémonie finit par une
courte & utile remontrance que
fit Mr. de Noyon aux Mariez .
Elle fut admirée de toute cette
grande Aſſemblée, & fur tout du
Roy qui ſe connoiſt mieux que
Perfonne aux belles choſes.
Comme on ne peut eſtre trop
exact ſur la ſignature des quatre
Témoins neceſſaires ou du
moins ordonnez , le Roy ſe fit
apporter ſur ſon prie - Dieu le
Regiſtrede la Paroiſſe.Il le ſigna,
& le fit ſigner à la Reyne , à
Monſeigneur le Dauphin , & à
Monfieur le Duc. Mr. le Marefchal
Duc de Vivonne traita fuperbement
une partiedesParens
&des Amis qu'on avoit conviez
des deux coſtez , & entr'autres
M. le Marquis Sforce qui a eſté
un des principaux Négociateurs.
de
GALANT.
207-
de ce Mariage , & qui depuis
longtemps a fait connoiſtre à la
Courde France, & fon eſprit, &
fon zele pour les divers interefts
de ſa Maiſon.Madame deThiange
, Madame de Monteſpan , &
la nouvelleMariée,eurent l'honneur
de dîner ce jour- là mefme
avec ſa Majefté , ainſi que Mefſieurs
les Princes du Sang. Immediatement
aprés le Dîner , la
Reyne rendit viſite à Madame
la Duchefſe Sforce , qui reçeut
anſfi les complimens de tout ce
qu'il y a de plus qualifiéà la Cour.
Le foir cette nouvelle Ducheffe
alla rendre ſes devoirs à la Reyne
, &fut miſe enpoffeffionde
tous les rangs &honneurs dont
jouiſſent les Princeſſes Etrangeres.
Elle n'oublia pas les liberalitez
accoûtumées en de pareilles
occafions. La journée finit par
un
208 MERCURE
un Bal dans la nouvelle Salle de
Marbre , ornée de Luftres d'argent
, & de tout ce qui pouvoit
enrichir un Appartement fi fuperbe
. Le Roy l'ouvrit avec
Madame la Ducheſſe Sforce.
Quelques jours apres Monſieur
de Vertamon épouſa Mademoiselle
Bignon. Il eſt Maiſtre
des Requeſtes, & Fils de Madamede
Vertamon , à preſent Ma -
dame la Marefchale d'Eſtrades,
& petit-Fils de feu Mr.le Chancelier
d'Aligre . Ce jeune Marié
a de l'eſprit , & des qualitez
quiluy font mériter l'eſtime que
tout le monde a pour luy. Mademoifelle
Bignon eft petite-Fille
de ce grand Hierôme Bignon ,
AvocatGeneral, auſſi pieux que
ſçavant , & qui avoit une ſi parfaite
connoiffance des habiles
Gens de fon Siecle. Je n'entre
prens
GALANT. 209
prens pas de le loüer apres feu
Mr. le Premier Preſident Molé,
qui a dit publiquement ,que Rome
& Athenes n'avoient jamais
porté un fi grand Homme. Le
Pere de la Mariée eſt préſident
au Confeil , & Maistre des Requeſtes
. Sa probité eſt univerfellement
connue. Ileſt Frere du
Fameux Mr. Bignon , cy - devant
AvocatGeneral, & aujourd'huy
Conſeiller d'Etat .La Mere
de Mademoiselle Bignon eſt
Soeur de Monfieur l'Avocat General
Talon , dont la réputation
eſt ſi bien & fi juſtement
établie. Ainſi cette nouvelle
Mariée ſe trouve Niece de ces
deux grands Avocats Generaux.
Elle eſt Fille unique , riche , modeſte,
vertueufe , & peu touchée
de l'éclatdumonde .
Vous ne ferez pas faſchée de
voir
110 MERCURE
voirpour la ſeconde fois un Madrigal
que vous avez déja la
avec plaiſir , puis que je vous le
renvois mis en Air par Monfieur
Charpentier. Comme ces fortes
d'Ouvrages parlent d'eux-mefmes
, je vous laiſſeray juger à l'a.
venirde leurbonté , &me con.
tenteray de vous en nommer les
Autheurs.
AIR NOUVEAU.
H,qu'on eft malheureux d'avoir en
AHdes defirs,
D'avoir fait de l'amour ſes plus charmansplaisirs,
Quand il faut renoncer à l'ardeur qui
nouspreſſe!
Onnepent oublier ce qui nous a charmé,
On ne gouverne pas comme on veut la
tendreffe.
Heureuxqui peuthair ce qu'il a bien aim
mé..
Anne
GALANT. 211
e
S
$
Annede Bretagne , dontl'Hô-
+ tel de Bourgogne nous a déja
donné quelques Repréſentatiós,
eſt la premiere Piece nouvelle
qui ait paru au Theatre de cet
Hyver. Elle eſt de Monfieur
Ferrier. Les Vers en font fort
aiſez , & les penſées naturellement
exprimées. Il y a des endroits
dans la peinture qu'on y
fait de Charles VIII. tres- finement
tournez àl'avantage du
Roy. Leurs Alteſſes Royales
l'ont eſté voir , & en ſont ſorties
fort fatisfaites.
Onnous vient de donner en
nôtre Langueun des plus beaux
Ouvrages d'Italie , qui n'y avoit
point encor eſté traduit. C'eſt
la Secchia rapita du Taſſoni.
Mr. Perraut qui en a fait la Traduction
, a mis le Poëme Italien
d'un coſté , afin de ne rien ofter
212 MERCURE
à ceux qui l'entendeur afſez ,
pour bien goufter toutes les graces
de l'Original. Il'eſt digne
Frere de Monfieur Perraut de
l'Academie Françoife , & de celuy
qui a traduit Vitruve. Nous
luy ſommes d'autant plus obligez
de la peine qu'il s'eſt don-
, née, que ce Poëme eſtant moitié
burleſque,& moitié ſérieux, il y a
des endroits fort difficiles à eftre
entendus. Le ſujer en eſt fonde
fur la Guerre qui s'eſleva
entre ceux de Boulogne & de
Modene , au temps de l'Empereur
FedericoII. On prétend
que ce fut à l'occaſion d'un
Seau de bois , qu'on a toûjours
conſervé depuis ce temps - là
dans l'Eglife Cathédrale de Modene.
On le võit encor ſuſpendu
à la voûte de la Salle avec une
chaîne de fer, dont on ſe ſervoit
pour
GALANT.
213
- pour fermer la Porte de Bou-
- longne , par laquelle les Modénois
entrerent quand ils rayirent
ce Seau .
J'avois crû vous tromper , &
le Public apres yous , en vous
envoyant deux Enigmes ſur le
meſime Mot ; mais pluſieurs Perfonnes
ſe font apperçeuës de la
-ſurpriſe que je voulois faire , &
Monfieur Gardien a expliqué
ainſi l'une & l'autre .
Ces deux Enigmes font fort belles,
Tous les rapports enfontfidelles,
Je nevoisrien de mieux écrit ;
Mais ceque je trouve de rare,
C'est que lesujet s'y declare.
Comment cacher l'Eſprit avec tant d'efprit
L'Esprit eſt donc le vrayMot
de toutes les deux Pluſieurs l'ont
connu. En voicy les noms.
Meſſieurs
214 MERCURE
Meſſieurs Thabaud des Ferrons
, Jarroſſon , Avocat au
Conſeil ; Jouſſes de la Chape
lerie ; Chantreau , de Paris ;
L'Abbé Rateau , Barrandy &
Marchand , de la Rochelle
DesAvaris , de Bourlague ; Mi.
conet , de Villedieu , & Lan.
glois , de Pontoiſe ; Rouffel
Aumônier du Roy , de Con
ches ; de Bonnecamp , Medecin
àQuimpercorantin ; de Beau
voir , Gentilhomme de Guera
neçay ; Le Mitron de Norman
die ; Stoopen , Suiſſe de Bafle
Le Secretaire fidelle d'Amiens
Balamir amoureux , & le Che
valier de la Porte Paris , Meſ
demoiſelles Leger , de Troyes
De Maillerville , de S. Malo
Du Collombier , de Torigny
Turlis ; Rape ; Mafficq , de L
Flote de Re ; La belle Jouneau,
&
GALANT.
215
-
& la Veuve de la Ruë Chapon.
Beaucoup de Particuliers ont
envoyé leurs Explications en
Vers , & ce ſont Meſdemoiſelles
Penavaly, de Breſt en Bretagne ;
Noman Anorry , de Poitiers ;
Fredinic & Valcherie , de Pontoiſe
; Meſſieurs de la Coudre ,
| de Roüen ; De la Touche , de
Saumur ; De Cafteler Matemacicien
( il a promis un nouveau
■ Siſteme ; ) De la Marthe,Avocat
en Parlement; De Mauvileu de
Chauven , de Soiſſons ; Aimez
le Fils , de Beziers ; L'aimable
Alexandre & le ſolitaire de
Pontoiſe.
•
Ceux qui n'ont expliqué que
l'une des deux fur l'Eſprit , &
qui ont donné un ſens diférent
à l'autre , font Meſſicurs Baiſe
le jeune ; Lamory , Secretaire
de Noyon ; De Bellefontaine ;
Laffon
216 MERCURE
,
Laſſon le jeune ; De Laſtre ,
Avocat àGuyle ; Gautry,Geographe
à Tours ; Hervilfon , de
Troyes ; Chefnon , Directeur
General des Poſtes de Charleville
; Les Inféparables , du Périgord
; Le Celadon d'Aſtrée ,
Le Bohemi , de Sens ; Ariſte de
Guyſe ; Millete , de Millefleurs;
L'aiſnée des trois Soeurs de
Charleville ; & la Marquiſe curieuſe
de Coutance. Ceux qui
ont expliqué l'une ou l'autre en
Vers,font Meſſieurs Robert , de
Châlons en Champagne ; De
Tirman , Abbé de S. Loüis lez
Troyes ; D'Abloville;Germain,
de Caën ; Chapuis de Monbrifon
; De Glos , Matématicien
Hydrographe à Honfleur ; De
Blegny ; Mademoiselle du Bocage
; Le Poëte naiſſant ; Le
bon Vigneron , d'Argentüeil ;
&
GALANT. 217
3
;
& l'Inconfolable de la Ruë
Saint Antoine. J'ay ſuprimé les
noms qui n'ont que de ſimples
lettres , & une partie de ceux
qui eſtant faux , ne ſe peuvent
mettre qu'en trois lignes. A l'avenir
meſmeje ne vous envoyeray
que les véritables , ne doutant
point que je ne faſſe plaifir
à ceux qui en prenent à ſe cacher.
Ils ne s'en divertiront pas
moins dans leurs Societez , en
faiſant connoiſtre par le vray
Mot des Enigmes qu'ils verront
dans le Mercure de chaque
- Mois , que c'eſt celuy - meſme
qu'ils avoient trouvé. On a expliqué
la premiere des deux de
l'eſprit , fur le Secret ,le Raifonnement,
le Bon Sens, le Iugement,
le Rafinement , le Silence , l'Eloquence
, la Galanterie , le Vin,
l'Eau , l'or , l'Argent , la Mode,
Novembre. K
1
218 MERCURE
le Secret, & le Ver à foye . Je vous
en envoye deux nouvelles. La
premiere eſt de Madame de
Rambey . C'eſt une Veuve de
la Franche-Comté qui a beaucoup
de naiſſance , & dont la
perſonne n'a pas moins de beauté&
d'agrément , que ſon eſprit
adedélicateſſe &de lumieres. ?
ENIGME.
noire ;
Ay lapeau donce,maisfort
leſuis baftie afſez bizarrement ,
Ie n'ay demoy quefort peu d'agrémens,
Cependant le pourra-t- on croire ?
Leneforspas plutoſt d'uneſombre priſon,
Que l'on voit contester lesyeux &la rai-
Son
Pour m'établir de bonne grace.
Tantoft jesuis en haut ,tantost jesuis en
bas.
Enfin apres pluſieurs debats,
Sur un Trône defleurs on me donne ma
place;
Mais
GALANT . 259
Mais si je tombepar disgrace ,
Ce qui m'arrive affezſouvent ,
Autant en emporte levent.
AUTRE ENIGME.
Evinez qui je suis ; mon Corps
n'estplusdumonde.
I'habite la moitié d'une Machine ronde,
Vivante , je n'avois qu'un ſentiment brutal;
Mais depuis que l'effort d'une main af-
Saffine
M'afait donner le coupfatal ,
Ie renferme ſouvent la plus haute Doc
trine.
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
en figures ſur leMasque,
l'ont expliquée dans ſon vray
fens , & ce font Meſſieurs Gardien
Secretaire du Roy ; Rault
de Roüen , en Vers ; Comparet
Regnaud,Chantre de S.Urbain
Kij
220 MERCURE
de Troyes ; Mademoiselle Noman
-Annorri, de Poitiers ; & le
faux Crifante. Voicy l'Explication
de ce dernier.
DErfée ence Tableau nous charme &
nous abuse
Avec sa teste de Meduse ;
Mais de quoy s'est- onavisé,
De tuy laiſſfer lefront ainsinusous un
Casque?
Car on n'est pas fort déguisé,
Quand on leve le Maſque.
Cette Enigme n'eſt pre que
fondée que ſur l'action & la difpoſition
des Perſonnes qui yfont
dépeintes. La teſte de Meduſe
avec laquelle Perſée ſemble ſe
cacher le viſage, repreſente le
Masque , qui n'eſt ſouvent qu'-
une figure diforme , capable
d'effrayer ou de faire rire. Ces
deux effets font exprimez par
les autres Perſonnages de l'Enigme,
EVRYDICE ENIGME
GALANT. 221
nigme, dont l'un s'enfait, tandis
que les deux autres ſemblent ſe
moquer de Perſée. J'adjoûte les
divers mots fur leſquels elle a
eſté expliquée , L'Hyver , une
Carcaffe de Guerre , la Mort , la
Peur , le Tonnerre , le Froid , le
Miroir ardent , la Fronde, la Pareffe
, la Lanterne fourde , le Pavot
, le Chymiſte, la Beauté, le Sel,
la Glace, la Pluye, la Grenade , la
Trahison , l'Hirondelle, la Difcorde
, la Guerre, la Paix que Louis
LE GRAND donne aux trois
grandes Puiſſances ſes Ennemis ;
la force de l'Eloquence , le Difcours
concis , le Tombeau, la Vieilleffe
, & le contrepoison.
Reſvez à preſent ſur l'Enigme
d'Euridice. Elle mourut piquée
d'un Serpent. Orphée l'alla redemander
aux Dieux des Enfers
, & les charma ſi bien par
Kij
222 MERCURE
la douceur de ſon chant , qu'ils
luy accorderent ce qu'il vouloit.
Il retournoit avec elle tout
remply de joye , lors que ſur le
point de revoir le jour , il tourna
la teſte pour la regarder ,
contre la défenſe qui luy en
avoit eſté faite. En même temps
il eut la douleur de voir Euridice
qui luy tendoit les bras ,
& des Spectres qui s'en ſaiſiffoient
pour la remener aux Enfers.
Il ne me reſte plus qu'à vous
apprendre la mort de Madame
la Comteſſe de Froullay , arrivée
depuis peu en fon Chaſteau
de Monflaux au Bas Maine.
Quoy qu'elle fuft dans un âge
peu avancé , elle s'y eſt preparée
avec une réſignation digne de
la folide vertu qu'elle a toûjours
pratiquée. Elle estoit tres-belle,
&
GALANT.
223
-
&fut Fille d'Honneur de la
Reyne Mere dés ſa plus tendre
jeuneſſe , ſous le nom de Mademoiſelle
de Neüillan . Quelques
avantages qu'elle euſt reçeus de
la Nature , elle ne s'en ſervit
que pour faire mieux admirer ſa
conduite . Jamais elle ne donna
lieu à la moindre médiſance .Au
contraire , elle estoit regardée à
la Cour comme un modele à
eſtre ſuivy par toutes les Perſonnes
de fon Sexe. Auſfilesbontez
& la bien veillance du Roy , de
la Reyne , & de toute la Maiſon
Royale , n'ont jamais changé
àſon égard, Elle épouſa Monſieur
leComte de Froullay Grad
Maiſtre des Logis du Roy en
1656. Il a eſté Chevalier de ſes
Ordres , & fortoit d'une des
meilleures & plus anciennes
Maiſons du Païs du Maine. Les
K iiij
224.
MERCURE
Titres qui ont eſté produits pour
la preuve de cette ancienneté,
juſtifient qu'il deſcendoit de Pere
en Fils d'un Roland Seigneur
de Froullay , qui vivoit vers l'an
1140. Feu Monfieur le Comte
de Teffé estoit ſon aiſné . Deux
de ſes Cadets font encor vivans ,
Monfieur l'Evêque d'Avranche,
& Monfieur l'Abbé de Froullay
Comte de Lyon . Il eſt peu de Ges
qui n'ayent eſté perfuadez du
veritable mérite de celuy dont
je vous parle. Il eftoit brave , &
on ne peut guére ſe diftinguer
davantage qu'il avoit fait eſtant
Capitaine aux Gardes. Sa droiture
d'ame, ſa fidelité, & fa vertu,
luy avoient donné pour Amis
tout ce qu'il y a de Perſonnes
du premier rang. Il y a environ
ſept ans qu'il eſt mort , & l'on
peut dire que cette mort commença
GALANT.
225
mença celle de Madame la Comteffe
de Froullay ſa Femme . Le
ſaiſiſſement qu'elle en eut fur
tel , qu'il contribua beaucoup
au ſchire qui ſe forma avec le
temps dans ſon foye , & qui l'a
enfin emportée. La douleur qu'-
elle eut de perdre un Mary qui
luy eſtoit fort cher , fut ſuivie
d'une autre encor tres- ſenſible
que luy cauſa la perte d'un Fils
aiſné , tué en 1675. à la Bataille
qui ſe donna devant Treves. Il
eſtoit reveſtu de la Charge de
Grand Marefchal des Logis,l'une
des plus confiderables de la
Cour, & digne heritier des vertus
& du merite de Monfieur le
Comte de Froullay ſon Pere.
-Mais toutes ces diſgraces, ny les
embarras d'un tres-grand Procés
, n'ont pû jamais ébranler la
fermeté d'ame qu'elle a fait pa-
:
K
226 MERCURE
2
১,
roiſtre juſqu'au dernier moment
de ſa vie ; &malgré tant de traverſes
, on l'altoûjours veuë d'une
douceur & d'une foûmiſſion
aux ordres d'Enhaut , dont l'Ecole
du grand monde enſeigne
peu la pratique.. Elle estoit Fille
de Charles de Beaudean-Parabere,
Comte de Neüillan,Gouverneur
de Niort , &petite Fille
de Jean de Baudean Comte
de Parabere , qui avoit fait un
Regiment pour le ſervice de
Henry IV. Roy de Navarre,
& qui luy en rendit de tres - conſidérables
juſqu'à la mort. Il'ſe
trouva à la Bataille de Coutras,
où il acquit grand honneur , &
prit la Ville de Niort & le Château
où eſtoit le Gouverneur
de la Province. Ce fut la premiere
Place qui ſervit au Roy
pour difputer la Couronne de
France,
GALANT.
227
France. Le Prince de Parme,
que la Ligue avoit fait venir
dans le Royaume , ayant afſiegé
Corbeil , le Comte de Parabere
l'obligea de lever le Siege , &
délivra Paris . Il fit cinq cens
Lans - cadets prifonniers , prit
Corbie en ſuite ; & au Siege
d'Amiens où le Roy eftoit préſent
il commanda une Attaque
& une Baterie conjointement
avec le Mareſchal de Biron qui
en commandoit une autre. Le
Roy luy auroit donné le Baſton
de Marefchal de France , s'il
euſt voulu changerde Religion
quand Sa Majefté en changea;
mais il ne pût endurer qu'il entraſt
un mouvement d'intereſt
du monde dans les motifs qui le
devoient porter à ſe convertir.
A prés avoir demeuré aſſez long
temps Lieutenant de Roy de
Le
Poitou
228 MERCURE
Poitou,& Gouverneurde Niort,
il ſe retira dans ſa Maiſon de
Parabere , où il ſe fit Catholique.
Quoy qu'il y euſt tres- long
temps qu'il euſt renoncé à la
Cour , fon mérite & les grands
ſervices qu'il avoit rendus , parloient
tellement à ſon avantage,
que pour les reconnoître , le feu
Roy Louis XIII . luy envoya un
Brevet de Mareſchal de France,
avec ordre de venir recevoir cet
honneur , & le Cordon bleu en
mefme temps. Pendant qu'il ſe
préparoit à fe rendre aupres de
Sa Majesté , il mourut tout couvert
de gloire,& laifſa deux Fils,
dont le Cadet fut Pere de Madame
la Conteſſe de Froullay,
L'Aiſné fut fait Chevalier des
Ordres du Roy , & a eſté Lieutenant
de Roy de Xaintonge ,
& Gouverneur de Cognac ,
Lieu
GALANT . 229
!
Lieutenant General & Gouverneur
de Poitou .
J'ay oublié de vous dire fur
IArticlede la Medaille des Hollandois
, que les lettres qui ſont
d'un plus grand caractere que
les autres dans le Revers , s'appellent
lettres numerales. Elles
ſervent à marquer l'année pendant
laquelle la Médaille a eſté
faite . Cela ſe peut voir en les afſemblant
, apres qu'on a rejetté
les petites.
Que de choſes j'aurois encor
à vous dire , ſi je voulois renfermer
dans cette Lettre toutes les
nouvelles de ce Mois! Le temps
me preſſe , il faut qu'elle parte,
& malgré moy je ſuis obligé
d'attendre à vous entretenir
dans la premiere , des Publications
de la Paix quionteſté faites
dans pluſieurs grandes Villes
du
230 MERCURE
du Royaume , avec autant de
magnificence que de galanterie
, & des Harangues qui ſe
font tous les ans au Parlement
à l'ouverture des Audiances .
J'y joindray l'Article des Modes..
Adieu Madame . Je ſuis, &c.
AParis ce 30. Novembre 1679.
93*
Avis
GALANT.
231
Avis pour toûjours.
N prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en caracteres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut ; afin
qu'on ne ſoit plus ſujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye
& l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire ;,
&s'ils ne font dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela . Chacun aura fon
tour ,& les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, àmoins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit
tellement du temps , qu'on ne puiffe.
differer.
Onne fait réponſe àperſonne,faute
de temps..
On
232
MERCURE
On ne met point les Pieces trop.
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propofera
leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux,
on les mettra dans les Extraordinaires
.
On ne met point d'Hiſtoires qui
puiffent bleffer la modeſtie des Dames,
ou defobliger les Particuliers par
quelques traits fatyriques .
On a beaucoup de Chanſons. Elles
auront toutes leur tour , fi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ft ceux par qui
elles ont eſtéfaites veulent qu'on s'en
ſerve , ils les doivent garder ſans les
chanter & fans en donner de copie
juſqu'à ce qu'ils les voyent dans le
RoRay of
YON
1893
LE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Voilà, cher Lecteur, le onzićmeTome
du Mercure Galand
que je vous donne cette année
1678. qui ſe vendra toûjours vingt
Sols , & ceux de 1677. douzefols,
& les Extraordinaires trente fols
Le Volume. Ieſuis bien aiſe que
dans chaque Volume que vous lifez
vous y trouviez des charmcs
nouveaux tant pour la delicateſſe
des choix que l'on fait des
Pieces, que pour la peine que l'Autheurſe
donne pour vousfatisfaire.
Soyezsoeur qu'ilse perfectionnera
toûjours ; & comme ma plus
grande Satisfaction eft de vous
faire part de beaucoup de Nouveauteztous
les Mois , outre ceux
que
que vous verrezcy - aprés, quifont
des Livres tres - bien écrits je vous
advertis qu'à Lyon oùse distribuë
le Mercure , vous y trouverez de
toutes fortes de grands Almanachs
de Paris tant enluminés que autrement.
Vous pouvez vous addreſfer
àla Victoire, où ily en aura de
plusieursfortes defaçons & bonnes
impreßions de Paris . Vous ne douterez
nullement que les beaux Almanachs
s'y rencontreront , ilsuffit
de vous dire , que c'est dans ma
mesme boutique où fe distribuë le
Mercure, & cesera la veufve Coral
qui vous les vendra comme elle
a accoûtumé defaire depuis plus
de 20. années ; l'addreſſe ſe trouvera
au commencement du Mercure
, je ne vous diray rien des
deſſeins , vous sçavezles Victoires
que le Roy a gagnées, & les Villes
qu'ilapriſes , on les Graveurs de
Paris
Paris n'auront pas manquéà vous
fatisfaire. Puisque je suis fur
les Almanachsje vous en donne
deux pour nouveaux , vous y trouverez
bien des choses tres curieuses;
te premier est l' Almanach de Milan
de 1679. qui ſe vendra fans
marchander quinze fols , & celuy
de Liege dix fols. Ie vous envoyeray
dans le premier Mercure
un Catalogue de tous les Livres
Nouveaux de cette année, queje
prendray dans tous les Volumes
dudit Mercure : L'attend pluſieurs
Nouveautez dont je vous entretiendray
le Mois prochain , je vous
en envoye pourfaire Etrenncs . On
prie toûjours ceux qui envoyeront
des Pieces pour le Mercure , d'affranchir
les ports ; Vous ferez adverti
pour toûjours que dans les
bonnes impreſſions où il n'y a rien
de changé ny des articles Satyriques
ques que l'on adjoûte aux fanſſes
impreſſions,qui bleſset biensouvent
la modestic des personnes ſages,
Se trouveront feurement dans les
Provinces où l'on vend & distri
bueleMercure,&ne vous coûteront
pas plus que les fauſſes ; Remarquez
aux veritables que j'imprime
mon Nom , la mesme Marque
qu'au Mercure & la mesme
Vignette & de belle impreſſion;&
aux fauffes , de petite lettre & le
Nomde Paris ou Cologne.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Novembre.
Voyagede Fontai-
De M.de Prefne-
Bleau.
chac,Autheur
de l'Heroine L'AmbitieuseGrenadine
, 12 .
Almanach de Milan, 12. 1679.
Remarque ſur la Theologie Mo-
Almanach de Liege , 1679.
rale
rale de Monfieur de Grenoble,
12. 2.vol.
La veritable forme du Sacrement
de l'Eucharistie de Monsieur
Arnaut, 8 .
La Vie Chreftienne, ou les principes
de la Vie Chrestienne , 24.
tres-utile & neceſſaire à toutes
Sortes de perſonnes.
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
Pin
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, donnéà
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſonConſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenfes
font faitesà tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout àpeine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi queplus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livrede la Communauté le
5. Janvier 1678.Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Juillet 1678 .
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
de Monseigneur le Vice - Legat
d'Avignon.
LYON
*
1893
*
Ar grace & Privilege de
P
MonseignentIIA
il eſt permis
àTHOMAS AMAULRY Libraire de Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé Le Mercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avec deffences à tous autres d'imprimer
, vendre , nydebiter dans la Ville d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy- devant imprimés ,
en tout ou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compter du jour que chaque Volume ſera imprimé
pour la premiere fois, àpeine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
porté à l'Original ; & le preſent Privilege
eſt tenu pour deuëment fignifié en mettant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice - Legat. Datté du
16. Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archevifte.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieurde Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevéd'imprimerpour la premiere fois le
30. Juillet, 1678 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères