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807156
MERCURE
GALANT
LYON
*1893
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE, 1704

A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant,
Ommeil eft impoffibledans lacon
Cjoncturepretente de nepas gro
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
lesfrais,on nepent ſe difpenſerd'en
augmenter auſſi le prix. Ainſi les
volumes qui feront reliez en veauſe vendrontdoreſnavanttrente-
huit ſols,quant
aux volumes qui ſeront reliez en parchemin
, en n'en payera que trente-cinq.
Les Relations ſevendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIV.
AvecPrivilegedu Roy.
L
AU LECTEUR.
Ly a lieu de croire qu'on
ne lit plus l' Avis qui a
efté mis depuis tantd'années
aucommencementdechaque
Volume au Mercure , puis
quemalgré les prieres reiterées
qu'on a faites d'écrireen
caracteres liſibles les Noms
propres quise trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour estre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
camfe qu'ily en a quantité
AU LECTEUR :
dedéfigurez, estantimpoſſible
dedevinerle nom d'uneTerve
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propresfoient corrects . On
avertit encorequ'onneprend
aucun argent pour cesMemoires,&
que l'on employera
tousles bonsOuvrages àleur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
personne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchisent le port.
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE,
LYONE
*
ABONDANCE de la
natiere m'aïant empef
ché , le mois dernier ,
de parler de ce qui s'eſt paffé à
l'Academie Françoiſe , ainſi
qu'à celle des Sciences & à celle
des Medailles & des Inſcrip-
Aiij
6 MERCURE
tions, le jour de la Feſte de S.
Louis , je croy ne pouvoir
mieux commencer ma Lettre
que par ces Articles qui font
remplis d'Eloges du Roy. Ce
jour-là 25. d'Aouſt , l'Academie
Françoiſe s'eftant affemblée
dans la Chapelle du Louvre
, Mr le Vicaire de S. Germain
l'Auxerrois celebra la
Meſſe, aprés laquelle on chanta
un Te Deum en muſique, en
action de graces de la naiſſance
de Monſeigneur le Duc de
Bretagne. Ce Te Deum eſtoit de
la compoſition de Mr du Bouffet
. Mr l'Abbé de Dromeſnil,
GALANT 7
Aumônier du Roy , prononça
le Panegyrique de S. Louis.
Ces paroles , hæc eft victoria
que vincit mundum , luy fervirent
de Texte : Il fit voir
dans les trois Points de fon
Diſcours que S. Louis a vaincu
les ennemis de fa condition ,
c'est-à-dire, la moleffe & l'orguëil
; les ennemis de l'Etat ,
Içavoir la rébellion &la défobeiſſance
; & les ennemis de la
Religion , qui font les Herefies,
le Duel,& les Blafphemes.
On trouva de grandes beautez
dans ce diſcours , de belles
antithefes , d'excellentes
A iiij
8 MERCURE
1
2
figures & fur tout pluſieurs
applications de l'ancien Teftament
faites avec beaucoup de
délicateffe. Le détail qu'il fit
des vertus Chreftiennes , politiques
& morales de S. Louis.
fut trouvé tres -beau ; s'il n'a
pas parlé , dit - il dans un endroit
, auffi magnifiquement de
la Sageſſe que Salomon , il en a
ſuivi les Leçons avec plus d'exactitude
; fidelle à la
grace ,
iln'en
a jamais négligé aucune infpiration
; les impreffions qu'il en a
reçues ont toûjours esté marquées
d'un caractere de predestination.
Il dit dans un autre endroit,
GALANT C
1
quefaint Louis mit toute fon ap
plication à abolir l'uſage tyrannique
qui regnoit dans ces temps où
lecartelfaisoit toute la procedure,
où l'épée ſeule tranchoit le noeud
de la difficulté , & où le meurtre
estoit la preuve de l'innocence.
L'Eloge qu'il fit du Roy à la
fin du difcours reçût degrands
applaudiſſemens ; aprés avoir
relevé toutes les vertus qui
l'ont rendu un Prince fi ac
compli ; & tous les évenemens
éclatans dont l'enchainement
a rendu ſon Regne fi floriffant
; il fit valoir la moderation
de ce Heros dans des oc10
MERCURE
cafions où il ſemble que la
Fortune enchaînée depuis tant
d'années à fon Char , ſe ſoit
échappée pour quelques mo--
mens..
Les deux autres Academies
dont je vous ay parlé , firent
dire le meſme jour une Meſſe
dans l'Egliſe des Preftres de
l'Oratoire enfuite de celle de
l'Academie Françoiſe , qui fut
celebrée par M' l'Evefque de
Strafbourg. M² du Bouffet fit
encore chanter pendant la
Meſſe un Motet de ſa compoſition
: c'eſtoit le Pſeaume 127.
Beati omnesqui timentDominum:
GALANT II
qui ambulant in viis ejus. Le
Prophete repreſente aux Juifs
dans ce Cantique les grands
avantages que reçoivent ceux
qui s'attachent au ſervice du
Seigneur. Il apprend en même
temps à tous les hommes ,&
fur tout aux Grands de la terre,
que pour eſtre heureux dans
le monde , & pour meriter les
profperitez temporelles , il
faut craindre Dieu& le ſervir...
Ce Pleaume fut diftribué imprimé
à la maniere ordinaire,
à tous les Academiciens , avec
cette difference que la traduction
que l'on avoit ajoûrée en
IZ MERCURE
Proſe Françoiſe les années dernieres,
fut donnée enVers par
M' Moreau de Mautour, dont
je vous fait part comme d'une
nouveauté qui fut bien reçûë.
M² l'Eveſque de Strasbourg ,
M² l'Abbé Bignon & M
l'Abbé de Louvois eftoient à
la teſte de l'Affemblée.
STANCES.
SUD
Heureux qui penetre d'ane se
crette joye ,
Aime , adore & craintle Sei
gneur :
Heureux qui marche dans la
voye, 4
GALANT 13
1
Connue à l'homme juste , inconnuë
au pecheur. w.aners
6
&
Les dons de l' Eternelfurpaſſantfon
attente,
Seront lesfruits de fes travaux ;
Son ame tranquille & contente
Goûtera mille biens sans mélange
de maux .
2
Ainsique parses fruits une Vigne
fertile,
Remplitnos voeux dans laſaiſon;
Son épouse chaste & docile ,
De gloire & de bonheur comblerafa
maison .
2
Comme on voitsur les bords d'une
verte Prairie ...
Croiſtre de jeunes Oliviers
Ilverrafa racefleurie,
t
:
14 MERCURE
Croiſtre autour de sa table en nombreux
heritiers.
S
Ainfifera beni le ferviteurfidelle,
Quisoumis au Maistre des Cieux,
Suit la route oùfa voix l'appelle,
Et medite sa loy qu'il a devant les
yeux.
Juffe , que de Sion où voſtre espoirse
fonde ,
Naiſſle vostrefelicité!
Puifiez-vous joüirdés ce monde,
Des plaifirs éternels de la Sainte
Cité!
S
Voyezfur Ifraël lapaix regnerfans
ceße ,
Que les enfans de vos enfans ,
Doux objets de vostre tendreſſe,
Devos fiers ennemis foient toujours
triomphants !
GALANT 15
1
Le Pere de la Ruë prononça
le Panegyrique de S. Louis ,
on peut dire que fon Sermon
fut l'Apologie de ce Saint,
dont la conduite dans le projet
& dans l'execution de fes
deſſeins a eſté ſouvent attaquée.
Il deffendit par une ſuite
preſque neceffaire la providence
& fes Decrets myſte
rieux contre les Impies& contre
les Mondains. Contre les
premiers , qui n'en croyent
point quand ils voyent les
Juſtes tomber dans l'adverſité;
& contre les ſeconds , qui s'en
moquent & qui la mépriſent
1 16 MERCURE
en voyant les méchans dans la
profperité. La Divifion de ce
Diſcours fut la grandeur de S..
Louis dans le deffein , & la
grandeur de Dieu dans l'execution.
Ce Pere reçût de tres
grands applaudiffemens
route l'Affemblée..
de
L'Academie Françoiſe s'étant
affemblée l'apreſdinée du
même jour pour la diftribution
du Prix de Poëfie , M'l'Abbé
deChoiſy prit la parole , & dit
que l'Academie Françoise avoit
accoûtumé de distribuer tous les
deux ans un Prix d'Eloquence &
un de Poësie. Que le Prix d'EloGALANT
17

quence avoit esté fondé par Mr.
de Balzac , & devoit eftre donné
àunePiece depieté. Quele Prixde
Poefie avoit eſté fondé parMr de
Tonnerre Evêque deNoyon, devoit
estre confacréàla loüange im
mortelle de LOUIS LE GRAND
qu'ainsi la Compagnie avoit trouvé
dans ſon ſein dequoy perpetaer
àjamais des marques éclatantes
deSa pieté envers Dieu
defa reconnoiffance envers leplus
grandde ſes Rois
Qu'elle avoit eu la confolation
l'année paffée de couronner l'éloquence
d'un homme * , qui
*Me l'Abbé de Dromeſnil.
dans
Septembre 1704. B
18 MERCURE
la plus grande jeuneſſe avoit me--
rité entre tous ses rivaux de
Theologie laplace la plus honorable
, que le Roy a depuis par une
distinction particuliere attaché de
présàſaperſonne,&qu'elle avoit
entendu ce matin celebrer d'une
maniere ſi noble &fi nouvelle,
les vertus d'un faint Roy , dont
lafuite de tous lesfiecles nefera
qu'augmenter l'éclat
lef
Nous avoüons, ajoûta-t-il,que
lesMuſesFrançoiſes nefurent pas
Si heureuſes : leſujetque nous leur
avions proposé , les embaraſſafans
doute par fa nouveauté & par
fon immenfité. Quoy qu'il enſoit
GALANT 19
le genie ne fut pas toûjours accompagné
de prudence : On ne s'éleva
au haut du Parnaffe , que
pour en defcendre avec plusde précipitation
, &fi nous admirames
dans quelques pieces ( car il faut
rendre justice ) des endroits di
gnes d'estre presentez à l'Acade
mie, nous crûmes que la foibleſſe
des autres ne nous permettoit pas
d'ofer à vos yeux couronner un
merite interrompu &fi peu feur
de luy - même. Nous efperames
qu'un Prix fufpendu n'en feroit
que plus recherché, qu'on verroit
par là que l' Academie ne fe contentoit
pas aisément ,&qu'enfin
Bij
20 MERCURE
pour réveiller en France lesMuſes
presque endormies , il falloit
un exemple de feverité académi
1
Noftre attente n'a point esté
trompée , au lieu de vingt- cing on
trente pieces de vers qu'elle avoit
ordinairement à examiner , elle en
aen quarante-cing. Plusieurs ont
combattu jusqu'à la dernierejour
née. Nous pouvons même le dire ,
La victoire a eu quelque peine àfe
déclarer, &fi le vainqueur eft
couronné, les vaincus neſontpas
fans gloire
On va lire la Piece qui a rem
porté le Prix
GALANT 2F
Onlut enſuite cette Piece ,
dont le ſujet eſtoit fur les glorieux
fuccés des armées duRoy
en l'année 1703
Aprés que cette Piece , qui
reçut de grands applaudiſſemens,
euſt efté luë , M'l'Abbé
de Choify dit , que c'estoit Mr
L'Abbé Pellegrin qui avoit rem
porté le Prix , & que s'il estoit
dans l'Affemblée , il estoitpreſt à le
couronner. Cet Abbe ſe fit con
noiſtre ,& on luymit entre les
mains une Medaille d'or du
Roy , fur le revers de laquelle
eft la Deviſe de l'Academic
Françoife
22 MERCURE
Al'Immortalité.
Enſuite Ml'Abbéde Choify
dit , que Mr l'Abbé Boſquillon,
fi connuparfes ouvrages,&
L'un des principaux Membres de
l'Academie de Soiffons alloitfaire
la lecture d'une Piece d'Eloquence.
Il ajoûta , que l'Academiesçavoit
que celle de Saiffons estoit obligée
par les Lettres Patentes de fon
établiſſement à ne prendre jamais
de Protecteurque dans l' Academie
Françoise, &à luy envoyer tous
les ans un ouvrage de la façon.
Il dit enfuite , qu'il efperoit que
Monfieur le Cardinal d'Estrées..
fon Protecteur,&Doyen del'A
GALANT 23
cademie Françoise , leur épargneroit
encore long-temps la peine de
reparer la perte commune que les
deux Academies feroient en le
perdant. Il dit aufli ,que laPie
ce d'Eloquence de l'Academie de
Soiffons avoitmanqué depuis plu
fieurs années, la guerre, les affai
res particulieres , la mort de
de quelques Academiciens zelez
ayant interrompu une coûtume ,
qui estoit pourtant un devoir. II
ajoûta , que ces Mrsy avoient
pense ferieusement ,&que fans
doute le digne éloquent Pre-
1, qui leur lat, apprenoit leurs obligations
chrétiennes , n'avoit pas
24 MERCURE
oublié les Academiques , &que
Mrs de l'Academie de Soiffons
avoient envoyé cette année la
Piéce dont Mr l'Abbé de Bofquillon
alloit faire la lecture.
Cette Piece eftoit un difcours
à la loüange du Roy , fait à
l'occafion de la naiſſance de
Monseigneur le Duc de Bretagne.
M le Picard de l'Aca
demie de Soiffons eft l'Auteur
de ce diſcours , qui renferme
en peu de paroles tout ce que
le Roy a fait de grand pendant
fon regne...
- M² l'Abbé Boſquillon ayant
achevé de lire ce difcours , M
l'Abbé
GALANT 25
l'Abbé de Choiſy lui répondit,
que l'Academie Françoiſe eſtoit
une bonne mere toûjours preste à
donner àſes enfans des marques
de ſa tendreffe , lors qu'ils ne fe
feroient pas acquittez affez regulierement
des devoirs qu'ils
font obligez de luy rendre , que
la moindre excuſe leur fuffiroit ,
& qu'ils trouveroient toujours
en elle la mesme estime qui les
avoit fait adopter , & la même
envie de leur faire tous les plaifirs
dont elle estoit capable . Il est
vray ajoûta-t-il , en adreſſant
la parole à M l'Abbé de
Boſquillon , que l'éloquent dif-
Septembre 1704.
C

:
26 MERCURE
cours que vous venez de nous.
lire nous a fait regretter tous ceux
que nous avons perdus ; c'eſt une
efpece de dette litteraire dont nous
aurons bien de la peine à vous
décharger , & du moins fi nous
remettons les arrerages , que la
rente foit payée à l'avenir plus
exactement
Le même M l'Abbé de
Choiſy dit enfuite , permettez
moy , Meſſicurs , en jettant les
yeux fur toute l'Aſſemblée ,
de m'adreſſer à mes Confreres ,
vous , Meffieurs , Souffrez
que je vous remette devant les
yeux la coûtume autresfois ,fi
GALANT 27
bien établie parmy vous , de lire
toûjours dans nos Aſſemblées publiques
quelques-uns de vos ouvrages
, coûtume presque abolie
depuis que nous avons perduMr
Boyer ,&Mr Perrault. Vous
voussouvenez , Meffieurs , des
applaudiſſemens qu'on leur a donnez
tant de fois on ne vous en
donneroit pas moins. Vous avez
chez vous des trefors inepuifables
: be pourquoy les envier au
public auffi éclairé que celui-cy ,
à qui rien n'échape , & que les
fauffes beautez n'entraînentpoint;
Juge inexorable , Juge accoûtumé
à vous juger , qui ne con
Pourquoy
:
Cij
28 MERCURE
I
damne jamais que par un honneste
filence , mais auſſi qui ne
manque point d'accorder aux bons
ouvrages ce doux murmure , figne
certaindefon approbation.
M l'Abbé de Choiſy eût
à peine fini , que M' l'Abbé
Tallemant prononça l'Epitaphe
de M' Boffuet Evêque de
Meaux , qui fut fort applaudi.
Enfuite de quoy l'Affemblée
fut charmée d'une Epître
furl'Amitié, de la compoſition
de M l'Abbé Abeille . M
l'Abbé de Choiſy reprit enfuite
la parole , & dit que l'Af
femblée voyoit bien par ce qu'elle
r
GALANT 29
venoit d'entendre que les Muses
ſe fortifioient dans leur Compagnie,&
qu'à l'avenir l'Academie
feroit plus en droit que jamais
d'exhorter les jeunes Auteurs à
faivre avec plus d'exactitude les
deffeins qu'oonn leurpropoſera ,àne
point entaſſer les évenemens , à
ne pas s'imaginer qu'ils ont bien
dit , parce qu'ils ont tout dit à
traiter unſujet plus à fond . &
àle ſçavoir orner de circonstances
agreables , à rectifier leurs pensées
Suivant la regle du bon sens , à
difcerner l'or veritable du faux
brillant , à prendre garde quand
ils oferont faire des Odes دà la
C iij
30 MERCURE
1
chûte de leurs ftrophes , qui doivent
estre presque toûjours mafculines
, & tenir un peu de l'Epigramme
à rendre leurs rimes
plus riches , àfaire enfin de plus
grands efforts pour meriter une
Couronne qu'on ne donne pas ai-
Sement.
Je ne dois pas oublier que
ſi le Prix n'avoit point efté
adjugé à la Piece qui le remporta
, il auroit eſté donné à
une Ode qui fut trouvée fort
belle par toute l'Academie , &
que cette Ode eftoit du même
Abbé qui a remporté le
Prix.
GALANT 31
Les Rejoüiffances qui ont
efté faites à l'occafion de la
naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Bretagne , ont efté fi
éclatantes , & ont fait voir tant
de zele pour le Roy , & pour
toute la famille Royale , que
je ferois injuftice à pluſieurs.
Villes, ſije nevous entretenois
de celles qui n'ont encore pû
trouver de place dans mes Lettres
. Je commence par celles
qui ſe ſont faites àChâlons en
Champagne.
Aufſi-toſt que Ms les Maire,
Echevins , & autres Magiftrats
qui compoſent le Confeil , &
Cij
32. MERCURE
د
qui font d'une grande diftinction
dans la Ville , eurent appris
la naiſſance du nouveau
Prince, ils choiſirent le 22. de
Juillet pour donner des marques
de leur joye. A quatre
heures du matin toutes les
cloches de la Ville commencerent
à carillonner , ce qui
dura juſques à l'heure de la
Meſſe , qui fut celebrée Pontificalement
dans l'Eglife Cathedrale
; cette Meſſe fut accompagnée
d'une tres - belle
Mufique & d'une tres - belle
ſymphonie. Tous les Corps de
Justice y affifterent , ainſi que
GALANT 33
celuy de la Ville , qui fut precedé
de ſes Archers & des autres
marques d'honneur établies
depuis plus de trois cens
ans.
On fit couler , aprés laMefſe
, pluſieurs Fontaines du
meilleur vin de Champagne
pour les Bourgeois qui estoient
fous les armes , ayant en teſte
leur Colonel & leurs Officiers ,
qui avoient donné les ordres
pour l'habit uniforme &l'éga- .
lité des armes , en telle forte
que jamais Troupe n'a paru
ny plus reglée ny plus leſte.
Tous les Corps & les Ma34
MERCURE
7
giftrats ſe raſſemblerent fur
les quatre heures pour affifter
au Te Deum , qui fut entonné
par Monfieur de Noailles leur
Evêque & chanté par laMufique
accompagnée de toutes
fortes d'inftrumens , avec le
mefme carillon , qui s'eſtoit
fait entendre le matin. Le Te
Deum eftant fini , Monfieur de
Châlons Seigneur ſpirituel &
temporel de la Ville , à la teſte
du Conſeil dont il est le Chef,
vint mettre le feu au bucher
qui eſtoit preparé dans lagrande
place du Marché , elle estoit
environnée & gardée par les
GALANT 35
. Compagnies des Bourgeois qui
firent pluſieures ſalves devant
le feu , devant le Palais Epifcopal
, l'Hôtel de Mr l'Intendant
, celuy de la Ville ,& de
Mr le Lieutenant de Roy , en
donnant par leurs acclamations
de vives marques de leur
joye. Ils trouverent que tout
cela ne fuffifoit pas pour une
Ville qui a toûjours donné des
marques d'une fidelité ſinguliere
& d'un zele ardent pour
les intereſts de la France ; ainſi
ils voulurent faire voir ce que
leur zele & leur genie leur
avoient inſpiré pour une fi
1
36 MERCURE
grande feſte.
Ils firent dreffer devant les
arcades de l'Hôtel de Ville ,
dont l'Architecture eſt tres -
belle , une Piramide fort élevée
du pied de laquelle coulerent
pendant tout le jour deux
•fontaines de vin , & dont les
coſtez estoient chargez des armoirics
des Perſonnes Royales;
cette Piramide eſtoit foûtenuë
de 4. colonnes , & d'autant de
pilaftres ,& elle eftoit ornée de
Tymboles , de deviſes , & d'infcriptions
propres au fujct. Le
deſſein general eſtoit exprimé
parcesmots latinsquiregnoient
GALANT 37
le long de la friſe de l'Architecture.
Sereniffimo Britannia Duci ,
Ludorici Magni abnepoti ,
Sereniffimi Delphini nepoti ,
Burgundia Ducisfilioprimogenito,
Inter armorum fragores patriæ
:
victorias
Felicibus auguriis nafcenti.
:
On avoit peint fur la- premiere
face les armes de France ,
avec un ſymbole pour le Roy ,
figuré par un Lys ; dont laprin.
cipale tige en pouffoit trois
autres , avec ces mots :
38 MERCURE
CONSIDERATE LILIA
AGRI QUOMODO
CRESCUNT .
quimarquent l'heureuſe fecondité
de la Famille Royale, dont
ce Monarque voit la quatriéme
generation.
Enſuite paroiffoient les armes
de Monſeigneur le Dauphin,
avec ce mot :
AVI SPES ALTERA.
Celles de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , avec cette
Inſcription:
PATRIS SPES PRIΜΑ.
4
GALANT 39
Etenfuite vers la pointe de
cette Piramide terminée par le
Soleil , paroiſſoient les armes
de Bretagne , avec cette Infcription:
SPLENDET MIHI NOMEN
AB ILLO .
Ce qui marque que cette
Province reçoit un nouvel
éclat par le ſurnom qu'elle
donne au jeune Prince.
Cette Piramide qui ſe trouva
dreſſée dés lematin,les piédeſtaux
, les pilaftres & toute
la façade de l'Hoſtel de Ville
furent illuminez pendant pref40
MERCURE
que toute la nuit , & l'on
remarquoit encore à la faveur
de cette illumination &
de quantité de feux d'artifice ,
huit autres Deviſes fort heureuſes
, avec leur explication
en vers François...
Pendant que cette place
eftoit illuminée & rempliejufque
dans les , avenues d'un
grand concours de peuple , on
entendoit de l'Hoſtel de Ville
une tres-belle ſymphonie ; on
tira de cet Hoſtel ſur les onze
heures du foir , vingt-quatre,
Violons,pour former ungrand
Bal , chezM' Gayet de Plagny
GALANT 41
Lieutenant de Roy & Maire
perpetuel de la Ville ; il ouvrit
ceBal où se trouverent lesDames
les plus qualifiées,avec une
parure magnifique ; les Officiers
en chargey firent fervir
une fuperbe collation , accompagnée
de toutes ſortes de rafraîchiffemens
. Ce jour eftant
entierement deſtiné à la joye ,
Monfieur deChâlons , M² l'Intendant
, & M le Lieutenant
de Roy ne ſe contenterent pas
de faire couler des fontaines
de vin , ils tinrent auſſi dans
leurs Hoſtels des tables ouvertes
,& le foir , toute la face de
Septembre 1704. D
42 MERCURE
leurs logis fut illuminée ; ce
qui attira une grande foule de
peuple qui trouva dans toutes
les rues des feux & des lanternes
aux feneftres , ornées d'Infcriptions
à la gloire du Roy
& de la Famille Royale .
Les Chevaliers de l'Arquebuſe
, à qui M le Lieutenant
de Roy , Capitaine du Jardin ,
voit donné , au nomde la Ville
, un Prix confiderable , &
tous les autres Corps & Communautez
firent auſſi les jours
ſuivans de grandes illuminations
,& degrandes réjoüiffan
ces.
GALANT 43
Voicy l'explication des de
viſes peintes fur les piédeſtaux,
fur les pilaftres , & fur les autres
endroits deftinez aux illuminations
qui occupoient toute
la facede l'Hoſtel deVille .
La premiere Deviſe repré
ſentoit la joye de la Ville de
Chaalons , ſous le. Symbole
d'une Grenade artificielle,quifert
qux feux d'artifice pour les Réjouiſſances
de la Paix ,
Les combats pour les executions
militaires. On vouloit marquer
par ce Symbole , que les Habitans
de cette Ville font également
zelez pour le ſervice
dans
Dij
44 MERCURE
de l'Etat , foit qu'il faille agir
& s'expoſer aux dangers , foit
qu'il faille prendre part aux
fuccés de la Patrie en ſe réjoüiffant.
Les mots Latins qui
accompagnoient.ce Symbole ,
étoient :
FLAMMÆ ERUMPUNT ,
QUÆ CORDE LATEBANT.
c'est- à-dire ,
C'est l'ardeur d'un beau feu , qu
me fait éclater.
Cette penſée étoit miſe plus
sau long dans fon jour , par les
GALANT 45
A
Vers ſuivans qui ſe liſoient au
bas.
LaGrenade toute defeu ,
De l'ardeur qui me brûle , est l'éclatante
image ;
Elleſe fend parle milieu ,
Etſemble dire enson langage;
Que tout fon bruit&fon éclat
Ne vient que defon zeleà bienfervir
l'Etat.
Comme elle en paix , ainsi
qu'en querre ,
Je combats , ouje réjoüis ,
Et tout ceque l'on me voit
faire,
C'est toujours pour plaire
LOUIS.
21.La feconde Deviſe repre
fentoit le Prince nouveau né
46 MERCURE
ſous le Symbole de l'oiſeau
appelle Itis , qui eft conſacré
au Soleil , & que les Auteurs
diſent avoir cette proprieté,
d'éclore plus facilement dans
ſon nid expoſe ſur une palme
aux rayons du Soleil. L'infcription
étoit celle-cy :
ORNANT CUNABULA
PALME .
c'est - à-dire .
La Palme me tient lieu de lit
de berceau.
Le ſens étoit expliqué plus
au long par les Vers ſuivans.
L'Oiseau dépeint dans ce tableaus
GALANT 47
Amy du repos &da calme ,
Pouvoit- il rencontrer un plus noble
berceau ,
Quefurles bianches de la Palme?
Tan fort, jeune Prince, est pareil:
La France au comble defagloire
Fait ornerton berceau des marques
de Victoire ,
Sous les rayons defon Soleil.
La troifiéme Deviſe marquoit
la circonſtance du temps
quoit
de cette heureuſe Naiſſance au
milieu des troubles de la guerre.
On avoit peint pour Symbole,
une Coquille ou Nacre de
perlefur les eaux d'une mer orageufe,
qui ne laiſſoitpas de s'ouurir
malgré la tempeste , de
48 MARCURE
!
mettre au jour une perle ; avec
cette Inſcription:
DONUM HOC PEPERERE
PROCELLÆ .
ce qui ſignifie ,
Jesuis un don de la tempeste.
On en expliquoit le ſens..
dans le Quatrain fuivant.
Au milieu desflots agitez,
En naiſſant je brave l'orage :
Et malgré la tempeste& les vents
irritez,
Demes dons précieux j'enrichis le
La quatrième étoit à l'hon
rivage.
neur de Madame la Ducheffe
de
GALANT 49
de Bourgogne , ſous le même
Symbole que la précedente ;
mais avec cette autre Infcription
:
CHARIOR EX PARTU,
c'est - à- dire ,
Le don qu'elle nous fait la rend
plus précieuse.
C'eſt cequ'on expliquoit par
les Vers fuivans .
La Princeffe qui fait le bonheurde
la France ,
Vient de le rendre plus entier ,
En donnant à LOUIS un cinquiéme
Héritier.
Pourses vertus,poursa naiſſance,
Pourfon rare mérite elle avait le
bonheur own
Septembre 1704. E
50 MERCURE
De tous nos bons François de poffe
der le coeur ;
Mais quoi- qu'aimable d'ellemème,
C'est encor pourses dons qu'on l'eſtime
&qu'on l'aime .
La cinquiéme marquoit les
Emplois futurs du nouveau
Prince , & l'imitation des vertus
de ſes Ancêtres ,& en particulier
de celles de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
On avoit choiſi pour le corps
de la Deviſe un jeune Aiglon
dans ſon nid , qui regardoitfans
crainte les foudres entre lesferres
de l'Aigle dont il est l'éleve.
L'ame de cette Deviſe étoit :
GALANT SI
PATRIS HÆC AD FUL ,
MINA NASCOR .
c'est- à- dire ,
F'apprendray de mon pere à bien
lancer lafoudre.
200
On l'expliquoit plus au long
par les Vers qui ſuivent.
Digne Heritier de l'Aigle à qui je
dois la vie ,
Je marque déja par mes yeux
Que ma plus génereuse envie
Sera de m'élever comme luy vers les
Cieux ,
De dompter les Tirans , de les réduire
en poudre ,
De renverſer leurs vains projets i
Et pour lefaire avecfuccés ,
E ij
52 MERCURE
J'apprendray de mon pere à bien
lancer la foudre .
:
La fixiéme étoit à l'honneur
du même Prince. On avoit
peint un Alcyonfur une mer qui
commençoit àſe calmer , avec ces
mots qui marquent la proprieté
de cet Oiseau.
SPONDET TRANQUILLA
, VEL AFFERT .
ce qui veut dire ,
Il préſage le calme , ou bien même
il l'apporte.
La ſeptiéme eſtoit encore
àl'honneur de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & figni-
!
GALANT 53
fioit l'heureux ſuccés de ſes
couches dans un âge peu avancé.
On avoit peint l'Aurore qui
produiſoit le premier rayon du
jour au Solstice d'Efté , avec ce
mot Latin :
ET CLARO ET PRÆPETE
PARTU.
ce qui fignifie ,
Si j'enfante lejour , c'est avec
promptitude,
La huitiéme réüniffoit toures
les Perſonnes Royales , à
qui par fucceffion eſt dévolu
le droit de la Couronne. Elle
avoit pour corps , une branche
E iij
54 MERCURE
de Grenadier chargée de ſes fruits,
qui ont tous cette proprieté
d'avoir une eſpece de diademe
naturel, l'Inſcription étoit :
QUOT AB UNA STIRPE
CORONA ,
c'eſt à dire ,
Combien fur cette tige on verra
de Couronnes ,
Je ne dois pas oublier de
vous dire , que ces Réjoüiffances
ont continué encore longtemps
aprés les premieres Feftes.
M' Gayet Lieutenant de
Roy , & Maire de la Ville , qui
eſt en même temps Capitaine
GALANT 55
des Arquebufiers , s'eſt encore
diftingué par une Feſte
donnée dans le Jardin des
Chevaliers de l'Arquebuſe.
Parmy les ornemens qui fervoient
à la décoration, on admira
fur tout la Deviſe , par
laquelle on marquoit l'empref
ſement de ce Magiftrat à donner
à ſa Compagnie l'exemple
d'une fincere demonſtrationde
joye. On avoit pour cet effer
tiré de ſes Armoiries le Symbole
du Coq, qui-chante&applaudit
, pour ainſi dire , aux
couches de l'Aurore , lors
qu'elle enfante le jour , & qui
E iiij
56 MERCURE
non content d'y applaudir ,
réveille encore tout le monde
pour ſe réjoüir avec luy. L'application
de cette Deviſe à
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
, repreſentée par l'Aurore,
à Monfeigneur le Duc de
Bretagne , reprefenté par le
Four naißant, qui eft comme un
rayon du Soleil , fut trouvée
affes heureuſe. Ces deux vers
Latins faifoient l'ame de la
Devife.
:
AURORA DUM PARIT
DIEM ,
GALLO EXCITANTE
PLAUDIMUS .
Le ſens en étoit developé
i
GALANT 57
plus au long dans les vers ſuivans
où les Chevaliers parlen .
Tandis qu'une jeune Princeſſe
Remplit la France d'allegreſſe ;
Que semblable à l'Aurore elle enfante
le Jour ,
Le Coq, pourluy fairesa Cour;
Celebre sa naiſſance , & dit enfon
langage ,
Que ce jour qui renaist , est d'un
heureux preſage.
Excitezpar son chant ,joignonsnous
donc à luy ,
Et dégagez de tout ennuy ,
Diſons en le voyant paraitre :
Loin d'icy fombre nuit , & toy morne
sommeil ;
Lejeune Prince qu'onvoit naître ,
Eft l'éclatant rayon d'un plus brillant
Soleil.
58 MERCURE
Une ſeconde deviſe auſſi ſinguliere
que la precedente marquoit
la magnificence du Prix
propoſé auxChevaliers parM
Gayet Capitaine de la Compagnie.
Chacun y ſignala fon
adreſſe en le tirant. La Deviſe
deſignoit en particulier M
Tauxier , Roy des Arquebu
fiers .
On avoit peint pour le faire
connoiſtre , lefeu des Ricochets
, qui eſt un divertiffement
innocent , que la jeunefneffe
prend quelquefois fur le
bord de la Marne , en friſant
la furface de l'eau avec uncail
GALANT 59
lou plat , qui à chaque bond
qu'il fait , forme un cercle qui
luy tient lieu de Couronne
L'inſcription Latine , où l'on
faifoit parler la Marne , confiſtoit
en ces trois mots :
TANGENTEM PERCUSSA
CORONO .
Elle veut dire en François .
Jeforme une couronne à celui qui
mefrape.
L'explication : la Marne parle.
Sur la furface de mes eaux ,
Tandis qu'elle est calme &tranquille
;
Onsefait des plaiſirs qui font toujours
nouveaux ,
Oùſouvent l'agréable eftjoint avec
Putile. }
60 MERCURE
Fugezfi le gain eft petit
Pourceluy qui s'y divertit ;
Puisqu'à chaque coup qu'il me
donne ,
Ilapourprix une couronne.
La juſteſſe de cette Deviſe
confitte dans l'application qui
ſe fait d'un jeu à un autre jeu;
car de même que dans celuy
de Ricochets , le caillou qui
forme le plus de cercles en frapant
l'eau, eft celuy qui merite
le prix : ainſi le Chevalier qui
frape le plus ſouvent le noir ,
eſt celuy qui l'emporte fur les
autres.
La Meſſe ſolemnelle où les
Chevaliers affifterent ic matin,
GALANT 61
& le Te Deum , qu'ils firent
chanter le ſoir en Muſique
dans l'Egliſe des Peres Auguſtins
, enfin les illuminations
quidurerent toute la nuit, ſont
des marques de l'affection de
cette Compagnie pour S. M.
Celuy qui ſe diftingua leplus
en tirant le Prix , fut M' Pierre
Guyot , le plus ancien des
Chevaliers , dont l'adreſſe eſt
d'autant plus à eſtimer , que
fon âge de ſoixante & feize
ans ſemble moins propre à
ces fortes d'exercices.
L'Egliſe de ſaint Sernin de
Toulouſe eſt une des plus an62
MERCURE
IF
ciennes , & des plus ſaintes
Eglifes du monde Chrêtien :
elle a efté conſacrée au commencement
du 11 fiecle par
le Pape Urbain II. &non feulement
ce Pape , mais fes predeceſſeurs
luy avoient déjaaccordé
de tres-grands privileges;
mais ce qui la rend encore
plus recommandable , eft le
grand nombrede Corps ſaints
qui y repoſent , entre lefquels
on compte huit Apôtres.
Et comme elle doit ce precieux
dépôtà la pieté de l'Empereur
Charlemagne , & de
pluſieurs Rois de France fes
GALANT 63
ſucceſſeurs , qui ont fait euxmêmes
des voeux dans cette
Eglife , & l'ont enrichie de
magnifiques prefens ; il étoit
juſte que dans la joye publique
, que toutes les Communautez
fcculieres & regulieres
de cette Ville ont témoignée
pour l'heureuſe naiſſance de
Monſeigneur le Duc de Bre
tagne , le Chapitre de faint
Sernin ſe diftinguaſt par des
marques extraordinaires de fon
zele; pour cet effet le 22.Juillet
le Chapitre ayant ordonné
des Prieres dans fon Eglife
pour remercier Dieu de l'heu
64 MERCURE
reuſe naiſſance de ce Prince,
& fait un voeu particulier pour
ſa confervation ,un peuple infini
accourut à cette Egliſe
pour joindre ſes prieres à celles
du Chapitre ; & pendant
ce jour , toutes les Reliques
des Saints furent expoſées , ce
qui augmenta la pieté des fidelles
.
La veille du jour marqué
pour chanter le Te Deum , on
entendit pendant toute la nuit,
le bruit de la Mouſqueterie ,
& de pluſieurs pieces de Campagne
qu'on avoit fait ranger
fur les grandes voutes de l'EGALANT
ός
glife , ce qui annonçoit àla
Ville & aux Campagnes voifines
l'excés de la joye de ce
Chapitre.
LeLe lend lendemain à dix heures
du matin un grand nombre
d'Officiers du Parlement , les
Capitouls & le Corps de Ville
ſe rendirent à cette Eglife ,
& aprés la grande Meffe celebrée
par M' l'Abbé de Bur--
ta , grand Vicaire de M² l'Abbé
de faint Sernin , on chanta
le Te Deum'en muſique de
la compofition du S' Aphrodiſe
, Maiſtre de Muſique de
ce Chapitre que les Connoif-
Septembre 1704 . F
66 MERCURE
feurs ont trouvé excellent , &
ont avoüé n'avoir rien enten
du de fi beau & de fi harmonieux.
A l'entrée de la nuit , le
clocher de cette Egliſe qui eft
percé à fix ceintures , & un
des plus élevez qui foient dans
Toulouſe fut éclairé depuis lo
bas jufques à la pointe.
Tout le Frontiſpice de cette
Egliſe qui est une des plus
grandes du Royaume n'eſtoir
pas moins illuminé que le clocher
, & toutes les murailles &
les Pilaſtrés étoient également
éclairez , enforte que ce vaſte
GALANT 67.1
Edifice paroiſſoit tout brillant
de lumieres , on y en compta
juſqu'à fix mille de cire blanche
, qui n'étoient ſeparez que
par des ornemens aux Armes
de France , de Bourgogne &
de Bretagne. Les deux grands
Portails de cette Eglife , qui fe
trouvent enrichis de pluſieurs
ornemens d'Architecture é
toient remplis auffi d'un grand
nombre de lumieres , & for
moient un ſpectacle merveil
leux. Celui qui fait face à la
grande ruë au deſſus duquel
étoit placé le Portrait daRoy,
bordé de trois rangs de bou
Fij
68 MERCURE
plus
gies , ſe découvroit le long de
cette grande ruë dans la diftance
de plus de cinq cens toiſes
, ce qui fit dire à pluſieurs
Etrangers que la curioſité y
avoit attirez , qu'un pareil ffectacle
auroit eſté trouvé tres-beau,
même dans la Ville de Rome.
Au milieu de la Place qui
eſt au devant de cette Eglife ,
on avoit dreffé un beau feu
d'artifice. Il y eut un fi grand
concours de monde , que les
avenuës étoient inaceffibles;les
feneftres des maiſons voifines
eftoient remplies juſques fur
les roits.
GALANT 69
Deux heures avant qu'on
tiraft ce feu, on tiraun grand
nombrede tres be'les fuſéesvolantes,
tandis que les trompettes
, les hautbois & les violons
qui étoient placez fur une maniere
d'amphiteatre joüoient
alternativement , & n'étoient
interrompus que par les ſalves
demouſqueterie,par le ſondes
cloches&par les acclamations
du peuple qui crioit vive leRoy.
La nuit venue qui fut une des
plus obfcures &des plus tran
quilles de cette année , on mit
le feu à la machine qui eût
tout le ſuccés qu'on s'en étoit
70 MERCURE
promis. Une infinité de lances
àfeu rangées fort prés l'une
de l'autre s'allumerent en un
inſtant , en éclairerent tous les
coftez , & un nombre infini de
fuſées remplirent l'air de feu ,
& retombant en étoiles & en
fleur de Lys , firent un effer
merveilleux. Un Soleil élevé fur
le haut de la machine &éclairé
de toutes parts , parut tout en
feu ,&ne fut point confumé.
Le feu étant fini , les ſalves
de mouſqueterie & des pieces
de campagne qui étoient
placées ſur les voutes de cette
Eglife , continuerent.
GALANT 71
On peut dire que dans cette
occafion Ms les Chanoines de
Saint Sernin n'ont épargnény
foin , ny dépenſe pour répon
dre à la dignité de leur Eglife
& au zele qu'ils ont toûjours
eû pour le Roy & pour l'accroiffement
de la famille
Royale , pour laquelle ils ne
ceffent point de renouveller à
Dieu leurs voeux& leurs prica
res,par l'interceffion des Saints
dont les Corps repoſent dans
cette fainte Eglife.
C
Les Peres de la Doctrine
Chreftienne de la meſme Ville
ont auffi fait de grandes ré
72 MERCURE
joüiffances au College de l'Efquille.
Le cinquiéme Aouft , on
chanta une Grand'Meſſe & le
Te Deum, dans la Chapelle de
ceCollége. A trois heures aprés
midi, le Pere Prozat Profeffcur
de Rhetorique prononça un
diſcours Latin , où il renferma
deux chofes qui lui fervirent
de diviſion. La premiere , la
joye que le Roy reçoit de voir
multiplier ſa race juſqu'à la
quatriéme generation. La ſeconde
, le bonheur que la
France doit efperer de cePrince
nouvellement né. Le Parle
ment,
GALANT 73
ment , l'Univerſité , les Capitouls
avec quantité de gens de
lettres & de diſtinction aſſiſterent
à cette action qui fut fort
applaudie.
Le même jour , vers leshuit
heures du foir , on fit une illumination
qui fut trouvée de
fort bon goût; pour en juger,
imaginez-vous une grande &
belle façade à quatre étages ,
de quarante toiſes de long ,
qui n'eft dominée d'aucun endroit
, percée de trois rangs
de croiſées , élevée ſur des
Arceaux , feparée par des Pilaſtres
felon les trois ordres de
Septembre 1704.
G
74 MERCURE
P'Architecture ; les étages ſeparez
par des corniches , débordant
d'environ trois pieds
& demi ; on voyoit fur cette
vaſte étenduë plus de fix mille
lumieres , dont la difpofition
étoit encore plus agréable que
le nombre.
La premiere corniche qui
eſt ſur les Arceaux, étoit bordée
de falots aux Armes de
France & de Bretagne garnis
de bougies ; l'entre-deux étoit
étoit éclairé par des coquillages.
Sous chaque fenêtre s'élevoit
une piramide à trois
faces de quatre pieds & demi
GALANT
75
de haut fur deux & demi de
large , éclairée de plus de fix
vingt lumieres ; aux côtez des
fenêtres le long des pilaftres
s'élevoient auſſi deux piramides
à trois faces d'environ cinq
pieds & demi de haut, fur deux
& demi de large , éclairées de
même ; l'embrafure des fenêtres
coupée par quatre rangs
de lumieres, faifoit une eſpece
de rhombe de neuf pans de
haut fur cinq de large , élevé
fur les trois piramides qui paroiſſoient
luifervir de baze. Les
deux autres corniches étoient
éclairées de la même maniere .
Gij
76 MERCURE
L'arrangement étoit tel que
d'un coup d'oeil on voyoit fur
quinze Arceaux , trois corniches
, quarante-cinq croifées
& quatre-vingt-feize piramides
toutes en feu ; & comme
au milieu de la façade il y a un
angle rentrant, on y avoit élevé
une piramide de dix pieds
de haut ſur ſept & demi de
large , & on y avoit tellement
ferré les falots & les coquillages
que l'on voyoit dans ce
petit eſpace plus de mille lumieres.
Sur cette piramide
on avoit placé le Portrait du
Roy , fur ce Portrait par une
GALANT 77
invention affez particuliere ,
on liſoit en gros caracteres
de feu ces mots
Roy.
IS
د
Vive le
Ms les Capitouls toûjours
zelez pour ce qui regarde Sa
Majefté ,& toûjours attentifs
à tout ce qui peut concourir
à rehauffer la gloire de leur
College , affifterent en ceremonie
à cette réjoüiſſance ; ils
vinrent precedez de la Compagnie
du Guet , & parmi le
bruitdes tambours & des fanfares
firent faire aux foldats
pluſieurs decharges de moufqueterie.
Ce bruit uni aux ac-
Gij
78 MERCURE
1 clamations du Peuple produifoit
une ſecrette joye dans le
coeur de tous les Spectateurs ,
parmi leſquels il y avoit beaucoup
de gens de qualité.
Vers les neufheures , on vit
tout à coup l'air rempli de fufées
volantes qui partoient d'un
feu d'artifice qui commença
alors à joüer : Il ſeroit difficile
de vous dire la varieté de l'artifice
; tout le monde avouë
qu'on n'avoit vû depuis longtemps
un feu accompagné d'un
fi grand nombre de fufées , de
petards , & de tourbillons de
flammes ,& quieuft efté d'une
!
GALANT 79
ſi longue durée, qui eft ce qu'il
y a de plus agréable dans ces
yad
fortes de ſpectacles : mais ce
qu'ily avoit de plus fingulier ,
c'eſt qu'on voyoit un ſecond
Vive le Roy, d'un grand pied
de haut , formé par de vives
flammes, qui durerent preſque
autant que le feu d'artifice :
voicy quelle en eftoit la diſpofition.
Sur une plate-forme quarrée
de trente pieds de face, s'élevoient
quatre Tours , qui ſe
communiquoient par autant
degalleries: au-deffus on voyoit
un autre rang de galleries
Gij
80 MERCURE
moins long que le premier ,
plus haut regnoit un eſpece
de Donjon de figure quarrée..
Sur leDonjon s'élevoit unpiédeftal
, fur le piédeſtal une colonne
de fix grands pieds , fur
la colonne une ſtatue en boffe
qui repreſentoit un jeune Enfant
qui portoit à la main un
rameau d'Olivier , figne de la
Paix, avec ces deux Vers , qui
font voir qu'on regarde lanaiffance
de ce Prince comme le
preſage dela Paixdans le temps
de la Guerre la plus échaufféc.
Dum pelago , Terrâque furit..
Mars impius : Orbi
GALANT 81
Nafcitur optata pacis prænuncius
Infans.
Les réjoüiſſances du College
de l'Eſquille ne finirent pas
ce jour - là. Le Profeſſeur de
Rhetorique a accoûtumé de
dedier tous les ans une Piece
deTheatre à M's les Capitouls
pour la diftribution du Prix
de l'Eloquence & de la Poëfie.
Elle fut repreſentée le vingtiéme
Aouft : elle fut precedée
d'un Prologue fur la naiſſance
de Monſeigneur le Duc de Bretagne
, & ornée de chants &de
ballets qui avoient un rapport
82 MERCURE
fi fingulier à la joye univerſelle
que cauſe cette naiffance
que les Connoiffeurs virent
bien que c'eſtoit ce Prince qu'-
on avoit eu principalement en
vuë ; ce qui fit un veritable
plaifir àM les Capitouls , qui
ſe ſentirent fort honorez de
preſider à une action qui ne
ſembloit faite que pour lagloire
de ce nouveau Prince.
Le Pere Dardene Profeſſeur
dans le même College , fit le
vingt - deuxième , reprefenter
une Piece de Theatre allegorique
, ornée d'Entrées de ballets
& de Muſique , intitulée LE
GALANT 83
rs
BERCEAU DE DAPHNIS
& qui estoit uniquement ſur la
naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Bretagne ; il l'avoit dediée
à Ms du Parlement. M
le Preſident Riquet pria les
Chambres d'y afſiſter ; il le fit
avec d'autant plus de plaifir
qu'il avoit efté le premier à
donner l'exemple du zele que
l'on doit témoigner dans ces
occafions ,par une Feſte particuliere
qu'il avoit faite ſur ce
fujet , & qui tenoit de cette
magnificence dont il a accoûtumé
d'accompagner tout ce
qu'il fait à la gloire de SaMa
84 MERCURE
jefté. Il y aſſiſta avec M du
Parlement ,& un grand nombre
de perſonnes de diftinction.
L'Aſſemblée ſe retira ,
fort fatisfaite de l'Auteur &
des Acteurs.
Je viens de recevoir l'Infcrip--
tion ſuivante , faite par ces
meſmes Peres. On a peint la
France environnée de toutes
parts d'ennemis qui ne cherchent
qu'à la perdre ; elle conſerve
pourtant un air fier &
tranquille , ſe repoſant ſur le
fecours qu'elle attend de la
Famille Royale ; qu'elle regarde
comme ſon rempart invinGALANT
85
cible ; avec ces deux vers :
Rex proavus , Delphinus avus
Burgundius heros ,
Nata recens proles , arxfunt tutiffima
gallis.
On n'a pas oublié Monfeigneur
leDucde Berry; il eſt repreſenté
dans ſon lieu, comme
un nouvel appuy de laNation
Françoiſe avec ce vers :
د
Biturigum Dux promptus adeft,
•ſpes altera gentis.
Les Capucins de Laval don86
MERCURE
au
nerent le dix d'Aouft des marques
de la part qu'ils prenoient
àla joye & à la felicité publique.
Ils chanterent dans leur
Egliſe unTeDeum avec l'Exaudiat,
Ils avoient fait dreſſer dans
leur jardin un bucher de plus
de vingt pieds de hauteur
haut duquel on avoit mis un
Drapeau & une couronne Ducale;
il eſtoit orné de beaucoup
de lauriers qni marquoient les
Victoires du Roy. Le foir le
feu fut mis à ce bucher au
bruit des décharges de plu
ſieurs petites pieces de canon ;
toutes les feneftres du ConGALANT
87
vent eſtoient illuminées
د
&
cette illumination dura jufqu'au
lendemain matin , elle
eſtoit d'autant plus belle que
la face de ceCouvent à trentequatre
toiſes de long. Les falves
qui estoient de dix coups
chacune ſe firent entendre
pendant le Te Deum de Matines.
Le Juge de Police de lamê
me Ville , dont la maiſon regarde
le Convent des Capucins
, fit drefferdevant ſa porte
un Feu en triangle , dont lemilicu
eſtoit rempli de lumieres ;
il fit placer aux trois faces de
88 MERCURE
ce triangle , les armes de Fran- .
ce , celles de Bretagne ,& celles
de Monfieur le Duc de la
Trimoüille , qui eſt Seigneur de
Laval , qui ſe firent diftinguer
de loin par le moyen des lumieres
enfermées dans le triangle.
Deux cent Habitans de
ſon quartier eſtoient ſous les
armes. Il fit defoncer une Barrique
contenant pluſieurs pieces
de vin , il tint table ouverte
& donna le bal .
Anne de Schelandre veuve
re
de M Gedcon de Conquerant,
Dame de Tourzerou
GALANT 89
Dioceſe de Rheims , aprés
avoir vécu quatre vingt - ans
dans l'herefie de Calvin , a enfin
abjuré entre les mains du
Pere Albert Guilluy , Definiteur
des Peres Cordeliers , le
10. de Juillet , en prefence de
M² le Marquis de Joyeuſe
de faint Lambert fon parent.,
& de plus de fix cens perfonnes.
Il ne manquoit rien à cette
Dame que la veritable Re
ligion, ayant toutes les vertus
morales. Elle faifoit de fon
Château un Hôpital , où les
pauvres & les malades trouvoient
leur foulagement ; fa
Septembre 17.04. H
90 MERCURE
femme de chambre , à fon
exemple , a pareillement abjuré
entre les mains du même
Pere Guilluy le 21. de Juillet.
Madame de Schelandre , aprés
avoir rreeççûû les Sacremens mourut
le 30. du même mois. Jamais
converſion n'a cauſé plus
de joye dans la Province aux
veritables Catholiques ,nyplus
•de conſternation aux Calviniſtes
; elle a eſté viſitée par
Monfieur le Duc de Mazarin ,
par m de Joyeuſe , le Comte
d'Afpremont , le Comte de
Talſy , frere de M² l'Evêque
de Chartres , & par toute la
rs
GALANT 91
Nobleſſe du pays , qui s'en eſt
retournée tres-édifiée.
Monfieur le Cardinal Marc-
Delfino , Evêque de Breſcia ,
eftmort dans un âgepeu avancé
dans ſa Ville Epifcopale ; il
avoit eſté Nonce en France ,
où l'on conferve pour luy un
tendre ſouvenir : fon merite
perſonnel & fes belles qualitez
l'avoient fait generalement
eſtimer. Il eſtoit creature d'Innocent
XII. ce Pape l'ayant
honoré de la pourpre Romaine
: ce Cardinal eſtoitVe
nitien. La maiſon Delfino a
toûjours tenu dans la Repu
Hij
92 MERCURE
blique de Veniſe un rang con
fiderable ; elle eſtunedes vingtquatre
anciennes de cette Ville
, & elle a eſté feconde en
hommes illuftres. Jean Delfino
, qui vivoit au commencementdu
dernier ficcle , fut fait
Cardinal par Clement VIII.
Nicolas Delfino qui a ſervi fa
Republique en diverſes occaſions
, ſçavoir dans les Ambaffades
, & dans la Charge de
General des Iflcs de Levant de
Candie , épouſa Elizabet Prioli
, de la famille de laquelle une
branche ſubſiſte encoreà Amiens
, & dont feu M² Prioli ,
r
GALANT 93
celebre Hiftorien , eftoit chef:
il en eût Jean Delfino , qui naquit
en 1617. il fut Senateur
de Veniſe, puis Patriarche d'Aquilée
; il a fait pluſieurs ou
vrages en profe & en vers ,
fon Eloge ſe trouve dans la
ſcena d'huom. illust. d'Italia de
gualda Priorato , & dans l'Ouvrage
des hommes de Lettres,
de Lorenzo Craffo. Le Cardinal
Jean Delfino qui eftoit encore
de cette famille , & Patriarche
d'Aquilée fut honoré de
la pourpre Romaine en 1667.
par le Pape Alexandre VII.
LLaa VViillllee ddee Breſce ou Brefcia
94 MERCURE
eft en Lombardie ſur le Gotzo
prés de la mela , l'Evêché
eſt ſuffragant de Milan , c'eſtoit
le pays des anciens Cenomanois.
L'Evêque deBreſce a le titre
de Duc , de marquis , & de
Comte ; on garde dans laCathedrale
la Croix qui apparut
àConſtantin. On ycelebra des
Synodes en 1574. 1582. &
1614. On compte dans cette
Ville prés de cinquante mille
Habitans ; elle eſt capitale du
païs Brefçan.
Compliment fait à M'I'Evêque
d'Agen le jour de fon
Entréepublique dans la Ville
GALANT 95
d'Aiguillon par m² du Manoir
de Caën , Regent de la Langue
Latine dans la meſme
Ville ..
C'est autant par zele &par
inclination , Monseigneur , que
par devoir , que nous nous préſentons
devant voſtre Grandeur
pour luy faire un tres-humble
bommage de nostre parfaite foumiffion
, & du profond respect
dont nous ſommes vivement penetrez
à la vûë de cette foule de
merites & de vertus éclatantesdont
Dieu l'a comblée , &qui
aprés avoir fait l'admiration de la
premiere Cour du monde, me96
MERCURE
د rité l'attention du plus grand , du
plus religieux & du plus éclairé
Monarque de la terre , continuent
encore au travers des voiles que
Leur oppoſeſans ceſſe vostre parfaite
humilitépour les cacher,de
répandre au dedans & au dehors
de la France de fi vives lumieres,
qu'il n'y aperſonne qui ne vous
regarde déja comme un des premiers
Prelats de ce Royaume ,
un modelle achevé du Sacerdoce.
Lorſque nostre grand Prince,
qui accompagne toutesses actions
d'une pieté veritablement Chreftienne
&heroique , & qui par
faſageſſe &ſes vives lumieres
feconde
GALANT 97
feconde en tout heureuſement les
ordres fecrets de la Providence ,
vous a élevé par un choix auffi
judicieux que defintereffé à l'Episcopat,&
à la dignité de Prince
de l'Eglise & de Succeffeur des
Apoftres , dont vous vous eſtiez
rendu digne depuis longtemps. Il
vous a rendu justice , & a commencéde
récompenfer vostre vertu
&& voſtre merite.
Cette justice jointe au grand
defintereſſement que Sa Majesté a
fait paroiſtre en faisant ceder le
plaisir qu'elle goustoit en vouspoffedant
au milieu de fa Cour en
qualité defon Pasteur , aux inte-
Septembre 1704. I
98 MERCURE
rests de l'Eglised'Agen , qui aprés
la mort defon tres-cher Prelat ,
avoit besoin pourſon gouvernement
de toute l'ardeur de vostre
zele , des grands exemples de
voftre parfaite charité, &de vos
vives lumieres ,font des preuves
éclatantes de l'eſtime touteparticuliere
dont elle a toûjours honoré
voſtre Grandeur , &de la bonté
finguliere qu'elle a témoigné en
toutes occafions à ce Diocese,pour
qui elle a eu une attention route
extraordinaire , afin de le dédommager
de la perte de vostre illuftre
Prédeceffeur, qu'on peut direfans
nulle exageration , avoir esté un
SHRADE DELA VILLE
*1899
EQUE
DEL
n'a pas
GALANT
des premiers hommes de fon f
Ce choix,Monseigneur, quelque
violence qu'il aitfaite à voſtre
profonde humilité, vous afait un
tres-grand honneur ,
peufervy à rehauffer l'éclat de
toutes vos vertus , la haute
estime que vous avoit acquis
voſtre rare merite dans tout le
Royaume ſoit qu'on confidere le
grand Prelat à qui vous avez
fuccedé, ou qu'on envisage la vaſte
étenduë du Diocese que vous gouvernez,
qui fans parler de plufieurs
Saints Martyrs & Confeſſeurs
qu'il a toûjours compté entreſes
Pasteurs dans la primitive
1
I ij
100 MERCURE
Eglife,&qui ont bbrriillllééfur fon
Siege Epifcopal comme autant
d'aftres vivans placez dans la
fainte Sion ,a toujours esté comme
en poffeffion dés les temps les plus
reculez du Chriftianiſme , d'estre
gouvernépar les plus grandes lumieres
de l'Eglife.
Quoique nous ſoyons des derniers
, Monseigneur , à feliciter
voftre Grandeur fur ce grand évenement
,qui ne luy estpas moins
glorieux , qu'il est avantageux à
toute cette Province, qu'il rend la
plus heureuſe de toutes celles du
Royaume , puiſqu'en vous poffe .
dant elle peut avec justice feflater
GALANT 101
d'eſtre honorée de la faveurdefon
Prince &deſon entiere confiance ;
nous pouvonsneanmoins protester,
Monseigneur , que la Renommée
Monseigneur.
aprés la mort du grand Mafcaron,
n'eut pas pluſtoſt publié la nomination
que S. M. avoit faite en
faveur de vostre Grandeurpour
remplir fa place , qu'incontinent
nous en remerciâmes Dieu pardes
Sacrifices de loüanges que nous luy
preſentâmes. Ayant enfuite abandonné
noſtre coeur au plaisir enchanté
qu'il reffentit interieurement
d'une fi heureuſe nouvelle ,
nous fiſmes éclater au dehors l'excés
de nostre allegreffe par la part
1
I iij
102 MERCURE
que nous priſmes à celle quefirent
paroiſtre publiquement par tout
vos zelez Diocesains.
Nous ne bornâmespas ,Mon-
Seigneur,les mouvemens empreſſez
de noſtre zele à de ſimples demonſtrations
de joye , ils allerent bien
plus loin ; carnousfiſmes des voeux
pour la confervation de vostre
Grandeur & établiſmes des Prieres
publiques dans nos claſſes pour
fon heureuſe arrivée danssaVille
Epifcopale d'Agen.
Ayant donc le bonheur, Mon-
Seigneur, de voirpreſentement nos
Prieres heureusement exaucées,
nos voeux entierement accomplis
GALANT 103
&enfin de vous poffeder au milieu
de nous à la teſte d'un nombreux
Clergé autant reſpectable
parsapieté,qu'illustre&recommandable
parſon propre merite
Sa rare doctrine ,permettez-nous ,
s'il vous plaiſt , de profiter de ces
heureux momens de vostre préfence,
afin defuplier tres-bumblement
voſtre Grandeur de nous accorder
l'honneur de fa bienveil
lance &deſa protection , & la
grace de ne puiſer ailleurs qu'en
elle toutes les lumieres dont nous
aurons besoin pour l'avancement
&le progrés de nos écoliers dans
lapieté&dans les belles Lettres.
I iiij
104 MERCURE
Nous ofons bien,Monseigneur,
affurerpar avance V.G. que tous
les momens de noſtre vie nous chercherons
toutes fortes d'occaſions ,de
meriter d'elle ces infignes faveurs
par un dévoüement fincere àſes
reglemens , & une obéiſſancefoumise
,&refpectueuse à tous ſes
ordres , que nous écouterons comme
autant d'Oracles facrez ; &
enfin par l'ardeur de noftre zele à
remplir fidellement tous nos devoirs
,&àfatisfaire aux moindres
obligations de noſtre eſtat .
Attendant les heureuſes conjonctures
, Monseigneur, de pouvoirfacrifier
à V.G. les premices
1
GALANT 105
de nos coeurs & de nos volontez
par nostre parfaite foumiſſion,
nous la conjurons tres-refpectueufement
, d'avoir pour agréable ,
que par reconnoiſſance nous luy
Jouhaitions une longue vie , un
heureux gouvernement , &toutes
fortes de graces , & de benedictions
du Ciel , tant pour elle , que
pour tout le troupeau que Jesus-
Chrift leſouverain Pasteur afou
mis àſa conduite.
Les Jeſuites de Dole en
Franche - Comté , & pluſieurs
Particuliers
particuliers de la Ville & de
la Province , ont auſſi témoi
106 MERCURE
gné leur zele pour Sa Majefté ,
àl'occaſion de la naiſſance de
Monſeigneur le DucdeBretagne,
en celebrant dans le College
une Feſte , accompagnée
d'une piéce de Theatre , de
Choeurs de Muſique , de recits
, de machines , de danſes ,
d'intermedes , & de tout ce
qui contribuë à rendre un
fpectacle pompeux & divertiffant
; la Feſte qui a duré
trois jours , a fini par un
magnifique Carroufel. Ceux
qui compofoient le Carrou
fel eſtoient leſtement veſtus
& ont charmé tous les Spec-
C
GALANT 107
tateurs , tant de la ville que
des environs qui estoient ac
courus pour voir cette Fefte.
Voicy ce qui s'eſt paffé à
Florence , & en d'autres Villes
d'Italie , à l'occaſion de la
naiſſance de Monfeigneur le
DucdeBretagne.
Cette nouvelle ayant eſté
apportée à Florence le Juil
let dernier par M² de Perceval
, courier du cabinet ,M
Dupré qui eſt en cette Cour ,
depuis prés de dix années , en
qualité d'Envoyé extraordi
naire du Roy , en alla auffi
toft faire part à Monfieur le
108 MERCURE
*
Grand Duc , à Monfieur le
Prince , & à Madame la Princeffe
de Tofcane , & à Mon
fieur le Cardinal de Medicis
,
auſquels il preſenta les Lettres
du Roy, de Monſeigneur , &
de Monfeigrieur le Duc de
Bourgogne qui furent reçûëss
avec des demonftrations d'une
joye extraordinaire ; Madame
la Princeffe de Toſcane , pour
laquelle il y en avoit une de
là main de Sa Majefté , dit à
M² l'Envoyé tout ce que la
plus vive reconnoiffonce peut
inſpirer , l'aſſurant que cette
Lettre eſtoit pour elle un TreGALANT
109
for qu'elle eftimoit plus que
tout ce qui pouroit jamais luy
arriver.
Dés le lendemain Monfieur le
grand Duc temoigna ſa joye
avec une magnificence digne
de luy,il fit chanter unTe Deum
dans la Cathedrale, où il aſſiſta,
avec Monfieur le Cardinal de
Medicis,& tous les Magiſtrats en
corps,la muſique en étoit admirable,&
cette Fugliſe quieft extrêmement
grande, eftoit par tout
éclairée par de gros flambeaux
de cire blanche , les feux & les
illuminations du vaſte Palais
de Monfieur legrand Duc ont
110 MERCURE
!1
duré trois jours , pendant lef
quels les Tribunaux ont eſté
fermez , & chaque foir l'on
faifoit une décharge generale
de toute l'Artillerie des Fortereffes
; enfin ce Princeadonné
en cette occaſion les mêmes
marques de joye qu'à la naiſ
fance de Monſeigneur leDuc
de Bourgogne.
Le ſoir meſme que la nouvelle
du bonheur qui venoit
d'arriver à la France fut apportée,
m'l'Envoyé l'annonça
au peuple par une illumination
degros flambeaux de cireblanche
à toutes les feneftres de
GALANT III
fon Hoſtel , par une Inſcription
brillante attachée au balcon
, & par des feux ordinai.
res ; ces feux & ces illumina
tions continuerent quatre jours
de ſuite , pendant leſquels il fit
des aumônes , & diftribua de
l'argent pour remercier Dieu
des graces qu'il continue de
repandre ſur toute la Famille
Royale.
M' Dupré , dont le zele ne
peut jamais eſtre ſatisfait lors
qu'il s'agit de la gloire de la
Nation , ordonna auſſi un feu
d'artifice ; mais , comme il falloit
du temps pour le diſpoſer,
<
112 MERCURE
&que ſa joye ne pouvoit fouffrir
d'interruption , il employa
cet intervale à donner pluſieurs
repas ,&entre autres il en donna
un , auquel il n'invita par
preference que le Nonce du
Pape , l'Ambaſſadeur de la Republique
de Luque , & les quatre
maiſtres de chambre des
quatre Cours , dont celle de
Toſcane eft compoſée , avec
quelques autres des principaux
Officiers. M le marquis Rinuccini
, que Monfieur le Grand
Duc a nommé pour aller faire
fes complimens fur cette heureuſeNaiſſance,
eſtoit durepas ,
r
GALANT 113
où tout ſe paſſa avec beaucoup
d'agrement & de gayeté.
Tout eftant preſtpour le feu
d'artifice ; ce feu fut tiré l'onziéme
Aouſt ſur la riviere d'Arne
, au ſon des Trompettes &
des Timbales , entre les deux
magnifiques ponts faits par Mi--
chel-Ange , qui ne font pas
des moindres ornemens de la
Ville de Florence. Les chaiſnes
furent tenduës , afin d'empêcher
les caroſſes d'aller fur les
Quays, qui demeurerent libres
pour le peuple , & l'ordre fut fi
bon, qu'il n'arrivapas le moindre
accident. La Machine haute
Septembre 1704. K
114 MERCURE
de prés de foixante pieds , repreſentoit
la Religion appuyée
fur la France , & fur un Cartouche
, onlifoit ces mots ,
Dux Britannicus fructus Religionis
,
Pour faire entendre , que
ce Prince eſtoit la recompenſe
de l'aplication que Sa
Majefté donne au maintien de
la vraye Religion ; le refte de
la decoration confiftoit en divers
ornemens de pluſieurs manieres
differentes , d'où fortoit
une infinité de feux , qui fai
foient un tres-beau ſpectacle ;
Monfieur le Prince ,Madame la
2
GALANT 115
Princeffe , & Monfieur le Cardinal
de Medicis,Protecteur des
affaires des deux Couronnes ,
P'honorerent deleurs prefences..
M² l'Envoyé a reçûdes complimens
de la Cour , &detout
ce qu'il y a de perſonnes de
diftinction , ſur l'heureux fuccés
de cetteFefte , par laquelle
il a terminé les marques exterieures
de fa joye..
LeNonce du Pape ,&l'Ambaſſadeur
de la Republique de
Luque ont fait auſſi des feux,,
&de tres-belles illuminations ,
ce qui fait bienconnoître quels
font en cela les veritables fen-
Kij
116 MERCURE
timens de leurs maiſtres .
Les Communautez Fran
çoiſes des Peres Feüillents , &
de Saint Antoine ,& tous les
autres François establis à Florence
ſe ſont auffi diftinguez
par des feux , & des illuminations
fingulieres ,pendant quatre
jours ,&par des prieres ferventes
pour la conſervationdu
Roy & de toute la Famille
Royale , en forte qu'il n'y a
point de Ville étrangere où
les demonſtrations de joye
ayenteſté fi generales.Monfieur
le Grand Duc a donné cent
piftoles à m' de Perceval Cou
r
GALANT 117
rier du Cabinet , & Monfieur
le Cardinal de Medicis , cin
quante Loüis d'or
Ce qui ſuit a eſté imprimé
à. Ligourne de mefme que je
vous l'envoye.
118 MERCURE
DESSEΙΝ
ET EXPLICATION
DU FEU D'ARTIFICE
QUE LA NATION FRANÇOISE
eſtablie au Port & Ville de
Ligourne, à fait executer
POUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BRETAGNE.
Au mois d'Aouſt 1704.
Ordres & dimenſions de l'Ar
chitecture.
T'Edifice de ce feu dreßéfur la
grande Place de Ligourne en
droite ligne de la Porte Colonelle
GALANT 119
5
&de celle de Pife , à trois élevations
d' Architecture de quatre faces
chacune..
Les faces de la premiere éleva
tion ont chacune vingt bras de
largeur , fur dix de hauteur,&
font terminées par des piédeſtaux
Sur chaque costé desquels font
peints des trophées d'armes au naturel.
Celles de lafeconde éleva
tion ont chacune dix bras de lar
geurfur quatre de hauteur , des
quatre angles fuperieurs desquelles
faces tombent des confolesfur les
• piédeftaux de la premiere élervation,
ces confoles portans depetits
piédeſtaux fur chacun desquels
120 MERCURE
eft pofée une boulle de marbre. Le
piédestal de la figure du feu qui
fait la troiſiéme élevation de l'architecture
,&dont les quatrefaces
font peintes d'autres differens trophées
d'Armes , à cing bras de lar
geurfur trois &demi de hauteur
dechaque cofté.
Lafigure dont il fera parlé cy
aprés,poséefur ledit piedestal , a
de hauteur entre ſept àhuit bras.
SUJET DU FEU.
Le ſujet du feu , est le Genie
de la France , repreſenté par un
bomme feint , de marbre blanc ود
vestu
GALANT 121
veſtu à la Romaine, ayant la ceinture
& les brodequins de meſme
parure ,&pardeſſus tout un long
manteau . Il tient de la main droite
une trompette qu'il paroist prest à
emboucher , ſur le Gonfanon de
laquelle font écrits ces mots en lettres
majuscules.
POST QUARTAM , DEI
GRATIA QUINTAM
GALLORUM VOTIS
REGIÆ PROLIS GENERATIONEM
ANNUNCIO
.
,
Pour exprimer les voeux ardens
de la Nation pour la Famille
Royale , & pour laprolon-
Septembre 1704. L
122 MERCURE
gation des jours de Sa Majesté
tres-Chrestienne. Cet homme eft
coëffé d'un petit Caſque onMorion
àla Grecque , du haut duquel
il fort une flamme defeu ; deux
petites aiflesyfont attachées ainſi
qu'aux talons,ſemblables à celles
que l'on attribuë à Mercure, que
Amour des François ſi naturelle
pourſes Souverains luy a donné
pourfatisfaire àses voeux empreſſez
, ce qui est exprimépar les
paroles ſuivantes , écrites fur le
Gonfanon d'une ſeconde Trompette
,fur laquelle le Genie de la
France s'appuye de la main gauche
, & dont le bout touche lefoc
du piédestal.
GALANT 123
AMOR ADDIDIT ALAS.
Enfin il a lefabre au coſté, pour
marquer que la Guerre est l'incli-
-nation dominante des François .
Premiere élevation de l'Architecture
, & fes Deviſes.
Sur re la premiere face qui
gardeVenise neuve , eft repréſenté
dans un grand Tableau , le Palais
de la Gloire , où l'on voit Mon-
Seigneur le Duc de Bretagne revestu
du Cordon bleu avec la
Croix de l'Ordre du Saint Esprit,
dans un Berceau couvert d'un
manteau Royal fous un Pavillon
de velours cramoiſi , la Gloire
Lij
124 MERCURE
estant àſa gauche , le Diademe en
teste;ayant une cuiraffe en broderie
avec un Soleil d'orſur l'estomach,
laquelle ofte de la main droite ſa
Couronne de deſſus ſa tefte pour
lamettrefur celledu jeune Prince.
Elle est accompagnée de l'Amour
de la France , qui tient un baffin
d'or dans lequel font plusieurs
Couronnes de differentes especes ,
c'est-à-dire celle de France , celle
du Duc de Bretagne , des Couronnes
de laurier &defleurs d'immortelles
, avec ces mots
QUAS NON CORONAS.
Pour exprimerqu'il n'y apoint
GALANT 125
de Couronnes auſquelles ce Prince
ne puiffe prétendre.
Sur la face opposée regardant
l'Eglise du Dôme, estpeinte dans
un autre grand Tableau , la Province
de Bretagne , repréſentéepar
une Nimphe affiſe , vestuë d'hermines
montrant de la main droite
un Cartouche ſoûtenu par un
Amour,fur lequelfontpeintes les
Armes du jeune Prince , écartelées
de France & de Bretagne
couronnées , ſa main gauche est
appuyée ſur un autre Cartouche
qu'elle tient , où sont les Armes
de Bretagne en plein , avec ces
mots.
Liij
126 MERCURE
HONORAT DEXTRA
SINISTRAM.

Pour exprimer l'honneur que
la Bretagne reçoit de voirſesArmes
écartelées avec celles de France
dans l'Ecu du jeune Prince.
Sur la face regardant la Porte
Colonelle , eft repreſentée au naturel
dans un autre grandTableau
une Minerve ayant un Casque
ou Morion panaché en teste tenant
une demie pique de la main gauche
, es de la droite un bouclier
fur lequel est peint le Chiffre de
Monseigneur le Duc de Bretagne
GALANT 127
en lettres d'orſur un fond d'azur,
avec ces mots en Cronographe.
HIC , DECVS TT OMEN.
Pourfignifierqueſous les auf
pices de ce beau Nomles Arts &
les Sciences , dont Minerve eft
la Déeffe',feront honorez & cultivez
plus que jamais ,&que le
grandPrince qui le porte enſerale
Protecteur.
Sur la quatriémeface de la premiere
élevation de l'Architecture,
regardant la Porte de Pise , est
depeint en couleurs naturelles dans
un autre grandTableau , un Her-
L iiij
128 MERCURE
cule tenant de la main gauche un
grand bouclier élevé ,ſur lequel
est repréſenté un Soleil, qu'il montre
de la droite , &dont il paroist
couvrir divers Enfans , reprefentans
les peuples de France ſous la
figure des Arts liberaux dont chaà
ſon attribut ; sçavoir , la
Peinture , la Sculpture , la Geometrie
, la Muſique ,la Logique ,
cun
&c. avec ces mots.
TUTI DIVINO CLYPΕΟ
PHOEBI.
Pour exprimer que la France
eſt enfuretéſous la protection des
Armes du Roy.
GALANT 129
Seconde élevation de l'Architecture
& fes Deviſes .
Sur la premiere face de laſeconde
élevation de l'Architecture
qui regarde Venise neuve , font
peints en Camayeu bleu , dans un
Cartouche moins grand que les
Tableaux de la premiere élevation,
quatre Soleils en ligne perpendiculaire
& en diminution de grandeurs
, le premier plus grandque
les autres , & ainſi deſuite ; un
rayon ſe joignant à l'autre immediatement
, & le dernier qui eft
le plus petit ayant un visage enfantin,
avec ces mots.
130 MERCURE
LUMEN DE LUMINE,
Ces quatre Soleils reprefentent
leRoy ,Monseigneur,Mon-
Seigneur le Duc de Bourgogne
Monseigneur le Duc de Breta
gne , en ligne directe.
Pour exprimerque la Famille
Royale tire fon plus grand éclat
du Roy, reprefenté par le plus
grand& le plus élevé des qua
tre Soleils.
Sur la face opposée à celle cydeſſus
qui regarde l'Eglise diu
Dôme , eſtrepreſenté en Camayeu
de meſme couleur dans un pareil
GALANT 131
Cartouche un Effein de Mouches
à miel fortant d'une Ruche , qui
paroiſſent toutes ſe réjoüir en s'agitant
autourdu jeune Prince qui
vient de naiſtre , figuré parle Roy
de ces Abeilles ,avec ces mots.
EXULTATIO PUBLICA.
Pour marquer le zele & la
joye de la Nation dans l'heureuſe
naiſſance d'un Prince qui promet
toute forte de bonheur.
Surla face qui regarde la Porte
Colonelle est repreſenté en mesme
Camayeu bleu dans un ſemblable
Cartouche , le premier hemisphere
132 MERCURE
du Globe Terrestre où se trouvent
l'Europe , l'Afie & l'Affrique.
Un Soleil naiſſant paroiſt ſortir
du coſté de la France qui commence
à éclairer ce Globe , avec
ces mots en Cronographe.
ACCEDIT NVMEN.
Pour exprimer la Naiſſance
Royale de Monseigneur le Duc
de Bretagne ,ſimbolifée par celle
de ce Soleil , & la puiſſante protection
que le Commerce peut efperer
de ce grand Prince par mer
&par terre.
Sur la quatriéme face de cette
feconde Elevation d'Architecture
Elevation & Architecture
.
GALANT 133
qui regarde la Porte de Piſe,ſont
peintes en Camayeu bleu dans un
Semblable Cartouche, quatre tiges
de Lis fortis de terre de differentes
hauteurs en diminuant , la
plus petite de ces tiges n'ayant que
des boutons de Lis fans eftre ouverts.
Ils font liez enſemble d'un
cordon bleu avec ces mots.
د
UNITA CRESCUNT.
:
Pour exprimer l'union infeparable
de la Famille Royale de Sa
Majesté Tres - Chreſtienne ,fur
Laquelle le Ciel répandant abondammentſes
benedictions de fiecle
134 MERCURE
enfiecle , en fait voir la quatrie
me generation au commencement
de celui-cy.
Barriere.
Etpour éviter la confusion
afin que l'on puiſſe voir cette decoration
d'unedistance proportionnée,
en luy donnant un nouvel ornement
; on a jugé à propos de la
fermerquarrement ,par uneBarrierre
ou balustrade à une distance
de dix bras de la Machine. Cette
Barriere a des piédeſtaux de fix
bras de hauteurdefigure triangulaire
àſes quatre angles , ſurlefquels
font de grands Vases d'ens
GALANT 135
viron trois bras de hauteur pour
mettre des lumieres artificiellespropres
à éclairer la décoration pendant
le feu.
Troifiéme élevation de l'Architecture.
Les quatre faces de cette derniere
élevation d'Architecture
font, comme il a esté dit cy-deſſus,
ornées de Trophées en bas relief
au naturel, &fervent de piédėstal
au Genie de la France figuré
cy-deffus.Le deffein & difpofition
du feu est de l'invention deMr
le Chevalier de Gibercourt , au-
&
i
136 MERCURE
1
quel Mr de Fontenu à present -
Conful de France à Ligourne
vient defucceder.
Fontaine de Vin .
Vis-à- vis la principale face du
feu qui regarde Venise neuve, est
une autreMachinede douze bras
de hauteurrepreſentant uneGrottte
ornée de peinture , de Pampres de
Vigne , de Lauriers & de pluſieurs
autres verdures naturelles ,
furle devant de laquelle est peint
un Bacchus avec un viſage riant,
à chevalfur une grande Tonne ,
d'où coule du vin dans une efpece
GALANT 137
il
de Baſſin , invitant le Peuple à
boire à laſanté du jeune Prince
pour lequel se fait la fefte ;
montre à cet effet de la main droite
un Cartouche en forme de flacon
qu'il tient de la gauche , appuyé
Surſa cuiffe , où sont écrits ces
Vers Lyriques.
HIC PUER EST BIBENDUS ,
ET SUAVITER CANENDUS ,
HIC PUER EST BIBENDUS
SIT ILLE PRINCEPS JUSTUS ,
LONGEVUS,ET AUGUSTUS ,
SIT ILLE PRINCEPS JUSTUS.
10,10 , 10 , 10 , 10 , 10 .
Ces Vers expriment la joye de
Septembre 1704. M
138 MERCURE
la Nation , &lesſouhaits qu'elle
faitpour le grand Prince dont elle
honore l'heureuſe Naiſſance , &
comme elle ne sçauroit trouver afſez
d'endroits pour bien marquer
tout ce qu'elle en reffent , elle a crû
qu'elle ne pouvoit mieux achever
le troifiéme jour de ſa feſte , que
par un grand feu,pourfaire connoiſtre
celuy dont elle brûle pour
l'auguste sang de ſon Roy ,
qu'en donnant un regal de vin au
Peuple , pour le porter à joindre
ſes voeux à ceux qu'elle fera toujours
pour la conſervation de fa
Perſonne Royale.
GALANT 139
Deffeins , & Explication des Illuminations
faites à la maiſon
de M² de Fontenu , Conful
de France à Ligourne ,
pour la fefte de la Naiſſance
de Monſeigneur le Duc de
Bretagne pendant les 15.
16. & 17. Aouft. 1704 .
Aux cing croisées du premier
Etagefont representez, sçavoir,
Apollonpeint en Camayeu rouge
fur un nuage avec tous ſes attributs
, &de grandeur preſque naturelle
, la teſte environnée d'une
grande lumiere,tenant de la main
Mij
140 MERCURE
gauche un miroir où ilſe regarde,
&au derriere duquel est leChiffre
de Monseigneur le Duc de
Bretagne , ayant autour de luy
trois Amours differemment occupez
, dont un découvre ces mots
écrits fur un Cordon .
PLACENT DIJS SIMILES
ILLIS.
Pour exprimer , que le Roy
repreſentéparle Soleil, qui eſt ſa
Devise , en ſe regardant en ce
miroir , y voit , avec un extrême
plaifir,fon incomparable Famille,
confideréedans Sa PerſonneRoya
GALANT 141
le , & les Princes heritiers pré-
Jomptifs de fa Couronne , fim
bolifez par les trois Amours qui
l'environnent.
CeTableau eft de la grandeur
de trois bras quarrement,&placé
à la porte du balcon au milieu des
quatre autres croisées.
Ala croisée de la droite d'Apollon
, est peint en bas relief en
Camayeu rouge , Mars avec ce
qui peut et le faire connoiſtre pour le
la guerre , ayantfur Dieu de un
Bouclier qu'ilfoutient de la main
gauche,appuyéfur le genoüil , le
Chiffre couronné en lettres fleuronnées
de Monseigneur le Duc
<
142 MERCURE
de Bourgogne , & de la main
droite embraſſant unAmour, qu'il
regarde en riant , qui luy preſente
une branche de Mirthe ,avec ces
mots ,
IN UTROQUE FELIX.
Pourexprimer,quefile Coeur
de Monseigneur le Duc de Bourgogne
, ſous lafigure de Mars est
népourBellone il eſt auſſinépour
l'Amour, qui vient de luy donner
l'aimable Prince, dont l'heureuſe
naiſſance faiſoit nnoossvvoeeuuxxlleesspplluuss
empreſſez , & qui fait aujourd'huy
leſujet de nosplus belles ef
perances......
GALANT 143
1
A la croisée opposée à celle-cy
deffus ,à la gauche d'Apollon est
peinte auffi un Camayeu rouge en
basrelief , Pomonc avec les marques
dela Déeſſedes Fruits, montrant
une Grenade ouverte qu'elle
tient de la main droite,&de la
gauche le Chiffrede Madame la
Ducheffe de Bourgogne en lettres
fleuronnées , dans un Cartouche
couronné,ſurlequelun Amourest
appuyéqui le regarde ; au haut dia
Tableauſont écrits ces mots ,
AMORIS PRÆMIUM.
Pour exprimer ,que Madame
144 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne ,repre
fentéepar la Déeffe des Fruits,
a eu le prix de l'Amour , Mon-
Seigneurle Ducde Bretagne,ſous
la figure d'uneGrenade , qui venant
naturellement couronnée est
le Simbole d'une Royale fecondité.
Au Tableau de la Croiſée de
la droite de Mars , est repreſenté
auffi en bas relief , & en même
Camayeu rouge, Monseigneur le
Duc de Bretagnedans un Berceau,
ayant derriere luy un Amour, lequelavec
un autre Amourqui està
Ses pieds , tient une Guirlande de
fleurs dont ils amusent le Jeune
Prince
-1
GALANT 145
Prince , qui paroît en la prenant ,
y prendre plaifir; un autre Cupidon
tient en l'air un cordon,furlequel
on lit ces mots ,
CUM PARIBUS.
Pour exprimer , que le charmant
Prince representé dans ce
Tableau , estant l'Amour même
il fe plaiſt avec les Amours fes
Semblables . Beg
Ala croisée opposée, &en regard
de celle cy -deffus , est auſſi
peint en bas relief, en ſemblable
Camayeu , un Amour affis fur
Amour al
une pointe de rocher qui avance
Septembre 1704. N
,
146 MERCURE
dans la mer , tenant d'une main
de petits cailloux dans une draperie
, qu'il laiſſe tomber perpendiculairement
de la main droitedans
l'eau , l'un aprés l'autre , oùſe
forment pluſieurs cercles , avec ces
mots ,
LUDENDO CORONAT.
Pour exprimer que les actions
de Monseigneur le Duc de Bretagne
repreſentées par cet Amour,
luy preparent des Couronnes dés
SonEnfance.
Toutes ces deviſes ſont encore
éclairées en dehors par des flamGALANT
147
beaux de cire blanche ;Et toutes
les autres Croiſées fuperieures
par d'autres lumieresparticulieres.
Les Illuminations cy - deſſus ,
ainſi que le Feu ,furentprecedées
par un Te Deum , qui fut chan
té en musique dans l'Eglise des
RR.PP. Cordeliers le 15.Aoust
jourde l'Affſomption de laVierge ;
le lendemain on courut fur des
Barbes dans la grande Place un
Palio du prix de quarante pistoles
, &le Dimanche 17. qui fut
le troiséme &dernier jourde cette
Fefte, on tira le Feu , cy deffus
décrit , er on fit couler pendant
tout le jour la Fontaine de Vin
Nij
148 MERCURE

Sur la même Place. Pendant les
trois jours ſuſdits ily eutdes Feux
des illuminations particulieres
au bruit de deux cens Boëtes,&
du Canon de tous les Bâtimens
François qui font dans le Port.
Mr le Marquis de Silva ,
Conful d'Espagne à Ligourne ,
s'eſtauſſi diftingué dans cette Feste,
ayant fait faire pendant les trois
jours de tres -belles Illuminations à
Sa maison ,qui furent accompagnées,
lefoirde la courſe, du Palio
, d'une tres-agreable Serenade
de Voix & d'Instrumens , dans
un Salon extraordinairement orné
à cesujet , où se trouverent les
L
GALANT 149
perſonnes les plus diftinguées de la
Ville ,&où il fit donner des ra
fraichiſſemens avecſa magnificence
ordinaire.
Le jour que le Feu fut tiré,
Mrle Conful de France donna à
diſner aux principaux de la Nation
, où Mr le Conful d'Espagne
ſe trouva ; Les voeux que l'on
fait inceſſammentpour l'union entre
les deux Couronnes , & la
fanté de leurs Majestez , firent
toute la joye de ce Repas.
Niij
150 MERCURE
RELATION
DES FESTES
ET DES
REJOUISSANCES
FAITES PAR MONSIEUR
HENNEQUIN
DE CHARMONT ,
AMBASSADEUR DE FRANCE
A VENISE ,
E Vendredy quatriéme
LFaille Juillet ſur les dix heures
du foir M'l'Ambaſſadeur apprit
par ſes Lettres particulieres
GALANT 151
de Milan , la nouvelle de la
Naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Bretagne,dont il donna
auffi-toſt des marques d'une
ſenſible joye.
Le lendemain cinquiéme ,
M l'Ambadeur fit allumer des
feux devant fon Palais où il y
eût pluſieurs décharges &
quantité de vin diſtribué.
Cet Ambaſſadeur reçût le
onziéme par la même voye de
Milan , des Lettres du Roy
contenant les ordres de donner
part à la Republique de cette
heureuſe naiſſance. Il envoya
le lendemain matin le Secre-
N iiij
152 MERCURE
taire de l'Ambaffade au College
, pour demander audience ,
ce qui fut accordé.
M' l'Ambaffadeur ayant
tout fait preparer pour les réjoüiſſances
qu'il avoit reſolu
de faire , alla au College le
Mercredy ſeiziéme avec ſes
quatre Gondoles dorées . Il
avoit avec luy dans ſa premiere
Gondole,le Secretaire de l'Ambaſſade
de France , celuy d'Efpagne
, ſon Secretaire & deux
Gentilhommes François , le
refte de ſes Gentilhommes étoit
dans la ſeconde , ſes Pages
étoient dans la troifiéme & fes
GALANT 153
Officiers & Valets de Chambres
dans la quatriéme. Il étoit
auſſi accompagné des François
qui ſe trouvent établis à Venife.
Il partit ainfi de fonPalais
fur les douze heures d'Italie
, c'est-à-dire à neuf heures
du matin , au bruit d'un grand
nombre de boëtes ; il alla
deſcendre à la petite Place de
Saint Marc , & precedé de tout
fon Cortege , il paſſa par la
grande Cour du Palais & l'efcalier
des Geans , au travers
d'un nombre infini de peuple.
Etant monté au College , il
trouva les portes fermées,fclon
154 MERCURE
porla
coûtume , & un lieu , dans
l'antichambre , garni d'unTapis
pour ſe repoſer,ce qu'ayant
fait, il fit dire à l'Huiffier qu'il
étoit arrivé ; auffi-toft les
tes luy furent ouvertes : il entra
ſeul , & aprés avoir fait les
reverences accoûtumées, il alla
prendre place à la droite du
Doge & fe couvrit , ainſi qu'il
ſe pratique. Cet Ambaſladeur.
préſenta au Doge la Lettre du
Roy , & aprés avoir fait un
compliment auquel le Doge
répondit , il ſe leva , fit lesmêmes
reverences qu'il avoit faites
en entrant , & fortit par la
1
GALANT 155
meſme porte. Il reprit lemeſ
me chemin , alla monter dans
ſa Gondole à la petite Place de
Saint Marc , & fe rendit à fon
Palais , au fon des trompettes ,
des fiffres & des tambours , &
au bruit des boëtes ; & il donna
à diner aux François les
plus diftinguez qu'il avoit invitez
à cettefonction. Il y avoit
deux tables de vingt couverts
chacune , qui furent ſervies
juſqu'au mardy ſuivant. La
feſte commença ſur les quatre
heures aprés midy par une
décharge de boëtes. Les
Gardes qui étoient en haye
156 MERCURE
dans le Portique d'enbas laifferent
entrer tout le monde.
Le Palais étoit meublé magnifiquement
: deux gros corps
de ſymphonie fe faifoient entendre
dans le Portique du
premier appartement ; des
trompettes , des fiffres & des
hautbois qui étoient aux feneftres
du Portique d'enhaut ,
& pluſieurs tambours qui
étoient hors du Palais ſe répondoient
continuellement.
On trouvoit outre cela differens
concerts dans chaque
cées fu- chambre . Les caux glacées
rent diftribuées en abondanGALANT
157
ces par les Pages & Officiers
de M³ l'Ambaſſadeur. Le pain
fut jetté au peuple , des fontaines
de vin couloient fur la
Biſte , où il y eût ſur la fin du
jour des feux & des illumina
tions , ainſi que dans les cours
&dans les jardins du Palais :
les Eſcaliers & les Portiques
étoient éclairez par de gros
flambeaux de cire. Il y avoit
dans les chambres pluſieurs
Luftres de criſtal qui faifoient
un tres-bel effet. Ces plaifirs
durerent toute la nuit , & finirent
par unc décharge de boëtes
. Ces feſtes furent conti-
T
158 MERCURE
r
nuées pendant trois jours ;
tout Venife maſqua & fit paroiſtre
beaucoup de ſenſibilité
pour ces divertiſſemens , par
le concours des maſques , des
Gentilsdonnes & de toutes
fortes de perſonnes qui ferendirent
en foule au Palais . M
le Nonce , M² l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne , le Patriarche de
Venife, le Receveur de Malthe
& le Reſident de Mantoüe
, à qui m' l'Ambaſſadeur
avoit donné part de la naiffance
de Monſeigneur le Duc,
de Bretagne , l'envoyerent
complimenter hacun par un
r
:
GALANT 159
Gentilhomme fur le meſme
fujet.
Mustafa-Aga , Envoyé du
Grand-Seigneur à la Republique
, qui avoit fait complimenter
M l'Ambaſſadeur auffitoſt
qu'il fut forti de fa quarantaine
, & qui en avoit eſté
remercié , luy rendit viſite le
vendredy 18 , avec deuxGondoles
; l'Envoyé eftoit dans la
premiere avec ſon neveu les
Drogmans ou Interpretes , &
fonMedecin; le reſtede ſa ſuite
qui étoit environ dequinze perſonnes
, eftoit dans la deuxième
Gondole; il fut reçû enbas àla
د
160 MERCURE
rive , par les Gentilshommes
de M² l'Ambaſfadeur ,& foutenu
par deſſous les bras en
montant l'Eſcalier par deux
Turcs ; les Gardes eftoient en
haye , & la livrée rangée le
long du Portique. M'l'Ambaſſadeur
le reçût au bout de
ſon Portique , prit la droite
fur luy , & le conduifit àla
Chambre d'Audience au fon
des Inſtrumens. M² l'Ambaf
fadeur s'affit dans un fauteüil
du coſté du Portrait du Roy,
& l'Envoyé dans un autre, qui
eftoit vis-à- vis, lesTurcs qui
l'accompagnoient , ſe range
GALANT 161
r
rent derriere ſon fauteüil , &
tous ceux du Cortege de M
l'Ambaſſadeur qui montoient
à centperſonnes , ou environ,
ſe tinrent à quelque diſtance..
Aprés quelques complimens
faits de part & d'autre par le
moyendes Interpretes , on apporta
des Pipes. L'Envoyé fuma
, & M' l'Ambaſſadeur par
complaiſance prit une Pipe; le
Caffe & le Chocolate leur furent
preſentez enfuite le
Sorbet & des Eaux fraîches
La converſation dura quelque
temps , aprés quoy M³ l'Ambaſſadeur
l'accompagna dans
Septembre 1704 .
r
Ο
162 MERCURE
une autre Chambre , où il y
avoit une grande table couverte
de toutes fortes de con
fitures & de fruits les plus
exquis , ce qui fut accompagné
d'un concert compofé
d'un Clavecin & de quelques
Inſtrumens , à quoy l'Envoyé
donna beaucoup d'attention ,
temoignant que le Clavecin
fur tout luy avoit fait plaifir,
cela fut cauſe que M'l'Ambaſſadeur
luy en envoya un
quelques jours aprés. On apporta
encore des Pipes ; les
autres Turcs fortirent de la
Chambre on leur preſenta
des Pipes allumées , du Caffé ,
GALANT 163
& des Eaux frîches ., ce qu'ils
accepterent , & temoignerent
par mille careſſes , en frapant
fur l'épaule des Gentilshommes
de M l'Ambaſſadeur ,
qu'ils vouloient du bien à la
Nation Françoiſe, dont ils ont
toûjours donné des marques
dans toutes les occafions depuis
qu'ils font à Veniſe. La
Collation finie , M² l'Ambaſſadeur
mena l'Envoyé dans toutes
les Chambres de fon Appartement
; & de là dans celuy
de Mº l'Ambaſſadrice , qui
le reçût ſur le pas de la porte
de ſa Chambre . M² l'Ame
O ij
164 MERCURE
baſſadeur prenant toûjours la
main ſur l'Envoyé. On apporta
du Tabac & des Eaux glacées
: il fuma de nouveau , &
pendant ce temps on diſtribua
des Confitures à tous ceux de
ſa ſuite , on leur preſenta auffi
des rafraîchiſſemens , & ils fumerent
aprés en avoir pris ; les
Gentilshommes de M l'Ambaffadeur,&
quelques Officiers
François qui eſtoient pour lors
àVeniſe fumerent auſſi. L'Envoyé
ayant fait ſa viſite à M
l'Ambaſſadrice , elle l'accomcompagna
jufques ſur le pas
de la porte de ſa Chambre ,&
r
GALANT 165
M l'Ambaſſadeur le conduifit.
dans le Jardin de M l'Am--
baſſadrice , où l'on fuma en
core fur le Pontil qui donne
fur la Mer . Pendant cette vi
fite le Palais de Mr l'Ambaf
fadeur avoit eſté fermé pour
éviter la foule ; il fut enſuite
ouvert à tous les maſques , &
M² l'Ambaſſadeur laiſſa l'En
voyé ſur le Pontil joüür du
frais avee pluſieurs de ſes Gen
tilshommes . Un peu aprés le
Soleil couché , l'Envoyé voulant
faire ſa priere ofta ſa Robe
rouge , & refta en foutane
blanche, ſe lava le viſage , la
r
fa
166 MERCURE
barbe , la teſte , les bras & les
pieds , enfuite on le conduifit
dans une Salle où il y avoit
pour cet effet un Tapis eſtendu
par terre , & là il fit ſa priere
à portes fermées. Cette ceremonie
eftant achevée , il fut
conduit par les Gentilshommes
dans l'appartement de M
l'Ambaſſadrice , où il demeura
juſqu'à onze heures du foir,
& d'où il vit le Feu & les Illuminations
, & regarda avec
attention tout le concours du
peuple , & fur tout les fufées,
& autres feux d'artifices qui
luy plurent infiniment : il ſe
GALANT 167
:
promena dans tous les Appartemens
au milieu d'un nombre
infini de maſques ; aprés quoy
M'l'Ambaſſadeur luy fit entendre
un Hautbois dans l'appartement
de l'Ambaſſadrice ,
r
dont il parut touché ; enſuite
ayant pris congé de m² l'Am
baffadeur & de M. l'Ambaf
fadrice ; M² l'Ambaſſadeur l'accompagna
juſqu'au bout de
fon Portique,&fes Gentilshommes
juſqu'à ſa Gondole.
Le Dimanche 20. fur les
fix heures aprés midy, м² l'Ambaffadeur
alla rendre la vifite
àl'Envoyé Turc , avec ſes deux
168 MERCURE
premieres Gondoles. Il eſtoir
dans la premiere , avec le Se
cretaire de l'Ambaſſade , fes
Gentilshommes & fon Secre
taire. Ses Pages & fes Valets
de Chambre estoient dans la
ſeconde ; les Officiers Fran
çois fuivoient dans leurs Barques.
M' l'Ambaſſadeur eftant
arrivé au Palais de l'Envoyé, fut
reçu à la rivepar les deuxDrog
mans , les Turcs eſtant en haye
dans la cour du Palais . L'Envoyé
qui eſtoit au haut de l'ef
calier reçut M² l'Ambaſſadeur
& le conduifit , en paſſant par
pluſieurs chambres , & en luy
donnant
1
GALANT 169
r
donnant toûjours la droite ,
dans la chambre d'Audience ,
où eftoient deux fauteüils , &
où м² l'Ambaſſadeur eut la
place d'honneur. Aprés quelques
complimens , on leur apporta
du tabac , quelques efpeces
de confitures liquides ,
du caffé& du forbet , enſuite
ils furent parfumez. Les Turcs
firent fumer tous ceux du cor
rege de m' l'Ambaſſadeur , &
leurpreſenterent du caffé , des
confitures liquides & de l'eau
de violette ; ils furent auſſi
parfumez. La converfation
ayant duré plus de deux heu-
Septembre 1704. P
170 MERCURE
res , M. l'Ambaſſadeur ſe leva
& fut accompagné par l'Envoyé
juſques fur la premiere
marche du degré , & reconduit
juſqu'à ſa Gondole par le
neveu de l'Envoyé & un des
principaux de fa fuite , qui le
tenoit par deſſous les bras à
la maniere Turque ; les deux
Drogmans fuivoient ,&lerefte
de la maiſon eſtoit en haye.
L'Envoyé ſe tint à la feneftre
juſqu'à ce que les Barques de
M' 1'Ambafladeur fuffent un
peu éloignées , ſe faiſant l'un
à l'autre pluſieurs reverences
reciproques.
I
GALANT 171
M l'Ambaſſfadeur ayant remis
au Lundy à faire chanter
IcTe Deumà cauſe d'une fonction
de la Republique qui ſe
faifoit le Dimanche , au
1
Rer
dempteur , avoit envoyé inviter
à cette ceremonie M¹ le
Nonce, M'l'Ambaſſadeurd'Efpagne
& l'Ambaſfadrice
Mle Receveur de malthe , M
le Reſident , Mala Reſidente de
Mantoüe , M² le Duc & M° la
Ducheſſede Sforze, &pluſieurs
autres perſonnes de confideration.
Tous ces miniftress'eftant
trouvez fur les onze heures de
France à l'Egliſe d'ella Madona
r
Pij
172 MERCURE
dellorte, l'Ambaſſadeur fortit
de fon Palais au fon des fif
fres , des hautbois , des trompettes
& des tambours ; les
Gardes eſtant en haye. Sa maifon
marchoit la premiere , &
ceux du cortege venoient enfuite
, au nombre de plus de
deux cens perſonnes.
M l'Ambaſſadeur marchoit
le dernier , en juftaucorps
& en manteau noir , l'épée
au coſté , ainſi que le Refident
de Mantouë , qui l'accompagnoit.
Il arriva en cet
ordre à l'Egliſe où il fut reçu
par les Religieux du Convent
ベー
1
GALANT 173
qui luy preſenterent l'Eau-benite.
Il ſe plaça à l'endroit qui
Juy eſtoit preparé du coſté de
l'Evangile ,vers le maiſtre Autel
, où il y avoit un fauteüil de
velours cramoiſi , garni d'un
grand galon d'o , qui estoit
fur une eftrade élevée de deux
marches & couverte d'un
grand tapis de velours aufli
cramoiſi , avec un large galon
d'or tout autour , deux gros
couffins de drap d'or , l'un
pour s'agenoüiller & l'autre
pour s'appuyer. Un autre lieu
de même coſté garni de tapis ,
eſtoit deſtiné pour les Dames,
د
Piij.
174 MERCURE
1
,
Il y avoit trois grands fauteüils ,
M l'Ambaffadrice eſtoit dans
celuy du milieu , M l'Ambaffadrice
d'Eſpagne à la droite ,
&M la Duchefſe de Sforze à.
la gauche. Au ſecond rang
eftoient d'autres fautcüils
dont Mela Reſidente de Mantoüe
occupoit le premier ; il y
avoit plufieurs autres rangs de
fauteils pour les Dames &
pour les Cavaliers . M'le Nonce
vint incognito , ainſi que M
l'Ambaffadeur d'Eſpagne qui
n'a pas encore fait ſonEntrée.
M'le Receveur de Malthe s'y
trouva auſſi incognito. Tous ces
GALANT 175
Miniſtres prirent place dans le
Choeur des Religieux. M² le
Reſident de Mantoüe occupa
le licu qui luy avoir efté deſtiné.
LEgliſe eſtoit tapiffée de Damas
cramoifi garni de galons
d'or ; il y avoit fur un échaffaut
un corps du Muſiciens
composé de plus de quarante
perſonnes. L'Abbé officia pontificalement
: la Meffe & le Te
Deum furent chantez en Mufique
: il y eut trois déchatges
deBoëtes , une au Gloria in excelfis
, une autre à l'Elevation ,
& la derniere au commencement
du Te Deum. La Cere-
Pij
176 MERCURE....
monie eftant finie , M'l'Ambaffadeur
retourna à fon Palais
dans le même ordre qu'il
en eftoit forti. Tous les Miniftres
, M² le Duc de Sforze &
les Dames qui avoient eſté invitées
ſe rendirent chez luy ;
il leur donna un ſuperbe dîner ,
ainſi qu'aux perſonnes les plus
diftinguées , & aux Officiers
François qui avoient fait
ge à la fonction. Ily avoit trois
tables dreffées de 20. couverts
chacune , M² l'Ambaſfadeur ,
Ml'Ambaſſadrice, tous les autres
miniftres & Dames occu
perent la premiere table. Les
corte-
:
!
GALANT 177
deux autres furent ſervies avec
beaucoup de grandeur & de
magnificence. Aprés le dîner
Ies Dames tinrent cercle ; l'Envoyé
Turc vint pendant ce
temps-là ; il avoit eſté invité à
la Feſte qui ſe devoit faire le
foir par m ' l'Ambaſſadeur ; il
L
fut reçu ainſi qu'il s'eftoit déja
pratiqué , & conduit dans l'ap
partement de Mº l'Ambaffadrice.
Aprés qu'il eut falué M
P'Ambaſſadeur , м³ l'Ambaffadrice
, les miniftres & les Dames
, il entra dans le cercle &
prit part aux plaiſirs de l'Af
femblée , donnant ſouventdes
178 MERCURE
marques de ſa vivacité&de fa
politeffe. L'heure eftant venuë
de la Priere, il prit congé de la
Compagnie , demanda d'eftre
conduit au mefme lieu où il
avoit déja fait ſa Priere , ce
que firent deux Gentilhommes
de l'Ambaffadeur . Sa
Priere eſtant finie,il vint prendre
le frais fur le Pontil, qui
donne ſur la mer ; on luy fervit
des pipes ,&quelques temps
aprés les Pages luy preſenterent
du caffe , & des eauxglacées.
Les deux Gentilhommes
de M l'Ambaſſadeur reſtant
toûjours pour luy tenir Com
GALANT 179
r
pagnie. Les Turcs de la fuite
fumérent , burent du Caffé &
des Eaux glacées. Sur les neuf
heures du foir, on le vint avertir
que la Serenade alloit commencer
; ainſi il ſe rendit dans
l'appartement de M² l'Ambaffadeur
, où il trouva une feneſtre
ornée de tapis , ainſi que
toutes les autres feneftres &les
balcons du Palais. Ily avoit en
face un Theatre dreſſe ſur le
canal où eſtoient élevées les
Armes de France , enrichies de
feftons , & ornées de pilaftres.
Ce Theatre estoit garni de
tapis,&tout illuminé avec des
180 MERCURE
flambeaux de cire & un nom
bre infini de bougies , de ma
niere que tous les environs
eftoient éclairez ; il avoit une
balustrade tout autour , & des
orangers dans les angles ;pau
milieu eſtoit un eſpece d'Amphitheatre
, où eftoient placez
deux muficiens & deux Muficiennes
, & plus bas deux bancs
où eftoit un gros corps de Simphonie
, composé de foixante
Inftrumens les plus recherchez.
Le ſujet estoit un Poëme
à la loüange du Roy & fur
la naiffance de Monſeigneur be
Duc de Bretagne ; il en furdifGALANT
αδε
r
tribué un grand nombre d'e
xemplaires . La muſique avoit
⚫été compoſée exprés par undes
premiers maistres d'Italie. On
preſenta la collation & des
caux glacées aux miniſtres & à
toutes les perſonnes de rang
& de diftinction que м² l'Ambaſſadeur
avoir fait inviter.
Tout le canal eſtoit rempli de
barques. Les Palais & les maifons
d'alentour étoient ſi pleins
de monde , que les places furent
loüées juſqu'à deux louis .
Ce n'eſtoit par tout qu'échaffauts.
L'Envoyé Turc fut
charmé de cette Feſte , & fc
182 MERCURE
:
tint toûjours à la feneftre, ſeul
avec M² l'Ambaſſadeur , qui
aprés quelques intervalles de
temps , luy ayant fait demander
ſi la Muſique& les paroles
luy plaifoient , & s'il ne s'ennuyoit
point : il répondit, qu'on
ne s'ennuyoit jamais quand on
entendoit les loüanges d'unfigrand
Roy. La muſique eſtant finie ,
il prit congé de m'l'Ambaffadeur
& de
e
l'Ambaſſadrice ,
& leur dit qu'il ſe ſouviendroit
éternellement de toutes
leurs civilitez . Il fut reconduit
juſqu'à ſa gondole , ainſi que
tous les autres miniftres .
GALANT 183
Je vous ay déja parlé des
réjoüiflances faites à Rome
par m' le Cardinal de Janfon;
mais ce que je vous en ay mandé
eſt ſi imparfait , que j'ay
crû devoir vous envoyer la
Lettre ſuivante , où vous trouverez
tout ce qui s'eſt paflé
dans Rome à l'occaſion de la
naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Bretagne.
ARome , le 30. Juillet 1704.
Monsieur le Cardinal de
Fanfon ayant reçû lefixiéme
de ce mois par un Courier extra184
MERCURE
ordinaire , la nouvelle de l'heureux
accouchement de Madame
La Ducheffe de Bourgogne &
de la naiſſance de Monseigneur
le Duc de Bretagne ,se trans
porta auffi-toft au Palais pour en
fairepart à Sa Sainteté &luy
remettre les Lettres de Sa Majesté
& de toute la Famille
Royale,&prit enfuite les mefures
neceffaires pour celebrer cette
grande feste avec une pompe
une magnificence digne de fon
zele.
LLeeDimanche vingtiéme,fut
le jour destiné pour commencer les
réjouiſſances : presque, toute la
GALANT 185
د
Prelature ,quantité de Nobleffe
les Nationaux étans venus au
Palais defonEminence onpréſenta
à tous ceux qui s'y rendirent une
quantité prodigieuse de Sorbet, de
Limonades de Liqueurs & de
Chocolate , & elle en partitfur
les neuf heures , ſuivie d'un cortege
de plus de quarante Prelats ,
de cinquante Seigneurs Italiens ,
&d'un grand nombre de Nationaux
Espagnols &François ,qui
rempliffoient quatorze de fes caroffes
, &plus de cent autres de
ſuite avec une neuve & magnifique
livrée , pourſe rendre àl'Egliſe
de faint Louis , ornée de
Septembre 1704. e
300
186 MERCURE
Juperbes tapiſſeries de brocards,de
velours , de damas cramoiſis ; le
tout garny de crefpines &de galons
d'or, dont le mélange étoitfi
bien diftribué , que l'art ne pouvoit
rien produire de plus beau :
le Portail étoit auſſi orné de riches
tapifferies.
diftribué
Meffieurs les Cardinaux Pignatelli
& d'Arquien y affifterent
; Mr de Lionne , Evefque de
Rosalie celebra Pontificalement la
Meffe, & entonnale Te Deum,
qui fut chanté par une Musique
de quatre- vingt voix & inſtrumens
, au bruit de quantitéde
boëtes de tambours &de trom
د
GALANT 187
pettes , dont les fanfares faisoient
retentir la Place & les environs,
& rendoient cette feſte également
pleine de grandeur & de joye.
La Reine de Pologne & Monſieur
l' Ambassadeur d'Espagne s'y
trouverent incognito ; la Meffe
étant finie ,fon Eminence retourna
en fon Palais dans lemefme
ordre qu'elle en étoit partie ,
accompagnée des Prelats & de
quantité de Seigneurs , où l'on
avoit preparé un somptueux
pas , qui futfervi avec uneprofuſion
de mets les plus delicats ,
une magnificence à laquelle il
nesepouvoit rien ajoûter. Monre-
عز
188 MERCURE
fieur le Cardinal Pignatelli
Monfieur l'Ambassadeur d'Efpagney
difnerent; ily eûtquarantehuit
couverts à la premiere table ;
trois autres furent ſervies en mefme
temps ,& on donna à manger
àplus de cent cinquanteperſonnes.
Son Eminence avoitfait diftribuer
des aumoſnes confiderables
aux Convens des Mendians, aux
pauvres Religieuses , aux Prifonmers
à tous les Pauvres de fa
Paroiffe , & aux Nationaux
honteux ,qui font diſperſez dans
les quartiers de la Ville.
د
Une fontaine de vin de Lacrima
de Naples coula abondament
GALANT - 189
pendant tout lejour devant le Palais
defon Eminence,&l'on entendoit
continuellement des cris de
joye qui faifoient retentir de tous
coftez ,viva ilRé, viva Francia.
Son Eminence ayant invité le
Sacré College pour joüir des di-
Vertiffemens preparez pour cette
feste,& voir un feu d'artifice
qquuiiiſfee devoit tirer le meſmefoir,
plusieurs Cardinaux
SA
sy trouverent,
pluſieurs Princes , quantité
de Nobleffe e un nombre infini
de perſonnes de toutes Nations.
Madame l'Ambassadrice d'Efpagne
que Monsieur le Cardinal
deJanfon avoit prié de vouloir
190. MERCURE
bien diſpoſer d'une partie de fon
Palais , s'y renditfur le foir :
Madame la Connestable Colonne,
Madame la Princeſſe de Piombin,
Mesdamesles Ducheffes d'Altemps
de la Rocca ,&plufieurs
Dames vinrent tenir compagnie
à cette Ambaſſadrice , &
prendre part au divertiſſement.
Les Eaux glacées , Sorbets , Limonades
, Vins , Confitures ſeches,
Biscuits furent diftribuez pendant
toute lafoirée avec une profuſion
extraordinaire o
- Les Chambres du Palais magnifiquement
meublées étoientornées de
beaux Luftres, dePlacquesLargent
GALANT 191
de Girandolesfur les tables, qui
rendoient les Appartemens auffi
clairs que pendant le plus beau
jour. Toutes les fenestres étoient
illuminées par de gros flambeaux,
dont on avoit mis deuxà chacune
des trois étages ,&une douzaine
au grand balcon. On avoit diftri
bué des lanternes des lampes
dans toutes les ruës proche du Palais,
&aux François &autres
perſonnes de la Villequi en avoient
demandée
La Place ſembloit un beau
Theatre éclairétout autourparune
grande quantité de flambeaux ,
queMr Ambaffadeur de Venise,
192 MERCURE
Mr Daffi & d'autres Seigneurs
qui y demeurent avoient fait
mettre à leurs fenestres , &qui
étoient remplies de Cardinaux ,
de Princes , de Princeſſes & de
presque toute la Nobleffe de la
Ville. Les rafraîchiſſemens ne furent
pas épargnez , & ils furent
Servis chezMr l'Ambaſfadeur de
Venise avec une magnificence digne
ddee luy.
On tira pendant une heure ,
quantité de belles &groſſes fufees,&
fur les neuf heures du
foir on alluma le feu au bruit des
timbales , des trompettes &hautbois
dont il y avoit trois choeurs
dans
GALANT 193
dans la Place , s'étoient
qui s
fait entendre pendant la plus
grande partie du jours &
Le feu d'artifice étoit d'une
grandeur extraordinaire , & repreſentoit
un édifice octogone ,orné
de quatre Arcs chargez des Armes
de France, de Dauphiné, de Bourgogne
& de Bretagne , consacrez
àLouis le Grand &aux trois
Louisſes Succeffeurs. Le Soleil
(deviſe de Sa Majesté ) étoit fur
le haut : au deſſous étoient posées >
la Fecondité& la Felicitépublique,
qui s'embraffoient : aux qua
tre coins les quatre Elemens de
maniere que les Anciens les re-
Septembre 1704 . R
Mai
194 MERCURE
preſentoientsous lafigure dequatre
Divinitez. Dans les quatre
angles obtus , qui formoient un
octogone imparfait, étoient quatre
Cariatides couronnées , ainsi que
les Saiſons, defleurs , d'épics&
de pampres ,poſées entre les Arcs
pour foûtenir l'édifice , qui étoit
ornéde trophées d'armes&defeftons.
L'allufion n'étoit pas difficile
àfaire; les Elemens & les Saifonssemblent
obeïr également à
Sa Majesté, & les grandes conquestes
qu'elle afaites pendant les
Hyvers,font affez connoistre que
rien ne luy est impoſſible dans les
Saiſons les plus rigoureuſes &lesmoins
praticables.
1
GALANT 195
Le lendemaiu Sa Sainteté
ayant tenu Confiftoire , le Te
Deum , qui devoit eftre chanté
dans l'Eglise de faint Jacques de
la nation Efpagnole ,fut differé ;
parceque Monfieur le Cardinal de
Fanfon estoit prié d'y afſſiſter ,
il en fut chanté un ,precedé d'une
Meffe haute dans l'Eglise de
SaintYves , de la nation de Bretagne,
dépendante de celle defaint
Loüis , par une tres-belle muſique,
au bruit de quantité de boëtess ce
qui s'est pratiqué dans les autres
Eglifes nationales.
Aprés le Confiftoire, Son Eminenceferendit
au Palais deMon-
Rij
196 MERCURE
fieur le Duc d'Uceda Ambaſſa
deur d'Espagne , qui donna un
Superbe repas avecſa magnificence
ordinaire , & l'on compta à la
premiere table plus de quarante
Conviez. Une fontaine de Vin
coula devant fon Palais , quifut
illuminé pendant les troisfoirs de
quantité deflambeaux aux fenêtres
des deux appartemens , &de
pots àfeux dans laplace , où l'on
tirafur les neuf heures , un beau
feu d'artifice,representant lesquatre
parties du monde , avec un Soleil
levant.
La Compagnie fut nombreuſe
choisie. Monsieur le Cardinal
GALANT 197
دش
Seigneurs
de Fanson , plusieurs Princes &
Princeſſes , quantiittée ddee Se
&de Dames s'y trouverent. Les
rafraîchiſſemens y furent diftribuez
avec profusion , & rien ne
manqua au divertiſſement & à
la magnificence. Il est fans contredit
, que la nation Espagnole
a marqué en ce rencontre unejoye
parfaite , qui n'a pas même cedé
àcelledes François ,quelquegrande
qu'elle ait esté, chaque particulier
ayant donné des marques d'un
grand zele , & d'une paſſion extraordinaire
.
Le mardy ,Monfieur le Cardinal
, qui avoit esté prié par
Riij
198 MERCURE
Monfieur l' Ambaſſadeur d'Eſpagne
, d'affifter à la Meſſe &au
Te Deum , dans l'Eglise nationale
de faintJacques ,y alla avec
un nombreux cortege de trenietrois
Prelats , cinquante-un Seigneurs
Italiens , & quantité de
nationaux . Son Eminence futreçûë
à l'entrée de l'Eglisefuperbement
tapißée parMonfieur l'Ambaſſadeur
, qui l'accompagna à la
Sacriftie , d'où elle alla prendrefa
place auprés du grand Autel, avec
Mefficurs les Cardinaux Pignatelli
&d'Arquien , qui setrouverent
auffi à cette Ceremonie. La
Meffe fut chantée par Mr de
GOODE LA
Lionne Evêque de Roſalle ON
enfuite le Te Deum parme
Muſique composée des plus belles
voix & des meilleurs Instrumens
de Rome , au bruit de quantité de
Boëtes & de Trompettes . Son
Eminence regala d'un ſomptueux
diner les Prelats &SeigneursEfpagnols
, &fi la Compagnie parut
tres -fatisfaite de la magnificence
du repas , elle ne le fut pas
moins des manieres toutes honnê
tes & engageantes de ce Miniftre.
Le concours nefut pas moins
nombreux le ſoir du mardy , qu'il
l'avoit esté le Dimanche : pluſieurs
R iiij
200 MERCURE
Cardinaux,Monsieur l' Ambaſſadeur
d'Espagne , & quantité de
Princes de Seigneurs s'y rendi-
Madame l'Ambaſſadrice s'y
trouva avec Madame la Connêtable
Colonne , Madamela Princeffe
de Piombin & pluſieurs
Dames , pourjoüir du divertiſſement
d'une Serenade , qui devoit
ſe faire dans la Place ,par ordre
de Son Eminence . Le balcon du
Palais estoit orné de riches tapis ,
& éclairé par des grands luftres
de cristal : on diftribua à l'ordinaire
une quantité prodigieuse
d'eaux glacées , de forbet , de li
monade, de chocolate ,de vins &
:
GALANT 201
d'autres liqueurs avec des confitures
ſéches , non-feulement à toutes
les perſonnes qui estoient dans
le Palais , mais on en porta à
tous les Carroſſes qui rempliſſoient
la place , avec des Livres contenans
les Vers de la Serenade , qui
eſtoit dédiée à Madame l'Ambaffadrice
d'Espagne.
Quatre grands Caroffes découverts
étoient rangezdans la place,
éclairez de feizegrosflambeaux,
de quantité de Bougiespourmettre
les Musiciens & quelques
Inſtrumens ; les autres estoient autour
de ces Garoffes au nombre de
quarante , & ily en avoit deux
202 MERCURE
autres Choeurs fur deux balcons
de la place , qui devoient former
deux Echos.
L'ouverturefe fit parune belle
Symphonie du fameux Archange
Corelli , Bolonois : les trois
meilleures voix de Rome , accompagnées
de la Symphonie chanterent
des Vers faits à la loüange
du jeune Prince , Duc de Bretagne
, la Serenade finit par un
Viva il Gran Luigi viva
bruit de tous les Inftrumens ,
d'un concert de Trompettes , qui
accompagnoitla Symphonie.Aprés
quoy Archange en fit une autre
avec deux Echos , qui se répon-
د
ait
GALANT 203
doient , &qui termina toute la
Serenade , qui fut écoutée par un
nombre infini de peuple avec un
grand filence ,&qui n'a eu d'autre
deffaut , que d'avoirparu trop
courte , quoy qu'elle ait duré prés
d'une heure & demie.
Le Palais de Mr l'Ambaſſadeur
de Venise , qui eft vis-à-vis
celuy de Son Eminence , estoit illuminéde
quantitédeflambeaux;
&les feneftres remplies de Cardinaux,
de Seigneurs de Dames
, qui furent regalez de toutes
fortes de rafraîchiſſemens.Mr
Daffifit la même chose chez luy,
toutes les maisons de la pla
204 MERCURE
ce ſuivirent leur exemple.
L'illumination qui a duré trois
jours , a estégenerale par toute la
Ville; lesſujets des deux Couronnes
estant diſperſezdans tous les
quartiers , n'y ayant point de
ruës , où l'on n'ait veu des Palais
& des maisons illuminées
de flambeaux , de lanternes &
de lampes. Le Portail de l'Egliſe
de faint Louis a esté éclairéchaquefoirpar
ungrand nombre
deflambeaux,parſept cens lanternes&
parquantitédepots àfeux:
celle defaint Yves , le Convent
des Peres Minimes de la Trinité
du Mont, ceux defaintAntoine,
GALANT 205
des Trinitaires , &des Picpusſe
fontfignalez. L'Eglise de faint
Jacques dela nationEspagnole s'est
auffi diftinguée par une belle illumination
de flambeaux, & toutes
celles qui dépendent dela Couronne
d'Espagne ont fait connoître leur
zele , & marqué beaucoup d'émulation
en ce rencontre. La Bafilique
de faint Jean de Latran ,
qui estlapremiereEgliſe du monde,
&qui eſt ſous la protection de Sa
Majesté; les facobins , les Carmes,
dont les GenerauxfontFrançois
, auffi-bien que celuy desMinimes
, ont fait la même chose ,&
lapluſpart ont mis des flambeaux
206 MBRCURE
à leurs fenestres , ce qui a esté
pratiquépar les Expeditionnaires
autres Nationaux François
&Espagnols , habituez en cette
Ville,& il n'ya pas eu jusqu'au
moindre Artiſan qui n'ait fignalé
fonzele.
MrGiori , Agent d'Espagne ,
er pluſieurs autres ſe ſontdiftinguezpar
des illuminations ,pardes
Ferenades &par des rafraîchiſſemens
, comme auffi les Geniaux
du Caffé François , en place Navonne
, qui avoientfait dreffer un
Trôneſous un Dais , où estoient
placez les Portraits de Sa Sainteté,
deSa Majesté,du Roy d'EspaGALANT
207
--
gne ,de Monseigneur , de Meffeigncurs
les Ducs de Bourgogne,
&de Berry & dujeune Duc de
Bretagne, avec quantité deflambeaux,
de boetes , de trompettes
&de tambours . On a comptécha
que foir dansles principales ruës
de la Ville plus de trois mille
flambeaux ; choſe inonie , même
dans les réjoüiſſances qui ſeſont
faites pour la création des Papes.
Romeneſeſouvientpas , d'avoir
jamais veu uneFeste plus univerfelle
, &Monfieurle Cardinalde
Fanfon a receu les applaudiſſemens
que meritent fon zele &fa magnificense.
208 MERCURE
1 L'Ouvrage dont il eſt parlé
dans cette Relation , qui fut
chanté dans cette fefte & dont
on diftribua des Exemplaires
dediez à Madame la Ducheſſe
d'Uceda , Ambaſſadrice d'Efpagne
, étoit un Dialogue entre
la Gloire , la Renommée &
la Valeur qui publioient à
l'envi tout ce qu'elles avoient
refolu de faire en faveur de
Monſeigneur le Duc de Bretagne.
La muſique de ce Dialogue
étoit de la compofition
du fameux François Poſterla ,
Romain .
Les réjoüiſſances faites à
GALANT 209
Rome pour la naiſſance de
Monſeigneur le Duc de Bretagne
finirent par la fefte que
vous trouverez dans la Lettre
que vous allez lire.
ARome, le 26. Aouſt 1704 .
le Prince de Paleftrine
à renouvellé les réjoüiſſances
de la naiſſance deMonfeigneur
le Duc de Bretagne par
une tres-belle Serenade qu'il donna
Dimanche dernier à Madame
l'Ambaſfadrice d'Espagne , àqui
elle étoit dediée , d'une maniere
fort galante. C'étoit trois Chars
Septembre 1704. S
210 MERCURE
tous dorez & richement ornez
tirezparfix cherzaux , quipartirent
du Palais Palestrin vinrent
en Place d'Espagne. Dans
deux étoient tous les joücurs d'inſtrumens
, & dans l'autre trois
chanteuses. Le Prince conduiſoit
luy-meſme le char où étoient les
chanteuses , & les deux autres
Chars étoient conduits par des
Cavaliers Romains ,ſes Amis ,
tous fort richement parez. Toute
cette marche étoit éclairée par
trente-fix Estaffiers defa livrée
avec des flambeaux. Ils avoient
tous des cocardes blanches
rouges des Plumets blancs,&des
GALANT 211
par la
chapeaux bordez d'argent , auſſibien
que tous les Musiciens. La
Serenade fut tres-belle parla compoſition
, par les voix &par la
quantitéd'inſtrumens quifaisoient
une agréable ſymphonie. La feste
de faint Louis eftant le lendemain
Monfieur le Cardinal de Janfon
ayant traité Monsieur l'Ambassadeur
d'Espagne avec tous
les Prelats & Cavaliers Romains,
Monsieurle Prince dePaleftrine
voulut auffi honorer cette
fefte &vint faire la mesme Serenade
à la Place de faint Mare,
où elle eût plus d'éclat,parce que
la Place n'est pas fi vaſteque celle
Sij
212 MERCURE
:
d'Espagne. Sa marche parut encore
plus belle , étant venu tout
te longdu Cours. Madame l' Ambaffadrice
d'Espagne , Madame
la Princeffe de Palestrine &Ma
dame la Princeſſe de Piombin
entendirent cette Serenade dans le
Palais de Monfieur le Cardinal
de Fanſon , ainsi que beaucoup de
Prelats&de Nobleffe. Son Eminencefit
diftribuer par tout quantité
de toutes fortes de rafraichif
femens.
M² de VValdor , Reſident
de Sa Serenité Electorale de
Cologne auprés de Sa Majesté,
penetré d'une profonde vene
GALANT 213
ration à la vûë de tout ce qui
rend ce Monarque l'admiration
de fon fiecle , a fait ériger
dans le jardin de fa maifon
de Rüel une figure pedeftre de
Sa Majefté grande comme nature
, faite par le S de Fer ,
Sculpteur . Cette figure eft accompagnée
d'attributs , de de
viſes , de trophées & de jeux
nouveaux inſtituez en l'honneur
de S. M. M² deVValdor
a fait placer aux deux coſtez de
cette figure,pour lui fervir d'ornemens
deux trophées , dont
il nomme l'un trophée de Louis
le Grand. Il eſt compoſé d'ar
214 MERCURE
mes à l'uſage de ſes Sujets. Le
fecond trophée qui regarde les
Arts liberaux , eſt compofé de
divers inſtrumens & autres
repreſentations qui les font
connoiſtre , entre leſquelles on
voit une regle dominante fur
le tout , pour marque de la
juſteſſe & de la regularité de
ces Arts , & plus encore du
Roy qui les protege.
On lit au piedeſtal de cette
figure , un Sonet de la compofition
de M de VValdor , qui
marque le ſujet de fon érection.
Enfin à la quatriéme face
du piédeſtal & derriere la fi
1
1
{
GALANT 215
gure , on lit ce qui fuit.
INSCRIPTION.
Qu'on voye en divers endroits
duRoyaume des figures de Louis
le Grand érigées par des Peuples
François , c'est l'effet affeznaturel
d'un amour refpectueux &de
la profonde veneration des Sujets
du meilleur, comme duplus grand
Roy du monde.
Mais qu'un Ministre étranger
donne icy des marques publiques
de cette veneration, c'est une
preuve de ces fentimens dont on
eſt penetré indépendamment de ce
216 MERCURE
qu'on doit àfon Souverain , &
que connoiſtre ce Monarque , le
cherir& le venerer est une mesme
chofe.
C'est pour fervir de Monumentà
cette verité àune éter
nelle reconnoiffance , que le Sr
Jean-Baptistede Waldor , Refident
de Sa Serenité Electorale de Cologne,
prés de Sa Majesté, afait
ériger cettefigure l'an 1704.
Je ne vous parleray point icy
des Attributs qui l'accompagnent
, non plus que des Deviſes
& des Jeux nouveaux inſtituez
en l'honneur du Monarque
qu'elle repreſente ,
puiſqu'on
GALANT 217
puiſqu'on a imprimé une Difſertation
ſur l'érection de la
figure dont je viens de vous
parler , où toutes ces chofes
font amplement décrites , &
particulierement le ſujet qui a
donné lieu d'ériger cette figure.
r
Chacun s'empreſſant à l'envi
de faire voir le zele qu'il a pour
le Roy , M² de Maiz de la
Flêche en Anjou , a continué
de faire voir le ſien par les paroles
ſuivantes.
:
Septembre 1704 . T
218 MERCURE
A
AIR NOUVEAU.
Seigneur entends nos voix de ton
Sejour heureux ,
Daigne exaucer nos voeux.
Remplis noſtre grand Roy de ta
vive lumiere ,
Soûmets à ſon pouvoir la terre
toute entiere :
Comme elle n'a qu'un Dieu,
qu'elle n'ait plus qu'unRoy.
Tu regneras par luy , comme il
regne par toy.
DameMarguerite Colbert,
âgée de quatre - vingt - quatre
24

19
4
sur
x,
1
STE
TO
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BLIO TREANE
DA
LYON
VILLA
n-
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2-
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218 MERCURE
1
Seign
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V
Soun
to
Com
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Tu
re
4
D
âgée
GALANT 219
re
ans &demi , & veuve deM
Vincent Hotman , Seigneur
de Fontenay & autres lieux ,
Maiſtre des Requeſtes , puis
Intendant des Finances & enfuite
Intendant de la Genera
lité de Paris & Confeiller
d'Etat , mourut le 27. du mois
de Juillet dernier. Feu M² Hotman
ſon Epoux étoit tresdiftingué
par ſon merite&par
ſa capacité. La maiſon deM
- Hotman étoit originaire de
Silefie & s'établit à Paris au
commencement du ſeiziéme
fiecle , ſelon le ſentiment de
Mr Baillet. Il y a encore au
Tij
220 MERCURE
!
jourd'huy pluſieurs familles du
nom de Hotman à Breflaw ,
Capitale de la Silefie, d'où font
defcenduës pluſieurs autres
établies dans la Luface , dans
la Miſnie, dans le Pays deCleves
,&c. Lambert Hotman fut
le premier qui paſſa en France
pour porter les armes au fervice
de Louis XI. Il ſe maria
avantageuſement à Paris. Jean
Hotman fon fils aîné fut fi
riche, qu'il fit compter de tresgroſſes
ſomines pour la rançon
de François I. Pierre Hotman,
le dernier des dix-huit enfans
de Lambert , fut Maiſtre des
GALANT 221
Eaux & Forests , & enfuite
Conſeiller au Parlement de
Paris. François Hotman fon
fils aîné, fut undes plus grands
Jurifconfultes que la France
ait eû. Il fit de grands progrés
dans l'étude duDroit Romain
&dans celle des belles Lettres .
Il s'enteſta mal à propos des
nouvelles opinions dont la
France commençoit alors à
eftre infectée ; il alla à Lyon
pour en faire une pprrooffeefſfſiioonn
plus libre ; c'eſt dans cette
Ville qu'il publia fon Commentaire
, Ad titulum inftitutionum
de actionibus. Il avoit
Tiij
222 MERCURE
1
1
rs
déja publié un petit Livre ,
De gradibus cognationis. De
Lyon il alla à Lauſane , il paffa
en y allant , à Geneve où il
demeura quelque temps dans
la maiſon de Calvin. Ms de
Berne luy donnerent l'employ
de Profeſſeur aux belles
Lettres. Il s'y maria avec
Mlle Claudine Aubelin de
la Ville d'Orleans,qui s'y étoit
réfugiée pour le fait de la Religion.
Le bruit de fon merite
s'étendit ſi loin , que les Magiftrats
de Strasbourg luy of
frirent une Chaire de Jurif
prudence , & pendant qu'il en
R
GALANT 223
faifoit les fonctions , il ſe vit
recherché par le Duc de Pruffe
& par le Landgrave de Heffe.
Enfin Jean de Montluc luy
perfuada d'aller enſeigner le
Droit à Valence , & il s'en
acquitta ſi heureuſement qu'il
releva la reputation de cette
Univerſité. C'eſt à Sancerre où
il écrivit ſon excellent Livre
DeConfolatione. Jean Hotman
fut fon fils. Le Supplement de
Moreri avance qu'Henry Hotman
né à Cleves l'an 1466.
fut le premier qui paffa en
France ; mais j'aime mieux
fuivre M Baillet. ;
Tij
224 MERCURE
re
Mc Louis Emery , Marc
de la Ferté , Chevalier Scigneur
de Tibermenil , Saint
Leger , &c. Confeiller auParlement
de Roüen , mourut au
commencement du mois dernier.
Il a exercé pendant plufieurs
années la Magiftrature
avec une grande fatisfaction
de la part des Peuples de Normandie.
Il y étoit aimé& refpecté
, & fa memoire y fera
longtemps en benediction.
Le foin qu'il prenoit de mettre
la paix entre les Parties & de
terminer leurs affaires par des
accommodemens qu'il leur
GALANT 225
r
menageoit , pluſtoſt que de les
laiffer confommer en frais , a
toûjours fait beaucoup d'honneur
à ce Magiftrat. La Maifon
de M² de la Ferté eſt fort
connuë en Normandie , & fes
Ayeuls ont toûjours poffedé
dans ce Parlement les principales
Charges. Il étoit allié
aux meilleures Maiſons de
la Province , & il en eſt peu
où ſa famille ne ſoit alliée.
M² de la Ferté eſt mort dans
r
de grands ſentimens de Religion
, & perſonne n'en étoit
plus penetré que luy.
226 MERCURE
r
Les Vers ſuivans ont eſté
faits par M Amoreux , l'un
des Juges des Ifles , il ne faut
pas s'étonner s'il fait parler l'Amerique.
GALANT 227
L'AMERIQUE
A
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BRETAGNE ,
ODE.
REjetton du plus grand Roy
des Rois ,
Illustre Apuy de la Couronne,
Prince, dont les fameux exploits
Feront lagloire de Bellone ;
Le Cielpar un éclat nouvea
228 MERCURE
T'éclaire dedans ton Berceau ,
Et préfage aux Mortels tes nobles
avantures ;
Etmille& mille feux en centClimats
divers
Sontdéja comme autant d'augures
Des beaux jours que tonfortpromet
à l'Univers .
2
1
Déja cette vivanteflame
Que tu fais briller dans tesyeux,
Nous fait voir de tes grands
Ayeux
Les vertus germer dans ton ame:
Sur ton front auguste & charmant
,
On voit paroître noblement
Lafierté , la douceur de ton aimable
Pere ,
Les traits desa grandeurfonten toy
confondus s
GALANT 229
Etparmy lestraits de ta Mere
Ceux de ton Byfayeul se trouvent
répandus.
S
Bientôt au milieu de ta courſe
Defcendu d'unfi grand Heros,
On te verra partes travaux
Monter auſihautque tafource:
Lorſque ta valeur agira ,
LOUISLE GRANDt'animera;
Luyfeul par ses conſeils reglera ta
conduite ,
Etmarchant comme luyfur l'Orgueil
abbatu ,
Toûjours la Victoire àta fuite ,
Fera voler ton char quidé par sa
vertu .

Paſſe lesfrivoles délices
Dont les Enfansfont leursjoüets,
Les Princes comme Toyfontfaits
230 MERCURE
Pour deplus nobles exercices,
Hate, précipite le tems ;
Tu dois à lafleurde tes ans
Les armes à la main conduire tes
Cohortes,
'Et ce vaste Univers à tes Armes
Soumis ,
'Pour remplir le Nom que tu
portes,
Eft le digne laurier que leCiel t'a
promis.
2
A la naiſſance de ton Pere
Je preſentai des Vers au Roi,
Ils eurent le bonheur de plaire ,
Et j'ofe encor m'offrir àToy.
Il faut qu'à son tour l'Amerique
,
Avecballegreffe publique ,
Te falle par ma voix connoîtrefon
2 respect:
1
GALANT 221
:
Puisque tout te benit ,le Ciel , la
Terre & l'Onde ,
Qu'icy tout rit à ton aspect ,
Accepte cepreſent qui vient du nouveau
monde.
Vous ſçavez queMadame la
Ducheffe de Noailles, niéce de
MadamedeMaintenon, eſt accouchéed'une
fille,elle a eſté tenuë
ſur les fonts par Monfieur
le Maréchal de Noailles & par
Madame de Maintenon qui
luy a donné le nom d'Adelaide.
La pieté de cette Famille
eſt ſi connuë , qu'il y a lieu de
croire que le Ciel accordera
232 MERCURE
bien-toſtun garçon à ſes voeux.
Les Vers qui ſuivent font de
M² de Meſſange.
GENETHLIAQUE
DE MADEMOISELLE
DE NOAILLES .
Aquoy bon furvos jours , nouvelle
Adélaïde ,
Conſulter les aspects des Cieux?
On voit affez dans vos beaux
yeux ,
Ce que pour vous lefort decide.
Du Ciel, par mille appas, voſtre air
favorisé ,
L'illuftrefangdont vous estesformée
,
GALANT 233
Celle de qui le nomvous vient d'etre
imposé ,
Et celle qui vous a nommée,
Tout est pour vousfi grand , fi noble
&fiparfait ,
Qu'on juge que vous eftes née ,
Pourlaplus haute destinée,
Qui vendefur la terre un grand
coeurfatisfait.
M'le Chevalier de faint Pol
a répondu à l'attente que l'on
avoit de ſa conduite & de ſa
valeur , & aprés s'être mis en
mer avec ſa petite Efcadre , qui
eſtoit obfervée de tous coſtez,
il n'a pas efté long-temps fans
faire parler de luy. Il prit le 12 .
d'Aouſt un Navire de guerre ,
Septembre 1704. V
234 MERCURE
Anglois de 32. Canons , nommé
Le Foye ; il avoit cent cinquante
hommes , ou environ
d'equipage ; c'étoit un des convois
de la Flotte de Virginie ,
& il eſtoit commandé par le
Capitaine Richard Browne.
Le 15. du même mois , les
Vaiſſeaux du Roy Le Salisbury
, & l'Amphitrite , combattirent
deux Vaiſſeaux Anglois..
L'Amphitrite qui estoit commandé
par M² le Comte de
Ferriere , prit le Vaiſſeau nommé
le Falmouth , que montoit
leCapitaine Thomas Kenney ,
il eſtoit de cinquante-deuxCa
GALANT 235
nons , & avoit deux cens quatre-
vingt hommes d'équipage.
La Fregatte l'Heroine con--
tribua beaucoup à cette priſe.
On prit auſſi un Navire marchand
chargé de ſucre. Le combat
dura depuis onze heures
du matin juſqu'à deux heures
aprés midy. Le Navire chargé
de ſucre fut pris par le Milfort&
l'Amadée.
M le Comte de Ferriere
s'eſt extrêmement diftingué en
s'emparant du Vaiſſeau leFalmouth
, & il reçût un coup de
fufil dans les reins dont il eſt
mort. Son frere cadet reçût un
Vij
236 MERCURE
coup de piſtolet au deſſous de
la mammelle,& cette bleffure a
efte trouvée fort dangereuſe.
M' de Roquefeüil a efté choiſi
pourcommander leVaiſſeau de
M'leComtede Ferriere,mais il
ne pouvoit ſuivre de quelques
jours M de Saint Pol,
parce qu'il falloit radouber
ce Vaiſſeau. M Donay a
eſté bleſſé dans ce Vaiffeau ,
aufſi - bien que M' Valette ,
qui eſt mort depuis de ſes
bleffures .
r
I
Je vous ay déja parlé de la
nomination de M. le Blanc à
r
'Intendanced'Auvergne qu'aGALANT
237
I
r
voit cy-devant M² d'Ormeffon
qui a paffé à celle de Soiffons
. M' le Blanc a eſté reçû
à Riom avec de grands applaudiffemens
, & M Paftel
Avocat , & premier Echevin
de cette Ville , prononça te
diſcours ſuivant le jour de ſa
reception.
MONSEIGNEUR,
Vôtre arrivée , vôtre veuë dif
fipent nos chagrins , nos incertititudes
, &nous raffurent fur la
perte de Mr d'Ormeffon. Refpectablepar
voftre naiſſance ,&plus
238 MERCURE
les
encore par un merite eminent, le
Roy ,dont le discernement est toujours
für,nepouvoit enjettant
yeuxfur nous,ſe determiner par
un choix , & qui luy fit plus
d'honneur ,&qui vous fitplus
dejustice.
En vous , Monseigneur ,se
trouvent réünies toutes les quali
tez propres à former un parfait
Intendant ; de lavivacitée&de
l'application dans les affaires dela
facilité&de la juſteſſe dans les
deciſions. Parfait imitateur de ce
grandMagiftrat dont voustenez
lejour, comme luyfans paſſions
Sans humeur2 donnant tout au
GALANT 239
droit , &rien aux personnes ; d'un
efpritfuperieur , facile , delicat
d'un coeur droit , tendre, compatiffant
; vous avez dans un âge
peu avancé une prudence confommée
, &toute la maturité de la
ſageſſe ; vous estes depofitaire de
T'autorité du Prince , disposé à
n'en userquepourproteger la bonne
cauſe &déconcerter les mauvais
projets ; en effet , vous estes
fait de maniere que vousprefiderez
moins dans la Province par
l'autorité par le rang,que par
une élevation de genie ,&une
Superioritéde vertus.
Que ne doit- on point attendre
240 MERCURE
d'un caractere auſſi grand ? Par
combien d'actes de justice va estre
marquée vôtre administration ? Et
le moyen , Monseigneur , que
touchez de vous avoir , on ne nous
trouve pas toûjours attentifs, empreſſez
à nous ouvrir les voyes ,
àfaifir les occafions de vous témoigner
nos foûmiſſions & nos
respects.
r
Le Roy qui prefere à toutes
chofes tout ce qui regarde la
Religion , recommanda fur
tout àM' de Feriol , lors qu'il
le nomma à l'Ambaſſade de
Conftantinople , de faire obferver
GALANT 241
Terver les Capitulations , de
proteger la Religion préferablement
à toutes chofes , &
d'empefcher que les Miniſtres
de l'Egliſe quiſont dans l'Empire
Ottoman ne fuſſent moleftez
. M de Feriol s'eſt ſibien
acquitté des ordres qu'il a reçûs
de S. M. que le Pape s'eſt
⚫ apperçû du bien que la Religion
en reſſentoit ; c'eſt pourquoy
S. S. a envoyé un Bref
tres- obligeant à cet Ambaffadeur
, accompagné d'un riche
Chapelet , & de quantité d'Indulgences
, pour marquer l'eftime
qu'elle fait de ſa perfon-
Septembre 1704. X
242 MERCURE
ne & de ſa pieté , & pour l'exciter
à continuer de ſervir l'E
glife.
M' de Hautefeüille, dont je
vous ay parlé dans pluſieurs
de mes Lettres , à l'occafion de
ſes ouvrages de Phyfique& de
Mathematiques , & des Découvertes
qu'il a faites dans les
Sciences & dans les Arts , eft .
l'Inventeur de la maniere de
tirer les Loteries qui fe pratique
maintenant.
La premiere qui a eſté tirée
de cette façon , a efté la Loterie
extraordinaire de Pendules
&de Montres , que firent,avec
GALANT 243
la permiffion du Roy , M
Baltazar Martinot , & Nicolas
Gribelin , laquelle fut tirée à
Verſailles par Monſeigneur le
Dauphin le vingt-trois Novembre
1695 .
La feconde a eſté tirée à Paris
dans l'Hôtel de Boüillon ,
par ſon Alteſſe Sereniffime
Monſeigneur le Prince deConti
, le 28. Fevrier 1697. je
vous envoiay , en ce temps-là,
les Mémoires & les Explications
de ces Loteries & la Lifte
des Numero , qui en avoient
gagnéles Lots.
Elles ont donné licu à plu-
X ij
244 MERCURE
ſieurs Hôpitaux d'obtenir la
permiffion de faire des Loteteries
, & ils les ont tirées de
cette maniere , parce qu'elle eft
plus expeditive.
Cependant M de Hautefciiille
a remarqué , que cette
maniere de tirer les Loteries a
un tres-grand deffaut , qui conſiſte
en ce que les Particuliers
n'ont aucune certitude que
leurs Numero foient dans la
Boëte ou dans le Sac de cuir
d'où l'on tire ceux quigagnent
les Lots , & qu'il peut s'en perdre
pluſieurs en les coupant en
Ieş roulant, en les tranſportant
د
GALANT 245
d'un lieu à un autre , & par
pluſieurs autres accidens qui
peuvent arriver à ces Numero,
avantque d'entrer dans laBoëte
ou dans le Sac.
L'Ecrivain peut ſe tromper,
en ajoûtant, oubliant ou tranf- .
poſant quelques chiffres , cequi
eft tres-facile , puifque les Imprimeurs
& leurs Correcteurs
s'y trompent fouvent , quelques
ſçavans & habiles qu'ils
foient , & quelque attention
qu'ils y apportent. Cette erreur
de chiffres fait que la perfonne
qui devoit naturellement
gagner unLot , ne le ga-
X iij
246 MERCURE
gne point , & qu'il eſt gagné
parune autre , dont le Nume
ro en ce cas estoit double,mais
comme ſa Deviſe n'y convient
pas , on ne luy donne point ce
Lot ; lequel demeure au profit
de ceux qui font la Loterie ,
ce qui eſt une injuftice. Quoique
cette erreur ſoit faite par
inadvertance ,& que l'Ecrivain
n'ait point une mauvaiſe intention
, elle ne laiſſe pas de
cauſer la perte du Lot à celuy
à qui il appartient legitimement.
Il n'eſt pas vrai-ſemblable,
que celuy qui a les Numero
1
GALANT 247
d'une Loterie en fa difpofition
en fuprime à l'inſçûdes Inſpecteurs
une grande quantité , &
multiplie les fiens , afin qu'ils
puiffent plus facilement eftre
choifis , & gagner quelque
Lot ; il y a cependant des perſonnes
qui ont cette idée , ce
qui donne du ſoupçon à quelques-
uns , & empefche d'autres
de mettre aux Loteries ...
M² de Hautefeüille a trouvé
le moyend'éviter cet inconvenient
, & il a inventé une nouvelle
maniere de tirer les Loteriez
, par laquelle ceux qui auront
pris les Billets auront une
X ij
248 MERCURE
certitude claire& évidente,que
leurs Numero n'auront point
eſté perdus nyoftez exprés , &
qu'ils feront dans la Boëte ou
dans le Sacde cuir .
Cette nouvelle maniere de
tirer les Loteries , donne auffi
l'efperance degagner pluſieurs
Lots , ſans qu'on foit obligé
de prendre un plus grand
nombre de Billets , & elle a
d'autres particularitez tres-belles
, & qui feront agreables au
public.
Dame Françoiſe le Clerc
mourut au commencement du
GALANT 249
,
mois d'Aouſt dernier , elle
étoit veuve de M² l'Heritier
Confeiller & Hiftoriographe
du Roy , fi celebre dans les .
Lettres par les beaux morceaux
d'Hiſtoire qu'il a mis au jour ,
&par ſes doctes Poëfies. Son
épouſe dont je vous aprens la
mort, a toûjours eſté un exemple
de vertus Chreftiennes &
morales. Jamais perſonne n'a
eſté plus attachée que cette
Dame à remplir tous ſes devoirs
, &n'a joint plus demodeftie
à mille rares qualitez dignes
de la plus parfaite eſtime.
Aprés une longue ſuite d'infir250
MERCURE
mitez & de rudes fouffrances,
qu'elle ſupportoit avec une patience
admirable & dont elle
faifoit fans ceffe des facrifices
à Dieu ; elle eſt morte dans les
fentimens de la plus tendre
pieté&generalement regrettée
de tous ceux qui la connoiffoient.
De fix enfans qu'avoit
laiſſe feu M' l'Heritier , iln'en
eſt reîté que quatre ; un fils &
trois filles . La ſeconde des
filles eſt Mlle l'Heritier de Villandon
, qui s'eft acquis dans
le monde une grande reputation
par fon profond ſçavoir,&
par ſes beaux & agréa
GALANT 251
bles ouvrages en Profe & en
Vers. Le fils de feu M² l'Heritier',
ainſi que cette Demlle ,
n'a pas eu moins d'attachement
pour les Sciences & les
belles Lettres qu'en avoit leur
illuftre pere. Il poffede également
bien les Langues mortes
& les vivantes , il a une tresvafte
érudition,&a fait un chemin
prodigieux dans les Mathematiques.
Il joint à tantde
bonnes qualitez la parfaite
droiture d'ame qui eſt hereditaire
dans toute cette famille.
Feu M² l'Heritier du coſté maternel
, touchoit de prés au
252 MERCURE
celebreGarde des SceauxM du
Vair , Evêque de Lifieux,& qui
avoit efté premier Preſident au
Parlement de Provence. C'eſt
à la confideration de ce grand
Miniſtre que Monfieur le Cardinalde
Richelieu avoit refolu
de luy donnner de folides marques
de ſon eſtime lorſque la
mort le prevint . M' l'Heritier
eſt né dans une famille où l'on
avoit toûjours vû regner l'amour
des belles Lettres. Son
pere étoit un des plus ſçavans
hommes de fon fiecle , il pouvoit
regarder ſon inclination
pour les Sciences , comme he
GALANT 253
reditaire , puiſque ſa mere ,
ayeule de Nicolas l'Heritier
dont je parle , s'étoit attachée
à l'étude de la Poëfie , où elle
reüffiſſoit parfaitement. Feu
M² l'Heritier a fait pluſieurs
Ouvrages. Il fit imprimer à
Paris en 1667. le Tableau historique,
representant l'Etat tant ancien
que moderne de la France ,
de l'Allemagne &de l'Espagne,
&les plus remarquables démélez
que ces trois Nations ont eû en-
Semble,tant en Paix qu'en Guerre
depuis l'établiſſement du Chriftianiſme
jusqu'à nostre temps. L'Auteur
commence ſon Ouvrage
254 MPRCURE
par une Differtation ſur l'Origine
des François . Tout ce
qu'il avance fur ce fujet eft fort
fçavant & fort recherché. Il
donne enfuite de legeres idées
des conqueſtes & de la defti
née des Rois de Francejuſqu'à
Pepin ; & il s'attache à marquer
d'une maniere plus étenduë
, quels étoient le caractere
& l'heureux aſcendant de
Charlemagne . Il peint ce Conquerant
avec des couleurs tresvives.
Le même goût regne
dans tout l'Ouvrage. Les Perſonnes
qui font quelque figure
confiderable dans le corps de
GALANT 255
l'Ouvrage,y font parfaitement
bien caracterifées . CerOuvrageeft
d'un ſtile pur & foûtenu.
M' l'Heritier avoit encore fait
d'autresOuvrages ſur l'Hiſtoire
qui n'ont pas efté imprimez.
Il a écrit d'une maniere exacte
& étendue les trois premieres
années du Regne du Roy , &
divers autres morceaux de
'Hiſtoire de ce Monarque ,
avec une netteté & une élegance
qui donnent un merite
confidcrable à toutes fes productions.
Il a auffi traduit en
noftre Langue , les Annales des
troubles des Pays-Bas , com-
A
256 MERCURE
H
i
poſées par le Docte Hugues
Grotius. Cette Traduction qui
fut fort eſtimée en ſon temps
fut imprimée en 1662. à Amſterdam
par Blaëu. N'ayant que
vingt-deux ans il fit une Tragedie
intitulé Hercule furieux,
qui cût un grand fuccés: Le
grand Clovis Tragedie , étoit
de ſa façon ; cette Piece fut
fort applaudie , & fut reprefentée
ſur le Theatre de l'Hôtel
deBourgogne.On peut voir
un ample detail des autresOuvrages
de M. l'Heritier dans
l'Eflai de Litterature du mois
de Decembre 1702 .
GALANT 257
r
M² l'Abbé du Tremblay ,
Preſtre, Conſeiller ,Aumônier
du Roy , ancien Chanoine de
l'Egliſe de Noftre - Dame de
Paris , Abbé Commendataire
de Mondaye & de Beaulieu en
Bretagne , & le feul Beneficier
qui reſtoit dans le Royaume de
la nomination de Louis XIIL
mourut au cominencement du
mois dernier , âgé de quatrevingt-
onze ans. Il eſtoit frere
de feu M' du Tremblay, Maître
des Requeftes , & de feuë
Dame Marie le Clerc du Tremblay
, épouſe de Louis d'Angennes
, Chevalier Marquis de
Septembre 1704. Y
258 MERCURE
rs
Maintenon , Grand Bailly de
Chartres& du Pays Chartrain,
& mere de Mº la Marquiſe de
Circé , dont le fils vient d'époufer
Mlle Aubert , & dont
je vous parlay le mois paffé..
Ms du Tremblay & M
la Marquiſe de Maintenon
étoient fils de feu M le Marquis
du Tremblay , Gouver
neur de la Baſtille , & aupara
vant Ambaffadeur pour leRoy
Lois XIII . en Angleterre , &
neveu du fameux Pere Jofeph
de Paris . Celui-cy renonça ,
contre l'intention de tous les
Parens , aux honneurs que fa
GALANT 259
naiſſance luy pouvoit faire efperer
dans le monde , pour
entrer dans l'Ordre des Capucins.
Il fit paroiſtre ſon zele
Apoftolique dans les Miffions
du Poitou & de la Saintonge ,
où il travailla à la converfion
des Heretiques avec le ſecours
des Miſſionaires qu'il deſtina à
cet employ lorſqu'il étoit Provincial.
Il a fait pluſieurs Livres
; il a roformé les Religieufes
de Fontevrault , & établi
dans l'Eglife , le nouvelOrdre
des Religieuſes Benedictines
du Calvaire , à qui il a laiſſe de
belles maximes pour conferver
Yij
260 MERCURE
l'efprit de leur vocation. Il en
voya des Miffionaires en Angleterre
, en Canada &en Turquie
qui continuent encore
aujourd'huy, à remplir les
fonctions Apoftoliques dans
ces Pays avec ungrandfruit.Il
mourut à Paris le 21. Decembre
de l'an 1639. & fut enterré
devant le Maiſtre Autel
du Convent des Capucins de
faint Honoré, où l'on voit une
Epitaphe ſur ſa tombe , qui
contient fon éloge. Il avoit
une foeur mariée , dont la fille
a fait l'alliance de M² Barjot
d'Auncüil avec M du Trem
GALANT 261
blay. Le Pere Joſeph étoit fils
de M' le Clerc , Preſident au
au Parlement de Paris .
Les Articles ſuivans regar
dent quelques perſonnes tuées
àla bataille d'Hochſtet..
M Jules-ArmandColbert ,
Marquis de Blainville & d'Ormoy
, ci-devant Grand-Maiſtre
des Ceremonies de France &
Lieutenant General des Armées
du Roy. Il eſt mort des
bleſſures qu'il reçut à la teſte
de l'Infanterie qu'il commandoit
dans cette Bataille. M le
262 MERCURE
Marquis de Blainville s'eſt dif
tingué dans une infinité d'occafions
éclatantes . La deffenſe
de Keyſerwert luy fera un
honneur infini auprés de la
pofterité. On aura peine àcroire
dans les fiecles à venir qu'u
ne ſemblable Bicoque ait arrefté
durant pluſieurs mois
toutes les forces de l'Empire .
Le paffage de la Foreft noire
ne fera pas moins d'honneur
à ce General , qui avoit eu en
dernier lieu le Gouvernement
d'Ulm. L'amour que M' de
Blainville avoit pour la Juſtice
& fa charité ont particuliereGALANT
263
r
ment éclaté dans les derniers
momens de ſa vie. Il eſtoit le
quatriéme fils de Jean-Baptifte
Colbert Miniftre d'Etat ,&de
Marie Charon , fille de Jacques
Charon, Seigneur de Menars ,
GrandBailly de Blois. FeuM
la Marquis de Seignelay , M
l'Archevêque de Roüen , M² le
Bailly Colbert , qui avoit exercé
le Generalat des Galeres de
Malthe,tuéà Valcourt,eftoient
ſes freres aînez . Louis Colbert
Comte de Sceaux, tué à la teſte
du Regiment de Champagne,
&Louis Colbert Abbé de Bonport
, quia depuis épouséMile
264 MERCURE
de Sourches , estoient ſes ca
dets. Il eſtoit pareillement frere
des Ducheſſes de Chevreuſe,de
Beauvilliers ,&de Mortemar.
M le Marquis de Marillac
Maréchal des Camps & Armées
du Roy. Il avoit époufé
la foeur de Monfieur le Ducde
Beauvilliers . Cette foeur eſtoit
d'un ſecond lit. Il eſt mort âgé
feulement de vingt - cinq ou
vingt- fix ans , aprés avoir donné
des preuves de la plus haute
valeur au Siege de Keyſerwert,
&dans le Combat où il a efté
tué. Il eſtoit fils de M¹ de Marillac,
Confeiller au Parlement
de
GALANT 265
de Paris , &defcendoit deGuil
laume de Marillac , S¹ de Fer
rieres , Conſeillerd'Etat , Controlleur
general & Surintendant
des Finances , & de Renée
Aligret ſa femme. Ce
Guillaume fut pere de Charles
de Marillac , Conſeiller au Parlement
de Paris , & de Michel
qui continua la poſterité. Celuy-
cy fut Garde des Sceaux ,
& il eut de Marguerite Barbe
de la Forterie , René deMarillac
, Maistre des Requeſtes ,
qui mourut en Languedoc en
1621. laiſſant de Marie de
Creil ſon épouſe , Michel da
Septembre 1704 . Z
266 MERCURE
Marillac II. du nom , qui fut
Maiſtre des Requeftes , & enfuite
Conſeiller d'Etat , & qui
de Jeanne Potier ſa femme ,
fille de Nicolas , St' d'Ocquerre
Secretaire d'Etat , laiſſa René
de Marillac II. dunom, St d'O
linville & d'Attichi , lequel
épouſa en 1664. Marie Bochart
, fille de François S de
Sarron , Confeiller au Parlement.
Bernard de Marillac
Chevalier S' de Marillac & de
la Weſtrie , vivoit dans le quatorziéme
fiecle ; il épouſa Sufanne
de Laſtic , dont il eut
entr'autres enfans Sebaftien de
6
,
GALANT 267
Marillac , qui prit alliance avec
Antoinette de Beaufort , dite
de Canillac , fille du Marquis
deBeaufort, S de Canillac,&
de Catherine Dauphine d'Auvergne
, dont il eut Pierre de
Marillac , qui laiſſa Gilbert de
Marillac , S de Saint Geneft,
de la Mothe-Hermant & de
Bicon , qui rendit de grands
forvices à la Maiſon de Bourbon.
On luy confia le Gouvernement
de Montpenfier , il fut
pere de Gilbert de Marillac II.
du nom ,Baron de Porfac , Secretaire
du Connétable de
Bourbon. Il eſtoit frere de Guil
+
Zij
268 MERCURE
laume dont je viens de parler
& oncle de Louis de Marillac
Maréchal de France. La Maifon
de Marillac eſt originaire
d'Auvergne.
M le Comte de Gaffion
Commandant des Gendarmes
de Bourgogne. La Maiſon de
Gaffion eft noble & confiderable
dans le Bearn. Jacques de
Gaffion estoit ſecond Preſident
au Parlement de Pau ; il eut de
Marie d'Eſclaux fon épouſe ,
Jean de Gaffion Procureur general
& puis Preſident dans le
même Parlement de Pau , Interdant
de Juſtice dans le
GALANT 269
Bearn , & le Gouvernement de Gouvernement de
Bayonne. Il eſtoit frere de M
de Gaffion , qui luy a fuccedé
dans la Charge de Prefident &
qui a épousé la fille de M² Colbert
du Terron , dont il a des
enfans. Jean de Gaffion eftoit
frere de M de Gaffion St de
Pondoli ; de Jacob , S¹ de Bergere
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , Meſtre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie
,mort en 1647. de Jean
de Gaffion Maréchal de France,
mort à Arras le 28. Septembre
de la même année , de la
bleſſure_qu'il avoit reçuë au
د
Zij
270 MERCURE
Siege de Lens qu'il faifoit. Son
corps fut apporté à Charenton
, parce qu'il profeſſoit la
Religion pretenduë reformée.
Pierre Evêque d'Oleron , Abbé
deSaint Vincent de Luc , mort
en 1652. étoit encore frerede
Jean deGaffiondont j'ay parlé,
qui avoit deux foeurs mariées;
l'une au S d'Eſpalongne &
l'autre au St d'Artaignan,Gouverneur
de Montaner enBearn,
& Lieutenant General pour le
Royde laProvince de Bearn.La
Maiſon de Gaffion a produit
d'autres excellens Perſonnages..
Feu M' de Gaffion , dont je
GALANT 271
viens de vous apprendre la
mort,avoit perdu peu de temps
aauuppaarravant, àl'attaque des retranchemens
de Donawert , le
Chevalier deGaſſionſon frere,
qui avoit quitté depuis peu
l'état Eccleſiaſtique & le Seminaire
de Saint Magloire pour
prendre le parti des Armes , &
avoit reſigné à M² l'Abbé de
Montlezun , fon parent , le
Canonicat qu'il avoit dans l'Egliſe
de Leſcar.
M² d'Ormois , Major de la
Gendarmerie ayant eſté tué à
la bataille d'Hochſter , le Roy
a donné le Gouvernement de
Z iiij
272 MERCURE
re
Seyffel en Bugey qu'il avoit depuis
la mort de feu M² Marc
de Baret , un des plus anciens
Officiers du Royaume , àM
de Tournefort , Exempt des
Gardes du Corps. Celui-cy a
longtemps fervi,& s'eſt trouvé
dans les occafions les plus confiderables
. Il eſt de la Province
de Rouffillon où ſa Maiſon
eft tres qualifiée. Celui à qui il
fuccede avoit eſté longtemps
Capitaine dans le Regiment
du Roy, & il avoit eſté un des
premiers Pages que Sa Majefté
ait eu. Il avoit ſervi toute fa
vie avec beaucoup d'honneur
GALANT 273
&de gloire,& le Roy luy donna
en 1699. le Gouvernement
de Seyffel avec des marques
fingulieres de diſtinction. Il fut
preferé en cette occaſion à pluſieurs
Officiers Generaux qui
le demanderent. Ce Gouver
nement eft important , parce
que la Ville de Seyffel eſt une
Clefde France du coſté de Savoye.
Le Rhône partage cette
Ville en deux : on croit qu'elle
donné le nom à l'illuſtre
Maiſon de Seyffel dont les
branches ſubſiſtent en Savoye
&dans le Bugey. En effet, lorf.
que Berald de Saxe vint du
a
274 MERCURE
cofté du Rhône , & que pour
ſa premiere expedition il voulut
conquerir le Fort de Cule ,
qui eſt un Chaſteau ſitué à la
pointe d'un Rocher , qui fervoit
d'azile à des brigands , il
demanda le ſecours d'un Seigneur
de Seyffel , qui luy aida
à faire cette conqueſte; Seyffel
n'eſtant éloigné que de deux
lieuës de ce Chaſteau. Pluſieurs
grands Hommes ont porté le
nom de Seyffel. Claude Archevêque
de Turin ,& auparavant
Evêque de Marſeille, fi recommandable
par les Ouvrages qui
nous reſtent de lui , étoit de
1
GALANT 275
cette Maiſon. Pluſieurs Hifto
riens ont aſſuré qu'il en étoit
bâtard; il traduifit les Oeuvres
de Seneque. Seyſſel eſt une des
principales villesduBugey dont
Bellay eſt la Capitale. Le pays
eſt fertile , & a eſté foûmis avec
laBreſſe à nos Rois en 1601 .
Le Jeudy 28. Aouſt ,Monſeigneur
leDuc de Bourgogne,
Madame la Ducheffe de Bourgogne
& Monſeigneur le Duc
de Berry accompagnez d'un
grand nombre des principales
Dames de la Cour, aprés avoir
dîné avec le Roy à Meudon ,
276 MERCURE
arriverent au Louvre ſur les
quatre heures,pour voir la fefte
que les Officiers de Police dépendans
de la Jurifdiction de
Ms les Prevofſt des Marchands
&Echevins de la Ville de Paris
avoient fait élever ſous leur
ordres , ſur la Riviere de Seine .
Ils y entrerent par la grande
porte ,
&defcendirent de caroffe
à celle de la Salle des Suif
ſes du Roy , qu'ils traverſerent
auffi-bien que celle des Gardes
de la Reine Mere , & huit grandes
pieces de plein pied qui
compofent le grand appartementde
cettePrinceſſe. Ils admiGALANT
277
rerent la beauté des Peintures
de cet appartement, la richeffe
des ornemens & la magnifi
cence des Meubles dont on
l'avoit paré pour les recevoir.
Ils ſe placerent fur le Balcon
du petit Cabinet qui le termine
& regarde la riviere, au deffus
duquel on avoit élevé un
fuperbe Pavillon pour les garantir
de l'ardeur du Soleil.
Auffi-toſt aprés leur arrivée ,
ils virent la jouſte des Mariniers,
qui tirerent enſuite l'Oye
àleur maniere accoûtumée,&
comme il reſtoit encore un
long intervale de jour juſqu'à
278 MERCURE
T'heure où l'on devoit tirer le
feu d'artifice , ils repafferent
l'appartement de la Reine
Mere,&monterent dans celuy
du Roy par le grand eſcalier.
Ils virent dans l'antichambre
la diſpoſition de l'Aſſemblée
-de l'Academie des Sciences ,&
furent conduits par M² Manfard
dans celle de Peinture &
de Sculpture, d'où ils entrerent
dans la grande Galerie , où font
rangez les Plans en élevation
de toutes les Places fortifiées
du Royaume , que Monfcigneur
le Duc de Bourgogne
examina avec beaucoup d'apr
GALANT 279
plication. Ils retournerent en
fuite par le meſme chemin
dans lepetitCabinet de la Reine
Mere ,& fe remirent ſur leBalcon
, où ils continuerent de ſe
recrier fur la, multitude in
nombrable du Peuple aſſemblé
fur les deux Quays , placé fur
des échafauts. Madame laDucheſſe
de Bourgogne étoit en
robe & cette Prince avoit une
tres-belle parure de Diamans.
Ils joüerent pendant quelque
temps dans la Chambre qui la Chambre qui
donnedans le Cabinet, & lorfque
la nuit fut bien noire , le
feu d'artifice commença ; il

280 MERCURE
dura plus long-temps que les
feux ordinaires , & fut trouvé
tres-beau. A peine fut-il
fini , que la Cour paſſa dans
une grande Piece de l'appartement
, où le ſouper eſtoit
fervi ſurdeux tables égales ,&
de vingt couverts chacune.
Monſeigneur le Duc , &Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
mangerentenſemble àl'une
de ces tables , &Monfeigneur
le DucdeBerry tint l'autre.
Les Dames ſe partagerent ,
& remplirent l'une & l'autre.
Elles furent ſervies également
toutes deux , avec toute l'aGALANT
281
bondance , la délicateffe & la
propreté poffible , par les Officiers
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne. Celle de M³ le
Marquis de Villacerf , premier
Maître-d'Hôtel de cette Princeffe
, fut tenuë par ce Marquis
à lamême heure dans une Salle
voifine ,& les fervices ne furent
gueres inferieurs à ceux
des deux premieres. On fervit
dans le même lieu une quatriéme
table pour les Officiers de
•la ſuitedes Princes&de la Princeffe.
J'ay oublié de marquer,
qu'on fervit ſur les fix heures
une grande Collation & qu'il
Septembre 1704. Aa
282 MERCURE
y eût toute l'aprés dînée une
extrême profuſion de fruits, de
patiſſeries , de confitures fé
ches ,&de toutes fortes d'eaux
& de glaces , non ſeulement
pour les Perſonnes de la Cour,
mais encore pour toutes celles
qui étoient répanduës dans les
Chambres de l'appartement ,
ou qui estoient placées dans les
croiſées qui donnent fur la riviere.
En fortant de tableMadame
la Ducheſſe de Bourgogne,
&Meffeigneurs les Prin-
-ces retournerent pour quelques
momens dans le petit Cabinet
,& furent agréablement
GALANT 283
,
furpris à leur paſſage , de voir
parles croiſées qui eftoient oùvertes
, le petit Jardin qui regne
le long de la face de l'appartement
, illuminé par un
grandnombre de Girandoles
garnies de Bougies , pofées fur
dehauts Gueridons dorez, placez
entre un double rang de
caiffes d'Orangers ,de Lauriers
Rofe , & d'autres Arbuftes.
Madamela Duchefſe de Bourgogne
en marqua fa fatisfaction
àM' de Bellocq , fon Portemanteau
ordinaire , qui a la
garde de l'appartement de la
Reine Mere ,& qui avoir fait
Aa ij
284 MERCURE
cettegalanterie ; cette Princeffe
luy témoigna qu'elle la trouvoit
noble& de bon goût. La
Cour fortit du Louvre ſur les
dix heures & demi du foir, elle
paſſa par la ruë Saint Honoré,
puis fur lePont-neuf, & enfuite
fur le Quay des Theatins
d'où elle vit l'illumination de
la Galerie du Louvre , & retourna
coucher à Meudon .
Cette illumination , & toutes
celles qui rempliffent mes
trois dernieres Lettres vous
ayant donné lieu de me faire
diverſes queſtions fur les Illu
minations,je vous diray , pour
GALANT 285
y répondte , que l'on s'eſt ſervi
pendant pluſieurs fiécles ,de
fimples chandelles placées ſur
les feneftres lors qu'on faifoit
des réjoüiſſances publiques qui
regardoient la Famille Royale,
& non en d'autres occaſions .
Enfuite, ſoit que ces chandelles
nepuffent refifter aux vents,ou
pour quelqu'autre raifon , on
les enferma dans des Lanter
nes ; on n'enmit pas ſeulement
fur les feneftres , mais on en attacha
ſur les murs , on en plaça
le long des corniches , &
l'on enmit juſques ſur les toits
des maiſons . Ces Lanternes
(
286 MERCURE
eſtoient de papier de diverſes
couleurs ; elles ne furent pas
long-tems fans ornemens , &
on peignit deſſus des chiffres ,
des fleurs de lys , & les mots de
Vive le Roy , & plufieurs autres
chofes qui convenoient au
fujet de la fefte. Ily a environ
quarante-ans que les Italiens ,
qui font fort inventifs , & qui
excellent dans les feſtes publiques
, trouverent la maniere
d'illuminer avec des lampes ou
lamperons . Quoique cette il-
Jumination parût tres - belle
dans le commencement , &
qu'elle fût ſuivied'abord, comGALANT
287
me le font ordinairement pref
que toutes les nouveautez , la
gloire ne fut pas grande pour
ceux qui l'inventerent , puis
qu'il n'y avoit qu'à ſuivre l'or
dre del'Architecture pour illuminer
,& que ces illuminations
ſe trouvoient plus ou moins
belles felon que les Architectes
avoient bien réüſſi dans lesbatimens
qu'ils avoient fait conſtruire
; ces illuminations , en
faiſant voir les beautez & les
défauts. Il y a vingt - cinq ans
qu'elles commencerent à eſtre
moins en vogue en Italie ; cependant,
commeles modes qui
288 MERCURE
ceffent quelques fois dans un
pays ,
commencent à fleurir
dans un autre,oncommençaà
ſe ſervir enFrance de lampe..
rons pour les illuminarions , il
yavingt-deux ans, à la naiſſance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Il en parut une en
ce temps- là aux Galleries du
Louvre beaucoup plus belle
que cellequ'onyvient de voir,
puiſque toutes les feneftres de
la Gallerie baſſe eſtoient fermées
avecdes Tableaux tranf
parens & hiſtoriez felon le
fujet ,&que la corniche eſtoit
remplie d'Obeliſques & de
Frontons
GALANT 7 289
Frontons tranſparens , ce qui
n'eſtoit pas dans laderniere il
lumination. L'uſage de ces lamperons
neceffa pas tout-à-fait
en Italie ,&il fut conſervé &
l'eſt encore par le menu peuple
qui ne pourroit fournir àla
dépenſe des flambeaux , dont
le Pape , les Cardinaux & tous
les Princes & Seigneurs Romains
, ainſi que les Miniſtres
étrangers font illuminer leurs
Palais dans les grandes réjoüif
ſances publiques. Vous l'avez
dû remarquer dans pluſieurs
Relations de ces feftes dont je
vous ay fait part, ainſi que dans
Septembre 1704 . вь
:
290 MERCURE
toutes les feſtes qui ſe font en
Eſpagne , dont je vous ay envoyé
pluſieurs Relations. Ce
n'eſt pas que les illuminations
de lampes&de terrines nedoivent
toûjours eſtre confervées
pour des illuminations éloignées
,&pour des lieux où on
ne doit point ſe mettre aux feneſtres
pour voir quelque ſpectacle
pendant que durent ces
illuminations. Elles deſignent
des parterres , des allées , des
fontaines & des avenuës , &
font un effet merveilleux dans
ces lieux-là , où leur odeur ne
peut incommoder perfonne ,
GALANT 291
comme elle fait fur tout en
Efté , lorſque les lamperons
font attachez dans des lieux
d'où ils peuvent incommoder
le public,pendant le jour auffibien
que pendant la nuit , l'ardeur
du Soleil ne les faiſant
pas moins degouter pendant le
jour que s'ils eftoient allumez.
Quand ces fortes d'illuminations
ne feroient point incommodes
pendant les feſtes qui ne
fe font que la nuit , on ne s'en
doit jamais fervir pour des fêtes
qui ſe paſſent autantle jour
que la nuit ,& pour lesquelles
le peuple s'aſſemble pendant
Bb ij
292 MERCURE
toute la journée,parce que c'eſt
un vilain objetàluy preſenter
pendant tout un jour que des
tringles de bois , & de petites
lampes de fer blanc qui gâtent
labeauté de l'Architecture en
la couvrant , & qui font trop
deviner . l'effet qu'elles feront :
ces confiderations avoient obligéla
plus grandepartie de ceux
qui occupent les appartemens
de la Gallerie du Louvre , de
propoſer une illumination noble&
riche , & qui pût attirer
& occuper par une decoration
éclatante & ingenieuſe les regards
du public pendant toute
GALANT 293
une journée. Elle n'auroit etté
compoſée que de Flambeaux ,
de Luftres & de Girandoles
garnies de bougies , de tableaux
hiftoriques & enigmatiques ,
convenant au ſujet, de palmes,
de feſtons brillans , de feſtons
deverdure , de chiffres & d'armoiries
. Toutes les peintures
auroient efté tranſparentes afin
qu'on pût diftinguer la nuit
comme le jour ce qu'elles repreſentoient.
Enfin on n'auroit
vû que criſtaux , cire blanche
peintures&dorures ;& le tout
enſemble auroit compoſé le
Temple de Memoire , où il
Bb iij
294 MERCURE
eftoit aiſé de placer tout ce qui
auroit pû repreſenter le mieux
la gloire & le regne du Roy.
J'en ay le deſſein entre les
mains , & je vous l'envoyeray ſi
vous le ſouhaitez. Jay crûdevoir
rendre icy cette Juftice à
ccux qui ontnt formé un projet
fi noble & fi éclatant , qui auroit
pendant une journée , &
pendant la plus grande partic
de la nuit attaché les yeux du
public , ainſi que le coeur &
l'eſprit , en prenant plaifir à
voir une infinité de chofes glorieuſes
au Roy & àla France .
Lorſque je fais voir le bon
GALANT 295
3
goût du parti de ceux qui ont
embraſſe celuy de la magnifi
cence , & qui vouloient faire
une illumination où ily eût de
la Nobleffe , pour me ſervir
des termes de Madame la Ducheſſe
de Bourgogne , lorſque
cette Princeſſe a parlé de l'illumination
faite par M' de Bellocq
; ceux du parti de l'huile
&du fuif ne peuvent ſe plaindre
de moy,& je ne fais que ce
qu'ils ont fait eux-mêmes,pour
faire connoître qu'ils eftoient
du parti des lamperons , puif- .
que de crainte qu'on ne l'ignorat
, ils ont fait imprimer une
Bb mj
:
296 MERCURE
deſcription de leur illumina
tion, qu'ils ont preſentée àMadame
la Ducheſſe de Bourgogne
(&qu'ils ont declaré dans
cet imprimé , en tachant d'in
finuer ,que ceux qui avoient les
lampes en horreur eftoient des
leur parti , ) qu'ils avoient tous
prié M' Berrain leur confrere,
deffinateur duCabinet du Roy,
pourvenir plus aifément àbout
de leur illumination , de leur
faire undeſſein ; mais ce deffein
n'étant demandé que pourune
décoration de lampes, M² Berrain
s'eſt conformé àla refolu
tion priſepar tout le parti qui
i
{
GALANT 297
ne vouloit illuminer qu'avec
des lamperons , & il auroit fans
doute fait quelque choſe de
plus beau , s'il luy avoit efte
permis de donner un libre
cours à fon genie , ainſi qu'il
a fait dans plufieurs Volumes
de ſes ouvrages qui ont eſté
gravez , & qui font répandus
par toute la terre.
Quoique cet Article ne femble
rouler que fur deux partis
de particuliers , vous ne l'auriez
pas trouvé dans ma Lettre
s'il n'en reſultoit un bien public
, & s'il ne faifoit connoître
à ceux qui auront à l'avenir ,
298 MERCURE
occafion de faire des illuminations
, que le fuif& l'huile n'y
doivent point eſtre employez
dans des lieux d'où ils peuvent
degouter ſur le public autant
le jour que la nuit , afin d'éviter
ce qui eſt arrivé aux Galleries
du Louvre, où prés de trois
mille perſonnes ont eſté empeftées
de mauvaiſes odeurs ,
&dont la pluſpart ont emporté
ſur leurs habits une partie
de l'illumination.
GALANT 29%
VEOLEXTRA
LYON
d'une Lettre de Marseille.
Il est arrivé icy douze gros
Vaiſſeaux Marchands de cette
Ville revenants des Echelles du
Levant , richement chargez,fous
l'escorte de Mr le Chevalier de
Roye , &vingt Bâtimens chargez
de bleds. Quelques jours auparavant
cing gros Vaiſſeaux venants
auſſi du Levanty estoient
arrivez; ils estoient chargez de
Marchandises fines dont il est arrivé
depuis un mois en cetteVille,
pour cinq millions de livres.
300 MERCURE
Jay vũ
portent qu'il y en eſt arrivé
pour huir ou dix.
d'autre Lettres qui
--Voftre curioſité va eſtre
pleinement fatisfaite fur l'article
du Combat Naval. Je vous
envoye quatre Relations , & il
n'en faut pasmoins pour eftre
bien inftruit de toutes les circonſtances
qui le regardent ; il
faudroit mefme pour ſçavoir
à fond ce qui s'eft paffé dans
chaque Vaiffeau , une Relation
écrite de chacun des Vaiffeaux.
La premiere des quatre Relations
que vous allez lire , eft
de Monfieur le Comte de
GALANT BOF
Toulouſe , mais quoique cette
Relation explique nettement
tout ce qui s'eſt paſſe dans ce
Combat ,& qu'elle rende juſtice
à tous ceux qui ſe ſont
diftinguez, Monfieur leComte
de Toulouſe y parle de luy
avec tant de modeftie , que fi
on ne voyoit que cette Relation
, on ne ſçauroit rien de
tout ce que ce Prince a fait
dans ce Combat , quoiqu'il y
ait donné d'éclatantes marques
d'une extrême valeur , d'une
grande conduite & d'une intrepidité
preſque ſans exemple;
de maniere que pour ſça
302 MERCURE
voir ce que ce Prince a fait , il
eft neceffaire de voir d'autres
Relations que la fienne.
Tant moüillé le vingt- deux à
EVelez- Malaga , où j'étois
venu pour faire de l'eau, les
Fregates que j'avois en garde me
firent le signal qu'elles voyoient
l'Armée ennemic : pour lors il
étoit trois heures aprés midy ,
ily avoit fi peu de vent que les
ennemis ne pouvoient pas
juſqu'à nous ce jour-là. Si nous
avions apareillé pour lors,les courans
qui font tres-vifs en cet endroit
, nous auroient mis en conarriver
(
GALANT 303
fusion ; ainſi je me contentay de
faire revenirpromptement tous les
gens que nous avions à terre , &
d'envoyer les vingt-quatre Galeres
tant de France que d'Espa
gne ,se mettre auprés de vingtquatre
Vaiſſeaux qu'elles devoient
remorquer un peu avant le jour,
pour les conduire à une lieuë an
large& de-là revenir prendre le
refte & les mener joindre les autres
afin que les ennemis nous
trouvaſſent en bataille. La nuitil
vint un peu de vent du coſté de la
terre &nous appareillames à la
pointe du jour. Le vingt-trois, les
courans qui portent icy fort à
304 MERCURE
l'Est avoient depaffé la nuit les
ennemis , de maniere que le matin
nous ne les voyions plus.Je courus
au large afin d'avoirde leurs nouvelles.
A dix heures du matin ,
les Vaiſſeaux de l'Avantgarde me
firent lefignal qu'ils voyoient l' Armée
des ennemis , &en effet nous
les vîmes peu de temps aprés,quoique
de loin ; ils avoient le vent
fur nous nous employâmes le
refte de ce jourà nous preparer au
combat à nous mettre en bataille
, le mieux que le peu de
vent qu'il faifoit , nous le pût
permettre
Le 24. à la petite pointe du
GALANT 305
journous les vîmes à environ trois
lieues à ventà nous
,
nous
connûmes en même temps qu'ils
ſe mettoient en bataille en arrivant
sur l'Armée , nous étions
pour lors Nord& Sud , environ
à dix ou onze lieuës de Malaga.
Leur Armée étoit compofée de
trois Escadres ; cellequi portoit le
Pavillon blanc à Croix rouge ,
étoit commandée par Showel ,&
faisoit l'Avantgarde : la ſeconde
portoit l'Hiack au grand mats , à
Kordinaire étoit commandée
par l'Amiral Roock ,&avoit le
Corpsdebataille.La troifiéme composée
de Vaiffeaux tous Hollan-
Septembre 1704. Cc
306 MERCURE
dois , faifoit l'Arrieregarde ; on
m'a affuré qu'elle étoit commandée
par Calembourg à l'égard du
nombre je ne puis pas le dire à
quelques Vaiſſeaux prés. On leur
a comptéfoixante-quatorze Voiles
,parmi lesquelles il y avoit
cinquante-fix Vaisseaux qui arrivoient
en ligne,&l'on en voyoit
encore quelques-uns éloignez, qui
paroiffent gros lesquels ont rejoint
pendant le combat. Enforte
qu'au rapport de beaucoupde gens,
la ligne des ennemis a esté de 60.
Vaiffeaux, parmi lesquels ily en
avoit fort peu de petits. Noftre
Armé étoit composée de trois Ef-
/
GALANT 307
cadres; l'une blanche &blené qui
faisoit l'Avantgarde étoit
commandée par Mr le Marquis
de Villette ; l'autre blanche , qui
est la mienne ,&faisoit le Corps
de bataille ; la troifiéme blevë
qui étoit commandée par Mr le
Marquis de Langeron &faisoit
Arrieregarde.
Al'égard des Galeres , Mrle
Marquis de Roye étoit au Corps
de bataille avec quatre. Mr le
Duc de Turſis à l'Avantgarde ,
avec les ſept qu'il commande,
les cing d'Espagne ; & Mr de
Forville à l'Arrieregarde , avec
buit de France.
Ccij
308 MERCURE
Dans cette difpofition , faiſant
gouverner fur la perpendiculaire
du vent , les deux bunniers ſur le
ton , afin de nous maintenir plus
facilement en ligne , & d'estre en
état de faire les mouvemens convenables
, par rapport à ceux des
ennemis ; nous apperçumes que
leur Avantgarde arrivoit fur la
noftre , & qu'elle estoit fort écartée
de fon Corps de bataille. Mr
le Marquis de Villette, qui crut la
faire envelopperpar les Vaiſſeaux
de la teste , fit leſignal aux premiers
Vaiſſeaux de ligne deforcer
de voiles , ce qui n'ayant point
empêchél' AmiralShowel d'arriver
GALANT 309
comme ilfaisoit d'abord , il étoit fi
avancé, qu'ilse trouva infenfiblement
dans nos eaux de l'avant ,
avec quelque intervalle entre le
Corps de bataille&luy. Cettefituation
qui nousparoiſſoit favora
ble, nousfit prendre leparti de rete
nir le vent , en forçant de voiles
avecle Corpsde bataille,pour conpercetteAvantgarde,
esperant quefu
le calme venoit, comme il arrive
ordinairement dans les combats
nous nous ferions remorquerpar
les Galeres pour doubler cette
Avantgarde la mettre entre
deux feux , ce qui feroit arrivé
infailliblement , fi ce mouvement
310 MERCURE
A
aravoit
pû s'executer. Showel , qui
s'en apperçut , retint auffi-toft le
vent ; & l'Amiral Rook qui en
prévit la conſequence, fit lefignal
de commencer le combat ,
river fur nous l'Avangarde de
fon Corps de bataille,par où com
mença le combat. Il étoit pour lors
dix heures à ma montre. Le feu
commença donc generalement par
toute la ligne. Je ne puis rendre
compte que de ce qui fe passa au
Corps de bataille, &pour ce qui
regarde l'Avantgarde l'Arrieregarde
,j'ay efté obligé dem'en
rapporter aux Commandans de ces
Escadres la fumée formant un
GALANT 311
1
nuage fi épais ,que dans des momens
à peine voyois-je les Vaiffeaux
qui étoient de l'avant &
de l'arriere de moy. La canonade
fut tres - vive par tout. Mrle
Marquis de Villette avoit remporté
un tres-grand avantagefur
l'Avantgarde des ennemis ,puif
quefuivantfon rapport, ily avoit
déja cinq de leurs Vaiffeaux qui
avoient quitté la ligne,lorsqu'une
bombe tombafurfa Dunette ,qui
la fitfauter , &l'auroit mis en
rifque de fauter luy-même par le
feu que cette bombe avoit mis à
fon Vaiffeau , s'il n'étoit unpeu
arrivé &forti de la ligne pour
312 MERCURE
fe reparer &éviter cet accident.
Pareille chofe arriva au Vaiffcan
de Mr de Belle-Ifle , une bombe
ayant mis le feu à ce Vaiffeau ce
qui l'obligea d'arriver. Lors de
eet accident,Mrde Belle-Ifle avoit
déja esté tué is , sudarom
Quant àce qui regarde leCorps
de bataille , ily arriva une chofe
que je croy n'estre jamais arrivée
dans un combat de ligne , quand
on eſt ſous le vent ; c'est que le
troifiéme Vaiſſeau de mon avant,
commandépar Mr de Chammef
lin , qui fut trois fois de fuite à
b'abordage d'un Vaiffeau qui fe
prouva prés de luy , fut obligéde
le
5
GALANT 313
quitter à la troifiéme fois , parce
qu'il wit le feu en plusieurs endroits
dans le Vaiſſeau ennemi ; il
ne sçait ce que ce Navire est de
venu àcause de la grandefumée,
depuis dans la vivacité dia
combat , il perdit tant de monde
fut tellement desemparé, qu'il
fuſt contraint luy-même de fortir
de la ligne pourſe reparer , auffi
bien que Mr le Chevalier de
Grancey qui estoit auprés de luy,
qui se trouva desemparé&criblé
de coups.
Al Arrieregarde,le combat fut
auſſi tres vif ,& Mr de Langem'a
ronmadit que defon Vaiffean,
Septembre 1704. Dd
314 MERCURE
de pluſieurs autres , on croyoit
avoir vû couler à fond un des
Vaiſſeaux avec qui il avoit eu
affaire. Mr de Rouvroy qui étoit
un de ſes Matelots , aprés deux
heures de combat , reçut pluſieurs
coups de canon qui lui mirent tant
d'eau dansfon Vaiſſeau, qu'il fuft
auſſi obligé de fortir de la ligne
pourse reparer.Mrde Rocheallard
l'aîné , qui eût affaire avecfon
Navire de foixante canons ,
Showel , qui en avoit un de 90.
fut auſſi obligé de fortir de la ligne;
fon Vaiſſeau étoit tout criblé
desemparé. Mr le Chevalier
d'Ofmont & Mr de Pontac, qui
fe
à
GALANT 315
commandoient de petits Navires ,
eurent affaire à de beaucoup plus
gros , &se trouverent obligez
d'en faire autant. Du coſté des
ennemis , nous en vîmes auſſi plufieurs
qui se retirerent du combat.
En general , noussommes toûjours
demeurez dans nostre même terrein
, & par tout cefont les ennemis
qui ont voulu finir le combat,
s'éloigner de nous en tenant le
vent autant qu'il leur étoit poffible.
Mr le Bailly de Lorraine
qui étoit mon Matelot de l'avant,
atoûjours tenufon poſte auprés de
moy ,& a fait tout ce qu'onpouvoit
attendre d'un tres - brave
1
Ddij
316 MERCURE
que ce
homme , jusqu'à ce qu'il ait eſté
tué. Je dois la justice à Mr de
Grand-pré quise trouva commandant
de fon Vaiſſeau aprés fa
mort , que nous ne nous apperçumes
point de la perte de Mr le
Bailly de Lorraine
Vaiſſeau fit toûjours tout ce qu'on
pouvoit defirer. Mr de Relingue,
qui étoit mon Matelotde l'arriere,
fit auffi tout ce qu'on pouvoit attendre
d'un homme connu pour un
auffi bon Officier qu'il est ; il eût
la jambe emportée au bout de
deux heures de combat , &Mr
de Roche-allard, le cadet , qui par
cet accident fe trouva commanGALANT
317
1
dant de fon Vaisseau ,ſe maintint
fi bien en ſon pofte,fit un ſi grand
feu & fi à propos , que l'on ne
s'apperçutpas non plus de la blef-
SuredeMr de Relingue.
Le combat finit à l'avantgarde
entre quatre à cing heures ; au
corps de bataille, il finit à prés de
Sept ,&à l'arrieregarde , les ennemis
tiroient encore à la nuit ,
mais de ſi loin qu'à peine leurs
boulets arrivoient-ils jusqu'à nos
Vaisseaux.
Je ne sçaurois dire trop de bien
des Officiers de mon Vaiſſeau , non
plus que des Gardes Marine , qui
ont témoigné les uns & les au-
Ddüj
318 MERCURE
tres , toute la valeur & leſang
froidquel'on peut defirer. Si je di
fois tout ce qu'il y a à dire fur
tous les Officiers de l'armée , je ne
finirois point, ayant tous les fujets
du monde d'en estre content ,
me refervant à leur faire connoî
tre ma fatisfaction par des chofe,s
effentielles. Tout ce qui me fait de
La peine , c'est la quantité d'honnestes
gens que nous avons perdu
dans cette occafion ; mais une Bataille
comme celle- là ne peut pas se
pafferfans perdre de bonsſujets.
Nous demeurâmes la nuit , qui
fuivit le combat àportée du canon
les uns des autres.Jefis porter des
GALANT 319
del
feux àtous bes Vaiſſeauxde l'Armée
, & il n'y cût que les Vais
Seaux,portant Pavillon , des ennemis
qui en mirent.
Le 25. au matin , les vents
ayant changé , & esſtant revenus
al'Oüest,les deux armées reformerent
leurs lignes , qui par les
courants , le calme la nuit
avoient esté fort dérangées. Nous
estions pour lors à une lieuë les
uns des autres . On courut dans
cette ſituation à la coſte d'Espagne,
chacun de son costé ayant befoin
dese remettre en estat, ce fut
là l'occupation de la journée. N
nous parutque les ennemis étoient
1
Dd iij
320 MERCURE
-1
bien aiſe de s'éloigner de nous in-
Senſiblement ; en effet ils firent fi
bien , qu'à l'entrée de la nuit ils
estoient éloignez de nous de trois
lieuës. Ils mirent pour lors le cap
àla cofte de Barbarie. Pour nous
nous continuâmes la bordée à la
coste d'Espagne jusqu'à minuit ,
que l'onjugea à propos de revirer
à celle de Barbarie , pour rejoindre
nos Vaisseaux desemparez,
qui n'avoientpû nousfuivre ,&
femaintenir au vent de l'armée
ennemie. Cette bordéefit que nous
nous trouvâmes le lendemain matin
, affés prés les uns ddeess aautres,
mais le vent estoit revenu àl'Est,
GALANT 321
pour lors les ennemis qui
estoient environ quatre lieuës
auvent à nous , avoient une
belle occafion de recommencer le
combat , s'ils euffent voulu ,
mais il ne parutpas qu'ils eneuffent
envie. Ils nous cottoyerent
tout le jourfans nous approcher.
La nuit les vents eſtant toujours
à l'Est,j'ay continué ma bordée
tirant à la coste d'Espagne , où je
voulois mener les Galeres , qui
estoient dans un parage tres-dangereux
pour elles , &m'élever de
Tlaa coſte deBarbarie ,dont je m'é
tois trouvé un peu trop présparles
courants qui portent àterre. Ilya
322 MERCURE
4
apparence que les ennemis profiterent
de ce vent pour regagner le
Détroit ; car nous n'en avons euaucune
nouvelle ny connoiffance
depuis , malgré les Fregattes que
j'avois mis à l'air du vent pour
les obferver. Je nesçay point encore
où ils ont tourné; maisfic eft
au Détroit, ils me laiffent maistre
du Champ de bataille,&avoient
bien qu'ils ne veulent plus avoir
affaire à nous , à moins que leur
Superiorité ne foit encore plus
grande...
Quant à moy ,jesuis revenu
au même Velez-Malaga , où ils
estoient venus me trouver , ou
GALANT 323
jattens de leurs nouvelles ,&on
je vaisfaire de l'eau. F'oubliois à
dire, que fur les trois heures , il
s'approcha deux Fregattes , que
nous primes même pour deuxBrulots
qui vouloient venirfur nous ,
àla faveur du grand feu que
Roock &fon Matelot faifoient
pour lors , c'étoit des Bâtimens à
bombes qui nous en tirerent beau
coup ,fuivant le rapport des Fre
gattes que j'avoisfur les aisles ,
car pour nous , nous ne nous en
apperçumes point ſi bien ; à cause
du grandfeu.
Les ennemis avoient pour eux
1 324 MERCURE
tous les avantagesqu'ils pouvoient
Souhaiter; lafuperiorité du nom
bre des Vaiſſeaux , le vent fur
l'Armée du Roy , qui a estéfrais
pendant tout le combat avec affés
de Mer pourque nous ne puiſſions
pas tirer des Galeres tout lefervice
que l'on devoit attendre de
leurbonne volonté. Elles n'ontpas
laiſſfé,malgré tout cela , de remorquer
à l'arriere-garde, deuxVaif
ſeaux qui estoientſous le vent, &
de les remettre en ligne.
Je leur dois beaucoup de loiian
ges de s'être tenues auffi hardiment
, &auffi long-temps qu'elGALANT
325
1
les ont fait dans un paragefi dangereux
, fur tout depuis la perte
deGibraltar.
On m'a aſſuré aussi , qu'on
avoit vû couler à fond un Vaif
ſeau des ennemis à l'Avant-garde,
ainſi ceſeroit d'eux.
A
La Relation qui fuit eſt de
M² de Luns , Officier du Bord
de M de Villette.
L'Armée ennemie étoit composée
defoixante- deux Vaiſſeaux de ligne
, & la notre de cinquante : l'inegalité
n'a pas empéché Monheur
TAmiral de les chercher. Sur les
nouvelles que les ennemis eurent,que
326 MERCURE
nous allions à eux , ils fortirent de
la baye de Gibraltar , & vinrent
audevant de nous. La neceſſité d'eau
nous avoit fait mouiller le 22. en
cette rade , il n'y avoit pas deux
heures que nous y estions , lorſque nos
Vaiſſeaux detachez nousfirent fignalde
l'armée ennemie. Monfieur
l'Amiral fit leſignal d'aparciller
pour ne leur pas laiſſer gagner le
vent , mais l'enfoncement de cette
rade ,& la hauteur des Montagnes
deGrenade nous donnoient un calme
tout platqui nous empécha d'enfortir
que le lendemain matin avec le
Secours des Galeres ;& les ennemis
trouvoient un petit frais au large
qui leur donna l'avantage du vent.
Le 23. nous les decouvrimes à trois
lieuës au vent ànous , nous nefimes
les uns&les autres-cettejournée que
GALANT 327
nous mettre en ligne , & le lende
main matin 24. ils arriverent fur
nous defi bonne grace qu'on les auvoit
pris pour des François : l' Ami
val Roock alla attaquer noftre Prin
ce , àmoins de la demi-portée de
canon , mais Roock ne ſoutint pas
long- temps fon feu , il fit arriver
d'autres Vaisseaux frais pour le re
lever ,& quand il les vit bien batus
il reprit leurplace , &foutint le
combat juſques bien avant dans la.
nuit : on n'ajamais vû un feupareil
à celui de nostre Amiral & de
fes deux Matelots. On ne parledans
I'armée que de la valeur& de l'in
trepidité de ce Prince qui est rempli
de mille autresvertus : ces deux Ma-.
telots le ſeconderent à merveilles ; le
Bailly de Lorraine y a perdu la vie,
c'est une perte pourle corps . Mrde
328 MERCURE
Relingue fon autre Matelot ,y a
eu une jambe coupée dès le commencement
: Mr de la Rochalart , fon
Capitaine de Pavillon foutint le
feu des ennemis avec tant de viqueur
& de fermeté qu'on ne s'apercutpasde
la bleſſure dupremier. Mr
deChammeſlin quimontoit lepremier
Vaißeau de cette diviſion , aborda
troisfois un Vaiffeau plusgrandque
luy , & l'auroit enlevé s'ilne s'étoit
aperçu que le feuy estoit à trois
endroits : je vous diraipeu de choſe
de l'arriere-garde , la fumée m'empechoit
de la voir : je sçai feulement
qu'ony a combatu de loin , &
que les Hollandois contre qui elle
avoit affaire , n'ont pasvoulu s'engager.
Mrs de Larteloire , Daligre
, d'Ailly & Duque ne Guiton
Sy font distinguez Mr de Villetse
GALANT 329
ajoñé un beau rolle dans cette journée
, commandant l'avantgarde , il
a eu affaire aux Vaiſſeaux de
Shovvel commandant l'avantgarde
des Anglois , il arriva fur nous à
la portée du mousquet , je croyois
qu'il vouloit commencer par l'abordage
; toute nostre gurde , aprés
avoir mis en ligne , avoit mis en
pane pour les attendre , mais on
cria de Vaisseau en Vaisseau de
forcer de voiles pour mettre l'avantgarde
des ennemis entre deux feux.
Shovvel qui s'aperçût de nostre def
fein fit tenir le vent àson avantgarde,&
lui ,&fon Matelot arriverentsur
nous en dependant . Mr de
Villette comptoit d'avoir affaire à
Lui , mais Shovvel ne le rouva pas
àpropos , & s'attacha à nostreMatelot
, ar du Caffe , qui le recent en
Septembre 1704-
Ec
330 MERCURE
galant homme , & nous donna fon
Matelot qui estoit beaucoup plus fort
que lui ; il ne demeura pas plus d'une
heure &demie par nostre travers,
& s'alla mettre derriere ſon Amiral:
un autre plus petit que lui nous
vint auffi combatre , nous le renvoyames
une heure & demie aprés
demàté : un troisième Vaisseau de
70. canons prit la place , & nous
fit un feu entagé , il nous tua plus
de monde & nous coupa plus de
maneuvres que les deux autres en-
Semble nous avions donc interest
de le renvoyer au plûtot, ceque nous
fimes bien vifte aprés lui avoir
coupéses masts , & misses voiles en
pantennes. Nous eumes ensuite affaire
au Matelot du Vice-Amiral
de leuravantgarde qui s'ennuyafort
de nostre feu , &qui nous donna
GALANT 335
déja en partage son Vice- amiral ;
de qui nous aurions rendu bon compte
lors qu'une bombe tomba fur noftre
dunette ,& qui penetra jusqu'à la
troisième batterie ,fit fauter l'ariere
du Vaiffeau,& mit le feu dans
toute la poupe ; imaginez - vous
P'horrible defordre dans lequel ce
malheurnous mit : nous avionsdans
la Gallerie 5000. cartouches pour
des fufils , toutes nos armes de recharge
dans les chambres , lefeu s'y
mit , & les coups porterentfur le
Gaillard derriere , où estoient Mrs
de Villette , de Baumont , de Sommery
, Tierſeville , Chatrier , &
moy. Je me détoumai au bruit de la
bombe, & crus que tout le Vaiffeaw
alloit tomber en pieces ,je vis Mr
de Villette renverse , une infinité
d'éclats autour de lui , je le crus
Ecij
332 MERCURE
mort , il en fut quitte pour deux
contufions: Mrs de Sommery & Tierceville
bleſſez à mort de coups de
mouſquets , & tombezà mes pieds ;
la poupe du Vaiſſeau qui bruloit de
tous coſtez: je crus le Vaiſſeau brulé
, l'équipage n'oſoit approcher du
feu. Mr de Caumont s'y jetta avec
beaucoup de vivacité & d'intrepipité
, il fut ſuivi de Chatrier, &
d'un autre Officier : cet exempley fit
aller quelques Officiers mariniers
& Matelots qui travaillerent à
éteindre le feu , & à ofter deux ba .
rils de grenades qui n'avoiont pas.
encore esté brulez: s'ils euffent tiré ,
tout ce qui auroit efte fur le Gaillard
auroit esté haché en pieces ; ce
malheur nous obligea d'arriver de
deux airs de vent pour éteindre notre
feus les vaisseaux de nostre
GALANTI 333
avantgarde arriverent comme nous,
-au lieu de continuer ce que Mr de
Villette avoit si bien commencé.
Les ennemisse trouvoientfi batus ,
qu'au lieu de profiter du defordre où
nous eſtions , ils piquerent le vent ,
&fejoignirentà lear Corps de bataille
,& en chemin faiſant , ils
tomberentfar les petits Vaißeaux
de notre arrieregarde. C'étoit un
coup importantde lesdoubler; carleur
avantgarde estoit entierement perduë,
cequi auroit abſolument cause
legain entier de la bataille.
La Relation qui fuit vous fe
ra connoiſtre , qu'il eſt neceſſaire
d'en avoir pluſieurs , pour
bien ſçavoir ce qui s'eſt paſſé
dans un combat naval,
334 MERCURE
Nous avons joint nos Galeres le
22. d'Aoust, environ un mois depuis
nostre depart , nous estions pour lors
prés de Velez- Malaga . Monfieur
I'Amiralprit le party d'y aller faire
de l'eau en ayant grand besoin , &
mesme plusieurs Vaißeaux de fon
armée n'en ayant que pour quelque
jours ; mais à peine les Chaloupes
furent- elles à terre , que nos Fregattes
de garde firent les fignaux des
ennemis . On quitta donc l'eau pour
Sepreparer au combat . Nous appareillames
toute la nuit , & tout
le lendemain nous courûmes au largeſans
les voir ,je dis de l'arriegarde
où j'estois ; car noftre avantgarde
peut en avoir eu connoißance ;
mais le lendemain de grand matin,
jourdefaint Barthelemy , l'armée
ennemie ſe trouva fort près de nous
GALANT 335
&au vent , arrivant en bonne
contenance . Je croy avoir bien com
pté soixante-un Vaißeaux dans .
leur ligne , mais elle estoit trop
longue pour l'aßurer; la noftre tenoit
bien trois grandes lieuës;& celle des
ennemis du coſté de nostre arriere.
garde , qui eut affaire aux Hollandois
nous debordoit de trois Vaif
- ſeaux , qui nous firent bien de la
peine ; car ayantferré leur ligne
ils tomberent tout frais fur nostre
arrieregarde qui depuis deux heures
avoit en teste le Viceamiral Hol
landois & fes deux Matelots ; car
c'est l'ordinaire que ces Matelots
chauffent le Pavillon qui combat
le leur, afin de l'obliger à plier , ce
qui grace au Seigneur , n'est point
arrivé. Je reviens à Monsieur l'Amiral
, les ennemis , commeje l'ay
336 MERCURE
déja dit , avoient le ventfur luy ,
il les attendit de piedferme, enforte
qu'à dix heures & demie les deux
armées se trouverent de bout en bout
à la portée du canon. Les ennemis
commencerent auſſi -toft , & on ne
tarda queres à leur repondre , mais
leur poudre portort plus loin que la
noftre ; il falut donc attendre qu'ils
s'approchaſſent encore un peu ; car
ceux qui font ſous le vent font reduits
àse battre à la distance qu'il
plaift à ceux du vent de leur livres
combat. Il n'y en ajamais en un
plus long fans discontinuer que
celui-cy. Le grandfeu ayant commencéà
onze heures , il a duréjusqu'à
ce qu'on ne vist plus clair pour
amorcer les canons , ainſi nous nous
fommes battus huit grandes heures
fans avoir le moindre relaſche . Le
BC
GALANT 337
he croy pourtant pas que le corps de
bataille fe foit battu plus defept
beures car il me semble que vers
lesfix heures aprés midy, dans quelques
intervalles où la fumée me
permit de voir , les Anglois pinqoient
le vent pour s'éloigner de nos
Vaisseaux. Pour l'avantgarde , je
ne sçay point du tout ce qu'ellea
fait , mais fans l'avoir vûë , j'af
- furetois bien qu'elle aura bien joué
fon rolle ; car elle est composée de
bons acteurs. Pour dire un mot de
Mr Roock il nous a attaqué avec
tout l'avantage qu'il pouvoit defirer
, estant fuperieur en Vaisseaux
&ayant fur nous un vent à bien
gouverner, qui a toujours duré , &
par confequent nes Galeres qui au
soient pù nous fervir beaucoup en
calme , ne nous ont pas esté fort uti-
* Septembre 1704. Ff
338 MERCURE
les dans cette occafion,&cependant
nous n'y avons pas eu le moindre
desavantage ; au contraire dans ce
qui a paru ils font plus incommodez
que nous ; car le lendemain que
chacunſe racommodoit de fon mieux,
environ à trois lieuës de distance ,
on a comptéjusqu'à treize de leurs
Navires à qui ils manquoit des
Mats de Hune , &il n'y en avoit
pas , à beaucoup prés , tant parmi
nous. Il est vray que nos Equipages
ont dû estre plus fatiguezde ce combat
, que les leurs , parce qu'estant
fous le vent on n'avoit reſpiré que
de la fumée de poudre pendant toute.
La journée ; dont le fouffre deffeiche
&incommode beaucoup à la longue;
ainſi nos Vaiſſeaux desagréez, &
nos Matelots fatiguez avoient befoins
de se racommoder ce jour-là.
GALANT 339
C'est ce qui empeſcha de profiter du
vent qui nous estoit favorable le
lendemain de l'occaſion ; mais lefurlendemain
vingt fixiéme , les enne
mis ayant à leur tour le vent fur
nous , ils ne vinrent pas nous chercher
, au contraire , le foir ils s'éloi
gnerent enforte qu'aujourd'huy
vingt-ſept nous ne les voyons plus ;
les ventsfont à l' Est tres-frais , cela
nous oblige de courir à la Coste d' Efpagne
, j'ensuis bien aiſe , carnos
bleſſez& malades ont grand beſoin
de rafraichißemens . Je ne crois pas
que nous quittions ces parages cy,
C'est aux ennemis à les abandonner,
car ils font aßurement plus maltrai
tezque nous.
Je croy devoir ajouter icy
l'ordre de Bataille que je viens
de recevoir.
Ffij
340 MERCURE
LISTE
Des Vaiſſeaux qui compoſent
l'Armée Navallede France.
AVANTGARDE
Efcadre blanche & bleuë.
Vaiſſeaux.
Capitaines.
EtCanons.
L'Eclatant.
Canons ,
Canons ,
Mrde Bellefontaine.
Mrde Mons.
Mr le Marquis de Chasteau-
66
L'Eole.
62
L'Oriflame.
renault,
Canons 62
GALANT 341
Le Saint Philippes.
Mr d'Infreville , Vice- amiral .
Canons, ود
L'Heureux.
Mr Colbert Saint Marc.
Canons, 70
DeRubi
Mr de Benneville .
Canons , 56
L'Arrogant.
Mr des Herbiers .
Canons , 56
LeMarquis.
Mr Patoulet .
Canons, 58
Le Constant.
Mr-de Sainte Maure.
Canons , 70
Le Fier.
Mr le Marquis de Villette ,
Amiral de l'Eſcadre .
Canons , 88
342 MERCURE
L'Intrepide .
Mr du Caffe .
Canons ,
:
10198084
L'Excellent.
Mr de la Roche- allart.
Ca
Canons ,
LeSage.
Canons ,
Z'Ecüeil .
Mr de Monbault .
Mr Darigny .
Canons ,
Le Magnifique.
4
62
54
66
Mr deBelle- ifle,Contre amiral.
Canons , 86
Le Monarque.
Mr Chabert .
Canons ,
86
16. Vaiſſeaux.
1118. Canons.
GALANT 343
Escadre Blanche.
CORPS DE BATAILLE.
Le Furieux.
Mr le Comte de Blenac.
Canons ,
Le Vermandois.
Mr le Comte de Bethune.
Canons ,
Le Parfait.
60.
60
Mr le Marquis de Chaſteaumorant
.
Canons ,
Le Tonnant.
74
Mr de Coëtlogon, Vice amiral.
Canons , 92
L'Orgueilleux.
Mr du Palais ,;
Canons , 86
LeMercure.
F fij
344 MERCURE FRE
Mr de Lanion.
Canons ,
Mr Chammelin.
Le Serieux .
M
Canons,
58
Le Fleuron
Mr de Grancey.
M
Canons ,
56
Le Vainqueur.
Mr le Bailly de Lorraine.
Canons , 88
Le Foudroyant,
Monfieur l'Amiral . 4
Canons , 104
Le Terrible.
Mr de Relingue.
Canons ,
Mr de Hautefort .
Canons ,
Le Fortune.
104
L'Entreprenant .
60
GALANT 345
Le Henry.
Mr de Bagneux.
Canons ,
Mr de Serguigny.
Canons , 66
Le Magnanime .
Mr de Pontis,
Canons,
Mr le Chevalier de Villars.
74
Le Lys.
Canons ,
at
88
Le Fendant.
Mr de la Luzerne..
Canons ,
17. Vaiſſeaux.
1236. Canons,
346 MERCURE
Escadre Bleue.M
AARIERE - GARD E.
La Zelande.
Mr de Ferville.
Canons , *
Le Saint Louis .
Mr le Chevalier de Beaujeu .
60
Canons , 60
L'Admirable.
Mr de Seppeville ,
Contreamiral.
Canons , 92
La Couronne.
Mr de Champigny.
Canons , 78
Le Cheval Marin.
Mr de Pontac.
Canons , 44
GALANT 347
Le Diamant.
Mr d'Orogne .
Canons ,
58
LeGaillard.
Mr Dofmont.
Canons ,
54
L'Invincible.
Canons , 70
Mr de Rouvroy .
Le Soleil Royal.
Mr de Langeron , Amiral de
Mrle Commandeur d'Ailly.
l'Eſcadre.
Canons ,
LeSceptre.
Canons ,
Le Trident.
Mr de Modenne,
Canons ,
Le Content.
Mr Phelypeaux.
10
88
56
348 MERCURE
Canons ,
Le Maure : 9.19.2
Mrde Saint Clairgid4.2
Caons ,
LeToulouse.
Mr du Queſne- Monnier
Canons,
Le Triomphant.
Mr de la Harteloire , Viceamiral.
Canons ,
Le Saint- Esprit .
Mr du Queſne-Guitton.
Canons ,
ود
74
है
Mr d'Aligre.
Canons ,
L'Ardent.
17. Vaifſeaux.
1168. Canons.
GALANT 349
Je vous envoye l'extrait d'une
Lettre écrite fur le Vaiſſeau
le S. Philippes , Commandé par
Me le Chevalier d'Infreville
Monfieur l'Amiral a combatta
au corps de bataille contre l'Amiral.
Rook , avec tant de force & tant
de valeur , qu'il l'a obligé de plier
de quitter prise avec toute fa division
; enfin c'estoit unfeu d'enfer.
Monfieur le Marechalde Coeuvres
a beaucoup de part à cette glorieuse
action ; il a conduit toutes choses
avec autant de prudence que de capacitè.
Si nous avions eu le vent
fur eux, nous aurionsfait plier toute
l'armée en telle forte , qu'ils ne
s'en seroientpas tous retournez en
Hollande & en Angleterre . On
350 MERCURE
n'a jamais fait une action plus hardie
, ny avec tant de succés. Nous
avions affaire au Vice Amiral
Waffenaërque nous avons auſſi contraint
de quitterprise avecfon Matelot
, qui eſt alle tomber fur Mile
Marquis de Vilette , dans le bord
duquel il a jetté une bombe quiy a
causé beaucoup de defordre cepen-1
dantM de Villette l'a contraint
parson feu continuel de l'abandonner
, &d'arriverſous le vent defon
Armée
1
L'intrepidité & le fang froidde
Monfieur le Comte de Toulouſe
, pendant le combat , luy ont
attiré tant d'éloges & ont tellement
paru aux yeux de tous
ceux qui ont pu les remar
quer qu'ils aſſurent qu'ils
GALANT 351
ne peuvent trouver de termes
pour les bien exprimer. Les ennemis
avoient quatre ou cinq
grands avantages fur ce Prince.
Ils avoient 12.ou 14. Vaiſſeaux
plus que luy , ce qui fait environ
le quart. Ils avoient l'avantage
du vent ; en forte qu'ils
n'approchoientde luy qu'autant
qu'il leur plaifoit , & qu'il ne
pouvoit les aborder , il ne pouvoit
même les voir , le vent luy
renvoyant toute la fumée . On
ſcait , & c'eſt un fait conſtant
& averé , que leur poudre porte
beaucoup plus loin que la nôtre,
ce qui étoit encore tres avantageux
pour les ennemis , & cependant
tous ces avantages
n'auroient pû empêcher qu'ils
n'euffent encore plus perdu
qu'ils n'ont fait , s'ils ne s'étoient
352 MERCURE
point ſervi de bombes ; ce qui ,
ainſi que vous avez dû le remarquerdans
les rélations que vous
venez de lire , leur a ſauvé tout
le mal que Mr de Vilette étoit
en état de leur faire. Il eſt à remarquer
que c'eſt la premiere
fois qu'on s'eſt fervi debombes,
dans un combat Naval ; cependant
malgré le grand nombre
de tous ces avantages que les
Ennemis avoient fur nous pen.
dant le combat , ils n'ont pas
laiſſé d'être obligez d'avoir
recours à une fuite honteuſe.
Vous verrez dans la ſuite dema
Lettre, la perte que les Ennemis
ont faite .
Je vous envoye ane Lettre de
Monfieur le Duc de GramGALANT
353
mont. Elle eſt adreſſée à Monfieur
le Comte de Marfan. Vous
trouverez dans cette Lettre une
éloge de Monfieur le Comte de
Toulouſe , & vous y verrez
combien la France a perdu , en
perdant Monfieur le Bailly de
Lorraine.
AMadrit, le 5. Septembre.1704.
Vous sçavez, Monfieur , combien
je vous honore & combien je
fuis à vous , ainſivous n'aurezpas
de peiné à croire qu'elle est ma peine
& l'interest vif & fenfible que je
prensà la perte que vous venezde
faire de Monfieur le Bailly de Lorraine
, qui est mort comme un Romain
de l'ancienne Rome. Le pauvre
garçon ayant un coup de canon
Septembre. 1704. Gg
354 MERCURE
qui luy
qui luy emporioit le ventre , &Jes
boyaux tombants à terre , il les a
ramaffez luy - mème & remis dans
leurplace ; puis voyant ſes Matelots
& ſes Officiers conſternez , il
leur dit , que ce qu'il avoit ne
feroit rien, & que chacun allaſt
à fon poſte & fiſt redoubler le
feu , & peu de temps aprés il ren
dit l'esprit. Je vous avoüe que je
plzure comme un enfant, en vousfaifant
certe pitoyable description ; j'ay
l'honneur de la mander au Roy de
même qu'à vous , car la memoire
d'un homme capable de cette fermeté
là ne peut être trop honnorée.
Je plains le pauvre Monfieur le
Grand, à qui je vous fupplie de vou-
Loir bien vendre ma Lettre , aprés.
qu'il aurasçu par d'autres que par
moy cette cruelle nouvelle.
GALANT 355
Notre Comte a fait merveilles ,
&toute l'armée l'adore . Il a eu un
éclat qui luy écorche la temple , &
un autre qui luy coupeſa cravate ,
quatre de ſes pages tuez ou estropiez
àses côtez, Gabaret tué , Valincour,
bleffé,le frere de Deſplaſſon tué,
Le Chevalier de Comminges , bleſſe
aux deux jambes , & nombre de
Gardes Marine. Il prenoitfon tabac&
ne fourcilloit pas ; c'est un
nommé Grand- champ qui est au Roy
d'Espagne , & que je luy avois dépeſché
, lequel ne t'a point quitté ,
qui me conta hier tout ce que jeme
donne Phonneur de vous écrire.
Il y a des rélations qui portent
que Monfieur le Comte de
Toulouſe a auffi eſté bleſſé à
la jambe
:
Gg ij
356 MERCURE.
72
Quoyque l'on apprenne tous
les jours de nouvelles circon
ſtances de ce combat , qui groffiffent
nos avantages , le Roy
n'a pas voulu les faire valoir
autant qu'il auroit pu dans ſa
Lettre addreſſée à Monfieur le
Cardinal de Noailles , pour faireChanter
le Te Deum ; & voicy
avec quelle modeſtic ce Prince
en aparlé.
Mon Cousin , l'Armée navalle
quej'ay affemblée dans la Mediterranéesous
le commandement de mon
fils le Comte de Toulouze Admiral
de France , a non-feulement rendu
inutiles les entrepriſes que les Flottes
Angloiſe & Hollandoiſe jointes
ensemble s'étoient proposé de faire
fur les costes de Catalogne mais
GALANT 357
4
elle vient encore de terminerglorieu-
Sement la Campagne par un combat
general dont tout l'avantage m'est
demeure ; Quoique les ennemis fuffent
confiderablement plus forts en
nombre ,&qu'ils euſſent le ventfavorable
, leurs premiers efforts ant
efté foutenus & repouffezavec tant
de valeur par tous les Officiers &
Equipages de mes Vaiſſeaux, ani-.
mezpar l'exemple du General ,que
les Ennemis n'ont plus pensé pendant
un combat de dix heures qu'à
se deffendre , qu'à éviter l'abordage
plusieurs fois tente par mes Vaifseaux
, & àchercher leurfureté dans
La retraite,ſans que durant les deux
jours fuivansle Comte de Toulouse
qui a tout mis en usage pour les rejoindre
, les ait på engagerà un second
combat . Cet heureux fuccés
358 MERCURE
mm''oobblliiggee d'en rendre graces à Dieu
par des Prieres publiques, ss
Le Roy a fait compliment à
Madame la Maréchale de Coeu
vres , ſur ce que Monfieur
Comte de Toulouſe a mandé
à Sa Majeſté qu'il étoit obligé à
Monfieur le Maréchal de Cocuvres
, & qu'il devoit le gain de
la bataille aux ſages conſeils de
ce Maréchal .
Monfieur le Comte de Tou
louſe ayant envoyé Me de la
Blandiniere , Ayde Major de
l'armée Navalle , au Roy , pour
luy apporter la nouvelle du
grand avantage remporté par
la Flotte qu'il commande ; Sa
Majesté l'ayant entretenu penun
dant deux heures , & étant faGALANT
13595
tisfaite , non ſeulement du détail
qu'il luy ena fait , mais auſſi
de ſa valeur & de ſa conduite
dans toutes les occafions où il
s'eſt trouvé,ne luy laiſſa pas feu .
lement le temps d'en ſouhaiter
la récompenfe, & le nomma fur
l'heure Capitaine de Vaiſſeau .
Je croyois avoir fini l'article
du combat Naval , mais je viens
de recevoir une relation ficurieuſe
, que je ne puis m'empê
cher de l'ajouter icycleſt la
ſeule qui ait donné un détail de
la marche que Monfieur leComte
de Toulouſe a fait faire pour
aller à Barcelonne , & pour
chercher enſuite les Ennemis ,
afin de les combattre , & qui ait
auſſi donné un détail de ce qui
s'eſt paffé pendant les fix jours
qui ont ſuivi le combat.
360 MERCURE
"
رو
Devant Velez- Malaga le30.
Aoust 1704.
NH Ous partîmes des Iſles
d'Hieres pour Barcelo-
>>> ne , où nous arrivâmes le 29.
>> fans y moüiller , fur ce que le
>> Viceroy envoya à Monfieur
» l'Amiral une Lettre du Gou-
>> verneur de Gibraltar, par la-
>> quelle il luy donnoit avis que
» l'armée ennemie , compoſée
>> de quatre- vingt quatre voi-
,, les eſtoit entrée dans la Mc-
5 diterranée le 17 de Juillet :
,, & le Viceroy ajoutoit qu'on
ود lui mandoit de toutes parts
,, que cette armée venoit fon-
,, dre ſur Barcelone. Sur cela
>> Monfieur l'Amiral aſſembla
lcs
GALANT 361
les Generaux , & tint con- "
ſeil , dans lequel il fut reſolu "
qu'on attendroit devant Barcelone
l'armée ennemie pour "
la combattre ſi elle venoit. "
Monfieur l'Amiral mit ſon ar- "
mée en Bataille , où nous fumes
pendant quatre jours ,
attendant à tout moment l'armée
ennemie. ८८
Le 2. Aouſt, Monfieur l'A- se
miral ayant appris que les
ennemis eſtoient au cap des "
Moulins à quinze lieuës du
Détroit , partit de devant
Barcelone avec les douze Ga- "
leres de Mr le Marquis de
Roye , & les 7. de M² le Duc “
de Turcis qui s'y eſtoient s
renduës dés le jour que nous
parûmes devant cette Ville ,
Septembre 1704. Hh
362 MERCURE
» pour aller en bon ordre ,
petites journées à la rencon-
,, tre de l'armée ennemie , qui
,, eſtoit compoſée de 62. à 65.
,, Vaiſſeaux de guerre , ſelon
tous les avis que Monfieur
,, l'Amiral en recevoit. Le 11 :
,, du même mois nous fumes
,, tres furpris , d'aprendre que
ود les ennemis , au lieu devenir
,, à Barcelone , comme on ſe
,, l'eſtoit imaginé , s'étoient jet-
,, tez fur Gibraltar , & s'en
,, eſtoient rendus maiſtres le 4
,, Aouſt, ſans faire preſque au-
,, cune deffenfe , & qu'ils me-
,, naçoient Ceuta qui eſt vis-à-
,, vis , à la coſte de Barbarie.
Sur ces nouvelles Monfieur
,, l'Amiral tint Conſeil, qui fut
d'avis qu'on s'aprocheroit du
GALANT 363
Detroit pour tenir en échec
les ennemis , & les empefcher
de faire aucune autre entrepriſe
, que par là il ne reſte
roit aux ennemis à faire que "
de deux choſes l'une , eſtant "
tres-certain qu'ils ne reſteroient
pas moüillez devant
Gibraltar à la nouvelle de
noſtre aproche , que partant c
ils feroient obligez de ſortir "
du Détroit honteuſement, ou "
denous venir combatre.Nous c
marchames dans ces reſolu. "
tions le long de la coſte d'Ef <<<
pagne ; nous moüillames le
15. devant Velez - Malgues ,
petit bourg à vingt lieuês de
Gibraltar , dont le Gouver.
neur envoya à Monfieur l'Amiral
à dix heures du ſoir les c
Hhij
364 MERCURE
,
› avis qu'il venoit de recevoir,
,, que les ennemis avoient ap-
,, pareillé le matin à la rade
d'Eſtempona , à quatre licuës
,, en dedans du Détroit, & ve-
,, noient à nous ; ſur quoy Mon-
,, ſieur l'Amiral fit à minuit les
,, fignaux d'apareiller à toute
,, l'armée , eſtant tres- impor-
,, tant que l'armée ennemie ne
,, nous furprit point à l'anchre.
,, A la pointe du jour nous nous
,, miſmes en bataille , & fumes
,, au devant d'eux juſqu'à Mal-
,, gue , voyant que les avis de
,, ce Gouverneur s'étoient trou-
,, vez faux , nous revinſmes une
,, ſeconde fois à Velez- Malgue,
,, tant pour y attendre nosGa-
>> leres que pour faire de l'eau.
›› Nous moüillames une ſeconde
GALANT 365
fois le 22 Aouſt à huit heures "
du matin , & nos vingt- qua. "
tre Galeresy arriverent auſſi
toſt que nous , vers les trois
heures aprés midy. Nos Vaif- "
ſeaux qui estoient en garde fi- "
rent les fignaux de l'armée en
nemie , & Monfieur l'Amiral,
ceux d'apareiller incontinent,
ce que le calme ne nous
permit pas de faire , mais à "
deux heures aprés minuit l'avantgarde
leva l'ancre, ayant
des Galeres pour la remorquer.
Un petit vent de terre
s'étant levé à la pointe du
jour le Corps de bataille & "
l'arrieregarde appareillerent
८८
incontinent. A peine étionsnous
en bataille , que nous "
apperçumes au vent l'armée
Hhij
366 MERCURE
ود
,, ennemie qui venoit à nous
,, nous miſmes en panne à l'en
›› trée de la nuit , les ennemis
› arriverent peu aprés , & mi-
>> rent en panne à deux lieuës
de nous, ſe reglans fur les
>> feux que nos Generauxpor-
, toient. Le lendemain 24. feſte
,, de Saint Barthelemy , nous
,, vîmes à la pointe du jour l'ar-
2, mée ennemie en bataille, com-
,, poſée de ſoixante dix - huit
,, voiles à deux lieuës au vent
,, à nous. Monfieur l'Amiral fit
,, mettre incontinent à toute
,, l'armée Pavillon blanc, étant
,, toûjours en panne.Alors l'A-
,, miral Rook arriva , & tou-
» te ſon armée en dépendant ,
,, Shovvel ayant l'avantgarde ,
., & les Hollandois commanGALANT
367
K
dez par leur Amiral,l'arriere- "
garde. Monfieur l'Amiral fit "
incontinent ſervir au plus
prés du vent., & fur les dix "
à onze heures du matin le "
combat commença avec furie "
tout le long de la ligne à la "
portée du canon , où ils ſe “
tinrent toûjours , n'ayant ja
mais ofé s'approcher de nous "
à la mouſqueterie .
66

Pour raconter au vray "
toutes les actions de valeur "
qui ſe paſſferent dans noſtre “
armée ,il faudroit avoir pû "
ſe trouver en même temps "
dans tous les Vaiſſeaux de
l'armée , qui generalement ſe “
font fignalez , & ont fait en "
cette occaſion tout ce dont "
des François ſont capables , à "
Hhinj
368 MERCURE
,, la vûëde Monfieur l'Amiral,
>> qui les animoit par ſon exem-
>> ple. Je laiſſe aux perſonnes
>>>qui avoient l'honneur d'étre
.,auprés de luy pendant le combat
, à décrire ſa fermeté &
>> ſon courage au milieu des
,, morts & des bleſſez qui tom-
,, boient à ſes pieds . Je diray
> ſeulement que Rook ne pût
,, foutenir une heure ſon feu ,
>> l'impatience le prit &il prefe-
>> raà l'honneur qu'il avoit de
› combattre contre un ſi grand
و د
Prince , des Lauriers imagi-
,, naires qu'il pretendoit cuëillirdans
un autre champ avec
› plus de facilité , mais il ſe
,, trompa. Mr de Relingue , à
,, qui il s'étoit d'abord adreſſé ,
.. le reçût ſi vivement , qu'il paGALANT
369
rût en moins d'une heure en "
eſtre fort content , & ſe re- "
tira ; il voulut , aprés avoir "
combattu contre Monfieur "
l'Amiral , tâter ſon Matelot "
d'avant ; Monfieur le Bailly "
de Loraine le reçût avec tant "
de valeur , qu'à peine cût- il "
eſté trois quarts d'heure par "
ſon travers , que deſeſperant "
de pouvoir réüffir d'aucun "
coſté,il prît le parti de tenir "
le vent , & de s'éloigner. Si "
Rook a donné en cette occa- "
ſion des marques de peu de "
fermeté , ſes deux Matelots
au contraire ſe ſont acquis "
beaucoup de gloire par la va- ,»
leur & l'acharnement avec le-"
quel ils combattirent contre "
noftre Prince & ſes deux Ma
370 MERCURE
,, telots ; mais cela ne leur fer-
>> vit que pour eux en particu-
,, lier ; car enfin ils furent obli
,, gez de ceder & d'abandonner
>> la partie, étant tout delabrez-
>> Si le Seigneur nous eût favo-
›› rifé du vent ſur nos ennemis ,
>> ce jour- là , il eſt incontefta-
„ ble qu'ils eſtoient entiere-
» ment perdus.On ne combattit
» pas avec moins d'opiniatreté
,, & de valeur à l'avantgarde &
,, à l'arrieregarde où les enne-
,, mis ſe ſervoient de leurs Ga-
„ liotes à bombes , dont une
ود tomba ſur leFier qui emporta
,, tout fon arriere. On peut di-
, qu'il n'y a peut- être jamais eu
une occafion auſſi generale,&
>> dont on puiſſe dire avec plus
> de verité, que l'avantage & la
GALANT 371
gloire en ſoient reſtez toute "
entiers aux François . Ce dif- "
cours ſcandalizera peut- être "
les perſonnes qui ne comp "
tent pour victoire , que lors
que l'on brule , ou que l'on
prend des Vaiſſeaux enne- "
mis. J'avoüe effectivement ,
que cela la rend plus com- "
plette ; mais qu'on faffe re- "
flexion que Rook eſtant ve- "
nu nous chercher avec 62 .."
Vaiſſeaux de ligne , dont le "
moindre eſtoit de 60. canons , "
& ayant eû pendant toute “
l'action le vent fur nous , il
eſt à preſumer que ce Gene- "
ral ſe flattoit d'une fûre victoire
, ſans quoy il eſt vray. "
ſemblable qu'il ne s'y ſeroit "
pas hazardé , & qu'il eſpe- «
372 MERCURE
,, roit pour fruit de ſa victoire,
,, ſe rendre maiſtre de la Me-
,, diteranée , & affurer ſa con-
›› queſte de Gibraltar , & pour
,,cela voyons la contenance
,, des deux Armées aprés ce
ور combat.
Le 25. nous nous ralliâmes
,, à la vûë de l'armée , où nous
› remarquames treize de leurs
› Vaiſſeaux demâtez & tous
,, delabrez. Nous en eûmes
> auſſi quatre fort incommodez
; le Fier , l'Oriflame ,
,, l'Excellent & le Sage.
و د
و د
A l'entrée de la nuit Mon-
,, ſieur l'Amiral fit mettre des
,, feux à toute fon armée , &
وو courut vers la coſte de Bar-
,, barie pour empêcher Rook
>> de gagner le Détroit , où il
GALANT 373
66
८८
ne ſçauroit aller fans nous "
donner un ſecond combat. «
Le 16. nous nous trouvâmes c
à quatre lieuës de la Barbarie
ſur le Cap de Tafernily
en preſence de l'armée ennemie
, qui y avoit couru comme
nous l'avions penſé. Vers ce
les deux heures aprés midye
elle fit mine de venir à nous; ...
Monfieur l'Amiral toûjours "
en bataille , mit en panne
par fon travers pour l'atten- cc
dre , ce qu'ayant remarquée
elle retint le vent.
Le 27. dés hier au ſoir , les "
vents d'Eſt devinrent tres- "
frais. Monfieur l'Amiral ce
ayant fait mettre des feux à
ſon armée fit route au Nord ,
pour s'approcher de la coſte "
८८
374 MERCURE
ود
ور
d'Eſpagne , à cauſe des Galeres
qui fouffrirent beaucoup
de ce gros temps toute
>> la nuit & tout le jour , jufqu'à
ce qu'elles euſſent ga-
,,gnė Malgue , lieu où nos Generaux
& Officiers bleſſez ſe
" ſont fait porter aprés le com-
" bat , & où elles arriverent à
la fin du jour , &nous à
وو Velez-Malgue, le lendemain
28. fans y moüiller. Il n'y a
ود
que par la qualité & la quan-
>> tité des Officiers que nos en-
>> nemis nous ont tuez , qu'ils
,, peuvent ſe vanter de quelque
avantage , c'en eſt du moins
un que nous n'aurons jamais
" fur eux , quand même nous
>> ferions perir toute leur ar-
ور mée. La mort de tous leurs
ود
1
GALANT 375
Generaux ne sçauroit nous "
- dedommager de celle du Bail- ce
lif de Lorraine , & c. On ne
८८

doute point que l'armée ennemie
n'ait profité du gros
vent d'Eſt qui fit la nuit du “
26 au 27. pour gagner le "
Détroit.
Je vous envoye , pour la premiere
fois , un Article que vous
avez déja vû , à peu prés de
même dans les nouvelles publiques
; mais je ſuis obligé de le
mettre icy afin qu'il ne manque
pas à ceux qui confervent toutes
mes Lettres, :
Le Roy a donné à Mr le Marquis
de la Valliere , la Charge
de Commiſſaire general de la
376 MERCURE
Cavalerie , qu'avoit feu Mr le
Comte de Verüe.
A Mr le Vidame d'Amiens ,
la Charge de Capitaine- Lieutenant
des Chevaux- Legers de
la Garde , qu'avoit feu Monfieur
le Duc de Montfort fon
frere. Le Guidon qu'il avoit
dans la même Compagnie , a
eſté donné à Mr d'Imecourt.
La Compagnie des Gendarmes
de Bourgogne vacante par la
mort deMr de Gaſſion , à Mr de
Caſtelmoron , Colonel du Regiment
de Nivernois .
Les deux Souflieutenances
vacantes dans la Gendarmerie,
à Mrde Merinville , Meſtre de
• Camp,& àMr de Buzanval ,Ca.
pitaine au Regiment des Cuiraffiers.
GALANT 377
La Majorité de la Gendarmerie
vacante par la mort de
Mr d'Ormoy , à Mr du Pleſſis la
Corée,
L'Enſeigne des Gendarmes
de Bourgogne , à Mr de Marambac
, Major du Regiment
du Roy , Cavalerie.
Les Guidons de Gendarmerie
vacans , à Mrs de Saint Abre ,
Crecy , Meré & du Meſnil ; &
celuy desGendarmes d'Orleans,
à la nomination de Son Alteſſe
Royale , a eſté donné au fils de
Mr le Marquis d'Estampes.
Le Regiment de Cavalerie de
Bouck , à Mr de maſſemback ,
Brigadier & Lieutenant- Colonel
du Regiment de Cavalerie
de Choiſeul.
Le Regiment de ur le Che-
Septembre 1704 . Ii
P
378 MERCURE
valier de Biſſy , Cavalerie, à Mr
d'Eſtagnol , Lieutenant-Colonel
de Cavaleric dans Toulouſe.
Le Regiment de Cavalerie
de la Valliere , â mr de Fontaine,
Mestre de Camp reformé.
Le Regiment d'Infanterie de
Languedoc , à Mr Bargelot ,
Lieutenant-Colonel de ce Regiment.
Le Regiment de Nivernois à
Mrle Chevalier de Livry.
Le Regiment de mrle Chevalier
de Livry,à mr de Belſunce.
La penſion de deux mille livres
vacante dans l'Ordre de
Saint Louis , par la mort de mr
de Rigoville , à Mr de Rabutin,
Lieutenant Colonel du Re
giment d'Infanterie de Sillery ,
:
GALANT 379
Celle de huit cens livres dans
ledit Ordre, à Mr de la Forcade,
Lieutenant- Colonel du Regiment
de la Couronne.
* Celle de deux mille livres vacante
par la mort de feu Mr de
Tracy , à Mr Davignon , Aidemajor
des Gardes du Corps.
T
A Mr le Comte de Reignac,
le cordon rouge vacant dans
ledit Ordre de Saint Louis, avec
la Commanderie de trois mille
- livres , l'un & l'autre vacants
par la mort de mr de Guiller .
ville , commandant à Boüillon.
A mrde l'Ecuſſan , Enſeigne
de la ſeconde Compagnie des
Mouſquetaires , la penfion de
deux mille livres qu'avoit mг
de Reignac , dans le même Ordre.
Ii ij
380 MERCURE
Le Gouvernement de Bethune
vacant par la mort de Mrde
Marillac, Colonel du Regiment
de Languedoc , à Mr Dupuy-
Vauban , en payant 8000. livres
par an à mr de Champigni , ſa
vie durant.
Le Gouvernement de l'Iſle de
Ré vancant par la mort de mr
de Rigoville , a mr de Menevillette,
Capitaine auxGardes.
Mr de Seignier , Lieutenant
Colonel du Regiment de Pro .
vence , a eſté fait maréchal de
Camp.
Le Regiment de Zurlauben a
eſté reformé dans celuy de
Greder.
Le Regiment de Cavaleriede
Merinville , à eſté donné à Mr
d'Antane , Lieutenant Coloncl
de la Feronaye..
GALANT 38
=
Mr de Saint Maurice, Lieutenant
Colonel du Regiment
Royal, a eſté nommé Brigadier.
Le Roy luy a donné les Soldats
du Regiment Royal , & ceux du
Regiment de Chabrillant, dont
les Officiers ont eſté caffez
pour en compoſer un de deux
Bataillons.
Mr de Pionſac , Lieutenant
Colonel de Navarre, a eſté auſſi
fait Brigadier.
On incorpore Saint Second
dans le Regiment de Nice, com.
mandé par mr de Saint Laurent;
&d'Albaret dans monroux .
Mr de Bargelot qui avoit eu
le Regiment de Languedoc ,
eftant mort depuis cette nomination
, le Roy a donné ce Re
giment à mr de Pionſac .
382 MERCURE
Mr Grenu Colonel Suiſſe reformé,&
Lieutenant Colonel de
Surbek a eſté fait Brigadier.
Le parti des Fanatiques va toû.
jours en diminuant. Toutes les
pieces qui ſuivent vous en feront
connoître la veritable ſituation .
COPIE
D'une Lettre écrite par un
Conſeiller au Prefidial de
Niſmes le 17. Aouſt 1704.
Je vous marquois parmaderniere
, qu'on avoit amené icy le
cadavre de Rolland avec cing de
deſes plus affidez qui avoient esté
pris à Castelnau , à quelques pas
du Château d'où ilsſeſauvoient;
ils furent jugez Samedy , le cadavre
de Pierre la Porte,dit Rol
GALANT 383
land, de Mialet ,fût traînéfur
la claye &brûlé. Jean Malhien
fonplus affidé , Tanneur de Corbey,
âgéde vingt-fix ans ;Jacques
Guerin, de Blanfac , maréchal ,
âgé de vingt - deux ans ; Charles
Rafpal, Tanneur , de S. Felix de
Paliere , âgé de vingt-huit ans ;
Marc-Antoine Coterel , d'Ortez,
Tanneur, âgé de vingt-deux ans ,
François Grimo , cardeur , de
Sommieres , furent rompus vifs :
il s'en estoit ſauvé deux lorſqu'on
arrêta ceux-là , l'un desquels eft
Marchand, de Fons. Le Château
fut condamné a être rafé, ce qui
ne s'executera pas , estant destiné
3
384 MERCURE
*
poury faire unposte. Lafille de la
bâtarde de feu Mr de Castelnau
qui avoit eſté amenée avec eux
fût miſe en liberté le même ſoir ,
fans autre forme ; on croit que le
Baillif de Castelnau fortira de
même. Les Dlles de Cornes estoient
dans le Château avec Rolland;
mais on les manqua , ou faute
de chercher, où parce qu'on crut
tenir la maîtreffe de Rolland en
cette fille. On dit hier, que depuis
elles avoientesté arreſtéesàS.Jean.
Nous avons jugé ce matin le St de
Goulaine , &Martin , le premier
a esté condamné d'avoir le col coupé,
l'autre à être pendu ; ce
font
GALANT 385
font les deux Officiers qui avoient
efté pris fur la Tartane queM le
Chevalier de Roüanezfit échoüer.
Ils ont avoűé qu'ils devoient debarquer
quatre - cens hommes à la
Pinette d'Aigue-morte ,chargez
dans deux Fregates , &trois Tartanes
commandées par le Marquis
de L'Estancourt. Ils portoient dans
les Fregattes cinquante caiſſes de
fufils,&quantité de grenades :
dans laTartane où ces malheureux
ont esté pris ily avoit quatre Drapeaux
de l'Empereur , deux cens
paires de Souliers , & nombre de
chemiſes. Outre les quatre cens
hommes il y avoit quarante Offi-
Septembre 1704. Kk
386 MERCURE
ciers tous dece pais,hors troisSuiffes.
Le Commandant avoit deux cent
Commiſſions d'Officiers de laReine
d'Angleterre ; Martin estoit Lieutenant
d'une Compagnie &Commandoit
la Tartane , &de Goulaine
estoit Enseigne : il est de
Poitou &fa famille , originaire
de Bretagne ; tout ce que je vous
mande eſt avoüé par eux ,fur tout
par Martin , &se traitoit entre
Roland &leGouverneur deNice
, depuis que Cavalier s'est rendu,
parle moyen d'unporteurd'Avignon
qui faisoit les allées les
venuës . Roland leurfaisoit efperer
qu'il les recevroit avec quinze
GALANT 387
mille hommes. M le Chevalier
de Froule mande à Monfieur le
Maréchal , qu'il a découvert un
des hôpitaux des Camisardz, dans
lequel il y avoit fept malades
quantité d'onguents du bled, quelques
moutons &fix boeufs ; aprés
en avoir retiré tout ce qu'il a pû ,
il a fait brûler l'hôpital.
Fay bien voulu vous envoyer
la copie de la Lettre cy - deſſus ,
pour vous apprendre dans le détail
tout ce qui s'est paffé à Niſmes ,
au Jugement de Roland & des
autres , commeje vous l'avois promis
dans la precedente ; vous aurez
Sans doute appris cette nouvelle
Kk ij
388 MERCURE
d'un autre endroit , mais non pas
avec toutes les circonstances contenuës
dans cette Lettre , qui estd'un
des Fuges qui s'est trouvé au Jugement.
Je me perfuade q'uelle vous
feraplaifir.
Voicy ce qu'on a écrit de
Montpellier le 24. Aouſt 1704.
Les Fanatiques ſe ſont difperfez
dans les montagnes , où Mr de Vil
lars a envoyé aprés eux pluſieurs
partis pour tacher de les joindre . Il
vint hier à Andufe fix Fanatiques
ſerendre avec leurs armes , & ony
prit la femme de Ravanel , ce qui
empèchera ce Chef d'exercer fes
cruautezfur les anciens Catholiques.
On tua le mèmejourtrois de cesReGALANT
389
belles vers la Salle , &on prit auſſe
le nommé Mielques , un de leurs
Chefs , affez connu parses cruautez
&parfes incendies .
Les Lettres d'Alais du 30.
Aouſt 1704. portent..
Que le nomméJacques de Huſſan's
un des principaux Chefs des Fanatiques
, & qui commandoit dans le
Diocese d'Uzès , une des plus großes
troupes , est venu se rendre à Monfeurde
Villars , pour luy demander
La permiſſion deſervirle Roy.
: Ilvient encore d'arriverpluſieurrs
autres Chefs des Rebelles à Monfieur
le Maréchal , qui ont apporté
une Lettrefignée de leurs principaux
Chefs , par laquelle ils implorent la
clemence de Sa Majesté. Monsieur
Kk iij
390 MERCURE
de Villars promet le pardon à tous
Ceux qui viendrontſe rendre, &menace
de ne donner aucun quartier à
ceux qui attendront qu'il les aille
chercher
Ily a quelques jours que Mr
'Planque ayantfait inveftir le vil
lage de Cavaules ; ily surprit cinq
Camiſards & fept propheteſſes qu'il
fit expedier dans le moment. Sa
troupe n'ayant d'abord trouvé perfonne
dans le Village , illafitmar
cher deux lieuës en arriere , faiſant
mine deſe retirer ; mais y estant revenu
enfuite , il trouva les Camifards
de retour dans leurs maisons ,
de forte qu'il enfit arrèterpluſieurs ;;
on a trouvé deux magaſins dans ce
village , dont on a donné les proviſions
aux Soldats , & enlevé les
grains.
GALANT 39
COPIE
D'une Lettre d'un Aide - de-
Camp de Monfieur le Maréchal
de Villars ,
A S. Jean de Gardenenque ,
le 5. Septembre 1704.
Vous avezvû par mes dernieres
Lettres qu'il venoit tous les jours un
grand nombre de Camiſards ſeſoumettre
; en voici encore une petite
troupe deſeize , conduiteparplusieurs
Chefs : Mauplat Chefde leur confeil
, Amas , un frere de Roland ,
trois Brigadiers , & dix autres tous
bien armezde fuzils &de pistolets.
Ilne leur reste plus que trois troupes
fort affoiblies qui nefont pas en tout
500. hommes , au lieu de plus da
K kiiij
392 MERCURE
deux mille qu'ils estoient , quand
nous sommes arrivez, ces trois troupes
font toujours divisées par huit
ou dix.
Monfieur le Maréchal fait parcourir
actuellement les hautes Cevennes
, & depuis quatre mois , il
ne leur a pas donné beaucoup de re.
pos. On en a tué plusieurs , & c'est
ce qui en a obligé un grand nombre
à venir implorer la clemence de Sa
Majesté. La mort de Roland , trahi
par les fiens , a plus contribué que
toutes autre chose à les intimider
mais il y aura je croy , encore
long- temps dans les montagnes , de
petites troupes de voleurs ou pour
mieux dire ce païs- cy n'en a jamais
efte entierement exempt. Voilà où
l'on en est.
2
,
Il afallu veiller aux Coftes tant
GALANT 393
qu'ily a eu apparence de crainte,
nettoyer la Plaine où venoient la
troupe de Roland & celle de Catinat
, qui ont esté deffaites ou foumiſes
avec leurs principaux Chefs ;
یم
cela nous a occupéjusques icy . Nous
en sommes preſentement aux mon
tagnes , depuis trois ſemaines. Con.
clusion , voilàplus de la moitiéde la
befogne faite ; les peuples sont à
moitié regagnez, c'est à la douceur
pourceux quise repentent , àlase
verité pour les opiniatres ,jointes à
beaucoup d'activité , que l'on doit:
tout le fuccès. Monfieurle Maréchal
a toujours pensé que la ſeule
feverite ne feroit qu'irriter le mal ,
&que laſeule douceur ne le queriroit
pas ; Dieu merci , cela est dans.
an tres- bon train , &nous esperons
bien-toft en voir la fin.
394 MERCURE
A S. Jean de Gardenenque ,
le 12. Septembre 1704 .
Nos Troupesſepromenent par les
plus hautes montagnes , c'est un païs
qui ne peut être recherché que par
ceux qui veulent être bien cachez
Mrde Cordes a ſuivi deux fois
vingt- quatre heures la Rofe avec ſa
Troupe , presque à vûë d'une montagne
àl'autre , l'on n'en a pû tuer
que quinze ou vingt , il est vray
qu'il s'en rend pluſieurs. Lefameux
Castanet se rendit hier ; c'étoit le
Mufti de ces pays-cy ; deux Lieute.
nans de Ravanel fefont auſi rendus.
Nous espererions prendre le
refte par famine ; mais c'est une Na.
sion qui ne mange gueres , & dés que
Les chataignes feront meures ils au
GALANT 395
ront dequoy vivre , &elles commen-
Eent à être meures . Nous ne nous rebutons
pas , l'on met tous les jours
en uſage tous les moyens imaginables
pour détruire cette maudite engeance.
Cavalier a esté debauchésur sa
route par des émiſſaires de Monfieur
de Savoye ; c'est un malheur tresmediocre
, puiſqu'on avoit balancé
entre lefairefortirdu Royaume avec
fesgens , ou les prendre au Service.
L'on queste Ravanel. Ce Prophe
te qui estoit Lieutenant de Cavalier
luy revolta sa Troupe ily a trois
mois. C'est une espece de chaße que
La guerre que nous faiſons , je voudroispour
cela des chiens d'Angleterre
dont onſeſfert pour quester les
hommes.
Dans ce moment , Mr de la Lan396
MERCURE
de mande à Monfieurle Maréchat,
que Joannis vient de luy envoyer
lept deses gens , avec ordre de rendre
leurs armes , &de l'aßurer , defa
part , qu'il fait ce qu'il peut pour
obliger le reste de sa Troupe , &les
autresTroupes àſefoumettre.
AAnduze le 14. Septembre
Ravanel , qu'on cherchoit depuis
long temps s'est ennuyéde mourir
de faim dans les Montagnes..
Ileftvenu dans la Plaine avec
environ trois cens Fanatiques pour
y chercher du pain , & piller les
Catoliques,
Monfieur le Maréchal averti de
fa marche , vint promptement à
Anduze , & Sçachant qu'il estoit.
entré dansles bois defaint Benezel,
GALANT 397
au commencement de la nuit , il
commanda deux detachemens ſous
les ordres de Mr Courten , Licutenant
Colonel & Brigadier.
La moitié de la troupe de Rava
nel n'étoit armée que defourches &
de bayonnettes au bout d'une demi-
pique.
Trois Compagnies de Dragons
de Fimmareon , & une de Saint
Cernin leur couperent chemin , tandis
qu'un detachement de Hainaut
mené par Mr de la Roche , & un
de Charolois mené par Mr Fetier ,
Les ſuivoient de tres- près. Des qu'ils
Sefont vûs envelopez, ils n'ontſongé
qu'à se fauver , mais presque
tous ont efté pris ou tuez. On nesçait
encorefi Ravanel a esté tué.
398 MERCURE .
Voici ce que porte une autre
Lettre qui parle de la meſme
affaire.
AAnduze le 14. Septembre.
MonfieurdeVillars qui arriva hier
aufoir icy,ayant eu avis queRavanel
estoit defcendu dans la plaine
avec trois cens hommes , pourfavorifer
une nombreuſe aſſemblée de
Fanatiques qui devoit sefaire ce
matin dans le bois de Benefet , fit
partir à onze heures duſoirhuit cens
hommes d'infanterie partagez en
quatre corps avec trois compagnies
de Dragons , qui devoient ſe poſter
dans un certain endroit d'où ils pourvoient
voir& agir de quel costé ilfevoitneceſſaire.
MonfieurleMaréchal
GALANT
LYON
781
à la
Garnifon avoit envoyé ordre
d'Alais de faire auſſiſortirplusieurs
petits detachemens pour tacher de
tombersur ces malheureux, ce qui a
Si bien reüsi , que ceux d'Alais les
ont poursuivis,& en ont tué plus de
deux cens cinquante Moyse leur
Prophete qui devoit les prescher a
eſté tué son dit que Ravanel s'est
ſauvé à pied , mais d'autres croyent
qu'il a esté tué. Nous n'avons perdu
dans cette affaire qu'un Grenadierde
Haynaut , &quelques Dragons
de Fimmarcon. Comme le nomméfoigny
un des Chefs des Rebelles
avoit deffein dese rendre , &que
Ravanel l'en empéchoit ; on croit
que cet échec achevera de determiner
Le reste à mettre bas les armes.
400 MERCURE
Je ſuis perfuadé que la lectus .
re de la Lettre ſuivante que je
viens de recevoir vous fera un
extrême plaifir .
A Niſmes le 20. Sept. 1704.
La deffaite de la troupe de Ravanel
a ébranlé tous les autres petits
chefs des Bandits. Catinat &
cinq autres de ces chefs se font rendus
aujourd'huy ; tout cela part demain
pour Geneve avec Castanet,
une troupe de Prophetes & de Predicans.
Ceux qui ont rapporté leurs armes
, & qui ont donné caution de
leur conduite vont à plus de cing
cens .
Nous aprenons dans ce moment
une nouvelle des hautes Cevenes qui
GALANT 401
fait un ſenſible plaifir à Monheur
le Maréchal. Soixante Camifars
de la Parroiſſe de Freffenet on rapporté
leurs armes dans la Parroiffe,
fefontmis à genoux devant les anciens
catholiques , en leur donnant
leurs armes , &les ontprie de faire
revenir leur Curé , &de demander
leurpardon . Ils ont aſſuré qu'ils dé
fendront deſormais leur Eglise &
leur Curé au peril de leur vie , &
comme ils ont donné toutes les marques
de foumiſſion &d'un fincere repentir
, le Cure est revenu , & la
reconciliation s'est faite avec une
grande joye.
Si la destinée de Monsieur le
Maréchal n'a pas voulu qu'il fût
employé cette campagne à détruire
les Bataillons ennemis il en va
moins rendre au Roy un nombre cons
Septembre 1704. LI
du
402 MERCURE
ww
fiderable des noftres , qui estoient
malheureusement employezà détruireses
propres ſujets . Enfin ila éteint
heureuſement une revolte d'autant
plus dangereuse que le feu pouvoit
prendre ailleurs.
La Princeſſe Tekeli eſtant.
morte à Nicomedie , on a
apporté ſon corps à Conſtantinople
; il a eſté enterré dans
l'Egliſe des Jefuites avec tant
de pompe , qu'on n'en avoit
point vû de pareille pour une
Chreſtienne depuis que les
Turcs font maiſtres de Conſtantinople.
M l'Archevêque reveſtu
de ſes habits Pontificaux,
tous les Preſtres avec le Surplis
& l'Etole , & tous les Religieux
allerent recevoir le corps à
GALANT 403
l'Echelle , qui eſt à mille pas
de l'Eglife . On porta la Croix
& les Bannieres ; toute la maifon
de l'Ambaſſadeur de France
y eſtoit avec la Nation ; les
Hongrois & lesHongroiſes portans
de gros flambeaux de cire
blanche eſtoient autour du cercuëil
; on chanta d'abord que
le Convoy partit. Les ruës , les
fenestres & les Places eſtoient
remplies d'une infinité de peuple
Turc & d'Etrangers. La
Ceremonie ſe paſſa avec beau
coup d'ordre & perfonne ne
perdit le reſpect . On avoit
dreſſé dans l'Egliſe une Chapelle
ardente où l'on voyoit les
Armes de cette Princeſſe , ainfi
qu'en divers endroits de l'Egliſe.
Deux jours aprés on fit le
Llij
404 MERCURE
Service , où le concours de
monde fut tres- grand. Sa naif
fance , ſa pieté & ſes autres vertus
la rendoient digne de ces
honneurs. Elle eſt morte comme
une ſainte ; elle étoit fille
du fameux Comte de Serin.
Elle avoit épousé en premieres
noces le Prince Ragotki &enfuite
le Comte Tekeli ; elle
avoit défendu , en Heroïne ,
Montgatz dont la Principauté
luy appartenoit ; elle avoit eſté
conduite prifonniere à Vienne,
& avoit eſté enſuite échangée
avec le General Heufler , qui
étoit priſonnier du Comte Tekeli
.
Je viens de recevoir de Con
ſtantinople les nouvelles fuivantes,
GALANT 405
Mrde Feriol , Ambassadeur
de France , a eu depuis quelques
jours une audience du nouveau
Grand Visir , qui est Beaufrere
du Grand Seigneur ; le Grand
Visir tenoit un Divan quand
l'Ambassadeur arriva chez luy ,
où estoient les principaux Officiers
de l'Empire ; il rompit fur le
champ ce Divan , paſſa dans
la Salle de l'Audience où il reçût
Mr l'Ambassadeur. Ils prirent
tous deux place fur le même
Sopha. Le Vifir fit dabord retirer
tout le monde , à la referve defon
Kiaou , du grand Chancellier &
de. Mauro- Cordato le fils ,qui
406 MERCURE
fait la fonction de premier Interprete
; aprés deux heures d'entretien
on apporta le Sorbet & le
Parfum ,& aprés qu'ils en eurent
pris &qu'ils eurent eftéparfumez,
le Grand Vifir ouvritfa
fenestre pour voir les Equipages
& la Livrée de Mr de Feriol
qui estoient dansſa cour. Il marqua
fon étonnement de voir le
CCoorrtteeggee de cet Ambassadeur qui
étoit de plus de quatre cens perfonnes.
Comme il s'applique beaucoup
à proteger la Religion qui a beaucoupfouffertſous
le dernier Mufti
qui gouvernoit l'Empire pen
GALANT 407
dant le précedent Regne, Sa Sainteté
luy a envoyé un Brefpar
lequel elle luy marque la fatisfaction
qu'elle a des ſervices qu'il
a rendus à la Religion.
Vous trouverez dans la Let
tre qui ſuit des choſes bien dignes
de voſtre attention, & qui
doivent faire un extrême plaifir
aux Mecontens de Hongrie.
AConſtantinople ce 20. Juillet
1704.
Le Grand Seigneur prendfouvent
plaisir à tirer en volant , ce
qui n'est quere ordinaire aux
Turcs. Etant ily a quelques jours
408 MERCURE
mer
dans ſon Kioſqueſur le bord de ta
il tira à balle feule une
Poule d'eau qu'il tua ; il paſſoit
par là un Ecrivain du Capitaine
Fouque qui avoit laißéfonVaif-
Seau auſept Tours , il étoit dans
une Caïque conduite par des
Turcs ; on luy fitſigne de terre de
prendre la Poule d'eau &de l'apporter;
il lefit, ignorant que cefuft
le Grand Seigneur qui l'eût tuée.
Sa Hauteſſe envoya dix Sequins
aux Mariniers Turcs , elle de
manda enſuite qui étoit le franc
qui avoit apporté la Poule d'eau,
[Ecrivain répondit qu'il étoit
François , venant de France , &
que
GALANT 409
queſon Vaiſſeau avoit esté obligé
de moüiller aux fept Tours à
cauſe du vent contraire . Le Grand
Seigneur luy envoya dix Sequins
qu'il ne vouloit pas prendre ; il
les reçût pourtant à la perfuafion
des Turcs qui le conduiſoient ,
qui luy dirent que c'étoit le Grand
Seigneur.
La Porte a envoyé. un grand
nombre de troupes fur les frontieres
de Mofcovie , à la perfuafion
des Tartares. Tous les Vaiſſeaux
du Grand Seigneur & les Galeres
ont paſſé dans la Mer noire ,
ſous le commandement Dabduraman
, Pacba,François de Nation.
Septembre 1704 . Mm
410 MERCUR
qui est Commandant des Vaif
Seaux duGrand Seigneur,à l'exception
de neufVaiſſeaux &de
trois Galeres quiſont commandées
pour l'Archipel contre lesCorfai
res ,&pourexiger le Carach des
Iſles ; laPorte a auſſi envoyé trois
mille hommes à Belgrade vàThemeſvart
, ſous le commandement
de Haffan Pacha Beylierbey de
Romelie. On a des nouvelles que
plus de quinze mille hommes ConfinairesTurcs
de Servie &deBofnie
ontpaſſé auſervice du Prince
Ragotki à quoy la Porte ne s'eft
pas opposée. On a vû icy de la
monnoye d'or que ce Prince afait
GALANT 411
fraper en Hongrie , autour de
laquelle on lit Moneta aurea
Regni Hungariæ. Les Armes
du Royaume y font gravées
d'un côté , & de l'autre , la
Vierge qui est Protectrice de ce
Royaume.
Les Tartares voudroient engager
lesTurcs à fairela guerre aux
•Moscovites ,à cause de la nouvelle
Ville de Petropolis ,que le
Czar a fait bâtirſur leurs frontieres
, qui leur donne beaucoup
d'ombrage auffi-bien que le grand
nombre de bâtimens que ce Prince
a misfurles Palus meotides ; outre
cela ils ne peuvent vivrefans
Mmij
412 MERCURE
guerre ,& ils croyent qu'ils fe
roient un butin confiderablefur les
Mécontens ,&principalemenaren
Eſclaves ,fila guerre estoit declaree
contre eux .
Cependant voila deux diver
fions, la premiere contre lesMécontens
, laſeconde contre l'Empereur
, puiſque l'on a envoyé des
troupesfurles deux Frontieres, &
le Grand Seigneur ,fansſe declaver
,se trouve en estat d'attaquer
l'ennemy qu'il luy conviendra davantage
, ce qui ne doit pas faire
une legere impreſſion ſur les Allemans
&fur les Moscovites.
e
1
GALANT 413
Je vous envoye la traduction
d'une Lettre nouvellement arri
vée de Portugal , à laquelle je
n'ay pas crû devoir changer ſeulement
une fyllabe , & fur laquelle
je ne croy pas devoir-faire
aucun raifonnement. Je vous
fait part du fait , & je laiſſe à
vôtre imagination la liberté de
s'étendre autant qu'il luy plaira
fur une nouveauté qui paroiſt
fort finguliere.
De Liſbonne le 15. Septembre
1704.
Deux jours avant le départ daa
Roy de Portugal pour Santaren , il
alla viſiter toutes les principales
Eglises de Lisbonne , particuliere-
Mn iij
414 MERCURE
ment celles où ily a des Images
miraculeuses . Il y en a une ſous
L'invocation de la Madre de Dios.
Ce Prince tirason épéedu fourreau,
la mit dans la main de la Vierge;
ilfit ensuite venir dansfon Pa-
Lais deux Images defaint Antoine
de Padoüe , qui font à ce qu'on dit
des miracles . Ily en a une grande
& une petite. Ce Prince envoya la
petite à l'Archiduc , & garda la
grande pour luy. Il la fit armer de
toutes pieces avec une cuiraffe , un
pot- en- tête , & l'épée ceinte bar
defjus l'habit de Saint François.
Puis il declara le Saint, Lieutenant
General de ſes Armées , luy aſſigna
des appointemens , & luy enfit expedier
des Patentes , avec promeffe
d'augmenter de poste & d'appointemens
, payables aux Religieux de
GALANT 415
fon Ordre , s'ilfervoit bien. On mit
auſſile Saint Officier dans une Litiere
quipartitpour l' Armée, & afin
qu'il ne s'ennuyast pas en chemin ,
on lay donna dans la méme Litiere
- pour luy tenir compagnie , une Image
miraculeuse d'une Sainte , qui eft
fort reverée en Portugal. L'Archiduc
en fit autant au petitfaintAntoine.
Les nouvelles publiques ont
fi peu parlé du ſiége d'Yvrée ,
que je fuis perfuadé que ce que
vous en trouverez dans la Lettre
que vous allez lire , vous
fera nouveau , elle eſt d'un Inge-
• nieur de l'Armée de Monfieur
de Vendoſme .
Mm iiij
416 MERCURE
Au Camp devant Yvrée le
19. Septembre 1704 .
J'ay l'honneur de vous dire , que
l'arméeduRoy partit le 28. du mois
paßé de Santia , & vint camper
aux environs de Pievron , dans les
Montagnes , à quatre milles d'Yvrée
, dont elle partit le 30. pour
investir la Ville : en effet , le détachement
de l'avantgarde s'étant
avancé en ordre de bataille ,ſuivi
du corps general de l'armée , aux
approches de la Ville entre les Montagnes
& le Canal d'Yvré qu'occapoient
les ennemis , & dans la
Plaine les Huſſars des ennemis venus
pour découvrir notre marche, favent
attaquez&pouffezparles Dragons
de nostre avantgarde. Dans
cettepoursuitese trouva Mrde Bla
gnac Colonel du Regiment de Pié
GALANT 417
mont Royal de fon Alteſſe de Savoye
, lequel estant poursuivi &
preßé par un de nos Dragons , en
recent un coup dont il mourut à la
porte de la Ville , au rapport des
Déserteurs , qui viennent tous les
jours en aßés grand nombre , &meme
dans le temps quejevous écris,
eu voila dix qui arrivent. Lemême
jour 30. les ennemis abandonnerent
les hauteurs d'Yvrée.Aufront de la
Ville ils firent grand feu de canon
&de mousqueteriefur nos Grenadiers
qui s'étoient emparezdesdites
hauteurs fans perdre un homme.
Nous commençons les attaques de
la Ville qui ne peut pas durer
, parce qu'elle est vûë àrevers,
&qu'elle est commandée desdites
bauteurs. Nousy avons aujourd'hui
placé douze pieces de canon en bat418
MERCURE
terieque l'onamontéàforcede bras:
Les ennemis fontunfeu continuel
de leurs Forts qui ne peuvent estre
attaquezqu'aprés la ville priſe ,
parceque la Doria Baltea ſepare
un deces Fortsqui est la Citadelle,
& l'autre eft du même coſté que nous
battons la Ville , qui se nomme le
Malvicino. Les ennemis ont ſept
Bataillons dans cette place , & de
l'autre coſté de la Riviere un camp
de 1200. chevaux qui ne fervent à
vien qu'àfavoriserlafortiede leurs
effets de sette Ville , qui ne peut tenirdevant
une Armée de 79. Efcadrons
, 34. Bataillons , soixantequatre
pieces de canon & 12. mor
tiers , & fans pouvoir esperer de
Secours. La confirmation de la Ba
taille d'Allemagne est dans noftre
Armée,&les ennemis enfirent hier
GALANT 419
des réjoüiſſances par trois décharges:
cela nefait qu'augmenter le couragede
nos troupes que l'on a peine à
contenir , tant elles font animées
contre l'ennemi . En verité , Monfieur
, le plaisir est grand de voirdes
troupes qui demandentàhaute voix
une affairegenerale contre l'ennemi.
L'on ne voit que mouvemensfurieux
tant des Officiers generaux que des
Jubalternes &des soldats pour exterminer
l'Armée ennemie , dont
nous ne doutons pointaprés laVille
prije ,& que l'on nouslefait efptver.
J'ay I honneur d'estre , &c.
Depuis ma Lettre écrite il vient
d'arriver un de nos Huſſars , qui a
apportéune Lettre de Mr deGrammont,
par laquelle il marque avoῖν
rencontré trois troupes ennemies ,
420 MERCURE
que les ayant attaquées , elles ont
pris la fuite , &qu'il en a tué 20.
&fait 20. prisonniers , & repris un
Capitaine Milanois qu'ils emmenoient.
P
Depuis le premier Septembre
juſqu'au quatrième,on travailla
à préparer toutes choſes pour
battre la Place , & toutes les
munitions eſtant arrivées, Monſieur
de Vendoſme n'ayant pas
voulu qu'on fiſt paſſer des convois
pendant le ſiege , à caufe
du riſque qu'ils auroient couru;
toutes chofes , dis -je , étant
preparées pour l'attaque de la
Place on commença à la battre
le 4. & depuis le 4. jufjuſqu'au
8. elle fut battuë fi
vivement qu'il s'y trouva се
jour - là deux breches confi
GALANT 421
derables ; ſçavoir , l'une au
Baſtion de la gauche qui eſt extrêmement
élevé , & l'autre à
pluſieurs petits Ouvrages qui
ſe trouverent plus difficiles à
ruiner qu'on ne l'avoit crû .
Monfieur le Duc de Savoye y
avoit jetté la veille encore deux
bataillons & 200. Heiduques
ce Prince avoit un Camp de
l'autre coſté de la Doria , ce
qui n'empeſcha pas Monfieur
de Vendoſme de paſſer cette
riviere , il fit faire ſon pont le
8. à la faveur de huit pieces
de canon & du feu des Grenadiers,&
paffa luy- même le lendemain
à la teſte de la brigade
de la Marine .
Toute l'armée étoit perfuadée
que cela pourroit engager
1
422 MERCURE
une affaire , mais les ennemis ſe
retirerent aprés avoir tiré quelques
coups de carabine . Ils'empara
des hauteurs qui ſont au
delà de la riviere , d'où les ennemis
auroient pû beaucoup
incommoder les troupes dans
un afſfaut , s'ils les avoient occupées.
Le même jour 8. on
emporta une eſpece de contre-
garde , & le9. on ſe logea
fur le chemin couvert. On n'avoit
eu alors depuis le commencementdu
ſiege, que deux Lieutenans
d'Infanterie & foixante
foldats tuez ou bleſſez . Il étoit
arrivé au Camp depuis le commencement
du ſiege juſqu'à ce
jour- là, plus de 400. deſerteurs .
Le 10. aprés midy le Mineur fut
attaché au corps de la Place, &
GALANT 423
ſelogead'une maniereàne pouvoir
en eſtre chaſſé . Il continua
ſon travail, & le 18. la Ville
ſe trouva en état d'eſtre inſultée,
&la Garniſon ne voulant point
ſe rendre priſonniere deguerre,
elle ſe jetta dans un lieu nommele
Reduit , &dans le Chaſteau
qui n'eſt deffendu que par des
Tours fans dehors : il n'y 2
point d'eau dans ce Chaſteau ,
on y manque de tout , & les
troupes font les unes ſur les
autres , & ſe montent à onze
bataillons . Ils firent prier Monſieur
de Vendoſme d'avoir ſoin
des bleſſez & des malades qu'ils
avoient laiſſé dans la Place.
Un de nos convois ayant eſté
attaqué par les ennemis
d'Arennes qui alloit au devant,
, Mr
1
424 MERCURE
les chargea , leur tua quelques
gens , & le convoy arriva en
bon état,
Ce n'eſt pas une choſe extra
ordinaire de voir la Victoire ſe
détacher quelques fois d'un
partisoù elle a toûjours eſté
conftamment attachée ; c'eſt ce
qu'il ſemble que l'affaire d'Hochſtet
vient de faire voir , ou
du moins c'eſt ce qu'on public,
quoique tout le monde n'en demeure
pas d'accord. Il eſt vray
que le dommage que les Vaincus
ont fouffert a eſté plus
grand que s'ils avoient perdu
une ſanglante bataille ; cependanton
ne peut dire qu'ils ayent
eſté battus , puiſque ſi on ne re
gardoit l'affaire que du coſté
GALANT 425
des morts & des bleſſez , la
perte paroiſtroit peut- eſtre plus
grande du coſté des Vainqueurs
que de celuy des Vaincus. Ilya
eu une certaine fatalité dans ce
combat , qui ( bien qu'elle ait
caufé le malheur des François )
ne laiſſe pas de faire voir queſi
les deux armées avoient efté en
pleine campagne , & que toutes
les troupes euſſent combattu ,
des Alliez n'auroient pas remporté
l'avantage qu'ils ont eu :
je dis avantage & non victoire,
cet avantage leur ayant plûtoſt
eſté procuré dans cette efpece
d'action , à qui l'on ne peut
donner le nom de bataille, par
une mauvaiſe manoeuvre que
par la valeur des Vainqueurs ,
&par la lacheté des Vaincus ,
Septembre 1704. Nn
426 MERCURE
puiſqu'au contraire les Vaincus
ayant combattu en beaucoup
plus petit nombre ont remporté
toute la gloire , pendant que
les Vainqueurs ont remporté
tout l'avantage. Il n'eſt pas
furprenant qu'ayant un Pont à
Philiſbourg ils y ayent paffé le
Rhin ; mais il eſt plus ſurprenant
qu'avant cela les François
ayent paſſe ce Fleuve , fans
avoir nyun Pont , ny une Ville
comme Philiſbourg, qu'ils ayent
gagné des batailles preſqu'en
le paſſant , qu'ils ayent pris le
fort de Kell , qu'ils ſe ſoient
rendus maiſtres de Briſac , qui
paſſe pour la plus forte Place
de l'Europe , qu'ils ayent traverſé
pluſieurs fois les montagnes
les plus difficiles pour pez
GALANT 427
Aetrer dans le coeur de l'Empire
, qu'ils y ayent battu plu
fieurs fois les troupes des Cercles
&de tous les Princes qui
compoſent les armées de l'Empire
, ainſi que celles de Dannemark
& de Brandebourg ,
venduës aux Alliez . Il eſt queftion
de voir preſentement ſi les
ennemis qui ne ſe ſont pas fair
une entrée chez nous, mais qui
ſe ſont ſervis de celle qu'ils y
avoient , s'y étendront autant
que nous avons fait chez eux : =
s'ils y prendront plus d'une
Place , & en cas qu'ils ſe rendent
maiſtres de quelqu'une
s'ils la garderont longtemps..
Ils font fur nos frontieres ſans
avoir encore pris aucune Place,
nous ſommes dans leur pays,
1
:
Nnij
428 MERCURE
puiſque nous ſommes maiſtres
du Fort de Kell & de Brifac ,
& nous aurons quand nous
voudrons , par ce moyen , autant
de troupes chez eux, qu'ils
en ont chez nous. La ſortie de
nos troupes de l'Empire n'eſt
pas un ſi grand malheur que
l'on s'imagine,& le mal ne vient
que de ce que nous avons eſté
obligez de nous en retirer ,
peut eftre un peu pluſtoſt que
nous n'avions réſolus de faire.
Nos Troupes fouffriront moins
fur nos Frontieres , & elles ne
dépenſerons rien dans un païs
Etranger , ou nôtre argent ne
demeurera pas. Elles auront toutes
choſes en abondance , & on
nefera point obligé de traverſer
des montagnes , de fatiguer &

GALANT 429
'de perdre du monde pour leur
porter toutes les choſes dont
elles auront beſoin. Un deſavantage
arrivé par malheur &
non faute de courage , ne doit
point allarmer une Nation belliqueuſe
, & c'eſt aux Ennemis
à craindre les efforts qu'elle
peut faire pour avoir ſa revanche.
Enfin , ſi l'on examine la
ſituation préſente des Alliez , &
la nôtre , on la trouvera bien
differente. Nous avons pour
fruit de cette guerre le Fort de
Kell & Briſac ; toute la Savoye,
une partie du Piémont , dont le
reſte ne nous peut échaper. Nos
Troupes ont aideà prendre une
bonne partie du Portugal. Nos
Armateurs ont fait depuis le
commencement de la guerre ,
430 MERCURE
trois fois autant de priſes que
les Armateurs Anglois & Hollandois
, & nous leur avons mê.
me pris de gros Vaiſſeaux , fans
qu'ils ayent eu le même avantage
fur nous ; & nôtre Flotte
vient de les chaſſer de la Mediterranée
. Elle a raſſuré Barcelone
& les Coſtes d'Eſpagne ,
ainſi que celles d'Italie , & éloi.
gné le retour de la Flotte de
Smyrne en Angleterre & en
Hollande , ce qui met les deux
Nations au deſeſpoir, cette Flotte
eſtant de quarante à cinquan
ze millions.
Les Ennemis ayant paffé le
Rhin à Philifbourg , on ne douta
point qu'ils n'affiegeaſſent
Landau , & Monfieur le Maré
GALANT 431
chal de Villeroy , voulant par
une prévoyance ordinaire aux
Generaux qui ſçavent leur mec
tier , y faire entrer un convoya
quoique la Place foit bien munie
de toutes choſes , Monfieur
leDuc deMontfort luy deman
da certe commiſſion , & promit
de l'executer avec 200.Maîtres,
ce qui fut accordé à ſes preſſantes
inſtances . Ce Duc marcha
auſſi - tôt pour executer des or
dres dont il avoit avec tant
d'empreſſement , ſouhaité d'être
charge ; mais la tête du convoy
commençant à entrer dans
la Ville il vit paroître les Huſ
fartsdes Ennemis & youlut marcher
à eux ; il les chargea& les
pouſſa fort loin ; mais il fauta
dans une colonne de Cavalerie,
432 MERCURE
dont pluſieurs eſcadrons ſe détacherent
& repouſferent notre
Cavalerie juſques dans les hayes
d'un Village , où Monfieur de
Montfort avoit laiſſe trentegre .
nadiers à Cheval , dont le tambour
fit un ſi grand bruit que
les Ennemis crurent le Village
farci d'Infanterie. Ils s'arrêterent
vis-à-vis les hayes , d'où
nôtre Cavalerie fit un grand
feu , auquel les Ennemis répondirent
par un autre fuperieur.
Monfieur le Duc de Montfort
y reçut un coup dans les reins ,
qui reſſortoit par le bas- ventre ;
il fut auſſi - toſt pris que bleſſé ,
mais cinquante Carabiniers ,
qui s'en apperçurent , firent demi
tour à droite, poufferent les
Ennemis avec une valeur incroyable,
GALANT 433
croyable , & reprirent Monfieur
le Duc de Montfort , qui mourut
à Landkandel , à onze heures
du ſoir , regretté generalement
de toute l'armée .
Les Ennemis s'étant ſaiſis
d'un poſte avantageux prés de
VVeiffembourg , Mele Marquis
deNangis fut détaché avectrente
Compagnies de grenadiers
pour les en chaſſer , ce qu'il fit
fans avoir perdu que tres - peu
demonde; il y a reçu une grofſe
contufion au bras .

Mt le Prince de Bade fait
le fiége de Landau avec vingtquatre
mille hommes , & M
le Prince Eugene avec Milord
Malbourough commandent l'armée
d'obſervation. Les Ennemis
avoient fait une batteric
Septembre 1704.
434 MERCURE 1
que les Affiegez ont ruinée à
coups de canons en une heure
de temps. Un Officier qui avoit
eſté fait prisonnier à la bataille
d'Hocſtet , & qui s'eſt ſauvé , a
rapporté que la tranchée a eſté
ouverte devant Landau la nuit
du 18. au 19. du même côté
que nous l'avions ouverte au
dernier ſiege , mais à quatre
_cent toiſes plus loin de la Ville
, dont le Prince Eugene &
Milord Malbourough estoient
fort fâchez .
M² de Coigny partit le 19.
dece mois avec le reſte de l'armée
de Monfieur le Maréchal
deTallard pour aller ſur la Mofelle
, & M² de S. Hilaire para
tit le 20. pour remener en Flandre
toute l'artillerie qu'il en
avoit amenée.
GALANT 435
1
&
Me de Laubanie Gouverneur
de Landau voulant commencer
à faire parler de luy par quel .
que action conſiderable , a fait
faire une fortie avec deux cent
Chevaux. Les Ennemis leur ont
auſſi- toſt opposéun corpsbeaucoupplus
gros, &ces deux cent
Chevaux n'ayant aucun deſſein
que celuy de faire avancer les
Ennemis , ils les ont inſenſfiblement
attirez juſque ſous le
feu de la Place , & comme M
de Laubanie avoit fait redoubler
le nombre des canons en cet
endroit , les Ennemis ont perdu
beaucoup de monde , & le nom
bre des bleſſez a eſté fort grand.
On a ſcu aufli que le même
Mde Laubanie avoit fait commencer
, plus d'un mois avant
Oo ij
436 MERCURE
que d'être affiegé , à couper
deux cent gros arbres qu'il a
fait entrer dans fa Place , &
qui pourront luy ſervir tant à
réparer les brêches qu'à faire
de bons retranchemens , par le
moyen deſquels il pourra ſedéfendre
juſqu'à l'extremité.
Les Lettres d'Hollande du
25. de ce mois , aſſurent que
neuf bataillons des troupes Angloiſes
& Hollandoiſes commandées
par Milord Malbourough
, avoient eſté embarquez
le 15. fur le Rhin , pour paſſer
en Flandre ; que les Estats s'étoient
aſſemblez pluſieurs fois
fans avoir pû convenir du retour
de ces Troupes , les avis
cſtant fort partagez mais qu'en
GALANT 437
fin dans la derniere aſſemblée
faite fur ce ſujet , la reſolution
de faire revenir ces Troupes
avoit eſté priſe précipitamment .
Les dernieres Lettres d'Angleterre
aſſurent que les Trou
pes embarquées depuis fi longtemps
pour le Portugal , ne fone
point encore parties , les vents
ayant toûjours eſté contraires.
Et qu'ily a lieu de craindre que
ces Troupes , aprés avoir eſté fi
long- temps embarquées, n'ayent
beaucoup déperi , & ne foient
plus en eſtat de rendre ſervice
au Roy de Portugal. Les mêmes
Lettres ajoutentque l'on apprehende
beaucoup à Londres que
Ies Eſpagnols ne profitent du
long retardement de l'arrivée
de ces Troupes en Portugal.
O o iij
438 MERCURE
Voici les noms de ceux qui
ont deviné le mot de l'Enigme
du mois paffé.
1
2
Mrs de Vaulx , Avocat au
Parlement de Bretagne , & Senechal
de la Thebaudays : de
Beauvais , de la rue ſaint Marzin
: Le Secretaire de Mr de
Toury : Duperrier & fon amy
Desfourneaux : La famille de
Mr Cor ,de la rue du Foin :
L'Aubergiſte Peny , & le Penfionnaire
de Mr Thomas , en
quatre Vers latins : Tamiriſte
& fa fille Angelique : Mlle du
Moutier la fille , ruë de la Harpe
: Mesdames la Vicomteſſe
de Livrau , de la Puyade : La
Baronnede Blair , de Segur : La
charmante du Til , de la ruë
des Vieux Auguſtins , & fon
GALANT 439
Amant inconnu : La charmante
Mlle de Romagnon : La petite
Maman de la Reyne Lonlon :
La bergere Climene & fon ber
ger Tirfis de la Place Royale :
L'Eſtoile de la ruë ſaint Severin
: La plus aimable du marais
du Temple : Labelle Couteliere
, du coin de la ruë du foin:
La plus precieuſe de la ruë S.
Severin: La ſoeur du frere Pancrace
: L'Intendant Galcon
des dépenſes domeſtiques de la
& de ſon aſſocié : Le
principal nouveliſtedu coin des
Carmes de la Place Maubert ,
& la Fée que l'on ne veut pas
.... ..
nommer .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
Oo iiij
440 MERCURE
۱
ENIGME.
Quoique jene fois rien ,jefçay dona
ner des loix
Aufage , auferieux , au fol , à la
coquette
Et souvent le caprice , arbitre de
mon choix ,
M'affujetit tout à lafois ,
Et la Princeſſe &la griſette.
Dem'obéir onne peut s'exempter,
Sans paßerpour un ridicule,
Etcelui qui plasy recule
Est à la fin contraint de ſe laiſſfer
dompter.
L'air qui fuit eſt du fameux
Mr du Buiſſon , & les paroles
ſont de celuy qui a fait l'air
C'est trop peu dans ce beau jour, & .
د
=
LYON S
MEQUE DELA
VILLE
*1893*
41
rere
beau
Dieu
am
abler
ber
ie:
meter
Ber
loups.
ue ne
440 M
&
EN
Quoique jen
ner des
Au fage , an
coquette
1
Et ſouvent
mon chor
M'aff
Etla
Dem'obéïv
Sans pa
Etcelui
Eft à la fin
dompter
L'air qui
Mr du Buif
font de celu
C'est trop peu
GALANT 441
AIR NOUVEAU .
Fuïezles Loups , me dit ma mere
En me voyantconduire le troupeau
Dans un bois où jamais le Dieu
qui nous éclaire ,
Nefitfentir l'ardeur defonflambeau:
Zes loups n'y vinrent point troubler
ma reſverie ;
Je ne vis dans ses lieux qu'un berger
plein d'appas .
Je devois fuyr , j'en eus envie:
Mais un charme fatal vint arrêter
mes pas.
Jereconnus trop tard , que des Bera
gers aimables
Sontplus àcraindre que lesloups.
Helas ! ma mere , belas ! que ne
me difiez- vous ,
442 MERCURE
Que les Bergers étoientfiredoutables.
Les Anglois & les Hollandois
ayant voulu ignorer juſqu'à
préſent le combat qui a eſté
donné entre la flotte de France
& leurs flottes , ce qui fait voir
que leur perte doit eſtre confiderable
; voicy par ordre toutes
les nouvelles qui font venuës
icy touchant ce combat.
Je ne vous repete point ce qu'en
ont apporté les premiers avis
venus de Madrit , &je ne vous
dis rien des Relations de ce
combat que Mr de la Blandiniere
, Ayde Major des Armées
Navalles du Roy , apporta ,
vous ayant déja fait part du
contenu de toutes ces nouvel-
}
GALANT 443
les ; ainſi je commenceray par
vous dire qu'on reçut le 13. des
Lettres de Monfieur le Comte
deToulouſe qui portoient qu'on
avoit aſſuré ce Prince que
Shovvel avoit eſté tué dans le
combat ; que ſon Vaiſſeau avoir
eſté coulé à fond ; qu'on n'avoit
point de nouvelles de l'Amiral
Roock depuis le combat,
& que les ennemis avoient ca
plus de deux mille morts ſur la
place. Quelques jours aprés on
reçût icy une Lettre dattée du
1. à la vuë de Gibraltar , dont
je vous envoye une copie.
Tous les Hollandois qui étoient
restezen garde dehors , entrerent hier
aufoir dans cette Baye,ils laiſſferent
Seulement deux ou trois Fregattes en
garde. Ilparoist qu'ils viennent ſe
444 MERCURE
vaccommoder comme les autres qui
travaillent à force depuis qu'ils font
arrivez. La pluspart des Navires
ont mis leurs mats de bune bas , &
presque tous se mirent à la bande
comme ils font près de terre nous les
avons fortobſervez. Le peu de monde
qu'on a remarqué deſſus paroift
fort en defordre , particulierement
Amiral d'Angleterre & les autres
Commandans. Il s'eſt ſauvé ce
matin cing hommes Biscayens &
François qui rapportent qu'ils ont
efté fort maltraitez dans la bataille
, qu'ily a beaucoup de monde
& de Navires mis hors de combat
ở quà peine pourroient-ils naviger
preſentement s'il venoit du vent
& de la mer , parce que leurs mats
viendroient bas ; que l'Amiral
Angleterre a esté obligé de tirer
GALANT 445
du monde des autres Vaisseaux ,
quoiqu'ils n'en euffent pas affez,
parce qu'il a eu beaucoup de gens
tuez, qu'ily en a eu auſſi beaucoup
fur les autres Vaiſſeaux ; que si le
combat avoit pû durer encore quel
que temps , ou qu'ils se fuffent ap.
prochez d'avantage , ils auroient
perdu beaucoup de Navires; qu'ils
font fort inquiets & qu'ils nefongent
qu'à s'en aller au plus viſte
d'icy ; qu'hier ils tinrent Confeilfort
precipitament fur ce qu'il parut 25.
ou 30. petits batimens qui portoient
des provistons & des munitions à
Ceuta , venant de Cadix. Ils craignirent
que ce ne fast des bâtimens
chargezde troupes qui venoient d'un
coste , pendant que l'armée navalle
viendoit de l'autre ; que tous les
Navires qui avoient deja canoné
446 MERCURE
Gibraltar manquoient absolument
de munitions , qu'ils n'ont presque
plus de vivres , que l'Amiral
Shovvel eſt tué , que celuy d'Hollande
s'est brûlé & qu'il ne s'est
Sauvé que les gens qui étoient dans
la Chaloupe ( dans cette derniere
circonstance tous ne s'accordent pas
bien ) dans le reſte ils diſent tous
la même chose , quoiqu'ils fuſſent
fur divers Vaiſſeaux; &particulierement
les ennemis diſent que rien
n'est si terrible que lefeu qui fortit
de l'Amiral de France
que celuy
d'Angleterre n'avoit pù lefoutenir
longtemps , & qu'il a foudroyé &
desemparé tout ce qui a estépar son
travers ; qu'ily a eu beaucoup de
Capitaines & d'Officiers tuezG
bleſſez , qu'enfin il est difficile de
voirune armée plus maltraitée
GALANT 447
plus en deſaroy : fi nous apprenons
quelque chose de plus , j'auray l'honneur
de vous le mander. Jefuis,&c.
Cette Lettre faiſant voir que
les Ennemis n'ayant qu'à peine
affez de monde pour naviger ,.
on ne doit pas s'étonner s'ils
tardent tant à arriver , quoiqu'ils
ayent pafſfé le Détroit le
cinqde ce mois. Les Anglois &
Ies Hollandois avoüent , en feignant
toûjours d'ignorer qu'il
y ait eu combat , que ſi leurs
flottes ont repaſſé le Détroit ,
ils ont perdu la bataille , & que
le deſſein qu'ils avoient formé
fur Cadix eſt échoüé.
Quelques jours aprés l'arrivée
des dernieres Lettres de
Monfieur le Comte de Toulouſe
, on en a reçû icy écrites
448 MERCURE
de Salamanque par un Commiffaire
des Guerres qui portoient
qu'un coup de vent avoit fait
perdre vingt Vaiſſeaux aux ennemis
. Celles qu'on reçût il ya
trois jours deMonfieur leComte
de Toulouſe , diſoient que ce
Prince s'étoit abouché avec Mr
de Villadarias , qu'il luy avoit
laiſſé pour faire le ſiege de Gibraltar
dix gros Vaiſſeaux, deux
Fregattes & deux Galiottes à
bombes , & que les dix Vaifſeaux
étoient munis de toutes
les choſes dont ils pourroient
avoir beſoin. Ces Vaiſſeaux
font commandez par Mr de
Pointis & par Mr de Villars.
Monfieur le Comte de Toulouſe
a auſſi laiſſe à Mr de Villadarias
trois milte hommes ,
GALANT 449
dix pieces de canon de 36 livres
vingt de 24. cent milliers de
poudre , quarante Bombardiers
&cent Canonniers. Monfieur
le Comte de Toulouſe aprés
s'eſtre degarni de tant de choſes
devoit faire voile pour retourner
à Toulon.
Il vient encore d'arriver plufieurs
Lettres reçûës par des
Negocians de cette Ville , qui
portentque deux coups de vent,
dont l'un eſt arrivé le 12. &
l'autre le 20. de ce mois , ont
fait perdre beaucoup de Vaif.
feaux aux ennemis & qu'ils
avoient perdu vingt- cinq Capitaines.
Je ne vous aſſure pas que
toutes ces nouvelles ſoyent veritables
; mais il eſt conſtant
qu'elles ont eſté mandées & que
Septembre 17.04 .
د
Pp
450 MERCURE
la Lettre qui eſt dattée de la
vûë de Gibraltar a eſté écrite
par Mr le Chevalier Renaut. Le
fiege de cette Place ne devoit
eſtre tout à fait formé par terre
que le 1. Octobre , à cauſe de
l'éloignement des bois dont on
avoit beſoin pour les fafcines
neceſſaires pour les attaques.
Les dernieres nouvelles d'Ivrée ſont
que les Ennemis avoient fait une ſortie
du Château , qu'ils avoient eſté vigoureuſement
repouffez ; mais que nos
Troupes ayant approché de trop prés de
laPlace en les repouſlant , un Capitaine
&quelques Soldats avoient eſté tuez ,
Quele lendemain les Ennemis ayant pris
la réſolution d'abandonner entierement
la Place&de ſe faire jour , pour cet effet ,
l'épée à la main au travers de nos Troupes
, toute la garniſon eſtoit ſortie ; mais
qu'elle avoit eſté ſi vivement chargée ,
qu'elle avoit eſté contrainte de ſe ren
GALANT 451
fermer dans la Place , après avoir fait
une perte confiderable.
La tranchée n'a point eſté ouverte devant
Landau la nuit du 18. au 19. ainſi
que je vous l'ay marqué ; & ce qui avoit
donne lieu de le dire , eſt que contre les
•regles ordinaires les Ennemis avoient
commencé ce jour-là à travailler à des
Paralleles avant l'ouverture de la Tran
chée , qui ne devoit être ouverte que
le 22.
J'ay appris de nouvelles circonstances
de la fortie dont je vous ay déja parlé.
Elles portent que les deux cent Chevaux
étoient accompagnez d'Infanterie qui
les devoit foutenir , que le piquet des
ennemis étoit venu fur eux , & qu'ils
s'étoient retirez à une certaine diſtance ,
où s'étant ſeparez à droite & à gauche,
le canon de la place qui étoit diſpoſé
exprés fit feu fur les Ennemis , dont il
demeura un fort grand nombre fur la
Place. Monfieur le Maréchal de Villeroy
fait travailler à des lignes qui cou
vriront l'Alface,
452 452 MERCURE
Je ne ſepareray point le journal du
voyage de Fontainebleau , comme j'ay
fait les années précedentes , je vous
l'envoyeray tout entier dans ma Lettre
dumois prochain. Je ſuis, Madame,&c.
AParis ce 30. Septembre 1704 .
AVIS.
Les affairesde la guerre , &les réjoüil.
fances pour la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bretagne qui ont été faites.
non ſeulement en France , mais dans une
grande partie des Villes de l'Europe ,
ayant preſque rempli toutes mes Lettres
depuis pluſieurs mois , on a eſté obligé
de reſerver ungrand nombre d'ouvrages
qui n'ont pû y trouver place. Tous ces.
ouvrages auront leur tour dans lesMercures
qui paroîtront juſqu'à l'ouverture
delaCampagne.
On fera ſçavoir à l'avenir le jour que
paroîtra chaque Mercure nouveau : on
le marquera à la fin du precedent; &
pourcet effet, on avertitque leMercure
d'Octobre ſe vendrafans fau
dredy 7. Novembre.
faute leVen-
LYON
1009
TABLE.
PRelude.
Détail de ce qui s'est passé aux trois
Academies Royales le jour de la feste
deSaint Louis ,
Rejoniſſancesfaites à Châlons en Champagne
, 31
Asaint Sernin de Toulouse , idem 61
Aux Peres de la Doctrine Chrestienne
de la mesme Ville , idem.. 71
Aux Capucinsde Laval , idem 85
Premier article des morts.. 88
Compliment fait à Mr l'Evesque d'Agen
94
AuxJesuitesde Dole en Franche-Comté,
idem 105
AFlorence, idem 107
ALigourne , idem 118
A Venise par Mr l'Ambassadeur de
France,idem, cet article est tres- curieux
, 150
ARomeparMr le Cardinal de fanſon
&par Mr l'Ambassadeur d'Espagne ,
183,
TABLE.
Dans la mesme Ville parMr le Prince
dePalestrine , 200
Figure du Roy erigée dans la maison de
Mrle Refident de Cologne , à Ruel ,
212.
Secondarticle des morts , 218
Ode,
22.7
Accouchement de Madame la Duchesse
de Noailles
232
Priſes de deuxVaisseaux Angloispar Mr
le Chevalierde S. Pol ,
235
Compliment faitàMr le Blanc , Intendant
d'Auvergne , 237
Bref du Pape envoyé à Mr de Feriol
Ambassadeur de France à Constanti
nople , 240
Nouvelle maniere de tirer les Lotteries,
242.
Troisième article des morts, 248
Feſte donnée à Paris à Madame la Ducheffe
de Bourgogne , 275
Extrait d'une Lettre de Marseille touchantplusieurs
Vaiſſeaux arrivez du
Levant , & richement chargez , 299
TABLE.
Détail du Combat naval , contenu en
quatre relations , &pluſieurs autres
pieces qui regardent ce combat ,
A 300
Charges , Regimens , Gouvernemens ,
Commanderies , & Croix de Chevaliers
données par le Roy , 375
Article contenant plusieurs Lettres touchant
l'affaire des Cevennes, &qui en
font voirla fituation . 38
Convoy funebre fait au milieu de Con
Stantinople, 402
Audiance donnée par le Grand- Visir à
Mrde Feriol , Ambassadeur de France,
405
Lettre tres-curieuse de Constantinople ,
407.
Traduction d'une lettre de Lisbonne,
413.
Journal du fiege d'Yurée ,
Retourdes troupes Angloiſes & Hollan-
419
Affairesd'Allemagne , 424
daiſes en Hollande , 436
Troupes destinées pourle Portugal encore
TABLE.
arreſtées en Angleterre ,
Articles des Enigmes ,
437
438
Nouvelles arrivées de divers endroits ,
touchant l'état ouse trouvent les Flot--
tes de Hollande &d'Angleterre depuis
le combat , avec quelques articles qui
regardent le fisge de Gibraltar , 442
Suite du fiege d'Yurée ,
Suite du fiege de Landau,
Avis important
450
45
452
Avis pourplacer les Figures..
La Chanfon qui commence
par Seigneur entends , &c. doit
regarder la page 218.
L'Air qui commence par
Fuyezles Loups , &c. doit regar
der la page440.
IYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le