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MERCURE
GALANT.
De L'An 1678 .
JoustelaCopie
àParis
Au Palais 1678 .

LE
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
Contenant tout ce qui s'eſt paſſé
de curieux au Mois de Aouft
de l'Anné 1678 .
Suivant la Copie imprimée
APARIS
Au Palais , l'An 1678.

A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
MKONSEIGNEUR,
Je n'ay commencé à vous offrir
le Mercure qu'en tremblant. Je
n'ay continué qu'avec cette mes
me crainte reſpectueuse qui me
faisoit voir toute la temerité de
mon entrepriſe . Si je me flatois
jusqu'à croire que vousy voyiez
avec plaisir une fidelle peinture
des grandes Actions du Roy ,
j'entrois auſſi-toſt dans la juste
défiance que je dois avoir de
moy-mesme , & je ne pouvois
* 3 jetEPISTRE.
jetter les yeux fur la dignité de
la matiere, que je n'euſſe peine
à me pardonner la foibleſſe de
mes expreſſions . Mais , M0NSEIGNEUR
apres ce que
vous m'avezfait l'honneur deme
dire encor depuis quinze jours ,
je perds la crainte qui m'arrestoit
, & je ne puis m'empeſcher
de travailler avec confiance
, parce que vous m'avez
fait la grace de m'aſſurer que
je travaille à un Ouvrage qui
vous divertit. En effet il n'y a
rien de plus glorieux pour moy,
que le détail où il vous a plû
d'entrer fur tout ce qui regarde
le Mercure. Vous n'auriez pas
en cette obligeante bonté pour
ce qui vous auroit déplû , &je
ne me hazarderois pas à vous le
preſenter tous les Mois , fi vous
ne
EPISTRE.
ne m'y aviez enhardy par lafavorable
reception que vous luy
| faites. Elle ne peut estre connuё
Sans m'attirer l'approbation du
Public. Mais , MONSEIGNEUR,
ce n'est pas le ſeul
avantage que j'en reçois . Elle
étouffe la malignité de la Critique.
Perſonne n'ose condamner ce
qu'on apprend que vous approuvez
, & je me tiens afſuré que
fi quelqu'un s'échape à le faire ,
ce ne ſera jamais qu'en cachant
fon nom. Le plaifir de fatisfaire
ſa jalousie , ne l'emportera point
fur la crainte des reproches qu' on
luyferoit s'ilse faisoit connoistre,
en ſe declarant contraire aux
fentimens d'un auſſi Grand Prince
que Vous. Quandje dis Grand,
MONSEIGNEUR, je
ne regarde point les privileges
* +
de
EPISTRE.
-
de vostre Auguste Naiſſance ,
je veux dire Grand par Vous
mesme , & par ces merveilleuſes
qualitez que vous faites tous les
jours briller avec un nouvel
éclat. Je ne dis que ce qui est
connu de tout le monde. Il est
rare de voir un Esprit auſſi éclai
ré que le voſtre , & des lumieres
auſſi vives que vous en avez.
Tout ce que vous faites est un
Sujet continuel de ſurpriſe. Les
dernieres Courses de Bague qui
ont esté honorées de la presence
de Leurs Majestez , ontrendutémoignage
de vostre adreſſe. Vous
vous estes montré infatigable
dans cet Exercice , & rien n'a
paru plus digne d'admiration que
de vous voir emporter le Prix
fur ceux mesmes qui l'avoient
disputé plus d'une fois dans ces
for
.
EPISTRE.
fortes de Courses , avant que le
Ciel vous eust donné à la France.
Mais ,MONSEIGNEUR,
j'entre inſenſiblement dans une
matiere , qui toute inépuisable
qu'elle est , demande de longues
reflexions pour estretraitées avec
un peu d'ordre . Farreste l'emportement
de mon zele. Je n'en
craindrois rienſi mes forcespouvoient
égaler le profond respect
avec lequel jeſuis &feray toute
ma vie ,
MONSEIGNEUR,
Voſtre tres -humble & tresobeïſſant
Serviteur , D.
PREFACE.
Ceux qui veulent donner des
Pieces pour le troifiéme Extraodinaire
qui paroiſtra le 15.
d'Octobre , font priez de n'attendre
point ſi trad. Comme il
eft d'un caractere plus petit
que le Mercure , il faut plus
de temps pour l'imprimer , &
les premieres feüilles font déja
tirées . On peut s'inftruire de ce
qui regarde les Extraordinaires
par les Préfaces des deux autres.
Quelques-uns ſe plaignent
de n'eſtre point dans le Mercure.
Il faut qu'ils n'ayent pas
lû l'Extraordinaire où ils ſe ſeroient
trouvez. Meſſieurs de
l'Académie de Troyes font de
ce nombre. Ceux qui envoyent
des Explications d'Enigmes dans
les
PREFACE.
les derniers jours du Mois , ſe
devroient épargner cette peine,
puis qu'ils ſçavent que leurs
Lettres ne peuvent arriver
qu'apres que le Mercure où l'on
auroit parlé d'eux , commence
à ſe debiter. La Guerre tient
tant de place dans ce Volume,
qu'on n'a meſme pû mettre tout
ce qui la regarde . C'eſt pourquoy
tous ceux qui ont envoyé
des Ouvrages ſur la Paix , ne
doivent pas eſtre ſurpris s'ils ne
les y rencontrent point. On prie
ceux qui en envoyeront à l'avenir
, de les faire extrémement
courts . On préferera ceux qui
n'auront que tres-peu de Vers,
&dont les penſées feront nouvelles
. La matiere eſt aſſez belle
pour faire trouver quelque
choſe d'extraordinaire. Il ſeroit
à fou
PREFACE.
à ſouhaiter qu'on obſervât la
mefme choſe dans toute forte
d'Ouvrages , c'eſt à dire qu'on
tâchât de les faire courts , &
d'y mettre l'agrément de la
nouveauté , foit pour les penſées
, ſoit pour le tour.
Pag. 1
- MERCURE
GALAΝΤ.
☑oicy , Madame , la dix-
Vhuitiéme fois que je vous
écris , & fi mes Lettres vous
donnent toûjours la meſme fatisfaction
, c'eſt ſans doute parce que vous
n'en avez reçeu aucune dans laquelle
vous n'ayez veu quelque prodige de
conduite & de valeur de noſtre incomparable
Monarque. Ce font des
Tableaux fi merveilleux par euxmeſmes
, que quelques informes
qu'en puiſſent eſtre les traits , on
n'en ſçauroit faire d'ébauche qui ne
vous plaiſe. Quelle joye pour vous,
ſi quelque habile pinceau vous les
faiſoit voir finis ! Les plus grands
Hommes de l'Antiquité n'ont peuteſtre
pas fait en toute leur vie deux
ou trois choſes de cet extraordinaire
éclat qui fait mériter le nom de Hé-
Aoust. A ros;
1
2 MERCURE
ros ; au lieu que la vie du Roy eſt
une ſuite continuelle d'actions furprenantes
qui le mettent au deſſus
de toute forte de Titres. Ce nom de
Héros qui a eſté juſqu'icy la plus illuftre
récompenſe de la valeur , a
pû fuffire à des Conquérans que les
Armes ſeules ont rendus fameux ;
mais fuffira-t-il à un Prince qui ſe
fait encor moins admirer par ſes triomphes
, que par la modération avec
laquelle il conſent à les borner ? On
ſe ligue de tous coſtez contre luy ,
fans pouvoir en interrompre le cours .
Afſuré de vaincre par tout , ils'oppoſe
luy-meſmeà luy-meſme; &pour
donner à toute l'Europe le repos dont
elle a beſoin , il trouve de la gloire
à ceffer d'en acquerir. Quand il veut
bien ſuſpendre ſes Armes , ce n'eſt
point pour joüir luy-meſme de ce
repos qu'il ofre ſi gerréreuſement à
fee ſes Ennemis. Il ne cherche à l'établir
chez eux que pour mieux veiller au
foulagement de ſes Sujets. On en a
veu
GALANT .
3
:
veudes marques par la publication
des Ordonnances dont je vous ay
déja parlé , & on en voit encor tous
les jours par les ſoins que prend ce
grand Prince de faire rendre la juſtice
avec la plus entiere exactitude.
Quoy qu'il ne s'en repoſe que fur
des Perſonnes d'une expérience conſommée
, & de laprobité laplus reconnue
, il ne laiſſe pas ſouvent de
la faire rendre en ſa préſence , & de
travailler luy-meſme à examiner le
fonds des affaires les plus difficiles.
Sa grande penétration fait qu'il en
démefle ſans peine cequi paroiſt eftre
le plus caché ; plus habile qu'Aléxandre
, qui ayant entrepris de dénoüer
le noeud Gordien , ne pût en
venir à bout qu'en le coupant. Le
Roy par fes profondes & vives lumieres
, dévelopa une Affairele dernier
Mois , qui n'eſtoit pas moins
embaraſſée que ce noeud ; & ce qui
doit eſtre admiré dans un Grand
Prince comme luy , c'eſt qu'il de
A2 meu4
MERCURE
meura au Conſeil pendant huit heures
de ſuite. Je ne doute point que
vous n'ayez déja entendu parler de
cette Affaire. Elle eſt ſçeuë de tout
le monde. Ainſi ce ſeroit perdredu
temps , que de vous expliquer en
quoy elle confiftoit. Je vous diray
ſeulement qu'un Etranger , dénué
de toute forte d'appuy , gagna ſon
Procés . Voyez , Madame , fi on n'a
pas lieu d'attendre tout de la justice
de ſa Cauſe , quand on eſt aſſez heureux
pour eftre jugé par le Roy. 11
eſt certain qu'il neſe laiſſejamais prévenir
, & qu'aucune conſidération
n'eſt capable de l'éloigner un moment
de cette droiture qu'il garde en tout
ce qu'il fait. La fermeté qu'il montre
pour ſes Alliez , en eſt une preuve.
Elle est devenue l'admiration de
toute la Terre . Je n'exagere point
en vous le diſant. Je l'ay ſceu des
Païs meſmes où la gloire de Sa Majeſtéa
caufé depuis peu leplus dejaloufie.
C'eſt cet amas de gloire qui
luy
GALANT .
5

e
I
!
+
&
e
E
7
luy a ſuſcité tant d'Ennemis qu'il
ne fongeoit point à ſe faire. Ils ont
eſté étourdis du bruit de ſes Armes ;
&ſoit qu'ils n'en puſſent ſoufrir le
progrés , ſoit qu'ils craigniſſent
qu'on ne les voulut tourner contr'eux
, ils ont crû ſe devoir défendre
avant qu'on euſt fait aucundefſein
de les attaquer. Cette matiere,
toûjours inépuiſable , me mene inſenſiblement
trop loin. Je la quite,
& remets à la fin de cette Lettre à
vous parler de Paix ou de Guerre.
Selon toutes les apparences , ce fera
de Paix . Combien de Feſtes en ſeront
la ſuite ! Il s'en eſt fait une à
Aix en Provence , que je ne vous
dois pas l'aiffer ignorer. Quoy qu'elle
ſoit d'une fort ancienne inſtitution
, elle a eu cette année des
particularitez qui l'ont fait paroiſtre
toute nouvelle. Vous en trouverez
la deſcription dans la Lettre que je
vous envoye. Elle a eſté écrite à un
galant Homme de cette Province
A 3 par
6 MERCURE
:
1
!
par M. l'Abbé de la Valt. Ce nom
ne vous doit pas eftre inconnu. Je
croy vous avoir déja dit quej'avois
enfin découvert qu'il eſtoit l'Autheur
de ces belles Lettres ſur les Enigmes
qui font au commencement de l'Extraordinaire
de Janvier. La maniere
aiſée dont il ſçait tourner les choſes,
ne vous peut promettre qu'une entiere
fatisfaction de tout ce qui vient
de luy.
A MONSIEUR DE ***
AAix en Provence.

On vous a dit vray , Monsieur ; en
vous difant que la Feſte qu'on a de coûtume
de faire icy la veille du jour où
l'on folemnise celle de S. Fean , a esté
remarquable cette année par des circonſtances
qui en ont fort augmenté l'éclat.
Vous voulezque je vous en rende compte
, &je me fais un fort grand plaifir
de satisfaire vostre curiofité.
C'est un usage de la Ville d'Aix , que
ceGALANT.
7
celuy qui a remporté le Prix , abatant
d'un coup de Fufil la teſte d'un Oyſeau ,
que l'on expoſe quelque temps auparavant
, est declaré par les Confuls & les
autres Magistrats , Roy de la Feste ,
qui se nomme icy la Bravade. Il choifit
un Lieutenant & un Enseigne , qu'il
propoſe à l'Hostel de Ville , & que l'on
Y accepte à la pluralité des viox. Ces
trois Officier levent chacun une Compagnie
de Mousquetaires , & tous enſemble
ſe rendant à la Place la plus confidérable
de la Ville , où le Parlement ſe
trouve pour allumer le Feu de S. Jean.
On m'a appris dans la fameuse Bibliotheque
de l'Aurore , que cette Feste
est une coûtume introduite depuis l'an
1256. lors que Charles d'Anjou revint
du Voyage de la Terre Sainte. La fidelité
de la Ville d'Aix luy ſervit à rétablir
l'ordre dans le Païs , &àfaire
- obeir ſes Voiſins, qui avoient appellé les
- Génois & le Roy de Caſtille à leurſecours.
Ilfut fi content de celuy qu'elle
luy presta en prenant les armes pour luy ,
A 4 que
8 MERCURE
que dés ce temps-là il établit le Prix &
la Feſte dont nous parlons , pour l'entretenir
dans l'Exercice de la Guerre . Le
temps , qui change toutes choses , a'introduit
seulement le Fufil, au lieu de
l'Arc des Fleches , & a augmenté
d'année en année la folemnité de la Feſte
par quelque nouvelle circonstance.
Celles qu'elle vient d'avoir méritent bien
destre publiées .
Le Marquis de Grignan ayant tué
l'Oyſeau , & s'estant montré digne , par
la hardieße & Phabileté qu'il eut à tirer
fon coup , d'estre fait le Roy à l'adge
de sept ans , nomma des Enfans de
qualité de son âge , le Marquis de Bouc
pour ſon Lieutenant , & le Chevalier
de la Garde pour fon Enseigne. Се
choix fut reçeu avec applaudiſſement à
l'Hostel de Ville , & vous pouvez croire
qu'on en attendit quelque chose de fort
particulier. Le Marquis de Bouc eft
Fils unique de M. le Premier Prefident
de la Cour des Comptes , qui a toûjours
aimé la gloire &la dépense. L'EnfeiGALANT.
9
ſeigne eſt Fils d'une illustre Veuve Ma-
1 dame la Presidente de la Garde , qui
ſçait le monde à deux cens lieuës dela
Cour , autant que beaucoup de Femmes
qui paſſent leur vieà S. Germain.
Que l'on se represente apres cela , si
l'on peut , toute la magnificence des trois
Compagnies de ces petits Officiers. Iln'y
avoit point de Mousquetaire qui n'attiraft
les yeux , & qui ne les retinst longtemps
, par ses manieres. L'agreable af-
Sortiment de leur parure faisoit paroiſtre
dans leur équipage toute la galanterie
dont il pouvoit eſtre ſuſceptible.
1-
Lors que l'on regardoit la Compagnie
de Grignan qui avoit le Rougepour
Livrée , les Plumes , les Rubans , &
les Echarpes , dont les couleurs estoient
relevées par la Dentelle d'or& d'argent ,
- paroiſſoient autant de feux & de flames.
Elle avoit anſſi pour Deviſe des
Etincelles de feu , avec ce mot , Ignis
præſaga futuri , pour montrer que la
bardieffe , l'esprit , & l'adreſſe du Capitaine
, qui n'estoient que des étincelles
A5 auIO
MERCURE
aujourd'huy , produiroient un jour beaucoup
de feu , & feroient un grand
éclat dans le monde.
Le Bleu meflé au Blanc , & à toute
forte de Point dont les Habits s'estoient
couverts , laiſſoit l'image d'une de
ces admirables diſpoſitions du Ciel , lorsque
les rayons du Soleil y embelliffent la
blancheurdes nuages. Telle estoit la Compagnie
fort nombreuſe du Marquis de
Bouc, qui avoit auſſi pris le corps de
ſa Deviſe dans le Ciel. C'estoit l'Etoile
du matin , avec cette ame , Splendeſcit
ab ortu, pour dire que dés ſon enfance
il brille deja , & fait esperer
qu'il foûtiendra tout l'éclat de cette Famille.
La maniere dont il est élevéfait
connoître qu'on n'oublie rien pour luyfaire
meriter l'avantage d'estre un jour le
quatriéme Premier Preſident en Provence
qui en foit forty.
Le Verdfaisoit de la Compagnie de
la Garde un ſpectacle ſemblable à celuy
de ces belles Prairies , qui ont leur verdure
émaillée de mille belles couleurs , ce
qui
GALANT . FI
qui ſervoit mesme de corps à ſa Devi-
Se; &comme les Chevaliers font élevez
d'une maniere à ne devoir qu'à eux mesmes
tout leur mérite , on avoit donné
ce demy Vers d'ovide à cette Deviſe ,
Per ſe dabat omnia .
Apres que les Compagnies ſe furent
jointes au Palais , où l'on alla prendre
le Roy , elles se mirent en marche dans
les Ruës les plus conſidérables de la Ville.
Le Roy Salüoit à coups de Mousquet
, le. Lieutenant avec sa Pique ,
l'Enseigne avec ſon Drapeau , & ils
s'en acquitoient tous d'un si bon air ,
qu'ils s'attiroient l'applaudißement de tout
lemonde.
Les Dames estoient fur les Balcons ,
& apres avoir reçeu les Salves , elles
prodiguoient les plus beaux Fruits de la
Saiſon , &les plus excellentes Liqueurs
pour rafraîchir ces galantes Troupes.
Elles voulurent auſſi que leurs Enfans
eußent part à cette Feste. On en
choiſit une Compagnie de cinquante , que
Pon habilla en Suiſſes , & qui , mal-
A6 gré
12 MERCURE
gré ce déguisement , paroißoient autant
de petits Amours. On n'avoit rien êpargné
pour les embellir. Ils estoient à la
teste des Compagnies. On y avoit meſslé
un Perſonnage burlesque. C'estoit un
Nain d'une figure fort extraordinaire.
Il a un pied de barbe , &w'en a pas
deux de hauteur. Il appartient à un
Homme de qualité , qui avoit pris plaifir
à le faire inſtruire à joüer de la Halebarde.
C'est un de ces Maistres , qui
Sçavent metamorphofer tout leur monde
en habiles Gens.
Famais on n'entendit plus de Tambours
, plus de Fifres, ny plus de Mous
queterie. Le feu estoit auſſi grand ,
quà quelqu'un de ces Sieges fameux que
Ponaveus durant ce Regne.
La nuit donna une nouvelle décoration
à cette Feste . Le Marquis de Grignan
traite à table, ouverte touteſa Compagnie,
& le Repas fut ſuivy d'un Feu
d'artifice de l'invention d'un Liegeois , qui
faisoit un Effay de celuy où il eſpere eſtre
employé, lors que la Paix fera publiée.
CeGALANT.
13
Cependant il y eut une agreable Repreſentation
du Miſantrope chez une
belle Parente du Marquis de Bouc.
Elle avoit voulu ſe charger de cettepartie
de la Feste. La Comédie fut ſuivie
d'une magnifique Collation , & terminée
par un Bal qui dura juſques
aujour.
Tout estoit en Feste. L'Enseigne avoit
chez lay une Symphonie admirable.
On pouvoit prendre part aux Divertiſſemens
diférens que ces Officiers avoient
préparez. Leur varieté donnoit un
nouveau raviſſement. Les yeux qui avoient
esté enchantez ce jour- là par
mille ſpectacles ſurprenans , trouverent
de nouveaux charmes au Bal , dont ils
furent plus contens que de tout le reſte.
On voit icy les plus belles Femmes qui
Soient dans le Royaume ; & la difpofition
qu'elles ont naturellement pour la
Danſe, ſert infiniment à mettre enoeuvre
tout l'éclat de leur beauté.
Enfin , Monfieur , toutſe paſſa avec
unefi entierefatisfactions de tout lemon-
A 7
de
د 14
MERCURE
de , que depuis longtemps on n'avoit point
veu unesi belle Feſte dans la Province.
Ilſera peut- estre mesme difficile qu'on y
en voye jamais une ſemblable.
Les Deviſes dont il eſt parlédans
la Deſcription de cette Feſte , me
font ſouvenir de ce que vous m'avez
mandé de la part de vos Amies
fur celles quelles ont trouvées dans
ma Lettre du dernier Mois. Elles
auroient ſouhaité de les voir gravées
, & c'eſt un plaiſir que je confens
volontiers à leur donner. Faites
leur examiner cette Planche. Elle
contient les Deviſes de l'une &
de l'autre Feſte , je veux dire d'Aix
& Montpellier.
Si j'avois ſçeu l'intereſt que vous
prenez à la mort de M' le Chevalier
Dailly, je n'aurois pas attendu ſi- tard
à vous donner des nouvelles de l'Occaſion
où il a péry pour le ſervicedu
Roy. Il est vray qu'aucune Relation
publique n'en a parlé, &je ne vous
puis dire par quelle forte d'oubly
jay
{
4
a
:
5
GALANT.
j'ay negligé moy-mefme de vous
apprendre ce que j'en ay ſçeu dés la
fin de Juin. Voicy en peu de mots
ce que porte la Lettre d'un Officier
qui estoit preſent à l'Action. M du
Queſne dont la réputation vous eſt
connuë , ayant envoyé une Felouque
à Coliovre , apprit avec . joye
qu'il y avoit huit Vaiſſeaux Eſpagnols
devant Barcelone. Il réſolut
auffi- toſt de les aller brûler ſous le
Canon meſme de la Ville. Le fuccés
de ce deſſein dépendoit de la
promptitude qu'on apporteroit à l'exécuter.
Ainſi le 23. de May il fit
force de voiles avec ſes dix Vaiffeaux
& deux Brûlots ; mais il fut bien
furpris , quand le 26. eſtant arrivé
au Cap de Joüis à neuf heures du
matin, il ne découvrit que deux
Vaiſſeaux où il avoit eſperé en trouver
dix. L'un estoit Eſpagnol , &
mit pavillon au grand Maſt. L'autre
qui estoit un Vaifſſeau Marchand
Anglois, ſe haſta de prendre le large
16
MERCURE
ge, s'imaginant bien qu'apres l'Action
de Palerme il eſpereroit inutilement
qu'on luy fiſt quartier. Sur
les deux heures apres midy , M'du
Queſne détacha trois Vaiſſeaux avec
un Brûlot , accompagné de toutes
les Chaloupes de l'Armée. Le Fleuron
fut le premier qui alla moüiller
par le travers de l'Eſpagnol ſous le
commandement de M' de Sepville,
qui fit tres-bien ſon devoir. Il n'en
faut point d'autre témoignage que
fes bleſſures. M' Derlingue montoit le
Vaillant, qui alla moüiller de la mefme
forte , & fut ſuivydu Sanspareil.
Mr le Chevalier Dailly le commandoit.
Il eut le bras emporté d'un coup
de Canon que l'on tira de la Ville, &
mourut trois heures apres. Cependant
ces trois Vaiſſeaux firent un ſi
grand feu , que la fumée du Canon
couvrit le Brûlot. Ainſi il trouva
moyen d'arriver ſur le Vaiſſeau Ennemy
, qu'il brûla entierement. Ce
ne fut pourtant qu'apres une vigoureuGALANT.
17
i-
..reuſe défence. Il avoit cinquante
Piecés de Canon , & 250. Hómmes
fort braves. Quelques François
priſonniers qui estoient dedans , fe
jetterent en Mer. On en prit cinq
qui rapporterent que le Vaiſſeau s'appelloit
la Génoiſe ; qu'il eſtoit arrivé
de Naples la veille de Paſques , &
que c'eſtoit par luy qu'on avoit reçeu
la premiere nouvelle de Meſſine
abandonnée par nous aux Eſpagnols .
S
| -
U
le
e
Il y a de la deſtinée en bien des
choſes. Si vous en doutez ce que
j'ay à vous dire vous en fera demeurer
d'accord. Un Gentilhomme de
Province , venu à Paris pour un
Procés , s'eſtoit logé dans une Auberge
dont le Maiſtre le connoiſſoit
depuis dix ans. Il eſtoit bien fait
-de ſa perſonnne , agreable dans la
converſation , & affez riche pour
trouver des Partys fort avantageux ,
s'il euſt voulu donner dans le Sacrement
; mais la liberté luy plaiſoit,
ou plutoſt ſon heure n'eſtoit point
בו
en
18 [ ERCURE
une
encor venuë , car quand elle frape ,
il n'y a plus moyen de diférer. Sa
Chambre donnoit ſur la Ruê. L'impatience
devoir revenir un Laquais
qu'il avoit envoyé en Villé , luy
fit mettre la teſte à la feneftres , &
ſés yeux furent agreablement arreſtez
par une belle Perſonne qui fit la
mefme choſe que luy dans le mefme
temps. Elle estoit dans
Chambre oppoſée directement à celle
du Cavalier ; & un bruit de Peuple
dont elle vouloit ſçavoir la cauſe
, l'avoit obligée à ſe montrer .
C'eſtoit une Brune d'une beauté furprenaute.
De grands yeux noirs pleins
de feu , la bouche admirable , le
nez bien taillé , & leteint auſſi vif
qu'uny. Le Gentilhomme charmé
d'une ſi belle Voiſine , luy fit un falut
qui luy marqua l'admiration où
il eſtoit. Il luy fut rendu d'un air
férieux , quoy que fort civil; & la
rumeur ayant ceflé dans la Ruë , cette
aimable Perſonne ſe retira au grand
déGALANT.
19
déplaifir du Cavalier qui la regardoit
de tous ſes yeux. La Porte de
ſa Maiſon qui estoit affez petite ,
luy fit croire qu'il n'auroit pas de
peine à s'introduire chez elle comme
Voiſin , & dans cette penſée il demanda
à ſon Hoſte qui elle eſtoit ,
& quelles pouvoient eſtre ſes habitudes.
L'Hoſte luy apprit que depuis
un an elle occupoit une partie
de cette Maiſon avec ſa Mere ; qu'elle
avoit de la naiſſance & peu de
bien ; qu'il n'y avoit rien de plus
régulier que ſa conduite; que tout
le monde en parloit avec grande eftime
, & qu'il n'y avoit que des
propoſitions de Mariage qui pûſſent
obliger la Mere à écouter des Gens
comme luy. Le Cavalier trouva le
le party facheux. Il aimoit les belles
Perſonnes , mais non pas juſqu'à
vouloir épouſer. Cependant il demeura
ferme dans la réſolution de
viſiter. Il prit la Mere par fon foible
, & luy ayant fait entendre qu'il
luy
20 MERCURE
luy venoit demander ſa Fille pour
un Amy qui en eſtoit devenu paffionnément
amoureux , il fut reçeu
favorablement. Il donna du Bien &
une Charge conſidérable à cet Amy ;
&comme il eſtoit Maiſtre du Roman
, il l'embellit de tout ce qui
le pouvoit rendre vray-femblable.
L'Amy eſtoit à la Campagne pour
quinze jours. Des affaires importantes
l'y avoient mené , & il devoit
luy écrire le ſuccés de ſa négotiation.
On fut content de tout , pourveu
que les choſes ſe trouvaſſent telles
qu'on les propoſoit. La Mere
s'informa du Cavalier dans ſon Auberge.
On luy dit qu'il eſtoit tresriche
, d'une des plus conſidérables
Maiſons de ſa Province , & fi fort
en réputation d'Homme d'honneur ,
qu'on pouvoit s'aſſurer ſur ſa parole.
Cependant il joüoit un Rôle affez
delicat ; mais comme il avoit de
l'eſprit, il ne s'en embaraſſoit pas.
Il faifoit fon compte de voir laBelle
GALANT . 21
le le plus longtemps qu'il pourroit
fur le pied d'Agent , & croyoit fortir
d'affaire par un Amy qui feroit
le paſſionné pendant quelques jours ,
& romproit en ſuite ſur les Articles ,
mais il fut la dupe de luy-meſme à
force de voir. La taille de cette aimable
Perſonne fut une nouvelle beauté
pour luy , & il acheva de ſe
perdre en l'entretenant . Sa douceur,
ſon honneſteté , ſon eſprit , tout
l'enchanta. Il ſupoſoit tous les jours
quelque Lettre de fon Amy qu'il
faiſoit voir à la Mere , & elle luy
ſervoit de prétexte pour des viſites
qui ne le laiſſoient plus maistre de
ſa raiſon. La Belle ne s'engageoit
pas moins que luy , & il luy diſoit
quelquefois des choſes ſi paſſionnées ,
qu'elle estoit contrainte de la faire
| ſouvenir qu'il s'égaroit. Un mois
entier s'eſtant écoulé ſans qu'il amenaſt
ſon Amy , la Mere qui craignit
d'eſtrejoüée , le pria de neplus
revenir chez elle , tant qu'il n'au
roit
22 MERCURE
roit que des Lettres à luy montrer.
Il ſe plaignit à la Belle de la cruauté
de cet ordre. Cette charmante
Perſonne luy répondit qu'elle vouloit
bien luy avoüer , que l'impatience
de voir l'Epoux qu'on luy deſtinoit,
n'avoit rien qui la tourmentaſt
, mais qu'elle avoit ſes raiſons
pour n'eſtre pas fâchée que ſa Mere
luy euſt fait la défenſe dont il ſe
plaignoit. Le Cavalier comprit ce
qu'il y avoit d'obligeant pour luy
dans cette réponſe , & en ſentit
augmenter ſa paffion. Il n'oſapourtant
continuer ſes viſites le lendemain;
& ce jour paſſe ſans voir ce
qu'il adoroit , luy parut un fiecle.
Il voulut ſe faire violence pour en
paffer encor quelques-uns de la mefme
forte , afin de s'accoûtumer à ſe
détacher; mais le ſuplice eſtoit trop
rude pour luy , & l'habitude déja
trop formée. Apres de longues agitations,
l'amour l'emportaſur l'averſion
qu'il avoit toûjours euë pour
les
1
ALANT .
23
les engagemens qui pouvoient tirer
àconféquence. Il retourna plus charmé
qu'auparavant , où il connut trop
qu'il avoit laiſſé fon coeur ; & pour
_ arreſter les plaintes qu'on commençoit
déja de luy faire , il débuta
par une Lettre de fon Amy qui arrivoit
ce meſme jour , & quidevoit
venir confirmer le lendemain toutes
les afſurances qu'il avoit données
pour luy. Cette nouvelle fut reçeuë
diverſement. Autant que la Mere
en montra de joye , autant la Fille
en eut de chagrin. Il fut remarqué
du Cavalier qui s'en applaudit , &
qui eut la rigueur de la préparer à la
reception de l'Epoux qu'on luy promettoit
depuis ſi longtemps . Elle ne
ſe ſentoit pas le coeur affez libre
pour ſe réjoüir de ſon arrivée , &
paſſa la nuit dans des inquiétudes
qu'il ſeroit difficile de ſe figurer.
L'heure de la viſite eſtant venuë ,
le Cavalier entra le premier. La
joye qu'il fit paroiſtre de ce qu'il
A
eftoit
24 MERCURE
eſtoit enfin en état de tenir parole ,
fut un nouveau ſujet de chagrin
pour cette belle Perſonne, mais ce
chagrin n'approcha point de la furpriſe
où elle ſe trouva , en voyant
entrer apres luy unHomme à manteau
, & auſſi Bourgeois par ſon équipage
que par fa mine. La Mere le
regarda , la Fille rougit, & il ne ſe
peut rien de plus froid que la civilité
dont elles payerent le ſalut qu'elles
en reçeurent. Le Cavalier eſtoit
dans un enjoüement extraordinaire,
& leur dit cent choſes plaiſantes fur
le ſérieux avec lequel elles recevoient
une Perſonne qu'il croyoit leur devoir
eſtre ſi agreable. L'Homme à
manteau le laiſſa parler longtemps
fans l'interrompre , & ayant enfin
demandé ſi on ne vouloit pas dreffer
les Articles , il fut fort furpris
d'entendre dire à la Belle qu'il n'y
avoit rien qui preſſaſt , & que la
choſe luy eſtoit affez d'importance
pour luy donner le temps d'y pen
fer ,
GALANT.
25
ſer. Cette réponſe , & la manieredédaigneuſe
dont elle regardoit l'Epoux
prétendu qu'on luy avoit fait attendre
depuis un mois , mirent le Cavalier
dans des éclats de rire , qu'il
luy fut impoſſible de retenir. Ils furent
tels , que la Mere & la Fille
commencerent à s'en fâcher ; mais il
n'eut pas de peine à faire ſa paix , &
elles ne rirent pas moins que luy
quand il leur eut appris qu'il eſtoit
luy-meſme cet Amy dont il leur
avoit parlé , & que celuy qu'ils
voyoient eſtoit un Notaire qu'il
avoit amené pour dreſſer le Contract
de Mariage. Jugez de la joye de la
Belle , quines'attendoit à rien moins
qu'à une ſi agreable tromperie , &
quis'eſtant laiſſée inſenſiblementprévenir
pour le Cavalier , ne ſoufroit
plus qu'avec peine qu'on parlaſt de
la marier avec ſon Amy , quelque
honneſte Homme qu'elle pût le croire.
Les Articles furent fignez , &
la grande Cerémonie ſe fit un des
Aoust. B der-
1
26 MERCURE
derniers jours de l'autre Mois .
Voila , Madame , ce que le hazard
produit quelquefois . Je connois
un Cavalier voyageur , qui auroit
peut-eftre pris un pareil engagement
, ſi on voyoit les Femmes en
Italie avec la meſme liberté qu'on
les voit en France. Il a paſſé une
partie de l'Hyver à Gennes. Les
réjoüiſſances du Carnaval y font grandes
; Il les voulut voir , & allapour
cela dans la belle Ruë qu'on apelle
Strada nuova. Elle eſt pavée de marbre
de diverſes couleurs , & bordée
de hauts Portiques auſſi de marbre ,
qui forment deux autres Ruës , couvertes
de Palais tres- ſomptueux. Il
s'y promenoit accompagné d'unGénois
qui s'eſtoit engagé à luy faire
voir les divertiſſemens de cette Saiſon.
Ils conſiſtent en de pompeuſes
Mascarades , & en divers Jeux magnifiques
, en faveur deſquels le beau
Sexe eſt diſpenſé pendant quelques
apreſdînées de la retraite qu'on luy
fait
GALANT..
27
fait garder dans les autres temps. Les
jeunes Demoiselles ont permiſſion
de ſe mettre à leurs feneftres pour
voir ces Jeux. Ellesy paroiſſent dans
leurs plus fuperbes ajuſtemens. L'or,
l'argent , & les pierreries , ybrillent
en confufion , & relevent admirablement
l'éclat qu'elles tirent de leur
beauté. Il ſe fait alors une infinité
de combats galans entre ces belles
Perſonnes & les Cavaliers qui courent
les Ruës , les uns maſquez , les
autres ſans maſque. Ces combats ſe
font à coups d'oeufs qui ont eſté
vuidez & remplis d'eaux de ſenteur.
Le Gentilhomme François ne pouvoit
ſe laffer de voir cette profuſion
de richeſſes qui ſoûtenoit avec tant
de faſte le titrede Superbe que laVille
de Gennes s'eſt acquiſe. Apres
avoir jetté quelque temps les yeux
de tous coſtez , il les arreſta ſur un
Balcon où eſtoit une jeune Demoifelle
toute charmante. Elle s'apperçeut
de ſon attachement à la regar-
B2 der ;
28 MERCURE
der; & foit que la perſonne du François
luy plût , ſoit qu'elle vouluſt
récompenfer la préference qu'il ſembloit
luy donner par ſes regards ſur
toutes celles de ſon âge , elle luy
jetta pluſieurs oeufs dont elle avoit
fait proviſion . Il en demeura tout
parfumé , & jamais il n'avoit fait
tant de revérences qu'il en fit pour
remercier la Belle de cette faveur.
Il ſe tint toûjours en lieu où il la
pût voir tant qu'elle parut au Balcon;
&quand elle s'en retira , la Feſte
fut finie pour luy. Les charmes de
fon viſage , & la maniere obligeante
dont elle l'avoit diftingué des autres,
toucherent tellement ſon coeur , qu'il
conjura ſon Amy avec des empreffemens
extraordinaires , d'imaginer
un moyen qui luy puſt donner l'avantage
de l'entretenir. Vous jugez
bien , Madame , que s'il euſt pû ſe
faciliter quelque accés chez elle ,
cette connoiffance auroit eu des ſuites;
mais les Loix du Païs ont une
ſeveGALANT.
29
1
e
ſeverité qui ne ſoufre auxHommes
aucune communication avec le beau
Sexe , & il faut ſe contenter de voir
quand l'occaſion de quelque Feſte en
donne le privilege. Ce que je vous
ay dit des ajuſtemens où l'or & les
pierreries ſont prodiguées , eſt une
choſe commune parmy ceux de cette
Ville, où tout le monde ſe pique
d'eſtre ſomptueux. Cela vous paroiſtra
par les préſens qu'un Illuſtre
Génois a fait en ſe mariant depuis
quelques mois. Il eſt de la Maiſon
des Pallavicini , Neveu du Cardinal
de ce nom , & a épousé la Princeſſe
de Venafro , Fille de la Princeſſe
Roſſane , à laquelle il envoya ce qui
fuit.
Une Corbeille de Filigrane , avec
douze Bourſes , & trois mille Ecus
d'or .
Une autre Corbeille dans laquelle
il y avoit un tres-beau Colier de perles
; deux Bracelets à deux tours de
perles ſemblables à celle du Colier;
B 3 une
30
【ERCURE
1
:
une Paire de Pendans d'oreilles de
diamans , avec deux perles tres-groffes
faites en poire ; & deux autres
Bracelets de diamans .
Trois Baſſins remplis de ſeizeHabits
de draps d'or , avec de ſuperbes
broderies ; & deux autres , l'un de
dentelles d'or , d'argent & de ſoye ,
& l'autre de Points d'Angleterre &
de Veniſe. Je ne vous parle point
des autres Baffins pleins de Rubans,
de Coifes , d'Eventails , & de Gants
de toutes les fortes , outre cinq Chapelets
de pierres prétieuſes , & quantité
de Médailles d'or & d'argent.
Il envoya un Tableau de mille écus
à la Princeſſe Roſſane. Le Carroffe
qu'il a donné à la Princeſſe ſa Femme,
eſt eſtimé dix mille écus , & l'on
fait monter juſqu'à vingt mille la
dépenſe qu'il a faite pour orner un
des trois Appartemens qu'il a fait
meubler dans ſon Palais. Il y a une
quantité ſurprenante d'argenterie.
Tout cela, dit- on, luy couſte cent
foixan
GALANT .
31
foixante & dix mille écus . La Princeſſe
Roſſane luy a envoyé une Canne
dont la pomme eſt toute garnie de
diamans , & la Princeſſe ſa Femme
une fort belle Montre enrichie auſſi
de diamans avec ſon Portrait. Jene
doute point que lamagnificence des
Nopces qui ſe ſont faites à Freſcati,
n'ait répondu à ce que la richeſſe des
préſens en a fait attendre. C'eſt une
Feſte dont je vous laiſſe imaginer la
beauté. Comme apparemment elle
ne s'eſt pas faite ſans ſymphonie ,
ellemefait ſouvenir de l'engagement
où je me fuis mis avec vous de vous
envoyer tous les mois des Airs nouveaux.
En voicy un de la compoſition
de M. Goüet Maiſtre de Muſique
des Dames Religieuſes de Lonchamp.
On m'a dit que les Paroles
eſtoient de M. de Lignieres.
AIR NOUVEAU.
Ma raiſon veut que jeme vange.
Lajeune Caliſte me change,
B 4 Fo
32
MERCURE
Je ſçay qu'un autre Amant luy plaift;
Mais cette Bergere est fi belle ,
Que toute infidelle qu'elle est ,
On me verra mourir pour elle.
Je vous manday en haſte la derniere
fois que Me Deſmaretz avoit
eſté reçeu Intendant des Finances en
la place de M Marin. Il eſt ſi genéralement
eſtimé , qu'on peut dire
que toute la France luy a eſté faire
compliment fur le choix que Sa Majeſté
a fait de ſa Perſonne pour cet
important Employ. Quoy qu'il ſoit
fort jeune , il a toutes les lumieres
qu'on luy pourroit ſouhaiter pour
s'en acquiter avec gloire. Il n'y a
pas lieu d'eneſtre ſurpris , puis qu'il
lesa puiſées dans une fource qui n'en
peut communiquer que de tres-vives.
Il eſt Neveu de Monfieur Colbert ,
&c'eſt ſous ce Grand Miniſtre qu'il
a étudié les Finances. Les principales
Affaires qui les regardent , ont
paffé par ſes mains dans les fonctions
qu'il a faites de la Charge de Maiſtre
des
GALANT.
33
des Requeſtes. Il a eſté Raporteur
des plus difficiles , & on a toûjours
admiré la facilité avec laquelle on
luy aveudéveloper cequ'elles avoient
d'épineux. Cette heureuſe pratique
des premieres Leçons qu'il avoit priſes
, donne lieu de croire qu'il fervira
tres-utilement le Roy. C'eſt
toutque de joindre beaucoup dezeleà
une haute capacité. On peut ſe
repoſer ſur M' Defmaretz de l'un&
de l'autre. Vous ſcavez qu'il y a
déja quelques années qu'il a épousé
Mademoiselle de Bechameil. Je ne
vous dis point qu'il eſt obligeant ,
civil & honneſte. Tant de Perſonnes
qui ont tous les jours affaire à
luy, rendent témoignage de ces veritez
, qu'il feroit inutile d'adjoûter
rien à ce qu'on leur entend publier.
Je ne vous puis encor envoyer
l'Elegie du jeune Marquis. Il me
la refuſe ſur le prétexte d'y vouloir
mettre laderniere main . A vous dire
ce que j'en croy, le nom d'Autheur
B5
l'é34
MERCURE
l'épouvante , & il craint qu'on ne
luy faffe un crime d'avoir fait des
Vers. Il eſt vray qu'il ſeroit à ſouhaiter
que ceux qui n'en font que
de méchans y renonçaſſent; mais il
me ſemble que pour eſtre de qualité,
il n'en doit pas eftre plus honteux
de faire paroiſtre qu'on a de l'eſprit.
Je pourrois nommer quantité de Perſonnes
conſidérables par leurs Dignitez
& par leurs Emplois , ſans en
excepter mefme les Princes , qui ſe
connoiſſant du talent pour la Poëfie,
n'ont point dédaigné de l'exercer. Ils
n'avoient pas le ſcrupule qui arreſte
&noftre jeune Marquis , & un fort
galant Homme que je connois. Il
aime les Vers , en fait de tres-beaux,
& voudrot s'abandonner à ſon génie
, mais il eſt d'une naiſſance qui
luy fait appréhender qu'on ne regarde
cet amusement comme une occира-
tion indigne de luy. C'eſt la-deſſus
qu'il a fait la Piece que vous allez
voir.
A MONGALANT
.
35
A MONSIEUR **
EPISTRE.
Rare & charmant Esprit dont les ſçavantes
veilles
Tous les jours au Public donnent tant de merveilles
;
D'un rigoureux bon ſens fidelle Sectateur ,
Toy qui connois fi-bien le veritable honneur ,
Souffre que mon chagrin, ſans que rien le retienne
,
Appelle ta raiſon au ſecours de la mienne .
L'Art de faire des Vers, cet Art doux & charmant
,
Où l'Esprit attaché s'exerce innocemment ,
N'est-il venu des Cieux que pour la Populace,
Et n'a-t-on jamais vû de Nobles auParnaſſe?
Dés mes plus jeunes ans charmé de ce mestier
F'y perdis en ſecret de l'Encre & du Papier.
Je n'estois pas inſtruit des loix de la Grammaire
,
F'aymois déja les Vers & je brûlois d'enfaire.
L'Heureux temps arriva , ſouhaité tant de
fois ,
Où du Vers des Latins on m'expliqua les loix,
Fier alors de ſçavoir ajuſter un Dactile
Je n'esperois pas moins que d'égaler Virgile ;
Me flatant d'effacer la gloire de fon nom ,
Fimitois de ses Vers la cadence & le fon ,
B6 Et
6 MERCURE
1
Et j'avois ſur le plan de ſa vaſte Enéïde
Commencé les travaux d'Alexandre &d'Alcide.
Heureux sans le chagrin d'un maudit Pre--
cepteur
Qui ne put approuver mon indiscrete ardeur .
Il m'en bláma ſouvent, la verge & la férule
Reprimerent ſouvent ma verve ridicule .
Ces maux , ny de plus grands que j'ay depuis
ſoufferts ,
Ne m'ont jamais rendu moins ardent pour les
Vers .
Ma Muſe begayante estoit encor Latine
Quand je vis par hazard Bajazet de Racine.
Je le lus & relus , je m'en laiſſay charmer ,
Fe goustay nostre Langue &je voulus rimer.
Je quittay la Province , & pour former ma
veine
Jeſuivis Apollon ſur les bords de la Seine.
Le Monde cependant a blaſmé mes deſſeins ,'
Fay fervy de matiere à mille contes vains ,
Chacun de mon étude ou ſe rit ou s'offence.
Vieilliſſez, me dit-on, plûtoſt dans l'ignorance,
Que de joindre aux beaux noms qu'ont porté
vos Ayeux
De Poëte & d'Autheur le titre injurieux.
Dy-moy donc , maintenant que tu ſçais mon
hiſtoire ,
Si je me deshonore en cherchant de la gloire ,
Si fuivant un panchant que le Ciel m'adonné,
Fe
GALANT.
37
Je foüille par mes Vers le ſang dont jeſuis né,
L'ingenieux Horace & le fameux Virgile
Qu'éloignoit de la Cour leurnaiſſance ſervile,
Se virent par leurs Vers eſtimez & cheris .
Et du Maistre du Monde , & de ſes Favoris,
Rome entiere oublia leur indigne naiſſance.
Plus d'un Roy ſupliant brigua leur connoiſſance,
Implora leur credit , & se fit un honneur
D'avoir de tels Patrons aupres de l'Empereur,
Ovide ne crut point meſme dans ſa vieilleſſe
Que le titre d'Autheur fiſt tort à ſa Nobleffe,
Ny qu'un jour tant de Vers confiez au Papier,
Puſſent le degrader du rang de Chevalier.
Ceux parmy les Céfars dont on voit que l'Hiſtoire
Avecque plus d'éclat a conſacré la gloire ,
Pour monter au Parnaſſe&pour faire des Vers,
Se déroboient ſouvent au ſoin de l'Univers ;
Auguste le faisoit , le Grand Fule luy-meſme
Aparmy ſes Ecrits laiſſé plus d'un Poëme.
Enfin nous avons veu ce fameux Cardinal
Dont le vaſte genie à l'Espagne fatal
Fit voir en abaiſſant l'Autriche trophautaine
Un coeur plus que Romain ſous la Pourpre
Romaine.
Accablé qu'il estoit de mille grands Emplois ,
A rimer cependant s'amuser quelquefois .
Afin qu'aucun respect ne geſnaſt les ſuffrages,
Sous des noms empruntez il montra fes Ouvrages
,
B7 Et
38 MERCURE
Et ne fit qu'imiter ce fameux Dictateur
Par qui Rome en Afrique établit ſagrandeur,
Dont les Vers tant de fois adoptez par Terence
Ont contre cet Autheur armé la médiſance ,
Et fait dire aux jaloux qu'avec tont fon Efprit
Sans le Grand Scipion Terence euſt moins écrit
Tant d'Exemples fameux dont on feroit un
Livre ,
Semblent rendre innocent l'employ que je veux
Suivre ;
Mais sur un faux éclat je puis avoirjugé ,
Et les choses peut- estre & les temps ont changé.
Prononce fur ce point , je t'en fais ſeul Arbitre.
Ton avis quelque jour me fervira de Titre ,
S'il est vray que la loy d'un cruelpoint d'honneur
Ait au Noble interdit le meſtier de Rimeur ,
Fy renonce , & je vais dans quelque Me-
Stairie
Paſſer en Campagnard ma languiſſante vie .
M' l'Abbé Daguille eſt mort depuis
quelques jours , univerſellement
regreté. Il n'y avoit perſonne
à la Cour qui ne l'eſtimaſt. Ily ſçavoit
ſi bien vivre, & s'estoit acquis
la
GALANT .
39
la réputation d'un ſi parfaitement
honneſte Homme , que ceux de ſes
Amis qui estoient broüillez avec
d'autres , croyoient n'avoir aucun fujet
de ſe plaindre de l'égalité qu'il
gardoit pour les deux Partys , tant
ils ſe répondoient du fonds de fon
coeur. M'le Mareſchal de Gramont,
que les fauſſes apparences n'ont jamais
eſté capables d'ébloüir , avoit
pour luyune conſidération tres-particuliere.
L'honneur qu'il luy avoit
fait de le nommer Executeur de fon
Teſtament , en eſt une marque.
Je vous ay promis de vous rendre
compte du Mariage de M' le
Duc de Rohan avec Mademoiselle
de Vardes. Il faut vous tenir parole.
Quoy que ces deux Maiſons vous
foient connuës , je répondrois mal
' à ce que je ſçay que vous attendez
de moy , fi je n'entrois pas dans le
détail de leur ancienneté& de leur
nobleſſe. Ily en a peu en France qui
l'emportent là deſſus ſur celle de Chabot
40
MERCURE
bot dont M le Duc de Rohan eſt
forty Il ne faut que lire ce que
Meſſieurs de Sainte Marthe en ont
écrit. Renaud Chabot fut marié avec
Iſabelle de la Rochechoüart Heritiere
d'Aſpremont , de Brion & de
Clervaux, dont il eut Antoine Chevalier
de Malte , Grand Prieur de
France , & Jacques Seigneur de Jarnac
& de Brion . Ce Jacques époufa
Magdelaine de Luxembourg de
Fiennes , & en eut Philipes I. Admiral
de France , & Charles qui a
donné commencement à la Branche
des Barons de Jarnac. Cette Branche
s'eſt alliée de preſque toutes les
plus grandes Maiſons du Royaume.
Celle des Chabots n'a pas moins fait
de bruit par la mérite , & par tout
ce qui pouvoit ſoûtenir les avantages
qu'elle avoit du coſté de la naifſance.
Philipes 11. Seigneur de
Brion , Comte de Buſançois & de
Charny , estoit Favory de François
I. il fut Admiral de France , GouverGALANT.
41
1
verneur de Normandie , brave ,
ſpirituel , & laiſſa un Fils nommé
François , qui eut la Charge de
Grand Ecuyer de France. Depuis ce
temps-là tous ceux de cette Famille
ont efté Chevaliers de l'Ordre ,
&font entrez dans de grandes Alliances.
Je ferois trop long fi je les
nommois. Je vous diray ſeulement
que Charles Chabot eut la Duché
de Rohan de Marguerite ſa Femme
qui en estoit Heritiere. Vous ſçavez
combien cette Maiſon eſt Illuftre.
Elle eft entrée dans beaucoup
d'Alliances conſidérables , & entr'autres
dans celles du Comte d'Alençon
Frere du Roy Philipes de Valois
, & de Philipes Roy de Navarre
, dont ſont ſortis les Princes de
Guimené , les Ducs de Montbazon ,
les Seigneurs de Gié , & depuis plus
de ſept- vingts ans , les Vicomtes &
Ducs de Rohan , qui ont eu des Alliances
avec Charles II . & François
I. Roys de France , & avec René
Duc
42
MERCURE
Ducde Lorraine, &Jean de Baviere
Duc des Deux- Ponts , Palatin du
Rhin. Je ne vous parle point d'Alain
Vicomte de Rohan , iſſu des anciens
Comtes de Vannes , qui vivoit il y a
plusde cinq cens ans , &qui épouſa
Conſtance Soeur unique de Conan
Duc deBretagne. Henry II. Duc de
Rohan , Pair de France , Lieutenant
General des Armées du Roy, mourut
l'an 1638. de lableſſure qu'il reçeut
à la Bataille de Rhinfeld , apres avoir
donné en pluſieurs occaſions des Marques
de ſa valeur', de ſon eſprit , & de
ſa conduite. De ſon Mariage avec
Marguerite de Bethune , Fille de
Maximilian de Bethune , Duc de
Sully, eſt fortie Marguerite de Rohan
, Heritiere de la Duché & du
Nom . Elle époufa Charles Chabot
Seigneur de Sainte Aulaye , & c'eſt
d'où eſt venu M'le Duc de Rohan
dont nous parlons. Mademoiselle de
Vardes qu'il vient d'épouſer , l'a fait
entrer dans la Famille du Bec-Creſpin
,
GALANT. 43
ſpin , qui tire ſa ſource de Meſſire
GuillaumeCreſpin, Chevalier, Conneftable
de Normandie.On a veu dans
cette Maiſon un Conneſtable de France,
un grand Seneſchal de Normandie,
un Archeveſque de Narbonne , des
Ambaſſadeurs , & pluſieurs autres
grands Perſonnages . Jean du Bec, Seigneur
de Bourry, s'allia avec Marguerite
de Roncherolles , Dame de Vardes,
Fille de Charles de Roncherolles,
Baron du Pont S. Pierre. Ils eurent
. Charles du Bec, Seigneur de Bourry
& deVardes , Chevalier des Ordres
du Roy, Vice-Admiral de France, qui
épouſa Magdelaine de Beauvilliers-
S.Aignan. De cette Alliance fortirent
trois Fils & une Fille ; ſçavoir, Charles
duBec, Baron de Bourry; Philipes
du BecArcheveſque de Rheims, Duc
& Pair de France , Commandeur
des Ordres du Roy , & Maiſtre de
la Chapelle de Sa Majesté ; & Pierre
de Vardes , qui a fait la Branche
de Vardes. Je laiſſe toutes les Allian44
MERCURE
liances de cette Maiſon , & ceux
qui ont précedé René du Bec, Marquis
de Vardes , Grand' Pere de M'
de Vardes d'aujourd'huy. Il eſtoit
Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur
de la Chapelle , & fut marié
deux fois ; l'une , avec Helene
d'O , Fille de Charles d'O , Seigneur
de Franconville ; l'autre , avec Ifabelle
de Coucy , Marquise de Vervine
, qui fut la derniere d'un Nom
fi celebre dans nos Hiſtoires. Il n'eut
point d'Enfans de ce ſecond Lit,
mais il en eut pluſieurs du premier ,
& entr'autres Renée du Bec, qui
épouſa M' le Mareſchal de Guébriant
, & qui fut nommée Dame
d'Honneur de la Reyne aujourd'huy
régnante. Sa mort l'empeſcha de
joüir de cette Charge. René du Bec
fon Frere , Pere de celuy qui vit
aujourd'huy , estoit Marquis de Vardes
, & Gouverneur de la Chapelle.
Il épouſa Jacqueline du Bueil , Comteſſe
de Moret ; Fille aiſnée deClaude
GALANT .
45
de du Bueil , Seigneur de Courfillon
& de Marchere , & de Catherine
de Montecler. Il en eut deux
Enfans . Le ſecond eſtoit M'le Comte
de Moret , Lieutenant General
des Armées du Roy , tué d'un coup
de Canon au Siege de Gravelines
en 1658. Et le premier qui vit encor
eſt René-François du Bec , Marquis
de Vardes , Chevalier des Ordres
du Roy; Capitaine-Coloneldes
Cent Suiffes de ſa Garde, Gouverneur
d'Aigues-mortes , & Lieutenant
General de ſes Armées . Il avoit
épousé Catherine Nicolaï , Fille
deJean Nicolaï Premier Préſident
en la Chambre des Comptes de Paris
, & de Marie Amelot. Elle mourut
en 1661. apres avoir mis une
Fille au monde; & c'eſt cette Fille ,
belle , ſpirituelle , & riche , que M²
le Duc de Rohan a épousée ces derniers
jours. Je ne vous dis rien de
la Maiſon de Nicolaï , parce que je
vous en ay tres-amplement parlédans
une
46 MERCURE
une de mes Lettres. La Cerémonie
des Epouſailles ſe fit à Saint Clou
dans la belle Maiſon de M' Delrieu
Maiſtre d'Hoſtel ordinaire du Roy ;
en préſence d'un tres-grand nombre
de Perſonnesde la premiere qualité.
Mademoiselle d'Orleans & Mademoiſelle
de Valois s'y trouverent ,
&avec elles Monfieur & Madame
la Duchefſe de Sully , Monfieur le
Grand-maiſtre, Madame la Princeſſe
de Furſtemberg, Madame la Princeſſe
d'Epinois, Madame la Comteſſe de
Fieſque , Madame la Comteſſe de
Guiche , Madame & Mademoiſelle
Amelot, Madame de la Stroche, M'le
Prince de Soubize, Monfieur le Duc
de Frontenay, & Monfieur le Chevalier
de Rohan. Ces deux derniers font
Fils de Monfieur de Soubize. Ma
derniere Lettreportoit que Monfieur
le Duc de Vaillars estoit auſſi marié.
On avoit publié cette nouvelle fur
quelques avances qui s'eſtoient faites
, mais on n'a point achevé l'Af
faire ,
GALANT .
47
faire , & vous prendrez ſoin , s'il
vous plaiſt , de détromper ceux qui
auront crû cequeje vous en ay écrit.
Heureux qui peut conſerver la liberté
de ſon coeur ! Je vous ay déja
mandé qu'il s'eſtoit étably un Ordrenouveau
ſous ce titre. Voicy се
qui luya donné lieu.
HISTOIRE
DE L'ORDRE
DE LA LIBERTE'DES COEURS .
IL y avoit déja longtemps qu'un
petit nombredes Coeurs diſputoient
obſtinément leur Liberté contre l'Amour
, réſolus de la defendre jufqu'au
bout , & de repouſſer ſes plus
dangereuſes attaques.
Helas ! dans quels perils unjeune coeur s'engage
Quand il ofe tant reſiſter ?
Carſi l'Amour peut un jour l'emporter ,
Point de quartier , on met tout au pillage.
Comme ces Coeurs fatiguez par
les Affauts continuels de l'Amour ,
avoient
48 MERCURE
avoient beaucoup perdu de leurs forces
, ils furent obligez de demander
du ſecours à quelques autres Coeurs
qui n'eſtoient point ſoûmis à l'Amour
, ou qui s'eſtoient affranchis de
l'obeïſſance qu'ils luy avoient quelque
temps jurée ; car ils ſçavoient
bien que s'ils ſe rendoient , leurgenereuſe
reſiſtance ne feroit pas un
mérite pour eux aupres de l'Amour,
& qu'elle ne ſerviroit qu'à leur
en attirer un traitement encor plus
fâcheux.
D'un coeur indifferent la plus belle action
Prés de ce Vainqueur ne fert guere ,
Ila peu de difcretion ,
Quand ita pouvoir de tout faire.
Dés qu'ils furent fortifiez par l'arrivée
de leurs Troupes auxiliaires ,
l'Amour eut du deſſous , &fut contraint
de lever le Siege; mais ces
Coeurs qui n'ignoroient pas que leur
Ennemy pourroit bien revenir à la
charge , & qui avoient deſſein de ſe
mettre en eſtat de luy reſiſter toûjours,
GALANT .
49
jours , jugerentà propos de faire entr'eux
une liaiſon étroite qui les engageât
tous à leur defenfe commune. Ils
n'en trouverent point d'autre moyen
que d'établir un Ordre Militaire qui
portat le nomde la Liberté, pour faire
ſouvenir ceux qui en feroient honorez
, de l'obligation où ils eſtoient de
ſe defendre ſans ceffe contre l'Amour.
L'Ordre fut donc appellé Ordre de la
Liberté des Coeurs. Ils priren pour Deviſe
des Chaînes rompues , & au deffus
de la Deviſe eſtoit écrit Liberté ,
qui futpris pour leCry de Guerre.Cela
fait, on fongea à établir unGrand-
Maiſtre. Les Avis furent partagez .
Les Hommes & les Femmes pretendoient
également à la Grande-Maiſtriſe.
Les Hommes diſoient que les
Dames n'eſtoient gueres propres à
conferver la Liberté dans un Coeur.
Quand une Dame a dequoy plaire ,
Elle a beau crier , liberté ,
Ses yeux nous diſent le contraire ,
Et l'on écoute moins ſa voix queſa beauté.
Aoust. C Mais
50
MERCURE
Mais les Dames leur répondoient.
Si de vos Coeurs la tendreſſe eſt extreme ,
Et fi nos yeux ont pouvoir de charmer ,
Nous ne pouvons empécher qu'on nous aime,
Mais nous pouvons nous empécher d'aimer.
Les Hommes repliquoient à cela.
Le coeur le plus farouche enfin devient traitable
,
Un peu d'amour l'a bien- toſt adoucy ,
Et dés que l'on se croit aimable ,
On croit devoir aimer aufſi.
Si les Hommes euſſent eu moins
de panchant à prendre de l'amour ,
que les Dames à en donner , la plus
grande partie des voix auroit eſté
de leur coſté , mais la facilité qu'ils
ont à aimer n'eſtant pas moins dangereuſe
pour la Liberté , que le
plaiſir que les Dames ſe font d'eſtre
aimées , l'on ne pût réfoudre à qui
l'on donneroit la Grande Maiſtriſe.
Pour fortir de cette affaire , on trouva
un milieu , qui fut que les Hommes
& les Dames poſſederoient alternativement
cette Charge. Si-toft que
1'EGALANT
. I
51
l'Election fut achevée , on fit les
Regles qui ſuivent .
REGLES DE LORDRE
de la Liberté des Coeurs.
I. Comme la fin que l'Ordre s'eſt
propoſée , eſt de faire une guerre
continuelle à l'Amour , il eft neceffaire
d'avoir une grande quantité de
Chevaliers en étatde combatre . On
recevra pour cet effet tous les Coeurs
de ceux de l'un & de l'autre Sexe ,
de quelque âge, condition &qualité
qu'ils foient , excepté ceux qui auroient
atteint la foixantiéme année ,
parce que tous ces Coeurs qui font
fur le retour , ne font profeſſion
d'eſtre libres que faute de pouvoir
eſtre amoureux , & de tels Chevaliers
ne ſeroient gueres capables
d'augmenter la puiſſance de l'Ordre.
Les ſentimens d'un Coeur ſexagenaire
Sont foibles contre la beauté ,
Les jeunes Coeurs n'écoutent guere
Ce qu'il dit pour la Liberté.
C2 ΙΙ .
52
MERCURE
II . On y recevra la Jeuneſſe dés
ſept ans .
La Liberté doit faire ſon poſſible
Pour entrer dans un Coeur désſes plusjeunes ans,
Car pour le rendre amoureux & ſenſible
L'Amour prend toûjours bien son temps.
III. On fera un Novitiat à la difcretion
du Grand Maiſtre ; mais le
temps de l'épreuve ne pourra eftré
moindre d'un an , car il n'est pas fi
facile de bannir l'Amour que le penfent
ceux qui par dépit reclament la
Liberté.
La Maladie est obſtinée ,
On n'en guerit pas aiſement ;
Pour prendre de l'amour il ne faut qu'un
moment ,
Pour s'en défaire il faut plus d'une année.
IV. Les Freres & les Soeurs pourront
ſe marier ſi bon leur ſemble .
Le Mariage en un seul jour
Eteint la plus ardante flame.
Pourveu qu'on n'aime què ſa fémme
On est seur d'eſtre ſans amour.
1
V.
GALANT.
53
V. Les Chevaliers ne pourront
faire de Combats ſeul à ſeul avec les
Sujets de l'Amour, ſur peine d'eſtre
chaffez de l'Ordre .
Dans les combats publics on ſe tire d'affaire ,
Le fuccés en peut estre heurenx ,
Mais pour le Coeur le plus fevere
Un teſte à teste est dangereux .
VI. Ils ne toucheront point aux
dépoüilles desEnnemis , au contraire
elles leur feront renduës au méme
état qu'elles auront eſté priſes.
Il ne faut point qu'on se hazarde
A garder rien de ce qu'on aura pris .
Petits prefens , tendres écrits ,
Sont d'une dangereuse garde.
1
Voila quelles font les principales
Regles de cet Ordre. Comme on fe
relâche facilement , je ne ſçay s'il
n'aura pas beſoin d'eſtre reformé de
temps en temps. A la verité d'aimables
Soeurs avec des Freres qui ne le
font pas moins , ne font gueres propres
à faire la guerre avec l'Amour ;
neantmoins il ſuffit qu'ils ayent eu
- C3 .. la
54
MERCURE
la force d'établir un Ordre Militaire
deſtiné à ce ſeul employ , pour faire
croire qu'ils en auront affez pour le
maintenir.
Le Royà donné à M' le Marquis
de Bouflairs , Gouverneur de Fribourg
, la Charge de Colonel General
des Dragons , vacante par la mort
de M' le Marquis de Rennes. Il eſt
Lieutenant General de la Province
de l'ifle de France , & Grand Bailly
de Beauvais. LaMaiſon de Bouflairs
eſt une des plus Nobles du Beauvoiſis.
Les Memoires de M'Loifel
& de M Louvet Avocat en font
foy. Quand on eft choiſy dans un
âge ſi peu avancé pour un Gouvernement
auſſi conſiderable que celuy
de Fribourg , & pour une Charge
de l'importance de celle de Colonel
General des Dragons , il ne ſuffit
pas d'avoir un fort grand mérite ,
il faut de l'experience & de la valeur
, & que les occafions de faire
paroiſtre l'une ayent eſté affez frequenGALANT
. 55
|
quentes pour avoir fait acquerir en
peu de temps ce qui n'eſt ſouvent
l'ouvrage que d'un grand nombre
d'années. Les récompenfes que je
vous marque font tres-glorieuſes.
Elles viennent d'un Prince parfaitement
éclairé , qui ne faitjamais rien
que de juſte , & elles diſent plus à
l'avantage de ceux qui en reçoivent
de ſemblables , que toutes les loüanges
qu'on leur peut donner. M' le
Marquis de Bouflairs a épousé la Fille
de feu M de Guenegaud Secretaire
d'Etat .
Vous aurez déja appris la mort de
Madame Daubray , Veuve de M
Daubray Lieutenant Civil , dont le
Pere avoit poſſedé la meſme Charge.
Elle estoit Fille de M' Mangot
Conſeiller d'Etat , & petite Fille de
M' Mangot Garde des Sceaux . Elle
eſt morte avec beaucoup de réſignation
, dés le commencement de
ce Mois , apres une longue maladie
de langueur , pour laquelle tous les
C4
Re56
MERCURE
- Remedes ſe ſont trouvez inutiles.
Puis que le ſoin particulier que
M de Lorme avoit pris de vous
dans les premier Voyages que vous
avez faits à Bourbon , vous donne
lieu de le regreter , j'adjoûte à ce
que je vous en ay déja écrit , une
particularité que vous ferez bien aiſe
d'aprendre , parce qu'elle est fort
glorieuſe à ſa memoire. La curiofité
⚫ l'ayant attiré en Italie , il avoit entendu
parler trop avantageuſement
de Veniſe , pour negliger de voir
cette grande Ville. Ily alla, &quoy
que ce ne fuſt qu'en qualité de Voyageur
, ily fut reçeu avec le mefme
honneur qu'on rend aux Ambaſſadeurs.
On fit plus pour luy.
Le Senat luy donna le titre de Noble
Venitien , & luy voulut marquer
par là l'eſtime qu'il faiſoit de
ſon mérite. Vous ſcavez , Madame,
que ce Titre ne s'accorde qu'aux
Perſonnes qui en ont infiniment.
Feu Monfieur le Duc d'Orleans l'a-
1
voit
GALANT.
57
voit choify pour ſon Premier Medecin.
Il eſtoit Sur-Intendant des
Bains & Eaux Mineralesde France ,
& avoit mis celles de Bourbon en
vogue. Son Pere qui avoit eſté Medecin
de Marie de Medicis , mourut
auſſi âgé que luy , c'eſt à dire
ayant pres de cent ans.
J'ay à vous parler d'un autregenre
de mort , en vous apprenant que
Mademoiselle des Gallais n'eſt morte
à l'Hereſie , & qu'elle a enfin ſuivy
l'exemple de preſque toute fa Famille
, qui depuis feize ans a renoncé
à l'erreur. Elle est de la Maiſon
d'Horry , dont la Nobleſſe eſt connuë
depuis plus de trois Siecles dans
la Province d'Angoulmois. Son Pere
eſtant mort , le plus jeune de ſes
Freres qui estoit Page de M' le Comte
Jarnac , embraſſa la Religion Catholique.
L'Abjuration qu'il fit ,
fut fuivie de celle de Mr de la Courade
ſon Frere aîné , & en ſuite de
deux autres , d'une Soeur & d'une
C Tan58
MERCURE
Tante . Mademoiselle des Gallaiseftoit
demeurée avec une autre Soeur
ſous la conduite d'une Mere peu
traitable fur les matieres de Religion
, & elle ne trouva point d'autre
moyen de ſe mettre en état d'eftre
éclaircie de ſes doutes , qu'en ſe dévoüant
entierement à Madame la
Comteffe de Jarnaç , Dame d'Honneur
de Son Alteſſe Royale Mademoiſelle
. Elle ne pouvoit mieux
choiſir , cette Dame eſtant auffi illuftre
par fa pieté & par ſa vertu ,
que confiderable par ſa naiſſance &
par le rang qu'elle tient. Elle eſt de
l'ancienne Maiſon d'Epagny. Mr le
Comte de Jarnac eſt Lieutenant de
Roy des Provinces de Xaintonge &
d'Angoulmois. Je ne vous repete
point que la Maiſon de Jarnac eft
une Branche de celle de Chabot ,
fi connuë en France par les ſervices
qu'ellea rendus. Je vous en ay déja
amplement parlé. Mademoiselle des
Gaillais ne fut pas plutoſt arrivée
icy,
GALANT.
59
icy , qu'elle propoſa ſes doutes au
Pere Girou Jefuite. Les profondes
lumieres qu'il a jointes aux favorables
diſpoſitions qu'il trouva dans
ſon eſprit , le firent venir aisément
à bout de grand Ouvrage qu'il entreprenoit.
11 luy donna une parfaite
connoiffance de ſes erreurs , &
elle les abjura quelque temps apres
en prefence de Madame de Jarnac
& de pluſieurs autres Perſonnes de
qualité.
Il ſe fait toûjours force Galanteries
en matiere de Bouquets. En voicy
un envoyéà une Belle par le Fils
d'un Auditeur des Comptes de Dijon.
Je vous ay déja fait voir de
fes Vers.
BOUQUET.
Allez , heureuſes Fleurs , où ce jour vous
convie ,
Ne retardez pas un moment.
Pour aller fur le ſein de l'aimable Sylvie ,
Il vous faut de l'empreſſement .
C6 Que
60 MERCURE
Que vostre fort est doux ! qu'il est digne
d'envie!
Vous ne pouvez avoir de plus charmantſejour .
Les Zephirs enjoüez vous baiferont fans ceſſe.
Vous aurez avec vous les Graces & l'Amour,
Les Ris& la Jeunesse ,
Qui dans l'excés de leur tendreſſe
Vous careſſeront tour à tour .
Heureux , fi comme vous je pouvois quelque
jour,
Foiiir du beau deſtin qui pour vous s'intereſſe !
Mais , Fleurs , je vous retiens , allez le temps
vous preffe.
Portez à cette Belle avecque vos couleurs ,
Les hommages profonds du plus tendre des
coeurs.
Je nedois pas oublier ces autres
Vers qui ont eſté faits à Rennes ,
ſur ce qu'une aimable Perſonne avoit
mis dans ſon ſein des fleurs
qu'elle venoit de cüeillir.
Belles Fleurs qu'en mourant vous me donnez
d'envie !
L'Incomparable main qui vous cauſe la mort ,
Vous donne pour Tombeau le beau Sein de
1
Sylvie.
Ah, belles Fleurs , que n'ay-je un mesme
fort!
D'un

T
T T
Pag. 61
Je ne viens plus dans ces deferts Inviter ces oy- ſeaux a faire des con- certs ; Je cherche l'ombre &
T
le filence, Pour me plain- dre en ſecret des rigueurs des rigueurs de l'abſen- ce.
*
-
T T T
ce: Helas ! He- las ! ſi je vous dis mes tour-
T T T
mens amoureux , Vaſtes foreſts , ſo- li- taires retrai- tes , Au moins promet- tez-moy , promettez- moy que vous ferez difcrettes , Et ca-
T
T T
chez Et cachez les en- nuis d'un Berger d'un Berger malheureux.
-
Aeust.
A
reux. La
INJI
1
I
4
6
GALANT . 61
D'un ſemblable Tombeauj'aurois l'ame ravie ,
Et quandje ſerois mort ,
Pour mourir mille fois je reprendrois la vie.
Une mort de cette nature , à
condition de revivre toutefois &
quantes , feroit aſſurément préferable
aux langueurs continuelles de
ces malheureux Amans qui veulent
fouffrir ſans qu'on le ſcache , & qui
n'ont autre ſoin dans leurs plaintes
que de recommander la difcretion
aux Forests . Ecoutez celles d'un
Berger que l'abfence accable. L'Air
& les Paroles ſont de M Robfard
de Fontaines.
1
AIR NOUVEAU.
FE ne viens plus dans ces Deserts
Inviter les Oyſeaux à faire des Concerts ;
Je cherche l'ombre & le ſilence ,
Pour me plaindre en ſecret des rigueurs de
l'absence.
Helas ! ſi je vous dis mes tourmans amoureux,
Vastes Forests , folitaires Retraites ,
Au moins promettez-moy que vous ferez difcretes
,
Et cachez les ennuis d'un Berger malheureux.
C7 Les
62 MERCURE
Les uns ſont tourmentez par l'abſence
, & les autres par le changement.
La Lettre d'un Amant deſeſperé
que je vous envoya y il y a
trois mois , a eſté tellement devoftre
gouft , qu'en ayant recouvré une
ſeconde du mefme ſtile , je croy
devoir vous en faire part. Elle n'a
point d'autre Subſcription que ,
avez enfin
POUR LA PLUS AIMEE
&la plus Ingrate Perſonne du monde .
Vous connu ma tendreffe';
mon coeur vous en a parlé ; mes yeux
vous l'ont fait entendre , mes foûpirs
vous l'ont exprimée ; mes affiduitez vous
en ont convaincue; vous m'avoüaftes
byer que vous m'aimez , & vous m'avez
dit aujourd'huy qu'il faut ceßer de
fe voir. Quel changement ! quelle inconstance?
Est- ce là cette foy qui devoit
toûjours durer ? est celà cet amour quine
devoitjamaisfinir? Nesçavez- vous
aimer qu'unjour , volage , & n'en donnez-
vous pas des preuves moins violentes?
GALANT. 63
tes ? Ay-je mérité par une extrémepasfion
un traitement auſſi injuste , & ne
devez-vous pas une plus douce récompenſeà
mes foins & à mes empreſſemens ?
C'estoit seulement pour mieux penétrer
dans les veritables fentimens d'un Coeur
que vous ne poſſedez que trop , que vous
m'avez flaté des apparences trompeuſes
d'une amitié fincere. Vous l'avez ven
ce Coeur amoureux & enflámé . Ilvous
a plû sans déguisement , & vous l'accablez
de la nouvelle d'unefi funeſte ſéparation.
Quels font vos projets ? quellesfont
vos irréſolutions ? ou plutoſt quelles
destinée est la mienne , & quel est
mon aveuglement ? Quand ma paſſion
ne commençoit que de naiſtre, vous m'avez
commandé de l'étouffer. Il estoit en
mon pouvoir de le faire ; elle ne l'emportoit
pas encor fur ma raison. Quand
vous m'avez veu diſpoſé à vous obeir ,
vous vous y estes opposée. Vous avez rallumé
cette paſſion par des espérances
trompeuſes . Vous l'en avez nourrie ; &
quand enfin elle est à ſon dernier pério
de,
64
MERCURE
de , que tout confpire contre moy , que
mon coeur &mon eſprit ſont d'intelligence
avec vous pour me perdre , vous dites
, Inhumaine , qu'il faut ceſſer de fe
voir. Helas ! qu'il est facile à une Amante
déguisée de tromper un Amant
paſſionnée. Fe rapelle aujourd'huy l'air
indiférent &la maniere tiede dont vous
m'avez découvert voſtre fen. Ah que
j'estois aveugle de ne pas connoiſtre à ce
peu d'empreſſement les ſecrets de vostre
trahison. Trahison ! Non , j'ay tort de
vous accufer. Vous n'eſtes point coupable
d'unefi noire perfidie. En effet, quelle
gloire auriez-vous de paſſfer pour une
habile Fourbe ? Vous m'avez parlé de
bonne foy. F'ay veu en vous ces manieres
tendres qui touchent & qui perſuadent
, & j'aurois esté injuſteſi je fuſſe
demeuré inſenſible à la chose du monde
la plus douce & la plus charmante.
Ouy , je n'en sçaurois douter ; vous
m'aimez toûjours , quoy que vousm'ayezdit
, & ce n'est que pour mettre mon
amour à l'épreuve que vous m'avez
-
comGALANT.
65
commandé de ne vous plus voir ; car
enfin on n'annonce point uneſi fâcheufe
nouvelle avec auſſi peu de précaution ,
&d'un ton auſſi moderé que vous avez
fait . Eh , au nom de tout ce que
vous avez de cher , ne me donnezplus
de ces cruelles atteintes , elles sont mortelles
pour moy . Si vous vous souvenez
du moment de chagrin que vous mefiftes
, & que vous remarquaſtes dans le
Carroffe , vousjugerez aisément par là
de mon agitation. Une parole me changea.
Pensez, je vous ſuplie , au trouble
que me doit cauſer ce que vous venez
de me dire. Mais que fay -je malheureux
! Je cherche encor à me flater.
Je m'égare dans ma paſſion. Mon amour
me trahit , apres avoir manqué
de prévoyance. Il n'est que trop vray ,
Cruelle que vous ne m'aimez plus , ou
pour mieux dire , que vous ne m'avez
jamais aimé. Il ne m'en faut pas de
preuves plus convaincantes. Me bannir
d'aupres de vous est un ordre qui ne me
laiſſe pas lieu d'en douter. Hé bien, j'y
CON66
【ERCURE
confens . Ma raiſon vient à mon ſecours,
je chercheray à me guérir. Vostre exemple
ne me fera pas inutile. Fe feray mes
plus puißans efforts pour vous arracher
de mon coeur , chere Perfide. Mais helas
je les feray en vain ; car que peut
on sur un Coeur qui n'est point à ſoy ?
Rendez- le moy donc au moins , Infidelle
, ce coeur entier comme vous l'avez
reçeu , & n'y laiſſez aucun caractere
de la plus grande &de la plus belle
paſſion qui fut jamais . Est-ce là , ma
raiſon , le conſeil que tu me viens offrir
? Lache &foible raiſon , laiſſe- moy
mon amour , tout malheureux qu'il est.
On ne demande point un coeur qu'on a
volontairement donné. On n'oublie jamais
ce qu'on a aimé éperdûment , &
c'est une lacheté dont la ſeule pensée me
tient lieu d'offence. Ouy , belle Ingrate ,
dans l'extremité où vous m'avez réduit
, je veux vous aimer éternellement,
mais d'un amour tendre , refpectueux ,
fincere; &fi c'est un crime de vous aimer&
de vous voir , vous ne me verrez
GALANT .
67
rez plus. Mon obeißance me coûtera
- cher ; il y va de ma vie , je mourray
miferable , mais je mourray pour vous ,
& vous vivrez Satisfaite.
Monfieur le Chevalier de Vendoſme
a preſentement le Grand-
Prieuré de France. Il en a pris pofſeſſion
depuis quelques jours , & les
Cerémonies en ont eſté faites avec
beaucoup de folemnité. Je ne vous
= dis rien de ſa naiſſance. Le Nom
qu'il porte la fait connoiſtre , &perſonne
n'ignore qu'il a l'avantage
d'eſtre forty de l'auguſte Sang de
Henry IV. Il s'en est montré digne
par toutes ſes actions , & a fait voir
une valeur ſurprenante dés ſes plus
jeunes années . Je puis dire dés fes
plus jeunes années , puis qu'il eſt encor
fort jeune , & qu'il s'eſt ſignalé
dés le Siege de Candie par mille
marques qu'il y donna d'un courage
extraordinaire. Il n'y a rien qui
le puiſſe eſtre davantage que ce qu'il
fit
68 MERCURE
fit en s'attachant à combatre un Soldat
des plus robuſtes. Il ne le quita
point qu'il ne luy euſt arraché ſes
armes ; & à le voir dans un âge fi
peu avancé , on euſt dit que c'eſtoit
David qui attaquoit Goliat. La
ſuite de ſes Actions n'a point démenty
les premieres ; & dans toutes
les Campagnes où il s'eſt trouvé
avec le Roy depuis le commencement
de cette Guerre , il a répondu
à ce qu'il eſt né par tout ce
qu'on peut attendre de la plus intrépide
valeur. Il n'avoit voulu faire
prier perſonne d'aſſiſter à la Се-
rémonie de ſa priſe de poffeffion du
Grand Prieuré de France. Cependant
le jour où elle ſe devoit faire
eſtant arrivé , l'Aſſemblée ne laiſſa
pas d'eftre tres- nombreuſe , & l'Egliſe
toute remplie. Il fut reçeu à la
Porte du Temple par les Officiers
de la Juſtice du meſme Lieu , &
complimenté par le Bailly , qui le
vint trouver juſqu'à fon Carrofſſe.
Mr le
ALANT . 69
M le Chevalier de Vendoſme en
defcendit pour entendre ſa Harangue.
Elle confiftoit en de grands témoignages
dejoye de ce que les Fleurs
- de Lys venoient fleurir dans le Tem-
■ ple pour la troifiéme fois , & de ce
- qu'on le voyoit dans la meſme Dignité
que M' d'Angouleſme & M
de Vendoſme fon grand Oncle
avoient poffedée. Quelque temps
apres , cet Illuftre Chevalier ſe rendit
dans l'Eglife , reveſtu d'une Robe
de tafetas noir. Il s'avança vers le
grand Autel , ſe mit à genoux , tira
fon Epée , & la préſenta au Prieur
qui avoit l'Aube , l'Etole , & la
Chape , & eſtoit aſſiſté des ReligieuxChanoines
de cette Eglife. Le
Prieur benit l'Epée ſuivant la coùtume
, & la rendit en ſuite à M le
Chevalier de Vendoſme , en luy difant
, outre les paroles eſſentielles ,
qu'il la priſt pour s'en fervir contre
les Ennemis de la Foy. L'Epée fut
remiſe dans le fourreau , & cela fait ,
le
70
IERCURE
i
!
le Prieur commença la Meſſe. L'Epiſtre
eſtant dite , M'le Chevalier
de Vendoſme partit de la Place où
il eſtoit , & ſe préſentaà genoux devant
Monfieur le Bailly d'Harcourt ,
en préſence de pluſieurs Commandeurs
& Chevaliers , pour recevoir
l'Ordre de Chevalerie. Il le reçeut
avec les cerémonies ordinaires ; en
ſuite dequoy il retourna en ſa place.
La Meffe finie, il fit ſes voeux.
On le reveſtit de l'Habit de l'Ordre
, & apres qu'il eut eſté embrafſé
par tous les Commandeurs & Chevaliers
qui estoient préſens , on le
conduifit dans le Refectoire des Religieux
, où s'eſtant aſſis à terre ,
Monfieur le Bailly d'Harcourt luy
donna un morceau de pain , avec
un peu de ſel & un verre d'eau , &
luy dit que l'Ordre ne luy permettoit
pas autre choſe. Il faut vous
dire , Madame , afin de ne vous laifſer
aucun embarras , que M' le Bailly
d'Harcourt eſt celuy que vous
avez
GALANT .
71
avez entendu appeller Chevalier
d'Harcourt. Il n'eſt pas besoin que
je vous parle des Actions extraordinaires
qu'il a faites fur Mer en pluſieurs
rencontres. Elles vous font
connuës , mais vous ne ſçaviez peuteſtre
pas qu'elles luy avoient fait
mériter d'eſtre Grand-Croix & Bailly.
Cette premiere Cerémonie eſtant
achevée , Monfieur le Chevalierde
Vendoſme quita ſa Robe & le Manteau
à bec , & fut conduit dans l'Egliſe
par M les Commandeurs de
Machaut & Davernes. En y entrant ,
pour marque qu'il prenoit poffeffion
du Grand Prieuré , il reçeut l'Eaubenite
du Prieur , qui luy préſenta
les Clefs de l'Eglife. Il alla baifer
en ſuite le Grand Autel , ſonna la
Cloche , fut mené à la Place des
Grands Prieurs , & un peu apres ,
dans l'Hoſtel Prioral dont on luy
préſenta les Clefs. Il y fit allumer
du feu , & aucune des Cerémonies
qui s'obſervent dans une veritable
priſe
72
MERCURE
:
i
:
:
priſe de poſſeſſion , ne fut oubliée.
Ce fut alors qu'il fut reconnu de
tout le monde pour Grand Prieur.
Il retourna à l'Egliſe , où s'eſtant remis
en ſa place , il ordonna qu'on
Chantaſt le Te-Deum , pendant lequel
il fut encenſé par le Prieur ,
& apres luy , les autres Commandeurs
& Chevaliers. Il ne ſe peut
rien adjoûter à lajoye qu'ils marquerent
tous de voir cette Dignité pofſedée
par un Prince d'un ſi grand
mérite.
Monfieur l'Abbé Colbert qui avoit
eſté nommé par le Roy à l'Eveſché
d'Auxerre , fut Sacré ſur la
fin de l'autre mois par Monfieur
l'Archeveſque de Paris , aſſiſté de
Meffieurs les Eveſques d'Orleans &
de Montauban. La Cerémonie ſe
fit dans l'Egliſe de Sorbonne en préfence
de Monfieur Colbert , Miniftre&
Secretaire d'Etat , dont ce nouvel
Eveſque eſt proche Parent, & de
pluſieurs autres Perſonnes de la premiere
GALANT.
73
- miere qualité. Apres qu'elle fut achevée
, Monfieur l'Archeveſque
- mena Monfieur Colbert avec toute
- ſa Famille dans ſa belle Maiſon de
■ Conflans. Ily avoit fait préparer un
- magnifique Feſtin qui fut accompa-
.gné d'une Symphonie merveilleuſe.
- Apres le Diſner , toute cette belle
Compagnie , dont Madame la Mareſchalede
la Mote eſtoit, s'alla promener
dans le Jardin , & y fut encor
régalée de Voix & de Symphonie
qui ſe trouva preſque diférente
dans chaque Allée. Le ſoir ons'embarqua
dans la belle Gondole de
Monfieur l'Archeveſque. La fraîcheur
de l'eau dont on joüit en revenant
à Paris , fut un nouveau
plaiſir qui termina ceux de cette Feſte.
Il ne ſe peut que vous n'ayez entendu
parler du retour de Monfieur
leComte d'Eſtrées à Breſt. Onpeut
dire qu'il y est arrivé Vainqueur
des Ifles de Goerée & de Tabago ,
puis qu'il n'eſtoit point revenu en
Aouft. D Fran
74
MERCURE
France depuis ce temps-là. On eſt
fort perfuadé qu'il auroit adjoûté
Curaſſfou à ſes Conqueſtes, fi la Mer
ne luy avoit pas eſté contraire , car
les François ne laiſſent avorter aucuné
entrepriſe faute de coeur ; &
ſidansde pareilles rencontres lesEnnemis
trouvent quelque ſujet de ſe
rejoüir , ils n'en ont pas au moins
de s'applaudir des effets de leur valeur
& de leur courage. Les Elemens
ont de tout temps ruiné de
grands deſſeins , & il n'eſt point de
Puiſſance , de quelque étenduë qu'elle
puiſſe eſtre , qui ſoit capable de
les maiſtriſer. La folie de l'entreprendre
feroit pareille à l'extravagant
emportement de Xerxes , qui
crût s'eſtre vangé de la Mer en la
faiſant foüeter avec des chaînes de
fer. On ſçait combien de naufrages
font arrivez du coſté où M'le Comte
d'Eſtrées a fait la perte dont vous
devez avoir appris la nouvelle , &
que l'établiſſement des Eſpagnols &
des
GALANT . 75
des Hollandois dans cette Partie de
l'Amérique leur coûte des ſommes
immenfes , un nombre infiny de
Vaiſſeaux , & la vie d'une tres-grande
quantité d'Hommes. On doit
peu s'étonner apres cela ſi la rapidité
des Courans qui regnent dans ces
Mers nousa emporté quelques Vaifſeaux
. Comme on ena ſauvé tous
les Hommes , cette perte ne peut
eſtre conſidérable pour un Prince
auſſi puiſſant que le Roy; &quand
elle feroit plus grande qu'elle n'a efté
, fi vous voulez examiner le temps
où elle arrive , vous trouverez que
c'eſt ſeulement apres qu'il a triomphé
des efforts de preſque toute l'Europe
armée , & que la Paix qu'il
luydonne le fait renoncerà denouvelles
Conqueſtes. Ainsi , Madame
, il ſemble que la Fortune n'ait
ofé ſe déclarer contre cet Invincible
Monarque , tant que ce qu'elle
auroit tenté contre luy auroit på
eſtre préjudiciable à ſes deſſeins.
D2 Nous
76
MERCURE
Nous avons veu autrefois joüer
les Menechmes. Cette Piece n'arien
de plus ſurprenant, que l'Avanture
qui fuit.
Un Cavalier , appellé pour une
affaire importante à plus de fix- vingts
lieuës de Paris , faiſoit voyage avec
un jeune Abbé dont il devoit époufer
la Soeur à ſon retour. Elle estoit
belle , il l'aimoit paffionnément , &
ne s'en eſtant éloigné qu'avec beaucoup
de chagrin , il faifoit de grandes
journées pour eſtre plutoſt en
pouvoir de s'en raprocher. Apres
trois ou quatre jours de marche ,
ils arriverent dans une Ville où ils
furent furpris de ſe voir ſalüer par
beaucoup de monde qui leur eſtoit
inconnu . Ils crûrent que c'eſtoitune
civilité qu'on rendoit en ce lieu,
là aux Etrangers ; & fans en chercher
d'autre cauſe , ils deſcendirent
dans la premiere Hoſtellerie qu'ils
rencontrerent. Ils laiſſerent le foin
de leurs Chevaux à leurs Gens , &
monGALDAANSTA
77
monterent dans une Chambre , où
ayant demandé à fouper , l'Hofteffe
vint ſçavoir un moment apres ce
qu'ils vouloient qu'on leur préparaft.
A peine eut-elle jetté les yeux
fur le Cavalier , qu'elle fit ungrand
cry de joye , & luy dit qu'elle n'avoit
rien à luy donner ; qu'il falloit
qu'il allaſt loger chez ſa Femme
qui avoit eſté inconfolable depuis
trois ans qu'il eſtoit party ;
qu'elle avoit fait écrire par tout pour
râcher d'avoir de ſes nouvelles; que
celuy qu'il croyoit avoir laiffé mort,
ſe portoit le mieux du monde , &
qu'il n'y avoit eu rien de plus innocent
que la partie de Promenade
où il l'avoit ſurpriſe avec luy. Le
Cavalier qui ne comprenoit rien à
ce qu'on luydiſoit , regardoit l'Abbé.
L'Abbé ſe divertiſloit de l'Avanture
, & feignoit d'entrer dans
les ſentimens de l'Hoſteſſe , comme
luy ayant dit ſur le chemin , qu'il
ne devoit point paffer par ce lieu-
D3 là,2
78 MERCURE
là , s'il n'eſtoit dans le deſſein de ſe
reconcilier avec ſa Femme. L'Hoftefſe
adjoûta beaucoup de choſes à ce
qu'elle avoit déja dit, & le tout fit
comprendre au Cavalier qu'il refſembloit
au Mary dont il eſtoit queftion;
que ce Mary ſoupçonnant ſa
Femme de galanterie , s'eſtoit fait
une affaire avec quelque Amant ;
qu'il l'avoit bleſfé , & que la crainte
des pourſuites d'une Partie trop
puiſſante l'avoit obligé de fuir fans
qu'il euſt fait fçavoir à ſa Femme
de quel coſté il eſtoit tourné. L'Abbé
continuoit à faire ſa joye de cette
rencontre , & demandant des nouvelles
de la Dame à l'Hoſteſſe , il
apprit le nom de deux Enfans qu'elle
avoit , & d'autres ſecrets fort importans
à ſçavoir pour le Cavalier ,
s'il luy euſt pris envie de paſſer pour
ce qu'il n'eſtoit pas. L'Hoſteſſe qui
crût que la froideur avec laquelle il
luy répondoit , eſtoit cauſée par
quelque reſtedejalouſie , s'obſtinoit
GALANT.
79
ſi fortà ne luy vouloir point donner
à ſouper , que pour veniràbout
d'elle, il fut obligé de luy promettre
qu'il iroit voir ſa Femme le lendemain
, prenant pour prétexte du
retardement , le beſoin qu'il avoit
de la nuit pour refver à une réconciliation
decette importance. Il croyoit
eſtre quite de cette perfécution ,
quand laDameentra elle meſme, &
vinr embraſſer le Cavalier avant
qu'il euſt eu le temps dejetter les
yeux fur elle. Une fort aimable Perſonne
l'accompagnoit. Elle embrafſa
le Cavalier à ſon tour , & il ſe
vit traiter de Mary & de Frere dans
le meſme temps, Quelques-uns de
ceux qui l'avoient ſalüé dans la Ruë ,
les estoient venus avertir de ſon arrivée
; & comme la Dame croyoit
luy avoir donné quelque lieu de ſe
plaindrede ſa conduite , il n'eſt point
d'avances qu'elle n'euſt faites avec
joye pour ſe remettre bien avecluy.
Ainfielle ne diféra point à venir où
D 4 elle
.80 MERCURE
:
elle apprit qu'il eſtoit. Elle joignit
les pleurs aux embraſſemens les plus
touchans ; & le Cavalier qui estoit
civil , & qui euſt bien voulu la
defabufer , ne ſçavoit comment ſe
défendre de ſes carreſſes . Elle avoit
beaucoup d'agrément dans ſa perſonne
, le tient vif, la taille bien
faite , & les privileges de Mary que
luy aſſuroit le perſonnage qu'il ne
tenoit qu'à luy de joüer , estoient
de grandes amorces pour un Homme
qui n'euſt pas eſté préoccupé.
Mais la Soeur de l'Abbé qu'il devoit
épouſer à ſon retour , avoit fait
de trop fortes impreſſions dans ſon
coeur pour le laiffer capable de s'oublier.
Cependant la Dame faifoit
toutes les inſtances poffibles pour
l'obliger à venir chez elle. La jeune
Soeur du Mary qui l'avoit accompagnée
, conjuroit l'Abbé de
joindre ſes prieres aux fiennes , afin
de faire ceffer un divorce qui n'avoit
déja que trop éclaté. Elle estoit
touGALANT.
8
toute belle , avoit de l'eſprit , &
ſans les conféquences du raccommodement
, l'Abbé auroit eſté fort aiſe
de s'arreſter quelques jours dans un
lieu où il auroit eu toute liberté de
la voir. Tout ce qu'il pût répondre
fut , que fi le Cavalier l'euſt voulu
croire, il auroit eſté deſcendre tout
droit chez la Dame, mais que le
paffé luy tenoit encor un peu au
coeur ; & en meſme temps comme
il cherchoit toûjours à ſe divertir ,
il demanda des nouvelles des deux
Enfans dont l'Hoſteſſe luy avoit appris
le nom. Toutes ces choſes qui
avoient du raport avec l'Hiſtoire du
Mary , & qu'il ſembloit que l'Abbé
ne pouvoit avoir ſçeuës que du Cavalier
, le mettoient hors d'état
d'eſtre crû , quand il auroit dit qu'il
n'eſtoit pas ce qu'on le penſoit.
L'Abbé ſe réjoüiffoit de fon embarras.
La froideur du Cavalier ne
rebutoit point la Dame. Elle croyoit
l'avoir méritée , &tâchoit de lafai-
D5
re
82 [ ERCURE
1
re ceffer par ſes tendreſſes. Enfin
comme elle voulut venir à un éclairciſſement
qu'il luy auroit eſté inutile
d'écouter , il crût ſe tirer d'affaire
, en l'aſſurant qu'il ne ſe ſouvenoit
plus de ce qui les avoit tant
de fois broüillez , & la priant de
luy laiffer faire un voyage de huit
jours qui luy eſtoit de la derniere
importance; apres quoy il reviendroit
la trouver pour vivre avec elle
dans toute l'union qu'elle pouvoit
ſouhaiter d'un Mary qui l'avoit toûjours
aimée. La Dame luy dit en
ſoûpirant , qu'elle ne pouvoit l'empefcher
de faire tel voyage qu'il luy
plairoit , mais qu'elle ne le quiteroit
point juſqu'à ſon depart , &
que puis qu'il n'y avoit pas moyen
de le tirer de l'Auberge , elle y fouperoit
avec luy. Le Cavalier y confentit
avec joye , & ordonna qu'on
ferviſt tout ce qu'on pourroit trouver
de meilleur. Le Party accommodoit
tous les deux, La Dame le
re--
GALAN T.
83
regardoit commeun commencement
de reconciliation qui luy faiſoit eſperer
qu'en foupant elle gagneroit davantage
, &le Cavalier en avoit plus
de temps à chercher comment il
viendroit à bout de la convaincre
qu'il n'eſtoit pas ſon Mary. L'Abbé
eſtoit le plus content de tous. Outre
ce qu'il trouvoit de plaiſant dans
la continuation de l'Avanture , il
avoit la joye d'entretenir une fort
aimable Perſonne qui n'avoit pas
moins d'eſprit que de beauté. Le
Soupé fut ſervy. On ſe mit à table
, & le Cavalier ayant commencé
à couper la viande , la Dame fit
un haut cry , & quita bruſquement
la place qu'elle avoit priſe. La Demoiſelle
ſe leva comme elle , &luy
ayant demandé le ſujet de l'étonnement
qu'elle faiſoit remarquer , la
Dame luy parla à l'oreille , & apres
qu'elle luy eut fait regarder ce qui
l'avoit miſe dans la ſurpriſe où on
la voyoit , elles voulurent toutes
D6 deux
i
84 MERCURE
deux fortir de la Chambre. Le Cavalier
les arreſta. L'Abbé ſe joignit
à luy , & il fut queſtion de dire ce
qui les obligeoit d'en uſer ainſy. La
Dame n'oſoit preſque lever les yeux
fur le Cavalier. Elle luy avoit fait
des carreſſes qui l'obligeoient de rougir
, & il ne ſçavoit que juger de
fon filence quand la Demoiselle qui
le regardoit attentivement , commença
de dire qu'il n'y auroit eu
perſonne qui n'y euſt eſté trompé.
Ces paroles luy firent connoiſtre
qu'on ne le prenoit plus pour le
Mary. Il luy reſſembloit fi fort pour
tous les traits du viſage , qu'aucune
des deux ne feroit fortie d'erreur ,
s'il n'euſt pas montré ſa main. Le
Mary avoit perdu un doigt qu'on
avoit eſté obligé de luy couper; &
ſoit que le Cavalier n'euſt point ofté
ſesGands avant le Soupé , ſoit qu'il
y euſt eu quelque obſcurité dans la
Chambre, la Dame ne s'eſtoit apperçeuë
qu'il avoit la main entiere
que
GALANT
85
que dans le commencement du Repas.
Une autre qu'elle auroit eu la
meſme ſurpriſe & le meſme chagrin
de s'eſtre laiffée tromper. La tromperie
eſtoit neantmoins fort innocente
du coſté du Cavalier. Auffi
luy parla-t- il d'une maniere ſi hơnneſte
, qu'elle avoüa qu'il n'avoit
pas tort. Les civilitez de l'Abbé
acheverent de calmer ſon trouble ,
& il luy fut impoſſible de refufer
aux prieres de l'un & de l'autre la
grace qu'ils luy demanderent de demeurer
à ſouper. Comme l'Avanture
eſtoit fort extraordinaire , elle ,
ſervit d'entretien le reſte du ſoir ;
& l'Abbé , tout Abbé qu'il eſtoit ,
ne pût s'empeſcher de plaiſanter fur
le péril où des traits ſi reſſemblans
auroient expoſé la Dame , ſi un mal
honneſte Homme avoit eu les avantages
dont le Cavalier avoit fait
ſcrupule de profiter. La fidelité qu'il
devoit à une Maiſtreſſe dont il eſtoit
fortement aimé, luy ſervoit de préfer-
D 7
86 MERCURE
:
fervatif contre une tentation de cette
nature. Il avoit d'ailleurs un Témoin
qui luy pouvoit nuire , & il
n'y auroit pas eu de ſeûreté pour
luy à faire un faux pas. L'heure
de ſe ſéparer eſtant venuë, le Cavalier
remena la Dame chez elle.
L'Abbé donna la main à la jeune
Soeur; & ce qu'il y eut de particulier
, c'eſt que les deux Enfans eſtant
accourus à la porte , prirent le Cavalier
pour leur Pere , & le forcerent
à les embraſſer. Il les carrefſa ,
revint à l'Auberge , & rit quelque
temps avec l'Abbé de l'embarras où
P'auroit mis l'obſtination de la Dame
, fi l'incontestable marque d'un
doigt coupé ne l'euſt point chaffée.
Il partit le lendemain d'aſſez bon
matin, mais ce ne fut pas ſans trouver
quelques Creanciers du Mary
qui l'attendoient dans la Ruë. Il les
paya tous en oftant ſonGand. L'accident
du doigt perdu eſtoit connu
de toute la Ville , & il ne falloit
rien
GALANT.
87
rien autre choſe que montrer ſa main
pour faire connoiſtre qu'il n'eſtoit
pas celuy qu'ils cherchoient.
Voila , Madame , ce qu'on m'affure
eſtre vray dans toutes ſes circonſtances
. Le Cavalier ne vous
fçauroit eſtre inconnu , &je vous
fatisferay ſur ſon nom quand il vous
plaira. J'ay receu un nouveauConte
de celuy dont vous en avez déja
veu quelques - uns. Leur ſtile naïf
vous a plû , & j'eſpere que vous ne
ferez pas moins contente de ce dernier
, que vous l'avez eſté des
premiers.
CONTE.
Chaque Peuple a ſes Loix ; le luxe dansAthenes
Eſtoit puny , point de depenſes vaines.
Sur tout point de pompeux habits ,
Solon en défendoit l'uſage ;
Ils sçavoit que le luxe amollit le courage.
Dans les Spectacles meſme il n'eſtoir pas permis
D'estre en Robe d'étofe teinte,
D'abord l'amende , & ſouvent pis .
Alin
88 MERCURE
A l'Intendant des Jeux un jour on porta
plainte
Qu'up Homme en cet habit venoit d'estre
furpris ,
Et de cettefage Ordonnance
Il alloit fubir la rigueur ,
Lors que quelques-uns par bonheur
Du bourgeois accusé connoiſſant l'indigence .
Fort justement direntà haute voix
Qu'il ne pouvoit avoir enfraint les Loix ,
Et d'ancun luxe au fond eſtre coupable.
On éclaircit la chose ; il eſtoit veritable
Qu'un certain Riche ayant veu ce Bourgeois
Ademy-nu tout comme un miserable ,
De cette Robe un peu trop remarquuble
Luy fit present , & luy ne s'en servit
Que faute de plus ſimple habit.
Ne donnons point dans l'apparence
Quand nous voyons hors d'oeuvre un Blondinſe
guinder ,
Et loin de nous persuader
Quefon air fastueux marque ſon opulence ,
Concluons en fon indigence ,
Et diſons d'un ſemblable eſprit ,
C'eſt justement ce Grec qui n'ayant
qu'un habit
N'en peut changer ſelon labien-feance.
Je vous envoye un troifiéme Air
que
RECIT DE BASSE .
T
Pag. 89
Non, non , diſoit un bi- beron , Non , je n'ayme point tant l'ombre de ces boc- cages , Que cel- le d'un nouyeau
bouchon :
T
T T
Rien n'y foula- ge mon chagrin , Oy- ſeaux vous y chan- tez en vain , Tous vos concerts,
T T
ges Ne valent pas le chant d'un ſeul cri- eur de vin. vin. tous vos rama-
BESSANT.
Aout.
88 MERCUR
JJ
volley
6032 402 1767-
envoye un troiliéme Air
que
GALANT. 89
que j'ay reçeu de Poitiers. Il eſt de
Mr Beffant.
ر م ع
-RECIT DEBASSE.
Non , non , disoit un Biberon ,
Nonje n'aime point tant l'ombre de ces Bocages
,
Que celle d'un nouveau Bouchon
Rien n'y foulage mon chagrin ;
Oyſeaux , vous y chantez envain ,
Tous vos concerts , tous vos ramages
Nevalent pas le chant d'un ſeul Crieur de Vin .
M. le Comte de Paux a épousé
Mademoiselle Gallard , Filledu Préſident
de ce nom , & Niéce deMonſieur
le Premier Préſident. Il eſt d'unedes
meilleures Maiſons de Champagne
, riche , bien fait , & a beaucoupdebonnes
qualitez . Je ne vous
dis rien de Mademoiselle Gallard.
Sa perſonne vous eſt connuë. Elle
a de l'eſprit& du mérité , & je ſçay
que d'autres que moy vous en ont
parlé avecbeaucoupd'avantage. Madame
la Premiere Preſidente les
ayant
90
MERCURE
ayant menez l'un & l'autre à Champlatreux
proche Corbeil , dans une
Maiſon qui luy appartient , Monſieur
le Premier Préſident s'y rendit
le jour ſuivant avec Madame
Tubeuf & Madame de Ribere fes
Filles. Il y eut le ſoir un magnifique
Repas ; & le lendemain qui estoit
le 16. de ce mois , on fit la Cerémonie
des Epouſailles , à laquelle
ſe trouverent , outre la Famille de
Monfieur le Premier Préſident , Madame
la Duchefſe d'Angouleſme ,
Mr & Madame la Préſidente Gallard
, Madame la Comteſſe de Paux
Merede l'Epoux , Madame deTerraming
, & pluſieurs autres Perſonnes
de qualité.
Il s'eſt fait deux autres Mariages
enBourgogne qui ont uny des Familles
trop conſidérables pour ne
vous eftre pas connues. L'un eſt
de M' le Comte de Beajeu-Beaujaulois
avec la Fille de M le Comte
d'Aiguilly-Choifeüil; & l'autre de
M'le
GALANT.
91
Mr le Comte du Belet-S. Quentin
avec Madame la Marquiſe de Villeneuve.
La premiere eſt une des
plus riches Heritieresdu Royaume ;
&la ſeconde , une jeune Veuve qui
a de la beauté , beaucoup de bien ,
& affez d'eſprit pour mettre en defaut
ceux qui ſe piquent d'en avoir
le plus. C'eſt un endroit fort touchant
pour vous , & quand je ne
m'en ſerois jamais apperçeu , je le
connoiſtrois au reproche que vous
me faites de ne vous avoir point
parlé de M'de S. Andiol , en vous
entretenant des beaux Eſprits d'Arles.
Souvenez-vous cependant que
l'Article où vous le croyez oublié ,
regarde ſeulement ceux qui compoſent
l'Académie Royale de cette fameuſe
Ville , & non pas les beaux
Eſprits d'Arles en general. Il eſt certain
que M. de S. Andiol Archidiacre
de la Metropole , eſt d'un
mérite tres- fingulier , & auffi confidérable
par ſa naiſſance que par ſa
pro-
1
:
92
MERCURE
:
profonde érudition. Il eſt Frere de
cet Illuftre Marquis de S. Andiol ,
qui s'eſt autrefois fi fort diftingué
dans les Armées d'Italie , où ila toujours
eu de fort beaux Commandemens.
Quoy que ſes principales applications
ayent eſté pour les Sciences
ſolides , il n'a pas dédaigné les
belles Lettres , & on ne peut avoir
plus de facilité & plus de délicateſſe
qu'il en fait paroiſtre dans tout ce
qui luy échape de Poëſies Latines.
C'eſt un talent qu'il n'a cultivé que
depuis cinq ou fix ans qu'il eſt de
venu aveugle. Ila grand commerce
avec les Sçavans , & fur tout avec
le fameux Pere Kircher. Ila fait imprimer
pluſieurs Ouvrages ſur diférentes
matieres , & on a une extraordinaire
impatience qu'il veüille
donner au Public un Livre pieux
qui eſt dans les mains de tout le
monde, & qu'il a mis en Vers d'Elegie.
C'eſt celuy qui vous a tant
plû dans l'admirable Traduction paraGALANT.
93
raphrafée que l'Illuſtre M' de Corneille
en a faite depuis vingt - cinq
ou trente ans. Vous aurez peuteſtre
veu quelques Differtations par
- leſquelles il prouve que le Monu-
- ment d'Arles qu'on a élevé depuis
-peu , eſt une veritable Pyramide, &
non pas un Obéliſque. Il ſe fonde
fur la tradition ancienne du Païs ,
ſur pluſieurs raiſons qu'il donne
de la diférence de la Pyramide &
de l'Obéliſque , & ſur l'autorité des
plus fameux Matématiciens de l'Europe
qu'il a confultez ſur ce Monument.
Il y a longtemps que je ne vous
ay fait voir de Rondeau. En voicy
un ſur unſujet fort particulier. M
Robbe nourriſſoit un petit Loup
privé qu'il avoit promisà Monfieur
le Duc du Maine ; & comme ce
jeune Prince l'attendoit impatiemment
, il vint à Paris , & le trouva
étranglé dansle temps qu'il croyoit
le faire porter à S. Germain. Ainfi
il
94
MERCURE
il ne pût que donner ce Rondeau
au lieu du Loup.
:
A MONSIEUR
LE DUC
DU MAYΝΕ.
RONDEAU.
Au Loup fust-il exposé ſans quartier,
Le Chien maudit , le barbare meurtrier
Du petit Loup que par mon induſtrie
F'avois rendu traitable& familier ,
Pour augmenter voſtre Ménagerie.
Hier en paſſant ſeul dans ma Gallerie ,
Fois d'abord comme un Chien abboyer
Dans la Cuisine, & mon Valet crier
Au Loup.
Lorsà grands pas descendant l'Escalier ,
Fen vis fortir un grand Chien deMeuſnier ,
La gueule en fang& les yeux en furie;
F'entray, mais las ! ce Dogue carnacier ,
Abelles dents avoit ofté la vie
Au Loup,
(
De Madrigal qui fuit eſt auſſide
Mr Robbe Souvenez- vous quand
vous le lirez , que c'eſt le Magiftrat
de
GALANT.
95
-de Bafle qui parleà M. le Mareſchal
de Créquy apres la défaite des Impériaux
fur le Pont de Rhinfeld.
MADRIGAL.
En vain , Grand Mareſchal , voſtre rare
prudence
Veut empeſcher que nos Bourgeois
Ne donnent , malgré ma deffence ,
Paſſage aux Ennemis du plus puiſſant des
Roys.
Vous voyezqu'aujourd'huy voſtre valeur vous
trompe;
Il n'est Retranchement , ny Fort ,
Il n'est Foffé profond , ny Rampart affez fort ,
Il n'est aucun obstacle enfin qu'elle ne rompe.
Pendant que nous veillons pour vous ,
Et que fur nostre Pont nous faiſons bonne
garde ,
Nous regardons deſſus , & ne prenons pas
garde ,
Que ces fiers Ennemis abbatus ſous vos coups ,
Par monceaux dans le Rhin viennent paſſer
deffous.
J'oubliay à vous faire voir dés
l'autre Mois les deux Sonnets que je
vous envoye. L'un eſt de Mr Valeted'Ufés
, ſur la rapidité des Conqueftes
96 MERCURE
: queſtes de Sa Majefté ; & l'autre fur
la Suſpenſion d'armes qu'Elle avoit
accordée aux Hollandois.
SONNET.
Grand Roy , dont la valeur égale laſageſſe ,
Prince dont le ſeul nom fait trembler l'Univers
,
Si ma Muſe paroiſt trop hardie en ces Vers ,
Son zele en est la cause, & non sa hardieſſe.
Apollon est luy-meſme accablé de foibleſſe
Pour vous avoir ſuivy dans les plus froids
Hyvers.
Arrestez donc , Grand Roy, tous ces Exploits
divers ,
Triomphezà loiſir , il n'est rien qui vous preſſe.
Quand vous aurez conquis le Monde tout
entier ,
Que fera veftre bras s'il n'eſt plus de Laurier?
Vous languirez , Grand Roy , dans une Paix
profonde.
Ainſi ne ſoyez pas ſi rapide Vainqueur,
Nos Muſes cependant reprendront leur vigueur
,
Vous vaincrez afſez to s'il vous suffit d'un
Monde,
SONGALANT.
97
SONNET.
Qu'on ne me chanteplus cette Valeur guerriere,
Ny les faits éclatans de tant de Demy- Dieux ,
Tout fléchit fous le bras d'un Roy victorieux,
Qui trace de sa main le plan de ſa carriere.
L'Hyver le voit toûjours voler fur la Frontiere,
Porter par tout l'effroy , surprendre tous les
yeux ,
D'une boiüillante ardeur penetrer en tous lieux,
Tout couvert de Lauriers , de sang & de
pouffiere.
Tant de Peuples armez au bruit deſes Exploits ,
Cette Ligue trenblante , & la Flandre aux
abois ,
Sent d'illuſtres témoins de l'éclat de ſa gloire.
Jamais vit-on Vainqueur , apres des coups fi
beaux ,
Arrester pour la Paix le cours de fa Victoire ?
Loüis feul fçait par la couronner ſes travaux.
Les Premieres nouvelles qu'on
eut des ofres que le Roy faiſoit pour
faciliter la Paix , furent un ſi grand
ſujet de joye , qu'on n'attendit point
que le temps de la Suſpenſion d'ar-
Aoust . E mes
98 MERCURE
mes fuſt expiré pour en faire des réjoüiſſances
a Jenville en Beauce.
Toute la Nobleffe voiſine s'y aſſembla.
La Feſte commença par laRepreſentation
d'une Comédie , apres
laquelle il y eut un grand Feſtin .
Rien n'y manqua de ce qui le pouvoit
rendre agreable. Il fut ſuivydu
Bal. Les Dames y estoient magnifiques.
Leur parure donnoit un nouvel
éclat à leur beauté , & jamais les
yeux n'eurent tant de lieu d'eſtre ſatisfaits.
On paſſa la plus grande partie
de la nuit à danſer , & on auroit
continué juſqu'au jour , ſans
un Feu de joye qui avoit eſté préparé.
Ce Divertiſſement fit ceſſer le
Bal. On tira plus de cent Fuſées.
Elles partirent toutes avec tant de
rapidité , qu'elles furent veuës de
Chartres & d'Orleans .
Si l'eſpérance qu'on avoit conçeuë
de la Paix, a pû donner lieu à
de pareilles rejoüiſſances , que ne
doit on point attendre de la Paix
ſignée?
GALANT.
99
ſignée ? Jamais le Roy n'a mieux
merité le Nom de Grand , que par
l'effort qu'il s'eſt fait en faveur des
Peuples. Tout le monde en parle ,
tout le monde l'admire , & c'eſt ce
qui a donné lieu à ce Rondeau.
RONDEAU.
Le nom de Grand eſt un nom de miſtere ,
Que chacun craint & que chacun révere ,
Qui dit luy ſeul ce que peut la Valeur
Qui fait le prix & la gloire d'un coeur ,
Qui ne connoist rien d'impoſſible à faire.
De Jupiter c'est l'illuſtre ſalaire ,
Pour avoir mis les Titans en pouſſiere ,
De pouvoir joindre au titre de Vainqueur ,
Le Nom de Grand.
Un Roy qui veut toûjours agir en Pere ,
Comme Loüis qui s'occupeà défaire
Les Ennemis des Dieux & de l'honneur ,
Qui fait la Paix au fort de fon bonheur ,
A seu remplir d'une auguste maniere ,
Le Nom de Grand.
.
Monfieur de Louvigny a eftéreçeu
Duc au Parlement. Je ne vous
repeteray point ce qui s'obſerve dans
1
E2 ces
1 100 MERCURE
ces fortes de Ceremonies. Je vous
en fis un long Article , quand je
vous parlay il y a quelques mois de
la Reception de M' le Duc de la
Force. J'adjoûteray ſeulement icy
une particularité que j'oubliay alors
de vous marquer. Avant que leDuc
qu'on doit recevoir preſte le Serment
, le premier Huiſſier luy va
oſter ſon Epée , & la luy remet apres
le Serment preſté. On luy paye
cent eſcus pour ce droit. Vous
vous ſouvenez ſans doute de ce que
je vous aydéja dit qu'ily a toûjours
un Conſeiller Rapporteur qui fait
l'Eloge du nouveau Duc. Cet employ
fut donnéà Mr le Boults. Il
avoit une belle matiere. Outre qu'on
peut dire beaucoup d'un Homme
qui ayant de grands Exemples Domeſtiques
, donne tous ſes ſoins à
remplir les devoirs de ſa naiſſance ,
on ſçait que Monfieurde Louvigny
aujourd'huy Duc de Gramont a eu
l'avantage de ſe diftinguer dans toutes
GALANT . ΙΟΙ
tes les occaſions où il s'eſt trouvé.
Douze Ducs aſſiſterent à cette Reception
, entre leſquels estoient Monſieur
l'Archeveſque de Rheims ,
Meſſieurs les Ducs de Crufſol , de
Lefdiguieres , de Créquy , de S. Aignan
, de Geſvres , de Coiflin , &
- Monfieur le Prince de Monaco Duc
de Valentinois , Beaufrere de celuy
- dont je vous parle. On ne m'a pû
dire le nom des autres .
Il eſt rare que je vous entretienne
de Theſes. La matiere ſemble
infpirer peu de curiofité à celles de
voſtre Sexe. Cependant vous vous
plaindriez de moy ſi je negligois de
vous en faire un Article quand quelque
choſe d'extraordinaire le peut
rendre confiderable. C'eſt ce qui
m'engage à vous parler de la Thefe
que M' de Crevecoeur , Fils aiſné
de M de Manevilette , a dediée à
Monfieur depuis quinze jours. Tout
le monde en a admiré le Deſſein.
La Bataille de Caffel & le Siege de
E 3 S. Omer
102 MERCURE
S. Omer ſe voyent en éloignement
dans un Tableau qui eſt au haut.
MONSIEUR eſt repreſenté à cheval
dans le devant. Il eſt veſtu moitié
à l'antique& moitié à la moderne
, pour faire voir qu'il ne cede ny
aux Héros des premiers Siecles , ny
à ceux du noſtre. La Gloire qui le
couronned'une main, tient de l'autre
un Faiſceau de Palmes . Vous
jugez bien, Madame, qu'elle ne les
tient ainſi amaſſées que pour les reſerver
à ce Grand Prince. On voit
la Valeur à coſté de luy , & la Vi-
Etoire derriere. Lapremiere porte une
Couronne de Laurier , & s'appuye
ſur un Lyon , & l'autre eſt
aifée à reconnoiſtre par les Trophées
qu'elle tient. Il ſemble qu'elle ſe
faſſe un plaiſir de le ſuivre dans le
Tableau , comme elle l'a ſuivy en
tous lieux. Son Cheval qu'il arreſte
ſe cabreà demy , comme ſi la crainte
qu'il a de perdre la Gloire de
veuë l'obligeoit à luy reſiſter; mais
fa
GALANT.
103
fa reſiſtance n'empeſchepoint ce Héros
de ſe tourner tout entier vers
la Victoire. On ne pouvoit mieux
marquer que la fin qu'ils s'eſt propoſée
dans le Siege&dans la Bataille
, n'a pas tant eſté d'acquerir de
la gloire pour luy-meſme , que de
vaincre pour celle du Roy & pour
les avantages de l'Etat. Une quatriéme
Figure qu'on reconnoiſt pour
la Crainte à la peau de Cerf dont
elle eſt couverte , ſemble fuir vers
Saint Omerà l'aſpectde Son Alteſſe
Royale. Il n'eſt pas beſoin d'expliquer
ce qu'elle veut dire , puis que
perſonne n'ignore la frayeur qui ſaifit
les Affiegez au retourde ce Prince
victorieux. Un Enfant eſt ſur le
devant du pied d'eſtal où le Tableau
eſt poſé. Il tient d'une main un
Bouclier ſur lequel les Armes de Son
Alteſſe Royale ſont gravées , & de
l'autre une Grenade en feu. C'eſt
faire connoiſtre affez clairement que
Monfieur couvre ſes Troupes dans
E4
le
104 MERCURE
le meſme temps qu'il foudroye celles
des Ennemis. On voit auſſi deux
Lyons au devant de ce Piedeſtal.
L'un paroiſt tout épouvanté , &
l'autre qui regarde derriere luy en
fuyant , tient ſept Fléches dont il
yen a une partie de rompuës. Il n'y
aperſonne qui ne reconnoiſſe l'E
pagne , & les Sept Provinces Unies
à ces deux Lyons. Je paſſe les autres
Figures qui ont leur ſens dans
cette Theſe , pour venir à l'Action
de M. de Crevecoeur. Elle ſe fit au
College de Harcourt avec tout l'éclat
poſſible. L'Aſſembleé ne fut
pas ſeulement nombreuſe, mais compoſée
d'une quantité ſurprenante de
Perſonnes de la premiere Qualité.
Voicy le Nom de ceux que j'y remarquay.
Meſſieurs les Cardinaux
de Rets , de Boüillon & de Bonzy ;
Meſſieurs les Archeveſques d'Ambrun
& de Bourges ; Monfieur le
Coadjuteur d'Arles ; Meſſieurs les
Eveſques d'Amiens , de Sarlat , de
la
GALANT.
104
la Rochelle , de Montauban , de
Meaux, d'Angouleſme, d'Auxerre ,
de S. Papoul , de Vance , d'Auranche
, de Perpignan&de Marſeille ;
Meſſieurs les Ducs de S. Aignan ,
Mazarin , de la Force , de Rohan ,
de Sully , & d'Epernon ; Monfieur
le Prince de Lillebonne ; Monfieur
le Comte de Montrevel , Meſſieurs
les Marquis de Gamache & de S. Si
mon , & quantité d'autres Gens de
la Cour , du Conſeil & des Compagnies
Souveraines , qui tous avo -
üerent que la capacité du Soûtenant
furpaſſoit ſon âge. La Theſe qui
eſtoit dans une tres- riche bordure
avec une Glace de Venise , fut placée
dans le Fauteüil que Monfieur
auroit occupé s'il ſe fuſt trouvé dans
l'Aſſemblée. Il eſtoit environné de
Suiffes & de Gardes , comme s'il euſt
eſté remply de la Perſonne meſme
de Son Alteffe Royale.
M' le Marquis de Meinieres eft
mort icy de la bleſſure qu'il reçeut
ΕΣ au
тов MERCURE
au commencement de ce Mois dans
la malheureuſe rencontre qui l'obligea
de tirer l'Epée ſur le Pont S.
Michel , contre un Gentil-homme
avec lequel il eut quelques paroles
d'aigreur. Il eſtoit brave, bien fait ,
& eſt mort à l'âge de vingtfept ans,
regreté de tous ceux qui leconnoiffoient.
Il avoit eſté nourry Page du
Roy; & ayant fervy Sa Majestédans
toutes ſes dernieres Conqueſtes de
Flandre & d'Allemagne , il fut un
des premiers qui entrerent dans Valenciennes
quand cette Ville fut priſe
d'aſſaut. Il eſtoit Enſeigne-Colonelle
dans le Regiment des Gardes ; & le
Roy pour marque de la ſatisfaction
qu'il avoit reçeuë de ſes ſervices ,
l'honora de fon agrément pour une
Compagnie. Le Brevet luy en fut
envoyé un peu avant ſa mort. M²
le Chevalier de Meinieres ſon Frere
fut tué à la Bataille de Senef , apres
avoir donné des marques de fon courage
dans pluſieurs autres Campa
gnes.
GALANT.
107
gnes. Il eſtoit Sous- Lieutenant aux
Gardes. Mademoiſelle de Meinieres
eft leur Soeur. Vous ſçavez qu'elle
eft Fille d'Honneur de Madame, &
qu'elle a la gloire d'avoir grand'part
aux bonnes graces de cette Princeffe.
J'auray occaſion avant qu'il foit peu,
de vous entretenir de fon mérite particulier
, en vous parlant de ſon
Mariage qui eſt preſt de s'achever
avec Monfieur le Duc de Villars-
Brancas. M' le Marquis de Meinieres
eſtoit de la Maiſon de Fautereau,
Originaire d'Anjou , & tres ancienne.
Dans la recherche qui fe fit de
la Nobleſſe en 1300. il y eut un
Macé de Fautereau qui fit preuve
de la ſienne par Titres & par Témoins
, & fut declaré noble de toute
ancienneté. Ce Macé laiſſa pluſieurs
Enfans , dont un Cadet nommé
Fouques eut pour partage la Terre
de Villers en titre de Baronnie ,
ſituée dans le Duché d'Aumale en
Normandie. Il s'allia à la Maiſon
E.6 de
108 MERCURE
de Rambure , qui eſt une des plus
conſidérables de Picardie , & fit la
Branche dont eſt ſorty celuy dont
je vous parle. Son Trifayeul eſtoit
Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roy , & fut fait Chevalier
de l'Ordre de S. Michel par Charles
IX. Cet Ordre eſtoit alors dans ſa
grande vogue , & luy fut envoyé
dans ſon Chaſteau de Villers par le
Comtede Carrouge , avec une Lettre
écrite de la main du Roy , par la--
quelle il l'exhortoit à le recevoir pour
ſes vertus, vaillances & mérites . Ce
font les termes de la Lettre. Illaiſſa
un Fils qui ſuivit Henry IV. dans
toutes les Guerres civiles , & qui
fut dangereuſement bleſſé à la Bataille
d'Arques. Il commandoit une
Compagnie de Cent Hommes d'armes.
Je ne vous dis rien de Nicolas
de Fautereau ſon Fils , auquel le feu
Roy donna une Compagnie Franche
deChevaux-Legers de Cent Maiſtres
entretenus avant qu'ily euſt de RegiGALAN
T. 109
gimens de Cavalerie en France , &
viens à Mª de Meinieres , encor vivant
, Pere du jeune Marquis dont
je vous viens d'apprendre la mort,
Il a toûjours ſervy le Roy pendant
ſa jeuneſſe. Apres avoir fait ſes premieres
Campagnes en qualitéde Volontaire
, il fut Capitaine de Chevaux-
Legers dans le Regiment de
feu Monfieur le Duc d'Orleans .
Quand les Ennemis prirent Corbie ,
Sa Majesté luy donna le Commandement
de toute la Nobleffe des
Bailliages d'Arques , de Neufchaſtel,
d'Aumale , de Gournay , & d'Eu ,
pour empefcher les Eſpagnols de pafſer
la Riviere de Somme. Il commanda
dans la meſme année les Gentilshommes
de l'Arriereban ; & les
temps difficiles eſtant venus , il ſe
montra fi ferme dans la fidelité deuë
à ſon Prince, que Sa Majesté l'honora
de la Charge de Marefchal de
Camp dans ſes Armées. Il avoit
épousé une Soeur de M' le Marquis
E7 de
IIO MERCURE
de Manneville , Gendre de feu M
d'Aligre Chancelier de France , &
a toûjours foûtenu avec beaucoup
d'éclat les avantages de fa Maiſon ,
qui eft alliée de celles de Rouhault-
Gamache, de Mailly-de Roncherolles
, d'Ailly , de Chaſtillon fur
Marne , de Fontaine , de Chaufféed'Areſt
, de Mascarel Boiſgefroy ,
& de pluſieurs autres des plus anciennes
deNormandie & de Picardie.
M' le Marquis ſon Fils laiſſe une
jeune Veuve avec deux Enfans.
Elle est bien faite , a beaucoup d'efprit
, & eſt Fille unique de M de
Montfort Seigneur de Saintefoy ,
Maiſtre des Requeftes. Il s'eſt acquis
beaucoup de réputation dans
cette Charge qu'il exerce avec toute
l'application & toute l'integrité
qu'on peut ſouhaiter dans un bon
Juge. Ses manieres ſont ſi honneſtes,
& il a une civilité fi engageante ,
qu'on eſt toûjours fatisfait de luy.
Il eſt Amy genéreux , & fe fait un
plaifir
GALANT. III
plaiſir particulier d'obliger ceuxqu'il
eſtime. Auſſi eſt- il fort confiderédans
ſa Compagnie.
Une violente paſſion couſte quelquefois
la vie. Ce que je vay vous
dire en eſt une preuve. Voicy l'Avanture
en peu de mots. UnCavalier
bien fait , galant , fpirituel , &
dangereux pour les Dames , trouva
moyen de ſe faire aimer d'une Fille
de qualité. Elle estoit belle , & avoit
aſſez debien pour le rendre heureux;
mais ſes Parens n'eſtoient pas faciles,
& il falloit prendre de grandes précautions
pour ne laiſſer pas éclater
cet amour avant le temps. Ils ſevirent
avec le plus de ſecret qu'ils pû--
rent , & ſe ménagerent ſi bien , que
les ſoins que le Cavalier rendit à la
Belle , furent imputez à la ſeule complaiſance
qu'on doit au beau Sexe.
Cependant il ſe rendit ſi bien maiſtre
de ſon coeur , que rien ne fut capable
de l'en détacher. L'absence mefme
qui affoiblit les plus fortes paffions
ود
112 MERCURE
ſions , ne fit qu'augmenter celle de
cette aimable Perſonne ; & pendant
cinq années qu'elle paſſa ſans le voir,
elle eut pour luy tout ce qu'on peut
avoir pour ce qu'on aime avec le dernier
attachement. Les Lettres adoucifſfoient
leurs chagrins , & ils les
foulageoient en ſe rendant compte
de leurs plus ſecretes penſées. La
Belle ne laiſſoit pas d'accuſer quelquefois
le Cavalier d'aimer moins
qu'il n'eſtoit aimé. Quoy que le reproche
fuſt obligeant , il eſtoit injuſte;
mais enfin quand les Femmes
aiment veritablement , leur tendreſſe
a de certaines manieres de s'exprimer
qui l'emportent fur toutes les aſſeurances
que peuvent donner les Hommes
, & il ſemble qu'elles aiment
avec plus de force , parcequ'elles ont
plus d'art à faire paroiſtre ce que
l'amour leur a fait ſentir. La Belle
perdit ſon Pere pendant qu'elle fut
éloignée de fon Amant ; & comme
ſa Mere l'avoit toûjours fortaimée,
elle
GALANT.
113
elle crût ne riſquer rien en priant le
Cavalier de fatisfaire l'impatience
qu'elle avoit de le revoir. Il accourut
, & ſe ſervant du prétexte dont
il eſtoit convenu avec ſa Maiſtreffe,
il la vint trouver dans une Maiſon
de Campagne , où la Mere le reçeut
avec beaucoup de civilité . Ily paffa
quatre jours , pendant leſquels l'amour
de la Belle s'accrut avec tant
de violence , qu'elle ne ſe pouvoit
plus réfoudre à s'en ſéparer. C'eſtoit
pourtantune neceſſité abſoluë . Outre
les affaires qui le rappelloient au lieu
qu'il avoit quitté , la bienséance ne
foufroit pas qu'il demeuraſt plus
longtemps dans cette Maiſon. C'euft
eſté découvrir ce qui l'avoit amené;
&dans l'état où eſtoient les choſes ,
l'intereſt de leur amour les obligeoit
encor au fecret. Ainſi le Cavalier
fit ſes adieux à la Mere. La Belle ne
les voulut point recevoir , & prétendit
, comme c'eſtoit ſeulement le
lendemain qu'il devoit partir , que
la i
114
MERCURE
la nuit luy feroit imaginer quelque
prétexte de demeurer encor quelques
jours. Le Cavalier qui ſentit combien
cet adieu luy feroit ſenſible ,
jugea à propos de s'en épargner la
douleur. Il partit de tres-grand matin
ſans revoir la Belle. La précipitation
de ce depart la ſurprit ſi fort,
qu'elle fut faifie d'un tremblement
qui luy oſta la parole. Elle croyoit
Pavoir arreſté en refuſant de luydire
adieu ; & le peu de complaiſance
qu'il ſembloit avoir eu pour elle ,
luy fit penſercent choſes qui la tourmenterent
, &qu'elle ne devoit point
du tout penfer. Elle rappella les reproches
qu'elle luy avoit faits de ne
luy marquer pas affez d'amour dans
fes Lettres , & s'eſtant mis en teſte
qu'il ne l'avoit quittée que parce que
ſa tendreſſe eſtoit affoiblie, elle tomba
dans une pâmoiſon qui fit accourir
tout le monde à ſon ſecours . Sa
Mere qui l'aimoit tendrement , ſe
defefperoit. On employa toute forte
de
GALANT.
115
de remedes pour la faire revenir , &
enfin on en vint à bout. La fievre
la prit , & dés le ſoir meſme cette
- fievre luy cauſa un tranſport qui ne
- la laiſſa plus maiſtreſſe de ſa raiſon.
Elle parla , & le nom du Cavalier
- repeté cent fois , fit connoiſtre l'amour
qu'elle avoit pour luy. Elle
- demandoit ſouvent pourquoy il l'avoit
fi cruellement abandonnée , &
elle n'eſtoit ſenſible qu'aux affurances
qu'on luy donnoit qu'il arriveroit
bientoft. On avoit lieu de le
croire. La Mere qui auroit tout fait
pour tirer ſa Fille de l'état dangereux
où elle eſtoit n'eut pas plutoſt
connu que la cauſe de ſon mal venoit
de l'éloignement du Cavalier ,
qu'elle envoya apres luy àtoute bride.
Le Tranſport ceffa. La belle
fut fort ſurpriſe d'apprendre ce qui
luy eſtoit échapé. Sa Mere la confola
, luy promit de conſentir à ſon
Mariage malgré l'inégalité du Bien,
& luy fit ſçavoir les ordres qu'elle
avoit
116 MERCURE
avoit donnez pour faire tevenir le
Cavalier. Mais toutes ces chofes furent
inutiles. La fievre ne diminua
point , & le ſaiſiſſement qui l'avoit
cauſée trancha les jours de cette belle
Perſonne avant que ſon Amant
fut arrivé. Jugez de ſon deſeſpoir
quand il ſçeut la perte qu'il venoit
de faire. Il fut tel que la Mere toute
accablée qu'elle eſtoit , ne pût ſe défendre
de le conſoler. Elle l'arreſta
chez elle , & le regardant comme le
Mary de ſa Fille , elle ne trouvoit
de foulagement à ſes douleurs , qu'en
s'entretenant avec luy du ſujet qu'ils
avoient tous deux de s'affliger. Il
eſt encor chez elle , cette Dame
n'ayant pointvoulu le laiſſer partir.
Elle le traite comme ſon Fils , &
luy a fait meſme promettre que s'il
ſe reſolvoit à ſe marier, il accepteroit
une Femme de ſa main . Beaucoup
de Belles luy voudroient bien
faire oublier ſon premier amour ,
mais ce ſont des impreſſions qui ne
s'effaGALANT
.
117
s'effacent que par un long temps ,
&la memoire de ce qu'il aperdu luy
eſt trop chere pour le laiffer capable
de prendre fi-toſt un nouvel engagement.
On meurt de joye comme de
douleur. Quoy que la preuve que
- je vous en vay donner ſoit d'une
Perſonne dont la condition eſt tresmédiocre
, elle ne laiſſe pas de faire
connoiſtre la verité de ce que je
vous dis .
Madame la Ducheſſe de Lefdiguieres
voyant approcher le temps
de ſes Couchez , arreſta une Nourrice
il y a quelques jours. Les Medecins
l'avoient aprouvée , & les avantages
de nourrir le premier Enfant
d'une Perſonne de cette qualité
eſtoient grands. On luy promettoit
un employ conſidérable pour fon
Mary , & Madame la Ducheſſe recevoit
une petite Fille qu'elle avoit
à ſon ſervice. Un fi heureux changement
dans ſa fortune luy donna
un
118 MERCURE
un fi grand ſaiſiſſement de joye ,
qu'elle en mourut dés le lendemain .
Cet exemple n'est pas nouveau , &
ce qui est arrivé de nos jours à Mademoiselle
de Graffet eſt encor plus
fingulier. Elle estoit Fille d'un Confeiller
de laCourdes Aydes de Montpellier
; & aimoitavec beaucoup de
paffion un fort galant Homme qui
n'en avoitpas moins pour elle. Des
raiſons de Famille obligerent les
Parens de l'un &de l'autre à refuſer
leur conſentement à ce Mariage.
Ces obſtacles ne ſervirent qu'à augmenter
leur amour. Enfin apres ſept
années d'épreuves , les Parens s'eſtant
laiſſez fléchir , on prit jour pour la
ſignature du Contract. La Demoifelle
en eut tant de joye , qu'apres
voir écrit Marie de Graf... ellen'eut
pas la force d'achever fon nom , &
mourut la plume à la main.
M'Billard , Fils du fameux Avocat
qui porte ce nom , a eſté reçeu
Conſeiller au Parlement depuis quel
ques
GALANT .
119
ques jours avec un applaudiſſement
- univerſel. Les éloquens Plaidoyers
qu'il a faits , luy avoient déja ſouvent
attiré l'admiration de l'auguſte
Compagnie dans laquelle il vient
. d'entrer. Il eſt de laTroiſiéme des
Enquestes , & on ne peut qu'attenedre
beaucoup d'un Juge auſſi coni
ſommé qu'il l'eſt dans les Affaires &
s dans tout ce qui regarde laJuriſprudence.
On a fait de nouveaux Echevins.
- Je vons marquay il y a un an tou-
- tes les Ceremonies qui s'obſervent
t dans cette forte d'élection , & il feroit
inutile de les répeter. M² de
Pommereüil ayant eſté tres- agreable
- au Roy & à la Ville , eſt demeuré
Prevoſt des Marchands , Sa Majefté
l'ayant nommé elle-meſme , & fait
ſcavoir là-deſſus ſes intentions. Cet
honneur luy estoit deû , & M'Truc
Procureur du Roy de la Ville n'en
doutoit pas quand il dit, Que quoy
qu'il fust rare de trouver des Gens d'un
fort
120 IERCURE
1
fort grandmérite , d'unefidelité inviolable
, d'une irréprochable intrégrité , &
d'une vertu fort connue, tous ces avantages
ſe rencontroient dans la Perſonne
deMonfieur de Pommereüil , qui estant
continué dans l'employ de Prevoſt des
Marchands , ne pouroit qu'apporter beaucoup
d'utilité &de satisfaction à toute
la Ville. M le Bailleul le Fils ,
Marquis de Chaſteau-Gontier, Conſeiller
au Parlement , fut choify premier
Scrutateur. Vous ſçaurez , Madame,
par ce que je vous en ay déjadit
, que ce premier s'appelle grand
Scrutateur. Les trois autres furent
M Preſtit Marchand & Confeiller
de Ville ; M de Mouchert , Avocat
au Parlement , Quartenier ; &
M' Brigalier aucien Avocat du Roy
au Chaſtelet. Les deux Echevins
qu'on élût furent M' Leveſque ,
l'un des Quarteniers de la Ville &
Receveur General de l'Hoſtel- Dieu ,
en la place de Mr de Befme Quartenier
; & M Pouſſet, Sieur de Montauban
,
GALANT. 121
tauban , Avocat au Parlement , au
lieu de M² de la Porte , Conſeiller
au Chaſtelet . Je ne vous dis point
avec combien d'éloquence&de fuccés
M' de Montauban parle en pudblic
depuis plus de trentecinq- an-

nées. Toute la France le ſçait , &
- il s'est fait admirer mille & mille
Ls fois dans le Parlement. Il ne ſçait
pas ſeulement ce qui regarde laprorefeffion
d'Avocat , il poſſede pluſieurs
autres talens dont il a ſouvent done
né d'éclatantes marques. Ces nouveaux
Echevins allerent preſter le
n Serment accouſtumé entre les mains
Le du Roy quelques jours apres leur
⚫élection . Le Scrutin fut lû par M
le Marquis de Chaſteauneuf , Secretaire
d'Estat. Il fit cette fonction
pour M de Seignelay qui estoit malade.
Le Diſcours que M' de Chaſteaugontier
fit au Roy en luy preſentant
ce Scrutin , fut digne de
- l'approbation qu'il receut. Apres
avoir fait paroiſtre la Ville aux pieds
Aouft.
F de
122 MERCURE
de Sa Majesté, il éleva la grandeur
de ſes Conqueſtes , s'attacha particulierement
àparler de cellede Gand,
& fit connoiſtre les obligations que
toute la France avoit au Roy , de
cequ'à l'exemple de Henry le Grand,
il vouloit bien préferer la Paix aux
avantages que la continuation de la
Guerre luy promettoit. Il adjouta
qu'à peine ce bruit de Paix s'eſtoit
répandu , qu'on avoit commencé
d'en reffentir les effets ; & s'eftant
fort étendu ſur les loüanges du Roy ,
il finit par les reſpectueuſes proteſtations
de l'inviolable fidelité dont
ſes Anceſtres luy avoient donné
l'exemple.
Monſeigneur le Dauphin s'eſt
exercédepuis quelques mois à courre
la Bague en preſence de Leurs
Majeftez , avec les principaux Seigneurs
de la Cour. Il y a eu trois
Prix , dont le premier fut une Epée
d'or donné par la Reyne , & emportée
par M'le Marquis de Dangeau.
GALANT.
123
eur geau. Le ſecond eſtoit une Echarpe
rti- enbroderiequedonnale Roy. Mon-
End, ſeigneur le Dauphin la gagna. M'le
que Mareſchal Duc de la Feuillade eut
de le dernier Prix. C'eſtoit une Boëte
d, à Portrait donnée encor par leRoy.
1x Ceux qui ſe ſont fait leplus remarda
quer en les diſputant , on eſté Mona
t
,
eat
ſieur le Prince de Conty, Monit
ſieur le Prince de la Roche-fur-Yon ,
e M'le Prince d'Harcourt , & Mles
Comtes de Brionne & de Marfan.
Trois chofes les faifoient tous admirer
, la propreté , la bonne mine
, & l'adreſſe. Ainſi tandis que
e nous faiſions des conqueſtes à l'Armée
, il eſt à croire qu'ils s'en fai-
↑ ſoit d'une autre nature à S. Germain.
M' l'Eveſque de Condom en a fait
une tres-conſidérable , en obligeant
M le Marquis de Malauſe de renoncer
aux erreurs du Calviniſme.
Cezelé Prélat ſçait ſi bien faire comprendre
les veritez de noſtre Reli-
- gion à ceux dont il veut gagner les
S
e
F2 ames ,
124 MERCURE
ames , que les plus obſtinez manquent
de raiſons pour luy répondre.
Je vous ay parlé de la valeur deM
de Malauſe dans une de mes Lettres
. La Maiſon dont il fort vous
eſt connuë , &je vous dirois inutilement
qu'elle a eu , & qu'elle a
encor de grands Hommes , qui ont
fait la meſme abjuration qu'il vient
de faire.
M'l'Abbé de Montal a dedié une
Theſe au Roy , Il ne ſe peut rien
de plus glorieux que ce que Sa Majeſté
luy dit en la recevant , Que
s'il foûtenoit auſſi-bien que ſon Peresçavoit
attaquer , il ne pouvoit manquer
de bien faire.
Je ne ſçay , Madame , fi le nom
du Sieur Paolo Lorenzani Romain
a eſté juſqu'en voſtre Province. II
eſtoit Maiſtre de Muſique à Meffine
, & a ſuivy les François à leur
retour. Il a chanté un Motet de fa
compoſitiondevant le Roy. SaMajeſté
le trouva fi beau , qu'elle ſele
fit
GALANT.
125
fit chanter juſqu'à trois fois , & ordonna
une ſomme conſidérable pour
ſon Autheur , auquel elle afait chanter
ce meſme Motet deux autres
fois depuis ce temps-là. Ainſi il a
_eſté entendu cinq fois , & toûjours
avecgrand applaudiſſement des Connoiffeurs.
Il eſt certain que la ma-
- niere Italienne a quelque choſe de
particulier pour la Muſique , qui la
fait trouver toute agreable. Cela ſe
peut voir par cet Air Italien que le
- Roy ne pouvoit ſe laſſer d'entendre ,
& qu'on luy a veu admirer toutes
les fois qu'il l'a entendu. Vous l'allez
trouver icy noté. Il eſt de feuM
l'Abbé de la Barre Organiſte de la
Chapelle du Roy , & affez beau pour
faire vivre ſa memoire éternellement.
Quelques Gens l'ont voulu faire
paſſer pour eſtre de Luigi Roſſy, &
ont meſme mis ſon mon au bas de
quelques Copies. Je ne ſçay quelle
raiſon les a obligez d'en ufer ainfi ;
mais cet Air eft tant veritablement
F3 de
126 MERCURE
de feu M' de la Barre , ils ne pouvoient
porter un témoignage plus
glorieux de ſes Ouvrages , qu'an
leur donnant pour Autheur un des
Maiſtres qui s'eſt acquis le plus de
réputation en Italie. Voicy les Paroles
de cet Air .
AIR ITALIEN ,
De feu Me l'Abbe de la Barre .
Dolorosi penfieri ,
Ch'affligete il mio cor di pene atroci ,
Sia tepur contro me vié piu feroci.
Piu non bramo piacere ,
Bramo fol il mio cor tutte , penoſo ;
Chia perduto il ſuo ben , non hariposo.
Je viens à l'Article qui eſt devenu
pour vous un Article favory.
Il n'auroit falu autrefois que parler
de Guerre aux Dames pour les faire
fuir; & un Livre de Galanterie meflé
de Recits de Sieges & de Batailles
leur auroit fait peur , mais iln'y
a rien aujourd'huy que celles de voſtre
Sexe liſent avec plus d'avidité.
ElGALANT
. 127
Elles ont toûjours aimé les choſes
• extraordinaires & ſurprenantes , &
c'eſt ce qu'elles font afſurées de trouver
dans tout ce qui ſe fait fous le
Regne de LoÜIS LE GRAND .
Je traite les derniers évenemens de
cette Campagne apres un Homme
dont la Naiſſance n'eſt pas moins
élevée que leSçavoir. Le Publicluy
eſt ſans doute obligé des ſoins qu'il
a commencé de donner depuis un
mois aux premieres Nouvelles qu'on
fait inprimer de ce qui ſe paſſe dans
nos Armées. Comme il entend parfaitement
l'Hiſtoire , &qu'il eſt confommé
dans tout ce qui regarde la
Cronologie & la Georaphie , on n'a
point à craindre qu'il luy échape
des fautes contre l'une ou l'autre de
ces Connoiſſances. Un fi beau modele
m'auroit eſté d'un fort-grand
ſecours pour me regler , mais la
Paix vaborner ce que j'auray à vous
dire , à des matieres bien differentes
de celles qu'il traitera. Ce n'eſt pas
F4 que
128 MERCURE
que dans les Articles meſmede Guerre,
nous n'euſſions toûjours pris des
routes bien éloignées. Les ſiens n'eſtant
compoſez que de nouvelles telles
qu'on les peut ſçavoir dans le
premier moment qu'elles arrivent ,
ne ſont qu'un fait qui doit eſtre ſolide
, ferré , ſans embelliſſement ,
& feulement pour ſervir de regle à
ceux qui écrivant enſuite amplifient
les choſes par des circonstances , &
y adjoûtent des raiſonnemens , des
narrations , des deſcriptions , & enfin
tout ce qui peut faire un corps
qu'onpuiſſe appeller Hiſtoire. Comme
on a veu de tout temps une infinité
de Relations des Actions importantes
, & fur tout depuis le
commencement de cette Guerre , je
ne m'étonne pas que tant de Gens
parlent apres moy , comme je parle
apres la Gazette. Au contraire je
ſuis furpris que le nombre n'en ſoit
pas encor plus grand. En effet le
Regne du Roy eſt ſi remply de prodiges
GALANT. 129
diges qu'on ne les ſçauroit jamais
affez bien apprendre. Quelque zele
que chaque Particulier puiſſe avoir
en écrivant, il eſt impoffible que
par oubly ou faute de tout ſçavoir ,
il ne laiſſe quantité de choſes qui
feroient les plus beaux endroits de
l'Histoire d'un grand Monarque. Ce
que je dis regarde particulierement
les affaires de la Guerre. Il ne ſuffit
pas d'avoir les Relations des Commandans
pour en donner le détail.
Il y a mille Actions détachées qui
- ſe paſſent hors de leur veuë , &qu'on
ne leur raconte quelquefois jamais
parce qu'ils n'ont pas le temps deles
écouter. Le Siege de Grave en eſt une
preuve. On l'a veu dans les Gazettes.
On l'a veu dans les Extraordinaires.
On l'a veu dans des Relations particulieres
, & on n'a pas laiſſé d'en
faire encor imprimer depuis quinze
jours un corps d'Hiſtoire , qui fait
connoiftre qu'on n'avoit preſque rien
ſceu juſque là de ce qu'il y avoit à en
F5 dire.
130
MERCURE
i
i
dire. On voit dans ce Livre tout
ce que peut faire l'adreſſe , la conduite
, la valeur , la rufe , la force ,
& l'eſprit d'un brave & expérimenté
Gouverneur pour bien defendre
une Place. Vous ſçavez, Madame,
que M le Marquis de Chamilly
conımandoit dans celle- là , & que
cette Ville qui avoit eſté priſe par
nous en deux heures , n'a efté repriſe
par les Ennemis qu'apres un
Siege de plus de 4. mois. Les nouveaux
ſtratagêmes dont on s'eſt ſervy
pour les embaraffer , ont quelque
choſe de tres- curieux à ſçavoir.
Vous le trouverez dans la Relation
dontje vous parle. Ily a biendes Livres
de galanterie moins divertiſſans .
On voit dans celuy-cy des manieres
de ſe batre , des actions & des honneſtetez
qui ne ſe font point encor
veuës. M' de Chamillyy paroiſt un
Galant aupres de ſa Garniſon, &
cen'est qu'en gagnant les coeurs qu'il
fait faire tout ce qui luy plaift. Il
n'y
GALANT .
131
-
n'ya rien en meſme temps de ſi noble
que la fierté qu'il ſouſtient jufqu'au
bout dans ſon commerce de
- Lettres avec Monfieur de Rabenhaupt.
On ne les peut lire fans les
- admirer , ny tout l'Ouvrage ſans une
entiere fatisfaction . Il ſe debite chez
e les de Luyne Libraire au Palais , avec
un Plan exact de la Place , & de
toutes les Attaques. Les belles Actions
de tous ceux qui ſe ſont ſignalez, y
- ſont marquées , & la lecture n'en eſt
- pas moins utile à tous Gouverneurs ,
- & à toute forte de Gens de guerre,
qu'elle doit eſtre agreable à ceux qui
ſont bien aiſes de voir toutes les particularitez
d'un beau Siege tres- fidellement
décrites . On vous en apûdire
beaucoup des derniers avantages
que nous avons remportez en Allemagne,
mais je ſuis afſuré que vous
ne les ſçauriez ſçavoir toutes, &que
le Public meſme n'a point appris la
plus grande partie des chofes dont
je vous vay marquer le détail.
F6 Ma
132
MERCURE
Ma derniere Lettre laiſſoit le Prince
Charles retranché ſous Lauffembourg
avec toute l'Armée Impériale.
Il avoit perdu plus de fix mille Hommes
en diférentes occaſions , & vû
ruiner Rhinfeld & Sekingen. M le
Mareſchal de Créquy apres de ſi .
beaux commencemens, voulut profiterde
l'ardeur de ſes Troupes. Elles
eſtoient perfuadées de ſa valeur & de
ſa conduite. Il ne s'agiſſoit que de diligence.
Elle le mettoit en état de venir
à bout de ſes deſſeins , ou de fatiguer
tellement les Ennemis , qu'ils
ne pourroient éviter la ruine de leur
Armée. Il vouloit aller vers la Kints ,
&en prenant fon chemin par le Brifgau
, il eſtoit preſque aſſuré d'arriver
fur cette Riviere avant le Prince
Charles, qui ne pouvoit marcher que
parun chemin plus long & tres-difficilepouruneArmée.
Apeine eut-il
formé ce deſſein , qu'il envoya ordre
àM le Comte de Roye de prendre
les devans avec les Brigades de CavaGALANT.
133
-valerie de Bulonde , de Langallerie,
celles d'Infanterie de Champagne &
de Normandie , & les Dragons de la
Reyne. Mr le Mareſchal ſuivit le
lendemain avee le reſte de l'Armée.
Le jour ſuivant on fut averty que
les Ennemis s'eſtant mis en marche
ſur l'avis qu'ils avoient eu de la noſtre
, laiſſoient les Montagnes Noires
à gauche , comme nous les laiſſions
à droit, Mr de Créquy ayant appris
cette nouvelle , détacha M' le Duc
- de la Ferté avec douze cens Grena-
= diers , pour s'avancer à la teſte de
l'Armée , qui fit une fort grande
marche ce jour-là. Le lendemain ce
General voulant faire encor plus de
diligence , prit les douze cens Grenadiers
commandez par M. le Duc
de la Ferté , la Brigade de Cavalerie
de Rével , les Dragons du Roy , &
ceux de Liſtenay ; & ayant ordonné
au reſte de l'Armée de le ſuivre ,
il s'avança pourjoindre M'le Comte
de Roye. Le jour ne faiſoit que de
F7 com134
MERCURE
commencer quand il le joignit. Ils
marcherent enſemble du coſté deGégembach.
Nos Coureurs apperçeurent
une Garde de cinquante Cavaliers
qu'ils poufferent. Elle parut
ſoûtenuë , & peu apres on vit l'Arrieregarde
de l'Armée que le Prince
Charles menoit en perſonne. Elle
• eftoit compoſée de fix mille Chevaux
& de trois Regimens de Dragons
, qui travailloient à ſe placer.
Nos Troupes efſtoient venuës par
les Hauteurs ; & quand elles furent
deſcenduës dans la Prairie , on découvrit
deux groſſes Colomnes qui
ſe retranchoient. Nous n'avions encor
que cent Chevaux dans le bas ,
&fix cens Dragons. M'le Mareſchal
conſidéra la contenance de ce Corps,
qu'on vit travailler à de petites Redoutes
fur le bord de la Riviere.
La diligence avec laquelle les Ennemis
eſtoient arrivez à Gégembach ,
fit connoiſtre à Mr le Mareſchal l'importance
de ſa ſituation , & la neceffiGALANT.
135
1
ceſſité où l'on ſe trouvoit de ſerendre
maiſtre de la Valée qui devoit
donner à l'Armée la facilité de ſe
joindre. Nos Troupes n'eſtoient pas
fort avancées , parce qu'elles avoient
de grands Défilez à paſſer. Cependant
M le Marefchal ne laiſſa pas
de réſoudre l'Attaque des Impériaux.
Il fit avancer tous les Grenadiers de
l'Armée , avec les Dragons du Roy,
de la Reyne , & de Liſtenay , ſoutenus
par la Cavalerie& par fix Bataillons
que Mr le Comte de Roye
avoit menez ; & quoy qu'il euſt encor
moins de Cavalerie que les Ennemis
, il crût qu'il les obligeroit
par le feu de ſa Mouſqueterie de le
laiſſer maiſtre de la Riviere , qu'il
faloit neceſſairement paſſer à leurs
yeux , fans quoy ils auroient eu le
temps de ſe retrancher , & le reſte
de leurs Armée , celuy d'approcher.
Voicy de quelle maniere M'le Mareſchal
diſpoſa ſes Troupes pour
cette Attaque. La gauche fut comman.
136 MERCURE
mandée par M. de Bouflairs , avec
les Dragons du Roy , & deux cens
Hommes du Regiment d'Albret. M'
le Comte de Roye & M' de Lançon,
eurent le Commandementde la gauche
, avec les Regimens de Bretagne
& de Normandie , & les Dragons
de Liſtenay que menoit M'de Montrevel.
Ces deux Commandans
eſtoient à la teſte avec huit Compagnies
de Grenadiers. M' le Comte
de Schomberg avoit le milieu avec
les Dragons de la Reyne commandez
par M' de Dénonville , & huit
Compagnies de Dragons qui avoient
à leur teſte M' le Duc de la Ferté.
Les Brigades de Bulonde& de Champagne
eſtoient un peu derriere , celle
de Rénel fermant tout- à-fait la
gauche. Ily avoit d'autres Troupes
poſtées dans des intervales pour foûtenir
les Attaques , avec huit Compagnies
de Grenadiers. Les Ennemis
faifoient une affez bonne figure;
mais le ſignal de l'Attaque ne fut
pas
GALANT.
137
1
pas fi-toſt donné , qu'on vit leur ſeconde
Ligne prendre au grand trot
de chemin d'Offembourg. Leurs
Dragonsqui avoient mis pied a terre,
ſe jetterent avec précipitation fur
leurs Chevaux , & ne firent leur dé-
- charge qu'apres qu'ils furent en état
de fuir. Cette mauvaiſe contenance
encouragea fort les Noftres. M
le Duc de la Ferté qui avoit déja
eu ſon Cheval tué ſous luy , leur
donna l'exemple , & ſe jetta le premier
dans l'eau. Quoy qu'il en euſt
- juſqu'à la ceinture , & qu'on ne fuſt
qu'à la portée du Piſtolet des Impériaux
, il fut ſuivy des Grenadiers
qui firent un tresgrand feu . Celuy
des Dragons du Roy & de la Reyne
qui le ſeconda , fit faire un fort
meſchant mouvement aux Ennemis .
Ce qu'ils abandonnerent de terrain,
fut auffi-toft occupé par nos Moufquetaires.
Leur Cavalerie ſe trouva
refferrée, & peu apres ébranlée davantage
par les Commandez de la
-1
1
no138
MERCURE
noſtre , ſoûtenus des Dragons & des
Eſcadrons de Langallerie. Le feu de
noſtre Infanterie en fut appuyé.
Ainſi il n'y eut plus d'ordre dans
l'Arrieregarde des Ennemis. Cette
Attaque la ſépara , & elle ſe trouva
contrainte deprendre le chemin des
Montagnes pour ſe ſauver. On les
renverſa dans les Défiles , & l'on vit
cette belle Cavalerie de l'Empereur
prendre leurs Chevaux par la bride,
& grimper par des chemins qui
avoient paru juſque-là inacceſſibles.
M' le Comte de Schomberg , apres
avoir pouffé les Eſcadrons ennemis ,
&défait le dernier dont on prit le
Commandant avec pluſieurs Officiers,
ſe laiſſa tellement emporter à
l'ardeur de fon courage , qu'en fuivant
les Fuyards , il ſe trouva ſeul
avec Mª de Sibourg fon Ayde de
Camp, dans un chemin creux qui
les couvroit. Il y fut attaqué par
huit Officiers . Il en tuaun , enbleffa
trois ; & pluſieurs autres eſtant revenus
GALANT . 139
:
venus ſur luy , & l'ayant environné
↑ de tous coſtez , ils ſe rendirentmaiſtres
de ſa perſonne , apres l'avoir
bleffé, & luy avoir tué ſon Cheval .
Cependant il ne laiſſa pas de donner
quatre coups d'épée à celuy qui
ſe hazarda à s'en faifir. Il eſt glorieux
d'eſtre pris de cette maniere.
Son Ayde de Camp eut ſon Cheval ..
bleffé ſous luy , & reçeut luy-mefme
deux bleſſures. Le Regimentde
Harant ayant fait plus de reſiſtance
que les autres , a eſté preſques tout
défait. Il nous en eſt demeuré deux
Etendarts ſur leſquels eſt peinte une
Aigle à deux teftes. Nous en avons
encor eu deux autres d'un vieux Regiment
de l'Empire. Cette Occaſion
ne nous a pas couſté plus de trente
Hommes . M'le Marquis de Créquy
y a reçeu une contufion d'un coup
de Piſtolet; & M" de Vaffé & du
Vivier , Aydes de Camp de Mr le
Mareſchal , quelques legeres bleſſures
, auſſi-bien que M'Dallon Gentil140
MERCURE
tilhomme du meſme Mareſchal , &
M' de S. Félix Ayde de Camp de
M' le Marquis de Bouflairs. M' le
Marquis du Chaſtelet Ayde de Camp
de M' le Mareſchal de Créquy , &
M' de Montfort Ayde de Camp de
M' le Marquis de Bouflairs , ont
eſté les ſeules Perſonnes de marque
⚫qui ayent payé de leur vie. Nous
avons fait plus de quatre cens Priſonniers
, parmy leſquels ily a beaucoup
d'Officiers. Cette Défaite a eſté plus
grande qu'on ne l'avoit crû d'abord.
On l'a reconnu par la quantité de
Corps morts qui ſe ſont encor trouvez
longtemps apres. "Noftre perte
ne pouvoit eſtre plus petite qu'elle a
a eſté pour une auffi grande Occaſion:
mais outre que celle des Ennemis eft
conſidérable , elle est tres glorieuſe
pour nous par pluſieurs circonstances;
par la préſence de M de Lorraine ,
& de ſes Genéraux; par le nombre
de Troupes qu'il avoit (elles confiſtoient
en toute ſa Cavalerie & tous
fes
GALANT. 141
fes Dragons ; ) & par l'avantage du
lieu où ils eſtoient , ayant la Kints,
profonde & large Riviere , fortifiée
devant eux , Offembourg à leur
droite , & Gégembach àleur gauche,
& eſtant ſous le feu de la Fortereffe
d'Ortemborg qui couvroit leur centtre.
Ce qui augmente encor lagloire
Is de Mr le Mareſchal de Créquy ,
c'eſt qu'il n'avoit dans cette affaire
que trois Brigades de Cavalerie , qui
eſtoient Langallerie , Bulonde , &
d Rénel , les Dragons du Roy , de la
de Reyne , & de Liſtenay , les Grenaa
e
;
diers , les Bataillons de Champagne ,
te de Bretagne , Conty & Turenne ; &
pour Officiers Genéraux , M" les
Comtes de Roye & de Schomberg ,
M' le Marquis de Bouflairs , & Mrs
de Lançon & de Paſſy. On ne peut
rien adjoûter aux marques de courage
&de valeur qu'ils ont tousdonnées.
Je rends la justice qui eſt deuë aux
Ennemis , en loüant leur diligence.
M' de Créquy fut ſurpris luy-mefme
142
MERCURE
me de celle du Prince Charles . Il
n'eſtoit pourtant pas neceſſaire qu'il
en fiſt tant , puis qu'il ſemble qu'il
ne ſoit venu qu'afin de ſe faire batre
& ſe retirer en ſuite dans les Montagnes
, avec une Armée effarouchée,
diſperſée, & toute en deſordre. Je
ne dis rien dont la ſuite ne confirme
la verité. Le lendemain de cette
Action , Mr le Mareſchal ayant ſceu
que le Prince Charles eſtoit allé vers
Oberkik , ne s'eſtant pas crû en ſeûreté
dans le voiſinage d'Offembourg,
jugea à propos de paffer la Riviere ,
&de marcher entre cette Ville &
le Chaſteau d'Ortembourg. M le
Chevalier de Novion eut ordre de
faire le Siege de ce Chaſteau. Il y
alla avec les Bataillons de Normandie
.& de Conty , & le preffa tellement
, qu'il l'obligea de ſe rendre
preſque auſſi- toſt qu'il l'eut aſſiegé.
La Garniſon eſtoit de deux cens
Hommes choiſis. M de Prémont
Major de ſaBrigade , y fut tué d'un
coup
GALANT . 143
coup de Mouſquet à la gorge en faifant
un Logement. Il fut fort regreté
de toute l'Armée& de M' de
Créquy meſme. Ce General luy
- donnoit ſouvent des ordres dont il
s'acquitoit avec autant de conduite
que de valeur. Il avoit merité par
là d'eſtre fait Major de Brigade à
vingt- ſept ans. C'eſt un âge où l'on
en voit peu d'autres dans cet Employ.
Il l'avoit eu à la Bataille d'Ens-
- hein , où il avoit eſté bleſſfé , apres
avoir ſervy en Flandres, en Candie,
& en Catalogne.
Apres de fi grands avantages, M
= le Mareſchal de Créquy crût que
d'amitié ou de force il devoit ſe rendre
maiſtre de Keil. C'eſt un Fort
qui couvre le Pont de Strasbourg du
coſté d'Allemagne. Il eſtoit grand ,
il avoit de bons Baſtions , un grand
Foffé , & une Garniſon affez nombreuſe
pour tenir pluſieurs mois , fi
d'autres que des François l'euſſent
attaqué. Ce vigilant General envoya
144 MERCURE
ya reprefenter à M" de Strasbourg
la neceſſité où il ſe trouvoit pour
le ſervice du Roy , d'établir un Poſte
au bout de leur Pont , afin d'y
pouvoir paſſer avec ſon Armée quand
il luy plairoit , comme ils l'avoient
permis au Prince Charles. Il demandoit
pour cela que le Fort de Keil
luy fuſt livré . M" de Strasbourg le
refuſerent , & firent meſme tirer du
Canon ſur quelques Equipages qui
paſſoient aupres de leur Ville. M'de
Créquy fut obligé d'en faire fortir
le Réſident de Sa Majesté , & d'ordonner
à M de Monclar qui commandoit
un Camp volant aux environs
, de s'approcher de ce Fort.
M' le Mareſchal de Créquy ordonna
deux Attaques , l'une commandée
par M'le Marquis de Bouflairs ,
avecM deBoiſdavid & Mr le Comte
de Soiffons ; & l'autre par M" de
Monperoux & de Vaubecour. Les
Grenadiers de l'Armée , les Dragons
du Roy& de Liſtenay , tenoient la
tefte
GALANT.
145
teſte de l'une & de l'autre Attaque.
Le Prince Charles eſtoit campé ſur
le haut de la Montagne , ce qui obligea
M' de Créquy d'aller luy-mefme
preſſer les travaux. Mª dela Freziliere
fut bleſfé à la cuiſſe d'un coup
de Mouſquet , en faiſant travailler
aux Bateries. Les Bataillons des Vaifſeaux
& de la Marine Royale , ouvrirent
les premieres la Tranchée
aſſez pres de la Contreſcarpe. Ils
furent relevez par les Regimens de
Touraine , de Roüergue & de Vau-
- becourt. On fit grand feu toute la
nuit des deux coſtez , & les Ennemis
ſur tout en firentun auſſi grand
qu'on le puiſſe faire. Sur les onze
heures du ſoir on vit bruler quatre
Maiſons ſituées ſur le bord du Foffé.
Comme elles mettoient noſtre
Tranchée à couvert du Canon &
du Mouſquet , M' de Beauvais qui
commandoit un Corps avancé couché
ſur le ventre , y courut pourtâcher
de remedier à cet accident. Il
Aoust. G trou146
MERCURE
1
trouva deux Allemans tous nuds
qui s'en retournoient dans la Ville ,
ils ne voulurent point avoüer qu'ils
avoient mis le feu à ces Maiſons.
La paille qui estoit dedans jettoit
une ſi grande clarté qu'il fut impoffible
d'avancer aucun Travail. On
fit ſeulement trois Bateries qui tirerent
au point du jour. M² de Bouflairs
fit ſommer les Aſſiegez ſur les
huit heures , mais ils ne répondirent
qu'à coups de Mouſquet. M'
le Mareſchal leur envoya une Lettre
quatre heures apres , par laquelle
il leur fit ſçavoir , Que le Roy voyant
qu'ils ne pouvoient s'empeſcher de
prefter leur Pont aux Ennemis malgré
leur parole , luy avoit ordonné de s'en
rendre maiſtre ; Que cependant on n'en
vouloit ny à leur liberté , ny à leur Ville,
&que s'ils vouloient rendre leurs
Ponts & leurs Forts , Sa Majesté vivroit
avec eux comme auparavant. Ils
dirent , Qu'ils alloient porter la Lettre
à leurs Magistrats, & quesi nous voulions
GALANT.
147
lions ne pas tirer de nostre coſté , ils ne
tireroient pas du leur , jusqu'à ce que
Meſſieurs de la Republique euffent fait
réponse. Pendant ce temps là M de
Créquy alla dans la Tranchée , &
reconnut luy-meſme la Bréche , &
les endroits les plus foibles du Fort ,
paroù l'onpouvoitmonterà l'affaut.
Les Ingénieurs meſmes s'avancerent
juſques ſur le Foffé , convinrentenſemble
que le Fort eſtoit en état
d'eſtre inſulté. Ainſi M de Créquy
ſe ſervit du temps de laTréve pour
donner les ordres neceſſaires pour
cet Affaut. Pour cet effet , M'le
Comte de Soiffons fut commandé
à la teſte de vingt Compagnies de
Grenadiers. Dix de ces Compagnies
devoient prendre ſur la gauche droit
àla Bréche avec des Haches. LeRegiment
de Roüergue devoit ſuivre.
Six autres avoient ordre de marcher
à la teſte du Regiment de Vaubecourt
, de paffer dans le Foffé , de
rompre les chaînes du Pont , &d'en-
G2 trer
148 MERCURE
trer l'épée à la main par tout où ils
trouveroient des endroits faciles . Il
y avoit encor cent Dragons qui devoient
prendre fur lagauche , ſegliffer
fur la Breſme afin d'aider à rompre
le Pont , & faciliter noftre entrée.
L'ordre que les quatres autres
Compagnies de Grenadiers avoient ,
eſtoit de prendre tout-à- fait ſur la
droite , afin de faire diverſion . Voila
de quelle maniere Mr le Mareſchal
avoit diſpoſé fon Attaque , en
attendant la réponſe de M" de Strafbourg.
Comme ils ne ſe haſtoient
pas de la donner , on envoya ſçavoir
dans quelle réſolution ils eſtoient.
Ils répondirent , Qu'ils voyoient
bien que l'on se diſpoſoit à leur donner
un Affaut , que les armes estoient journalieres
; & que si M le Mareschal
vouloit avoir une heure de patience ,
Mrs de la Republique luy envoyeroient
des Députez . Cette réponſe ayant
fait connoiſtre qu'ils ne cherchoient
qu'à gagner du temps afin de rac
comGALANT.
149
commoder leur Bréche , Mº de Créquy
envoya dire que tout le monde
ſe tint preſt à donner. Il fit recommencer
à tirer , & donna pour
ſignal de l'Attaque une décharge de
tout le Canon & de toute la Moufqueterie
de la Tranchée. Ce fignal
eftant donné le Mardy au foir 26.
de Juillet , les deux Attaques commencerent
en meſme temps. Les Ennemis
firent pendant quelques momens
un auſſi grand feu qu'on en
vit jamais . M' de Vaubecourt n'en
fit pas un moindre pour faciliter
l'entrée de nos Grenadiers . Il avoit
mis ſon Regiment en bataille furle
bord du Foffé. Les Ennemis ceflerent
bien toſt de tirer. Les Grenadiers
ſe firent un paſſage , & entrerent
en meſme temps ſur la droite
& fur la gauche. Le reſte des Troupes
entra en ſuite , & pourſuivit les
Ennemis qui ſe retirerent en defordre.
On gagna meſme deux Redoutes
qui ſont au dela du grand Rhin ,
G3
vis
150
MERCURE
1
:
vis- à-vis de leur Fort appellé le Fort
de l'Iſle. M'le Marquis de Créquy
ſe fit admirer dans cette Attaque.
Il eſtoit à la teſtede ſon Regiment ,
&entra le premier dans le Fortavec
une fermeté & une conduite qui
n'eſt point d'un Homme de ſon âge.
Il ne fut pas plutoſt maiſtre de ces
Poſtes , qu'il ordonna qu'on prift
garde aux Mines & à toutes choſes.
Il fit comme un Officier de vingt
années de ſervices. Nos Troupes
animées & accoûtumées à vaincre ,
ſe mirent à crier Vive le Roy , apres
la priſe du Fort , & demanderent
qu'on les menast tout d'un temps , puis
qu'il n'y avoit plus que la Villeà prendre.
Elles ont une telle confiance en
leur General , qu'elles ne croyent aucunde
ſes Commandemens impoffibles.
M' leComte de Soiffons monta
despremiers à la Bréche, & ſa valeur
& fon exemple ſervirent beaucoup
pour animer ceux qui le ſuivoient.
Il fut bleffé à la jambe d'un coup
d'Epée.
GALANT.
151
d'Epée. Je ne dis riendes Commandans
des deux Attaques , parce que
j'aurois trop à en dire. Ils ne ſe ſont
pas ſeulement fait diftinguer par leur
valeur, mais encor parleurprudence&
par leurconduite. M" les Marquis
de Biran , de Villars , d'Aubijoux
, &du Pleſſis Belliere , y ont
agy à leur ordinaire , c'eſt à dire
avec toute l'ardeur imaginable. M
le Marquis de Villars Colonel de
Cavalerie, s'y eſt diſtingué comme
il a fait dans toutes les autres occaſions
où il s'eſt trouvé. M le Mareſchal
en a rendu des témoignages
tres avantageux dans ce qu'il a écrit
à Sa Majeſté . Il eſtoit Volontaire à
la priſe de ce Fort & au dernier
Combat qui s'eſtoit donné; & ce
qu'il y a eu de Priſonniers faits fur
les Ennemis , l'ont eſté preſque tous
par pluſieurs Volontaires de ſon Regiment
qui l'avoient ſuivy. Ce jeune
Colonel eſt Fils de M le Marquis
de Villars qui a eſté Ambaſſa-
G4 deur
152
MERCURE
deur Extrrordinaire en Eſpagne , &
qui eft preſentement en Savoye. Μ '
de Lifle Capitaine dans le premier
Bataillon de Normandie , fut le premier
des Officiers de l'Armée qui
monta fur le Baſtion . Il eſtoit à la
teſte des Grenadiers de Picardie, & fe
ſignala. Le Capitaine des Grenadiers
de Soiffons fut tué. Le Regiment
de Vaubecourt fit tout ce qu'on en
pouvoit attendre , & la plupart de
ſes Officiers ſe diftinguerent. M' de
la Pagerie eut le bras caffé. Mª d'Arman
eut une contufion à lajambe ;
M' L'Abbé un éclat de pierre dans
l'oeil . M'd'Aigremont prit un Capitaine
des Ennemis & M le Chevalier
fit des choſes ſurprenantes.
M' le Mareſchal de Créquy témoigna
eſtre fort fatisfait de ce Regiment,
qui fuit fi bien les exemples
de M de Vaubecourt fon Colonel.
J'aurois beaucoup de choſes à vous
dire&de ſa Maiſon & de luy , mais
je les remets à une autre fois pour
1 ne
GALANT .
153
ne pas interrompre ma Relation. Je
ne vous ſçaurois trop dire des Troupes
en general. L'ardeur qu'elles firent
paroiſtre eſt incroyable. Lors
qu'on leur parla de faire un Logement
, elles répondirent, 'qu'elles eſtoient
accoûtumées d'emporter les choses
tout d'un coup , & non pas de faire des
Logemens. Cependant il eſtoit queftion
de donner l'aſſaut à un Fort
qui devoit couſter la vie à bien des
Ĝens , puis qu'il eſtoit défendu par
quatre mille Hommes & par vingt
Pieces de Canon. La préſence deM
le Mareſchal de Créquy contribua
beaucoup à ſa priſe. Comme il importoit
de la preſſer , il prit luymeſme
la teſte d'une des Attaques ,
& ne balança point à s'expoſer. On
ſçait qu'il y a des temps où il eſt
de la prudence d'un General de ſe
conſerver , mais auſſi ily en a d'autres
ſi preſſans , que ce ſeroit pecher
contre cette meſme prudence , que
dé ménager ſa vie avec trop de pré-
G5 cau154
MERCURE
caution. M' de Créquy ayant plus
d'égard à la Neutralité que M" de
Strasbourg n'avoient eu , leur renvoya
fans rançon les Priſonniers qu'il
avoit faits dans leur Fort , & leur
fit dire qu'en s'en rendant maiſtre , il
n'avoit point prétendu rompre la Neutralité
, puis qu'il n'avoit fait que s'affurer
d'un paſſage dont les Impériauxſe
ſervoient , & qu'ils se vouloient approprier.
Apres lapriſe du Fort de Keil ,
on fut fix jours en traité avec M de
Strasbourg, cequi n'aboutit à rien .
On leur demanda leur Pont tout
entier. Ils le refuſerent , & fur ce
refus on frota de goudron la partie
qu'on en tenoit , pour eſtre en pouvoir
de la brûler quand on le jugeroit
à propos. On laiſſa quatre Baraillons
dans ce Fort , & l'Armée
repaffa la Kints le 2. d'Aouſt pour
venir camper fur la Schutre. M' de
Monclar paſſa le Rhinle meſmejour
avec la Brigade de Beaupré & les
Dragons deTeſſé. Ils joignirent les
DraGALANT
155
Dragons de la Reyne & la Brigade
de la Roque qui estoit à Lavantzenau.
On commença le 4. à faire rázer
les Fortifications du Fort de
Keil . Tout achevé le 5. & la mefme
nuit on brûla la partie du Pont
dont on estoit maiſtre , avec pluſieurs
Maiſons dedans & dehors le
Fort. On tira quelques volées de Canon
de Strasbourg , mais elles ne
firent aucun effet. Toute noſtre Armée
paſſa le Rhin la nuit du 7. au
8. fur noftre Pont d'Altenheim. Mr
le Mareſchal alla au Campde M'de
Monclar , d'où il écrivit à M" de
Strasbourg , qu'il ne leur en vouloit
point , & que dans tout ce qu'il eſtoit
obligé de faire , iln'avoit pour but que
d'oster le paſſage à l'Armée de l'Empereur.
Ils ne laiſſerent pas de ſe déclarer
ennemis en tirant ſur nosGardes
à leur arrivée. Ils en poufferent
une , & s'eſtoient mis dans un Moulin
avec del'Infanterie , d'ou ils incommodoient
extrémement le petit
G6 Corps
156 MERCURE
Corps de Garde. M le Duc de la
Ferté & M' de Bouflairs , s'eſtant
trouvez là , firent cent Grenadiers ,
&marcherent aux Maiſons que les
Troupes de Strasbourg occupoient.
Elles furent obligées de quiter leur
Poſte , apres nous avoir tué un Officier
& quelques Grenadiers. On
leur vit repaſſer un petit bras de la
Bruſch ſur un Pont dont ces nouveaux
Ennemis tirerent les planches
apres eux. Sept ou huit qui ne pûrent
paffer , jetterent leurs armes ,
& dirent qu'ils n'eſtoient pointEnnemis.
Cependantce qu'ils venoient
de faire marquoit le contraire. Sitoft
que le Prince Charles fut averty
que noſtre Armée avoit repaffé
le Rhin , il fit entrer fix à ſept cens
Chevaux , & mille Fantaſſins , dans
Strasbourg , par le moyen de plufieurs
Bateaux. Il en périt un qui
portoit tout l'équipage du Prince de
Baden. Ce Prince eſtoit déja paſſé.
Onfait monter à plus de cent mille
liGALANT
.
157
livres la perte qu'il a faite par ce
naufrage. Il eſt aiſé de voir de quelle
maniere M" de Strasbourg gardoient
la Neutralité , & fi c'eſtoit
l'obferver , que laiſſer entrer tant
d'Allemans dans leur Ville. Ce procedé
obligea Mª de Créquy de preffer
l'ouverture de la Tranchée du
Fort qui eſt du coſté de France. Elle
fut ouverte le 9. fur le ſoir à la
grande portée de Mouſquet de ce
Fort , qui eſt une eſpece d'Etoille
à la teſte du Pont. Le Foffé en eſt
affez bon , parce que le Rhin paffe
d'un coſté par dedans , & un bras
de la Bruſch de l'autre. On ouvrit
la Tranchée d'aſſez loin , pour n'eſtre
point expoſé au Canon de la
Ville, du Fort, & de celuy du Fort
de l'Iſle , qui incommodoit beaucoup.
On travailla paiſiblemen toute
la nuit ſans qu'on tiraſt un ſeul
coup , & on pouſſa le travail à deux
cens pas de la Contreſcarpe , enjettant
la terre à droit & à gauche ,
G7 pour
158 MERCURE
pour s'éplauler des deux feux; mais
à la pointe du jour , ce Travail ayant
eſté apperçeu , il ſe fit un feu
horrible du Canon de la Ville &
de celuy des deux Forts. Ce fut
pourtant inutilement , la Tranchée
eſtant fort bonne , & point enfilée.
L'Armée vint camper , la gauche
vers Strasbourg , & la droite à la
Riviere de Swel , tout le long de
l'Iſle. Elle y arriva à neufheures du
matin , & ce fut en ce temps-làque
M le Mareſchal cherchant à rompre
la communication de Strasbourg
& du Fort , réſolut de ſe rendre
maiſtre d'une grande Maiſon ſans
foffé & fans flanc , qui estoit un
Cabaret entre le Pont & la Ville.
Dans ce deſſein il commanda cent
cinquante Dragons pour s'y loger &
s'y établir le mieux qu'ils pourroient.
Ils n'y trouverent perſonne,
mais ils n'y furent pas plutoſt entrez
que la Maiſon fut percée de
coups de Canon. Ils ſe retrancherent
dans.
GALANT.
159
A
dans le bas , & à peine y eurent- ils
demeurédeux heures ; que de laVille
& du Fort il fortit pres de quatre
cens Hommes qui vinrent pour attaquer
la Maiſon. Elle n'avoit aucune
communication avec la Tranchée,
& elle en eſtoit à plus de fix
cens pas fur la droite. Cependant
ils trouverent à qui parler. M'de la
Fée qui commandoit dedans , montracequ'il
avoit appris autrefois dans
les Dragons de la Ferté. Les Ennemis
ſe retirerent apres avoir perdu
dix ou douze Hommes , &tout demeura
tranquille ſans qu'il ſe fift
rien , ſi vous exceptez les décharges
continuelles de l'Artillerie des Ennemis
. Il leur eſtoit aiſé de les faire
, nos Bateries n'eſtant pas encor
faites. M" de Strasbourg envoyerent
à M le Mareſchal une Lettre
fort honneſte , qui contenoit , Que
toute l'Armée du Roy estant là , ils croyoient
avoirfatisfait à cequ'ils devoient
à l'Empereur& à l'Empire ; qu'ilsvou
Loient
160 MERCURE
loient entrer en accommodement , &
qu'ils offroient de razer leurs Forts &
leur Pont. Mr le Mareſchal leur répondit
, que depuis un certain temps illuy
avoient tant fait paroiſtre de mauvaise
foy , qu'il avoit peine à écouter
encor leurs propofitions qu'il ne pouvoit
s'empeſcher de tenir ſuſpectes; que cе-
pendant s'ils vouloient envoyer des Députez
, il leur rendoit sa réponſe poſitive.
Les Députez ne vinrent point
ce jour-là , & il parut que les Magiſtrats
n'eſtoient pas les maiſtres du
petit Peuple , animé ſans-doute par
les Troupes de l'Empereur qui
eftoient dans la Ville au nombre de
deux mille Chevaux ou Dragons.
On en vit fortir deux Bataillons, &
pres de mille Chevaux. Il ſortit auſſi
trois cens Hommes du Fort , &tous
enſemble ils commencerent d'environner
la Maiſon. Ils en estoient encorà
cent pas lors qu'ils mirent l'épéeà
la main , en criantà nos Dragons
qu'ily avoit bon quartier. Ils
ne
GALANT . 161
A
ne répondirent queparun tres-grand
feu . Les Ennemis en firent un auſſi
grand , fans s'approcher davantage.
Cependant les deux Eſcadrons du
Regiment Royal que commande M
le Comte du Bourg , avancerent aupres
de cette Maiſon malgré le feu
du Canon de quatre endroits. C'eftoit
aſſurément un beau ſpectacle de
guerre de voir la fermeté de nos Dragons
& de noſtre Cavalerie ſous le
plus grand feu qu'on pût faire. Les
Ennemis furent obligez de ſe retirer;
& nos Dragons ſoûtenus d'un renfort
de cent autres qu'on leur envoya,
fortirent ſur eux dans le temps de
leur retraite. Ils en tuerent trente
_ou quarante , & pluſieurs Officiers.
Nous ne perdîmes que dix ou douze
Dragons , & environ trente Cavaliers.
Cette Action ſe paſſa à laveuë
de tout le Peuple de Strasbourg , qui
eſtoit ſur les Remparts pour voir emporter
une Maiſon dont ils connoiffoient
la foibleſſe. La Tranchée fut
rele162
MERCURE
relevée par M le Comte de Roye ;
& M's de Lançon & d'Aubijoux ,
avec la Brigade de Picardie & les
deux premiers Eſcadrons de Noailles,
releverent ceux du Regiment Royal.
On pouſſa la Tranchéeà cent pas de
la Contreſcarpe , & l'on commença
deux Sapes pour ſe loger deſſus. Le
lendemain on fit deux autres Logemens
fur la droite pour joindre la
Maiſon des Dragons. Ce Travail ſe
fit preſqne ſans perte , & il n'y eut
que le Major d'Orleans tué avec deux
ou trois Soldats. On fit auſſi deux
Bateries de fix Pieces de 24. chacune.
L'une batoit le Fort de l'Attaque
, & l'autre celuy de l'Iſle. Le
matin les Ennemis recommencerent
leur feu de Canon , & cependant le
Secretaire de la Ville vint trouver
Mr le Mareſchal. Il fit de grandes
excuſes ſur ce qu'on n'avoitpû faire
entendre raiſon plutoſt au petit Peuple,
& dit , que pourven que Mr le
Marefchal les afſurast qu'il n'en vouloit
GALANT .
163
loit point à leur Ville, ils estoient preſts de
luy accorder tout ce qu'il voudroit. On
dreſſa des Articles qui contenoient ,
qu'on feroit ceſſer dans une heure tous
actes d'hostilité; que la Tréve en dureroit
quatre; que pendant ce temps les
Troupes des deux Forts enfortiroient avec
tout ce qui estoit dedans , fans qu'on fift
Semblant de s'en appercevoir ; qu'apres
cela nous pourrions nous en rendre maiftres,
aux conditions de laiſſer à la Ville
les droits de Peage accoustumez ; que les
Troupes Allemandes qui estoient campées
fous la Ville , en fortiroient quand ils
auroient fait entrer laquantité de Suiffes
qu'ils jugeroient à propos pour laſeûreté
de leur Ville ; que cependant elles ne feroient
aucun acte d'hostilité ; qu'on donneroit
des. Sauvegardes à l'ordinaire ; que
l'Arméefortiroit des Terres de Strasbourg
dans deux fois vingt-quatre heures, &
que moyennant cela la Neutralité ſeroit
obſervée comme auparavant. Le Secretaire
de la Ville emporta avec luy
ces Articles pour les faire figner à
Mrs de

164 MERCURE
M" de Strasbourg , apres quoy ilif
devoit les rapporter à ſigner à M. le y
Mareſchal. On attendit pres de trois ef
heures fans qu'il vinst perſonne. Nos
Gens qui estoient dans les Poſtes
avancez , fortirent de la Tranchée ,
& marcherent droit aux Forts . Ceux
qui'les défendoient en eſtoient ſortis 3
parpeur & nonpar ordre , puis qu'ils
n'avoient rien emporté de toutes les in
chofes dont on estoit convenu , &
que le Traité n'eſtoit point ſigné.
On ne s'eſtoit point apperçeu de leur
fortie , les Forts eftant couverts d'une
Digue qui communique dans l'Iſle
des Bouchers qui va à la Ville. Aucun
des Articles du Traité ne s'executa.
On devoit commencer par ne
plus tirer; & ceux de Strasbourg
redoublerent leurs feux fur nos Gens
qui fortoient de la Tranchée pour
entrer dans les Forts . Le trouble
avoit recommencé dans la Ville ; il
finit quelque temps apres , & l'on
ceſſa de tirer. Les Députez vinrent
le
GALANT . 165
le foir trouver M'le Mareſchal , &
luy firent des excuſes de ce qu'ils
n'eſtoient point revenus. Ils luy dirent
que l'arrivée du Prince de Bade
qui estoit entré dans la Ville lejour
precédent , avoit beaucoup broüillé
les Eſprits. Ils propoſerent de razer
les Forts , mais Mr le Mareſchal ne
crût pas qu'il fuſt de l'utilité du fervice
du Roy de leur donner cette fatisfaction
. M le Marquis de Créquy
, M' le Chevalier de la Fare ,
&M" de Lançon , d'Aubijoux , &
d'Harcourt , entrerent les premiers
dans les Forts , & profiterent de la
frayeur des Ennemis. Ily avoit peu
que M' le Marquis de Créquy avoit
reçeu un coup de Mouſquet à la
Tranchée. Son Gand & ſa Chemiſe
en furent percez. Son Page qui estoit
aupres de luy en reçeut un qui perça
ſon Chapeau. Les Ennemis n'abandonnerent
les Forts qu'au bruit des
Hautbois qu'ils entendirent joüer.
Ils crûrent que c'eſtoit une prépara
tion
166 MERCURE
tion pour leur donner l'aſſaut. Pluſieurs
ſe voulurent jetter dans des
Bateaux , & furent noyez en ſe ſauvant.
Ils avoient misle feu dans une
Maiſon. On l'éteignit par les ordres
de M'le Mareſchal , qui fit tourner
le Canon contre quelques Troupes
de Cavalerie qui eſtoient enbataille
entre la Ville& le Fort. Onen trouva
vingt- ſept Pieces dans les deux
Forts , & fept dans le Rhin. On
dit qu'il y en doit encor avoir ſeize
que l'on cherche. On trouva auſſi
un Pont volant de quinze Bateaux .
Quoy que le Siege de ces deux Forts
ait eſté court , les Ennemis n'ont pas
laiſſé d'y perdre beaucoup de Gens
de marque. Les Comtes d'Horn &
de Turn , & le Colonel Salin , y
ont eſté tuez , & le Baron d'Ulm
& le premier Ingénieur de Strafbourg
, noyez. Rien n'eſt plus glorieux
que ce qui s'eſt paſſé dans les
Attaques de ces trois Forts , dont la
priſe a mis le Pont de Strasbourg ſous
la
GALANT. 167
la puiſſance du Roy. Vous ſçavez
quels deſordres il eſtoit ſujet à nous
cauſer enAlface , & qu'on le pouvoit
plutoſt nommer le Pont de l'Empereur
& de l'Empire , que le Pontde
Mrs de Strasbourg Si-toſt que l'on
s'en fut aſſuré , M le Mareſchal de
Créquy reçeut avis que le Prince
Charles faifoit travailler à un Pont
-ſur le Rhin à fix lieuës de fonCamp,
pres de Lauterbourg. Mª de la Roque
Brigadier de Cavalerie, y fut
envoyé avec la Brigade & les Dragons
de Teffé. Il marcha toute la
nuit accompagné de M' le Comte
de la Mote-Houdancourt qui eſt de
ſa Brigade ; & eſtant àdeuxlieuës de
Statmat où devoit eſtre ce Pont ,
il détacha M le Marquis d'Aſarac
Capitaine du Regiment de la Mote,
avec trente Maiſtres , pour prendre
les devans , & obſerver toutes choſes.
Mª d'Aſarac luy vint rendre un
compte fort exact de tout ce qu'il
avoit veu. Il luy dit qu'une partie
des
168 MERCURE
des Ennemis eſtoient paſſez , qu'ils
paffoient encor dans pluſieurs Bateaux
, & que ce qui leur facilitoit le
trajet , eſtoit une grande Machine
qui pouvoit porter plus de huit cens
Hommes tout à la fois . Mª de la Roquemarcha
auffitoft, &eſtant pres de
Statmat, quoy qu'il n'euſt en tout que
trois cens Chevaux de ſa Brigade &
environ ſix-vingts Dragons du Regiment
de Teffé , il réſolut d'attaquer
les Ennemis. Il trouva d'abord une
Gardede leur Infanterie en deça d'une
petiteDigue qui va au bord du Rhin .
Les Dragons de Teffé qui avoient
la teſte , poufferent ces Gens-là jufques
à l'autre coſté de la Digue, où
ils apperçeurent trois gros Bataillons
qui commençoient à ſe retrancher.
Mr de la Roque defcendit de cheval,
& ſe mit à la teſte des Dragons de
Teffé , & M le Comte de la Mote
à celle de fon Regiment , auquel il
fit mettre pied à terre. Ils attaquerent
les Ennemis ſans leur donner le
temps
GALANT . 169
i
temps de ſe reconnoiſtre. Les Bataillons
apres avoir fait leurs décharges ,
furent enfoncez par nos Gens. On
en tua plus de quatre cens. Trois
cens demeurerent priſonniers , & le
refte fut noyé. On a ſçeu par ces
Priſonniers qu'ils estoient pres de
quinze cens ; qu'ils avoient paſſé fur
le Pont volant ily avoit une demyheure
, & que ce Pont eſtoit au milieu
de l'eau , & retournoit prendre
d'autres Troupes quand on avoit
commencé à les attaquer. On ne peut
faire une Action ny plus vigoureuſe,
ny plus achevée. Elle est tresglorieuſe
pour M de la Roque & pour M
leComte de la Mote. Les Efcadrons
planterent leurs Etendarts ſur le bord
du Rhin , où en eſſuyant le feu du
Canon & de la Mouſqueterie de l'autre
bord , ils brûlerent trois Bateaux
qui estoient le commencement du
Pont que les Ennemis avoient fait
en deça. Nous y avons perdu fort
peu de Gens , mais la plupart des
Aouft H OF170
MERCURE
Officiers du Regiment de Teſſé y
ont eſté bleſſez . Les Ennemis eſtoient
preſque trois contre un, fans compter
le feu qu'ils faiſoient de l'autre
coſté du Rhin , & d'ailleurs nous
n'avions point d'Infanterie. C'eſt ce
qui redouble la gloire de ceux qui
ont fait cette Action. Mr de laRoque
ayant fait mettre pied à terre à
ſa Cavalerie , fit batre comme ſi c'euſt
eſtéde l'Infanterie. M'le Mareſchal,
à qui Mª de la Meliniere eſtoitvenu
rendre compte de ce dernier avantage,
détacha M le Marquis de Joyeuſe
LieutenantGeneral , avec la Brigade
de Rénel & cinq cens Mouſquetai
res , pour aller joindre M' de laRoque
, & voir en coſtoyant le Rhin,
fi les Ennemis ne voudroient point
faire de Pont. C'eſt un deſſein qu'ils
peuvent encor avoir , mais il ne leur
fera pas facile de l'executer. M' de
Lorraine doit eſtre dans quelque embarras
, ayant eu plus deGensbatus
en toutes ces Occaſions , que ſi nous
avions
GALANT .
171
avions gagné une fort grande Vi-
Etoire. Il n'eſt plus maiſtre du Pont
de Strasbourg , & n'en peut faire
juſqu'à Philipsbourg. Ainfi, à juger
par les apparences, il n'y a plus que
la Paix qui puiſſe le tirer d'affaire.
Les Troupes de l'Empereur qui ſont
dans Strasbourg, ne conſiſtentqu'en
deux mille Hommes d'Infanterie qui
ſont campez ſur les Remparts. Les
Officiers font logez chez les Bourgeois
, avec les Dragons & laCavalerie
, qui n'eſt que de huit ou neuf
cens Chevaux. La Place eſt affez
munie de Grains , mais elle commence
à manquer de Viande & de
Beurre , tandis que nos Troupes ne
manquent de rien dans un Païs qu'elles
ont conſervé avec ſoin pendant
pluſieurs années. Cependant M de
Créquy a viſité les deux derniers
Forts que nous avons pris. Il a donné
ſes ordres pour les faire rétablir , &
commandé les Regimens d'Albret &
de Roüergue pour les garder ſous le
H2 com-
4
172 MERCURE
commandement de M' Planque ,
qui eſt Lieutenant Colonel de ce
dernier. Les Troupes de l'Empereur
qui font dans les Dehors de Strasbourg
, crûrent qu'elles feroient au
moins parler d'elles une fois par une
belle Expédition , & elles s'applaudiſſoient
déja de l'avantage qu'elles
avoient eu , en prenant quatre-vingts
Chevaux de M' Jacquier Commiffaire
des Vivres , lors qu'ils leur
furent repris par noſtreGarde avancée.
Les Ennemis perdirent plus de
trente Hommes en cette occafion ,
&la gloire de cet Exploit n'aboutit
pour eux qu'à cette perte. Pendant
cette Action , le Canon de la Ville
tira fur nos Troupes . M'de Créquy
envoya un Trompete pour ſçavoir
fi Ms de Strasbourg vouloient rompre
la Neutralité . Le Prince Herman
de Bade l'empeſcha d'entrer. II
s'eſtoit rendu maiſtre des Portes de
la Ville , & il agit fi adroitement ,
que le Trompete revint ſans réponſe.
Mr de
GALANT .
173
Mª deCréquy eut avis que le Prince
Charles avançoit vers Philipsbourg .
Il vint camper au Camp de Brompt.
Ce Camp eſtant encor dans le voiſinage
de M" de Strasbourg , ils luy
écrivirent une Lettre fort ſoûmiſe
pour obtenir la liberté de leurcommerce
& de leurs Couriers. C'eſt ce
qu'on croit qui leur fera accordé , à
condition qu'ils demeureroient garands
des actes d'hoſtilité des Troupes
de l'Empereur qui ſont ſous leur
Ville. Si vous faites reflexion , Madame
, ſur ce que M' de Créquy a
fait dans ces derniers mois, vous ferez
ſurpriſe de tous les avantages
qu'il a remportez. Vous verrez les
Ennemis batus de nouveau chez
eux en ſept ou huit Occaſions , dont
il y en a trois fort conſidérables ;
deux Villes Foreſtieres ruinées, quatre
Ponts brûlez ſur le Rhin , &
les trois Forts de celuy de Strasbourg
au pouvoir du Roy. Si l'on ne confidere
que les Forts , on ne s'en éton-
H3 nera
174 MERCURE
1
?
nerapas . Commentauroient ils reſiſté
àdes François , qui emportent en
auſſi peu de temps des Places qui
avoient paffé pour imprenables
Mais ce que la priſe de ces Forts a
de ſurprenant , c'eſt que M'de Créquy
ait pû amener les chofes au point
de les pouvoir affieger , ſans que
toute l'Allemagne s'y oppoſât. Depuis
qu'elle s'eſt declarée contre nous,
il y avoit toûjours eu de puiſſantes
Armées à portée de les ſecourir , en
cas qu'on les vouluſt attaquer , &
c'eſtoit dans cette confianceque M
de Strasbourg obſervoient la Neutralité
d'une maniere qui faiſoit voir
qu'ils eftoiententierementAllemans.
Si M' de Créquy n'avoit remporté
autant de Victoires qu'il a fait cette
Campagne; s'il n'avoit fatigué les
Ennemis ; s'il ne les avoit fait manquer
de vivres , & obligé pluſieurs
de leurs Soldats à deferter , il auroit
eſté impoſſible de prendre ces Forts .
Il leur eſtoit d'une tres grande imporGALANT
.
175
portance d'empeſcher qu'ils ne fuf- .
ſent pris ; & puis qu'ils ne les ont
pas ſecourus , eftant auſſi braves &
auſſi politiques qu'ils le font , c'eſt
une marque que Mrs le Mareſchal ne
les avoit pas laiſſez en pouvoir de
l'entreprendre. Mais apres vous avoir
tant parlé de M. de Strasbourg , il
eſt juſte de vous dire un motde leur
Ville. C'eſt celle que nos anciens
Autheurs appellent Argentoratum ,
& que depuis plus de cinq cens ans
on a nommée Argentina. Pluſieurs
Etrangers luy donnent encor ce dernier
nom. Vous ſçavez ce qu'il
fignifie. Elle eut celuy de Strasbourg,
c'eſt à dire de Ville de Chemins , a
cauſe des divers Chemins pleins qui
conduiſent aux Païs-Bas, en Lorraine
, en Italie , & ailleurs . Elle est
aſſiſe ſur quatre Rivieres . Son Pont
eſt conſtruit un peu en S, pour eftre
plus ferme , à cauſe de ſa longueur.
Il eſt tout de bois , & tremble ,
quoy que tres-afſuré. La Ville eft
H4 di176
IERCURE
diviſée en neuve & vieille , & toutes
deux enſemble peuvent avoir environ
ttois de nos lieuës de tour.
Cette Ville a neuf Portes. La Planche
que je vous envoye vous les fera
voir. Vous y pourrez auffi remarquer
le Pont. Quoy qu'il ſoit en éloignement
, il nelaiſſe pas d'eſtre fort aifé
àdiftinguer. Les Lettres A , B , C,
marquent les trois Forts ; la premiere
, celuy de Keil; la ſeconde , celuy
de l'Ifle ; & la troifiéme , le
Fort qui eſt du coſté de France.
J'efpere , Madame , que vous ferez
fatisfaite de cet Article d'Allemagne.
Il feroit difficile de traiter la matiere
plus à fonds. Vous y voyez le procedé
de Mª de Strasbourg , la conduite
de noſtre General , & les belles
Actions de nos Braves. Ainfi
vous ne le devez pas regarder comme
une Relation écrite ſur le champ,
à laquelle il peut manquerbeaucoup
de particularitez. J'ay eu ſoinde les
recueillir toutes , & c'eſt ce qui ne
fe
GALANT .
177
ſe peut faire fans beaucoup de temps ,
puis qu'il faut voir pour cela tout
ce que chaque Particulier en a écrit.
Jetâcheray de vous rendreun compte
auffi exact de ce qui s'eſt paffé entre
l'Armée du Roy & celle du Prince
d'Orange. Je leremetsjuſqu'au Mois
prochain, afin d'eſtre mieux inſtruit
des chofes , & de n'oublier rien de
ce qui méritera d'eſtre ſçeu. Je ſuis
perfuadé que ceux qui aimeront la
- gloire de leurs Amis , voudront bien
prendre ſoin de me donner des lumieres.
Je paſſe aux Enigmes du dernier
Mois . M'le Garrel de Nogaro l'a
expliquée dans ſon vray ſens par les
Vers qui ſuivent.
Vous faites le portrait d'un méchant Compagnon
,
Et d'an fort dangereux Compere ,
Dans l'Enigme , dont le mystere
Doit s'entendre d'un Champignon .
De la Terre qui le produit
En grande diligence il fort sa groſſe teste ,
Η Ca
178 MERCURE
Car c'est toûjours dans une nuit
Qu'il vient , & trop ſouvent pour troubler
quelque feste.
Defes Freres bastards il a l'humeur traiſtreſſe;
Aufſi le Proverbe ancien ,
Dit que le meilleur n'en vaut rien
Je connois bien des Gens de cette espece.
Ceux qui l'ont expliquée en Proſe
ſur ce meſme Mot, ſont Mefſieurs
Berthon , Chanoine de Rhetournac
en Vélay ; Allard , Hermite
de S. Giraud ; Neveu Defbourée
; Des Avaris ; Le Franc ,
Gentilhomme Rhémois ; Ducos-
Deſpajols ; L'Abbé de Courbeville ,
Doyen de S. Aignan d'Orleans ;
DeS. Antoine ; LeBrun , de Lyon;
La Grive , Avocat à Lyon ; Les
Abbez Guerard & Maillet ; Des
Galeſnieres ; Maupoint , & Duval
l'aiſné , Medecin. Ceux qui l'ont
expliquée en Vers , font Meſſieurs
Novion de Pomelot , de Pontoiſe ;
Bataille , S de Meſnard , Avocat à
Loches ; Du Mont , Avocat à Chau
mont
GALANT.
179
mont en Véxin ; De Chanvalon ;
Le Fils d'un Auditeur des Comptes
deDijon ; Miconet, Avocat à Châlons
ſur Saône ; De Betonval , du
Bois de Boulogne ; & l'Indolent ;
Mesdames de Pifon , Gouvernante
de Niſmes ; De Chabaud , de Sille,
de la Baume, de Noüy , Conſeilleres
de la meſme Ville; De Fabre,
Veuve ; De Demeres ; De Diuſe;
Meſdemoiselles de Dafay , de Pezet
&de Marſy , auſſi de Niſmes ; Nobert
la Cadete, proche les Confuls;
De Refvieres ; De Chomery du
Meſnil , & Meliat ; De Lochepierre;
De Gourran; De Caumont,
de Roüen; & Clarice , Génoiſe
(cette derniere en Vers. ) Ces autres
Mots ont eſté donnez à cette Enigme,
le Pavot , la Grape de Raisin ,
un Verre de Vin, la Bombe , le Petard,
le Canon d'une Seringue , le Boulet d'un
Canon , le Singe , le Coq d'une Eglife,
la Lancette , le Sang , le Concombre ,
le Melon , la Sangsue , & l'Epée
H 6 Voyez
180 MERCURE
Voyez ces Vers de M' Gardien Secretaire
du Roy . Vous y trouverez
le vray Mot de la ſeconde Enigme.
Quelle Enigme est-ce icy , comment la deviner ,
Fay beau reſver & ruminer ,
Furer cent fois par Sainte Barbe ,
De dépit me mordre les doigts ,
Me tirer les poils de la Barbe.
La Barbe ! Ah , tout de bon
Je la tiens cette fois ,
Il n'est rien qui mieux y réponde.
Oiiy parbleu c'est la Barbe, ou je veux qu'on
me tonde.
Cette Enigme a eſté expliquée fur
le mefme Mot par Meſſieurs Barbete
Echevin de Troyes ; Maillet; Malbet
, Directeur des Poſtes en Champpagne;
A. le Franc , Gentilhomme
Rhémois ; Le Bourg , Medecin à
Caën ; Laffon le jeune, Medecin à
Châlons en Champagne ; De Bourlagueuſe
, Curé d'aupres Thorigny ;
Du Mefnil D. P. L'Abbé Planeau ;
& le Prieur Lauvergnac ; De S. Martial
; Neveu Desbourée; Les InfépaGALANT.
181
parables, (ces trois derniers enVers; )
Meſdemoiselles Bulois , & Monin ,
d'Auxerre ; Cochon , d'Orleans ; La
Dona Magdalena; Les Habitans de
Bourgneufen Gaſtinois ; & les Bergers
de Porchefontaine. D'autresExplications
en ont eſté faites ſur l'Epée
, la Parole , la Lumiere , la voix ,
la Chicane , la Chandelle , la Puce ,
une Plume , un Ver à Soye , un Sou
pir, une Montre , une Horloge , & un
Flambeau.
Voicy les Noms de ceux qui ont
expliqué toutes les deux dans leur
vray ſens. EnProſe , Meſſieurs Pantot
, Medecin à Lyon ; Le Chevalier
de Clerville , Chapelin ; Maze ,
de Roüen ; Un Chanoine de Saint
Victor ; Le Coin , de S. Chamond
en Lyonnois ; Merga ; Jourdan ;
De la Salle, de Troyes ; De la Touche
, de Saumur; Bruneau le jeune,
Avocat ; Baiſé le jeunes Jouſſes ,
Capitaine à Charleville ; De la Barre
, S du Pleſſfis , Conſeiller à Chi
H7 non ;
182 MERCURE
non ; De Rafens ; & du Four, du
Quay de la Tournelle ; Meſdem.
de la Salle , de Blois ; Barbier , de
Lyon; Richer , d'Auxerre ; Jouvenot
, de la Ruëdu Jour: De Lifle ,
de la Ruë des Lyons ; De Cordonval
, de Senlis ; Antonie; La Girou
; De Monbaro , de S. Brieu ;
De la Ville Elan de Lamballe ; &
Beze , du Quartier S. Paul ; La
Tourterelle gemiſſante de Lyon; La
Societé Cloiſtrée de Paris ; Les trois
Matadors; Les Bergers de la Fontaine
Arfon , pres Noyon; Le Secretaire
de Colommiers enBrie ; Le
Petit Bon de la Bonne ; & le Mercure
de Paris. En vers , Mademoiſelle
de Vigneulle ; Meſſieurs Germain
, Preſtre de Caën ; Cadienne ,
ancien Maire de la Communauté
deS. Gilles ; D. M. Lejeune Chaperon
; Berout , Medecin de Conches;
&de Vaudrival , de S. Valery.
Ces deux nouvelles Enigmes que
je vous envoye , ſerviront d'exercice
GALAN T.
183
ce& de divertiſſement aux Belles de
voſtre Province .
ENIGME .
Mon Corps de bizarre figure ,
Etale quelquefoas une riche parure ;
Et quoy qu'avec plaiſir il arreſte les yeux ,
Ce n'est queres par là qu'il plaist aux Curieux.
De Langues j'ay grand nombre , &n'ay point
de langage.
Je ne suis point ſaus ame , & ſuis inanimé ,
Des choses à mon gré je fais changer l'uſage;
Ce terrible Métal dont l'Homme s'eſt armé,
Qui couste tant de ſang & cauſe tant d'alarmes
,
Eſt l'heureux instrument qui fait ſentir mes
charmes;
Et la plume qui ſert aux Oyfeaux à voler ,
Ne me fert qu'a parler .
AUTRE ENIGME .
Bien que je fois sans mains auſſi bien que
fans yeux ,
Fe conduis fi bien mon ouvrage ,
Que le plus adroit , le plus fage,
Ne le pourroit pas faire mieux.
Fagis
184 MERCURE
F'agis toûjours également ,
Mais il me faut une femelle ;
Carfi je travaillois fans elle ,
Ce seroit inutilement.
Jeſuis presque toûjours chez les Gens de grand
bien,
C'est là que ſouvent je travaille.
Quand je suis parmy la Canaille
Fe deviens pareſſeux & ne fais quafi rien.
Je ne me cache point , je fais ce que je puis
Afin de me faire connoiſtre ,
Car outre qu'on fait bienoù je dois toûjours
estre ,
Am'entendre on ſçait que jefuis .
Pluſieurs ont expliqué l'Enigme
du Serpent d'Epidaure dans ſon vray
ſens . C'eſt en effet l'Orvietan. Rien
ne le repreſente mieux que les Fleurs
qu'on jette pour rendre honneur à
Eſculape caché ſous la figure de Serpent
, puis que ce Contrepoiſon eft
compoſé de chair de Serpent & de
Simples. Ainſi le Magiſtrat qui jette
ces Fleurs , eſt l'Opérateur qui le
compoſe; & les Mimes , Pantomimes
, & Danceurs , font les Saltinban
GALANT .
185
banques dont il ſe ſert pour en faire
la diftribution dans les Villes. Je
vous ay déja dit que les Languiſſans
couchez par terre, repreſentoient les
Malades. Ce Mot d'Orvietan , Contrepoison
, ou Thériaque , ( car je les
prens pour la méme choſe) a eſté
trouve par Meſſieurs Gardien , Secretaire
du Roy ; le Bourg , Medecin
àCaën ; Maze , de Roüen ; Roland
, Avocat à Rheims; de Bonnecamp
, Medecin à Quinpercorantin;
Berout ; de la Barre , Conſeiller
à Chinon ; le Solitaire de l'Oratoire
; le bon Clerc du Bon Maiſtre
de Muſique de Châlons ſur Saône ;
la Salamandre en liberté ; les deux
Filles Homme & Femme ; & par
Meſdemoiſelles Bulois & Monin ,
d'Auxerre; Clarice Génoiſe , le faux
Criſante , le Solitaire de Pontoiſe ;
& Meſſieurs Juvenal le Cadet , &
de Prezé en Champagne , font ceux
qui ont expliqué cette Enigme en
Vers ſur ces meſmes Mot. Celuy de
la
186 MERCURE
la Paix luy a eſté donné par Meſfieurs
de la Mare Conſeiller au Parlement
de Dijon ; Bataille , Avocat
à Loches ; Allard , Hermite de S.
Giraud; de la Fevrerie; de Chanvalon
; Jourdan; de la Salle , de
Troyes; Geoffroy l'aiſné , de Loches
; Pantot; Baiſé le jeune; de
Rafens ; de Montaney , de Bourg en
Breſſe; l'Afne d'Anvers ; & par Mademoiſelle
la Girou , la Societé Cloiſtrée
de Paris , l'Indiferent de Beauvais
, le Berger de Porchefontaine
, l'Amant intrépide , le Petit Bon
de la Bonne , les trois inſéparables
Soeurs du Quartier des Minimes , &
les Joüeuſes de Trictrac de la Ruë
des Marmouſets. L'Or , la Monnoye
, l'Argent , le Concert, le Sep de
Vigne , la Prudence, un Opérateur, la
Flaterie , & la Foire de S. Laurens ,
ſont divers noms donnez à cette Enigme
par Meſſieurs l'Abbé Planeau;
des Avaris ; du Mont , Avocat
à Chaumont en Véxin ; de Saint
Ufa
GALANT . 187
Uſage ; Novion de Pomelot ; Nicolaïf
Nippuoh ; Bruneau lejeune ,
Avocat; de la Touche, de Saumur;
Pajet , d'Alençon ; de S. Antoine le
Brun, pres de Lyon ; Bourlagueuſe;
Robert, de Châlons en Champagne;
Jouſſes , Capitaine à Charleville ;
Valcher le jeune ; d'Infré ; & les
trois Matadors . Madame de Lochepierre
l'a expliquée ſur le Cadran ; &
Meſdemoiselles Cheſnon de Chinon
, & Cordouval de Senlis , fur
le Jardin & fur la Jeuneſſe.
La Statuë de Memnon est la nouvelle
Enigme que je vous propofe.
Memnon estoit Fils de l'Aurore
& de Titan. Il vint ſecourir
Priam pendant la guerre de Troye ,
& fut tué par Achille. Sa Statue
rendoit des Oracles ſi-toſt qu'elle
eſtoit frapée par les rayons du Soleil.
Elle estoit ſouvent confultée ,
& c'eſt ce qui eft repreſenté par
ce Vieillard qui la montre à ceux
qui viennent chercher quelque
éclair-
:
LA . STATUE.DE .MEMNON ENIGME .
GALANT. 189
éclaircifſſement dans leur fortune.
Toute laCour est à Fontainebleau
, où elle prend les plaiſirs de la
Saiſon. Outre ceux de la Promenade
, de la Chaffe , duJeu , & de la
Paume , elle a celuyde laComédie
Françoiſe & Italienne. Le Roy eſt
venu cette ſemaine à Verſailles. Il retourna
coucher à Fontainebleau. Ce
font pres de quarante lieuës que ce
grand Prince fit dans le meſmejour
pour ſon ſeuldivertiſſement. On ne
doit pas s'étonner apres cela s'il eſt
infatigable , quand il s'agit de la
Guerre , & fi dans les Saiſons les plus
incommodes il vole aux Conqueſtes
malgré les plus cruelles injures du
temps.
La Paix qui nous va produire tant
= de biens , a fait faire les Paroles que
je vous envoye. Elles ont eſté miſes
en Air par M de Riel , connu
pour un des plus confommez que
nous ayons dans la Muſique , & le
premier Eleve de M' Lambert.
AIR
190
MERCURE
AIR NOUVEAU.
Haftez-vous amoureux Bergers ,
Accourez , timides Bergeres ,
Mars a cessé de fouler nos fougeres ,
Et nous vivons icyfans trouble &fans dangers.
La Paix rend ànos champs leurs charmes ,
Et l'on n'a plus dans cet heureux ſejour
D'autres alarmes
Que celles que donne l'Amour.
Réſonnez, Clairons & Hautbois ,
Chalumeaux , Flutes & Muſetes ,
On n'entend plus ny Tambours , ny Trompetes
,
Les aimables Zephirs folaſtrent dans nos Bois.
La Paix rend à nos Champs &c.
Si la Paix eſt toûjours difficile à
conclure , quand meſme iln'y a eu
Guerrequ'entre deux Rois , on peut
dire qu'elle eſt preſque impoſſible
lors que le nombre des Intéreſſez eſt
grand. Ils ne peuvent avoir tous ce
qu'ils ſouhaitent; & quand chacun
auroit lieu d'eſtre ſatisfait à fon
égard , c'eſt en gouſter imparfaitement
T T T
T T T
Pag. 190
T
T
60
Haftez- vous , a- moureux Bergers , Accourez , Accourez timides Bergeres , Mars a ceſſé de fouler nos fougeres , Et nous vivons icy fans trouble & fans dangers : gers , La
T
T T T
T

Haftez- vous ,
a- moureux Bergers , Accourez , Accourez timides Bergeres , Mars a ceſſé de fouler nos fougeres , Et nous vivons icy ſans trouble & fins dangers :
gers : La
مادتها
T T
T T
T T
paix rend à nos champs leurs charmes , Et l'on n'a plus dans cet heureux ſejour D'au- tres al- lar-
T
T
مادم
T T T
T
mes Que celles que donne l'amour. Que celles que donne l'amour. mour. La
T T
paix rend à nos champs leurs charmes , Et l'on n'a plus dans cet heureux ſejour D'autres al- larmes
Que celles que donne l'amour. Que celles que donne l'amour. mour. La
ما
Aouft.

GALANT.
191
ment la joye , que d'eſtre obligé de
reconnoiſtre un Vainqueur , & de
voir toute la gloire d'un coſté. Je
vous en diray davantage apres l'échange
des Ratifications. Voicy un
Madrigal de M' de Monchamps
Avocat au Conſeil , adreſſé à ceux
desConféderez qui refuſent de ſigner
la Paix.
MADRIGAL.
Signez fans balancer le Traité de la Paix ,
Recevez la des mains de noſtre grand Monerque;
Il tient àses gages la Parque ,
Vos deſtins ſuivront ſes ſouhaits .
De tous coſtez l'orage gronde ,
La Victoire le ſuit ſur la Terre & sur l'onde ,
Il peut tout foûmettre àſes Loix.
Uſez bien du moment queſa bonté vous donne,
Il est content d'une Couronne ,
Ne le contraignez point d'emporter encor trois .
Meſſieurs de l'Académie Françoife
celébrerent la Feſte de S. Loüis
le Jeudy 25. de ce Mois, dans la
Chapelle du Louvre. Il y eut grande
Muſique. M' l'Abbé Deſalleurs
fit
192
MERCURE
1
fit le Panégyrique du Saint avec un
Eloge du Roy qui luy attira l'admiration
de tout le monde. Ce ſuccés
luy eſt ordinaire. L'Aſſemblée, quoy
que nombreuſe , eſtoit preſque toute
de Gens choiſis. M l'Abbé Colbert
s'y trouva , & commença par
làde faire connoiſtre à Meſſieurs de
l'Académie , combien il tenoit à
honneur d'eſtre de leur Corps. Il a
eſté choiſy pour remplir la placede
feu M' Eſprit. On croit ſa Reception
remiſe apres le retour de Fontainebleau.
Je ne vous en parleray
- que dans ce temps-là.
On a fait une Nouvelle Hiſtorique
de la Vie de D. Juan d'Autriche,
qui estoit Fils naturel de l'Empereur
Charles V. & qui gagna la
fameuſe Bataille de Lépante ſous le
Regne de Philippe II. Ellefait voir
que toutes les inclinations de cePrince
estoient auſſi relevées que ſa naifſance.
La lecture de ce Livre eft
fort agreable. On le trouve au Palais,
GALANT .
193
lais, à l'Ange Gabriel , dans laGallerie
des Prifonniers .
Je ne puis finir ſans vous avertir
de quelques erreurs où l'on m'a fait
connoiſtrequeje ſuistombé. Ce ſont
des fautes qu'il eſt impoſſible d'éviter
quand les Mémoires qu'on reçoit ne
font pas fidelles . En parlant des glo-
- rieuſes Actions de Mr de Montrevel
, je l'ay appellé Maurevert en
beaucoup d'endroits. M. le Marquis
de Montrevel eſt Lieutenant
de Roy de Breffe , par la démiſſion
de M le Comte de Montrevel ſon
Pere , & Commiſſaire general de
Ela Cavalerie de France. Il ſert en
cette qualité dans l'Armée de Monſieur
de Créquy , où il s'eſt diſtingué
en mille Occaſions , & depuis
peu aux Combats de Rhinfeld &
de Lauffembourg. Il eſt de la Maiſon
de la Baume- Montrevel , une
des plus nobles & des plus anciennes
de France.
Je me ſuis trompé en vous diſant
Aoust. I
que
194
MERCURE
1
:
:
que lapremiere Femme de M'le Duc
d'Orval eſtoit Soeur de Madame de
Turenne. Elle estoit ſa Tante , cette
derniere eſtant Fille unique de feu
M le Mareſchal Duc de la Force ,
mort depuis deux ans , dont cette
premiere Femme de M'd'Orval n'eſtoit
que la Soeur. Il est vray qu'elle
eſtoit Fille de Mr le Mareſchal de
la Force , qui défendir Montauban ,
& mourut en 1652. Comme le Pere
&le Fils ont eſté tous deux Mareſchaux
de France , je les avois confondus
dans cet Article.
Celuy qui a ſuccedé à M' Marlin
dans la Cure de S. Eustache ,
s'appelle M' de Lamet , & non pas
M' du Hamel.
On m'avertit auſſi que j'ay donné
le nom de Chevalier de Bellemare
à Mr le Chevalier de la Mare ,
qui ſe diftingua ſi glorieuſementdans
l'Action du Pont de Rhinfeld , &
queje vous ay dit avoireſté fait deux
fois prifonnier. Il eſt Fils de M' de
la
TABLE des MATIERES
contenuës en ce Voulume.
Avant-propos , Page 1
Lettre de M. l'Abbé de la Valt ſur la Feſte de
la Bravade qui se fait sous les ans à Aix
en Provence , 6
Mort de M. le Chevalier Dailly , 14
L'Agent de ſoy-meſme , Hiſtoire , 17
Avanture arrivée à Gennes à un François , 26
Mariage du Marquis Pallavicini , 29
M. Desmaretz Intendant des Finances , 32
Epiſtre en Vers ,
35
Mort de M. l'Abbé Dagville , 38
Mariage de M. le Duc de Rohan , 39
Hiſtoire de l'Ordre de la Libertédes Coeurs , 47
Le Roy donne à M. le Marquis de Bouflairs la
Charge de ColonelGeneral des Dragons, 54
Mort de Madame Daubray , 55
Abjuration de Mademoiselle des Gallais , 57
Vers fur un Bouquet , 59
Autres Vers fur des Fleurs , 60
Lettre à la plus aimée & à la plus ingrate
Perſonne du monde , 62
Prise de poſſeſſion du Grand Prieuré de France,
par M. le Chevalier de Vendoſme , 67
Sacre de M. l'Eveſque d'Auxerre , 72
Arrivée de M. le Comte d'Estrées à Brest, 73
La Reſſemblance , Hiſtoire , 76
Conte en Vers ,
87.
Mariage de M. le Comte de Paux & de MademoiTABLE.
demoiselle Gallard , Niéce de M. le Premier
President , 89
Mariages de M. le Comte de Beajeu- Beaujolois
avec la Fille de M. le Comte Daiguilly-
Choifeüil , & de M. le Comte de Belet-S.
Quentin avec Madame la Marquise de
Villeneuve , १०
Rondeau à M. le Duc du Mayne , 94
Madrigal à M. le Maresthal de Créquy , après
la Défaite des Impériaux fur le Pont de
Rhinfeld , 95
Sonnet . 96
1
Autre Sonnet , 97
Réjoüiſſancesfaites à Jenville en Beauce , 98
Rondeau , 99
M. de Louvigny eft reçen Duc & Pair au Par-
1
lement , ibid.
Deſſein d'une These dediée à Monfieur ,
Mort de M. le Marquis de Meinieres ,
Avanture d'une Belle morte d'amour ,
Ιοι
105
III
Avanture d'une Nourrice morte de joye , 117
Parlement ,
Réception de deux nouveaux Echevins ,
Le Fils de M. Billard est reçeu Conseiller au
Courses de Bagué faites à S. Germain , 122.
118
119
Motet du Sieur Paolo Lorenzani chanté devant
Leurs Majestez , 124
Article de la Guerre ,
126
Explication de la derniere Enigme en Vers du
dernier Mois , 177
Noms de ceux qui ont expliqué cette première
Enigme
GALANT .
195
la Mare Confeiller au Parlementde
Bourgogne.
Quant au mot de Porfil que vous
avez trouvé dans ma derniere Lettre
, & que vous croyez eſtre une
faute d'impreſſion, je vous avouë
que je n'ay point fongé à mettre
Profil. Si ceux qui ont écrit depuis
peu des Fortifications , ſe ſont ſervis
de ce dernier mot, mon oreille
s'eſt accouſtumée au premier. Cependant
je n'ay pas voulu m'en
croire. J'ay déja confulté quelquesuns
de nos Maiſtres ſur la Langue ,
qui tous ſur l'exemple de Regnier,
de M Balzac , & d'autres fameux
Ecrivains , n'admettent que le
mot de Porfil. Je propoſeray la Queſtion
de nouveau , & fi je ſuis condamné
, je vous l'avoüeray de bonne-
foy. La précipitation avec laquelle
je ſuis contraint de vous écrire
tous les Mois , me doit faire
pardonner beaucoup de choſes. Je
ne vous dis rien ſur les expreſſions
12 qui
196 MERCURE &C..
1
i
:
i
quivous paroiſſent trop hardies dans
quelques Chanſons. Ceux qui en
font les Paroles ont plus de talent
que moy, & c'eſt d'eux que je voudrois
apprendre juſqu'oú peut aller
l'élevation que la Poëſie nous
permet. Je ſuis , Madame , voſtre
tres , &c .
Ο
AParis ce 31. d'Aoust 1678.
;
N donnera un Voulume du Mercure
Galant , le premier jour de chaque Mois
fans aucun retardement , & un Extraordinaire
tous les trois Mois .
TABLE.
Enigme ,
Explication de laſeconde Enigme en Vers , 180
178
Noms de ceux qui ont expliqué cette feconde
Enigme, ibid.
Noms de ceux qui ont expliqué toutes les
deux , 181
Enigme , 183
Seconde Enigme , ibid.
Noms de ceux qui ont expliqué l'Enigme en
Figure,
Air Nouveau ,
Madrigal ,
184
190
191
Feste de S. Loüis celebrée par Meſſieurs de
l'Académie ,
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

Contrefaçon du Mercure de Paris.

Soumis par lechott le