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SE. VI. zz. 2 .
MENTEM ALIT ET EXCOLIT
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0
K.K. HOFBIBLIOTHEK
ÖSTERR . NATIONALBIBLIOTHEK
BE.6.Zz.2
1
MERCURE
GALANT.
De L'An 1678
JouxtelaCopie
àParis
Au Palais 1678 .
KOENIGLICHE
STRIS
PREVA
SUPR
KAIS
LE
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
Contenant tout ce qui s'eſt paſsé
de curieux auMoisdeJanvier
de l'Année 1678.
Suivant la Copie imprimée
A PARIS
Au Palais , l'An 1678.
KAISERA
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN .
IW
ONSEIGNEUR,
Souffrez quele Mercure
Galant vous aille
enfin rendre ſes hommages. Il
n'approche de Vous qu'avecune
certaine crainte, qu'il n'auroit
peut- eſtre pas en s'approchantde
tout autre Prince, aupres
de qui une auſſi grande
jeuneſſeque la voſtre laiſſeroit
eſpererun facile accés. Il croiroit
que les matieres galantes
qu'il luy offriroit , ſeroient de
nature à l'occuper aſſez agreablement
; mais pour Vous ,
MONSEIGNEUR , il ſçait trop
que ce qui a du rapport avec
voſtre âge , n'en a aucun avec
*
4
Vos
1
EPISTRE.
vos ſentimens,&que les choſes
qui ne ſeroient pas indignes
d'un jeune Prince , n'en ſont
pas pour cela plus dignes du
Fils de LOUIS LE GRAND .
Auſſi , MONSEIGNEUR , fi le
Mercure n'euſt eu a vous faire
que des Prefens proportionnez
àvos années , il n'auroit jamais
eu la temerité de s'élever jusqu'à
Vous. Mais il faut vous
l'avoüer. Il croit avoir quelque
droit à l'honneur qu'il reçoit
preſentement, lors qu'il fonge
qu'il vous fera des Preſens tels
qu'on les doit faire aux Héros .
Vous jugez bien MONSEIGNEUR
, que je parle des glorieuſes
Actions du Roy, dont le
Mercurenesçauroit manquer à
eſtreremply. Vous y trouverez
chaqueMoisquelques traits de
l' Hiſtoire qui luy eſt particuliere
;
EPISTRE.
e
Z
S
S
liere; & quel eſt le Héros dont
l'Hiſtoire n'euſt bien des vuides
, ſi elle estoitdiſtinguée par
chaque Mois ? Cependant il
ne s'en paſſe aucun qui ne foit
marqué par quelque Exploit
de ce grand Prince , & le Mercure
ne laiſſe pas d'eſtre Guerrier
,&remply denos Conque-
- ſtes pendant ces temps oyfifs
qui ſembloient ne luy pouvoir
fournirque le récitde quelques
Divertiſſemens , & qui n'eſtoeient
auparavant deſtinez qu'à
refraiſchir nos Troupes dans
nos Garniſons . Ainsi , MONSEIGNEUR
, le Mercure fera
. toûjours honoré desNoms des
deux Princesdu Monde, dont
l'un execute, & l'autre promet
deplusgrandes choſes.Le Nom
duFils accompagnera toûjours
- l'Hiſtoire des ExploitsduPere,
S
e
* 5 &
EPISTRE
.
& ce ſera là une marque de
l'attachement avec lequel vous
vous étudiez à imiter un fi
grandModele. Toutes les Cours
étrangeres apprendront que
vous avez fans ceſſe devant les
yeux l'Illuſtre Vie de l'Incomparable
LOUIS . Quel juſte
fujet de crainte , MONSEIGNEUR
, pour tous les Ennemis
de la France ! Ils tremblent
déja au ſeul bruit de cette application
continuelle que vous
avez à vos Exercices . Ils ſçavent
que vous ne faites qu'y esfayer
voſtre adreſſe & vos forces,
&que quand vous les tournerez
contr'eux , il leur en coutera
des Provinces . Ils tremblent
ſitoſt que la Renommée
leur annonce que rien n'échape
à voſtre penetration dans
nos Autheurs anciens , & ils
s'atEPISTRE.
S
e
S
e
-
e
1
4
s'attendent bien que vous y
puiſerez des Secrets dePolitiquequi
ferontun jour funeſtes
àleurs Estats ; Mais ce qui les
allarme le plus c'eſt le modele
que vous vous propoſez , ce
font les Vertus de LOUIS LE
GRAND , dont vous eſtes &
1'Heritier & l'Imitateur. Il ſuffiroitd'eſtre
l'un ou l'autre , &
onpeut direque ce ſeroit aſſez
oùqu'ellesvous euſſent eſté inas
ſpirées par le ſang , ou que voſtre
ardeur à les imitervous les
euſt appriſes . Mais, MONSEIGNEUR,
quoy que la Nature ait
formé enVousun Princedigne
d'eſtre Fils du plus grand Roy
de la Terre , vous avez voulu
meriter unTitre A glorieux par
Vous- meſme , & vos foins à
cultiver vos rares talens ont achevé
ce que la naiſſance ſeule
S
r
r
11
3
avoit
1
EPISTRE.
avoit commencé ſi heureuſement.
Quelhonneur ne ſerace
paspour le Mercure , fi en vous
entretenantdes Vertus de noſtre
Auguſte Monarque, il peut
contribuer quelque choſe à cette
inclination naturelle que
vous avez pour la Gloire ?
LOUIS luy fert de Garantqu'il
aura de Mois en Mois des Actions
plus éclatantes à vous
préparer ; & quand meſme ce
Héros conſentiroit à borner
ſes Conqueſtes par la Paix , il
luy fourniroit encortant d'exemples
de juſtice à récompenſer
ſes Sujets , & de ſageſſe dans
la diſpenſation des Charges de
l'Etat, qu'il ne faudroit que les
ſuivre pour ſurpaſſer les Princes
les plus accomplis . Quand
vous daignerez deſcendre jusqu'auxMuſes
du Mercure , elles
tâche
EPISTRE.
tâcheront à vous délaſſer l'eſprit
dans ces heures que vous
ne donnerez pas à des Muſes
plus ſérieuſes. Ily a déja longtemps
que vous avez commerce
avecles Latines,& quand la
plupart des Sçavans de l'Europe
ont travaillé avectantd'empreſſement
a vous les rendre familieres,
vous n'aviez pas tant
beſoin de leur ſecours qu'ils avoient
envie de paroiſtre avoir
quelque part à voſtre Education.
Pour moy , MONSEIGEUK,
je croiray eſtreparfairement
heureux, ſi endonnant
quelquesmomens auMercure,
vous voulez bien jetter quelquefois
lesyeux fur le profond
reſpect avec lequel je ſuis& feray
toute ma vie,
MONSEIGNEUR,
Voltre tres-humble , tres-obeïffant
&tres fidele Serviteur , D.
AQ
:
AU LECTEUR .
E prie ceux qui ont des Parens
oudes Amis àl'Armée, de fupléer
a lamodeftie qui les empeſche
de mefaire part eux-meſmes de
tout ce qu'ilsfont de remarquable.
Quoy que j'aye parlé de beaucoup de
Braves depuis un an , & quej'aye fait connoistre
quantité d'éclatantes Actions qui ſeroient
demeurées enſerveliesſans le Mercure,
jem'apperçois tous les jours que j'en ay beaucoup
oublié . J'ay déja dit , &je ne puis m'empeſcher
de le repeter , que ne pouvant tout
Scavoirpar moy-mesme , j'ay beſoin du fecours
de ceux qui font informez des chofes,
& qu'ils font plus à blâmer que moy , quand
leur negligence à m'envoyer un Billetfur ce
qu'ils ont appris de conſidérable, est cause
que le Mercure ne publie point les Actions
dans lesquelles l'amitié ou l'alliance leur fait
prendre quelque interest. Il est faitpour en
donner lagloire à ceux qui l'ont meritée, auffi-
bienquepour le divertiſſement du beauSexe
; & comme il est lû preſque dans toutes les
Cours du Monde , où lesmerveilles
paſſent en France lefont ſouhaiter, ilest bon
que toutce que nosBraves font deglorieuxy
Soit connu. Il est si vray que c'est un Livre
qui va par tout , que jesuis preſſépar quantité
de Perſonnes du beau monde de donner
auPublic un Recücil des Letttes que leMercuqui
fe
re
AU LECTEUR.
re m'attire des Provinces &de pluſieurs Païs
étrangers. Je neprétenspointparler decelles
qui loüent l'Autheur , ellesseront toutes
Suprimées , & l'on m'obligera de nedonner
des loüanges à l'avenir qu'aux Ouvrages
duMercure ou jen'auray autre part que cellede
les avoir ramaſſez. Ce sont cesfortes
deLettres, &celles qui me ſont envoyées fur
les Explications des Enigmes , & fur diferens
endroits du Mercure , qui formeront le
Recüeil que jeprétens donner au Public. F'y
joindray les advis que je reçois pour Son
belliſſement , & pour l'utilité de ceux
qui prennent plaisir à le lire. F'ay deja receu
un Billet d'une belle Compagnie duPalais
Royal qui ſouhaite qu'en parlant des
Familles Illuftres , j'y mette leurs Armes.
C'est ce qui pourra arriver, pourveu que leurs
Amis prennent ſoin de m'en envoyer les
Planches. Mais pour revenir aux Lettres
qui font voir que chaque Ville aſes beaux
Esprits ,fur tout parmy le beau Sexe ,j'en
donneray tous les trois Mois un Volume qui
Sera intitulé Extraordinaire Galant du
NouveauMercure. Par là Saurayl'avantagedefaire
connoiſtre la France à la France,
& tousles Beaux Eſprits comme je fais
tous les Braves . Une seule Lettre mise a la
teste de chaque Volume Servira de Réponse
& de Remerciemens a tous ceux qui ontdeja
:
Pris
AU LECTEUR.
pris la peine de m'écrire ſous lenom du Se
cretaire desDames, fur tout a celuy de Saumur,
a qui je rends mille graces pour toutefa
belle Compagnie , au nom de laquelle ilm'a
fiſouvent expliqué la satisfaction qu'elle
recevoit du Mercure. Fe neparle point dans
ce Volume de Janvier de tous ceux qui ont
deviné le mot de l'Enigme du précedent.Comme
ilsneſe ſontpoint nommez, maisſeulement
les Villesd'où ils m'ont ecrit, ce quej'en
dirois pourroit paroiſtre inventé, & d'ailleurs
jen'ayrien qui leur peust faire connoiſtrea
eux-mesmes que ce ſeroitd'eux quejeparle-
τοίς.
MER
MERCURE
GALANT .
E vous en ay déjapriée,
Madame , faites moy la
grace de m'épargner ; &
fi vous me voulez perſuaderque
les dix Lettres quevous avez
reçeuë de moy vous ontdonné
autantde fatisfactionque vous m'en
en témoignez , oubliez la part que
j'y puis avoir, & ne vous attachez
qu'à la matiere. Il eſt certain , à la
bien examiner , que la Poſterité
aura peine à croire tout ce que ces ,
dix Lettres contiennent. Elles
renferment les Nouvelles de l'Année
1677. & les grandes choſes qui
s'y ſont faites ne trouveront point
de croyance dans les Siecles àvenir
, parce que les Siecles paſſez
n'ont rien produit de ſemblable.
En effet , on ne peut vanter la priſe
de Troye , qu'on ne ſe ſouvienne
qu'elle a coûté dix années de Siege
Janvier. A aux
1
2 MERCURE
aux Héros de l'Antiquité. Voyez
les Romains . Ce n'a eſté qu'apres
un fort long temps qu'ils ſe ſont
rendus maîtres de Cartage;& com.
me la plus grande partie de la Terre
eſtoit ſous leur Domination,
quand ils ont fait des Conqueſtes
confiderables , leurs Armées es.
toient remplies de mille Nations
fubjuguées qui leur aidoient à vaincre
les autres ; mais depuis nos dernieres
Guerres , pendant leſquelles
nous avons réduit des Places qui
paroiffoient preſque imprenables,
nous pouvons dire que la France
n'a vaincu qu' avec la France , &
que nous l'avons veuë triompher
tout à la fois d'un Empereur puiffant
par des Royaumes Heredi.
taires ; d'un Empire redoutable
par un nombre infiny de Souverains
; d'unRoy d'Eſpagne craint
dans les deux Mondes ,& qui compte
des Sujets preſque par tout ;
d'une Republique qui a eu la vanité
de
GALANT.
3
de ſe croire aſſez floriſſante pour
pouvoir devenirl'Arbitre des Rois;
& de quantité d'autres Puiſſances
que la jalouſie tient encor preſentement
liguées contre nous. C'eſt
dans l'année où le Roy a eu les forcesde
tant de Princes ſur les bras ,
qu'il a fait des choſes les plus étonnantes
, &que la Victoire s'eſt renduëinſeparable
de ſes Armes dans
tous les lieux aù l'on a déployé ſes
Etendarts. Nous l'avons veu partiren
Fevrier , & emporter en peu
de jours des Places beaucoup plus
fortes que celles qui coûtoient autrefois
des années. Sa prefence ſemble
avoir fait tomber les Murs de
Valenciennes. Cambray n'a pû refifter,
ſa Citadelle s'eſt renduë. Les
Plaines de Caffel déja celebres par
les Victoires de deux Philippes ,
ont rougy preſque auffi- toft du ſang
de nos Ennemis , & leur Défaite a
réduit S. Omer à ouvrir ſes Portes .
Dans ce meſmetemps les Armes de
A 2 Fran
4
MERCURE
France triomphoient à deux mille
lieuës de là , & nous prenions la
Cayenne aux Hollandois . C'eſt
dans cette meſme année que nos
François ſe ſont rendus maiſtres de
la Scalete , & de pluſieurs autres
Poſtes de Sicile ; qu'ils ont défait
enCatalogne toutes les forces d'Eſpagne
ramaſſées de ce coſté là;
qu'ils ont fait lever le Siege de
Charleroy , étably des Contributions
en cent lieux qui n'en avoient
jamais payé , détruit la grande Armée
de l'Empereur , de l'Empire &
des autres Alliez , repouſſé au delà
du Rhin le Prince de Saxe-Eyfenach
, batu en ſuite & enfermé le
meſme Prince dansune Iſle, triom
phé à la Journée de Cokberg de
1'Elite des Troupes de l'Empereur,
pris Fribourg & Valkrik dans fes
propres Terres , fait repaſſer le
Rhin & quiter les Quartiers d'Hyver
à toute fon Armée contrainte
d'abandonner les Poſtes qu'elle oc
cuGALANT.
5
( cupoit ſur la Sarre ; & cela, dans un
temps de neiges & de gelée, & tan-
( dis que nous achevions nos Conqueftes
en Flandre par la priſede
■ S. Guilain. Ce dénombrement eſt
ſi grand qu'ilne paroiſt preſquepas
croyableau bout de l'annéeàceuxmeſmes
qui ont tout ſoeu ,toutveu
✓ & tout execute ; & comment l'avenir
en croira-t-il nos Hiſtoires,
s'ilexaminele peu de temps, la force
des Places , & le nombre desEnnemis
? Il faut ſe taire, admirer ,&
- s'étonner. Vous avez toutes ces
merveilles dans les dix Lettres qui
font enfin une Année entiere de ce
Mercure que le Public a ſi favorablement
reçeu. Vous y avez les
meilleurs Ouvrages qui ſe ſoient
faits là deſſus , & la plupart des
Harangues dans leſquelles on a tâ-
-ché de peindre ce qui ne peut jamais
eſtre que foiblement ebauché.
Je ne ſuis point ſurpris que
vous vous ſoyez fait unplaiſir d'ap-
C
A 3 pren6
MERCURE
prendre les particularitez de tant
d'actions étonnantes , puis que nos
Ennemis meſmes qui liſent le Mercure
, font aſſez juſtes pour ne refuferpas
leur admiration au Roy apres
les Prodiges de cette Campa
gne , tant il eſt vray que ce grand
Prince eſt au deſſus meſme del'Envie.
Comme ſon exemple n'a pû
rien inſpirer que d'extraordinaire à
tant de Braves qui ne reſpirent que
pour lagloire , j'ay tâché de rendre
juſticea tout le monde , ne n'oubliantaucun
de ceux qui ont eu l'avantage
de ſe diftinguer. En celaje
n'ay eu égard qu'aumerite , &n'ay
point regardé s'ils eftoientdu premier
rang. Un fimple Soldat peut
monter aux plus hauts degrez où la
Valeurait droit de pretendre , & je
me ſuisd'autantplus attaché à mettre
les belles Actions de quelques
Particuliers dans leur jour , que
celles des Perſonnes d'une naiſſance
élevée ne demeurent jamais incon
nuës.
GALANT.
7
nues. Si ceux qui ont les grands
Ds emplois dans lesArmées agiſſent en
- meſme temps & de la teſte & du
coeur , ce font les autres qui execu -
tent, &j'aycrû qu'ils fouffriroient
volontiers que desBraves quiles ont
dſuivis dans leCombat , fuiſſentplacez
apres eux dans le Mercure. Ce
n'eſtpasque malgré toute l'exactitude
qu'on puiſſeavoir à recüeillir
tout ce qui ſe paſſe de plus éclatant
dans cesOccaſions importantes qui
donnent de la curioſité à tout le
monde , il n'échape toûjoursquelques
Actions qui meriteroient d'eſtre
publiées ; mais c'eſt la faute de
ceux qui les font , ou plutoſt de
leurs Amis , qui voyant des Braves
fi modeſtes devroient avoir ſoin de
leurgloire , & envoyer le Détail de
-ce qui fait honneur à la France , &
dont on ne peut priverla Poſterité
( fans injuftice . Je vous ay fait tous
les Mois d'aſſez longs Articles de
Guerre , cependant vous n'avez
1
S
A4 point
8 MERCURE
point tout ſceu , & ce ſera peuteſtre
vous dire aujourd'huy quelque
choſe que vous ignorez , que
de vous apprendre que parmy ce
grand nombre de Volontaires qui
partirent de Paris & de la Cour,
avec toute la diligence poffible ,
pourſe jetter dans Charleroy , ou
demeurer dans nos Troupe en cas
qu'ily euſt Combat , Monfieur le
le Duc de Leſdiguieres futdes plus
ardens. Son extréme valeur eft
connuë , & l'épreuve que les Hollandois
en ont faite leur a coûté
cher. Vous pouvez m'accufer de
la meſme forte de n'avoir pas eſté
tout-à-fait exact dans la Relation
que ma derniere Lettre vous a fait
voir du Siege de S. Guilain ; je puis
pourtant afſurer que les recherches
quej'en ay faites , onteſtéextraordinaires.
Perſonne n'en avoit aucunDétail
entier à Paris, on s'eſtoit
excuſé là-deſſus de le donner au
Public ,& il me l'a fallu ramaſſerde
divers
GALANT .
9
divers endroits ; mais quoy queje
vous l'aye envoyé avec des circonſtances
plus veritables que toutes
celles d'aucun Siege dont je vous
aye encor parlé , il ne m'a pas eſté
poffible d'apprendre les Actions
particulieres de tous ceux qui s'y
fontdiftinguez. Je me ſouviens de
vous avoir dit que Monſicur le
Comte de Tonnerre, Aîné de cette
Illuſtre Maiſon , y avoit eſté bleſſé ;
mais je ne vous ay pas marqué que
ce fut en ſejettant le premier . dans
le Foſſé , où il reçeut un coup de
Mouſquet dont il eut la jouë percée.
Il eſtjeune , bien fait ,& a au
tant d'eſprit que de coeur. Pendant
qu'on eſtoit occupé au Siege
de cettePlace , Mt le Chevalier de
Bezons , Fils duConſeillerd'Eſtat
de ce nom , fit une Action d'une
affez grande vigueur. Seize cens
Chevaux des Ennemis ayant voulu
paſſer la Lis pour entrer dans la
Chaſtellenie de Lile, il les repouſſa
A5 avec
10 MERCURE
avec huit cens Hommes , eut fon
Cheval tué ſous luy , & emporta
l'avantage d'avoir fait avorter leurs
deſſeins . Il ſemble qu'il ne pouvoit
avoir un moindre ſuccés dans un
temps où les François ont fait voir
des prodiges de tous coſtez. Les
Romains donnoient autrefois le
nom de leurs Empereurs aux Années
remarquables par des Conqueſtes
extraordinaires , mais celle
qui vient de finir devroit eſtre appellée
avecbien plus de raiſon l'Année
de LoüIS LE GRAND .
Ne croyez pas , Madame , qu'elle
ait point tiré vanité de tout ce qui
s'eſt fait d'heroïque pendant fon
cours . Ecoutez ce qu'elle en dit à
l'Année qui luy ſuccede. Le mesme
qui a donné la parole aux Fleurs
pour répondre à Madame des Houliers
, apris ſoin de la faire parlerde
la maniere que vous allez entendre.
Il s'apelle Mr de Roux , & je vous
ay déja marqué qu'il eſt Provençal.
L'ANGALANT
. 11
L'ANNEE
M. DC. LXXVII.
AL'ANNEE
M. DC . LXXVIII .
- IE Grand Louis , Maistre de la Vi-
Etoire,
Ayant comblé mes jours de bonheur & de
gloire,
Feme trouve à regret àlafin de mon cours.
Soyez,no uvelleAnnée, encor plusglorieuse,
Soyez encor , s'ilse peut , plus heureuse.
Ie vous laiſſe tous mes defirs.
Avecque mes derniersſoûpirs.
Fiere d'avoir tant veu d' Actions martiales,
Tant veu de progrés éclatans,
FevayprendreplaceauxAnnales,
Et braver l'orgueil des vieux Temps.
Les premiers Heros de la Terre,
D'un courage pareil ne faisoient point la
guerre.
Ilsembleque Louis desplus rudes travaux
Falje sa gloire &fonrepos.
MonHyver fut d'abord témoin de
lance,
Sa vail-
Ses Lys dans mon Printemps remplirent
tout d'effroy,
A6 Mon
12 MERCURE
Mon Efté vit l'effet des soins de ceGrand
Roy,
EtmonAutomne enfinlesfruits defaprudence.
Par tout , donnant l'exemple à ſes nobles
Guerriers ,
Ce Héros en tout temps a cüeilly des Lauriers.
SesArmes ont couru de Victoire en Victoire.
Siecles quime ſuivrez , le pourrezvousbien
croire?
Demy-Lunes, Foſſer, Murs, Forts,Retranchemens,
Ne coûtoient que quelques momens .
Cambray,jeul& Valencienne,
Terniffent la valeur & la gloire ancienne ;
L'orguelleux Saint Omer , les Plaines de
Caffel,
Du fuperbe Fribourg la defence abatuë,
Charleroy , Saint Guilain , une Flotebatuë,
Mefontunhonnour eternel.
Avec ce quis'est fait de grand , de difficile,
En Catalogne, à Cayenne , en Sicile,
Tout mon cours eft remply de hauts faits
diferens.
L'ordre dutemps me preſſe , adieu nouvelle
Année.
LeCielvous afans doute destinée
Avoir encordesmiracles plus grands.
Vous
ALANT .
13
Vousjugez bien , Madame , que
c'eſt l'Année Francoiſe que M'de
Roux afait parler , c'eſt àdire une
Année qui ne s'intereſſe qu'à ce
qui regarde la grandeur du Roy.
Elle eft bien certaine de ne ſe point
tromper dans ce qu'elle promet à
l'Annéequi la ſuit , quand elle asfure
qu'elle eſt deſtinée à voirencor
de plus grandes choſes qu'elle
n'enaveu. Il ſuffit que cet Incom.
parable Monarque veüille entreprendre
pour ſe répondre d'une
nouvelle Victoire , & il nous a tellement
accouſtumez aux Conqueſtes
, que ſi on admire toûjours celles
qu'il fait , on ceſſe preſque de
*s'en étonner. C'eſt une penſée de
Mr de la Monnoye. Voyez le tour
ſpirituel qu'il luy donne dans ce
Sonnet.
AU
14
MERCURE
AU RΟΥ,
SONNET.
Tout résonne, Grand Roy, du bruit de tes
progrés,
châtie,
Tu n'as point d' Ennemis que ton bras ne
Et malgré les Ramparts , les Digues , les
Marais,
Tagenereuse ardeur n'est jamais rallentie.
Les plus braves Guerriers,fi- tostque tu parais,
N'oferoient deleurs Forts tenter une Sortie,
Lapriſe à ton aspect ſuit l'attaque deprés .
EtlaPlace eft conquiſe auſſi toſt qu'inveſtie.
C'est peu qu'avoir forcé trois Villes en un
mois,
Tu veux nous étonner par de nouveaux
Exploits,
Maisfans nous étonner tu peux tout entreprendre.
Que ne devons nous pas attendrede ton coeur?
Ilfaudroit, Grand Héros, pour nous pouvoir
Surprendre,
Que tupuiſſescombatre , S'n'eſtre pasVainqueur.
Voila
GALANT.
15 I
Voila de fameux exemples pour
noſtre Illuſtre Dauphin . On ne
peut ſe préparer à les ſuivre avec
plus d'ardeur qu'en fait paroiſtre
ce jeune Prince. L'adreſſe & la force
qui le font tous les jours admirer
dans ſes Exercices en ſont des marques.
Un je ne ſçay quel feu martial
qui brille déja dans ſes yeux, &
qui ne diminuë rien de la douceur
de ſes traits , répond parfaitement
à ce que fon heureuſe naiſſance
nous en fait attendre , & c'eſt avec
beaucoup dejuſtice que Mr Lelleron
Avocat à Provins a dit dans le
Rondeau que je vous envoye.
POUR MONSEIGNEUR
LE DAUPHI
RONDEAU.
C'Eft le Dauphin que lagloire feconde,
Son Coeur est grand,fa Sageſſe profonde,
Il'eft doüé d'un Efprit merveilleux,
Il estde taille égale aux Demy-Dieux,
Etson visage en agrémens abonde.
Dans
L
16 MERCURE
Dansses regards,Sans que rienſeconfonde,
Cupidon ritpendant que Marsygronde
Etfi quelqu'un les accordetous deux
C'est le Dauphin.
Le Dieu du Four nefortjamais de l'onde
Qu'en l'admirant ſous ſa Perruque blonde,
Ilnes'écrie ; O Chef- d'oeuvre des Cieux,
Apres Loüis ce qui charme mes yeux,
Et lefecond miracle de ce monde,
C'estle Dauphin.
Onabien raiſon de ſoûtenir que
le Roy eſt la premiere des merveilles
qu'on y peut voir. Son grand
air& fa bonne mine le font tellement
diftinguer , qu'il doit moins à
l'élevation de ſon rang , qu'aux avantages
de ſa Perſonne, les regards
quis'attachent continuellement ſur
luy. Onne pouvoit aſſez l'admirer
le premierJour de l' Année. Il estoit
au milieu des Chevaliers de fes
Ordres ; & s'il efface_en Habit de
Cavalier tous ceux qui ontjamais
eu lamine guerriere , on peutdire
qu'on n'a jamais rien veu de fi majeſtuGALANT.
17
..
jestueux en Habit à manteau. Il
enavoit un éclatant , magnifique &
modefte tout enſemble ;&de quelque
maniere qu'il ſoit , il ne paroiſt
pas moins Roy par ce que toute fa
Perſonne marque de grand , qu'il
l'eſt veritablemement par ſa naisfance.
Les Livrées neuves de ſa
Maiſon parurent ce meſme jour
dans un éclat admirable. Quoy
que ce ne ſoit qu'une dépenſe ordinaire,
elle tiendroit lieu de grandes
magnificences dans d'autres Cours ;
& il eſt ſi vray que les Livrées pasſent
par tout pour un ornement
tres confiderable , qu'on ne faitjamais
aucune Relation d' Entrées
publique ſans les marquer. Le
nombre de celles de la Maiſon du
Roy eſt ſi grand, qu'une infinité de
Perſonnes qui ont voyagé aſſurent
qu'ila plus de Pages & de Valets de
pied,qu'onnetrouve ailleurs d'Officiers
couchez ſur l'Etat des plus
grands Monarques de l'Europe. Il
ya
ر
1
18 MERCURE
y a déja quelque temps que ces Livrées
demeurant toûjours les mesmespourla
couleur, changent d'année
en année pour ce qui enfait les
aſſortimens . Depuis que ce changement
eſt étably , le magnifique
s'y eſt toûjours trouvé de plus en
plus. Il ne fautpoint s'en étonner ,
les choſes ſe fontavec tant d'ordre
&tant de prudence dans la Maiſon
du Roy , qu'on n'y a jamais rien
veu qui ait pû faire remarquer un
moment que la France ait eſté en
guerre , quoy qu'elle ait des Ennemis
preſque de tous coſtez à ſoutenir.
L' Année ayant recommencé
comme dans la plus profonde Paix ,
&tout cequi peut marquer la grandeur
de noſtre Monarque ayant paru
à l'ordinaire , cetre meſme année
a continué par quatre Opéra
qu'on repreſente alternativement à
S. Germain pour le Divertiſſement
de Leurs Majeſtez. Quoy qu'ils
n'y
GALANT..
19
n'y ſoient pas nouveaux, on n'a pas
laiſſe de faire de nouvelles dépenses
pour tout cequi ſert à les reprefenter.
Rien n'a eſté épargné pour la
beauté des Décorations, les Habits
yfont auſſi bien entendus que magnifiques
, & ces grands Spectacles
en ont receu de merveilleux agré.
mens.
Tandisque nous ſommes ſur l'article
de la dépenſe,je ne dois pas oublier
à vous dire que Mr. de Bartillat
eſt rentré dans l' exercice de la
ChargedeGardeduTreſor Royal,
dont il eſtoit ſorty pour travailler
plus facilement èrendre ſes comptes.
Il avoit eſté Treſorier de la
Maiſon de la Reyne Mere ,& fort
eftimé de cette Princeſſe.
Il me fouvient , Madame , quand
je vous parlay il y a quelques mois
del'Obeliſque de la Villed' Arles ,
que vous me fiſtes les plaintes de
vos Amies qui ne ſe trouvoient
point aſſez éclaircies ſur cettemati
ere,
ر
1
20 MERCURE
ere , & qui auroient voulu voir l'
Eſtampe qui en avoit eſté preſentée
au Roy. Je vay les fatisfaire ſur ces -
deux points , ou plutoſt elles peuvent
ſe ſatisfaire elles -meſmes ſur le
premier en confiderant la figure de
cet Obeliſque que j'ay pris ſoin de
faire graver icy. Comme c'eſt une
choſe qui regarde la gloire de noſtre
Incomparable Monarque , je
fuis bien aiſe de commencer par là
les Embelliflemens dont le Mercure
peut- eftre capable. On concevra
mieux par l' Inſpection de cette Figure,
de quelle beauté l'Obeliſque
d' Arles peut eſtre dans une Place
publique. Je vous en ay déja marqué
lahauteur,qui eſt de cinquante
deux pieds , & fa baſe de ſept pieds
de diametre tout d'une piece. Vous
jugez bien qu'en le voyant élevé on
doit voir quelque choſe qui contente
fort la veuë. Pour ce qui regarde
la nature de l' Obeliſque, qui eſt
une eſpece de Pyramide , il faut
vous
GALANT. 21
5
t
e
:
vous dire avec les Geometres, que
c'eſt une figure ſolide , dont labaſe
eſt contenuë par des triangles afſis
ſurun meſme plan , qui s'élevent à
un point qui leur est commun. Ily
en a de deux fortes , l'une eſt large
& l'autre aiguë. La Pyramide larege
eſt celle dont la hauteur eſt pareille
à peu pres à la largeur d'un
des coſtez de ſa baſe , telle que font
celles d' Egypte ſi renommées dans
les Hiſtoires , & que l'on admire encor
aujourd'huy comme une des
merveilles du monde. On les faiſoit
ainſi larges , à cauſe qu'eſtant
deſtinées aux Sepulchres des Roys,
il falloit qu'il y euſt des voûtes au
dedans ; outre qu'eſtant baſties de
cette proportion , l'Edifice en devoit
eſtre bien plus durable. Cette
Figure meſme avoit quelque choſe
de myſterieux ; & comme ces Peuples
renfermoienttoutes leurs Veritez
fous des Hyerogliphes , c'c.
ſtoitpar làqu'ils avoient voulu nous
don22
MERCURE
donner celuy de la Vie humaine ,
dont le commencement eſtoit repreſenté
par la baſe , comme ta fin
l'eſtoit par la pointe. La Pyramide
aigue eſt celle dontj' ay à vous parler.
Elle doit avoirpour le moins de
hauteur quatre fois un des côtez de
la baſe pour eſtre dans ſes juſtes dimenſions
; & celle- cy par l'inſtitution
des Egyptiens , & par l'uſage
des Peuples , s'appellc proprement
Obeliſque. C'est un mot qui ſignifie
Rayon en langage Egyptien, parce
qu'on les conſacroit ordinairement
au Soleil que ces Peuples adoroient;
& ce fut parcette raiſon que
les premiers furent élevez à ſa gloire
dans la Ville d' Heliopolis , qui
veutdire Citê du Soleil. Ces fortes
de Monumens eſtoient auſſi quelque
fois deſtinez pour immortaliſer
la memoire des Perſonnes extraordinaires
, & c'eſtoit par leur figure
haute & fublime qu'on pretendoit
laiſſer à la Poſterité une plus grande
L
idée
GALANT.
23
コ
idée de l'élevation de leur gloire.
C'eſt ainſi ( qu'au rapport de Pline)
le Roy Ptolomée Philadelphe en
fit élever un à l'honneur de la Reyne
Arfinoë ſa Soeur & ſa Femme
tout enſemble. Il avoit quatrevingts
coudées de hauteur. Ons'en
☑ ſervoit auſſi comme d'un monument
eternel que l'on conſacroit à
- la gloire des Conquerans apres une
ſignalée Victoire ; & c'eſt de cette
façon que Tacite dit qu'apres la ſanglante
Bataille qui ſe donna entre
l'Elbe & le Rhin , dans laquelle
Germanicus défit entierement les
Ennemis des Romains , il en fut
dreſſé un à la gloire du Vainqueur
quiportoitce ſuperbeTitre.
Des dépouilles desNations
Quihabitent entre l' Elbe &le Rhin,
L' Armée de l' Empereur Tybere
Aconfacré ceMonument à Mars ,àJupiter
&àAuguste.
Tous
24
MERCURE
Tous ces exemples juſtifient afſez
que la Ville d'Arles ne pouvoit
faire un plus noble&plus digne uſage
de celuy que la Fortuneluy a
voulu découvrir , apres l'avoirtenu
caché durant tant de Siecles, quede
l'élever comme elle a fait à la gloire
de noſtre Invincible Monarque ; &
vous trouverez meſme que ç'a eſté
une penſée fort heureuſe , que fans
s'éloigner de la coûtume des Peuplesqui
conſacroient ces fortes de
Monumens au Soleil , elle ait pris
ſoin d'ériger celuy- cy au Roy ſous
laFigure de cebelAſtre qu'ila choiſy
pour Deviſe,& qui eſt ſon veritable
Symbole. En verité, Madame, il
ſemble qu'il y ait quelque choſe de
myſterieux & qui tient meſme du
prodige , en tout ce qui regarde la
gloire de noſtre Prince. Faites-y
reflexion, je vous prie. Cet Obelifque
eſt venu d'Egypte , auſſi bien
que ceux que l'on voit à Rome.
Tous les autres font remplis de Caracte-
1.
(
GALANT.
25
:
L
0
racteres hieroglifiques , & celuycy
eſt demeuré tout nud & tout
uny, comme ſi par une heureuſe fatalité
il euſt eſté reſervé pour y graver
les Victoires & les Conqueſtes
de Loüis LE GRAND. Jene puis
m'empeſcher de vous repeter icy
les trois derniers Vers d'un Sonnet
de M Roubin, dontje vous fis part
le mois d'Aouſt paffe , & qui expri.
ment admirablement cette penſée.
Il dit auRoy en parlant de l'Obelisque
d'Arles .
Ilsemble que les ans ne l'ont tant respecté,
Qu' afin de preparer une Table d'attente
Pour ygraver ton Nom à la Pofterité.
Je n'ay pas oublié que vous vous
plaignîtes en ce temps-là que j'avois
fupprimé les Infcriptions qui
devoient eſtre gravées aux quatre
faces du Piedestal. Je fis parce qu'-
elle estoient Latines ; mais afin que
vous ne perdiez rien,en voicy quatre
Françoiſes que Meſſieurs de
l'Académie d'Arles avoient jugées
Janvier. B dignes
i-
+
26
MERCURE
i
dignes d'y eſtre miſes , & qu'on y
verroit aujourdhuy ſi on n'euſt jugé
à propos de preferer une Langue
quine sçauroit plus changer.
I. INSCRIPTION.
Tandis que LoÜIS LE GRAND
Chaftioit les Hollandois ,
Qu'il vainquoit lesBelges, les Eſpagnols ,
& les Allemans ;
Qu'il battoit par tout ſes Ennemis,
Qu'il les mettoit en fuite , qu'il diffipoit
leurs Armées ,
Afin que rienne ſe taiſe
Parmy ce grand bruit d'Armes, de
Victoires & de Triomphes ,
On a trouvé l'art de faire parler les
Pierres,
L'Academie Royale d'Arles leur prête
des paroles;
Que la Poſterité le ſçache,
Cette Illuſtre Ville
Selon la couſtumedes Egyptiens qui dédioient
des Monumens au Soleil,
Aconfacré cet Obeliſque
Au Soleil de la France.
II. IN
GALANT.
27
II. INSCRIPTION.
A l'Immortelle Memoire
De LoüiSLE GRAN D,
Toûjours Conquérant, toûjours
Invincible.
La Terreur de ſes Ennemis , l'Appuy de
fes Alliez ,
Le Soûtien de la Religion,
Le Pere du Peuple,
L'Amour & les Delices de la France;
Cet auguſte Monument a eftédreffé
Pour inftruire la Pofterité
Dela gloire & de la felicité de ſon
Regne.
111. INSCRIPTION.
Par le zele & les foins
Detres- noble& tres - illuftre,
Francois de Boche.
M.Romany , A. Agar , & Jean Maure,
Confuls dela Ville d'Arles ,
Ce fuperbe & majestueux Obelifque,
Reſteprétieuxdela grandeur des
Romains,
Apres avoir eſté enſevely dans la Terre
L'eſpace de ſeize Siecles,
A eſté élevédans cette Place publique
Al'honneur de LOUIS LE GRAND,
Et à l'honneur de la Patrie,
L'an mil fix cens ſoixante & feize.
B2 IV.IN28
MERCURE
IV. INSCRIPTION.
Arreſte Paſſant
Etconfidere cet Obeliſque,
Il eſt élevé à l'honneur de LoUIS LE
GRAND ,
Le plus aimé , & le plus aimableRoy de
la Terre.
Meſure par ſa hauteur qui aboutit au
Soleil,
La ſublimité de la gloire de cet Auguſte
Monarque.
Jugedefon Immortalité,
Par la durée de ce Monument,
Que feize Siecles n'ont pû détruire,
Et confefſe en meſme temps
Que la Ville d'Arles
Ne pouvoit donner à fon Roy
Unemarquede ſon zele, de ſa veneration C
&de fon amour,
Ny plus grande , ny plus durable.
Comme les Inſcriptions conſervent
la memoire de ce qui ſe paſſe de
plus grand au monde, on en devroit
faire pour toutes les Actions heroï.
ques qui meritent un long ſouvenir.
Je mets de ce nombre la Retraite
de l'admirable Perſonne dont vous
me
GALANT.
29
meparlez . Il n'y arien de plus vray
que cette Retraite ;& pour ne vous
laiſſer rien ignorer des motifs qui
l'ont portée à ſe mettre dans un
Convent , il est bon queje vous apprenne
en peu de mots ce qui a precedé
le Veuvage qui luy en a fait
prendre la réſolution. Vous ſcavez,
Madame, qu'elle eſt d'une des meilleures
Maiſons de Normandie , &
tresbien alliée dans cette Province.
Elle y avoit eſté élevée Fille avec
tous les foinsqu'on peut avoird'une
Heritiere àlaquelle une Succeffion
fort conſidérable ne sçauroit manquer.
C'eſt aſſurément beaucoup
qu'eſtre riche& de naiſſance , pour
s'attirer force Pretendans ; mais
quand elle n'auroit point eu ces avantages
, fon merite auroit ſuffy
pour la faire aimer. C'eſt peu de
dire qu'on ne pouvoit découvrir en
elle aucune mauvaiſe qualité , elle.
avoit toutes celles qu'on peut fouhaiter
dans une Perſonnetoute ac-
B 3
com30
MERCURE
complie. Elle estoit belleſans fierté,
civile ſans abaiſſement , ſpirituel
le ſans affectation,complaiſante fans
contrainte , & il y avoit un je ne
ſçay quel charme de douceur ré
pandu dans toutes ſes manieres, qui
touchoit le coeur dés qu'on la vo
yoit. Vous jugez bien , Madame,
que ſa Cour fut groſſe en peu de
temps. Son Pere eſtoit un vieux
Gentilhomme qui avoit toûjours
tenu ſa Maiſon ouverte à toute la
Nobleſſe des environs ; & fa Fille
ne fut pas plutoſt en âge d'eſtre mariée
, qu'il reçeut plus de viſites que
jamais. Ill'aimoit tendrement, elle
eſtoit unique , & ayant du bien , il
réſolut denes'en défaire que pour
un Party qui l'élevaſt. Labelle qui
toute charmante qu'elle eſtoit , avoit
encor plusde vertu quede beauté
, regloit ſes ſentimens ſur ceux
de fon Pere,& recevant civilement
tous les Prétendans , elle attendoit
qu'il choiſiſt pour elle , & gardoit
l'enle
GALANT.
31
C
Et l'entiere liberté de ſon coeur. Cependant
comme il y ade la fatalité
en toute choſe , & plus en amour
et qu'en aucune , un jeune Marquis,
qui avoit affez de naiſſance pour en
prendrale titre, &trop peu de bien
pour en foûtenir avantageuſement
la qualité , vint paſſer l'Automne
dans une Terre qu'il avoit , voiſine
ede celle du vieux Gentilhomme. Il
fut bientoſt informé du bruit que
faiſoit fon aimable Fille , qu'il n'avoit
point veuë depuis quatre ou
-cinq ans qu'il s'eſtoit attaché à la
Cour. Il avoit un de ces airs qui
frapentd'abord. Rien n'eſtoit plus
engageant que ſon entretien , &
tout ce qu'il diſoit marquoit un esprit
ſi bien tourné , qu'il eſtoit diffi .
cile de le connoſtre ſans l'eſtimer.
Il vit la Belle , la Belle le vit ; & s'il
fut charmé d'elle preſque auſſitoſt
qu'il luy eut parlé , elle fentit apres
quelques converſations , que ſi le
choix de fon Pere tomboit fur luy,
B 4
elle
*
32
MERCURE
elle n'auroit pas beſoin de faire violence
à fon coeur pour l'y ſoûmettre.
Ainſi ſoit que cette premiere
impreſſion ne luy paruſt pas affez
dangereuſe pour s'y devoir oppoſer,
ſoit qu'il luy fut impoſſible de faire
autrement, elle n'uſad'aucune précaution
contre le plaiſir que luy
donnoient ſes viſites , & ayant pour
luyune civilité ouverte, elle ne prit
pas garde que la réſolution où elle
demeuroit de vouloir en Fillebien
née tout ce qu'onjugeroit à propos
qu'elle vouluſt , nela defendoit pas
d'unengagement ſecret qu'elle ne
feroit pas toûjours en pouvoir de
vaincre. Le Marquis de ſon coſté
devint éperduëment amoureux de
cette belle Perſonne ; mais connoisſant
que le Pere ne ſe réſoudroit à
s'en priver que pour un établiſſement
conſidérable , il cacha ſa pasfion
per lacrainte d'eſtre banny , &
tâcha ſeulement de ſe rendre agreable
à l'un & à l'autre par ſes foins,
fans
GALANT.
33
fans trop raiſonner ſur le peu d'apparence
qu'il y avoit qu'on le miſt
en concurrence avec quantité de
Partys avantageux qui ſe preſentoient.
Il réüſſit aupres de la Fille,
qui dejour en jour ſentoit redoubler
l'eſtime qu'elle avoit pour luy.
Cet avantage l'auroit fort conſolé
de ce qu'il foufroit , s'il luy euſt
eſté connu ; mais la Belle eſtoit ſi
reſervée avec luy ſurſes ſentimens,
quecomme il n'oſoit s'expliquer de
fon amour que par ſes regards , il ne
pût rien découvrir de ce panchant
favorable qui luy donnoit ſes voeux
en fecret. Les choſes eſtoient en cet
état , quand un Amyd'importance
que le Marquis avoit à laCourle
vint ſurprendre inopinément. C'eſtoit
un Comte des plus qualifiez,
-bien fait de ſa Perſonne , & d'une
converſation affez aiſée pourn'ennuyer
pas. Il avoit grand équipage,
&du bien à proportion de ladépenſe
qu'il faiſoit. Le Marquis que la
B5
civii
N
34
MERCURE
civilité & l'amitié engageoienta
l'arreſter chez luy quelques jours,
n'oublia rien de ce qu'il crût capa
ble de le divertir , & apres une Par
tie de Chaſſe qui ſe fit dés le lende
main, il le menadiſner chez le vieux
Gentilhomme ſon voiſin , ſans luy
parlerny de labeauté de ſa Fille,ny
de l'amour qu'il avoit pour elle.Ja
mais ſurpriſe ne fut pareille à celle
duComte. Illa trouva la plus belle
Perſonne qu'il euſt jamais veuë , &
apres l'avoir entretenuë quelque
temps , il fut fi fort enchanté de fon
eſprit , qu'il avoia que tout ce qui
merite d'eſtre admiré n'eſt pas en
fermé toûjours à la Cour. Il fortit
avecune je ne ſçay quelle reſverie
inquiete , dont il plaiſantale ſoir a
vec ſon Amy , mais une ſeconde vi
fite qu'il eut impatience de rendre
le fit devenir plus ſérieux. Plus il
vit , plus il fut touché . Il parla,
fe déclara, & comme il eſtoit riche,
& de fort grande qualité , vous
pouvez
GALANT.
35
pouvez croireque le Pere ne balança
pas fur cette Alliance. La Belle
obeït,& ne le pût faire fans foûpirer
en ſecret pour le Marquis, dont elle
nedoutoit point qu'elle ne fuſt fortement
aimée. Il fut témoin de ce
Mariage,&le fut avec une douleur
d'autant plus cruelle , que mille
raiſons l'obligeoient à la cacher.
Auſſi n'y pût il reſiſter longtemps.
Il tomba dangereuſement malade,
& leComte qui brûloit d'envie de
faire voir à laCour l'aimable Perſonne
qu'il avoit épousé , ne voulut
point s'éloigner qu'il ne l'euſt veu
tout à-fait hors de péril. Il ne le
quitoit preſque jamais , & menoit
quelquefois chez luylajeuneComteffe
, qui n'eut pas de peineàdevimer
qu'elle estoit la ſeule cauſede
fon mal . Ce n'eſt pas qu'il échapaſt
au Marquis la moindre parole qui
puſt découvrir ſa paſſion ; mais fes
yeux parloient , & la Comteſſe les
avoit entendus trop ſouvent pour
B6 s'y
36 MERCURE
s'y méprendre . Ces Illuſtres Mariez
partirent. Le Marquis guérit, &
n'eut pas fitoft recouvré ſes forces,
qu'il quita la Province , & fe rendit
ala Cour . Le Comte avoit lié une fi
étroite amitié avecluy , que depuis
trois ou quatre ans on les avoit prefque
toûjours veus inféparables.Ainſi
ſes viſites pûrent eſtre fréquentes
à l'ordinaire, ſans qu'elles euſſent rien
de ſuſpect. Il tâcha inutilement
de ſe vaincre. Tout ce qu'il pûtobzenir,
ce futde ſe taire. LaComtefſe
eſtoit toûjours ce qu'ily avoit au
monde de plus aimable à fes yeux.
Il voyoit , il foufroit , & quoy qu'il
ſe ſentiſt conſumer par ſa paffion, il
aimoit mieux ſoufrir , que de ne
point voir. La Comteffe charmée
de fon reſpect, en redoubla ſon eſtime;
mais comme elle avoit une vertu
fort délicate , ce redoublement
d'eſtime luy fit peur;& fans vouloir
penétrer de quel principe partoit la
pitié qu'elle avoit de fon malheur,
elle
GALANT . 37
ellerèſolut de fuir tout ce qui pouvoitl'entretenir
dans des ſentimens
que la ſeverité de fon devoir trouvoit
condamnables. Il n'y en avoit
point unplus ſeûr moyen que des'-
éloigner , le Comte avoit une aſſez
belle,Terre en Languedoc , elle le
preſſede l'y mener. Ildifére , elle le
perfécute , & porte ſi haut les avantages
qu'il aurad'eſtredans un Lieu
où tout le monde luy fera la Cour,
qu'ilſe réfolut à la fatisfaire. Ils partent,
ils arrivent à cette Terre , & c'-
eſt apresunpeude ſejour,qui ne voyant
plus le Marquis , la Comteſſe
commence à s'appercevoir qu'elle
aplus fait quede l'eſtimer.L'abſencen'effacepointlesimpreſſions
qu'-
elle a crû perdre en s'éloignant, elle
s'en fait une honte , mais ſa ſcrupuleuſe
vertu nepeut r'emporter ſur le
panchant qui la violente. LeMarquis
luy eſt préſent à toute heure,&
pluselle tache del'oublier, plus elle
ſetrouve contraint de penser à luy.
11-
1
38 MERCURE
e
Il n'eſt pas dans un état plus heureux.
L'éloignement de cette belle
Perſonne le deſeſpere . Il n'attend
riend'elle, il eſt meſme réſolu de ne
Iuy parler jamais de ſon amour, mais
leplaiſir de la voir luy eſt trop fenfible
pour en eſtre toûjours privé. Il
écrit au Comte , luy fait connoiſtre
que les Affaires dont il luy a laiſſéle
ſoin,veulent ſa préſence,& ſpachant
bien qu'il ne viendra point ſans ſa
Femme, il envoye Lettres ſur Lettres
, & ne ſe laſſe point de preſſer.
Le Comte eſt preſt de venir , fa
Femme trouve des raiſons qui le retiennent
, l'Amant s'en meurt de
douleur , & ne pouvant plus vivre
ſeparé de ce qu'il adore , il prend le
pretexte de quelque Affaire difficile
pour aller conſulter ſonAmy.
Jugez de ce que ſoufre la Comtefle
en le revoyant. Elle ne craint rien
pour ſa vertu ; mais c'eſt aſſez pour
enbleſſer la délicateſſe, qu'elle ait à
ſe reprocher un ſentiment trop favoraGALANT
.
39
vorable pour un Homme qu'il ne
luy ſçauroit eſtre permis d'aimer.
Dans ce ſcrupule , elle n'a point
⚫d'autre foin que de fuir ſa veuë ,
tandis qu'il cherche continuellementàla
voir. L'Affaire qui a eſté
le prétexte du voxage , eſt miſe en
déliberation. Le Mary demeure
perfuadé qu'il la ruine , s'il ne retourne
à la Cour; &ſa Femmel'en
détourne fi fortement , qu'il eſt
quelques jours ſans prendre party.
Cependantil eſtoit vray qu'il hazardoit
tout à nevenir pas luy-meſme
folliciter l' Affairedont il s'agiſſoit.
Ainſi ilſe réſout à partir,&unjour
que le Marquis apres s'eſtre laſſe
à ſe promener longtemps ſeuldans
un Bois voisin , s'eſtoit venu enfermer
dans un Cabinet où il yavoit
un Lit de repos , le Comte entra
dans la Chambrede ſa Femme qu'-
une ſeule cloiſon ſéparoit , & luy
ditd'un ton ſi abſolu , qu'il vouloit
qu'elle ſe préparaſt à l'accompagner
40
MERCURE
gner à la Cour, qu'apres avoir épuilé
toutes les raiſons qu'elle avoit accoûtuméde
luy oppoſer , elle ſe jette
à ſes genoux , & le conjure par
toute la tendreſſe qu'il luy a jamais
fait paroiſtre, de trouver bon qu'elle
attende fon retour dans cette
Terre , ſans luy demander ce qui
peut l'obliger d'en uſer ainſy. Le
Comte ſurpris de cette priere , la
preſſe de s'expliquer ; elle s'en défend,&
les inſtances qu'il fait ſontſi
fortes, qu'elle ne peut plus demeurer
maiſtreſſe de ſon ſecret. Elle
commence par les proteſtations du
plus fort amour dont une Femme
puiſſe eſtre capable pour unMary
qu'elle veut aimer ſeul au monde ;
le ſuplie d'examiner la conduite
qu'elle a tenue avec luy depuis qu'il
l'a épousée ; & apres mille aſſurances
reiterées d'une inviolable fidelité
, elle luy avoue qu'avant qu'il
l'euſt jamais veuë , ny qu'elle puſt
croire qu'il duſt eſtre unjour fon
MaGALANT.
41
f
e
Mary, elle avoit ſenty pour le Marquis
un panchant qui luy avoit fait
fouhaiter que ſon Pere ſe vouluſt
déclarer pour luy. Elle luy fait làdeſſus
la peinture la plus touchante
de ce qu'elle foufre par la ſeverité
deſa vertu. Elle ajoûte qu'elle n'eſtoit
pas en peine de ſe degager des
foibleſles qui font quelque fois la
fuite de ces aveugles inclinations ;
quele Marquis n'avoit jamais rien
- connu , ny ne connoiftroit jamais
rien de ce qui s'eſtoit paſſe pour luy
dans ſon coeur; mais qu'en fin la veuë
d'un Homme qu'elle eſtimoit
trop , & qu'elle feroit obligée de
voir ſouvent ſi elle retournoit à la
Cour , luy eſtoit un reproche que
fon devoir l'obligeoitde s'épargner
& que toute affſurée qu'elle eſtoit
de la victoire , elleine pouvoit ſe
cacher qu'il y avoit de la honte
pour elle dans le combat. Je ne
-vous dis point, Madame, quelle fut
lajoye du Marquis d'entendre une
dé-
3
1
4
42
MERCURE
1
déclaration ſi favorable. Il croit
que la Comteſle le hait parce
qu'elle évite toutes les occaſions
de luy parler , & non ſeulement il
apprend qu'il eſt aimé d'elle , mais
il l'apprend d'une maniere qui le
convainc beaucoup plus de la verité
de ſes ſentimens , que ſi elle luy
avoit dit à luy-meſme ce que le hazard
luy a fait oüir. Il preſte l'oreille
pour prendre ſes meſures ſur ce
que répondrale Mary.Tant de vertu
ne pouvoit que faire un effet a
vantageux pour la Comteffe. Le
Comte l'embraſſe , luydonne mille
loüanges , & fe reconnoiſt indigne
de la fidelité qu'elleluy promet, s'il
endemande un autre garand que ſa
parole. Cependant le depart eſt réſolu,
il veut qu'elle vienne,& la prie
de ne point s'embaraſſer à fuir fon
Amy. Illa quitte , & le Marquis eſtant
forty du Cabinet ſans eſtre
veu, ſedérobe hors du Chaſteau, &
y rentre un peu apres en préſence
de
GALANT. 43
de fon Amy , qu'il empeſche par là
-de ſoupçonner qu'il ſcache rien de
cequi s'eſtdit. Ils ne laiſſent pas d'eſtre
tous trois embaraſſez en ſe rasſemblant.
La Femme apres ce quelle
adit à fonMary, n'oſe preſque le
regarder. Le Mary évite de jetter
les yeux ſur ſa Femme , dans la
crainte qu'elle ne prenne ſes regards
pour des reproches de l'aveu
qu'elle luy àfait;& le Marquiss'obfervedans
tout ce qu'il dit à l'un &
àl'autre,comme s'ils ſçavoient tous
deuxqu'il euſtappris leur derniere
converſation.On part, on vient àla
Cour. Les deux Amis continuent
à ſe voir à l'ordinaire , & la Comteffe
qui redouble ſon attachement
pour ſon Mary , prend en meſme
temps de plus ſeûres précautions
pour ne ſe trouver jamais ſeule avec
le Marquis. Ill'aime toûjours plus
éperduëment , & ne s'explique a
vec elle que par des complaifances
reſpectueuſes ,quiluyfontcon-
F
noi44
MERCURE
1
noiſtre plus fortement combien il
eft digne d'eſtre aimé. Ces deux
Amans n'eſtoient pas encor affez
malheureux. Voyez la ſuite de leur
diſgrace . Le Comte , tout charmé
qu'il eſt de l'extraordinaire vertu
de ſa Femme , devient amoureux
d'uneBelle qui ſe fait honneur de fa
conqueſte . Il luy rend de grandes
affiduitez , & la Comtefie commence
à le foupçonner de quelque in.
trigue par les froideursqu'il luy fait
paroiſtre. Elle diffimule fon chagrin,&
fans ſe plaindre de ſon changement
, elle fait tout ce qu'une
vertueuſe Perſonne peut faire pour
regagner le coeur d'un Mary. Toute
ſa tendreſſe eſt inutile . LeComte
s'abandonne aveuglement à fa
paffion,&elle fait tantd'éclat, que
laComteſſe qui ne peut plus l'ignorer
, fe trouve obligée de luy en temoigner
ſa douleur. Il traite lachoſe
de bagatelle, & luy dit, que comme
il ne trouvoit point à dire qu'elle
euft
GALANT. 45
euſt de l'eſtime particuliere pourle
Marquis qu'il luy permettoit de
voir,elle ne devoit point ſe ſcandalifer
des ſoins qu'il rendoit àune fort
honneſte Perſonne quiavoit la bonté
de les foufrir.LaComteſſe ſe ſent
piquée juſqu'au vif de cette réponſe.
Elle verie quelques larmes, connoit
qu'elle ne feroit qu'aigrir les
-choſes ſi elle portoit ſes plaintes plus
loin, &le reſolvant d'attendre ſans
éclater qu'il arrive quelque changementdans
ſa fortune, elle trouve
moyen de noüer une converſation
ſecrete avec le Marquis . Comme
c'eſtune grace extraordinaire , il
ne ſçaitque s'en figurer. La Comteſſe
luydéclare lepanchantqu'elle
atoûjours eu pourluy, les inutiles
combats qu'elle a rendus pour en
triompher , les peines où ſa veüe
l'expoſe encortous les jours, & elle
finit cet aveu per les ſujets que
luy donne ſon Mary de n'eſtre pas
contente de ſa fortune. Le Mar-
:
1
quis
46 MERCURE G
quis eſt dans un tranſport de joye
que ne ſepeut concevoir. Il fait des
proteſtations à la Comteſſe qu'il
auroit pouflées un peu loinſielle ne
l'euſt interrompu , pour luy dire
que la déclaration dont il ſe montre
ſi ſatisfait , eſt intereſſée , & qu'elle
a une choſe à luy demander pour
prix du ſecret qu'elle vient de luy
découvrir. Il ne la laiſſe point achever
, il promet qu'il accordera tout,
& s'y engage par les plus forts fermens
qu'un Amant qui ne trouve
rien au deſſus de fon bonheur,& capablede
faire à une Maſtreſſe; mais
ce moment de joye luy couſte cher,
& il n'a pas longtemps ſujet de ſe
croire heureux. La Comteſſe ajoûte
que s'ilveut luy perfuader qu'il
aitune veritable eſtime pour elle, il
faut qu'il luy en donne des marques,
en ne ſe préſentant jamais à
ſes yeux. Il s'écrie , il ſe plaint de
fon injustice , & elle luy fait de ſi
preſſantes prieres de ne refuſer pas
àla
a
:
:
0
GALANT.
47
ou
jorà ſa vertu le fecours dont elle a befoindans
le malheureux état où elle
qul ſe trouve , qu'il eſt enfin contraint,
ende luy dire adieu pour toûjours , adin
pres l'avoir conjurée de ne le bannirpas
de ſon ſouvenir, ſi elle eſt caelpable
de le bannir de fon coeur. Il
feintdes affaires qui l'obligent de ſe
retirerala Campagne,&prendparty
a l'Armée quelque temps apres.
Le Comte ſurpris de ce changement,
ne doute point que ce ne foit
un effet de ce qu'il s'eſt échapé de
direàſa Femme,& ne fçachant par
où ſe juſtifier avec ſes Amis de l'éclat
que fait ſa nouvelle paſſion , il
en rejette la faute fur la Comteſſe,
qui ayant pris del'amour pour fon
Amy, l'a porté àſe vouloir vanger
d'elle par l'attachement qui la chagrine.
L'éloignement du Marquis
fert de prétexte à cette accufation .
Le Comte fait croirequ'il n'a pris
employ que parcequ'il luy adefendude
voir fa Femme. La calomnie
e
eft
48 MERCURE
eſt reçeuë , cette aimable Perſonne
l'apprend , & comme ſa vertu
en ſoufre, c'eſt le plus ſenſible coup
qu'elle ait encor eu à eſſuyer. Les
choſes ne demeurent pas longtemps
en cet état. Une maladie
violente emporte le Comte en quatre
jours. Le Marquis revient, &
apres l'aveu favorable qu'on luya
fait , il ne doute point qu'on ne foit
diſpoſé à le rendre heureux , mais
la Comteſſe ſe ſacrifie à la ſeverité
de ſa vertu. Elle oppoſe que ſi elle
conſentoit à l'épouſer apres les
bruitsqu'on a fait courir ,elle donneroit
lieu de croire qu'on n'auroit
rien dit que de veritable ; & pour
faire taire la médiſance, &épargner
au Marquis le chagrin qu'il pourroit
avoir ſi elle accordoit à un autre
ce qu'elle ſe trouvoit obligée de luy
refuſer promet de renoncer pour
jamais au monde. Elle luy a tenu
parole,& toute jeune&toute belle
qu'elle est encor, elle eſt entré dans
un
GALANT.
49
ver
OR
lac
run Convent où elle avoit fait habi
etudependant qu'elle estoit en Languedoc,
& on m'aſſure qu'elley a
pris le voile depuis quelques jours.
Avoüez , Madame , qu'il eſt rare
de trouver tant de vertu dans des
occafions auſſi preſſantes dene pas
ſuivre fi fcrupuleuſement ſes maximes
. L'Amour est une paſſion vidlente
qui ne ſe rend pas toûjours àla
raiſon. Elle tyranniſe juſqu'aux
Prairies. Celle qui a répondu fi favorablement
au Ruiſſeau , vous l'a
fait connoiſtre . Mais l'auriez- vous
crû ? Cette Reponſe a fait naiſtre
un grand diferent. Ilyaunejeune
Prairie fort agreable,de dix-sept ou
dix - huit ans , à laquelle s'adreſſoit
le Langage allégorique du Ruisſeau.
Elle eſt dans des lieux cou
verts où les Vers deſa Rivale ont
fait bruit. Elle les a veus,& fe croyant
engagée d'honneur à ne pas
laiſſer ufurper ſes droits , voicy ce
que ſa colere luy a dicté.
Janvier.
C LA
50
MERCURE
LA VERITABLE
PRAIRIE
A LA FAUSSE PRAIRIE
SA RIVALE .
VRayment, Madamela Prairie,
Le procedé meſemble aſſez nouveau,
Et cen'est pasmanquer d'effronterie,
Que vouloir fur vos bords arreſter mon Ruiſſeau.
Tout doucement,je vous enprie,
Cedeſſein n'est ny bon ny beau,
Fem'inquiete peu que vous soyezfletrie,
Allezailleurs chercherde l'eau.
Vostre Fleuve pompeux avec ses cent Rivie
res
Qui vous viſite tous lesans,
Vousrendra vos Fleurs printanieres
Sans que ce soit à mes defpens.
Sipourtant il l'ofe entreprendre,
F'en douterois extrèmement ;
Fleurs printanieresfranchement
Sont fortdifficiles à rendre .
Devosappasfanez qu'oſez- vous esperer ?
En vain à mon Ruiſſeau vous vous estes
offerte .
Pourmoyjefuisjolie & verte,
Voyez s'ildoitmepreferer?
Yous
GALANT.
51
II
147
Vous devezbienjugerpar la viteſſe
Dontſesflots paffent devant vous,
Que ce n'est point pour vos bordsqu'il s'empreffe,
Et qu'il a chez moy rendez-vous.
De vos tapis de Fleurs vousperdez l'étallage,
Mon fidelle Ruiſſeau n'yroulera jamais
Pourquoy vous estre miſe enfrais ?
Cherchez qui vous en dédommage.
Sitoutes les Prairies parloientde
la forte , il y auroit grand plaifir à
les écouter. Vous en trouverez ſans
doute à lire deux Madrigaux que
je vous envoye. L'un eſtpour Mademoiselle
de Vauvineuf , ſur un
Peigne d'Ecaille de Tortuë qu'on
luy a donné ; & l'autre pour Mademoiſelle
de Villeregy , qui eſt pref.
que toûjours malade. Ils fonttous
deux de Mr de Vaumoriere , fameux
par un grand nombre de belles
Productions d'Eſprit , entre leſquelles
on peut compter les cinq
derniers Volumes de Faramond,&
C2 beau52
MERCURE
beaucop d'autres Ouvrages de
Galanterie. Iln'excelle pas moins
dans les Sujets ſérieux d'Hiftoire
ou de Politique.
POUR MADEMOISELLE
DE VAUVINEUF
MADRIGAL .
Vousaillecharmes divers unetendre jeu
Ous avez l'esprit, labeauté,
neffe,
Le Sçavoir & la qualité,
Avec une immenfe richefſſe.
Vous ne jetterez donc lesyeux
Quefurundenos Demy-Dieux,
Pour enfaire vostre conqueste.
"Ainsije n'oſcrois aspirer au bonheur
D'avoirplacedans vostre coeur,
Mais vous aurez ſouvent mon Presentàla
teste,
POUR
▼
0
را
GALANT. 53
OL
POUR MADEMOISELLE
DE VILLEREGY
MADRIGAL.
que le Ciel vous futfavorable,
Que
:
Feune&charmante Amarillis !
Ilvousfemale teint de Lys,
Il vous fit de beauxyeux , un esprit admirable.
:
Maisjalouxdetantde beauté
Il vous priva de laſanté
Depeur de vous rendre adorable.
Si ce terme d'adorable pouvoit
eſtre reçeu dans la Proſe comme il
eft autorisé pour les Vers , on n'en
chercheroit point d'autre pour exprimer
ce que le Royparoiſt à ſes
Peuples ,dontonpeutdirequ'ilne
fait pas moins les delices qu'il eſt la
terreurde ſes Ennemis. Ce grand
Princedonna dernierement Audiance
aux Deputez des Eſtatsd'Artois
,& apres les avoir écoutez fa-
( vorablement , il les aſſura de fa
C3 bien-
:
:
1
54
MERCURE
bienveillance avec une bon
particuliere , qu'ils s'en retourne
rent tous charmez . Mr l'Abbé le
Febvre , Chanoine & Theologal
d'Arras porta la parole au nom des
trois Ordres , comme Deputé du
Clergé. Il eſt d'une fort bonne Famillede
Paris, allié de Meſſieurs de
Nogent , & d'autres Perſonnes de
confideration. Sa vertu & fon érudition
le font eſtimer de toux ceux
qui le pratiquent , & il a fait paroi
ſtre ſon éloquence dans toutes les
occafions qu'il a euës de ſe diſtínguer.
Les ſurprenantes Conqueſtes
que SaMajeſté a faites dans ſaderniere
Campagne , furent le ſujet de
ſa Harangue. Il parla, mais avecdes
expreffions tres vives,de lajoyeque
toute la Province d'Artois avoit ,
de necompoſerplus qu'un Corps,
heureuſement réüny ſous ſon Re.
gne ,& de n'eſtre plus ſeparée d'elle-
meſme comme elle l'avoit efté à
regret pendant un fi grand nombre
GALANT. 55
tbred'années. Il paſſa de là auxchonfes
qu'on l'avoit chargé de remontrer
à Sa Majesté & finit en l'aſſuof
rantque ſi l'Artois portoit dans ſes
Armes des Fleurs de Lys ſans nombre
, il avoit auſſi pour fon Prince
fun zele ſans meſure , & une fidelité
fans bornes .
Mr le Comte deGomiecourt eſtoit
Deputé de la Noblefie. Il eſt
d'une des plus Illuftres Maiſons
d'Artois , Parent fort proche deM
le Prince d'Iſenghien , &Allié des
Maiſons deLuxembourg,deMontmorency,
de Poix,d'Humieres, d'-
Hallwin , de Crequy , dela Trimoüille,
de Bethune , deCoucy , de
Mailly, de Saint Simon, de Chaſtillon,&
de plufieurs autres , tant de
France que des Païs-Bas. Ily a plus
decinq cens ans queleNom
mie- court eſt celebre . Ceux qui
P'ont porté ont toûjours eſté dans
les grandsEmplois ;&une marque
incontestable de la confideration
qu'on
C4
deGo-
1
1
56 MERCURE
qu'on a toûjours eue pour cette
Maiſon, c'eſt quel'un d'eux apres a
voir eu les plus grande Charges de
l'Armée, épouſaune petite Fille de
CharlesdeBlois ,Duc de Bretagne.
Ses Defcendans ont foûtenu cet
honneur avec tout l'éclat qui fuit
lesGouvernemens & les Ambaſſas-
(des. Le Roy donna l'année der.
niere une Compagnie Franche de
Chevaux- Legers à celuy dont je
vousparle.
Le Deputé du tiers Eſtat fut
M Palifot , Chevalier , Seigneur
d'Incourt , Conſeiller-Penfionaire
de la Ville d'Arras, Ileſt fort conſideré
& par ſes alliances & par fon
merite particulier. Il fait voir tant
de probité dans la Charge qu'il
exerce , que tout le monde luy fouhaite
un Employ plus important,
quine luymanquera pas dans l'occafion.
Enfin , Madame , grace à l'envie
que vous avez euë de ſçavoir précifement
GALANT. 57
er
es
s
ei
C
fo
ſement ce que c'eſt que Foreft-
Noire & Ville Foreſtiere, dont les
Noms ſe ſont trouvez dans maLettre
oùjevous ayparlé de la priſe de
Fribourg , je fuis un peuplus ſcavantqueje
n'eſtois ſur cet Article,
&voicy ce qu'on m'en a appris. La
Foreſt-Noire adix ou douze lieuës
d'étendue du Septentrion auMidy,
depuis les environs de Baſlejuſq'au
voiſinage de Strasbourg. On luy
donne ce Nom , parce qu'on prétend
que ces Bois-là tirent ſur le
noir. Celle-cy eſt entre la Suabe
d'un coſté,& le Briſgaw & l'Ortnau
de l'autre. Ily a quatre Villes qu'on
appelle Forestieres par la ſeule raifon
qu'elles ne font pas éloignées du
commencement de la Foreſt-Noire.
Ces quatre Villes font enSuabe,
& fur la Frontiere des Suiffes . Elle
font partie de l'ancien Domaine
de laMaiſon d'Autriche. Leur fituation
eſt ſur le Rhin entre Schaffoul&
Bafle ,&leurs noms Rhin-
C5 feldt
1
58
MERCURE
feldt , Lautembourg , Seckinghen
&Wald'huſt.
Je me retracte , Madame. On a
trop toſt marié Mademoiselle de
Froiſgny& Mr leComte d'Obigny
CeMariage ne s'eſt point fait , &je
vous en avois donné la nouvelle
fur la parole de Gens qui n'en e
ſtoient pas bien informez. Je vous
avois auſſi marqué Mª Caſtelan
Major desGardes eſtoit mort àGi
gery, &on m'apprend que c'eſt en
Candie.
Comme il m'eſt impoſſible de
ſçavoir tout par moy-meſme, jene
me feray point une affaire de me
dédire toutes les fois qu'on m'au
ra donné de méchans Avis. Ainfi
les erreurs d'une, Lettre feront
toûjours réparées par la ſuivante,
&ceux qui auront parannée tou.
tes celle que je vous écris , pourront
s'aſſurerd'avoir des Memoires
tresfidelles de tout ce qui s'y ſera
paffe.
20
Si
GALANT. 59
Sije vous ay parlé dans ma derniere
d'un Mariage qui ne s'eſt
point fait,j'oubliay à vous appren--
dre celuy de Mademoiselle de la
Tivoliere , quiſur la fin du MoisépouſaMele
Comte deTallard. Elle
eft Fille deMe le Comte de Villeville
Gouverneur de Montelimart,
& Heritiere univerſelle deMrdela
Tivoliere , qui estoit Lieutenant
des Gens d'armes de la feuëReyne
Mere. Mrde Ville-ville fon grand
Oncle,que ſes ſervices& ſa fidelité
ont rendu Illuſtre , estoit Grand
Prieurd'Auvergne. Mademoiselle
de laTivoliere eſtjeune, fort ſpiri
tuelle , &Mr le Comte de Tallard
nemeritoit pas moins qu'une Perfonne
fi accomplie. Il eſt Lieutenant
de Roy de Dauphiné. Ilade
l'eſprit &beaucoupde coeur , &
il l'a fait voir en tant d'occafions,
que tout ce que je pourrois dire là
là deſſus n'aprendroit rien qui ne
fuft connu.
C6 Apro60
MERCURE
e
Apropos de Mariage , il s'en eft
fait un il y a longtemps qui doit
avoir produit ce que vous avez tant
admiré dans cette jeune Parente
qui eſtdans voſtre Province dequis
un Mois. Ne diriez- vous pas que
c'eſt pour elle que ce Madrigala
efté fait ? Mr Petit que mes deux
dernieres Lettres vous ont fait connoiſtre
en eſt l'Autheur.
LE MARIAGE
DULYS
& DE LA ROSE..
TE Lys amoureux de laRose,
Apres avoir bienfoûpiré,
Obtint le fruit tant defiré,
DontleDieu desNopcesdiſpoſe.
LaRosen'estoit pas moins épriſedaLys,
Ainsi toûjours la paix regna dans leur mé
nage,
Etde leurheureux Mariage
Vint aumonde un aimable Fils,
parfaite Image. De tous deuxla
C'est le bean teint d'Amarillis.
Com'
GALANT 61
10 - Comme onne fait point de Madriage
fans parler de mort , j'ay à
- vousapprendre celle de Mr de Saint
André , qui avoit la Charge de
Treforier general de la Marine
que poffedoit feu Mª de Pelliſſary.
Il eſtoit dans beaucoup de grandes
affaires, eſtimé de tousceux qui le
connoiffoient particulierement , &
on peutdire de luy que ſes ſervices
eftoient agreables.
Tandis que nos Troupes ſe délaſſent
dans leurs Garnisons , le
Roy fait ſouvent un de ſes plaiſirs
de la Chaſſe , & y montre beaucoupde
vigueur.Madame luytient
preſque toûjours compagnie. Si
elle avoitveſcudutemps desAmazones
, elle auroit eſté fort digne
de leur commander. Jamais Princeſſe
en fut fi infatigable , &n'aima
tant les pénibles Exercices. Ils
n'ont pas moins de charmes pour
Madame la Princeſſed'Epinoy,qui
n'a guére manqué de ces Parties.
Il
1
"
62 MERCURE
un
Il y a grande apparence que nos
Ennemis n'ont pas tant de loiſir de
ſedivertir. Les appreſtsdelaCampagneprochaine
les embaraſſent
peu plusque nous ,& s'ils eſtoient
fages , ils ſuivroient le conſeil d'un
galant Homme de Saint Maixant
enPoitou, qui leur adreſſe les Vers
qui ſuivent.
SONNET.
Tout s'unit vainement pour combatre la
France,
Rien ne peuts'opposer aux armes de fon
Roy,
Ilporte en mille lieux la terreur &l'effroy.
Et l'Univers est plein du bruit de ſa vail-
Lance.
Vous qui de la Fortune attendez l'incon-
Stance,
Ennemis orgueilleux fans parole & Sans
foy,
Apprenez que Loüis l'a miſe ſous ſa
loy,
Etcherchez le reposdons voſtre obeiſſance.
Vous
GALANT. 63
Vous n'avez encor veu l'effet d'aucun des-
Sein,
Que quand cegrandMonarque en vouspreſtant
lamain,
Acontre l'Otoman foûtenu voſtregloire.
Ne Soyez plus ingrats , vous flechirez fon
coeur.
Ileft fier au combat , mais apres la Victoire,
Ilparoist le Vaincu plutoſt que le Vainqueur.
Quoy que la Guerre dure de
puis fort longtemps , il y a tantde
Nobleſſe en France , que les Académies
Royales qui ſont établies à
Paris pour l'inſtruire , ne ſuffiſent
pas , on en a fait depuis peu une
nouvelle proche le Palais d'Orleans,
ſous la protectionde Monfieur
le Prince d'Armagnac Grand Ecuyer
de France. MaleChevalier
deVilliers en a la Direction . Les
Maiſtres les plus experte de Paris
ont eſté choiſis pour les Exercices
de cette nouvelle Académie. On
n'endouterapoint , quand on ſcaura
queMe de la Vallée de Caën en
eft
64
MERCURE
eſt l'Ecuyer, & que Mr des Fontaines
y eſt Maistre d'Armes , & y enſeigne
auſſi à Vol. Ce premier eft
Ecuyer ordinaire de Mr le Prince,
& ce dernier fait faire des Armes
aux Pages de la Chambre duRoy.
Mr Binet y donne des Leçons de
Danſe ; & Mr de Beaulieu , St de
Placard,Ingénieur & Cofmographe
ordinaire de Sa Majesté,n'y montre
pas ſeulement les Matématiques,
mais auſſi laGeographie , PHydrographie
, la Marine , la Sphere , &
la Perſpéctive. Mr Sylvestre y enſeigne
àdefſiner. Je vous ay déja dit
dans une de mes Lettres que c'eſt
luy qui a l'honneur de l'apprendre
àMonſeigneur le Dauphin. Ceux
qui font curieux des Langues, y reçoivent
les Leçons de Mr Hoftin
pour l'Allemand,& celles de Mt Laget
pour l'Italien & l'Eſpagnol.
Si quel qu'un en veut prendre
d'agreables , il peut aller chex M
Prompt , qui a inventé un Inftru-
15214.ment
قر
GALANT. 65
ment nouveau qu'il appelle l'Apollon.
Il a beaucoupde raport avec le
Theorbe , mais il eſt incomparable- ,
ment plus touchant; & ce qu'il ade
fortcommode , c'eſt qu'on accorde
les Baſſes de l'étendue du bras, ſans
qu'on foit obligé de détacher l'Inſtrument
pourytoucher. Ileſt compoſéde
vingtcordes ſimples, l'harmonie
en eſt douce , il accompagne
la voix , & l'on y jouë toute forte
de Pieces ſur quelque mode que се
puiſſe eſtre , ſans changer l'accord.
Sa Majeſté qui l'a entendu , a témoigné
qu'elle en avoit reçeu un
fort grand plaifir. Il eſt agreable
ſeul,encorplus en Partie,&s'accorde
admirablement avecle Lut , la
Viole , le Claveſſin , & toute forte
d'Inſtrumens. L'Autheur qui loge
dans le Cloiſtre deS.Jean enGréve
attire chez luy ungrandnombrede
Perſonnes de qualité tous les Mercredis
. C'eſt le jour qu'il a choify
pour joüer publiquement les
char66
MERCURE
charmentes Pieces qu'il a compofées.
Cet Articlede Muſique me fait
fouvenir qu'il court icy un Airde
la compofition du fameux Mr le
Peintre. Les Paroles ont eſté faites
pour Monſeigneur le Dauphin,
&font de Mr de Valnay Conſeiller
du Roy , & Controlleur ordinaire
de la Maiſon de Sa Majeſté. Elles
font tournées avec tant d'eſprit, que
vous auriez ſujet de vous plaindre,
ſi un autre que moy vous en faifoit
part.
A MONSEIGNEUR
LĖ DAUPHIN:
TA Gloire permet qu'on defire
De regner sur un vaſte Empire.
Etl'Amour promet des douceurs
Aqui regnerafur les Coeurs.
Qui veut apprendre à les gagner
Doit estre fait comme vous eſtes ;
Et qui veut apprendre à regner ,
Doitfairetout ce quevousfaites .
C'eſt
GALANT. 67
C'eſt faire enpeu de mots l'Eloge
d'un Prince qui eſt l'amour de
toutela France; mais comment feroit-
il autre que tout admirable,
eſtant Fils d'unRoy que ſes merveilleuſes
lumieres dans l'art de régner
ne rendent pas ſeulement le
plusgrand desRoys , mais qui posſede
éminemment toutes les qualitez
qui dans celle d'honneſte
Homme le peuvent mettre au desfus
de tout ce que le Monde a de
plus parfait ? Ce meſme Mr Petit
dont je viens de vous faire voir le
Mariage du Lys & de la Roſe , a
connu de quel prix eſtoit ce glorieux
avantage , quand il a fait ce
Rondeau.
POUR
63 MERCURE
POUR
LEROY.
RONDEAU.
UN honnesße Homme est bien digned'efti
me,
Carla Vertule gouverne & l'anime,
Et fust on Roy,Sans cette qualité
Qui comprendtout, on est peu respecté ;
C'estd'un vrayRey lafolide maxime.
Si donc par tout Loüis le magnanime
Eft encensé, l'encens eſt legitime,
Chacunle dit , car c'est , en verite,
Unhonneste Homme.
CedignePrince en qui l'espritfublime
Suit la grandeur qui furfon front s'exprime,
Dira fansdoute, engardantl'équité,
Qu'àRoy quin'a que ſon autorité,
La raiſon veut qu'on prefere , &fans cri
me,
Un honneste Homme.
Tout
GALANT. 69
Tout le monde ſe pique d'eftre
honneſte Homme à ſa maniere ,
mais la voix publique ne tombepas
furtous ceuxqui prétendentàune ſi
avantageuſe qualité. Il ne fautquelque
fois qu'une fierté trop pouſſée
dans le haut rang, pour faire prendre
de méchantes impreffions à
ceuxqui croyent avoir ſujet des'en
plaindre;&fi vous en voulez un exemple
, le voicy en peu de mots.
UnBourgeoisde laHaye, mais fort
grandSeigneur , ( car vous ſçavez,
Madame, qu'en ce Païs-làlesBourgeois
ontpart auGouvernement , )
eſtant allé complimenter un des
plus conſidérables Officiers de l'Armée
ſur quelque avantage qu'il
avoit reçeu , Pofficier qui estoit
dans un Fauteüil , ne ſe leva point,
&fe contentade luy oſter ſon chapeau.
Celuy- cy piqué d'une reception
ſi peu civile , fortit promptement,&
ayant rencontré dansl'Efcalierune
Perfonne de marque qui
luy
70
MERCURE
luy demanda ce que l'Officier fai.
foit, il luy réponditqu'il l'avoit laisſé
dans faChambre ſans aucune affaire
qui l'embaraſſaſt , mais qu'il
luy conſeilloit de n'y pas entrer.
L'autre le preſſant de luy endire
laraiſon : N'y entrez pas, vous disje
, luy repliqua-t'il , à moins que
vous n'ameniez quelque François
avec vous, car autrement je ſuis asfuré
quevous ne luy ferez point lever
le Siege. Vous comprenez la
force de cette réponſe. Elle fait
connoiſtre que nos Ennemis ne
manquentpas d'eſtime pournous.
Sa Majesté a fait voir qu'elle honore
Mr Camus duClos dela fienne,
quandelle luy adonné l'Intendance
de Pignerol. Ilpartit ily a
quelque temps pours'y rendre. Je
ne vous dis riende ſa Famille. Elle
eftcelebre parquantité d'excellens
Hommes qui ſe ſont diftinguez
dans lesArmes , dans la Robe , &
dans la Prélature,& il n'y aperſonne
GALAN T.
71
ne qui ne foit inftruit de la gloire
qu'elle tire de ce grand Eveſque
deBellay , firenommé par ſes Vertus
, & fi recommandable par ſes
Ecrits . La confiance particuliere
quedeuxgrands Miniſtres ont toῦ-
jours priſe en Meſſieurs Camus
pour l'execution des plus illuſtres
Projetsdu glorieux Monarque qu'
ils ſervent tant en Italie , en Allemagne
, enHongrie, & enHollan .
de, que dans les ProvincesduRoyaume
& dans les Armées , eſt la
preuve de leur mérite & de l'aſſurance
qu'on adu zele parfait qui les
attache au ſervice de leur Prince.
Aufſi Sa Majesté a depuis longtemps
eſté ſi perſuadéede ces veritez,
qu'elle les a preſque tous honorez
duBrevet de Conſeiller d'Etat,
avant meſme qu'ils fuſſent entrez
dans lesCharges éminents où nous
les voyons aujourd'huy. Me l'AbbéCamus
de la Magdelaine , Do-
Eteurde Sorbonne , eſt l'Aiſné de
cette
72
MERCURE
cetteFamille. Il remplittres dignement
la Charge de Chancelier-
Theologal à Tours ,& iln'y a point
deDignité dans l'Egliſe que ſa pieté
&ſa doctrine ne luy faſſent méri
ter. Il a pour Freres Mr Camus Deſtouches
, qui avant qu' eſtre fait
Controlleurgeneral de l'Artilerie,a
eſté Intendant en Hainaut,&Commiflairegeneraldes
Suifles; M² Camus
du Clos , Chevalier de S. Lazare
, que le Royvient de faire Intendant
à Pignerol ; Mr Camus de
Beaulieu, auſſi Chevalier de S. Lazare
, Procureur General du Confeil
Souverain de Rouſſillon ,& Intendant
de laJuſtice, Police & Finances
dans cette Province ; M
Camus de Morton , Brigadier des
Armées du Roy en Sicile ; Mr Camus
Avocat au Grand Confeil. Ce
qu'ilyad'admirable dans tous ces
Freres , c'eſt l'union qui ſe rencon.
tre parmy eux , la conformité& la
droiture de leurs ſentimens , cette
C
t
Π
inGALANT.
73
nclination bienfaiſante ,&ce pan-
Chant naturel qui les porte àobliger
tout le monde, en ſorteque perſon-
Phe n'ajamais eu d'affaire àdémeſler
avec eux , qu'il n'en ſoit forty avec
Hes fatisfactions extraordinaires.
Vous devez vous en promettre
beaucoup d'uneGalanterie deM
de Fontenelle que j'ay à vous fai
re voir. Je fçayquefon nom eſt une
grande recommandation aupres de
vous pour un Ouvrage. Celuy-cy
eſt unAdieu que l'Indiférence fait
àune jeune Perſonne quicommence
à eſtre ſenſible ,&voicyde quelle
maniere il la fait parler.
L'INDIFERENCE,
A IRIS.
SAns- doute , belle Iris , je vous ay bien
Servie,
Vous avezjuſqu' icy veſcu tranquillement,
Mais depuis peu dans vostre train de vie
L'apperçoy quelque changement.
Fanvier.
D Cet
74
MERCURE
Cetheureux temps n'est plus, ce temps
favorable,
Pourun regnecomme le mien ;
Ou vous ne sçaviez pas que vous fuffiez
aimable,
Oul'on vous endiſoit rien.
Vous souffrez maintenant des Gens qui
vous le diſent ;
Sur ce que vous valez ils vous ouvrent les
yeux,
Et depuis qu'ils vous en inſtruiſent
Vous en valez mémeencor mieux.
Vous voyezchaquejour vostre mérite croiſtre,
Pourquoy faut-il qu'on vous l'ait décou.
vert?
Vous voudrez éprouver peut-estre
Aquoy tantdemeritefert.
Vous voudrez voirfila tendreſſe
Ne la Scauroitpoint mieux mettre en oeuvre
Carileft,
quemoy,
entre nous , d'une certaine espece
Aſſezpropre à ce doux employ.
Cultiver les talens d'une jeune Perfonne
Animerfa beauté, façonnerſon efprit ,
Ce
GALANT.
75
Ce n'est pas un mestier à quoyjefois trop
bonne ;
L'Amour , dit-on ,y réüſſit .
Diray-je tout ce quejepense?
Tous avez unTirſis , Iris, qui me deplaiſt,
Quitoûjours en voſtrepréſence,
Quoy que vous dûffiez bien prendre mon
interest,
Ditdu malde l'Indiférence.
Ildit jenesuis propre qu'àvousgâter,
Qu'il est mille plaisirs que vous pouriez
goûter,
Queje vousfaisperdre voſtrebelâge;
Jeſuis laſſede tout cela,
Etsivous le voulez écouter davantage,
De bonne foy je vous quiteray là.
Auffi-bien ſi ſon amour dure ,
(Et franchement j'en aygrand peur) ..
La victoire pour moy n'est pas choſe trop
fure,
Tant de soins , dereſpects, ſontde mauvais
augure ,
Et m'annoncent toûjours qu'il faut fortir
d'un Coeur.
Encorfi j'avois espérance
Que de vostre froideur on duſt ſe rebuter,
Je ne voudroispas vous quitter,
Etdu moinsj'aurois patience.
D2 Mais
76
MERCURE
Mais Tirfis n'est pas fi-toſt las,
Ila de vostre Coeur entrepris la conquefte,
Puis qu'ils'eſt mis cedefſſeindansllaatteſte,
Fele connois, iln'en démordra pas.
Fuſqu'à ce qu'à ſontpoint ilvous ait ame
née,
Vous obſeder ſera ſon ſeul employ;
C'est une humeur tellement obſtinée,
Quilfaut qu'on l'aime, ou qu'on diſe pour
quoy.
Ainsi donc j'aime mieux ceder de bonnegra
ce,
Quede me voir obligée à ceder ;
Poſtre Coeur est de plus une eſpece de Place
Quefans beaucoup depeine on ne ſcauroit
garder.
Fe prevoy qu'il faudroit le defendre fans
ceffe ;
Toutlemonde l'attaquera ,
Ilestplus àpropos qu'enfin je vous le laiſſe,
Vous en ferez tout ce qu'il vousplaira.
Quandjem'enferay retirée,
F'en veux chercher quel qu'autre où je demeure
en paix;
Ilenest,&pluſieurs, ou jeſuis aſſurée
Qu'on ne m'attaquera jamais.
Vous
GALANT. 77
Vous voyez affez ſouvent des
Vers de Mr de Fontenelle , il faut
vous faire voir de ſa Proſe.Jettez les
yeux, je vous prie, ſur cette Carte ;
&puis que la Poësie a tantde charmes
pourvous, examinez àloiſir de
quelle étenduë eſt ſon Empire. Il
eit bon que vous connoiffiezla ſituation
des Provinces qui le compofent
, les Rivieres qui le traverſent,
les Villes & les Bourgs qui fontde
fa dépendance,& les Mers qui l'environnent,
avant que vous liſiez les
Remarques qu'ilnousadonnées ſur
tant de Lieux diferens. L'idée que
vous vous en ſerez faite en regardant
attentivement la Carte dont il
adreſſe le Plan,vous fera prendre
plus de plaifir àlaDeſcription d'un
Pais habité par desGens de toute
eſpece. Voicy ce que Mr de Fon.
tenclle endit.
D 3 DE-
ت
Septentrion L'EMPIRE L'Acroftiche
Paisfroids. de la 故
Le
Virelay
城
La
Ballade
Le ChantRoial
Province
des
Penfees
Fauffes.
POESIE .
Montagnede
L'Anagram
laReverie LesBo LaRone
Riviere
Province de
de
la
Iragedie
Montagne
laHautePoefie
LePoeme
Epique
mez
Provinc
de
L'Imata
L' Elegie
Le Burlesque
La Comedie
姓
A
Ile
de
la
Satire
Defert
du
bonSens.
Province
dela
BaffePoefie.
Forefta
Galimatia
La
Raison
Riviere
L'Archipeldes
Bagatelles
GALANT.
79
DESCRIPTION
DE
L'EMPIRE
DE
LA
POESIE
.
un langa
e, ce qu'eſt lebas
CEt Empire! eſt un grand Païs
te&Bafle Poësie , comme le font la tres-peuplé. Ileſt divifé enHauplupartde
nos
Provinces .
LaHaute Poësie eft habitée par
des Gens graves ,
mélancoliques,
refrognez,&qui parlent
ge qui eft à l'égard des autres ProvincesdelaPoefie
,
Bréton pour le reſte de la France.
Tous lesArbres de la Haute Poëfie
portent leurs teſtes juſque
les nues. Les Chevaux y valent
mieux que ceux qu'on nous amene
de Barbarie , puis qu'ils vont plus
vifte que les vents ; &pourpeuque
les Femmes yfoientbelles , il n'ya
plus de comparaiſon
entr'elles& le
Soleil. Cette grande Ville que la
D 4
dans
Car-
:
80 MERCURE
Carte vous repreſente au de la des
hautes Montagnes que vous voyez,
eſt la Capitale de cette Province ,
& s'appelle le Poëme Epique. Elle t
est baſtie ſur une terre ſablonneufe
& ingrate , qu'on ne ſe donne pref.
quepas la peine de cultiver, La Ville
a pluſieurs journées de chemin,
& clle eſt d'une étenduë ennuyeufe.
On trouve toûjours à la fortie
des Gens qui s'entretuënt ; au lieu
que quand on paſſe par le Roman,
quieſt le Fauxbourg du Poëme Epique
, & qui eſt cependant plus
grand que la Ville , on ne va jamais
juſqu'au bout ſans rencontrer des
Gens dans la joye , & qui ſe préparent
à ſe marier.
Les Montagnes de la Tragédie
font auſſi dans la Province de la
Haute Poëfie. Ce ſont des Montagnes
eſcarpées , & où il y a des précipices
tres - dangereux. Auſſi la
plupart des Gensbaſtiſſent dans les
Vallées , & s'en trouvent bien . On
dé-
C
GALANT. δε
découvre encor fur ces Montagnes
de fort belles Ruines de quelques
Villes anciennes ,& de temps en
temps on en apporte les matéreaux
dans les Vallons , pour en faire des
Villes toutes nouvelles , car on ne
baſtit preſque plus ſi haut.
La Baſſe Poëſie tient beaucoup
des Pais-Bas. Cene ſont que marécages.
Le Burleſque en eſt laCapitale.
C'eſt une Ville ſituée dansdes
Etangs tres-bourbeux. Les Princes
y parlent commelesGens de neant,
& tous les Habitans en ſont Tabarins
nez . LaComédie eſt une Ville
- dont la fituation eſt beaucoup plus
agreable , mais elle eſt trop voiſine
duBurleſque,& lecommerce qu'ellea
avec cetteVilleluyfait tort.
Remarquez,je vous prie,dans cet
te Carteles vaſtes Solitudes qui font
ps entre la Haute & la Baſſe Poëie .
On les appelle les Deſerts du Bon
sk Sens. Il n'y a pointde Ville dans certe
grand étenduë de Pais, mais ſeudé
Ds le82
MERCURE
lement quelques Cabanes aſſez éloignées
les unes des autres . Lede.
dans du Païs eſt beau & fertile ,
mais il ne faut pas s'étonner de ce
qu'ily a fi peu deGens qui s'aviſent
d'y aller demeurer , c'eſt que l'entrée
en eſt extrémement rude de
tous coſtez , les chemins étroits &
difficiles , & on trouve rarement
desGuides qui puiflent y fervir de
Conducteurs .
D'ailleurs ce Païs confine avec
une Province où tout le monde s'.
arreſte , parce qu'elle paroiſt tresagreable,&
onne ſe metplus enpeine
de penétrer juſque dans les Deferts
du Bon Sens . C'eſt la Province
des Penſées fauſſes. Onn'y marche
que fur les Fleurs , tout y rit ,
tout y paroiſt enchanté ; mais ce
qu'il y a incommode , c'eſt que la
terre n'eneftantpas folide, on yen.
fonce par tout , & on n'y ſçauroit
tenir pied. L'Elegie en eſt la principale
Ville. Onn'y entendquedes
Gens
GALANT. 83
Gens plaintifs , mais on diroitqu'ils
ſe joüent en ſe plaignant. La Ville
eſt toute environnée de Bois & de
Rochers , oû les Habitans vont fe
promener ſeuls ; ils les prennent
pour Confidens de tous leurs fecrets
, & ils ont tant de peur d'eſtre
trahıs , qu'ils leur recommandent
ſouvent le filence.
Deux Rivieres arroſent le Païs
de la Poësie. L'une eſt laRiviere
de la Rime , qui prend ſaſource au
pieddesMontagnes de la Reſverie.
Ces Montagnes ont quelques poin
tes ſi élevées, qu'elles donnent preſ
que dans les nuës. On les appelle
les Pointes des Pensées fublimes.
Pluſieursyarriventàforced'efforts
furnaturels , mais on en voit tomber
une infinité qui font longtemps
à ſe relever , & dont la chûte attire
la raillerie de ceux qui les ont d'abord
admirez fans les connoiſtre.
Il y a de grandes Eſplanades qu'on
trouve preſque au pied de ces Mon-
D6 tag.
4
84 MERCURE
tagnes , & qui font nommées les
Terrafles des Penſées baſſes . On y
voit toûjours un fortgrand nombre
deGens qui ſe promenent. Aubout
de ces Terraſſes ſont les Cavernes
des Reſveries creuſes . Ceux quiy
deſcendent , le font inſenſiblement
& s'enveliſſent ſi fort dans leurs ref.
veries , qu'ils ſe trouvent dans ces
Cavernes ſans y penſer. Elles font
pleines dedétours qui les embaraffent
,& on ne sçauroit croirela peine
qu'ils ſe donnent pour en fortir.
Sur ces meſmes Terraſſes ſont certaines
Gens qui ne ſe promenant
quedansdesChemins faciles ,qu'on
appelle Chemins des Penſées naturelles
, ſemoquent également&de
ceuxquiveulent monter auxpointesdes
Penſées ſublimes,&de ceux
qui s'arreſtent ſur l'Eſplanade des
Penſées baſſes. Ils auroient raiſon,
s'ils pouvoient ne point s'écarter,
mais ils ſuccombent preſque auffitoſt
àla tentation d'entrer dansun
PaGALANT.
85
Palais fort brillant qui eſt pas fort
éloigné. C'eſt celuy de la Badine.
rie.Apeiney eſt-on entré, qu'au licu
de Penſées naturelles qu'on avoit
d'abord , onn'en a plus que de
rampantes. Ainfi ceux qui n'abandonnent
point les Chemins faciles,
fontlesplusraiſonnables detous. Ils
nes'éleventqu'autant qu'il faut ,&
lebon fens ſe trouve toûjours dans
leurs penfées.
Outre la Riviere de la Rime qui
naiſtaupieddes Montagnes dontje
viensde faire ladeſcription , il yen
aune autre nommée la Riviere de
= la Raiſon . Ces deux Rivieres font
affez éloignées l'une del'autre , &
commeelles ontuncours tres-diférent
, on ne les ſçauroit communiquer
que par des Canaux qui demandent
un fortgrand travail ; enit
cor ne peut on pas tirer cesCanaux
ft de communication en tous lieux
fparce qu'il n'y a qu'un bout de la
ast Riviere dela Rime qui réponde à
P
celle
86 MERCURE
1
cellede laRaiſon, & dela vient que
pluſieurs Villes ſituées fur la Rime,
comme le Virelay, la Ballade ,& le
Chant Royal , ne peuvent avoit
aucun commerce avec la Raifon ,
quelque peine qu'on y puiſſe prendre.
Deplus il faut que ces Canaux
paſſent par les Deſerts du Bon Sens,
comme vous le voyez par'la Carte,
& c'eſt un Pais preſque inconnu.
La Rime eſt une grande Riviere
dont le cours eſt fort tortueux&
inégal , & elle fait des ſauts tresdangereux
pour ceux qui ſe hazardent
à y naviger. Au contraire , le
cours de la Riviere de laRaiſon eft
fort égal& fort droit, mais c'eſt une
Riviere qui ne porte pas toute fortede
Vaiſſeaux.
Il y adans le Païs de la Poëfie une
Foreſt tres obfcure ,& où les rayons
du Soleil n'entrentjamais. C'eſtla
Foreſt du Galimatias. Les Arbres
en ſont épais , toufus, & tous entrelaſſez
les uns dans les autres . La
لاد
Fo
GALANT.
87
Foreſt eſt ſi ancienne , qu'on s'eſt
fait une eſpece de Religion de ne
point toucher à ſesArbres , & il n'y
a pas d'apparencequ'on oſe jamais
la défricher. On s'y egare auffitoft
qu'ony
fçauroit croire qu'on ſe ſoit égaré. a fait quelques pas , & on
Elleeft pleined'une infinité deLabyrinthesimperceptibles
, dont il
n'y a perfonne qui puiffe fortir
C'eſtdans cette Foreft que ſe perd
laRivieredela
Raifon.
La grande Province de l'Imitation
eft fortfterile, & ne produit rien.
LesHabitans en ſont tres pauvres,
& vont glaner dans les Campagnes
de leurs Voiſins. Il y en a
quelques-unsqui s'enrichiffent
à ce
meſtier-là.
La Poëficest tres-froide du coſté
du Septentrion , & par conféquent
ce font les País les plus peuplez . Là
font les Villes de l'Acroſtiche , de
l'Anagramme, &des Bouts- rimez.
Enfin dans cette Mer qui borne
d'un
88 MERCURE
d'un coſté les Etats de la Poësie, eft
l'ifle de la Satyre, toute environnée
de flots amers. Ony trouve bien des
Salines , & principalement de Sel
noir. La plupart des Ruiſſeaux de
cette Ifle reſſemblent au Nil. La
Source en eſt inconnuë;maisce qu'-
ony remarque de particulier , c'eſt
cequ'iln'y en a pas un d'eau douce.
Une partie de la meſme Mer
s'appelle l'Archipel des Bagatelles.
Ce ſont quantité de petites Iſles femées
de coſté&d'autre,où il ſemble
que la Nature ſe jouë comme elle
fait dans la Mer Egée. Les principales
font les Iſles des Madrigaux,
des Chanfons , & des Inpromptu.
Onpeutdire qu'il n'y a riendeplus
leger , puis qu'elles flotent toutes
furl'eau.
Prenez la peine ,Madame,d'examiner
dans la Carte que je vous
envoye, de quelle maniere font diſpoſez
tout les lieux dont parle cette
Deſcription. Parmy les Villes
du
GALANT. 89
duVirclay, de la Ballade , & beaucoup
d'autres , il me femble qu'
on n'a point mis celle du
Rondeau .
Vous la
placerez où il vous
&
plaira,
le
prefenay
déja
envo.
cependant je croy que vous ne
ferez pas fachée que je place icy
trois Rondeaux que j'ay encor recouvrez
de ceux queM² deS. Gilles
'Enfant, Page du Roy,
tal'Hyverpaffe à
Monfieur
duMaine.Jevousen
yéquelques-uns dont vous m'avez
témoigné eftre fatisfaite ; & quoy
que cene foit pointpar lesVers que
ce jeune
Gentilhomme
cherche
à meriter l'eftime des honneſtes
Gens,je nepuis tropvous faire connoiſtreſonEſprit,
apres vous avoir
entretenuedansune de mespremieres
Lettres des diverſes
Occaſions
où il a fait paroiſtre ſon coeur. Il
prend agreablement
le vray ſtile
du Rondeau , & l'applicationde ſa
Moraleest heureuſe.
LES
90
MERCURE
LES POTS FLOTANS .
L
RONDEA U.
Es Pots caſſez font bruit ; oyez comment.
Entiers & fains fur Phumide Element
Deux Pots flotoient diferents de ſtructure,
L'un de Metal releve d'encoleure,
Sansſoin , fans peur , voguoit arrogamment.
L'autre de terre alloit plus bumblement,
De fon Voisin craignant l'atttouchement,
Et d'augmenter par une atteinte dure
Les Pots cafez.
Du Pot craintif voicy l'enseignement.
Quand un Petit s'allie imprudemment
Avecun Grandpour trop haute avanture,
Le Grand en fort en fort bonne posture,
Et le Petit paye ordinairement
LesPots caffez..
DE
GALANT.
94
DE L'ASNE MALADE,
ET DES LOUPS.
RONDEAU.
TLn'estpas mort, & ne voudrois jurer,
S'iln'enmeurt pas , qu'on ne priſſe eſperer
De le guerir. Naïve repartie
Quefait l'Aſnon avecque modestie
AuxLoups gloutons qui vont Baudet fleurer.
Nous venons tous, diſent- ils, enterrer
Defunt Baudet. Il faudra differer
Leur dit l' Aſnon , remettez la partie,
Iln'est pas mort.
Adonc convient aux Loups ſoy retirer
Tout doucement , mais non fans murmurer.
Souvent ainsi dans longue maladie,
Pour Heritier avare, quoy qu'il die,
Ces quatre mots font durs à digerer,
Il n'est pas mort.
DU
92
MERCURE
DU COCQ,
ET DU DIAMANT.
RONDEAU.
Mleux il vaudroit trouver grainde
Froment
Dans ce Fumier, que riche Diamant,
Diſoit le Cocq tranſporté de colere.
D'un tel Bijou qu'est- ce que jepuisfaire?
Quoy, m'enparer ? ridicule ornement !
Sur mes Ergots ce brillant agrément
Ne peus avoirde prix aſſurément.
Entrelesmains d'un ſcavant Lapidaire
Mieux il vaudroit.
Ah, que le Sort me traite indignement !
Fe meurs de faim pres d'un tel aliment.
Ainfil Avare à ſoy meſme contraire,
Languit dans l'or qui ne peutfatisfaire
Sa foif ardente, & qu'ilfist autrement
Mieux il vaudroit.
La
GALANT. 93
La Profeffion de Cavalier que
Me de Saint Gilles L'enfanta choifie
, n'eſt point incompatible avec
les ſoin de ſe cultiver l'Eſprit. C'eſt
un avantage fi neceſſaire à la Nobleffe,
queleRoy n'a ſoufertl'Etabliſſement
de l'Académie d'Arles
dontje vous ay déjatantde fois parlé
, qu' à condition qu'on n'y recevroitque
des Gentilshommes. Les
Lettres Patentes quien furent obtenuës
en 1668. reglerent d'abord à
vingtle nombre de ceux qui la devoientcompoſer
, & Mr de Roubin
vient d'en obtenir de nouvelles par
la faveur de Mt le Duc de S. A1-
gnan leur Protecteur , qui permettent
à cette Compagnie une Aug.
mentation de dix autres Academiciens
, qui ſeront Gentils hommes
comme les premiers , Sa Majesté ayant
bien voulu 'par cette precautionleurimpoſer
la glorieuſe neceffité
de ſeconſever un avantage qui
les diftingue de beaucoupd'autres
Com.
94
MERCURE
Compagnies de ce Royaume. Ju
gez par là , Madame , ſi on n'aura
pas un fort grand empreſſement
pour ces Places , & fi tout ce qu'ily
ade plus éclairé parmy laNobleſſe,
non ſeulement de Provence , mais
encor des Provinces circonvoiſines,
ne ſe fera pas honneur d'entrerdans
un Corps où vous ne trouvez que
des Perſonnes de merite , ſoit pour
l'eſprit , ſoit pour la naiſſance. On
y en a déja reçeu deux depuis les
Lettres d'Augmentation obtenü
es. Comme vous avez ſçeu bon gre
à Mr Peliſſon , de nous avoir donnédans
ſon Hiſtoire de l'Académie
Françoiſe les Noms de tous ceux
qui la compoſent , je croy que vous
ſerez bien- aiſe d'apprendre qui font
ceux qu'on a receus dans l'Académie
d'Arles depuis fon Inſtitution
juſqu'à aujourd'huy. Je n'entre
prens point de vous parler du merite
de chacun en particulier. Je
vous diray ſeulement ce que je puis
IçaGALANT.
95
ſçavoirdu caracterede ceux qui me
font connus , ou par eux-meſmes,
ou par leurs Amis , n'ayant pû encor
eſtre informé que du nom des
autres. Les voicy ſelon l'ordre de
leur reception.
Mr deGageron Mejane. Quoy
qu'il ait eſté élevé à la Cour de Savoye,
où ſon Pere a eu des Emplois
fort importans , il ne laiſſe pas de
connoiſtre admirablement bien
toutes les beautez de noſtre Langue,
& de la parler tres- purement .
Mr de Sabatier. Il a eſté autrefois
Page de Monfieur de Guiſe , &
le Party de la Guerre qu'il apris au
fortir de là, ne l'a point empeſché de
cultiver toûjours le talent qu'il avoit
pour les belles Lettres . Il a l'eſprit
folide,juge ſainement des Ouvrages
d'autruy , &en fait luy-mefme
de fort beaux.
Mr de Giffon. Ila l'eſprit vif&
actif, écrit enVers& en Proſe avec
une facilité admirable ,&ilen donna
1
96 MERCURE
C
na autrefois une preuve extraordinaire,
lors que ſur une avanture qui
arriva pendant un Carnaval qu'il
eſtoit allé paſſer à Avignon , il fit
en trois jours une Comédie dont la
Repréſentations fut le divertiſſe.
mentde toute la Nobleſſe de la Ville&
de toute la Cour duVice-Légat.
Il y a trois ans qu'il parut auffi
avec beaucoup de gloire dans l'A- d
cadémie Françoiſe , où ayant efté
receu , ainſi que Mr le Marquis d'-
Aymard Chaſteaurenard , en qualitéde
Membres d'un Corps qui luy
eft afſocié , apres avoir opiné tous
deux dans les Conférences qui s'y
tiennent , ils eurent part l'un &
l'autre à la diſtribution des Medailles.
Mr l'Abbé de Barreme. Il eſt
Confeiller Clerc au Parlement de
Provence.
Mr de Cays, St de la Foſſete.
Mr Le Marquis de Boche.
Il eſt de l'Illuſtre Maiſon des Marquis
GALANT .
97
quisdes Baux, Souverains autrefois
de beaucoup de Terres en Provence.
Il a eſté Major de Brigade de
de Gendarmerie , & Capitaine de
Chevaux Legers , & l'on peut dire
de luy qu'il eſttout coeur à la Guerre,
& tout efprit à l'Académie.
■ Mr Bouvet. Il fait de tresjolis
Vers, & travaille à une Traduction
du Petrarque.
Mr le Marquis de Robias d'Eſtoublon
. Il eſt Aiſné de Mr d'Eſtoublon
Maiſtre d'Hoſtel du Roy,
& Fils de feu Mr d'Eſtoublon , cet
illuſtre Vieillard qui avoit ſervy
fous trois Roys,& qu'on nommoit
à la Courde Loüis XIII. le Bafſompierre
de Provence. Il eſt Secretaire
perpétuel de l'Académie.
On n'a jamais veu une Perſonne de
ſa qualité avoir tant d'ardeur qu'il
en a pour les belles Lettres. Il a
l'eſprit fécond & d'une grande
étenduë , entend tres-bien le Latin
, l'Eſpagnol & l'Italien, & com-
Janvier.
E poſe
98 MERCURE
poſe en Vers & en Proſe dans ces
trois Langues , fans parler de la
Françoiſe , en laquelle il a donnée
divers Ouvrages que le Publica
fort approuvez , mais qui n'ont pas
paru ſous ſon nom .
Mr l'Abbé de Boche . Il eſt Frere
duMarquis de ce nom,& a fait connoiſtre
dés ſa plus tendre jeunes- C
ſe le talent qu'il a pour la Chaier,
ayant commencé d'y paroiſtre à l'age
de vingt ans , comme les Prédicateurs
les plus conſommez .
les.
Mr de Castillon , Senéchal d'Ar-
Mr de Manville. Il eſt Avocat p
duRoy au Siege d'Arles .
Mr le Marquis d'Aymard Chaſteau-
renard. Il eſt Capitaine dans
les Regiment Royal , où il a fervy
avec beaucoup d'affiduité & d'exactitude
depuis le commencement
de la Guerre de Hollande. Il ne s'y
eſt paffé aucune occaſion où il ne ſer
foit trouvé , malgré les bleſſures qui
l'en
GALANT .
99
'en auroient pû ſouvent diſpenſer,
fur tout dans les Sieges de Valenciennes
, de Cambray , de Saint O.
mer , & dans la fameuſe Bataille de
Caffel , où ayant eu par tout des
Commandemens particuliers , il a
toûjours eu le bonheur de ſe faire
diftinguer par ſa bravoure &par ſa
conduite,comme il le fit il y a quelquesannéespar
fon eſprit, lors qu'il
fut député de l'Académie d'Arles
pour venir remercier le Roy des
Lettres Patentes de ſon Etabliſſement.
Il s'acquita de cette Commiſſion
avec tant de gloire, quedepuis
ce temps-là Sa Majeſté a dit
pluſieurs fois à ſa loüange qu'elle
n'avoit jamais eſté complimentée
de meilleure grace,ny plus ſpirituellement.
Il harangua en fuiteMrs
del'Academie Françoiſe, pour leur
demander l'honneur de leur alliance&
de leur aſſociation , apres avoir
remercié Mª lé Chancelier Seguier
, qui avoit ſcellé les Lettres Pa-
E2 ten
-100
MERCURE
1
tentes de ſa Compagnie ; mais ce
fut toûjours avec un ſi heureux
fuccés , que ce dernier luy fit la grace
de l'envoyer viſiterpar unGen.
tilhomme, & de luy faire demander
les trois Complimens qu'il venoit
de faire au Roy,àl'Académie Françoiſe
, & à luy , qui furent eſtimez
trois chefs-d'oeuvres.
Mr de S. Veran de Moncalin. Il
eſt Conſeiller au ParlementdeToulouſe,
& a un talent extraordinaire
aux Perſonnes de ſa qualité qui s'appliquent
rarement à ſe rendre ſca
vansdans les Langues mortes.Celuy-
cy eſt ſi profond dans la Grecque,
qu'il la parle avec autant de facilité
que ſa Langue naturelle.
Mr de Roubin. Je ne vous endiray
rien, ſonmerite vous eſt connu,
& je vous en ay parlé fort au long,
en vous envoyant laHarangue qu'il
fit auRoy quand il eut l'honneur de
luy preſenter l'Eſtampe de l'Obéliſque
dont vous avez la Figure au
com-
C
T
C
GALANT. ΙΟΙ
commencement de cette Lettre .
MªdeChambonas Eveſque deLodeve.
Il eſt Frere de Male Marquis
de Chambonas,&NeveudeMPEveſquede
Viviers. Sa Dignité fait
fonEloge , puis que le Roy n'y élevequedes
Perſonnes recommandablesparle
merite&par la naiſſance.
MalePays. Les galants Ouvrages
qu'il a donnez au Publicl'ont affez
fait connoiſtreà toute la France.
Mr de Ranchin. Il eſt Conſeiller
au Parlement de Toulouſe , & a un
talent admirable pour la Poësie.
Toutes les Pieces que nous avons
deluy ontun tour ſi fin&fi délicat,
qu'elles ne tiennent riende l'airqui
ſemble attachéàla Province.
Mr l'Abbé de Verdier.
Mr de Venel . Il eſt Conſeiller au
Parlement de Provence.
Mr d'Arbaud.
Me l'Abbé d'Abeille .
Mr de Beaumont des Arlatans .
C'eſt un Gentilhomme d'une
E 3 gran102
MERCURE
grande érudition, fort ſcavant dans
labelle Latinité , qui ſe connoit aux
diférens caracteres des Autheurs ,
& paſſe pour un Critique auſſi judi.
cieux que délicat.
Outre les vingt-deux Académi
ciens queje viens de vous nommer,
qui forment preſentement le Corps
de l'Académie d'Arles , il y en ad'.
autres qu'on appelle externes. Ils
enſont comme les Membres adop
tifs , & entretiennent un étroit
commerce avec elles par leurs Lettres
& par leurs Ouvrages qu'ils
luy communiquent de temps en
temps. Ce font,
Le R. Pere Vinay , Minime, eſtimé
un des plus délicats & des
plus éloquens Prédicateurs de fon
Ordre. Il a preſché dans les meilleures
Chaires de France , avec un
applaudiſſement general.
Mr l'Abbé de Valavoire.
Mr du Tremblay.
M
ALANT.
103
Mr de l'Eſtang , Conſeiller au
Parlementde Provence.
Mr Ferrier , Autheur de l'Adieu
aux Muſes que vous avez veu
dans une de mes Lettres .
Quand les huit Places qui reſtent
encor à donner feront remplies
, je ne manqueraypas à vous
apprendre le nom & le merite de
ceux qui auront eſté choiſis. La
Ville d'Arles qui met au rang de
fes plus glorieux avantages , celuy
d'avoir cette Académie , voulant
luydonner des marques de ſon affection&
de fon eſtime ,& contri .
buer à la commodité de ſes Conférences
, vient de luy accorder un
grand &magnifique Apartement
dans cet admirable Hoſtel de Ville
qu'elle a fait baſtir,& dontMrManfard
celebre Architecte de Paris, avoit
donné le Deſſein. Je vous ay
dejadit, Madame,quecette Académiejoüitdes
meſmes Privileges qui
ont eſté accordez à Mrsdel'Acadé-
E 4 mie
104
MERCURE
mie Françoiſe . Monfieur le Tellier
qui a toûjours fait gloire de pro.
teger ceux qui aiment les belle Let.
tres , ayant fcellé de la maniere du
monde la plus obligeante , les der.
nieres qu'elle a obtenuës , Mª de
Roubin à qui ſon peu de ſanté n'a
voit pû permettre de luy preſenter
plutoſt l'Eſtampe de l'Obéliſque,
comme il en avoit eſté chargé de.
puis longs temps par Mrs. de la
Ville d'Arles , ny d'eſtre des premiers
à luy faire compliment fur fa
Promotion à la Charge de Chancelier
, luy en alla faire excuſe dernierement
, & le remercier en mefme
temps au nom de ſa compagnie,
des graces qu'elle venoitd'en recevoir.
Sondifcours fut extrémement
aplaudy .Apres qu'il eut épuiſé toutes
les loüanges que l'Eloquence
peutfournir pour honorer un merite
extraordinaire, il luy dit,mais en
termes choiſis , au regard de ſa nouvelleDignité,
que par cetteglorieufe
GALANT.
ſe marqued'eſtime noſtre incomparable
Monarque qui diſpenſe toûjours
ſes faveurs & ſes récompenſes
avecle plus équitable diſcernement,
avoit voulu couronner en ſa
Perſonne tous ſes bienfaits,& mettre
, pour ainſi dire , le Sceau à toutes
les Graces qu'il avoit ſi liberalement&
fi juſtement répandües ſur
toute fon illustre Famille. Il contitinua
par des ſouhaits de le voir joüirde
cet honneur autant de temps
qu'il en avoit employé à le meriter,
&qu'il y en avoit qu'il s'en eſtoit
montré dignepar ſes grands & importans
ſervices qu'il continuoit encor
tout les joursde rendre à l'Etat,
avec cette application infatigable ,
& cette exacte fidelité qui luy avoient
acquis à ſi juſte titre la bienveillance
du plus Grand Roy de la
Terre, & la venerationde ſes Peuples.
Des proteſtations refpectueufes
de fervices de la part de laCompagnie
pour laquelleMr de Roubin
Ε5
por106
MERCURE
portoit laparole , &unetres-humble
priere de luy vouloir accorder
l'honneur de ſa protection, termi
nerent ce diſcours que je ſouhaiterois
vous pouvoir donner entier.
Vous avoüeriez , Madame , que
quoy qu'il ne foit pas avantageux
d'eſtre le dernier à parler ſur une
matiere ſi rebatüe deja par les plus
éloquentes bouches de France, tant
de Complimens qui ont devancé
celuy-cy , ne luy ont rien fait per.
drede ſa grace. Je me contenteray
d'y adjoûter un Sonnet que cet Illuſtre
Académicienpreſenta à Monfieur
le Tellier pour remercîment
des Lettres qu'il avoit ſcellées .
A MONSIEUR
le
LECHANCELIER
Enfin noftre Bonheur a paffe nostre at
Voicy cet heureux jour tant de fois ſouhaité, c
Qui nous va tousconduire à l'Immortalité,
tente:
Etquicomble d'honneur noftre
Troupenaiſſante.
1
IlluGALANT
107
Illustre CHANCELIER , cette grace écla
tante
Reçoit fon dernier prix de tarare bonté;
Et tu viens achever noftre Felicité,
EnScellantde ta main cette auguſtePatente.
C'est toy quifur la Cire imprimant ce Portrait,
De qui nous revérons juſques au moindre
trait,
As voulu pour jamais fignaler noſtregloire.
Maisnous sçaurons payer ce Bienfaitfou-
Derain.
Enfaiſant que le tien au Temple de Memoi-
D'un Burin éternelſoit gravé furl' Airain.
re,
Voila , Madame , ce quej'ay crû
vousdevoir apprendre de cette celebre
Académie,&jem'en ſuis fait
une obligation d'autant plus êtroite,
que cequejevous en ay déja fait
ſcavoir a causé une loüable emulation
à Coutance, où l'on a déja
commencé depuis deux mois à faire
des Conférences Académiques, reglées
entre un certain nombre de
Per- E6
:
وہ
1
108 MERCURE
1
Perſonnes qui s'aſſemblent toutes
les Semaines chez Mr de Pierrevil
le , Premier Preſident du Prefidial.
Elles s'ouvrent par unDifcours que
chacun fait ſelon le rang qui luy eft
venu par les Billets. On parle en
fuite de ce qui paroiſt eſſentiel à
la pureté de noſtre Langue. On y
prenddes ſujetsde Morale, dePhy
fique, d'Hiſtoire & de Geographie,
& l'on y examine les Ouvrages de
ceux qu'on a choiſis pour ces Aſſemblées.
Elles pourront eſtre confirmées
avec le temps par l'autorité
du Roy, & le Mercure aura du
moins l'avantage de n'avoir pas nuy
àen faire prendre ledeſſein.
Vos Amies qui s'intereſſent ſi
fortement dans tout ce qui regarde
l'Eſprit, apprendrontcette Nouvel .
le avec joye. Je leur fuis fortobligé,
auſſi-bien qu'à pluſieurs autres
Belles , des Remércîmens & des
Galanteries qu'elles m'ont envoyé
pour Eftrennes . C'eſt trop recon
noiGALANT.
109
15
S
e
le
noiſtre le peu quej'ay fait pour elles
, & l'avantagede leur avoir plū
me devoit eſtre une affez glorieufe
récompenſe.
Ce mot d'Eſtrennes m'engage à
vousparlerd'unCupidon qui a eſté
envoyé au commencement de l'Année
àMadame la Comteſſe de Mon-
- trevel , Femme du jeune Comte
qu'on a connu ſous le nom de Mr le
Marquis de Sévigny . Elle eſt de la
Maiſon de Lannoy une des plus illuſtres
&des plus anciennesde toutelaFlandre.
Son merite& fabeauté
ont fait bruit lors qu'elle eſtoit
Fillede la Reyne,&elle auroit encor
une Cour nombreuſe , ſi ſon attachement
pour celuy qu'elle a fait
heureux ne faisoit pas l'unique ſatisfaction
de ſa vie.Il eſtde laMaiſon
delaBaume Montrevel , & petit-
Fils de Mr le Comte de Montrevel
, Chevalier des Ordres de Sa
Majesté , & Lieutenant de Roy en
Breſſe . Il eſt fort bien faitde ſaPerfon
110 MERCURE
ſonne , & a ſervy non ſeulement
dans ces dernieres Campagnes , mais
en Hongrie & en Candie , avec une
application extraordinaire. Il a de
la bravoure autant qu'on en peut
avoir , & il s'eſt diſtingué en mille
rencontres. Cependant quelque dignequ'il
ſoit parlà de tout le coeur
de Madame la Comteſſe de Montrevel
ſa Femme , il le merite d'ailleurs
par une tendreſſe qui va juſqu'aux
empreſſemens d'un Amant.
C'eſt ſur cet attachement reciproque
que font tournez les Vers que
vous allez voir. Ils accompagnoient
le Cupidon qui fut envoyé pour
Eſtrennes . Souvenez - vous , Madame
, que c'eſt ce petit Cupidon qui
parle aunom des Amours .
MAGALANT.
III
A MADAME !
LA COMTESSE
DE MONTREVEL.
ESTRENNES.
ADorable & jeune Comteffe,
En l'absence de voſtre Epoux,
UnAmourexiléqui retourne chez vous,
N'a t-il point trop de hardieſſe,
Et ne risque-t- il point de vous mettre en
courroux?
Cet heureux Epoux qui vous aime,
Etque vous aimeztout de même,
A fi bien fait , qu'il nous a détrônez,
Nous qui luy livrâmes la Place ;
On nous ferme la porte au nez,
C'est ainsi que l'on nous rend grace.
Maisfans vous chagriner , dites - nous franchement,
Si quelqu'autre en uſoit d'une façonfirude,
Seroit-ce pas ingratitude?
L'appelleriez- vous autrement ?
Vous sçavez bien que le Dieu d'Hymenée
Ne fut jamais bien d'accord avecnous.
_ Cependant pour vous faire un deftin qui fust
doux,
La querelle s'est terminée,
Vous
112 MERCURE
3
Vous le sçavez , je m'en rapporte à vous ;
Vousne vousplaignezpas jepense
De ce jour pleinement heureux
Onnous fuſmes d'intelligence
Appliquez à remplir vos voeux.
Voyonsun peu vostre reconnoiſſance.
Sivous goustezun ſouverain bonheur,
C'eſt, dites-vous , l' Hymen qui vous l'attire
,
CeDieu ſeulen a tout l'honneur,
Les Amours n'ont rien fait , & quoy qu'ils
puiſſent dire,
Vous leschaſſezde vostre coeur.
Undenous est resté par faveurfinguliere,
Parce qu'on n'oſele chaſſer.
Si la Nopce finie on eust pûs'enpaſſer,
Onne l'eustpas traitéde plus douce maniere,
MaisHymenseul eſt unpauvre Seigneur,
Quandnousl'abandonnonsilnebat que d'une
aisle.
Si quelqu'un de nous ne s'en meſle,
C'est bien à luy vrayment de contenter un
coeur,
F'auroisbien voulu voir,pour venger noftre
injure,
Que l'Amour qui vous reſte eut quttécomme
nous;
Soitditfans vousfacheerr,, leDiend'Hymen
vous
Euffiez fait àmonsens une triſte figure
N'apALANT.
113
N'apprehendezvous point que dansnoftre
couroux !
Nous l'obligions encoreà quiter la partie?
Quelque foit ſon engagement,
L'Hymenée & l'Amour ſebroüillent aifement.
Alors, mafoy, vous paſſeriezla vie
Dans un terrible accablement ;
Plus d'ardeur, plus d'empresſſement,
Vous tomberiez dans le moment
Dansune morne indiference,
Dansunfombre afſoupiſſement,
Enfindanscertaine indolence
Qui de tout cequi fait les plus charmans
plaisirs,
Vous oftcroit legouft, & meſme les deſirs .
Voyezun peu quelle chute effroyable ;
Eftre inutilementjeune, belle , adorable,
Pour tout le reste de vosjours.
Voulez vous l'éviter ? traitez mieuxlesAmour
;
L'Epouxque vous aimez avectant detendreſſe,
Etquiremplit tout voſtre coeur,
Neperdra riende ſon bonheur.
Je ne vois rien là qui le bleſſe ,
Pourmoyjefuisfon ferviteur ;
Le noeud qui vous unit n'est-ce pas noſtre ou-
Urage?
Nousn'irons pas le gafter aujourd'buy.
Pour
114
MERCURE
Pour ne vous donner point d'ombrage,
On neparlera que de luy ;
Oufi vous voulez qu'on ſetaiſe,
Onſetaira, donnez- nousſeulement
Accésdans vostreApartement,
Que nous puiſſions entrer & vous voir à noſtreaise,
Et voler pres de vous comme des Papillons
Quiſe vont en tournant brûler à la chan
delles ;
Que vous en couſte t-il ? c'est une bagatelle,
Et c'est tout ce que nous voulons.
Il me ſemble, Madame , qu'un
Amour qui ſe retranche à des conditions
auſſi juſtes que fait celuy
que vous venez d'entendre parler,
devroit obtenir ce qu'il demande.
Le malheur est qu'on ſe défie toû.
jours de l'Amour , &qu'il n'est pas
en réputationde tenir parole. Je ne
dois pas oublier que je ne me ſuis
pas encor acquité de celle que je
vous donnay en finiſſant ma derniere
Lettre. Il me ſouvient que
je ne vous dis qu'un mot par apoſtille
de pluſieurs Nouvelles dont
on
GALANT. 115
on venoit de me faire part. Elles
meritent un peu plus d'éclaircifſement
; & pour commencer par
Monfieur Duc de Vitry qui a eſté
fait Conſeiller d'Etat d'épée , je
vous diray qu'il n'y en a que trois
qui puiſſent tenir ce rang dans le
meſme temps. Monfieur le Mareſchal
de Villeroy en eſt un,& latroifiémeplace
aeſté remplie par Monſieurle
Marquis de Feuquieres. Je
vous ay affez parlé de la Famille &
du merite de ce dernier dans une
autre occaſion , pour ne rien ajoûter
àcequ'unedes mes Lettres vous
en a déja appris . S'il a beaucoup
d'intelligence pour tout ce qui regarde
fon Employ , il n'en a pas
moins dans les Affaires de la Guerre,
ayant donné des preuves de fon
courage en Suede depuis qu'il y eſt
Ambaſſadeur. Il y a trois Conſeillers
d'Etatd'Eglifé , comme il y en
a trois d'Epée. Ce font Monfieur
l'Archeveſquede Roüen , Mr l'E
vef116
MERCURE
veſque deChartres ,& Mr le Doyen
de Noftre -Dame de Paris . Monſieur
le Duc de Vitry eſt Fils de
Nicolas de L'hoſpital , Mareſchal
Ducde Vitry , Capitaine des Gar.
desdu Corps de Loüis XIII. Chevalier
de ſesOrdres ,&Gouverneur
de Provence. Feu Mr le Mareſchal
de L'hoſpital ,qui eſt mort Gouver.
neur de Paris, eſtoit ſon Oncle.Jene
vous dis riende cette Maiſon . Elle
eſt connue pour une des plus Illuſtres
que nous ayons ; & outre que
Jean de L'hoſpital Comte de Choiſy,
a épousé depuis cent ans une Leonor
Stuart , Fille de Jean Stuart
Duc d'Albanie , il n'y a perſonne
qui ne ſcache qu'elle eſt alliée aux
Maiſons de Coſſe , de Ventadour,
deBriſſac , de la Chaſtre , de Beauveau
, de la Trimoüille, de Rohan,
de Marigny, &c. Tant d'avantages
font glorieuſement ſoûtenus parM
le Ducde Vitry dont je vous parle.
Il eſt Lieutenant General.Ce rang
marGALAN.
T. 117
marque fon courage, comme ſes
grands Emplois ſon eſprit. Ill'a délicat,
éclairé , étendu&ferme. Il eſt
intelligent dans les Affaires. Il ſçait
juſqu'acelles du Palais,&les Muſes
font de ſes Amies. On peut juger
parlà qu'il n'ignore rien.
Je vous parlay auſſi laderniere fois
de Ml'Abbé de Valbelle , à qui le
Roy a donné l'Eveſché d'Alet ; &
Mr deGuilleragues, quiaeſté nomméAmbaſſadeur
àConſtantinople.
Ce premier eſt Fils de ce fameux
Valbellequi estoit LieutenantGeneral
de la Marine , & qui ſous le
Regne de Louis XIII. & dans les
Guerresde Provence,a toûjours eu
tantde conduiteà maintenir laVil.
lede Marſeille dans la fidelité qu'il
devoit à ſon Maiſtre, qu'il en a merité
également l'approbation de la
Cour& de la Province. Il eſt proche
Parent de Mr le Marquis de
Valbelle Cornete des Chevaux-
Legers de la Garde , dont le Pere
a tres
118 MERCURE
a tres - bien ſervy dans toutes les
Guerres de Catalogne ſur la Galere
qu'il commandoit, & qui fuſt bleſlé
à mort n'eſtant âgé que de dix- huit
ans, dans leCombatdes quinze Galeres
de France contre celles d'Eſpagne.
Son Ayeul s'appelloit Cofme
de Valbelle , qui à l'âge de ſoixante
dix ans fuſt tué ſur la Galere
qui portoit fon nom, apres avoir regeu
douze bleſſures , & fervy d'e.
xemple à toute l'Armée. Il eſt encor
Neveu de Mr le Commandeur
de Valbelle , qui s'eſt ſi fort diſtingué
dans les derniers Combats qui
ſe ſont donnez fſur Mer , & à qui on
peut dire que la Ville de Meſſine
doit en partie ſa conſervation . Ses
Anceſtres n'ont pas fervy avec moins
de fidelité aux Batailles de Serifolles
ſous François I.& de Coutras
ſous Henry 111. & il s'est fait
peu de grandes Actions où ceux de
cenom n'ayent eu quelque part. Sa
Maiſon eſt fort connue , & les MonuGALANT.
119
umens qu'elle a laiſſé dans les Ab-
Dayes de Montrieu &de la Verne
dés l'an 1178. ſont des marques affez
autentiques de ſon ancienneté.
M² l'Abbé de Valbelledont je vous
parle eſt Agent general du Clergé
de France ,&laqualité de Docteur
de Sorbonne qu'il a , eſt une preuve
du merite qui a fait jetter les
yeux ſurluypour l'élever à l'Epifcopat.
Mr l'Abbé de Piancour , qui
eſt auſſi Docteurde Sorbonne,aeſté
ſacré Evefque de Mande ces derniers
jours. Il ſe prépare à partirpour
ſon Dioceſe, La connoiſlanee qu'-
on a de ſes belles qualitez l'y fait
ſouhaiter avec un empreſſementinconcevable.
Quant àMr de Guilleragues
, il a efté Premier Preſident
de la Cour des Aydes à Bordeaux ,
Secretaire des Commandemens de
Mr le Prince de Conty , & Secretaire
de la Chambre &du Cabinet.
La réputation où il eſt pour ce qui
regarde l'Eſprit , devroit m'engager
120 MERCURE .
ger à vous en faire l'Eloge, mais les
Ouvrages que nous avons de luy en
diſent plus que je ne pourrois vous
endire.
Enfin, Madame, j'ay trouvé moyen
de vous fatisfaire ,& je vous
envoye deux Airs notez que vous
ne regarderez , s'il vous plaiſt, que
comme un eſſayde ceux que j'auray
ſoin de vous envoyer tous les
Mois. Voicy les Paroles du premi.
erque je mets icy ſans les noter, afin
que vous les puiffiez lire d'abord
fans embarras .
AIR NOUVEAU.
T
'On Troupeau , Sylvie,
Peut seul t'engager.
Tupaſſes la vie
Sans prendre un Berger.
Soûpire , Cruelle,
Pour des soins plus beaux
Un Berger fidelle
Vaut mille Troupeaux
Cet
pag.120.
ta vi- e fans prendre unBer-
66
ta viefansprendre unBerauxunAmantfi-
del-levaut
6 6 56
X
aux unAmiantfi -del-le vaut
5
ville troupeaux sou- peaux
5
W
lle troupeauxfou - peaux
1
S
$.
S
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,
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2
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S
3
1
1
C
Pe
y
e
r
r
1
e
f
GALANT. 121
Cet Air eft d'un Maiſtre eſtimé
des Perſonnesde la plus haute quali.
té, &comme elles ont le gouftbon,
je ne doute point que ſes Ouvrages
ne meritent les éloges qu'elles leurs
donnent;mais vous pouvez vous en
éclaircir par vous-meſme,jettez les
yeux fur la Note. Vous ſçavez parfaitement
la Muſique , & il ne vous
faut qu'un moment pour connoi.
ſtrela beauté de celle-cy.
. Jepuis vous aſſurer,Madame,que
touteſt nouveaudans cetAir,& que
je ne vous envoyeray rien de cette
nature qui ait eſté veu dans le monde
avant que vous le receviez. C'
eſt ce qui m'a empeſché de faire
graver un fort bel Air de Mt de la
Tour, qui comme vous ſcavez tient
rang parmy les premiers Maiſtres
deMuſique. J'ay déja entendu parlerdecet
Airen quelques endroits,
& je prétens que vous puiſſiez dire
que vous aurez chanté lapremiere
tout ce que vous trouverez dans
Janvier.F
mes
122 MERCURE
mes Lettres , ſi ceux qui me le donneront
me tiennent parole. Je ne
veux pas cependant vous priver
des Paroles fur leſquelles Mr de la
Tour a travaillé . Elles vous plai.
ront beaucoup , fi elles vous plai.
fent autant qu'elles font icy ; mais
comment ne vous plairoient- elles
pas , puis qu'elles font de l'illuftre
Perſonne qui ne nous donne jamais
rien que d'achevé ? Elles ont un
tour qui vous feront connoiſtre
aiſement le merveilleux génie de
Madame des Houlieres .
AIR .
TRrisfur la Pougere,
Dans unpreſſantdanger,
Afontemeraire Berger
Difoit toute en colere?
Qu'estdevenu,Tirſis , cet air respectueux ,
Qui d'un parfait Amant est le vray cara-
Etere?
Entre deux coeurs, dit- il , brûlez des mesmer
:
feux,
Ilest certains momens heureux Où, ma
Bergere,
Ilnefaut estre qu'amoureux.
Voyez
*
*
Quoyrien nepeutvous
هن
terpourcourir a-1
7
bo
reuxque la t'er
ge fes fe
HJus
7-
t'e
GALANT.
123
Voyez , Madame , ſi rien peut
ſtreplus agreablement tourné que
es Paroles. En voicyd'autres dont
'ous allez trouver l'Air noté.
AIR NOUVEAU.
QUoy, rien ne vous peut arreſter?
L'Amour cedeàlaGloire,
Etvous voulez me quiter
Pourcourir apres laVictoire ?
Rend-elleun Vainqueurplusbeureux
Quelatendreſſe
D'uneMaistreffe
Qui partageses feux ?
+
;
Jeprétens que vous me ferez un
ort grand remerciement de cet
ir , puis qu'il eſt de Mr Charpener
, fameux par mille Ouvrages
ui ont eſté le charme de toute la
rance , & entr'autres , par l'Air
es Maures du Malade Imaginai-
, & par tous ceux de Circé& de
Inconnu. Il a demeuré longtemps
n Italie , où il voyoit ſouvent le
hariffimi , qui eftoit leplus grand
F2 Mai-
>
1
124
MERCURE
Maiſtre de Muſique que nous ayons
eu depuis longtemps. Vous avez lú
les Paroles de l'Air de M² Charpentier
, voyez les notées .
Jepaſſe à l'Enigme. C'eſt un Jeu
d'eſprit qu'il ſemble que le Mercu
re ait mis à la mode . Le Rondeau,
le Virelay,la Balade,& les Bouts-rimez
, n'ont jamais tant fait de bruit
enleur temps, qu'en font les Enig
mes . Elles deviennent le divertiſſe.
ment de toute la France;& le grand
nombre de Lettres que je reçoy
chaque Moisde ceux qui cherchent
à les deviner , me fait connoiftre
que ce n'eſt pas fans plaiſir qu'ils
s'y appliquent. A peine vous eusje
envoyé ma Lettre du Mois pafſé
, dans laquelle vous trouvaſtes
l'Explication de celle des Conféderez,
quej'en reçeus encor pluſieurs
autres de quelques Provinces éloignées.
Il n'y en avoit point qui
ne fuſt pleine d'eſprit , mais fur
tout celles qui en faifoient tomber
le
GALANT. 125
We ſens ſur le Melon , la République de
aveHollande & une Fourmilliere , eftoallient
admirables. Je ferois un long
Article , ſi je vous mandois tout ce
un qui m'a eſté écrit de l'Enigme du
MeMois de Decembre. Voicy ce que
noceuxqui n'en ont pastrouvéleMot
uten ont dit , mais avec tantde juſteſel
ſe pour le fens qu'ils luy ont donné,
Equ'il eſt preſque Vers pour Vers .
ertMr de la Monnoyeapres l'avoirexgpliquée
ſur le veritable , l'a tournée
ren ſuite fort ingénieuſement ſur le
- Mercure. Une Dame de Creſpy a
crû que c'eſtoit une Queſtenſe. Me
le Comte de l'Aubeſpin qui a deviné
toutes les autres , a prétendu
que ce fuſt Caresme - Prenant ; M
l'Abbé Flanc , l'Hyver ; &unejeune
Demoiselle de quatorze ans , qui
eſt tout eſprit , en a fait une Explication
ſi naturelle en faveur de la
Tubéreuse , qu'elle m'a preſque perſuadé
. J'en ay reçeu une autre en
Vers , qui fait voirque ce doit eſtre
F3
la
126 MERCURE
de
la Mode. Cependant le veritable
Mot eſt celuy que vos Amies ont
trouvé. Il m'avoit efté envoyé le
jour précedent parun Chanoine
de Rheims , qui eſt le premier qui
l'ait deviné ; & dés le lendemain
on m'apporta ce Rondeau , qui
Papprendra à ceux qui n'ont pas
voulu ſe donner la peine de le chercher
, ou qui l'ont cherché inutilement.
SUR L'ENIGME DU X.
Tome du Mercure.
C'E
RONDEAU.
Eft uneEnigme on maintsraresEſprits
Auront esté peut estre un peu furpris .
Pourmoyquifuis Sorcier à la douzaine,
Al'expliquerj'employe en vain ma peine,
Mal-avisé de l'avoir entrepris.
Pourdé couvrir les deſſeins de Loüis
On voit ainsi reſverſes Ennemis ;
Mais fur ce point la recherche est fort vaine.
C'est une Enigme.
Si
GALANT. 127
Si faut- ilbien trouver le ſens précis
Decelle - cy ; la Gloire en est leprix.
Ah ! le voicy ; j'en suis tout hors d'haleine .
L'Autheur nous veut donner en bonne Etrenne
LeJour de l'An , ſi jel'aybien compris
C'est une Enigme.
Je ne vous parle point d'un Solitaire
du Païs du Maine, d'un autre
de Saint Giraud,d'uneDemoiselle
deTroyes,&dequantitédePerſonnes
de pluſieurs Villes diférentes
quiont aufficonnu que les Vers de
cette Enigme ne ſignifioient rien
autre choſe que le premier Four de
l'Année. Envoicy l'Explication par
d'autres Vers dont vous trouverez
le tour auſſi aiſé qu'agreable. Il ſont
de Mr Couture de Caën.
Cette Enigme si bien tournée Eft le premierFFour de l'Année.
S'il eſt aiméde l'un, de l'autre il ne l'est pas;
Sur tout il est hay des Vilains , des Ingrats,
Quin'ontpointdeplus grandes gènes
F4
Que
128 MERCURE
1
Que quand le temps arrive où l'on parle d-
Etrennes ;
Aulieu qu'on voitàl'envy les Amans
S'expliquer tous par leurs préfens,
Etprendrefoinde ce qu'ils doiventfaire,
Car ilfaut profiter du temps
Enmatiere d'amour , plus qu'en toute autre
affaire.
Tous ceux àquil'onfait la Cour
Seroient plus heureux,fi ceFour
Avoitunpeuplusde durée;
Mais fon Cadetle Fourqui fuit
L'attenddane lefilence , &le preſſe àminuit,
Ilnepeutplus tenir,ſa perte eſt aſſurée .
Ilmeurt, mais pour renaiſtre enfinune autre
fois,
C'est à dire apres douze Mois ;
Ses heures estoient làbornées.
Mais comment est - il vieux ? comment chargéd'années
?
Enunmot,tousſes Ansl'un ſur l'autre entaſſez,
Ce-font tous les Siecles paſſez.
Cen'est pas la ſeule Explication
qu'onm'ait envoyée en Vers , mais
c'eſt la premiere que j'ay reçeue,
&
GALANT. 129
& j'ay crû luy devoir la préference
#par cette raiſon. Voicy cependant
une nouvelle Enigme fur laquelle
Thvos Amies pourront s'exercer. Elle
eftdeMr Robinet , qui avoit trouvé
leMot du premierJour de l'Année
, &de quijetenois ce que vous
avez veu il ya quelques Mois ſur la
に
LettreR.
ENIGME.
Fis CE ſuis du Sexe aimé, du Sexe féminin ,
Mais tous mes membres font du Sexe
masculin.
Sans estre monstrueufe ainsi que plufieurs
Bestes,
F'ay quatre fois vingt pieds , & quatre fois
Deux fois quarante bras , autantd'oreilles,
dix teftes,
d'yeux.
Pourmes langues l'uſage en est mystérieux
Comme à moins qu'eſtre bonne on nem'en
foufre aucune,
Toutes celles que j'ay n'agiſſent que pour
:
こune,
F5
Qui
130
MERCURE
Qui d'un grand nombre d' ans precedanz
mon employ,
Quoy quemapropre langue, estoit née avant
moy.
Cequejecompteicydediverſes parties,
Aquatre fois dix Corps les fait voir afſforties;
Mais ces quatre fois dix , pardesçavants
accords,
Ne me forment qu'un seul & numeraire
Corps.
Jeme vests en Manteau , Fuft'au corps
Soutane,
FeporteHabitfacré,jeporteHabit profane,
Mille honneurs'éclatans me mettent encrédit,
On me voit Mortier , Mitre , & Pourpre&
Saint Efprit,
Jesuis également &de plume &d'épée,
Etjepuis par lesdeux enfin eſtre occupée ;
F'ay place bien souvent dans la Maiſon
d'unGrand,
Qui n'a pointfon pareit dans fon fublime
rang;
F'ayquantitéd'Enfans, laplupart en Familles
;
Mais entre tant d'Enfans j'ay ſeulement
deuxFilles,
Quiltiennent deleur Mere, & qui , dit- on,
font voir
Qu'en
GALANT.
131
i
Qu'enpartage elles ont le talent du Sçavoir.
Fe compose &m'explique en divers Idiomes
D'Aristote ,j'entens les doctes Axiomes.
Epique , Dramatique, Elegie & Sonnet,
Satyre , Ode & Rondeau , fortent de mon
Cornet.
Enfin rien ne me borne enmongenre d'écrire
;
Cependant fi de moy je dois icy tout dire,
Aveotant de talens dontj'acquiers un grand
nom,
F'en suis àlapremiere &plus fimple Leçon.
Si cette Enigme embaraſſe vos
Amies par ſa longueur , elles auront
àchoisirde cette autre qui n'eſt que
de quatre Vers , & qui a eftéfaite
parune belle Perſonne de Vernon.
F
ENIGME.
Amais par moy lieux bas nefurenthabitex,
Mon Corps eft agiſſantfans vie,
Etl'onme voittourner les yeux detous coftez,
Quoyquede regarder je n'aye aucune envie.
F6 Vous
132 MERCURE.
Vous n'en ferez pas quite pour
ces deux Enigmes. Jettez les yeux
fur les diverfes Figures qui font repreſentées
dans ce que j'ay fait graver
icy . Elles compoſent unCorps
Enigmatique dont je vous laiſſe le
nom àtrouver. Il n'y a rien de nouveau
en cela ,&tous les Ans on expoſe
en public diférens Tableaux
des meilleurs Maiſtres , qui font autant
d'Enigmes à expliquer.
J'aygrandeimpatience de ſçavoir
quel ſens vos Amies auront donné
aux Figures qui vous font icy
repreſentées . Quoy qu'elles devinent
preſque toûjours fort heureufement
, ces fortes d'Enigmes les
doivent embaraffer un peudavantage
que celles qui leur expliquent
la nature de la chose dont on leur
laiſſe le Nom à trouver. Mais c'eſt
trop vous arreſter ſur des matieres
obfcures , quand je dois me hâter
de vous apprendre ce que je tçay
qui vous cauſera de lajoye.Le Roy
adonGALANT.
135
iere ,Chanoine de la Cathédrale
de Pamiers , & Prieur de S. Jean
Falguay. Il eſt Fils d'un Conſeiller
d'Etat ordinaire, & vient d'une des
plus anciennes & des plus nobles
Familles de la Robe. Elle a don
né depuis pres de trois cens ans des
Préſidens & des Conſeillers auParlementde
Paris,fans parler des Maiftres
des Requeſtes , Intendans &
Maiſtresdes Comptes , qui en font
fortis.
Je finie cet Article par Madame
De Maistre de Grandchamp ,que Sa
Majesté a nommée à l'Abbaye de
Charonne. Elle estoit Prieure de
Doſme en Champagne. Il y a peu
de Filles d'unevertu&d'une pieté
auſſi genéralement reconnues , &
vous conviendrez de fon merite,
quand vous fçaurez qu'un de ſes
moindres avantages eſt celuy d'eftre
de cette ancienne Famille des
leMaiſtre,illuſtre partant degrands
Hommes qu'on y a veus Premiers
Pré-
1
:
136 MERCURE
h
Préſidens, Gardes des Sceaux, Ambaſſadeurs,&
Cardinaux . Ces marques
de l'eſtime d'un grand Roy
auroient dequoy fatis-faire , fi la
mort ne mettoit pas fin à toute forte
d'honneurs . Elle nous a enlevé
pendant ce Mois-cy Monfieur le
Duc de la Force , Madame la Marquiſe
de Sablé , Madame la Du.
cheſſede Bournonville, & Madame
la Comteſſe de Drubec.
Mr le Duc de la Force a veſcu
pres de quatre-vingts ans. Nomparde
Caumont eſt le Nom de ſa
Maiſon. Il avoit fervy en pluſieurs
grandes occaſions ſous le Mare-
Ichal-Ducde la Force ſon Pere, qui
fut un deplus grands Hommes de
fon Siecle . C'eſt luy qui prit Pignerol
, défit les Eſpagnols ou Combat
de Carignan , contribuaà la Levée
du Siege de Caſal, ſe rendit maiſtre
deMoyenvic,prit laMothe en Lor
raine , fit lever le Siege de Philisbourg,
ſecourut Heydelberg , prit
Spire,
GALANT. 137
Spire,défit les Troupes du Prince
Charles de Lorraine en pluſieurs
rencontres , & celles des Comtes
Picolomini &de Naſſau . Il fut fait
Duc & Pair en conſidération de
tant de ſervices , & commanda les
Armées du Roy en Piémont, en Allemagne&
enFlandre. Il ſe maria
trois fois , & entra par là en pluſieurs
grandes Alliances.
Madame de Sablé Veuve de
Monfieur de Laval, Marquis de Sablé
, qui fut Fils unique du Mareſchal
de Boiſdauphin Gouverneur
d'Anjou, eſt morte environ au meſme
âge que Monfieur le Duc dela
Force. Elle estoit Fille de Monfieur
le Mareſchal de Souvré Gouverneur
de LoüisXIII. Premier Gentilhomme
de ſa Chambre , & Gouverneur
de Touraine.Elle eut pour
FilsMrs les Marquis de Boiſdauphin
&de Laval, & Monfieur l'Eveſque
delaRochelle,qui vit encoraujourd'huy.
Ces deux premiers ont finy
leurs
138 MERCURE
:
leurs jours en ſervant le Roy dans
ſes Armées , où ils ont fait voirune
valeur qui ne démentoit point cel.
le des Illuſtres Ayeux dont ils defcendoient
, & le dernier eft regarde
par tout comme un de ces grands
Prélats dont la conduite eſt l'édification
des Peuples , & l'exempleune
leçon parlante à tous ceux qui
font dans la meſme Dignité . Onre.
marqua dés la plus tendrejeuneſſe
de Madame la Marquiſe de Sablé
tantd'eſprits, tant de difcretion, &
tant d'agrément dans toutes ſes a-
Etions , qu'elle fut admirée de tout
cequ'il y avoit de conſidérable àla
Cour , & honorée de la confiance
particuliere de Mesdames Filles de
France . La douceur de ſes moeurs,
ſon inclination bienfaiſante , & fes
promptes & vives lumieres qui luy
faifoient deméfler en un moment
les choſes les plus embaraffées , luy
avoient attiré l'eſtime & l'affection
de tout le monde. Il y avoit peu
de
GALANT. 139
dePerſonnes affligées qui ne trouvaffent
en elle de la confolation,
chacune ſelon ſa fortune. Elle compâtiſſoit
àleurs peines, les ſoulageoit
par ſes paroles, par ſes conſeils , par
ſes Amis ,& ſouvent par ſa liberalité.
Elle avoit l'ame d'une Souveraine
, & c'eſt ce qui luy avoit fait
meriter la bienveillance de Monſieur&
deMadame , qui luy en ont
fait paroiſtre beaucoup juſqu'à la
findeſes jours, comme ſi Leurs Alteſſes
Royales avoient voulu couronnerpar
leur eſtime ce qu'en ont
eu pour elle les Perſonnes du Royaume
les plus Illuſtres en naiſſance
, en ſçavoir & en pieté. CetEſprit
ſi éclairé qui la rendoit capable
des plus grandes chofes , ne l'a quitée
qu'avec la vie , & elle a donné
juſqu'à la mort des marques d'une
admirable ſageſie & d'une ſolide
vertu.
Madame la Ducheſſe de Bournonville,
Veuve duDucde cenom
1
qui 1
140 MERCURE
qui a eſtéGouverneur de Paris ,eftoit
Fille de Monfieur de la Vieuville
, Chevalier de l'Ordre , autrefois
Sur- Intendantdes Finances , &
Soeur de Mr le Duc de laVieuville,
Chevalier d'Honneur de la Reyne
&Gouverneur de Poitou. Quand
elle n'auroit pas eu toutes les bonnes
qualitez qui la rendoient conſidérable,
elle l'auroit toûjours beaucoup
eſté pour eſtre Mere de Madame la
Ducheſſe d'Ayen, qu'un vray merite
joint à une treshaute vertu , fait aujourd'huy
regardercomme uneDamedesplusaccompliesde
fonSiecle.
Madame la Comteſſe de Drubec
eſtoit de la Maiſon de Choiſeul , &
Soeur de feu Monfieur le Mareſchal
du Pleſſis . Elle a laiſſé trois
Fils , Mr le Comte de Drubec ,
Mr le Marquis de Valſemé qui
commande les Chevaux Legers de
Monfieur , & Mr l'Abbé de Drubec.
Ce dernier a fait pluſieurs
g randes actions publiques qui luy
ont
GALANT.
141
ont acquis beaucoupde reputation.
Ce ſeroit icy le lieude vous parler
d'une Belle qui eſt morte d'amour
pour ſon Mari. C'eſt une avanture
qui faitbruit,& elle eſt d'autant plus
remarquable , qu'ilyapeu de Femmes
qui veüillent mourir à force d'-
aimer; mais il mefautplus de temps
qu'il ne m'en reſte pour vous écrire
toutes les circonstances d'une
Hiſtoire que beaucoup de Gens
croyent ſçavoir , & qu'ils défigurent
preſque tous en la racontant.
Ainfi , Madame , je la remets jufqu'auMois
prochain ,& ne prétens
point paffer celuy- cy fans vousdire
deux mots de Guerre. Nos Braves
ſeplaindroient avec raiſon, fije laiffois
repoſerma plume tandis qu'ils
font agir leur valeur. Mr le Marquis
de Bouflairs fait tout les jours
parlerdeluy àFribourg,& on a peineàcroire
ce qui ſe ditdes Partis de
defaGarniſon qui s'ouvrent paſſage
dans des lieux qu'on avoit crûs juſque
142 MERCURE
que là impenetrables. Mr Blanque
Lieutenant Colonel du Regiment
de Roüergue , qui commandoit
dernierement un de ſes Partis, a fait
merveilles à la teſte de deux cens
cinquante Hommes. Mr d'Artault
Capitaine des Grenadier , & Mr de
Montomer Capitaine de laMarine,
ſe ſont extrémement diftinguez; ils
ont fait quantité de Priſonniers ,défait
toutes les Gardes avancées des
Ennemis , & par là ruiné tous leurs
deſſeins . Partis de Maſtric continuënt
de leur coſtéà faire des prifes
; & Mr de Clainviliers qui commandoit
un Party de la Garniſon
d'Ath, a défait trois cens Hommes
qui vouloient entrer dans Mons.
Les Ennemis employoient tous
leurs foins à faire fortifier N. Damede
Hal ; pluſieurs Perſonnes y
travailloient ; mais quoy que cette
Place quin'eſt pas éloignée de
Bruxelles , leur foit de la derniere
importance , le ſeul bruit de
la
GALANT.
143
amarche de Mt le Mareſchal de
Humieres , les a obligez de ſe reticer
avec autant de précipitation
qu'ils montroientd'ardeur à ſe mettre
en état de nous refifter. Pendant
qu'ils abandonnent leurs Fortificarions
, nous en faiſons de nouvelles
à Fribourg , Scheleftat , & S. Guilain.
Il n'appartient qu'à la France
defaire tantde choſes àlafois ,& de
triompher de tant de Puiſſances
Souveraines. Elle fonge à tout , elle
prévoit à tout , & ilſuffit qu'elle
entreprenne pour pouvoir ſe répondredu
ſuccés. Monfieur le Mareſchal.
Ducde la Feüillade eft party
pour Toulon. Il s'y doit embarquer
, &pafferde là àMeſſine. Ila
mené avec luy Mr le Chevalier de
Luzancy , & Mrs deCandau , deS.
Remy , & de Menevillette , Ofciers
auxGardes .Comme il ſe connoiſt
en Braves , il n'a choiſy que
des Gens capables de le ſeconder.
Jeviensd'apprendre preſentement
:
1 que
144
MERCURE
que Me le Marquis de Bouflairs a
remporté de grauds avantages du
coſté de la Suabe; mais n'eſtant pas
encor inftruitdes particularitez,je
les reſerve pour le Mois prochain.
Tous nous Braves ne meurent pas
à l'Armée , & c'eſt aſſez d'y braver
lamort, pour ne l'y pas rencontrer.
M Macline Lieutenant deRoyde
Maſtric,&ColonelduRegimentde
Piémont, apres trente deux années
deſervices ,pendant leſquelles il a
eſſuyé toute forte de périls,a finyſes
jours dans ſon Lit,& eſt mort com.
meil a veſcu . Mª Betou qui avoit la
Lieutenancede Roy de Charleroy,
a eu celle de Maſtric ; & on a donné
le Regiment de Piémont à M
Voiſin Capitaine aux Gardes , Fre.
redeM Voiſin Avocat General du
GrandConfeil&Oncle de Mr Voi
fin Conſeiller d'Etat. Me de Caillavel
a eſté fait Ayde Major des
Gardes en la place de feu Mr de Pierrebaffe
; & Mr le Cherde Romefny
GALANT.
145
ny a obtenu la Lieutenance aux
Gardes de Mt de Cigonne.C'eſt par
ces récompenſes que leRoya voulu
faire connoiſtre qu'il ſe ſouvenoit
des ſervices qu'ils luy avoient
rendus en pluſieurs Campagnes , où
ils ont donné des marques de leur
valeur , & principalement auSiege
de S. Guilain. Mª d'Argonysa eu
la LieutenanceColonelle du Pleflis.
J'ayoubliéjuſqu'à aujourd'huy
à vous dire que lors que Mrs de
Rubantel & de Tracy furent faits
Mareſchaux de Camp , Mr le Maquis
de la Frezeliere Lieutenant
General de l'Artillerie , fut auſſi
nommépar Sa Majesté pour le mefmé
employ. J'ay ſi ſouvent parlé
de luy , & des choſes ſurprenantes
qu'ila faites , qu'il n'y apoint d'Officier
qui vous doive eſtre moins
inconnu. Mr de la Plegniere -He-
-bert eſt party depuis peu de jours
pour aller prendre poffeffion du
- Gouvernement de la Citadelle
d'Ar-
Janvier. G
t
:
:
146
MERCURE
d'Arras que le Roy luy a donné. Il
cſt Brigadierdes Armées de Sa Majefté
, & Lieutenant Colonel du
Regiment de Piémont. Il commandoit
à Tongres dans la premiere
Année de cette Guerre ; & la mani
ere dont il s'eſt ſignalé à la défenſe
de Maſtric , & particulierement àla
repriſe du Baſtion Dauphin , a fort
augmenté la gloire qu'ils s'eftoit
déja acquiſe en pluſieurs autres oc
caſions , depuis plus de vingt- cing
années de ſervice.
Je vous ay déja fait ſçavoir , Madame,
ſur cequi regarde Monfieur
le Tellier, que ſes LettresdeChancelier
avoient eſté enregiſtrées , &
j'ay à vous entretenir aujourd'huy
de la publication de ces meſmes
Lettres qui fut faite il y a troisjours.
Mª Pajot , un des plus celebres Avocats
du Parlement , parla fur cette
matiere avecun applaudiſſement
univerſel. Il dit que c'eſtoit parti-
*culierement dans la mauvaiſe fortune
GALANT. 147
tune que le Sage ſe faiſoit connoiſtre;
mais que Monfieur le Tellier
avoit toûjours paru tel &dans les
profperitez & dans les adverſitez,
&qu'il n'avoit pas moins remplyles
devoirs deMagiſtrat & d'Homme
d'Etat , qu'il avoit glorieuſement
fatisfaità ceuxdePere parl'éducation
de ſes Enfans. Il tombadelà
fur l'Eloge de Monfieur de Louvoys
, & fit voir qu'il executoit les
Ordres du Roy avec un zele fi
prompt&une activité ſi poinctuelle,
que les chofes ſe trouvoientprefque
toûjours faites dans le meſme
temps qu'elles avoient eſté réſolues.
Il n'oublia rien de ce qui
de peut dire fur l'ardeur infatiga.
blede ce Miniſtre , & ajoûta que
fi Monfieur le Tellier avoit donné
unFils à l'Etat dont les grands fervices
contribuoient tant à ſagloire,
il en avoitdonné un autre à l'Egliſe
dont elle ne tiroit pas un moindre
avantage. Il auroit pouffé cette loü-
G2 ange
:
148
MERCURE
!
ange plus loin , ſans la préſen -
cede Monfieur l'Archeveſque de
Rheims qui l'écoutoit , & dont il
dit qui il craignoit de faire foufrir
la modeſtie. l'Indiſpoſition de M
Talon Premier Avocat General,
fut cauſe qu'il ne parla point , & ce
qu'il doit dire là deſſus eſt remis.
Vous ne ferez point fachée ſansdouted'entendre
aujourd'huy parler
la Juſtice au lieu de luy. Oyez
ce que Madame de Villedieu luy
fait dire. Tant d'Ouvrages que
nous avons d'elle , écrits avec autant
de délicateſſe que de netteté
, vous donnent une affez forte
aſſurance qu'il ne peut rien partir
d'elle , qui ne ſoit fort digne d'eſtre
écouté .
EXGALANT.
149
EXCLAMATION
de la Juſtice ſur le choix que
le Roy a fait de Mr le Tellierpour
eſtre Chancelier de
France.
Enfin, grand Jupiter voicy lejourbeureux,
Oùdepuisfi longtemps, aſpiroient tous mes
Voeux.
Fe voy l'ordre Eternel qui gouverne la
France,
Remplirpour ce cher lieu ma plus douce eſperance,
Ettamain conduisant le plus grand deses
Rois,
LeSage LETELLIER administrer mes
Loix.
Déja quand par les ſoins quetu prensde
LaTerre,
Tu fis nommer fons Fils Ministre de la
Guerre,
Je crûs que pour m'offrir un Empirenoubeau,
Tullus Hoftilius fortoit de ſon Tombeau.
Le droit detout ofer, la licence impunie,
:
:
G3 Qui
150
MERCURE
Qui d'entre les Guerriers ſembloit m'avoir
bannie ,
Aufeulnom de Loüis, prononcépar Lou
voy,
Comme Ennemis vaincus s'enfuirent de-
Vant moy ;
Fe-visſous l' Etendart la plus fiere jeuneſſe
Soumettre ſes ardeurs aux Loix de la Sageffe;
Les Pavillons du Prince & de fon General,
Neseplanter au Camp qu'apres monTribunal;
Mais que ne vois-je pointdans ce jour ſalu.
taire ?
Fe voy la Loy Civile , & la Loy Militaire.
Ranger ſous mesme eſprit ces deux divers
Eftats,
Et le Pere & le Fils devenir mes deuxbras.
Tume les asdonnez, ô Prince incomparable,
Monarque, qui des Dieux es l'organe adorable.
Tu joins cejuſte choix à tant dechoix divers,
Qui s'ont déja rendu l'honneur de l'Univers.
Qu'àjamais fur tes choix les lumieresdivines
Prennent duſein des Dienx ainſi leurs origines
;
Paix,
Qu'àjamais tes projets & de Guerre & de
PuisERCURE
GALANT .
151
FerriersJonas Puiſſent ainfiremplir mes plus ardens ſouhaits,
15 ,prononcé pail Et puiſſe par ses Voeuxla France fortunée,
Obtenir fi long- temps ta mesme destinée,
ncus s'enfuites Que pour un Siecleentier la preferant aux
Cienx,
La plus fiere in Fe fuive de Loüis tous les pasglorieux,
ux Loix del
J'ajoûte àces Vers un Anagramdefon
Gur me qui a eſté fait pour Mademoi-
'apresm™ felle. L'Anagramme, comme vous
ſcavez, eſt une Villede l'Empirede
ascejour la Poefie , &la Cartequevous en
Loy Mili avez veue vous a fait connoiſtre
sdeux dans quelle Province elle eſt ſituée.
res deux ANAGRAMME соmра
ganea
Sur le Nom de S. A. R.
boixdi MADEMOISELLE.
PUN MARIE- LOUYSE D'ORLEANS,
ieres LIEN DE ROYALES AMOURS,
deuss Merveilleusſe Princeſſe , aimable &
fortunée,
yeb Vous estes l'ornemët le plus beau de nos jours,
Pour Seavoir le bonheur de vostre destinée,
Pu
Ne
152
MERCURE
Ne confultons jamais les Aſtres , ny leur
Colurs.
On voitdans vosbeauxyeux pour qui vou
estesnée,
On litdans vostre Nom voſtre heureuxHymenée,
Puis que Lettre pour Lettre ony verra
toûjours
LIEN DE ROYALES AMOURS.
J'en croirois plutoſt cet Anagramme
, quipromet une Couronne
à une Princefle quiest née pour
laporter,que toutes les Prédictions
de l'Almanach de Milan, quoy qu'il
ſemble que tout ce qu'il a prédit
depuis trois ans ſoit arrivé , & qu'il
ait acquis tant de crédit , qu'il eſt
devenu à lamode pour les plus belles
Ruelles où tout lemonde le lit
comme un Livre de galanterie.
Celuyde cette Année fait voir qu'-
entre pluſieurs grands évenemens,
ledernier avoit marqué le Mariage
duPrince d'Orange. Si un Epitalame
Latin pouvoit entrer dans mes
Lettres, que preſque toutes lesDames
GALANT.
153
COUTS.
Ip MERCURE
meslifentapres vous, je vous envo-
Nicconfondantsjamaisas Aid, "yerois celuy queMe de Zuylichem Onvoitdansvosbeauxyeux paryi a faitfurceMariage. Onm'en fait
efperer une Traduction Françoiſe,
On litdansvostreNom votre beuren& vous ferez aſſurément une des
eftesnée,
menée,
LeRoy
premiersqui la verrez. Je croy que
is que Lettrepour Lettre on ) 'je puis loüer l'Autheur de ce bel
toûjours
ne fait point la
EN DE ROYALES AMO Ouvrage.
guerre à l'Eſprit , & il a ſouvent
n croirois plutoft cet donnépenſionàdesEtrangerspour
e, quiprometune Courécompenfer desTalens extraordi
Princefle qui eft née naires. Celuydont jevousparleeſt
uetoutesles Prédicrres-âgé. C'eſt ce fameux Mr de
ch deMilan, quoy Zuylichem, à qui feu Mr de Balzac
tout ce qu'il aplatant adreſlédeLettres. Il eſt Pere
asfoitarrivé , & de Mr Huguens , dont la réputade
crédit, qution eft fi bien établie en France,
depourlesplus & qu'on tient avoir eſté PInvenout
lemandelteurde la Pendule.
e de galante Ce mot de Mariage me fait ranée
fait voirepelereeluyde Monfieur leMarquis
Is évenem de Livry , qui épouſa Mademoiselle
éle Mar de S.Aignan au commencementde
unEpis cette Année. Il eſt d'une ancienne
er dans Nobleffe,qui fe connoit & par un sles
H Car154
MERCURE
P
fo
ne
Cardinal de ſa Maiſon ,& par les
Charges confidérables queſes Prédeceſſeurs
ont toûjours euës à la
Cour. Mr Sanguin ſon Pere eft
Premier Maiſtre-d'Hoſtel du Roy;
&l'eſtime particuliere dont Sa Majeſté
l'honore , retombe ſur Mule
Marquis de Livry , qui eſt Maiſtre
de Campd'un Regiment de Cava
lerie , & qui s'eſt ſignalé dans la R
Guerre en diférentes occafions. I
a de quoy plaire par ſa Perſonne, &
onnepeut fairedes galanteries aufi
àpropos qu'il en a fait pourMade
moiſelle de S. Aignan depuis fon
Mariage arreſté, ſans eſtre naturellement
libéral , & avoir autantd'eſprit
que d'amour. Madame la Marquiſe
de Livry ſa Femme eſt belle,
bienfaite,civile,obligeante, a de l'efprit
, beaucoup de vertu , & une
grandedouceur , quoy que meflée
d'une fierté neceſſaire àcellesdefon
rang , qui fait connoiſtre en meſme
temps cequ'elleeft,&qu'elle n'ignorepas
MERCURE
GALANT .
155
de laMailin, at repace qu'on doit à ſa naiffance.L'-
fidérablesquels affluence des Perſonnes de la plus
attoujours eues hautequalité qui funt venuës com-
Inguin fon Pot plimenter Monfieur le Duc de
e-d'Hoteldus S. Aignan fur ce Mariage , eſt une
culieredont marque de la veritable eſtime où
retombe fur fon merite Pa mis par tout. Elle eft
ry, quielt fi genérale , que comme il a l'hon-
Legiment de neur d'appartenir de fort pres aux
ffignalé deReynes de Portugal &dePologne,
res occafion& à Madame Royale de Savoye,
faPerfonsleurs Réſidens ont prévenu d'aalanteriesbord
leurs intentions par des civi-
Lit pourMitez qu'ils n'ont point douté qu'il
man depune leur duſt eſtre ordonné de faire.
eftre nat La Nopce ſe fit à l'Hoſtel de S. Aibirautasgnan
avec une magnificence à la
damela quelle il ne ſe peut rien ajoûter. Il
mechay eut plusieurs Tables feuer
nte, ad propreté égalalaprofuſion &ladéli
u, &cateſſedes Mets;& fi le gouſt fut flalem
té, les oreilles nelefurent pas moins
desde par une fort agreable Muſique. Il
me ne faut pas s'étonner de la ſomptuofité
de cette Feſte. Monfieur le Duc
H2 de
156
MERCURE
de S. Aignan fait ſi bien les choſes,
quetout n'ypouvoit qu'eſtre & magnifique&
bien ordonné.
Je vous envoye ce qui s'eft im.
priméde nouveau pendant.ce Mois,
c'eſt àdire la troiſiéme Partie de
l'Heroine Mousquetaire , que vous
trouverez écrite avec le meſme agrément
que les deux premieres,
&la ſeconde Partie des Sevarambes.
Ce ſont des Peuples que l'Autheur
⚫nous peint affez raiſonnables dans
leurs manieres , pour faire naiſtre
l'envie de les aller connoiſtre de
pres , ſi c'eſtoit un Voyage aiſé. Il
diverſifie ce qu'il nous dit de leurs
moeurs , d'Histoires du Païs fortdivertiſſantes
, & vous ne regreterez
point le temps que vous donnerezà
cette lecture .
Pour ce qui regarde le Theatre,
la Troupe de Guenegaud a joüéla
Dame Medecin de Mr de Montfleury
; & celle de l'Hoſtel de Bourgogne
, le Comte d'Effex , que je vous
manGALANT.
157
manday la derniere fois qu'elle promettoit.
Jenem'eſtois point trompé
, vous diſant qu'il n'y avoit rien
de plus touchant que cette Piece .
Elle a déja couſté bien des larmes à
de beaux yeux , & c'eſt une affez
forte marque de ſon ſuccés. Ce
n'eſt pas qu'elle n'ait euladeſtinée
de tous les Ouvrages qui ont le mi.
eux réüſſy. Onlescritiqued'abord,
& ceuxqui mettent le belEſprit à
n'approuver jamais rien , ou qui
veulentquetout ce que leurs Amis
n'ontpas fait ſoit àrejetter,nemanquent
pas de paſſer Arreſt de con.
damnation le premierjour. On en
a uſé de la meſme forte à l'égard du
Comte d'Eſſex. Une douzainede
Vers qu'on a prétendu eſtre négli.
gez , a fait dire aux uns & aux autres
, qu'il ſeroit encor plus promptementcondamné
en France,qu'il
ne l'avoit eſté autrefois en Angleterre.
Onl'apublié, on l'a écrit en
Province. Cependant les grandes
H 3 Affem-
1
158 MERCURE
Aſſemblées y continuent , & il n'y
a pas d'apparence qu'on les voyeſi
toſt ceffer. Leurs Alteſſes Royales,
Monfieur & Madame , ont honoré
laRepréſentationde cette Piece de
leur préſence ; &apres les loianges
publiques qu'ils luy ont données,
onpeut dire qu'elle n'a beſoind'aucun
éloge. Lagloire en eſt d'autant
plus grande pour Mr de Corneille
lejeune , que ne prévenant jamais
les fuffrages ny pardes lectures ny
pardes brigues, il peut s'aſſurer que
ce qui réüiffit de luy merite toûjours
de réüſſir. Il eſt vray quecet
Ouvrage eſt admirablement foûtenu
dans laTroupe qui le repreſente.
On ſçait que Mllede Chammeflé
n'a jamais de Rôle touchant qu'
ellen'y charme,&celuy du Comte
d'Eſſex eſt joüé d'une maniere qui
luygagnetous ſes Auditeurs.
Cette meſme Troupe nous promet
un Tragédie intitulée Lyncée,
& une Comédie en trois Actes
fous
GALANT.
159
Tous le nom des Nouvelliſtes. Cette
Tragédie eſtde Mr Abeille. On en
parle fort avantageuſement , & je
ne manqueray point à vous en faire
fçavoir le ſuccés. Les Nouvelliſtes
font de l'Autheur de Criſpin Musi
cien , qui n'a pas moins diverty la
Cour que le Peuple, &dont les
Repréſentations ont eu cet Hyver
autant de fuccés que ſi laPiece
euſt encoreulagracedelanou,
veauté.
On parle du Depart du Roy
pourun des premiers jours del'autre
Mois . Sa Majesté n'a point fait
de Lieutenans Generaux. Elle a
ſeulement nommé Monfieur leDuc
de Vendoſme , Mr le Marquis de
ReveldeBroglio ,& Mrs de Gournay
& de Cayac , pour ſervir de
Mareſchauxde Camp. Mes Lettres
vous ontſouvent parlé de Monfieur
le Duc de Vendoſme ,& vous n'ignorez
pas ce que l'ardeur de la
gloire peut fur lay,puis qu'iln'aja
H 4
mais
160 MERCURE
mais conſideré le péril quand il a
trouvé occafionde ſe ſignaler.
Ceux qui ferviront de Brigadiers
deGendarmerie , deCavalerie,
& de Dragons cette Campagne,
font.
Mª de Bruſac.
Mr de Buſca
Mª de S. Eſtéve..
Mr de la Serre.
Mr de Neuchelle Lieutenant
desGardes du Corps.
Mr le Marquis de Cepeville Capitaine-
Lieutenant des Chevaux-
Legers delaReyne.
Mr de laRoque.
Mr le Chevalierde Clainvilliers,
ColoneldeCavalerie.
Mr le Marquis deTeffé , ColoneldeDragons.
Mr Mathieu a auſſi eſté nommé
pour eſtre Brigadierd'Infanterie.
Lechoix que Sa Majesté a faitde
tous ces Braves, eſt une marque de
la connoiſſance qu'il ade leur valeur;
GALANT. 161
leur;&comme ils ne manqueront
pas d'occaſions à la faire paroiſtre
pendant laCampagne ,j'auray fouvent
àvous parler d'eux.
Leur depart diminuëra fort les
Aſſemblées qui ſe font ordinairementdans
cetteSaiſon. Ily en cut
une fort grande ces derniersjours
chez Monfieur l'Eveſque de Straf.
bourg,quidonnaBal, Colation&
Mufique.
J'avois une Hiſtoire fort agreable
à vous conter. De Bergers &
desBergeres galantes y ont part;
mais ma Lettre eſtdeja fi longue,
&je ſuis tellement preffédu temps,
quevous ne l'aurez que dans celle
du Mois de Fevrier. J'ajoûteray
ſeulement icy , afin que vous ne
vous plaigniez pas de moy , une
petite Fable dont vous aimerez la
moralité. Elle eſt de celuy qui a
fait le Conte de Demofthenc.
1.
Η
LA
162 MERCURE.
LA PIE & LE PINCON.
FABLE .
Njour laPie S
S'entretenoient ensemble, & vantoient
leur efpece.
こ
Qui ne sçait de quelle façon
- LaPieà caqueter s'empreſſe?
Son interest encor se venant làlà meſſer,
Vousjugez bien qu'elleparlaſans ceſſe
Carplus que tout l'interestfait parler.
Quede fauſſes raiſonsfontparellecitées,
Etd'untourdifférent vainement repetées!
Un tel discours pourroit ennuyer le Lecteur ,
Etmesmefatiguer l' Autheur
Quidoitn'étalerdela chose
Quelefort. Le voicy. Perſonne preſquenofe
Dit laPie , attenter ſur noftre liberté;
Dans les Bois , &parmy lespleines
Nous sommes fort enſeûreté.
Tandis que les Cages ſontpleines
DePinçons, ſe plaignant de leur captivité,
Contre vous l'Oiseleur exerceſon adreſſe;
Mais ilrespecte nostre espece.
LePinçon laſſé d'écouter,
Répondit de cette maniere.
2
De
GALANT. 163
De ce paisible état neſoyez point ſifiere,
Etn'allezplus vous en vanter.
Ignorez vous ? voſtre peude merite
Fait qu'aucunn'attente ſurvous,
Quandnoſtredouce voix invite
Atendredes rets contre nous.
Belles, quandpar chagrin une Prude ſans
charmes
Viendra vous inſulter, &direfansraiſon
Qu'on la voit àcouvert de cestendres alarmes
Dont nos coeurs qu'onattaqueontſouventà
foison;
Si vous avezdefſſein de la confondre,
Ilne vous faut que luy répondre
Preſque de lamesme façon
Qu'àla Caufeuseafait nostre Pinçon.
Jefuis , &c.
AParis ce31.Janvier 1678.
:
TA
1
TABLE
L des
Matieres principales contenues en
ce Volume.
AVant propostouchant toutes les
Nouvelles
renfermées dans les dix Volumes du Mercurede
l'année 1677 . Page1
Noms dequelques Braves qui avoient estéou
bliez , p. 9. & lesſuivantes
Discours de l' Année 1677. àl'Année 1678.
11
Sonnetde M. de la Monnoye au Roy,
Rondeau pourMonseigneur leDauphin,
14
15
Cequi s'est passé le premierFour de l'Annéeà
laCour, 16
Divertiſſement que la Cour a pris cet Hyver,
18
M. de Bartillac rentre dans l'exercice de la
Charge de Gardedu TreforRoyal, 19
Discoursſurlanaturedes Obeliſques, 20
Figuredel'Obelifque d'Arles, ibid.
Inscriptions Françoises fuites par Meſſieurs de
l'Academie d' Arles, 26
LaVertu malheureuſe, Hiſtoire,
29
La veritablePrairie à lafauſſe PrairiesaRivale,
50
MadrigalpourMademoiselle de Vauvineuf, 52
Madrigal pour Madame de Villeregy,
53
LeRoydonne audiance aux Deputez desEtats
d' Artois, ibid.
Raisons pourquoy l'on dit Villes Forestieres
ForeftNoire, 57
MariaTABLE.
Mariage de M. le Comte de Tallard &deMadem.
de la Tivoliere, 59
Mariage du Lys & de la Rose, 60
Mort de M de S.Andre Treſorier generalde la
Marine, 61
Chaſſes de S.Germain,
ibid
Sonnet du Solitaire de S. Maixant en Poitou.
62
Etabliſſement d'unenouvelle Académie Royaleprochele
Palais d'Orleans, 63
Nouvel Inſtrument appellé l'Apollon, inventé
parM Prompt, 65
Paroles de M. deValnay pourMonfieigneurle
Dauphin , mises en Airpar M.lePeintre
66
RondeaupourleRoy, deM. Petit, 68
Plaisante Repartie d'un Bourgeois de laHaye,
69
LeRoy honore M. le Camus du Clos de l'Intendancede
Pignerol, 70
L'Indiférence à Iris , 73
Carte & Description de l'Empire dela Poësie,
77
Rondeaux, 90
LeRoy donne denouvelles Lettres Patentesà
Melfieurs de l' Académie d'Arles pour l'augmentation
de dix Gentilshommes dans leurs
93 Corps
Noms des Académiciens , & leur merite, 96
Meſſieurs d' Arles donnent unApartement dans
leurHoſtel deVille à M. de l'Académie, 103
Sujet & Pensées de la Harangue de M. de Roubin
à M. le Chancelier, 104
Sonnet
TABLE.
тоб Sonnetdumesme àM le Chancelier,
Nouvel Etabliſſement d'une Académie de
Beaux Elprits à Coutance,
107
Galanterie envoyée aMadame la Comteffe at
Montrevel, 111
Le Roy honore Mile Marquis de Feuquieres d'u
ne Place de Conſeiller d'Etat d'épée , comm
il avoit fait M. le Duc de Vitry. Plusieurs
particularitez fur cesujet,
Maison de Valbelle,
Air noté,
Air de M. de la Tour,
Second Airnoté,
115
117
120
122
123
Diverſes Explicationsde l'Enigme duMoispas.
fé, 125
Rondeaufur l' Enigmedu diximiéme Volume du
Mercure,
126
Explication de la mesme Enigme,
127
Enigme, 129
Autre Enigme,
131
Enigme en Figure, ibid.
LeRoy donnel'Al l'Abbaye du Mont S. Quentin
à M. Courtin,
134
Sa Majesté nommeàl'Abbaye de Marcheroux
le Pere Charreton de la Terriere,
ibid.
L'Abbaye de Charronne eſt donnée à MadamelaMaistre
AbbeſſedeGrandchamp, 135
Mort du Duc dela Force,
136
Mort de Madame de Sablé,
137
Mort deMadame la Ducheffe de la Vieuville,
140
MortdeMadame la Comteſſede Drubec, ibid.
Articles deGuerre,
141
DeTABLE.
epart de M. le Duc de la Feüillade, 143
nverses Charges données par Sa Majesté, 144
e qui s'eſt paſſsé à lapublication des Lettres de
M. le Chancelier,
1
146
ers de Madame de Villedieu , 149
Inagrammeſur leNom de Mademoiselle, 151
A. de Zuylichem & M. Huguens, 153
Mariage deMademoiselle de S. Aignan avec M.
leMarquis de Livry, ibid.
Livres nouveaux, 156
Divertiſſemens donnez & promis au Public,
ibid.
Noms des nouveaux Officiers Generaux, 160
Bal shez M. l'Evesque de Strasbourg, 161
La Pie&le Pincon, Fable. 163
Fin de laTable .
7
TRAITTE,
De la
PAIX ,
Fait , conclu , & arreſté a Nymegen,
le 10 du mois d' Aoust 1678.
ENTRE
LesAmbaſſadeurs & Plenipotentiaires
deſa Majefté tres- Chreſtienned'une,
& les Ambaſſadeurs & Plenipotentiaires
des Seigneurs Eſtats Generaux
de Provinces Unies du Pays-Bas de
l'autre part .
1
L'AN 1678 .
۱۰
44
4
(3)
A
UnomdeDieu le Createur , a toute
preſent& a venir. Soit notoire, Comme
pendant le cours de laGuerre qui
s'eſt meüe depuis quelques Années entre le
Tres-haut , Tres- Excellent & Tres- Puiffant
Prince LOUIS quatorze , par laGracede
Dieu Roy Tres-Chreftien de France & de
Navarre,& les Seigneurs Eftats Generauxdes
Provinces Unies. Sa Majefté auroit toufiours
conſervé un ſincere defir de rendre auxdits
Seigneurs Eftats ſa premiereamitié,&Eux
tous les ſentiments de reſpect pour ſaaMajeſté,
& de reconnoiffance pour les obliga
tions& les avantages confiderables , qu'ils
ont reçeu d'elle & des Roys ſes Predecefſeurs.
Il eſt enfin arrivéque ces bonnes dif
poſitions ſecondées des puiſſants offices de
Tres-Haut , Tres-Excellent & Tres- Puiſſant
Prince le Roy de la Grand' Bretagne , qui
durant ces temps faſcheux , quand preſque
toute la Chreſtienté , s'eſt trouvée en armes,
n'a ceſſé de contribuer par ſes Confeils &
bons advertiſſements au ſalut& au repos public
, auroient porté Sa MajestéTres-Chre
ſtienne,& leſdits Seigneurs EstatsGeneraux,
Comme auffi tous les autres Princes& Po
tentats qui ſe ſont intereſſez dans cetteGuerre,
a conſentir que la Ville de Nimegue fut
choiſie pour y traitter de Paix. Et pour y
parvenir SaMajestéTres-Chreftienne auroit
nommé pour les Ambaſſadeurs Extraordinaires
& Plenipotentiaires le Sieur Comte
d'Estrades , Mareſchal de France &Cheva-
A 2 lier
(4).
}
lierde fesOrdres; le Sieur Colbert,Chevalier,
Marquis de Croiſly , Conſeiller ordinaire de
fon Confeil d'Estat , & le Sieur de Meſmes,
Chevalier Comte d'Avaux, auffi Confeiler en
lesConſeils; Et leſdits Seigneurs EftatsGe
neraux, le Sieur Hierofme de Beverningk ,
Seigneur de Teylingen , Curateur de l'Univerfiie
a Leyden, cydevant Conſeiller& Tre
forierGeneral des Provinces Unies , le Sieur
Guilliaume de Naſſau , Seigneur d'Odijck ,
Cortgene , &c . Premier Noble ,& reprefen.
tant la Nobleffe dans les Eftats , & au Confeil
deZelande ,& le Sieur Guillaume d'Haren,
Grietmandu Bildt, Deputez en leurs Affembléesde
la partdes Estats d'Hollande , Zelan
de, &c. lefqucls Ambaſſadeurs Extraordinai .
res& Plenipotentiaires deüement inftruits
desbonnes intentions de leurs Maiftres ſe ſe.
roient rendus en ladite Ville de Nimegue,
apres une reciproque communication des
pleins pouvoirs, dont a la fin de ce Traittéles
Copies font inferées de mot a mot; feroient
convenus des Conditions de Paix & d'Amitié
en lateneurqui enſuit .
ou
1. Il y aura a l'avenir entre Sa Maj. Tres-
Chreftienne &fes Succeſſeurs Rois de France&
de Navarre ,& ſes Royaumesd'unepart,
&les St. Eftats Generaux des ProvincesU.
niesduPays-bas d'autre, une Paix,bonne,ferme,
fidelle& inviolable , & ceſſeront enfuitte
&feront delaiſſez tous actes d'hoſtilité de
quelque façon qu'ils ſoient entre ledit Sr. Roi
&lefdits Sr. Ettats Generaux, tant parMer&
SA
au(
۲)
autres eaux , que par Terre , en tous leurs
Royaumes , Pays , Terres , Provinces & Seigneuries,&
pour tous leurs Sujets& Habitans
de quelle qualité ou condition qu'ilstoient ,
fans exception des Lieux ou des Perſonnes.
II, El fi quelques priſes ſe font de part ou
d'autre, dans la Mer Baltique ou celle duNort
depuis Ter-Neuſe ,juſqu'au bout de la manche
dans l'eſpace de quatre ſemaines , ou du
bout de ladite man hejuſqu'auCap de S.Vincent
dans l'eſpace de ſix ſemaines,& de ladang
Ja Mer Mediterranée&juſqu'alaLignedans
l'efpace de dix ſemaines,&audeladela Ligne
& en tous les autres endroits du monde dans
l'eſpace de huict mois a compterdu jour que
ſe fera la publication de la Paix a Paris&
Haye , leſdites priſes ,& les dommages qui fe
feront de part ou d'autre,apres le terme prefix
feront portez en compte ,& tout ce qui aura
érépris ſera rendu avec compenſation de tous
lesdommages , qui en feront provenus.
L
III . Il y aura de plus entre ledit Seigneur
Rey, &lefdites Seigneurs Etats Generaux
& leurs fujets & habitants reciproquement,
une fincere , ferme & perpetuelle Amitié &
bonne correſpondance tantparMer que par
Terre , en tout&par tout , tant dedans que
dehors l'Europe , fans ſe reſſentir des offences
ou Dommages qu'ils ont receus tant par le
paffé qu'a l'occaſion deſdits Guerres
IV. Et en vertu de cette Amitié & cof
refpondance tant ſa Majesté que les Seigneurs
Eltats Generaux procureront & avanceront
A3 fideka
::
(6)
fidellement le bien & la profperité l'un de
P'autre par tout ſupport, aide, conſeil& affiſtances
reelles, en toutes occafions& en tous
temps ; &ne confentiront a l'aveniraucuns
Traittez ou Negotiations quipourroient aporterdu
dommage a l'un ou a l'autre , mais
les rompront & en donneront les avis reci
proquement avec ſoin & fincerité auſſi toſt
qu'ils en auront connoiffance.
V. Ceux fur leſquels quelques biens ont
eſté ſaiſis,&confiſquésal'occafionsde ladite
Guerre, leurs Heritiers ou ayants cauſe , de
qu'elle conditión ou Religion qu'ils puiffent
eftre jouirontd'iceux biens , & en prendront
la poffeffion de leur authorité privée & en
vertudu preſent Traitté, fans qu'il leur foit
beſoin d'avoir recours a la Juſtice , nonobſtant
toutes incorporations au Fiſc , engagements
; Dons en faits, fentences preparatoi.
res ou diffinitives donnéespar defaut&contumaceen
l'abſence des parties,&icelles non
ouies , Traittes , Accords , & transactions ,
quelques renonciations qui ayent eſté miſes
efdites transactions pour exclure de partie
defdits biens ceux a qui ils doivent appartenir,&
tous& chacuns biens & droits qui conformement
au preſent Traitté feront reftituez
, ou doivent eſtre reftituez reciproquement
aux premiers proprietaires leurs hoirs,
ouayants cauſe , pourront eftre vendus par
lefdits proprietaires ſans qu'il foit beſoin
d'impetrer pour ce confentement particulior.
Et en ſuitte lesproprietairesdes rentes
:
qui
(7)
デュ
quidela partdes Fiſcs ſeront conftituez en
lieudes biensvendus , Comme auffi des renres
& actions eſtants a la charge des Fiſcs
reſpectivement pouront diſpoſer de la proprieté
d'icelles par vente ou autremenat commedeleurs
autres propresbiens.
e
VI. Et comme le Marquiſat de Bergobzom
avectous les droits& revenus qui en
dependent , &generallement toutes les ter
Fes &Biens appartenants au Sieur Comte
d'Auvergne , Colonel General de la Cavalerie
Legere de France , & qui font ſous le
pouvoir defdits Seigneurs Eftats Generaux
des Provinces Unies , ont eſte ſaiſis & confiſquez
a l'occaſion de laGuerre , alaquelle
Jepreſent Traitté doit mettre une heureuſe
fin , il a eſté accordé que ledit Sieur Comte
d'Auvergne fera remis,dans la poſſfeſſiondu.
ditMarquiſat de Berg-obzom , ſes appartenances&
dependances, comme auffi dans ſes
Droits , Actions , Privileges, Uſances, &
rogatives dont il jouiſſoit lors de la declarationde
laGuerre.
Pre-
VII. Chacun demeurera ſaiſi & jouira
effectivementdes Païs , Villes & Places, Terres,
Ifles , & Seigneuries tant au dedans que
dehors; l'Europe, qu'il tient & poſſede a prefent
, fans eftre troublé ny inquieté directement
ny indirectementde quelque façon que
ce foit.
VIII. Mais Sa Majesté tres-Chreſtienne
voulant rendre aux Seigneurs Estats Generaux
fa premiere Amitie, & leur en donner
A4 une
(8)
une preuve, particuliere dans cette occafion
les remettra immediatement apres l'eſchange
des Ratifications dans la poffeffion
delaVille de Maestricht , avec le Comtéde
Vroon-hof , & les Compté& Païs de Fauquemont
, Daalhem , & Rolleduc , d'Outremeuze
, avec les Villages de Redemption ,
Bancqs de St. Gervais & tout ce qui depend
de ladite Ville .
IX. Leſdites Scigneurs Eſtats Generaux
Promettent que toutes choses qui concernent
l'exercice de la Religion Catholique
Romaine , & la jouiſſance des Biens de ceux
qui en font profeffion feront reftablies &
maintenues fans aucune exception dans laditeVille
deMaeſtricht & fes dependances , en
l'eftat & comme elles estoient reglées par la
capitulation de l'an 1632 , & que ceux qui
auront eſté pourveus de quelques biens Ecclefiaftiques,
Canonicats, Perfonats , Prevoftez
& autres benefices y demeureront eſtablis,
& en joiront fans aucune contradiction.
X. Sa Majefté rendant auxdits Seigneurs
EſtatsGeneraux la ville de Maeſtricht & Pays
endependants , en pourra faire retirer & emporter
toutte l'Artillerie , Poudres , Boulets,
Vivres & autres Munitions de Guerre , qui
s'y trouveront au temps de la remife ou re-
Aitutiond'icelle , & ceux qu'elle aura commis
a cet effect ſe ſerviront , fi bon leur femble
, pendant deux mois des Charois & Batteaux
du Pays , auront le paſſage libre tant
par eau que par Terre pour la retraitte def
dit.s
A
(9)
dits Munitions , & leur fera donné par les
uverneurs , Commandants , Officiers on
Magiſtrats de ladite Ville , touttes les facilitez
qui dependent d'eux pour la voiture&
conduitte deſdits Artillerie &Munitionss
Pourront auſſi les Officiers , Soldats , Gens
de Guerre , & autres qui fortiront de laditePlace
entirer & emporter , les Biens, Meubles
a eux appartenants , ſans qu'il leur foit
viſibled'exiger aucune choſe des Habitants
de ladite Ville de Maestricht & des environs,
ny endommager leurs maisons , ou empor
ter aucune choſe appartenant auxdits Habitans
.
XI. Tous Priſonniers de Guerre feront
delivrez d'unepart &d'autre fans diftinction
ou referve, & lans payer aucunerançon...
XII . La levée de Contributions demandé
par l'Intendant de la Ville deMaestricht
aux Pays qui y ſont ſoumis ſera continué
pour tout ce qui reſtera a eſchoir juſqu'a la
ratification du preſent Traitté, & les arrerages
, qui reſteront feront payez dans l'efpace
de trois mois apres le terme ſuſditdans
des termes convenables & moyennant caution
valable , & reſſeante dans uneVillede
lanomination de Sa Majefté.
XIII. Les Seigneurs EftatsGeneraux ont
promis & promettent non ſeulement deder
meurer dans une exacte neutralité ſans pouvoir
aſſiſter directement ny indirectement
les Ennemis de la France & de ſes Alliez
mais auffi de garantier toutes les obligations
Accueil er dang
(10)
dans lesquelles ,l'Eſpagne entre par le Trait
té qui interviendra entre leurs Majeſtez Tres
Chreftienne & Catholique , & principalleanent
celle par laquelle ledit SeigneurRoy
Catholiqueſeratenu de garde cette meſme
Neutralité.
- XII V. Si par inadvertence ou autrement
il furvendit quelque in obfervatien ou inconventent
au preſent Traitté de la part de
fadite Majesté ou deſdits Seigneurs Estats
Generaux& leurs Succeffeurs , cette Paix&
Alliance,ne laiſſora pasde ſubſiſter en toutte
Ia force , fans que pour cela on en vienne, a
larupturede l'amitié & de la bonne correfpondance:
Mais on reparera promptement
lefdites.contraventions , & fi elles procedent
de la faute de quelques particuliers Sujets ,
ilsenforontofeulspunis& chaftiez,
XV. Etpour mieux affurer a l'avenir le
Commerce &l'Amitié entre les Sujetsdudit
Seigneur Roy& ceux deſdits SeigneursEitats
Generaux des Provinces Unies des
Pays-Bas, Il a eſté accordé&convenu qu'arrivantcyapresquelque
interruptiond'Ami
sié,ou rapture entre la Couronnede France,
&leſdits Seigneurs Estats defdites Provinces
Unies( ce qu'a Dieu ne plaiſe ) il fera
zoufioursdonne fix mois detempsapresladiferupture
auxSujets de part&d'autre , pour
fe retireravec leurs effects & les tranſporter
ou bon leur ſemblera , ce qu'il leur ferapermis
de faire , Comme auffy de vendre ou
tranfporter leursBiens& Meubles entoute
liberté,
८
liberté , fans qu'on leurpuiſſe donner aue un
empofchement, by proceder pendant ledit
temps de fix mois a aucune faiſie de leurs
effets, moinsencor a l'arreſt de leurs Perfon-
1 mps..c
- XVI. Touchant lespretenfions& interefts
qui concernentMonfieur le Prince d'Orange
, dont il a eſté Traitté & convenuſe-
Parement par Acte , figné ce jourd'huy, le
dit eſcrit& tout le contenud'iceluy fortira
effect,&fera confirmé,accomplyet executé
felon ſaforme &teneur, nyplus by moins
queſitouslesditspointengeneral ouchacun
d'euxenparticulier eſtoient de mot a mot
inferez en ceprefent Traité.
XVII. Et comme Sa Majesté & les Sci-
-gneurs Eftats Generaux reconnoiffent le
puiſſantsoffices que leRoy de laGrand' Bretagneacontribuéinceſſammentpar
ſesConfeils&
bons advertiſlements au falut& au re
pospublic, il a efté convenu de part&d'autre
que fadite Majesté Brittannique avec ſesRoyaumes
, foit compriſe nommementdans le
preſentTraittédemeilleure forme que faire
fe peut.
XVIII. En cepreſent Traitté de Paix &
d'Alliance, feront compris de la part dudit
SeigneurRoyTres-Chreftien,leRoydeSucde,
leDucde Halſtein , l'Eveſque de Strasbourg
& le Prince Guillaume de Furfiemberg,
comme intereſſez dans la preſente
-Guerve: En outrederontcompris, frcompris
veulent eſtre, lePrince&laCouronnede
AG Portugal
(12)
Portugal, la Republique de Venise , leDue
deSavoye, les treiſe Cantonsdes Ligues Suif
fes& leurs Alliez , l'Electeur de Bavieres , le
Duc Jean Frederic de Brunſwijc , Hannover,&
tousRoys , Potentats, Princes& Eſtats
, Villes & Perſonnes particulieres a qui
-faMajefté Tres Chreftienne, fur la requifi-
-tionqu'ilsluyen feront , accordera de fa part
d'eſtre comprisdans ce Traitté. :
XIX. Et de la part des Seigneurs Eftats
Generaux le Roy d'Eſpagne , & tous leurs
autres Alliez qui dansletemps de fix femaines
a compter depuis l'eſcheance des Ratifications
ſedeclareront d'accepter la Paix com-
-me auffi les Treize Louables Cantonsdes Ligues
Suiffes & leurs Alliez & Confæderez,
la Ville d'Embden , & de plus tous Roys ,
Princes & Eftats , Villes & perſonnes particulieres
a qui les Seigneurs EstatsGeneraux,
furla requifition qui leur en fera faite,
accorderont de leur partd'y eſtre compris.
:
XX. Ledit Seigneur Roy & leſdits Seineurs
Eftats Generaux confentent que le
Roydela Grand' Bretagne commeMediateur&
tous autres Potentats &Princes , qui
voudront bien entrer enun pareil engagement
, puiſſent donner a Sa Majefté & aux
dits Seigneurs Eftats Gen.leurs promeffes
&obligations de garantie , de l'execution de
toutlecontenu au preſent Taitté.30 zarod
XXI. Le preſent Traité ſera ratifié&approuvépar
ledit SeigneurRoy &leſdits Scigneurs,
(13)
gneurs, EftatsGeneraux, & les lettres deRa
tification feront delivrées de l'un & l'autreen
bonne &deüe forme dans le termede fix Semaines
, oupluſtoſt ſi faire fe peut acompter
du jourde la fignature.
En foy de quoy nous Ambaſſadeurs ſuſdits
-defaMajesté & des Seigneurs Estats Generaux
en vertu de nos pouvoirs reſpectifs
avons eſdits nomsſignéces preſentesde nos
Seings ordinaires , &caicelles fait appofer les
Cachets de nos Armes. A Nimegue leDixjeme
jour du mois d'Aouſt mil fix.cens
foixante &dix huit.
Eſtoit figné,
4
(L. S. ) Le Mal. d'Estrades,-
(L. S. ) Colbert. -
e
( L.. S. ) De Mesmes.
( LS. ) Η. v. Beverningk.
( L. S. ) W. de Nassau.
(L. S. W. v. Haren.
Article Separé , touchantMonfieurte
Prince d'Orange.
Omme enſuitte de laGuerre quide-
Com
tre le Roy Tres Chretien , & les Seigneurs
Eftats Generaux des Provinces Unies
des Fays- Bas, Să Majesté a fait faifir
tous les Biens appartenants a Monfieur Ic
Princed'Orange, tant ladite Principauté que
Jes Seigneuries & Terres Scitués en France,
&en a donné les revenus au SieursComte
d'Auvergnequi en jouit encor preſentement
&que
:
(14) 2
St que par la graec de Dieu la Paix a eſté re
ftablie par la Traitté conclu ce jourd'huy ,
& qu'ain tous les Faſcheux effets de la
Guerre doivent ceſſer , Sa Majeflé a promis
audit Sieur Prince , & promet par cet Acte
ſeparé , qu'immediatement apres les ratifications
etchangées , Elle fera lever ladite
daifie ,& fera remettre ledit Sieur Prince
dans la poffeffion de la dite Principauté &
-des Terres qui luy appartiennent en Franace,
Franche Comté , Charolois , Flandres,
& autres Pays dependants de la Domination
de Sa Majeſté , & dans tous ſes Droits,
Actions , Privileges , Ufances & Prerogatives,
au mefme Estat , & en la meſime maniere
dont il en jouifioit avant qu'il en euſt
elté depoſledé a l'occaſion de la preſente
Guerre. Fait a Nimegue le dixieſme jour
du mois d'Aouſt mil fix cens ſoixante & dix
buit
e
Eftoit ſigné ,
(L. S.) Le Mal . d'Estrades
(L. S. ) Colbert.
(L. S. ) D. Mefmes.
L.S.)H. vanBeverningk
(LS.) W.de Naffan.
(L. S.W. vanHaren.
A
こ
C
2
TRAIT
(15)
TRAITTÉ,
De
Commerce, Navigation
&Marine.
L
LE
ر
E Traitté de Paix qui a eſté conclu ce
jourd'huyentre leRoy Tres- Chreftien
&les Seigneurs Estats Generaux des
Provinces Unies , faiſantceffertout les ſujets
demeſcontentement qui avoient alteré, pendant
quelque temps, l'affection que faMajeſté
a touliours eue pour leur bien &leur
profperité, ſuivant l'exemple des Roys fes
Predeceffeurs ; Et leſdirs Seigneur Estats
Generaux , rentrans auffi dans la mesme
paffion qu'ils ont cy-devantteſmoignée pour
laGrandeurde la France , & dans les ſentimens
d'une fincere reconnoiffance , pour
les obligations & les avantages confiderables
qu'ils en ont cy-devans receus ; Il y a lieu
decroire que cette bonne intelligence entre
fa Majesté &lefdits Seigneurs Eftats ne pourra
jamais eftre troublée ; mais comme ſa
Majeſté ne veut rien obmettre de ce qui la
peut affermir ; Et que leſdits Eſtars Generaux
ne ſouhaittans pas moins de la perpetuer,
ont eftimé qu'il n'y en avoit point de
meilleur&de plusaffeuré moyen,qued'eſta
blir
(16)
blir une libre & parfaite correſpondence entre
les ſujets de part & d'autre ; & pour ceft
effect regler leur intereſt particuliers au fait
deCommerce , Navigation & Marine , par
des loix & conventions les plus propres a
prevenir tous les inconveniens qui pourroient
affoiblir la bonne correfpondence,fadite
Majesté fatisfaiſant au defir deſdits Eftats
auroit ordonné le Sieur Comte d'Eſtrades ,
Mareſchal de France , & Chevallier de fes
Ordres; le Sieur Colbert, Marquis de Croiffy
, Confeiller ordinaire de fon Conſeild'Eftat;
& le Sieur de Meſmes Comte d'Avaux,
auffi Conſeiller en ſes Conſeils, ſes Ambaffadeurs
extraordinaires & Plenipotentiaires
al'aſſemblée de Nymegue ; & leſdits Seig
neurs Eftats Generaux , le Sieur Hierofme de
Beverningk , Seigneur de Teylingen , Curateur
de l'Univerſité à Leyden cy-devantConfeiller
& Threſorier General des Provinces
Unies ; le Sieur Guillaume de Nafſau , Seigneur
d'Odijk, Cortgene , &c. Premier Noble
& reprefentant l'Ordre de la Nobleſſe,
dans les Eftats & au Conſeil de Zelande ; &
le SieurGuillaume de Haren , Grietman du
Bild , Deputez en leur aſſemblée de la part
desEftatsdeHollande, Zelande & Frieſe; de
conferer & convenir en vertu de leurs Pouvoirs
reſpectivement produits , & dont Copieeftcydeffous
tranfcrite , d'un Traitté de
Commerce& Navigation en la manierequis
s'enfuit
1
I. Les ſujets de ſa Majesté& desSeigneurs
Eftats
(17)
EſtatsGeneraux des ProvincesUnies du Païs
bas , jouïront reciproquementde la meſme
liberté au fait du Commerce & de laNavigation
, dont ils ont jouyde tout temps devant
cette Guerre , par tous les Royaumes , Eftats
&Provinces de l'une & de l'autre.
٤٠
II. Et ainſi n'exerceront plus a l'avenir
aucunes fortes d'hoftilitez ny de violences
les uns contre les autres, tant ſur la Mer que
furla Terre , oudans lesRivieres , Rades &
eaux douces , fous quelque nom & pretexte
que ce foit ; & auſſi ne pourront les fujets de
faMMaj . prendre aucunes Commiffions pour
des armemensparticuliers ou LettresdeReprefiailles
des Princes & Eftats , Ennemis
deſdits Seigneurs EftatsGeneraux , & moins
les troubler ny endommager d'aucune forte,
envertu de telles Commiſſions ou Lettres
de Repreſſailles , ny meſme aller en courſe
avec elles , fous peine d'eſtre poursuivis , &
chaſtiez comme Pirates ; ce qui fera reciproquement
obſervé par les Sujets des Provin
cesUniesaal'l'eſgardder Sujets de ſaMajesté ;
& feront a cette fin touttes , & quantes fois,
que cela ſera requis de part & d'autre , dans
les Terres de l'obeiſſance de faditeMajesté,
& dans les Provinces Unies publiées & renouvellées
defenfes tres-expreſſes & trespreciſes
, de ſe ſervir enaucune maniere de
telles Commiſſions ou Lertres de Repref
failles fous lapeine ſus - mentionné qui fera
axecutée ſeverement contre les contrave
nans; outre la reſtitution entiere, auxquelles
ils
2.1
(18)
ils feronttenusenvers ceux ,auxquelsils au
rontcauſe aucun dommage.
III. Et pour obvier d'autant plus a tous
inconveniensqui pourroient ſurvenir par les
priſes faitespar inadvertence ou autrement,
&principalement dans les lieux efloignez il
aeſté convenu& accordé ; fi quelquel priſes
ſefontde part ou d'autre dans laMer Baltique
ou dans celle du Nord, depuis Terneufe
en Norvegue ,juſques au bout de laManthe
dans l'eſpace de quatre ſemaines ; Ou
duboutde ladite Manche , juſques auCap.
de St. Vincent ,dans l'eſpace de fix femaines;
&de la dans la Mer Mediterranée ,&
juſques ala Ligne dans l'eſpace de dixfemaines
;&au delade la Ligne & en tous les
autres endroits du Monde , dans l'efpace de
huict mois , Aconter depuis la Publication
de la preſente leſdittes : priſes & les dommagesqui
ſe feront depart ou d'autre , apresles
termes prefix , feront portez en conte , &
tout ce qui aura eſté pris ſera rendu , avec
compenfation de tous les dommages quien
ferontprovenus.
IV. Toutes Lettres de marqué,& de Repreſailles
qui pourroient avoir efté cydevant
accordées , pour quelque cauſe que ce ſoit
fontdeclarées nulles ; Et n'en pourra eftre
eyaprez données par l'un deſdirsAlhez, au
prejudice des Sujets de l'autre ; fi ce n'eft
feulement encas de Manifeſte defny deJuftice,
lequel ne pourra eſtre tenu pour verifić,
fi la Requeſte de celuy qui demande leidite:
s
(19)
tes Repreſſailles n'eſt communiquée auMi
niſtre qui ſe trouvera fur les Lieux de la part
de l'Estat , contre les Sujets duquel ellesdoivent
eſtredonnées,afin que dans le termedes
quatremois , ou pluſtoſt ,s'il ſe peut , il puiſſe
s'informer du contraire , ou procurer l'accompliſſement
de Juſtice qui ſera deu.
V. Ne pourront auſſi les particuliers Sujets
deſa Majesté eſtre mis en action ou arreſt en
leur Perſonnes&Biens , pour aucune choſe
que ſa Majeſté peut devoir, ny les particuliers
Sujets defdits Seigneurs Eftats Generaux
pour les debtespubliques deſdits Eſtats.
VI. Les Sujets & Habitans des Pays de
l'obeiſſancede ſa Majesté,&deſdits Seigneurs
Eftats Generaux verront , converferont , &
frequenteront les uns avec les autres,entoute
bonne Amitié &correſpondence; & jouïront
entre eux , de la libertédeCommerce & Na
vigation dans l'Europe , en toutes les limites
des Paysde l'un &de l'autre , de toutes for
tes deMarchandiſes & denrées dont le Com-,
merce , & le tranſport, n'eſt defendu generalement
& univerſellement , atous tant Sujets
qu'Eſtrangers par les Loix&Ordonnancesdes
Estats de l'un & de l'autre. 1
VII. Et pourcet effect , les ſujects de fa
Majesté & ceux deſdits Seigneurs EstatsGeneraux
pourront franchement , & librement
frequenteravec leurs Marchandiſes &Navires
, les Pays , Terres , Pilles , Ports , Places &
Rivieres del'un & de l'autre Eſtat , y porter
& vendre a touttes Perſonnes indiſtinctement;
(20)
ment ; Achetter , trafiquer & tranſporter
touttes fortes de Marchandiſes dont l'entrée
ou fortie ,& tranſport ne fera defendu a tous
ſujets de fa Majesté , & deſdits Seigneurs
Eftats Generaux , fans que cette liberté reciproque
puiſſe eftre defendue , limitée ou reſtraincte
, par aucun privilege , octroy , ou
aucune conceffion particuliere ; Et fans qu'il
foit permis a l'un ou a l'autre de conceder,
ou de faire a leurs ſujets des Immunitez , Benefices
, dons gratuits ou autres avantages
pardeffusceux de l'autre ou a leur prejudices
Et fans que leſdits fujets de part & d'autre
foient tenusde payer plus grands , ou autres
Droits , Charges , Gabelles ou Impoſitions.
quelconques fur leurs Perſonnes,Biens,Denrées
, Navires ou Frets d'iceux directement
ou indirectement , fous quelque noms , titre
ou pretexte que ſe puiſſe eſtre , que ceux qui
feront payez par les propres& naturels ſujets
del'un&de l'autre.
VIII.Les navires de guerre de l'un &!de l'autretrouveront
tousjours lesRades, Rivieres,
Ports &Havres , libres & ouverts , pourentrer
, fortir , &demeurer a l'ancre , tant qu'il
leur ſera neceſſaire ; fans pouvoir eſtre vifiteza
la charge ; neantmoins d'en ufer avec
difcretion,&de ne donner aucun ſujet dejaloufie
, par un trop long & affecté fejour , ny
autrement aux Gouverneurs deſdites Places
&Ports , auxquels les Capitaines deſditsNavires
feront ſcavoir la cauſe de leur arrivée,&
deleur ſejour.
IX. Les
(21)
IX. Les Navires de Guerre de ſa Majeſte,
- &defdits Seigneurs Estats Generaux, & ceux
de leurs fujects qui auront eſté armez en
Guerre pourront en toute liberté conduire
les priſes qu'ils auront faites , fur leurs Ennemis
, ou bon leur ſemblera , fans eſtre obligeza
aucuns Droits, foit des Sieurs Amiraux
ou de PAdmirauté , ou d'aucuns autres;
ſans qu'auſſi lefdits Navires , ou lefdites
priſes entrants dans les Havres , ou Ports
de ſa Majeſté ou deldits Seigneurs Eftats
Generaux puiſſent eftre arreftées ou faities ,
nyque les Officiers des Lieuxpuiffentprendre
connoiffance de la validité deídites prifes,
leſquelles pourront fortir , & eſtre conduites
franchement& en toute liberté , aux
lieux portez par les Commiſſions dont les
Capitaines deſdits Navires de Guerre , ſeront
obligez de faire apparoir ; Et au contraires
ne fera donné azile ny retraitte dans
leurs Ports ou Havres , a ceux qui auront
faitdes priſes ſur les ſujets de ſa Majesté ou
defdits Seigneurs Eftats Generaux ; mais y
eſtants entrez par neceſſité de tempeſte ou
perilde la Mer , on les fera fortir le pluſtoſt
que fera poſſible.
X. Les ſujets defdits Seigneurs Eſtats Ge
neraux , neferont poinct reputez Aubains en
France , & ainſi feront exempts de la loy
d'Aubaine,& pourront difpoferde leurs biens
parTestament , Donation ou autrement ; Et
leurs heritiers , ſujets deſdits Eſtats demeuants
tantenFrance qu'ailleurs,recuillir leurs
fuc
1
(22)
ſucceſſions meſmes ab inteftato ; encore qu'ils
n'ayant obtenu aucunes Lettres de Natu
ralité fans que l'effet de cette conceffion leur
puiſſe eſtre conteſté ou empeſche ſous pretexte
de quelque droit ou prerogative des
Provinces , Villes , ou Perſonnes privées ,
pourront pareillement ſans leſdites Lettres
de Naturalité s'establir en toute liberté : les
ſujets deſdits Seigneur Eſtats , en toutes les
Villes du Royaume , pour y faireleur Com
merce & Traficq ; fans pourtant y pouvoir
acquerir aucuns droits de Bourgeoifie ; fi ce
n'eſtqu'ils euſſent obtenu Lettres de Naturalité
de ſa Majesté en bonne forme , & feront
generalement Traittez ceux des Provinces
Unies , tout & par tout autant favorablement
que les ſujets propres& Naturels
de ſa Majefté; & particulierement ne pourront
eſtre compris aux Taxes que pourront
eſtre fails ſur les Eſtrangers : & fera tout ce
contenu au preſent Article obſervé au regard
des ſujets du Roy dans les Pays de l'obeiflantedeſdits
Seigneurs Eftats.
XI. Les Navires,chargez de l'un des Alliez
paſſants devant les Coſtes de l'autre , & relachans
dans les Rades ou Ports , par tempefte
ou autrement , ne feront contraints d'y decharger
ou debiter leurs Marchandiſes , ou
parties d'icelles , ny tenus d'y payer aucuns
droits , fi non lors qu'ils y dechargeront des
Marchandiſes volontairement & de leur gré.
عراو
XII. Les Maiſtres des Navires , leurs Pilotes,
Officiers & Soldats , Matelots , & autres
Gens
(23 )
Gens de Mer , les Navires meſmes , ny les
Denrées& Marchandiſes dont ils ſerontchargez
, ne pourront eſtre ſaiſis ny arreſtez, en
vertu d'aucun ordre general ou particulierde
qui que ce ſoit ,ou pour quelque cauſe,ou occafion
qu'il puiſſe eſtre, nonpas meſme ſous
pretexte de la conſervation , & defence de
1'Eftat & generalement rien ne pourra eftre
pris aux ſujets de part&d'autreque du confentement
de ceuxa qu'il appartiendra,&en
payant les choſes qu'on deſirera d'eux; en
quoy toutefois n'eſt entendude comprendre
les faifies &arreſts faits parordre& authorité
de la Juſtice,&par les voyes ordinaires,
&pour Loyales , Debtes , Contracts ou autres
cauſes legitimes , pour raiſon deſquelles
il fera procedé par voye de droit ,felon la
forme de la Juſtice.
XIII. Tous les Sujets & habitants de France,&
des Provinces Unies,pourront en toute
ſeureté & liberté Naviger avec leurs Vaifſeaux
, & traffiquer avec leursMarchandises,
fans diftinction de qui puiffent eſtre les Proprietaires
d'icelle ,de leurs Ports,Royaumes
&Provinces, & auſſi des Ports & Royaumes
des autres Eſtats , ou Princes vers les Places
de ceux , qui font desja Ennemis declarez ,
tant de la France que des Provinces Unies ,
oudel'un deux, ou qui pourroient les devenir
; Comme auſſi les meſmes Sujets &
Habitants pourront avec la meſme ſeureté
& liberté , naviger avec leurs Vaiffeaux ,
&traffiquer , avec leurs Marchandifos , fans
di
(24)
:
distinction de qui puiſſent eſtre les Proprie
taires d'icelles , des Lieux , Ports & Rades,
de ceux qui font Ennemis de l'un & de l'au
tre défdites parties , ou de l'un des deuxe
particulier , fans contradiction ,ou detour.
bier, de qui que ce foit , non ſeulementa
droiture defdites places Ennemies , vers un
lieu neutre ; mais auſſi d'une place Ennemie
al'autre, foit qu'elles ſetrouvent ſituées fous
la jurisdiction d'un meſme Souverain , foit
qu'elles le foient fous des divers .
XIV. Ce tranſport & ce trafficq s'eſtendra
a toutes fortes de Marchandises a l'exem.
ptiondecellesde Contrebande.
XV. En ce Genre de Marchandiſes de
Contrebande s'entend ſeulement eftre compris
toutes fortes d'armes a feu , & autres af.
fortiments d'icelles , comme Canons ,Muf
quets,Mortiers, Petards, Bombes,Granades ,
Sauciffes, Cercles poiſſez , Affats, Fourchettes,
Bandeliers , poudre , Meſche , Salpetre,,
Balles , piques ,Eſpées , Morions , Caſquets,
Cuiraffes ,Hallebardes , Javelines, Chevaux,
Selles de Cheval Fourreaux de piſtolets ,
Baudiers & autres afſortiſſements ſervants a
Puſage de laGuerre.
XVI . Ne feront compris dans ceGenre
de Marchandiſes de Contrebande , Ics Froments
, Bleds & autres Grains , Legumes,
Huiles , Vins , Sel ny generalementtout ce
qui appartient a la nourriture & fuftentation
de la vie; mais demeureront libres , comme
autres Marchandiſfes & Denrées non comprifes
(25)
P
Tes en l'Articleprecedent : & en ſerale tranfport
permis , meſmes aux Lieux Ennemis defdits
, Seigneurs,Eftats, ſaufauxVilles& Places
affiegées, blocquéesou inveſties.
XVH.
Pour l'executiondece quedeſſus ilaeftéaccordé
qu'elle ſe fera en la maniere ſuivante;
Queles Navires & Barques , avec lesMarchandiſes
des ſujets de ſa Majeſté étants entrez en
quelque Havre deſdits Seigneurs Eſtats&voulantsdelà
paffer a ceux dedits Ennemis, feront
obligez ſeulement de montreraux Officiers des
-Havres defdits Seigneurs Eſtats , d'ou ils partiront
leurs Paffeports , contenantslaſpecificationdelachargedeleursNavires,
atteſtez&marquez
du Seel & Seingordinaire , & recognus
des Officiers de l'Admirauté des Lieux , d'ou
ils feront premierement partis , avec la declaration
du lieu , ou ils ferontdeſtinez ; Letout en
forme ordinaire , & accouſtumée , aprés laquelle
exhibition de leurs Paſſeportsenlaforme
ſuſdite , ilsne pourront eſtre inquietez , ny
recherchez , detenus ny retardez en leursvoyages
, fous quelque pretexte que ce ſoit.
XVIII.
Ii en ſeraufédemeſme a l'eſgarddesNavires&
Barques Francoiſes, qui irontdansquelque
Rades des Terres de l'obeiſſancedeſdits
-Seigneurs Eſtats, ſans vouloir entrer dans les
Havres, ouy entrans ſanstoutes fois vouloir debarquer
& rombre leurs charges , Leſquels ne
pourront estre obligez de rendre compte de
leur Cargaiſon, quaucas , qu'il y eut ſoubçon
qu'ils B
:
(26)
qu'ils portaffent aux Ennemis deſdits Seigneurs
Eftats , des Marchandises de Contrebande,
comme ila eſtédit cy-deſſus.
ΧΙΧ.
Et audit cas de ſoubçon apparent leſdits fujets
feront obligez de montrer dans lesPorts
leurs Paſſeports en la forme cydeſſus ſpecifiée.
XX.
Que s'ils étoient entrezdedanslesRades ou
étoient rencontrez en pleine Mer par quelques
Navires deſdits Seigneurs Eſtats ou d'Armateurs
particuliers,leurs ſujets leſdits Naviresdes
Provinces Unies,pour eviter tout deſordren'approcheront
pas plus prez des François quede la
portédu Canon ; Et pourront envoyer leurpetite
Barque ou Chaloupe , au Borddes Navires
ou Barques Francoiſes , & faire entrerdedans
deuxou trois Hommes ſeulement , a qui feront
montrez les Paſſeportz & Lettres de Merpar le
Maiſtre ou Patrondes Navires François , en la
maniere cydeſſus ſpecifiée ; ſelon le formulaire
defdits Lettres de Mer , qui ſera inſeréa la fin
dece Traitté, par leſquels Paſſeports& Lettres
de Mer , il puiſſeapparoir non ſeulementde ſa
charge,mais auſſi du Lieu de la demeure & Refidence,
tantdu Maiſtre & Patron que duNavire
meſme , afin que par ces deux moyens , on
puiffe connoiſtres'ils portentdes Marchandiſes
de Contrebande ; Et qu'il apparoiſſe ſuffifamment
tant de la qualitéduditNavire , que de
fon Maiſtre& Patron ; Auxquels Paſſeports,&
Lettres de Mer , ſedévra donner entiere foy &
creance. Etafinque l'on connoiſſe , mieux la
var
(27)
validité, & qu'elles ne puiffent en aucunema-
-niere eſtre falſifiées & contrefaites ,ferontdonnées
certaines marques & contrefeings ſadite
Majesté, &deſdits SeigneursEſtatsGeneraux.
efd
la-
XXI.
Et au cas quedans lesdits Vaiſſeaux &Barperques
Françoiſes , deſtinées vers les Havresdes
Ennemis deſdits Seigneurs Eſtats, ſetrouve par
Reles moyens ſuſdits quelques Marchandiſes &
Denrées de celles qui font cydeſſus declarées
de Contrebande &deffendues ; Elles feront
dechargées, denoncées, &confiſquées, par
devantles Juges de l'Admirauté es Provinces
Unies ou autrescompetants; fans que pourcela,
leNavire, &Barque, ou autres Biens,Marchandises,&
Denrées,libres&permiſes retrouvées
aumeſme Navire puiſſenteſtre,en aucune
façon ſaiſies , nyconfiſquées.
a
20
quel
foy
jeux
ve
XXII .
qui ſe
Il aeſtéenoutre accordé& convenu quetout
ce qui ſe trouvera chargé par les ſujets de ſa
Maj . en un Naviredes Ennemis, deſdits Seigneurs
Estats bien que ce nefuſtMarchandisesge
Contrebande , fera confiqué avectout ce
trouvera audit Navire , ſans exceptionny refer-
; mais d'ailleurs auſſi ſeralibre , &affranchy
tout ce qui fera, & fetrouvera , dans les
Chreftien; Encore que la charge , ou partie Navires appartenants aux ſujet du Roytresd'icelle
fuſt aux Ennemis deſdits Seigneurs
Eftats ; SauflesMarchandiſes de Contrebande,
au regard deſquelles on ſe reglera ſelon ce qui
aeſtediſpoſe auxarticles precedens ; Etpour
:
B efclair-
4
((28)
Leſclairciſſementplus particulierde cet article il
eftaccordé& convenu , de plus que les cas arrivans
, que toutes les deux parties , oubien l'une
d'icelles , fuſſent engagées enGuerre , les Biens
appartenās aux ſujets de l'autre partie,& chargez
dans lesNaviresdeceuxqui ſontdevenusEnne
mis detoutes les deux , ou de l'une des parties ne
pourront eſtre confiſquez aucunement a raiſon
ou fous pretexte de cet embarquemét das le NavireEnnemy;
Et cela s'obſervera non ſeulement
quand leſdites Denrées y auront eſté chargées
devant la declaration de la Guerre;mais meſme
quand cela ſera fait aprez ladite declaration;
pourveu que c'ait eſté dans les temps& les termesquis'en
ſuivent ; Aſcavoir ſi elles ont efte
chargéesdans la MerBaltique ,audans celledu
Nord, depuis Terneuſe en Norvegue, juſques
ou bout de la Manche dans l'eſpacede quatre
ſemaines ; ou du bout de laditeManche, julquesau
Capde St. Vincentdans l'eſpace des fix
ſemaines; Et de la dans la MerMediterranée,
& juſques a la Ligne dans l'eſpace de dix ſemaines;
Etaudela de la Ligne , &en tous les
autres endroits duMonde,dans l'eſpacedehuict
mois , a conter depuis la publicationde la preſente;
Tellement que les Marchandises &Biens
des Sujets & Habitants chargez encesNavires
Ennemis , ne pourront eſtre confiſquées aucunement
durant les termes &dans les eſtendues
ſuſnommez a raiſon du Navire quieſtEnnemy;
Ains ſeront reſtituez aux Proprietairesfans aucundelay;
ſi cen''eſt qu' elles ayant étéchargées,
apres l'expiration deſdits termes.Et pourtat il ne
fera
(29)
ra nullement permis de tranſporter vers les
orts Ennemis telles MarchandisesdeContre-
>ande que l'on pourroittrouverchargées, enun
el Navire Ennemy , quoy qu'elles fuflent rendues
par la ſuſditte raiſon; Etcommeilaeſte
reglé cy deſſus qu'un Navire libre affranchira
les Denrées y chargées , ilaeſtéen outreaccordé
& convenu que cette libertés'eftendra aufli
aux Perſonnes qui ſe trouveront en un Navirelibre,
atel effect, que quoy qu'elles fuſſent Ennemies
de l'une & de l'autre des Parties oude,
l'une d'icelles , pourtant ſetrouvans dans le Navire
libre n'en pourronteſtretirées ; fice n'eſt
qu'ils fuſſentGens de Guerre , & effectivement
en ſervicedeſdits Ennemis.
XXIII .
Tout les ſujets & Habitants deſditesProvinces
Unies , jouïront reciproquement desmef- mesdroitslibertes , executions en leurs Traficqs
& Commerce , dans les Ports, Rades , Mers&
Eſtats de ſadite Majesté ce qui vientd'eſtre dit
que les ſujetsde ſa Majeſté jouironten ceux defdits
Seigneurs Eſtats , & en haute Mer , ſedevant
entendre que l'eſgalité ſera reciproque en toute manierede part &d'autre ; Et meſmes en
cas que cy aprez leſdits Seigneurs Eftats, fuſſent
en Paix, Amitié & Neutralité avec aucunsRoys, Princes & Eftats qui devinſſentEnnemisde ſaditeMajesté
,chacundes deux Partyesdevantuſer
reciproquement des mesmes conditions &
reftrictions , exprimées aux articles du preſent
Traicté,qui regarde le Traficq & le Commerce.
XXIV. B 3
(30)
XXIV.
Etpour affeurerd'avantage les ſujets deſdits
Seigneurs Eſtats , qu'il ne leur ſerafait aucune
violence par leſdits VaiſſeauxdeGuerre , fera
faitdefences atouts Capitaines des Vaiſſeaux
du Roy& autres ſujets de ſa Majesté de ne les
moleſter ny endommager en aucune choſe
quece ſoit; fur peined'eſtre tenus en leursPerſonnes
, & Biens des dommages & Intereſts
foufferts , & a fouffrirjuſques aladeue reftitution&
reparation ...
XXV.
Etpour cette cauſe ferontd'orefnavantles
Capitaines &Armateurs obligez chacund'eux,
avant leurpartement, de bailler cautionbonne
&folvable , par devant les Juges competants
delaſommedequinze mille livres tournois ,
pour reprondre chacun d'eux ſolidairement
desmalverſations qu'ils pourroient commettre
en leurs courſes ; Et pour les contraventions
de leurs Capitaines , & Officiers aupreſent
Traicté & aux Ordonnances & Edicts de
ſa Majesté , qui feront publiées en vertu , &en
conformité de la difpofition d'iceluy apeine
dedefchance & nullité deſdites Commiſſions
&conges ; cequi fera pareillementpractiqué
par les ſujets deſdits Seigneurs Eftats Generaux.
XXVI.
S'il arrivoit qu'aucun deſdits Capitaines
François fitpriſed'un Vaiſſeau chargé deſdits
Marchandiſes de Contrebande , comme dit
eft,
(31)
eſt , nepourront leſditsCapitaines faire ouvrir,
ny rompre lesCoffres , Mallets, Balles , Bougettestonneaux
,& autres Caiſſes , ou les tranſporter
, vendre ou eſchanger , ou autrement
aliener , qu'elles n'ayent eſté defcendues en
Terre en laprefencedesJugesde l'Admirauté,
&aprés Inventaire par euxfait deſdités Marchandiſetrouvées
dans lesdits Vaiſſeaux , fi ce
n'eſtque leſdites Marchandiſes deContreban -
de ne faiſant qu'une partie de la charge , le
Maiſtre ou Patron du Navire trouvaſt bon &
aggreaſt de livrer leſdites Marchandises de
Contrebandeaudit Capitaine, &depourſuivre
fon voyage; auquelcasledit Maiſtre ou Patron
nepourranullement eſtre empeſché depourſuivre
fa route&ledeſſein de ſon voyage.
XXVII.
Sa Majeſté voulantque lesſujets deſdits Seigneurs
Eftats Generaux , foient Traittez dans
tout lePays de ſon obeiſſance auſſi favorablement
, que ſespropres ſujets , donnera tousles
ordres neceſſairespour faire que lesjugements
&arreſts , qui ferontrendus ſurles priſes , qui
auront eſté faites a la Mer , ſoient donnez avec
touteJuſtice& eſquité, parperſonnes nonfufpectes
nyintereffées au fait,dontſeraquestion:
Et donneraſaMajeſtédesordres precis & efficaces
, afinque touts les arreſts , jugemens &
ordres de Juſtice deja donnez , & a donner
foient promptement & deuement executez ,
felon leurs formes.
B4 XXVIII.
(32)
XXVIII .
Et lors que les Ambaſſadeurs deſdits Seigneurs
Estats Generaux , ou quelque autre de
leurs Miniſtres publicqs qui feront ala Cour
deſaMajesté ferontplainte deſdits jugements
qui auront eſté rendus , ſa Majefté fera revoir
leſdits jugements en fon Conſeil ; pour examiner
files ordres & precautions continues au
preſentTraitté , auront eſté ſuivies& obfervées,
& poury faire pourvoir, ſelonla raiſon,
ce qui fera fait dans letemps detrois mois au
plus ;& neantmoinsavant le premierjugement
nyaprez iceluy ,pendant la revifion , les biens
&effects , qui feront reclamez , ne pourront
étre vendus nydechargez ſi ce n'eſtduconfentement
des parties intereſſées , pour eviter le
deperiffementdeſdites Marchandiſes .
ΧΧΙΧ.
Quand procesfera meu en premiere & feconde
inftance , contre ceuxqui auront des
priſesen Mer , &les intereſſez en icelles , &
que leſdits intereſſez viendront a obtenir un
jugement ou arreſt favorable , ledit jugement
ou arreſt aura ſon execution fous caution: Nonobſtant
l'appel d'iceluy quiaura fait la priſe ;
maisnon aucontraire , & ce qui eft dit au prefent
Article & aux precedens , pour faire rendrebonne
&briefveJustice auxſujets des ProvincesUnies
, for les priſes faites a laMer , par
lesfujets de fa Majeſté ſera entendu & practiqué
,parles Seigneurs Eftats Generaux , a l'ef--
gard
(33)
gard des priſes faitespar leurs fujets ſurceuxde
faMajestés
XXX.
Sa Majefté& les Seigneurs EftatsGeneraux,
pourront en tout temps, faire conſtruire ou
fretterdans les Pays l'un de l'autre , tel nombrede
Navires , ſoitpourla Guerre , ou pour
leCommerceque bon leur ſemblera ; Comme
auſſi achetter telle quantité de Munitions
deGuerre qu'ils aurontbeſoing, & employeront
leur authorité a ce que leſdits marchez de
Navires&Achapts deMunitoins , fe faſſentde
bonnefoy ,&aprix raisonnables; fans que ſa
Majeftény les Seigneurs EftatsGenerauxpuiffent
donner lamême permiſſion auxdits Ennemis
l'un& l'autre , En cas que leſclits Ennemis
fuffent Attaquans ou Aggreffeurs.
XXXI.
Arrivantquedes Navires de Guerre , ou de
Marchands efchouent par tempeſte ou autre
accident, aux Coſtesde l'un ou de l'autreAllié,
Jefdits Navires, apparaux, biens&Marchandi
fes&ce qui fera ſauvé ; ou le provenant , fi
leſditeschoses eftans periſſables , ont eſté vendues
; letouteftant reclamé , parles Proprietaires
ouautres, ayants charge&pouvoir d'eux,
dans l'an&jour , ſerareſtitué ſans forme de
procez , enpayant ſeulement les fraiz raiſonnables,&
ce qui fera reglé entre leſdits Alliez
pourledroictde fauvement. Et en cas decontraventionau
preſentArticle, ſaMajesté& lefdits
Seigneurs Eftats Generaux , promettent
BS em-
,
1.
!
(34)
1
employer efficacement leur authorité , pour
fairechaſtier , avec toute la ſeverité poſſible,
ceux de leurs ſujets qui fe trouveront coupables
des inhumanitez qui ont efté quelques
foiscommiſes a leur grand regret , en des ſemblables
rencontres.
XXXII.
Sa Majesté& leſdits Seigneurs EftatsGeneraux
ne recevront , & ne fuffriront que leurs
fujets recoiventdans nuldesPaysdeleur obeiffance
aucuns Pirates & Forbans quels qu'ils
puiſſent eſtre ; mais ils lesferont pourſuivre &
punir&chafferde leurs Ports ; Et les Navires
depredez, commeles biens pris , par leſdits
Pirates & Forbans quiſe trouveront en eſtre ,
feront incontinent & fans forme de procez.
reſtituez franchement aux Proprietaires que
les reclameront,
XXXIII .
,
Les Habitants& Sujets decoſté & d'autre
pourront partout dansles Terres de l'obeifſance
dudit Seigneur Roy & defdits SeigneursEftats
Generaux, ſe faire ſervir detels
Advocats, Procureurs , Notaris & Solliciteurs ,
que bonleur ſemblera , a quoy auſſi ils feront
commispar lesJuges ordinaires quand il ſera
beſoin, & queleſdits Juges en feront requis ;
Et ferapermis auxdits Sujects & Habitants de
part&d'autrede tenirdans les Lieux ou ils feront
leur demeure les livres de leur traficq&
correſpondence , en la langue que bon leur
fem.
(35)
1
femblera ; fans que pour ce ſujet ils puiſſent
eſtre inquietez ny recherchez.
XXXIV.
,
Ledit Seigneur Roy , comme auſſi leſdits
Seigneurs Eſtats Generaux , pourront establir
pour la commodité de leurs Sujets Trafiquans
dans le Royaume & Eſtats l'un de l'autre
, des Conſuls de la Nation de leurs dits ſujets,
lesquels rouïront des droits , libertez &
franchiſes , qu'illeur appartiennent , parleur
exercice & employ & l'eſtabliſſement en ſera
fait aux Lieux & endroits, ou de commun confentement
il ſerajugé neceflaire.
XXXV.
Sa Majesté & leſdits Seigneurs EſtatsGeneraux,
nepermettrontpoinctqu'aucun Vaiſſeau
deGuerrenyautreeſquipépour laCommiſſion,
&pour le fervice d'aucun Prince, Republique,
ou Ville que ce ſoit viennefaire aucune priſe
dans les Ports , Havres ou aucunes Rivieres,qui
leur appartiennent ſur les Sujets de l'un ou de
l'autre , & en cas que cela arrive ſaditeMajesté
&leſdits Seigneurs EſtatsGeneraux , employeront
leurauthorité&leur force , pour en faire la
reſtitution oureparation raiſonnablement.
XXXVI.
, Ou
S'il furvenoit par inadvertence ou autrement
quelques inobſervations ou contraventions au
preſent Traittéde la part de ſadite Majefté ,
defdits Seigneurs Eſtats Generaux , & leur Succeffeurs,
il ne laiſſera pas de fubfifter en toute
laforce ; fans que pour cela on cnvienne a la
B.6
rupr
(36)
rupture de la Confoederation , Amitié & bonne
Correfpondence: mais on en reparera-promp
tement lefdites contraventions ,& fi elles procedentdela
faute de quelquesparticuliers ſujets ils
enferontſeulspunis & chaftiez .
XXXVII.
Et pour mieux aſſeurer a l'advenirle Commerce
& l' Amitié entre les Sujets dudit
Seigneur Roy , & ceux deſdits Seigneurs
EftatsGeneraux des Provinces Unies du Paysbas
, il a eſté accordé & convenu qu'arrivant
cy apres quelque interruption d'Amitie
ou rupture , entre la Couronne de France , &
leſdits Seigneurs Eſtats deſdits Provinces Unies
(ce qu'aDieu neplaiſe ) ilſera toufiours
donné neufmois de reps apres ladite rupture,
aux ſujets de part &d'autre, pour ſe retireravec
leurs effects&les tranſporter oubon leur ſemblera.
Ce qu'illeur ſera permis de faire , commeauſſi
de vendreou tranſporter leurs Biens
&Meubles , entoute liberte , fans qu'on leur
puiſſedonner aucune empeſchement ny proceder
pendant ledittemps de neufmois , aaucune
faifie de leurs effects ; moins encore à
l'arreſt de leurs Perſonnes .
XXXVIII.
Le preſent Traitte de Commerce,Navigation&
Marine,durera vingt&cincaAns a commencer
du jour de la Signature& les Ratifications
en feront données en bonne forme , &
eſchangées de part&d'autre dans l'eſpacede
fix femaines a conter du jour de la Signature.
:
Formu(
37)
i
Formulaire du Paffeports&
Lettres , quiſedoivent donner
dans l'Admirauté de
G
France , aux Navires&
Barques , qui en Sortiront
Suivant l'Articledupreſent
Traitté.
Louis, Comte de Vermandois ,
Admiral
de France , a tous ceux qui ces preſentes
Lettres verront , falut ; ſçavoir faiſons , que
nous avons donné congé&permiffionà
Maiſtre & Conducteur
de laVille de
du Navire , nomme
duPortde
tonneaux , ou environ eſtantde preſent au Port
&Havre
s'en aller à
géde
de
charapresque
vifitation
aura eſtéfaitede ſon Navire avant que partir
fera ferment devant les Officiers qui exercent
lajurifdiction des cauſes Maritimes , comme
ledit Vaiffeau appartient à un ou pluſieurs
des ſujetsde fa Majesté , dont il ſera mis Acte
aubas des preſentes ; Comme auſſi de garder,
& faire garder par ceux de fon Eſquipage les
Ordonnances & Reglemens de la Marine , &
mettra auGreffe , le Roolle , ſigné& verifiée,
con(
38
contenants les noms & furnoms la naiſſance
& demeure des Hommes de fon Eſquipage ,
& de tous ceux qui s'embarqueront ; leſquels
il ne pourra embarquer ſans le feu & permiffion
des Officiers de la Marine & en chacun
Port ou Havre ou il entrera avec ſon Navire,
fera apparoir aux Officiers & Juges de
laMarine du preſent congé ; Et leur fera fidel
rapport de ce qui ſera fait & paffé duranfon
voyage ; Et portera les pavillons , armes
& enſeigne du Roy , & les noſtres durant
ſon voyage. Enteſmoing de quoy nous avons
fait appofer noſtre ſeing & le feel de nos armes
, a ces preſentes ; Et icelles fait contre
ſigner , par noſtre Secretaire de la Marine à
le jour de
mil fix cens Signé
Louis , Comte de Vermandois , & plus bas,
par.
2.4 Formulaire de l'Acte contenant
Nous
900
leferment.
de l'Admirauté de
certifionsque
Maiſtre du Navire nommé
auPaſſeport cydeſſus apreſté le ferment mentionne
en iceluy fait a
८
le
jour de mil fix cents
Autre
(39)
10.
1
i
Autre Formulaire des Lettres
, qui ſedoivent donner
par les Villes & Ports de
Mer des Provinces Unies
aux Navires & Barques:
qui en fortiront ſuivant
l'articleſuſdit. "
AUx Sereniff:, tres-Illuftres , Illuftres , tres
Puiffants , honorables, &prudents Seigneurs
Empereurs, Roys, Republiques,Princes ,Ducs,
Comtes, Barons , Seigneurs , Bourgmaiſtres ,
Eſchevins, Conſeillers , Juges , Officiers , Juſticiers
, & Regens de toutes bonnes Villes &
Places, tant Eccleſiaſtiques que ſeculiers , lefquels
ces preſentes verront , ouliront , nous
Bourgmaiſtres&Regens de la Ville de
ſcavoir faiſons que
Maistre du Navire
comparant devant nous a
declaré de ferment ſolemnel que le Navire,
nommé
environ
grand
Laſtes ſur lequel
maintenant il eſt le Maiſtre , appartient aux
Inhabitans des Provinces Unies : Ainfi Dieu le
vouloit ayder : Et comme volontiers nous ver---
rions ledit Maiſtre de Navire aidé dans ſes
juſtes affaires ; nous vous requerons , tous
1
en
(40)
,
en general , & en particulier , on le ſuſdit
Maiſtre avec ſon Navire , & Denrées arri .
vera qu'il leur plaiſe de recevoir benigne
ment& traitter deuement , leſouffrant ſur les
droits accoutumez des peages & fraiz , dans
par & aupres vos Ports , Rivieres & Domaines,
le laiſſant naviguer , paffer , frequenter
& negocier la ou il trouvera a propos ; ce
que volontiers nous reconnoiſtrons en tefmoing
de quoy , nous y avons fait appoſer
le ſeaude noſtre Ville.
En foy de quoy nous Ambaſſadeurs ſuſdits
de ſa Majesté & des Seigneurs Eftats Generaux
, en vertu de nos pouvoirsreſpectifs , avons
efdits noms figné ces preſentes de nos
feings ordinaires & a icelles fait appofer les
Cachets de nos Armes. ANimegue le dixief
mede Aouſt l'An 1678.
Eſtoit ſigne ,
(L.S. ) LeMareschal d'Estrades.
(L.S. ) Colbert .
(L.S. DeMesmes.
(L.S. ) H. v. Beverningk.
(L.S.) W. de Naffau .
(L.S.) W. vHaren.
30102
८: :
noriva
Π
(41)
:
い
Article feparée , touchant
l'Imposition de cinquante
folds par tonneau sur les
Navires estrangersfortans
des Portsde France.
1.
I Laeſté ftipuléde lapart du Roytres-Chref
tien &conſenti parles les Seigneurs EſtatsGeneraux
des Provinces Unies desPays-Bas , que
l'egalité qui doit eſtre preciſement obfervée a
l'eſgarddes ſujets de l'un , & de l'autre avec les
naturels enmatiere de Droits , Charges & Impoſitions
ſelon l'article
du Traitté de Commerce conclu ces
jourd'huy ne deſrogera pas a l'Impoſition
des cinquante folds par Tonneau establie en
France ſur les Navires estrangers , & que les
ſujets des Seigneurs Eſtats des Provinces Unies
feront obligez de la payer , commetous
autres Eſtrangers ſi ce n'eſt que ſa Majeſté
fur les remonſtrancesqui pourroient luy eſtre
faites cy aprés de la part deſdits Seigneurs
Efſtats en les examinant avec cette grande
affection parla quelle il plaiſtaſa Majesté de
les honoreren diſpoſaſt autrement ; mais ſeront
par fadite Majesté données dez a preſent
les ordres neceſſaires a ce que ladite Impoſition
de cinquante folds ne ſoit exigée des
Navires des ſujets deſdites Provinces Unies
qu'une
(42)
qu'unefois par chaque voyage en fortantdes
Ports de fon Royaume , & non en entrant,
&que leſdits Navires chargez de ſel ne payeront
que la moitié deſdits cinquante folds , a
conditionqueleſdits Seigneurs Eſtats trouvans
apropos de mettree ſemblable Impoſition fur
des Navires eſtranges chez eux , ce qui leur
demeurera libre , ne pourront pas exceder au
regard des ſujets de ſadite Majesté la taxe de
ce que les leurs payent en France demeurant
a l'efgardde tous autresDroits , Charge& Impoſition
preſent ou a venir ledit article
en fon entier force & vigueur ſans
pouvoir eſtre limité ou excedé par aucune
autre exception , ou restriction que celle qui eſt
exprime cydeſſus.
Lequel article ſeparé aura pareille force &
vigueur que s'il eſtoit inſeré dans le Corpsdu
fufdieTraittégeneral , paffé ce jourd'huy fait
aNimegue ce dixieſme Aouſt 1678,
Eſtoit ſigné,
(L.S. ) LeMareschal d'Estrades, -
(L.S. ) Colbert.
(L.S. ) De Mesmes.
(L.S. ) H.v. Beverningk.
(L. S.) W. de Naſſau.
(L.S. ) W.v. Haren.
MENTEM ALIT ET EXCOLIT
0 000
0
K.K. HOFBIBLIOTHEK
ÖSTERR . NATIONALBIBLIOTHEK
BE.6.Zz.2
1
MERCURE
GALANT.
De L'An 1678
JouxtelaCopie
àParis
Au Palais 1678 .
KOENIGLICHE
STRIS
PREVA
SUPR
KAIS
LE
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
Contenant tout ce qui s'eſt paſsé
de curieux auMoisdeJanvier
de l'Année 1678.
Suivant la Copie imprimée
A PARIS
Au Palais , l'An 1678.
KAISERA
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN .
IW
ONSEIGNEUR,
Souffrez quele Mercure
Galant vous aille
enfin rendre ſes hommages. Il
n'approche de Vous qu'avecune
certaine crainte, qu'il n'auroit
peut- eſtre pas en s'approchantde
tout autre Prince, aupres
de qui une auſſi grande
jeuneſſeque la voſtre laiſſeroit
eſpererun facile accés. Il croiroit
que les matieres galantes
qu'il luy offriroit , ſeroient de
nature à l'occuper aſſez agreablement
; mais pour Vous ,
MONSEIGNEUR , il ſçait trop
que ce qui a du rapport avec
voſtre âge , n'en a aucun avec
*
4
Vos
1
EPISTRE.
vos ſentimens,&que les choſes
qui ne ſeroient pas indignes
d'un jeune Prince , n'en ſont
pas pour cela plus dignes du
Fils de LOUIS LE GRAND .
Auſſi , MONSEIGNEUR , fi le
Mercure n'euſt eu a vous faire
que des Prefens proportionnez
àvos années , il n'auroit jamais
eu la temerité de s'élever jusqu'à
Vous. Mais il faut vous
l'avoüer. Il croit avoir quelque
droit à l'honneur qu'il reçoit
preſentement, lors qu'il fonge
qu'il vous fera des Preſens tels
qu'on les doit faire aux Héros .
Vous jugez bien MONSEIGNEUR
, que je parle des glorieuſes
Actions du Roy, dont le
Mercurenesçauroit manquer à
eſtreremply. Vous y trouverez
chaqueMoisquelques traits de
l' Hiſtoire qui luy eſt particuliere
;
EPISTRE.
e
Z
S
S
liere; & quel eſt le Héros dont
l'Hiſtoire n'euſt bien des vuides
, ſi elle estoitdiſtinguée par
chaque Mois ? Cependant il
ne s'en paſſe aucun qui ne foit
marqué par quelque Exploit
de ce grand Prince , & le Mercure
ne laiſſe pas d'eſtre Guerrier
,&remply denos Conque-
- ſtes pendant ces temps oyfifs
qui ſembloient ne luy pouvoir
fournirque le récitde quelques
Divertiſſemens , & qui n'eſtoeient
auparavant deſtinez qu'à
refraiſchir nos Troupes dans
nos Garniſons . Ainsi , MONSEIGNEUR
, le Mercure fera
. toûjours honoré desNoms des
deux Princesdu Monde, dont
l'un execute, & l'autre promet
deplusgrandes choſes.Le Nom
duFils accompagnera toûjours
- l'Hiſtoire des ExploitsduPere,
S
e
* 5 &
EPISTRE
.
& ce ſera là une marque de
l'attachement avec lequel vous
vous étudiez à imiter un fi
grandModele. Toutes les Cours
étrangeres apprendront que
vous avez fans ceſſe devant les
yeux l'Illuſtre Vie de l'Incomparable
LOUIS . Quel juſte
fujet de crainte , MONSEIGNEUR
, pour tous les Ennemis
de la France ! Ils tremblent
déja au ſeul bruit de cette application
continuelle que vous
avez à vos Exercices . Ils ſçavent
que vous ne faites qu'y esfayer
voſtre adreſſe & vos forces,
&que quand vous les tournerez
contr'eux , il leur en coutera
des Provinces . Ils tremblent
ſitoſt que la Renommée
leur annonce que rien n'échape
à voſtre penetration dans
nos Autheurs anciens , & ils
s'atEPISTRE.
S
e
S
e
-
e
1
4
s'attendent bien que vous y
puiſerez des Secrets dePolitiquequi
ferontun jour funeſtes
àleurs Estats ; Mais ce qui les
allarme le plus c'eſt le modele
que vous vous propoſez , ce
font les Vertus de LOUIS LE
GRAND , dont vous eſtes &
1'Heritier & l'Imitateur. Il ſuffiroitd'eſtre
l'un ou l'autre , &
onpeut direque ce ſeroit aſſez
oùqu'ellesvous euſſent eſté inas
ſpirées par le ſang , ou que voſtre
ardeur à les imitervous les
euſt appriſes . Mais, MONSEIGNEUR,
quoy que la Nature ait
formé enVousun Princedigne
d'eſtre Fils du plus grand Roy
de la Terre , vous avez voulu
meriter unTitre A glorieux par
Vous- meſme , & vos foins à
cultiver vos rares talens ont achevé
ce que la naiſſance ſeule
S
r
r
11
3
avoit
1
EPISTRE.
avoit commencé ſi heureuſement.
Quelhonneur ne ſerace
paspour le Mercure , fi en vous
entretenantdes Vertus de noſtre
Auguſte Monarque, il peut
contribuer quelque choſe à cette
inclination naturelle que
vous avez pour la Gloire ?
LOUIS luy fert de Garantqu'il
aura de Mois en Mois des Actions
plus éclatantes à vous
préparer ; & quand meſme ce
Héros conſentiroit à borner
ſes Conqueſtes par la Paix , il
luy fourniroit encortant d'exemples
de juſtice à récompenſer
ſes Sujets , & de ſageſſe dans
la diſpenſation des Charges de
l'Etat, qu'il ne faudroit que les
ſuivre pour ſurpaſſer les Princes
les plus accomplis . Quand
vous daignerez deſcendre jusqu'auxMuſes
du Mercure , elles
tâche
EPISTRE.
tâcheront à vous délaſſer l'eſprit
dans ces heures que vous
ne donnerez pas à des Muſes
plus ſérieuſes. Ily a déja longtemps
que vous avez commerce
avecles Latines,& quand la
plupart des Sçavans de l'Europe
ont travaillé avectantd'empreſſement
a vous les rendre familieres,
vous n'aviez pas tant
beſoin de leur ſecours qu'ils avoient
envie de paroiſtre avoir
quelque part à voſtre Education.
Pour moy , MONSEIGEUK,
je croiray eſtreparfairement
heureux, ſi endonnant
quelquesmomens auMercure,
vous voulez bien jetter quelquefois
lesyeux fur le profond
reſpect avec lequel je ſuis& feray
toute ma vie,
MONSEIGNEUR,
Voltre tres-humble , tres-obeïffant
&tres fidele Serviteur , D.
AQ
:
AU LECTEUR .
E prie ceux qui ont des Parens
oudes Amis àl'Armée, de fupléer
a lamodeftie qui les empeſche
de mefaire part eux-meſmes de
tout ce qu'ilsfont de remarquable.
Quoy que j'aye parlé de beaucoup de
Braves depuis un an , & quej'aye fait connoistre
quantité d'éclatantes Actions qui ſeroient
demeurées enſerveliesſans le Mercure,
jem'apperçois tous les jours que j'en ay beaucoup
oublié . J'ay déja dit , &je ne puis m'empeſcher
de le repeter , que ne pouvant tout
Scavoirpar moy-mesme , j'ay beſoin du fecours
de ceux qui font informez des chofes,
& qu'ils font plus à blâmer que moy , quand
leur negligence à m'envoyer un Billetfur ce
qu'ils ont appris de conſidérable, est cause
que le Mercure ne publie point les Actions
dans lesquelles l'amitié ou l'alliance leur fait
prendre quelque interest. Il est faitpour en
donner lagloire à ceux qui l'ont meritée, auffi-
bienquepour le divertiſſement du beauSexe
; & comme il est lû preſque dans toutes les
Cours du Monde , où lesmerveilles
paſſent en France lefont ſouhaiter, ilest bon
que toutce que nosBraves font deglorieuxy
Soit connu. Il est si vray que c'est un Livre
qui va par tout , que jesuis preſſépar quantité
de Perſonnes du beau monde de donner
auPublic un Recücil des Letttes que leMercuqui
fe
re
AU LECTEUR.
re m'attire des Provinces &de pluſieurs Païs
étrangers. Je neprétenspointparler decelles
qui loüent l'Autheur , ellesseront toutes
Suprimées , & l'on m'obligera de nedonner
des loüanges à l'avenir qu'aux Ouvrages
duMercure ou jen'auray autre part que cellede
les avoir ramaſſez. Ce sont cesfortes
deLettres, &celles qui me ſont envoyées fur
les Explications des Enigmes , & fur diferens
endroits du Mercure , qui formeront le
Recüeil que jeprétens donner au Public. F'y
joindray les advis que je reçois pour Son
belliſſement , & pour l'utilité de ceux
qui prennent plaisir à le lire. F'ay deja receu
un Billet d'une belle Compagnie duPalais
Royal qui ſouhaite qu'en parlant des
Familles Illuftres , j'y mette leurs Armes.
C'est ce qui pourra arriver, pourveu que leurs
Amis prennent ſoin de m'en envoyer les
Planches. Mais pour revenir aux Lettres
qui font voir que chaque Ville aſes beaux
Esprits ,fur tout parmy le beau Sexe ,j'en
donneray tous les trois Mois un Volume qui
Sera intitulé Extraordinaire Galant du
NouveauMercure. Par là Saurayl'avantagedefaire
connoiſtre la France à la France,
& tousles Beaux Eſprits comme je fais
tous les Braves . Une seule Lettre mise a la
teste de chaque Volume Servira de Réponse
& de Remerciemens a tous ceux qui ontdeja
:
Pris
AU LECTEUR.
pris la peine de m'écrire ſous lenom du Se
cretaire desDames, fur tout a celuy de Saumur,
a qui je rends mille graces pour toutefa
belle Compagnie , au nom de laquelle ilm'a
fiſouvent expliqué la satisfaction qu'elle
recevoit du Mercure. Fe neparle point dans
ce Volume de Janvier de tous ceux qui ont
deviné le mot de l'Enigme du précedent.Comme
ilsneſe ſontpoint nommez, maisſeulement
les Villesd'où ils m'ont ecrit, ce quej'en
dirois pourroit paroiſtre inventé, & d'ailleurs
jen'ayrien qui leur peust faire connoiſtrea
eux-mesmes que ce ſeroitd'eux quejeparle-
τοίς.
MER
MERCURE
GALANT .
E vous en ay déjapriée,
Madame , faites moy la
grace de m'épargner ; &
fi vous me voulez perſuaderque
les dix Lettres quevous avez
reçeuë de moy vous ontdonné
autantde fatisfactionque vous m'en
en témoignez , oubliez la part que
j'y puis avoir, & ne vous attachez
qu'à la matiere. Il eſt certain , à la
bien examiner , que la Poſterité
aura peine à croire tout ce que ces ,
dix Lettres contiennent. Elles
renferment les Nouvelles de l'Année
1677. & les grandes choſes qui
s'y ſont faites ne trouveront point
de croyance dans les Siecles àvenir
, parce que les Siecles paſſez
n'ont rien produit de ſemblable.
En effet , on ne peut vanter la priſe
de Troye , qu'on ne ſe ſouvienne
qu'elle a coûté dix années de Siege
Janvier. A aux
1
2 MERCURE
aux Héros de l'Antiquité. Voyez
les Romains . Ce n'a eſté qu'apres
un fort long temps qu'ils ſe ſont
rendus maîtres de Cartage;& com.
me la plus grande partie de la Terre
eſtoit ſous leur Domination,
quand ils ont fait des Conqueſtes
confiderables , leurs Armées es.
toient remplies de mille Nations
fubjuguées qui leur aidoient à vaincre
les autres ; mais depuis nos dernieres
Guerres , pendant leſquelles
nous avons réduit des Places qui
paroiffoient preſque imprenables,
nous pouvons dire que la France
n'a vaincu qu' avec la France , &
que nous l'avons veuë triompher
tout à la fois d'un Empereur puiffant
par des Royaumes Heredi.
taires ; d'un Empire redoutable
par un nombre infiny de Souverains
; d'unRoy d'Eſpagne craint
dans les deux Mondes ,& qui compte
des Sujets preſque par tout ;
d'une Republique qui a eu la vanité
de
GALANT.
3
de ſe croire aſſez floriſſante pour
pouvoir devenirl'Arbitre des Rois;
& de quantité d'autres Puiſſances
que la jalouſie tient encor preſentement
liguées contre nous. C'eſt
dans l'année où le Roy a eu les forcesde
tant de Princes ſur les bras ,
qu'il a fait des choſes les plus étonnantes
, &que la Victoire s'eſt renduëinſeparable
de ſes Armes dans
tous les lieux aù l'on a déployé ſes
Etendarts. Nous l'avons veu partiren
Fevrier , & emporter en peu
de jours des Places beaucoup plus
fortes que celles qui coûtoient autrefois
des années. Sa prefence ſemble
avoir fait tomber les Murs de
Valenciennes. Cambray n'a pû refifter,
ſa Citadelle s'eſt renduë. Les
Plaines de Caffel déja celebres par
les Victoires de deux Philippes ,
ont rougy preſque auffi- toft du ſang
de nos Ennemis , & leur Défaite a
réduit S. Omer à ouvrir ſes Portes .
Dans ce meſmetemps les Armes de
A 2 Fran
4
MERCURE
France triomphoient à deux mille
lieuës de là , & nous prenions la
Cayenne aux Hollandois . C'eſt
dans cette meſme année que nos
François ſe ſont rendus maiſtres de
la Scalete , & de pluſieurs autres
Poſtes de Sicile ; qu'ils ont défait
enCatalogne toutes les forces d'Eſpagne
ramaſſées de ce coſté là;
qu'ils ont fait lever le Siege de
Charleroy , étably des Contributions
en cent lieux qui n'en avoient
jamais payé , détruit la grande Armée
de l'Empereur , de l'Empire &
des autres Alliez , repouſſé au delà
du Rhin le Prince de Saxe-Eyfenach
, batu en ſuite & enfermé le
meſme Prince dansune Iſle, triom
phé à la Journée de Cokberg de
1'Elite des Troupes de l'Empereur,
pris Fribourg & Valkrik dans fes
propres Terres , fait repaſſer le
Rhin & quiter les Quartiers d'Hyver
à toute fon Armée contrainte
d'abandonner les Poſtes qu'elle oc
cuGALANT.
5
( cupoit ſur la Sarre ; & cela, dans un
temps de neiges & de gelée, & tan-
( dis que nous achevions nos Conqueftes
en Flandre par la priſede
■ S. Guilain. Ce dénombrement eſt
ſi grand qu'ilne paroiſt preſquepas
croyableau bout de l'annéeàceuxmeſmes
qui ont tout ſoeu ,toutveu
✓ & tout execute ; & comment l'avenir
en croira-t-il nos Hiſtoires,
s'ilexaminele peu de temps, la force
des Places , & le nombre desEnnemis
? Il faut ſe taire, admirer ,&
- s'étonner. Vous avez toutes ces
merveilles dans les dix Lettres qui
font enfin une Année entiere de ce
Mercure que le Public a ſi favorablement
reçeu. Vous y avez les
meilleurs Ouvrages qui ſe ſoient
faits là deſſus , & la plupart des
Harangues dans leſquelles on a tâ-
-ché de peindre ce qui ne peut jamais
eſtre que foiblement ebauché.
Je ne ſuis point ſurpris que
vous vous ſoyez fait unplaiſir d'ap-
C
A 3 pren6
MERCURE
prendre les particularitez de tant
d'actions étonnantes , puis que nos
Ennemis meſmes qui liſent le Mercure
, font aſſez juſtes pour ne refuferpas
leur admiration au Roy apres
les Prodiges de cette Campa
gne , tant il eſt vray que ce grand
Prince eſt au deſſus meſme del'Envie.
Comme ſon exemple n'a pû
rien inſpirer que d'extraordinaire à
tant de Braves qui ne reſpirent que
pour lagloire , j'ay tâché de rendre
juſticea tout le monde , ne n'oubliantaucun
de ceux qui ont eu l'avantage
de ſe diftinguer. En celaje
n'ay eu égard qu'aumerite , &n'ay
point regardé s'ils eftoientdu premier
rang. Un fimple Soldat peut
monter aux plus hauts degrez où la
Valeurait droit de pretendre , & je
me ſuisd'autantplus attaché à mettre
les belles Actions de quelques
Particuliers dans leur jour , que
celles des Perſonnes d'une naiſſance
élevée ne demeurent jamais incon
nuës.
GALANT.
7
nues. Si ceux qui ont les grands
Ds emplois dans lesArmées agiſſent en
- meſme temps & de la teſte & du
coeur , ce font les autres qui execu -
tent, &j'aycrû qu'ils fouffriroient
volontiers que desBraves quiles ont
dſuivis dans leCombat , fuiſſentplacez
apres eux dans le Mercure. Ce
n'eſtpasque malgré toute l'exactitude
qu'on puiſſeavoir à recüeillir
tout ce qui ſe paſſe de plus éclatant
dans cesOccaſions importantes qui
donnent de la curioſité à tout le
monde , il n'échape toûjoursquelques
Actions qui meriteroient d'eſtre
publiées ; mais c'eſt la faute de
ceux qui les font , ou plutoſt de
leurs Amis , qui voyant des Braves
fi modeſtes devroient avoir ſoin de
leurgloire , & envoyer le Détail de
-ce qui fait honneur à la France , &
dont on ne peut priverla Poſterité
( fans injuftice . Je vous ay fait tous
les Mois d'aſſez longs Articles de
Guerre , cependant vous n'avez
1
S
A4 point
8 MERCURE
point tout ſceu , & ce ſera peuteſtre
vous dire aujourd'huy quelque
choſe que vous ignorez , que
de vous apprendre que parmy ce
grand nombre de Volontaires qui
partirent de Paris & de la Cour,
avec toute la diligence poffible ,
pourſe jetter dans Charleroy , ou
demeurer dans nos Troupe en cas
qu'ily euſt Combat , Monfieur le
le Duc de Leſdiguieres futdes plus
ardens. Son extréme valeur eft
connuë , & l'épreuve que les Hollandois
en ont faite leur a coûté
cher. Vous pouvez m'accufer de
la meſme forte de n'avoir pas eſté
tout-à-fait exact dans la Relation
que ma derniere Lettre vous a fait
voir du Siege de S. Guilain ; je puis
pourtant afſurer que les recherches
quej'en ay faites , onteſtéextraordinaires.
Perſonne n'en avoit aucunDétail
entier à Paris, on s'eſtoit
excuſé là-deſſus de le donner au
Public ,& il me l'a fallu ramaſſerde
divers
GALANT .
9
divers endroits ; mais quoy queje
vous l'aye envoyé avec des circonſtances
plus veritables que toutes
celles d'aucun Siege dont je vous
aye encor parlé , il ne m'a pas eſté
poffible d'apprendre les Actions
particulieres de tous ceux qui s'y
fontdiftinguez. Je me ſouviens de
vous avoir dit que Monſicur le
Comte de Tonnerre, Aîné de cette
Illuſtre Maiſon , y avoit eſté bleſſé ;
mais je ne vous ay pas marqué que
ce fut en ſejettant le premier . dans
le Foſſé , où il reçeut un coup de
Mouſquet dont il eut la jouë percée.
Il eſtjeune , bien fait ,& a au
tant d'eſprit que de coeur. Pendant
qu'on eſtoit occupé au Siege
de cettePlace , Mt le Chevalier de
Bezons , Fils duConſeillerd'Eſtat
de ce nom , fit une Action d'une
affez grande vigueur. Seize cens
Chevaux des Ennemis ayant voulu
paſſer la Lis pour entrer dans la
Chaſtellenie de Lile, il les repouſſa
A5 avec
10 MERCURE
avec huit cens Hommes , eut fon
Cheval tué ſous luy , & emporta
l'avantage d'avoir fait avorter leurs
deſſeins . Il ſemble qu'il ne pouvoit
avoir un moindre ſuccés dans un
temps où les François ont fait voir
des prodiges de tous coſtez. Les
Romains donnoient autrefois le
nom de leurs Empereurs aux Années
remarquables par des Conqueſtes
extraordinaires , mais celle
qui vient de finir devroit eſtre appellée
avecbien plus de raiſon l'Année
de LoüIS LE GRAND .
Ne croyez pas , Madame , qu'elle
ait point tiré vanité de tout ce qui
s'eſt fait d'heroïque pendant fon
cours . Ecoutez ce qu'elle en dit à
l'Année qui luy ſuccede. Le mesme
qui a donné la parole aux Fleurs
pour répondre à Madame des Houliers
, apris ſoin de la faire parlerde
la maniere que vous allez entendre.
Il s'apelle Mr de Roux , & je vous
ay déja marqué qu'il eſt Provençal.
L'ANGALANT
. 11
L'ANNEE
M. DC. LXXVII.
AL'ANNEE
M. DC . LXXVIII .
- IE Grand Louis , Maistre de la Vi-
Etoire,
Ayant comblé mes jours de bonheur & de
gloire,
Feme trouve à regret àlafin de mon cours.
Soyez,no uvelleAnnée, encor plusglorieuse,
Soyez encor , s'ilse peut , plus heureuse.
Ie vous laiſſe tous mes defirs.
Avecque mes derniersſoûpirs.
Fiere d'avoir tant veu d' Actions martiales,
Tant veu de progrés éclatans,
FevayprendreplaceauxAnnales,
Et braver l'orgueil des vieux Temps.
Les premiers Heros de la Terre,
D'un courage pareil ne faisoient point la
guerre.
Ilsembleque Louis desplus rudes travaux
Falje sa gloire &fonrepos.
MonHyver fut d'abord témoin de
lance,
Sa vail-
Ses Lys dans mon Printemps remplirent
tout d'effroy,
A6 Mon
12 MERCURE
Mon Efté vit l'effet des soins de ceGrand
Roy,
EtmonAutomne enfinlesfruits defaprudence.
Par tout , donnant l'exemple à ſes nobles
Guerriers ,
Ce Héros en tout temps a cüeilly des Lauriers.
SesArmes ont couru de Victoire en Victoire.
Siecles quime ſuivrez , le pourrezvousbien
croire?
Demy-Lunes, Foſſer, Murs, Forts,Retranchemens,
Ne coûtoient que quelques momens .
Cambray,jeul& Valencienne,
Terniffent la valeur & la gloire ancienne ;
L'orguelleux Saint Omer , les Plaines de
Caffel,
Du fuperbe Fribourg la defence abatuë,
Charleroy , Saint Guilain , une Flotebatuë,
Mefontunhonnour eternel.
Avec ce quis'est fait de grand , de difficile,
En Catalogne, à Cayenne , en Sicile,
Tout mon cours eft remply de hauts faits
diferens.
L'ordre dutemps me preſſe , adieu nouvelle
Année.
LeCielvous afans doute destinée
Avoir encordesmiracles plus grands.
Vous
ALANT .
13
Vousjugez bien , Madame , que
c'eſt l'Année Francoiſe que M'de
Roux afait parler , c'eſt àdire une
Année qui ne s'intereſſe qu'à ce
qui regarde la grandeur du Roy.
Elle eft bien certaine de ne ſe point
tromper dans ce qu'elle promet à
l'Annéequi la ſuit , quand elle asfure
qu'elle eſt deſtinée à voirencor
de plus grandes choſes qu'elle
n'enaveu. Il ſuffit que cet Incom.
parable Monarque veüille entreprendre
pour ſe répondre d'une
nouvelle Victoire , & il nous a tellement
accouſtumez aux Conqueſtes
, que ſi on admire toûjours celles
qu'il fait , on ceſſe preſque de
*s'en étonner. C'eſt une penſée de
Mr de la Monnoye. Voyez le tour
ſpirituel qu'il luy donne dans ce
Sonnet.
AU
14
MERCURE
AU RΟΥ,
SONNET.
Tout résonne, Grand Roy, du bruit de tes
progrés,
châtie,
Tu n'as point d' Ennemis que ton bras ne
Et malgré les Ramparts , les Digues , les
Marais,
Tagenereuse ardeur n'est jamais rallentie.
Les plus braves Guerriers,fi- tostque tu parais,
N'oferoient deleurs Forts tenter une Sortie,
Lapriſe à ton aspect ſuit l'attaque deprés .
EtlaPlace eft conquiſe auſſi toſt qu'inveſtie.
C'est peu qu'avoir forcé trois Villes en un
mois,
Tu veux nous étonner par de nouveaux
Exploits,
Maisfans nous étonner tu peux tout entreprendre.
Que ne devons nous pas attendrede ton coeur?
Ilfaudroit, Grand Héros, pour nous pouvoir
Surprendre,
Que tupuiſſescombatre , S'n'eſtre pasVainqueur.
Voila
GALANT.
15 I
Voila de fameux exemples pour
noſtre Illuſtre Dauphin . On ne
peut ſe préparer à les ſuivre avec
plus d'ardeur qu'en fait paroiſtre
ce jeune Prince. L'adreſſe & la force
qui le font tous les jours admirer
dans ſes Exercices en ſont des marques.
Un je ne ſçay quel feu martial
qui brille déja dans ſes yeux, &
qui ne diminuë rien de la douceur
de ſes traits , répond parfaitement
à ce que fon heureuſe naiſſance
nous en fait attendre , & c'eſt avec
beaucoup dejuſtice que Mr Lelleron
Avocat à Provins a dit dans le
Rondeau que je vous envoye.
POUR MONSEIGNEUR
LE DAUPHI
RONDEAU.
C'Eft le Dauphin que lagloire feconde,
Son Coeur est grand,fa Sageſſe profonde,
Il'eft doüé d'un Efprit merveilleux,
Il estde taille égale aux Demy-Dieux,
Etson visage en agrémens abonde.
Dans
L
16 MERCURE
Dansses regards,Sans que rienſeconfonde,
Cupidon ritpendant que Marsygronde
Etfi quelqu'un les accordetous deux
C'est le Dauphin.
Le Dieu du Four nefortjamais de l'onde
Qu'en l'admirant ſous ſa Perruque blonde,
Ilnes'écrie ; O Chef- d'oeuvre des Cieux,
Apres Loüis ce qui charme mes yeux,
Et lefecond miracle de ce monde,
C'estle Dauphin.
Onabien raiſon de ſoûtenir que
le Roy eſt la premiere des merveilles
qu'on y peut voir. Son grand
air& fa bonne mine le font tellement
diftinguer , qu'il doit moins à
l'élevation de ſon rang , qu'aux avantages
de ſa Perſonne, les regards
quis'attachent continuellement ſur
luy. Onne pouvoit aſſez l'admirer
le premierJour de l' Année. Il estoit
au milieu des Chevaliers de fes
Ordres ; & s'il efface_en Habit de
Cavalier tous ceux qui ontjamais
eu lamine guerriere , on peutdire
qu'on n'a jamais rien veu de fi majeſtuGALANT.
17
..
jestueux en Habit à manteau. Il
enavoit un éclatant , magnifique &
modefte tout enſemble ;&de quelque
maniere qu'il ſoit , il ne paroiſt
pas moins Roy par ce que toute fa
Perſonne marque de grand , qu'il
l'eſt veritablemement par ſa naisfance.
Les Livrées neuves de ſa
Maiſon parurent ce meſme jour
dans un éclat admirable. Quoy
que ce ne ſoit qu'une dépenſe ordinaire,
elle tiendroit lieu de grandes
magnificences dans d'autres Cours ;
& il eſt ſi vray que les Livrées pasſent
par tout pour un ornement
tres confiderable , qu'on ne faitjamais
aucune Relation d' Entrées
publique ſans les marquer. Le
nombre de celles de la Maiſon du
Roy eſt ſi grand, qu'une infinité de
Perſonnes qui ont voyagé aſſurent
qu'ila plus de Pages & de Valets de
pied,qu'onnetrouve ailleurs d'Officiers
couchez ſur l'Etat des plus
grands Monarques de l'Europe. Il
ya
ر
1
18 MERCURE
y a déja quelque temps que ces Livrées
demeurant toûjours les mesmespourla
couleur, changent d'année
en année pour ce qui enfait les
aſſortimens . Depuis que ce changement
eſt étably , le magnifique
s'y eſt toûjours trouvé de plus en
plus. Il ne fautpoint s'en étonner ,
les choſes ſe fontavec tant d'ordre
&tant de prudence dans la Maiſon
du Roy , qu'on n'y a jamais rien
veu qui ait pû faire remarquer un
moment que la France ait eſté en
guerre , quoy qu'elle ait des Ennemis
preſque de tous coſtez à ſoutenir.
L' Année ayant recommencé
comme dans la plus profonde Paix ,
&tout cequi peut marquer la grandeur
de noſtre Monarque ayant paru
à l'ordinaire , cetre meſme année
a continué par quatre Opéra
qu'on repreſente alternativement à
S. Germain pour le Divertiſſement
de Leurs Majeſtez. Quoy qu'ils
n'y
GALANT..
19
n'y ſoient pas nouveaux, on n'a pas
laiſſe de faire de nouvelles dépenses
pour tout cequi ſert à les reprefenter.
Rien n'a eſté épargné pour la
beauté des Décorations, les Habits
yfont auſſi bien entendus que magnifiques
, & ces grands Spectacles
en ont receu de merveilleux agré.
mens.
Tandisque nous ſommes ſur l'article
de la dépenſe,je ne dois pas oublier
à vous dire que Mr. de Bartillat
eſt rentré dans l' exercice de la
ChargedeGardeduTreſor Royal,
dont il eſtoit ſorty pour travailler
plus facilement èrendre ſes comptes.
Il avoit eſté Treſorier de la
Maiſon de la Reyne Mere ,& fort
eftimé de cette Princeſſe.
Il me fouvient , Madame , quand
je vous parlay il y a quelques mois
del'Obeliſque de la Villed' Arles ,
que vous me fiſtes les plaintes de
vos Amies qui ne ſe trouvoient
point aſſez éclaircies ſur cettemati
ere,
ر
1
20 MERCURE
ere , & qui auroient voulu voir l'
Eſtampe qui en avoit eſté preſentée
au Roy. Je vay les fatisfaire ſur ces -
deux points , ou plutoſt elles peuvent
ſe ſatisfaire elles -meſmes ſur le
premier en confiderant la figure de
cet Obeliſque que j'ay pris ſoin de
faire graver icy. Comme c'eſt une
choſe qui regarde la gloire de noſtre
Incomparable Monarque , je
fuis bien aiſe de commencer par là
les Embelliflemens dont le Mercure
peut- eftre capable. On concevra
mieux par l' Inſpection de cette Figure,
de quelle beauté l'Obeliſque
d' Arles peut eſtre dans une Place
publique. Je vous en ay déja marqué
lahauteur,qui eſt de cinquante
deux pieds , & fa baſe de ſept pieds
de diametre tout d'une piece. Vous
jugez bien qu'en le voyant élevé on
doit voir quelque choſe qui contente
fort la veuë. Pour ce qui regarde
la nature de l' Obeliſque, qui eſt
une eſpece de Pyramide , il faut
vous
GALANT. 21
5
t
e
:
vous dire avec les Geometres, que
c'eſt une figure ſolide , dont labaſe
eſt contenuë par des triangles afſis
ſurun meſme plan , qui s'élevent à
un point qui leur est commun. Ily
en a de deux fortes , l'une eſt large
& l'autre aiguë. La Pyramide larege
eſt celle dont la hauteur eſt pareille
à peu pres à la largeur d'un
des coſtez de ſa baſe , telle que font
celles d' Egypte ſi renommées dans
les Hiſtoires , & que l'on admire encor
aujourd'huy comme une des
merveilles du monde. On les faiſoit
ainſi larges , à cauſe qu'eſtant
deſtinées aux Sepulchres des Roys,
il falloit qu'il y euſt des voûtes au
dedans ; outre qu'eſtant baſties de
cette proportion , l'Edifice en devoit
eſtre bien plus durable. Cette
Figure meſme avoit quelque choſe
de myſterieux ; & comme ces Peuples
renfermoienttoutes leurs Veritez
fous des Hyerogliphes , c'c.
ſtoitpar làqu'ils avoient voulu nous
don22
MERCURE
donner celuy de la Vie humaine ,
dont le commencement eſtoit repreſenté
par la baſe , comme ta fin
l'eſtoit par la pointe. La Pyramide
aigue eſt celle dontj' ay à vous parler.
Elle doit avoirpour le moins de
hauteur quatre fois un des côtez de
la baſe pour eſtre dans ſes juſtes dimenſions
; & celle- cy par l'inſtitution
des Egyptiens , & par l'uſage
des Peuples , s'appellc proprement
Obeliſque. C'est un mot qui ſignifie
Rayon en langage Egyptien, parce
qu'on les conſacroit ordinairement
au Soleil que ces Peuples adoroient;
& ce fut parcette raiſon que
les premiers furent élevez à ſa gloire
dans la Ville d' Heliopolis , qui
veutdire Citê du Soleil. Ces fortes
de Monumens eſtoient auſſi quelque
fois deſtinez pour immortaliſer
la memoire des Perſonnes extraordinaires
, & c'eſtoit par leur figure
haute & fublime qu'on pretendoit
laiſſer à la Poſterité une plus grande
L
idée
GALANT.
23
コ
idée de l'élevation de leur gloire.
C'eſt ainſi ( qu'au rapport de Pline)
le Roy Ptolomée Philadelphe en
fit élever un à l'honneur de la Reyne
Arfinoë ſa Soeur & ſa Femme
tout enſemble. Il avoit quatrevingts
coudées de hauteur. Ons'en
☑ ſervoit auſſi comme d'un monument
eternel que l'on conſacroit à
- la gloire des Conquerans apres une
ſignalée Victoire ; & c'eſt de cette
façon que Tacite dit qu'apres la ſanglante
Bataille qui ſe donna entre
l'Elbe & le Rhin , dans laquelle
Germanicus défit entierement les
Ennemis des Romains , il en fut
dreſſé un à la gloire du Vainqueur
quiportoitce ſuperbeTitre.
Des dépouilles desNations
Quihabitent entre l' Elbe &le Rhin,
L' Armée de l' Empereur Tybere
Aconfacré ceMonument à Mars ,àJupiter
&àAuguste.
Tous
24
MERCURE
Tous ces exemples juſtifient afſez
que la Ville d'Arles ne pouvoit
faire un plus noble&plus digne uſage
de celuy que la Fortuneluy a
voulu découvrir , apres l'avoirtenu
caché durant tant de Siecles, quede
l'élever comme elle a fait à la gloire
de noſtre Invincible Monarque ; &
vous trouverez meſme que ç'a eſté
une penſée fort heureuſe , que fans
s'éloigner de la coûtume des Peuplesqui
conſacroient ces fortes de
Monumens au Soleil , elle ait pris
ſoin d'ériger celuy- cy au Roy ſous
laFigure de cebelAſtre qu'ila choiſy
pour Deviſe,& qui eſt ſon veritable
Symbole. En verité, Madame, il
ſemble qu'il y ait quelque choſe de
myſterieux & qui tient meſme du
prodige , en tout ce qui regarde la
gloire de noſtre Prince. Faites-y
reflexion, je vous prie. Cet Obelifque
eſt venu d'Egypte , auſſi bien
que ceux que l'on voit à Rome.
Tous les autres font remplis de Caracte-
1.
(
GALANT.
25
:
L
0
racteres hieroglifiques , & celuycy
eſt demeuré tout nud & tout
uny, comme ſi par une heureuſe fatalité
il euſt eſté reſervé pour y graver
les Victoires & les Conqueſtes
de Loüis LE GRAND. Jene puis
m'empeſcher de vous repeter icy
les trois derniers Vers d'un Sonnet
de M Roubin, dontje vous fis part
le mois d'Aouſt paffe , & qui expri.
ment admirablement cette penſée.
Il dit auRoy en parlant de l'Obelisque
d'Arles .
Ilsemble que les ans ne l'ont tant respecté,
Qu' afin de preparer une Table d'attente
Pour ygraver ton Nom à la Pofterité.
Je n'ay pas oublié que vous vous
plaignîtes en ce temps-là que j'avois
fupprimé les Infcriptions qui
devoient eſtre gravées aux quatre
faces du Piedestal. Je fis parce qu'-
elle estoient Latines ; mais afin que
vous ne perdiez rien,en voicy quatre
Françoiſes que Meſſieurs de
l'Académie d'Arles avoient jugées
Janvier. B dignes
i-
+
26
MERCURE
i
dignes d'y eſtre miſes , & qu'on y
verroit aujourdhuy ſi on n'euſt jugé
à propos de preferer une Langue
quine sçauroit plus changer.
I. INSCRIPTION.
Tandis que LoÜIS LE GRAND
Chaftioit les Hollandois ,
Qu'il vainquoit lesBelges, les Eſpagnols ,
& les Allemans ;
Qu'il battoit par tout ſes Ennemis,
Qu'il les mettoit en fuite , qu'il diffipoit
leurs Armées ,
Afin que rienne ſe taiſe
Parmy ce grand bruit d'Armes, de
Victoires & de Triomphes ,
On a trouvé l'art de faire parler les
Pierres,
L'Academie Royale d'Arles leur prête
des paroles;
Que la Poſterité le ſçache,
Cette Illuſtre Ville
Selon la couſtumedes Egyptiens qui dédioient
des Monumens au Soleil,
Aconfacré cet Obeliſque
Au Soleil de la France.
II. IN
GALANT.
27
II. INSCRIPTION.
A l'Immortelle Memoire
De LoüiSLE GRAN D,
Toûjours Conquérant, toûjours
Invincible.
La Terreur de ſes Ennemis , l'Appuy de
fes Alliez ,
Le Soûtien de la Religion,
Le Pere du Peuple,
L'Amour & les Delices de la France;
Cet auguſte Monument a eftédreffé
Pour inftruire la Pofterité
Dela gloire & de la felicité de ſon
Regne.
111. INSCRIPTION.
Par le zele & les foins
Detres- noble& tres - illuftre,
Francois de Boche.
M.Romany , A. Agar , & Jean Maure,
Confuls dela Ville d'Arles ,
Ce fuperbe & majestueux Obelifque,
Reſteprétieuxdela grandeur des
Romains,
Apres avoir eſté enſevely dans la Terre
L'eſpace de ſeize Siecles,
A eſté élevédans cette Place publique
Al'honneur de LOUIS LE GRAND,
Et à l'honneur de la Patrie,
L'an mil fix cens ſoixante & feize.
B2 IV.IN28
MERCURE
IV. INSCRIPTION.
Arreſte Paſſant
Etconfidere cet Obeliſque,
Il eſt élevé à l'honneur de LoUIS LE
GRAND ,
Le plus aimé , & le plus aimableRoy de
la Terre.
Meſure par ſa hauteur qui aboutit au
Soleil,
La ſublimité de la gloire de cet Auguſte
Monarque.
Jugedefon Immortalité,
Par la durée de ce Monument,
Que feize Siecles n'ont pû détruire,
Et confefſe en meſme temps
Que la Ville d'Arles
Ne pouvoit donner à fon Roy
Unemarquede ſon zele, de ſa veneration C
&de fon amour,
Ny plus grande , ny plus durable.
Comme les Inſcriptions conſervent
la memoire de ce qui ſe paſſe de
plus grand au monde, on en devroit
faire pour toutes les Actions heroï.
ques qui meritent un long ſouvenir.
Je mets de ce nombre la Retraite
de l'admirable Perſonne dont vous
me
GALANT.
29
meparlez . Il n'y arien de plus vray
que cette Retraite ;& pour ne vous
laiſſer rien ignorer des motifs qui
l'ont portée à ſe mettre dans un
Convent , il est bon queje vous apprenne
en peu de mots ce qui a precedé
le Veuvage qui luy en a fait
prendre la réſolution. Vous ſcavez,
Madame, qu'elle eſt d'une des meilleures
Maiſons de Normandie , &
tresbien alliée dans cette Province.
Elle y avoit eſté élevée Fille avec
tous les foinsqu'on peut avoird'une
Heritiere àlaquelle une Succeffion
fort conſidérable ne sçauroit manquer.
C'eſt aſſurément beaucoup
qu'eſtre riche& de naiſſance , pour
s'attirer force Pretendans ; mais
quand elle n'auroit point eu ces avantages
, fon merite auroit ſuffy
pour la faire aimer. C'eſt peu de
dire qu'on ne pouvoit découvrir en
elle aucune mauvaiſe qualité , elle.
avoit toutes celles qu'on peut fouhaiter
dans une Perſonnetoute ac-
B 3
com30
MERCURE
complie. Elle estoit belleſans fierté,
civile ſans abaiſſement , ſpirituel
le ſans affectation,complaiſante fans
contrainte , & il y avoit un je ne
ſçay quel charme de douceur ré
pandu dans toutes ſes manieres, qui
touchoit le coeur dés qu'on la vo
yoit. Vous jugez bien , Madame,
que ſa Cour fut groſſe en peu de
temps. Son Pere eſtoit un vieux
Gentilhomme qui avoit toûjours
tenu ſa Maiſon ouverte à toute la
Nobleſſe des environs ; & fa Fille
ne fut pas plutoſt en âge d'eſtre mariée
, qu'il reçeut plus de viſites que
jamais. Ill'aimoit tendrement, elle
eſtoit unique , & ayant du bien , il
réſolut denes'en défaire que pour
un Party qui l'élevaſt. Labelle qui
toute charmante qu'elle eſtoit , avoit
encor plusde vertu quede beauté
, regloit ſes ſentimens ſur ceux
de fon Pere,& recevant civilement
tous les Prétendans , elle attendoit
qu'il choiſiſt pour elle , & gardoit
l'enle
GALANT.
31
C
Et l'entiere liberté de ſon coeur. Cependant
comme il y ade la fatalité
en toute choſe , & plus en amour
et qu'en aucune , un jeune Marquis,
qui avoit affez de naiſſance pour en
prendrale titre, &trop peu de bien
pour en foûtenir avantageuſement
la qualité , vint paſſer l'Automne
dans une Terre qu'il avoit , voiſine
ede celle du vieux Gentilhomme. Il
fut bientoſt informé du bruit que
faiſoit fon aimable Fille , qu'il n'avoit
point veuë depuis quatre ou
-cinq ans qu'il s'eſtoit attaché à la
Cour. Il avoit un de ces airs qui
frapentd'abord. Rien n'eſtoit plus
engageant que ſon entretien , &
tout ce qu'il diſoit marquoit un esprit
ſi bien tourné , qu'il eſtoit diffi .
cile de le connoſtre ſans l'eſtimer.
Il vit la Belle , la Belle le vit ; & s'il
fut charmé d'elle preſque auſſitoſt
qu'il luy eut parlé , elle fentit apres
quelques converſations , que ſi le
choix de fon Pere tomboit fur luy,
B 4
elle
*
32
MERCURE
elle n'auroit pas beſoin de faire violence
à fon coeur pour l'y ſoûmettre.
Ainſi ſoit que cette premiere
impreſſion ne luy paruſt pas affez
dangereuſe pour s'y devoir oppoſer,
ſoit qu'il luy fut impoſſible de faire
autrement, elle n'uſad'aucune précaution
contre le plaiſir que luy
donnoient ſes viſites , & ayant pour
luyune civilité ouverte, elle ne prit
pas garde que la réſolution où elle
demeuroit de vouloir en Fillebien
née tout ce qu'onjugeroit à propos
qu'elle vouluſt , nela defendoit pas
d'unengagement ſecret qu'elle ne
feroit pas toûjours en pouvoir de
vaincre. Le Marquis de ſon coſté
devint éperduëment amoureux de
cette belle Perſonne ; mais connoisſant
que le Pere ne ſe réſoudroit à
s'en priver que pour un établiſſement
conſidérable , il cacha ſa pasfion
per lacrainte d'eſtre banny , &
tâcha ſeulement de ſe rendre agreable
à l'un & à l'autre par ſes foins,
fans
GALANT.
33
fans trop raiſonner ſur le peu d'apparence
qu'il y avoit qu'on le miſt
en concurrence avec quantité de
Partys avantageux qui ſe preſentoient.
Il réüſſit aupres de la Fille,
qui dejour en jour ſentoit redoubler
l'eſtime qu'elle avoit pour luy.
Cet avantage l'auroit fort conſolé
de ce qu'il foufroit , s'il luy euſt
eſté connu ; mais la Belle eſtoit ſi
reſervée avec luy ſurſes ſentimens,
quecomme il n'oſoit s'expliquer de
fon amour que par ſes regards , il ne
pût rien découvrir de ce panchant
favorable qui luy donnoit ſes voeux
en fecret. Les choſes eſtoient en cet
état , quand un Amyd'importance
que le Marquis avoit à laCourle
vint ſurprendre inopinément. C'eſtoit
un Comte des plus qualifiez,
-bien fait de ſa Perſonne , & d'une
converſation affez aiſée pourn'ennuyer
pas. Il avoit grand équipage,
&du bien à proportion de ladépenſe
qu'il faiſoit. Le Marquis que la
B5
civii
N
34
MERCURE
civilité & l'amitié engageoienta
l'arreſter chez luy quelques jours,
n'oublia rien de ce qu'il crût capa
ble de le divertir , & apres une Par
tie de Chaſſe qui ſe fit dés le lende
main, il le menadiſner chez le vieux
Gentilhomme ſon voiſin , ſans luy
parlerny de labeauté de ſa Fille,ny
de l'amour qu'il avoit pour elle.Ja
mais ſurpriſe ne fut pareille à celle
duComte. Illa trouva la plus belle
Perſonne qu'il euſt jamais veuë , &
apres l'avoir entretenuë quelque
temps , il fut fi fort enchanté de fon
eſprit , qu'il avoia que tout ce qui
merite d'eſtre admiré n'eſt pas en
fermé toûjours à la Cour. Il fortit
avecune je ne ſçay quelle reſverie
inquiete , dont il plaiſantale ſoir a
vec ſon Amy , mais une ſeconde vi
fite qu'il eut impatience de rendre
le fit devenir plus ſérieux. Plus il
vit , plus il fut touché . Il parla,
fe déclara, & comme il eſtoit riche,
& de fort grande qualité , vous
pouvez
GALANT.
35
pouvez croireque le Pere ne balança
pas fur cette Alliance. La Belle
obeït,& ne le pût faire fans foûpirer
en ſecret pour le Marquis, dont elle
nedoutoit point qu'elle ne fuſt fortement
aimée. Il fut témoin de ce
Mariage,&le fut avec une douleur
d'autant plus cruelle , que mille
raiſons l'obligeoient à la cacher.
Auſſi n'y pût il reſiſter longtemps.
Il tomba dangereuſement malade,
& leComte qui brûloit d'envie de
faire voir à laCour l'aimable Perſonne
qu'il avoit épousé , ne voulut
point s'éloigner qu'il ne l'euſt veu
tout à-fait hors de péril. Il ne le
quitoit preſque jamais , & menoit
quelquefois chez luylajeuneComteffe
, qui n'eut pas de peineàdevimer
qu'elle estoit la ſeule cauſede
fon mal . Ce n'eſt pas qu'il échapaſt
au Marquis la moindre parole qui
puſt découvrir ſa paſſion ; mais fes
yeux parloient , & la Comteſſe les
avoit entendus trop ſouvent pour
B6 s'y
36 MERCURE
s'y méprendre . Ces Illuſtres Mariez
partirent. Le Marquis guérit, &
n'eut pas fitoft recouvré ſes forces,
qu'il quita la Province , & fe rendit
ala Cour . Le Comte avoit lié une fi
étroite amitié avecluy , que depuis
trois ou quatre ans on les avoit prefque
toûjours veus inféparables.Ainſi
ſes viſites pûrent eſtre fréquentes
à l'ordinaire, ſans qu'elles euſſent rien
de ſuſpect. Il tâcha inutilement
de ſe vaincre. Tout ce qu'il pûtobzenir,
ce futde ſe taire. LaComtefſe
eſtoit toûjours ce qu'ily avoit au
monde de plus aimable à fes yeux.
Il voyoit , il foufroit , & quoy qu'il
ſe ſentiſt conſumer par ſa paffion, il
aimoit mieux ſoufrir , que de ne
point voir. La Comteffe charmée
de fon reſpect, en redoubla ſon eſtime;
mais comme elle avoit une vertu
fort délicate , ce redoublement
d'eſtime luy fit peur;& fans vouloir
penétrer de quel principe partoit la
pitié qu'elle avoit de fon malheur,
elle
GALANT . 37
ellerèſolut de fuir tout ce qui pouvoitl'entretenir
dans des ſentimens
que la ſeverité de fon devoir trouvoit
condamnables. Il n'y en avoit
point unplus ſeûr moyen que des'-
éloigner , le Comte avoit une aſſez
belle,Terre en Languedoc , elle le
preſſede l'y mener. Ildifére , elle le
perfécute , & porte ſi haut les avantages
qu'il aurad'eſtredans un Lieu
où tout le monde luy fera la Cour,
qu'ilſe réfolut à la fatisfaire. Ils partent,
ils arrivent à cette Terre , & c'-
eſt apresunpeude ſejour,qui ne voyant
plus le Marquis , la Comteſſe
commence à s'appercevoir qu'elle
aplus fait quede l'eſtimer.L'abſencen'effacepointlesimpreſſions
qu'-
elle a crû perdre en s'éloignant, elle
s'en fait une honte , mais ſa ſcrupuleuſe
vertu nepeut r'emporter ſur le
panchant qui la violente. LeMarquis
luy eſt préſent à toute heure,&
pluselle tache del'oublier, plus elle
ſetrouve contraint de penser à luy.
11-
1
38 MERCURE
e
Il n'eſt pas dans un état plus heureux.
L'éloignement de cette belle
Perſonne le deſeſpere . Il n'attend
riend'elle, il eſt meſme réſolu de ne
Iuy parler jamais de ſon amour, mais
leplaiſir de la voir luy eſt trop fenfible
pour en eſtre toûjours privé. Il
écrit au Comte , luy fait connoiſtre
que les Affaires dont il luy a laiſſéle
ſoin,veulent ſa préſence,& ſpachant
bien qu'il ne viendra point ſans ſa
Femme, il envoye Lettres ſur Lettres
, & ne ſe laſſe point de preſſer.
Le Comte eſt preſt de venir , fa
Femme trouve des raiſons qui le retiennent
, l'Amant s'en meurt de
douleur , & ne pouvant plus vivre
ſeparé de ce qu'il adore , il prend le
pretexte de quelque Affaire difficile
pour aller conſulter ſonAmy.
Jugez de ce que ſoufre la Comtefle
en le revoyant. Elle ne craint rien
pour ſa vertu ; mais c'eſt aſſez pour
enbleſſer la délicateſſe, qu'elle ait à
ſe reprocher un ſentiment trop favoraGALANT
.
39
vorable pour un Homme qu'il ne
luy ſçauroit eſtre permis d'aimer.
Dans ce ſcrupule , elle n'a point
⚫d'autre foin que de fuir ſa veuë ,
tandis qu'il cherche continuellementàla
voir. L'Affaire qui a eſté
le prétexte du voxage , eſt miſe en
déliberation. Le Mary demeure
perfuadé qu'il la ruine , s'il ne retourne
à la Cour; &ſa Femmel'en
détourne fi fortement , qu'il eſt
quelques jours ſans prendre party.
Cependantil eſtoit vray qu'il hazardoit
tout à nevenir pas luy-meſme
folliciter l' Affairedont il s'agiſſoit.
Ainſi ilſe réſout à partir,&unjour
que le Marquis apres s'eſtre laſſe
à ſe promener longtemps ſeuldans
un Bois voisin , s'eſtoit venu enfermer
dans un Cabinet où il yavoit
un Lit de repos , le Comte entra
dans la Chambrede ſa Femme qu'-
une ſeule cloiſon ſéparoit , & luy
ditd'un ton ſi abſolu , qu'il vouloit
qu'elle ſe préparaſt à l'accompagner
40
MERCURE
gner à la Cour, qu'apres avoir épuilé
toutes les raiſons qu'elle avoit accoûtuméde
luy oppoſer , elle ſe jette
à ſes genoux , & le conjure par
toute la tendreſſe qu'il luy a jamais
fait paroiſtre, de trouver bon qu'elle
attende fon retour dans cette
Terre , ſans luy demander ce qui
peut l'obliger d'en uſer ainſy. Le
Comte ſurpris de cette priere , la
preſſe de s'expliquer ; elle s'en défend,&
les inſtances qu'il fait ſontſi
fortes, qu'elle ne peut plus demeurer
maiſtreſſe de ſon ſecret. Elle
commence par les proteſtations du
plus fort amour dont une Femme
puiſſe eſtre capable pour unMary
qu'elle veut aimer ſeul au monde ;
le ſuplie d'examiner la conduite
qu'elle a tenue avec luy depuis qu'il
l'a épousée ; & apres mille aſſurances
reiterées d'une inviolable fidelité
, elle luy avoue qu'avant qu'il
l'euſt jamais veuë , ny qu'elle puſt
croire qu'il duſt eſtre unjour fon
MaGALANT.
41
f
e
Mary, elle avoit ſenty pour le Marquis
un panchant qui luy avoit fait
fouhaiter que ſon Pere ſe vouluſt
déclarer pour luy. Elle luy fait làdeſſus
la peinture la plus touchante
de ce qu'elle foufre par la ſeverité
deſa vertu. Elle ajoûte qu'elle n'eſtoit
pas en peine de ſe degager des
foibleſles qui font quelque fois la
fuite de ces aveugles inclinations ;
quele Marquis n'avoit jamais rien
- connu , ny ne connoiftroit jamais
rien de ce qui s'eſtoit paſſe pour luy
dans ſon coeur; mais qu'en fin la veuë
d'un Homme qu'elle eſtimoit
trop , & qu'elle feroit obligée de
voir ſouvent ſi elle retournoit à la
Cour , luy eſtoit un reproche que
fon devoir l'obligeoitde s'épargner
& que toute affſurée qu'elle eſtoit
de la victoire , elleine pouvoit ſe
cacher qu'il y avoit de la honte
pour elle dans le combat. Je ne
-vous dis point, Madame, quelle fut
lajoye du Marquis d'entendre une
dé-
3
1
4
42
MERCURE
1
déclaration ſi favorable. Il croit
que la Comteſle le hait parce
qu'elle évite toutes les occaſions
de luy parler , & non ſeulement il
apprend qu'il eſt aimé d'elle , mais
il l'apprend d'une maniere qui le
convainc beaucoup plus de la verité
de ſes ſentimens , que ſi elle luy
avoit dit à luy-meſme ce que le hazard
luy a fait oüir. Il preſte l'oreille
pour prendre ſes meſures ſur ce
que répondrale Mary.Tant de vertu
ne pouvoit que faire un effet a
vantageux pour la Comteffe. Le
Comte l'embraſſe , luydonne mille
loüanges , & fe reconnoiſt indigne
de la fidelité qu'elleluy promet, s'il
endemande un autre garand que ſa
parole. Cependant le depart eſt réſolu,
il veut qu'elle vienne,& la prie
de ne point s'embaraſſer à fuir fon
Amy. Illa quitte , & le Marquis eſtant
forty du Cabinet ſans eſtre
veu, ſedérobe hors du Chaſteau, &
y rentre un peu apres en préſence
de
GALANT. 43
de fon Amy , qu'il empeſche par là
-de ſoupçonner qu'il ſcache rien de
cequi s'eſtdit. Ils ne laiſſent pas d'eſtre
tous trois embaraſſez en ſe rasſemblant.
La Femme apres ce quelle
adit à fonMary, n'oſe preſque le
regarder. Le Mary évite de jetter
les yeux ſur ſa Femme , dans la
crainte qu'elle ne prenne ſes regards
pour des reproches de l'aveu
qu'elle luy àfait;& le Marquiss'obfervedans
tout ce qu'il dit à l'un &
àl'autre,comme s'ils ſçavoient tous
deuxqu'il euſtappris leur derniere
converſation.On part, on vient àla
Cour. Les deux Amis continuent
à ſe voir à l'ordinaire , & la Comteffe
qui redouble ſon attachement
pour ſon Mary , prend en meſme
temps de plus ſeûres précautions
pour ne ſe trouver jamais ſeule avec
le Marquis. Ill'aime toûjours plus
éperduëment , & ne s'explique a
vec elle que par des complaifances
reſpectueuſes ,quiluyfontcon-
F
noi44
MERCURE
1
noiſtre plus fortement combien il
eft digne d'eſtre aimé. Ces deux
Amans n'eſtoient pas encor affez
malheureux. Voyez la ſuite de leur
diſgrace . Le Comte , tout charmé
qu'il eſt de l'extraordinaire vertu
de ſa Femme , devient amoureux
d'uneBelle qui ſe fait honneur de fa
conqueſte . Il luy rend de grandes
affiduitez , & la Comtefie commence
à le foupçonner de quelque in.
trigue par les froideursqu'il luy fait
paroiſtre. Elle diffimule fon chagrin,&
fans ſe plaindre de ſon changement
, elle fait tout ce qu'une
vertueuſe Perſonne peut faire pour
regagner le coeur d'un Mary. Toute
ſa tendreſſe eſt inutile . LeComte
s'abandonne aveuglement à fa
paffion,&elle fait tantd'éclat, que
laComteſſe qui ne peut plus l'ignorer
, fe trouve obligée de luy en temoigner
ſa douleur. Il traite lachoſe
de bagatelle, & luy dit, que comme
il ne trouvoit point à dire qu'elle
euft
GALANT. 45
euſt de l'eſtime particuliere pourle
Marquis qu'il luy permettoit de
voir,elle ne devoit point ſe ſcandalifer
des ſoins qu'il rendoit àune fort
honneſte Perſonne quiavoit la bonté
de les foufrir.LaComteſſe ſe ſent
piquée juſqu'au vif de cette réponſe.
Elle verie quelques larmes, connoit
qu'elle ne feroit qu'aigrir les
-choſes ſi elle portoit ſes plaintes plus
loin, &le reſolvant d'attendre ſans
éclater qu'il arrive quelque changementdans
ſa fortune, elle trouve
moyen de noüer une converſation
ſecrete avec le Marquis . Comme
c'eſtune grace extraordinaire , il
ne ſçaitque s'en figurer. La Comteſſe
luydéclare lepanchantqu'elle
atoûjours eu pourluy, les inutiles
combats qu'elle a rendus pour en
triompher , les peines où ſa veüe
l'expoſe encortous les jours, & elle
finit cet aveu per les ſujets que
luy donne ſon Mary de n'eſtre pas
contente de ſa fortune. Le Mar-
:
1
quis
46 MERCURE G
quis eſt dans un tranſport de joye
que ne ſepeut concevoir. Il fait des
proteſtations à la Comteſſe qu'il
auroit pouflées un peu loinſielle ne
l'euſt interrompu , pour luy dire
que la déclaration dont il ſe montre
ſi ſatisfait , eſt intereſſée , & qu'elle
a une choſe à luy demander pour
prix du ſecret qu'elle vient de luy
découvrir. Il ne la laiſſe point achever
, il promet qu'il accordera tout,
& s'y engage par les plus forts fermens
qu'un Amant qui ne trouve
rien au deſſus de fon bonheur,& capablede
faire à une Maſtreſſe; mais
ce moment de joye luy couſte cher,
& il n'a pas longtemps ſujet de ſe
croire heureux. La Comteſſe ajoûte
que s'ilveut luy perfuader qu'il
aitune veritable eſtime pour elle, il
faut qu'il luy en donne des marques,
en ne ſe préſentant jamais à
ſes yeux. Il s'écrie , il ſe plaint de
fon injustice , & elle luy fait de ſi
preſſantes prieres de ne refuſer pas
àla
a
:
:
0
GALANT.
47
ou
jorà ſa vertu le fecours dont elle a befoindans
le malheureux état où elle
qul ſe trouve , qu'il eſt enfin contraint,
ende luy dire adieu pour toûjours , adin
pres l'avoir conjurée de ne le bannirpas
de ſon ſouvenir, ſi elle eſt caelpable
de le bannir de fon coeur. Il
feintdes affaires qui l'obligent de ſe
retirerala Campagne,&prendparty
a l'Armée quelque temps apres.
Le Comte ſurpris de ce changement,
ne doute point que ce ne foit
un effet de ce qu'il s'eſt échapé de
direàſa Femme,& ne fçachant par
où ſe juſtifier avec ſes Amis de l'éclat
que fait ſa nouvelle paſſion , il
en rejette la faute fur la Comteſſe,
qui ayant pris del'amour pour fon
Amy, l'a porté àſe vouloir vanger
d'elle par l'attachement qui la chagrine.
L'éloignement du Marquis
fert de prétexte à cette accufation .
Le Comte fait croirequ'il n'a pris
employ que parcequ'il luy adefendude
voir fa Femme. La calomnie
e
eft
48 MERCURE
eſt reçeuë , cette aimable Perſonne
l'apprend , & comme ſa vertu
en ſoufre, c'eſt le plus ſenſible coup
qu'elle ait encor eu à eſſuyer. Les
choſes ne demeurent pas longtemps
en cet état. Une maladie
violente emporte le Comte en quatre
jours. Le Marquis revient, &
apres l'aveu favorable qu'on luya
fait , il ne doute point qu'on ne foit
diſpoſé à le rendre heureux , mais
la Comteſſe ſe ſacrifie à la ſeverité
de ſa vertu. Elle oppoſe que ſi elle
conſentoit à l'épouſer apres les
bruitsqu'on a fait courir ,elle donneroit
lieu de croire qu'on n'auroit
rien dit que de veritable ; & pour
faire taire la médiſance, &épargner
au Marquis le chagrin qu'il pourroit
avoir ſi elle accordoit à un autre
ce qu'elle ſe trouvoit obligée de luy
refuſer promet de renoncer pour
jamais au monde. Elle luy a tenu
parole,& toute jeune&toute belle
qu'elle est encor, elle eſt entré dans
un
GALANT.
49
ver
OR
lac
run Convent où elle avoit fait habi
etudependant qu'elle estoit en Languedoc,
& on m'aſſure qu'elley a
pris le voile depuis quelques jours.
Avoüez , Madame , qu'il eſt rare
de trouver tant de vertu dans des
occafions auſſi preſſantes dene pas
ſuivre fi fcrupuleuſement ſes maximes
. L'Amour est une paſſion vidlente
qui ne ſe rend pas toûjours àla
raiſon. Elle tyranniſe juſqu'aux
Prairies. Celle qui a répondu fi favorablement
au Ruiſſeau , vous l'a
fait connoiſtre . Mais l'auriez- vous
crû ? Cette Reponſe a fait naiſtre
un grand diferent. Ilyaunejeune
Prairie fort agreable,de dix-sept ou
dix - huit ans , à laquelle s'adreſſoit
le Langage allégorique du Ruisſeau.
Elle eſt dans des lieux cou
verts où les Vers deſa Rivale ont
fait bruit. Elle les a veus,& fe croyant
engagée d'honneur à ne pas
laiſſer ufurper ſes droits , voicy ce
que ſa colere luy a dicté.
Janvier.
C LA
50
MERCURE
LA VERITABLE
PRAIRIE
A LA FAUSSE PRAIRIE
SA RIVALE .
VRayment, Madamela Prairie,
Le procedé meſemble aſſez nouveau,
Et cen'est pasmanquer d'effronterie,
Que vouloir fur vos bords arreſter mon Ruiſſeau.
Tout doucement,je vous enprie,
Cedeſſein n'est ny bon ny beau,
Fem'inquiete peu que vous soyezfletrie,
Allezailleurs chercherde l'eau.
Vostre Fleuve pompeux avec ses cent Rivie
res
Qui vous viſite tous lesans,
Vousrendra vos Fleurs printanieres
Sans que ce soit à mes defpens.
Sipourtant il l'ofe entreprendre,
F'en douterois extrèmement ;
Fleurs printanieresfranchement
Sont fortdifficiles à rendre .
Devosappasfanez qu'oſez- vous esperer ?
En vain à mon Ruiſſeau vous vous estes
offerte .
Pourmoyjefuisjolie & verte,
Voyez s'ildoitmepreferer?
Yous
GALANT.
51
II
147
Vous devezbienjugerpar la viteſſe
Dontſesflots paffent devant vous,
Que ce n'est point pour vos bordsqu'il s'empreffe,
Et qu'il a chez moy rendez-vous.
De vos tapis de Fleurs vousperdez l'étallage,
Mon fidelle Ruiſſeau n'yroulera jamais
Pourquoy vous estre miſe enfrais ?
Cherchez qui vous en dédommage.
Sitoutes les Prairies parloientde
la forte , il y auroit grand plaifir à
les écouter. Vous en trouverez ſans
doute à lire deux Madrigaux que
je vous envoye. L'un eſtpour Mademoiselle
de Vauvineuf , ſur un
Peigne d'Ecaille de Tortuë qu'on
luy a donné ; & l'autre pour Mademoiſelle
de Villeregy , qui eſt pref.
que toûjours malade. Ils fonttous
deux de Mr de Vaumoriere , fameux
par un grand nombre de belles
Productions d'Eſprit , entre leſquelles
on peut compter les cinq
derniers Volumes de Faramond,&
C2 beau52
MERCURE
beaucop d'autres Ouvrages de
Galanterie. Iln'excelle pas moins
dans les Sujets ſérieux d'Hiftoire
ou de Politique.
POUR MADEMOISELLE
DE VAUVINEUF
MADRIGAL .
Vousaillecharmes divers unetendre jeu
Ous avez l'esprit, labeauté,
neffe,
Le Sçavoir & la qualité,
Avec une immenfe richefſſe.
Vous ne jetterez donc lesyeux
Quefurundenos Demy-Dieux,
Pour enfaire vostre conqueste.
"Ainsije n'oſcrois aspirer au bonheur
D'avoirplacedans vostre coeur,
Mais vous aurez ſouvent mon Presentàla
teste,
POUR
▼
0
را
GALANT. 53
OL
POUR MADEMOISELLE
DE VILLEREGY
MADRIGAL.
que le Ciel vous futfavorable,
Que
:
Feune&charmante Amarillis !
Ilvousfemale teint de Lys,
Il vous fit de beauxyeux , un esprit admirable.
:
Maisjalouxdetantde beauté
Il vous priva de laſanté
Depeur de vous rendre adorable.
Si ce terme d'adorable pouvoit
eſtre reçeu dans la Proſe comme il
eft autorisé pour les Vers , on n'en
chercheroit point d'autre pour exprimer
ce que le Royparoiſt à ſes
Peuples ,dontonpeutdirequ'ilne
fait pas moins les delices qu'il eſt la
terreurde ſes Ennemis. Ce grand
Princedonna dernierement Audiance
aux Deputez des Eſtatsd'Artois
,& apres les avoir écoutez fa-
( vorablement , il les aſſura de fa
C3 bien-
:
:
1
54
MERCURE
bienveillance avec une bon
particuliere , qu'ils s'en retourne
rent tous charmez . Mr l'Abbé le
Febvre , Chanoine & Theologal
d'Arras porta la parole au nom des
trois Ordres , comme Deputé du
Clergé. Il eſt d'une fort bonne Famillede
Paris, allié de Meſſieurs de
Nogent , & d'autres Perſonnes de
confideration. Sa vertu & fon érudition
le font eſtimer de toux ceux
qui le pratiquent , & il a fait paroi
ſtre ſon éloquence dans toutes les
occafions qu'il a euës de ſe diſtínguer.
Les ſurprenantes Conqueſtes
que SaMajeſté a faites dans ſaderniere
Campagne , furent le ſujet de
ſa Harangue. Il parla, mais avecdes
expreffions tres vives,de lajoyeque
toute la Province d'Artois avoit ,
de necompoſerplus qu'un Corps,
heureuſement réüny ſous ſon Re.
gne ,& de n'eſtre plus ſeparée d'elle-
meſme comme elle l'avoit efté à
regret pendant un fi grand nombre
GALANT. 55
tbred'années. Il paſſa de là auxchonfes
qu'on l'avoit chargé de remontrer
à Sa Majesté & finit en l'aſſuof
rantque ſi l'Artois portoit dans ſes
Armes des Fleurs de Lys ſans nombre
, il avoit auſſi pour fon Prince
fun zele ſans meſure , & une fidelité
fans bornes .
Mr le Comte deGomiecourt eſtoit
Deputé de la Noblefie. Il eſt
d'une des plus Illuftres Maiſons
d'Artois , Parent fort proche deM
le Prince d'Iſenghien , &Allié des
Maiſons deLuxembourg,deMontmorency,
de Poix,d'Humieres, d'-
Hallwin , de Crequy , dela Trimoüille,
de Bethune , deCoucy , de
Mailly, de Saint Simon, de Chaſtillon,&
de plufieurs autres , tant de
France que des Païs-Bas. Ily a plus
decinq cens ans queleNom
mie- court eſt celebre . Ceux qui
P'ont porté ont toûjours eſté dans
les grandsEmplois ;&une marque
incontestable de la confideration
qu'on
C4
deGo-
1
1
56 MERCURE
qu'on a toûjours eue pour cette
Maiſon, c'eſt quel'un d'eux apres a
voir eu les plus grande Charges de
l'Armée, épouſaune petite Fille de
CharlesdeBlois ,Duc de Bretagne.
Ses Defcendans ont foûtenu cet
honneur avec tout l'éclat qui fuit
lesGouvernemens & les Ambaſſas-
(des. Le Roy donna l'année der.
niere une Compagnie Franche de
Chevaux- Legers à celuy dont je
vousparle.
Le Deputé du tiers Eſtat fut
M Palifot , Chevalier , Seigneur
d'Incourt , Conſeiller-Penfionaire
de la Ville d'Arras, Ileſt fort conſideré
& par ſes alliances & par fon
merite particulier. Il fait voir tant
de probité dans la Charge qu'il
exerce , que tout le monde luy fouhaite
un Employ plus important,
quine luymanquera pas dans l'occafion.
Enfin , Madame , grace à l'envie
que vous avez euë de ſçavoir précifement
GALANT. 57
er
es
s
ei
C
fo
ſement ce que c'eſt que Foreft-
Noire & Ville Foreſtiere, dont les
Noms ſe ſont trouvez dans maLettre
oùjevous ayparlé de la priſe de
Fribourg , je fuis un peuplus ſcavantqueje
n'eſtois ſur cet Article,
&voicy ce qu'on m'en a appris. La
Foreſt-Noire adix ou douze lieuës
d'étendue du Septentrion auMidy,
depuis les environs de Baſlejuſq'au
voiſinage de Strasbourg. On luy
donne ce Nom , parce qu'on prétend
que ces Bois-là tirent ſur le
noir. Celle-cy eſt entre la Suabe
d'un coſté,& le Briſgaw & l'Ortnau
de l'autre. Ily a quatre Villes qu'on
appelle Forestieres par la ſeule raifon
qu'elles ne font pas éloignées du
commencement de la Foreſt-Noire.
Ces quatre Villes font enSuabe,
& fur la Frontiere des Suiffes . Elle
font partie de l'ancien Domaine
de laMaiſon d'Autriche. Leur fituation
eſt ſur le Rhin entre Schaffoul&
Bafle ,&leurs noms Rhin-
C5 feldt
1
58
MERCURE
feldt , Lautembourg , Seckinghen
&Wald'huſt.
Je me retracte , Madame. On a
trop toſt marié Mademoiselle de
Froiſgny& Mr leComte d'Obigny
CeMariage ne s'eſt point fait , &je
vous en avois donné la nouvelle
fur la parole de Gens qui n'en e
ſtoient pas bien informez. Je vous
avois auſſi marqué Mª Caſtelan
Major desGardes eſtoit mort àGi
gery, &on m'apprend que c'eſt en
Candie.
Comme il m'eſt impoſſible de
ſçavoir tout par moy-meſme, jene
me feray point une affaire de me
dédire toutes les fois qu'on m'au
ra donné de méchans Avis. Ainfi
les erreurs d'une, Lettre feront
toûjours réparées par la ſuivante,
&ceux qui auront parannée tou.
tes celle que je vous écris , pourront
s'aſſurerd'avoir des Memoires
tresfidelles de tout ce qui s'y ſera
paffe.
20
Si
GALANT. 59
Sije vous ay parlé dans ma derniere
d'un Mariage qui ne s'eſt
point fait,j'oubliay à vous appren--
dre celuy de Mademoiselle de la
Tivoliere , quiſur la fin du MoisépouſaMele
Comte deTallard. Elle
eft Fille deMe le Comte de Villeville
Gouverneur de Montelimart,
& Heritiere univerſelle deMrdela
Tivoliere , qui estoit Lieutenant
des Gens d'armes de la feuëReyne
Mere. Mrde Ville-ville fon grand
Oncle,que ſes ſervices& ſa fidelité
ont rendu Illuſtre , estoit Grand
Prieurd'Auvergne. Mademoiselle
de laTivoliere eſtjeune, fort ſpiri
tuelle , &Mr le Comte de Tallard
nemeritoit pas moins qu'une Perfonne
fi accomplie. Il eſt Lieutenant
de Roy de Dauphiné. Ilade
l'eſprit &beaucoupde coeur , &
il l'a fait voir en tant d'occafions,
que tout ce que je pourrois dire là
là deſſus n'aprendroit rien qui ne
fuft connu.
C6 Apro60
MERCURE
e
Apropos de Mariage , il s'en eft
fait un il y a longtemps qui doit
avoir produit ce que vous avez tant
admiré dans cette jeune Parente
qui eſtdans voſtre Province dequis
un Mois. Ne diriez- vous pas que
c'eſt pour elle que ce Madrigala
efté fait ? Mr Petit que mes deux
dernieres Lettres vous ont fait connoiſtre
en eſt l'Autheur.
LE MARIAGE
DULYS
& DE LA ROSE..
TE Lys amoureux de laRose,
Apres avoir bienfoûpiré,
Obtint le fruit tant defiré,
DontleDieu desNopcesdiſpoſe.
LaRosen'estoit pas moins épriſedaLys,
Ainsi toûjours la paix regna dans leur mé
nage,
Etde leurheureux Mariage
Vint aumonde un aimable Fils,
parfaite Image. De tous deuxla
C'est le bean teint d'Amarillis.
Com'
GALANT 61
10 - Comme onne fait point de Madriage
fans parler de mort , j'ay à
- vousapprendre celle de Mr de Saint
André , qui avoit la Charge de
Treforier general de la Marine
que poffedoit feu Mª de Pelliſſary.
Il eſtoit dans beaucoup de grandes
affaires, eſtimé de tousceux qui le
connoiffoient particulierement , &
on peutdire de luy que ſes ſervices
eftoient agreables.
Tandis que nos Troupes ſe délaſſent
dans leurs Garnisons , le
Roy fait ſouvent un de ſes plaiſirs
de la Chaſſe , & y montre beaucoupde
vigueur.Madame luytient
preſque toûjours compagnie. Si
elle avoitveſcudutemps desAmazones
, elle auroit eſté fort digne
de leur commander. Jamais Princeſſe
en fut fi infatigable , &n'aima
tant les pénibles Exercices. Ils
n'ont pas moins de charmes pour
Madame la Princeſſed'Epinoy,qui
n'a guére manqué de ces Parties.
Il
1
"
62 MERCURE
un
Il y a grande apparence que nos
Ennemis n'ont pas tant de loiſir de
ſedivertir. Les appreſtsdelaCampagneprochaine
les embaraſſent
peu plusque nous ,& s'ils eſtoient
fages , ils ſuivroient le conſeil d'un
galant Homme de Saint Maixant
enPoitou, qui leur adreſſe les Vers
qui ſuivent.
SONNET.
Tout s'unit vainement pour combatre la
France,
Rien ne peuts'opposer aux armes de fon
Roy,
Ilporte en mille lieux la terreur &l'effroy.
Et l'Univers est plein du bruit de ſa vail-
Lance.
Vous qui de la Fortune attendez l'incon-
Stance,
Ennemis orgueilleux fans parole & Sans
foy,
Apprenez que Loüis l'a miſe ſous ſa
loy,
Etcherchez le reposdons voſtre obeiſſance.
Vous
GALANT. 63
Vous n'avez encor veu l'effet d'aucun des-
Sein,
Que quand cegrandMonarque en vouspreſtant
lamain,
Acontre l'Otoman foûtenu voſtregloire.
Ne Soyez plus ingrats , vous flechirez fon
coeur.
Ileft fier au combat , mais apres la Victoire,
Ilparoist le Vaincu plutoſt que le Vainqueur.
Quoy que la Guerre dure de
puis fort longtemps , il y a tantde
Nobleſſe en France , que les Académies
Royales qui ſont établies à
Paris pour l'inſtruire , ne ſuffiſent
pas , on en a fait depuis peu une
nouvelle proche le Palais d'Orleans,
ſous la protectionde Monfieur
le Prince d'Armagnac Grand Ecuyer
de France. MaleChevalier
deVilliers en a la Direction . Les
Maiſtres les plus experte de Paris
ont eſté choiſis pour les Exercices
de cette nouvelle Académie. On
n'endouterapoint , quand on ſcaura
queMe de la Vallée de Caën en
eft
64
MERCURE
eſt l'Ecuyer, & que Mr des Fontaines
y eſt Maistre d'Armes , & y enſeigne
auſſi à Vol. Ce premier eft
Ecuyer ordinaire de Mr le Prince,
& ce dernier fait faire des Armes
aux Pages de la Chambre duRoy.
Mr Binet y donne des Leçons de
Danſe ; & Mr de Beaulieu , St de
Placard,Ingénieur & Cofmographe
ordinaire de Sa Majesté,n'y montre
pas ſeulement les Matématiques,
mais auſſi laGeographie , PHydrographie
, la Marine , la Sphere , &
la Perſpéctive. Mr Sylvestre y enſeigne
àdefſiner. Je vous ay déja dit
dans une de mes Lettres que c'eſt
luy qui a l'honneur de l'apprendre
àMonſeigneur le Dauphin. Ceux
qui font curieux des Langues, y reçoivent
les Leçons de Mr Hoftin
pour l'Allemand,& celles de Mt Laget
pour l'Italien & l'Eſpagnol.
Si quel qu'un en veut prendre
d'agreables , il peut aller chex M
Prompt , qui a inventé un Inftru-
15214.ment
قر
GALANT. 65
ment nouveau qu'il appelle l'Apollon.
Il a beaucoupde raport avec le
Theorbe , mais il eſt incomparable- ,
ment plus touchant; & ce qu'il ade
fortcommode , c'eſt qu'on accorde
les Baſſes de l'étendue du bras, ſans
qu'on foit obligé de détacher l'Inſtrument
pourytoucher. Ileſt compoſéde
vingtcordes ſimples, l'harmonie
en eſt douce , il accompagne
la voix , & l'on y jouë toute forte
de Pieces ſur quelque mode que се
puiſſe eſtre , ſans changer l'accord.
Sa Majeſté qui l'a entendu , a témoigné
qu'elle en avoit reçeu un
fort grand plaifir. Il eſt agreable
ſeul,encorplus en Partie,&s'accorde
admirablement avecle Lut , la
Viole , le Claveſſin , & toute forte
d'Inſtrumens. L'Autheur qui loge
dans le Cloiſtre deS.Jean enGréve
attire chez luy ungrandnombrede
Perſonnes de qualité tous les Mercredis
. C'eſt le jour qu'il a choify
pour joüer publiquement les
char66
MERCURE
charmentes Pieces qu'il a compofées.
Cet Articlede Muſique me fait
fouvenir qu'il court icy un Airde
la compofition du fameux Mr le
Peintre. Les Paroles ont eſté faites
pour Monſeigneur le Dauphin,
&font de Mr de Valnay Conſeiller
du Roy , & Controlleur ordinaire
de la Maiſon de Sa Majeſté. Elles
font tournées avec tant d'eſprit, que
vous auriez ſujet de vous plaindre,
ſi un autre que moy vous en faifoit
part.
A MONSEIGNEUR
LĖ DAUPHIN:
TA Gloire permet qu'on defire
De regner sur un vaſte Empire.
Etl'Amour promet des douceurs
Aqui regnerafur les Coeurs.
Qui veut apprendre à les gagner
Doit estre fait comme vous eſtes ;
Et qui veut apprendre à regner ,
Doitfairetout ce quevousfaites .
C'eſt
GALANT. 67
C'eſt faire enpeu de mots l'Eloge
d'un Prince qui eſt l'amour de
toutela France; mais comment feroit-
il autre que tout admirable,
eſtant Fils d'unRoy que ſes merveilleuſes
lumieres dans l'art de régner
ne rendent pas ſeulement le
plusgrand desRoys , mais qui posſede
éminemment toutes les qualitez
qui dans celle d'honneſte
Homme le peuvent mettre au desfus
de tout ce que le Monde a de
plus parfait ? Ce meſme Mr Petit
dont je viens de vous faire voir le
Mariage du Lys & de la Roſe , a
connu de quel prix eſtoit ce glorieux
avantage , quand il a fait ce
Rondeau.
POUR
63 MERCURE
POUR
LEROY.
RONDEAU.
UN honnesße Homme est bien digned'efti
me,
Carla Vertule gouverne & l'anime,
Et fust on Roy,Sans cette qualité
Qui comprendtout, on est peu respecté ;
C'estd'un vrayRey lafolide maxime.
Si donc par tout Loüis le magnanime
Eft encensé, l'encens eſt legitime,
Chacunle dit , car c'est , en verite,
Unhonneste Homme.
CedignePrince en qui l'espritfublime
Suit la grandeur qui furfon front s'exprime,
Dira fansdoute, engardantl'équité,
Qu'àRoy quin'a que ſon autorité,
La raiſon veut qu'on prefere , &fans cri
me,
Un honneste Homme.
Tout
GALANT. 69
Tout le monde ſe pique d'eftre
honneſte Homme à ſa maniere ,
mais la voix publique ne tombepas
furtous ceuxqui prétendentàune ſi
avantageuſe qualité. Il ne fautquelque
fois qu'une fierté trop pouſſée
dans le haut rang, pour faire prendre
de méchantes impreffions à
ceuxqui croyent avoir ſujet des'en
plaindre;&fi vous en voulez un exemple
, le voicy en peu de mots.
UnBourgeoisde laHaye, mais fort
grandSeigneur , ( car vous ſçavez,
Madame, qu'en ce Païs-làlesBourgeois
ontpart auGouvernement , )
eſtant allé complimenter un des
plus conſidérables Officiers de l'Armée
ſur quelque avantage qu'il
avoit reçeu , Pofficier qui estoit
dans un Fauteüil , ne ſe leva point,
&fe contentade luy oſter ſon chapeau.
Celuy- cy piqué d'une reception
ſi peu civile , fortit promptement,&
ayant rencontré dansl'Efcalierune
Perfonne de marque qui
luy
70
MERCURE
luy demanda ce que l'Officier fai.
foit, il luy réponditqu'il l'avoit laisſé
dans faChambre ſans aucune affaire
qui l'embaraſſaſt , mais qu'il
luy conſeilloit de n'y pas entrer.
L'autre le preſſant de luy endire
laraiſon : N'y entrez pas, vous disje
, luy repliqua-t'il , à moins que
vous n'ameniez quelque François
avec vous, car autrement je ſuis asfuré
quevous ne luy ferez point lever
le Siege. Vous comprenez la
force de cette réponſe. Elle fait
connoiſtre que nos Ennemis ne
manquentpas d'eſtime pournous.
Sa Majesté a fait voir qu'elle honore
Mr Camus duClos dela fienne,
quandelle luy adonné l'Intendance
de Pignerol. Ilpartit ily a
quelque temps pours'y rendre. Je
ne vous dis riende ſa Famille. Elle
eftcelebre parquantité d'excellens
Hommes qui ſe ſont diftinguez
dans lesArmes , dans la Robe , &
dans la Prélature,& il n'y aperſonne
GALAN T.
71
ne qui ne foit inftruit de la gloire
qu'elle tire de ce grand Eveſque
deBellay , firenommé par ſes Vertus
, & fi recommandable par ſes
Ecrits . La confiance particuliere
quedeuxgrands Miniſtres ont toῦ-
jours priſe en Meſſieurs Camus
pour l'execution des plus illuſtres
Projetsdu glorieux Monarque qu'
ils ſervent tant en Italie , en Allemagne
, enHongrie, & enHollan .
de, que dans les ProvincesduRoyaume
& dans les Armées , eſt la
preuve de leur mérite & de l'aſſurance
qu'on adu zele parfait qui les
attache au ſervice de leur Prince.
Aufſi Sa Majesté a depuis longtemps
eſté ſi perſuadéede ces veritez,
qu'elle les a preſque tous honorez
duBrevet de Conſeiller d'Etat,
avant meſme qu'ils fuſſent entrez
dans lesCharges éminents où nous
les voyons aujourd'huy. Me l'AbbéCamus
de la Magdelaine , Do-
Eteurde Sorbonne , eſt l'Aiſné de
cette
72
MERCURE
cetteFamille. Il remplittres dignement
la Charge de Chancelier-
Theologal à Tours ,& iln'y a point
deDignité dans l'Egliſe que ſa pieté
&ſa doctrine ne luy faſſent méri
ter. Il a pour Freres Mr Camus Deſtouches
, qui avant qu' eſtre fait
Controlleurgeneral de l'Artilerie,a
eſté Intendant en Hainaut,&Commiflairegeneraldes
Suifles; M² Camus
du Clos , Chevalier de S. Lazare
, que le Royvient de faire Intendant
à Pignerol ; Mr Camus de
Beaulieu, auſſi Chevalier de S. Lazare
, Procureur General du Confeil
Souverain de Rouſſillon ,& Intendant
de laJuſtice, Police & Finances
dans cette Province ; M
Camus de Morton , Brigadier des
Armées du Roy en Sicile ; Mr Camus
Avocat au Grand Confeil. Ce
qu'ilyad'admirable dans tous ces
Freres , c'eſt l'union qui ſe rencon.
tre parmy eux , la conformité& la
droiture de leurs ſentimens , cette
C
t
Π
inGALANT.
73
nclination bienfaiſante ,&ce pan-
Chant naturel qui les porte àobliger
tout le monde, en ſorteque perſon-
Phe n'ajamais eu d'affaire àdémeſler
avec eux , qu'il n'en ſoit forty avec
Hes fatisfactions extraordinaires.
Vous devez vous en promettre
beaucoup d'uneGalanterie deM
de Fontenelle que j'ay à vous fai
re voir. Je fçayquefon nom eſt une
grande recommandation aupres de
vous pour un Ouvrage. Celuy-cy
eſt unAdieu que l'Indiférence fait
àune jeune Perſonne quicommence
à eſtre ſenſible ,&voicyde quelle
maniere il la fait parler.
L'INDIFERENCE,
A IRIS.
SAns- doute , belle Iris , je vous ay bien
Servie,
Vous avezjuſqu' icy veſcu tranquillement,
Mais depuis peu dans vostre train de vie
L'apperçoy quelque changement.
Fanvier.
D Cet
74
MERCURE
Cetheureux temps n'est plus, ce temps
favorable,
Pourun regnecomme le mien ;
Ou vous ne sçaviez pas que vous fuffiez
aimable,
Oul'on vous endiſoit rien.
Vous souffrez maintenant des Gens qui
vous le diſent ;
Sur ce que vous valez ils vous ouvrent les
yeux,
Et depuis qu'ils vous en inſtruiſent
Vous en valez mémeencor mieux.
Vous voyezchaquejour vostre mérite croiſtre,
Pourquoy faut-il qu'on vous l'ait décou.
vert?
Vous voudrez éprouver peut-estre
Aquoy tantdemeritefert.
Vous voudrez voirfila tendreſſe
Ne la Scauroitpoint mieux mettre en oeuvre
Carileft,
quemoy,
entre nous , d'une certaine espece
Aſſezpropre à ce doux employ.
Cultiver les talens d'une jeune Perfonne
Animerfa beauté, façonnerſon efprit ,
Ce
GALANT.
75
Ce n'est pas un mestier à quoyjefois trop
bonne ;
L'Amour , dit-on ,y réüſſit .
Diray-je tout ce quejepense?
Tous avez unTirſis , Iris, qui me deplaiſt,
Quitoûjours en voſtrepréſence,
Quoy que vous dûffiez bien prendre mon
interest,
Ditdu malde l'Indiférence.
Ildit jenesuis propre qu'àvousgâter,
Qu'il est mille plaisirs que vous pouriez
goûter,
Queje vousfaisperdre voſtrebelâge;
Jeſuis laſſede tout cela,
Etsivous le voulez écouter davantage,
De bonne foy je vous quiteray là.
Auffi-bien ſi ſon amour dure ,
(Et franchement j'en aygrand peur) ..
La victoire pour moy n'est pas choſe trop
fure,
Tant de soins , dereſpects, ſontde mauvais
augure ,
Et m'annoncent toûjours qu'il faut fortir
d'un Coeur.
Encorfi j'avois espérance
Que de vostre froideur on duſt ſe rebuter,
Je ne voudroispas vous quitter,
Etdu moinsj'aurois patience.
D2 Mais
76
MERCURE
Mais Tirfis n'est pas fi-toſt las,
Ila de vostre Coeur entrepris la conquefte,
Puis qu'ils'eſt mis cedefſſeindansllaatteſte,
Fele connois, iln'en démordra pas.
Fuſqu'à ce qu'à ſontpoint ilvous ait ame
née,
Vous obſeder ſera ſon ſeul employ;
C'est une humeur tellement obſtinée,
Quilfaut qu'on l'aime, ou qu'on diſe pour
quoy.
Ainsi donc j'aime mieux ceder de bonnegra
ce,
Quede me voir obligée à ceder ;
Poſtre Coeur est de plus une eſpece de Place
Quefans beaucoup depeine on ne ſcauroit
garder.
Fe prevoy qu'il faudroit le defendre fans
ceffe ;
Toutlemonde l'attaquera ,
Ilestplus àpropos qu'enfin je vous le laiſſe,
Vous en ferez tout ce qu'il vousplaira.
Quandjem'enferay retirée,
F'en veux chercher quel qu'autre où je demeure
en paix;
Ilenest,&pluſieurs, ou jeſuis aſſurée
Qu'on ne m'attaquera jamais.
Vous
GALANT. 77
Vous voyez affez ſouvent des
Vers de Mr de Fontenelle , il faut
vous faire voir de ſa Proſe.Jettez les
yeux, je vous prie, ſur cette Carte ;
&puis que la Poësie a tantde charmes
pourvous, examinez àloiſir de
quelle étenduë eſt ſon Empire. Il
eit bon que vous connoiffiezla ſituation
des Provinces qui le compofent
, les Rivieres qui le traverſent,
les Villes & les Bourgs qui fontde
fa dépendance,& les Mers qui l'environnent,
avant que vous liſiez les
Remarques qu'ilnousadonnées ſur
tant de Lieux diferens. L'idée que
vous vous en ſerez faite en regardant
attentivement la Carte dont il
adreſſe le Plan,vous fera prendre
plus de plaifir àlaDeſcription d'un
Pais habité par desGens de toute
eſpece. Voicy ce que Mr de Fon.
tenclle endit.
D 3 DE-
ت
Septentrion L'EMPIRE L'Acroftiche
Paisfroids. de la 故
Le
Virelay
城
La
Ballade
Le ChantRoial
Province
des
Penfees
Fauffes.
POESIE .
Montagnede
L'Anagram
laReverie LesBo LaRone
Riviere
Province de
de
la
Iragedie
Montagne
laHautePoefie
LePoeme
Epique
mez
Provinc
de
L'Imata
L' Elegie
Le Burlesque
La Comedie
姓
A
Ile
de
la
Satire
Defert
du
bonSens.
Province
dela
BaffePoefie.
Forefta
Galimatia
La
Raison
Riviere
L'Archipeldes
Bagatelles
GALANT.
79
DESCRIPTION
DE
L'EMPIRE
DE
LA
POESIE
.
un langa
e, ce qu'eſt lebas
CEt Empire! eſt un grand Païs
te&Bafle Poësie , comme le font la tres-peuplé. Ileſt divifé enHauplupartde
nos
Provinces .
LaHaute Poësie eft habitée par
des Gens graves ,
mélancoliques,
refrognez,&qui parlent
ge qui eft à l'égard des autres ProvincesdelaPoefie
,
Bréton pour le reſte de la France.
Tous lesArbres de la Haute Poëfie
portent leurs teſtes juſque
les nues. Les Chevaux y valent
mieux que ceux qu'on nous amene
de Barbarie , puis qu'ils vont plus
vifte que les vents ; &pourpeuque
les Femmes yfoientbelles , il n'ya
plus de comparaiſon
entr'elles& le
Soleil. Cette grande Ville que la
D 4
dans
Car-
:
80 MERCURE
Carte vous repreſente au de la des
hautes Montagnes que vous voyez,
eſt la Capitale de cette Province ,
& s'appelle le Poëme Epique. Elle t
est baſtie ſur une terre ſablonneufe
& ingrate , qu'on ne ſe donne pref.
quepas la peine de cultiver, La Ville
a pluſieurs journées de chemin,
& clle eſt d'une étenduë ennuyeufe.
On trouve toûjours à la fortie
des Gens qui s'entretuënt ; au lieu
que quand on paſſe par le Roman,
quieſt le Fauxbourg du Poëme Epique
, & qui eſt cependant plus
grand que la Ville , on ne va jamais
juſqu'au bout ſans rencontrer des
Gens dans la joye , & qui ſe préparent
à ſe marier.
Les Montagnes de la Tragédie
font auſſi dans la Province de la
Haute Poëfie. Ce ſont des Montagnes
eſcarpées , & où il y a des précipices
tres - dangereux. Auſſi la
plupart des Gensbaſtiſſent dans les
Vallées , & s'en trouvent bien . On
dé-
C
GALANT. δε
découvre encor fur ces Montagnes
de fort belles Ruines de quelques
Villes anciennes ,& de temps en
temps on en apporte les matéreaux
dans les Vallons , pour en faire des
Villes toutes nouvelles , car on ne
baſtit preſque plus ſi haut.
La Baſſe Poëſie tient beaucoup
des Pais-Bas. Cene ſont que marécages.
Le Burleſque en eſt laCapitale.
C'eſt une Ville ſituée dansdes
Etangs tres-bourbeux. Les Princes
y parlent commelesGens de neant,
& tous les Habitans en ſont Tabarins
nez . LaComédie eſt une Ville
- dont la fituation eſt beaucoup plus
agreable , mais elle eſt trop voiſine
duBurleſque,& lecommerce qu'ellea
avec cetteVilleluyfait tort.
Remarquez,je vous prie,dans cet
te Carteles vaſtes Solitudes qui font
ps entre la Haute & la Baſſe Poëie .
On les appelle les Deſerts du Bon
sk Sens. Il n'y a pointde Ville dans certe
grand étenduë de Pais, mais ſeudé
Ds le82
MERCURE
lement quelques Cabanes aſſez éloignées
les unes des autres . Lede.
dans du Païs eſt beau & fertile ,
mais il ne faut pas s'étonner de ce
qu'ily a fi peu deGens qui s'aviſent
d'y aller demeurer , c'eſt que l'entrée
en eſt extrémement rude de
tous coſtez , les chemins étroits &
difficiles , & on trouve rarement
desGuides qui puiflent y fervir de
Conducteurs .
D'ailleurs ce Païs confine avec
une Province où tout le monde s'.
arreſte , parce qu'elle paroiſt tresagreable,&
onne ſe metplus enpeine
de penétrer juſque dans les Deferts
du Bon Sens . C'eſt la Province
des Penſées fauſſes. Onn'y marche
que fur les Fleurs , tout y rit ,
tout y paroiſt enchanté ; mais ce
qu'il y a incommode , c'eſt que la
terre n'eneftantpas folide, on yen.
fonce par tout , & on n'y ſçauroit
tenir pied. L'Elegie en eſt la principale
Ville. Onn'y entendquedes
Gens
GALANT. 83
Gens plaintifs , mais on diroitqu'ils
ſe joüent en ſe plaignant. La Ville
eſt toute environnée de Bois & de
Rochers , oû les Habitans vont fe
promener ſeuls ; ils les prennent
pour Confidens de tous leurs fecrets
, & ils ont tant de peur d'eſtre
trahıs , qu'ils leur recommandent
ſouvent le filence.
Deux Rivieres arroſent le Païs
de la Poësie. L'une eſt laRiviere
de la Rime , qui prend ſaſource au
pieddesMontagnes de la Reſverie.
Ces Montagnes ont quelques poin
tes ſi élevées, qu'elles donnent preſ
que dans les nuës. On les appelle
les Pointes des Pensées fublimes.
Pluſieursyarriventàforced'efforts
furnaturels , mais on en voit tomber
une infinité qui font longtemps
à ſe relever , & dont la chûte attire
la raillerie de ceux qui les ont d'abord
admirez fans les connoiſtre.
Il y a de grandes Eſplanades qu'on
trouve preſque au pied de ces Mon-
D6 tag.
4
84 MERCURE
tagnes , & qui font nommées les
Terrafles des Penſées baſſes . On y
voit toûjours un fortgrand nombre
deGens qui ſe promenent. Aubout
de ces Terraſſes ſont les Cavernes
des Reſveries creuſes . Ceux quiy
deſcendent , le font inſenſiblement
& s'enveliſſent ſi fort dans leurs ref.
veries , qu'ils ſe trouvent dans ces
Cavernes ſans y penſer. Elles font
pleines dedétours qui les embaraffent
,& on ne sçauroit croirela peine
qu'ils ſe donnent pour en fortir.
Sur ces meſmes Terraſſes ſont certaines
Gens qui ne ſe promenant
quedansdesChemins faciles ,qu'on
appelle Chemins des Penſées naturelles
, ſemoquent également&de
ceuxquiveulent monter auxpointesdes
Penſées ſublimes,&de ceux
qui s'arreſtent ſur l'Eſplanade des
Penſées baſſes. Ils auroient raiſon,
s'ils pouvoient ne point s'écarter,
mais ils ſuccombent preſque auffitoſt
àla tentation d'entrer dansun
PaGALANT.
85
Palais fort brillant qui eſt pas fort
éloigné. C'eſt celuy de la Badine.
rie.Apeiney eſt-on entré, qu'au licu
de Penſées naturelles qu'on avoit
d'abord , onn'en a plus que de
rampantes. Ainfi ceux qui n'abandonnent
point les Chemins faciles,
fontlesplusraiſonnables detous. Ils
nes'éleventqu'autant qu'il faut ,&
lebon fens ſe trouve toûjours dans
leurs penfées.
Outre la Riviere de la Rime qui
naiſtaupieddes Montagnes dontje
viensde faire ladeſcription , il yen
aune autre nommée la Riviere de
= la Raiſon . Ces deux Rivieres font
affez éloignées l'une del'autre , &
commeelles ontuncours tres-diférent
, on ne les ſçauroit communiquer
que par des Canaux qui demandent
un fortgrand travail ; enit
cor ne peut on pas tirer cesCanaux
ft de communication en tous lieux
fparce qu'il n'y a qu'un bout de la
ast Riviere dela Rime qui réponde à
P
celle
86 MERCURE
1
cellede laRaiſon, & dela vient que
pluſieurs Villes ſituées fur la Rime,
comme le Virelay, la Ballade ,& le
Chant Royal , ne peuvent avoit
aucun commerce avec la Raifon ,
quelque peine qu'on y puiſſe prendre.
Deplus il faut que ces Canaux
paſſent par les Deſerts du Bon Sens,
comme vous le voyez par'la Carte,
& c'eſt un Pais preſque inconnu.
La Rime eſt une grande Riviere
dont le cours eſt fort tortueux&
inégal , & elle fait des ſauts tresdangereux
pour ceux qui ſe hazardent
à y naviger. Au contraire , le
cours de la Riviere de laRaiſon eft
fort égal& fort droit, mais c'eſt une
Riviere qui ne porte pas toute fortede
Vaiſſeaux.
Il y adans le Païs de la Poëfie une
Foreſt tres obfcure ,& où les rayons
du Soleil n'entrentjamais. C'eſtla
Foreſt du Galimatias. Les Arbres
en ſont épais , toufus, & tous entrelaſſez
les uns dans les autres . La
لاد
Fo
GALANT.
87
Foreſt eſt ſi ancienne , qu'on s'eſt
fait une eſpece de Religion de ne
point toucher à ſesArbres , & il n'y
a pas d'apparencequ'on oſe jamais
la défricher. On s'y egare auffitoft
qu'ony
fçauroit croire qu'on ſe ſoit égaré. a fait quelques pas , & on
Elleeft pleined'une infinité deLabyrinthesimperceptibles
, dont il
n'y a perfonne qui puiffe fortir
C'eſtdans cette Foreft que ſe perd
laRivieredela
Raifon.
La grande Province de l'Imitation
eft fortfterile, & ne produit rien.
LesHabitans en ſont tres pauvres,
& vont glaner dans les Campagnes
de leurs Voiſins. Il y en a
quelques-unsqui s'enrichiffent
à ce
meſtier-là.
La Poëficest tres-froide du coſté
du Septentrion , & par conféquent
ce font les País les plus peuplez . Là
font les Villes de l'Acroſtiche , de
l'Anagramme, &des Bouts- rimez.
Enfin dans cette Mer qui borne
d'un
88 MERCURE
d'un coſté les Etats de la Poësie, eft
l'ifle de la Satyre, toute environnée
de flots amers. Ony trouve bien des
Salines , & principalement de Sel
noir. La plupart des Ruiſſeaux de
cette Ifle reſſemblent au Nil. La
Source en eſt inconnuë;maisce qu'-
ony remarque de particulier , c'eſt
cequ'iln'y en a pas un d'eau douce.
Une partie de la meſme Mer
s'appelle l'Archipel des Bagatelles.
Ce ſont quantité de petites Iſles femées
de coſté&d'autre,où il ſemble
que la Nature ſe jouë comme elle
fait dans la Mer Egée. Les principales
font les Iſles des Madrigaux,
des Chanfons , & des Inpromptu.
Onpeutdire qu'il n'y a riendeplus
leger , puis qu'elles flotent toutes
furl'eau.
Prenez la peine ,Madame,d'examiner
dans la Carte que je vous
envoye, de quelle maniere font diſpoſez
tout les lieux dont parle cette
Deſcription. Parmy les Villes
du
GALANT. 89
duVirclay, de la Ballade , & beaucoup
d'autres , il me femble qu'
on n'a point mis celle du
Rondeau .
Vous la
placerez où il vous
&
plaira,
le
prefenay
déja
envo.
cependant je croy que vous ne
ferez pas fachée que je place icy
trois Rondeaux que j'ay encor recouvrez
de ceux queM² deS. Gilles
'Enfant, Page du Roy,
tal'Hyverpaffe à
Monfieur
duMaine.Jevousen
yéquelques-uns dont vous m'avez
témoigné eftre fatisfaite ; & quoy
que cene foit pointpar lesVers que
ce jeune
Gentilhomme
cherche
à meriter l'eftime des honneſtes
Gens,je nepuis tropvous faire connoiſtreſonEſprit,
apres vous avoir
entretenuedansune de mespremieres
Lettres des diverſes
Occaſions
où il a fait paroiſtre ſon coeur. Il
prend agreablement
le vray ſtile
du Rondeau , & l'applicationde ſa
Moraleest heureuſe.
LES
90
MERCURE
LES POTS FLOTANS .
L
RONDEA U.
Es Pots caſſez font bruit ; oyez comment.
Entiers & fains fur Phumide Element
Deux Pots flotoient diferents de ſtructure,
L'un de Metal releve d'encoleure,
Sansſoin , fans peur , voguoit arrogamment.
L'autre de terre alloit plus bumblement,
De fon Voisin craignant l'atttouchement,
Et d'augmenter par une atteinte dure
Les Pots cafez.
Du Pot craintif voicy l'enseignement.
Quand un Petit s'allie imprudemment
Avecun Grandpour trop haute avanture,
Le Grand en fort en fort bonne posture,
Et le Petit paye ordinairement
LesPots caffez..
DE
GALANT.
94
DE L'ASNE MALADE,
ET DES LOUPS.
RONDEAU.
TLn'estpas mort, & ne voudrois jurer,
S'iln'enmeurt pas , qu'on ne priſſe eſperer
De le guerir. Naïve repartie
Quefait l'Aſnon avecque modestie
AuxLoups gloutons qui vont Baudet fleurer.
Nous venons tous, diſent- ils, enterrer
Defunt Baudet. Il faudra differer
Leur dit l' Aſnon , remettez la partie,
Iln'est pas mort.
Adonc convient aux Loups ſoy retirer
Tout doucement , mais non fans murmurer.
Souvent ainsi dans longue maladie,
Pour Heritier avare, quoy qu'il die,
Ces quatre mots font durs à digerer,
Il n'est pas mort.
DU
92
MERCURE
DU COCQ,
ET DU DIAMANT.
RONDEAU.
Mleux il vaudroit trouver grainde
Froment
Dans ce Fumier, que riche Diamant,
Diſoit le Cocq tranſporté de colere.
D'un tel Bijou qu'est- ce que jepuisfaire?
Quoy, m'enparer ? ridicule ornement !
Sur mes Ergots ce brillant agrément
Ne peus avoirde prix aſſurément.
Entrelesmains d'un ſcavant Lapidaire
Mieux il vaudroit.
Ah, que le Sort me traite indignement !
Fe meurs de faim pres d'un tel aliment.
Ainfil Avare à ſoy meſme contraire,
Languit dans l'or qui ne peutfatisfaire
Sa foif ardente, & qu'ilfist autrement
Mieux il vaudroit.
La
GALANT. 93
La Profeffion de Cavalier que
Me de Saint Gilles L'enfanta choifie
, n'eſt point incompatible avec
les ſoin de ſe cultiver l'Eſprit. C'eſt
un avantage fi neceſſaire à la Nobleffe,
queleRoy n'a ſoufertl'Etabliſſement
de l'Académie d'Arles
dontje vous ay déjatantde fois parlé
, qu' à condition qu'on n'y recevroitque
des Gentilshommes. Les
Lettres Patentes quien furent obtenuës
en 1668. reglerent d'abord à
vingtle nombre de ceux qui la devoientcompoſer
, & Mr de Roubin
vient d'en obtenir de nouvelles par
la faveur de Mt le Duc de S. A1-
gnan leur Protecteur , qui permettent
à cette Compagnie une Aug.
mentation de dix autres Academiciens
, qui ſeront Gentils hommes
comme les premiers , Sa Majesté ayant
bien voulu 'par cette precautionleurimpoſer
la glorieuſe neceffité
de ſeconſever un avantage qui
les diftingue de beaucoupd'autres
Com.
94
MERCURE
Compagnies de ce Royaume. Ju
gez par là , Madame , ſi on n'aura
pas un fort grand empreſſement
pour ces Places , & fi tout ce qu'ily
ade plus éclairé parmy laNobleſſe,
non ſeulement de Provence , mais
encor des Provinces circonvoiſines,
ne ſe fera pas honneur d'entrerdans
un Corps où vous ne trouvez que
des Perſonnes de merite , ſoit pour
l'eſprit , ſoit pour la naiſſance. On
y en a déja reçeu deux depuis les
Lettres d'Augmentation obtenü
es. Comme vous avez ſçeu bon gre
à Mr Peliſſon , de nous avoir donnédans
ſon Hiſtoire de l'Académie
Françoiſe les Noms de tous ceux
qui la compoſent , je croy que vous
ſerez bien- aiſe d'apprendre qui font
ceux qu'on a receus dans l'Académie
d'Arles depuis fon Inſtitution
juſqu'à aujourd'huy. Je n'entre
prens point de vous parler du merite
de chacun en particulier. Je
vous diray ſeulement ce que je puis
IçaGALANT.
95
ſçavoirdu caracterede ceux qui me
font connus , ou par eux-meſmes,
ou par leurs Amis , n'ayant pû encor
eſtre informé que du nom des
autres. Les voicy ſelon l'ordre de
leur reception.
Mr deGageron Mejane. Quoy
qu'il ait eſté élevé à la Cour de Savoye,
où ſon Pere a eu des Emplois
fort importans , il ne laiſſe pas de
connoiſtre admirablement bien
toutes les beautez de noſtre Langue,
& de la parler tres- purement .
Mr de Sabatier. Il a eſté autrefois
Page de Monfieur de Guiſe , &
le Party de la Guerre qu'il apris au
fortir de là, ne l'a point empeſché de
cultiver toûjours le talent qu'il avoit
pour les belles Lettres . Il a l'eſprit
folide,juge ſainement des Ouvrages
d'autruy , &en fait luy-mefme
de fort beaux.
Mr de Giffon. Ila l'eſprit vif&
actif, écrit enVers& en Proſe avec
une facilité admirable ,&ilen donna
1
96 MERCURE
C
na autrefois une preuve extraordinaire,
lors que ſur une avanture qui
arriva pendant un Carnaval qu'il
eſtoit allé paſſer à Avignon , il fit
en trois jours une Comédie dont la
Repréſentations fut le divertiſſe.
mentde toute la Nobleſſe de la Ville&
de toute la Cour duVice-Légat.
Il y a trois ans qu'il parut auffi
avec beaucoup de gloire dans l'A- d
cadémie Françoiſe , où ayant efté
receu , ainſi que Mr le Marquis d'-
Aymard Chaſteaurenard , en qualitéde
Membres d'un Corps qui luy
eft afſocié , apres avoir opiné tous
deux dans les Conférences qui s'y
tiennent , ils eurent part l'un &
l'autre à la diſtribution des Medailles.
Mr l'Abbé de Barreme. Il eſt
Confeiller Clerc au Parlement de
Provence.
Mr de Cays, St de la Foſſete.
Mr Le Marquis de Boche.
Il eſt de l'Illuſtre Maiſon des Marquis
GALANT .
97
quisdes Baux, Souverains autrefois
de beaucoup de Terres en Provence.
Il a eſté Major de Brigade de
de Gendarmerie , & Capitaine de
Chevaux Legers , & l'on peut dire
de luy qu'il eſttout coeur à la Guerre,
& tout efprit à l'Académie.
■ Mr Bouvet. Il fait de tresjolis
Vers, & travaille à une Traduction
du Petrarque.
Mr le Marquis de Robias d'Eſtoublon
. Il eſt Aiſné de Mr d'Eſtoublon
Maiſtre d'Hoſtel du Roy,
& Fils de feu Mr d'Eſtoublon , cet
illuſtre Vieillard qui avoit ſervy
fous trois Roys,& qu'on nommoit
à la Courde Loüis XIII. le Bafſompierre
de Provence. Il eſt Secretaire
perpétuel de l'Académie.
On n'a jamais veu une Perſonne de
ſa qualité avoir tant d'ardeur qu'il
en a pour les belles Lettres. Il a
l'eſprit fécond & d'une grande
étenduë , entend tres-bien le Latin
, l'Eſpagnol & l'Italien, & com-
Janvier.
E poſe
98 MERCURE
poſe en Vers & en Proſe dans ces
trois Langues , fans parler de la
Françoiſe , en laquelle il a donnée
divers Ouvrages que le Publica
fort approuvez , mais qui n'ont pas
paru ſous ſon nom .
Mr l'Abbé de Boche . Il eſt Frere
duMarquis de ce nom,& a fait connoiſtre
dés ſa plus tendre jeunes- C
ſe le talent qu'il a pour la Chaier,
ayant commencé d'y paroiſtre à l'age
de vingt ans , comme les Prédicateurs
les plus conſommez .
les.
Mr de Castillon , Senéchal d'Ar-
Mr de Manville. Il eſt Avocat p
duRoy au Siege d'Arles .
Mr le Marquis d'Aymard Chaſteau-
renard. Il eſt Capitaine dans
les Regiment Royal , où il a fervy
avec beaucoup d'affiduité & d'exactitude
depuis le commencement
de la Guerre de Hollande. Il ne s'y
eſt paffé aucune occaſion où il ne ſer
foit trouvé , malgré les bleſſures qui
l'en
GALANT .
99
'en auroient pû ſouvent diſpenſer,
fur tout dans les Sieges de Valenciennes
, de Cambray , de Saint O.
mer , & dans la fameuſe Bataille de
Caffel , où ayant eu par tout des
Commandemens particuliers , il a
toûjours eu le bonheur de ſe faire
diftinguer par ſa bravoure &par ſa
conduite,comme il le fit il y a quelquesannéespar
fon eſprit, lors qu'il
fut député de l'Académie d'Arles
pour venir remercier le Roy des
Lettres Patentes de ſon Etabliſſement.
Il s'acquita de cette Commiſſion
avec tant de gloire, quedepuis
ce temps-là Sa Majeſté a dit
pluſieurs fois à ſa loüange qu'elle
n'avoit jamais eſté complimentée
de meilleure grace,ny plus ſpirituellement.
Il harangua en fuiteMrs
del'Academie Françoiſe, pour leur
demander l'honneur de leur alliance&
de leur aſſociation , apres avoir
remercié Mª lé Chancelier Seguier
, qui avoit ſcellé les Lettres Pa-
E2 ten
-100
MERCURE
1
tentes de ſa Compagnie ; mais ce
fut toûjours avec un ſi heureux
fuccés , que ce dernier luy fit la grace
de l'envoyer viſiterpar unGen.
tilhomme, & de luy faire demander
les trois Complimens qu'il venoit
de faire au Roy,àl'Académie Françoiſe
, & à luy , qui furent eſtimez
trois chefs-d'oeuvres.
Mr de S. Veran de Moncalin. Il
eſt Conſeiller au ParlementdeToulouſe,
& a un talent extraordinaire
aux Perſonnes de ſa qualité qui s'appliquent
rarement à ſe rendre ſca
vansdans les Langues mortes.Celuy-
cy eſt ſi profond dans la Grecque,
qu'il la parle avec autant de facilité
que ſa Langue naturelle.
Mr de Roubin. Je ne vous endiray
rien, ſonmerite vous eſt connu,
& je vous en ay parlé fort au long,
en vous envoyant laHarangue qu'il
fit auRoy quand il eut l'honneur de
luy preſenter l'Eſtampe de l'Obéliſque
dont vous avez la Figure au
com-
C
T
C
GALANT. ΙΟΙ
commencement de cette Lettre .
MªdeChambonas Eveſque deLodeve.
Il eſt Frere de Male Marquis
de Chambonas,&NeveudeMPEveſquede
Viviers. Sa Dignité fait
fonEloge , puis que le Roy n'y élevequedes
Perſonnes recommandablesparle
merite&par la naiſſance.
MalePays. Les galants Ouvrages
qu'il a donnez au Publicl'ont affez
fait connoiſtreà toute la France.
Mr de Ranchin. Il eſt Conſeiller
au Parlement de Toulouſe , & a un
talent admirable pour la Poësie.
Toutes les Pieces que nous avons
deluy ontun tour ſi fin&fi délicat,
qu'elles ne tiennent riende l'airqui
ſemble attachéàla Province.
Mr l'Abbé de Verdier.
Mr de Venel . Il eſt Conſeiller au
Parlement de Provence.
Mr d'Arbaud.
Me l'Abbé d'Abeille .
Mr de Beaumont des Arlatans .
C'eſt un Gentilhomme d'une
E 3 gran102
MERCURE
grande érudition, fort ſcavant dans
labelle Latinité , qui ſe connoit aux
diférens caracteres des Autheurs ,
& paſſe pour un Critique auſſi judi.
cieux que délicat.
Outre les vingt-deux Académi
ciens queje viens de vous nommer,
qui forment preſentement le Corps
de l'Académie d'Arles , il y en ad'.
autres qu'on appelle externes. Ils
enſont comme les Membres adop
tifs , & entretiennent un étroit
commerce avec elles par leurs Lettres
& par leurs Ouvrages qu'ils
luy communiquent de temps en
temps. Ce font,
Le R. Pere Vinay , Minime, eſtimé
un des plus délicats & des
plus éloquens Prédicateurs de fon
Ordre. Il a preſché dans les meilleures
Chaires de France , avec un
applaudiſſement general.
Mr l'Abbé de Valavoire.
Mr du Tremblay.
M
ALANT.
103
Mr de l'Eſtang , Conſeiller au
Parlementde Provence.
Mr Ferrier , Autheur de l'Adieu
aux Muſes que vous avez veu
dans une de mes Lettres .
Quand les huit Places qui reſtent
encor à donner feront remplies
, je ne manqueraypas à vous
apprendre le nom & le merite de
ceux qui auront eſté choiſis. La
Ville d'Arles qui met au rang de
fes plus glorieux avantages , celuy
d'avoir cette Académie , voulant
luydonner des marques de ſon affection&
de fon eſtime ,& contri .
buer à la commodité de ſes Conférences
, vient de luy accorder un
grand &magnifique Apartement
dans cet admirable Hoſtel de Ville
qu'elle a fait baſtir,& dontMrManfard
celebre Architecte de Paris, avoit
donné le Deſſein. Je vous ay
dejadit, Madame,quecette Académiejoüitdes
meſmes Privileges qui
ont eſté accordez à Mrsdel'Acadé-
E 4 mie
104
MERCURE
mie Françoiſe . Monfieur le Tellier
qui a toûjours fait gloire de pro.
teger ceux qui aiment les belle Let.
tres , ayant fcellé de la maniere du
monde la plus obligeante , les der.
nieres qu'elle a obtenuës , Mª de
Roubin à qui ſon peu de ſanté n'a
voit pû permettre de luy preſenter
plutoſt l'Eſtampe de l'Obéliſque,
comme il en avoit eſté chargé de.
puis longs temps par Mrs. de la
Ville d'Arles , ny d'eſtre des premiers
à luy faire compliment fur fa
Promotion à la Charge de Chancelier
, luy en alla faire excuſe dernierement
, & le remercier en mefme
temps au nom de ſa compagnie,
des graces qu'elle venoitd'en recevoir.
Sondifcours fut extrémement
aplaudy .Apres qu'il eut épuiſé toutes
les loüanges que l'Eloquence
peutfournir pour honorer un merite
extraordinaire, il luy dit,mais en
termes choiſis , au regard de ſa nouvelleDignité,
que par cetteglorieufe
GALANT.
ſe marqued'eſtime noſtre incomparable
Monarque qui diſpenſe toûjours
ſes faveurs & ſes récompenſes
avecle plus équitable diſcernement,
avoit voulu couronner en ſa
Perſonne tous ſes bienfaits,& mettre
, pour ainſi dire , le Sceau à toutes
les Graces qu'il avoit ſi liberalement&
fi juſtement répandües ſur
toute fon illustre Famille. Il contitinua
par des ſouhaits de le voir joüirde
cet honneur autant de temps
qu'il en avoit employé à le meriter,
&qu'il y en avoit qu'il s'en eſtoit
montré dignepar ſes grands & importans
ſervices qu'il continuoit encor
tout les joursde rendre à l'Etat,
avec cette application infatigable ,
& cette exacte fidelité qui luy avoient
acquis à ſi juſte titre la bienveillance
du plus Grand Roy de la
Terre, & la venerationde ſes Peuples.
Des proteſtations refpectueufes
de fervices de la part de laCompagnie
pour laquelleMr de Roubin
Ε5
por106
MERCURE
portoit laparole , &unetres-humble
priere de luy vouloir accorder
l'honneur de ſa protection, termi
nerent ce diſcours que je ſouhaiterois
vous pouvoir donner entier.
Vous avoüeriez , Madame , que
quoy qu'il ne foit pas avantageux
d'eſtre le dernier à parler ſur une
matiere ſi rebatüe deja par les plus
éloquentes bouches de France, tant
de Complimens qui ont devancé
celuy-cy , ne luy ont rien fait per.
drede ſa grace. Je me contenteray
d'y adjoûter un Sonnet que cet Illuſtre
Académicienpreſenta à Monfieur
le Tellier pour remercîment
des Lettres qu'il avoit ſcellées .
A MONSIEUR
le
LECHANCELIER
Enfin noftre Bonheur a paffe nostre at
Voicy cet heureux jour tant de fois ſouhaité, c
Qui nous va tousconduire à l'Immortalité,
tente:
Etquicomble d'honneur noftre
Troupenaiſſante.
1
IlluGALANT
107
Illustre CHANCELIER , cette grace écla
tante
Reçoit fon dernier prix de tarare bonté;
Et tu viens achever noftre Felicité,
EnScellantde ta main cette auguſtePatente.
C'est toy quifur la Cire imprimant ce Portrait,
De qui nous revérons juſques au moindre
trait,
As voulu pour jamais fignaler noſtregloire.
Maisnous sçaurons payer ce Bienfaitfou-
Derain.
Enfaiſant que le tien au Temple de Memoi-
D'un Burin éternelſoit gravé furl' Airain.
re,
Voila , Madame , ce quej'ay crû
vousdevoir apprendre de cette celebre
Académie,&jem'en ſuis fait
une obligation d'autant plus êtroite,
que cequejevous en ay déja fait
ſcavoir a causé une loüable emulation
à Coutance, où l'on a déja
commencé depuis deux mois à faire
des Conférences Académiques, reglées
entre un certain nombre de
Per- E6
:
وہ
1
108 MERCURE
1
Perſonnes qui s'aſſemblent toutes
les Semaines chez Mr de Pierrevil
le , Premier Preſident du Prefidial.
Elles s'ouvrent par unDifcours que
chacun fait ſelon le rang qui luy eft
venu par les Billets. On parle en
fuite de ce qui paroiſt eſſentiel à
la pureté de noſtre Langue. On y
prenddes ſujetsde Morale, dePhy
fique, d'Hiſtoire & de Geographie,
& l'on y examine les Ouvrages de
ceux qu'on a choiſis pour ces Aſſemblées.
Elles pourront eſtre confirmées
avec le temps par l'autorité
du Roy, & le Mercure aura du
moins l'avantage de n'avoir pas nuy
àen faire prendre ledeſſein.
Vos Amies qui s'intereſſent ſi
fortement dans tout ce qui regarde
l'Eſprit, apprendrontcette Nouvel .
le avec joye. Je leur fuis fortobligé,
auſſi-bien qu'à pluſieurs autres
Belles , des Remércîmens & des
Galanteries qu'elles m'ont envoyé
pour Eftrennes . C'eſt trop recon
noiGALANT.
109
15
S
e
le
noiſtre le peu quej'ay fait pour elles
, & l'avantagede leur avoir plū
me devoit eſtre une affez glorieufe
récompenſe.
Ce mot d'Eſtrennes m'engage à
vousparlerd'unCupidon qui a eſté
envoyé au commencement de l'Année
àMadame la Comteſſe de Mon-
- trevel , Femme du jeune Comte
qu'on a connu ſous le nom de Mr le
Marquis de Sévigny . Elle eſt de la
Maiſon de Lannoy une des plus illuſtres
&des plus anciennesde toutelaFlandre.
Son merite& fabeauté
ont fait bruit lors qu'elle eſtoit
Fillede la Reyne,&elle auroit encor
une Cour nombreuſe , ſi ſon attachement
pour celuy qu'elle a fait
heureux ne faisoit pas l'unique ſatisfaction
de ſa vie.Il eſtde laMaiſon
delaBaume Montrevel , & petit-
Fils de Mr le Comte de Montrevel
, Chevalier des Ordres de Sa
Majesté , & Lieutenant de Roy en
Breſſe . Il eſt fort bien faitde ſaPerfon
110 MERCURE
ſonne , & a ſervy non ſeulement
dans ces dernieres Campagnes , mais
en Hongrie & en Candie , avec une
application extraordinaire. Il a de
la bravoure autant qu'on en peut
avoir , & il s'eſt diſtingué en mille
rencontres. Cependant quelque dignequ'il
ſoit parlà de tout le coeur
de Madame la Comteſſe de Montrevel
ſa Femme , il le merite d'ailleurs
par une tendreſſe qui va juſqu'aux
empreſſemens d'un Amant.
C'eſt ſur cet attachement reciproque
que font tournez les Vers que
vous allez voir. Ils accompagnoient
le Cupidon qui fut envoyé pour
Eſtrennes . Souvenez - vous , Madame
, que c'eſt ce petit Cupidon qui
parle aunom des Amours .
MAGALANT.
III
A MADAME !
LA COMTESSE
DE MONTREVEL.
ESTRENNES.
ADorable & jeune Comteffe,
En l'absence de voſtre Epoux,
UnAmourexiléqui retourne chez vous,
N'a t-il point trop de hardieſſe,
Et ne risque-t- il point de vous mettre en
courroux?
Cet heureux Epoux qui vous aime,
Etque vous aimeztout de même,
A fi bien fait , qu'il nous a détrônez,
Nous qui luy livrâmes la Place ;
On nous ferme la porte au nez,
C'est ainsi que l'on nous rend grace.
Maisfans vous chagriner , dites - nous franchement,
Si quelqu'autre en uſoit d'une façonfirude,
Seroit-ce pas ingratitude?
L'appelleriez- vous autrement ?
Vous sçavez bien que le Dieu d'Hymenée
Ne fut jamais bien d'accord avecnous.
_ Cependant pour vous faire un deftin qui fust
doux,
La querelle s'est terminée,
Vous
112 MERCURE
3
Vous le sçavez , je m'en rapporte à vous ;
Vousne vousplaignezpas jepense
De ce jour pleinement heureux
Onnous fuſmes d'intelligence
Appliquez à remplir vos voeux.
Voyonsun peu vostre reconnoiſſance.
Sivous goustezun ſouverain bonheur,
C'eſt, dites-vous , l' Hymen qui vous l'attire
,
CeDieu ſeulen a tout l'honneur,
Les Amours n'ont rien fait , & quoy qu'ils
puiſſent dire,
Vous leschaſſezde vostre coeur.
Undenous est resté par faveurfinguliere,
Parce qu'on n'oſele chaſſer.
Si la Nopce finie on eust pûs'enpaſſer,
Onne l'eustpas traitéde plus douce maniere,
MaisHymenseul eſt unpauvre Seigneur,
Quandnousl'abandonnonsilnebat que d'une
aisle.
Si quelqu'un de nous ne s'en meſle,
C'est bien à luy vrayment de contenter un
coeur,
F'auroisbien voulu voir,pour venger noftre
injure,
Que l'Amour qui vous reſte eut quttécomme
nous;
Soitditfans vousfacheerr,, leDiend'Hymen
vous
Euffiez fait àmonsens une triſte figure
N'apALANT.
113
N'apprehendezvous point que dansnoftre
couroux !
Nous l'obligions encoreà quiter la partie?
Quelque foit ſon engagement,
L'Hymenée & l'Amour ſebroüillent aifement.
Alors, mafoy, vous paſſeriezla vie
Dans un terrible accablement ;
Plus d'ardeur, plus d'empresſſement,
Vous tomberiez dans le moment
Dansune morne indiference,
Dansunfombre afſoupiſſement,
Enfindanscertaine indolence
Qui de tout cequi fait les plus charmans
plaisirs,
Vous oftcroit legouft, & meſme les deſirs .
Voyezun peu quelle chute effroyable ;
Eftre inutilementjeune, belle , adorable,
Pour tout le reste de vosjours.
Voulez vous l'éviter ? traitez mieuxlesAmour
;
L'Epouxque vous aimez avectant detendreſſe,
Etquiremplit tout voſtre coeur,
Neperdra riende ſon bonheur.
Je ne vois rien là qui le bleſſe ,
Pourmoyjefuisfon ferviteur ;
Le noeud qui vous unit n'est-ce pas noſtre ou-
Urage?
Nousn'irons pas le gafter aujourd'buy.
Pour
114
MERCURE
Pour ne vous donner point d'ombrage,
On neparlera que de luy ;
Oufi vous voulez qu'on ſetaiſe,
Onſetaira, donnez- nousſeulement
Accésdans vostreApartement,
Que nous puiſſions entrer & vous voir à noſtreaise,
Et voler pres de vous comme des Papillons
Quiſe vont en tournant brûler à la chan
delles ;
Que vous en couſte t-il ? c'est une bagatelle,
Et c'est tout ce que nous voulons.
Il me ſemble, Madame , qu'un
Amour qui ſe retranche à des conditions
auſſi juſtes que fait celuy
que vous venez d'entendre parler,
devroit obtenir ce qu'il demande.
Le malheur est qu'on ſe défie toû.
jours de l'Amour , &qu'il n'est pas
en réputationde tenir parole. Je ne
dois pas oublier que je ne me ſuis
pas encor acquité de celle que je
vous donnay en finiſſant ma derniere
Lettre. Il me ſouvient que
je ne vous dis qu'un mot par apoſtille
de pluſieurs Nouvelles dont
on
GALANT. 115
on venoit de me faire part. Elles
meritent un peu plus d'éclaircifſement
; & pour commencer par
Monfieur Duc de Vitry qui a eſté
fait Conſeiller d'Etat d'épée , je
vous diray qu'il n'y en a que trois
qui puiſſent tenir ce rang dans le
meſme temps. Monfieur le Mareſchal
de Villeroy en eſt un,& latroifiémeplace
aeſté remplie par Monſieurle
Marquis de Feuquieres. Je
vous ay affez parlé de la Famille &
du merite de ce dernier dans une
autre occaſion , pour ne rien ajoûter
àcequ'unedes mes Lettres vous
en a déja appris . S'il a beaucoup
d'intelligence pour tout ce qui regarde
fon Employ , il n'en a pas
moins dans les Affaires de la Guerre,
ayant donné des preuves de fon
courage en Suede depuis qu'il y eſt
Ambaſſadeur. Il y a trois Conſeillers
d'Etatd'Eglifé , comme il y en
a trois d'Epée. Ce font Monfieur
l'Archeveſquede Roüen , Mr l'E
vef116
MERCURE
veſque deChartres ,& Mr le Doyen
de Noftre -Dame de Paris . Monſieur
le Duc de Vitry eſt Fils de
Nicolas de L'hoſpital , Mareſchal
Ducde Vitry , Capitaine des Gar.
desdu Corps de Loüis XIII. Chevalier
de ſesOrdres ,&Gouverneur
de Provence. Feu Mr le Mareſchal
de L'hoſpital ,qui eſt mort Gouver.
neur de Paris, eſtoit ſon Oncle.Jene
vous dis riende cette Maiſon . Elle
eſt connue pour une des plus Illuſtres
que nous ayons ; & outre que
Jean de L'hoſpital Comte de Choiſy,
a épousé depuis cent ans une Leonor
Stuart , Fille de Jean Stuart
Duc d'Albanie , il n'y a perſonne
qui ne ſcache qu'elle eſt alliée aux
Maiſons de Coſſe , de Ventadour,
deBriſſac , de la Chaſtre , de Beauveau
, de la Trimoüille, de Rohan,
de Marigny, &c. Tant d'avantages
font glorieuſement ſoûtenus parM
le Ducde Vitry dont je vous parle.
Il eſt Lieutenant General.Ce rang
marGALAN.
T. 117
marque fon courage, comme ſes
grands Emplois ſon eſprit. Ill'a délicat,
éclairé , étendu&ferme. Il eſt
intelligent dans les Affaires. Il ſçait
juſqu'acelles du Palais,&les Muſes
font de ſes Amies. On peut juger
parlà qu'il n'ignore rien.
Je vous parlay auſſi laderniere fois
de Ml'Abbé de Valbelle , à qui le
Roy a donné l'Eveſché d'Alet ; &
Mr deGuilleragues, quiaeſté nomméAmbaſſadeur
àConſtantinople.
Ce premier eſt Fils de ce fameux
Valbellequi estoit LieutenantGeneral
de la Marine , & qui ſous le
Regne de Louis XIII. & dans les
Guerresde Provence,a toûjours eu
tantde conduiteà maintenir laVil.
lede Marſeille dans la fidelité qu'il
devoit à ſon Maiſtre, qu'il en a merité
également l'approbation de la
Cour& de la Province. Il eſt proche
Parent de Mr le Marquis de
Valbelle Cornete des Chevaux-
Legers de la Garde , dont le Pere
a tres
118 MERCURE
a tres - bien ſervy dans toutes les
Guerres de Catalogne ſur la Galere
qu'il commandoit, & qui fuſt bleſlé
à mort n'eſtant âgé que de dix- huit
ans, dans leCombatdes quinze Galeres
de France contre celles d'Eſpagne.
Son Ayeul s'appelloit Cofme
de Valbelle , qui à l'âge de ſoixante
dix ans fuſt tué ſur la Galere
qui portoit fon nom, apres avoir regeu
douze bleſſures , & fervy d'e.
xemple à toute l'Armée. Il eſt encor
Neveu de Mr le Commandeur
de Valbelle , qui s'eſt ſi fort diſtingué
dans les derniers Combats qui
ſe ſont donnez fſur Mer , & à qui on
peut dire que la Ville de Meſſine
doit en partie ſa conſervation . Ses
Anceſtres n'ont pas fervy avec moins
de fidelité aux Batailles de Serifolles
ſous François I.& de Coutras
ſous Henry 111. & il s'est fait
peu de grandes Actions où ceux de
cenom n'ayent eu quelque part. Sa
Maiſon eſt fort connue , & les MonuGALANT.
119
umens qu'elle a laiſſé dans les Ab-
Dayes de Montrieu &de la Verne
dés l'an 1178. ſont des marques affez
autentiques de ſon ancienneté.
M² l'Abbé de Valbelledont je vous
parle eſt Agent general du Clergé
de France ,&laqualité de Docteur
de Sorbonne qu'il a , eſt une preuve
du merite qui a fait jetter les
yeux ſurluypour l'élever à l'Epifcopat.
Mr l'Abbé de Piancour , qui
eſt auſſi Docteurde Sorbonne,aeſté
ſacré Evefque de Mande ces derniers
jours. Il ſe prépare à partirpour
ſon Dioceſe, La connoiſlanee qu'-
on a de ſes belles qualitez l'y fait
ſouhaiter avec un empreſſementinconcevable.
Quant àMr de Guilleragues
, il a efté Premier Preſident
de la Cour des Aydes à Bordeaux ,
Secretaire des Commandemens de
Mr le Prince de Conty , & Secretaire
de la Chambre &du Cabinet.
La réputation où il eſt pour ce qui
regarde l'Eſprit , devroit m'engager
120 MERCURE .
ger à vous en faire l'Eloge, mais les
Ouvrages que nous avons de luy en
diſent plus que je ne pourrois vous
endire.
Enfin, Madame, j'ay trouvé moyen
de vous fatisfaire ,& je vous
envoye deux Airs notez que vous
ne regarderez , s'il vous plaiſt, que
comme un eſſayde ceux que j'auray
ſoin de vous envoyer tous les
Mois. Voicy les Paroles du premi.
erque je mets icy ſans les noter, afin
que vous les puiffiez lire d'abord
fans embarras .
AIR NOUVEAU.
T
'On Troupeau , Sylvie,
Peut seul t'engager.
Tupaſſes la vie
Sans prendre un Berger.
Soûpire , Cruelle,
Pour des soins plus beaux
Un Berger fidelle
Vaut mille Troupeaux
Cet
pag.120.
ta vi- e fans prendre unBer-
66
ta viefansprendre unBerauxunAmantfi-
del-levaut
6 6 56
X
aux unAmiantfi -del-le vaut
5
ville troupeaux sou- peaux
5
W
lle troupeauxfou - peaux
1
S
$.
S
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e
e
,
e
2
t
S
3
1
1
C
Pe
y
e
r
r
1
e
f
GALANT. 121
Cet Air eft d'un Maiſtre eſtimé
des Perſonnesde la plus haute quali.
té, &comme elles ont le gouftbon,
je ne doute point que ſes Ouvrages
ne meritent les éloges qu'elles leurs
donnent;mais vous pouvez vous en
éclaircir par vous-meſme,jettez les
yeux fur la Note. Vous ſçavez parfaitement
la Muſique , & il ne vous
faut qu'un moment pour connoi.
ſtrela beauté de celle-cy.
. Jepuis vous aſſurer,Madame,que
touteſt nouveaudans cetAir,& que
je ne vous envoyeray rien de cette
nature qui ait eſté veu dans le monde
avant que vous le receviez. C'
eſt ce qui m'a empeſché de faire
graver un fort bel Air de Mt de la
Tour, qui comme vous ſcavez tient
rang parmy les premiers Maiſtres
deMuſique. J'ay déja entendu parlerdecet
Airen quelques endroits,
& je prétens que vous puiſſiez dire
que vous aurez chanté lapremiere
tout ce que vous trouverez dans
Janvier.F
mes
122 MERCURE
mes Lettres , ſi ceux qui me le donneront
me tiennent parole. Je ne
veux pas cependant vous priver
des Paroles fur leſquelles Mr de la
Tour a travaillé . Elles vous plai.
ront beaucoup , fi elles vous plai.
fent autant qu'elles font icy ; mais
comment ne vous plairoient- elles
pas , puis qu'elles font de l'illuftre
Perſonne qui ne nous donne jamais
rien que d'achevé ? Elles ont un
tour qui vous feront connoiſtre
aiſement le merveilleux génie de
Madame des Houlieres .
AIR .
TRrisfur la Pougere,
Dans unpreſſantdanger,
Afontemeraire Berger
Difoit toute en colere?
Qu'estdevenu,Tirſis , cet air respectueux ,
Qui d'un parfait Amant est le vray cara-
Etere?
Entre deux coeurs, dit- il , brûlez des mesmer
:
feux,
Ilest certains momens heureux Où, ma
Bergere,
Ilnefaut estre qu'amoureux.
Voyez
*
*
Quoyrien nepeutvous
هن
terpourcourir a-1
7
bo
reuxque la t'er
ge fes fe
HJus
7-
t'e
GALANT.
123
Voyez , Madame , ſi rien peut
ſtreplus agreablement tourné que
es Paroles. En voicyd'autres dont
'ous allez trouver l'Air noté.
AIR NOUVEAU.
QUoy, rien ne vous peut arreſter?
L'Amour cedeàlaGloire,
Etvous voulez me quiter
Pourcourir apres laVictoire ?
Rend-elleun Vainqueurplusbeureux
Quelatendreſſe
D'uneMaistreffe
Qui partageses feux ?
+
;
Jeprétens que vous me ferez un
ort grand remerciement de cet
ir , puis qu'il eſt de Mr Charpener
, fameux par mille Ouvrages
ui ont eſté le charme de toute la
rance , & entr'autres , par l'Air
es Maures du Malade Imaginai-
, & par tous ceux de Circé& de
Inconnu. Il a demeuré longtemps
n Italie , où il voyoit ſouvent le
hariffimi , qui eftoit leplus grand
F2 Mai-
>
1
124
MERCURE
Maiſtre de Muſique que nous ayons
eu depuis longtemps. Vous avez lú
les Paroles de l'Air de M² Charpentier
, voyez les notées .
Jepaſſe à l'Enigme. C'eſt un Jeu
d'eſprit qu'il ſemble que le Mercu
re ait mis à la mode . Le Rondeau,
le Virelay,la Balade,& les Bouts-rimez
, n'ont jamais tant fait de bruit
enleur temps, qu'en font les Enig
mes . Elles deviennent le divertiſſe.
ment de toute la France;& le grand
nombre de Lettres que je reçoy
chaque Moisde ceux qui cherchent
à les deviner , me fait connoiftre
que ce n'eſt pas fans plaiſir qu'ils
s'y appliquent. A peine vous eusje
envoyé ma Lettre du Mois pafſé
, dans laquelle vous trouvaſtes
l'Explication de celle des Conféderez,
quej'en reçeus encor pluſieurs
autres de quelques Provinces éloignées.
Il n'y en avoit point qui
ne fuſt pleine d'eſprit , mais fur
tout celles qui en faifoient tomber
le
GALANT. 125
We ſens ſur le Melon , la République de
aveHollande & une Fourmilliere , eftoallient
admirables. Je ferois un long
Article , ſi je vous mandois tout ce
un qui m'a eſté écrit de l'Enigme du
MeMois de Decembre. Voicy ce que
noceuxqui n'en ont pastrouvéleMot
uten ont dit , mais avec tantde juſteſel
ſe pour le fens qu'ils luy ont donné,
Equ'il eſt preſque Vers pour Vers .
ertMr de la Monnoyeapres l'avoirexgpliquée
ſur le veritable , l'a tournée
ren ſuite fort ingénieuſement ſur le
- Mercure. Une Dame de Creſpy a
crû que c'eſtoit une Queſtenſe. Me
le Comte de l'Aubeſpin qui a deviné
toutes les autres , a prétendu
que ce fuſt Caresme - Prenant ; M
l'Abbé Flanc , l'Hyver ; &unejeune
Demoiselle de quatorze ans , qui
eſt tout eſprit , en a fait une Explication
ſi naturelle en faveur de la
Tubéreuse , qu'elle m'a preſque perſuadé
. J'en ay reçeu une autre en
Vers , qui fait voirque ce doit eſtre
F3
la
126 MERCURE
de
la Mode. Cependant le veritable
Mot eſt celuy que vos Amies ont
trouvé. Il m'avoit efté envoyé le
jour précedent parun Chanoine
de Rheims , qui eſt le premier qui
l'ait deviné ; & dés le lendemain
on m'apporta ce Rondeau , qui
Papprendra à ceux qui n'ont pas
voulu ſe donner la peine de le chercher
, ou qui l'ont cherché inutilement.
SUR L'ENIGME DU X.
Tome du Mercure.
C'E
RONDEAU.
Eft uneEnigme on maintsraresEſprits
Auront esté peut estre un peu furpris .
Pourmoyquifuis Sorcier à la douzaine,
Al'expliquerj'employe en vain ma peine,
Mal-avisé de l'avoir entrepris.
Pourdé couvrir les deſſeins de Loüis
On voit ainsi reſverſes Ennemis ;
Mais fur ce point la recherche est fort vaine.
C'est une Enigme.
Si
GALANT. 127
Si faut- ilbien trouver le ſens précis
Decelle - cy ; la Gloire en est leprix.
Ah ! le voicy ; j'en suis tout hors d'haleine .
L'Autheur nous veut donner en bonne Etrenne
LeJour de l'An , ſi jel'aybien compris
C'est une Enigme.
Je ne vous parle point d'un Solitaire
du Païs du Maine, d'un autre
de Saint Giraud,d'uneDemoiselle
deTroyes,&dequantitédePerſonnes
de pluſieurs Villes diférentes
quiont aufficonnu que les Vers de
cette Enigme ne ſignifioient rien
autre choſe que le premier Four de
l'Année. Envoicy l'Explication par
d'autres Vers dont vous trouverez
le tour auſſi aiſé qu'agreable. Il ſont
de Mr Couture de Caën.
Cette Enigme si bien tournée Eft le premierFFour de l'Année.
S'il eſt aiméde l'un, de l'autre il ne l'est pas;
Sur tout il est hay des Vilains , des Ingrats,
Quin'ontpointdeplus grandes gènes
F4
Que
128 MERCURE
1
Que quand le temps arrive où l'on parle d-
Etrennes ;
Aulieu qu'on voitàl'envy les Amans
S'expliquer tous par leurs préfens,
Etprendrefoinde ce qu'ils doiventfaire,
Car ilfaut profiter du temps
Enmatiere d'amour , plus qu'en toute autre
affaire.
Tous ceux àquil'onfait la Cour
Seroient plus heureux,fi ceFour
Avoitunpeuplusde durée;
Mais fon Cadetle Fourqui fuit
L'attenddane lefilence , &le preſſe àminuit,
Ilnepeutplus tenir,ſa perte eſt aſſurée .
Ilmeurt, mais pour renaiſtre enfinune autre
fois,
C'est à dire apres douze Mois ;
Ses heures estoient làbornées.
Mais comment est - il vieux ? comment chargéd'années
?
Enunmot,tousſes Ansl'un ſur l'autre entaſſez,
Ce-font tous les Siecles paſſez.
Cen'est pas la ſeule Explication
qu'onm'ait envoyée en Vers , mais
c'eſt la premiere que j'ay reçeue,
&
GALANT. 129
& j'ay crû luy devoir la préference
#par cette raiſon. Voicy cependant
une nouvelle Enigme fur laquelle
Thvos Amies pourront s'exercer. Elle
eftdeMr Robinet , qui avoit trouvé
leMot du premierJour de l'Année
, &de quijetenois ce que vous
avez veu il ya quelques Mois ſur la
に
LettreR.
ENIGME.
Fis CE ſuis du Sexe aimé, du Sexe féminin ,
Mais tous mes membres font du Sexe
masculin.
Sans estre monstrueufe ainsi que plufieurs
Bestes,
F'ay quatre fois vingt pieds , & quatre fois
Deux fois quarante bras , autantd'oreilles,
dix teftes,
d'yeux.
Pourmes langues l'uſage en est mystérieux
Comme à moins qu'eſtre bonne on nem'en
foufre aucune,
Toutes celles que j'ay n'agiſſent que pour
:
こune,
F5
Qui
130
MERCURE
Qui d'un grand nombre d' ans precedanz
mon employ,
Quoy quemapropre langue, estoit née avant
moy.
Cequejecompteicydediverſes parties,
Aquatre fois dix Corps les fait voir afſforties;
Mais ces quatre fois dix , pardesçavants
accords,
Ne me forment qu'un seul & numeraire
Corps.
Jeme vests en Manteau , Fuft'au corps
Soutane,
FeporteHabitfacré,jeporteHabit profane,
Mille honneurs'éclatans me mettent encrédit,
On me voit Mortier , Mitre , & Pourpre&
Saint Efprit,
Jesuis également &de plume &d'épée,
Etjepuis par lesdeux enfin eſtre occupée ;
F'ay place bien souvent dans la Maiſon
d'unGrand,
Qui n'a pointfon pareit dans fon fublime
rang;
F'ayquantitéd'Enfans, laplupart en Familles
;
Mais entre tant d'Enfans j'ay ſeulement
deuxFilles,
Quiltiennent deleur Mere, & qui , dit- on,
font voir
Qu'en
GALANT.
131
i
Qu'enpartage elles ont le talent du Sçavoir.
Fe compose &m'explique en divers Idiomes
D'Aristote ,j'entens les doctes Axiomes.
Epique , Dramatique, Elegie & Sonnet,
Satyre , Ode & Rondeau , fortent de mon
Cornet.
Enfin rien ne me borne enmongenre d'écrire
;
Cependant fi de moy je dois icy tout dire,
Aveotant de talens dontj'acquiers un grand
nom,
F'en suis àlapremiere &plus fimple Leçon.
Si cette Enigme embaraſſe vos
Amies par ſa longueur , elles auront
àchoisirde cette autre qui n'eſt que
de quatre Vers , & qui a eftéfaite
parune belle Perſonne de Vernon.
F
ENIGME.
Amais par moy lieux bas nefurenthabitex,
Mon Corps eft agiſſantfans vie,
Etl'onme voittourner les yeux detous coftez,
Quoyquede regarder je n'aye aucune envie.
F6 Vous
132 MERCURE.
Vous n'en ferez pas quite pour
ces deux Enigmes. Jettez les yeux
fur les diverfes Figures qui font repreſentées
dans ce que j'ay fait graver
icy . Elles compoſent unCorps
Enigmatique dont je vous laiſſe le
nom àtrouver. Il n'y a rien de nouveau
en cela ,&tous les Ans on expoſe
en public diférens Tableaux
des meilleurs Maiſtres , qui font autant
d'Enigmes à expliquer.
J'aygrandeimpatience de ſçavoir
quel ſens vos Amies auront donné
aux Figures qui vous font icy
repreſentées . Quoy qu'elles devinent
preſque toûjours fort heureufement
, ces fortes d'Enigmes les
doivent embaraffer un peudavantage
que celles qui leur expliquent
la nature de la chose dont on leur
laiſſe le Nom à trouver. Mais c'eſt
trop vous arreſter ſur des matieres
obfcures , quand je dois me hâter
de vous apprendre ce que je tçay
qui vous cauſera de lajoye.Le Roy
adonGALANT.
135
iere ,Chanoine de la Cathédrale
de Pamiers , & Prieur de S. Jean
Falguay. Il eſt Fils d'un Conſeiller
d'Etat ordinaire, & vient d'une des
plus anciennes & des plus nobles
Familles de la Robe. Elle a don
né depuis pres de trois cens ans des
Préſidens & des Conſeillers auParlementde
Paris,fans parler des Maiftres
des Requeſtes , Intendans &
Maiſtresdes Comptes , qui en font
fortis.
Je finie cet Article par Madame
De Maistre de Grandchamp ,que Sa
Majesté a nommée à l'Abbaye de
Charonne. Elle estoit Prieure de
Doſme en Champagne. Il y a peu
de Filles d'unevertu&d'une pieté
auſſi genéralement reconnues , &
vous conviendrez de fon merite,
quand vous fçaurez qu'un de ſes
moindres avantages eſt celuy d'eftre
de cette ancienne Famille des
leMaiſtre,illuſtre partant degrands
Hommes qu'on y a veus Premiers
Pré-
1
:
136 MERCURE
h
Préſidens, Gardes des Sceaux, Ambaſſadeurs,&
Cardinaux . Ces marques
de l'eſtime d'un grand Roy
auroient dequoy fatis-faire , fi la
mort ne mettoit pas fin à toute forte
d'honneurs . Elle nous a enlevé
pendant ce Mois-cy Monfieur le
Duc de la Force , Madame la Marquiſe
de Sablé , Madame la Du.
cheſſede Bournonville, & Madame
la Comteſſe de Drubec.
Mr le Duc de la Force a veſcu
pres de quatre-vingts ans. Nomparde
Caumont eſt le Nom de ſa
Maiſon. Il avoit fervy en pluſieurs
grandes occaſions ſous le Mare-
Ichal-Ducde la Force ſon Pere, qui
fut un deplus grands Hommes de
fon Siecle . C'eſt luy qui prit Pignerol
, défit les Eſpagnols ou Combat
de Carignan , contribuaà la Levée
du Siege de Caſal, ſe rendit maiſtre
deMoyenvic,prit laMothe en Lor
raine , fit lever le Siege de Philisbourg,
ſecourut Heydelberg , prit
Spire,
GALANT. 137
Spire,défit les Troupes du Prince
Charles de Lorraine en pluſieurs
rencontres , & celles des Comtes
Picolomini &de Naſſau . Il fut fait
Duc & Pair en conſidération de
tant de ſervices , & commanda les
Armées du Roy en Piémont, en Allemagne&
enFlandre. Il ſe maria
trois fois , & entra par là en pluſieurs
grandes Alliances.
Madame de Sablé Veuve de
Monfieur de Laval, Marquis de Sablé
, qui fut Fils unique du Mareſchal
de Boiſdauphin Gouverneur
d'Anjou, eſt morte environ au meſme
âge que Monfieur le Duc dela
Force. Elle estoit Fille de Monfieur
le Mareſchal de Souvré Gouverneur
de LoüisXIII. Premier Gentilhomme
de ſa Chambre , & Gouverneur
de Touraine.Elle eut pour
FilsMrs les Marquis de Boiſdauphin
&de Laval, & Monfieur l'Eveſque
delaRochelle,qui vit encoraujourd'huy.
Ces deux premiers ont finy
leurs
138 MERCURE
:
leurs jours en ſervant le Roy dans
ſes Armées , où ils ont fait voirune
valeur qui ne démentoit point cel.
le des Illuſtres Ayeux dont ils defcendoient
, & le dernier eft regarde
par tout comme un de ces grands
Prélats dont la conduite eſt l'édification
des Peuples , & l'exempleune
leçon parlante à tous ceux qui
font dans la meſme Dignité . Onre.
marqua dés la plus tendrejeuneſſe
de Madame la Marquiſe de Sablé
tantd'eſprits, tant de difcretion, &
tant d'agrément dans toutes ſes a-
Etions , qu'elle fut admirée de tout
cequ'il y avoit de conſidérable àla
Cour , & honorée de la confiance
particuliere de Mesdames Filles de
France . La douceur de ſes moeurs,
ſon inclination bienfaiſante , & fes
promptes & vives lumieres qui luy
faifoient deméfler en un moment
les choſes les plus embaraffées , luy
avoient attiré l'eſtime & l'affection
de tout le monde. Il y avoit peu
de
GALANT. 139
dePerſonnes affligées qui ne trouvaffent
en elle de la confolation,
chacune ſelon ſa fortune. Elle compâtiſſoit
àleurs peines, les ſoulageoit
par ſes paroles, par ſes conſeils , par
ſes Amis ,& ſouvent par ſa liberalité.
Elle avoit l'ame d'une Souveraine
, & c'eſt ce qui luy avoit fait
meriter la bienveillance de Monſieur&
deMadame , qui luy en ont
fait paroiſtre beaucoup juſqu'à la
findeſes jours, comme ſi Leurs Alteſſes
Royales avoient voulu couronnerpar
leur eſtime ce qu'en ont
eu pour elle les Perſonnes du Royaume
les plus Illuſtres en naiſſance
, en ſçavoir & en pieté. CetEſprit
ſi éclairé qui la rendoit capable
des plus grandes chofes , ne l'a quitée
qu'avec la vie , & elle a donné
juſqu'à la mort des marques d'une
admirable ſageſie & d'une ſolide
vertu.
Madame la Ducheſſe de Bournonville,
Veuve duDucde cenom
1
qui 1
140 MERCURE
qui a eſtéGouverneur de Paris ,eftoit
Fille de Monfieur de la Vieuville
, Chevalier de l'Ordre , autrefois
Sur- Intendantdes Finances , &
Soeur de Mr le Duc de laVieuville,
Chevalier d'Honneur de la Reyne
&Gouverneur de Poitou. Quand
elle n'auroit pas eu toutes les bonnes
qualitez qui la rendoient conſidérable,
elle l'auroit toûjours beaucoup
eſté pour eſtre Mere de Madame la
Ducheſſe d'Ayen, qu'un vray merite
joint à une treshaute vertu , fait aujourd'huy
regardercomme uneDamedesplusaccompliesde
fonSiecle.
Madame la Comteſſe de Drubec
eſtoit de la Maiſon de Choiſeul , &
Soeur de feu Monfieur le Mareſchal
du Pleſſis . Elle a laiſſé trois
Fils , Mr le Comte de Drubec ,
Mr le Marquis de Valſemé qui
commande les Chevaux Legers de
Monfieur , & Mr l'Abbé de Drubec.
Ce dernier a fait pluſieurs
g randes actions publiques qui luy
ont
GALANT.
141
ont acquis beaucoupde reputation.
Ce ſeroit icy le lieude vous parler
d'une Belle qui eſt morte d'amour
pour ſon Mari. C'eſt une avanture
qui faitbruit,& elle eſt d'autant plus
remarquable , qu'ilyapeu de Femmes
qui veüillent mourir à force d'-
aimer; mais il mefautplus de temps
qu'il ne m'en reſte pour vous écrire
toutes les circonstances d'une
Hiſtoire que beaucoup de Gens
croyent ſçavoir , & qu'ils défigurent
preſque tous en la racontant.
Ainfi , Madame , je la remets jufqu'auMois
prochain ,& ne prétens
point paffer celuy- cy fans vousdire
deux mots de Guerre. Nos Braves
ſeplaindroient avec raiſon, fije laiffois
repoſerma plume tandis qu'ils
font agir leur valeur. Mr le Marquis
de Bouflairs fait tout les jours
parlerdeluy àFribourg,& on a peineàcroire
ce qui ſe ditdes Partis de
defaGarniſon qui s'ouvrent paſſage
dans des lieux qu'on avoit crûs juſque
142 MERCURE
que là impenetrables. Mr Blanque
Lieutenant Colonel du Regiment
de Roüergue , qui commandoit
dernierement un de ſes Partis, a fait
merveilles à la teſte de deux cens
cinquante Hommes. Mr d'Artault
Capitaine des Grenadier , & Mr de
Montomer Capitaine de laMarine,
ſe ſont extrémement diftinguez; ils
ont fait quantité de Priſonniers ,défait
toutes les Gardes avancées des
Ennemis , & par là ruiné tous leurs
deſſeins . Partis de Maſtric continuënt
de leur coſtéà faire des prifes
; & Mr de Clainviliers qui commandoit
un Party de la Garniſon
d'Ath, a défait trois cens Hommes
qui vouloient entrer dans Mons.
Les Ennemis employoient tous
leurs foins à faire fortifier N. Damede
Hal ; pluſieurs Perſonnes y
travailloient ; mais quoy que cette
Place quin'eſt pas éloignée de
Bruxelles , leur foit de la derniere
importance , le ſeul bruit de
la
GALANT.
143
amarche de Mt le Mareſchal de
Humieres , les a obligez de ſe reticer
avec autant de précipitation
qu'ils montroientd'ardeur à ſe mettre
en état de nous refifter. Pendant
qu'ils abandonnent leurs Fortificarions
, nous en faiſons de nouvelles
à Fribourg , Scheleftat , & S. Guilain.
Il n'appartient qu'à la France
defaire tantde choſes àlafois ,& de
triompher de tant de Puiſſances
Souveraines. Elle fonge à tout , elle
prévoit à tout , & ilſuffit qu'elle
entreprenne pour pouvoir ſe répondredu
ſuccés. Monfieur le Mareſchal.
Ducde la Feüillade eft party
pour Toulon. Il s'y doit embarquer
, &pafferde là àMeſſine. Ila
mené avec luy Mr le Chevalier de
Luzancy , & Mrs deCandau , deS.
Remy , & de Menevillette , Ofciers
auxGardes .Comme il ſe connoiſt
en Braves , il n'a choiſy que
des Gens capables de le ſeconder.
Jeviensd'apprendre preſentement
:
1 que
144
MERCURE
que Me le Marquis de Bouflairs a
remporté de grauds avantages du
coſté de la Suabe; mais n'eſtant pas
encor inftruitdes particularitez,je
les reſerve pour le Mois prochain.
Tous nous Braves ne meurent pas
à l'Armée , & c'eſt aſſez d'y braver
lamort, pour ne l'y pas rencontrer.
M Macline Lieutenant deRoyde
Maſtric,&ColonelduRegimentde
Piémont, apres trente deux années
deſervices ,pendant leſquelles il a
eſſuyé toute forte de périls,a finyſes
jours dans ſon Lit,& eſt mort com.
meil a veſcu . Mª Betou qui avoit la
Lieutenancede Roy de Charleroy,
a eu celle de Maſtric ; & on a donné
le Regiment de Piémont à M
Voiſin Capitaine aux Gardes , Fre.
redeM Voiſin Avocat General du
GrandConfeil&Oncle de Mr Voi
fin Conſeiller d'Etat. Me de Caillavel
a eſté fait Ayde Major des
Gardes en la place de feu Mr de Pierrebaffe
; & Mr le Cherde Romefny
GALANT.
145
ny a obtenu la Lieutenance aux
Gardes de Mt de Cigonne.C'eſt par
ces récompenſes que leRoya voulu
faire connoiſtre qu'il ſe ſouvenoit
des ſervices qu'ils luy avoient
rendus en pluſieurs Campagnes , où
ils ont donné des marques de leur
valeur , & principalement auSiege
de S. Guilain. Mª d'Argonysa eu
la LieutenanceColonelle du Pleflis.
J'ayoubliéjuſqu'à aujourd'huy
à vous dire que lors que Mrs de
Rubantel & de Tracy furent faits
Mareſchaux de Camp , Mr le Maquis
de la Frezeliere Lieutenant
General de l'Artillerie , fut auſſi
nommépar Sa Majesté pour le mefmé
employ. J'ay ſi ſouvent parlé
de luy , & des choſes ſurprenantes
qu'ila faites , qu'il n'y apoint d'Officier
qui vous doive eſtre moins
inconnu. Mr de la Plegniere -He-
-bert eſt party depuis peu de jours
pour aller prendre poffeffion du
- Gouvernement de la Citadelle
d'Ar-
Janvier. G
t
:
:
146
MERCURE
d'Arras que le Roy luy a donné. Il
cſt Brigadierdes Armées de Sa Majefté
, & Lieutenant Colonel du
Regiment de Piémont. Il commandoit
à Tongres dans la premiere
Année de cette Guerre ; & la mani
ere dont il s'eſt ſignalé à la défenſe
de Maſtric , & particulierement àla
repriſe du Baſtion Dauphin , a fort
augmenté la gloire qu'ils s'eftoit
déja acquiſe en pluſieurs autres oc
caſions , depuis plus de vingt- cing
années de ſervice.
Je vous ay déja fait ſçavoir , Madame,
ſur cequi regarde Monfieur
le Tellier, que ſes LettresdeChancelier
avoient eſté enregiſtrées , &
j'ay à vous entretenir aujourd'huy
de la publication de ces meſmes
Lettres qui fut faite il y a troisjours.
Mª Pajot , un des plus celebres Avocats
du Parlement , parla fur cette
matiere avecun applaudiſſement
univerſel. Il dit que c'eſtoit parti-
*culierement dans la mauvaiſe fortune
GALANT. 147
tune que le Sage ſe faiſoit connoiſtre;
mais que Monfieur le Tellier
avoit toûjours paru tel &dans les
profperitez & dans les adverſitez,
&qu'il n'avoit pas moins remplyles
devoirs deMagiſtrat & d'Homme
d'Etat , qu'il avoit glorieuſement
fatisfaità ceuxdePere parl'éducation
de ſes Enfans. Il tombadelà
fur l'Eloge de Monfieur de Louvoys
, & fit voir qu'il executoit les
Ordres du Roy avec un zele fi
prompt&une activité ſi poinctuelle,
que les chofes ſe trouvoientprefque
toûjours faites dans le meſme
temps qu'elles avoient eſté réſolues.
Il n'oublia rien de ce qui
de peut dire fur l'ardeur infatiga.
blede ce Miniſtre , & ajoûta que
fi Monfieur le Tellier avoit donné
unFils à l'Etat dont les grands fervices
contribuoient tant à ſagloire,
il en avoitdonné un autre à l'Egliſe
dont elle ne tiroit pas un moindre
avantage. Il auroit pouffé cette loü-
G2 ange
:
148
MERCURE
!
ange plus loin , ſans la préſen -
cede Monfieur l'Archeveſque de
Rheims qui l'écoutoit , & dont il
dit qui il craignoit de faire foufrir
la modeſtie. l'Indiſpoſition de M
Talon Premier Avocat General,
fut cauſe qu'il ne parla point , & ce
qu'il doit dire là deſſus eſt remis.
Vous ne ferez point fachée ſansdouted'entendre
aujourd'huy parler
la Juſtice au lieu de luy. Oyez
ce que Madame de Villedieu luy
fait dire. Tant d'Ouvrages que
nous avons d'elle , écrits avec autant
de délicateſſe que de netteté
, vous donnent une affez forte
aſſurance qu'il ne peut rien partir
d'elle , qui ne ſoit fort digne d'eſtre
écouté .
EXGALANT.
149
EXCLAMATION
de la Juſtice ſur le choix que
le Roy a fait de Mr le Tellierpour
eſtre Chancelier de
France.
Enfin, grand Jupiter voicy lejourbeureux,
Oùdepuisfi longtemps, aſpiroient tous mes
Voeux.
Fe voy l'ordre Eternel qui gouverne la
France,
Remplirpour ce cher lieu ma plus douce eſperance,
Ettamain conduisant le plus grand deses
Rois,
LeSage LETELLIER administrer mes
Loix.
Déja quand par les ſoins quetu prensde
LaTerre,
Tu fis nommer fons Fils Ministre de la
Guerre,
Je crûs que pour m'offrir un Empirenoubeau,
Tullus Hoftilius fortoit de ſon Tombeau.
Le droit detout ofer, la licence impunie,
:
:
G3 Qui
150
MERCURE
Qui d'entre les Guerriers ſembloit m'avoir
bannie ,
Aufeulnom de Loüis, prononcépar Lou
voy,
Comme Ennemis vaincus s'enfuirent de-
Vant moy ;
Fe-visſous l' Etendart la plus fiere jeuneſſe
Soumettre ſes ardeurs aux Loix de la Sageffe;
Les Pavillons du Prince & de fon General,
Neseplanter au Camp qu'apres monTribunal;
Mais que ne vois-je pointdans ce jour ſalu.
taire ?
Fe voy la Loy Civile , & la Loy Militaire.
Ranger ſous mesme eſprit ces deux divers
Eftats,
Et le Pere & le Fils devenir mes deuxbras.
Tume les asdonnez, ô Prince incomparable,
Monarque, qui des Dieux es l'organe adorable.
Tu joins cejuſte choix à tant dechoix divers,
Qui s'ont déja rendu l'honneur de l'Univers.
Qu'àjamais fur tes choix les lumieresdivines
Prennent duſein des Dienx ainſi leurs origines
;
Paix,
Qu'àjamais tes projets & de Guerre & de
PuisERCURE
GALANT .
151
FerriersJonas Puiſſent ainfiremplir mes plus ardens ſouhaits,
15 ,prononcé pail Et puiſſe par ses Voeuxla France fortunée,
Obtenir fi long- temps ta mesme destinée,
ncus s'enfuites Que pour un Siecleentier la preferant aux
Cienx,
La plus fiere in Fe fuive de Loüis tous les pasglorieux,
ux Loix del
J'ajoûte àces Vers un Anagramdefon
Gur me qui a eſté fait pour Mademoi-
'apresm™ felle. L'Anagramme, comme vous
ſcavez, eſt une Villede l'Empirede
ascejour la Poefie , &la Cartequevous en
Loy Mili avez veue vous a fait connoiſtre
sdeux dans quelle Province elle eſt ſituée.
res deux ANAGRAMME соmра
ganea
Sur le Nom de S. A. R.
boixdi MADEMOISELLE.
PUN MARIE- LOUYSE D'ORLEANS,
ieres LIEN DE ROYALES AMOURS,
deuss Merveilleusſe Princeſſe , aimable &
fortunée,
yeb Vous estes l'ornemët le plus beau de nos jours,
Pour Seavoir le bonheur de vostre destinée,
Pu
Ne
152
MERCURE
Ne confultons jamais les Aſtres , ny leur
Colurs.
On voitdans vosbeauxyeux pour qui vou
estesnée,
On litdans vostre Nom voſtre heureuxHymenée,
Puis que Lettre pour Lettre ony verra
toûjours
LIEN DE ROYALES AMOURS.
J'en croirois plutoſt cet Anagramme
, quipromet une Couronne
à une Princefle quiest née pour
laporter,que toutes les Prédictions
de l'Almanach de Milan, quoy qu'il
ſemble que tout ce qu'il a prédit
depuis trois ans ſoit arrivé , & qu'il
ait acquis tant de crédit , qu'il eſt
devenu à lamode pour les plus belles
Ruelles où tout lemonde le lit
comme un Livre de galanterie.
Celuyde cette Année fait voir qu'-
entre pluſieurs grands évenemens,
ledernier avoit marqué le Mariage
duPrince d'Orange. Si un Epitalame
Latin pouvoit entrer dans mes
Lettres, que preſque toutes lesDames
GALANT.
153
COUTS.
Ip MERCURE
meslifentapres vous, je vous envo-
Nicconfondantsjamaisas Aid, "yerois celuy queMe de Zuylichem Onvoitdansvosbeauxyeux paryi a faitfurceMariage. Onm'en fait
efperer une Traduction Françoiſe,
On litdansvostreNom votre beuren& vous ferez aſſurément une des
eftesnée,
menée,
LeRoy
premiersqui la verrez. Je croy que
is que Lettrepour Lettre on ) 'je puis loüer l'Autheur de ce bel
toûjours
ne fait point la
EN DE ROYALES AMO Ouvrage.
guerre à l'Eſprit , & il a ſouvent
n croirois plutoft cet donnépenſionàdesEtrangerspour
e, quiprometune Courécompenfer desTalens extraordi
Princefle qui eft née naires. Celuydont jevousparleeſt
uetoutesles Prédicrres-âgé. C'eſt ce fameux Mr de
ch deMilan, quoy Zuylichem, à qui feu Mr de Balzac
tout ce qu'il aplatant adreſlédeLettres. Il eſt Pere
asfoitarrivé , & de Mr Huguens , dont la réputade
crédit, qution eft fi bien établie en France,
depourlesplus & qu'on tient avoir eſté PInvenout
lemandelteurde la Pendule.
e de galante Ce mot de Mariage me fait ranée
fait voirepelereeluyde Monfieur leMarquis
Is évenem de Livry , qui épouſa Mademoiselle
éle Mar de S.Aignan au commencementde
unEpis cette Année. Il eſt d'une ancienne
er dans Nobleffe,qui fe connoit & par un sles
H Car154
MERCURE
P
fo
ne
Cardinal de ſa Maiſon ,& par les
Charges confidérables queſes Prédeceſſeurs
ont toûjours euës à la
Cour. Mr Sanguin ſon Pere eft
Premier Maiſtre-d'Hoſtel du Roy;
&l'eſtime particuliere dont Sa Majeſté
l'honore , retombe ſur Mule
Marquis de Livry , qui eſt Maiſtre
de Campd'un Regiment de Cava
lerie , & qui s'eſt ſignalé dans la R
Guerre en diférentes occafions. I
a de quoy plaire par ſa Perſonne, &
onnepeut fairedes galanteries aufi
àpropos qu'il en a fait pourMade
moiſelle de S. Aignan depuis fon
Mariage arreſté, ſans eſtre naturellement
libéral , & avoir autantd'eſprit
que d'amour. Madame la Marquiſe
de Livry ſa Femme eſt belle,
bienfaite,civile,obligeante, a de l'efprit
, beaucoup de vertu , & une
grandedouceur , quoy que meflée
d'une fierté neceſſaire àcellesdefon
rang , qui fait connoiſtre en meſme
temps cequ'elleeft,&qu'elle n'ignorepas
MERCURE
GALANT .
155
de laMailin, at repace qu'on doit à ſa naiffance.L'-
fidérablesquels affluence des Perſonnes de la plus
attoujours eues hautequalité qui funt venuës com-
Inguin fon Pot plimenter Monfieur le Duc de
e-d'Hoteldus S. Aignan fur ce Mariage , eſt une
culieredont marque de la veritable eſtime où
retombe fur fon merite Pa mis par tout. Elle eft
ry, quielt fi genérale , que comme il a l'hon-
Legiment de neur d'appartenir de fort pres aux
ffignalé deReynes de Portugal &dePologne,
res occafion& à Madame Royale de Savoye,
faPerfonsleurs Réſidens ont prévenu d'aalanteriesbord
leurs intentions par des civi-
Lit pourMitez qu'ils n'ont point douté qu'il
man depune leur duſt eſtre ordonné de faire.
eftre nat La Nopce ſe fit à l'Hoſtel de S. Aibirautasgnan
avec une magnificence à la
damela quelle il ne ſe peut rien ajoûter. Il
mechay eut plusieurs Tables feuer
nte, ad propreté égalalaprofuſion &ladéli
u, &cateſſedes Mets;& fi le gouſt fut flalem
té, les oreilles nelefurent pas moins
desde par une fort agreable Muſique. Il
me ne faut pas s'étonner de la ſomptuofité
de cette Feſte. Monfieur le Duc
H2 de
156
MERCURE
de S. Aignan fait ſi bien les choſes,
quetout n'ypouvoit qu'eſtre & magnifique&
bien ordonné.
Je vous envoye ce qui s'eft im.
priméde nouveau pendant.ce Mois,
c'eſt àdire la troiſiéme Partie de
l'Heroine Mousquetaire , que vous
trouverez écrite avec le meſme agrément
que les deux premieres,
&la ſeconde Partie des Sevarambes.
Ce ſont des Peuples que l'Autheur
⚫nous peint affez raiſonnables dans
leurs manieres , pour faire naiſtre
l'envie de les aller connoiſtre de
pres , ſi c'eſtoit un Voyage aiſé. Il
diverſifie ce qu'il nous dit de leurs
moeurs , d'Histoires du Païs fortdivertiſſantes
, & vous ne regreterez
point le temps que vous donnerezà
cette lecture .
Pour ce qui regarde le Theatre,
la Troupe de Guenegaud a joüéla
Dame Medecin de Mr de Montfleury
; & celle de l'Hoſtel de Bourgogne
, le Comte d'Effex , que je vous
manGALANT.
157
manday la derniere fois qu'elle promettoit.
Jenem'eſtois point trompé
, vous diſant qu'il n'y avoit rien
de plus touchant que cette Piece .
Elle a déja couſté bien des larmes à
de beaux yeux , & c'eſt une affez
forte marque de ſon ſuccés. Ce
n'eſt pas qu'elle n'ait euladeſtinée
de tous les Ouvrages qui ont le mi.
eux réüſſy. Onlescritiqued'abord,
& ceuxqui mettent le belEſprit à
n'approuver jamais rien , ou qui
veulentquetout ce que leurs Amis
n'ontpas fait ſoit àrejetter,nemanquent
pas de paſſer Arreſt de con.
damnation le premierjour. On en
a uſé de la meſme forte à l'égard du
Comte d'Eſſex. Une douzainede
Vers qu'on a prétendu eſtre négli.
gez , a fait dire aux uns & aux autres
, qu'il ſeroit encor plus promptementcondamné
en France,qu'il
ne l'avoit eſté autrefois en Angleterre.
Onl'apublié, on l'a écrit en
Province. Cependant les grandes
H 3 Affem-
1
158 MERCURE
Aſſemblées y continuent , & il n'y
a pas d'apparence qu'on les voyeſi
toſt ceffer. Leurs Alteſſes Royales,
Monfieur & Madame , ont honoré
laRepréſentationde cette Piece de
leur préſence ; &apres les loianges
publiques qu'ils luy ont données,
onpeut dire qu'elle n'a beſoind'aucun
éloge. Lagloire en eſt d'autant
plus grande pour Mr de Corneille
lejeune , que ne prévenant jamais
les fuffrages ny pardes lectures ny
pardes brigues, il peut s'aſſurer que
ce qui réüiffit de luy merite toûjours
de réüſſir. Il eſt vray quecet
Ouvrage eſt admirablement foûtenu
dans laTroupe qui le repreſente.
On ſçait que Mllede Chammeflé
n'a jamais de Rôle touchant qu'
ellen'y charme,&celuy du Comte
d'Eſſex eſt joüé d'une maniere qui
luygagnetous ſes Auditeurs.
Cette meſme Troupe nous promet
un Tragédie intitulée Lyncée,
& une Comédie en trois Actes
fous
GALANT.
159
Tous le nom des Nouvelliſtes. Cette
Tragédie eſtde Mr Abeille. On en
parle fort avantageuſement , & je
ne manqueray point à vous en faire
fçavoir le ſuccés. Les Nouvelliſtes
font de l'Autheur de Criſpin Musi
cien , qui n'a pas moins diverty la
Cour que le Peuple, &dont les
Repréſentations ont eu cet Hyver
autant de fuccés que ſi laPiece
euſt encoreulagracedelanou,
veauté.
On parle du Depart du Roy
pourun des premiers jours del'autre
Mois . Sa Majesté n'a point fait
de Lieutenans Generaux. Elle a
ſeulement nommé Monfieur leDuc
de Vendoſme , Mr le Marquis de
ReveldeBroglio ,& Mrs de Gournay
& de Cayac , pour ſervir de
Mareſchauxde Camp. Mes Lettres
vous ontſouvent parlé de Monfieur
le Duc de Vendoſme ,& vous n'ignorez
pas ce que l'ardeur de la
gloire peut fur lay,puis qu'iln'aja
H 4
mais
160 MERCURE
mais conſideré le péril quand il a
trouvé occafionde ſe ſignaler.
Ceux qui ferviront de Brigadiers
deGendarmerie , deCavalerie,
& de Dragons cette Campagne,
font.
Mª de Bruſac.
Mr de Buſca
Mª de S. Eſtéve..
Mr de la Serre.
Mr de Neuchelle Lieutenant
desGardes du Corps.
Mr le Marquis de Cepeville Capitaine-
Lieutenant des Chevaux-
Legers delaReyne.
Mr de laRoque.
Mr le Chevalierde Clainvilliers,
ColoneldeCavalerie.
Mr le Marquis deTeffé , ColoneldeDragons.
Mr Mathieu a auſſi eſté nommé
pour eſtre Brigadierd'Infanterie.
Lechoix que Sa Majesté a faitde
tous ces Braves, eſt une marque de
la connoiſſance qu'il ade leur valeur;
GALANT. 161
leur;&comme ils ne manqueront
pas d'occaſions à la faire paroiſtre
pendant laCampagne ,j'auray fouvent
àvous parler d'eux.
Leur depart diminuëra fort les
Aſſemblées qui ſe font ordinairementdans
cetteSaiſon. Ily en cut
une fort grande ces derniersjours
chez Monfieur l'Eveſque de Straf.
bourg,quidonnaBal, Colation&
Mufique.
J'avois une Hiſtoire fort agreable
à vous conter. De Bergers &
desBergeres galantes y ont part;
mais ma Lettre eſtdeja fi longue,
&je ſuis tellement preffédu temps,
quevous ne l'aurez que dans celle
du Mois de Fevrier. J'ajoûteray
ſeulement icy , afin que vous ne
vous plaigniez pas de moy , une
petite Fable dont vous aimerez la
moralité. Elle eſt de celuy qui a
fait le Conte de Demofthenc.
1.
Η
LA
162 MERCURE.
LA PIE & LE PINCON.
FABLE .
Njour laPie S
S'entretenoient ensemble, & vantoient
leur efpece.
こ
Qui ne sçait de quelle façon
- LaPieà caqueter s'empreſſe?
Son interest encor se venant làlà meſſer,
Vousjugez bien qu'elleparlaſans ceſſe
Carplus que tout l'interestfait parler.
Quede fauſſes raiſonsfontparellecitées,
Etd'untourdifférent vainement repetées!
Un tel discours pourroit ennuyer le Lecteur ,
Etmesmefatiguer l' Autheur
Quidoitn'étalerdela chose
Quelefort. Le voicy. Perſonne preſquenofe
Dit laPie , attenter ſur noftre liberté;
Dans les Bois , &parmy lespleines
Nous sommes fort enſeûreté.
Tandis que les Cages ſontpleines
DePinçons, ſe plaignant de leur captivité,
Contre vous l'Oiseleur exerceſon adreſſe;
Mais ilrespecte nostre espece.
LePinçon laſſé d'écouter,
Répondit de cette maniere.
2
De
GALANT. 163
De ce paisible état neſoyez point ſifiere,
Etn'allezplus vous en vanter.
Ignorez vous ? voſtre peude merite
Fait qu'aucunn'attente ſurvous,
Quandnoſtredouce voix invite
Atendredes rets contre nous.
Belles, quandpar chagrin une Prude ſans
charmes
Viendra vous inſulter, &direfansraiſon
Qu'on la voit àcouvert de cestendres alarmes
Dont nos coeurs qu'onattaqueontſouventà
foison;
Si vous avezdefſſein de la confondre,
Ilne vous faut que luy répondre
Preſque de lamesme façon
Qu'àla Caufeuseafait nostre Pinçon.
Jefuis , &c.
AParis ce31.Janvier 1678.
:
TA
1
TABLE
L des
Matieres principales contenues en
ce Volume.
AVant propostouchant toutes les
Nouvelles
renfermées dans les dix Volumes du Mercurede
l'année 1677 . Page1
Noms dequelques Braves qui avoient estéou
bliez , p. 9. & lesſuivantes
Discours de l' Année 1677. àl'Année 1678.
11
Sonnetde M. de la Monnoye au Roy,
Rondeau pourMonseigneur leDauphin,
14
15
Cequi s'est passé le premierFour de l'Annéeà
laCour, 16
Divertiſſement que la Cour a pris cet Hyver,
18
M. de Bartillac rentre dans l'exercice de la
Charge de Gardedu TreforRoyal, 19
Discoursſurlanaturedes Obeliſques, 20
Figuredel'Obelifque d'Arles, ibid.
Inscriptions Françoises fuites par Meſſieurs de
l'Academie d' Arles, 26
LaVertu malheureuſe, Hiſtoire,
29
La veritablePrairie à lafauſſe PrairiesaRivale,
50
MadrigalpourMademoiselle de Vauvineuf, 52
Madrigal pour Madame de Villeregy,
53
LeRoydonne audiance aux Deputez desEtats
d' Artois, ibid.
Raisons pourquoy l'on dit Villes Forestieres
ForeftNoire, 57
MariaTABLE.
Mariage de M. le Comte de Tallard &deMadem.
de la Tivoliere, 59
Mariage du Lys & de la Rose, 60
Mort de M de S.Andre Treſorier generalde la
Marine, 61
Chaſſes de S.Germain,
ibid
Sonnet du Solitaire de S. Maixant en Poitou.
62
Etabliſſement d'unenouvelle Académie Royaleprochele
Palais d'Orleans, 63
Nouvel Inſtrument appellé l'Apollon, inventé
parM Prompt, 65
Paroles de M. deValnay pourMonfieigneurle
Dauphin , mises en Airpar M.lePeintre
66
RondeaupourleRoy, deM. Petit, 68
Plaisante Repartie d'un Bourgeois de laHaye,
69
LeRoy honore M. le Camus du Clos de l'Intendancede
Pignerol, 70
L'Indiférence à Iris , 73
Carte & Description de l'Empire dela Poësie,
77
Rondeaux, 90
LeRoy donne denouvelles Lettres Patentesà
Melfieurs de l' Académie d'Arles pour l'augmentation
de dix Gentilshommes dans leurs
93 Corps
Noms des Académiciens , & leur merite, 96
Meſſieurs d' Arles donnent unApartement dans
leurHoſtel deVille à M. de l'Académie, 103
Sujet & Pensées de la Harangue de M. de Roubin
à M. le Chancelier, 104
Sonnet
TABLE.
тоб Sonnetdumesme àM le Chancelier,
Nouvel Etabliſſement d'une Académie de
Beaux Elprits à Coutance,
107
Galanterie envoyée aMadame la Comteffe at
Montrevel, 111
Le Roy honore Mile Marquis de Feuquieres d'u
ne Place de Conſeiller d'Etat d'épée , comm
il avoit fait M. le Duc de Vitry. Plusieurs
particularitez fur cesujet,
Maison de Valbelle,
Air noté,
Air de M. de la Tour,
Second Airnoté,
115
117
120
122
123
Diverſes Explicationsde l'Enigme duMoispas.
fé, 125
Rondeaufur l' Enigmedu diximiéme Volume du
Mercure,
126
Explication de la mesme Enigme,
127
Enigme, 129
Autre Enigme,
131
Enigme en Figure, ibid.
LeRoy donnel'Al l'Abbaye du Mont S. Quentin
à M. Courtin,
134
Sa Majesté nommeàl'Abbaye de Marcheroux
le Pere Charreton de la Terriere,
ibid.
L'Abbaye de Charronne eſt donnée à MadamelaMaistre
AbbeſſedeGrandchamp, 135
Mort du Duc dela Force,
136
Mort de Madame de Sablé,
137
Mort deMadame la Ducheffe de la Vieuville,
140
MortdeMadame la Comteſſede Drubec, ibid.
Articles deGuerre,
141
DeTABLE.
epart de M. le Duc de la Feüillade, 143
nverses Charges données par Sa Majesté, 144
e qui s'eſt paſſsé à lapublication des Lettres de
M. le Chancelier,
1
146
ers de Madame de Villedieu , 149
Inagrammeſur leNom de Mademoiselle, 151
A. de Zuylichem & M. Huguens, 153
Mariage deMademoiselle de S. Aignan avec M.
leMarquis de Livry, ibid.
Livres nouveaux, 156
Divertiſſemens donnez & promis au Public,
ibid.
Noms des nouveaux Officiers Generaux, 160
Bal shez M. l'Evesque de Strasbourg, 161
La Pie&le Pincon, Fable. 163
Fin de laTable .
7
TRAITTE,
De la
PAIX ,
Fait , conclu , & arreſté a Nymegen,
le 10 du mois d' Aoust 1678.
ENTRE
LesAmbaſſadeurs & Plenipotentiaires
deſa Majefté tres- Chreſtienned'une,
& les Ambaſſadeurs & Plenipotentiaires
des Seigneurs Eſtats Generaux
de Provinces Unies du Pays-Bas de
l'autre part .
1
L'AN 1678 .
۱۰
44
4
(3)
A
UnomdeDieu le Createur , a toute
preſent& a venir. Soit notoire, Comme
pendant le cours de laGuerre qui
s'eſt meüe depuis quelques Années entre le
Tres-haut , Tres- Excellent & Tres- Puiffant
Prince LOUIS quatorze , par laGracede
Dieu Roy Tres-Chreftien de France & de
Navarre,& les Seigneurs Eftats Generauxdes
Provinces Unies. Sa Majefté auroit toufiours
conſervé un ſincere defir de rendre auxdits
Seigneurs Eftats ſa premiereamitié,&Eux
tous les ſentiments de reſpect pour ſaaMajeſté,
& de reconnoiffance pour les obliga
tions& les avantages confiderables , qu'ils
ont reçeu d'elle & des Roys ſes Predecefſeurs.
Il eſt enfin arrivéque ces bonnes dif
poſitions ſecondées des puiſſants offices de
Tres-Haut , Tres-Excellent & Tres- Puiſſant
Prince le Roy de la Grand' Bretagne , qui
durant ces temps faſcheux , quand preſque
toute la Chreſtienté , s'eſt trouvée en armes,
n'a ceſſé de contribuer par ſes Confeils &
bons advertiſſements au ſalut& au repos public
, auroient porté Sa MajestéTres-Chre
ſtienne,& leſdits Seigneurs EstatsGeneraux,
Comme auffi tous les autres Princes& Po
tentats qui ſe ſont intereſſez dans cetteGuerre,
a conſentir que la Ville de Nimegue fut
choiſie pour y traitter de Paix. Et pour y
parvenir SaMajestéTres-Chreftienne auroit
nommé pour les Ambaſſadeurs Extraordinaires
& Plenipotentiaires le Sieur Comte
d'Estrades , Mareſchal de France &Cheva-
A 2 lier
(4).
}
lierde fesOrdres; le Sieur Colbert,Chevalier,
Marquis de Croiſly , Conſeiller ordinaire de
fon Confeil d'Estat , & le Sieur de Meſmes,
Chevalier Comte d'Avaux, auffi Confeiler en
lesConſeils; Et leſdits Seigneurs EftatsGe
neraux, le Sieur Hierofme de Beverningk ,
Seigneur de Teylingen , Curateur de l'Univerfiie
a Leyden, cydevant Conſeiller& Tre
forierGeneral des Provinces Unies , le Sieur
Guilliaume de Naſſau , Seigneur d'Odijck ,
Cortgene , &c . Premier Noble ,& reprefen.
tant la Nobleffe dans les Eftats , & au Confeil
deZelande ,& le Sieur Guillaume d'Haren,
Grietmandu Bildt, Deputez en leurs Affembléesde
la partdes Estats d'Hollande , Zelan
de, &c. lefqucls Ambaſſadeurs Extraordinai .
res& Plenipotentiaires deüement inftruits
desbonnes intentions de leurs Maiftres ſe ſe.
roient rendus en ladite Ville de Nimegue,
apres une reciproque communication des
pleins pouvoirs, dont a la fin de ce Traittéles
Copies font inferées de mot a mot; feroient
convenus des Conditions de Paix & d'Amitié
en lateneurqui enſuit .
ou
1. Il y aura a l'avenir entre Sa Maj. Tres-
Chreftienne &fes Succeſſeurs Rois de France&
de Navarre ,& ſes Royaumesd'unepart,
&les St. Eftats Generaux des ProvincesU.
niesduPays-bas d'autre, une Paix,bonne,ferme,
fidelle& inviolable , & ceſſeront enfuitte
&feront delaiſſez tous actes d'hoſtilité de
quelque façon qu'ils ſoient entre ledit Sr. Roi
&lefdits Sr. Ettats Generaux, tant parMer&
SA
au(
۲)
autres eaux , que par Terre , en tous leurs
Royaumes , Pays , Terres , Provinces & Seigneuries,&
pour tous leurs Sujets& Habitans
de quelle qualité ou condition qu'ilstoient ,
fans exception des Lieux ou des Perſonnes.
II, El fi quelques priſes ſe font de part ou
d'autre, dans la Mer Baltique ou celle duNort
depuis Ter-Neuſe ,juſqu'au bout de la manche
dans l'eſpace de quatre ſemaines , ou du
bout de ladite man hejuſqu'auCap de S.Vincent
dans l'eſpace de ſix ſemaines,& de ladang
Ja Mer Mediterranée&juſqu'alaLignedans
l'efpace de dix ſemaines,&audeladela Ligne
& en tous les autres endroits du monde dans
l'eſpace de huict mois a compterdu jour que
ſe fera la publication de la Paix a Paris&
Haye , leſdites priſes ,& les dommages qui fe
feront de part ou d'autre,apres le terme prefix
feront portez en compte ,& tout ce qui aura
érépris ſera rendu avec compenſation de tous
lesdommages , qui en feront provenus.
L
III . Il y aura de plus entre ledit Seigneur
Rey, &lefdites Seigneurs Etats Generaux
& leurs fujets & habitants reciproquement,
une fincere , ferme & perpetuelle Amitié &
bonne correſpondance tantparMer que par
Terre , en tout&par tout , tant dedans que
dehors l'Europe , fans ſe reſſentir des offences
ou Dommages qu'ils ont receus tant par le
paffé qu'a l'occaſion deſdits Guerres
IV. Et en vertu de cette Amitié & cof
refpondance tant ſa Majesté que les Seigneurs
Eltats Generaux procureront & avanceront
A3 fideka
::
(6)
fidellement le bien & la profperité l'un de
P'autre par tout ſupport, aide, conſeil& affiſtances
reelles, en toutes occafions& en tous
temps ; &ne confentiront a l'aveniraucuns
Traittez ou Negotiations quipourroient aporterdu
dommage a l'un ou a l'autre , mais
les rompront & en donneront les avis reci
proquement avec ſoin & fincerité auſſi toſt
qu'ils en auront connoiffance.
V. Ceux fur leſquels quelques biens ont
eſté ſaiſis,&confiſquésal'occafionsde ladite
Guerre, leurs Heritiers ou ayants cauſe , de
qu'elle conditión ou Religion qu'ils puiffent
eftre jouirontd'iceux biens , & en prendront
la poffeffion de leur authorité privée & en
vertudu preſent Traitté, fans qu'il leur foit
beſoin d'avoir recours a la Juſtice , nonobſtant
toutes incorporations au Fiſc , engagements
; Dons en faits, fentences preparatoi.
res ou diffinitives donnéespar defaut&contumaceen
l'abſence des parties,&icelles non
ouies , Traittes , Accords , & transactions ,
quelques renonciations qui ayent eſté miſes
efdites transactions pour exclure de partie
defdits biens ceux a qui ils doivent appartenir,&
tous& chacuns biens & droits qui conformement
au preſent Traitté feront reftituez
, ou doivent eſtre reftituez reciproquement
aux premiers proprietaires leurs hoirs,
ouayants cauſe , pourront eftre vendus par
lefdits proprietaires ſans qu'il foit beſoin
d'impetrer pour ce confentement particulior.
Et en ſuitte lesproprietairesdes rentes
:
qui
(7)
デュ
quidela partdes Fiſcs ſeront conftituez en
lieudes biensvendus , Comme auffi des renres
& actions eſtants a la charge des Fiſcs
reſpectivement pouront diſpoſer de la proprieté
d'icelles par vente ou autremenat commedeleurs
autres propresbiens.
e
VI. Et comme le Marquiſat de Bergobzom
avectous les droits& revenus qui en
dependent , &generallement toutes les ter
Fes &Biens appartenants au Sieur Comte
d'Auvergne , Colonel General de la Cavalerie
Legere de France , & qui font ſous le
pouvoir defdits Seigneurs Eftats Generaux
des Provinces Unies , ont eſte ſaiſis & confiſquez
a l'occaſion de laGuerre , alaquelle
Jepreſent Traitté doit mettre une heureuſe
fin , il a eſté accordé que ledit Sieur Comte
d'Auvergne fera remis,dans la poſſfeſſiondu.
ditMarquiſat de Berg-obzom , ſes appartenances&
dependances, comme auffi dans ſes
Droits , Actions , Privileges, Uſances, &
rogatives dont il jouiſſoit lors de la declarationde
laGuerre.
Pre-
VII. Chacun demeurera ſaiſi & jouira
effectivementdes Païs , Villes & Places, Terres,
Ifles , & Seigneuries tant au dedans que
dehors; l'Europe, qu'il tient & poſſede a prefent
, fans eftre troublé ny inquieté directement
ny indirectementde quelque façon que
ce foit.
VIII. Mais Sa Majesté tres-Chreſtienne
voulant rendre aux Seigneurs Estats Generaux
fa premiere Amitie, & leur en donner
A4 une
(8)
une preuve, particuliere dans cette occafion
les remettra immediatement apres l'eſchange
des Ratifications dans la poffeffion
delaVille de Maestricht , avec le Comtéde
Vroon-hof , & les Compté& Païs de Fauquemont
, Daalhem , & Rolleduc , d'Outremeuze
, avec les Villages de Redemption ,
Bancqs de St. Gervais & tout ce qui depend
de ladite Ville .
IX. Leſdites Scigneurs Eſtats Generaux
Promettent que toutes choses qui concernent
l'exercice de la Religion Catholique
Romaine , & la jouiſſance des Biens de ceux
qui en font profeffion feront reftablies &
maintenues fans aucune exception dans laditeVille
deMaeſtricht & fes dependances , en
l'eftat & comme elles estoient reglées par la
capitulation de l'an 1632 , & que ceux qui
auront eſté pourveus de quelques biens Ecclefiaftiques,
Canonicats, Perfonats , Prevoftez
& autres benefices y demeureront eſtablis,
& en joiront fans aucune contradiction.
X. Sa Majefté rendant auxdits Seigneurs
EſtatsGeneraux la ville de Maeſtricht & Pays
endependants , en pourra faire retirer & emporter
toutte l'Artillerie , Poudres , Boulets,
Vivres & autres Munitions de Guerre , qui
s'y trouveront au temps de la remife ou re-
Aitutiond'icelle , & ceux qu'elle aura commis
a cet effect ſe ſerviront , fi bon leur femble
, pendant deux mois des Charois & Batteaux
du Pays , auront le paſſage libre tant
par eau que par Terre pour la retraitte def
dit.s
A
(9)
dits Munitions , & leur fera donné par les
uverneurs , Commandants , Officiers on
Magiſtrats de ladite Ville , touttes les facilitez
qui dependent d'eux pour la voiture&
conduitte deſdits Artillerie &Munitionss
Pourront auſſi les Officiers , Soldats , Gens
de Guerre , & autres qui fortiront de laditePlace
entirer & emporter , les Biens, Meubles
a eux appartenants , ſans qu'il leur foit
viſibled'exiger aucune choſe des Habitants
de ladite Ville de Maestricht & des environs,
ny endommager leurs maisons , ou empor
ter aucune choſe appartenant auxdits Habitans
.
XI. Tous Priſonniers de Guerre feront
delivrez d'unepart &d'autre fans diftinction
ou referve, & lans payer aucunerançon...
XII . La levée de Contributions demandé
par l'Intendant de la Ville deMaestricht
aux Pays qui y ſont ſoumis ſera continué
pour tout ce qui reſtera a eſchoir juſqu'a la
ratification du preſent Traitté, & les arrerages
, qui reſteront feront payez dans l'efpace
de trois mois apres le terme ſuſditdans
des termes convenables & moyennant caution
valable , & reſſeante dans uneVillede
lanomination de Sa Majefté.
XIII. Les Seigneurs EftatsGeneraux ont
promis & promettent non ſeulement deder
meurer dans une exacte neutralité ſans pouvoir
aſſiſter directement ny indirectement
les Ennemis de la France & de ſes Alliez
mais auffi de garantier toutes les obligations
Accueil er dang
(10)
dans lesquelles ,l'Eſpagne entre par le Trait
té qui interviendra entre leurs Majeſtez Tres
Chreftienne & Catholique , & principalleanent
celle par laquelle ledit SeigneurRoy
Catholiqueſeratenu de garde cette meſme
Neutralité.
- XII V. Si par inadvertence ou autrement
il furvendit quelque in obfervatien ou inconventent
au preſent Traitté de la part de
fadite Majesté ou deſdits Seigneurs Estats
Generaux& leurs Succeffeurs , cette Paix&
Alliance,ne laiſſora pasde ſubſiſter en toutte
Ia force , fans que pour cela on en vienne, a
larupturede l'amitié & de la bonne correfpondance:
Mais on reparera promptement
lefdites.contraventions , & fi elles procedent
de la faute de quelques particuliers Sujets ,
ilsenforontofeulspunis& chaftiez,
XV. Etpour mieux affurer a l'avenir le
Commerce &l'Amitié entre les Sujetsdudit
Seigneur Roy& ceux deſdits SeigneursEitats
Generaux des Provinces Unies des
Pays-Bas, Il a eſté accordé&convenu qu'arrivantcyapresquelque
interruptiond'Ami
sié,ou rapture entre la Couronnede France,
&leſdits Seigneurs Estats defdites Provinces
Unies( ce qu'a Dieu ne plaiſe ) il fera
zoufioursdonne fix mois detempsapresladiferupture
auxSujets de part&d'autre , pour
fe retireravec leurs effects & les tranſporter
ou bon leur ſemblera , ce qu'il leur ferapermis
de faire , Comme auffy de vendre ou
tranfporter leursBiens& Meubles entoute
liberté,
८
liberté , fans qu'on leurpuiſſe donner aue un
empofchement, by proceder pendant ledit
temps de fix mois a aucune faiſie de leurs
effets, moinsencor a l'arreſt de leurs Perfon-
1 mps..c
- XVI. Touchant lespretenfions& interefts
qui concernentMonfieur le Prince d'Orange
, dont il a eſté Traitté & convenuſe-
Parement par Acte , figné ce jourd'huy, le
dit eſcrit& tout le contenud'iceluy fortira
effect,&fera confirmé,accomplyet executé
felon ſaforme &teneur, nyplus by moins
queſitouslesditspointengeneral ouchacun
d'euxenparticulier eſtoient de mot a mot
inferez en ceprefent Traité.
XVII. Et comme Sa Majesté & les Sci-
-gneurs Eftats Generaux reconnoiffent le
puiſſantsoffices que leRoy de laGrand' Bretagneacontribuéinceſſammentpar
ſesConfeils&
bons advertiſlements au falut& au re
pospublic, il a efté convenu de part&d'autre
que fadite Majesté Brittannique avec ſesRoyaumes
, foit compriſe nommementdans le
preſentTraittédemeilleure forme que faire
fe peut.
XVIII. En cepreſent Traitté de Paix &
d'Alliance, feront compris de la part dudit
SeigneurRoyTres-Chreftien,leRoydeSucde,
leDucde Halſtein , l'Eveſque de Strasbourg
& le Prince Guillaume de Furfiemberg,
comme intereſſez dans la preſente
-Guerve: En outrederontcompris, frcompris
veulent eſtre, lePrince&laCouronnede
AG Portugal
(12)
Portugal, la Republique de Venise , leDue
deSavoye, les treiſe Cantonsdes Ligues Suif
fes& leurs Alliez , l'Electeur de Bavieres , le
Duc Jean Frederic de Brunſwijc , Hannover,&
tousRoys , Potentats, Princes& Eſtats
, Villes & Perſonnes particulieres a qui
-faMajefté Tres Chreftienne, fur la requifi-
-tionqu'ilsluyen feront , accordera de fa part
d'eſtre comprisdans ce Traitté. :
XIX. Et de la part des Seigneurs Eftats
Generaux le Roy d'Eſpagne , & tous leurs
autres Alliez qui dansletemps de fix femaines
a compter depuis l'eſcheance des Ratifications
ſedeclareront d'accepter la Paix com-
-me auffi les Treize Louables Cantonsdes Ligues
Suiffes & leurs Alliez & Confæderez,
la Ville d'Embden , & de plus tous Roys ,
Princes & Eftats , Villes & perſonnes particulieres
a qui les Seigneurs EstatsGeneraux,
furla requifition qui leur en fera faite,
accorderont de leur partd'y eſtre compris.
:
XX. Ledit Seigneur Roy & leſdits Seineurs
Eftats Generaux confentent que le
Roydela Grand' Bretagne commeMediateur&
tous autres Potentats &Princes , qui
voudront bien entrer enun pareil engagement
, puiſſent donner a Sa Majefté & aux
dits Seigneurs Eftats Gen.leurs promeffes
&obligations de garantie , de l'execution de
toutlecontenu au preſent Taitté.30 zarod
XXI. Le preſent Traité ſera ratifié&approuvépar
ledit SeigneurRoy &leſdits Scigneurs,
(13)
gneurs, EftatsGeneraux, & les lettres deRa
tification feront delivrées de l'un & l'autreen
bonne &deüe forme dans le termede fix Semaines
, oupluſtoſt ſi faire fe peut acompter
du jourde la fignature.
En foy de quoy nous Ambaſſadeurs ſuſdits
-defaMajesté & des Seigneurs Estats Generaux
en vertu de nos pouvoirs reſpectifs
avons eſdits nomsſignéces preſentesde nos
Seings ordinaires , &caicelles fait appofer les
Cachets de nos Armes. A Nimegue leDixjeme
jour du mois d'Aouſt mil fix.cens
foixante &dix huit.
Eſtoit figné,
4
(L. S. ) Le Mal. d'Estrades,-
(L. S. ) Colbert. -
e
( L.. S. ) De Mesmes.
( LS. ) Η. v. Beverningk.
( L. S. ) W. de Nassau.
(L. S. W. v. Haren.
Article Separé , touchantMonfieurte
Prince d'Orange.
Omme enſuitte de laGuerre quide-
Com
tre le Roy Tres Chretien , & les Seigneurs
Eftats Generaux des Provinces Unies
des Fays- Bas, Să Majesté a fait faifir
tous les Biens appartenants a Monfieur Ic
Princed'Orange, tant ladite Principauté que
Jes Seigneuries & Terres Scitués en France,
&en a donné les revenus au SieursComte
d'Auvergnequi en jouit encor preſentement
&que
:
(14) 2
St que par la graec de Dieu la Paix a eſté re
ftablie par la Traitté conclu ce jourd'huy ,
& qu'ain tous les Faſcheux effets de la
Guerre doivent ceſſer , Sa Majeflé a promis
audit Sieur Prince , & promet par cet Acte
ſeparé , qu'immediatement apres les ratifications
etchangées , Elle fera lever ladite
daifie ,& fera remettre ledit Sieur Prince
dans la poffeffion de la dite Principauté &
-des Terres qui luy appartiennent en Franace,
Franche Comté , Charolois , Flandres,
& autres Pays dependants de la Domination
de Sa Majeſté , & dans tous ſes Droits,
Actions , Privileges , Ufances & Prerogatives,
au mefme Estat , & en la meſime maniere
dont il en jouifioit avant qu'il en euſt
elté depoſledé a l'occaſion de la preſente
Guerre. Fait a Nimegue le dixieſme jour
du mois d'Aouſt mil fix cens ſoixante & dix
buit
e
Eftoit ſigné ,
(L. S.) Le Mal . d'Estrades
(L. S. ) Colbert.
(L. S. ) D. Mefmes.
L.S.)H. vanBeverningk
(LS.) W.de Naffan.
(L. S.W. vanHaren.
A
こ
C
2
TRAIT
(15)
TRAITTÉ,
De
Commerce, Navigation
&Marine.
L
LE
ر
E Traitté de Paix qui a eſté conclu ce
jourd'huyentre leRoy Tres- Chreftien
&les Seigneurs Estats Generaux des
Provinces Unies , faiſantceffertout les ſujets
demeſcontentement qui avoient alteré, pendant
quelque temps, l'affection que faMajeſté
a touliours eue pour leur bien &leur
profperité, ſuivant l'exemple des Roys fes
Predeceffeurs ; Et leſdirs Seigneur Estats
Generaux , rentrans auffi dans la mesme
paffion qu'ils ont cy-devantteſmoignée pour
laGrandeurde la France , & dans les ſentimens
d'une fincere reconnoiffance , pour
les obligations & les avantages confiderables
qu'ils en ont cy-devans receus ; Il y a lieu
decroire que cette bonne intelligence entre
fa Majesté &lefdits Seigneurs Eftats ne pourra
jamais eftre troublée ; mais comme ſa
Majeſté ne veut rien obmettre de ce qui la
peut affermir ; Et que leſdits Eſtars Generaux
ne ſouhaittans pas moins de la perpetuer,
ont eftimé qu'il n'y en avoit point de
meilleur&de plusaffeuré moyen,qued'eſta
blir
(16)
blir une libre & parfaite correſpondence entre
les ſujets de part & d'autre ; & pour ceft
effect regler leur intereſt particuliers au fait
deCommerce , Navigation & Marine , par
des loix & conventions les plus propres a
prevenir tous les inconveniens qui pourroient
affoiblir la bonne correfpondence,fadite
Majesté fatisfaiſant au defir deſdits Eftats
auroit ordonné le Sieur Comte d'Eſtrades ,
Mareſchal de France , & Chevallier de fes
Ordres; le Sieur Colbert, Marquis de Croiffy
, Confeiller ordinaire de fon Conſeild'Eftat;
& le Sieur de Meſmes Comte d'Avaux,
auffi Conſeiller en ſes Conſeils, ſes Ambaffadeurs
extraordinaires & Plenipotentiaires
al'aſſemblée de Nymegue ; & leſdits Seig
neurs Eftats Generaux , le Sieur Hierofme de
Beverningk , Seigneur de Teylingen , Curateur
de l'Univerſité à Leyden cy-devantConfeiller
& Threſorier General des Provinces
Unies ; le Sieur Guillaume de Nafſau , Seigneur
d'Odijk, Cortgene , &c. Premier Noble
& reprefentant l'Ordre de la Nobleſſe,
dans les Eftats & au Conſeil de Zelande ; &
le SieurGuillaume de Haren , Grietman du
Bild , Deputez en leur aſſemblée de la part
desEftatsdeHollande, Zelande & Frieſe; de
conferer & convenir en vertu de leurs Pouvoirs
reſpectivement produits , & dont Copieeftcydeffous
tranfcrite , d'un Traitté de
Commerce& Navigation en la manierequis
s'enfuit
1
I. Les ſujets de ſa Majesté& desSeigneurs
Eftats
(17)
EſtatsGeneraux des ProvincesUnies du Païs
bas , jouïront reciproquementde la meſme
liberté au fait du Commerce & de laNavigation
, dont ils ont jouyde tout temps devant
cette Guerre , par tous les Royaumes , Eftats
&Provinces de l'une & de l'autre.
٤٠
II. Et ainſi n'exerceront plus a l'avenir
aucunes fortes d'hoftilitez ny de violences
les uns contre les autres, tant ſur la Mer que
furla Terre , oudans lesRivieres , Rades &
eaux douces , fous quelque nom & pretexte
que ce foit ; & auſſi ne pourront les fujets de
faMMaj . prendre aucunes Commiffions pour
des armemensparticuliers ou LettresdeReprefiailles
des Princes & Eftats , Ennemis
deſdits Seigneurs EftatsGeneraux , & moins
les troubler ny endommager d'aucune forte,
envertu de telles Commiſſions ou Lettres
de Repreſſailles , ny meſme aller en courſe
avec elles , fous peine d'eſtre poursuivis , &
chaſtiez comme Pirates ; ce qui fera reciproquement
obſervé par les Sujets des Provin
cesUniesaal'l'eſgardder Sujets de ſaMajesté ;
& feront a cette fin touttes , & quantes fois,
que cela ſera requis de part & d'autre , dans
les Terres de l'obeiſſance de faditeMajesté,
& dans les Provinces Unies publiées & renouvellées
defenfes tres-expreſſes & trespreciſes
, de ſe ſervir enaucune maniere de
telles Commiſſions ou Lertres de Repref
failles fous lapeine ſus - mentionné qui fera
axecutée ſeverement contre les contrave
nans; outre la reſtitution entiere, auxquelles
ils
2.1
(18)
ils feronttenusenvers ceux ,auxquelsils au
rontcauſe aucun dommage.
III. Et pour obvier d'autant plus a tous
inconveniensqui pourroient ſurvenir par les
priſes faitespar inadvertence ou autrement,
&principalement dans les lieux efloignez il
aeſté convenu& accordé ; fi quelquel priſes
ſefontde part ou d'autre dans laMer Baltique
ou dans celle du Nord, depuis Terneufe
en Norvegue ,juſques au bout de laManthe
dans l'eſpace de quatre ſemaines ; Ou
duboutde ladite Manche , juſques auCap.
de St. Vincent ,dans l'eſpace de fix femaines;
&de la dans la Mer Mediterranée ,&
juſques ala Ligne dans l'eſpace de dixfemaines
;&au delade la Ligne & en tous les
autres endroits du Monde , dans l'efpace de
huict mois , Aconter depuis la Publication
de la preſente leſdittes : priſes & les dommagesqui
ſe feront depart ou d'autre , apresles
termes prefix , feront portez en conte , &
tout ce qui aura eſté pris ſera rendu , avec
compenfation de tous les dommages quien
ferontprovenus.
IV. Toutes Lettres de marqué,& de Repreſailles
qui pourroient avoir efté cydevant
accordées , pour quelque cauſe que ce ſoit
fontdeclarées nulles ; Et n'en pourra eftre
eyaprez données par l'un deſdirsAlhez, au
prejudice des Sujets de l'autre ; fi ce n'eft
feulement encas de Manifeſte defny deJuftice,
lequel ne pourra eſtre tenu pour verifić,
fi la Requeſte de celuy qui demande leidite:
s
(19)
tes Repreſſailles n'eſt communiquée auMi
niſtre qui ſe trouvera fur les Lieux de la part
de l'Estat , contre les Sujets duquel ellesdoivent
eſtredonnées,afin que dans le termedes
quatremois , ou pluſtoſt ,s'il ſe peut , il puiſſe
s'informer du contraire , ou procurer l'accompliſſement
de Juſtice qui ſera deu.
V. Ne pourront auſſi les particuliers Sujets
deſa Majesté eſtre mis en action ou arreſt en
leur Perſonnes&Biens , pour aucune choſe
que ſa Majeſté peut devoir, ny les particuliers
Sujets defdits Seigneurs Eftats Generaux
pour les debtespubliques deſdits Eſtats.
VI. Les Sujets & Habitans des Pays de
l'obeiſſancede ſa Majesté,&deſdits Seigneurs
Eftats Generaux verront , converferont , &
frequenteront les uns avec les autres,entoute
bonne Amitié &correſpondence; & jouïront
entre eux , de la libertédeCommerce & Na
vigation dans l'Europe , en toutes les limites
des Paysde l'un &de l'autre , de toutes for
tes deMarchandiſes & denrées dont le Com-,
merce , & le tranſport, n'eſt defendu generalement
& univerſellement , atous tant Sujets
qu'Eſtrangers par les Loix&Ordonnancesdes
Estats de l'un & de l'autre. 1
VII. Et pourcet effect , les ſujects de fa
Majesté & ceux deſdits Seigneurs EstatsGeneraux
pourront franchement , & librement
frequenteravec leurs Marchandiſes &Navires
, les Pays , Terres , Pilles , Ports , Places &
Rivieres del'un & de l'autre Eſtat , y porter
& vendre a touttes Perſonnes indiſtinctement;
(20)
ment ; Achetter , trafiquer & tranſporter
touttes fortes de Marchandiſes dont l'entrée
ou fortie ,& tranſport ne fera defendu a tous
ſujets de fa Majesté , & deſdits Seigneurs
Eftats Generaux , fans que cette liberté reciproque
puiſſe eftre defendue , limitée ou reſtraincte
, par aucun privilege , octroy , ou
aucune conceffion particuliere ; Et fans qu'il
foit permis a l'un ou a l'autre de conceder,
ou de faire a leurs ſujets des Immunitez , Benefices
, dons gratuits ou autres avantages
pardeffusceux de l'autre ou a leur prejudices
Et fans que leſdits fujets de part & d'autre
foient tenusde payer plus grands , ou autres
Droits , Charges , Gabelles ou Impoſitions.
quelconques fur leurs Perſonnes,Biens,Denrées
, Navires ou Frets d'iceux directement
ou indirectement , fous quelque noms , titre
ou pretexte que ſe puiſſe eſtre , que ceux qui
feront payez par les propres& naturels ſujets
del'un&de l'autre.
VIII.Les navires de guerre de l'un &!de l'autretrouveront
tousjours lesRades, Rivieres,
Ports &Havres , libres & ouverts , pourentrer
, fortir , &demeurer a l'ancre , tant qu'il
leur ſera neceſſaire ; fans pouvoir eſtre vifiteza
la charge ; neantmoins d'en ufer avec
difcretion,&de ne donner aucun ſujet dejaloufie
, par un trop long & affecté fejour , ny
autrement aux Gouverneurs deſdites Places
&Ports , auxquels les Capitaines deſditsNavires
feront ſcavoir la cauſe de leur arrivée,&
deleur ſejour.
IX. Les
(21)
IX. Les Navires de Guerre de ſa Majeſte,
- &defdits Seigneurs Estats Generaux, & ceux
de leurs fujects qui auront eſté armez en
Guerre pourront en toute liberté conduire
les priſes qu'ils auront faites , fur leurs Ennemis
, ou bon leur ſemblera , fans eſtre obligeza
aucuns Droits, foit des Sieurs Amiraux
ou de PAdmirauté , ou d'aucuns autres;
ſans qu'auſſi lefdits Navires , ou lefdites
priſes entrants dans les Havres , ou Ports
de ſa Majeſté ou deldits Seigneurs Eftats
Generaux puiſſent eftre arreftées ou faities ,
nyque les Officiers des Lieuxpuiffentprendre
connoiffance de la validité deídites prifes,
leſquelles pourront fortir , & eſtre conduites
franchement& en toute liberté , aux
lieux portez par les Commiſſions dont les
Capitaines deſdits Navires de Guerre , ſeront
obligez de faire apparoir ; Et au contraires
ne fera donné azile ny retraitte dans
leurs Ports ou Havres , a ceux qui auront
faitdes priſes ſur les ſujets de ſa Majesté ou
defdits Seigneurs Eftats Generaux ; mais y
eſtants entrez par neceſſité de tempeſte ou
perilde la Mer , on les fera fortir le pluſtoſt
que fera poſſible.
X. Les ſujets defdits Seigneurs Eſtats Ge
neraux , neferont poinct reputez Aubains en
France , & ainſi feront exempts de la loy
d'Aubaine,& pourront difpoferde leurs biens
parTestament , Donation ou autrement ; Et
leurs heritiers , ſujets deſdits Eſtats demeuants
tantenFrance qu'ailleurs,recuillir leurs
fuc
1
(22)
ſucceſſions meſmes ab inteftato ; encore qu'ils
n'ayant obtenu aucunes Lettres de Natu
ralité fans que l'effet de cette conceffion leur
puiſſe eſtre conteſté ou empeſche ſous pretexte
de quelque droit ou prerogative des
Provinces , Villes , ou Perſonnes privées ,
pourront pareillement ſans leſdites Lettres
de Naturalité s'establir en toute liberté : les
ſujets deſdits Seigneur Eſtats , en toutes les
Villes du Royaume , pour y faireleur Com
merce & Traficq ; fans pourtant y pouvoir
acquerir aucuns droits de Bourgeoifie ; fi ce
n'eſtqu'ils euſſent obtenu Lettres de Naturalité
de ſa Majesté en bonne forme , & feront
generalement Traittez ceux des Provinces
Unies , tout & par tout autant favorablement
que les ſujets propres& Naturels
de ſa Majefté; & particulierement ne pourront
eſtre compris aux Taxes que pourront
eſtre fails ſur les Eſtrangers : & fera tout ce
contenu au preſent Article obſervé au regard
des ſujets du Roy dans les Pays de l'obeiflantedeſdits
Seigneurs Eftats.
XI. Les Navires,chargez de l'un des Alliez
paſſants devant les Coſtes de l'autre , & relachans
dans les Rades ou Ports , par tempefte
ou autrement , ne feront contraints d'y decharger
ou debiter leurs Marchandiſes , ou
parties d'icelles , ny tenus d'y payer aucuns
droits , fi non lors qu'ils y dechargeront des
Marchandiſes volontairement & de leur gré.
عراو
XII. Les Maiſtres des Navires , leurs Pilotes,
Officiers & Soldats , Matelots , & autres
Gens
(23 )
Gens de Mer , les Navires meſmes , ny les
Denrées& Marchandiſes dont ils ſerontchargez
, ne pourront eſtre ſaiſis ny arreſtez, en
vertu d'aucun ordre general ou particulierde
qui que ce ſoit ,ou pour quelque cauſe,ou occafion
qu'il puiſſe eſtre, nonpas meſme ſous
pretexte de la conſervation , & defence de
1'Eftat & generalement rien ne pourra eftre
pris aux ſujets de part&d'autreque du confentement
de ceuxa qu'il appartiendra,&en
payant les choſes qu'on deſirera d'eux; en
quoy toutefois n'eſt entendude comprendre
les faifies &arreſts faits parordre& authorité
de la Juſtice,&par les voyes ordinaires,
&pour Loyales , Debtes , Contracts ou autres
cauſes legitimes , pour raiſon deſquelles
il fera procedé par voye de droit ,felon la
forme de la Juſtice.
XIII. Tous les Sujets & habitants de France,&
des Provinces Unies,pourront en toute
ſeureté & liberté Naviger avec leurs Vaifſeaux
, & traffiquer avec leursMarchandises,
fans diftinction de qui puiffent eſtre les Proprietaires
d'icelle ,de leurs Ports,Royaumes
&Provinces, & auſſi des Ports & Royaumes
des autres Eſtats , ou Princes vers les Places
de ceux , qui font desja Ennemis declarez ,
tant de la France que des Provinces Unies ,
oudel'un deux, ou qui pourroient les devenir
; Comme auſſi les meſmes Sujets &
Habitants pourront avec la meſme ſeureté
& liberté , naviger avec leurs Vaiffeaux ,
&traffiquer , avec leurs Marchandifos , fans
di
(24)
:
distinction de qui puiſſent eſtre les Proprie
taires d'icelles , des Lieux , Ports & Rades,
de ceux qui font Ennemis de l'un & de l'au
tre défdites parties , ou de l'un des deuxe
particulier , fans contradiction ,ou detour.
bier, de qui que ce foit , non ſeulementa
droiture defdites places Ennemies , vers un
lieu neutre ; mais auſſi d'une place Ennemie
al'autre, foit qu'elles ſetrouvent ſituées fous
la jurisdiction d'un meſme Souverain , foit
qu'elles le foient fous des divers .
XIV. Ce tranſport & ce trafficq s'eſtendra
a toutes fortes de Marchandises a l'exem.
ptiondecellesde Contrebande.
XV. En ce Genre de Marchandiſes de
Contrebande s'entend ſeulement eftre compris
toutes fortes d'armes a feu , & autres af.
fortiments d'icelles , comme Canons ,Muf
quets,Mortiers, Petards, Bombes,Granades ,
Sauciffes, Cercles poiſſez , Affats, Fourchettes,
Bandeliers , poudre , Meſche , Salpetre,,
Balles , piques ,Eſpées , Morions , Caſquets,
Cuiraffes ,Hallebardes , Javelines, Chevaux,
Selles de Cheval Fourreaux de piſtolets ,
Baudiers & autres afſortiſſements ſervants a
Puſage de laGuerre.
XVI . Ne feront compris dans ceGenre
de Marchandiſes de Contrebande , Ics Froments
, Bleds & autres Grains , Legumes,
Huiles , Vins , Sel ny generalementtout ce
qui appartient a la nourriture & fuftentation
de la vie; mais demeureront libres , comme
autres Marchandiſfes & Denrées non comprifes
(25)
P
Tes en l'Articleprecedent : & en ſerale tranfport
permis , meſmes aux Lieux Ennemis defdits
, Seigneurs,Eftats, ſaufauxVilles& Places
affiegées, blocquéesou inveſties.
XVH.
Pour l'executiondece quedeſſus ilaeftéaccordé
qu'elle ſe fera en la maniere ſuivante;
Queles Navires & Barques , avec lesMarchandiſes
des ſujets de ſa Majeſté étants entrez en
quelque Havre deſdits Seigneurs Eſtats&voulantsdelà
paffer a ceux dedits Ennemis, feront
obligez ſeulement de montreraux Officiers des
-Havres defdits Seigneurs Eſtats , d'ou ils partiront
leurs Paffeports , contenantslaſpecificationdelachargedeleursNavires,
atteſtez&marquez
du Seel & Seingordinaire , & recognus
des Officiers de l'Admirauté des Lieux , d'ou
ils feront premierement partis , avec la declaration
du lieu , ou ils ferontdeſtinez ; Letout en
forme ordinaire , & accouſtumée , aprés laquelle
exhibition de leurs Paſſeportsenlaforme
ſuſdite , ilsne pourront eſtre inquietez , ny
recherchez , detenus ny retardez en leursvoyages
, fous quelque pretexte que ce ſoit.
XVIII.
Ii en ſeraufédemeſme a l'eſgarddesNavires&
Barques Francoiſes, qui irontdansquelque
Rades des Terres de l'obeiſſancedeſdits
-Seigneurs Eſtats, ſans vouloir entrer dans les
Havres, ouy entrans ſanstoutes fois vouloir debarquer
& rombre leurs charges , Leſquels ne
pourront estre obligez de rendre compte de
leur Cargaiſon, quaucas , qu'il y eut ſoubçon
qu'ils B
:
(26)
qu'ils portaffent aux Ennemis deſdits Seigneurs
Eftats , des Marchandises de Contrebande,
comme ila eſtédit cy-deſſus.
ΧΙΧ.
Et audit cas de ſoubçon apparent leſdits fujets
feront obligez de montrer dans lesPorts
leurs Paſſeports en la forme cydeſſus ſpecifiée.
XX.
Que s'ils étoient entrezdedanslesRades ou
étoient rencontrez en pleine Mer par quelques
Navires deſdits Seigneurs Eſtats ou d'Armateurs
particuliers,leurs ſujets leſdits Naviresdes
Provinces Unies,pour eviter tout deſordren'approcheront
pas plus prez des François quede la
portédu Canon ; Et pourront envoyer leurpetite
Barque ou Chaloupe , au Borddes Navires
ou Barques Francoiſes , & faire entrerdedans
deuxou trois Hommes ſeulement , a qui feront
montrez les Paſſeportz & Lettres de Merpar le
Maiſtre ou Patrondes Navires François , en la
maniere cydeſſus ſpecifiée ; ſelon le formulaire
defdits Lettres de Mer , qui ſera inſeréa la fin
dece Traitté, par leſquels Paſſeports& Lettres
de Mer , il puiſſeapparoir non ſeulementde ſa
charge,mais auſſi du Lieu de la demeure & Refidence,
tantdu Maiſtre & Patron que duNavire
meſme , afin que par ces deux moyens , on
puiffe connoiſtres'ils portentdes Marchandiſes
de Contrebande ; Et qu'il apparoiſſe ſuffifamment
tant de la qualitéduditNavire , que de
fon Maiſtre& Patron ; Auxquels Paſſeports,&
Lettres de Mer , ſedévra donner entiere foy &
creance. Etafinque l'on connoiſſe , mieux la
var
(27)
validité, & qu'elles ne puiffent en aucunema-
-niere eſtre falſifiées & contrefaites ,ferontdonnées
certaines marques & contrefeings ſadite
Majesté, &deſdits SeigneursEſtatsGeneraux.
efd
la-
XXI.
Et au cas quedans lesdits Vaiſſeaux &Barperques
Françoiſes , deſtinées vers les Havresdes
Ennemis deſdits Seigneurs Eſtats, ſetrouve par
Reles moyens ſuſdits quelques Marchandiſes &
Denrées de celles qui font cydeſſus declarées
de Contrebande &deffendues ; Elles feront
dechargées, denoncées, &confiſquées, par
devantles Juges de l'Admirauté es Provinces
Unies ou autrescompetants; fans que pourcela,
leNavire, &Barque, ou autres Biens,Marchandises,&
Denrées,libres&permiſes retrouvées
aumeſme Navire puiſſenteſtre,en aucune
façon ſaiſies , nyconfiſquées.
a
20
quel
foy
jeux
ve
XXII .
qui ſe
Il aeſtéenoutre accordé& convenu quetout
ce qui ſe trouvera chargé par les ſujets de ſa
Maj . en un Naviredes Ennemis, deſdits Seigneurs
Estats bien que ce nefuſtMarchandisesge
Contrebande , fera confiqué avectout ce
trouvera audit Navire , ſans exceptionny refer-
; mais d'ailleurs auſſi ſeralibre , &affranchy
tout ce qui fera, & fetrouvera , dans les
Chreftien; Encore que la charge , ou partie Navires appartenants aux ſujet du Roytresd'icelle
fuſt aux Ennemis deſdits Seigneurs
Eftats ; SauflesMarchandiſes de Contrebande,
au regard deſquelles on ſe reglera ſelon ce qui
aeſtediſpoſe auxarticles precedens ; Etpour
:
B efclair-
4
((28)
Leſclairciſſementplus particulierde cet article il
eftaccordé& convenu , de plus que les cas arrivans
, que toutes les deux parties , oubien l'une
d'icelles , fuſſent engagées enGuerre , les Biens
appartenās aux ſujets de l'autre partie,& chargez
dans lesNaviresdeceuxqui ſontdevenusEnne
mis detoutes les deux , ou de l'une des parties ne
pourront eſtre confiſquez aucunement a raiſon
ou fous pretexte de cet embarquemét das le NavireEnnemy;
Et cela s'obſervera non ſeulement
quand leſdites Denrées y auront eſté chargées
devant la declaration de la Guerre;mais meſme
quand cela ſera fait aprez ladite declaration;
pourveu que c'ait eſté dans les temps& les termesquis'en
ſuivent ; Aſcavoir ſi elles ont efte
chargéesdans la MerBaltique ,audans celledu
Nord, depuis Terneuſe en Norvegue, juſques
ou bout de la Manche dans l'eſpacede quatre
ſemaines ; ou du bout de laditeManche, julquesau
Capde St. Vincentdans l'eſpace des fix
ſemaines; Et de la dans la MerMediterranée,
& juſques a la Ligne dans l'eſpace de dix ſemaines;
Etaudela de la Ligne , &en tous les
autres endroits duMonde,dans l'eſpacedehuict
mois , a conter depuis la publicationde la preſente;
Tellement que les Marchandises &Biens
des Sujets & Habitants chargez encesNavires
Ennemis , ne pourront eſtre confiſquées aucunement
durant les termes &dans les eſtendues
ſuſnommez a raiſon du Navire quieſtEnnemy;
Ains ſeront reſtituez aux Proprietairesfans aucundelay;
ſi cen''eſt qu' elles ayant étéchargées,
apres l'expiration deſdits termes.Et pourtat il ne
fera
(29)
ra nullement permis de tranſporter vers les
orts Ennemis telles MarchandisesdeContre-
>ande que l'on pourroittrouverchargées, enun
el Navire Ennemy , quoy qu'elles fuflent rendues
par la ſuſditte raiſon; Etcommeilaeſte
reglé cy deſſus qu'un Navire libre affranchira
les Denrées y chargées , ilaeſtéen outreaccordé
& convenu que cette libertés'eftendra aufli
aux Perſonnes qui ſe trouveront en un Navirelibre,
atel effect, que quoy qu'elles fuſſent Ennemies
de l'une & de l'autre des Parties oude,
l'une d'icelles , pourtant ſetrouvans dans le Navire
libre n'en pourronteſtretirées ; fice n'eſt
qu'ils fuſſentGens de Guerre , & effectivement
en ſervicedeſdits Ennemis.
XXIII .
Tout les ſujets & Habitants deſditesProvinces
Unies , jouïront reciproquement desmef- mesdroitslibertes , executions en leurs Traficqs
& Commerce , dans les Ports, Rades , Mers&
Eſtats de ſadite Majesté ce qui vientd'eſtre dit
que les ſujetsde ſa Majeſté jouironten ceux defdits
Seigneurs Eſtats , & en haute Mer , ſedevant
entendre que l'eſgalité ſera reciproque en toute manierede part &d'autre ; Et meſmes en
cas que cy aprez leſdits Seigneurs Eftats, fuſſent
en Paix, Amitié & Neutralité avec aucunsRoys, Princes & Eftats qui devinſſentEnnemisde ſaditeMajesté
,chacundes deux Partyesdevantuſer
reciproquement des mesmes conditions &
reftrictions , exprimées aux articles du preſent
Traicté,qui regarde le Traficq & le Commerce.
XXIV. B 3
(30)
XXIV.
Etpour affeurerd'avantage les ſujets deſdits
Seigneurs Eſtats , qu'il ne leur ſerafait aucune
violence par leſdits VaiſſeauxdeGuerre , fera
faitdefences atouts Capitaines des Vaiſſeaux
du Roy& autres ſujets de ſa Majesté de ne les
moleſter ny endommager en aucune choſe
quece ſoit; fur peined'eſtre tenus en leursPerſonnes
, & Biens des dommages & Intereſts
foufferts , & a fouffrirjuſques aladeue reftitution&
reparation ...
XXV.
Etpour cette cauſe ferontd'orefnavantles
Capitaines &Armateurs obligez chacund'eux,
avant leurpartement, de bailler cautionbonne
&folvable , par devant les Juges competants
delaſommedequinze mille livres tournois ,
pour reprondre chacun d'eux ſolidairement
desmalverſations qu'ils pourroient commettre
en leurs courſes ; Et pour les contraventions
de leurs Capitaines , & Officiers aupreſent
Traicté & aux Ordonnances & Edicts de
ſa Majesté , qui feront publiées en vertu , &en
conformité de la difpofition d'iceluy apeine
dedefchance & nullité deſdites Commiſſions
&conges ; cequi fera pareillementpractiqué
par les ſujets deſdits Seigneurs Eftats Generaux.
XXVI.
S'il arrivoit qu'aucun deſdits Capitaines
François fitpriſed'un Vaiſſeau chargé deſdits
Marchandiſes de Contrebande , comme dit
eft,
(31)
eſt , nepourront leſditsCapitaines faire ouvrir,
ny rompre lesCoffres , Mallets, Balles , Bougettestonneaux
,& autres Caiſſes , ou les tranſporter
, vendre ou eſchanger , ou autrement
aliener , qu'elles n'ayent eſté defcendues en
Terre en laprefencedesJugesde l'Admirauté,
&aprés Inventaire par euxfait deſdités Marchandiſetrouvées
dans lesdits Vaiſſeaux , fi ce
n'eſtque leſdites Marchandiſes deContreban -
de ne faiſant qu'une partie de la charge , le
Maiſtre ou Patron du Navire trouvaſt bon &
aggreaſt de livrer leſdites Marchandises de
Contrebandeaudit Capitaine, &depourſuivre
fon voyage; auquelcasledit Maiſtre ou Patron
nepourranullement eſtre empeſché depourſuivre
fa route&ledeſſein de ſon voyage.
XXVII.
Sa Majeſté voulantque lesſujets deſdits Seigneurs
Eftats Generaux , foient Traittez dans
tout lePays de ſon obeiſſance auſſi favorablement
, que ſespropres ſujets , donnera tousles
ordres neceſſairespour faire que lesjugements
&arreſts , qui ferontrendus ſurles priſes , qui
auront eſté faites a la Mer , ſoient donnez avec
touteJuſtice& eſquité, parperſonnes nonfufpectes
nyintereffées au fait,dontſeraquestion:
Et donneraſaMajeſtédesordres precis & efficaces
, afinque touts les arreſts , jugemens &
ordres de Juſtice deja donnez , & a donner
foient promptement & deuement executez ,
felon leurs formes.
B4 XXVIII.
(32)
XXVIII .
Et lors que les Ambaſſadeurs deſdits Seigneurs
Estats Generaux , ou quelque autre de
leurs Miniſtres publicqs qui feront ala Cour
deſaMajesté ferontplainte deſdits jugements
qui auront eſté rendus , ſa Majefté fera revoir
leſdits jugements en fon Conſeil ; pour examiner
files ordres & precautions continues au
preſentTraitté , auront eſté ſuivies& obfervées,
& poury faire pourvoir, ſelonla raiſon,
ce qui fera fait dans letemps detrois mois au
plus ;& neantmoinsavant le premierjugement
nyaprez iceluy ,pendant la revifion , les biens
&effects , qui feront reclamez , ne pourront
étre vendus nydechargez ſi ce n'eſtduconfentement
des parties intereſſées , pour eviter le
deperiffementdeſdites Marchandiſes .
ΧΧΙΧ.
Quand procesfera meu en premiere & feconde
inftance , contre ceuxqui auront des
priſesen Mer , &les intereſſez en icelles , &
que leſdits intereſſez viendront a obtenir un
jugement ou arreſt favorable , ledit jugement
ou arreſt aura ſon execution fous caution: Nonobſtant
l'appel d'iceluy quiaura fait la priſe ;
maisnon aucontraire , & ce qui eft dit au prefent
Article & aux precedens , pour faire rendrebonne
&briefveJustice auxſujets des ProvincesUnies
, for les priſes faites a laMer , par
lesfujets de fa Majeſté ſera entendu & practiqué
,parles Seigneurs Eftats Generaux , a l'ef--
gard
(33)
gard des priſes faitespar leurs fujets ſurceuxde
faMajestés
XXX.
Sa Majefté& les Seigneurs EftatsGeneraux,
pourront en tout temps, faire conſtruire ou
fretterdans les Pays l'un de l'autre , tel nombrede
Navires , ſoitpourla Guerre , ou pour
leCommerceque bon leur ſemblera ; Comme
auſſi achetter telle quantité de Munitions
deGuerre qu'ils aurontbeſoing, & employeront
leur authorité a ce que leſdits marchez de
Navires&Achapts deMunitoins , fe faſſentde
bonnefoy ,&aprix raisonnables; fans que ſa
Majeftény les Seigneurs EftatsGenerauxpuiffent
donner lamême permiſſion auxdits Ennemis
l'un& l'autre , En cas que leſclits Ennemis
fuffent Attaquans ou Aggreffeurs.
XXXI.
Arrivantquedes Navires de Guerre , ou de
Marchands efchouent par tempeſte ou autre
accident, aux Coſtesde l'un ou de l'autreAllié,
Jefdits Navires, apparaux, biens&Marchandi
fes&ce qui fera ſauvé ; ou le provenant , fi
leſditeschoses eftans periſſables , ont eſté vendues
; letouteftant reclamé , parles Proprietaires
ouautres, ayants charge&pouvoir d'eux,
dans l'an&jour , ſerareſtitué ſans forme de
procez , enpayant ſeulement les fraiz raiſonnables,&
ce qui fera reglé entre leſdits Alliez
pourledroictde fauvement. Et en cas decontraventionau
preſentArticle, ſaMajesté& lefdits
Seigneurs Eftats Generaux , promettent
BS em-
,
1.
!
(34)
1
employer efficacement leur authorité , pour
fairechaſtier , avec toute la ſeverité poſſible,
ceux de leurs ſujets qui fe trouveront coupables
des inhumanitez qui ont efté quelques
foiscommiſes a leur grand regret , en des ſemblables
rencontres.
XXXII.
Sa Majesté& leſdits Seigneurs EftatsGeneraux
ne recevront , & ne fuffriront que leurs
fujets recoiventdans nuldesPaysdeleur obeiffance
aucuns Pirates & Forbans quels qu'ils
puiſſent eſtre ; mais ils lesferont pourſuivre &
punir&chafferde leurs Ports ; Et les Navires
depredez, commeles biens pris , par leſdits
Pirates & Forbans quiſe trouveront en eſtre ,
feront incontinent & fans forme de procez.
reſtituez franchement aux Proprietaires que
les reclameront,
XXXIII .
,
Les Habitants& Sujets decoſté & d'autre
pourront partout dansles Terres de l'obeifſance
dudit Seigneur Roy & defdits SeigneursEftats
Generaux, ſe faire ſervir detels
Advocats, Procureurs , Notaris & Solliciteurs ,
que bonleur ſemblera , a quoy auſſi ils feront
commispar lesJuges ordinaires quand il ſera
beſoin, & queleſdits Juges en feront requis ;
Et ferapermis auxdits Sujects & Habitants de
part&d'autrede tenirdans les Lieux ou ils feront
leur demeure les livres de leur traficq&
correſpondence , en la langue que bon leur
fem.
(35)
1
femblera ; fans que pour ce ſujet ils puiſſent
eſtre inquietez ny recherchez.
XXXIV.
,
Ledit Seigneur Roy , comme auſſi leſdits
Seigneurs Eſtats Generaux , pourront establir
pour la commodité de leurs Sujets Trafiquans
dans le Royaume & Eſtats l'un de l'autre
, des Conſuls de la Nation de leurs dits ſujets,
lesquels rouïront des droits , libertez &
franchiſes , qu'illeur appartiennent , parleur
exercice & employ & l'eſtabliſſement en ſera
fait aux Lieux & endroits, ou de commun confentement
il ſerajugé neceflaire.
XXXV.
Sa Majesté & leſdits Seigneurs EſtatsGeneraux,
nepermettrontpoinctqu'aucun Vaiſſeau
deGuerrenyautreeſquipépour laCommiſſion,
&pour le fervice d'aucun Prince, Republique,
ou Ville que ce ſoit viennefaire aucune priſe
dans les Ports , Havres ou aucunes Rivieres,qui
leur appartiennent ſur les Sujets de l'un ou de
l'autre , & en cas que cela arrive ſaditeMajesté
&leſdits Seigneurs EſtatsGeneraux , employeront
leurauthorité&leur force , pour en faire la
reſtitution oureparation raiſonnablement.
XXXVI.
, Ou
S'il furvenoit par inadvertence ou autrement
quelques inobſervations ou contraventions au
preſent Traittéde la part de ſadite Majefté ,
defdits Seigneurs Eſtats Generaux , & leur Succeffeurs,
il ne laiſſera pas de fubfifter en toute
laforce ; fans que pour cela on cnvienne a la
B.6
rupr
(36)
rupture de la Confoederation , Amitié & bonne
Correfpondence: mais on en reparera-promp
tement lefdites contraventions ,& fi elles procedentdela
faute de quelquesparticuliers ſujets ils
enferontſeulspunis & chaftiez .
XXXVII.
Et pour mieux aſſeurer a l'advenirle Commerce
& l' Amitié entre les Sujets dudit
Seigneur Roy , & ceux deſdits Seigneurs
EftatsGeneraux des Provinces Unies du Paysbas
, il a eſté accordé & convenu qu'arrivant
cy apres quelque interruption d'Amitie
ou rupture , entre la Couronne de France , &
leſdits Seigneurs Eſtats deſdits Provinces Unies
(ce qu'aDieu neplaiſe ) ilſera toufiours
donné neufmois de reps apres ladite rupture,
aux ſujets de part &d'autre, pour ſe retireravec
leurs effects&les tranſporter oubon leur ſemblera.
Ce qu'illeur ſera permis de faire , commeauſſi
de vendreou tranſporter leurs Biens
&Meubles , entoute liberte , fans qu'on leur
puiſſedonner aucune empeſchement ny proceder
pendant ledittemps de neufmois , aaucune
faifie de leurs effects ; moins encore à
l'arreſt de leurs Perſonnes .
XXXVIII.
Le preſent Traitte de Commerce,Navigation&
Marine,durera vingt&cincaAns a commencer
du jour de la Signature& les Ratifications
en feront données en bonne forme , &
eſchangées de part&d'autre dans l'eſpacede
fix femaines a conter du jour de la Signature.
:
Formu(
37)
i
Formulaire du Paffeports&
Lettres , quiſedoivent donner
dans l'Admirauté de
G
France , aux Navires&
Barques , qui en Sortiront
Suivant l'Articledupreſent
Traitté.
Louis, Comte de Vermandois ,
Admiral
de France , a tous ceux qui ces preſentes
Lettres verront , falut ; ſçavoir faiſons , que
nous avons donné congé&permiffionà
Maiſtre & Conducteur
de laVille de
du Navire , nomme
duPortde
tonneaux , ou environ eſtantde preſent au Port
&Havre
s'en aller à
géde
de
charapresque
vifitation
aura eſtéfaitede ſon Navire avant que partir
fera ferment devant les Officiers qui exercent
lajurifdiction des cauſes Maritimes , comme
ledit Vaiffeau appartient à un ou pluſieurs
des ſujetsde fa Majesté , dont il ſera mis Acte
aubas des preſentes ; Comme auſſi de garder,
& faire garder par ceux de fon Eſquipage les
Ordonnances & Reglemens de la Marine , &
mettra auGreffe , le Roolle , ſigné& verifiée,
con(
38
contenants les noms & furnoms la naiſſance
& demeure des Hommes de fon Eſquipage ,
& de tous ceux qui s'embarqueront ; leſquels
il ne pourra embarquer ſans le feu & permiffion
des Officiers de la Marine & en chacun
Port ou Havre ou il entrera avec ſon Navire,
fera apparoir aux Officiers & Juges de
laMarine du preſent congé ; Et leur fera fidel
rapport de ce qui ſera fait & paffé duranfon
voyage ; Et portera les pavillons , armes
& enſeigne du Roy , & les noſtres durant
ſon voyage. Enteſmoing de quoy nous avons
fait appofer noſtre ſeing & le feel de nos armes
, a ces preſentes ; Et icelles fait contre
ſigner , par noſtre Secretaire de la Marine à
le jour de
mil fix cens Signé
Louis , Comte de Vermandois , & plus bas,
par.
2.4 Formulaire de l'Acte contenant
Nous
900
leferment.
de l'Admirauté de
certifionsque
Maiſtre du Navire nommé
auPaſſeport cydeſſus apreſté le ferment mentionne
en iceluy fait a
८
le
jour de mil fix cents
Autre
(39)
10.
1
i
Autre Formulaire des Lettres
, qui ſedoivent donner
par les Villes & Ports de
Mer des Provinces Unies
aux Navires & Barques:
qui en fortiront ſuivant
l'articleſuſdit. "
AUx Sereniff:, tres-Illuftres , Illuftres , tres
Puiffants , honorables, &prudents Seigneurs
Empereurs, Roys, Republiques,Princes ,Ducs,
Comtes, Barons , Seigneurs , Bourgmaiſtres ,
Eſchevins, Conſeillers , Juges , Officiers , Juſticiers
, & Regens de toutes bonnes Villes &
Places, tant Eccleſiaſtiques que ſeculiers , lefquels
ces preſentes verront , ouliront , nous
Bourgmaiſtres&Regens de la Ville de
ſcavoir faiſons que
Maistre du Navire
comparant devant nous a
declaré de ferment ſolemnel que le Navire,
nommé
environ
grand
Laſtes ſur lequel
maintenant il eſt le Maiſtre , appartient aux
Inhabitans des Provinces Unies : Ainfi Dieu le
vouloit ayder : Et comme volontiers nous ver---
rions ledit Maiſtre de Navire aidé dans ſes
juſtes affaires ; nous vous requerons , tous
1
en
(40)
,
en general , & en particulier , on le ſuſdit
Maiſtre avec ſon Navire , & Denrées arri .
vera qu'il leur plaiſe de recevoir benigne
ment& traitter deuement , leſouffrant ſur les
droits accoutumez des peages & fraiz , dans
par & aupres vos Ports , Rivieres & Domaines,
le laiſſant naviguer , paffer , frequenter
& negocier la ou il trouvera a propos ; ce
que volontiers nous reconnoiſtrons en tefmoing
de quoy , nous y avons fait appoſer
le ſeaude noſtre Ville.
En foy de quoy nous Ambaſſadeurs ſuſdits
de ſa Majesté & des Seigneurs Eftats Generaux
, en vertu de nos pouvoirsreſpectifs , avons
efdits noms figné ces preſentes de nos
feings ordinaires & a icelles fait appofer les
Cachets de nos Armes. ANimegue le dixief
mede Aouſt l'An 1678.
Eſtoit ſigne ,
(L.S. ) LeMareschal d'Estrades.
(L.S. ) Colbert .
(L.S. DeMesmes.
(L.S. ) H. v. Beverningk.
(L.S.) W. de Naffau .
(L.S.) W. vHaren.
30102
८: :
noriva
Π
(41)
:
い
Article feparée , touchant
l'Imposition de cinquante
folds par tonneau sur les
Navires estrangersfortans
des Portsde France.
1.
I Laeſté ftipuléde lapart du Roytres-Chref
tien &conſenti parles les Seigneurs EſtatsGeneraux
des Provinces Unies desPays-Bas , que
l'egalité qui doit eſtre preciſement obfervée a
l'eſgarddes ſujets de l'un , & de l'autre avec les
naturels enmatiere de Droits , Charges & Impoſitions
ſelon l'article
du Traitté de Commerce conclu ces
jourd'huy ne deſrogera pas a l'Impoſition
des cinquante folds par Tonneau establie en
France ſur les Navires estrangers , & que les
ſujets des Seigneurs Eſtats des Provinces Unies
feront obligez de la payer , commetous
autres Eſtrangers ſi ce n'eſt que ſa Majeſté
fur les remonſtrancesqui pourroient luy eſtre
faites cy aprés de la part deſdits Seigneurs
Efſtats en les examinant avec cette grande
affection parla quelle il plaiſtaſa Majesté de
les honoreren diſpoſaſt autrement ; mais ſeront
par fadite Majesté données dez a preſent
les ordres neceſſaires a ce que ladite Impoſition
de cinquante folds ne ſoit exigée des
Navires des ſujets deſdites Provinces Unies
qu'une
(42)
qu'unefois par chaque voyage en fortantdes
Ports de fon Royaume , & non en entrant,
&que leſdits Navires chargez de ſel ne payeront
que la moitié deſdits cinquante folds , a
conditionqueleſdits Seigneurs Eſtats trouvans
apropos de mettree ſemblable Impoſition fur
des Navires eſtranges chez eux , ce qui leur
demeurera libre , ne pourront pas exceder au
regard des ſujets de ſadite Majesté la taxe de
ce que les leurs payent en France demeurant
a l'efgardde tous autresDroits , Charge& Impoſition
preſent ou a venir ledit article
en fon entier force & vigueur ſans
pouvoir eſtre limité ou excedé par aucune
autre exception , ou restriction que celle qui eſt
exprime cydeſſus.
Lequel article ſeparé aura pareille force &
vigueur que s'il eſtoit inſeré dans le Corpsdu
fufdieTraittégeneral , paffé ce jourd'huy fait
aNimegue ce dixieſme Aouſt 1678,
Eſtoit ſigné,
(L.S. ) LeMareschal d'Estrades, -
(L.S. ) Colbert.
(L.S. ) De Mesmes.
(L.S. ) H.v. Beverningk.
(L. S.) W. de Naſſau.
(L.S. ) W.v. Haren.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque
Contrefaçon du Mercure de Paris.