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MERCURE
GALANT.
De L'An 1678 .
JouxteLaCopie
àParis
Au Palais 1678 .

LE 1
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
:
Contenant tout ce qui s'eſt paſſé
de curieux au Mois de Juillet
de l'Anné 1678.
GENAREGIA
Suivant la Copie imprimée
A PARIS
Au Palais , l'An 1678.
エコ
A
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
MK
ONSEIGNEUR ,
Vous avez tant de part aux
Vers qui fuivent , que quoy
que ce nefoit pas à Vous qu'ils
s'adreſſent , je puis les regarder
comme un Ouvrage qui
vous est particulierement dédie.
Comme Autheur du Mercure
, je suis chargé de le
faire voir à toute l'Europe . Il
contient des veritez qui vous
font trop glorieuses pour ne
* 3 me
1 EPISTRE.
me pas faire une joye d'estre
employé à le publier. Agréez,
MONSEIGNEUR ,
l'empresſſement que je vous en
témoigne , & me pardonnezla
liberté que je prens de vous affurer
en mesme temps que de
tous ceux qui admireront la peinture
qui s'y trouve de vos grandes
qualitezaucun n'en ſera jamais
fi charmé que moy , qui
fuis avec la plus profonde ſoûmiffion
,
MONSEIGNEUR,
Voſtre tres -humble & tres-:
obeïffant Serviteur , D.
GRAND ROY, lors que le bruit qui réſonne
en tous lieux ,
Sur ton auguſte front me fit porter les yeux ,
Sans ſuſpendre mon choix par d'infaillibles
marques ,
Je diftinguay d'abord le plus grand des Monarques
, ..
Et fans voir ton viſage ombragé de Lauriers ,
J'y reconnus les traits du plus grand deGuerriers
; :
Mais ſurpris de l'éclat de ta grandeurſuprême,
Je tournay mes regards ſur un autre toy-mefme,
Et j'achevay de voir ſous des traits adoucis,
La majeſté du Pere au viſage du Fils .
Comme dans ſon midy l'Aſtre qui nous éclaire
,
D'un prompt aveuglement punitun teméraire,
Qui ſe laiſſant conduire à desyeux indiſcrets,
De ſes rayons perçans crois ſoûtenir les traits ,
Au lieu que ſur le point de commencer ſa
courſe,
Il nous laiſſe admirer ſes beautez dans leur
fource ,
Où par l'éloignement leur éclat temperé
Abandonne à nos yeux un plaifir afſuré .
Ainſi t'enviſageant au grand jour de ta gloire,
D'une foule d'Exploits rappellant la memoire ,
Mon eſprit & mes ſens également troublez ,
Du poids de tagrandeur alloient eſtre accablez,
Quand ton charmant DAUPHIN par ſa ſeule
preſence ,
Ames regards tremblans redonna l'aſſurance ,
)
*
Et
4
Et parmy les éclairs de tant de majeſté,
Me permit d'entrevoir les traits de ta bonté.
J'apperçeus ſur ſon front formé des mains
des Graces ,
L'impatient defir de marcher ſur tes traces.
Je crûs voir dans ſes yeux une certaine ardeur,
Qui découvroit aux miens ſa future Grandeur.
De mille autres attraits le parfait aſſemblage ,
D'un Héros accomply l'infaillible préſage ,
Me montra dans le cours d'un heureux avenir,
Par ce qu'il eſt déja , ce qu'il doit devenir.
* Glorieux Rejettons de cette tige Illuſtre,
D'où les Lys ont tiré tant de force & de luftre
,
Ornemens précieux de ſa nouvelle Cour ,
Dont les charmes naiſſans croiffent de jour
en jour ,
Qui brûlez comme luy de ces heureuſes fiames
,
Que le Ciel liberal inſpire aux grandes Ames,
Et qui dés le berceau partageant ſes plaiſirs ,
Penetrez de ſon coeur les plus ſecrets defirs .
Dites-nous ces tranſports dont l'ardeur inconnuë
,
Découvrant à vos yeux ſon ame toute nuë
Vous y fit voir cent fois les plus beaux mouvemens
,
Que la Gloire fait naiſtre au coeur de ſes Amans.
Impétueux defirs d'une ardente jeuneſſe ,
*Meſieurs les Princes de Conty.
1
Qui
Qui des ans trop tardifs accuſez la pareſſe ,
Sans réveiller l'ardeur qui l'anime aux Combats
,
Laiſſez du moins former la vigueur de ſon Bras,
LOUIS vous laiſſe encor dequoy vous fatisfaire
,
Des Peuples à dompter , des Conqueſtes à
faire ,
De mille autres Lauriers pouvant ſe couronner,
Par les mains de ſon Fils il les veut moiſſonner .
Dans le préſſentimentd'une ſidouce attente,
Il retient de fonBras la force triomphante ,
Et content des honneurs qu'il s'aſſure aujourd'huy
,
Interrompt des Exploits qu'il reſerve pourluy.
O Toy , de ce trefor heureux dépofitaire,
Montaufier , fais qu'un jour il égale ſon Pere,
Et que ſans s'arreſter aux Exemples anciens,
Pour les ſurmonter tous , il imite les ſiens .
Fais que juſqu'à la fin, conduit par ta prudence
,
De tes ſoins aſſidus couronnant la conſtance,
Les fruits qu'il nous promet par tes mains
cultivez .
A leur maturité ſoient bientoſt arrivez .
Faſſe le juſte Ciel qu'achevant ton ouvrage ,
Dans les premiers eſſais de ſonjeune courage,
Tes genereux conſeils ſecondant ſa Valeur ,
Tu conduiſes ſon Bras auſſi -bien que ſon
Coeur,
1
DU JARRY.
PREFACE.
Comme le premier Extraordinaire
donné un mois apres qu'on l'avoit promis
, a pû faire croire que la meſme
choſe arriveroit dans la ſuite , on
avertit qu'on a tenu parole pour leſecond
quia commencé à eſtre diſtribué
dés le 20. de Juillet. On n'a rien épargné
pour l'embellir , & ceux qui l'ont
veu avoüent que depuis long temps on
n'a mis d'auſſi belles Planches dans un
Livre. On a fait une faute dans l'Article
des Modes. On a mis que les
Hommes s'habilloient d'Etamine couleur
de Prince , au lieu de dire que la
plupart des doublures de leurs Habits
font couleur de Prince. A l'égard des
Ouvrages d'eſprit , on prie qu'on n'envoye
rien que de court tant pour le
Mercure que pour l'Extraordinaire.
Outre que la diverſité plaiſt , on eft
bien aiſe qu'il ſe trouve place pour tout
ce qu'on reçoit de bon . Ce n'eſt pas
qu'on ne foit obligé à Meſſieurs les
Docteurs de Sedan. Leurs Lettres qui
font dans le dernier Extraordinaire
eſtant admirables , ne pouvoient eſtre
trop longues. Le Mercure eſt auſſi fort
redevable à ceux qui n'ayant jamais rien
fait ,
PREFACE.
fe
fait , mettent la main à la plume tout
expres pour luy ; mais on les prie de
confiderer qu'il luy faut autre choſe
que des coups d'eſſay. Il va dans toutes
les Cours , & pour estre bien reçeu ,
il n'y ſçauroit porter des Ouvrages trop
achevez. Ceux qui vveeuulleenntt bien
donner la peine d'écrire pour l'Extraordinaire
, peuvent choiſir telle matiere
qu'il leur plaira. Plus elle ſera
particuliere , plus on la recevra agreablement.
Ils font priez de mettre cette
matiere pour titre de leurs Ouvrages ,
fans commencer par des louanges ou
par des congratulations à l'Autheur fur
le ſuccés de ſon Livre. Ces loüanges
ne peuvent qu'importuner le Public
quand ony en laiſſe une partie , & on
ne les peut retrancher entierement ſans
qu'il en couſtedutemps , qui ſera beaucoup
mieux employé à faire un corps
de ces diferentes Parties , comme on
en fait un des Nouvelles du Mois qui
compoſent chaque Mercure. Il y en a
eu tant pour celuy-cy , qu'on n'a pû
meſme les mettre toutes ; & comme
elles ſont préferables aux Ouvrages qui
peuvent y paroiſtre en tout temps , on
a crû que ceux qui en ont envoyé ne
ſe fâcheroient point d'attendre. On a
déja
PREFACE.
déja dit que tout ce qui est bon aura
fon tour , & on n'en avertira point
davantage. Ceux qui ſe plaiſent à expliquer
les Enigmes en Figures , font
priez de ſe fixer ſur un ſeul Mot , ſans
en donner pluſieurs fur lameſme Enigme
; c'eſt ne rien dire que dire trop.
On est obligé à l'honneſteté de ceux qui
affranchiſſent le Port de leurs Lettres,
ou qui les font rendre par leurs Amis .
On n'en auroit jamais rien dit , ſans
le grand nombre qu'on en reçoit. Elles
font une fomme confiderable quand
le Port de toutes ſe paye par un ſeul ,
& ce n'eſt rien pour chaque particulier.
MERCURE
Pag.
GALAΝΤ.
E l'avouë , Madame. Il eſt
J difficile de parler du Roy ,
ſans dire des choſes quiplaifent
, & c'eſt par làque je ne ſuis
point ſurpris de l'approbation particuliere
que vous donnez au commencement
de ma Lettre du dernier
Mois. Je la puis recevoir ſans vanité
, parce que c'eſt la ſeule grandeur
de la matiere qui me l'attire.
Elle n'a beſoin d'aucun ornement
pour paſſer tout ce que l'art joint
à la flaterie peut faire de peintures
éclatantes , & il n'y a point de Panegyriques
étudiez qui faffent concevoir
des plus grands Hommes ,
ce que nous penſons de noſtre IncomparableMonarque
au ſimple récit
de ce qu'il fait tous les jours de
ſurprenant. Cette matiere n'a pas
ſeulement des beautez qui ne ſe
Juillet. A trou2
MERCURE
trouvent point en toute autre , elle
eſt encore inépuiſable , & ce ſont
des traits qui ne ſe peuvent jamais
qu'ébaucher. Je vous appris la derniere
fois ce qui s'eſtoit paffé au
Voyage de M'de Beverning aupres
de Sa Majesté, apprenez- en aujourd'huy
la fuite. Si-toft qu'il fut de
retour, il rendit compte aux Etats
de lamaniere dont il avoit eſté reçeu.
Tout ce qu'il dit du Roy fut
écouté avec une attention qui faifoit
connoiſtre qu'il n'en diſoit rien
qu'on n'admiraſt. Il paffa en peu de
mots fur ce qu'il a fait dans laGuerre
, parce que ce ſont des chofes
qui ſont connuës de toutel'Europe,
& venant au particulier , il en parla
comme d'un Prince qui par les
ſeules qualitez de fa Perſonne , détachées
de celle de Conquerant ,
devoit eſtre regardé comme le plus
grand Roy du monde. Il dit que
rien n'égaloit ſes lumieres , que la
penétration de ſon eſprit alloit au
-delà
GALANT .
3
delà de tout ce qu'on s'en pouvoit
imaginer, qu'il eſtoit bon , affable,
doux; & enfin il le mit au deſſus
de toute fortede loüanges, en Homme
charmé de fes vertus , emporté
par la verité, & qui ſe ſentoit remply
de ce qu'il diſoit. Il n'y a rien
en cela qui ſoit difficile à croire ,
puis que la veuë de ceGrand Prince
produit le meſme effet dans tous
ceux qui ont l'honneur de l'approcher.
On n'a jamais l'avantage de
l'entretenir , qu'on ne découvre
dans ſa Perſonne une grandeur qui
en foûtenant merveilleuſemene celle
du Trône , fait paroiſtre en meſ
me temps dans un degré éminent
tout ce que l'honneſte Homme peut
avoir de plus élevé. Mª de Bever-
- ning n'en demeura pas à ce que je
viens de vous marquer. Il fit voir
= que le Roy ne pouvoit manquerde
evaincre toûjours , parce qu'outre
toutes les choſes qui rendent un
Monarque puiffant , il avoit une
A2 par4
MERCURE
parfaite connoiſſance de ce qui ſe
paſſoit chez ſes Ennemis. Il adjoûta
qu'il ſçavoit non ſeulement leurs
Affaires generales, mais meſme toutes
celles des Particuliers , juſqu'à
leurs intereſts le plus cachez. Rien
ne put eſtre ſuſpect dans la bouche
d'un Homme ſoumis à une autre
Domination , & fur tout dans celle
de M. de Beverning , dont la
probité & la bonne-foy font également
connuës. Apres que les Etats
eurent eſté informez de fa Negotiation
, ils le renvoyerent à Nimmégue
, où il eſt Plenipotentiaire. Il
y fit aſſembler tous les Ambaſſadeurs
des Alliez, leur parla du Roy
de la meſme maniere qu'il en avoit
parlé à la Haye , & leur fit connoiſtre
en ſuite que les Etats eſtoient
réſolus d'accepter la Paix aux conditions
offertes par Sa Majefté Tres-
Chreftienne. Pluſieurs ſe récrierent
ſur le peu de temps qu'on leur donnoit
pour choiſir le party qu'ils a
voient
GALANT.
5
voient à prendre; mais on doit confiderer
qu'outre que le terme de fix
Semaines a eſté demandé par M² de
Beverning , le Roy l'accorde à la
teſte de cent mille François (c'eft
beaucoup dire) & fans voir preſque
de Troupes oppoſées à tant de forces.
Ainſi chaque jour de ces fix
Semaines qu'il veut bien ſuſpendre
ſes armes , luy eſt prétieux , & l'on
peut direqu'ens'empeſchant de vaincre,
c'eſt moins du temps qu'il donne
, que les Places qu'il auroit infailliblementpriſes
pendant cetemps.
Il eſt ſeul en état de vaincre , chacun
en convient, & quand nous l'y
voyons renoncer , autant de Villes
qu'il s'empeſche de prendre , ſont
autant de Victoires qu'il remporte
ſur cette ardeur de gloire ſi difficile
à retenir par les Conquérans ; mais
ce n'eſt pas d'aujourd'huy que la
modération de ce Grand Prince paroiſt
quand il s'agit de donner la
Paix. On l'a veu apres la Bataille
des A 3
6 MERCURE
des Dunes , la Prife de Dunkerque
& de pluſieurs autres Places, lors
qu'il eſtoit fur le point de ſe rendre
maiſtre de tous les Païs- Bas, & qu'il
n'avoit aucune Puiffance liguée
contre luy ; on l'a veu , dis-je ,
preférer cette Paix aux Conquestes
qu'il pouvoit faire , pour terminer
une Guerre de vingt-cinq années.
Je ne ſcay, Madame , ſi vous vous
ſouvenez de ce qu'il fit apres le
Traité des Pyrenées. L'Empereur
eut beſoin de ſecours, illuy envoya
auffitoft des Troupes ſous le commandement
de M' le Duc de la
Feüillade qui ſauva la Hongrie , &
conſerva peut-eſtre l'Empire à ce
meſme Empereur qui s'eſt declaré
contre nous , lors que nous ne fongions
pas à l'attaquer. Jamais Monarque
n'eut l'ame ſi bien faiſante&
ne merita mieux le nom deGRAND
que le conſentement univerſel luy
a fait donner. Tant que la Paix
des Pyrenées a duré, il ne s'eſt attaché
GALANT. 7
tache qu'à faire du bien , & à ſoutenir
les Puiſſances opprimées. Les
fréquens Secours qu'il a envoyez
en Candie en faveur des Venitiens
en ſont des preuves incontestables.
On ſçait combien cette Place a reſiſté
, & qu'elle ne l'auroit pû faire
fi long-temps , s'il n'euſt pris intereft
à la défendre, Il n'a pas efté
moins prompt à ſecourir ceux qui
ont crû ſe pouvoir diſpenſer de s'en
ſouvenir, & je ne doute point que
lesHollandois ne ſe reprochent l'injuſtice
qu'ils ont euë d'oublier la
maniere dont il les aſſiſta contre les
forces de l'Eveſque de Munster. On
eſt ſeur d'une puiſſante protection
quand on eſt dans ſon Alliance. Les
Ennemis meſmes l'avoüent , & ces
paroles qui ſe lifent dans la Declaration
du Roy de Dannemarck ,
preſentée àNimmégue , le font connoiſtre.
Il ne faut pas que la fermeté
que la France témoigne pour ſes Alliez,
triomphe ſur la constance de ceux que
A 4
l'in8
MERCURE
Pinterest commun a faintement liez. Si
le Roy de Dannemarck fait le Panegyrique
de la fermeté du Roy
pour ſes Alliez, l'Empereur demeure
d'accord de ſes forces. Voicy се
que porte fa Declaration. Il n'est pas
beſoin de refraichir la memoire du paf-
Sé, pendant qu'il est fi manifeste aux
Conféderez qu'ils ont à faire à un Ennemy
qui leur pesant fi fort fur les bras
à tous ensemble , ne sçauroit estre que
funeste à chacun en particulier. Il ne
faut rien davantage pour convaincre
eternellement ceux qui viendront
apres nous , du haut point de gloire
où LOUIS LEGRAND a mis la
France. Ce que je dis ne ſçauroit
paffer pour exagération , puis que
'c'eſt de l'aveu meſme des Ennemis,
que le Roy eſt plus puiſſant que
tous les Conféderez enſemble. S'il
eſt plus puiffant luy ſeul qu'ils ne
le font tous unis , il pouvoit étendre
plus loin ſes Conqueftes. S'il
en pouvoit encor faire ils font 2
inGALANT
.
9
injuſtes quand ils ſe plaignent de la
maniere dont il leur offre la Paix.
Ce n'eſt point une Paix qu'il les
force d'accepter. Il leur marque ſeulement
les conditions auſquelles il
peut confentir qu'elle ſe faſſe , &
il les laiſſe dans une entiere liberté
de continuer laGuerre, s'ils la trouvent
preférable au repos dont il veut
bien les faire joüir. On peut en ufer
de cette forte, quand on n'offre que
des conditions avantageuſes à ſes
Ennemis , & qu'en meſme temps
qu'on ſe dépoüille de ce qu'on pofſede,
on donne encor ce qu'on ſe
voit en état de prendre. Mais à ne
rien déguiſer , le chagrin des Alliez
ne vient pas des conditions que le
Roy leur offre. Les Hollandois difent
dans leur Lettre , Que SaMajesté
Tres Chrestienne met ſa principale
gloire à donner la Paix à l'Europe , &
c'eſt ce haut degré de gloire qui tient
lieu d'injure aux Alliez . Le Roy
- devient l'admirationde toute la Ter-
A 5 re
10 MERCURE
re par la Paix qu'il luy accorde.
Voila particulierement ce qui les
bleffe. Ils se font une honte de tenir
de ce Grand Monarque ce qu'ils ne
peuvent avoir autrement. Ils voudroient
qu'on leur accordât moins ,
& pouvoir traiter de la Paix , fans
que ce fuſt le Roy qui en fiſt les
conditions. C'eſt un avantagequ'aucun
Souverain n'a jamais eu , mais
puis qu'il l'achete par une modération
inconnuë juſqu'icy aux Conquérans,
il eſt bien juſte que cette
gloire luy foit refervée , & quetoutes
ſes actions ſoient marquéesde ce
caractere de grandeur qui le diſtingue
fi fort des plus grands Hommes
de l'Antiquité. Ilavaincu ſes Ennemis
de toutes manieres. A meſure
que le nombre en a augmenté , ila
étendu ſes Conqueſtes , & ila toûjours
paru qu'ils ne ſe liguoient que
pour faire mieux éclater ſa gloire.
Il donne la Paix apres avoir triomphé.
Il donne la Paix eſtant aſſuré
de
GALANT II
de triompher denouveau ; &la rapidité
de ſes Victoires n'a fait que trop
voir qu'un Ennemy deplus n'auroit
pas efté capable de lesarrefter. Ainfi
les Places qu'il veut bien rendre ne
couroient aucun péril d'eſtre repriſes,
& il les offre dans un temps où il
eſt le plus en état de les garder. Les
Hollandois qui nemanquent nyd'efprit
ny de conduite , ont bien reconnu
ces veritez. Ils ont veu l'Angleterre
fur le point de ſe déclarer ;
mais apres fon Armement , ayant
veu prendreGand & Ypres , & nos
Troupes plus nombreuſes quejamais ,
ils ont jugé que ce ſurcroiſt de forces
, quoy que favorable aux Alliez ,
ne pouvoit que donner au Roy de
nouvelles matieres de Triomphe.
C'eſt ce qui leura fait préferer une
Paix avantageuſe offerte fi genéreuſement,
aux ſuites d'une Guerre qui
en pouvoit avoir de tresfuneſtes pour
eux, puis qu'apres l'Angleterre déclarée,
l'Europe n'ayant plus d'Ennemis
qu'el- A 6
-12
MERCURE
qu'elle puſt adjoûter à leur Party ,
ils voyoient à craindre que le Roy
ne les fiſt repentir de n'avoir pas
accepté ſes offres . Je m'arreſte , Madame
, car malgré tout le plaiſirque
je ſens à vous entretenirde ceGrand
Monarque , mes expreffions font trop
foibles pour la dignité de la matiere .
La flaterie & les faux raiſonnemens
-ont part affez ordinairement aux
-loüanges qu'on donne aux Princes;
mais je ne vous ay rien dit du Roy
qui ne ſoit , ou tiré de choſes de fait,
ou confirmé par les Declarations des
Ennemis meſmes. Jevous écris felon
la diſpoſition où nous voyons les
Affaires dans le temps que je commence
ma Lettre , c'eſt à dire dans
les premiers jours de ce Mois. S'il y
arrive du changement par les diférens
intereſts que peuvent avoir les Alliez
, comme je n'acheveray devous
écrire que quand le Mois finira , je
vous marqueray les chofes comme
chanelles
feront en ce temps-là; mais ce
GALANT .
13
:
changement, s'il arrivoit,n'empeſcheroit
pas qu'elles n'euſſent eſté telles
queje voules dis à preſent. Cependantjenedoutepoint
queje n'aye encor
àvous entretenir de la Paix. Vous
avez eu raiſon d'aprouver le Quatrain
qui finit ma derniere Lettre.
Je vous l'ay envoyé comme je l'avois
confufément entendu , mais j'ay .
ſceu depuis que c'eſtoit la fin d'un
Madrigal de Mademoiſelle de Scudery.
Je vous l'envoye aujourd'huy
entier , tout ce qui vient de cette
illuſtre Perſonne eſtant trop confidérable
pour en rien perdre.
MADRIGAL
SUR LA PAIX.
Jamais on n'avoit tant vanté
Ny Campagne d'Hyver, ny Campagne d'Eſté,
Quand Loüis revenoit ſuivy de la Victoire.
Qu'elle est cette nouvelle gloire ?
Sur ses propres Exploits a- t-il pû rencherir.
Apres tantdefuccés ſur la Terre &sur l'onde ?
Ony , car donner la Paix au Monde ,
C'est plus que de le conquerir.
A 7
Les
14 MERCURE
Les belles choſes ne viennent jamais
trop tard. Quoy qu'il y ait
déja plus de quatre mois que la
priſe deGand & d'Ypres a terminé
la Campagne de Sa Majesté , vous
ne ferez pas fachée de voir les Vers
qui ſuivent.
SUR LA CAMPAGNE
DU ROΥ ,
Faite avant le Printemps .
MADRIGAL .
Vous revenez bien tard ,
Oyſeaux , dans ce Bocage,
Loüis a déja fait de glorieux Exploits.
Que ne vous preſſiez-vous pour avoir l'avantage
Demesler à nosChants voſtre charmante voix,
En l'honneur du plus grand des Rois ?
Autrefoisle Printemps , & vous, & la Victoire,
Vous paroiffiez tous à la fois ;
Maintenant Louis a la gloire
De ranger en tout temps laVictoireàſes Loix.
CeMadrigal eſt de Mademoiſelle
de la Charce , Fille de feu M le
MarGALANT.
15
Marquis de la Charce deDauphiné,
de l'Illuſtre Maiſon de la Tour
d'Auvergne , &digne Soeur dubrave
& fpirituel Comte de la Charcequi
mourut dans nos premieres Campagnes
contre les Hollandois.
SUR LA PAIX OFERTE
ن
par le Roy aux Hollandois.
SONNET.

3
Les Eclairs dans les yeux & la foudre àla
main ,
LOUIS LE GRAND paroiſt au milieu
d'une Armée
Fatale aux Ennemis , à vaincre accoustumée,
A qui tout l'Univers s'oppoſeroit en vain.
Nos plus vaillans Guerriers ſuivent leur Souverain
,
• Sur ſon exemple ſeul leur conduite eft formée,
Achaque pas qu'il fait la Flandre eft allarmée,
Tout tremble fur l'Escaut, fur la Meuse & le
: Rhin ,
Miracle de Valeur! mais, ô bonté plus grande!
Loüis calme l'orage , & ſauve la Hollande
D'un deluge de maux qui l'alloient inonder.
Quand
16 MERCURE
Quand l'orgueil des Titans tomba ſous le
Tonnerre ,
Ainsi le Roy des Dieux fit gloire d'accorder
Le retour de la Paix aux besoins de laTerre.
M' l'Abbé Corin a fait ce Sonnet!
Il fut tres-bien reçeu du Roy ,
quand il eut l'honneur de le preſenter.
Je ne vous dis point , Madame ,
que M Cotin a fait quantité de
beaux Ouvrages , comme l'Immortalité
de l'Ame , le Recüeildes Enigmes,
les Lettres Galantes aux Dames de la
Cour , la Pastorale Sacrée , ou le Cantique
des Cantiques, que les Hebreux
ne liſoient qu'à quarante ans , à
cauſe de ſon ſtile mal entendu par
les ſenſuels du monde ; je vous dis
plus que tout cela, en vous diſant
qu'il eſt de l'Illuſtre Corps de l'Académie
Françoiſe .
Voicy un Sonnet de M™ Perry de
S. Quentin , fur la Remiſe que Sa
Majefté a faite à fon Peuple fur les
Tailles.
SONGALANT
.
17
SONNET.
AURΟΥ.
Tu travailles ſans ceſſe au repos de la France,
Grand Roy , foit dans ton Louvre , ou foit
au champ de Mars ;
Et Rome qui par tout étendoit ſa puiſſance ,
Devoit moins de bonheur au premier des Cefars.
Quand les Peuples foûmis admirent ta clemence
,
Et qu'on voit ta grandeur briller de toutes parts,
Tu nous remets tes droits , tu nous rends ta
prefence,
Et ton Estat reffent l'effet de tes regards.
Il est vray qu'à nos coeurs ta gloire est toujours
chere;
Mais auſſi nous montrant la tendreſſe d'un
Pere ,
Pourrois-tu mieux payer noſtre fidelité ?
Non, Grand Roy , cet exemple est trop doux
à la terre ,
Pour luy donner tes Loix il ne faut plus de
Guerre ,
C'est affez deformais de ta ſeule bonté.
Les
18 MERCURE
Les Paroles de la Chanſon que
vous allez voir , ſont du Solitaire
de Pontoiſe , & l'Air , de M' de
Montigny du Havre.
AIR NOUVEAU.
Amour, cruel Amour , laiſſe-moy vivre en
paix ,
Amour ne trouble plus les beaux jours de
ma vie.
Ne me parle plus d'Uranie,
Fe l'abandonne pourjamais ,
Amour, cruelAmour, laiſſe moy vivre enpaix.
Je renonce aux langueurs , à la melancolie ,
La tendreſſe eſt une folie ,
L'indiference feule a pour moy des attraits ,
Amour, cruelAmour, laiſſe moy vivre enpaix.
Il y a pluſieurs Ordres de Chevalerie
en France , ils vous font
connus , mais je doute que vous
ayez jamais entendu parler de celuy
dont ce qui ſuit vous va apprendre
l'Inſtitution & les Statuts. Tout y
eft galant , & vous conviendrez qu'
il n'y avoit que des Perſonnes de
- Qualité capables de renfermer la joye
dans
1
T T T T T
T
5
Pag. 18
A- mour , cruel Amour , laiſſe-moy , laif- fe-moy vivre en paix ; Amour , ne troubles plus les beauxjours de ma vie , Ne me par-le plus d'Ura-
T
*
*
T T T T
nie , Jel'abandonne pourjamais : Amour, cruel Amour, laiſſe-moy , laif- fe-moy, vivre en paix, Je renonce aux lan-gueurs,Ala melan- co- lie, La ten-
T
T
1
t
T
dreſſe eſt une fo- lie; L'indifference feule a pour moy des attraits ; Amour , cruel Amour , laiſſe-moy , laif- fe-moy vivre en paix. paix.
Fuillet .
1
T
-
DE MONTIGNY.

GALAN T.
39
dans des bornes auſſi honneſtes que
celles que vous allez trouver. Cette
Galanterie eſt de la Nobleſſe de
Champagne.
L'ORDRE DES
CHEVALIERS
DU BON-TEMPS,
Etably à P. le 22. de Fevrier , jour
du Mardy gras de l'année 1678.
& mis sous la protection de Cupidon
& de Bacchus , Divinitez de
P'Ordre
PAR MESSIEURS
LeComteDar. ſon Eminentiſſime
Grand-Maiſtre.
Le Vicomte Dup. fon Grand Seneſchal.
- De V. ſon Grand Commandeur.
Le Comte Deſ. ſon Grand Marefchal.
Le Baron d'E. fon Grand Admiral.
Le Gr. ſon Grand Chancelier.
De.
20 MERCURE
De. Grand-Croix.
De M. Secretaire de fon commun
Trefor.
De G. ſon Vice-Chancelier.
Du. ſon Hiſtoriographe. D'O .
de M. Grand Prieur de fon Temple.
Invocation à l'Amour & à Bacchus ,
Divinitez de l'Ordre.
C'eſt avec tranſport , Dieux Tutelaires
de noſtre Ordre, qu'on vous
reclame icy ; venez échauffer nos
imaginations , & réjoüir nos eſprits
par les entouſiaſmes dont vous avez
accouſtumé de favoiſer ceux qui vous
honorent. Nous , Chevaliers cydeſſous
nommez, reconnoiſſons que
vous n'eſtes pas moins neceſſaires à
la vie , que les Elemens qui l'entretiennent
, & que vous ſçavez
meſme temperer les combats que
nous livrent ceux dont nous fommes
compoſez. Oüy, petit Cupidon,
aimable Enfant , nous ferions tous
terreſtres , ſi voſtre feu ne nous
fubGALANTA
21
fubtiliſoit ; mais auſſi le trop grand
feu de l'Amour pouroit nous abatre,
ſi nous n'avionsrecours à vous , divin
Bacchus, pour conſerver nos forces.
par la communication de cette incomparable
liqueur qui nous releve
&nous anime, à de nouvelles entrepriſes.
Permettez donc que nous
nous uniſſions toûjours, &que dans
tous les hommages qui vous feront
rendus , il y ait une ſi grande égalité
, que nous ne donnions jamais
plus à Bacchus qu'à l'Amour , ny
plus à l'Amour , que nous donnerons
à Bacchus.
Regles des Chevaliers de l'ordre du
Bon-temps.
I. Les Chevaliers feront ſi étroitement
unis d'amitié entr'eux , qu'ils
employeront dans l'occaſion leurs
perſonnes , leur honneur , leurs
biens , & tout ce qu'ils ont de plus
cher au monde, pour le ſervice de
leurs Confreres.
II. Les
22 MERCURE
II. LesChevaliers ne ſouffriront
point qu'on parle mal de quelqu'un
de leurs Confreres en ſon abfence ,
mais ils prendront fortement ſon
party contre tous ceux qui oferont
l'attaquer."
III. Si quelque Chevalier de
l'Ordre reçoit une infulte , & fe
trouve embaraffé dans quelque
affaire, tous les Chevaliers en feront
la leur propre , & ſe déclareront
hautement pour luy.
IV. Les Chevaliers feront obligez
en toute occafion d'honorer les Dames
, de défendre leurs intereſts , &
de leur marquer leur zele par toute
fortes de ſervices .
V. Les Chevaliers apoftropheront
à chaque repasCupidon& Bacchus,
les deux Divinitez de leur Ordre ,
& ils le feront en ces termes ,
Sans un peu de Vin dans le verre,
Sans un peu d'amour dans le coeur ,
Que peut-on faire fur la terre ,
Que paſſerſa vie en langueur ?
VI. S'il
GALANT .
23
VI. S'il arrive que dans la converſation
les Chevaliers ſe ſentent
avoir leur petit quart-d'heure de
refverie , ils ſe retireront à l'écart
pour le paffer , afin que leurs Confreres
n'en fouffrent point , & que
rien ne diminuë leur gayeté.
VIL. Les Chevaliers ſe régaleront
une fois à leur tour pour entretenir
commerce , & pour conferer enſemble
de leurs affaires , & des
deſſeins de plaifir qu'ils auront
imaginez .
:
VIII. Dans les Repas qui ſe donneront
, les Chevaliers ne fè contenteront
pas de preſenter du Vin
de leur crû , mais ils feront obligez
d'en chercher du meilleur , qu'ils
feront accompagner des Liqueurs
les plus exquiſes & les plus delicates
qui ſe boiront dans la ſaiſon ; & fi
c'eſt l'Eſté , on aura foin que la
Glace& les Melons s'y trouvent en
abondance.
IX. Les Chevaliers auront à table
une
24
MERCURE
une honneſte liberté de boire & de
manger , chantant & riant ſans contrainte
, & faiſant éclater la joye à
qui mieux mieux. Comme leur
Inſtitution les rend partiſans de
Cupidon & de Bacchus , ils auront
dans leurs Repas la Muſique & le
Concertdes Inſtrumens qui ſerviront
à divertir les Dames , qu'on ne
prétend point qui ſoient bannies de
la Societé de l'Ordre .
X. Les Chevaliers ſeront obligez
de donner quelquefois des Feſtes aux
Dames , & d'accompagner preſque
toûjours leurs Cadeaux de Violons
pour joüer de temps en temps pendant
le Repas & pour les faire danfer
apres la Collation.
XI . Il y aura un jour marqué
pour celebrer tous les ans la Feſte .
Les Chevaliers feront de Chevalieres
dans ce jour , à la manieredes
Valentins & des Valentines de Loraine.
Le fort décidera de la deſtinée des
unes & des autres par le plus jeune
des
: -
GALANT.
25
des Chevaliers qui mettra dans une
Boëte les Noms des Officiers & des
Chevaliers de l'Ordre. Les Dames
auront la bonté d'en tirer un lesunes
apres les autres , & chaque Chevalier
fera obligé de ſervir la Dame
que le fort luy aura donnée , à
laquelle il rendra mille petits foins
galans, fans que perſonne y puiſſe
trouver à redire. Si par hazard , une
Dame tiroit ſon Parent , il luy
ſera permis de changer ſous le bon
plaiſir du Chevalier , avec une autre
qui auroit eu lameſme fortune ,
pour en eſtre plus galamment fer-
- vie ; ce qui ne ſe poura faire qu'une
fois , & avec un ſeulement.
XII. Les Chevaliers s'affembleront
tous les ans , le Mardy gras ,
chez l'Eminentiſſime Grand-Maiſtre
, pour celébrer la Feſte de l'Inſtitution
de l'Ordre qui arrive ce
jour-là. Le lendemainmatin , comme
il ſera jeuſne , on tiendra Chapitre
avant le Diſner, pour voir fi
Fuillet. B les
26 MERCURE
les Officiers & les Chevaliers auront
bien fait les choſes pendant le Carnaval
, & s'il n'y a eu rienà dire à
leur maniere de traiter avec le beau
*Sexe; & en cas que l'on s'en plai-.
gne , ils ſeront condamnez de fatisfaire
la Dame ſur tout ce qu'elledefirera
, & de donner quelque ſuplément
pendant le Careſme , c'eſt à
dire, une bonne Collation pour les
mettre à couvert du reproche. En
ſuite on deliberera ſur les moyens
de paffer doucement le Careſme ,
&d'écouler ſans ennuy ce temps de
rabajoye , & apres le Difner chacun
s'en retournera chez luy.
XIII . Les Chavaliers rendront
dans leurs Affemblées tous les honneurs
& les déferences poſſibles à
l'Eminentiſſime Grand- Maiſtre, laifſant
toûjours à table deux ou trois
places entre luy & eux. Les Chevaliers
ne s'y mettront point , que les
Officiers ne foient placez , & leur
rendront auſſi en toutes fortes d'oc-
201 caGALANT..
27
caſions l'honneſteté qu'ils leur doivent.
XIV. Les Chevaliers n'admettront
dans leur Ordre que desGentilshommes
ou autres Perſonnes vivant
noblement .
XV. Les Chevaliers quivoudront
eſtre reçeu dans l'Ordre , s'adreſſeront
à l'Eminentiſſime Grand-Maiſtre
, lequel fera une information
de leurvie& moeurs ; ſçavoir, s'ils
ont toute les qualitez neceſſaires ;
comme s'ils font braves , diſcrets ,
libéraux , honneſtes , galans , ſpirituels
, aimant la bonne chere , fans
eſtre goinfres ; & ces qualitez ſe rencontrant
en la perſonne du Poftulant
, la reception s'en fera à ſes defpens
le plus honorablement qu'il ſera
poſſible , & tout le Chapitre s'afſemblera
dans ſa Maiſon pour ce'
ſujet.
XVI . Les Chevaliers feront indiſpenſablement
obligez d'écrire aux
Dames , & de leur envoyer des Billets
B2
28 MERCURE
lets doux quand ils ne pouront les
aller voir en perſonne. Ils auront
auſſi le ſoin d'entretenir parmy eux
un petit commerce de Lettres , fur
Penvelope deſquelles ils mettront
Bon temps , afin que cette Lettre ſoit
la premiere leuë , pour partager plutoſt
la joye ou le chagrin du Confrere
, & faire fans retardement ce
qu'il pourroit exiger des Chevaliers.
XVII. Quand quelqu'un des
Officiers de l'Ordre , ou des Chevaliers
, ſe mariëra , on envoyera
complimenter ſa nouvelle Epouſe
par un Ambaſſadeur; fi c'eſt un
Officier , & fi c'eſt un Chevalier ,
par un Envoyé extraordinaire ; &
le nouveau Marié pour reconnoiſtre
la civilité de Meſſieurs de l'Ordre,
les priëra tous de luy faire l'honneur
de venir chez luy prendre le
plus magnifique Repas qu'il pourra
donner , comme auſſi d'aſſiſter
au Baptefme de ſon premier Enfant
fous les meſmes conditions .
XVIII .
GALANT .
29
XVIII. Quand il ſurviendraquelque
diviſion parmy les Chavaliers ,
Eminentiſſime Grand Maiſtre députera
des Officiers de l'Ordre pour
terminer leurs diférens ; & fi quelqu'un
refuſoit l'accommodement ,
il le privera de porter la Médaille
pendant tout le temps qu'il jugera
àpropos.
XIX. Quand il ſurviendra quelques
affaires dans l'Ordre , le Secretaire
du commun Tréſor ſera o- -
- bligé d'en écrire au Chancelier ,
pour en communiquer à l'Eminentiffime
Grand- Maiſtre.
XX. Les Officiers de l'Ordre porteront
un large Ruban jaune , à la
maniere des Chevaliers du S. Efprit,
aubout duquel pendra la Medaille
de l'Ordre , où feront gravez
deux petits Dieux , dont l'un repreſentera
le Dieu de l'Amour , & l'autre
le Dieu Bacchus . L'un & l'autre
aura les marques de ſa Divinité
7
pour ornement , c'eſt à dire , Cupidon
, B 3
30
MERCURE
pidon , une Couronne de Myrthe ,
ſon Carquois , fon Arc , & fes Fléches
; & Bacchus , une Couronne &
une Ceinture de Pampre , avec une
Bouteille à la main. Ils s'embraſſeront
pour marque de leur étroiteunion
, avec cette Deviſe gravée autour
de la Médaille en maniere de
Cartouche , Nous unißons les Plaifirs
, & au deſſus à la Banderolle ,
Bon- temps .
XXI. Ces meſmes Officiers porteront
leur Médaille d'or , à la diférence
des Chevaliers , qui ne l'auront
que d'argent; avec défenſes de
paroiſtre dans les Affemblées de l'Ordre
, ou chez un des Officiers , &
meſme un de leurs Confreres , qu'ils
n'ayent cette Médaille , à peine
d'eſtre interdits.
XXII. Quand les Officiers de
l'Ordre iront rendre viſiteà l'Eminentiffime
Grand- Maiſtre , ou à
quelques autres Officiers leurs Confreres
, ils feront obligez à l'imitation
GALANT.
31
tion du Grand- Maiſtre , de porter
une Médaille en Bandoliere ; ce
qu'ils pourront ne point faire lors
qu'ils iront voir les fimples Chevaliers
, mais ſeulement la porteront
comme eux attachée auJufte-à- corps
avec un Ruban ſatiné jaune, large
de quatre doigts.
Exercices de la Journée pour les
Chevaliers du Bon-temps
Celuy des Chevaliers qui ſe levera
le premier , qui aura ſoin de faire
faire filence dans toutes les avenuës
des Apartemens des Dames ,
pour les laiffer repoſer la graffe matinée.
Quand les Chevaliers feront habillez
, ils iront ſe donner le bonjour
les uns aux autres , & s'embraffer
dans leur Chambre.
Les Chevaliers apres s'eſtre entretenus
quelque demy-heure enſemble,
iront faire un tour deJardin , pour
B 4
cher32
MERCURE
chercher de l'appétit , & de là s'en
retourneront déjeuner à l'Office.
L'heure du lever des Dames eftant
venue , les Chevaliers iront graterà
la Porte , & leur donneront le bon
jour, ſi elles leur veulent permettre
d'entrer ; autrement ils attendront
qu'elles foient habillées pour leur
rendre ce devoir.
Les Chevaliers iront offrir tous
les matins leurs fervices aux Dames,
quand elles feront en état de paroiſtre
, & leur apporteront à déjeuner
dans leurs Chambres .
Le Déjeuner eſtant finy , les Chevaliers
preſenteront la main aux Dames
pour faire quelques tours de
promenade , au retour de laquelle
ils s'appliquerontà diférens exercices
, les uns au Billard , aux Cartes
, ou à la Paume ; & les autres à
la Chaffe , à la Danſe , ou à la Conqueſte
du beau Sexe , ſuivant l'inclination
de chaque particulier.
L'heure du Diſner eſtant venuë ,
les
GALANT.
33
les Chevaliers feront placer les Dames
à table , & ſe placeront apres
fans aucunes ceremonies , chacun
ſuivant fon rang. Ils s'appliqueront
de leurs mieuxà défaire les viandes,
& à ſervir leurs Voiſines. La bellehumeur
& la gayeté feront l'aſſaifonnement
du Repas , & tous les
Chevaliers donnerentdes preuves de
la bonté&de la délicateſſe du Vinde
leur Hoſte , par les heureuſes rencontres&
les pointes d'Eſprit qu'il
leur fournira.
Le Diſner eftant achevé , les Chevaliers
reprendront les meſmes exercices
du matin , chacun ſuivant fon
inclination& fon humeur.
Les Chevaliers feront Collation
entre quatre & cinq heures , & s'amuferont
à plaiſanter en ſuite , & à
jouerà depetits jeux galans juſques
au Souper.
:
Les Chevaliers ſouperont, l'Hyver
à ſept heures , & l'Eté à fix &
demie ; & feront ce Repas un peu
B plus
34 MERCURE
plus long que les autres , à cauſe que
la foirée eſt ordinairement à nous ,
& que l'on peut diſpoſer de ſoymesine
en ce temps plus qu'en aucun
autre. Les Chevaliers ſe fouviendront
de faire pendant le Souper
un perpétuel carillon de Verres
, & d'agreables ſymphonies de
Chanfons.
LesChevaliers iront apres le Souper
gouter le frais avec les Dames ,
& chercheront autant que faire ſe
poura le teſte- à- teſte , pour avoir le
moyen de pouffer des ſentimens tendres.
Si c'eſt l'Hyver , ils cauferont
chacun aupres de leur chacune , &
inventeront des jeux en commun
pour ſe divertir.
L'heure du Coucher arrivant, les
Chevaliers iront conduire les Dames
dans leur Chambre , & leur chanteront
mille petits Airs galans , apres
quoy ils ſe retireront ſans aucun
bruit , & iront chercher leur
Lit avec toute l'honneſteté poſſible ,
fe
GALANT..
35
ſe ſouhaitant les uns aux autres un
repos qui ne ſoit troublé d'aucun
mauvais fonge.
Voeux des Chevaliers quand ils
font reçens .
Je fais voeu deconſerver toûjours
la belle humeur& la gayeté ; d'avoir
toute ma vie un grand fond
d'honneſteté pour les Dames ; & de
faireà l'égard de mes Confreres &
de mes Amis , tout ce que l'honneur
, l'amitié , & la confcience ,
pouront exiger de moy.
Noms des Chevaliers .
M² de ... Ch. Ardant .
M' D... Ch. De mille fleurs .
M' le Comte d... Ch. Sans reproche.
M' le Ch. d... Ch. Brillant...
M' de... Ch. Loyal.
M² de M... Ch. Preux.
M' de Lat... Ch. Réjoüiffant.
M de... Ch. Fidelle.
B 6 M' de..
36 MERCURE
M de... Cb. Tenébreux .
Mr de M... Ch. Galant.
M' le Ch. de V... Ch. De belle Tefte.
M D... Ch. Fendant .
M de la... Ch. Roger.
M' de... Ch . Sans peur.
M' d'I ... Ch . Taillant .
M de... Ch. Honnefte.
Mr de L ... Ch. De l'Avanture.
M' d'Ob.... Ch. Du Soleil.
M' le Ch . des... Ch. Pimpant.
M' l'Abbé de B... Ch. Fortuné.
M de M... Ch. De l'Etoile.
Mr de ... Ch. Frétillant .
M Dosb . Ch . Bon- vouloir.
M ... Ch. Poly..
:
M' Di ... Ch. Foudroyant.
M' de... Ch. Entreprenant.
Mr de... Ch. Libéral.
M de M... Ch. Preffant.
Mr de ... Ch. Courtois..
M' de L... Ch. Pensif.
Mr ... Ch. Conquérant.
Mr de... Ch. De Reverence.
LiGALANT
. 37
Licences& Privileges des Chevaliers
de l'Ordre du Bon temps.
Atous paffez, préſens , &àvenir;
De la part de Monfieur l'Eminentiffime
Grand- Maiſtre , Comte D.
Amy de la Liberté & de la Joye ,
Protecteur des Dames , & Amateur
de la Bonne Chere : A nos amez &
feaux bons Amis , Officiers & Chevaliers
de noſtre Ordre du Bontemps
, Gens de belle humeur ,
donnans Cadeaux , Violons , & autres
divertiſſemens aux Dames; Salut
en celuy qui ſe plaiſt d'eſtre parmy
les Enfansdes Hommes. Nous vous
mandons & commandons tres-expreſſement
parces Préſentes , qu'auffitoft
, incontinent , & fans aucun
delay , vous receviez& introduifiez
en noſtre Compagnie noftre cher &
bienaimé N.... du mérite & de la
galanterie duquel nous avons fait
preuves ſuivant les Statuts de noſtre
Ordre; & apres avoir reconnu qu'il
B 7
eft
38 IERCURE
eſt fort enjoüé aupres des Dames ,
preſt àrendre ſervice à ſes Amis , &
d'une tres-bonne humeur à table ,
voulons qu'il joüiffe des honneſtes
plaiſirs que l'on gouftedans ces trois
occafions ; faiſons défenſes d'autrement
le traiter , ſur les peines refervées
en noſtre Chapitre , &d'amende
arbitraire: Car tel eſt noſtre vouloir,
le ſouhaitant & defirant ainſy. En
foy dequoy nous avons ſigné ces Préſentes
, & à icelles fait appofer le Scel
de noftre Ordre. Donné à P.... en
noſtre Cercle d'Union & de Franchiſe
, le.... de l'année .....
Signé D...... Grand-Maistre de
l'Ordre du Bon-temps , Protecteur
des Dames , & Amy de la Liberté.
Collationné à l'Original par moy Secretaire
du commun Trésor de
Pordre , De M... Seigneur de
Belle-humeur , &Ennemy capital
du Chagrin.
Une pareille Inſtitution d'Ordre
donneroit lieu à une agreable vie ,
fi les
GALANT.
39
fi les Statuts en estoient inviolablement
gardez ; mais il n'y a rien de
ſi bien étably qui ne dégenere avec
le temps , comme il n'y a rien de ſi
extraordinaire , ſans en excepter le
Prodige , que ce meſme temps ne
faffe paroiſtre. Nous en venons d'avoir
un exempledans cet Enfant que
ſa Mere a porté vingt-fix ans ſans
qu'il ſe ſoit poury dans ſon ventre.
La choſe eſt arrivée à Toulouſe , &
elle fait tantdebruit par tout , qu'il
eft impoſſible que vous n'en ayez
déja entendu parler. Je m'imagine
que vous l'aurez traitée de Fable.
J'ay crû d'abord que ç'en eſtoit une,
mais on a tant de certitude de la verité
du fait , qu'il nem'eſt plus permis
d'en douter. Le voicy en peu
demots.
Marguerite Mathieu , Femme de
Jean Puget , Tondeur de Draps ,
devint groffe en l'année 1652. &
ſentit ſur la fin du neuviéme mois
toutes les douleurs qui font ordinaires
.
MERCURE
40
res anx Femmes quand elles font
preſtes d'accoucher. Ce qui précede
l'enfantement , & qui en eſt une
marque indubitable , luy arriva.
Elle fit les efforts ordinaires pour ſe
décharger de ſon fardeau , & l'Enfant
ne fortit point. Le temps de le
mettre au monde eſtant paffé , &
cette Femme toûjours qu'elle eſtoit
groffe, on la traita de Viſionnaire ,
quoy qu'avec quelque ſcrupule ,
parce que c'eſtoit une Femme de bon
ſens pour une Artiſane , de pieté
meſme , & qu'on ne pouvoit accuſer
d'ignorance en ces matieres , puis
qu'elle avoit eu pluſieurs Enfans ,
&qu'enfin fagroffeffe , avec les marques
les plus viſibles qui l'accompagnent
, avoit eſté connuë de tout
le monde. Elie ſeplaignit , pendant
vingt ans ou environ , de ſentir quelques
mouvemens de cet Enfant ,
avec de ſi facheuſes incommoditez ,
qu'elle pria pluſieurs fois ſon Chirurgien
de luy ouvrir le ventre pour
Pen
GALANT. 41
l'en tirer. Apres avoir paſſé quelques
années ſans que ces mouvemens continuaſſent
, elle tomba dans une
maladie mortelle,&mourut le Vendredy
17. Juin dernier, protestant
toûjours qu'apres ſa mort on trouveroit
l'Enfant qu'elle portoit depuis
ſi longtemps . Elle fut ouverte le lendemain
, & cette ouverture fit connoiſtre
qu'il n'y avoit point eu de
viſion dans ce qu'elle avoit toûjours
dit de ſagroffeffe. L'Enfant fut trouvé
tel que les Enfans ont accoûtumé
d'eſtre quand ils font ſur le point de
leur terme. Il eſt vray qu'il avoit
celade particulier&d'extraordinaire,
qu'il eſtoit preſque) endurcy en la
plupart de ſes membres comme de
la corne ou commeune pierre , mais
au reſte tres diſtinctement formé. Il
n'eſtoit point où les Enfans doivent
eſtre naturellement. La Nature ayant
fait un effort , il avoit percé cette
Partie avec laquelle il ne conſervoit
aucune liaiſon, & par un ſecond
pro
42
MERCURE
prodige de la Nature , il s'eſtoit formé
comme une eſpece de Coquille
à cette ouverture , qui recevoittoutes
les eaux & autres impuretez qui
l'auroient pourry, fi elles luy eſtoient
tombées deſſus , & les rejettoit dans
leur canal ordinaire. Il avoit la teſte
en bas , l'extrémité du derriere panchant
vers le coſté gauche , les bras
l'un ſur une cuiffe , & l'autre ſur la
teſte, les jambes croiſees , & tout
le derriere couvert de l'Epiploon .
(Pardonnez-moy ce terme, voſtre
Chirurgien vous l'expliquera.) Cet
Epiploon eſtoit épais de deux doigts,
& fi fortement attaché à ce Corps en
divers endroits , qu'on ne l'en pût
ſéparer qu'en ſe ſervant de quelque
Inſtrument de Chirurgie qui en fit
couler un peu de ſang. La Figure
que j'ay jointe icy , & que vous
pouvez examinerà loiſir , vous fera
mieux connoiſtre la poſture où cet
Enfant fut trouvé. Ce petit Corps
peſoit huit livres de ſeize onces chacune.

44 MERCURE
cune. Le crane eſtoit fracaffé en pluſieurs
pieces ; le cerveau , dela conſiſtance
& couleur de l'Onguent roſat,
les chairs rougeâtres en certains
endroits , & jaunes ou un peu livides
en quelques autres ; la langue
avoit la molleſſe & la couleur naturelle.
Toutes les parties internes
eftoient flétries , de couleur noirâtre,
& fans aucune trace de ſang , à l'exception
du coeur , où quelque rougeur
s'eſtoit conſervée. Le front ,
les oreilles , les yeux , le nez , la
bouche , tout cela eſtoit couvert
d'une matiere calleuſe de l'épaiſſeur
d'un travers dedoigt , laquelle eftant
oftée, ces parties parurent , ainſi
que les dents apres qu'on eut coupé
les gencives. Ces dents qui estoient
auſſi grandes que les peuvent avoir
les Adultes , appuyent particulierement
l'opinion des Medecins qui
ont veu faire l'anatomie de cet Enfant
, & qui affurent que quoy qu'a
demy pétrifié , pour parler ainſy, il
doit
GALANT.
45
doit avoir veſcu autant que ſaMere.
Elle, eſt morte dans la 64. année de
fon âge, & voicy ce qu'elle a toûjours
dit qui luy eſtoit arrivé.
Lors qu'elle ſe ſentit pres de ſon
terme , elle alla aux Minimes pour
quelque devotion. Les douleurs la
furprirent au retour. Son viſage en
donna des marques , & alors ayant
eſté abordée dans la Ruë par une
Perſonne qui luy offrit ſon ſecours
en qualité de Femme-Sage (car on
ne dit pas Sage-Femme en ce Païs-là)
elle la remercia , n'en voulant point
d'autre que celle dont elle avoit accoûtumé
de ſe ſervir. Cerefus obligea
la Perſonne qui s'offroit à la quiter
, & elle crût luy avoir entendu
dire en ſe retirant , que ny ſa Femme-
Sage ordinaire , ny quelque autre
que ce fuft , ne l'accoucheroitjamais.
Cette menace fut ſuivie de l'effet .
Quelques efforts qu'on puſt faire ,
il fut impoſſible de faire venir ſon
Enfant. On chercha cette prétenduë
Fem46
MERCURE
Femme-Sage , qui ayant eſté enfin
trouvée, dit à ceux qui luy parlerent
, qu'il falloit s'adreſſer à un
Homme de Beauſelle , à une lieuë
de Toulouſe. Cet Homme qu'on ne
manqua pas d'aller conſulter , répondit
qu'il n'eſtoit pas en ſonpouvoir
de délivrer cette Femme ; mais
qu'elle ſeroit ſoulagée , ſi elle portoit
une Ceinture qu'il leur donna.
Elle en ſentit en effet ſes douleurs
fort adoucies , mais en ayant eu
quelque ſcrupule , ſes Directeurs à
qui elle découvrit la choſe , &mefme
quelques Eveſques , l'obligerent
à quiter cette Ceinture; ce qui la
remit dans ſes premieres incommoditez
, fans qu'elles ayent ceffé que
par ſamort. On nedoutepoint qu'il
n'y ait du fortilege dans cette avanture.
Ceux qui ne croyent point de
Sorciers , raiſonneront comme il leur
platra. Cette impoſſibilité d'accoucher
me fait ſouvenir de ce qu'Ovide
nous conte d'Alcumene. Junon
vouGALANT.
47
voulant empeſcher qu'Hercule ne
vinſt au monde, pria Lucine d'entrer
dans ſes intereſts. Lucine qui
préſide aux enfanremens ſe déguiſa
en Vieille , s'aſſit aupres de la porte
du Logis d'Alcumene , mit un genoüil
ſur l'autre , avec ſes doigts entrelaſſez
; & cette eſpeced'enchantement
laiſſoit Alcumene dans de continuelles
douleurs ; mais pour le rompre
, il ne s'agiſſoit que de faire quiter
cette poſture à Lucine ; & Galantis
, l'une des Suivantes d'Alcumene
, eut l'adreſſed'en venir à bout.
Laiſſons la Fable. Paſquier nousapprend
dans ſes Recherches que le
Prodige dont je viens de vous parler
n'eſt pas ſans exemple. Une Femme
nommée Colombe Chatri , demeurant
à Sens , eut toutes les marques
d'uneveritablegroſſeſſe , fentit
les douleurs qui précedent l'enfantement
, & paſſa vingt-huit années
dans cet état. On crût qu'il y avoit
de l'imagination dans ce qu'on luy
en48
MERCURE
entendoit dire , & apres qu'elle fut
morte , on tira de ſon ventre le
Corps d'une petite Fille tout formé
, mais pétrifié. Paſquier aſſure
qu'il avoit appris cette Hiſtoire de
Jean d'Alibour , alors Medecin tresfameux
de Sens , & depuis premier
Medecin de Henry IV. qui en avoit
eſté témoin oculaire. Elle est dans
le 6. Livre de ſes Recherches ,
Chap. 40.
Vous jugez bien , Madame , que
ce qui vient d'arriver à Toulouſe a
fait d'abord l'entretien de toute la
Ville. On ne s'eſt pas contenté d'en
parler. Un fort galant Homme de
ce Païs-là en a pris occaſion de ſe
plaindre par ces Vers du tropde rigueur
d'une belle Dame.
STANCES A IRIS ,
Sur le Prodige de l'Enfantpétrifié.
Endurcir un tendre Enfant
Dans le ventre de ſa Mere ,
N'eft
GALANT .
49
N'est pas un Charme ſo grand
Comme on voudroit nous le faire.
F'en suis beaucoup moins Surpris
Que de voir , aimable Fris ,
Qu'à vos yeux tout rend les armes ,
Et que s'ils veulent toucher,
Ces beaux yeux ont mille charmes
Qui rendroient tendre un Rocher.
Qu'à jamais puiſſent les Dieux
Punir la Vieille cruelle
1
Qui fit les maux en ces lieux
D'une Méduse nouvelle !
Favois longtemps conſulté
Pourquoy voſtre dureté
S'oppoſoit à ma tendreſſe ,
Il faut que pour mon malheur
Unjour cette Enchantereſſe
Ait endurcy voſtre coeur .
Pour foulager le tourment
Qui me couste tant de larmes ,
Rompez cet Enchantement ,
Oppofez Charmes à Charmes.
D'abord que vous le voudrez .
Belle Fris , vous le pourrez .
Aux accords de ma Muſete ,
Cruelle , attendriſſez - vous ,
Le coeur d'une Anaxarete
Sied mal à des yeuxfi doux .
Je le prédis bien un jour ,
Juillet . C
Voyant
50
MERCURE
1
:
Voyant voſtre tyrannie ,
Que du mépris de l'Amour
Vous feriez enfin punie.
Cet Enfant des Dieux vainqueur ,
S'eſt vangé sur vostre coeur ,
Des honneurs que luy derobe
Ce coeur qui luy futft cher ,
Et comme un autre Niobe
Vous a changée en Rocher.
Vous pouvez encore aimer ,
Si vous faites des conquestes ,
Et nous sçavez enflamer ,
Toute Rocher que vous estes.
Pourrez-vous vous empeſcher ,
Fuffiez-vous cent fois Rocher ,
Senſibleà mes longs ſervices ,
D'y répondre quelquefois ?
Les Rochers , des Précipices
Répondent bienà ma voix.
Madame la Ducheſſe de Cleveland
eſt de retour d'Angleterre dés les
derniers jours de l'autre Mois. Elle
fit le trajet dans un Hoeusfort doré
& fort ajusté , qui ayant paru à la
Rade de Dieppe , fut auſſi-toſt reconnu
pour'eſtre celuy qui la portoit.
Il n'eſtoit que quatre heures de
maGALAN
T.
51
matin quand l'avis en fut donné à
M'deTiergeville. Vous ſçavez qu'il
eſtGouverneur de Dieppe. Il ſe rendit
en meſme temps ſur le Port, &
comme le Hoeus de cette belle Ducheſſe
eſtoit à l'anchre attendant la
marée , qui ne devoit eſtre ce jourlà
qu'à deux heures apres midy , il
envoya un Officier à fon Bord pour
la complimenter de ſa part , & ſcavoir
d'elle ſi elle attendroit la marée ,
ou ſi elle ſouhaitoit venir à terre dans
une Chaloupe. Elle prit ce dernier
party , & fut reçeuë au bruit du
Canon, auquel celuy du Hoeus répondit.
Elle trouva ſur la gréve des
Carroſſes qui l'attendoient,& fut conduite
par ce galant & fpirituel Gouverneur
dans l'Apartement qu'il luy
avoit fait préparer. Elle ſe mit au
Lit , accablée de la fatigue de cinq
jours de gros temps dont elle avoit
- eſté fort incommodée dans ſon trajet,
- Le Corps de Ville luy' vint faire
= compliment , & luy preſenta des
Con-
C2
52
[ ERCURE
Confitures . On chantoit cejour-là
meſme le Te-Deum pour la priſe de
Puycerda ; & comme il devoit eſtre
ſuivy le ſoir de Feux d'artifice , M
de Tiergeville en voulut donner le
plaifir à Madame de Cleveland. Il
avoit fait éclairer tout le Jardin du
Chaſteau , où il la mena avec ſes
Filles. Ce fut là qu'elle joüit du
divertiſſement de ces Feux; apres
quoy on luy ſervit la Collation dans
la Salle de ce Jardin. Les Violons
ne furent pas oubliez , avec tout
cequ'on pût ramaffer de Symphonie.
Cette charmante Ducheffe partit de
Dieppe le lendemain , & laiſſa toute
la Ville dans l'admiration des rares
qualitez qui luy acquierent l'eſtime
de tous ceux qui la connoiſſent.
Je me ſouviens que ma derniere
Lettre finiſſoit par la nouvelle que
je vous donnay de la mort de Mefſieurs
Marin , Roujault , & d'Apremont.
Je ne vous en pûs rien dire
de plus , à cauſe de la précipitation
avec
GALANTт. 53
avec laquelle je fus obligé de faire
partir mon-Paquet. Tous les trois
s'eſtoient rendus conſidérables dans
leurs Employs . Vous ſcavez , Madame
, combien M' Marin avoit acquis
de réputation dans les Finances.
Il eſtoit Intendant de celles de
Sa Majesté , & faifoit admirer tous
les jours la parfaite intelligence qu'il
y avoit. On ne peut eſtre ny plus
obligeant , ny de plus facile accés
qu'il l'eſtoit. On le trouvoit toûjours
preſt à écouter tout le monde ,
à l'exception des temps où les Affaires
du Roy luy faifoient une neceffité
abſoluë de s'enfermer dans ſon
Cabinet. Il eſt mort d'une indigeſtion
d'eſtomac qui l'a emporté en
vingt quatre heures . M'de la Chaſtaigneraye
Premier Préſident au
Parlement d'Aix , M'de la Troufſerie
Maiſtre des Requeſtes . & M
de Moüilleron Lieutenant des Gardes
du Corps , ſont ſes Fils . Il a
laiſſé pour Filles Madame du Pleſſis
C3
Bien54
ERCURE
1
Bienfaictrice dans le Convent des Filles
de Sainte Marie , & Madame
d'Opede Femme de M ' d'Opede Préfident
à Mortier au Parlement d'Aix.
M' Roujault Conſeiller Clerc de
la Grand Chambre , estoit un Homme
de Lettres , & d'un mérite tresparticulier.
Il ſçavoit beaucoup , &
n'ignoroit rien de ce qu'une longue
habitude peut donner de lumieres
dans la Langue Grecque , quoy
que ſa principale application euſt
eſté , depuis pres de quarante ans ,
àſe bienacquiter de ſa Charge , dans
laquelle il avoit acquis la réputation
d'un des meilleurs Juges du Royaume.
Il a laiſſé un Frere qui porte
ſon nom , & qui eſt Auditeur des
Comptes. C'eſt unparfaitementhonneſte
Homme. MrPetit , Beaufrere
de M de Chabenas -Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs , eſt
monté à la place du Conſeiller dont
je vous parle.
Mª d'Apremont eſtoit Capitaine
aux
GALANT.
55
aux Gardes , Officier General , &
tres-habile Ingénieur. Le grand
nombre de Places qu'il a fait fortifier
en rend témoignage. Il avoit
eſté bleſſé enpluſieurs Occaſions importantes
, dans lesquelles il a toûjours
eu l'avantage de ſeſignaler ; &
- s'il eſt mort avec beaucoup de réputation
, il l'avoit meritée par fes
ſervices.
Nous avons auſſi perdu depuis
quelques jours M' le Marquis de
Chantrenne , Baron de Couvé , Seigneur
de Vinante , Crecy , Maillots
, &c. Il eſtoit Capitaine General
pour le ſervice de Sa Majeſté à
la garde des Coſtes de Picardie. Le
nom de cette Famille eſt le Vert.
Jene vous apprendray riende nouveau
, en vous diſant que Monfieur
dont l'ame eſt toute Royale , ne
laiſſe paſſer aucune occaſion de faire
du bien aux Siens ; mais vous aurez
ſans doute beaucoup de joye deſçavoir
qu'il en a donné des marques
C4 de56
MERCURE
depuis peu , en faveur de Meſſieurs
les Chevaliers de Beuvron & de Nantoüillet
, qu'il a gratifiez de la Penfion
qu'avoit feu Madame la Princeffe
de Monaco. Le zele empreffé
qu'ils ont l'un & l'autre pour le fervice
& pour la Perſonne de Son
Alteffe Royale , eſt connu de tout
le monde.
Il ne ſe peut rien de plus obligeant
, ny qui faſſe plus d'honneur aux
Avocats, que ce que Monfieur le
Premier Préſident répondit à M' de
Monthelon quand il l'alla complimenter
comme le plus ancien de ce
Corps. Apres qu'il l'eut prié d'avoir
pour eux les meſmes ſentimens
debonté& de conſidération qu'àvoit
feu Monfieur de Lamoignon ſon
Prédeceffeur , Monfieur le Premier
Préſident luy dit , que la Charge où
il avoit plû au Roy de l'élever ,
eſtoit d'un grand poids ; qu'il n'oublieroit
rien pour en remplir exactement
les devoirs ; & que s'il avoit
beGALANT.
57
beſoin de lumieres , il n'en chercheroit
point ailleurs quedans unCorps
où quantité d'habiles Gens comme
luy eſtoient capables de luy en preſter.
On n'a peut-eſtrejamaisfaitun
plus grand éloge en ſi peu de mots .
Il eſt certain que ce n'eſt pas avoir
acquis peu de gloire , que des'eſtre
rendu digne de laqualité de bon Avocat.
Il ne ſuffit pas pour la mériter
d'eſtre ſçavant& profond fur les matieres
d'érudition les plus eſtimées ;
il faut dire avec grace ce que l'on
conçoit avec eſprit , & trouver des
manieres infinuantes de faire goûter
la verité quand elle ne ſe rend pas
ſenſible par elle-mefme.
Vous avez ſçeu ſans doute que
Madame la Ducheſſe de Toſcane a
fait un voyage à Caën dans les premiersjours
de ce Mois. Il faut vous
en apprendre les particularitez. Ce
que je vous en vay dire n'eſt pas de
moy. Il eſt tiré d'une tresagreable
Relation écrite en Vers& en Profe
C5 par
58 MERCURE
1
par M'de Berigny Conſeiller au Préfidial
de la Ville dontje vous parle.
Si-toſt que cette Princeſſe eut fait
ſçavoir le deſſein de ce Voyage à
Monfieur de Matignon ,
Dont la Galanterie égale la Naiſſance .
Et qui dans ſon Gouvernement
Fait avectant d'éclat les honneurs de la France
Quon ne fait rien en Cour plus magnifique -
ment ;
Les ordres furent donnez pour la
Reception qui estoit deuë à une petite-
Fille de Henry IV. M. de Matignon
ſe rendit à Caën , d'où il alla
plus de trois lieuës au devant d'elle ,
accompagné de toutes les Perſonnes
de qualité du Païs , apres luy avoir
envoyé ſon Capitaine des Gardesjufqu'à
Falaiſe , pour la complimenter
de ſapart. Madame de Meliand Intendante
de Caën , alla auſſi fort loin
à ſa rencontre pour luy rendre ſes
premiers devoirs , avecun fort grand
nombre de Dames & de la Ville &
des environs. La maniere dont cette
GALANT.
59
te Princeſſeles reçeut , ne leur marqua
pas moins de conſidération pour
leurs Perſonnes , que d'eſtime pour
leur mérite & pour leur beauté.
Ontſfait que ce Climat eſt le Climat des Belles,
Qu'elles ont toutes l'air auſſi doux que brillant
,
Qu'il n'est rien de plus beau , ny rien de plus
galant,
Et qu'enfin on ne voit aucun defaut en elles ,
Que celuy d'estre trop cruell
M' de Matignon avoit ordonné
à tous les Capitaines de la Ville de
ſe rendre dans la Plaine à la teſte de
leurs Compagnies , & on devoit
mettre des Flambeaux à toutes les
Fenestres pour éclairer l'Entrée de
S. A. R. que l'exceſſive chaleur obligeoit
à ne partir de Falaiſe quefort
tard; mais ayant voulu s'épargner
cette forte de cerémonie , elle arriva
beaucoup plutoſt qu'on ne l'avoit
crû , ſuivie de pluſieurs Carroffes
à fix Chevaux , & fut feulement
reçeuë au bruit duCanon. Si-
C6 toft
60 MERCURE
toſt qu'elle ſe fut rendue à l'Hoſtel
que la Ville luy avoit fait préparer ,
M' de la Mote Lieutenant General.
luy vint faire compliment à la teſte
des Echevins . Elle en témoigna une
fatisfaction extraordinaire , &
trouva dans tout ce qu'il luy dit
tant de politeffe & d'éloquence ,
qu'elle avoüa que c'eſtoit avec beaucoup
de justice qu'on luy avoit
toûjours vanté les beaux Eſprits de
Caën. Apres cette Harangue , les
Préſens de la Ville luy furent offerts.
Elle les reçeut tresobligeamment ,
& fit paroiftre toute la bonté poffible
aux Dames qui vinrent l'aſſurer
de leurs reſpects , & dont la converſation
ne luy plût pas moins que
la beauté. Elle demeura un peu de
temps dans le Jardin à prendre le
frais , foupa en particulier , & feretirade
bonne heure , dans le deſſein
de partir le lendemain de grand matinpour
ſon voyage de la Délivrande.
C'eſt une Chapelle des plus celebres
GALANT. 61
lebres de toute l'Europe , par les
continuels Miracles qui s'y font depuis
plus de fix cens ans. Elle està
trois lieües de Caën , & à un quart
de lieüede la Mer. Madame deTofcane
qui avoit veu la Mediterranée
en allant en Italie , fut bien aiſe de
voir l'Ocean. M' de Matignon ayant
appris fon deſſein, envoya toude
la nuit retenir des Matelots , afin
de luy donner le plaiſir de la Peſche ,
& en ſuite un grand Régal. Cette
Princeſſe partit de Caën ſuivie de plufieurs
Carroſſes. Elle fit ſes devotions
à la Délivrande avec une pieté
exemplaire , & apres y avoir laifſé
des marques de fa libéralité , elle
ſe rendità la Coſte de Bernieres ,
où non ſeulement toutes les Perfonnes
de qualité de la Ville eſtoient
venües en foule , mais meſme
les plus conſidérables de cinq à fix
lieües aux environs. D'abord Mª de
Matignon luy donna le divertiffement
de la Peſche ſans qu'elle def-
C7 cen62
MERCURE
:
1
cendiſt de Carroſſe ; en ſuite dequoy
elle monta dans la Galere qui luy
avoit eſté préparée. Le temps s'eftoit
tenu couvert tout le matin , & il
s'eſtoit meſme élevé un vent qui
ſembloit s'oppoſer au plaifir de la
promenade qu'on avoit crû luy faire
prendre ſurMer.
Mais fi-toft que cette Princeſſe
Eut mis le pied dans ſon Bateau ,
On euſt dit que Neptune & tous les Dieux de
l'Eau
Se fuſſent empreſſez à luy faire carreſſe.
Al'envy l'un de l'autre & Tritons & Zéphirs
Voulurent tour-à-tour ſervir à ses plaiſirs .
Les Tritons appaisant les vagues mutinées
Ne laiſſerent plus voir qu'un paiſible crystal ,
Et de ce calme general
Les Néreïdes étonnées
,
Par mille & mille bonds s'élançant ſur lesflots ,
Voulurent voir l'objet qui cauſoit ce repos.
Lors que Vénus fortit de l'onde
Pour venir recevoir les voeux de tout le monde ,
Si Neptune & ses Deitez
Adorerent l'éclat de ſes rares beautez ,
On peut dire que cette Reyne ,
(Quoy que la Mere de l'Amour)
Ne
GALANT . 63
Ne reçeut pas dans ce beau jour
Un hommage fi grand, une gloire ſi pleine.
Les Tritons ravis de la voir ,
l'Air ,
Luy rendirent quelque devoir ,
Et pour honorer ſa naiſſance ,
Luy marquerent leur joye & leur obeiſſance.
Maisfi- toſt que le Dieu qui préſide à la Mer
Vit briller cette Illustre & Royale Princeſſe ,
Les Cieux , les Vents , les Flots ,
Firent gloire de rendre hommage à Son Alteſſfe.
L'Aſtre mesme duFour dont unnuage obscur
Avoit tout le matin offuſqué la lumiere,
Et tenu juſqu'alors la clarté priſonniere ,
Rendit en ce moment le Ciel calme, & l'Air pur,
Et pour mieux ſignaler cette pompeuse Feste ,
De ſes plus beaux rayons il couronnaſa teſte.
La Galere où Son A. R. entra
avoit eſté préparée avec trop de précipitation
, pour eſtre auſſi ſuperbe
que Mr de Matignon l'auroit fouhaitée.
Elle estoit neantmoins fort
propre. Les Roſes , le Jaſmin , &
la Fleur d'Orange, dont on avoit
eu ſoin de l'orner , reparant enquelque
forte le defaut des dorures , y
faifoient par leur odeur & par leur
agreable confufion , l'effet du monde
le
64 MERCURE
le plus galant. Quatre petits Cupidons
luy ſervoient de Guides , &
trente Matelots veſtus à l'Indienne
en eſtoient les Rameurs , auffi-bien
que de la Barque à laquelle cette
Galere eſtoit attachée , & qu'on avoit
pareillement enrichie de Feſtons , de
Couronnes de Fleurs & d'Armoiries.
Toutes les autres eſtoient moins ornées
, mais la beauté des Dames
qu'elles portoient ſupléoit agreablement
à ce défaut. On alla plus d'une
lieüe en Mer , & il ne ſe peut rien
de mieux concerté que le fut cette
petite Flote de trente-cinq à quarante
Vaiſſeaux. L'ordre en estoit auſſi
juſte que galant. On y chanta , on
y foûpira meſme (car l'Amour eſt
de toutes les parties) & parmy les
Voix & les ſoûpirs , les Violons ,
les Hautbo.s & pluſieurs autres Inſtrumens
trouverent leur place.
Quand on ſe ſeroit embarqué pour
un Voyage de long cours , les Matelots
n'euffent pas fait plus de voeux .
Leurs
GALANT. 65
Leurs Chansons , toutes groteſques
& champeſtres qu'elles estoient , furent
un ſujet de plaiſir pour la Princeffe.
Onfitune eſpece de petit Combat
naval , & on tira tant de coups
de Mouſquet en la ſalüant quand
elle paſſoit devant quelque Barque ,
que leur bruit attira deux Capres
d'Oſtende qui estoient en Mer , &
qui depuis deux jours avoient fait
quelquebrigandage ſur la Coſte. On
craignoit que Son A. R. n'en fut
alarmée ; mais cette genéreuſe Amazone
loin derien appréhender , donna
ordre qu'on s'avançaſt pout reconnoiſtreunde
ces Capres qui avoit
gagné le vent , & qui s'eſtoit approché
de cette petite Flote. Il eſtoit
monté de quatre Pieces de Canon ;
mais foit que le nombre des Vaiſſeaux
, ou celuy des Cavaliers & des
Carroffes qui estoient ſur la gréve
luy fiſt peur , ſoit que le reſpect
qu'impriment les Perſonnes du premier
rang l'obligeaſt à ſe retirer , il
s'é00
MERCURE
s'éloigna auſſitoſt , & laiſſa la Princeffe
en liberté de ſe venir délaſſer
dans la Maiſon où M'de Matignon
luy avoit fait préparer un Régal auffi
délicat que galant & magnifique.
L'Apartement deſtiné pour ce Repas
eſtoit un Sallon
Où le Jasmin , la Fleur d'Orange ,
Etmille fortes d'autres Fleurs ,
Par la diverſité de leurs douces odeurs ,
En faisoient admirer l'agreable mélange.
Quoy qu'au bord de la Mer , ou n'en voit
point allleurs
Une si charmante abondance ,
Et les Parterres de Provence
Nefont point émaillez de ſi vives couleurs.
Ce Sallon , pour avoir eſté préparé
fort à la haſte , ne laiſſoit pas
d'eſtre enrichy des Meubles les plus
prétieux que l'on puiſſe voir chez
les Princes meſmes. Pour en marquer
la fonmptuoſité , c'eſt aſſez de
dire quele Buffet eſtoit garny d'une
infinité de Baſſins , de Luftres , de
Flambeaux , & de Vaſes de vermeil
doré.
GALANT.
67
doré. Quoy qu'ils fuſſent d'une peſanteur
incroyable, le travail en ſurpaſſoit
encor la richeſſe , tant ils eſtoient
cizelezdélicatement. LaTapiſſerie
repreſentoit l'embarquement
d'une Reyne , & avoit un agreable
raport avec celuy que la Princeſſe
venoit de faire. Les Feſtons & les
Couronnes de Lys ſuſpenduës au
lambris , achevoient d'embellir ce
Lieu , dont les Echos retentirent
pendant tout le Repas du bruit des
Violons & d'autres Inſtrumens , qui
par leur éloignement proportionné
ne faiſoit qu'autant de bruit qu'il
en falloit pour charmer doucement
les oreilles ; & afin qu'il ne manquaſt
rien de tout ce qui peut flater
les ſens , Madame la Duchefſe de
Toscane estoit aſſiſe entre deux Orangers
& devant la principaleAllée
du Jardin , dont les deux coſtez eſtoient
pareillement garnis d'Orangers
tous chargez de Fleurs & de
Fruits . Cette Allée aboutiſſoit à une
68 MERCURE
ne Perſpective , au devant de laquelle
eſtoit une Vénus tirée ſur celle
de Praxitele qui est à Florence
dans le Palais du Grand Duc , &
des deux coſtez il y avoit de petits
Dédales où l'on pourroit ſe perdre
plus agreablement que dans celuy
d'oùAriadne tiraTheſée. Mais ſi la
beauté de ce Jardin avoit dequoy
arreſter les yeux , vingtquatre Baffins
de Gibier en Pyramides , les
Melons , les Poires , les Abricots ,
&dix-huit autres Baſſins de Confitures&
de Fruits les plus rares , fervis
avec autant d'abondance que de
propreté , furprirent tellement l'Illuftre
Princeſſe à qui M' de Matignon
donnoit ce Régal , qu'elle avoüa
qu'à l'exception de la Table
de Sa Majesté , elle n'en avoit jamais
veu aucune ſervice ny fi magnifiquement
, ny avec tant de délicateſſe.
Apres ce Répas , Son A. R. alla
goûter le frais du Jardin. On prit
ce temps pour faire manger la Compagnie
,
GALANT. 69
pagnie , & l'on peut dire que cette
ſeconde Table qui estoit de quarante
couverts , ne fut pas ſervie avec
moins de magnificence que la premiere.
M' de Matignon qui en faiſoit
les honneurs , n'oubliarien pour
régaler à ſon ordinaire ceux qui y
prirent place , c'eſt à dire avec une
profuſion ſurprenante des mets les
plus délicats, deVins , de Liqueurs,
& de rafraîchiſſemens de toutes fortes.
Cependant Madame de Tofcane
accompagnée de ſes Dames , de
Monfieur de Bayeux , & de M de
Meliand Intendant de la Genéralité
de Caën , ſe promenoit dans les Allées
du Jardin dont elle admira les
Parterres , les Paliſſades , les Orangers
, les Compartimens , les Dédales
& les Statuës , & voyant qu'il
ſe faifoit tard , elle remonta en Carroffe
, & revint à Caën. On tira le
ſoir quantité de Fuſées volantes ſous
ſes Feneſtres , & elle en reçeut d'autant
plus de fatisfaction que la Lune
70
MERCURE
ne qui estoit alors dans ſon plein ,
commençaà ſe cacher ſous un nuage,
d'où elle ne ſortit qu'apres tout
ce divertiſſement.
Si le Soleil officieux ,
Voulant favoriſer Son Alteſſe Royale,
Dans cette Feſte ſans égale ,
Deſes plus purs rayons avoit doréles Cieux ,
La Lune se cachant ſous un obscur nuage ,
Voulut par ce respect luy rendre cet hommage.
Cette Déeſſe de la Nuit,
Favoriſant l'éclat & l'agreable bruit
Que mille Serpenteaux répandoient dans la nuë,
Aima mieux ſe priver du plaisir de la voir ,
Que de troubler unfi beau foir ,
Et que d'en empeſcher la veuë.
Sefervant de l'occaſion ,
Je ne sçayfi pour lors cette Reyne de l'Ombre
Alla trouver son cher Endimion ;
Mais enfin il est vray que l'air parut tres-
Sombre ,
Que pendant cette obscurité ,
Mille Feux d'artifice ayant porté la guerre
Aux Aftres dont la nuit emprunte laclarté,
Ces Feux ſembloient ne retomber en terre,
Que pour y rencontrer un trépas glorieux
Aux pieds de Son Alteſſe , & mourirà ses
yeux.
Le
GALANT .
71
Le lendemain cette grande Princeffe
ayant eu la bonté d'aller
rendre viſite à Madame de Caën ,
elle y fut reçeuë & régalée avec
toute l'abondance de Gibier , de
Fruits , & de Confitures que l'on
peut s'imaginer. Quoy que cette
Illuſtre Abbeſſe fuſt malade , elle
ne laiſſa pas de donner ſes ordres
ſi à propos , que rien ne manqua
de tout ce qui pouvoit contribuer
à rendre ce Repas des plus magnifiques.
Voila , Madame , de quelle maniere
on a tâché de divertir Madame
la Ducheffe de Toſcane pendant
le peu de ſejour qu'elle a fait
à Caën. Quelques charmes que
puiffent avoir les plus beaux Lieux,
ils ne font particulierement agreables
que par la préſence de ce
qui plaiſt. Ces Paroles que M
des Fontaines a miſes en Air , en
font foy .
AIR
1
72 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Agreables Ruiſſeaux , & vous sombres Forests
,
Ceſſez dem'étaler , voſtre charme ordinaire ,
Iris n'est point icy , vous eſtes fans attraits,
Est-il rien qui loin d'eueà mes yeux puiſſe
plaire ?
Sous vos ombrages vertsſi j'aimeà m'égarer,
Ce n'est que pour cacher mes foûpirs & mes
larmes .
Helas ! ſo ſes beaux yeux vous pouvoient
éclairer ,
Queje ferois heureux ! que vous auriez de
charmes !
Meſſire Auguſte-Philibert Scaglia
de Verrüe , Abbé de Suze & de
Saint Eſtienne d'Ivrée , perpétuel
Commandataire de Sainte Foy ,
Prieur & Siegneur de Conzieu , &c.
fit icy ſon Entréele 3. de ce Mois,
en qualité d'Ambaſſadeur de Son
A. R. de Savoye. Comme il paroifſoit
ſous le plus grand Prince que
la France ait encor eu , il ne voulut
rien épargner pour rendre cette
Entrée des plus magnifiques . Monfieur
Pag. 72
T T T
T
Agreables ruiſſeaux , & vous fombres forefts , Ceffez de m'étaler voſtre charme or- dinai- re , Iris n'eſt point icy , vous eſtes fans attraits , Eft-il
65
6
*
54
64
66 X 6
7
6 6 *
7
6
5 65
T T
لم
T
T
*
re? re ? Sous vos ombrages verds ſi j'aime à m'égarer , Ce n'eſt que pour ca-
7 b
&
65
來b 6
6

rien qui loin d'elle à mes yeux puiſſe plai-
6
56 6
T T
T
T

cher mes foûpirs &t mes lar- mes; Helas ! fiſes beaux yeux vous pouvoient éclairer , que je ferois heureux ! que vous auriez de char- mes! mes !
66
44 6
6
65
6
4X 65 4
66666 5 b *
6
654
Fuillet .
DES FONTAINES.
72
A
A
Ce
Iris
Eft.
Son
Ce
Hei
de
Sa
C
P1
fit
er
A
fc
des plus magnifiques. Monfieur
GALANT . 73
fieur le Mareſchal Duc de la Feüillade
accompagné de M. de Bonneüil Introducteur
des Ambaſſadeurs , l'alla
prendre à Picpus avec les Carroffes
de Leurs Majeſtez , & le conduifit
en ſon Hoſtel ſuivy d'un tres beau
Cortege. Il y avoit un fort grand
nombrede Gentilshommes à cheval ,
outre une quantité de Carroffes à fix
Chevaux qui estoient allez à ſa rencontre.
M² l'Ambalſſadeur en avoit
trois d'une richeſſe admirable. Toute
ſa Livrée eſtoit ſuperbe , & il ne
ſe peut rien adjoûter à la magnificence
de fon Train. Ce nom de
Scaglia n'est pas un nom inconnu
pour nous , puis que Meſſire Philibert
Gherard Scaglia , Comte de
Verrüe , Bifayeul de celuydont je
vous parle, fut envoyé pour trai
ter le Mariage de Madame Chriſtine
de France avec Victor Amedée
Duc de Savoyé. Il eut l'avantage de
le conclure , & apres s'eſtre acquis
beaucoup de gloire par la prudence
Fuillet. D qu'il
74
MERCURE
qu'il fit paroiſtre dans tout le cours
de cette négotiation , il mourut à
Paris en 1619. Il eſtoit Chevalier
de l'Ordre de l'Annonciade , Conſeiller
d'Etat , & Grand- Maiſtre de
la Maiſon de Savoye.
Meſſire Auguſte Manfroy Scaglia
fon Fils , luy fuccedadans cette
Ambaſſade , & en ſoûtint l'honneur
avec grand éclat. Il eſtoitComte
de Verrüe , Marquis de Caluſe ,
Tronzan , Moſto , Bioglio , &c.
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade,
General de l'Infanterie , Confeiller
& Premier Miniſtre d'Etat de
S. A. R. Commandeur & Chevalier
Grand Croix de la Religion de S.
Maurice & Lazare , & Meſtre de
Camp General des Armées de France
en Italie.
Ce meſme Employ fut donnée à
Meſſire Alexander Scaglia ſon Frere.
Il eſtoit Conſeiller d'Etat , & Abbé
de Mandanices en Sicile , de Suze
, de Staffarde , & de Selva. Il
comGALANT.
75
commençadés l'âge de 22. ans à faire
l'Ambafſade de Rome , & futen
ſuite envoyé enFrance, en Angleterre
, & en Eſpagne.
Il me reſte encor à vous parler de
Meſſire Philibert Scaglia de Verrüe,
Fils du Comte Auguſte Manfroy ,
Abbé de Suze& de Selva , Miniſtre
& Confeiller d'Etat de S. A. R. de
Savoye. Ce fut luy qui dans le
temps de ſon Ambaſſade ménagea
les choſes avec une conduite admirable
, diſpoſa la Franceà la reftitution
preſque entiere de toutes les
Places que nous occupions dans le
Piémont depuis les Guerres Civiles
des Princes de cette Maiſon. Vous
voyez par là , Madame , que M
l'Abbé Scaglia qui vient de faire icy
ſon Entrée , eſt le cinquiéme de
cette Famille que nous ayons veu
paroiſtre avec le caractere d'Ambaſfadeur.
Il ne falloit pas fans-doute
un moins Illuſtre Succeſſeur que luy
à tantde Grands Hommes.
D2 J'ay
76 MERCURE
:
J'ay commencéà vous parler dans
ma Lettre du Mois de May d'une
Feſte qui ſe fait tous les ans à Montpellier
pour un Perroquet qui s'y
doit abatre à coups de Fléches. Je
vous en ay marqué les cerémonies ,
& je puis vous apprendre aujourd'huy
la ſuite que ce galant Combat
d'adreſſe a euë cette année. Je
ne ſçay ſi je vous ay dit que pour en
emporter le prix , il n'est pas neceffaire
de jetter le Perroquet tout entier
par terre. Il faut ſeulement en
faire tomber la derniere piece qui
reſte au bout de la perche, & celuy
qui en peut venirà bouteſt le Roy,
quoy qu'il n'ait pas fait tomber toutes
les autres . Ce fut par cette derniere
piece abatuë qu'un nouveau
Roy termina la Feſte il y a deux
mois . Apres qu'il eut reçeu les complimens
de ſes Amis & de toute la
Troupedes Archers , il donna à chaque
Officier des Echarpes garnies
d'uneDentelled'or & argent,&deux
auGALANT.
77-
autres pour les faire tirer au blanc.
Cela fait , tous les Archers l'accompagnerent
chez luy , & onremit au
Dimanche ſuivant les honneurs qui
luy estoientdeûs. Cependanton drefſa
un grand & fuperbe Arc de Triomphe
devant ſa Maiſon. Les admirables
effets de l'Amour , Dieu de
cette Feſte , y estoient repreſentez
aux quatre coins par autant d'Emblêmes
. D'un coſté on voyoit un
Amour frapant ſur deuxCoeurs qu'il
tâchoit de joindre. Ces paroles Italiennes
luy ſervoient d'ame , Co'l
tempo. De l'autreon voyoit ce mefme
Dieu frapant ſur un Fer tout
rouge qui ſortoit d'une Forge , avec
ces autres paroles , Se non arde , non
fi piega. Dans l'un des deux autres
coins eſtoit repreſenté unSoleil dardantſes
rayons fur un Miroir ardent
qui les reflechiſſoit fur un Tournefol
, avec ces mots Eſpagnols , Mие-
ro porque me miras ; & dans le dernier
on remarquoit un Cupidon dé
D3 CO78
MERCURE
cochantune Fléche contreun Coeur
élevé fur une perche. Ces paroles
eftoient au deſſous , Je t'auray toft
ou tard. Les Armes de France avec
un nombre infiny de grandes Fleurs
de Lys dorées , faifoient l'ornement
du haut de cet Arc. Enfin le jour
deftiné au Triomphe du nouveau
Roy eſtant venu , tous les Archers
ſe rendirent au Foffé. Les Dames
y furent régalées d'une magnifique
Collation dans une Chambre voûtée
qui eſt au bout , & apres qu'elles
ſe furent retirées , le nouveau
Roy fortit du Foffé , & s'alla promener
par toute la Ville au bruit
des Inſtrumens queje vous marquay
la derniere fois. Il eſtoit au milieu
du Capitaine& du Lieutenant , &
avoit à ſa ſuite le Roy de l'année
derniere. Le beau Sexe qui s'eſtoit
placé aux Feneftres pour le voir paffer
plus commodement , ne fut pas
moins fatisfait de ſa bonne mine ,
quedela richeſſe de ſon Habit. On
n'en
GALANT .
79
n'en avoit point encor veu ny de
plus magnifique ny de plus galant.
Il portoit une Toque de velours
noir bordée de Perles. Le Cordon
eſtoit de deux tours , auſſi de Perles
, mais fines & groſſes , entre lefquelles
ily avoit de tresbelles Emer
raudes d'eſpace en eſpace. Le revers
de la Toque estoit enrichy d'une
grande Rofe de Diamans , avec une
groffe Perle en poire; le tout ombragé
d'úne Aigrete blanche , & de
quantité de Plumes de mefmecouleur.
Il avoit ajoûtéà ces ornemens
une Chaîne d'or qui luy pendoit en
écharpe. Une Canne d'Inde garnie
d'une groffe Pomme d'argent doré ,
luy ſervoit d'appuy. Le Perroquet ,
comme le principal ornement du
Triomphe , estoit porté devant luy
fur une perche à la quelle on avoit
attaché l'Arc & la Fléche du Roy
qui l'avoit abatu. Les Archers fuivoient
dans le meſme ordre qui avoit
eſté obſervé au commencement
D 4
de
80 MERCURE
1
de la Feſte. Apres qu'ils ſe furent
ainſi promenez , ils ſe rendirent dans
la Salle de l'Hoſtel de Ville , où l'on
a accoûtumé de tenir les Etats de
la Province. On y avoit préparé un
magnifique Feſtin par les ordres du
nouveau Roy qui donna en ſuite le
Bal aux Dames . Les plus belles Perſonnes
de Montpellier en furent
priées. On danſa longtemps , & le
Bal eſtant finy , tout les Archers allerent
conduire leRoy dans ſa Maifon.
Le reste de la nuit ſe paſſa en
Serénades que les Archers Amans
eurent ſoin de donnerà leurs Maî--
treffes.
Je ne puis m'éloigner de Montpellier
ſans vous apprendre une choſe
auſſi ſinguliere que ſurprenante ;
qu'on a veuë à trois lieües de là ,
!
depuis quelques jours. Un Apoticaire
herborifantdans la Campagne ,
mit le pied fur des brouſſailles qui .
cachoient un Serpent des plus mon-
1
ſtrueux . Ce Serpent ſe ſentant bleffé
,
GALANT. 8г
ſe , ſe dreſſa tout furieux , fit pluſieurs
plis autour du Corps de l'Apoticaire;
le mit par terre , & le
tint tellement preffé , que c'eſtoit
fait de luy , fi des Bergers qui n'en
eſtoient pas fort loin, ne fuſſent accourus
à ſes cris. Ils tuerent le Serpent
, & délivrerent ce malheureux
qui en avoit reçeu pluſieurs bleffures.
Il eſtoit extraordinairement enflé
du venin qui s'eſtoit gliſſé par
toutes les parties de ſon Corps ; mais
deux ou trois priſes du Thériaque
qui ſe faità l'Univerſité de Montpellier
, le remirent dans ſon premier
état. On fendit le Serpent. II.
avoit trois oeufs dans ſon ventre ,
& ce qui vous ſurprendra c'eſt que
fur l'un de ces oeufs on a trouvé fix
mots monofyllabes , rangez en colomne
, parfaitement diftinguez les
uns des autres , & fi bien écrits ,
qu'un. Peintre auroit eu peine à les
mieux marquer. Ces mots font, on,
pa , re , ma , ne , pa: Vous ne dou-
D5 tez
82 MERCURE
!
!
tez pas qu'on ne travaille à l'envy à
les expliquer. Cet oeuf a eſté donné
à Mr le Cardinal de Bonzi , qui le
conferve comme une choſe fort curieuſe.
Les divers changemens qui arrivent
aux Vers à ſoye , ne ſeroient
pas regardez avec moins d'étonnement
, fi la choſe eſtoit plus rare
pour nous. Ils ont fourny le ſujet
des Vers qui fuivent , &je nedoute
point qu'ils ne foient de voſtre
gouft , par le juſte raport que vous
y trouverez entre les peines que foufre
unAmant , & le travail de ces induſtrieux
Inſectes. Ce galant Ouvrage
qui eſt tombé entre mes mains
à l'inſceu de ſon Autheur eft de M
de Templery. C'eſt un Gentilhomme
de la Ville d'Aix , qui paffe
pour un des plus honneſtes Hommes
de ſa Province. Je ne vous dis
rien de ſon Eſprit , vous en pouvez
juger par vous meſme.
STANGALAΝΤ
. 83
STANCES
A SYLVIE ,
SUR SES VERS A SOYE..
Lors que les derniers Vers , adorable Sylvie ,
Quejefisfurmes maux, ne vous toucherent pas,
Je juray de ne faire aucuns Vers de ma
vie ;
Mais les vostres-à-foye ont pour moy des appas
Qui m'en font revenir l'envie.
Ils ont avecque moy tant de conformité ,
Que je puis dire en verité ,
Qu'ils font de mon amour la vivante peinture..
On voit muer ces Animaux ,
Qui prennent de nouvelles peaux ' ;
Les cruels tourmens que j'endure ,
Par vousà tous momens changez en de nouveaux
,
Sont d'une ſemblable nature.
Comme ces petits Vers je grimpe dans les Boisa
Je me roule fur la verdure ,
Fe paſſe lejour quelquefois
Autour d'une brouffaille obfcure;
Et là pour faire un Vers entier ,
Comme eux je barboüille un papier
Sans pouvoir rencontrer ny rime ny mesure;.
Enfin moins que vos Versje prens de nourriture.
D6 Mais
84 MERCURE
Mais belas!fi pour moy vous ne voulez changer
Comme eux je perdray le manger.
Ils filent de la foye , & je file une vie
Plus digne mille fois de pitié que d'envie ,
Mon mal est tel , que je n'en puis guérir .
Comme ces Vers aiſlez je m'en vais diſparaiſtre;
Maissi la chaleur les fait naître ,
Vostre froideur me fait mourir.
Lors que l'on s'eſt ſoûmis aux fers d'une inhumaine
,
Ces petits Inſectes rampans,
Enseignent à tous les Amans ,
Qu'on ne doit point rompre sa chaine.
Si- toft qu'ils ont baſty leur plaisante maison ,
Ilsy paſſent leur trifte vie ,
Et m'apprennent par là, trop charmante
Sylvie ,
Qu'il faut mourir dans ma priſon .
Quoy que pour voir ma peine terminée ,
Reglant fur eux ma deſtinée ,
Dans le Tombeau je doive m'enfermer ,
A vos yeux ravy de paraiſtre ,
Je reviendrois pour vous aimer ,
Si comme eux je pouvois renaistre..
C'en est trop , prenez les plaifirs
Dont un heureux Hymen peut combler vos
defirs ,
Et n'attendez pas davantage.
Le
T T T
T T T
*
Pag. 85
T
Le Soleil , fur nos champs trop longtemps arreſté , Seche nos fleurs , met en cendre nos Plaines , Fait languir nos Ruiſſeaux , & ta-
-6 6 6 6 6
4
2
3 *
2
T
rir nos Fontai-
T T T 이 T
nes : Le So- nes : Mais malgré les feux de l'Eſté , Et ceux qu'Amour allume dans mon a- me , L'Hyver eſt dans le
43 6.43
6
5
43
b
T
T T

coeur de celle qui m'en- flame. L'Hyver eſt dans le coeur de celle qui m'en- flab
Fuillet.
43
b
65
4-3
e
A
me. me.
A

GALANT. 85
Le temps d'aimer paſſe toûjours ,
Et tandis que dans un jeune âge',
De vos Vers vous filez l'ouvrage ,
La Parque file vos beaux jours .
Autres Vers fur la rigueur d'une
Belle. Je vous les-envoye notez ,
afin que le plaifir de les lire puiſſe
eſtre ſuivy pour vous de celuy de
les chanter.
AIR NOUVEAU.
Le Soleil fur nos Champs trop longtemps
arrefté ,
Seche nos Fleurs , met en cendre nos Plaines ,
Fait languir nos Ruiſſeaux & tarir nos Fontaines
;
Mais malgré les feux de l'Eſtê ,
Et ceux qu'Amour allume dans mon ame ,
L'Hyver est dans le coeur de celle qui m'enflame.
Ilya environ fix ans qu'on établit .
une Manufacture de Canons de Fer
dans quelques Forges du Nivernois.
On choiſit pour cela celles qui ſont
les plus proches de la Ville de Nevers
& de la Riviere de Loire.. On
/
/
D7 en
86 MERCURE
en eſperoit peu de choſe , parce que
les Mines de cette Province ne s'eftant
trouvées que d'une bonté médiocre
, les Canons de fonte quien
fortoient , eſtoient incapables de foûtenir
les épreuves que les Commiffaires
du Roy demandent pour les
recevoir. Deux Etrangers , & un
François de la Province de Dauphiné,
ſe préſenterent ily a quelque temps.
Comme ils ſe vantoient de ſupléer
à ce qui pouvoit manquer à ces Mines
, ils ſe ſoûmirent à l'épreuve qui
en fut faiteavec beaucoup de rigueur
par M' le Commiſſaire du Clos.
Tous les Canons des Etrangers créverent
au premier coup , & ceux
duDauphinois furent ſeuls tirez trois
coupsde fuite fans eſtre endommagez .
Ils n'en furent pas quites pour cet
eſſay. M' du Clos qui ne pouvoit
croire ce qu'il voyoit , fit charger
pendant deuxautres jours les Canons
Dauphins avec le plus d'exactitude
qu'il luy fut poſſible; mais il les
trouGALANT.
87
7
trouva inébranlables , juſque- là que
les ayant fait tirer le troifiéme jour
vingt coups de fuite chacun ſans aucun
rafraîchiſſement (ce qui eft comme
incroyable ſi la choſe n'eſtoitpublique)
ils ſoufrirent cet effort comme
les autres : apres quoy il fut obligé
de dire qu'il n'y avoit point de
meilleurs Canons ;& ce qui confirme
entierement la bonté de ce Secret ,
eft que cesCanons &quelques autres
où la meſme poudre a eſté employée
juſqu'au nombrede vingt-un , ayant
eſté conduits à Breſt pour ſervir aux
Embarquemens , & les Capitaines
des Vaiſſeaux les ayant éprouvez ,
comme s'ils ne l'avoient point eſté ,
ils les ont tous reçeus , apres avoir
fait créver par les meſmes épreuves
la plupart des autres Canons faits
auparavant dans le Nivernois , &
qui ayant ſoûtenu les épreuves de
Mª du Clos , en avoient eſté ſi fort
ébranlez , qu'ils ne pouvoient plus
reſiſter à ces ſecondes, Ce brave
Dau
88 MERCURE
Dauphinois s'appelle M' le Prieur
Froment. C'eſt une Perſonne de
mérite , & qui reſte ſeulde cinq Freres
, qui font glorieuſement morts
au ſervice de Sa Majesté , où ils ſe
font tous ſignalez. Celuy-cy meſme,
ayant embraffé comme eux la profefſion
des Armes , ne s'en eſt retiré
qu'apres des bleſſures conſidérables .
On dit que d'autres Perſonnes d'efprit
& de qualité viennent dans la
meſme Province pour faire valoir
cette Manufacture de Canons le plus
qu'il fera poffible , & qu'un Gentilhomme
de leur Compagnie affure
qu'il a le Secret d'une Poudre tresexquiſe
pour la purification des Mines
de Fer..
Ily a longtemps que je vous arrefte
dans les Forges. Vous vous accommoderiez
mieux ſans -doute
d'une promenade aux Tuileries .
C'eſt un lieu de rencontres agreables,
s'il ne l'eſt pas toûjours d'Avantures
concertées. Une Dame tres- confi
déraGALANT.
89
dérable par fon rang, mais beaucoup
plus par le mérite de fa Perſonne ,
s'y promenoit ces derniersjours avec
une feule Demoiselle qui estoit à elle,
& déja avancée en âge. Son Habit
negligé , quoy que propre , ne marquoit
rien d'extraordinaire dans ſa
qualité ; mais fa beauté, ſa jeuneſſe,
l'agrément de ſa taille , & un jeneſçay-
quel air fin &fpirituel qui paſſe
encor les charmes de ſa beauté , eftoient
bien capables de la faire diftinguer
parmy toutes celles de fon Sexe.
Elle avoit quité les grandes Allées
où elle auroit eu à rendre trop de
faluts , & en avoit choiſy une écartée
pour y prendre l'air en folitude. Sa
Demoiselle qu'elle avoit priſe ſous
le bras , luy aidoit àmarcher ; & foit
que l'inégalité de l'âge en deux Perſonnes
, dont l'une ne marquoit pas
le reſpect qu'elle devoit à l'autre en
ſe promenant de cette forte , puſt
donner lieu à des penſées teméraires ,
foit que cette retraite euſt l'aparence
d'un
90 MERCURE
d'un rendez vous , deux jeunes Abbez
qui les virent entrer dans cette
Allée, les obſerverent quelque temps,
& fe hazarderent enfin à les aborder .
Ils avoient beaucoup d'eſprit , &de
cet eſprit qui ne s'acquiert qu'en
voyant les Femmes ; mais apparemment
ils n'avoient pas une fort grande
connoiſſance de la Cour , puis
que la Dame qui les attira fut pour
eux une Dame tres-inconnue . Quoy
que leur compliment fuſt fort civil,
elle s'apperçeut bien à cette liberté
d'entrer ainſi de plein pied en converſation
avec elle , qu'ils ne ſçavoient
pas à qui ils parloient ; &
comme elle estoit venue au Tuileries
pour ſe divertir , elle réſolut de
n'en pas laiſſer échaper l'occaſion. Il
ne luy fut pas difficile de ſoûtenir
l'entretien. Elle a l'eſprit vif & enjoüé
, & tourne les choſes d'une
maniere ſi aifée & fi délicate , qu'il
luy ſuffiroit de cet avantage pour
meriter l'admiration qu'elle s'attire.
Ju
GALANT.
91
Jugez de l'impreſſion qu'elle fit fur
les Abbez , en leur faiſant connoiſtre
que ſa jeuneſſe & fa beauté n'eftoient
pas ſes plus grands charmes.
L'envie de ſçavoir qui elle eſtoit ,
leur fit faire quelques demandes ,
auſquelles elle feignit de ſatisfaire ,
en leur diſant que ſon Mary l'avoit
amenée àParis pour folliciter unProcés
qui luy estoit d'importance , dans
la penſée que les Femmes ſe faifoient
toûjours plus favorablement écouter
des Juges ; qu'il l'avoit laiſſéeenAubérge,
& qu'elle venoit quelquefois
reſpirer l'air des Tuileries pour ſe
délaſſer de la chicane. Les Abbez
ne manquerent pas à ſe récrier fur
le péril de ſes Parties contre une pareille
Solliciteuſe. Grandes offres de
luy donner tout le Parlement , &
- meſme des Amis en Cour , où ils
ne doutoient point qu'elle n'effaçaſt
les plus belles , fielley vouloitrecevoir
des connoiſſances. La Dame ne
refuſa rien , & leur dit en riantque
fa
92 MERCURE
:
ſa Suivante leur aprendroit dans
quelle Auberge ils pouvoient la venir
chercher , parce qu'elle n'en avoit
encor pù retenir le nom. Cette permiffion
de la voir leur fit propoſer
des Parties de Jeu , d'Opéra , & de
Promenade , avec aſſurance qu'ils
regarderoient'l'avantage de pouvoir
contribuerà la divertir , comme un
des plus grands que leur bonne fortune
leur puſt procurer. La réponſe
de la Dame fut que fon Procés eſtoit
la ſeule choſe qu'elle euſt en teſte ,
& qu'apres qu'on l'auroitjugé , elle
ne ſeroit pas ennemie des plaiſirs .
La converſation dura plus d'une
heure , avec beaucoupd'efprit de part
& d'autre , & il fut enfin queſtion
de ſe ſéparer. Comme on ne peut
eſtre plus civil que le font ordinairement
les Abbez , ceux-cy voulurent
donner la maiinn à la Dame.
Elle s'en défendit ſur ceque n'ayant
point d'équipage , elle estoit bienaiſe
de s'épargner la confuſion qu'elle
GALAN TO
93
le auroit , s'ils eſtoient témoins de
ſa voiture. L'un d'eux s'ofrit auffitoſt
à la remener dans ſon Carroffe,
&la conjura de s'en ſervir pourtoutes
fes Sollicitations. Il fut remercié
de ſes ofres . La Dame les pria encor
quelque temps de la laiffer aller
ſeule, mais ce fut d'une maniere
qui les engageoit à n'en rien faire ,
&enfin feignant deſe réfoudre àrougir
deſa voiture , puis qu'ils le vouloient
, elle accepta la main que le
plus empreſſé luypréſentoit. Apeine
eutelle paru ſur la Porte des Tuileries
, que quatre grands Laquais.coururent
faire avancer un Carroffe fort
magnifique. Un Page luy vint prendre
la quevë , & les Livrées & les
Armes du Carroffe ayant fait connoiſtre
aux Abbez que la fauſſe Plaideuſe
eſtoit une Perſonne du plus
haut rang , ils demeurerentdans une
ſurpriſe qui ne leur permit point de
parler. La Dame les regarda , ſe mit
arire , & montant dans ſon Carroffe
apres
94
MERCURE
apres leur avoir rendu graces de toutes
leurs honneſtetez , elle leur cria
qu'elle auroit ſoin de leur envoyer
des Placets , afin qu'ils appuyaſſent
la juſtice de ſa Cauſe aupres de ſes
Juges.
M'de Saliere , de l'ancienne Maiſon
de Chaſtelard en Dauphiné ,
a eſté reçeu Colonel du Regiment
de Soiffons-Saliere , ſur la démiffion
de M fon Pere , qui eſt un des plus
vieux Officiers du Royaume, ayant
ſervy pres de cinquante ans ſans interruption.
Il eſtoit au Siege de la
Rochelle en 1622. & a efté Capitaine
dans les Regimens de Cavalerie
d'Alés , de Baltafar , & de Noailles.
En 1658. il commanda dans le
Mantoüan , ſous le Ducde Modene,
une Brigadede deux mille Hommes,
compris fon Regiment d'Infanterie,
incorporé en 1659. dans celuy de
Carignan qui marche apres les Petits
Vieux fur piedEtranger. Ce meſme
Regiment eſt aujourd'huy à Monfieur
GALANT.
95
1
ſieur le Comte de Soiffons , & s'appelle
Soiffons-Saliere. En 1666. il
■ alla par ordre du Roy en Canada ,
où il commanda ſon Regiment& les
autres Troupes de Sa Majeſté ſous
Mª de Tracy . Ily fit baſtir le Fort
- de Sainte Théreſe ſur le Fleuve S.
■ Laurens. Il a eſtédepuisGouverneur
= de Maſeik; & la penſion de deux
- mille écus dont il eſt gratifié par le
Roy , eſt une preuve affez forte de
= ſes ſervices. M. de Saliere fon Fils
l'accompagna dans ce Voyage de
a Canada. Il n'avoit encor que feize
- ans , & apres en avoiremployédeux
e àfon retour à faire ſes Exercices , il
entra Volontaire dans les Gardes du
Corps ſous M' le Duc de Noailles.
Un peu apres , Sa Majesté luy donna
l'Enſeigne de la belle Compa-
* gnie qu'elle mit en ce temps-là fur
pied, des Gardes Royales de laMarine
, compoſée de deux cens Gentilhommes
, pour ſervir ſur l'une &
fur l'autre Mer fous M² de Caide.
-
Cet-
1
96
MERCURE
Cette Compagnie ayant eſté caffée ,
il fut Lieutenant d'un Vaiſſeau , &
ſervit én ſuite dans la premiere Compagnie
des Mouſquetaires. Enfin en
1676. il ſe trouva en qualité d'Ingénieur
fous M de Vauban , aux
Sieges d'Aire & du Fort de Link ;
en 1677. aux Sieges de Valenciennes
, de Cambray , & de S. Guilain;
& en 1678. aux Sieges de Gand &
d'Ypres . Il a donné des marques de
ſa conduite & de fon courage par
tout , & les bleſſures qu'il a reçeuës
dans tous ces Sieges en rendent un
glorieux témoignage pour luy. Il
s'eſt diſtingué ſur tout devant Ypres,
où il traçale Logement de la Droite,
& rétablit le deſordre de la Gauche.
M" de Tilladet & de Jauvelle qui
le connurent , en parlerent à M' de
Vauban avec éloges , & en firent en
ſuite un raport tresavantageux à Sa
Majesté & à M' le Marquis de Louvois.
Ce Miniſtre eſt fort content
de luy , ainſi que de pluſieurs Travaux
GALANT.
97
vaux qu'il luy a fait faire à Condé-
Il eſt Chevalier de S. Lazare , &
un des Gentilshommes de France le
mieux fait , & le plus en eſtime pour
- ſa bravoure , ſon honneſteté , &fon
adreffe. Il abeaucoup d'eſprit , écrit
- fort juſte , &juge finement des cho-
- ſes . Le lieu de ſa naiſſance eſt Milhau
, Capitale du Haut Roüergue.
- Cette Ville , quoy que petite , a
l'avantage d'avoir fourny au Roy
= ſeize Officiers qui font actuellement
dans le ſervice , & dont ily en a fix
Ingénieurs.
Il eſt difficileque vous n'ayez entendu
parler de M' Bigot de S. Pier-
- re, ſi eſtimé pour fon obligeante
- maniere de faire les choſes. Madame
la Princeſſe d'Epinoy l'alla voir
dernierement dans ſa belle Maiſon
de Pincourt , toute agreable par la
régularité de ſes Jardins. Elley rencontra
pluſieurs Perſonnes de qualité
quiy reſterent à ſouper comme elle .
M' Bigot donna ſes ordres pour ce
Fuillet.
E Re98
MERCURE
Repas , qui fut ſervy dans unegrande
Salle bien éclairée , avec une délicateffe
& une propreté dignes de
luy. Apeine commençoit- on àmanger
, qu'on entendit dansun Sallon
à coſté , une Symphonie de Violons
, de Hautbois , & de Fluftes
douces , qui joüerent pendant tout
le Repas. On defcendit en ſuite au
Jardin pour s'y promener ; & fi on
avoit eſté ſurpris du commencement
de cette Feſte , on ne le fut pas
moins de voir ce Jardin eclairé d'un
grand nombre de lumieres miſes à
toutes les croiſées de la Maiſon ; ce
qui faiſoit une tres-agreable illumination
dans tout le Parterre. Apres
quelques tours d'Allée , on s'aſſit fur
des Gradins de gazon. Ony cauſa, on
yrit. Quelques Perſonnesde laCompagnie
danſerent , & une partie de
lanuit ſe paſſa de cette forte , pendant
que les Inſtrumensjoüoient par
repriſes.
S'ils n'eſtoient employez dans cette
GALANT .
99
te belle Maiſon que pour la joye ,
on s'en doit ſervir avant qu'il ſoit
peu pour marquer le ſenſible déplaifir
qu'on a de la mortde Mademoiſelle
de Maiſons. Vous le verrez par
les Vers que je vous envoye. C'eſt
uhe eſpece de petit Opéra lugubre
qui ſe prépare. L'Autheur qui neſe
fait connoiſtre que ſous le nom du
Solitaire de Pontoiſe , l'intitule ,
MONUMENT
D'AMARANTE.
Le Theatre represente le Chasteau de Maiſons
-en éloignement , & un superbe Tombeau
fur le bord de la Seine.
SIMPHONIE TRISTE.
DIALOGUE DE L'AMOUR
&de la Nymphe de la Seine.
L'AMOUR pleurant ſur le Tombeau
d'Amarante.
Amarante n'est plus , & la Parque cruelle ,
Sans respecterſon rang , sonâge , &ses appas,
E2 Avou100
MERCURE
:
A voulu l'immoler.
LA NYMPHE.
Helas!
Amarante n'est plus . O funeste nouvelle !
L'AMOUR.
En vain jay prétendu préſerver cette Belle
De l'extréme rigueur d'un injuste trépas ,
Amarante n'est plus ; & la Parque cruelle ,
Sans respecter fon rang , son age , &ſes appas,
A voulu l'immoler.
LA NYMPHE & L'AMOUR
enſemble.
Helas!
Amarante n'est plus , & la Parque cruelle ,
Sans respecter ſon rang , sonâge, &ses appas,
L'a foûmiſe aux rigueurs d'un injuste tripas.
LA NYMPHE.
Quand la Belle venoit refuer sur mon rivage
,
Mille petits Amours laſuivoientpas à pas ;
L'un ſe jettoit dans l'eau ; l'autreà force de
bras
Traverſoit le Fleuveà la nage.
L'un luy donnoit des fruits , l'autre apportoit
des fleurs ,
Tout cela charmoit Amarante.
Ces plaisir font paſſez, cette Nymphe obligeante
Ne demande plus que des pleurs.
2. SIMGALANT.
101
L
2. SIMPHONIE PLUS TRISTE.
Mercure deſcend du Ciel , & s'eſtant
placé entre l'Amour & la Nymphe
dela Seine, aupresdu Tombeau d'Amarante
, il leur dit.
Ceſſez , ceffez vos pleurs , voſtre chere Amarante
Partage les plaiſers des Dieux.
Ah! fi dans ce Tombeau fon Corps frape vos
yeux ,
Son ame dans le Ciel vit benreuſe&contente.
Fay placé cette Belle au rang des Immortels ,
Et viens graver fon nom au Temple de Memoire
,
Nymphe, travaillez àſa gloire ,
Amour , dreſſez luy des Autels.
L'AMOUR & LA NYMPHE.
Rendonsà fon merite un éclatant hommage .
Faiſons qu'en cent Climats divers ,
La Renonmée inſtruite par nos Vers.
Parle d'elle avec avantage.
LA NYMPHE.
Que mon Rivage & les Echos .
Pour charmer mes ennuis , & soulager mes
таих ,
:
Répetent tour à tour le beau nom d'Amarante.
L'AMOUR..
Qu'Amarante en depit de la rigueurdu Sort .
E 3 Trou102
MERCURE
Trouve dans le ſein de la Mort
La gloire la plus éclatante.
L'AMOUR, LA NYMPHE, &
MERCURE enſemble.
Qu'Amarante en depit de la regueur de Sort,
Trouve dans le ſein de la Mort
La gloire la plus éclante.
3. SYMPHONIE.
Je croy, Madame , que vous n'avez
pas oblié ce que je vous dis dans
ma Lettre du Mois de Mars , d'une
dixiéme Muſe qui ſe trouve au
Parnaſſe de Sainte Geneviefve. Il ne
me ſuffit pas de vous avoir fait connoiſtre
cette admirable Perſonne par
elle-meſme , il faut que vous laconnoiſſiez
encor par un Fils qu'elle a ,
& qu'on peut nommer un prodige
d'invention & d'eſprit. Il a fait une
Montre qui paſſeroit pour un miracle
de l'Art , ſi c'eſtoit par les regles
de l'Art qu'il l'euſt faite , mais
il n'a jamais appris les Mathématiques
, & il eſt venuà bout de ce
merveilleux Ouvrage par les ſeules
lu
GALANT.
103
lumieres que luy a preſtées la Nature.
Cette Montre eſt ſinguliere en
ce qu'elle va unan entier ſans qu'on
ſoit obligé de la remonter , qui ſemble
eſtre un acheminementà trouver
le mouvement perpétuel. Son
Cadran eft de figure ovale. Ainfi
l'Aiguille s'allonge & ſe racourcit à
meſure qu'elle paſſe aux endroits les
plus éloignez ou les plus proches de
l'ovale en marquant les heures . Il
n'y a que ce ſeul Cadran de cette fabrique
dans toute l'Europe. Les
Mois de l'Année , les Jours de la
Semaine , les Signes du Zodiaque ,
les Solſtices , les Equinoxes , & les
Quartiers de la Lune , s'y découvrent
par des Globes ; & quoy que
les machines qui font joüer tous ces
reſſorts qui ſe remontent d'eux- mefmes
, foient en fort grand nombre ,
un pied en quarré renferme le tout.
Ce qui s'appelle le Bufet dans cette
Montre , eſt enrichy de divers ornemens
de ſculpture , peinture , é-
E 4 mail
104 MERCURE
mail & graveure ; de roües , de baluftres
de cuivre & d'acier , de poulies&
d'autres pieces de tour , forgées&
travaillées par la ſeule main
de l'Autheur , qui auroit pû employer
huit differens Artiſans , pour la
ſtructure de cet Ouvrage. Il le fait
voir ſans façon aux Curieux , qui
le regardent avec autant d'admiration
que de ſurpriſe.
L'aimable Blonde dont vous me
demandez des nouvelles , demeure
toûjours dans ſa fierté ordinaire. Elle
n'eſt ſenſible qu'aux carreſſes de
fon Perroquet , & c'eſt ce quia donné
lieu à ces Vers. Ils font d'un
Homme qui ne manque point d'accés
au Parnaſſe. Vous le connoiſtrez
en les lifant.
REQUESTE
A L'AMOUR .
Amour , dont les faveurs font toûjours furprenantes
,
Et qui rends mille Amans heureux ;
O toy qui te mets quand tu veux
Sous
GALANT.
105
Sous mille formes diferentes ,
Exauce ma priere , & seconde mes voeux.
Du Perroquet d'Iris emprunte la figure ,
Deviens le Perroquet d'Iris ,
Pour estre de ſes Favoris ;
Tu ne le peux , Amour , qu'en changeant de
figure.
Lors que tu feras Perroquet ,
Elle t'écoutera peut estre ,
Et quand tu luy feras connoistre
Dans ton ingénieux caquet ,
Les doux plaiſirs que tu fais naiſtre ,
Ton jargon dans ſon coeur produira quelque
effet.
Tu luy diras que la tendreſſe
Doit toûjours ſuivre la beauté ,
Et qu'il n'est point de liberté
Qui vaille prix pour prix l'amoureuse foibleffe.
Sur tout dépeins luy la fierté
Comme un Monstre qui perdlariante Feuneſſe,
Toſt ou tard il faut faire un choix.
Que luy sert- il d'estre cruelle ?
C'est ce que tu ne peux luy dire trop defois ,
Quand tu te verras aupres d'elle.
D'un amour Perroquet elle aimera la voix.
Cependant , fi tu peux adoucir cette Belle,
Entre tous les Bergers qui viventſousſes loix ,
Souviens-toy que je suis , Amour, le plus
fidelle.
E5 Quoy
106 MERCURE
Quoy que les termes de Paix où
nous ſommes avec les Hollandois &
les Eſpagnols , ayent empefché le
Roy de continuer ſes Conqueſtes
dans les Païs-Bas , je nelaifferay pas
de vous dire deux mots de Guerre ;
mais quand je vous ferois un auſſi
grand détail de ce qui ſe paſſa dernierement
devant Mons , que j'ay
accouſtumé de vous le donner des
Actions extraordinaires, vous n'apprendriez
rien autre choſe ſi nonque
la Garniſon de cette Place eſtant
toûjours fort refferrée , & manquant
de tout , elle voulut tenter un effort
pour favorifer l'entréed'unConvoy.
On fit fortir pour ce deſſeinjuſqu'à
deux mille Hommes qui furent rencontrez
par M'le Comte de Montal
& par M' le Baron de Quincy , tous
deux Lieutenans Generaux. Ils n'avoient
que cinq cens Hommes , &
cependant ils poufferent les Ennemis
juſque dans Mons. L'Action eſt
éclatante , mais je n'y voy rien qui
ne
GALANT . 107
1.
ne ſoit fort ordinaire aux François.
Un Soldat Ennemy dit pour juftifier
ſes Compagnons , que des Corps
ſans teſte manquoient toûjours de
vigueur , & qu'il eſtoit inutile qu'on
; euſt fait fortir beaucoup de Soldats,
puis qu'ils n'avoient point de Chefs .
Parmy ceux quiſe ſont ſignalez dans
ce rencontre , je ne vous parleray
ny de M de Montal , ny de M' de
Quincy. Les Commandans ont toûjours
double part dans les Actions
heureuſes , puis qu'outre celle que
leur bras leur donne , ils font l'ame
qui fait mouvoir tout le corps , &
que ſans leur conduite & leur prudence
, il feroit ſouvent difficile de
reüffir , ſur tout quand on a beaucoup
moins de forces que les Ennemis.
M le Comte de Longueval
qui commande les Dragons Dauphins
, Mª de Chevilly qui en eſt
Lieutenant Colonel , & M'de Roux
Ayde Major , ont fait des merveilles
; le premier a eſté bleffé , & le
A
E6 der108
MERCURE
dernier a eu la jambe emportée. 11
ſuffit de dire que ce ſont les trois
premiers Officiers des Dragons Dauphins
, pour empeſcher que les loüanges
qu'on leurdonnera ne foient fufpectes.
Ils ont fait des choſes ſi ſurprenantes
par tout où ils ont eſté ,
&particulierement à la priſe du Fort
des Vaches devant S. Omer , qui
fut une Action incroyable , qu'on
n'aura pas de peine à eſtre perfuadé
de leur bravoure dans l'Occaſion
dont je vous parle. M'de Pinſonnel
quicommandoit les Dragons de Sainfandoux
s'y eſt auſſi diſtingué. M
Hennequin Colonel de Cavalerie ,
& M de Paillerez Cornette dans
Rouſſilion , y ont eſté tuez en ſe
ſignalant. M'Fontet Colonel de Cavalerie
, & M'le Chevalier de
Montmas Capitaine dans les Dragons
Dauphins , en ont eſté quites pour
quelques bleſſures. Mr Greder Colonel
Suiffe y a eu ſon Cheval tué
ſous luy d'un coup de Canon. M
DesGALANT.
109
Desbonnets pourſuivit les Ennemis
avec tant de chaleur , qu'il ſe méla
parmy eux. Il fut ſecondédeMrs
de Villeneuve & de Meronde Aydes
de Camp des deux Commandansqui
en tuerentpluſieurs. Les Capitaines
qui ſe ſont le plus fignalez , dans
cette eſcarmouche , ſont Mr de
Greze , Delpas , & S. Serié. Mais
il ſuffit de vous avoir marqué de
combien les Forces des Ennemis
eſtoient ſuperieures aux noſtres ,
pour vous faire concevoir qu'on n'a
pû fongera faire ferme devant eux ,
fans avoir cette inébranlable intrepidité
qui ne ſe rencontre queparmy
les François.
Elle ne s'y rencontre pas moins
fur Mer que fur Terre . M' Dauzé
Capitaine de Frégate du Roy , &
Garde- Coſte dans les Mers de Bretagne
, ayant eſté attaqué ily aquelque
temps par deux Armateurs de
Fleſſingue à deux lieuës du Port
Loüis , il les reçeut avec toute la
E7
vi110
MERCURE
vigueur poſſible , il effuya touteleur
Artillerie& le feu du Mouſquet. Il
eft vray qu'on eut le malheur de le
voir emporté du ſecond coup de
Canon que les Frégates des Ennemis
tirerent, mais ils ne profiterent pas
de cette perte. Mr de la More-Michel
Lieutenant du Vaiſſeau du Roy,
fit tenir au Vent ſur eux , & fe
batit pendant deux heures avec une
ardeur qui ne ſe peut concevoir. Sa
conduite fut admirée. S'eſtant aperçeu
que les deux Frégates avoient
deſſein de le prendre de poupe en
prouë , il fit mettre une Piece de
Canon dans fa Chambre ſur le derriere
de fon Baſtiment , & laMoufqueterie&
le Canon ainſi placé , incommoderent
fi fort l'Armateur qui
le venoit aborder par ſon derriere ,
qu'il fut obligé de ſe mettre au large,
& de renoncer à l'eſperance de
l'enlever. Les Frégates revinrent à
bord du Vaiſſeau François , & il ne
ſe fut pas plûtoſt mis en devoir de
fe
GALANT. III
ſe défendre malgré ſes Mats fracaffez
& ſes Voiles percées & déchirées ,
qu'il vit difparoiſtre les deux Armateurs.
On a ſçeu qu'ils avoient eu
plus de dix ou douze de leursGens
mis hors de combat , & en danger
de mourir de leurs bleſſures. M' de
la Mote- Michel ne fit pas moins
voir de bravoure dans tout le cours
de cette Action , que d'experience
en ce qui regarde la Marine. La
Cour a eſté fort fatisfaite de luy. La
perte qu'ona faite en la perſonnede
M' Dauzé eft confiderable. Il avoit
acquis beaucoupde reputation,& s'eſtoit
rendu redoutable par plus de dix
ou douze Capres qu'il avoit pris &
menez à Breſt en moins de huit mois.
Mr le Marquis de la Trouſſe Gouverneur
d'Ypres , accommpagné de
M' de Vauban , Directeur & Commiſſaire
des Fortification de France,
& de M' le Boiſtel de Chaſtignonville
, Intendant de Dunkerque &
d'Ypres , & Pere de M'le Beaſtel ,
l'un
112 MERCURE
l'un des premiers Commis de Mr le
Marquis de Louvois , alla dernierement
viſiter le Fort de la Quenoque
qu'on baſtit à la fourche du Canal
de Dixmude à Furnes , & de celuy
d'Ypres à ces deux Places. Comme
ils ſe mirent dans une Barque pour
obſerver la ſituation du Païs , il s'y
fit une petite Feſte que M'le Duc
d'Elbeuf honora de ſa prefence.
Cette Barque s'avançoit au ſon d'une
bande de Violons qui faisoient un
tres- agreable accord avec les Hautbois
, Fluſtes douces , & Muſetes de
Mª de Barbezieres Colonel des Dragons.
Ils furent reçeus au bruit du
Canon de la Place , & de celuy des
Galiotes de M Martin , par M' du
Hamel Gouverneur du Fort , ſuivy
des Officiers de fa Garnifon. Apres
qu'ils eurent viſité les Travaux faits
&à faire , dont laconduite eſt entre
les mains de M' de la Halle fameux
Ingénieur , ils rentrerent dans leur
Barque où ils ſe mirent à table ,
n'y
GALANT . 113
n'y ayant point encor de lieu dans
le Fort affez propre pour les faire
joüir commodement de la grande
chere qui leur fut faite. Elle fut afſaiſonnée
de tout ce qui peut augmenter
la joye , & le bruit en fut
porté juſqu'à Nieuport & Dixmude
par cinquante volées de Canon.
Cettederniere Place n'en est éloignée
que d'une lieuë.
Il s'eſt donné une autre Feſte aux
environs de Paris , dont je ne vous
puis apprendre les particularitez ,
parce qu'elles ne ſont pas venuës à
ma connoiffance ; mais ſi voſtre curioſité
n'eſt point fatisfaite de ce coſté-
là , je croy que vous vous en
conſolerez aiſément , par l'agreable
& ſpirituelle nouveauté à laquelle
cette Feſte a donné lieu , & que -
vous trouverez dans cette Lettre.
A MADAME D. L. S.
IL neſuffit pas , Madame , de vous
rendre compte de mes actions durant
vostre
114. MERCURE
voſtre abſence , ilfautque je vous aprenne
jusqu'à mes Songes. F'en eus un il y a
quelques jours aſſez particulier , & où
je croy que vous avez grande part. Un
de mes Amis m'avoit prié d'une Feste
qu'il donnoit à trois ou quatre belles Dames
dans une des plus agreables Mai-
Sons qui foit autour de Paris. Je ne
vous diray rien de la galanterie de mon
Amy. Tout le monde fut extrémement
Satisfait de luy. On eut tous les plaiſirs
qu'on pouvoit ſouhaiter dans un lieu ou
l'on ne manque de rien. Maisil ne s'agit
pas de vous faire une Relation de
cette petite Feste. F'aurois peut-estre bien
de la peine à m'en acquiter. Quoy que
je fuſſe de tout , je ne vis presque rien.
De voſtre aimable & chere idée
Mon ame toûjours poſſedée ,
Parmy les plaiſirs les plus doux ,
Ne vit & n'entretint que vous.
La Compagnie ne fut pas plûtoſt arrivée
dans le lieu où elle estoit attenduë ,
qu'il me prit envie de voir le Fardin .
Je remarquay au bout d'une grande
Allée
GALANT. 115
Allée de Charmes qui regne le long d'un
beau Parterre , une eſpece de Labirinthe.
F'y allay. La beauté & la fraicheur
du Lieu où je pense qu'on n'ajamais
veu le Soleil , m'obligerent de m'y
affeoir. Il y avoit de petits Lits de gazon
les plus commodes du monde. Je nefus
pas plutoſtſur un de ces Lits ;
Qu'une amoureuſe reſverie
Rempliſſant mon Eſprit des plaifirs
innocens
Qui faifoient autrefois le bonheur de
ma vie ,
Me ravit l'ufage des ſens.
Mon corps toutà coup immobile ,
Et mes yeux ſur la terre attachez ſans
la voir ,
Faifoient affez juger qu'au dedans peu
tranquille ,
Mon coeur fur fes tranſports n'avoit
plus de pouvoir .
Un sommeil fort inquietfucceda à cette
profonde refverie , & un Songe miſterieux
occupa mon eſprit tandis queje
dormois.
1
Je vis ce jeune Enfant que je tiens à
mes gages ,
Et
116 MERCURE
Et qui , tant que pour vous je n'ay
point foûpiré ,
Me fervoit de Guide aſſuré
En cent lieux differens où j'offrois mes
hommages .
Cet Enfant est un de ces petits Amours
que le Dieu Cupidon envoye auprés
de ces Hommes tendres , qui femblent
n'estre faits que pour aimer , qui
fontprofeſſion den'estre jamais fans quelque
affaire amoureuse , &qui facrifient
toutes choses à l'Amour. Ce Dieu pour
reconnoiſtre leur attachement à ſon fervice,
leur donne un Amour de fa fuite
qui a ſoin de conduire toutes leurs intrigues
, en euſſent-ils quatre tout à la fois.
Ily a déja quelque temps que celuy dont
je viens de vous parler eſt á mon fervice.
Fe fuis fort content de luy , &
je croy qu'il ne ſe plaint point de moy.
Si mille petits ſoins me témoignent
fon zele ,
Mille feux dans mon coeur allumez
tour à tour
N'ontquetrop fait voir qu'à l'Amour
Je n'ay jamais eſté rebelle.
1
I1
ALANT . 117
Il me vient voir ſouvent ; nous nous
parlons tous deux ,
Mais c'eſt toûjours avec miſtere.
Il dit qu'aux deſſeins amoureux ,
Trop d'éclat eft contraire.
Il ne ſe montre auſſi qu'à moy ſeul&
la nuit ,
Ou bien quand dans un Bois loin du
monde& du bruit ,
Le ſommeil a mes yeux dérobant la
lumiere
M'obligeà fermer la paupiere.
Alors paroiffant fans effroy ,
11 parle & s'explique avec moy.
Ne vous étonnez point , Madame ,
des fréquentes apparitions de cet Amour.
Il n'est pas nouveau que les Hommes
trouvent moyen de faire connoiſſance avec
les Dieux. Ilne faut pour cela qu'avoir
quelque habitude au Parnafle , on
noue commerce avec enx en moins de rien.
:
(
Les Divinitez des Fables .
S'aprivoiſent aifément ;
Mais quoy qu'elles ſoient traitables,
On ne les voit qu'en dormant.
Je ne vous sçaurois dire bien précisement
les discours que me tint mon petit
Con118
MERCURE
i
Confident , pendant quej'eſtoisſur le gazon.
Je mesouviens ſeulement queje me
mis en colere contre luy , &queje legronday
fort. C'est un petit libertin , il a
toûjours aimé le changement , & comme
j'approuvois ſon libertinage avant
que je vous euſſe donné mon coeur ; il
S'imagina peut- estre que j'estois toûjours
dans les mesmes sentimens , & crût que
le meilleur conſeilqu'il mepût offrir dans
l'accablement où il me voyoit pour l'amour
de vous , estoit d'eßayerà meguerir
de ma paſſion , & detacher àvous
oublier en m'attachant à quelque autre
Belle. C'est afſurément ce qui m'irritafi
fort , mais je n'ay de tout cela qu'une
idée fort confuse. Ce que je ſçay bien
certainement , c'est que ,
Le pauvre Enfant honteux & dans
l'effroy
D'eſtre banny d'aupres de moy ,
Par un torrent de larmes
Me faifoit , voir ſa peine & ſes allarmes;
Lors qu'uneDamequeje pris pour vous,
vint s'aßeoir entre luy & moy. Elle
estoit
GALANT . 119
estoit d'une taille médiocre , mais aisée&
tout à fait proportionnée. Elle avoit des
cheveux d'un blond cendré le plus beau
qu'on se puiſſe imaginer ; les yeux bleus ,
doux , fins , &brillans , quoy qu'ils ne
fuſſent pas des plus grands; le tour du
viſage ovale ; le teint vif& uny , la
peau d'une blancheur à éblouir ; les plus
belles mains & la plus belle gorge du
monde ; joignez à cela un certain air
touchant de douceur &d'enjoüement répandu
sur toute sa Personne. Je remarquay
mesme dans ce qu'elle dit &
dans tout ce qu'elle fit, ce tour aisé ,
ce caractere d'espritſans embarras , cette
humeur bonne &honneste , & ces
manieres obligeantes qui ſontſi fort de
vous , qu'il seroit difficile aux antres de
les imiter. Enfin tout autre que moy ,
moins remply de vostre idée , en voyant
ce que je vis , n'eust pas laiſſé de dire ,
c'est Madame D. L. S.
D'abord aupres de moy vous prîtes
voſtre place .
Et mon petit Amour pour fléchirmon
couroux
Vint
120 MERCURE
Vint ſe jetter à vos genoux ,
Seur par vous d'obtenir ſa grace.
Senfible à ſes ſoûpirs vous les reçeuſtes
bien ,
Vous luy fiſtes quelques careſſes.
Je ne fus point de tout voſtre entretien
,
Mais il vous dit pour moy mille &
mille tendreſſes .
Enfin je me laiſſay toucher ,
Et ne pûs contre luy plus longtemps
me fâcher.
Je luy pardonnay donc , &ce fut pour
vous plaire.
Quoy que le Ciel m'ait fait un eſprit
affez doux ,
S'il ſe fuſt appuyé d'une autre que de
vous ,
Il n'auroit pas ſi toſt appaiſé ma colere.
Apres cela devenu familier
Ce petit Dieu dont l'humeur enfantine
Eſt toûjours folaſtre & badine ,
S'aſſit fur vos genoux ſans ſe faireprier.
Il vous baiſa , vous le laiſſates faire ,
Et tout cela n'eſtoit pas ſans miſtere.
Enfin ayant longtemps admiré vos
appas ,
Il s'endormit entre vos bras.
Pour moy j'eßois toutfurpris de la
bonté
GALANT . 121
bonté qui vous faisoit luy permettre ces
petites libertez- là , mais vous aviez vos
raiſons. Vous ne le vistes pas plûtoſt endormy
que vous eustes la malice de luy
arracher toutes les plumes de ſes aisles.
Je vous regarday faire , & n'eus pas
la force de vous en empécher. Le pauvre
petit Amour ne s'éveilla que lors
qu'il fut entierement déplumé. Sa furpriſe
&sa douleur furent ſans égales.
Ainſi donc , me dit-il , je ne puis plus
voler ,
Ainfi cette Beauté qui me laiſſe ſans
aifles
Des peines les plus cruelles
N'aura qu'à nous accabler.
Nous gémirons tous deux dans un long
efclavage
Sans pouvoirdeſes mains enlever voſtre
coeur,
Si joignant contre nous l'injustice à
l'outrage
Elle nous traite un jour avec trop de
rigueur .
Fevoyois auſſi-bien que luy les ſuites
dangereuse de la malice que vous veniez
de luy faire , mais il n'estoit pas
Juillet. F en
ےک
122 MERCURE
en mon pouvoir de m'en facher ,
luy-mesme, tout irrité qu'il eſtoit , ne
laiſſa pas de recevoir avec plaiſirs quelques
petites careſſes que vous luy tistes
pourleconfoler. Il ne faut rien pour appaiser
les Enfans , & en un moment
on les fait paßer de l'extréme tristeſſeà
l'extréme joye. C'est ce qui arriva à mon
petit Amour. Quelques bijoux dont vous
l'amusaftes diſſiperent son chagrin ,
luy firent oublier la disgrace.
Le bruit que firent pour lors deux de
mes Amis qui me cherchoient , m'éveilla
, & fit à mon grand regret difparoiſtre
la Dame & l'Amour. Il est inutile
, Madame , de vous expliquer ce Songe
qui est trop ſuivy pour ne ſignifier
rien. Vous voyez bien qu'il veut dire
que la paſſion que j'ay pour vous m'aguery
de toutes mes inconstances , &
que vous m'avez ſi bien pris que j'en ay
pour le reste de ma vie.
Je voudrois n'avoir jamais àvous
parler que de ſemblables Galanteries;
mais comme la vie eſt toûjours
meflée
GALANT . 123
meflée d'amertune , les matieres lugubres
ne fuccedent que trop toſt
aux agreables. M'deBethune , Duc
d'Orval , Premier Ecuyer de la feuë
Reyne Mere , eſt mort au commencement
de ce mois , âgé de 80
ans. Il eſtoit Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant General dans
ſes Armées , & de la Province de
Chartres & Pays Chartrain. Il avoit
épouſé en premieres Nopces une
Fille de M le Mareſchal de la Force.
Elle estoit Soeur de feu Madame
de Turenne. Sa ſeconde Femme
qui vit encor , eſt Fille de M'le
Marquis de Palaiſeau , Chevalier
des Ordres du Roy. M'le Marquis
de Bethune & M le Vicomte de
Meaux ſont du premier Lit. L'un
& l'autre eſt marié. M l'Abbé &
Mr le Chevalier d'Orval ſont du ſecond.
Ils ont tous deux beaucoup de
mérite , & on ne doute point qu'ils
ne ſoûtiennent tous la gloire de leur
naiſſance. M le Duc d'Orval ſça-
F2 voit
124 MERCURE
voit parfaitement bien l'Hiſtoire. Il
défendit Montauban avec le Mareſchal
de la Force fon Beaupere ,
eſtant encor de la Religion Pretenduë
Reformée. La feüe Reyne Mere
l'envoya en Eſpagne , où il parut
avec un train magnifique. Cette
Famille est tres- Illuſtre. Mrs de
Sainte Marthe diſent qu'elle tire fon
origine de Robert III. dit Bethune ,
Comtede Flandres, qui épouſa Blanche
de Sicile , Niéce du Roy S. Loüis.
Je ne vous nomme point tous
les Prédeceffeurs de Maximilian. Pere
de Mi le Duc d'Orval. Il eſtoit
Due de Sully , Pair & Mareſchal de
France, Sur - Intendant des Finances ,
Grand- Maiſtre de l'Artillerie , Princed'Enrichemont
, Marquis de Rofny
, Siegneur de Nogentle Rotrou ,
Premier Miniftre & Favory de Henry
IV. Il avoit une tres-grande expérience
dans les Affaires , & fervit ſon
Maiſtre fort utilement , & avec beaucoup
de fermeté. Ileut trois Fils
d'An
GALANT .
125
d'Anne de Courtenay ſa Femme ,
qui ont fait trois Branches. Ce ſont
celles de Sully , d'Orval , & de Bethune-
Charoft. Je ne vous pourrois
nommer toutes les Familles auſquelles
ces trois Branches ſont alliées ,
ſans faire un Catalogue de la plus
grande partie des plus Illuſtres Maifons
de France. Madame l'Abbeffe
de S. Pierre de Rheims , Fille aînée
de M'le Duc d'Orval , a reçeu dans
cette funeſte occaſion des marques
de l'eſtime , de tout ce qu'il y a de
Perſonnes qui tiennentquelquerang
dans laProvince. Elle a fait faire un
Service folemnel dans ſon Eglife ,
où toute la Ville de Rheims s'eſt
trouvée dans un grand ordre. La
magnificence qu'on y a veuë , n'a
pas empeſché qu'on n'ait remarqué
la modeſtie que cette pieuſe Abbefſe
fait paroiſtre dans toutes ſes actions.
Son Abbaye qui eſt de Fondation
Royale , eſt un des plus anciens&
des plus beau Monaſteres de
F3 Fran126
MERCURE
1 France , tant pour la ſomptuofité de
ſes Baſtimens , que pour le grand
nombre de Religieuſes qui font prefque
toutes Filles de qualité & de
mérite. Il y a vingt-cinq ans qu'elle
gouverne cette Maifon avec autant
de prudence que de douceur ;
& comme il y a des Chanoinies ,
des Chapelles & quelques Parroiffes
des plus confidérables de Rheims qui
font à ſa Nomination , tous ces petits
Corps ont voulu marquer à l'envy
leur zele pour la memoire de M
le Duc d'Orval , en forte qu'une Semaine
entiere s'eſt paſſée à Rheims
en Pompes funebres .
Celle qui accompagna ily a quelques
jours la Benediction de Madame
l'Abbeffe de Farmontier , ne fut
pas de cette nature. Je vous ay parle
d'elle dans ma Lettre du mois de
Novembre , qui vous fit connoiſtre
qu'elle eft de la Maiſon d'Uxelles ,
& Bellefoeur de Mr le Comte de Beringhen.
La Ceremonie ſe fit dans
l'E
GALANT.
127
l'Egliſe des peres Feüillans , où l'on
avoit dreffé quelques Echafauts pour
la commodité de l'Affemblée qui
ne pouvoit manquer d'eſtre fort nombreuſe.
Cette précaution ne ſe trouva
pas inutile. Le dehors du Baluſtre
eſtoit tout remply de Gens de
la premiere Qualité , Parens & autres.
On avoit reſervé le dedans
pour les Eveſques & pour ceux de
la Cerémonie , qui fut tres-celebre ,
Monfieur l'Archeveſque de Rheims
officia avec la pompe ordinaire à ce
grand Prelat. L'air majestueux de
ſa Perſonne , la richeſſe de ſes ornemens
, & une excellente Muſique
compoſée de ſymphonie & de voix ,
attiroient tour à tour & les yeux &
l'attention de l'Aſſemblée. Apres la
Benediction , M' l'Archeveſque de
Rheims fit aſſeoir Madame l'Abbefſe
dans un Fauteüil aupres de l'Autel
. Elle y fut ſalüée par ſes deux
Aſſiſtantes , qui estoient Madame
de S. Antoine & Madame de Hie
F4 res
128 MERCURE
res , & en ſuite par Meſdames de
Beringhen. Leurs Reverences furent
graves , & ce qu'elles avoient de
concerté eſtoit digne & de la majeſté
du lieu & de l'occaſion qui les
faifoit faire. Au fortir de l'Eglife ,
on vint chez M' de Beringhen , où
l'on trouva un magnifique Repas
ſervy avec une abondance & une délicateffe
qui furpaſſent toute laprofuſion
des autres Tables. Meffieurs
les Archeveſques de Rheims & de
Bourges , & Meſſieurs les Eveſques
d'Orleans , d'Angouleſme , de Meaux,
de Montauban, de Marſeille, de
la Rochelle & d'Autun , en estoient,
ainſi que Me l'Abbeſſe de Hieres avec
les Dames de ſa Maiſon qui l'avoient
accompagnée. Madame de S.
Antoine ne s'y trouva point. On eut
pas lieu d'en eſtre ſurpris, puis qu'elle
ne mange jamais hors de chez elle.
En vous parlant de la derniere
bravoure de Mr le Comte du Montal
, & de M' le Baron de Quincy ,
que
GALANT .
129
queje vous ay dit eſtre Lieutenans
Generaux , j'ay oublié de vous avertir
que c'eſtoit depuis peu que le
Roy leur avoit donné cette qualité.
Je ſuis aſſuré que vous ne demanderez
point paroù ils l'ont méritée ,
eſtant auſſi inſtruite que vous l'eſtes
de leur valeur & de l'expérience conſommée
qu'ils ont tous deux dans
| la guerre. M le Comte du Montal
en a appris le meſtier ſous Monfieur
le Prince. Ce font de ſeûres leçons ,
& on n'en peut prendre beaucoup
fans devenir un grand Capitaine.
Pour M' de Quincy , il ſervoit les
Ennemis , & tout fon Bien s'eſtant /
trouvé dans l'étenduë des Païs conquis
par le Roy, il ſouffrit cette
perte patiamment , fans qu'elle alteraſt
le defir qu'il avoit de ſacrifier
ſon ſang & fa vie pour celuy qui cefſoit
d'eſtre ſon Prince , puis que ſon
Bien n'eſtoit plus ſous ſa domination;
mais comme il ne pouvoit plus
fournir à eneretenir ſon Regiment ,
F5
&
130
MERCURE
& qu'ayant demandé une Penſion ,
on n'eut aucun ſoin de luy faire rien
toucher , il fut contraint de prendre
le party de France , & connut
bientoſt que le veritable méritey eſt
récompensé en peu de temps . Le Roy
luy a rendu tous fes Biens , l'a fait
Marefchal de Çamp , Grand Bailly
de Valencienes , & enfin Lieutenant
General. De ſi favorables commencemens
ne peuvent promettre
que des ſuites tres-glorieuses. Si on
avoit par tout cette meſme reconnoiſſance
pour les ſervices , ou plutoſt
ſi tous les Princes reſſembloient
à Loüis LE GRAND , peuteſtre
verroit-on plus de Braves
qu'on n'en voit ailleurs .
Encor un Air nouveau , &je pafſe
à un Article que fait l'entretien
de tout Paris. Les vers d'une petite
Piece que je vous envoyay il y a
quelque temps , ont tellement plû
à M' l'Abbé Broſſard , qu'il en amis
le premier Quatrain en Air.
AIR
GALANT.
rzr
AIR NOUVEAU.
Vous demandez , Iris , pourquoy je vous
évite ?
Ceffez de vous en étonner ,
Vous avez des appas , & mon coeur va trop
vifte
Quand il s'agit de ſe donner.
Ces autres Paroles m'ont eſté envoyées
de Montpellier avec les Notes.
Vous les trouverez en ſuite de
celles qui vous aprendront l'Air du
Quatrain .
AIR NOUVEAU.
Pour boire avec plus de plaisir
Cette liqueur qui nous enchante ,
Meflons-y le doux ſouvenir
De quelque amourette naiſſante.
Que ce mélange heureux fait paſſer de beaux
jours i
Amans Beuveurs , vous pouvez bien m'en
croire ,
Si vous trouvezſi doux , vous d'aimer , vous
de boire ,
Quel plaisir n'est ce point de boire à fes
amours !
Vous avez veu dans quelqu'une
F6 de L
132
MERCURE
de mes Lettres pluſieurs Articles du
Teftament de Madame Du Puis ,
celebre Joüeuſe de Harpe. Ce Teſtament
a fait grand bruit depuis peu.
On a plaidé pour le faire caffer ; &
M" Maurice , Vautier & de Feriere ,
fameux Avocats , ont fait paroiſtre
leur eſprit , le premier en le defendant
, & les deux autres en l'attaquant.
La Penſion que la Defunte
laiſſe à fon Chat , & les Viſites
qu'elle ordonne qu'on luy rende toutes
les Semainės , ont eſté les endroits
contre leſquels ons'eſt le plus récrié.
Ces Articles n'auroit rien eu d'extraordinaire
en Turquie , où l'on a
établydesHoſpitaux , & meſme une
Rotiſſerie pour les Chats. Baudier
dans ſon Livre de la Religion des
Turcs , rapporte qu'un Particulier
ayant acheré à cette Rotiſſerie des
Chats dequoy régaler ceux de l'Hofpital
, le Directeur qui regardoit
comme un grand avantage celuy de
leur diſtribuer leur portion, voulut
jouïr
GALANT .
133
jouïr ſeul de cet honneur. Le charitable
Turc prétendit que c'eſtoit à
luy à fervir les Chats , puis qu'ils
devoient manger ce jour-làà ſes defpens.
Il y eut debat , & l'affaire
ayant eſté diſputée en préſence du
Grand Seigneur , il ordonna que
les Directeurs des Hoſpitaux diſtribuëroient
ce qu'on apporteroità manger
aux Chats , à la referve d'unjour
qu'il marqua dans chaque Semaine ,
auquel jour il feroit permis aux Particuliers
de diſtribuer eux- mefmes
leurs charitez . Il ſe trouve des Animaux
qui rendent de ſi grands fervices
à leurs Maiſtres , qu'ils ne font
pas indignes de récompenſe. J'ay leû
dans une Hiſtoire d'Angleterre ,
qu'un nommé Lotainton devintpar
fon Chat un des plus riches Hommes
de ſon Siecle. Il voyoit charger un
jour des marchandises à Londres , &
quelqu'un luy ayant demandé s'il ne
vouloit rien mettre ſur le Vaiſſeau
pour trafiquercommeles autres Mar-
F7 chands,
1
134
MERCURE
chands , il répondit qu'il n'avoit
rien à donner , ſi on ne vouloir
recevoir fon Chat. On le reçeut.
Il s'embarqua , & ce fut avec tant
de bonheur , qu'on defcendit chez
un Roy qui depuis quelque temps
eſtoit accablé de Rats , fans qu'il
puſt trouver moyen de s'en délivrer.
On luy propoſa le Chat de l'Anglois.
Il fut amené , & ce Chat
fit une fi cruelle guerre à ces Animaux
, qu'il en purgea le Palais du
Roy. Lotainton en fut récompenfé
par de grands tréſors qu'illuy donna,
& qui le mirent en état d'eſtre fait
Maire de Londres. Si le hazard fut
cauſe que ce Chat fit la fortune de
fon Maiſtre on a veu d'autres Animaux
mériter d'eſtre aimez des leurs,
par leur fidelité, par l'amitié qu'ils ..
ont euë pour eux , & par les ſervices
qu'ils leur ont rendus. Mr Maurice
raporta dans ſon Plaidoyer l'exemple
d'un Lyon qui avoit eu tant
d'amour pour un Maiſtre Turc
9
qu'aGALANT
.
135
qu'apres ſa mort il en fit voir un
chagrin qui ne ceſſa point. La choſe
fut ſçeuë du Grand Seigneur , qui
ordonna la paye d'un Janiſſaire au
Lyon ; & quand ce Lyon fut mort,
les Janiſſaires l'enterrerent , comme
ayant eſté leur Camarade. Tout
cela n'approche point de ce que je
vous vay dire. Quand les Eſpagnols
conquirent les Indes , ils avoient dans
leur Armée un Chien nommé Leoncille.
CeChien avoit appris à connoiſtre
les Indiens , & il les haïffoit
ſi mortellement , qu'il n'y avoit plus
de vie pour tous ceux qu'il attaquoit.
Le carnage qu'il en fit , luy valut
une double paye de Cavalier , avec
double part au butin, & aux tréſors
des Roys Indiens qu'on partageoit.
Apparemment cette double paye
tournoit à l'avantage du Maiſtre du
Chien. Caligula fit encor plus , puis
qu'il alla juſqu'à faire ſon Cheval
Conful. Il n'y a rien fans-doute qui
foit plus extravagant ; mais les Animaux
136 MERCURE
maux n'ayant beſoin que de nourriture
, peut- eſtre n'y a t il pas tant de
folie qu'on le croit , à en laiſſer à
ceux dont on a reçeu quelques fervices
. Cependant le Chat n'a pas
laiſſé de perdre ſa Cauſe.
M' le Comte des Motes , Fils de
M' le Comte de Cliffon , a pris pofſeſſion
à la Rochelle de la Charge de
Grand Senéchal. Le Roy perfuadé
de ſes belles qualitez , n'a point
douté qu'il ne fuſt tres-capable de la
remplir. Le choix que Sa Majesté
a fait de ſa Perſonne pour exercer
cette Charge , a eſté ſuivy d'un applaudiſſement
general. Son mérite
ne contribuë pas moins que ſa naifſance
à l'eſtime qu'on a pour luy. II
eſt petit- Fils de feu M' le Préſident
de Leſcalles , dont la memoire eſt
en fi bonne odeur & à la Rochelle ,
&dans toute la Province. Madame
la Comteſſe de Cliffon , Mere de
Mr des Motes , & Madame de
Guain, fi univerſellement regretée
de-
A
GALANT .
137
depuis deux ans , estoient Filles de
ce Préſident.
On ne sçauroit parler de regrets ,
fans fonger à la perte qu'on a faite
de Monfieur le Mareſchal Duc de
Gramont. Il eſt mort à Bayonne ,
lieu de fon Gouvernement , âgé de
74. ans. Son extréme paſſion pour
le ſervice du Roy l'ayant obligé de
s'y rendre , il y ſentit quelque attaque
de la Pierre , & les douleurs en
furent fi violentes , qu'il ſe réſolut à
foufrir la fonde. Elle luy cauſa une
inflamation qui fut ſuivie de lagangrene
, dont il mourut le 12. de ce
mois. Sans la précipitation de cette
fonde , ily eut eu grande eſpérance
de le ſauver , puis qu'on avoit fait
prendre la Poſte à M. Collot , dont
tant d'heureuſes épreuves ont fait
connoiſtre l'adreſſe particuliere à tailler.
Il y en a deux qui portent ce
nom. Celuy dont je parle s'appelle
Hyeroſme Collot. Il reçeut la nouvelle
de la mort de M'le Mareſchal
en
138 IERCURE
en entrant dans le Poitou. Elle a
caufé beaucoup de chagrin au Roy ,
qui l'avoit toûjours honoré & de ſa
bienveillance & de fon eſtime. Ses
qualitez estoient , Duc de Gramont ,
Pair & Mareschal de France , Chevalier
des Ordres , Comte de Guiche&
de Louvigny , Souverain de Bidache ,
Gouverneur & Lieutenant Generalpour
Sa Majesté en ſes Royaumede Navarre
Pais de Bearn , des Ville & Chafteau
de Bayonne & Pais adjacens ,
Ministre d'Etat . Je ne vous dis rien
de fa naiſſance. Perſonne n'ignore
qu'il eſtoit d'une des plus Illuftres
Maiſons du Royaume. Il eſt aiſé de
le voir par la Genealogie qu'en a
faite M' du Bouchet. Il nâquit avec
tant d'eſprit & de mémoire , quà
l'âge de quinze ans il ſçavoit laplus
grande partie des Langues de l'Europe.
Il ſervit d'abord en Flandre &
en Italie , & rien n'eſt ſi connu que
le Siege de cette Place dans laquelle
il ſe jetta luy trentiéme , & qu'il
déGALANT
.
139
défendit avec la plus ſurprenante vigueur.
Depuis ce temps- là , il n'a
perdu aucune occaſion de ſe rendre
recommandable dans les Armées par
fa bravoure. Il ena donné des marques
qui ne laiſſeront jamais périr ſa
mémoire. Son eſprit , qu'il avoit
aifé , vif , & penetrant , l'a rendu
toûjours tres confidérable à la Cour,
où il a eul'avantage de n'avoir jamais
eſté ſuſpect , quelque commerce
qu'il ait entretenu avec les Gens du
Party contraire , pendant les temps
difficiles. Sa bonne-foy eſtoit connuë
, &on a toûjours eſté convaincu,
que l'amitié qu'il pouvoit leur avoir
promife , ne préjudicieroit point à
ſon devoir. Son intelligence dans les
Affaires , & fa magnificence naturelle
, le firent choiſir pour eſtre envoyé
Ambaſſadeur Extraordinaire à
Francfort , où la Diete eſtoit convoquée
pour l'élection d'un Empereur.
Sa Majesté jetta en ſuite les
yeux fur luy pour le Voyage d'Ef-
: . pa140
MERCURE
pagne , où il alla faire la Demande
de la Reyne à Philippe IV. Il ſoûtint
l'honneur de cet Employ d'une
maniere qui fit voir qu'il n'eſtoit
pas indigne de la confiance de ſon
Maiſtre. Je finis , pour ne pas repéter
ce que je vous en ay déja dit
dans l'une de mes Lettres , en vous
apprenant la mort de Madame de
Monaco. Je ne vous marque point
les temps où il a eſté fait Mareſchal
de France , Chevalier de l'Ordre ,
& Duc & Pair. Ce font des honneurs
toûjours infaillibles à ceux qui
joignentà une haute Naiſſance autant
de mérite qu'il en avoit. J'adjoûteray
ſeulement icy quele grand
Cardinal de Richelieu qui connoifſoit
parfaitement bien les Hommes
extraordinaires , eut tant de confidération
pour luy , qu'il préfera
fon Alliance àcellede pluſieursPrinces&
grands Seigneurs de la Cour ,
en luy faiſant épouſer Mademoiselle
du Pleſſis Chivray ſa Couſine. Elle
eſtoit
GALANT. 141
eſtoit ſa Niéce à la mode de Bretagne,
& n'a pas eſté moins admirée en
France pour ſa vertu que pour ſa beauté.
Il en a eu quatre Enfans , qui
font feu M' le Comte de Guiche ,
dont l'eſprit & la valeur ont eſté affez
connuës , & qui eſt mort en Allemagne
des fatigues qu'il y a euës ;
Madame la Princeſſe de Monaco ,
morte depuis fix ſemaines ; Madame
la Marquiſe de Ravetot ; & Monſieur
le Comte de Louvigny Duc &
Pair de France , & fon unique Heritier.
Vous ſçavez ſans doute que
l'Illuftre Mareſchal dont je vous parle
, eſtoit du premier Mariage deM
le Comte de Gramont ſon Pere ,
qui avoit épousé la Fille aiſnée de
M' le Mareſchal de Roquelaure , &
qui épouſa en ſecondes Nopces Mademoiselle
de Montmorency-Bouteville
. C'eſt de ce ſecond Mariage
que ſont ſortis Mr le Comte de
Toulongeon , M'le Comte de Gramont,
& Mesdames les Marquiſesde
S. Cha
142
MERCURE
S. Chamond , de Feuquieres , & de
Lons . Ilya eu un Cardinalde Gramont
, & un Archeveſque de Bordeaux
de cette Famille.
M'Eſprit , Frere du Premier Medecin
de Monfieur , & de l'Abbé
qui porte ce nom , vient de laiſſer
une place vacante dans l'Académie
Françoiſe. Il eſt mort à Beziers , où
il s'eſtoit retirédepuis fort longtemps.
Quoy qu'il euſt un fort grand mérite
, la France abonde ſi fort aujourd'huy
en beaux Eſprits , que l'embarras
de ceux qui compoſent cet
Illuſtre Corps , ne fera pas à luy
trouver un Succeſſeur capable de remplir
ſa place , mais à choiſir le plus
digne de ceux qui ont quelque droit
de l'eſperer ; car vous ſçavez , Madame
, que la brigue n'y peut rien ,
& qu'il n'y a que le ſeul mérite conſideré
dans l'élection qui s'en fait
par le Scrutin le plus rigoureux.
Nous avons auſſi perdu un Medecinauſſi
ancien que famenx. C'eſt
Mr de
GALANT. 143
M' de Lorme , qui avoit toûjours
- fait ce quia paffé en Proverbeà l'é-
- gard des Medecins , à qui on ne
manque jamais de dire qu'ils ayent
àſe guérir eux-meſmes. Il avoit mis
en vogue une Tiſane appellée Boüillon-
rouge, dont mille Gens ſe ſont
bien trouvez . Les grandes ſommes
qu'il a employées pour faire des expériences
, font des marques du
plaifir qu'il ſe faiſoit de n'ignorer
rien dans ſon Art. Il eſt mort à
l'Hoſtel de Monfieur le Marefchal
de Créquy où il demeuroit , apres
avoir veſcu plus de cent ans. Il avoit
encor l'efprit vif, & j'ay veu des
Vers de luy fort bien tournez , qu'on
m'a aſſuré qu'il avoit faits depuis
quinzejours.
J'acheve ce lugubre Article par
une autre mort qui vient de faire
verſer bien des larmes. C'eſt celle
de M' Marlin , qui avoit eſté Curé
de S. Eustache apres fon Oncle. 11
eſtoit Docteur de la Maiſon deNa
var144
MERCURE
varre , & fes vertus ſolides luy
avoient tellement gagné le coeur de
tous ſes Paroiffiens , qu'il n'y en avoit
aucun , de quelque qualité qu'il fuft,
qui n'euſt une amitié particuliere
pour luy. Il la méritoit & par les
qualitez de ſa perſonne , & par cette
loüable charitéqui luy a fait cent fois
employer aux beſoins des autres , ce
que ſes propres neceffitez ſembloient
vouloir qu'il ſe reſervaſt. Ainſi on
peut dire qu'il n'eſtoit à luy-meſme
qu'autant que le demandoit l'obligation
de ſe conſerver pour ceux dont
Dieu luy avoit commis le gouvernement.
On a veu pendant ſa maladie
la tendreſſe de ſes Paroiſſiens ,
par l'empreſſement qu'ils ont eu à
chercher des Remedes pour le guérir.
Un Bourgeois en ayant eſté demander
pour ſa Femme à ces fanieux
Capucins qui font au Louvre , &
apprenant l'extrémité où eſtoit réduit
ſon Pasteur , les luy porta auffitoft
. L'effet en fut extraordinaire.
Ils
GALANT .
145
Ils- le firent revenir d'un aſſoupiffement
dont on n'attendoit que la
mort . Cette eſpece de retour à la vie
eſtant une preuve de la bontéduRemede
, on eut recours à ces meſmes
Capucins qui donnent de ſi merveilleux
Cordiaux. Ceux qu'il a pris de
leur main , l'ont fait vivre pendant
trois jours. Toutes les Perſonnes
qui l'ont gardé en conviennent ,
mais fon mal eſtoit d'une nature à
rendre ſa guériſon impoffible , & il
eſt mort avec des regrets qui ne ſe
peuvent concevoir de tous ceux
de ſa Paroiffe. L'affluence de Peuple
qui ſuivit le Corps dans le
grand tour qu'on luy fit faire avant
que de le porter à l'Eglife , eft prefque
incroyable. M'du Hamel luy a
fuccedé dans cette Cure , dont il
avoit pris poffeſſion huit jours avant
cette mort. Il eſt d'unebonne Maifon
de la Robe , & un des trois
Archidiacres de l'Eglife de Paris. Il
a eſté Doyen de Saint Thomas du
Fuillet.
G Lou146
MERCURE
Louvre , & eſtoit Chanoine de
Noftre-Dame , mais il a donné fa
Chanoinie au Neveu du defunt Curé.
Cependant je ne dois pas oublier
àvous dire que les Remedes des Peres
Capucins du Louvre , deviennent
de jour en jour plus fameux
par les épreuves continuelles qu'on
en fait faire. M'de Louvois en a fait
éprouver un pour la Fievre aux Invalides
par Mª du Cheſne ſon Medecin
, & tous ceux qui en ontpris
ont eſté guéris dans le meſme jour.
Ily ena eu beaucoup d'autres expériences
qui ſeroient trop longues à
dire. M' le Long Medecin de la
Faculté de Paris , rend témoignage
par tout de la guériſon d'une Perſonne
Afmatique , qui avoit inutilement
épuiſé tous les Remedes de
la Medecine de ce Païs-cy. SaMajeſté
perfuadée de la bonté de ceux
de ces Peres , s'en eſt ſervie tresutilement
pour un mal d'épaule.
Madame la Princeſſe de Chevreuſe
en
GALANT
147
een a eſté guérie d'un Rhumatiſme
■ ſur les reins ; & Madame de Pom-
- pone , d'une Fluxion à la jambe ,
dont elle avoit ſouffert depuis plu.
fieurs mois de tres-ſenſibles douleurs.
Je ne vous en diray rien de plus.
Le nombre des Guéris , & la grande
affluence de Gens de toutes qualitez
qui vont leur demander des Remedes
, font des preuves de leur mérite
qui ne ſçauroient eſtre conteſtées.
Apres vous avoir entretenuë de
Morts & de Maladies , il eſt bon de
vous parler de Mariage. M de Lefſeville
Confeiller de laCourdes Aydes
, a épousé Mademoiselle Prevoſt
, fort conſidérable par ſon Bien ,
mais plus encor par le mérite de ſa
Perſonne. Ce Mariage s'eſt fait depuis
quatre jours. M de Leſſeville
efttres-bien faitde ſa perſonne , honneſte
& civil à tout le monde , affi-
- du & eſtimé dans ſa Charge , & je
ne le flate point en vous diſant qu'il
poffede toutes les belles qualitez qui
G2 font
148 MERCURE
font heréditaires à ceux de cette Famille.
Elle est une des meilleures ,
&des mieux alliées de laRobe. M
de Leffeville ſon Pere estoit Sous-
Doyen du Grand Confeil. C'eſtoit
un Juge d'une intégrité parfaite ; &
comme ſa Charge luy donnoit la connoiſſance
de toutes les Affaires qui
concernoient les Monafteres & les
Abbayes , fon humeur bienfaiſante
l'en avoit rendu le Protecteur. Il
eſtoit Neveu de M' de Janville Préfident
à Mortier , Couſin germain de
Madame la Ducheſſe d'Amville , &
de M" le Boulanger & de Fortia ,
& avoit meſme l'honneur d'appartenirà
Monfieur le Chancelier.
J'ay encor tant de choſes à vous
apprendre, queje vay trancher court
ſur une petite Avanture qui s'eſt
paffée depuis un mois dansune Ville
où ily a Parlement. Deux des plus
conſidérables Officiers de cette Ville
eſtant à lapromenade dans le Carrofle
d'une Dame qui ne cede à aucune
ny
GALANT. 149
ny en naiſſance ny en mérite , cette
Dame s'apperçeut qu'un des deux
devenoit rouge , & qu'il pâliſſoit un
moment apres. Elle crût que le devant
du Carroſſe où il eſtoit , l'avoit
étourdy ; & comme elle voulut luy
donner ſa place , une Demoiselle
parfaitement belle qui estoit de la
partie , prévint la Dame , & fit prendre
à l'Officier celle qu'elle occupoit
aupres d'elle . Sa foibleſſe ayant continué
encor quelque temps , on baifſa
deux Glaces qui estoient levées ,
parce que l'Officier eftant d'une compléxion
tres délicate , & ſujet à eftre
incommodé de peu de choſe , on
craignit que le vent ou la poudre
ne fuſſent la cauſe du mal auquel
on tâchoit de remédier. Ces précautions
le foulagerent. On luy fit la
guerre de cet accident , & il prit
ſon temps pour en apprendre le ſujet
àla belle Perſonne qui luy avoit cedé
ſa place. Il luy avoüa qu'il eſtoit
né avec une antipathie fi forte pour
G3 la
150
MERCURE
!
la Saignée , qu'en ayant apperçeu
une petite marque au bras de la Dame
, vis- à vis de laquelle il s'eſtoit
d'abord placé , cette veuë l'avoit penſé
faire évanoüir , & qu'il avoit eu
bien de la peine à ſe remettre. La
Dame dont l'humeur est fort injoüée,
ayant appris de la Demoiselle
ce que l'Officier luy venoit de dire ,
répondit en riant que ce n'eſtoit pas
la marque d'une Saignée qui avoit
caufé ſon mal , mais que la beauté
de ſon bras l'avoit ſi fort tranſporté,
qu'il en avoit eſté hors de luy-mefme.
Cette petite raillerie qu'elle
tourna finement , donna lieu à quantité
d'agreables choſes qui furent dites.
Chacun ſe tira d'affaire avec
eſprit . L'Officier n'en manque pas ,
je veux dire de celuy qui eſt leplus
en uſage parmy le beau monde.
C'eſt un Homme de fort bon gouft
fur le chapitre des Dames. Il ne ſe
laiſſe charmer que par la veritable
Beauté. LesHabits magnifiques , &
l'é
GALANT .
151
l'éclat de la naiſſance , ne font pas
les qualitez effentielles qu'il faut avoir
pour luy plaire. Une Beauté populaire
l'attache , s'il y trouve ce qu'on
doit avoir pour eſtre belle , & on
peut dire qu'une Femme eſt vrayement
aimable , quand il la croitdigne
d'eſtre aimée. Cette Avanture
s'eſtant répanduë le lendemain par
toute la Ville , un Cavalier auſſi bien
fait que galant, l'entendit conter dans
une Aſſembleé de Dames où il ſe
trouva. Les raiſonnemens qui furent
faits là deſſus , luy firent dire qu'il
ſe tiendroit bien malheureux , s'il
avoit la meſme appréhenſion pour
la Saignée , parce qu'il en avoit un
-tres-grand beſoin , & que ſon Chirurgien
eſtoit déja averty pour lejour
ſuivant. Une belle Perſonne qui
eftoit préſente , & dont on nedoute
point que le Cavalier ne foit fort
-épris , s'ofrit à luyépargner la dépenſe
de cette Saignée, & dit en riant
3 que les choſes valant mieux faites
qu'à G7
152
MERCURE
qu'à faire , elle luy conſeilloit de
luy confier ſon bras , & de n'attendre
point au lendemain. Le Cavalier
tourna la choſe en gelanterie ,
fort perfuadé que ç'en eſtoit une.
Il cria luy-meſme qu'on allaſt chercher
une Lancete , & ſe laiſſa retroufſer
ſa chemife par deſſus le coude.
La Belle luy frota le bras , le lia ,
& fit approrter deux petits Vaſes de
porcelaine , poury recevoir le ſang.
LeCavalier regarda la cerémonie ſans
s'étonner. Il plaiſanta des appreſts ,
en prit occafion de debiter des douceurs
, & il n'y eut rien que de réjoüiffant
juſques-là pour luy; mais
quand on eut apporté une Lancete,
&qu'il la vit ouvrir à la Belle , d'une
maniere qui faiſoit connoiſtre qu'elle
avoit deſſein de s'en servir , ilcommença
d'avoir peur. Il pâlit , & il
n'y eut perſonne qui ne remarquaſt
qu'il changeoit de viſage à chaque
inſtant. La verité eſt qu'il n'avoit
pas crû que ce dûſt eſtre tout de bon.
CeGALANT
.
153
Cependant il eſtoit entre les mains
d'une trop belle Perſonne pour ne
pouffer pas l'affaire à bout. Il ne voulut
point retirer fon bras , & foufrit
le coup de Lancete , qu'elle luy
donna avec autant d'adreſſe qu'euſt
pû faire le plus habile Chirurgien.
On rit de ſa crainte , & il ne lajuſtifia
qu'en diſant que n'ayant point
eſté inſtruit du talent que la Belle
avoit pour la Saignée , il avoit eu
lieu d'appréhender , apres les bleſſures
qu'elle faifoit tous lesjours , qu'elle
n'euſt la main auſſi dangereuſe
que les yeux .
Je paſſe tout ce qui ſuivít un Incident
ſi peu commun , pour venir à
l'Article qui eſ,t tantdevoſtregouft,
& que je puis appeller l'Article des
Victoires de la France. Comme il
ne ſe paſſe guére de ſemaines ſans
que nous remportions quelque avantage
ſur les Ennemis , & quejen'acheve
mes Lettres qu'à la fin dechaque
Mois , j'ay toûjours à vous faire
G5 un
154
MERCURE
:
un Corps de quantité d'actions qui
vous doivent donner beaucoup plus
de plaiſir à les voir enſemble , qu'-
elles ne vous en peuvent cauſerquand
vous les voyez ſéparées. Quoy qu'il
yait eu Suſpenſion d'armes en Flandre
, toutes les Troupes y eftant demeurées
à l'ordinaire, les heureux
fuccés que nous avons eus en Allemagne
ne fent pas moins glorieux
au Roy , que s'il avoit eu tous fes
Ennemis à combatre. Il eſt vray
qu'on a fait quelques Détachemens
pour cette Armée , mais il s'en faut
beaucoupque Monfieur le Mareſchal
de Créquy n'ait eſtéjoint par autant
de Troupes qu'il avoit accouſtumé
de l'eſtre les autresannées. Ainſi on
ne peut dire qu'elles nous ayent toutes
ſervy de ce coſté-la , quoy qu'il
ſembloit que nous en dûfſſions avoir
beſoin pour ſoûtenir les efforts de
ce grand nombre d'Ennemis que le
Prince de Lorraine commandoit.
Malgré ce grand nombre , ils font
reGALANT
. 155
réduits à nous craindre ; &puis qu'ils
ſe trouvent obligez à ſe défendre ,
la Paix que le Roy leur a offerte
avec tant de genéroſité , leur ſeroit
un party beaucoup plus avantageux
àprendre , que celuy de s'obſtiner
à laiſſer affoiblir leurs meilleures
Troupes ; car enfin on peut dire
que tant de Perſonnes conſidérables
qui ont péry parmy eux depuis un
mois , font des Victimes de lagloire
, de la vanité , & de la jalouſie
de ceux qui s'oppoſent à la Paix.
Loüis LE GRAND vouloit
épargner ce ſangà tant de Familles,
quoy qu'ennemies ; & j'en ſçay qui,
ſi elles n'ont ofé s'en plaindre hautement
, n'ont pû s'empeſcher d'en
murmurer. J'en pourrois dire davantage
, mais j'ay trop de particularitez
à vous raconter de toutes les
Actions dont je vous dois faire le
détail.
J'aurois eu à commencer par Fribourg
repris fur nous , fi les Enne-
G6 mis
156 MERCURE
mis euſſent pû tenir parole. Il n'y
a pourtant pas lieu dû ſe plaindre
d'eux là-deſſus. Ils ont toûjours les
meilleures intentions du monde.
Leur Campagne doit s'ouvrir tous
les ans de fort bonne heure. Tout
retentit du bruit de leurs forces , de
l'amas de leurs proviſions , & de l'argent
qu'on porte à leur Quaiſſe Militaire
; mais dés quele temps de ſe
mettre en marche eſt venu , ils ſe
trouvent réduits à la défenſive , &
bien loin d'avoir afſiegé Fribourg
dont les Fortifications n'eſtoient qu'a
moitié faites à l'ouverture de cette
Campagne , ils les ont laiſſées achever
dans leur Païs meſme. Il eſt vray
que ce Siege euſt eſté une entrepriſe
aſſez difficile pour eux , à moins
de prévenir Monfieur le Marefchal
de Créquy , ce qui n'eſt pas fort aifé.
Ce General commença par couvrir
Fribourg ; & avoir empeſché
qu'on ne ſoit venu l'affieger en l'état
où il eſtoit , c'eſt en quelque
façon
GALANT.
157
façon l'avoir pris deux fois..En ſuite
ayant ſçeu que l'Armée des Ennemis
faiſoit un monvement pour
mieux l'obſerver , il fit chercher leur
Arrieregarde qui plia ; &par un effet
de ſa prudence ordinaire , il ne
pourſuivit point ſes avantages. On
luy vint donner avis que la teſte
de l'Armée des Ennemis tournoit
vers ſon Camp , & qu'ils faifoient
attaquer une Egliſe dans laquelle il
avoit mis cent Hommes commandez
par Mrs les Chevaliers de Langlée &
de la Citardiere. Illes fecourut auffi
-toſt , quoy qu'ils fufſent attaquez
par toute l'Armée ennemie , & avec
deux Bateries chacune de trois Pieces
de Canon. Cette Action eſt extraordinaire
, car M' de Créquy ayant
fait marcher ſon Armée deux
grandes lieuës par des chemins difficiles
pour charger l'Arrieregarde
des Ennemis , retourna tout-à-coup,
& ſe trouva apres trois heures de
marche , àla teſte de la meſme Armée
G7
158 MERCURE
mée qu'il venoit de ſuivre en queüe.
Quoy qu'ily ait deja du temps
que ce que je vous viens de dire eſt
arrivé , comme l'Article queje vous
donne aujourd'huy d'Allemagne ,
comprend tout ce qui s'y eſt paffé
depuis la Campagne ouverte , j'ay
crû que je ne devois pas m'en taire ,
& d'ailleurs vous en connoiſtrez
mieux l'embarras où ſont les Ennemis
, d'avoir affaire à un Chef ſi vigilant
& fi confommé dans le meſtier
de laGuerre . Je paſſe à une Action
que le Public n'a point ſçeuë
de la maniere que je vous la vay
dire , & dont meſme il n'a eu aucun
détail. M' de Créquy ayant marché
comme je vous ay marqué , vint
camper vis-à- vis de Neubourg. Μ'
de Choifeüil eſtoit allé vers Rhinfeld
le jour précedent , avec ſix Bataillons
& quinze Eſcadrons. Les
Ennemis parurent ce meſme jour-là
vers Fribourg. Ils ſe camperent dans
la Plaine de S. Georges , comme
s'ils
GALANT . 159
s'ils euſſent voulu l'inveſtir. Cela
n'empeſcha pas M'le Mareſchal de
ſuivre ſa marche , & d'envoyer dés
le matin M² de la Frézeliere avec
duCanon&quatre Bataillons , pour
prendre lcs Chaſteaux de Rotelin &
de Brombac , vis -à- vis de Baſle. Les
Ennemis avoient deux cens Hommes
dans chacun. On ne fit qu'une
petite lieuë ce jour-là , & l'on vint
camper aubout de la Plaine de Neubourg
dans un lieu par où l'on en.
tre dans un Païs plus ferré de Montagnes
& du Rhin , pour aller vers
Bafle. M'le Mareſchal avoitdétaché
la nuit précedente M" de la Buffiere
& de Belveſe , avec cent cinquante
Chevaux , pour avoir des
nouvelles des Ennemis , dont il ne
pouvoit plus rien apprendre par Fribourg.
Ce Détachement les trouva
à noſtre vieux Camp. Il fut ſuivy
de trois cens Chevaux ennemis ; mais
il fit fi bien , qu'il les engageadans
un Défilé, il tourna en fuite fi à
pro160
MERCURE
propos fur eux , qu'il les mit endéroute
leur tua plus de trente Hommes,
avec pluſieurs Officiers , & emmena
vingt Priſonniers. Comme la
nouvelle du lieu où eſtoient les Ennemis
, ne paroiſſoit pas vray- femblable
, parce qu'ils eſtoient dans une
ſituation fâcheuſe , éloignez de
leur Ville , & entre deux de nos
Places , M'le Mareſchal renvoyace
meſme Party pour en eſtre informée
avec plus de certitude , & laiſſa les
quatre Efcadrons qui avoient fait
l'Arrieregarde des Bagages, pour ſoûtenir
ce Party s'il eſtoit pouffé. Ces
quatre Eſcadrons estoient Olier, Comminges
, d'Almani , & Montaugé.
M'le Marquis de Maurevert y reſta.
Cependant unCavalier du Party s'alla
rendre aux Ennemis , & eſtant
mal inſtruit de la marche de l'Armée
de M de Créquy , il affura M' de
Lorraine qu'elle avoit paffé le Rhin ,
& qu'il n'y avoit que deux cens Chevaux
en deça pour couvrir ſa marche.
GALANT. 161
che. M' de Lorraine ne voulant pas
perdre une fi belle occafion de batre
noſtre Party, adjoûtafoy à ce que luy
dit le Cavalier ; & pour faire le ſien
plus feûr , il détacha les trois Compagnies
de fes Gardes , & fes deux
Compagnies deGendarmes & deChevaux
Legers , avec quatre cens Cuiraffiers.
C'en eſtoit affez pour batre
cent cinquante Chevaux , ou plutoſt
c'eſtoit avoir bonne opinion des
François , & de la défenſe qu'ils devoient
faire. L'Armée ne faiſoit que
de rentrer dans le Camp , lors que
vingt Maiſtres qu'on avoit envoyez
aux nouvelles , revinrent pouffez par
les Débandez des Ennemis , & affurerent
que toute la teſte de leur
Armée paroiſſoit; ce qui estoit afſez
plauſible , ces Troupes-là ayant
leurs Etendarts & leurs Timballes .
Mª de Maurevert envoya avertir M
le Mareſchal de ce qu'avoient rapporté
les Cavaliers , & de ce qu'il
voyoit déja luy meſme. M' le Marefchal
162 MERCURE
reſchal qui eſtoità une lieuë de là ,
ne douta point que les Ennemis informez
des grands Détachemens
qu'ilavoit faits, &perfuadez qu'il avoit
deſſein d'aſſieger Rhinfeld , ne
vouluſſent hazarder une Bataille ,
pour ne pas laiſſer perdre cette Place.
Ainsi il fit remarcher inceſſamment
toute l'Armée vers le Camp
qu'elle venoit de quiter , pour ſepoſter
la gauche à ſon Camp de Neubourg,
& la droiteà la Montagne ,
ayant le Ruiſſeau qui coupe la Plaine
en deux, à ſon front. Dans le
temps qu'on avançoit , lesEnnemis
croyant avoir trouvé ce qu'ils cherchoient,
poufferent nos Troupes fort
vivementjuſques dans le Défilé. Ils
demeurerent en bataille ſur ce Défilé
, qui est le Ruiſſeau dontje viens
de parler , & qu'on paffe pourtant
en beaucoup d'endroits à droit & à
gauche. Nos cent cinquante Chevaux
ayant repaffé un peu en defordre,
les Ennemis paſſerent confufément
GALANT .
163
ment ſur la gauche de nos Eſcadrons .
La veuë des Tentes qu'ils découvrirent
à une bonne portée de Canon ,
les effraya. Ils voyoient noſtre Armée
qu'ils croyoient au dela du Rhin,
& ils estoient à deux lieuës de la
leur ſans eſtre ſoûtenus. Cependant
comme dans ce moment ils n'avoient
affaire qu'à nos quatre Eſcadrons,
qu'ils estoient quatre contreun,
& que c'eſtoit l'élite de leurs Troupes
, principalement cette Gendarmerie
Lorraine , preſque toute compoſée
d'Officiers , ils réſolurent de
ne s'en pas retourner fans rien faire ,
& de batre nos quatre Efcadrons ,
au hazard d'attirer toute noſtre Armée
fur eux. Leur grand nombre
fut cauſe qu'ils en prirent quelquesuns
en teſte , en flanc & en queuë.
Celuy de Comminges ayant fon Co.
lonel en teſte , fit des choſes ſurprenantes.
Celuy de Montaugé le ſeconda
avec beaucoup de vigueur ,
& fut mené à la charge par M de
Mau164
MERCURE
Maurevert , qui ſe trouva dans tous
les endroits périlleux , & anima les
Troupes avec une intrépidité incroyable.
Mª de Comminges a donné
dans cette occafion de grandes marques
de valeur & de conduite. M' le
Chevalier de Comminges ſon Frere ,
Capitaine dans le meſme Regiment
, y a eſté tué , ainſi que M
le Chevalier de Vaucocour. M² de
la Bertiere Capitaine dans le meſme
Corps , fit tout ce qu'on peut faire
pour ſe ſignaler , & M² Olier
fut bleffé à mort , pris & dégagé.
On prit & reprit les Etendarts,
& M'le Marquis de Comminges
ayant perdu ſes Timballes , les alla
retirer ſoûtenu de vingt Cavaliers.
Les Ennemis voyant venir de loin
toutes les Troupes , fe fauverent du
coſté de leur Camp. Ce ne fut pas
ſans avoir encor plus perdu que nous.
On leur prit plus de trente Gardes
&Chevaux-Legers. Lejeune Comte
de Ligneville fut fait priſonnier avec
trois
GALANT.
165
trois des principaux Officiers. On
eut nouvelle peu de temps apres que
le Chaſteau de Rotelin s'eſtoit rendu
apres avoir eſſuyé quatre volées
de Canon, &que la Garniſon eſtoit
priſonniere de guerre. On vint auſſi
donner avis à Mele Marefchal que
le Camp volant du Comte de Staremberg
eſtoit arrivé ſous Rhinfeld,
&que M' de Choiſeüil eſtoit campé
fur la Hauteur vis à-vis de cettePlace
, d'où les Ennemis luy tiroient
force coups de Canon inutilement.
Tant de choſes conſidérables ſe ſont
paffées devant Rhinfeld , que pour
vous les faire lire avec plus de plaiſır,
il est bon de vous en faire voir la
ſituation. Examinez la dans le Porfil
que je vous envoye , & conſidérez
le Pont où s'eſt fait tantde carnage.
Peut-eſtre en voyant le Rhin qui
paſſe deſſous , vous repreſenterezvous
les Allemans qui tombent de
dans. Du moins en remarquant que
cette Ville eſt ſituée ſur le bord de
la
166 MERCURE
la Foreſt noire , auffi-bien que celle
dont je vous dois encor faire voir le
Porfil dans cette Lettre , vous connoiſtrez
pourquoyon les a nommées
Villes Foreſtieres. Il eſt ſurprenant
ſans doute que quatre milleHommes
en ayent entierement défait ſept à
huit millebien retranchez , fans qu'il
s'en foit preſque ſauvé aucun ; mais
le Siecle de LOUIS LE GRAND
eſt le Siecle des Prodiges , & il n'y
aplus rien d'incroyable de la valeur
des François. Les belles Relations
que le Public a veuës de cette Action,
m'ont fait croire long temps
que je ne vous en pourrois rien apprendre
que vous ne ſceuffiez . Cependantj'en
ay recueilly toutes les
particularitez avec tant deſoin , que
vous trouverez icy beaucoup de choſes
qui pourront eftre nouvelles pour
vous. M le Comte de Choifeüil&
M' le Marquis de Bouflairs , furent
détachez de l'Armée avec un Corps
de Troupes dés le 26. deJuin , pour
aller
GALANT.
167
aller occuper les Paſſages qui ſontdu
coſté de Rhinfeld. Ils ſe ſaiſirent à
leur arrivée de ceux de la Horn , &
des Forts qui le gardoient , & vinrent
juſques à Rhinfeld , où le Comte
de Staremberg arriva le lendemain
avec un grand Corps de Troupes
pour s'oppoſer à leurs entrepriſes.
Il venoitdes Montagnes noires,
où il avoit brûlé les Poſtes que M
deBouflairs y avoit abandonnez pour
venir joindre M. de Choiſeüil. Le
3. de ce mois ils reçeurent ordre
l'un& l'autre de M le Mareſchal
de Créquy de s'approcher juſqu'à
Horn . M le Mareſchal s'eſtoit en
meſme temps avancé avec toute fon
Armée ſur les Hauteurs de Rotelin ,
àune lieuë de ce Fort dont on s'eftoit
rendu maiſtre depuis troisjours,
auſſi -bien quede celuyde Brombac.
Le Comte de Staremberg avoit ſon
Campà la teſte duPont de Rhinfeld,
ſous leCanon dela Ville. Il fit paffer
une partie de ſes Troupes de l'autre
cofté
168 MERCURE
coſté du Rhin , ſur l'avis qu'il eut
que M'le Mareſchal s'avançoit , afin
de faire paffer le reſte avec moins
de confufion ; mais la marche en
arriere de M. de Choiſeüil luy ayant
fait croire le contraire , il fit repaffer
en deça toute ſon Infanterie , ſe contentant
de la faire retrancher à la teſte
du Pont pour plus grande ſeûreté ,
tenant auſſi dehors une partie de ſa
Cavalerieà la faveur du Retranchement.
M' le Mareſchal ayant eſté
averty de cette diſpoſition , crût
qu'il les pouvoit attaquer avec fuccés
, & dans ce deſſein il arriva le 6.
de bon matin au Camp de M' de
Choifeüil. Il ſe mit à la teſte de fes
Troupes , dont il ordonna la marche,
&qu'il fit ſuivre par un Corps affez
conſidérable commandé par M' de
Joyeuſe Lieutenant General. Il fit
environ une lieuë avant que d'eftre
averty que dix Eſcadrons des Ennemis
paroiſſoient. Il les fit charger
apres qu'on eut reconnu la fituation
des
GALANT .
169
des lieux. Ils ſe retrouverent pluſieurs
fois à la faveur d'un Païs affez
coupé , & ayant fait ferme à tous les
Défilez , ils ſe retirerent en Gens
de guerre juſques ſous leurs Retranchemens
à la teſte du Pont de Rhinfeld
où estoit leur Infanterie. Ces
diférentes rencontres cauferentquelques
eſcarmouches , & donnerent
lieu à pluſieurs Actions affez vigoureuſes
, où les Troupes du Roy firent
tout ce qu'on pouvoit attendre
d'elles. Apres cela , M'le Mareſchal
ne fongea plus qu'à executer le
deſſein qu'il avoit de faire attaquer
les Ennemis dés que ſon Infanterie ,
qui avoit eſté obligée de faire un
affez grand tour , ſeroit arrivée. Il.
avoit fait reconnoiſtre les forces de
leurs Retranchemens qui estoient
tresgrands , & bordez par tout d'Infanterie.
On voyoit paroiſtre au de
vant dix-sept ou dix-huit Troupes
de Cavaleric. Cependant toute celle
de M de Choiſeüil doubloit& fe
Juillet.
H met170
MERCURE
mettoit en bataille ſur un Terrain
affez avantageux qui regardoit de
front le Retranchement des Ennemis.
Les Dragons de Liſtenay ayant
M' le Comte de Teſſé à leur teſte ,
tenoient la droite de la Cavalerie ;
& ceux du Roy qui ne faiſoïent que
d'arriver à cauſe d'un grand tour
qu'ils avoient pris , furent poſtez à
la gauche , les Dragons de la Reyne
derriere eux. On vit alors que la Cavalerie
ennemie commençoit àſe retirer
, & que la teſte de noſtre Infanterie
eſtoit encor loin. Cela donna
lieu à Mr le Mareſchal de faire
mettre pied à terre aux Dragons du
Roy,dont il fit un Détachement pour
refferrer quelques Poſtes avantageux
des Impériaux. Ces Dragons foûtenus
de tout le Regiment, & de celuy
de la Reyne , ne furent guéres
de temps à ſe rendre au Retranchement
, malgré le grand feu des Ennemis
. M' de Bouflairs ſe mit à leur
tefte. Les Dragons de Liſtenay qui
remar!
ALANT . 171
remarquerent les mouvemens de
ceux du Roy , s'avancerent auſſi jufqu'au
meſme Retranchement. Ils
donnerent conjointement les uns à
la droite , les autres à la gauche , &
en éloignerent bientoſt les Ennemis
qui venoient pardevant au grand
trot. Ils ſe mirent à fuir droit à leur
Pont afin d'entrer dans la Ville. Les
Dragons du Roy ſe ſaiſirent des Retranchemens
. Ceux de la Reyne les
ſuivoient ; & ceux de Liſtenayy entrerent
de l'autre coſté. M'leComte
de Schomberg eſtoit à leur teſte.
En peu de temps on avança juſqu'au
Pont , où la grande quantité de
Morts , de Mourans , de Bleſſez ,
de Chevaux , & d'Armes , empeſcherent
de paffer. Le jeune Prince
de Bade y fut tué , &la plupart furent
paffez au fil de l'Epée , ou renverſez
dans le Rhin. Quelques-uns
des Ennemis voulurent paſſer par
defſſus les Morts pour ſe ſauver dans
laVille , mais il en échapa fort peu
H2 au
! MERCURE
172
au feu continuel des Noftres qui les
ſuivoient de ſi pres , qui ſans ladiligence
du Gouverneur à faire hauffer
le Pont-levis , or ſeroit entré dans
la Ville avec les Fuyards. M de
Bouflairs mit pied à terre ſur le Pont
àla tefte de ſon Regiment , & s'approcha
fort du Pont-levis , ſur le
bord duquel un Cornete de fon Regiment
eut l'avantage de planter ſon
Etendart. Ily fut bleſſé. Onvit dans
leméme temps preſque tous les Etendarts
des Dragons du Roy, de la
Reyne , & de Liſtenay , plantez fur
ce Pont. On chercha à s'y retrancher
pour eſtre à couvert de la Mouſqueterie&
du Canon de laVille , où il
n'eſtoit plus poſſible d'entrer. On fe
fervit d'abord pour cela des Corps
morts , & en ſuite de Tonneaux
pleins deterre. Les Ennemis les rendirent
en peu detemps inutiles , par
lefeuqu'ils mirent à leur Pont , pour
nenousy pas laiſſer retrancher.Comme
on vit qu'il ſe conſumoit entiereGALANT.
173
rement, on fut obligé d'en ſortir ;
ce qu'on ne fit pas fans beaucoup de
peine , à cauſe de la quantité de
Morts& deMourans qui occupoient
les paſſages . On prit trois Pieces de
Canon aux Impériaux preſque à la
portée de la Ville , où ils tâchoient
deles remener. On enjettadeux dans
le Rhin. Le Comte de Staremberg
qui commandoit en cette occafion ,
fut bleffé à mort. On ne peut dire
juſqu'où a eſté leur perte. Ondécouvre
tous les jours qu'elle eſt plus
grandequ'on ne l'avoit crû. Le nombre
des Tuez , des Noyez , & des
Priſonniers , furpaſſe la moitié des
Troupes qu'ils avoient devant leur
Pont , & le reſte eſtant bleffé , ou
ayant deferté , on peut dire que la
perted'uneBataille genérale n'auroit
pas efté ſi conſidérable pour eux.
Cette Défaite leur couſte leur meilleure
Infanterie , & cela n'eſt pas
difficile à croire , puis que la Porte
de la Ville luy fut fermée. LeGou-
H 3
ver174
MERCURE
verneur fut tué en faiſant hauſſer le
Pont- levis. Tout cela ſe paſſa à la
veuë de Mr le Mareſchal de Créquy
, qui partit auſſi- toſt pour s'en
retourner à fon Armée à cinq lieuës
de la. Il laiſſa Mª de Joyeuſe avec ſon
Détachement , campé ſur le lieu ,
& ordonna à M" de Choiſeüil & de
Bouflairs , de s'avancer juſqu'à la
Commanderie de Peken , pour s'en
faifir; ce qui fut fait auffi-toſt par
M' de Monperoux Brigadier d'Infanterie.
Nous n'avons preſqueperdu
perſonne dans cette Attaque. M
d'Oſſonville Aide de Camp de Mr le
Mareſchal de Créquy, a eſté bleſſé
à mort , & un autre Aide de Camp
tué , avec un Page deM' le Mareſchal.
Un Aide deCamp&un Page
de M' de Bouflairs , ont eu chacun
un Cheval tué ſous eux , & un de
ſes Gardes a eſté tué derriere luy.
Onne ſçauroit donner trop de loüanges
à M les Marquis de Créquy &
de Montrevel , & à Male Comte de
Schom
GALANT . 175
Schomberg. Toutes les Relations
parlent d'eux d'une maniere qui fait
voir qu'on eft perfuadé de ce qu'ils
ont fait. Mrs les Marquis de Vaſſé
&du Chatelet ſe ſont auſſi ſignalez .
Le premiera eſté bleſſé legérement.
Le jeune Colonel de Liſtenay a fait
des merveilles , auſſi-bien que M' de
Givry , à la teſte des Dragons , &
M'de Lanſon. Mrs d'Enonville Freres
, ont fait paroiſtre beaucoup de
vigueur. Celuy qui eſt Meſtre de
Camp du Regiment de la Reyne ,
a eu une grande contufion. M du
Son Major de Dragons , M" de la
Vie, Baudot , Dorge , & le Chevalier
de la Mare , tous Officiers
de Dragons , ont acquis beaucoup
de gloire. M' Baudot a eſté bleſſéde
deux coups d'Epée , M' Dorge tué ,
& M le Chevalier de la Mare blefſé.
Ce dernier ſe meſla parmy les
Ennemis , & fut deux fois prifonnier.
M² de la Potartiere Cornete de
M'le Comte de Teffé , a eſté bleſſé
H 4
de
176
MERCURE
de deux coups . M' de Chermont
Volontaire , s'eſt fait diftinguer. M
le Marquis de Vaucocour Capitaine
dans Comminge , ayant eſté commandé
avec cinquante Maiſtres par
M' le Mareſchal de Créquy pour aller
reconnoiſtre la Place , il en approcha
à la portée du Mouſquet , &
eut fon Cheval tué ſous luy. Ils'eftoit
ſignalé quelques jours auparavant
dans l'Action dont je vous ay
déja parlé Ce fut dans cette premiere
occaſion que M' le Chevalier
de Vaucocour fon Frere , Cornete
dans ſa Compagnie , fut tué en défendant
ſon Etendart. Il n'avoit encor
que 15. ans. C'eſt le troiſiéme
de ſes Freres mort dans le ſervice depuis
les trois dernieres Campagnes.
Ils font d'une des plus anciennes Familles
de Périgord , & qui s'est fait
remarquer depuis 500. ans par les
ſervices qu'elle a rendus à nos Roys .
Leur Pere embraſſa la profeſſion des
Armes dés l'âge de 16. ans , & a
efté
GALANT .
177
eſté Mareſchal de Camp. Je ne doy
pas finir cet Article ſans vous parler
de M' le Comte de Teffé Brigadier
de Dragons , puis qu'une bonne partie
de cette Action a roulé ſur luy.
Il entra dans le Retranchement malgré
le feu violent & continuel des
Ennemis , & ce fut luy qui fit le
premier un Retranchement au bout
du Pont. Mr de Créquy avoit tant
de confiance en ſon courage & en
ſa conduite , qu'il remit à ſa diſcretion
d'agir pour ſe rendre maiſtre de
l'autre bout. l'Entrepriſe luy réüſſit .
Il fut legérement bleffé d'un coup
de Pique à la lévre. M'le Chevalier
de Teilé fon Frere a auſſi donné des
marques d'une intrépidité inconcevable.
Les Retranchemens qui eftoient
en deça du Pont ayant eſté
forcez , il ſe jetta le premier dans la
Barriere , & l'ouvrit , quoy qu'elle
fuſt défenduë par plus de huit cens
Hommes , & par deux Pieces de Canon.
Ily reçeut un coup de Mouf-
Η 5 • quet
178 MERCURE
quet au travers de la cuiffe. Comme
je croy devoir rendre juſtice aux
Corps , auffi-bien qu'aux Particuliers
, voicy ceux qui n'ont point
eſté nommez dans cette Relation ;
La Brigade de Cavalerie de la Rocque,
la Brigade d'Auvergne , &
celles de Picardie , de Bertillac , &
de Vivans , avec un Détachement
du Regiment de la Reyne , & cinquante
Carabiniers des Gardes du
Corps. Il ſuffit de nommer ces Troupes
, pour dire qu'elles ſe ſont ſignalées.
Quatremille Hommes n'en ba- .
tent point huit dans de bons Retranchemens,
fans une bravoure extraordinaire.
Je paſſe aux ſuites de cette
Action. Le 8. on marcha juſqu'à
Sekingen , qui eſt une des quatre
Villes Foreſtieres en remontant le
Rhin. Elle prit le party de ſe rendre
à l'arrivée de Mr de Choiſeüil
&de Bouflairs. La terreur fut fi genérale
parmy les Bourgeois , qu'ils
l'abandonnerent avec la Garnifon ,
&mipag.
179
SEKINGEN.
Le Rhin fleuve.
AF

GALANT.
179
&mirent le feu à leur Pont en ſe
retirant. Le vent le porta dans toute
la Ville , où l'incendie nous empeſcha
de laiffer Garniſon. Elle effuya
tous les malheurs d'une Place
priſe d'aſſaut. Toutes les Maiſons
furent confumées , fans qu'il fuſt
poſſiblede l'empeſcher . Vous pouvez
examiner cette Ville dans la Planche
qui la repreſente. Je vous l'envoye.
Vous jugerez aiſément en la
voyant , que ſa perte doit eſtre ſenſible
aux Impériaux. Voila les fruits
de la Guerre. Il n'apas tenu auRoy
que tant de ſang & de beaux Edifices
n'ayent eſté épargnez. Le Vainqueur
offre la Paix ; & celuy qui eft
réduit à ſe défendre , la refuſe. La
choſe eſt aſſez nouvelle , mais elle
ne doit pas ſurprendre, puis que ce
n'eſt pas d'aujourd'huy que les intéreſts
particuliers dequelques Princes
font ſoufrir des Peuples entiers.
Les Villes Foreſtieres s'en ſont ſenties
, & la nuit du 8. au 9. on fit
H 6 jet
180 MERCURE
jetter dans Rhinfeld quantité de
Bombes quiy mirent le feu en divers
endroits . La meſme nuit pluſieurs
Nageurs du Regiment de Roüergue
paſſerent de l'autre coſté du Rhin ,
&malgré le feu des Ennemis , couperent
les cables de dix ou douze
grands Bateaux qu'ils laiſſferent aller
au courant de l'eau . Le débordement
du Rhin , dont la rapidité eft connuë
, nous a empeſchez de faire un
Pont , & a ſauvé cette Place. Je n'ay
plus à vous parler que d'une Action,
c'eſt la quatriéme depuis un Mois .
Ce n'eſt pas trop pour des François
dans la mesme Armée. Ce que j'ay
à vous en dire , ne c'eſt point fait
aupres d'Offenbourg , comme les
Relations publiques l'ont marqué.
C'eſt aſſurément une faute d'impreffion
qui s'y eft gliffée. J'ay crû vous
en devoir avertir , afin que vous ne
foyez pas ſurpriſe ſi je vous parle
de Lauffenbourg , & non d'Offenbourg
, qui eſt àplus de trente lieuës
de
GALANT .
181
de l'endroit où cette derniere Action
s'eſt paffée . En voicy les particularitez.
Me de Créquy ayant demeuré
trois jours dans ſon Camp pres de
Bafle , eut avis que les Ennemis faifoientmarcher
leurs Bagages. Il ſçeut
en ſuite que trois jours apres ils avoient
tenù la meſme route par une
Vallée qui entre dans la Swabe , &
va ſe rendre à Neuſtat. Tous les Prifonniers
l'aſſurerent que le Prince
Charles prenoit ce chemin pour aller
à Lauffenbourg , & nous défendre
l'entrée de ce Païs-là. Mr le Mareſchal
ayant laiſſé quelques Troupes
pour la garde du Pont du
Rhin , marcha avec la Brigade des
Gardes du Corps , mille Grenadiers,
& les trois Regimens de Dragons.
On n'eut pas marché deux heures ,
que l'on apperçeut des Tentes fur
une Hauteur. M'le Marquis de
Créquy pouſſa une Garde avancée,
dont on fit des Prifonniers qui dirent
que ce Camp eſtoit compoſé
H7
des
182 MERCURE
des Regimens de Mercy , de Rozieres
, de Harant , & de Caprara ,
avec les Dragons de Chavagnac. Ils
eſtoient poſtez fort avantageuſement,
ayant le Rhin à leur gauche , & les
Montagnes qui ferrent d'aſſez pres
ce Fleuve , à leur droite , avec un
grand Retranchement devant eux ,
fait depuis long temps par des Pаї-
fans. M'le Marefchal réſolut cependant
de les attaquer , mais ils ne
l'attendirent pas ; & comme ils décamperent
fort viſte , & qu'on ne
pouvoit aller à eux que par un Défilé
, on ne joignit leur Arrieregarde
qu'à un Village où paſſoit un
Ruiſſeau affez difficile , qui avoit
un Pont. Les Dragons mirent pied
à terre de l'autre coſté , & firent un
tres-grand feu fur ce qu'ils virent
paroiſtre. Pluſieurs Fuyards ſe jetterent
dans le Ruiſſeau , & leur déroute
fut grande. On n'en a point
eu ledétail, parce qu'on ne demeura
point ſur le lieu pour examiner
leur
GALANT .
183
.
,
leur perte. M'le Mareſchal ayant appris
que ces Troupes eſtoient foûtenuës
pardix autres Regimens qui venoient
d'arriver à Lauffenbourg, où
leur Camp fut apperçeu , ne jugea
point àpropos de les pourſuivre. M
de Ranes s'avança un peu trop , &
futtuédans le temps que M le Duc
de la Ferté luy portoir l'ordre de ſe
retirer. Il eſtoit Lieutenant General
& Colonel des Dragons . Sa
mort laiſſe beaucoup de deſolation
dans ſa Famille , qui est tres-confidérable,
& on ne le regrete pas
moins à la Cour que dans l'Armée.
Il avoit eſté Cornete des Chevaux-
Legers de la Garde , & Gouverneur
d'Alençon. M le Comte de Teſſé
fut bleſſé dans le meſme temps d'un
coupqui luy traverſe la cuiffe. M'de
la Mote Exempt des Gardes, répondit
à l'opinion qu'il avoit fait concevoir
de fa bravoure. Il commandoit
un Détachement de cinquante
Carabiniers; & la maniere vigoureu184
MERCURE
reuſe dont on le vit agir à leur teſte
, luy attira beaucoup de loüanges
de M'le Mareſchal. Nous ne
perdîmes pas fix Perſonnes dans cette
Attaque ; & comme nous ne pouvons
ſçavoir la perte des Ennemis
que par eux-meſmes , je croy qu'ils
ne feront pas de fi bonne-foy que
nous là-deſſus; mais au moins ils
ne ſçauroient nier que nous ne vivions
à leurs deſpens , & fur leurs
Terres en Allemagne , en Catalogne
, & Flandres , & qu'ils n'ayent
ſeuls beſoin du repos que le Roy
veut bien donner à l'Europe.
Monfieur le Duc de Saint Aignan
eſt Autheur de la premiere des Enigmes
du dernier Mois. Le vray
Mot en a efté trouvé par M Giffon
, de l'Académie Royale d'Arles
, qui en a donné l'Explication
qui fuit. Il eſtoit bien juſte qu'un
Membre de cet İlluftre Corps refléchiſt
ſur l'Ouvrage de fon Protecteur.
Ala
GALANT .
185
A la corde d'un Puits deux Seaux qui ſont
pendus ,
Sont ces Voiſins qui se font niche.
Le Seau vuide est le pauvre, & le plein eſt
le riche.
Par tout le monde ils font & pleins & répandus
,
Aux Sceaux de la Chancellerie,
Par un destin fortuné
Le mesme nom est donné ;
Mais ceux de la Ménagerie
Au fonds d'un Puits fombrementſont nichez ,
Et n'en font jamais arrachez
Que force eau n'en degoute , & c'eſtleur
pleurerie.
Sans faire aucun naufrage ils plongent dans
le Puits.
Ils n'ont ny pieds , ny bras , ny teste ,
Et dans le Puits fur tout de l'Hostel où je
fuis ,
Dés qu'un Voisin a fait, l'autre à puiſſer s'aprefte.
Ceux qui ont trouvé ce meſme
Mot du Seau , font Mrs le Comte
de la Coſiere ; Du Breüil, de Paris ;
De Chantoiſeau ; Aubin ; Teſmier ,
Subſtitut du Procureur du Roy à la
Rochelle , Cohon ; Foyneau , Sous-
Chan186
MERCURE
Chantre de Vannes ; L'Ultramontin
; L'Anonyme , de Roüen ; Drofny
; Fontenay ; Madame la Marquiſe
de Chabrillan ; Madame du
Clos-le-Roy , de Sens ; Meſdemoiſelles
Urſule , de Mante ; Ragueneau
, de Bordeaux ; & Penavaly ,
de Breſt en Bretagne ; Le beau Tenébreux
; L'Invisible ; L'Italien ,
de la RuëQuinquempoix ; Monhumeur
plaiſt , mais elle enteſte ; Sans
vous je n'aime rien ; Les Fauvetes
à teſte noire de Clignancour ; La
jeune Blanchiſſeuſe du Port de Neüilly
; La Societé Cloiſtrée de Paris
; La Belle mélancolique ; L'Enjoüée
; La belle N. P. de la Ruë Grenier
S. Lazare ; & M" l'Abbé Defgres
, proche Caën , & de BollainCapitaine
dans Picardie. Ces trois derniers
en ont envoyé l'Explication
en Vers .
Vous trouverez celle de la ſeconde
Enigme dans ce Madrigal.
SaGALANT
. 187
1
Sacré Lit où naiſſent nos Loix ,
Autel au pied de qui tremble toute la Terre ,
D'où contre les Méchans ſe lance le Tonnerre ,
Trône , où l'on voit briller le plus grandde
nos Roys ,
Que vous estes auguſte ,
Eſtant remply par un Prince ſojuſte,
Et qui par ſa ſageſſe &ſes travaux divers
Mérite de remplir celuy de l'Univers.
Cette meſmeEnigmea eſté expli-.
quée ſur le Trône, qui eſt le vray
Mot , par M Neveu Desbourrée ,
du Carfour S. Barthelemy ; Foreſt ,
deBeauvais ; Laffon le jeune, Medecin
de Châlons en Champagne ;
Mª Jourdan de la Salle , Chanoine
de Troyes ; Geoffroy lejeune ; Berthon
, Chanoine de laCathédrale de
Rhelounac en Velay ; de la Barre ,
de Roüen ; Beroult , Medecin de
Conches, Leſcarde; Voiſvenel; de
Vaudrival , Bailly de S. Valery ;
Bonnet de Vaux & de Silvecane Fils
(ces deux derniers en Vers; ) Madame
la Comteſſe de S. Pol ; Mademoi188
MERCURE
moiſelle de Quenet ; Meleagre ; Le
Celeste Allobroge ; & l'Amante
def- intéreſſée , de Montauban .
Ceux qui ont expliqué les deux ,
font M " Giffon ; Germain , Preſtre
de Caen , en Vers ; Rouſſel , Aumofnier
ordinaire du Roy ; De la
Barre , S du Pleſſis , Conſeiller à
Chinon ; Miconet , Avocat à Châ
lons ſur Saône ; Nicolaïf Nippuoh ;
Le Chevalier de Marles ; Roland ,
Avocat à Rheims ; De la Croiſiere ,
de Chauny en Picardie ; Lagrené
de Urilly; Meſdemoiselles Laurens
lajeune de Roüen ; Andry de l'Iſle ;
De la Foffe , de Chinon ; La Salamandre
en liberté ; Un Chanoine
de S. Victor ; La belle Voix du
Quartier S. Sauveur & les trois Matadors.
Pluſieurs ont expliqué le Trône
fur la Monnoye, l'Hermine , le Carreau
à s'agenoüiller , Por, le Sceptre , & la
Couronne.
Les divers Mots qui ont eſté donnez
GALANT.
189
nez au Seau , font , un Vaiſſeau , une
Ligne à peſcher , un Glaçon , l'Huiſtre
à l'Ecaille , unTonneau, une Bouteille
de Vin , un Flacon , lefonc , un
Gouvernail , la Boule , & la Lampe.
Voicy deux nouvelles Enigmes.
M' Gardien Secretaire du Roy , a
fait la premiere. L'autre eſt d'une
Perſonne de qualité.
ENIGME.
Avec une teste afſſez groſſe ,
D'un pied je me tiens fans effort.
Bien que petit de taille , & rien moins qu'un
Coloffe ,
Fay quelquefois terraſſsé le plus fort.
Quoy que je fois dans l'impuiſſance
De faire un seul pas pour marcher ,
Je viens pourtant toûjours en grande diligencé ;
Mais qui me veut , peut me venir chercher .
De tels dont j'estois les delices ,
Et qui m'avoient ouvert leur coeur ,
Je n'ay que trop ſouvent fait de grands facrifices
,
Pour m'avoir pris dans ma mauvaiſe humeur.
Cher190
MERCURE
Cherchez ; tâchez de me comprendre ;
Mais quand vous m'aurez deviné ,
Ames Freres bastarde gardez de vous méprendre,
C'est un coup feûr d'en eſtre aſſaſſiné.
AUTRE ENIGΜΕ.
ON me voit mille fois renaiſtre pour mourir ;
Mais admirez mon forť ,
Celuy que je fais vivre Eſt celuy qui me fait
périr ;
Et celuy qui me livre
A ce Dénaturé qui me prive du jour .
Afa Philis fans moy feroit fort mal fa cour.
Chez quelques Gens pourtantje deviens grande&
belle ,
Et je profiteà tout moment.
Il n'en est pas ainſt quand je ſuis en Ruelle,
Ma grandeur en ce lieu déplaiſt infiniment.
Ces diférentes Explications ont
eſté données à l'Enigme d'Antée&
d'Hercule. Meſſieurs Giffon , &
Poulain Armateur de la Ciutat , la
Paix Generale ; Deſnots , Rouffel , &
l'Abbé Deſgres , les Victoires du Roy
fur les Ennemis ; Miconet , & Geoffroy
le jeune , la Guerre étoufée par
Sa
GALANT. 191
Sa Majesté ; De Chantoiſeau, laHollande
ſe jettant dans les bras du Roy;
De la Gueriniere , & le Brun , de
Lyon , la Poudre ; Betuland , de
Rafens ; De Villefroy , de Soiffons
; Mademoiselle de la Salle ,
de Blois ; & M² de C.N.Τ.Ν.Ι.
la Mine ; L'Abbé Planeau , & le
Chevalier de Clairville , la Fuſée ;
Cohon , le Tonnerre ; De la Barre ,
S du Pleſſis ; Nicolaif Nippuoh ;
| Le Chevalier de la Heronne, & la
Salamandre en liberté , le Jet d'Eau;
Boudet , Conſeiller du Roy , &
Commiſſaire pour les Dépeſches, un
Chanoine de S. Victor , & la Belle
Solitaire de l'Iſtme , le Soleil & la
Nuée ; Charmoluë , Doyen de S.
Clement de Compiegne , Devenval;
Le Brave Ardennois , La ſpirituelle
Mélancolique , & l'Anonime de
Roüen , l'Exhalaiſon ou vapeur de la
Tcrre diſſipée par le Soleil ; Beroult &
Roland , un Arbre arraché de terre
par le vent ; Garreau , le Poiffon for
tant
192
MERCURE
tant de l'eau ; Pantot , Medecin à
Lyon , le Triomphe de la Raiſon ſur les
Paſſions humaines ; Bonnet de Vaux,
le Poëme Epique ; De l'Arbriffeau &
le faux Criſante , le Balon ; Neveu
Desbourrée , l'Alambic ; Des Bois ,
la Greffe ; Robert , de Châlons en
Champagne , un Prefſſoir ; La Croifiere
, une Fleur cueillie ; Derard , une
Pompe à tirer de l'eau ; Berthon Chanoine
, la Fontaine ; Rault , de
Roüen , le Malcaduc , en Vers ;
Meſdemoiſelles Mercés l'aiſnée , &
Odinet, l'Air ; Vetonneau, de Blois,
P'Eau forte ; Urſule , de Mante , le
Carcan ; Le Contemplatif , & le Solitaire
de l'Oratoire , la Vertu triomphante
du Vice ; Le Solitaire dePontoiſe
, la Grace victoriense , en Vers;
Juvenal le Cadet , le Chardon qui
Suffoque le Bled; Linus , Berger de
Loches , un Joüeur de Muſete ; Le
beau Tenébreux , Le petit Bon de
la Bonne , & Mon humeur plaiſt ,
mais elle enteſte , le Feu , ou la Bombe;
GALANT . 193
be; Lifandre , le Cachet , en Vers ;
La belle Voix du Quartier S. Sauveur
, le Paveur , ou le Bucheron .
M" Laffon le jeune , & du Mont
Avocat à Chaumont , en ont trouvé
le vray ſens , en l'expliquant fur
l'Ayman . Hercule eut la force d'en
lever Antée en l'air malgré ſes quarante
coudées de hauteur. Rien ne
repreſente mieux celle de l'Ayman
qui attire le Fer , quoy que lourd.
Le Fer naiſt dans les entrailles de la
Terre , & Antée en estoit le Fils.
La victoire d'Hercule qui l'étoufa ,
n'eſt point icy à confidérer, mais la
ſeule action repreſentée dans le Tableau,
qui eſt, d'Antée tenu en l'air
par Hercule.
Il s'agit preſentement de ſçavoir
ce que veut dire le Serpent d'Epidaure
que je vous envoye. Les Romains
eſtant affligez de peſte , députerent
à Epidaure pour implorer le
fecours d'Efculape, honoré finguliérement
dans un Temple de cette
Fuillet. Ville.
LE SERPENT D'EPIDAVRE ENIGME.
GALANT.
195
Ville. Les Ambaſſadeurs y ayant eſté
conduits , Efculape parut ſous la figure
d'un Serpent qui ſe gliſſa dans
leur Vaiſſeau . Il fut mené & reçeu
àRome avec une pompe& unejoye
extraordinaire , allant par les Ruës,
&guériſſant par tout les Malades.
Tout cela est repreſenté dans ceTableau.
Les Magiſtrats qui luyjettent
des fleurs , marquent lapompe de ſa
reception. Les Mimes , Pantomimes
, & autres Joueurs d'Inſtrumens
, font connoiſtre lajoye qu'on
eut de ſon arrivée , & les Malades
vous font figurez par ces Languiſſans
couchez par terre.
Il s'eft fait un Mariage à S. Germain
, que je ne vous puis laiſſer
ignorer. M Courtin , Seigneur du
Saufſoy , Ecuyer du Roy , y époufa
ces jours paffez Mademoiselle de
Kefer, d'une des bonnes Familles de
Gand. Elle a eſté élevée depuis trois
ou quatre ans aupres de Madame de
Monteſpan , où elle a fi bien fait
I 2 con196
MERCURE
connoiſtre ſon mérite , qu'elle en a
acquis l'eſtime & la bienveillance de
toute la Cour. Madame Courtin qui
eft Fille de feu M'de Lafemas , autrefois
Lieutenant Civil , & mort
Doyen des Maiſtres des Requeſtes ,
ayant ſçeu le deffein queM' du Saufſoy
ſon Fils avoit pour cette aimable
Perſonne , entra dans ſes ſentimens,
& M de Granmont Védeau Conſeiller
au Parlement , fut choiſy dans
la Famille pour en aller faire la Demande
, & fuplier en ſuite le Roy
devouloir luyaccorder fon agrément
&ſa ſignature. Il eſt Fils de M' Védeau
, qui s'eſt acquis tant de réputation
dans ce meſme Corps où il
eſtoit Conſeiller , & qui ſoûtint la
qualité de Colonel Géneral de la
Ville avec un éclat extraordinaire ,
quand la Reyne de Suede fit ſon Entrée
à Paris . Cette Commiſſion ne
pouvoit eſtre donnée à une Perſonne
plus capable de s'en bien tirer. Le
prompt ſuccés fit connoiſtre combien
GALANT .
197
bien la Demande de M de Granmont
fut agreable & par elle-mefme,
&lpar la maniere dont elle fut faite.
Il reçeut les congratulations de toute
la Cour, fur ce que le Roy luy fit
l'honneur de luy dire qu'il ſe ſouvenoit
que M' de Védeau ſon Pere ,
mort depuis vingt ans, avoit eſté
l'un des trois Colonels de Paris qui
l'eſtoient venus conjurer d'y rentrer
apres l'affaire des Baricades , & qu'il
l'avoit bien fervy. On peut connoiftre
par là que le temps n'oſte point
de la memoire de ce grand Monarque
, ceux qui s'acquitant de leur devoir
avec zele. La Mariée & les Dames
de la Nôce , qui estoient Madame
Courtin , Madame de Granmont,
& Mademoiselle Courtin , eurent
l'avantage de diſner avec Monfieur
le Duc du Maine & Madame
de Monteſpan , chez Madame de
Monteſpan mefme. Les Hommes
diſnerent chez M du Maine. Les
Mariez furent amenez l'apreſdînée
chez.
د
198 IERCURE
chez M Courtin dans les Carroffes
de ce jeune Prince , par M Lambert
, de la part de Madame de
Monteſpan .
On ne fait que m'avertir preſentementque
dans ma Lettre du Mois
de. Janvier , page 172. j'ay donné
le nom de M' Blanque au Lieutenant
Colonel du Regiment de Roüergue.
Il s'apelle M' Planque. C'eſt
un Gentilhomme de Montpellier ,
conſidérable par ſes ſervices. Il eſt
difficile que je ne tombe ſouvent
dans cette forte de faute , par la
négligence de ceux dont les cara-
Eteres font mal formez dans les noms
propres.
On a pris tant de plaiſirà parler
de la Reception qui a eſté faite à
Caën à Madame la Ducheffe de Tofcane,
que j'en viens de recevoir une
ſeconde Relation meſlée de Vers
& de Profe . Elle est de Mª des Avaris.
Il luy a donné un tour fort
galant ; mais quoy qu'elle foit rem
plic
GALANT.
199
plie de particularitez que vous ne
trouverez point dans ce queje vous
en aydéja dit , j'aurois trop de choſes
à vous repéter , ſi je vous en faifois
encor icy unArticle. La matiere
m'accable toûjours quandje finis .
Monfieur le Mareſchal de Créquy
a remporté de nouveaux avantages
en Allemagne. Meſſieurs les Ducs
de Rohan & de Villars ſe ſont mariez
; & M Defmaretz a eſté choiſy
par le Roy pour remplir la place
d'Intendant des Finances qu'avoit
feu M'Marin. Voila bien des chofes
conſidérables; mais le temps me prefſe
ſi fort , que je ne puis aujourd'huyque
vous en promettre les particularitez
pour le premier Mois. J'y
joindrayune fort agreable Galanterie
qui a pour titre , L'ordre de la liberté
des Coeurs. Je vous ay déja aſſurée
deux fois de la Paix. Cela marque
la bonne-foy de la France. Elle
compte pour fait ce qui eft conclu;
mais les autres Nations qui luy cе-
14 dent
200 MERCURE
dent en tout , veulent encor luy
ceder ſur l'exactitude avec laquelle
elle tient toûjours parole. Lejour
de la conſommation de ce grand Ouvrage
eſtant arrivé , on a demandé
au Roy ce qu'il a promis , ſans
vouloir executer ce qu'on fçait qui
a donné lieu à ſes promeſſes . Il s'eſt
fait des loix à luy-meſme pour faciliter
à ſes Ennemis le repos dont ils
ont beſoin , & ils veulent qu'il s'affujettiſſe
à ces Loix fans entrer dans
les conditions qui les peuvent rendre
valables. Ainſi quand ils manquent
ſeuls de parole , ils tâchent
de faire ſoupçonner la ſincerité des
intentions de Sa Majefté. C'eſt une
injure dont le Roy auroit d'autant
plus de lieu de faire éclater fon refſentiment
, qu'il eſt en état d'agir
par tout , & que les continuels avantages
qu'il remporte en Allemagne ,
luy répondent de tout ce qu'on peut
attendre des Armes. Cependant au
lieu de s'en ſervir , ſa modération
eft
GALANT. 201
eft telle , qu'il ne ſe ſert que de raifons
contre ceux qui cherchent àprévenir
les crédules. Elles font voir
qu'il n'apporte aucun obſtacle à l'exe-
| cution d'un Traité ſi avantageux à
| tous les Peuples , & prouvent qu'en
de pareilles occaſions on n'en a jamais
ufé autrement qu'il fait. Le Mémoire
délivré aux Ambaſſadeurs des
Etats Genéraux , & imprimé à
Paris , explique beaucoup mieux fes
raiſons que je ne pourrois faire. Remarquez
je vous prie une choſe.
VingtPrinces Souverains ne ſongent
qu'à leurs intereſts particuliers , au
lieu de fonger à ceux de l'Europe ,
&le Roy ne s'attache qu'au ſeul repos
de l'Europe , ſans aucun égard
àſes intereſts. Il ne fautpas trop de
penétration d'eſprit pour voir ce qui
arreſte la Paix. Il ya des Princes qui
ne sçauroient commander que pendant
la Guerre , & elle ne sçauroit
trop durer pour eux. Je ſuis
voſtre , &c .
۱
APa-
1
202 MERCURE &C.
A Paris le 31. Juillet 1678 .
Je t'ouvre ma Lettre , pour vous
dire que M' le Mareſchal de Créquy
a pris le Fort de Kiel l'épée à la main,
&s'eft rendu maiſtre du Pont de
Strasbourg.
FIN.
ΟIn donnera un Volume du MercureGalant
, le premier jour de chaque Mois ſans
aucun retardement, & un Extraordinaire tous
les trois Mois.
TABLE des MATIERES
contenuës en ce Voulume.
Avant-Propos ,
Madrigal de Mademoiselle de Scudery,
Autre Madrigal ,
Sonnet de M. l'Abbé Cottin ,
Autre Sonnet ,
Air nouveau ,
I
13
14
15
17
18
Nouvel Etabliſſement de l'Ordre des Chevaliers du
Bon-temps , 19
Enfant porté vingt fiz anspar sa Mere , 39
Stances à Iris, fur le Prodige de l'Enfant petrifié, 47
Reception faite à Dieppe à Madame la Ducheſſe de
Cleveland à son retour d'Angleterre ,
Mort de M. Marin ,
Mort de M. Ronjault ,
Mort de M. d'Apremont ,
49
52
54
55
Mort de M.le Marquis de Chanteranne , ibid.
Son Alteſſe Royale donne à Meſſieurs les Chevaliers
de Beuvron & de Nantouillet la Pension qu'avoit
fenë Madame la Princeſſe de.Monaco , 56
M. de Monthelon fait Compliment à M. le Premier
Preſident , au nom de tous les Avocats , ibid.
Reception faite à Caen à Madame la Grande Duchesse
de Toscane par M. de Matignon , 57
Air nouvean , 72
Entrée de M. l'Ambassadeur de Savoye , ibid.
Suite de la Feſte du Perroquet de Montpellier , 76
Serpent extraordinaire trouvé aux environs du mesme
lieu , 80
Stances à Sylvie , fur les Vers à foye , 83
Air nouveau , 85
- Manufacture des Canons de Fer établie dans le Nivernois
, ibid.
Avanture arrivée aux Tuileries , 88
M. de Saliere est reçen Colonel du Regimentide
Soiffons - Saliere , 94
Reception faite à Madame la Princeſſe d'Epinoy par
M. Bigot en sa Maison de Pincour , 97
Monument d'Amarante , 99
MonTABLE.
Montre qui va un an fans estre montée ,
Requeste à l'Amour,
102
104
Ce qui s'est passé devant Mons , 106
Belle Action de M. de la Mote-Michel , 109
Régale donné aupres die Fort de la Quenoque , III
Lettre en Profe & en Vers à Mad. D. L. S.
113
Mort de M. le Duc d'Orval ,
123
Benediction de Madame l'Abbeſſe de Farmontierfaite
aux Feüillans ,... 126
Le Roy nomme M. le Baron de Quincy & M. dis
Montal , Lieutenans Generaux , 128
Air nouveau ,
131
Autre Air nouveau , ibid.
Procés touchant la caſſation du Testament de Madame
du Puis , 132
M. le Comte des Motes prend poſſeſſion àla Rochelle
de la Charge de Grand Seneschal , 136
Mort de M. le Mareschal de Gramont , 137
Mort de M. Esprit, de l'Académie Françoise, 142
Mort de M. de Lorme Medecin , ibid.
Mort de M. Marlin Curé de S. Eustache , 143
Mariage de M. de Leſſeville , 147
Avanture d'un Cavalier saigné par une Belle , 148
Tout ce qui s'est passé en Allemagne depuis l'ouverture
de la Campagne , 153
Explication de la premiere Enigme en Vers du Mois
de Juin , 185
Noms de ceux qui en ont trouvé le Mot , ibid.
Explication de laseconde Enigme du mefme Mois , 187
Noms de ceux qui ont trouvé le Mot , 188
Divers noms donnez aux deux Enigmes , ibid.
Enigme, 189
Autre Enigme , 190
Diverſes Explications données à l'Enigme d'Hercule
d'Antée, ibid.
Le Serpent d'Epidaure , Enigme , 193
Mariage de M. Courtin , 194
Conclusion, 197
Prise du Fort de Kiel & du Pont de Strasbourg, 201
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

Contrefaçon du Mercure de Paris.

Soumis par lechott le