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LE
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
Contenant tout ce qui s'eſt paſſé
de curieux au Mois de Mars
de l'Année 1678 .
Suivant la Copie imprimée
A PARIS
Au Palais , l'An 1678 .

A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MONSEIGNEUR ,
On se fert du Mercure pour avoir
accés aupres de Vous ; & puis que c'est
un Ouvrage public, il est juste qu'ilfavorise
l'empreſſement que chacun a de
vous y faire sa cour. Ce qu'il a fait
connoiſtre par tout de l'adreſſe merveilleuse
qui vous fait si avantageuſement
réüſſir dans vos Exercices , a donné
l'idée que vous allez voir. On n'a pù
apprendre avec combien de force & de
vigueur vous montez les Chevaux les
plus difficiles à efire domptez , Sans s'imaginer
un juste orgueil dans ces Animaux.
On les a fait parlerfur la gloire
qu'ils ont de ſervir à vous inſtruire,
&par une figure dont l'usage vous est
connu. Voicy, MONSEIGNEUR,
en quels termes ils doivent s'estre expliquez.
* 3 Nous
EPISTRE.
:
Nous ſommes deſtinez pour former un grand
PRINCE
Aporter au Combat de redoutables coups;
Il n'eſt pointde Cheval de Cour ny de Province
,
Qui s'oſe comparer à nous.
Noftrefort eſt ſi beau,qu'aucun fort ne l'égale;
Nous ſommes faits d'un poil & d'un ſang
éprouvé ;
Au celebre Pégaze , au fameux Bucéphale,
Nous ferions quiter le pavé.
Le Pégaze languit aux bords de quelques
Rives ,
Mal propre pour la Gloire , & mal propre
aux Combats ,
Depuis qu'il eſt nourry par neuf Filles oiſives,
C'eſt tout s'il ſçait aller le pas .
L'autre avec ce haut prix où nul ne pût
atteindre ,
N'auroit pû ſoûtenir nos regards courageux:
Pour un fier Animal qui ne dévroit rien
craindre ,
Quelle honte d'eſtre ombrageux :
Exempts de ces defauts , & faits comme
nous ſommes ,
Nous nous reprocherionsdeprendre du repos;
Nous avons épuiſé les ſoins des plus grands
Hommes ,
Pour eſtre dignes d'unHéros.
Qu'il
EPISTRE
Qu'il eſt grand ce Héros ! quoy que bien
jeune encore ,
Il ſçait pournousdomter tout l'art des mieux
appris ;
Nous ſommes bien trompez , ſi ſon Eſprit
ignore
L'art de régner ſur les Eſprits.
Quand nous fautons ſous luyd'une fougueuſe
haleine ,
Nul violent effort ne le peut ébranler ;
Sans menace & fans coups , il nous force,
& nous mene ,
Nous l'entendons à fon parler.
Tout autre en le portant, nous peze & nous
accable ;
Mais les Enfans des Roys ne pezent jamais
trop,
Sous un fardeau ſi cher on eſt infatigable,
Allaſt- on toûjours le galop .
On ſe trouveaniméd'une orgeilleuſe adreſſe,
Quand on porte le Fils d'un Pere triomphant;
Dût Pyrrhus en gronder , chacun de noftre
eſpece
Vaut bien du moins un Eléphant.
S'il le faut couronner du gain d'une Victoire,
A luy bien obeïr nous nous efforcerons ;
Quand il nous montrera le chemin de la
Gloire,
Auſſi- toſt nous l'y porterons.
*
4 Quoy
EPISTRE.
Quoy que ces Vers nesoient pas demoy,
j'ay crû , MONSEIGNEUR , que
vous ne desaprouveriez pas la liberté
que je prens de les faire paroiſtre icy.
Ilsfont une marque de l'admiration que
tout le monde a pour Vous, &je m'en
fais l'interprete avec beaucoup de plaiſtr
pour avoir occafion de vous réiterer les
aſſurances du profond reſpect avec lequeljefuis
,
MONSEIGNEUR ,
Voſtre tres-humble , tresobeïffant
, & tres-fidele
Serviteur , D.
AU LECTEUR.
Leses Vers qui ſervent d'Epiſtre à Monfeigneur
LE DAUPHIN , ont eſté envoyez
de Bordeaux, & font de M' du Matha d'Emery,
Autheur de la Gazette Galante qu'on
a veuë dans le Volume de Fevrier. L'Autheur
du Mercure luy rend icy la juſtice
qui luy eſt deuë , & aſſure qu'il donnera
danspeules choſesqu'il a promiſes dans ſaderniere
Lettre. La matiere de laGuerre l'a mené
fi loin, qu'il n'a pû tenir parole dans celle-
cy. Il prie de nouveau ceux qui luy font
l'honneurde luy écrire, de ne ſepoint plaindrede
ſon filence. Il a tantd'occupationdans
toutes les heures du jour , qu'il doit eſtre
diſpenſé de faireRéponſe. Cetravail demanderoit
plus de temps que le Mercure , tant
il reçoit de Lettres detous coſtez. Les Enigmes
faiſant le divertiſſement de beaucoup de
Compagnies , il ſera obligé à ceux qui les
ayant devinées , en voudront bien garder le
ſecret juſques à la fin du Mois. Ils publient
ce qu'ils ont trouvé , & il ſe pourroit faire
que d'autres ſe ſerviroient de leur ſens pour
l'envoyer à l'Autheur, comme s'ils l'avoient
trouvé eux meſmes. Moins le nombre des
Devineurs ſera grand , plus on aura de plaifir
d'avoir rencontré le Mot. On a déja fait
connoiſtre qu'il y a beaucoup de Lettres &
de Mémoires dont onne ſe ſert point, par-
Ce
AU LECTEUR.
ce qu'eſtant fort difficiles à lire, on n'a pas
le temps de les dechifrer. Il faut prendre
garde ſur tout à bien écrire les Noms propres.
Ce manque de précaution a fait déja
faire beaucoup de plaintes pour des choſes
qu'on a eſté obligé de réparer dans les Volumes
ſuivans.
Quand on a commencé à travailler au
Mercure, non ſeulement les Figures n'y eftoient
point employées , mais on ne paſſoit
point neuf ou dix feüilles d'Impreſſion. Il
vient preſentement des matieres en telle abondance
, qu'on a eſté contraint de le groſſir
de moitié, afin de fatisfaire le Public. Toutes
les choſes qui y ſont gravées eſtant faites
avec tant de précipitation, demandent qu'on
employe beaucoup de Gens & d'Ouvriers
tout-à- la- fois pour le tenir toûjours preſt à
jour nommé. Il eſt impoſſible de retrancher
les feüilles qui le groſſiſſent , à cauſe de
la quantité d'Articles conſidérables dont
l'Autheur est accablé tous les Mois. C'eſt
ce qui le met dans l'impuiſſance de le continuer
le Mois prochain que ſur le pied
de trente fols relié en veau, de vint-cinq
relié en parchemin , & de vingt pris en
blanc chez le Sieur Blageart ſon Imprimeur;
mais il affure que quelque depenſe qu'il y
faſſe à l'avenir , comme il n'épargnera rien
pour donner de plus en plus quelque choſe
de curieux pour les Graveures , il n'en augmentera
jamais le prix , qui n'eſt que fort
médioAU
LECTEUR.
médiocre pour un Livre de cette groſſeur ,
quand meſme il n'y auroitaucune Figure, en
comparaiſon de ce qu'on vend ordinairement
les Livres pour leſquels il a la moitié moins
dedépenſe à faire.
Oncroyoit donner l'Extraordinaire le 15.
d'Avril; mais les Feſtes de Paſques qui approchent
, & qui empeſcheront les Ouvriers de
travailler , font cauſe qu'on le remet au 26.
11 contiendra trois fois autant de matiere
qu'un Volume du Mercure ; & cela ne doit
pas eſtre difficile à croire , puis qu'il ſera &
beaucoup plus gros , & d'un plus petit caractere.
Ony trouvera mille choſes curieuſes,
dont on ne veut point avertir le Lecteur ,
afin qu'il ſoit plus agreablement ſurpris. Ony
verra que la France n'abonde pas moins en
Gens d'Eſprit , qu'elle fait en Braves . Tous
ceux qui ont écrit touchant le Mercure , &
les Ouvrages qu'il a recueillis depuis fon
commencement , y ont intereſt. Le Public
ſera étonné des Figures qu'il y verra , & des
dépenſes extraordinaires qu'on aura faites
pour les y placer. On y trouvera dequoy
s'exercer l'Eſprit avec autant de plaiſir qu'on
s'en faità developer les Enigmes , & on peut
croire par là qu'il y aura beaucoup àprofiter.
Onpromet qu'on y fatisfera entierement ceux
qui preſſent l'Autheur depuis tant de Mois
fur le Chapitre des Modes. On ne ſe contentera
pas d'expliquer en quoy elles confiftent
, on adjoûtera Graveures qui les repre
AU LECTEUR.
preſenteront aux yeux. Enfin ce Livre ſera
galant , curieux , plein d'érudition , profitable
pour former l'Eſprit , utile au Public
par quantité de choſes , & glorieux à la
France. On ne le vendraqu'un Ecu en veau,
cinquante cinq fols en parchemin , & cinquante
en blanc , chez ledit St Blageart.
Quand l'Autheur n'y trouveroit que le
rembourſement de ſes frais , il ſe tient fi
obligé au Public, qu'il veut biencontribuer
de ſes ſoins tous les trois Mois à la fatisfaction
qu'il aura d'apprendre combien les Provinces
renferment de beaux Eſprits qu'il ne connoit
pas.
Pag. 1
MERCURE
GALANT.
ous mes ſoins à m'informer
exactement des Nouvelles ,
ne ſuffiſent point. Il ſe paſſe toûjours
bien des choſes dont je n'ay
point d'aſſez prompts avis pour vous
les pouvoir mander dans le temps.
une Lettre d'obligeans reproches
qu
qu'on m'aporte preſentement , vous
le fera voir. Lifez - la , Madame ,
Elle vous aprendra ce que vous auriez
déja ſçeu , ſije n'avois pas moymeſme
ignoré ce qu'on m'écrit.
POUR
L'AUTHEUR
DU
MERCURE GALANT .
Apparemment , Monfieur , vous n'avez
point de correspondance en Bretagne
, puis que vostre Mercure , dont
Mars.. A tout
2 MERCURE
Il a
tout le monde vous est fi obligé , m
nous a rien dit encor du Mariage
de Mr le Comte de Rieux. Il méritoit
bien d'y avoir place. Le Nom de Rieux
est trop illustre ponr ne vous eftre pas
connu ; & celuy dont je vous parle en
Soûtient la gloire avec des avantages fi
particuliers , que je juge aisément du
plaisir que vous vous feriez fait de luy
rendre la mesme justice que tant d'honnestes
Gens reçoivent de vous.
épousé Mademoiselle de la Fuliennée,
qui est de tres-bonne Maison , & riche
de deux cens mille Ecus. Le Mariage
s'estfait à Rennes , où Madame la Marquiſe
de Coëtlogon est morte depuis peu.
Elle estoit Femme du Marquis de ce
nom, Gouverneur de Rennes, & Lientenant
de Roy en Bretagne. CetteDame
y est fort regretée ; sa pieté , ſa ſageſſe ,
Sa bonté, ne la rendoient pas moins
conſidérable que ſes richeſſes &sa naiffance.
Elle a eu la fatisfaction de voir
avant fa mort tous ſes Enfans tres-bien
établis. M le Marquis fon Fils est
reGALANT.
3
reçen en ſurvivance , & s'est acquis
beaucoup de réputation dans les Armées
de Flandre & d'Allemagne. Mr l'Abbéson
autre Fils , est Docteur de Sorbonne,
& n'a pas moins de pieté que
de science. Le Roy luy a donné l'Ab-
• baye de Begarre. Madame la Comteſſe
de Tournemine-Hunaudois , eſt ſa Fille
aisnée ; & Madame de Cavoye , qui
a esté Fille de la Reyne , est sa cadete.
Elles ſuivent toutes deux les
-Exemples de vertu , que leur a toûjours
donnez Madame leur Mere. Monfieur
P'Evesque de Quimper leur Oncle , eft
Frere de Mr le Marquis de Coëtlogon,
auſſi-bien que le Chevalier qui porte ce
Nom , & qui est Capitaine de Vaiſſeau
à Meffine. Ily a souvent fait parler
de ſa bravoure. On ne s'en étonne point.
Elle est comme naturelle a ceux de cette
Maiſon. Vous voulez bien , Monsieur,
que j'adjoûte icy qu'on a esté surpris
que dans vostre Mercure du Mois
d'Octobre , vous n'ayez fait aucunArticle
des Etats tenus en Bretagne, où
A 2 Mon-
۱
4
MERCURE
Monfieur le Duc de Chaunes a fi bien
fervy le Roy , & confervé les Privileges
de la Province. Tout le monde ſçait
combien il y est respecté&honoré. Cette
Aſſemblée fut un peu moins remplie de
Divertiſſemens qu'à l'ordinaire , à cauſe
de la maladie de Madame la Ducheſſe
de Chaunes , pour laquelle on a
en Bretagne une conſidération tres-particuliere.
Monfieur le Duc de la Trimoüille
préſida à la Nobleſſe avec beaucoup
d'aplaudiſſement. Monfieur l'Evesque
de Saint Brieux y charma par
laforce de fon éloquence , & tenoit une
Table auſſi délicate que magnifique.
Monsieur l'Evesque de Rennes parut
pour la premiere fois dans cette Affemblée,
& mérita l'estime de tout le
monde par ces manieres obligeantes qui
ſemblent attachées à tous ceux de l' Illuſtre
Maison de Lavardin. Sije vois ,
Monfieur , que mes avis vous soient
utiles , je continuëray à vous faire part
des Nouvelles de cette Province. Fe
luis , &c.
Les
GALANT.
5
Les Complimens que Monfieur
l'Eveſque de Saint Brieux a faits
depuis quelques mois au Roy , à
la Reyne , & à Monfieur , ſont ſi
eſtimez , qu'il ne faut point d'autre
preuve de la force & de la délicateſſe
de ſon Eſprit. Vous ſçavez ,
Madame , que ce Prélat eſt Neveu
de feu Monfieur de Perefixe Archeveſque
de Paris , & Frere de ce
Brave de la Hoguete qui à la teſte
des Mouſquetaires entra des premiers
dans Valenciennes. Vous vous
ſouvenez que les avantages que
nous eûmes la Campagne derniere
en Flandre , furent ſuivis de la Victoire
que nous remportâmes en
Catalogne au Combat d'Epoüilles .
On y fit pluſieurs Priſonniers de
part & d'autre , & Monfieur le Mareſchal
Duc de Navailles ayant reçeu
ordre d'en faire l'échange ,
nomma auſſi-toſt M' Héron Commiſſaire
ordinaire des Guerres , ayant
le Département du Rouffillon ; &
A 3
Mrde
6 MERCURE
Mª de la Ribertiere , Major de la
Ville & Citadelle de Perpignan.
Le premier eſt une Perſonne d'un
mérite extraordinaire , & fans aucun
intereſt que celuy de faire ſa
Charge avec honneur, & d'obliger
tout ce qu'il y a d'honneſtes Gens.
L'autre eſt un vieil Officier , qui
en diférentes occafions a donné des
marques de fon zele&de ſa valeur.
Tous les deux s'eſtant rendus à Figuieres
avec un Paffeport de M. le
Comte de Monterey , travaillerent
quelques jours à cet échange , &
vinrent en ſuite l'arreſter à la Jonquieres
, où il fut figné de Meffieurs
les Commiſſaires de France
& d'Eſpagne.
AutreArticle arreſté dans une ſolemnelle
Affemblée.La Lettre queje
vous envoye vous l'éclaircira. Elle est
écrite par un galant Homme, dont
une fort aimable Fille a touché le
coeur. Il l'avoit veuë diſpoſée à luy
donner & à recevoir de luy un
Nom
GALANT.
7
Nom qui répondiſt à l'eſtime particuliere
qu'ils ont l'un pour l'autre
, & c'eſt là-deſſus qu'il prend
occaſion de feindre ce que vous allez
voir.
LETTRE
DE MONSIEUR D. P.
A MADEMOISELLE P.B.
IL y a longtemps que je m'ennuye
de vous appeller Mademoiselle ,
d'eſtre traité par vous de Monfieur.
Je suis ravy que vous voussoyez auffi
ennuyée de ces noms , & vous avez
esté heureusement inſpirée de m'enchercher
un moins sérieux. A dire vray ,
ce terme de Monfieur tient un peu trop
du respect , & vous pouvez le perdre
bardiment pour moy : pourveu que vous
conſentiez à le remplacer par quelque
Sentiment plus agreable. Vostre embarrasfur
ce changement de noms , venoit
de la difficulté de m'en choisir un qui
fustjoly , &point trop tendre. C'estoit
afſurement une affaire ;
A4 Mais
8 MERCURE
1
Mais enfin tout eſt terminé ,
Je m'en vay vous cauſer une ſurpriſe
extréme ,
Ce Nom que vous cherchiez , l'Amour
me l'a donné.
Quoy l'Amour ? oiy l'Amour luymefme.
Qui ſe le fuſt imaginé ?
Sans doute on ne s'attendoit guere
Que dans voſtre confeil vous duffiez
l'appeller ,
Mais le Fripon fait bien plus d'une
Affaire
Dont il n'eſt pas prié de ſe meſler.
Je gage que vous vous préparez
déja à le deſavoüer de ce qu'il a fait ;
mais je vous aſſure qu'il en a fort bien
usé , & vous sçavez auffi - bien que
moy qu'il a plus d'egard pour vous que
pour aucune Perſonne du monde. Voicy
comme cette négotiation a éste traitée.
Quand il ſcent que vous vouliez
bien recevoir un nom , & m'en donner
il aſſembla tous ses petits Freres
les Amours pour deliberer là-deſſus . Il
leur proposa d'abord qu'il estoit temps
que nous quitaſſions les noms deMon-
UB ,
fieur
GALANT.
ſieur & de Mademoiselle. On apporta
les Regiſtres de ſes Conquestes
& on se mit à les feüilleter. Les Regiſtres
des Conquestes de l'Amour , vous
vous imaginez bien que ce doivent estre
forte Billets galants de toutes les manieres
. On trouva dans les plus anciens
les noms de Mon Soleil & Ma Chere
Ame. Les Amours s'éclaterent de rire.
Cependant , ne vous en déplaiſe ,
Ces Noms furent trouvez fort tendres
& fort doux
Par quelques Amours portans fraiſe,
Dont nos Ayeux ſentoient jadis les
coups.
Ils regretterent fort l'antique prudhommie
Qui ne paroît plus dans nos ans ,
Et les mots memiellez de M'amour , de
M'amie,
Dont on ſe ſervoit au vieux temps.
On trouva en ſuite dans des Regiſtres
plus modernes , Mon Cher
Ma Chere ; & là-deſſus
Un gros Amour au teint fleury ,
Qui ne connoiffoit point de Beauté
rigoureuſe, 1
A
:
Qui
10 MERCURE
Qui de ſolides mets s'eſtoit toûjours
nourry ,
Et qui ſçavoit duper le plus jaloux
Mary ,
Et la Mere la plus fâcheuſe ,
Cria tout haut ; Mon Cher & Ma Chere
font bons ,
Ils expriment fort bien , ils ſont du
bel uſage ,
Pour quoy feüilleter davantage ?
Ordonné qu'on prendra ces Noms.
Tout-beau , luy répondit certain Amour
ſevere ,
Nos Amans n'en font pas encor où
vous penfez.
Quoy , viendroient- ils ſi-toſt à Mon
Cher & Ma Chere ?
S'ils y viennent un jour, ce ſerabien
affez.
Vrayment, fi j'en eſtois le Maiftre,
Repliqua le premier, ils doubleroient
le pas ,
Vous diriez qu'ils ne font que de
s'entreconnoiſtre ,
Ces Amans-là n'avancent pas.
Malgré l'avis de cet Amour , on
continua à feüilleter. On lût les noms
de Mon Berger & Ma Bergere.
C'est dommage , dit-on , qu'il soient
trop
GALANT If
trop communs , car ils font fort jolis.
En mesme temps on entendit la voix
d'un petitAmour , qui dit presque toutbas
, il y a remede à cela. On se
tourna vers luy , & on le vit qui tâ
choit à ſe perdre dans lafoule des Amours
où il s'estoit toûjours tenu caché.
Mais on l'entira pour luy demander qui
il estoit. Il n'estoit connu de personne.
Sa phifionomie eſtoit ſpirituelle ,
Le teint fort beau , l'oeil languiffant
& doux ,
La taille petite , mais belle ,
En un mot tout fait comme vous.
Fort timide , car de ſa vie
Le pauvre Enfant n'avoit paru publiquement
;
Il rougit en voyant fi belle Compagnie
,
Et fa rougeur avoit de l'agrément.
Il dit que vous estiez ſa Mere ,
mais que comme cela estoit fecret , il
prioit ſes Freres les Amours de n'en rien
dire , & que si on luy laiſſoit le temps,
de reprendre un peu ses efprits , il nous
donneroit à vous & à moy s'entend ,
A6 1410
Tz MERCURE 2
un nom dont nous aurions ſujet d'estre
Satisfaits. Si- toſt qu'il fe fut remis , il
adjoûta qu'il faloit que vous m'appellaffiez
Mon Berger. A la verité ,
pourſuivit-il , le nom est commun ,
comme vous l'avez deja remarqué ,
mais voicy le moyen d'empeſcher qu'il
ne le ſoit. Il ne l'appellera pas sa Bergere
, mais fa Muſette , & alors
Mon Berger & Ma Mufette feront
des noms nouveaux. Ma Musette ? s'écrierent
les Amours. Oüy ,
fette , reprit-il d'un petit air un peu
plus aßeuré. Ma Mere est une vraye
Musette.
ma Mu-
Elle est toute preſte à charmer
Et d'elle meſme elle a tout ce qu'il
faut pour plaire ,
Mais un Berger eſt neceſſaire ,
Quand il s'agit de l'animer.
Si mon avis , Amours , estoit ſuivy
du voſtre ,
Je croy qu'il faudroit obliger
Et la Mufette & le Berger
A certains devoirs l'un vers l'autre.
Le Berger ne dira rien d'amoureux,
dedoux ,
Si
GALANT .
13
Si ce n'eſt avec ſa Muſette :
Elle diftinguera ſon Bergerentre tous,
Et pour tout autre elle ſera muette.
De plus quelque tendre Chanfon ,
Que le Berger à fa Mufette inſpire
Elle ne ſe pourra diſpenſer de la dire ,
Ny de le prendre ſur ſon ton .
2
On fut affez fatisfait de la Harangue
du petit Amour ; & tous les Ameurs
se séparerent apres avoir réſolu
qu'on vous proposeroit le nom de Muſette
, & à moy celuy de Berger.
Si vous acceptez le vostre , ſongez ,
je vous prie , que le Berger voudroit
bien que sa Muſette ne ſe fift point employer
à des Chansons tristes ny plaintives
, mais seulement à celles où l'on
marque ſa reconnoiſſance à l'Amour.
Quelque agreable Chanfon que
la Muſette fafſſe retentir , elle aura
peine à égaler ces belles Paroles de
l'incomparable Madame Des Houlieres.
Elles ont eſté miſes en Air par
un Homme de qualité de ſes Amis.
Vous m'en ferez ſçavoir voftre
A 7
14
MERCURE
ſtre ſentiment quand vous en aurez
apris la Note.
AIR NOUVEAU .
Lecoeur tout déchirépar unfecret martyre ,
Je ne demande point , Amour ,
Que fous ton tyrannique empire
L'inſenſible Tirfis s'engage quelque jour.
Pour punir fon ame orgueilleuse
De l'eternel affront qu'il fait à mes attraits ,
N'arme point contre luy ta main victorieuse ;
Sa tendreſſe pour moy feroit plus dangereuse
Que tous les maux que tu me fais.
Le Mariage de M' le Chevalier
d'Aubigné , Gouverneur de Cognac,
& Frere de Madame de Maintenon
, ne s'eſt point fait avec la
Perſonne que je vous nommay
dans ma Lettre du Mois de Decembre
, & il a épousé Mademoifelle
Pietre fur la fin de Fevrier.
Elle eſt Fille unique de feu M'Pietre
, Procureur du Roy de la Ville,
& Niéce de M le Clerc , Seigneur
de Chaſteau des Bois , Gentil-homme
ordinaire chez le Roy.
Les
GALANT.
15
Les Avantures continuent toûjours
à naiſtre aux Repreſentations
de l'Opéra. En voicy une qui merite
bien que vous la ſçachiez.
Trois Dames de qualité, belles ,
ſpirituelles , & d'un enjoüement à
charmer , apres avoir écouté pendant
tout un jour les douceurs de
force Amans qui leur rendoient
des ſoins affez affidus , tomberent
le foir fur leur chapitre; & comme
elles cherchoient moins à faire intrigue
qu'à ſe divertir , elles plaifanterent
fur leurs diférentes déclarations
, & fe firent confidence des
proteſtations les plus empreſſées que
chacune d'elles en recevoit. C'eſtoit
en tous une fidelité inébranlable
, des fermens de manquer
plutoſt de vie que de conſtance ,
&une affurance ſi poſitive de n'avoir
des yeux que pour ce qui caufoit
leur attachement , qu'à les entendre
, ils eſtoient les ſeuls qui
euffent encor ſceu aimer. Les Dames
16 MERCURE
-
mes qui ne ſe piquoient pas d'eſtre
fort crédules , prenoient tout cela
pour des lieux communs ; & quoy
qu'elles pûffſent avec raiſon attendre
beaucoup de leur mérite , elles ſe
défioient affez des Hommes pour
eftre perfuadées qu'il n'y avoit que
des paroles dans tout ce qu'on leur
proteſtoit. Sur cette penſée , elles
ſe firent un plaifir de l'éprouver ,
plus pour joüir de l'embarras où elles
prétendoient mettre leurs Amans
, que pour les croire capables
de tenir bon contre une Avanture.
Parmy le grand nombre d'Adorateurs
qu'elles s'eſtoient faits , elles
en chaifirent cinq qui leur avoient
paru les plus enflâmez , & ayant
imaginé un Billet de rendez-vous ,
elles emprunterent une main inconnuë
pour l'écrire , & le firent tenir
le lendemain à chacun des cinq
dont elles vouloient tenter la fidelité.
Le Billet eſtoit conceu en ces
termes.
GALANT .
17
.
ILy a longtemps que je cherche quelque
occafion favorable , où je vous
puiſſe faire connoiſtre l'estime particuliere
que j'ay pour vous; mais un Mary
qui m'obſede rompt toutes mes mesures.
Fefpere neantmoins pouvoir me
dérober demain Mardy pour quelques
heures. Firay à l'Opéra aux troiſiémes
Loges , du coste de celle du Roy , &
n'auray qu'une Suivante pour compagnie.
F'y feray én Cape , un Ruban
couleur de feu à ma Coife , & un Sur
ma teſte entre mes Cornetes. Obligezmoy
de vous y trouver. Peut- estre ne
vous repentirez-vous point de vos pas.
Ce Billet rendu ſeparément aux
cinq Cavaliers , fit l'effet que les
Dames avoient attendu. Ils eſtoient
naturellement affez fatisfaits d'euxmefmes
, & ce Rendez-vous offert
justifiant l'eſtime qu'ils faiſoient de
leur mérite , ils réſolurent tous
d'en profiter. Le jour venu , les
Dames allerent à l'Opéra en habit
fort
18 MERCURE
fort negligé. Il ne leur falloit point
un plus grand déguiſement pour
les cacher , car elles eſtoient ordinairement
fort magnifiques . Elles
ſe firent mener aux troiſiémes Loges.
Je ne ſçay , Madame , ſi vous
ſçavez que ces Loges n'eſtant point
ſéparées les unes des autres comme
les premieres , font une eſpece de
Galerie où chacun prend telle place
qu'il veut , avec entiere liberté
de s'y promener. Les Dames en
occupérent l'entrée , & poſterent à
l'autre bout deux Demoiſelles Confidentes
de l'Intrigue. L'une avoit
le Ruban couleur de feu qui estoit
marqué par le Billet , & on euft
eu peine à choiſir une Perſonne
plus propre au Rôle qu'on luy donnoit
à joüer. Les Cavaliers ſuivirent
de pres. Le premier eſtant fur
le point d'entrer, apperçeut le Carroffe
d'une des Dames qui retournoit
vuide. Il en demanda des
nouvelles à un Laquais , & fe crût
obliGALAN
T.
19
obligé à des précautions extraordinaires
, quand il apprit qu'elle &
ſes deux Amies estoient enſemble à
l'Opéra. Il eſtoit queſtion de ſe cacher
d'elles , & il n'eut pas à refver
long-temps aux moyens d'en
venir à bout. Dés les premiers pas
qu'il fit en entrant, il apperçeut un
des Intéreſſez au Rendez-vous . Celuy-
cy croyant en avoir eſté reconnu
, ofte un Manchon dont il ſe
cachoit d'abord le nez , & plus par
vanité que par confiance , luy découvre
le ſujet qui l'obligeoit au
déguiſement. Pour preuve de la
bonne fortune qui l'attendoit , il
luy montre le Billet de l'Inconnuë
, & luy recommande de n'en
point parler. L'autre qui en avoit
reçeu un tout ſemblable , ne doute
plus de la piece ; & les Dames qui
font de ſi bonne heure à l'Opera ,
luy faiſant juger que c'eſt d'elles
qu'elle vient , il veut s'en tirer en
habile Homme. Il ſouhaite bonne
ren20
MERCURE
rencontre à celuy qui ſe croit heureux
, s'en ſépare , le laiſſe aller ,
viſite l'Amphithéatre & les Loges
baſſes , & n'y trouvant point les
Belles qui l'ont joüé, il monte aux
troifiémes , où il ne doute point
qu'il ne les rencontre. En effet , il
les découvre en entrant , & les ayant
reconnuës malgré leur négligence
affectée , il leur dit qu'ayant
paffé chez elles pour leur faire une
fort agreable confidence , il avoit
eſté heureuſement averty qu'elles
eſtoient à l'Opéra , qu'il venoit de
les y chercher par tout , & que
puis qu'il les trouvoit dans un lieu
ſi propre à faire naiſtre des Avanture
, il ne tiendroit qu'à elles de
luy voir faire le Perſonnage d'Avanturier.
Il leur lit fon Billet en
meſme temps . Les Dames ſe mettent
à rire. Le Cavalier en prend
avantage , & leur fait enfin avoüer
la piece. Il apprend qu'elle a eſté
faite à quatre autres comme à luy;
dont
GALANT .
21
dont l'un entretient déja la Belle
au Ruban couleur de feu. On achevoit
de luy faire cette confidence ,
quand il en voit paroiſtre un autre
avec un Manteau d'écarlate ſur le
nez. Il fut bientoſt ſuivy d'un troifiéme
, à qui on avoit encor donné
mefme Rendez-vous ; & comme
ils ne pouvoient avoir place aupres
de la Belle qu'ils reconnoiffoient au
Ruban marqué , les Dames ſe divertiſſoient
agreablement à les voir
ſe promener embaraſſez , en attendant
que leur tour fuſt venu pour
l'Audiance , car la Demoiſelle qui
ne manquoit pas d'eſprit , trouvoit
moyen d'éloigner les uns ſous prétexte
de vouloir dire un mot aux
autres pour s'en défaire. Aini il y
en avoit qui ſe promenoient , il y
en avoit qui parloient , & chacun
croyant eſtre le feul heureux
tendoit toûjours le temps favorable
du teſte- à- teſte. Pendant que la
Belle les amuſoit de la forte , un
,
atde
1
22 MERCURE
de ceux qu'elle avoit priez de la
quiter unmoment , s'eſtant avancé
en reſvant juſqu'à l'endroit où
eſtoient les Dames , en fut appellé.
Il eſtoit d'une taille aiſée à connoiſtre
, & il auroit inutilement voulu
ſe cacher. Il fut furpris de les
voir aux troifiémes Loges ; & leurs
Habits négligez luy faiſant foupçonner
du myſtere dans cette Partie
, il comprit aux diférentes queſtions
qui luy furent faites , qu'elles
ſeules luy avoient fait donner
le Rendez-vous. Il tâcha à ne ſe
point déconcerter , & leur dit agreablement
qu'il leur eſtoit obligé
de luy faire voir l'Opéra à fi
bon marché , & en meilleure compagnie
qu'il ne l'avoit crû. Toute
a peine qu'on luy impoſa , fut
d'aller reconnoiſtre un Manteau
gris qui s'eſtoit arreſté à quelques
pas de la Demoiselle au Ruban. A
peine l'eut-il examiné , que l'appellant
par fon nom , il luydemanda
la
GALANT .
23
la raiſon de cet équipage , & s'il
avoit honte qu'on le viſt dans un
lieu où les Gens à bonne fortune
eſtoient ſi ſouvent mandez . Le Cavalier
au Manteau ne pût ſi bien
feindre , qu'il ne paruſt interdit de
cette demande. Il donna de méchantes
raiſons à celuy qui luy parloit
, & qui le conduiſant infenfiblement
vers les Dames , partagea
le plaiſir qu'elles eurent de fon embarras.
Elles luy firent les meſmes
queſtions qu'au premier , & leurs
éclats de rire qu'elles ne pouvoient
contenir , aiderent à luy faire deviner
la meſme choſe. Il ne leur
déguiſa point qu'il avoit donné
dans le panneau , & leur avoüa
meſme qu'il avoit trouvé le caractere
du Billet tout ſemblable à celuy
d'une Dame qu'il avoit ſoupçonnée
du Rendez-vous. Il falut
en ſuite reconnoiſtre le Manteau
d'écarlate. Celuy qui en eſtoit envelopé
,. avoit pris place aupres de
la
24
MERCURE
t
,
la Dame , & profitoit de l'erreur
des autres qu'il venoit d'éloigner.
Autre Cavalier fut député pour la
découverte. Il troubla la confidence
en s'approchant ; & comme il
obſerva attentivement les deux prétendus
Amans le Cavalier qui
commençoit à conter des douceurs
à ſon Inconnue , aima mieux quiter
la partie , que de laiſſer découvrir
qui il eſtoit. Il ſe tira bruſquement.
L'autre le ſuivit , & marchant
à coſté de luy , comme fi
ç'euft eſté ſans deſſein , il l'obligea
long- temps d'avoir le nez contre la
muraille , juſqu'à ce qu'il ſe réſolut
tout-à-coup à ſortir des Loges ,
fans écouter les Dames qui l'appellerent
dans l'inſtant qu'il s'échapoit.
Leur voix le frapa. Il la reconnut
, & jugeant bien qu'elles
n'eſtoient pas là pour le ſeul plaiſir
de la Muſique , il voulut ſçavoir
s'il n'avoit point d'intereſt à ce qui
les avoit fait monter ſi haut. Ainfi
il
GALANT .
25
il revint un quart d'heure apres, &
ſe plaça derriere elles pour les écouter
, apres avoir changé de Perruque,
de Manteau , & de Chapeau.
Ce qui les ſurprit , &qui ſurprit
également tout le monde , ce fut
un Maſque qu'il ſe mit ſur le viſage.
Cette nouveauté fit garder le
filence aux Dames pendant quelque
temps ; mais elles l'examinerent de
ſi pres , que la métamorphoſe ne
leur fut pas longtemps inconnuë .
Elles luy dirent quelque choſe de
plaiſant , qu'il feignit inutilement
de ne point comprendre. Il fit de
fauſſes réponſes , & voyant qu'une
d'entr'elles vouloit ouvrir ſonManteau,
afin qu'il ne fuſt plus enpouvoir
de ſe cacher , il s'enfuit avec
la meſme précipitation qu'il avoit
fait la premiere fois. On attendoit
le quatriéme qu'on n'avoit pù encor
découvrir. Il s'eſtoit trouvé au
Rendez- vous avant tous les autres ,
& ménagé de telle maniere , que
Mars. B fans
26 MERCURE
fans s'eſtre fait remarquer , il avoit
entretenu la Belle pendant tout le
temps qu'elle avoit eſté en liberté
de l'écouter. Cependant comme il
n'eſtoit pas d'humeur à s'accommoder
de la facilité qu'elle faiſoit voir
à prefter l'oreille à tant de monde ,
& que ſon entretien ne luy avoit
pas paru auſſi fin qu'il l'euſt ſouhaité
, il ne demeura aupres d'elle
que juſqu'au troiſiéme Acte de l'Opéra
; & quelque ordre qu'il ſe ſouvint
d'aller donner à ſes Gens , l'ayant
obligé de fortir, il fuſt reconnu
des Dames, qui tâchent de l'arrefter.
Elles eurent beau prononcer
fon nom . Il feignit de ne rien entendre
, & penſa tomber dans l'Efcalier
à force de fuir. Les Dames
en poufferent des éclats de rire qui
attirerent les regards de toute l'Afſemblée
de leur coſté. On joüoit
Atis , & ceux qui s'y trouverent
ce jour-là n'auront pas de peine à
s'en ſouvenir. Le Lendemain les
CavaGALANT
.
27
Cavaliers leur firent viſite. Vous
jugez bien , Madame , qu'ils ne
furent pas épargnez , & que le Ruban
couleur de feu qui les avoit fait
courir, fervit d'une agreable matiere
à la converſation. Ce qu'il y eut
de fâcheux pour eux , c'eſt que les
Dames les reçeurent du meſme oeil
qu'à l'ordinaire , & ne leur firent
paroiſtre ny colere , ny chagrin de
ces fermens de conſtance violez pour
une ſi legere occafion. Elles eſtoient
bien éloignées de s'en mettre en
peine. Ce font de ces Femmes qui
aiment le monde ſans s'embaraſſer
d'aucune intrigue , & dont ceux
qui les voyent ne peuvent efperer
autre avantage que celuy d'eſtre
foufferts .
Je vous ay déja mandé la mort
de M'le Marquis de Riberpré ,
Gouverneur des Ville & Chaſteau
de Ham. Vous ne ſçauriez croire
combien il y eſt regreté. Il eſtoit
de la Maiſon de Mouy, & eſt mort
Lieu- B2
28 MERCURE
Lieutenant General des Armées du
Roy. On ne monte point à ce Poſte
, qu'on ne s'en ſoit rendu digne
par des Actions d'éclat. Auſſi M'
le Marquis de Riberpré s'eſtoit- il
fait diftinguer en beaucoup d'occaſions
où ſa conduite n'avoit pas
moins paru que ſon courage ; & fi
quelque choſe peut conſoler la Ville
de Ham de la perte qu'elle a faite
d'un Gouverneur qui luy eſtoit
ſi cher , c'eſt de ce que le Roy a
nommé M' le Marquis de Jauvelle
Commandant des Mouſquetaires
Noirs, pour luy ſucceder au Gouvernement
de cette Place. Je ne
vous dis rien du mérite de ce dernier.
Vous le connoiſſez , & mes
Lettres vous en ont entretenuë tant
de fois , que je ne pourrois icy que
vous repéter ce que je vous en ay
déja écrit. En meſme tempt qu'on
m'apprend la joye que cette Nomination
a fait naiſtre dans toute la
Ville de Ham , on me fait part
d'un
GALANT.
29
d'un Mariage qui s'eſt fait depuis
quelques jours dans fon voiſinage ,
où M² le Marquis de Genlis-Brulard
a épousé Mademoiselle d'Eſpeville,
Son nom & ſes ſervices font
également connus . Il eſt Pere de
ces Braves Genlis qui ont eſté tuez
ces dernieres Campagnes à la teſte
du Regiment de la Couronne. Mademoiſellle
l'Eſpeville eſt de laMaifon
des Boüelles , dont la Nobleſſe
eſt fort ancienne. Elle est belle ,
jeune, & toute pleine d'eſprit.
Avant que de paſſer à d'autres
Nouvelles, il faut vous avertir d'une
erreur , où m'a fait tomber un
Memoire qui ne m'éclairciſſoit pas
affez des choſes . En vous parlant
des nouveaux Chevaliers de S. Lazare
dans la derniere Lettre que
vous avez reçeuë de moy , je vous
ay marqué que M' Lécoſſois de
Monthelon avoit eſté reçeu dans
cet Ordre, auſſi bien que M' Pidou
de S. Olon. Ce font deux noms
B 3 que
!
30
MERCURE
quej'ayconfondus, parce qu'on ne
les diftinguoit pas affez dans l'avis
qui m'en a eſté donné. Je vous ay
parlé juſte au regard de M' deMonthelon
; mais il paroift par ce que
je vous en ay écrit , qu'il s'appelle
Lécoffois de Monthelon, & ce font
deux Perſonues diférentes, M² Lécoffois
eftant Capitaine dans le Regiment
de Normandie.
Il y a quelque temps qu'on me
fit auffi appercevoir que dans ma
Lettre du Mois de Septembre où
je vous ay parlé de la priſe du Chaſteau
de Dimerenken , je m'eſtois
trompé au nom de Mª d'Enonville
Colonel du Regiment des Dragons
de la Reyne , qui y fut envoyé
pour en chaffer la Garniſon , & à
celuy de M. de Courcelles qui luy
mena deux cens Hommes d'Infanterie
par l'ordre de Monfieur le
Mareſchal de Crequy. Ce nom d'Enonville
est mal écrit. Il falloit
vous dire , Mr le Vicomte de De-
१ nonGALANT.
31
nonville, qui eſt d'une Maiſon confidérable
de Beauce, & connu pour
un des bons Officiers de l'Armée.
Ce ne fut point Mª de Courcelles
qui luy mena du Secours mais M
de Couvrelles , Gentilhomme de
l'Angoulmois. Il eſtoit Major d'Infanterie
de l'une des Brigades de
l'Armée. Il ſera difficile, Madame,
que je ne tombe pas quelquefois
dans des fautes pareilles à celles- cy.
Ne me les imputez point , je vous
prie. Si dans les Mémoires que je
reçois , on prenoit ſoin de bien écrire
les Noms , je n'aurois jamais
à me retracter.
Je ne vous aypoint parlé des Loteries
qui ſe ſont tirées dans les derniers
jours du Carnaval. Vous ſçavez
que c'eſt un divertiſſement
qu'on ſe donne icy tous les Ans ,
mais vous n'auriez peut-eſtre pas crû
qu'on en puſt faire une purement
galante. Cependant elle s'est faite
le dernier Mois . On fit des Vers
B 4 pour
32
MERCURE
و
pour pluſieurs Belles d'un Quartier,
& ces Vers ayant du raport avec
l'état préſent ou de leur coeur ou
de leur fortune on voulut voir
de quelle maniere le hazard les dif
tribueroit. Il y a de l'eſprit en ce
nouveau genre de Loterie ; mais
comme elle est trop particuliere
& que les Billets ne peuvent eſtre
entendus que des Perſonnes intéreſ
ſées, je me contente de vous en en
voyer trois ou quatre pour vous fai
re juger de tous les autres.
BILLET POUR CANDACE
Candace , voſtre heure est venuë ,
Vous allez aimer comme ilfaut.
UnAmourtout deflame a paru dans lanuë,
Qui va de vostre coeur effacer le defaut.
Iln'estpas encor heure induë ,
Mais vous auriez mieuxfait de commencerplu
toft.
Billet pour Iris.
Quandvous estiez encor Enfant ,
Ilvousfouvientque vostreMere
Vousdépeignoit l'Amour come un affreuxGean
Qu
ALANT .
33
Quimeritoit d'un coeur l'averſion entiere.
Mais depuis qu'un Amant bienfait vous afreu
plaire,
L'Amourpourvous, Iris , n'a rien de dégoûtant,
Et ceGeant affreux dans lesyeux de Severe ,
Nevous épouvanteplus tant.
Billet pour Alceſte.
Vous laiſſerez paſſer les plus beaux de vos
jours ,
Alceste, ſans goûter les douxfruits desAmours;
- Et quand vous vous verrez plusavancée en âge,
Vous enragerez tout de bon ,
Etferezpeut-estre moinsfage,
Quoy qu'on lefoit alors, ou bienjamais, dit-on.
Billet pour Diane.
Si vous voulez que l'on vous aime ,
Diane, aimez , c'est le plus court .
Cen'estplus apreſent qu'on court
Apres une rigueur extréme.
Onn'évoitplus de ces Gens à teint bleſme ,
S'attacher tant aupres d'un Objet fourd
Qui laiſſeſoûpirer , &nefait pas de mesme..
Diane, aimez , c'est le plus court ,
Sivous vouslez que l'on vous aime.
B5

11
!
34
MERCURE
Il eſt naturel de vouloir eſtre aimé
pour aimer, & c'eſt la-deſſus
que font faits les Vers qui ſuivent.
L'AMOUR
SANS PARTAGE.
Vous demandez, Iris, pourquoyje vous évite;
Ceſſez de vous en étonner.
Vous avez mille appas , & mon coeur va trop
vifte
Quand il s'agit deſe donner.
La liberté me plaift , & vous estes aimable ;
Je crains lepouvoir de vosyeux.
Malheurà qui les voit ; on aſſure en tous lieux ,
Qu'ils ontfait plus d'un Miserable .
-Quoy qu'ils ſemblent promettre à qui voudroit
s'offrir .
Comme vous avez l'ame fiere ,
Ilfaut en vous aimant s'appreſteràſouffrir.
Ce n'est point làmonfait, vous eſtes meurtriere,
Et moy , j'ay grand peur de mourir.
Mourir pour vous fans doute est un fort plein de
gloire ,
Qui porteroit mon nom àla Poſterité ;
Mais enfinj'aime à vivre ailleurs que dans l'Hiftoire,
Et
GALANT.
35
Etnefuis pointjaloux de l'Immortalité
Unjour peut-eftre , àvous-meſme contraire ,
Vous plaindriez mon triſtefort.
Vousvous reprocheriez voſtre humeur trop fé
vere ,
Mais cependantjeſeroismort.
Voulez-vousde mes voeux vous aſſurer l'hommage
?
Nemerefuſezpoint une tendrepitié.
Quitez cette froideur quiſied malàvoſtre âge ,
Vous en vaudrez mieux de moitié.
Aquoyfert apres tout qu'en aimant onfoûpire ?
Leplaisir en est- ilplus doux ?
Croyez-moy , belle Iris , le plus leger martire
Fait entrerl'Amour en couroux .
En le chargeant de rudes chaines ,
Vous l'étoufez dans le Berceau.
Rienn'eſtſi délicat ; lesſoucis & les peines
L'ont bientoſt mis dans le tombeau.
Sur tout ilfaut dansſa naiſſance
Prendre un air avec luy qui ſoit flateur & doux;
La rudeſſe l'étonne , & remply d'innocence
Ilhait lesfieres comme vous,
Parlà cet Enfant s'intimide ,
Iln'estpointfait à la rigueur ;
La douceurfut toûjours leguide
Qui le conduisit dans un coeur.
Si lemien eſt ávoſtre usage ,
B6 EL
36
MERCURE
Ilfait voeupourjamais de vivreſous vos loix,
Den'adorerque vous; mais lors quejem'engage,
Répondez-moyde vostrechoix.
Aces conditions puis-je eſtre voſtre affaire ?
Jevousparle de bonnefoy.
Je trouve tout en vous , &ne veux que vous
plaire ,
Pourrez vous trouver tout en moy ?
Nous diférons beaucoup,l'Amourſeul nous égale,
Je connois lepeu queje vaux ,
Maisjeſçay bien aimer; vousferezfans Rivale,
Jevoudrois eſtreſans Rivaux,
Fehais, àdire vray , l'humeur de ces Coquetes
Quifansprendrejamais aucun attachement
Font leur plus doux amusement
De tout cequ'on leur vient debiter defleurettes.
Peut-eftre ellesfont peu d'heureux ,
Quoy qu'un accueil riant ſemble d'un doux
préſage;
Mais commej'aimefans partage ,
C'est d'un coeur tout à moy que je cherche les
voeux.
Lapluralité m'incommde
Autant qu'à leurs attraits elle donne d'éclat ;
C'est l'usage du temps , maisjeſuis délicat
Surle chapitrede laMode.
Unbienqu'on ofreà tous nepeut estre à pas-un ,
Jem'en tiens àl'expérience ,
Et
GALANT.
37
Et maflameauſſi-toſt paſſeàl'indiférence ,
Quandon nem'aime qu'en commun.
Montrez vous donc Amante envousmontrant
aimable ,
Unpeud'amour , Iris , ſiedbien àla beauté.
En faveurde monfeu rendez- vous exorable ,
Peut-estre l'a- t-ilmerité.
Comme je ſçay que tout ce qui
regarde la gloire de Monfieur le
Tellier vous plaiſt, je vous envoye
la Letrre que M' Guérin Secretaire
de l'Académie de Soiffons , luy a
écrite au nom de ſa Compagnie ſur
ſa Promotion à la Charge deChancelier.
Ce fut ce meſme M' Guérin
qu'elle employa pour remercier
Mªde l'Académie Françoiſe de l'avoir
reçeuë dans leur Alliance.
LETTRE
DE L'ACADEMΜΙΕ
DE SOISSONS ,
AMonſeignenr le Chancelier .
MONSEIGNEUR ,
Nous espérons que Vostre Grandeur
nous permettra de meſler des marques
B7
de
38
MERCURE
de joye à celles que vous recevez de tous
les endroits du Royaume fur vostre Promotion.
La joye en cette conjoncture
n'est pas moins juste, qu'elle est univerfelle
& extraordinaire. En effet, Mon-
Seigneur , cette Dignité ſupréme qui
aſſure la bonne fortune des Etats en y
maintenant l'ordre & la discipline , ne
pouroit de l'aveu de tout le monde estre
miſe en de meilleures mains ; & il n'y
a aucune forte de biens que l'on ne doive
attendre de la ſainteté de vos inten
tions , de la fublimité de voſtre Esprit,
du long usage que vous avez de
toutes les Vertus Chrestiennes & Politiques.
Vous avez par vos ſoins conſervé
la France dans la tempefte : vous
en avez étendu la gloire & les limites
par vos Conſeils ; & fans parler
des autres avantages qu'elle tient de
Vous , vous luy avez donné un Miniſtre
dont le puiſſant génie , peut comme
le voſtre ſeconder le Roy dans les prodiges
de fa rapide valeur, & de fa fageffe
incomparable. Vous allez , Mon
feiGALANT
.
39
Seigneur, l'embellir; vous allez la rendre
la plus heureuſe de toutes les Nations
de la Terre , par vostre application
à y répandre des fruits de Fustice, à
1 yaugmenter l'amour de la Vertu, àyfaire
fleurir les Lettres & les belles Connoiſſances.
Que faudroit-il loüer davantage en
cette occafion, ou lespures, les infaillibles
Lumieres de Sa Majesté qui vous a
choiſy pour ce haut Ministere , ou les
qualitez rares & excellentes qui ont
te merité ce juſtechoix ? Peut-estre, Mon-
Birth Seigneur , entreprendrons nous quelque
jour de traiter ces grandes matieres ;
P mais aujourd'huy nous nous contenterons
de les regarderavec admiration , & de
vous protester que nous sommes avec
Lim un refpect également profond & invio-
Dan) lable,
-CO
2
Pa
ent
M
COMM
pros
M
MONSEIGNEUR ,
De Vostre Grandeur ,
Les tres-humbles , tresobeïffans
, & tres-zelez
Serviteurs ,
Les Académiciens de l'Académie de Soiffons.
C'eft
/
40
MERCURE
C'eſt quelque choſe d'admirable
&de glorieux en meſme temps pour
la France, que le tumulte des Armes
n'empeſche point que les Lettres
ne fleuriffent toûjours avec plus
d'éclat. En effet , plus les ſoins de
la Guerre nous donnent d'occupation
, plus on s'attache à ce qui regarde
l'Eſprit. On me mande que
Monfieur l'Eveſque d'Evreux va
établir des Conférences à Vernon en
forme d'Academie. Il s'en tient icy
de tres-agreables toutes les Semaines
chez Madame M *** où ſe
rendent pluſieurs Perſonnes d'eſprit,
qui la regardant comme une dixiéme
Muſe , luy donnent le Nom
de leur Protectrice dans les Affem--
blées, qu'elle n'a pû refuſer deleur
permettre chez elle. On y lit de
petits Ouvrages tant en Vers qu'en
Profe. On y parle de tout ce qui
peut faire l'entretien des honneſtes
Gens , & chacun y fait part des
Nouveautez qui luy ſont tombées
entre
GALANT.
41
entre les mains. Cette Societé qui
n'eſtoit d'abord compoſée que de
cinq ou fix Perſonnes , groffit tous
les jours par l'envie que ceux qui
ont l'avantage d'y eſtre reçeus, donnent
à leurs Amis de connoiſtre une
Dame d'un mérite ſi particulier. Elle
a l'eſprit admirablement bien
tourné, l'humeur fort complaiſante
, la converſation tres-agreable ,
&une fi grande facilité à bien écrire,
qu'il ne faut pas s'étonner ſi elllee
ppaarrllee de tout avec autant dejuſteſſe
qu'elle fait. On ne peut trop
eſtimer le talent qu'elle a pour la
Poëfie. Pluſieurs Perſonnes ont quelquefois
travaillé avec elle ſur une
meſme matiere propoſé pour ſe divertir;
& ſes Ouvrages, quoy qu'écrits
de la meſme main que les autres
, afin qu'on les puſt examiner
ſans les connoiſtre , ont toûjours
emporte le prix. Avoüez , Madame,
que les Aſſemblées qu'elle tient
chez elle font honneur àvoſtre beau
Sexe ,
42
MERCURE
:
Sexe, & que s'eſt en porter la gloire
bien loin , que de pouvoir mériter
la premiere place parmy des
Hommes qui paſſent dans le monde
pour eſtre infiniment éclairez .
Dans les derniers jours du Carnaval
, elle convia une Compagnie
de Gens choiſis à qui elle donna
trois Repréſentations d'une petite
Comédie. Une Symphonie fort agreable
que quelques Particuliers avoient
préparée pour ſon divertiffement,
formoit les Entr'Actes. Vous
jugez bien par là que cette Dame
doit avoir beaucoup d'inclination
pour la Muſique. Rien ne luy plaiſt
davantage que l'harmonie des Inſtrumens
dont elle touche quelquesuns
avec beaucoup de délicateſſe.
Auſſi les Concerts ne luy manquent
pas , & elle en régale ſouvent fa
petite Académie , & quelques autres
Perſonnes de ſa connoiſſance.
Tant de Divertiſſemens où ceux
qui ont l'avantage de la voir , ſe
trouGALANT
.
43
trouvent heureux d'avoir part, font
regarder ſa Maiſon comme un lieu
où tous les Plaiſirs raisonnables ſe
rencontrent . Chacun s'empreſſe d'y
avoir accés , & fon Quartier eſt à
préſent plus connu par les Gens d'efprit
ſous le nom du Mont Parnaffe ,
que ſous celuy de la Montagne de
Sainte Genevieve .
On a auſſi repreſenté ce Carnaval
une Comédie intitulée leBon Mary,
chez une Perſonne de qualité. Il y
avoit des Entr'Actes de Muſique.
Les Paroles eſtoient de M' de Vaumoriere
, & les Airs de MB. D. B.
dont le merveilleux génie eft connu
pour la Muſique. L'Aſſemblée
fut capables d'en connoiſtre toutes
les beautez. Il s'en est fait beaucoup
d'autres pour le Bal , où l'on
n'a pas moins admiré lamagnificence
& la propreté des Maſques , que
la grace qu'ils ont fait paroiſtre en
dançant. Ce talent de bien dançer
eſt devenu fi conſidérable , qu'un
Jeune
44
MERCURE
jeune Homme qui ne croyoit pas
avoir la jambe aſſez droite , ſe l'eſt
fait rompre dans le ſeul deſſein d'avoir
l'air meilleur quand il ſe la ſeroit
fait raccommoder. Ce qui contribuë
fort à faire naiſtre l'envie de
courir le Bal , c'eſt qu'on le peut
faire avec toute forte de ſeûreté.
L'ordre qu'on donne pour l'entretenir
, auſſi-bien que pour la netteté
& la clarté , eſt quelque choſe
d'admirable. Paris eft tous lesjours
embelly , & les Ruës trop étroites
qu'on continuë d'élargir, le dégagent
des embarras qui estoient
preſque toûjours inévitables. Joignez
à cela tant de Reglemens de
Police donnez avec la plus ſageprevoyance,
& maintenuë avec une
fermeté qui fait loüer par tout la
juſtice du vigilant Magiſtrat qui en
a le ſoin , ſans que perſonne puiffe
avoir aucun ſujet de s'en plaindre.
La Feüille qui s'imprime tous les
Mois , & qui marque le nombre
de
GALANT .
45
de Morts, de Mariages, & deBapteſmes
, fait connoiſtre plus qu'aucune
autre choſe la grandeur de
cette Capitale du Royaume. Cette
Feüille contient auſſi le prix , le
poids, & la meſure des chofes les
plus neceſſaires à la vie , & empeſche
les abus que pourroient commettre
les Vendeurs de mauvaiſe
foy.
Vous aurez fans-doute appris le
Mariage du Prince Charles de Lorraine
avec la Reyne Doüairiere de
Pologne , mais vous en pouvez
ignorer les particularitez. En voicy
de tres-aſſurées.
Ce Prince ayant pris terre à Nuſtorh
, Village ſur le Danube , à
une petite demy- heure de Vienne ,
dépeſcha un Gentil - homme à Sa
Majesté pour luy donner avis de
ſon arrivée. Ce Gentil-homme fut
renvoyé le lendemain 4. de Fevrier
avec une réponſe qui marquoit la
joye qu'on avoit de cette nouvelle.
Com- d
46 MERCURE
Comme il apprit par luy que l'Empereur
ſouhaitoit qu'il vinſt coucher
ce meſme jour à Baden , petite
Ville à quatre heures de Neuſtat,
il y fut mené dans un petit Carofſe
qu'on luy avoit préparé à Vienne.
Trente Chevaux de poſte le
précedoient , montez par ſes Gentilshommes
richement veſtus . Ses
Pages marchoient auſſi devant avec
eux. Leur Livrée eſtoit de Drap
verd à larges bandes de velours cramoiſy,
& toute parſemée de galons
d'argent. Divers Poſtillons qui eſtoient
comme leurs Guides , faiſoient
retentir leurs Cornets par
tout. Trois Chaiſes roulantes à la
Brandebourg ſuivoient le petit Carroffe
du Prince. Elles estoient remplies
de Nobleſſe qui s'eſtoit avancée
pour le falüer. On arriva à Baden
dans cet équipage. Le Marquis
de Grana , le Comte de Buquoy ,
& pluſieurs autres des principaux de
la Cour , s'y trouverent pour luy
renGALANT
.
47
rendre leurs devoirs , & l'accompagnerent
le lendemain à Neuftat.
Le Prince rencontra en chemin le
Grand Ecuyer de la Reyne de Pologne
, auſſi-bien que les Comtes
d'Harac , de Walſtein , de Mansfeld
, & de Chaffemberg , avec les
deux Capitaines des Gardes du
Corps , que Sa Majefté Impériale
luy envoyoit pour luy faire compliment.
Ils deſcendirent de Carroffe,
s'acquiterent de l'ordre qu'ils
avoient , & précederent le Prince à
Neuftat pour avertir qu'il y arrivoit.
11 arriva dans la Ville ſur les fix
heures du foir , & alla deſcendre au
Chaſteau. Le Maiſtre - d'Hoſtel &
les Gentils-homme, de la Chambre ,
- le vinrent recevoir hors la Porte.
Le Grand Chambellan l'attendoit
au pied du Degré. Ce fut luy qui
le mena dans l'Apartement de l'Empereur.
Le Grand- Maiſtre ſe trouva
dans la premiere Antichambre ;
& comme il conduiſoit le Prince,
Sa
48 MERCURE
Sa Majesté Impériale ſortit de ſa
Chambre , & fit deux pas pour le
recevoir . Cet honneur est extraor
dinaire. Le Prince alla en fuite
complimenter l'Impératrice régnante
, & enfin l'Impératrice Doüairiere
avec laquelle la Reyne de Pologne
eſtoit. Il en fut reçeu avectoutes
les marques de joye qu'il pouvoit
attendre. Apres les premieres
Cerémonies , l'Impératrice Doüairiere
prenant quelque prétexte de
s'éloigner, les laiſſa tous deux quelquetemps
en liberté de ſe découvrir
leurs plus fecrets ſentimens. On luy
donna un Fauteüil par tout , & il
fut reconduit par les Gentilshommes
de l'Empereur , & par les Miniftres
de toutes les Cours dans un
Apartement qu'on luy avoit prépaparé
à l'Arſenal. Il paffa par un
Corridor fait exprés pour la communicationdu
Chaſteau à cetteMaiſon.
Les Officiers de l'Empereur ſe
preſenterent pour le ſervir à ſouper,
&le
GALANT.
49
&le lendemain à diſner, mais il
garda le Lit à cauſe d'une incommodité
de pied, & ne mangea point
en public. Cependant la Livrée des
Nopces qu'on avoit fait faire à
Vienne fut diſtribuée. Elle confiſtoit
en quatre-vingts Habits d'une
fort belle écarlate , chamarrez de
larges galons d'or par tout; en trente
Caſaques de Gardes aux Croix
de Lorraine devant & derriere, avec
des Chifres du nom de la Reyne &
du Prince en broderie , & larges
bandes d'or , & les Bandolieres de
mefme; & en douze autres Cafaques
pour des Hayducs qui portoient
des Haches couvertes de Tuniques
, & avoient de longues RobesàlaPolonoiſe.
Sur les huit heures
du ſoir , l'Eveſque de Neuſtat
accompagné de deux Prélats , vint
dans la Chapelle du Chaſteau pour
la Cerémonie du Mariage. Elle eſtoit
remplie d'Eſtrades , de Galeies
, & d'Amphitéatres qu'on y a-
Mars.. C voit
50
MERCURE
voit fait dreſſer avec beaucoup de
magnificence. Tout cela eſtoit occupé
par un nombre infiny de Perfonnes
fur leſquelles on voyoit briller
l'or & les pierreries avec la plus
éclatante profufion. Le Prince & la
Reyne furent conduits dans cette
Chapelle par Leurs Majeſtez Impériales
, ſuivies des Chevaliers de la
Toiſon, & de tout ce qu'il y avoi
de Seigneurs & de Dames du plu
haut rang. Ils ſe donnerent la main
changerent de Bague , & ne le fi
rent qu'apres avoir pris le conſen
tement de l'Empereur & des deu
Impératrices par de profondes revé
rences . Le Mariage eſtant fait , o
fe rendit dans l'Apartement de l'Em
pereur. Ily eut un magnifique Sou
per , & un Concert admirable. A
pres quoy, l'Empereur accompagne
des Impératrices, conduifit luy- mef
me ces Illuftres Mariez à l'Aparte
ment qu'on avoit préparé à la Reyne
dans l'Arsenal. Le Corridordon
j'ay
GALANT.
51
j'ay parlé fervit de paſſage. Il les y
laiſſa apres leur avoir ſouhaité toute
forte de bon - heur , & s'en retourna
avec l'Impératrice régnante.
L'Impératrice Doüairiere demeura
encor un peu de temps avec la Reyne
fa Fille , & ſe retira. Le Prince
eſtoit dans une Chambre voiſine
qui luy avoit eſté deſtinée , & attendoit
qu'il luy fuſt permis d'entrer.
Le lendemain il envoya fon
gros Diamant à la Reyne fon E-
- pouſe , avec un autre Bijou compoſé
de fon gros Saphir, de la grofſe
Perle , autrement l'oeuf de Pigeon,
de deux moins groſſes en forme
de Poire, & d'un Tour de gros
Diamans. Le reſte du temps s'eſt
- paſſé en Feſtins , en Serenades , en
- Comédies , & en tout ce qui peut
- contribuer à une grande & folemnelle
réjoüiſſance. Sa Majesté Impériale
adéfrayé ſplendidement toutes
les Cours, & perſonne ne ſe fouvient
qu'on ait jamais fait tant
d'hon- C2
52
【ERCURE
d'honneurs à aucun Prince , que
celuy de Lorraine en reçoit d'Elle.
Il eſt traité comme un Archiduc ,
& mange tous les jours avec l'Empereur.
Apres cela , Madame , n'at-
on pas raiſon de dire qu'un Eſprit
bien fait ne ſe doit pas étonner d'un
peu de diſgrace ?
On n'est pas toûjours malheureux ,
Etsi le triſte fort desArmes
Attire quelquefois des revers rigoureux ;
LaFortunepar d'autres charmes
Satisfait un coeurgenéreux.
Ce Prince dont l' Hymen vient d' aſſurer la
gloire ,
N'apû defonparty mettre encor la Victoire.
On leſçait àCokberg , on leſçait à Fribour ;
Mais s'ilvoit fon bonheur moindreque ſon courage,
Cechagrin touchepeu quand on a l'avantage
D'eſtre avec tant d'éclat couronné par l' Amour.
Le plaifir d'aimer eſt grand ,
mais il a ſes peines. Les Vers qui
ſuivent en font une marque. Ils ont
eſté envoyez à Madame la PréſidenGALANT
.
53
dente de la Haye-du-Puis , par une
Perſonne qui luy eft obligée, &
qui ſcachant qu'elle ſe connoiſtparfaitement
en Muſique & en Poëfie,
a crû luy faire plaifir de les faire
mettre en Air. Je ne doute point
que vous ne le trouviez auſſi agreable
qu'il eſt nouveau, & vous laiſſe
juger de l'Autheur des Vers par fon
Ouvrage. La Dame que je viens
de vous nommer eſt d'une des meilleures
Maiſons de Normandie , &
proche Parente de Monfieur le Marefchal
de Belle-fond. Elle a l'eſprit
tres délicat & tres - éclairé , & on
peut dire d'elle que fon rang l'éleve
moins que ſes belles qualitez. M
de la Haye-du- Puis, fon Mary , eft
Préſident au Parlement de Roüen.
Sa probité & fon exactitude pour les
fonctions de ſa Charge , luy ont
acquis l'eſtime de tous ceux qui le
connoiffent. Voicy les Paroles dont
vous allez trouver les Notes gravées.
C3
Air
54
MERCURE
AIR NOUVEAU .
FE ne reconnois plus ma charmante Lyſett
L'ingrate l'autre jour quita noſtre Troupeau
Pour aller au bord d'un Ruiſſeau
Danser au fon d'une Musette .
Je ne sçay si de mon Rival
Elle écouta trop la fleurette ,
Mais depuis ce moment fatal
Fe ne reconnois plus macharmanteLyſette
Comme les avantages de la France
vous touchent en quelque lieu
que nous les remportions, vous voudrez
bien me permettre de vous
mener au dela des Mers. J'ay à
vous parler de la ruine des Habitations
qui appartenoient aux Hollandois
fur la Riviere d'Oüyapogue
, par M. le Chevalier de Lezy
Gouverneur de la Cayenne ; de la
priſe du Fort d'Orange , & de celle
des Ifles de Goerée au Capvert ,
& de Tabago en Amérique. Mais
avant que d'entrer dans ce détail ,
je croy qu'il eſt bon que je vous
appren!
U
I
ran
nayOU
OUS

Pag. 54
e jour bordd'un Ruisre
jour l'an Ruiſſeau Dan-
T
b
au ſorou- ta trop la fleuon
au fonouaima-
ble ble Lyſet- te.
bo
pn- nois pble Lyſet- te.
1
1
(
{
GALANT .
55
apprenne en peu de mots ce qui
s'eſt paffé en ces Quartiers-là depuis
pluſieurs années.
La Partie du Continent de l'Amérique
joignant au Bréfil , qui
s'étend depuis la fameuſe Riviere
des Amazones juſqu'au Fleuve de
l'Orenocque , a commencé d'eftre
fréquentée par les François du
temps de M'le Cardinal de Richelieu
, qui permit à quelques Marchands
de Rouen d'y faire des Habitations
ſous le nom de la Compagnie
du Cap de Nort. Elle prit
ce nom , parce qu'à deux degrez
des Amazones , il y a un Cap fort
celebre , que les Nations de l'Europe
ont toûjours appellé le Cap de
Nort. C'eſt ce Fleuve de l'Orenocque
qu'on prétend pouvoir ſervir
de paſſage pour conquérir l'opulent
Royaume deGuyane , & le Lac de
Parime , fi recherché des Eſpagnols
& des Anglois , & tant vanté par
les Relations de Walter- Raleig , &
C4
du
56
MERCURE
,
du Pere Chriftophle d'Acunna Jefuite.
Cette Compagnie qui eut ſeule
le Privilege d'aller dans ces vaftes
Coſtes , s'eſtoit contentée longtemps
d'y entretenir quelques Habitations
compoſées d'un petit nombre
de Normands. Ils ne s'occupoient
à rien autre choſe qu'à faire
un peu de Tabac , à peſcher , & à
trafiquer de Lits de coton & d'un
Bois qui eſt propre à la teinture
avec les Sauvages de cette Coſte
nommée Galybis. Mais en 1640.
M' Poncet de Brétigny , Couſin
germain de M. Poncet Conſeiller
d'Etat , & Parent de Mr Seguier
Chancelier de France, s'aſſocia dans
cette Compagnie pour aller commander
en ces Cantons en qualité
de Lieutenant General de Sa Majeſté
, & y commencer un Etablifſement
conſidérablede plus de trois
cens François. Il defcendit en l'Ifle
de Cayenne , ſeparée de terre-ferme
de deux Bras de Riviere ſeulement
à quaGALANT
.
57
à quatre degrez de la Ligne. Il fit
conſtruire un Fort à l'aſpect de la
Mer , fur la Montagne de Seperoux
, & alla encor établir une autre
Habitation à ſoixante lieuës au
deſſus , dans la Riviere de Surina-
- me , pour ſe rendre maiſtre de toute
la Coſté qu'il luy avoit efté permis
d'occuper. Cette entrepriſe n'eut
pas tout le ſuccés qu'on en devoit
eſperer. Les Naturels du Païs craignirent
une domination étrangere.
. Ils réſolurent de ſe défaire de ce
General , & l'ayant ſurpris avec
↑ quelques François ſur un petit Ruiffeau
, où l'ardeur d'apprendre de
- leurs nouvelles l'avoit fait aller , ils
ſe mirent des deux coſtez, l'attaquetrent
dans ſon Canoe, & le perçerent
de Fleches avec ſa Suite, dont
il n'échapa qu'un ſeul de vingt- cinq
qui l'avoient accompagné. Cet accident
obligea ce qui reſtoit de cet-
- te nouvelle Colonie, à ſe retirer
dans les Ifles Françoiſe qui font
C5 pro58
MERCURE
proches de ce Continent.
Les Anglois & les Hollandois
ont étably depuis ce temps-là quelques
Habitations dans ces Coſtes ;
& comme les Normands n'y envoioient
plus de Vaiſſeaux, il ſe forma
dans Paris une Compagnie de
pluſieurs Perſonnes de qualité &
de mérite, qui demanderent au Roy
en 1652. la permiffion d'y mener
de nouveaux Habitans , avec une
augmentation de Privileges. Ils firent
une dépenſe tres - conſidérable
de trois Vaiſſeaux , & de plus de
huit cens Hommes , pour aller encor
prendre poffeffion de la Cayenne.
Toutes les ſuites de cet Etabliffement
ont eſté funeſtes. La mort
de M l'Abbé de Marivaux qui fut
noyé ſous le Pont-rouge en partant
de Paris, fut le premier préſagedes
malheurs qui devoient ſuivre cet
Embarquement . L'affaffinat de M'
le Marquis de Royville General ,
qui fut fait dans la route par ſesAffociez
,
GALANT.
59
fociez , confirma ce funeſte augure,
& les diffentions qui s'éleverent
dans le Pais apres le débarquement
de la Flote entre ceux qui estoient
les Chefs & le Conſeil de cette Com-
-pagnie , allerent fi loin , qu'apres y
avoir demeuré quinze mois dans
une continuelle diviſion , cette Colonie
ſe diſſipa. Mr de Bragelonne
Maiſtre des Requeſtes , voulut tenter
une ſeconde entrepriſe deux ans
✓ apres , & périt à la veuë de Belleile
, ſans qu'on puſt rien ſauver de
ce naufrage.
Les Etrangers nos voiſins ont
continué leur commerce dans quelques
Rivieres de ce Continent .
Cayenne fut occupée par les Hollandois
; Suriname par les Anglois ; *
que ces premiers en chafferent , &
Eſſeguebe , ou Eſquipre, vers l'Orenocque
, par une Compagnie particuliere
de Zélande. Mais le Roy
qui ne cherche à rendre ſon Regne
le plus floriſſant qui fut jamais, que
C6
pour
60 MERCURE
!
pour l'avantage de ſes Peuples , réſolut
de remettre les François en
poffeffion de ce nouveau Monde ,
& ſe repoſa ſur Monfieur Colbert
du ſoinde former cette grande Compagnie
des Indes Occidentales , que
ce fidelle & vigilant Miniftre compoſa
des Perſonnes les plus opulentes
des Finances . Les Puiſſances féparées
de pluſieurs Particuliers qui
eftoient Seigneurs Proprietaires de
quelques unes des principales Ifles
de l'Amérique , & entr'autres de la
Martinique , de S. Chriſtophle , &
de la Guardeloupe , furent réünies
fous une ſeule autorité . On fit faire
un Armement conſidérable de pluſieurs
Vaiſſeaux , & M de Tracy
• Lieutenant General des Armées du
Roy fut choiſy pour cette Expédition.
Chacun ſçait l'expérience qu'il
à pour les Négotiations , & combien
il eft conſommé dans l'Art de
la Guerre. Il eut ordre d'aller reprendre
le Pofte de Cayenne que
nos
GALANT . 61
2
nosVoiſins ufurpoient injuſtement,
de repaffer par les Ifles Françoiſes ,
& d'y faire les Reglemens neceſſaires
pour le trafic & pour le bien deces
Peuples , qui ne reſpiroient qu'apres
une meſme domination , & vouloient
eſtre aſſurez de la protection
de leur Souverain. Mª de la-Barrele-
Febvre Maistre des Requeſtes ,
& Intendant du Bourbonnois, fut
envoyé avec luy , & on leur donna
quelques Troupes reglées de
vieux Corps.
Mª de Tracy s'aquita de ce qui
luy avoit eſté ordonné avec toute
la prudence & l'activité qu'on pouvoit
attendre d'un fi grand Homme.
Il obligea les Hollandois retranchez
& fortifiez dans Cayenne ,
+ de l'abandonner ſans combat. Mª de
la Barre fut laiſſé pour eſtre le Chef
de cette nouvelle Colonie. Mr le
Chevalier de Lezy ſon cadet , qui
le devoit ſeconder dans les foins &
dans les fatigues d'un Etabliſſement
C7 de
62
MERCURE
1
de cette importance , y reſta ſeul
apres le depart de M de la Barre ,
que le ſervice du Roy appella dans
les Ifles pour y commander ſes Armes
ſur mer & ſur terre. Les grandes
Actions qui luy ont acquis tant
de gloire , ſont connuës de tout le
monde. Elles peuvent eſtre miſes
parmy les plus éclatantes de noftre
Siecle , ſoit qu'on regarde ce qu'il
a fait dans l'attaque des Forts de
nos Ennemis , ſoit qu'on examine
la vigueur avec laquelle il a défendu
nos Ifles contre toutes leurs forces
de mer.
Mª de Lezy à qui la jaloufie que
les Hollandois avoient conçeuë de
ſon application à maintenir fa Colonie
, attira la diſgrace d'eſtre attaqué
par des Troupes dont le nombre
paſſoit de beaucoup celles qu'il
leur pouvoit oppofer , fut enfin
contraint dequiter ce qu'il ne pouvoit
défendre ; mais fon bonheur
voulut qu'eſtant ſecondé quelque
temps
GALANT .
63
temps apres d'une Flote Royale
commandée par Monfieur le Comte
d'Eftrées Vice-Admiral , il paya
fi bien de ſa perſonne dans l'attaque
du Fort de Cayenne qu'on entreprit
l'année derniere ſur les Hollandois
, qu'il y entra le premier
l'épée à la main , & fit le Gouverneur
prifonnier. Il fut rétably avec
beaucoup d'avantage dans le Commandement
de cette Ifle. Il y donne
tous les jours des marques de fon
courage & de ſa conduite , & l'on
a eu nouvelles depuis peu qu'ayant
ſceu que des Hollandois comman-
-dez par un Gentilhomme Anglois ,
avoient entrepris des Habitations afſez
importantes, ſoûtenuës de Forts
& d'Artillerie , dans les Rivieres
d'Aproüaque & Viapocque , vers le
Cap de Nort , à deux degrez de
Cayenne , du coſté des Amazones,
il y avoit promptement couru , &
eſtoit venu à bout de les en chaffer
, & avoit pris le Fort d'Orange,
dans
64 MERCURE
dans lequel il y avoit ſeize pieces
de Canon , des Munitions , des
Marchandiſes & des Armes . Cette
Conqueſte a eſté conſidérable, tant
par les Canons , les Habitans , les
Négres , les Beſtiaux , & les Uſtencilles
propres aux Sucreries, que
par la priſe d'un Vaiſſeau dont le
tranſport dans Cayenne a plus fortifié
la Colonie , qu'on n'euſt ofé
l'eſperer de pluſieurs années. Je ne
ne vous en fais point le détail , ayant
trop de choſes particulieres à
vous apprendre de la derniere affaire
de Tabago. Je vous diray ſeulement
que ceux qui s'y ſont ſignalez
avec M' le Chevalier de Lezy ,
font M" de Ferolles, de Guermont,
Décloches, de la Sauvagere, & des
Granges. Cette fuite continuelle de
Victoires dans tous les lieux où
nous combatons , doit eſtre un
grand ſujet de ſurpriſe pour nos
Ennemis , & c'eſt fort injuſtement
qu'ils les veuleut rejetter ſur le bonheur
GALANT. 65
heur de la France. Tout ce que le
Roy entreprend , eſt trop bien imaginé
, conduit avec de trop ſages
précautions , & trop vaillamment
executé, pour tenir quelque choſe
du bonheur. Nos favorables ſuccés
en font l'effet neceſſaire ; & fi nous
n'avons rien veu de pareil dans les
autres Regnes , c'eſt parce qu'il n'y
ajamais eu deMonarques qui ayent
approché de Loüis LE GRAND .
La maniere dont il concerte les
choſes pour les Affaires de mer ,
- n'eſt pas moins digne d'admiration
que ce qu'il ordonne fi judicieuſement
pour celles de terre. Il a toûjours
lieu d'en attendre tout par la
vigilance du grand Miniſtre qui en
a foin , & qui les connoit ſi parfaitement,
que les évenemens n'ont
jamais manqué de répondre à ſes
conſeils . Voyez ce qui eſt arrivé
de Tabago. On ne pouvoit prendre
de plus juſtes meſures que celles
qui ont eſté priſes, ny exécuter
des
66 MERCURE
des ordres avec plus de diligence &&
de fecret . L'un & l'autre eſtoit neceffaire,
& il falloit faire faire dans
nos Ports divers mouvemens à nos
Vaifleaux pour embaraſſer les Hollandois.
Ils armoient pour Meſſine ,
& on n'euſt pû leur faire croire
qu'on avoit deſſein d'aller de ce coſté-
là , fi on n'euſt fait travailler
à un grand Armement. Ils le crûrent
, quoy qu'on armaſt à Breſt &
à Rochefort , eftant perfuadez que
la Provence ne pourroit fournir affez
de Matelots pour un Secours
fi conſidérable , ſans les faire venir
des Mers du Ponant. Dans cette
penſée les Hollandois ne prefferent
point l'Armement qu'il ſembloient
avoir réſolu pour Tabago , & que
Tobiasdevoit commander. Le temps
s'écoula. Les Eſpagnols ne leur
donnerent point d'argent. Ceux-cу
ne voulurent point entretenir l'Armement
à leurs dépens , & defarmerent.
M' le Marquis de Seignelay
GALANT.
67
lay fit auffi deſarmer nos plus gros
Vaiſſeaux à Breſt & à Rochefort ,
& ce fut ce qui acheva de les tromper.
Ils ne douterent plus que tous
nos préparatifs n'euffent eſté faits
pour Meſſine. Mais ils ne sçavoient
pas que ce Marquis avoit fait préparer
d'autres Vaiſſeaux plus légers
avec une diligence incroyable. Rien
ne leur manquoit. Il avoient des
Munitions , des Hommes , & de
l'argent. Leur départ fut un coup
de foudre pour les Hollandois.
Quoy qu'il n'y ait point de Nation
fi diligente qu'ils le ſont dans leurs
- Armemens , tout ce qu'ils pûrent
faire quand ils ſe virent devancez ,
- ce fut d'envoyer un grand Convoy
pourjetter du ſecours de Vivres &
de Munitions de guerre dans les
Ports qu'ils crûrent pouvoir eſtre
- attaquez . Cependant Mr le Comte
- d'Eftrées Vice- Admirael de Fran-
-ce, partit de la Rade de Breſt le 3 .
d'octobre dernier. Voicy les noms
des
68 MERCURE
des Vaiſſeaux qu'il commandoit ,
& ceux des Officiers qui les montoient.
LeTerrible.
M' le Vice - Amiral , M² Mericourt
Capitaine , Mª de la Chaboffiere
Capitaine en ſecond , Mª de
Bléort Capitaine Volontaire , Mrs le
Chevalier Darbouville & de la Boffiere
Lieutenans , M'de la Roque ,
&le Chevalier Deſaugers Enſeignes,
M' Patoulet Commiſſaire General ,
M' le Chevalier d'Hervaux Major ,
Mª de Combes Ingénieur.
Le Tonnant.
M le Marquis de Grançey Chef
d'Eſcadre , M² de MaſcaranyCapitaine
, Mrs le Chevalier d'Heure &
de Courcelles Lieutenans , Mrs de
Bellecroix & Leſcoüet Enſeignes ,
Mrdu Guet Commiſſaire ordinaire,
M' de S. Clair Ayde-Major.
Le Duc.
M le Comte de Sourdis Capitaine
, M" Giffé & le Chevalier
de
GALANT .
69
☐ la Guette Lieutenans , M de
Boulainvilliers & de Rouvré Enſeignes.
Le Prince.
M' le Marquis d' Infreville S.
Aubin Capitaine , Mrs de Champigny
Dormanville Lieutenans , Mrs
de Tarte & Cintré , Enſeignes.
Le Belliqueux.
Mr le Comte de Blenac Lieutenant
General pour les Ifles , Mr le
Chevalier de Neſmond Capitaine
, M² de Leftoille Capitaine en
ſecond , Mrs de Beauge & la Chaufſée
Lieutenans , Mrs de Malaſſis
& le Chevalier de Courcelles Enſeignes
.
L'Etoille.
M' Montortier Capitaine , Mdu
Laffé Lieutenant , Mrs de Pontac
& le Chevalier de Pariſot Enſeignes.
L'Alcion.
Mr Damblimont Capitaine , M
Defroches & Machault Lieutenans,
M
rs
70
MERCURE
Mrs Veron & Lempereur Enfe
gnes.
L'Hercule.
M le Chevalier de Flacour Capitaine
, Ms Breugnon & de Lar
Lieutenans , Mrs Des Yleraux &
Patoulet Enſeignes .
Le Brillant.
Mª de Clocheterie Capitaine ,
Mª du Rivaux Lieutenant, M² Cerpeau
Enſeigne.
LeBourbon.
Mr le Chevalier de Roſmadec
Capitaine , Mrs Julien & Pointy
Lieutenans , Ms Boncour & Lefcoüet
Enſeignes.
l'Emerillon .
Mª du Dros Capitaine , M² Erpin
Enfeigne.
NOMS DES FLUTES
armées en Guerre .
Le Dromadaire.
Mª de Larteloire Capitaine fur
le Grand Eftat , Mr Cardaillac
LieuGALANT
.
71
tenant , M' Guillierme Enſeigne.
Le Tardif.
Mr Brevedent Capitaine , Mr de
Courcelles Lieutenant, de Combes
Enſeigne.
NOMS DES BRULOTS.
Le Perilleux.
M' Eſtienne , Capitaine.
La Maline.
Mr Mefiere . Capitaine.
Le Brutal.
M' d'Hericourt , Capitaine.
Plus une Flute pour ſervir d'Hofpital..
Une Barque longue.
Une Cache.
Je ne vous diray point par quels
› lieux ces Vaifſeaux paſſerent. Il eſt
certain que le 26. d'Octobre ils
eſtoient fous le Tropique. Une
ancienne coûtume de Mer veut
qu'on y obferve une Ceremonie
aſſez particuliere pour ceux qui n'y
ont jamais paffé. Elle s'appelle bap
tifer;
72
MERCURE
tiſer ; & voicy de quelle maniere
elle ſe fait. Le Capitaine donne
quelques Bouteilles d'Eau-de-vie
aux Matelots , fans quoy ils ont
droit de couper l'Eperon. Ceux qui
ont déja fait le Voyage prennent
les autres, leur liënt les maine derriere
le dos , & les ayant attachez
par deſſous les épaules , les élevent
au bout de la Vergue du grand
Maft , & les laiſſent tomber trois
fois dans l'eau. Quelques-uns ſe
font encor plonger volontairement
pour le Roy , pour les Commis du
Vaiſſeau , ou pour leurs Maîtreſſes.
Cela fait , on leur donne à tous un
Verre d'Eau-de-vie , ou de Vin
d'Eſpagne. Les Officiers mémes ne
fſontpas exempts de cette Ceremonie.
Les Matelots leur verſent un peu
d'eau ſur la teſte , & ils leur donnent
de quoy boire. Ce Baptefme
maritime eſtant finy , on reprend ſa
route , & chacun paſſe le reſte du
jour en réjouiſſances. Ce fut ainſi
qu'on
GALANT.
73
qu'on en uſa dans la Flote de Mr le
Comte d'Eſtrées. On continua d'azancer
, & quelques Poiffons volans
tomberent dans les Vaiſſeaux.
Le 31. d'Octobre ils ſe trouverent
fur les cinq heures du ſoir à la veuë
du Cap - vert qu'ils doublerent le
lendemain avec un petit vent qui
les porta dans le Cap. La petite
Ifle nommée Goerée que les Hollansdois
poffedoient , n'eſtoit qu'à trois
lieuës de là. Elle eſt ſeparée de terre-
ferme par un petit bras de mer ,
large ſeulement d'une démy lieuë ,
& n'a tout au plus qu'une lieuë entiere
de circuit. Il y a deux Forts ,
l'un en bas fur la pointe du Nort
Roù eſt la deſcente, &l'autre en haut
qui commande le premier. M le
ElComte d'Eſtrées fit aborer le Pavillon
Hollandois à ſon arrivée pour
Tempeſcher les Vaiſſeaux ennemis
s'il y en avoit ſous les Forts , de
prendre l'épouvante & de ſe ſauver
avant qu'il euſt pû les joindre. Ils
D
,
ne
74
MERCURE
ne nous eurent pas fi-toft apperceus
qu'ils mirent leurs Pavillons ſur les
deux Forts ; mais comme les Noſtres
ne purent répondre au Signal
qui leur fut fait , parce qu'ils ne le
ſçavoient pas, ils reconnurent bientoſt
qu'ils alloient eſtre attaquez.
Il falloit approcher des Forts pour
aller à l'endroit que Mr le Vice-
Admiral avoit choiſi pour moüiller
l'anchre. Il y paſſa le premier ; &
quoy qu'il euſt encor fon Pavillon
Hollandois , il fut ſalüé à coups de
Canon à balle. Alors tous nos Vail
ſeaux arborerent la Baniere de France
& allerent mouiller à la portée
du Canon ſans tirer un ſeul coup
Ils en avoient reçeu la defenſe de
Mr le Vice - Admiral. Cependant
les Hollandois connoiſſant qu'ils ne
s'eſtoient point mépris , continuerent
à nous canonner. Le foir M
de Bléort Capitaine de Vaiſſeau
& M de Combes Ingénieur , eurent
ordre d'aller faire le tour de
l'Ifle ,
GALANT .
75
l'Ifle , reconnoiſtre les Forts , &
ſonder tous les fonds pour choiſir
les Poſtes où l'on mettroit nos Vaifſeaux
en état de canonner à leur
= tour les Ennemis. On fit armer
trois Chaloupes pour les eſcorter ;
- mais comme on découvrit qu'il y
avoit ſous le Fort deux Barques , &
quelques Chaloupes qui nous auroient
pû attaquer , on en fit encor
-armer quatre autres pour les ſuivre
- de loin , obſerver les Baſtimens , &
les empefcher de ſe dérober la nuit ,
auffi-bien que les Canots des Negres.
Le jour ſuivant on envoya
fommer le Gouverneur dés le matin.
Il répondit qu'il avoit preſté
Serment aux Eftats & à la Compagnie
, dene ſe rendre point qu'il n'y
euſt du ſang verſé. Cette réponſe
donna méchante opinion d'eux , &
fut cauſe qu'on réſolut auffi-toft
P'Attaque. On fit un Détachement
pour s'avancer vers les Forts & les
canonner de plus pres ſous les or-
D2 dres
76 MERCURE
4
dres de Mr le Comte de Sourdis.
Les Vaiſſeaux détachez furent le
Duc , commandé en particulier par
ce meſme Comte ; le Prince , par
Mr de S. Aubin d'Infreville ; l'Etoille
, par M'de Montortier; l'Alcion
, par M d'Amblemont; l'Hercule
, par M'le Chevalier de Flacour;
la Fluſte de Dromadaire armée
en guerre, par M de l'Arteloire;
& le Tardif, par M. de Brevedent.
Mr Sauvage Commiſſaire
de l'Artillerie , devoit Commander
une Baterie de Canon , & M'l'Andoüillet
une de Bombes. On nomma
Mª de Saint Clair pour faire la
fonction de Major. M'le Marquis
de Grançey qui ſervoit de Mareſchal
de Camp, eut la conduite &
le commandement de la Defcente &
de l'Attaque des Forts ; & M² le
Vice - Admiral devoit s'embarquer
avec M' Patoulet pour eſtre preſent
à cette Deſcente. Il fut arreſté qu'il
monteroit le Vaiſſeau de M'le Comte
Folyo.
ABCA

GALANT.
77
te de Sourdis où toutes les Troupes
avoient ordre de s'aſſembler en
vingt- quatre Chaloupes , le Vice-
Admiral devant donner le mouvement
à la terre & à la mer felon les
occafions qui s'offriroient. M² le
Marquis de Grançey avoit quatre
cens cinquante Hommes diviſez en
deux Corps , avec deux Compagnies
de Grenadiers de trente-cinq
Hommes chacune. Le premier Corps
eſtoit commandé par M" de Bléort
& de Brevedent. Le ſecond par M's
de Maſcarani & Chaboiffiere
les Grenadiers par M" les Chevaliers
d' Aire & d' Arbouville. Toutes
les Chaloupes à la teſte deſquelles
eſtoit M le Comte d'Eſtrées marcherent
en ſi bon ordre , que les
Ennemis croyant qu'elles alloient
faire la Defcente pourdonner l'affaut,
en furent incontinent épouvantez .
Ils quiterent le Fort d'en bas apres
y avoir encloüé leur Canon , mon-:
terent à celuy d'enhaut , & fans
D 3 batre
2 &
78 MERCURE
batre la chamade, ny demander à ſe
rendre , ils ofterent leur Pavillon ,
arborerent celuy de France , & envoyerent
en ſuite une Chaloupe à
Mr le Comte d'Eſtrées pour le fuplier
de les recevoir à rançon. Il
ne les voulut point écouter , & fur
la menace de les faire tailler en pieces
s'ils ne mettoient bas les armes,
ils ſe rendirent à difcretion. Mr le
Comte d'Estrées accorda la liberté
auGouverneur. On trouva les deux
Forts bien reveſtus & beaucoup
meilleurs qu'on ne l'avoit crû. Le
grand avoit fon Rempart de trente
pieds d'épaiffeur , pavé par tout ;
les Bateries en tres-bon état , quarante
deux pieces de Canon , & les
Magazins, affez bien fournis de toutes
chofes pour faire une longue reſiſtance.
Il y avoit foixante & deux
Eſclaves , cinq mille Cuirs , de
l'Eau-de-vie , des Cordages , de la
Viande , des Poudres & des Boulets.
On en chargea deux Barques
que
GALANT .
79
que les Ennemis avoient ſous leurs
Forts , & on mit le reſte dans nos
Vaiſſeaux , Voicy le Plan de cette
Ifle qui vous donnera une plus parfaite
intelligence de tout ce que je
I viens de vous en dire.
Tandis qu'on employoit deux
ou trois cens Hommes à démolir
les Forts , à brûler les Magazins ,
& à faire le degaſt de ce qu'on ne
pouvoit emporter , les Vaiſſeaux
travaillerent faus relâche à ſe pourvoir
d'eau pour deux mois , afin de
pouvoir aller droit à Tabago. Certe
précaution leur fit gagner pres
de trois ſemaines qu'il auroit falu
perdre dans l'Iſle de la Martinique,
s'ils n'euffent pas ſongé à profiter
de ce temps. M'le Comte d'Eſtrées
y dépeſcha un Brulot pour avertir
M' le Comte de Blenac Gouverneur
& Lieutenant General de tou-
| tes les Ifles Françoiſes , de la réſolution
qui avoit eſté priſe de n'y
point aller. On partit du Cap-vert
D4 le
80 MERCURE
le neuviéme Novembre , & on arriva
vingt-un jours apres à la veuë
de la Barbade , où l'on avoit donné
rendez-vous à quatre Vaiſſeaux
qui estoient à la Martinique. On
en apperçeut deux le lendemain ,
& on apprit que les deux autres qui
portoient plus de cinq cens Hommes
pour fervir à terre , ne pouvoient
arriver de deux jours. On
ne laiſſa pas de prendre le party de
continuer la route , o d'aller à l'Ifle
de Tabago . Les Vaiſſeaux y arriverent
le 6. Decembre, & moüillerent
le foir affez tard à une Rade
qui eſt à deux lieuës du Fort. M
le Vice - Admiral voulant cacher ſa
Defcente , détacha auffi- toft cinq à
fix cens Hommes ſous Mr le Comte
de Blenac. Mr le Marquis de
Grançey avoit une extréme paſſion
d'eſtre du Détachement , mais fa
préſence futjugée neceſſaires au Conſeil
de guerre , & on l'obligea de
demeurer. On fit quelques Priſon
niers
GALANT . 81
niers , & on ſçeut d'eux que les
Ennemis eſtoient fortis pour empeſcher
la Defcente , mais qu'ayant
appris qu'elle estoit faite , ils ef-
( toient rentrez dans le Fort. Le 7 .
& le 8. on mit à terre le reſte des
Troupes avec tout ce qui eft neceffaire
pour une Attaque. Vous jugez
bien , Madame , que c'eſt un
attirail preſque infiny , lors qu'il le
faut tranſporter à force de bras , &
fur le dos des Hommes. Cet embarras
dura une lieuë & demie par
un chemin qu'on fut obligé de faire
avec des Serpes & des Cognées ,
& qu'il falut conduire par de Ravines
& par des Eminences fort droites.
Les Ennemis avoient ruiné celuy
qui fut fait l'année derniere ,
& les pluyes l'avoient preſque entierement
inondé. Elles ne cefferent
point depuis le Débarquement,
& cauferent des incommoditez dont
les Officiers Generaux ne furent
point exempts. Le chemin qu' ils
D5 avoient
82
MERCURE
:
avoient ſouvent à faire deux fois
en un mesme jour, leur faiſoit rencontrer
quatre ou cinq Ravines ,
ou des Rievieres débordées , & c'eſtoit
une neceſſité pour eux de ſe
mettre dans l'eau juſqu'à la ceinture.
Les Troupes camperent le 9.
fur la Hauteur qui n'eſt éloignée
du Fort que de fix cens pas, & malgré
toutes les difficultez que je
viens de dire , on ne laiſſa pas de
mener trois Mortiers une lieuë &
demie , & trois Pieces de Canon à
moitié chemin de l'endroit où l'on
avoit fait la Descente. On fit une
Baterie pour les Mortiers à trois
cens cinquante pas du Fort, laquelle
commença à tirer le 12. Comme
elle avoit eſté faite avec diligence
, & dans des lieux couverts par
des Arbriffeaux & par des Cannes
de Sucre , les Ennemis ne s'en eftoient
point apperçeus. Le 11. un
de nos Soldats qui alla ſe rendre,
leur ayant appris où elle eſtoit , ils
com-
11
To
UL
ro
10
gel9
ne

11
D6
C
~
a
e
C
1
1
F(
1
:
comGALANT
.
83
commencerent à la canonner dés le
lendemain au matin , & canonnerent
le Camp en meſme temps avec
cinq Pieces de Canon qu'ils tournerent
de ce coſté là. Mr le Vice-
Admiral ayant ce meſme jour commandé
ſur les dix heures qu'on tiraft
les Bombes , la troifiéme tomba
dans le Fort au milieu des Poudres
, & fit un effet fi prodigieux,
qu'elle enleva Binkes & tous les
Officiers qui diſnoient avec luy.
M' le Vice-Admiral fit prendre auffi-
toſt les armes , & M le Comte
de Blenac marcha droit au Fort
pour s'en rendre maiſtre auſſi - bien
que des Vaiſſeaux , & empeſcher
le ralliëment des Ennemis. Le Belliqueux
& le Brillant arriverent le
lendemain avec un Renfort de plus
de fix cens Hommes. Il ne ſe ſauva
qu'un Officier. Tous ceux des
Vaiſſeaux furent pris, à l'exception
de Radmus fameux Corſaire , qui
n'avoit pas voulu aller diſner dans
D6 le
84 MERCURE
le Fort , & qui s'eſtant échapé par
les Rochers , trouva moyen de ſe
jetter dans une Galiote. Quelquesuns
diſent qu'il ſe ſauva au travers
des Bois. Je ne vous parle point des
Vaiſſeaux que nous avons pris. Vous
n'avez qu'à jetter les yeux ſur le
Plan que je vous envoye. Il vous
inſtruira de tout. Voicy ce que porte
une Relation tres - fidelle. Elle
vient d'un lieu où l'on ne publie
jamais que des veritez. Tous les Officiers
ont tres-bien ſervy dans cette importante
occafion . Meſſieurs deGrançey, de
Blenac, & Patoulet Commiſſaire General,
ont eu beaucoupde part auxfatigues,
& on ne peut trop lover leurs foins&
leur zele, felon leurs diférentes fonctions.
Monfieur le Marquis de Grançey
fit des chofes incroyables ; ſa vigilance
fut extraordinaire. Il preffa
non ſeulement le travail par ſa préfence
& par ſes libéralitez , mais il
aida meſme à traîner les Mortiers.
Il commanda le premier les Troupes
fous
GALANT.
85
ſous les ordres de M' le Vice - Admiral,
& fut relevé par M'le Comte
de Blenac. On avoit reglé qu'il
y auroit toûjours deux Capitaines
pendant vingt-quatre heures , pour
commander ſous les Officiers Gene-
- raux avec M. de Brevedent , qui
eſtant ſeul de fon ordre , n'a point
* diſcontinué de ſervir depuis la Defcente
, & s'eſt tres - bien acquité
de fon employ. Ces Capitaines fufrent
Le premier jour, Mrs de Sourdis
& de Bléort .
Le ſecond, Mrs de S. Aubin & de
l'Arteloire
- Le troifiéme , Mrs de Montor-
✓tier , & de Chaboiffiere.
Le quatrième, M" d'Amblemont
&du Drot , qui venoient relever ces
deux derniers lors que la Bombe fit
- , fon effet. M'le Chevalier d'Hervaut
a fait voir beaucoup d'activité dans
tout le temps que les Troupes ont
eſté à terre , & il ne ſe peut rien す
D7 ad!
MERCURE
86
adjoûter aux fatigues qu'il a euës.
M'de Combes Chef ces Ingénieurs,
a agy avec beaucoup de capacité &
d'intelligence. M'l'Andoüillet commandoit
la Baterie des Mortiers ,
comme je vous l'ay déja marqué; &
la juſteſſe avec laquelle il fit tomber
la troifiéme Bombe dans le Fort ,
fait affez connoiſtre qu'il n'y a perſonne
qui ſoit plus habile ny plus
entendu que luy dans ſon meſtier.
M'Sauvage eſtoit deſtiné pour commander
l'Artillerie; & M Bellaire,
les Mineurs .
Si vous eſtes ſurpriſe de cet effet
extraordinaire des Mortiers dont
on s'eſt ſervy ſi avantageuſement à
Tabago, vous ſçaurez que l'invention
en a eſté trouvée depuis un an
par M' Jaugeon , qui en fit d'abord
l'épreuve en préſence de M'de Louvois.
Il eſt Fils de Mr Jaugeon de
Mongy Gentilhomme Auvergnac ,
& a fait quantité de découvertes
dans les Matématiques , qui ont
donGALANT
.
87
donné lieu à de tres - utiles fecrets
dont on a déja veu les expériences ,
& quej'auray une autre fois occafion
- de vous expliquer. L'ardeur qu'il a
- de travailler à la gloire de fon Prince
, ne contribuë pas peu à le faire
fi ailément venir à bout de toutes
les choſes qu'il imagine. C'eſt une
paffion qui luy eft commune avec
M² de Mongy ſon Frere, qui à l'â
ge de vingt - deux ans a fait ſept
1. Campagnes en qualité de Volontaire
& de Lieutenant , quatre ſur
terre , & trois ſur mer. La derniere
eſt celle de Tabago. Il y ſervoit
fous Mr Sauvage , Commiffaire general
de l'Artillerie des Vaiſſeaux.
Quant aux Mortiers dont j'ay commencé
à vous parler , il ſont ſi lé-
- gers , qu'un Homme ſuffit pour en
porter un avec ſon Affut. Il n'y a
perſonne qui ne les puiſſe pointer
-ſans avoir beſoin d'un quart deNonante
, ny d'aucun autre Inſtrument
de Matématique , & cette
faci88
MERCURE
facilité vient de ce que les degrez
d'élevation ſont gravez ſur leur Affut
, & marquez , quand on les remuë
, par un Coin qui y eſt attaché.
L'uſage en eft admirable, particulierement
pour prendre les Dehors
des Places. On jette par ce
moyen une douzaine de Grenades
tout à la fois à quatre cens pas de
diſtance. Elles font renfermées dans
une Boëte combustible , qui brûle
tout ce qui eſt au lieu où elle tombe
, apres avoir jetté ſes Grenades à
plus de trente pas tout autour , où
elles font leur effet .
Quoy que j'évite autant que je
puis de me fervir des termes qui
font particuliers à beaucoup d'Arts,
parce qu'ils peuvent n'eſtre pas connus
de tout le monde , s'il m'en
échape quelqu'un qui embaraſſe vos
Amies' à qui vous continuez de faire
part de mes Lettres , elles en
trouverent l'explication dans un Livre
tres-curieux, & tout plein d'érudiGALANT.
89
0
1
rudition , qui a eſté imprimé depuis
quelques jours , & dont le titre
eſt , Les Arts de l'Homme d'Epée,
ou le Dictionnaire du Gentil-homme.
Le premier Volume contient l'Art
de monter à Cheval ; & le ſecond ,
celuy de la Navigation. L'Autheur
s'appelle M' Guillet. C'eſt à luy
que nous devons déja Athénes &
- Lacédemone, anciennes & nouvelles.
Vous ſçavez l'eſtime qu'on en
fait , & le cours que ces deux Ouvrages
ont eu dans le monde. On
a auſſi imprimé une Hiſtoire fort
curieuſe de la Laponie , c'eſt à dire
de la Partie des Lapons , qui releve
du Roy de Suede. Elle eſt traduite
du Latin de Mr Scheffer , que
les Allemans & les Anglois ont mis
d'abord dans leur Langue. Apres
qu'il eut reçeu ordre de compoſer
cette Hiftoire , M'le Comte de la
Gardie GrandChancelier de Suede,
luy fournit tout ce qui luy eſtoit
neceſſaire pour une entrepriſe de
S
ت
cet१०
MERCURE
cette nature , & il n'oublia rien
pour la faire exacte. Il y eſt traité
amplement de l'origine de ces Peuples
, de leurs Moeurs, de leur Religion,
de leur Magie , & des choſes
rares du Païs. Ce font des nouveautez
que je vous envoyeray , ſi
vous avez deſſein de les voir. Je
vous envoye cependant les Nouvelles
galantes & amoureuſes qu'on
vient de donner au Public. Ce font
diférentes Avantures ramaffées dans
une Lettre. Vous y trouverez des
incidens dont la lecture vous divertira.
Je vous donne en mefme
temps dequoy en faire une fort agreable
, en vous faiſant part de ce
qui a efté écrit à Me l'Abbé de la
Roque par Madame la Viguiere
d'Alby. C'eſt une Dame d'un fort
grand mérite. Tous ceux qui ont
leu la Princeſſe d'Iſambourg , que
nous avons d'elle , connoiffent la
force & la délicateſſe de ſon Eſprit.
Elle s'appelle Madame de Saliez; &
fi fa
GALANT .
91
fi fa Proſe eſt aiſée , on n'a pas
moins ſujet d'admirer le tour natu.
rel qu'elle donne aux Vers.
21
LETTRE
DE MADAME
LA VIG UIERE
D'ALBY ,
A Monfieur l'Abbé de la Roque.
Vous
croyez fans - doute , Monsieur ,
que ce n'est que chez les Ennemis de
cet Etat qu'on fait des Conquestes en
Hyver , & vous serez surpris d'entendre
dire qu'au milieu mesme de la
France on ait pris quelque chose dans
une si rigoureuse Saiſon . Cependant il
est certain qu'un jeune Gentil-homme
fort brave vient d'y emporter une Place
de conféquence , & que faisant feu
de tous coſtez , il l'a réduite à se rendre
ſous de fort bonneſtes conditions. Un
Amour qui a contribué à cette vi-
Etoire , en a porté la nouvelle , &
voicy
92
【ERCURE
voicy comment elle est venue à ma
connoissance.
F'estois dans ma Chambre reſvant
fur mes tiſons , de cette maniere douce
& agreable qui précede toûjours les vifions
que vous sçavez que les Dieux
m'envoyent quelquefois. Les Triomphes
infaillibles au Roy dans cette nouvelle
Campagne , estoient le ſuict de ma
refverie , tors que dans ce tranquille
état je crûs estre transportée dans un
Palais dont les beautez font au deſſm
de toutes mes expreſſions. Celuy d'Armide
ny mefme celuy que l'Amour fit
bastir pour Pſyché , n'estoient rien en
comparaison .
Dans cette magnifique Place ,
Entre le Ciel & le Parnaffe ,
La Déeſſe Vénus dans fes brillans
atours ,
Reçoit de temps en temps l'hommage
des Amours.
Là , fans déguisement , fans art, ſans
impoſture ,
Chacun luy dit ſon Avanture ,
Et l'on y voit les Amours fortunez,
Par
GALANT.
93
Par ſes belles mains couronnez ,
Recevoir des Leçons de l'aimable
Déeſſe ;
Pour augmenter leur joye & leur tendreffe
,
heureux ,
Elle donne courage auxAmours mal-
Elle prend ſoin de les inſtruire ,
Et foûtient par ces foins tout l'Empi-
را
re amoureux ,
Que la Raifon voudroit détruire.
Une nuit que le Ciel écclairoit foi-
A
רמ
blement ,
Vénus tenoit ſon Aſſemblée ,
Tout s'y paſſoit tranquilement ;
Quand foudain elle fut troublée.
Un Amour qui n'aguere eſtoit pâſle
& réveur ,
Dont mille ennuis troubloient le
coeur ,
Par de grands cris ſe faiſoit faire place;
On lifſoit ſur ſon front ſa joye & fon
audace.
Déeffe , diſoit - il , des plus vaillans
Guerriers
J'efface aujourd'huy la Victoire ;
Faites que milleAmours en admirant
ma gloire ,
Me viennent couronner de Mirthe &
de Lauriers .
Cette
94
MERCURE
Cette Place fi forte & fi bien défendue,
Que tant d'Amours afſiegeoient vainement
,
Par mon adreſſe s'eſt renduë ,
Et la charmante Iris rend heureux fon
Amant.
Ces derniers mots meSurprirent fort.
Comme j'avois l'esprit occupé des Conquestes
qui ſont ſi ordinaires au Roy
je croyois qu'on alloit parler de la prise
de quelque Ville de Flandre ou d'Alface
; mais tandis que je me reprochois
mon erreur ,
ainfy.
cet Amour continuoit
Ce n'eſt point par des artifices ,
Ny par de petites malices ,
Que j'ay furpris un coeur que la Vertu
gardoit ,
Et que la raiſon defendoit.
Iris a beaucoup de merite ,
Elle s'eſtoit preſcrite une ſage con-
Et j'avois vainement employé mille
duite ,
Amours ,
Quand l'Hymen m'offrit ſon ſecours.
Je l'accepte , luy dis-je , il m'eſt fort
neceſſaire ,
Mais
GALANT .
95
- Mais renvoyez voſtre ſuite ordinaire ,
Et ne gardez point avec vous
Vos repentir & vos dégouts .
Iris me parut toute émeue
1
R
A
00
11
Quand l'Hymen s'offrit à ſa veuë,
Suivy des Ris , des Jeux & des Amours
conftans .
C'eſt affez combatu , dit- elle , je me
rends ,
Amour ménagez bien l'employ que je
vous donne ,
Aux conſeils de l' Hymen enfin je
m'abandonne,
Guidez ſes pas & conduiſez-le bien .
Si je conſens à tout je ne prens ſoin
de rien.
L'Hymen fort content de la Belle ,
Mena l'heureux Daphnis juſques dans
ſa ruelle ,
Pendant que des Amours dans ce me-
CO
0
} }
ſtier ſçavans ,
De la timide Iris dénoüoient les Rubans
:
abatuë ,
Car eftant de pudeur & de crainte
Dans l'excez de ſa retenuë ,
Daphnis auroit perdu cent momens
précieux
Sans ces Amours officieux ,
Qui s'empreſſant ....
:
C'est
96
MERCURE
C'est affez, dit Vénus, en interrompant
cet Amour, je vous entens , Daphnis
est heureux , & vous méritez
d'estre récompensé de vostre perjéverance.
A ces mots elle batit des mains ,
& d'abord tout ſon Palais retentit de
cris d'allégreſſe. L'on couronna cet Amour
victorieux , & la Déesſſé prononça
ces Vers qui font une espece d'Epitalame
qu'elle fait toûjours en faveur
desjeunes Mariez qu'elle chérit.
Vivez heureux , vivez contens ,
Et paſſez doucement vos ans
En goûtant les plaiſirs d'un heureux
Mariage ,
Banniſſez-en les noms de joug & d'efclavage
,
Ce beau Noeud que l'Amour a formé
de ſes mains
Unira vos coeurs & vos ames ,
Et la lumiere de vos flâmes
Eclaircira vos jours & les rendra ſerains.
Tout cecy veut dire , Monsieur , en
langage humain , comme il me fut expliqué
, qu'enfin Monsieur le Vicomte
de Paule apres avoir aimé Mademoi-
Selle
GALANT .
A
1001
97
felle de S. Hypolite pluſieurs années ,
est devenu le plus heureux de tous les
Hommes en l'épousant. Je n'ignore pas
la part que vous prendrez à cette nouvelle
, &je me haſte de vous la donner
pour vous témoigner que je suis
voſtre tres-humble Servante ,
LA VIGUIERE D'ALBY .
Je ne doute point que vous ne
ſouhaitiez ſouvent de pareilles vifions
à l'admirable Perſonne qui les
explique avec tant de grace. La
joye de Madame de S. Hypolite
& de Mele Vicomte de Paule , doit
eſtre grande , puis que leur Famille
eſtant la meſme , ils voyent réünir
leur ſang par ce qu'ils ont de
plus cher au monde. La Maiſon
de Paule eſt des plus anciennes &
des plus conſidérables de tout le
Languedoc. Elle a donné en noſtre
Sicele l'Illuſtre Antoine de Paule
pour Grand - Maiſtre à la Religion
el
de Malte.
Mars. E En
98
MERCURE
En vous parlant au commencement
de cette Lettre de M' l'Evel
que de Rennes qui s'eſtoit trouvé
pour la premiere fois à l'Aſſemblée
des Etats de Bretagne , j'ay oublié
de vous dire qu'il avoit eſté ſacré
depuis peu. On l'appelloit M² l'Abbé
de Beaumanoir de Lavardin ,
avant que le Roy l'euſt nommé à
l'Eveſché de Dole , & incontinent
apres à celuy de Rennes. Il eft
Docteur de Sorbonne , & d'un mé
rite qui n'eclate pas moins dans fa
pieté que dans ſes autres qualiter
eſſentielles à un Prélat. Je ne vout
diray rien de ſa Maiſon. L'Hiftoi
re a pris ſoin de la diftinguer , &
parle fi avantageuſement de M le
Mareſchal de Lavardin ſon Grand-
Pere , qu'il faut n'en avoir aucun
connoiſſance pour ignorer qu'il pal
ſe pour un des plus grands Hom
mes de ſon temps. Il fut Colonel
de l'Infanterie Françoiſe , prit Villefranche
en Périgord , & Cahors
&d'EauGALANT
.
99
n
1
& d'Eaufé au Comté d'Armagnac.
Il commanda l'Armée du Roy en
Poitou en l'absence du Duc de Joyeuſe
, & la Cavalerie-Legere à la
Bataille de Courtras . Il ſervit au
Siege de Mauleon ſous le Duc de
Nevers , & à ceux de Paris , de
Chartres , & de Roüen, ainſi qu'au
Combat de Chaſteau Giron ſous le
Comte de Soiffons, & à celuy d'Au-
1 male où il fut bleffé. Il eut leGouvernement
du Maine , & fut fait
an Chevalier des Ordres & Marefchal
de France dans la mesme année. Il
fit la fonction de Grand-Maiſtre au
Sacre de Loüis XIII. qui l'envoya
Ambaſſadeur Extraordinaire en Angleterre.
Il mourut au retour de
cette Ambaſſade. Je ne vous parle
point d'un nombre infiny de grandes
Alliances dans lesquelles cette
Maiſon eft entrée , ny des Gouvernemens
de Provinces , Eveſchez ,
& autres Dignitez qu'on luy a toûef
H
0
d
jours veu poffeder. M l'Evefque
E 2 de
100 MERCURE
de Rennes qui donne lieu à cet Article
, eſt Coufin Germain de M
le Marquis de Lavardin , aujourd'-
huy Lieutenant General au Gouvernement
de la Haute & Baffe Bretagne.
Ce Marquis eſt tres - aimé
dans cette Province , & y ſert le
Roy fort utilement. Il n'y a point
de Gentil - homme en France qui
ſcache mieux tout ce qu'un Homme
de qualité doit ſçavoir. Perſonne
ne doute de ſa bravoure. 11 en
a donné de fort glorieuſes marques
au Combat de S. Godard en Hongrie
, à la priſe de Courtray , à celle
de la Franche - Comté en 1668.
& à la Guerre faite aux Hollandois
quatre ans apres. Il à épousé Mademoiselle
d'Albret , Fille aifnée
de M' d' Albret Duc de Luynes ,
Pair de France.
M' Paris eſt mort depuis quelques
jours. Il eſtoit Conſeiller de
la Grand' Chambre. Mª Malo eſt
monté à ſa place. C'eſt un fort honneſte
GALANT . ΙΟΙ
neſte Homme , & d'une tres-bonne
Famille de Paris.
Je vous ay conté la derniere fois
l'Hiſtoire de la Belle morte d'amour
pour ſon Mary. Ceux qui ont crû
qu'elle n'eſtoit pas veritable , n'ont
pas pris la peine de s'en informer .
Elle eſt ſçeuë de tant de Gens du
premier rang , que je m'étonne
qu'il y ait des incrédules ſur les parefticularitez
que je vous en ay dites .
1 Voicy deux Epitaphes qui ont eſté
q faits pour elle par M' Lelleron Avocat
à Provins.
ΕΡΙΤАРНЕ
D'une Femme morte d'amour
pour ſon Mary.
Paſſant , arreste icy tes pas.
Autre-part tu ne liras pas
Une Hiſtoire ſi merveilleuſe
at Que celle qu'à tes yeux ce marbre peut offrir.
Cy gift de fon Epoux une Femme amoureuse
Que son chaste amour fit mourir.
eerr
-b
1
Aux Dames elle a fait une leçon commune
De mourir en Femmes de bien ;
E3 Mais
102 MERCURE
Mais elle n'a ſuivy l'exemple de pas une ,
Pas une ne ſuivra le ſien.
AUTRE.
Icy gift le Corps d'une Belle
Que l'Amour d'un Mary réduiſit au trépas;
Ce qui doit étonner , c'eſt de voir en ce cas
La premiere mode nouvelle
Que le beau Sexe n'aime pas.
Cette mode ſeroit en effet un
peu cruelle à introduire pour un
Sexe qui contribuë tant aux douceurs
de la ſocieté. Si l'Avanture
euſt eſté moins extraordinaire , elle
n'auroit point paru ſuſpecte à ceux
qui manquent de foy pour les prodiges
que peut cauſer l'amour conjugal.
On n'a pas moins douté de
I' Hiſtoire du Solitaire que beaucoup
ont voulu croire une fiction .
C'eſt celle du Conſeiller qui avoit
choiſy la retraite par un principe
d'averſion pour les Femmes , & à
qui ſon Pere envoya une Belle d'une
vertu chancelante dont il fut fi
charmé , qu'il l'époufa. La choſe
eft
GALANT .
103
eſt ſi vraye , que le Procés intenté
pour la rupture du Mariage doit
eſtre jugé au premier jour dans un
des plus celebres Parlemens de France.
Le Fils en pourſuit la validité
contre ſon Pere, & fait tellement
fon bonheur de la tendreſſfe de celle
qu'on luy veut ofter , qu'il traite
de calomnie tout ce qui s'eſt publié
de l'égarement de ſa conduite. Il
To eſt certain qu'il ne faut pas toûjours
ut juger fur les apparences. Ce que je
ell vay vous conter en fera foy.

eux
ro
0
Une Dame eftant dans une Maiſon
de Campagne aux environs de
Paris, eut le chagrin de ſe voir fans
équipage , dans le temps où il y
avoit pour elle une neceffité abſoluë
d'y retourner. Ses Chevaux
tomberent malades , & elle fut réduite
à ſe ſervir d'un Carroffe de
floüage qu'elle fit venir. Elle part.
* Le Carroffe s'embourbe à deux
lieuës de là. On prend des Chevaux
de Meſſager & de Charetes pour le
JO
oit
10%
E 4
tirer.
e
104
MERCURE
tirer. On n'en peut venir à bout.
Les efforts qu'on fait le briſent , &
la Dame ſe trouve à pied à l'entrée
d'un Village où elle n'a pas deſſein
de coucher. Elle prend le party d'y
laiffer une Demoiselle & une Femme
de chambre qu'elle ramenoit
avec elle ; & comme des affaires
preffantes l'obligeoient d'eſtre ce
jour-là meſme à Paris , elle ſe réfout
à demander place dans le premier
Carroffe qui paffera. Elle n'attend
pas long-temps. Elle en voit
venir un qui s'arreſte heureuſement
à l'endroit meſme où elle eft. Celuy
à qui il eſtoit , avoit quelque
ordre à donner à un Laquais. Tandis
qu'il luy parle , la Dame demande
fon nom au Cocher. Il luy
eſtoit connu par la réputation qu'il
avoit acquiſe dans le monde. Ceſtoit
un Conſeiller qui paſſoit pour
un des plus honneſtes Hommes de
France. Il n'avoit que ſon Gendre
avec luy , & la Dame ne balance
point
GALANT .
105
0
10
Si
C
point à ſe jetter dans le Carroffe
avant qu'on l'ait refermé. Un procedé
fi extraordinaire la fait regarder.
Elle estoit belle, avoit l'air de
qualité , beaucoup de jeuneſſe , la
phyſionomie heureuſe , & il n'y
avoit pas moyen de ſe reſoudre à
luy faire un compliment incivil.
On continue à marcher, & ce qu'il
y a de plaiſant , on eſt plus d'un
quart-d'heure à s'examiner& à ſoûrire,
fans que perſonne diſe un ſeul
mot. A la fin , le Maiſtre du Cartroffe
rompt le filence, & ayant demandé
à la Dame où elle prétend
qu'on la mene , elle répond qu'elle
n'a point d'autre deſſein que celuy
d'aller à Paris. Il s'informe du
Quartier où elle ſouhaite qu'il la
conduiſe , & elle ſe défend de s'en
expliquer ſur ce qu'une Chaiſe de
Place luy en épargnera l'embarras .
Autre quart-d'heure de filence. Le
Conſeiller qui luy trouve de l'eſprit,
& de cet eſprit aiſé qui ne s'acquiert
E5 que
106 MERCURE
que par la pratique du monde , ne
ſçait que s'imaginer d'une Femme
qui monte dans un Carroſſe ſans
rien dire , & fe confië à la probité
de deux Hommes qui luy doivent
eſtre inconnus . Il luy fait quelques
nouvelles queſtions , & la prie enfin
de ne luy laiſſer pas ignorer à
qui il parle. A une Perſonne , répond
- elle , qui eſt Veuve depuis
trois ans. Quoy , dit-il , fi jeune ,
fi belle, & fans Mary? Il vous faudroit
du moins un Galant. La Dame
prend un air ſi ſérieux àce mot,
& meſle des termes ſi remplis d'aigreur
à l'indignation qu'elle en fait
paroiſtre , que le Conſeiller la croit
la Femme du monde la plus vertueuſe.
Elle ſe taiſt un moment :
puis changeant de ton , &baiffant
la voix comme ſi elle ne s'eſtoit d'abord
gendarmée que pour avoir
plus de grace en s'adouciſſant ; Et
de Galants , dit - elle , en manquet-
on ? Ces dernieres paroles font
chanGALANT.
107
er
pu
changer de penſée au Conſeiller. Il
- ne peut plus croire qu'elle foit autre
qu'une Demoiselle d'intrigue ,
qui eftant accoûtumée à prendre ſelon
l'occaſion toute forte de cara-
Eteres , a l'adreſſe de ſe parer quelquefois
d'une vertu étudiée pou arriver
plus feûrement à ſes fins. C'eſt
fur cette injurieuſe penſée qu'il continuë
avec elle une converſation affez
familiere. Elle ſe tire de tout
at avec efprit , & l'embaraffe tantoſt
I par un ton fier qui l'empeſche de
16 luy dire tout ce qu'il croit au defavantage
de ſa vertu , & tantoft
par des radouciſſemens qui le confirment
de plus en plus dans l'opinion
qu'il a conçeuë du panchant
qu'elle doit avoir à noüer commerce.
Ils arrivent enfin à Paris . Le
Conſeiller veut apprendre fonQuartier
pour l'y conduire , & le demande
avec des termes malicieux
qui font connoiſtre à la Dame ce
qu'il croit d'elle. La Dame foûrit ,
01
E6 luy
108 IERCURE
luy dit avec beaucoup de grace que
le croyant trop civil pour ne la remettre
pas juſque dans ſon Apartement,
elle veut avoir du moins un
jour pour ſe préparer à le recevoir ,
& voyant des Chaiſes roulantes, elle
fait arrefter pour en choiſir une. Elle
donne l'ordre tout bas au Cocher
pour le lieu où elle veut qu'il la
mene, & apres avoir aſſuré le Conſeiller
qu'il auroit de ſes nouvelles
le lendemain , elle le laiſſe ſans aucun
autre éclairciſſement. Le Confeiller
rit de l'Avanture , en fait le
conte chez luy , & eſt ſurpris de
recevoir un Billet de la Belle dés le
jour ſuivant. Le Billet eſtoit tourné
de la maniere du monde la plus galante.
On le prioit de ſe laiſſer conduire
par le Porteur , ſans s'informer
du lieu où il avoit ordre de le
mener , avec proteſtation que s'il
n'acceptoit pas le Rendez-vous , on
iroit- luy en faire reproche chez luy.
On fait entrer ce Porteur . C'eſtoit
un
GALANT.
109
5
e
un Laquais ſans Livrée qu'il ne fut
pas poffible de faire parler. Le Conſeiller
à qui tout ce myſtere eſt ſuſpect,
& qui ſe perfuade que laDame
l'a crû galant ſur l'entretien enjoüé
qu'il avoit eu avec elle , luy
écrit que n'eſtant ny d'un âge ny
d'une profeſſion compatibles avec
illes Rendez-vous, il ne pouvoit s'ac-
Co commoder du Party; mais que ſi
ell ſa vie avanturiere luy faiſoit naiſtre
at quelque Procés ſur lequel elle euſt
Ce envie de le venir confulter , il luy
Erdonneroit des conſeils en Homme
qui luy estoit obligé du plaiſir qu'elele
luy avoit fait de prendre une place
dans ſon Carroffſe ſans la demander.
Il crût l'Avanture finie par cet-
( te réponſe , & il en rioit le lendefor
main avec des Amies de fa Femme
qui estoient venuës luy rendre viſite
, quand il fut averty que la Dame
au Billet demandoit à luy parler.
Les éclats de rire furent grands.
On luy applaudit ſur l'avantage
E 7 qu'il
I110 【ERCURE
qu'il avoit de ſe voir couru des
les; & les Dames ſouhaitant ette
témoins de cette entreveuë , on
donna l'ordre pour leur en faire avoir
le plaiſir. La Belle entra dans
une propreté merveilleuſe. Vousjugez
bien qu'on n'avoit pas affez
d'yeux pour la regarder. Un Laquais
de Livrée luy portoit la queuë,
& à peine eut- elle dit au Conſeiller
d'une maniere toute aimable , que
puis qu'il n'avoit point voulu rece
voir ſes remerciëmens chez elle , il
eſtoit juſte qu'elle vinſt les faire
chez luy , qu'une des Dames de la
Compagnie s'avança vers elle en
riant , & l'embraſſa fort étroitement.
Cette belle Perſonne la pria
de la préſenter à la Maiſtreſſe de la
Maiſon, à qui elle fit compliment
de la meilleure grace du monde.
Le Conſeiller ne ſçavoit où il en
eſtoit, non plus que les autres Femmes
, qui ſur la peinture qu'il leur
en avoit faite, avoient attendu toute
GALANT . III
te autre choſe que ce qu'elles voyotient.
C'eſtoit en effet la Femme
t d'un Conſeller de ſa meſme Chame
bre. Sa vertu ne la rendoit pas
moins eſtimable que ſa beauté; &
fi elle entendoit raillerie avec ſes
fel Amis, il eſtoit dangereux de ſe vouloir
établir aupres d'elle ſur le pied
d'Amant.
Vous avez entendu parler de beq.
aucoup de Feftes , mais il y en a
ca peu qui égalent la galanterie de cel-
, le qui s'eſt faite à Montpellier au
commencement de ce Mois à l'occafion
d'un Baptefme. Je ne ſçay ,
Madame , ſi vous eſtes informée de
* ce qui ſe pratique en ce Païs-là dans
ces fortes d'occafions. Ceux qui
e font choiſis pour Parrains, font ordinairement
prodigues, & on àveu
des Gens à qui les dépenfes qu'ils
y ont faites ont couſté la plus granfde
partie de leur Bien. Jugez jufqu'où
vont les chofes , quand l'Amour
s'aviſe d'y prendre part. το
Mr Ver112
MERCURE
M' Verduron , Viguier general de
la Ville que je viens de vous nommer
, aimoit paſſionnément depuis
fix mois Mademoiselle de Portales
Fille du Préſident de ce nom. Elle
paffe pour la plus belle Perſonne de
cette Province , & vous pouvez
croire qu'elle ne manque point d'Adorateurs.
M' Verduron ne s'eſtoit
point encor déclaré , ſoit qu'il ne
luy pas efté facile de la trouver ſeule
, ſoit qu'il euſt voulu attendre
qu'il le puſt faire avec autant d'éclat
qu'il avoit d'amour. Un ſecret
de cette nature gardé fi long-temps,
le faifoit foufrir, & voicy par quelle
rencontre il fit enfin connoiftre
les ſentiniens de ſon coeur. Une
Dame de ſes Amies accoucha , &
il fut prié de vouloir tenir l'Enfant
fur les Fonts avec la belle Mademoiſelle
de Portales. Jugez de ſa
joye. Il donna ſes ordres pour une
magnificence extraordinaire , & le
jour de la Cerémonie eſtant arrivé ,
il
GALANT. 113
il ſe rendit chez cette aimable Per-
10 fonne avec tout ce qu'il y a de plus
galant à Montpellier. Elle avoit
affemblé ſes Amies de ſon coſté ,
& leur beauté eſtoit ſi avantageuſement
foûtenuë par la propreté de
vre leurs Habits , qu'on peut dire qu'il
jd n'y eut jamais rien de ſi brillant.
et On ſe mit , felon que le hazard en
ordonna , dans quinze ou vingt
- Carroffes qui attendoient à la Porad
te, & le Héros de la Feſte mena ſa
di Belle dans une Chaiſe roulante qu'il
avoit fait faire exprés . Elle eſtoit
étofée d'un riche brocard d'or , &
on y voyoit en mille endroits les
Chifres de l'un & de l'autre entrelaſſez
de la maniere du monde la
plus galante. La Cerémonie ſe fit.
Deux Choeurs de Muſique chante-
-rent , & vingt-quatre Valets veſtus
des Livrées de Mr Verduron , tenoient
des Flambeaux de cire blanche.
Apres que le Baptefme fut fait,
on alla ſe promener dans un Jardin
à un
e
114
MERCURE
à un demy- quart de lieuë de la
Ville. On fut furpris des Divertifſemens
qu'on y trouva préparez.
On s'avança au bord d'un Vivier ,
où deux petites Armées Navales
commencerent à combatre enfemble.
On ne peut rien s'imaginer de
mieux ordonné. Ces petits Bateaux
portoient des Emblémes galants à
leurs Banieres. Quelque Hiſtoire
amoureuſe eſtoit reprefentée ſur leurs
bords ; & les Boucliers des Soldats
où l'on avoit peint un Bandeau ,
un Arc , un Carquois , et tout ce
qui convient à l'Amour , faifoient
connoiſtre ce que Mr Verduron avoit
tenu fi longtemps caché. Les
Matelots richement veſtus , prirent
terre apres qu'ils eurent finy la Bataille.
Line tenoient ur Raffin
de Confitures . Les autres , une Corbeille
d'Oranges. Ceux - cy , du
Rofſoly; ceux-là , de l'Eau de Grenade
, du Sorbec , & d'autres Liqueurs
délicieuſes. La Colation ne
pouGALANT
. 115
de pouvoit eſtre ſervie plus galamer
ment. Auffi fut - elle un agreable
Régal pour les Dames. On les conyis
duifit en ſuite dans un Cabinet rivachement
paré. Douze Luftres de
fem criſtal l'éclairoient , & trois des
erde meilleurs Muſiciens de la Province
ead y chanterent. A ce petit Concert
ts fucceda celuy d'une Bande fort
toir nombreuſe de Violons. On profita
leur de l'occaſion , on dança juſqu'à la
da nuit ; & comme elle contraignit
eau cette belle Troupe à ſe ſéparer , jamais
elle ne parut arriver ſi prompjes
tement.
1 Les Lettres ont fait une perte
La fort conſidérable dans ce Mois en
red la Perſonne de Mª de Launoy, qu'-
Be une affez legere indiſpoſition de
deux ou trois jours a emporté. Il
Cor eftoit un des plus anciens Docteurs
den Theologie de la Maiſon de Na-
Gt varre. Les ſçavans Ouvrages qu'il
I a donnez au Public faifoient ſa plus
pol
continuelle occupation, & l'on peut
dire
116 MERCURE
i
dire qu'il eſt mort en quelque façon
la plume à la main, puis qu'un
jour auparavant il corrigeoit les
Epreuves d'un Livre qu'il a fait
pour défendre les Intéreſts du Roy.
C'eſt une Réponſe à un Ecrivain
d'Italie , qui depuis quelque temps
a fait imprimer un Traité contre
le Droit des Princes Séculiers touchant
les empefchemens de Mariage.
M' de Launoy avoit déja ſoûtenu
une Doctrine toute contraire
dans un Livre publié en 1674. où
les Droits du Roy , & en meſme
temps de tous les Princes Séculiers ,
ſont ſi ſolidement établis , que cet
Ouvrage peut eſtre regardé comme
un des plus utiles à l'Etat. On y
avoit répondu en Italie , & comme
cette Réponſe oſtoit aux Princes Séculiers
le Droit eſſentiel qu'ils ont
fur le Mariage pour rendre leurs
Sujets habiles ou inhabiles à contracter
, ce grand Homme ne s'eſtoit
pas tû , & donnoit ſes ſoins ,
quand
GALANT .
it
a
117
quand il eſt mort, à l'Impreſſion
de ce qu'il a écrit pour réfuter les
erreurs de l'Autheur Italien. Ainſi
tout ſon temps a toûjours eſté employé
ou pour l'Eglife , ou pour
fon Prince , & on peut l'appeller
et non ſeulement Docteur des Droits du
ont Roy , mais encor Défenseur de la juſte
Autorité des Evesques, Destructeur
des faux Privileges , & Docteur des
Libertez de l'Eglise Gallicane. Son
fra def- intéreſſement a eſté toûjours
admirable. Il a refuſé pluſieurs Beenefices
, & n'a jamais defiré de
Penſions , ny voulu que ſes Amis
jes en ſollicitaſſent pour luy. Il eſt
mort à l'âge de ſoixante & ſeize
0 ans dans l'Hoſtel d'Eſtrées , où il
avoit un Logement depuis fort
long- temps. On luy a veu juſqu'aux
derniers momens de ſa vie une
tranquilité & une douceur dignes
de ſa pieté & de ſa vertu. Ila nommé
pour Executer de fon Teſta-
۱۳
eforment
, Mr le Camus Premier Prefident
118 MERCURE
(
fident de la Cour des Aydes, comme
une des Perſonnes qu'il confidéroit
le plus apres Monfieur le
Cardinal d'Eſtrées ſon Bienfacteur .
On ne peut affez loüer la genéroſité
avec laquelle ce Cardinal & toute
la Maiſon d'Eſtrées ont traité
ce ſçavant Homme. Il a laiſſé la
moitié de ſes Livres aux Minimes
où il a eſté enterré, & l'autre moitié
au Seminaire de Laon. Madame
de Longueville , Mle
Marquis de Coeuvres , M² l'Abbé
d'Eſtrées , & pluſieurs autres Perſonnes
de la plus haute qualité ,
ont donné des marques de l'affe-
Etion qu'ils luy portoient par les derniers
honneurs qu'ils luy ont rendus.
M l'Eveſque de Rennes n'a
pas eſté des moins empreſſfez en ce
rencontre à faire voir les ſentimens
que luy avoit inſpirez l'eſtime particuliere
qu'il avoit pour luy.
Cette mort a eſté ſuivie de celle
de M de Hauſſonville , Comte de
VauALANT.
119
tra
Vaubecourt. Il eſtoit Lieutenant
General des Armées du Roy, &
du Gouvernement des Eveſchez de
Mets & Verdun , & Gouverneur
de Châlons. Il avoit eſté obligé de
prendre le Nom & les Armes de la
Maiſon de Hauſſonville , par l'adoption
que luy avoit faite Mr le Bairon
de Hauffonville , Gouverneur
mde Verdun & du Païs Verdunois.
Ses ſervices ont gloirieuſement ſoûtenu
l'avantage qu'il pouvoit tirer
16 de ſa naiſſance. Il commença à les
Prendre dés l'an 1620. Apres avoir
lite efté Capitaine de Chevaux-Legers ,
il fut pourveu en 1628. du Regi-
Sitment de Vaubecourt par la Démiſfion
de Me ſon Pere, apres la mort
duquel il eut le Gouvernement de
ent Châlons. Il avoit eu auparavant
ceux de Landrecies , de la Ville ,
Citadelle & Chaſteau dePerpignan,
& du Comté de Rouſſillon , eſtant
pour lors Mareſchal des Camps
t & Armées. En 1642. il fut fait
ef
te
1
:
Ca
120
MERCURE
Capitaine de Cent Hommes d'armes
des Ordonnances de Sa Maje.
ſté , & en 1650. Lieutenant Ge
neral des Armées du Roy. Les Diviſions
arrivées dans le Royaume ,
luy donnerent lieu de faire éclater
le zele & l'attachement tout particulier
qu'il avoit pour le ſervice de
ſon Maiſtre. Il y commanda des
Corps d'Armées ſéparez qu'il amena
en ſuite en celle de Sa Majefté
dans des conjonctures fort importantes.
Il a eſté bleſſé en diférentes
occafions , & meſme au Siege
de Roſes , apres avoir eſté traverſé
d'un coup de Mouſquet , à peine
ſoufrit- il le premier appareil de fes
bleſſures , qu'il remonta à Cheval
pour retourner au Combat . Il avoit
ſoixante & quinze ans , & il n'y a
rien qui ſurprenne quand on voit
mourir les Gens dans un âge ſi avancé.
Il n'en eft pas de meſme
d'une jeune Perſonne qu'on plaint
toûjours , & dont la perte ſemble
fraGALANT.
121
par
raper plus fenfiblement. C'eſt ce
ue celle de Madame la Marquiſe
the Ségnelay vient de nous faire
connoiſtre. Elle est morte à dixneuf
ans , & il ne ſe peut rien adjoûter
à l'affliction où en eſt toute
ſa Famille. Sa bonté, ſa conduite,
& ſa pieté , luy gagnoient les coeurs
de tous ceux qui la connoiſſoient.
Elle vivoit dans une fort grande
ajeunion avec Madame la Ducheffe de
Chevreuſe & Madame la Comteſſe
pe
rede S. Aignan ſes deux Belle- Soeurs ,
Sie& on ne voit guére d'intelligence
Teplus parfaitement établie qu'elle
eſtoit entre elle & M le Marquis
de Ségnelay. Monfieur Colbert
l'aimoit & l'eſtimoit ; mais quoy
que ſa mort luy ait eſté tres-ſenſible,
il l'a ſuportée en grand Homme.
On ne le paroiſt pas moins dans
les fortes douleurs , que dans les
grandes affaires , & il eſt mefme
plus rare d'y faire voir de la fermeté.
La Maiſon d'Alegre dont
n'ys
Mars . F eftoit
i
122 MERCURE
eftoit Madame de Ségnelay eſt une
des plus Illuſtres d'Auvergne. Yves
I. Baron d'Alegre , eft compte
parmy les plus expérimentez Capitaines
de ſon temps . Il donnades
preuves de ſon courage en la Con
queſte de Naples ſous Charles VIII.
& du Regne de Loüis XII. il fut
fait LieutenantGeneral des Armées
d'Italie. Il s'y fit renommer avec
le Seigneur de Vivarais fon Fils à
la Journée d'Agnadel , où ils combatirent
avec une ardeur inconcevable.
Celle de Ravenne leur fut
fatale. Ils poufferent les Ennemis ,
& perdirent enſemble la vie dans la
chaleur du Combat pour le ſervice
de leur Prince. De cet Yves I.
font fortis les Barons de Millaud &
le Marquis d'Alegre , Grands-Maiſtres
des Eaux & Forests de France,
Provoſts de Paris , & Chambellans
de nos Rois. Ils ſe ſont alliez avec
les Familles de Foix , de Chaunes ,
de Bourbon-Carency, de Bourbon-
BuGALANT
.
123
2.
10
Buſtet , de Miolens, d'Eſtouteville,
de Mailly , de Beaufremont, du
Of Prat , Nantoüillet , d'Aumont , de
( Laval , de Seneterre , de Hautemer
, Fervaques , d'Arcoüa , de
( Bethunes -Settes, & du Fay en Normandie
, Comte de Maulevrier.
il i
TD
-21
CO
Nous avons auſſi perdu M'l'Abbé
de Ris qui eſt mort tres-regreté.
Il eſtoit Frere de feu Mª de Ris
Fi Premier Preſident au Parlement de
Roüen. Il avoit beaucoup d'eſprit ,
la converſation douce & aisée, &
ur tout ce qui rend les honneſtes Gens
propres à faire une agreable ſocieté
dans le monde. Auſſi avoit- il beaufer
coup d'Amis conſidérables qu'il s'eſtoit
acquis par fon mérite.
and
ves
ud Son Alteffe Royale Madame a
Meſté indiſpoſée depuis le depart de
Monfieur. C'eſt ce que la tendreſſe
el qu'elle a pour ce Grand Prince luy
cauſe preſque toûjours fi- toſt qu'il
va en Campagne. Si ce n'eſt pas
une grande maladie reglée, c'eſt du
moins
ar
Us
F2
124
MERCURE
moins une langueur qui n'eſt pas
moins à craindre que la Fiévre. M
de Valnay dont je vous ay déja parlé
pluſieurs fois , a pris de là occafion
de luy préſenter ces Vers.
POUR S. A. R.
MADAME.
Princeſſe guerifſſez , c'est l'Amour qui l'ordonne
,
Pour vostre Illustre Epoux confervez vos attraits.
Cherchez vous à changer ſes Lauriers en
Cyprés ,
Pendant qu'aux yeux de tous la Gloire le
courronne ?
Vous ne devez jamais esperer de ſantè ,
Si par une douleur que vous voulez trop croire,
Vous cedez aux langueurs d'un esprit agité ,
Si-toſt que ce Heros ira trouver la Gloire.
Si le plus grand des Rois ne nous defendoit pas,
On pourroit pardonner à voſtre amour extréme,
De craindre quelquefois le hazard des Combats,
Car on peut avoir peur de perdre ce qu'on aime.
Mais , Princeſſe, le Ciel conſerve voſtre Epoux,
Il reviendra toûjours plus grand & plus auguste;
Et
GALANT.
125
ما
Et puis que vous ſçavez que noſtre Guerre est
juste ,
Vous connoiffez auſſi que Dieu combat pour
nous.
On a eu nouvelles de Meſſine
qui portent que Monfieur le Mareſchal
Duc de la Feüillade avoit pris
poſſeſſion de la Viceroyauté de Sicile.
Le Senat le vint prendre au
Palais pour le conduire à la grande
Egliſe dans un Carroſſe ſuperbe &
tout ouvert. Les Ruës eſtoient bordées
d'une infinité de Peuples qui
eſtoient accourus des environs. Les
Dames par une liberté toute ſinguliere
, eurent permiſſion de leurs
Marys de ſe montrer aux Feneſtres
dans leurs ajuſtemens Italiens. On
les y voyoit appuyées ſur de fort
riches Tapis. Monfieur le Duc de
la Feüillade eſtant arrivé à l'Eglife,
alla ſe mettre à genoux ſur unmagnifique
Prie - Dieu qui luy eſtoit
préparé. Il y fit Serment de garder
les Privileges & Statuts du Royaui
1
F3 me;
126 MERCURE
me ; & la Cerémonie ne fut pas
plutoſt achevée , qu'on pouſſa de
longs cris de Vive le Roy , avec des
marques de joye extraordinaires.
On en a fait paroiſtre beaucoup
à Grenoble à la Reception de Mle
Comte de Tallard Lieutenant de
Roy en Dauphiné , & de Madame
ſa Femme. Vous ſcavez fans-doute
que ce jeune Comte eſt de la Famille
de Hoſtung , tres - ancienne
dans cette Province , conſidérable
par pluſieurs grands Emplois , illuſtre
par des Dignitez relevées , &
alliée aux Maiſons de Créquy , de
Bonne , de Neuf- ville , de la Rochefoucaut
, de Tournon , de la
Tour de Boüillon , de Polignac ,
de Pic de la Mirande , de Gonzagues
, de l'Aubeſpine , de Gadagne
, & de pluſieurs autres ; Que
Madame la Marquiſe de la Beaume
fa Mere eſt une Héroïne celebre
par fon Efprit, honorée de la bienveillance
du Roy , & eſtimée de
touGALANT
.
127
toute la Cour ; & que Madame la
Comteffe de Tallard, Heritiere de
f feu Mr de la Thivoliere ſon Ayeul
maternel , & Fille de Mr le Comte
de Virville , apres s'eſtre ſignalée
par une grande conſtance, pen-
- dant que M' le Comte de Tallard
a ſe ſignaloit par ſa valeur, ſe vit enfin
unie avec luy par l'heureux Mafriage
qui fut fait il y a environ trois
es mois.
al Ce jeune Comte eſtant arrivé en
lpoſte , & l'avis eftant venu que
! Madame ſa Femme devoit entrer
dans Grenoble quelques jours apres,
Ro le Corps de Ville luy alla à la rencontre
à plus de trois grandes lieuës,
avec une Cavalcade auffi nombreuſe
que magnifique , par ſes Habits
& par d'autres ornemens. Le lendemain
Mr le Comte de Tallard partit
pour la rencontrer , & les Dames
allerent fort loin au devant d'elje
le dans leurs Carroffes . Hors de la
e Porte de France , qui eft celle par
i
F4

128 MERCURE
où l'on devoit entrer , douze Capitaines
des Quartiers occupoient
une grande Place , qui eft celle du
Cours , où l'on ſe promene pendant
l'Eſté. Ils ſe rangerent par pluſieurs
Lignes , & donnerent tout le
plaiſir qu'on pouvoit attendre d'un
bel ordre , & de l'éclat d'une prodigieuſe
quantité de Rubans & d'Echarpes.
Chaque Compagnie avoit
une couleur diférente , & rien n'eſtoit
plus agreable à la veuë que cette
diverſité. Le Frontifpice de la
Ville eſtoit embelly de pluſieurs
Emblémes propres au ſujet. Sur le
Pont qui eft baſty ſur l'Iſere , il y
avoit un Arc de Triomphe , avec
pluſieurs Inſcriptions accompagnées
de diverſes Figures ; & à la Porte
de l'Hoſtel où ces Illuſtres Epoux
devoient loger , on en avoit élevé
un autre qui par quelques Emblémes
& par de rares Deviſes en François
, en Grec , en Latin , & en
Italien , donnerent de l'occupation
aux
ALANT .
129
e
aux Sçavans de ce Païs-là. Le Canon
& les Boëtes de la Citadelle
firent un grand bruit , & pendant
e toute la journée on continua les
réjoüiſſances publiques. M'le Comtou
te de Tallard entra au Parlement
deux jours apres , & le lendemain à
apr la Chambre des Comptes , où il
eut tout ſujet d'eſtre content des
af Difcours qui luy furent faits. Il y
nt répondit d'une maniere auſſi ſpiriet
tuelle que judicieuſe. Il a reçeu
de pendant pluſieurs jours les Complifier
mens & les Harangues des Corps
Sur Eccleſiaſtiques & de Magiftrature ,
in & de ceux de toutes les Villes de
R la Province ; & les civilitez que la
Nobleffe luy rend l'obligent ſouvent
Por à publier que la politeffe , l'honneof
ſteté , & l'agrément , font des aele
vantages heréditaires parmy les Genbtils-
hommes du Dauphiné.
pow
Les Lettres de Monfieur le Tel-
Blier ont eſté enregiſtrées à la Cour
at des Aydes, commeelles l'ont eſté au
F5 Par130
MERCURE
Parlement & au Grand Confeil.
M' Pajot fit l'Eloge de ce grand
Miniſtre avec ſon éloquence ordinaire
, & montra qu'il eſtoit non
ſeulement un ſage Pere de Famille
& fidelle Amy , mais genéreux ,
obligeant , & officieux à tout le
monde. Mr Ravot Avocat General
parla auſſi . Je ne puis vous dire quel
fut le ſujet de ſon Diſcours. On
doit me l'apprendre , & je vous le
feray ſçavoir
M de Givry a eſté pourveu de
la Lieutenance de Roy de la Citadelle
de Mets. C'eſt un Gentilhomme
fort aimé dans tout le Païs,
& qui depuis long - temps y rend
des ſervices tres - agreables à Sa
Majefté-
Vos Amies qui vous obligent à
me demander un Article des Modes
nouvelles , le trouveront dans
la Lettre Extraordinaire que je vous
prépare pour le quinziéme d'Avril.
Cependant vous pouvez voir un
Mo
GALANT.
131
Conf Modele de la maniere dont on s'habilloit
il y a quelques mois ſur huit
Estampes qui furent données au
bitt Public dans ce temps-là. Ce font
Fas des Figures qui repreſentent quatre
eres Hommes & quatre Femmes veſtuës
aut à la mode. Il y a un An ou deux
ene qu'il en parut du meſme Autheur ,
-eq qui furent trouvées admirables ; &
5. comme on feperfectionne toûjours,
Tous jugez de ce que doivent eſtre ces
dernieres. Elles ont tout-à-fait bon
eu air. Les attitudes en ſont belles ,
C & l'on voit bien que cela ne peut
ent venir que d'un galant Homme qui
Pſçait le monde. Auſſi peut-on affurer
que M' de S. Jean qui en eſt
l'Autheur, le connoit parfaitement.
Il poſſede les Langues , & n'ignoent
re rien de ce que peut ſçavoir un
Cavalier des plus accomplis.
1
da
N
J'ay encor à vous entretenir de
tant de chofes , que je ne ſonge
plus à donner aucun ordre aux
Nouvelles que je vous écris. Com-
F6 me
1
!1
1
:
i
!
132
MERCURE
me je vous les mande à meſure qu'el
les ſe préſentent à ma mémoire , il
ſera difficile que je n'en oublie quelqu'une
, comme j'oubliay la derniere
fois à vous faire ſçavoir le
Mariage de Mademoiselle Charreton.
Elle a épousé Mª d'Hillain
Seigneur de Baroges , Conſeiller au
Parlement de Paris . Mr Charreton
fon Pere eſt Doyen des Preſidens
de ce meſme Parlement. Vous ſcavez
avec quelle approbation il rend
la Juſtice depuis cinquante - deux
ans dans cette premiere Cour de
France. Il defcend d'un Jean Charreton
qui y fut reçeu Conſeiller en
1404. Et un autre de ce meſme
nom qui vivoit en 1280. & prenoit
la qualité de Chevalier , Seigneur
de la Terriere , Bailly de
Charollois , n'eſt pas le plus ancien
de cette noble Famille. Mais il eſt
inutile de chercher ſi loin des ſujets
dignes d'éloges dans une Maiſon
qui en fournit affez à preſent. Pour
en
}
| -

Pag. 133
he Piche Pardo, fugge
b
nen-, Del tuo fi-do pa-
A
E lieve in the Iurao ,
F7
en
GALANT. 133
en connoiſtre l'éclat, il ne fautque
jetter les yeux fur M' de la Douze-
Charreton AvocatGeneral des Eaux
& Forefts. Son eſprit & ſa capacité
le font admirer dans cette Chambre
, & on ne peut ſuivre plus glorieuſement
qu'il fait les traces de
Mr le Preſident ſon Pere , & de ſes
Illuſtres Anceſtres .
Apres pluſieurs Airs François, je
vous en envoye un Italien. M'Menage
connu par toute la terre à cauſe
de ſa profonde érudition , a fait
les Paroles. Un de ſes Amis les a
envoyées à Rome , & elles y ont
paru ſi belles à un des plus fameux
Maiſtres de Muſique d'Italie , qu'il
a pris plaifir à les noter. Lifez &
chantez .
AIRRITALIEN.
Questa bella d'amor nemica é mia
La mia tenera Fole.
Alle prime parole
Che d'amor muovo , torce fiera il guardo ,
E lieve piu che Pardo ,
:
:
F7 Ne
134
MERCURE
Nè udir i miei meſti lamenti ,
Ne veder vuole i gravi miei tormenti..
Dura piu che leſelve ,
Cruda piu che le belve ,
Del tuo fido pastore
S'udir non vuoi l'amore ,
Ahi dolorofa forte ,
Vedi , vedi la morte .
Si le ſens de ces Paroles échape à
l'aimable Blonde que vous avez aupresde
vous, pour peu qu'elle veüille
s'appliquer plus régulierement
qu'elle n'a fait juſqu'icy à l'étude
de cette Langue , elle en furmontera
toutes les difficultez en confultant
un Livre qu'on a imprimé depuis
quelques mois ſous le titre du
Maistre Italien. La Méthode en eſt
aiſée par la maniere dont Mr Veneroni
qui en eſt l'Autheur , l'a reduite
en Regles. S'il y en avoit une
auffi prompte & auſſi facile pour
ſe rendre parfait au Lut, je conſeillerois
fort à cette belle Perſonne
de quiter tout pour en prendre
des Leçons . Je fus charmé de ce
que
GALANT.
135
à
لم
que j'entendis il y a trois jours ſur
cet admirable Inſtrument. Mr Defſanſonnieres
le touchoit , & il le
touche avec tant de force & de délicateſſe
tout-enſemble , qu'on peut
dire qu'il vaut luy ſeul un Concert.
C'eſt un plaiſir qu'il donne toutes
les Semaines à ſes Amis , & à ceux
qu'ils veulent mener chez luy. Le
Jeudy eſt le jour qu'il a choiſy pour
cela. Apres avoir eſté écouté avec
dapplaudiffement dans toutes les
Cours de l'Europe , il s'eſt enfin
arreſté à Paris , où les Ecoliers
qu'il perfectionne font admirer ſa
maniere d'executer tout ce qui a
jamais efté fait de plus achevé fur
le Lut. Pour en eſtre perfuadé , il
ne faut qu'entendre Mademoiselle
Ange , qui depuis deux mois qu'elle
a pris Leçon de luy , a tellement
augmenté, ſoit pour la methode ,
of ſoit pour la fineffe du Jeu , qu'il
ſemble qu'elle ne ſe reconnoiffe plus
e
1
re
11
0
OL
10
el
(
elle - meſme. M² Deſſanſonnieres
s'at136
MERCURE
s'attache particulierement à rendre
l'ame à tous les Ouvrages de feu
M' Gautier de Lyon , par l'air &
le mouvement qui leur eſt particulier
, & il eſt aiſé de connoiſtre
qu'il s'étudie à les imiter dans les
Pieces qu'il compofe.
on
Je paſſe au Siege de Gand. Je
ne le commenceray point ſans le
finir. On ne comte le temps que
LOUIS LE GRAND employe
à faire des Sieges , que par un petit
nombre de jours ; & de quelque
coſté qu'il tourne ſes armes ,
peut croire pris tout ce qu'on luy
voit attaquer. Quoy que ces Sieges
durent peu , le recit n'en peut eſtre
court ; & des Conqueſtes de cette
importance n'eſtant deuës ny à la
foibleſſe des Places, ny à celle de
la plus grande partie de l'Europe
armée de tous coſtez pour les défendre,
on ne peut nier qu'il n'y ait
quelque choſe de miraculeux dans
ce qui en fait venir à bout avec
tant
GALANT.
137
d
fe
-4
S
10
et
e
0
et
21
ب ا ن
rol
a
tant de facilité & de promptitude.
Il n'eſt jamais arrivé qu'on aitmanqué
de prévoyance , juſqu'à ſe laifſer
ſurprendre deux fois de la mefme
forte. Les Campagnes que fait
le Roy en Hyver depuis pluſieurs
années , ne laiſſcient point douter
aux Ennemis qu'il ne duſt encor
partir celle - cy dans cette meſme
Saiſon. Ils estoient préparez à l'attendre
en Fevrir avec autant de précaution
qu'ils en auroient pû avoir
au Mois de Juin. Ainſi il n'eſtoit
plus queſtion de tromper des Gens
qui n'avoient préveu à rien , mais
des Ennemis ſur leurs gardes. Comme
ils estoient un fort grand nombre
d'Alliez , ils devoient avoir des
forces par tout , & il ne falloit pas
fonger ſeulement dans le Cabinet à
combatre tant de Puiſſances unies ,
mais à vaincre auſſi les Eſprits de
tant de grands Politiques liguez enſemble
pour nous reſiſter. C'eſt ce
que vous trouverez d'autant plus
glo138
MERCURE
glorieux au Roy , que pour triom.
pher en meſme temps en pleine
Campagne , & dans le Cabinet , il
faut que l'Eſprit n'ait pas moins de
part au Triomphe que la Valeur .
Trois choſes estoient neceſſaires pour
le fuccés de nos dernieres entrepri
fes . Lapremiere, de faire un Projet
qui fuſt affez grand pour étonner
toute la Terre , & de s'aſſurer des
moyens de le faire réüſſir. La ſeconde,
quoy que dépendante encor du
Cabinet , demandoit tout le ſçavoir
des plus grands & des plus expérimentez
Capitaines , pour donner ces ordres
ſecrets & publics tout- à-la- fois,
qui font faire aux Troupes tant de
mouvemens diférens , fans que ny
elles ny les Ennemis puiſſent penétrer
à quoy elles doivent eſtre employées.
Et la troiſiéme conſiſtoit
toute en cette haute valeur qui ne
trouve rien de ſi difficile dont elle
ne vienne à bout en peu de temps .
Quoy qu'il ſemble que le Cabinet
ait
GALANT.
139
im
epr.
d
fait peu de part à ce qui regarde ces
grandes executions, c'eſt àluy pourtant
qu'elles ſont deuës, par le choix
judicieux qu'on y fait des Braves ,
apar la parfaite connoiffance qu'on
s'attache à y prendre de la bonté
des Troupes , par les promptes réoje
compenſes qu'on y réfour , & par
nt l'abondance de toutes choſes , que
les déliberations qu'on y fait trouvent
moyen de faire fournir. Ce
- que je dis à l'avantage du Cabinet ,
n'oſte rien à la valeur des Braves ,
ne puis qu'il les fait choiſir comme
tels. On peut dire qu'il eſt l'ame ,
qu'il eſt la teſte qui fait mouvoir
tous les bras. Cette teſte ne peut
manquer que tout ne manque , &
les bons ou mauvais fuccés dépendent
toûjours de la maniere dont
elle agit.
CO
GF
to
t
m
it
Le Roy ayant arreſté les deſſeins
de cette Campagne , prit des mefures
qui paroiſfoient toutes oppoſées
à celles des Années précedentes.
140
MERCURE
tes. Pour mieux cacher ſon fecret,
il affecta de n'en point faire , contre
l'ordinaire de ces fortes de Voyages
qu'on laiſſe toûjours ignorer
aux Ennemis. Il fit publier le ſien
long-temps avant ſon depart, & on
déclara meſme le lieu où il avoit réfolu
d'aller. Ceux qui ſe meſlent
de raiſonner , & fur tout les Ennemis
, crûrent que ce depart n'eſtoit
qu'une feinte. Le temps leur apprit
le contraire. La franchiſe de ce procedé
les étonna , mais ils connurent
bientoſt que pour trop ſçavoir,
ils ne ſçavoient rien. On tremble
depuis Strasbourg juques à Ypres ;
& pour affieger Gand , le Roy va
à Mets, Mde Créquy dans le Brifgau
, & d'autres Troupes aux environs
de Strasbourg. Toute l'Allemagne
eſt allarmée. Caprara vient
ſe mettre ſous Offembourg avec un
Corps conſidérable. Les Allemans
à peine entrez dans leurs Quartiers
d'Hyver , en ſortent. Strasbourg
en
GALANT.
141
&
oits
p
envoye des Députez au Roy, & les
Allemans ſe fatiguent inutilement:
On n'eſt pas moins allarmé en deça.
Luxembourg eſt inveſty par M. de
Choifeüil , Charlemont par M de
Chaferon , & tout ce qui est neceffaire
ſe trouve devant la Place, jufques
au Canon & aux Bombes. Les
grands Détachemens de la Garnifon
de Maiſtric obligent les Ennemis
à pourvoir à la fûreté de Haf-
4 fel , & le Duc de Villa Hermofa
envoye du Secours à Lewen. Pendant
ce temps M' de Montal inveſtit
Namur ; & pour mieux perfuader
qu'on en veut faire le Siege , on
brûle tous les Fourrages des environs.
Mons & Ypres ſont inveſtis dans le
meſme temps ; Mons par M de
Nancré , & Ypres par M" de Monbron
& de la Trouffe. La plupart
de la Cavalerie de Gand fort pour
* ſe jetter dans cette derniere Place ,
& le mefme foir Gand eſt inveſty
par douze milleChevaux, quarante-
VO
Br:
PA
vie

huit
142
MERCURE
!!
huit Bataillons , & fept mille Pionniers.
M' de Louvoys fait une diligence
incroyable , & les fuit de
pres. Il avoit déja eu le plaiſir de
voir inveſtir les autres Places , &
d'en entendre le Canon , & on le
croyoit bien éloigné de celle - cy ,
quand il arriva. Tout avoit eſté fi
bien concerté , que les Troupes
qu'on menoit à Gand apres qu'on
l'eut inveſty , en apprenoient le
Siege en chemin par les Païſans qu'-
ils rencontroient. Ce qu'il y a de
plus ſurprenant , c'eſt que dans le
meſme temps qu'on l'inveſtit , il fe
trouva d'autres Troupes dans les
Villages des environs , capables de
s'oppoſer aux Ennemis , s'ils s'afſembloient
pour jetter du monde
dans la Place. Apres cela il faut que
les Nouvelliſtes renoncent aux con-
* jectures , & ne faſſent plus ny raifonnemens
ny pâris. La crainte des
Ennemis qui avoient appréhendé
pour tant d'autres Places avoit
efté
,
E 143
GALANT .
leeſté cauſe que n'ayant ofé le dégar-
- nir , ils ne s'eſtoient point mis en
Corps pour cſtre par tout ; & c'eſt
ce qui donna lieu , comme on l'avoit
crû , de bien fermer les Paffages
de Gand. Tant de divers niouevemens
cauferent pluſieurs fortes
alte d'avantages. Ils n'empefcherent pas
Touf feulement les Ennemis de former
quun Corps , & de rien ſoupçonner
dent du Siege de cette Place , mais ils
sfatiguérent encor beaucoup les Allemans
. Voicy de quelle maniere
ans on l'inveſtit. M le Mareſchal de
Humieres apres eſtre venu juſqu'au
25/ Queſnoy par la route du Hainaut ,
The ſe rendit à Tournay le dernier de
Fevrier fur les dix heures du ma-
De tin. Il en partit une heure apres ,
4 & arriva à l'entrée de la nuit àOura
denarde, d'où Mº de Chamilly partit
fur les cinq heures avec un Pont
volant pour jetter fur le grand Efcaut
à Mefle. On fit partir dans le
mefme temps un ſemblable Pont
nte
Sha
a
qui
144
MERCURE
:
qui arriva àDeins fur les onze heures
du ſoir. M'le Marquis de Ranes
s'y rendit pour monter droit au
Canal de Bruges , & établir fon
Pont à Markerke. Ces deux Ponts
furent faits avant le jour. Ainſi
Gand ſe trouva inveſty le premier
de Mars par M. le Marefchal de
Humieres avec ſoixante & dix Efcadrons.
Mª de Ranes l'inveſtit depuis
Droghen juſques au Canal du
Sas de Gand; & M" de Chamilly
& de Quincy , depuis le haut Efcaut
juſques à l'autre coſté du Canal.
On établit le meſme jour deux
Ponts ſolides ſur la Lys & fur le
grand Efcaut . Jamais il ne ſe fit
rien de ſi ſurprenant en ſi peu de
temps. Les Ponts , les Digues , les
Saignées , pour ſe pouvoir communiquer
& ſe défendre des inondations
, font des choses que l'avenir
ne croira jamais, quand on diraque
foixante mille Hommes ſéparez par
trois groſſes Rivieres , par deux
Ca
fe
Canaux conſidérables , & par une
infinité d'autres petits que l'abondance
des eaux avoit accrus ,
fror font viſitez en trois jours fans auircun
empefchement , dans un Camp
P dont la circonvalation avoit huit
lieuës de tour. Je le répete encor,
c'eſt ce que l'avenir ne croira jamais
, & cependant ce n'eſt que la
Emoindre partie de ce qui doit donit
ner de l'admiration, puis qu'il n'eſt
alt pas moins incroyable que tantd'attimi
rail, tant d'Hommes, tant de Vivres,
E & tant de Fourrages neceſſaires pour
tout cela , ſe ſoient tout d'un coup
ds trouvez devant unePlace , ſans que
tny laVille aſſiegée , ny les Ennemis ,
fe : en ayent pû rien ſoupçonner , lejour
el meſme qui préceda l'arrivée des
Troupes qui l'inveſtirent. J'avouë
que je ne vous dis rien qui ſoit vray-
( ſemblable ; mais ce que je vous dis
are ne laiſſe pas d'eſtre vray. Tout ce
ماک qui devoit ſervir pour les Ponts
el eſtoit ſeparé en pluſieurs endroits ;
Mars.
ez
G & ceux
& ceux qui avoient ordre de tenir
tout preft , ignoroient à quel uſage
on le vouloit employer. On avoit
fait cuire du Biſcuit longtemps auparavant
, parce que les lieux où
l'on cuit le Pain font deviner ordinairement
où l'on doit aller. Mille
Chevaux d'équipages eſtoient toû
jours preſts avec leurs Coliers pour
marcher du coſté qu'on jugeroit à
propos. M de Louvoys ne mena
aucuns équipages , afin qu'on ne ſe
doutaſt pas qu'il duſt paſſer ſi avant.
On prit mille autres précautions
dont je laiſſe ledétail. Elles ne font
peut-eſtre pas ſçeuës de ceux-mefmes
qui ont travaillé pour l'accompliſſement
d'un ſi grand deffein. La
vray-ſemblance s'y trouvoit ſi peu,
que le Duc de Villa Hermoſa n'en
voulut riencroire. Cinq ou fix Courriers
luy avoient apporté les nouvelles
de toutes les Places inveſties
dont je vous ay parlé; & comme
il y avoit donné ordre, il ſe pro
menoit
GALANT.
147
menoit tranquillement à Bruxelles ,
lors qu'un nouveau Courrier luy
apprit que Gand eſtoit inveſty. Il
répondit , qu'il ne donnoit pas dans ce
panneau . On luy partit , que c'estoit
une nouvelle afſurée. Il dit de nouveau
, qu'il ne la croyoit pas , parce
10 qu'elle ne pouvoit estre vraye. Et voy-
Doant que le Courrier continuoit à
luy tenir le meſme langage , il le
menaça de le faire punir, s'il foûnt
tenoit plus longtemps des impoſtuares.
Le Marquis de Borgomeinero
qui estoit aupres du Roy d'Anglefterre
, n'eut pas moins d'incrédulité
pour ce Siege ; & quand le bruit
en fut répandu à Londres , il prétendit
que ce fuft une vanterie des
François . Cependant on diſpoſa les
Quartiers . Vous les comprendrez
plus aisément, quand je vous auray
dit un mot des Rivieres des environs
. L'Eſcaut qui décend d'Oudenarde
s'appelle le petit Efcaut , &
le grand eſt celuy qui de Gand va
10
20
G2 àDen148
ERCURE
àDendermonde. On le nomme ain
fi , à cauſe de la Lys qu'il reçoit.
Le Quartier du Roy eſtoit entre le
petit & le grand Eſcaut. M'le Marefchal
de Humieres y commandoit
ſous les ordres de Sa Majefté. On
avoit fait camper vingt-deux Bataillons
ſur cette Ligne. Il y en avoit
une ſeconde de vingt- un Eſcadrons
derriere eux , la plupart de la Maifon
du Roy ; & la troifiéme eſtoit
compoſée de vingt autres Eſcadrons .
Les Mouſquetaires & les Grenadiers
à cheval estoient autour du Logis
du Roy. Le ſecond Quartier qui
eſtoit celuy de M' le Mareſchal de
Schomberg , eſtant de moindre étenduë
, n'avoit qu'onze Bataillons
derriere vingt-un Eſcadrons, & pour
troifiéme diſtance onze Efcadrons.
Ce Quartier estoit ſitué entre le
grand Eſcaut & la Durme. Le troifiéme
, c'eſt à dire celuy de Mr de
Luxembourg, tenoit depuis la Durme
juſques au Canal du Sas deGand,
& avoit
GALANT . 149
re
& avoit vingt-trois Bataillons ſur
une Ligne , ſoûtenus de trente Efcadrons
pour ſeconde, & de dixneuf
pour troifiéme. Ces trois endroits
estoient les plus dangereux ,
& laiſſoient aux Ennemis plus de
facilité d'entreprendre de nous at-
10 taquer. Il y avoit encor d'autres
Tof Quartiers preſque à couvert. Comme
ils ne craignoient point ce qui
e pouvoit venir du coſté de Bruges
fro & d'Ypres , ils eſtoient moins gardit
nis de Troupes , & on s'eſtoit con-
La tenté d'y mettre une ſeule Ligne
meſlée de Dragons d'Infanterie &
de Cavalerie. Le premier alloit du
Canal du Sas à celuy de Bruges , &
il n'y avoit que fix Bataillons meflez
avec huit Eſcadrons , moitié
Cavalerie & Dragons. M' le Mareſchal
de Lorge eſtoit poſté depuis
leCanal deBruges juſques à la Lys,
avec huit Bataillons & huit Efcadrons
ordonnez comme dans l'autre
Quartier ; & M" de Vendoſme &
f
2
D
G3
de
150
MERCURE
de Maulevrier occupoient tout l'efpace
qui ſe trouve depuis la Lys jufques
au petit Eſcaut , avec huitBataillons
& huit Eſcadrons meflez fur
la meſme Ligne. La Pont l'Artillerie
y estoit auſſi , avec quatre Bataillons
de Fufiliers . M' le Grand-
Maiſtre commandoit cette Artillerie
, & avoit ſous luy Mr du Mets
qui en eſt Lieutenant General. Son
expérience eft connuë auſſi - bien
que celle de M'de Vauban qui conduiſoit
les Travaux . Avant que de
vous parler de l'ouverture de la
Tranchée , il eſt bon de vous dire
deux mots de Gand . Cette grande
Ville eſt ſituée dans les Païs - Bas.
On les nomme ainſi , à cauſe qu'ils
font dans un plat Païs & vers la
Mer, où les Rivieres ont leur pente.
Le nom de Flandres qu'on leur
donne en general , eſt le nom particulier
d'une Province. Les Païs-
Bas Catholiques font diviſez en trois
Duchez , quatre Comtez , une Seigneurie
,
GALANT.
151
00
19
gneurie, un Eveſché, & un Archeveſché
, Fiefs de l'Empire. Bruxel-
✔les Capitale du Brabant , l'eſt de
tous les Païs - Bas , & non de la
Comté de Flandres, qui n'en connoit
point d'autre que Gand. Plufieurs
Hiſtoriens affurent que Jules
César le fit bâtir. Il eſt à quatre
Jet lieuës ou environ de le Mer , fur
trois Rivieres. Pluſieurs Sources d'ebe
aux vives en font proches. Elles y
tot entrent , & s'écoulent en ſuite dans
dla Mer par le moyen d'un Canal de
quatre lieuës de long. La bouche
par où ce Canal ſe dégorge, eft appellée
le Sas deGand. Il y a vingtfix
petites Ifles & quatre-vingts dix
Ponts dans la Ville. Charles-quint
y prit naiſſance , & l'Archiducheffe
Íſabelle , petite - Fille de ce grand
Empereur , y fit dreſſer ſa Statuë
fur une Colomne de marbre , au
milieu d'une Place publique , tenant
une Epée d'une main , & un
Globe Impérial de l'autre. Cette
e
G4 Ville
152
MERCURE
Ville estoit autrefois ſi puiſſante, &
ſes Habitans ſi belliqueux , qu'elle
n'avoit qu'à faire paroiſtre ſonEtendard
pour faire voir cinquante mille
Hommes ſous les armes. Charles-
quint la jugeoit d'une tres-grande
importance pour le bien de ſes
affaires , & cela parut lors qu'ayant
appris qu'elle s'eſtoit mutinée , il
ne balança point à prendre la Poſte
luy quatrième , & à paffer par Paris
, pour empefcher les ſuites de la
revolte. Voicy les propres termes
dont fe fert Jean-Antoine de Verade
Figueroa Comte de la Roca ,
dans P'Hiſtoire qu'il a compoſée de
cet Empereur. Charles - quint partit
en poste d'Espagne avec quatre Gentilshommes
de fa Chambre , & paſſa au
travers de la France fans confiderer
les choses qui s'oppoſoient à ce deſſein ,
ne sçachant meſmes de quelle maniere
le Roy voudroit en ufer. Il alla à
Gand , & priva cette Ville de ſes
Privileges , en aboliffant la Loy
qui
GALANT .
153
qui luy donnoit pouvoir de créer
des Magiſtrats. Il l'obligea de faire
bâtir une Citadelle à ſes deſpens.
On y a toûjours entretenu une Garniſon
Eſpagnole depuis ce tempslà.
Voyez, Madame, combien l'envie
de ſauver Gand fit hazarder à
Charles-quint , puis qu'il paſſa par
Paris , où il pouvoit craindre d'eof
ſtre retenu prifonnier. C'eſt ce qui
euſt pû arriver, s'il euſt eu affaire
à unRoy moinsgenéreux que Frannçois
I. Je ne puis m'empeſcher d'adjoûter
icy ce que Mathieu dit de
ce Voyage dans ſon Hiſtoire de
France. Il rapporte une circonſtance
qui répond affez à ce qu'a écrit
l'Hiſtorien Eſpagnol.
10
P
e
fi
er
Li
L'Empereur paſſa en France pour
aller aux Pais- Bas chaſtier la mutinerie
de ceux de Gand que le Roy n'avoit
pas voulu prendre en ſa protection. Il
fut reçen avec toutes fortes d'honneurs ,
la generosité de ces deux Princes fut
admirée de tous; car l'un ſe fioit àfon
G5 Enne-
G
154 MERCURE
Ennemy qu'il avoit offencé , & l'autre
préferoit l'honneur de ſa parole au
reffentiment de ſes offences , desquelles
il ne luy parla jamais tant qu'il fut en
France, & encor ce fut en riant . Parce
que personne ne l'a écrit , & qu'il
merite deſtre ſçeu , je le rapporte icy.
Comme le Roy entretenoit la Ducheffe
d' Estampes qu'il aimoit , l'Empereur
Survint en ſa Chambre. Le Roy luy dit.
Monfieur mon Frere, il faut que
vous ſçachiez le conſeil que cette
belle Dame me donne. Elle est d'avis
que je vous retienne prifonnier
juſques à ce que vous m'ayez rendu
Milan & Naples. Vrayment ,
dit l'Empereur , Monfieur mon Frere
, elle vous confeille bien. Quoy
que le Roy eust lâché ce mot avec la
liberté Françoise , neantmoins l'Empereur
le reçeut douteuſement ; & le lendemain
lavant les mains pour ſouper
avec le Roy , il mit en ſa bouche un
grand &precieux Diamant qu'il laiſſa
choir à deſſein au pied de la Ducheffe
d'EstamGALANT.
155
d'Estampes qui tenoit la Serviette , &
si à propos , qu'elle eut moyen de lerelever
; & comme elle luy eut preſenté ,
Il eſt en tropbonne main, dit l'Empereur
, pour l'en ofter , il vaut
mieux qu'il y demeure , & que
vous le gardiez pour l'amour de
1 moy , & je vous en prie.
1
-
t
Ces deux endroits de l'Histoire
✓ juſtifient affez ce queje vous ay dit
de l'importance qu'eſtoit pourCharles-
quint la conſervation de Gand.
Il y a grande apparence qu'il ne fuſt
✓ pas venu riſquer ſa liberté dans une
Cour étrangere , ſi la neceſſité de
ce Voyage ne luy euſt paru plus
forte que le péril. Je vous ay déja
dit une partie de ce que Loüis
LE GRAND a fait pour conquérir
cette Place. Il prit d'abord fa
route du coſté de Mets; & le dixiéme
jour apres y eſtre arrivé , il ſe
trouva devant Gand de fi bonne
heure , qu'on pouroit n'en compter
que neuf; encor le ſejour qu'il a
G6 fait
156 MERCURE
fait à Mets, & le temps qu'il a employé
à viſiter quelques Places ,
font-ils compris dans ce peu dejours .
Je reviens au Siege. Apres l'établiſſement
des Quartiers dont je vous
ay parlé , on diſpoſa toutes choſes
pour l'ouverture de la Tranchée.
On travailla aux Lignes. On fit
venir du Canon. On prépara les
Bateries . On éleva des Digues pour
la communication des Quartiers .
On fit dreffer des Ponts ſur les trois
Rivieres , & l'on eut ſoin ſur tout
des Saignées neceſſaires pour faire
écouler les eaux. Les inondations
avoient eſté préveuës , & tout fe
trouva preſt pour s'en guarantir.
Ceux de la Place ne crûrent point
juſques au Mercredy à midy, qu'on
vouluſt les aſſieger. Ils s'imaginoient
que M' le Mareſchal de Humieres
& M'le Marquis de Chamilly
faifoient de leurs courſes ordinaires
dans le Païs de Waes & aux
environs , pour brûler & piller
tout
1
GALANT.
157
tout ce qu'ils trouveroient , & ils
ne commencerent à ſe deſabufer
que lors que toute l'Armée fut devant
la Place. Dés que M² de Chamilly
y fut arrivé , il fit attaquer
par les Dragons de la Roche- Thulon
le Fauxbourg de Muſoté , fur
le bord du Canal du Sas , où les
Ennemis avoient un petit Fort , &
où ils s'eſtoient poftez encor dans
des Moulins. Il les emporta , fit
quelques Prifonniers , & y mit M
de la Roche. Le Roy eſtant arrivé
au Camp le 4. avant midy, Sa Majefté
reconnut la Place. On avoit
ſommé la Ville dés le matin , & les
Affiegez ayant répondu qu'ils eftoient
réfolus de ſe défendre, commencerent
d'en donner des marques
, en brûlant un de leurs Fauxbourgs
.
La nuit du 4. au 5. quatre cens
Hommes détachez du Regiment
des Fuſiliers , avec cinq cens des
Gardes Françoiſes & Suiffes, furent
G7 com158
MERCURE
commandez pour aller occuper un
Poſte où la Tranchée devoit s'ouvrir
, & où l'on vouloit faire un
grand Epaulement pour ſe couvrir
du feu du Canon d'un fort haut
Cavalier des Ennemis . Les Gardes
Françoiſes & Suiſſes avoient eſté
poftez d'un autre coſté. M'de Marans
Brigadier & Lieutenant Colonel
des Fufiliers qu'il commandoit ,
ne ſe trouvant qu'à trois cens pas
de la Contreſcarpe , & ſe voyant
maiſtre des Poſtes qu'il avoit eu ordre
de prendre, envoya encor chercher
cinq cens Hommes de fon Regiment
, & ouvrit la Tranchée ;
ce que les Ennemis luy laiſſerent
faire fort en repos juſques à ſept
heures du matin qu'ils firent grand
feu de leur Canon & de leurs Moufquets
, dont ils ne tuerent qu'un
Sergent , & blefferent trois Soldats .
Cette Tranchée n'ayant eſté ouverte
que par hazard , elle la fut dans
les formes la nuit du 5. au 6. à la
droite
GALANT. 159
droite par trois Bataillons des Gardes
Françoiſes , & à la gauche par
deux de Navarre & un de Bourgogne.
Deux Efcadrons des Gardes
du Corps eſtoient de garde , &
M le Marefchal de Humieres , de
jour. M le Grand- Maistre & M
de Chamilly ſervoient d'Officiers
Generaux. Ils avoient chacun leur
Attaque. M de Chamilly poufſa
la fienne juſques fur la Contreſcarpe
, où apres avoir fait un Logement
, il infulta le Fort S. Pierre ,
& l'emporta , quoy qu'il enſt quatre
Baſtions , & qu'il euſt pù ſe défendre
longtemps. La meſme nuit
Mrs Olier , de Saillant , & quelques
autres Officiers & Soldats , ayant
eſté détachez pour ſoûtenir les Travailleurs
, le Roy voulut voir paffer
ce Détachement. Sa Majeſté fit
diftribuer quelque argent aux Soldats
, & dit aux Officiers qu'Elle
ſe ſouviendroit de leurs noms. Le
Travail fut pouſſé juſques au pied
d'un
160 MERCURE
d'un grand Ouvrage bien fortifié.
Mª de Vauban qui conduiſoit la
Tranchée, propoſa quelque récompenſe
à un Soldat de M. de Creil ,
s'il vouloit hazarder la defcente du
Foffé. Le Soldat y defcendit , n'y
trouva perſonne , & monta juſques
au haut d'un Ouvrage couronné.
Une Sentinelle qui l'apperçeût ,
luy ayant demandé le Qui vive ?
il répondit , Vive le Regiment des
Gardes du Roy de France, & s'avança
l'Epée à la main fur cette Sentinelle
, qui ne tira pas ſeulement un
coup , & s'enfuit apres avoir jetté
ſes Armes. Le Soldat les ramaſſa ,
& revient. Les Gardes y entrerent.
Les Gens détachez paſſerent par
deſſus les Paliſſades , quoy qu'elles
euſſent plus de dix pieds de haut .
Ils effuyerent plus de cinquante pas
à découvert un affez grand feu que
les Ennemis faifoient de deux Demy-
Lunes , dont il n'y eut de blefſé
que M de Saillant Lieutenant
dela
GALANT. 161
de la Colonelle. Trois Ingénieurs
✓ furent bleſſez cette nuit-là , M'de
la Lande au bras , M. de Brinon
au talon , & M' Robert à la cuiffe.
On fit une Baterie de huit Pieces
de Canon qui commença à tirer à
la pointe du jour , & démonta une
des Ennemis . Mr de Rubantel Ma-
- reſchal de Camp fut bleffé à la jouë
en fortant de laTranchée. Le Fort
dont j'ay parlé qu'attaqua M' de
-Chamilly , ne fut pris que le ma-
- tin , & les Soldats monterent les
uns ſur les autres pour y entrer.
Le 6. Sa Majesté ſe rendit au
Quartier des Fuſiliers , & monta
dans un petit Chaſteau où eſtoit logé
Mª de Marans , pour découvrir
la Tranchée , & ce que faisoient
les Ennemis. Le Roy laiſſa ceux
qui l'accompagnoient chez M de
Marans , pour n'eſtre pas reconnu ,
& s'avança juſqu'à un autre petit
Chafteau preſques à la queuë de la
Tranchée , & qui estoit à la portée
162 MERCURE
tée du Mouſquet des Ennemis. Le
Canon y donnoit beaucoup , &
eſtropia meſme un des Fufiliers , à
qui Sa Majefté fit donner quelque
argent . Tous les Soldats bleſſez en
eurent depuis autant.
La nuit du 6. au 7. deux Bataillons
des Gardes Suiſſes , un troifiéme
Bataillon de Navarre , & le
Bataillon du Regiment du Pleffis-
Praflin , monterent la Tranchée ,
les Gardes Suiſſes à la gauche , &
les autres à la droite. Le Mareſchal
de France de jour estoit Mr de
Schomberg , & les Officiers Generaux
Ms de Maulevrier & de la Motte.
La nuit fut tres - fâcheuſe; la
pluye & le vent ne diſcontinuerent
point. On ne laiſſa pas de gagner
la Contreſcarpe. M'Perot Ingénieur
fut bleffé au viſage. Le Canon tira
tout le 7. contre la Ville.
Le meſme jour un Boulet de la
Citadelle donna dans le lieu où M
de Chamilly s'habilloit. Son Valet
de
GALANT . 163
I de Chambre qui luy préſentoit ſes
Habits , fut tué , les Habits mis
en pluſieurs pieces , & un Laquais
fort bleffé.
Le ſoir du meſme jour , M² Solu
de Moulineaux, Lieutenant aux
Gardes , eut la jambe emportée
d'un coup de Canon en defcendant
de la Tranchée .
La nuit du 7. au 8. deux Bataillons
des Gardes Françoiſes monterent
la Tranchée à la gauche , &
deux du Regiment du Roy à la
droite. Monfieur le Mareſchal de
Lorge eſtoit de jour , & ſous luy
Monfieur de Tilladet Marefchal de
Camp. On étendit les Logemens
qu'on avoit faits ſous la Contrefcarpe.
Les Affiegez tirerent beaucoup.
Monfieur de Montifon Capitaine
au Regiment de Picardie ,
fut bleffé à la cuiffe..
La nuit du 8. au 9. on n'entreprit
pas ſeulement d'inſulter le reſte
des Dehors de la Place qui reſtoient
164
MERCURE
ſtoient à prendre , mais encor de
commencer l'ouverture de la Tranchée
devant la Citadelle. Les Troupes
qui l'ouvrirent , furent deux
Bataillons du Regiment Royal , &
le Bataillon de Grançey. Gelles qui
la monterent du coſté de la Ville ,
furent un Bataillon des Gardes Suifſes
, & deux Bataillons du Regiment
du Roy. Conime l'Attaque
des Demy-Lunes qu'on devoit faire
eſtoit conſidérable , on forma
encor d'autres Bataillons de ces mefmes
Regimens. On joignit à ces
Troupes tous les Grenadiers de l'Armée
, avec une Compagnie de la
Couronne , & une de Vermandois .
Monfieur le Mareſchal de Lorge
eſtoit de jour , & les Officiers Generaux
de garde furent Monfieur
le Duc de Villeroy Lieutenant General
, & M² Ximenes Brigadier.
Le Roy qui ne ſçait pas ſeulement
gouverner dans le Cabinet , mais
dont les lumieres & l'expérience
font
GALANT .
. 165
font grandes pour ce qui regarde
l' exécution , réſolut luy - meſme
l'Attaque qui ſe fit cette nuit-là.
Les Troupes qui devoient agir ,
furent ſéparées en trois Corps pour
monter par chaque face , & par la
pointe de l'Ouvrage qu'on devoit
attaquer. On avoit mené des Gens
avec des Haches pour couper une
fort groffe & haute Paliffade liée
par des linteaux. Le ſignal donné,
chacun marcha. Les Ennemis jetterent
pluſieurs Grenades au bruit
des Haches qui couperent les Paliffades.
On monta quelque temps
apres affez bruſquement , quoy que
la Demy - Lune fut fort haute &
nullement élabourée du Canon.
La maniere dont les Noſtres allerent
aux Ennemis , les épouvanta
fi fort , qu'apres avoir eſſuyé quelques
coups , ils abandonnerent les
Ouvrages qu'ils défendoient. Les
plus pareſſeux qui ne pûrent ſe ſauver,
furent tuez ou pris. On penſa
mef166
MERCURE
meſme entrer avec eux dans la Ville,
mais ils fermerent la fauſſe Porte
par où les premiers avoient paffé.
Le reſte ſe jetta ſous lePont &dans
le grand Foffé. On prit ſept Drapeaux,
& quelques Officiers & Soldats.
Le feu fut égal à l'Attaque
des Gardes , mais ils eurent plus de
peine à monter, à cause d'une Fraiſe
paliſſadée , outre la Breſme. La
troifiéme Attaque estoit fauffe , &
ſeulement pour amuſer les Ennemis.
M de S. Georges Brigadier
d'Infanterie , & Meſtre de Camp
du Regiment du Roy , leur fit abandonner
une Demy-Lune , & y
fut legerement bleſſé à la jambe.
M' de Polaſtron Major du Regiment
du Roy, y fut auſſi bleſſé en
ſe diftinguant. Pluſieurs Pages de
Sa Majesté ſe ſont ſignalez à ces
Attaques à la tefte de ce qui fut
détachée du Regiment des Gardes.
Mrs de Feron & Saint Gilles-
Lenfant , Pages de la Petite Ecurie,
entre-
1
GALANT . 167
entrerent des premiers dans cette
Demy- Lune qui eſtoit ſi bien fraiſée
& paliſſadée par le bas , & dans
laquelle on ne pût monter qu'en
effuyant le feu des Grenades des
Ennemis . M' de S. Gilles deſarma
d'abord une Sentinelle. Les Ennemis
avoient fait paroiſtre pendant
le jour ſur le Parapet des Faux emmanchées
à revers , mais on ne leur
laiſſa pas le temps de s'en ſervir.
Mrs de Poudenas & de Mazerolles
Pages de la Grande Ecurie , avec
pluſieurs Volontaires , entre leſquels
eſtoit M le Chevalier de Courcelles
, ſe trouverent à cette entrepriſe
aupres de M' le Duc de Villeroy
, qui demeura un grand quartd'heure
à la teſte du Travail expoſé
au feu du Rampart. Ce Duc ayant
remporté preſque tout l'honneur de
cette Action , pour ce qui regarde
la valeur& la conduite , on ne peut
luy donner trop de loüanges , & je
ne finiray point ma Lettre ſans vous
faire
168 ERCURE
faire voir ce que le Roy a écrit ſur
ce ſujet. On ne peut obliger une
Ville comme Gand à capituler , ſans
rendre fon Nom immortel . Elle
batit la Chamade auſſitoſt apres , &
demanda trois jours pour avertir le
Duc de Villa Hermoſa qu'elle ſe
rendroit , ſi elle n'eſtoit ſecouruë
dans ce temps-là. Cette propofition
fut rejettée , & elle accepta la mefme
Capitulation qui fut faite il y a
dix ansà ceux de Tournay. Monfieur
de Louvoys entra dans la Ville
ſur les cinq heures du ſoir pour y
donner ordre à toutes choſes . Mr de
Rubantely estoit entré avec les Gardes
un peu auparavant. Le Roy en
a donné le Commandement à Mede
Monbron ſous Mr le Mareſchal de
Humieres . Mr d'Ernemont Lieutenant
de Roy de Doüay , a eſté
nommé par Sa Majesté pour y faire
la meſme fonction , & M² Mégron
Major de Monpezat poury fervir en
qualité de Major. La priſe deGand
fut
e
2
ALANT. 169
fut ſuivie de l'Attaque de la Citadelle.
Mde S. Géran qui commandoit
le jour de l'ouverture de la
Tranchéedu coſté de la Campagne ,
fit beaucoup plus avancer qu'on
n'avoit crû . On l'ouvrit pareillement
du coſté de la Ville auſſitoft
qu'on s'en fut rendu maiſtre , &
l'on en prit la Contreſcarpe.
Le 1 1. on fit un Logement ſur une
Contregarde , fur laquelle on dreſſa
une Baterie. Elle rompit un Pont qui
communiquoit à une Demy-Lune.
M" de Ranes , d'Albret , & de
Sourdis , ont ſervy d'Offciers Genéraux
aux Attaques de cette Citadelle
, dont Mr de Chamilly a fort
avancé la priſe. Il demanda permiffion
au Roy d'aller perfuader au
Gouverneur qu'il ſe devoit rendre ;
& il y réüſſit ſi bien , qu'il l'engagea
à le faire. La nouvelle en fut apportée
à Sa Majeſté par Mª de Villévra
Capitaine des Gardes de Mº le Duc
de Luxembourg. La Capitulation
Mars. H fut
170
MERCURE
avec
fut arreſtée le ſoir du 11. & leRoy
la figna à une heure apres minuict.
Le Gouverneur ſortit le lendemain
à deux heures apres midy ,
deux Pieces de Canon , pour estre
conduit à Anvers. Ils eſtoient huit
à neuf cens Hommes , & Sa Majeſté
les vit paſſer ainſi qu'il ſe pratique
en pareille occafion. Ce Gouverneur
qui estoit âgé de quatrevingts
un an, luy dit en la ſalüant,
Qu'ayant efté obligé de se rendre , il
avoit l'avantage de n'y avoir esté forcé
que par un grand Roy ; mais qu'il
auroit eſté plus longtemps dans la Place
, fi Sa Majesté n'eust pas joint à la
force de ſes Armes toute Padreße des
plus expérimentez, Capitaines.
Sa Majeſté donna la Lieutenance
de Roy de la Citadelle à M le
Chevalier du Repaire, Capitaine des
Grenadiers du Regiment de Navarre,
& envoya en meſme temps M'
le Mareſchal de Schomberg prendre
le Fort Rouge qui eft fur le
CaGALANT.
171
Canal. On s'en rendit maiſtre ſans
qu'il reſiſtaſt. M le Mareſchal de
Humieres fut laiſſé à Gand avec un
Corps conſidérable de Troupes. II
ne faut pas quiter cette Ville ſans
vous la faire connoiſtre de pluſieurs
manieres. Vous en pouvez voir l'élevation
dans ce Profil qui vous en
marque la beauté ; & en jettant les
yeux à coſté , vous en verrez le
Planavec toutes les Attaques. J'ay
oublié à vous dire que la gauche a
fouvent eſté le Poſte d'honneur , &
que les Gardes meſmes y ont monté.
Cela n'arrive pas ordinairement,
& n'eſt arrivé pendant ce Siege que
parce qu'il y avoit plus d'occaſions
de ſe ſignaler de ce coſté-là, &plus
d'Ouvrages à prendre. Nos Troupes
eſtoientà peine dans Gand , que
leRoy eſt party pour Ypres. J'apprens
meſme que la Place eſt déja
priſe. Mais ; Madame , vous ſçavez
, & je vous l'ay déja marqué ,
qu'il faut plusde temps pour décrire
H 2 les
172
MERCURE
les Conquestes du Roy , qu'il n'en
employeà lesfaire. Ma Plume , &
le Burin dont je me ſers préſentement
pourvous en donner unedouble
image , n'égalent point leur rapidité
, & je ſuis contraint de diférerjuſqu'au
Mois prochain àvous entretenirdecederniere
Siege. Cependant
je m'acquite de ce que je vous
ay promis au regard de M' le Duc
ay
de Villeroy. Voicy ce que Sa Majeſté
a écrit à Monfieur le Mareſchal
Ducde Villeroy fon Pere. Cette
Subſcription eſtoit ſur la Lettre.
A MON COUSIN
LE MARESCHAL
DUC DE VILLEROY.
Le Duc de Villeroy a fait à l'Attaque
des Demy-Lunes tout ce que l'on
peut defirer , tant pourſa conduite que
pour le courage. Elles ont esté emportées
fort vigoureusement , & l'action qu'il
afaite a fort avancé la prise de laVille.
GALAΝΤ. 173
le. F'ay esté bien-aiſede vous dire moymesme
ce qui s'eſt paſſé, & que je suis
content de luy autant qu'on le peut eftre.
Fefpere que la Citadelle ne m'arreftera
pas long-temps , & que dans
peude jours cette Conqueſte ſera parfaite.
Vous en ferez plus aiſe que perſonne
, car je ſçay le zele que vous avez
pour le bien de l'Etat , & l'attachement
particulier que vous avez pour
moy. Eftant auſſi persuadé de ces deux
choſes là que je le fuis, vous ne devez
pas douter que je n'aye toute l'amitié
pour vous que vous ponvez defirer.
LOUIS.
Au Camp devant la Citadelle
de Gand , le 10. Mars 1678.
Ce témoignage eſt bien glorieux
àun Pere, mais il n'eſt pas au deffus
du mérite de Monfieur le Mareſchal
de Villeroy. Je ne vous dis
rien de la grandeur de cette Maifon.
L'Hiſtoire eſt pleine des ſervices
qu'elle a rendus à l'Etat. Ce fa-
H 3 meux
174 MERCURE
meux M'de Villeroy Secretaire d'E.
tat , ce Miniſtre ſi chery de Hen
ry le Grand , qui ſous le Regne de
Loüis XIII. fut rappellé dans des
Affaires d'où il avoit eſté quelque
temps éloigné par les cabales de ceux
qui favoriſoient les mal-intentionnez
de ce temps- là , n'a pas peu relevé
cette Maiſon déja illustre. Le
Marquis d'Alincour fon Fils , Chevalier
des Ordres du Roy , & Gouverneur
du Lyonnois, a fait connoitrela
maniere dont il s'eſt acquité des
Emplois qui luy ont eſté confiez ,
que ſi le Ciel luy eut donné plus de
vie, il auroit eſté d'un tresutile
fecours pour l'Etat. Cet Homme
excellent à fait neantmoins beaucoup
pour luy , en donnant un grand
nombre d'Enfans , qui font tous
des Gens admirables . Vous connoiffez
le mérite de Monfieur l'Archeveſque
de Lyon, qui s'est rendu
recommandable par mille endroits
dont il ne faudroit qu'un ſeul pour
acqué
GALANT . 175
acquérir beaucoup de gloire à un
autre. Vous ſçavez ce que vautM
l'Eveſque de Chartres , & combien
l'Egliſe doit à tous les deux. Pour
Monfienr le Mareſchal de Villeroy,
il eſt au deſſus de toute loüange ,
&je croy qu'en regardant de quelle
maniere il eſt traité de LOUIS LE
GRAND , dont il a eu l'honneur
d'eſtre Gouverneur , on acheveroit
ſon Panégyrique ſans qu'il fuſt neceffaire
de dire autre choſe, ſi ce
n'est qu'on y vouluſt adjoûter ce
qu'il a rendu auRoy pour les bienfaits
qu'il en a reçeus , en luy donnant
un Fils qui le ſert avec tant
de gloire , & qui s'eſt rendu Héros
à un âge où les autres ne faifoient
autrefois que commencer à porter
les armes .
Je ne puis m'empefcher de vous
dire auſſi un mot de M'le Marquis
de Chamilly , à qui vous venez de
voir emporter un Faux - bourg &
deux Forts devant Gand. Ce fut
Η 4 luy
176 MERCURE
,
luy qui fit cette belle reſiſtance dans
Grave , qu'on y doit mettre au
nombre des prodiges de noſtre Siecle.
Je m'étonne qu'on n'en ait
donné aucun détail dans les formes .
Ceux qui en ont les Mémoires
devroient bien en faire part au Public.
Ce brave Marquis eſt Frere
de feu M' le Marquis de Chamilly
Lieutenant General , qui a eſté ſi
univerſellement regreté pour ſon
mérite , ſa douceur , ſa ſageſſe , ſa
bravoure finguliere , & fon eſprit.
Vous ſcavez qu'il eſt mort à la teſte
du Corps d'Armée qu'il commandoit
, par l'accident des bleſſures
dont il eſtoit couvert, qui ſe r'ouvrirent
inopinément. Celuy dont
jevous parle aujourd'huy , eſt Mareſchal
de Camp , & Gouverneur
d'Oudenarde. Les Ennemis dont
il eſt l'admiration & la terreur, connoiffent
fon Nom à leurs deſpens .
Il a pluſieurs fois paffé la Riviere
ſous le Mouſquet de Gand, à la
veuë
GALANT . 177
veuë des Troupes de la Ville , &
de laMilice de tout le Païs de Waës,
qui l'attendoient fur le bord pour
luv
luy en difputer le paſſage. Apres
avoir fait trois courſes dans ce Païslà
pour le mettre à contribution ,
& l'avoir brulé juſques à trois fois,
il en revint la quatriéme avec des
Oftages. Si la France a beaucoup
de Héros , elle ne manque pas de
beauxEfprits pour écrire ce qui s'y
fait. Voicy des Inpromptus que
vous ne regarderez que comme des
Jeux d'Eſprit, ceux qui les ont faits
pouvant nous donner des Ouvrages
plus conſidérables. Si vous avez pris
autrefois plaifir à lire cent cinquante
Epigrammes de M. de Bréboeuf
fur une meſme matiere , je croy
que les Pieces que je vous envoye
ſur la priſe de Gand vous divertiront
d'autant plus , qu'eſtant de diférentes
Perſonnes , elles vous doivent
rendre curieuſe de voir le tour
diférent que chacun a donné à des
Η 5 pen
178 MERCURE
penfées qui ſe rapportent.
La premiere de ces Pieces eſt un
Dialogue d'unEſpagnol & d'un Flamand
fur la marche impréveuë du
Roy , de Lorraine en Flandre , &
fur la prise de Gand.
L'ESPAGNOL.
Des nouvelles , Amy , ne m'en sçaurois – th
dire?
Le François va , dit-on du coſté de l'Empire ,
Et laiſſe cette Annee en repos le Flamand.
LE FLAMAND.
Oüy; Son Roy depuis peu s'est emparé de
Gand.
L'ESPAGNOL.
Vrayment tu mefais rire , il est en Allemagne,
Et tu veux que par Gand il ouvre fa Campagne?
Gandest-il en Alface , ou bien au Luxem
bourg?
Ont'a peut- estre dit ouTréves, ou Strasbourg.
Encor le dire pris , est-ce aller un peu viſte.
LE FLAMAN D.
L'Espagne , jele ſçais , en doit estre interdite;
Mais il est pris , c'est Gand, Gand dans le
Pais-Bas,
On le Roy s'est trouvé , quoy qu'on ne l'y
cruft pas.
L'EGALANT.
179
L'ESPAGNOL.
Hé, hé , te moque-tu ? ma foy , tu me fais
rire,
Si tu n'expliques mieux ceque ton Gandveut
dire.
LE FLAMAND.
Gand est Gand, &le Roy depuis deuxjours
l'apris.
L'ESPAGNOL
L'undes deux , mon Amy , turadotes , ou ris ;
En deux lieux àlafois on nesçauroit fe rendre ,
Et quand on està Mets , on ne peut estre en
Flandre.
LE FLAMAND.
Hé bien vous le voulez , il eſt encoràMets,
Mais il ne laiſſe pas d'estre encor icy pres.
L'ESPAGNOL.
Ecoute - moy , Flamand , voy comme je rai-
Sonne.
Peut-il eſtant àMets, estreàGand enperſonne?
Sçais- tu la Carte , toy , qui t'obſtines icy ;
Sçais-tu bien quel chemin de Gand jusqu'à
Nancy?
Examine , & me dy , fo ſans fe reproduire ,
Il pouroit estre enſemble en Flandre & vers
l'Empire?
LE FLAMAND.
Il eſt où vous voudrez ; mais je vous le redis ,
Les François ſont dans Gand, & c'eſt luy qui
l'a pris.
H 6 Les
180 MERCURE
Les trois Epigrammes qui ſui
vent ſont de M Lelleron Avocat
à Provins .
SUR LA REDUCTION
DE GAND.
EPIGRAMME.
Voſtre Paris n'est pas si grand,
Qu'il ne tint bien dans noſtreGand,
Diſoient les Espagnols, ſeraillans de la France .
Quel ſujet avoient-ils d'en eſtre réjouis ?
Ils voyoient par expérience ,
Que s'il reçent du Sort cette grandeur immense
,
C'est qu'il le deſtinoit pour la main de
LOUIS.
AUTRE.
Flamans ; enfin voſtre amitié
S'acquite envers le Roy de France ;
Vous donnez à ſa Main un Gand pour
récompense
De vous avoir donné Chauſſure à voſtre Pié.
AUTRE.
Peut-on plus prudemment commencer la
Campagne ?
LOIUS part an fort de l'Hyver ,
Et
GALANT. 181
Et pour ſe parer du grand air ,
Il se munit d'un Gand d'Espagne.
Ces trois autres font, l'une, d'un
Homme de qualité ; l'autre , d'un
Vandômois ; & la derniere , de M
deRoux.
Espagnols, autrefois vous aviez l'arrogance
De vouloir enfermer Paris dans voſtre Gand ;
Mais vous ne penſiez pas qu'un jour Loüis
LE GRAND
Mettroit Gand , malgré vous , pour Frontiere
à la France.
Eſpagnols , par la Paix ſauvez ce qui vous
refte,
La Guerre ne sçauroit que vous eftre funeſte ;
L'onvous prend , l'on vous bat lors que vous
combatez .
De pouvoir vous vanger quittez donc l'entreprise,
Car les François apres vous avoir dégantez ,
Ne manqueront jamais de vous mettre en chemise.
Ce Gand que Charlequint vouloit qui fut
ft grand,
Commence l'heur de la Campagne ;
Tu pouvois bien penſer, vaine fierté d'Espagne,
Que la Main de LOUIS entreroit dans ce
Gand.
H7
Ce
182 MERCURE
Ce qui fuit a efté fait à Tournay
par M Briffeau.
Gand Superbe & puiſſante en braves Habitans
,
Qui renferme en fes Murs cent mille Combatans
,
Dont le grand Etendard fi fameux fur la
Terre,
Des Roys & des Etats fut jadis la terreur ,
Qui mesmeàfes Ducs fit la guerre ,
Etseule osa tenir contre un grand Empereur ,
Aujourd'huy qu'elle voit unis pour sa défenſe
Empereurs , Ducs , Etats , Roys ,
Et qu'il faut de LOUIS ſoûtenir la préſence ,
En quatre jours d'attaque est soumise à ſes
Loix.
Lettre de Mr de Villa- Hermofa
au Roy d'Eſpagne .
Sire, on affiege Gand, &ſapriſe eſt certaine,
Car on la prend au dépourveu ;
Je levoisà regret, mais la prudence humaine
Ne pouvoit pas avoir préven
Que LOUIS dust tomber à Gand par la
Loraine.
Extrait d'une Lettre d'un Moufquetaire
du Roy , du Camp de
Gand le 9. Mars 1678 .
Les
GALANT. 183
Les Alliez marchoient , & paroiſſoient fort
proches ;
Mais dans le temps qu'on croit mettre Flamberge
au vent,
Ils s'en vont ſans rien faire , & les mains
dans leurs poches ,
Apres avoir perdu leur Gand.
Voicy un Sonnet de M. l'Abbé
Noé , du Ponteau de Mer.
SONNET.
Envain pour resister aux armes de la
France,
L'Europe en Bataillons épuiſe ſes Tréſors ;
En vain elle aguerrit fes Villes & ſes Forts ,
LOUIS les attaquant , brave leur reſiſtance .
Le Batave orgueilleux plie ſous ſa puiſſance ,
En vain pour l'éviter il a fait ſes efforts ;
Il a veu de ſon ſang le Rhin enfler ſes bords ,
Et de nostre Héros ſeconder la vaillance.
Ce miracle des Roys foûmet tout à fon Bras ,
Sa force est animée au milieu des frimas ,
Et brave des Hyvers les ſiniſtres tempeftes .
Eft il rien qui ne tremble au bruit de ſes
Exploits?
Espagne, tu n'asplus qu'àſoufler àtes doigts,
Puis qu'il vient d'ajoûterton Gandàſes Conquestes.
Je
184
MERCURE
Je ne ſçay qui a fait le Sonnet
ſuivant , ny les Epigrammes qui
l'accompagnent.
SUR LA PRISE DE GAND,
SONNET.
LE Belge , le Germain, dans l'effroy qui
lesglace,
Evitent la Bataillé , & redoutent l'Affaut :
Eft-ilpour les couvrir un Rempart affezhaut ?
En est-il unſe fort que LOUIS ne menace ?
Par cent & cent détours courant de Place en
Place ,
Il en cherche avec art , & trouve le defaut,
Il alarme le Rhin pour ſurprendre l'Escaut ,
Et quand il est en Flandre , on le croit en
Alface.
Son Tonnerre enfermé dans un nuage obfcur ,
Gronde fur Luxembourg , ſur Mons. Ypres ,
Namur ,
Tandis que Gandreçoit le coup de la tempeste.
Superbes Ennemis que LOUIS pouſſe à bout ,
Ne vous étonnez pas d'une telle conqueſte ,
On peut bien estre à Gand, lors que l'on est
par tout.
ΕΡΙ-
GALANT. 185
EPIGRAMME S.
Noftre Roy pouvoit-il mieux faire ,
Allant attaquer le Flamand,
Que de prendre d'abord un Gand
Si commode &si néceſſaire ?
Cette précaution fait voir à l'Univers
Combien ce grand Héros eſt politique &ſage;
Car le Gand qu'il a pris , est deſi bon usage ,
Qu'il poura fervirà l'Anvers .
Quoy, Gand est pris ? c'eſt un revers
Dont l'Espagne ne peut estre aisément remiſe ;
Mais bien plus , depuis cette priſe
Toute l'Europe a l'esprit à l'Anvers.
Autrefois les Héros quand ils alloient en guerre,
Se muniſſoient d'nn Gand de fer ;
Le nostre qui la fait au milieu de l' Hyver
En aime mieux prendre un de pierre.
UN Eſpagnol faiſant icy ſejour ,
Alla par un beau jour
Se promener aux Tuilleries ;
Mais paſſant par les Ecuries ,
Un Valet remarqua qu'il se cachoit la main ,
L'arresta par lebras,. luy dit , queje voye
Sivous n'avez point quelque proye ;
Mais l'Espagnol honteux , pourpaſſerſon chemin
,
Luy montre ſes mains dégarnies ,
Et
186 MERCURE
Et luy dit que fon Gand luy venit d'estre pris
Hé bien, paſſiez, dit-il, vous vous eſtes acquis
Le droit d'entrer aux Tuilleries .
Vous entendez le plaiſant de cet
te derniere Epigramme. On prétend
qu'on est obligéde ſe déganter quand
on paſſepar les Ecuries , & que ceux
qui ne le font pas , y laiſſent leurs
Gands , ou en payent la valeur.
Comme ma Lettre eſt déja plus
longue que je ne vous en ay encor
écrit aucune , je vay trancher court
ſur ce qui regarde les Enigmes. On
a deviné juſte dans voſtre Province
pour les deux enVers. L'une eſt en
effet unBaston de Marefchal de France
, & l'autre une Enseigne de Maifon.
M' Robe de Soiſſons a expliqué la
premiere par ce Madrigal.
Pendant que nos Heros comme autant de
Céfars
Courent mille ſanglants hazards
Pour un Baston de Mareſchal de France,
LesMufes à leur tour, dans les paiſibles Arts,
Sans répandre de fang , fans forcer de Ram
parts,
Nous
GALANT . 187
Nous en proposent un hors de toute apparence.
Je l'ay trouvé sans courir de danger ,
F'ay ſeulement combatu quelque doute
Qui m'a donné plus d'un jour à fonger;
C'est là tout ce qu'au vray ſa Conqueste me
coûte.
Ceuxqui l'ontdeviné comme luy,
fans avoir deviné celle de l'Enſeigne
, font , M' de la Veffiere ; M'
duBoisProcureur du Roy , deHam;
Mª Hébert Avocat , du Valois ; M
du Teil ; M Charpentier Commis
au Domaine de Languedoc; M de
Valnay Controlleur de la Maiſon
du Roy ; la Ville deHam en Picardie;
M Arnoulet de Loche Fontaine
, Preſident de la Cour des Monnoyes
; M de Chantoiſeau , de
Brie Comte- Robert; M' Evrard; M
d'Argingourt , Mr Gauthier ; Mademoiſelle
Portail , Fille du Gouverneur
de Brie-Comte-Robert ; M
Boulanger , de Dinan en Bretagne ;
Mª de la Barmondiere , Secretaire
du Roy , & Procureur du Roy , de
Ville188
MERCURE
Villefranche ; Mademoiselle Vaſtel ,
de Roüen ; M' Greaume de Bergeromare
, Avocat du Roy au Ponteau
de Mer ; M' du Mata d'Emery
; M le Lieutenant General de
Meaux ; M'Coüet , &M' Lagréve,
de Lyon. Pluſieurs l'ont expliquée
fur l'or , la Pique , le Sceptre , & la
Pierre de Taille . Quant à la ſeconde
Enigme , dont le mot eſt une Enſeigne
, voicy l'Explication qu'en a faite
M' le Comte de Cliffon qui demeure
en Aulnis. Son eſprit & fon
mérite répondent à ſa naiſſance.
Ouy , l'Enigme qu'on nous propose ,
Eft une Enseigne afſſurément ,
Et ne ſignifie autre chose,
Du Moins c'est à mon sentiment.
Comment cela ? voicy comment.
Le bien , lemal, tout est leſujet d'une Enfeigne.
Devant & derriere on y peut
Representer tout ce qu'on veut ,
Enfers , Anges , Démons , il n'est rien qu'on
n'ypeigne.
Elle se plaint avec raifon
Quefes Parens pour elle ont de la tyrannie ,
Car
: 189
GALANT.
Carà peine est elle finie ,
Qu'on la pend contre une Maison.
Exposée au vent , à la pluye ,
Nuit &jour il faut qu'elle eſſuye
Les injures de la Saifon .
Quoy qu'elle foit toûjours en venë ,
Puis qu'elle est dans la Ruë ,
De peur de s'y méprendre , on lacherche avec
Soin;
Et quand on l'a trouvée , on trouve d'ordinaire
La choſe dont on a besoin ,
Ou l'Homme avec lequelon peut avoir affaire .
Je le dis donc avec raiſon,
L'Enigme que l'on nous propose ,
Est une Enseigne de Maiſon ,
Et neſignifie autre chose.
Ce mot a eſté auffi trouvé par
Mr de Fontenay Capitaine ; M
Coufinot Abbé de Noftre-Dame de
Sully ; Mr Baillon ; M Boiffel , du
Pont- Leveſque ; M' Trebuchet ,
d'Auxerre ; Molbet , Directeur des
Poſtes de Champagne ; & M' Hébert
de Rocmont. D'autres ont prétendu
que ce fuſt le Papier , la
Mon
190
MERCURE
Monnoye , la Lettre miſſive , la Toile,
le Canevas àfaire de la Tapiſſerie , &
P'Impreſſion. Outre ceux que jeviens
de vous nommer , ily en a eu quantité
qui ont trouvé le veritable ſens
de toutes ces deux Enigmes , & ce
font , M' Baifé ; M² de S. Amour;
Mª de Dur-Ecu , St de la Chategneraye
, Gentilhomme du Vexin ;
M Drével ; M² de Boſchar , Chanoine
enNormandie; Mademoiſelle
Loiſſeau , de Coulommiers; Mademoiſelle
Pingré ; M le Boiteux ,
Chanoine de Sens ; Mr Tartonne
de Gaffendy , Preſident au Parlement
de Provence ; Mr de Soncanie,
Avocat à Roye ; Meſdemoifelles
Nicolas ; M' de VolonneGentilhomme
de Provence ; la Belle
Bergere Provençale ;Unjeune Conſeiller
, qui par de belles Explications
en Vers s'est racommodé avec les
Muſes ; M du Bois Avocat au Parlement
; Les Dames de Richelieu ;
Me l'Abbé Montel , de Riom ; La
Dame
GALANT .
191
Dame Inviſible ; M'Potier, Fils du
Lieutenant Particulier de Montreüil ;
MChibert de Montigny; M² Brif
ſeau Medecin de Tournay ; M'l'Agrené
de Uruilly ; Mademoiselle de
la Salle , Coufine du Lieutenant
General de Blois; La nouvelle Societé
Cloiſtrée de Lyon ; M Hourdaut
; Les Députez de la Jeuneſſe
de Rheims ; Mª l'Abbé Villebaut ;
& M du Laurens , Prieur du Bois-
Hallebout pres de Caën.
S'il vous paroit icybien des noms ,
vous ferez ſurpriſe quand je vous
diray qu'ils font tirez de plus de
huit cens Lettres que j'ay reçuës ,
ce qui vous fait connoiſtre qu'il s'en
faut beaucoup que tout le monde
n'ait deviné. Exercez- vous cependant
fur ces deux nouvelles Enigmes.
La premiere eſt d'un Abbé
dont vous ne ſçaurez le nom que
le Mois prochain ; & l'autre de la
Societé des Dames Cloiſtrées de
Lyon.
۱
ENI192
MERCURE
ENIGME.
Inconstante & legere ,
Je me fais aimer constamment ,
Et le plus agreable Amant
Sans moy ne sçauroit plaire ,
Fille de Roturier ,
Des plus noblesGalantsje reçois les hommages,
Je cede aux Fous , &jecommande au Sages,
Je ne fais rien , & ſuis de tout meſtier .
LaRaiſon contre moy n'estjamais la plus forte.
Le Roy mesme a ſouvent reconnu mon pouvoir.
Jedécide àlaCour de tout , fans rienſçavoir,
Et malgré les Sçavans , mon suffrage l'em
porte.
On ne sçauroit compter mes ans .
Mon extréme vieilleſſe
Egale celle du temps ;
Je plais pourtant par majeuneſſe.
UTRE ENIGME.
Mon Corps petit & lourd n'aspire qu'à la
terre.
Mon Chefgrand& leger s'éleve vers les Cieux.
Ceux qui m'aiment le plus , me font le plus
de guerre ;
Et tant plusje leur plais , plus je m'éloigne
deux..
11
GALANT. 193
Il ne me reſte plus à vous parler
que de l'Enigme en figure. Celle
de Pandore eſtant une des plus
bellesqui ſe ſoient veuësdepuis longtemps
, à donné lieuà de tres-belles
Explications que vous verrez le 26.
du Mois prochain dans ma Lettre
extraordinaire. M'des Bois Avocat,
l'a appliquée à la Falousie dans le
Mariage, ou à la Pierre Philoſophale;
Mr la Croix , Procureur du Roy de
Ham , au Depart de Sa Majesté , &
à l'Ouverture de la Campagne ; Un
Inconnu , à la Paix refusée par les
Espagnols , duquel refus toute forte de
maux font produite ; M'Baifé, àl'Ecuffon
; Un Inconnu de Troye , au
Soleil; Mr Verreau de Dijon ,
malheurs du mariage d'une jeune Beauté
avec un Vieillard; M' du Bois Avocat
en Parlement, au Mariage ; Mefdemoiselles
Nicolas , au dégoust dans
le Marioge. M de Roux , à l'Amour
; Une tresſpirituelle Demoifelle
du Païs du Maine , à la Fem-
Mars. I
aux
1
me;
:
194
MERCURE
me ; M Couture , au Caresme ; &
d'autres , à lu Bombe ou Carcaffe , à
la Mine, & à la Goute. Cependant
ce n'eſt rien de tout cela , c'eſt ſeulement
ce que vous allez voir dans
ce Rondeau de Mr Robbe.
Cest le Secret en tout fi neceſſaire,
Que ce Tableau represente à nos yeux ;
Les miens en ont penétré le myſtere;
Et l'Inventeur en vain le voudroit taire ,
F'explique ainſi ſonſens mystérieux.
Epiméthée est le vray caractere
D'un indifcret & mauvais Secretaire ,
Qui garde mal ce tréſor prétieux ,
C'est le Secret.
Celuy qui veut dedans ſon miniſtere
Ne point gliſſer dans ce pas périlleux ,
Avec grand ſoin doit fuir les Curieux ;
Car le moyen que la raiſon ſuggere
Pour réüffir dans quelque grande affaire ,
C'est le Secret.
Il n'ya perſonnequi ne ſoit convaincu
des maux qu'attire un Secret
indiſcretement revélé. C'eſt la Воё-
te de Pandore ouverte. On peut inférer
de là le contraire. Un ſage Miniſtre
GALANT . 195
niſtre à qui le ſecret de ſon Maiſtre
n'échape jamais , cauſe ſouventtout
le bonheur d'un Etat. Les plus grandes
entrepriſes y font glorieuſement
executées ; & fans chercher l'appuy
du raiſonnement, il ne faut qu'examiner
la priſe de Gand. Perſonne
ne s'eſtoit imaginé qu'on duſt l'affieger
, & nous pouvous dire que cette
Conqueſte eſt un des miracles du
Secret. Quoy que M' Robbe ait deviné
le veritable ſensde cette Enigme,
il n'eſt pas le premier qui l'ait
trouvé. La gloire en eſt deuë à une
Demoiſelle des Galeries du Louvre ,
dont l'efprit eft brillant& vif , &
qui peut dire qu'elle a penetré d'abord
un Secret que beaucoup d'habiles
Gens ont inutilement cherché.
Mr Drével , M' Hourdaut , & M
de Volonne , l'ont trouvé comme
elle. Ce dernier eſt un jeune Gentilhomme
Provençal , dont le Pere a
efté Conseiller& AvocatGeneral au
Parlement d'Aix .Medée ſuivra Pando
12 re.
196 MERCURE
re. Examinez toutes les de Figures de
cetteEnigme, &me mandez ce que
vous croyez qu'elles ſignifient. Vous
ſçavez la Fable. Jaſon trahit Medée
pour épouſer Creüſe , Fille de CreonRoy
de Corinte. Cette malheu,
reuſe Princeſſe eut envie de porter
une des Robes de Medée. Jaſon luy
en fit donner une. Medéeavoit empoiſonné
cette Robe avant que de
l'envoyer. Creüſe n'en fut pas fi-toft
parée, qu'un feu inviſible la confu
ma. Creon fon Pere accourut pour
la fecourir. Il fut conſumé du mefme
feu en la touchant ; & Medée
ſatisfaite de ſa vangeance , s'enfuit
par l'air dans ſon Char. Toutes ces
choſes vous font repreſentées dans
cette Figure. Le Char de Medée eft
traînédans l'airpar deux Serpens. Jafonla
regarde tout furpris de la route
qu'elle prendpour fuir, &en marque
de l'effroy , auffi-bien que ceux qui le
fuivent. Creon & fa Fille font par
terre morte où mourans, & ce ſera à
vous
ADEE
ENIGME
198 MERCURE
L
vous à me dire le reſte par voſtreRe
ponſe. Vous trouvez la Ducheſſe de
Cleves dans mon Paquet. Vous ſçavez
dequis quel temps & avec quelle
favorable préoccupation tout le
monde l'attendoit. Elle a remply
cette attente , &je ſuis certain que
je ne vous pouvois procurer une
lecture plus agreable. On continuë
à remettre les vieilles Pieces de l'incomparable
M'de Corneille l'aîné,
& fon Polyencte a efté repreſenté tous
ces derniers jours avec une foule &
des acclamations extraordinaire. En
•verité on peut dire qu'il yade grands
traits de Maiſtre dans tout ce qu'il
fait, &quejamais Homme n'a ſi bien
manié toute forte de Sujets. Son raiſonnenient
eſt toûjours juſte , il ne
s'écarte point , il dit preciſément ce
qu'il faut dire , & ne vous laiffe jamais
rien à ſouhaiter. J'apprens que
Pſyché a eſté mise en Opéra , & que
M' Lully nous le doit donner incontenent
apres Paſques , avec tous


rag. 198
ila tes voy jas
! les voyjamret,
ret , Ony
maret, ret , Ony
me E
me boi
100
is
GALANT .
199
ces beaux Airs qui entroient dans les
divertiſſemens de cettePiece quand la
Troupe de feu Molierela repreſenta
devant la Roy. Vous devez eſtre
laffe de lire. Adieu , Madame. Je
fuis toûjours voſtre , &c.
A Paris ce 31. de Mars 1678 .
• On m'apporte un Air nouveau à
boire , queje ne puis me refoudre à
vous garder juſqu'à l'autre Mois.
En voicy les Paroles.
AIR A BOIRE.
Du Vin, duVin, du Vin. Ah, le maudit Laquais!
Voila trois fois que j'en demande.
Que font - ils ? où sont-ils ? je ne les voy
jamais.
Quoy, faut il encor que j'attende ?
Vaine parade , vain Bufet ,
Que vostre mode est détestable !
Morbleu, morbleu , vive le Cabaret ,
On y met le Vin fur la Table ,
Et chacun boit quand il luy plaiſt.
Cet Air dont vous voyez icy la
Note , eſt du fameux M Sicard.
1
14 11
200 MERCURE &c.
Il eſt à ſa maniere, qui eſt toûjours
pleine de feu , & qui ne manque
jamais d'avoir quelque choſe d'extraordinaire.
FIN.
ON donnera un Tome du NouveauMercure
Galant , le premier jour de chaque
Mois fans aucun retardement.
TA
TABLE
des Matieres principales contenuës
en ce Volume.
Avantpropos, Page i
Lettre de Bretagne, contenant pluſieurs Nouvelles
de cette Province , 2
Echange de Prisonniers faits en Catalogne
apres la Bataille d'Epoüilles , 6
Lettre de M. D. P. à Mademoiselle P. B.
meſlée de Proſe & de Vers .
7
Air nouveau, dont les Paroles ſont de Madame
des Houlieres , 14
Mariage de M. le Chevalier d'Aubigné , &
de Madem. Pietre, ibid.
Nouvelle Avanture de l'Opéra , 15
Monfieur de Fauvelle est nommé au Gouvernement
de Ham apres la mort de M. de
Riberpré , 28
Mariage de M. le Marquis de Genlis Brulard
avec Madem. d'Eſpeville ,
29.
Loterie Galante ,
32
L'Amour fans partage , 34
Lettre de l'Académie de Soiſſons à M. le
Chancelier ,
37
Nouvelles Académies de Beaux Efprits , 40
Le Bon Mary , Comedie avec des entr'actes
de Musique, repreſenté ce Carnaval chez
une Dame de Qualité , 43
Belle ambition de bien dancer , 44
Police
TABLE.
Police admirable , ibid.
Toutes les Particularitez du Mariage du Prince
Charles de Lorraine avec la Reyne
Doüairiere de Pologne ,
Air nouveau,
45
54
Relation de la Cayenne , de la prise du Fort
d'orange , de l'Isle de Goerée , & de ce
qui s'est pasſſé à Tabago , avec tous les
Noms des Officiers des Vaiſſeaux ,
Les Arts de l'Homme d'épée , ou le Diction-
55
naire du Gentilhomme , 89
Hiſtoire de Laponie ,
ibid.
Mariage de M. le Vicomte de Paule & de
Madame de S. Hypolite, dans une Lettre
meſlée de Proſe & de Vers de Madame
la Viguiere d'Alby , 91
Sacre de M. l'Eveſque de Rennes , 98
Mort de M. Paris Conſeiller de la Grand-
Chambre , & la Reception de M. Malo en
100
Deux Epitaphes d'une Femme morte d'amour
Saplace.
pourfon Mary ,
1ΟΙ
Hiſtoire de la Dame embourbée . 103
Feste Galante de M. de Verduron , Viguier
General de Montpellier , 112
Mort de M. de Launoy , 115
Mort de M. de Hauſſonville Comte de Vaubecourt,
119
Mort deMadame laMarquise de Seignelay, 121
Mort de M. l'Abbé de Ris . 123
Vers de M. de Valnay , à Madame , 124 .
Prife
TABLE.
Prise de poſſeſſion de la Viceroyauté de Sicile
par M. le Mareſchal Duc de la Feiüillade,
125
M. le Comte de Tallard eſt receu à Grenoble
Lieutenant de Rey de Dauphiné, 127
Les Lettres de Chancelier de M. leTellier font
129 publiées à la Cour des Aydes ,
M. de Givry est pourveu par Sa Majesté de
la Lieutenance de Roy de la Citadelle de
Mets ,
130
Mariage de Mademoiselle Chareton , & de
M. d'Hillain , Conseiller au Parlement ,
Seigneur de Baroges ,
132
Paroles Italiennes de M. Ménage , notées à
Rome,
Siege de Gand, avec toutes les Particularitez
, Profil & Plan de la Place
toutes les Attaques ,
,
133
avec
136
Lettre du Roy à M. le Mareſchal Duc de
Villeroy.
172
Dialogues , Madrigaux , Sonnets , Epigrammes
fur la prise de Gand,
178
Explications en Vers de la premiere Enigme
avec les Noms de du dernier Volume
tous ceux qui l'ont devinée , 186
Explication en Vers de la ſeconde Enigme,
par M. le Comte de Clifſſon , avec les
Noms de tous ceux qui ont diviné les deux,
Enigme ,
188
192
Autre Enigme,
ibid.
DiverTABLE.
Diverſes Explications données à l'Enigme
Pandore, 191
Explication en Vers du veritable mot, ffaaiitn
par M. Robbe, 194
Medée, Enigme , 196
Divertiſſemens donnez & promis au Public ,
198
Air à Boire de M. Sicard , 199
Fin de la Table.

TABLE.
Diverſes Explications données à l'Enigme
Pandore, 191
Explication en Vers du veritable mot , fait
par M. Robbe, 194
Medée , Enigme , 196
Divertiſſemens donnez & promis au Public
198
Air à Boire de M. Sicard, 199
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

Contrefaçon du Mercure de Paris.

Soumis par lechott le