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"
Lar
Fontaines"
SJ
44
.
60
-
CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUILLET , 1706.
RSETENS
A PARIS,
ChezMICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant.
১ই
Omme il eft impoſſibledans la con
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peutſe diſpenſerd'en
augmenter auſſi le prix. Ainſi les
volumes qui ſeront reliez en veauſe vendront
doreſnavant trente-huit ſols,quant
aux volumes qui ſeront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations ſe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VI.
Avec Privilege du Roy
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1706.
L
E Panegyrique du Roy ,
fondé par laVille,fut prononcé
le Jeudy premier jour
du mois dernier , par M² Viel ,
Recteur de l'Univerſité , dans
les Ecoles exterieures de Sorr
A iiij
6 MERCURE
bonne. L'Affemblée fut tres
belle & tres nombreuſe : Mr
le Prévoſt des Marchands , à la
teſte de Mrs deVille; Mr le Premier
Preſident , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers
du Parlement ; Meſſieurs les
Cardinaux d'Eſtrées & de
Noailles , avec pluſieurs Evêques
qui ſe trouverent en cette
ville , y affifterent , & ils donnerent
de grandes loüanges à
Mr le Recteur , qui y eut auſſi
de frequens applaudiffemensde
toute l'Aſſemblée. Il fit voir la
fermeté du Roy dans les dangers
les plus grands,& dans les
GALANT 7
affaires les plus difficiles ; magnitudo
inconcuſſa in periculis , magnitudo
actuofa in negotiis , dit il,
en parlant de la grandeur du
courage de Sa Majeſté. Pour
prouver ſa premiere partie ,
il rappella la journéed'Hochftet
, & aprés en a voir fait un
détail , il paſſa à celle de
Flandres ; & il fit voir dans
l'une &dans l'autre de ces conjonctures
, que le Roy n'avoit
jamais paru plus grand , plus
maître de luy meſme , & plus
ſuperieur à ſes ennemis quoyque
victorieux. Il établit cette
ſuperiorité de courage & de
A ij
8 MERCURE
genie dans les reſſources que Sa
Majefté avoit tirées de fes propres
malheurs, par l'impoffibilité
où il avoit mis ſes ennemis
de profiter de leurs avantages
&du fuccés de leurs armes ; &
il infera enſuite ,du bon ufage
que Sa Majesté avoit fait du
malheur de ſes armées à la journée
d'Hochſtet, & de l'habileté
qu'il eut alors à rendre le ſuccésde
ſes ennemis vains & inutiles
, que la journéede Flandres
ne leur ſeroit pas plus avantageuſe
,& que le Roy trouveroit
les meſmes reſſources contre
ce ſecond revers ,qu'il avoit
GALANT 9
trouvées contre le premier. Il
fit voir que ſa prédiction commençoit
às'accomplir , par les
efforts que Sa Majefté faifoit
pour reparer cette nouvelle
perte. CetOrateur paſſa enſuite
au ſecond point ; & il prouva
avec beaucoup d'éloquence ,
que la même grandeur d'ame
que le Roy marquoit , & la
même tranquillité que Sa Majeſté
conſervoit dans les dangers
les plus grands , ne fe démentoient
point dans les affaires
de la plus difficile diſcuſſion.
Il rappella, à ce ſujet , le Teſtament
du feu Roy d'Eſpagne ,
10 MERCURE
&le party que le Roy choiſit
dans une conjoncture auſſi délicate
; les moyens dont ce Prince
s'eſtoit ſervi dans le cours
de la derniere guerre pour arrêter
les progrez de ſes ennemis ;
les reſſources qu'il avoit toujours
trouvées,dans les differentes
occafions où ils avoient eu
l'avantage ſur ſes troupes ; l'étenduë
de ſon genie pour pourvoir
enmême temps à pluſieurs
affaires,dont une ſeule pourroit
occuper pluſieurs perſonnes ; &
enfin il fitvoir que,dans lesConſeils
que leRoyaſſemble, ſesMiniftres
tirent plus de lumieres
}
GALANT II
deluy,& reglent plus leursdécifions
fur la fienne,qu'il ne puiſe
dansleur experience&dansladiverſité
de leurs avis,des moyens
de remedier aux affaires les plus
preſſantes & les plus embarraffées
. M Viel fit enſuite l'élogedeMonſeigneur,
celuy du
Royd'Eſpagne,demonſeigneur
leDucdeBourgogne, deMonſeigneur
leDucde Berry,&des
autres Princes de la Maiſon
Royale;&illes caracterifa tous
par quelque trait qui les auroit
fait reconnoître , quand même
il ne les auroit pas nommez.
Le lendemain 2. Juillet,M
12 MERCURE
l'Abbé du Mans , Prieur de
Sorbonne , fit le diſcours que
le Prieur de cette Maiſon eft
obligé de prononcer tous les
ans à l'ouverture des Sorboniques.
Monfieur le Cardinal
d'Etrées , M² l'Evêque de Rofalie
& M' l'Evêque de Glandeves
y affifterent , ainſi que
quelques autres perſonnes de
distinction . M le Prieur de
Sorbonne donna d'abord,dans
le Prélude,une idée de ſon difcours
, dans lequel parurent
quelques traits à la loüange du
Pape , du Roy & de la famille
Royale, de Monfieur le Cardi-
1
GALANT
13
nal d'Etrées , de Monfieur le
Cardinal de Noailles & de plufieurs
Prelats . Tout le reſte de
ſon diſcours futun éloge continuel
du Pape. Il éleva , dans
les termes les plus pompeux ,
l'humilité , la prudence , la
ſcience & la vertu de ce Pontife.
Son humilité dans le refus
, où il perſiſta pendantplufieurs
jours,d'accepter leGouvernement
de l'Eglife,dans une
conjoncture où le Sacré College
ne voyoit aucun Cardinal
plus en état de ſupporter un
poids auſſi immenfe. La mort
de Charles ſecond Roy d'Ef
14 MERCURE
pagnequi arriva en ce temps-là,
rendoit les Cardinauxplus embaraſſez
ſur le choix de celui
qui devoit remplir cette dignité
, & Monfieur le Cardinal
Albani plus ferme à la refuſer;
enfin entraîné par les ordres
de la Providence,dont il voyoit
les deſſeins trop marquez, ill'accepta.
La prudence de ce Pontife
a éclaté dans le gouvernement
de l'Eglife , dans ſes ſages
ménagemens pour les differens
Princes qui ont les armes à la
main. Sa fcience paroît tous les
jours ,dans les belles Homelies
qu'il prononce dans les quatre
GALANT 15
5
ou cinq principales Fêtes de
l'année , &dans les Bulles qu'il
a données en differentes occaſions
ſur les matieres conteſtécs
depuis filong-temps;& fa vertu
dans les exercices de ſon miniftere
, dont il ne ſe repoſe ſur
perfonne , dans ſon infatigable
charité ,&dans l'attention
continuelle qu'il a aux beſoins
de l'Egliſe & à la pourvoir de
fages Miniſtres. M² l'Abbé
duMans , aprés avoir loüé la
Faculté de Theologie de Paris
fur ſon attention à conferver
la ſaine Doctrine , à rejetter
toutes les nouveautez , &à
16 MERCURE
condamner tout ce qui a quelque
rapport avec l'erreur , remarqua
que la vigilance de ce
ſage Corps ſe renouvelloit à
meſure que le goût des opinions
nouvelles & dangereuſes
ſe fortifioit ; & il fut aifé de
remarquer que ſon difcours
étoit formé ſur un plan tout à
fait oppoſé , à celuy ſur lequel
M' le Quin fon Prédeceffeur
forma celui qu'il prononça
l'année derniere ,dans une pareille
occafion , en prefence du
Clergé de France alors affemblé.
Je ne dois pas oublier de
vous dire que M³ du Mans n'eſt
1
GALANT 17
r
Prieur de Sorbonne que depuis
environ deux mois . M² Michel
qu'on avoit élû au commencement
de l'année , & qui
devoit faire ſes fonctions jufqu'à
la fin de l'année,s'étant retiré
à la Trappe , on a élû à ſa
ppllaacceeMM'' dduu Mans , qui ſera
Prieur juſqu'à la findel'année :
ainſi on pourra nommer cette
Licence , la Licence des trois
Prieurs ; ce qui ne s'eſt peutêtre
jamais vû. Ce digne
Prieur finit ſon difcours , par
un éloge de Monfieur le Cardinal
Gualterio , Nonce en
France ; il rendit juſtice à la
Juillet 1706 . B
18 MERCURE
vertu & à la doctrine de ce
Prelat , dans des termes treséloquens
, & qui furent fort
applaudis. Le Pere Martin
Cordelier , eſtoit celuy qui
foûtenoit la Sorbonique ; je
vous ay dit pluſieurs fois que
cette premiere Sorbonique appartient
à ceux de cet Ordre.
Le Pere Martin prononça enfuite
une harangue fort courte ;
mais le feu avec lequel il parla ,
fon élocution , & les termes
dont elle étoit remplie réveillerent
l'attention de toute l'Afſemblée.
Il cut , de meſine que
M' le Prieur de Sorbonne , le
GALANT 19
bonheur de reciter fort heureuſement
ſon diſcours ; car il
n'eſt pas difficile de concevoir
la peine qu'il ya de ſe charger
la memoire d'une harangue ,
dans le meſme temps qu'elle eft
accablée ſous le poids d'une infinité
de queſtions , toutes plus
difficiles les unes que les autres.
1.
L'Article que vous venez de
lire, eſtant rempli de loüanges
de SaSainteté , jecroyqu'ildoit
eſtre ſuivi de celuy que vous
allez voir ; puiſque cet Article
donne auffi lieu de loüer Sa
Sainteté , en parlant du bon
Bij
20 MERCURE
choix qu'elle avoit fait,ennommant
au Cardinalat M Phili
pucci , rien ne pouvant mieux
faire voir qu'il en estoit digne ,
que la profonde humilité avec
laquelle il a conſtamment refuſé
cette dignité. Ce que Sa
Sainteté a fait enſuite pour ce
Prelat , en luy donnant une
penſion , & en conferant fa
Charge & fes Benefices à fon
neveu , ainſi que vous verrez à
la fin decet Article , meriteauffi
beaucoup de loüanges .
M' Philipucci , Votant de
Signature , par un excés d'humilité
dont ontrouvepeu d'ex
GALANT 21
emples dans l'Hiſtoire , ayant
perſiſté dans le refus qu'il a fait
de la dignité de Cardinal , & la
Congregation des Cardinaux
aſſemblez ſur un ſujet fi extraordinaire
, ayant déclaré
qu'il n'eſtoit pas Cardinal par
la ſeule nomination du Pape ,
& qu'il avoit encore la liberté
de refuſer cette dignité ; Sa
Sainteté, aprés avoir accepté la
renonciation de ce Prelat au
Cardinalat , ya nommé M
Conti , Nonce en Portugal , &
qui a donné dans le cours de
fa Nonciature , & dans les autres
emplois qu'il a exercez à la
22 MERCURE
Cour de Rome, diverſes marques
de fon merite &de l'étenduë
de ſon genie. Il eſt d'une
famille Romaine , noble & ancienne
, qui a produit divers
Cardinaux. L'Hiſtoire fait voir
qu'ily enavoit dés l'onziéme
fiecle, Boniface Conti , Cardinal
, Evêque d'Alby , fleuriſſoit
vers l'an 1050. Le Pape Leon
IX. I honorade cette dignité ,
&il ſe trouva enfuite à lamort
de Victor II. en 1057. Les
Hiſtoriens nenous ontpas marqué
le temps de la fienne. Urbain
I V. fit Cardinal au mois
de May de l'an 1262. Jour
GALANT 23
dainConti , né à Terracine , &
qui avoit rendu de grands fervices
au SiegeApoftolique. Ce
Prelat exerça la Charge de Vicechancelier
de l'Egliſe ſous le
Pontificat d'Alexandre IV. &
d'Urbain IV. Ce dernier , en le
creant Cardinal , luy donna le
titre de Saint Coſme &de Saint
Damien. Il cut enſuite le Gouvernement
de laCampagne de
Rome , & il mourut en 1269.
Leon X. créa Cardinal le premier
Juillet de l'an 1517. François
Conti , Archevêque de
Conſa dans le Royaume de
Naples ( Egliſe dans laquelle le
24 MERCURE
1
celebre Ambroise Catharin
fiegea , & à laquelle il fut nommé
ſur la fin du Concile de
• Trente. ) François Conti mourut
en 1521. fi pauvre ( choſe
étonnante en ce ſiecle- là ) qu'il
ne laiſſa pas même de quoy ſe
faireenterrer, ſi on s'en rapporte
à Onuphre Panuin , à Ciaconius
, & à Aubery. Ces Auteurs
,de même que Blondus ,
nous parlent d'un autre Cardinal
de la même maiſon , c'eſt
Lucio Conti , que le Pape Jean
XXIII . mit dans le Sacré College
le 6. Juin de l'an 1411 .
mais ce Pape ayant efté dépofé
&
GALANT 25
& la validité de fon élection
ayant eſté conteſtée , je ne mets
point ce Cardinal qu'il avoit
créé , parmy les autres du même
nom. Lucio Conti ſe trouva
au Concile general deConſtance
; & dans la fuite le Pape
Eugene, IV. du nom, l'envoya
Legat à Boulogne , où il ſe fit
des affaires tres - fâcheuſes. Il
fut accuſé d'y ſemer la diviſion,
&d'animer ſecretement quelques
puiſſantes familles les unes
contre les autres , dans la vûë
d'affoiblir les forces de la Ville.
Ses deſſeins ayant eſté décou-
Juillet 1706. C
26 MERCURE
verts , on ſe ligua contre luy,
&il s'en fallut peu qu'il ne perift
dans cette eſpece de conjuration.
Il ſe retira à Imola ,
qui eſt un (Evêché dont Monſieur
le Cardinal Gualterio eft
titulaire ) & il revint. enſuite à
Boulogne , où il mourut le 9.
Septembre 1437.
SSaa SSaaiinntteeté a donné deux
mille écus de penſion à M
Philippucci qui a quitté laCour
de Rome , & s'eſt retiré à Macerata
ſa patrie , pour y finir
ſes jours dans une Maiſon Religieuſe
,&y attendre la mort
dans les exercices de pieté ; &
GALANT 27
le Pape a en même temps conferé
les Benefices que M' Philippuccia
quittez àM² del Vico,
fon neveu , qui exerce depuis
long-temps à Rome,la Profefſion
d'Avocat avec beaucoup
de reputation. Sa Sainteté luy
a en même temps donné la
Chargede Votant de la Signature
de Juftice , queM'Philippucci
a laiſſé vacante par ſa retraite.
Le Pape voulant recompenfer
fes longs ſervices dans
la perſonne de fon neveu , a en
même temps rendu juſtice à ce
dernier , qui s'eſt montré,dans
pluſieurs occafions , tres - digne
Cij
28 MERCURE
r
de l'adminiſtration&dela conduite
des affaires les plus difficiles
. D'ailleurs M¹ del Vico a
eſté élevé ſous les yeux de ſon
oncle , & il a puiſé dans cette
école, les lumieres dont ila donné
en diverſes conjonctures ,
d'éclatantes preuves.
L'Article que vous venez
de lire , ayant relation au
précedent , à cauſe des loüanges
de Sa Sainteté , qui ſe
trouvent dans ces deux Articles
, j'ay interrompu , pour
faire place au dernier , un Article
qui auroit dû ſuivre les
deux premiers , qui regardent
GALANT 29
*ce qui s'eſt paſſé depuis peu en
Sorbonne.
5
M' de Borffat , Bachelier de
Licence , a foûtenu ſa premiere
Thefe de Licence , nommée la
Mineure. Elle eſt dediée à Mr
l'Evêque de Geneve. Ce Prelat
qui fait ſa reſidence à Annecy
depuis que N... de la Baume
fut chaſſede ſon SiegeEpifcopal
par les Genevois , dans le
penultiéme fiecle , eſt de la Maifon
de Roffillion-de-Bernex.
Elle eſt des plus illuftres de
Savoye , & elle a produit de
grands hommes , parmi lefquels
ſe trouve le brave Comte
1 2 HOL
Ciij
30 MERCURE
de Bernex , qui fit beaucoup par
ler de luy pendant la derniere
guerre. CetteMaiſon eſt alliée
aux plus illuftres de Savoye ;
ſçavoir , à celles de Seyſſek ,
d'Alinges , de Blancheville , de
Clermont , du Coudray , & à
pluſieurs autres , dont le détail
ſcroit trop long. Mr l'Evêque
de Geneve reſte ſeul de fa maifon,
avec un frere aîné qui eſt
Chef du Chapitre de Tonon ;
ils font freres de Mala Marquiſe
de Mont-Saint-Jean , dont
l'époux eſtoit de la Maiſon de
Clermont , &Chefd'une branche
de celle de Tonnerre. Ce
GALANT 34
Prelat eſt un parfait modele de
l'Epifcopat ; il raffemble dans
ſa perfonne toutes les qualitez
qui peuvent former un grand
Evêque , & fon Clergé admire
ſouvent en luy une fidelle copie
de l'original que le grand
Apoſtre des Nations a donné
dans ſes Epîtres , en parlant
d'un parfait Evêque. Celuy
dont je parle marque tous les
jours de fon Epifcopat , par des
actions d'une ardente charité,
d'un zele infatigable , & d'un
attachement invincibleà la difcipline
de l'Eglife. Il fait tous
les ans la viſite de fon Dioceſe.
Ciiij
132 MARCURE
Celuy deGenève ,quoy que les
Proteftans ſe ſoient ſaiſis d'une
partie des terres qui le compofent
, eſt d'une vaſte étenduë ;
ce qui n'empêche pas que ce
vigilant Prelat ne le parcoure
toutes les années , en ſuivant
l'exemple de fes Prédeceffeurs ,
fur tout de Saint François de
Sales , & de feu Mr d'Alex
d'Arenthon , ſon prédecefſeur
immediat , & qui aprés
avoir gouverné ſaintement
ſon Egliſe durant pluſieurs
années , cut la conſolation de
mourir les armes à la main ,
je veux dire , dans le cours de
11
GALANT 33
la viſitede ſon Dioceſe.
Mr de Borſſat qui a dédié fa
Theſe à ce Prelat , eſt de Gex ,
& par confequent Dioceſairi
de Mr l'Evêque de Genève. Il
a ſoûtenu cet Acte avec beau
coup d'applaudiſſemens ; & il
en reçut ſur le champ des com
plimens de pluſieurs Docteurs,
même de ſesCenſeurs . Illes meritoit
par lavivacité& par la fo
-lidité des réponſes qu'il fit atou
tes les difficultez qu'on luypropoſa.
Mr Lhuillier Docteur de
laMaiſon de Sorbonne , &Curé
de Saint Louis , préſidoit à
cette Theſe. Les trois difficul34
MERCURE
tez qu'il propoſa furent tresfortes
, & firent beaucoup
d'honneur au Preſident & au
Soûtenant ; fur tout celle des
des Corévêques , où ce dernier
brilla beaucoup. Mr l'Abbé
Maréchal, Doyen de laMaiſon
de Navarre & Bachelier de Licence
, argumenta enfuite
qu'il fit avec autant de force
que de dignité. Cet Abbé eſt
Doyen de Carignan , & treseftimé
de tous ceux qui le connoiſſent.
Mr de la Chaffaigne ,
Bachelier de la Maiſon de Sorbonne,
argumenta enſuite fur
la prefence réelle par Tertul-
; ce
1
1
GALANT 35
:
lien ; la difficulté fut tres fubtile
: mais elle n'embaraſſa pas
le Répondant , qui ne fut pas
moins admiré dans la ſolution
qu'il donna à cette difficulté ,
que dans celle qu'il donna à
toutes les autres qui luy furent
propofées. Mr de Borſfat eft
d'une familleconſiderable dans
le Pays de Gex , & de tout
temps fort attachée à la Maiſonde
Condé.
Le Pere le Jay Jeſuite , Profeſſeur
d'éloquence au College
de Loüis le Grand , a prononcé
un diſcours , dans lequel il a fait
voir la neceffité & l'utilité de
?
36 MERCURE
la Rhetorique enſeignée dans
les Colleges. Monfieur leCardinal
d'Etrées , pluſieurs Prelats
& quantité de perſonnes
de la premiere qualité y affifrerent
,& donnerent de grands
éloges à l'Orateur. Le Pere le
Jay fit un plan abregé de la rhetorique,
copié d'aprés les plus
grands Maîtres; il mêla les preuves
à l'autorité,& il montra que
la Rhetorique& l'éloquence ne
font autre choſe que la raiſon.
Il en propofa les regles qui ne
font que celles d'Ariftote , de
Ciceron, de Quintilien,& de S.
Auguſtin. Il avoüa enfuite, que
GALANT 37
a
ſouvent les impreſſions de l'éloquence
la plusreglée ne font pas
fans quelque danger à l'égard
des eſprits foibles ; & les preuves
qu'il en apporta démontrerent
ſuffiſament cette verité
: mais en même temps il deffendit
l'éloquence , fur ce que
quelques auteurs de ce temps
lui ont reproché, qu'elle parle
- aux hommes conformément à
leurs préjugez , & qu'elle les
- entretient dans leurs erreurs
en leur parlant des objets ſenſibles
, comme s'ils avoient en
eux des qualitez ſemblables à
- celles dont ils donnent le ſenti-
,
38 MERCURE
ment. Il dit enſuite , qu'ilferoit
àſouhaitter que pour rendre la verité
aimable aux yeux des hommes
, on ne fuftpas obligé de la
parerd'ornemens étrangers,&que
L'éloquence ne conſiſtaſt que dans
la clarté & l'arrangementdu difcours.
Il fit voir ſur ce ſujet ,
qu'on ne doit pas blâmer les
Orateurs de ce qu'ils parlent
comme le peuple , puiſque les
Philofophes mefines ne parlent
pas autrement ; mais de ce que
ſouvent ils penſent comme le
peuple , & qu'ils font trop valoir
les ideés & les opinions populaires.
Il finit , endiſant,que
GALANT 39
Ciceron & S. Auguſtin n'ont
jamais parû ſi grands , que dans
l'uſage qu'ils ont fait de l'éloquence
,&des regles de l'art de
perfuader.
M² l'Abbé de Dromeſnil ,
Docteur de Sorbonne , Grand
Vicaire de Laon & Aumônier
du Roy , prononça , le Samedi
19. deJuin,le Panegyrique des
Saints Gervais & Protais , dans
l'Egliſe Paroiſſiale qui leur eft
conſacrée. L'Aſſemblée fur
belle &nombreuſeM &Mla
Maréchale de Boufflers , M &
MelaComteſſede Grammont ,
Me la Ducheſſe de Guiche ,&
40 MERCURE
pluſieurs autres perſonnes de
ce rangaſſiſterent à ce difcours.
L'Orateur reçût de grands applaudiſſemens
, & il fit voir la
profondeurde ſon érudition,en
diſant des choſes qui juſqu'alors
n'avoient pas eſté connuës .
Il releva, dans les termes les plus
touchans, les foins que Vitalis
& Valerie avoient pris pour
l'éducation de leurs enfans
Gervais & Protais ; & fa morale
fut tres- belle ſur le devoir des
peres & des meres à l'égardde
leurs enfans . La diſtribution
que ces deux pieux freres firent
de tous leursbiens aux pauvres;
GALANT 41
la liberté qu'ils donnerent à
leurs efclaves ;& la puretéqu'ils
conferverent toûjours dans
leurs moeurs depuis ces ſaintes
actions, furent derichescirconftances
, auſquelles M' l'Abbé
de Dromeſnil donna encore
un nouvel éclat par la maniere
dont il en parla. Perſonne n'ignore
que cet Abbé a annoncé
avecſuccés la parole de Dieu
dans les meilleures Chaires de
Paris.
On a imprimé àOrleans,chez
Ican Borde, un Livre intitulé,
Oraiſon Funebre de Monseigneur
Eminentiffime Cardinal Pierre
Juillet 1706. D
42 MERCURE
du Cambout - de Coiflin , Evêque
d'Orleans , Grand Aumônier de
France, Commandeur des Ordres
du Roy . &c. prononcée en l'Eglife
des RR. PP. Minimes , le
19. Mars par le R. P. Claireau,
Predicateur ordinaire. Ce difcours
avoit pour texte , ces paroles
du 1. Liv. des Rois , corgregatus
est univerfus Ifraël, &
planxerunt cum , &fepelierunt
in domo fua. La diviſion naiffoit
du ſujet :Rien de plus innocent
, de plus juste , de plus édi
fiant que fa conduite au milien
des Princes & des Seigneurs de
laTerre, dit leP. Claireau ; Rien
GALANT 43
de plus enflammé, de plus parfait
queſon zele , quefa charité aumilieu
des peuples de fon Diocese.
On touche , en paſſant , l'éloge
de feu M' Ceſar duCambout,
Marquis de Coiflin , Chevalier
des Ordres du Roy , Colonel
General des Suiſſes & des Grifons
, & celuy de Madelaine
Seguier , pere & mere de Mr
lleeCCaarrddiinnal de Coiflin ; mais
en parlant de cette Dame , il
ſemble que le Pere Claireau
veuille dire que cette Damevit
encore. Mr le Cardinal de Coif
lin eſt repreſenté à la Cour,
dans ſes premieres années,com
Dij
44 MERCURE
me Jeremie dans la Judée ;
Daniel chez les Caldéens ; Jean
Baptifte dans le defert , toûjours
retiré en luy-meſme au
milieudu tumulte de la Cour.
On fait valoir avec justice le
témoignage du Roy en cette
occafion .
Ce Prelat ſucceda au Siége
d'Orleans à Mr d'Elbeine, dont
la memoire eſt en grande veneration
dans ce Dioceſe ; il
futnommé à l'Epifcopat avant
que d'eftre Preſtre , & il reçût
dans ſon Abbaye de Saint
Victor , la double Onction du
Sacerdoce & de l'Epiſcopar,
GALANT 45
On fait une peinture, dans la
deuxième partie, de ſa charité
&de ſa bonté , dont il a donné
de frequentes marques aux
peuplesde fon Dioceſe ; & dans
les années de diſette , il mit
tout en uſage pour ſecourir
ceux que la neceffité reduiſoit
aux plus grandes extremitez .
Ce Cardinal eſtoit titulaire
de la Maiſon Royale de laTres-
Sainte Trinité fur le Mont-Pincio.
Le P. Claireau n'a pas oubliéde
luydonner ce Titre dans
l'exorde de fon difcours.
Je vous parlay le mois dernier
dela mort de Mr l'Evêque
!
46 MERCURE
d'Amiens , & de la famille de
ce Prelat ; & je dois vous entretenir
aujourd'huy de ce qui
regarde fes obſeques & fon
Oraiſon Funebre. Mr l'Evêque
de Boulogne , avec lequel il
eſtoit lié d'une étroite amitié ,
&qui estoit venu àAmiens pour
le voir pendant ſa maladie , s'y
étant trouvédans le temps de
ſa mort , officia aux Obfeques
de ce Prelat , qui furent faites
deux jours aprés ſon deceds ,
& le lendemain à la Meſſe qui
fut celebrée pour le repos de
l'ame de cet illuftre défunt. Son
Oraifon Funebre fut prononGALANT
47
i
cée le Dimanche ſuivant, àune
heure aprés midy , dans l'Egliſe
Cathedrale d'Amiens. Je vous
envoye l'Extrait d'une lettre de
la meſme Ville , par laquelle
vous apprendrez tout ce qui
regarde cetteOraiſon Funebre.
La Villed'Amiens vientdeperdre
, en la perſonne defon illustre
Evêque , un rare modele de tout
ce que lafolide pieté, le veritable
déſintereſſement, l'ardente charité,
&lefoin infatigablepour lefalut
defon Troupeau,&pourſa conduite
, avoient raffemblé en sa
personne. Il avoit , dans ces der
48 MERCURE
niers temps, attiré prés de luy Mr
de Leftocq , neveu de feu Mrde
Leſtocq, Docteur&Profeffeurde
Sorbonne,dont lenom fait l'éloge.
Il l'avoit fait Theologal defon
Eglife , & il avoit la fatisfaction
de voirles fruits deſon choix,
par l'applaudiſſement univerſel ,
par l'empreſſement que l'on
avoit d'aller entendre les édifians
Sermons de cet Abbé. Il a esté
chargé de faire l'Oraiſon funebre
deſon Evêque ; cequ'il afait avec
tout lefuccés qu'on pouvoit en attendre.
Ses Auditeurs ont eftéfort
attendris defon difcours ,& particulierement
lorſqu'il a fait connoiſtre
GALANT 49
noiſtre la charité de cet illuftre
Evêque , qui luy faisoit donner
des penfions à de pauvres Gentilshommes
incommodez ; prévenir la
déroute & le manquement de plufieurs
Marchands defon Diocese ,
auſquels il a donné de l'argent confiderablement
pour les empêcher
d'eſtre accablez par la poursuite
de leurs Creanciers ; donner la dot
àdes filles dont la vocation estoit
d'estre Religieuses , & dont les
peres incommodez ne pouvoient
faire la dépense ; en marier d'autres
de ſes deniers ; terminer des .
procés qui s'estoient éterniſez dans
les familles , &y entretenir l'u-
Juillet 1706. E
50 MERCURE
nion par desfoins infatigables.
Ilafait sentirà tout son auditoire
la vraye perte qu'il venoit
de faire , en s'acquittant en même
temps de la reconnoiſſance qu'il devoit
à ce Prelat pour lequel il
avoit quitté la Maiſon de Sorbonne
dont il est Docteur. Son difcours
a esté fort applaudi de toute
l'Assemblée , qui a estépenetrée des
veritez qu'il apubliées ,foitparce
que chacun s'y est trouvé intereſſé,
ouparce qu'illes avoit entendu dire
par ceux qui n'ont pû cacher leur
gratitude envers leur Bienfaiteur.
Ilfaut ajoûter icy,que cette Oraifon
funebre doit faire d'autant
GALANT 51
plus d'honneur à Mr l'Abbé de
Leftocq , qu'il n'a pas eu fix jours
entiers pour s'y préparer ; ce qui
ne ſuffiroit pas à beaucoup d'Orateurs
pour chargerſeulement leur
memoire d'un auſſi long discours.
L'Affembléefutfi nombreuſe, que
l'on n'en avoit point vû depuis
vingt ans de fi grande & de fi
illuftre dans la Cathedrale d'Amiens.
Jamais ouvrage n'a plus efté
rempli de penſées,que celui que
je vous envoye. Je n'en connois
point l'Auteur ; mais on
peut dire de luy qu'il a beaucoup
d'imagination. Cet ou-
E ij
H 52 MERCURE
vragequi eſt fort concis , regarde
la difference qui ſe trouve
entre les Philoſophes & les autres
hommes ; & il eſt rempli
de tant de veritez , qu'il eſt impoſſible
que parmi un ſi grand
nombre il ne s'en trouve qui
attirent des reflexions des perſonnes
les plus ſages , & qui
n'en profitent en même temps.
Je vous l'envoye de la meſme
maniere qu'il eſt tombé entre
mes mains ; & vous connoiftrez
qu'il doit avoir eſté fait par
un veritable Philofophe , qui
s'eſt beaucoup plus attaché à
penfer juſte, qu'à rendre ſa penGALANT
53
fée dans des termes Acuris.
Vous en jugerez , en lifant ce
qui fuit.
Le Philofophe vit pourfatisfaire
àſes devoirs ; & les autres
hommes pour contenter leurs paffions
& leurs convoitiſes.
L'un mange afin de vivre ; les
autres vivent afin de manger.
Le Philoſophe commande àſes
paſſions ;les autres hommesyobéiffent.
Les uns agiſſentſelon la raison ;
les autres ,felon leurs temperammens.
Le Philoſophe vit en homme ;
Eiij
54 MERCURE
&les autres hommes en beſtes.
Le Philoſophen'a que des plaifirs
d'efprit ; &les autres negoûtentque
les plaiſirs desfens.
L'un donne tout à l'esprit ;
les autres , tout au corps.
Le Philosophe n'est jamais
ny joyeux ny triſte ; les autres
hommesſontſans ceſſe l'un , ou
l'autre.
L'un pratique la vertu ; les
autres l'admirentſeulement.
Le Philofophe fait ceder fon
intereſt à lajustice ; les autres hommes
préferent leurs intereſts à toutes
choses.
L'un ne s'attache qu'à embellir
GALANT 55
fon ame; les autres neſongentqu'à
orner leurs corps.
Le Philoſophe garde toûjours
l'équilibre & le milieu en tout ;
les autres hommes font extrêmes
en tout.
Les uns font toûjours dans une
même ſituation ; &les autres ſont
changeans &capricieux.
&les
Les Philoſophes afpirent à la
Sageße; &les autres hommes aux
richeffes.
Les unsfont avares du temps ;
& les autres en ſont prodigues ,
& ne sçavent à quoy l'employer.
Le Philoſophe regarde en haut,
en bas , dervant , derriere , &à
E iiij
56 MERCURE
coſté de luy ; &les autres hommes
regardent devant euxseulement.
L'un prévoit l'avenir , l'autre
n'ysongepas.
Le Philosophe parle &pense;
& les autres hommes n'ayant rien
mis dans leur cerveau , n'y trouvent
rien , ne sçaventque dire.
Les uns regardent les chofes de
prés,à cause de leurs reflexions ; les
autres regardent legerement & de
loin.
L'esprit des Philoſophes fait
qu'ilsfont toûjours dans le grand
jour; &quoique les autres vivent
dans l'éclat , ilsfont toûjours dans
l'obscurité.
GALANT 57
1.
1
Les unsſe guident eux-mêmes ;
&les autresse font guider.
Les Philofophes vivent comme
s'ils n'avoientpas de corps ; & les
autres hommes , comme s'ils n'avoient
pas d'ame intellectuelle .
L'un est indifferent aux alimens
du corps , &difficile quant
àceux de l'esprit ; &les autres repaiffent
leur corps de viandes exquiſes,
&leur efprit,de bagatelles.
Le Philoſophe ne fait rienfans
reflexion ; & les autres hommes
font tout au hazard.
Les uns ne comptent jamais
quatre , qu'ils ne les ayent dans le
fac; &les autres comptentfur le
58 MERCURE
ſeul eſpoir , quelque chimerique
qu'il foit.
Les Philoſophes n'aiment pas
facilement , mais ils aiment toûjours
ce qu'ils aiment ; les autres
hommes aiment &haïffent lege-
>
rement.
Les uns ſe gouvernentfelon la
raiſon ; &les autres,felon l'usage
ou leurfantaisie.
ا م
- Le Philosophe cherche àsefaire
aimer ; & les autres hommes àſe
faire estimer.
L'unſçait bien uſerdes biens;les
autres hommes sçavent ſeulement
les acquerir.
Le Philofophe ne juge jamais
GALANT 59
de rien ,ſans ſçavoir le pour le
contre ; les autres hommes jugent
fur le premier rapport.
Les uns aiment la chose pour
Son merite ; & les autres ,pourſa
beauté , ou pour le bien qu'ils en
retirent.
Les Philoſophes ſontſolitaires ,
parce qu'ils font ſpeculatifs ; &
les autres hommes nepouvants'entretenir
avec eux-mêmes , ont befoinde
compagnie.
Les unsfe contentent du neceffaire;
les autres veulent l'agreable
&le ſuperflu.
Le Philosophe a un esprit univerſel
;&les autres hommes n'en
60 MERCURE
ont quepour les choses qui leur touchent
, & qui leur plaiſent.
Les uns font comparaiſon avec
les grands &lespetits ; &les autres
avec leurs pareilsſeulement.
Les Philoſophes font confifter
leurgloire dans le courage &dans
V'émulation ; les autres hommes ,
dans la fierté &dans l'arrogance.
Les uns nefontpoint de fautes ;
les autres enfontſans ceffe.
Les Philosophes ont de l'ordre
dans tout ce qu'ils font ; &les autres
hommes font toutfans regles
&fans mesures.
Les uns aiment mieux donner
1
que de recevoir ; & les autres at
GALANT 61
ment mieux recevoir que de donner.
Les Philoſophes ne ſe mêlent
que de leurs affaires ; & les autres
hommes ſe mêlent des affaires de
leur prochain , & nefongent pas
aux leurs.
LePhilofophe craint ſeulement
de mal faire ; les autres hommes
ont cent craintes par pufillanimité
&parfoibleſſe d'esprit.
Lesuns trouvent des deffauts
en eux ; les autres n'en trouvent
que chez leur prochain.
LePhilosophe estbien aiſe qu'on
luyfaſſe connoiſtreſes deffauts;
les autres hommes s'enfâchent.
62 MERCURE
Si on reprend les uns , ils répondent
avec des raiſons ; & les autres
avec des injures .
Le Philoſophe ſe connoist &fe
corrige luy - même ; & les autres
hommesſeflatent :& ne trouvent
rien à redire chez eux.
Les uns ne blâment que par
raiſon ; & les autres hommes , par
haine &par animoſité.
Le Philofophe fait ses efforts
pour estre honneste homme ; & les
autres hommes ,pour le paroiſtre
Seulement.
Les uns cherchent la vertu ; &
les autres , l'honneur.
Le Philofophe fait le bien pour
GALANT 63
l'amour du bien même ; &les autres
hommes , pour la recompenſe
qu'ils en attendent.
Les uns ne croyent pas facilement
toutes choses ; &les autres
la chimere, l'erreur
croyent tout ,
&les choses impoſſibles.
Les Philosophes reſſemblent à
une pierre que l'art a taillée ,polie
& renduë reguliere ; & les autres
hommes , à une pierre bifcornuë
&telle qu'elle fort de la carriere.
Les unsſeplaisentà raiſonner ;
&les autres à chanter.
Le Philoſophe s'habille par neceſſité
; &les autres hommes,pour
l'ornement &pour s'embellir.
64 MERCURE
Les Philofophes font indulgens
par raiſon, ſeveres pour corriger;&
les autres hommesfonttout
un ou tout autre ,ſelon qu'ilsfont
inspirez par leur temperamment.
Les uns ont de la retenue&fçavent
diffimuler ; les autres diſent
tout ce qu'ils penſent ,&font tout
ce que leurfuggerent leurs paffions.
Les Philofophesfont indifferens
aux plaiſirs ; les autres hommes
font pleins de convoitiſes , & ſe
donnent mille peines pour acquerir
un plaifir.
Les uns plaignent un homme
qui a un mauvais temperamment ;
GALANT 65
&les autres hommes le haiffent.
Quand on n'a pas lieu de fe
plaindre d'un homme , c'est une
marque que c'est un Philofophe.
Je vous envoye un Article
remply des triomphes de la
mort , puiſqu'il contient des
puitquil
morts de pluſieurs perſonnes.
Les Philoſophes qui paroiſſent
àl'épreuve de toutes choſes ,
ne le ſont pas des craintes cauſées
par les approches de la
mort ; & c'eſt un écueil contre
lequel on a ſouvent vû échoüer
leur fermeté.
Monfieur le Cardinal Marc-
Juillet 1706. F
66 MERCURE
Antoine Barbarigo , eſt mort,
aprés une courte maladie , dans
la Villede Montefiaſcone dont
il étoit Evêque. Ce Prelat étoit
Venitien , & a eſté fort regretté.
Sa pieté & fon application ,
pendant tout le cours de ſa vie,
aux fonctions Pastorales rendront
ſa memoire chere à la
pofterité. Ses bonnes oeuvres ,
& fa grande charité ont éclaté
pendant ſon Epifcopat ; il répandoit
fon bien avec profufion
, lorſqu'il s'épargnoit
beaucoup de choſes pour
foulager les pauvres , & qu'il
vivoit dans une ſimplicité dis
GALANT 67
gne des temps Apoftoliques.
Sa magnificence a paru principalement
dans le bâtiment
&dans la fondation de ſon Seminaire
de Montefiafcone , où
on apprend à un grand nombre
de jeunes gens deſtinez à
l'Etat Ecclefiaftique , les Langues
& les belles Lettres , &
tout ce quipeut leur ſervirpour
bien remplir les devoirs de
leur état. Ce Cardinal a laiſſe
tous fes biens au même Seminaire
, exceptez quelques legs
mediocres qu'il a faits à M'Barbarigo
ſon neveu ,& à fes Domeſtiques.
Ce Prelat étoit né
Fij
68 MERCURE
le 6. May 1640. & il avoit été
fait Cardinal à la promotion
du 2. Septembre 1686. faite
par le feu Pape Innocent X I.
Il étoit d'une ancienne maiſon
Venitienne ; il defcendoit , du
côté des femmes , du celebre
Hermolaus Barbarus , de Daniel
Barbarus Patriarche d'Aquilée
, qui vivoit dans le 16 .
fiecle & qui affiſta au Concile
de Trente ; & de Joſeph Barbaurs
, Senateur de Veniſe,que
la Republique envoya en Perſe
en 1472.
La Ville de Montefiafcone
eſt un Eveſché d'Italie , dans
GALANT 69
د
le Patrimoine de Saint Pierre.
Les Latins la nomment Monsfaliſcorum
; c'eſt aujourd huy
lacapitale des Faliſques , reſtes
d'un ancien peuple d'Italie voifin
de Rome , où il vint de Macedoine
avec Falerius Argien ,
ou avec Aleſo ſelon Ovide.
Titelive nous apprend qu'il furent
ſoûmis aux Romains . Faleria
a cité autrefois la Ville
capitale de ce pays ; & Montefiaſcone
a depuis obtenu cet
honneur. La contrée des Falif
ques s'étendoit autrefois depuis
la Mer de Toſcane vers Prombino
,& la Riviere de Paiglia
70 MERCURE
juſqu'au Mont Sorctae vers les
Veïentins. Montefiafcone eft
celebre par ſes vins Muſcats ;
elle eſt proche du Lac de Bolſene.
On y tranſporta autrefois
le ſiege qui estoit à Corneto
, Ville Maritime & tres mal
ſaine. Jerôme Benti- Voglio y
tint un Synode en 1551 , & on
y en aſſembla un autre en
1622 .
Monfieur le Cardinal Barbarigo
avoit eu part aux plus
grandes affaires de ſon temps.
Il avoit commencé à paroître
àla Cour de Rome ſous le Pontificat
d'Alexandre VII . & il
GALANT 71
entradéflorsdans la connoiſſance
des affaires . Il ſe lia d'amitié
avec le celebre Pere Fabri Jefuire,
pour qui ce Pontife avoit
beaucoup de confideration &
une confiance tres-particuliere.
Ce ſçavantReligieux parla ſouvent
au Pape & aux principales
perſonnes de la Cour de Rome
du merite & des belles eſperances
que donnoit le jeune
Barbarigo. Un témoignage
d'un aufli grand poids engagea
le Pape de le charger de quelques
affaires affez difficiles à
conduire; il y réuffit au gré de
toutel a Cour de Rome :Ce
72 MERCURE
qui engagea Alexandre VII. à
luy confier d'autres affaires ,
dont il ſe tira auſſi tres -bien .
Sous les Pontificats de Clement
IX. & de Clement X. il paffa
par les premieres charges dela
Cour de Rome ; & il s'attira
une eſtime generale dans toutes
celles dont il eut l'adminiſtration
. Enfin ſon merite & fa repútation
l'éleverent ſous le
Pontificat d'Innocent XI . fucceffeur
de Clement X. à une
des premieres places de l'Eglife.
Ce Pape qui connoiffſoit ſi bien
le vray merite , & auquel on ne
peut reprocher , pendant un
affez
GALANT 73
affez long Pontificat de s'eſtre
trompé une feule fois ſur le
choix d'un ſeul ſujet , le mit
dans le Sacré College ; & luy
donna, par ce moyen , le pouvoir
de faire des établiſſemens
avantageux à l'Eglife , tel , par
exemple, qu'eſt celuy de Montefiafcone.
M Potoski , Staroſte de
Chmielniec, eft mort ; & on fit
le 17. Juin ſes funerailles à Leopol,
dans 1 Egliſe des Dominicains
avec beaucoup de magnificence,
en prefence du Palatin
de Ruffie , du Caſtelan de
Chelm,de la Palatine de Kio-
Juillet 1706 . G
74 MERCURE
!
vie , de Madame la Princeſſe
d'Olska & de la Maréchale de
Lithuanie. La dignité de Starofte
eſt une des plus confiderables
dePologne ; celuy qui en
eſt revêtu à une tres -grande
autorité dans l'étendue de ſa
jurifdiction. Ce fut un Staroſte
de Chmielniec qui contribua
beaucoup à l'élection du Duc
d'Anjou qui fut depuis Henry
III . du nom Roy de France.
Cette Charge étoit déja connuë
en Pologne ſous Miciſlas ,
ouMisko , qui commença de
regner en 964. & qui fut le
premier Duc Chrêtien dePolo
GALANT 75
gne. C'eſt ce Prince, qui, à ce
que porte une vieille tradition
de Pologne , travailla ſur un
ancien Poëte Athenien , nommé
Chionides , qui vivoit l'an
256. de Rome & fous la 70°
Olympiade. M' Potoski étoit
un des plus grands Seigneurs
de Pologne ; il étoit allié à la
MaiſonRoyalede Sobieski , &
il contribua beaucoup , aprés
la mort du Roy Wienowiski
à l'élection du Grand Maréchal.
Ce nouveau Roy en conſerva
toute ſa vie une grande
reconnoiſſance; il l'honora toûjoursde
ſa confiance , & il ne
1
Gij
76 MERCURE
faiſoit rien deconfiderable ſans
le conſulter . M'Potoski avoit
porté les armes dans ſa jeuneſſe
avec beaucoup de diſtin-
Etion. Il avoit des terres prefque
dans toutes les frontieres
de Pologne ; & ainſi ſes Etats
avoient les meſmes bornesque
la Pologne , c'est- à-dire,la Mer
Baltique , la Suede , la Mofcovie
, la Hongrie & l'Allemagne.
Madame la Landgrave de
Heſſe - Darmſtadt épouſe du
Landgrave de ce nom, &mere
du feu Prince de Darmſtadt,
mourut il y a quelque temps .
GALANT 77
C'étoit une Princeffe d'un merite
generalement reconnu. La
branche de Heſſe- Darmſtadt
commença en la perſonne de
George I. de ce nom, dit leDebonnaire,
fils du Landgrave Philippe
, né en 1557. & mort le
3. Fevrier de l'an 1 596. Il épouſa
en premieres noces Magdeleine
, fille de Bernard, Comte
de Lippe, morte le 22. Fevrier
de l'an 1582. & en fecondes ,
Eleonore, fille deChriftophlede
Wirtemberg, & veuve de Joachim
, Prince d'Anhalt, morte
le 2. Janvier 1618. Il n'eut de
cette ſeconde femmequ'un fils,
G Ġiij
78 MERCURE
nommé Henry , né en 1590.
& mort le 9. Janvier 1601. La
maiſon de Heſſe eſt une des
plus illuftres d'Allemagne par
ſa nobleſſe , par fon ancienneté,&
par les grands hommes
qu'elle a produits. Elle tire fon
origine de la maiſon de Brabant.
Henry le magnanime ;
Henry, dit l'enfant, ou le jeune
Othon , qui épouſa Adelaide
Comteſſe de Ravenſberg ; Herman
, qui ſecourut Balthazar
Landgrave de Thuringe ; Philippe
I. dit le magnanime : Guillaume
IV. dit le fage, Landgrave
de Heſſe-Caffel; Maurice
GALANT 79
Landgrave de Heffe,&Guillaume
V. dit le Conftant, ſont les
heros de cette illuſtre famille.
Ce dernier épouſa Amelie-Elifabeth
deHanow,qui a eſté une
heroïne du ficcle paffé , ayant
relevé par fon habileté & par
fon courage, les biens de ſon
fils qui estoient ruinez ; elle les
augmenta en 1648. par leTrairé
de Munſter , en y faiſant incorporer
l'Abbaye d'Hisfeld ,
pluſieurs Bailliages , la ville de
Marpurg& le territoire de Gelinghen.
Cette courageuſe Princeſſe
fit fortifier une place fur
le Weſer, nommée Reintelem,
G iiij
80 MERCURE
& augmenter Zeigenheim, qui
eſt une tres-bonne place qui a
titre de Comté. Cette Princeffe
mourut en 1651. elle étoit
mere de GuillaumeVI. deMaurice
, de Guillaume , de Philippe
, d'Adolphe, de Charles , &
de 4. ou 5. Princeſſes . GuillaumeVI
ſon fils épouſa en 1649.
HedwigeSophie,fille deGeorge
Guillaume Electeur de Brandebourg.
Cette Princeſſe profita
des leçons&des exemples de fa
belle-mere; & il ſe preſenta
pluſieurs occafions où elle en
ſçût faire un excellent uſage.
La maiſon de Heſſe a auſſi pro,
GALANT S
1
:
duit les branches de Hombourg
& de Bingenheim , qui
ont étéde meſime tres-fecondes
en heros & en perſonnes d'un
merite diftingué. Le Landgrave
Guillaume-Chriftophe eſt
preuve de ce que je dis.
Dame Madelaine- Diane de
Glandevez , veuve de Me Alexandre
de Graffe , frere deM
l'Abbéde Graſſe Abbéde l'Enfourchure,
eſt morte en Provence
âgée de 95. ans. Cette
Dame, qui n'eſtoit pas moins
diftinguée par une illuftre naifſance,
que par un rare merite ,
étoit reſtéc veuve dés l'âge de
82 MERCURE
28. ans ; ſon époux, qui étoit
Capitaine de Galeres , fut tué
dans un combat particulier en
Catalogne l'an 1642. Il laiſſa
de cette Dame deux filles, dont
l'aînée fut mariée dans la ſuite
avec M le Baron de Greoux ;
& la ſeconde, qui étoit une des
plusbelles perſonnes duRoyaume
, épouſa M' de Guies, qui
étoit auſſi de la maiſon de
Glandevez . La Dame dont je
vous apprens la mort, qui avoit
eſté auffi une des plus belles
perfonnes de ſon temps , avoit
refuſé des partis tres-avantageux
, & n'avoit jamais vou
GALANT 83
lu entendre parler d'un ſecond
mariage. Elle avoit paffé cette
longue viduité dans des exercices
de pieté, & à faire des remedes
ſpecifiques qu'elle diftribuoit
àtous ceuxqui en avoient
beſoin , & principalement
pauvres. La maiſonde Glandevez
&celle de Graſſe ſont des
premieres& des plus anciennes
de Provence.
aux
Mr de Bouzols , Capitaine
aux Gardes, mort des bleſſures
qu'il avoit reçuës à la journée
de Flandres , eftoit frere de Mr
le Marquis de Bouzols , qui a
épousé une ſoeur de Mr le
レ
84 MERCURE
Marquis de Torcy, Miniftre &
Secretaire d'Estat. Il avoit fouvent
fait voir qu'il eſtoit digne
du nom qu'il portoit ; il avoit
donné des preuves de fon courage
dans toutes les occaſions
où le Regiment des Gardes
avoit eu part , & il s'eftoit attiré
l'eſtime & l'amour de tout
ce Corps , par la ſageſſe de ſa
conduite , & par ſes manieres
honneſtes & polies . La Maiſon
deBouzols eſt une des plus confiderables
de la Province d'Auvergne
; elle y eft connuë depuis
pluſieurs fiécles , & elle y
a toûjours tenu un rang tres
GALANT 85.
confiderable. Elle eſt alliée
aux Maiſons de Montboiffier ,
d'Eſtcin , de Beaufort , de
Chabannes , de Curton , & à
pluſieurs autres de ce rang.
Ceux qui en ſont ſortis ſe ſont
toûjours attachez à la profeffion
des armes , & ils y ont
toûjours eu des emplois tresconfiderables
. Mrs de Bouzols
ont fait une grande figure à la
Cour ſous les Regnes de Loüis
XI.&deCharles VIII . ſon fils,
Mr de la Garde Capitaine,
dans le meſme Regiment &
mort des bleſſures qu'il avoit
reccuës à la journée de Ra
86 MERCURE
millies , avoit eſté Sous- Lieutenant
& Lieutenant dans le
meſme Corps. Mr le Duc de
Guiche a parlé de luy d'une
maniere fort avantageuſe , &
qui fait beaucoup d'honneur
àſa memoire. Sa famille , eftoit
alliée à pluſicurs Maiſons
tres- confiderables d'Auvergne,
& ily adéja long-temps qu'elle
du Limousin &de laMarche;ou
eſt connuë en ce Royaume.
Mrs de la Garde estoient dans
une grande confideration à
la Cour des Rois Charles IX.
& Henry III. & quelques Hif-
- toriens parlent d'un GentilsGALANT
87
hommes de ce nom , en qui le
dernier de ces Princes avoit
beaucoup de confiance.
r
M' le Marquis de Coadeletz
, qui estoit le plus ancien
Lieutenant aux Gardes , a eu
la Compagnie vacante par la
mort de Mr le Marquis deBouzols
. Il eſt d'une ancienne Maifon
de Bretagne , & frere de
M l'Abbé de Coadeletz
grand Archidiacre de Vannes.
Mrs de Coadeletz ſont alliez
aux meilleures Maiſons
de Bretagne ; ſçavoir à celles
deCoëtquen&de Coëtlogor.
La Maiſon de Coadeletz eſtoit
88 MERCURE
fort connuë enBretagne ſous le
regne du dernier Duc François
II. qui fut pere de la Ducheſſe
Anne de Bretagne , qui époufa
fucceſſivement lesRoisCharles
VIII . & Loüis XII . Mrde Coadeletz
ſert depuis long-temps
avec beaucoup de diſtinction.
La Compagnie vacante
par la mort de Mr de la
Garde, dans le meſme Regiment
, a eſté donnée à Mr
Doumenil , en qualité de
plus ancien Lieutenant. Il eſt
d'une ancienne Maiſon originaire
de Normandie , & alliéc
auxMaiſons les plus diftinguées
GALANT 89
des Provinces de Picardie , de
Bretagne & du Perche. Il a
épousé une Dlle Allemande ,
qui a autant de naiſſance que
de merite , & qui eſt alliée à la
Maiſon de Piccolomini. Mr
Doumenil a toûjours ſervi dans
le Regiment desGardes , & il a
donné, endiverſes occaſions,des
preuves d'une grande valeur.
Je vous ay ſouvent fait par
des ouvrages de Mr Deflandes
, grand Archidiacre &
Chanoine de l'Eglife de Treguier.
L'érudition dont ils font.
remplis , vous les a toûjours
fait eftimer beaucoup , & tous
Juillet 1706. H
90 MERCURE
vos amis à qui vous les avez
fait voir , vous ont toûjours
tenu le meſme langage ; ce qui
me fait eroire que vous ferez
ravie d'apprendre que Mrs
de l'Academie d'Angers ſe
font trouvez du meſme ſentiment.
Ce que vous verrez
dans la réponſe que je vous
envoye de cette Academie à
cet Abbé , touchant les ouvrages
qu'il luy avoit envoyez .
Voicy cette réponſe.
Nous avons lû avec plaifir
dans noftre Academie , vos deux
differtations ; l'une du tremblement
de la Terre , & l'autre de
GALANT
91
l'origine du fameux Tombeau de
S. Yves , érigé dans vostre Cathedrale
par le DucJean VI. en
reconnoiſſance de ſa délivrance du
Chasteau de Chantoceaux , par le
voeu qu'il fit à S. Yves. Nousy
avons obſervé toutes les delicates
regles du Poëme Epique ; &vous
y rapportez de rares morceaux
d'Histoire. Vous prenez occafion
de faire l'éloge de la Maiſon de
Lavardin , & vousy intereſſez
toute la France.
Henry IV. voulant s'oppoſer
à un fecours de quatorze mille
hommes que le Roy d'Espagne
envoyoit à Ronen , voulut les re-
!
Hij
92 MERCURE
connoiſtre avec fix mille hommes ;
mais s'eſtant trop avancé, il fut
blessé en combatant. Sa vie &
fa liberté estoient en danger , lorfque
le Marquis de Lavardin le
vint dégager avec foixante Cavaliers
feulement. Vous finiffez
par cette grande action que fit un
des ancestres de cette éclatante
Maison.
Le Duc Jean VI. ayant esté
trahipar le Comte de Penthievre,
qui luy avoit proposé de venir
en ſon Chasteau de Chantoceaux
en Anjou , où les plus belles
Dames de cette Province luy propofoient
une partie de Chaffe. Ce
GALANT 93
le
Duc n'avoit qu'à peinefait cinq
lieuës de chemin pour aller de
Nantes à Angers , qu'un Cavalier
vintà luy le fabre à la main
courant droit pour le couper ; le
Sire de Beaumanoir pour parer
coup , s'élança fur la felle de
fon cheval , & le coup de fabre
luy tombaſur l'épaule gauche &
luy enleva le bras. Le DucJean
ayant esté délivré deſa priſon par
les foins de son épouse Jeanne de
France , qui fit auſſi defon coſté
un voeu à S. Yves ; l'on envoya
les Huiſſiers de Bretagne chercher
le Comte de Penthieure ,
pour luy mettre au con un
1
94 MERCURE
certain carcan , lequel eſtant une
fois cadenacé, ne pouvoit jamais
estre ofté, aisoit mourir ce- qui faisoit
luy qui le portoit , & auquel
l'on ne pouvoit toucherfans qu'ils
prift feu.
Vous avez raiſon de nousdire
que ceſecret metallique a esté perdu
, & que nous voudrions bien
le retrouver, comme celuy de la
pierre dont a esté fait le tombeau
de S. Yves, que l'on couloit pour
enfaire les figures.
Vous nous parlez de feu Mr
Hevin , ce celebre Avocat au
Parlement de Bretagne,ſi eſtimé
de Mr le Chancelier ,& qui
GALANT 95
eftoit univerſel dans la connois
fance des bellesſciences ; qui travailloit
aux taliſmants , &qui
taux trouvé la compofition des meavoit
pour ces fortes de carcans.
Je continue à vous envoyer
pluſieurs articles de Litterature,
ainſi que vous l'avez ſouhaitté.
Le Pere de la Maugeraye
vient de publier un principe
de mecanique, qui eft affez eftimé.
Si les mobiles , dit- il d'abord
, estoient d'une mesme pe-
Santeur ſpecifique , & que le milieu
ne refiftast point , quand ily
auroit égalité dans les mobiles,les
viteſſes feroient entre elles, comme
96 MERCURE
les puiſſances qui remuëroient les
mobiles ; car il est clair quefi une
puiſſance comme un peut donner à
un mobile A, une vîteſſe comme un,
il est clair, dis-je, qu'unepuiſſance
deux pourroit donner au mesme
mobile Azune vîteſſe comme deux,
puiſque les effets doivent estre proportionnels
à leur cause.
Le Pere de la Maugeraye a
dit , dans une de ſes differtations
, que lorſque deux corps
ſe rencontrent avec des forces
égales , ils décrivoient une diagonale
,& il ajoûte que c'eftoit
là ſon ſyſteme. C'eſt
pourtant un principe trescommun
GALANT 97
commun & tres
r
- connu .
Le Pere de Grainville, Jefuite
a publié une réponſe au ſçavant
M² de la Chauffe , qui
avoit fait imprimer la feconde
lettre ſur la colomne de l'Apotheoſe
d'Antonin , trouvée à
Rome dans le Champ de Mars .
Le Pere de Grainville démontre,
en quelque maniere, que cette
premiere Colomne ne fut érigée
qu'en faveur du premier
Antonin ; c'eſt- à- dire, d'Antonin
Pie , & non- pas d'Antonin
le Philofophe ; c'eſt à-dire,
de Marc-Aurele. Le Pere de
Grainville critique fort, en paf-
Juillet 1706. I
98 MERCURE
ſant , un écrit peu exact , qu'il
a vû à Roüen ſur ce ſujet , où
l'on a , dit- il , le malheurde n'avoirque
des extraits de la plû.
part des belles pieces.
Mr Juncker a donné depuis
peu , en Allemagne , l'Histoire
des Journaux ; & on dit que
l'on travaille en France ſur le
meſme ſujet.
Mr Duncan , Medecin François
refugié , a publié à Rotterdam
, un avis falutaire à tout
le monde contre l'abus des choses
chaudes , & particulierement du
Caffé, du Chocolat & du Thé.
Il examine tous les bons effets
:
GALANT 99
qu'on attribuë à ces boiſſons ;
& il prouve , par un curieux
détail des fonctions de la vie ,
qu'elles les troublent , & que
la gueriſon des incommoditez
qu'elles ôtent , coûte cher à
ceux qui ne ſçavent pas ſe moderer
dans l'uſage d'un remede
agréable.
L'Auteurde la Conciliation de
Moise avecs. Etienne, a répandu
dans l'Europe une lettre, pleine
de remarquesfur le mesmeſujet,
&fur quelques autres. Un Auteur
, celebre par ses ouvrages,
ayant formé le deſſcin d'attaquer
celuy de la Conciliation ,
I ij
100 MERCURE
cela a donné lieu à cette lettre.
Cette Conciliation parut
✓ l'année derniere : le temps où
l'Auteur a placé la naiſſance de
Jofeph , a donné lieu à quelques
remarques. Il ſoûtient, dans
cette lettre , ſon opinion , &
prétend démontrer que ce Patriarche
eſt né l'an 91. de Jacob
fon pere ; & pour cet effet , il
prouve que Jacob eſt plus vieux
que ſon fils de 90. ans. C'eſtoit
Mr Bernard, qui a continué les
nouvelles de la Republique des
lettres, qui avoit attaquéle Syftême
de l'année de la naiſſance
de Joſeph ; il répondit auſſitoft
GALANT 101
à celuy de la Conciliation &c . Du
refte, le Livre de la Conciliation
de Moife avec S. Estienne eſt
un ouvrage tres - eftimé.
& Mr le Clerc a donné àAm-,
ſterdam une 3. édition de fes
oeuvres philofophiques.Joannis
Clerici opera Philofophica, in quatuor
volumina digesta, editio 3.auctior
er emendatior. Outre ces 3 .
éditions, il s'en eftfait une àLondres.
Mr le Clerc a ajoûté, dans
cette édition, un petit traité de
huit pages , où il parle de l'utilité
de la Phyſique, que l'on ne
connoît pas certainement affez
en Hollande.
I-iij
102 MERCURE
On a fait à Hall une nouvelle
édition de l'Art de penser ,
en Latin. Le Libraire a promis
d'y ajoûter toutes les remarques
que M' Bernard fit , dans
le mois de Novembre 1703 .
de les nouvelles , &c. fur toutes
les éditions latines de cet ouvrage.
M'Buddé a ajoûtéà cette
édition , une Préface de vingt
pages , où il marque les avantages
& lesdéfauts de cette Logique.
Il'avertit, que le premier
pas qu'on doit faire pour ſe garentir
de l'erreur , c'eſt de corriger
ſa volonté,& de travailler
àretenir ſes paſſions dans les
GALANT 103
bornes de la droite raiſon.
Le Pere Nicolas Parthenio
Giannettaſſi a fait imprimer , à
Naples, un nouveau livre, ſous
le titre de Ver Herculanum : Le
printemps paffé à torre delGreco,
dans la Campagne de Rome.
C'eſt la ſuite des Livres du même
Auteur , intitulez , Autumni
Surrentini , atates Surrentina; les
Automnes paffées à Sorrente , les
Etezpaffez à Sorrente. Sous ce
titre, l'Auteur a ramaffédesDialogues
ingenieux ; des obfervations
curieuſes , écrites dans
le goût de l'antiquité latine la
plus délicate ; des deſcriptions
I iiij
104 MERCURE
tantôt en Profe, tantôt enVers.
Il paroît qu'il s'eſt propoſé
pour modele Aulugelle , &
peut- eſtre les connoiffeurs jugeront-
ils quc le Pere Giannettaſſi
eſt plus délicat & auffi
ſçavant que cet ancien Auteur.
La Poësie eſt le principal talent
de ce Pere ; outre des Eglogues,
il a paru de luy trois Poëmes
confiderables , chacun de plufieurs
livres : Nautica , l'art de
la navigation : Halicatica , la
Peſche: Bellica, l'art de la guerre.
Chacun de ces Poëmes contient
un affez gros volume in
douze. Le meſme Pere a fait
GALANT 105
auffi une Geographie Latine.
Il travaille à l'hiſtoire de Naples
, qui doit eſtre eſtimée, à
cauſe des belles découvertes
dont il l'a enrichie.
Dom Maur Piazzi , Abbé du
Monastere de Parme , a tiré de
ſa bibliothéque , les lettres du
fameux Ifidore Clarius, qui de
Religieux de ce Monaftere, devint
Evêque de Foligno , & fut
par ſon érudition, par les beau
tez de ſon ſtile , par ſa pieté&
par fon zele, undes plus grands
ornemens de fon fiecle. Ces lettres
ont eſté imprimées à Modene.
On y a joint deux Opuf-
A
106 MERCURE
A
cules ; l'un ſur les bornes qu'il
faut mettre au ſoin d'amaſſer
des richeſſes . L'autre eſt une exhortation
à ceux qui avoient
abandonné les ſentimens reçûs
dans l'Egliſe , pour les porter
à les reprendre. IfidoreClarius
mourur en 11555. âgé de
60. ans. Il avoit retouché la
verſion vulgate ſur l'Hebreu ,
auquel il l'avoit renduë plus
conforme ; ce travail n'a pas
eſté auſſi eſtimé que ſes notes.
Elles joignent la brieveté &l'élegance
à l'érudition,&les Proteſtans
les ont inſerées dans le
recüeil qu'ils ont fait des criti
GALANT 107
ques ſacrez .Nous avons du même
Auteur, en pluſieurs tomes,
des Homelies fur le premier
Sermon de Jeſus - Chriſt , ſur
l'Evangile de Saint Luc , fur
les Epitres de Saint Paul & fur
differens ſujets.
Engn is LivreduPPeerreePagi,
contre les Annalles du Cardinal
Baronius,paroît. Il avoit été
long-temps attendu & defiré.
Le premier Volume avoit déja
eſté imprimé , il y a quelques
années ,& les trois autres imprimez
à Genève in folio , font
achevez ; & l'on débite à preſent
cet ouvrage. Le Pere Pagi,
108 MERCURE
-
:
,
Cordelier , neveu de l'Auteur
qui mourut en 1699. à dédié
ces trois Volumes à M le Marquis
de Torci Miniftre & Secretaire
d'Etat. Le feu Pere Pagi,
qui a eſté un des ornemens
de l'Ordre de Saint François
&un des plus fçavans hommes
du dernier fiecle,avoit travaillé
à cet ouvrage pendant la plus
grande partie de ſa vic. Il l'a
porté à ſa perfection un peu
avant fa mort ; mais il n'a pas eu
la conſolation de le publier.
Cafaubon avoit tenté autrefois
un pareil deſſein ;mais il ne travailla
que ſur les premiers livres
GALANT 109
des Annales de Baronius : c'eſt
ce qui fit dire queCafaubon n'avoit
attaqué que les Giroüettes
du Livre du Cardinal Baronius.
r
M' Lazare Muguet , Prêtre ,
a mis au jour un écrit, intitulé :
Nouvelle découverte d'un Thermometre
, cherché depuis fi longtemps
par Meſſieurs de l'Academie
Royale des Sciences , exempt
des défauts des autres Thermometres
, & contenant tous les
avantages qui neſe trouvent que
Separement &par parties , dans
ceux dont on s'eſtſervi juſqu'à
preſent. Ce Thermometre eft
110 MERCURE
compofé d'une boule de verre
remplie d'air , tel que nous le
reſpirons & de quatre tubes
cylindriques , ſoudez & joints
les uns aux autres .
Il paroît une differtationfur
les Medailles de Julien, Tyran du
temps de Carinus. Les Hiſtoriens
ont été partagez au ſujet de ce
Julien ; les deux Victors ſont
dans differentes opinions ſur
ce General , que quelques Provinces
de l'Empire Romain
revoltées avoient choiſi & mis
à leur têtepour ſecouër le joug
desEmpereurs.L'und'eux nous
aſſure que Julien prit les armes
GALANT III
en Afrique ſous l'Empire de
Diocletien & de Maximien ;
& l'autre, dans ſon Epitome ,
marque qu'il mourut aux environs
de Verone. Si ce Tyran a
eſté défait & tué par Carinus ;
il eſt cetain qu'il n'a pû ſe revolter
pendant leregne deDiocletien.
Voilà l'embarras .
Le Pere Pinamonti , Jeſuite
(Compagnon du Pere Segneri )
a fait imprimer une Methode
pour conduire les ames dans la
voye de la perfection.
Le Pere Poiffon , Prêtre de
l'Oratoire , a fait imprimer à
Lyonun nouveau recueil des
112 MERCURE
Conciles ; cet ouvrage eſt treseftimé
. L'on trouve ſa Methode
ſur la Chronologie tresfure
& tres -bonne.
La Lettre & l'Ouvrage qui la
fuit , ſont du Frere François ,
Chartreux, Auteur duJardinier
Solitaire . Vous trouverez dans
la Lettre, le ſujet qui l'a obligé
de m'envoyer la piece qui la
fuit .
Fay vû, Monsieur, dans vôtre
Mercure du mois deMay dernier
, que vous me renvoyez le
jugement d'un Problême de Phyfique,
qui vous a estéproposé par
GALANT 113
l'Auteur d'une Lettre Anonyme;
fçavoir, pourquoyles boutons
des Arbres , qui reſiſtent à la
plus forte gelée pendant l'Hyver
, ne peuvent reſiſter à un
froid affez mediocre pendant
le Printemps. Voilà ,Mr ,si je
ne me trompe , l'état de laqueſtion,
pour la ſolution de laquelle vous
renvoyez auffi l'Auteur de cette
Lettre Anonyme , à l'Article 59
&ſuivans du 23 Chapitre de la
premiere Partie de la Physique de
Mr Rohault. Fay lieu de croire
que si cet Auteur est bon Phyſicien
, s'il entend bien la matiere
,qu'ilfe contentera de l'ex-
Juillet 1706. K
(
114 MERCURE
plication qu'on y trouve ; mais
comme il paroiſt ſouhaitter d'apprendre
les conjectures des autres
Phyſiciens furfon Problême , je
vais eſſayer de vous fairepartdes
miennes. Je souhaitte qu'elles le
fatisfaffent.
T'Experience nous apprend que
l'eau purgée d'airpar le moyen
de la machine pneumatique , se
condenſe enſe gelant ; bien loin de
fe rarefier, comme fait l'eau qui
n'a point esté purgée d'air. Par
confequent le fuc qui se trouve
dans le bouton des Arbres a bean
!
GALANT 115
ſe geler pendant l'Hyver ; comme
il n'estpas encore penetréde l'air,
& qu'ily est d'ailleurs en trespetitequantité,
il n'ysçauroitfaire
aucun dommage. Mais au Printemps
, quand les meſmes boutons
ont pouffe des bourgeons , &que
l'air a trouvé moyen de s'infinuer
dans lefuc quiy circule en abondance,
cefuc ſe dilatant ,lorſqu'il
fegele,caffe les tuyaux où il est
contenu ; d'où il arrive que la
circulation ne peut plus s'y continuer,
que le fuc s'en évapore lorsqu'il
eſt degelé, &par confequent
que les bourgeonsſeflétriſſent trespeu
de temps aprés arvoir estédégelez.
Kij
116 MERCURE
L'airfaitparfon reffort d'étran
ges effets fur la terre , il fert àpré-
Sent à renverſer nos Villes & nos
Chasteaux , &à nous détruire les
uns les autres ; puiſque ſans air
la poudre à canon ne produit aucun
effet , comme je l'ay experimenté
avec un Balon de cuivre ,
rempli de cette poudre, & exactement
vidé de tout air , où lefeu
nefit autre chose que fondre tous
les grains de la poudre en une feule
maſſe , par la mesme raiſon qu'il
fond en uneseule maſſe pluſieurs
< grains de plomb ou de quelqu'autre
metal. Si l'ony avoit laiſſé
l'air , il auroit eſté contraint , par
1
GALANT 117
le feu , deſe dilater tres-confiderablement
, & il auroit fait crever
le Balon .
Quand on expoſe à un airfujet
à beaucoup de viciffitudes du
chaud &du froid , un morceau de
viande ou quelqu'autre chose dont
les fibres font affez tendres &
delicates , & où l'air peut facilement
s'infinuer , tout celafe corromp
en tres-peu de temps ; car
l'airqui s'y infimuë la nuit en une
figure ovale , prend jour parquelque
augmentation de chaleur en
une figure plus approchante de la
circulaire,&caffe par confequent
les cellules où il s'estoit infinué.
118 MERCURE
K
Le feu s'éteint faute d'air ,
parce que le premier élement ,
(ainſi que j'appelle dans mes Principes
de Physique, ce qui cauſe le
lefeu ) ne coule , par exemple ,
entreles parties du bois , que comme
l'cau couleroit àtravers un tas
de fable ou de pierres , & en
échappe parconſequent bien viſte ,
fans y faire un grand defordre:
Aulieu que cet élement liquide ,
quand il est accompagné de l'air,
coule entre les parties du bois,comme
l'eau quiseroit accompagnéede
graines bienféches , couleroit au
travers d'un tas de pierres ; carces
graines venant à eftre dilatéespar
GALANT 119
l'eau , écarteroient ces pierres les
unes des autres , &les dérangeroient
entierement.
L'air n'est donc que comme
l'instrument dont cet élementſe
fert ; il n'est que comme un bâton
ou uneépée entre les mains d'un
furieux ,qui s'en fertpourfendre
la preſſe ,& pour écarter çà
là, tous ceux qui s'oppoſent àfon
paſſage , & qui ſans armes &
les mains liées , auroit passé
tranquilement. L'air nous fait vi-
, ccoommmeje l'ay expliqué ailleurs
, &nous reduit en pouffiere
aprés noſtre mort.
vre
Voilà,Mr,ce que j'avois à
120 MERCURE
répondre au Problême qui vous a
efté proposé. Vous voyez que cela
est un peu different de ce que dit
Mr Rohault.Jefuis , Monfieur,
C.
La mort ne me fourniffant
que trop de matiere tous les
mois , je ſuis obligé de la reprendre
, quoyque ma Lettre
ne foit pas encore fort avancée.
Voicy les noms des perſonnes
qui font décedées depuis
celles dont je viens de
vous parler.
fe
M Jacques Teſtu, Confeiller
Aumônier & Predicateur
Ordinaire du Roy , Abbé de
NôtreGALANT
121
Nôtre- Dame de Belval , Prieur
de S. Denis de la Chartre, & l'un
des 40. de l Academie Françoiſe.
Le merite de cet Abbé & le
gouſt qu'il a eu pour les beaux
Arts & pour les belles Lettres ,
ont éclaté d'une maniere qui
luy a fait beaucoup d'honneur.
Ses Stances Chreftiennes,dont on
a fait cinq ou fix éditions , marquent
affez le talent qu'il avoit
pour la Poëfie. Il avoit un tresbeau
Cabinet de tableaux ; &
comme il connoiſſoit parfaitement
tout ce que la Peinture
a de plus beau , & que tous les
tableaux qui compofoient fon
Juillet 1706. L
122 MERCURE
Cabinet eſtoient de ſon choix ,
il n'y a point à douter que les
Curieux ne les recherchent
avec empreſſement.
L'union du Prieuré de Saint
Denis de la Chartre , dont il
eftoit titulaire , au Seminaire de
Saint François de Sales , que
Monfieur le Cardinal de Noail- .
les a fondé pour les Preſtres infirmes
, eſt l'ouvrage de ſa charité,
puiſqu'enconfentant àcerte
union pendant ſa vie , & fe
dépoüillant du droit qu'il avoit
de le reſigner , il a aſſuré l'établiſſement
de ce Seminaire, qui
eſt ſi utile à l'Eglife.
GALANY 123
La Maiſon de Ms Teſtu eſt
rs
tres- ancienne à Paris. Mrs de
Balincourt font de la même
Maiſon , & eſtoient proches
parens de celuy qui vient de
mourir. Il y en a deux Chevaliers
de Malthe , dont l'aîné eſt
Commandeur de eet Ordre ; &
un autre Conſeiller au Parlement
, dont l'eſprit , le merite ,
& la politeſſe ſont connus de
tout le monde. M² de Balincourt
, Capitaine des Chaffes
de la Vicomté de Paris , eſt
auffi de cette famille ; fon fils
eftColonel du Regiment d'Artois.
M l'Abbé Teſtu avoit
r
Lij
124 MERCURE
deux freres , dont l'aîné qui
avoit beaucoup d'eſprit , & qui
eſtoit fort répandu dans le monde
, estoit Chevalier du Guet ;
&l'autre eſtoit Abbé. Ces trois
freres font enterrez aux Carmes
Déchauffez .
re
: M Pierre Blanger, Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , Senieur de la maiſon de
Sorbonne, Prieur de laChapelle
de la Reyne, Vicaire General de
M' l'Evêque de Coûtances , cydevant
fon Official , Chantre &
Chanoine de l'Egliſe de Coûtances
. Mr d'Etoüilly , Docteur
de la meſme maiſon, luy a fuc
GALANT 125
cedé en la Seniorité; ils avoient
long-temps contefté la qualité
de Senieur de Sorbonne. Mr
Blanger eſtoit plus ancien reçu
dans la maiſon de Sorbonne,
& Mr d'Etoüilly plus ancien
Docteur ; la Seniorité fut adjugée
à Mr Blanger , comme plus
ancien reçu dans la maiſon de
Sorbonne , parce que cette qualité
n'a rien de commun avec
la Faculté de Theologie. Mr
Blanger s'étoit démis depuis environ
une année de ſa prebende
&de ſa dignité de Chantre
de l'Egliſe de Coûtances , au
grand regret de Mr de Lome
L iij
126 MERCURE
nie Evêque de Coûtances , qui
auroit bien voulu conſerver ce
Docteur auprés de luy. Mr
Blanger eſtoit de Normandie ,
&du Dioceſe meſme de Coûtances
; il paffoit pour un zelé
défenſeur de la ſaine doctrine,
& il y avoit peu de Docteurs
plus en garde que luy contre
les nouveautez. Il eſtoit grand
Theologien ; il avoit donné
des preuves de ſon érudition en
pluſieurs occafions qui luy avoient
fait beaucoup d'honneur
, &qui luy avoient acquis
la reputation d'un tres- ſçavant
homme. Mr Blanger eſtoit fort
GALANT 127
3
confulté pour la Morale , & il
s'y eſtoit appliqué durant une
bonne partie de ſa vie , perſuadé
que cette partie de la Theologieeftla
plus neceſſaire pour
la conduite des moeurs & pour
la direction des ames. Il avoit
une bibliothéque affez confiderable,&
remplie de livres ou rares
ou tres- curieux. Il les connoiſſoit
parfaitement biensainſi
le choix qu'il en avoit fait, étoit
tres-bon & tres - judicieux.
Dame Elifabeth de Flecelles,
veuve de Me Jean d'Uſſon ,
Marquis de Bonac , Commandeur
de l'Ordre militaire de S.
1
128 MERCURE
Loüis , Lieutenant General des
armées du Roy , & Commandant
pour Sa Majefté dans le
Comté de Nice. Cette Dame
eſtoit d'une tres-ancienne maifon,&
tres- confiderable par les
alliances qu'elle a faites. M la
Marquiſe d'Uſſon avoit épousé
en premieres noces M François
Gaſton de l'Hoſtel Marquis
d'Eſcots , Maréchal des
Camps &Armées du Roy, Colonel
du Regiment d'Artois &
Lieutenant General de la Province
de Brie. Elle avoit cu de
cette premiere alliance Mr le
Marquis d'Eſcots , qui fut Corc
GALANT 129
lonel du Regiment d'Artois aprés
fon pere, &qui fut tué en
Flandres , pendant le ſiege de
Namur , dans un détachement
commandé par Mr le Prince
d'Enrichemont , aujourd'hui
Ducde Sully-FeuMr leMarquis
d'Uffon , ſecond mari de la Dame
dont je vous apprends la
mort, étoit frere deM² de Bonrepos
cy devant Ambaſſadeur du
Roy en Dannemark, & aujourd'hui
Lecteur du Cabinet du
Roy. Mr de Bonac , fon neveu ,
eſt Envoyé de France auprés du
Roy de Suede , & il accompagne
ce Prince dans toutes ſes
130 MERCURE
glorieuſes expeditions . La maifond'Uffon
& celle de l'Hoſtel
font toutes deux tres- qualifiées,
&des plus anciennes de la Province
deGuienne,dont elles font
originaires , & où elles eſtoient
déja connuës dans le temps qu'-
Eleonor de Guienne épouſa
-Henry ſecond Roy d'Angleterre,
à qui elle porta en dot cette
belle Province.
re
Dame Marie Gigault deBellefonds
, veuve de M ° Pierre
Marquis de Villars , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées & fon
Conſeiller d'Etat ordinaire d'épée.
Elle a eu de fon mariage ,
GALANT 131
M' le Maréchal Duc de Villars ;
M' le Comte de Villars , connû
auparavant ſous le nom de
Chevalier de Villars , Capitaine
de Vaiſſeau & Maréchal de
Camp; & trois filles, dont l'une
a épousé M'le Comte de Choiſeüil-
de-Traves , Colonel de
Cavalerie ; la ſeconde a épouſé
M' le Marquis deBoiffieu,d'une
tres - ancienne maiſon de Dauphiné
, & frere de M² l'Evêque
- de S. Brieuc ; & la 3º a épouſe
M² de Vauguier , qui eft aufſi
originaire de Dauphiné. Cette
derniere demeure avec Mela
Maréchale de Villars , & Mr
132 MERCURE
د
le Maréchal ſon frere a pour
elle une tendreſſe & une confiance
tres particuliere. Feu Mr
leMarquisde Villars, époux de
la Dame dont je vous apprens
la mort, avoit eſté Ambaſſfadeur
Extraordinaire en Eſpagne
& Chevalier d honneur de Madame.
Comme je vous ay parlé
pluſieurs fois de fa maiſon ,
qui eſt originaire de Lyon , &
quia donné troisArchevêques à
l'Egliſe de Vienne , je ne vous
en diray rien aujourd huy. M
la Marquiſe de Villars , autant
diſtinguée par ſon merite& par
ſa vertu ,que par ſa naiſſance ,
GALANT 133
étoit foeur de feu M² le Maréchal
de Bellefonds , & grande
tante de Mr le Marquis deBellefonds
, Gouverneur de Vincennes
& Colonel d'un Regiment
de Cavalerie. La maiſon
de Gigault eft connuë en France
depuis le milieu du 15. fiecle ,
où le Roy Charles VIII . com.
mença à la diftinguer. Depuis
ce temps-là elle a fait d'illuſtres
alliances ; & ceux qui en font
fortis ont eſté honorez par nos
Roys,en differens temps,de plufieurs
dignitez tres -confiderables.
M' Charles Pot , Marquis de
134 MERCURE
Roddes , Vicomte de Bridiers ,
Baron de la Maiſonfort , cydevant
Grand - Maître des Ceremonies
de France. Il eſtoit
d'une Maiſon connuë en France
depuis le milieu du quatorziéme
fiecle. Guillaume Pot ,
Chevalier,Seigneur de Roddes,
du Piéagu , du Baleffier , &c.
forti d'une noble famille , fervit
le Roy Charles V. dit le
Sage, dans la guerre de Guyenne
, en 1377. Il laiſſa en mourant
deux fils ; Raoul Pot &
Louis Pot. Le premier eft qualifié
dans quelques titres , premier
Maiſtre d'Hôtel de Jean
GALANT 135
deNevers, depuis Duc de Bourgogne
, & il fut pris prifonnier
à la bataille de Nicopolis en
1396. Il eſtoit Gouverneur du
Dauphiné en 1411. Louis Pot,
Seigneur de Roddes , fut marié
avecDauphine deBonnelles.De
cette alliance fortirent Guyot
Pot , Seigneur de Roddes, créé
fecond Chevalier de la Toifon
d'or , à la premiere ceremonie ,
par Philippes le Bon Duc de
Bourgogne, en 1430. De René
Pot , & de Jeanne de Sully- de
Fontmorand, vint Jacques Por,
Baron de la Rochepot ; & Philippes
Pot , grand Sénéchal de
2
136 MERCURE
:
Bourgogne , dont le tombeau
eft àCiſteaux. Jacques Pot ,Baron
de la Rochepot , auffi Chevalier
de la Toiſon d'or , épouſa
Marie de Courtjambe. Leurs
enfans furent N... Pot , Seigneur
de la Rochepot , dont
font iſſus lesSeigneurs de la Rochepot&
de Fontmorand , defquels
font ſortis Dame Charlotte
Pot - de Fontmorand ,
épouſedeClaude d'Elcoubleau,
Seigneur du Coudray - Montpenfier
en Poitou , & Guy Pot
Comte de S. Paul , Baron de la
Rochepot , époux de Marie de
-
Villiers-l'Ile-Adam,pere d'An
GALANT 137
ne Pot , Baronne de la Rochepot
, &c. mariée avec Guillaume
Sire de Montmorency.
Guyot Pot , Seigneur de Roddes
, fils puiſné de Loüis Pot ,
laiſſa un fils appellé Jean Pot ,
auſſi Seigneur de Roddes , qui
fut pere de Guy Pot , qui fuivit
la fortune de Loüis XII.
pour lors Duc d'Orleans , à la
Journée de Saint - Aubin- du
Cormier. DeGuy Pot vint Jean
Pot,Seigneur de Roddes , Chevalier
de l'Ordre du Roy , qui
fut Ambaſſadeur à Rome , à
Vienne , & à Londres. Guillaume
Pot , ſon fils , Seigneur de
Juillet 1706 . M
138 MERCURE
Roddes , Cornette blanche de
France , Prévoſt des Ordres du
Roy , premier Ecuyer - trenchant
,& créé par le Roy Hen
ry III . premier Grand-Maiſtre
des Ceremonies de France. Il
eut de Georgette de Balzacd'Entragues
, Henry Pot , mort
des bleſſures qu'il reçut à la
Journée d'Ivry, portant laCornette
blanche ; François Pot ,
Seigneur de Roddes , grand-
Maistre des Ceremonies de
France ,Cornette blanche, premier
Ecuyer- trenchant ,decedé
ſans laiſſer des enfans de
N.... de Broüilly-Mezvillers
GALANT 139
& François Pot , Seigneur de
Roddes , qui aprés avoir exercé
les mêmes Charges , mourut
au ſiege demontpellier en 1622 .
Il laiſſa de Marguerite d'Aubray
ſa femme,deux fils,& trois
filles Religieuſes; &Louiſe Pot,
veuve du Marquis de Beaujeu ,
dont une fille mariée àN... de
Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Cornette blanche de
France , & premier Ecuyer -
trenchant. Claude Pot , Seigneur
de Roddes , grand-Maître
des Ceremonies , Cornette
blanche , & premier Ecuyertrenchant
, fils aîné de Fran-
Mij
140 MERCURE
1
C
çois Pot , Marquis de Roddes ,
&de Marguerite d'Aubray ,
fut marié, 1. avec Louiſe Henriette
de la Chaſtre , Heritiere,
de laquelle il a eu Mala Ducheſſe
de Vitry ; & 2 °. avec
N.... legitimée de Lorraine.
Henry Pot , Seigneur de Roddes,
Vicomte deBridiers,Comte
de Romorentin, &grand - Maître
des Ceremonies de France ,
frere puiſné de Claude , prit
alliance avec Gabrielle de Rouville
, de laquelle il cut celuy
dont je vous apprens la mort ;
trois autres fils,&une fille .
La Maiſon de Pot a donné
GALANT 141
un Evêque à l'Eglife de Tournay
, &des Abbez à Marmouftier
, à Saint Lomer de Blois ,
deux à Ferrieres en Gaſtinois
د
un Treforier à la Sainte Chapelle
de Paris , & un Preſident
aux Enquestes du Parlementde
Paris. M'le Marquis de Roddes
avoit eſté le ſixiéme grand-
Maiſtre des Ceremonies de
France , depuis la création de
cetteCharge en faveur de Guillaume
Pot,unde ſes ayeux , par
Henry III.
Le nommé le Coq , âgé de
cent trois ans , eſt mort depuis
peu à la Fleche en Anjou. Si
A
142 MERCURE
j'apprens quelques particularitez
de la maniere dont il a vécu
pour arriver à ce grand âge,
je ne manqueray pas de vous
en faire part.
Le Parnaſſe François vient de
perdre M² de Riouperoux,Auteur
de pluſieurs Pieces de
Theatre , qui ont eu un grand
fuccés , du nombre deſquelles
font Valerien & Hypermnestre ,
qui ont reçu de grands applaudiffemens
.
Aprés vous avoir parlé de la
mort d'un Poëte , je puis vous
entretenir d'une Dame vivante,
qui fait parfaitement bien des
GALANT 143
Vers , & dont les ouvrages
réuſſiſſent beaucoup ; c'eſt de
Me de Saintonge ,qui a fait les
paroles de l'Air qui fuit. Cet
Air eſt de la compoſition de
Mr Charles .
AIR NOUVEAU.
Votre coeur est le Lot où le mien
doit prétendre ;
Mesfoinsfont les billets qui pourront
l'obtenir.
S'il peut jamais m'appartenir ;
Nefperez pas , Philis , de pou
voir le reprendre.
144 MERCURE
Mr d'Alaiſe Mocenigo a eſté
élû par la Republique de Veniſe
pour Ambaſſadeur en France.
Il eſt Noble Venitien , &
d'une des meilleures Maiſons
de cet Etat ; ſes Ayeux y ont
poſſedé les premieres Charges
de la Republique , & ils s'y
font alliez, en divers temps, avec
les Maiſons Mattons CCoorrnnaarroo,Badoero,
Piſani , Donato , Ottoboni , &
pluſieurs autres de ce rang. La
Maiſon de Mocenigo a auffi
donné pluſieurs Officiers Generaux
aux Armées de la Republique
; elle a auffi donné
pluſieurs Provediteurs à laMorée
,
م
GALANT
145
*
rée , & pluſieurs Patriarches à
Venife. Il y a eu de cette Maifon
plufieurs perſonnes de Lettres
, & elle a fourny aux Ordres
de Saint Dominique & de
Saint François de grands fujets ,
de même qu'à l'Ordre de Saint
Benoift. La Maiſon Mocenigo
eft preſque auſſi ancienne que
la Republique ; elle eſt connuë
depuis Tétabliſſement de cet
Etat , & il y en a peu eu à Veniſe
d'auſſi zelées pour la conſervation
de cet Etat , que la
Maiſon Mocenigo.
Le Pape a donné l'Eveſché
de Brescia à Monfieur le Car-
Juillet 1706 . N
146 MERCURE
dinal Badoero , qui s'eſt démis
du Patriarchat de Veniſe . Je
vous ay parlé du merite de ce
Prelat le mois dernier , en vous
apprenant ſa Promotion au
Cardinalat . Il eſt d'une des plus
anciennes Maiſons de Veniſe ,
puiſque la Maiſon Badoero
eſt une des 12 Electorales, qui
font la premiere Claſſe de la
Nobleſſe Venitienne , & qui ,
par une eſpece de miracle , ſe
ſont toutes conſervées juſqu'à
préſent , depuis l'an 709. On
la compte même la troiſieme ,
& aprés les Maiſons Contarini
&Morofini . La dignité que ce
1
GALANT 147
Prelat quitte , eſt conſiderable.
Le Patriarche de Veniſe ne met
à la tête de ſes Mandemens
que N. ... Divinâ miferatione
Venetiarum Patriarcha , fans
ajoûter , comme font les autres
Prelats de l'Egliſe Romaine
& ſancta Sedis Apoftolica gratiâ.
Il eſt Primat de Dalmatie , &
Metropolitain des Archevêques
de Candie& de Corfou ,&
des Evêques de Chiozza & de
Forcello.
2.
L'Evêché de Brescia que le
Pape vient de donner au nouveau
Cardinal , eſt Suffragant
de Milan. Breſcia eſt ſur le Go-
Nij
148 MERCURE
zo prés de la Mela ; c'étoit
l'ancien Pays des Cenomanois,
qui y étoient paſſez de la Gaule
Tranſalpine, & dont Tite Live,
Pline & Strabon font mention .
Ceux du Pays la nomment
Brescia , & les Latins , Brixia.
Saint Apolinaire de Ravenne
y prêcha le premier l'Evangile .
Attila la ruïna , & elle fut peu
aprés rebatie , c'eſt à dire , l'an
452. Elle fut depuis ſoûmiſe
depuistoumite
aux Lombards , à Charlemagne
, aux Rois d'Italie , & elle
devint enfin libre . Henry VI .
Empereur , l'emporta aprés un
long fiege ; & elle fouffrit de
GALANT 149
grands maux durant les factions
des Guelphes & des Gibelins
. Les Ducs de Milan
s'en rendirent maiſtres , & ils
la garderent juſqu'à ce qu'elle
ſe donna aux Venitiens , puis
au Roy Louis XII. en 1509 .
& François I. la remit en 1517 .
aux mêmes Venitiens , qui en
font encore les maiſtres . Comme
cette Ville eſt Frontiere ,
elle eſt bien fortifiée , avec un
bon Chaſteau , de bons remparts
& un bon Arcenal,& elle
a de belles Egliſes . L'Evêque a
le titre de Duc , de Marquis &
de Comte ; & on garde dans
N iij
150 MERCURE
la Cathedrale , une Croix ) ou
Oriflame ) que les Originaires
prétendent eſtre celle qui apparut
à Conſtantin. On y a ce-
Iebré des Synodes en 1574 , en
1582 & en 1614. Cette Ville
eſt aſſez grande , & on y compte
prés de cinquante milleHabitans.
Elle eſt Capitale du petit
Pays , dit le Breffan , que les
Italiens appellent Il Breffiano ,
qui comprend du Septentrion
au midy, tout ce qui eſt depuis
la Valteline , juſqu'à la riviere
de l'Oglio , & de l'Occident à
l'Orient , tout ce qui eſt depuis
le Lac d'Iſeo , juſqu'à celuyde
GALANT 151
Garda , où ſont les Bourgs de
Lodrone , Garnado , Chiari ,
Ramano . Strabon , Pline &
Tite- Live font une mention
honorable de cette Ville .
Les nouveaux Cardinaux
dontje vous parlay le mois dernier
, ayant laiffé , par leur Promotion
, beaucoup de Charges
vacantes , & pluſieurs dignitez
à remplir ; voicy les noms de
ceux qui ont eſté nommez par
le Pape , pour occuper tous ces
grands poftes , qui conduiſent
ordinairement au Cardinalat .
Vous ne devez point examiner
les rangs , dans l'article que je
N iiij
152 MERCURE :
vous en envoye ; rien n'eſtant fi
difficile que d'eſtre parfaitement
inſtruit du Ceremonial
Romain.
Le Pape a declaré que les
nouveaux Cardinaux Corfini &
Pallavicino continuëroient les
fonctions des charges de Treforier
de la Chambre , & de
Gouverneur de Rome. Je vous
ay parlé de ces deux Cardinaux ,
en vous apprenant leur promotion.
La grace que le Pape
leur fait , en leurconſervant les
charges de Treſorier de la
Chambre,&de Gouverneur de
Rome , eſt une preuve de leur
r
A GALANT 153
merite , & de la confideration
que SaSainteté a pour eux;puifque
, ſelon l'uſage de la Cour
de Rome,les nouveaux Cardinaux
ne confervent pas les charges
dont ils étoient revétus
avant d'eſtre admis dans le Sacré
College.
Le Pape adonné la charge de
Clerc de Chambre à Mr Fatti- Mr
nelli; il a eſté élevé à la Cour de
Rome depuis ſa plus grande
jeuneſſe,& il eſt allié à pluſieurs
Cardinaux , qui prennent ſoin
de ſa fortune. La charge que le
Pape vient de luy donner , eſt
une voye pour arriver aux plus
154 MERCURE
grandes dignitez Ecclefiaftiques.
La famille dont eſt ſorti
ce nouveau Clerc de Chambre
eſt fort ancienne à Rome, & alliée
aux plus grandes de cette
ville .
Sa Sainteté a donné à Mr
Molinés ,la charge de Regent
de la Penitencerie. Cet employ
eft tres -important ,& on ne le
donne qu'à des perſonnes treshabiles
, & qui ont donné des
marques de leur ſçavoir. Mr
Molinés s'eſt toûjours beaucoup
attaché à l'étude de la
Morale , comme à la partie la
plus eſſentielle de la Theolo-
)
GALANT 155
gie,& la plus neceffaire pour la
conduite des moeurs. Mr Molinés
joint à un grand ſçavoir ,
une longue experience ; & il
eſt employé depuis pluſieurs
années. Le feu Pape Innocent
XI I. avoit beaucoup de confiance
en luy, & ſe plaifoit ſouvent
à l'entretenir en particulier
; il ſouhaitta meſme , durant
ſa derniere maladie , que
MrMolinés ne s'éloignaſt point
du Vatican pour eſtre à portée
deluy parler quand il voudroit.
Ce Prelat répondoit à ces marquesde
confiance par une grande
affiduité auprés de la per
156 MERCURE
ſonne de ce Pontife , & par les
diſcours qu'il luy faifoit , remplis
de ſageſſe & de confolation.
Mr Tomaſi a eu la garde
du Sceau de la Penitencerie;
c'eſt une des premieres charges
aprés celle deRegent.Celuy qui
vient d'en eſtre revêtu , eſt un
des meilleurs ſujets de la Cour
de Rome , & celuy ſur lequel
ſe verifie plus la maxime qui
regne aujourd'huy en cette
Cour ; ſçavoir , que le merite
& la vertu ſont les meilleurs
patrons que l'on y puiſſe
avoir preſentement. Mr To
GALANT 157
maſi a eu d'autres emplois , où
il a fait voir autant de ſageſſe
que de capacité. Il eſt d'une famille
où l'on naît avec un genie
naturel pour les affaires &
pour les ſciences ; il s'eſt appliqué
aux unes& aux autres avec
un égal fuccés , puiſqu'il paſſe
pourun des Officiers de laCour
de Rome des plus propres pour
les affaires,& en meſme temps
des plus habiles. Il s'eſt attaché
principalement à l'étude du
Droit Canon , où il a fait de
grands progrés. Il eſt d'une
maiſon qui appartient à celles
- de Corfini & de Pallavicin ;
158 MERCURE
& ainſi il eſt parent des deux
nouveaux Cardinaux de ce
nom . :
Le Pape a déclaré Mr Cornaro
Vice -Legat de Bologne .
Ce Prelat joint àun grand merite
, & à une vertu connuë de
toute l'Italie , une naiſſance des
plus illuftres. Il eſt Venitien ,
& ſa maiſon a donné pluſieurs
Doges à cette Republique.
Marc Cornaro eut cette dignité
& celle de Duc de Veniſe
dans le quatorziéme fiecle ;
il eut le bonheur de reprendre
la Candie revoltée . Marc Cornaro
, petit - fils de ce dernier ,
GALANT 159
fut auſſi Doge de Venife; il
.fut pere de la celebre Catherine
Cornaro , Reine de Cypre .
Elle avoit épousé en 1470.
Jacques , Batard de Cypre ,
qui ſe fit Roy de cette Iſle ;
aprés la mort duquel ,& ayant
accouché d'un fils qui ne
vécut qu'un an, elle gouverna
ce Royaume durant un
temps affez fâcheux. Elle vint
à Veniſe , à la follicitation de
fon frere George Cornaro , &
elle fut receuë de la Seigneurie
avec beaucoup de magnificence;
elle remit à la Republique
ſon Etat qu'elle avoit
160 MERCURE
,
gouverné pendant prés de 14.
ans .GeorgesCornaro,ſon frere,
épouſa Elizabeth Morofini ; il
en cut François & Marc Cornaro
tous deux Cardinaux.
Cette Maiſon a auſſi donné
d'autres Cardinaux ; André ,
Evêque de Brescia , & enſuite
Administrateur de l'Archevêché
de Spalatro. Loüis Cornaro,
qui fut premierement Chevalier
de Malthe&grand Prieur
de Cypre , fut fait Cardinal en
1551. par le Pape Jule II . il
fut nommé enſuite Archevêque
de Zara, Frederic Cornaro , Patriarche
de Venife, fut misdans
:
1
GALANT 161
le Sacré College par le Pape
Urbain VIII. Louis Cornaro
qui eſtoit de la mefme Maiſon ,
vivoit dans le ſeiziéme fiecle;
il compoſa un Traité de la vie
fobre,qu'unAuteur de ce temps
a critiqué ſous le nom d'Anticornaro.
Bologne, dite la Graffe, dont
M² Cornaro a eſté nommé
Vice-Legat , eft une Ville d'Italie
qui appartient au Saint
Siege ; elle a un Archevêché,
&une Univerſité celebre. Cette
Ville eft la ſeconde de l'Etat
Ecclefiaftique.
Le Pape a donné à M² Pe
Juillet 1706 .
162 MERCURE
la
tra , la charge de Secretaire de
la Congregation du Concile ,
dont il ne fera pas ſouvent les
fonctions , quoiqu'il en ſoit
tres- capable. Il eſt grand Predicateur
, & il ſe diftingue il y a
long-temps à la Cour deRome,
par le talent qu'il a pour
Chaire. Il n'en à pas un moindre
pour la Poëſie ; & quoyqu'il
ne le cultive que dans ſes
heures de loiſir , il ne laiſſe pas
de paſſer pour undes meilleurs
Poëtes de Rome , où il y en a
de tres- bons & en tres -grand
nombre. M' Petra eſt d'une
tres-ancienne maiſon.
r
GALANT 163
Le Vicelegalion de Ferrare
a eſtédonnée àM' Erba. Cette
Ville eſt dans l'ancienneEmilie,
avec Evêché & titre deDuché ,
appartenant au Saint Siege. Le
Pape Clement VIII. y fit bâtir
en 1598. laCitadelle qu'on
y voit encore aujourd'huy ; ce
Pontifey dépenſa plus de deux
millions d'or. Le Pape Eugene
IV. n'eſtant pas fatisfait du
Concile de Bâle , il le declara
diſſous , & il en convoqua un
autre àFerrare,dont leCardinal
Nicolas Albergoti fit l'ouverture
en 1438. l'Empereur d'Orient,
Jean Paleologue,&lePa
Oij
164 MERCURE
triarche de Conſtantinople s'y
trouverent. On y tint 16. ſeffions
; & dans la derniere on
transfera leConcile à Florence,
àcauſe de la peſte qui estoit à
Ferrare. En 1612. le Cardinal
Jean-Baptifte Seni Eveſque de
Ferrare y fit des conſtitutions
Synodales, qui ont eſté impri
mées. M' Erba eſt fort eſtimé
à la Cour de Rome ; le Pape
qui connoît parfaitement les
ſujets de merite , luy avoit
déja donné , en diverſes occafions,
des preuves d'une confideration
tres-particuliere.
M' Barbarigo aefté nommé
L GALANT 165
Vicelegat d'Urbin. L'Etat d'Urbin
a eſté poſſedé par la Maifon
de la Rovere , qui ayant
manqué , il fut dévolu au Saint
Siege ſous le Pontificat d'Urbain
VIII . Urbin eſt la patrie
du Pape qui regne aujourd'hui.
M'Barbarigo , qui a eu cette
Vicelegation , eſt neveu du
Cardinal Barbarigo , dont je
viens de vous apprendre la
mort. Il a eſté élevé ſous les
yeux de ſononcle ; ainſi on doit
beaucoup attendre d'un Prelat,
qui a joint aux diſpoſitions
que la nature luy a données,une
tres-riche éducation. La Vice
166 MERCURE
legation d'Urbin eſt une des
plus importantes , à cauſe du
voiſinagedeRome.
M' Aldrovandia cula place
d'Auditeur de Rote , qui doit
eſtre occupée par un Bolonois .
Je vous ay parlé amplement
du Tribunal de la Rote , en
is Mabb
vous apprenant queM' l'Abbé
de Polignac en avoit eſté fait
Auditeur ; je dois vous dire à
preſent queM' Aldrovandi qui
eſt devenu ſon Confrere
tout le merite qu'il faut pour
remplir une place de cette importance.
Il eſt d'une famille
originaire de Rome, & alliée
د
a
)
GALANT 167
1
aux Maiſons Altiempi & Borgheſe
, dont la ſeconde a donné
un Pape à l'Eglife , en la
perſonne de Paul V. qui vivoit
au commencement du dernier
fiecle. Mr Aldrovandi a beaucoup
d'érudition , & il eſt peu
de queſtions ſur ce qui regarde
les belles Lettres , où il ne ſoit
confulté , ſouvent même par
les plus habiles gens.
Mr Aldobrandini a eſté fait
Clercde Chambre. Il eſt d'une
Maiſon Papale ; ( c'eſtainſi qu'
onappelle cellesqui ont donnée
des Papes à l'Eglife. ) Le Pape
Clement VIII. eſtoit de cette
17
1
168 MERCURE.....
:
Maiſon. Il ſe nommoit auparavant
le Cardinal Hippolite
Aldobrandin . Il eſtoit de Florence
, dont la Maiſon Aldobrandini
eſt auſſi originaire. Le
Pape Sixte V. l'avoit fait Cardinal
en 1585. & il luy fucceda
aprés la mort des Papes Urbain
VII. Gregoire XIV. & Innocent
IX. qui entre-eux trois ne
regnerent pas treize mois.
LePape a declaré Mr Corradini,
ſon Auditeur , à la place
deMonfieur le Cardinal Paracciani.
Ce Prelat eſt d'une tresancienne
famille , & connuë à
Rome depuis pluſieurs fiecles.
11
GALANT 169
Il eſt allié à la Maiſon de Perretti
qui a donné un Pape à
l'Egliſe, en la perſonne de Sixte
V. & à celle de Buon Compagnon
qui en a donné un autre
en la perſonne de Gregoire ,
XIII . M' Corradini a eſté employé
en diverſes affaires , où il
a donné des marques de fon
intelligence dans les affaires Eccleſiaſtiques.
Il a toûjours fait
du Droit Canon ſa principale
-étude ; & il paſſoit,dans le cours
de ſes études, pour undes plus
forts de ceux qui s'attachoient
à l'étude du Droit. Le choix
que le Pape a fait de luy pour
Juillet 1706. P
170 MERCURE
6
remplir la charge queM'leCardinal
Parraciani laiſſe vacante ,
luyeſtd'autantplusavantageux,
qu'il eſt tres- certain que SaSainteté
ne l'a accordé qu'au ſeul
merite ; puisqu'en nommant
M' Corradini fon Auditeur
elle declara que ſi elle avoit
trouvé quelqu'un plus capable
d'exercer cet employ , elle l'en
auroit pourvû . L'étude que ce
Prelat a fait du Droit ne l'a pas
empêché de s'attacher aux belles
Lettres ; il s'y appliquoit
dans ſes heures de loiſir ,& dans
celles que les affaires où il a été
appellé,dés qu'il en a pû pren
GALANT 171
dre
r
connoiſſance ,luy ont laiſſé,
& il y a fait de grands progrés.
Il eſt peu de perſonnes àRome,
qui entendent auffi bien que
M' Corradini, les Poëtes Grecs
& Latins , & tous les Auteurs
de la belle Antiquité ; il en a
retenu les plus beaux endroits,
& il feroit difficile d'en citer un
ſeul devant luy , qu'il ne reconnût
le lieu & l'Auteur
dont il a eſté tiré. On luy rend
enfin la juſtice d'avoüer qu'il
eſt né avec un genie naturel
pour les ſciences.
Sa Sainteté a fait M² Orighi
Secretaire de la Conſulte.
;
Pij
172 MERCURE
Il a déja ſervi en d'autres poſtes,
où il a donné des marques de
ſa haute capacité , &de l'intelligence
qu'il a des affaires Ecclefiaftiques
. Il eſt d'une famille
établie depuis long- temps en
Italie , & alliée à celles de Ba-
!
glioni & de Vitelli , qui font
des plus confiderables de Rome.
La Congregation dans
laquelle M' Orighi vient d'entrer,
connoiſt des affaires les plus
importantes, & fur tout de celles
qui regardent la pureté de
la Foy , & la conſervation du
Dogme ; ainſi il faut avoir donné
des preuves d'une profonde
GALANT 173
doctrine pour eſtre admis dans
cette Congregation ,& particulierement
pour en eftre Secretaire
; puiſque c'eſt luy qui
refume toutes les deliberations
dans les Congregations parti.
culieres . M' Orighi a beaucoup
de part à la confiance de
Sa Sainteté ; & il a fait voir , en
pluſieurs occaſions,qu'il merite
l'eſtime que l'on a pour luy à
la Cour de Rome.
La Charge de Secretaire de
la Congregation de Propaganda
fide a eſté donnée à M' Banchieri
, Vicelegat d'Avignon ,
qui avoit eu cette place aprés
Piij
174 MERCURE
Monfieur le Cardinal Gualterio
, aujourd'hui Archevêque
titulaire d'Athenes , & Evêque
d'Imola , où ſa douceur , ſa
politeſſe , ſa generofité & fon
équité lui ont fait meriter une
eſtime generale'& lui ont acquis
une reputation folide. Mr.
Banchieri eſt d'une famille Italienne
, tres -connuë par les dignitez
où elle a été élevée , &
par le rang qu'elle tient à Rome
, où elle eſt alliée aux maifons
Cajetan & Gefi. Les Papes
, qui ſont maîtres d'Avignon
, & de tout le Comtat
Venaiffin (depuis que le Pape
GALANT 175
Clement VI. acheta cet Etat
de Jeanne , premiere Reine de
Naples , pour la ſomme de
quarante - huit mille livres de
France , qui revenoit en ce
temps-là à la ſomme de quatre-
vingt mille florins d'or de
Florence ; ) les Papes , dis-je ,
ont gouverné cet Etat par un
Vicelegat , qui y a un Siege ou
Auditoire pour la Juſtice , &
Bureau des monnoyes .
La Congragation de Propaganda
fide , dont Mr Banchieri
vient d'être fait Secretaire
, eſt celle où reffortiffent
toutes les affaires qui regar
P iiij
176 MERCURE
dent les Miſſions de l'Orient ,
& des autres pays où il y a
des Miſſionnaires Apoftoliques.
Il y a peu de Congregations
à Rome où il y ait autant
d'affaires , &où il y en ait
d'auſſi importantes que dans
celle- cy; c'eſt pourqouy le Pape
n'y met que des perſonnes d'une
grande experience & d'une
capacité éprouvée. Sa Sainteté
accompagna de grands éloges
, le don qu'il a fait à M'le
Vicelegat d'Avignon , & il a
temoigné, enpleinConſiſtoire,
qu'il étoit tres -fatisfait de fon
adminiſtration dans ſa Vicele
GALANT 177
gation. CePrelat , en yménageant
les intereſts de fon maître
, s'eſt ſçû concilier la bienveillance
des peuples de tout
le Comtat.
Mr Gozzadini , Secretaire
des Brefs aux Princes , exercera
en l'absence de Mr Banchieri
, Vicelegat d'Avignon ,
la charge de Secretaire de la
Congregation de Propaganda
- ffiiddee. Mr Gozzadini eſt treseſtimé
à la Cour de Rome ;
il joint à une naiſſance confiderable
, & qui l'allie aux meil
leures maiſons de Rome , l'avantage
d'un ſolide ſavoir ,
178 MERCURE
& d'une Vertu à laquelle on
n'a jamais donné aucune atteinte.
Ce Prelat ſe trouve
à preſent chargé de deux em
plois d'une grande étenduë
& que l'on ne confie qu'à des
perſonnes d'une capacité bien
éprouvée. Il s'eſt appliqué
aux affaires dés qu'il les à pu
connoître ; & il a ſoûtenu
l'experience qu'il en a, par une
longue étude de la Jurifprudence
canonique , dont l'on
fçait que ceux qui veulent s'avancer
à la Cour de Rome ,
doivent être parfaitement inſtruits
. Mr. Gozzadini eſt un
I
GALANT 179
des meilleurs Canoniſtes de
cette Cour.
Mr Cuſani,qui étoit Nonce
de fa Sainteté à Veniſe , a
été nommé à la Nonciature
de France , à la place de Monfieur
le Cardinal Gualterio,qui
retourne en Italie. M² Cu
fani eſt d'une ancienne famille
originaire de Veniſe , & alliée
aux plus illuftres de cette
Republique. On ne doit pas
douter du merite & de la capacité
de ce Prelat , puiſqu'aprés
avoir excercé la Nonciature
de Veniſe , il vient exercer
celle de France ; ces deux
180 MERCURE
Nonciatures étant d'une tresgrande
importance . Tous ceux
qui connoiſſent Monfieur le
Cardinal Gualterio, feront touchez
du départ de cette Eminence
; ſes manieres honneſtes ,
bienfaiſantes & genereuſes l'avoient
rendu cher à tous les
François . Son érudition & la
connoiſſance parfaite qu'il a de
l'antiquité , l'ont auſſi rendu
tres - eftimable. Je vous en ay
parlé,en vous faiſant part de fa
promotion au Cardinalat;& je
vousay appris, en meſme tems,
qu'il étoit entré dans l'alliance
de Sa Sainteté.
1
GALANT 181
,
Mr Zondodari , ci - devant
Nonce Extraordinaire enEſpagne
,& qui y eftoit allé pour le
mefme ſujet , que Mr Fieſchi ,
Archevêque d'Avignon, & aujourd'huy
de Genes & Cardinal
, eſtoit venu en France
fuccede à la Nonciatureordinaire
d'Eſpagne , que quitte
Monfieur le Cardinal Acquaviva.
Mr Zondodari a eu divers
emplois importans ſous
ce Pontificat , où il a donné
des marques de ſa capacité ,&
de fon intelligence dans les
affaires les plus épineuſes. Il eſt
forti d'une bonne famille Ita182
MERCURE
lienne , qui a donné divers Prelats
à la Cour de Rome. Monſieur
leCardinal Acquaviva,qui
quitte laNonciatured'Efpagne,
eſt Napolitain , & de la maifon
des Ducs d'Atri , qui a donné
au Sacré College un grand
nombre de Cardinaux. La conduite
qu'il a tenuë en Eſpagne,
pendant le temps qu'il y a de
meuré,a efté fort applaudie. On
ne peut marquer plus de zele
pour le Roy Catholique, dont
il est né ſujet , qu'il en a fait
paroître ; & on doit dire à ſa
loüange , qu'il a vendu, juſqu'à
ſa vaiſſelle d'argent, pour con
GALANT 183
tribuer aux beſoins de l'Etat.
Sa Sainteté a nommé M
Anguiſciola Nonce à Veniſe.
Ce Prelat étoit auparavant
Clerc de Chambre ; & M Fatinelli
a eſté pourvû de ſa charge.
La Nonciature de Veniſe
eſt une des plus conſiderables
de l'Italie. Mr Anguiſciola eſt
depuis long- tempsdans les affaires,&
il s'en eſt toûjours tiré
au gré de la Cour de Rome. Il
avoit commencé à ſervir ſur la
fin du Pontificat d'Alexandre
VIII . & Innocent XII . l'employa
en diverſes affaires,dont
Le ſuccés fit connoiſtre ſon
184 MERCURE
merite. Le Pape qui gouverne
aujourd'huy l'Egliſe l'honoroit
d'une eſtime particuliere,avant
meſme d'eſtre élevé ſur la Chaire
de Saint Pierre ; & aprés fon
exaltation il fut un des premiers
qui en reſſentirent les
fruits . Ce Prelat eſt d'une tresbonne
maiſon , autrefois fortie
de la Ville de Bologne ; &, felon
une ancienne tradition , la
maiſonAnguiſciolaquitta cette
Ville avec le Cardinal Buon
Compagnon , qui fut depuis
Pape ſous le nom de Gregoire
XIII. Ce Pontife érigea enſuite
lEgliſe Cathedrale de
GALANT 185
Bologne en Metropole ; & on
aſſure que ce fut à la ſollicitation
d'un Prelat de la maifon
Anguiſciola , en qui il avoit
une parfaite confiance. Gabriel
Paleotte , qui étoit de cette
maiſon , fut le premier Archevêque
de Bologne. Nicolas
Albergoti , qui gouverna aufli
cette Eglife , eſtoit proche parent
de la maiſon Anguiſciola,
qui eſt auſſi alliée à celle de
Conti , dont le Pape vient de
nommer un Cardinal pour
remplir la place que Mr Philippucci
laiſſe vacante. Les Bentivoglio,
qui ont eſté les maîtres
Juillet 1706 . e
186 MERCURE
de Bologne , eſtoient auſſi parents
des Anguiſciola. Anni--
bal Bentivoglio fut maſſacré
vers l'an 1445. & quelques fecours
que la Maiſon Anguifciola
donnaſt à ſon fils , il fut:
chaffé par Jules II. en 1506.
Bologne fe donna,dans la ſuite,
au Saint Siege. Elle eft gouvernée
par un Legat à latere , que
le Pape y envoye ; & , par un
privilege particulier , elle a un
Ambaſſadeur à Rome , où elle
traite pluſtoſt comme foeur ,
quecomme ſujette.
Mr Piazza a eſté declaré
Nonce en Pologne ; il a déja
م
GALANT 187
eu pluſieurs autres emplois , où
il a donné des marques de fa
capacité , &de l'étenduë de ſon
genie. Le feu Pape l'eſtimoit
beaucoup , & il l'avoit employé
en pluſieurs affaires
dont il s'eſt tiré au gré de toute
la Cour de Rome. La Nonciature
de Pologne eſt fort difficile
dans la conjoncture préſente
; les troubles qui agitent
ce malheureux Royaume , demandent
que celuyqui eft chargé
des affaires de Sa Sainteté ,
ait beaucoup de prudence , &
un grand ménagement. Mr
Piazza répondra aux efperan-
Qij
188 MERCURE
1
,
ces que l'ona de luy.Il eſt d'une
ancienne Maiſon de Rome
originaire de Florence ; elle y
étoit alliée à celles de Pazzi &
de Salviati . Elle eſt auſſi dans
l'alliance de pluſieurs autres
familles conſiderables de la
Cour de Rome ; ſçavoir , de
celles d'Altieri , de Buon Compagnon,
de Perret pagnon,de Perreti,deBorgheſe
& de Frangipani. Mr Piazza a
a eſté élevé ſous les yeux d'un
homme , qui paffoit pour eſtre
un des plus habiles de toute
l'Italie ; je parle de feu Mr
Piazza, ſon pere , qui étoit conſulté
de toutes parts pour les
GALANT 189 -
affaires qui regardent la Jurifprudence.
د
Mr Buffi , cy - devant Internonce
en Flandres a eſté
nommé pour ſucceder à Mr
Piazza, à la Nonciature de Cologne
; & c'eſt à Mr Buffi ,
que Mr Grimaldi, aujourd'huy
Internonce en Flandres , a ſuccedé.
Il a laiſſé en ce païs -là
une grande opinion de ſon ſçavoir,&
de fon habileté ;& on
le regretta beaucoup , quand
il le quitta pour ſe rendre à la
Cour de Rome. La Nonciature
de Cologne , où il a eſté
nommé,eſt difficile dans la con;
190 MERCURE
joncture où ſe trouve cet Erat ;
ainſi on doit juger du merite
de Mr Buffi , & du ſuccés qu'il
a cu pendant qu'il a eſté Internonce
à Bruxelles : puiſque ſa
Sainteté qui apporte tant de
circonfpection furle choix des
Sujets , l'a choiſi pour la Nonciature
de Cologne. Mr Buffi
eſt un tres - bon Theologien ;
il eſt en relation & en commerce
avec tout ce qu'il y a
d'habiles gens dans l'Europe ,
& il a donné des marques de
ſon ſçavoir dans pluſieurs occafions
d'éclat. L'adminiſtration
des affaires , & la diffi
The
GALANT 191
i
pation où elles jettent ordinairement
ceux qui en font
chargez , n'ont pas empêché
ce Prélat de cultiver le talent
qu'il a pour les Sciences ; il s'y
eſt appliqué à Rome dans ſa
jeuneffe , & dans les differens
voyages qu'il a eſté obligé de
faire pour la Cour deRome.M
Buſſi avoit une grande liaiſon
avec les Cardinaux Noris , &
Barbarigo. Il aidoit ſouvent le
premier dans la compofition
de ſes Ouvrages ; & ce ſçavant
Cardinal ſe repoſoit ſur luy du
travail le plus épineux , qui étoit
celuy de faire des Collec-
1
192 MERCURE
tions ,& de conferer les Paffages.
Ce fut même ce Prélat ,
qui prit ſoin de l'impreſſion de
quelques-uns des ouvrages pofthumes
de ce Cardinal .Quant
au Cardinal Barbarigo , il a
donné, en diverſesoccafions,les
marques de la plus étroite confiance
à ce Prelat ; & il l'invitoit
ſouvent àvenir paſſer quelques
mois de l'année dans ſon
Evêché de Montefiafcone. Mr
Buſſi eſt d'une tres-bonne Maifon
, qui eſt tres -bien alliée ; &
elle a produit de grands ſujets.
Le Pere & l'Ayeul de ce Prelat
ſçavoient parfaitement la
Juriſprudence
GALANT 193
JurisprudenceCivile & Cano.
nique ; on leur a obligation d'y
avoir fait de tres-riches découvertes
, & on doit loüer leur
modeſtie , d'avoir bien voulu
confentir qu'elles ayent paru
ſous d'autres noms , & qu'elles
ayent ſervi à orner & à enrichir
les ouvrages des autres. Il
eſt bien rare que les Auteurs
faſſent un tel uſage du fruit de
leurs veilles . Le nouveau Nonce
eſt encore dans un âge peu
avancé.LePape l'a faitArchevêqueTitulaire
deTarſe enCilicie
La Charge de Majordome a
eſté donnée à Mr Vallemanni.
Juillet 1706 .
R
194 MERCURE
CetteCharge approche de fort
prés , celuy qui en eſt revêtu
de la perſonne du Pape ; on
peut juger, par là, de l'importance
de cette Charge. M
,
Vallemanni eſt Romain d'origine
; il a exercé d'autres emplois
, qui luy ont acquis une
eſtime generale dans la Cour
de Rome. Le Pape qui eſt un
excellent Juge du vray merite,
a toûjours fait un cas particulier
de ce Prelat ; & il n'a trouvé
aucune occafion de luy en
donner des marques , qu'il ne
l'ait embraſſée avec joye. La
derniere qu'il vient de luy donner
, eſt forte,puiſque la Char-
1
GALANT 195
}
ge deMMaajjoorrddoommee eſt une des
plus belles de la Maiſon du
Pape , & qu'elle eſt toûjours
poffedée par ceux pour qui Sa
Sainteté a beaucoup de confideration.
Ce Pontife a nommé Monſieur
Pic de la Mirandole, Maître
de Chambre. Le merite de
ce Prelat , ſa vertu & fa probité
l'ont rendu reſpectable à
toute l'Italie ; il eſt d'une modeftie
& d'une humilité furprenante.
La Maiſon de ce
Prelat ne peut eſtre plus conſiderable
, puiſqu'il eſt d'une
Maiſon Souveraine. Celle des
Rij
196 MERCURE
Pics, Ducs de la Mirandole, &
Comtes de Concordia , Princes
de l'Empire , eſt une des
plus anciennes d'Italie. Les
Pics ſont les premiers de la Ville
de Modene qui ſe ſont rendus
recommandables parmi leurs
Citoyens. Il y a 300 ans que
FrançoisPic fut honoré du titre
de Vicaire de l'Empire dans la
même Ville , par l'Empereur
Loüis IV. mais il fut enſuite
tué avec deux de ſes fils , Prendiparté
& Tomaſino , par Paffarino
Bonacorti, qui avoit acquis
le droit de Bourgeoifie
dans Modene ; qui fit rafer la
GALANT 197
Mirandole en 1331. Ce Bonacorti
ayant eſté vaincu par les
Gonzagues, Seigneurs de Mantouë
; le refte des Pics ſe rétablit
, & la Mirandole fut rebâtie.
Nicolas Pic , reſté ſeul des
enfans de François , eut Prendiparté-
Pic , Capitaine des Florentins
, des Siennois &des Milanois
en 1350. qui laiſſa Paul
Pic. Celui- cy obtint le Château
de Saint Martin, en 1402 .
& fut pere de François Pic II.
du nom , Seigneur de la Mirandole,
qui eut Jean, Seigneur
de la Mirandole, & Comte de
Concordia , en 1432. Ce der-
Riij
198 MERCURE
:
د
nier cut Jean-François Pic , qui
le premier enferma le Château
de la Mirandole d'une muraille,
en 1460. ce qui luy cauſa
une dépenſe prodigieufe , & ce
que pas un de ſes prédeceffeurs
n'avoit ofé entreprendre.
Ce ſont là les premiers ancêtres
de Monfieur Pic de la Mirandole,
Maiſtre de Chambre.
Sa Sainteté a declaré M² San-
Vitale , qui eſtoit Nonce à Florence
, Affeffeur du S. Office .
Cette Charge eſt tres - importante
; elle donne de grands
privileges à celuy qui en eft reveltu
, & fa jurifdiction eſt fort
r
GALANT 199
étenduë. M' San-Vitale a exercé
ſucceſſivement pluſieurs
Charges,qui luy ont attiré une
eſtime generale. Monfieur le
Grand Duca toûjours eu beaucoup
de conſideration pour
luy,& il l'honoroit de ſa confiance
. La Nonciature de Florence
eſt une des plus importantes
, aprés celles des teftes
Couronnées . M' San-Vitale eſt
originaire de l'Etat Ecclefiaftique,&
fa maiſon y eſt établie
depuis deux ou trois fiecles.
depuis
Celuy qui donne lieu à cet Article
, eſt allié à la maiſon Picolomini
, par une de ſes Ayeules
Riiij
200 MERCURE
quien étoit iſſuë.Pluſieurs perſonnes
de fon nom ont brillé
à la Cour de Rome , & ont
rendu de grands ſervices au S.
Siege, foit dans l'Etat Ecclefiaftique,
ſoit dans les Cours étrangeres
, où ils ont eſté envoyez .
Cette maiſon a auſſi produit
des ſujets d'un ſçavoir éminent.
Un Religieux de faint
François , de ce nom , brilla
beaucoup dans ſon ordre , fur
la fin du penultiéme fiecle.
Le Pape envoyant ordinairement
des perſonnes de naiffance
& de diſtinction , pour
porter leBonnet aux nouveaux
GALANT 201
Cardinaux qui font les plus
féloignez de Rome , a nommé
Mrl'Abbé Paffionei , neveu de
M' Paffionci , Secretaire des
Chiffres , pour le porter en
France à Monfieur le Cardinal
Gualterio. La commiffion de
porter le Bonnet au nouveau
* Cardinal , eſt tres - confiderable
, & elle eft ſouvent recom
penſée d'uneAbbaye, ou d'une
Prelature à la Cour de Rome.
M' l'Abbé Paſſionei eſt encore
jeune ; mais il donne de grandes
efperances , & on ne doit
pas douter qu'il ne devienne
untres-habile homme à l'école
202 MERCURE
de fon oncle , ſous les yeux duquel
il eſt élevé. Toute l'Italie
eſt inſtruite du merite de M
Paffionei , Secretaire des Chiffres
, & il a donné des marques
de ſon intelligence dans des
affaires tres delicates& tres épineuſes.
Leur maiſon a toujours
eſté compoſée d'habiles gens ,
& il ſemble que l'amour des
Sciences a toûjours eſté le caractere
de ceux qui en font
fortis.
M' l'Abbé Rafponi a eſté
auffi nommé , pour porter le
Bonnet en Pologne à Monfieur
le Cardinal Spada. Cet Abbé
GALANT 203
a déja eſté employé pluſieurs
fois pour le ſervice du Saint
Siege; il a beaucoup de merite ,
& il joint à une naiſſance diftinguée
, une grande modeftie.
La commiffion dont il eſt chargé,
luy a fait d'autant plus de
plaiſir,qu'il eſt parent de Monfieur
le Cardinal Spada , & que
feu Monfieur le Cardinal Spada
, qui avoit eſté Nonce en
France , & qui estoit oncle de
celuy qui vient d'eſtre honoré
de la Pourpre , avoit pris foin
de l'éducation de Mr l'Abbé
Raſponi , quia donné, dés l'enfance,
des marques qu'il feroir
204 MERCURE
unjourun tres- habile homme.
Il eft fils d'un des plus habiles
hommes d'Italie.
Mr l'Abbé Moſca eſt allé
porter le Bonnet à Monfieur
le Cardinal de Saxe , Evêque
de Javarin. Cet Abbé eft connu
pour un exellent Poëte Latin
; mais le talent qu'il a pour
la Poësie , n'eſt pas ce qui le
diftingue le plus. Il s'eſt attachédés
ſa plus grande jeuneffe,à
l'étude de laJurisprudence,dans
laquelle il a fait de grands progrez.
Sa maifon a donné pluſieurs
Officiers à la Rote, & aux
autres Tribunaux de la Cour
GALANT 205
deRome. Elle eſt alliée auxmaifons
Pamphilio& Roſpigliofi,
dont la premiere a donné à l'Eglife,
InnocentX.& la ſeconde,
Clement IX.
Mr l'Abbé Ondedei a eſté
choiſi, pour porter en Eſpagne,
le Bonnet à Monfieur le Cardinal
Acquaviva. Cet Abbé a
l'honneur d'appartenir à Sa
Sainteté ,& il eſt petit - neveu
de Mr de la Femas , qui eſt
mort en cette Ville, & dont la
petite - niece a épouſé Mr le
Comte Albano , frere de Sa
Sainteté . Mrl'Abbé Ondedei eſt
un jeune homme d'une grande
206 MERCURE
eſperance,& qui a fait ſes exercices
dans le College Romain
avec beaucoup d'applaudiffement.
On debite depuis peu,chez
le ſieur Nully , ruë S. Jacques,
à l'image de ſaint Pierre , un
livre intitulé : La Science des
perſonnes de la Cour , de l'Epée
& de la Robe , par demandes &
par réponſes ; où l'on trouve une
instruction fur la Religion , l'Aftronomie
, la Geographie , l'Hiftoire
, la Chronologie , les Fables,
le Blafon , l'intereſt des Princes ,
la Guerre , les Fortifications , la
Marine ; avec les definitions des
GALANT 207
Sciences & des Arts. PPaarrllee
fieur de Chevigny , Gouverneur
de Mr le Marquis de Fanſon.
Il ſeroit difficile de former
un deſſein plus vaſte & plus
utile , que celui que l'Auteur
de ce Livre a embraſſé ; puifqu'il
n'y a rien dont il ne ſoit
fufceptible , & que cet ouvrage
peut eſtre utile à tout le
monde , quoiqu'il ſemble n'avoir
eſté fait que pour inftruire
la jeuneſſe. Ce Livre eſt du
nombre de ceux qu'il faut lire
entierement pour eſtre bien
inſtruit de ce qu'il contient
& fon titre en donne une fi
208 MERCURE
haute idée , que ce qu'on diroit
de cet ouvrage pourroit
eſtre infiniment au deſſous de
ce qu'il en doit faire concevoir.
L'Auteur s'eſt propoſé,
dans cet ouvrage , de donner
au public , ce que doivent principalement
ſavoir les perfonnes
d'un certain rang , & de
leur mettre devant les yeux
leurs obligations & les moyens
de les remplir. Quoique fon
deſſein regarde principalement
les perſonnes de qualité , il ne
laiſſera pas d'eſtre utile à tout
le monde ; puiſqu'il renferme
ce qu'il y a de plus eſſentiel
GALANT 209
,
dans la Religion , dans l'Aftronomie
, la Geographie
l'Hiſtoire , la Fable, le Blafon,
la Guerre , les Fortifications&
la Marine : & que la connoifſance
de toutes ces chofes convient
à toutes fortes d'états.
L'Auteur , avant que d'entrer
dans le détail de ces Sciences ,
s'eſt attaché à donner une idée
de la Cour , de ſes manieres
&de la conduite qu'on y doit
tenir. Il a enſuite expliqué , ce
que l'on entend par perfonnes
de qualité , ce qu'elles doivent
ſavoir , & quelles font
leurs obligations ; & comme
Juillet 1706 . S
210 MERCURE
د
rien ne donne plus d'entrée
dans les Sciences, qu'une juſte
definition , l'Auteur a tâché
d'en donner d'aſſez claires
pour y ſervir d'introduction .
Il ajoûte , dans ſon Avertiſſement
, que l'abregé de la fondation
de la destruction des
Royaumes , depuis la création du
monde jusqu'à notre temps , avec
les Guerres des Romains, ne paroîtra
point inutile , & que l'on
fentira, dans la lecture des hiſtoires
generales , que ces premieres
idées ſerviront à mieux faire
goûter les faits que l'on y rencontre
plus détaillez. A l'égard
GALANT 211
de ce qui regarde la Geographie
, il s'eft contenté de faire
une deſcription des lieux les
plus remarquables de l'Afie ,
de l'Afrique,& de l'Amerique ;
mais il s'eſt étendu davantage
fur l'Europe , parce que la
connoiſſance eneſt plus neceffaire.
Mylord Charles Drummond
, fils de M' le Duc de
Melfort , & neveu de M' le
Duc de Perth , Gouverneur
de ſa Majefté Britannique ,
Capitaine dans le Regiment
du Feu Mylord Clare , a efté
tué dans le Combat de Ramil
212 MERCURE
lies , aprés s'être diftingué durant
l'action , pendant laquelle
il avoit pris un drapeau des
ennemis. Il receut ,dans la retraite,
un coup de fufil au travers
du corps , dont il mourut
fur l'heure ; il a eſté fort
regretté de toute ſa maiſon ,
de tout ſon Regiment dont
il s'étoit acquis l'eſtime & l'affection
, & generalement de
tous ceux qui le connoiffoient.
Madame Maurice- Febronie
de la Tour - d'Auvergne , Ducheffe
Doüairiere de la haute
&baffe Baviere , Comteffe PaGALANT
213
latine du Rhin & Landgrave
de Leüchtenberg , mourut de
la petite Verole le 20 du mois
de Juin dernier , en fon Château
de Turkeim en Baviere.
Elle étoit fille de Feu Monfieur
le Prince Frederic-Maurice de
la Tour-d'Auvergne , Duc de
Boüillon , & d'Eleonore-Febronie
de Berg ; & foeur de
Monfieur le Duc de Boüillon,
de Monfieur le Comte d'Anvergne
, & de Monfieur le
Cardinal de Boüillon. Elle avoit
été mariée en 1668. à
Feu Monfieur le Prince Maximilien
- Philippe , Duc de Ba
214 MERCURE
viere , fils de Maximilien I.
Electeur de Baviere , &de Marie-
Anne d'Auſtriche , fille de
l'Empereur Ferdinand II. Le
Prince ſon époux , dont je
vous appris la mort l'année
derniere , étoit oncle de Feuë
Madame la Dauphine , & de
leurs Alteſſes Electorales de
Baviere & de Cologne. Cette
Princeſſe avoit toûjours vêcu
avec une pieté exemplaire ; &
elle eſt morte avec des ſentimens
de pieté & d'humilité ,
qui ont édifié toute ſa Cour.
Elle avoit ordonné qu'on luy
mit aprés ſa mort un habit
1
GALANT 215
de Carmelite , & qu'on l'enterrât
comme une ſimple Religieufe
; ce qui a efté executé
, fon corps ayant eſté porté
à Munich ſans aucune pompe
, & mis dans le lieu deſtiné
à la ſepulture de la fereniffime
Maiſon de Baviere .
Mre Charles - François de
Stainville, Chevalier,Comte de
Couvonges , Baron de Domballe
, Seigneur de Hardonvillier
, de Marley , Beurcy &
Grand-Maiſtre de la Maiſon de
Monfieur le Duc de Lorraine ,
mourut le 26 du mois de Juin
dernier. Il étoit fils de MreAn.
216 MERCURE
de
toine de Stainville , Comte de
Couvonges , premier Gentilhomme
de la Chambre de
Charles IV. Duc de Lorraine,
Bailly de Bar , & d'Eve de Pulnoy,
fon épouſe ; & comme il
étoit né à Erauge , petite Ville
Champagne , où ſon pere
&ſa mere s'étoient retirez , à
cauſede la peſte qui deſoloit la
Lorraine & le Barrois , & que
par confequent il étoit François
de naiſance , il ſe fit
naturaliſer Lorrain. Gaſton de
France , Duc d'Orleans , ayant
épousé la foeur de Charle IV.
Duc deLorraine, le jeuneMarquis
GALANT 217
quis de Couvonges fut élevé
Page auprés de cette Princeſſe;
il fervit enfuite Charles IV. en
qualité de Colonel d'Infanterie
, où il ſe diftingua par fa
valeur,&merita d'eſtre fait Colonel
de Cavalerie cuiraffee.
Aprés avoir fait quelques Campagnes
ſous leDuc Charles IV.
ce Prince le nomma Bailly du
Barrois & premier Gentilhomme
de fa Chambre;& le Comte
de Couvonges, ſon pere ,
mort quelque temps aprés, il épouſaHenriette
d'Haraucourt,
Marquiſe de Chombley. Cette
Dame qui étoit d'une des plus
Juillet 1706 . T
218 MERCURE
illuftres maiſons de Lorraine ,
eſt morte quelques années
avant ſon époux , fans luy avoir
laiſſé d'enfans .
,
Le Duc Charles IV. étant
forti de ſes Etats en 1670. M
le Comte de Couvonges , &
M de Lenoncourt connu
alors ſous le nom de Comte
d'Alberg , ſuivirent ce Prince,
qui mourut quelques années
aprés être forti de ſes
Etats. Il eut pour ſucceſſeur ,
Charles V. dernier Ducde Lorraine.
Ce Prince s'étant poſté
en 1677. à Nommeny , d'où
il prétendoit, avec ſonArmée,
GALANT 219
s'emparer de la Lorraine ; M
le Comte de Couvonges vint
luy offrir ſes ſervices en ce lieu
là. Ils furent acceptez, & il eut
occafion de donner des marques
de ſa valeur, peu de temps
aprés, dans une affaire où il fut
bleſſé à la main , ce qui l'obligea
de ſe retirer à Domballe.
Feu M' le Maréchal de Crequi
l'y fit arreſter , & le fit enſuite
conduire à Amiens , où il demeura
deux ans priſonnier.
Le Traité de Nimegue ayant
été conclu environ dans ce
temps- là , Charles V. fon Maître
, l'envoya à la Cour de
Tij
220 MERCURE
France pour y negocier les affaires
de Lorraine ; & quelques
années aprés , ce Prince
le nomma fon Procureur,pour
défendre les intereſts du Prince
Jofeph , ſon fils , que Mademoiſelle
de Guiſe avoit fait ſon
heritier , & à qui elle avoit
donné la Principauté de Joinville&
le Duché de Guiſe. M
le Marquis de Couvonges ſe
comporta avec tant de ſageſſe
& de prudence , dans cette affaire,
que quelque temps aprés,
le Roy voulut bien luy confier
ſes propres intereſts. Ce Prince
l'envoya ſecretement vers
GALANT 221
Charles V. pour luy offrir les
Duchez de Lorraine & de Bar
avant l'ouverture des Campagnes
de Mayence & de Bonn ;
ſi cette negociation n'eut pas
tout le ſuccés qu'on en devoit
attendre , ce ne fut pasla faute
du Miniſtre qui eut l'honneur
d'en eſtre chargé.
Le Duc Charles V. étant
mort, dans le cours de la derniere
guerre , la Reine - Ducheſſe
Doüairiere de Lorraine,
ſa veuve, envoya M² le Comte
de Couvonges en France,pour
ménager les intereſts de fon
fils aîné,qui étoient alors agitez
Tiij
222 MERCURE
àRiſwick ; & cette Princeffe le
chargea en même temps de
faire la propoſition du mariage
de Son Alteſſe Royale , Leopold
I. avec Mademoiselle
d'Orleans . Ce Comte réuffit
dans tous les points de fon Ambaſſade;&
le Roy luy dit, d'une
maniere fort obligeante : qu'il
conſentoit d'autant plus volontiers
àla demande de la Reine -Ducheffe
, qu'elle luy étoit faite par
un Ministre dont il connoiſſoit le
merite , & dont il conſideroit la
naiſſance. M' le Comte de Couvonges
dreſſa luy-même les Articles
du mariage , & conduifit
r
GALANT 223
Son Altefle Royale , Mademoiſelle
, à Bar , où le mariage
fut conſommé .
r
Le Roy ayant jugé à propos
de mettre garniſon Françoiſe
dans Nancy , en 1702 .
M' de Couvonges fut nommé
par Son Alteſſe Royale , pour
regler les difficultez qui étoient
furvenuës à cette occafion, &
y reſter en qualité de Gouverneur.
Le Duc ſon Maître couronna
ſes ſervices, peu de temps
aprés, en luy donnant la Charge
de Grand-Maître de ſa Maiſon
, qui vaqua en 1704. par
Tiiij
224 MERCURE
la mort de Mylord Comte de
Carlinford . M² le Comte de
Couvonges eſt mort dans cet
employ , regretté de tout le
monde , & eſtiméde tous ceux
qui le connoiffoient. Il eſtoit
de l'ancienne Chevalerie de
Lorraine;& le fangde faMaifon
a eſté ſouvent mêlé avec
celuy de ſes Souverains. L'efprit
de ce Miniſtre , fon habileté,
ſon attachement au ſervice
de ſes Maîtres , ſon talent pluſieurs
fois éprouvé pour la negociation,
fon goût pour labelle
antiquité, & la connoiſſance
qu'il avoit des belles Lettres
GALANT 225
le rendoientun des plus accomplis
Seigneurs de la Cour de
Lorraine .
La plus jeune fille du Prince
Wieſnowieski, Grand General
de Lituanie pour le Roy Auguſte,
eſt morte à Leopol,où la
Princeſſe ſa mere,& laPrinceſſe
épouſe du Prince Janus Wiefnowieski
, Palatin de Cracovie
étoient chez la Princeſſe Dorf
ka , veuve du feu Grand Maréchal
de Lituanie. Cette Princeſſe
étoit parfaitement belle ,
&dans un âge tres-peu avancé.
Elle avoit eſté élevée avec
de tres-grands ſoins ; le Prince
226 MERCURE
Wieſnowieski , ſon pere , luy
avoit fait apprendre les belles
Lettres ,& elle parloit pluſieurs
Langues avec beaucoup de facilité.
Toute la Maiſon deWief.
nowieski a eſté d'autant plus
touchée de ſa mort,qu'on parloit
de la marier avec un Seigneur
Polonois ; & que par ce
mariage on auroit pacifié pluſieurs
familles ,qui font diviſées
depuis long- temps.
Elle étoit petite Niece de
Michel Koribut Wieſnowiefki
, qui fucceda au Roy Jean
Caſimir , qui aprés avoir abdiqué
la Couronne de Pologne ,
GALANT 227
ſe retira en France , où il eſt
mort Abbé de Saint Germain
des Prez. Dés que le Roy Michel
fut élevé ſur le Trône de
Pologne , il épouſa l'Archiducheſſe
, ſoeur de l'Empereur défunt
, qui épouſa dans la ſuite,
en ſecondes noces , le Prince
Charles de Lorraine , dont elle
a eu Monfieur le Duc de Lorraine
d'aujourd'huy,&les Princes
ſes freres . La Maiſon de
Wieſnowieski eſt fort ancienne
en Pologne ; elle y eft connuë
dés le temps des Rois Miciſlas
III . dit le Vieil , & de Cafimir
II. dit le fufte. Philippes
228 MERCURE
Callimachus & Neugobod, Auteurs
Polonois , parlent fort
avantageuſement de cetteMiafon.
M N.... de Chabrey, Seigneur
de Montigny,Conſeiller
du Roy , ancien Treforier Provincial
de l'Extraordinaire des
Guerres en Champagne, pays
Meffin , Lorraine , Alface &
Allemagne , eſt mort , dans un
âge fort avancé, au commencement
du mois dernier . Il laiſſe,
outre pluſieurs enfans, une fille
mariée à M' de Saint Jory,Conſeiller
au Parlement de Metz .
Le merite & la vertu de cette
GALANT 229
)
1
jeune Demoiſelle furent cauſe
que pluſieurs perſonnes la rechercherent
; mais M' de Montigny
connoiſſant la probité &
l'eſprit de M' de Saint Jory ,
dont les manieres ſont tresgracieuſes
, ſe détermina en ſa
faveur. Il a eu de ſon mariage
avec Mlle de Montigny , une
fille mariée à M' de Barbafan ,
Senechal de Bigorre , & Lieutenant
Colonel du Regiment
Meſtre de Camp General des
Dragons de France. L'exacte
probité & l'intelligence dans les
affairesde la guerre avoient acquis
à M' de Chabrey-Monti230
MERCURE
gny l'eſtime des Generaux
d'armée & des miniſtres , ſous
leſquels il avoit ſervi ; & il étoit
fortconſideré deM'deTurenne
&de M'le Maréchal de Luxembourg.
Il eſt mort dans de
grands ſentimens de pieté, honoré
& regretté de tous ceux
qui le connoiſſoient.
Le Samedy 17. de Juillet le
Pere le Jeune Cordelier , Définiteur
de la Province de France,
fit ſon Acte de Veſperies , qui
eſt celuyqui précede la priſede
Bonnet de Docteur. La Theſe
étoit dédiée à M le Comte de
Pontchartrain. Meſſieurs les
GALANT 231
-
IS
Cardinaux d'Etrées & de Noailles
affifterent à cet Acte, accompagnez
de M's les Evefques
de Nantes , d'Arras, de Lavaur
, de Tournay , &c. de M
l'Abbé de Prémontré, & d'un
grand nombre d'Abbez . L'Afſemblée
fut auſſi compoſée de
Conſeillers d'Etat,de Preſidens ,
& pluſieurs perſonnes diftinguées
dans la Robe & dans l'épée.
Les difficultez qui furent
propoſées au Pere le Jeune par
le Pere Acermet furent trés ſfolides.
Il s'agiſſoit de ſçavoir,ſion
peut refifterà la grace interieure,&
fi la graceſuffisanteſeulepent ope232
MERCURE
rer lefalut. Le Pere Perrin, Profeffeur
enTheologie&Cenfeur ,
argumenta enſuite contre le
Pere le Jeune. La matiere qui
fut agitée , regardoit l'yvreſſe
dans laquelle tomba le bon
homme Loth , & l'inceſte qu'il
cominit enſuite avec ſes filles.
Le Pere Acermet finit l'Acte
par un Paranymphe , ſuivant
l'uſage. Il loüa le Pere le Jeune
fur la facilité qu'il a à prefcher;
ce qu'il rapporta fur ce ſujet,
de trois fermons que ce Pere
preſcha , dans un ſeul jour, en
trois lieux differens , attira l'attention
de la Compagnie.
GALANT 233
Le meſme jour le fils de M
le Duc de la Roche Guyon foûtint
une Theſe de Philofophie
au College du Pleffis. M de
Montempuis,Profeſſeur dePhilofophie
, y prefidoit , & M
l'Abbé de Noailles neveu deM
l'Archevêque , & Chanoine de
Notre-Dame,ouvrit la diſpute.
Meſſieurs les Cardinaux d'Etrées
, de Janſon, &de Noailles
ſe trouverent à cetActe, accompagnez
d'un grand nombre
d'Eveſques &d'Abbez , &l'Afſemblée
fut des plus illuftres
&des plus nombreuſes, le foûtenant
eſtant petit- fils de M'le
Juillet 1706 .
V
234 MERCURE
Duc de la Rochefoucault, &de
feu M'le Marquis de Louvois.
On admira ſa preſence d'eſprit,
&la vivacité de ſes réponſes.
Le Roy d'Eſpagne a nommé
à l'Eveſché deBadajoz,Don
Alfonze Roſadé. Ce Prelat eſt
le plus ancien Inquifiteur du
Tribunal de Murcie ; il joint à
une vertu reconnuë de toute
l'Eſpagne , & à une naiſſance
confiderable , une longue experience
des affaires Ecclefiafriques
, puiſque le Tribunal de
l'Inquifition eſt celuy de toute
l'Eſpagne où l'on juge un plus
grand nombre d'affaires . Le
GALANT 235
nouvel Evêque de Badajoz paffe
pour un tres ſçavant Theologien
; il s'eſt appliqué toute ſa
vie à l'étude , & il a joint à
celle de la Theologie , celle de
la Juriſprudence Canonique ,
où il a fait de grands progrez .
Le choix de ſa Majesté Catholique
a eſté fort applaudi .
Badajoz eſt une Villed'Eſpagne
dans l'Eſtramadure,&dans
le Royaume de Leon , dont l'Eveſche
eſt ſuffragant de Compoſtelle.
Badajoz eſtla Pax Augufta
des anciens ; & elle tire
des Maures le noin dont on
l'appelle aujourd'huy. Elle cit
Vij
236 MERCURE
ſituée ſur la Guadiana ; elle
eft tres-bien fortifiée , & elle
peut paſſer pour le Boulevard
de l'Eſpagne du coſté de
Portugal. On voit , de l'autre
coſté de la riviere , le Fort de
S. Chriſtophle. Les Portugais
en firent le ſiege inutilement en
1658. & ils ont encore eſté
obligez de le lever au commencement
de cette campagne.
Cette Ville eſt bâtie ſur une
éminence,avec unChaſteau que
les Maures y bâtirent. Pline
parle de cette Ville au 15
Livre de ſon Hiſtoire. On y
voit un College deJefuites ,&
C
GALANT 237
diverſes autres Maiſons Religieuſes.
La Cathedrale eſt ſous
le vocable de Saint Jean , au
bout d'une grande place qui
fert de place d'armes , & où eſt
le Palais du Gouverneur.
Les yeux eſtant ſujets à un
nombre infini de maladies ,
ainſi qu'il eſt rapporté par plu .
ſieurs Auteurs, une auffi grande
Ville que Paris, ne peut avoir
trop de Medecins Oculiftes.
C'eſt peut- eſtre parce qu'il y en
a trop peu , qu'une infinité de
gens de toutes fortes de profoſſions
,qui n'ont point étudié
ces maladies , lemêlent de don,
238 MERCURE
ner des remedes pour les yeux,
fans avoir aucune connoiſlance
des maux qu'ils promettent de
guerir : de maniere que leur ignorance,
jointe au grand nombrede
maladiesdes yeux , dont
tous les Auteurs qui en ont
parlé, font mention , eſt cauſe
que ces charitables ou interefſez
ignorans donnent ſi ſouvent
des remedes pour des maux qui
en ont beſoin de tout contraires
.Comme je ne dis rienque de
veritable,& dont pluſieurs perſonnes
ont tous les jours àleurs
dépens , des preuves trop certaines
; je croy que le public
GALANT 239
1
ſera ravi d'apprendre que Mr
de Voolhouſe, fameux& tresſçavant
Oculiſte Anglois , &
dont je vous ay ſouvent parlé,
a permiſſion de Sa Majefté Britannique
de travailler à Paris à
la gueriſon des maladies des
yeux ; & il y demeurera quinze
jours chaque mois , non-pas
de ſuite , mais de ſemaine en
ſemaine alternativement .
avertit qu'il ne prendra rien des
pauvres , pourvû qu'ils ayent
des Certificats authentiques de
leurs Curez , faits fur du Papier
tymbré , & auſquels le
Iceau de la Paroiſſe ſera appo
Il
240 MERCURE
fé.On aura de ſes nouvelles aux
Benedictins Anglois du Fauxbourg
S. Jacques .
La Lettre que vous allez
lire , & qui m'a eſté adreſſée
eſtant relative à la piece que
vous trouverez enſuite ; jay
cru vous la devoir envoyer .
Je vous envoye,Mr,des preuves
évidentes de l'age du monde
quej'aytirées de l'Atlas des tems,
autrement intitulé ; La Periode
Ludoviſienne , imprimée à Paris
en 1680. & composée par le
Pere Louis d' Amiens Capucin. Il
s'eſtſervi des mouvemens celestes,
afin de ne passe tromper;fon calcul
د
GALANT 241
cul me paroiſt plus juſte que celui
de tous les autres Chronologues.
Mr de la Peyre , Gentilhomme
d'Auvergne , auffi Chronologue ,
ne dit le monde plus vieux que de
dix huit jours , que le Pere Loüis.
Ce Gentilhomme s'eſtſervi de la
Geneſepour compter les années du
monde ; & ne s'est trompé , dans
ſes liaiſons , que de dix-huitjours.
Il affemble ainſi l'âge de nos premiers
peres les uns aprés les autres,
Selon la Sainte Ecriture : Quand
Adam eut cent trente ans , il
engendra ſon fils Seth. Il ne
commence à compter l'an premier
de Seth , que lorsqu'Adam eut
Juillet 1706 . X
242 MERCURE
132. ans ; il paffe 131. qu'il ne
comptepas, en quoy il s'est trompé :
ainſiqu'aux autres liaiſons .Jeſuis
c.
L'Auteur de cette Lettre, &
de l'Ouvrage qui ſuit , eſt le
Pere Joſeph de Mortagne , en
Poitou ,Capucin.
Preuves Evidentes de l'âge du
Monde , ſelon pluſieurs
Chronologies,
Depuis la Creation juſqu'au deluge
univerſel, 1657. ans.
Depuis le deluge jusqu'à Nôtre
SeigneurJesus-Christ, 2524.
ans.
GALANT 243
Depuis nôtreSeigneurJesus-Chrift
jusqu'àpreſent, 1706.ans.
Ce qui fait ,joint enſemble , depuis
la creation dumonde, 5887.
ans.
Depuis Adamjusqu'à Abraham,
1951. an .
Depuis Abraham juſqu'à Nôtre
SeigneurJesus- Christ, 2230.
ans.
Depuis nôtreSeigneurJesus-Chrift
juſques àprefent, 1706.ans
Ce quifait, joint enſemble , depuis
la creation , 5887. ans.
DepuisAdamjusqu'au Sainthom-
Xij
244 MERCURE
Job , me , 2200 . ans.
Depuis le Saint homme Job jufqu'à
Nôtre Seigneur, 1981 an.
Depuis Nôtre Seigneur juſques à
preſent , 1706. ans
Ce qui fait ,joint enſemble , depuis
la creation , 5887 .
Depuis Adam jusqu'à Moyfe ,
2581.an.
Depuis Moyse jusqu'àNôtre Seigneur,
1600. ans.
Depuis nôtre Seigneur juſques à
preſent. 1706. ans.
Ce qui fait enſemble , depuis la
creation , $ 887. an.
1
GALANT 245
Depuis la creation du monde
jusqu'au Temple de Salomon ,
3181. an.
Depuis la fondation du Temple de
Jerusalem jusqu'à Nôtre Seigneur
, 1000. ans.
Depuis Nôtre Seigneurjuſques à
preſent , 1706. ans.
Ce qui fait , joint enſemble , depuis
la creation du monde ,
$887. ans.
Depuis Adam jusqu'à la prédication
du PropheteJonas , 3381 .
an.
Depuis le Prophete Jonas jufqu'à
Nôtre Seigneur Jefus -
X iij
246 MERCURE
Christ, 800. ans.
Depuis nôtreSeigneurJesus-Chrift
juſques à preſent, 1706. ans.
Cequifait,joint enſemble , depuis
Adam. 5887.ans.
Depuis Adamjuſqu'à la premiere
Olympiade, 3401. an.
Depuis la premiere Olympiade
jusqu'à Nôtre Seigneur, 780.
ans.
Depuis Notre Seigneur Jesus-
Christjuſquesà preſent,1706.
ans.
Ce quifait , joint enſemble , depuis
la creation du monde,
5887. ans.
GALANT 247
1
1
Depuis la creation , jusqu'au Prophete
Elie , 3253. ans.
Du Prophete Elie, jusqu'à Nostre
Seigneur , 928. ans.
Depsis Nostre Seigneur, jusqu'à
prefent , 1706. ans.
Ce qui fait , joint enſemble , depuis
la creation , 5887. ans.
Depuis la creation ,jusqu'à lafondation
de Rome , 3431.an.
De la fondation de Rome , jufqu'à
Nostre Seigneur, 750.ans,
De Nostre SeigneurJesus-Christ,
jusqu'à present , 1706. ans.
Ce qui fait, joint ensemble, de
Xiiij
248 MERCURE
puis la creation du monde,
5887. ans.
Depuis la creation , jusqu'à la démolition
du Temple de Jerufalem,
3585. ans.
Depuis la démolition du Temple
que Salomon avoit bâti , jufqu'à
nos jours , 2302.ans.
Ce qui fait ,joint ensemble, depuis
la creation du monde ,
5887. ans.
Depuis Adam, jusqu'à Noftre SeigneurJesus
-Christ, 4181.an.
Depuis Nostre Seigneur Jesus-
Christ,jusqu'àpresent, 1706.
ans.
GALANT 249
Cequi fait, joint enſemble depuis
la creation du monde , 5887 .
ans.
Depuis la creation,jusqu'augrand
Alexandre , 3880. ans.
Depuis le grand Alexandre ,jufqu'à
Nostre Seigneur,301.an.
Depuis Noftre Seigneur Jesus-
Christ, jusqu'àpresent, 1706.
ans.
Ce qui fait , joint enſemble , depuis
la creation , 5887.ans.
Mr deBreviantes, Comte de
Montmor a épousé Mlle
Apool-de Romicourt, fort con
250 MERCURE
nuë par ſon merite & par fa
beauté ; elle eſt fille de Mre
N... Apool -de-Romicourt ,
& de Dame N ... de Santour.
Mr de Breviantes eſt frere de
Me la Comteſſede Valençay,&
de Mr de Raymond, cy-devant
Confeiller au Parlement. Il a
rendu le nom de Breviantes
celebre par ſes progrez dans la
Philofophie, &fur tout dans les
Mathematiques & dans la Mctaphyſique.
Il eſt un des plus
zelez diſciples du Pere Mallebranche
; & il eſt peu de gens
qui ſachent mieux que luy, les
principes de ce grand Philo
GALANT
251
ſophe. Il merite en cela une
grande loüange ; les ouvrages
du Pere Mallebranche n'eſtant
pas àlaportée de tout le monde,
& eftant à l'égard de beaucoup
de perſonnes, des Trefors enſevelis.
Il fit imprimer il y a
trois ans , pendant un voyage
qu'il fit en Hollande , la derniere
réponſe du Pere Mallebranche
à feu Mr Arnauld
decedé dix années auparavant.
Il y a eu un nouveau changement
dans l'Academie des
Inſcriptions. Sa Majesté a
agréé agréélala démiſſion démi de Mr l'Abbé
Tallemant , qui en eſtoit
د
252 MERCURE
Doyen , penſionnaire & Secretaire
perpetuel ; &luy a accordé
, en faveur de ſes longs &
agréables ſervices , le Titre de
Veteran , avec la continuation
de ſes penſions. L'Academie
ayant enfuite procedé , ſuivant
la maniere ordinaire , à l'élection
de trois ſujets que l'on
devoit preſenter au Roy pour
remplir la place de penſionnaire
en ſurvivance , Sa Majefté a
honoré de ſon choix , Mr de
Boze, Aſſocié , qui estoit un des
élûs ; mais ne s'eſtant pas déterminée
d'abord ſur la nomination
d'un Secretaire perpeGALANT
253
tuel de l'Academie , à cauſe du
nombre des ſujets dignes de
remplir ce poſte , elle a décidé
pour Mr de Boze , dont le
merite & les talens ſont connus
, par pluſieurs differtations
ſçavantes qu'il a données au Public.
Mr Danchet , connu par
quantité d'Ouvrages de Poëfie,
&fur tout par les Poëmes Dramatiques
qu'il a donnez au Pu-
- blic , & qui en ont receu de
grands applaudiſſemens , a eſté
nommé pour remplir la place
d'Afſſocié , qu'avoit cy-devant
Mr de Boze.
254 MERCURE
Mr Danchet m'ayant donné
lieu de vous parler des Poëmes
Dramatiques , jedois vous dire
que ces ouvrages ſont ſouvent
l'écüeil des Poëtes qui entreprennent
d'y travailler , & que
quelques acclamations qu'ayent
les premiers ouvrages de
dette nature , de ceux qui ſe
font mêlez d'en faire; ces premiers
ſuccez n'ont jamais dû
leur répondre de la réuſſite des
ouvrages de ce caractere qui
les devoient ſuivre. Cela eft fi
vray, que feu Mr de Corneille,
qui s'eſtoit acquis dans le Public
une ſi haute eſtime , par
GALANT 255
les Tragedies inimitables qui
☐ l'avoient ſouvent fait admirer
, n'apprehendoit pas moins
pour le fuccés de ſes dernieres
pieces , qu'il avoit fait
pour celuy des premieres ,
lorſque ſon nom& fon merite
eſtoient à peine connus. Une
infinité de gens de diſtinction ,
de toutes fortes d'états, ſe ſont
ſentis emportez du deſir de
travailler à ces fortes d'ouvrages
, pour jouir, en cachant
leur nom ,duplaiſir d'entendre
des concerts d'acclamations publiques
; ce qui ne peut arriver
à l'égard des autres ouvrages,
256 MERCURE
que chacun lit en particulier ,
ſans que les Auteurs puiſſent
ſçavoir le plaiſir que la lecture
de leurs ouvrages donne à ceux
qui les liſent. C'eſt ce qui eft
cauſe que l'on apporte tous les
ans un fort grand nombre de
ces fortes de Poëmes aux Comediens
, qu'ils ne peuvent
s'empefcher de refufer ; tant
il eſt difficile de mettre ces
Poëmes en eſtat d'eſtre repreſentez.
On peut connoiftrela
verité de ce que je dis,par
le peu de ſuccés d'une partie de
ceux qu'on repreſente tous les
ans ; quoiqu'ils foient choiſis
GALANT 257
parmi un tres - grand nombre.
On ne doit pas s'eſtonner du
mauvais ſort de quantité de ces
ouvrages , quand on conſiderera
qu'ils doivent eſtre compoſez
ſur une infinité de regles ,
qu'il eſt ſouvent mal -aifé d'obſerver
toutes enſemble , & que
ſouvent , en les obfervant toutes,
on ne trouve pas celle de
plaire , qui eft la principale , &
que les Auteurs doivent trouver
eux-mefmes , puifque perſonne
ne la peut enfeigner.
D'ailleurs le merveilleux & le
vray ſemblable ſe doiventtrouver
dans ces fortes de Poëmes ;
Juillet 1706 . Y
258 MERCURE
la
&s'ils ne font maniez avecbeau
coup d'art , il eſt difficile que
l'on y puiſſe faire trouver ces
deux choſes enſemble . Je dois
ajoûter à tout cela ,que ſept ou
huit cens perſonnes qui ſetrouvent
quelques fois enſemble à
repreſentation de ces pieces,
ſe rencontrent rarement d'un
meſine goût , & d'un meſme
avis ; je puis meſme dire , qu'il
eſt abfolument impoſſible que
ccla arrive : Et comment cela
pourroit- il arriver,puiſque lorfqu'il
s'agit de la fortune & de
la vie des hommes , on trouve
rarement huit ou dix Juges
GALANT 259
d'un meſme avis, aprés avoir
examiné tranquillement & à
fonds les affaires fur leſquelles
ils doivent prononcer ; & qu'ils
ont de plus efté inſtruits ou par
les plaidoïers d'habilesAvocats,
ou par leurs écrits ? Tout cela étant
veritable, il eſt impoſſible
que 7. ou 8. cens perſonnesde
different goût , affemblez dans
unmeſme lieu, qui n'ont point
eſté inſtruits des raiſons des Auteurs
, & qui décident tumultuairement
, puiffent toûjours
porter un jugement juſte. Il arrive
ſouvent en ces occaſions
que ceux qui parlent le plus
Yij
260 MERCURE
haut & le plus affirmativement,
impoſent aux autres , & font
ſouvent le fort d'une piece,dans
ſa premiere repreſentation; fon
fuccés dépendant des applaudiſſemens
qu'elle reçoit le premier
jour qu'elle eſt reprefentée.
Ce qui ſe paffe aujourd'huy
au Theatre, fait bien voir labizarrerie
du goût du public. Il y
a plus de 30. ans que l'on joüa
une piece d'un Auteur de grand
nom, d'une grande reputation,
& dont pluſieurs pieces de
Theatre avoient eu un fuccés
prodigieux ; cette piece fut reçuëtort
froidement du public,
GALANT 261
elle ne fut point goûtée & fon
fuccés fut tres- mediocre. Il y a
quelque temps que les Comediens,
n'ayant rien de nouveau
à joüer, les Auteurs ne voulant
point donner leurs ouvrages
en Eſté ; parce que dans cette
ſaiſon on va plus aux promenades
qu'aux ſpectacles, & parce
que la guerre enleve en ce
temps- là tous les Officiers
qui rend les ſpectacles deferts :
les Comédiens, dis-je, ayant remis
au Theatre, cette piece qui
n'avoit pû réüſſir dans un temps
favorable , vient d'avoir , dans
une ſaiſon morte,un ſuccés qui
, cc
262 MERCURE
que
paffe, ſion a égard à la ſaiſon,
tous ceux dont ont eſté ſuivis
les pieces qui ont le plus réüffi
dans les ſaiſons les plus favorables.
Que dira-t- on aprés cela
du goût du public ? Et
croira - t - on du goût de ceux
qui ont vû fi froidement cette
piece il y a 30. ans , ou de celuy
des auditeurs d'aujourd'huy
qui l'applaudiffent juſques à la
fureur? Et cela ſans cabale &
fans fuffrages mendiez ; car on
ne s'aviſe jamais d'en demander
pour de vieilles pieces qui
ont cu leur deſtinée en leur
temps ,& que l'on n'a jamais
vû changer.
GALANT 263
En vous parlant des Poëmes
Dramatiques,qui tiennent rang
parmi les plus grands ouvrages
de Poësie , je vous en envoye
un Lyrique , c'eſt à dire,
un des plus petits ; c'eſt une
chanfon de Me de Saintonge ,
dont l'air a eſté fait par M
Charles.
AIR NOUVEAU.
Armons - nous promtement d'un
verre,
Pour triompher de l'Amour ;
Desyeux plus beaux que lejour,
Dans ce repas, nousfont laguerre..
Remportons la victoire ;
Aimer ne ſuffit pas, pour devenir
beureux :
264 MERCURE
Mais c'en est affez de bien boire,
Pour voir combler tous nos
voeux.
Je dois vous dire en vous parlant
de Poësie , que M'l'Abbé
Maſſieu, de l'Academic Royale
des Inſcriptions , continuë fon
continue fon
ouvrage de l'origine de la Poëfie
Françoiſe. Les morceaux
qu'il en a lusdans cetteAcademie,
les applaudiſſemens qu'ils
y ont receus , & les empreffemens
du public à demander cet
ouvrage , font des motifs affez
preffans pour engager M'l'Abbé
Maffieu à le continuer. Son
travail eit fi grand & fi confiderable,
GALANT 265
7
derable,que l'ouvragequi a paru
fous ce titre ne doit point l'empeſcherde
fatisfaire la curiofité
du public,qui attend ſon ouvrageavecuneextrêmeimpatience.
Les articles de la nature de celui
qui fuit, ne peuvent être trop
répandusdans le monde,àcauſe
du bien qu'ils peuvent produire.
Les operations de la grace
ont toûjours eſté des myſteres
impenetrables , meſme à ceux
qui ont plus de lumieres ſur les
voyes de Dieu. Celuy qui la
donne , la fait agir ſur qui il
veut , & où il luy plaiſt. Tel
qui paroiſt raſſembler dans ſa
Juillet 1706.
Z
266 MERCURE
uniperſonne
, tous les caracteres
de la réprobation la plus marquée,
eſtſouventunedecesames
privilegiées que Dieu a tirée de
la maffe de la corruption
verſelle,pour en faire un ſujet
d'élection;&tel qui a eſté ſourd
à la voix de Dieu,au milieu des
Paſteurs qui luy annonçoient
ſa parole , & qui vouloient le
remettre dans l'unité , l'entend
ſouvent dans le ſein meſme de
l'Hereſie , & dans un lieu d'où
tous les vrais Paſteurs ont fui.
Le ſieur François Proſſalendi ,
Grec de Nation , & natif de la
Ville de Corfou , eſt une preuve
de la ſeconde de ces veritez .
GALANT 267
i
Il avoit eu le malheur de naître
dans le Schiſme qui ſepare
l'Egliſe Latine & l'Egliſe
Grecque depuis le milieu
du neuviéme fiecle. Quoiqu'il
y ait une Egliſe Catholique
dans la Ville de Corfou , & un
Clergé affez confiderable , &
qu'il ait eu occafion de former
des habitudes avec les Ecclefiaftiques
qui le compoſent;
il n'a jamais eu cependant aucune
penſée de fe convertir, ni
la plus legere inſpiration deretourner
à l'unité de l'Eglife. Il
fortit de cette Ville il y a environ
neuf ans , & alla à Con-
Zij
268 MERCURE
ſtantinople. Il entra dans un
College de Grecs qui eſt prés
de la Ville , & il y paſſa quelques
années , dans le cours defquelles
il reçut du Patriarche
de Conſtantinople , les Ordres
de Soûdiaconat & de Diaco..
nat. Il paſſa de Conftantinople
en Angleterre , où il a demeuré
trois années dans le College
Grec d'Oxfort. Il y étudioit en
Theologie ſous le Docteur
Wdroff. Dans les converfations
particulieres qu'il eut plufieurs
fois avec ce Profeſſeur ,
& dans les Leçons publiques
qu'il luy entendit faire , il fut
GALANT 269
د
indigné de la maniere dont ce
Docteur attaquoit laTradition;
& il eut ſouvent occafion de
découvrir ſon infidelité & fes
falfifications, en allant aux fources
,& en verifiant dans les Livres
de la celebre Bibliotheque
de cette Univerſité, qui eſt ouverte
à tout le monde , la mauvaiſe
foy de ce Profeſſeur. Celui-
cy publia à Oxfort, l'année
derniere , un Livre écrit dans
l'ancien idiome Grec , dans lequel
il attaquoit ouvertement
la Tradition; il intitula cet ouvrage
, Autarcia facrarum fcripturarum.
Ce nouvel attentat
Z iij
270 MERCUR E
enflamma le zele du Grec ; &
encherchant de nouveau à découvrir
les fraudes du Profef
ſeur , il trouva le chemin de la
verité ,& il fut convaincu que
fur certains chefs il étoit dans
l'erreur , auffi- bien que le Docteur
Wdroff. Il ne refifta pas
long- temps à la lumiere qui
l'éclairoit ; il fit ſon abjuration,
peu de temps aprés, en Angleterre
, & rentra dans l'unité de
l'Eglife. Une démarche de cet
éclat l'obligea de fortir promptement
de ce Royaume ; il
abandonna cette terre , en ſecoüant
, comme le Prophete ,
GALANT 271
la poudre de deſſus ſes ſouliers.
Il paſſa en Hollande ; mais en
quittant l'Angleterre , il n'abandonna
pas le deſſcin qu'il y
avoit formé , de combattre la
pernicieuſe doctrine du Docteur
Wdroff , & de répondre à
fon Livre. Il ſe retira à Amſterdam
, & c'eſt où il a publié,
au mois d'Avril de cette année,
fa réponſe au Profeffeur Anglois
; elle a pour titre : Hareticus
Magifter ab Orthodoxo Difcipulo
reprehenfus. Liber utilis
affirmans traditiones , &patefaciens
ſophifmata Benjamini
Wdrofii, Profefforis Collegii Graci
Zij
272 MERCURE
in Anglia exiftentis . Autore FrancifcoProſſalendio
Corcyrense,Difcipulo
Præfati BenjaminiWdrofii .
CeLivre est compoſé dans l'ancien
idiome Grec , & l'Auteur
qui eſt arrivé à Paris depuis
quelque temps, en fera unetraduction
Latine , s'il fait quelque
ſejour en cette Ville. Il
convainc le Docteur Wdroff
de donner de fauſſes interpretations
à l'Ecriture & aux Peres
; & il démontre que tous les
raifonnemens de cet Anglois ,
ne font que de purs Sophifmes .
Il prouve enſuite , par une foule
d'autoritez de l'Ecriture, des
GALANT 273
A
Peres & des Conciles , que la
Tradition eſt la pure parole de
Dieu. Ildécouvre enfin la mauvaiſe
foy des Auteurs Anglois
à l'égard de l'Egliſe Orientale,
&lamaniere honteuſe dont ils
luy impoſent. Il finit ſon ouvrage
par une Methode qu'il
donnepour enfeigner lesGrecs,
& pour les difpofer à entrer
dans l'unité de l'Eglife. Cet ouvrage
qui a eſté imprimé à Amſterdam
, chez Theodore &
HenriBruin, aux dépens de l'Auteur
, &avec un grand fecret ,
à cauſe de la matiere qui y eft
traitée, ſe vend à Paris ruë S.Jacques,
chez BarthelemyGirin,àla
274 MERCURE
Prudence , proche la Fontaine
Saint Severin . L'Auteur n'a apporté
à Paris, qu une partie des
exemplaires ; il a envoyélautre
dans les differentes parties
de la Grece, & fur tout à Conſtantinople.
Il ſeroit à ſouhaitter
que la lecture de ce Livre ,
inſpirât au Patriarche de Conſtantinople
, à qui il eſt adreffe,
le deffeinde ſe réunir à l'Eglife
Romaine. S'il n'en tire pas ce
fr it, on peut du moins affurer
que ça eſté la fin que s'eſt propof
l'Auteur en le compoſant.
Le Pere Lucas , Abbé de
Pémontré & General de l'Ordre
, a eſté beni dans l'Egliſe
GALANT 275
de l'Abbaye de S. Martin de
Laon , du meſme Ordre , par
Mr l'Eveſque Duc de Laon ,
Pair de France. Cet Abbé s'eſt
démis volontairement d'un
Prieuré de l'Ordre de S. Auguſtin
qu'il poffedoit , & il l'a
réuni à la Congrégation de
Sainte Geneviève , dont il eſtoit
auparavant. Il eſt frere de Mr
Lucas de Manſe, Confeiller au
Parlement , qui a épousé la
foeur de feuë Me de Bullion de
Courcy ; & de Mr l'Abbé de
Manfe. Sa famille eſt ancienne
dans la Robe , à qui elle a donné
pluſieurs perſonnes d'un
276 MERCURE
grand merite. Mr l'Abbé de
Prémontré en a beaucoup ; il
eſt Docteur de Sorbonne , & il
a donné dans tous les emplois
où il a paſſfé , des preuves d'un
grand ſçavoir & d'une ſage
conduite. Il fut élû unanimement
aprés la mort de feu Mr
Colbert , & fur la démiſſion
qu'en fit celuy qui avoit eſté
élû pour fucceder à Mr_Colbert.
Ce choix dans la conjoncture
où il fut fait , luy fit
beaucoup d'honneur , & fit efperer
qu'il pourroit rétablir les
affaires de l'Ordre de Prémontré
, & particulierement celles
GALANT 277
du Monastere où le General reſide.
Ce nouveau General a
déja pris des meſures qui font
connoiſtre ſon zele pour le rétabliſſement
de ſa Maiſon; il
s'eſt reduit au ſeul neceſſaire ,
& il ne s'eſt refervé que les choſes
dont il ne pouvoit pas ſe
paſſer avec bien- feance , & fans
avilir la dignité dont il eſt revêtu
. L'Ordre de Prémontré
eſt fort ancien ; S. Norbert Archevêque
de Magdebourg en
eſt le fondateur. Il y a eu depuis
puis qquueellqques années une reforme
de cet Ordre , dont il
y a beaucoup de Maiſons rés
(
278 MERCURE
panduës enLorraine & en Normandie.
On rendit le 13. du mois
dernier , au Parlement d'Aix ,
un Arreſt ſur une affaire , qui
a fait beaucoup de bruit dans
le Royaume depuis deux ou
trois ans , & meſme dans les
païs voiſins de la France. Voici
le fait en peu de mots.
Mre Scipion de Brun de
Caftellane , Seigneur de Caille
& de Rogon , Gentilhomme
tres - qualifié de Provence
, quitta le Royaume en
1685. lors de la revocation de
GALANT 279
,
l'Edit de Nantes , & il ſe retira
à Lauzanne, dans le Canton
de Berne avec Ifaac S de
Rogon , fon fils unique , qui en
ce temps -là eſtoit âgé de 21 .
an . Mr de Rolland , Avocat
General du Parlement de Grenoble
, qui eſtoit poffefſeur des
biens de cette Maiſon-là, à
cauſe de la retraite de Mr de
Caille , & parce qu'il avoit
épouséAnneleGouche, foeur de
feuë Dame Judith le Gouche ,
épouſe de Scipion de Brun , &
mere de l'enfant dont il eſt
queſtion , prétendoit que cet
Ifaac eftoit mort à Vevay en
280 MERCURE
1696. & que le Soldat qui en
a pris le nom , & qui s'eſtoit
renfermé dans les priſons d'Aix,
n'eſtoit autre que Pierre Mege,
qui avoit long-temps ſervi ſur
les Galeres, où il s'eſtoit enrollé
en 1676. & par conſequent un
impoſteur , qui méritoit les
peines dûës àceuxqui ſont convaincus
de ſuppoſition de nom.
Enfin , aprés une grande procedure
faite de part& d'autre ,
& plus de quatre cens témoins
oüis , le Soldat priſonnier a eſté
déclaré par Arreſt , le veritable
fils de Scipion de Brun-de Caftellane
, Seigneur de Caille , &
GALANT 281
par confequent le legitime heritier
des biens de cette Maifon.
Mr de Rolland s'eſt pourvû
en cafſation d'Arreſt au
Conſeil d'Etat ; & il prétend
en avoir pluſieurs moyens. Le
prifonnier fut élargi , auffi- toft
que l'Arreſt eut eſté prononcé,
&les perſonnesqui ſoûtenoient
ſes intereſts , luy ont donné un
train magnifique.
Les Factums qui ont été faits de
part & d'autre , font tres - curieux
; on y rappelle ſouvent les
deux celebres affaires de cette
nature , qu'il y eut au Parlement
de Paris dans le dernier fiécle.
Faillet 1706. Aa
282 MERCURE
Les Calculs embarraſſant
pluſieurs perſonnes ; ceux qui
craignent ce travail feront ravis
d'apprendre que M' Barreme
vient de faire réimprimer
ſes trois Livres : ſavoir.
1. Le Livre des Comptesfaits,
ou Tarifgeneral de toutes les monnoyes
& autres calculs de multiplication:
Augmenté de 230. Tarifs;
ce qui monte à 80. Tarifs
de plus que dans fon édition de
l'année 1704. & ce qui exempte
de prendre la plume.
2. Le Livre neceffaire à toutes
fortes de conditions pour trouver
toutfaits,les divifions , les chan
GALANT 283
ges àtantpourcent,les Efcomptes,
les interests , meſme ceux des billets
de monnoye pour plusieurs
mois & jours , dans un même
Tarif : Augmenté de 340Tarif.
3. Et le Livrepour apprendre
l' Arithmetique de ſoy-même ,
Sans maître : Augmenté de 98.
pages ou regles differentes , appliquéesſur
toutes les affaires de la
vie.
Les Tarifs des intereſts des
billets de monnoye ſe vendent
ſeparément.
Oncourt riſqued'eſtre trompé
, à cauſe des Livres anciens
qui ont eſté contrefaits , & qui
A a ij
284 MERCURE
font remplis d'erreurs , ſi on
ne les achette à Paris chez la
veuve Macé , qui demeure dans
la maiſon de M' Barreme , au
bout du Pont neuf, à l'entrée
de la ruë Dauphine.
r
Rien n'eſt plus confiderable
que la verité ; c'eſt la ſource
de tous lesbiens ; elle eſt aimée ;
elle eſt recherchée; il n'y a point
d'honneſte homme qui ne fafſe
profeſſion de la dire. Et cependant
il n'y a rien dans le
monde que l'on déguile davantage
; & il faut avoir l'ame
vraiement grande , & un courage
heroïque pour l'avoüer en
GALANT 285
certaines occafions. Le Roy ,
vient de faire voir qu'il eſt audeſſus
de tous ces déguiſemens,
& même des revers de la fortune
, qui n'ont ſouvent ſervi
qu'à faire briller ſa gloire , lorfque
ſes ennemis ſe perfuadoient
qu'ils ne ſerviroient
qu'à l'obſcurcir. La grandeur
d'ame de Sa Majefté , & fon
inébranlable fermeté viennent
de paroiſtre dans l'ordre que
ce Prince adonné à Mr le Marquis
de Puyfieux , fon Ambaffadeur
auprés des Cantons
Suiſſes, de leur faire, dans leur
Diette generale affemblée àBa286
MERCURE
de , le diſcours que vous allez
lire.
MAGNIFIQUES
SEIGNEURS ,
Toutes les fois que je ſuis venu
dans cette illuftre Affemblée,
j'ay taſchéde vous donner de nouvelles
marques de l'amitié du Roy
mon maiſtre ; j'en ay eu souvent
l'occaſion, en vous representantfes
victoires ; & en partageant avec
vous la joye de nos heureux fuccés.
Aujourd hui la fortune afavorisé
nos ennemis, c'est en ne
vous diffimulant point les outra
GALANT 287
ges qu'elle nous fait, que je viens
vous témoigner la mesme amitié
&la mesme confiance.
Il est rare à des Miniftres tels
que moy , de publier eux - meſmes
les défavantages de leurs Souverains
; mais le Roy mon maistre
ignore cette baſſe politique,de tromperpar
de faux recits ſes Alliez
ses peuples. Ses armées ont
eftémalheureuse eſté malheureuſes en Catalogne &
en Flandres; il m'a donné ordre de
vous le dire. D'un coſté la fureur
des revoltez a méconnu &repouffé
le Roy legitime qui venoit
délivrerſes ſujets fideles de l'oppreſſion
étrangere. De l'autre côté,
288 MERCURE
le courage des François s'eſt précipité
avec trop d'ardeur au milieu
des ennemis mal reconnus ; le nombre
a triomphe de la valeur ; un
vaſte païs abandonné ,deſuperbes
villes épouvantées ont eſté leprix
du victorieux.
Cen'est point pour chercher auprés
de vous, Magnifiques Seigneurs,
la confolation qu'on trouve
dans fes malheurs , en les racontant
à des amis finceres ,que je
rappelle icy ur fi triſte ſouvenir;
c'est pluſtoſt pour vous conſoler
vous raffurer vous mesmes. LeRoy
mon maistre est perfuadé de voſtre
affection pourſa perſo nne facrée ,
ن
GALANT 289
& de la part que vous prenez à
tout ce qui lay arrive; ilſçait auſſi
que vous connoiſſez vos veritables
interests.
Vous n'ignorez pas Magnifiques
Seigneurs , quel danger
courroit la libertéde vostrepatrie,fi
lamaison d'Autrichereprenoit cette
Superiorité terrible qu'elle avoit
fous Charles V. Elley aspire toûjours,
& elle y arriveroit bientoft
parce monde d'aveuglesAlliez,qui
prodiguent pour elle leurs treſors,
lefang de leurs peuples;elley arriveroit,
dis-je, bientoft, filaFrance
Se lafſoitde refifter,ou étoit contrainte
de ceder à un torrent trop rapide.
Juillet 1706. Bb
290 MERCURE
1
Vous avez vû dans un des
Memoires du S* Melarede,quej'ay
rendu public , les complots qu'ona
formez pour rompre l'union du
LoüableCorpsHelvetique, & pour
vous détruire par vos propres
mains. Craignez les fauſſes carefſes
dont on vous flatte ; méprifez
les vaines menaces , dont on
veut vous étonner ; fuyez les pieges
que l'on vous tend ; ne ſeparez
point vos interests communs.
Refferrez entre vous les liens de
voſtre confederation mutuelle ; attachez-
vous plus que jamais à
l'alliance folide du Roy mon maiftre,
&ne vous laiſſez point épouvanterparla
peinture outrée qu'on
GALANT 291
cous fait de ſes pertes. Quelles
qu'ellesfoient , elles ne troublent
point ſa grande ame ; elles ne dé.
concertent pointſes conſeils ; elles
n'épuiſent point ſes Finances; elles
ne refroidiſſent point le zele
deſes ſujets ; il neſe laſſera point
de combattre pour la liberté de
l'Europe; & il n'épargnera rien
four conferver vôtre, fi elle eft
jamais attaquée. C'est, Magnifiques
Seigneurs , ce qu'il m'a ordonné
de vous dire , en vous af-
Surant deſa protection, puiſſance,
de lafincerité defon amitié confederable
& toûjours inviolable.
ABade ce 10. Juillet 1706 .
Bb ij
292 MERCURE
L'article de Madrid , qui eſt
dans ma derniere Lettre , finiffoit
par les réjoüiflances qui y
furent faites à l'arrivée du Roy
d'Eſpagne , qui estoit venu depuis
Pampelune , juſqu'à cette
Capitale, fans aucun garde , accompagné
de fix ou ſept perſonnes
ſeulement , pour marquer
qu'il ſe confioit entierement
aux peuples des lieux où
il avoit paffé. Cette confiance
avoit redoublé l'amour que
tous les ſujets de ce Monarque
ont pour luy , & eftoit en partie
cauſe de l'excés de joie que
tout le peuple de Madrid a
GALANT 293
fait voir avec un empreſſement
d'allegreſſe qu'il feroit difficile
de bien dépeindre , à l'arrivée
de ce Prince. Il venoit d'eſſuyer
de longues fatigues , && d'expoſer
ſa vie pour la gloire de
la Monarchie Eſpagnole. Cette
cipitée de l'armée Portugaiſe ,
fortifiée des troupes auxiliaires
d'Angleterre & d'Hollande.
Mr leMarquis das Minas s'étoit
long- tems oppofé au defque
Mylord Galloway
avoit formé d'aller juſqu'à Madrid
; & il alleguoit pluſieurs
Bb iij
294 MERCURE
く
bonnes raiſons pour empef
cher Mylord Galloway d'avancer
, & fur tout pendant les
chaleurs qui font mortelles aux
Portugais , qui par cette raifon
mettent toûjours leurs troupes
en quartier d'efté , & ne
paroiſſent jamais en campagne
qu'au Primtems& enAutonne.
Ce Marquis étoitperfuadé que
fi les chaleurs font mortelles
aux , Portugais qui habitent
des Pays chauds , elles doivent
l'eſtre davantage aux Anglois
& aux Hollandois , qui demeurent
dans des pays plus froids ;
&la fuite a fait voir qu'il ne
GALANT 295
s'eſtoit pas trompé , les troupes
des uns &des autres s'étant
trouvées beaucoup affoiblies
en approchant de Madrid. Le
même Marquis das Minas afſeuroit
auffi les Generaux Anglois
& Hollandois , qu'ils
fouffriroient beaucoup dans
leur marche , pendant laquelle
il eſtoit impoſſible de trouver
aſſez de vivres pour la fubfiftance
d'une groſſe armée. Ces
raiſons devoient eſtre d'autant
plus goûtées , que ceux qui
voyagent en Eſpagne د
ont
quelquesfois de la peine à trouver
toutes les choſes neceſſaires
Bb iiij
296 MERCURE
àla vie ; & fi elles ne s'y trouvent
pas toûjours pour des
voyageurs , comment pourroient
elles s'y trouver pour
de grandes armées,qui traînent
aprés elles une groſſe ſuite de
gens. Mais ſuppoſé que le
pays euft pû fournir affez de
vivres , il y avoit lieu de croire
que les habitans ne les laiſſeroient
pas fur la route de leurs
ennemis , & qu'ils les retireroient
, à droite & à gauche ,
fort avant dans les terres ; ce
qu'ils n'ont pas manqué de
faire , ainſi que M' le Marquis
das Minas en avoit aſſuré : de
GALANT 297
maniere que les troupes ont
extrêmement ſouffert , & que
la difette a fait perir beaucoup
de ſoldats . Le General Portugais
ajoûtoit à tout cela , qu'il
n'y avoit rien à eſperer des
peuples de Caſtille , dont la
grande fidelité pour Philippe
V. étoit generalementconnuë;
& il aſſuroit auſſi qu'il feroit
impoſſible de demeurer longtemps
dans un pais conftamment
fidele à ſon Roy , tant
qu'on ne trouveroit point de
places fortes , par le moyen
ddeeſfqquueelllleess on s'y puſt maintenir.
On dit meſme que ce Mar298
MERCURE
1
4
quis fit voir , qu'aprés que leurs
troupes feroient affoiblies par
toutes les choſes que je viens
de dire , il étoit à craindre que
n'ayant point de lieu de retraite
, elles ne fuſſent accablées
par les peuples , quand meſme
ces peuples ne feroient point
ſecondez par le grand nombrede
troupes qu'on leur promettoit
aprés la jonction de
cellesde France . Toutes ces raiſons,
qui meritoient que l'on
y fiſt attention , ne firent aucune
impreſſion fur l'eſpritde
MylordGalloway,ou du moins
ne purent-elles luy faire chan1
GALANT 299
?
ger de reſolution , à cauſe des
ordres précis qu'il avoit de la
Reine d'Angleterre,d'aller jufqu'à
Madrid. Cette Princeſſe
ne regardoit pas ſi les fuites
endevoient eftre fafcheuſes, &
elle n'enviſageoit que la gloire
de pouvoir dire que les Anglois
étoient entrez dans Madrid
; & il luy échappa meſme
de dire : que puiſqu'elle avoit
donné ordre qu'on l'imprimaſtdans
les nouvelles publiques , il falloit
qu'elles y entraſſent.De maniere
que ſi elles ſe trouvent entierement
ruinées , à la fin de la
campagne , pour avoir avancé
300 MERCURE
trop avant ; ce ſera parce que
cette Princeſſe n'aura pas voulu
que les imprimez publics
fuſſent convaincus d'avoir parlé
contre la verité. Voilà de
beaux motifs pour faire perir
une armée. Il eſt temps de vous
faire un détail de ce qui s'eſt
paffé depuis le retour du Roy
d'Eſpagne à Madrid, en revenant
de Catalogne , juſqu'au
12. Juillet. Les nouvelles publiques
n'ayant point parlé de
la plus grande partie de ce que
je vais vous dire , & ayant paffé
fous filence tout ce qui regarde
l'entrée des ennemis dans MaGALANT
301
1
drid, & ce qui s'eſt paſſé enſuite
pendant pluſieurs jours ; je vais
fatisfaire là deſſus voſtre curioſité,
le mieux qu'il me ſera
poſſible. Quand je dis que les
nouvelles publiques ont paflé
beaucoupde choſes ſous filence,
j'entens celles de France;
car les Alliez ont non- feulement
parlé de l'entrée de leurs
troupes dans Madrid: mais ils
ont rempli leurs relations de
proclamations qui n'ont point
eſté faites , l'Archiduc n'ayant
point eſté reconnu Roy d'Efpagne,
ainſi qu'ils ofent l'affurer.
Ce que vous verrez, dans
302 MERCURE
ce que vous allez lire , n'a rien
que de veritable.
On apprit à Madrid, le 17 .
de Juin , que les ennemis au
nombre de 17. à 18. mille
hommes, avoient paſſé lamontagne
de Guadarama , qui n'eſt
qu'à unedemie lieüe de l'Eſcurial
, & à 7. licües de Madrid.
Ils avoient marché , pendant 3 .
jours & demi, par des lieux où
ils n'avoient rien trouvé pour
leur ſubſiſtance ;de forte qu'ils
avoient eſté obligez de ne donner
pendant ce temps à leurs
foldats qu'une demi ration de
biſcuit. La conſternation fut
GALANT 303
d'autant plus grande à Madrid
que l'on jugea que le Roy & la
Reine ſeroient bientoft obligez
d'en fortir .
Le 18. les Grands s'aſſemblerent
au Palais, où lesChefs
de tous les Conſeils ſe rendirent.
Il y fut reſolu,d'une commune
voix, que la Reine en fortiroit
dés le jour meſme ; & Sa
Majesté ſe mit en chemin pour
aller à 24. lieües de Madrid,
dans une belleTerre, nommée
Berlanga , qui appartient à M
le Connétable de Caſtille. On
réſolut auſſi que tous les
Grands , tous les Conſeils , &
304 MERCURE
tous lesTribunaux fortiroient
de Madrid , & qu'on n'y laiſſeroit
de perſonnes publiques ,
que celles qui compoſent le
Corps deVille,qui font le Corregidor
les Regidores & leurs
Officiers : de maniere qu'aucun
Magiſtrat & aucun Notaire n'y
eſtant reſté , il ne s'y trouva
perſonne qui euſt qualité pour
ydreſſer aucun Acte public. Le
peuple ayant appris cette réſolution
, ſe rendit en foule
dans la cour du Palais , & dans
les ruës qui y aboutiffent , &
demanda avec inſtance qu'on
luydonnaſt des armes, que le
GALANT 305
Roy ne l'abandonnaſt pas ,
& que de bons Chefs ſe mifſent
à ſa teſte , afin que chacun
puſt ſacrifier ſa vie pour
le ſervice du Roy ,& pour ſa
défenſe. On fut obligé, pour le
fatisfaire , de l'aſſeurer que le
Roy ne l'abandonneroit pas ;
& en effet ce n'eſt pas abandonner,
que de fortir pour chercher
du ſecours , afin de revenir
combattre ſes ennemis.
Le 19. tous les Grands, tous
lesTribunaux & toutes les perfonnes
publiques fortirent de
Madrid ; & il n'y reſta que ce
qui ſe trouve dans toutes les
Juillet 1706 .
Cc
306 MERCURE
villes policées pour les conduire
, & pour compoſer ce qu'on
appelle le Confeil de Ville. Le
Roy en fortit auſſi ſur le ſoir,
& Sa Majefté alla à Torrajon,
à quatre lieües de Madrid, fe
mettre à la teſte de la petite
armée de M ' le Maréchal Duc
de Berw k, & des troupes que
M' le Comte de las Torres avoit
ramenées du Royaume de
Valence. On ne ſçauroit exprimer
la déſolation du peuple,
lorſqu'il apprit que le Roy
partoit ; mais on le confola, en
declarant que Sa Majefté ne
partoit que pour s'aller met
GALANT 307
tre à la teſte de ſon armée ,
afin d'y attendre le ſecours
confiderable qui luy venoit de
France , & qui n'étoit pas loin
des frontieres . Tous lesGrands,
&tous les Conſeils ſuivirent le
Roy ou laReine .
Cependant les ennemis s'avancerent
, & ils arriverent à
Madrid le 25. Ils traverſerent
la Ville ,fans trouver ni hommes
ni femmes dans les ruës .
M'le Marquis das Minas fit
aflembler le Conſeil de ville &
les Chefs des Corps de métiers.
On exigead'eux de crier, Vive
Charles III. & on les en pref
Ccij
308 MERCURE
ſa fort , mais il fut impoſſible
de l'obtenir d'un ſeul ; & lorfqu'on
les y voulut forcer ils
crierent Vive Philippe V. On
fut tellement irrité d'un pareil
procedé , qu'on ne put s'empeſcher
de tirer ſur eux ,
croyant les obliger,par là, à tenir
un autre langage ; & on
en tua quelques uns : mais ce
peuple inébranlable garda inviolablement
la fidelité & la
conſtance, qui l'ont rendu ſi
recommandable dans tous les
temps. Les ennemis n'eſperant
plus d'en venir à bout , changerent
de conduite, ils allerent
GALANT 309
11
1.
camper au Pardo,de l'autre côté
de la riviere de Mançanarés ,
& ils ſe contenterent de mettre
une garde à chaque porte
de Madrid .
Le Roy alla à Soupetran , au
devant des troupes qui luy venoient
de France,&qui s'avançoient
à grandes journées ; & la
Reine prit la route de Burgos ,
où elle a eſté accompagnée par
tous les Grands, & par toutes
les perſonnes de marque , qui
ne purent alors ſuivre le Roy.
Qique la villede Burgos ait
etté autrefois le Siege des Rois
de Caſtille , elle s'eſt trouvée
310 MERCURE
trop petite pour contenir une
Cour auffi nombreuſe ; & pluſieurs
perſonnes de diftinction
ont eſté obligées,d'aller à Vittoria.
M'le Duc & Mola Ducheffe
de Medina Celi ſe ſont
retirez dans le voiſinage de cette
ville, dans une de leurs Terres
, appellée Giumel de Mercado
, avec M le Marquis & M
la Marquiſe de Priego , leur
neveu& leur niece.
r
Les ennemis chagrins de
n'avoir pû engager perſonne
à crier Vive Charles III. le
jour qu'ils avoient fait affembler
le Corps de la villedeMa
GALANT
311
drid pour cet effet , comptant
que ſi deux ou trois perſonnes
ſeulement avoient crié , cela
auroit pû paſſer pour une proclamation
publique , ont , depuis
ce tems- là ,employé toutes
fortes de moyens pourvenir à
bout de leur deſſein. Ils ont prié,
ils ont menacé ; & toutes leurs
prieres & toutes leurs menaces
ont produit des effets entierement
contraires à ceux qu'ils
en attendoient : de maniere
que ceux qu'ils avoient voulu
engager avec un peu trop de
violence à crier Vive Charles
111. s'en font vengez, enmaf
A
312 MERCURE
facrant quelques-uns des Gar
des qu'ils ont aux portes de la
ville ; de forte que les Alliez
n'entrent plus dans Madrid,
que pour y achetter ce qui leur
eft neceffaire , & meſme en le
payant tout ce qu'il vaut.
M' das Minas remarquant
cette fermeté,dont il avoit fait
voir qu'il n'avoit jamais eu lieu
de douter , s'eſt plaint avec aigreur
à Mylord Galloway , de
toutes les démarches qu'il luy
avoit fait faire ; & il luy a demandé
: Où estoient ces Nobles ,
ce Peuple , & ces Grands d'Efpagne
, avec lesquels l'Amirante
de
GALANT 313
:
de Caſtille avoit de fifortes liai-
Sons , & qui de voient venir au
devant de l'armée des Alliez ,
dés qu'elle approcheroit de Madrid
? Ces demandes , qui ne ſe
font pas faites ſans aigreur ,
ont eſté cauſe que ces Generaux
ſe ſont pouſſez vivement;
&l'on eft perfuadé que les Portugais
, qui ne font venus fiavant
qu'avec peine , s'en retourneront
bientoſt avec plaifir
. Mais ils n'iront peut eftre
pas loin ſans eftre battus ; &
je croy que je ne fermeray pas
ma lettre , fans vous apprendre
de grandes nouvelles là
Juillet 1706 .
Dd
314 MERCURE
deſſus : cependant je pourſuis
le détail que j'ay commencé.
Ce que je vais vous dire n'a
peut-eſtre jamais eu d'exemple,
& jamais fermeté n'a eſté
égale à celle du peuple de Madrid
, qui voyant une armée
campée à ſes portes , avec la
liberté d'entrer & de fortir
de la ville , auſſi ſouvent
qu'il luy plaira , & d'y faire
main-baſſe ſur ſes citoyens , a
neanmoins eu l'inimitable fermeté
d'écrire en Corps auRoy,
& de prier Sa Majeſté de leur
donner des ordres précis fur la
conduite qu'ils doivent tenir
GALANT 315
dans tout ce que pourroient
exiger les Chefs des ennemis ;
afin que, dans un ſi grand malheur
, ils euſſent au moins la
confolation de n'avoir rien
fait contre la plus exacte fidelité
, ni contre les moindres
intentions de Sa Majefté : ce
qui leur a eſté accordé.
Le Roy s'eſt approché avec
fon armée , & eſt venu camper
àXadraque , qui n'eſt qu'à
douze licües de Madrid; & les
ennemis font allez camper à
trois licües & demie de cette
Ville , du côté d'Alcala : cependant
les troupes de France
Ddij
316 MERCURE
2-
ont marché à grandes journées
, & leur teſte eſtoit le
douzeà Almazan , à 10. lieües
du Camp de Sa Majefté Catholique
, & à 22. de Madrid.
La Nobleſſe continuë,non-feulement
de venir de tous côtez;
mais elle amene avec elle beaucoup
de ſes Vaſſaux, qui groffiffent
confiderablementl'Armée
de M de Berwik , qui
avoit déja reçû trois - mille
hommes, des levées qui furent
réſoluës par les Corps , dans le
temps que l'on apprit que les
ennemis avoient formé le defſein
de marcher vers Madrid.
GALANT 317
La lettre qui fuit ; regarde
encore les affaires d'Eſpagne,&
vous paroiſtra fort curieuſe.
Du Camp de Xadraque le 12 .
Juillet.
Nous attendons avec une extrême
impatience les troupes qui
nous viennent de France , & nous
apprenons avecplaisirque leur tête
est aujourd'huy à dix lieües de
nous. Quand elles nous auront
joint , nous aurons quatre-vingt
Escadrons de bonne Cavalerie ;
c'est à dire , 60. Espagnols bien
complets , & vingt François ; &
Dd iij
318 MERCURE
46. Bataillons de bonnes troupes.
Noussommes refolus de retourner
vers Madrid , immediatement
aprés la jonction de toutes ces troupes
, &de livrer bataille aux ennemis
,s'ils nous attendent. Si nous
avions icy toutes ces troupes aujourd'huy
, nous ferions àMadrid
dans cinq oufix jours fans oppofition
,&fans qu'il fust beſoin de
donner bataille ; car bien certainement
les Ennemis ne nous attendroient
pas. Nous n'avons aucune
nnoouuvveelllleeddee la marche de l'Archiduc
, & les Portugais ne feront
pas , s'ils ne reçoivent des renforts
confiderables , en estat de nous difGALANT
319
ce,
puter le terrain. Mais si Peterborough
a le temps de venir joindre
les Portugais , avec les troupes
qu'il a dans le Royaume de Valennôtre
retour à Madrid ne ſe
pourra fairefans donner une vraye
bataille. On ne croit pas cependant
que ce General Anglois puiſſe
amener beaucoup de troupes reglées
de Valence, ny de Catalogne. Il ne
voudra pas dégarnir ces deuxpaïs,
où il ne luy reſte pas beaucoup de
troupes ; les Miquelets n'ayant
pas voulu s'enregimenter , ny entrer
dans des Regimens reglez . Le
menu peuple de Madrid continuë
de donner les plus grandes marques
Dd iiij
320 MERCURE
d'une parfaite fidelité , que la pre
fence & le pouvoir des ennemis
n'a pu faire ny dementir ny chanceler,
ainſi que je vous l'ay déja
mandé. Tous les Grands en ufent
d'une maniere digne d'eux,& digne
d'un Roy auffi parfait que
Philippe V. ils fe font tous conduits
dans la conjoncture preſente
de la maniere que l'on attendoitde
l'efprit de grandeur & de fidelité
qui les conduit & qui les anime.
La Nobleffefeconde bien ce grand
exemple ; & les peuples de Caftille
, en general , paroiſſent plus
zelez, plus fideles , plus attachez
quejamais à leur Prince legitime.
c
GALANT 321
On vient encore de recevoirde
tres-bonnes nouvelles & bien importantes
d'Andaloufie. Cadiz est
en tres-bon estat , & ne manque
de rien pour une bonne défenſe ,
toute cette Province ne ſe contente
pas de perſiſter dans la plus exacte
fidelité;mais elleprend auſſi dejuſtes
mesures pour se défendre. Ony
fait de nouvelles levées ; la Nobleſſeyprend
les armes volontairement,
tous ceux qui ſont d'âge àles
porter s'y offrent d'eux mêmes. Et
toutes les grandes Villes ont écrit
ou député au Roy , pour l'affurer
de nouveau de leur fidelité & de
leur zele , & pour declarer à Sa
levées ;
322 MERCURE
Majesté,qu'elles étoient refolues
deperir, pluſtôt que de reconnoître
d'autre Maistre que ce Prince.
Ellesſeſont écrit auſſi les unes aux
autres ,s'exhortant mutuellement
à la fidelité qui est düe à un Souverain
fi legitime, &fi digne d'eftrefervi
& obeï ; ſe reprefentant
de part & d'autre, les devoirsfacrez
qui leur ordonnent de deffendre
leurs droits & ceux de la Religion.
Ce qu'ily a de plus particulier
en cela , est que toutes ces
lettres ont esté écrites en même
temps ,ſans que l'on s'enfuft donné
le mot : ce qui prouve bien que le
même eſpritanime tous ces peuples.
GALANT 323
Les Villes,fur tout, de Serville, de
Cordone , de Murcie & de Faën
ont écrit au Roy dans les termes les
plus refpectueux les plusforts,
pour l'aſſurer que rien neferoit capable
d'ébranler leur zele & d'affoiblir
leur fidelité.
MrMahoni est à Alicante ,
refolu de deffendre cette Place jufqu'à
la derniere extrémité ; les
habitansfont refolus auſſi d'y perir,
plûtôt que de changer de Maître.
SiPeterborough, avecſes troupes,
marche à Madrid , Mr Mahoni
avecſon Regiment , & le genereux
& fidele Archevêque de
Murcie avecſes troupes , &cel
324 MERCURE
les qui le joignent de tous coſtez
agiront avec succés &fans obftacle
; &reduiront à l'obeiffance
du Roy , les Villes &les païs qui
ont eu lafoiblefſſe deſe ſoûmetre à
l'ufurpateur. Si Peterborough s'aviſe
d'attaquer Alicante , avant
que de venir en Caſtille , nous aurons
amplement le temps de chaffer
les Portugais de Madrid , de
les repouffer avec avantage jufqu'au
delà de leursfrontieres. Mais
on ne croitpas que ce General perde
le tems à affieger Alicante dans
les formes. Le Château en estfort
bon , & outre les troupes reglées
quiy font , les habitans de cette
i
GALANT 325
Ville , toûjours fideles , l'ont muni
de toutes les chofes neceſſaires ;
ceux qui font propres à porter les
armes les prennent pourse deffendre
avec vigueur.
La defertion s'eſt miſe , depuis
quelques jours , dans l'armée des
ennemis , il nous en vientfrequemment
des foldats de tout païs ; &
'il n'y en a pas un des nostres qui
deferte.
Enfin tout paroît tellement dif
pofé icy a un grandfuccés , qu'on
peut seflater d'avance d'une heureuſe
réussite ; & quelque puif-
Santes&nombreuſes quefoient les
flotes des ennemis, elles trouveront
326 MERCURE
les côtes de Galice e d'Andaloufie
bien munies &bien deffendues."
Les peuplesyfont bien certainement
dans les meilleures difpofitions
qu'on puiſſe ſouhaiter.
Je dois ajoûter à cette lettre ,
les nouvelles ſuivantes ; elles
viennentd'un tres-bon endroit,
&elles font de la même datte
que la Lettre que vous venez
de lire.
L'Armée Portugaiſe eſtoit
encore campée le 12. Juillet
fur la Riviere de Xamara , à
trois licuës &demie de Madrid.
M' le Marquis das Minas avoit
envoyé le9. un détachement de
GALANY 327
trois mille hommes à Alcala ; ce
détachement qui étoit d'abord
campé hors la Ville,prit la fuite
le meſme jour , à l'approche
d'un parti Eſpagnol de ſoixante
Maiſtres, qui s'eſtoit avancé
vers la nuit de ce coſté-là. Les
ennemis ſe retirerent avec précipitation
dans la Ville , &
abandonnerent leur Camp ,
qui fut pillé en partie par les
Payſans du voiſinage. Ce détachement
, à ce qu'on aſſure
s'eſt fortifié dans Alcala.
Toutes les Villes , Bourgs
&Villages des deux Caſtilles
continuentdans la fidelité qu'ils
328 MERCURE
doivent à leur ſouverain. Ils ont
envoyé à Sa Majefté Catholique
, des lettres que M'le Marquis
das Minas , & M'le Comte
de la Corzana leur ont écrites
, pour les engager à reconnoître
l'Archiduc ; & ce qui
marque encore plus fûrement
leur bonne volonté , eft qu'ils
facilitent tout ce qui regarde
le ſervice de ce Monarque , tant
pour les fournitures des grains
neceſſaires pour la ſubſiſtance
de l'armée de Sa Majefté , que
pour quelque avance de l'argent
qui leur a eſté demandé ,
& que pluſieurs ont commenGALANT
329
cé à fournir ,à proportion de
leurs moyens.
des
L'onze il y eut une rencontre
aupres d'Alcala , dans laquelle
troisCompagnies de Carabiniers
des troupes Eſpagnoles
, détachées par M le
Comte de Fienne , battirent&
poufferent juſque dans la Ville
trois Eſcadrons des Ennemis
dont trente furent tuez , &
د
pluſieurs furent faits prifonnier.
Les Eſpagnols ont eu un
Capitaine bleffé ,& cinq Cavaliers
tuez ou bleſſez .
Les ennemis ayant affecté de
publierque le Roy d'Efpagne
Juillet 1706.
Ee
330 MERCURE
abandonnoit la Caſtille , & fe
retiroit en France , & que ce
bruit jettoit beaucoup de gens
bien intentionnez dans la confternation
, & dans le doute du
parti qu'ils devoient prendre ;
il a efté jugé à propos de dreſſer
une eſpece de Déclaration
pour déſabuſer les peuples , &
pour les informer des verita-`
bles diſpoſitions de Sa Majesté
Catholique,qui ne s'eſtant éloi--
gnée de Madrid que de 16.
leuës , & fort lentement , ſe
préparoit à y retourner bientoſt
à la teſte d'une armée confiderable
. Cette Declaration a
GALANT
331
-eſté envoyéedans tous les lieux
où l'on a trouvé à propos de
l'envoyer.
La Lettre qui ſuit, vous apprendra
des détails de la marche
de M de la Feüillade dans les
Eſtats de Monfieur de Savove
, dont aucune relation
publique n'a parlé.
AFoffan, le 4. Juillet .
Les deux bataillons duRegiment
de la Feüillade entrerent hier dans
la Ville dans la Citadelle de
Mondovi. Ce Duc les y conduifit
lui - mème avec quatre cens che
vaux ; & il n'y trouva d'obstacles ,
que la peine de faire fuir une cin-
Ec ij
332 MERCURE
quantaine des Dragons que Mons
fieur de Savoye avoit envoyez, pour
fiire marcher en diligence à Ceva,
Monsieur le Prince & Madame la
Princeffè de Carignan, leurs enfans ,
les filles de Monfieur le Comte de
Soiffons , Mrle Marquis de Suze ,
& toutes les Dames & Demoiselles
de leur Cour. Il monta au Chateau,
& ily trouva cette honorable Com
pagnie fort effrayée ; il la raffura
de fon mieux , & dit à Monfieur le
Prince de Carignan : Que quoique
toute cette Cour fuſt priſonnierede
guerre de Sa Majesté , felon
les regles de la guerre , il
eſperoit cependant de ſa bonté,
qu'elle ne la traiteroit pas comme
telle . Ce Prince demanda de
reſter à Mondovi ; mais Ms de la
Feüillade ne voulut pas le luy 46
GALANT. 333
corder ,jugeant que leſejour de ce
Prince en ce lieu- là , feroit tres-préjudiciable
au ſervice du Roy. Il luy
permit d'aller à Raconi ; & il luy
donna cinquante Carabiniers pour
L'eſcorter , lesquels y demeureront
pour lafuretéde ces Princes & de
ces Princeffes . On ne peut exprimer
lajoye des peuples de Mondovi , qui
Je regardent comme délivrez de la
plus grande oppreſſion ; ils demandent
au Roy pour toute grate de ref
ter ses sujets . Monfieur de Savoye
leur a voulufaire prendre les armes,
Gil leur a fait toute forte de promeſſes
avantageuſes , pourveu qu'ils
vouluffent en cette occafion l'ayder in
fauverles Etats. Ils luy ont repondu
: Qu'ayant eſté déſarmez une
fois, ils ne prendroient les armes
de leurs vies , & qu'ils ng
334 MERCURE
pouvoient refifter à des forces
auſſi ſuperieures que les nôtres.
Cependant c'est un paysfi avanta.
tageux par sa situation , que nous
n'y aurions jamais pû entrer , ſi ſes
Habitans avoient voulu s'y défendre,
d'autant plus qu'ils ne laiſſent
pas d'eftre encorefort peuplez. Mr de
la Feüillade,aprèsy avoir laiſſe les
deux bataillons de ſon Regiment ,
afait occuperpar les deux Compagnies
de grenadiers de ce mème Regiment
,le Chateau de S. Michel
qui est fort bon , & qui est fituè ſur
le chemin de Ceva. Ce Duc a fou
àn'en pouvoir douter , que tout le
Mandement de Ceva est du moins
auſſi bien intentionné que le Mondovi
, & que le Chateau estfortpeu
de choſe , & nest gardé que par des
paifans. Ilya envoyé MrdeMaGALANT
335
rignane , avec les deux bataillons
de Tournefis , quatre pieces de Ca.
non de vingt- quatre , &deux petits
Mortiers ;& il a appris ensuite ,
que Mr de Sartirane y avoit marché
enfin avec deux mille hommes
d'infanterie ou Milices , & les deux
Efcadrons de Figuieres . Mr de la
Feüillade compte que dans quatre
ou cinq jours la communication de
Final au Mondovi ſera établie en
toutefeureté. Ilmarcha le 3. à Spinetto,
qui est à la portée du ca
non de Coni . Ily laiſſa dix neuf
Escadrons &fept Bataillons , aux
ordres de Mr le Marquis de Goësbriand,
a qui il dit de faire occIB
per Bober, que l'on peutvoirpar la
Carte , eftre tres- bien fitué pour cou
per à Monfieur de Savaye toute retraite
de ce coſté-là. CeDucditau
336 MERCURE
àMr de Goësbriand de faire faire;
dés la nuit paffée,cun foffé devant &
derriere fon Camp ,où la Cavalerie
ne pût paßer , afin d'estre en estat d'y
laiſſer tous les équipages , tant des
Troupes que des Officiers , à la garde
de quinzecens hommes a'infanterie ,
&de pouvoir marcher à la legere
avec tout le reſte , à la suite de Monfieur
de Savoye, en cas qu'il voulût
fe retirerpar Quierasque , &prendre
enfaite la mème marche que fit
Mrde Staremberg ; ce qu'on nepeuг
cependant croire qu'il entreprenne .
Mrde Goesbriand a des Mulets de
vivres dans ſon Camp , pour faire
monter en cas de beſoin àſes Grenadiers
& à ses détachemens d'infanterie.
Mr de la Feüillade devoit
marcher les, avec quarante- quatre
Escadrons&un Bataillon,pour al-
Ler
GALANT 337
ler à Vignole , qui est an deſſus da
Camp;&il comptoit ensuite de fai
re un pont ſur la Sture , & dobliger
Monsieur de Savoye à laiſſer des
Dragons à Coni, ou àfe retirer avec
lepeu de Cavalerie qui luy reste par
le col de Tende. C'est une rude ex.
trémitépour luy ; mais on ne lay voit
point d'autre reßource. Le bruit court
dans lepays, qu'il se retirera à la
Serre ; mais il ne s'y trouvera pas
mieux : peu de jours nous en éclair
ciront.Nous avons délivrè cent de nos
prisonniers, qui étoient à Mondovi.
Il eſt temps de vous parler
des affaires de Flandres , dont
je ne vous ay rien dit , depuis
que le 23. du mois de May dernier
la fortune ſe declara pour
le parti le plus fort , ſuivant un
Juillet 1706 . Ff
338 MERCURE
U uſage qui eſt aſſez ordinaire , &
que les François luy ont neanmoins
ſouvent fait interrompre;
mais enfin lorſque la force eſt ſi
ſuperieure , & qu'une certaine
fatalité ſe met de la partie , il
eſt difficile d'empeſcher la fortune
de ceder au plus fort. Ces
grands évenemens cauſent ordinairement
de grandes revolutions
; les vaincus étourdis de
leur malheur demeurent dans
l'inaction , & ſe croyent encore
plus malheureux qu'il ne le
font : & les vainqueurs enorgüeillis
d'un bonheur qu'ils ne
doivent qu'à la fuperiorité de
leur nombre, ſe répandant, comme
des torrens , dans un pays où
tout eſt frappé d'étonnement &
de frayeur, ne trouvent que des
GALANT 339
fuyards & des gens intimidez ,
qui ne connoiffant plus leurs
forces , ou s'en défiant trop ,
courent au devant de leur perte
, & ouvrent les portes des
places qu'ils croyent ne pouvoir
défendre , & dont en de pareilles
occaſions les vainqueurs
ſe rendent ordinairement maîtres
; mais qu'ils ne gardent
quelques fois pas long temps ,
*ces fortes d'évenemens ayant
preſque toûjours des retours
qui remettent les chofes dans
leur ſituation ordinaire. Nous
avons vu tres - ſouvent des Etats
envahis preſque en une ſeule
campagne, où les veritables fouverains
ont regné peu de temps
aprés,avec autantde tranquilité
qu'avant l'inondation de
C
Ffij
340 MERCURE
€
leurs ennemis , dont ils n'ont
eſté accablez , que comme on
l'eſt quelque - fois d'un orage ,
dont on perd preſque le ſouve
nir , lorſque l'orage s'eſt diffipé
, & que le Soleil recommence
à paroiſtre. Nous avons vů
de nos jours le Roy de Dannemark
réduit à la ſeule ville capitale
de ſes Etats, où il fe trou
voit enfermé; &devenir peu de
temps aprés , de Rov électif ,
Monarque hereditaire . Nous
avons vu preſque tout le Royaume
de Pologne envahi du tems
du Roy Caſimir; & peu de tems
aprés , ne reconnoiſtre que les
ſeules loix de fon veritable Souverain.
Enfin il ſemble qu'aprés
beaucoup de ſang répandu,
le Ciel permet toûjours que les
1
GALANT 341
ھجم
Etats envahis retournent ſous
les loix de leurs veritablesSouverains
; ainſi il y a lieu de croire
que les Places des Païs - Bas ,
qui viennent d'eſtre enlevées à
Philippe V. leur legitime Maître
, ne feront pas long - temps
fans rentrer fous ſadomination.
L'orage qui dura quelques
jours aprés le Combat de Ramillies,
ayant coſſé auſſitoſt que
les peuples furent revenus de
leur premier étonnement , les
ennemis n'ont fait qu'une conqueſte
pendant prés de deux
mois & demi ; voyons en quoy
elle conſiſte , & fi cette place a
dû leur coûter beaucoup. C'eſt
une Place de terre ; les Bastions
en font petits , auſſi bien que
tous les dehors. Il y avoit fix.
F f iij
342 MERCUR E
Bataillons François , peu complets&
de nouvelle levée , qui
ne manquoient pas neanmoins
de bonne volonté, mais ils ne
voyoient rien qui ne les duft
décourager , au lieu de leur in
fpirer une hardieſſe , dont les
plus braves ont ſouvent beſoin .
Ces nouvelles troupes étoient
accompagnées du Regiment de
Dragons de Pignatelli , & de
deux Bataillons Wallons fort
mal intentionnez , à la referve
de quelques Eſpagnolsnaturels,
mais dontle nombre estoit petit.
Les bourgeois eſtoient encore
plus mal intentionnez que
ces Bataillons , & la garniton eftoit
harcelée & menacée par
ces bourgeois, dont la plupart,
fans en excepter les femmes ,
1
GALANT 343
avoit pris les armes contre elle,
onmanquoitde munitions & de
proviſions dans la ville , où il
ne reſtoit pas pour deux jours
de pain. On y avoit jette 13393 .
bombes , tant des batteries de
l'Armée de terre , que des Galiotes;
& celles- cy qui peſoient
300. livres chaque, avoient fait
plus dedommage que les autres,
en ſorte qu'il n'eſt demeuré dans
la ville que deux maifons fur
pied, un Couvent & une Egliſe
où l'on puſt habiter.M² leCom
tede laMothe ſe voyant nonfeulement
dans cette ſituation ,
mais qu'outre cela les foldats
manquoient d'armes , preſque
toutes celles qu'ils avoient ,
ayant crevé ; qu'il avoit beſoin
pour la garde du chemin cou-
Ffij
344 MERCURE
2
vert de 800. hommes au moins,
&d'un pareil nombre pour les
relever ,& qu'il luy en falloit encore
pour employer aux autres
poſtes , ſçavoir, au Fort S. Phi
lip lippe , aux batteries , & au de
dans de la ville, où il avoit plus
à craindre que dans les dehorss
les bourgeois cauſant à tout
momentdes émeutes ; qu'il n'a
voit que trois mille hommes
tels que je viens de vous dépeindre
, pour remplir tant det
poſtes differens : voyant enfin
que le Magiſtrat luy avoit de-1
claré qu'il n'eſtoit plus maiſtre
de la populace , & étant informé
que le Gouverneur avoit ré
ſolu de figner une capitulation
particuliere , il prit le parti de
battre la chamade , & de capi D
GALANIM 345
tuler. Il devoit, ſelon toutes les
apparences , ſe rendre à difcre
tion; mais ſon merite & fa-valeur,
connuë des Generaux en->
nemis, & la bonne défenſe qu'il
avoit faite, ont eſté cauſe que la
garniſon n'a point eſté priſonniere
de guerre.
31.Ce ſiege, où nous n'avons pas
perdu trois cens hommes , en a
coûté prés de deux mille aux
ennemis , parce que les eaux, le
ſable mouvant & la difficultédu
terrain les empeſchoient de faire
des travaux pour ſe mettre à
couvert , & pour dreſſer leurs)
batteries , ſous leſquelles ils étoient
obligez de faire des planchers.
Enfin on peut aſſurer
comme un fait tres - conſtant ,
que les bombes ſeules ont eſté
1
346 MERCURE
cauſe de la perte de cette Place
, & que les ennemis ont eſté
tellement fatiguez du travail
qu'il leur a fallu faire pour approcher
de la Place , du nombre
prodigieux de faſcines qu'-
ils ont elte obligez d'aller chercher,
&detout ce qu'il leur a
fallu faire voiturerpour ceSiege
avec des peines infinies , qu'ils
ſe ſont trouvez hors d'état d'agir
ailleurs immediatement aprés
la priſe de cette Place. Nous
n'y avons perdu de perſonnes
confiderables que le Major d'un
Regiment & un Capitaine tué
d'une de nos pieces de canon
folle , c'est - à - dire , pour parler
en termes du métier , d'un
canon dont l'ame n'eſtoit pas
juſte ; les boulets de ceux qui
GALANT 347
ont ces défauts , vont à droite
ou à gauche, au lieu d'aller au
but , ou on a deſſein de les faire
aller.
La Capitulation fut fignée le
6. de Juillet à minuit . Il y en
eut deux , au lieu d'une ; les
bourgeois en ayant fait une particuliere
, par laquelle ils ont
reconnu l'Archiduc . Rien ne
prouve mieux leur mauvaiſe intention
pendant le Siege ; &
que Mr le Comte de la Mothe
ayant à combattre le dedans &
le dehors , il ne pouvoit ſe défendre
plus long- temps de capituler
, ſans voir perir ſa garnifon
. Elle fut d'abord conduite
à Nieuport,& enſuite à Dunkerque
, où elle arriva le 9 fur
les cinq heuresdu foir. Elle n'y
348 MERCURE
les
IGLO
demeura pas long - temps , le
François ayant eſté conduits à
Calais , Gravelines & Bourbourg
; & les deux Bataillons
Wallons & le Regiment de
Dragons dePignatelli, à Mons.
Il eſt à remarquer que la plus
grande partie desWallons a deſerté,
ou a pris parti parmi les
ennemis , à la referve des Eſpagnols
naturels qui ſe ſont trouvez
monter au nombre de 46.
dans ces deux Bataillons.
Jay crudevoir vous envoyer
cette relation du ſiege d'Oſtende
, qui n'a eſté vûë de perſonne
; puiſque je viens de la faire
ſur pluſieurs lettres,qui ont eſté
écrites par les principaux Officiers
de la garniſon. Les ennenemis
ayant eſté long-temps à
2
GALANT 349
prendre leur parti, aprés la ré
duction de cette place , je ne
pourray vous marquer qu'à la
fin de ma lettre à quoy ils ſe
ſeront déterminez .
Je vous ay déja parle de la
ſuite de la pratique de laMemoire
Artificielle , pour apprendre
& retenir la Chronologie , &
I'Hiſtoire depuis Jeſus - Chriſt ,
juſqu'àpreſent, par le P. Buffier
Jeſuite. Cette fuite n'a pas eſté
imprimée auſſitoſt qu'on l'attendoit.
L'Auteur avoüe lui -même
, qu'il a eſté embaraſſé à l'achever,
à cauſe de la multitude
des choſes qui ſe preſentent à
dire dans les Siécles qui approchent
du nôtre ; & d'une maniere
à les faire retenir. Il en eſt
enfin venu à bout , & il vient
:
350 MERCURE
dedonner au public les deux
dernieres Parties ; Scavoir ,
l'Histoire des Etats depuis J. C.
juſqu'apreſent , avec l'Histoire
Eccleſiaſtique. Ainſi voilà toutes
les Parties de l'Hiſtoire Uni .
verſelle , réduites dans une methode
fi facile, que chaque Partie
peut eſtre appriſe en moins
de 15. jours. Ceux qui regarderoient
encore ce travail implement,
comme une belle apparence
à quoy l'effet ne ſcauroit
répondre , peuvent eſtre
convaincus par eux -
quand il leur plaira. Les exercices
qui s'en font au College
de Louis le Grand , y font devenus
preſque journaliers , &
ſouvent publics. On les a vû faire
depuis quelques mois avec un
mêmes ,
GALANT 351
grand fuccés , par les jeunes
Mts de Surville , de Bulliond'Atilly
, d'Estain , Desmarets ,
Rougeau , de Paris de la Broſſe,
de Berulle , de la Perouſe , &
par pluſieurs autres. Il eſt agréa.
*ble & commode de pouvoir , en
apprenant quatre- vingts Vers,
prendre une idée plus étenduë,
& plus fuivie de l'Hiſtoire de
France , en peu de jours , qu'on
ne feroit en pluſieurs mois ſans
un pareil ſecours . On apprend
de même à proportion chacune
des cinq Parties , indépendamment
de l'artifice des Vers . Cet
Ouvrage contient une Hiſtoire
Univerſelle des plus completes
, & dont la lecture fera plaifir
par l'ordre de la netteté
du diſcours dont les vers artifi
352 MERCURE
1
ciels font un précis , & dont la
lecture ne peut coûter que
quelques momens. Pour faciliter
davantage la connoiſſance
de l'hiſtoiredes Etats qui fubſiſtent
aujourd'huy dans l'Europe;
le P. Buffier a joint icy:
des Tables Genealogiques des
Maiſons ſouveraines qui gouvernent
ces Etats. Il y en a plus
de trente,qui mettent toutd'un
coup devant les yeux ce qui
peut eſtre de plus intereſſant à
Içavoir ; puiſque les lignes qui
dans ces fortes de Tables fe
croiſent ou s'écartent , marquent
cequi merite le plus d'attention
dans l'hiſtoire de ces
Etats , & ce qui ſert à le démêler
, comme les factions des
Maiſons deLancastre & d'York
GALANT 353
en Angleterre , &c. Ce Pere
marque auſſi particulierement
les endroits des Genealogies
les plus propres à faire connoiftre
la fituation preſente des affaires
de l'Europe , comme la
Table des derniers Empereurs
de la Maiſon d'Autriche ; celle
des Princes &Princeſſes qui ont
droit à la ſucceſſion de la Couronne
d'Angleterre avant le
Princed Hannover,qui n'eſt pas
le quarantiémc; eelle de la Maifonde
Holſtein- Gottorp , qui a
donné occaſion à la premiere
guerre du Roy de Suede d'aujourd'huy
, celle de la Maiſon
de Baviere, dont eſt ſorti ceMonarque
celle de Brunswik ,
dont les Cadets font les Princes
d'Hannover, nommez Ele
Juillet 1706 . Gg
351 MBR CURE
Aeurs par l'Empereur , & que
dantes Princes ne veulent pas
reconnoiſtre : & ainſi des autres
Souverains de l'Europe. L'ufage
de ces Tables est un nouvel
artifice des plus curieux & des
plus utiles pour l'Histoire. 空
Quant à ceux qui voudront
ſçavoiren particulier l'Histoire
Eccleſiaſtique , ils trouveront,
dans lesvers artificiels les noms
desPapesdiftinguez par fiecle,&
meſinepar les nombres differens
ajoûte
ajoûtez à leurs noms , avec les
Conciles Generaux , les here
fies,& les Ordres Religieux qui
ont paru dans chaque fiecle.
Celivre ſe vend chez Daniel
Jollet , au bout du Pont Saint
Michel , au Livre Royal ; &
chez Nicolas le Clerc ruč
GALANT 355
Saint Jacques, vis- à-vis Saint
Yves , à l'Image Saint Lambert.
Je vous envove une traduction
de la Declaration du Roy
d'Eſpagne , dont je vous ay déja
parlé dans cette Lettre. Elle eſt
tres fidele,& comme elle a été
faite par un Gentilhomme qui
fait parfaitement l'Eſpagnol , &
qui connoît toute la force& toute
la delicateſſe decette langue;
il y a lieu de croire qu'il eſt entré
dans l'eſprit de l'Auteur de
cet ouvrage , & qu'il n'a rien
laiffé échaper de tout ce qui
enpeut faire connoiſtre la force
&la beauté.
Ggij
356 MERCURE
25 MAR2RRRRRRRRR
DOM PHILIPPE,par la
grace de Dieu Roy de Caſtille ,
de Leon , d'Aragon , &c. Eftant
bien informé que le Duc de Bragance
avecfes Alliez , reconnois-
Jant l'impoſſibilité de parvenir à
ſe voir avec des forcesſuffisantes,
pourſoûmettre,par lejoug indigne
de son oppreffion, l'esprit de fer
meté&de valeurfi naturel àmes
fujets,ſeſert, pour induire l'Archiduc
dans la domination de cette
Monarchie,du prétexte artificieux
de donnerde mauvaiſes couleurs à
mafortiede Madrid; y ajoûte des
motifs bas &peu dignes de moy
GALANT 357-
s'efforce d'en faire recevoir lafuppofition
maligne ;&porte la temeritéjusqu'à
vouloirperfuader que
la Nation Espagnole , oubliant
l'immortelle gloire de fes triomphes
,& les titres éclatans acquis
depuis les temps les plus reculez à
fafidelité pourſes Maistres legitimes
,penche aujourd'huy en faveur
de ces mêmes ennemis , qui
entreprennent de la fouler aux
pieds. Comme je démefle que ces
fuppofitions trompeuſes ne font
qu'autant de détours pour ternir
L'éclat de ma gloire ,&la pureté
de mes intentions , &autant d'artifices
pour attacher à l'idée qu'on
358 MERCURE
a de la fermeté des Espagnols,
de la fidelité fi loüable, &fi loüée
en eux dans tous les temps , cette
note infame d'avoir encouru le
foupçon de s'eſtre démentis dans
cette fidelité même & dans cette
constance ; Jay voulu declarer à
mes chers , illustres &fideles Sujets
, que ma fortie de Madrid n'a
eu d'autre motif , que l'empreſſement
de me mettre en estat de repouffer
les ennemis du voisinage
où ils estoient avec des forcesfuperieures
, qui rendoient difficile le
fuccés l'entrepriſe de reprimer
leurs progrez déja avancez : ce
qui nese pouvoit ,ſans expoferà
GALANT 359
un riſque trop viſible ,à un évenement
trop douteux , le peu de
troupes avec lesquelles je me trouvois.
J'ay eu en vûë,dans cettefortie
, de conferver à mesſujets ,&
particulierement à mon bien- aimé
peupledeMadrid, laprotection&
La deffenſe qu'ils ont &qu'ils doi
vent attendre de mes troupes ,&
de leur proximité , pour s'oppofer
au pouvoir arbitraire des ennemis,
& au danger que les Anglais
les Hollandois , troupes auxiliaires
de Portugal , n'eussent fait
réüffir la perverfion de noſtre ſacrée
foy,&le renversement ou le mépris
de nos Autels. Si je fartis
+
360 MERCURE
donc de Madrid , ( ce que je ne fis
pasfans une vive douleur de laifferdesſujets
qui meſont ſichers ,
àl'oppreffion violente qu'ils fouffrent,)
ce nefut que pour leur ménager
une tranquillité conſtante
unefuretéde durée, par les ordres
que je donne , pour réünir les
troupes que je raſſemble de tous
coftez , & par lefeoeurs confiderable
des auxiliaires du Roy mon
Ayeul , qui viennent avec toute
la diligence poffible,qui marchens
de Navarre en Caftille , & qui
dans peu de jours feront incorporées
avec les miennes ; &moy à leur
teſte aprés la jonction,ſansm'épar
gner
GALANT 361
gner dans la fatigue ny dans le
peril.Firay aux ennemis , &je
les poursuivray ,jusqu'à ce que je
les aye chaffez de tous les lieux
qu'ils occupent dans l'étenduë de
ma domination. Faſſure & je
proteſte que je me tiendray dans
celle de la Caftille , ſans laiffer
pour cela d'entrer dans leur
païs ,&je verferay la derniere
ggoouttede monſangpour conferver
la Religion fans innovation &
fans tache ,&pour parvenir à
faire jouir mes dignes &fideles
Sujets de la tranquillité,&du reposque
leurfacilitera toûjours mon
amour ; esperant de celuy qu'ils
Juillet 1706. Hh
362 MERCURE
ontpour moy, nonseulement qu'ils
ajoûteront une foy entiere à cette
verité : mais encore qu'ils donneront
tous enſemble , &chacun en
fon particulier, felon ſon pouvoir,
des marques viſibles de leurfidelité,
puisque l'occaſion &l'entrepriſe intereſſent
également ma gloire , leur
honneur,leurfureté,&le bien
lefoûtien de laReligion.Et afin que
tous en ayent connoiſſance , jay
ordonné qu'on expediast&qu'on
fift imprimer ces Presentes ,fignées
de ma main Royale , &fcellées
du Sceau de mes Armes , &contre-
fignées de monſouſſigné Secretaire
d'Etat&desDépêches UniGALANT
363
i
verfelles. Au Camp de Xadraquo
le 7. Juillet 1706. MOYLE
ROY. DomPierre Cajetan Fernandez
delCampo. 20일
C
Dame Marie d'Albert de
Luxembourg , Princeſſe de Tingri
,Dame du Palaisde La Reine,
&Chanoiffe de Pouſſey en Lor
raine , eſt morte à Versailles
âgée de quatre - vingts ans. Elle
étoit fille de Leon d'Albert , Se
de Brantes , Duc de Luxembourg
, &c. Chevalier des Ordres
du Roy , mort en 1630. &
de Marie Charlotte de Luxembourg
Ducheſſe de Piney, Comteſſe
de Ligni , & c. qui , aprés la
mortde fon marv , époula en ſecondes
noces Charles-Henry
Hhij
364 MERCURE
de Clermont - Tonnere , dont
elle eut feuë Me la Maréchale
de Luxembourg , épouſe de Mr
le Maréchal - Ducde Luxembourg,
Pair de France , Chevadier
des Ordres du Roy,Gouverneur
de Normandie & General
des armées de S. M. &mere demis
les Ducsde Luxembourg & de
Châtillon. Feuë Me laDucheffe
deLuxembourg avoit auſſi eu de
fon premier mary, Henri- Leon ,
qui ſe fit Eccleſiaſtique. Jen'entreray
icy dans aucun détail de
l'illustre Maiſon de Luxembourg
dont Me la Princeſſe de
Tingri étoit du côté de ſa mere;
la grandeur de cette Maiſon eſt
connuë. Elle a donné cing Empereurs
, dont trois ont eſté Rois
de Boheme ; elle a poſſedé de
GALANT 365
a
grands biens en Allemagne &
en France : & l'on a vû , dans ce
Royaume, des Seigneursde cetic
Maiſon , Connétables & grands
Bouteillers de France , Ducs &
Pairs , Chevaliers des Ordres
du Roy , &c . Elle a produit fix
Reines, & pluſieurs Princeſſes ,
dont l'alliance a augmenté l'éclat
de pluſieurs Maiſons illuftres.
Cellede Luxembourg fleuriffoit
déja dans l'onziéme ſiecle.
Henry I. Comte de Limbourg
, dont elle defcend , vivoit
en 1071. & Valeran II .
Comte de Limbourg , un de ſes
defcendans , époufa Efmenſon
de Namur, Comteſſe de Luxembourg.
Je paſſe donc à la Maifon
d'Albert, dont Me la Prin-
乾燥
ceffe de Tingri étoit du côté de
Hhiij
366 MERCURE
Ionpere. Leon d'Albert , St de
Brantes , Duc de Luxembourg,
pere de cette Dame , étoit lo
troifié ne fils d Honoré d'Albert
Stade Luines , dans le Comte
d'Avignon, qui ſervit atilement
le Roy Henry IV. en diverſes
occafions , & d'Anne de Rodulf
fon épouse. Il étoit frere duce
lebre Connétable de Luiness
Charles d'Albert , Duc deLui
nes , Pair , Connétable & grand
Fauconnier du France, Cheva
lier des Ordres du Roy, premier
Gentilhomme de ſa Chambre,
Gouverneur de Picardie & di
Boulonnois ; c'eſt le grand pere
de Mr le Duc de Chevreuſes
Mr le Duc de Luxembourg
Albert étoit auſſi frere d'Hoe
noré d'Albert,DucdeChaulnes,
GALANTM 367
ه ل ل ا
Pair & Maréchal de France ,
de Pecquigni & de Raineval,
& Chevalier des Ordres du
Rov; il étoit le pere du dernier
Duc de Chaulnes . Ces Mrs
avoient quatre fooeurs ; Marie
d'Albert, épouſe de Claude, dit
du Roure , Sr de Bonneval & de
Combalet , & mere d'Anne ,
mariée à Charles de Crequi ,
Comte de Canaples ; Antoinet
te , qui épouſa en premieres noces
Mr de Vernay , & ensuite
Henri - Robert de la Marck ,
Duc de Boüillon , Comte de
Braine; Loüife , mariée à Antoine
de Villeneuve , Baron
des Beaux; & une quatrième, Religieufe.
Le Duc de Luxembourg-
Albert fut Capitaine
Lieutenant de laCompagnie des
Hh nij
368 MERCURE
deux cens ChevauxLegers de la
Garde du Roy , & Gouverneur
de Blois. La Maiſon d'Albert ow
d'Alberti , s'étoit établie dans
leComtat d'Avignon depuis Innocent
VI. & elle s'élevarex2
trêmement dans le dernier fic
cle. Elle étoit alliée aux meilleurs
maiſons d'Italie , par plufieurs
filles qu'elle leur avoir
données . Mr de Luines , ayeul
de la Princeſſe qui vient demous
rir , avoit porté les armes avec
beaucoup d'éclat , ſur la fin du
ſeiziéme fiecle & au commencement
du dixſeptieme , pour le
fervice des Rois Henry III . &
Henry IV . Il vint s'établir en
France ſur la fin du Regne du
dernier de ces Rois..nico
Vous ajoûterez ce qui ſuità
GALANT 1 369
l'article de la mort de MrMo
Marquis de Couvonges , que
vous avez déja lû dans cette
Lettre.
Jean VIII . du nom , Comte
Salm , avoit épousé Loüiſe de
Stainville,morte en 1548. De ce
mariage eſt iſſu Paul , Comte de
Salm , grand Chambellan de
Charles III . Duc de Lorraine,
qui avoit épousé Marie le Veneur-
de Carouge , maiſon illuftre
de Normandie.
Chrétienne de Salm , fille
dudit Pault, épousa François ,
Comte de Vaudemont , fils de
Charles III . Duc de Lorraine ,
mort en 1632.
De ce mariage eſt forti François,
Comte de Vaudemont , &
appellé depuis , le Duc François,
2
370 MERCURE
morten 1670. qui avoit épousé
Claude de Lorraine , ſa coufine!
germainee 지
De cemariage eſt iſſu Charles
V. Ducde Lorraine , qui avoit
épousé Eleonore d'Autriche
Doüairiere de Pologne b
Cemariage leur a donné Leopold
, Duc de Lorraine & de
Bar
Mre Antoine de Stainvilley
coufin germain de Loüife de
Stainville , cy-devant nommée,
vivant Chevalier Seigneur des
Couvonges & de Morley. Cons
feiller d'Etat de Sone Alreffeiy
Charle IV . premier GentilA
homme de ſa Chambre , Grand
Maistre des Eaux & Forests du
Duché de Bar , Bailly &Goum
verneur de Bar , eſt decedésen
GALANT 371
Ton Château de Couvonges
le14. Janvier 1666. bahusi
Mre Charles de Stainville
fils d'Antoine , vivant Seigneur
Comte de Couvonges, de Mor
ley , de Beurey , de Dombal &
de Hardouvillier , Grand Maî
tre de l'Hôtel de S. A. R. cyvant
Colonel de deux Regimens
de Cavalerie & d'Infanteric
pour le ſervice de S. A. Charle
IV. eſt decedé à Luneville , en
ſa ſoixante- neuviéme année . Il
étoit frere de défunt Mre Antoine
de Stainville II . du nom,
vivant Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneur
de Cafal .
Ce ne ſont pastoûjours les armées
nombreuſes qui font les
plus glorieuſes expeditions , &
372. MERCURE
3
lorſque l'inégalité va juſqu'a
l'excés . Les vainqueursen
s'applaudiſſant des fuites avantageuſes
de leur victoire , rougiffent
d'avoir plutoſt accablé ,
que combattu leurs ennemis ; &
les vaincus , en regrettant les
pertes dont leur défaite a eſte
luivie , s'applaudiffent de ne
s'eſtre retirez du combat que
tout percez de coups , & de n'avoir
cedé qu'au nombre , plûtoſt
qu'à la valeur.
Ceque MrleMaréchal deVillars
vient de faire , eſt bien oppoſée
à ce que l'on avû en Flandres
au commencement de cette
Campagne , & ce General vient
de ſe couvrir d'une gloire immortelie
; fa teſte, fon coeur, fon
efprit , ſon imagination , le feGALANT
373
cret, les ruſes de guerre , &
toutes les parties du plus habile
General,ont agit en cette occa
fion.Voici une Relation de cette
affaire , que j'ay crù vous devoir
envoyer de la meſme maniere
qu'elle eſt tombée entre
mes mains .
Mr le Maréchalde Villars cherchoit,
depuis long-temps , l'occafion de
faireunpontfur le bras duRhin, qui
eft vis-à- vis du Fort- Louis , &
pour cet effet de s'emparer de l'Isle
duMarquifat; ilen connoiſſoit l'importance,
par rapport aux lignes de
Stolhoffen . Dans cettevûë, ilafait,
depuis quelques jours , divers mouvemens
, fur lesquels on devoit jager
qu'il avoit tout autre deffein , pour
ne pas attirer de ce coste- la les yeux
374 MERCURE
des ennemis ; cependant tout fe preparoit,
depuis quelque tems, à Strafbourg
pour le transport des bateaux
par terre. Enfin il partit avanthier
defon Camp de Barberod pour venir
icy. Ilavoitdéjafait marcherpresque
soutefon Infanteriepour la mettre à
portée de s'en fervir ,& donnéses
ordres pour le transport des bateaux,
foit par cau , soit par chariots ; les
plusgros pafferentſous lefeu del'Isle
Talonde,fansperdre unſeul homme.
Hierà la pointe du jour Mide Stref,
Marichalde Camp , s'embarqua
avec buit cens hommes , pour def
cendre dans unepetite Iſle , d'où l'on
paſſeà quéàcelle du Marquisat , &
qui n'en est éloignée que d'une portée
de pistolet. Mr de Streffut bleffé à
mort des premiers coups de Mous
quets ; nos troupes nelaifferentpas de
GALANTM 375
faire leur defcente fort promptement.
Il ſefit d'uneIſle à l'autreunfeu continuel
d'Infanterie, à la dem e portée
de fufil, & à découvert,pendant une
bonne heure & demie , parce que les
ennemis qui avoient quatre cons
hommes dans l'Isle du Marquisat,
furent fortifiezpar deux mille que
Mrle Prince Hereditaire de Ba
reith y amena. Mais le canon du
Fort- Loüis , qui voyoit les ennemis
àdécouvert , fut fi bien ſervi , & nos
troupes fecouruës fi à propos par les
détachemens commandezpar Mr de
Nangis , &le tout mené avec tant
d'ordrepar Mrde Broglio , qui avoit
pris la place de Mr de Stref, que les
ennemis furent obligez de se retirer
avec beaucoup de précipitation , &
- de nous abandonner l'Isle du Mar
quiſat. Mrle Maréchal, pouraffen-
1
376 MERCURE
H
rer la teste de son pont,y fait altuellement
rétablir l'ouvrage à corne qui
y estoit , & qui avoit eſté rafé aprés
la Paix de Rifovick. Les ennemis
avoient à cette affaire deux mille
quatre cens hommes ; on compte qu'ils
ont eu, tant tuezque bleſſfez, prés de
cinq cens hommes , & nous environ
cent, du nombre desquels font Mr de
Stref & un Capitaine de Grenadiers
du Regiment de Léé. Il reste
encore au-delà de l'Iſle un bras du
Rhin aßezgros , que l'on ne croit
pasque nous entreprenions depaſſeri
mais nous pourrons faire quelques
redoutesfur le bord de l'Iſle, vis -àvis
du Fort- Mutin. Il est certain
que ce pont les inquietera fort , &
les obligera d'avoir toujours un
Corps d'armée, vis- à -vis de l'Iſle ;
Sans quoy ils s'expofcroient à laiſſer
GALANT 377
prendre à revers leurs cheres lignes
de Stolhoffen
Je croydevoir ajoûter à la Relation
que vous venez de lires
une Relation plus étenduë , que
je viens de recevoir , & qui par
confequent renferme plus de
circonstances.
Je croy' vous devoir dire, que
le Fort-Mutin, dont il eſt parlé
dans la premiere Relation , eſt
le Fort connu ſous le nom de
Fort malgré luy, que Monfieur
le Prince de Bade fit conſtruire
Dans l'Iſle du Marquiſat
Cat. Juillet.
Mr le Maréchal de Villars
ayant résolu de tenter un paſſage
Juillet 1706 . Ii
:
378 MERCURE
fur leRhin, borde des ennemis ; &
ne pouvant y réüfir qu'en oftant
au Prince de Bade , & àfes Gene
raux , diftribuez depuis Stolhoffen ,
jusqu'à Philisbourg toute connoisfancedefon
deffein. Pour cet effet,
en quittant fon Campde Spire, il
avoit , fous le prétexte d'épargner
les fourrages , retiré toute sa Cavalerie
d'Espagne , qui estoit entre
Strasbourg &le Fort - Louis, &
fait prendrefa place par la BrigadedeNavarre;
celles deBourbonnois
&de Mortemar avoient occupé les
postes de la Cavalerie&des Dragons
, qui étoient depuis Luterbourg
jusqu'au Fort Louis. Cechangement,
qui parsisfoit plutot une précaution
pour défendre noftre coſté du
Rhin, que pour entreprendrefarces
lui des ennemis , leur avoit perfua
GALANTM 379
dé ce que nous defirions ,de manie
re qu'ils nous menaçoient tous les
jours depaffer leRhin
Toutes les troupes ainſidiſpoſées,
MrleMaréchal de Villars partit
de fon Camp de Barberod , comme
pour visiter les poftes le long da
Rhin, &se rendit à Strasbourg
vecMr l'Intendant , où ayant re
glé rout ce qui estoit neceffaire,Mr.
le Maréchal vint en poste à Batberod,
fit le jour d'aprés un grand
fourrage autour de Landan , afin
que les ennemis fuſſent mieux informez
qu'il estoit dans ce Camp ;
le jour d'après il revint en poste
au Fort- Louis, où ayant wouve ,
par l'extreme deligence qu'avoit fais
Mr i Intendant pour aſſembler les
chariots, & faire voiturer les baseaux,
toutes choses preſtes il char
Li ij
380 MERCURE
gea Mr de Stref , Maréchal de
Camp de monter fur les batteaux
avec neaf cens hommes , commandezpar
Mrd'Hautefort , Brigadier
d'Infanterie, Mr de Seyffan ,
Colonelde Santerre , &Mr de Barberay,
Lieutenant Colonel de Navarre.
Toutes ces troupes embarquées
avoient ordre de ne démarer
que par les ordres deMr leMaréchal,
qui examinoit la contenance
des ennemis ; & n'ayant rien να
qui marquaſt aucune précaution
nouvelle pour défendre le Rhin , il
envoya ordre à Mr de Stref, déja
embarqué , de partir, &de faire laa
descente dans une petite Isle ,fepa
rée de celle du Marquisat de huitou
dix pas : Mr de Streffut bleffe dangereusement
des premiers coups qued
Pon tira fur nos batcausing and
GALANT 381
Mr. leMaréchal de Villars en
voya furle champ Mr le Comte de
Broglio , qui étoit prés de luy , pren .
dre la place de Mr de Stref. La
defcente se fit fous un mediocre feu
des ennemis, qui n'estoient pas pré
parez; mais le moment d'aprés
Monfieur le Prince hereditaire de
Bareith , General des troupes de
Franconie , chargéde ce commandement
, accourut avec deux mille
hommes, détachez en quatreBataillons.
Ses troupes ſe placerent à 30.
pas de la petite Ifle , & commencerent
une tres vive eſcarmouche avec
nos gens , qui n'estoient pas logez
Mr le Comte de Broglio & M
d'Hau efort ſous lay foûtinrent ce
fou- là avec beaucoup de fermeté.
Mr le Maréchal leur envoya 15.
Compagnies de Grenadiers , com382
MERCURE
mandées par Mrs de Nangis ir de
Roth, Brigadiers , &Mr le Marquis
deSeignelay, Coionelde Champagne.
L'Artillerie de la Place ,
que Mr le Maréchal avoit diſpoſée
dés la nuit, & une partie de celle
de l'Arméee, que Mr de la Frezelierefit
pervir ires-vivement , &qui
tiroit à Barbette des parapets de la
Place; demaniere que les ennemis
furent contraints de se retirer, après
avoir perdu prés de soo. hommes
pendant une heure & demie
NosGrenadiers pafferent le petit
bras du Rhin, partieà la nage, par
tie à un mauvais que ,&s'établi
vent fur les ruines des ouvrages da
Marquisat. Mr le Maréchal paſſa
fur lechamp , &fit retrancher cette
tefte pendantque l'on achevoit nof
tre pont. Nous avonspouffé les en
GALANT 383
nemis juſque dans la petite riviere
de Stolhoffen, dans laquelle , quoyque
le Rhinſoit fort gros presentement
, ily a cependant un gué, fur
lequel les ennemisfont retranchez
On rétablit les ouvrages du Fort-
Louis au delà du Rhin ; & comme
vers le mois de Septembre la riviere
de Stolhoffen est quéable en pluſieurs
endroits, les ennemis, outre la garde
de leurs lignes de Bibl , ferent obligezd'avoir
toûjours un Corps d'A1-
mée considerable devantle Fort-
Louis , pour empêcher d'entrer dans
leur pays , & que l'on ne prenne
leurs lignes de Bibl par derriere.
Cette artion nous a coûté prés de
150. hommes tuez ou bieffez, &prés
de soo, aux ennemi ; maisMrde
Stref bleflé à mort , est une grande
porte, ayant toujours ferui auce
384 MERCURE
beaucoup d'ardeur, & ayant toute)
-les qualitezd'un bon OfficierGeneval.
L'on ne peut trop se louer des
troupes. Mrle Comte de Broglio
a parfaitement bien fait, &donné
toûjours fes ordres fous un fort gros
feu avec beaucoup de fermeté. L'on
peut louer auſſi Mr de Barberay ,
Lieutenant Colonel de Navarre
tous les Capitaines de Grenadiers,
*&particulierement ceux de ceCorpslà,
qui avoient la tefte de tout. Le
Capitaine des Grenadiers du Regiment
de Lee a esté tué.
Je viens d'apprendre, que Mr
de Stref avoit follicité avec
beaucoup d'empreſſement le
commandement de cette expedition
; & la perte d'un ſi brave
hommeeſtd'autant plus fâcheus
fc
1
GALANT 385
ſe , qu'il eſtoit toûjours preſt de
s'expoſer aux perils les plus évidens
Mr de Valernod , qui
commande les Grenadiers du
Regiment de Navarre , s'eſt fort
diftingué dans cette affaire ; les
Grenadiers y ont eu le plus de
part , ayant agi ſous ſes ordres.
Je viens de voir une troifiéme
relation , qui meriteroit de vous
eſtre envoyée ; mais ma Lettre
en contenant déja deux , & le
temps me preſſant de finir , je
me contenteray de vous fa re
part d'un article , qui eſt à la fin
de cette relation. Voicy ce qu'il
contient.
Cette action , quoyque peu meurtriere
, a fourni aux ſpectateurs un
des plus brillants ſpectacles de guerre
qu'il foit poſſible de voir, Ellefait
Juillet 1706 . Kk
386 MERCURE
3
298
bonneur aux troupes , & elle en découvre
toute la bonne volonté ; puif.
que neufcens hommes ſe ſont audacieusement
portezdans une Iſle où
ils pouvoient trouver l'armée ennemie
en bataille. Le tempsque nous
avons employé depuis cinq jours a
transporterde Strasbourg an Fort-
Zoüis da Rhin un pont fur des
chariots, chaque batean employant
wingt-quatre chevaux avec toutson
attirail neceſſaire ; tout ce temps, disje
, estoitsuffisantpour donner à l'ennemi
celuydeſeprécautionner. Nôtre
joye cust esté parfaitefans la perte de
Mr de Stref , qui fut bleßé à mort
Gavant noftre débarquement ; il fut
remplacé par Mr de Broglio Maréchal
de Camp , qui remplit cette
2000Place avec beaucoup de conduite&
tende valeur. Nousy avons eu environ
GALANT 387
vingt Navarrois tuez ou bleſſezi je
ne dois pas oublier la vivacité de
leurs camarades , qui se voyantfeparez
d'eux par le Rhin , voularent
les aller joindre à la nage. Voilà le
dénouement de cette affaire , qui
effoit difficile &perilleuse ; mais qui
a esté conduite avec tant defageße ,
& executée avec tant de vigueur,
que nous en avons surmonté toutes
les difficultez, &qu'ayant étendu la
banlieuëdu
pauvre Fort- Louis,qui
estoit , pour ainsi dire , inutile , nous
Sommes presentement en estat , par
la poſſeſſion de cette Ifle , de venter
avecfuccés, quand ilplaira au Roy,
l'autre paſſage du Rhin. Le temps
est précieux , car l'ennemi retranche
àforce les bords de cette riviere. Mr
Le Maréchalfitpaffer hier un Corps
de Cavalerie àKell ; cette diverfion
Kkij
388 MERCURE
ne laißera pas que d'intriguer les ennemis.
L'on envoye de l'Infanterie tout
preſentement en deux ou trois endroits
le long du Rhin ; je croy que
noftreGeneral a envie de le paffer.
Je viens de voir des lettres
d'Allemagne , qui afſfeurent
que l'Empereur a envoyé
des ordres tres- precis à Mr le
Prince de Bade, de luy renvoyer
les cinq Regimens Imperiaux
qu'il a dans ſon Armée , pour
les faire agir contre lesMécontens.
Sicelaſe trouve veritable,
comme il y a beaucoup d apparence,
la petiteArmée du Prince
de Bade ne ſera pas en eſtat
d'executer aucune entrepriſe
confiderable, ainſique ce Prince
l'avoit reſolu,dans un Confeil de
GALANT 389
guerre tenu avant que Mr de
Villars luy eût donné le change ,
ainſi que vous venez de voir ;
mais vous le connoiſtrez encore
mieux par les mouvemens que
ee Prince fit , & qui estoient
entierement oppoſez à ceux
qu'il auroit dû faire, s'il s'eſtoit
douté des deſſeins de Mr de Villars.
Ces mouvemens font tres
bien marquez dans une lettre
dont je vous envoye ſeulement
l'extrait de cet article. up
201
Depuis quelques jours il paroisfoit
que Mr de Villars avoit formé
un projet ; & pour le mieux
executer , on faisoit courir le bruit
à l'armée, qu'on alloit faire le Siege
de Landau. Le Prince de Bade
ayant donné dans le panneau , fit
Kkiij
390 MERCURE
avancer une partie de ſes troupes
vers Philisbourg , dans le deffeinen
de paſſer le Rhinfur fon pont , pour
s'opposer à cette entrepriſe,& fairef
fubfifter son armée à nos dépens
Pendant ce temps, Mr le Maréchal
de Villars envoya les Brigades de
Navarre & de Toulouse à Stat
matt & à Drafenheim , au deſſus
du Fort- Louis, commefi elles n'efer
toient destinées qu'à garder le rivas
ge du Rhin ; le reste de l'Infantevie
fut postée à Lauterbourg,& la
Cavalerie marcha à Kelheim. Cette
diſpoſition eftant faite, Mrde Vil
lars fit inceſſamment jetter un pont
fur le Rhin , au dessus du Fort-
Loüis, à la faveur de plusieurs batteries,&
c.
Il eſt temps de vous parlerdu
GALANTM 39RE
Siege de Turin. Comme ce fiege
ne ſe pourſuit que par des ſappes
&par des mines , le détail que
je vous ferois de ces fortes d'ou
vrages ſeroit fi long , qu'il no
pourroit entrer dans mes Lettres
ordinaires . Ainſij'ay prisle
parti de vous y parler ſeulement
des ouvrages qui ſe ſont emportez
par l'effort du canon , & par
des coups de main ; mais on n'en
peut donner que de loin à loin ,
à cauſe du temps qu'il faut employer
pour découvrir les mines.
Ily en a un fort grand nombre
, puiſque cette place eſt mi
née juſque ſous l'avant - chemin
couvert. Toutes les mines ſont
doubles ; c'est- à - dire , qu'il y en
a qui ſont plus baſſes que le
fonds du foſté de la Citadelle
Kk iiij
392 MERCURE
&d'autres au deſſus , avec des
galeries quiy conduiſent. Le pas
rement du terrain eſt ſi mauvais,
que les mineurs ne peuvent
avancer qu'avec beaucoup de
peines , ne rencontrant que caila
loux qu'on ne peut détacher
qu'à coups redoublez.
Le 6. juillet, les lumieres ne
pouvant reſter ſans s'éteindre
dans noſtre mine de la capitale
du Baſtion de la droite , & nos
Mineurs entendant travailler
auprés d'eux , on fut obligé de
la charger & de la faire joüer.p
Cela fut executé à fix heures
du ſoir ; Mr de la Feüillade qui
eſtoit de retour auCamp depuis
trois heures , & qui estoit à la
tranchée , en fut témoin. Cettel
mine fit un entonnoir , autour
L
FALANTM 393
duquel on ſe logea i ce logement
eſt à dix toiſes de l'angle de l'a-g
vant-chemin- couvertemal
Le 8 au foir Monfieur le Duc
d'Orleans arriva au Camp. Jes
ne vous dis rien de ce que ce
Prince y fit , vous le trouverez
dans le détail que je vais vous
donner du voyage de ce Prince ,
depuis ſon départ de Paris juf
qu'à aujourd'huy.
On attacha le 12 au matin, le
Mineur vers la gauche, vis- à-vis
l'ouvrage à corne de la Ville,
qui eſt à la droite de la Citadelle
, & fur les huit heures du
foir on fit joüer la mine; mais au
lieu de faire ſon effet ſous une
redoute que les afſiegez appel
lent Lunette , elle ne fit ſauter
qu'un angle de cet ouvrage avec
T
394 MERCURE
une Compagnie de Grenadiersiv
des ennemis,dont la plus grandeus
partie fut enterrée , & le reſteib
ſauta en l'air & tomba dans nosm
tranchées.Nos Grenadiers monterent
fur cet ouvrage avec tous
te la vigueur poſſible ; & s'y b
étant logez & bien établissgilss
firent promptement des coupurολ
res, pour empêcher les affiegezt
de venir les en chaffer, par l'oues
vrage à corne qui y communique.
Les afliegez vinrent à trois
differentes repriſes pour regaon
gner cet ouvrage; mais inutile-d
ment. On fit 28. prifonniers dans
cette Redoute , avec un Lieu-b
nant- Colonel qui y comman
doit deux cens hommes. Nous
avons eu dans cette occafion
qui coûte cher aux ennemis.b
GALANTM39508
vingt foldats bleſſez , & quatre
tuez, avec un Capitaine de Grediers
de Normandie bleffé à
morú ans
Le 14. nous filmes joüer une
autre mine à la Lunette de la
droite. Dans le même temps les
aſſiegez firent une vigoureuſes
- fortie ; mais ils eurent la honte
d'eſtre repouſfez , aprés avoir
fait une perte confiderable. Ils
firent un feu terrible de leur
artillerie , de maniere que l'on
ne pût voir Turin que deux
- heures aprés , tant il y avoit de
fumée . Ce grand feu empeſcha
- de faire le logement , qui ne fus
fait que le 15.
Le 16. Mrle Marquis de Buzancy
, Colonel du Regiments
de la Reine , Infanteric , & fils
15
396 MERCURCE
aîné de Mr le Comte de Chag
marande , Lieutenant General,
fut tué à la fappe , d'un coup de
fufil qu'il reçût à la tête. IP
leva les yeux au Cielsen receb
vant le coup ,& fit un figne de
Croix. 29ננכ
ว
Le 21. dés la pointe du jour
noftre canon recommença a
rer, & fit un ſiterrible feu, qu'il
démonta une grande partie du
canon des affiegez , de maniere
qu'ils ne tirerent preſque plus,d
Outre quantité de pierres, quir
les incommoderent beaucoup
onjettta trois cens bombes dans
leur chemin couvert , qui renverſerent
& briſerent plufieurs
paliſſades Les mines furent!
auffi achevées & chargées . Ily
en avoit une depuis le bord du
GALANT 397
glacis qui traverſe le foſſé,àune
toiſe au deſſous , & qui ſe trouvoit
directement ſous une angle
du Bastion . Sur les onze heures
du foir , on mit le feu aux mines,
& enſuite l'on attaqua trois Lunettes
, que l'on emporta l'épée
à la main, avec l'avant- chemincouvert
, où l'on ſe logea , ainſi
que dans les trois Lunettes ; les
afliegez curent plus de quatre
cens cinquante hommes tuez ou
bleſſez , & nous n'eûmes que
cinquante bleſſez , quoique le
feu cuſteſté tres-grand pendant
plus de deux heures.
La lunette de la droite des
trois Lunettes qui furent priſes /
l'épée à la main le 21. fut repriſe
le 22. l'épée à lamain , à quatre
heures aprés midi , dans une for
398 MERCURE
1
tieque les ennemis firent de deux
mille hommes d'Infanteric, foûetenus
de quatre cens chevaux ;
mais nos Grenadiers neslesven
laiſſerent pas maiſtres plus d'un
demi quart d'heure . Ils l'emporterent
de vive force , & ils y firent
un ſi bon logement , qu'ils
en étoient encore en poffeffion,
auffi-bien que des deux autres,
le 25 au foir, & de tout l'avantchemin
- couvert qui couvre ces
trois Lunettes. Cette priſe a
donné lieu d'établir trois batteries
de dix & de douze pieces de
canon de 24 & deux de mortiers
qui battent en bréche les demilunes
; enforte que le 25.Aces
* batteries & les ſappes n'étoient
plus qu'à 14. ou 15. toiſes du
chemin couvert de la Citadelle.
HIGALANT 8399
21
xulbyba une autre Lunette, entre
-ûla Citadelle & l'ouvrage à corneà
la gauche des trois autres ,
novistarvis la demi- lune qui cou-
Sivre la porte Suzine ; & la ſappe
-10qui conduit à cette Lunette ,
An'en eſt plus qu'à fix ou ſept toi
ali fes. Les Grenadiers ont perdu
endouze Officiers en cette occafion
, où les ennemis ont perdu
- quatre cens hommes .
250 Comme la diverſité plaiſt ſousvent,
je croy devoir mêler l'article
desEnigmes parmi des artiab
cles ſerieux. Le mot de l'Enigme
215derniere, eſtoit le Pepin. Cette
-irEnigme eſtoit tres difficile , &
23pluſieurs en ont inutilement
10 cherché le mot. Voici les noms
ub de ceux qui l'ont trouvé ; Mrs
lle Nain , Marquis de l'Epine ;
400 MERCURE
Loüis Tyndare ; Simon Oreſte,
& Henri Tarxon ; Boutrey &
Didier , de S. Germain en Laye ;
Valinski, & les deuxEdmesde la
• ruë des Bourdonnois ; Danvin;
le Marquis Dingy ; Malet , Enfant
de Choeur de S. Germain
de l'Auxerrois ; l'Abbé Billardin,
& le Beneficier de Saumur ;
le Chevalier de Furtainville ;
l'Abbé de Megrigny , & l'Abbé
Myftique ; le Docteur Abaillard
, Mr de Sçait- tout , & le
Prieur de T. en ville ; le Prévoſt
de Boulogne ; le Muſicien , de
la ruë des trois Maures ; Damour;
le Boiteux , du coeur de
la ville ; l'Amant ſecret
deux pilliers d'or de la ruë S.
Jacques; le Favori d'Apollon ,
de la ruë de l'Hirondelle
des
GALANT 403
TRADUCTION
d'une lettre de la ville de Seville,
au Roy d'Eſpagne..
201
SIRE ,
La ville de Seville fit partirun
exprès la nuit du 2. de ce mois, pour
porter, fans avoir esté ouverte, aux
pieds de Voftre Majesté , la lertre
qu'elle reçût , avec connoissance ,
qu'elle estoit du Marquis das
Minas , dans le temps qu'elle se
trouvoit affemblée au Palais dis
Reverend Archevelque , où avoient
concours aussile Comte Mirafloresde
los Angeles noſtre aſſiſtant , les
Deputez de la Junte de guerre de
Llij
404 MERCURE
la ville, le Doyende la fainte Egli
ſe, les Deputez de fon Chapitre, le
Commandant & le BrigadierDom
Loüis de Solis. Il fut refolu, dans
cette Affemblée, qu'on leveroit deux
Regimens de Cavalerie pour le fervice
de Vostre Majesté , & on convint
des moyens les plus propres&
les plus prompts à les mettre fur
pied. Dans l'empressement d'y contribuer,
le grand zele de nostre Prelat
& celuy du Chapitre en faciliterent
lefuccés. Le premierse char
gea pour leservice de Vostre Majesté
de deux Compagnies de Chevaux,
& lesecond de quatre ;
dans cet esprit la ville employe
tous ſes ſoins ày mettre la derniere
perfection , & le pluſtioſt que luy
permettra l'estas present de ses
moyens. On trouva à propos aulli
GALANT 405
court
con-
'de dépeſcher un exprès auMarquis
de Villadarias , pourle prier , s'il
n'y trouvoit point d'inconvenient ,
de faire le plaisir à cette ville, d'y
venir, quand ce neseroit qu'enpas
Sant ,&pour un terme bien
afin qu'avec le fecours de fes con-
Seils fages&feurs , on prift de concert
toutes les mesures les plus
venables pour tout ce qui seroit du
plus grand ſervice de Voftre Majefté.
CeMarquis nous donna de nou.
velles preuves de son activité& de
fon zeie ; il arriva dans cette ville
quelques heures aprés qu'il en eut
receu la lettre , & it aſſiſta en per.
fonne àune feconde Affemblée, qui
ſe tint dans le mesme PalaisArchiepiscopal
, où se trouverent tous
ceux qui avoient esté de la précedente.
Après une longue delibera
406 MERCURE
tion , on refolut unanimement de le
ver encore autourde cette ville quatre
ou fix Regimens d'infanterie,
conformément au projet de l'année
mille ſept cens trois 3 c'est à quay
cette ville s'employe encore avec le
plus de zele & d'empreffement. Et
comme il nous a paru qu'il convey
noit beaucoup de sçavoir auvray
dans quelles diſpoſitions ſe trouvent
les autres villes des deux Andalou.
fies ; celle-cy leur a écrit , pour les
exhorter à l'union , ft neceffaire &
li importante à la deffense commu
ne. Le Marquisde Villadarias de
fon côté, sans se dispenser d'aucun
travail ni d'aucune diligence, eft alle
avec toute la vitesse poſſible à
Carmona , à Ezija , à Cordoüe , à
A dujar, & à Jaën, où il a fouhaite
que Ubeda & Baëça fiffent trou
GALANT 407
-wer leurs Députez , pour faire enfemble
un estat certain de leurs forces
reünies avec celles de cette ville
pour les faire marcher où le
besoin le pourra requeris : à l'effes
-de quoy nous esperons qu'il reviendra
dans peu iey. Et cette ville ja
geant indigne de fa fidelité &de
fon amour , la moindre communi
cation avec les lieux , qui pouravoir
cedé à la force ou autrement,
ne se trouvent plusſous l'obéiflance
qui nous eft fichere&fi précieuse
nous avons fait publier à son de
trompe des deffenses expreſſes d'a
voir aucune correspondance avec
Madrid, ni avec aucune autre vil
le, qui puiſſe ſe trouverfous l'obéiffance
de l'ennemi ; & nous avons
fupprimè les Courriers&les Poftes ,
afin de nous épargner l'horreur de
408 MERCURE
recevoir ou par les Ordinaires , ou
par des Exprés les avis odieux de
leur infelicité Dans cettemesme at.
tention, cette Ville afenti violem.
ment , que le malheureux évenement
de Madrid n'ait pas permis à
Dom Jean Chacon, nostre Procureur
en Chef, de paßer outre pour aller
felon l'ordre qu'il en avoit de cette
Ville, se jetter aux pieds deVostre
Majesté en quelque endroit qu'elle
foit, pour obtenir d'Elle, comme une
grace, les ordres dont elle voudroit
nous honorer, &dans la crainte que
cedantà la force & à la violence, il
neſe viſtréduit à la moindre choſe
opposéetà l'amour&à la fidelité ,
que cete ville s'empreſſe de faire
paroiſtre au service de VostreMajesté,
ce devoirqui nese dementira
jamais en nous , nous determina
fur
GALANT 4:09 :
1
fur t'heure à prévenir ce danger ; revoquant
le pouvoir qu'on luy avoit
donné, convoquant un nouveau Confeil
de Ville, pour nommerfans le
moindre délay , un nouveau Procuveur
en chef, qui profitant de tous
- des momens , aille meriter à cette
Ville le bonheur de ſe voir toûjours
la mesme aux piedsde Vostre Majesté
, qui est pour nous un centre
vers lequel tendent avec venera-
-tion nos voeux&nos services ,& au
quel aucune forte d'évenement ne
nous arrachera jamais. Dans cette
ferme resolution cette ville ne voit
point pour ellede peine à comparer
à celle qu'elle fent de ne pouvoir
• contribuer à son gré au foulagement
de Vostre Majesté,dans tant deſoins
&de fatiques , &de ne pouvoirporterfes
efforts auſſi loin que ſes defirs,
Juillet 1706 , Mm
410 MERCURE
Que Dieu garde , Sire, la Cathory
lique & Royale perſonne de restre
Majesté, comme la Chrétienté ledeso
fire, &la deffense de l'Eglise Car
tholique en a besoin. A Sevillele
8. Juillet 1706.le Comte Miraflo
res- de los Angeles ; Dor Joan Fel
Los DomAndré Tamaris ; Dom Jo!
Seph Vadillo & Ribera ; le Mardi
quis de Gandul; le Marquis de Vito
lamarig; Dom Diego de Pavias
Torres Ponce de Leon , &c. no eli
Les ennemis n'ont pu obtenir,
dans Madrid , que perſonne y
criaſt Vive Charles III. Plus ils
ont preſſé pour l'obtenir , plus
ils ont entendu retentir , Vives
Philippe V. A force de perſecutions
, ils l'ont obtenu d'unmiss
ferable Tailleur ; on l'auroit la
pidé, s'il ne s'eſtoit retiré bien
M
BALANTM 4
viseli ne le porta pas loin ; on
lefurpris la nuit dans ſon lit , Se
onluydonna cent coups de poik
gnanda ilgash
Les Habitans de Vailladolid
n'ont pu ſouffrir la garniſon que
les ennemis avoient laiſſée dans
leur Ville. Ils ont pris les armes
ils ont fait main-baffe fur ceux
qur leur ont refifté , ils ont mis
les autres dans des cachots , &
ils ont envoyé dire au Marquis
das Minas & à Mylord Gallovvay
, qu'ils en uferoient de
même ſur tous ceux qu'on y en
voyeroit ; que ſi l'on faifoit cone
tre eux aucun acte d'hoſtilité ,
ils égorgeroient ceux qu'ils
avoient entre les mains: & qu'ils
periroient mille fois plûtoſt que
de changer de Maistre, freig
Mmij
4.12 MERCURE
1
Ће
el Les ennemis ont eſtéà Tolede,&
ils y ont arboréd'Eiondard
de l'Archiduc. Le peuple
aj couru au lieugoul eftoir cet
Etendard, s'en eſt ſaiſia
déchiré en mille pieceso
s'en eſt pas tenu là , il a dit ouvertement
, qu'il periroit midle
fois plutoſt quee d'eſtre infidelle
à Philippe V. Il luy a envoyé
des Députez pour l'en aſſurer ,
& chacun , ſans y eſtre excité , a
donné quelque ſomme d'argent ,
destuns plus , les autres moins ,
pour eſtre portée au Royo, a-
Avec des affurances qu'ils pren-
*droient les armes , & qu'ils fe.
roient les derniers efforts pour
3 ſon ſervice.
Tout le monde ſe cottiſe volontairement
pour faire de l'arGALANT
$413
gent au Roy. La Nobleſſe le
joint de tous coſtez . Les Eccleſiaſtiques
envoyent de toutes
parts de l'argent à Sa Majeſté ,
& des proviſions à fon Armée.
Pluſieurs perſonnes de confide-
-tration ſe ſont déguiſées pour ve
nir,des pays revoltez ou ſoûmis ,
- fe rendre auprés du Roy.
Le peuple de la Ville de Saragoce
s'eſt revolté , mais toutes
& les autres Villes du Royaume
d'Aragon , ſont fidelles ,&tou
ete la Nobleſſe a proteſté de ne
--jamais changer de Maiſtre.
La ville d'Alicante a déclaré
auſſi , que rien n'eſtoit capable de
l'ébranler dans ſa fidelité ; Mr
de Mahoni qui y commande , ſe
Loloue fort duzele des Habitans .
Il écrit , que quand on aſſiege-
Mm iij
414 MERGURD
:
geroit cette place parmer & pars
terre , il la défendra fix femai
nes pour le moins.gial sidesit
Quant aux deux Caſtilles
aux deux Andalouſies ,à la Nau
varre , à la Biſcaye , aux Aftub
ries , & à la plus grande partie
du Royaume d'Aragon , riem
n'eſt égal aux marques particuub
lieres & publiques qu'ony dom?
ne de la plus grande fidelité
Onest fort en repos pourCadiz,
&pour toutes les Coſtes de ſon
voiſinage.
Les dignes Eſpagnols ſoûtiennent
bien , dans ces temps malheureux
& difficiles , toute l'i
déequ'ils ont donné depuis tant
de fiecles de leur fidelité , & de
la nobleſſe de leurs sentimens ;
rien n'eſt égal à leur fermeté,
GALANT 415
à leur zele , & fur tout à l'atta
chement qu'ils ont pour la vee
ritable Religion.
UnAnglois ayant arraché,dans
une Eglife de Valence, le Galice
des mains d'un Preſtre, qui celebroitla
Meffe , & ayant bû dans .
ce Galice a la ſanté de l'Archi
duc les Miniſtres de cette Eglin
ſe, outrez d'un pareil procedésfirent
arborer à leur clocher , un
étendard noir,en ſigne de guer
Les dernieres nouvelles font
que 12. Bataillons François& 2.
Regimens de Cavalerie, avoient
joint Sa Majesté Cath. mais je
ne doute point que vous n'ap
preniez la jonction de toute
L'Armée , avant que vous rece
viez ma Lettre.
416 MERCURE
Vous attendez , fans doute ,
que je vous rende compte du
voyage de Monfieur le Duc
d'Orleans,depuis ſon départ de
Paris ;& vous me marquez ,que
ce que je vous ay dit de fon Alteſſe
Royale, dans ma derniere
lettre , en vous apprenant le
choix que le Roy avoit fait de
ce Prince pour commander ſes
Armées en Italie, vous en avoit
fait concevoir une grande opinion
. Je ne doute point qu'elle
n'augmente, lorſque vous aurez
lû cequi fuit. Il eſt tiré d'une
relationde la Bataille de Steinkerke
, dont je vous envoyay
*alors un volume ſeparé.
Monfieur le Duc de Chartres
voyant de loin , que le combat s'en
BGALANT 417
gagesit dit à Mr de laBerthiere ,
for Sous Gouverneur, que comme on
neuroit pases fitoft beſoin du Corps de
Jeſerve qu'il commandoit , il vou-
Jait aller à l'endroit où les ennemis
nous attaquoient , & qu'il feroit
bientot revenu au Corps de referve,
S'il arrivoit quefa prefenceyfut neceffaire.
Ils y courarent , &je mivent
fi avant dans le peril, malgré
ales bales qui fifloient de toutes
-parts , qu'un coup de canon ayant
semporté un Cavalier ,& la teste de
fon cheval , les fit tomber l'un &
Pautre fur Mr de la Berthiere, qui
-fat renverse. Deux foldats le releverent,&
luy aiderent à monter à
cheval. Pendant ce grand feu une
bale perça le juſt aucorps de Monfieur
de Chartres à l'épaule, & fortit
par l'autre côté , ſans l'avoir
418 MERCURE
coup au
bleffé; mais,peu après , iil reçût un
bras , qui luy fit dire , fans
trop s'étonner, qu'il l'avoit calle On
P'obligea de le remuer ; ce qui fit connoiſtre
que ce n'estoit qu'une grofl
contusion . Elle fut telle , quee comme
on le contraignit de venir derriere
unehaye pour estre panje, il fallut
donner s'estoit en en cet endroit, qui
fle extraordinairement , 4. ou f .
coups de raſoir pour faire fortir le
Sang; aprés quoy ce jeune Prince retourna
s'expofer tout de nouveau.
S'il a beaucoup de valeur, sa bonte
pour les malheureux n'est pas moins
grande ;;&lorſqu'on eurfini lecom.
bat, ilfit une action digne d'une
éternel ſouvenir , & qui doit fervit
d'exemple aux Princes. Il n'y a
point de troupes qui manquent moins
de toutes choses, que celles de Fran-
P
GALANT 419
bredes
2
ce , sur tout de secours , quand il
ya des bleffez. L'on envoye des chariots
pour les querir, &on les panfe
avant que de les enlever. C'est ce
qu'on ne manqua pas de faire en
cette derniere occafion ;;mais le nombleſſezs'estant
trouvégrand,
il en demeura environ 20. ou 30.
pour lesquels il ne se trouva point
de chariots. On ne laißu pas de les
panser , &on leur promit que l'on
• reviendroit les prendre. Pluſieurs
bleffez des ennemis que l'on croyoit
morts , ayant entendu la promeſſe
qu'on leur avoit faite , &remarqué
une bonté naturelle dans la maniere
des François , qui leur faisoit efpererdes
marques de leur charité ,
traiſnerent le mieuxqu'il
fut poſſiblejuſques auprés des bleſſez
qu'on devoit venir queriri deforte
ilsfe leur
420 MERCURE
qu'on en trouva 2. ou 3. cens plas
qu'on n'avoit cra , lorſqu'on revint.
Monfieur le Duc de Chartres l'apprit
auſſitost , & dit , qu'il falloit
les enlever . On luy répondit, que
c'eſtoient des ennemis ; ce
jeunePrince repartit , qu'il ne connoiſſoit
point d'ennemis , à
moins qu'ils n'euffent l'épée à
la main. S'il traite ainfi les ennemis
, on peut juger de quelle manieil
en a ufé avec les François. Ila
fait chercher tous les Officiers qui
avoient esté bleſſfez, pour connoistre
ceux qui avoient besoin d'argent ,
afinde leur enfaire donner.
Ceque vous venez de lire ,
doitfairevoir ceque les ennemis
doivent craindre de la valeur
de ce Prince ; ce que la France
endoit efperer ; & ce que les
troupes
GALANT 421
troupes doivent attendre de ſa
bonté. Je ne vous dis rien de ce
qui s'eſt paſſé depuis ſon départ
de Paris, qui fut le 1. de Juillet,
juſqu'à fon arrivée à Lion; où il
alla en rois jours & demi ; puifqu'il
a marché avec tant de
rapidité , & fi peu de ſuite , qu'à
peine a t- on pu ſavoir fon paffage
dans les Villes qu'il a eſté
obligé de traverſer. La même
choſe nepouvoit arriver à Lion ,
laVille étant trop confiderable;
& d'ailleürs ce Prince étant
* tellement fatigué de ſa longue
route, dans laquelle il n'avoit pû
eſtre ſuivi que de trois perfonnes
en arrivant à Lion , qu'il
fut obligé d'y refter pendant
huit heures,tant pour y attendre
le reſte de ceux qui l'accom-
Juillet 1706.
Nn
422 MERCURE
pagnoient , que pour s'y repos
fer en écrivant pluſieurs lettres,
Mr Trudaine , Intendant de
Lion , alla le recevoir à quel
ques lieuës de la Ville , & l'a
mena dans ſon Hôtel , où il y
avoit un grand repas préparé ,
mais ce Prince préferant le trai
vail au repas , dit qu'il vouloit
écrire. Eſtant entré dans le cabinet
de M Trudaine, il écrivit
au Roy , & fit encore luy-même
pluſieurs autres dépeſches. Enfuite
de quoy voyant que s'il ſe .
mettoit à table, la nuit ſurviendroit
, & qu'il ne pourroit fatis
faire l'impatience du peuple de
Lion , qui ſouhaitoit de le voir .
il fortit &alla ſe promener fur
les remparts , & enfuite au
Cours , où les Dames deſcenGALANT
423
dirent de caroffe , pour avoir le
plaifir de le voir plusaifément.
Elles furent charmées de ſes ma.
nieres & de ſa bonne grace. Ce
Prince ſe rendit au retour de la
promenade chez Mr l'Inten
dant , où il trouva une table fur
laquelle il n'y avoit qu'un cou
vert, & une autre de dix - huit
couverts ; & ayant fcû qu'une
de ces tables étoit pour luy
feul , & l'autre pour autant de
Dames qu'elle avoit de cou
verts,il ordonna qu'on ne fit qu'
unetabledes deux , & ce Prince
foupa avec les Dames. Lerepas
fut fuperbe , & tous ceux qui
connoiffent la magnificence de
Mrl'Intendant , en feront aifé
ment perfuadez . Toutes les Da.
mes étoient fort parées;& quand
Nnij
424 MERCURE
elles l'auroient moins eſté, elles
n'auroient pas laiſſe de briller
beaucoup : toutes celles
queMr de Trudaine avoit choifies,
n'ayant beſoin que de leurs
propres attraits pour paroître
avec éclat. La conversation fut
fpirituelle & vive pendant le
fouper fon Alteſſe Royale
n'ayant pas moins de vivacité
que de galanterie , & ce Prince
ayant l'avantage de plaire & de
réuffirdans tout ce qu'il dit , &
dans tout ce qu'il fait. Tantde
charmes ne l'arreſterent pas au
delà du temps qu'il s'étoit propoſé
de partir ; il quitta Lyon
àdeux heures aprés minuit, ſans
s'y eſtre repoſé un moment ,
pendant les huit heures qu'il y
demeura , & remit à prendre du
GALANT 425
repos dans ſa chaiſe de poſte .
C'eſt un repos bien interrompu,
mais ceux qui courent aprés la
gloire , en font ordinairement
leur plaifir. Ce Prince partit de
Lyon au bruit de pluſieursſalves
de canon , & aux acclamations
du peuple , que la nuit n'avoit
pas empêché de remplir les
ruës , pour luy ſouhaitter mille
benedictions , & un heureux
voyage . Il s'apperçût , lorſque
le jour commença à paroître .
qu'une chaiſe fort chargée s'embloit
ſuivre la ſienne. Il demandace
que c'étoit ; & on luy répondit
, que comme dans ſa route,
il ne pourroit trouver aucun
lieuoù l'on puſtiluy ſervir à dîner
, il y avoit dans cette chaife
de quoy dîner , dans le lieu on
Nnij
426 MERCURE
..
il luy plairoit s'arrefter. En
effer, Mrl'Intendant avoit fait
mettre dans des pains chauds ,
tout ce que le pays avoit pû luy
fournir de mets des plus exquis.
Ce Prince ayant jetté les yeux
d'un autre coſté , remarqua une
autre chaiſe qui paroiſſoit auſſi
remplie que celle dont je viens
devous parler. Il demanda auſſitoſt
ce que c'étoit que cette autre
chaife. On luy répondit, que
comme il pouvoit avoir beſoin
de boire avant l'heure de fon
dîner , il trouveroit dans cette
chaife , de pluſieurs fortes de
vins , avec de l'eau à la glace
pour ledéſalterer . Vous pouvez
vous imaginer les loüanges
qu'il donna aux foins de Mr
l'Intendant & à ſa prévoyance ,
GALANT 427
1 & les remercimens qu'il ordonna
qu'on luy fiſt de ſa parr. I1
poursuivit ſon chemin vers le
Camp de devant Turin , où il
arriva le 8. mais ſi tard,qu'il ne
pût ce jour- là viſiter aucuns
travaux. Tous les Officiers Generaux
, & tous les Subalternes
qui purent quitter leurs poftes,
vinrent luy faire leur Cour, b
Le lendemain 9. ce Prince
viſita , dés le matin , les lignes
de circonvallation , & de contrevallation
, le Pont fait fur le
Pô,& les Redoutes de la droite .
Il trouva tous ces travaux immenfes
, & faits avec beaucoup
de foin & d'intelligence , de la
part de ceux qui les avoient or
donnez ; & ce Prince fit voir ,
par tout ce qu'il dit , qu'il par,
428 MERCURE
loit avec connoiſſance. Aprés
midyil entra dans les tran
chées , & il examina les ſappes
les unes aprés les autres. Il ap
prouva la conduite que l'on tenoit
, de ne pouffer les travaux
qu'à mesure que les Mineurs
avançoient , & qu'ils décour
vroient les mines des afligez
qui ſont en grand nombre , afin
de conſerver les troupes ; & il
fit de grandes liberalitez aux
foldats , qui étoient ce jour-là
de tranchée . Ce Prince ne craignant
point d'expoſer ſa perfonne
, voulut voir d'aſſez prés
la montagne des Capucins , au
bas de laquelle il y a quatre Ba
taillons retranchez .
Monfieur le Prince de Vau
demont envoya faire complie
GALANT 429
د
ment à Son Alteffe Royale, par
Mr de Galouby, l'un de ſes Gentilshommes
qui luy marqua
l'impatience que ce Prince ,&
toute la Ville de Milan avoient
de le voir. Ce Gentilhomme qui
s'en retourna auſſi - toſt aprés
avoir fait ſon compliment , cut
le malheur d'eſtre pris par les
Huſſars ennemis
II
iep
Son Alteſſe Royale partit le 10
dans le deſſein d'arriver lerrà
Milan. Monfieur le Prince de
Vaudemont , qui avoit fait pré
parer & peindre pluſieurs Barques
& Galiotes pour la recep
tion, ſe rendit au bout du canal
qui eſt fort long , accompagné
de toute la Cour. Il le reçût au
bruit des fanfares , & le condui.
fit juſqu'à Milan avec lesmeſmes
430 MERCURE
fanfares & le mefme accompa
guement , où ce Prince entra au
bruit de pluſieurs ſalves de tou
te l'artillerie . Il fut conduit au
Palaisde Monfieur le Prince de
Vaudemont , où il trouva une
garde Eſpagnole. Ce Palais étoit
rempli d'un grand nombre d'Officiers,
&des perfonnes les plus
diſtinguées deMilan qui estoient
venues , tant pour faire compliment
à ce Prince , que pour le
voir& luy faire leur Cour Hy
cut ce foir-laune grande mufique;
& tout ceque l'on y chan
ta, futà la gloire defon Alteſfe
Royale. Lefouper fut magni
fique , &la joye éclata tur levis
ſage de tous ceux qui eurent
l'honneur de ſouper avec un
Prince , qui n'eſt pas moins re-
1
GALANT 431
commendable par la grande penétration
de ſon eſprit , & par
toutes ſes belles qualitez , que
par la grandeur de ſa naiſſance.
Enfin toute cette ſoirée ſe paſſa
en feſtes &en divertiſſemens .
-. Le lendemain fon Alteſſe
Royale alla entendrela Meſſe à
l'Egliſe de S. Charles , où tout
ce que la Ville de Milan a de
plus diftingué , ſe trouva ; & l'on
remarqua que toutes les Dames
eſtoient parées comme dans un
jour de feſte & de ceremonic.
CePrince alla voir l'apreſdînée
tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la Ville , & rendit pluſieurs
viſites. Les acclamations duper
ple ne ceſſerent point dans tous
les lieux où il paſſa. Monfieur
Je Prince de Vaudemont luy
432 MERCUR E
donna le ſoit un grand fouper,
où les principales Dames de la
Ville furent conviées. La converſation
ne fut pas moins fpirituelle
qu'à Lion ; les Dames
Italiennes ayant beaucoup d'efprit
& de vivacité dans leurs reparties,
Le ſouper fut fuivi
d'une Comedie , qui plût beau-
*coup moins que la converſation
des Dames.
Le lendemain 13. ce Prince
partit de Milan , accompagné
des voeux de tout le peuple
pour le ſuccés d'une heureuſe
campagne. Monfieur le Prince
de Vaudemont, aprés l'avoir accompagné
à Cremone ,luy laifa
ſes équipages , & une partie de
ſa Maiſon , pour le ſervir.
Il ſemble qu'à meſure que ce
Prince
GALANT 433
Prince s'eſt avancé en Italie , les
affaires n'ayent changé de face
en Lombardie , que pour augmenter
ſa gloire , & luy donner
matiere de faire voir qu'il n'eſt
pas moins bon General , que s'il
avoit long-temps commandé des
armées , puiſqu'en y arrivant il
a eſté obligé d'y faire une diſpofition
nouvelle de toutes choles;
les ennemis ayant paffé l'Adige
le 6. de Juillet , & ayant le 12 .
pafféle Canal Blanc, aprés avoir
beaucoup fouffert depuis le 6.
juſqu'au 12. le poſte eſtant tresmauvais
, & leurs troupes ayant
eſté défolées par une terrible
quantité de mouches. Il n'eſt
pas ſurprenant que les ennemis
ayent paffé ; nous avons tre te
milles d'étenduë de païs à gar-
Juillet 1706 . 00
1
434 MERCURE
der , & il nous a ſuffi de les faire
fouffrir long - temps , dans des
lieux où ils ont manqué de vivres
. Je vous ay ſouvent dit que
s'ils remontoient le Pô preſque
juſqu'à ſon embouchure , il leur
feroit facile de le paffer , parce
qu'il eſtoit impoffible de bien
garder une auffi longue étenduë
de païs : mais il faut conſiderer
qu'en remontant ſi haut , ils ont
cu beaucoup de chemin à faire ;
& qu'aprés l'avoir paſſé à la Polizella
, au-delà de Ferrare , il
leur reſtoit prés de ſoixante - dix
lieuës à faire juſqu'à Turin ,
dans un païs coupé de plus de
dix rivieres , & d'une infinitéde
canaux , & rempli de pluſieurs
défilez . Les chofes eſtant en
eette diſpoſition , Monfieur le
GALANT 435
Duc d'Orleans a commencé d'agir
en General , en donnant differens
ordres , & en laiſſant Mr
de Medavy ſur le Mincio avec
dix - ſept Bataillons & douze
Eſcadrons & faiſant mettre
quatorze autres Bataillons dans
Mantouë , Gouvernolo , Oftiglia
, la Mirandole , Modene ,
Reggio & Guastello . Ce Prince
aauffi fait faire un pont a Cremone,
& un autre à Miraſole . II
adonné fes ordres pour la garde
de tous les défilez , & a dit à Mr
le Duc de la Feüillade de tirer
les troupes dont il pourroit n'avoitpas
beſoin au ſiege deTurin ,
& de les envoyer à la Stradella &
au Panaro. Je ne dois pas oublier
de vous dire que ce poſte ſuffic
ſeul pour arreſter les ennemis ; &
Ooij
436 MERCURE
4
que fi onl'avoitoccupé , ſuivant
les ordres de Mr de Vendôme ,
dans le temps que le Comte Guy
de Staremberg paffa en Piémont
avec ſon armée, ce Generaln'au
roitpû avancer ſans eltre arrefté
long- temps , & fans perdre
beaucoup de troupes. SonAlteffe
Royale ayant ainſi pourvû
à toutes choſes , s'eſt campé de
maniere , qu'elle peut diſputer
aux ennemis le paſſage de la
Seccia ; ce Prince eſt entre deux
poſtes avantageux. Il eſt à remarquer
que les ennemis qui ont
pafféle Pô, ne font au nombre
que de vingt-quatre millehommes,
& qu'ils ne peuvent en faire
venir davantage de ce coſté- là ,
ayant beſoin ailleurs de fept ou
huit mille hommes qu'il leur
GALANT 437
reſte, à cauſe de Mr de Medavy
qui les obſerve. Les troupes Heffiennes
qu'ils attendent, doivent
Jautfi demeurer avec ce Corps qui
ne fera pas auſſi conſiderablement
renforcé , que les ennemis
s'attendoient. Ces troupes ne
peuvent arriver que vers le
quinze de ce mois , eftant beaucoup
diminuées à cauſe de leur
longue marche , de la defertion
, & des maladies caufées
par la quantité de fruits qu'elles
ont mange fur leur route; en
forte que l'on affure que ce
ſecours dont on a fait tant de
bruit , ne fera pas de plus de
6000. hommes . Monfieur le
Duc d'Orleans ayant envisagé
toutes ces choses , a fait direà
Mr de Chamarande, qu'il nede-
O o iij
438 MERCURE
voitpoint apprehender queTus
rin fuſt ſecouru ; mais que ce
pendant il ne devoit pas laiſſer
d'en pourſuivre vivement le Siege.
Il a fait en même tems ſavoir
à Mele Duc de la Feüillab
de , qu'il pouvoit continuer de
poursuivre Monfieur de Savoye
dans les vallées de Luzerne &
d'Angrogne oùil aété contraint
des'enfermer , ſon arriere garde
ayant eſté batuë par Mrle Comte
de Peſeur , détaché par Me
le Comte d'Aubeterre , lorſque
ce Prince décampoit de Saluces
pour aller à Carava. Ily a perdu
200 Dragons , tuez ou faits prifonniers
, avecMonfieur lePrince
Emmanuel de Soiffons , neveu
de Monfieur le Prince Eugene,
Mr le Comte de Sales , un Cas
GALANT 439
pitaine de Dragons & pluſieurs
autres Officiers , qui font aufli
du nombre des prifonniers .
Monfieur de Savoye ſe voyant
poursuivi par trois endroits
dans ces vallées , & fa Cavalerie,
qui n'étoit plus que de 1700.
chevaux , manquant de fubfiftance
, il l'a démontée ; il a envoyé
les chevaux pour paiſtre
dans les montagnes , avec le
nombre de Cavaliers neceſſaire
pour les garder , & il a retenu
le reſte avec 800. Barbets ou
Montagnards , pour garder les
paffages : & l'on affure que ce
Prince s'eſt trouvé fort embaraffé
dans ces Vallées , où ſes
troupes ont manqué de vivres .
Il ne peut déboucher que par
trois endroits ; & comme ils font
440 MERCURE
tous gardez , on attend avec
impatience la fin de cette affaire
, dont on devroit avoir eu
des nouvelles il y a long- temps.
Les mauvais fuccez ſe ſuivant
de prés , Monfieur de Savoye a
fait encore une perte preſque
dans le meſme temps. Mrle
Comte de Sartirana allant occuper
la hauteur de Parodi ,
découvrit Mr le Marquis de Parelle,
qui s'avançoit avec mille
fantaſſins & quatre cens chevaux
pour fecourir Ceva. Il
marcha au devant de luy , &
l'ayant attaqué , le défit , aprés
luy avoir tué ou pris trois cens
hommes . Mr le Marquis de Parelle
& un autre Officier confiderableſont
du nombre des prifonniers.
Le reſte fut diſſipé &
GALANT 441
pourſuivi durant plus de quatre
milles d
Je paſſe à la fuite des affaires
d'Allemagne . Depuis queMr le
Maréchal de Villars s'eſt rendu
maiſtre de l'Iſle du Marquiſat,
on voit l'Armée ennemie ſe placer
de l'autre coſtéde la riviere
de Stolhoffen, dont elle retranche
les bords. Nous avons auffi
établi des redoutes & des batte.
ries fur les bords de la mesme
riviere ; de maniere que lorfqu'elle
deviendra guéable , les
ennemis feront obligez d'avoir
toûjours un grand Corps pour
défendre cette entrée en Allemagne.
Ils avoüent qu'ils ont
perdu dans la derniere affaire ,
cinq cens hommes & dix - sept
Officiers. Ils avoient quarante
442 MERCURE
deux Bataillons & cinquantehuit
Eſcadrons,depuis Stolhoffen
juſques à Strasbourg
Les fondemens de l'ouvrage
à corne & de la demi- lune, qui
couvroient le bout du Pont du
Fort - Loüis du coſté d'Allemagne
, ayant eſté trouvez tresfolides
, Mrde Villars fait travailler
à remettre ces ouvrages
en l'état où ils étoient avant la
Paix. Les ennemis fe retranchent
en ligne parallele ; & tout
ſe fait à la demie portée du
mouſquet. Il y a quelques Lettres
qui portent que ce General
ſe préparoit à paſſfer le petic
bras du Rhin qui reſtoit , afin
d'aller attaquer par derriere les
lignes de Stolhoffen, & de s'éta
blir en Allemagne ; & voulant
GALANT 443
pour cet effet , donner de l'inquietude
aux ennemis , il a fait
fortir du Fort de Kell le Regiment
de Dragons de Liſthenois ,
avec quelques autres Regimens.
On a enfin des nouvelles certaines
de l'Archiduc , & de ce
qui s'eſt pafflé à Saragoſſe . Le
menu peuple étant dans le deffein
de reconnoiſtre l'Archiduc,
ce Prince s'y eſt rendu , où il a
eſté proclamé Roy d'Eſpagne ,
par la populace. Il eſperoit que
la Nobleffe & le reſte du pays
ſuivroient cet exemple ; mais
voyant qu'ils demeuroient fermes
dans la fidelité qu'ils ont
jurée à Philippes V. & ne ſe
croyant pas trop en ſeuretédans
Saragofic , où il n'étoit venu
444 MERCURE
qu'avec peu de troupes , il en
envoya demander à MylordPeterborough
, qui étoit demeuré
à Valence . Mais ce Mylord n'a
pas jugé à propos de luy en envoyer,
craignant que s'il ſe dé
garniffoit des mal intentionnez
, dont ilya grand nombre
dans le Royaume de Valence ,
ne ſe ſoûlevaſſent ; de maniere
que l'Archiduc qui eſt demeuré
à Saragoffe , ne s'y trouve pas
fans inquietude, & que Mylord
Peterborough n'eſt guére plus
affuré dans Valence. Cela fait
connoiſtre que ny l'Archiduc,
ny Peterborough n'ont marché
ducoſté deMadrid ; & qu'ainſi
l'Armée des Alliez n'ayant
point eſté fortifiée de ce coſtélà,
celle du Roy d'Eſpagne doit
eftre
GALANT 44
eſtrebeaucoup ſupericure.Ainſi
il y a lieu de croire qu'il doir
eſtre preſentement rentré dans
Madrid , & que les ennemis le
font retirez de la Caſtilles ou
que s'ils ont attendu à ſe retiter,
ils auront cké battus.
J'ay peu de nouvelles à vous
dire de Flandres ; les ennemis
n'ayant rien fait depuis un mois,
puiſqu'Oftende s'eſt rendu dés
Ic 6.Juillet, & que le 31. du même
mois il n'y avoit point de
nouvelles aſſeurées que la tranchée
fuſt ouvertedevantMenin .
Les ennemis ont beaucoup menacé
pendant tout le mois , &
ils n'ont parlé que du grand
nombre de leurs canons,de leurs
mortiers , & de leurs faſcines .
On parle diverſement de leur,
Juillet 1706. Pp
446 MERCURE
inaction pendant un fi longtemps
; les uns ſont perfuadez
que les Anglois & les Hollandois
n'eſtoient point d' acord du
choixde la place qu'ils devoient
aflieger ; d'autres affeurent que
Mr de Caraman,qui commande
dans Menin, ayant retiré toute
l'eau de la Lis, le canon des ennemis
n'a pû arriver aſſez - coſt.
Quoi qu'il en ſoit , ce retardement
adonné le temps à Mr de
Caraman de faire préparer tou-
* tes choſes dans la Place pour
une vigoureuſe défenſe ; & s'il
* adix foûterrains, comme l'on af-
-ſeure, & qu'il puiſſe ſe garentir
de l'inondation des bombes , le
Siege durera long-temps, & feratres-
beau. Pendant l'inaction
desEnnemis,fon Alteſſe Elcate-
:
GALANT 447
rale de Baviere a commencé
d'affembler l'armée ,qui depuis
l'affaire de Ramillies groffit
tous les jours , prefque tous les
deſerteurs eftant revenus. Il y
-aura 180. Elcadrons dans cetre
armée, de tres - belle Cavalerie,
I'Infanterieſera à proportion,
mais il en faudra laiſſer davantage
dans les Places Monfieur
le Duc de Vendofme ,
qui arriva Samedi à Versailles,
eit parti aujourd'huy pour fe
rendre à cette armée; ce Prince
falua le Roy à fon arrivés de
Marly. Je ne vous dis rien de
l'accüeil que luy fit ce Monarque,
& des empreſſemens que
toute la Cour témoigna de le
voin ;.je ne pourrois trouver de
couleurs pour vous bien dépein-
Pij
448MERCURE
F
dre tout sequi ſe paſſadans ces
entrevûës Je finis par ledépart
de ce Prince , qui pourra me
donner licu , le mois prochain,
de vous parler plus amplement
de luy. Il me reſte à vous par
derd'un tres grandnombred'articles
; mais il eſt temps que je
ferme ma lettre , qui n'eſt déja
que tropgroffe:ainſi je me trouve
obligé de les remettre au
mois prochain. Je fuis , Madame,
&c.
A Paris ce 3. Aoust 1706.
DAVIS
= LeMercure d'Aouſt ſe débitera
ſans faute le 3. de Septembre
; afin que ceux qui le voudront
avoir avant lesVacances,
puiffent l'emporter à la campagne.
GALANT 449
APOSTILLE.
Je viens d'apprendre que l'armée
de Monfieur le Duc d'Orleans
, qui eſt toûjours campéeà
L'endroit que je vous ay marqué
dans ma Lettre , eſt de 40000.
hommes , & qu'elle a eſté renfor.
cée de 32. Elcadrons , qui n'ont
pas eſtéjugez neceſſaires devan't
Turin. L'Armée de Monfieurle
PrinceEugene n'eſt quede 25000
hommes , & ne peut eſtrerenforsée
, parce que les troupes qui
pourroient le venir joindre, ſont
obſervées par Mr le Comte de
Medavy , & que fi elles avançoient
, celles qui ſont commandées
par ce Comte , avance
roient auſſi: Comme tous les
défilez & tous les poſtes par où
Monfieur lePrinceEugene pour-
P.poiij
450 MERCURE
roit paſſer ,ſont bien gardez , &
que nos troupes ſontmoins étenduës
qu'elles n'étoient fur l'Adige
, & qu'il paroiſt impoſſible
que Monfieur le Duc d'Orleans
puiſſe être force ; on trouve que
nos affaires d'Italie ne peuvent
eſtre dans une meilleure fituation
. Il reſte 40000. hommes
devant Turin, où Mr de la Feüillade
eſt arrivé le 29. Les Mineurs
y travaillent à trois mines
ſous les trois angles du chemin
couvert .
TABLE.
Panegyrique du Roy,fondéparla
Ville , &prononcépar
Roftear,
Mrle
Diſcours prononcé à l'ouverture des
Sorboniques , parle Prieurde Sorbonne
,
Humilité récompenséepar le Pape>
Chapeau de Cardinal de Mr
Philippucci donné àMr Conti,19
Thesefoutenuë en Sorbonne, 28
Discours , dans lequel on fait voir
L'utilité&la neceſſitede la Rhethorique
, 35
Panégirique prononcéparMr l'Abbé
de Dromesnil , Aumonier du
Roy>
Cardinal
Oraiſon funebre deMale Cardinal
de Coislin 41
Pompe funebre deMr l'Evêque d'Amiens
, & extrait d'une Lettre
く
TABLE.
?
touchant l'Oraiſon funebre de ce
Prelat.. 45
Difference qui fe trouve entre les
AL
Philofopbes,&les autreshommes,
3
65
Premier Articledes Morts, étrangers
&François ,
RéponsedeMrsde l'AcademiedAngers,
àMi l'Abbé Deſlandes ,
Grand-Archidiacrede Treguier ,
touchant quelques ouvrages d'éaudition
, 289
Article contenant divers articles de
Litterature, 96
SecondArticle des Morts , ILO
Election deMrMocenigopourl'Ambassade
de France , 144
Evèché de Brescia donné à Mr le
Cardinal Badoëro
145
Dignitex&Charges que poffedoient
ci- devant les Cardinaux de la
TABLE.
derniere promotion , remplies par
lePape, ISI
Perſonnes de distinction nommées par
lePape, pour porter le bonnetaux
nouveaux Cardinaux, quiſont dans
les Cours étrangeres, 200
La Science des perſonnes de qualisé
de l'Epée&de la Robe,&c.livre
nouveau
Troisième article des Moris ,
206
211
Arte de Vesperies , dedié à Mrle
Comte de Pontchartrain , 230
Thesefoûtenue par le fils de Mr te
Duc de la Rocheguyon , 233
Nomination du Roy d'Espagne à
PEvêché de Badajoz, 234
Etabliſſement de Mr de Voolhouse à
Paris,
:
237
Preuves evidentes de l'age du mon
de ,felon plusieurs Chronologies
Mariage, 249
240
TABLE.
Nouveau changement fait dans
angem
Academie des Inscriptions , 251
Continuation de l'ouvrage de l'origi.
nede la Poësie Françoise,parMr
l'Abbé Maſſicu,
Converfion
A 264
265
LeGeneral de Prémontre est bentà
Saint Martin de Laon ,
Arrest renda au Parlement d'Aix ,
274
fur une affaire qui fait beaucoup
debruit , 278
Nouveau livre de Comptes , de Mr
Barreme , 282
Discours prononcé parMe dePuyfieux
à la Diotre generale des
Cantons Suiffes , 284
Affaires d'Espagne , contenues en
plufieurs Articles , 12292
Lettre touchant la fuite des affaires
d'Italie, 331
Relation du fiege d'Offende , 337
TABLE.
Suitede la Pratique de la Memoire
Artificielle , 349
Declaration du Roy d'Espagne , en
formedeManifeste , 355
Quatrième Article de Morts , 363
Affaires d'Allemagne , 371
Suite dufiege de Turin , 390
Article des Enigmes , 399
Suitedes affaires d'Espagne, 402
Tout ce qui s'est passédanslevoyage
de Monsieur le Duc d'Orleans ,
depuis fon départ de Paris, juf
qu'audépartdeMonsieurde Ven.
dofme de l'Arméede Lombardie.
La fuite des affaires d'Italie eft
comprisedans cetArticle, 416
SuitedesAffaires d'Allemagne,441
Secondefuite des affaires d'Espagne,
Suitedes affaires de Flandres , 443
Conclufion , 448
Apoftille contenantplusieurs nouvelles,
449
Avis pourplacerles Figures.
L'Air qui commence par ,
Vostre coeur est le Lot, page 143 .
L'Air qui commence par ,
Armons- nous promptement d'un
verre , page 263 .
BIBLIOTHÈQUE
"
Lar
Fontaines"
SJ
44
.
60
-
CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUILLET , 1706.
RSETENS
A PARIS,
ChezMICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant.
১ই
Omme il eft impoſſibledans la con
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peutſe diſpenſerd'en
augmenter auſſi le prix. Ainſi les
volumes qui ſeront reliez en veauſe vendront
doreſnavant trente-huit ſols,quant
aux volumes qui ſeront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations ſe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VI.
Avec Privilege du Roy
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1706.
L
E Panegyrique du Roy ,
fondé par laVille,fut prononcé
le Jeudy premier jour
du mois dernier , par M² Viel ,
Recteur de l'Univerſité , dans
les Ecoles exterieures de Sorr
A iiij
6 MERCURE
bonne. L'Affemblée fut tres
belle & tres nombreuſe : Mr
le Prévoſt des Marchands , à la
teſte de Mrs deVille; Mr le Premier
Preſident , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers
du Parlement ; Meſſieurs les
Cardinaux d'Eſtrées & de
Noailles , avec pluſieurs Evêques
qui ſe trouverent en cette
ville , y affifterent , & ils donnerent
de grandes loüanges à
Mr le Recteur , qui y eut auſſi
de frequens applaudiffemensde
toute l'Aſſemblée. Il fit voir la
fermeté du Roy dans les dangers
les plus grands,& dans les
GALANT 7
affaires les plus difficiles ; magnitudo
inconcuſſa in periculis , magnitudo
actuofa in negotiis , dit il,
en parlant de la grandeur du
courage de Sa Majeſté. Pour
prouver ſa premiere partie ,
il rappella la journéed'Hochftet
, & aprés en a voir fait un
détail , il paſſa à celle de
Flandres ; & il fit voir dans
l'une &dans l'autre de ces conjonctures
, que le Roy n'avoit
jamais paru plus grand , plus
maître de luy meſme , & plus
ſuperieur à ſes ennemis quoyque
victorieux. Il établit cette
ſuperiorité de courage & de
A ij
8 MERCURE
genie dans les reſſources que Sa
Majefté avoit tirées de fes propres
malheurs, par l'impoffibilité
où il avoit mis ſes ennemis
de profiter de leurs avantages
&du fuccés de leurs armes ; &
il infera enſuite ,du bon ufage
que Sa Majesté avoit fait du
malheur de ſes armées à la journée
d'Hochſtet, & de l'habileté
qu'il eut alors à rendre le ſuccésde
ſes ennemis vains & inutiles
, que la journéede Flandres
ne leur ſeroit pas plus avantageuſe
,& que le Roy trouveroit
les meſmes reſſources contre
ce ſecond revers ,qu'il avoit
GALANT 9
trouvées contre le premier. Il
fit voir que ſa prédiction commençoit
às'accomplir , par les
efforts que Sa Majefté faifoit
pour reparer cette nouvelle
perte. CetOrateur paſſa enſuite
au ſecond point ; & il prouva
avec beaucoup d'éloquence ,
que la même grandeur d'ame
que le Roy marquoit , & la
même tranquillité que Sa Majeſté
conſervoit dans les dangers
les plus grands , ne fe démentoient
point dans les affaires
de la plus difficile diſcuſſion.
Il rappella, à ce ſujet , le Teſtament
du feu Roy d'Eſpagne ,
10 MERCURE
&le party que le Roy choiſit
dans une conjoncture auſſi délicate
; les moyens dont ce Prince
s'eſtoit ſervi dans le cours
de la derniere guerre pour arrêter
les progrez de ſes ennemis ;
les reſſources qu'il avoit toujours
trouvées,dans les differentes
occafions où ils avoient eu
l'avantage ſur ſes troupes ; l'étenduë
de ſon genie pour pourvoir
enmême temps à pluſieurs
affaires,dont une ſeule pourroit
occuper pluſieurs perſonnes ; &
enfin il fitvoir que,dans lesConſeils
que leRoyaſſemble, ſesMiniftres
tirent plus de lumieres
}
GALANT II
deluy,& reglent plus leursdécifions
fur la fienne,qu'il ne puiſe
dansleur experience&dansladiverſité
de leurs avis,des moyens
de remedier aux affaires les plus
preſſantes & les plus embarraffées
. M Viel fit enſuite l'élogedeMonſeigneur,
celuy du
Royd'Eſpagne,demonſeigneur
leDucdeBourgogne, deMonſeigneur
leDucde Berry,&des
autres Princes de la Maiſon
Royale;&illes caracterifa tous
par quelque trait qui les auroit
fait reconnoître , quand même
il ne les auroit pas nommez.
Le lendemain 2. Juillet,M
12 MERCURE
l'Abbé du Mans , Prieur de
Sorbonne , fit le diſcours que
le Prieur de cette Maiſon eft
obligé de prononcer tous les
ans à l'ouverture des Sorboniques.
Monfieur le Cardinal
d'Etrées , M² l'Evêque de Rofalie
& M' l'Evêque de Glandeves
y affifterent , ainſi que
quelques autres perſonnes de
distinction . M le Prieur de
Sorbonne donna d'abord,dans
le Prélude,une idée de ſon difcours
, dans lequel parurent
quelques traits à la loüange du
Pape , du Roy & de la famille
Royale, de Monfieur le Cardi-
1
GALANT
13
nal d'Etrées , de Monfieur le
Cardinal de Noailles & de plufieurs
Prelats . Tout le reſte de
ſon diſcours futun éloge continuel
du Pape. Il éleva , dans
les termes les plus pompeux ,
l'humilité , la prudence , la
ſcience & la vertu de ce Pontife.
Son humilité dans le refus
, où il perſiſta pendantplufieurs
jours,d'accepter leGouvernement
de l'Eglife,dans une
conjoncture où le Sacré College
ne voyoit aucun Cardinal
plus en état de ſupporter un
poids auſſi immenfe. La mort
de Charles ſecond Roy d'Ef
14 MERCURE
pagnequi arriva en ce temps-là,
rendoit les Cardinauxplus embaraſſez
ſur le choix de celui
qui devoit remplir cette dignité
, & Monfieur le Cardinal
Albani plus ferme à la refuſer;
enfin entraîné par les ordres
de la Providence,dont il voyoit
les deſſeins trop marquez, ill'accepta.
La prudence de ce Pontife
a éclaté dans le gouvernement
de l'Eglife , dans ſes ſages
ménagemens pour les differens
Princes qui ont les armes à la
main. Sa fcience paroît tous les
jours ,dans les belles Homelies
qu'il prononce dans les quatre
GALANT 15
5
ou cinq principales Fêtes de
l'année , &dans les Bulles qu'il
a données en differentes occaſions
ſur les matieres conteſtécs
depuis filong-temps;& fa vertu
dans les exercices de ſon miniftere
, dont il ne ſe repoſe ſur
perfonne , dans ſon infatigable
charité ,&dans l'attention
continuelle qu'il a aux beſoins
de l'Egliſe & à la pourvoir de
fages Miniſtres. M² l'Abbé
duMans , aprés avoir loüé la
Faculté de Theologie de Paris
fur ſon attention à conferver
la ſaine Doctrine , à rejetter
toutes les nouveautez , &à
16 MERCURE
condamner tout ce qui a quelque
rapport avec l'erreur , remarqua
que la vigilance de ce
ſage Corps ſe renouvelloit à
meſure que le goût des opinions
nouvelles & dangereuſes
ſe fortifioit ; & il fut aifé de
remarquer que ſon difcours
étoit formé ſur un plan tout à
fait oppoſé , à celuy ſur lequel
M' le Quin fon Prédeceffeur
forma celui qu'il prononça
l'année derniere ,dans une pareille
occafion , en prefence du
Clergé de France alors affemblé.
Je ne dois pas oublier de
vous dire que M³ du Mans n'eſt
1
GALANT 17
r
Prieur de Sorbonne que depuis
environ deux mois . M² Michel
qu'on avoit élû au commencement
de l'année , & qui
devoit faire ſes fonctions jufqu'à
la fin de l'année,s'étant retiré
à la Trappe , on a élû à ſa
ppllaacceeMM'' dduu Mans , qui ſera
Prieur juſqu'à la findel'année :
ainſi on pourra nommer cette
Licence , la Licence des trois
Prieurs ; ce qui ne s'eſt peutêtre
jamais vû. Ce digne
Prieur finit ſon difcours , par
un éloge de Monfieur le Cardinal
Gualterio , Nonce en
France ; il rendit juſtice à la
Juillet 1706 . B
18 MERCURE
vertu & à la doctrine de ce
Prelat , dans des termes treséloquens
, & qui furent fort
applaudis. Le Pere Martin
Cordelier , eſtoit celuy qui
foûtenoit la Sorbonique ; je
vous ay dit pluſieurs fois que
cette premiere Sorbonique appartient
à ceux de cet Ordre.
Le Pere Martin prononça enfuite
une harangue fort courte ;
mais le feu avec lequel il parla ,
fon élocution , & les termes
dont elle étoit remplie réveillerent
l'attention de toute l'Afſemblée.
Il cut , de meſine que
M' le Prieur de Sorbonne , le
GALANT 19
bonheur de reciter fort heureuſement
ſon diſcours ; car il
n'eſt pas difficile de concevoir
la peine qu'il ya de ſe charger
la memoire d'une harangue ,
dans le meſme temps qu'elle eft
accablée ſous le poids d'une infinité
de queſtions , toutes plus
difficiles les unes que les autres.
1.
L'Article que vous venez de
lire, eſtant rempli de loüanges
de SaSainteté , jecroyqu'ildoit
eſtre ſuivi de celuy que vous
allez voir ; puiſque cet Article
donne auffi lieu de loüer Sa
Sainteté , en parlant du bon
Bij
20 MERCURE
choix qu'elle avoit fait,ennommant
au Cardinalat M Phili
pucci , rien ne pouvant mieux
faire voir qu'il en estoit digne ,
que la profonde humilité avec
laquelle il a conſtamment refuſé
cette dignité. Ce que Sa
Sainteté a fait enſuite pour ce
Prelat , en luy donnant une
penſion , & en conferant fa
Charge & fes Benefices à fon
neveu , ainſi que vous verrez à
la fin decet Article , meriteauffi
beaucoup de loüanges .
M' Philipucci , Votant de
Signature , par un excés d'humilité
dont ontrouvepeu d'ex
GALANT 21
emples dans l'Hiſtoire , ayant
perſiſté dans le refus qu'il a fait
de la dignité de Cardinal , & la
Congregation des Cardinaux
aſſemblez ſur un ſujet fi extraordinaire
, ayant déclaré
qu'il n'eſtoit pas Cardinal par
la ſeule nomination du Pape ,
& qu'il avoit encore la liberté
de refuſer cette dignité ; Sa
Sainteté, aprés avoir accepté la
renonciation de ce Prelat au
Cardinalat , ya nommé M
Conti , Nonce en Portugal , &
qui a donné dans le cours de
fa Nonciature , & dans les autres
emplois qu'il a exercez à la
22 MERCURE
Cour de Rome, diverſes marques
de fon merite &de l'étenduë
de ſon genie. Il eſt d'une
famille Romaine , noble & ancienne
, qui a produit divers
Cardinaux. L'Hiſtoire fait voir
qu'ily enavoit dés l'onziéme
fiecle, Boniface Conti , Cardinal
, Evêque d'Alby , fleuriſſoit
vers l'an 1050. Le Pape Leon
IX. I honorade cette dignité ,
&il ſe trouva enfuite à lamort
de Victor II. en 1057. Les
Hiſtoriens nenous ontpas marqué
le temps de la fienne. Urbain
I V. fit Cardinal au mois
de May de l'an 1262. Jour
GALANT 23
dainConti , né à Terracine , &
qui avoit rendu de grands fervices
au SiegeApoftolique. Ce
Prelat exerça la Charge de Vicechancelier
de l'Egliſe ſous le
Pontificat d'Alexandre IV. &
d'Urbain IV. Ce dernier , en le
creant Cardinal , luy donna le
titre de Saint Coſme &de Saint
Damien. Il cut enſuite le Gouvernement
de laCampagne de
Rome , & il mourut en 1269.
Leon X. créa Cardinal le premier
Juillet de l'an 1517. François
Conti , Archevêque de
Conſa dans le Royaume de
Naples ( Egliſe dans laquelle le
24 MERCURE
1
celebre Ambroise Catharin
fiegea , & à laquelle il fut nommé
ſur la fin du Concile de
• Trente. ) François Conti mourut
en 1521. fi pauvre ( choſe
étonnante en ce ſiecle- là ) qu'il
ne laiſſa pas même de quoy ſe
faireenterrer, ſi on s'en rapporte
à Onuphre Panuin , à Ciaconius
, & à Aubery. Ces Auteurs
,de même que Blondus ,
nous parlent d'un autre Cardinal
de la même maiſon , c'eſt
Lucio Conti , que le Pape Jean
XXIII . mit dans le Sacré College
le 6. Juin de l'an 1411 .
mais ce Pape ayant efté dépofé
&
GALANT 25
& la validité de fon élection
ayant eſté conteſtée , je ne mets
point ce Cardinal qu'il avoit
créé , parmy les autres du même
nom. Lucio Conti ſe trouva
au Concile general deConſtance
; & dans la fuite le Pape
Eugene, IV. du nom, l'envoya
Legat à Boulogne , où il ſe fit
des affaires tres - fâcheuſes. Il
fut accuſé d'y ſemer la diviſion,
&d'animer ſecretement quelques
puiſſantes familles les unes
contre les autres , dans la vûë
d'affoiblir les forces de la Ville.
Ses deſſeins ayant eſté décou-
Juillet 1706. C
26 MERCURE
verts , on ſe ligua contre luy,
&il s'en fallut peu qu'il ne perift
dans cette eſpece de conjuration.
Il ſe retira à Imola ,
qui eſt un (Evêché dont Monſieur
le Cardinal Gualterio eft
titulaire ) & il revint. enſuite à
Boulogne , où il mourut le 9.
Septembre 1437.
SSaa SSaaiinntteeté a donné deux
mille écus de penſion à M
Philippucci qui a quitté laCour
de Rome , & s'eſt retiré à Macerata
ſa patrie , pour y finir
ſes jours dans une Maiſon Religieuſe
,&y attendre la mort
dans les exercices de pieté ; &
GALANT 27
le Pape a en même temps conferé
les Benefices que M' Philippuccia
quittez àM² del Vico,
fon neveu , qui exerce depuis
long-temps à Rome,la Profefſion
d'Avocat avec beaucoup
de reputation. Sa Sainteté luy
a en même temps donné la
Chargede Votant de la Signature
de Juftice , queM'Philippucci
a laiſſé vacante par ſa retraite.
Le Pape voulant recompenfer
fes longs ſervices dans
la perſonne de fon neveu , a en
même temps rendu juſtice à ce
dernier , qui s'eſt montré,dans
pluſieurs occafions , tres - digne
Cij
28 MERCURE
r
de l'adminiſtration&dela conduite
des affaires les plus difficiles
. D'ailleurs M¹ del Vico a
eſté élevé ſous les yeux de ſon
oncle , & il a puiſé dans cette
école, les lumieres dont ila donné
en diverſes conjonctures ,
d'éclatantes preuves.
L'Article que vous venez
de lire , ayant relation au
précedent , à cauſe des loüanges
de Sa Sainteté , qui ſe
trouvent dans ces deux Articles
, j'ay interrompu , pour
faire place au dernier , un Article
qui auroit dû ſuivre les
deux premiers , qui regardent
GALANT 29
*ce qui s'eſt paſſé depuis peu en
Sorbonne.
5
M' de Borffat , Bachelier de
Licence , a foûtenu ſa premiere
Thefe de Licence , nommée la
Mineure. Elle eſt dediée à Mr
l'Evêque de Geneve. Ce Prelat
qui fait ſa reſidence à Annecy
depuis que N... de la Baume
fut chaſſede ſon SiegeEpifcopal
par les Genevois , dans le
penultiéme fiecle , eſt de la Maifon
de Roffillion-de-Bernex.
Elle eſt des plus illuftres de
Savoye , & elle a produit de
grands hommes , parmi lefquels
ſe trouve le brave Comte
1 2 HOL
Ciij
30 MERCURE
de Bernex , qui fit beaucoup par
ler de luy pendant la derniere
guerre. CetteMaiſon eſt alliée
aux plus illuftres de Savoye ;
ſçavoir , à celles de Seyſſek ,
d'Alinges , de Blancheville , de
Clermont , du Coudray , & à
pluſieurs autres , dont le détail
ſcroit trop long. Mr l'Evêque
de Geneve reſte ſeul de fa maifon,
avec un frere aîné qui eſt
Chef du Chapitre de Tonon ;
ils font freres de Mala Marquiſe
de Mont-Saint-Jean , dont
l'époux eſtoit de la Maiſon de
Clermont , &Chefd'une branche
de celle de Tonnerre. Ce
GALANT 34
Prelat eſt un parfait modele de
l'Epifcopat ; il raffemble dans
ſa perfonne toutes les qualitez
qui peuvent former un grand
Evêque , & fon Clergé admire
ſouvent en luy une fidelle copie
de l'original que le grand
Apoſtre des Nations a donné
dans ſes Epîtres , en parlant
d'un parfait Evêque. Celuy
dont je parle marque tous les
jours de fon Epifcopat , par des
actions d'une ardente charité,
d'un zele infatigable , & d'un
attachement invincibleà la difcipline
de l'Eglife. Il fait tous
les ans la viſite de fon Dioceſe.
Ciiij
132 MARCURE
Celuy deGenève ,quoy que les
Proteftans ſe ſoient ſaiſis d'une
partie des terres qui le compofent
, eſt d'une vaſte étenduë ;
ce qui n'empêche pas que ce
vigilant Prelat ne le parcoure
toutes les années , en ſuivant
l'exemple de fes Prédeceffeurs ,
fur tout de Saint François de
Sales , & de feu Mr d'Alex
d'Arenthon , ſon prédecefſeur
immediat , & qui aprés
avoir gouverné ſaintement
ſon Egliſe durant pluſieurs
années , cut la conſolation de
mourir les armes à la main ,
je veux dire , dans le cours de
11
GALANT 33
la viſitede ſon Dioceſe.
Mr de Borſſat qui a dédié fa
Theſe à ce Prelat , eſt de Gex ,
& par confequent Dioceſairi
de Mr l'Evêque de Genève. Il
a ſoûtenu cet Acte avec beau
coup d'applaudiſſemens ; & il
en reçut ſur le champ des com
plimens de pluſieurs Docteurs,
même de ſesCenſeurs . Illes meritoit
par lavivacité& par la fo
-lidité des réponſes qu'il fit atou
tes les difficultez qu'on luypropoſa.
Mr Lhuillier Docteur de
laMaiſon de Sorbonne , &Curé
de Saint Louis , préſidoit à
cette Theſe. Les trois difficul34
MERCURE
tez qu'il propoſa furent tresfortes
, & firent beaucoup
d'honneur au Preſident & au
Soûtenant ; fur tout celle des
des Corévêques , où ce dernier
brilla beaucoup. Mr l'Abbé
Maréchal, Doyen de laMaiſon
de Navarre & Bachelier de Licence
, argumenta enfuite
qu'il fit avec autant de force
que de dignité. Cet Abbé eſt
Doyen de Carignan , & treseftimé
de tous ceux qui le connoiſſent.
Mr de la Chaffaigne ,
Bachelier de la Maiſon de Sorbonne,
argumenta enſuite fur
la prefence réelle par Tertul-
; ce
1
1
GALANT 35
:
lien ; la difficulté fut tres fubtile
: mais elle n'embaraſſa pas
le Répondant , qui ne fut pas
moins admiré dans la ſolution
qu'il donna à cette difficulté ,
que dans celle qu'il donna à
toutes les autres qui luy furent
propofées. Mr de Borſfat eft
d'une familleconſiderable dans
le Pays de Gex , & de tout
temps fort attachée à la Maiſonde
Condé.
Le Pere le Jay Jeſuite , Profeſſeur
d'éloquence au College
de Loüis le Grand , a prononcé
un diſcours , dans lequel il a fait
voir la neceffité & l'utilité de
?
36 MERCURE
la Rhetorique enſeignée dans
les Colleges. Monfieur leCardinal
d'Etrées , pluſieurs Prelats
& quantité de perſonnes
de la premiere qualité y affifrerent
,& donnerent de grands
éloges à l'Orateur. Le Pere le
Jay fit un plan abregé de la rhetorique,
copié d'aprés les plus
grands Maîtres; il mêla les preuves
à l'autorité,& il montra que
la Rhetorique& l'éloquence ne
font autre choſe que la raiſon.
Il en propofa les regles qui ne
font que celles d'Ariftote , de
Ciceron, de Quintilien,& de S.
Auguſtin. Il avoüa enfuite, que
GALANT 37
a
ſouvent les impreſſions de l'éloquence
la plusreglée ne font pas
fans quelque danger à l'égard
des eſprits foibles ; & les preuves
qu'il en apporta démontrerent
ſuffiſament cette verité
: mais en même temps il deffendit
l'éloquence , fur ce que
quelques auteurs de ce temps
lui ont reproché, qu'elle parle
- aux hommes conformément à
leurs préjugez , & qu'elle les
- entretient dans leurs erreurs
en leur parlant des objets ſenſibles
, comme s'ils avoient en
eux des qualitez ſemblables à
- celles dont ils donnent le ſenti-
,
38 MERCURE
ment. Il dit enſuite , qu'ilferoit
àſouhaitter que pour rendre la verité
aimable aux yeux des hommes
, on ne fuftpas obligé de la
parerd'ornemens étrangers,&que
L'éloquence ne conſiſtaſt que dans
la clarté & l'arrangementdu difcours.
Il fit voir ſur ce ſujet ,
qu'on ne doit pas blâmer les
Orateurs de ce qu'ils parlent
comme le peuple , puiſque les
Philofophes mefines ne parlent
pas autrement ; mais de ce que
ſouvent ils penſent comme le
peuple , & qu'ils font trop valoir
les ideés & les opinions populaires.
Il finit , endiſant,que
GALANT 39
Ciceron & S. Auguſtin n'ont
jamais parû ſi grands , que dans
l'uſage qu'ils ont fait de l'éloquence
,&des regles de l'art de
perfuader.
M² l'Abbé de Dromeſnil ,
Docteur de Sorbonne , Grand
Vicaire de Laon & Aumônier
du Roy , prononça , le Samedi
19. deJuin,le Panegyrique des
Saints Gervais & Protais , dans
l'Egliſe Paroiſſiale qui leur eft
conſacrée. L'Aſſemblée fur
belle &nombreuſeM &Mla
Maréchale de Boufflers , M &
MelaComteſſede Grammont ,
Me la Ducheſſe de Guiche ,&
40 MERCURE
pluſieurs autres perſonnes de
ce rangaſſiſterent à ce difcours.
L'Orateur reçût de grands applaudiſſemens
, & il fit voir la
profondeurde ſon érudition,en
diſant des choſes qui juſqu'alors
n'avoient pas eſté connuës .
Il releva, dans les termes les plus
touchans, les foins que Vitalis
& Valerie avoient pris pour
l'éducation de leurs enfans
Gervais & Protais ; & fa morale
fut tres- belle ſur le devoir des
peres & des meres à l'égardde
leurs enfans . La diſtribution
que ces deux pieux freres firent
de tous leursbiens aux pauvres;
GALANT 41
la liberté qu'ils donnerent à
leurs efclaves ;& la puretéqu'ils
conferverent toûjours dans
leurs moeurs depuis ces ſaintes
actions, furent derichescirconftances
, auſquelles M' l'Abbé
de Dromeſnil donna encore
un nouvel éclat par la maniere
dont il en parla. Perſonne n'ignore
que cet Abbé a annoncé
avecſuccés la parole de Dieu
dans les meilleures Chaires de
Paris.
On a imprimé àOrleans,chez
Ican Borde, un Livre intitulé,
Oraiſon Funebre de Monseigneur
Eminentiffime Cardinal Pierre
Juillet 1706. D
42 MERCURE
du Cambout - de Coiflin , Evêque
d'Orleans , Grand Aumônier de
France, Commandeur des Ordres
du Roy . &c. prononcée en l'Eglife
des RR. PP. Minimes , le
19. Mars par le R. P. Claireau,
Predicateur ordinaire. Ce difcours
avoit pour texte , ces paroles
du 1. Liv. des Rois , corgregatus
est univerfus Ifraël, &
planxerunt cum , &fepelierunt
in domo fua. La diviſion naiffoit
du ſujet :Rien de plus innocent
, de plus juste , de plus édi
fiant que fa conduite au milien
des Princes & des Seigneurs de
laTerre, dit leP. Claireau ; Rien
GALANT 43
de plus enflammé, de plus parfait
queſon zele , quefa charité aumilieu
des peuples de fon Diocese.
On touche , en paſſant , l'éloge
de feu M' Ceſar duCambout,
Marquis de Coiflin , Chevalier
des Ordres du Roy , Colonel
General des Suiſſes & des Grifons
, & celuy de Madelaine
Seguier , pere & mere de Mr
lleeCCaarrddiinnal de Coiflin ; mais
en parlant de cette Dame , il
ſemble que le Pere Claireau
veuille dire que cette Damevit
encore. Mr le Cardinal de Coif
lin eſt repreſenté à la Cour,
dans ſes premieres années,com
Dij
44 MERCURE
me Jeremie dans la Judée ;
Daniel chez les Caldéens ; Jean
Baptifte dans le defert , toûjours
retiré en luy-meſme au
milieudu tumulte de la Cour.
On fait valoir avec justice le
témoignage du Roy en cette
occafion .
Ce Prelat ſucceda au Siége
d'Orleans à Mr d'Elbeine, dont
la memoire eſt en grande veneration
dans ce Dioceſe ; il
futnommé à l'Epifcopat avant
que d'eftre Preſtre , & il reçût
dans ſon Abbaye de Saint
Victor , la double Onction du
Sacerdoce & de l'Epiſcopar,
GALANT 45
On fait une peinture, dans la
deuxième partie, de ſa charité
&de ſa bonté , dont il a donné
de frequentes marques aux
peuplesde fon Dioceſe ; & dans
les années de diſette , il mit
tout en uſage pour ſecourir
ceux que la neceffité reduiſoit
aux plus grandes extremitez .
Ce Cardinal eſtoit titulaire
de la Maiſon Royale de laTres-
Sainte Trinité fur le Mont-Pincio.
Le P. Claireau n'a pas oubliéde
luydonner ce Titre dans
l'exorde de fon difcours.
Je vous parlay le mois dernier
dela mort de Mr l'Evêque
!
46 MERCURE
d'Amiens , & de la famille de
ce Prelat ; & je dois vous entretenir
aujourd'huy de ce qui
regarde fes obſeques & fon
Oraiſon Funebre. Mr l'Evêque
de Boulogne , avec lequel il
eſtoit lié d'une étroite amitié ,
&qui estoit venu àAmiens pour
le voir pendant ſa maladie , s'y
étant trouvédans le temps de
ſa mort , officia aux Obfeques
de ce Prelat , qui furent faites
deux jours aprés ſon deceds ,
& le lendemain à la Meſſe qui
fut celebrée pour le repos de
l'ame de cet illuftre défunt. Son
Oraifon Funebre fut prononGALANT
47
i
cée le Dimanche ſuivant, àune
heure aprés midy , dans l'Egliſe
Cathedrale d'Amiens. Je vous
envoye l'Extrait d'une lettre de
la meſme Ville , par laquelle
vous apprendrez tout ce qui
regarde cetteOraiſon Funebre.
La Villed'Amiens vientdeperdre
, en la perſonne defon illustre
Evêque , un rare modele de tout
ce que lafolide pieté, le veritable
déſintereſſement, l'ardente charité,
&lefoin infatigablepour lefalut
defon Troupeau,&pourſa conduite
, avoient raffemblé en sa
personne. Il avoit , dans ces der
48 MERCURE
niers temps, attiré prés de luy Mr
de Leftocq , neveu de feu Mrde
Leſtocq, Docteur&Profeffeurde
Sorbonne,dont lenom fait l'éloge.
Il l'avoit fait Theologal defon
Eglife , & il avoit la fatisfaction
de voirles fruits deſon choix,
par l'applaudiſſement univerſel ,
par l'empreſſement que l'on
avoit d'aller entendre les édifians
Sermons de cet Abbé. Il a esté
chargé de faire l'Oraiſon funebre
deſon Evêque ; cequ'il afait avec
tout lefuccés qu'on pouvoit en attendre.
Ses Auditeurs ont eftéfort
attendris defon difcours ,& particulierement
lorſqu'il a fait connoiſtre
GALANT 49
noiſtre la charité de cet illuftre
Evêque , qui luy faisoit donner
des penfions à de pauvres Gentilshommes
incommodez ; prévenir la
déroute & le manquement de plufieurs
Marchands defon Diocese ,
auſquels il a donné de l'argent confiderablement
pour les empêcher
d'eſtre accablez par la poursuite
de leurs Creanciers ; donner la dot
àdes filles dont la vocation estoit
d'estre Religieuses , & dont les
peres incommodez ne pouvoient
faire la dépense ; en marier d'autres
de ſes deniers ; terminer des .
procés qui s'estoient éterniſez dans
les familles , &y entretenir l'u-
Juillet 1706. E
50 MERCURE
nion par desfoins infatigables.
Ilafait sentirà tout son auditoire
la vraye perte qu'il venoit
de faire , en s'acquittant en même
temps de la reconnoiſſance qu'il devoit
à ce Prelat pour lequel il
avoit quitté la Maiſon de Sorbonne
dont il est Docteur. Son difcours
a esté fort applaudi de toute
l'Assemblée , qui a estépenetrée des
veritez qu'il apubliées ,foitparce
que chacun s'y est trouvé intereſſé,
ouparce qu'illes avoit entendu dire
par ceux qui n'ont pû cacher leur
gratitude envers leur Bienfaiteur.
Ilfaut ajoûter icy,que cette Oraifon
funebre doit faire d'autant
GALANT 51
plus d'honneur à Mr l'Abbé de
Leftocq , qu'il n'a pas eu fix jours
entiers pour s'y préparer ; ce qui
ne ſuffiroit pas à beaucoup d'Orateurs
pour chargerſeulement leur
memoire d'un auſſi long discours.
L'Affembléefutfi nombreuſe, que
l'on n'en avoit point vû depuis
vingt ans de fi grande & de fi
illuftre dans la Cathedrale d'Amiens.
Jamais ouvrage n'a plus efté
rempli de penſées,que celui que
je vous envoye. Je n'en connois
point l'Auteur ; mais on
peut dire de luy qu'il a beaucoup
d'imagination. Cet ou-
E ij
H 52 MERCURE
vragequi eſt fort concis , regarde
la difference qui ſe trouve
entre les Philoſophes & les autres
hommes ; & il eſt rempli
de tant de veritez , qu'il eſt impoſſible
que parmi un ſi grand
nombre il ne s'en trouve qui
attirent des reflexions des perſonnes
les plus ſages , & qui
n'en profitent en même temps.
Je vous l'envoye de la meſme
maniere qu'il eſt tombé entre
mes mains ; & vous connoiftrez
qu'il doit avoir eſté fait par
un veritable Philofophe , qui
s'eſt beaucoup plus attaché à
penfer juſte, qu'à rendre ſa penGALANT
53
fée dans des termes Acuris.
Vous en jugerez , en lifant ce
qui fuit.
Le Philofophe vit pourfatisfaire
àſes devoirs ; & les autres
hommes pour contenter leurs paffions
& leurs convoitiſes.
L'un mange afin de vivre ; les
autres vivent afin de manger.
Le Philoſophe commande àſes
paſſions ;les autres hommesyobéiffent.
Les uns agiſſentſelon la raison ;
les autres ,felon leurs temperammens.
Le Philoſophe vit en homme ;
Eiij
54 MERCURE
&les autres hommes en beſtes.
Le Philoſophen'a que des plaifirs
d'efprit ; &les autres negoûtentque
les plaiſirs desfens.
L'un donne tout à l'esprit ;
les autres , tout au corps.
Le Philosophe n'est jamais
ny joyeux ny triſte ; les autres
hommesſontſans ceſſe l'un , ou
l'autre.
L'un pratique la vertu ; les
autres l'admirentſeulement.
Le Philofophe fait ceder fon
intereſt à lajustice ; les autres hommes
préferent leurs intereſts à toutes
choses.
L'un ne s'attache qu'à embellir
GALANT 55
fon ame; les autres neſongentqu'à
orner leurs corps.
Le Philoſophe garde toûjours
l'équilibre & le milieu en tout ;
les autres hommes font extrêmes
en tout.
Les uns font toûjours dans une
même ſituation ; &les autres ſont
changeans &capricieux.
&les
Les Philoſophes afpirent à la
Sageße; &les autres hommes aux
richeffes.
Les unsfont avares du temps ;
& les autres en ſont prodigues ,
& ne sçavent à quoy l'employer.
Le Philoſophe regarde en haut,
en bas , dervant , derriere , &à
E iiij
56 MERCURE
coſté de luy ; &les autres hommes
regardent devant euxseulement.
L'un prévoit l'avenir , l'autre
n'ysongepas.
Le Philosophe parle &pense;
& les autres hommes n'ayant rien
mis dans leur cerveau , n'y trouvent
rien , ne sçaventque dire.
Les uns regardent les chofes de
prés,à cause de leurs reflexions ; les
autres regardent legerement & de
loin.
L'esprit des Philoſophes fait
qu'ilsfont toûjours dans le grand
jour; &quoique les autres vivent
dans l'éclat , ilsfont toûjours dans
l'obscurité.
GALANT 57
1.
1
Les unsſe guident eux-mêmes ;
&les autresse font guider.
Les Philofophes vivent comme
s'ils n'avoientpas de corps ; & les
autres hommes , comme s'ils n'avoient
pas d'ame intellectuelle .
L'un est indifferent aux alimens
du corps , &difficile quant
àceux de l'esprit ; &les autres repaiffent
leur corps de viandes exquiſes,
&leur efprit,de bagatelles.
Le Philoſophe ne fait rienfans
reflexion ; & les autres hommes
font tout au hazard.
Les uns ne comptent jamais
quatre , qu'ils ne les ayent dans le
fac; &les autres comptentfur le
58 MERCURE
ſeul eſpoir , quelque chimerique
qu'il foit.
Les Philoſophes n'aiment pas
facilement , mais ils aiment toûjours
ce qu'ils aiment ; les autres
hommes aiment &haïffent lege-
>
rement.
Les uns ſe gouvernentfelon la
raiſon ; &les autres,felon l'usage
ou leurfantaisie.
ا م
- Le Philosophe cherche àsefaire
aimer ; & les autres hommes àſe
faire estimer.
L'unſçait bien uſerdes biens;les
autres hommes sçavent ſeulement
les acquerir.
Le Philofophe ne juge jamais
GALANT 59
de rien ,ſans ſçavoir le pour le
contre ; les autres hommes jugent
fur le premier rapport.
Les uns aiment la chose pour
Son merite ; & les autres ,pourſa
beauté , ou pour le bien qu'ils en
retirent.
Les Philoſophes ſontſolitaires ,
parce qu'ils font ſpeculatifs ; &
les autres hommes nepouvants'entretenir
avec eux-mêmes , ont befoinde
compagnie.
Les unsfe contentent du neceffaire;
les autres veulent l'agreable
&le ſuperflu.
Le Philosophe a un esprit univerſel
;&les autres hommes n'en
60 MERCURE
ont quepour les choses qui leur touchent
, & qui leur plaiſent.
Les uns font comparaiſon avec
les grands &lespetits ; &les autres
avec leurs pareilsſeulement.
Les Philoſophes font confifter
leurgloire dans le courage &dans
V'émulation ; les autres hommes ,
dans la fierté &dans l'arrogance.
Les uns nefontpoint de fautes ;
les autres enfontſans ceffe.
Les Philosophes ont de l'ordre
dans tout ce qu'ils font ; &les autres
hommes font toutfans regles
&fans mesures.
Les uns aiment mieux donner
1
que de recevoir ; & les autres at
GALANT 61
ment mieux recevoir que de donner.
Les Philoſophes ne ſe mêlent
que de leurs affaires ; & les autres
hommes ſe mêlent des affaires de
leur prochain , & nefongent pas
aux leurs.
LePhilofophe craint ſeulement
de mal faire ; les autres hommes
ont cent craintes par pufillanimité
&parfoibleſſe d'esprit.
Lesuns trouvent des deffauts
en eux ; les autres n'en trouvent
que chez leur prochain.
LePhilosophe estbien aiſe qu'on
luyfaſſe connoiſtreſes deffauts;
les autres hommes s'enfâchent.
62 MERCURE
Si on reprend les uns , ils répondent
avec des raiſons ; & les autres
avec des injures .
Le Philoſophe ſe connoist &fe
corrige luy - même ; & les autres
hommesſeflatent :& ne trouvent
rien à redire chez eux.
Les uns ne blâment que par
raiſon ; & les autres hommes , par
haine &par animoſité.
Le Philofophe fait ses efforts
pour estre honneste homme ; & les
autres hommes ,pour le paroiſtre
Seulement.
Les uns cherchent la vertu ; &
les autres , l'honneur.
Le Philofophe fait le bien pour
GALANT 63
l'amour du bien même ; &les autres
hommes , pour la recompenſe
qu'ils en attendent.
Les uns ne croyent pas facilement
toutes choses ; &les autres
la chimere, l'erreur
croyent tout ,
&les choses impoſſibles.
Les Philosophes reſſemblent à
une pierre que l'art a taillée ,polie
& renduë reguliere ; & les autres
hommes , à une pierre bifcornuë
&telle qu'elle fort de la carriere.
Les unsſeplaisentà raiſonner ;
&les autres à chanter.
Le Philoſophe s'habille par neceſſité
; &les autres hommes,pour
l'ornement &pour s'embellir.
64 MERCURE
Les Philofophes font indulgens
par raiſon, ſeveres pour corriger;&
les autres hommesfonttout
un ou tout autre ,ſelon qu'ilsfont
inspirez par leur temperamment.
Les uns ont de la retenue&fçavent
diffimuler ; les autres diſent
tout ce qu'ils penſent ,&font tout
ce que leurfuggerent leurs paffions.
Les Philofophesfont indifferens
aux plaiſirs ; les autres hommes
font pleins de convoitiſes , & ſe
donnent mille peines pour acquerir
un plaifir.
Les uns plaignent un homme
qui a un mauvais temperamment ;
GALANT 65
&les autres hommes le haiffent.
Quand on n'a pas lieu de fe
plaindre d'un homme , c'est une
marque que c'est un Philofophe.
Je vous envoye un Article
remply des triomphes de la
mort , puiſqu'il contient des
puitquil
morts de pluſieurs perſonnes.
Les Philoſophes qui paroiſſent
àl'épreuve de toutes choſes ,
ne le ſont pas des craintes cauſées
par les approches de la
mort ; & c'eſt un écueil contre
lequel on a ſouvent vû échoüer
leur fermeté.
Monfieur le Cardinal Marc-
Juillet 1706. F
66 MERCURE
Antoine Barbarigo , eſt mort,
aprés une courte maladie , dans
la Villede Montefiaſcone dont
il étoit Evêque. Ce Prelat étoit
Venitien , & a eſté fort regretté.
Sa pieté & fon application ,
pendant tout le cours de ſa vie,
aux fonctions Pastorales rendront
ſa memoire chere à la
pofterité. Ses bonnes oeuvres ,
& fa grande charité ont éclaté
pendant ſon Epifcopat ; il répandoit
fon bien avec profufion
, lorſqu'il s'épargnoit
beaucoup de choſes pour
foulager les pauvres , & qu'il
vivoit dans une ſimplicité dis
GALANT 67
gne des temps Apoftoliques.
Sa magnificence a paru principalement
dans le bâtiment
&dans la fondation de ſon Seminaire
de Montefiafcone , où
on apprend à un grand nombre
de jeunes gens deſtinez à
l'Etat Ecclefiaftique , les Langues
& les belles Lettres , &
tout ce quipeut leur ſervirpour
bien remplir les devoirs de
leur état. Ce Cardinal a laiſſe
tous fes biens au même Seminaire
, exceptez quelques legs
mediocres qu'il a faits à M'Barbarigo
ſon neveu ,& à fes Domeſtiques.
Ce Prelat étoit né
Fij
68 MERCURE
le 6. May 1640. & il avoit été
fait Cardinal à la promotion
du 2. Septembre 1686. faite
par le feu Pape Innocent X I.
Il étoit d'une ancienne maiſon
Venitienne ; il defcendoit , du
côté des femmes , du celebre
Hermolaus Barbarus , de Daniel
Barbarus Patriarche d'Aquilée
, qui vivoit dans le 16 .
fiecle & qui affiſta au Concile
de Trente ; & de Joſeph Barbaurs
, Senateur de Veniſe,que
la Republique envoya en Perſe
en 1472.
La Ville de Montefiafcone
eſt un Eveſché d'Italie , dans
GALANT 69
د
le Patrimoine de Saint Pierre.
Les Latins la nomment Monsfaliſcorum
; c'eſt aujourd huy
lacapitale des Faliſques , reſtes
d'un ancien peuple d'Italie voifin
de Rome , où il vint de Macedoine
avec Falerius Argien ,
ou avec Aleſo ſelon Ovide.
Titelive nous apprend qu'il furent
ſoûmis aux Romains . Faleria
a cité autrefois la Ville
capitale de ce pays ; & Montefiaſcone
a depuis obtenu cet
honneur. La contrée des Falif
ques s'étendoit autrefois depuis
la Mer de Toſcane vers Prombino
,& la Riviere de Paiglia
70 MERCURE
juſqu'au Mont Sorctae vers les
Veïentins. Montefiafcone eft
celebre par ſes vins Muſcats ;
elle eſt proche du Lac de Bolſene.
On y tranſporta autrefois
le ſiege qui estoit à Corneto
, Ville Maritime & tres mal
ſaine. Jerôme Benti- Voglio y
tint un Synode en 1551 , & on
y en aſſembla un autre en
1622 .
Monfieur le Cardinal Barbarigo
avoit eu part aux plus
grandes affaires de ſon temps.
Il avoit commencé à paroître
àla Cour de Rome ſous le Pontificat
d'Alexandre VII . & il
GALANT 71
entradéflorsdans la connoiſſance
des affaires . Il ſe lia d'amitié
avec le celebre Pere Fabri Jefuire,
pour qui ce Pontife avoit
beaucoup de confideration &
une confiance tres-particuliere.
Ce ſçavantReligieux parla ſouvent
au Pape & aux principales
perſonnes de la Cour de Rome
du merite & des belles eſperances
que donnoit le jeune
Barbarigo. Un témoignage
d'un aufli grand poids engagea
le Pape de le charger de quelques
affaires affez difficiles à
conduire; il y réuffit au gré de
toutel a Cour de Rome :Ce
72 MERCURE
qui engagea Alexandre VII. à
luy confier d'autres affaires ,
dont il ſe tira auſſi tres -bien .
Sous les Pontificats de Clement
IX. & de Clement X. il paffa
par les premieres charges dela
Cour de Rome ; & il s'attira
une eſtime generale dans toutes
celles dont il eut l'adminiſtration
. Enfin ſon merite & fa repútation
l'éleverent ſous le
Pontificat d'Innocent XI . fucceffeur
de Clement X. à une
des premieres places de l'Eglife.
Ce Pape qui connoiffſoit ſi bien
le vray merite , & auquel on ne
peut reprocher , pendant un
affez
GALANT 73
affez long Pontificat de s'eſtre
trompé une feule fois ſur le
choix d'un ſeul ſujet , le mit
dans le Sacré College ; & luy
donna, par ce moyen , le pouvoir
de faire des établiſſemens
avantageux à l'Eglife , tel , par
exemple, qu'eſt celuy de Montefiafcone.
M Potoski , Staroſte de
Chmielniec, eft mort ; & on fit
le 17. Juin ſes funerailles à Leopol,
dans 1 Egliſe des Dominicains
avec beaucoup de magnificence,
en prefence du Palatin
de Ruffie , du Caſtelan de
Chelm,de la Palatine de Kio-
Juillet 1706 . G
74 MERCURE
!
vie , de Madame la Princeſſe
d'Olska & de la Maréchale de
Lithuanie. La dignité de Starofte
eſt une des plus confiderables
dePologne ; celuy qui en
eſt revêtu à une tres -grande
autorité dans l'étendue de ſa
jurifdiction. Ce fut un Staroſte
de Chmielniec qui contribua
beaucoup à l'élection du Duc
d'Anjou qui fut depuis Henry
III . du nom Roy de France.
Cette Charge étoit déja connuë
en Pologne ſous Miciſlas ,
ouMisko , qui commença de
regner en 964. & qui fut le
premier Duc Chrêtien dePolo
GALANT 75
gne. C'eſt ce Prince, qui, à ce
que porte une vieille tradition
de Pologne , travailla ſur un
ancien Poëte Athenien , nommé
Chionides , qui vivoit l'an
256. de Rome & fous la 70°
Olympiade. M' Potoski étoit
un des plus grands Seigneurs
de Pologne ; il étoit allié à la
MaiſonRoyalede Sobieski , &
il contribua beaucoup , aprés
la mort du Roy Wienowiski
à l'élection du Grand Maréchal.
Ce nouveau Roy en conſerva
toute ſa vie une grande
reconnoiſſance; il l'honora toûjoursde
ſa confiance , & il ne
1
Gij
76 MERCURE
faiſoit rien deconfiderable ſans
le conſulter . M'Potoski avoit
porté les armes dans ſa jeuneſſe
avec beaucoup de diſtin-
Etion. Il avoit des terres prefque
dans toutes les frontieres
de Pologne ; & ainſi ſes Etats
avoient les meſmes bornesque
la Pologne , c'est- à-dire,la Mer
Baltique , la Suede , la Mofcovie
, la Hongrie & l'Allemagne.
Madame la Landgrave de
Heſſe - Darmſtadt épouſe du
Landgrave de ce nom, &mere
du feu Prince de Darmſtadt,
mourut il y a quelque temps .
GALANT 77
C'étoit une Princeffe d'un merite
generalement reconnu. La
branche de Heſſe- Darmſtadt
commença en la perſonne de
George I. de ce nom, dit leDebonnaire,
fils du Landgrave Philippe
, né en 1557. & mort le
3. Fevrier de l'an 1 596. Il épouſa
en premieres noces Magdeleine
, fille de Bernard, Comte
de Lippe, morte le 22. Fevrier
de l'an 1582. & en fecondes ,
Eleonore, fille deChriftophlede
Wirtemberg, & veuve de Joachim
, Prince d'Anhalt, morte
le 2. Janvier 1618. Il n'eut de
cette ſeconde femmequ'un fils,
G Ġiij
78 MERCURE
nommé Henry , né en 1590.
& mort le 9. Janvier 1601. La
maiſon de Heſſe eſt une des
plus illuftres d'Allemagne par
ſa nobleſſe , par fon ancienneté,&
par les grands hommes
qu'elle a produits. Elle tire fon
origine de la maiſon de Brabant.
Henry le magnanime ;
Henry, dit l'enfant, ou le jeune
Othon , qui épouſa Adelaide
Comteſſe de Ravenſberg ; Herman
, qui ſecourut Balthazar
Landgrave de Thuringe ; Philippe
I. dit le magnanime : Guillaume
IV. dit le fage, Landgrave
de Heſſe-Caffel; Maurice
GALANT 79
Landgrave de Heffe,&Guillaume
V. dit le Conftant, ſont les
heros de cette illuſtre famille.
Ce dernier épouſa Amelie-Elifabeth
deHanow,qui a eſté une
heroïne du ficcle paffé , ayant
relevé par fon habileté & par
fon courage, les biens de ſon
fils qui estoient ruinez ; elle les
augmenta en 1648. par leTrairé
de Munſter , en y faiſant incorporer
l'Abbaye d'Hisfeld ,
pluſieurs Bailliages , la ville de
Marpurg& le territoire de Gelinghen.
Cette courageuſe Princeſſe
fit fortifier une place fur
le Weſer, nommée Reintelem,
G iiij
80 MERCURE
& augmenter Zeigenheim, qui
eſt une tres-bonne place qui a
titre de Comté. Cette Princeffe
mourut en 1651. elle étoit
mere de GuillaumeVI. deMaurice
, de Guillaume , de Philippe
, d'Adolphe, de Charles , &
de 4. ou 5. Princeſſes . GuillaumeVI
ſon fils épouſa en 1649.
HedwigeSophie,fille deGeorge
Guillaume Electeur de Brandebourg.
Cette Princeſſe profita
des leçons&des exemples de fa
belle-mere; & il ſe preſenta
pluſieurs occafions où elle en
ſçût faire un excellent uſage.
La maiſon de Heſſe a auſſi pro,
GALANT S
1
:
duit les branches de Hombourg
& de Bingenheim , qui
ont étéde meſime tres-fecondes
en heros & en perſonnes d'un
merite diftingué. Le Landgrave
Guillaume-Chriftophe eſt
preuve de ce que je dis.
Dame Madelaine- Diane de
Glandevez , veuve de Me Alexandre
de Graffe , frere deM
l'Abbéde Graſſe Abbéde l'Enfourchure,
eſt morte en Provence
âgée de 95. ans. Cette
Dame, qui n'eſtoit pas moins
diftinguée par une illuftre naifſance,
que par un rare merite ,
étoit reſtéc veuve dés l'âge de
82 MERCURE
28. ans ; ſon époux, qui étoit
Capitaine de Galeres , fut tué
dans un combat particulier en
Catalogne l'an 1642. Il laiſſa
de cette Dame deux filles, dont
l'aînée fut mariée dans la ſuite
avec M le Baron de Greoux ;
& la ſeconde, qui étoit une des
plusbelles perſonnes duRoyaume
, épouſa M' de Guies, qui
étoit auſſi de la maiſon de
Glandevez . La Dame dont je
vous apprens la mort, qui avoit
eſté auffi une des plus belles
perfonnes de ſon temps , avoit
refuſé des partis tres-avantageux
, & n'avoit jamais vou
GALANT 83
lu entendre parler d'un ſecond
mariage. Elle avoit paffé cette
longue viduité dans des exercices
de pieté, & à faire des remedes
ſpecifiques qu'elle diftribuoit
àtous ceuxqui en avoient
beſoin , & principalement
pauvres. La maiſonde Glandevez
&celle de Graſſe ſont des
premieres& des plus anciennes
de Provence.
aux
Mr de Bouzols , Capitaine
aux Gardes, mort des bleſſures
qu'il avoit reçuës à la journée
de Flandres , eftoit frere de Mr
le Marquis de Bouzols , qui a
épousé une ſoeur de Mr le
レ
84 MERCURE
Marquis de Torcy, Miniftre &
Secretaire d'Estat. Il avoit fouvent
fait voir qu'il eſtoit digne
du nom qu'il portoit ; il avoit
donné des preuves de fon courage
dans toutes les occaſions
où le Regiment des Gardes
avoit eu part , & il s'eftoit attiré
l'eſtime & l'amour de tout
ce Corps , par la ſageſſe de ſa
conduite , & par ſes manieres
honneſtes & polies . La Maiſon
deBouzols eſt une des plus confiderables
de la Province d'Auvergne
; elle y eft connuë depuis
pluſieurs fiécles , & elle y
a toûjours tenu un rang tres
GALANT 85.
confiderable. Elle eſt alliée
aux Maiſons de Montboiffier ,
d'Eſtcin , de Beaufort , de
Chabannes , de Curton , & à
pluſieurs autres de ce rang.
Ceux qui en ſont ſortis ſe ſont
toûjours attachez à la profeffion
des armes , & ils y ont
toûjours eu des emplois tresconfiderables
. Mrs de Bouzols
ont fait une grande figure à la
Cour ſous les Regnes de Loüis
XI.&deCharles VIII . ſon fils,
Mr de la Garde Capitaine,
dans le meſme Regiment &
mort des bleſſures qu'il avoit
reccuës à la journée de Ra
86 MERCURE
millies , avoit eſté Sous- Lieutenant
& Lieutenant dans le
meſme Corps. Mr le Duc de
Guiche a parlé de luy d'une
maniere fort avantageuſe , &
qui fait beaucoup d'honneur
àſa memoire. Sa famille , eftoit
alliée à pluſicurs Maiſons
tres- confiderables d'Auvergne,
& ily adéja long-temps qu'elle
du Limousin &de laMarche;ou
eſt connuë en ce Royaume.
Mrs de la Garde estoient dans
une grande confideration à
la Cour des Rois Charles IX.
& Henry III. & quelques Hif-
- toriens parlent d'un GentilsGALANT
87
hommes de ce nom , en qui le
dernier de ces Princes avoit
beaucoup de confiance.
r
M' le Marquis de Coadeletz
, qui estoit le plus ancien
Lieutenant aux Gardes , a eu
la Compagnie vacante par la
mort de Mr le Marquis deBouzols
. Il eſt d'une ancienne Maifon
de Bretagne , & frere de
M l'Abbé de Coadeletz
grand Archidiacre de Vannes.
Mrs de Coadeletz ſont alliez
aux meilleures Maiſons
de Bretagne ; ſçavoir à celles
deCoëtquen&de Coëtlogor.
La Maiſon de Coadeletz eſtoit
88 MERCURE
fort connuë enBretagne ſous le
regne du dernier Duc François
II. qui fut pere de la Ducheſſe
Anne de Bretagne , qui époufa
fucceſſivement lesRoisCharles
VIII . & Loüis XII . Mrde Coadeletz
ſert depuis long-temps
avec beaucoup de diſtinction.
La Compagnie vacante
par la mort de Mr de la
Garde, dans le meſme Regiment
, a eſté donnée à Mr
Doumenil , en qualité de
plus ancien Lieutenant. Il eſt
d'une ancienne Maiſon originaire
de Normandie , & alliéc
auxMaiſons les plus diftinguées
GALANT 89
des Provinces de Picardie , de
Bretagne & du Perche. Il a
épousé une Dlle Allemande ,
qui a autant de naiſſance que
de merite , & qui eſt alliée à la
Maiſon de Piccolomini. Mr
Doumenil a toûjours ſervi dans
le Regiment desGardes , & il a
donné, endiverſes occaſions,des
preuves d'une grande valeur.
Je vous ay ſouvent fait par
des ouvrages de Mr Deflandes
, grand Archidiacre &
Chanoine de l'Eglife de Treguier.
L'érudition dont ils font.
remplis , vous les a toûjours
fait eftimer beaucoup , & tous
Juillet 1706. H
90 MERCURE
vos amis à qui vous les avez
fait voir , vous ont toûjours
tenu le meſme langage ; ce qui
me fait eroire que vous ferez
ravie d'apprendre que Mrs
de l'Academie d'Angers ſe
font trouvez du meſme ſentiment.
Ce que vous verrez
dans la réponſe que je vous
envoye de cette Academie à
cet Abbé , touchant les ouvrages
qu'il luy avoit envoyez .
Voicy cette réponſe.
Nous avons lû avec plaifir
dans noftre Academie , vos deux
differtations ; l'une du tremblement
de la Terre , & l'autre de
GALANT
91
l'origine du fameux Tombeau de
S. Yves , érigé dans vostre Cathedrale
par le DucJean VI. en
reconnoiſſance de ſa délivrance du
Chasteau de Chantoceaux , par le
voeu qu'il fit à S. Yves. Nousy
avons obſervé toutes les delicates
regles du Poëme Epique ; &vous
y rapportez de rares morceaux
d'Histoire. Vous prenez occafion
de faire l'éloge de la Maiſon de
Lavardin , & vousy intereſſez
toute la France.
Henry IV. voulant s'oppoſer
à un fecours de quatorze mille
hommes que le Roy d'Espagne
envoyoit à Ronen , voulut les re-
!
Hij
92 MERCURE
connoiſtre avec fix mille hommes ;
mais s'eſtant trop avancé, il fut
blessé en combatant. Sa vie &
fa liberté estoient en danger , lorfque
le Marquis de Lavardin le
vint dégager avec foixante Cavaliers
feulement. Vous finiffez
par cette grande action que fit un
des ancestres de cette éclatante
Maison.
Le Duc Jean VI. ayant esté
trahipar le Comte de Penthievre,
qui luy avoit proposé de venir
en ſon Chasteau de Chantoceaux
en Anjou , où les plus belles
Dames de cette Province luy propofoient
une partie de Chaffe. Ce
GALANT 93
le
Duc n'avoit qu'à peinefait cinq
lieuës de chemin pour aller de
Nantes à Angers , qu'un Cavalier
vintà luy le fabre à la main
courant droit pour le couper ; le
Sire de Beaumanoir pour parer
coup , s'élança fur la felle de
fon cheval , & le coup de fabre
luy tombaſur l'épaule gauche &
luy enleva le bras. Le DucJean
ayant esté délivré deſa priſon par
les foins de son épouse Jeanne de
France , qui fit auſſi defon coſté
un voeu à S. Yves ; l'on envoya
les Huiſſiers de Bretagne chercher
le Comte de Penthieure ,
pour luy mettre au con un
1
94 MERCURE
certain carcan , lequel eſtant une
fois cadenacé, ne pouvoit jamais
estre ofté, aisoit mourir ce- qui faisoit
luy qui le portoit , & auquel
l'on ne pouvoit toucherfans qu'ils
prift feu.
Vous avez raiſon de nousdire
que ceſecret metallique a esté perdu
, & que nous voudrions bien
le retrouver, comme celuy de la
pierre dont a esté fait le tombeau
de S. Yves, que l'on couloit pour
enfaire les figures.
Vous nous parlez de feu Mr
Hevin , ce celebre Avocat au
Parlement de Bretagne,ſi eſtimé
de Mr le Chancelier ,& qui
GALANT 95
eftoit univerſel dans la connois
fance des bellesſciences ; qui travailloit
aux taliſmants , &qui
taux trouvé la compofition des meavoit
pour ces fortes de carcans.
Je continue à vous envoyer
pluſieurs articles de Litterature,
ainſi que vous l'avez ſouhaitté.
Le Pere de la Maugeraye
vient de publier un principe
de mecanique, qui eft affez eftimé.
Si les mobiles , dit- il d'abord
, estoient d'une mesme pe-
Santeur ſpecifique , & que le milieu
ne refiftast point , quand ily
auroit égalité dans les mobiles,les
viteſſes feroient entre elles, comme
96 MERCURE
les puiſſances qui remuëroient les
mobiles ; car il est clair quefi une
puiſſance comme un peut donner à
un mobile A, une vîteſſe comme un,
il est clair, dis-je, qu'unepuiſſance
deux pourroit donner au mesme
mobile Azune vîteſſe comme deux,
puiſque les effets doivent estre proportionnels
à leur cause.
Le Pere de la Maugeraye a
dit , dans une de ſes differtations
, que lorſque deux corps
ſe rencontrent avec des forces
égales , ils décrivoient une diagonale
,& il ajoûte que c'eftoit
là ſon ſyſteme. C'eſt
pourtant un principe trescommun
GALANT 97
commun & tres
r
- connu .
Le Pere de Grainville, Jefuite
a publié une réponſe au ſçavant
M² de la Chauffe , qui
avoit fait imprimer la feconde
lettre ſur la colomne de l'Apotheoſe
d'Antonin , trouvée à
Rome dans le Champ de Mars .
Le Pere de Grainville démontre,
en quelque maniere, que cette
premiere Colomne ne fut érigée
qu'en faveur du premier
Antonin ; c'eſt- à- dire, d'Antonin
Pie , & non- pas d'Antonin
le Philofophe ; c'eſt à-dire,
de Marc-Aurele. Le Pere de
Grainville critique fort, en paf-
Juillet 1706. I
98 MERCURE
ſant , un écrit peu exact , qu'il
a vû à Roüen ſur ce ſujet , où
l'on a , dit- il , le malheurde n'avoirque
des extraits de la plû.
part des belles pieces.
Mr Juncker a donné depuis
peu , en Allemagne , l'Histoire
des Journaux ; & on dit que
l'on travaille en France ſur le
meſme ſujet.
Mr Duncan , Medecin François
refugié , a publié à Rotterdam
, un avis falutaire à tout
le monde contre l'abus des choses
chaudes , & particulierement du
Caffé, du Chocolat & du Thé.
Il examine tous les bons effets
:
GALANT 99
qu'on attribuë à ces boiſſons ;
& il prouve , par un curieux
détail des fonctions de la vie ,
qu'elles les troublent , & que
la gueriſon des incommoditez
qu'elles ôtent , coûte cher à
ceux qui ne ſçavent pas ſe moderer
dans l'uſage d'un remede
agréable.
L'Auteurde la Conciliation de
Moise avecs. Etienne, a répandu
dans l'Europe une lettre, pleine
de remarquesfur le mesmeſujet,
&fur quelques autres. Un Auteur
, celebre par ses ouvrages,
ayant formé le deſſcin d'attaquer
celuy de la Conciliation ,
I ij
100 MERCURE
cela a donné lieu à cette lettre.
Cette Conciliation parut
✓ l'année derniere : le temps où
l'Auteur a placé la naiſſance de
Jofeph , a donné lieu à quelques
remarques. Il ſoûtient, dans
cette lettre , ſon opinion , &
prétend démontrer que ce Patriarche
eſt né l'an 91. de Jacob
fon pere ; & pour cet effet , il
prouve que Jacob eſt plus vieux
que ſon fils de 90. ans. C'eſtoit
Mr Bernard, qui a continué les
nouvelles de la Republique des
lettres, qui avoit attaquéle Syftême
de l'année de la naiſſance
de Joſeph ; il répondit auſſitoft
GALANT 101
à celuy de la Conciliation &c . Du
refte, le Livre de la Conciliation
de Moife avec S. Estienne eſt
un ouvrage tres - eftimé.
& Mr le Clerc a donné àAm-,
ſterdam une 3. édition de fes
oeuvres philofophiques.Joannis
Clerici opera Philofophica, in quatuor
volumina digesta, editio 3.auctior
er emendatior. Outre ces 3 .
éditions, il s'en eftfait une àLondres.
Mr le Clerc a ajoûté, dans
cette édition, un petit traité de
huit pages , où il parle de l'utilité
de la Phyſique, que l'on ne
connoît pas certainement affez
en Hollande.
I-iij
102 MERCURE
On a fait à Hall une nouvelle
édition de l'Art de penser ,
en Latin. Le Libraire a promis
d'y ajoûter toutes les remarques
que M' Bernard fit , dans
le mois de Novembre 1703 .
de les nouvelles , &c. fur toutes
les éditions latines de cet ouvrage.
M'Buddé a ajoûtéà cette
édition , une Préface de vingt
pages , où il marque les avantages
& lesdéfauts de cette Logique.
Il'avertit, que le premier
pas qu'on doit faire pour ſe garentir
de l'erreur , c'eſt de corriger
ſa volonté,& de travailler
àretenir ſes paſſions dans les
GALANT 103
bornes de la droite raiſon.
Le Pere Nicolas Parthenio
Giannettaſſi a fait imprimer , à
Naples, un nouveau livre, ſous
le titre de Ver Herculanum : Le
printemps paffé à torre delGreco,
dans la Campagne de Rome.
C'eſt la ſuite des Livres du même
Auteur , intitulez , Autumni
Surrentini , atates Surrentina; les
Automnes paffées à Sorrente , les
Etezpaffez à Sorrente. Sous ce
titre, l'Auteur a ramaffédesDialogues
ingenieux ; des obfervations
curieuſes , écrites dans
le goût de l'antiquité latine la
plus délicate ; des deſcriptions
I iiij
104 MERCURE
tantôt en Profe, tantôt enVers.
Il paroît qu'il s'eſt propoſé
pour modele Aulugelle , &
peut- eſtre les connoiffeurs jugeront-
ils quc le Pere Giannettaſſi
eſt plus délicat & auffi
ſçavant que cet ancien Auteur.
La Poësie eſt le principal talent
de ce Pere ; outre des Eglogues,
il a paru de luy trois Poëmes
confiderables , chacun de plufieurs
livres : Nautica , l'art de
la navigation : Halicatica , la
Peſche: Bellica, l'art de la guerre.
Chacun de ces Poëmes contient
un affez gros volume in
douze. Le meſme Pere a fait
GALANT 105
auffi une Geographie Latine.
Il travaille à l'hiſtoire de Naples
, qui doit eſtre eſtimée, à
cauſe des belles découvertes
dont il l'a enrichie.
Dom Maur Piazzi , Abbé du
Monastere de Parme , a tiré de
ſa bibliothéque , les lettres du
fameux Ifidore Clarius, qui de
Religieux de ce Monaftere, devint
Evêque de Foligno , & fut
par ſon érudition, par les beau
tez de ſon ſtile , par ſa pieté&
par fon zele, undes plus grands
ornemens de fon fiecle. Ces lettres
ont eſté imprimées à Modene.
On y a joint deux Opuf-
A
106 MERCURE
A
cules ; l'un ſur les bornes qu'il
faut mettre au ſoin d'amaſſer
des richeſſes . L'autre eſt une exhortation
à ceux qui avoient
abandonné les ſentimens reçûs
dans l'Egliſe , pour les porter
à les reprendre. IfidoreClarius
mourur en 11555. âgé de
60. ans. Il avoit retouché la
verſion vulgate ſur l'Hebreu ,
auquel il l'avoit renduë plus
conforme ; ce travail n'a pas
eſté auſſi eſtimé que ſes notes.
Elles joignent la brieveté &l'élegance
à l'érudition,&les Proteſtans
les ont inſerées dans le
recüeil qu'ils ont fait des criti
GALANT 107
ques ſacrez .Nous avons du même
Auteur, en pluſieurs tomes,
des Homelies fur le premier
Sermon de Jeſus - Chriſt , ſur
l'Evangile de Saint Luc , fur
les Epitres de Saint Paul & fur
differens ſujets.
Engn is LivreduPPeerreePagi,
contre les Annalles du Cardinal
Baronius,paroît. Il avoit été
long-temps attendu & defiré.
Le premier Volume avoit déja
eſté imprimé , il y a quelques
années ,& les trois autres imprimez
à Genève in folio , font
achevez ; & l'on débite à preſent
cet ouvrage. Le Pere Pagi,
108 MERCURE
-
:
,
Cordelier , neveu de l'Auteur
qui mourut en 1699. à dédié
ces trois Volumes à M le Marquis
de Torci Miniftre & Secretaire
d'Etat. Le feu Pere Pagi,
qui a eſté un des ornemens
de l'Ordre de Saint François
&un des plus fçavans hommes
du dernier fiecle,avoit travaillé
à cet ouvrage pendant la plus
grande partie de ſa vic. Il l'a
porté à ſa perfection un peu
avant fa mort ; mais il n'a pas eu
la conſolation de le publier.
Cafaubon avoit tenté autrefois
un pareil deſſein ;mais il ne travailla
que ſur les premiers livres
GALANT 109
des Annales de Baronius : c'eſt
ce qui fit dire queCafaubon n'avoit
attaqué que les Giroüettes
du Livre du Cardinal Baronius.
r
M' Lazare Muguet , Prêtre ,
a mis au jour un écrit, intitulé :
Nouvelle découverte d'un Thermometre
, cherché depuis fi longtemps
par Meſſieurs de l'Academie
Royale des Sciences , exempt
des défauts des autres Thermometres
, & contenant tous les
avantages qui neſe trouvent que
Separement &par parties , dans
ceux dont on s'eſtſervi juſqu'à
preſent. Ce Thermometre eft
110 MERCURE
compofé d'une boule de verre
remplie d'air , tel que nous le
reſpirons & de quatre tubes
cylindriques , ſoudez & joints
les uns aux autres .
Il paroît une differtationfur
les Medailles de Julien, Tyran du
temps de Carinus. Les Hiſtoriens
ont été partagez au ſujet de ce
Julien ; les deux Victors ſont
dans differentes opinions ſur
ce General , que quelques Provinces
de l'Empire Romain
revoltées avoient choiſi & mis
à leur têtepour ſecouër le joug
desEmpereurs.L'und'eux nous
aſſure que Julien prit les armes
GALANT III
en Afrique ſous l'Empire de
Diocletien & de Maximien ;
& l'autre, dans ſon Epitome ,
marque qu'il mourut aux environs
de Verone. Si ce Tyran a
eſté défait & tué par Carinus ;
il eſt cetain qu'il n'a pû ſe revolter
pendant leregne deDiocletien.
Voilà l'embarras .
Le Pere Pinamonti , Jeſuite
(Compagnon du Pere Segneri )
a fait imprimer une Methode
pour conduire les ames dans la
voye de la perfection.
Le Pere Poiffon , Prêtre de
l'Oratoire , a fait imprimer à
Lyonun nouveau recueil des
112 MERCURE
Conciles ; cet ouvrage eſt treseftimé
. L'on trouve ſa Methode
ſur la Chronologie tresfure
& tres -bonne.
La Lettre & l'Ouvrage qui la
fuit , ſont du Frere François ,
Chartreux, Auteur duJardinier
Solitaire . Vous trouverez dans
la Lettre, le ſujet qui l'a obligé
de m'envoyer la piece qui la
fuit .
Fay vû, Monsieur, dans vôtre
Mercure du mois deMay dernier
, que vous me renvoyez le
jugement d'un Problême de Phyfique,
qui vous a estéproposé par
GALANT 113
l'Auteur d'une Lettre Anonyme;
fçavoir, pourquoyles boutons
des Arbres , qui reſiſtent à la
plus forte gelée pendant l'Hyver
, ne peuvent reſiſter à un
froid affez mediocre pendant
le Printemps. Voilà ,Mr ,si je
ne me trompe , l'état de laqueſtion,
pour la ſolution de laquelle vous
renvoyez auffi l'Auteur de cette
Lettre Anonyme , à l'Article 59
&ſuivans du 23 Chapitre de la
premiere Partie de la Physique de
Mr Rohault. Fay lieu de croire
que si cet Auteur est bon Phyſicien
, s'il entend bien la matiere
,qu'ilfe contentera de l'ex-
Juillet 1706. K
(
114 MERCURE
plication qu'on y trouve ; mais
comme il paroiſt ſouhaitter d'apprendre
les conjectures des autres
Phyſiciens furfon Problême , je
vais eſſayer de vous fairepartdes
miennes. Je souhaitte qu'elles le
fatisfaffent.
T'Experience nous apprend que
l'eau purgée d'airpar le moyen
de la machine pneumatique , se
condenſe enſe gelant ; bien loin de
fe rarefier, comme fait l'eau qui
n'a point esté purgée d'air. Par
confequent le fuc qui se trouve
dans le bouton des Arbres a bean
!
GALANT 115
ſe geler pendant l'Hyver ; comme
il n'estpas encore penetréde l'air,
& qu'ily est d'ailleurs en trespetitequantité,
il n'ysçauroitfaire
aucun dommage. Mais au Printemps
, quand les meſmes boutons
ont pouffe des bourgeons , &que
l'air a trouvé moyen de s'infinuer
dans lefuc quiy circule en abondance,
cefuc ſe dilatant ,lorſqu'il
fegele,caffe les tuyaux où il est
contenu ; d'où il arrive que la
circulation ne peut plus s'y continuer,
que le fuc s'en évapore lorsqu'il
eſt degelé, &par confequent
que les bourgeonsſeflétriſſent trespeu
de temps aprés arvoir estédégelez.
Kij
116 MERCURE
L'airfaitparfon reffort d'étran
ges effets fur la terre , il fert àpré-
Sent à renverſer nos Villes & nos
Chasteaux , &à nous détruire les
uns les autres ; puiſque ſans air
la poudre à canon ne produit aucun
effet , comme je l'ay experimenté
avec un Balon de cuivre ,
rempli de cette poudre, & exactement
vidé de tout air , où lefeu
nefit autre chose que fondre tous
les grains de la poudre en une feule
maſſe , par la mesme raiſon qu'il
fond en uneseule maſſe pluſieurs
< grains de plomb ou de quelqu'autre
metal. Si l'ony avoit laiſſé
l'air , il auroit eſté contraint , par
1
GALANT 117
le feu , deſe dilater tres-confiderablement
, & il auroit fait crever
le Balon .
Quand on expoſe à un airfujet
à beaucoup de viciffitudes du
chaud &du froid , un morceau de
viande ou quelqu'autre chose dont
les fibres font affez tendres &
delicates , & où l'air peut facilement
s'infinuer , tout celafe corromp
en tres-peu de temps ; car
l'airqui s'y infimuë la nuit en une
figure ovale , prend jour parquelque
augmentation de chaleur en
une figure plus approchante de la
circulaire,&caffe par confequent
les cellules où il s'estoit infinué.
118 MERCURE
K
Le feu s'éteint faute d'air ,
parce que le premier élement ,
(ainſi que j'appelle dans mes Principes
de Physique, ce qui cauſe le
lefeu ) ne coule , par exemple ,
entreles parties du bois , que comme
l'cau couleroit àtravers un tas
de fable ou de pierres , & en
échappe parconſequent bien viſte ,
fans y faire un grand defordre:
Aulieu que cet élement liquide ,
quand il est accompagné de l'air,
coule entre les parties du bois,comme
l'eau quiseroit accompagnéede
graines bienféches , couleroit au
travers d'un tas de pierres ; carces
graines venant à eftre dilatéespar
GALANT 119
l'eau , écarteroient ces pierres les
unes des autres , &les dérangeroient
entierement.
L'air n'est donc que comme
l'instrument dont cet élementſe
fert ; il n'est que comme un bâton
ou uneépée entre les mains d'un
furieux ,qui s'en fertpourfendre
la preſſe ,& pour écarter çà
là, tous ceux qui s'oppoſent àfon
paſſage , & qui ſans armes &
les mains liées , auroit passé
tranquilement. L'air nous fait vi-
, ccoommmeje l'ay expliqué ailleurs
, &nous reduit en pouffiere
aprés noſtre mort.
vre
Voilà,Mr,ce que j'avois à
120 MERCURE
répondre au Problême qui vous a
efté proposé. Vous voyez que cela
est un peu different de ce que dit
Mr Rohault.Jefuis , Monfieur,
C.
La mort ne me fourniffant
que trop de matiere tous les
mois , je ſuis obligé de la reprendre
, quoyque ma Lettre
ne foit pas encore fort avancée.
Voicy les noms des perſonnes
qui font décedées depuis
celles dont je viens de
vous parler.
fe
M Jacques Teſtu, Confeiller
Aumônier & Predicateur
Ordinaire du Roy , Abbé de
NôtreGALANT
121
Nôtre- Dame de Belval , Prieur
de S. Denis de la Chartre, & l'un
des 40. de l Academie Françoiſe.
Le merite de cet Abbé & le
gouſt qu'il a eu pour les beaux
Arts & pour les belles Lettres ,
ont éclaté d'une maniere qui
luy a fait beaucoup d'honneur.
Ses Stances Chreftiennes,dont on
a fait cinq ou fix éditions , marquent
affez le talent qu'il avoit
pour la Poëfie. Il avoit un tresbeau
Cabinet de tableaux ; &
comme il connoiſſoit parfaitement
tout ce que la Peinture
a de plus beau , & que tous les
tableaux qui compofoient fon
Juillet 1706. L
122 MERCURE
Cabinet eſtoient de ſon choix ,
il n'y a point à douter que les
Curieux ne les recherchent
avec empreſſement.
L'union du Prieuré de Saint
Denis de la Chartre , dont il
eftoit titulaire , au Seminaire de
Saint François de Sales , que
Monfieur le Cardinal de Noail- .
les a fondé pour les Preſtres infirmes
, eſt l'ouvrage de ſa charité,
puiſqu'enconfentant àcerte
union pendant ſa vie , & fe
dépoüillant du droit qu'il avoit
de le reſigner , il a aſſuré l'établiſſement
de ce Seminaire, qui
eſt ſi utile à l'Eglife.
GALANY 123
La Maiſon de Ms Teſtu eſt
rs
tres- ancienne à Paris. Mrs de
Balincourt font de la même
Maiſon , & eſtoient proches
parens de celuy qui vient de
mourir. Il y en a deux Chevaliers
de Malthe , dont l'aîné eſt
Commandeur de eet Ordre ; &
un autre Conſeiller au Parlement
, dont l'eſprit , le merite ,
& la politeſſe ſont connus de
tout le monde. M² de Balincourt
, Capitaine des Chaffes
de la Vicomté de Paris , eſt
auffi de cette famille ; fon fils
eftColonel du Regiment d'Artois.
M l'Abbé Teſtu avoit
r
Lij
124 MERCURE
deux freres , dont l'aîné qui
avoit beaucoup d'eſprit , & qui
eſtoit fort répandu dans le monde
, estoit Chevalier du Guet ;
&l'autre eſtoit Abbé. Ces trois
freres font enterrez aux Carmes
Déchauffez .
re
: M Pierre Blanger, Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , Senieur de la maiſon de
Sorbonne, Prieur de laChapelle
de la Reyne, Vicaire General de
M' l'Evêque de Coûtances , cydevant
fon Official , Chantre &
Chanoine de l'Egliſe de Coûtances
. Mr d'Etoüilly , Docteur
de la meſme maiſon, luy a fuc
GALANT 125
cedé en la Seniorité; ils avoient
long-temps contefté la qualité
de Senieur de Sorbonne. Mr
Blanger eſtoit plus ancien reçu
dans la maiſon de Sorbonne,
& Mr d'Etoüilly plus ancien
Docteur ; la Seniorité fut adjugée
à Mr Blanger , comme plus
ancien reçu dans la maiſon de
Sorbonne , parce que cette qualité
n'a rien de commun avec
la Faculté de Theologie. Mr
Blanger s'étoit démis depuis environ
une année de ſa prebende
&de ſa dignité de Chantre
de l'Egliſe de Coûtances , au
grand regret de Mr de Lome
L iij
126 MERCURE
nie Evêque de Coûtances , qui
auroit bien voulu conſerver ce
Docteur auprés de luy. Mr
Blanger eſtoit de Normandie ,
&du Dioceſe meſme de Coûtances
; il paffoit pour un zelé
défenſeur de la ſaine doctrine,
& il y avoit peu de Docteurs
plus en garde que luy contre
les nouveautez. Il eſtoit grand
Theologien ; il avoit donné
des preuves de ſon érudition en
pluſieurs occafions qui luy avoient
fait beaucoup d'honneur
, &qui luy avoient acquis
la reputation d'un tres- ſçavant
homme. Mr Blanger eſtoit fort
GALANT 127
3
confulté pour la Morale , & il
s'y eſtoit appliqué durant une
bonne partie de ſa vie , perſuadé
que cette partie de la Theologieeftla
plus neceſſaire pour
la conduite des moeurs & pour
la direction des ames. Il avoit
une bibliothéque affez confiderable,&
remplie de livres ou rares
ou tres- curieux. Il les connoiſſoit
parfaitement biensainſi
le choix qu'il en avoit fait, étoit
tres-bon & tres - judicieux.
Dame Elifabeth de Flecelles,
veuve de Me Jean d'Uſſon ,
Marquis de Bonac , Commandeur
de l'Ordre militaire de S.
1
128 MERCURE
Loüis , Lieutenant General des
armées du Roy , & Commandant
pour Sa Majefté dans le
Comté de Nice. Cette Dame
eſtoit d'une tres-ancienne maifon,&
tres- confiderable par les
alliances qu'elle a faites. M la
Marquiſe d'Uſſon avoit épousé
en premieres noces M François
Gaſton de l'Hoſtel Marquis
d'Eſcots , Maréchal des
Camps &Armées du Roy, Colonel
du Regiment d'Artois &
Lieutenant General de la Province
de Brie. Elle avoit cu de
cette premiere alliance Mr le
Marquis d'Eſcots , qui fut Corc
GALANT 129
lonel du Regiment d'Artois aprés
fon pere, &qui fut tué en
Flandres , pendant le ſiege de
Namur , dans un détachement
commandé par Mr le Prince
d'Enrichemont , aujourd'hui
Ducde Sully-FeuMr leMarquis
d'Uffon , ſecond mari de la Dame
dont je vous apprends la
mort, étoit frere deM² de Bonrepos
cy devant Ambaſſadeur du
Roy en Dannemark, & aujourd'hui
Lecteur du Cabinet du
Roy. Mr de Bonac , fon neveu ,
eſt Envoyé de France auprés du
Roy de Suede , & il accompagne
ce Prince dans toutes ſes
130 MERCURE
glorieuſes expeditions . La maifond'Uffon
& celle de l'Hoſtel
font toutes deux tres- qualifiées,
&des plus anciennes de la Province
deGuienne,dont elles font
originaires , & où elles eſtoient
déja connuës dans le temps qu'-
Eleonor de Guienne épouſa
-Henry ſecond Roy d'Angleterre,
à qui elle porta en dot cette
belle Province.
re
Dame Marie Gigault deBellefonds
, veuve de M ° Pierre
Marquis de Villars , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées & fon
Conſeiller d'Etat ordinaire d'épée.
Elle a eu de fon mariage ,
GALANT 131
M' le Maréchal Duc de Villars ;
M' le Comte de Villars , connû
auparavant ſous le nom de
Chevalier de Villars , Capitaine
de Vaiſſeau & Maréchal de
Camp; & trois filles, dont l'une
a épousé M'le Comte de Choiſeüil-
de-Traves , Colonel de
Cavalerie ; la ſeconde a épouſé
M' le Marquis deBoiffieu,d'une
tres - ancienne maiſon de Dauphiné
, & frere de M² l'Evêque
- de S. Brieuc ; & la 3º a épouſe
M² de Vauguier , qui eft aufſi
originaire de Dauphiné. Cette
derniere demeure avec Mela
Maréchale de Villars , & Mr
132 MERCURE
د
le Maréchal ſon frere a pour
elle une tendreſſe & une confiance
tres particuliere. Feu Mr
leMarquisde Villars, époux de
la Dame dont je vous apprens
la mort, avoit eſté Ambaſſfadeur
Extraordinaire en Eſpagne
& Chevalier d honneur de Madame.
Comme je vous ay parlé
pluſieurs fois de fa maiſon ,
qui eſt originaire de Lyon , &
quia donné troisArchevêques à
l'Egliſe de Vienne , je ne vous
en diray rien aujourd huy. M
la Marquiſe de Villars , autant
diſtinguée par ſon merite& par
ſa vertu ,que par ſa naiſſance ,
GALANT 133
étoit foeur de feu M² le Maréchal
de Bellefonds , & grande
tante de Mr le Marquis deBellefonds
, Gouverneur de Vincennes
& Colonel d'un Regiment
de Cavalerie. La maiſon
de Gigault eft connuë en France
depuis le milieu du 15. fiecle ,
où le Roy Charles VIII . com.
mença à la diftinguer. Depuis
ce temps-là elle a fait d'illuſtres
alliances ; & ceux qui en font
fortis ont eſté honorez par nos
Roys,en differens temps,de plufieurs
dignitez tres -confiderables.
M' Charles Pot , Marquis de
134 MERCURE
Roddes , Vicomte de Bridiers ,
Baron de la Maiſonfort , cydevant
Grand - Maître des Ceremonies
de France. Il eſtoit
d'une Maiſon connuë en France
depuis le milieu du quatorziéme
fiecle. Guillaume Pot ,
Chevalier,Seigneur de Roddes,
du Piéagu , du Baleffier , &c.
forti d'une noble famille , fervit
le Roy Charles V. dit le
Sage, dans la guerre de Guyenne
, en 1377. Il laiſſa en mourant
deux fils ; Raoul Pot &
Louis Pot. Le premier eft qualifié
dans quelques titres , premier
Maiſtre d'Hôtel de Jean
GALANT 135
deNevers, depuis Duc de Bourgogne
, & il fut pris prifonnier
à la bataille de Nicopolis en
1396. Il eſtoit Gouverneur du
Dauphiné en 1411. Louis Pot,
Seigneur de Roddes , fut marié
avecDauphine deBonnelles.De
cette alliance fortirent Guyot
Pot , Seigneur de Roddes, créé
fecond Chevalier de la Toifon
d'or , à la premiere ceremonie ,
par Philippes le Bon Duc de
Bourgogne, en 1430. De René
Pot , & de Jeanne de Sully- de
Fontmorand, vint Jacques Por,
Baron de la Rochepot ; & Philippes
Pot , grand Sénéchal de
2
136 MERCURE
:
Bourgogne , dont le tombeau
eft àCiſteaux. Jacques Pot ,Baron
de la Rochepot , auffi Chevalier
de la Toiſon d'or , épouſa
Marie de Courtjambe. Leurs
enfans furent N... Pot , Seigneur
de la Rochepot , dont
font iſſus lesSeigneurs de la Rochepot&
de Fontmorand , defquels
font ſortis Dame Charlotte
Pot - de Fontmorand ,
épouſedeClaude d'Elcoubleau,
Seigneur du Coudray - Montpenfier
en Poitou , & Guy Pot
Comte de S. Paul , Baron de la
Rochepot , époux de Marie de
-
Villiers-l'Ile-Adam,pere d'An
GALANT 137
ne Pot , Baronne de la Rochepot
, &c. mariée avec Guillaume
Sire de Montmorency.
Guyot Pot , Seigneur de Roddes
, fils puiſné de Loüis Pot ,
laiſſa un fils appellé Jean Pot ,
auſſi Seigneur de Roddes , qui
fut pere de Guy Pot , qui fuivit
la fortune de Loüis XII.
pour lors Duc d'Orleans , à la
Journée de Saint - Aubin- du
Cormier. DeGuy Pot vint Jean
Pot,Seigneur de Roddes , Chevalier
de l'Ordre du Roy , qui
fut Ambaſſadeur à Rome , à
Vienne , & à Londres. Guillaume
Pot , ſon fils , Seigneur de
Juillet 1706 . M
138 MERCURE
Roddes , Cornette blanche de
France , Prévoſt des Ordres du
Roy , premier Ecuyer - trenchant
,& créé par le Roy Hen
ry III . premier Grand-Maiſtre
des Ceremonies de France. Il
eut de Georgette de Balzacd'Entragues
, Henry Pot , mort
des bleſſures qu'il reçut à la
Journée d'Ivry, portant laCornette
blanche ; François Pot ,
Seigneur de Roddes , grand-
Maistre des Ceremonies de
France ,Cornette blanche, premier
Ecuyer- trenchant ,decedé
ſans laiſſer des enfans de
N.... de Broüilly-Mezvillers
GALANT 139
& François Pot , Seigneur de
Roddes , qui aprés avoir exercé
les mêmes Charges , mourut
au ſiege demontpellier en 1622 .
Il laiſſa de Marguerite d'Aubray
ſa femme,deux fils,& trois
filles Religieuſes; &Louiſe Pot,
veuve du Marquis de Beaujeu ,
dont une fille mariée àN... de
Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Cornette blanche de
France , & premier Ecuyer -
trenchant. Claude Pot , Seigneur
de Roddes , grand-Maître
des Ceremonies , Cornette
blanche , & premier Ecuyertrenchant
, fils aîné de Fran-
Mij
140 MERCURE
1
C
çois Pot , Marquis de Roddes ,
&de Marguerite d'Aubray ,
fut marié, 1. avec Louiſe Henriette
de la Chaſtre , Heritiere,
de laquelle il a eu Mala Ducheſſe
de Vitry ; & 2 °. avec
N.... legitimée de Lorraine.
Henry Pot , Seigneur de Roddes,
Vicomte deBridiers,Comte
de Romorentin, &grand - Maître
des Ceremonies de France ,
frere puiſné de Claude , prit
alliance avec Gabrielle de Rouville
, de laquelle il cut celuy
dont je vous apprens la mort ;
trois autres fils,&une fille .
La Maiſon de Pot a donné
GALANT 141
un Evêque à l'Eglife de Tournay
, &des Abbez à Marmouftier
, à Saint Lomer de Blois ,
deux à Ferrieres en Gaſtinois
د
un Treforier à la Sainte Chapelle
de Paris , & un Preſident
aux Enquestes du Parlementde
Paris. M'le Marquis de Roddes
avoit eſté le ſixiéme grand-
Maiſtre des Ceremonies de
France , depuis la création de
cetteCharge en faveur de Guillaume
Pot,unde ſes ayeux , par
Henry III.
Le nommé le Coq , âgé de
cent trois ans , eſt mort depuis
peu à la Fleche en Anjou. Si
A
142 MERCURE
j'apprens quelques particularitez
de la maniere dont il a vécu
pour arriver à ce grand âge,
je ne manqueray pas de vous
en faire part.
Le Parnaſſe François vient de
perdre M² de Riouperoux,Auteur
de pluſieurs Pieces de
Theatre , qui ont eu un grand
fuccés , du nombre deſquelles
font Valerien & Hypermnestre ,
qui ont reçu de grands applaudiffemens
.
Aprés vous avoir parlé de la
mort d'un Poëte , je puis vous
entretenir d'une Dame vivante,
qui fait parfaitement bien des
GALANT 143
Vers , & dont les ouvrages
réuſſiſſent beaucoup ; c'eſt de
Me de Saintonge ,qui a fait les
paroles de l'Air qui fuit. Cet
Air eſt de la compoſition de
Mr Charles .
AIR NOUVEAU.
Votre coeur est le Lot où le mien
doit prétendre ;
Mesfoinsfont les billets qui pourront
l'obtenir.
S'il peut jamais m'appartenir ;
Nefperez pas , Philis , de pou
voir le reprendre.
144 MERCURE
Mr d'Alaiſe Mocenigo a eſté
élû par la Republique de Veniſe
pour Ambaſſadeur en France.
Il eſt Noble Venitien , &
d'une des meilleures Maiſons
de cet Etat ; ſes Ayeux y ont
poſſedé les premieres Charges
de la Republique , & ils s'y
font alliez, en divers temps, avec
les Maiſons Mattons CCoorrnnaarroo,Badoero,
Piſani , Donato , Ottoboni , &
pluſieurs autres de ce rang. La
Maiſon de Mocenigo a auffi
donné pluſieurs Officiers Generaux
aux Armées de la Republique
; elle a auffi donné
pluſieurs Provediteurs à laMorée
,
م
GALANT
145
*
rée , & pluſieurs Patriarches à
Venife. Il y a eu de cette Maifon
plufieurs perſonnes de Lettres
, & elle a fourny aux Ordres
de Saint Dominique & de
Saint François de grands fujets ,
de même qu'à l'Ordre de Saint
Benoift. La Maiſon Mocenigo
eft preſque auſſi ancienne que
la Republique ; elle eſt connuë
depuis Tétabliſſement de cet
Etat , & il y en a peu eu à Veniſe
d'auſſi zelées pour la conſervation
de cet Etat , que la
Maiſon Mocenigo.
Le Pape a donné l'Eveſché
de Brescia à Monfieur le Car-
Juillet 1706 . N
146 MERCURE
dinal Badoero , qui s'eſt démis
du Patriarchat de Veniſe . Je
vous ay parlé du merite de ce
Prelat le mois dernier , en vous
apprenant ſa Promotion au
Cardinalat . Il eſt d'une des plus
anciennes Maiſons de Veniſe ,
puiſque la Maiſon Badoero
eſt une des 12 Electorales, qui
font la premiere Claſſe de la
Nobleſſe Venitienne , & qui ,
par une eſpece de miracle , ſe
ſont toutes conſervées juſqu'à
préſent , depuis l'an 709. On
la compte même la troiſieme ,
& aprés les Maiſons Contarini
&Morofini . La dignité que ce
1
GALANT 147
Prelat quitte , eſt conſiderable.
Le Patriarche de Veniſe ne met
à la tête de ſes Mandemens
que N. ... Divinâ miferatione
Venetiarum Patriarcha , fans
ajoûter , comme font les autres
Prelats de l'Egliſe Romaine
& ſancta Sedis Apoftolica gratiâ.
Il eſt Primat de Dalmatie , &
Metropolitain des Archevêques
de Candie& de Corfou ,&
des Evêques de Chiozza & de
Forcello.
2.
L'Evêché de Brescia que le
Pape vient de donner au nouveau
Cardinal , eſt Suffragant
de Milan. Breſcia eſt ſur le Go-
Nij
148 MERCURE
zo prés de la Mela ; c'étoit
l'ancien Pays des Cenomanois,
qui y étoient paſſez de la Gaule
Tranſalpine, & dont Tite Live,
Pline & Strabon font mention .
Ceux du Pays la nomment
Brescia , & les Latins , Brixia.
Saint Apolinaire de Ravenne
y prêcha le premier l'Evangile .
Attila la ruïna , & elle fut peu
aprés rebatie , c'eſt à dire , l'an
452. Elle fut depuis ſoûmiſe
depuistoumite
aux Lombards , à Charlemagne
, aux Rois d'Italie , & elle
devint enfin libre . Henry VI .
Empereur , l'emporta aprés un
long fiege ; & elle fouffrit de
GALANT 149
grands maux durant les factions
des Guelphes & des Gibelins
. Les Ducs de Milan
s'en rendirent maiſtres , & ils
la garderent juſqu'à ce qu'elle
ſe donna aux Venitiens , puis
au Roy Louis XII. en 1509 .
& François I. la remit en 1517 .
aux mêmes Venitiens , qui en
font encore les maiſtres . Comme
cette Ville eſt Frontiere ,
elle eſt bien fortifiée , avec un
bon Chaſteau , de bons remparts
& un bon Arcenal,& elle
a de belles Egliſes . L'Evêque a
le titre de Duc , de Marquis &
de Comte ; & on garde dans
N iij
150 MERCURE
la Cathedrale , une Croix ) ou
Oriflame ) que les Originaires
prétendent eſtre celle qui apparut
à Conſtantin. On y a ce-
Iebré des Synodes en 1574 , en
1582 & en 1614. Cette Ville
eſt aſſez grande , & on y compte
prés de cinquante milleHabitans.
Elle eſt Capitale du petit
Pays , dit le Breffan , que les
Italiens appellent Il Breffiano ,
qui comprend du Septentrion
au midy, tout ce qui eſt depuis
la Valteline , juſqu'à la riviere
de l'Oglio , & de l'Occident à
l'Orient , tout ce qui eſt depuis
le Lac d'Iſeo , juſqu'à celuyde
GALANT 151
Garda , où ſont les Bourgs de
Lodrone , Garnado , Chiari ,
Ramano . Strabon , Pline &
Tite- Live font une mention
honorable de cette Ville .
Les nouveaux Cardinaux
dontje vous parlay le mois dernier
, ayant laiffé , par leur Promotion
, beaucoup de Charges
vacantes , & pluſieurs dignitez
à remplir ; voicy les noms de
ceux qui ont eſté nommez par
le Pape , pour occuper tous ces
grands poftes , qui conduiſent
ordinairement au Cardinalat .
Vous ne devez point examiner
les rangs , dans l'article que je
N iiij
152 MERCURE :
vous en envoye ; rien n'eſtant fi
difficile que d'eſtre parfaitement
inſtruit du Ceremonial
Romain.
Le Pape a declaré que les
nouveaux Cardinaux Corfini &
Pallavicino continuëroient les
fonctions des charges de Treforier
de la Chambre , & de
Gouverneur de Rome. Je vous
ay parlé de ces deux Cardinaux ,
en vous apprenant leur promotion.
La grace que le Pape
leur fait , en leurconſervant les
charges de Treſorier de la
Chambre,&de Gouverneur de
Rome , eſt une preuve de leur
r
A GALANT 153
merite , & de la confideration
que SaSainteté a pour eux;puifque
, ſelon l'uſage de la Cour
de Rome,les nouveaux Cardinaux
ne confervent pas les charges
dont ils étoient revétus
avant d'eſtre admis dans le Sacré
College.
Le Pape adonné la charge de
Clerc de Chambre à Mr Fatti- Mr
nelli; il a eſté élevé à la Cour de
Rome depuis ſa plus grande
jeuneſſe,& il eſt allié à pluſieurs
Cardinaux , qui prennent ſoin
de ſa fortune. La charge que le
Pape vient de luy donner , eſt
une voye pour arriver aux plus
154 MERCURE
grandes dignitez Ecclefiaftiques.
La famille dont eſt ſorti
ce nouveau Clerc de Chambre
eſt fort ancienne à Rome, & alliée
aux plus grandes de cette
ville .
Sa Sainteté a donné à Mr
Molinés ,la charge de Regent
de la Penitencerie. Cet employ
eft tres -important ,& on ne le
donne qu'à des perſonnes treshabiles
, & qui ont donné des
marques de leur ſçavoir. Mr
Molinés s'eſt toûjours beaucoup
attaché à l'étude de la
Morale , comme à la partie la
plus eſſentielle de la Theolo-
)
GALANT 155
gie,& la plus neceffaire pour la
conduite des moeurs. Mr Molinés
joint à un grand ſçavoir ,
une longue experience ; & il
eſt employé depuis pluſieurs
années. Le feu Pape Innocent
XI I. avoit beaucoup de confiance
en luy, & ſe plaifoit ſouvent
à l'entretenir en particulier
; il ſouhaitta meſme , durant
ſa derniere maladie , que
MrMolinés ne s'éloignaſt point
du Vatican pour eſtre à portée
deluy parler quand il voudroit.
Ce Prelat répondoit à ces marquesde
confiance par une grande
affiduité auprés de la per
156 MERCURE
ſonne de ce Pontife , & par les
diſcours qu'il luy faifoit , remplis
de ſageſſe & de confolation.
Mr Tomaſi a eu la garde
du Sceau de la Penitencerie;
c'eſt une des premieres charges
aprés celle deRegent.Celuy qui
vient d'en eſtre revêtu , eſt un
des meilleurs ſujets de la Cour
de Rome , & celuy ſur lequel
ſe verifie plus la maxime qui
regne aujourd'huy en cette
Cour ; ſçavoir , que le merite
& la vertu ſont les meilleurs
patrons que l'on y puiſſe
avoir preſentement. Mr To
GALANT 157
maſi a eu d'autres emplois , où
il a fait voir autant de ſageſſe
que de capacité. Il eſt d'une famille
où l'on naît avec un genie
naturel pour les affaires &
pour les ſciences ; il s'eſt appliqué
aux unes& aux autres avec
un égal fuccés , puiſqu'il paſſe
pourun des Officiers de laCour
de Rome des plus propres pour
les affaires,& en meſme temps
des plus habiles. Il s'eſt attaché
principalement à l'étude du
Droit Canon , où il a fait de
grands progrés. Il eſt d'une
maiſon qui appartient à celles
- de Corfini & de Pallavicin ;
158 MERCURE
& ainſi il eſt parent des deux
nouveaux Cardinaux de ce
nom . :
Le Pape a déclaré Mr Cornaro
Vice -Legat de Bologne .
Ce Prelat joint àun grand merite
, & à une vertu connuë de
toute l'Italie , une naiſſance des
plus illuftres. Il eſt Venitien ,
& ſa maiſon a donné pluſieurs
Doges à cette Republique.
Marc Cornaro eut cette dignité
& celle de Duc de Veniſe
dans le quatorziéme fiecle ;
il eut le bonheur de reprendre
la Candie revoltée . Marc Cornaro
, petit - fils de ce dernier ,
GALANT 159
fut auſſi Doge de Venife; il
.fut pere de la celebre Catherine
Cornaro , Reine de Cypre .
Elle avoit épousé en 1470.
Jacques , Batard de Cypre ,
qui ſe fit Roy de cette Iſle ;
aprés la mort duquel ,& ayant
accouché d'un fils qui ne
vécut qu'un an, elle gouverna
ce Royaume durant un
temps affez fâcheux. Elle vint
à Veniſe , à la follicitation de
fon frere George Cornaro , &
elle fut receuë de la Seigneurie
avec beaucoup de magnificence;
elle remit à la Republique
ſon Etat qu'elle avoit
160 MERCURE
,
gouverné pendant prés de 14.
ans .GeorgesCornaro,ſon frere,
épouſa Elizabeth Morofini ; il
en cut François & Marc Cornaro
tous deux Cardinaux.
Cette Maiſon a auſſi donné
d'autres Cardinaux ; André ,
Evêque de Brescia , & enſuite
Administrateur de l'Archevêché
de Spalatro. Loüis Cornaro,
qui fut premierement Chevalier
de Malthe&grand Prieur
de Cypre , fut fait Cardinal en
1551. par le Pape Jule II . il
fut nommé enſuite Archevêque
de Zara, Frederic Cornaro , Patriarche
de Venife, fut misdans
:
1
GALANT 161
le Sacré College par le Pape
Urbain VIII. Louis Cornaro
qui eſtoit de la mefme Maiſon ,
vivoit dans le ſeiziéme fiecle;
il compoſa un Traité de la vie
fobre,qu'unAuteur de ce temps
a critiqué ſous le nom d'Anticornaro.
Bologne, dite la Graffe, dont
M² Cornaro a eſté nommé
Vice-Legat , eft une Ville d'Italie
qui appartient au Saint
Siege ; elle a un Archevêché,
&une Univerſité celebre. Cette
Ville eft la ſeconde de l'Etat
Ecclefiaftique.
Le Pape a donné à M² Pe
Juillet 1706 .
162 MERCURE
la
tra , la charge de Secretaire de
la Congregation du Concile ,
dont il ne fera pas ſouvent les
fonctions , quoiqu'il en ſoit
tres- capable. Il eſt grand Predicateur
, & il ſe diftingue il y a
long-temps à la Cour deRome,
par le talent qu'il a pour
Chaire. Il n'en à pas un moindre
pour la Poëſie ; & quoyqu'il
ne le cultive que dans ſes
heures de loiſir , il ne laiſſe pas
de paſſer pour undes meilleurs
Poëtes de Rome , où il y en a
de tres- bons & en tres -grand
nombre. M' Petra eſt d'une
tres-ancienne maiſon.
r
GALANT 163
Le Vicelegalion de Ferrare
a eſtédonnée àM' Erba. Cette
Ville eſt dans l'ancienneEmilie,
avec Evêché & titre deDuché ,
appartenant au Saint Siege. Le
Pape Clement VIII. y fit bâtir
en 1598. laCitadelle qu'on
y voit encore aujourd'huy ; ce
Pontifey dépenſa plus de deux
millions d'or. Le Pape Eugene
IV. n'eſtant pas fatisfait du
Concile de Bâle , il le declara
diſſous , & il en convoqua un
autre àFerrare,dont leCardinal
Nicolas Albergoti fit l'ouverture
en 1438. l'Empereur d'Orient,
Jean Paleologue,&lePa
Oij
164 MERCURE
triarche de Conſtantinople s'y
trouverent. On y tint 16. ſeffions
; & dans la derniere on
transfera leConcile à Florence,
àcauſe de la peſte qui estoit à
Ferrare. En 1612. le Cardinal
Jean-Baptifte Seni Eveſque de
Ferrare y fit des conſtitutions
Synodales, qui ont eſté impri
mées. M' Erba eſt fort eſtimé
à la Cour de Rome ; le Pape
qui connoît parfaitement les
ſujets de merite , luy avoit
déja donné , en diverſes occafions,
des preuves d'une confideration
tres-particuliere.
M' Barbarigo aefté nommé
L GALANT 165
Vicelegat d'Urbin. L'Etat d'Urbin
a eſté poſſedé par la Maifon
de la Rovere , qui ayant
manqué , il fut dévolu au Saint
Siege ſous le Pontificat d'Urbain
VIII . Urbin eſt la patrie
du Pape qui regne aujourd'hui.
M'Barbarigo , qui a eu cette
Vicelegation , eſt neveu du
Cardinal Barbarigo , dont je
viens de vous apprendre la
mort. Il a eſté élevé ſous les
yeux de ſononcle ; ainſi on doit
beaucoup attendre d'un Prelat,
qui a joint aux diſpoſitions
que la nature luy a données,une
tres-riche éducation. La Vice
166 MERCURE
legation d'Urbin eſt une des
plus importantes , à cauſe du
voiſinagedeRome.
M' Aldrovandia cula place
d'Auditeur de Rote , qui doit
eſtre occupée par un Bolonois .
Je vous ay parlé amplement
du Tribunal de la Rote , en
is Mabb
vous apprenant queM' l'Abbé
de Polignac en avoit eſté fait
Auditeur ; je dois vous dire à
preſent queM' Aldrovandi qui
eſt devenu ſon Confrere
tout le merite qu'il faut pour
remplir une place de cette importance.
Il eſt d'une famille
originaire de Rome, & alliée
د
a
)
GALANT 167
1
aux Maiſons Altiempi & Borgheſe
, dont la ſeconde a donné
un Pape à l'Eglife , en la
perſonne de Paul V. qui vivoit
au commencement du dernier
fiecle. Mr Aldrovandi a beaucoup
d'érudition , & il eſt peu
de queſtions ſur ce qui regarde
les belles Lettres , où il ne ſoit
confulté , ſouvent même par
les plus habiles gens.
Mr Aldobrandini a eſté fait
Clercde Chambre. Il eſt d'une
Maiſon Papale ; ( c'eſtainſi qu'
onappelle cellesqui ont donnée
des Papes à l'Eglife. ) Le Pape
Clement VIII. eſtoit de cette
17
1
168 MERCURE.....
:
Maiſon. Il ſe nommoit auparavant
le Cardinal Hippolite
Aldobrandin . Il eſtoit de Florence
, dont la Maiſon Aldobrandini
eſt auſſi originaire. Le
Pape Sixte V. l'avoit fait Cardinal
en 1585. & il luy fucceda
aprés la mort des Papes Urbain
VII. Gregoire XIV. & Innocent
IX. qui entre-eux trois ne
regnerent pas treize mois.
LePape a declaré Mr Corradini,
ſon Auditeur , à la place
deMonfieur le Cardinal Paracciani.
Ce Prelat eſt d'une tresancienne
famille , & connuë à
Rome depuis pluſieurs fiecles.
11
GALANT 169
Il eſt allié à la Maiſon de Perretti
qui a donné un Pape à
l'Egliſe, en la perſonne de Sixte
V. & à celle de Buon Compagnon
qui en a donné un autre
en la perſonne de Gregoire ,
XIII . M' Corradini a eſté employé
en diverſes affaires , où il
a donné des marques de fon
intelligence dans les affaires Eccleſiaſtiques.
Il a toûjours fait
du Droit Canon ſa principale
-étude ; & il paſſoit,dans le cours
de ſes études, pour undes plus
forts de ceux qui s'attachoient
à l'étude du Droit. Le choix
que le Pape a fait de luy pour
Juillet 1706. P
170 MERCURE
6
remplir la charge queM'leCardinal
Parraciani laiſſe vacante ,
luyeſtd'autantplusavantageux,
qu'il eſt tres- certain que SaSainteté
ne l'a accordé qu'au ſeul
merite ; puisqu'en nommant
M' Corradini fon Auditeur
elle declara que ſi elle avoit
trouvé quelqu'un plus capable
d'exercer cet employ , elle l'en
auroit pourvû . L'étude que ce
Prelat a fait du Droit ne l'a pas
empêché de s'attacher aux belles
Lettres ; il s'y appliquoit
dans ſes heures de loiſir ,& dans
celles que les affaires où il a été
appellé,dés qu'il en a pû pren
GALANT 171
dre
r
connoiſſance ,luy ont laiſſé,
& il y a fait de grands progrés.
Il eſt peu de perſonnes àRome,
qui entendent auffi bien que
M' Corradini, les Poëtes Grecs
& Latins , & tous les Auteurs
de la belle Antiquité ; il en a
retenu les plus beaux endroits,
& il feroit difficile d'en citer un
ſeul devant luy , qu'il ne reconnût
le lieu & l'Auteur
dont il a eſté tiré. On luy rend
enfin la juſtice d'avoüer qu'il
eſt né avec un genie naturel
pour les ſciences.
Sa Sainteté a fait M² Orighi
Secretaire de la Conſulte.
;
Pij
172 MERCURE
Il a déja ſervi en d'autres poſtes,
où il a donné des marques de
ſa haute capacité , &de l'intelligence
qu'il a des affaires Ecclefiaftiques
. Il eſt d'une famille
établie depuis long- temps en
Italie , & alliée à celles de Ba-
!
glioni & de Vitelli , qui font
des plus confiderables de Rome.
La Congregation dans
laquelle M' Orighi vient d'entrer,
connoiſt des affaires les plus
importantes, & fur tout de celles
qui regardent la pureté de
la Foy , & la conſervation du
Dogme ; ainſi il faut avoir donné
des preuves d'une profonde
GALANT 173
doctrine pour eſtre admis dans
cette Congregation ,& particulierement
pour en eftre Secretaire
; puiſque c'eſt luy qui
refume toutes les deliberations
dans les Congregations parti.
culieres . M' Orighi a beaucoup
de part à la confiance de
Sa Sainteté ; & il a fait voir , en
pluſieurs occaſions,qu'il merite
l'eſtime que l'on a pour luy à
la Cour de Rome.
La Charge de Secretaire de
la Congregation de Propaganda
fide a eſté donnée à M' Banchieri
, Vicelegat d'Avignon ,
qui avoit eu cette place aprés
Piij
174 MERCURE
Monfieur le Cardinal Gualterio
, aujourd'hui Archevêque
titulaire d'Athenes , & Evêque
d'Imola , où ſa douceur , ſa
politeſſe , ſa generofité & fon
équité lui ont fait meriter une
eſtime generale'& lui ont acquis
une reputation folide. Mr.
Banchieri eſt d'une famille Italienne
, tres -connuë par les dignitez
où elle a été élevée , &
par le rang qu'elle tient à Rome
, où elle eſt alliée aux maifons
Cajetan & Gefi. Les Papes
, qui ſont maîtres d'Avignon
, & de tout le Comtat
Venaiffin (depuis que le Pape
GALANT 175
Clement VI. acheta cet Etat
de Jeanne , premiere Reine de
Naples , pour la ſomme de
quarante - huit mille livres de
France , qui revenoit en ce
temps-là à la ſomme de quatre-
vingt mille florins d'or de
Florence ; ) les Papes , dis-je ,
ont gouverné cet Etat par un
Vicelegat , qui y a un Siege ou
Auditoire pour la Juſtice , &
Bureau des monnoyes .
La Congragation de Propaganda
fide , dont Mr Banchieri
vient d'être fait Secretaire
, eſt celle où reffortiffent
toutes les affaires qui regar
P iiij
176 MERCURE
dent les Miſſions de l'Orient ,
& des autres pays où il y a
des Miſſionnaires Apoftoliques.
Il y a peu de Congregations
à Rome où il y ait autant
d'affaires , &où il y en ait
d'auſſi importantes que dans
celle- cy; c'eſt pourqouy le Pape
n'y met que des perſonnes d'une
grande experience & d'une
capacité éprouvée. Sa Sainteté
accompagna de grands éloges
, le don qu'il a fait à M'le
Vicelegat d'Avignon , & il a
temoigné, enpleinConſiſtoire,
qu'il étoit tres -fatisfait de fon
adminiſtration dans ſa Vicele
GALANT 177
gation. CePrelat , en yménageant
les intereſts de fon maître
, s'eſt ſçû concilier la bienveillance
des peuples de tout
le Comtat.
Mr Gozzadini , Secretaire
des Brefs aux Princes , exercera
en l'absence de Mr Banchieri
, Vicelegat d'Avignon ,
la charge de Secretaire de la
Congregation de Propaganda
- ffiiddee. Mr Gozzadini eſt treseſtimé
à la Cour de Rome ;
il joint à une naiſſance confiderable
, & qui l'allie aux meil
leures maiſons de Rome , l'avantage
d'un ſolide ſavoir ,
178 MERCURE
& d'une Vertu à laquelle on
n'a jamais donné aucune atteinte.
Ce Prelat ſe trouve
à preſent chargé de deux em
plois d'une grande étenduë
& que l'on ne confie qu'à des
perſonnes d'une capacité bien
éprouvée. Il s'eſt appliqué
aux affaires dés qu'il les à pu
connoître ; & il a ſoûtenu
l'experience qu'il en a, par une
longue étude de la Jurifprudence
canonique , dont l'on
fçait que ceux qui veulent s'avancer
à la Cour de Rome ,
doivent être parfaitement inſtruits
. Mr. Gozzadini eſt un
I
GALANT 179
des meilleurs Canoniſtes de
cette Cour.
Mr Cuſani,qui étoit Nonce
de fa Sainteté à Veniſe , a
été nommé à la Nonciature
de France , à la place de Monfieur
le Cardinal Gualterio,qui
retourne en Italie. M² Cu
fani eſt d'une ancienne famille
originaire de Veniſe , & alliée
aux plus illuftres de cette
Republique. On ne doit pas
douter du merite & de la capacité
de ce Prelat , puiſqu'aprés
avoir excercé la Nonciature
de Veniſe , il vient exercer
celle de France ; ces deux
180 MERCURE
Nonciatures étant d'une tresgrande
importance . Tous ceux
qui connoiſſent Monfieur le
Cardinal Gualterio, feront touchez
du départ de cette Eminence
; ſes manieres honneſtes ,
bienfaiſantes & genereuſes l'avoient
rendu cher à tous les
François . Son érudition & la
connoiſſance parfaite qu'il a de
l'antiquité , l'ont auſſi rendu
tres - eftimable. Je vous en ay
parlé,en vous faiſant part de fa
promotion au Cardinalat;& je
vousay appris, en meſme tems,
qu'il étoit entré dans l'alliance
de Sa Sainteté.
1
GALANT 181
,
Mr Zondodari , ci - devant
Nonce Extraordinaire enEſpagne
,& qui y eftoit allé pour le
mefme ſujet , que Mr Fieſchi ,
Archevêque d'Avignon, & aujourd'huy
de Genes & Cardinal
, eſtoit venu en France
fuccede à la Nonciatureordinaire
d'Eſpagne , que quitte
Monfieur le Cardinal Acquaviva.
Mr Zondodari a eu divers
emplois importans ſous
ce Pontificat , où il a donné
des marques de ſa capacité ,&
de fon intelligence dans les
affaires les plus épineuſes. Il eſt
forti d'une bonne famille Ita182
MERCURE
lienne , qui a donné divers Prelats
à la Cour de Rome. Monſieur
leCardinal Acquaviva,qui
quitte laNonciatured'Efpagne,
eſt Napolitain , & de la maifon
des Ducs d'Atri , qui a donné
au Sacré College un grand
nombre de Cardinaux. La conduite
qu'il a tenuë en Eſpagne,
pendant le temps qu'il y a de
meuré,a efté fort applaudie. On
ne peut marquer plus de zele
pour le Roy Catholique, dont
il est né ſujet , qu'il en a fait
paroître ; & on doit dire à ſa
loüange , qu'il a vendu, juſqu'à
ſa vaiſſelle d'argent, pour con
GALANT 183
tribuer aux beſoins de l'Etat.
Sa Sainteté a nommé M
Anguiſciola Nonce à Veniſe.
Ce Prelat étoit auparavant
Clerc de Chambre ; & M Fatinelli
a eſté pourvû de ſa charge.
La Nonciature de Veniſe
eſt une des plus conſiderables
de l'Italie. Mr Anguiſciola eſt
depuis long- tempsdans les affaires,&
il s'en eſt toûjours tiré
au gré de la Cour de Rome. Il
avoit commencé à ſervir ſur la
fin du Pontificat d'Alexandre
VIII . & Innocent XII . l'employa
en diverſes affaires,dont
Le ſuccés fit connoiſtre ſon
184 MERCURE
merite. Le Pape qui gouverne
aujourd'huy l'Egliſe l'honoroit
d'une eſtime particuliere,avant
meſme d'eſtre élevé ſur la Chaire
de Saint Pierre ; & aprés fon
exaltation il fut un des premiers
qui en reſſentirent les
fruits . Ce Prelat eſt d'une tresbonne
maiſon , autrefois fortie
de la Ville de Bologne ; &, felon
une ancienne tradition , la
maiſonAnguiſciolaquitta cette
Ville avec le Cardinal Buon
Compagnon , qui fut depuis
Pape ſous le nom de Gregoire
XIII. Ce Pontife érigea enſuite
lEgliſe Cathedrale de
GALANT 185
Bologne en Metropole ; & on
aſſure que ce fut à la ſollicitation
d'un Prelat de la maifon
Anguiſciola , en qui il avoit
une parfaite confiance. Gabriel
Paleotte , qui étoit de cette
maiſon , fut le premier Archevêque
de Bologne. Nicolas
Albergoti , qui gouverna aufli
cette Eglife , eſtoit proche parent
de la maiſon Anguiſciola,
qui eſt auſſi alliée à celle de
Conti , dont le Pape vient de
nommer un Cardinal pour
remplir la place que Mr Philippucci
laiſſe vacante. Les Bentivoglio,
qui ont eſté les maîtres
Juillet 1706 . e
186 MERCURE
de Bologne , eſtoient auſſi parents
des Anguiſciola. Anni--
bal Bentivoglio fut maſſacré
vers l'an 1445. & quelques fecours
que la Maiſon Anguifciola
donnaſt à ſon fils , il fut:
chaffé par Jules II. en 1506.
Bologne fe donna,dans la ſuite,
au Saint Siege. Elle eft gouvernée
par un Legat à latere , que
le Pape y envoye ; & , par un
privilege particulier , elle a un
Ambaſſadeur à Rome , où elle
traite pluſtoſt comme foeur ,
quecomme ſujette.
Mr Piazza a eſté declaré
Nonce en Pologne ; il a déja
م
GALANT 187
eu pluſieurs autres emplois , où
il a donné des marques de fa
capacité , &de l'étenduë de ſon
genie. Le feu Pape l'eſtimoit
beaucoup , & il l'avoit employé
en pluſieurs affaires
dont il s'eſt tiré au gré de toute
la Cour de Rome. La Nonciature
de Pologne eſt fort difficile
dans la conjoncture préſente
; les troubles qui agitent
ce malheureux Royaume , demandent
que celuyqui eft chargé
des affaires de Sa Sainteté ,
ait beaucoup de prudence , &
un grand ménagement. Mr
Piazza répondra aux efperan-
Qij
188 MERCURE
1
,
ces que l'ona de luy.Il eſt d'une
ancienne Maiſon de Rome
originaire de Florence ; elle y
étoit alliée à celles de Pazzi &
de Salviati . Elle eſt auſſi dans
l'alliance de pluſieurs autres
familles conſiderables de la
Cour de Rome ; ſçavoir , de
celles d'Altieri , de Buon Compagnon,
de Perret pagnon,de Perreti,deBorgheſe
& de Frangipani. Mr Piazza a
a eſté élevé ſous les yeux d'un
homme , qui paffoit pour eſtre
un des plus habiles de toute
l'Italie ; je parle de feu Mr
Piazza, ſon pere , qui étoit conſulté
de toutes parts pour les
GALANT 189 -
affaires qui regardent la Jurifprudence.
د
Mr Buffi , cy - devant Internonce
en Flandres a eſté
nommé pour ſucceder à Mr
Piazza, à la Nonciature de Cologne
; & c'eſt à Mr Buffi ,
que Mr Grimaldi, aujourd'huy
Internonce en Flandres , a ſuccedé.
Il a laiſſé en ce païs -là
une grande opinion de ſon ſçavoir,&
de fon habileté ;& on
le regretta beaucoup , quand
il le quitta pour ſe rendre à la
Cour de Rome. La Nonciature
de Cologne , où il a eſté
nommé,eſt difficile dans la con;
190 MERCURE
joncture où ſe trouve cet Erat ;
ainſi on doit juger du merite
de Mr Buffi , & du ſuccés qu'il
a cu pendant qu'il a eſté Internonce
à Bruxelles : puiſque ſa
Sainteté qui apporte tant de
circonfpection furle choix des
Sujets , l'a choiſi pour la Nonciature
de Cologne. Mr Buffi
eſt un tres - bon Theologien ;
il eſt en relation & en commerce
avec tout ce qu'il y a
d'habiles gens dans l'Europe ,
& il a donné des marques de
ſon ſçavoir dans pluſieurs occafions
d'éclat. L'adminiſtration
des affaires , & la diffi
The
GALANT 191
i
pation où elles jettent ordinairement
ceux qui en font
chargez , n'ont pas empêché
ce Prélat de cultiver le talent
qu'il a pour les Sciences ; il s'y
eſt appliqué à Rome dans ſa
jeuneffe , & dans les differens
voyages qu'il a eſté obligé de
faire pour la Cour deRome.M
Buſſi avoit une grande liaiſon
avec les Cardinaux Noris , &
Barbarigo. Il aidoit ſouvent le
premier dans la compofition
de ſes Ouvrages ; & ce ſçavant
Cardinal ſe repoſoit ſur luy du
travail le plus épineux , qui étoit
celuy de faire des Collec-
1
192 MERCURE
tions ,& de conferer les Paffages.
Ce fut même ce Prélat ,
qui prit ſoin de l'impreſſion de
quelques-uns des ouvrages pofthumes
de ce Cardinal .Quant
au Cardinal Barbarigo , il a
donné, en diverſesoccafions,les
marques de la plus étroite confiance
à ce Prelat ; & il l'invitoit
ſouvent àvenir paſſer quelques
mois de l'année dans ſon
Evêché de Montefiafcone. Mr
Buſſi eſt d'une tres-bonne Maifon
, qui eſt tres -bien alliée ; &
elle a produit de grands ſujets.
Le Pere & l'Ayeul de ce Prelat
ſçavoient parfaitement la
Juriſprudence
GALANT 193
JurisprudenceCivile & Cano.
nique ; on leur a obligation d'y
avoir fait de tres-riches découvertes
, & on doit loüer leur
modeſtie , d'avoir bien voulu
confentir qu'elles ayent paru
ſous d'autres noms , & qu'elles
ayent ſervi à orner & à enrichir
les ouvrages des autres. Il
eſt bien rare que les Auteurs
faſſent un tel uſage du fruit de
leurs veilles . Le nouveau Nonce
eſt encore dans un âge peu
avancé.LePape l'a faitArchevêqueTitulaire
deTarſe enCilicie
La Charge de Majordome a
eſté donnée à Mr Vallemanni.
Juillet 1706 .
R
194 MERCURE
CetteCharge approche de fort
prés , celuy qui en eſt revêtu
de la perſonne du Pape ; on
peut juger, par là, de l'importance
de cette Charge. M
,
Vallemanni eſt Romain d'origine
; il a exercé d'autres emplois
, qui luy ont acquis une
eſtime generale dans la Cour
de Rome. Le Pape qui eſt un
excellent Juge du vray merite,
a toûjours fait un cas particulier
de ce Prelat ; & il n'a trouvé
aucune occafion de luy en
donner des marques , qu'il ne
l'ait embraſſée avec joye. La
derniere qu'il vient de luy donner
, eſt forte,puiſque la Char-
1
GALANT 195
}
ge deMMaajjoorrddoommee eſt une des
plus belles de la Maiſon du
Pape , & qu'elle eſt toûjours
poffedée par ceux pour qui Sa
Sainteté a beaucoup de confideration.
Ce Pontife a nommé Monſieur
Pic de la Mirandole, Maître
de Chambre. Le merite de
ce Prelat , ſa vertu & fa probité
l'ont rendu reſpectable à
toute l'Italie ; il eſt d'une modeftie
& d'une humilité furprenante.
La Maiſon de ce
Prelat ne peut eſtre plus conſiderable
, puiſqu'il eſt d'une
Maiſon Souveraine. Celle des
Rij
196 MERCURE
Pics, Ducs de la Mirandole, &
Comtes de Concordia , Princes
de l'Empire , eſt une des
plus anciennes d'Italie. Les
Pics ſont les premiers de la Ville
de Modene qui ſe ſont rendus
recommandables parmi leurs
Citoyens. Il y a 300 ans que
FrançoisPic fut honoré du titre
de Vicaire de l'Empire dans la
même Ville , par l'Empereur
Loüis IV. mais il fut enſuite
tué avec deux de ſes fils , Prendiparté
& Tomaſino , par Paffarino
Bonacorti, qui avoit acquis
le droit de Bourgeoifie
dans Modene ; qui fit rafer la
GALANT 197
Mirandole en 1331. Ce Bonacorti
ayant eſté vaincu par les
Gonzagues, Seigneurs de Mantouë
; le refte des Pics ſe rétablit
, & la Mirandole fut rebâtie.
Nicolas Pic , reſté ſeul des
enfans de François , eut Prendiparté-
Pic , Capitaine des Florentins
, des Siennois &des Milanois
en 1350. qui laiſſa Paul
Pic. Celui- cy obtint le Château
de Saint Martin, en 1402 .
& fut pere de François Pic II.
du nom , Seigneur de la Mirandole,
qui eut Jean, Seigneur
de la Mirandole, & Comte de
Concordia , en 1432. Ce der-
Riij
198 MERCURE
:
د
nier cut Jean-François Pic , qui
le premier enferma le Château
de la Mirandole d'une muraille,
en 1460. ce qui luy cauſa
une dépenſe prodigieufe , & ce
que pas un de ſes prédeceffeurs
n'avoit ofé entreprendre.
Ce ſont là les premiers ancêtres
de Monfieur Pic de la Mirandole,
Maiſtre de Chambre.
Sa Sainteté a declaré M² San-
Vitale , qui eſtoit Nonce à Florence
, Affeffeur du S. Office .
Cette Charge eſt tres - importante
; elle donne de grands
privileges à celuy qui en eft reveltu
, & fa jurifdiction eſt fort
r
GALANT 199
étenduë. M' San-Vitale a exercé
ſucceſſivement pluſieurs
Charges,qui luy ont attiré une
eſtime generale. Monfieur le
Grand Duca toûjours eu beaucoup
de conſideration pour
luy,& il l'honoroit de ſa confiance
. La Nonciature de Florence
eſt une des plus importantes
, aprés celles des teftes
Couronnées . M' San-Vitale eſt
originaire de l'Etat Ecclefiaftique,&
fa maiſon y eſt établie
depuis deux ou trois fiecles.
depuis
Celuy qui donne lieu à cet Article
, eſt allié à la maiſon Picolomini
, par une de ſes Ayeules
Riiij
200 MERCURE
quien étoit iſſuë.Pluſieurs perſonnes
de fon nom ont brillé
à la Cour de Rome , & ont
rendu de grands ſervices au S.
Siege, foit dans l'Etat Ecclefiaftique,
ſoit dans les Cours étrangeres
, où ils ont eſté envoyez .
Cette maiſon a auſſi produit
des ſujets d'un ſçavoir éminent.
Un Religieux de faint
François , de ce nom , brilla
beaucoup dans ſon ordre , fur
la fin du penultiéme fiecle.
Le Pape envoyant ordinairement
des perſonnes de naiffance
& de diſtinction , pour
porter leBonnet aux nouveaux
GALANT 201
Cardinaux qui font les plus
féloignez de Rome , a nommé
Mrl'Abbé Paffionei , neveu de
M' Paffionci , Secretaire des
Chiffres , pour le porter en
France à Monfieur le Cardinal
Gualterio. La commiffion de
porter le Bonnet au nouveau
* Cardinal , eſt tres - confiderable
, & elle eft ſouvent recom
penſée d'uneAbbaye, ou d'une
Prelature à la Cour de Rome.
M' l'Abbé Paſſionei eſt encore
jeune ; mais il donne de grandes
efperances , & on ne doit
pas douter qu'il ne devienne
untres-habile homme à l'école
202 MERCURE
de fon oncle , ſous les yeux duquel
il eſt élevé. Toute l'Italie
eſt inſtruite du merite de M
Paffionei , Secretaire des Chiffres
, & il a donné des marques
de ſon intelligence dans des
affaires tres delicates& tres épineuſes.
Leur maiſon a toujours
eſté compoſée d'habiles gens ,
& il ſemble que l'amour des
Sciences a toûjours eſté le caractere
de ceux qui en font
fortis.
M' l'Abbé Rafponi a eſté
auffi nommé , pour porter le
Bonnet en Pologne à Monfieur
le Cardinal Spada. Cet Abbé
GALANT 203
a déja eſté employé pluſieurs
fois pour le ſervice du Saint
Siege; il a beaucoup de merite ,
& il joint à une naiſſance diftinguée
, une grande modeftie.
La commiffion dont il eſt chargé,
luy a fait d'autant plus de
plaiſir,qu'il eſt parent de Monfieur
le Cardinal Spada , & que
feu Monfieur le Cardinal Spada
, qui avoit eſté Nonce en
France , & qui estoit oncle de
celuy qui vient d'eſtre honoré
de la Pourpre , avoit pris foin
de l'éducation de Mr l'Abbé
Raſponi , quia donné, dés l'enfance,
des marques qu'il feroir
204 MERCURE
unjourun tres- habile homme.
Il eft fils d'un des plus habiles
hommes d'Italie.
Mr l'Abbé Moſca eſt allé
porter le Bonnet à Monfieur
le Cardinal de Saxe , Evêque
de Javarin. Cet Abbé eft connu
pour un exellent Poëte Latin
; mais le talent qu'il a pour
la Poësie , n'eſt pas ce qui le
diftingue le plus. Il s'eſt attachédés
ſa plus grande jeuneffe,à
l'étude de laJurisprudence,dans
laquelle il a fait de grands progrez.
Sa maifon a donné pluſieurs
Officiers à la Rote, & aux
autres Tribunaux de la Cour
GALANT 205
deRome. Elle eſt alliée auxmaifons
Pamphilio& Roſpigliofi,
dont la premiere a donné à l'Eglife,
InnocentX.& la ſeconde,
Clement IX.
Mr l'Abbé Ondedei a eſté
choiſi, pour porter en Eſpagne,
le Bonnet à Monfieur le Cardinal
Acquaviva. Cet Abbé a
l'honneur d'appartenir à Sa
Sainteté ,& il eſt petit - neveu
de Mr de la Femas , qui eſt
mort en cette Ville, & dont la
petite - niece a épouſé Mr le
Comte Albano , frere de Sa
Sainteté . Mrl'Abbé Ondedei eſt
un jeune homme d'une grande
206 MERCURE
eſperance,& qui a fait ſes exercices
dans le College Romain
avec beaucoup d'applaudiffement.
On debite depuis peu,chez
le ſieur Nully , ruë S. Jacques,
à l'image de ſaint Pierre , un
livre intitulé : La Science des
perſonnes de la Cour , de l'Epée
& de la Robe , par demandes &
par réponſes ; où l'on trouve une
instruction fur la Religion , l'Aftronomie
, la Geographie , l'Hiftoire
, la Chronologie , les Fables,
le Blafon , l'intereſt des Princes ,
la Guerre , les Fortifications , la
Marine ; avec les definitions des
GALANT 207
Sciences & des Arts. PPaarrllee
fieur de Chevigny , Gouverneur
de Mr le Marquis de Fanſon.
Il ſeroit difficile de former
un deſſein plus vaſte & plus
utile , que celui que l'Auteur
de ce Livre a embraſſé ; puifqu'il
n'y a rien dont il ne ſoit
fufceptible , & que cet ouvrage
peut eſtre utile à tout le
monde , quoiqu'il ſemble n'avoir
eſté fait que pour inftruire
la jeuneſſe. Ce Livre eſt du
nombre de ceux qu'il faut lire
entierement pour eſtre bien
inſtruit de ce qu'il contient
& fon titre en donne une fi
208 MERCURE
haute idée , que ce qu'on diroit
de cet ouvrage pourroit
eſtre infiniment au deſſous de
ce qu'il en doit faire concevoir.
L'Auteur s'eſt propoſé,
dans cet ouvrage , de donner
au public , ce que doivent principalement
ſavoir les perfonnes
d'un certain rang , & de
leur mettre devant les yeux
leurs obligations & les moyens
de les remplir. Quoique fon
deſſein regarde principalement
les perſonnes de qualité , il ne
laiſſera pas d'eſtre utile à tout
le monde ; puiſqu'il renferme
ce qu'il y a de plus eſſentiel
GALANT 209
,
dans la Religion , dans l'Aftronomie
, la Geographie
l'Hiſtoire , la Fable, le Blafon,
la Guerre , les Fortifications&
la Marine : & que la connoifſance
de toutes ces chofes convient
à toutes fortes d'états.
L'Auteur , avant que d'entrer
dans le détail de ces Sciences ,
s'eſt attaché à donner une idée
de la Cour , de ſes manieres
&de la conduite qu'on y doit
tenir. Il a enſuite expliqué , ce
que l'on entend par perfonnes
de qualité , ce qu'elles doivent
ſavoir , & quelles font
leurs obligations ; & comme
Juillet 1706 . S
210 MERCURE
د
rien ne donne plus d'entrée
dans les Sciences, qu'une juſte
definition , l'Auteur a tâché
d'en donner d'aſſez claires
pour y ſervir d'introduction .
Il ajoûte , dans ſon Avertiſſement
, que l'abregé de la fondation
de la destruction des
Royaumes , depuis la création du
monde jusqu'à notre temps , avec
les Guerres des Romains, ne paroîtra
point inutile , & que l'on
fentira, dans la lecture des hiſtoires
generales , que ces premieres
idées ſerviront à mieux faire
goûter les faits que l'on y rencontre
plus détaillez. A l'égard
GALANT 211
de ce qui regarde la Geographie
, il s'eft contenté de faire
une deſcription des lieux les
plus remarquables de l'Afie ,
de l'Afrique,& de l'Amerique ;
mais il s'eſt étendu davantage
fur l'Europe , parce que la
connoiſſance eneſt plus neceffaire.
Mylord Charles Drummond
, fils de M' le Duc de
Melfort , & neveu de M' le
Duc de Perth , Gouverneur
de ſa Majefté Britannique ,
Capitaine dans le Regiment
du Feu Mylord Clare , a efté
tué dans le Combat de Ramil
212 MERCURE
lies , aprés s'être diftingué durant
l'action , pendant laquelle
il avoit pris un drapeau des
ennemis. Il receut ,dans la retraite,
un coup de fufil au travers
du corps , dont il mourut
fur l'heure ; il a eſté fort
regretté de toute ſa maiſon ,
de tout ſon Regiment dont
il s'étoit acquis l'eſtime & l'affection
, & generalement de
tous ceux qui le connoiffoient.
Madame Maurice- Febronie
de la Tour - d'Auvergne , Ducheffe
Doüairiere de la haute
&baffe Baviere , Comteffe PaGALANT
213
latine du Rhin & Landgrave
de Leüchtenberg , mourut de
la petite Verole le 20 du mois
de Juin dernier , en fon Château
de Turkeim en Baviere.
Elle étoit fille de Feu Monfieur
le Prince Frederic-Maurice de
la Tour-d'Auvergne , Duc de
Boüillon , & d'Eleonore-Febronie
de Berg ; & foeur de
Monfieur le Duc de Boüillon,
de Monfieur le Comte d'Anvergne
, & de Monfieur le
Cardinal de Boüillon. Elle avoit
été mariée en 1668. à
Feu Monfieur le Prince Maximilien
- Philippe , Duc de Ba
214 MERCURE
viere , fils de Maximilien I.
Electeur de Baviere , &de Marie-
Anne d'Auſtriche , fille de
l'Empereur Ferdinand II. Le
Prince ſon époux , dont je
vous appris la mort l'année
derniere , étoit oncle de Feuë
Madame la Dauphine , & de
leurs Alteſſes Electorales de
Baviere & de Cologne. Cette
Princeſſe avoit toûjours vêcu
avec une pieté exemplaire ; &
elle eſt morte avec des ſentimens
de pieté & d'humilité ,
qui ont édifié toute ſa Cour.
Elle avoit ordonné qu'on luy
mit aprés ſa mort un habit
1
GALANT 215
de Carmelite , & qu'on l'enterrât
comme une ſimple Religieufe
; ce qui a efté executé
, fon corps ayant eſté porté
à Munich ſans aucune pompe
, & mis dans le lieu deſtiné
à la ſepulture de la fereniffime
Maiſon de Baviere .
Mre Charles - François de
Stainville, Chevalier,Comte de
Couvonges , Baron de Domballe
, Seigneur de Hardonvillier
, de Marley , Beurcy &
Grand-Maiſtre de la Maiſon de
Monfieur le Duc de Lorraine ,
mourut le 26 du mois de Juin
dernier. Il étoit fils de MreAn.
216 MERCURE
de
toine de Stainville , Comte de
Couvonges , premier Gentilhomme
de la Chambre de
Charles IV. Duc de Lorraine,
Bailly de Bar , & d'Eve de Pulnoy,
fon épouſe ; & comme il
étoit né à Erauge , petite Ville
Champagne , où ſon pere
&ſa mere s'étoient retirez , à
cauſede la peſte qui deſoloit la
Lorraine & le Barrois , & que
par confequent il étoit François
de naiſance , il ſe fit
naturaliſer Lorrain. Gaſton de
France , Duc d'Orleans , ayant
épousé la foeur de Charle IV.
Duc deLorraine, le jeuneMarquis
GALANT 217
quis de Couvonges fut élevé
Page auprés de cette Princeſſe;
il fervit enfuite Charles IV. en
qualité de Colonel d'Infanterie
, où il ſe diftingua par fa
valeur,&merita d'eſtre fait Colonel
de Cavalerie cuiraffee.
Aprés avoir fait quelques Campagnes
ſous leDuc Charles IV.
ce Prince le nomma Bailly du
Barrois & premier Gentilhomme
de fa Chambre;& le Comte
de Couvonges, ſon pere ,
mort quelque temps aprés, il épouſaHenriette
d'Haraucourt,
Marquiſe de Chombley. Cette
Dame qui étoit d'une des plus
Juillet 1706 . T
218 MERCURE
illuftres maiſons de Lorraine ,
eſt morte quelques années
avant ſon époux , fans luy avoir
laiſſé d'enfans .
,
Le Duc Charles IV. étant
forti de ſes Etats en 1670. M
le Comte de Couvonges , &
M de Lenoncourt connu
alors ſous le nom de Comte
d'Alberg , ſuivirent ce Prince,
qui mourut quelques années
aprés être forti de ſes
Etats. Il eut pour ſucceſſeur ,
Charles V. dernier Ducde Lorraine.
Ce Prince s'étant poſté
en 1677. à Nommeny , d'où
il prétendoit, avec ſonArmée,
GALANT 219
s'emparer de la Lorraine ; M
le Comte de Couvonges vint
luy offrir ſes ſervices en ce lieu
là. Ils furent acceptez, & il eut
occafion de donner des marques
de ſa valeur, peu de temps
aprés, dans une affaire où il fut
bleſſé à la main , ce qui l'obligea
de ſe retirer à Domballe.
Feu M' le Maréchal de Crequi
l'y fit arreſter , & le fit enſuite
conduire à Amiens , où il demeura
deux ans priſonnier.
Le Traité de Nimegue ayant
été conclu environ dans ce
temps- là , Charles V. fon Maître
, l'envoya à la Cour de
Tij
220 MERCURE
France pour y negocier les affaires
de Lorraine ; & quelques
années aprés , ce Prince
le nomma fon Procureur,pour
défendre les intereſts du Prince
Jofeph , ſon fils , que Mademoiſelle
de Guiſe avoit fait ſon
heritier , & à qui elle avoit
donné la Principauté de Joinville&
le Duché de Guiſe. M
le Marquis de Couvonges ſe
comporta avec tant de ſageſſe
& de prudence , dans cette affaire,
que quelque temps aprés,
le Roy voulut bien luy confier
ſes propres intereſts. Ce Prince
l'envoya ſecretement vers
GALANT 221
Charles V. pour luy offrir les
Duchez de Lorraine & de Bar
avant l'ouverture des Campagnes
de Mayence & de Bonn ;
ſi cette negociation n'eut pas
tout le ſuccés qu'on en devoit
attendre , ce ne fut pasla faute
du Miniſtre qui eut l'honneur
d'en eſtre chargé.
Le Duc Charles V. étant
mort, dans le cours de la derniere
guerre , la Reine - Ducheſſe
Doüairiere de Lorraine,
ſa veuve, envoya M² le Comte
de Couvonges en France,pour
ménager les intereſts de fon
fils aîné,qui étoient alors agitez
Tiij
222 MERCURE
àRiſwick ; & cette Princeffe le
chargea en même temps de
faire la propoſition du mariage
de Son Alteſſe Royale , Leopold
I. avec Mademoiselle
d'Orleans . Ce Comte réuffit
dans tous les points de fon Ambaſſade;&
le Roy luy dit, d'une
maniere fort obligeante : qu'il
conſentoit d'autant plus volontiers
àla demande de la Reine -Ducheffe
, qu'elle luy étoit faite par
un Ministre dont il connoiſſoit le
merite , & dont il conſideroit la
naiſſance. M' le Comte de Couvonges
dreſſa luy-même les Articles
du mariage , & conduifit
r
GALANT 223
Son Altefle Royale , Mademoiſelle
, à Bar , où le mariage
fut conſommé .
r
Le Roy ayant jugé à propos
de mettre garniſon Françoiſe
dans Nancy , en 1702 .
M' de Couvonges fut nommé
par Son Alteſſe Royale , pour
regler les difficultez qui étoient
furvenuës à cette occafion, &
y reſter en qualité de Gouverneur.
Le Duc ſon Maître couronna
ſes ſervices, peu de temps
aprés, en luy donnant la Charge
de Grand-Maître de ſa Maiſon
, qui vaqua en 1704. par
Tiiij
224 MERCURE
la mort de Mylord Comte de
Carlinford . M² le Comte de
Couvonges eſt mort dans cet
employ , regretté de tout le
monde , & eſtiméde tous ceux
qui le connoiffoient. Il eſtoit
de l'ancienne Chevalerie de
Lorraine;& le fangde faMaifon
a eſté ſouvent mêlé avec
celuy de ſes Souverains. L'efprit
de ce Miniſtre , fon habileté,
ſon attachement au ſervice
de ſes Maîtres , ſon talent pluſieurs
fois éprouvé pour la negociation,
fon goût pour labelle
antiquité, & la connoiſſance
qu'il avoit des belles Lettres
GALANT 225
le rendoientun des plus accomplis
Seigneurs de la Cour de
Lorraine .
La plus jeune fille du Prince
Wieſnowieski, Grand General
de Lituanie pour le Roy Auguſte,
eſt morte à Leopol,où la
Princeſſe ſa mere,& laPrinceſſe
épouſe du Prince Janus Wiefnowieski
, Palatin de Cracovie
étoient chez la Princeſſe Dorf
ka , veuve du feu Grand Maréchal
de Lituanie. Cette Princeſſe
étoit parfaitement belle ,
&dans un âge tres-peu avancé.
Elle avoit eſté élevée avec
de tres-grands ſoins ; le Prince
226 MERCURE
Wieſnowieski , ſon pere , luy
avoit fait apprendre les belles
Lettres ,& elle parloit pluſieurs
Langues avec beaucoup de facilité.
Toute la Maiſon deWief.
nowieski a eſté d'autant plus
touchée de ſa mort,qu'on parloit
de la marier avec un Seigneur
Polonois ; & que par ce
mariage on auroit pacifié pluſieurs
familles ,qui font diviſées
depuis long- temps.
Elle étoit petite Niece de
Michel Koribut Wieſnowiefki
, qui fucceda au Roy Jean
Caſimir , qui aprés avoir abdiqué
la Couronne de Pologne ,
GALANT 227
ſe retira en France , où il eſt
mort Abbé de Saint Germain
des Prez. Dés que le Roy Michel
fut élevé ſur le Trône de
Pologne , il épouſa l'Archiducheſſe
, ſoeur de l'Empereur défunt
, qui épouſa dans la ſuite,
en ſecondes noces , le Prince
Charles de Lorraine , dont elle
a eu Monfieur le Duc de Lorraine
d'aujourd'huy,&les Princes
ſes freres . La Maiſon de
Wieſnowieski eſt fort ancienne
en Pologne ; elle y eft connuë
dés le temps des Rois Miciſlas
III . dit le Vieil , & de Cafimir
II. dit le fufte. Philippes
228 MERCURE
Callimachus & Neugobod, Auteurs
Polonois , parlent fort
avantageuſement de cetteMiafon.
M N.... de Chabrey, Seigneur
de Montigny,Conſeiller
du Roy , ancien Treforier Provincial
de l'Extraordinaire des
Guerres en Champagne, pays
Meffin , Lorraine , Alface &
Allemagne , eſt mort , dans un
âge fort avancé, au commencement
du mois dernier . Il laiſſe,
outre pluſieurs enfans, une fille
mariée à M' de Saint Jory,Conſeiller
au Parlement de Metz .
Le merite & la vertu de cette
GALANT 229
)
1
jeune Demoiſelle furent cauſe
que pluſieurs perſonnes la rechercherent
; mais M' de Montigny
connoiſſant la probité &
l'eſprit de M' de Saint Jory ,
dont les manieres ſont tresgracieuſes
, ſe détermina en ſa
faveur. Il a eu de ſon mariage
avec Mlle de Montigny , une
fille mariée à M' de Barbafan ,
Senechal de Bigorre , & Lieutenant
Colonel du Regiment
Meſtre de Camp General des
Dragons de France. L'exacte
probité & l'intelligence dans les
affairesde la guerre avoient acquis
à M' de Chabrey-Monti230
MERCURE
gny l'eſtime des Generaux
d'armée & des miniſtres , ſous
leſquels il avoit ſervi ; & il étoit
fortconſideré deM'deTurenne
&de M'le Maréchal de Luxembourg.
Il eſt mort dans de
grands ſentimens de pieté, honoré
& regretté de tous ceux
qui le connoiſſoient.
Le Samedy 17. de Juillet le
Pere le Jeune Cordelier , Définiteur
de la Province de France,
fit ſon Acte de Veſperies , qui
eſt celuyqui précede la priſede
Bonnet de Docteur. La Theſe
étoit dédiée à M le Comte de
Pontchartrain. Meſſieurs les
GALANT 231
-
IS
Cardinaux d'Etrées & de Noailles
affifterent à cet Acte, accompagnez
de M's les Evefques
de Nantes , d'Arras, de Lavaur
, de Tournay , &c. de M
l'Abbé de Prémontré, & d'un
grand nombre d'Abbez . L'Afſemblée
fut auſſi compoſée de
Conſeillers d'Etat,de Preſidens ,
& pluſieurs perſonnes diftinguées
dans la Robe & dans l'épée.
Les difficultez qui furent
propoſées au Pere le Jeune par
le Pere Acermet furent trés ſfolides.
Il s'agiſſoit de ſçavoir,ſion
peut refifterà la grace interieure,&
fi la graceſuffisanteſeulepent ope232
MERCURE
rer lefalut. Le Pere Perrin, Profeffeur
enTheologie&Cenfeur ,
argumenta enſuite contre le
Pere le Jeune. La matiere qui
fut agitée , regardoit l'yvreſſe
dans laquelle tomba le bon
homme Loth , & l'inceſte qu'il
cominit enſuite avec ſes filles.
Le Pere Acermet finit l'Acte
par un Paranymphe , ſuivant
l'uſage. Il loüa le Pere le Jeune
fur la facilité qu'il a à prefcher;
ce qu'il rapporta fur ce ſujet,
de trois fermons que ce Pere
preſcha , dans un ſeul jour, en
trois lieux differens , attira l'attention
de la Compagnie.
GALANT 233
Le meſme jour le fils de M
le Duc de la Roche Guyon foûtint
une Theſe de Philofophie
au College du Pleffis. M de
Montempuis,Profeſſeur dePhilofophie
, y prefidoit , & M
l'Abbé de Noailles neveu deM
l'Archevêque , & Chanoine de
Notre-Dame,ouvrit la diſpute.
Meſſieurs les Cardinaux d'Etrées
, de Janſon, &de Noailles
ſe trouverent à cetActe, accompagnez
d'un grand nombre
d'Eveſques &d'Abbez , &l'Afſemblée
fut des plus illuftres
&des plus nombreuſes, le foûtenant
eſtant petit- fils de M'le
Juillet 1706 .
V
234 MERCURE
Duc de la Rochefoucault, &de
feu M'le Marquis de Louvois.
On admira ſa preſence d'eſprit,
&la vivacité de ſes réponſes.
Le Roy d'Eſpagne a nommé
à l'Eveſché deBadajoz,Don
Alfonze Roſadé. Ce Prelat eſt
le plus ancien Inquifiteur du
Tribunal de Murcie ; il joint à
une vertu reconnuë de toute
l'Eſpagne , & à une naiſſance
confiderable , une longue experience
des affaires Ecclefiafriques
, puiſque le Tribunal de
l'Inquifition eſt celuy de toute
l'Eſpagne où l'on juge un plus
grand nombre d'affaires . Le
GALANT 235
nouvel Evêque de Badajoz paffe
pour un tres ſçavant Theologien
; il s'eſt appliqué toute ſa
vie à l'étude , & il a joint à
celle de la Theologie , celle de
la Juriſprudence Canonique ,
où il a fait de grands progrez .
Le choix de ſa Majesté Catholique
a eſté fort applaudi .
Badajoz eſt une Villed'Eſpagne
dans l'Eſtramadure,&dans
le Royaume de Leon , dont l'Eveſche
eſt ſuffragant de Compoſtelle.
Badajoz eſtla Pax Augufta
des anciens ; & elle tire
des Maures le noin dont on
l'appelle aujourd'huy. Elle cit
Vij
236 MERCURE
ſituée ſur la Guadiana ; elle
eft tres-bien fortifiée , & elle
peut paſſer pour le Boulevard
de l'Eſpagne du coſté de
Portugal. On voit , de l'autre
coſté de la riviere , le Fort de
S. Chriſtophle. Les Portugais
en firent le ſiege inutilement en
1658. & ils ont encore eſté
obligez de le lever au commencement
de cette campagne.
Cette Ville eſt bâtie ſur une
éminence,avec unChaſteau que
les Maures y bâtirent. Pline
parle de cette Ville au 15
Livre de ſon Hiſtoire. On y
voit un College deJefuites ,&
C
GALANT 237
diverſes autres Maiſons Religieuſes.
La Cathedrale eſt ſous
le vocable de Saint Jean , au
bout d'une grande place qui
fert de place d'armes , & où eſt
le Palais du Gouverneur.
Les yeux eſtant ſujets à un
nombre infini de maladies ,
ainſi qu'il eſt rapporté par plu .
ſieurs Auteurs, une auffi grande
Ville que Paris, ne peut avoir
trop de Medecins Oculiftes.
C'eſt peut- eſtre parce qu'il y en
a trop peu , qu'une infinité de
gens de toutes fortes de profoſſions
,qui n'ont point étudié
ces maladies , lemêlent de don,
238 MERCURE
ner des remedes pour les yeux,
fans avoir aucune connoiſlance
des maux qu'ils promettent de
guerir : de maniere que leur ignorance,
jointe au grand nombrede
maladiesdes yeux , dont
tous les Auteurs qui en ont
parlé, font mention , eſt cauſe
que ces charitables ou interefſez
ignorans donnent ſi ſouvent
des remedes pour des maux qui
en ont beſoin de tout contraires
.Comme je ne dis rienque de
veritable,& dont pluſieurs perſonnes
ont tous les jours àleurs
dépens , des preuves trop certaines
; je croy que le public
GALANT 239
1
ſera ravi d'apprendre que Mr
de Voolhouſe, fameux& tresſçavant
Oculiſte Anglois , &
dont je vous ay ſouvent parlé,
a permiſſion de Sa Majefté Britannique
de travailler à Paris à
la gueriſon des maladies des
yeux ; & il y demeurera quinze
jours chaque mois , non-pas
de ſuite , mais de ſemaine en
ſemaine alternativement .
avertit qu'il ne prendra rien des
pauvres , pourvû qu'ils ayent
des Certificats authentiques de
leurs Curez , faits fur du Papier
tymbré , & auſquels le
Iceau de la Paroiſſe ſera appo
Il
240 MERCURE
fé.On aura de ſes nouvelles aux
Benedictins Anglois du Fauxbourg
S. Jacques .
La Lettre que vous allez
lire , & qui m'a eſté adreſſée
eſtant relative à la piece que
vous trouverez enſuite ; jay
cru vous la devoir envoyer .
Je vous envoye,Mr,des preuves
évidentes de l'age du monde
quej'aytirées de l'Atlas des tems,
autrement intitulé ; La Periode
Ludoviſienne , imprimée à Paris
en 1680. & composée par le
Pere Louis d' Amiens Capucin. Il
s'eſtſervi des mouvemens celestes,
afin de ne passe tromper;fon calcul
د
GALANT 241
cul me paroiſt plus juſte que celui
de tous les autres Chronologues.
Mr de la Peyre , Gentilhomme
d'Auvergne , auffi Chronologue ,
ne dit le monde plus vieux que de
dix huit jours , que le Pere Loüis.
Ce Gentilhomme s'eſtſervi de la
Geneſepour compter les années du
monde ; & ne s'est trompé , dans
ſes liaiſons , que de dix-huitjours.
Il affemble ainſi l'âge de nos premiers
peres les uns aprés les autres,
Selon la Sainte Ecriture : Quand
Adam eut cent trente ans , il
engendra ſon fils Seth. Il ne
commence à compter l'an premier
de Seth , que lorsqu'Adam eut
Juillet 1706 . X
242 MERCURE
132. ans ; il paffe 131. qu'il ne
comptepas, en quoy il s'est trompé :
ainſiqu'aux autres liaiſons .Jeſuis
c.
L'Auteur de cette Lettre, &
de l'Ouvrage qui ſuit , eſt le
Pere Joſeph de Mortagne , en
Poitou ,Capucin.
Preuves Evidentes de l'âge du
Monde , ſelon pluſieurs
Chronologies,
Depuis la Creation juſqu'au deluge
univerſel, 1657. ans.
Depuis le deluge jusqu'à Nôtre
SeigneurJesus-Christ, 2524.
ans.
GALANT 243
Depuis nôtreSeigneurJesus-Chrift
jusqu'àpreſent, 1706.ans.
Ce qui fait ,joint enſemble , depuis
la creation dumonde, 5887.
ans.
Depuis Adamjusqu'à Abraham,
1951. an .
Depuis Abraham juſqu'à Nôtre
SeigneurJesus- Christ, 2230.
ans.
Depuis nôtreSeigneurJesus-Chrift
juſques àprefent, 1706.ans
Ce quifait, joint enſemble , depuis
la creation , 5887. ans.
DepuisAdamjusqu'au Sainthom-
Xij
244 MERCURE
Job , me , 2200 . ans.
Depuis le Saint homme Job jufqu'à
Nôtre Seigneur, 1981 an.
Depuis Nôtre Seigneur juſques à
preſent , 1706. ans
Ce qui fait ,joint enſemble , depuis
la creation , 5887 .
Depuis Adam jusqu'à Moyfe ,
2581.an.
Depuis Moyse jusqu'àNôtre Seigneur,
1600. ans.
Depuis nôtre Seigneur juſques à
preſent. 1706. ans.
Ce qui fait enſemble , depuis la
creation , $ 887. an.
1
GALANT 245
Depuis la creation du monde
jusqu'au Temple de Salomon ,
3181. an.
Depuis la fondation du Temple de
Jerusalem jusqu'à Nôtre Seigneur
, 1000. ans.
Depuis Nôtre Seigneurjuſques à
preſent , 1706. ans.
Ce qui fait , joint enſemble , depuis
la creation du monde ,
$887. ans.
Depuis Adam jusqu'à la prédication
du PropheteJonas , 3381 .
an.
Depuis le Prophete Jonas jufqu'à
Nôtre Seigneur Jefus -
X iij
246 MERCURE
Christ, 800. ans.
Depuis nôtreSeigneurJesus-Chrift
juſques à preſent, 1706. ans.
Cequifait,joint enſemble , depuis
Adam. 5887.ans.
Depuis Adamjuſqu'à la premiere
Olympiade, 3401. an.
Depuis la premiere Olympiade
jusqu'à Nôtre Seigneur, 780.
ans.
Depuis Notre Seigneur Jesus-
Christjuſquesà preſent,1706.
ans.
Ce quifait , joint enſemble , depuis
la creation du monde,
5887. ans.
GALANT 247
1
1
Depuis la creation , jusqu'au Prophete
Elie , 3253. ans.
Du Prophete Elie, jusqu'à Nostre
Seigneur , 928. ans.
Depsis Nostre Seigneur, jusqu'à
prefent , 1706. ans.
Ce qui fait , joint enſemble , depuis
la creation , 5887. ans.
Depuis la creation ,jusqu'à lafondation
de Rome , 3431.an.
De la fondation de Rome , jufqu'à
Nostre Seigneur, 750.ans,
De Nostre SeigneurJesus-Christ,
jusqu'à present , 1706. ans.
Ce qui fait, joint ensemble, de
Xiiij
248 MERCURE
puis la creation du monde,
5887. ans.
Depuis la creation , jusqu'à la démolition
du Temple de Jerufalem,
3585. ans.
Depuis la démolition du Temple
que Salomon avoit bâti , jufqu'à
nos jours , 2302.ans.
Ce qui fait ,joint ensemble, depuis
la creation du monde ,
5887. ans.
Depuis Adam, jusqu'à Noftre SeigneurJesus
-Christ, 4181.an.
Depuis Nostre Seigneur Jesus-
Christ,jusqu'àpresent, 1706.
ans.
GALANT 249
Cequi fait, joint enſemble depuis
la creation du monde , 5887 .
ans.
Depuis la creation,jusqu'augrand
Alexandre , 3880. ans.
Depuis le grand Alexandre ,jufqu'à
Nostre Seigneur,301.an.
Depuis Noftre Seigneur Jesus-
Christ, jusqu'àpresent, 1706.
ans.
Ce qui fait , joint enſemble , depuis
la creation , 5887.ans.
Mr deBreviantes, Comte de
Montmor a épousé Mlle
Apool-de Romicourt, fort con
250 MERCURE
nuë par ſon merite & par fa
beauté ; elle eſt fille de Mre
N... Apool -de-Romicourt ,
& de Dame N ... de Santour.
Mr de Breviantes eſt frere de
Me la Comteſſede Valençay,&
de Mr de Raymond, cy-devant
Confeiller au Parlement. Il a
rendu le nom de Breviantes
celebre par ſes progrez dans la
Philofophie, &fur tout dans les
Mathematiques & dans la Mctaphyſique.
Il eſt un des plus
zelez diſciples du Pere Mallebranche
; & il eſt peu de gens
qui ſachent mieux que luy, les
principes de ce grand Philo
GALANT
251
ſophe. Il merite en cela une
grande loüange ; les ouvrages
du Pere Mallebranche n'eſtant
pas àlaportée de tout le monde,
& eftant à l'égard de beaucoup
de perſonnes, des Trefors enſevelis.
Il fit imprimer il y a
trois ans , pendant un voyage
qu'il fit en Hollande , la derniere
réponſe du Pere Mallebranche
à feu Mr Arnauld
decedé dix années auparavant.
Il y a eu un nouveau changement
dans l'Academie des
Inſcriptions. Sa Majesté a
agréé agréélala démiſſion démi de Mr l'Abbé
Tallemant , qui en eſtoit
د
252 MERCURE
Doyen , penſionnaire & Secretaire
perpetuel ; &luy a accordé
, en faveur de ſes longs &
agréables ſervices , le Titre de
Veteran , avec la continuation
de ſes penſions. L'Academie
ayant enfuite procedé , ſuivant
la maniere ordinaire , à l'élection
de trois ſujets que l'on
devoit preſenter au Roy pour
remplir la place de penſionnaire
en ſurvivance , Sa Majefté a
honoré de ſon choix , Mr de
Boze, Aſſocié , qui estoit un des
élûs ; mais ne s'eſtant pas déterminée
d'abord ſur la nomination
d'un Secretaire perpeGALANT
253
tuel de l'Academie , à cauſe du
nombre des ſujets dignes de
remplir ce poſte , elle a décidé
pour Mr de Boze , dont le
merite & les talens ſont connus
, par pluſieurs differtations
ſçavantes qu'il a données au Public.
Mr Danchet , connu par
quantité d'Ouvrages de Poëfie,
&fur tout par les Poëmes Dramatiques
qu'il a donnez au Pu-
- blic , & qui en ont receu de
grands applaudiſſemens , a eſté
nommé pour remplir la place
d'Afſſocié , qu'avoit cy-devant
Mr de Boze.
254 MERCURE
Mr Danchet m'ayant donné
lieu de vous parler des Poëmes
Dramatiques , jedois vous dire
que ces ouvrages ſont ſouvent
l'écüeil des Poëtes qui entreprennent
d'y travailler , & que
quelques acclamations qu'ayent
les premiers ouvrages de
dette nature , de ceux qui ſe
font mêlez d'en faire; ces premiers
ſuccez n'ont jamais dû
leur répondre de la réuſſite des
ouvrages de ce caractere qui
les devoient ſuivre. Cela eft fi
vray, que feu Mr de Corneille,
qui s'eſtoit acquis dans le Public
une ſi haute eſtime , par
GALANT 255
les Tragedies inimitables qui
☐ l'avoient ſouvent fait admirer
, n'apprehendoit pas moins
pour le fuccés de ſes dernieres
pieces , qu'il avoit fait
pour celuy des premieres ,
lorſque ſon nom& fon merite
eſtoient à peine connus. Une
infinité de gens de diſtinction ,
de toutes fortes d'états, ſe ſont
ſentis emportez du deſir de
travailler à ces fortes d'ouvrages
, pour jouir, en cachant
leur nom ,duplaiſir d'entendre
des concerts d'acclamations publiques
; ce qui ne peut arriver
à l'égard des autres ouvrages,
256 MERCURE
que chacun lit en particulier ,
ſans que les Auteurs puiſſent
ſçavoir le plaiſir que la lecture
de leurs ouvrages donne à ceux
qui les liſent. C'eſt ce qui eft
cauſe que l'on apporte tous les
ans un fort grand nombre de
ces fortes de Poëmes aux Comediens
, qu'ils ne peuvent
s'empefcher de refufer ; tant
il eſt difficile de mettre ces
Poëmes en eſtat d'eſtre repreſentez.
On peut connoiftrela
verité de ce que je dis,par
le peu de ſuccés d'une partie de
ceux qu'on repreſente tous les
ans ; quoiqu'ils foient choiſis
GALANT 257
parmi un tres - grand nombre.
On ne doit pas s'eſtonner du
mauvais ſort de quantité de ces
ouvrages , quand on conſiderera
qu'ils doivent eſtre compoſez
ſur une infinité de regles ,
qu'il eſt ſouvent mal -aifé d'obſerver
toutes enſemble , & que
ſouvent , en les obfervant toutes,
on ne trouve pas celle de
plaire , qui eft la principale , &
que les Auteurs doivent trouver
eux-mefmes , puifque perſonne
ne la peut enfeigner.
D'ailleurs le merveilleux & le
vray ſemblable ſe doiventtrouver
dans ces fortes de Poëmes ;
Juillet 1706 . Y
258 MERCURE
la
&s'ils ne font maniez avecbeau
coup d'art , il eſt difficile que
l'on y puiſſe faire trouver ces
deux choſes enſemble . Je dois
ajoûter à tout cela ,que ſept ou
huit cens perſonnes qui ſetrouvent
quelques fois enſemble à
repreſentation de ces pieces,
ſe rencontrent rarement d'un
meſine goût , & d'un meſme
avis ; je puis meſme dire , qu'il
eſt abfolument impoſſible que
ccla arrive : Et comment cela
pourroit- il arriver,puiſque lorfqu'il
s'agit de la fortune & de
la vie des hommes , on trouve
rarement huit ou dix Juges
GALANT 259
d'un meſme avis, aprés avoir
examiné tranquillement & à
fonds les affaires fur leſquelles
ils doivent prononcer ; & qu'ils
ont de plus efté inſtruits ou par
les plaidoïers d'habilesAvocats,
ou par leurs écrits ? Tout cela étant
veritable, il eſt impoſſible
que 7. ou 8. cens perſonnesde
different goût , affemblez dans
unmeſme lieu, qui n'ont point
eſté inſtruits des raiſons des Auteurs
, & qui décident tumultuairement
, puiffent toûjours
porter un jugement juſte. Il arrive
ſouvent en ces occaſions
que ceux qui parlent le plus
Yij
260 MERCURE
haut & le plus affirmativement,
impoſent aux autres , & font
ſouvent le fort d'une piece,dans
ſa premiere repreſentation; fon
fuccés dépendant des applaudiſſemens
qu'elle reçoit le premier
jour qu'elle eſt reprefentée.
Ce qui ſe paffe aujourd'huy
au Theatre, fait bien voir labizarrerie
du goût du public. Il y
a plus de 30. ans que l'on joüa
une piece d'un Auteur de grand
nom, d'une grande reputation,
& dont pluſieurs pieces de
Theatre avoient eu un fuccés
prodigieux ; cette piece fut reçuëtort
froidement du public,
GALANT 261
elle ne fut point goûtée & fon
fuccés fut tres- mediocre. Il y a
quelque temps que les Comediens,
n'ayant rien de nouveau
à joüer, les Auteurs ne voulant
point donner leurs ouvrages
en Eſté ; parce que dans cette
ſaiſon on va plus aux promenades
qu'aux ſpectacles, & parce
que la guerre enleve en ce
temps- là tous les Officiers
qui rend les ſpectacles deferts :
les Comédiens, dis-je, ayant remis
au Theatre, cette piece qui
n'avoit pû réüſſir dans un temps
favorable , vient d'avoir , dans
une ſaiſon morte,un ſuccés qui
, cc
262 MERCURE
que
paffe, ſion a égard à la ſaiſon,
tous ceux dont ont eſté ſuivis
les pieces qui ont le plus réüffi
dans les ſaiſons les plus favorables.
Que dira-t- on aprés cela
du goût du public ? Et
croira - t - on du goût de ceux
qui ont vû fi froidement cette
piece il y a 30. ans , ou de celuy
des auditeurs d'aujourd'huy
qui l'applaudiffent juſques à la
fureur? Et cela ſans cabale &
fans fuffrages mendiez ; car on
ne s'aviſe jamais d'en demander
pour de vieilles pieces qui
ont cu leur deſtinée en leur
temps ,& que l'on n'a jamais
vû changer.
GALANT 263
En vous parlant des Poëmes
Dramatiques,qui tiennent rang
parmi les plus grands ouvrages
de Poësie , je vous en envoye
un Lyrique , c'eſt à dire,
un des plus petits ; c'eſt une
chanfon de Me de Saintonge ,
dont l'air a eſté fait par M
Charles.
AIR NOUVEAU.
Armons - nous promtement d'un
verre,
Pour triompher de l'Amour ;
Desyeux plus beaux que lejour,
Dans ce repas, nousfont laguerre..
Remportons la victoire ;
Aimer ne ſuffit pas, pour devenir
beureux :
264 MERCURE
Mais c'en est affez de bien boire,
Pour voir combler tous nos
voeux.
Je dois vous dire en vous parlant
de Poësie , que M'l'Abbé
Maſſieu, de l'Academic Royale
des Inſcriptions , continuë fon
continue fon
ouvrage de l'origine de la Poëfie
Françoiſe. Les morceaux
qu'il en a lusdans cetteAcademie,
les applaudiſſemens qu'ils
y ont receus , & les empreffemens
du public à demander cet
ouvrage , font des motifs affez
preffans pour engager M'l'Abbé
Maffieu à le continuer. Son
travail eit fi grand & fi confiderable,
GALANT 265
7
derable,que l'ouvragequi a paru
fous ce titre ne doit point l'empeſcherde
fatisfaire la curiofité
du public,qui attend ſon ouvrageavecuneextrêmeimpatience.
Les articles de la nature de celui
qui fuit, ne peuvent être trop
répandusdans le monde,àcauſe
du bien qu'ils peuvent produire.
Les operations de la grace
ont toûjours eſté des myſteres
impenetrables , meſme à ceux
qui ont plus de lumieres ſur les
voyes de Dieu. Celuy qui la
donne , la fait agir ſur qui il
veut , & où il luy plaiſt. Tel
qui paroiſt raſſembler dans ſa
Juillet 1706.
Z
266 MERCURE
uniperſonne
, tous les caracteres
de la réprobation la plus marquée,
eſtſouventunedecesames
privilegiées que Dieu a tirée de
la maffe de la corruption
verſelle,pour en faire un ſujet
d'élection;&tel qui a eſté ſourd
à la voix de Dieu,au milieu des
Paſteurs qui luy annonçoient
ſa parole , & qui vouloient le
remettre dans l'unité , l'entend
ſouvent dans le ſein meſme de
l'Hereſie , & dans un lieu d'où
tous les vrais Paſteurs ont fui.
Le ſieur François Proſſalendi ,
Grec de Nation , & natif de la
Ville de Corfou , eſt une preuve
de la ſeconde de ces veritez .
GALANT 267
i
Il avoit eu le malheur de naître
dans le Schiſme qui ſepare
l'Egliſe Latine & l'Egliſe
Grecque depuis le milieu
du neuviéme fiecle. Quoiqu'il
y ait une Egliſe Catholique
dans la Ville de Corfou , & un
Clergé affez confiderable , &
qu'il ait eu occafion de former
des habitudes avec les Ecclefiaftiques
qui le compoſent;
il n'a jamais eu cependant aucune
penſée de fe convertir, ni
la plus legere inſpiration deretourner
à l'unité de l'Eglife. Il
fortit de cette Ville il y a environ
neuf ans , & alla à Con-
Zij
268 MERCURE
ſtantinople. Il entra dans un
College de Grecs qui eſt prés
de la Ville , & il y paſſa quelques
années , dans le cours defquelles
il reçut du Patriarche
de Conſtantinople , les Ordres
de Soûdiaconat & de Diaco..
nat. Il paſſa de Conftantinople
en Angleterre , où il a demeuré
trois années dans le College
Grec d'Oxfort. Il y étudioit en
Theologie ſous le Docteur
Wdroff. Dans les converfations
particulieres qu'il eut plufieurs
fois avec ce Profeſſeur ,
& dans les Leçons publiques
qu'il luy entendit faire , il fut
GALANT 269
د
indigné de la maniere dont ce
Docteur attaquoit laTradition;
& il eut ſouvent occafion de
découvrir ſon infidelité & fes
falfifications, en allant aux fources
,& en verifiant dans les Livres
de la celebre Bibliotheque
de cette Univerſité, qui eſt ouverte
à tout le monde , la mauvaiſe
foy de ce Profeſſeur. Celui-
cy publia à Oxfort, l'année
derniere , un Livre écrit dans
l'ancien idiome Grec , dans lequel
il attaquoit ouvertement
la Tradition; il intitula cet ouvrage
, Autarcia facrarum fcripturarum.
Ce nouvel attentat
Z iij
270 MERCUR E
enflamma le zele du Grec ; &
encherchant de nouveau à découvrir
les fraudes du Profef
ſeur , il trouva le chemin de la
verité ,& il fut convaincu que
fur certains chefs il étoit dans
l'erreur , auffi- bien que le Docteur
Wdroff. Il ne refifta pas
long- temps à la lumiere qui
l'éclairoit ; il fit ſon abjuration,
peu de temps aprés, en Angleterre
, & rentra dans l'unité de
l'Eglife. Une démarche de cet
éclat l'obligea de fortir promptement
de ce Royaume ; il
abandonna cette terre , en ſecoüant
, comme le Prophete ,
GALANT 271
la poudre de deſſus ſes ſouliers.
Il paſſa en Hollande ; mais en
quittant l'Angleterre , il n'abandonna
pas le deſſcin qu'il y
avoit formé , de combattre la
pernicieuſe doctrine du Docteur
Wdroff , & de répondre à
fon Livre. Il ſe retira à Amſterdam
, & c'eſt où il a publié,
au mois d'Avril de cette année,
fa réponſe au Profeffeur Anglois
; elle a pour titre : Hareticus
Magifter ab Orthodoxo Difcipulo
reprehenfus. Liber utilis
affirmans traditiones , &patefaciens
ſophifmata Benjamini
Wdrofii, Profefforis Collegii Graci
Zij
272 MERCURE
in Anglia exiftentis . Autore FrancifcoProſſalendio
Corcyrense,Difcipulo
Præfati BenjaminiWdrofii .
CeLivre est compoſé dans l'ancien
idiome Grec , & l'Auteur
qui eſt arrivé à Paris depuis
quelque temps, en fera unetraduction
Latine , s'il fait quelque
ſejour en cette Ville. Il
convainc le Docteur Wdroff
de donner de fauſſes interpretations
à l'Ecriture & aux Peres
; & il démontre que tous les
raifonnemens de cet Anglois ,
ne font que de purs Sophifmes .
Il prouve enſuite , par une foule
d'autoritez de l'Ecriture, des
GALANT 273
A
Peres & des Conciles , que la
Tradition eſt la pure parole de
Dieu. Ildécouvre enfin la mauvaiſe
foy des Auteurs Anglois
à l'égard de l'Egliſe Orientale,
&lamaniere honteuſe dont ils
luy impoſent. Il finit ſon ouvrage
par une Methode qu'il
donnepour enfeigner lesGrecs,
& pour les difpofer à entrer
dans l'unité de l'Eglife. Cet ouvrage
qui a eſté imprimé à Amſterdam
, chez Theodore &
HenriBruin, aux dépens de l'Auteur
, &avec un grand fecret ,
à cauſe de la matiere qui y eft
traitée, ſe vend à Paris ruë S.Jacques,
chez BarthelemyGirin,àla
274 MERCURE
Prudence , proche la Fontaine
Saint Severin . L'Auteur n'a apporté
à Paris, qu une partie des
exemplaires ; il a envoyélautre
dans les differentes parties
de la Grece, & fur tout à Conſtantinople.
Il ſeroit à ſouhaitter
que la lecture de ce Livre ,
inſpirât au Patriarche de Conſtantinople
, à qui il eſt adreffe,
le deffeinde ſe réunir à l'Eglife
Romaine. S'il n'en tire pas ce
fr it, on peut du moins affurer
que ça eſté la fin que s'eſt propof
l'Auteur en le compoſant.
Le Pere Lucas , Abbé de
Pémontré & General de l'Ordre
, a eſté beni dans l'Egliſe
GALANT 275
de l'Abbaye de S. Martin de
Laon , du meſme Ordre , par
Mr l'Eveſque Duc de Laon ,
Pair de France. Cet Abbé s'eſt
démis volontairement d'un
Prieuré de l'Ordre de S. Auguſtin
qu'il poffedoit , & il l'a
réuni à la Congrégation de
Sainte Geneviève , dont il eſtoit
auparavant. Il eſt frere de Mr
Lucas de Manſe, Confeiller au
Parlement , qui a épousé la
foeur de feuë Me de Bullion de
Courcy ; & de Mr l'Abbé de
Manfe. Sa famille eſt ancienne
dans la Robe , à qui elle a donné
pluſieurs perſonnes d'un
276 MERCURE
grand merite. Mr l'Abbé de
Prémontré en a beaucoup ; il
eſt Docteur de Sorbonne , & il
a donné dans tous les emplois
où il a paſſfé , des preuves d'un
grand ſçavoir & d'une ſage
conduite. Il fut élû unanimement
aprés la mort de feu Mr
Colbert , & fur la démiſſion
qu'en fit celuy qui avoit eſté
élû pour fucceder à Mr_Colbert.
Ce choix dans la conjoncture
où il fut fait , luy fit
beaucoup d'honneur , & fit efperer
qu'il pourroit rétablir les
affaires de l'Ordre de Prémontré
, & particulierement celles
GALANT 277
du Monastere où le General reſide.
Ce nouveau General a
déja pris des meſures qui font
connoiſtre ſon zele pour le rétabliſſement
de ſa Maiſon; il
s'eſt reduit au ſeul neceſſaire ,
& il ne s'eſt refervé que les choſes
dont il ne pouvoit pas ſe
paſſer avec bien- feance , & fans
avilir la dignité dont il eſt revêtu
. L'Ordre de Prémontré
eſt fort ancien ; S. Norbert Archevêque
de Magdebourg en
eſt le fondateur. Il y a eu depuis
puis qquueellqques années une reforme
de cet Ordre , dont il
y a beaucoup de Maiſons rés
(
278 MERCURE
panduës enLorraine & en Normandie.
On rendit le 13. du mois
dernier , au Parlement d'Aix ,
un Arreſt ſur une affaire , qui
a fait beaucoup de bruit dans
le Royaume depuis deux ou
trois ans , & meſme dans les
païs voiſins de la France. Voici
le fait en peu de mots.
Mre Scipion de Brun de
Caftellane , Seigneur de Caille
& de Rogon , Gentilhomme
tres - qualifié de Provence
, quitta le Royaume en
1685. lors de la revocation de
GALANT 279
,
l'Edit de Nantes , & il ſe retira
à Lauzanne, dans le Canton
de Berne avec Ifaac S de
Rogon , fon fils unique , qui en
ce temps -là eſtoit âgé de 21 .
an . Mr de Rolland , Avocat
General du Parlement de Grenoble
, qui eſtoit poffefſeur des
biens de cette Maiſon-là, à
cauſe de la retraite de Mr de
Caille , & parce qu'il avoit
épouséAnneleGouche, foeur de
feuë Dame Judith le Gouche ,
épouſe de Scipion de Brun , &
mere de l'enfant dont il eſt
queſtion , prétendoit que cet
Ifaac eftoit mort à Vevay en
280 MERCURE
1696. & que le Soldat qui en
a pris le nom , & qui s'eſtoit
renfermé dans les priſons d'Aix,
n'eſtoit autre que Pierre Mege,
qui avoit long-temps ſervi ſur
les Galeres, où il s'eſtoit enrollé
en 1676. & par conſequent un
impoſteur , qui méritoit les
peines dûës àceuxqui ſont convaincus
de ſuppoſition de nom.
Enfin , aprés une grande procedure
faite de part& d'autre ,
& plus de quatre cens témoins
oüis , le Soldat priſonnier a eſté
déclaré par Arreſt , le veritable
fils de Scipion de Brun-de Caftellane
, Seigneur de Caille , &
GALANT 281
par confequent le legitime heritier
des biens de cette Maifon.
Mr de Rolland s'eſt pourvû
en cafſation d'Arreſt au
Conſeil d'Etat ; & il prétend
en avoir pluſieurs moyens. Le
prifonnier fut élargi , auffi- toft
que l'Arreſt eut eſté prononcé,
&les perſonnesqui ſoûtenoient
ſes intereſts , luy ont donné un
train magnifique.
Les Factums qui ont été faits de
part & d'autre , font tres - curieux
; on y rappelle ſouvent les
deux celebres affaires de cette
nature , qu'il y eut au Parlement
de Paris dans le dernier fiécle.
Faillet 1706. Aa
282 MERCURE
Les Calculs embarraſſant
pluſieurs perſonnes ; ceux qui
craignent ce travail feront ravis
d'apprendre que M' Barreme
vient de faire réimprimer
ſes trois Livres : ſavoir.
1. Le Livre des Comptesfaits,
ou Tarifgeneral de toutes les monnoyes
& autres calculs de multiplication:
Augmenté de 230. Tarifs;
ce qui monte à 80. Tarifs
de plus que dans fon édition de
l'année 1704. & ce qui exempte
de prendre la plume.
2. Le Livre neceffaire à toutes
fortes de conditions pour trouver
toutfaits,les divifions , les chan
GALANT 283
ges àtantpourcent,les Efcomptes,
les interests , meſme ceux des billets
de monnoye pour plusieurs
mois & jours , dans un même
Tarif : Augmenté de 340Tarif.
3. Et le Livrepour apprendre
l' Arithmetique de ſoy-même ,
Sans maître : Augmenté de 98.
pages ou regles differentes , appliquéesſur
toutes les affaires de la
vie.
Les Tarifs des intereſts des
billets de monnoye ſe vendent
ſeparément.
Oncourt riſqued'eſtre trompé
, à cauſe des Livres anciens
qui ont eſté contrefaits , & qui
A a ij
284 MERCURE
font remplis d'erreurs , ſi on
ne les achette à Paris chez la
veuve Macé , qui demeure dans
la maiſon de M' Barreme , au
bout du Pont neuf, à l'entrée
de la ruë Dauphine.
r
Rien n'eſt plus confiderable
que la verité ; c'eſt la ſource
de tous lesbiens ; elle eſt aimée ;
elle eſt recherchée; il n'y a point
d'honneſte homme qui ne fafſe
profeſſion de la dire. Et cependant
il n'y a rien dans le
monde que l'on déguile davantage
; & il faut avoir l'ame
vraiement grande , & un courage
heroïque pour l'avoüer en
GALANT 285
certaines occafions. Le Roy ,
vient de faire voir qu'il eſt audeſſus
de tous ces déguiſemens,
& même des revers de la fortune
, qui n'ont ſouvent ſervi
qu'à faire briller ſa gloire , lorfque
ſes ennemis ſe perfuadoient
qu'ils ne ſerviroient
qu'à l'obſcurcir. La grandeur
d'ame de Sa Majefté , & fon
inébranlable fermeté viennent
de paroiſtre dans l'ordre que
ce Prince adonné à Mr le Marquis
de Puyfieux , fon Ambaffadeur
auprés des Cantons
Suiſſes, de leur faire, dans leur
Diette generale affemblée àBa286
MERCURE
de , le diſcours que vous allez
lire.
MAGNIFIQUES
SEIGNEURS ,
Toutes les fois que je ſuis venu
dans cette illuftre Affemblée,
j'ay taſchéde vous donner de nouvelles
marques de l'amitié du Roy
mon maiſtre ; j'en ay eu souvent
l'occaſion, en vous representantfes
victoires ; & en partageant avec
vous la joye de nos heureux fuccés.
Aujourd hui la fortune afavorisé
nos ennemis, c'est en ne
vous diffimulant point les outra
GALANT 287
ges qu'elle nous fait, que je viens
vous témoigner la mesme amitié
&la mesme confiance.
Il est rare à des Miniftres tels
que moy , de publier eux - meſmes
les défavantages de leurs Souverains
; mais le Roy mon maistre
ignore cette baſſe politique,de tromperpar
de faux recits ſes Alliez
ses peuples. Ses armées ont
eftémalheureuse eſté malheureuſes en Catalogne &
en Flandres; il m'a donné ordre de
vous le dire. D'un coſté la fureur
des revoltez a méconnu &repouffé
le Roy legitime qui venoit
délivrerſes ſujets fideles de l'oppreſſion
étrangere. De l'autre côté,
288 MERCURE
le courage des François s'eſt précipité
avec trop d'ardeur au milieu
des ennemis mal reconnus ; le nombre
a triomphe de la valeur ; un
vaſte païs abandonné ,deſuperbes
villes épouvantées ont eſté leprix
du victorieux.
Cen'est point pour chercher auprés
de vous, Magnifiques Seigneurs,
la confolation qu'on trouve
dans fes malheurs , en les racontant
à des amis finceres ,que je
rappelle icy ur fi triſte ſouvenir;
c'est pluſtoſt pour vous conſoler
vous raffurer vous mesmes. LeRoy
mon maistre est perfuadé de voſtre
affection pourſa perſo nne facrée ,
ن
GALANT 289
& de la part que vous prenez à
tout ce qui lay arrive; ilſçait auſſi
que vous connoiſſez vos veritables
interests.
Vous n'ignorez pas Magnifiques
Seigneurs , quel danger
courroit la libertéde vostrepatrie,fi
lamaison d'Autrichereprenoit cette
Superiorité terrible qu'elle avoit
fous Charles V. Elley aspire toûjours,
& elle y arriveroit bientoft
parce monde d'aveuglesAlliez,qui
prodiguent pour elle leurs treſors,
lefang de leurs peuples;elley arriveroit,
dis-je, bientoft, filaFrance
Se lafſoitde refifter,ou étoit contrainte
de ceder à un torrent trop rapide.
Juillet 1706. Bb
290 MERCURE
1
Vous avez vû dans un des
Memoires du S* Melarede,quej'ay
rendu public , les complots qu'ona
formez pour rompre l'union du
LoüableCorpsHelvetique, & pour
vous détruire par vos propres
mains. Craignez les fauſſes carefſes
dont on vous flatte ; méprifez
les vaines menaces , dont on
veut vous étonner ; fuyez les pieges
que l'on vous tend ; ne ſeparez
point vos interests communs.
Refferrez entre vous les liens de
voſtre confederation mutuelle ; attachez-
vous plus que jamais à
l'alliance folide du Roy mon maiftre,
&ne vous laiſſez point épouvanterparla
peinture outrée qu'on
GALANT 291
cous fait de ſes pertes. Quelles
qu'ellesfoient , elles ne troublent
point ſa grande ame ; elles ne dé.
concertent pointſes conſeils ; elles
n'épuiſent point ſes Finances; elles
ne refroidiſſent point le zele
deſes ſujets ; il neſe laſſera point
de combattre pour la liberté de
l'Europe; & il n'épargnera rien
four conferver vôtre, fi elle eft
jamais attaquée. C'est, Magnifiques
Seigneurs , ce qu'il m'a ordonné
de vous dire , en vous af-
Surant deſa protection, puiſſance,
de lafincerité defon amitié confederable
& toûjours inviolable.
ABade ce 10. Juillet 1706 .
Bb ij
292 MERCURE
L'article de Madrid , qui eſt
dans ma derniere Lettre , finiffoit
par les réjoüiflances qui y
furent faites à l'arrivée du Roy
d'Eſpagne , qui estoit venu depuis
Pampelune , juſqu'à cette
Capitale, fans aucun garde , accompagné
de fix ou ſept perſonnes
ſeulement , pour marquer
qu'il ſe confioit entierement
aux peuples des lieux où
il avoit paffé. Cette confiance
avoit redoublé l'amour que
tous les ſujets de ce Monarque
ont pour luy , & eftoit en partie
cauſe de l'excés de joie que
tout le peuple de Madrid a
GALANT 293
fait voir avec un empreſſement
d'allegreſſe qu'il feroit difficile
de bien dépeindre , à l'arrivée
de ce Prince. Il venoit d'eſſuyer
de longues fatigues , && d'expoſer
ſa vie pour la gloire de
la Monarchie Eſpagnole. Cette
cipitée de l'armée Portugaiſe ,
fortifiée des troupes auxiliaires
d'Angleterre & d'Hollande.
Mr leMarquis das Minas s'étoit
long- tems oppofé au defque
Mylord Galloway
avoit formé d'aller juſqu'à Madrid
; & il alleguoit pluſieurs
Bb iij
294 MERCURE
く
bonnes raiſons pour empef
cher Mylord Galloway d'avancer
, & fur tout pendant les
chaleurs qui font mortelles aux
Portugais , qui par cette raifon
mettent toûjours leurs troupes
en quartier d'efté , & ne
paroiſſent jamais en campagne
qu'au Primtems& enAutonne.
Ce Marquis étoitperfuadé que
fi les chaleurs font mortelles
aux , Portugais qui habitent
des Pays chauds , elles doivent
l'eſtre davantage aux Anglois
& aux Hollandois , qui demeurent
dans des pays plus froids ;
&la fuite a fait voir qu'il ne
GALANT 295
s'eſtoit pas trompé , les troupes
des uns &des autres s'étant
trouvées beaucoup affoiblies
en approchant de Madrid. Le
même Marquis das Minas afſeuroit
auffi les Generaux Anglois
& Hollandois , qu'ils
fouffriroient beaucoup dans
leur marche , pendant laquelle
il eſtoit impoſſible de trouver
aſſez de vivres pour la fubfiftance
d'une groſſe armée. Ces
raiſons devoient eſtre d'autant
plus goûtées , que ceux qui
voyagent en Eſpagne د
ont
quelquesfois de la peine à trouver
toutes les choſes neceſſaires
Bb iiij
296 MERCURE
àla vie ; & fi elles ne s'y trouvent
pas toûjours pour des
voyageurs , comment pourroient
elles s'y trouver pour
de grandes armées,qui traînent
aprés elles une groſſe ſuite de
gens. Mais ſuppoſé que le
pays euft pû fournir affez de
vivres , il y avoit lieu de croire
que les habitans ne les laiſſeroient
pas fur la route de leurs
ennemis , & qu'ils les retireroient
, à droite & à gauche ,
fort avant dans les terres ; ce
qu'ils n'ont pas manqué de
faire , ainſi que M' le Marquis
das Minas en avoit aſſuré : de
GALANT 297
maniere que les troupes ont
extrêmement ſouffert , & que
la difette a fait perir beaucoup
de ſoldats . Le General Portugais
ajoûtoit à tout cela , qu'il
n'y avoit rien à eſperer des
peuples de Caſtille , dont la
grande fidelité pour Philippe
V. étoit generalementconnuë;
& il aſſuroit auſſi qu'il feroit
impoſſible de demeurer longtemps
dans un pais conftamment
fidele à ſon Roy , tant
qu'on ne trouveroit point de
places fortes , par le moyen
ddeeſfqquueelllleess on s'y puſt maintenir.
On dit meſme que ce Mar298
MERCURE
1
4
quis fit voir , qu'aprés que leurs
troupes feroient affoiblies par
toutes les choſes que je viens
de dire , il étoit à craindre que
n'ayant point de lieu de retraite
, elles ne fuſſent accablées
par les peuples , quand meſme
ces peuples ne feroient point
ſecondez par le grand nombrede
troupes qu'on leur promettoit
aprés la jonction de
cellesde France . Toutes ces raiſons,
qui meritoient que l'on
y fiſt attention , ne firent aucune
impreſſion fur l'eſpritde
MylordGalloway,ou du moins
ne purent-elles luy faire chan1
GALANT 299
?
ger de reſolution , à cauſe des
ordres précis qu'il avoit de la
Reine d'Angleterre,d'aller jufqu'à
Madrid. Cette Princeſſe
ne regardoit pas ſi les fuites
endevoient eftre fafcheuſes, &
elle n'enviſageoit que la gloire
de pouvoir dire que les Anglois
étoient entrez dans Madrid
; & il luy échappa meſme
de dire : que puiſqu'elle avoit
donné ordre qu'on l'imprimaſtdans
les nouvelles publiques , il falloit
qu'elles y entraſſent.De maniere
que ſi elles ſe trouvent entierement
ruinées , à la fin de la
campagne , pour avoir avancé
300 MERCURE
trop avant ; ce ſera parce que
cette Princeſſe n'aura pas voulu
que les imprimez publics
fuſſent convaincus d'avoir parlé
contre la verité. Voilà de
beaux motifs pour faire perir
une armée. Il eſt temps de vous
faire un détail de ce qui s'eſt
paffé depuis le retour du Roy
d'Eſpagne à Madrid, en revenant
de Catalogne , juſqu'au
12. Juillet. Les nouvelles publiques
n'ayant point parlé de
la plus grande partie de ce que
je vais vous dire , & ayant paffé
fous filence tout ce qui regarde
l'entrée des ennemis dans MaGALANT
301
1
drid, & ce qui s'eſt paſſé enſuite
pendant pluſieurs jours ; je vais
fatisfaire là deſſus voſtre curioſité,
le mieux qu'il me ſera
poſſible. Quand je dis que les
nouvelles publiques ont paflé
beaucoupde choſes ſous filence,
j'entens celles de France;
car les Alliez ont non- feulement
parlé de l'entrée de leurs
troupes dans Madrid: mais ils
ont rempli leurs relations de
proclamations qui n'ont point
eſté faites , l'Archiduc n'ayant
point eſté reconnu Roy d'Efpagne,
ainſi qu'ils ofent l'affurer.
Ce que vous verrez, dans
302 MERCURE
ce que vous allez lire , n'a rien
que de veritable.
On apprit à Madrid, le 17 .
de Juin , que les ennemis au
nombre de 17. à 18. mille
hommes, avoient paſſé lamontagne
de Guadarama , qui n'eſt
qu'à unedemie lieüe de l'Eſcurial
, & à 7. licües de Madrid.
Ils avoient marché , pendant 3 .
jours & demi, par des lieux où
ils n'avoient rien trouvé pour
leur ſubſiſtance ;de forte qu'ils
avoient eſté obligez de ne donner
pendant ce temps à leurs
foldats qu'une demi ration de
biſcuit. La conſternation fut
GALANT 303
d'autant plus grande à Madrid
que l'on jugea que le Roy & la
Reine ſeroient bientoft obligez
d'en fortir .
Le 18. les Grands s'aſſemblerent
au Palais, où lesChefs
de tous les Conſeils ſe rendirent.
Il y fut reſolu,d'une commune
voix, que la Reine en fortiroit
dés le jour meſme ; & Sa
Majesté ſe mit en chemin pour
aller à 24. lieües de Madrid,
dans une belleTerre, nommée
Berlanga , qui appartient à M
le Connétable de Caſtille. On
réſolut auſſi que tous les
Grands , tous les Conſeils , &
304 MERCURE
tous lesTribunaux fortiroient
de Madrid , & qu'on n'y laiſſeroit
de perſonnes publiques ,
que celles qui compoſent le
Corps deVille,qui font le Corregidor
les Regidores & leurs
Officiers : de maniere qu'aucun
Magiſtrat & aucun Notaire n'y
eſtant reſté , il ne s'y trouva
perſonne qui euſt qualité pour
ydreſſer aucun Acte public. Le
peuple ayant appris cette réſolution
, ſe rendit en foule
dans la cour du Palais , & dans
les ruës qui y aboutiffent , &
demanda avec inſtance qu'on
luydonnaſt des armes, que le
GALANT 305
Roy ne l'abandonnaſt pas ,
& que de bons Chefs ſe mifſent
à ſa teſte , afin que chacun
puſt ſacrifier ſa vie pour
le ſervice du Roy ,& pour ſa
défenſe. On fut obligé, pour le
fatisfaire , de l'aſſeurer que le
Roy ne l'abandonneroit pas ;
& en effet ce n'eſt pas abandonner,
que de fortir pour chercher
du ſecours , afin de revenir
combattre ſes ennemis.
Le 19. tous les Grands, tous
lesTribunaux & toutes les perfonnes
publiques fortirent de
Madrid ; & il n'y reſta que ce
qui ſe trouve dans toutes les
Juillet 1706 .
Cc
306 MERCURE
villes policées pour les conduire
, & pour compoſer ce qu'on
appelle le Confeil de Ville. Le
Roy en fortit auſſi ſur le ſoir,
& Sa Majefté alla à Torrajon,
à quatre lieües de Madrid, fe
mettre à la teſte de la petite
armée de M ' le Maréchal Duc
de Berw k, & des troupes que
M' le Comte de las Torres avoit
ramenées du Royaume de
Valence. On ne ſçauroit exprimer
la déſolation du peuple,
lorſqu'il apprit que le Roy
partoit ; mais on le confola, en
declarant que Sa Majefté ne
partoit que pour s'aller met
GALANT 307
tre à la teſte de ſon armée ,
afin d'y attendre le ſecours
confiderable qui luy venoit de
France , & qui n'étoit pas loin
des frontieres . Tous lesGrands,
&tous les Conſeils ſuivirent le
Roy ou laReine .
Cependant les ennemis s'avancerent
, & ils arriverent à
Madrid le 25. Ils traverſerent
la Ville ,fans trouver ni hommes
ni femmes dans les ruës .
M'le Marquis das Minas fit
aflembler le Conſeil de ville &
les Chefs des Corps de métiers.
On exigead'eux de crier, Vive
Charles III. & on les en pref
Ccij
308 MERCURE
ſa fort , mais il fut impoſſible
de l'obtenir d'un ſeul ; & lorfqu'on
les y voulut forcer ils
crierent Vive Philippe V. On
fut tellement irrité d'un pareil
procedé , qu'on ne put s'empeſcher
de tirer ſur eux ,
croyant les obliger,par là, à tenir
un autre langage ; & on
en tua quelques uns : mais ce
peuple inébranlable garda inviolablement
la fidelité & la
conſtance, qui l'ont rendu ſi
recommandable dans tous les
temps. Les ennemis n'eſperant
plus d'en venir à bout , changerent
de conduite, ils allerent
GALANT 309
11
1.
camper au Pardo,de l'autre côté
de la riviere de Mançanarés ,
& ils ſe contenterent de mettre
une garde à chaque porte
de Madrid .
Le Roy alla à Soupetran , au
devant des troupes qui luy venoient
de France,&qui s'avançoient
à grandes journées ; & la
Reine prit la route de Burgos ,
où elle a eſté accompagnée par
tous les Grands, & par toutes
les perſonnes de marque , qui
ne purent alors ſuivre le Roy.
Qique la villede Burgos ait
etté autrefois le Siege des Rois
de Caſtille , elle s'eſt trouvée
310 MERCURE
trop petite pour contenir une
Cour auffi nombreuſe ; & pluſieurs
perſonnes de diftinction
ont eſté obligées,d'aller à Vittoria.
M'le Duc & Mola Ducheffe
de Medina Celi ſe ſont
retirez dans le voiſinage de cette
ville, dans une de leurs Terres
, appellée Giumel de Mercado
, avec M le Marquis & M
la Marquiſe de Priego , leur
neveu& leur niece.
r
Les ennemis chagrins de
n'avoir pû engager perſonne
à crier Vive Charles III. le
jour qu'ils avoient fait affembler
le Corps de la villedeMa
GALANT
311
drid pour cet effet , comptant
que ſi deux ou trois perſonnes
ſeulement avoient crié , cela
auroit pû paſſer pour une proclamation
publique , ont , depuis
ce tems- là ,employé toutes
fortes de moyens pourvenir à
bout de leur deſſein. Ils ont prié,
ils ont menacé ; & toutes leurs
prieres & toutes leurs menaces
ont produit des effets entierement
contraires à ceux qu'ils
en attendoient : de maniere
que ceux qu'ils avoient voulu
engager avec un peu trop de
violence à crier Vive Charles
111. s'en font vengez, enmaf
A
312 MERCURE
facrant quelques-uns des Gar
des qu'ils ont aux portes de la
ville ; de forte que les Alliez
n'entrent plus dans Madrid,
que pour y achetter ce qui leur
eft neceffaire , & meſme en le
payant tout ce qu'il vaut.
M' das Minas remarquant
cette fermeté,dont il avoit fait
voir qu'il n'avoit jamais eu lieu
de douter , s'eſt plaint avec aigreur
à Mylord Galloway , de
toutes les démarches qu'il luy
avoit fait faire ; & il luy a demandé
: Où estoient ces Nobles ,
ce Peuple , & ces Grands d'Efpagne
, avec lesquels l'Amirante
de
GALANT 313
:
de Caſtille avoit de fifortes liai-
Sons , & qui de voient venir au
devant de l'armée des Alliez ,
dés qu'elle approcheroit de Madrid
? Ces demandes , qui ne ſe
font pas faites ſans aigreur ,
ont eſté cauſe que ces Generaux
ſe ſont pouſſez vivement;
&l'on eft perfuadé que les Portugais
, qui ne font venus fiavant
qu'avec peine , s'en retourneront
bientoſt avec plaifir
. Mais ils n'iront peut eftre
pas loin ſans eftre battus ; &
je croy que je ne fermeray pas
ma lettre , fans vous apprendre
de grandes nouvelles là
Juillet 1706 .
Dd
314 MERCURE
deſſus : cependant je pourſuis
le détail que j'ay commencé.
Ce que je vais vous dire n'a
peut-eſtre jamais eu d'exemple,
& jamais fermeté n'a eſté
égale à celle du peuple de Madrid
, qui voyant une armée
campée à ſes portes , avec la
liberté d'entrer & de fortir
de la ville , auſſi ſouvent
qu'il luy plaira , & d'y faire
main-baſſe ſur ſes citoyens , a
neanmoins eu l'inimitable fermeté
d'écrire en Corps auRoy,
& de prier Sa Majeſté de leur
donner des ordres précis fur la
conduite qu'ils doivent tenir
GALANT 315
dans tout ce que pourroient
exiger les Chefs des ennemis ;
afin que, dans un ſi grand malheur
, ils euſſent au moins la
confolation de n'avoir rien
fait contre la plus exacte fidelité
, ni contre les moindres
intentions de Sa Majefté : ce
qui leur a eſté accordé.
Le Roy s'eſt approché avec
fon armée , & eſt venu camper
àXadraque , qui n'eſt qu'à
douze licües de Madrid; & les
ennemis font allez camper à
trois licües & demie de cette
Ville , du côté d'Alcala : cependant
les troupes de France
Ddij
316 MERCURE
2-
ont marché à grandes journées
, & leur teſte eſtoit le
douzeà Almazan , à 10. lieües
du Camp de Sa Majefté Catholique
, & à 22. de Madrid.
La Nobleſſe continuë,non-feulement
de venir de tous côtez;
mais elle amene avec elle beaucoup
de ſes Vaſſaux, qui groffiffent
confiderablementl'Armée
de M de Berwik , qui
avoit déja reçû trois - mille
hommes, des levées qui furent
réſoluës par les Corps , dans le
temps que l'on apprit que les
ennemis avoient formé le defſein
de marcher vers Madrid.
GALANT 317
La lettre qui fuit ; regarde
encore les affaires d'Eſpagne,&
vous paroiſtra fort curieuſe.
Du Camp de Xadraque le 12 .
Juillet.
Nous attendons avec une extrême
impatience les troupes qui
nous viennent de France , & nous
apprenons avecplaisirque leur tête
est aujourd'huy à dix lieües de
nous. Quand elles nous auront
joint , nous aurons quatre-vingt
Escadrons de bonne Cavalerie ;
c'est à dire , 60. Espagnols bien
complets , & vingt François ; &
Dd iij
318 MERCURE
46. Bataillons de bonnes troupes.
Noussommes refolus de retourner
vers Madrid , immediatement
aprés la jonction de toutes ces troupes
, &de livrer bataille aux ennemis
,s'ils nous attendent. Si nous
avions icy toutes ces troupes aujourd'huy
, nous ferions àMadrid
dans cinq oufix jours fans oppofition
,&fans qu'il fust beſoin de
donner bataille ; car bien certainement
les Ennemis ne nous attendroient
pas. Nous n'avons aucune
nnoouuvveelllleeddee la marche de l'Archiduc
, & les Portugais ne feront
pas , s'ils ne reçoivent des renforts
confiderables , en estat de nous difGALANT
319
ce,
puter le terrain. Mais si Peterborough
a le temps de venir joindre
les Portugais , avec les troupes
qu'il a dans le Royaume de Valennôtre
retour à Madrid ne ſe
pourra fairefans donner une vraye
bataille. On ne croit pas cependant
que ce General Anglois puiſſe
amener beaucoup de troupes reglées
de Valence, ny de Catalogne. Il ne
voudra pas dégarnir ces deuxpaïs,
où il ne luy reſte pas beaucoup de
troupes ; les Miquelets n'ayant
pas voulu s'enregimenter , ny entrer
dans des Regimens reglez . Le
menu peuple de Madrid continuë
de donner les plus grandes marques
Dd iiij
320 MERCURE
d'une parfaite fidelité , que la pre
fence & le pouvoir des ennemis
n'a pu faire ny dementir ny chanceler,
ainſi que je vous l'ay déja
mandé. Tous les Grands en ufent
d'une maniere digne d'eux,& digne
d'un Roy auffi parfait que
Philippe V. ils fe font tous conduits
dans la conjoncture preſente
de la maniere que l'on attendoitde
l'efprit de grandeur & de fidelité
qui les conduit & qui les anime.
La Nobleffefeconde bien ce grand
exemple ; & les peuples de Caftille
, en general , paroiſſent plus
zelez, plus fideles , plus attachez
quejamais à leur Prince legitime.
c
GALANT 321
On vient encore de recevoirde
tres-bonnes nouvelles & bien importantes
d'Andaloufie. Cadiz est
en tres-bon estat , & ne manque
de rien pour une bonne défenſe ,
toute cette Province ne ſe contente
pas de perſiſter dans la plus exacte
fidelité;mais elleprend auſſi dejuſtes
mesures pour se défendre. Ony
fait de nouvelles levées ; la Nobleſſeyprend
les armes volontairement,
tous ceux qui ſont d'âge àles
porter s'y offrent d'eux mêmes. Et
toutes les grandes Villes ont écrit
ou député au Roy , pour l'affurer
de nouveau de leur fidelité & de
leur zele , & pour declarer à Sa
levées ;
322 MERCURE
Majesté,qu'elles étoient refolues
deperir, pluſtôt que de reconnoître
d'autre Maistre que ce Prince.
Ellesſeſont écrit auſſi les unes aux
autres ,s'exhortant mutuellement
à la fidelité qui est düe à un Souverain
fi legitime, &fi digne d'eftrefervi
& obeï ; ſe reprefentant
de part & d'autre, les devoirsfacrez
qui leur ordonnent de deffendre
leurs droits & ceux de la Religion.
Ce qu'ily a de plus particulier
en cela , est que toutes ces
lettres ont esté écrites en même
temps ,ſans que l'on s'enfuft donné
le mot : ce qui prouve bien que le
même eſpritanime tous ces peuples.
GALANT 323
Les Villes,fur tout, de Serville, de
Cordone , de Murcie & de Faën
ont écrit au Roy dans les termes les
plus refpectueux les plusforts,
pour l'aſſurer que rien neferoit capable
d'ébranler leur zele & d'affoiblir
leur fidelité.
MrMahoni est à Alicante ,
refolu de deffendre cette Place jufqu'à
la derniere extrémité ; les
habitansfont refolus auſſi d'y perir,
plûtôt que de changer de Maître.
SiPeterborough, avecſes troupes,
marche à Madrid , Mr Mahoni
avecſon Regiment , & le genereux
& fidele Archevêque de
Murcie avecſes troupes , &cel
324 MERCURE
les qui le joignent de tous coſtez
agiront avec succés &fans obftacle
; &reduiront à l'obeiffance
du Roy , les Villes &les païs qui
ont eu lafoiblefſſe deſe ſoûmetre à
l'ufurpateur. Si Peterborough s'aviſe
d'attaquer Alicante , avant
que de venir en Caſtille , nous aurons
amplement le temps de chaffer
les Portugais de Madrid , de
les repouffer avec avantage jufqu'au
delà de leursfrontieres. Mais
on ne croitpas que ce General perde
le tems à affieger Alicante dans
les formes. Le Château en estfort
bon , & outre les troupes reglées
quiy font , les habitans de cette
i
GALANT 325
Ville , toûjours fideles , l'ont muni
de toutes les chofes neceſſaires ;
ceux qui font propres à porter les
armes les prennent pourse deffendre
avec vigueur.
La defertion s'eſt miſe , depuis
quelques jours , dans l'armée des
ennemis , il nous en vientfrequemment
des foldats de tout païs ; &
'il n'y en a pas un des nostres qui
deferte.
Enfin tout paroît tellement dif
pofé icy a un grandfuccés , qu'on
peut seflater d'avance d'une heureuſe
réussite ; & quelque puif-
Santes&nombreuſes quefoient les
flotes des ennemis, elles trouveront
326 MERCURE
les côtes de Galice e d'Andaloufie
bien munies &bien deffendues."
Les peuplesyfont bien certainement
dans les meilleures difpofitions
qu'on puiſſe ſouhaiter.
Je dois ajoûter à cette lettre ,
les nouvelles ſuivantes ; elles
viennentd'un tres-bon endroit,
&elles font de la même datte
que la Lettre que vous venez
de lire.
L'Armée Portugaiſe eſtoit
encore campée le 12. Juillet
fur la Riviere de Xamara , à
trois licuës &demie de Madrid.
M' le Marquis das Minas avoit
envoyé le9. un détachement de
GALANY 327
trois mille hommes à Alcala ; ce
détachement qui étoit d'abord
campé hors la Ville,prit la fuite
le meſme jour , à l'approche
d'un parti Eſpagnol de ſoixante
Maiſtres, qui s'eſtoit avancé
vers la nuit de ce coſté-là. Les
ennemis ſe retirerent avec précipitation
dans la Ville , &
abandonnerent leur Camp ,
qui fut pillé en partie par les
Payſans du voiſinage. Ce détachement
, à ce qu'on aſſure
s'eſt fortifié dans Alcala.
Toutes les Villes , Bourgs
&Villages des deux Caſtilles
continuentdans la fidelité qu'ils
328 MERCURE
doivent à leur ſouverain. Ils ont
envoyé à Sa Majefté Catholique
, des lettres que M'le Marquis
das Minas , & M'le Comte
de la Corzana leur ont écrites
, pour les engager à reconnoître
l'Archiduc ; & ce qui
marque encore plus fûrement
leur bonne volonté , eft qu'ils
facilitent tout ce qui regarde
le ſervice de ce Monarque , tant
pour les fournitures des grains
neceſſaires pour la ſubſiſtance
de l'armée de Sa Majefté , que
pour quelque avance de l'argent
qui leur a eſté demandé ,
& que pluſieurs ont commenGALANT
329
cé à fournir ,à proportion de
leurs moyens.
des
L'onze il y eut une rencontre
aupres d'Alcala , dans laquelle
troisCompagnies de Carabiniers
des troupes Eſpagnoles
, détachées par M le
Comte de Fienne , battirent&
poufferent juſque dans la Ville
trois Eſcadrons des Ennemis
dont trente furent tuez , &
د
pluſieurs furent faits prifonnier.
Les Eſpagnols ont eu un
Capitaine bleffé ,& cinq Cavaliers
tuez ou bleſſez .
Les ennemis ayant affecté de
publierque le Roy d'Efpagne
Juillet 1706.
Ee
330 MERCURE
abandonnoit la Caſtille , & fe
retiroit en France , & que ce
bruit jettoit beaucoup de gens
bien intentionnez dans la confternation
, & dans le doute du
parti qu'ils devoient prendre ;
il a efté jugé à propos de dreſſer
une eſpece de Déclaration
pour déſabuſer les peuples , &
pour les informer des verita-`
bles diſpoſitions de Sa Majesté
Catholique,qui ne s'eſtant éloi--
gnée de Madrid que de 16.
leuës , & fort lentement , ſe
préparoit à y retourner bientoſt
à la teſte d'une armée confiderable
. Cette Declaration a
GALANT
331
-eſté envoyéedans tous les lieux
où l'on a trouvé à propos de
l'envoyer.
La Lettre qui ſuit, vous apprendra
des détails de la marche
de M de la Feüillade dans les
Eſtats de Monfieur de Savove
, dont aucune relation
publique n'a parlé.
AFoffan, le 4. Juillet .
Les deux bataillons duRegiment
de la Feüillade entrerent hier dans
la Ville dans la Citadelle de
Mondovi. Ce Duc les y conduifit
lui - mème avec quatre cens che
vaux ; & il n'y trouva d'obstacles ,
que la peine de faire fuir une cin-
Ec ij
332 MERCURE
quantaine des Dragons que Mons
fieur de Savoye avoit envoyez, pour
fiire marcher en diligence à Ceva,
Monsieur le Prince & Madame la
Princeffè de Carignan, leurs enfans ,
les filles de Monfieur le Comte de
Soiffons , Mrle Marquis de Suze ,
& toutes les Dames & Demoiselles
de leur Cour. Il monta au Chateau,
& ily trouva cette honorable Com
pagnie fort effrayée ; il la raffura
de fon mieux , & dit à Monfieur le
Prince de Carignan : Que quoique
toute cette Cour fuſt priſonnierede
guerre de Sa Majesté , felon
les regles de la guerre , il
eſperoit cependant de ſa bonté,
qu'elle ne la traiteroit pas comme
telle . Ce Prince demanda de
reſter à Mondovi ; mais Ms de la
Feüillade ne voulut pas le luy 46
GALANT. 333
corder ,jugeant que leſejour de ce
Prince en ce lieu- là , feroit tres-préjudiciable
au ſervice du Roy. Il luy
permit d'aller à Raconi ; & il luy
donna cinquante Carabiniers pour
L'eſcorter , lesquels y demeureront
pour lafuretéde ces Princes & de
ces Princeffes . On ne peut exprimer
lajoye des peuples de Mondovi , qui
Je regardent comme délivrez de la
plus grande oppreſſion ; ils demandent
au Roy pour toute grate de ref
ter ses sujets . Monfieur de Savoye
leur a voulufaire prendre les armes,
Gil leur a fait toute forte de promeſſes
avantageuſes , pourveu qu'ils
vouluffent en cette occafion l'ayder in
fauverles Etats. Ils luy ont repondu
: Qu'ayant eſté déſarmez une
fois, ils ne prendroient les armes
de leurs vies , & qu'ils ng
334 MERCURE
pouvoient refifter à des forces
auſſi ſuperieures que les nôtres.
Cependant c'est un paysfi avanta.
tageux par sa situation , que nous
n'y aurions jamais pû entrer , ſi ſes
Habitans avoient voulu s'y défendre,
d'autant plus qu'ils ne laiſſent
pas d'eftre encorefort peuplez. Mr de
la Feüillade,aprèsy avoir laiſſe les
deux bataillons de ſon Regiment ,
afait occuperpar les deux Compagnies
de grenadiers de ce mème Regiment
,le Chateau de S. Michel
qui est fort bon , & qui est fituè ſur
le chemin de Ceva. Ce Duc a fou
àn'en pouvoir douter , que tout le
Mandement de Ceva est du moins
auſſi bien intentionné que le Mondovi
, & que le Chateau estfortpeu
de choſe , & nest gardé que par des
paifans. Ilya envoyé MrdeMaGALANT
335
rignane , avec les deux bataillons
de Tournefis , quatre pieces de Ca.
non de vingt- quatre , &deux petits
Mortiers ;& il a appris ensuite ,
que Mr de Sartirane y avoit marché
enfin avec deux mille hommes
d'infanterie ou Milices , & les deux
Efcadrons de Figuieres . Mr de la
Feüillade compte que dans quatre
ou cinq jours la communication de
Final au Mondovi ſera établie en
toutefeureté. Ilmarcha le 3. à Spinetto,
qui est à la portée du ca
non de Coni . Ily laiſſa dix neuf
Escadrons &fept Bataillons , aux
ordres de Mr le Marquis de Goësbriand,
a qui il dit de faire occIB
per Bober, que l'on peutvoirpar la
Carte , eftre tres- bien fitué pour cou
per à Monfieur de Savaye toute retraite
de ce coſté-là. CeDucditau
336 MERCURE
àMr de Goësbriand de faire faire;
dés la nuit paffée,cun foffé devant &
derriere fon Camp ,où la Cavalerie
ne pût paßer , afin d'estre en estat d'y
laiſſer tous les équipages , tant des
Troupes que des Officiers , à la garde
de quinzecens hommes a'infanterie ,
&de pouvoir marcher à la legere
avec tout le reſte , à la suite de Monfieur
de Savoye, en cas qu'il voulût
fe retirerpar Quierasque , &prendre
enfaite la mème marche que fit
Mrde Staremberg ; ce qu'on nepeuг
cependant croire qu'il entreprenne .
Mrde Goesbriand a des Mulets de
vivres dans ſon Camp , pour faire
monter en cas de beſoin àſes Grenadiers
& à ses détachemens d'infanterie.
Mr de la Feüillade devoit
marcher les, avec quarante- quatre
Escadrons&un Bataillon,pour al-
Ler
GALANT 337
ler à Vignole , qui est an deſſus da
Camp;&il comptoit ensuite de fai
re un pont ſur la Sture , & dobliger
Monsieur de Savoye à laiſſer des
Dragons à Coni, ou àfe retirer avec
lepeu de Cavalerie qui luy reste par
le col de Tende. C'est une rude ex.
trémitépour luy ; mais on ne lay voit
point d'autre reßource. Le bruit court
dans lepays, qu'il se retirera à la
Serre ; mais il ne s'y trouvera pas
mieux : peu de jours nous en éclair
ciront.Nous avons délivrè cent de nos
prisonniers, qui étoient à Mondovi.
Il eſt temps de vous parler
des affaires de Flandres , dont
je ne vous ay rien dit , depuis
que le 23. du mois de May dernier
la fortune ſe declara pour
le parti le plus fort , ſuivant un
Juillet 1706 . Ff
338 MERCURE
U uſage qui eſt aſſez ordinaire , &
que les François luy ont neanmoins
ſouvent fait interrompre;
mais enfin lorſque la force eſt ſi
ſuperieure , & qu'une certaine
fatalité ſe met de la partie , il
eſt difficile d'empeſcher la fortune
de ceder au plus fort. Ces
grands évenemens cauſent ordinairement
de grandes revolutions
; les vaincus étourdis de
leur malheur demeurent dans
l'inaction , & ſe croyent encore
plus malheureux qu'il ne le
font : & les vainqueurs enorgüeillis
d'un bonheur qu'ils ne
doivent qu'à la fuperiorité de
leur nombre, ſe répandant, comme
des torrens , dans un pays où
tout eſt frappé d'étonnement &
de frayeur, ne trouvent que des
GALANT 339
fuyards & des gens intimidez ,
qui ne connoiffant plus leurs
forces , ou s'en défiant trop ,
courent au devant de leur perte
, & ouvrent les portes des
places qu'ils croyent ne pouvoir
défendre , & dont en de pareilles
occaſions les vainqueurs
ſe rendent ordinairement maîtres
; mais qu'ils ne gardent
quelques fois pas long temps ,
*ces fortes d'évenemens ayant
preſque toûjours des retours
qui remettent les chofes dans
leur ſituation ordinaire. Nous
avons vu tres - ſouvent des Etats
envahis preſque en une ſeule
campagne, où les veritables fouverains
ont regné peu de temps
aprés,avec autantde tranquilité
qu'avant l'inondation de
C
Ffij
340 MERCURE
€
leurs ennemis , dont ils n'ont
eſté accablez , que comme on
l'eſt quelque - fois d'un orage ,
dont on perd preſque le ſouve
nir , lorſque l'orage s'eſt diffipé
, & que le Soleil recommence
à paroiſtre. Nous avons vů
de nos jours le Roy de Dannemark
réduit à la ſeule ville capitale
de ſes Etats, où il fe trou
voit enfermé; &devenir peu de
temps aprés , de Rov électif ,
Monarque hereditaire . Nous
avons vu preſque tout le Royaume
de Pologne envahi du tems
du Roy Caſimir; & peu de tems
aprés , ne reconnoiſtre que les
ſeules loix de fon veritable Souverain.
Enfin il ſemble qu'aprés
beaucoup de ſang répandu,
le Ciel permet toûjours que les
1
GALANT 341
ھجم
Etats envahis retournent ſous
les loix de leurs veritablesSouverains
; ainſi il y a lieu de croire
que les Places des Païs - Bas ,
qui viennent d'eſtre enlevées à
Philippe V. leur legitime Maître
, ne feront pas long - temps
fans rentrer fous ſadomination.
L'orage qui dura quelques
jours aprés le Combat de Ramillies,
ayant coſſé auſſitoſt que
les peuples furent revenus de
leur premier étonnement , les
ennemis n'ont fait qu'une conqueſte
pendant prés de deux
mois & demi ; voyons en quoy
elle conſiſte , & fi cette place a
dû leur coûter beaucoup. C'eſt
une Place de terre ; les Bastions
en font petits , auſſi bien que
tous les dehors. Il y avoit fix.
F f iij
342 MERCUR E
Bataillons François , peu complets&
de nouvelle levée , qui
ne manquoient pas neanmoins
de bonne volonté, mais ils ne
voyoient rien qui ne les duft
décourager , au lieu de leur in
fpirer une hardieſſe , dont les
plus braves ont ſouvent beſoin .
Ces nouvelles troupes étoient
accompagnées du Regiment de
Dragons de Pignatelli , & de
deux Bataillons Wallons fort
mal intentionnez , à la referve
de quelques Eſpagnolsnaturels,
mais dontle nombre estoit petit.
Les bourgeois eſtoient encore
plus mal intentionnez que
ces Bataillons , & la garniton eftoit
harcelée & menacée par
ces bourgeois, dont la plupart,
fans en excepter les femmes ,
1
GALANT 343
avoit pris les armes contre elle,
onmanquoitde munitions & de
proviſions dans la ville , où il
ne reſtoit pas pour deux jours
de pain. On y avoit jette 13393 .
bombes , tant des batteries de
l'Armée de terre , que des Galiotes;
& celles- cy qui peſoient
300. livres chaque, avoient fait
plus dedommage que les autres,
en ſorte qu'il n'eſt demeuré dans
la ville que deux maifons fur
pied, un Couvent & une Egliſe
où l'on puſt habiter.M² leCom
tede laMothe ſe voyant nonfeulement
dans cette ſituation ,
mais qu'outre cela les foldats
manquoient d'armes , preſque
toutes celles qu'ils avoient ,
ayant crevé ; qu'il avoit beſoin
pour la garde du chemin cou-
Ffij
344 MERCURE
2
vert de 800. hommes au moins,
&d'un pareil nombre pour les
relever ,& qu'il luy en falloit encore
pour employer aux autres
poſtes , ſçavoir, au Fort S. Phi
lip lippe , aux batteries , & au de
dans de la ville, où il avoit plus
à craindre que dans les dehorss
les bourgeois cauſant à tout
momentdes émeutes ; qu'il n'a
voit que trois mille hommes
tels que je viens de vous dépeindre
, pour remplir tant det
poſtes differens : voyant enfin
que le Magiſtrat luy avoit de-1
claré qu'il n'eſtoit plus maiſtre
de la populace , & étant informé
que le Gouverneur avoit ré
ſolu de figner une capitulation
particuliere , il prit le parti de
battre la chamade , & de capi D
GALANIM 345
tuler. Il devoit, ſelon toutes les
apparences , ſe rendre à difcre
tion; mais ſon merite & fa-valeur,
connuë des Generaux en->
nemis, & la bonne défenſe qu'il
avoit faite, ont eſté cauſe que la
garniſon n'a point eſté priſonniere
de guerre.
31.Ce ſiege, où nous n'avons pas
perdu trois cens hommes , en a
coûté prés de deux mille aux
ennemis , parce que les eaux, le
ſable mouvant & la difficultédu
terrain les empeſchoient de faire
des travaux pour ſe mettre à
couvert , & pour dreſſer leurs)
batteries , ſous leſquelles ils étoient
obligez de faire des planchers.
Enfin on peut aſſurer
comme un fait tres - conſtant ,
que les bombes ſeules ont eſté
1
346 MERCURE
cauſe de la perte de cette Place
, & que les ennemis ont eſté
tellement fatiguez du travail
qu'il leur a fallu faire pour approcher
de la Place , du nombre
prodigieux de faſcines qu'-
ils ont elte obligez d'aller chercher,
&detout ce qu'il leur a
fallu faire voiturerpour ceSiege
avec des peines infinies , qu'ils
ſe ſont trouvez hors d'état d'agir
ailleurs immediatement aprés
la priſe de cette Place. Nous
n'y avons perdu de perſonnes
confiderables que le Major d'un
Regiment & un Capitaine tué
d'une de nos pieces de canon
folle , c'est - à - dire , pour parler
en termes du métier , d'un
canon dont l'ame n'eſtoit pas
juſte ; les boulets de ceux qui
GALANT 347
ont ces défauts , vont à droite
ou à gauche, au lieu d'aller au
but , ou on a deſſein de les faire
aller.
La Capitulation fut fignée le
6. de Juillet à minuit . Il y en
eut deux , au lieu d'une ; les
bourgeois en ayant fait une particuliere
, par laquelle ils ont
reconnu l'Archiduc . Rien ne
prouve mieux leur mauvaiſe intention
pendant le Siege ; &
que Mr le Comte de la Mothe
ayant à combattre le dedans &
le dehors , il ne pouvoit ſe défendre
plus long- temps de capituler
, ſans voir perir ſa garnifon
. Elle fut d'abord conduite
à Nieuport,& enſuite à Dunkerque
, où elle arriva le 9 fur
les cinq heuresdu foir. Elle n'y
348 MERCURE
les
IGLO
demeura pas long - temps , le
François ayant eſté conduits à
Calais , Gravelines & Bourbourg
; & les deux Bataillons
Wallons & le Regiment de
Dragons dePignatelli, à Mons.
Il eſt à remarquer que la plus
grande partie desWallons a deſerté,
ou a pris parti parmi les
ennemis , à la referve des Eſpagnols
naturels qui ſe ſont trouvez
monter au nombre de 46.
dans ces deux Bataillons.
Jay crudevoir vous envoyer
cette relation du ſiege d'Oſtende
, qui n'a eſté vûë de perſonne
; puiſque je viens de la faire
ſur pluſieurs lettres,qui ont eſté
écrites par les principaux Officiers
de la garniſon. Les ennenemis
ayant eſté long-temps à
2
GALANT 349
prendre leur parti, aprés la ré
duction de cette place , je ne
pourray vous marquer qu'à la
fin de ma lettre à quoy ils ſe
ſeront déterminez .
Je vous ay déja parle de la
ſuite de la pratique de laMemoire
Artificielle , pour apprendre
& retenir la Chronologie , &
I'Hiſtoire depuis Jeſus - Chriſt ,
juſqu'àpreſent, par le P. Buffier
Jeſuite. Cette fuite n'a pas eſté
imprimée auſſitoſt qu'on l'attendoit.
L'Auteur avoüe lui -même
, qu'il a eſté embaraſſé à l'achever,
à cauſe de la multitude
des choſes qui ſe preſentent à
dire dans les Siécles qui approchent
du nôtre ; & d'une maniere
à les faire retenir. Il en eſt
enfin venu à bout , & il vient
:
350 MERCURE
dedonner au public les deux
dernieres Parties ; Scavoir ,
l'Histoire des Etats depuis J. C.
juſqu'apreſent , avec l'Histoire
Eccleſiaſtique. Ainſi voilà toutes
les Parties de l'Hiſtoire Uni .
verſelle , réduites dans une methode
fi facile, que chaque Partie
peut eſtre appriſe en moins
de 15. jours. Ceux qui regarderoient
encore ce travail implement,
comme une belle apparence
à quoy l'effet ne ſcauroit
répondre , peuvent eſtre
convaincus par eux -
quand il leur plaira. Les exercices
qui s'en font au College
de Louis le Grand , y font devenus
preſque journaliers , &
ſouvent publics. On les a vû faire
depuis quelques mois avec un
mêmes ,
GALANT 351
grand fuccés , par les jeunes
Mts de Surville , de Bulliond'Atilly
, d'Estain , Desmarets ,
Rougeau , de Paris de la Broſſe,
de Berulle , de la Perouſe , &
par pluſieurs autres. Il eſt agréa.
*ble & commode de pouvoir , en
apprenant quatre- vingts Vers,
prendre une idée plus étenduë,
& plus fuivie de l'Hiſtoire de
France , en peu de jours , qu'on
ne feroit en pluſieurs mois ſans
un pareil ſecours . On apprend
de même à proportion chacune
des cinq Parties , indépendamment
de l'artifice des Vers . Cet
Ouvrage contient une Hiſtoire
Univerſelle des plus completes
, & dont la lecture fera plaifir
par l'ordre de la netteté
du diſcours dont les vers artifi
352 MERCURE
1
ciels font un précis , & dont la
lecture ne peut coûter que
quelques momens. Pour faciliter
davantage la connoiſſance
de l'hiſtoiredes Etats qui fubſiſtent
aujourd'huy dans l'Europe;
le P. Buffier a joint icy:
des Tables Genealogiques des
Maiſons ſouveraines qui gouvernent
ces Etats. Il y en a plus
de trente,qui mettent toutd'un
coup devant les yeux ce qui
peut eſtre de plus intereſſant à
Içavoir ; puiſque les lignes qui
dans ces fortes de Tables fe
croiſent ou s'écartent , marquent
cequi merite le plus d'attention
dans l'hiſtoire de ces
Etats , & ce qui ſert à le démêler
, comme les factions des
Maiſons deLancastre & d'York
GALANT 353
en Angleterre , &c. Ce Pere
marque auſſi particulierement
les endroits des Genealogies
les plus propres à faire connoiftre
la fituation preſente des affaires
de l'Europe , comme la
Table des derniers Empereurs
de la Maiſon d'Autriche ; celle
des Princes &Princeſſes qui ont
droit à la ſucceſſion de la Couronne
d'Angleterre avant le
Princed Hannover,qui n'eſt pas
le quarantiémc; eelle de la Maifonde
Holſtein- Gottorp , qui a
donné occaſion à la premiere
guerre du Roy de Suede d'aujourd'huy
, celle de la Maiſon
de Baviere, dont eſt ſorti ceMonarque
celle de Brunswik ,
dont les Cadets font les Princes
d'Hannover, nommez Ele
Juillet 1706 . Gg
351 MBR CURE
Aeurs par l'Empereur , & que
dantes Princes ne veulent pas
reconnoiſtre : & ainſi des autres
Souverains de l'Europe. L'ufage
de ces Tables est un nouvel
artifice des plus curieux & des
plus utiles pour l'Histoire. 空
Quant à ceux qui voudront
ſçavoiren particulier l'Histoire
Eccleſiaſtique , ils trouveront,
dans lesvers artificiels les noms
desPapesdiftinguez par fiecle,&
meſinepar les nombres differens
ajoûte
ajoûtez à leurs noms , avec les
Conciles Generaux , les here
fies,& les Ordres Religieux qui
ont paru dans chaque fiecle.
Celivre ſe vend chez Daniel
Jollet , au bout du Pont Saint
Michel , au Livre Royal ; &
chez Nicolas le Clerc ruč
GALANT 355
Saint Jacques, vis- à-vis Saint
Yves , à l'Image Saint Lambert.
Je vous envove une traduction
de la Declaration du Roy
d'Eſpagne , dont je vous ay déja
parlé dans cette Lettre. Elle eſt
tres fidele,& comme elle a été
faite par un Gentilhomme qui
fait parfaitement l'Eſpagnol , &
qui connoît toute la force& toute
la delicateſſe decette langue;
il y a lieu de croire qu'il eſt entré
dans l'eſprit de l'Auteur de
cet ouvrage , & qu'il n'a rien
laiffé échaper de tout ce qui
enpeut faire connoiſtre la force
&la beauté.
Ggij
356 MERCURE
25 MAR2RRRRRRRRR
DOM PHILIPPE,par la
grace de Dieu Roy de Caſtille ,
de Leon , d'Aragon , &c. Eftant
bien informé que le Duc de Bragance
avecfes Alliez , reconnois-
Jant l'impoſſibilité de parvenir à
ſe voir avec des forcesſuffisantes,
pourſoûmettre,par lejoug indigne
de son oppreffion, l'esprit de fer
meté&de valeurfi naturel àmes
fujets,ſeſert, pour induire l'Archiduc
dans la domination de cette
Monarchie,du prétexte artificieux
de donnerde mauvaiſes couleurs à
mafortiede Madrid; y ajoûte des
motifs bas &peu dignes de moy
GALANT 357-
s'efforce d'en faire recevoir lafuppofition
maligne ;&porte la temeritéjusqu'à
vouloirperfuader que
la Nation Espagnole , oubliant
l'immortelle gloire de fes triomphes
,& les titres éclatans acquis
depuis les temps les plus reculez à
fafidelité pourſes Maistres legitimes
,penche aujourd'huy en faveur
de ces mêmes ennemis , qui
entreprennent de la fouler aux
pieds. Comme je démefle que ces
fuppofitions trompeuſes ne font
qu'autant de détours pour ternir
L'éclat de ma gloire ,&la pureté
de mes intentions , &autant d'artifices
pour attacher à l'idée qu'on
358 MERCURE
a de la fermeté des Espagnols,
de la fidelité fi loüable, &fi loüée
en eux dans tous les temps , cette
note infame d'avoir encouru le
foupçon de s'eſtre démentis dans
cette fidelité même & dans cette
constance ; Jay voulu declarer à
mes chers , illustres &fideles Sujets
, que ma fortie de Madrid n'a
eu d'autre motif , que l'empreſſement
de me mettre en estat de repouffer
les ennemis du voisinage
où ils estoient avec des forcesfuperieures
, qui rendoient difficile le
fuccés l'entrepriſe de reprimer
leurs progrez déja avancez : ce
qui nese pouvoit ,ſans expoferà
GALANT 359
un riſque trop viſible ,à un évenement
trop douteux , le peu de
troupes avec lesquelles je me trouvois.
J'ay eu en vûë,dans cettefortie
, de conferver à mesſujets ,&
particulierement à mon bien- aimé
peupledeMadrid, laprotection&
La deffenſe qu'ils ont &qu'ils doi
vent attendre de mes troupes ,&
de leur proximité , pour s'oppofer
au pouvoir arbitraire des ennemis,
& au danger que les Anglais
les Hollandois , troupes auxiliaires
de Portugal , n'eussent fait
réüffir la perverfion de noſtre ſacrée
foy,&le renversement ou le mépris
de nos Autels. Si je fartis
+
360 MERCURE
donc de Madrid , ( ce que je ne fis
pasfans une vive douleur de laifferdesſujets
qui meſont ſichers ,
àl'oppreffion violente qu'ils fouffrent,)
ce nefut que pour leur ménager
une tranquillité conſtante
unefuretéde durée, par les ordres
que je donne , pour réünir les
troupes que je raſſemble de tous
coftez , & par lefeoeurs confiderable
des auxiliaires du Roy mon
Ayeul , qui viennent avec toute
la diligence poffible,qui marchens
de Navarre en Caftille , & qui
dans peu de jours feront incorporées
avec les miennes ; &moy à leur
teſte aprés la jonction,ſansm'épar
gner
GALANT 361
gner dans la fatigue ny dans le
peril.Firay aux ennemis , &je
les poursuivray ,jusqu'à ce que je
les aye chaffez de tous les lieux
qu'ils occupent dans l'étenduë de
ma domination. Faſſure & je
proteſte que je me tiendray dans
celle de la Caftille , ſans laiffer
pour cela d'entrer dans leur
païs ,&je verferay la derniere
ggoouttede monſangpour conferver
la Religion fans innovation &
fans tache ,&pour parvenir à
faire jouir mes dignes &fideles
Sujets de la tranquillité,&du reposque
leurfacilitera toûjours mon
amour ; esperant de celuy qu'ils
Juillet 1706. Hh
362 MERCURE
ontpour moy, nonseulement qu'ils
ajoûteront une foy entiere à cette
verité : mais encore qu'ils donneront
tous enſemble , &chacun en
fon particulier, felon ſon pouvoir,
des marques viſibles de leurfidelité,
puisque l'occaſion &l'entrepriſe intereſſent
également ma gloire , leur
honneur,leurfureté,&le bien
lefoûtien de laReligion.Et afin que
tous en ayent connoiſſance , jay
ordonné qu'on expediast&qu'on
fift imprimer ces Presentes ,fignées
de ma main Royale , &fcellées
du Sceau de mes Armes , &contre-
fignées de monſouſſigné Secretaire
d'Etat&desDépêches UniGALANT
363
i
verfelles. Au Camp de Xadraquo
le 7. Juillet 1706. MOYLE
ROY. DomPierre Cajetan Fernandez
delCampo. 20일
C
Dame Marie d'Albert de
Luxembourg , Princeſſe de Tingri
,Dame du Palaisde La Reine,
&Chanoiffe de Pouſſey en Lor
raine , eſt morte à Versailles
âgée de quatre - vingts ans. Elle
étoit fille de Leon d'Albert , Se
de Brantes , Duc de Luxembourg
, &c. Chevalier des Ordres
du Roy , mort en 1630. &
de Marie Charlotte de Luxembourg
Ducheſſe de Piney, Comteſſe
de Ligni , & c. qui , aprés la
mortde fon marv , époula en ſecondes
noces Charles-Henry
Hhij
364 MERCURE
de Clermont - Tonnere , dont
elle eut feuë Me la Maréchale
de Luxembourg , épouſe de Mr
le Maréchal - Ducde Luxembourg,
Pair de France , Chevadier
des Ordres du Roy,Gouverneur
de Normandie & General
des armées de S. M. &mere demis
les Ducsde Luxembourg & de
Châtillon. Feuë Me laDucheffe
deLuxembourg avoit auſſi eu de
fon premier mary, Henri- Leon ,
qui ſe fit Eccleſiaſtique. Jen'entreray
icy dans aucun détail de
l'illustre Maiſon de Luxembourg
dont Me la Princeſſe de
Tingri étoit du côté de ſa mere;
la grandeur de cette Maiſon eſt
connuë. Elle a donné cing Empereurs
, dont trois ont eſté Rois
de Boheme ; elle a poſſedé de
GALANT 365
a
grands biens en Allemagne &
en France : & l'on a vû , dans ce
Royaume, des Seigneursde cetic
Maiſon , Connétables & grands
Bouteillers de France , Ducs &
Pairs , Chevaliers des Ordres
du Roy , &c . Elle a produit fix
Reines, & pluſieurs Princeſſes ,
dont l'alliance a augmenté l'éclat
de pluſieurs Maiſons illuftres.
Cellede Luxembourg fleuriffoit
déja dans l'onziéme ſiecle.
Henry I. Comte de Limbourg
, dont elle defcend , vivoit
en 1071. & Valeran II .
Comte de Limbourg , un de ſes
defcendans , époufa Efmenſon
de Namur, Comteſſe de Luxembourg.
Je paſſe donc à la Maifon
d'Albert, dont Me la Prin-
乾燥
ceffe de Tingri étoit du côté de
Hhiij
366 MERCURE
Ionpere. Leon d'Albert , St de
Brantes , Duc de Luxembourg,
pere de cette Dame , étoit lo
troifié ne fils d Honoré d'Albert
Stade Luines , dans le Comte
d'Avignon, qui ſervit atilement
le Roy Henry IV. en diverſes
occafions , & d'Anne de Rodulf
fon épouse. Il étoit frere duce
lebre Connétable de Luiness
Charles d'Albert , Duc deLui
nes , Pair , Connétable & grand
Fauconnier du France, Cheva
lier des Ordres du Roy, premier
Gentilhomme de ſa Chambre,
Gouverneur de Picardie & di
Boulonnois ; c'eſt le grand pere
de Mr le Duc de Chevreuſes
Mr le Duc de Luxembourg
Albert étoit auſſi frere d'Hoe
noré d'Albert,DucdeChaulnes,
GALANTM 367
ه ل ل ا
Pair & Maréchal de France ,
de Pecquigni & de Raineval,
& Chevalier des Ordres du
Rov; il étoit le pere du dernier
Duc de Chaulnes . Ces Mrs
avoient quatre fooeurs ; Marie
d'Albert, épouſe de Claude, dit
du Roure , Sr de Bonneval & de
Combalet , & mere d'Anne ,
mariée à Charles de Crequi ,
Comte de Canaples ; Antoinet
te , qui épouſa en premieres noces
Mr de Vernay , & ensuite
Henri - Robert de la Marck ,
Duc de Boüillon , Comte de
Braine; Loüife , mariée à Antoine
de Villeneuve , Baron
des Beaux; & une quatrième, Religieufe.
Le Duc de Luxembourg-
Albert fut Capitaine
Lieutenant de laCompagnie des
Hh nij
368 MERCURE
deux cens ChevauxLegers de la
Garde du Roy , & Gouverneur
de Blois. La Maiſon d'Albert ow
d'Alberti , s'étoit établie dans
leComtat d'Avignon depuis Innocent
VI. & elle s'élevarex2
trêmement dans le dernier fic
cle. Elle étoit alliée aux meilleurs
maiſons d'Italie , par plufieurs
filles qu'elle leur avoir
données . Mr de Luines , ayeul
de la Princeſſe qui vient demous
rir , avoit porté les armes avec
beaucoup d'éclat , ſur la fin du
ſeiziéme fiecle & au commencement
du dixſeptieme , pour le
fervice des Rois Henry III . &
Henry IV . Il vint s'établir en
France ſur la fin du Regne du
dernier de ces Rois..nico
Vous ajoûterez ce qui ſuità
GALANT 1 369
l'article de la mort de MrMo
Marquis de Couvonges , que
vous avez déja lû dans cette
Lettre.
Jean VIII . du nom , Comte
Salm , avoit épousé Loüiſe de
Stainville,morte en 1548. De ce
mariage eſt iſſu Paul , Comte de
Salm , grand Chambellan de
Charles III . Duc de Lorraine,
qui avoit épousé Marie le Veneur-
de Carouge , maiſon illuftre
de Normandie.
Chrétienne de Salm , fille
dudit Pault, épousa François ,
Comte de Vaudemont , fils de
Charles III . Duc de Lorraine ,
mort en 1632.
De ce mariage eſt forti François,
Comte de Vaudemont , &
appellé depuis , le Duc François,
2
370 MERCURE
morten 1670. qui avoit épousé
Claude de Lorraine , ſa coufine!
germainee 지
De cemariage eſt iſſu Charles
V. Ducde Lorraine , qui avoit
épousé Eleonore d'Autriche
Doüairiere de Pologne b
Cemariage leur a donné Leopold
, Duc de Lorraine & de
Bar
Mre Antoine de Stainvilley
coufin germain de Loüife de
Stainville , cy-devant nommée,
vivant Chevalier Seigneur des
Couvonges & de Morley. Cons
feiller d'Etat de Sone Alreffeiy
Charle IV . premier GentilA
homme de ſa Chambre , Grand
Maistre des Eaux & Forests du
Duché de Bar , Bailly &Goum
verneur de Bar , eſt decedésen
GALANT 371
Ton Château de Couvonges
le14. Janvier 1666. bahusi
Mre Charles de Stainville
fils d'Antoine , vivant Seigneur
Comte de Couvonges, de Mor
ley , de Beurey , de Dombal &
de Hardouvillier , Grand Maî
tre de l'Hôtel de S. A. R. cyvant
Colonel de deux Regimens
de Cavalerie & d'Infanteric
pour le ſervice de S. A. Charle
IV. eſt decedé à Luneville , en
ſa ſoixante- neuviéme année . Il
étoit frere de défunt Mre Antoine
de Stainville II . du nom,
vivant Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneur
de Cafal .
Ce ne ſont pastoûjours les armées
nombreuſes qui font les
plus glorieuſes expeditions , &
372. MERCURE
3
lorſque l'inégalité va juſqu'a
l'excés . Les vainqueursen
s'applaudiſſant des fuites avantageuſes
de leur victoire , rougiffent
d'avoir plutoſt accablé ,
que combattu leurs ennemis ; &
les vaincus , en regrettant les
pertes dont leur défaite a eſte
luivie , s'applaudiffent de ne
s'eſtre retirez du combat que
tout percez de coups , & de n'avoir
cedé qu'au nombre , plûtoſt
qu'à la valeur.
Ceque MrleMaréchal deVillars
vient de faire , eſt bien oppoſée
à ce que l'on avû en Flandres
au commencement de cette
Campagne , & ce General vient
de ſe couvrir d'une gloire immortelie
; fa teſte, fon coeur, fon
efprit , ſon imagination , le feGALANT
373
cret, les ruſes de guerre , &
toutes les parties du plus habile
General,ont agit en cette occa
fion.Voici une Relation de cette
affaire , que j'ay crù vous devoir
envoyer de la meſme maniere
qu'elle eſt tombée entre
mes mains .
Mr le Maréchalde Villars cherchoit,
depuis long-temps , l'occafion de
faireunpontfur le bras duRhin, qui
eft vis-à- vis du Fort- Louis , &
pour cet effet de s'emparer de l'Isle
duMarquifat; ilen connoiſſoit l'importance,
par rapport aux lignes de
Stolhoffen . Dans cettevûë, ilafait,
depuis quelques jours , divers mouvemens
, fur lesquels on devoit jager
qu'il avoit tout autre deffein , pour
ne pas attirer de ce coste- la les yeux
374 MERCURE
des ennemis ; cependant tout fe preparoit,
depuis quelque tems, à Strafbourg
pour le transport des bateaux
par terre. Enfin il partit avanthier
defon Camp de Barberod pour venir
icy. Ilavoitdéjafait marcherpresque
soutefon Infanteriepour la mettre à
portée de s'en fervir ,& donnéses
ordres pour le transport des bateaux,
foit par cau , soit par chariots ; les
plusgros pafferentſous lefeu del'Isle
Talonde,fansperdre unſeul homme.
Hierà la pointe du jour Mide Stref,
Marichalde Camp , s'embarqua
avec buit cens hommes , pour def
cendre dans unepetite Iſle , d'où l'on
paſſeà quéàcelle du Marquisat , &
qui n'en est éloignée que d'une portée
de pistolet. Mr de Streffut bleffé à
mort des premiers coups de Mous
quets ; nos troupes nelaifferentpas de
GALANTM 375
faire leur defcente fort promptement.
Il ſefit d'uneIſle à l'autreunfeu continuel
d'Infanterie, à la dem e portée
de fufil, & à découvert,pendant une
bonne heure & demie , parce que les
ennemis qui avoient quatre cons
hommes dans l'Isle du Marquisat,
furent fortifiezpar deux mille que
Mrle Prince Hereditaire de Ba
reith y amena. Mais le canon du
Fort- Loüis , qui voyoit les ennemis
àdécouvert , fut fi bien ſervi , & nos
troupes fecouruës fi à propos par les
détachemens commandezpar Mr de
Nangis , &le tout mené avec tant
d'ordrepar Mrde Broglio , qui avoit
pris la place de Mr de Stref, que les
ennemis furent obligez de se retirer
avec beaucoup de précipitation , &
- de nous abandonner l'Isle du Mar
quiſat. Mrle Maréchal, pouraffen-
1
376 MERCURE
H
rer la teste de son pont,y fait altuellement
rétablir l'ouvrage à corne qui
y estoit , & qui avoit eſté rafé aprés
la Paix de Rifovick. Les ennemis
avoient à cette affaire deux mille
quatre cens hommes ; on compte qu'ils
ont eu, tant tuezque bleſſfez, prés de
cinq cens hommes , & nous environ
cent, du nombre desquels font Mr de
Stref & un Capitaine de Grenadiers
du Regiment de Léé. Il reste
encore au-delà de l'Iſle un bras du
Rhin aßezgros , que l'on ne croit
pasque nous entreprenions depaſſeri
mais nous pourrons faire quelques
redoutesfur le bord de l'Iſle, vis -àvis
du Fort- Mutin. Il est certain
que ce pont les inquietera fort , &
les obligera d'avoir toujours un
Corps d'armée, vis- à -vis de l'Iſle ;
Sans quoy ils s'expofcroient à laiſſer
GALANT 377
prendre à revers leurs cheres lignes
de Stolhoffen
Je croydevoir ajoûter à la Relation
que vous venez de lires
une Relation plus étenduë , que
je viens de recevoir , & qui par
confequent renferme plus de
circonstances.
Je croy' vous devoir dire, que
le Fort-Mutin, dont il eſt parlé
dans la premiere Relation , eſt
le Fort connu ſous le nom de
Fort malgré luy, que Monfieur
le Prince de Bade fit conſtruire
Dans l'Iſle du Marquiſat
Cat. Juillet.
Mr le Maréchal de Villars
ayant résolu de tenter un paſſage
Juillet 1706 . Ii
:
378 MERCURE
fur leRhin, borde des ennemis ; &
ne pouvant y réüfir qu'en oftant
au Prince de Bade , & àfes Gene
raux , diftribuez depuis Stolhoffen ,
jusqu'à Philisbourg toute connoisfancedefon
deffein. Pour cet effet,
en quittant fon Campde Spire, il
avoit , fous le prétexte d'épargner
les fourrages , retiré toute sa Cavalerie
d'Espagne , qui estoit entre
Strasbourg &le Fort - Louis, &
fait prendrefa place par la BrigadedeNavarre;
celles deBourbonnois
&de Mortemar avoient occupé les
postes de la Cavalerie&des Dragons
, qui étoient depuis Luterbourg
jusqu'au Fort Louis. Cechangement,
qui parsisfoit plutot une précaution
pour défendre noftre coſté du
Rhin, que pour entreprendrefarces
lui des ennemis , leur avoit perfua
GALANTM 379
dé ce que nous defirions ,de manie
re qu'ils nous menaçoient tous les
jours depaffer leRhin
Toutes les troupes ainſidiſpoſées,
MrleMaréchal de Villars partit
de fon Camp de Barberod , comme
pour visiter les poftes le long da
Rhin, &se rendit à Strasbourg
vecMr l'Intendant , où ayant re
glé rout ce qui estoit neceffaire,Mr.
le Maréchal vint en poste à Batberod,
fit le jour d'aprés un grand
fourrage autour de Landan , afin
que les ennemis fuſſent mieux informez
qu'il estoit dans ce Camp ;
le jour d'après il revint en poste
au Fort- Louis, où ayant wouve ,
par l'extreme deligence qu'avoit fais
Mr i Intendant pour aſſembler les
chariots, & faire voiturer les baseaux,
toutes choses preſtes il char
Li ij
380 MERCURE
gea Mr de Stref , Maréchal de
Camp de monter fur les batteaux
avec neaf cens hommes , commandezpar
Mrd'Hautefort , Brigadier
d'Infanterie, Mr de Seyffan ,
Colonelde Santerre , &Mr de Barberay,
Lieutenant Colonel de Navarre.
Toutes ces troupes embarquées
avoient ordre de ne démarer
que par les ordres deMr leMaréchal,
qui examinoit la contenance
des ennemis ; & n'ayant rien να
qui marquaſt aucune précaution
nouvelle pour défendre le Rhin , il
envoya ordre à Mr de Stref, déja
embarqué , de partir, &de faire laa
descente dans une petite Isle ,fepa
rée de celle du Marquisat de huitou
dix pas : Mr de Streffut bleffe dangereusement
des premiers coups qued
Pon tira fur nos batcausing and
GALANT 381
Mr. leMaréchal de Villars en
voya furle champ Mr le Comte de
Broglio , qui étoit prés de luy , pren .
dre la place de Mr de Stref. La
defcente se fit fous un mediocre feu
des ennemis, qui n'estoient pas pré
parez; mais le moment d'aprés
Monfieur le Prince hereditaire de
Bareith , General des troupes de
Franconie , chargéde ce commandement
, accourut avec deux mille
hommes, détachez en quatreBataillons.
Ses troupes ſe placerent à 30.
pas de la petite Ifle , & commencerent
une tres vive eſcarmouche avec
nos gens , qui n'estoient pas logez
Mr le Comte de Broglio & M
d'Hau efort ſous lay foûtinrent ce
fou- là avec beaucoup de fermeté.
Mr le Maréchal leur envoya 15.
Compagnies de Grenadiers , com382
MERCURE
mandées par Mrs de Nangis ir de
Roth, Brigadiers , &Mr le Marquis
deSeignelay, Coionelde Champagne.
L'Artillerie de la Place ,
que Mr le Maréchal avoit diſpoſée
dés la nuit, & une partie de celle
de l'Arméee, que Mr de la Frezelierefit
pervir ires-vivement , &qui
tiroit à Barbette des parapets de la
Place; demaniere que les ennemis
furent contraints de se retirer, après
avoir perdu prés de soo. hommes
pendant une heure & demie
NosGrenadiers pafferent le petit
bras du Rhin, partieà la nage, par
tie à un mauvais que ,&s'établi
vent fur les ruines des ouvrages da
Marquisat. Mr le Maréchal paſſa
fur lechamp , &fit retrancher cette
tefte pendantque l'on achevoit nof
tre pont. Nous avonspouffé les en
GALANT 383
nemis juſque dans la petite riviere
de Stolhoffen, dans laquelle , quoyque
le Rhinſoit fort gros presentement
, ily a cependant un gué, fur
lequel les ennemisfont retranchez
On rétablit les ouvrages du Fort-
Louis au delà du Rhin ; & comme
vers le mois de Septembre la riviere
de Stolhoffen est quéable en pluſieurs
endroits, les ennemis, outre la garde
de leurs lignes de Bibl , ferent obligezd'avoir
toûjours un Corps d'A1-
mée considerable devantle Fort-
Louis , pour empêcher d'entrer dans
leur pays , & que l'on ne prenne
leurs lignes de Bibl par derriere.
Cette artion nous a coûté prés de
150. hommes tuez ou bieffez, &prés
de soo, aux ennemi ; maisMrde
Stref bleflé à mort , est une grande
porte, ayant toujours ferui auce
384 MERCURE
beaucoup d'ardeur, & ayant toute)
-les qualitezd'un bon OfficierGeneval.
L'on ne peut trop se louer des
troupes. Mrle Comte de Broglio
a parfaitement bien fait, &donné
toûjours fes ordres fous un fort gros
feu avec beaucoup de fermeté. L'on
peut louer auſſi Mr de Barberay ,
Lieutenant Colonel de Navarre
tous les Capitaines de Grenadiers,
*&particulierement ceux de ceCorpslà,
qui avoient la tefte de tout. Le
Capitaine des Grenadiers du Regiment
de Lee a esté tué.
Je viens d'apprendre, que Mr
de Stref avoit follicité avec
beaucoup d'empreſſement le
commandement de cette expedition
; & la perte d'un ſi brave
hommeeſtd'autant plus fâcheus
fc
1
GALANT 385
ſe , qu'il eſtoit toûjours preſt de
s'expoſer aux perils les plus évidens
Mr de Valernod , qui
commande les Grenadiers du
Regiment de Navarre , s'eſt fort
diftingué dans cette affaire ; les
Grenadiers y ont eu le plus de
part , ayant agi ſous ſes ordres.
Je viens de voir une troifiéme
relation , qui meriteroit de vous
eſtre envoyée ; mais ma Lettre
en contenant déja deux , & le
temps me preſſant de finir , je
me contenteray de vous fa re
part d'un article , qui eſt à la fin
de cette relation. Voicy ce qu'il
contient.
Cette action , quoyque peu meurtriere
, a fourni aux ſpectateurs un
des plus brillants ſpectacles de guerre
qu'il foit poſſible de voir, Ellefait
Juillet 1706 . Kk
386 MERCURE
3
298
bonneur aux troupes , & elle en découvre
toute la bonne volonté ; puif.
que neufcens hommes ſe ſont audacieusement
portezdans une Iſle où
ils pouvoient trouver l'armée ennemie
en bataille. Le tempsque nous
avons employé depuis cinq jours a
transporterde Strasbourg an Fort-
Zoüis da Rhin un pont fur des
chariots, chaque batean employant
wingt-quatre chevaux avec toutson
attirail neceſſaire ; tout ce temps, disje
, estoitsuffisantpour donner à l'ennemi
celuydeſeprécautionner. Nôtre
joye cust esté parfaitefans la perte de
Mr de Stref , qui fut bleßé à mort
Gavant noftre débarquement ; il fut
remplacé par Mr de Broglio Maréchal
de Camp , qui remplit cette
2000Place avec beaucoup de conduite&
tende valeur. Nousy avons eu environ
GALANT 387
vingt Navarrois tuez ou bleſſezi je
ne dois pas oublier la vivacité de
leurs camarades , qui se voyantfeparez
d'eux par le Rhin , voularent
les aller joindre à la nage. Voilà le
dénouement de cette affaire , qui
effoit difficile &perilleuse ; mais qui
a esté conduite avec tant defageße ,
& executée avec tant de vigueur,
que nous en avons surmonté toutes
les difficultez, &qu'ayant étendu la
banlieuëdu
pauvre Fort- Louis,qui
estoit , pour ainsi dire , inutile , nous
Sommes presentement en estat , par
la poſſeſſion de cette Ifle , de venter
avecfuccés, quand ilplaira au Roy,
l'autre paſſage du Rhin. Le temps
est précieux , car l'ennemi retranche
àforce les bords de cette riviere. Mr
Le Maréchalfitpaffer hier un Corps
de Cavalerie àKell ; cette diverfion
Kkij
388 MERCURE
ne laißera pas que d'intriguer les ennemis.
L'on envoye de l'Infanterie tout
preſentement en deux ou trois endroits
le long du Rhin ; je croy que
noftreGeneral a envie de le paffer.
Je viens de voir des lettres
d'Allemagne , qui afſfeurent
que l'Empereur a envoyé
des ordres tres- precis à Mr le
Prince de Bade, de luy renvoyer
les cinq Regimens Imperiaux
qu'il a dans ſon Armée , pour
les faire agir contre lesMécontens.
Sicelaſe trouve veritable,
comme il y a beaucoup d apparence,
la petiteArmée du Prince
de Bade ne ſera pas en eſtat
d'executer aucune entrepriſe
confiderable, ainſique ce Prince
l'avoit reſolu,dans un Confeil de
GALANT 389
guerre tenu avant que Mr de
Villars luy eût donné le change ,
ainſi que vous venez de voir ;
mais vous le connoiſtrez encore
mieux par les mouvemens que
ee Prince fit , & qui estoient
entierement oppoſez à ceux
qu'il auroit dû faire, s'il s'eſtoit
douté des deſſeins de Mr de Villars.
Ces mouvemens font tres
bien marquez dans une lettre
dont je vous envoye ſeulement
l'extrait de cet article. up
201
Depuis quelques jours il paroisfoit
que Mr de Villars avoit formé
un projet ; & pour le mieux
executer , on faisoit courir le bruit
à l'armée, qu'on alloit faire le Siege
de Landau. Le Prince de Bade
ayant donné dans le panneau , fit
Kkiij
390 MERCURE
avancer une partie de ſes troupes
vers Philisbourg , dans le deffeinen
de paſſer le Rhinfur fon pont , pour
s'opposer à cette entrepriſe,& fairef
fubfifter son armée à nos dépens
Pendant ce temps, Mr le Maréchal
de Villars envoya les Brigades de
Navarre & de Toulouse à Stat
matt & à Drafenheim , au deſſus
du Fort- Louis, commefi elles n'efer
toient destinées qu'à garder le rivas
ge du Rhin ; le reste de l'Infantevie
fut postée à Lauterbourg,& la
Cavalerie marcha à Kelheim. Cette
diſpoſition eftant faite, Mrde Vil
lars fit inceſſamment jetter un pont
fur le Rhin , au dessus du Fort-
Loüis, à la faveur de plusieurs batteries,&
c.
Il eſt temps de vous parlerdu
GALANTM 39RE
Siege de Turin. Comme ce fiege
ne ſe pourſuit que par des ſappes
&par des mines , le détail que
je vous ferois de ces fortes d'ou
vrages ſeroit fi long , qu'il no
pourroit entrer dans mes Lettres
ordinaires . Ainſij'ay prisle
parti de vous y parler ſeulement
des ouvrages qui ſe ſont emportez
par l'effort du canon , & par
des coups de main ; mais on n'en
peut donner que de loin à loin ,
à cauſe du temps qu'il faut employer
pour découvrir les mines.
Ily en a un fort grand nombre
, puiſque cette place eſt mi
née juſque ſous l'avant - chemin
couvert. Toutes les mines ſont
doubles ; c'est- à - dire , qu'il y en
a qui ſont plus baſſes que le
fonds du foſté de la Citadelle
Kk iiij
392 MERCURE
&d'autres au deſſus , avec des
galeries quiy conduiſent. Le pas
rement du terrain eſt ſi mauvais,
que les mineurs ne peuvent
avancer qu'avec beaucoup de
peines , ne rencontrant que caila
loux qu'on ne peut détacher
qu'à coups redoublez.
Le 6. juillet, les lumieres ne
pouvant reſter ſans s'éteindre
dans noſtre mine de la capitale
du Baſtion de la droite , & nos
Mineurs entendant travailler
auprés d'eux , on fut obligé de
la charger & de la faire joüer.p
Cela fut executé à fix heures
du ſoir ; Mr de la Feüillade qui
eſtoit de retour auCamp depuis
trois heures , & qui estoit à la
tranchée , en fut témoin. Cettel
mine fit un entonnoir , autour
L
FALANTM 393
duquel on ſe logea i ce logement
eſt à dix toiſes de l'angle de l'a-g
vant-chemin- couvertemal
Le 8 au foir Monfieur le Duc
d'Orleans arriva au Camp. Jes
ne vous dis rien de ce que ce
Prince y fit , vous le trouverez
dans le détail que je vais vous
donner du voyage de ce Prince ,
depuis ſon départ de Paris juf
qu'à aujourd'huy.
On attacha le 12 au matin, le
Mineur vers la gauche, vis- à-vis
l'ouvrage à corne de la Ville,
qui eſt à la droite de la Citadelle
, & fur les huit heures du
foir on fit joüer la mine; mais au
lieu de faire ſon effet ſous une
redoute que les afſiegez appel
lent Lunette , elle ne fit ſauter
qu'un angle de cet ouvrage avec
T
394 MERCURE
une Compagnie de Grenadiersiv
des ennemis,dont la plus grandeus
partie fut enterrée , & le reſteib
ſauta en l'air & tomba dans nosm
tranchées.Nos Grenadiers monterent
fur cet ouvrage avec tous
te la vigueur poſſible ; & s'y b
étant logez & bien établissgilss
firent promptement des coupurολ
res, pour empêcher les affiegezt
de venir les en chaffer, par l'oues
vrage à corne qui y communique.
Les afliegez vinrent à trois
differentes repriſes pour regaon
gner cet ouvrage; mais inutile-d
ment. On fit 28. prifonniers dans
cette Redoute , avec un Lieu-b
nant- Colonel qui y comman
doit deux cens hommes. Nous
avons eu dans cette occafion
qui coûte cher aux ennemis.b
GALANTM39508
vingt foldats bleſſez , & quatre
tuez, avec un Capitaine de Grediers
de Normandie bleffé à
morú ans
Le 14. nous filmes joüer une
autre mine à la Lunette de la
droite. Dans le même temps les
aſſiegez firent une vigoureuſes
- fortie ; mais ils eurent la honte
d'eſtre repouſfez , aprés avoir
fait une perte confiderable. Ils
firent un feu terrible de leur
artillerie , de maniere que l'on
ne pût voir Turin que deux
- heures aprés , tant il y avoit de
fumée . Ce grand feu empeſcha
- de faire le logement , qui ne fus
fait que le 15.
Le 16. Mrle Marquis de Buzancy
, Colonel du Regiments
de la Reine , Infanteric , & fils
15
396 MERCURCE
aîné de Mr le Comte de Chag
marande , Lieutenant General,
fut tué à la fappe , d'un coup de
fufil qu'il reçût à la tête. IP
leva les yeux au Cielsen receb
vant le coup ,& fit un figne de
Croix. 29ננכ
ว
Le 21. dés la pointe du jour
noftre canon recommença a
rer, & fit un ſiterrible feu, qu'il
démonta une grande partie du
canon des affiegez , de maniere
qu'ils ne tirerent preſque plus,d
Outre quantité de pierres, quir
les incommoderent beaucoup
onjettta trois cens bombes dans
leur chemin couvert , qui renverſerent
& briſerent plufieurs
paliſſades Les mines furent!
auffi achevées & chargées . Ily
en avoit une depuis le bord du
GALANT 397
glacis qui traverſe le foſſé,àune
toiſe au deſſous , & qui ſe trouvoit
directement ſous une angle
du Bastion . Sur les onze heures
du foir , on mit le feu aux mines,
& enſuite l'on attaqua trois Lunettes
, que l'on emporta l'épée
à la main, avec l'avant- chemincouvert
, où l'on ſe logea , ainſi
que dans les trois Lunettes ; les
afliegez curent plus de quatre
cens cinquante hommes tuez ou
bleſſez , & nous n'eûmes que
cinquante bleſſez , quoique le
feu cuſteſté tres-grand pendant
plus de deux heures.
La lunette de la droite des
trois Lunettes qui furent priſes /
l'épée à la main le 21. fut repriſe
le 22. l'épée à lamain , à quatre
heures aprés midi , dans une for
398 MERCURE
1
tieque les ennemis firent de deux
mille hommes d'Infanteric, foûetenus
de quatre cens chevaux ;
mais nos Grenadiers neslesven
laiſſerent pas maiſtres plus d'un
demi quart d'heure . Ils l'emporterent
de vive force , & ils y firent
un ſi bon logement , qu'ils
en étoient encore en poffeffion,
auffi-bien que des deux autres,
le 25 au foir, & de tout l'avantchemin
- couvert qui couvre ces
trois Lunettes. Cette priſe a
donné lieu d'établir trois batteries
de dix & de douze pieces de
canon de 24 & deux de mortiers
qui battent en bréche les demilunes
; enforte que le 25.Aces
* batteries & les ſappes n'étoient
plus qu'à 14. ou 15. toiſes du
chemin couvert de la Citadelle.
HIGALANT 8399
21
xulbyba une autre Lunette, entre
-ûla Citadelle & l'ouvrage à corneà
la gauche des trois autres ,
novistarvis la demi- lune qui cou-
Sivre la porte Suzine ; & la ſappe
-10qui conduit à cette Lunette ,
An'en eſt plus qu'à fix ou ſept toi
ali fes. Les Grenadiers ont perdu
endouze Officiers en cette occafion
, où les ennemis ont perdu
- quatre cens hommes .
250 Comme la diverſité plaiſt ſousvent,
je croy devoir mêler l'article
desEnigmes parmi des artiab
cles ſerieux. Le mot de l'Enigme
215derniere, eſtoit le Pepin. Cette
-irEnigme eſtoit tres difficile , &
23pluſieurs en ont inutilement
10 cherché le mot. Voici les noms
ub de ceux qui l'ont trouvé ; Mrs
lle Nain , Marquis de l'Epine ;
400 MERCURE
Loüis Tyndare ; Simon Oreſte,
& Henri Tarxon ; Boutrey &
Didier , de S. Germain en Laye ;
Valinski, & les deuxEdmesde la
• ruë des Bourdonnois ; Danvin;
le Marquis Dingy ; Malet , Enfant
de Choeur de S. Germain
de l'Auxerrois ; l'Abbé Billardin,
& le Beneficier de Saumur ;
le Chevalier de Furtainville ;
l'Abbé de Megrigny , & l'Abbé
Myftique ; le Docteur Abaillard
, Mr de Sçait- tout , & le
Prieur de T. en ville ; le Prévoſt
de Boulogne ; le Muſicien , de
la ruë des trois Maures ; Damour;
le Boiteux , du coeur de
la ville ; l'Amant ſecret
deux pilliers d'or de la ruë S.
Jacques; le Favori d'Apollon ,
de la ruë de l'Hirondelle
des
GALANT 403
TRADUCTION
d'une lettre de la ville de Seville,
au Roy d'Eſpagne..
201
SIRE ,
La ville de Seville fit partirun
exprès la nuit du 2. de ce mois, pour
porter, fans avoir esté ouverte, aux
pieds de Voftre Majesté , la lertre
qu'elle reçût , avec connoissance ,
qu'elle estoit du Marquis das
Minas , dans le temps qu'elle se
trouvoit affemblée au Palais dis
Reverend Archevelque , où avoient
concours aussile Comte Mirafloresde
los Angeles noſtre aſſiſtant , les
Deputez de la Junte de guerre de
Llij
404 MERCURE
la ville, le Doyende la fainte Egli
ſe, les Deputez de fon Chapitre, le
Commandant & le BrigadierDom
Loüis de Solis. Il fut refolu, dans
cette Affemblée, qu'on leveroit deux
Regimens de Cavalerie pour le fervice
de Vostre Majesté , & on convint
des moyens les plus propres&
les plus prompts à les mettre fur
pied. Dans l'empressement d'y contribuer,
le grand zele de nostre Prelat
& celuy du Chapitre en faciliterent
lefuccés. Le premierse char
gea pour leservice de Vostre Majesté
de deux Compagnies de Chevaux,
& lesecond de quatre ;
dans cet esprit la ville employe
tous ſes ſoins ày mettre la derniere
perfection , & le pluſtioſt que luy
permettra l'estas present de ses
moyens. On trouva à propos aulli
GALANT 405
court
con-
'de dépeſcher un exprès auMarquis
de Villadarias , pourle prier , s'il
n'y trouvoit point d'inconvenient ,
de faire le plaisir à cette ville, d'y
venir, quand ce neseroit qu'enpas
Sant ,&pour un terme bien
afin qu'avec le fecours de fes con-
Seils fages&feurs , on prift de concert
toutes les mesures les plus
venables pour tout ce qui seroit du
plus grand ſervice de Voftre Majefté.
CeMarquis nous donna de nou.
velles preuves de son activité& de
fon zeie ; il arriva dans cette ville
quelques heures aprés qu'il en eut
receu la lettre , & it aſſiſta en per.
fonne àune feconde Affemblée, qui
ſe tint dans le mesme PalaisArchiepiscopal
, où se trouverent tous
ceux qui avoient esté de la précedente.
Après une longue delibera
406 MERCURE
tion , on refolut unanimement de le
ver encore autourde cette ville quatre
ou fix Regimens d'infanterie,
conformément au projet de l'année
mille ſept cens trois 3 c'est à quay
cette ville s'employe encore avec le
plus de zele & d'empreffement. Et
comme il nous a paru qu'il convey
noit beaucoup de sçavoir auvray
dans quelles diſpoſitions ſe trouvent
les autres villes des deux Andalou.
fies ; celle-cy leur a écrit , pour les
exhorter à l'union , ft neceffaire &
li importante à la deffense commu
ne. Le Marquisde Villadarias de
fon côté, sans se dispenser d'aucun
travail ni d'aucune diligence, eft alle
avec toute la vitesse poſſible à
Carmona , à Ezija , à Cordoüe , à
A dujar, & à Jaën, où il a fouhaite
que Ubeda & Baëça fiffent trou
GALANT 407
-wer leurs Députez , pour faire enfemble
un estat certain de leurs forces
reünies avec celles de cette ville
pour les faire marcher où le
besoin le pourra requeris : à l'effes
-de quoy nous esperons qu'il reviendra
dans peu iey. Et cette ville ja
geant indigne de fa fidelité &de
fon amour , la moindre communi
cation avec les lieux , qui pouravoir
cedé à la force ou autrement,
ne se trouvent plusſous l'obéiflance
qui nous eft fichere&fi précieuse
nous avons fait publier à son de
trompe des deffenses expreſſes d'a
voir aucune correspondance avec
Madrid, ni avec aucune autre vil
le, qui puiſſe ſe trouverfous l'obéiffance
de l'ennemi ; & nous avons
fupprimè les Courriers&les Poftes ,
afin de nous épargner l'horreur de
408 MERCURE
recevoir ou par les Ordinaires , ou
par des Exprés les avis odieux de
leur infelicité Dans cettemesme at.
tention, cette Ville afenti violem.
ment , que le malheureux évenement
de Madrid n'ait pas permis à
Dom Jean Chacon, nostre Procureur
en Chef, de paßer outre pour aller
felon l'ordre qu'il en avoit de cette
Ville, se jetter aux pieds deVostre
Majesté en quelque endroit qu'elle
foit, pour obtenir d'Elle, comme une
grace, les ordres dont elle voudroit
nous honorer, &dans la crainte que
cedantà la force & à la violence, il
neſe viſtréduit à la moindre choſe
opposéetà l'amour&à la fidelité ,
que cete ville s'empreſſe de faire
paroiſtre au service de VostreMajesté,
ce devoirqui nese dementira
jamais en nous , nous determina
fur
GALANT 4:09 :
1
fur t'heure à prévenir ce danger ; revoquant
le pouvoir qu'on luy avoit
donné, convoquant un nouveau Confeil
de Ville, pour nommerfans le
moindre délay , un nouveau Procuveur
en chef, qui profitant de tous
- des momens , aille meriter à cette
Ville le bonheur de ſe voir toûjours
la mesme aux piedsde Vostre Majesté
, qui est pour nous un centre
vers lequel tendent avec venera-
-tion nos voeux&nos services ,& au
quel aucune forte d'évenement ne
nous arrachera jamais. Dans cette
ferme resolution cette ville ne voit
point pour ellede peine à comparer
à celle qu'elle fent de ne pouvoir
• contribuer à son gré au foulagement
de Vostre Majesté,dans tant deſoins
&de fatiques , &de ne pouvoirporterfes
efforts auſſi loin que ſes defirs,
Juillet 1706 , Mm
410 MERCURE
Que Dieu garde , Sire, la Cathory
lique & Royale perſonne de restre
Majesté, comme la Chrétienté ledeso
fire, &la deffense de l'Eglise Car
tholique en a besoin. A Sevillele
8. Juillet 1706.le Comte Miraflo
res- de los Angeles ; Dor Joan Fel
Los DomAndré Tamaris ; Dom Jo!
Seph Vadillo & Ribera ; le Mardi
quis de Gandul; le Marquis de Vito
lamarig; Dom Diego de Pavias
Torres Ponce de Leon , &c. no eli
Les ennemis n'ont pu obtenir,
dans Madrid , que perſonne y
criaſt Vive Charles III. Plus ils
ont preſſé pour l'obtenir , plus
ils ont entendu retentir , Vives
Philippe V. A force de perſecutions
, ils l'ont obtenu d'unmiss
ferable Tailleur ; on l'auroit la
pidé, s'il ne s'eſtoit retiré bien
M
BALANTM 4
viseli ne le porta pas loin ; on
lefurpris la nuit dans ſon lit , Se
onluydonna cent coups de poik
gnanda ilgash
Les Habitans de Vailladolid
n'ont pu ſouffrir la garniſon que
les ennemis avoient laiſſée dans
leur Ville. Ils ont pris les armes
ils ont fait main-baffe fur ceux
qur leur ont refifté , ils ont mis
les autres dans des cachots , &
ils ont envoyé dire au Marquis
das Minas & à Mylord Gallovvay
, qu'ils en uferoient de
même ſur tous ceux qu'on y en
voyeroit ; que ſi l'on faifoit cone
tre eux aucun acte d'hoſtilité ,
ils égorgeroient ceux qu'ils
avoient entre les mains: & qu'ils
periroient mille fois plûtoſt que
de changer de Maistre, freig
Mmij
4.12 MERCURE
1
Ће
el Les ennemis ont eſtéà Tolede,&
ils y ont arboréd'Eiondard
de l'Archiduc. Le peuple
aj couru au lieugoul eftoir cet
Etendard, s'en eſt ſaiſia
déchiré en mille pieceso
s'en eſt pas tenu là , il a dit ouvertement
, qu'il periroit midle
fois plutoſt quee d'eſtre infidelle
à Philippe V. Il luy a envoyé
des Députez pour l'en aſſurer ,
& chacun , ſans y eſtre excité , a
donné quelque ſomme d'argent ,
destuns plus , les autres moins ,
pour eſtre portée au Royo, a-
Avec des affurances qu'ils pren-
*droient les armes , & qu'ils fe.
roient les derniers efforts pour
3 ſon ſervice.
Tout le monde ſe cottiſe volontairement
pour faire de l'arGALANT
$413
gent au Roy. La Nobleſſe le
joint de tous coſtez . Les Eccleſiaſtiques
envoyent de toutes
parts de l'argent à Sa Majeſté ,
& des proviſions à fon Armée.
Pluſieurs perſonnes de confide-
-tration ſe ſont déguiſées pour ve
nir,des pays revoltez ou ſoûmis ,
- fe rendre auprés du Roy.
Le peuple de la Ville de Saragoce
s'eſt revolté , mais toutes
& les autres Villes du Royaume
d'Aragon , ſont fidelles ,&tou
ete la Nobleſſe a proteſté de ne
--jamais changer de Maiſtre.
La ville d'Alicante a déclaré
auſſi , que rien n'eſtoit capable de
l'ébranler dans ſa fidelité ; Mr
de Mahoni qui y commande , ſe
Loloue fort duzele des Habitans .
Il écrit , que quand on aſſiege-
Mm iij
414 MERGURD
:
geroit cette place parmer & pars
terre , il la défendra fix femai
nes pour le moins.gial sidesit
Quant aux deux Caſtilles
aux deux Andalouſies ,à la Nau
varre , à la Biſcaye , aux Aftub
ries , & à la plus grande partie
du Royaume d'Aragon , riem
n'eſt égal aux marques particuub
lieres & publiques qu'ony dom?
ne de la plus grande fidelité
Onest fort en repos pourCadiz,
&pour toutes les Coſtes de ſon
voiſinage.
Les dignes Eſpagnols ſoûtiennent
bien , dans ces temps malheureux
& difficiles , toute l'i
déequ'ils ont donné depuis tant
de fiecles de leur fidelité , & de
la nobleſſe de leurs sentimens ;
rien n'eſt égal à leur fermeté,
GALANT 415
à leur zele , & fur tout à l'atta
chement qu'ils ont pour la vee
ritable Religion.
UnAnglois ayant arraché,dans
une Eglife de Valence, le Galice
des mains d'un Preſtre, qui celebroitla
Meffe , & ayant bû dans .
ce Galice a la ſanté de l'Archi
duc les Miniſtres de cette Eglin
ſe, outrez d'un pareil procedésfirent
arborer à leur clocher , un
étendard noir,en ſigne de guer
Les dernieres nouvelles font
que 12. Bataillons François& 2.
Regimens de Cavalerie, avoient
joint Sa Majesté Cath. mais je
ne doute point que vous n'ap
preniez la jonction de toute
L'Armée , avant que vous rece
viez ma Lettre.
416 MERCURE
Vous attendez , fans doute ,
que je vous rende compte du
voyage de Monfieur le Duc
d'Orleans,depuis ſon départ de
Paris ;& vous me marquez ,que
ce que je vous ay dit de fon Alteſſe
Royale, dans ma derniere
lettre , en vous apprenant le
choix que le Roy avoit fait de
ce Prince pour commander ſes
Armées en Italie, vous en avoit
fait concevoir une grande opinion
. Je ne doute point qu'elle
n'augmente, lorſque vous aurez
lû cequi fuit. Il eſt tiré d'une
relationde la Bataille de Steinkerke
, dont je vous envoyay
*alors un volume ſeparé.
Monfieur le Duc de Chartres
voyant de loin , que le combat s'en
BGALANT 417
gagesit dit à Mr de laBerthiere ,
for Sous Gouverneur, que comme on
neuroit pases fitoft beſoin du Corps de
Jeſerve qu'il commandoit , il vou-
Jait aller à l'endroit où les ennemis
nous attaquoient , & qu'il feroit
bientot revenu au Corps de referve,
S'il arrivoit quefa prefenceyfut neceffaire.
Ils y courarent , &je mivent
fi avant dans le peril, malgré
ales bales qui fifloient de toutes
-parts , qu'un coup de canon ayant
semporté un Cavalier ,& la teste de
fon cheval , les fit tomber l'un &
Pautre fur Mr de la Berthiere, qui
-fat renverse. Deux foldats le releverent,&
luy aiderent à monter à
cheval. Pendant ce grand feu une
bale perça le juſt aucorps de Monfieur
de Chartres à l'épaule, & fortit
par l'autre côté , ſans l'avoir
418 MERCURE
coup au
bleffé; mais,peu après , iil reçût un
bras , qui luy fit dire , fans
trop s'étonner, qu'il l'avoit calle On
P'obligea de le remuer ; ce qui fit connoiſtre
que ce n'estoit qu'une grofl
contusion . Elle fut telle , quee comme
on le contraignit de venir derriere
unehaye pour estre panje, il fallut
donner s'estoit en en cet endroit, qui
fle extraordinairement , 4. ou f .
coups de raſoir pour faire fortir le
Sang; aprés quoy ce jeune Prince retourna
s'expofer tout de nouveau.
S'il a beaucoup de valeur, sa bonte
pour les malheureux n'est pas moins
grande ;;&lorſqu'on eurfini lecom.
bat, ilfit une action digne d'une
éternel ſouvenir , & qui doit fervit
d'exemple aux Princes. Il n'y a
point de troupes qui manquent moins
de toutes choses, que celles de Fran-
P
GALANT 419
bredes
2
ce , sur tout de secours , quand il
ya des bleffez. L'on envoye des chariots
pour les querir, &on les panfe
avant que de les enlever. C'est ce
qu'on ne manqua pas de faire en
cette derniere occafion ;;mais le nombleſſezs'estant
trouvégrand,
il en demeura environ 20. ou 30.
pour lesquels il ne se trouva point
de chariots. On ne laißu pas de les
panser , &on leur promit que l'on
• reviendroit les prendre. Pluſieurs
bleffez des ennemis que l'on croyoit
morts , ayant entendu la promeſſe
qu'on leur avoit faite , &remarqué
une bonté naturelle dans la maniere
des François , qui leur faisoit efpererdes
marques de leur charité ,
traiſnerent le mieuxqu'il
fut poſſiblejuſques auprés des bleſſez
qu'on devoit venir queriri deforte
ilsfe leur
420 MERCURE
qu'on en trouva 2. ou 3. cens plas
qu'on n'avoit cra , lorſqu'on revint.
Monfieur le Duc de Chartres l'apprit
auſſitost , & dit , qu'il falloit
les enlever . On luy répondit, que
c'eſtoient des ennemis ; ce
jeunePrince repartit , qu'il ne connoiſſoit
point d'ennemis , à
moins qu'ils n'euffent l'épée à
la main. S'il traite ainfi les ennemis
, on peut juger de quelle manieil
en a ufé avec les François. Ila
fait chercher tous les Officiers qui
avoient esté bleſſfez, pour connoistre
ceux qui avoient besoin d'argent ,
afinde leur enfaire donner.
Ceque vous venez de lire ,
doitfairevoir ceque les ennemis
doivent craindre de la valeur
de ce Prince ; ce que la France
endoit efperer ; & ce que les
troupes
GALANT 421
troupes doivent attendre de ſa
bonté. Je ne vous dis rien de ce
qui s'eſt paſſé depuis ſon départ
de Paris, qui fut le 1. de Juillet,
juſqu'à fon arrivée à Lion; où il
alla en rois jours & demi ; puifqu'il
a marché avec tant de
rapidité , & fi peu de ſuite , qu'à
peine a t- on pu ſavoir fon paffage
dans les Villes qu'il a eſté
obligé de traverſer. La même
choſe nepouvoit arriver à Lion ,
laVille étant trop confiderable;
& d'ailleürs ce Prince étant
* tellement fatigué de ſa longue
route, dans laquelle il n'avoit pû
eſtre ſuivi que de trois perfonnes
en arrivant à Lion , qu'il
fut obligé d'y refter pendant
huit heures,tant pour y attendre
le reſte de ceux qui l'accom-
Juillet 1706.
Nn
422 MERCURE
pagnoient , que pour s'y repos
fer en écrivant pluſieurs lettres,
Mr Trudaine , Intendant de
Lion , alla le recevoir à quel
ques lieuës de la Ville , & l'a
mena dans ſon Hôtel , où il y
avoit un grand repas préparé ,
mais ce Prince préferant le trai
vail au repas , dit qu'il vouloit
écrire. Eſtant entré dans le cabinet
de M Trudaine, il écrivit
au Roy , & fit encore luy-même
pluſieurs autres dépeſches. Enfuite
de quoy voyant que s'il ſe .
mettoit à table, la nuit ſurviendroit
, & qu'il ne pourroit fatis
faire l'impatience du peuple de
Lion , qui ſouhaitoit de le voir .
il fortit &alla ſe promener fur
les remparts , & enfuite au
Cours , où les Dames deſcenGALANT
423
dirent de caroffe , pour avoir le
plaifir de le voir plusaifément.
Elles furent charmées de ſes ma.
nieres & de ſa bonne grace. Ce
Prince ſe rendit au retour de la
promenade chez Mr l'Inten
dant , où il trouva une table fur
laquelle il n'y avoit qu'un cou
vert, & une autre de dix - huit
couverts ; & ayant fcû qu'une
de ces tables étoit pour luy
feul , & l'autre pour autant de
Dames qu'elle avoit de cou
verts,il ordonna qu'on ne fit qu'
unetabledes deux , & ce Prince
foupa avec les Dames. Lerepas
fut fuperbe , & tous ceux qui
connoiffent la magnificence de
Mrl'Intendant , en feront aifé
ment perfuadez . Toutes les Da.
mes étoient fort parées;& quand
Nnij
424 MERCURE
elles l'auroient moins eſté, elles
n'auroient pas laiſſe de briller
beaucoup : toutes celles
queMr de Trudaine avoit choifies,
n'ayant beſoin que de leurs
propres attraits pour paroître
avec éclat. La conversation fut
fpirituelle & vive pendant le
fouper fon Alteſſe Royale
n'ayant pas moins de vivacité
que de galanterie , & ce Prince
ayant l'avantage de plaire & de
réuffirdans tout ce qu'il dit , &
dans tout ce qu'il fait. Tantde
charmes ne l'arreſterent pas au
delà du temps qu'il s'étoit propoſé
de partir ; il quitta Lyon
àdeux heures aprés minuit, ſans
s'y eſtre repoſé un moment ,
pendant les huit heures qu'il y
demeura , & remit à prendre du
GALANT 425
repos dans ſa chaiſe de poſte .
C'eſt un repos bien interrompu,
mais ceux qui courent aprés la
gloire , en font ordinairement
leur plaifir. Ce Prince partit de
Lyon au bruit de pluſieursſalves
de canon , & aux acclamations
du peuple , que la nuit n'avoit
pas empêché de remplir les
ruës , pour luy ſouhaitter mille
benedictions , & un heureux
voyage . Il s'apperçût , lorſque
le jour commença à paroître .
qu'une chaiſe fort chargée s'embloit
ſuivre la ſienne. Il demandace
que c'étoit ; & on luy répondit
, que comme dans ſa route,
il ne pourroit trouver aucun
lieuoù l'on puſtiluy ſervir à dîner
, il y avoit dans cette chaife
de quoy dîner , dans le lieu on
Nnij
426 MERCURE
..
il luy plairoit s'arrefter. En
effer, Mrl'Intendant avoit fait
mettre dans des pains chauds ,
tout ce que le pays avoit pû luy
fournir de mets des plus exquis.
Ce Prince ayant jetté les yeux
d'un autre coſté , remarqua une
autre chaiſe qui paroiſſoit auſſi
remplie que celle dont je viens
devous parler. Il demanda auſſitoſt
ce que c'étoit que cette autre
chaife. On luy répondit, que
comme il pouvoit avoir beſoin
de boire avant l'heure de fon
dîner , il trouveroit dans cette
chaife , de pluſieurs fortes de
vins , avec de l'eau à la glace
pour ledéſalterer . Vous pouvez
vous imaginer les loüanges
qu'il donna aux foins de Mr
l'Intendant & à ſa prévoyance ,
GALANT 427
1 & les remercimens qu'il ordonna
qu'on luy fiſt de ſa parr. I1
poursuivit ſon chemin vers le
Camp de devant Turin , où il
arriva le 8. mais ſi tard,qu'il ne
pût ce jour- là viſiter aucuns
travaux. Tous les Officiers Generaux
, & tous les Subalternes
qui purent quitter leurs poftes,
vinrent luy faire leur Cour, b
Le lendemain 9. ce Prince
viſita , dés le matin , les lignes
de circonvallation , & de contrevallation
, le Pont fait fur le
Pô,& les Redoutes de la droite .
Il trouva tous ces travaux immenfes
, & faits avec beaucoup
de foin & d'intelligence , de la
part de ceux qui les avoient or
donnez ; & ce Prince fit voir ,
par tout ce qu'il dit , qu'il par,
428 MERCURE
loit avec connoiſſance. Aprés
midyil entra dans les tran
chées , & il examina les ſappes
les unes aprés les autres. Il ap
prouva la conduite que l'on tenoit
, de ne pouffer les travaux
qu'à mesure que les Mineurs
avançoient , & qu'ils décour
vroient les mines des afligez
qui ſont en grand nombre , afin
de conſerver les troupes ; & il
fit de grandes liberalitez aux
foldats , qui étoient ce jour-là
de tranchée . Ce Prince ne craignant
point d'expoſer ſa perfonne
, voulut voir d'aſſez prés
la montagne des Capucins , au
bas de laquelle il y a quatre Ba
taillons retranchez .
Monfieur le Prince de Vau
demont envoya faire complie
GALANT 429
د
ment à Son Alteffe Royale, par
Mr de Galouby, l'un de ſes Gentilshommes
qui luy marqua
l'impatience que ce Prince ,&
toute la Ville de Milan avoient
de le voir. Ce Gentilhomme qui
s'en retourna auſſi - toſt aprés
avoir fait ſon compliment , cut
le malheur d'eſtre pris par les
Huſſars ennemis
II
iep
Son Alteſſe Royale partit le 10
dans le deſſein d'arriver lerrà
Milan. Monfieur le Prince de
Vaudemont , qui avoit fait pré
parer & peindre pluſieurs Barques
& Galiotes pour la recep
tion, ſe rendit au bout du canal
qui eſt fort long , accompagné
de toute la Cour. Il le reçût au
bruit des fanfares , & le condui.
fit juſqu'à Milan avec lesmeſmes
430 MERCURE
fanfares & le mefme accompa
guement , où ce Prince entra au
bruit de pluſieurs ſalves de tou
te l'artillerie . Il fut conduit au
Palaisde Monfieur le Prince de
Vaudemont , où il trouva une
garde Eſpagnole. Ce Palais étoit
rempli d'un grand nombre d'Officiers,
&des perfonnes les plus
diſtinguées deMilan qui estoient
venues , tant pour faire compliment
à ce Prince , que pour le
voir& luy faire leur Cour Hy
cut ce foir-laune grande mufique;
& tout ceque l'on y chan
ta, futà la gloire defon Alteſfe
Royale. Lefouper fut magni
fique , &la joye éclata tur levis
ſage de tous ceux qui eurent
l'honneur de ſouper avec un
Prince , qui n'eſt pas moins re-
1
GALANT 431
commendable par la grande penétration
de ſon eſprit , & par
toutes ſes belles qualitez , que
par la grandeur de ſa naiſſance.
Enfin toute cette ſoirée ſe paſſa
en feſtes &en divertiſſemens .
-. Le lendemain fon Alteſſe
Royale alla entendrela Meſſe à
l'Egliſe de S. Charles , où tout
ce que la Ville de Milan a de
plus diftingué , ſe trouva ; & l'on
remarqua que toutes les Dames
eſtoient parées comme dans un
jour de feſte & de ceremonic.
CePrince alla voir l'apreſdînée
tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la Ville , & rendit pluſieurs
viſites. Les acclamations duper
ple ne ceſſerent point dans tous
les lieux où il paſſa. Monfieur
Je Prince de Vaudemont luy
432 MERCUR E
donna le ſoit un grand fouper,
où les principales Dames de la
Ville furent conviées. La converſation
ne fut pas moins fpirituelle
qu'à Lion ; les Dames
Italiennes ayant beaucoup d'efprit
& de vivacité dans leurs reparties,
Le ſouper fut fuivi
d'une Comedie , qui plût beau-
*coup moins que la converſation
des Dames.
Le lendemain 13. ce Prince
partit de Milan , accompagné
des voeux de tout le peuple
pour le ſuccés d'une heureuſe
campagne. Monfieur le Prince
de Vaudemont, aprés l'avoir accompagné
à Cremone ,luy laifa
ſes équipages , & une partie de
ſa Maiſon , pour le ſervir.
Il ſemble qu'à meſure que ce
Prince
GALANT 433
Prince s'eſt avancé en Italie , les
affaires n'ayent changé de face
en Lombardie , que pour augmenter
ſa gloire , & luy donner
matiere de faire voir qu'il n'eſt
pas moins bon General , que s'il
avoit long-temps commandé des
armées , puiſqu'en y arrivant il
a eſté obligé d'y faire une diſpofition
nouvelle de toutes choles;
les ennemis ayant paffé l'Adige
le 6. de Juillet , & ayant le 12 .
pafféle Canal Blanc, aprés avoir
beaucoup fouffert depuis le 6.
juſqu'au 12. le poſte eſtant tresmauvais
, & leurs troupes ayant
eſté défolées par une terrible
quantité de mouches. Il n'eſt
pas ſurprenant que les ennemis
ayent paffé ; nous avons tre te
milles d'étenduë de païs à gar-
Juillet 1706 . 00
1
434 MERCURE
der , & il nous a ſuffi de les faire
fouffrir long - temps , dans des
lieux où ils ont manqué de vivres
. Je vous ay ſouvent dit que
s'ils remontoient le Pô preſque
juſqu'à ſon embouchure , il leur
feroit facile de le paffer , parce
qu'il eſtoit impoffible de bien
garder une auffi longue étenduë
de païs : mais il faut conſiderer
qu'en remontant ſi haut , ils ont
cu beaucoup de chemin à faire ;
& qu'aprés l'avoir paſſé à la Polizella
, au-delà de Ferrare , il
leur reſtoit prés de ſoixante - dix
lieuës à faire juſqu'à Turin ,
dans un païs coupé de plus de
dix rivieres , & d'une infinitéde
canaux , & rempli de pluſieurs
défilez . Les chofes eſtant en
eette diſpoſition , Monfieur le
GALANT 435
Duc d'Orleans a commencé d'agir
en General , en donnant differens
ordres , & en laiſſant Mr
de Medavy ſur le Mincio avec
dix - ſept Bataillons & douze
Eſcadrons & faiſant mettre
quatorze autres Bataillons dans
Mantouë , Gouvernolo , Oftiglia
, la Mirandole , Modene ,
Reggio & Guastello . Ce Prince
aauffi fait faire un pont a Cremone,
& un autre à Miraſole . II
adonné fes ordres pour la garde
de tous les défilez , & a dit à Mr
le Duc de la Feüillade de tirer
les troupes dont il pourroit n'avoitpas
beſoin au ſiege deTurin ,
& de les envoyer à la Stradella &
au Panaro. Je ne dois pas oublier
de vous dire que ce poſte ſuffic
ſeul pour arreſter les ennemis ; &
Ooij
436 MERCURE
4
que fi onl'avoitoccupé , ſuivant
les ordres de Mr de Vendôme ,
dans le temps que le Comte Guy
de Staremberg paffa en Piémont
avec ſon armée, ce Generaln'au
roitpû avancer ſans eltre arrefté
long- temps , & fans perdre
beaucoup de troupes. SonAlteffe
Royale ayant ainſi pourvû
à toutes choſes , s'eſt campé de
maniere , qu'elle peut diſputer
aux ennemis le paſſage de la
Seccia ; ce Prince eſt entre deux
poſtes avantageux. Il eſt à remarquer
que les ennemis qui ont
pafféle Pô, ne font au nombre
que de vingt-quatre millehommes,
& qu'ils ne peuvent en faire
venir davantage de ce coſté- là ,
ayant beſoin ailleurs de fept ou
huit mille hommes qu'il leur
GALANT 437
reſte, à cauſe de Mr de Medavy
qui les obſerve. Les troupes Heffiennes
qu'ils attendent, doivent
Jautfi demeurer avec ce Corps qui
ne fera pas auſſi conſiderablement
renforcé , que les ennemis
s'attendoient. Ces troupes ne
peuvent arriver que vers le
quinze de ce mois , eftant beaucoup
diminuées à cauſe de leur
longue marche , de la defertion
, & des maladies caufées
par la quantité de fruits qu'elles
ont mange fur leur route; en
forte que l'on affure que ce
ſecours dont on a fait tant de
bruit , ne fera pas de plus de
6000. hommes . Monfieur le
Duc d'Orleans ayant envisagé
toutes ces choses , a fait direà
Mr de Chamarande, qu'il nede-
O o iij
438 MERCURE
voitpoint apprehender queTus
rin fuſt ſecouru ; mais que ce
pendant il ne devoit pas laiſſer
d'en pourſuivre vivement le Siege.
Il a fait en même tems ſavoir
à Mele Duc de la Feüillab
de , qu'il pouvoit continuer de
poursuivre Monfieur de Savoye
dans les vallées de Luzerne &
d'Angrogne oùil aété contraint
des'enfermer , ſon arriere garde
ayant eſté batuë par Mrle Comte
de Peſeur , détaché par Me
le Comte d'Aubeterre , lorſque
ce Prince décampoit de Saluces
pour aller à Carava. Ily a perdu
200 Dragons , tuez ou faits prifonniers
, avecMonfieur lePrince
Emmanuel de Soiffons , neveu
de Monfieur le Prince Eugene,
Mr le Comte de Sales , un Cas
GALANT 439
pitaine de Dragons & pluſieurs
autres Officiers , qui font aufli
du nombre des prifonniers .
Monfieur de Savoye ſe voyant
poursuivi par trois endroits
dans ces vallées , & fa Cavalerie,
qui n'étoit plus que de 1700.
chevaux , manquant de fubfiftance
, il l'a démontée ; il a envoyé
les chevaux pour paiſtre
dans les montagnes , avec le
nombre de Cavaliers neceſſaire
pour les garder , & il a retenu
le reſte avec 800. Barbets ou
Montagnards , pour garder les
paffages : & l'on affure que ce
Prince s'eſt trouvé fort embaraffé
dans ces Vallées , où ſes
troupes ont manqué de vivres .
Il ne peut déboucher que par
trois endroits ; & comme ils font
440 MERCURE
tous gardez , on attend avec
impatience la fin de cette affaire
, dont on devroit avoir eu
des nouvelles il y a long- temps.
Les mauvais fuccez ſe ſuivant
de prés , Monfieur de Savoye a
fait encore une perte preſque
dans le meſme temps. Mrle
Comte de Sartirana allant occuper
la hauteur de Parodi ,
découvrit Mr le Marquis de Parelle,
qui s'avançoit avec mille
fantaſſins & quatre cens chevaux
pour fecourir Ceva. Il
marcha au devant de luy , &
l'ayant attaqué , le défit , aprés
luy avoir tué ou pris trois cens
hommes . Mr le Marquis de Parelle
& un autre Officier confiderableſont
du nombre des prifonniers.
Le reſte fut diſſipé &
GALANT 441
pourſuivi durant plus de quatre
milles d
Je paſſe à la fuite des affaires
d'Allemagne . Depuis queMr le
Maréchal de Villars s'eſt rendu
maiſtre de l'Iſle du Marquiſat,
on voit l'Armée ennemie ſe placer
de l'autre coſtéde la riviere
de Stolhoffen, dont elle retranche
les bords. Nous avons auffi
établi des redoutes & des batte.
ries fur les bords de la mesme
riviere ; de maniere que lorfqu'elle
deviendra guéable , les
ennemis feront obligez d'avoir
toûjours un grand Corps pour
défendre cette entrée en Allemagne.
Ils avoüent qu'ils ont
perdu dans la derniere affaire ,
cinq cens hommes & dix - sept
Officiers. Ils avoient quarante
442 MERCURE
deux Bataillons & cinquantehuit
Eſcadrons,depuis Stolhoffen
juſques à Strasbourg
Les fondemens de l'ouvrage
à corne & de la demi- lune, qui
couvroient le bout du Pont du
Fort - Loüis du coſté d'Allemagne
, ayant eſté trouvez tresfolides
, Mrde Villars fait travailler
à remettre ces ouvrages
en l'état où ils étoient avant la
Paix. Les ennemis fe retranchent
en ligne parallele ; & tout
ſe fait à la demie portée du
mouſquet. Il y a quelques Lettres
qui portent que ce General
ſe préparoit à paſſfer le petic
bras du Rhin qui reſtoit , afin
d'aller attaquer par derriere les
lignes de Stolhoffen, & de s'éta
blir en Allemagne ; & voulant
GALANT 443
pour cet effet , donner de l'inquietude
aux ennemis , il a fait
fortir du Fort de Kell le Regiment
de Dragons de Liſthenois ,
avec quelques autres Regimens.
On a enfin des nouvelles certaines
de l'Archiduc , & de ce
qui s'eſt pafflé à Saragoſſe . Le
menu peuple étant dans le deffein
de reconnoiſtre l'Archiduc,
ce Prince s'y eſt rendu , où il a
eſté proclamé Roy d'Eſpagne ,
par la populace. Il eſperoit que
la Nobleffe & le reſte du pays
ſuivroient cet exemple ; mais
voyant qu'ils demeuroient fermes
dans la fidelité qu'ils ont
jurée à Philippes V. & ne ſe
croyant pas trop en ſeuretédans
Saragofic , où il n'étoit venu
444 MERCURE
qu'avec peu de troupes , il en
envoya demander à MylordPeterborough
, qui étoit demeuré
à Valence . Mais ce Mylord n'a
pas jugé à propos de luy en envoyer,
craignant que s'il ſe dé
garniffoit des mal intentionnez
, dont ilya grand nombre
dans le Royaume de Valence ,
ne ſe ſoûlevaſſent ; de maniere
que l'Archiduc qui eſt demeuré
à Saragoffe , ne s'y trouve pas
fans inquietude, & que Mylord
Peterborough n'eſt guére plus
affuré dans Valence. Cela fait
connoiſtre que ny l'Archiduc,
ny Peterborough n'ont marché
ducoſté deMadrid ; & qu'ainſi
l'Armée des Alliez n'ayant
point eſté fortifiée de ce coſtélà,
celle du Roy d'Eſpagne doit
eftre
GALANT 44
eſtrebeaucoup ſupericure.Ainſi
il y a lieu de croire qu'il doir
eſtre preſentement rentré dans
Madrid , & que les ennemis le
font retirez de la Caſtilles ou
que s'ils ont attendu à ſe retiter,
ils auront cké battus.
J'ay peu de nouvelles à vous
dire de Flandres ; les ennemis
n'ayant rien fait depuis un mois,
puiſqu'Oftende s'eſt rendu dés
Ic 6.Juillet, & que le 31. du même
mois il n'y avoit point de
nouvelles aſſeurées que la tranchée
fuſt ouvertedevantMenin .
Les ennemis ont beaucoup menacé
pendant tout le mois , &
ils n'ont parlé que du grand
nombre de leurs canons,de leurs
mortiers , & de leurs faſcines .
On parle diverſement de leur,
Juillet 1706. Pp
446 MERCURE
inaction pendant un fi longtemps
; les uns ſont perfuadez
que les Anglois & les Hollandois
n'eſtoient point d' acord du
choixde la place qu'ils devoient
aflieger ; d'autres affeurent que
Mr de Caraman,qui commande
dans Menin, ayant retiré toute
l'eau de la Lis, le canon des ennemis
n'a pû arriver aſſez - coſt.
Quoi qu'il en ſoit , ce retardement
adonné le temps à Mr de
Caraman de faire préparer tou-
* tes choſes dans la Place pour
une vigoureuſe défenſe ; & s'il
* adix foûterrains, comme l'on af-
-ſeure, & qu'il puiſſe ſe garentir
de l'inondation des bombes , le
Siege durera long-temps, & feratres-
beau. Pendant l'inaction
desEnnemis,fon Alteſſe Elcate-
:
GALANT 447
rale de Baviere a commencé
d'affembler l'armée ,qui depuis
l'affaire de Ramillies groffit
tous les jours , prefque tous les
deſerteurs eftant revenus. Il y
-aura 180. Elcadrons dans cetre
armée, de tres - belle Cavalerie,
I'Infanterieſera à proportion,
mais il en faudra laiſſer davantage
dans les Places Monfieur
le Duc de Vendofme ,
qui arriva Samedi à Versailles,
eit parti aujourd'huy pour fe
rendre à cette armée; ce Prince
falua le Roy à fon arrivés de
Marly. Je ne vous dis rien de
l'accüeil que luy fit ce Monarque,
& des empreſſemens que
toute la Cour témoigna de le
voin ;.je ne pourrois trouver de
couleurs pour vous bien dépein-
Pij
448MERCURE
F
dre tout sequi ſe paſſadans ces
entrevûës Je finis par ledépart
de ce Prince , qui pourra me
donner licu , le mois prochain,
de vous parler plus amplement
de luy. Il me reſte à vous par
derd'un tres grandnombred'articles
; mais il eſt temps que je
ferme ma lettre , qui n'eſt déja
que tropgroffe:ainſi je me trouve
obligé de les remettre au
mois prochain. Je fuis , Madame,
&c.
A Paris ce 3. Aoust 1706.
DAVIS
= LeMercure d'Aouſt ſe débitera
ſans faute le 3. de Septembre
; afin que ceux qui le voudront
avoir avant lesVacances,
puiffent l'emporter à la campagne.
GALANT 449
APOSTILLE.
Je viens d'apprendre que l'armée
de Monfieur le Duc d'Orleans
, qui eſt toûjours campéeà
L'endroit que je vous ay marqué
dans ma Lettre , eſt de 40000.
hommes , & qu'elle a eſté renfor.
cée de 32. Elcadrons , qui n'ont
pas eſtéjugez neceſſaires devan't
Turin. L'Armée de Monfieurle
PrinceEugene n'eſt quede 25000
hommes , & ne peut eſtrerenforsée
, parce que les troupes qui
pourroient le venir joindre, ſont
obſervées par Mr le Comte de
Medavy , & que fi elles avançoient
, celles qui ſont commandées
par ce Comte , avance
roient auſſi: Comme tous les
défilez & tous les poſtes par où
Monfieur lePrinceEugene pour-
P.poiij
450 MERCURE
roit paſſer ,ſont bien gardez , &
que nos troupes ſontmoins étenduës
qu'elles n'étoient fur l'Adige
, & qu'il paroiſt impoſſible
que Monfieur le Duc d'Orleans
puiſſe être force ; on trouve que
nos affaires d'Italie ne peuvent
eſtre dans une meilleure fituation
. Il reſte 40000. hommes
devant Turin, où Mr de la Feüillade
eſt arrivé le 29. Les Mineurs
y travaillent à trois mines
ſous les trois angles du chemin
couvert .
TABLE.
Panegyrique du Roy,fondéparla
Ville , &prononcépar
Roftear,
Mrle
Diſcours prononcé à l'ouverture des
Sorboniques , parle Prieurde Sorbonne
,
Humilité récompenséepar le Pape>
Chapeau de Cardinal de Mr
Philippucci donné àMr Conti,19
Thesefoutenuë en Sorbonne, 28
Discours , dans lequel on fait voir
L'utilité&la neceſſitede la Rhethorique
, 35
Panégirique prononcéparMr l'Abbé
de Dromesnil , Aumonier du
Roy>
Cardinal
Oraiſon funebre deMale Cardinal
de Coislin 41
Pompe funebre deMr l'Evêque d'Amiens
, & extrait d'une Lettre
く
TABLE.
?
touchant l'Oraiſon funebre de ce
Prelat.. 45
Difference qui fe trouve entre les
AL
Philofopbes,&les autreshommes,
3
65
Premier Articledes Morts, étrangers
&François ,
RéponsedeMrsde l'AcademiedAngers,
àMi l'Abbé Deſlandes ,
Grand-Archidiacrede Treguier ,
touchant quelques ouvrages d'éaudition
, 289
Article contenant divers articles de
Litterature, 96
SecondArticle des Morts , ILO
Election deMrMocenigopourl'Ambassade
de France , 144
Evèché de Brescia donné à Mr le
Cardinal Badoëro
145
Dignitex&Charges que poffedoient
ci- devant les Cardinaux de la
TABLE.
derniere promotion , remplies par
lePape, ISI
Perſonnes de distinction nommées par
lePape, pour porter le bonnetaux
nouveaux Cardinaux, quiſont dans
les Cours étrangeres, 200
La Science des perſonnes de qualisé
de l'Epée&de la Robe,&c.livre
nouveau
Troisième article des Moris ,
206
211
Arte de Vesperies , dedié à Mrle
Comte de Pontchartrain , 230
Thesefoûtenue par le fils de Mr te
Duc de la Rocheguyon , 233
Nomination du Roy d'Espagne à
PEvêché de Badajoz, 234
Etabliſſement de Mr de Voolhouse à
Paris,
:
237
Preuves evidentes de l'age du mon
de ,felon plusieurs Chronologies
Mariage, 249
240
TABLE.
Nouveau changement fait dans
angem
Academie des Inscriptions , 251
Continuation de l'ouvrage de l'origi.
nede la Poësie Françoise,parMr
l'Abbé Maſſicu,
Converfion
A 264
265
LeGeneral de Prémontre est bentà
Saint Martin de Laon ,
Arrest renda au Parlement d'Aix ,
274
fur une affaire qui fait beaucoup
debruit , 278
Nouveau livre de Comptes , de Mr
Barreme , 282
Discours prononcé parMe dePuyfieux
à la Diotre generale des
Cantons Suiffes , 284
Affaires d'Espagne , contenues en
plufieurs Articles , 12292
Lettre touchant la fuite des affaires
d'Italie, 331
Relation du fiege d'Offende , 337
TABLE.
Suitede la Pratique de la Memoire
Artificielle , 349
Declaration du Roy d'Espagne , en
formedeManifeste , 355
Quatrième Article de Morts , 363
Affaires d'Allemagne , 371
Suite dufiege de Turin , 390
Article des Enigmes , 399
Suitedes affaires d'Espagne, 402
Tout ce qui s'est passédanslevoyage
de Monsieur le Duc d'Orleans ,
depuis fon départ de Paris, juf
qu'audépartdeMonsieurde Ven.
dofme de l'Arméede Lombardie.
La fuite des affaires d'Italie eft
comprisedans cetArticle, 416
SuitedesAffaires d'Allemagne,441
Secondefuite des affaires d'Espagne,
Suitedes affaires de Flandres , 443
Conclufion , 448
Apoftille contenantplusieurs nouvelles,
449
Avis pourplacerles Figures.
L'Air qui commence par ,
Vostre coeur est le Lot, page 143 .
L'Air qui commence par ,
Armons- nous promptement d'un
verre , page 263 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères