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nourmadame
Delaors
1
C
:
807156
MERCURE
THELOL
LYON
DEDIE'A MONSEIGNEU
LE DAUPHIN.
JUIN; 1708 .
DE
LA
VILLA
LIOTHEC
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant .
Omme il eſt impoſſible dans laa conne
pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut ſe diſpenſer
d'en augmenter auſſi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veauſe vendront
doreſnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin,
on n'en payera que trente-cing.
Les Relations ſevendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VIII .
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
[Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
eſté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgréles prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres liſibles les Noms
propresquise trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour estre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'il y en a quantité
AULECTEUR .
de défigurez,étantimpoffible
dedeviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau сеих qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, & que l'on employera
1
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defi
. obligent perſonne , & que
!
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port .
MERCVRE
GALANT
J
LYON
JUIN, 170893
que
E ne puis mieux commencer
ma Lettre que par un
Article qui regarde uniquement
le Roy , puiſqu'il s'agit
d'un Panegyrique de Sa Majeſté
, fondé par le Corps de
DE
LA
VIL
Aiij
6 MERCURE
i
Ville, &qui doit eſtre prononcé
tous les ans dans les Ecoles
exterieures de Sorbonne
r
en
prefence de ce même Corps ,
par celuy qui ſe trouvera élevé
a la dignité de Recteur de l'Univerſité.
M² Gibert qui la
poſſede aujourd'huy , & qui en
remplit parfaitement bien tous
les devoirs , a eu l'avantage de
prononcer ce Panegyrique le
15. May dernier , en prefence
de Mrs de Ville , & d'un grand
nombre de perſonnes diftinguées
par leur naiſſance , par
leurs emplois , & par leur crudition.
Il fit connoiftre que ce
GALANT
Panegyrique annuel doit eſtre
regardé comme un triomphe
dont la Ville de Paris honore
les belles actions & les vertus
du Roy ; & ſçachant que ce
Difcours ne ſemble fixé au
commencement du Printemps
de chaque année , que pour expofer
au Public tout ce que ce
Prince a fait de grand pendant
l'année precedente , afin d'encourager
les François à ſoûtenir
leur réputation , il ſe borna
àtraiter ce qui s'eſt fait de plus
beau & de plus éclatant dans
la derniere Campagne. Deux
hofes luy fournirent une am-
Aiiij
8 MERCURE
ple matiere ; ſçavoir , la gloire
d'avoir vaincu dans les lieux
où l'on avoit fait agir nos Armées
, & la fermeté que l'on
avoit fait voir en reſiſtant dans
ceux où l'on s'eſtoit tenu
fur la deffenfive. Dans la premiere
Partie il mit la Victoire
d'Almanza dans un beau jour ,
ainſi que la Conqueſte,des
Royaumes de Valence & d'Arragon
; la priſe de Lerida ; les
Courſes victorieuſes de Mr de
Villars en Allemagne ; & celles
de Mr le Comte de Forbin fur
la mer. Il n'oublia pas les éloges
perſonnels de ces deuxC
GALANT 9
pitaines , dont il fit un paral.
lele également glorieux pour
l'un& pour l'autre ; non plus
que celuy de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , & celuy de
Mr de Barwick.
Il fit voir dans la ſeconde
Partic , la gloire dont s'eſtoit
couvert Monfieur de Vendôme
, en empêchant pendant
pluſieurs mois le Milord Marlborough
, beaucoup fuperieur
enTroupes , de rien entreprendre
ſur Tournay , fur Lille , fur
Namur , ſur Mons , & fur la Picardie
, ou ſur la Champagne ,
où il s'eſtoit flatté de penetrer ,
10 MERCURE
le prévenant au Camp de Cambron
, & même luy prêtant
quelquefois le flanc , pour engager
ce Milord dans une action
, en cas qu'il en euſt eu le
deffein , & il l'empêcha par fa
bonne manoeuvre , d'entamer
la France , pendant que nos
Troupes deſoloient l'Allemagne&
la faifoient contribuër.
Mr Gibert parla enſuite du
mauvais fuccés de l'entrepriſe
de Mr de Savoye ſur Toulon.
Il fit un beau portrait de la maniere
vigoureuſe dont les Provençaux
avoient deffendu leur
Patrie. Ceux qui ſçavoient que
GALANT 11
l'Orateur eſt Provençal , eurent
d'autant plus de plaifir à
le voir rendre cette juſtice à ſes
Compatriotes , qu'il fit connoître
auſſi qu'ils eftoient fort
ſenſibles à la gloire.
Le Roy fut par tout reprefenté
comme l'ame & le mobile
de toutes ces actions par ſes
conſeils , par fa ſageffe , & par
ſa prévoyance. Cet éloge de
Sa Majeſté finit par un parallele
du ſujet qui oblige le Roy
de ſoûtenir cette guerre ,& de
celuy qui a obligé ſes Ennemis
à l'entreprendre , & Mr
Gibert fit voir que la juſtice
1
12 MERCURE
des Armes du Roy , fa moderation
,& l'amour qu'il a pour
la Paix ne luy font pas moins
d'honneur que les avantages
qu'il a remportez tant dans certe
Campagne que dans pluſieurs
des precedentes ; & il fit
voir auſſi que tous les avantages
que les Ennemis pouvoient
remporter , n'eſtoient
pas capables de laver ce qu'il
y a de blamable dans leur
Caufe.
La Reine d'Eſpagne , qui depuis
qu'elle eſt à Bayonne n'avoit
point eſté voir leChaſteau
neuf de cette Ville , où com
GALANT 13
mande Mr de Framboiſiere , s'y
rendit le mois dernier avec toute
la Cour ; & aprés en avoir
viſitéà pied toutes les Fortifications
, Sa Majesté alla ſe promener
dans les Jardins. Mr le Duc
&Me la Ducheſſe de Gramont
y allerent trouver S. M. avec
une grande ſuite d'Officiers &
de Dames. Cette Princeſſe alla
voir auffi laChapelle de ce Chafteau,&
lors qu'elle en fortit Mr
le Duc de Gramont eu l'honneur
de luy donner la main
pour la conduire à l'Appartement
qui avoit eſté preparé
pour la recevoir , où elle joüa い
14 MERCURE
avec les principales Dames qui
l'accompagnoient. Lejeu ayant
fini ſur les ſept heures du foir ,
S. M. viſita tous les Appartemens
du Chaſteau. Cette Princeſſe
à qui Mr le Commandant
avoit fait preparer un grand
fouper , ſe mit à table ſur les
huit heures du ſoir , & elle fut
ſervie à genoux par ce Commandant&
par Me ſon épouse:
Perſonne n'eut l'honneur de la
voir ſouper. Dans la ſalle qui
eſt à coſté de la chambre où S.
M. mangea , on avoit preparé
un ambigu magnifique pour
les perſonnes les plus diftin
GALANT 15
guées qui avoient accompagné
la Reine. Ily eut auffi une autre
table qui fut ſervie de la deferte
de la table de la Reine ; ainſi
quoiqu'ily eut plus de cent cinquante
perſonnes , elles furent
toutes regalées; la ſanté de la
Reine fut buë au bruit d'une
decharge du canon. Cette fanté
fut commencée par Mr de
Gibaudiere Lieutenant pour le
Roy des Villes , Chaſteaux &
Citadelle de Bayonne. On fortit
de table aprés avoir bû cette
ſanté , & l'on dança devant la
Reine qui estoit fortie de l'Appartement
où elle avoit ſoupé
16 MERCURE
pour prendre le plaisir de ce divertiſſement
qui dura juſqu'à
onze heures du ſoir. La Reine
trouva en fortant du Chaſteau
toutes les cours & les pont- levis
remplis de pots à feu qui
produiſoient un tres-bel effet.
Toute la garniſon du Chaſteau
eftoit ſous les armes , & S. M.
fut faluée du canon en fortant
de ceChaſteau de la même maniere
qu'elle l'avoit eſté en entrant
, & au bruit de plus de
cinquante boëttes . On doit remarquer
que Mr le Duc deGramont
s'eſtant trouvé indiſpoſé,
eſtoit forti fur les ſept heures
GALANT 17
du foir ; tous ceux qui ſe trouverent
à cette feſte , en fortirent
tres - fatisfaits . Le lendemain
la Reine envoya chercher
Me de Framboiſiere , & lors
qu'elle fut au Palais , S. M. luy
fit preſent de ſon portrait enrichi
de diamans. La mere de
cette Dame a eſte élevée Dame
d'honneur de la mere de la
Reine.
Il vient d'arriver une choſe
remarquable dans l'Egliſe du
Prieuré de Subernoa , furnommé
l'Hospital du Parc de Vehobiere
, dont Mr Camou eſt
Prieur. Ce Prieuré eſt une anexe
Juin 1708 . B
18 MERCURE
de la Paroiſſe d'Urrungue, pays
des Baſques , Dioceze de Bayonne
; il eſt ſitué vis- à-vis l'Eglife
d'Yvun ; il n'eſt ſeparé
d'avec l'Eſpagne que par la Riviere
de Bidaffoa, & il n'eſt éloignéde
l'Ile de la Conference
ou des Faifans , que d'une portée
de mouſquet. On ſçait que
le mariage du Roy s'est fait
dans cette Ile .
6
Des Maçons en remuantquel
ques pierres d'un Tombeau
qui felon la tradition eſt depuis
plus de cinq cent ans dans l'Egliſe
de ce Prieuré ; on trouva
dans ce Tombeau un cadavre
GALANT 19
tout entier , & auffi frais que
fiil venoit d'expirer . On reconnut
que c'eſtoit un homme
dont la barbe paroiſſoit avoir
efté faite depuis quinze jours ;
il a la teſte raſée ,& on le croit
Preſtre ; il a une écritoire à cofté
de luy & de la bougie doublée
en quatre ou cinq rangs
On voit aufli auprés de ce Cadavre
de pluſieurs fortes d'herbes
auffi fraîches que ſi elles venoient
d'eſtre cüeillies ; il a les
bras croiſez ; il eſt nud de la
ceinture en haut , & le reſte de
fon corps eſt envelopé d'une
étoffe ; & comme aucun habi
Bij
20 MERCURE
tant ne ſe ſouvient que l'on ait
mis perſonne dans ce Tombeau
, il faut que ce cadavre y
ſoit dés le temps qu'il a eſté érigé
, ce qui doit faire paroiſtre
ce fait fort extraordinaire . On
doit remarquer que ce Tombeau
eſt élevé de maniere , qu'il
auroit eſté plus dificile d'y mettre
ce Cadavre que ſous une
Tombe ; parce que la fraction
auroit eſté remarquée.J'attends
le ſentiment de ceux que cet
article fera raiſonner .
Mr l'Abbé de Polignac ,
nouvel Auditeur de Rote , &
qui a eu la place de Mr le Car-
1
GALANT 21
dinal de la Trimoille , a ſoûtenu
ſelon la Coûtume , des Theſes
de Droit avant que d'entrer
dans l'exercice de la Jurifdiction
de la Rote. L'Aſſemblée
eſtoit compoſée de tout ce
qu'il y a de plus illuftre & de
plus qualifié à la Cour de Rome.
On y compra plus de dixhuitCardinaux,
un grand nombre
d'Archevêques ou Evêques.
On remarqua auſſi quepreſque
tous ceux qui ſont dans la Prelature&
qui ſe trouvoient alors
à Rome , y affifterent ,&toute
l'Aſſemblée convint que les efprits
du premier ordre ſe dif
22 MERCURE
ringuent en tout , & qu'ils font
les actions communes , d'une
maniere particuliere , & qui n'a
rien de commun. Mr l'Abbé
de Polignac commença eette
action en donnant des marques
de ſon éloquence dans une
Harangue latine qu'il prononça
fur l'excellence du Droit ; il
fit voir que les Loix font un
frein neceffaire & tres utile
pour arreſter la cupidité des
Grands , & qu'elles fervent à
tirer les malheureux de l'infortune
& de l'oppreffion. Cette
diviſion tirée de l'eſprit même
de la Loy , fut tres - applaudie
GALANT 23
}
:
&tres-bien foûtenuë. La peinture
que Mr l'Abbé de Polignac
fit de l'eſtat où ſe trouveroit
le monde ſans le ſecours
des Loix , fut tres - touchante.
Cequ'il dit fur les plus fameux
Jurifconfultes , & fur les divers
Livres du Droit , fut tres - recherché
. Enfin toute l'Affemblée
avoüa que l'ancienne Rome
dans le temps de ſes plus
fameux Orateurs n'auroit pas
deſavoüé le ſtyle pur , naturel,
& majestueux de ce Difcours..
Pluſieurs perſonnes diftinguées
par leur naiſſance & par leur
merite ,argumenterent contre
م
24 MERCURE
Mr l'Abbé de Polignac , qui
fit remarquer dans ſes réponſes
autant d'érudition qu'il venoit
de faire voir d'éloquence dans
fa Harangue , & il reçut à la
fin de l'action des complimens
de toutes les perſonnes les plus
qualifiées qui s'y trouverent ,
chacuns'eſtant empreſſé de luy
donner des marques du plaifir
qu'il avoit eu de l'entendre.
Perſonne n'ignore que Mr
l'Abbé de Polignac a l'eſprit
fort cultivé & qu'il ne l'a pas
ſeulement rempli de ce qu'il y
a de ſec & d'épineux dans les
Sciences ; mais qu'il l'a aufli orné
GALANT 25
né & embelli de tout ce qu'il
y a de gracieux dans les belles
Lettres . Son Poëme latin en fix
Livres contre Lucrece , & dont
on nous fait bien- toſt eſperer
l'impreſſion , en eſt une preuve.
Mr Criſpi , nouvel Auditeur
de Rote pour la Ville de Ferrare
, a auſſi ſoûtenu des Theſes
de Droit Canon , pour entrer
en poffeffion de cette Charge ,
& dix- fept Cardinaux y afſiſterent
, accompagnez d'un grand
nombre d'Evêques & de pluſieurs
perſonnes de diſtinction
de la Prelature Romaine. Ce
Juin 1708, C
26 MERCURE
nouvel Auditeur de Rote ſe fit
admirer par la folidité de ſes
réponſes , & par la vivacité
avec laquelle il reſolut les plus
grandes difficultez qu'on luy fit .
On le pouſſa beaucoup fur cette
Maxime des Canoniſtes :
Spoliatus ante omnia reftituendus.
Cette regle ſi celebre dans le
Droit Canonique fut attaquée.
de toutes manieres , & celuy
qui la ſoûtenoit pouffé dans
tous ſes retranchemens . On argumenta
enſuite ſur le Digeſte,
fur le Code , ſur les Novelles ,
& fur le Sexte. On difputa auffi
beaucoup fur les Decretales ,
}
27 GALANT
د
&on voulut prouver que celles
qui ſont plus anciennes que le
Pontificat du Pape Sirice ne
font point apocryphes , comme
la pluſpart des Critiques
prétendent. En parlant de la
Decretale Unam Sanctam du
Pape Boniface VIII. on luy
oppoſa celle deClement V. fon
Succeſſeur . On parla fort de la
Conſtitution du PapeClement
III. ſur le Mariage ; on en attaqua
les conſequences , & on
brilla beaucoup fur cette queftion
particuliere. Les Decretales
des Papes Sixte V. & Clement
VIII . furent oppoſées
Cij
28 MERCURE
l'une à l'autre , & on examina
à laquelle il falloit s'arreſter au
ſujet des éditions de la Bible,
qui furent faites ſous leurs Pontificats
: les Papes Innocent III.
&Adrien V I. furent ſouvent
citez avec éloge ;& on fit beaucoup
valoir leur autorité.
Mr Cavallerini , petit neveu
du Cardinal de ce nom , qui
eſtoit Nonce en France en
1696. difputa avec beaucoup
de force & de folidité , & reçut
de grands applaudiſſemens .
Deux jeunes Anglois ; ſcavoir
, l'un le Chevalier Perkins
, & l'autre le Baron de
GALANT 29
Fenwick , diſputerent aprésM
Cavallerini . Ils deſcendent du
Chevalier Perkins & du Lord
Fenwick , qui ſignalerent leur
fidelité pour le Roy Jacques II.
dans le temps de la revolution
d'Angleterre. Le jeune Barklay
qu'on éleve à la Cour de Rome
, & qui eſt neveu du fameux
Chevalier Georges Barklay , un
des Officiers des Gardes du
même Prince , & qui lui donna
des preuves fi fortes de fon attachement
& de ſa fidelité ,
argumenta enſuite , & ne fut
pas moins admiré que les autres
. Mrs Dallevat , Hayes , &
Cij
30 MERCURE
Crone , argumenterent ſur la
fin de l'action , & firent chacun
un compliment tres- fleuri au
nouvel Auditeur , dans lequel
les loüanges d'une partie du
Sacré College entrerent fort
naturellement. Le neveu du
Docteur Parterfon qui estoit
Archevêque de Glaſcow en
Ecoffe , il y a prés de vingt ans,
finit cet acte par une difficulté
qu'il propoſa ſur une Bulle de
Jean XXII. & par un tresbeau
compliment qu'il fit au
Soûtenant. Tous les Auditeurs
de la Rote , Confreres de Mr
Crifpi ſe trouverent à cette
GALANT
3
Ceremonie , dont ils firent les
honneurs. Le Pape que l'on informa
, du fuccés qu'avoit eu le
nouvel Auditeur de Ferrate ,
l'en felicita dans la premiere
Audiencequ'il lui donna , & lui
dit qu'onpouvoit tout espererd'un
Prelat qui ſçavoit dans un âge fi
peu avancé ,tous les Principes de
la Jurisprudence Civile &Canonique.
Mr Jean Charles Krollius a
foûtenu une Theſe dans l'Uni
verſité de Wittemberg , fur la
verité de l'apparition d'une
Croix brillante dans le Ciel ,
apperçuë par legrandConftan-
Cij
32 MERCURE
:
tin , avec une inſcription qui
luy promettoit la victoire contre
le tyran Maxence , qu'il
alloit combattre. Thomaſius ,
Huber , Arnold , Tollius , &
pluſieurs autres Critiques , ont
combattu la verité de ce prodige.
Mr Volfius a entrepris
d'en établir la certitude ſur des
preuves incontestables dans la
Theſe que vient de ſoûtenir
Mr Krollius , & il a enfuite réduit
cette Theſe dans une Differtation
qu'il a renduë publique.
Mr Volfius fait donc voir
contre ces Critiques que quoy
qu'Eufebe n'ait point parlé de
L GALANT 33
ce prodige dans ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique , on n'eſt pas en
droit d'en conclurre que ce qu'il
endit dans la vie de Conſtantin
ne ſoit pas digne de noſtre
croyance. Qu'il ſuffit que le
chiffre XP. qu'on remarqua
dans cette Croix , & enfuite
fur les Drapeaux Romains ,
puiſſe eſtre pris pour le nom
de Chrift , & qu'il le ſignifie
affez naturellement , quoy qu'-
on prétende qu'il convienne à
d'autres noms qu'à celuy de
Jeſus - Chriſt ; qu'on ne ſcauroit
prouver que ce chiffre
eſtoit fur les Drapeaux Ro
34 MERCURE
mains avant Conſtantin le
Grand , & que quand on le
prouveroit , il en faudroit ſeulement
conclurre qu'avant
Conſtantin , il deſignoit quelqu'autre
nom , & que depuis
le prodige de l'apparition de la
Croix , il ne ſignifia plus que le
nom de Jeſus- Chrift ; que la
diverſité qu'on remarque dans
le langage de Sozomene , Philoſtorgius
, Zonaras , & Nicephore
Auteurs plus nouveaux phore
qu'Eufebe , prouve ſeulement
que ces Hiſtoriens ont ajoûté
quelques circonstances à la narration
d'Eufebe , & qu'elle ne
GALANT 35
doit point affoiblir l'autorité
d'un Hiſtoriencontemporain ;
ontemporain;
& enfin contre l'objection où
l'on dit que fi toute l'Armée
avoit vû le Prodige , il eſtoit
inutile que Constantin le Grand
l'affuraſt avec ferment. Mr Volfius
répond que beaucoup
d'années ſe ſont écoulées , &
que nul de ceux qui avoient
accompagné l'Empereur à la
guerre contre Maxence , n'étant
peut - eftre pas auprés de
luy, lorſqu'il inſtruiſit Eufebe
de cet évenement memorable,
le ſerment n'eſtoit pas inutile
pour mettre hors des atteintes
36 MERCURE
de la critique un fait ſi favorable
à la Religion des Chreftiens
.
Mr Fabricius , Profeſſeur de
Hambourg, dont les intentions
ne font pas fans doute ſi droites
que celles de Mr Volfius , a
publiédans le même temps une
Differtation , où ſans combattre
entierement le prodige , il
le réduit à l'ordre des chofes
naturelles , & le rend ainſi inutile
à la Religion Chreftienne.
Il prétend que la Croix que
Conſtantin vit dans le Ciel au
moment qu'il alloit combattre
Maxence , n'eſtoit qu'un Phe
GALANT 37
nomene naturel ; je veux dire
un Halo ou Parelie , & que ce
Prince qui apparemment ſçavoit
peu les regles de l'Aſtromie
, regarda comme une cho
ſe miraculeuſe un fait qui
n'avoit rien d'extraordinaire.
L'inſcription de la Croix , qu'-
on ne ſçauroit appeller un Phenomene
naturel , embarafle un
peu Mr Fabricius , & il eſt réduit
à ſoûtenir contre la foy
de tous les Hiſtoriens qui parlent
de ce prodige , que Conf
tantin ne vit aucune infcription
dans le Ciel , qu'il ne vit qu'une
Croix brillante & une Cou
38 MERCURE
ronne de lumiere au-deſſus dela
Croix , qui estoit un ſigne de la
victoire. Il prétend tirer ce ſens
forcé du texte d'Eufebe , mais
peu aprés il eſt obligé d'avoüer
que les monumens anciens qui
ont repreſenté ce prodige , contiennent
tous l'InſcriptionGreque
qu'on trouve dans l'Hiftorien
Eufebe. Enfin l'apparition
de Jeſus - Chriſt , qui la
nuit ſuivante ordonna en ſonge
à Eufebe de faire de ce ſigne
l'Etendart Imperial , peut - elle
laiſſer aucun lieu de douter que
la viſion de la Croix , eſtoit miraculeuſe
& hors des regles de
la nature.
GALANT 39
Mr Dolincan connu dans la
Republique des Lettres par la
culturequ'il a donnée à ſon efprit&
par le plaiſir qu'il s'est fait
de traiter des ſujets finguliers ,
vient de publier un Traité des
Eunuques où il en fait voir de
differentes eſpeces , avecle rang
qu'ils ont tenu & le cas qu'on
ena fait dans tous les temps &
dans les differens Empires du
monde. Cet ouvrage eſt dedié
à Mr Bayle qui vivoit encore
lorſqu'il a eſté compoſé ; il luy
rend compte dans ſon Epitre
dedicatoire des raiſons qui l'ont
engagé à traiter ce ſujet; le ſe40
MERCURE
,
jour que pluſieurs Eunuques
Italiens faifoient dans le lieu de
la reſidence de Mr Dolincan
& la diftinction dans laquelle
ils y vivoient , font le principal
motifqui l'a fait écrire ſur cette
matiere ; ils eftoient tous Muſiciens
,& avec le ſecours de leur
voix ils ſe mirent bien des chimeres
dans la reſte par raport
au beau ſexe ; leurs projets ne
reüffirent pas , continuël'Auteur
, les Dames ne furent pas
éblouïes par ce faux éclat ; il y
en eut cependant une qui écouta
les propoſitions de mariage
que lui fit un de ces Chanteurs.
GALANT 41
Un parent de cette Dame engageal'
Auteur à metre par écrit
cequ'il penſoit ſur cette alliance
, afin de pouvoir à l'aide de
ſes raiſonnemens détourner la
Dame d'un pareil engagement.
Dans cet ouvrage , auquel cette
avanture a donné lieu , & qui
eſt diviſé en trois parties , Mr.
Dolincan parled'abord de l'origine
des Eunuques , & il leur
donneune antiquité ſi reculée ,
qu'elle devient preſque imperceptible
; il prouve dans la 117.
lettre de faint Bafile de la traduction
de M Jean - Baptifte
Morvan Abbé de Bellegarde ,
Juin 1708. D
42 MERCURE
ladefinitionqu'ildonnedes Eunuques.
Il auroit pû la prouver
d'une maniere encoreplus feure
dans l'original Grec de ce Pere
de l'Eglife ; il developpe enfuite
les raiſons que les Anciens
avoient cuës de ſe ſervir de ces
fortes de gens , &il explique la
maniere dont on faifoit cette
operation douloureuſe ; il dit
enfuite qu'il y avoit quatre fortes
d'Eunuques , dont étoient
ceux qui portoient ſeulement
ce nom, parceque leurs charges
qui avoient eſté remplies
par des Eunuques du nombre
deiquels estoit Putifar Eunuque
GALANT 43
de Pharaon , & dont la femme
eut une ſi violente paffion pour
Jofeph. Il finit ſa premiere partie
par un detail des Loix faites
contre les Eunuques. Dans la
feconde il ſoûtient que le mariage
eſt interdit auxEunuques,
& il raporte fur ce ſujet l'autorité
& les Loix de toutes les
Nations ; il trouve un exemple
des inconveniens que de tels
mariages peuvent produire
dans Eufebia , jeune Princeſſe
qui épouſa l'Empereur Conf.
tantius , qu'une fuite d'infirmitez
avoit preſque mis dans le
trifte eftat des Eunuques. Ce
Dij
44 MERCURE a
mariage ne fut pas heureu , 1
Princeſſe tomba dans une trif
teſſe que rien ne put diſſiper
ſa grande jeuneſſe la fit reſiſter
quelque temps , mais comme
une fleur qu'une trop vive ardeur
ſéche , la Princeſſe tomba
dans une fiévre éthique&mourut.
Dans la troiſiéme preuve
de la premiere partie , Mr Dolincan
fait voir que les Loix des
Catholiques , des Calviniſtes ,
& des Lutheriens , & enfin de
tous les Proteftans , déclarent
nuls ces fortes de mariages.
Dans la communion Lutherienne
on trouve un exemple
GALANT 45
qui fait voir de la variation
dans la doctrine des Sectaires .
Un Eunuque Italien , Chambellan
de l'Electeur de Saxe ,
épouſa une jeune fille qui n'ignoroit
pas fon eftat non plus
que ſes parens , qui ne s'oppoferent
pas à ce mariage , qui fit
enfuite du bruit. L'Electeur
confulta les Theologiens qui
ſe partagerent fur ce ſujet , &
dans cette incertitude l'Electeur
foudainement inſpiré ,
prononça ſur la validité du mariage
; mais Mr Dolincan traite
cette décifion de l'Electeur de
fubreptice & d'incompetente.
46 MERCURE
Les réponſes qu'on peut faire
à ſix des principales objections
en faveur des Eunuques , contre
la rigueur des Loix Civiles
&Eccleſiaſtiques , font le fonds
de la troiſiéme partie de l'ouvrage
de Mr Dolincan. Il détruit
avec folidité la force ſpecieuſe
de ces objections , & il
ferme la bouche à ſes Adverfaires
.
Je crois que la Relation que
je vous envoye vous paroîtra
curieuſe. Je vous parlay il y a
quelques mois de ce qui en fait
le ſujet ,mais ſi ſuccinctement ,
que tout ce que vous allez
GALANT 47
lire n'aura rien que de nouveau
pour vous . Je ne change
rien aux termes dans lesquels
cette Relation a eſté envoyée.
Ainſi vous la devez regarder
comme une choſe originale.
Du Fort Royal de la Martinique
, le 2º Fevrier 1708 .
Je vous envoyelaRelation d'un
Voyage quej'ayfait chez les Caraïbes
de faint Vincent , à 30. ou
35. lieuës de la Martinique avec
Mr Coullet , Chevalier de faint
Loüis , & Major pour le Roy en
cette Ifle. Ily a mené avec luy
48 MERCURE
dix perſonnes en qualité de Gentilshommes
dont j'eſtois du nombre.
Ce Voyage a esté causé par les avis
que nous avons reçus que ces Caraïbes
estoient affſociez avecles Anglois
pourfaire une defcente dans
cette Iſle , ce que l'on craint beaucoup
avecjuſte raiſon ; car ces Sauvages
viennent la nuit à terre aux
endroits de l'Iſle les plus écartez ,
& coulent leurs Pirogues bas , &
dans le temps qu'on n'y fongepas
ils envoyent desfleches , dont l'orfqu'on
en estfrappé par malheur, il
n'ydaucune esperanced'enrechaper.
Pour éviter de pareilles avantures
, Mr de Machault General de
rifle
GALANT 49
& l
l'Iſle ordonna àMr le Major d'y
allerpour les detournerde leur mauvais
deffein , leurfaire des prefens
qu'ils aiment beaucoup. Mr
Coullet ayant reçu ſes ordres le 7.
Novembre 1707. pour prendre
tel Bastiment qu'il jugeroit à propos
pour fon voyage , alla chez
Mr l'Intendant où je l'accompagnay,
pourluy demander les chofes
neceſſaires pour faire les prefens.
Mr l'Intendant laißa ces achapts
àſa prudence ,&l'on travailla
àles emballer. Il arriva le 26.du
même mois à la rade du Fortfaint
Pierre une Fregate defaintMalo
nommée le Marquis d'o , com-
Juin 1708 . E
50 MERCURE
mandée par le ſieur de la Ville-
Foffelin qui alloit à Carthagene.
Leditſieur Major, pouréviter les
frais engagea ledit Capitaine de
nous porter à Saint Vincent avec
nos domestiques ; étant convenus
avecluy,nousfîmesſur le champ
embarquer nos Hardes , Bagages
Marchandises , croyant faire
route le même ſoir; mais l'arrivée
de Mr du Caße qui commandoit
8. Navires du Roy pour allerchercher
les Gallions , retarda noftre
depart de deux jours.
Le 29. nous mêmes à la voile
& nousfimes route à Saint Vincent,
où nous arrivâmes le 30. au
GALANT 51
foiràminuità3.liënesſous le vent.
Mr le Major donna ordre au Capitaine
de mettre ſa Chaloupe&
fon Canot à la mer; il nousy fit
embarquer avec tout fon Equipage,&
nous arrivâmes à terre avec
beaucoup de peine , la mer étantfi
rude que nous fûmesfur le point
de perir. Ilparut une grandetroupe
de Sauvages ſur leſable ,&Mr
le Majorſejetta enmerpour leur
aller parler. Ils firent d'abord de
grands cris de joye en disant , c'eſt
leCompere , ) le motde compere
chezeux veut dire amy ; ) il faut
ſauver tout ce qu'ila , ce quifut
fait fur le champ. Le tout étant
Eij
52 MERCURE
hors de danger, il renvoya la Chaloupe&
le canot àſon bord , aprés
quoy nous gardâmes nos Equipages
&nos Marchandises jusqu'à
ce qu'ileut efté au Carbet du Capitaine
à Boe-Pyaie ; c'est le lieu
où ils s'aßemblent pour déliberer
furleurs entrepriſes. (Pyaie est celuy
d'entre eux qui ſe mêle de prophetiſer
ce qui leur doit arriver ,
&qui aprés avoir pluſieurs fois
tourné une Calbaße qui est penduë
dans leur Carbet qu'ils nomment
faint Meſmin , il dit ce qu'il luy
vient dans la pensée , &ils font
aßezfimples pourle croire.)Ce Ca
pitaine envoya fur le champ des
GALANT 53
Sauvages pour aporter tout noftre
Bagage audit Carbet, ce qui nous
fit bien du plaisir àcauſe que nous
avions grandfroid, les nuits dans
les Antilles étant tres-fraîches , &
furtout dans cetteſaiſon ; mais par
leſecours de quelques coups d'eau
de vie nousfûmes bien-tôt réchaufez.
Nous pendîmes dans le Carbet
tous nos Amacs, (cefont les lits
dans lesquels on couche aux Iſles ,
&que l'on pendauplancher ) mais
à peine eûmes- nous deux heures de
temps pour nous repofer , le jour
étantprêt à paroître lorſque nous
nous couchâmes .
Le premier de Decembre Mr le
E iij
54 MERCURE
Major envoya des Sauvagesfaire
le tour de l'Iſle afin d'avertir les
Capitaines de chaque Carbet deſe
rendre avec les plus anciens pour
y recevoir les preſens que le Compere
Coullet avoit à leur faire de
la part defon grand Roy. f'avois
grandſoin d'écrire tous leurs noms
à mesure qu'ils arrivoient , &Mr
le Majorceluy de les entretenir&
de les bien faire boire & manger.
Il ordonna le 4 jour , que l'on cef-
Saft de leur donnerde l'eau de vie ,
ce qui ſurprit les Caraïbes & les
Negres. (Ces Negresſeſont habituez
dans cette Isle par la perte
d'un Navire qui venoit de Gui
GALANT 55
née , etqui ont tantpeuplé, qu'il
y apresentement beaucoup plus de
Negres que de Caraïbes. ) Quatre
Caraïbes & autant de Negres des
Chefs , ſe détacherent des autres
pour venir trouver Mrle Major,
luy faire des plaintes fur ce
qu'il avoit deffendu qu'on leur
donnaſt à boire. Il leur répondit ,
qu'il les vouloit aſſembler tous
pour leur parler , & ils ſe trouverent
au nombre de cinquante-
Sept Capitaines tant Caraïbes que
Negres dans le Carbet. Mr le
Major, qui par la longue habitudequ'il
a euë avec eux , & qui
Sçachant mieux queperſonne s'in
Eiiij
56 MERCURE
finuer dans leur efprit , ſe deshabilla
,ſe mit tout nud comme eux ,
oſe fit rocoüer . ( Les Caraïbes
ont pour maxime de ſe peindre
tous les matins le corps avec du
Rocour, qui est une peinture rouge
qui fent fort mauvais quand elle
est nouvelle. Elle est tirée d'un arbre
qui croift dans les Antilles ,
elle est enfermée dans des coques
qui piquent comme celles d'unmad'Inde.
Mrle Major, pourſe
faire rocoüer,ſe fit peindre tout le
corps par la main de la plus belle
Caraïbeffe . C'est chezeux la coûtume
, &la marque la plus fenſible
par où l'on peut leur faire
ron
GALANT 57
connoiſtre que l'on ne mépriſe pas
leurs manieres , dont ils font fors
amateurs. En effet on a toûjours
remarqué que c'est le veritable
moyen de ſe les attirer. Dans ce
rifible eftat il alla embraffer tous
les Sauvages & les Negres qui
estoient dans l'Affemblée , aprés
quoy il leur adreſſa le Discours
Suivant.
Mes Comperes , Mr deMachaut
General de la Martinique
, m'a envoyé vers vous
pour vous partager également
les prefens qu'il veut vous faire,
&qui vous feront délivrez demain
matin avant l'eau de vic..
58 MERCURE
Ace mot de Preſens , ils poufferent
de grands cris de joye , en élevant
leurs mains par deſſus leur
teste , pour marquer leur reconnoif-
Sance , &l'on auroit plutoft pris
ces cris pourdes hurlemens de loups,
que pour des marques de remerciemens.
Mes Comperes , continua
- t - il , je fuis informé que
les Anglois viennent en cette
Ifle plutoſt pour vous tromper
que pour vous eſtre fidelles ,
& qu'il y en a dans la Compagnie
qui leur fourniffent des
bois pour la conftruction de
leursMoulins à fucre ; que d'ailleurs
pluſieurs de vous autres
GALANT 59
ont envoyé leurs enfans à la
Barbade , &que actuellement
vous y en avez encore quatre.
Et en ſe retournant vers les Capitaines
Negres , il leur dit qu'ils
y en avoient auffi envoyez :
puis s'adreſſant au vieux Abel-
Pyaie , il luy dit , c'eſt toy , mon
Compere , qui montre les arbres
aux Anglois ; & comme
c'eſt toy , il faut pour reparer
ta faute que tu mettes le feu à
tous les bois qu'ils ont travaillez.
Toute l'Assemblée conclut
qu'ilfalloit luy accorderſa demande
, &fur le champ le Capitaine
Abely mit le feu,& brûla pour
60 MERCURE
plus de dix mille livres de bois
que les Anglois avoient travaillé
tant pour faire des Rouleaux de
Moulins ,que pourbâtir. Mr le
Majorleur perfuada que pour con-
Server l'amitié des François il en
falloit tuer un ou deux à coups de
fléches , &faire boucaner une de
leurs mains & la porter àla Martinique.
( Les Sauvages ne mangent
point de viande qu'ils ne
T'ayent exposée à la fumée pendant
quelques jours , comme nous
faiſons en Europe nos Jambons ,
&ils aappppeelllleenntt cela Boucaner.)
Il ajoûta qu'il ne falloit pas abfolumentfouffrirqu'ils
mißent le
GALANT 61
pied dans leur Ifle , &il leurdeffendit
auſſi d'en tuer plus quand
même ils enferoient les Maiſtres ;
mais bien de les luy amener vivans
, leur promettant de les récompenser.
Ils le luy promirent
tout d'une voix , & l'afſfurerent
qu'ils luy tiendroient parole , &
ils demanderent qu'on leur renvoyaſt
deux Sauvages qu'on re--
tenoit depuis long- temps Esclaves
à la Martinique. Mrle Major
leur en donna ſa parole , & il la
tint auſſi tost aprésfon retour. Ils
nous dirent auſſi qu'à la chûte de
la Lune ( c'eſt leur maniere de
marquer les temps) ils devoient
62 MERCURE
partir avec douze de leurs Pirogues
pour executer avec les An .
glois , l'entrepriſe qu'ils avoient
concertée enſemble , qui eſtoit
d'aller faire une deſcente à la
Grenade , pour y tuer & mafſacrer
tout ce qui ſe rencontreroit
, & enſuite venir à la
Martinique , pour y faire la
même choſe. Mr le Major leur
perfuadaqu'ilfalloit étouffercela ,
il leur dit que les François de
la Grenade eſtoient gens à tout
oublier , auffi bien que ceux de
laMartinique ; ilsyconfentirent,
& ils promirent de ne rien entreprendre
contr'eux. Mr le Major
GALANT 63
les voyant dans ces bonsſentimens,
leur demanda des Otages pour les
engager à tenir leurs promeßes , à promeBe
condition qu'il les feroit brûler
tout vifs s'ils manquoient de parole.
Il confeilla aux Caraïbes de
faire avertir de tout ce qu'ils venoient
de conclure, les braves Comperes
Negres , afin de leur prêter
Secours contre les Anglois , lorfqu'ils
viendroient les chercherpour
faire l'expedition de la Grenade
& de la Martinique. Un des
Negres prit à l'instant la parole
pour tous , & dit que lorſqu'ils
feroient avertis ils nemanqueroient
pas de venir bien armez
64 MERCUR E
leur donner tout le ſecourspoffible
, & qu'eux ſeuls ſuffiroient
pour rendre leurs Chaloupes
fans que les Caïbes y miſſent
ſeulement les mains , d'autant
qu'ils n'eſtoient que des HACQUINS.
( Hacquins veut dire en
leurlangage , Lâches , Faîneans ,
Avaricieux , & c'est la plus grande
injure qu'on leurpuiffe dire.)Les
Caraïbes entendant cela n'oferent
répondre , attendu qu'ils craignent
beaucoup les Negres , quifont environ
douze contre un Caraibe .
Pendant ce Discours il arriva
trois àquatre cens Negreſſes, chargées
comme des Mulets de Caffa
GALANT 65
ve, &de Bananes ; ( La Caffave
est une espece de galette qu'ils
font avec de la racine de Mayoc ,
qu'ils cultivent tres -foigneusement
, &qui leur tient lieu de
pain , & la Banane est un fruit
long comme un grand concombre ,
&àpeu prés dela même groſſeur )
L'Aßemblée estant finie , Mr le
Major ordonna que l'on miſt un
Barıl d'Eau - de - vie dans leur
grande Jarre ( une Farre est un
grandVase de terre propre àfaire
le Quycoüs , qui est une liqueur
composée de Caſſave avec de l'eau
plufieurs ingrediens qu'ils
fent aigrir ; cette liqueur enyure
Juin 1708 .
F
66 MERCURE
beaucoup ,) ils burent tous de cette
Eau-de-vie, &pluſieurs s'enyvrerent
, & la nuit ils ſe battirent à
coups de coûteaux & à coups de
fléches ; il y en eut beaucoup de
tuez & pluſieurs bleſſez , du
nombre desquels fut le Capitaine
Madé, qui reçut un coup de fléche
au travers des deux cuiſſes.
Le lendemain Mr le Major fit
aſſembler les Capitaines&tous les
Chefs , &lesfit appellerà tour de
rolle,pour leur donner àchacun un
Chapeau , deux haches,deuxferpes,
dix gros grains de cristal, deux
Rafoirs , deux Calbaffes d'Eau de
vie , quatre aulnes de Rubans
Ch
GALANT 67
trois aulnes de toiles , &deux livres
de poudre à tirer: ilsfurent
tous fi contens que leur joye alla
au delà de tout ce que l'on peut
s'imaginer. Aprés que cette diftribution
eut estéfaite , Mr leMa
jor apercevant le faint Mesmin
qui étoit pendu au deſſus de ſa tête
( c'est une Calebaße remplie de
petites pierres comme les joüets des
petits enfans ) ilſe mit en devoir
de lefaire tourner comme le Pyaie;
mais ils luy dirent , Compere va
pas toucher là; car Maboya y
emporteroit toy , à quoy il leur
répondit qu'il étoit bon Pyaie ,
que fitôt qu'il l'auroit fait
Fij
68 MERCURE
tourner trois fois , il feroit ve
nir Maboya ( MABOYA veut di
re le Diable ) ayant entendu cela ,
pour ne point faire trouver Mr
le Major menteur , je fortis du
Carbet , &ayant remarquéqu'il
y avoit derriere un grand Caffier
qui portoitſes branchesſurla couverture
qui étoit trouée en plufieurs
endroits , je montay par le
moyen de cet arbre fur la couver
ture ; je me plaçay directement au
defſſus de la tête du Pyaie Caraïbe,
&quand je vis que Mr leMan
jor tournoit pour la troifiéme fois
leSaintMesmin,je laiſſay tomber
mon Cargouffier dans lequel ily
GALANT 69
avoit 16. Cargoußes avec les balles
ſurla tête du Pyaie que jeluy
caffay, ce que vayant les Caraïbes
ils prirent tous la fuite , en criant
que le Compere Coullet étoit bon
Pyaie. Ils crurent tous que c'étoit
effectivement Maboya qui étoit
tombéfurleur Pyare, afin qu'ils
en fußent mieux perfuadez, je
pris le temps de leur fuite pour
descendre en bas fans qu'ils me
viſſent ; leur terreurpanique étant
paffée ils revinrent nous faire reffouvenirque
les Anglois devoient
revenir avec deux Navires au
plein de la lune pour emporter les
bois qu'ils n'avoient pû emporter
70 MERCURE
le premier voyage , & que nous
avions fait brûler ,&leur ramener
4. Caraïbes avec les Negres
qu'ils avoient à la Barbade, ce qui
nousfit refoudre d'envoyer un ordre
par un exprés au Maistre d'une
Barque qui étoit à 7 lieuës de nous,
quifaisoitsa charge de Roche à
Chaux , de nous venir trouver , ce
qu'elle ne pûtfaire qu'au bout de
3.jours. Dés qu'elle fut moüillée
nous nous embarquâmes avec nôtre
Bagage , & nous fijmes route
pour la Martinique , où nous arrivâmes
le 10. Decembreà9. heures
du matin . TIBERGE.
Mr N... de Monthelon (ou
GALANT 71
Montholon ) Abbé regulier de
faint Sulpice , dans le Dioceſe
du Belley & de l'OrdreCiteaux,
eſt mort dans ſon Abbaye dans
un âge fort avancé. Il étoit frere
aîné de Mr de Monthelon ,
mort Premier Preſident du Parlement
de Roüen ; il avoit un
autre frere qui ſe noya en Bugey
il y a pluſieurs années ,&
qui avoit beaucoup de merite,
& une ſoeur morte Religieuſe
dans l'Abbaye de Bons à Belley,
qui dépend de celle de ſaint
Sulpice. Mrl'Abbé de faint Sulpice
étoit fort eſtimé de tous
ceux qui le connoiſſoient . La
72 MERCURE
régularitéde ſa conduite , &les
augmentations qu'il a faites
dans fon Abbaye, & qu'il a
renduëpar là une des plus confiderables
de l'Ordre, rendront
ſa mémoire chere à ſes fuccef
feurs . Cet Abbé vivoit d'une
maniere fort noble ; il étoit
Seigneur de Machura qui dépend
de faint Sulpice. Il y a des
vins tres - délicats dans cette
Contrée , & qui font fort recherchez
par les Etrangers .
Nicolas de Monthelon fût
Avocat géneral du Parlement
de Dijon , & François . fon
fals fut Préſident au Parlement
de
GALANT 73
de Paris , & Garde des Sceaux
de France dans le pénultiéme
Siècle. Etienne de Montholon
ſon ayeul , & pere de Nicolas
avoit épousé Marie de Gannay,
foeur de Jean , Chancelier de
France, & de Germain, Evêque
de Cahors , & enſuite d'Orleans
; & ce Prélat qui aimoit
beaucoup fon petit - neveu le
tira de Bourgogne , dont cette
Famille eſt originaire d'une
Maiſon appellée Monthelon ,
& qui luy a donné fon nom ;
& il luy conſeilla de s'attacher
au Parlement de Paris , où fon
mérite & fa probité le firent
Juin 1708. G
74 MERCURE
,
beaucoup confiderer ; il commença
à exercer la profeſſion
d'Avocat , & dans les années
1522. & 1523. il eut la generoſité
de ſe charger de la cauſe
de Charles de Bourbon
Connêtable de France , contre
Loüiſe de Savoye, meredu Roy
François . I. Ce Monarque qui
ſe trouva incognito à ce Plaidoyé
, fut fi touché de l'éloquence
& du mérite de Mr de
Monthelon , que quoiqu'il eut
foûtenu des interefts contraires
à ceux de la Ducheſſe ſa mere
6 il le fit Avocat géneral du
Parlement de Paris , & il l'éle
GALANT 75
va enſuite aux autres Dignitez
dont je viens de parler. François
II. du nom ſon fils , & Seigneur
d'Aubervilliers aprés fon
pere, ayant eſté longtemps fimple
Avocat , fut élevé par Henry
III . à laDignité de Garde des
Sceaux ; & aprés la mort de ce
Prince il les remit au Cardinal
de Vendôme en 1569. & il
mourut à Tours l'année ſui-
Vante.
Avant ceux dont je viens de
parler , Jean de Monthelon ,
Docteur de Sorbonne fut Secretaire
d'Etat de Philippe le
Hardy , & de Jean fans Pour
Gij
76 MERCURE
!
Ducs de Bourgogne. Les Hiftoriens
l'ont fort celebré. Charles
de Monthelon Chevalier de
Malthe ſe ſignala pour le fervice
de fon Ordre , ſous le
Grand- Maître d'Aubuſſon ſon
oncle maternel. Henry Pantaleon
, dans ſon Hiſtoire des
Chevaliers de l'Ordre de ſaint
Jean de Jerufalem , parle tresavantageuſement
de Charles
de Monthelon , & il n'eſt pas le
ſeul qui diſe qu'il contribua
beaucoup à faire lever le Siége
que Mahomet II . mit devant
Rhodes en 1480.Jean de Monthelon
, Docteur en Droit &
GALANT 77
Chanoine régulier de faint Victor
de Paris eſtoit fils de François
I. Garde des Sceaux ; il fut
l'Auteur du Promptuarium , ou
Breviarium divini Juris , es
utriusque humani que Henry
Etienne imprima en 1520. en
deux volumes. Pierre de Monthelon
, Docteur & Profeſſeur
de Sorbonne , Chanoine de
Laon & morten 1596. fut fort
celebre par ſa Doctrine. Jacques
de Monthelon , fameux
Avocat a donné un excellent
Recüeil d'Arreſts ; il mourut en
1622. François de Monthelon ,
Conſeiller d'Etat des Rois
Giij
78 MERCURE
Henry III . Henry IV.& Louis
XIII . mourut en 1626. aprés
avoir fondé la maiſon des Peres
de l'Oratoire à noſtre Da
me des Vertus .On prétend qu'il
y a eu un Guillaume de Monthelon
Cardinal ſous Clement
VI . mais je n'oſe l'affurer , les
preuves n'en eſtantpasbien certaines
, & d'ailleurs cette Maifon
ayant eſté remplie de tant
d'Honneurs & de Dignitez ,
qu'elle n'a pas besoin pour
eftre illuſtrée de Fictions ou
de Faits douteux ; je dois ſeulement
faire remarquer qu'elle
s'eſt longtemps diftinguée dans
GALANT 79
A
re
la profeſſion des Armes , avant
de prendre le party de la Robe,
&qu'outre la branche de Monthelon
d'Aubervilliers,dont feu
Mr le premier Préſident de
Roüen eſtoit Chef ; il y en a encore
unedont eft ChefM Mathieude
Monthelon Conſeiller
auChâteler,nere de m' de Monthelon
Confeiller au grand
Confeil.Cettebranche ſe forma
en la perſonne de Jerôme de
Monthelon, S' de Perroufſeaux
Conſeiller au Parlement , 2
fils de François 1. de ce nom
C
Garde des Sceaux , & enfuite
Conſeiller d'Etat , & Intendant
د
Giij
80 MERCURE
de Juſtice à Orleans. Il mourut
en 1618. & laiſſa de Madelaine
de Bragelogne Guillaume dont
je vais parler . Jerôme Maître
d'Hoſtel ordinaire de la Reine
Marie de Medicis , pere d'un
Conſeiller de la Cour des Aides
de Rouen , & Madeleine ,
femme de Denis Palluau , d'où
eſt venu feu Mr de Palluau ,
mort Doyen du Parlement , &
pere de feu Mr le Marquis de
Palluau , Maréchal de Camp.
Guillaume qui estoit l'aîné fut
Conſeiller au Parlement , &
pere de Jeroſme Maiſtre des
Comptes ,qui a laiſſe poſterité ,
GALANT 8
&de Guillaume Subſtitut de
Mr le Procureur General , qui
a auſſi laiſſe poſterité.
Feu Mr le premier Preſident
de Rouen a laiſſe des enfans de
Marie-Anne de la Guillaumie ,
morte en 1694. ſçavoir Charles
François de Monthelon 2 .
du nom , qui fait ſes exercices
à l'Academie , & quatre filles ,
dont trois font Religieuſes . Ce
Magiſtrat avoit épousé en ſecondes
nôces en 1700. Marie-
Madeleine de Canonville , Dame
de Groſmeſnil , veuve de
de Mr le Baron d'Eſneval , Vidame
de Normandie , Ambaſ
82 MERCURE
fadeur en Portugal & enſuite
en Pologne. Cette Dame eft
petite- fille d'Anne - Françoiſe
de Lomenie , ſeconde femme
de Mr le Chancelier Boucherat.
Feu Mr de Monthelon fut
reçu Conſeiller au Grand Confeil
en 1679. & premier Prefident
de Rouen en 1691. Il
eſt mort en 1703. Il eſtoit fils
de même que Mr l'Abbé de S.
Sulpice , de François de Monthelon
3. du nom , qui aprés
avoir exercé pendant vingtfept
ans la Profeſſion d'Avocat
avec beaucoup d'honneur ,
fut honoré du Brevet de Con
GALANT 823
feiller d'Etat en 1645. & de
DameMarie Lannier. Ce François
eſtoit fils de Jean auffi
Conſeiller d'Erat , & petit- fils
du ſecond Garde des Sceaux de
cette Maiſon , &de Geneviève
Chartier , d'une famille qui
ſubſiſte encore à Paris , en la
perſonne d'un fameux Avocat
de ce nom.
L'Abbaye de Saint Sulpice
a efté fondée par Amé II . du
nom & premier Comte de Savoye
, Seigneur de Bugey , qui
avoit fait voeu de fonder une
Abbaye dans ſes Etats pour
avoir lignée.Enſuite de ce voeu
84 MERCURE
i
il eut un fils appellé Humbert ;
mais ce jeune Prince étanttombé
malade , & Amé craignant
de le perdre faute d'avoir accompli
ſon vocu , il fit bâtir &
fonda l'Abbaye de S. Sulpice
à la perfuafion de la Comteffe
de Savoye ſa femme. Cette Abbaye
eſt la fixiéme fille de celle
de Pontigny ; & les Hiſtoriens
rapportent qu'en 1130. quinze
Religieux de l'Ordre de Citeaux
& Bernard leur Superieur
allerent dans les montagnes de
Bugey par la permilion d'Hugues
, Abbéde Pontigny , dans
le deſſein d'y mener une vie pé-
1
GALANT 85
nitente& plus auſtere quecelle
de Pontigny , & ils établirent
l'Abbaye de S. Sulpice. L'Abbaye
de Chaſſagne en Breffe ,
poſſedée par Mr Pajot Conſeiller
Clerc au Parlement , &celle
de Bons , qui eſt une Abbaye
de Filles , en dépendent . L'Abbaye
de Falcera en Toſcane ,
au Dioceſe de Civita- Caſtellana
en dépendoit autrefois , parce
qu'environ l'an 1143 , elle
avoit eſté fondée par les Abbez
de S. Sulpice. Nicolas le
Goux de la Berchere , oncle de
Mr l'Archevêque de Narbonne
, eſtoit predeceſſeur imme-
\
86 MERCURE
diat de Mr de Monthelon.
Dom Demonjournal à qui le
Roy vient de donner cette Abbaye
, comme vous verrez dans
la ſuite , a un frere dans l'Ordre
de Cifteaux , qui y eſt treseftimé.
Mre François Joiſel , Preſtre,
Docteur de la Facultéde Theologie
de Paris , Doyende lamême
Faculté , Seigneur deDouy
& de la Ramée , eſt mort âgé
de 90. ans. Il avoit toûjours
eſté fort zelé pour la ſaineDoctrine
; il fit même dans le temps
des grands mouvemens qu'ex,
citerent en France les queſtions
GALANT 87
de la Grace , un voyage à Rome
, pour y deffendre la bonne
Cauſe. Il eſtoit bon Theologien
,& il avoit une éloquence
naturelle , qui faiſoit beaucoup
deplaiſir à tous ceux qui l'entendoient
parler dans les Afſemblées
de la Faculté. Sa Latinité
eſtoit pure & digne du
fiecle d'Auguſte , & perſonne
ne parloit plus aifément que
luy ſur le champ , & fur toutes
fortes de ſujets. Il eſtoit
exact pour l'obſervation de la
difcipline , & rien ne pouvoit
l'obliger d'en rien relâcher . Il
avoit eftéChanoine de Meaux.
88 MERCURE
re
M Jean- François Joiſel , St de
Juilly , Conſeiller du Roy &
Maiſtre ordinaire en ſa Chambre
des Comptes , eſt ſon neveu.
Ils font d'une ancienne
famille de Paris , qui a donné
pluſieurs Officiers aux Cours
Superieures de cette Ville. Mr
Joiſel a eſté porté à la Paroiſſe
de Saint Nicolas du Chardonnet
, ſur laquelle il demeuroit.
Toute la Faculté de Theologie
aſſiſta à ſon Convoy ; les
Docteurs estoient en fourrure ,
Le corps de ce Docteur a enſuite
eſté porté àſa Terre , où
ila ſouhaité d'eſtre enterré.
GALANT 89
Mrde la Roque , Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris
, Sous - Doyen de la même
Faculté , & ci- devant Theologalde
l'Egliſe de Meaux , a fuccedé
à Mr Joiſel , & il eſt devenu
par cette mort Doyen de
la Faculté. Il fit une Harangue
latine à ſon inſtallation dans
cette dignité , ſelon l'uſage , le
premier de ce mois dans l'Afſemblée
des Docteurs . Ce
Diſcours qui fut tres- beau
roula en partie ſur l'éloge de la
Faculté ; il parla de ſon antiquité
, de ſa ſeverité dans ſes
exercices , & des grands hom-
Juin 1708 . H
90 MERCURE
mes qu'elle a produits. Il parla
enfuite des devoirs d'unDoyen
&de l'attention qu'il doit
avoir pour l'obſervation des
Loix de la Faculté ; il s'étendit
beaucoup fur ce ſujet , & fir
voir que ſans la pratique rigoureuſe
de ces Loix la réputation
de la Faculté de Paris
ne ſe ſoûtiendroit pas longtemps
, & qu'elle ne fera celebre
qu'autant qu'elle fera obſerver
rigoureuſement ſes Sta
tuts. A cette occaſion il parla
du relâchement où eſtoient
tombez les plus grands établiſſemens,
parce que l'on n'a
GALANT 91
voit pas eſté ferme dans la pratique
de leurs Statuts & de leurs
Loix. Ce Diſcours reçut de
grands applaudiſſemens , &
quoyqueMrde laRocque foit
Doyen, c'est-à- dire le plus ancien
Docteur de la Faculté de
Theologie de Paris , il le prononça
avec beaucoupde force.
Il a le talent de la parole ; il
prêche avec fuccés ; & l'on
ne peut avoir plus de zele qu'il
en a pour la ſanctification des
ames.
Je paſſe àl'Article des Benefices
donnez par le Roy dans
laderniere Promotion ; le nom-
Hij
92 MERCURE
bre en eft grand , quoy qu'il
n'y ait point d'Evêchez. Comme
j'ay à vous parler de pluſieurs
Abbayes données , je ne
repeteray point au commencement
de chaque Article , les
mots de le Roy a donné telleAbbaye
, ou pourvû de telleAbbaye ,
&c. & le premier motde donné
ſervira pour tous les autres par
leſquels j'aurois dû commencer
chaque Article.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Saint Jean de Falaiſe , Dioceſe
de Seez à Mr l'Abbé de
Saint- Aulaire , Chanoine &
Grand Vicaire de Perigueux.
GALANT
93
Il eſt Docteur en Droit de la
Faculté de Paris , & il a eſté élevé
dans le Seminaire de Saint
Magloire. Il joint à un merite
generalement reconnu une
naiſſance diftinguée. La maiſon
de Beaupoil dont il eſt originaire
eft de Bretagne , où elle
eſtoit déja tres - confiderable
dans le quatorziéme fiecle
puiſque Yves de Beaupoil, Chevalier
, prit le party de Charles
de Blois , Duc de Bretagne ,
contre Jean de Montfort , &
aprés la mort de Charles tué à
la Bataille d'Avray en 1364. il
ſe retira auprés du Roy Char-
,
94 MERCURE
les V. qui fit ſa Paix avec Jean
de Montfort alors Duc de Bretagne.
François de Beaupoil
Seigneur de Saint Aulaire , un
de les petits- fils fut grand Panetier
des Rois François I. &
Henry II . & fut Chevalier de
l'Ordre du Roy. Germain fon
fils fut auffi Chevalier de l'Ordre
& Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy Charles
IX. Il y a trois branches
de cette maifon : ſçavoir , celle
deMr le Marquis de Saint-Aulaire
Lieutenant general de Limofin
, frere de Mr l'Evêque
de Tulles , & de l'Academie
GALANT 95
Françoiſe ;celle du nouvelAbbé
; & celle de Mr le Marquis
de Lanmary , grand Echanfon
de France.
L'Abbaye de Quincy à Mr
l'Abbé Bastide , Aumônier des
Pages de Sa Majefté. Mr l'Abbé
Baſtide eſt Chapelain du
Chafteau de Brie-Comte Robert
& Chanoine de S. Omer.
Il s'eſt toûjours fort attaché
aux fonctions de ſon miniſtere,
& il les a toûjours remplies
avec beaucoup d'exactitude.
L'Abbaye de Quincy eft tresancienne
& fort celebre dans
1'Hiftoire . Mrl'Abbé de Mal
96 MERCURE
mieſſe à qui Mr Baftide fuccede
, eſtoit d'une tres- ancienne
maiſon , qui a donné dans le
dernier fiecle un Evêque à l'Egliſe
de Conferans en Bearn.
L'Abbaye de Quincy a eſté
poſſedée par d'autres perſonnes
d'un grand merite , & d'une
vertu qui a édifié l'Eglife ,
fur tout dans le quinziéme &
dans le ſeiztéme fiecle , où les
Abbez & les Religieux de
Quincy ſe diftinguerent de
leurs voiſins par une regularité
&une reforme rare dans ces
fiecles là.
L'Abbaye de Meimac à Mr
l'Abbe
GALANT 97
l'Abbé de Rochette , Grand-
Vicaire de Clermont. Cette
Abbaye a eſté long temps poffedée
par Mr l'Abbé de Mêchatin,
Comtede Lyon & frere
de Mr l'Evêque de Gap , & en
dernier lieu par Mr Tournely ,
Docteur & Profeſſeur de Sorbonne.
Mr l'Abbé de Rochette
à qui le Roy vient de la donner
, joint à une naiſſance fort
diftinguée , un merite & une
pieté qui le rendent digne des
premieres dignitez ; il eſt tresbon
Theologien. Il a étudié
dans les fources , & il s'eft fait
dés ſa plus tendre jeuneſſe une
Juin 1708. I
98 MERCURE
?
étude particuliere des Saints
Peres , & il les a lûs avec tant
deſoin qu'il n'y a preſque point
de paſſage dans leurs écrits un
peu importans qu'ils ne ſcache
par coeur.
Le Prieuré de Bellamcombe
à Mr l'Abbé de Morlet. Cc
Prieuré eſt fort ancien ; & a
produit de grands ſujets. Un
Religieux de ce Prieuré brilla
fort dans le Concile de Conftance
, lorſqu'on y traitta de
l'affaire de Jean Hus & de Jerôme
de Prague ; fon zeleyfut
remarqué , & les Peres luy en
firent des remerciemens. Il
NEQUE
DELA
LYON
THEQUE D GALANT90
avoit ſuivi à ce CCeonncoillee fon
General , qui n'y brillapas
moins . Mr l'Abbé de Morlet
qui vient d'avoir ce Prieuré ,
s'eſt diſtingué dans le monde
par ſes talens. Il eſt tres verſé
dans la connoiſſance des Langues
, & il ſçait parfaitement
l'Ecriture Sainte. Il s'eſt appli.
qué à cette étude depuis ſa plus
grande jeuneſſe , perfuadé que
de celle là dépend le ſuccés de
toutes les autres . Ce nouvel
Abbé eſt d'une naiſſance confiderable.
Il eſt allié à toutes
les meilleures familles de Picardie
, où Mrs de Morlet
I ij
100 MERCURE
eſtoient déja connus dans le
penultiéme fiecle. Cette famille
a donné de grands ſujets
àl'Ordre de Saint Benoiſt , & à
celuy de Saint Auguſtin.
L'Abbaye de Saint Sulpice ,
Ordre de Ciſteaux ,Dioceſede
Bellay , à Dom Monjournal ,
Docteur de Sorbonne , & Profeffeur
en Theologie au College
des Bernardins de Paris.
Ce Religieux eſt le quarantedeuxiéme
Abbé de Saint Sulpice
depuis Bernard qui en fut
le premier Abbé , & qui mourut
en 1135. ainſiqu'il eſt porté
par la Charte de la Fonda
GALANT JOI
tion. Ce Bernard a eu d'illuftres
Succeffeurs. David quatorziéme
Abbé , fut Vicaire general
de Berlio d'Ameſin , Evêque
de Bellay en 1272. &un
des grands Theologiens de fon
temps. Bernard des Echelles
vingt- deuxième Abbé , ne fut
pas moins habile ; il affocia
Jean d'Oncieux , Chevalier
Seigneur de Douvres , & Alix
fa femme, auxPrieres de la Maiſonde
Saint Sulpice. Jeand'Argit
ſon ſucceſſeur , obtint d'Amé
V. Comte de Savoye , &
furnommé le Comte Vert , la
haute, moyenne,&baffe Jufti-
,
I iij
102 MERCURE
,
,
ce de l'Abbaye de Saint Sulpice.
Jacques de Moyria , Abbéd'Hautecombe,
fut le vingtfixiéme
Abbéde Saint Sulpice.
Pierre d'Eſcrivieux fut le vingtſeptiéme
Abbé &un des
plus grands Geometres de fon
temps. Pierre de Mornieu
d'une famille qui fubfifte en
Bugey , dans la perſonne de
Mr de Gramond , fut le trentequatrième.
On voit dans le Recüeil
des Epîtres d'Eraſme deux
Lettres qu'il écrivit à cet Abbé
, & qui font voir l'eſtime
qu'il en faifoit. Jean de Bel
mont fut le trente - fixiéme.
GALANT 103
Gaſpard& Louis Dinet , Eve
ques de Maſcon , furent fes
fucceffeurs. Pierre Nivelle, puis
Abbé deCifteaux& Evêque de
Luçon , leur fucceda ,& à celuici
, Mr de la Berchere. Dom
Monjournal eſt un des plus
fçavans hommes de 1 Ordre de
Cifteaux. Sa réputation y eſt
fortgrande.
Celle de Marcilly , à Dom
d'Houdreville , qui est tres-eftimé
par fa vertu & par fa capacitéencoreplus
que par ſa naiffance
, quoy qu'elle foit tresconfiderable
. Il a exercé dans
fon Ordre , qui eft celuy de
I ij
104 MERCUR E
Cifteaux, des emplois qui prouvent
que ſes Superieurs l'eftiment
beaucoup. Mr l'Abbé
de Ciſteaux a une grande confiance
en luy ,&il luy en a donné
des marques en pluſieurs occafions.
L'Abbaye de Marcilly
eſt dans le Dioceſe d'Autun .
Elle est fort ancienne & elle a
donné à l'Egliſe des Solitaires
qui l'ont édifiée par leur pieté &
par la pratique exacte des vertus
religieuſes . Cette Communauté
eſt remplie de beaucoup
de perſonnes de diſtinction du
Duché de Bourgogne.
CelledeMontier-neuf, ſituée
GALANT 105
dans la Ville de Poitiers , de
'Ordre de S. Benoiſt , à Dom
du Poirier de Vallois , Religieux
du même Ordre. C'eſt
un homme de qualité qui tient
par fa famille aux meilleures
Maiſons de l'Anjou & de la
Touraine. Il eſt parent de Mr
le Marquis de Rafilly , Sous-
Gouverneur de Meſſeigneurs
les Princes , fort connu par ſa
pieté, par ſa probité , & par fa
prudence , qui ne laiſſe rien
à defirer. Cet Abbé a prèché
avec beaucoup de ſçavoir &
d'onction. Il s'eſt appliqué à
l'étude des Conciles & de la
106 MERCURE
Diſcipline de l'Eglife , où il a
fait de grands progrés , ce qui
luy a eſté d'un grand fecours
pour les Controverſes , où il
s'eſt appliqué pendant pluſieurs
années par ordre de la Cour.
Comme l'Abbaye de Montier
- neuftient undes premiers
rangs dans l'Univerſité de Poitiers
,& que cette Abbaye eſt
fort confiderable tant par ſes
beaux Privileges & par les Benefices
qui en dépendent , que
par les Religieux de cette Maifon
qui font preſque tous de
maiſons diftinguées , le Roy a
fait un choix qui a eſté fort
GALANT 107
applaudi en nommant pour
remplir cette place Mr l'Abbé
du Poirier de Vallois , qui unit
en ſa perfonne la naiſſance , la
pieté,& les belles lettres ; il eſt
frere du R. P. Poirier Jefuite ,
qui a eſté long temps Principal
au College de la Fléche. L'Abbaye
de Monftier neuf eſt une
des plus anciennes de France.
Elle estoit déja fort confiderable
ſous les Rois Jean &Charles
V. fon fils , quiy firent l'un
& l'autre divers pelerinages.
La Coadjutorerie de Lieffis
àDom Agapite d'Ambrine.
Ce Religieux eſt fort confide
108 MERCURE
ré dans ſonOrdre, plus encore
par ſon efprit & par ſon merite
que par ſa naiſſance , qui eſt
cependant tres - conſiderable ,
puiſqu'il eſt allié aux meilleures
Maiſons de Poitou&de Picardie.
Il est tres-habile Theologien
, & il s'eſt fort diſtin.
guédans le cours de ſes études,
où il s'eſt attiré une eſtime generale.
L'Abbaye du Pré , au Mans,
à M Marie - Claire de Beringhen
, fille de M " Jacques-
Louis Marquis de Beringhen ,
Chevalier desOrdies du Roy ,
Comte de Chaſteauneuf, pre
GALANT 109
mier Ecuyer de la petiteEcurie,
& Gouverneur des Citadelles
de Marseille. Je vous ay pluſieurs
fois parlé de cette Maifon
fur de tres - bons Memoires.
Ainſi je ne vous en diray
pas davantage aujourd'huy.
Perſonne n'ignore que feu Mr
deBeringhen ,grand pere de la
nouvelle Abbeffe , eſtoit d'une
ſageſſe ſi reconnuë , qu'il eſtoit
generalement regardé comme
le Caton de ſon temps. Le pere
de cette Abbefle marche ſur ſes
traces , & il ſuffit de lenommer
pourdonner auſſi toſt une idée
d'un homme prudent & fage.
Γ
110 MERCURE
La mere de cette Abbeſſe eſt
fille de feu Mr le Duc d'Aumont
, qui avoit épouſé. N....
le Tellier , fille du Chancelier
de ce nom. M'le Marquis de
Beringhen , frere de la nouvel-
Abbeffe , quia épouſé Mlle de
Beaumanoir - Lavardin , dont
l'eſprit répond à la valeur , s'eſt
fort diftingué dans le ſervice
dans un âgé peu avancé. La
nouvelle Abbeſſe a auſſi une
ſoeur qui a épouſé Mrde Vaſſé.
Le ſanggadont cette Abbeſſe eſt
fortie doit fuffire pour faire
connoître les vertus dont elle
eſt ornée ,&qu'elle remplit di-
:
GALANT I
gnement tous les devoirs de la
Profeſſion qu'elle a embraffée.
L'Abbaye du Pré a eſté poſſedée
pendant pluſieurs années ,
par Dame Catherine - Marie
d'Aumont , foeur de feu Mr le
Duc d'Aumont & de Me la
Comteſſe de Broglio. C'eſtoir
une Dame d'une tres - grande
vertu.
Celle des Olives à Mode Sucet
de Valois. Cette Dame eſt d'une
tres grande naiſſance.Sa maifon
eſt originaire de Bretagne
où elle eſtoit déja conſiderable
ſous François II. dernier Due
deBretagne ,&pere de la Reine
112 MERCURE
4
Anne épouſe des Rois Charles
VIII . & Louis XII. Le dernier
de ces Princes eut beaucoup
de confiance en un Che- .
valier de Sucet , qu'il avoitconnu
en Bretagne pendant qu'il y
eſtoit , & lorſqu'il fut fait prifonnier
par l'Armée du Roy
Charles VIII . auquel il ſucceda
quelque temps aprés.
L'Abbeſſe qui donne lieu à cet
Article eſt de l'Ordre de Saint
Benoiſt , & elle joint à l'éclat
de ſa naiſſance de grands talens
pour laconduite d'uneMaiſon
Religieuſe. Elle a exercé
avec applaudiſſement les prinGALANT
113
cipalesCharges de ſaCommunauté
, & elle s'y eſt acquiſe l'amitié
de toutes les perſonnes
qui ont eſté ſoûmiſes à ſes
ordres.
Celle des Clairets, à Madame
Elifabeth de Chavigny. Cet te
Dame eſtoit Religieuſe dans la
même Abbaye , où elle adonné
de grands exemples de verdegrands
exemples
tu. Elle eft filledArmand Leon
le Boutillier , Comte de Chavigny
, Seigneur de Pons ; & d'Elifabeth
Boſſuet, & elle eſt ſoeur
d'Armand - Victor Comte de
Chavigny , Capitaine de Vaiffeau
; de Claude- François Co-
Juin 1708.
K
1
114 MERCURE
lonel du Regiment d'Auver
gne , mort en 1703. de Loüis ,
Colonel du Regiment de Quercy
; de Denis , Evêque de
Troyes ; & elle eſt niéce de
François , ancien Evêque de
Troyes ; de Gaſton-Jean Baptiſte
, Marquis de Chavigny ,
Brigadier des Armées du Roy ,
&Colonel du Regiment dePiémont
; & de Jacques-Leon ,
Conſeiller honoraire au Parlelement
de Paris ; de Loüis &de
Gilbert-Antoine , Chevalier de
Malte , & de Madame laMarêchale
de Clairambault.
Celle de Bival à Madame du
GALANT 115
FoursdeRuiffery;cetteDame eſt
d'une ancienneFamille originai .
redu Foreſt dans le Gouverne
ment du Lyonnois ; elle eſt alliée
àlamaiſonde Verdun,&à celle
de Tournon qui font les plus
illuftres de ces Provinces. La
nouvelle Abbeſſe a donné des
marques de ſa prudence & de
fon habileté dans les Charges
qu'ellea exercéesdans ſa Communauté.
Feuë Madame l'Abbeffe
de Bival a ſouvent dit en
parlant d'elle, que perſonne ne
pouvoit mieux remplir un jour
fa place queMadame du Fours.
La Conununauté de Bival a
Kij
116 MERCURE
1
donné des marques éclatantes
de la ſatisfaction qu'elle avoit
du choix du Roy par les réjoüiffances
qu'elle a faites àl'occafion
de cette nomination . Cette
Abbaye eſt en Normandie.Madame
du Fours eſt parente d'un
Abbé de ce nom de l'Ordre
de Premontré.
Le ferment de fidelité de l'Egliſe
de Tournay à Mr l'Abbé
de Muyn Docteur de Sorbonne
, & grand Vicaire de Tournay
; il eſt fils de feu Mr de
MuynIntendant de Rochefort,
& frere de M' Jean-Antoine
Lucas de Muyn ,Conſeiller en
IC
GALANT 117
la ſeconde Chambre des Enquêtes
;& de Mr de Muyn qui
fert dans la Marine depuis pluſieurs
années avec beaucoup de
diſtinction ; cet Abbé eſt auffi
frere du Géneral de l'Ordre de
Premontré , auffi Docteur de
Sorbonne. La Famille de Mr
Lucas eft fort ancienne dans
le Parlement de Paris .
Le ſerment de fidelité del'Egliſe
d'Aix à Mr l'Abbé de Forbin
, dont le mérite & la pieté
font connus . Il eſt d'une branche
cadette de la Maiſon de
Janſon. M" Charles-Gaſpart-
Guillaume de Vintinilledu Luc
118 MERCURE
des Vicomtes de Marſeille , à
preſentArchevêque d'Aix , eſt
proche parent de Mr de Forbin,
eſtant petit fils d'une Janfon
. Cette Maiſon eft tres - ancienne
& tres- illuſtrée. Le celebre
Palamede de Forbin qui fut
premierPreſident duParlement
d'Aix & Gouverneur de Provence
a fait beaucoup d'honneur
à cette Maiſon , & il a jetté
les fondemens de la grandeur
dont elle brille aujourd'hui.
Il y a pluſieurs branches
de cette Maiſon , & elles ont
toutes produit des perfonnes
de valeur & de merite . Le nom
GALANT 119
de Forbin-Janſon eſtoit deja
connu ſous le regne du Roy
Jean , & ceux qui le portoient
eſtoient dans une grande confideration
à la Cour. Un Janſon
ſe diftingua à la Bataille de
Poitiers , où ce Monarque fut
fait prifonnier par le Prince de
Galles fils du Roy Edouard , &
que l'on furnommoit le Prince
Noir ; il y donna de grandes
marques de fa valeur.
Et l'Archidiaconné de l'Eglife
de Conferans à Mr l'Abbé
Defaugis , qui eſtun Ecclefiaftique
aufſi diſtingué par ſa vertu&
par fon merite , que par
)
120 MERCURE
ſa naiffance ; fa Famille eſt originaire
de Languedoc , & elle
a formé diverſes branches , qui
toutes ont produit des perfonnes
d'un grand merite. Celuy
qui fait le ſujet de cet article
fournit en ſa perſonne une
preuve de l'attention que le
Roy apporte dans le choix
qu'il fait des ſujets qui doivent
eſtre employez au ſervice de
l'Eglife ; il est bon Theologien,
& il joint à la connoiſſance qu'il
a des Queſtions les plus épineuſes
qui regardent la Reli
gion , de grandes lumiéres fur
le Gouvernement Ecclefiaftique
GALANT 121
que ; il a paffé une partie de ſa
vie dans les Seminaires .
J'ai oublié de vous parler du
ferment de fidelité de Noyon
que le Roy donna il y a deja
quelques temps à Mr l'Abbé
Cachet , Chanoine de la Collegiale
de Trevoux dans le Dioceſe
de Lyon. Cer Abbé eft Bachelier
de la Faculté de Theologie
de Paris , & Docteur en
Droit de la Faculté de la même
Ville ; il eſt fort ſçavant , &
ſes lumieres ne ſont point bornées
à la connoiſſance de la
Theologie & du Droit ; il eft
auffi bon Geomettre & grand
Juin 1708.
اب
122 MERCURE
Mathematicien ; il eſt parent de
Mr Cachet de Montezan , cydevant
Prevôt des Marchands
de Lyon , & premier Preſident
du Parlement de Dombes.
Je dois ajoûter ici que lors
que je vous ai parlé de la nomination
de Mr l'Abbé du Pujet
à l'EvêchédeDigne , je vous
ai dit que fon pere Preſident à
Mortier du Parlement de Toulouſe
avoit eu ſa Charge de
Mrde Montauron; mais ce fut
ſon ayeul Jacques du Puget ,
Seigneur de ſaint André , Conſeiller
& depuis Preſident à
Mortier du même Parlement ,
GALANT 123
en
qui acheta de luy cette Charge
; il eſtoit fils de François du
Puget , Seigneur de la Baftide ;
& de N.. de Saint-André ,le
même qui ayant eſté deputé en
Cour par la ville de Toulouſe
1587.demanda au Roy Henry
III.l'Amiral de Joyeuſe pour
Gouverneur du Languedoc.Mr
l'Abbé du Pujet a ſon frere aîné
Preſident à Mortier ; les autres
font , Mr du Puget Lieutenant
deRoy auNeuf- Brifac , & cydevant
commandant un Bataillon
du Regiment du Roy ;
Mrdu Puget,Chevalier del'Ordre
Militaire de Saint Loüis ,
A
Lij
124 MERCURE
Capitaine dans le même Regiment
, & deux Chevaliers de
Malthe , l'un cy - devant Enſeigne
des Galeres du Roy , retiré
depuis longtemps à Malthe , &
l'autre Lieutenant Colonel du
Regiment de Dragons de Saint
Chaumont, ſes trois autres freres
morts dans le Service font,
un Capitaine du Regiment de
Dragons du vieux Languedoc,
mort en Catalogne ; un Lieutenant
dans le Regiment de Navarre
, tué à l'âge de dix ſept
ans au Siége de Luxembourg ;
& un Capitaine du Regiment
du Roy , mort à la Bataille de
GALANT 125
NerWinde. Cette Maiſon a été
autrefois tres - confiderable & .
fort connue en Provence fous
les noms du Puget , de Saint
Alban , & de Bals ; mais ruinée
dans les Revolutions de
cette Province , & du Comté
de Nice. Il paroît par les Tities
& dans les Ecrits de pluſieurs
Hiſtorienss qu'elle ſe retira en
Languedoc environ l'an 1427 .
où elle ſubſiſte encore ſous les
mêmes noms du Puget & de
Saint-Alban , & a fait les branches
des Seigneurs de Saint -André
, Ayeuls de Mr l'Abbé du
Puget ; de la Serre , établies de-
Liij
126 MERCURE
A
puis dans les Pays-bas ; de la
Marche dans l'Ile de France ,
& c'eſt de celle cy qu'eſtoit iffu
Mr de Montoron dont j'ay
parlé au commencement de cet
article , &celle de Pomeuſe en
Brie , éteinte depuis en la perſonne
d'Etienne du Puget Evêque
de Marseille decedé en
1668. Toute cette Maiſon a
toûjours ſervi avec diſtinction,
& il y a encore pluſieurs Officiers
dans les Armées de S. M.
qui en font iffus.
Si vous fouhaitez ſçavoir ce
qui a eſté écrit de plus ſurprenant
, de plus admirable , de
GALANY 127
plus extraordinaire & de plus
prodigieux par lesNaturaliſtes,
les Hiltoriens& les Voyageurs
fur les chofes naturelles , fur
les Coûtumes , fur les Ufages ,
&fur les Opinions , vous l'apprendrez
dans un Livte nouveau
qui paroît ici depuis quelque
temps , & qui, autant que
j'en puis juger par le grand debit
qui s'en fait , doit fatisfaire
voſtre curiofité. Il eſt intitulé
Mital, ou Avantures incroyables,
&toute -fois , & cetera , & il fe
vend chez Charles le Clerc ,
Quay des Auguſtins , du côté
du Pont Saint Michel , à la Toi
Liiij
128 MERCURE
fon d'or. Tout est nouveau
dans cet Ouvrage ; il eſt unique
dans ſon eſpece , dans fon
projet, dans ſon deſſein, & dans
fon execution. Il contient une
diverſité fort amuſante; on y
trouve un mélange d'enjoument
& de ferieux, qui en rend
la lecture fort agreable. Ne
vous fatiguez point , croyezmoy
, comme beaucoup d'autres
, pour y trouver des explications
miſterieuſes ; il n'y en
a point d'autre dans le deſſein
de l'Auteur , que celle qu'on
peut tirer de ce que je vous ay
dit au commencement de cet
GALANTM 129
article; puiſque c'eſt unjeu fur
ce que bien des gens nous ont
laiffé par écrit de plus bifarre ,
de plus merveilleux & de plus
incroyable. On en promet une
clef, dont je vous feray part
auffitôt qu'elle paroiſtra ; je vous
diray cependant que le ſtile de
ce livre eſt fort aifé , qu'on y
trouve en pluſieurs endroits un
fel répandu fort à propos , qui
donne beaucoup de goût pour
ce qu'on lit; auſſi cer ouvrage
eſt- il d'unhomme qui en a donné
pluſieurs au public , qui les
a tres -bien requs .
Jevousenvoïe l'article ſuivantde
lamêmemanierequeje l'ai reçu.
130 MERCURE
Une Dame des amis deMadame
laPresidente de Croiſmare étant
à une Terre de Mr le Marquis de
Braque , nommée la Cave , proche
Chantilly , trouva en rêvant
Seule,&se promenant vers lafin
de l'Automne dernier , une fleur
blanchâtre qui ne paroît que dans
ce temps &qui reffemble aßzà
des cheveux blancs , ou à une barbe
blanche , ce qui donna l'idée à
la Dame de feindre l'Histoire cy
jointe ; ellese propoſa de l'envoyer
en bouquet à Madame la Prefidente
de Croiſmare le jour de ſa
Fefte ,Dame d'un caractere aimable,&
qui attireparses manieres
GALANT 131
charmantes tout ce qu'ily a de
gens de mérite & d'esprit.
A MADAME
LA PRESIDENTE
DE CROISMARE
BOUQUET .
UNjour me promenant feule aux
Boisde la Cave
J'entendis marcher près demoy :
Et me tournant avec effroy ;
J'apperçus un Vieillard d'une mine
affezgrave,
د
Qui me dit d'un ton radoucy ,
Que cherchez- vous, Madame,icy ?
Je cherchequelques violettes ,
Luydis-je , d'un ton gracieux.
Quoydans cettefaiſon voirdesfleurs
en ces lieux !
132 MERCURE
Ne cherchez- vous point lesfleurettes
D'un aimable &jeune amoureux ?
Monseigneur, ou Monfieur, carselon
vostre mine ,
Jene puis devinerquel est voſtre origine:
Lorsque l'onpaſſeſoixante ans ,
L'on ne ſonge point aux Amans.
Soixante ans , me dit- il , vousn'en
avezpas trente ,
Etfi de mes refpeits vous paroiſſicz
contente ,
Jevous prefererois à de jeunes beautez,
Qui viennent me chercher dans ces
lieux écartez.
Ce Monfieur estoit un vieux Faune
,
Qui depuis tres- longtemps habiteles
Forests.
GALANT 133
Sa barbe avoit bien prés d'une
aune.
Il venoit la friſer dans les taillis
fecrets,
Etdébarboüillerfonteintjaune.
Je crûsqu'après ce tendre aveu ,
Ilm'accorderoitma demande.
Jeletentay difant , voſtre barbe est
trop grande;
Vous en pourriez couper unpeu ,
Elle en deviendroit plus fournie ,
Car estant grande , il faut qu'elle
Soitbiengarnie.
Comme un ſecondBias ilportoit an
Paquet;
Ily prit des ciſeaux , &fans cere-
Il coupa justement dequoy faire un
monie
Bouquet.
Iln'est pas le premier , quiſans un
coup de hacke
134 MERCURE
M'aSacrifiésa moustache ,
Croyant me prouverson amour.
Le Faunea pû croire àſon tour,
Me voyant ramaſſer ce qu'il venoit
de tondre ,
Qu'aufien jepourrois bien répandre;
Mais ilſe trompe lourdement :
Carà vousparlerfranchement ,
Quoyqu'une femme de mon age
Eut peine à trouver un Amant ,
Elle ne voudroit point d'unſi laid
Perſonnage;
Etjene comprens pas que dejeunes
Beautez,
Viennent exprés pour luy dans des
lieux écartez,
A moins qu'il n'ait auſſi la vestu
d'un Satyre ,
Dontje ne fais pas cas ,& queje
n'ofe dire
GALANT 135
3
Enfin lejour baiſſant il fallut nous
quitter ;
Cequi ne sefit point fans luy bien
protester,
Qu'auſſi tost que Phæbus montreroit
Sa coëffure,
Je viendrois profiter de l'heureuse
avanture.
Heureusement pour moy l'hyver &
Lesfrimats
Me tirerent bien- toſt de tout cet embaras.
Le Soleilpour long- temps abandonna
la Plaine ,
Eole y vint souffler jusqu'à perte
dhaleine ,
Neptune yfit couler mille & mille
ruiffeaux ,
Qui monterent enfin juſques ſur les
coteaux.
Ainsi chacun resta danssa trifte ca.
bane,
136 MERCURE
Amanger son chapon ,fon canard ,
ousa canne;
Mais fi- toft que l'Hiver a fait
place au Printemps ,
Je n'ay point hesité d'abandonner
nos champs
Pour me trouver icy le jour de voſtre
Fefte ;
Car à vous honorer je feray toûjours
prefte.
C'est pourquoy je vous offre aujourd'huy
ce Bouquet
Qui n'a ny ] (minny Muguet ;
Mais la barbe d'un Faune est mille
この
foisplus rave
Que les plus belles fleurs dont le
Printemps ſe pare.
Je vous envoye un Air nouveau
, dont les paroles ont eſté .
GALANT 137
notées par Mrde Mona
ن ل ا
OTHEQUE
DE
LYON
BIBI
*
1893
*
VILLE
wiat cette année ladiftribution
des Prix de l'Academie
des Jeux Floraux à Toulouſe
, avec le même appareil
Juin 1708. M
ニニニニ
GALANT 137
notées par Mr de Montailly.
PLAINTE DES BUVEURS
CONTRE LA GELE'Ε .
Qu'on nem'apportepoins pourfon.
ma peine ,
La trifte boiſſon du Flamand ,
Ny le breuvage du Normand :
Puisqu'une Saiſon inhumaine
Fait périr en un jour , Bachus dans
fon Berceau,
Il nefaut plus ſo ger qu'à defcendre
auTombeau.
On a fait cette année ladiftribution
des Prix de l'Academie
des Jeux Floraux à Toulouſe,
avec le même appareil
Juin 1708 .
M
138 MERCURE
&les mêmes ceremonies que
l'on fait tous les ans , & dont
je vous envoyay l'année derniere
un détail fort exact
Mr le Chevalier d'Aliez , déja
connu par pluſieurs Pieces d'éloquence
, ſe ſurpaſſadans celle
qu'il prononça ce jour-là à la
gloiredeClemence ſaure ,qui
a donné lieu par ſes bienfaits à
L'établiſſement des Jeux Floraux.
Cet Eloge reçut degrandes
loüanges , & l'Auteur fut
fort applaudi il y a deux ans
lorſqu'on lût dans l'Aſſemblée
publique des Prix ,une Analyſede
ſa compoſition fur une
GALANT 139
Epigramme de Martial. Mr le
Chevalier d'Aliez eſt fils d'un
Conſeiller au Parlement de
Toulouſe..
Mr du Laurens ,Avocat generalde
la Table de marbre ,&
qu'une Tradition domestique
dit être de la famille des du LaurensdeProvence
quia donné un
Archevêque à l'Egliſed'Arles ,
-& un à celle d'Embrun , fit enfuite
la lecture d'une Analyſe
defa compoſition ſur une
Epithalame de Barcle. CeMagiftrat
le trouvant premier Capitoal
ou Chefdu Conſiſtoire
ily a quelques années , répon
Mij
140 MERCURE
dit à la Semonce qu'on fait ordinairement
le ſecond Dimanche
de chaque année , pour les
Jeux Floraux dans le grand
Conſiſtoire de l'Hoſtel de Ville
, où eſt la Statuë de Clemence
Ifaure. Celuy qui fit la Semonce
cette année - là eſtoit Mr
d'Afp , Preſident à Mortier au
Parlement de Toulouſe ,&auparavant
Maire de la même
Ville ; la replique de Mr du
Laurent reçut degrands applaudiſſemens
, & il parut dés- lors
meriter la place de Mainteneur
des Jeux Floraux , qu'on vient
de luy donner ,& qui vacquois
GALANT 141
par la mort deMrd'Aldeguier ,
Treforier de France , &dont le
fils eſt Membre des Jeux Floraux
; place de Survivancier
qu'avoit feu Mr du Laurens a
fervi à l'Academic pour faire
une bonne acquiſition , puif
queMr de Granague fils deMr
de Caulet Prefident à Mortier
au Parlement de Toulouſe ,
&neveu du fameux Evêque de
Pamiers de ce nom , à qui elle
aeſtédonnée, eſtunde ces hom
mes d'un gouft für & delicat
qu'on defire dans toutes les So
cietez , & qui font honneur
toutes les Compagnies done
142 MERCURE
ils deviennent Membres .
On fit enſuite la diſtribution
des Prix , & de quatre qu'on
doit donner chaque année , on -
n'en a diſtribué que deux cellecy.
Le premier à Mr l'Abbé
Pellegrin , pour une Ode adrefſée
àMr le Duc d'Orleans , fur
la Priſe de Lerida , & le ſecond
deſtiné à l'Elegie , à uneEglogue
qui a pour titre l'Oiseau ,
&dont Mr de la Morte eſt Auteur.
Les Ouvrages de Mr Pellegrin
meritent de grands éloges.
De celebres Academies
ont déja rendu justice à fon
merite en plus d'une occafion ,
GALANT 143
}
&fon nom fait un préjugé en
ſa faveur ; on attribuë à Mr
de Pellegrin ſon frere quelques
Pieces de Theatre qui ont eu
un grand ſuccés , ce qui fait
voir que l'eſprit eſt hereditaire
dans cette famille. Mr de la
Mothe,déja pluſieurs fois couronné
dans les Academies de
Paris&de Toulouſe, a eſté exclus
du Prix de l'Ode&de celuy
du Poëme dans la ddeerrnniieerreeddiiff--
tribution , par un endroit qui
luy eſt fort glorieux , puiſque
c'eſt pour avoir remporté trois
Prixdans chacun de cesgenres,
& il y a apparence qu'il le ſera
144 MERCURE
un jour de celuy de l'Eglogue ,
ſi pour l'empêcher de compoſer
pourles Prix , on ne luy fait
bientoſt le même honneur qu'-
on fit à Mrs Baïf & Ronfard ,
auſquels on envoya un Apollon
d'argent pour les prier de
ne plus compoſer pour les Prix,
parce que leur plume faiſoit
tomber des mains cellesde tous
les autres Auteurs , & que le
fuccés de ces deux grands hommes
décourageoit les Poëtes
de ce temps- là..
L'Eglogue de Mr de laMothe
a eu aurant d'Admirateurs
qu'ilya eude gensqui l'ont lûë..
Les
GALANT 145
Les Prix deſtinez au Poëme
& à la Profe , ont eftéremis , &
il ſemble par là que l'Academiea
jugé que les Auteurs qui
ont travaillé pour les meriter ,
ont ſuccombé fous le poids de
l'entrepriſe. Cependant pluſieurs
de ces Auteurs ont une
réputation tres - bien établie , &
la ſeverité des Jeux Floraux à
leur égard, ne ſervira qu'à faire
beaucoup d'honneur à cette
Compagnie.
Outre les deux Pieces couronnées
, on a imprimé dans
le Recüeil celles qui auroient
merité de l'eſtre , fi d'aufli
Juin 1708 . N
146 MERCURE
dangereux concurrens que Mrs
Pellegrin & de la Mothe n'avoient
pas paru ſur les rangs ,
du nombre deſquelles font une
Odequi a pour titre la Musique,
dont Mr le Roy Conſeiller au
Chaſtelet , & de l'Academie
Royale des Inſcriptions , connu
par les Opera de ſacompoſition
, qui ont eu beaucoup de
ſuccés , eſt l'Auteur. C'eſt le
même qui a fait l'Ode qui a
pour titre la Lyre d'Horace
qui eſt conſacrée à la gloire de
Mr de la Mothe , & qui fait
l'Apologic de ſes ouvrages.
L'Idylleſur la mort de Tyrcis , de
Mrl'Abbé Aſſelin , qui con
GALANT 147
courut l'année derniere pour
le Prix de Poësie de l'Academie
Françoiſe , dans un âge où
l'on ſçait à peine diftinguer les
divers genres de la Poëfie ; telle
feroit auſſi l'Ode qui a pour titre
La Levée du Siege de Toulon ,
à la gloire de Mr le Comte de
Grignan, ſi l'Ode ſur la Priſede
Lerida n'avoit merité le Prix ;
&celle auſſi ſur la Priſe de Lerida
de Mr l'Abbé de Maumenet
qui auroit , de l'aveu des
Connoiffeurs , difputé le Prix
à celle qui l'a remporté , ſi elle
n'avoit pas efté imprimée dans
un nouveau Journal. Les ou-
Nij
148 MERCURE
vrages ſuivans peuvent eſtre
auſſi de ce nombre , puiſqu'ils
ont eſté imprimez avant la diftribution
des Prix. Ce ſont
l'Ode qui a pour titre la Beauté,
adreſſée à Me la Princeſſe de
Guemené ; celle qui eſt adreſſée
àMadame la Ducheffe , & une
autre ſur la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bretagne ,
toutes trois compoſées par Mr
Gendron du petit Fourchaud ,
connu parſes beaux talens pour
laPoëfie , & fur tout par celuyqu'il
a pour lesVers tendres .
Les petites altercations aufquelles
le Prix de l'Ode a donné
lieu cette année fourniſſent
GALANT 149
depuis quelque temps un agreable
jeu aux Partiſans de la belle
Litterature , & à ceux qui
font dans le gouft de la Poëfie ;
l'Auteur qui a cru avoir merité
ce Prix,& celuy àqui ila étéadjugé
écrivent avec vivacité; l'un
contre l'injuftice qu'il croit qu'-
on luy a faite ; & l'autre pour
foûtenir le jugement renduen
ſa faveur. Cette guerre Poëtique
amuſe le Public agreablement.
On a publié un avertiſſement
nouveau qui renferme tout
ce qui regarde les Prix des Jeux
Floraux , qui feront diftribuez
Niij
150 MERCURE
l'année 1709 Je vous l'envoyeray
dans ma Lettre du mois
prochain.
Mr le Marquis de Villequier ,
Colonel d'Infanterie , a épousé
Mile de Guiſcard. Il eſt fils de
Louis d'Aumont , Duc & Pair
de France , Marquis de Villequier
, premier Gentilhomme
de la Chambre , & de Dame
N de Broüilly de Piennes.
Mr le Duc d'Aumont eft petitfils
d'Antoine d'Aumont & de
Rochebaron, Duc, Pair & Ma -
réchal de France , & qui estoit
petit- fils de Jean 6º du nom ,
auſſi Maréchal de France. Pier-
...
GALANT 151
1
re 3. fon pere avoit épousé en
premieres nôces Anne de la
Baume , fille de Marc de la
Baume , Comte de Montrevel.
L'Abbaye de Reflons de l'Ordre
de Prémontré , dans le Dioceſe
de Rouen , a eſté fondée
par les Seigneurs de la Maiſon
d'Aumont , & on y voit leur
tombeau . Jean Abbé de Ref.
fons vivoit déja en 11'50. ce
qui fait connoiftre que la Maiſon
d'Aumont eſtoit connuë
avant le douziéme ficcle. Elle
a eſté longtemps attachée aux
Ducs de Bourgogne.
Dame Catherine de Guif-
N iiij
152 MERCURE
card , Marquiſe de Villequier ,
eſt fille unique de Louis de
Guiſcard , Comte de la Bourlie
, Marquis de Magny, Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
general de ſes Armées ,
&Gouverneur de Sedan , & auparavant
de Namur , & Ambaffadeur
Extraordinaire en
Suede , & d'Elifabeth de Langlée,
fille de Claude de Langlée
Seigneur de l'Epicheliere ,Maréchal
general des Camps &
Armées du Roy. Louis- Augufte
de Guiſcard, Colonel duRegiment
de fon nom , frere unique
de la nouvelle épouſe ,
GALANT 153
mourut à Vienne de la petite
verole en 1689. Mr le Comte
de Guiſcard eft fils du fameux
Comte de la Bourlie , auffi
Gouverneur de Sedan , Sousgouverneur
de Sa Majefté &
Maréchal de Camp ; & de Geneviève
de Longueval , Seigneur
de Tenelles & de Lemont
, & d'Elifabeth de Margival.
Outre Mr le Comte de
Guifcard , Mr le Comte de la
Bourlie eut encore de cette
Dame deux fils & une fille ; le
premier fut Capitaine aux Gardes&
enfuite Colonel du Regiment
de Normandie ; la fille
154 MERCURE
a épousé Camille Savari ,Comte
de Breves. Gabriel de Guifcard
pere de Georges Comte
de la Bourlie dont je viens de
parler , forma la branche de la
Bourlie. Il eſtoit le troifiéme
fils de Jean de Guiſcard ſecond
du nom , & de Françoiſe de la
Barte. Ce Jean eſtoit fils d'un
autre Jean , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy
en 1541. & de Souveraine de
Genoüillac , fille de Jean Baron
de Gourdon de Vaillac & de
Marguerite d'Aubuffon. Bernard
de Guiſcard 4. du nom ,
l'un de ſes ayeux s'obligea de
GALANT 155
,
garder ſon Chaſteau de laCofte
, qui eſtoit alors une Fortereffe
confiderable contre les
courſes des Anglois , pour le
ſervice du Roy Charles V. &
pour le deffendre avec plus de
fidelité , il fut reçû aux gages
de ce Prince au mois de May
de l'an 1548. avec douze Sergens
de pied & fix Hommes
d'Armes , dont il fut établi
Capitaine. Il avoit épousé Helix
de Montagu , fille de Bertrand
de Montagu , Seigneur
de Moncuc en Quercy. Gaillard
de Guifcard , grand oncle
de ce Bernard , ayant merité
د
156 MERCURE
auſſi bien que ſes freres , d'eſtre
fait Chevalier dans les guerres
de Gaſcogne , où il ſervoit encore
en 1539. fut prié en
1334. par un Particulier nommé
Pierre de la Tour de luy conferer
le titre de Noblefle , en
le faifant Chevalier à l'article
de la mort , & par unhonneur
dont il y a peu d'exemples , le
Roy Philippes de Valois confirma
cet Ennobliſſement &
cetteChevalerie par Lettres du
mois d'Aouſt 1337. Leonard
de Guiſcard , Chevalier Seigneur
del
gneur de la Coſte & de la Bourlie,
vivoit en 1280. Il eſtoit fils
GALANT 157
de Bernard de Guiſcard , qui
eftoit honoré du même titre ,
& qui vivoit vers le milieu du
treiziéme fiecle. La branche
aînée de cette maiſon qui porte
le nom de la Coſte, ſubſiſte en
Quercy ; François de Guiſcard
fils unique de Georges deGuifcard
& d'Heliette d'Alart , a
épousé Catherine le Berton
fille de Pierre Baron de Marnac.
Il eſt neveu de Mr l'Abbé
de Guiſcard , Preftre & Beneficier
en Quercy , dont le
merite eſt fingulier. Il alla en
Suede avec Mr le Comte de
Guifcard, &il ſe fit generale-
>
158 MERCURE
!
ment eſtimer à la Cour du
Roy de Suede.
re
M Arnold de Ville , Che
valier Baron libre du Saint-Empire
, Seigneur Baron des deux
Moldaves , du Bandeſelle , Termoigne
, Ferme , Biemarée ,
Frere , & autres Lieux , Inventeur
& Directeur de la Machine
de Marly , vient d'épouſer
à Metz , Damoiſelle Anne Barbe
de Courcelles , fille de Charles-
Joſeph de Courcelles , Ecuyer
Seigneur de Montigny
& de la Grange , Confeiller Secretaire
du Roy prés le Confeil
Souverain d'Alface , & de
GALANY 159
Dame Anne-Barbe de Beffer .
1
Mr le Baron de Ville eft fils
de feu M' Weinand de Ville ,
Chevalier Baron libre du Saint
Empire , Seigneur de Bandeſelle,
Termoigne , Ferme , Biemarée
, Frere &, autres lieux ,
& de Catherine - Iſabelle de
l'Erneux.
Mr le Baronde Ville qu ivient
de ſe marier s'eſt diftingué ,
eſtant encore fort jeune par une
érudition infiniment au deſſus
de ſon âge ; fon application à
l'étude des belles Lettres , l'a
toûjours élevé au deſſus des autres
dans les Univerſitez où ila
160 MERCURE
forétudié
,& fur toutdans cellede
Louvain qui l'a regardé comme
un prodige ; la reputationqu'il
s'eſt acquiſe dans un âge peu
avancé , obligea S. A. E. feu
Maximilien- Henry Electeur de
Cologne , de le nommer ,
tant à peine des Ecoles , à l'Echevinage
de la Ville Souveraine
du pays & Cité de Liège. Il
exerça cette Charge avec une
habilité & un defintereſſement
qui luy acquirent un applaudiffement
general. Sa Famille a
un Domaine dans le Pays de
Liége , où ſont pluſieurs Miniéres
de charbon de terre , &
GALANT 161
des Droits des Araines , pour
le maintien deſquels il donna
des preuves , & l'attente des
merveilleux talens qu'il avoit
pour l'élevaton des Eaux; ce qui
joint à l'eſtime particuliere
qu'en faiſoit Mr le Maréchal de
Marfin General des Armées
d'Eſpagne , pere de Mr le Marêchal
de Marſin dernier mort,
avec lequel il avoit eſté élevé
comme parent & amy , donna
occafion à S. A. S. feu Mr le
Prince deCondé de le faire prier
par feu Mr le Maréchal de Luxembourg
, de luy propoſer de
faire un voyage en France, pour
Juin 1708 .
Ο
162 MERCURE
donner ſes avis ſur les moyens
qu'on cherchoit de donner de
l'eau à Verſailles . Ce Baron
étant venu enCour , propoſa
entr'autres deffeins , celuy dela
prodigieuſe Machine de Marly,
qu'il a conduite à ſa perfection
, malgré tous les obſtacles
qu'il y a trouvez , tant du côté
de la nature que de la choſe même
, & malgré les oppoſitions
de tous ceux qui ſe picquoient
d'en ſçavoir le plus , qui nepouvoient
compter ſur la neceffité
d'une choſe ſi incomprehenfible.
Le Roy qui avoit eu labonté
de demander ſouvent à S.
GALANT 163
A. E. & aux Echevins de Liége
, que Mr le Baron de Ville
continuât ſes travaux , dont Sa
Majesté eſtoit ſi ſatisfaite , leur
demanda auſſi qu'il luy fût permis
de ſe défaire de ſa Charge,
&de le difpenfer des engage.
mens où l'attachoient fa naiffance
& fes Charges , S. A. E.
&lesEtats de Liège accorderent
cette demande à S. M. & marquerent
par les Lettres Patentes
qui luy en furent expediées,
qu'ils neſe privoient qu'à laſeule
confideration de S. M. &pourluy
plaire , d'un Sujet qui leur estoitfi
precieux ,&qu'ils le recomman-
O ij
164 MERCURE
doient à S. M. comme un Sujet
qui leur estoit recommandable par
Sanaiſſance &parson mérite perfonnel;
enſuite de quoy S. M.
en 1692. luy accorda des Lettres
de Naturalité tres- diftinguées
, dans lesquelles il eſt
portéqu'aprés avoirfaitsespreuves
au Confeil , qu'avant le
14. fiécle,ſa Maiſon portoit le même
nom &les mêmes armes qu'elle
a aujourd'huy , e qu'elle poffedoit
presque tous les mêmes biens
dont elle joüit à prefent ,&qu'elle
occupoit les mêmes Charges&Dignitez,
que les autres plus anciennes
& nobles Familles du Pays
1
GALANT 165
de Liége ; Sa Majesté le reconnoît
Gentilhomme d'Extraction
d'ancienne Nobleffe , & que ses
Services importans ,ſa rare intelligence
&fon habileté mériteroient
toutes ses graces , ſiſa Naiſſance
ne les luy donnoit pas comme elle
les luy donne.
Le Roy , Monſeigneur &
Meſſeigneurs les Ducs deBourgogne
& de Berry luy ont fait
l'honneur de figner ſon Contrat
de mariage, à la priere de
Mr le Duc de la Roche-Foucault
qui a toûjours honoré de
ſes bontez &de ſa protection
Mr de Ville , depuis qu'il eſt en
166 MERCURE
France , l'indiſpoſition de Mr
de Courcelle qui ſouhaitoit
voir finir ce mariage , n'ayant
pas permis à Mr de Ville de
venir demander cette grace à Sa
Majefté.
Mr & Me de Courcelle ſe
font acquis une eſtime ſi univerſelle
par leurs bontez & par
leurs maniéres genereuſes envers
ceux qui ont eu beſoin de
leur ſecours , que toute la Ville
de Metz , & les Pays circonvoiſins
ont marqué une joye
extraordinaire d'un mariage fi
bien afforti , entre un Gentilhomme
ſi diftingué , & d'un
GALANT 167
auffi grand mérite & une Demoiſelle
qui a toûjours édifié
le Pays par ſa pieté , par fa douceur
, & par la charité qui luy
eſt naturelle.
Meſſire François Seguier,Chevalier
Seigneur de Liancour,Capitainede
Fregate épouſa le 19 .
du paſſe , Damoiſelle Loüife-
Marie- Anne de Saint Pol , niéce
de Meffire François de Saint
Pol- Hécourt , Prieur des Granges
le Roy , & de feu Mr le
Chevalier de Saint Pol- Hécourt
ſon frere , commandant l'Eſcadre
des Vaiſſaux de S. M. dans
les Mers du Nort , qui mourut
168 MERCURE
il y a deux ans , comblé degloire
, ayant efté tué dans un Combat
qu'il donna contre plufieurs
Vaiſſaux de guerre Anglois
qui furent pris à l'abordage
, & conduits à Dunquerque
, honorant le Triomphe &
le Convoy de leur Vainqueur.
Ces deuxMaiſons fontilluftres
& tres - anciennes , la premiere
ayant produit des Magiſtrats
celebres également
د
recommandables
par leur mérite &
par leur naiſſance ; celle de Saint
Pol , dont on a déja parlé eſt
originaire de Bretagne , & connuë
dans cette Province dés le
temps
GALANT 169
temps de ſes premiers Souverains
; elle ſe diviſa enſuite en
pluſieurs branches , il y a prés
de quatre cent ans ; un puifné
ayant épousé la fille de Pierre
le Prince , Seigneur de la Briche,
Guidon des Gens- d'Armes
du Roy Henry II . & de
Peronne de Biſchauteau , forma
celle de Meſſieurs de Saint
Pol- Hécourt ; Pierre de Saint
Pol , Seigneur de Hécourt fon
petit- fils , laiſſa trois enfans ,
François de Saint Pol -Hécourt,
Prieur des Granges le Roy ;
Marc - Antoine de Saint Pol-
Hécourt , Chevalier de Saint
Juin 1708. P
170 MERCURE
Loüis , commandant l'Eſcadre
de Dunquerque , & feu Pierre
de Saint Pol-Hécourt, Seigneur
de Lémondans leur aîné , pere
-de la Damoiſelle dont le mariage
donne lieu à cet article.
Mr Robert de Saint Vincent,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requêtes du
Palais , a épouſé Mademoiſelle
Nivelle , ſeule fille du ſecond
lit de ce celebre Avocat . Ce
mariage a cité fort aprouvé ,
leurs peres eftant deux anciens
Avocats du Parlement , qui ont
reimply avec une tres -grande
diſtinction les devoirs de leur
GALANT 171.
profeſſion pendant pluſieurs
années ,&qui ont eu l'honneur
d'entrer dans les Conſeils de
deux Princes du Sang.
Mr Robert de Saint Martin,
fils de Mr Robert ancien Avocat
, qui pouvoit compter une
fucceffion d'Avocats au Parlement
de pere en fils pendant
plus d'un fiécle , a eu dans fon
alliance quatre Preſidens à
Mortier. Il a eu place dans le
Confeil de feu S. A. S. Monfieur
le Prince de Condé ily
a plus de 40. ans , & depuis la
mort de Mr de Gourville , il
a eſté choiſi par Monfieur le
Pij
172 MERCURE
鞋
Prince d'aujourd'hui pourChef
de fon Confeil , & Intendant
de ſes maiſons & affaires .
Mr Nivelle qui tient l'un des
premiers rangs dans leBarreau ,
& qui en continuë l'exercice
depuis plus de 40. ans avec la
même vivacité , ce qui eſt prefque
fans exemple au Palais , a
eu auffi l'honneur d'avoir une
place dans leConſeil de S. A. S.
Monfieur le Prince de Conty ,
de maniere que s'eſtant trouvez
l'un& l'autre dans les Conſeils
dedeux Princes d'une même
maiſon ce hazard leur a
fait naître le deſſein de réunir
GALANT 173
leurs familles par ce mariage
fait avec l'agrément des deux
grands Princes dont je viens
de parlerшечнут
• Monfieur le Prince avoit auffi
cu la bonté d'obtenir l'agrément
de la Charge de Procureur
general du grand Confeil,
pour M' de Saint Vincent qui
eftoitConſeiller en cetre Compagnie
avant ſon mariage ;
mais les difficultez qui ſe font
trouvées touchant la vente de
cetteCharge, l'ont obligé de remercier
le Roy de l'agrément
qu'il avoit eu la bonté d'accorder,&
deluidemander celui de
Piij
174 MERCURE
la Charge de Conſeiller au
Parlement & Commiſſaire aux
Requêtes du Palais , où il a eſté
reçu ayant fuivi en cela le confeil
de fa famille , & particulierement
celuy de Mr Robert
Procureur du Roy au Chaſtelet
ſon oncle , qui remplit cette
Charge importante depuis prés
de quarante ans , avec la fatisfaction
du public qui connoiſt
fon affiduité au travail , où il
elt infatigable. Ce Magiftrat a
fort approuvé fon choix ayant
toûjours eu beaucoup de confideration
& d'amitié pourM
Nivelle.
choix aya
GALANT 175
Il y a eu dans ſa maiſon dans
le dernier fiecle un General de
l'Ordre de Ciſteaux , & un Evêque
; ſçavoir , Mre Pierre Nivelle
Evêque de Luçon , qui
eut cet Evêché aprés Mr le
Cardinal de Richelieu .
Jedois ajoûter que Mr le Procureur
du Roy a auffi confenti
àcemariage, à cauſe de l'eſtime
finguliere qu'il a, ainſi que fa famille,
pour le merite, la vertu &
la modeſtie de Me Nivelle , qui
eſt de la famille de Mrs Riot
& Pavillon , d'une tres- ancienne
nobleſſe alliée à pluſieurs
Confeillers du Parlement , qui
Piiij
176 MERCURE
a pris un ſoin particulier de
donner une éducation tres -
avantageuſe à Mlle Nivelle
avec une dotte confiderable ,
ayant bien voulu luy remettre
la plus grande partie des biens
qu'elle tenoit de ſon ayeul en
faveur de fon mariage avec
Mr Nivelle dans la vûë de marier
ſa fille à un Conſeiller au
Parlement , independemment
du bien de Mr Nivelle ſon
pere.
L'Ordre de Bataille de l'Armée
de Flandre que je vous envoye
, eſt le ſeul ſur lequel on
puiſſe compter fûrement,eftant
GALANT 177
different de celuy qui a paru à
celuy
l'ouverture de la Campagne ,
à cauſe des divers changemens
qui y ont eſté faits aprés la Revûë
generale que Monſeigneur
le Duc de Bourgogne fit le
8. & le 9. de ce mois. Ce n'eſt
pas que parmy un aufli grand
nombre de noms propres , qu'il
s'en trouve dans le détail d'une
Armée de plus de cent mille
hommes , il n'y en ait quelques-
uns qui ne m'ayent embarafle
, rien n'eſtant fi facile
que de ſe tromper aux noms
propres , lorſqu'ils ne font pas
patfaitement bien écrits. C'eſt
178 MERCURE
une faute preſque generale
dans toutes les Relations , & à
laquelle , juſqu'icy ceux qui les
écrivent n'ont pû faire affez
d'attention. Rien n'eſt plus neceffaire
à ceux qui aiment les
nouvelles , que d'avoir des Ordres
de Bataille , parce_qu'ils
fervent à éclaircir beaucoup
de choſes ; que l'on ſçait par
là dans quelle Ligne font les
Officiers Generaux , & que
l'on apprend au juſte , le nombre
de Troupes dont une Arméc
eft compoſée , car on ne
peut impofer là deſſus ,&mertre
dans unOrdre de Bataille ,
GALANT 179
:
desRegimens qui ne font point
dans l'Armée dont il s'agit. Il
eft vray que l'on ne peut ſçavoir
au juſte ce qui peut manquer
de Troupes à chaque Bataillon
; mais il eſt conſtant
qu'ils font tous complets au
commencement de la Campagne
, & que ſi dans la ſuite la
defertion , les maladies , & ce
que l'on peut perdre de Troupes
en differentes rencontres ,
les font plus ou moins diminuer
, la même choſe ſe trouve
parmi les Ennemis : mais ce
qu'il y a de veritable à l'égard
✓ de l'Ordre de Bataille , que je
180 MERCURE
vous envoye , eſt que l'Armée
'de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , eft preſque toute
compoſée de vieux Corps qui
font plus que complets ,&dans
leſquels il y a des Soldats furnumeraires
; que loin qu'il y
• ait de la deſertion , pluſieurs
Soldats ſe ſont enrollez dés
qu'ils ont ſçu que ce Prince devoit
commander en Flandre
&que pluſieurs qui avoient deſerté
, ont accepté l'Amniſtie
qu'il fit publier preſque auffitoſt
aprés ſon arrivée. Ainſi
l'on peut compter qu'il n'y
a jamais eu d'Armée plus
د
GALANT 181
complette & plus lefte...
400
A
Vous ſçavez queMr leCom
te de la Mothe , commande
auſſi en Flandres , un aflez gros
Corps de Troupes , pour pouvoir
paffer pour une petiteArmée.
182 MERCURE
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée de Flandre .
MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSIEUR LE DUC DE
VENDOSME .
MELE MARECHAL DE
MATIGNON .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſſieurs ,
De Goebrian ,
De Grimaldy ,
De Guiche ,
& d'Artagnan.
GALANT 183
MARE CHAUX DE CAMP .
Meſieurs ,
De l'Ifle ,
De Filtzgerald ,
De Grimaldy ,
& de Palavicin.
1
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Mefieurs , 1
De Souſternon ,
De Rohan ,
&de Gaſſion .
MARECHAUX DE CAMP .
Meſſieurs,
De Coignies ,
D'Apelter ,
&dePuiguyon,
184 MERCURE
OFFICIERS GENARAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſſion's ,
D'Albergotty ,
& du Rozel .
MAKECHAUX DE CAMP .
Meſſieurs ,
De Bouzoles ,
& de Ruffey.
PREMIERE LIGNE.
Mr de Pezeux , Brigadier.
DRAGONS .
La Meſtre de Camp.
Belabre ,
Pezeux ,
3. efc.
3.
3.
9.
>
GALANT 185
Mr de Montmin , Brigadier.
CAVALERIE.
Maiſon du Roy , 13. efc .
"
13.
Mr de Beauveau , Brigadier.
Gendarmerie , 8. efc.
8.
Mr le Vidame , Brigadier.
Bourgogne , 3. efc.
Saint-Aignan , 2.
Soucarriere , 2.
7.
Mr de Rozen , Brigadier.
Druffot , 2. cfc.
Rozen , 2.
Cravattes , 3.
7.
Mr de Selve , Brigudter.
INFANTERIE .
Picardie ,
Juin 1708.
3. bat.
1
186 MERCURE
Boulonnois ,
5.
Mr d'Arpajou , Brigadier.
Piémont , 3. bars
Chartres , 2.
5.
Mr du Barail , Brigadier.
Mr de Mouchy , Brigadier.
Le Roy , 4.bat.
4.
2. bat!
2.
4
Poitou ,
Lorraine ,
Mr d'Arling , Brigadier.
Charoft,
Guyenne ,
1. bat.
2.
4.
Mr d'Albergotty , Brigadier.
Gondrin , 2. bat,
Royal Italien , I.
Louvigny , 2.
S
GALANT 187
Mr de Montpezat , Brigadier.
Gardes Françoiſes ,
Gardes Suifles ,
6. bat.
3.
9.
Mr de Stokemberg , Brigadier:
Alface ,
Mr de Beüil , Brigadier.
Dauphin ,
Nice ,
Figerald ,
Montroux ,
4. bat.
4.
1. bar.
1.
I.
I.
4.
Mr d'Iſanguien , Brigadier.
Royal ,
Ifanguien ,
Deſlandes ,
3.bat.
I.
1,
5.
Mr de Nangis , Brigadier.
Bourbonnois ,
Mortemar ,
2. bat.
2.
ij
188 MERCURE
Obrien ,
Mr de Pionzac , Brigadier.
Beauce , bar
Navarre , 3.000
Pantoka , 1.
6.
Mrde Duras , Brigadier.
CAVALERIE .
Royal Rouſſillon .
Villeroy ,
Duras ,
3. efc.
2.
2.
7.
Mr de Livry , Brigadier.
Orleans ,
La Motte A
Livry ,
-1
3. efc.
2.
2.
E
Mrde Nill , Brigadier.
Deſmareſts , 2. efca
GALANY 189
Courcillon ,
Forlac,
Mrde Cloys , Brigadier.
Du Rozel ,
Cloys,
Létang ,
Rouvroy ,
Verncüille ,
2.
6.
2 efc
2.
2.
2.
2.
10.
Mr d'Anlezy , Brigadier.
D'Anlezy,
Toulouſe ,
Colonelle generale.
2. efc.
3.
3.
8.
3. efc.
3.
Mr de Villiers , Brigadier.
La Reine ,
Lefparre ,
1219
190 MERCURE
OFFICIERS GENERAUX
ducentre de la ſeconde Ligne.
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſieurs ,
De Birkenfeld ,
De Capres ,
& de Puyſegur .
MARECHAUX DE CAMP .
Meſſieurs ,
Le Chevalier de Luxembourg ,
De Zuniga ,
& de Villiers.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
LIEUTENANS GENERAUX
Meſſieurs ,
De Goebrian ,
& de Magnac.
GALANT 19t
MARECHAUX DE CAMP.
Meſſieurs
De Dreux ,
& de Conflans .
OFFICIERS GENERAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſieurs ,
De Cheladet ,
& de Toulongeon.
MARECHAUX DE CAMP
Meſſieurs >
De Villiers ,
& de Senneterre.
SECONDE LIGNE.
Mr d'Aquaviva , Brigadier.
DRAGONS.
Rohan, 3.efc.
192 MERCURE
Aquaviva , 2.
5.
Mr de Mimure , Brigadier.
CAVALERIE .
Egmont , 2. efc.
Matignon , 2.
Dauphin Etranger , 3.
7.
Belacueil ,
Harcourt ,
Mr de Kook , Brigadier.
La Bretêehe.
Mr de Frezin , Brigadier.
2. cfc.
2.
2.
6.
Eſclainvilliers ,
Marcillac ,
Frezin ,
1 2. efc.
2.
2.
6.
Mr Gaydon , Brigadier .
Tourotte.
Mortenville ,
2. efc.
2,
4
GALANT 193
Mr de Barentin , Brigadier.
2. efc. Cayeux ,
Barentin , 2.
Dauphin , 3.
7.
Mr Sebret , Brigadier.
INFANTERIE .
Perche , 2. bat.
Sparre , 2.
Daigny , I.
5.
Mr Beaudoüin , Brigadier.
Vendofme , 2. bat.
Bouflers , 2.
Saint - Second , I.
5.
Mr de Saint - Pierre , Brigadier.
Royal la Marine , 2. bat .
Saint - Vallier , 2:
Gaſſion , I.
5
Juin 1708 . R
194 MERCURE :
Mr de Ringraf , Brigadier.
La Marck ,
Ringraf ,
Tilly ,
2. bat.
I.
I.
4.
Mr Pfiffer , Brigadier.
Villards , 3. bar.
Pfiffer , 3.
6.
Mr du Buiſſon , Brigadier.
Mrde May , Brigadier.
May ,
Greder , 3. bac.
3.
3. bat.
3.
3.bat.
3.
Brandelé , 3. bat.
Mr de Grenu , Brigadier.
Surbek ,
Mr de Brandelé , Brigadier,
3.
GALANT95
Mrde Courieres , Brigadier.
Provence ,
Courieres ,
Naſſau ,
2. bat.
I.
I.
1
4.
Mr de Montmorency , Brigadier.
Condé,
Wentmel ,
Laern ,
2. bat.
I.
I.
4.
Mr de Grimaldy , Brigadier,
La Fere ,
Agenois ,
Grimaldy ,
2. bat.
2.
I.
5.
Mr de Beringhen , Brigadier.
CAVALERIE .
Du Maine ,
Beringhen ,
3. efc.
3.
6.
4
Rij
196 MERCURE
Mr de Lacatoire , Brigadier.
Cherify , 2. efc .
Roye , 2.
Lacatoire, 2.
6.
Mr d'Acoſta , Brigadier.
Fontaine , 2. efc.
Tarneau , 2.
Acoſta , 2.
6.
Mr de Chanfleur , Brigadier.
Paon ,
Saint Phal ,
Caëtano ,
2. efc.
2.
2.
6.
Mr de Mortany , Brigadier.
Dalſo , 2, efc.
Royal Etranger , 3.
5.
GALANT 197
Mr de ....... , Brigadier.
DRAGONS .
Saint- Chaumont , 3. efc .
Le Roy , 3.
6.
OFFICIERS GENERAUX
du Corps de referve du Centre.
LIEUTENANT GENERAL .
Mrde Saint - Maurice .
MARECHAL DE CAMP .
Mr de Notaff.
OFFICIERS GENERAUX
duCorps de reſerve dela droite .
LIEUTENANT GENERAL .
Mr de Chemeraut .
MARECAHAL DE CAMP .
Mr d'Estrades .
OFFICIER GENERAL
du Corps de Reſerve
de la Gauche.
MARECHAL DE CAMP .
Mr de Puiguyon.
198 MERCURE
:
RESERVE DE LA DROITE .
Mr de Pourieres , Brigadier.
Vaffé ,
DRAGONS.
Pourieres ,
3. efc.
3
6.
Mr d'Uzés , Brigadier.
CAVALERIE .
Royal Piemont ,
Tarente ,
Uzés ,
3. efc.
2.
2.
7.
Mr d'Iverny , Brigadier.
INFANTERIE .
Lannoy ,
Nivernois ,
2. bar.
2.
4.
Mr de Montendre , Brigadier.
Bearn ,
Greder Allemand ,
2. bat.
2.
4.
GALANT 199
Mrde Nugent , Brigadier.
CAVALERIE. /893
Ligondez ,
La Tour ,
2. efc.
2.
Nugent ,
1
2.
6.
RESERVE DU CENTRE .
Mr de ..... Brigadier.
INFANTERIE .
Gardes de Cologne ,
Wallkel ,
1. elc.
I.
2.
Mr d'Opelſtein , Brigadier.
CAVALERIE .
Arco ,
Opelſtein ,
2. efc .
2.
Mr de Chaffonville , Brigadier.
DRAGONS .
Chaffonville , 2. efc.
Riiij
200 MERCURE
Notaff , 2.
4.
Royal Artillerie , 2. bat.
Bombardiers , I.
3.
Houſſards , 2. efc.
camperont au Quartier General.
RESERVE DE LA GAUCHE .
Mr de Cano , Brigadier.
CAVALERIE .
Condé ,
Bellefonds ,
Cano ,
3. efc.
2.
2.
7.
Mr de Croüy , Brigadier.
INFANTERIE .
Royal Rouſſillon ,
Crouy ,
2. bat.
2.
:
4
GALANT 201
Mr de la Mothe , Brigadier.
CAVALERIE ,
La Reine ,
Mr de Krukemberg , Brigadier.
3. efc .
3.
Biron , 2. elc.
Braque , 2.
Royal Allemand , 3.
7.
Mr Pasteur, Brigadier.
DRAGONS .
Pasteur , 2. efc.
Richebourg , 3.
5 .
Quoy que je vous aye déja
parlé de l'arrivée de Mr le Duc
de Noailles dans le Rouffillon ,
& que je vous aye rapporté ce
que ce Duc a fait auffi - toft
202 MERCURE
aprés ſon arrivée , cela ne doit
pas m'empêcher de vous envoyer
un Journal curieux &
fuivi ,& qui peut paffer pour un
tres beau morceau d'Histoire.
Ainſi vous y trouverez d'abord
quelques faits dont je vous ay
déja parlé ; mais moins hiſtoriquement
traitez , & moins
bien fuivis que dans le Journal
que vous trouverez remply d'une
infinité de faits dont toutes
les Nouvelles publiques n'ont
point parlé.
GALANT 203
JOURNAL
De la Campagne de M'le Duc
de Noailles , Commandant
l'Armée du Roy dans le
Rouffillon.
Mrle Duc de Noailles n'ayant
pû arriver à Perpignan que le 21 .
Avril il s'appliqua entierement les
jours ſuivans àfaire preparer toutes
les chofes neceffaires pour entrer
en campagne,&pour cet effet ilfut
obligé tout incommodé qu'il estoit
d'une entorſe qu'il s'estoit faite à
un pied en venant de Paris , deſe
donner des mouvemens extraordinaires.
204 MERCURE
Enfin aprés avoir dépêché un
Courrier àMonfieur le Duc d'Orleans
le 26. aufoir(apparemment
pour luy donner avis certain du
jour qu'il affembleroitſon Armée)
un autre à la Cour le 27. Il
partit de Perpignan le 7. May à
ſeptheures du matin & alla dîner
au Boulou , où il voulut lui- même
posterla Cavalerie à mesure qu'elle
arrivoit , pour empêcher le dégaft
des fourages , &ménager le
Paysan. Cejour-làmême Son AlteffeRoyale
partitde Sarragoffe.
Le 8. on ſe mit en marche à
deux heures du matin , & aprés
avoir paßé les montagnes ſans le
GALANT 205
moindre obstacle , on alla camper
à la Junquieres &à la Capmane.
Le 9. on battit la generale à la
même heure que le jour precedent
& les Troupes arriverent à Figuieres
à neuf heures du matin.
En approchant de la petite riviere
de la Mouque , on fut averti que
les ennemis avoient au Pont de
Moulins cinq cens hommes , tant
Payfans, que Miquelets ; &plus
bas auGuéde la même riviere un
Corps de cent chevaux. Mr le
Duc de Noailles , commanda de
charger les uns & les autres . Mr
de Leffart Brigadier y marcha
206 MERCURE
avec quatre Escadrons ; mais la
Cavalerie ennemie ne jugea pas
àpropos de l'attendre , &elle prit
la fuite dés qu'elle l'appperçut.
D'un autre costé on fit avancer
vers le Pont nos Fufilliers de Montagnes
, un détachement de Grenadiers
, avec le Piquet , ſoûtenu de
la Compagnie des Gardes deMr
le Duc de Noailles , qui ont pour
Capitaine Mr de Villedomar ,
Gentilhomme de Rouffillon , fort
eſtimé , qui est cette année premier
Conful de Perpignan , &qui mene
sa Compagnie de fort bonne
gracepar tout où on luy commande
d'aller. Les Miqueletsfurent bien-
9
GALANT 207
toft diſſipez. On les poursuivitjufqu'à
Sestella. Plusieurs furent
tuez & douze faits prisonniers
avec un Lieutenant. L'on étendit
le Camp depuis .Figuieres juſqu'à
Alfar. Le bruit du canon de Gironneſe
fit entendre juſques dans
le Camp, & l'on apprit depuis que
c'estoit pour l'arrivée du Prince
Henry de Darmstad , qui entra
dans la Place avec un Bataillon
d'Infanterie .
Le 10. ce Prince accompagné
d'un Officier General Hollandois ,
& de Nebot Officier General Catalan
, qui fut lors de la revolution
un des premiers à embraſſerle
208 MERCURE
parti de l'Archiduc ,jusqu'à mettre
aux fers ceux des Officiers de
Son Regiment qui n'approuvoient
pasfa rebellion ; ce Prince , donc ,
s'avança affez prés avec quatrevingt
chevaux pour reconnoître
noſtre Camp. Un quart d'heure
plutoſt ils couroient riſque d'eftre
enveloppez , puiſqu'alors nous
avions dans le pofte où ils s'arrêterent
un Bataillon de Fufilliers
de Montagne , avec un détachement
de cent chevaux. Les Troupes
enenmies estoient ce jour- là
campées au Col d'Orriols ; fçavoir,
deux Regimens de Dragons à la
folde des Hollandois , faisant chaGALANT
209
cun deux Escadrons ,&lleeRReeggiiment
de Cavalerie de Nebot composé
de quatre Escadrons .
Le 11. noftre General alla à
ſon tour reconnoiſtre leur Camp ,
ayantavec luy cinq cent tantChevaux
que Dragons , & les Bataillons
de Bel- air , qui est un Provençal
de Pau-de-Jaffre Catalan
, refugié en Rouffillon , tous
deux fort braves. Dés que Mr
le Duc de Noailles apperçut les
Vedettes ennemies , il détacha Mr
de la Framboiſiere , Aide- Major
de Marfillac , avec cinquante chevaux
& ſes Gardes . Mais la
Garde avancée appercevant
Juin 1078 . S
ce
210 MERCURE
mouvement ſe retira. Mr de la
Framboiſiere continua sa marche
jusqu'au poſte nommé l'Ange de
Pontos , d'où il découvrit une autre
garde de 15. chevaux poftez
au Camp de ſainte Anne ; on les
chargea , ils prirent la fuite , repafferent
la Fluvia , & allerent
s'enfermer dans Baſcara; nos Cavaliers
lesſuivirentjusqu'àla Riviere
, & ils enfirent deux prisonniers
; le Piquet paffa l'eau, Pau
de Faffre eut dans ce paſſage un
-cheval tuéfous luy ; mais nos gens
qui apperçurent un Escadron de
100. chevaux qui estoit au delà
de Baſcara depuis la porte de la
GALANT ZI1
ville jusqu'à l'hermitage qui va
àGironne , s'arrêterent , & revinrent
en deça de la Riviere.
Monfieur le Duc ayant esté alors
averty qu'il venoit du Col d'Orriols
un détachement pourſoûtenir
les ennemis , il s'avança avecMr
de Leßart , & le reste des troupes
qui estoient auprés de luy ,
mena le Piquet & les autres Chevaux
avancez en tres- bon ordre
&fans avoirperdu aucun homme;
on amena un prisonnier ennemi
un de leurs deferteurs. Les Ennera-
2
mis ayant vû noſtre General rentré
dans ſon Camp , renvoyerent
des troupes aux - mêmes Poftes
Sij
212 MERCURE
d'où on les avoit chaffez .
Le 12. & le 1 3. il neſepaſſa.
rien de particulier; on apprêt que
le Gouverneur de Gironne , nommé
Dom- Ignatio Picalqués Catalan,
qui a unfrere Colonel de Dragons
dans l'Armée de Mrle Duc
d'Orleans , faisoit faire quantité
de Paliffades & de Faſcines, pour
reparerſes Fortifications , & que
le Prince d'Armſtad estoit dans la
place , ayant laiſſé Nebot pour
commander au Col d'Orriols ; l'on
Sçût auſſi que Mr le Comte Guy
de Staremberg estoit arrivé à Barcelonne
le 27. Avrilavec quelques
Officiers generaux , &qu'il estoit
GALANT 213
allé du côtéde Tortofe. Les mêmes
avis portoient que ce General avoit
esté fort furpris à fon arrivée de
trouver les chofes fi differentes ,
de ce que leConſeil de l'Archiduc
avoit mandé àVienne : point d'argent
, manque de provifions , grand
découragement chezles Catalans ;
enforte qu'il a cru qu'ilfalloit s'en
deffier. Quelques- uns d'eux entroient
quelquefois dans le Confeil;
on ne lesy appelle plus , ce
qui les chagrine fi fort qu'ils ne
wont plus au Palais faire leur
cour.
Le 14. Nebot repaffa le Ter au
Pont Majour , s'alla poster
214 MERCURE
د entre cette Riviere &Gironne
n'ayantlaiſſéqu'une garde de Cavalerie
au Col d'Orriols. Cejour
là on eut le détail juste des Troupes
campées au delà du Ter , &
qui outre les huit Escadrons cydeſſus
nommez, aufquels se font
joints fix Escadrons &Sept Bataillons
, ſçavoir 1. de Ferrer Caftillan.
2.Portugais. 2. Lombards,
Taf Bonnasana. I. Catalan
nommé le Regiment de la Reine ,
1. Hollandois , ce qui faitfelon
ce que les Ennemis publient ,
trois mille hommes d'infanterie
deux mille de Cavalerie , mais
des avis certains ne parlent auplus
GALANT 215
que de 2500. hommes d'Infanterie
,&de 1200. chevaux.
Le 16. caril nefe fit rien de
remarquable le 15. nostreArmée
fut renforcée de trois Bataillons ;
fçavoir, de celuy de Bugey ,forti
de Rofes , où il a paſſé l'hiver :
&de ceux de la Force &d'Evoly
, qui venoient de Cerdagne. Ce
dernier est équippé tout de neuf
fes armesfont neuves , &feshabitsfont
tres-propres ; ilsfont bleus
doublez de gris - blanc. L'ancien
Colonel , Duc de Castel- d'Airola ,
de la Maison de Caraccioli , s'eft
retiré à Naples ; & c'est la plus
petite perte que pouvoit faire le
216 MERCURE
Royd'Espagne. Le Comte d'Evoli
qui està la teſte de ce Regiment ,
est bien un autre homme.
Le 17. Mr le Duc renvoya à
Perpignan un détachement de Canonniers
&de Mineurs pour travailleràl'
Artillerie , &pour mettre
en estat les chemins de laMontagne
depuis Ceret jusqu'à Prat
de Moüilloux , où l'on fait de
grands Magasins .
Le 18. il arriva à Roses un
Convoy de neuf Tartanes parti
du Port de Vendre , ſous l'escorte
de la petite Fregate l'Abel Iſac ,
commandée par Mr de Ruthie
,
neveu de Mrl'Evêque de Rieux.
Elles
GALANT 217
Elles apporterent 4. pieces de canon
de 24. deux de 16. &quanticé
de munitions de guerre. Ce
même jour Mr de Leffart alla
reconnoiſtre au Bord de la Fluvia
le Camp de S. Michel.
Le 19. le Marquis de Lucigny
Maréchal de Camp , qui avoit
échoié au Port Mahon , en paffant
d'Italie à Barcelone , &que
le Gouverneur du Port Mahon
avoit envoyé à Collioure , d'où on
l'avoit conduit àPerpignan,partit
du Camp où Mr le Duc l'avoit
appellé pour l'entretenir ,& il
luy permet d'aller pafferun mois
àBarcelonne.
Juin 1708 .
T
218 MERCURE
Le 22. on quitta le Camp de
Figueres. L'agrément que l'Arméey
avoit trouvé est que graces
à la vigilance de nostre General
aux bons ordres qu'il avoit donnez
lesMiquelets ennemis depuis qu'on
les avoit chaßez du Pont deMoulins
, neparurentplus en aucun endroit
; les chemins des Perpignan
à Figuieres furent auſſi libres
qu'en pleine Paix , ce qui contribua
à faire avoir tous les beſoins
abondamment. Aufſi Mr le Duc
avoit - il fait pofter fur la route.
differentes efcadres de Payſans ,
( c'est le terme dont onſeſert icy ,
pour marquer une Troupe ) qui
GALANT 219
gardoient depuis un endroitjusqu'à
l'autre & il les avoit rendus refponſables
des moindres deſordres
qui arriveroient fur le chemin ,
leurpromettant que files Miquelets
paroiſſoientpourles inquieter ,
dés qu'il en auroit avis , il les fe-...
roitfecourir. Aufortir de Figuieres
onon ſese rendit rendit ààS. Michelde la
Fluvia. Mr le Duc s'estant mis
à la tefte du Piquet & des Grenadiers
, les alla poſter luy-même
au de là de la riviere à Camallera
, & il revint ensuite au
Camp.
Le 23. on arriva à Serviafur
tes bords du Ter. La droite fut
Tij
220 MERCURE
4
placée au deßous du Village&
la gauche fut étenduë jusqu'à
Saint George; on mit une garnison
à Madina & l'on ſe ſaiſit du
petit Poſte nommé Saint Julien
de Ramis. Mr le Duc s'avança
lemêmejour jusqu'à la Coste rouge
, d'où il découvrit le Camp des
ennemis au de-làdu Ter;sçavoir ,
l'Infanterie la gauche au Pont
Major, &la droite appuyéeaux
Montagnes qui regnent des deux
coſtez du Ter ; & la Cavalerie à
llaa petite Plaine de Camp-Doras ,
vis-à- vis la Coſte-rouge. On reconnut
qu'ils avoient retranchéle
Gué de la Riviere ,&l'on apGALANT
221
perçut une espece de Fort en étoile
qu'ils avoient élevé à l'endroit où
ce Gué est plus facile. On fçut
auſſi qu'ils avoient mis deux cens
hommes de garnison au Pofte de
Foxa ; &que toute leur attention
estoit de couvrir Gironne , à
quoy Mr le Duc nefongeoit pas
pour le preſent ,ſe contentant de
manger une Plaine tres- abondante
, qui estoit l'unique objet qu'il
s'estoit proposé.
Le 24. on alla encore reconnoître
la Cavalerie ennemie , &auffitoſtqu'ils
apperçurent nos Troupes
ilt plierent les Tentes &formerent
quatre petits Escadrons qui
Tiij
222 MERCURE
cens
Guerchy
ne parurent pas faire plus de huit
chevaux. Mr de Guerchy
qui commandoit les Piquets, defcenditjusqu'au
bas dela Cofte rouge
, & il eſcarmoucha avec les
Gardes avancées , & quelques
partis de Miquelets , quiſe retirerent
bien viſte. Il y reçut un
coup d'une balle morte , qui eftant
tombée fur fon poulce , dans le
temps qu'il avoit sa main étenduë
furfon ventre , luy fit une legere
contusion. Mr de Compans Capitaine
des Grenadiers d' Artois y
fut auffi bleffé legerement , auffi
bien que deux Fuſeliers desMontagnes.
Ce jour - là il nous vint
1
GALANT 223
beaucoup de Cavaliers deferteurs
avec leurs armes .
Le 28. Mr le Duc fortit du
Camp à la pointe du jour avec
deux mille quatre cens hommes
d'Infanterie tirez des trois Brigades
de fon Armée & mille chevaux
, & il monta fur la Cofte
rouge avec dix pieces de canon ,
pour réveiller les ennemis & leur
Souhaitter le bon jour. La ſalve
dura une grande heure. On croyoit
qu'elle les obligeroit à décamper en
defordre &que l'on pourroit alors
tomber fur eux. Mais ils firent
bonne contenance ; & une partie
deleurCavalerie quittantfes ten-
Fen.
224 MERCUR
tes , alla en bon ordre ſe mettre
derriere une Montagne à l'abry de
la canonnade ; de maniere qu'ils ne
perdirent qu'environ cinquante
hommes dans le Camp : les Enne--
mis vinrent honneſtement cing on
fix heures aprés nous rendre la vifite
, & le terrein leur permit de
s'approcher plus que nos gens n'avoient
fait. Ils s'attacherent au
Pofte de SaintJulien , où estoient
vingt- cing de nos Fuſeliers de
Montagnes , commandez par un
de leurs Officiers. Ceux-cySedeffendirent
en braves gens & ne
Se rendirent prisonniers de guerre
qu'au bout d'une heure. Les En
GALANT 225
nemis s'estoient jettez en même
tempsſur le poste avancédeMarinan.
Mais Mrde Guerchyy
eſtant arrivé avec les Piquets &
un Corps de Troupes,il les repouffa;
mais ilsſe retirerentpourtant
en bon ordre , ayant eu quatre
à cing hommes tuez. Onremplaçale
Pofte de SaintJulien. Ce
même jour le Chevalier Rous
homme de qualité du Rouſſillon ,
Chevalier de Malte , & Aide
de Campde Mr le Duc de Noailles
, allant porter un ordre à nos
partis avancez, s'égara &tomba
entre les mains des ennemis croyant
avoir rencontré nos gens. Ilfut
226 MERCURE
conduit à Gironne. Noftre Gene
ral le reclama, & le Prince d'Armſtad
répondit qu'il croyoit pouvoir
le luy renvoyer dans cinq
ou fix jours ; mais il fut plus genereux
, & il le renvoya dés le
30.
Le 29. Mrle Duc eut nouvelles
de l'arrivée à Roſes d'un Convoy
de huit Tartanes chargées de
trois millefacs de farine , de quantité
de boeufs , &d'autres provifions
pour fon Armée , que Mr
Beliard Commiſſaire de la Marine
à Collioure , homme de valeur ,
zelépour le ſervice & tres - entreprenant
, s'estoit chargé de con
GALANT 227
duire luy- même ſans autre escorte
que d'une Tartane qu'il montoit ,
& qu'il avoit garnie de quatorze
pierriers & de vingt-huit Fufeliers.
Il arriva le 30. au Camp
pour conferer avec nostreGeneral,
qui le reçut auſſi gracieusement
que leſervice qu'il venoit de luy
rendre le meritoit.
Jen'ay pasreçula ſuitede ce
Journal ; mais j'ay ſeulement
appris par pluſieurs autres Lettres
, que le 22º de ce mois ,Mr
de Quinçon eſtoit party aprés
midy de Perpignan pour Collioure
,où Mr le Comte d'Al228
MERCURE
1 baret Intendant du Rouſſillon,
s'étoit rendu dés le matin pour
donner le mouvement à la
marche d'un grand Convoy
pour l'Armée , parmy lequel
étoient neuf charges d'argent;
&que comme il n'y a pas de
ſeureté d'aller par Mer, on le fit
défiler par terre par le Col de
Bagnols ;que pluſieurs Officiers
qui n'avoient pas encore pû
joindre , ſe ſervirent de cette
occafion pour paffer ; que l'on
commandaenviron 600. Som.
mettans pour ſervir d'Eſcorte
à ce Convoy , & pour ce garentir
des incurſions des Mi
GALANT 229
quelets ,& que c'eſtoit tout ce
que l'on avoit à craindre parce
que le Prince de Darmſtat ne
pouvoit faire couler desTrou.
pes reglées juſques là. Mr de
Malartie Brigadier & Lieutenant
de Roy de Perpignan ,
commandoit cette Eſcorte.
Ceuxquivinrent le même jour
duCamp de Servia raporterent
que l'on y avoit abondamment
toutes les choſes dont
on avoit beſoin par la prudence
de Mr le Duc de Noailles
, qui vivoit aux dépens des
Ennemis , & qu'il confervoit
toute la recolte qui estoit en
230 MERCURE
tre luy & Perpignan , pour y
avoir recours dans la ſuite.
On apprit auſſi à Perpignan ,
le dix que l'Armée de Mr le
Duc de Noailles , eſtoit toujours
dans ſon Camp de Servia
fur le Ter.
Je paffe à ce qui regarde
l'Armée de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , dont je vous
envoye l'Ordre de Bataille.
GALANT 231
ORDRE DE BATAILLE
de l'Arméeeccoommmmaannddééeepar Son
Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans.
SON ALTESSE ROYALE.
LIEUTENANT GENERAL.
Mr de Heſſy.
MARECHAL DE CAMP .
Mr de Maulevrier.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſſieurs ,
De Labadie ,
D'eſtain ,
232 MERCURE
&de Bezons .
MARECHAUX DE CAMP.
Meſſieurs ,
De Bligny.
De Kercado ,
& le Duc de Sarno.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANT GENERAL.
Mr d'Avaray.
MARECHAUX DE CAMP.
Meſſieurs ,
De Silly ,
&de Choiſeul.
PREMIERE LIGNE.
Mr de Boucauve , Brigadier.
GALANT 233
CAVALERIE.
LesGardes , 4. cfc.
4.
Milan ,
Mrde Rousfo , Brigadier.
Mr de Lançarote , Brigadier.
3. efc.
3.
Lançarotte , 3. efc.
3.
Mr de Carillo , Brigadier.
t
Asturias . 4. efc .
Mrde Gline , Brigadier.
adier.
INFANTERIE
LesGardes, 6. bac. 1
6.
Mrde Carolles , Brigadier.
Orleans ,
Monchan ,
Barwick ,
2. bat.
2.
2.
6.
Juin 1708.
V
234 MERCURE
Mr Lambert,Brigadier.
La Couronne ,
Medoc ,
Perigord ,
Blaifois ,
2. bar.
I.
Ι.
2.
6.
C. Oteterre , Brigadier.
Du Fort ,
Angoumois ,
Normandie ,
2.bar.
I.
1
3.
6.
Mr de Parabere , Brigadier.
CAVALERIE .
Vigneau ,
Parabere ,
2. efc.
2.
4.
Mr de Sandricour , Brigadier.
Germinon ,
Berry ,
2. efc.
3
5.
GALANT 235
OFFICIERS GENERAUX
du Centre de la ſeconde
Ligne.
LIEUTENANT GENERAL.
Mr le Duc d'Avré .
MARECHAL DE CAMP.
Mr de la Vayre.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
1
LIEUTENANS GENERAUX.
D'Arene ,
Meſſieurs ,
& de Joffreville .
MARECHAUX DE CAMP .
Melfieurs,
De Ceillo,
& de Medenilla,
Vij
236 MERCURE
OFFICIERS GENERAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANT GENERAL .
Mrde Gaetano .
MARECHAL DE CAMP.
Mr de Pons.
SECONDE LIGNE.
Mrde Crevecoeur , Brigadier.
CAVALERIE .
La Reine ,
Mr d'Amezaga , Brigadier.
Amezaga ,
4. efe.
4.
3. efc.
3.
Rouffillon Viejo , 3. efe
Mr de Cordua , Brigadier,
3.
GALANT 237
Mr de Puerto , Brigadier.
INFANTERIE .
Asturias ,
Mr de Damas , Brigadier.
Auvergne ,
Haynaut,
Damas ,
Bankeley ,
1. bat.
I.
2. bat.
2
I.
1..
6.
Mr de Valouze , Brigadier.
Breffe , 1. bat.
L'Ifle de France. I.
La Sarre , I.
LeMaine . 2.
5.
Mr de Simianes , Brigadier.
CAVALERIE .
La Feronaye ,
Simianes ,
2. efe..
2
238 MERCURE
Mrde Fleche , Brigadier.
Valgran ,
Fleche ,
2. efc.
3.
5.
DRAGONS..
=
3. efc.
3.
4 د .
2.
12.
Picalquiez ,
Marimon ,
Grafton
Bozelly ,
Les quatre mille hommes
commandez par Mr d'Asfeld,
ne ſont point compris dans
cet Ordre de Bataille , non plus
que quelques autres Corps , &
fil'only joint l'Armée de Mr le
Duc de Noailles , dont je vous
GALANT 239
ay envoyé l'Ordre de Bataille
dés le mois paffé , on trouvera
que les ennemis auront bien
de la peine à reſiſter à tant de
Troupes , commandées par de
fi bons Generaux.
Rien n'eſt plus curieux , plus
exact , & mieux circonstancié
que les deux Extraits de Lettres
que vous allez lire , & ils
doivent plutoſt paffer pour des
morceaux d'Histoire, que pour
des Relations faites fur le
champ pendant le cours d'une
Campagne.
240 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre écrite de Lerida ,
en Langue Caftillane , le
12. May 1708. & traduit
en François.
Une partie de noſtre Armée eft
déja entrée dans la Catalogne ,
Suivant les apparences elle prend
la route de Tortofe , marchant des
deux coſtez de l'Ebre ,ſur lequel
on voiture les munitions de guerre
de bouche, les Canons &les
Mortiers.
r
Le May Mr le Comte
&Eſteing campa prés de Monçon
avec
GALANT 241
:
avecfon Corps de Troupes compoſe
de fix Regimens de Cavalerie ,
de quatre de Dragons.
Le2. ilfit deux détachemens,
l'un pour brûler le Pont deBlancafort,
ce quifut execute;& l'autre
pourrompre le Pont de Trago,
cequi ne reüffit pas , parce quenos
gens furent chargez par plus de
cinq cens Miqueless commandez
parJapot. Nous cûmes quarante
hommes tant tuez que bleſſez.
Noftre Mineurqui estoit attaché
à fon travail du Pont ,y fut
auffi tué dans le temps qu'il alloit
mettre lefeu àſonfourneau. Nos
Troupes furent obligées deſe reti-
Juin 1708 .
X
242 MERCURE
rer le terrein eſtant trop ſcabreux
poury refter.
Le 4. on fit un autre détachement
d'environ cinq cens Fantaſfins
,&d'un Regiment de Cavalerie
, commandé parMr de Fon
boiſard, Maréchalde Camp , pour
s'emparer du Pont de Monteñana.
Cequ'il ne put fairefaute de
canon ,&parce que les ennemis
s'y estoient fortifiez par un bon
foffé au devant du Pont , bien
paliſſadé , & garni du Regiment
Allemand de Scover. Tous ces détachemens
ſe rejoignirent ſous les
ordres de Mr de Fonboiſart aux
environs deMonçon deGraus,
GALANY 243
2
pour empêcher les courſes de Miquelets
dans l'Arragon; Il eſtreſté
à Monçon quatre cens hommes
d'Infanterie , & dans Balbastro
un Regiment auſſi d'Infanterie,le
tout aux ordres de Mr de Fonboiſard.
Le 6. Mrle Comte d'Efteing
campa à Almeñar ,Albeden , Tamarit
, San Estevan , &Caftillon
de Farfaña .
Le 7. il marcha à Balaguer ,
d'où il retira les Troupes quiy
estoient , les munitions deguerre
&de bouche , qu'il envoya àLevida.
Il renverſa auſſi tous les travaux
qu'avoitfait cet hyverMr
X ij
244 MERCURE
de Bovville , qui en estoit Gouverneur.
On mit auſſi le feu aux
paliffades , aux barrieres , &aux
portes , & Mr le Comte d'Efteing
renforcé de cette garnison ,
qui estoit de mille Fantaſſins&de
de deux cens Chevaux , alla camper
au Village de Termens & à
Villanova de la Marca.
Le 8. il alla camper le matin
àla vûëde Lerida , où il entra
pour en voir les travaux , &le
foir ilſe renditavec toutefa troupeà
laTourde Segre&aux environs.
Peu de jours auparavant
on avoit fait fortir de Lerida dix
pieces de canon de 24. & buit
1
GALANT 245
mortiers , qui joint avec ceux qui
viennent de la Valence , feront
plus de vingt pieces de batterie ,
fans compter celles de campagne.
Le même jour 8. on travailla a
dreffer un Pont à la vûë de la
Granja , mais parce que les eaux
s'y trouverent trop groffes , on fut
obligé de l'approcher de Mequi
nença , où il fut bientoſt achevé,
les ouvriersy travaillant en toute les ouvriersy
feureté.
Le 9. le Regiment de Dragons
de Buferin , & le Regiment Royal
des Afturies de cinq cens fantaſſins
commandé par le Colonel & Brigadier
Vicomte del Puerto , paffe
Xiij
246 MERCURE
rent fur ce nouveau Pent pourfe
joindre à Mr le Comte d'Esteing.
Le Regiment de Houſſards resta
dans Lerida où il eſtoit venu le7.
On croit qu'ilyfera en garnison
& que les deux cens chevaux
Espagnols quiyfont ,iront joindre
leurs Regimens. On apprit que la
veille les Miquelets avoient occupé
Balaguer avec le Regiment Cata- Cave
lan de Sobias , &qu'ils avoient
Jacagéla ville&tous les environs.
Le 10.fur l'avis qu'on reçut
que le Comte Guy de Staremberg
avoit mangé àTarrega , &qu'il
alloit reconnoiſtre le terrain avec
une partie deſa Cavalerie,on dé
GALANY 247
tacha de Lerida un parti de trente
Chevaux & Houſſards , qui allerent
battre l'eſtrade prés de Tarrega
& s'en retournerent fans
avoir rien trouvé. Le même
jour 10. Monfieur le Duc d'Orleans
qui estoit parii de Sarragoffe
le 7. & qui le 9. avoit joint à
Torrenté le Corps d'Armée commandé
par Mr de Bezons , arriva
à Fragafur le midi .
S.A.R.en 1 2aumatin R. en partit le 12
avec toutefa Cour pourse rendre
à Lerida , dont elle vifita d'abord
les Fortifications , & Elle en parut
tres-fatisfaite. Ce Prince fut receu
au bruit d'une falve Royale
X iiij
248 MERCURE
& on luy fit tous
du canon ,
les honneurs que la pauvreté
de la Ville permit de luy rendre.
Les eaux des rivieres groffiffant
tous les jours , & n'y ayant
point de ſeureté à paffer fur des
Ponts faits seulement avec des
Outres, SonAlseffe Royale mandaàtoutefon
Armée de venirpaffer
à Lerida, elledevoit camper le
12. à Alcaras , & traverſer le
13. Lerida , pour
Campde Torre-de-Segre , &pour
partirenſuite de laavec vingt- cing
Bataillons & de la Cavalerie à
proportion. On tientpourfür qu'el-
Lemarchera par le plus court che-
Se joindre au
GALANT 249
行
min , qui eftceluy de Llar de cans,
Nayals , mas de Flix ,&Garcia,
l'on esperequ'avantle 20. toute
l'Armée ſera devant Tortofe
pour en faire le Siege & qu'elle
fera alors de quaranteBataillons
de trente Escadrons , le refte des
Troupes devant pafferpar la Valence
par laChastellenied' Ampofta
, où on laiffera dequoy garder
la Frontiere. Mr de Durban
est parti de Lerida avec ſon Regiment
pour Fraga , où il reftera
en garnison.
250 MERCURE
Extrait d'une Lettre de Lerida
du 19.May.
Le 12. au foir Mi le Duc
d'Orleans alla camper à une lieuë
de Lerida , dans un lieu nommé
Alcaras avec les Troupes qui
avoient paffé la Segreſous la conduite
de Mrs de Bezons , d'Avaray
, de Labadie ,
nilla.
de Mede-
Le 13. à fix beures du matin
le reste des Troupes commença à
pafferfur le Pont de Lerida avec
les équipages , provifions , vivres,
&c. ce qui continua jusqu'à trois
GALANT 251
heures aprés midy. Son Alteffe
Royale les joignit avec fa Cour
les deux Bataillons des Gardes,
& alla coucher au Village de
Suñer. Le détachement de Mr le
Comte d'Eſteing s'avança cejourlàjusqu'à
Llar de cans. Lemême
jour on détachafix- vingt chevaux
Espagnolsſous la conduite deDom
Joseph d'Allejo.
de
Ilprit le chemin
de la gauche de la Plaine d'Urgel,&
fit halte à las Borjas.
Le 14. ce détachement ayant
paffé par le Village de Vinaixa
defcendant du coſté du Barbera
jusqu'à Poblet. Tous les lieux des
environs ſe ſoûmirent fans faire
252 MERCURE
la moindre reſiſtance. Les gens du
pays croyent que noftre Armée defcendra
du coſté de Montblanc ,
Collado , &Cabra , juſqu'à la
Plaine de Tarragone. Ce même
jourl'Avantgarde de Mrle Comte
d'Eſteing s'avança jusqu'au
Mas de Flix , & Son Alteffe
Royale campa avec toute fon
Armée à Llar de cans ou dix à
douze Miquelets de la Compagnie
d'Adam
rent ſe rendre ; quelques - uns
estoient à cheval. Le détachement
de Dom Jofeph d'Allejo aprés
avoir eſté du coſté de la Montagne
de Prades jusqu'à Ulde-
Bayle , vinGALANT
253
molins vint rejoindre à l'Armée.
Le 15. le Regiment de Cavalerie
de Simianes fortit de Lerida
pour mieux couvrir l'Arriere-garde
de l'Armée pendantſa marche
&garantir les Bagages &les
Equipages des incurſions des Miquelets.
Mr leComte de Louvignies
Gouverneur de Lerida fit
auffi fermer les paſſages du Pont
pourprévenir tous les deffeins des
Miquelets qui depuis l'éloignement
de l'Armée pourroient avoir
deſſein de nous viſites , &il envoya
dire à un Convoy de vivres
detrois cens Mulets de repaſſer au
254 MERCURE
}
Y
Pont de Fraga , & de joindre le
Corps de Troupes qui descendfous
les ordres de Mr d'Arennes , par
Caſpé,Mequinença ,&laChatellenie
d'Amposta , le longde la
Riviere d'Ebre. S. A. R. reçoit
avec une bonté finguliere les peuples
qui rentrent dans leur devoirelle
a deffenduſous de grandes
peines aux Soldats defaire le moindre
defordre , ayant mêmefaitpunir
ſeverement quelques - uns qui
avoient contrevenu àſes ordres.
Le 16. on eut avis que le
Comte de Starremberg estoit allé
viſiter les Villes de Tarragone
de Tortofe ,&que le 15. il eſtoit
GALANT 255
encore à Cervera , d'où il avoit
donné ordre pour raffembler les
Troupes qui avoient esté en quartier
dans la Sagarra , &aux environs
d'Urgel, afin qu'elles puſſent
marcher au premier jour. On donna
auſſi avis que la garnison de
Tarragone n'estoit que de cing
cens Anglois , avec vingt- deux
pieces de canon , ( on verra pourtant
cy-aprés que le 6. on comptoit
cette garnison de deux mille Anglois.)
S. A. R. campa à Flix &
Le Comte d'Efteing à Ginesta. On
faisoit toûjours venir par l'Ebre ,
Joixante - quinze Barques , pour
construire des Ponts voiturer les
vivres.
256 MERCURE
Le 17. onſçut que les ennemis
ayant ramaffé toutes les Troupes
qui avoient esté en quartier à
Agramunt , à Tarrega ,
le long de la Riviere de Sio
estoient décampées de Cervera
pourse rendre à Verdu.
Le 18. on eut confirmation de
cette nouvelle &l'on afſura qu'ils
efloient defcendus du coſtéde Barbera
jusqu'à Montblanc , ne pouvantrefterplus
hautfaute deMagazins,
ny ayant en tout à Cervera
que trois cens charges defari
ne; ainſi ilsſe preffoient d'arriver
à la Plaine de Tarragone dans
l'efperance de tirer de cette Ville
GALANT 257
quelques provifions de guerre &
de bouche. On apprit auſſi ce
jour-làqueMr le Duc de Noailles
estoit entré dans le Lampourdan,&
qu'il campoit àFiguieres ;
ce qui réjoüitfort noſtreArmée.
Le
Le 19. les avis des jours precedens
furent confirmez & l'on
ſceut que du Camp de Verdu les
ennemis estoient venus entre
Expliega de Francoli ,&Montblanc
, &qu'ils n'avoient laiffé
que quelques Houſſarts ,&quel
ques Compagnies du Regiment de
Sobias àPons , à Agramant ,
àBelpuig , tres- mal équipées
hors d'estat de fervir en Campa-
Juin 1078 . Y
la
258 MERCURE
gne. Noftre Armée continuantfa
marche le long de l'Ebre , a dû arriver
le 19. à la vûë de Tortofe ,
fans le moindre obstacle de la pare
des ennemis .
Mr d'Asfeld estoit parti le13.
de Valence avec les Troupes qu'il
conduit au Siege de Tortofe ,
Seize canons & quatre mortiers.
on fait aussi marcher le Pont de
Barques que nous prêmes l'année
derniere aux Portugais aprés la
Bataille d'Almanza. On a laiffé
àValenceſeptRegimens d'Infanterie,&
quatre de Cavalerie.
a
On a auffi laiſſé du coſté de
Monçon quatre Bataillons d'inGALANT
259
fanterie & cing cens chevaux ,
quiſuffiſentpour empêcherles Miquelets
de courir la Frontiere.
د
L'Armée de S. A. R. devant
Tortofefera de 21000.fantaſſins
de 9000. chevaux.
Onavûpaſſerà Pampelune 14 .
canons de batterie tous neufs, venant
de France avec quantitéde
proviſions de guerrede toutes efpeces.
Les chemins depuis cetteVillelàjusqu'à
Leridaſont remplis des
voitures qui conduiſent ces provifions
, auffi - bien que des Recruës
qui viennent encore pour les Troupes
Françoifes.
L'on travaille à Pampelune à
Yij
260 MERCURE
*
une augmentation du Pont d'Outres
qui fut fait l'année derniere
en cette Ville-là , & dont Mr
le Duc d'Orleans sefervit utilement
comme il a commencé àfaire
cette année- cy.
S.A. R. a receu les avis fuivans
d'un Gentilhomme Catalan
de la Plaine de Tarragone quis eft
retiré de ce coſté-cy , dont leMe
moire est du 6. May. Il contenoit
ensubstance.
Que l'Infanterie Hollandoi
fe au nombre de mille hommes
marchoit à Tortoſe ;
que tous les Regimens d'Infan
terie venus d'Italie & qui ne
GALANT 261
- font pas plus de 4000. hommes
eſtoient campez fur les
bords de l'Ebre , qu'il y avoit
à Falſeté &àGarcia , deux Regimens
compoſez de differentes
Nations qui furent levez
en Catalogne le Printemps de
l'année derniere à la folde de
la Reine Anne , & qui parce
qu'ils avoient eſté mal payez.,
ne montoient pas enfemble à
fix cens hommes ;que les deux
Regimens de Cavalerie de
Cordoue& de Moras qui ne
font pas plus de quatre cens
hommes , estoient arrivez aux
environs de Tarragone ; que le
262 MERCURE
bruit eſtoit ( c'eſt le 6. deMay
que l'on parloit ) qu'il y avoit
dans cette Place deux mille
hommes d'Infanterie Angloiſe
qui eſt tout ce qu'il y a de
cette Nation dans le Pays ;
mais qu'il n'y avoit qu'une
mediocre quantité de bled ;
que toutes les autres proviſions
de bouche y manquoient ; qu'il
y avoit ordre de travailler
promptement aux Fortifications
qui eſtoient commencées
depuis la Porte de Noftre Dame
du Roſaire juſqu'à celle de
Saint Antoine : & de refaire
toutes les paliſſades depuis la
GALANT 263
dite Porte du Roſaire juſqu'au
Port , n'y en ayant aucune en
eftat juſqu'au parapet du chemin
couvert , &qu'ils n'ontque
vingt à vingt- deux pieces de
canon de bronze la pluſpart
pieces de campagne , qu'ils
tiennent preftes pour pouvoir
les conduire où ils en auront
le plus de beſoin ; qu'il y a en-
-'core dans la Plaine de Tarragone
4. Reginens de Dragons,
& un de Cavalerie Angloiſe
qui y font aſſemblez , & qui
ne font en tout que douze cent
chevaux , qui n'eſtant point
payez font hors d'estat de fe
264 MERCURE
:
mettre en campagne ; que toute
leur efperance roule fur l'argent
qu'ils comptent leur devoir
eſtre apporté par la Flotte
d'Angleterre ; &que c'eſt aufli
là deſfus qu'ils remettent le
payement des choſes que le
Payſan eſt forcé de leur fournir
; qu'ils fe font fortifiez au
Col de Cabra, qui eſt la grande
entrée pour venirde laPlaine
d'Urgel à celle de Tarragone
, avec des lignes garnies de
paliſſades & de faſcines de la
hauteur & de la largeur d'environ
fix pieds ; que comme il
court au milieu de ce Col un
petic
GALANT 265
tit ruiſſeau , ils ont élevé ces lignes
fur le milieu juſqu'à quinze
pieds de haut & il leur en
ont donné neufde large ;ayant
ſeulement laiſſé un paffage fermé
par une barriere ; & du côté
de la montagne où paſſe le
chemin , ils ont fait une eſpece
de Plate- forme qui borde le
chemin , laquelle a dix pas de
large ,&que commede ce côtélà
la montagne eſt plus eſcarpée
, on y a dreffé trois Tourelles
plus élevées les unes que
les autres fur chacune defquelles
les ennemis prétendent
mettre une piece de canon
Juin 1708. Z
266 MERCURE
( mais tout cela ne peut nous fermer
l'entrée de cette Plaine, puifque
les Bataillons peuvent marcher
tous formez ſur la montagne
du coſté du Levant fans aucune
difficulté , à moins qu'ils ne conduisent
leurs lignes jusqu'auſommet
de cette Montagne , ou tout
au moins à plus de la moitié. )
Quejuſqu'au 6. May onn'avoit
tiré de Barcelone aucune
piece de canon , ny aucunmortier
; qu'il n'y avoit pas alors
dans cette Ville plus de quatre
à cinq mille charges de bled &
une mediocre proviſion de bifcuit
; que du reſte ſelon lebruit
GALANT 267
commun ony estoit dépourvû
des autres choſes neceſſaires ;
que les Anglois depuis l'arrivée
du Comte de Starremberg refuſoient
de luy obéïr , diſant
que la Reine Anne eſt aſſez
grande Princeſſe pour leur
donner unGeneral de leur Nation
; qu'ainſi l'on croit que le
Comte de Belcaſtel arrivé avec
le Comte de Starremberg les
commandera ; & qu'enfin les
ennemis , felon la plus commune
opinion , n'ont enCatalogne
que cinq mille hommes
deCCaavalerie,dixàonzemille
hommes d'infanterie , & trois
Z ij
268 MERCURE
à quatre Eſcadres de Miquelets
, gens tous propres à prendre
la fuite dés que l'on marcheraà
eux le fabre à la nain .
C'est là ce que contenoit le
Memoire preſenté à Son Alteße
Royale, en dattedu 6.May.
Vous apprendrez dans les
trois Lettres qui ſuivent , la
ſuite de ce que vous venez de
lire , & vous y remarquerez
l'attention & la vivacité de S.
A. R. pour tout ce qui regarde
la gloire & le ſervice des deux
Couronnes.
GALANT 269
Au Camp de Vin- Ebre , le 19 .
May 1708.
L'Armée partit d' Alcara le 1 3 .
&paffa la Segre à Lerida , ou S.
A. R. estoit venue coucher la veille
, & vint camper vis -à- vis
d'Alcara , à un Village appellé
Fuñes ; M' d'Efteing avoit auffi
marchécejour-là , &il estoit campé
à trois licuës de Llar de cans.
Le 1 4. à la pointe du jour nous
marchames fur trois Colonnes ,
& vinſmes camper à Llar de
cans, d'oùMrd'Esteing estoitparti
le même jour.
Ziij
270 MERCURE
Nousſejournâmes le 15 .
Le 16. on défila par des Montagnes
couvertes de bois &de roches
,&nous vinſmes camperfur
le bord de l'Ebre , vis - à- vis de
Flix. Mr d'Estain avoit quitté
ce Camp le matin , & il eſtoit
campé vis-à-vis de nous au- deffous
de la Riviere , qui fait en
cet endroit - là un espece de fer à
cheval , au milieu duquel le Village
de Flix eftfitné. Mr d'Arennesy
estoit campé avec toutes
Ses Troupes , qui font plus nombreuſes
que les nostres , & celles
de Mr d'Estain . Demie – heure
aprés noftre arrivée, tous les bat-
-
GALANT 271
teaux arriverent , & on les vit
defcendre , vis- à- vis le Camp de
deMrd'Estain , poury construire
lePont.
Le 17. nous ſejournames. Ilfit
ce jour-là un fi gros vent , & la
Riviere estoit fi rapide à cause
d'un orage quil'avoit groſſfie , qu'-
on ne put travailler au Pont , ny
faire paffer le pain aux Troupes
qui estoient à Flix , &que nous
ne reçûmes que lefoir.
Flix
Le 18. nous partîmes pour venir
icy. S. A. R. paſſa au Camp
de Mr d'Estain poury voir travailler
au Pont , où ily avoitdéja
huit Batteaux de placez dans le
1
Zij
272 MERCURE
plus rapide , & on croit qu'il fera
fini aujourd'huy, l'Infanteriede Mr
d'Elain , vint avecnous. On a laif.
se seulement quelques Grenadiers
pourgarder la teſte du Pont ; La Cavalerie
à qui on n'avoit pû délivrer
le pain , viendra aujourd'huy , où
Suivant toute apparence , nous attendrons
Mr d'Arennes. Noussommes
à fix lieuës de Tortoſe ; d'od
nous apprenons qu'on fortifie la teste
du Pont , & qu'on travaille à une
Tenaille de ce coſté- cy ; il y a sous
le canon quatre Regimens d'infanserie
, campezavec le Regiment de
Cavalerie d'Aragon , &aux en
virons deux Regimens Allemans ,
un de Religionnaires , & un Anglois
; ils ne s'attendent pas d'estre
fi- toſt aſſiegez: par les mouvemens
GALANT 273
que Mr Langot se donne , rien ne
nous manque.
Au Camp de Ginestar , le 25.
May 1708 .
Le 19. du courant dans le temps
que nous croyons devoir finir le Pont
qui eftoit commencé devant Flix il
furvint une cruë d'eau , qui jointe
au mauvais fonds de la rivierefit
- chaßer les ancres des Batteaux ; de
maniere que nous perdimes toute ef
perance d'ypouvoirréüfir , & comme
nous estions fort prés des ennemis.
S. A. R. prit le parti de faire paffer
dans des bateaux plusieurs Bataillons
de l'Armée de Mr d' Arennes
, qui demeurerent ſur le bord de
La riviere ſans bagage , le 20. & le
21. pendant qu'on faisoit l'épreuve
274 MERCURE
d'un Pont fans ancres , qui paroif
foit bien reüſir.
Le 22. une partie de nos Troupes
paſſa les défilez qui estoient devant
nous , & vint nous joindre à Vin-
Ebre.
Le 23. nous partimes , &tous les
Batteaux descendirent jusqu'au deffous
de Mora , où l'on a deſſein de
faire lePont, &nous campames visà-
vis de cette Place , la riviere en
tre deux ,où noussejournames le 24.
&pendant ce temps , on fit paſſfer
dans de grands batteaux les quatre
Escadronsde Gardes du Corps , &
deux Regimens de Cavalerie , avec
les Gardes Valonnes , qui paſſerent
à la gauche de nostre Camp ,
pour ne pas perdre de temps à la
construction du Pont qui sefaisoità
La droite. Nous sommes partis le
GALANT 275
matin de ce lieu avec trente - neuf
Bataillons & preſqu'autant d' Efcadronspour
venircampericy , dans
un tres- bean Pays où ily a abondance
de fourages ; Mrd'Arennes est
auſſi venu camper de l'autre coſtéde
l'Ebre , à un Village nommé Berizanel
. Je crois que nous attendrons
icy que noftre Artilleriefoitpaſſéesur
le Pont, qui ſuivant toute apparence
sera fini demain , & en estat de
paffer toute la Cavalerie de Mr
d'Arennes ; quant au canon , nous
l'attendrons encore pluſieurs jours . Fe
ne vous parleray point de plusieurs
détachemens , qui se sont faits de
devant Mora pour aller chaßer les
ennemis de divers Poftes ; car ils ſe
fonttoûjours retirezdevant nosTroupes,
ſans nous laißer le temps de les
joindre. Mr de Zerezeda s'avança
276 MERCURE
à
juſquesfur le chemin de Tortoſe a
Tarragone , &il dégageafoixantecing
Prisonniers qu'on conduiſoit
cette derniere Place , & dont la
Compagniede Grenadiersde Charollois
faisoit partie ; il prit trente
hommes des ennemis qui les conduifoient.
A Leridale 26. May.
Le 21. nous apprimes que l'on
avoit dreſſsé un Pont de Barques fur
lequel les Troupes qui marchoient
de l'autre coſté avoient paſſsé pourse
joindre à S. A. R. & marcher de
concert avec fon Armée le long de
Cette riviere.
Le22. deux habitans de Reols
de la Selva dans la Plaine de Tarragone
, vinrent aſſurerque quelque
GALANT 277
envie qu'eut le Comte de Starremberg
de se mettre en Campagne , il
ne pouvoit en venir à bout tout luy
manquant pour cela. Ses Troupes
reftent toûjours dans leurs Quartiers
aux environs de Barbera & dans la
Plaine de Terragone , où elles vivent
aux dépens des Paysans , qui
ont eu le malheur de porter tout le
fardeau de la guerre. Les Troupes
lesplus mal entretenuësfont les Palatines
arrivées par le dernier débarquement.
Les ennemis preparoient
un détachement de quatre
bommes choiſis par Compagnie , au
nombre en tout de huit cens hommes ,
avec une partie de leur Cavalerie ,
- pour reconnoiſtre les environs deTorzose
, & eſſayer d'y jetter un Convoy
de vivres , &fur tout de bled
de farine , dont ily a grande di
278 MERCURE
fette dans la Place.
Le 23. on aſſura que les ennemis
n'avoient fait aucun mouvement ;
que le Comte de Staremberg effoit
toûjours dans son quartier àMonta
blanc , &qu'il y avoit rappellé les
Troupes qui estoient à Monçon ;
ainſi Mr de Fontboiſard n'aura pas
grande occupation de ce coſté-là.
Le 24. nousſçûmes que lequartier
General de S. A. R. estoit à
Ruina , & que Mr le Comte d'Ef
tain avecſon détachement estoit arrivé
à la vûë de Tortofe , & qu'il
s'estoitſaiſi des avenues . Que toutes
les Villes &les Villages evenoiene
avec empreſſement & avec joje à
L'obeiſſancedu Roy; que ceux deFalcete
s'estoient diftinguezpar un pre-
Sent de cinquante charges de vin &
autant de pain , qui avoient esté
GALANT 279.
diftribuées aux Soldats par ordre de
S. A. R.
Le mème jour dans la nuit onſçut
que le Comte de Staremberg estoit
parti en diligence pourBarcelonne ,
& que ſes troupes estoient toûjours
dans leurs quartiers,fanssçavoirce
qu'elles deviendroient. On foutauſſi
que la Flotte ennemie qui avoit touché
à Barcelone n'y avoit débarqué
aucunes Troupes ; mais seulement
quelque peu de bled , qui ne peutfuf
firepour ravitailler cette Place.
Toutes ces nouvelles ont esté confirmées
aujourd'huy 26. & l'on a appris
avecjoye que nos Troupes occu-
Poient fibien toutes les communications
&les paſſages de Tortoſe à la
Plainede Tarragone, aux Montagnes
de Pradas , &fur tout au Vil-
Lagede Perellos, qui est legrand che
280 MERCURE
min des Voitures , que les ennemis
n'avoient pas ofe riſquer de faire
entrer dans Tortofe le Convoy qu'ils
avoientprepare.
Le Journal de la Lettre ſuivante
, commençant au même
jour que finit celuy de la Lettre
precedente , j'ay crû qu'elle
devoit ſuivre naturellementcelles
que vous venez de lire.
Au Camp de Gineſtar, le
premierJuin .
Nous arrivames icy le 25. oùnous
fommes , 36. Bataillons , 44. Efcadrons
de Cavalerie& 12. Escadrons
deDragons. Noftre Pontfut achevé
Samedy 26 : à midy on commença
parfaire paßer deßus les équipages
:
GALANT 281
detoutes les Troupes qu'on avoit eſtè
obligé de faire traverſer dans des
Batteaux les jours precedens .
Le 27. une partie de l'Infanterie
de Mrd'Arennes , paſſa ledit Pont
pour relever celle que nous y avions
laiſſée pour en garder la Teste , &
qui nous vinrentjoindre .
Le 28. un de nos Partis détachez
pour s'approcher d'un Poſte des ennemit
, revint avec 14. Soldats qui deferterent
dudit Pofte, leurs Cama .
rades ayant pris la fuite d'auſſi loin
qu'ils nous apperçurent.
f Le 29. S. A. R. partit des 4.
heures du matin pour allerfaire faire
unfourrage à deux licuïs d'icy , dans
les Montagnes ; Mr de la Badie
avoit pris les divans à minuit avec
300. chevaux & Dragous , qui découvrirent
à la pointe du jour 5. o18
Juin 1708 . Aa
282 MERCURE
600 hommes tant Miquelets que
Troupes reglées qui se retirérentfur
des hauteurs à noftre gauche , où ils
ne firent pas un longsejour , ayant
apperçu 2000. hommes de noftre In.
fanterie , qui tachoientà les couper.
On pilla le Village à cause qu'ony
trouva plufiears mulles , qui nous
avoient esté priſes , &on revint du
fourage fans avoir perdu personne.
Depuis ce temps-là on est occupé à
faire un Retranchementsurunehauteur
à demie lieuë d'icy , vis- à-vis
Miravet , où l'on doit mettre 8. Bataillons
& 2. Escadrons que nous
attendons de l'Armée de Valence
ilsy reſteront pour affurer la Navigation
de la Riviere fur laquelle on
doit embarquer, toutes les munitions:
pour l' Artillerie & le Canon , dont
12. piecesde 24. venant de Lerida
GALANT 283
avec quelques Mortiers , font déja
arrivées de l'autre costé de la Riviere
; on aſſure que ce qui vient de
Bayonne , eft encore àsept ou huit
journées d'icy , d'où nous faisons estat
de partir dans trois ou quatre jours.
Il nous est venu aujourd'huy quinze
ou seize Deserteurs , & l'on croit
qu'ils feront ſuivis par beaucoup
d'autres.
Au Camp de Gineſtar , le 6.
Juin 1708 .
Le premier du courant S. A. R.
fit distribuer du pain pour trois jours
a un détachement de Troupes qui devoit
aller aux ordres de Mrde Kercado,
fous pretexte de s'emparer du
Poſte de la Madeleine du coſté de
de Garnia , & de favoriser la def
$
Aa ij
284 MERCURE
cente des Batteaux chargezdemus
nitions que nous attendions , & que
les ennemis vouloient infulter. Pour
cet effet ils avoient envoyé à Falceté
mille hommes de pied & cent cinquante
chevaux commandezpar un
Colonel Irlandois , qui est auservice
de l'Electeur Palatin .
Le même jour à fix heures dufoir
onfit un a utre détachement d'infanterie
& de Cavalerie , ſous pretexte
d'un fourage , qu'effectivement on
devoit faire le 2. du coſté de Tibife.
Toutes ces Troupes se joignirent à 8 .
beures du soir , & marcherent toute
la nuit , laiſſant à leur gauche le
chemin de Tibiſe que nos fourageurs
devoient prendre pour éviter les Miquelets
qui estoient de ce coſté-là ,
&sous lagarde desquels les ennemis
, qui estoient à Falceté fe repo-
1
GALANT 285
1
foient. Ces détachemens , qui faifoient
le nombre de trois millefantallins
& de huit cens chevaux ,
qui estoient commandez par Mr
Gaëtano , Lieutenant general des
Armées d' Espagne , qui avoit fous
luy Mr de Ceylo , Maréchal de
Camp ; Mrle Marquis de Lambert
, Brigadier , & Mrle Comte
deGline auffi Brigadier. Tous nos
fourageurs partirent d'icy à deux
heures du matin , & prirent la rou
te de Tibife . S. A. R. partit d'ici
à deux heures & laiſſant Tibise à
gauche , s'avança du coſté de Falceté;
nos fourageurs trouverent àTibife
les Miquelets ſur les Monta-
- gnes , qui les voyant ſans escorte
les attaquerent & en prirent quel
ques - uns , & obligerent les plus
- paltrons à s'en revenir. On crut tout
286 MERCURE
d'un coup icy que c'estoit une méprise ;
&que l'escorte s'estoit égarée. On
vint chercher du ſecours pour renfor.
cer quelques Dragons , qui ayant
eu ordre de porter leurs armes au
fourage , repouſſerent de leur mieux
les Miquelets ; mais c'estoit ſeulement
pour les amuser , puisqu'à la
petite pointe du jour on arriva à
Falcete; on crut tout d'un coup qu'il
n'y avoit plus personne , n'ayant
trouvé aucunes gardes avancées ;
mais les ennemis dormoient sur la
garde des Miquelets ; s'imaginant
que nous ne pouvions paffer quepar
Tibife. Sitoſt qu'ils nous apperçu.
rent , ils voulurent gagner en dili.
gence un défilé ; mais il n'y eut que
la Cavalerie qui y put parvenir ,
encore n'y arriva-t-elle pas toute ;
quant à l'infanterie accompagnée
GALANT 287
de quelques Miquelets voyant que
la retraite lay estoit coupée ,elle chercha
à grimper fur une Montagne , où
elle fut vivement poursuivie par nos
gens , qui l'accullerent contre ane
Roche , où elle battit la chamade ,
mit bas les armes , demandant
quartier. Ou leurtua du moins 400.
hommes . On ne fit aucun quartier
aux Miquelets , &nous avons pris
dans cette occafion un Colonel , un
Lieutenant - Colonel , un Major , &
environ trente autres Officiers dont
douze font Capitaines , avec cinq
cens trente - trois Soldats de diverſes
Nations ; mais la pluſpart Palatins
, & Troupes venuës d'Italie.
On a envoyé tous les Prisonniers en
Caſtille. Nous n'avons perdu que
dix-huit à vingthommesſeulement
Mrde Zerezedu . Çolonel Espagnola
288 MERCURE
eutfon cheval tué fous luy dans cette
action , qui luy attira des loüanges
de Monfieur le Duc d'Orleans. Son
Alteſſe Royale arriva à Falceté
dans le temps que l'action finiſſoit.
On trouva dans ce Village,ſitué à
cing grandes lieues du Camp , quel
ques barils de poudre , cinq cens
mousquets , quantité de bales&de
bagages ,qui furent pillez.
Ce Prince apprit le 4. que Mr
de Vallejo qu'il avoit envoyé du
costé de Parello fur le chemin de
Tortoſe àTarragone ,y avoit enlevé
mille boeufs ou vaches &fix mille
moutons , qui estoient en pature aux
environs , &deſtinezpour la provi
fionpendant lefiege . Il arriva hier
icy avec fon butin , augmenté de
cent cinquante chevaux ou mules ,
après avoir défait les Miquelets
qu'on
GALANT 289
qu'on avoit envoyez pour s'opposer à
fa retraite , dont ila ſeulement amené
huitprisonniers , S. A. R. donna
ordre qu'on distribuaft tout le bétail
aux Troupes.
Nos batteaux & nos munitions
arriverent hier à Flix. Nous fai
fons aujourd'huy un fourage general,
& nous partirons inceſſamment
pour Tortofe.
Du Camp de Ginestar , le.7.
Son Alteffe Royale fit défai.
re le Pont , afin de faire paßer les
Batteaux d' Artillerie , dont quelques-
uns s'aßablerent , & l'on fut
obligé de les alleger. Mrle Marquis
de Bezons partit d'icy avec trois
Brigades d'infanterie , & quatre
Regimens de Dragons , pour aller
Juin 1708 .
Bb
290 MERCURE
camper 2. lieuës en avant ; il nous
vint ce jour- là 70 deferteurs , 25. def.
quels eftoient fortis d'un poste de so.
hommes, commandezparunCapitaine,
un Lieutenant,Gun Enseigneque
Mr de Vallejo enleva ensuite , avec
le reste de leurs Troupes ; on enleva
auſſi quelques petits Poftes , de ſorte
que nous eûmes environ 150. prifonniers.
Tous les defertears conviennent
que les Troupes ennemies ne
fontpaspayées , & que depuis qu'elles
ont esté débarqués en venant d'I
les Soldats n'avoient requ
qu'un écu chacun. S. A. R. estpartie
cette nuit à deux heures pour aller
joindre Mr de Bezons , qui doit
aller camper àfixheures d'icy. Nous
devons demain partir avec le reste
de l'Armée pour l'aller joindre. Ce
Prince a commandé un grand nom.
talie
د
GALANT 291
bre de Travailleurs pour élargir les
chemins.
S. A. R. dont la prévoyan.
ce eſt grande en toutes choſes ,
avoit ordonné avant tous ces
heureux avantages , à l'Intendant
de Guyenne, de faire acheter
quinze cens boeufs , & de
les envoyer à ſon Armée ; elle
avoit auſſi ordonné à celuy de
Montauban de luy envoyer
un pareil nombre de boeufs
qu'on devoit faire partir du
Rouſſillon , & mille pour les
Hôpitaux de l'Armée avec د
beaucoup de moutons. Mr de
Meliand Intendant de l'Armée
, s'eſt donné tous les ſoins
neceſſaires pour l'execution des
ordres de S. A. R. & tout ce
Bbij
292 MERCURE
bétail ſera arrivé à l'Armée de
ce Prince , long- temps avant
que vous receviez ma Lettre .
On a fait auſſi acheter en Aragon
quantité de bled pour la
même Armée.
Je ne fermeray pas ma Lettre
ſans vous donner encore des
nouvelles de l'Armée de Son
Alteſſe Royale , & de celle de
Mr le Duc de Noailles . Cependant
je paſſe à quelques Articles
de Morrs .
Dame N ... Hennequin
d'Hecquevilly , Femme de Mre
N ... de Gigault Marquis de
Bellefonds , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , Gouverneur
de Vincennes , & Petit-
Fils de feu Monfieur le MareGALANT
293
chal de Bellefonds , eſt morte
en couche , & dans une grande
jeuneſſe. Elle étoit Fille de Mre
André Hennequin Chevalier
Seigneur Marquis d'Ecquevilly
& de Frênes . Seigneur de Balaſtre
, de Boüafle , de la Müette
de Verigny , de Goüillons , de
Prêle & autres Lieux , Baron
d'Heſt en Artois , & Capitaine
General des Toiles de Chaſſe ,
Tentes & Pavillons du Roy , &
de l'Equipage du Sanglier. Il a
fuccedé à feu Mre N ... Hennequin
Seigneur deſdits Lieux ,
& qui avoit la même Charge ;
il en préta Serment à Fontainebleau
, entre les mains du Roy ,
le 27. Juillet 1659. Il eſt d'une
Naillancetres confiderable. Mr
Hennequin dont le Pere étoit
Bb iij
294 MERCURE
François , cy - devant Procureur
General du Grand Conſeil , qui
refuſa d'eſtre Premier Preſident
> de Roüen , lorſque Monfieur de
Montholon fut nommé à cette
Pace , & dont le Fils eſt Antoine
- Jofeph Sieur de Charmont,
cy- devant auſſi Procureur
General du Grand Conſeil , &
auparavant Conſeiller auGrand
Conſeil , Grand Raporteur , &
cy- devant Ambaſſadeur à Venife
, & aujourd'huy Secretaire
de la Chambre & du Cabinet
du Roy , pour le Quartier d'Oc
tobre , font de la même Maiſon
que Mr. le Marquis d'Ecquevilly.
Ce nom eſt fort connu
dans la Robbe ; la Famille des
Hennequins a donné des Evêques
à l'Egliſe & des Officiers
GALANT 295
ト
à toutes les Cours Superieures
de cette Ville . Mela Marquiſe
de Bellefonds n'étoit mariée
que depuis deux ans å Mr.
le Marquis de Bellefonds Capitaine
&Gouverneur du Château
& Parc de Vincennes , &
des Chaſſes dudit Lieu ; elle
laiſſe un Fils . Je vous ay fait
un affez grand détail de la Maifon
de Bellefonds ; en vous apprenant
dans une de mes dernieres
Lettres le Mariage de
Melle de Bellefonds avec Mr le
Marquis de Fervaques.
Soeur Antoine d'Albert -
Chaulnes Abbeſſe du Monaſtere
Royal de S. Pierre de Lyon ,
eſt morte dans un âge afſezavancé
, avec de grands ſentimens de
picté , & aprés avoir reçû tous
1
Bb inj
f
296 MERCURE
les ſecours ſpirituels de la main
même de Mr l'Archevêque de
Lyon , qui l'a viſitée pluſieurs
fois , luy a adminiſtré les Sacremens
, & donné les dernieres
Benedictions . Elle avoit pris
P'Habit & fait Profeſſion en
l'Abbaye aux Bois de Paris ; qui
eſt de l'Ordre de Citeaux , &
elle obtint enſuiteune Diſpenſe
ſur la Nomination du Roy , pour
eſtre transferée dans l'Ordre de
S, Benoiſt , dont eſt l'Abbaye de
S. Pierre : Elle y a fait de grands
embelliſſemens , & elle y a fait
élever les ſuperbes Bâtimens
que tous les Etrangers qui paffent
par Lyon , y vont admirer ,
& qui le diſputent avec les plus
beaux de cette eſpece qui font en
Europe. Elle a gouverné ſa
GALANT 297
Communauté avec une grande
Sageſſe , mais en même temps
avec la ſeveriré que les Abbeſſes
doivent avoir , depuis l'an 1672 .
qu'elle fucceda à la Soeur Anne
d'Albert - Chaulnes , qui mourut
le 4. Février de la même
année , aprés avoir eſté 22. ans
Abbeſſe . Elle avoit deux autres
Soeurs Religieufes , ſçavoir Marie-
Magdeleine- Urbine - Thereſe
, Coadjutrice, puis Abbeſſe
de l'Abbaye aux Bois , morte en
1687. & Charlotte Prieure perpetuelle
du Monastere Royal de
S. Loüis de Poiſſy , depuis 1669 .
juſqu'à l'année derniere qu'elle
mourut . Madame de S. Pierre
avoit eu quatre Freres , ſçavoir
Henry- Loüis Duc de Chaulnes,
* Pair de France , & c. Charles I ,
298 MERCURE
Marquis de Raineval ; Charles
II . Duc de Chaulnes Pair de
France , Commandeur des Ordres
du Roy , Gouverneur de
Bretagne , & enſuite de Guyenne
; & enfin , Armand , dit l'Abbé
de Chaulnes ; les Enfansd'Henry
Loüis , & de Charles II . fontparvenus
à tous les honneurs
que leur grande Naiſſance pouvoit
leur faire eſperer. Ils
étoient fortis du Mariage d'Honoré
d'Albert Duc de Chaulnes
Pair & Marechal de France,
Vidame d'Amiens , Seigneur de
Pequigny & de Raineval , & qui
avoit d'abord porté la qualité
de Seigneur de Cadenet , petit
Fiefdu Comtat Venaiſſin , & de
Charlotte d'Ailly Comteſſede
Chaulnes , Fille unique & heri-
1
GALANT 299
tiere de Philibert Emmanuel
d'Ailly Seigneur de Pequighys
de Raineval, Vidame d'Amiens,
Chevalier des Ordres du Roy ,
& de Loüife d'Ognies Comteſſe
de Chaulnes & Dame de Magny.
Monfieur le Marechal de
Chaulnes étoit le ſecond Fils
d'Honoré d'Albert Sieur deLuines
, & Frere Puiſné du celebre
Connétable de ce nom , qui en
s'élevant éleva tous fes Freres.
Une Tradition domestique porte
, que la Maison d'Albert étoit
établie dans le Comtat Venaiſſin ,
Sous le Pape Innocent VI. Mais
ce qu'il y a de fûr , c'eſt qu'elle
s'eſt fort élevée dans le dernier
fiecle ,& qu'il y eut une grande
difference entre Honoré d'Albert
Sieur de Luines dans ce
300 MERCURE
Comtat , & ſes trois Fils qui
vinrent en France,& dont l'aîné
porta la qualité de Connétable
de France ; le ſecond celle de
Marechal de Chaulnes ; & le
troiſieme , d'abord connu ſous
le nom de Monsieur de Brantes ,
dont Mr. de Baſſompierre parle
dans ſes Menoires, celle de Duc
de Luxembourg , dont il épouſa
l'heritiere . Cet Honoré dont
je viens de parler , fervit pourtant
utilement le Roy Henry le
Grand , à ce que diſent quelques
Hiſtoriens , & fes Filles ſe
marierent aſſés avantageuſement
; Marie épouſa Claude ,
ditdu Roux , Seigneur de Bonneval
& de Combalet ; elle fut
Mere d'Anne , mariée à Charles
deCrequy Comte de Canaples:
GALANT 301
Antoinette épouſa en premieres
Nôces le Seigneur du Vernay,
& en ſecondes , Robert de la
Marck Duc de Boüillon , Comte
de Braine ; elle mourut à Paris
en 1644. Loüife épouſa Antoine
de Villeneuve Marquis de
Mons , Baron de Baux & Gouverneur
de Honfleur en Normandie
, mort âgé de 108. ans ,
en 1682. & une Fille qui ſe fit
Religieuſe . Anne de Rodulf fut
Mere de toutes ces Dames.
Quand Madame de Chaulnes
alla prendre poſſeſſion de l'Abbayede
S. Pierre , elle mena avec
elle Mede Chevry , qui avoit
eſté auſſi Religieuse de l'Abbaye
aux Bois ; & aprés quelques
années elle obtint une difpenſe
pour luy faire changer
302 MERCUR
d'Ordre , & la fit Grande Prieure
de S. Pierre . Cette Dame ,
dont l'eſprit étoit ſi connu , &
qui eſt morte depuis quelques
années , poſſedoit toute la confiance
de Madame de S. Pierre ,
&gouvernoit toutes ſes affaires;
elle étoit de Paris , & parente
de Mr le Preſident de Chevry .
.Dame Elifabeth d'Hamilton ,
cy- devant Dame du Palais de la
Reine , veuve de feu Mre Philibert
Comte de Grammont ,
Vicomte d'After , Seigneur de
Semeac , Commandeur des Ordres
du Roy , cy devant Gouverneur
de la Rochelle & Pays
d'Aunis , eſt morte âgée de 67.
ans. Quoique cette Dame ait
brillé par la beauté , elle s'eſt
encore plus fait admirer par ſa
GALANT
303
vertu & par la folidité de ſon
eſprit : auſſi étoit- elle confiderée
de tout ce que la Coura de
plus élevé . Elle avoit toûjours
vécu d'une maniere qui devoit
empêcher qu'elle apprehendat
les approches de la mort : Cependant
elle a fait connoître
que les plus juſtes la doivent
craindre dans ces terribles mo- -
mens. Elle étoit d'une des plus
illuſtres Maiſons d'Ecoſſe , puifque
les Ducs d'Hamilton & les
Ducs d'Athol font de la premiere
Nobleſſe de ce Royaume .
Mr le Duc d'Hamilton aujourd'huy
Chef de cette grande
Maiſon en Ecoſſe , en eſt un des
plus grands Seigneurs . Il s'eſt
trouvé un Milord Hamilton
dans les Troupes Angloiſes qui
304 MPRCURE
ont paſſé en Catalogne , & l'Archiduc
l'a envoyé audevant de
l'Archiducheſſe ſon Epouſe ,
pour la complimenter de fa
part , ayant voulu faire choix
pour cette Commiſſion , d'un
Homme des plus qualifiez de
ſa Cour. La Branche aînée de
la Maiſon d'Hamilton s'eſt éteinte
dans celle de Douglas ,
il y a déja du temps ; celle de
Douglas eſt auſſi une des plus
illuſtres d'Ecoſſe. La Maiſon
d'Hamilton étoit déja connuë
en ce Royaume- là, ſous le Roy
Robert Bruys , & avant que la
Maiſon Royale de Stuart , avec
laquelle elle s'eſt ſouvent alliée
, montât ſur le Thrône ,
c'eſt-à dire avant le 14º fiecle;
& ce n'eſt pas d'aujourd'huy
GALANT 305
qu'elle a eſſuyé des diſgraces
& des revolutions. Patricius
Hamilton a eu la qualité de
Martyr , & fut immolé à la fureur
des Rebelles qui inonderent
l'Ecoſſe il y a un grand
nombre d'années. Un Jean Hamilton
Archevêque en Ecoſſe ,
fit beaucoup parler de luy en
ſon temps. Le fameux Cardan
fit une ridicule prediction touchant
ce Prelat , & qui ne luy
convenoit gueres. Mr Bayle a
éxaminé la verité de cettehoroſcope
, dans ſon Dictionaire
critique.
Mela Comteſſe de Grammont
avoit deux Freres , qui font icy ,
& qui fe font tous deux diſtinguez
dans le Service , ſçavoir
le Comte Antoine & le Conte
Juin 1708 . Cc
١٠
306 MERCURE
Richard ; le premier eſt Colonel
d'Infanterie , ſon Regiment
qui porte le nom de Medoc a
porté autrefois celuy de Jerzés
c'eſt un Corps tres - confiderable
; le ſecond joint à une valeur
ſouvent éprouvée , ſur tout
dans toutes les actions de cette
derniere guerre , une grande
delicateſſe d'eſprit ; il parut-il
à quelques années une Lettre
en Profe & en Vers qu'il écrivit
à Mr le Comte de Grammont
fon beau frere , fur les
operations de la Campagne , qui
luy fit beaucoup d'honneur.
Mela Comteſſe de Grammont
a eu deux filles de fon mariage ,
Me la Comteſſe de Staffort &
Me l'Abbefſſe de Pouſſey en Lor.
raine , connue auparavant ſous
GALANT 307
- Te nom de Mlle de Semeac. Mr
le Comte Staffort , époux de la
premiere , fait fſon ſejour à Bruxelles
; il eſt de l'illuſtte Maifon
Howart , l'une des plus
grandes d'Angleterre , & qui
a produit la branche de Nort-
* folk , dont eſtoit Philippe Thomas
Howart de Nortfolk , Cardinal
du Titre de Sainte Cecile ,
= Prelat Aſſiſtant de quatre Con-
-gregations, & qui aprés eſtre
forti de l'Ordre des Jacobins ,
avoit eſté premier Aumônier
de la feue Reine d'Angleterre .
11 eſtoit fils du celebre Thomas
Howart , Duc de Nortfolk ,
-Comte d'Arondel & de Surie ,
GrandMaréchal d'Angleterre ,
& Chevalier de l'Ordre de la
Jarretiere. Cette premiere bran-
;
:
Ccij
308 MERCURE
che eſt alliée à la Maiſon du
Boſc - Normanville en France ,
qui a donné un Chancelier à ce
Royaume . Le pere de Mr le
Comte Staffort perdit la teſte
fur un échafaut dans une perſecution
qui s'éleva contre les
Catholiques en Angleterre ſous •
le regne du feu Roy Charles II .
On les accuſa d'avoir trempé
dans une conjuration contre
l'Etat , & le Comte Staffort
leur prétendu Chef, fut lavictime
de la rage de ſes ennemis .
Ce nom n'eſt pas heureux : le
celebre Comte Staffort d'où celuy
d'aujourd'huy eſt iſſu , fut
la premiere victime de la fureur
des Rebelles ſous le Roy
Charles I. CePrince infortune
eut la foibleſſe de conſentir à la
د
GALANT 309
-
1
mort de ce fidelle Serviteur ,
à laquelle les Parlementaires
l'obligerent de confentir, en luy
faiſant infinuer que ce conſentement
aſſureroit ſa vie ; mais
la mort de ce malheureux Comte
n'empêcha pas la fienne.
Mr le Comie de Grammont
eſtoit frere du Maréchal Duc
de ce nom , oncle de Mr le Duc
de Grammont d'aujourd'huy ,
& grand oncle de Mr le Duc
de Guiche . Je ne vous en diray
pas davantage , vous ayant amplement
parlé de cette Maiſon
dans le temps de la mort de feu
Mr le Comte de Grammont.
La Lettre que vous allez lire
en renferme une autre de Monfieur
, le Duc d'Orleans , qui fait
connoiſtre que ce Prince parte
310 MERCURE
de ce qui le regarde avec une
modeſtie qui doit luy attirer de
grandes louanges. On voit auffi
par une autre Lettre de cePrince,
que tout le reſte du détachement
dont il a parlé dans ſa premiere
Lettre , a eſté entouré &
pris.
Du Camp de Monçon , ce 8 .
Juin 1708.
Nous sommes icy dans un petir
Camp ſeparé de la grande Armée.
Rien n'échape à la prévoyance de
Monseigneurle Duc d'Orleans . Il
a cru avec beaucoup de raison qu'il
estoit important de laiſſfer icy quelques
Troupes à la garde du Pont &
des Frontieres de l'Arragon. Nous
fommes demeurezicy avec une BriGALANT
I
gade de Cavalerie &un bon Corps
d'Infanterie , ſous les ordres de Mr
de Fontboiſard , qui est indisposé
&qui est fort foulagé dans toutes
nos operations par Mr le Marquis
de S. Germain- Beaupré, qui ne s'épargne
en rien. La Riviere commence
à estre quéable , & cela nous
tient en haleine . Nous ne ſommes
pas fans occupation ; & nous voyons
tous les jours qu'il n'a pas esté hors
de propos de laißer icy quelques
Troupes. S. A. R. nous afait l'honneur
de nous écrire , ce qui s'eſt paffé
àfon Armée. Voity la copie de la
Lettre de ce Prince.
DU CAMP DE GINESTAR ,
le 3. Juin .
Il s'eſt paffé une petite affai312
MERCURE
de ce coſté- cy. Les Ennemis
avoient douze cens hommes
dans Falceté avec quatre cens
chevaux & douze cens Miquelets
répandus aux environs. Je
fis avant hier au foir , pour couvrir
un fourage que je voulois
faire de ce coſté- là , un détachement
de trois mille hommes
de pied & de huit cens chevaux,
qui marcha toute la nuit , &
arriva à Falceté à la pointe du
jour. Les Ennemis voulurent
l'abandonner , mais ils ont eſté
ſuivis de ſi pres , qu'il y en a eu
quatre à cinq cens de tuez,& environ
fix cens faits priſonniers ,
avec tous les Officiers de leur
détachement. Nous n'avons eu
qu'un Officier legerement blefſée
; & quinze Soldats tuez ou
bleffez ,
GALANT 313
bleſſez ; & noſtre fourage s'eſt
fait tranquilement & abondamment
.
Hier 7. Juin nous reçumes une
autre Lettre de S. A. R.parlaquel.
le elle nous fait l'honneur de nous
apprendre que tout le reſte de
l'Infanterie reglée avoit eſté
depuis entourée & priſe avec le
Commandant dudétachement .
L'Armée doit s'estre mise en
marche d'hier 7. Juin , pour al .
ler droit à Tortofe. S. A. R.na
differé ce fiege que dans la neceſſice
d'attendre pour cela un dernier Convoy
de munitions qui vient sur l'Ebre
, & qui doit eftre arrivé le 5 .
On n'a rien épargné pour luy faire
faire plus de diligence ; mais il n'a
pas esté poſſible dele faire arriver
Juin 1708 .
Dd
314 MERCURE
plutoft. On ne croit pas que les Ennemis
veüillent s'obstiner à deffendie
Tortoſe, & qu'ils veüillent s'expofer
à y perdre une partie de leurs
Troupes , dont ils auront grandbefoin
dans lafuite.
Quoy que l'Article ſuivant
ne ſoit pas nouveau , il merite
neanmoins , d'avoir place icy ,
& l'on ne peut trop marquer le
zele pour Sa Majeſté de ceux
qui le font paroiſtre , fur tout
pardes Prieres publiques .
Mrs les Maires , Lieutenant
&Pairs de la Ville & Commune
de Beauvais , firent chanter
un grande Meſſe en Muſique à
dix heures du matin , en l'Egliſe
de Saint Eſtienne le Mardi pre.
mier du mois de May dernier ,
GALANT 315
pour remercier Dieu de la grace
qu'il a plû au Roy d'accorder
à cette Ville pour la Commutation
duTaillon enTarif.Cette
ceremonie fut tres - magnifique ;
tous les Corps de la Ville qui y
avoient eſté invitez , y affiſterent
; & la Nobleſſe du Beauvoiſis
qui eſtoit alors à Beauvais
s'y trouva auſſi , & même
les Gentilshommes de la Campagne
qui purent y venir , affifterent
à cette Meſſe , à la fin
de laquelle on chanta un Te
Deum en Muſique. On tira enſuite
pluſieurs boëttes , & la
Feſte finit par un tres - grand
repas que donnerent Mrs les
Maires & Officiers , où les fantez
du Roy & de toute la Miſon
Royale furent buës au brit
1
Ddij
316 MERCURE
de la Mouſqueterie. La grace
que Sa Majesté vient d'accorder
à cette Ville eſt tres - confiderable
, & elle merite bien la
reconnoiſſance de ſes Habitans .
Ce Prince en l'accordant a dit
à Mr le Cardinal de Janſon ,
qu'il estoit bien aise d'accordercet.
te grace à une Ville qui luv avoit
toujours efté tres affectionnée .On y a
fait des Prieres pendant pluſieurs
jours pour Sa Majeſté à
cauſede cette conceffion .
Mr de Leſnerac de Mefniville,
a été reçuChevalier de l'Ordre
Royal de Noftre Dame de
Mont-Carmel & de Saint Lazare
de Jerufalem , dans l'Egliſe
des Carmes des Billettes , par
Mr le Marquis de Dangeau ,
Grand - Maistre de cet Ordre.
GALANT 317
1
1
२
Le merite de ce Gentilhomme
eſt connu. Il a ſervi en qualité .
d'Aide de Camp dans les Armées
de Sa Majeſté. Il a eſté enfuite
Commiſſaire & Controlleur
de la Marine dans les Ports
de Cherbourg & du Havre , où
il a ſervi avec beaucoup d'honneur
& de diſtinction pendant
plus de vingt- quatre années.
Les Officiers de cet Ordre &
pluſieurs Chevaliers aſſiſterent
à la Meſſe & aux Ceremonies
qui ſe firent à l'occaſion de
ſa reception . L'Aſſemblée fut
nombreuſe & choiſie , à cauſe
du grand nombre de parens &
d'amis de ce Chevalier qui
avoient pris ſoin d'en avertir
leurs amis qui furent témoins
de ſa pieté édifiante. Il a eu l'a-
7
Dd iij
318 MERCURE
1.
vantage d'avoir pour témoins
de la conduite & de ſes ſervices
, Mrs les Maréchaux de
Choiſeul & de Joyeuse', ainſi
que Mr de Canify , Evêque de
Limoges. De pareils témoignages
ſont des preuves éclatantantes
du merite de ce nouveau
Chevalier.
Je dois ajoûter icy qu'eſtant
Commiſſaire Ordonnateurde la
Marine à Cherbourg , il a cu
l'honneur de recevoir chez luy
Sa Majesté Britannique ; des
Maréchaux de France ; des Officiers
generaux des Armées du
Roy; de même que des Intendans
de Mer & de Terre , ainſi
qu'il eſt porté par le Certificat
deMrde Beaujeu , aujourd'huy
Commandant du Havre , qui
GALANT 319
commandoit alors à Cherbourg.
Jene dis rien des ſervices que
Mr le Chevalier de Mefniville
a rendus à l'Etat , & à divers
Officiers de Marine , dans des
occafions fâcheuſes & dont le
ſouvenir doit être effacé par les
grands avantages que nous
avons remportez ſur Mer depuis
ce temps - là , & par les Batailles
Navales que nous avons
gagnées .
Je vous envoye la ſuite du
Journal de l'Armée de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
dans laquelle vous trouverez
un nombre infini de particularitez
dont toutes les nouvelles
publiques qui ont paru depuis
le commencement du mois ,
n'ont point parlé...
Dd iiij
320 MERCURE
Je dois vous avertir que fi
vous trouvez quelques jours
ſans eſtre remplis , mon filence
ne proviendra que de cequ'il
ne ſe ſera rien paſſé de confiderable
ces jours- là .
Le 28 de May , Mr Pasteur
fameux Partiſan , & fott craint
des Ennemis , n'étant accompagné
que de ſept hommes, leur en
prit trente & un , qui alloient à
la paille dans un Village.
Le 29. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne ſe donna tous les
mouvemens que ce Prince ſe
donne ordinairement chaque
jour. Il monta à cheval , &
donna differens ordres qui
furent éxecutez avec toute la
vivacité & toute la ponctualité
qu'on éxecute tous ceux que
د
GALANT 321
donne ce Prince , à qui rien
n'échape , & qui fait attention
à tout.
Il y eut un grand Fourrage
le 31. auprés de l'Abbaye de
Cambron. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , Monſeigneur le
Duc de Berry , & Monfieur le
Chevalier de Saint Georges ,
ſe trouverent à ce Fourage , où
Monfieur de Vendôme n'alla
pas , parce qu'il eſtoit incom.
modé.
Le premier de Juin , Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
partit de Soignies à 9. heures
du foir , pour ſe rendre au Camp
de Braine- laleu , où il n'y avoit
pas d'apparence que l'Armée
pût arriver que le lendemain
aprés Midy. Je dois marquer
322 MERCURE
icy , pour bien faire connoître
la beauté de la Marche hardie
& perilleuſe que ce Prince fic
faire ce jour- là à ſes Troupes ,
que Milord Marlboroughavoit
peu de temps auparavant , fait
un mouvement qui leur fermoir
le chemin de Leſſines à la
gauche , & celuy de Nivelles
à la droite. Il avoit mis fa
droite à Sainte Croix, le Boisde
Trion audevant , & fa gauche
à Lembeek ſur la Senne , le
centre à S. Ernelle. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
devoit eſtre dans un grandembarras
; car s'il marchoit par
la gauche , qui étoit à Cauchie-
Notre- Dame , il falloit eſſuyer
un Combat d'Infanterie à Stein .
kerque , qui ne pouvoit eſtre
GALANT 323
i
:
avantageux ; & s'il marchoit
par la droite à Naaſt vers Nivelles
, les Ennemis pouvoient
attaquer ſon Avant - Garde ,
après avoir paſſfé la Senne. Ils
avoient le tiers moins de chemin
à faire que fes Troupes ,
en cas qu'ils n'aimaſſent pas
mieux venir attaquer l'Arriere-
Garde par Braine- le Comte.
Il eſt aiſé de voir que cette
Marche étoit fort dangereuſe;
cependant Monſeigneur le Duc
de Bourgogne aprés y avoir fait
toute l'attention neceſſaire , &
avoir pris des meſures qu'il crut
jaſtes , & qui l'étoient en effet ,
reſolut de l'entreprendre , puifqu'il
auroit fallu, ſi ce Prince
n'eût pas pris ce party , qu'il fût
rentré dans ſes Lignes avantIs
324 MERCURE
:
jours . Après qu'il eût renvoyé
les gros Equipages vers Mons ,
&les menus du côté de Caftiaux
, l'Armée ſe mit en marche
à 8. heures du foir , aprés
la retraite , & dans un fort bon
ordre . Monſeigneur le Duc de
Bourgogne étoit à la tête de
l'Infanterie de la premiere Ligne
, & toutes les Troupes qui
aiment ce Prince , & qui ont
beaucoup de confiance en luy ,
le ſuivirent avec joye. Il leur
avoit fait diſtribuer du pain
pour quatre jours. La marche
ſe fit par Naaſt , par les Eſcauffines
d'Enghien , & par Felluy ,
& l'Armée paſſa la Senne à Arquenne
& à Notre Dame de
Bon- Conſeil , pour aller ſe mettre
en Bataille à la hauteur de
GALANT 325
Nivelles , aprés avoir paſſé le
Ruiſſeau .
La marche qui avoit commencé
le premier , ainſi que vous
venez de voir , continua le 2-
juſques bien avant dans la journée
; & comme rien ne pouvoit
faire connoître que les
Ennemis vouluſſent traverſer
la marche de l'Armée , on s'avança
, & on ſe campa , la droite
à Genape , & la gauche à Braine-
Laleu.
On doit remarquer que cette
- marche n'eſt pas fans un grand
merite , & qu'elle donne beaucoup
de gloire à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
puiſque les Ennemis , s'ils fuffent
venus paſſer à Braine- le-
Château , auroient eu beau-
وج
326 MERCURE
coup moins de chemin à faire
que l'Armée , quoiqu'il n'y eûr
que trois petites lieuës d'un
Camp à l'autre.
Milord Marlborough , qui
avoit mandé en Holande qu'il
attaqueroit les François au premiermouvement
qu'ils feroient ,
fit tout le contraire , puilqu'-
auſſitoſt qu'il eut appris qu'ils
s'eſtoient mis en marche , il decampa
avec une precipitation
qui fatigua extrêmement ſes
Troupes pendant une pluye
continuelle , & lors qu'il eut ap.
pris que 6000. Grenadiers s'étoient
approchez d'Ath , comme
s'ilseuſſent voulu l'inveſtir ,
il crut que l'on vouloit aſſieger
cette Place, de maniere que l'on
peut dire qu'il fut ſurpris deux
GALANT 327
fois , l'une par le décampement
deMonſeigneur le Ducde Bourgogne,
dont il n'avoit pas pris
d'aſſez juſtes meſures pour eſtre
averty , & l'autre par la feinte
que fit ce Prince d'aller du côté
d'Ath. Lorſque ce Milord
décampa , la plus grande partie
de ſa Cavalerie étoit au fourage
, & éloignée de 4. ou 5 .
lieuës , de maniere que cette
Cavalerie n'ayant pu entendre
les ſignaux, il fut obligé de l'envoyer
avertir de ſuivre l'Armée;
&la crainte qu'elle eut d'eſtre
chargée par les 6000. Grenaniers
, l'obligea de quitter le
fourage avec tant de precipitation
, que les. Cavaliers laifferent
dans la campagne plus
de 18000. troufles qu'ils ne pû,
328 MERCURE
rent emporter. Cette retraite
pendant laquelle les Ennemis
perdirent environ 2000. Chevaux
, fans compter un grand
nombre de Soldats qui deterterent
, ſe fit avec tant de confuſion
, qu'elle reſſembla beaucoup
plus à une fuite qu'à une
retraite; de forte que tout fut
en alarme dans Louvain & aux
environs . Les Ennemis allerent
camper à Anderlecht , & lelendemain
à Roſcapel , entre Bruxelles
& Louvain , où Marlborough
parut bien chagrin de
s'eſtre laiſſé prendre pour dupe.
En effet , il avoit lieu de l'eſtre,
puiſque nous étions dans un
Camp où l'on pouvoit vivre à
ſouhait , d'où l'on pouvoit tirer
des vivres de tous côtez , & d'ai
GALANT 329
1
4
nos partis pouvoient fort incommoder
ſes Troupes par la
Foreſt de Soignies .
Le 3 on travailla à ſe bien
établir dans le Camp.
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
alla le 4. viſiter les Troudes
de la Gauche & des Reſerves.
Le même jour ce Prince
fit fourager en arriere vers le
Bois de Nivelles , & ilalla voir
la Chapelle de Vaterloo , qui
eft fur le bord des Bois de
Soignies .
Le 5. Monseigneur le Duc
de Bourgogne monta à cheval
pour faire faire des communipations
à la droite , afin de la
mettre tout - à- fait à Genape ,
où ce Prince fit camper quelques
Regimens d'Infanterie :
Juin 1708. Ee
330 MEROUR E
cependant il laiſſa toûjours la
gauche à Braine- Laleu , qui eſt
entre les deux Lignes. 1
Le matin du 6. on fit fortir
un détachement de s . à 600
Chevaux & de 200. Fantaſſins :
ce détachement marcha vers
Niel- Saint-Vincent , fur Corbais
pour reconnoîſtre. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne &
Mr de Vendôme allerent julqu'à
Hulpes , & ces Princes impatiens
d'entreprendre quelque
choſe , & voulant tout voir par
eux-mêmes , eſtoient ſouventen
mouvement depuis leur arrivée
dans ce Camp , & alloient fur
les Hauteurs & fur les Epinates
d'où ils découvroient Bruxelles
& ſes environs ,
Le 7. jour de la Feſte de Dieu
GALANT 331
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
fit faire la proceſſiondans
la place de Braine- Laleu , où
ce Prince aſſiſta aprés avoir fait
ſes devotions, & il monta à cheval
aprés ſon dîné. Le matin du
mêmejour,Milord Malborough
accompagné de pluſieurs autres
Officiers Generaux , & eſcorté
par foo . Chevaux du Piquet ,
alla reconnoiſtre les paſſages &
le terrein le long de la Dyle.
Le 8. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne fit la revuë d'une
partie de l'Armée. Ce Prince
vitla premiere ligne & une partie
de laſeconde de la droite , &
de la reſerve de la droite.
Le 9. Monſeigneur le Duc de
Bourgogne paſſa le reſtede l'Armée
en revue , & comme il fit 1
Ecij
332 MERCURE
ces revuës avec une tres -grande
attention , & qu'il examina
les Troupes preſque homme par
homme, il les trouva tres belles,
& même au deſſus de ſon attente
& de ceux qui l'accompagnoient.
Ce Prince toûjours attentif
à tout ce qui regarde
l'employ d'un grand General ,
fit border le bois de Boffut par
de l'Infanterie , afin d'affeurer
les Convois qui venoient de
Charleroy. Un de nos partis
enleva ce jour là 56. chevaux
du Regiment de Grovenſtein
qui y eſtoit allé fourager avec
d'autres . Les Partis des Alliez
n'avoient pas la méme facilité ,
à cauſe que les François pouvoient
fourager derriere eux &
autour de leur Camp.
GALANT 333
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
reçut le 10. à ſon coucher
un paquet de Mr de Saillant
Commandant de Namur :
il mandoit à ce Prince qu'ilavoit
envoyé en party.70. Maîtres avec
Mr du Moulin , pour apprendre des
nouvelles des Ennemis ; qu'il estoit
arrivé à s . heures du foir avec 92 .
chevaux , 40. Cavaliers &un Cornette
qu'illeur avoitpris; queMalborough
avoit envoyé un détachement
de 1500. chevaux afin de le
joindre ; mais qu'il leur avoit fait
prendre lechange en paffant le Demer
à Zichem , & en le repaſſant
enfuite au dessus de Dieft , & que
les Ennemis neſongeoient pas à décamper.
Le 11. Monſeigneur le Due
de Bourgogne monta à cheval
334, MERCURE
à 8. heures du matin pour aller
au fourage qu'il avoit ordonné
pour la droite de fonArmée.
Les Ennemis formerent le iz.
à Deinſe un Camp de 5 à 6000.
hommes pour obſerver Mr de
la Motte dont le Camp ſeparé .
leur donnoit de l'inquiétude.
Les rendus continuerent d'afſeurer
que les Ennemis manquoient
de fourage , ce qui eftoit
cauſe qu'ils perdoient beaucoup
de chevaux.
Le 13. Monſeigneur le Duc
deBourgogne qui ne laiſſoit pafſer
aucun jour fans ſe donner
quelques mouvemens , monta à
cheval , & alla à la droite du
centre.
Ce Prince fit faire le 14. la
GALANT 335
proceſſion dans la place de Braine-
Laleu, & il entendit la grandeMeſſe.
Le 15. il alla à Nivelles.
Il ordonna le 16. un fourage
à la droite où il ſe trouva ,
en continuant toûjours d'obſerver
les Lieux , & en donnant
de nouveaux ordres pour eſtre
informé de tout ce que faiſoient
les Ennemis .
Le Dimanche 17. ce Prince
fit ſes devotions & édifia toute
l'Armée par ſa pieté.
Le 18. il alla à la premiere
ligne du centre , de maniere
que toute l'Armée avoit ſouvent
le plaiſir de le voir , puifqu'il
en viſitoit preſque tous les
jours quelque partie.
Ce Prince ordonna le 19.un
336 MERCURE
fourage pour la gauche , & continua
de s'y trouver comme il
faiſoit preſque à tous les fourages.
Quoique j'aye composé ce
Journal ſur pluſieurs lettres diferentes
, il peut neanmoins eftre
échapé beaucoup de choſes
à ceux dont j'ay vûles lettres,
& comme la plus part de ceux
qui écrivent ſe cotentent de
datter leurs lettres ſans marquer
les jours des actions dont ils
parlent, en voici deux dont je
n'ay pû trouver les dattes . 單
Un party forti de Tournay a
ramené 30. hommes, & un autre
forti de Mons en a ramené 25 .
Pluſieurs Lettres venues de
l'Armée depuis un mois
rapporté que Monseigneur le
د ont
Duc
GALANT 337
1
d
Duc de Bourgogne ſe faifoit
adorer des Troupes , s'il m'eſt
permis de parler ainfi ; que ſa
bonté , ſa politeſſe , ſon exactitude
& fon affabilité les charmoient,
& que ſa preſence & la
confiance qu'elles avoient en
luy les animoit tellement qu'-
elles ne reſpiroient que le combat,
qu'elles demandoient haument.
2-
D'autres Lettres ajoûtoient
que ce Prince travailloit avec
beaucoup d'application à é:ablir
une bonne diſcip ine dans
l'Armée & parmi les Officiers ;
qu'il fait camper tous les Colonels
à la teſte du Camp, & qu'il
fait éloigner de l'Armée totes
les Berlines & les Chaiſes de
Pofte.
Juin 1708.
Ff
338 MERCURE
Je ne dis rien dune infinité
d'autres Reglemens. J'ajoûterai
ſeulement que ce Princemonte
tous les jours à Cheval ; ce qui
ne l'empêche pas d'employer
ſouvent beaucoup de temps à
écrire, & de tenir Conſeil avec
les Generaux .
Pluſieurs Lettres rapportent
auſſi que Monſeigneur le Duc
de Berry paroiſt fort attentif à
tout ce qui peut ſervir à luy apprendre
le métier de la Guerre,
& que ce Prince eſt toûjours
preſt de monter à Cheval dans
l'eſperance de trouver quelque
occaſion de ſe ſignaler, ce qu'il
ſouhaite avec toute l'ardeur
imaginable .
Al'égard de Monfieur leChevalier
de Saint Georges , il ne
GALANT 339
ſouhaite pas avec moins d'ardeur
de donner des marques de
la valeur qui luy eſt hereditaire.
Il s'attache avec une application
incroyable à examiner tout
ce qui regarde la Guerre dont
il paroiſt ſe faire un plaifir. Il
eſt affable, il ſe plaiſt à conferer
avec tous les Officiers qui ont
le plus de reputation, & il mange
ſouvent avec eux. Enfin le
bruit de ſon merite s'eſtant repandumême
parmi les Ennemis,
pluſieurs ont deſerté pour venir
ſervir auprésde luy , & il y a lieu
decroire que la maniere dont il
les traite, & ſes liberalitez , en
feront deferter beaucoup d'au.
tres,
Je crois que je ne finirai pas
ma Lettre ſans vous envoyer
Ffij
34° MERCURE
quelque choſe de la ſuite du
Journal que vous venez delire.
Cependant je dois ajouter ici
l'Extrait ſuivant,tiré d'une Lettre
de la Haye.
De la Haye le dixiéme Juin
Onn'est en aucune manierefatisfait
ici des maoeuvres du Duc de
Malborough, quifait avancer l'Armée
jusqu'à Tubiſe, promet mons
merveilles , & dépensefi peu en Ef.
pions, que se trouvant prévenu par
les mouvemens des Ennemis , il est
obligé de reculer à toute bride , & de
fatiguer les Troupes pesqu'autant
qu'ilfit l'année derniere. La Cava.
leriefurt ut a extremement fouffen,
quoiqu'elle sefustfoulagée en laiſſant
derriere elle la pluſpartdes fourrages
GALANT 341
qu'elle avoit déja ramaßez En un
mot tout le monde convient que cette
retraite precipitée nous cause une
grande perte d'hommes & de chevaux
, & que l'Armée Ennemie tenant
la nostre en échec , la refferre
dans un coinoù elle ne pourra subfilter
long- temps faute de fourrages .
Quoique l'on ait vû pluſieurs
grandes Relations touchant le
Convoy enlevé prés de Tortoſe
parMrde Valejo , & quoique je
vous en aye moy-même parlé
fort amplement dans pluſieurs
endroits de ma Lettre , toutes ces
Relations n'ont point neanmoins
encore fait voir la veritable
maniere dont l'affaire s'eſt
paſſéesje vous en envoye une qui
vous la fera connoiſtre : vousy
Ffiij :
342 MERCURE
trouverez un portraittres court
de cette action ; mais fi reſſemblant
que l'on peut dire qu'il eſt
peint par la veritémêmes
Le quatrième de Juin au point du
jour, DomJofeph de Valejofortitdu
Campde S. A. R. avec un Détachement
de Cavalerie. Il arriva à
la vuë de Tortose, &ayant mis fa
troupe en embuscade, il s'approcha
feulde la Place àlaportéedufufil,
après l'avoir reconnue pendant
une heure, enſe promenant auprès de
la Paliſſade qui est au dehors , ſans
eſtre reconnu ni avoir paruſuſpect, il
retourne joindre sa Troupe , &
l'ayant menée prés de la Paliſſade
où il avoit remarqué un tres grant
nombre de Bestiaux qui estoient en
pature,il enleva 1000 Vaches, 100
GALANT 343
Veaux, 6000 Moutons & 150 Ми-
lets & Mules que l'on raſſembloit la
nuit en cet endroit poury estre en
Seureté. La Garmiſon s'en estant apperçuë
, on envoya après lay 400
• fantaſſins, so Chevaux & un grand
nombre de Miquelets qui leſuivirent
Pendant deux heures, & qui l'incommoderent
beaucoup ;mais enfin ayant
vû qu'ils estoient fort éloignezde la
place ilrebroußa fur eux avec tant
de valeur, qu'il en tua pluſieurs, en
prit quelques- uns, mit le reste en fuite,
& il rentra dans le Camp le cinq
affeztard avec toute sa priſe, que
S. A. R. a fait distribuer à l' Armée.
Ffinj
344 MERCURE
Extrait d'une Lettre écrite par
un Officier de l'Armée de
Monfieur le Duc d'Orleans.
Le 8 nousfiſmes un détachement
de quatrecens cinquantehommes des
Gardes du Roy & d'autres Regimen,
ſous les ordres du Brigadier
Trincherie , Catalan , pour reconnoiffre
& déboucher le chemin de
Tortofe ; &afin que ce détachement
ne fust arresté par aucun obftacle
, on le fit ſuivre de prés par
un autre plus confiderable. Ilrencontra
unegarde avancée de vingt
hommes commandezpar un Lieutenant
, qui l'ayant apperçu vinrent
ſe rendre à luy comme Deserteurs
avec leur Chef. Il trouva plus
avant unegarde de cinquantehom-
1
GALANT 345
mes commandez par un Capitaine
& un Lieutenant , qui n'ayantpas
eſté avertis par la premiere , furent
Jurpris &se rendirent fans aucune
reſiſtance ; & ayant appris de ceuxcy
que Mr de Saint- Amant , qu'on
mande estre Hollandois , & que
nous croyons estre un Religionnaire
François, estoit à un autre Pofte
avec trois cens bommes , il resolut
d'abord de l'aller investir,&l'ayant
enfermé des deux coffez il le contraignit
aussi à se rendre prisonnier
de guerre. Tous ces Prisonniers &
lesDeferteurs qui entrerent ce jour
làdans noſtre Camp , se montoient
àplusde cing cens hommes .
Le second détachement auquel le
premierfervoit d'Avantgarde confiſtoit
en douze Bataillons & seize
Efcadrons commandezpar Mr de
3
346 MERCURE
Bezons, &quatre Lieutenansgeneraux
, & le tout estoit destiné pour
blocquer Tortofe.
L'Armée de S. A. R. décampa
te 10. pourse rendre devant cette
Place ; l'Artillerie a esté embarquée
sur l'Ebro juſques à la Nafle
deChesta , qui est à demi- lieuë audeſſus
de Tortoje, d'où on la conduirapar
terrejusqu'ace Camp , le cheminefantcommode
àlagauche de ce
Fleuve.
Mr d'Asfeld jette un Pont tout
auprés de la Place.
Si l'on confidere que les Ennemis
n'ont que tres - peu de
Troupes reglées , & ce qu'ils
ont perdu à l'affaire de Falceté ,
&dins les autres affaires qui
ont precedé & ſuivi cet avanta
GALANT 347
ge , & que l'on joigne à tout
-cela les cinq cens hommes dont
ils viennent d'eſtre affoiblis ,
fuivant ce que vous venez de
Jire, & fi l'on examine auſſi que
Mrle Duc de Noailles , pendant
toute la marche qu'il a faite en
avançant toûjours dansle Pays,
les afort incommodez , & qu'ils
n'ont pas toûjours reculé ſans
faire quelques pertes. Si l'on
confidere , dis-je , toutes ces
chofes , on trouvera qu'il ne
doit plus guere reſter de Trou.
pes reglées aux Alliez , & qu'ils
doivent avoir un extrême beſoin
de celles que l'Amiral Lea
ke leur doit amener .
Enfin le livre intitulé , Vasconiana
ou Recueil des Bons mots
348 MERCURE
despenſies lesplus plaiſantes, &des
rencontres les plus vives des Gafcons,
a été mis en vente au commencement
de ce mois ,& il a fi pleinement
fatisfait l'attente du public
qu'il a témoigné beaucoup
d'empreſſement pourenacheter,
de maniere qu'il y a lieu de croire
que l'on pourra en faire une
ſeconde édition. Ce promptde.
bit faitbeaucoup d'honneur aux
Gaſcons , puiſqu'il n'a pu provenir
que de ce que l'on a cru
que les ſaillies de leur eſprit ne
pouvoient eſtre que tres- vives ,
ſpirituelles , & remplies de ſel ,
& je puis même ajouter qu'il
y en a beaucoup remplies d'erudition
& même d'onction , &
que ce qui ſemble n'eſtre donné
aupublic que comme jeux de
1
GOLENT 349
mots,& ce que l'on appellePointes
, renferme ſouvent beaucoup
de morale pour ceux qui les regarderont
d'nn certain coſté , &
l'on peut dire que la prudence
a beaucoup de part dans pluſieurs
penſées de ce Livre , &
qu'en s'y divertiſſant on y peut
apprendre beaucoup de choſes
qu'il eſt neceſſaire de ſçavoir ,
lorſque l'on eſt un peu répandu
dans le monde , & dont les Lecteurs
doivent profiter pour peu
qu'ils ayent de penetration. Je
ne prétens pas que toutes les
reparties , les pensées , &les
rencontres qui ſe trouvent dans
ce Livre , foient d'une égale
force , ce qui vrai - ſemblablement
ne peut eſtre , puiſqu'il y
en adeux à trois mille. Ainfi la
350 MERCURE
lecture de ce Livre , ne peut
manquer de bien divertir , puif ?
que dans trois mille articles
ou environ , on peut trouver
beaucoup de pensées , qui doivent
faire plaiſir. J'entens dans
les moins brillans articles de cet
ouvrage , car il y en a qui enlevent
, & qui obligent de ceffer
la lecture , ſoit pour admirer ,
ſoit pour rire , ce qui n'eſt pas
inutile à la ſanté des Melancholiques.
Je dois ajoûter à toutes ces
choſes que tous les articles de
ce Livredivertiſſant, ſont écrits
d'un ſtile i ferré , que les penſées
n'eſtant point embaraſſées
dans un amas de paroles inuti.
les qui ne diſent rien , & qui 15
ne font que du verbiage , frapGALANT
350
-
pent d'abord l'imagination , &
que de ceste maniere elle eſt
toûjours remplie de penſées
pleines d'eſprit ou de vives reparties
. C'eſt pourquoy tout
ce que l'on peut dire contre co
Livre eſt qu'il eſt trop rempli
de choſes attachantes , & qu'il
occupe trop l'eſprit auquel il
ne donne point de relâche ;
mais si c'eſt un deffaut , il ſeroit
à ſouhaiter pour le public que
pluſieurs Auteurs euſſent le
même deffaut ; mais par mal -
heur pour ce même public , il
s'en trouve beaucoup qui font
bien éloignez de l'avoir .
Ce Livre ſe vend 45. fols ,
chez le ſieur Brunet , dans la
grande Salle du Palais , à l Enſeigne
du Mercure galant .
1
352 MERCURE
Mre N... d'Alonville , Marquis
ce Louville , cy - devant
Gentilhomme de la Manche de
Monſeigneur le Duc d'Anjou ,
a époulé N... Bechameil de
Nointel , fille de Mre Louis Bechameil
, Marquis de Nointel ,
Conſeiller d'Etat , & ci devant
Intendanten Bretagne &petite
fille de Mre Louis de Bechameil
, Marquis de Nointel , Secretaire
du Conſeil des Finances
de S. M. & Surintendant de
la Maiſon de S. A. R. Monfieur
le Ducd'Orleans & de Madame,
& de Dame Marie Colbert ,
foeurde feu Mr l'Abbé de Prémontré
General de cet Ordre ;
& de feuë Me Pelot premiere
Preſidente du Parlement de
Rouen. La nouvelle épouſe eſt
GALANT 353
niece de Me Deſmaretz & de
Me la Ducheſſe de Briſſac qui
-ſont toutes deux foeurs de Mr
de Nointel. Ainſi cette Dame
eſt alliée à la Maiſon de Colbert
de deux coſtez ; ſçavoir ,
par ſa grand'mere qui en eſtoit
fortie , & par Me ſa tante qui
a épousé Mr Deſmaretz
veu de feu Mr Colbert .
,
, ne-
Mr Deſmaretz fit les honneurs
de la Noce , & Mr de
Bercy ſon Gendre donna aux
nouveaux Epoux , le lendemain
une magnifique Feſte à
Bercy.
En 1701. S. M. C. fit Mr le
Marquis de Louville , Chef de
ſa Maiſon Françoile. En 1702.
en allant en Italie , pour y
fervir auprés de ce Monarque ,
Juin 1708 . Gg
354 MERCURE
:
il le fit Gentilhomme de fa
Chambre , & luy donna laClef
d'Or. Il ſervit ce Prince en
qualité d'Aide de Camp pendant
la Campagne , & il commanda
le Regiment de Lombardie
, & S. M. C. luy donna
le Gouvernement de Courtray ,
au retour .
Mr le Marquis de Louville
eſt d'une des plus anciennes
familles de la Beauſſe dont il eſt
originaire ; il y a plus de trois
cens ans que fa famille poſſede
la Terre de Louville de pere en
fils. Pierre d'Alonville ayant
épousé l'heritiere de Louville
en 1403. qui estoit de l'ancienne
Maiſon des Chenards , dont
Louville porte encore le nom.
Jean d'Alonville , fils de Pierre アー
GALANT 355
d'Alonville , estoit Chambellan
du Roy Louis XI . fon fils Edme
d'Alonville commanda toute la
Nobleffe du Pays Chartrain ,
de l'Orleanois & du Blefois , &
il eut pour fils Jean d'Alonville
, Chevalier de l'Ordre , qui
cut pour fils Eſprit d'Alonville
auſſi Chevalier de l'Ordre , qui
épouſa Suſanne de Laval. La
genealogie de la Maiſon d'Alonville
ſe trouve dans Duchefne
& dans l'Addition aux Memoires
de Castelnau , dans les
Articles qui regardent les Maiſons
de Montmorency & de
Rochehoüart , auſquelles il eſt
allié.
On peut juger de l'eſtimeque
le Roy fait de Mr le Marquis
de Louville par les emplois de
Ggij
356 MERCUR
confiance dont il a eſte honoré.
Il a beaucoup d'eſprit , & il
joint à une valeur connuë , une
grande lecture , & une connoif
fance exacte des Auteurs anciens
& modernes , ſur leſquels
il s'eſt formé le gouft.
Il s'eſt fait un autre grandmariage
qui a eſté applaudy'de tout
le monde , & qui a eſté conclu
& conſommé en 4 jours . Mr le
Marquis de Courcillon a épouſe
Mile de Pompadour. J'ay
parlé pluſieurs fois de la grandeur
de ces deux Maiſons , c'eſt
pourquoy je vous diray ſeulement
que les jeunes époux ont
toutes les graces de la jeuneſſe ,
& qu'ils donnent lieu de croire
qu'ils auront un jour toutes les
vertus d'un âge plus avancé.
GALANT 357
Mr le Marquis de Courcillon
fils unique de Philippe de Courcillon
, Marquis de Dangeau ,
Chevalier d'Honneur de Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
& Grand - Maiſtre de l'Ordre
de S. Lazare , & de Sophic
de Baviere de Leveſtein premiere
Dame du Palais de Mada.
me la Ducheſſe de Bourgogne ,
n'a que vingt - un an ; il a déja
fait fix Campagnes . Au commencement
de l'année 1704. le
Roy luy donna le Regiment de
Cavalerie de Mr le Cardinal
de Furſtemberg oncle de Me
de Dangeau , & ce Regiment
aprés la mort de ce Cardinal
prit le nom de Courcillon par ordre
du Roy , qui le conſerva
fur le pied Allemand. Vous ſça- 1
358 MERCURE
vez , Madame , que ces Regi
mens ne ſont jamais commandez
que par des Officiers de la
Nation ; mais ce jeune Colonel
tient de ſi prés à pluſieurs grandesMaiſons
d'Allemagne , qu'il
a plus de facilité qu'un autre à
attirer dans ſon Regiment des
Officiers & des Cavaliers Allemans
, & même des plus diſtinguez.
Auſſi ont - ils toûjours
donné des preuves de leur valeur
dans toutes les occaſions
où ce Regiment s'eſt trouvé , &
particulierement à la Bataille
de Ramillies , où ce jeune Seigneur
, quoy qu'il euſt reçu un
grand coup de Sabre ſur la teſte,
ne laiſſa pas de mener à la charge
ſes deux eſcadrons & deren
verſer pluſieurs eſcadrons enGALANT
359
nemis , malgrél e deſordre pref
que general où eſtoit l'aîle dans.
laquelle il combatoit. Tous les
Officiers qui l'ont vûdans l'ac.
tion , ont rendu ce témoignage.
Mile de Pompadour eſt fillede
Mr le Marquis de Pompadour ,
& de la 3º fille de feu Mr leMaréchal
Duc de Navailles. Vous
ſçavez que l'aînée des trois
foeurs eſt Me la Ducheffe d'Elbeuf,
mere de Me la Ducheſſe
de Mantoüe. Mr le Marquis de
Pompadour eſt fils d'une foeur
de Mr le Duc de Montauzier ,
&petit- fils de Jean de Pompadour
, Marquis de Lauriere
frere cadet de Philbert de Pompadour
, Chevalier des Ordres
du Roy. Il a quitté le nom de
Marquis de Lauriere , pour
360 MERCURE
prendre celuy de Marquis de
Pompadour , depuis qu'il eſt devenu
l'aîné de ſa Maiſon , par
l'extinction des mâles de la
branche aînée.
Le Roy a donné en cette occaſion
aux Parties intereſſées ,
des marques de ſa bonté , en
conſentant que Mr le Marquis
de Dangeau cedaſt à Mr le
Marquis de Pompadour , ſa place
de Menin de Monſeigneur ,
& que Me de Dangeau cedaſt -
à ſa belle- fille ſa placede Dame
du Palais. Sa Majesté a donné
en même temps à Me de
Dangeau une penſion de deux
mille écus .
La jeune épouſe n'a que treize
ans ; mais on peut dire que
l'excellente éducation qu'elle
GALANT 361
a reçuë de Me ſa mere , jointe
aux graces du corps & de l'ef
prit , que la nature luy a pro-
- diguées , la rendent preſque
parfaite.
La Ceremonie du mariage
- ſe fit à Saint Sulpice , Paroiſſe
de Mile de Pompadour,
le Dimanche dix- ſeptiéme Juin
å midi , par Mr de la Chetardie,
Curé de cette Paroiffe. Vous
connoiſſez ſa pieté , qui éclata
il y a quelques années par le
refus qu'il fit de l'Evêché de
Poitiers , & fa doctrine par les
belles Homelies , qu'il a don-
⚫nées au public . Me la Duchefſe
d'Elbeuf , Me la Ducheffe
de Montfort, Mr l'Abbé d'Auvergne
, Mr le Duc de Luines ,
Mrs les Abbez de Pompadour
Juin 1708 .
Hh
362 MERCURE
&de Dangeau , & un grand
nombre de perſonnesde la premiere
qualité , tous parens des
Mariez , ſe trouverent à cette
ceremonie. Mr le Marquis de
Dangeau donna un grand dîné
à tous les parens de ces deux
illustres Maiſons , & la noce ſe
fit le ſoir chez Me la Ducheſſe
d'Elbeuf , avec une magnificence
extraordinaire A
Mr le Marquis de Courcillon
partitdeux jours aprés pour
retourner à l'Armée , Me ſa
femme alla à Fontainebleau ,
pour faire les fonctions de ſa
nouvelle Charge. Le Roy luy
a fait donner un Appartement
dans le Chaſteau .
Pendant que ces nouveaux
époux vont joüir du Printemps
BOUR DELA
LYON
VILLE
ર.ૂ
an
GALANT 363
de leurs belles années , je palle
à une Chanſon , faite à l'occafion
du dernier Printemps , &
dont les paroles ont eſté miles
en Air par Mr de Montailly .
AIR NOUVEAU.
Iris m'avoit promis que la Saiſon
nouvelle
La rameneroitdansnos champs;
Cependant voicy le temps
Et l'on ne voit point cette Belle;
Ab! je crains bien que le Printemps
Nereviennefouvent fans elle.
Le Printemps & l'Eſté n'étant
pas moins les Saiſonsde la
Guerre que celles des Amours ,
voyons ce que S. A. R. qui les
Hhij
364 MERCURE
:
a quittées pour faire uniquement
ſa Cour à Mars , continuë
de faire pour ſa gloire & pour
celle de deux grands Monarques.
Du Camp devant Tortoſe ,
le 16. Juin.
S. A R. qui étoitpariie le 9. de
Ginestar avec peu de fuite , joignit
ce jour- là MeBezons à Tibintze.
Le 10 le reste de l'Armée ſous les
ordres de Mr d'Abaret , partit de
Ginestarsur deux colonnes ; la Cavalerie
, les Grenadiers & les bagages
, marchoient à la droite , fur
le bord de la Riviere. L'Infanterie
grimpa fur les Montagnes ,&
on marcha ensuite sur trois Lignes
fur l'Ebre, dans lemême temps que
GALANT 365
tous les bateaux chargezde toutes
les choses neceffaires pour l'Artillerie
& pour la conftruction des Ponts,
s'avançoient , & que le Regiment
de Souches & quelques autres Troupes
marchoient de l'autre côté ; l'In
fanterie & les bagages coucherent à
Beinfaillete; la Cavalerie les Grenadiers
& les bateaux poufferent
Jusqu'à Tibintze . S. A. R. détacha
ce jour- là Mr d'Estain avec 15. Ef- '.
cadrons , pour occuper la Plaine, qui
est entre Tortoje & la Mer. Les Miquelets
firent ce qu'ils pûrent avec
la Giniſon , pour l'inquicter dans
is Montagnes où il étoit obligé de
paffer ; mais il ne s'arreſta point,
Oil gagna le terrain qu'il avoit
deffein d'occuper,
Le 11. S. A. R. luy envoya 12.
Bataillons pour empècherles Enne-
2
Hhij
366 MERCURE
mis de couper la communication de
la Mer & de Tarazone , & décampa
de Tilintze , pour venir à
une petite lieuë de Tortofe , qu'il reconnut
ce jour là du côté du Saut de
La Riviere. On laiſſa aux Retranchemens
de Ginestar,&à Mirans,
quelques Troupes pour affurer les
Convois qui vensient par eau.
Le 12. toute l'Armée marcha
&investit la place de toutes parts,
de fiprés que perfonne n'en pouvoit
fortir ; la Cavalerie est campéefur
le bord de la Riviere au deſſus &
au deſſous de la Place , où ily a des
eſpeces de plaines , qui font de deux
Portées de mousquet de large ; le centre
eft occupé par l'Infanterie , dans
un terrain si coupé de ravins & de
montagnes , que les Ennemis l'auroient
pû défendre plus fucilement
GALANT 367
1
- qu'ils ne feront Tortose. Le même
jour que la Place fut investie , MI
d'Asfeldt arriva au bour du Pont ,
qu'il investit avecir . Bataillons&
18. Escadrons. Ilfit paßerdans des
barques 15. pieces de Canon de 16.
& de 24. livres de bales , avec des
munitions à proportion. On pretend
qu'il y a 4000. hommes de troupes
reglées dans la Place , & qu'on a
forcé les Bourgeois &les Payfans
de prendre les armes . On laiſſera
pluſieurs ouvrages quifont du côté
du haut Ebre , &on attaquera la
Ville du côté de la Riviere , où S.
A. R. a pris fon quartier. On afait
un Pontde bateaux fur le haut Ebre,
vis- à- vis du Quartier de S. A. R.
furdes Bateaux de cuivre , que Mr
d'Asfeld avoit fait partir avec luy.
On a pris aux Ennemis pluſieurs
368 MERCURE
1
Chaloupe, du côté de la Mer ,&4.
Barques fur lesquelles ily avoit
6000. fagnenes de bled; ces grains
étoient deſtinez pour Tortore. On
s'est d'abord ſervy de ces chaloupes
Pour faire paſſer ſept pieces de Canon
de 16. & on a travaillè àfaire
Paffer le reste. On s'est approche de
la Place, à couvert du côté où l'on
adeffein d'ouvrirlaTranchéeàdemiportée
de mousquet , & bon pritle
poste des Capucins lemême jour que
laPlace fut inveſtie : 120 hommes
furent pris dans ce Poste ; on eutsealement
trois Soldats tuez& un Officier
de bleffe. On établit l'Hôpital,
&la nuit da 13. au 14. on travailla
à faire une Redoute , pour
affurer ce Pofte : les Ennemisfirent
pendant toute la nuit un feu de canon
&. de mousqueterie , qui ne blef
GALANT 369
fa qu'un soldat. Ils crurent que
C'étoit l'ouverture de la Tranchée,
&en effet elle se doit fairede cecôté
la; maiscene fera qu'aprèsy avoir
dreſſsé une baterie,pour rafer le convent
des Carmes , qui est aumilieu
du Bastion, que l'on doit attaquer ,
&qui incommoderoit les travailleurs.
Ilvient tous les jours des deferteurs
de la Place , entre laquelle
& Tarragone , on a encore pris s .
à 600. Boeufs & vaches , qu'on a
distribuez aux Soldats . On ne croit
pas qu'on ouvre la Tranchée avant
le 20.
S. A. R. fit partir le 14. Seps
Escadrons de Dragons , pour aller
joindre Mrde Fontboiſard , qui étoit
reftédu côté de Balaguer, afin d'empêcher
les Ennemis de rentrer dans
l'Arragon
1
1
370 MERCURE
Le 15. S. A. R. alla reconnožtre
la Place , & Elle en fit tout le
tour. Elle eat foin auſſitost apréς
fon arrivée ,de faire retrancherſept
Batailions pour faciliter les Con-
Vois.
Vous n'avez point vû de Relation
plus ample ny plus cir
conftanciée de tout ce qu'a fait
S. A. R. depuis le 9. de ce mois
juſqu'au 15. Aufſi , cette Rela.
tion eſt-elle tirée de pluſieurs
autres , dont il s'en trouve une .
qui fait monter la nouvelle priſe
des boeufs ou vaches , à neuf
cens ,& celle des moutons ou
chévres à quatre mille. Je ne
puis vous rien dire là-deſſus , fi
cen'eſt que toutes les Relations
fur leſquelles j'ay travaillé
viennent de bon licu.
GALANT 371
Lors que je croyois n'avoir
plus rien à vous dire de nouveau
touchant ce qui regarde
la Relation que vous venez de
lire , il en eſt tombé une entre
mes mains , qui , quoy que de
peu d'étenduë , contient neanmoins
pluſieurs faits nouveaux.
Je vous l'envoye en original .
Au Camp devant Tortoſe ,
le 16. Juin.
nous ee n
S. A. R. partit le 9. de Ginestar,
& décampames le 10. Depuis
ce temps -là ilne s'est rienpaſſe.
Nous arrivames le 12. & le même
jour un Lieutenant de Dragons du
Regiment de Picalques avec quinze
Dragons , arreſta à l'embouchure
de l'Ebre , 4, Barques chargées de
1
3
372 MERCURE
1
viande fallée,&de bled ; & la nuit
du 12. au 13. le Regiment d'Auvergne&
celuy d'Orleans attaquerent
le Pofte des Capucins , & s'en
rendirent les maistres . Nous y perdimes
trois Soldats , & il y eut un
Officier d'Auvergne bleſſe à la
main. Les Capucins ont reçû ordre
d'aller à Barcelonne . Hier matin
onprit un Espion qui fut pendu hier
aufoir, & qui fut mis à la porte du
haut-Ebre par où il eſtoit forti.
Avanthier Son Alteſſe Royale apprit
que les Ennemis avoient détachévingt
Escadrons du coſtédeCaspé,
&hier matin on détacha de nôtre
Armée les Regimens de Flèche ,
d'Astourto&de Paneton , pour alrefter
leur course. La garnison est
composéedehuit Bataillons , dedeux
mille Miquelets , & de trois cens
ehevaux.
GALANT 373
:
chevaux. Les Regimensfont leGe
neral Fuifen , Hollandois , Saint-
Amant, & Neuvendail, tous deux
auſſi Hollandois ; General Ephre ,
Venten & Barbaut , Allemans ,
&la Reine Anne , François Religionndires
. La Ville afur lehaut-
Ebre , un Chasteau foûtenu par un
Ouvrage à corne , où les ennemis
commencerent à travailler l'année
derniere &qu'ils ont perfectionné
depuis un mois , & elle a fur le bas-
Ebre ,le Convent des Carmes tres.
bien fortifié. On affure que le 19. on
quvrira la Tranchée; que nostre canon
pourra tirer à la fin du mois ,
&que le 25. du mois prochain nous
pourrons chanter le Te Deum.
La France vient de perdre une
femme dont la naiſſance eſtoit
Juin 1708 .
Ii
374 MERCURE
des plus illuftres ; mais beaucoup
au deſſous de fon merite.
Elle avoit une devotion fans
hypocrifie ; une vertu ſans faſte ;
un coeur fincere & penetré de
l'Amour divin ; une humilité
Chreftienne ; une ardente charité
; une pieté ſincere ; une
douceur Angelique , & une modeſtie
charmante. C'eſtoit une
épouſe qui n'avoit point ou peu
de pareilles ; une femme ſans
volonté , ſans ambition , fans
enteſtement , qui pouvoit fervir
d'exemple à toutes les perſonnes
de ſon ſexe, qui estoit eſtimée
& honorée par tout ; & qui
avoit enfin une patience & une
refignation aux volontez de
Dieu peu communes.
GALANT 375
Quand apres cette peinture
qui pourroit paſſer pour l'idée
d'une femme qui ne ſe trouve
point , & qui s'eſt poutsant
trouvée , je ne nommerois pas
Me la Comteſſe de Pontchartrain
, tous ceux qui ont eu l'avantage
de la connoiſtre , ou
qui en ont entendu parler , la
nommeroient auſſi toft , puifque
lebruit de toutes les vertus,
qu'elle poſſedoit dans le plus
haut degré , & dont aucune ne
lay eſtoit diſputée , l'avoient
fait connoiſtre même de tous
ceux qui n'avoient pas l'avantage
de l'approcher,& que fon
nom eſtoit tous les jours dans
la bouche de tout le monde , &
fur tout dans celle des Pauvres .
qu'elle a regardez pendant tou-
Ii ij
376 MERCURE
會
te ſa vie commes ſes enfans.
Toutes les chofes , & tout l'argent
dont il luy eſtoit permis
de poſer , estoient à eux; elle
entretenoit un grand nombrede
familles ; quelques gens même
de distinction que la fortune
avoit mal - traitez , particulierement
ceux qui estoient dans
le ſervice , recevoient ſelon les
occaſions des marques de ſes liberalitez
; mais fans fçavoir de
quelles mains elles leur ve
noient , puiſqu'elle vouloit ne
ſe pas ſouvenir elle - même du
bien qu'elle faiſoit , & qu'elle
vouloit que fa main gauche
ignoraſt ce que faifoit fadroite.
Vous jugez bien qu'une femme
de ce caractere, & qui paroiſſoit
ſanctifiée dés cemonde , a ſouf
GALANT 377
fert avec autant de reſignation
que de patience , toutes les douleurs
d'une longue maladie ,
pendant laquelle elle a eſté af
fiftée par le Pere de la Tour ,
General des. Preſtres de l'Oratoire
qui ne l'a point abandonnée.
Son appartement eſtoit
tous les jours rempli d'un fort
grand nombre de Ducheffes ,&
l'on ne doit pas s'en étonner ,
puiſqu'elle en pouvoit compter
beaucoup dans ſa famille. Tout
ce que la Cour a de plus illuſtre
s'y rendoit ſouvent auffi , &
l'empreſſement de ſçavoir des
nouvelles d'une ſanté qui estoit
fi chere à tout le monde , & qui
devoit eſtre bien prérieuse à
tous ceux qu'elle avoit obligez ,
faisoit que fon appartement
Lij
378 MERCURE
2
eſtoit preſque toûjours rempli
d'un grand nombre de perfonnes
de la plus haute diſtinction ,
&de beaucoup d'autres moins
qualifiées , de maniere que felon
les bruits qui s'y répandoient
qu'elle ſe portoit un peu mieux
ou qu'elle enoit plus mal , on
voyoit regner la joye ou la douleur
dans cette grande affemblée
; & fi la mort de cette
Comteffe l'a fait ceffer , elle ne
la pas fait oublier , puiſque fon
ſouvenir demeurera long-temps
gravé dans les coeurs de tous
ceux qui la connoiffoient , ou
qui ont ouï faire le portrait de
ſes vertus. Je pourrois ajoûter
icy que ceux qui entendront un
jour parler d'elle , pourront
bien la regarder comme une
GALANT 379
1
Sainte , puiſqu'elle paſſe pour
telle aujourd'huy , dans l'eſpric
de beaucoup de gens: Elle est
morte comme elle avoit vêcu
avec une entiere foumiffion aux
volontez de Dieu ; quoy qu'elle
ſe fuſt depuis long-temps fami
liariſée avec la mort , elle n'a
pas laiſſé de dire qu'elle n'avoit
pas crû la devoir apprehender
comme elle faifoit dans letemps
qu'elle la voyoit approcher.
Bel exemple pour tous ceux
* qui ne menent pas une vicauffi
reguliere , & aufi fainte , car
tous ceux qui vivent bien peuvent
compter fur la miferi
corde Dieu , quand ils ne ſeroient
pas parvenus à la perfec
tion des Saints. Mede Pontchartrain
ne demanda que deux
380 MERCURE
choſes en mourant ; mais elle
les recommanda fortement ;
ſçavoir , que ſon Convoy ſe fift
le plus fimplement qu'il ſeroit
poſſible ; & que l'on cut ſoins
de ſes Domeſtiques .
A peine cut-elle rendu les
derniers ſoupirs que ſon époux
penetré de la plus vive douleur,
partit auſſi toſt avec le Perede
laTour , dont je viens de parler
, & le Pere Simon de la mê
me Congregation ,pour ſe rendre
à Pontchartrain , afin d'y
pleurer , éloigné de la foule qui
n'auroit pas manqué de l'accabler
, une épouſe dont il avoie
toûjours eſté tendrement aimé
& qu'il avoit aimée de même.s
En effet , jamais époux n'a fait
voir plus d'amour & plus d'at
GALANT 38
tachement pour une femme , &
n'en avoit eu plus de ſoin. Il
paſſoit les jours & les nuits au.
prés d'elle , le temps dont ſes
grands emplois luy permettoient
de joüir . Il eſtoit témoin
de tout ce qu'elle prenoit , & il
le luy faifoit ſouvent prendre
luy-même. Enfin , jamais époux
n'ont eu plus d'attachement
l'un pour l'autre , & jamais
union parcilie n'a attiré plus de
loüanges aux époux que l'on a
donnez pour.exemples de l'amour
conjugal.
Ce triſte époux fut à peine
arrivé à Pontchartrain , que
preſque tous les parens de fon
illustre épouse s'y rendirent
plutoſt pour eſtre témoins de
ſa douleur , que pour le confor
382 MERCURE
ler , puiſqu'ils avoient beſoin
d'eſtre conſolez eux - mêmes ;
mais ils devoient cette reconnoiſſance
à la maniere dont Mr
le Comte de Pontchartrain en
avoit toujours uſé avec une parente
qui estoit digne de l'hommage
de toute la terre.
fu
Ceux qui connoiffent la bonté
du coeur de Monfieur le
Chancelier , dont je voudrois
que me alt permis de vous
faire icy l'éloge , peuvent juger
de la douleur dont ce Chef de
la Juſtice fut penetré lorſqu'il
apprit la mort d'une perſonne
pour qui ſes vertus ne luy
avoient pas donné moins de ve.
neration que la grandeur de ſa
naiſſance . Il en apprit la mort
au Roy , & il ſupplia en méme
GALANT 383
temps Sa Majeſté de le diſpenſer
de ſe trouver au Conſeil qui
ſe devoit tenir le lendemain ;
ce que ce Prince luy accorda .
Me de Pontchartrain laiſſe
trois Garçons ; Elle n'avoitque
vingt-huit ans , & onze ansde
Mariage. Elle étoit Fille de feu
Mre Frederic Charles , Comte
de Rove & de Roucy , Lieutenant
General des Armées du
Roy, qui fut demandéen 1683 .
par le Roy de Dannemarc , pour
eftre Generaliſſime de ſes armées
, qu'il alla commander
avec la permiffion du Roy ; &
de Dame Iſabelle Fille de Guy
Aldonce de Durfort Comte de
Duras , & de Charlotte de la
Tour d'Auvergne , & Soeur des
feus Ducs de Duras & de Lor384
MERCURE
ge, & de Milord Feversham :
Cette Dame eft en Angleterre ,
où Mr le Comte de koucy ſe
retira dés l'an 1687. & y mourut
aux Eaux de Bath en 1690 .
après avoir eſté fait Pair d'Irlande
par le feu Roy Jacques
11. Mela Comteiſe de Pontchartrain
étoit Soeur de Dile
Charlotte de Roucy , qui demeure
en Angleterre avec Mc
la Mere , & qui n'apoint voulu
ſemarier; de François Comte
de Roucy, Lieutenant General
de armées du Roy , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes Ecoffois
,& Commandant de la
Gendarmerie , qui épouſa en
1689. CatherineFrançoiſe d'Arpajon,
Fille de Loüis Duc d'Arpajon
Pair de France , Chevalier
GALANT 385
lier des Ordres du Roy , Lieutenant
General & fon Ambafſadeur
Extraordinaire en Pologne
, & de Catherine Henriette
d'Harcour, Dame d'honneur de
Madame la Dauphine. Me la
Comteſſe de Pontchartrain étoit
auffi Soeur de Guy Vidame de
Laonnois , tué au Siege de Luxembourg
en 1684. d'Henriette
veuve du Comte de Staffort ,
qu'elle avoit épousé en Angleterre
; de Charles Comte de
Blanes , & Lieutenant General
des Armées du Roy , qui a épouſe
Henriette d'Allongny
veuve de Mr leMarquis de Nangis,
dont elle a eu Mr le Marquis
de Nangis , qui vient d'eſtre
fait Maréchal de Camp , & fille
de Louis d'Allongny Comte de
Juin 1708 .
KK
386 MERCUR
Rochefort Marechal de France,
Capitaine des Gardes du Corps,
Gouverneur de Lorraine & du
Barrois , & de Madeleine de
Laval , Dame d'Atour de Madame
la Dauphine , & Dame
d'honneur de Madame la Ducheffe
de Chartres ; enfin Madame
de Pontchartrain étoit
Soeur de Guillaume Comte de
Marthon , Pair d'Irlande , ſous
le nom de Milord Lesfart ; de
Loüis , cy- devant Chevalierde
Roucy , & aujourd'huy Marquis
de Roucy & Lieutenant
General des Galeres de France,
qui épouſa en 1704. Ν ...
Ducaffe fille de Mr Ducaſſe ,
Chef d'Eſcadre des Armées
Navales , & d'Iſabelle & Marie
de Roucy Religieuſes à nô
GALANT 387
t
-
tre-Dame de Soiffons. Me la
Comteſſe de Pontchartrain ,
dont je vous aprens la mort ,
étoit la plus jeune de cette
nombreuſe Famille.
Feu Mr le Comte de Roucy
étoit Fils de François II . Comte
de Roye & de Roucy , morten
1680. & de Julienne Catherine
de la Tour d'Auvergne , fille
de Henry Duc de Boüillon
Prince de Sedan & deRaucour,
Pair & Marechal de France ; &
d'Elisabeth de Naſſau. Ainfiil
y a eu deux Alliances entre la
Branche de Roucy & la Maiſon
de Boüillon , ſans compter celles
que la Maiſon de la Rochefoucauld
avoit déja priſes avec
laderniere de ces maiſons ; & il
étoit frere aîné de Henry Vi-
Kk ij
i
388 MERCURE
dame de Laonnois , tueau Siege
de Mouzon. Charles II . du
nom , mort en 1607. qui a fait
la Branche de Roucy,& Claude
de Gontaud fille d'Armand de
Gontaud de Biron Marechal
de France , & de Jeanne d'Ornezon
étoient Pere & Merede
François II . dont je viens de
parler ; & Charles étoit fils de
François III . du nom , Comte
de la Rochefoucaud , & quidevint
Comte de Roye & de Rou
cy , par ſon mariage avec Charlote
heritiere de cette Maiſon,
qu'il épouſa en premieres Nôces.
Charlotte étoit Soeur d'Eleonor
de Roye, mariée en 1551 .
à Loüis de Bourbon I. du nom ,
Prince de Condé , & marié en
1564. de forte que la Triſaycule
GALANT 389
de Monfieur le Prince , & la
Triſayeule de Me la Comteſſe
dePontchartrain étoient foeurs.
La Maiſon de Roucy eft originaire
de Champagne , & l'une
des plus nobles & des plus anciennes
du Royaume. Renaud
Comte de Rheims & de Roucy
épouſa Albrade fille de Loüis
IV . Roy de France , & de Gerberde
de Saxe , Soeur de l'Empereur
Othon I. Il mourut en
973. Mais comme Me de Pontchartrain
n'en deſcendoit que
du côté maternel , je n'en diray
pas davantage ; François III.
Comte de la Rochefoucauld ,
Prince de Marfillac , Chevalier
des Ordres dir Roy , & dont le
fecond mariage avec l'heritiere
de Condé , donna naiſſance à la
L
Kkiij
390 MERCURE
Branche de Roucy-Rochefoucauld
, fut un des grands Capitaines
de ſon temps. Ii fut tué
à la Saint Barthelemy en 1572 .
Galliot Pic Prince de la Mirande
& d'Hyppolite de Gonzague
dont il eut François IV.
Comte de la Rochefoucauld),
qui continua la Ligne directe .
Mr le Comte de Pontchartrain
a cu trois Fils de Me la Comteſſe
de Pontchartrain ;
Comte eſt le huitiéme Secretaire
d'Etat de ſa maiſon ;
Raymont Phelipeaux Seigneur
d'Herbaut né à Blois en 1560 .
fut le premier. Paul Phelipeaux
Seigneur de Pontchartrain qui
forma la branche de Pontchartrain
, & qui eſt le Biſayeul du
Comte de ce nom fut pourvè
CC
1
GALANT 391
par Henry IIII . de la Charge
de Secretaire d'Etat à la place
de Mr Forget duFreſne. A quel.
- ques années prés , cette Charge
eſt toûjours reſtée dans ſa
branche; il eſtoit le quatriéme
fils de Loüis Phelipeaux Seigneur
de la Vrilliere & de Radegonde
Garraut.
Vous avez paru fi contente
du Journal que je vous envoye
tous les ans du voyage de Fontainebleau
, que je crois devoir
continuer de vous en envoyer
un cette année ; cependant il
fera moins remply que ceux des
années precedentes , puiſque les
divertiſſemens que l'on prend
pendant les grandes chaleurs de
'Eſté , font moins conſiderables
que ceux que l'Autonne fournis.
392 MERCURE
Leis de ce mois Monſeigneur
le Dauphin , qui eſtoit alors à
Meudon, en partit lematin avec
Madamela Princeſſe de Conty
Douairiere , & paffa à Petit-
Bourg qui appartient à Mr le
Marquis d'Antin , pour ſe rendre
à Fontainebleau.
Ce Prince , depuis le jour de
fon arrivée juſqu'au 18.alla deux
fois à la chaffe du cerf & au .
tant à celle du loup .
Le 18. le Roy partit de Verfailles
entre 11. heures & midy:
il avoit dans ſon caroſſe Madame
la Ducheſſe de Bourgogne,
Me la Ducheſſe de Brancas , &
Me la Marêchale d'Etrées . Sa
Majesté arriva ſur les quatre
heures à Petit-Bourg ; elle ſe
promena dans les Jardins où el
GALANT 393
le ne pût demeurer long- temps
à cauſe de la pluye ; les Dames
joüerent à differens jeux ; Mr
le Marquis d'Antin fit ſervir
pluſieurs tables pour tous ceux
qui voulurent mangeren arrivant
, & il fit fournir à toutes
les ſuites toutesles choſes dont
elles pouvoient avoir beſoin ; de
maniere qu'il ſe fit une continuelle
diſtribution de toutes
choſes , depuis l'arrivée de la
Cour juſqu'à l'heure du fouper.
Les Gardes du Corps , les Cent-
Suiffes & les Gardes Françoifes&
Suiffes furent traitées.comme
elles l'avoient eſté dans les
precedens paſſages de S. M.
Le 19. il y eut une excellente
Muſique à la meſſe du Roy. S.
M. ſe promena encore le ma
394 MERCURE
tin , & vit les nouveaux ouvrages
qui ſe font dans les Jardins .
Il y avoit une augmentation de
Bâtiment pour les Officiers du
Gobelet , ainſi que l'on en
avoit fait une l'année precedente
pour ceux de la bouche.
S. M. partit à l'iſſuë du dîné
pour ſe rendre à Fontainebleau
où elle arriva ſur les cinq heures
. Mr de ſaintHeran Gouverneur
& Capitaine du Chaſteau
ſe trouva à l'entrée de la Foreſt
avec tous les Officiers & les
Gardes des plaiſirs; les Officiers
des Eaux & Foreſts parurent
avec leurs Gardes une demilieuë
au delà , & à une demilieuë
de Fontainebleau , on trou.
va les Officiers de Juſtice & les
principaux habitans qui témoiGALANY
395
-
guerent à S. M. la joye qu'ils
reſſentoient de la voir arriver .
Monſeigneur le Dauphin reçut
le Roy a la defcente du caroffe,
& toutes les Princeſſes le ſaluerent
dans le grand cabinet.
S. M. paſſa le reſte du jour avec
ſesMiniſtres .
Le 20. ce Prince , aprés avoir
donné à ſon lever ſes ordres pour
ce qu'il vouloit faire pendant
la journée , alla à la Meſſe &
enſuite au Conſeil à la fortie
duquel S. M. dîna , ce qu'elle
fait tous les jours de même . A
l'iſſuë de ſon dîné elle alla tirer
dans les Parquets , & Monfeigneur
alla à la chaſſe du loup ;
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
& les Dames ſe promenerent
en caroſſe dans les rou
396 MERCURE
tes de la Foreſt , & elles joüerent
au retour juſqu'à l'heure
du ſouper, leRoy travailla à l'or.
dinaire dans ſon cabinet. Sa
Majesté dit le même jour qu'elle
avoit fait une promotion
d'Officiers Generaux, dont voi
cy la liſte.
LIEUTENANS GENERAUX.
3.
Mr le Marquis de Puiguyon 3
Mr le Marquis de Kercado ;Mr
le Marquis de Bouſols ; Mrle
Comte de Villars , & Mr le
Comte d'Evreux.
MARECHAUX DE CAMP.
Mr le Vidame d'Amiens , &
Mr le Marquis de Nangis.
BRIGADIERS,
GALANT 397
BRIGADIERS .
Mr le Marquis de Mirabault 5
Mr le Marquis d'Epinay Colonel
de Charolois ; Mr le Marquis
d'Angennes ; Mr le Marquis
de Leuville ; Mr le Che
valier de Croüy ; Mr le Marquis
de Charoſt ; Mr le Duc de
Mortemart ; Mr le Marquis de
Seignelay ; Mr le Prince de
Montbazon ; Mr Hoüet Capitaine
au Regiment des Gardes
Françoiſes ; Mr de Brilhac Capitaine
au même Regiment , &
Mr de Contade Major du même
Corps .
Je vous parleray le mois prochain
de tous ces Mrs ; cependant
ſi leurs amis ſçavent quel-
L
398 MERCURE
que choſe de particulier de leurs
actions , ils peuvent en envoyer
des Memoires .
Le 21. le Roy , Monseigneur,
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
& fes Dames coururent
le Cerf l'aprés- dinée , & elles
le prirent aprés l'avoir couru
pendant 5. heures. Mrle Marquis
de Langeron prit congé
pour ſe rendre à Toulon.
me
Le 22. le Roy , avec la mê-
Compagnie , chaſſa le Cerf
avec la Meutte de Mr le Comte,
& Mr le Duc du Maine chaſſa
en même temps avec la ſienne ,
dans un autre endroit de la Foreft
.
Commej'ay mille fois verifié
quede vingt relations touchant
une même affaire , il n'y en
MYON
THEQUE
GALANT
pas une ſeule qui ne raporte
quelques faits qui ne ſe trofi
vent point dans les autres , vous
ne devez pas eſtre ſurpriſe , ſi
aprés vous avoir amplement
parlé de tout ce qui s'eſt fait
dans la derniere Marche de
Monfieur le Duc d'Orleans ,
pour inveſtir Tortoſe; & fiaprés
vous en avoir mis dans ma Lettre
plus d'une Relation,j'y ajoûteencore
l'Extrait ſuivant d'une
Lettre qui raporte les circonftances
d'un fait fingulier , dont
il n'y a que deux lignes dans les
autres Relations .
Le 13. il arriva une chose memosable
; un Party de 15. Dragons
Espagnols , commandezpar un Lieutenant
, courant le long de la Mer ,
Ll ij
400 MERCUR E
rencontra cinq Barques des Enne
mis chargées de grains quivoguoient
le long de la terre. Il commanda à
ces Barques d'aborder , & voyant
qu'elles se moxquoient de cet ordre ,
ces Dragons à cheval ſe jetterent
dans la mer le pistolet à la main,
aborderent les Barques à la nage ,
Gles contraignirent de venir àterre ;
&comme à leur approche la pluspart
des Matelots s'estoient jettez
eux-mêmes dansla merpourſe ſauveràla
nage , &qu'ainſi nos Dragons
n'avoient pas degens capables
demener ces Baques en lieu de seureté
, ils détacherent quelqu'un
d'entreux vers Monfieur leDucd'Orleans
pour luy dire la chose ; mais S.
A. R. ne pouvoit croire ce qu'elle
entendoit, &commeon luy eut aſſure
que l'action estoit veritable , &
GALANT 401
qu'il n'y avoit qu'à pourvoir à ce
que les Barques fuffent menées où
elle ſouhaiteroit, elle parut ravie
de cette action , & en se récriant
qu'il eſtoit inoüi & ſans exemple
que la Cavalerie cuſt jamais fait
de priſes ſur Mer , Elle écrivit de
Jemain , un ordre pour affurer cette
Prife.
Jay fini le Journal de Flandre
au 19. de ce mois , en voicy la
fuite ; mais au lieu que ce que je
vous ay envoyé eſtoit tiré des
Lettres du Camp de l'Armée de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne;
cette fuite eſt tirée d'une
Lettre venuë du Camp des
Ennemis ,
Lliij
402 MERCURE
Extrait d'une Lettre du Camp
de Terbank du 19 Juin . ১
Sur l'avis que Milord Duc ent
avanthier que les ennemis abattoient
leurs Tentes , il crat qu'ils
alloient décamper , &il donna fur
T'heure même , l'ordre de tenir les
Troupes preftes à marcher. Il fit
aufi tirer trente coups de canon pour
avertir celles qui avoient estédétachées
le matin pour aller faire un ,
fouragegeneral du coſté deMalines ,
qui revinrentfans avoirfourage ,
mais comme ce n'avort eſtè qu'une
feinte de la part des ennemis , les
deux Armées sont restées dans le
Camp où elles font encore,&selon
toutes les aparences nous ne quitte-
7. ns de nostre que lorſqa'il plaira
GALANT 403
Monfieurde Vendoſme , caron peut
dire qu'il est le Quartier Mestre
General des deux Armées , & il
ſemble que cefoit de ce Prince que
nous devons recevoir l'ordre on
la permiſſion de décamper. On
doit retourner au fourage le 22.
mais on ne pourra pas lefaire au
de - là d'Arschot , à moins de trop rifquer,
parce que les Françoisfefont
enquelquefaçon rendus les maistres
de ceux qui font entre le Demer&
laDyle , de forte que ce qu'il nous
en reſte dans nos derrieres &au deça
deMalines , ne pouvant pas duver
longtemps, on fera obligé d'allerfourager
du coſtè d'Anvers &de Lier
&dans les Bruyeres qui font en
deçà.
Le mot de l'Enigme du mois
404 MERCURE
dernier eſtoit le Livre , & il a
eſté trouvé par Mrs le Comte
de Cheſter ; de Ploelo ; de Laurouë
, ci - devant Capitaine au
Regiment de Piemont; le Blondin,
de la rue ſainte Catherine ;
Antoine du May ; Nicolas Vaudin
; Eſtienne Lambert ; Pierre
& Jacques Vannereau ; Gertrude
& fon gros du Bois; le
ſage Perrin ; le Tabellion , laſſe
du divorce ; L. I. du Pont Nôtre
- Dame ; l'Ami fidelle du
charmant Loulou , de la ruë
Coquilliere ; le Solitaire des
Angloux & fon Ami Darius ;
le Forcier du Marais ; le Solitaire
du Cul -de-sacq de Saint-
Landry , & le Mechanicien de
Cour- Cheverny , au Dioceſe de
Blois. Miles le Roy , de la ruë
GALANT 405
Saint Antoine ; de Forteville ,
du Marais ; le Roux de la ruë
Saint Honoré ; la jeune Muſe
renaiſſante G. O ; la gracieuſe
Me Lobin , de la ruë de Barcy ;
l'Ancienne Antagoniſte des
plaiſirs permis ,du petit Paris ;
les deux blondes Locataires du
Praxitelle , du même quartier ;
le Déeſſe hofpitaliere , de Poüilly
ſur Loire ; l'Inconſtante de
Lor ; la Lune ; la Nymphe , les
Dieux & les Déeſſes de la Foffée
, quelques fois habitans de
Montreüil ; la plus jeune des
belles Dames de la rue des Bernardins
; la Solitaire de la ruë
aux Féves ; la Mere du Cul-deſac
de Saint Landry ; la Solitaire
de la Place Maubert ; la
Colombe de Merignac ; l'heu406
MERCURE
reux A. C. & Iris , l'ont expliquée
en Vers .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle. Elle eſt de Mr l'Abbé
D. L. M. *****
ENIGM E.
F'habite dans des lieux d'un accés
:
difficile ,
Etpour m'en faire déloger ,
on fait venir un Etranger ,
En cela plus qu'un autre habile
Alors lefer en main , &semblable
à l'Amour ,
Il me coupe ; il m'abat , &fier de
fa victoire ,
Si- toft qu'il voit lejour
Il chante àhaute voix ma deffaite
sa gloire.
GALANT 407
Suite du Journal de Fontainebleau
.
Le 23. Sa Majesté devoit aprés
les Conſeils du matin & de l'apreſdinée
aller ſe promener dans
les Jardins & autour du Canal
avec Madame la Ducheſſe de
Bourgogne ; mais la pluye qui
dura pendant tout lejour, empêcha
cette promenade. LaCour
s'aſſembla chez Monſeigneur ,
où ily eut jeu .
Onapprit ce jour là que Mr
de Chamarante eſtoit en marche
pour ſe rendre à Toulon avec
dixbataillons .
Le Roy alla tirer l'apreſdinée
du 24 nonobſtant la pluye qui
dura preſque pendant toute la
408 MERCURE
journée . Sa Majeſté envoya un
Gentilhomme ordinaire de ſa
Maiſon , pour faire compliment
à Monfieur le Chancelier ſur la
mort de Me de Pontchartrain ,
&toute la Cour fit paroiſtre qu'-
elle regrettoit beaucoup cette
Comteffe.
On eut nouvelle le mêmejour
que Mr le Duc de Noailles eſtoic
au Camp de Saint Pierre Peſcador,
où il eſtoit à portée de profiterdes
conjonctures favorables
qui pouvoient ſe preſenter.
On doit remarquer que l'on
tire un grand avantagede ſa petite
Armée, puiſqu'elle empêche
un gros corps d'Ennemis d'aller
joindre les Troupes qui s'oppoſent
à celle de Monfieur le
Ducd'Orleans, puiſqu'elles ne
pourroit
GALANT 409
pourroient faire un pas pour les
aller joindre ſans eſtre ſuivies
par celles de ce Duc.
Le 25.le Roy ſe purgea par précaution,
apres quoyMonſeigneur
alla à la Chaſſe du Loup. LaMedecine
n'empêcha pas Sa Majel
té de tenir Conſeil l'apreſdinée .
Le 26. le Roy aprés avoir oüi
1 Meſſe à l'heure ordinaire, tint
Conſeil , & l'apreſdinée Sa Majeſté
chaſſa le Cerf avec Monſeigneur
& Madame la Ducheffe
de Bourgogne; & aprés la priſe
du Cerf, Sa Majesté en courut
un ſecond qu'Elle prit encore .
Monſeigneur donna le retour de
Chaſſe chez luy, où Madame la
Ducheſſe de Bourgogne foupa.
Le 27.le Roy alla tirer l'aprefdinée
, & il receut à fon retour
Juin 1708, Mm
410 MERCURE
des Lettres de Monfieur le Duc
d'Orleans, par leſquelles il apprit
que ce Prince avoit inveſti
le 12. la Ville de Tortofe, & Mr
de Chamillart luy rapporta que
le11. S. A. R. s'estoit approchée de
la place, àlafaveur d'un rideau ou
colline, àla portée dufufil; que le 12
Elle l'avoit investie fait attaquer
plusieurs postes avancez, dans lefquels
on avoitfait 300prisonniers;
que des Carabiniers &des Dragons
ayant esté commandezpour defcendre
l'Ebre au deßous de la place , ils
avoient trouvés Barques chargéesde
farine&de chair fallée que l'on y
conduiſoit, fur lesquelles ils avoient
tiré fifortement, que les ayant con.
traintes d'ariver, ils les prirent;qu'-
un autre Détachement envoyé p
decouvrir les forces deMi de Staremy
GALANT 411
berg avoit rapporté qu'il estoit campéavec10
à 12 mille hommes prés de
Tarragone, &que quelques prisonniers
avoient dit que son deßein
effoitde tenter le ſecours de Tortofe.
Ce Détachement prit en revenant
foo Boeufs que les Ennemis
avoient raſſemblez , & il les
amena au Camp. S. A. R. mandoit
que fi Mrde Staremberg se
mettoit en devoirdesecourir Tortose,
ceGeneralferoit obligé de traverſer
une Plaine de fix lieuës , &qu'en ce
cassa Cavalerie estant plus nombreuſeque
lafienne, elle luy épargneroit
la moitié du chemin , & qu'Elle
en rendroit bon compte. Juſqu'au départ
de la Lettre de S. A. R. le
canonde la place qui avoit beaucup
tiré, n'avoit tué perſonne,
les Troupes eſtant poſtées dans
Mmij
412 MERCURE
des colines,où il ne pouvoit donner.
On reçût ce jour là pluſieurs
Lettres de Flandre, qui ne parloient
que de l'exactitude, avec
laquelle Monſeigneur le Duc de
Bourgogne fait obſerver la difciplinemilitaire;&
qui portoient
que tous les Officiers qui avoient accoutumé
deſe loger dans des maisons
aux environsdu Camp, estoient obligezde
coucherſous leurs Tentes à la
queuë des Regimens qu'ilscommandent,
&qu'ils estoient tous obligezde
demeurer à leur pofte, ce Prince leur
ayant declaré qu'il les y envoiroit
chercher lorſqu'il auroit des ordres à
leurdonner.
Le 28. Madame lut le matin
une Lettre de Monfieur le Du
d'Orleans, qui luy mande que les
1 GALANT 413
Carabiniers aprés avoir pris les
5 Barques chargées de farines &
de chair fallée, en avoient rencontré
cinq autres plus bas ,
chargées de bled , qui alloient
auſſi dans la place , & qu'ils les
avoient priſes, de même que les
cinq premieres .
Monſeigneur alla le matin du
même jour à la Chaſſe du Loup ,
& l'apreſdinée SaMajesté chaffa
le Cerf avec Madame la Ducheffe
de Bourgogne.
Mes de Pompadour & de Dangeau
preſenterent ce jour- là
Me la Marquiſe de Courcillon
au Roy, à Monſeigneur & aux
Princeſſes , & enfuite elles viſitèrent
pluſieurs perſonnes de
ronfideration. Cette Marquife,
quin'a que 13 ans & demi , eft
Mm iij
414 MERCURE
tres bien faite , ſon air modeſte
en relevoit les graces , & elle
eſtoit d'ailleurs fort parée de
pierreries ; elle fut reçûë avec
tout l'agrément imaginable.
On apprit le même jour que
lemariagede Mrle Prince Leon
avec Mlle de Roquelaure eſtoit
atreſté. On leur donne à chacun
12000 livres de rente Mr de Rohan
ſubſtitue soooo écus de rente
qu'il a enBretagne au fils aîné de
Mr le Prince Leon , en cas de
mort au ſecond , & au troiſieme
&à leurs enfans mâles, à condition
que lorſqu'il aura un fils
agé de 16. ans , on luy créera un
Tuteur, entre les mains duquel
les revenus demeureront en ſequeſtre
juſqu'à ſa majorité , &
qu'en attendant cet âge , les re
GALANT 415
priſes de Me de Rohan feront
priſes ſur ce revenu, & de plus
100000. écus pour Mlle de Rohan,
en faveur de laquelle & ſes
ayans cauſe, la ſubſtitution luy
fera reverfible, en cas qu'il n'y
ait point d'enfans mâles , ou qu'-
ils vinſſent à manquer.
Le 29. le Roy alla tirer l'apref
dinée, & tua beaucoup de Faifans
& de Perdrix ; mais il netira
que des mâles des deux eſpeces,
à cauſedes couvées des Faifandeaux
& des Perdreaux. Madarme
la Ducheſſe de Bourgogne eut
la curioſité de voir un Liond'une
groſſeurextraordinaire, que l'on
avoit amené depuis deux jours .
Le Roy alla letrentiéme l'a-
- preſdinée à la Chaſſe du Cerf.
Il y eut retour de Chaſſe chez
:
1
416 MERCURE
Monſeigneur , aprés lequel on
joua.
Vous attendez ſans doute des
nouvelles de ce que Mr le Ma.
réchal de Villars a fait depuis
qu'il eſt parti de Paris. Vous
avez raiſon , puiſque l'on n'apprendjamais
rien que d'agreable
des lieux où ce Marêchal commande.
Lorſqu'il approcha de Lyon ,
la plus grande partie du peuple
ne put l'attendre dans la Ville,
tant l'empreſſement de le voir
eſtoit grand. Les honneurs qu'-
on luy fit paſſerent ſon attente;
mais ils ne pouvoient eſtre que
tres -grands , puiſqu'ils eſtoient
proportionnez à la joye que
sout le peuple reſſentoit .
Celuy de Grenoble ne mer
GALANT 417
là.
qua pas moins d'empreſſement
de voir ce General qu'il attendoit
avec impatience depuis que
le Roy l'avoit nommé pour commander
en ces quartiers -
Toute la Ville fut illuminée le
foir de ſon arrivée , & il reçut
des complimens de la part du
- Parlement , de la Nobleffe , &
de tous les Ordres . Enfin les
peuples qui apprehendoient
quelques jours auparavant les.
grandes forces que l'on donnoit
à Monfieur de Savoye , parurent
* entierement raſſurez .
Le 11. ce Maréchal ſortit de
Grenoble pour aller viſiter les
poſtes des Montagnes , & pour
s'avancer ſur ceux des ennemis.
Depuis ce temps , ce Maréchal
a eíté camper à Exiles , & de là
418 MERCURE
à Oulx . Monfieur de Savoye
s'eſt retiré & ſe retranche. Il
n'y a pas lieu de croire que ce
Prince puiſſe rien entreprendre,
l'Empereur luy ayant retiré
une grande partie de ſes troupes,
& celles de France eſtant
augmentées par 4000 hommes
de renfort . De plus Mr de
Villars a raſſemblé toutes fes
Troupes en un ſeul Corps , &
il a donné la Garde des défilez
à des Payſans fort aguerris.
Toutes les fortifications de
Toulon font preſque achevées ,
& particulierement celles du
Fort Artigues , & du Fort de
la Malgue , & Mr de Chamarante
, que l'on y attendoit avec
dix Bataillons , y doit eſtre prefentement
arrivé .
GALANT 419
Il a eſté tres - difficile juſques
icy de vous parler des Armées
d'Allemagne. Il y a plus de
deux mois que Mr le Prince Eugene&
le Duc de Marlboroug ,
croyant avoir ébauché à la
Haye un grand projet pour l'ouverture
de la Campagne , allerent
enſemble dans diverſes
Cours d'Allemagne, pour achever
de le concerter avec pluſieurs
Princes , & pour y mettre
la derniere main , aprés quoy
le Prince Eugene retourna à
Vienne , & le Duc de Marlborough
enHollande. On comptoit
pour l'ouverture de la Campagne
, ſur un nombre de Troupes,
& fur une certaine quan-
_tité de munitions & d'argent ,
que toutes les Puiſſances d'Al
420 MERCUR E
lemagne qui doivent des consingens
, devoient fournir ; mais
deux mois s'eſtant écoulez en
mouvemens de la part de l'Em.
pereur , du Duc d'Hanovre &
des Hollandois , & fur tout en
menaces de S. M. I. pour faire
que toutes ces choſes ſe trouvaſſent
preſtes dans le temps oû
la Campagne auroit dù s'ouvrir
; il ne s'eſt trouvé qu'une
partiede toutes ces choſes , dans
le temps que les Troupes auroient
dû commencer d'agir , &
les Alliez fort embaraſſez ,
voyant qu'ils ne pouvoient
avoir recours à leurs forces ,
curent recours à l'adreſſe , &
publierent qu'ils alloient faire
paſſer une Armée ſur la Moſelle
, qui ſeroit commandée par
le
GALANT 421
le Prince Eugene. Les plus
intelligens dans le métier de la
guerre voyoient bien que l'execution
d'un pareil projet
eſtoit impoffible , & que trente
mille hommes ne pouvoient
ſubſiſter dans un Pays où l'on
n'avoit point établi de Magafins
, & où toutes les munitions
manquoient . Les Alliez ne laifſerent
pas de faire marcher
quelques Troupes de ce coſtélà
, pendant que le Duc d'Hanovre
faifoit aſſembler le reſte
des Troupes Allemandes pour
agir d'un autre coſté ; mais l'on
peut dire que tous ces mouvemens
ſe faifoient preſque ſans
ſçavoir pourquoy , parce que
les premiers projets n'ayant pû
- eſtre mis en execution , les Al-
Juin 1708.
Nn
1
422 MERCURE
liez ſe donnoient des mouvemens
ſans ſçavoir eux - mêmes à
quoy ils aboutiroient, & ileſtoit
dificile de prendre dejuſtes mefures
pour rompre leurs deſſeins,
puiſqu'ils n'en avoient point ;
qu'ils vouloient ſeulement nous
embaraffer , & qu'ilsne devoient
agir que ſelon les conjonctures.
Cependant la Campagne ayant
commencé en Flandre , & Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
s'eſtant avancé à la teſte de
plus de cent mille hommes , &
les Hollandois voyant tous les
projets concertez avec les Alliez
, rompus , propoſerent aux
Allemans de ſe tenir ſur la défenſive
, & d'envoyer des Troupes
pour groſſir l'Armée du
Duc deMarlborough , s'ils n'aiGALANT
423
moient mieux envoyer en Flandre
, l'Armée qu'on publioit de .
voir agir ſur la Moſelle & de
la faire commander par le Prince
Eugene , de maniere qu'il y
en auroit eu deux ; l'une commandée
par ce Prince , & l'autre
par le Duc de Marlborough ,
car on doit remarquer que les
Hollandois facrifieroient toutes
chofes pour empêcher les
François d'approcher de leur
pays , qui ne pourroit tenir
long- temps ſi les Frontieres en
eſtoient une fois forcées.
On ne peut dire au juſte pourquoy
rien de tout ce qui s'eſt
propoſé pendant deux mois entre
les Alliez , n'a réüſſi ; mais
cependant il paroiſt que Monſieur
l'Electeur de Baviere a
Nnij
424 MERCURE
pris de ſi juſtes meſures qu'il a
empêchéles ennemis d'executer
aucuns de leurs deſſeins , car dés
que les Alliez ont fait marcher
des Troupes du coſté de la Moſel
e , il en a fait marcher auffi
pour les obſerver , & il s'eſt
trouvé que ce Prince avoit des
Troupes dans tous les lieux
par où les Allemans auroient
pû en faire avancer. On doit
obferver que ſi les Troupes que
les Alliez avoient commencé à
faire marcher ſur la Moſelle ,
euſſent voulu prendre la route
de Flandre , Monfieur l'Electeur
de Baviere avoit pris de
ſi juſtes meſures , que les renforts
qu'il auroit envoyez à
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, ſeroient arrivez fix ou
GALANT 425
२
lept jours avant les Troupes
Allemandes. Cependant le Prince
Eugene a quitté Vienne , &
l'on a publié qu'il venoit ſe
mettre à la teſte d'une Armée
qui eſtoit en eſtat de faire de
grandes choses ; mais tout cela
n'a abouti qu'à venir à Francfort
où il a demeuré juſqu'au
17. Juin . Voicy ce qui s'eſt
paſſé depuis ce temps là , contenu
dans les Nouvelles arri .
vées dans le temps que j'allois
fermer ma Lettre.
Mrle Duc d'Hanovre étant
arrivé à l'Armée Imperiale , il
en a fait la revûë dans les Lignes
d'Etlingen ; il paroiſſoit
qu'il devoit bientoſt ſe mettre
en marche , & l'on croyoit qu'il
devoit paſſer le Rhin.
Nn iij
426 MERCURE
Dans le temps que l'on croyoit
que le Prince Eugene avoit arreſté
à Francfort tout ce qu'il
devoit faire , & qu'il alloit ſe
mettre à la tête de l'Armée de
la Moſelle , pour paſſer en Brabant
, il eſt venu à Schwartsbach
, où le Prince Hereditaire
de Heſſe -Caſſel prend les eaux ,
pour y tenir une nouvelle Con
ference avec ce Prince , & avec
le Baron d'Almeloo , Envoγά
Extraordinaire des Etats Generaux
, quis'y eſt rendu de Coblentz.
Si les Ennemis ne font
pas degrandes choſes cette an.
née , ce ne ſera pas manque d'avoirtena
desConferences,puifque
l'on en compte plus de dix ,
tenuës en divers lieux depuis 2.
mois ; & comme ils ont ralenty
GALANT 427
les preparatifs qu'ils faifoient
fur la Moſelle , il y a apparence
qu'ils ont changé de deſſein.
Monfieur l'Electeur de Baviere
avoit partagé ſon Armée
en trois Corps campez en trois
Camps differens , en tirant vers
Keyſerlauter , ſoit pour faire
ſubſiſter les Troupes plus aiſement
, foit pour les diſpoſer de
maniere à pouvoir s'en ſervir
plus utilement. Un de ces
Corps eſt commandé par Mr
d'Hautefort ; le ſecond par Mr
de Verac ; ce ſont les deux plus
avancez ; & le troiſiéme qui eſt
campé à demi - lieuë de Saar-
Loüis , & qui conſiſte en 17.
1
bataillons & 38. Eſcadrons , eft
commandé par Mr de Saint Fremont
.
428 MERCURE
On vient d'apprendre icy par
d'autres Lettres , que Monfieur
de Baviere avec toute la Cour ,
ainſi que Mr de Barvick ,
étoient partis le 23. de Saar-
Loüis , & qu'ayant réüni les
deux Corps , ſous les ordres de
Mrs de Hautefort & de Verac,
ils étoient allez camper le 24. à
Blicaſtel. Les mêmes Lettres
portent que l'on ne ſçavoit pas
encore fi ce mouvement ſe faifoit
pour aller détruire les Magaſins
que les Ennemis ont fait
à Keyſerlauter , ou fi S. A.E.
veut repaſſer en Alface , fur le
bruit qui s'eſt répandu que le
Prince Eugene voyant ſes mefures
rompuës du côté de la
Moſelle , faiſoit avancer quelques
Troupes vers Landau ,
GALANT 429
comme s'il vouloit donner de
l'inquiétude à celles que Mr le
Comte du Bourg commande
dans les Lignes de Weiſſembourg.
Les Lettres de Flandre qui
viennent d'arriver , diſent que
ſelon quelques avis , le Prince
Eugene , aprés avoir quitté le
Prince Hereditaire de Heffe-
Caffel , avoit marché du côté
de Flandre , pour s'aboucher
avec le Duc de Marlborough,
& qu'il ſe mettra à portée de
l'Armée de Flandre ; & d'autres.
avis aſſurent qu'il n'entreprendra
pas la moindre choſe , tant
qu'iln'aura pas autant de Trou.
pes qu'il en a beſoin , &toutes
les choſes neceſſaires , pour ne
point riſquer ſa reputation.
430 MERCURE
Les mêmes Lettres aſſurent
que tout eſt encore en Flandre
dans lamême ſituation , & que
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
faiſoit faire des routes
fur ſa droite , pour pouvoir paffer
la Dyle ; & fur fa gauche ,
pour monter du côté de Hall .
Il ya des Lettres d'Allemagne
, qui diſent que le Prince
Eugene avoit eu deſſein d'Affieger
Namur , mais qu'il a trouvé
ſon projet traverſé par les mouvemens
faits par Monfieur de
Baviere.
Le Capitaine l'Aigle , Command
nt la Fregate l'Avanturiere
de dix- huit canons , a pris.
un Pinque ou Tartane Mayorquine
chargée de bled & de ris ,
arrivée à Marseille. Il a pris
GALANT 431
auſſi deux autres Tartanes ſur
leſquelles il y avoit onze cens
barils de poudre , & quatre mille
boulets pour Barcelonne , &
dix- neufgroſſes caiſſes de meubles
de la Princeſſe de Wolfembutel
; ces dernieres priſes
font arrivées à Toulon , où l'on
a ſçu que Mr de Chamarante
eſtoit arrivé , & qu'il faiſoit
travailler jour & nuit aux Fortifications
de la Place .
Les Alliez manquant de
fourage en Flandre , font obligez
d'aller fourager par de-là
Anvers ce qui les fatigue
beaucoup.
>
J'apprens en ce moment que
Me la Ducheſſe de Chaſtilion,
eſt morte de la petite verole .
S'il me reſtoit plus de temps
432 MERCUR
& plus de place , je vous ferois
unebelle peinture de la deſolation
où se trouve le Royaume
de Naples , & du deſeſpoir où
font tous les honnêtes Gens de
ce Royaume , d'avoir eſté contraints
de ceder aux Traîtres
qui ſont cauſe de la cruelle fituation
où eſt cetEtat , que les
Allemans ont trouvémoyen d'épuiſer
en une année. Jem'étendrois
auſſi ſur la vigoureuſe def.
fenſe que le Ferrarois ſe prepare
à faire contre les Allemans.
Le Pape n'oublie rien
pour avoir de l'argent & des
Troupes ; & de la manieredont
S. S. s'y prend , il y a beaucoup
d'apparence qu'Elle réüffira
, & que la diverſion qu'Elle
fera des Allemans , produiraun
fi
GALANT 433
F
bien pour l'Italie , car étant outrée
du procedé de l'Empereur,
qui traite tous ſes Souverains &
tous ſes Peuples en eſclaves , &
ne ceſſe pointde leur demander,
il y a apparence que ſi l'Armée
du Pape devient confiderable ,
elle ſera jointe par les Troupes
de tant de Puiſſances , que les
Allemans pourroient bien ſe
repentir long- temps d'une en-
☐ trepriſe auſſi injuſte ; & les choſes
pourroient aller ſi loin , que
jene dois pas en dire davantage.
Je ne vous diray rien ce mois-
-cy de l'Archiducheſſe , qui n'a
juſqu'icy trouvé perſonne qui
l'ait traitée de Reine d'Eſpagne,
ſi l'on en excepte les ſujets de
l'Empereur fon beaufrere
Il y a plus d'un mois qu'il ar-
:
Juin1708. 00
434 MERCURE
riva à la Rochelle une Flote
de dix Vaiſſeaux François venant
de la Martinique & de
SaintDomingue. Ils font rem
plis de pluſieurs fortes de Marchandises
, & l'on fait monter
leur charge à prés de trois millions
. Cette Nouvelle eſt échapée
à tous ceux qui travaillent
aux Nouvelles publiques.
Il eſt vray que la Flote de Mr
le Comte de Forbin n'eſt point
encore fortie de Dunkerque , &
il ſeroit à ſouhaiter qu'elle n'en
fortît pas encore fitoft , puiſque
tant qu'elle fera gardée par
deux Efcadres ; ces Eſcadres qui
pourroient eſtre d'une plus
grande utilité ailleurs , n'agiront
point contre la France.
Les Lettres du 23. de l'Armée
GALANT 435
d'Italie , portent que Monfieur
leDuc de Savoye ſe retranchoit
du coſté de Suze ; que nous nous
retranchions auffi , & que cependant
le 22. Mr le Maréchal
de Villars avoit eſté reconnoître
les ennemis . Les mêmes
Lettres ajoûtent que l'on croit
que ce Maréchal les attaquera
au premier jour , & que Mr de
Médavy attendoit que les neiges
fuffent fonduës pour aller
du coſté du Montcenis par le
Col de la Rouë.
Il faut enfin que je ferme
ma Lettre : je ne vous en ay
point envoyé de ſi longue depuis
32. ans que je vous écris des
Nouvelles ; mais les articles de
Guerre l'ont tellement remplie,
ce mois- cy , qu'il me reſte en-
Oo ij
436 MERCURE
core pour plus d'une Lettreentiere
d'articles differens que je
fuis obligé de remettre au mois
prochain , quoiqu'il y en ait
beaucoup de confiderables , &
qui auroient eſté de ſaiſon ce
mois - cy ; mais je ne puis faire
l'impoffible . Je ſuis , Madame ,
vôtre , &c.
AParis, ce 30. Juin 1708.
AVIS.
Le Mercure de Juillet ſe
distribuëra ſans faute le Vendredy
troifiéme d'Aouſt. On
doit remarquer qu'il ſe diſtribuë
toûjours le jour marqué
dans les Avis que l'on donne
chaque mois , & que ceux qui
ont des raiſons de publier le
contraire , abuſent le Public ,
lorſqu'ils diſent autrement.
i
VILLA
LYON
*1893
TABLE .
Anegyrique du Roy fondé par
Meſſicurs de Ville , &prononcé
parMr le Recteur
S
Festedonnéea la Reine Doüairiere
d'Espagne an Chasteau neuf de
Bayonnes.ذات Iz
Cadavre trouvé entier aprés 500.
Ans 17
Discours prononcé par Mr l'Abbé
de Polignac 20
These de Droitfoutenë à Rome 25 :
Autre These curieuse , foutenuë
dans l'Univerſité de Vinemberg
31
Traité des Eunuques 39
Relation tres curicafe d'une Ambaffade
faite aux Caraïbes de
The de Saint Vincent 46
Premier Article des Morts 70
Difcours prononcé par le nouveau
Oo iij
TABLE.
Doyen de la Faculté de Theologie:
89
Benefices donnez, par le Roy dans
La derniere promotion
Mital , livre nouveau
Galanterie
9i
126
129
Distribution faite a Toulouse , des
prix des Jeuxfloraux 137
Mariages 150
Ordre de Bataille de l'Armée de
Flandre } 176
Journal de l'Armée de MileDucde
Noailles 201
Ordre de Bataille de l'Armée commandée
par S. A. R. Monfieurle
Duc d'Orleans 231
Premier article des Nouvelles de
l'Armée de S. A. R. dans le quel
on trouve un Journal tres curieux.
239
SecondArticle des Mort:s 291
TABLE.
Second Article des Nouvelles de
l'Armée de S. A. R.
309
Actionde Graces rendues a Beauvais
, en confideration d'une grace
acordéepar le Roy 314
Reception de Mr de Lefnerac
dans l'ordre de notre Dame de
Moncarmel
2
316
Suite du Journal de l'Armée de
gne 319
Monseigneur le Duc de Bourgo-
Troisieme Article des Nouvelles de
- LA'rmée de S. A. R.
341
Vaſconiana , ou Recueil des bons
Mots , des pensées les plus plaifanies,
& des rencontres les plus
vives des Gascons. 347
Second Article des Mariages 352
Quatrieme Article des Nouvelles
de l'Armée de S. A. R. 364
Mort de Mede Pontchartrain 373
1
TABLE
Journal de Fontainebleau 391
Détail curieux touchant les 5.•
Barques arrestées par 15. Dragons
de l'Armée de Monfieur le Duc
d'Orleans 398
Secondefuitte du Journal de Flandre
Article des Enigmes
401
1403
Suite du Journal de Fontaine-bleau,
qui comprend auſſi pluſieurs Nou-
Pelles 407
Arrivée de Mr le Maréchal de
ヤV
illars en Dauphine , & ce que
ce Maréchala fait depuis 416
Affaires d' Allemagne...... 419
Nouvelles curicufes venuës de plufleurs
endroits.ου
Articles refervez
430
434
i
*1803
Avis pourplacer les Figures.
L'Air qui commence par,Qu'on
ne m'apporte point, page 1 37.
L'Air qui commence par ,Iris
Page 363.
Delaors
1
C
:
807156
MERCURE
THELOL
LYON
DEDIE'A MONSEIGNEU
LE DAUPHIN.
JUIN; 1708 .
DE
LA
VILLA
LIOTHEC
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant .
Omme il eſt impoſſible dans laa conne
pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut ſe diſpenſer
d'en augmenter auſſi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veauſe vendront
doreſnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin,
on n'en payera que trente-cing.
Les Relations ſevendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VIII .
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
[Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
eſté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgréles prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres liſibles les Noms
propresquise trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour estre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'il y en a quantité
AULECTEUR .
de défigurez,étantimpoffible
dedeviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau сеих qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, & que l'on employera
1
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defi
. obligent perſonne , & que
!
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port .
MERCVRE
GALANT
J
LYON
JUIN, 170893
que
E ne puis mieux commencer
ma Lettre que par un
Article qui regarde uniquement
le Roy , puiſqu'il s'agit
d'un Panegyrique de Sa Majeſté
, fondé par le Corps de
DE
LA
VIL
Aiij
6 MERCURE
i
Ville, &qui doit eſtre prononcé
tous les ans dans les Ecoles
exterieures de Sorbonne
r
en
prefence de ce même Corps ,
par celuy qui ſe trouvera élevé
a la dignité de Recteur de l'Univerſité.
M² Gibert qui la
poſſede aujourd'huy , & qui en
remplit parfaitement bien tous
les devoirs , a eu l'avantage de
prononcer ce Panegyrique le
15. May dernier , en prefence
de Mrs de Ville , & d'un grand
nombre de perſonnes diftinguées
par leur naiſſance , par
leurs emplois , & par leur crudition.
Il fit connoiftre que ce
GALANT
Panegyrique annuel doit eſtre
regardé comme un triomphe
dont la Ville de Paris honore
les belles actions & les vertus
du Roy ; & ſçachant que ce
Difcours ne ſemble fixé au
commencement du Printemps
de chaque année , que pour expofer
au Public tout ce que ce
Prince a fait de grand pendant
l'année precedente , afin d'encourager
les François à ſoûtenir
leur réputation , il ſe borna
àtraiter ce qui s'eſt fait de plus
beau & de plus éclatant dans
la derniere Campagne. Deux
hofes luy fournirent une am-
Aiiij
8 MERCURE
ple matiere ; ſçavoir , la gloire
d'avoir vaincu dans les lieux
où l'on avoit fait agir nos Armées
, & la fermeté que l'on
avoit fait voir en reſiſtant dans
ceux où l'on s'eſtoit tenu
fur la deffenfive. Dans la premiere
Partie il mit la Victoire
d'Almanza dans un beau jour ,
ainſi que la Conqueſte,des
Royaumes de Valence & d'Arragon
; la priſe de Lerida ; les
Courſes victorieuſes de Mr de
Villars en Allemagne ; & celles
de Mr le Comte de Forbin fur
la mer. Il n'oublia pas les éloges
perſonnels de ces deuxC
GALANT 9
pitaines , dont il fit un paral.
lele également glorieux pour
l'un& pour l'autre ; non plus
que celuy de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , & celuy de
Mr de Barwick.
Il fit voir dans la ſeconde
Partic , la gloire dont s'eſtoit
couvert Monfieur de Vendôme
, en empêchant pendant
pluſieurs mois le Milord Marlborough
, beaucoup fuperieur
enTroupes , de rien entreprendre
ſur Tournay , fur Lille , fur
Namur , ſur Mons , & fur la Picardie
, ou ſur la Champagne ,
où il s'eſtoit flatté de penetrer ,
10 MERCURE
le prévenant au Camp de Cambron
, & même luy prêtant
quelquefois le flanc , pour engager
ce Milord dans une action
, en cas qu'il en euſt eu le
deffein , & il l'empêcha par fa
bonne manoeuvre , d'entamer
la France , pendant que nos
Troupes deſoloient l'Allemagne&
la faifoient contribuër.
Mr Gibert parla enſuite du
mauvais fuccés de l'entrepriſe
de Mr de Savoye ſur Toulon.
Il fit un beau portrait de la maniere
vigoureuſe dont les Provençaux
avoient deffendu leur
Patrie. Ceux qui ſçavoient que
GALANT 11
l'Orateur eſt Provençal , eurent
d'autant plus de plaifir à
le voir rendre cette juſtice à ſes
Compatriotes , qu'il fit connoître
auſſi qu'ils eftoient fort
ſenſibles à la gloire.
Le Roy fut par tout reprefenté
comme l'ame & le mobile
de toutes ces actions par ſes
conſeils , par fa ſageffe , & par
ſa prévoyance. Cet éloge de
Sa Majeſté finit par un parallele
du ſujet qui oblige le Roy
de ſoûtenir cette guerre ,& de
celuy qui a obligé ſes Ennemis
à l'entreprendre , & Mr
Gibert fit voir que la juſtice
1
12 MERCURE
des Armes du Roy , fa moderation
,& l'amour qu'il a pour
la Paix ne luy font pas moins
d'honneur que les avantages
qu'il a remportez tant dans certe
Campagne que dans pluſieurs
des precedentes ; & il fit
voir auſſi que tous les avantages
que les Ennemis pouvoient
remporter , n'eſtoient
pas capables de laver ce qu'il
y a de blamable dans leur
Caufe.
La Reine d'Eſpagne , qui depuis
qu'elle eſt à Bayonne n'avoit
point eſté voir leChaſteau
neuf de cette Ville , où com
GALANT 13
mande Mr de Framboiſiere , s'y
rendit le mois dernier avec toute
la Cour ; & aprés en avoir
viſitéà pied toutes les Fortifications
, Sa Majesté alla ſe promener
dans les Jardins. Mr le Duc
&Me la Ducheſſe de Gramont
y allerent trouver S. M. avec
une grande ſuite d'Officiers &
de Dames. Cette Princeſſe alla
voir auffi laChapelle de ce Chafteau,&
lors qu'elle en fortit Mr
le Duc de Gramont eu l'honneur
de luy donner la main
pour la conduire à l'Appartement
qui avoit eſté preparé
pour la recevoir , où elle joüa い
14 MERCURE
avec les principales Dames qui
l'accompagnoient. Lejeu ayant
fini ſur les ſept heures du foir ,
S. M. viſita tous les Appartemens
du Chaſteau. Cette Princeſſe
à qui Mr le Commandant
avoit fait preparer un grand
fouper , ſe mit à table ſur les
huit heures du ſoir , & elle fut
ſervie à genoux par ce Commandant&
par Me ſon épouse:
Perſonne n'eut l'honneur de la
voir ſouper. Dans la ſalle qui
eſt à coſté de la chambre où S.
M. mangea , on avoit preparé
un ambigu magnifique pour
les perſonnes les plus diftin
GALANT 15
guées qui avoient accompagné
la Reine. Ily eut auffi une autre
table qui fut ſervie de la deferte
de la table de la Reine ; ainſi
quoiqu'ily eut plus de cent cinquante
perſonnes , elles furent
toutes regalées; la ſanté de la
Reine fut buë au bruit d'une
decharge du canon. Cette fanté
fut commencée par Mr de
Gibaudiere Lieutenant pour le
Roy des Villes , Chaſteaux &
Citadelle de Bayonne. On fortit
de table aprés avoir bû cette
ſanté , & l'on dança devant la
Reine qui estoit fortie de l'Appartement
où elle avoit ſoupé
16 MERCURE
pour prendre le plaisir de ce divertiſſement
qui dura juſqu'à
onze heures du ſoir. La Reine
trouva en fortant du Chaſteau
toutes les cours & les pont- levis
remplis de pots à feu qui
produiſoient un tres-bel effet.
Toute la garniſon du Chaſteau
eftoit ſous les armes , & S. M.
fut faluée du canon en fortant
de ceChaſteau de la même maniere
qu'elle l'avoit eſté en entrant
, & au bruit de plus de
cinquante boëttes . On doit remarquer
que Mr le Duc deGramont
s'eſtant trouvé indiſpoſé,
eſtoit forti fur les ſept heures
GALANT 17
du foir ; tous ceux qui ſe trouverent
à cette feſte , en fortirent
tres - fatisfaits . Le lendemain
la Reine envoya chercher
Me de Framboiſiere , & lors
qu'elle fut au Palais , S. M. luy
fit preſent de ſon portrait enrichi
de diamans. La mere de
cette Dame a eſte élevée Dame
d'honneur de la mere de la
Reine.
Il vient d'arriver une choſe
remarquable dans l'Egliſe du
Prieuré de Subernoa , furnommé
l'Hospital du Parc de Vehobiere
, dont Mr Camou eſt
Prieur. Ce Prieuré eſt une anexe
Juin 1708 . B
18 MERCURE
de la Paroiſſe d'Urrungue, pays
des Baſques , Dioceze de Bayonne
; il eſt ſitué vis- à-vis l'Eglife
d'Yvun ; il n'eſt ſeparé
d'avec l'Eſpagne que par la Riviere
de Bidaffoa, & il n'eſt éloignéde
l'Ile de la Conference
ou des Faifans , que d'une portée
de mouſquet. On ſçait que
le mariage du Roy s'est fait
dans cette Ile .
6
Des Maçons en remuantquel
ques pierres d'un Tombeau
qui felon la tradition eſt depuis
plus de cinq cent ans dans l'Egliſe
de ce Prieuré ; on trouva
dans ce Tombeau un cadavre
GALANT 19
tout entier , & auffi frais que
fiil venoit d'expirer . On reconnut
que c'eſtoit un homme
dont la barbe paroiſſoit avoir
efté faite depuis quinze jours ;
il a la teſte raſée ,& on le croit
Preſtre ; il a une écritoire à cofté
de luy & de la bougie doublée
en quatre ou cinq rangs
On voit aufli auprés de ce Cadavre
de pluſieurs fortes d'herbes
auffi fraîches que ſi elles venoient
d'eſtre cüeillies ; il a les
bras croiſez ; il eſt nud de la
ceinture en haut , & le reſte de
fon corps eſt envelopé d'une
étoffe ; & comme aucun habi
Bij
20 MERCURE
tant ne ſe ſouvient que l'on ait
mis perſonne dans ce Tombeau
, il faut que ce cadavre y
ſoit dés le temps qu'il a eſté érigé
, ce qui doit faire paroiſtre
ce fait fort extraordinaire . On
doit remarquer que ce Tombeau
eſt élevé de maniere , qu'il
auroit eſté plus dificile d'y mettre
ce Cadavre que ſous une
Tombe ; parce que la fraction
auroit eſté remarquée.J'attends
le ſentiment de ceux que cet
article fera raiſonner .
Mr l'Abbé de Polignac ,
nouvel Auditeur de Rote , &
qui a eu la place de Mr le Car-
1
GALANT 21
dinal de la Trimoille , a ſoûtenu
ſelon la Coûtume , des Theſes
de Droit avant que d'entrer
dans l'exercice de la Jurifdiction
de la Rote. L'Aſſemblée
eſtoit compoſée de tout ce
qu'il y a de plus illuftre & de
plus qualifié à la Cour de Rome.
On y compra plus de dixhuitCardinaux,
un grand nombre
d'Archevêques ou Evêques.
On remarqua auſſi quepreſque
tous ceux qui ſont dans la Prelature&
qui ſe trouvoient alors
à Rome , y affifterent ,&toute
l'Aſſemblée convint que les efprits
du premier ordre ſe dif
22 MERCURE
ringuent en tout , & qu'ils font
les actions communes , d'une
maniere particuliere , & qui n'a
rien de commun. Mr l'Abbé
de Polignac commença eette
action en donnant des marques
de ſon éloquence dans une
Harangue latine qu'il prononça
fur l'excellence du Droit ; il
fit voir que les Loix font un
frein neceffaire & tres utile
pour arreſter la cupidité des
Grands , & qu'elles fervent à
tirer les malheureux de l'infortune
& de l'oppreffion. Cette
diviſion tirée de l'eſprit même
de la Loy , fut tres - applaudie
GALANT 23
}
:
&tres-bien foûtenuë. La peinture
que Mr l'Abbé de Polignac
fit de l'eſtat où ſe trouveroit
le monde ſans le ſecours
des Loix , fut tres - touchante.
Cequ'il dit fur les plus fameux
Jurifconfultes , & fur les divers
Livres du Droit , fut tres - recherché
. Enfin toute l'Affemblée
avoüa que l'ancienne Rome
dans le temps de ſes plus
fameux Orateurs n'auroit pas
deſavoüé le ſtyle pur , naturel,
& majestueux de ce Difcours..
Pluſieurs perſonnes diftinguées
par leur naiſſance & par leur
merite ,argumenterent contre
م
24 MERCURE
Mr l'Abbé de Polignac , qui
fit remarquer dans ſes réponſes
autant d'érudition qu'il venoit
de faire voir d'éloquence dans
fa Harangue , & il reçut à la
fin de l'action des complimens
de toutes les perſonnes les plus
qualifiées qui s'y trouverent ,
chacuns'eſtant empreſſé de luy
donner des marques du plaifir
qu'il avoit eu de l'entendre.
Perſonne n'ignore que Mr
l'Abbé de Polignac a l'eſprit
fort cultivé & qu'il ne l'a pas
ſeulement rempli de ce qu'il y
a de ſec & d'épineux dans les
Sciences ; mais qu'il l'a aufli orné
GALANT 25
né & embelli de tout ce qu'il
y a de gracieux dans les belles
Lettres . Son Poëme latin en fix
Livres contre Lucrece , & dont
on nous fait bien- toſt eſperer
l'impreſſion , en eſt une preuve.
Mr Criſpi , nouvel Auditeur
de Rote pour la Ville de Ferrare
, a auſſi ſoûtenu des Theſes
de Droit Canon , pour entrer
en poffeffion de cette Charge ,
& dix- fept Cardinaux y afſiſterent
, accompagnez d'un grand
nombre d'Evêques & de pluſieurs
perſonnes de diſtinction
de la Prelature Romaine. Ce
Juin 1708, C
26 MERCURE
nouvel Auditeur de Rote ſe fit
admirer par la folidité de ſes
réponſes , & par la vivacité
avec laquelle il reſolut les plus
grandes difficultez qu'on luy fit .
On le pouſſa beaucoup fur cette
Maxime des Canoniſtes :
Spoliatus ante omnia reftituendus.
Cette regle ſi celebre dans le
Droit Canonique fut attaquée.
de toutes manieres , & celuy
qui la ſoûtenoit pouffé dans
tous ſes retranchemens . On argumenta
enſuite ſur le Digeſte,
fur le Code , ſur les Novelles ,
& fur le Sexte. On difputa auffi
beaucoup fur les Decretales ,
}
27 GALANT
د
&on voulut prouver que celles
qui ſont plus anciennes que le
Pontificat du Pape Sirice ne
font point apocryphes , comme
la pluſpart des Critiques
prétendent. En parlant de la
Decretale Unam Sanctam du
Pape Boniface VIII. on luy
oppoſa celle deClement V. fon
Succeſſeur . On parla fort de la
Conſtitution du PapeClement
III. ſur le Mariage ; on en attaqua
les conſequences , & on
brilla beaucoup fur cette queftion
particuliere. Les Decretales
des Papes Sixte V. & Clement
VIII . furent oppoſées
Cij
28 MERCURE
l'une à l'autre , & on examina
à laquelle il falloit s'arreſter au
ſujet des éditions de la Bible,
qui furent faites ſous leurs Pontificats
: les Papes Innocent III.
&Adrien V I. furent ſouvent
citez avec éloge ;& on fit beaucoup
valoir leur autorité.
Mr Cavallerini , petit neveu
du Cardinal de ce nom , qui
eſtoit Nonce en France en
1696. difputa avec beaucoup
de force & de folidité , & reçut
de grands applaudiſſemens .
Deux jeunes Anglois ; ſcavoir
, l'un le Chevalier Perkins
, & l'autre le Baron de
GALANT 29
Fenwick , diſputerent aprésM
Cavallerini . Ils deſcendent du
Chevalier Perkins & du Lord
Fenwick , qui ſignalerent leur
fidelité pour le Roy Jacques II.
dans le temps de la revolution
d'Angleterre. Le jeune Barklay
qu'on éleve à la Cour de Rome
, & qui eſt neveu du fameux
Chevalier Georges Barklay , un
des Officiers des Gardes du
même Prince , & qui lui donna
des preuves fi fortes de fon attachement
& de ſa fidelité ,
argumenta enſuite , & ne fut
pas moins admiré que les autres
. Mrs Dallevat , Hayes , &
Cij
30 MERCURE
Crone , argumenterent ſur la
fin de l'action , & firent chacun
un compliment tres- fleuri au
nouvel Auditeur , dans lequel
les loüanges d'une partie du
Sacré College entrerent fort
naturellement. Le neveu du
Docteur Parterfon qui estoit
Archevêque de Glaſcow en
Ecoffe , il y a prés de vingt ans,
finit cet acte par une difficulté
qu'il propoſa ſur une Bulle de
Jean XXII. & par un tresbeau
compliment qu'il fit au
Soûtenant. Tous les Auditeurs
de la Rote , Confreres de Mr
Crifpi ſe trouverent à cette
GALANT
3
Ceremonie , dont ils firent les
honneurs. Le Pape que l'on informa
, du fuccés qu'avoit eu le
nouvel Auditeur de Ferrate ,
l'en felicita dans la premiere
Audiencequ'il lui donna , & lui
dit qu'onpouvoit tout espererd'un
Prelat qui ſçavoit dans un âge fi
peu avancé ,tous les Principes de
la Jurisprudence Civile &Canonique.
Mr Jean Charles Krollius a
foûtenu une Theſe dans l'Uni
verſité de Wittemberg , fur la
verité de l'apparition d'une
Croix brillante dans le Ciel ,
apperçuë par legrandConftan-
Cij
32 MERCURE
:
tin , avec une inſcription qui
luy promettoit la victoire contre
le tyran Maxence , qu'il
alloit combattre. Thomaſius ,
Huber , Arnold , Tollius , &
pluſieurs autres Critiques , ont
combattu la verité de ce prodige.
Mr Volfius a entrepris
d'en établir la certitude ſur des
preuves incontestables dans la
Theſe que vient de ſoûtenir
Mr Krollius , & il a enfuite réduit
cette Theſe dans une Differtation
qu'il a renduë publique.
Mr Volfius fait donc voir
contre ces Critiques que quoy
qu'Eufebe n'ait point parlé de
L GALANT 33
ce prodige dans ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique , on n'eſt pas en
droit d'en conclurre que ce qu'il
endit dans la vie de Conſtantin
ne ſoit pas digne de noſtre
croyance. Qu'il ſuffit que le
chiffre XP. qu'on remarqua
dans cette Croix , & enfuite
fur les Drapeaux Romains ,
puiſſe eſtre pris pour le nom
de Chrift , & qu'il le ſignifie
affez naturellement , quoy qu'-
on prétende qu'il convienne à
d'autres noms qu'à celuy de
Jeſus - Chriſt ; qu'on ne ſcauroit
prouver que ce chiffre
eſtoit fur les Drapeaux Ro
34 MERCURE
mains avant Conſtantin le
Grand , & que quand on le
prouveroit , il en faudroit ſeulement
conclurre qu'avant
Conſtantin , il deſignoit quelqu'autre
nom , & que depuis
le prodige de l'apparition de la
Croix , il ne ſignifia plus que le
nom de Jeſus- Chrift ; que la
diverſité qu'on remarque dans
le langage de Sozomene , Philoſtorgius
, Zonaras , & Nicephore
Auteurs plus nouveaux phore
qu'Eufebe , prouve ſeulement
que ces Hiſtoriens ont ajoûté
quelques circonstances à la narration
d'Eufebe , & qu'elle ne
GALANT 35
doit point affoiblir l'autorité
d'un Hiſtoriencontemporain ;
ontemporain;
& enfin contre l'objection où
l'on dit que fi toute l'Armée
avoit vû le Prodige , il eſtoit
inutile que Constantin le Grand
l'affuraſt avec ferment. Mr Volfius
répond que beaucoup
d'années ſe ſont écoulées , &
que nul de ceux qui avoient
accompagné l'Empereur à la
guerre contre Maxence , n'étant
peut - eftre pas auprés de
luy, lorſqu'il inſtruiſit Eufebe
de cet évenement memorable,
le ſerment n'eſtoit pas inutile
pour mettre hors des atteintes
36 MERCURE
de la critique un fait ſi favorable
à la Religion des Chreftiens
.
Mr Fabricius , Profeſſeur de
Hambourg, dont les intentions
ne font pas fans doute ſi droites
que celles de Mr Volfius , a
publiédans le même temps une
Differtation , où ſans combattre
entierement le prodige , il
le réduit à l'ordre des chofes
naturelles , & le rend ainſi inutile
à la Religion Chreftienne.
Il prétend que la Croix que
Conſtantin vit dans le Ciel au
moment qu'il alloit combattre
Maxence , n'eſtoit qu'un Phe
GALANT 37
nomene naturel ; je veux dire
un Halo ou Parelie , & que ce
Prince qui apparemment ſçavoit
peu les regles de l'Aſtromie
, regarda comme une cho
ſe miraculeuſe un fait qui
n'avoit rien d'extraordinaire.
L'inſcription de la Croix , qu'-
on ne ſçauroit appeller un Phenomene
naturel , embarafle un
peu Mr Fabricius , & il eſt réduit
à ſoûtenir contre la foy
de tous les Hiſtoriens qui parlent
de ce prodige , que Conf
tantin ne vit aucune infcription
dans le Ciel , qu'il ne vit qu'une
Croix brillante & une Cou
38 MERCURE
ronne de lumiere au-deſſus dela
Croix , qui estoit un ſigne de la
victoire. Il prétend tirer ce ſens
forcé du texte d'Eufebe , mais
peu aprés il eſt obligé d'avoüer
que les monumens anciens qui
ont repreſenté ce prodige , contiennent
tous l'InſcriptionGreque
qu'on trouve dans l'Hiftorien
Eufebe. Enfin l'apparition
de Jeſus - Chriſt , qui la
nuit ſuivante ordonna en ſonge
à Eufebe de faire de ce ſigne
l'Etendart Imperial , peut - elle
laiſſer aucun lieu de douter que
la viſion de la Croix , eſtoit miraculeuſe
& hors des regles de
la nature.
GALANT 39
Mr Dolincan connu dans la
Republique des Lettres par la
culturequ'il a donnée à ſon efprit&
par le plaiſir qu'il s'est fait
de traiter des ſujets finguliers ,
vient de publier un Traité des
Eunuques où il en fait voir de
differentes eſpeces , avecle rang
qu'ils ont tenu & le cas qu'on
ena fait dans tous les temps &
dans les differens Empires du
monde. Cet ouvrage eſt dedié
à Mr Bayle qui vivoit encore
lorſqu'il a eſté compoſé ; il luy
rend compte dans ſon Epitre
dedicatoire des raiſons qui l'ont
engagé à traiter ce ſujet; le ſe40
MERCURE
,
jour que pluſieurs Eunuques
Italiens faifoient dans le lieu de
la reſidence de Mr Dolincan
& la diftinction dans laquelle
ils y vivoient , font le principal
motifqui l'a fait écrire ſur cette
matiere ; ils eftoient tous Muſiciens
,& avec le ſecours de leur
voix ils ſe mirent bien des chimeres
dans la reſte par raport
au beau ſexe ; leurs projets ne
reüffirent pas , continuël'Auteur
, les Dames ne furent pas
éblouïes par ce faux éclat ; il y
en eut cependant une qui écouta
les propoſitions de mariage
que lui fit un de ces Chanteurs.
GALANT 41
Un parent de cette Dame engageal'
Auteur à metre par écrit
cequ'il penſoit ſur cette alliance
, afin de pouvoir à l'aide de
ſes raiſonnemens détourner la
Dame d'un pareil engagement.
Dans cet ouvrage , auquel cette
avanture a donné lieu , & qui
eſt diviſé en trois parties , Mr.
Dolincan parled'abord de l'origine
des Eunuques , & il leur
donneune antiquité ſi reculée ,
qu'elle devient preſque imperceptible
; il prouve dans la 117.
lettre de faint Bafile de la traduction
de M Jean - Baptifte
Morvan Abbé de Bellegarde ,
Juin 1708. D
42 MERCURE
ladefinitionqu'ildonnedes Eunuques.
Il auroit pû la prouver
d'une maniere encoreplus feure
dans l'original Grec de ce Pere
de l'Eglife ; il developpe enfuite
les raiſons que les Anciens
avoient cuës de ſe ſervir de ces
fortes de gens , &il explique la
maniere dont on faifoit cette
operation douloureuſe ; il dit
enfuite qu'il y avoit quatre fortes
d'Eunuques , dont étoient
ceux qui portoient ſeulement
ce nom, parceque leurs charges
qui avoient eſté remplies
par des Eunuques du nombre
deiquels estoit Putifar Eunuque
GALANT 43
de Pharaon , & dont la femme
eut une ſi violente paffion pour
Jofeph. Il finit ſa premiere partie
par un detail des Loix faites
contre les Eunuques. Dans la
feconde il ſoûtient que le mariage
eſt interdit auxEunuques,
& il raporte fur ce ſujet l'autorité
& les Loix de toutes les
Nations ; il trouve un exemple
des inconveniens que de tels
mariages peuvent produire
dans Eufebia , jeune Princeſſe
qui épouſa l'Empereur Conf.
tantius , qu'une fuite d'infirmitez
avoit preſque mis dans le
trifte eftat des Eunuques. Ce
Dij
44 MERCURE a
mariage ne fut pas heureu , 1
Princeſſe tomba dans une trif
teſſe que rien ne put diſſiper
ſa grande jeuneſſe la fit reſiſter
quelque temps , mais comme
une fleur qu'une trop vive ardeur
ſéche , la Princeſſe tomba
dans une fiévre éthique&mourut.
Dans la troiſiéme preuve
de la premiere partie , Mr Dolincan
fait voir que les Loix des
Catholiques , des Calviniſtes ,
& des Lutheriens , & enfin de
tous les Proteftans , déclarent
nuls ces fortes de mariages.
Dans la communion Lutherienne
on trouve un exemple
GALANT 45
qui fait voir de la variation
dans la doctrine des Sectaires .
Un Eunuque Italien , Chambellan
de l'Electeur de Saxe ,
épouſa une jeune fille qui n'ignoroit
pas fon eftat non plus
que ſes parens , qui ne s'oppoferent
pas à ce mariage , qui fit
enfuite du bruit. L'Electeur
confulta les Theologiens qui
ſe partagerent fur ce ſujet , &
dans cette incertitude l'Electeur
foudainement inſpiré ,
prononça ſur la validité du mariage
; mais Mr Dolincan traite
cette décifion de l'Electeur de
fubreptice & d'incompetente.
46 MERCURE
Les réponſes qu'on peut faire
à ſix des principales objections
en faveur des Eunuques , contre
la rigueur des Loix Civiles
&Eccleſiaſtiques , font le fonds
de la troiſiéme partie de l'ouvrage
de Mr Dolincan. Il détruit
avec folidité la force ſpecieuſe
de ces objections , & il
ferme la bouche à ſes Adverfaires
.
Je crois que la Relation que
je vous envoye vous paroîtra
curieuſe. Je vous parlay il y a
quelques mois de ce qui en fait
le ſujet ,mais ſi ſuccinctement ,
que tout ce que vous allez
GALANT 47
lire n'aura rien que de nouveau
pour vous . Je ne change
rien aux termes dans lesquels
cette Relation a eſté envoyée.
Ainſi vous la devez regarder
comme une choſe originale.
Du Fort Royal de la Martinique
, le 2º Fevrier 1708 .
Je vous envoyelaRelation d'un
Voyage quej'ayfait chez les Caraïbes
de faint Vincent , à 30. ou
35. lieuës de la Martinique avec
Mr Coullet , Chevalier de faint
Loüis , & Major pour le Roy en
cette Ifle. Ily a mené avec luy
48 MERCURE
dix perſonnes en qualité de Gentilshommes
dont j'eſtois du nombre.
Ce Voyage a esté causé par les avis
que nous avons reçus que ces Caraïbes
estoient affſociez avecles Anglois
pourfaire une defcente dans
cette Iſle , ce que l'on craint beaucoup
avecjuſte raiſon ; car ces Sauvages
viennent la nuit à terre aux
endroits de l'Iſle les plus écartez ,
& coulent leurs Pirogues bas , &
dans le temps qu'on n'y fongepas
ils envoyent desfleches , dont l'orfqu'on
en estfrappé par malheur, il
n'ydaucune esperanced'enrechaper.
Pour éviter de pareilles avantures
, Mr de Machault General de
rifle
GALANT 49
& l
l'Iſle ordonna àMr le Major d'y
allerpour les detournerde leur mauvais
deffein , leurfaire des prefens
qu'ils aiment beaucoup. Mr
Coullet ayant reçu ſes ordres le 7.
Novembre 1707. pour prendre
tel Bastiment qu'il jugeroit à propos
pour fon voyage , alla chez
Mr l'Intendant où je l'accompagnay,
pourluy demander les chofes
neceſſaires pour faire les prefens.
Mr l'Intendant laißa ces achapts
àſa prudence ,&l'on travailla
àles emballer. Il arriva le 26.du
même mois à la rade du Fortfaint
Pierre une Fregate defaintMalo
nommée le Marquis d'o , com-
Juin 1708 . E
50 MERCURE
mandée par le ſieur de la Ville-
Foffelin qui alloit à Carthagene.
Leditſieur Major, pouréviter les
frais engagea ledit Capitaine de
nous porter à Saint Vincent avec
nos domestiques ; étant convenus
avecluy,nousfîmesſur le champ
embarquer nos Hardes , Bagages
Marchandises , croyant faire
route le même ſoir; mais l'arrivée
de Mr du Caße qui commandoit
8. Navires du Roy pour allerchercher
les Gallions , retarda noftre
depart de deux jours.
Le 29. nous mêmes à la voile
& nousfimes route à Saint Vincent,
où nous arrivâmes le 30. au
GALANT 51
foiràminuità3.liënesſous le vent.
Mr le Major donna ordre au Capitaine
de mettre ſa Chaloupe&
fon Canot à la mer; il nousy fit
embarquer avec tout fon Equipage,&
nous arrivâmes à terre avec
beaucoup de peine , la mer étantfi
rude que nous fûmesfur le point
de perir. Ilparut une grandetroupe
de Sauvages ſur leſable ,&Mr
le Majorſejetta enmerpour leur
aller parler. Ils firent d'abord de
grands cris de joye en disant , c'eſt
leCompere , ) le motde compere
chezeux veut dire amy ; ) il faut
ſauver tout ce qu'ila , ce quifut
fait fur le champ. Le tout étant
Eij
52 MERCURE
hors de danger, il renvoya la Chaloupe&
le canot àſon bord , aprés
quoy nous gardâmes nos Equipages
&nos Marchandises jusqu'à
ce qu'ileut efté au Carbet du Capitaine
à Boe-Pyaie ; c'est le lieu
où ils s'aßemblent pour déliberer
furleurs entrepriſes. (Pyaie est celuy
d'entre eux qui ſe mêle de prophetiſer
ce qui leur doit arriver ,
&qui aprés avoir pluſieurs fois
tourné une Calbaße qui est penduë
dans leur Carbet qu'ils nomment
faint Meſmin , il dit ce qu'il luy
vient dans la pensée , &ils font
aßezfimples pourle croire.)Ce Ca
pitaine envoya fur le champ des
GALANT 53
Sauvages pour aporter tout noftre
Bagage audit Carbet, ce qui nous
fit bien du plaisir àcauſe que nous
avions grandfroid, les nuits dans
les Antilles étant tres-fraîches , &
furtout dans cetteſaiſon ; mais par
leſecours de quelques coups d'eau
de vie nousfûmes bien-tôt réchaufez.
Nous pendîmes dans le Carbet
tous nos Amacs, (cefont les lits
dans lesquels on couche aux Iſles ,
&que l'on pendauplancher ) mais
à peine eûmes- nous deux heures de
temps pour nous repofer , le jour
étantprêt à paroître lorſque nous
nous couchâmes .
Le premier de Decembre Mr le
E iij
54 MERCURE
Major envoya des Sauvagesfaire
le tour de l'Iſle afin d'avertir les
Capitaines de chaque Carbet deſe
rendre avec les plus anciens pour
y recevoir les preſens que le Compere
Coullet avoit à leur faire de
la part defon grand Roy. f'avois
grandſoin d'écrire tous leurs noms
à mesure qu'ils arrivoient , &Mr
le Majorceluy de les entretenir&
de les bien faire boire & manger.
Il ordonna le 4 jour , que l'on cef-
Saft de leur donnerde l'eau de vie ,
ce qui ſurprit les Caraïbes & les
Negres. (Ces Negresſeſont habituez
dans cette Isle par la perte
d'un Navire qui venoit de Gui
GALANT 55
née , etqui ont tantpeuplé, qu'il
y apresentement beaucoup plus de
Negres que de Caraïbes. ) Quatre
Caraïbes & autant de Negres des
Chefs , ſe détacherent des autres
pour venir trouver Mrle Major,
luy faire des plaintes fur ce
qu'il avoit deffendu qu'on leur
donnaſt à boire. Il leur répondit ,
qu'il les vouloit aſſembler tous
pour leur parler , & ils ſe trouverent
au nombre de cinquante-
Sept Capitaines tant Caraïbes que
Negres dans le Carbet. Mr le
Major, qui par la longue habitudequ'il
a euë avec eux , & qui
Sçachant mieux queperſonne s'in
Eiiij
56 MERCURE
finuer dans leur efprit , ſe deshabilla
,ſe mit tout nud comme eux ,
oſe fit rocoüer . ( Les Caraïbes
ont pour maxime de ſe peindre
tous les matins le corps avec du
Rocour, qui est une peinture rouge
qui fent fort mauvais quand elle
est nouvelle. Elle est tirée d'un arbre
qui croift dans les Antilles ,
elle est enfermée dans des coques
qui piquent comme celles d'unmad'Inde.
Mrle Major, pourſe
faire rocoüer,ſe fit peindre tout le
corps par la main de la plus belle
Caraïbeffe . C'est chezeux la coûtume
, &la marque la plus fenſible
par où l'on peut leur faire
ron
GALANT 57
connoiſtre que l'on ne mépriſe pas
leurs manieres , dont ils font fors
amateurs. En effet on a toûjours
remarqué que c'est le veritable
moyen de ſe les attirer. Dans ce
rifible eftat il alla embraffer tous
les Sauvages & les Negres qui
estoient dans l'Affemblée , aprés
quoy il leur adreſſa le Discours
Suivant.
Mes Comperes , Mr deMachaut
General de la Martinique
, m'a envoyé vers vous
pour vous partager également
les prefens qu'il veut vous faire,
&qui vous feront délivrez demain
matin avant l'eau de vic..
58 MERCURE
Ace mot de Preſens , ils poufferent
de grands cris de joye , en élevant
leurs mains par deſſus leur
teste , pour marquer leur reconnoif-
Sance , &l'on auroit plutoft pris
ces cris pourdes hurlemens de loups,
que pour des marques de remerciemens.
Mes Comperes , continua
- t - il , je fuis informé que
les Anglois viennent en cette
Ifle plutoſt pour vous tromper
que pour vous eſtre fidelles ,
& qu'il y en a dans la Compagnie
qui leur fourniffent des
bois pour la conftruction de
leursMoulins à fucre ; que d'ailleurs
pluſieurs de vous autres
GALANT 59
ont envoyé leurs enfans à la
Barbade , &que actuellement
vous y en avez encore quatre.
Et en ſe retournant vers les Capitaines
Negres , il leur dit qu'ils
y en avoient auffi envoyez :
puis s'adreſſant au vieux Abel-
Pyaie , il luy dit , c'eſt toy , mon
Compere , qui montre les arbres
aux Anglois ; & comme
c'eſt toy , il faut pour reparer
ta faute que tu mettes le feu à
tous les bois qu'ils ont travaillez.
Toute l'Assemblée conclut
qu'ilfalloit luy accorderſa demande
, &fur le champ le Capitaine
Abely mit le feu,& brûla pour
60 MERCURE
plus de dix mille livres de bois
que les Anglois avoient travaillé
tant pour faire des Rouleaux de
Moulins ,que pourbâtir. Mr le
Majorleur perfuada que pour con-
Server l'amitié des François il en
falloit tuer un ou deux à coups de
fléches , &faire boucaner une de
leurs mains & la porter àla Martinique.
( Les Sauvages ne mangent
point de viande qu'ils ne
T'ayent exposée à la fumée pendant
quelques jours , comme nous
faiſons en Europe nos Jambons ,
&ils aappppeelllleenntt cela Boucaner.)
Il ajoûta qu'il ne falloit pas abfolumentfouffrirqu'ils
mißent le
GALANT 61
pied dans leur Ifle , &il leurdeffendit
auſſi d'en tuer plus quand
même ils enferoient les Maiſtres ;
mais bien de les luy amener vivans
, leur promettant de les récompenser.
Ils le luy promirent
tout d'une voix , & l'afſfurerent
qu'ils luy tiendroient parole , &
ils demanderent qu'on leur renvoyaſt
deux Sauvages qu'on re--
tenoit depuis long- temps Esclaves
à la Martinique. Mrle Major
leur en donna ſa parole , & il la
tint auſſi tost aprésfon retour. Ils
nous dirent auſſi qu'à la chûte de
la Lune ( c'eſt leur maniere de
marquer les temps) ils devoient
62 MERCURE
partir avec douze de leurs Pirogues
pour executer avec les An .
glois , l'entrepriſe qu'ils avoient
concertée enſemble , qui eſtoit
d'aller faire une deſcente à la
Grenade , pour y tuer & mafſacrer
tout ce qui ſe rencontreroit
, & enſuite venir à la
Martinique , pour y faire la
même choſe. Mr le Major leur
perfuadaqu'ilfalloit étouffercela ,
il leur dit que les François de
la Grenade eſtoient gens à tout
oublier , auffi bien que ceux de
laMartinique ; ilsyconfentirent,
& ils promirent de ne rien entreprendre
contr'eux. Mr le Major
GALANT 63
les voyant dans ces bonsſentimens,
leur demanda des Otages pour les
engager à tenir leurs promeßes , à promeBe
condition qu'il les feroit brûler
tout vifs s'ils manquoient de parole.
Il confeilla aux Caraïbes de
faire avertir de tout ce qu'ils venoient
de conclure, les braves Comperes
Negres , afin de leur prêter
Secours contre les Anglois , lorfqu'ils
viendroient les chercherpour
faire l'expedition de la Grenade
& de la Martinique. Un des
Negres prit à l'instant la parole
pour tous , & dit que lorſqu'ils
feroient avertis ils nemanqueroient
pas de venir bien armez
64 MERCUR E
leur donner tout le ſecourspoffible
, & qu'eux ſeuls ſuffiroient
pour rendre leurs Chaloupes
fans que les Caïbes y miſſent
ſeulement les mains , d'autant
qu'ils n'eſtoient que des HACQUINS.
( Hacquins veut dire en
leurlangage , Lâches , Faîneans ,
Avaricieux , & c'est la plus grande
injure qu'on leurpuiffe dire.)Les
Caraïbes entendant cela n'oferent
répondre , attendu qu'ils craignent
beaucoup les Negres , quifont environ
douze contre un Caraibe .
Pendant ce Discours il arriva
trois àquatre cens Negreſſes, chargées
comme des Mulets de Caffa
GALANT 65
ve, &de Bananes ; ( La Caffave
est une espece de galette qu'ils
font avec de la racine de Mayoc ,
qu'ils cultivent tres -foigneusement
, &qui leur tient lieu de
pain , & la Banane est un fruit
long comme un grand concombre ,
&àpeu prés dela même groſſeur )
L'Aßemblée estant finie , Mr le
Major ordonna que l'on miſt un
Barıl d'Eau - de - vie dans leur
grande Jarre ( une Farre est un
grandVase de terre propre àfaire
le Quycoüs , qui est une liqueur
composée de Caſſave avec de l'eau
plufieurs ingrediens qu'ils
fent aigrir ; cette liqueur enyure
Juin 1708 .
F
66 MERCURE
beaucoup ,) ils burent tous de cette
Eau-de-vie, &pluſieurs s'enyvrerent
, & la nuit ils ſe battirent à
coups de coûteaux & à coups de
fléches ; il y en eut beaucoup de
tuez & pluſieurs bleſſez , du
nombre desquels fut le Capitaine
Madé, qui reçut un coup de fléche
au travers des deux cuiſſes.
Le lendemain Mr le Major fit
aſſembler les Capitaines&tous les
Chefs , &lesfit appellerà tour de
rolle,pour leur donner àchacun un
Chapeau , deux haches,deuxferpes,
dix gros grains de cristal, deux
Rafoirs , deux Calbaffes d'Eau de
vie , quatre aulnes de Rubans
Ch
GALANT 67
trois aulnes de toiles , &deux livres
de poudre à tirer: ilsfurent
tous fi contens que leur joye alla
au delà de tout ce que l'on peut
s'imaginer. Aprés que cette diftribution
eut estéfaite , Mr leMa
jor apercevant le faint Mesmin
qui étoit pendu au deſſus de ſa tête
( c'est une Calebaße remplie de
petites pierres comme les joüets des
petits enfans ) ilſe mit en devoir
de lefaire tourner comme le Pyaie;
mais ils luy dirent , Compere va
pas toucher là; car Maboya y
emporteroit toy , à quoy il leur
répondit qu'il étoit bon Pyaie ,
que fitôt qu'il l'auroit fait
Fij
68 MERCURE
tourner trois fois , il feroit ve
nir Maboya ( MABOYA veut di
re le Diable ) ayant entendu cela ,
pour ne point faire trouver Mr
le Major menteur , je fortis du
Carbet , &ayant remarquéqu'il
y avoit derriere un grand Caffier
qui portoitſes branchesſurla couverture
qui étoit trouée en plufieurs
endroits , je montay par le
moyen de cet arbre fur la couver
ture ; je me plaçay directement au
defſſus de la tête du Pyaie Caraïbe,
&quand je vis que Mr leMan
jor tournoit pour la troifiéme fois
leSaintMesmin,je laiſſay tomber
mon Cargouffier dans lequel ily
GALANT 69
avoit 16. Cargoußes avec les balles
ſurla tête du Pyaie que jeluy
caffay, ce que vayant les Caraïbes
ils prirent tous la fuite , en criant
que le Compere Coullet étoit bon
Pyaie. Ils crurent tous que c'étoit
effectivement Maboya qui étoit
tombéfurleur Pyare, afin qu'ils
en fußent mieux perfuadez, je
pris le temps de leur fuite pour
descendre en bas fans qu'ils me
viſſent ; leur terreurpanique étant
paffée ils revinrent nous faire reffouvenirque
les Anglois devoient
revenir avec deux Navires au
plein de la lune pour emporter les
bois qu'ils n'avoient pû emporter
70 MERCURE
le premier voyage , & que nous
avions fait brûler ,&leur ramener
4. Caraïbes avec les Negres
qu'ils avoient à la Barbade, ce qui
nousfit refoudre d'envoyer un ordre
par un exprés au Maistre d'une
Barque qui étoit à 7 lieuës de nous,
quifaisoitsa charge de Roche à
Chaux , de nous venir trouver , ce
qu'elle ne pûtfaire qu'au bout de
3.jours. Dés qu'elle fut moüillée
nous nous embarquâmes avec nôtre
Bagage , & nous fijmes route
pour la Martinique , où nous arrivâmes
le 10. Decembreà9. heures
du matin . TIBERGE.
Mr N... de Monthelon (ou
GALANT 71
Montholon ) Abbé regulier de
faint Sulpice , dans le Dioceſe
du Belley & de l'OrdreCiteaux,
eſt mort dans ſon Abbaye dans
un âge fort avancé. Il étoit frere
aîné de Mr de Monthelon ,
mort Premier Preſident du Parlement
de Roüen ; il avoit un
autre frere qui ſe noya en Bugey
il y a pluſieurs années ,&
qui avoit beaucoup de merite,
& une ſoeur morte Religieuſe
dans l'Abbaye de Bons à Belley,
qui dépend de celle de ſaint
Sulpice. Mrl'Abbé de faint Sulpice
étoit fort eſtimé de tous
ceux qui le connoiſſoient . La
72 MERCURE
régularitéde ſa conduite , &les
augmentations qu'il a faites
dans fon Abbaye, & qu'il a
renduëpar là une des plus confiderables
de l'Ordre, rendront
ſa mémoire chere à ſes fuccef
feurs . Cet Abbé vivoit d'une
maniere fort noble ; il étoit
Seigneur de Machura qui dépend
de faint Sulpice. Il y a des
vins tres - délicats dans cette
Contrée , & qui font fort recherchez
par les Etrangers .
Nicolas de Monthelon fût
Avocat géneral du Parlement
de Dijon , & François . fon
fals fut Préſident au Parlement
de
GALANT 73
de Paris , & Garde des Sceaux
de France dans le pénultiéme
Siècle. Etienne de Montholon
ſon ayeul , & pere de Nicolas
avoit épousé Marie de Gannay,
foeur de Jean , Chancelier de
France, & de Germain, Evêque
de Cahors , & enſuite d'Orleans
; & ce Prélat qui aimoit
beaucoup fon petit - neveu le
tira de Bourgogne , dont cette
Famille eſt originaire d'une
Maiſon appellée Monthelon ,
& qui luy a donné fon nom ;
& il luy conſeilla de s'attacher
au Parlement de Paris , où fon
mérite & fa probité le firent
Juin 1708. G
74 MERCURE
,
beaucoup confiderer ; il commença
à exercer la profeſſion
d'Avocat , & dans les années
1522. & 1523. il eut la generoſité
de ſe charger de la cauſe
de Charles de Bourbon
Connêtable de France , contre
Loüiſe de Savoye, meredu Roy
François . I. Ce Monarque qui
ſe trouva incognito à ce Plaidoyé
, fut fi touché de l'éloquence
& du mérite de Mr de
Monthelon , que quoiqu'il eut
foûtenu des interefts contraires
à ceux de la Ducheſſe ſa mere
6 il le fit Avocat géneral du
Parlement de Paris , & il l'éle
GALANT 75
va enſuite aux autres Dignitez
dont je viens de parler. François
II. du nom ſon fils , & Seigneur
d'Aubervilliers aprés fon
pere, ayant eſté longtemps fimple
Avocat , fut élevé par Henry
III . à laDignité de Garde des
Sceaux ; & aprés la mort de ce
Prince il les remit au Cardinal
de Vendôme en 1569. & il
mourut à Tours l'année ſui-
Vante.
Avant ceux dont je viens de
parler , Jean de Monthelon ,
Docteur de Sorbonne fut Secretaire
d'Etat de Philippe le
Hardy , & de Jean fans Pour
Gij
76 MERCURE
!
Ducs de Bourgogne. Les Hiftoriens
l'ont fort celebré. Charles
de Monthelon Chevalier de
Malthe ſe ſignala pour le fervice
de fon Ordre , ſous le
Grand- Maître d'Aubuſſon ſon
oncle maternel. Henry Pantaleon
, dans ſon Hiſtoire des
Chevaliers de l'Ordre de ſaint
Jean de Jerufalem , parle tresavantageuſement
de Charles
de Monthelon , & il n'eſt pas le
ſeul qui diſe qu'il contribua
beaucoup à faire lever le Siége
que Mahomet II . mit devant
Rhodes en 1480.Jean de Monthelon
, Docteur en Droit &
GALANT 77
Chanoine régulier de faint Victor
de Paris eſtoit fils de François
I. Garde des Sceaux ; il fut
l'Auteur du Promptuarium , ou
Breviarium divini Juris , es
utriusque humani que Henry
Etienne imprima en 1520. en
deux volumes. Pierre de Monthelon
, Docteur & Profeſſeur
de Sorbonne , Chanoine de
Laon & morten 1596. fut fort
celebre par ſa Doctrine. Jacques
de Monthelon , fameux
Avocat a donné un excellent
Recüeil d'Arreſts ; il mourut en
1622. François de Monthelon ,
Conſeiller d'Etat des Rois
Giij
78 MERCURE
Henry III . Henry IV.& Louis
XIII . mourut en 1626. aprés
avoir fondé la maiſon des Peres
de l'Oratoire à noſtre Da
me des Vertus .On prétend qu'il
y a eu un Guillaume de Monthelon
Cardinal ſous Clement
VI . mais je n'oſe l'affurer , les
preuves n'en eſtantpasbien certaines
, & d'ailleurs cette Maifon
ayant eſté remplie de tant
d'Honneurs & de Dignitez ,
qu'elle n'a pas besoin pour
eftre illuſtrée de Fictions ou
de Faits douteux ; je dois ſeulement
faire remarquer qu'elle
s'eſt longtemps diftinguée dans
GALANT 79
A
re
la profeſſion des Armes , avant
de prendre le party de la Robe,
&qu'outre la branche de Monthelon
d'Aubervilliers,dont feu
Mr le premier Préſident de
Roüen eſtoit Chef ; il y en a encore
unedont eft ChefM Mathieude
Monthelon Conſeiller
auChâteler,nere de m' de Monthelon
Confeiller au grand
Confeil.Cettebranche ſe forma
en la perſonne de Jerôme de
Monthelon, S' de Perroufſeaux
Conſeiller au Parlement , 2
fils de François 1. de ce nom
C
Garde des Sceaux , & enfuite
Conſeiller d'Etat , & Intendant
د
Giij
80 MERCURE
de Juſtice à Orleans. Il mourut
en 1618. & laiſſa de Madelaine
de Bragelogne Guillaume dont
je vais parler . Jerôme Maître
d'Hoſtel ordinaire de la Reine
Marie de Medicis , pere d'un
Conſeiller de la Cour des Aides
de Rouen , & Madeleine ,
femme de Denis Palluau , d'où
eſt venu feu Mr de Palluau ,
mort Doyen du Parlement , &
pere de feu Mr le Marquis de
Palluau , Maréchal de Camp.
Guillaume qui estoit l'aîné fut
Conſeiller au Parlement , &
pere de Jeroſme Maiſtre des
Comptes ,qui a laiſſe poſterité ,
GALANT 8
&de Guillaume Subſtitut de
Mr le Procureur General , qui
a auſſi laiſſe poſterité.
Feu Mr le premier Preſident
de Rouen a laiſſe des enfans de
Marie-Anne de la Guillaumie ,
morte en 1694. ſçavoir Charles
François de Monthelon 2 .
du nom , qui fait ſes exercices
à l'Academie , & quatre filles ,
dont trois font Religieuſes . Ce
Magiſtrat avoit épousé en ſecondes
nôces en 1700. Marie-
Madeleine de Canonville , Dame
de Groſmeſnil , veuve de
de Mr le Baron d'Eſneval , Vidame
de Normandie , Ambaſ
82 MERCURE
fadeur en Portugal & enſuite
en Pologne. Cette Dame eft
petite- fille d'Anne - Françoiſe
de Lomenie , ſeconde femme
de Mr le Chancelier Boucherat.
Feu Mr de Monthelon fut
reçu Conſeiller au Grand Confeil
en 1679. & premier Prefident
de Rouen en 1691. Il
eſt mort en 1703. Il eſtoit fils
de même que Mr l'Abbé de S.
Sulpice , de François de Monthelon
3. du nom , qui aprés
avoir exercé pendant vingtfept
ans la Profeſſion d'Avocat
avec beaucoup d'honneur ,
fut honoré du Brevet de Con
GALANT 823
feiller d'Etat en 1645. & de
DameMarie Lannier. Ce François
eſtoit fils de Jean auffi
Conſeiller d'Erat , & petit- fils
du ſecond Garde des Sceaux de
cette Maiſon , &de Geneviève
Chartier , d'une famille qui
ſubſiſte encore à Paris , en la
perſonne d'un fameux Avocat
de ce nom.
L'Abbaye de Saint Sulpice
a efté fondée par Amé II . du
nom & premier Comte de Savoye
, Seigneur de Bugey , qui
avoit fait voeu de fonder une
Abbaye dans ſes Etats pour
avoir lignée.Enſuite de ce voeu
84 MERCURE
i
il eut un fils appellé Humbert ;
mais ce jeune Prince étanttombé
malade , & Amé craignant
de le perdre faute d'avoir accompli
ſon vocu , il fit bâtir &
fonda l'Abbaye de S. Sulpice
à la perfuafion de la Comteffe
de Savoye ſa femme. Cette Abbaye
eſt la fixiéme fille de celle
de Pontigny ; & les Hiſtoriens
rapportent qu'en 1130. quinze
Religieux de l'Ordre de Citeaux
& Bernard leur Superieur
allerent dans les montagnes de
Bugey par la permilion d'Hugues
, Abbéde Pontigny , dans
le deſſein d'y mener une vie pé-
1
GALANT 85
nitente& plus auſtere quecelle
de Pontigny , & ils établirent
l'Abbaye de S. Sulpice. L'Abbaye
de Chaſſagne en Breffe ,
poſſedée par Mr Pajot Conſeiller
Clerc au Parlement , &celle
de Bons , qui eſt une Abbaye
de Filles , en dépendent . L'Abbaye
de Falcera en Toſcane ,
au Dioceſe de Civita- Caſtellana
en dépendoit autrefois , parce
qu'environ l'an 1143 , elle
avoit eſté fondée par les Abbez
de S. Sulpice. Nicolas le
Goux de la Berchere , oncle de
Mr l'Archevêque de Narbonne
, eſtoit predeceſſeur imme-
\
86 MERCURE
diat de Mr de Monthelon.
Dom Demonjournal à qui le
Roy vient de donner cette Abbaye
, comme vous verrez dans
la ſuite , a un frere dans l'Ordre
de Cifteaux , qui y eſt treseftimé.
Mre François Joiſel , Preſtre,
Docteur de la Facultéde Theologie
de Paris , Doyende lamême
Faculté , Seigneur deDouy
& de la Ramée , eſt mort âgé
de 90. ans. Il avoit toûjours
eſté fort zelé pour la ſaineDoctrine
; il fit même dans le temps
des grands mouvemens qu'ex,
citerent en France les queſtions
GALANT 87
de la Grace , un voyage à Rome
, pour y deffendre la bonne
Cauſe. Il eſtoit bon Theologien
,& il avoit une éloquence
naturelle , qui faiſoit beaucoup
deplaiſir à tous ceux qui l'entendoient
parler dans les Afſemblées
de la Faculté. Sa Latinité
eſtoit pure & digne du
fiecle d'Auguſte , & perſonne
ne parloit plus aifément que
luy ſur le champ , & fur toutes
fortes de ſujets. Il eſtoit
exact pour l'obſervation de la
difcipline , & rien ne pouvoit
l'obliger d'en rien relâcher . Il
avoit eftéChanoine de Meaux.
88 MERCURE
re
M Jean- François Joiſel , St de
Juilly , Conſeiller du Roy &
Maiſtre ordinaire en ſa Chambre
des Comptes , eſt ſon neveu.
Ils font d'une ancienne
famille de Paris , qui a donné
pluſieurs Officiers aux Cours
Superieures de cette Ville. Mr
Joiſel a eſté porté à la Paroiſſe
de Saint Nicolas du Chardonnet
, ſur laquelle il demeuroit.
Toute la Faculté de Theologie
aſſiſta à ſon Convoy ; les
Docteurs estoient en fourrure ,
Le corps de ce Docteur a enſuite
eſté porté àſa Terre , où
ila ſouhaité d'eſtre enterré.
GALANT 89
Mrde la Roque , Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris
, Sous - Doyen de la même
Faculté , & ci- devant Theologalde
l'Egliſe de Meaux , a fuccedé
à Mr Joiſel , & il eſt devenu
par cette mort Doyen de
la Faculté. Il fit une Harangue
latine à ſon inſtallation dans
cette dignité , ſelon l'uſage , le
premier de ce mois dans l'Afſemblée
des Docteurs . Ce
Diſcours qui fut tres- beau
roula en partie ſur l'éloge de la
Faculté ; il parla de ſon antiquité
, de ſa ſeverité dans ſes
exercices , & des grands hom-
Juin 1708 . H
90 MERCURE
mes qu'elle a produits. Il parla
enfuite des devoirs d'unDoyen
&de l'attention qu'il doit
avoir pour l'obſervation des
Loix de la Faculté ; il s'étendit
beaucoup fur ce ſujet , & fir
voir que ſans la pratique rigoureuſe
de ces Loix la réputation
de la Faculté de Paris
ne ſe ſoûtiendroit pas longtemps
, & qu'elle ne fera celebre
qu'autant qu'elle fera obſerver
rigoureuſement ſes Sta
tuts. A cette occaſion il parla
du relâchement où eſtoient
tombez les plus grands établiſſemens,
parce que l'on n'a
GALANT 91
voit pas eſté ferme dans la pratique
de leurs Statuts & de leurs
Loix. Ce Diſcours reçut de
grands applaudiſſemens , &
quoyqueMrde laRocque foit
Doyen, c'est-à- dire le plus ancien
Docteur de la Faculté de
Theologie de Paris , il le prononça
avec beaucoupde force.
Il a le talent de la parole ; il
prêche avec fuccés ; & l'on
ne peut avoir plus de zele qu'il
en a pour la ſanctification des
ames.
Je paſſe àl'Article des Benefices
donnez par le Roy dans
laderniere Promotion ; le nom-
Hij
92 MERCURE
bre en eft grand , quoy qu'il
n'y ait point d'Evêchez. Comme
j'ay à vous parler de pluſieurs
Abbayes données , je ne
repeteray point au commencement
de chaque Article , les
mots de le Roy a donné telleAbbaye
, ou pourvû de telleAbbaye ,
&c. & le premier motde donné
ſervira pour tous les autres par
leſquels j'aurois dû commencer
chaque Article.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Saint Jean de Falaiſe , Dioceſe
de Seez à Mr l'Abbé de
Saint- Aulaire , Chanoine &
Grand Vicaire de Perigueux.
GALANT
93
Il eſt Docteur en Droit de la
Faculté de Paris , & il a eſté élevé
dans le Seminaire de Saint
Magloire. Il joint à un merite
generalement reconnu une
naiſſance diftinguée. La maiſon
de Beaupoil dont il eſt originaire
eft de Bretagne , où elle
eſtoit déja tres - confiderable
dans le quatorziéme fiecle
puiſque Yves de Beaupoil, Chevalier
, prit le party de Charles
de Blois , Duc de Bretagne ,
contre Jean de Montfort , &
aprés la mort de Charles tué à
la Bataille d'Avray en 1364. il
ſe retira auprés du Roy Char-
,
94 MERCURE
les V. qui fit ſa Paix avec Jean
de Montfort alors Duc de Bretagne.
François de Beaupoil
Seigneur de Saint Aulaire , un
de les petits- fils fut grand Panetier
des Rois François I. &
Henry II . & fut Chevalier de
l'Ordre du Roy. Germain fon
fils fut auffi Chevalier de l'Ordre
& Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy Charles
IX. Il y a trois branches
de cette maifon : ſçavoir , celle
deMr le Marquis de Saint-Aulaire
Lieutenant general de Limofin
, frere de Mr l'Evêque
de Tulles , & de l'Academie
GALANT 95
Françoiſe ;celle du nouvelAbbé
; & celle de Mr le Marquis
de Lanmary , grand Echanfon
de France.
L'Abbaye de Quincy à Mr
l'Abbé Bastide , Aumônier des
Pages de Sa Majefté. Mr l'Abbé
Baſtide eſt Chapelain du
Chafteau de Brie-Comte Robert
& Chanoine de S. Omer.
Il s'eſt toûjours fort attaché
aux fonctions de ſon miniſtere,
& il les a toûjours remplies
avec beaucoup d'exactitude.
L'Abbaye de Quincy eft tresancienne
& fort celebre dans
1'Hiftoire . Mrl'Abbé de Mal
96 MERCURE
mieſſe à qui Mr Baftide fuccede
, eſtoit d'une tres- ancienne
maiſon , qui a donné dans le
dernier fiecle un Evêque à l'Egliſe
de Conferans en Bearn.
L'Abbaye de Quincy a eſté
poſſedée par d'autres perſonnes
d'un grand merite , & d'une
vertu qui a édifié l'Eglife ,
fur tout dans le quinziéme &
dans le ſeiztéme fiecle , où les
Abbez & les Religieux de
Quincy ſe diftinguerent de
leurs voiſins par une regularité
&une reforme rare dans ces
fiecles là.
L'Abbaye de Meimac à Mr
l'Abbe
GALANT 97
l'Abbé de Rochette , Grand-
Vicaire de Clermont. Cette
Abbaye a eſté long temps poffedée
par Mr l'Abbé de Mêchatin,
Comtede Lyon & frere
de Mr l'Evêque de Gap , & en
dernier lieu par Mr Tournely ,
Docteur & Profeſſeur de Sorbonne.
Mr l'Abbé de Rochette
à qui le Roy vient de la donner
, joint à une naiſſance fort
diftinguée , un merite & une
pieté qui le rendent digne des
premieres dignitez ; il eſt tresbon
Theologien. Il a étudié
dans les fources , & il s'eft fait
dés ſa plus tendre jeuneſſe une
Juin 1708. I
98 MERCURE
?
étude particuliere des Saints
Peres , & il les a lûs avec tant
deſoin qu'il n'y a preſque point
de paſſage dans leurs écrits un
peu importans qu'ils ne ſcache
par coeur.
Le Prieuré de Bellamcombe
à Mr l'Abbé de Morlet. Cc
Prieuré eſt fort ancien ; & a
produit de grands ſujets. Un
Religieux de ce Prieuré brilla
fort dans le Concile de Conftance
, lorſqu'on y traitta de
l'affaire de Jean Hus & de Jerôme
de Prague ; fon zeleyfut
remarqué , & les Peres luy en
firent des remerciemens. Il
NEQUE
DELA
LYON
THEQUE D GALANT90
avoit ſuivi à ce CCeonncoillee fon
General , qui n'y brillapas
moins . Mr l'Abbé de Morlet
qui vient d'avoir ce Prieuré ,
s'eſt diſtingué dans le monde
par ſes talens. Il eſt tres verſé
dans la connoiſſance des Langues
, & il ſçait parfaitement
l'Ecriture Sainte. Il s'eſt appli.
qué à cette étude depuis ſa plus
grande jeuneſſe , perfuadé que
de celle là dépend le ſuccés de
toutes les autres . Ce nouvel
Abbé eſt d'une naiſſance confiderable.
Il eſt allié à toutes
les meilleures familles de Picardie
, où Mrs de Morlet
I ij
100 MERCURE
eſtoient déja connus dans le
penultiéme fiecle. Cette famille
a donné de grands ſujets
àl'Ordre de Saint Benoiſt , & à
celuy de Saint Auguſtin.
L'Abbaye de Saint Sulpice ,
Ordre de Ciſteaux ,Dioceſede
Bellay , à Dom Monjournal ,
Docteur de Sorbonne , & Profeffeur
en Theologie au College
des Bernardins de Paris.
Ce Religieux eſt le quarantedeuxiéme
Abbé de Saint Sulpice
depuis Bernard qui en fut
le premier Abbé , & qui mourut
en 1135. ainſiqu'il eſt porté
par la Charte de la Fonda
GALANT JOI
tion. Ce Bernard a eu d'illuftres
Succeffeurs. David quatorziéme
Abbé , fut Vicaire general
de Berlio d'Ameſin , Evêque
de Bellay en 1272. &un
des grands Theologiens de fon
temps. Bernard des Echelles
vingt- deuxième Abbé , ne fut
pas moins habile ; il affocia
Jean d'Oncieux , Chevalier
Seigneur de Douvres , & Alix
fa femme, auxPrieres de la Maiſonde
Saint Sulpice. Jeand'Argit
ſon ſucceſſeur , obtint d'Amé
V. Comte de Savoye , &
furnommé le Comte Vert , la
haute, moyenne,&baffe Jufti-
,
I iij
102 MERCURE
,
,
ce de l'Abbaye de Saint Sulpice.
Jacques de Moyria , Abbéd'Hautecombe,
fut le vingtfixiéme
Abbéde Saint Sulpice.
Pierre d'Eſcrivieux fut le vingtſeptiéme
Abbé &un des
plus grands Geometres de fon
temps. Pierre de Mornieu
d'une famille qui fubfifte en
Bugey , dans la perſonne de
Mr de Gramond , fut le trentequatrième.
On voit dans le Recüeil
des Epîtres d'Eraſme deux
Lettres qu'il écrivit à cet Abbé
, & qui font voir l'eſtime
qu'il en faifoit. Jean de Bel
mont fut le trente - fixiéme.
GALANT 103
Gaſpard& Louis Dinet , Eve
ques de Maſcon , furent fes
fucceffeurs. Pierre Nivelle, puis
Abbé deCifteaux& Evêque de
Luçon , leur fucceda ,& à celuici
, Mr de la Berchere. Dom
Monjournal eſt un des plus
fçavans hommes de 1 Ordre de
Cifteaux. Sa réputation y eſt
fortgrande.
Celle de Marcilly , à Dom
d'Houdreville , qui est tres-eftimé
par fa vertu & par fa capacitéencoreplus
que par ſa naiffance
, quoy qu'elle foit tresconfiderable
. Il a exercé dans
fon Ordre , qui eft celuy de
I ij
104 MERCUR E
Cifteaux, des emplois qui prouvent
que ſes Superieurs l'eftiment
beaucoup. Mr l'Abbé
de Ciſteaux a une grande confiance
en luy ,&il luy en a donné
des marques en pluſieurs occafions.
L'Abbaye de Marcilly
eſt dans le Dioceſe d'Autun .
Elle est fort ancienne & elle a
donné à l'Egliſe des Solitaires
qui l'ont édifiée par leur pieté &
par la pratique exacte des vertus
religieuſes . Cette Communauté
eſt remplie de beaucoup
de perſonnes de diſtinction du
Duché de Bourgogne.
CelledeMontier-neuf, ſituée
GALANT 105
dans la Ville de Poitiers , de
'Ordre de S. Benoiſt , à Dom
du Poirier de Vallois , Religieux
du même Ordre. C'eſt
un homme de qualité qui tient
par fa famille aux meilleures
Maiſons de l'Anjou & de la
Touraine. Il eſt parent de Mr
le Marquis de Rafilly , Sous-
Gouverneur de Meſſeigneurs
les Princes , fort connu par ſa
pieté, par ſa probité , & par fa
prudence , qui ne laiſſe rien
à defirer. Cet Abbé a prèché
avec beaucoup de ſçavoir &
d'onction. Il s'eſt appliqué à
l'étude des Conciles & de la
106 MERCURE
Diſcipline de l'Eglife , où il a
fait de grands progrés , ce qui
luy a eſté d'un grand fecours
pour les Controverſes , où il
s'eſt appliqué pendant pluſieurs
années par ordre de la Cour.
Comme l'Abbaye de Montier
- neuftient undes premiers
rangs dans l'Univerſité de Poitiers
,& que cette Abbaye eſt
fort confiderable tant par ſes
beaux Privileges & par les Benefices
qui en dépendent , que
par les Religieux de cette Maifon
qui font preſque tous de
maiſons diftinguées , le Roy a
fait un choix qui a eſté fort
GALANT 107
applaudi en nommant pour
remplir cette place Mr l'Abbé
du Poirier de Vallois , qui unit
en ſa perfonne la naiſſance , la
pieté,& les belles lettres ; il eſt
frere du R. P. Poirier Jefuite ,
qui a eſté long temps Principal
au College de la Fléche. L'Abbaye
de Monftier neuf eſt une
des plus anciennes de France.
Elle estoit déja fort confiderable
ſous les Rois Jean &Charles
V. fon fils , quiy firent l'un
& l'autre divers pelerinages.
La Coadjutorerie de Lieffis
àDom Agapite d'Ambrine.
Ce Religieux eſt fort confide
108 MERCURE
ré dans ſonOrdre, plus encore
par ſon efprit & par ſon merite
que par ſa naiſſance , qui eſt
cependant tres - conſiderable ,
puiſqu'il eſt allié aux meilleures
Maiſons de Poitou&de Picardie.
Il est tres-habile Theologien
, & il s'eſt fort diſtin.
guédans le cours de ſes études,
où il s'eſt attiré une eſtime generale.
L'Abbaye du Pré , au Mans,
à M Marie - Claire de Beringhen
, fille de M " Jacques-
Louis Marquis de Beringhen ,
Chevalier desOrdies du Roy ,
Comte de Chaſteauneuf, pre
GALANT 109
mier Ecuyer de la petiteEcurie,
& Gouverneur des Citadelles
de Marseille. Je vous ay pluſieurs
fois parlé de cette Maifon
fur de tres - bons Memoires.
Ainſi je ne vous en diray
pas davantage aujourd'huy.
Perſonne n'ignore que feu Mr
deBeringhen ,grand pere de la
nouvelle Abbeffe , eſtoit d'une
ſageſſe ſi reconnuë , qu'il eſtoit
generalement regardé comme
le Caton de ſon temps. Le pere
de cette Abbefle marche ſur ſes
traces , & il ſuffit de lenommer
pourdonner auſſi toſt une idée
d'un homme prudent & fage.
Γ
110 MERCURE
La mere de cette Abbeſſe eſt
fille de feu Mr le Duc d'Aumont
, qui avoit épouſé. N....
le Tellier , fille du Chancelier
de ce nom. M'le Marquis de
Beringhen , frere de la nouvel-
Abbeffe , quia épouſé Mlle de
Beaumanoir - Lavardin , dont
l'eſprit répond à la valeur , s'eſt
fort diftingué dans le ſervice
dans un âgé peu avancé. La
nouvelle Abbeſſe a auſſi une
ſoeur qui a épouſé Mrde Vaſſé.
Le ſanggadont cette Abbeſſe eſt
fortie doit fuffire pour faire
connoître les vertus dont elle
eſt ornée ,&qu'elle remplit di-
:
GALANT I
gnement tous les devoirs de la
Profeſſion qu'elle a embraffée.
L'Abbaye du Pré a eſté poſſedée
pendant pluſieurs années ,
par Dame Catherine - Marie
d'Aumont , foeur de feu Mr le
Duc d'Aumont & de Me la
Comteſſe de Broglio. C'eſtoir
une Dame d'une tres - grande
vertu.
Celle des Olives à Mode Sucet
de Valois. Cette Dame eſt d'une
tres grande naiſſance.Sa maifon
eſt originaire de Bretagne
où elle eſtoit déja conſiderable
ſous François II. dernier Due
deBretagne ,&pere de la Reine
112 MERCURE
4
Anne épouſe des Rois Charles
VIII . & Louis XII. Le dernier
de ces Princes eut beaucoup
de confiance en un Che- .
valier de Sucet , qu'il avoitconnu
en Bretagne pendant qu'il y
eſtoit , & lorſqu'il fut fait prifonnier
par l'Armée du Roy
Charles VIII . auquel il ſucceda
quelque temps aprés.
L'Abbeſſe qui donne lieu à cet
Article eſt de l'Ordre de Saint
Benoiſt , & elle joint à l'éclat
de ſa naiſſance de grands talens
pour laconduite d'uneMaiſon
Religieuſe. Elle a exercé
avec applaudiſſement les prinGALANT
113
cipalesCharges de ſaCommunauté
, & elle s'y eſt acquiſe l'amitié
de toutes les perſonnes
qui ont eſté ſoûmiſes à ſes
ordres.
Celle des Clairets, à Madame
Elifabeth de Chavigny. Cet te
Dame eſtoit Religieuſe dans la
même Abbaye , où elle adonné
de grands exemples de verdegrands
exemples
tu. Elle eft filledArmand Leon
le Boutillier , Comte de Chavigny
, Seigneur de Pons ; & d'Elifabeth
Boſſuet, & elle eſt ſoeur
d'Armand - Victor Comte de
Chavigny , Capitaine de Vaiffeau
; de Claude- François Co-
Juin 1708.
K
1
114 MERCURE
lonel du Regiment d'Auver
gne , mort en 1703. de Loüis ,
Colonel du Regiment de Quercy
; de Denis , Evêque de
Troyes ; & elle eſt niéce de
François , ancien Evêque de
Troyes ; de Gaſton-Jean Baptiſte
, Marquis de Chavigny ,
Brigadier des Armées du Roy ,
&Colonel du Regiment dePiémont
; & de Jacques-Leon ,
Conſeiller honoraire au Parlelement
de Paris ; de Loüis &de
Gilbert-Antoine , Chevalier de
Malte , & de Madame laMarêchale
de Clairambault.
Celle de Bival à Madame du
GALANT 115
FoursdeRuiffery;cetteDame eſt
d'une ancienneFamille originai .
redu Foreſt dans le Gouverne
ment du Lyonnois ; elle eſt alliée
àlamaiſonde Verdun,&à celle
de Tournon qui font les plus
illuftres de ces Provinces. La
nouvelle Abbeſſe a donné des
marques de ſa prudence & de
fon habileté dans les Charges
qu'ellea exercéesdans ſa Communauté.
Feuë Madame l'Abbeffe
de Bival a ſouvent dit en
parlant d'elle, que perſonne ne
pouvoit mieux remplir un jour
fa place queMadame du Fours.
La Conununauté de Bival a
Kij
116 MERCURE
1
donné des marques éclatantes
de la ſatisfaction qu'elle avoit
du choix du Roy par les réjoüiffances
qu'elle a faites àl'occafion
de cette nomination . Cette
Abbaye eſt en Normandie.Madame
du Fours eſt parente d'un
Abbé de ce nom de l'Ordre
de Premontré.
Le ferment de fidelité de l'Egliſe
de Tournay à Mr l'Abbé
de Muyn Docteur de Sorbonne
, & grand Vicaire de Tournay
; il eſt fils de feu Mr de
MuynIntendant de Rochefort,
& frere de M' Jean-Antoine
Lucas de Muyn ,Conſeiller en
IC
GALANT 117
la ſeconde Chambre des Enquêtes
;& de Mr de Muyn qui
fert dans la Marine depuis pluſieurs
années avec beaucoup de
diſtinction ; cet Abbé eſt auffi
frere du Géneral de l'Ordre de
Premontré , auffi Docteur de
Sorbonne. La Famille de Mr
Lucas eft fort ancienne dans
le Parlement de Paris .
Le ſerment de fidelité del'Egliſe
d'Aix à Mr l'Abbé de Forbin
, dont le mérite & la pieté
font connus . Il eſt d'une branche
cadette de la Maiſon de
Janſon. M" Charles-Gaſpart-
Guillaume de Vintinilledu Luc
118 MERCURE
des Vicomtes de Marſeille , à
preſentArchevêque d'Aix , eſt
proche parent de Mr de Forbin,
eſtant petit fils d'une Janfon
. Cette Maiſon eft tres - ancienne
& tres- illuſtrée. Le celebre
Palamede de Forbin qui fut
premierPreſident duParlement
d'Aix & Gouverneur de Provence
a fait beaucoup d'honneur
à cette Maiſon , & il a jetté
les fondemens de la grandeur
dont elle brille aujourd'hui.
Il y a pluſieurs branches
de cette Maiſon , & elles ont
toutes produit des perfonnes
de valeur & de merite . Le nom
GALANT 119
de Forbin-Janſon eſtoit deja
connu ſous le regne du Roy
Jean , & ceux qui le portoient
eſtoient dans une grande confideration
à la Cour. Un Janſon
ſe diftingua à la Bataille de
Poitiers , où ce Monarque fut
fait prifonnier par le Prince de
Galles fils du Roy Edouard , &
que l'on furnommoit le Prince
Noir ; il y donna de grandes
marques de fa valeur.
Et l'Archidiaconné de l'Eglife
de Conferans à Mr l'Abbé
Defaugis , qui eſtun Ecclefiaftique
aufſi diſtingué par ſa vertu&
par fon merite , que par
)
120 MERCURE
ſa naiffance ; fa Famille eſt originaire
de Languedoc , & elle
a formé diverſes branches , qui
toutes ont produit des perfonnes
d'un grand merite. Celuy
qui fait le ſujet de cet article
fournit en ſa perſonne une
preuve de l'attention que le
Roy apporte dans le choix
qu'il fait des ſujets qui doivent
eſtre employez au ſervice de
l'Eglife ; il est bon Theologien,
& il joint à la connoiſſance qu'il
a des Queſtions les plus épineuſes
qui regardent la Reli
gion , de grandes lumiéres fur
le Gouvernement Ecclefiaftique
GALANT 121
que ; il a paffé une partie de ſa
vie dans les Seminaires .
J'ai oublié de vous parler du
ferment de fidelité de Noyon
que le Roy donna il y a deja
quelques temps à Mr l'Abbé
Cachet , Chanoine de la Collegiale
de Trevoux dans le Dioceſe
de Lyon. Cer Abbé eft Bachelier
de la Faculté de Theologie
de Paris , & Docteur en
Droit de la Faculté de la même
Ville ; il eſt fort ſçavant , &
ſes lumieres ne ſont point bornées
à la connoiſſance de la
Theologie & du Droit ; il eft
auffi bon Geomettre & grand
Juin 1708.
اب
122 MERCURE
Mathematicien ; il eſt parent de
Mr Cachet de Montezan , cydevant
Prevôt des Marchands
de Lyon , & premier Preſident
du Parlement de Dombes.
Je dois ajoûter ici que lors
que je vous ai parlé de la nomination
de Mr l'Abbé du Pujet
à l'EvêchédeDigne , je vous
ai dit que fon pere Preſident à
Mortier du Parlement de Toulouſe
avoit eu ſa Charge de
Mrde Montauron; mais ce fut
ſon ayeul Jacques du Puget ,
Seigneur de ſaint André , Conſeiller
& depuis Preſident à
Mortier du même Parlement ,
GALANT 123
en
qui acheta de luy cette Charge
; il eſtoit fils de François du
Puget , Seigneur de la Baftide ;
& de N.. de Saint-André ,le
même qui ayant eſté deputé en
Cour par la ville de Toulouſe
1587.demanda au Roy Henry
III.l'Amiral de Joyeuſe pour
Gouverneur du Languedoc.Mr
l'Abbé du Pujet a ſon frere aîné
Preſident à Mortier ; les autres
font , Mr du Puget Lieutenant
deRoy auNeuf- Brifac , & cydevant
commandant un Bataillon
du Regiment du Roy ;
Mrdu Puget,Chevalier del'Ordre
Militaire de Saint Loüis ,
A
Lij
124 MERCURE
Capitaine dans le même Regiment
, & deux Chevaliers de
Malthe , l'un cy - devant Enſeigne
des Galeres du Roy , retiré
depuis longtemps à Malthe , &
l'autre Lieutenant Colonel du
Regiment de Dragons de Saint
Chaumont, ſes trois autres freres
morts dans le Service font,
un Capitaine du Regiment de
Dragons du vieux Languedoc,
mort en Catalogne ; un Lieutenant
dans le Regiment de Navarre
, tué à l'âge de dix ſept
ans au Siége de Luxembourg ;
& un Capitaine du Regiment
du Roy , mort à la Bataille de
GALANT 125
NerWinde. Cette Maiſon a été
autrefois tres - confiderable & .
fort connue en Provence fous
les noms du Puget , de Saint
Alban , & de Bals ; mais ruinée
dans les Revolutions de
cette Province , & du Comté
de Nice. Il paroît par les Tities
& dans les Ecrits de pluſieurs
Hiſtorienss qu'elle ſe retira en
Languedoc environ l'an 1427 .
où elle ſubſiſte encore ſous les
mêmes noms du Puget & de
Saint-Alban , & a fait les branches
des Seigneurs de Saint -André
, Ayeuls de Mr l'Abbé du
Puget ; de la Serre , établies de-
Liij
126 MERCURE
A
puis dans les Pays-bas ; de la
Marche dans l'Ile de France ,
& c'eſt de celle cy qu'eſtoit iffu
Mr de Montoron dont j'ay
parlé au commencement de cet
article , &celle de Pomeuſe en
Brie , éteinte depuis en la perſonne
d'Etienne du Puget Evêque
de Marseille decedé en
1668. Toute cette Maiſon a
toûjours ſervi avec diſtinction,
& il y a encore pluſieurs Officiers
dans les Armées de S. M.
qui en font iffus.
Si vous fouhaitez ſçavoir ce
qui a eſté écrit de plus ſurprenant
, de plus admirable , de
GALANY 127
plus extraordinaire & de plus
prodigieux par lesNaturaliſtes,
les Hiltoriens& les Voyageurs
fur les chofes naturelles , fur
les Coûtumes , fur les Ufages ,
&fur les Opinions , vous l'apprendrez
dans un Livte nouveau
qui paroît ici depuis quelque
temps , & qui, autant que
j'en puis juger par le grand debit
qui s'en fait , doit fatisfaire
voſtre curiofité. Il eſt intitulé
Mital, ou Avantures incroyables,
&toute -fois , & cetera , & il fe
vend chez Charles le Clerc ,
Quay des Auguſtins , du côté
du Pont Saint Michel , à la Toi
Liiij
128 MERCURE
fon d'or. Tout est nouveau
dans cet Ouvrage ; il eſt unique
dans ſon eſpece , dans fon
projet, dans ſon deſſein, & dans
fon execution. Il contient une
diverſité fort amuſante; on y
trouve un mélange d'enjoument
& de ferieux, qui en rend
la lecture fort agreable. Ne
vous fatiguez point , croyezmoy
, comme beaucoup d'autres
, pour y trouver des explications
miſterieuſes ; il n'y en
a point d'autre dans le deſſein
de l'Auteur , que celle qu'on
peut tirer de ce que je vous ay
dit au commencement de cet
GALANTM 129
article; puiſque c'eſt unjeu fur
ce que bien des gens nous ont
laiffé par écrit de plus bifarre ,
de plus merveilleux & de plus
incroyable. On en promet une
clef, dont je vous feray part
auffitôt qu'elle paroiſtra ; je vous
diray cependant que le ſtile de
ce livre eſt fort aifé , qu'on y
trouve en pluſieurs endroits un
fel répandu fort à propos , qui
donne beaucoup de goût pour
ce qu'on lit; auſſi cer ouvrage
eſt- il d'unhomme qui en a donné
pluſieurs au public , qui les
a tres -bien requs .
Jevousenvoïe l'article ſuivantde
lamêmemanierequeje l'ai reçu.
130 MERCURE
Une Dame des amis deMadame
laPresidente de Croiſmare étant
à une Terre de Mr le Marquis de
Braque , nommée la Cave , proche
Chantilly , trouva en rêvant
Seule,&se promenant vers lafin
de l'Automne dernier , une fleur
blanchâtre qui ne paroît que dans
ce temps &qui reffemble aßzà
des cheveux blancs , ou à une barbe
blanche , ce qui donna l'idée à
la Dame de feindre l'Histoire cy
jointe ; ellese propoſa de l'envoyer
en bouquet à Madame la Prefidente
de Croiſmare le jour de ſa
Fefte ,Dame d'un caractere aimable,&
qui attireparses manieres
GALANT 131
charmantes tout ce qu'ily a de
gens de mérite & d'esprit.
A MADAME
LA PRESIDENTE
DE CROISMARE
BOUQUET .
UNjour me promenant feule aux
Boisde la Cave
J'entendis marcher près demoy :
Et me tournant avec effroy ;
J'apperçus un Vieillard d'une mine
affezgrave,
د
Qui me dit d'un ton radoucy ,
Que cherchez- vous, Madame,icy ?
Je cherchequelques violettes ,
Luydis-je , d'un ton gracieux.
Quoydans cettefaiſon voirdesfleurs
en ces lieux !
132 MERCURE
Ne cherchez- vous point lesfleurettes
D'un aimable &jeune amoureux ?
Monseigneur, ou Monfieur, carselon
vostre mine ,
Jene puis devinerquel est voſtre origine:
Lorsque l'onpaſſeſoixante ans ,
L'on ne ſonge point aux Amans.
Soixante ans , me dit- il , vousn'en
avezpas trente ,
Etfi de mes refpeits vous paroiſſicz
contente ,
Jevous prefererois à de jeunes beautez,
Qui viennent me chercher dans ces
lieux écartez.
Ce Monfieur estoit un vieux Faune
,
Qui depuis tres- longtemps habiteles
Forests.
GALANT 133
Sa barbe avoit bien prés d'une
aune.
Il venoit la friſer dans les taillis
fecrets,
Etdébarboüillerfonteintjaune.
Je crûsqu'après ce tendre aveu ,
Ilm'accorderoitma demande.
Jeletentay difant , voſtre barbe est
trop grande;
Vous en pourriez couper unpeu ,
Elle en deviendroit plus fournie ,
Car estant grande , il faut qu'elle
Soitbiengarnie.
Comme un ſecondBias ilportoit an
Paquet;
Ily prit des ciſeaux , &fans cere-
Il coupa justement dequoy faire un
monie
Bouquet.
Iln'est pas le premier , quiſans un
coup de hacke
134 MERCURE
M'aSacrifiésa moustache ,
Croyant me prouverson amour.
Le Faunea pû croire àſon tour,
Me voyant ramaſſer ce qu'il venoit
de tondre ,
Qu'aufien jepourrois bien répandre;
Mais ilſe trompe lourdement :
Carà vousparlerfranchement ,
Quoyqu'une femme de mon age
Eut peine à trouver un Amant ,
Elle ne voudroit point d'unſi laid
Perſonnage;
Etjene comprens pas que dejeunes
Beautez,
Viennent exprés pour luy dans des
lieux écartez,
A moins qu'il n'ait auſſi la vestu
d'un Satyre ,
Dontje ne fais pas cas ,& queje
n'ofe dire
GALANT 135
3
Enfin lejour baiſſant il fallut nous
quitter ;
Cequi ne sefit point fans luy bien
protester,
Qu'auſſi tost que Phæbus montreroit
Sa coëffure,
Je viendrois profiter de l'heureuse
avanture.
Heureusement pour moy l'hyver &
Lesfrimats
Me tirerent bien- toſt de tout cet embaras.
Le Soleilpour long- temps abandonna
la Plaine ,
Eole y vint souffler jusqu'à perte
dhaleine ,
Neptune yfit couler mille & mille
ruiffeaux ,
Qui monterent enfin juſques ſur les
coteaux.
Ainsi chacun resta danssa trifte ca.
bane,
136 MERCURE
Amanger son chapon ,fon canard ,
ousa canne;
Mais fi- toft que l'Hiver a fait
place au Printemps ,
Je n'ay point hesité d'abandonner
nos champs
Pour me trouver icy le jour de voſtre
Fefte ;
Car à vous honorer je feray toûjours
prefte.
C'est pourquoy je vous offre aujourd'huy
ce Bouquet
Qui n'a ny ] (minny Muguet ;
Mais la barbe d'un Faune est mille
この
foisplus rave
Que les plus belles fleurs dont le
Printemps ſe pare.
Je vous envoye un Air nouveau
, dont les paroles ont eſté .
GALANT 137
notées par Mrde Mona
ن ل ا
OTHEQUE
DE
LYON
BIBI
*
1893
*
VILLE
wiat cette année ladiftribution
des Prix de l'Academie
des Jeux Floraux à Toulouſe
, avec le même appareil
Juin 1708. M
ニニニニ
GALANT 137
notées par Mr de Montailly.
PLAINTE DES BUVEURS
CONTRE LA GELE'Ε .
Qu'on nem'apportepoins pourfon.
ma peine ,
La trifte boiſſon du Flamand ,
Ny le breuvage du Normand :
Puisqu'une Saiſon inhumaine
Fait périr en un jour , Bachus dans
fon Berceau,
Il nefaut plus ſo ger qu'à defcendre
auTombeau.
On a fait cette année ladiftribution
des Prix de l'Academie
des Jeux Floraux à Toulouſe,
avec le même appareil
Juin 1708 .
M
138 MERCURE
&les mêmes ceremonies que
l'on fait tous les ans , & dont
je vous envoyay l'année derniere
un détail fort exact
Mr le Chevalier d'Aliez , déja
connu par pluſieurs Pieces d'éloquence
, ſe ſurpaſſadans celle
qu'il prononça ce jour-là à la
gloiredeClemence ſaure ,qui
a donné lieu par ſes bienfaits à
L'établiſſement des Jeux Floraux.
Cet Eloge reçut degrandes
loüanges , & l'Auteur fut
fort applaudi il y a deux ans
lorſqu'on lût dans l'Aſſemblée
publique des Prix ,une Analyſede
ſa compoſition fur une
GALANT 139
Epigramme de Martial. Mr le
Chevalier d'Aliez eſt fils d'un
Conſeiller au Parlement de
Toulouſe..
Mr du Laurens ,Avocat generalde
la Table de marbre ,&
qu'une Tradition domestique
dit être de la famille des du LaurensdeProvence
quia donné un
Archevêque à l'Egliſed'Arles ,
-& un à celle d'Embrun , fit enfuite
la lecture d'une Analyſe
defa compoſition ſur une
Epithalame de Barcle. CeMagiftrat
le trouvant premier Capitoal
ou Chefdu Conſiſtoire
ily a quelques années , répon
Mij
140 MERCURE
dit à la Semonce qu'on fait ordinairement
le ſecond Dimanche
de chaque année , pour les
Jeux Floraux dans le grand
Conſiſtoire de l'Hoſtel de Ville
, où eſt la Statuë de Clemence
Ifaure. Celuy qui fit la Semonce
cette année - là eſtoit Mr
d'Afp , Preſident à Mortier au
Parlement de Toulouſe ,&auparavant
Maire de la même
Ville ; la replique de Mr du
Laurent reçut degrands applaudiſſemens
, & il parut dés- lors
meriter la place de Mainteneur
des Jeux Floraux , qu'on vient
de luy donner ,& qui vacquois
GALANT 141
par la mort deMrd'Aldeguier ,
Treforier de France , &dont le
fils eſt Membre des Jeux Floraux
; place de Survivancier
qu'avoit feu Mr du Laurens a
fervi à l'Academic pour faire
une bonne acquiſition , puif
queMr de Granague fils deMr
de Caulet Prefident à Mortier
au Parlement de Toulouſe ,
&neveu du fameux Evêque de
Pamiers de ce nom , à qui elle
aeſtédonnée, eſtunde ces hom
mes d'un gouft für & delicat
qu'on defire dans toutes les So
cietez , & qui font honneur
toutes les Compagnies done
142 MERCURE
ils deviennent Membres .
On fit enſuite la diſtribution
des Prix , & de quatre qu'on
doit donner chaque année , on -
n'en a diſtribué que deux cellecy.
Le premier à Mr l'Abbé
Pellegrin , pour une Ode adrefſée
àMr le Duc d'Orleans , fur
la Priſe de Lerida , & le ſecond
deſtiné à l'Elegie , à uneEglogue
qui a pour titre l'Oiseau ,
&dont Mr de la Morte eſt Auteur.
Les Ouvrages de Mr Pellegrin
meritent de grands éloges.
De celebres Academies
ont déja rendu justice à fon
merite en plus d'une occafion ,
GALANT 143
}
&fon nom fait un préjugé en
ſa faveur ; on attribuë à Mr
de Pellegrin ſon frere quelques
Pieces de Theatre qui ont eu
un grand ſuccés , ce qui fait
voir que l'eſprit eſt hereditaire
dans cette famille. Mr de la
Mothe,déja pluſieurs fois couronné
dans les Academies de
Paris&de Toulouſe, a eſté exclus
du Prix de l'Ode&de celuy
du Poëme dans la ddeerrnniieerreeddiiff--
tribution , par un endroit qui
luy eſt fort glorieux , puiſque
c'eſt pour avoir remporté trois
Prixdans chacun de cesgenres,
& il y a apparence qu'il le ſera
144 MERCURE
un jour de celuy de l'Eglogue ,
ſi pour l'empêcher de compoſer
pourles Prix , on ne luy fait
bientoſt le même honneur qu'-
on fit à Mrs Baïf & Ronfard ,
auſquels on envoya un Apollon
d'argent pour les prier de
ne plus compoſer pour les Prix,
parce que leur plume faiſoit
tomber des mains cellesde tous
les autres Auteurs , & que le
fuccés de ces deux grands hommes
décourageoit les Poëtes
de ce temps- là..
L'Eglogue de Mr de laMothe
a eu aurant d'Admirateurs
qu'ilya eude gensqui l'ont lûë..
Les
GALANT 145
Les Prix deſtinez au Poëme
& à la Profe , ont eftéremis , &
il ſemble par là que l'Academiea
jugé que les Auteurs qui
ont travaillé pour les meriter ,
ont ſuccombé fous le poids de
l'entrepriſe. Cependant pluſieurs
de ces Auteurs ont une
réputation tres - bien établie , &
la ſeverité des Jeux Floraux à
leur égard, ne ſervira qu'à faire
beaucoup d'honneur à cette
Compagnie.
Outre les deux Pieces couronnées
, on a imprimé dans
le Recüeil celles qui auroient
merité de l'eſtre , fi d'aufli
Juin 1708 . N
146 MERCURE
dangereux concurrens que Mrs
Pellegrin & de la Mothe n'avoient
pas paru ſur les rangs ,
du nombre deſquelles font une
Odequi a pour titre la Musique,
dont Mr le Roy Conſeiller au
Chaſtelet , & de l'Academie
Royale des Inſcriptions , connu
par les Opera de ſacompoſition
, qui ont eu beaucoup de
ſuccés , eſt l'Auteur. C'eſt le
même qui a fait l'Ode qui a
pour titre la Lyre d'Horace
qui eſt conſacrée à la gloire de
Mr de la Mothe , & qui fait
l'Apologic de ſes ouvrages.
L'Idylleſur la mort de Tyrcis , de
Mrl'Abbé Aſſelin , qui con
GALANT 147
courut l'année derniere pour
le Prix de Poësie de l'Academie
Françoiſe , dans un âge où
l'on ſçait à peine diftinguer les
divers genres de la Poëfie ; telle
feroit auſſi l'Ode qui a pour titre
La Levée du Siege de Toulon ,
à la gloire de Mr le Comte de
Grignan, ſi l'Ode ſur la Priſede
Lerida n'avoit merité le Prix ;
&celle auſſi ſur la Priſe de Lerida
de Mr l'Abbé de Maumenet
qui auroit , de l'aveu des
Connoiffeurs , difputé le Prix
à celle qui l'a remporté , ſi elle
n'avoit pas efté imprimée dans
un nouveau Journal. Les ou-
Nij
148 MERCURE
vrages ſuivans peuvent eſtre
auſſi de ce nombre , puiſqu'ils
ont eſté imprimez avant la diftribution
des Prix. Ce ſont
l'Ode qui a pour titre la Beauté,
adreſſée à Me la Princeſſe de
Guemené ; celle qui eſt adreſſée
àMadame la Ducheffe , & une
autre ſur la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bretagne ,
toutes trois compoſées par Mr
Gendron du petit Fourchaud ,
connu parſes beaux talens pour
laPoëfie , & fur tout par celuyqu'il
a pour lesVers tendres .
Les petites altercations aufquelles
le Prix de l'Ode a donné
lieu cette année fourniſſent
GALANT 149
depuis quelque temps un agreable
jeu aux Partiſans de la belle
Litterature , & à ceux qui
font dans le gouft de la Poëfie ;
l'Auteur qui a cru avoir merité
ce Prix,& celuy àqui ila étéadjugé
écrivent avec vivacité; l'un
contre l'injuftice qu'il croit qu'-
on luy a faite ; & l'autre pour
foûtenir le jugement renduen
ſa faveur. Cette guerre Poëtique
amuſe le Public agreablement.
On a publié un avertiſſement
nouveau qui renferme tout
ce qui regarde les Prix des Jeux
Floraux , qui feront diftribuez
Niij
150 MERCURE
l'année 1709 Je vous l'envoyeray
dans ma Lettre du mois
prochain.
Mr le Marquis de Villequier ,
Colonel d'Infanterie , a épousé
Mile de Guiſcard. Il eſt fils de
Louis d'Aumont , Duc & Pair
de France , Marquis de Villequier
, premier Gentilhomme
de la Chambre , & de Dame
N de Broüilly de Piennes.
Mr le Duc d'Aumont eft petitfils
d'Antoine d'Aumont & de
Rochebaron, Duc, Pair & Ma -
réchal de France , & qui estoit
petit- fils de Jean 6º du nom ,
auſſi Maréchal de France. Pier-
...
GALANT 151
1
re 3. fon pere avoit épousé en
premieres nôces Anne de la
Baume , fille de Marc de la
Baume , Comte de Montrevel.
L'Abbaye de Reflons de l'Ordre
de Prémontré , dans le Dioceſe
de Rouen , a eſté fondée
par les Seigneurs de la Maiſon
d'Aumont , & on y voit leur
tombeau . Jean Abbé de Ref.
fons vivoit déja en 11'50. ce
qui fait connoiftre que la Maiſon
d'Aumont eſtoit connuë
avant le douziéme ficcle. Elle
a eſté longtemps attachée aux
Ducs de Bourgogne.
Dame Catherine de Guif-
N iiij
152 MERCURE
card , Marquiſe de Villequier ,
eſt fille unique de Louis de
Guiſcard , Comte de la Bourlie
, Marquis de Magny, Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
general de ſes Armées ,
&Gouverneur de Sedan , & auparavant
de Namur , & Ambaffadeur
Extraordinaire en
Suede , & d'Elifabeth de Langlée,
fille de Claude de Langlée
Seigneur de l'Epicheliere ,Maréchal
general des Camps &
Armées du Roy. Louis- Augufte
de Guiſcard, Colonel duRegiment
de fon nom , frere unique
de la nouvelle épouſe ,
GALANT 153
mourut à Vienne de la petite
verole en 1689. Mr le Comte
de Guiſcard eft fils du fameux
Comte de la Bourlie , auffi
Gouverneur de Sedan , Sousgouverneur
de Sa Majefté &
Maréchal de Camp ; & de Geneviève
de Longueval , Seigneur
de Tenelles & de Lemont
, & d'Elifabeth de Margival.
Outre Mr le Comte de
Guifcard , Mr le Comte de la
Bourlie eut encore de cette
Dame deux fils & une fille ; le
premier fut Capitaine aux Gardes&
enfuite Colonel du Regiment
de Normandie ; la fille
154 MERCURE
a épousé Camille Savari ,Comte
de Breves. Gabriel de Guifcard
pere de Georges Comte
de la Bourlie dont je viens de
parler , forma la branche de la
Bourlie. Il eſtoit le troifiéme
fils de Jean de Guiſcard ſecond
du nom , & de Françoiſe de la
Barte. Ce Jean eſtoit fils d'un
autre Jean , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy
en 1541. & de Souveraine de
Genoüillac , fille de Jean Baron
de Gourdon de Vaillac & de
Marguerite d'Aubuffon. Bernard
de Guiſcard 4. du nom ,
l'un de ſes ayeux s'obligea de
GALANT 155
,
garder ſon Chaſteau de laCofte
, qui eſtoit alors une Fortereffe
confiderable contre les
courſes des Anglois , pour le
ſervice du Roy Charles V. &
pour le deffendre avec plus de
fidelité , il fut reçû aux gages
de ce Prince au mois de May
de l'an 1548. avec douze Sergens
de pied & fix Hommes
d'Armes , dont il fut établi
Capitaine. Il avoit épousé Helix
de Montagu , fille de Bertrand
de Montagu , Seigneur
de Moncuc en Quercy. Gaillard
de Guifcard , grand oncle
de ce Bernard , ayant merité
د
156 MERCURE
auſſi bien que ſes freres , d'eſtre
fait Chevalier dans les guerres
de Gaſcogne , où il ſervoit encore
en 1539. fut prié en
1334. par un Particulier nommé
Pierre de la Tour de luy conferer
le titre de Noblefle , en
le faifant Chevalier à l'article
de la mort , & par unhonneur
dont il y a peu d'exemples , le
Roy Philippes de Valois confirma
cet Ennobliſſement &
cetteChevalerie par Lettres du
mois d'Aouſt 1337. Leonard
de Guiſcard , Chevalier Seigneur
del
gneur de la Coſte & de la Bourlie,
vivoit en 1280. Il eſtoit fils
GALANT 157
de Bernard de Guiſcard , qui
eftoit honoré du même titre ,
& qui vivoit vers le milieu du
treiziéme fiecle. La branche
aînée de cette maiſon qui porte
le nom de la Coſte, ſubſiſte en
Quercy ; François de Guiſcard
fils unique de Georges deGuifcard
& d'Heliette d'Alart , a
épousé Catherine le Berton
fille de Pierre Baron de Marnac.
Il eſt neveu de Mr l'Abbé
de Guiſcard , Preftre & Beneficier
en Quercy , dont le
merite eſt fingulier. Il alla en
Suede avec Mr le Comte de
Guifcard, &il ſe fit generale-
>
158 MERCURE
!
ment eſtimer à la Cour du
Roy de Suede.
re
M Arnold de Ville , Che
valier Baron libre du Saint-Empire
, Seigneur Baron des deux
Moldaves , du Bandeſelle , Termoigne
, Ferme , Biemarée ,
Frere , & autres Lieux , Inventeur
& Directeur de la Machine
de Marly , vient d'épouſer
à Metz , Damoiſelle Anne Barbe
de Courcelles , fille de Charles-
Joſeph de Courcelles , Ecuyer
Seigneur de Montigny
& de la Grange , Confeiller Secretaire
du Roy prés le Confeil
Souverain d'Alface , & de
GALANY 159
Dame Anne-Barbe de Beffer .
1
Mr le Baron de Ville eft fils
de feu M' Weinand de Ville ,
Chevalier Baron libre du Saint
Empire , Seigneur de Bandeſelle,
Termoigne , Ferme , Biemarée
, Frere &, autres lieux ,
& de Catherine - Iſabelle de
l'Erneux.
Mr le Baronde Ville qu ivient
de ſe marier s'eſt diftingué ,
eſtant encore fort jeune par une
érudition infiniment au deſſus
de ſon âge ; fon application à
l'étude des belles Lettres , l'a
toûjours élevé au deſſus des autres
dans les Univerſitez où ila
160 MERCURE
forétudié
,& fur toutdans cellede
Louvain qui l'a regardé comme
un prodige ; la reputationqu'il
s'eſt acquiſe dans un âge peu
avancé , obligea S. A. E. feu
Maximilien- Henry Electeur de
Cologne , de le nommer ,
tant à peine des Ecoles , à l'Echevinage
de la Ville Souveraine
du pays & Cité de Liège. Il
exerça cette Charge avec une
habilité & un defintereſſement
qui luy acquirent un applaudiffement
general. Sa Famille a
un Domaine dans le Pays de
Liége , où ſont pluſieurs Miniéres
de charbon de terre , &
GALANT 161
des Droits des Araines , pour
le maintien deſquels il donna
des preuves , & l'attente des
merveilleux talens qu'il avoit
pour l'élevaton des Eaux; ce qui
joint à l'eſtime particuliere
qu'en faiſoit Mr le Maréchal de
Marfin General des Armées
d'Eſpagne , pere de Mr le Marêchal
de Marſin dernier mort,
avec lequel il avoit eſté élevé
comme parent & amy , donna
occafion à S. A. S. feu Mr le
Prince deCondé de le faire prier
par feu Mr le Maréchal de Luxembourg
, de luy propoſer de
faire un voyage en France, pour
Juin 1708 .
Ο
162 MERCURE
donner ſes avis ſur les moyens
qu'on cherchoit de donner de
l'eau à Verſailles . Ce Baron
étant venu enCour , propoſa
entr'autres deffeins , celuy dela
prodigieuſe Machine de Marly,
qu'il a conduite à ſa perfection
, malgré tous les obſtacles
qu'il y a trouvez , tant du côté
de la nature que de la choſe même
, & malgré les oppoſitions
de tous ceux qui ſe picquoient
d'en ſçavoir le plus , qui nepouvoient
compter ſur la neceffité
d'une choſe ſi incomprehenfible.
Le Roy qui avoit eu labonté
de demander ſouvent à S.
GALANT 163
A. E. & aux Echevins de Liége
, que Mr le Baron de Ville
continuât ſes travaux , dont Sa
Majesté eſtoit ſi ſatisfaite , leur
demanda auſſi qu'il luy fût permis
de ſe défaire de ſa Charge,
&de le difpenfer des engage.
mens où l'attachoient fa naiffance
& fes Charges , S. A. E.
&lesEtats de Liège accorderent
cette demande à S. M. & marquerent
par les Lettres Patentes
qui luy en furent expediées,
qu'ils neſe privoient qu'à laſeule
confideration de S. M. &pourluy
plaire , d'un Sujet qui leur estoitfi
precieux ,&qu'ils le recomman-
O ij
164 MERCURE
doient à S. M. comme un Sujet
qui leur estoit recommandable par
Sanaiſſance &parson mérite perfonnel;
enſuite de quoy S. M.
en 1692. luy accorda des Lettres
de Naturalité tres- diftinguées
, dans lesquelles il eſt
portéqu'aprés avoirfaitsespreuves
au Confeil , qu'avant le
14. fiécle,ſa Maiſon portoit le même
nom &les mêmes armes qu'elle
a aujourd'huy , e qu'elle poffedoit
presque tous les mêmes biens
dont elle joüit à prefent ,&qu'elle
occupoit les mêmes Charges&Dignitez,
que les autres plus anciennes
& nobles Familles du Pays
1
GALANT 165
de Liége ; Sa Majesté le reconnoît
Gentilhomme d'Extraction
d'ancienne Nobleffe , & que ses
Services importans ,ſa rare intelligence
&fon habileté mériteroient
toutes ses graces , ſiſa Naiſſance
ne les luy donnoit pas comme elle
les luy donne.
Le Roy , Monſeigneur &
Meſſeigneurs les Ducs deBourgogne
& de Berry luy ont fait
l'honneur de figner ſon Contrat
de mariage, à la priere de
Mr le Duc de la Roche-Foucault
qui a toûjours honoré de
ſes bontez &de ſa protection
Mr de Ville , depuis qu'il eſt en
166 MERCURE
France , l'indiſpoſition de Mr
de Courcelle qui ſouhaitoit
voir finir ce mariage , n'ayant
pas permis à Mr de Ville de
venir demander cette grace à Sa
Majefté.
Mr & Me de Courcelle ſe
font acquis une eſtime ſi univerſelle
par leurs bontez & par
leurs maniéres genereuſes envers
ceux qui ont eu beſoin de
leur ſecours , que toute la Ville
de Metz , & les Pays circonvoiſins
ont marqué une joye
extraordinaire d'un mariage fi
bien afforti , entre un Gentilhomme
ſi diftingué , & d'un
GALANT 167
auffi grand mérite & une Demoiſelle
qui a toûjours édifié
le Pays par ſa pieté , par fa douceur
, & par la charité qui luy
eſt naturelle.
Meſſire François Seguier,Chevalier
Seigneur de Liancour,Capitainede
Fregate épouſa le 19 .
du paſſe , Damoiſelle Loüife-
Marie- Anne de Saint Pol , niéce
de Meffire François de Saint
Pol- Hécourt , Prieur des Granges
le Roy , & de feu Mr le
Chevalier de Saint Pol- Hécourt
ſon frere , commandant l'Eſcadre
des Vaiſſaux de S. M. dans
les Mers du Nort , qui mourut
168 MERCURE
il y a deux ans , comblé degloire
, ayant efté tué dans un Combat
qu'il donna contre plufieurs
Vaiſſaux de guerre Anglois
qui furent pris à l'abordage
, & conduits à Dunquerque
, honorant le Triomphe &
le Convoy de leur Vainqueur.
Ces deuxMaiſons fontilluftres
& tres - anciennes , la premiere
ayant produit des Magiſtrats
celebres également
د
recommandables
par leur mérite &
par leur naiſſance ; celle de Saint
Pol , dont on a déja parlé eſt
originaire de Bretagne , & connuë
dans cette Province dés le
temps
GALANT 169
temps de ſes premiers Souverains
; elle ſe diviſa enſuite en
pluſieurs branches , il y a prés
de quatre cent ans ; un puifné
ayant épousé la fille de Pierre
le Prince , Seigneur de la Briche,
Guidon des Gens- d'Armes
du Roy Henry II . & de
Peronne de Biſchauteau , forma
celle de Meſſieurs de Saint
Pol- Hécourt ; Pierre de Saint
Pol , Seigneur de Hécourt fon
petit- fils , laiſſa trois enfans ,
François de Saint Pol -Hécourt,
Prieur des Granges le Roy ;
Marc - Antoine de Saint Pol-
Hécourt , Chevalier de Saint
Juin 1708. P
170 MERCURE
Loüis , commandant l'Eſcadre
de Dunquerque , & feu Pierre
de Saint Pol-Hécourt, Seigneur
de Lémondans leur aîné , pere
-de la Damoiſelle dont le mariage
donne lieu à cet article.
Mr Robert de Saint Vincent,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requêtes du
Palais , a épouſé Mademoiſelle
Nivelle , ſeule fille du ſecond
lit de ce celebre Avocat . Ce
mariage a cité fort aprouvé ,
leurs peres eftant deux anciens
Avocats du Parlement , qui ont
reimply avec une tres -grande
diſtinction les devoirs de leur
GALANT 171.
profeſſion pendant pluſieurs
années ,&qui ont eu l'honneur
d'entrer dans les Conſeils de
deux Princes du Sang.
Mr Robert de Saint Martin,
fils de Mr Robert ancien Avocat
, qui pouvoit compter une
fucceffion d'Avocats au Parlement
de pere en fils pendant
plus d'un fiécle , a eu dans fon
alliance quatre Preſidens à
Mortier. Il a eu place dans le
Confeil de feu S. A. S. Monfieur
le Prince de Condé ily
a plus de 40. ans , & depuis la
mort de Mr de Gourville , il
a eſté choiſi par Monfieur le
Pij
172 MERCURE
鞋
Prince d'aujourd'hui pourChef
de fon Confeil , & Intendant
de ſes maiſons & affaires .
Mr Nivelle qui tient l'un des
premiers rangs dans leBarreau ,
& qui en continuë l'exercice
depuis plus de 40. ans avec la
même vivacité , ce qui eſt prefque
fans exemple au Palais , a
eu auffi l'honneur d'avoir une
place dans leConſeil de S. A. S.
Monfieur le Prince de Conty ,
de maniere que s'eſtant trouvez
l'un& l'autre dans les Conſeils
dedeux Princes d'une même
maiſon ce hazard leur a
fait naître le deſſein de réunir
GALANT 173
leurs familles par ce mariage
fait avec l'agrément des deux
grands Princes dont je viens
de parlerшечнут
• Monfieur le Prince avoit auffi
cu la bonté d'obtenir l'agrément
de la Charge de Procureur
general du grand Confeil,
pour M' de Saint Vincent qui
eftoitConſeiller en cetre Compagnie
avant ſon mariage ;
mais les difficultez qui ſe font
trouvées touchant la vente de
cetteCharge, l'ont obligé de remercier
le Roy de l'agrément
qu'il avoit eu la bonté d'accorder,&
deluidemander celui de
Piij
174 MERCURE
la Charge de Conſeiller au
Parlement & Commiſſaire aux
Requêtes du Palais , où il a eſté
reçu ayant fuivi en cela le confeil
de fa famille , & particulierement
celuy de Mr Robert
Procureur du Roy au Chaſtelet
ſon oncle , qui remplit cette
Charge importante depuis prés
de quarante ans , avec la fatisfaction
du public qui connoiſt
fon affiduité au travail , où il
elt infatigable. Ce Magiftrat a
fort approuvé fon choix ayant
toûjours eu beaucoup de confideration
& d'amitié pourM
Nivelle.
choix aya
GALANT 175
Il y a eu dans ſa maiſon dans
le dernier fiecle un General de
l'Ordre de Ciſteaux , & un Evêque
; ſçavoir , Mre Pierre Nivelle
Evêque de Luçon , qui
eut cet Evêché aprés Mr le
Cardinal de Richelieu .
Jedois ajoûter que Mr le Procureur
du Roy a auffi confenti
àcemariage, à cauſe de l'eſtime
finguliere qu'il a, ainſi que fa famille,
pour le merite, la vertu &
la modeſtie de Me Nivelle , qui
eſt de la famille de Mrs Riot
& Pavillon , d'une tres- ancienne
nobleſſe alliée à pluſieurs
Confeillers du Parlement , qui
Piiij
176 MERCURE
a pris un ſoin particulier de
donner une éducation tres -
avantageuſe à Mlle Nivelle
avec une dotte confiderable ,
ayant bien voulu luy remettre
la plus grande partie des biens
qu'elle tenoit de ſon ayeul en
faveur de fon mariage avec
Mr Nivelle dans la vûë de marier
ſa fille à un Conſeiller au
Parlement , independemment
du bien de Mr Nivelle ſon
pere.
L'Ordre de Bataille de l'Armée
de Flandre que je vous envoye
, eſt le ſeul ſur lequel on
puiſſe compter fûrement,eftant
GALANT 177
different de celuy qui a paru à
celuy
l'ouverture de la Campagne ,
à cauſe des divers changemens
qui y ont eſté faits aprés la Revûë
generale que Monſeigneur
le Duc de Bourgogne fit le
8. & le 9. de ce mois. Ce n'eſt
pas que parmy un aufli grand
nombre de noms propres , qu'il
s'en trouve dans le détail d'une
Armée de plus de cent mille
hommes , il n'y en ait quelques-
uns qui ne m'ayent embarafle
, rien n'eſtant fi facile
que de ſe tromper aux noms
propres , lorſqu'ils ne font pas
patfaitement bien écrits. C'eſt
178 MERCURE
une faute preſque generale
dans toutes les Relations , & à
laquelle , juſqu'icy ceux qui les
écrivent n'ont pû faire affez
d'attention. Rien n'eſt plus neceffaire
à ceux qui aiment les
nouvelles , que d'avoir des Ordres
de Bataille , parce_qu'ils
fervent à éclaircir beaucoup
de choſes ; que l'on ſçait par
là dans quelle Ligne font les
Officiers Generaux , & que
l'on apprend au juſte , le nombre
de Troupes dont une Arméc
eft compoſée , car on ne
peut impofer là deſſus ,&mertre
dans unOrdre de Bataille ,
GALANT 179
:
desRegimens qui ne font point
dans l'Armée dont il s'agit. Il
eft vray que l'on ne peut ſçavoir
au juſte ce qui peut manquer
de Troupes à chaque Bataillon
; mais il eſt conſtant
qu'ils font tous complets au
commencement de la Campagne
, & que ſi dans la ſuite la
defertion , les maladies , & ce
que l'on peut perdre de Troupes
en differentes rencontres ,
les font plus ou moins diminuer
, la même choſe ſe trouve
parmi les Ennemis : mais ce
qu'il y a de veritable à l'égard
✓ de l'Ordre de Bataille , que je
180 MERCURE
vous envoye , eſt que l'Armée
'de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , eft preſque toute
compoſée de vieux Corps qui
font plus que complets ,&dans
leſquels il y a des Soldats furnumeraires
; que loin qu'il y
• ait de la deſertion , pluſieurs
Soldats ſe ſont enrollez dés
qu'ils ont ſçu que ce Prince devoit
commander en Flandre
&que pluſieurs qui avoient deſerté
, ont accepté l'Amniſtie
qu'il fit publier preſque auffitoſt
aprés ſon arrivée. Ainſi
l'on peut compter qu'il n'y
a jamais eu d'Armée plus
د
GALANT 181
complette & plus lefte...
400
A
Vous ſçavez queMr leCom
te de la Mothe , commande
auſſi en Flandres , un aflez gros
Corps de Troupes , pour pouvoir
paffer pour une petiteArmée.
182 MERCURE
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée de Flandre .
MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSIEUR LE DUC DE
VENDOSME .
MELE MARECHAL DE
MATIGNON .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſſieurs ,
De Goebrian ,
De Grimaldy ,
De Guiche ,
& d'Artagnan.
GALANT 183
MARE CHAUX DE CAMP .
Meſieurs ,
De l'Ifle ,
De Filtzgerald ,
De Grimaldy ,
& de Palavicin.
1
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Mefieurs , 1
De Souſternon ,
De Rohan ,
&de Gaſſion .
MARECHAUX DE CAMP .
Meſſieurs,
De Coignies ,
D'Apelter ,
&dePuiguyon,
184 MERCURE
OFFICIERS GENARAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſſion's ,
D'Albergotty ,
& du Rozel .
MAKECHAUX DE CAMP .
Meſſieurs ,
De Bouzoles ,
& de Ruffey.
PREMIERE LIGNE.
Mr de Pezeux , Brigadier.
DRAGONS .
La Meſtre de Camp.
Belabre ,
Pezeux ,
3. efc.
3.
3.
9.
>
GALANT 185
Mr de Montmin , Brigadier.
CAVALERIE.
Maiſon du Roy , 13. efc .
"
13.
Mr de Beauveau , Brigadier.
Gendarmerie , 8. efc.
8.
Mr le Vidame , Brigadier.
Bourgogne , 3. efc.
Saint-Aignan , 2.
Soucarriere , 2.
7.
Mr de Rozen , Brigadier.
Druffot , 2. cfc.
Rozen , 2.
Cravattes , 3.
7.
Mr de Selve , Brigudter.
INFANTERIE .
Picardie ,
Juin 1708.
3. bat.
1
186 MERCURE
Boulonnois ,
5.
Mr d'Arpajou , Brigadier.
Piémont , 3. bars
Chartres , 2.
5.
Mr du Barail , Brigadier.
Mr de Mouchy , Brigadier.
Le Roy , 4.bat.
4.
2. bat!
2.
4
Poitou ,
Lorraine ,
Mr d'Arling , Brigadier.
Charoft,
Guyenne ,
1. bat.
2.
4.
Mr d'Albergotty , Brigadier.
Gondrin , 2. bat,
Royal Italien , I.
Louvigny , 2.
S
GALANT 187
Mr de Montpezat , Brigadier.
Gardes Françoiſes ,
Gardes Suifles ,
6. bat.
3.
9.
Mr de Stokemberg , Brigadier:
Alface ,
Mr de Beüil , Brigadier.
Dauphin ,
Nice ,
Figerald ,
Montroux ,
4. bat.
4.
1. bar.
1.
I.
I.
4.
Mr d'Iſanguien , Brigadier.
Royal ,
Ifanguien ,
Deſlandes ,
3.bat.
I.
1,
5.
Mr de Nangis , Brigadier.
Bourbonnois ,
Mortemar ,
2. bat.
2.
ij
188 MERCURE
Obrien ,
Mr de Pionzac , Brigadier.
Beauce , bar
Navarre , 3.000
Pantoka , 1.
6.
Mrde Duras , Brigadier.
CAVALERIE .
Royal Rouſſillon .
Villeroy ,
Duras ,
3. efc.
2.
2.
7.
Mr de Livry , Brigadier.
Orleans ,
La Motte A
Livry ,
-1
3. efc.
2.
2.
E
Mrde Nill , Brigadier.
Deſmareſts , 2. efca
GALANY 189
Courcillon ,
Forlac,
Mrde Cloys , Brigadier.
Du Rozel ,
Cloys,
Létang ,
Rouvroy ,
Verncüille ,
2.
6.
2 efc
2.
2.
2.
2.
10.
Mr d'Anlezy , Brigadier.
D'Anlezy,
Toulouſe ,
Colonelle generale.
2. efc.
3.
3.
8.
3. efc.
3.
Mr de Villiers , Brigadier.
La Reine ,
Lefparre ,
1219
190 MERCURE
OFFICIERS GENERAUX
ducentre de la ſeconde Ligne.
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſieurs ,
De Birkenfeld ,
De Capres ,
& de Puyſegur .
MARECHAUX DE CAMP .
Meſſieurs ,
Le Chevalier de Luxembourg ,
De Zuniga ,
& de Villiers.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
LIEUTENANS GENERAUX
Meſſieurs ,
De Goebrian ,
& de Magnac.
GALANT 19t
MARECHAUX DE CAMP.
Meſſieurs
De Dreux ,
& de Conflans .
OFFICIERS GENERAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſieurs ,
De Cheladet ,
& de Toulongeon.
MARECHAUX DE CAMP
Meſſieurs >
De Villiers ,
& de Senneterre.
SECONDE LIGNE.
Mr d'Aquaviva , Brigadier.
DRAGONS.
Rohan, 3.efc.
192 MERCURE
Aquaviva , 2.
5.
Mr de Mimure , Brigadier.
CAVALERIE .
Egmont , 2. efc.
Matignon , 2.
Dauphin Etranger , 3.
7.
Belacueil ,
Harcourt ,
Mr de Kook , Brigadier.
La Bretêehe.
Mr de Frezin , Brigadier.
2. cfc.
2.
2.
6.
Eſclainvilliers ,
Marcillac ,
Frezin ,
1 2. efc.
2.
2.
6.
Mr Gaydon , Brigadier .
Tourotte.
Mortenville ,
2. efc.
2,
4
GALANT 193
Mr de Barentin , Brigadier.
2. efc. Cayeux ,
Barentin , 2.
Dauphin , 3.
7.
Mr Sebret , Brigadier.
INFANTERIE .
Perche , 2. bat.
Sparre , 2.
Daigny , I.
5.
Mr Beaudoüin , Brigadier.
Vendofme , 2. bat.
Bouflers , 2.
Saint - Second , I.
5.
Mr de Saint - Pierre , Brigadier.
Royal la Marine , 2. bat .
Saint - Vallier , 2:
Gaſſion , I.
5
Juin 1708 . R
194 MERCURE :
Mr de Ringraf , Brigadier.
La Marck ,
Ringraf ,
Tilly ,
2. bat.
I.
I.
4.
Mr Pfiffer , Brigadier.
Villards , 3. bar.
Pfiffer , 3.
6.
Mr du Buiſſon , Brigadier.
Mrde May , Brigadier.
May ,
Greder , 3. bac.
3.
3. bat.
3.
3.bat.
3.
Brandelé , 3. bat.
Mr de Grenu , Brigadier.
Surbek ,
Mr de Brandelé , Brigadier,
3.
GALANT95
Mrde Courieres , Brigadier.
Provence ,
Courieres ,
Naſſau ,
2. bat.
I.
I.
1
4.
Mr de Montmorency , Brigadier.
Condé,
Wentmel ,
Laern ,
2. bat.
I.
I.
4.
Mr de Grimaldy , Brigadier,
La Fere ,
Agenois ,
Grimaldy ,
2. bat.
2.
I.
5.
Mr de Beringhen , Brigadier.
CAVALERIE .
Du Maine ,
Beringhen ,
3. efc.
3.
6.
4
Rij
196 MERCURE
Mr de Lacatoire , Brigadier.
Cherify , 2. efc .
Roye , 2.
Lacatoire, 2.
6.
Mr d'Acoſta , Brigadier.
Fontaine , 2. efc.
Tarneau , 2.
Acoſta , 2.
6.
Mr de Chanfleur , Brigadier.
Paon ,
Saint Phal ,
Caëtano ,
2. efc.
2.
2.
6.
Mr de Mortany , Brigadier.
Dalſo , 2, efc.
Royal Etranger , 3.
5.
GALANT 197
Mr de ....... , Brigadier.
DRAGONS .
Saint- Chaumont , 3. efc .
Le Roy , 3.
6.
OFFICIERS GENERAUX
du Corps de referve du Centre.
LIEUTENANT GENERAL .
Mrde Saint - Maurice .
MARECHAL DE CAMP .
Mr de Notaff.
OFFICIERS GENERAUX
duCorps de reſerve dela droite .
LIEUTENANT GENERAL .
Mr de Chemeraut .
MARECAHAL DE CAMP .
Mr d'Estrades .
OFFICIER GENERAL
du Corps de Reſerve
de la Gauche.
MARECHAL DE CAMP .
Mr de Puiguyon.
198 MERCURE
:
RESERVE DE LA DROITE .
Mr de Pourieres , Brigadier.
Vaffé ,
DRAGONS.
Pourieres ,
3. efc.
3
6.
Mr d'Uzés , Brigadier.
CAVALERIE .
Royal Piemont ,
Tarente ,
Uzés ,
3. efc.
2.
2.
7.
Mr d'Iverny , Brigadier.
INFANTERIE .
Lannoy ,
Nivernois ,
2. bar.
2.
4.
Mr de Montendre , Brigadier.
Bearn ,
Greder Allemand ,
2. bat.
2.
4.
GALANT 199
Mrde Nugent , Brigadier.
CAVALERIE. /893
Ligondez ,
La Tour ,
2. efc.
2.
Nugent ,
1
2.
6.
RESERVE DU CENTRE .
Mr de ..... Brigadier.
INFANTERIE .
Gardes de Cologne ,
Wallkel ,
1. elc.
I.
2.
Mr d'Opelſtein , Brigadier.
CAVALERIE .
Arco ,
Opelſtein ,
2. efc .
2.
Mr de Chaffonville , Brigadier.
DRAGONS .
Chaffonville , 2. efc.
Riiij
200 MERCURE
Notaff , 2.
4.
Royal Artillerie , 2. bat.
Bombardiers , I.
3.
Houſſards , 2. efc.
camperont au Quartier General.
RESERVE DE LA GAUCHE .
Mr de Cano , Brigadier.
CAVALERIE .
Condé ,
Bellefonds ,
Cano ,
3. efc.
2.
2.
7.
Mr de Croüy , Brigadier.
INFANTERIE .
Royal Rouſſillon ,
Crouy ,
2. bat.
2.
:
4
GALANT 201
Mr de la Mothe , Brigadier.
CAVALERIE ,
La Reine ,
Mr de Krukemberg , Brigadier.
3. efc .
3.
Biron , 2. elc.
Braque , 2.
Royal Allemand , 3.
7.
Mr Pasteur, Brigadier.
DRAGONS .
Pasteur , 2. efc.
Richebourg , 3.
5 .
Quoy que je vous aye déja
parlé de l'arrivée de Mr le Duc
de Noailles dans le Rouffillon ,
& que je vous aye rapporté ce
que ce Duc a fait auffi - toft
202 MERCURE
aprés ſon arrivée , cela ne doit
pas m'empêcher de vous envoyer
un Journal curieux &
fuivi ,& qui peut paffer pour un
tres beau morceau d'Histoire.
Ainſi vous y trouverez d'abord
quelques faits dont je vous ay
déja parlé ; mais moins hiſtoriquement
traitez , & moins
bien fuivis que dans le Journal
que vous trouverez remply d'une
infinité de faits dont toutes
les Nouvelles publiques n'ont
point parlé.
GALANT 203
JOURNAL
De la Campagne de M'le Duc
de Noailles , Commandant
l'Armée du Roy dans le
Rouffillon.
Mrle Duc de Noailles n'ayant
pû arriver à Perpignan que le 21 .
Avril il s'appliqua entierement les
jours ſuivans àfaire preparer toutes
les chofes neceffaires pour entrer
en campagne,&pour cet effet ilfut
obligé tout incommodé qu'il estoit
d'une entorſe qu'il s'estoit faite à
un pied en venant de Paris , deſe
donner des mouvemens extraordinaires.
204 MERCURE
Enfin aprés avoir dépêché un
Courrier àMonfieur le Duc d'Orleans
le 26. aufoir(apparemment
pour luy donner avis certain du
jour qu'il affembleroitſon Armée)
un autre à la Cour le 27. Il
partit de Perpignan le 7. May à
ſeptheures du matin & alla dîner
au Boulou , où il voulut lui- même
posterla Cavalerie à mesure qu'elle
arrivoit , pour empêcher le dégaft
des fourages , &ménager le
Paysan. Cejour-làmême Son AlteffeRoyale
partitde Sarragoffe.
Le 8. on ſe mit en marche à
deux heures du matin , & aprés
avoir paßé les montagnes ſans le
GALANT 205
moindre obstacle , on alla camper
à la Junquieres &à la Capmane.
Le 9. on battit la generale à la
même heure que le jour precedent
& les Troupes arriverent à Figuieres
à neuf heures du matin.
En approchant de la petite riviere
de la Mouque , on fut averti que
les ennemis avoient au Pont de
Moulins cinq cens hommes , tant
Payfans, que Miquelets ; &plus
bas auGuéde la même riviere un
Corps de cent chevaux. Mr le
Duc de Noailles , commanda de
charger les uns & les autres . Mr
de Leffart Brigadier y marcha
206 MERCURE
avec quatre Escadrons ; mais la
Cavalerie ennemie ne jugea pas
àpropos de l'attendre , &elle prit
la fuite dés qu'elle l'appperçut.
D'un autre costé on fit avancer
vers le Pont nos Fufilliers de Montagnes
, un détachement de Grenadiers
, avec le Piquet , ſoûtenu de
la Compagnie des Gardes deMr
le Duc de Noailles , qui ont pour
Capitaine Mr de Villedomar ,
Gentilhomme de Rouffillon , fort
eſtimé , qui est cette année premier
Conful de Perpignan , &qui mene
sa Compagnie de fort bonne
gracepar tout où on luy commande
d'aller. Les Miqueletsfurent bien-
9
GALANT 207
toft diſſipez. On les poursuivitjufqu'à
Sestella. Plusieurs furent
tuez & douze faits prisonniers
avec un Lieutenant. L'on étendit
le Camp depuis .Figuieres juſqu'à
Alfar. Le bruit du canon de Gironneſe
fit entendre juſques dans
le Camp, & l'on apprit depuis que
c'estoit pour l'arrivée du Prince
Henry de Darmstad , qui entra
dans la Place avec un Bataillon
d'Infanterie .
Le 10. ce Prince accompagné
d'un Officier General Hollandois ,
& de Nebot Officier General Catalan
, qui fut lors de la revolution
un des premiers à embraſſerle
208 MERCURE
parti de l'Archiduc ,jusqu'à mettre
aux fers ceux des Officiers de
Son Regiment qui n'approuvoient
pasfa rebellion ; ce Prince , donc ,
s'avança affez prés avec quatrevingt
chevaux pour reconnoître
noſtre Camp. Un quart d'heure
plutoſt ils couroient riſque d'eftre
enveloppez , puiſqu'alors nous
avions dans le pofte où ils s'arrêterent
un Bataillon de Fufilliers
de Montagne , avec un détachement
de cent chevaux. Les Troupes
enenmies estoient ce jour- là
campées au Col d'Orriols ; fçavoir,
deux Regimens de Dragons à la
folde des Hollandois , faisant chaGALANT
209
cun deux Escadrons ,&lleeRReeggiiment
de Cavalerie de Nebot composé
de quatre Escadrons .
Le 11. noftre General alla à
ſon tour reconnoiſtre leur Camp ,
ayantavec luy cinq cent tantChevaux
que Dragons , & les Bataillons
de Bel- air , qui est un Provençal
de Pau-de-Jaffre Catalan
, refugié en Rouffillon , tous
deux fort braves. Dés que Mr
le Duc de Noailles apperçut les
Vedettes ennemies , il détacha Mr
de la Framboiſiere , Aide- Major
de Marfillac , avec cinquante chevaux
& ſes Gardes . Mais la
Garde avancée appercevant
Juin 1078 . S
ce
210 MERCURE
mouvement ſe retira. Mr de la
Framboiſiere continua sa marche
jusqu'au poſte nommé l'Ange de
Pontos , d'où il découvrit une autre
garde de 15. chevaux poftez
au Camp de ſainte Anne ; on les
chargea , ils prirent la fuite , repafferent
la Fluvia , & allerent
s'enfermer dans Baſcara; nos Cavaliers
lesſuivirentjusqu'àla Riviere
, & ils enfirent deux prisonniers
; le Piquet paffa l'eau, Pau
de Faffre eut dans ce paſſage un
-cheval tuéfous luy ; mais nos gens
qui apperçurent un Escadron de
100. chevaux qui estoit au delà
de Baſcara depuis la porte de la
GALANT ZI1
ville jusqu'à l'hermitage qui va
àGironne , s'arrêterent , & revinrent
en deça de la Riviere.
Monfieur le Duc ayant esté alors
averty qu'il venoit du Col d'Orriols
un détachement pourſoûtenir
les ennemis , il s'avança avecMr
de Leßart , & le reste des troupes
qui estoient auprés de luy ,
mena le Piquet & les autres Chevaux
avancez en tres- bon ordre
&fans avoirperdu aucun homme;
on amena un prisonnier ennemi
un de leurs deferteurs. Les Ennera-
2
mis ayant vû noſtre General rentré
dans ſon Camp , renvoyerent
des troupes aux - mêmes Poftes
Sij
212 MERCURE
d'où on les avoit chaffez .
Le 12. & le 1 3. il neſepaſſa.
rien de particulier; on apprêt que
le Gouverneur de Gironne , nommé
Dom- Ignatio Picalqués Catalan,
qui a unfrere Colonel de Dragons
dans l'Armée de Mrle Duc
d'Orleans , faisoit faire quantité
de Paliffades & de Faſcines, pour
reparerſes Fortifications , & que
le Prince d'Armſtad estoit dans la
place , ayant laiſſé Nebot pour
commander au Col d'Orriols ; l'on
Sçût auſſi que Mr le Comte Guy
de Staremberg estoit arrivé à Barcelonne
le 27. Avrilavec quelques
Officiers generaux , &qu'il estoit
GALANT 213
allé du côtéde Tortofe. Les mêmes
avis portoient que ce General avoit
esté fort furpris à fon arrivée de
trouver les chofes fi differentes ,
de ce que leConſeil de l'Archiduc
avoit mandé àVienne : point d'argent
, manque de provifions , grand
découragement chezles Catalans ;
enforte qu'il a cru qu'ilfalloit s'en
deffier. Quelques- uns d'eux entroient
quelquefois dans le Confeil;
on ne lesy appelle plus , ce
qui les chagrine fi fort qu'ils ne
wont plus au Palais faire leur
cour.
Le 14. Nebot repaffa le Ter au
Pont Majour , s'alla poster
214 MERCURE
د entre cette Riviere &Gironne
n'ayantlaiſſéqu'une garde de Cavalerie
au Col d'Orriols. Cejour
là on eut le détail juste des Troupes
campées au delà du Ter , &
qui outre les huit Escadrons cydeſſus
nommez, aufquels se font
joints fix Escadrons &Sept Bataillons
, ſçavoir 1. de Ferrer Caftillan.
2.Portugais. 2. Lombards,
Taf Bonnasana. I. Catalan
nommé le Regiment de la Reine ,
1. Hollandois , ce qui faitfelon
ce que les Ennemis publient ,
trois mille hommes d'infanterie
deux mille de Cavalerie , mais
des avis certains ne parlent auplus
GALANT 215
que de 2500. hommes d'Infanterie
,&de 1200. chevaux.
Le 16. caril nefe fit rien de
remarquable le 15. nostreArmée
fut renforcée de trois Bataillons ;
fçavoir, de celuy de Bugey ,forti
de Rofes , où il a paſſé l'hiver :
&de ceux de la Force &d'Evoly
, qui venoient de Cerdagne. Ce
dernier est équippé tout de neuf
fes armesfont neuves , &feshabitsfont
tres-propres ; ilsfont bleus
doublez de gris - blanc. L'ancien
Colonel , Duc de Castel- d'Airola ,
de la Maison de Caraccioli , s'eft
retiré à Naples ; & c'est la plus
petite perte que pouvoit faire le
216 MERCURE
Royd'Espagne. Le Comte d'Evoli
qui està la teſte de ce Regiment ,
est bien un autre homme.
Le 17. Mr le Duc renvoya à
Perpignan un détachement de Canonniers
&de Mineurs pour travailleràl'
Artillerie , &pour mettre
en estat les chemins de laMontagne
depuis Ceret jusqu'à Prat
de Moüilloux , où l'on fait de
grands Magasins .
Le 18. il arriva à Roses un
Convoy de neuf Tartanes parti
du Port de Vendre , ſous l'escorte
de la petite Fregate l'Abel Iſac ,
commandée par Mr de Ruthie
,
neveu de Mrl'Evêque de Rieux.
Elles
GALANT 217
Elles apporterent 4. pieces de canon
de 24. deux de 16. &quanticé
de munitions de guerre. Ce
même jour Mr de Leffart alla
reconnoiſtre au Bord de la Fluvia
le Camp de S. Michel.
Le 19. le Marquis de Lucigny
Maréchal de Camp , qui avoit
échoié au Port Mahon , en paffant
d'Italie à Barcelone , &que
le Gouverneur du Port Mahon
avoit envoyé à Collioure , d'où on
l'avoit conduit àPerpignan,partit
du Camp où Mr le Duc l'avoit
appellé pour l'entretenir ,& il
luy permet d'aller pafferun mois
àBarcelonne.
Juin 1708 .
T
218 MERCURE
Le 22. on quitta le Camp de
Figueres. L'agrément que l'Arméey
avoit trouvé est que graces
à la vigilance de nostre General
aux bons ordres qu'il avoit donnez
lesMiquelets ennemis depuis qu'on
les avoit chaßez du Pont deMoulins
, neparurentplus en aucun endroit
; les chemins des Perpignan
à Figuieres furent auſſi libres
qu'en pleine Paix , ce qui contribua
à faire avoir tous les beſoins
abondamment. Aufſi Mr le Duc
avoit - il fait pofter fur la route.
differentes efcadres de Payſans ,
( c'est le terme dont onſeſert icy ,
pour marquer une Troupe ) qui
GALANT 219
gardoient depuis un endroitjusqu'à
l'autre & il les avoit rendus refponſables
des moindres deſordres
qui arriveroient fur le chemin ,
leurpromettant que files Miquelets
paroiſſoientpourles inquieter ,
dés qu'il en auroit avis , il les fe-...
roitfecourir. Aufortir de Figuieres
onon ſese rendit rendit ààS. Michelde la
Fluvia. Mr le Duc s'estant mis
à la tefte du Piquet & des Grenadiers
, les alla poſter luy-même
au de là de la riviere à Camallera
, & il revint ensuite au
Camp.
Le 23. on arriva à Serviafur
tes bords du Ter. La droite fut
Tij
220 MERCURE
4
placée au deßous du Village&
la gauche fut étenduë jusqu'à
Saint George; on mit une garnison
à Madina & l'on ſe ſaiſit du
petit Poſte nommé Saint Julien
de Ramis. Mr le Duc s'avança
lemêmejour jusqu'à la Coste rouge
, d'où il découvrit le Camp des
ennemis au de-làdu Ter;sçavoir ,
l'Infanterie la gauche au Pont
Major, &la droite appuyéeaux
Montagnes qui regnent des deux
coſtez du Ter ; & la Cavalerie à
llaa petite Plaine de Camp-Doras ,
vis-à- vis la Coſte-rouge. On reconnut
qu'ils avoient retranchéle
Gué de la Riviere ,&l'on apGALANT
221
perçut une espece de Fort en étoile
qu'ils avoient élevé à l'endroit où
ce Gué est plus facile. On fçut
auſſi qu'ils avoient mis deux cens
hommes de garnison au Pofte de
Foxa ; &que toute leur attention
estoit de couvrir Gironne , à
quoy Mr le Duc nefongeoit pas
pour le preſent ,ſe contentant de
manger une Plaine tres- abondante
, qui estoit l'unique objet qu'il
s'estoit proposé.
Le 24. on alla encore reconnoître
la Cavalerie ennemie , &auffitoſtqu'ils
apperçurent nos Troupes
ilt plierent les Tentes &formerent
quatre petits Escadrons qui
Tiij
222 MERCURE
cens
Guerchy
ne parurent pas faire plus de huit
chevaux. Mr de Guerchy
qui commandoit les Piquets, defcenditjusqu'au
bas dela Cofte rouge
, & il eſcarmoucha avec les
Gardes avancées , & quelques
partis de Miquelets , quiſe retirerent
bien viſte. Il y reçut un
coup d'une balle morte , qui eftant
tombée fur fon poulce , dans le
temps qu'il avoit sa main étenduë
furfon ventre , luy fit une legere
contusion. Mr de Compans Capitaine
des Grenadiers d' Artois y
fut auffi bleffé legerement , auffi
bien que deux Fuſeliers desMontagnes.
Ce jour - là il nous vint
1
GALANT 223
beaucoup de Cavaliers deferteurs
avec leurs armes .
Le 28. Mr le Duc fortit du
Camp à la pointe du jour avec
deux mille quatre cens hommes
d'Infanterie tirez des trois Brigades
de fon Armée & mille chevaux
, & il monta fur la Cofte
rouge avec dix pieces de canon ,
pour réveiller les ennemis & leur
Souhaitter le bon jour. La ſalve
dura une grande heure. On croyoit
qu'elle les obligeroit à décamper en
defordre &que l'on pourroit alors
tomber fur eux. Mais ils firent
bonne contenance ; & une partie
deleurCavalerie quittantfes ten-
Fen.
224 MERCUR
tes , alla en bon ordre ſe mettre
derriere une Montagne à l'abry de
la canonnade ; de maniere qu'ils ne
perdirent qu'environ cinquante
hommes dans le Camp : les Enne--
mis vinrent honneſtement cing on
fix heures aprés nous rendre la vifite
, & le terrein leur permit de
s'approcher plus que nos gens n'avoient
fait. Ils s'attacherent au
Pofte de SaintJulien , où estoient
vingt- cing de nos Fuſeliers de
Montagnes , commandez par un
de leurs Officiers. Ceux-cySedeffendirent
en braves gens & ne
Se rendirent prisonniers de guerre
qu'au bout d'une heure. Les En
GALANT 225
nemis s'estoient jettez en même
tempsſur le poste avancédeMarinan.
Mais Mrde Guerchyy
eſtant arrivé avec les Piquets &
un Corps de Troupes,il les repouffa;
mais ilsſe retirerentpourtant
en bon ordre , ayant eu quatre
à cing hommes tuez. Onremplaçale
Pofte de SaintJulien. Ce
même jour le Chevalier Rous
homme de qualité du Rouſſillon ,
Chevalier de Malte , & Aide
de Campde Mr le Duc de Noailles
, allant porter un ordre à nos
partis avancez, s'égara &tomba
entre les mains des ennemis croyant
avoir rencontré nos gens. Ilfut
226 MERCURE
conduit à Gironne. Noftre Gene
ral le reclama, & le Prince d'Armſtad
répondit qu'il croyoit pouvoir
le luy renvoyer dans cinq
ou fix jours ; mais il fut plus genereux
, & il le renvoya dés le
30.
Le 29. Mrle Duc eut nouvelles
de l'arrivée à Roſes d'un Convoy
de huit Tartanes chargées de
trois millefacs de farine , de quantité
de boeufs , &d'autres provifions
pour fon Armée , que Mr
Beliard Commiſſaire de la Marine
à Collioure , homme de valeur ,
zelépour le ſervice & tres - entreprenant
, s'estoit chargé de con
GALANT 227
duire luy- même ſans autre escorte
que d'une Tartane qu'il montoit ,
& qu'il avoit garnie de quatorze
pierriers & de vingt-huit Fufeliers.
Il arriva le 30. au Camp
pour conferer avec nostreGeneral,
qui le reçut auſſi gracieusement
que leſervice qu'il venoit de luy
rendre le meritoit.
Jen'ay pasreçula ſuitede ce
Journal ; mais j'ay ſeulement
appris par pluſieurs autres Lettres
, que le 22º de ce mois ,Mr
de Quinçon eſtoit party aprés
midy de Perpignan pour Collioure
,où Mr le Comte d'Al228
MERCURE
1 baret Intendant du Rouſſillon,
s'étoit rendu dés le matin pour
donner le mouvement à la
marche d'un grand Convoy
pour l'Armée , parmy lequel
étoient neuf charges d'argent;
&que comme il n'y a pas de
ſeureté d'aller par Mer, on le fit
défiler par terre par le Col de
Bagnols ;que pluſieurs Officiers
qui n'avoient pas encore pû
joindre , ſe ſervirent de cette
occafion pour paffer ; que l'on
commandaenviron 600. Som.
mettans pour ſervir d'Eſcorte
à ce Convoy , & pour ce garentir
des incurſions des Mi
GALANT 229
quelets ,& que c'eſtoit tout ce
que l'on avoit à craindre parce
que le Prince de Darmſtat ne
pouvoit faire couler desTrou.
pes reglées juſques là. Mr de
Malartie Brigadier & Lieutenant
de Roy de Perpignan ,
commandoit cette Eſcorte.
Ceuxquivinrent le même jour
duCamp de Servia raporterent
que l'on y avoit abondamment
toutes les choſes dont
on avoit beſoin par la prudence
de Mr le Duc de Noailles
, qui vivoit aux dépens des
Ennemis , & qu'il confervoit
toute la recolte qui estoit en
230 MERCURE
tre luy & Perpignan , pour y
avoir recours dans la ſuite.
On apprit auſſi à Perpignan ,
le dix que l'Armée de Mr le
Duc de Noailles , eſtoit toujours
dans ſon Camp de Servia
fur le Ter.
Je paffe à ce qui regarde
l'Armée de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , dont je vous
envoye l'Ordre de Bataille.
GALANT 231
ORDRE DE BATAILLE
de l'Arméeeccoommmmaannddééeepar Son
Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans.
SON ALTESSE ROYALE.
LIEUTENANT GENERAL.
Mr de Heſſy.
MARECHAL DE CAMP .
Mr de Maulevrier.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meſſieurs ,
De Labadie ,
D'eſtain ,
232 MERCURE
&de Bezons .
MARECHAUX DE CAMP.
Meſſieurs ,
De Bligny.
De Kercado ,
& le Duc de Sarno.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANT GENERAL.
Mr d'Avaray.
MARECHAUX DE CAMP.
Meſſieurs ,
De Silly ,
&de Choiſeul.
PREMIERE LIGNE.
Mr de Boucauve , Brigadier.
GALANT 233
CAVALERIE.
LesGardes , 4. cfc.
4.
Milan ,
Mrde Rousfo , Brigadier.
Mr de Lançarote , Brigadier.
3. efc.
3.
Lançarotte , 3. efc.
3.
Mr de Carillo , Brigadier.
t
Asturias . 4. efc .
Mrde Gline , Brigadier.
adier.
INFANTERIE
LesGardes, 6. bac. 1
6.
Mrde Carolles , Brigadier.
Orleans ,
Monchan ,
Barwick ,
2. bat.
2.
2.
6.
Juin 1708.
V
234 MERCURE
Mr Lambert,Brigadier.
La Couronne ,
Medoc ,
Perigord ,
Blaifois ,
2. bar.
I.
Ι.
2.
6.
C. Oteterre , Brigadier.
Du Fort ,
Angoumois ,
Normandie ,
2.bar.
I.
1
3.
6.
Mr de Parabere , Brigadier.
CAVALERIE .
Vigneau ,
Parabere ,
2. efc.
2.
4.
Mr de Sandricour , Brigadier.
Germinon ,
Berry ,
2. efc.
3
5.
GALANT 235
OFFICIERS GENERAUX
du Centre de la ſeconde
Ligne.
LIEUTENANT GENERAL.
Mr le Duc d'Avré .
MARECHAL DE CAMP.
Mr de la Vayre.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA DROITE .
1
LIEUTENANS GENERAUX.
D'Arene ,
Meſſieurs ,
& de Joffreville .
MARECHAUX DE CAMP .
Melfieurs,
De Ceillo,
& de Medenilla,
Vij
236 MERCURE
OFFICIERS GENERAUX
DE LA GAUCHE .
LIEUTENANT GENERAL .
Mrde Gaetano .
MARECHAL DE CAMP.
Mr de Pons.
SECONDE LIGNE.
Mrde Crevecoeur , Brigadier.
CAVALERIE .
La Reine ,
Mr d'Amezaga , Brigadier.
Amezaga ,
4. efe.
4.
3. efc.
3.
Rouffillon Viejo , 3. efe
Mr de Cordua , Brigadier,
3.
GALANT 237
Mr de Puerto , Brigadier.
INFANTERIE .
Asturias ,
Mr de Damas , Brigadier.
Auvergne ,
Haynaut,
Damas ,
Bankeley ,
1. bat.
I.
2. bat.
2
I.
1..
6.
Mr de Valouze , Brigadier.
Breffe , 1. bat.
L'Ifle de France. I.
La Sarre , I.
LeMaine . 2.
5.
Mr de Simianes , Brigadier.
CAVALERIE .
La Feronaye ,
Simianes ,
2. efe..
2
238 MERCURE
Mrde Fleche , Brigadier.
Valgran ,
Fleche ,
2. efc.
3.
5.
DRAGONS..
=
3. efc.
3.
4 د .
2.
12.
Picalquiez ,
Marimon ,
Grafton
Bozelly ,
Les quatre mille hommes
commandez par Mr d'Asfeld,
ne ſont point compris dans
cet Ordre de Bataille , non plus
que quelques autres Corps , &
fil'only joint l'Armée de Mr le
Duc de Noailles , dont je vous
GALANT 239
ay envoyé l'Ordre de Bataille
dés le mois paffé , on trouvera
que les ennemis auront bien
de la peine à reſiſter à tant de
Troupes , commandées par de
fi bons Generaux.
Rien n'eſt plus curieux , plus
exact , & mieux circonstancié
que les deux Extraits de Lettres
que vous allez lire , & ils
doivent plutoſt paffer pour des
morceaux d'Histoire, que pour
des Relations faites fur le
champ pendant le cours d'une
Campagne.
240 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre écrite de Lerida ,
en Langue Caftillane , le
12. May 1708. & traduit
en François.
Une partie de noſtre Armée eft
déja entrée dans la Catalogne ,
Suivant les apparences elle prend
la route de Tortofe , marchant des
deux coſtez de l'Ebre ,ſur lequel
on voiture les munitions de guerre
de bouche, les Canons &les
Mortiers.
r
Le May Mr le Comte
&Eſteing campa prés de Monçon
avec
GALANT 241
:
avecfon Corps de Troupes compoſe
de fix Regimens de Cavalerie ,
de quatre de Dragons.
Le2. ilfit deux détachemens,
l'un pour brûler le Pont deBlancafort,
ce quifut execute;& l'autre
pourrompre le Pont de Trago,
cequi ne reüffit pas , parce quenos
gens furent chargez par plus de
cinq cens Miqueless commandez
parJapot. Nous cûmes quarante
hommes tant tuez que bleſſez.
Noftre Mineurqui estoit attaché
à fon travail du Pont ,y fut
auffi tué dans le temps qu'il alloit
mettre lefeu àſonfourneau. Nos
Troupes furent obligées deſe reti-
Juin 1708 .
X
242 MERCURE
rer le terrein eſtant trop ſcabreux
poury refter.
Le 4. on fit un autre détachement
d'environ cinq cens Fantaſfins
,&d'un Regiment de Cavalerie
, commandé parMr de Fon
boiſard, Maréchalde Camp , pour
s'emparer du Pont de Monteñana.
Cequ'il ne put fairefaute de
canon ,&parce que les ennemis
s'y estoient fortifiez par un bon
foffé au devant du Pont , bien
paliſſadé , & garni du Regiment
Allemand de Scover. Tous ces détachemens
ſe rejoignirent ſous les
ordres de Mr de Fonboiſart aux
environs deMonçon deGraus,
GALANY 243
2
pour empêcher les courſes de Miquelets
dans l'Arragon; Il eſtreſté
à Monçon quatre cens hommes
d'Infanterie , & dans Balbastro
un Regiment auſſi d'Infanterie,le
tout aux ordres de Mr de Fonboiſard.
Le 6. Mrle Comte d'Efteing
campa à Almeñar ,Albeden , Tamarit
, San Estevan , &Caftillon
de Farfaña .
Le 7. il marcha à Balaguer ,
d'où il retira les Troupes quiy
estoient , les munitions deguerre
&de bouche , qu'il envoya àLevida.
Il renverſa auſſi tous les travaux
qu'avoitfait cet hyverMr
X ij
244 MERCURE
de Bovville , qui en estoit Gouverneur.
On mit auſſi le feu aux
paliffades , aux barrieres , &aux
portes , & Mr le Comte d'Efteing
renforcé de cette garnison ,
qui estoit de mille Fantaſſins&de
de deux cens Chevaux , alla camper
au Village de Termens & à
Villanova de la Marca.
Le 8. il alla camper le matin
àla vûëde Lerida , où il entra
pour en voir les travaux , &le
foir ilſe renditavec toutefa troupeà
laTourde Segre&aux environs.
Peu de jours auparavant
on avoit fait fortir de Lerida dix
pieces de canon de 24. & buit
1
GALANT 245
mortiers , qui joint avec ceux qui
viennent de la Valence , feront
plus de vingt pieces de batterie ,
fans compter celles de campagne.
Le même jour 8. on travailla a
dreffer un Pont à la vûë de la
Granja , mais parce que les eaux
s'y trouverent trop groffes , on fut
obligé de l'approcher de Mequi
nença , où il fut bientoſt achevé,
les ouvriersy travaillant en toute les ouvriersy
feureté.
Le 9. le Regiment de Dragons
de Buferin , & le Regiment Royal
des Afturies de cinq cens fantaſſins
commandé par le Colonel & Brigadier
Vicomte del Puerto , paffe
Xiij
246 MERCURE
rent fur ce nouveau Pent pourfe
joindre à Mr le Comte d'Esteing.
Le Regiment de Houſſards resta
dans Lerida où il eſtoit venu le7.
On croit qu'ilyfera en garnison
& que les deux cens chevaux
Espagnols quiyfont ,iront joindre
leurs Regimens. On apprit que la
veille les Miquelets avoient occupé
Balaguer avec le Regiment Cata- Cave
lan de Sobias , &qu'ils avoient
Jacagéla ville&tous les environs.
Le 10.fur l'avis qu'on reçut
que le Comte Guy de Staremberg
avoit mangé àTarrega , &qu'il
alloit reconnoiſtre le terrain avec
une partie deſa Cavalerie,on dé
GALANY 247
tacha de Lerida un parti de trente
Chevaux & Houſſards , qui allerent
battre l'eſtrade prés de Tarrega
& s'en retournerent fans
avoir rien trouvé. Le même
jour 10. Monfieur le Duc d'Orleans
qui estoit parii de Sarragoffe
le 7. & qui le 9. avoit joint à
Torrenté le Corps d'Armée commandé
par Mr de Bezons , arriva
à Fragafur le midi .
S.A.R.en 1 2aumatin R. en partit le 12
avec toutefa Cour pourse rendre
à Lerida , dont elle vifita d'abord
les Fortifications , & Elle en parut
tres-fatisfaite. Ce Prince fut receu
au bruit d'une falve Royale
X iiij
248 MERCURE
& on luy fit tous
du canon ,
les honneurs que la pauvreté
de la Ville permit de luy rendre.
Les eaux des rivieres groffiffant
tous les jours , & n'y ayant
point de ſeureté à paffer fur des
Ponts faits seulement avec des
Outres, SonAlseffe Royale mandaàtoutefon
Armée de venirpaffer
à Lerida, elledevoit camper le
12. à Alcaras , & traverſer le
13. Lerida , pour
Campde Torre-de-Segre , &pour
partirenſuite de laavec vingt- cing
Bataillons & de la Cavalerie à
proportion. On tientpourfür qu'el-
Lemarchera par le plus court che-
Se joindre au
GALANT 249
行
min , qui eftceluy de Llar de cans,
Nayals , mas de Flix ,&Garcia,
l'on esperequ'avantle 20. toute
l'Armée ſera devant Tortofe
pour en faire le Siege & qu'elle
fera alors de quaranteBataillons
de trente Escadrons , le refte des
Troupes devant pafferpar la Valence
par laChastellenied' Ampofta
, où on laiffera dequoy garder
la Frontiere. Mr de Durban
est parti de Lerida avec ſon Regiment
pour Fraga , où il reftera
en garnison.
250 MERCURE
Extrait d'une Lettre de Lerida
du 19.May.
Le 12. au foir Mi le Duc
d'Orleans alla camper à une lieuë
de Lerida , dans un lieu nommé
Alcaras avec les Troupes qui
avoient paffé la Segreſous la conduite
de Mrs de Bezons , d'Avaray
, de Labadie ,
nilla.
de Mede-
Le 13. à fix beures du matin
le reste des Troupes commença à
pafferfur le Pont de Lerida avec
les équipages , provifions , vivres,
&c. ce qui continua jusqu'à trois
GALANT 251
heures aprés midy. Son Alteffe
Royale les joignit avec fa Cour
les deux Bataillons des Gardes,
& alla coucher au Village de
Suñer. Le détachement de Mr le
Comte d'Eſteing s'avança cejourlàjusqu'à
Llar de cans. Lemême
jour on détachafix- vingt chevaux
Espagnolsſous la conduite deDom
Joseph d'Allejo.
de
Ilprit le chemin
de la gauche de la Plaine d'Urgel,&
fit halte à las Borjas.
Le 14. ce détachement ayant
paffé par le Village de Vinaixa
defcendant du coſté du Barbera
jusqu'à Poblet. Tous les lieux des
environs ſe ſoûmirent fans faire
252 MERCURE
la moindre reſiſtance. Les gens du
pays croyent que noftre Armée defcendra
du coſté de Montblanc ,
Collado , &Cabra , juſqu'à la
Plaine de Tarragone. Ce même
jourl'Avantgarde de Mrle Comte
d'Eſteing s'avança jusqu'au
Mas de Flix , & Son Alteffe
Royale campa avec toute fon
Armée à Llar de cans ou dix à
douze Miquelets de la Compagnie
d'Adam
rent ſe rendre ; quelques - uns
estoient à cheval. Le détachement
de Dom Jofeph d'Allejo aprés
avoir eſté du coſté de la Montagne
de Prades jusqu'à Ulde-
Bayle , vinGALANT
253
molins vint rejoindre à l'Armée.
Le 15. le Regiment de Cavalerie
de Simianes fortit de Lerida
pour mieux couvrir l'Arriere-garde
de l'Armée pendantſa marche
&garantir les Bagages &les
Equipages des incurſions des Miquelets.
Mr leComte de Louvignies
Gouverneur de Lerida fit
auffi fermer les paſſages du Pont
pourprévenir tous les deffeins des
Miquelets qui depuis l'éloignement
de l'Armée pourroient avoir
deſſein de nous viſites , &il envoya
dire à un Convoy de vivres
detrois cens Mulets de repaſſer au
254 MERCURE
}
Y
Pont de Fraga , & de joindre le
Corps de Troupes qui descendfous
les ordres de Mr d'Arennes , par
Caſpé,Mequinença ,&laChatellenie
d'Amposta , le longde la
Riviere d'Ebre. S. A. R. reçoit
avec une bonté finguliere les peuples
qui rentrent dans leur devoirelle
a deffenduſous de grandes
peines aux Soldats defaire le moindre
defordre , ayant mêmefaitpunir
ſeverement quelques - uns qui
avoient contrevenu àſes ordres.
Le 16. on eut avis que le
Comte de Starremberg estoit allé
viſiter les Villes de Tarragone
de Tortofe ,&que le 15. il eſtoit
GALANT 255
encore à Cervera , d'où il avoit
donné ordre pour raffembler les
Troupes qui avoient esté en quartier
dans la Sagarra , &aux environs
d'Urgel, afin qu'elles puſſent
marcher au premier jour. On donna
auſſi avis que la garnison de
Tarragone n'estoit que de cing
cens Anglois , avec vingt- deux
pieces de canon , ( on verra pourtant
cy-aprés que le 6. on comptoit
cette garnison de deux mille Anglois.)
S. A. R. campa à Flix &
Le Comte d'Efteing à Ginesta. On
faisoit toûjours venir par l'Ebre ,
Joixante - quinze Barques , pour
construire des Ponts voiturer les
vivres.
256 MERCURE
Le 17. onſçut que les ennemis
ayant ramaffé toutes les Troupes
qui avoient esté en quartier à
Agramunt , à Tarrega ,
le long de la Riviere de Sio
estoient décampées de Cervera
pourse rendre à Verdu.
Le 18. on eut confirmation de
cette nouvelle &l'on afſura qu'ils
efloient defcendus du coſtéde Barbera
jusqu'à Montblanc , ne pouvantrefterplus
hautfaute deMagazins,
ny ayant en tout à Cervera
que trois cens charges defari
ne; ainſi ilsſe preffoient d'arriver
à la Plaine de Tarragone dans
l'efperance de tirer de cette Ville
GALANT 257
quelques provifions de guerre &
de bouche. On apprit auſſi ce
jour-làqueMr le Duc de Noailles
estoit entré dans le Lampourdan,&
qu'il campoit àFiguieres ;
ce qui réjoüitfort noſtreArmée.
Le
Le 19. les avis des jours precedens
furent confirmez & l'on
ſceut que du Camp de Verdu les
ennemis estoient venus entre
Expliega de Francoli ,&Montblanc
, &qu'ils n'avoient laiffé
que quelques Houſſarts ,&quel
ques Compagnies du Regiment de
Sobias àPons , à Agramant ,
àBelpuig , tres- mal équipées
hors d'estat de fervir en Campa-
Juin 1078 . Y
la
258 MERCURE
gne. Noftre Armée continuantfa
marche le long de l'Ebre , a dû arriver
le 19. à la vûë de Tortofe ,
fans le moindre obstacle de la pare
des ennemis .
Mr d'Asfeld estoit parti le13.
de Valence avec les Troupes qu'il
conduit au Siege de Tortofe ,
Seize canons & quatre mortiers.
on fait aussi marcher le Pont de
Barques que nous prêmes l'année
derniere aux Portugais aprés la
Bataille d'Almanza. On a laiffé
àValenceſeptRegimens d'Infanterie,&
quatre de Cavalerie.
a
On a auffi laiſſé du coſté de
Monçon quatre Bataillons d'inGALANT
259
fanterie & cing cens chevaux ,
quiſuffiſentpour empêcherles Miquelets
de courir la Frontiere.
د
L'Armée de S. A. R. devant
Tortofefera de 21000.fantaſſins
de 9000. chevaux.
Onavûpaſſerà Pampelune 14 .
canons de batterie tous neufs, venant
de France avec quantitéde
proviſions de guerrede toutes efpeces.
Les chemins depuis cetteVillelàjusqu'à
Leridaſont remplis des
voitures qui conduiſent ces provifions
, auffi - bien que des Recruës
qui viennent encore pour les Troupes
Françoifes.
L'on travaille à Pampelune à
Yij
260 MERCURE
*
une augmentation du Pont d'Outres
qui fut fait l'année derniere
en cette Ville-là , & dont Mr
le Duc d'Orleans sefervit utilement
comme il a commencé àfaire
cette année- cy.
S.A. R. a receu les avis fuivans
d'un Gentilhomme Catalan
de la Plaine de Tarragone quis eft
retiré de ce coſté-cy , dont leMe
moire est du 6. May. Il contenoit
ensubstance.
Que l'Infanterie Hollandoi
fe au nombre de mille hommes
marchoit à Tortoſe ;
que tous les Regimens d'Infan
terie venus d'Italie & qui ne
GALANT 261
- font pas plus de 4000. hommes
eſtoient campez fur les
bords de l'Ebre , qu'il y avoit
à Falſeté &àGarcia , deux Regimens
compoſez de differentes
Nations qui furent levez
en Catalogne le Printemps de
l'année derniere à la folde de
la Reine Anne , & qui parce
qu'ils avoient eſté mal payez.,
ne montoient pas enfemble à
fix cens hommes ;que les deux
Regimens de Cavalerie de
Cordoue& de Moras qui ne
font pas plus de quatre cens
hommes , estoient arrivez aux
environs de Tarragone ; que le
262 MERCURE
bruit eſtoit ( c'eſt le 6. deMay
que l'on parloit ) qu'il y avoit
dans cette Place deux mille
hommes d'Infanterie Angloiſe
qui eſt tout ce qu'il y a de
cette Nation dans le Pays ;
mais qu'il n'y avoit qu'une
mediocre quantité de bled ;
que toutes les autres proviſions
de bouche y manquoient ; qu'il
y avoit ordre de travailler
promptement aux Fortifications
qui eſtoient commencées
depuis la Porte de Noftre Dame
du Roſaire juſqu'à celle de
Saint Antoine : & de refaire
toutes les paliſſades depuis la
GALANT 263
dite Porte du Roſaire juſqu'au
Port , n'y en ayant aucune en
eftat juſqu'au parapet du chemin
couvert , &qu'ils n'ontque
vingt à vingt- deux pieces de
canon de bronze la pluſpart
pieces de campagne , qu'ils
tiennent preftes pour pouvoir
les conduire où ils en auront
le plus de beſoin ; qu'il y a en-
-'core dans la Plaine de Tarragone
4. Reginens de Dragons,
& un de Cavalerie Angloiſe
qui y font aſſemblez , & qui
ne font en tout que douze cent
chevaux , qui n'eſtant point
payez font hors d'estat de fe
264 MERCURE
:
mettre en campagne ; que toute
leur efperance roule fur l'argent
qu'ils comptent leur devoir
eſtre apporté par la Flotte
d'Angleterre ; &que c'eſt aufli
là deſfus qu'ils remettent le
payement des choſes que le
Payſan eſt forcé de leur fournir
; qu'ils fe font fortifiez au
Col de Cabra, qui eſt la grande
entrée pour venirde laPlaine
d'Urgel à celle de Tarragone
, avec des lignes garnies de
paliſſades & de faſcines de la
hauteur & de la largeur d'environ
fix pieds ; que comme il
court au milieu de ce Col un
petic
GALANT 265
tit ruiſſeau , ils ont élevé ces lignes
fur le milieu juſqu'à quinze
pieds de haut & il leur en
ont donné neufde large ;ayant
ſeulement laiſſé un paffage fermé
par une barriere ; & du côté
de la montagne où paſſe le
chemin , ils ont fait une eſpece
de Plate- forme qui borde le
chemin , laquelle a dix pas de
large ,&que commede ce côtélà
la montagne eſt plus eſcarpée
, on y a dreffé trois Tourelles
plus élevées les unes que
les autres fur chacune defquelles
les ennemis prétendent
mettre une piece de canon
Juin 1708. Z
266 MERCURE
( mais tout cela ne peut nous fermer
l'entrée de cette Plaine, puifque
les Bataillons peuvent marcher
tous formez ſur la montagne
du coſté du Levant fans aucune
difficulté , à moins qu'ils ne conduisent
leurs lignes jusqu'auſommet
de cette Montagne , ou tout
au moins à plus de la moitié. )
Quejuſqu'au 6. May onn'avoit
tiré de Barcelone aucune
piece de canon , ny aucunmortier
; qu'il n'y avoit pas alors
dans cette Ville plus de quatre
à cinq mille charges de bled &
une mediocre proviſion de bifcuit
; que du reſte ſelon lebruit
GALANT 267
commun ony estoit dépourvû
des autres choſes neceſſaires ;
que les Anglois depuis l'arrivée
du Comte de Starremberg refuſoient
de luy obéïr , diſant
que la Reine Anne eſt aſſez
grande Princeſſe pour leur
donner unGeneral de leur Nation
; qu'ainſi l'on croit que le
Comte de Belcaſtel arrivé avec
le Comte de Starremberg les
commandera ; & qu'enfin les
ennemis , felon la plus commune
opinion , n'ont enCatalogne
que cinq mille hommes
deCCaavalerie,dixàonzemille
hommes d'infanterie , & trois
Z ij
268 MERCURE
à quatre Eſcadres de Miquelets
, gens tous propres à prendre
la fuite dés que l'on marcheraà
eux le fabre à la nain .
C'est là ce que contenoit le
Memoire preſenté à Son Alteße
Royale, en dattedu 6.May.
Vous apprendrez dans les
trois Lettres qui ſuivent , la
ſuite de ce que vous venez de
lire , & vous y remarquerez
l'attention & la vivacité de S.
A. R. pour tout ce qui regarde
la gloire & le ſervice des deux
Couronnes.
GALANT 269
Au Camp de Vin- Ebre , le 19 .
May 1708.
L'Armée partit d' Alcara le 1 3 .
&paffa la Segre à Lerida , ou S.
A. R. estoit venue coucher la veille
, & vint camper vis -à- vis
d'Alcara , à un Village appellé
Fuñes ; M' d'Efteing avoit auffi
marchécejour-là , &il estoit campé
à trois licuës de Llar de cans.
Le 1 4. à la pointe du jour nous
marchames fur trois Colonnes ,
& vinſmes camper à Llar de
cans, d'oùMrd'Esteing estoitparti
le même jour.
Ziij
270 MERCURE
Nousſejournâmes le 15 .
Le 16. on défila par des Montagnes
couvertes de bois &de roches
,&nous vinſmes camperfur
le bord de l'Ebre , vis - à- vis de
Flix. Mr d'Estain avoit quitté
ce Camp le matin , & il eſtoit
campé vis-à-vis de nous au- deffous
de la Riviere , qui fait en
cet endroit - là un espece de fer à
cheval , au milieu duquel le Village
de Flix eftfitné. Mr d'Arennesy
estoit campé avec toutes
Ses Troupes , qui font plus nombreuſes
que les nostres , & celles
de Mr d'Estain . Demie – heure
aprés noftre arrivée, tous les bat-
-
GALANT 271
teaux arriverent , & on les vit
defcendre , vis- à- vis le Camp de
deMrd'Estain , poury construire
lePont.
Le 17. nous ſejournames. Ilfit
ce jour-là un fi gros vent , & la
Riviere estoit fi rapide à cause
d'un orage quil'avoit groſſfie , qu'-
on ne put travailler au Pont , ny
faire paffer le pain aux Troupes
qui estoient à Flix , &que nous
ne reçûmes que lefoir.
Flix
Le 18. nous partîmes pour venir
icy. S. A. R. paſſa au Camp
de Mr d'Estain poury voir travailler
au Pont , où ily avoitdéja
huit Batteaux de placez dans le
1
Zij
272 MERCURE
plus rapide , & on croit qu'il fera
fini aujourd'huy, l'Infanteriede Mr
d'Elain , vint avecnous. On a laif.
se seulement quelques Grenadiers
pourgarder la teſte du Pont ; La Cavalerie
à qui on n'avoit pû délivrer
le pain , viendra aujourd'huy , où
Suivant toute apparence , nous attendrons
Mr d'Arennes. Noussommes
à fix lieuës de Tortoſe ; d'od
nous apprenons qu'on fortifie la teste
du Pont , & qu'on travaille à une
Tenaille de ce coſté- cy ; il y a sous
le canon quatre Regimens d'infanserie
, campezavec le Regiment de
Cavalerie d'Aragon , &aux en
virons deux Regimens Allemans ,
un de Religionnaires , & un Anglois
; ils ne s'attendent pas d'estre
fi- toſt aſſiegez: par les mouvemens
GALANT 273
que Mr Langot se donne , rien ne
nous manque.
Au Camp de Ginestar , le 25.
May 1708 .
Le 19. du courant dans le temps
que nous croyons devoir finir le Pont
qui eftoit commencé devant Flix il
furvint une cruë d'eau , qui jointe
au mauvais fonds de la rivierefit
- chaßer les ancres des Batteaux ; de
maniere que nous perdimes toute ef
perance d'ypouvoirréüfir , & comme
nous estions fort prés des ennemis.
S. A. R. prit le parti de faire paffer
dans des bateaux plusieurs Bataillons
de l'Armée de Mr d' Arennes
, qui demeurerent ſur le bord de
La riviere ſans bagage , le 20. & le
21. pendant qu'on faisoit l'épreuve
274 MERCURE
d'un Pont fans ancres , qui paroif
foit bien reüſir.
Le 22. une partie de nos Troupes
paſſa les défilez qui estoient devant
nous , & vint nous joindre à Vin-
Ebre.
Le 23. nous partimes , &tous les
Batteaux descendirent jusqu'au deffous
de Mora , où l'on a deſſein de
faire lePont, &nous campames visà-
vis de cette Place , la riviere en
tre deux ,où noussejournames le 24.
&pendant ce temps , on fit paſſfer
dans de grands batteaux les quatre
Escadronsde Gardes du Corps , &
deux Regimens de Cavalerie , avec
les Gardes Valonnes , qui paſſerent
à la gauche de nostre Camp ,
pour ne pas perdre de temps à la
construction du Pont qui sefaisoità
La droite. Nous sommes partis le
GALANT 275
matin de ce lieu avec trente - neuf
Bataillons & preſqu'autant d' Efcadronspour
venircampericy , dans
un tres- bean Pays où ily a abondance
de fourages ; Mrd'Arennes est
auſſi venu camper de l'autre coſtéde
l'Ebre , à un Village nommé Berizanel
. Je crois que nous attendrons
icy que noftre Artilleriefoitpaſſéesur
le Pont, qui ſuivant toute apparence
sera fini demain , & en estat de
paffer toute la Cavalerie de Mr
d'Arennes ; quant au canon , nous
l'attendrons encore pluſieurs jours . Fe
ne vous parleray point de plusieurs
détachemens , qui se sont faits de
devant Mora pour aller chaßer les
ennemis de divers Poftes ; car ils ſe
fonttoûjours retirezdevant nosTroupes,
ſans nous laißer le temps de les
joindre. Mr de Zerezeda s'avança
276 MERCURE
à
juſquesfur le chemin de Tortoſe a
Tarragone , &il dégageafoixantecing
Prisonniers qu'on conduiſoit
cette derniere Place , & dont la
Compagniede Grenadiersde Charollois
faisoit partie ; il prit trente
hommes des ennemis qui les conduifoient.
A Leridale 26. May.
Le 21. nous apprimes que l'on
avoit dreſſsé un Pont de Barques fur
lequel les Troupes qui marchoient
de l'autre coſté avoient paſſsé pourse
joindre à S. A. R. & marcher de
concert avec fon Armée le long de
Cette riviere.
Le22. deux habitans de Reols
de la Selva dans la Plaine de Tarragone
, vinrent aſſurerque quelque
GALANT 277
envie qu'eut le Comte de Starremberg
de se mettre en Campagne , il
ne pouvoit en venir à bout tout luy
manquant pour cela. Ses Troupes
reftent toûjours dans leurs Quartiers
aux environs de Barbera & dans la
Plaine de Terragone , où elles vivent
aux dépens des Paysans , qui
ont eu le malheur de porter tout le
fardeau de la guerre. Les Troupes
lesplus mal entretenuësfont les Palatines
arrivées par le dernier débarquement.
Les ennemis preparoient
un détachement de quatre
bommes choiſis par Compagnie , au
nombre en tout de huit cens hommes ,
avec une partie de leur Cavalerie ,
- pour reconnoiſtre les environs deTorzose
, & eſſayer d'y jetter un Convoy
de vivres , &fur tout de bled
de farine , dont ily a grande di
278 MERCURE
fette dans la Place.
Le 23. on aſſura que les ennemis
n'avoient fait aucun mouvement ;
que le Comte de Staremberg effoit
toûjours dans son quartier àMonta
blanc , &qu'il y avoit rappellé les
Troupes qui estoient à Monçon ;
ainſi Mr de Fontboiſard n'aura pas
grande occupation de ce coſté-là.
Le 24. nousſçûmes que lequartier
General de S. A. R. estoit à
Ruina , & que Mr le Comte d'Ef
tain avecſon détachement estoit arrivé
à la vûë de Tortofe , & qu'il
s'estoitſaiſi des avenues . Que toutes
les Villes &les Villages evenoiene
avec empreſſement & avec joje à
L'obeiſſancedu Roy; que ceux deFalcete
s'estoient diftinguezpar un pre-
Sent de cinquante charges de vin &
autant de pain , qui avoient esté
GALANT 279.
diftribuées aux Soldats par ordre de
S. A. R.
Le mème jour dans la nuit onſçut
que le Comte de Staremberg estoit
parti en diligence pourBarcelonne ,
& que ſes troupes estoient toûjours
dans leurs quartiers,fanssçavoirce
qu'elles deviendroient. On foutauſſi
que la Flotte ennemie qui avoit touché
à Barcelone n'y avoit débarqué
aucunes Troupes ; mais seulement
quelque peu de bled , qui ne peutfuf
firepour ravitailler cette Place.
Toutes ces nouvelles ont esté confirmées
aujourd'huy 26. & l'on a appris
avecjoye que nos Troupes occu-
Poient fibien toutes les communications
&les paſſages de Tortoſe à la
Plainede Tarragone, aux Montagnes
de Pradas , &fur tout au Vil-
Lagede Perellos, qui est legrand che
280 MERCURE
min des Voitures , que les ennemis
n'avoient pas ofe riſquer de faire
entrer dans Tortofe le Convoy qu'ils
avoientprepare.
Le Journal de la Lettre ſuivante
, commençant au même
jour que finit celuy de la Lettre
precedente , j'ay crû qu'elle
devoit ſuivre naturellementcelles
que vous venez de lire.
Au Camp de Gineſtar, le
premierJuin .
Nous arrivames icy le 25. oùnous
fommes , 36. Bataillons , 44. Efcadrons
de Cavalerie& 12. Escadrons
deDragons. Noftre Pontfut achevé
Samedy 26 : à midy on commença
parfaire paßer deßus les équipages
:
GALANT 281
detoutes les Troupes qu'on avoit eſtè
obligé de faire traverſer dans des
Batteaux les jours precedens .
Le 27. une partie de l'Infanterie
de Mrd'Arennes , paſſa ledit Pont
pour relever celle que nous y avions
laiſſée pour en garder la Teste , &
qui nous vinrentjoindre .
Le 28. un de nos Partis détachez
pour s'approcher d'un Poſte des ennemit
, revint avec 14. Soldats qui deferterent
dudit Pofte, leurs Cama .
rades ayant pris la fuite d'auſſi loin
qu'ils nous apperçurent.
f Le 29. S. A. R. partit des 4.
heures du matin pour allerfaire faire
unfourrage à deux licuïs d'icy , dans
les Montagnes ; Mr de la Badie
avoit pris les divans à minuit avec
300. chevaux & Dragous , qui découvrirent
à la pointe du jour 5. o18
Juin 1708 . Aa
282 MERCURE
600 hommes tant Miquelets que
Troupes reglées qui se retirérentfur
des hauteurs à noftre gauche , où ils
ne firent pas un longsejour , ayant
apperçu 2000. hommes de noftre In.
fanterie , qui tachoientà les couper.
On pilla le Village à cause qu'ony
trouva plufiears mulles , qui nous
avoient esté priſes , &on revint du
fourage fans avoir perdu personne.
Depuis ce temps-là on est occupé à
faire un Retranchementsurunehauteur
à demie lieuë d'icy , vis- à-vis
Miravet , où l'on doit mettre 8. Bataillons
& 2. Escadrons que nous
attendons de l'Armée de Valence
ilsy reſteront pour affurer la Navigation
de la Riviere fur laquelle on
doit embarquer, toutes les munitions:
pour l' Artillerie & le Canon , dont
12. piecesde 24. venant de Lerida
GALANT 283
avec quelques Mortiers , font déja
arrivées de l'autre costé de la Riviere
; on aſſure que ce qui vient de
Bayonne , eft encore àsept ou huit
journées d'icy , d'où nous faisons estat
de partir dans trois ou quatre jours.
Il nous est venu aujourd'huy quinze
ou seize Deserteurs , & l'on croit
qu'ils feront ſuivis par beaucoup
d'autres.
Au Camp de Gineſtar , le 6.
Juin 1708 .
Le premier du courant S. A. R.
fit distribuer du pain pour trois jours
a un détachement de Troupes qui devoit
aller aux ordres de Mrde Kercado,
fous pretexte de s'emparer du
Poſte de la Madeleine du coſté de
de Garnia , & de favoriser la def
$
Aa ij
284 MERCURE
cente des Batteaux chargezdemus
nitions que nous attendions , & que
les ennemis vouloient infulter. Pour
cet effet ils avoient envoyé à Falceté
mille hommes de pied & cent cinquante
chevaux commandezpar un
Colonel Irlandois , qui est auservice
de l'Electeur Palatin .
Le même jour à fix heures dufoir
onfit un a utre détachement d'infanterie
& de Cavalerie , ſous pretexte
d'un fourage , qu'effectivement on
devoit faire le 2. du coſté de Tibife.
Toutes ces Troupes se joignirent à 8 .
beures du soir , & marcherent toute
la nuit , laiſſant à leur gauche le
chemin de Tibiſe que nos fourageurs
devoient prendre pour éviter les Miquelets
qui estoient de ce coſté-là ,
&sous lagarde desquels les ennemis
, qui estoient à Falceté fe repo-
1
GALANT 285
1
foient. Ces détachemens , qui faifoient
le nombre de trois millefantallins
& de huit cens chevaux ,
qui estoient commandez par Mr
Gaëtano , Lieutenant general des
Armées d' Espagne , qui avoit fous
luy Mr de Ceylo , Maréchal de
Camp ; Mrle Marquis de Lambert
, Brigadier , & Mrle Comte
deGline auffi Brigadier. Tous nos
fourageurs partirent d'icy à deux
heures du matin , & prirent la rou
te de Tibife . S. A. R. partit d'ici
à deux heures & laiſſant Tibise à
gauche , s'avança du coſté de Falceté;
nos fourageurs trouverent àTibife
les Miquelets ſur les Monta-
- gnes , qui les voyant ſans escorte
les attaquerent & en prirent quel
ques - uns , & obligerent les plus
- paltrons à s'en revenir. On crut tout
286 MERCURE
d'un coup icy que c'estoit une méprise ;
&que l'escorte s'estoit égarée. On
vint chercher du ſecours pour renfor.
cer quelques Dragons , qui ayant
eu ordre de porter leurs armes au
fourage , repouſſerent de leur mieux
les Miquelets ; mais c'estoit ſeulement
pour les amuser , puisqu'à la
petite pointe du jour on arriva à
Falcete; on crut tout d'un coup qu'il
n'y avoit plus personne , n'ayant
trouvé aucunes gardes avancées ;
mais les ennemis dormoient sur la
garde des Miquelets ; s'imaginant
que nous ne pouvions paffer quepar
Tibife. Sitoſt qu'ils nous apperçu.
rent , ils voulurent gagner en dili.
gence un défilé ; mais il n'y eut que
la Cavalerie qui y put parvenir ,
encore n'y arriva-t-elle pas toute ;
quant à l'infanterie accompagnée
GALANT 287
de quelques Miquelets voyant que
la retraite lay estoit coupée ,elle chercha
à grimper fur une Montagne , où
elle fut vivement poursuivie par nos
gens , qui l'accullerent contre ane
Roche , où elle battit la chamade ,
mit bas les armes , demandant
quartier. Ou leurtua du moins 400.
hommes . On ne fit aucun quartier
aux Miquelets , &nous avons pris
dans cette occafion un Colonel , un
Lieutenant - Colonel , un Major , &
environ trente autres Officiers dont
douze font Capitaines , avec cinq
cens trente - trois Soldats de diverſes
Nations ; mais la pluſpart Palatins
, & Troupes venuës d'Italie.
On a envoyé tous les Prisonniers en
Caſtille. Nous n'avons perdu que
dix-huit à vingthommesſeulement
Mrde Zerezedu . Çolonel Espagnola
288 MERCURE
eutfon cheval tué fous luy dans cette
action , qui luy attira des loüanges
de Monfieur le Duc d'Orleans. Son
Alteſſe Royale arriva à Falceté
dans le temps que l'action finiſſoit.
On trouva dans ce Village,ſitué à
cing grandes lieues du Camp , quel
ques barils de poudre , cinq cens
mousquets , quantité de bales&de
bagages ,qui furent pillez.
Ce Prince apprit le 4. que Mr
de Vallejo qu'il avoit envoyé du
costé de Parello fur le chemin de
Tortoſe àTarragone ,y avoit enlevé
mille boeufs ou vaches &fix mille
moutons , qui estoient en pature aux
environs , &deſtinezpour la provi
fionpendant lefiege . Il arriva hier
icy avec fon butin , augmenté de
cent cinquante chevaux ou mules ,
après avoir défait les Miquelets
qu'on
GALANT 289
qu'on avoit envoyez pour s'opposer à
fa retraite , dont ila ſeulement amené
huitprisonniers , S. A. R. donna
ordre qu'on distribuaft tout le bétail
aux Troupes.
Nos batteaux & nos munitions
arriverent hier à Flix. Nous fai
fons aujourd'huy un fourage general,
& nous partirons inceſſamment
pour Tortofe.
Du Camp de Ginestar , le.7.
Son Alteffe Royale fit défai.
re le Pont , afin de faire paßer les
Batteaux d' Artillerie , dont quelques-
uns s'aßablerent , & l'on fut
obligé de les alleger. Mrle Marquis
de Bezons partit d'icy avec trois
Brigades d'infanterie , & quatre
Regimens de Dragons , pour aller
Juin 1708 .
Bb
290 MERCURE
camper 2. lieuës en avant ; il nous
vint ce jour- là 70 deferteurs , 25. def.
quels eftoient fortis d'un poste de so.
hommes, commandezparunCapitaine,
un Lieutenant,Gun Enseigneque
Mr de Vallejo enleva ensuite , avec
le reste de leurs Troupes ; on enleva
auſſi quelques petits Poftes , de ſorte
que nous eûmes environ 150. prifonniers.
Tous les defertears conviennent
que les Troupes ennemies ne
fontpaspayées , & que depuis qu'elles
ont esté débarqués en venant d'I
les Soldats n'avoient requ
qu'un écu chacun. S. A. R. estpartie
cette nuit à deux heures pour aller
joindre Mr de Bezons , qui doit
aller camper àfixheures d'icy. Nous
devons demain partir avec le reste
de l'Armée pour l'aller joindre. Ce
Prince a commandé un grand nom.
talie
د
GALANT 291
bre de Travailleurs pour élargir les
chemins.
S. A. R. dont la prévoyan.
ce eſt grande en toutes choſes ,
avoit ordonné avant tous ces
heureux avantages , à l'Intendant
de Guyenne, de faire acheter
quinze cens boeufs , & de
les envoyer à ſon Armée ; elle
avoit auſſi ordonné à celuy de
Montauban de luy envoyer
un pareil nombre de boeufs
qu'on devoit faire partir du
Rouſſillon , & mille pour les
Hôpitaux de l'Armée avec د
beaucoup de moutons. Mr de
Meliand Intendant de l'Armée
, s'eſt donné tous les ſoins
neceſſaires pour l'execution des
ordres de S. A. R. & tout ce
Bbij
292 MERCURE
bétail ſera arrivé à l'Armée de
ce Prince , long- temps avant
que vous receviez ma Lettre .
On a fait auſſi acheter en Aragon
quantité de bled pour la
même Armée.
Je ne fermeray pas ma Lettre
ſans vous donner encore des
nouvelles de l'Armée de Son
Alteſſe Royale , & de celle de
Mr le Duc de Noailles . Cependant
je paſſe à quelques Articles
de Morrs .
Dame N ... Hennequin
d'Hecquevilly , Femme de Mre
N ... de Gigault Marquis de
Bellefonds , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , Gouverneur
de Vincennes , & Petit-
Fils de feu Monfieur le MareGALANT
293
chal de Bellefonds , eſt morte
en couche , & dans une grande
jeuneſſe. Elle étoit Fille de Mre
André Hennequin Chevalier
Seigneur Marquis d'Ecquevilly
& de Frênes . Seigneur de Balaſtre
, de Boüafle , de la Müette
de Verigny , de Goüillons , de
Prêle & autres Lieux , Baron
d'Heſt en Artois , & Capitaine
General des Toiles de Chaſſe ,
Tentes & Pavillons du Roy , &
de l'Equipage du Sanglier. Il a
fuccedé à feu Mre N ... Hennequin
Seigneur deſdits Lieux ,
& qui avoit la même Charge ;
il en préta Serment à Fontainebleau
, entre les mains du Roy ,
le 27. Juillet 1659. Il eſt d'une
Naillancetres confiderable. Mr
Hennequin dont le Pere étoit
Bb iij
294 MERCURE
François , cy - devant Procureur
General du Grand Conſeil , qui
refuſa d'eſtre Premier Preſident
> de Roüen , lorſque Monfieur de
Montholon fut nommé à cette
Pace , & dont le Fils eſt Antoine
- Jofeph Sieur de Charmont,
cy- devant auſſi Procureur
General du Grand Conſeil , &
auparavant Conſeiller auGrand
Conſeil , Grand Raporteur , &
cy- devant Ambaſſadeur à Venife
, & aujourd'huy Secretaire
de la Chambre & du Cabinet
du Roy , pour le Quartier d'Oc
tobre , font de la même Maiſon
que Mr. le Marquis d'Ecquevilly.
Ce nom eſt fort connu
dans la Robbe ; la Famille des
Hennequins a donné des Evêques
à l'Egliſe & des Officiers
GALANT 295
ト
à toutes les Cours Superieures
de cette Ville . Mela Marquiſe
de Bellefonds n'étoit mariée
que depuis deux ans å Mr.
le Marquis de Bellefonds Capitaine
&Gouverneur du Château
& Parc de Vincennes , &
des Chaſſes dudit Lieu ; elle
laiſſe un Fils . Je vous ay fait
un affez grand détail de la Maifon
de Bellefonds ; en vous apprenant
dans une de mes dernieres
Lettres le Mariage de
Melle de Bellefonds avec Mr le
Marquis de Fervaques.
Soeur Antoine d'Albert -
Chaulnes Abbeſſe du Monaſtere
Royal de S. Pierre de Lyon ,
eſt morte dans un âge afſezavancé
, avec de grands ſentimens de
picté , & aprés avoir reçû tous
1
Bb inj
f
296 MERCURE
les ſecours ſpirituels de la main
même de Mr l'Archevêque de
Lyon , qui l'a viſitée pluſieurs
fois , luy a adminiſtré les Sacremens
, & donné les dernieres
Benedictions . Elle avoit pris
P'Habit & fait Profeſſion en
l'Abbaye aux Bois de Paris ; qui
eſt de l'Ordre de Citeaux , &
elle obtint enſuiteune Diſpenſe
ſur la Nomination du Roy , pour
eſtre transferée dans l'Ordre de
S, Benoiſt , dont eſt l'Abbaye de
S. Pierre : Elle y a fait de grands
embelliſſemens , & elle y a fait
élever les ſuperbes Bâtimens
que tous les Etrangers qui paffent
par Lyon , y vont admirer ,
& qui le diſputent avec les plus
beaux de cette eſpece qui font en
Europe. Elle a gouverné ſa
GALANT 297
Communauté avec une grande
Sageſſe , mais en même temps
avec la ſeveriré que les Abbeſſes
doivent avoir , depuis l'an 1672 .
qu'elle fucceda à la Soeur Anne
d'Albert - Chaulnes , qui mourut
le 4. Février de la même
année , aprés avoir eſté 22. ans
Abbeſſe . Elle avoit deux autres
Soeurs Religieufes , ſçavoir Marie-
Magdeleine- Urbine - Thereſe
, Coadjutrice, puis Abbeſſe
de l'Abbaye aux Bois , morte en
1687. & Charlotte Prieure perpetuelle
du Monastere Royal de
S. Loüis de Poiſſy , depuis 1669 .
juſqu'à l'année derniere qu'elle
mourut . Madame de S. Pierre
avoit eu quatre Freres , ſçavoir
Henry- Loüis Duc de Chaulnes,
* Pair de France , & c. Charles I ,
298 MERCURE
Marquis de Raineval ; Charles
II . Duc de Chaulnes Pair de
France , Commandeur des Ordres
du Roy , Gouverneur de
Bretagne , & enſuite de Guyenne
; & enfin , Armand , dit l'Abbé
de Chaulnes ; les Enfansd'Henry
Loüis , & de Charles II . fontparvenus
à tous les honneurs
que leur grande Naiſſance pouvoit
leur faire eſperer. Ils
étoient fortis du Mariage d'Honoré
d'Albert Duc de Chaulnes
Pair & Marechal de France,
Vidame d'Amiens , Seigneur de
Pequigny & de Raineval , & qui
avoit d'abord porté la qualité
de Seigneur de Cadenet , petit
Fiefdu Comtat Venaiſſin , & de
Charlotte d'Ailly Comteſſede
Chaulnes , Fille unique & heri-
1
GALANT 299
tiere de Philibert Emmanuel
d'Ailly Seigneur de Pequighys
de Raineval, Vidame d'Amiens,
Chevalier des Ordres du Roy ,
& de Loüife d'Ognies Comteſſe
de Chaulnes & Dame de Magny.
Monfieur le Marechal de
Chaulnes étoit le ſecond Fils
d'Honoré d'Albert Sieur deLuines
, & Frere Puiſné du celebre
Connétable de ce nom , qui en
s'élevant éleva tous fes Freres.
Une Tradition domestique porte
, que la Maison d'Albert étoit
établie dans le Comtat Venaiſſin ,
Sous le Pape Innocent VI. Mais
ce qu'il y a de fûr , c'eſt qu'elle
s'eſt fort élevée dans le dernier
fiecle ,& qu'il y eut une grande
difference entre Honoré d'Albert
Sieur de Luines dans ce
300 MERCURE
Comtat , & ſes trois Fils qui
vinrent en France,& dont l'aîné
porta la qualité de Connétable
de France ; le ſecond celle de
Marechal de Chaulnes ; & le
troiſieme , d'abord connu ſous
le nom de Monsieur de Brantes ,
dont Mr. de Baſſompierre parle
dans ſes Menoires, celle de Duc
de Luxembourg , dont il épouſa
l'heritiere . Cet Honoré dont
je viens de parler , fervit pourtant
utilement le Roy Henry le
Grand , à ce que diſent quelques
Hiſtoriens , & fes Filles ſe
marierent aſſés avantageuſement
; Marie épouſa Claude ,
ditdu Roux , Seigneur de Bonneval
& de Combalet ; elle fut
Mere d'Anne , mariée à Charles
deCrequy Comte de Canaples:
GALANT 301
Antoinette épouſa en premieres
Nôces le Seigneur du Vernay,
& en ſecondes , Robert de la
Marck Duc de Boüillon , Comte
de Braine ; elle mourut à Paris
en 1644. Loüife épouſa Antoine
de Villeneuve Marquis de
Mons , Baron de Baux & Gouverneur
de Honfleur en Normandie
, mort âgé de 108. ans ,
en 1682. & une Fille qui ſe fit
Religieuſe . Anne de Rodulf fut
Mere de toutes ces Dames.
Quand Madame de Chaulnes
alla prendre poſſeſſion de l'Abbayede
S. Pierre , elle mena avec
elle Mede Chevry , qui avoit
eſté auſſi Religieuse de l'Abbaye
aux Bois ; & aprés quelques
années elle obtint une difpenſe
pour luy faire changer
302 MERCUR
d'Ordre , & la fit Grande Prieure
de S. Pierre . Cette Dame ,
dont l'eſprit étoit ſi connu , &
qui eſt morte depuis quelques
années , poſſedoit toute la confiance
de Madame de S. Pierre ,
&gouvernoit toutes ſes affaires;
elle étoit de Paris , & parente
de Mr le Preſident de Chevry .
.Dame Elifabeth d'Hamilton ,
cy- devant Dame du Palais de la
Reine , veuve de feu Mre Philibert
Comte de Grammont ,
Vicomte d'After , Seigneur de
Semeac , Commandeur des Ordres
du Roy , cy devant Gouverneur
de la Rochelle & Pays
d'Aunis , eſt morte âgée de 67.
ans. Quoique cette Dame ait
brillé par la beauté , elle s'eſt
encore plus fait admirer par ſa
GALANT
303
vertu & par la folidité de ſon
eſprit : auſſi étoit- elle confiderée
de tout ce que la Coura de
plus élevé . Elle avoit toûjours
vécu d'une maniere qui devoit
empêcher qu'elle apprehendat
les approches de la mort : Cependant
elle a fait connoître
que les plus juſtes la doivent
craindre dans ces terribles mo- -
mens. Elle étoit d'une des plus
illuſtres Maiſons d'Ecoſſe , puifque
les Ducs d'Hamilton & les
Ducs d'Athol font de la premiere
Nobleſſe de ce Royaume .
Mr le Duc d'Hamilton aujourd'huy
Chef de cette grande
Maiſon en Ecoſſe , en eſt un des
plus grands Seigneurs . Il s'eſt
trouvé un Milord Hamilton
dans les Troupes Angloiſes qui
304 MPRCURE
ont paſſé en Catalogne , & l'Archiduc
l'a envoyé audevant de
l'Archiducheſſe ſon Epouſe ,
pour la complimenter de fa
part , ayant voulu faire choix
pour cette Commiſſion , d'un
Homme des plus qualifiez de
ſa Cour. La Branche aînée de
la Maiſon d'Hamilton s'eſt éteinte
dans celle de Douglas ,
il y a déja du temps ; celle de
Douglas eſt auſſi une des plus
illuſtres d'Ecoſſe. La Maiſon
d'Hamilton étoit déja connuë
en ce Royaume- là, ſous le Roy
Robert Bruys , & avant que la
Maiſon Royale de Stuart , avec
laquelle elle s'eſt ſouvent alliée
, montât ſur le Thrône ,
c'eſt-à dire avant le 14º fiecle;
& ce n'eſt pas d'aujourd'huy
GALANT 305
qu'elle a eſſuyé des diſgraces
& des revolutions. Patricius
Hamilton a eu la qualité de
Martyr , & fut immolé à la fureur
des Rebelles qui inonderent
l'Ecoſſe il y a un grand
nombre d'années. Un Jean Hamilton
Archevêque en Ecoſſe ,
fit beaucoup parler de luy en
ſon temps. Le fameux Cardan
fit une ridicule prediction touchant
ce Prelat , & qui ne luy
convenoit gueres. Mr Bayle a
éxaminé la verité de cettehoroſcope
, dans ſon Dictionaire
critique.
Mela Comteſſe de Grammont
avoit deux Freres , qui font icy ,
& qui fe font tous deux diſtinguez
dans le Service , ſçavoir
le Comte Antoine & le Conte
Juin 1708 . Cc
١٠
306 MERCURE
Richard ; le premier eſt Colonel
d'Infanterie , ſon Regiment
qui porte le nom de Medoc a
porté autrefois celuy de Jerzés
c'eſt un Corps tres - confiderable
; le ſecond joint à une valeur
ſouvent éprouvée , ſur tout
dans toutes les actions de cette
derniere guerre , une grande
delicateſſe d'eſprit ; il parut-il
à quelques années une Lettre
en Profe & en Vers qu'il écrivit
à Mr le Comte de Grammont
fon beau frere , fur les
operations de la Campagne , qui
luy fit beaucoup d'honneur.
Mela Comteſſe de Grammont
a eu deux filles de fon mariage ,
Me la Comteſſe de Staffort &
Me l'Abbefſſe de Pouſſey en Lor.
raine , connue auparavant ſous
GALANT 307
- Te nom de Mlle de Semeac. Mr
le Comte Staffort , époux de la
premiere , fait fſon ſejour à Bruxelles
; il eſt de l'illuſtte Maifon
Howart , l'une des plus
grandes d'Angleterre , & qui
a produit la branche de Nort-
* folk , dont eſtoit Philippe Thomas
Howart de Nortfolk , Cardinal
du Titre de Sainte Cecile ,
= Prelat Aſſiſtant de quatre Con-
-gregations, & qui aprés eſtre
forti de l'Ordre des Jacobins ,
avoit eſté premier Aumônier
de la feue Reine d'Angleterre .
11 eſtoit fils du celebre Thomas
Howart , Duc de Nortfolk ,
-Comte d'Arondel & de Surie ,
GrandMaréchal d'Angleterre ,
& Chevalier de l'Ordre de la
Jarretiere. Cette premiere bran-
;
:
Ccij
308 MERCURE
che eſt alliée à la Maiſon du
Boſc - Normanville en France ,
qui a donné un Chancelier à ce
Royaume . Le pere de Mr le
Comte Staffort perdit la teſte
fur un échafaut dans une perſecution
qui s'éleva contre les
Catholiques en Angleterre ſous •
le regne du feu Roy Charles II .
On les accuſa d'avoir trempé
dans une conjuration contre
l'Etat , & le Comte Staffort
leur prétendu Chef, fut lavictime
de la rage de ſes ennemis .
Ce nom n'eſt pas heureux : le
celebre Comte Staffort d'où celuy
d'aujourd'huy eſt iſſu , fut
la premiere victime de la fureur
des Rebelles ſous le Roy
Charles I. CePrince infortune
eut la foibleſſe de conſentir à la
د
GALANT 309
-
1
mort de ce fidelle Serviteur ,
à laquelle les Parlementaires
l'obligerent de confentir, en luy
faiſant infinuer que ce conſentement
aſſureroit ſa vie ; mais
la mort de ce malheureux Comte
n'empêcha pas la fienne.
Mr le Comie de Grammont
eſtoit frere du Maréchal Duc
de ce nom , oncle de Mr le Duc
de Grammont d'aujourd'huy ,
& grand oncle de Mr le Duc
de Guiche . Je ne vous en diray
pas davantage , vous ayant amplement
parlé de cette Maiſon
dans le temps de la mort de feu
Mr le Comte de Grammont.
La Lettre que vous allez lire
en renferme une autre de Monfieur
, le Duc d'Orleans , qui fait
connoiſtre que ce Prince parte
310 MERCURE
de ce qui le regarde avec une
modeſtie qui doit luy attirer de
grandes louanges. On voit auffi
par une autre Lettre de cePrince,
que tout le reſte du détachement
dont il a parlé dans ſa premiere
Lettre , a eſté entouré &
pris.
Du Camp de Monçon , ce 8 .
Juin 1708.
Nous sommes icy dans un petir
Camp ſeparé de la grande Armée.
Rien n'échape à la prévoyance de
Monseigneurle Duc d'Orleans . Il
a cru avec beaucoup de raison qu'il
estoit important de laiſſfer icy quelques
Troupes à la garde du Pont &
des Frontieres de l'Arragon. Nous
fommes demeurezicy avec une BriGALANT
I
gade de Cavalerie &un bon Corps
d'Infanterie , ſous les ordres de Mr
de Fontboiſard , qui est indisposé
&qui est fort foulagé dans toutes
nos operations par Mr le Marquis
de S. Germain- Beaupré, qui ne s'épargne
en rien. La Riviere commence
à estre quéable , & cela nous
tient en haleine . Nous ne ſommes
pas fans occupation ; & nous voyons
tous les jours qu'il n'a pas esté hors
de propos de laißer icy quelques
Troupes. S. A. R. nous afait l'honneur
de nous écrire , ce qui s'eſt paffé
àfon Armée. Voity la copie de la
Lettre de ce Prince.
DU CAMP DE GINESTAR ,
le 3. Juin .
Il s'eſt paffé une petite affai312
MERCURE
de ce coſté- cy. Les Ennemis
avoient douze cens hommes
dans Falceté avec quatre cens
chevaux & douze cens Miquelets
répandus aux environs. Je
fis avant hier au foir , pour couvrir
un fourage que je voulois
faire de ce coſté- là , un détachement
de trois mille hommes
de pied & de huit cens chevaux,
qui marcha toute la nuit , &
arriva à Falceté à la pointe du
jour. Les Ennemis voulurent
l'abandonner , mais ils ont eſté
ſuivis de ſi pres , qu'il y en a eu
quatre à cinq cens de tuez,& environ
fix cens faits priſonniers ,
avec tous les Officiers de leur
détachement. Nous n'avons eu
qu'un Officier legerement blefſée
; & quinze Soldats tuez ou
bleffez ,
GALANT 313
bleſſez ; & noſtre fourage s'eſt
fait tranquilement & abondamment
.
Hier 7. Juin nous reçumes une
autre Lettre de S. A. R.parlaquel.
le elle nous fait l'honneur de nous
apprendre que tout le reſte de
l'Infanterie reglée avoit eſté
depuis entourée & priſe avec le
Commandant dudétachement .
L'Armée doit s'estre mise en
marche d'hier 7. Juin , pour al .
ler droit à Tortofe. S. A. R.na
differé ce fiege que dans la neceſſice
d'attendre pour cela un dernier Convoy
de munitions qui vient sur l'Ebre
, & qui doit eftre arrivé le 5 .
On n'a rien épargné pour luy faire
faire plus de diligence ; mais il n'a
pas esté poſſible dele faire arriver
Juin 1708 .
Dd
314 MERCURE
plutoft. On ne croit pas que les Ennemis
veüillent s'obstiner à deffendie
Tortoſe, & qu'ils veüillent s'expofer
à y perdre une partie de leurs
Troupes , dont ils auront grandbefoin
dans lafuite.
Quoy que l'Article ſuivant
ne ſoit pas nouveau , il merite
neanmoins , d'avoir place icy ,
& l'on ne peut trop marquer le
zele pour Sa Majeſté de ceux
qui le font paroiſtre , fur tout
pardes Prieres publiques .
Mrs les Maires , Lieutenant
&Pairs de la Ville & Commune
de Beauvais , firent chanter
un grande Meſſe en Muſique à
dix heures du matin , en l'Egliſe
de Saint Eſtienne le Mardi pre.
mier du mois de May dernier ,
GALANT 315
pour remercier Dieu de la grace
qu'il a plû au Roy d'accorder
à cette Ville pour la Commutation
duTaillon enTarif.Cette
ceremonie fut tres - magnifique ;
tous les Corps de la Ville qui y
avoient eſté invitez , y affiſterent
; & la Nobleſſe du Beauvoiſis
qui eſtoit alors à Beauvais
s'y trouva auſſi , & même
les Gentilshommes de la Campagne
qui purent y venir , affifterent
à cette Meſſe , à la fin
de laquelle on chanta un Te
Deum en Muſique. On tira enſuite
pluſieurs boëttes , & la
Feſte finit par un tres - grand
repas que donnerent Mrs les
Maires & Officiers , où les fantez
du Roy & de toute la Miſon
Royale furent buës au brit
1
Ddij
316 MERCURE
de la Mouſqueterie. La grace
que Sa Majesté vient d'accorder
à cette Ville eſt tres - confiderable
, & elle merite bien la
reconnoiſſance de ſes Habitans .
Ce Prince en l'accordant a dit
à Mr le Cardinal de Janſon ,
qu'il estoit bien aise d'accordercet.
te grace à une Ville qui luv avoit
toujours efté tres affectionnée .On y a
fait des Prieres pendant pluſieurs
jours pour Sa Majeſté à
cauſede cette conceffion .
Mr de Leſnerac de Mefniville,
a été reçuChevalier de l'Ordre
Royal de Noftre Dame de
Mont-Carmel & de Saint Lazare
de Jerufalem , dans l'Egliſe
des Carmes des Billettes , par
Mr le Marquis de Dangeau ,
Grand - Maistre de cet Ordre.
GALANT 317
1
1
२
Le merite de ce Gentilhomme
eſt connu. Il a ſervi en qualité .
d'Aide de Camp dans les Armées
de Sa Majeſté. Il a eſté enfuite
Commiſſaire & Controlleur
de la Marine dans les Ports
de Cherbourg & du Havre , où
il a ſervi avec beaucoup d'honneur
& de diſtinction pendant
plus de vingt- quatre années.
Les Officiers de cet Ordre &
pluſieurs Chevaliers aſſiſterent
à la Meſſe & aux Ceremonies
qui ſe firent à l'occaſion de
ſa reception . L'Aſſemblée fut
nombreuſe & choiſie , à cauſe
du grand nombre de parens &
d'amis de ce Chevalier qui
avoient pris ſoin d'en avertir
leurs amis qui furent témoins
de ſa pieté édifiante. Il a eu l'a-
7
Dd iij
318 MERCURE
1.
vantage d'avoir pour témoins
de la conduite & de ſes ſervices
, Mrs les Maréchaux de
Choiſeul & de Joyeuse', ainſi
que Mr de Canify , Evêque de
Limoges. De pareils témoignages
ſont des preuves éclatantantes
du merite de ce nouveau
Chevalier.
Je dois ajoûter icy qu'eſtant
Commiſſaire Ordonnateurde la
Marine à Cherbourg , il a cu
l'honneur de recevoir chez luy
Sa Majesté Britannique ; des
Maréchaux de France ; des Officiers
generaux des Armées du
Roy; de même que des Intendans
de Mer & de Terre , ainſi
qu'il eſt porté par le Certificat
deMrde Beaujeu , aujourd'huy
Commandant du Havre , qui
GALANT 319
commandoit alors à Cherbourg.
Jene dis rien des ſervices que
Mr le Chevalier de Mefniville
a rendus à l'Etat , & à divers
Officiers de Marine , dans des
occafions fâcheuſes & dont le
ſouvenir doit être effacé par les
grands avantages que nous
avons remportez ſur Mer depuis
ce temps - là , & par les Batailles
Navales que nous avons
gagnées .
Je vous envoye la ſuite du
Journal de l'Armée de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
dans laquelle vous trouverez
un nombre infini de particularitez
dont toutes les nouvelles
publiques qui ont paru depuis
le commencement du mois ,
n'ont point parlé...
Dd iiij
320 MERCURE
Je dois vous avertir que fi
vous trouvez quelques jours
ſans eſtre remplis , mon filence
ne proviendra que de cequ'il
ne ſe ſera rien paſſé de confiderable
ces jours- là .
Le 28 de May , Mr Pasteur
fameux Partiſan , & fott craint
des Ennemis , n'étant accompagné
que de ſept hommes, leur en
prit trente & un , qui alloient à
la paille dans un Village.
Le 29. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne ſe donna tous les
mouvemens que ce Prince ſe
donne ordinairement chaque
jour. Il monta à cheval , &
donna differens ordres qui
furent éxecutez avec toute la
vivacité & toute la ponctualité
qu'on éxecute tous ceux que
د
GALANT 321
donne ce Prince , à qui rien
n'échape , & qui fait attention
à tout.
Il y eut un grand Fourrage
le 31. auprés de l'Abbaye de
Cambron. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , Monſeigneur le
Duc de Berry , & Monfieur le
Chevalier de Saint Georges ,
ſe trouverent à ce Fourage , où
Monfieur de Vendôme n'alla
pas , parce qu'il eſtoit incom.
modé.
Le premier de Juin , Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
partit de Soignies à 9. heures
du foir , pour ſe rendre au Camp
de Braine- laleu , où il n'y avoit
pas d'apparence que l'Armée
pût arriver que le lendemain
aprés Midy. Je dois marquer
322 MERCURE
icy , pour bien faire connoître
la beauté de la Marche hardie
& perilleuſe que ce Prince fic
faire ce jour- là à ſes Troupes ,
que Milord Marlboroughavoit
peu de temps auparavant , fait
un mouvement qui leur fermoir
le chemin de Leſſines à la
gauche , & celuy de Nivelles
à la droite. Il avoit mis fa
droite à Sainte Croix, le Boisde
Trion audevant , & fa gauche
à Lembeek ſur la Senne , le
centre à S. Ernelle. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
devoit eſtre dans un grandembarras
; car s'il marchoit par
la gauche , qui étoit à Cauchie-
Notre- Dame , il falloit eſſuyer
un Combat d'Infanterie à Stein .
kerque , qui ne pouvoit eſtre
GALANT 323
i
:
avantageux ; & s'il marchoit
par la droite à Naaſt vers Nivelles
, les Ennemis pouvoient
attaquer ſon Avant - Garde ,
après avoir paſſfé la Senne. Ils
avoient le tiers moins de chemin
à faire que fes Troupes ,
en cas qu'ils n'aimaſſent pas
mieux venir attaquer l'Arriere-
Garde par Braine- le Comte.
Il eſt aiſé de voir que cette
Marche étoit fort dangereuſe;
cependant Monſeigneur le Duc
de Bourgogne aprés y avoir fait
toute l'attention neceſſaire , &
avoir pris des meſures qu'il crut
jaſtes , & qui l'étoient en effet ,
reſolut de l'entreprendre , puifqu'il
auroit fallu, ſi ce Prince
n'eût pas pris ce party , qu'il fût
rentré dans ſes Lignes avantIs
324 MERCURE
:
jours . Après qu'il eût renvoyé
les gros Equipages vers Mons ,
&les menus du côté de Caftiaux
, l'Armée ſe mit en marche
à 8. heures du foir , aprés
la retraite , & dans un fort bon
ordre . Monſeigneur le Duc de
Bourgogne étoit à la tête de
l'Infanterie de la premiere Ligne
, & toutes les Troupes qui
aiment ce Prince , & qui ont
beaucoup de confiance en luy ,
le ſuivirent avec joye. Il leur
avoit fait diſtribuer du pain
pour quatre jours. La marche
ſe fit par Naaſt , par les Eſcauffines
d'Enghien , & par Felluy ,
& l'Armée paſſa la Senne à Arquenne
& à Notre Dame de
Bon- Conſeil , pour aller ſe mettre
en Bataille à la hauteur de
GALANT 325
Nivelles , aprés avoir paſſé le
Ruiſſeau .
La marche qui avoit commencé
le premier , ainſi que vous
venez de voir , continua le 2-
juſques bien avant dans la journée
; & comme rien ne pouvoit
faire connoître que les
Ennemis vouluſſent traverſer
la marche de l'Armée , on s'avança
, & on ſe campa , la droite
à Genape , & la gauche à Braine-
Laleu.
On doit remarquer que cette
- marche n'eſt pas fans un grand
merite , & qu'elle donne beaucoup
de gloire à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
puiſque les Ennemis , s'ils fuffent
venus paſſer à Braine- le-
Château , auroient eu beau-
وج
326 MERCURE
coup moins de chemin à faire
que l'Armée , quoiqu'il n'y eûr
que trois petites lieuës d'un
Camp à l'autre.
Milord Marlborough , qui
avoit mandé en Holande qu'il
attaqueroit les François au premiermouvement
qu'ils feroient ,
fit tout le contraire , puilqu'-
auſſitoſt qu'il eut appris qu'ils
s'eſtoient mis en marche , il decampa
avec une precipitation
qui fatigua extrêmement ſes
Troupes pendant une pluye
continuelle , & lors qu'il eut ap.
pris que 6000. Grenadiers s'étoient
approchez d'Ath , comme
s'ilseuſſent voulu l'inveſtir ,
il crut que l'on vouloit aſſieger
cette Place, de maniere que l'on
peut dire qu'il fut ſurpris deux
GALANT 327
fois , l'une par le décampement
deMonſeigneur le Ducde Bourgogne,
dont il n'avoit pas pris
d'aſſez juſtes meſures pour eſtre
averty , & l'autre par la feinte
que fit ce Prince d'aller du côté
d'Ath. Lorſque ce Milord
décampa , la plus grande partie
de ſa Cavalerie étoit au fourage
, & éloignée de 4. ou 5 .
lieuës , de maniere que cette
Cavalerie n'ayant pu entendre
les ſignaux, il fut obligé de l'envoyer
avertir de ſuivre l'Armée;
&la crainte qu'elle eut d'eſtre
chargée par les 6000. Grenaniers
, l'obligea de quitter le
fourage avec tant de precipitation
, que les. Cavaliers laifferent
dans la campagne plus
de 18000. troufles qu'ils ne pû,
328 MERCURE
rent emporter. Cette retraite
pendant laquelle les Ennemis
perdirent environ 2000. Chevaux
, fans compter un grand
nombre de Soldats qui deterterent
, ſe fit avec tant de confuſion
, qu'elle reſſembla beaucoup
plus à une fuite qu'à une
retraite; de forte que tout fut
en alarme dans Louvain & aux
environs . Les Ennemis allerent
camper à Anderlecht , & lelendemain
à Roſcapel , entre Bruxelles
& Louvain , où Marlborough
parut bien chagrin de
s'eſtre laiſſé prendre pour dupe.
En effet , il avoit lieu de l'eſtre,
puiſque nous étions dans un
Camp où l'on pouvoit vivre à
ſouhait , d'où l'on pouvoit tirer
des vivres de tous côtez , & d'ai
GALANT 329
1
4
nos partis pouvoient fort incommoder
ſes Troupes par la
Foreſt de Soignies .
Le 3 on travailla à ſe bien
établir dans le Camp.
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
alla le 4. viſiter les Troudes
de la Gauche & des Reſerves.
Le même jour ce Prince
fit fourager en arriere vers le
Bois de Nivelles , & ilalla voir
la Chapelle de Vaterloo , qui
eft fur le bord des Bois de
Soignies .
Le 5. Monseigneur le Duc
de Bourgogne monta à cheval
pour faire faire des communipations
à la droite , afin de la
mettre tout - à- fait à Genape ,
où ce Prince fit camper quelques
Regimens d'Infanterie :
Juin 1708. Ee
330 MEROUR E
cependant il laiſſa toûjours la
gauche à Braine- Laleu , qui eſt
entre les deux Lignes. 1
Le matin du 6. on fit fortir
un détachement de s . à 600
Chevaux & de 200. Fantaſſins :
ce détachement marcha vers
Niel- Saint-Vincent , fur Corbais
pour reconnoîſtre. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne &
Mr de Vendôme allerent julqu'à
Hulpes , & ces Princes impatiens
d'entreprendre quelque
choſe , & voulant tout voir par
eux-mêmes , eſtoient ſouventen
mouvement depuis leur arrivée
dans ce Camp , & alloient fur
les Hauteurs & fur les Epinates
d'où ils découvroient Bruxelles
& ſes environs ,
Le 7. jour de la Feſte de Dieu
GALANT 331
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
fit faire la proceſſiondans
la place de Braine- Laleu , où
ce Prince aſſiſta aprés avoir fait
ſes devotions, & il monta à cheval
aprés ſon dîné. Le matin du
mêmejour,Milord Malborough
accompagné de pluſieurs autres
Officiers Generaux , & eſcorté
par foo . Chevaux du Piquet ,
alla reconnoiſtre les paſſages &
le terrein le long de la Dyle.
Le 8. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne fit la revuë d'une
partie de l'Armée. Ce Prince
vitla premiere ligne & une partie
de laſeconde de la droite , &
de la reſerve de la droite.
Le 9. Monſeigneur le Duc de
Bourgogne paſſa le reſtede l'Armée
en revue , & comme il fit 1
Ecij
332 MERCURE
ces revuës avec une tres -grande
attention , & qu'il examina
les Troupes preſque homme par
homme, il les trouva tres belles,
& même au deſſus de ſon attente
& de ceux qui l'accompagnoient.
Ce Prince toûjours attentif
à tout ce qui regarde
l'employ d'un grand General ,
fit border le bois de Boffut par
de l'Infanterie , afin d'affeurer
les Convois qui venoient de
Charleroy. Un de nos partis
enleva ce jour là 56. chevaux
du Regiment de Grovenſtein
qui y eſtoit allé fourager avec
d'autres . Les Partis des Alliez
n'avoient pas la méme facilité ,
à cauſe que les François pouvoient
fourager derriere eux &
autour de leur Camp.
GALANT 333
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
reçut le 10. à ſon coucher
un paquet de Mr de Saillant
Commandant de Namur :
il mandoit à ce Prince qu'ilavoit
envoyé en party.70. Maîtres avec
Mr du Moulin , pour apprendre des
nouvelles des Ennemis ; qu'il estoit
arrivé à s . heures du foir avec 92 .
chevaux , 40. Cavaliers &un Cornette
qu'illeur avoitpris; queMalborough
avoit envoyé un détachement
de 1500. chevaux afin de le
joindre ; mais qu'il leur avoit fait
prendre lechange en paffant le Demer
à Zichem , & en le repaſſant
enfuite au dessus de Dieft , & que
les Ennemis neſongeoient pas à décamper.
Le 11. Monſeigneur le Due
de Bourgogne monta à cheval
334, MERCURE
à 8. heures du matin pour aller
au fourage qu'il avoit ordonné
pour la droite de fonArmée.
Les Ennemis formerent le iz.
à Deinſe un Camp de 5 à 6000.
hommes pour obſerver Mr de
la Motte dont le Camp ſeparé .
leur donnoit de l'inquiétude.
Les rendus continuerent d'afſeurer
que les Ennemis manquoient
de fourage , ce qui eftoit
cauſe qu'ils perdoient beaucoup
de chevaux.
Le 13. Monſeigneur le Duc
deBourgogne qui ne laiſſoit pafſer
aucun jour fans ſe donner
quelques mouvemens , monta à
cheval , & alla à la droite du
centre.
Ce Prince fit faire le 14. la
GALANT 335
proceſſion dans la place de Braine-
Laleu, & il entendit la grandeMeſſe.
Le 15. il alla à Nivelles.
Il ordonna le 16. un fourage
à la droite où il ſe trouva ,
en continuant toûjours d'obſerver
les Lieux , & en donnant
de nouveaux ordres pour eſtre
informé de tout ce que faiſoient
les Ennemis .
Le Dimanche 17. ce Prince
fit ſes devotions & édifia toute
l'Armée par ſa pieté.
Le 18. il alla à la premiere
ligne du centre , de maniere
que toute l'Armée avoit ſouvent
le plaiſir de le voir , puifqu'il
en viſitoit preſque tous les
jours quelque partie.
Ce Prince ordonna le 19.un
336 MERCURE
fourage pour la gauche , & continua
de s'y trouver comme il
faiſoit preſque à tous les fourages.
Quoique j'aye composé ce
Journal ſur pluſieurs lettres diferentes
, il peut neanmoins eftre
échapé beaucoup de choſes
à ceux dont j'ay vûles lettres,
& comme la plus part de ceux
qui écrivent ſe cotentent de
datter leurs lettres ſans marquer
les jours des actions dont ils
parlent, en voici deux dont je
n'ay pû trouver les dattes . 單
Un party forti de Tournay a
ramené 30. hommes, & un autre
forti de Mons en a ramené 25 .
Pluſieurs Lettres venues de
l'Armée depuis un mois
rapporté que Monseigneur le
د ont
Duc
GALANT 337
1
d
Duc de Bourgogne ſe faifoit
adorer des Troupes , s'il m'eſt
permis de parler ainfi ; que ſa
bonté , ſa politeſſe , ſon exactitude
& fon affabilité les charmoient,
& que ſa preſence & la
confiance qu'elles avoient en
luy les animoit tellement qu'-
elles ne reſpiroient que le combat,
qu'elles demandoient haument.
2-
D'autres Lettres ajoûtoient
que ce Prince travailloit avec
beaucoup d'application à é:ablir
une bonne diſcip ine dans
l'Armée & parmi les Officiers ;
qu'il fait camper tous les Colonels
à la teſte du Camp, & qu'il
fait éloigner de l'Armée totes
les Berlines & les Chaiſes de
Pofte.
Juin 1708.
Ff
338 MERCURE
Je ne dis rien dune infinité
d'autres Reglemens. J'ajoûterai
ſeulement que ce Princemonte
tous les jours à Cheval ; ce qui
ne l'empêche pas d'employer
ſouvent beaucoup de temps à
écrire, & de tenir Conſeil avec
les Generaux .
Pluſieurs Lettres rapportent
auſſi que Monſeigneur le Duc
de Berry paroiſt fort attentif à
tout ce qui peut ſervir à luy apprendre
le métier de la Guerre,
& que ce Prince eſt toûjours
preſt de monter à Cheval dans
l'eſperance de trouver quelque
occaſion de ſe ſignaler, ce qu'il
ſouhaite avec toute l'ardeur
imaginable .
Al'égard de Monfieur leChevalier
de Saint Georges , il ne
GALANT 339
ſouhaite pas avec moins d'ardeur
de donner des marques de
la valeur qui luy eſt hereditaire.
Il s'attache avec une application
incroyable à examiner tout
ce qui regarde la Guerre dont
il paroiſt ſe faire un plaifir. Il
eſt affable, il ſe plaiſt à conferer
avec tous les Officiers qui ont
le plus de reputation, & il mange
ſouvent avec eux. Enfin le
bruit de ſon merite s'eſtant repandumême
parmi les Ennemis,
pluſieurs ont deſerté pour venir
ſervir auprésde luy , & il y a lieu
decroire que la maniere dont il
les traite, & ſes liberalitez , en
feront deferter beaucoup d'au.
tres,
Je crois que je ne finirai pas
ma Lettre ſans vous envoyer
Ffij
34° MERCURE
quelque choſe de la ſuite du
Journal que vous venez delire.
Cependant je dois ajouter ici
l'Extrait ſuivant,tiré d'une Lettre
de la Haye.
De la Haye le dixiéme Juin
Onn'est en aucune manierefatisfait
ici des maoeuvres du Duc de
Malborough, quifait avancer l'Armée
jusqu'à Tubiſe, promet mons
merveilles , & dépensefi peu en Ef.
pions, que se trouvant prévenu par
les mouvemens des Ennemis , il est
obligé de reculer à toute bride , & de
fatiguer les Troupes pesqu'autant
qu'ilfit l'année derniere. La Cava.
leriefurt ut a extremement fouffen,
quoiqu'elle sefustfoulagée en laiſſant
derriere elle la pluſpartdes fourrages
GALANT 341
qu'elle avoit déja ramaßez En un
mot tout le monde convient que cette
retraite precipitée nous cause une
grande perte d'hommes & de chevaux
, & que l'Armée Ennemie tenant
la nostre en échec , la refferre
dans un coinoù elle ne pourra subfilter
long- temps faute de fourrages .
Quoique l'on ait vû pluſieurs
grandes Relations touchant le
Convoy enlevé prés de Tortoſe
parMrde Valejo , & quoique je
vous en aye moy-même parlé
fort amplement dans pluſieurs
endroits de ma Lettre , toutes ces
Relations n'ont point neanmoins
encore fait voir la veritable
maniere dont l'affaire s'eſt
paſſéesje vous en envoye une qui
vous la fera connoiſtre : vousy
Ffiij :
342 MERCURE
trouverez un portraittres court
de cette action ; mais fi reſſemblant
que l'on peut dire qu'il eſt
peint par la veritémêmes
Le quatrième de Juin au point du
jour, DomJofeph de Valejofortitdu
Campde S. A. R. avec un Détachement
de Cavalerie. Il arriva à
la vuë de Tortose, &ayant mis fa
troupe en embuscade, il s'approcha
feulde la Place àlaportéedufufil,
après l'avoir reconnue pendant
une heure, enſe promenant auprès de
la Paliſſade qui est au dehors , ſans
eſtre reconnu ni avoir paruſuſpect, il
retourne joindre sa Troupe , &
l'ayant menée prés de la Paliſſade
où il avoit remarqué un tres grant
nombre de Bestiaux qui estoient en
pature,il enleva 1000 Vaches, 100
GALANT 343
Veaux, 6000 Moutons & 150 Ми-
lets & Mules que l'on raſſembloit la
nuit en cet endroit poury estre en
Seureté. La Garmiſon s'en estant apperçuë
, on envoya après lay 400
• fantaſſins, so Chevaux & un grand
nombre de Miquelets qui leſuivirent
Pendant deux heures, & qui l'incommoderent
beaucoup ;mais enfin ayant
vû qu'ils estoient fort éloignezde la
place ilrebroußa fur eux avec tant
de valeur, qu'il en tua pluſieurs, en
prit quelques- uns, mit le reste en fuite,
& il rentra dans le Camp le cinq
affeztard avec toute sa priſe, que
S. A. R. a fait distribuer à l' Armée.
Ffinj
344 MERCURE
Extrait d'une Lettre écrite par
un Officier de l'Armée de
Monfieur le Duc d'Orleans.
Le 8 nousfiſmes un détachement
de quatrecens cinquantehommes des
Gardes du Roy & d'autres Regimen,
ſous les ordres du Brigadier
Trincherie , Catalan , pour reconnoiffre
& déboucher le chemin de
Tortofe ; &afin que ce détachement
ne fust arresté par aucun obftacle
, on le fit ſuivre de prés par
un autre plus confiderable. Ilrencontra
unegarde avancée de vingt
hommes commandezpar un Lieutenant
, qui l'ayant apperçu vinrent
ſe rendre à luy comme Deserteurs
avec leur Chef. Il trouva plus
avant unegarde de cinquantehom-
1
GALANT 345
mes commandez par un Capitaine
& un Lieutenant , qui n'ayantpas
eſté avertis par la premiere , furent
Jurpris &se rendirent fans aucune
reſiſtance ; & ayant appris de ceuxcy
que Mr de Saint- Amant , qu'on
mande estre Hollandois , & que
nous croyons estre un Religionnaire
François, estoit à un autre Pofte
avec trois cens bommes , il resolut
d'abord de l'aller investir,&l'ayant
enfermé des deux coffez il le contraignit
aussi à se rendre prisonnier
de guerre. Tous ces Prisonniers &
lesDeferteurs qui entrerent ce jour
làdans noſtre Camp , se montoient
àplusde cing cens hommes .
Le second détachement auquel le
premierfervoit d'Avantgarde confiſtoit
en douze Bataillons & seize
Efcadrons commandezpar Mr de
3
346 MERCURE
Bezons, &quatre Lieutenansgeneraux
, & le tout estoit destiné pour
blocquer Tortofe.
L'Armée de S. A. R. décampa
te 10. pourse rendre devant cette
Place ; l'Artillerie a esté embarquée
sur l'Ebro juſques à la Nafle
deChesta , qui est à demi- lieuë audeſſus
de Tortoje, d'où on la conduirapar
terrejusqu'ace Camp , le cheminefantcommode
àlagauche de ce
Fleuve.
Mr d'Asfeld jette un Pont tout
auprés de la Place.
Si l'on confidere que les Ennemis
n'ont que tres - peu de
Troupes reglées , & ce qu'ils
ont perdu à l'affaire de Falceté ,
&dins les autres affaires qui
ont precedé & ſuivi cet avanta
GALANT 347
ge , & que l'on joigne à tout
-cela les cinq cens hommes dont
ils viennent d'eſtre affoiblis ,
fuivant ce que vous venez de
Jire, & fi l'on examine auſſi que
Mrle Duc de Noailles , pendant
toute la marche qu'il a faite en
avançant toûjours dansle Pays,
les afort incommodez , & qu'ils
n'ont pas toûjours reculé ſans
faire quelques pertes. Si l'on
confidere , dis-je , toutes ces
chofes , on trouvera qu'il ne
doit plus guere reſter de Trou.
pes reglées aux Alliez , & qu'ils
doivent avoir un extrême beſoin
de celles que l'Amiral Lea
ke leur doit amener .
Enfin le livre intitulé , Vasconiana
ou Recueil des Bons mots
348 MERCURE
despenſies lesplus plaiſantes, &des
rencontres les plus vives des Gafcons,
a été mis en vente au commencement
de ce mois ,& il a fi pleinement
fatisfait l'attente du public
qu'il a témoigné beaucoup
d'empreſſement pourenacheter,
de maniere qu'il y a lieu de croire
que l'on pourra en faire une
ſeconde édition. Ce promptde.
bit faitbeaucoup d'honneur aux
Gaſcons , puiſqu'il n'a pu provenir
que de ce que l'on a cru
que les ſaillies de leur eſprit ne
pouvoient eſtre que tres- vives ,
ſpirituelles , & remplies de ſel ,
& je puis même ajouter qu'il
y en a beaucoup remplies d'erudition
& même d'onction , &
que ce qui ſemble n'eſtre donné
aupublic que comme jeux de
1
GOLENT 349
mots,& ce que l'on appellePointes
, renferme ſouvent beaucoup
de morale pour ceux qui les regarderont
d'nn certain coſté , &
l'on peut dire que la prudence
a beaucoup de part dans pluſieurs
penſées de ce Livre , &
qu'en s'y divertiſſant on y peut
apprendre beaucoup de choſes
qu'il eſt neceſſaire de ſçavoir ,
lorſque l'on eſt un peu répandu
dans le monde , & dont les Lecteurs
doivent profiter pour peu
qu'ils ayent de penetration. Je
ne prétens pas que toutes les
reparties , les pensées , &les
rencontres qui ſe trouvent dans
ce Livre , foient d'une égale
force , ce qui vrai - ſemblablement
ne peut eſtre , puiſqu'il y
en adeux à trois mille. Ainfi la
350 MERCURE
lecture de ce Livre , ne peut
manquer de bien divertir , puif ?
que dans trois mille articles
ou environ , on peut trouver
beaucoup de pensées , qui doivent
faire plaiſir. J'entens dans
les moins brillans articles de cet
ouvrage , car il y en a qui enlevent
, & qui obligent de ceffer
la lecture , ſoit pour admirer ,
ſoit pour rire , ce qui n'eſt pas
inutile à la ſanté des Melancholiques.
Je dois ajoûter à toutes ces
choſes que tous les articles de
ce Livredivertiſſant, ſont écrits
d'un ſtile i ferré , que les penſées
n'eſtant point embaraſſées
dans un amas de paroles inuti.
les qui ne diſent rien , & qui 15
ne font que du verbiage , frapGALANT
350
-
pent d'abord l'imagination , &
que de ceste maniere elle eſt
toûjours remplie de penſées
pleines d'eſprit ou de vives reparties
. C'eſt pourquoy tout
ce que l'on peut dire contre co
Livre eſt qu'il eſt trop rempli
de choſes attachantes , & qu'il
occupe trop l'eſprit auquel il
ne donne point de relâche ;
mais si c'eſt un deffaut , il ſeroit
à ſouhaiter pour le public que
pluſieurs Auteurs euſſent le
même deffaut ; mais par mal -
heur pour ce même public , il
s'en trouve beaucoup qui font
bien éloignez de l'avoir .
Ce Livre ſe vend 45. fols ,
chez le ſieur Brunet , dans la
grande Salle du Palais , à l Enſeigne
du Mercure galant .
1
352 MERCURE
Mre N... d'Alonville , Marquis
ce Louville , cy - devant
Gentilhomme de la Manche de
Monſeigneur le Duc d'Anjou ,
a époulé N... Bechameil de
Nointel , fille de Mre Louis Bechameil
, Marquis de Nointel ,
Conſeiller d'Etat , & ci devant
Intendanten Bretagne &petite
fille de Mre Louis de Bechameil
, Marquis de Nointel , Secretaire
du Conſeil des Finances
de S. M. & Surintendant de
la Maiſon de S. A. R. Monfieur
le Ducd'Orleans & de Madame,
& de Dame Marie Colbert ,
foeurde feu Mr l'Abbé de Prémontré
General de cet Ordre ;
& de feuë Me Pelot premiere
Preſidente du Parlement de
Rouen. La nouvelle épouſe eſt
GALANT 353
niece de Me Deſmaretz & de
Me la Ducheſſe de Briſſac qui
-ſont toutes deux foeurs de Mr
de Nointel. Ainſi cette Dame
eſt alliée à la Maiſon de Colbert
de deux coſtez ; ſçavoir ,
par ſa grand'mere qui en eſtoit
fortie , & par Me ſa tante qui
a épousé Mr Deſmaretz
veu de feu Mr Colbert .
,
, ne-
Mr Deſmaretz fit les honneurs
de la Noce , & Mr de
Bercy ſon Gendre donna aux
nouveaux Epoux , le lendemain
une magnifique Feſte à
Bercy.
En 1701. S. M. C. fit Mr le
Marquis de Louville , Chef de
ſa Maiſon Françoile. En 1702.
en allant en Italie , pour y
fervir auprés de ce Monarque ,
Juin 1708 . Gg
354 MERCURE
:
il le fit Gentilhomme de fa
Chambre , & luy donna laClef
d'Or. Il ſervit ce Prince en
qualité d'Aide de Camp pendant
la Campagne , & il commanda
le Regiment de Lombardie
, & S. M. C. luy donna
le Gouvernement de Courtray ,
au retour .
Mr le Marquis de Louville
eſt d'une des plus anciennes
familles de la Beauſſe dont il eſt
originaire ; il y a plus de trois
cens ans que fa famille poſſede
la Terre de Louville de pere en
fils. Pierre d'Alonville ayant
épousé l'heritiere de Louville
en 1403. qui estoit de l'ancienne
Maiſon des Chenards , dont
Louville porte encore le nom.
Jean d'Alonville , fils de Pierre アー
GALANT 355
d'Alonville , estoit Chambellan
du Roy Louis XI . fon fils Edme
d'Alonville commanda toute la
Nobleffe du Pays Chartrain ,
de l'Orleanois & du Blefois , &
il eut pour fils Jean d'Alonville
, Chevalier de l'Ordre , qui
cut pour fils Eſprit d'Alonville
auſſi Chevalier de l'Ordre , qui
épouſa Suſanne de Laval. La
genealogie de la Maiſon d'Alonville
ſe trouve dans Duchefne
& dans l'Addition aux Memoires
de Castelnau , dans les
Articles qui regardent les Maiſons
de Montmorency & de
Rochehoüart , auſquelles il eſt
allié.
On peut juger de l'eſtimeque
le Roy fait de Mr le Marquis
de Louville par les emplois de
Ggij
356 MERCUR
confiance dont il a eſte honoré.
Il a beaucoup d'eſprit , & il
joint à une valeur connuë , une
grande lecture , & une connoif
fance exacte des Auteurs anciens
& modernes , ſur leſquels
il s'eſt formé le gouft.
Il s'eſt fait un autre grandmariage
qui a eſté applaudy'de tout
le monde , & qui a eſté conclu
& conſommé en 4 jours . Mr le
Marquis de Courcillon a épouſe
Mile de Pompadour. J'ay
parlé pluſieurs fois de la grandeur
de ces deux Maiſons , c'eſt
pourquoy je vous diray ſeulement
que les jeunes époux ont
toutes les graces de la jeuneſſe ,
& qu'ils donnent lieu de croire
qu'ils auront un jour toutes les
vertus d'un âge plus avancé.
GALANT 357
Mr le Marquis de Courcillon
fils unique de Philippe de Courcillon
, Marquis de Dangeau ,
Chevalier d'Honneur de Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
& Grand - Maiſtre de l'Ordre
de S. Lazare , & de Sophic
de Baviere de Leveſtein premiere
Dame du Palais de Mada.
me la Ducheſſe de Bourgogne ,
n'a que vingt - un an ; il a déja
fait fix Campagnes . Au commencement
de l'année 1704. le
Roy luy donna le Regiment de
Cavalerie de Mr le Cardinal
de Furſtemberg oncle de Me
de Dangeau , & ce Regiment
aprés la mort de ce Cardinal
prit le nom de Courcillon par ordre
du Roy , qui le conſerva
fur le pied Allemand. Vous ſça- 1
358 MERCURE
vez , Madame , que ces Regi
mens ne ſont jamais commandez
que par des Officiers de la
Nation ; mais ce jeune Colonel
tient de ſi prés à pluſieurs grandesMaiſons
d'Allemagne , qu'il
a plus de facilité qu'un autre à
attirer dans ſon Regiment des
Officiers & des Cavaliers Allemans
, & même des plus diſtinguez.
Auſſi ont - ils toûjours
donné des preuves de leur valeur
dans toutes les occaſions
où ce Regiment s'eſt trouvé , &
particulierement à la Bataille
de Ramillies , où ce jeune Seigneur
, quoy qu'il euſt reçu un
grand coup de Sabre ſur la teſte,
ne laiſſa pas de mener à la charge
ſes deux eſcadrons & deren
verſer pluſieurs eſcadrons enGALANT
359
nemis , malgrél e deſordre pref
que general où eſtoit l'aîle dans.
laquelle il combatoit. Tous les
Officiers qui l'ont vûdans l'ac.
tion , ont rendu ce témoignage.
Mile de Pompadour eſt fillede
Mr le Marquis de Pompadour ,
& de la 3º fille de feu Mr leMaréchal
Duc de Navailles. Vous
ſçavez que l'aînée des trois
foeurs eſt Me la Ducheffe d'Elbeuf,
mere de Me la Ducheſſe
de Mantoüe. Mr le Marquis de
Pompadour eſt fils d'une foeur
de Mr le Duc de Montauzier ,
&petit- fils de Jean de Pompadour
, Marquis de Lauriere
frere cadet de Philbert de Pompadour
, Chevalier des Ordres
du Roy. Il a quitté le nom de
Marquis de Lauriere , pour
360 MERCURE
prendre celuy de Marquis de
Pompadour , depuis qu'il eſt devenu
l'aîné de ſa Maiſon , par
l'extinction des mâles de la
branche aînée.
Le Roy a donné en cette occaſion
aux Parties intereſſées ,
des marques de ſa bonté , en
conſentant que Mr le Marquis
de Dangeau cedaſt à Mr le
Marquis de Pompadour , ſa place
de Menin de Monſeigneur ,
& que Me de Dangeau cedaſt -
à ſa belle- fille ſa placede Dame
du Palais. Sa Majesté a donné
en même temps à Me de
Dangeau une penſion de deux
mille écus .
La jeune épouſe n'a que treize
ans ; mais on peut dire que
l'excellente éducation qu'elle
GALANT 361
a reçuë de Me ſa mere , jointe
aux graces du corps & de l'ef
prit , que la nature luy a pro-
- diguées , la rendent preſque
parfaite.
La Ceremonie du mariage
- ſe fit à Saint Sulpice , Paroiſſe
de Mile de Pompadour,
le Dimanche dix- ſeptiéme Juin
å midi , par Mr de la Chetardie,
Curé de cette Paroiffe. Vous
connoiſſez ſa pieté , qui éclata
il y a quelques années par le
refus qu'il fit de l'Evêché de
Poitiers , & fa doctrine par les
belles Homelies , qu'il a don-
⚫nées au public . Me la Duchefſe
d'Elbeuf , Me la Ducheffe
de Montfort, Mr l'Abbé d'Auvergne
, Mr le Duc de Luines ,
Mrs les Abbez de Pompadour
Juin 1708 .
Hh
362 MERCURE
&de Dangeau , & un grand
nombre de perſonnesde la premiere
qualité , tous parens des
Mariez , ſe trouverent à cette
ceremonie. Mr le Marquis de
Dangeau donna un grand dîné
à tous les parens de ces deux
illustres Maiſons , & la noce ſe
fit le ſoir chez Me la Ducheſſe
d'Elbeuf , avec une magnificence
extraordinaire A
Mr le Marquis de Courcillon
partitdeux jours aprés pour
retourner à l'Armée , Me ſa
femme alla à Fontainebleau ,
pour faire les fonctions de ſa
nouvelle Charge. Le Roy luy
a fait donner un Appartement
dans le Chaſteau .
Pendant que ces nouveaux
époux vont joüir du Printemps
BOUR DELA
LYON
VILLE
ર.ૂ
an
GALANT 363
de leurs belles années , je palle
à une Chanſon , faite à l'occafion
du dernier Printemps , &
dont les paroles ont eſté miles
en Air par Mr de Montailly .
AIR NOUVEAU.
Iris m'avoit promis que la Saiſon
nouvelle
La rameneroitdansnos champs;
Cependant voicy le temps
Et l'on ne voit point cette Belle;
Ab! je crains bien que le Printemps
Nereviennefouvent fans elle.
Le Printemps & l'Eſté n'étant
pas moins les Saiſonsde la
Guerre que celles des Amours ,
voyons ce que S. A. R. qui les
Hhij
364 MERCURE
:
a quittées pour faire uniquement
ſa Cour à Mars , continuë
de faire pour ſa gloire & pour
celle de deux grands Monarques.
Du Camp devant Tortoſe ,
le 16. Juin.
S. A R. qui étoitpariie le 9. de
Ginestar avec peu de fuite , joignit
ce jour- là MeBezons à Tibintze.
Le 10 le reste de l'Armée ſous les
ordres de Mr d'Abaret , partit de
Ginestarsur deux colonnes ; la Cavalerie
, les Grenadiers & les bagages
, marchoient à la droite , fur
le bord de la Riviere. L'Infanterie
grimpa fur les Montagnes ,&
on marcha ensuite sur trois Lignes
fur l'Ebre, dans lemême temps que
GALANT 365
tous les bateaux chargezde toutes
les choses neceffaires pour l'Artillerie
& pour la conftruction des Ponts,
s'avançoient , & que le Regiment
de Souches & quelques autres Troupes
marchoient de l'autre côté ; l'In
fanterie & les bagages coucherent à
Beinfaillete; la Cavalerie les Grenadiers
& les bateaux poufferent
Jusqu'à Tibintze . S. A. R. détacha
ce jour- là Mr d'Estain avec 15. Ef- '.
cadrons , pour occuper la Plaine, qui
est entre Tortoje & la Mer. Les Miquelets
firent ce qu'ils pûrent avec
la Giniſon , pour l'inquicter dans
is Montagnes où il étoit obligé de
paffer ; mais il ne s'arreſta point,
Oil gagna le terrain qu'il avoit
deffein d'occuper,
Le 11. S. A. R. luy envoya 12.
Bataillons pour empècherles Enne-
2
Hhij
366 MERCURE
mis de couper la communication de
la Mer & de Tarazone , & décampa
de Tilintze , pour venir à
une petite lieuë de Tortofe , qu'il reconnut
ce jour là du côté du Saut de
La Riviere. On laiſſa aux Retranchemens
de Ginestar,&à Mirans,
quelques Troupes pour affurer les
Convois qui vensient par eau.
Le 12. toute l'Armée marcha
&investit la place de toutes parts,
de fiprés que perfonne n'en pouvoit
fortir ; la Cavalerie est campéefur
le bord de la Riviere au deſſus &
au deſſous de la Place , où ily a des
eſpeces de plaines , qui font de deux
Portées de mousquet de large ; le centre
eft occupé par l'Infanterie , dans
un terrain si coupé de ravins & de
montagnes , que les Ennemis l'auroient
pû défendre plus fucilement
GALANT 367
1
- qu'ils ne feront Tortose. Le même
jour que la Place fut investie , MI
d'Asfeldt arriva au bour du Pont ,
qu'il investit avecir . Bataillons&
18. Escadrons. Ilfit paßerdans des
barques 15. pieces de Canon de 16.
& de 24. livres de bales , avec des
munitions à proportion. On pretend
qu'il y a 4000. hommes de troupes
reglées dans la Place , & qu'on a
forcé les Bourgeois &les Payfans
de prendre les armes . On laiſſera
pluſieurs ouvrages quifont du côté
du haut Ebre , &on attaquera la
Ville du côté de la Riviere , où S.
A. R. a pris fon quartier. On afait
un Pontde bateaux fur le haut Ebre,
vis- à- vis du Quartier de S. A. R.
furdes Bateaux de cuivre , que Mr
d'Asfeld avoit fait partir avec luy.
On a pris aux Ennemis pluſieurs
368 MERCURE
1
Chaloupe, du côté de la Mer ,&4.
Barques fur lesquelles ily avoit
6000. fagnenes de bled; ces grains
étoient deſtinez pour Tortore. On
s'est d'abord ſervy de ces chaloupes
Pour faire paſſer ſept pieces de Canon
de 16. & on a travaillè àfaire
Paffer le reste. On s'est approche de
la Place, à couvert du côté où l'on
adeffein d'ouvrirlaTranchéeàdemiportée
de mousquet , & bon pritle
poste des Capucins lemême jour que
laPlace fut inveſtie : 120 hommes
furent pris dans ce Poste ; on eutsealement
trois Soldats tuez& un Officier
de bleffe. On établit l'Hôpital,
&la nuit da 13. au 14. on travailla
à faire une Redoute , pour
affurer ce Pofte : les Ennemisfirent
pendant toute la nuit un feu de canon
&. de mousqueterie , qui ne blef
GALANT 369
fa qu'un soldat. Ils crurent que
C'étoit l'ouverture de la Tranchée,
&en effet elle se doit fairede cecôté
la; maiscene fera qu'aprèsy avoir
dreſſsé une baterie,pour rafer le convent
des Carmes , qui est aumilieu
du Bastion, que l'on doit attaquer ,
&qui incommoderoit les travailleurs.
Ilvient tous les jours des deferteurs
de la Place , entre laquelle
& Tarragone , on a encore pris s .
à 600. Boeufs & vaches , qu'on a
distribuez aux Soldats . On ne croit
pas qu'on ouvre la Tranchée avant
le 20.
S. A. R. fit partir le 14. Seps
Escadrons de Dragons , pour aller
joindre Mrde Fontboiſard , qui étoit
reftédu côté de Balaguer, afin d'empêcher
les Ennemis de rentrer dans
l'Arragon
1
1
370 MERCURE
Le 15. S. A. R. alla reconnožtre
la Place , & Elle en fit tout le
tour. Elle eat foin auſſitost apréς
fon arrivée ,de faire retrancherſept
Batailions pour faciliter les Con-
Vois.
Vous n'avez point vû de Relation
plus ample ny plus cir
conftanciée de tout ce qu'a fait
S. A. R. depuis le 9. de ce mois
juſqu'au 15. Aufſi , cette Rela.
tion eſt-elle tirée de pluſieurs
autres , dont il s'en trouve une .
qui fait monter la nouvelle priſe
des boeufs ou vaches , à neuf
cens ,& celle des moutons ou
chévres à quatre mille. Je ne
puis vous rien dire là-deſſus , fi
cen'eſt que toutes les Relations
fur leſquelles j'ay travaillé
viennent de bon licu.
GALANT 371
Lors que je croyois n'avoir
plus rien à vous dire de nouveau
touchant ce qui regarde
la Relation que vous venez de
lire , il en eſt tombé une entre
mes mains , qui , quoy que de
peu d'étenduë , contient neanmoins
pluſieurs faits nouveaux.
Je vous l'envoye en original .
Au Camp devant Tortoſe ,
le 16. Juin.
nous ee n
S. A. R. partit le 9. de Ginestar,
& décampames le 10. Depuis
ce temps -là ilne s'est rienpaſſe.
Nous arrivames le 12. & le même
jour un Lieutenant de Dragons du
Regiment de Picalques avec quinze
Dragons , arreſta à l'embouchure
de l'Ebre , 4, Barques chargées de
1
3
372 MERCURE
1
viande fallée,&de bled ; & la nuit
du 12. au 13. le Regiment d'Auvergne&
celuy d'Orleans attaquerent
le Pofte des Capucins , & s'en
rendirent les maistres . Nous y perdimes
trois Soldats , & il y eut un
Officier d'Auvergne bleſſe à la
main. Les Capucins ont reçû ordre
d'aller à Barcelonne . Hier matin
onprit un Espion qui fut pendu hier
aufoir, & qui fut mis à la porte du
haut-Ebre par où il eſtoit forti.
Avanthier Son Alteſſe Royale apprit
que les Ennemis avoient détachévingt
Escadrons du coſtédeCaspé,
&hier matin on détacha de nôtre
Armée les Regimens de Flèche ,
d'Astourto&de Paneton , pour alrefter
leur course. La garnison est
composéedehuit Bataillons , dedeux
mille Miquelets , & de trois cens
ehevaux.
GALANT 373
:
chevaux. Les Regimensfont leGe
neral Fuifen , Hollandois , Saint-
Amant, & Neuvendail, tous deux
auſſi Hollandois ; General Ephre ,
Venten & Barbaut , Allemans ,
&la Reine Anne , François Religionndires
. La Ville afur lehaut-
Ebre , un Chasteau foûtenu par un
Ouvrage à corne , où les ennemis
commencerent à travailler l'année
derniere &qu'ils ont perfectionné
depuis un mois , & elle a fur le bas-
Ebre ,le Convent des Carmes tres.
bien fortifié. On affure que le 19. on
quvrira la Tranchée; que nostre canon
pourra tirer à la fin du mois ,
&que le 25. du mois prochain nous
pourrons chanter le Te Deum.
La France vient de perdre une
femme dont la naiſſance eſtoit
Juin 1708 .
Ii
374 MERCURE
des plus illuftres ; mais beaucoup
au deſſous de fon merite.
Elle avoit une devotion fans
hypocrifie ; une vertu ſans faſte ;
un coeur fincere & penetré de
l'Amour divin ; une humilité
Chreftienne ; une ardente charité
; une pieté ſincere ; une
douceur Angelique , & une modeſtie
charmante. C'eſtoit une
épouſe qui n'avoit point ou peu
de pareilles ; une femme ſans
volonté , ſans ambition , fans
enteſtement , qui pouvoit fervir
d'exemple à toutes les perſonnes
de ſon ſexe, qui estoit eſtimée
& honorée par tout ; & qui
avoit enfin une patience & une
refignation aux volontez de
Dieu peu communes.
GALANT 375
Quand apres cette peinture
qui pourroit paſſer pour l'idée
d'une femme qui ne ſe trouve
point , & qui s'eſt poutsant
trouvée , je ne nommerois pas
Me la Comteſſe de Pontchartrain
, tous ceux qui ont eu l'avantage
de la connoiſtre , ou
qui en ont entendu parler , la
nommeroient auſſi toft , puifque
lebruit de toutes les vertus,
qu'elle poſſedoit dans le plus
haut degré , & dont aucune ne
lay eſtoit diſputée , l'avoient
fait connoiſtre même de tous
ceux qui n'avoient pas l'avantage
de l'approcher,& que fon
nom eſtoit tous les jours dans
la bouche de tout le monde , &
fur tout dans celle des Pauvres .
qu'elle a regardez pendant tou-
Ii ij
376 MERCURE
會
te ſa vie commes ſes enfans.
Toutes les chofes , & tout l'argent
dont il luy eſtoit permis
de poſer , estoient à eux; elle
entretenoit un grand nombrede
familles ; quelques gens même
de distinction que la fortune
avoit mal - traitez , particulierement
ceux qui estoient dans
le ſervice , recevoient ſelon les
occaſions des marques de ſes liberalitez
; mais fans fçavoir de
quelles mains elles leur ve
noient , puiſqu'elle vouloit ne
ſe pas ſouvenir elle - même du
bien qu'elle faiſoit , & qu'elle
vouloit que fa main gauche
ignoraſt ce que faifoit fadroite.
Vous jugez bien qu'une femme
de ce caractere, & qui paroiſſoit
ſanctifiée dés cemonde , a ſouf
GALANT 377
fert avec autant de reſignation
que de patience , toutes les douleurs
d'une longue maladie ,
pendant laquelle elle a eſté af
fiftée par le Pere de la Tour ,
General des. Preſtres de l'Oratoire
qui ne l'a point abandonnée.
Son appartement eſtoit
tous les jours rempli d'un fort
grand nombre de Ducheffes ,&
l'on ne doit pas s'en étonner ,
puiſqu'elle en pouvoit compter
beaucoup dans ſa famille. Tout
ce que la Cour a de plus illuſtre
s'y rendoit ſouvent auffi , &
l'empreſſement de ſçavoir des
nouvelles d'une ſanté qui estoit
fi chere à tout le monde , & qui
devoit eſtre bien prérieuse à
tous ceux qu'elle avoit obligez ,
faisoit que fon appartement
Lij
378 MERCURE
2
eſtoit preſque toûjours rempli
d'un grand nombre de perfonnes
de la plus haute diſtinction ,
&de beaucoup d'autres moins
qualifiées , de maniere que felon
les bruits qui s'y répandoient
qu'elle ſe portoit un peu mieux
ou qu'elle enoit plus mal , on
voyoit regner la joye ou la douleur
dans cette grande affemblée
; & fi la mort de cette
Comteffe l'a fait ceffer , elle ne
la pas fait oublier , puiſque fon
ſouvenir demeurera long-temps
gravé dans les coeurs de tous
ceux qui la connoiffoient , ou
qui ont ouï faire le portrait de
ſes vertus. Je pourrois ajoûter
icy que ceux qui entendront un
jour parler d'elle , pourront
bien la regarder comme une
GALANT 379
1
Sainte , puiſqu'elle paſſe pour
telle aujourd'huy , dans l'eſpric
de beaucoup de gens: Elle est
morte comme elle avoit vêcu
avec une entiere foumiffion aux
volontez de Dieu ; quoy qu'elle
ſe fuſt depuis long-temps fami
liariſée avec la mort , elle n'a
pas laiſſé de dire qu'elle n'avoit
pas crû la devoir apprehender
comme elle faifoit dans letemps
qu'elle la voyoit approcher.
Bel exemple pour tous ceux
* qui ne menent pas une vicauffi
reguliere , & aufi fainte , car
tous ceux qui vivent bien peuvent
compter fur la miferi
corde Dieu , quand ils ne ſeroient
pas parvenus à la perfec
tion des Saints. Mede Pontchartrain
ne demanda que deux
380 MERCURE
choſes en mourant ; mais elle
les recommanda fortement ;
ſçavoir , que ſon Convoy ſe fift
le plus fimplement qu'il ſeroit
poſſible ; & que l'on cut ſoins
de ſes Domeſtiques .
A peine cut-elle rendu les
derniers ſoupirs que ſon époux
penetré de la plus vive douleur,
partit auſſi toſt avec le Perede
laTour , dont je viens de parler
, & le Pere Simon de la mê
me Congregation ,pour ſe rendre
à Pontchartrain , afin d'y
pleurer , éloigné de la foule qui
n'auroit pas manqué de l'accabler
, une épouſe dont il avoie
toûjours eſté tendrement aimé
& qu'il avoit aimée de même.s
En effet , jamais époux n'a fait
voir plus d'amour & plus d'at
GALANT 38
tachement pour une femme , &
n'en avoit eu plus de ſoin. Il
paſſoit les jours & les nuits au.
prés d'elle , le temps dont ſes
grands emplois luy permettoient
de joüir . Il eſtoit témoin
de tout ce qu'elle prenoit , & il
le luy faifoit ſouvent prendre
luy-même. Enfin , jamais époux
n'ont eu plus d'attachement
l'un pour l'autre , & jamais
union parcilie n'a attiré plus de
loüanges aux époux que l'on a
donnez pour.exemples de l'amour
conjugal.
Ce triſte époux fut à peine
arrivé à Pontchartrain , que
preſque tous les parens de fon
illustre épouse s'y rendirent
plutoſt pour eſtre témoins de
ſa douleur , que pour le confor
382 MERCURE
ler , puiſqu'ils avoient beſoin
d'eſtre conſolez eux - mêmes ;
mais ils devoient cette reconnoiſſance
à la maniere dont Mr
le Comte de Pontchartrain en
avoit toujours uſé avec une parente
qui estoit digne de l'hommage
de toute la terre.
fu
Ceux qui connoiffent la bonté
du coeur de Monfieur le
Chancelier , dont je voudrois
que me alt permis de vous
faire icy l'éloge , peuvent juger
de la douleur dont ce Chef de
la Juſtice fut penetré lorſqu'il
apprit la mort d'une perſonne
pour qui ſes vertus ne luy
avoient pas donné moins de ve.
neration que la grandeur de ſa
naiſſance . Il en apprit la mort
au Roy , & il ſupplia en méme
GALANT 383
temps Sa Majeſté de le diſpenſer
de ſe trouver au Conſeil qui
ſe devoit tenir le lendemain ;
ce que ce Prince luy accorda .
Me de Pontchartrain laiſſe
trois Garçons ; Elle n'avoitque
vingt-huit ans , & onze ansde
Mariage. Elle étoit Fille de feu
Mre Frederic Charles , Comte
de Rove & de Roucy , Lieutenant
General des Armées du
Roy, qui fut demandéen 1683 .
par le Roy de Dannemarc , pour
eftre Generaliſſime de ſes armées
, qu'il alla commander
avec la permiffion du Roy ; &
de Dame Iſabelle Fille de Guy
Aldonce de Durfort Comte de
Duras , & de Charlotte de la
Tour d'Auvergne , & Soeur des
feus Ducs de Duras & de Lor384
MERCURE
ge, & de Milord Feversham :
Cette Dame eft en Angleterre ,
où Mr le Comte de koucy ſe
retira dés l'an 1687. & y mourut
aux Eaux de Bath en 1690 .
après avoir eſté fait Pair d'Irlande
par le feu Roy Jacques
11. Mela Comteiſe de Pontchartrain
étoit Soeur de Dile
Charlotte de Roucy , qui demeure
en Angleterre avec Mc
la Mere , & qui n'apoint voulu
ſemarier; de François Comte
de Roucy, Lieutenant General
de armées du Roy , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes Ecoffois
,& Commandant de la
Gendarmerie , qui épouſa en
1689. CatherineFrançoiſe d'Arpajon,
Fille de Loüis Duc d'Arpajon
Pair de France , Chevalier
GALANT 385
lier des Ordres du Roy , Lieutenant
General & fon Ambafſadeur
Extraordinaire en Pologne
, & de Catherine Henriette
d'Harcour, Dame d'honneur de
Madame la Dauphine. Me la
Comteſſe de Pontchartrain étoit
auffi Soeur de Guy Vidame de
Laonnois , tué au Siege de Luxembourg
en 1684. d'Henriette
veuve du Comte de Staffort ,
qu'elle avoit épousé en Angleterre
; de Charles Comte de
Blanes , & Lieutenant General
des Armées du Roy , qui a épouſe
Henriette d'Allongny
veuve de Mr leMarquis de Nangis,
dont elle a eu Mr le Marquis
de Nangis , qui vient d'eſtre
fait Maréchal de Camp , & fille
de Louis d'Allongny Comte de
Juin 1708 .
KK
386 MERCUR
Rochefort Marechal de France,
Capitaine des Gardes du Corps,
Gouverneur de Lorraine & du
Barrois , & de Madeleine de
Laval , Dame d'Atour de Madame
la Dauphine , & Dame
d'honneur de Madame la Ducheffe
de Chartres ; enfin Madame
de Pontchartrain étoit
Soeur de Guillaume Comte de
Marthon , Pair d'Irlande , ſous
le nom de Milord Lesfart ; de
Loüis , cy- devant Chevalierde
Roucy , & aujourd'huy Marquis
de Roucy & Lieutenant
General des Galeres de France,
qui épouſa en 1704. Ν ...
Ducaffe fille de Mr Ducaſſe ,
Chef d'Eſcadre des Armées
Navales , & d'Iſabelle & Marie
de Roucy Religieuſes à nô
GALANT 387
t
-
tre-Dame de Soiffons. Me la
Comteſſe de Pontchartrain ,
dont je vous aprens la mort ,
étoit la plus jeune de cette
nombreuſe Famille.
Feu Mr le Comte de Roucy
étoit Fils de François II . Comte
de Roye & de Roucy , morten
1680. & de Julienne Catherine
de la Tour d'Auvergne , fille
de Henry Duc de Boüillon
Prince de Sedan & deRaucour,
Pair & Marechal de France ; &
d'Elisabeth de Naſſau. Ainfiil
y a eu deux Alliances entre la
Branche de Roucy & la Maiſon
de Boüillon , ſans compter celles
que la Maiſon de la Rochefoucauld
avoit déja priſes avec
laderniere de ces maiſons ; & il
étoit frere aîné de Henry Vi-
Kk ij
i
388 MERCURE
dame de Laonnois , tueau Siege
de Mouzon. Charles II . du
nom , mort en 1607. qui a fait
la Branche de Roucy,& Claude
de Gontaud fille d'Armand de
Gontaud de Biron Marechal
de France , & de Jeanne d'Ornezon
étoient Pere & Merede
François II . dont je viens de
parler ; & Charles étoit fils de
François III . du nom , Comte
de la Rochefoucaud , & quidevint
Comte de Roye & de Rou
cy , par ſon mariage avec Charlote
heritiere de cette Maiſon,
qu'il épouſa en premieres Nôces.
Charlotte étoit Soeur d'Eleonor
de Roye, mariée en 1551 .
à Loüis de Bourbon I. du nom ,
Prince de Condé , & marié en
1564. de forte que la Triſaycule
GALANT 389
de Monfieur le Prince , & la
Triſayeule de Me la Comteſſe
dePontchartrain étoient foeurs.
La Maiſon de Roucy eft originaire
de Champagne , & l'une
des plus nobles & des plus anciennes
du Royaume. Renaud
Comte de Rheims & de Roucy
épouſa Albrade fille de Loüis
IV . Roy de France , & de Gerberde
de Saxe , Soeur de l'Empereur
Othon I. Il mourut en
973. Mais comme Me de Pontchartrain
n'en deſcendoit que
du côté maternel , je n'en diray
pas davantage ; François III.
Comte de la Rochefoucauld ,
Prince de Marfillac , Chevalier
des Ordres dir Roy , & dont le
fecond mariage avec l'heritiere
de Condé , donna naiſſance à la
L
Kkiij
390 MERCURE
Branche de Roucy-Rochefoucauld
, fut un des grands Capitaines
de ſon temps. Ii fut tué
à la Saint Barthelemy en 1572 .
Galliot Pic Prince de la Mirande
& d'Hyppolite de Gonzague
dont il eut François IV.
Comte de la Rochefoucauld),
qui continua la Ligne directe .
Mr le Comte de Pontchartrain
a cu trois Fils de Me la Comteſſe
de Pontchartrain ;
Comte eſt le huitiéme Secretaire
d'Etat de ſa maiſon ;
Raymont Phelipeaux Seigneur
d'Herbaut né à Blois en 1560 .
fut le premier. Paul Phelipeaux
Seigneur de Pontchartrain qui
forma la branche de Pontchartrain
, & qui eſt le Biſayeul du
Comte de ce nom fut pourvè
CC
1
GALANT 391
par Henry IIII . de la Charge
de Secretaire d'Etat à la place
de Mr Forget duFreſne. A quel.
- ques années prés , cette Charge
eſt toûjours reſtée dans ſa
branche; il eſtoit le quatriéme
fils de Loüis Phelipeaux Seigneur
de la Vrilliere & de Radegonde
Garraut.
Vous avez paru fi contente
du Journal que je vous envoye
tous les ans du voyage de Fontainebleau
, que je crois devoir
continuer de vous en envoyer
un cette année ; cependant il
fera moins remply que ceux des
années precedentes , puiſque les
divertiſſemens que l'on prend
pendant les grandes chaleurs de
'Eſté , font moins conſiderables
que ceux que l'Autonne fournis.
392 MERCURE
Leis de ce mois Monſeigneur
le Dauphin , qui eſtoit alors à
Meudon, en partit lematin avec
Madamela Princeſſe de Conty
Douairiere , & paffa à Petit-
Bourg qui appartient à Mr le
Marquis d'Antin , pour ſe rendre
à Fontainebleau.
Ce Prince , depuis le jour de
fon arrivée juſqu'au 18.alla deux
fois à la chaffe du cerf & au .
tant à celle du loup .
Le 18. le Roy partit de Verfailles
entre 11. heures & midy:
il avoit dans ſon caroſſe Madame
la Ducheſſe de Bourgogne,
Me la Ducheſſe de Brancas , &
Me la Marêchale d'Etrées . Sa
Majesté arriva ſur les quatre
heures à Petit-Bourg ; elle ſe
promena dans les Jardins où el
GALANT 393
le ne pût demeurer long- temps
à cauſe de la pluye ; les Dames
joüerent à differens jeux ; Mr
le Marquis d'Antin fit ſervir
pluſieurs tables pour tous ceux
qui voulurent mangeren arrivant
, & il fit fournir à toutes
les ſuites toutesles choſes dont
elles pouvoient avoir beſoin ; de
maniere qu'il ſe fit une continuelle
diſtribution de toutes
choſes , depuis l'arrivée de la
Cour juſqu'à l'heure du fouper.
Les Gardes du Corps , les Cent-
Suiffes & les Gardes Françoifes&
Suiffes furent traitées.comme
elles l'avoient eſté dans les
precedens paſſages de S. M.
Le 19. il y eut une excellente
Muſique à la meſſe du Roy. S.
M. ſe promena encore le ma
394 MERCURE
tin , & vit les nouveaux ouvrages
qui ſe font dans les Jardins .
Il y avoit une augmentation de
Bâtiment pour les Officiers du
Gobelet , ainſi que l'on en
avoit fait une l'année precedente
pour ceux de la bouche.
S. M. partit à l'iſſuë du dîné
pour ſe rendre à Fontainebleau
où elle arriva ſur les cinq heures
. Mr de ſaintHeran Gouverneur
& Capitaine du Chaſteau
ſe trouva à l'entrée de la Foreſt
avec tous les Officiers & les
Gardes des plaiſirs; les Officiers
des Eaux & Foreſts parurent
avec leurs Gardes une demilieuë
au delà , & à une demilieuë
de Fontainebleau , on trou.
va les Officiers de Juſtice & les
principaux habitans qui témoiGALANY
395
-
guerent à S. M. la joye qu'ils
reſſentoient de la voir arriver .
Monſeigneur le Dauphin reçut
le Roy a la defcente du caroffe,
& toutes les Princeſſes le ſaluerent
dans le grand cabinet.
S. M. paſſa le reſte du jour avec
ſesMiniſtres .
Le 20. ce Prince , aprés avoir
donné à ſon lever ſes ordres pour
ce qu'il vouloit faire pendant
la journée , alla à la Meſſe &
enſuite au Conſeil à la fortie
duquel S. M. dîna , ce qu'elle
fait tous les jours de même . A
l'iſſuë de ſon dîné elle alla tirer
dans les Parquets , & Monfeigneur
alla à la chaſſe du loup ;
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
& les Dames ſe promenerent
en caroſſe dans les rou
396 MERCURE
tes de la Foreſt , & elles joüerent
au retour juſqu'à l'heure
du ſouper, leRoy travailla à l'or.
dinaire dans ſon cabinet. Sa
Majesté dit le même jour qu'elle
avoit fait une promotion
d'Officiers Generaux, dont voi
cy la liſte.
LIEUTENANS GENERAUX.
3.
Mr le Marquis de Puiguyon 3
Mr le Marquis de Kercado ;Mr
le Marquis de Bouſols ; Mrle
Comte de Villars , & Mr le
Comte d'Evreux.
MARECHAUX DE CAMP.
Mr le Vidame d'Amiens , &
Mr le Marquis de Nangis.
BRIGADIERS,
GALANT 397
BRIGADIERS .
Mr le Marquis de Mirabault 5
Mr le Marquis d'Epinay Colonel
de Charolois ; Mr le Marquis
d'Angennes ; Mr le Marquis
de Leuville ; Mr le Che
valier de Croüy ; Mr le Marquis
de Charoſt ; Mr le Duc de
Mortemart ; Mr le Marquis de
Seignelay ; Mr le Prince de
Montbazon ; Mr Hoüet Capitaine
au Regiment des Gardes
Françoiſes ; Mr de Brilhac Capitaine
au même Regiment , &
Mr de Contade Major du même
Corps .
Je vous parleray le mois prochain
de tous ces Mrs ; cependant
ſi leurs amis ſçavent quel-
L
398 MERCURE
que choſe de particulier de leurs
actions , ils peuvent en envoyer
des Memoires .
Le 21. le Roy , Monseigneur,
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
& fes Dames coururent
le Cerf l'aprés- dinée , & elles
le prirent aprés l'avoir couru
pendant 5. heures. Mrle Marquis
de Langeron prit congé
pour ſe rendre à Toulon.
me
Le 22. le Roy , avec la mê-
Compagnie , chaſſa le Cerf
avec la Meutte de Mr le Comte,
& Mr le Duc du Maine chaſſa
en même temps avec la ſienne ,
dans un autre endroit de la Foreft
.
Commej'ay mille fois verifié
quede vingt relations touchant
une même affaire , il n'y en
MYON
THEQUE
GALANT
pas une ſeule qui ne raporte
quelques faits qui ne ſe trofi
vent point dans les autres , vous
ne devez pas eſtre ſurpriſe , ſi
aprés vous avoir amplement
parlé de tout ce qui s'eſt fait
dans la derniere Marche de
Monfieur le Duc d'Orleans ,
pour inveſtir Tortoſe; & fiaprés
vous en avoir mis dans ma Lettre
plus d'une Relation,j'y ajoûteencore
l'Extrait ſuivant d'une
Lettre qui raporte les circonftances
d'un fait fingulier , dont
il n'y a que deux lignes dans les
autres Relations .
Le 13. il arriva une chose memosable
; un Party de 15. Dragons
Espagnols , commandezpar un Lieutenant
, courant le long de la Mer ,
Ll ij
400 MERCUR E
rencontra cinq Barques des Enne
mis chargées de grains quivoguoient
le long de la terre. Il commanda à
ces Barques d'aborder , & voyant
qu'elles se moxquoient de cet ordre ,
ces Dragons à cheval ſe jetterent
dans la mer le pistolet à la main,
aborderent les Barques à la nage ,
Gles contraignirent de venir àterre ;
&comme à leur approche la pluspart
des Matelots s'estoient jettez
eux-mêmes dansla merpourſe ſauveràla
nage , &qu'ainſi nos Dragons
n'avoient pas degens capables
demener ces Baques en lieu de seureté
, ils détacherent quelqu'un
d'entreux vers Monfieur leDucd'Orleans
pour luy dire la chose ; mais S.
A. R. ne pouvoit croire ce qu'elle
entendoit, &commeon luy eut aſſure
que l'action estoit veritable , &
GALANT 401
qu'il n'y avoit qu'à pourvoir à ce
que les Barques fuffent menées où
elle ſouhaiteroit, elle parut ravie
de cette action , & en se récriant
qu'il eſtoit inoüi & ſans exemple
que la Cavalerie cuſt jamais fait
de priſes ſur Mer , Elle écrivit de
Jemain , un ordre pour affurer cette
Prife.
Jay fini le Journal de Flandre
au 19. de ce mois , en voicy la
fuite ; mais au lieu que ce que je
vous ay envoyé eſtoit tiré des
Lettres du Camp de l'Armée de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne;
cette fuite eſt tirée d'une
Lettre venuë du Camp des
Ennemis ,
Lliij
402 MERCURE
Extrait d'une Lettre du Camp
de Terbank du 19 Juin . ১
Sur l'avis que Milord Duc ent
avanthier que les ennemis abattoient
leurs Tentes , il crat qu'ils
alloient décamper , &il donna fur
T'heure même , l'ordre de tenir les
Troupes preftes à marcher. Il fit
aufi tirer trente coups de canon pour
avertir celles qui avoient estédétachées
le matin pour aller faire un ,
fouragegeneral du coſté deMalines ,
qui revinrentfans avoirfourage ,
mais comme ce n'avort eſtè qu'une
feinte de la part des ennemis , les
deux Armées sont restées dans le
Camp où elles font encore,&selon
toutes les aparences nous ne quitte-
7. ns de nostre que lorſqa'il plaira
GALANT 403
Monfieurde Vendoſme , caron peut
dire qu'il est le Quartier Mestre
General des deux Armées , & il
ſemble que cefoit de ce Prince que
nous devons recevoir l'ordre on
la permiſſion de décamper. On
doit retourner au fourage le 22.
mais on ne pourra pas lefaire au
de - là d'Arschot , à moins de trop rifquer,
parce que les Françoisfefont
enquelquefaçon rendus les maistres
de ceux qui font entre le Demer&
laDyle , de forte que ce qu'il nous
en reſte dans nos derrieres &au deça
deMalines , ne pouvant pas duver
longtemps, on fera obligé d'allerfourager
du coſtè d'Anvers &de Lier
&dans les Bruyeres qui font en
deçà.
Le mot de l'Enigme du mois
404 MERCURE
dernier eſtoit le Livre , & il a
eſté trouvé par Mrs le Comte
de Cheſter ; de Ploelo ; de Laurouë
, ci - devant Capitaine au
Regiment de Piemont; le Blondin,
de la rue ſainte Catherine ;
Antoine du May ; Nicolas Vaudin
; Eſtienne Lambert ; Pierre
& Jacques Vannereau ; Gertrude
& fon gros du Bois; le
ſage Perrin ; le Tabellion , laſſe
du divorce ; L. I. du Pont Nôtre
- Dame ; l'Ami fidelle du
charmant Loulou , de la ruë
Coquilliere ; le Solitaire des
Angloux & fon Ami Darius ;
le Forcier du Marais ; le Solitaire
du Cul -de-sacq de Saint-
Landry , & le Mechanicien de
Cour- Cheverny , au Dioceſe de
Blois. Miles le Roy , de la ruë
GALANT 405
Saint Antoine ; de Forteville ,
du Marais ; le Roux de la ruë
Saint Honoré ; la jeune Muſe
renaiſſante G. O ; la gracieuſe
Me Lobin , de la ruë de Barcy ;
l'Ancienne Antagoniſte des
plaiſirs permis ,du petit Paris ;
les deux blondes Locataires du
Praxitelle , du même quartier ;
le Déeſſe hofpitaliere , de Poüilly
ſur Loire ; l'Inconſtante de
Lor ; la Lune ; la Nymphe , les
Dieux & les Déeſſes de la Foffée
, quelques fois habitans de
Montreüil ; la plus jeune des
belles Dames de la rue des Bernardins
; la Solitaire de la ruë
aux Féves ; la Mere du Cul-deſac
de Saint Landry ; la Solitaire
de la Place Maubert ; la
Colombe de Merignac ; l'heu406
MERCURE
reux A. C. & Iris , l'ont expliquée
en Vers .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle. Elle eſt de Mr l'Abbé
D. L. M. *****
ENIGM E.
F'habite dans des lieux d'un accés
:
difficile ,
Etpour m'en faire déloger ,
on fait venir un Etranger ,
En cela plus qu'un autre habile
Alors lefer en main , &semblable
à l'Amour ,
Il me coupe ; il m'abat , &fier de
fa victoire ,
Si- toft qu'il voit lejour
Il chante àhaute voix ma deffaite
sa gloire.
GALANT 407
Suite du Journal de Fontainebleau
.
Le 23. Sa Majesté devoit aprés
les Conſeils du matin & de l'apreſdinée
aller ſe promener dans
les Jardins & autour du Canal
avec Madame la Ducheſſe de
Bourgogne ; mais la pluye qui
dura pendant tout lejour, empêcha
cette promenade. LaCour
s'aſſembla chez Monſeigneur ,
où ily eut jeu .
Onapprit ce jour là que Mr
de Chamarante eſtoit en marche
pour ſe rendre à Toulon avec
dixbataillons .
Le Roy alla tirer l'apreſdinée
du 24 nonobſtant la pluye qui
dura preſque pendant toute la
408 MERCURE
journée . Sa Majeſté envoya un
Gentilhomme ordinaire de ſa
Maiſon , pour faire compliment
à Monfieur le Chancelier ſur la
mort de Me de Pontchartrain ,
&toute la Cour fit paroiſtre qu'-
elle regrettoit beaucoup cette
Comteffe.
On eut nouvelle le mêmejour
que Mr le Duc de Noailles eſtoic
au Camp de Saint Pierre Peſcador,
où il eſtoit à portée de profiterdes
conjonctures favorables
qui pouvoient ſe preſenter.
On doit remarquer que l'on
tire un grand avantagede ſa petite
Armée, puiſqu'elle empêche
un gros corps d'Ennemis d'aller
joindre les Troupes qui s'oppoſent
à celle de Monfieur le
Ducd'Orleans, puiſqu'elles ne
pourroit
GALANT 409
pourroient faire un pas pour les
aller joindre ſans eſtre ſuivies
par celles de ce Duc.
Le 25.le Roy ſe purgea par précaution,
apres quoyMonſeigneur
alla à la Chaſſe du Loup. LaMedecine
n'empêcha pas Sa Majel
té de tenir Conſeil l'apreſdinée .
Le 26. le Roy aprés avoir oüi
1 Meſſe à l'heure ordinaire, tint
Conſeil , & l'apreſdinée Sa Majeſté
chaſſa le Cerf avec Monſeigneur
& Madame la Ducheffe
de Bourgogne; & aprés la priſe
du Cerf, Sa Majesté en courut
un ſecond qu'Elle prit encore .
Monſeigneur donna le retour de
Chaſſe chez luy, où Madame la
Ducheſſe de Bourgogne foupa.
Le 27.le Roy alla tirer l'aprefdinée
, & il receut à fon retour
Juin 1708, Mm
410 MERCURE
des Lettres de Monfieur le Duc
d'Orleans, par leſquelles il apprit
que ce Prince avoit inveſti
le 12. la Ville de Tortofe, & Mr
de Chamillart luy rapporta que
le11. S. A. R. s'estoit approchée de
la place, àlafaveur d'un rideau ou
colline, àla portée dufufil; que le 12
Elle l'avoit investie fait attaquer
plusieurs postes avancez, dans lefquels
on avoitfait 300prisonniers;
que des Carabiniers &des Dragons
ayant esté commandezpour defcendre
l'Ebre au deßous de la place , ils
avoient trouvés Barques chargéesde
farine&de chair fallée que l'on y
conduiſoit, fur lesquelles ils avoient
tiré fifortement, que les ayant con.
traintes d'ariver, ils les prirent;qu'-
un autre Détachement envoyé p
decouvrir les forces deMi de Staremy
GALANT 411
berg avoit rapporté qu'il estoit campéavec10
à 12 mille hommes prés de
Tarragone, &que quelques prisonniers
avoient dit que son deßein
effoitde tenter le ſecours de Tortofe.
Ce Détachement prit en revenant
foo Boeufs que les Ennemis
avoient raſſemblez , & il les
amena au Camp. S. A. R. mandoit
que fi Mrde Staremberg se
mettoit en devoirdesecourir Tortose,
ceGeneralferoit obligé de traverſer
une Plaine de fix lieuës , &qu'en ce
cassa Cavalerie estant plus nombreuſeque
lafienne, elle luy épargneroit
la moitié du chemin , & qu'Elle
en rendroit bon compte. Juſqu'au départ
de la Lettre de S. A. R. le
canonde la place qui avoit beaucup
tiré, n'avoit tué perſonne,
les Troupes eſtant poſtées dans
Mmij
412 MERCURE
des colines,où il ne pouvoit donner.
On reçût ce jour là pluſieurs
Lettres de Flandre, qui ne parloient
que de l'exactitude, avec
laquelle Monſeigneur le Duc de
Bourgogne fait obſerver la difciplinemilitaire;&
qui portoient
que tous les Officiers qui avoient accoutumé
deſe loger dans des maisons
aux environsdu Camp, estoient obligezde
coucherſous leurs Tentes à la
queuë des Regimens qu'ilscommandent,
&qu'ils estoient tous obligezde
demeurer à leur pofte, ce Prince leur
ayant declaré qu'il les y envoiroit
chercher lorſqu'il auroit des ordres à
leurdonner.
Le 28. Madame lut le matin
une Lettre de Monfieur le Du
d'Orleans, qui luy mande que les
1 GALANT 413
Carabiniers aprés avoir pris les
5 Barques chargées de farines &
de chair fallée, en avoient rencontré
cinq autres plus bas ,
chargées de bled , qui alloient
auſſi dans la place , & qu'ils les
avoient priſes, de même que les
cinq premieres .
Monſeigneur alla le matin du
même jour à la Chaſſe du Loup ,
& l'apreſdinée SaMajesté chaffa
le Cerf avec Madame la Ducheffe
de Bourgogne.
Mes de Pompadour & de Dangeau
preſenterent ce jour- là
Me la Marquiſe de Courcillon
au Roy, à Monſeigneur & aux
Princeſſes , & enfuite elles viſitèrent
pluſieurs perſonnes de
ronfideration. Cette Marquife,
quin'a que 13 ans & demi , eft
Mm iij
414 MERCURE
tres bien faite , ſon air modeſte
en relevoit les graces , & elle
eſtoit d'ailleurs fort parée de
pierreries ; elle fut reçûë avec
tout l'agrément imaginable.
On apprit le même jour que
lemariagede Mrle Prince Leon
avec Mlle de Roquelaure eſtoit
atreſté. On leur donne à chacun
12000 livres de rente Mr de Rohan
ſubſtitue soooo écus de rente
qu'il a enBretagne au fils aîné de
Mr le Prince Leon , en cas de
mort au ſecond , & au troiſieme
&à leurs enfans mâles, à condition
que lorſqu'il aura un fils
agé de 16. ans , on luy créera un
Tuteur, entre les mains duquel
les revenus demeureront en ſequeſtre
juſqu'à ſa majorité , &
qu'en attendant cet âge , les re
GALANT 415
priſes de Me de Rohan feront
priſes ſur ce revenu, & de plus
100000. écus pour Mlle de Rohan,
en faveur de laquelle & ſes
ayans cauſe, la ſubſtitution luy
fera reverfible, en cas qu'il n'y
ait point d'enfans mâles , ou qu'-
ils vinſſent à manquer.
Le 29. le Roy alla tirer l'apref
dinée, & tua beaucoup de Faifans
& de Perdrix ; mais il netira
que des mâles des deux eſpeces,
à cauſedes couvées des Faifandeaux
& des Perdreaux. Madarme
la Ducheſſe de Bourgogne eut
la curioſité de voir un Liond'une
groſſeurextraordinaire, que l'on
avoit amené depuis deux jours .
Le Roy alla letrentiéme l'a-
- preſdinée à la Chaſſe du Cerf.
Il y eut retour de Chaſſe chez
:
1
416 MERCURE
Monſeigneur , aprés lequel on
joua.
Vous attendez ſans doute des
nouvelles de ce que Mr le Ma.
réchal de Villars a fait depuis
qu'il eſt parti de Paris. Vous
avez raiſon , puiſque l'on n'apprendjamais
rien que d'agreable
des lieux où ce Marêchal commande.
Lorſqu'il approcha de Lyon ,
la plus grande partie du peuple
ne put l'attendre dans la Ville,
tant l'empreſſement de le voir
eſtoit grand. Les honneurs qu'-
on luy fit paſſerent ſon attente;
mais ils ne pouvoient eſtre que
tres -grands , puiſqu'ils eſtoient
proportionnez à la joye que
sout le peuple reſſentoit .
Celuy de Grenoble ne mer
GALANT 417
là.
qua pas moins d'empreſſement
de voir ce General qu'il attendoit
avec impatience depuis que
le Roy l'avoit nommé pour commander
en ces quartiers -
Toute la Ville fut illuminée le
foir de ſon arrivée , & il reçut
des complimens de la part du
- Parlement , de la Nobleffe , &
de tous les Ordres . Enfin les
peuples qui apprehendoient
quelques jours auparavant les.
grandes forces que l'on donnoit
à Monfieur de Savoye , parurent
* entierement raſſurez .
Le 11. ce Maréchal ſortit de
Grenoble pour aller viſiter les
poſtes des Montagnes , & pour
s'avancer ſur ceux des ennemis.
Depuis ce temps , ce Maréchal
a eíté camper à Exiles , & de là
418 MERCURE
à Oulx . Monfieur de Savoye
s'eſt retiré & ſe retranche. Il
n'y a pas lieu de croire que ce
Prince puiſſe rien entreprendre,
l'Empereur luy ayant retiré
une grande partie de ſes troupes,
& celles de France eſtant
augmentées par 4000 hommes
de renfort . De plus Mr de
Villars a raſſemblé toutes fes
Troupes en un ſeul Corps , &
il a donné la Garde des défilez
à des Payſans fort aguerris.
Toutes les fortifications de
Toulon font preſque achevées ,
& particulierement celles du
Fort Artigues , & du Fort de
la Malgue , & Mr de Chamarante
, que l'on y attendoit avec
dix Bataillons , y doit eſtre prefentement
arrivé .
GALANT 419
Il a eſté tres - difficile juſques
icy de vous parler des Armées
d'Allemagne. Il y a plus de
deux mois que Mr le Prince Eugene&
le Duc de Marlboroug ,
croyant avoir ébauché à la
Haye un grand projet pour l'ouverture
de la Campagne , allerent
enſemble dans diverſes
Cours d'Allemagne, pour achever
de le concerter avec pluſieurs
Princes , & pour y mettre
la derniere main , aprés quoy
le Prince Eugene retourna à
Vienne , & le Duc de Marlborough
enHollande. On comptoit
pour l'ouverture de la Campagne
, ſur un nombre de Troupes,
& fur une certaine quan-
_tité de munitions & d'argent ,
que toutes les Puiſſances d'Al
420 MERCUR E
lemagne qui doivent des consingens
, devoient fournir ; mais
deux mois s'eſtant écoulez en
mouvemens de la part de l'Em.
pereur , du Duc d'Hanovre &
des Hollandois , & fur tout en
menaces de S. M. I. pour faire
que toutes ces choſes ſe trouvaſſent
preſtes dans le temps oû
la Campagne auroit dù s'ouvrir
; il ne s'eſt trouvé qu'une
partiede toutes ces choſes , dans
le temps que les Troupes auroient
dû commencer d'agir , &
les Alliez fort embaraſſez ,
voyant qu'ils ne pouvoient
avoir recours à leurs forces ,
curent recours à l'adreſſe , &
publierent qu'ils alloient faire
paſſer une Armée ſur la Moſelle
, qui ſeroit commandée par
le
GALANT 421
le Prince Eugene. Les plus
intelligens dans le métier de la
guerre voyoient bien que l'execution
d'un pareil projet
eſtoit impoffible , & que trente
mille hommes ne pouvoient
ſubſiſter dans un Pays où l'on
n'avoit point établi de Magafins
, & où toutes les munitions
manquoient . Les Alliez ne laifſerent
pas de faire marcher
quelques Troupes de ce coſtélà
, pendant que le Duc d'Hanovre
faifoit aſſembler le reſte
des Troupes Allemandes pour
agir d'un autre coſté ; mais l'on
peut dire que tous ces mouvemens
ſe faifoient preſque ſans
ſçavoir pourquoy , parce que
les premiers projets n'ayant pû
- eſtre mis en execution , les Al-
Juin 1708.
Nn
1
422 MERCURE
liez ſe donnoient des mouvemens
ſans ſçavoir eux - mêmes à
quoy ils aboutiroient, & ileſtoit
dificile de prendre dejuſtes mefures
pour rompre leurs deſſeins,
puiſqu'ils n'en avoient point ;
qu'ils vouloient ſeulement nous
embaraffer , & qu'ilsne devoient
agir que ſelon les conjonctures.
Cependant la Campagne ayant
commencé en Flandre , & Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
s'eſtant avancé à la teſte de
plus de cent mille hommes , &
les Hollandois voyant tous les
projets concertez avec les Alliez
, rompus , propoſerent aux
Allemans de ſe tenir ſur la défenſive
, & d'envoyer des Troupes
pour groſſir l'Armée du
Duc deMarlborough , s'ils n'aiGALANT
423
moient mieux envoyer en Flandre
, l'Armée qu'on publioit de .
voir agir ſur la Moſelle & de
la faire commander par le Prince
Eugene , de maniere qu'il y
en auroit eu deux ; l'une commandée
par ce Prince , & l'autre
par le Duc de Marlborough ,
car on doit remarquer que les
Hollandois facrifieroient toutes
chofes pour empêcher les
François d'approcher de leur
pays , qui ne pourroit tenir
long- temps ſi les Frontieres en
eſtoient une fois forcées.
On ne peut dire au juſte pourquoy
rien de tout ce qui s'eſt
propoſé pendant deux mois entre
les Alliez , n'a réüſſi ; mais
cependant il paroiſt que Monſieur
l'Electeur de Baviere a
Nnij
424 MERCURE
pris de ſi juſtes meſures qu'il a
empêchéles ennemis d'executer
aucuns de leurs deſſeins , car dés
que les Alliez ont fait marcher
des Troupes du coſté de la Moſel
e , il en a fait marcher auffi
pour les obſerver , & il s'eſt
trouvé que ce Prince avoit des
Troupes dans tous les lieux
par où les Allemans auroient
pû en faire avancer. On doit
obferver que ſi les Troupes que
les Alliez avoient commencé à
faire marcher ſur la Moſelle ,
euſſent voulu prendre la route
de Flandre , Monfieur l'Electeur
de Baviere avoit pris de
ſi juſtes meſures , que les renforts
qu'il auroit envoyez à
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, ſeroient arrivez fix ou
GALANT 425
२
lept jours avant les Troupes
Allemandes. Cependant le Prince
Eugene a quitté Vienne , &
l'on a publié qu'il venoit ſe
mettre à la teſte d'une Armée
qui eſtoit en eſtat de faire de
grandes choses ; mais tout cela
n'a abouti qu'à venir à Francfort
où il a demeuré juſqu'au
17. Juin . Voicy ce qui s'eſt
paſſé depuis ce temps là , contenu
dans les Nouvelles arri .
vées dans le temps que j'allois
fermer ma Lettre.
Mrle Duc d'Hanovre étant
arrivé à l'Armée Imperiale , il
en a fait la revûë dans les Lignes
d'Etlingen ; il paroiſſoit
qu'il devoit bientoſt ſe mettre
en marche , & l'on croyoit qu'il
devoit paſſer le Rhin.
Nn iij
426 MERCURE
Dans le temps que l'on croyoit
que le Prince Eugene avoit arreſté
à Francfort tout ce qu'il
devoit faire , & qu'il alloit ſe
mettre à la tête de l'Armée de
la Moſelle , pour paſſer en Brabant
, il eſt venu à Schwartsbach
, où le Prince Hereditaire
de Heſſe -Caſſel prend les eaux ,
pour y tenir une nouvelle Con
ference avec ce Prince , & avec
le Baron d'Almeloo , Envoγά
Extraordinaire des Etats Generaux
, quis'y eſt rendu de Coblentz.
Si les Ennemis ne font
pas degrandes choſes cette an.
née , ce ne ſera pas manque d'avoirtena
desConferences,puifque
l'on en compte plus de dix ,
tenuës en divers lieux depuis 2.
mois ; & comme ils ont ralenty
GALANT 427
les preparatifs qu'ils faifoient
fur la Moſelle , il y a apparence
qu'ils ont changé de deſſein.
Monfieur l'Electeur de Baviere
avoit partagé ſon Armée
en trois Corps campez en trois
Camps differens , en tirant vers
Keyſerlauter , ſoit pour faire
ſubſiſter les Troupes plus aiſement
, foit pour les diſpoſer de
maniere à pouvoir s'en ſervir
plus utilement. Un de ces
Corps eſt commandé par Mr
d'Hautefort ; le ſecond par Mr
de Verac ; ce ſont les deux plus
avancez ; & le troiſiéme qui eſt
campé à demi - lieuë de Saar-
Loüis , & qui conſiſte en 17.
1
bataillons & 38. Eſcadrons , eft
commandé par Mr de Saint Fremont
.
428 MERCURE
On vient d'apprendre icy par
d'autres Lettres , que Monfieur
de Baviere avec toute la Cour ,
ainſi que Mr de Barvick ,
étoient partis le 23. de Saar-
Loüis , & qu'ayant réüni les
deux Corps , ſous les ordres de
Mrs de Hautefort & de Verac,
ils étoient allez camper le 24. à
Blicaſtel. Les mêmes Lettres
portent que l'on ne ſçavoit pas
encore fi ce mouvement ſe faifoit
pour aller détruire les Magaſins
que les Ennemis ont fait
à Keyſerlauter , ou fi S. A.E.
veut repaſſer en Alface , fur le
bruit qui s'eſt répandu que le
Prince Eugene voyant ſes mefures
rompuës du côté de la
Moſelle , faiſoit avancer quelques
Troupes vers Landau ,
GALANT 429
comme s'il vouloit donner de
l'inquiétude à celles que Mr le
Comte du Bourg commande
dans les Lignes de Weiſſembourg.
Les Lettres de Flandre qui
viennent d'arriver , diſent que
ſelon quelques avis , le Prince
Eugene , aprés avoir quitté le
Prince Hereditaire de Heffe-
Caffel , avoit marché du côté
de Flandre , pour s'aboucher
avec le Duc de Marlborough,
& qu'il ſe mettra à portée de
l'Armée de Flandre ; & d'autres.
avis aſſurent qu'il n'entreprendra
pas la moindre choſe , tant
qu'iln'aura pas autant de Trou.
pes qu'il en a beſoin , &toutes
les choſes neceſſaires , pour ne
point riſquer ſa reputation.
430 MERCURE
Les mêmes Lettres aſſurent
que tout eſt encore en Flandre
dans lamême ſituation , & que
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
faiſoit faire des routes
fur ſa droite , pour pouvoir paffer
la Dyle ; & fur fa gauche ,
pour monter du côté de Hall .
Il ya des Lettres d'Allemagne
, qui diſent que le Prince
Eugene avoit eu deſſein d'Affieger
Namur , mais qu'il a trouvé
ſon projet traverſé par les mouvemens
faits par Monfieur de
Baviere.
Le Capitaine l'Aigle , Command
nt la Fregate l'Avanturiere
de dix- huit canons , a pris.
un Pinque ou Tartane Mayorquine
chargée de bled & de ris ,
arrivée à Marseille. Il a pris
GALANT 431
auſſi deux autres Tartanes ſur
leſquelles il y avoit onze cens
barils de poudre , & quatre mille
boulets pour Barcelonne , &
dix- neufgroſſes caiſſes de meubles
de la Princeſſe de Wolfembutel
; ces dernieres priſes
font arrivées à Toulon , où l'on
a ſçu que Mr de Chamarante
eſtoit arrivé , & qu'il faiſoit
travailler jour & nuit aux Fortifications
de la Place .
Les Alliez manquant de
fourage en Flandre , font obligez
d'aller fourager par de-là
Anvers ce qui les fatigue
beaucoup.
>
J'apprens en ce moment que
Me la Ducheſſe de Chaſtilion,
eſt morte de la petite verole .
S'il me reſtoit plus de temps
432 MERCUR
& plus de place , je vous ferois
unebelle peinture de la deſolation
où se trouve le Royaume
de Naples , & du deſeſpoir où
font tous les honnêtes Gens de
ce Royaume , d'avoir eſté contraints
de ceder aux Traîtres
qui ſont cauſe de la cruelle fituation
où eſt cetEtat , que les
Allemans ont trouvémoyen d'épuiſer
en une année. Jem'étendrois
auſſi ſur la vigoureuſe def.
fenſe que le Ferrarois ſe prepare
à faire contre les Allemans.
Le Pape n'oublie rien
pour avoir de l'argent & des
Troupes ; & de la manieredont
S. S. s'y prend , il y a beaucoup
d'apparence qu'Elle réüffira
, & que la diverſion qu'Elle
fera des Allemans , produiraun
fi
GALANT 433
F
bien pour l'Italie , car étant outrée
du procedé de l'Empereur,
qui traite tous ſes Souverains &
tous ſes Peuples en eſclaves , &
ne ceſſe pointde leur demander,
il y a apparence que ſi l'Armée
du Pape devient confiderable ,
elle ſera jointe par les Troupes
de tant de Puiſſances , que les
Allemans pourroient bien ſe
repentir long- temps d'une en-
☐ trepriſe auſſi injuſte ; & les choſes
pourroient aller ſi loin , que
jene dois pas en dire davantage.
Je ne vous diray rien ce mois-
-cy de l'Archiducheſſe , qui n'a
juſqu'icy trouvé perſonne qui
l'ait traitée de Reine d'Eſpagne,
ſi l'on en excepte les ſujets de
l'Empereur fon beaufrere
Il y a plus d'un mois qu'il ar-
:
Juin1708. 00
434 MERCURE
riva à la Rochelle une Flote
de dix Vaiſſeaux François venant
de la Martinique & de
SaintDomingue. Ils font rem
plis de pluſieurs fortes de Marchandises
, & l'on fait monter
leur charge à prés de trois millions
. Cette Nouvelle eſt échapée
à tous ceux qui travaillent
aux Nouvelles publiques.
Il eſt vray que la Flote de Mr
le Comte de Forbin n'eſt point
encore fortie de Dunkerque , &
il ſeroit à ſouhaiter qu'elle n'en
fortît pas encore fitoft , puiſque
tant qu'elle fera gardée par
deux Efcadres ; ces Eſcadres qui
pourroient eſtre d'une plus
grande utilité ailleurs , n'agiront
point contre la France.
Les Lettres du 23. de l'Armée
GALANT 435
d'Italie , portent que Monfieur
leDuc de Savoye ſe retranchoit
du coſté de Suze ; que nous nous
retranchions auffi , & que cependant
le 22. Mr le Maréchal
de Villars avoit eſté reconnoître
les ennemis . Les mêmes
Lettres ajoûtent que l'on croit
que ce Maréchal les attaquera
au premier jour , & que Mr de
Médavy attendoit que les neiges
fuffent fonduës pour aller
du coſté du Montcenis par le
Col de la Rouë.
Il faut enfin que je ferme
ma Lettre : je ne vous en ay
point envoyé de ſi longue depuis
32. ans que je vous écris des
Nouvelles ; mais les articles de
Guerre l'ont tellement remplie,
ce mois- cy , qu'il me reſte en-
Oo ij
436 MERCURE
core pour plus d'une Lettreentiere
d'articles differens que je
fuis obligé de remettre au mois
prochain , quoiqu'il y en ait
beaucoup de confiderables , &
qui auroient eſté de ſaiſon ce
mois - cy ; mais je ne puis faire
l'impoffible . Je ſuis , Madame ,
vôtre , &c.
AParis, ce 30. Juin 1708.
AVIS.
Le Mercure de Juillet ſe
distribuëra ſans faute le Vendredy
troifiéme d'Aouſt. On
doit remarquer qu'il ſe diſtribuë
toûjours le jour marqué
dans les Avis que l'on donne
chaque mois , & que ceux qui
ont des raiſons de publier le
contraire , abuſent le Public ,
lorſqu'ils diſent autrement.
i
VILLA
LYON
*1893
TABLE .
Anegyrique du Roy fondé par
Meſſicurs de Ville , &prononcé
parMr le Recteur
S
Festedonnéea la Reine Doüairiere
d'Espagne an Chasteau neuf de
Bayonnes.ذات Iz
Cadavre trouvé entier aprés 500.
Ans 17
Discours prononcé par Mr l'Abbé
de Polignac 20
These de Droitfoutenë à Rome 25 :
Autre These curieuse , foutenuë
dans l'Univerſité de Vinemberg
31
Traité des Eunuques 39
Relation tres curicafe d'une Ambaffade
faite aux Caraïbes de
The de Saint Vincent 46
Premier Article des Morts 70
Difcours prononcé par le nouveau
Oo iij
TABLE.
Doyen de la Faculté de Theologie:
89
Benefices donnez, par le Roy dans
La derniere promotion
Mital , livre nouveau
Galanterie
9i
126
129
Distribution faite a Toulouse , des
prix des Jeuxfloraux 137
Mariages 150
Ordre de Bataille de l'Armée de
Flandre } 176
Journal de l'Armée de MileDucde
Noailles 201
Ordre de Bataille de l'Armée commandée
par S. A. R. Monfieurle
Duc d'Orleans 231
Premier article des Nouvelles de
l'Armée de S. A. R. dans le quel
on trouve un Journal tres curieux.
239
SecondArticle des Mort:s 291
TABLE.
Second Article des Nouvelles de
l'Armée de S. A. R.
309
Actionde Graces rendues a Beauvais
, en confideration d'une grace
acordéepar le Roy 314
Reception de Mr de Lefnerac
dans l'ordre de notre Dame de
Moncarmel
2
316
Suite du Journal de l'Armée de
gne 319
Monseigneur le Duc de Bourgo-
Troisieme Article des Nouvelles de
- LA'rmée de S. A. R.
341
Vaſconiana , ou Recueil des bons
Mots , des pensées les plus plaifanies,
& des rencontres les plus
vives des Gascons. 347
Second Article des Mariages 352
Quatrieme Article des Nouvelles
de l'Armée de S. A. R. 364
Mort de Mede Pontchartrain 373
1
TABLE
Journal de Fontainebleau 391
Détail curieux touchant les 5.•
Barques arrestées par 15. Dragons
de l'Armée de Monfieur le Duc
d'Orleans 398
Secondefuitte du Journal de Flandre
Article des Enigmes
401
1403
Suite du Journal de Fontaine-bleau,
qui comprend auſſi pluſieurs Nou-
Pelles 407
Arrivée de Mr le Maréchal de
ヤV
illars en Dauphine , & ce que
ce Maréchala fait depuis 416
Affaires d' Allemagne...... 419
Nouvelles curicufes venuës de plufleurs
endroits.ου
Articles refervez
430
434
i
*1803
Avis pourplacer les Figures.
L'Air qui commence par,Qu'on
ne m'apporte point, page 1 37.
L'Air qui commence par ,Iris
Page 363.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères