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807156
MERCIURE
GALANTY
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1700:
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Saile du
Palais au Mercure Galant.
M
ON donnera un
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente ſols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
f
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
laSalle des Merciers , à la Juſtice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
duPalais , au Mercure Galant.
M. DCC.
Avec Privilége du Roy.
e
Ic
AU LECTEUR.
Lya lieu de croire quon
ne lit plus l'Avis qui a
eſté mis depuis tantd'années
aucommencementde chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgréles prieres réitevées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres liſibles les noms
propres qui se trouventdans
les Memoires qu'on envoye
pour estre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'ily en a quantisé
ij
AU LECTEUR:
dedefigurez,estant imposible
dedevinerte nomd'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memsires,
5que l'on employera
tousles bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perſone , & que
ceux affranqcuhiiislsleeesnstelnevpooyretr.ont en
MERCVRE
V
IBLIO
FEVRIER 1700. *1883
Ous avez bien vû des
Portraits du Roy dont
vous m'avez paru fort con
tente. Je ne ſçay cependant ,
Madame, ſion a pû en faire
un qui diſe autant de choſes
en auffi peu de paroles , que
*
Anja
6 MERCURE
vous en allez trouver dans ce
luy qui fait le commence
ment de cette Lettre. Il fort
des mains de M² l'Abbe de
Poiſſy,dont on peut direque
le Pinceau delicat ne produit
que des chef-d'oeuvres.
PORTRAIT DU ROY
Louis n'a point d'égal ,fesEnnemis
le diſent ,
Deſesfaits éclatans ilsfont tous
ébloüis ;
Mais fans nombrer icy fes Exploits
inouis ,
Pourfairefon Portrait ces quatre
motsfuffifent ,
Z
GALANT. 7
On estime, on revere , on aime, on
craint LOUIS.
Jevous ayparlé plus d'une
fois de M' l'Archevêque de
Besançon , au ſujet de ſa nomination
à l'Archevêche , &
de la joye que toute la Ville
marqua lors que le Roy le
choiſit pour ſucceder à Mº de
Grammont , ſon Oncle. Cet
Archevêché eſtoit électif , &
le Chapitre , l'un des plus anciens&
des plus illuſtres de
l'Eglife, honoré d'une infinité
de beaux privileges par les
Papes&les Empereurs , avoie
Aiiij
8 MERCURE
droit d'élire ſon Archevêque,
dont le rangeſt confiderable
dans le College des Princes
dd''AAlllleemmaaggnnee.. JJee vous ay entretenuë
des habits de Choeur
& de Ville des Chanoines , &
je ne vous repeteray rien autre
choſe , ſinon qu'ils font
vêtus comme les Cardinaux le
fontdans le temps de Carême,
&qu'ils officient avec tous les
ornemens Pontificaux. Aprés
lamort de M de Grammont,
le Chapitre ceda au Roy ſon
droit d'élection , & le fit d'une
maniere qui fit bien connoiſtre
combien il ſe ſentoit ho-
L
GALANT 9
noré d'eſtre ſous la domiration
d'un Prince qui met toute
fon application a remplir les
premieres places de l'Egliſe ,
de Sujets dignes de les occuper
, & capables d'édifier ſes
peuples , Sa Majefté y nomma
Meffire François. Joſeplr
de Grammont , Evêque de
Philadelphie , Haut - Doyen
de Besançon , Maiſtre des Requeſtes
du Parlement de cette
Ville, Neveu du défuntArchevêque
, & qui depuis un tres.
long temps faifoit les fonctions
Epifcopales , à cauſe
de l'infirmité de M' ſon Ong.
MERCURE
cle qui avoit perdu la veuë ,&
ſe trouvoit dans un âge extrêmement
avancé. Il eſtoir
d'ailleurs d'une Maiſon qui
avoit rendu pluſieurs ſervices
confiderables au Roy & à l'Etat
, alliée à celles de Poitiers
de Rys , de Beauffremont , de
la Baume , & à quantité d'autres
des plus illuftres de France
& d'Allemagne , Frere de
Mrs les Comte & Marquis de
Grammont , tous deux Maréchaux
de Camp. Le Chapitre
& la Ville de Besançon mar -
querent par des illuminations
& par des feux combien ils
GALANT.
reſpectoient le choix de Sa
- Majesté , & combien il leur
eſtoit agréable. Au mois de
Decembre dernier , le nouvel
Archevêque , qui avoit receu
le Pallium des mains de M
l'Archevêque de Paris , préta
le ferment de fidelité , & partit
auſſitoſt pour ſe rendre à
fon Eglife. Le 7. du mois de
Decembre , quatre Deputez
du Chapitre allerent le recevoir
à la ſortiede ſa Salle ,&
leconduifirentà celle du Chapitre
, où il ſe plaça dans un
fauteuil. Il pria enſuite la
Compagnie de le mettre en
F2 MERCURE
poſſeſſion , & de commencer
par la lecture des Bulles & du
certificat de M¹ de Paris ,
comme il luy avoit donné le
Pallium Toute l'Aſſemblée
opina du bonnet , & l'on fe
mit en marche en chantant
leVeni Creator, ſuivant l'ordre
ordinaire de la Proceſſion. M'
l'Archevêque estoit précedé
de M l'Abbé de Santau ,
Grand Archidiacre , qui estoit
en Chape , & portoit le Chef
de Saint Agapit , & il eſtoit
ſuivi par les Grands Officiers
de l'Archevêché , qui font le
GrandMarechal, entre autres,
GALANT: 13
fuivant l'uſage des Princes de
l'Empire , Ces Grands Offi .
ciers font tous de Maiſons
tres diftinguées. M'le Comte
de Saint - Amour, de cellede
la Baume , eſt Grand Maréchal;
M'le Comte de laTour,
M'le Baron de Saone , & M
de Villars- Vaudey poſſedent
les autres Charges. Les Juges
del'Officialité paroiſſoient enfuite
, & lamarche eſtoit fere
mée par Mrs les Comte &
Marquis de Grammont , accompagnez
d'un grand nombre
de Nobleffe& de Perſon.
nes.confiderables. A la porte
14 MERCURE
de l'Eglife , Me l'Archevêque
s'agenoüilla ſur le premier
degré , & fit le premier ferment
entre les mains de M' le
Grand Archidiacre , & fur le
Chefde Saint Agapit , ſuivant
l'ancien uſage. On entra enſuite
dans la Chapelle du Saine
Suaire ,Relique précieuſe qui
s'eſt conſervée juſqu'icy par
un miracle que l'on ne peut
révoquer en doute , & qui
attire deux fois l'année une
foule incroyable de peuple
des pays les plus éloignez.
Pendant que l'on y adoroic
le Saint Sacrement; les TimGALANT:
bales , les Trompettes &
les Tambours ſe meſlerent
au bruit des Cloches , & la
- Proceſſion ſe rendit dans le
Choeur. M² l'Archevêque y
prit ſa place de Haut- Doyen ,
dont le Pape , par une grace
finguliere , luy a permis de
conſerver la dignité pendant
trois ans . Male Grand Archi
diacre celebra la meſſe , aſſiſté
deM'Jobetot , Frere de M'le
premier Preſident du Parlement
,& de M de Grammont,
Parent de M² l'Archevêque ,
en qualité de Perſonats de Fayernay
& de Sallins. La meſſe
16 MERCURE
finie, M' l'Archevêque revêtu
de ſes habits Pontificaux ſe
rendit à l'Autel . & y preſta
le ſecond ſerment ; enfuite
de quoy ayant eſte inſtalé
dans ſon Trône , il y entonna
le Te Deum , qui fut chanté
par la muſique , pendant que
Tous les Chanoines vinrent
en capes détrouſſees embraffer
M' l'Archevêque. Cette
ceremonie faite , on le conduifit
au Palais Archiepifcopal
, dont on luy preſenta les
clefs , & peu de temps aprés
M' de Bliſterwick de Monteloy
, Abbé de Charlieu , vint
GALANT: 17
Ett le complimenter à la reſte de
ffix Chanoines députez. Il reta
ceut enſuite les complimens
tt de tous les Corps de la Ville ,
alt & le lendemain , Peſte de la
Conception de la Vierge, fonit
dée par feu M'l'Archevêque ,
at Me ſon Neveu officia pontifi
calement , & ne crut pas pouvoir
mieux commencer ſes
* fonctions , qu'en répondant
- à la pieté & à la devotion de
- feu Miſon Oncle , & qu'en ſo-
= lemniſant une Feſte , ſous la
fo
protection de laquelle eſt particulierement
la Province du
Comtéde Bourgogne. Le mê .
Février 1700. B
18 MERCURE
1
me jour au foir , il y eut des
illuminations , & des feux par
toutes les ruës , & la Ville en
fit tirer un d'artifice avec tout
le ſuccés que l'on pouvoit ef
perer d'un ſpectacle , où elle
faiſoit éclater ſa magnificen
ce.
Vous ferez ſans doute fort
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous en fais part dans
les mêmes termes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
mort & aux Funerailles du
R. P. Marc d'Aviano , Ca
pucinPrédicateur.
!
Traduite du Latin , &envoyés
de Vienne.
}
L
ER. P. Marc d'Aviano
revint en cette Ville de
Vienne au mois de May dernier
1699. avec le P. Laurent
d'Urino , qu'il avoit eſté obligéde
prendre àla place du P.
CoſmedeCastro Franco , for
Compagnon ordinaire , de
Bij
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouvent obligé d'avouër
luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. La diminutionde
ſes forces &de ſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plus de loüan
ges & de benedictions de la
part de Leurs majeſtez Imperiales
, de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
-
GALANT. 21
S
ſujet de croire , que ſi dans
l'eſtat où il eſtoit il ne ſe dif
penſoit jamais ny de l'un ny
de l'autre, ce n'eſtoit que pour
ne les pas priver de la confo
lation qu'ils en avoient dans
- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir de temps en temps des
audiences de l'Empereur, mais
en y gardant toujours la bienfeance&
la modeſtie que demandoit
la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'avantage
d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter , il a
eu celuy de ne s'en eſtre ja
20 MERCURE
>
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoit ſouvent obligé d'avouër
luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. La diminutionde
ſes forces & de ſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plus de loüan.
ges & de benedictions de la
part de Leurs majeſtez Imperiales
, de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
.' GALANT. 21
ſujet de croire , que fi dans
l'eſtat où il eſtoit il ne ſe dif
penſoit jamais ny de l'un ny
de l'autre, ce n'eſtoit que pour
- ne les pas priver de la confo
lation qu'ils en avoient dans
- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir de temps en temps des
audiences de l'Empereur, mais
en ygardant toujours la bienfeance
& la modeſtie que demandoit
la ſainteté de l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'avantage
d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter , il a
eu celuy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
des
mais fervi que pour procurer
la gloire de Dieu , le bien public,
& le foulagement
affligez.Sa maladie cependant
augmentoit fi fort dejour en
jour par les continuelles coli .
ques , qu'il ſe vit obligé de ne
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereur fit voir combien
la ſanté de ce Pere luy eſtoit
chere, par le ſoin qu'il eut de
luy envoyer les medecins les
plus experimentez , & mefme
les fiens propres , avec ordre
de prendre dans le Laboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils jugedes
roient neceſſaires, quelque rant
res & quelque précieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
e Conſeiller de la Chambre Im
er periale , & Treſorier de Sa
Maje Majesté , de ſe trouver tous les
1 jours , ſoir & matin , dans la
chambre du Malade , pour
- s'informer exactementde ſon
eſtat , afin de luy en faire le
-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de ce qui pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependant ny la
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rent de rien , non pas mesme
le bain d'huile, qu'on employa
commeune choſe aſſezextraordinaire,
pour en efperer du
foulagement, parce que l'heureux
moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre ame de la priſon de ſon
corps , pour la mettre en liberté
d'aller joüir pleinement des
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté , auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice, la récompenſe de ces
actions ſi ſaintes & fi grandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Si ſon corps ne receut point
de ſoulagement durant les
quinze jours que continua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſme de ſon eſprit , & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capable de
luydonner quelque confolation
, ce fut principalement
& l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri .
mani, &le bonheur qu'il eut
Février 1700. C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce du Pape, qui
luy cauſa tant de joye par l'Indulgence
pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sainteté
à l'article de la mort, qu'-
elle ne fervit pas peu à prolonger
pour quelques momens
le peu de forces qui luy
reſtoit , & à retenir un peu
plus longtemps ſur la terre celuy
qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres. Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite , & tout ce
GALANT. 27
qu'il y a de grand en auroit
fait de même , s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoir quelque choſe à ſe re
procher ſur l'augmentation de
la maladie. On ne dit rien des
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique , & les autres Sacremens
, qui ne ſont connues
que de celuy qui pouvoit penetrer
dans ce Sanctuaire ;
mais ſi l'on en veut juger par
la ferveur & la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy , & renouvella ſes voeux
1
Cij
28 MERCURE
ceux qui y furent preſens en
furent fi touchez , qu'ils n'eurent
pas de peine à ſe perluader
qu'elles furpaſſoient autant
celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commun des hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
en danger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja fait avec tous leurs
Enfans peu de temps auparaà
la Feſte de Noftre-
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
vant ,
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils
-avoient pour luy ; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'extrémité
, ils ne differerent pas
davantage , & partirent le lenmatin
ſur les dix heures , du
Palais appellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre au Convent des Capu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc , &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le coeur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre , & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent- elles montées
dans leurs Caroſſes , qu
on vint leur dire que le Pere
Marc eſtoit à l'agonie. Elles
retournerent à fa chambre ,&
bien loin de s'effrayer de la
veuë d'un objet que les Grands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Comme elles le trouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
le Cierge benit à la main , elles
ne purent faire autre choſe
que de ſe mettre à genoux
comme les autres ,& de faire
voir leur douleur par les gemiſſemens
dont elles accom
pagnoient les derniers ſoupirs
de ce moribond. L'Empereur
même eut la bonté de dire
avec le P. Gardien , les Orai
ſons& les Prieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie ,, &tous continuerent
ainſi dans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
ment qu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
*
Ciiij
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffions deſa bienheureuſe
éternité. Les paroles
qu'il prononça avant que de
mourir , estoient ſi pleines &
ſi animées de l'eſprit &de la
ferveur de ſa foy , les manie.
res de baiſer le Crucifix , de le
regarder & de l'embraſſer furent
ſi éloquentes , ſi vives&
ſi tendres , que bien loin de
paroiſtre comme des mouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceux qui font en
- cer eſtat , on eſtoit obligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces interieurs
& facrez que la ſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſe les mains du défunt , &
fatifait à tout , ce que leur pieté&
leur devotion leur inſpis
roit dans cette rencontre , furent
partis , on porta lecorps,
qui paroiſſoit encore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſte du jour , & la
nuit ſuivante ; car pour obeïr
à l'ordre que l'Empereur envoya
dés le grand matin , on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceinte du
grand Autel , où M'le Nonce
ditune Meſſe baffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
dirent l'apréſdînée , s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
les mains , &de ramaſſer comme
quelque choſe de bien
pretieux, les fleurs qu'on avoit
GALANT. 35
jettées ſur luy de coſté &d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combien de Dames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luy baifer les
mains & les pieds,qui estoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
y vinrent en ſi grande foule,
&avec des mouvemens fiempreſſez
de luy donner quelque
marque de la profonde veneration
qu'ils avoient pour luy,
que les Soldats eurent bien
de la peine a garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
comme ils auroient voulu ;&
rien ne fut plus propre à faire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ont pour la pieté , que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoir quelqu'une de ces fleurs
qui avoient eſté miſes ſur ſon
corps. 1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concours que l'Empereur
envoya défendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu , & voulut qu'on differaft
juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
ce temps - là , l'Empereur envoya
de grofles tommes d'argent
dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples , qu'il n'y eut pas
juſqu'à un grand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par des Meſſes au ſoulagement
de l'ame de ce bienaimé
défunt , quoyqu'on euſt
aurant de ſujet qu'on en peut
avoir pieuſement , de le regarder
comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombre des Bienheureux.
Toutes choſes eſtant donc
diſpoſées pour faire les Funerailles
au jour que l'Empereur
avoit marqué , il partit de fon
Palais la Favorite , avec l'Imperatrice
, le Roy des Romains
, l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins. Le corps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , nonſeulement
renfermé dans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Empereur
& de la Ville , poſtez
GALANT. 39
e
de telle maniere , qu'on pount
voit en défendre l'entrée à
tout le peuple ,& la permettre
e ſeulement aux Dames & aux
Perſonnes de qualité, & à tous
les Officiers de la Cour.
Of
0
ps
e
E
5
Il n'y eut pour lors que le
Roy des Romains qui alla luy
baiſer les mains, auflitoſt qu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterent enſuite dans la Tri.
bune pour entendre la Meſſe
folemnelle des Morts , quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne, Prince du Saint Empire
, & par un Choeur des
principauxMuſiciens de l'Em-
২
40 MERCURE
pereur. Aprés que l'on eut fini
ennoir toutes les lugubres ce.
remonies du Sacrifice , par les
prieres , les aſperſions & les
encenſemens que l'Egliſe veut
qu'on faſſe aux funerailles des
défunts, M' l'Eveſque de Nitrie
en celebra une ſeconde
avec la meſme folemnité,mais
avec cette difference nean.
moins , qu'il la dit reveſtu de
blanc , à l'honneur de la ſainte
& immaculée Vierge Mere de
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
dans la penſée que Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe ; mais elles def-
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille , de la Tribune
dans l'Eglife , pour baifer encore
une fois les mains du dé
funt , qu'elles trouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant , tout le monde eftant
dans l'étonnement de voir les
veines pleines de fang , & en
core plus , de ce que depuis
cinq jours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700. D
3
4
42 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans les chaleurs
de la Canicule.
Toutes les fleurs qui avoient,
pour ainſi dire , ſervi à l'ornement
du défunt , & qu'on renouvelloit
tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu- '
rent ramaſſées avec la derniere
exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunes Demoiſelles , deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empereurs
, portoient dans leurs
mains , autant par devotion
que par ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux furent
rentrez dans l'Eglife , ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayant enfermédans uneboë-
-te de noyer , ils le mirent avec
les autres dans la place , que
ſelon le rang il devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
des Empereurs .
AApprrééss ddeess mmaarques fi éclatantes
d'affection , d'eſtime
& de veneration , que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans tous les
Grands , & tous les Officiers
de l'Empire , tous les Etats &
tous les peuples avoient faic
}
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'onne
pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe à l'honneur qu'on luy
avoit fait , & donner quelque
nouvel éclat à ſa memoire.
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſt plus capable de.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettre au rang des
ſoins qu'il prend pour la felicité
de ſes Peuples , celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
e
GALANT. 45
( moire de ce Religieux par un
Monument ſi autentique, qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble grandeur
qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées .
A LA MEMOIRE
DuP. Marc d'Aviano,Capucin
Predicateur,
Doué des Vertus Evangeliques,
Mort à Vienne
Danslapaix&les doux embraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur ,
L'Imperatrice , & leur Royale
46 MERCURE
Famille ont dreßé ce Monument
Comme un triſte ſoulagement
De leur douleur ,
Le 17. d'Aoust 1699 .
Dieu donne le repos
Et la lumiere Eternelle
AuRP. Marc d Aviano,
☐ Vray Serviteur de Jesus Christ.
Dieu toujours grand , toujours
bon , à qui rien n'eſt caché
de ce qui ſe paſſe dans le
coeur de l'homme , connoif.
fant la parfaite & la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & ce fer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANNIT:
1
t
: 47
permis pour leur confolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans la Ville
de Vienne , comblée dans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere , mais encore dans une
Egliſe frequentée tres ſouvent
de Leurs Majeftez ,& de tous
lesGrands de la Cour, comme
eſtantun moyen plus efficace
& plus aſſuré pour rendre de
jour en jour la memoire de ce
Religieux plus celebre que ne
pourroient faire les Plumes
& les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
48 MERCURE
Voicy une Lettre que vous
trouverez fort curieule, Elle
eſt de M'l'Abbé de Poiffy.
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
I quelque chofe , Made
moiselle , eſt digne de no
ſtre admiration , c'eſt la Pendule
que M Perrault vient
d'inventer. Cet illuftre Aca.
démicien a trouvé un ſecres
inconnu à la ſçavante Antiquité.
Nous luy devons de la
reconnoiſſance , puis qu'il a
travaillé
GALANT. 49
1
travaillé pour l'utilité publi.
que: mais ſans nous amufer
à loüer l'Auteur , paſſons à
l'Ouvrage.
La deſcription que vous
allez voir , Mademoiselle ,
vous fera connoiſtre que ſi la
Pendule en queſtion , eſt rare
& curieuſe , elle eſt encore
plus utile.
Cette Pendule a cela de
particulier , qu'une même aiguillemarque
en même temps
ſur deux differens Cadrans qui
l'environnent , les heures ordinaires
, & les heures inégales.
On appelle heures inéga-
Février 1700, E
50 MERCURE
les , les douze heures du jour
artificiel , que l'on compte depuis
le lever du Soleil juſqu'à
Ion coucher ; & les douze
heures de la nuit , que l'on
compte depuis le coucher du
Soleil juſqu'à ſon lever. Comme
les jours & les nuits vont
toujours en croiſſant & en
diminuant , les heures qui les
compofent , & qui ſont toujours
au nombre de douze ,
croiffent ou diminuent ; ainſi
toujours à proportion. 11 cft
encore à remarquer que cet
accroffement & ces diminucions
font inégales entr'elles,
&font beaucoup plus grandes
GALANT.
vers les Equinoxes , que vers
les Solſtices ; de forte que ce
n'a pas eſté une petite diffi.
culté de faire que la même
aiguille qui marque toujours
également les heures égales ,
marquaſt inégalement les
-heutes inégales.
Ce qui a empêchéjuſqu'icy,
Mademoiselle , qu'on n'ait
trouvé ce ſecret , c'eſt que
ceux qui l'ont cherché , tâ
choient de faire en forte que
l'aiguille augmentaſt ou diminuaſt
de vîteſſe chaque jour,
pour ſe rendre plûtoſt ou plus
tard ſur les heures qu'elles
Eij
52 MERCURE
avoient à marquer, ſelon que
les jours eſtoient ou plus
longs , ou plus courts ; mais
tous les efforts qu'on a faits
de ce coſté là , ont eſté inuti .
les ; il auroit falu autant de
differens mouvemens , qu'il y
a de jours dans une année.
On s'eſt enfin avisé de faire
faire aux heures ce que l'on
vouloit que fiſt l'aiguille. On
a rendu les heures mobiles,&
on les a renduës mobilesd'une
telle façon , qu'elles s'approchent
ou s'éloignent lesunes
des autres, felon que les jours
ou les nuits croiffent ou dimi
GALANT:
F3
- nuent. Ainſi l'aiguille allant
toujours ſon chemin,elle mar
que ſur un Cadran nos heures
ordinaires, &ſur un autre Cadran
les heures inégales , qui
viennent chaque jour endouze
parties égales , & la nuit en
douze autres parties égales .
Vers le bout de l'aignille il
yaun petit Soleil d'or, fortant
de derriere une plaque brune,
qui repreſente la nuir , au moment
que le Soleil ſe leve , &
quiſe cache ſous cette même
plaque au moment que le Soleil
ſe couche. Le fond du
Cadran tepreſente lejour dans
E iij
F4 MERCURE
ſa partie d'enhaut , qui eft
d'argent ; & la nuit dans la
partie den bas, qui eſt d'acier,
couleur d'eau , damafquinée
d'étoiles d'or. Ces deuxparties
croiſſent ou diminuent cha
que jour , felon que le demande
la faiſon où l'on eſt.
On dira peut- eſtreque cette
Pendule eſt curieuſe , mais
qu'elle n'eſt d'aucune utilité,
puis qu'il n'importe guere de
ſçavoir à quelle heure précifément
le Soleil ſe leve & fe
couche , & que d'ailleurs on
n'a pas beſoin d'une Pendule
pour en eſtre averti.
GALANT.
On répond que lors qu'il
pleut , ou que le temps eft
couvert,on ne peutſçavoirpré
cisément le moment du lever
ny du coucherduSoleil,&qu'li
eſt quelquefois important de
le ſçavoir. On est bien -aiſe
lors qu'on voyage,de n'igno
rer pas quand le Soleil ſe leve,
&combien de jour il reſte
juſqu'au coucher du Soleik
Elle peut eftre auſſi d'un tres.
grand uſage à l'Armée pour
les marches , les campemens ,
&pluſieurs autres expeditions,
où il eſt important de n'eftre
pas ſurpris par la nuit. ::
E iiij
56 MERCURE
د
La Regle de Saint Benoiſt
porte que les Religieux
de fon Ordre doivent com;
mencer tous les jours les Matines
au moment que le Soleil
fe leve ,& les Complies au
moment qu'il ſe couche , &
de diſpoſer les autres parties
du Service divin, en ſorte qu'
elles ſoient également diſtantes
les unes des autres dans
l'eſpace du jour artificiel . Saint
Benoist & fes Religieux , qui ſe
conduiſoient fur le cours du
Soleil , n'avoient pas de peine
à diſtribuer ainſileur Service;
mais dans la ſuite des temps ,
GALANT. 57
ces Religieux eftant venus ha
biter les Villes , où ils ont
trouvé des horloges qui ne
fonnent que les heures égales,
ſans marquer ny le lever , ny
le coucher du Soleil , ils ont
abandonné leur Regle fur ce
point , ſi ce n'est qu'ils diſent
encore les Matines plutoſt ,
& les Complies plus tard en
Eſté qu'en Hiver. S'il leur
prenoit envie de ſe reformer
fur cet Article , ils le pour
roient facilement avec le ſecours
d'une horloge conſtruite
ſur le modele de cette Pendule.
58 MERCURE
En Turquie & par tout où
s'obſerve la Religion de Mahomet,
le Service ſe fait par
rapport aux heures inégales.
Il commence au lever du Soleil,&
laderniere de leurs prieres
ſe fait quand le Soleil ſe
couche. Cette Pendule leur ſeroit
tres utile , non- feulement
à l'égard de leurs Preſtres qui
montent aux Minarets , pour
les avertir : mais auffi pour le
Peuple qui feroit bien aiſe d'avoir
des horloges qui les avertiffent
de toutes les heures où
ſe font les Prieres. Les heures
Italiques & Babiloniques font
GALANT. 59
Suffi marquées ſur cette Pendule.
Au deſſous du Cadran eſt
une Lune qui fait lon cours,
&qui marque tous les âges
de cer Aftre.
Au defſous de tous cesCas
drans eſt un bas reliefdes qua
tre Saiſons de l'Année. M
Coypel , Fils , en a donné le
deffein , & M' Caffiere , Fils ,
l'a modelé & cifelé. La boëte
eft ornée de ſculpture de bronze
dorée , dont M'Girardon a
fait tous les modeles. A un
des coſtez eſt une teſte d'Apollon
avec une pente de feltons
de tous ſes attributs ; à
60 MERCURE
l'autre coſtéily a une teſte de
Diane avec un feſton pareil de
fes attriburs . Apollon repre.
ſente le jour , & Diane la
nuit. Sur le milieu du fronton,
il y a une teſte de Saturne ,
avec deux aîle saux deux côtez ,
L'aîle qui eft à droit eſt une
aîle d'Aigle , qui repreſente le
jour , & l'autre qui eft à gauche
eſt une aîle de chauvefou.
ris , qui figure la nuit , pour
marquet que le Jour & la
Nuit ſont comme les aîles du
Temps , fur leſquelles il vole
fans jamais s'arrefter.
La Pendule eft couverte
GALANT. 6r
d'un Dôme , auſſi orné de
bronze doré , où ſont deux
Timbres d'un ton different ,
dont l'un ſonne les heures
égales , & l'autre les heures
inégales.
Je me crois obligé de vous
dire , Mademoiselle , que le
deſſein qu'on avoit de faire
executer cette Pendule , ayant
eſté communiqué au Directeur
general des machines
des Mines de Suede , homme
d'une capacité prodigieuſe
dans les Mathematiques , &
particulierement dans les ma.
chines , non ſeulement il de-
1
62 MERCURE
vina les moyens que l'on s'étoit
imaginez pour en venir à
bout , mais il en fit unmodele
encartonde ſa main , le mieux
travaillé du monde , & faiſant
toutl'effetque l'on en pouvoit
attendre. Ce modele a fourni
un tres - grand nombre d'ex.
pediens pour faciliter l'execu
tion de la Pendule. L'Horlo
geur qui l'a commencée , &
qui l'a preſque achevée , eſt le
ſieur Fardoual , dont le genie
& l'adreſſe ont peu de ſemblables
pour l'invention , &pour
l'execution des machines. Ses
affaires l'ayant obligé de paf.
GALANT. 63
fer en Angleterre , il n'a pûy
mettre la derniere main. Le
de ſieur le Noir , Horlogeur tresjehabile
& tres ingenieux , l'a
entierement achevée , & y a
vo mis fon nom, ſuivant l'uſage
obſervé parmy les Horloergeurs
.
102 Le ſieur Cucci , des Gobelins
, qui s'eſt rendu ſi celebre
par les beaux ouvrages qu'il a
faits pour le Roy , a conſtruit
la boëte qui eſt d'écaille de
Tortue noire & de Lapis, avec
tous les ornemens de bronze
doré , dont elle eſt embellie.
Tout ce qui eſt dans cette
64 MERCURE
Pendule qui regarde les mou.
vemens , & tout ce qu'elle
marque le peut renfermer
dans une Montre de poche.
Fardoual en a fait une de cette
qualité , avant que de paffer
en Angleterre. Il l'a emportée
, & l'a fait voir icy à pluſieurs
perſonnes .
Je finirois ma Lettre , Mademoiselle
, mais je m'intereſ
ſe trop à la gloire de noſtre
Ami , pour ne pas vous faire
part d'un Impromptu , qui
m'eſt échapé au ſujet de cette
Pendule.
GALANT. 65
A ME PERRAULT .
ILlustre Ami , tu sçais bien
autre chofe
Que defaire des ers,&que d'écri
reen Profe,
Tupoſſedeslesplus beaux Arts.
Si là- deſſus quelqu'un eft incre-
-1
dule
,
Perrault , qu'iljetteſes regards
Sur ton admirable Pendule !
Je ſuis avec une eſtime reſpectueufe
. , Voftre , &c .
L'Ouvrage qui fuit vous
plairoit fans doute , en apprenant
qu'il eſt de Mademoiselle
Lheritier , mais il vous plaira
beaucoup davantage , quand
Février 1700. F
66 MERCURE
vous fçaurez qu'il eſt fait fur
le retour de la ſanté de Son
Alteſſe Royale , Madame la
Ducheſſe de Lorraine.
IDILLE.
Venus au deſeſpoir que la Prin
cefle Elife
Gracieuſe , touchante , & dans ſes
plusbeaux jours ,
Regnaſt ſur tous les cooeurs , tinſt la
raiſon ſoûmiſe ,
Sansemprunter jamais fon féduiſant
fecours;
Se refolut dans ſa colére
De ravir à cette Beauté
Les attraits qui ſans art la rendoient
propre àplaire .
Venus avoit le coeur dés longtemps
irrité
3
GALANT. 67
Decequ'avec éclat la Princeſſe charmante
Avoit rendu l'Amour ſi docile à fa
voix,
Qu'oubliant fon humeur inquiette ,
inconſtante ,
:
Il'eſtoit fixé ſous ſes loix.
D'accord avec l'Himen par un glos
rieux choix , [pourelle
Ce Dieu vainqueur avoit formé
Unechaîne,dont les beaux noeuds
Luy donnérent l'ardeur fidelle
D'un jeune Prince genereux
Qui rend par ſes bontez tous ſes Su
jetsheureux,
Et conſacre aux vertus un pur & no
ble zele.
Venus qui regardoit avec un coil ja
loux
Laflame ardente &mutuelle:
Deres deux Auguſtes Epoux
١٠
1
Fij
68 MERCURE
Voulut faire éclater ſa haine
Contre l'aimable Souveraine ,
Et rendit le Deſtin complice de fes
coups.
De tous les maux qu'on vit éclore
De ce funeſte amas qu'enfermérent
les Dieux
Dans la Boëte de Pandore,
Il n'en eſt point de plus pernicieux
Qu'un feu qui mêle au ſang un venin
odieux ,
Et qui,l'écueïl du teint parſes cruel
les traces ,
Semble fait pour eſtre toûjours
L'ennemy déclaré des Graces,
Et l'épouvante des Amours.
Pour fervir l'injuſte colére
De la Déeſſe de Cithere,
Un Aftre dominant,plein d'un poiſon
fatal ,
Lance ſur la Princeſſe un ſi funeste
mal
GALANT. 69
LesPlaiſirs innocens dés le même inſtant
meurent,
LesGraces ſont en deüil , lestendres
Amours pleurent ,
Et par leur zele ardent vivement
foûtenus
Songent à s'oppoſer au courouxde
Venus .
Minerve les prévient. Cette ſage
Déeſſe
Avoit marquédans tous lestemps
Sa tendre affe&tion pour la belle
Princeſſe ,
Et luy fut prodigue ſans ceſſe
De toutes ſes vertus & de tous ſes
L talens..
Dés qu'elle voit ſouffrir ſa digne Fa
vorite,
Par un effor divin ſa ſcience medite
Des moyens aſſurez de chaſſerprom
piement.
70 MERCURE
Le mai de cet objet charmant.
Elle verſe aufh- toft ſa tublime lumiere
Dans l'eſprit penetrant de l'admirable
Mere
Dont Elife reçut le jour.
Princefle , qui toûjours genereuſe
agiſſante
Sçait par une vertu folide & bienfai
ſante ,
Engager la raiſon & le coeur tour à
tour ,
Erdu plus granddes Rois enchante
La polie & nombreute Cour
Cheriffant noblement fon auguſte
Famille
Loin qu'un vulgaire effroy la porte
en d'autres lieux ,
Sans craindre les horreurs d'un air
contagieux
GALANT.
3
Elle's'attache auprés de fa charman
re Fille,
Et luy donne des ſoins tendres &c
gracieux,
Autantqu'ils font judicieux.
Minerve qui toujours & la guide &
l'inſpire ,
Et ſur l'aimable Elife a ſans ceſſe les
yeux,
Veut que fans Esculape un lang fi
し
beau tranſpire.
D'un venin menaçant elle éteint la
fureur.
Puis leCiel touché de la peine
Etdes voeux que formoient avecque
tant d'ardeur
Philippe , tendre Pere , autant qu'
heureux Vainqueur,
Et Leopold , eſpoir des Peuples de
Lorraine ,
Délivre Elife enfin de ſa triſte lan .
guear ;
72 MERCURE
Et par le pouvoir de Minerve
De ſes brillans attraits tout l'éclat fe
conferve.
Alors les Ris , les Jeux, les Graces,
les Vertus,
Sententun doux tranſport dansleurs
coeurs abatus .
L'aîné des Amours & ſes Freres,
Ravis d'un tel luccés , fans plus long
examen ,
Abandonnent Venus à ſes douleurs
ameres ,
Et plus fort que jamais s'uniffent à
l'Himen ,
Pour donner de beaux jours à l'auguſteHeroïne,
Qui par la grandeur d'ame &la grace
divine
Qu'elle fait éclater en ſoy ,
Fait tant 'd'honneur au Sang du fa.
meuxGodefroy,
Dont
GALANT.
7
73
Dont fon charmant Epoux tire fon
origine.
Les Graces , les Vertus , les Amours
enchantez
De voir qu'une Princeſſe,& fi jeune
&fi bell:,
Amille grande qualitez ,
Et mille folides clartez ,
Qu'on n'a guere quandon eſt telle,
D'un beau mouvement tranſportez
,
Occupent leur Troupe immortelle
A former à jamais pour elle
De brillantes felicitez .
Le 16. du mois paſſe , Meffire
Jean Louis Habert , Scigneur
de Montmor , Comté
du Meſnil- Habert , les Lays
Février 1700. G
74 MERCURE
& autres lieux , Intendant ge
neral de Juſtice , Police & Finances
des Galeres de France,
& fortifications du département
de Marseille , Conſeiller
d'honneur au Parlement de
Provence, & Maiſtre des Requeſtes
ordinaire de l Hôtel
du Roy, Fils de Meffire Henry-
Louis Habert , Seigneur de
Montmor, le Fargis , le Peray,
Saint Loüet , Avenel , Lifle-
Moreau , & autres lieux , Baron
deMaincourt , Comte du
Meſnil , Habert , de Hauteville
, Marquis de Marigny ,
Conſeiller ordinaire du Roy
GALANT: 75
ille
Re
Ba
di
en ſon Conſeil d'Etat , &
Doyen des Maiſtres des Requeſtes,&
de Dame Henriette
Buade de Frontenac , épousa
Mademoiselle de la Reynie ,
Fille de MeffireGabriel- Nico .
las de la Reynie , Conſeiller .
ordinaire du Royen ſonCon.
feil d'Etat , & de Dame Gabrielle
deGaribal, ſon Epoufe.
La ceremonie du mariage fut
faite par M² l'Evêque de
Blois.
Il y a peu d'Etats aujourd'huy
, ſi l'on en excepte la
France , où les Arts fleuriffent
davantage que dans ceux de 2
Gij
76 MERCURE
Sa Serenité Electorale de
Brandebourg. Ce Prince ai.
me les Muſes ; & comme il
eſt ſçavant luy même , & parfaitement
bon Connoiffeur ,
il a voulu donner des marques
publiques de l'eſtime qu'il fait
des Arts & des Sciences , par
les établiſſemens confiderables
qu'il a faits en leur faveur.
Pluſieurs Medailles en font
foy. Je commence par celle
qui fut frapée après la fon lation
de l'Academie des Arts
& des Sciences , pour ſervir
de Prix aux Academiciens
anſſibien qu'à toutes fortes
,
III
・DG
•MARCH
FRIDER
RFALTZ
BRAND· S·R· I· ACET ELECT
VIRTVTI
PRAEMIA
PONIT
MVNIFICENTIA
PRINC:
F.Ertina
15
DE
LA
FILLE
BIBLIO
LYON
8
*18930
D
GALANT. 77
de Sçavans ; & comme elle
devoit repreſenter la liberalité
de Sa Serenité Electorale,
on a cru que la Figure d'Her.
cule feroit affez propre à l'exprimer,
par la conformite des
circonstances qu'il y a dans
cette actionentre ce Heros &
fcet Electeur. Comme Hercu .
, felon la Fable , aprés plueurs
de ſes travaux , & enrre
autres , après la défaite du
Dragon qui gardoit les pom.
mes d'or , fe repofa , & que
a'ayant plus d'occaſion àexercer
ſa vertu heroïque , à ſçavoir
la liberalité , en faiſant
Giij
78 MERCURE
:
preſent de ſes pommes d'or à
Euriſtée, demême Sa Serenité
Electorale , aprés avoir fait
trois Campagnes glorieuſes
au commencement de la derniere
Guerre , fe repoſa de fes
expeditions guerrieres , en cedant
au Roy Guillaume , le
commandement de l'Armée
des Alliez , qu'elle avoit l'année
1690. & pour ne demeu.
rer pas oiſive dans ce repos ,
elle ſongea à s'occuper en
pratiquant quelques autres
vertus , & fur tout celle de la
liberalité.
1
Le Repos aprés les expedi
GALANT. 799
e
É
tions guerrieres , eſt reprefenté
par la maſſue qu'Hercule
Ca encore dans la main;mais
qu'il a dans la maingauche.
La Liberalité eſt exprimée par
la main qui donne , & par les
pommes d'or , qui ſpecifient
enmême temps la qualité des
prefens de Sa Serenité Electorale
, à ſçavoir les Medailles
d'or , & l'uſage enfin qu'on en
veut faire déterminé par le
mot, Virtuti premia ponit.
Sa Serenité Electorale a fait
fraper quelques unes de ces
Medailles en or de la valeur
de centDucats , & elles doi
Giiij
80 MERCURE
1
vent eſtre diſtribuées aux Aca
demiciens , pour les porter à
ſe diftinguer à l'envi par une
loüable émulation. Cette Aca
demie , qui coute paran quatre-
vingt dix mille livres à Sa
Serenité Electorale , a pour
Protecteur M' le Comte de
Wartemberg. Ses Terres ſont
ſituées dans le Palatinat , &
ont eſté depuis peu érigées
par l'Empereur en Comté de
l'Empire. Il eſt Chambellan.
de SaSerenité Electorale .C'eſt
un Seigneur moins confiderable
par ſa nobleffe , qui eſt
pourtant tres- illuftre , & des
GALANT. 81
plus anciennes , que par fa
-vertu. C'eſt auſſi ſur elle, je
veux dire fur cette vertu , qu'il
compteuniquement . Il a pris
ces paroles pour ſymbole ,
Virtus nobilitat , ce qu'il n'a
jamais démenty par aucune
de ſes actions . Sa naiſſance
pouvoit le faire legitimement
pretendre aux plus grands
Emplois , mais il a mieux aimé
n'en eſtre redevable qu'à fon
merite. L'envie qui s'attache
ordinairement à ce qu'il y a
de plus diftingué , l'a toujours
refpecté,&tout le monde l'a
vû monter , non- ſeulement
8. MERCURE
fans chagrin, mais encore avec
joye , aux Dignitez les plus
elevées des Etars de Brandebourg.
Outre ſa Charge de
Grand Chambellan , qui eſt la
premiere de tout l'Etat. , ileft
Surintendant des Finances ,
des Baſtimens & des Menus
Plaiſirs ; & Protecteur de l'Academie
des Arts , Ainfi la diſtribution
des Medailles , ne
fe fait que par ſes ordres , par
rappott à cette derniere Charge.
L'Auteur de la Medaille
que je vous envoye gravée , &
de pluſieurs autres dont je
vous parleraydans la ſuite, eſt
A
GALANT. 83
M de Breffer , Maiſtre des
Ceremonies de la Cour de
Brandebourg. J'aurois beaucoup
de choſes à dire de l'in
vention &de la beauté de ces
Medailles ; mais comme je ne
décide jamais de celles que
j'expoſe , & qu'elles parlent
aſſez d'elles mêmes , je me
contenteray de dire que M
Faltz eſt le Graveur qui en a
fait les coins ,&que fon nom
eſt aſſez fameux parmy les
Connoiffeurs , pour leurdonner
lieu de croire qu'il a bien
réponduà l'intention de l'Au
teur de ces Medailles.
84 MERCURE
On a eu avis de la mort de
Meffire Jean Bachelier , Sei .
gneur deMontigny , deſcendu
en ligne directe de maſle
en mafle , deThomas Bachelier
, Maiſtre d'Artillerie ſous
Charles VII . dont le Fils Guillaume
Bachelier , fut encore
Maiſtre de la troiſiéme bande
d'Artillerie ſous Louis XI.en
1479. ſuivant Moreri , ou fon
Supplément. Feu M'de Montigny
avoit eſte nourri Page
de Sa Majeſté. Il fit la Campagne
deHongrie en 1664 &
ſe diftingua à la Bataille de
Raab , ou de Saint Gotard.
GALANT. 8
Enſuite il fut premer Capitaine
& commandant le Regiment
de Saint Simon Cavalerie
, où il a ſervitoujours à
la teſte de ce Regiment,dans
toutes les Campagnes de la
premiere guerre. Il commanda
l'Arrieban de l'iſle de France
ſous M' de Marle en 1695.
La Maiſon de Bachelier Montigny
eſt alliée à celles de Chaſtillon
, d'Hartillemont , de
Budée , de Vertus , de le Pi-
- card , de Montigny , de Ha-
-ſtrel de Preaux. Cette Maiſon
de Bachelier porte pour Armes
, Ecartelé an premier
86 MERCURE
quatrième d'argent au chevron
d'azur , accompagnéde trois mo.
letes degueules, qui est Bachelier ;
au deux troifiéme d'azurſemé
de France, au Lionnaiſſant d'argent.
Ce dernier Ecuſſon fut
donné par Philippe Auguſte
au S ' de Montigny, quiportoit
laCornetteblancheàlaBatailledeBovine,
pour avoir receu
ſur ſa perſonne les coupsqu'on
portoit auRoy,qui estoit tom.
bédecheval en cette Bataille,
ainſi qu'il eſt rapporté dans
l'Histoire de France.
Dans la Paroiſſe d'Auvers
proche de Carentan enBaffe
GALANT. 87
Normandie , la Femme d'un
nommé Elie le François , La
boureur , accoucha de quatre
Enfans le jour des Innocens
de l'année derniere , ſçavoir
d'un Garçon & de trois Filles.
Ils eurent tous quatre Baptê-
#me , & moururent quelques.
jours aprés
Jevous envoyeunDiſcours
qui fut fait le 3 Novembre
dernier à M. de Bezons , Con.
ſeiller d'Etat ordinaire & Intendant
pour le Roy en
Guyenne , par M' Chaltillon ,
le plus ancien Preſident
Profidial dePerigueux, recomau
88 MERCURE
mandable par ſa naiſſance,par
ſa piete , & for une profonde
erudition.
MONSEIGNEUR.
La Paix ſi deſirée, qui s'eſt ſi
heureuſement répanduë&éta.
blie dans l'Europe, eſt comme
une nouvelle vie à tous les
Sujets du Roy dans ſes Etats,
une nouvelle vie animée des
devoirs de la Religion Catholique
, & des devoirs de la
Juſtice.
La Paix , felon les Politiques
, & les Sçavans , eft dé.
finie , la tranquillité de l'ordre.
Ouy , tout eſt tranquil.
1
GALANT. 89
le , lorſque tout eſt dans l'ordre
dans un Eftat.
C'eſt la fin que noſtre Au .
guſte Monarque LOUIS
LE GRAND , s'eſt propo
ſée dans la Paix pour maintenir
la tranquillite , par le bon
ordre dans les Etats , de réünir
tous ſes Sujets dans le ſein de
l'Eglife Catholique , pour en
faire de bons & de veritables
Chreſtiens, dans un Royaume
tres Chreftien , pour en faire
de bons & de fidelles Sujets
réünis à Dieu , & unis à leur
Roy par les mêmes devoirs
de la Religion Catholique &
Fevrier 1700 . H
90 MERCURE
les devoirs de la Juſtice.
Quels remercimens pourra
jamais aſſez faire la Guyenne
à Sa Majesté , de luy avoir
choiſi pour cette fin un Archeveſque
ſi plein de zele
pour la Religion Catholique ,
de laquelle dépend le bonheur
& le falut de la Province ?
Pourra-t- elle jamais aſſez res
connoiſtre la grace qu'elle a
reçuë de Sa Majetté d'avoir
continué à vous y confier fon
autorité pour y maintenir le
bon ordre & la tranquillité
publique que vous y avez con .
ſervé par voſtre ſage conduite, -
• GALANT.
gr
1
}
mème ſur ſes Frontieres expolées
aux Ennemis dans le
fort de la guerre , au temps
que Sa Majesté avoit lesarmes
àla main Elle ſeule contre tou .
tes les Puiflances de l'Europe.
C'est encore dans la maiſon
illuſtre de Bezons que Sa Majeſté
, qui ſe connoiſt ſi bien
en merite , a trouvé parmy ſes
Officiers Generaux dans ſes
Armees , M'de Bezons voſtre
Frere , digne de la distinction
& de l'eftime particuliere de
fon Roy
Ce fera dans la Paix & par
le zele de ce grand Archevel
Hij
92 MERCURE
(
queM'de Bezons , auſſi voſtre
Frere , que la ReligionCatholique
, route triomphante qu'-
elle eſt dans la France , triomphera
particulierement dans
la Guyenne , où elle avoit eſté
en tant d'endroits deshonorée
par l'Herefie.'
Ce fera,Monſeigneur, ſous
la conduite d'un genie ſuperieur
, comme eſt le voſtre ,
que tout y ſera tranquille parce
que tout y ſera dans l'or
dre. Cet ordre qui met tout
dans ſa ſituation naturelle &
tranquille , fera , nous l'avons
déja dit , comme une nouvelle
GALANT. 93
t
vie qui animera toutes les parties
de la Guyenne , des devoirs
de la Religion Catholi
que , &des devoirs de la Juſtice
; des devoirs de la Religion
Catholique pour y attirer les
benedictions de Dieu ; des
devoirs de la Juſtice , pour y
joüir des fruits de la Paix, par
l'application au commerce &
au travail, chacun dans ſacondition
& dans ſon eftat , par
l'abondance qui ſera répanduë
juſtement ſur toutes les
parties & fur tous les beſoins
de laGuyenne.
Mais , Monseigneur , quel,
94 MERCURE
ques témoignages que cette
grande Province de laGuyenne
puiſſe vous rendre de ſa
reconnoiſſance 'publique , il
faut avoüer qu'ils ſeront toû.
jours au deſſous du merite &
dela grandeur de vos bontez ,
particulierement pour cePays,
& pour cette Compagnie ;
pour ce Pays de Perigord
privé même du neceſſaire
par une diſette publique , qui
s'eſt fait ſentirdesle commen.
cement de cette année , & qui
a mis toutes fortes de conditions
dans un estat de ſouf.
france.
GALANT. 95
Ileſtvray , nous ne devons
pas obmettre que la Providence
de Dieu nous a donné
dans ce beſoin un Evêque , un
Pafteur fi charitable, qu'il s'eft
épuisé luy- même pour repaiſtre
ſes Brebis & fon Troupeau
. On a même vû les Pauvres
des Dioceſes voiſins ac
courir en foule , au ſecours
d'une charité auffi grande &
auſſi pleine que l'eſt celle de
ce bon Pasteur & de ce bienfaicteur
public.
Mais , Monſeigneur , vous
avez ajoûté voſtre mediation
auprés de Sa Majesté , voſtre
96 MERCURE
mediation toujours ſeure, par.
ce qu'elle eſt toujours juſte.
Les aumônes publiques employées
à des travaux publics
par les ordres du Roy , feront
toujours en ce pays de doubles
monumens de ſa bonté royale,
&de la Charité bien ordonnée
du meilleur des Rois .
Cette Compagnie eftant
toûjours dévouée au ſervice
de Sa Majesté, ne sçauroitrien
faire de mieux pour reconnoître
vos bontez que de ſuivre
vos ordres , deloüerune conduite
auſſi juſte & aufli loua.
ble qu'eſt la voſtre , que de
s'employer
GALANT. 97
Π
t
1-
s'employer dans l'étenduë de
fon pouvoir , a remplir dans
chaque condition , & dans
chaque eſtat , les devoirs de
la Religion & les devoirs de
la Juſtice , & vous rendre avec
tout l'attachement poſſible ,
festres humbles &tres fidelles
ſervices ,& fon obéïſſance.
Vous avez eſté fort contentede
la Satire de M' Cantenac
, Chanoine de l'Eglife
Metrepolitaine de Bordeaux ,
contre l'Opera où tous
ceux de cette Ville courent
tous les jours avec fureur.
Février 1700.
,
98 MERCURE
Vous n'aprouverez pas moins
fans doute le nouvel Ouvrage
de ſa façon , que vous allez
lire.
AUX HOMMES MARIEZ.
FAvotis malheureux des amours
legitimes .
Qui par divers chagrins en eſtes les
victimes ,
Et qui par un eſprit inconſtant &
jaloux ,
Mépriſez de l'Himenles charmes les
plus doux.
InſenſiblesMaris,qui paſlez vôtre vie
Sanstraindre le mépris , ny les traits
de l'envie ,
Cherchez dans vos devoirs un ſolide
bonheur ,
GALANT
THEOBEC
LYON
Pour établir chez vous le repos
l'honneur ,
Ménagez doucement l'Epouſe qui
vous aime ;
Elle vous eſt fidelle , agiſſez - en de
même.
Jamais par des froideuts n'irritez ſes
appas ;
On n'a guere d'amour quand on
n'en marque pas .
Faites qu'à voſtre exemple elle ſoit
toujours ſage.
Si vous eſtes coquet, elle ſeravolage.
Si vous aimez le Jeu , les Feſtins,
l'Opera ,
Dans les mesmes plaiſirs elle s'égarera.
Mais s'il faut qu'en amour vous ſerviez
de modele ,
Où pourra- t- on trouver uneEpouſe
fidelle ? :
I ij
100 MERCURE
Ne voit on pas fouvent qu'une injuſte
froideur
Eteint dans le dégouſt voſtre premiere
ardeur.
L'Epoule trop ſenſible àcette indifference,
Paroiſt fiere à ſon tour , le rebute &
s'offense ;. i
De reproches ſanglans accompagne
ſes cris ,
Et couve dans ſon coeur la haine &
le mépris.
Rien n'eſt li dangereux qu'un amour
( qu'on outrage ,
Et la vengeance eſt douce à l'eſprit
te plus lage.
Soupçonnant cet ingrat d'un autre
attachement,
Elle le rend jaloux , & ſe fait un
Amant
Leur dépit réciproque augmente
leurs querelles.
GALANT. 101
On ne peut les finir , elles font immortelles.
[rens,
En vain pour les calmer s'affemblent
des Parens ,
Eux mêmes diviſez en partis diffe ,
Font naiſtre imprudemment une
guerre civile
Qui ne fert qu'à groffit les cortes
d'une Ville ,
Il faut qu'une injustice établiſſe la
paix ,
En détachant les noeuds que leCiel
avoit faits.
La chicane autoriſe une mode barbare
,
Ne pouvant les unit , il faut qu'on
les fepare.
Chez un Juge abuſé des témoins
achetez
Attaquent fa droiture avec cent faulletez,
1 iij
1o2 MERCURE
Et font le mal ſi grand , qu'enfin à
toute force ,
On extorque de luy le decret du
divorce.
Cet abus eft cruel ,&leCiel le défend,
Pour éviter un mal on en fait un
plus grand. :
Chaque Epoux diſpenſé des loix du
mariage ,
Redouble fon erreur & ſon libertinage
,
Et les pauvres Enfans confiez à l'un
d'eux ,
Deviennent orqhelins , & vivent
malheureux.
Quoy , faut-il aujourd'huy ſur de
legeres plaintes
Violer des Contrats , & les loix les
plus faintes,
Etdégageant les coeurs des plus facrez
liens,
GALANT. 103
Joindre la loy des Turcs à l'erreur
des Chreftiens ?
On ne laiffe à l'Homen que des
noeuds en peinture ,
Que le dépit immole au caprice , au
patjure.
C'eſt le corps & l'eſprit qui le font
ſubſiſter, [ reſter?
Eis'ils font ſeparez , que peut-il luy
On croit faire durer le noeud qui les
engage,
:
Maisà quoy ſert unbien dont onn'a
pasl'ulage ? :
nos jours ?
- Quel moyend'éviter ce malheur de
C'eſt de regler d'abord ſa Femme &
ſes amours .
Evitez les tranſports des flames indifcretes
,
Etne la traitez pas comme on fait
lesCoquetes.
I iiij
104 MERCURE
Songez qu'à quelque jeu qu'onpro
digue ton bien ,
On fe met au hazard de ne ſe laiſſex
rien.
D'un fiecle corrompu ne ſuivez pas
lamode
Sansdevenir jaloux , ny vous rendre
incommode.
Portez la fans contrainte à garder
ſa maifon ,
An'en fortir pas ſeule ,&fans bonne
raifon. 1.
Evitez du Jaloux la cruelle maxime,
Qui ferre fous des clefs ſa Femme
qu'il opprime . :
Une vertu forcée eſt un vice caché
,
Sile corps en eſt pur , l'eſprit en eft
taché.
L'exemple en eſt frequent aux riva
ges duTybre,
GALANT.
105.
Où l'Epouſe s'égare au moment qu'
elle eft libre .
Les plus ſeveres loix des plus fiets
Conquerans
Ne forcent pas les coeurs à cherir des
Tyrans,
t Tout excés eſtInuifible , il eſt tou
jours blamable ,
Mais au joug de l'Himen il devient
redoutable.
Il fautque fans foupçon, &fans eſtre
emporté ,
La devoir & l'honneur teglent ſa
liberté.
Mais pour luy faire ſuivre une regle
fi belle ,
Banniſſez les Amans qu'elle reçoit
chez elle.
Eloignez promptement cet homme
officieux ,
Qui ménage en ſecret des momens
précieux,
106 MERCURE
Qui flate voſtre Femme , & qui la
préoccupe.
Il ſe dit votreAmi, mais vous eſtes ſa
dupe.
C'eſt une étrange erreur des Maris
indolens ,
De fouffrit qu'une Femme écoute
des galans ,
Et de les laiſſer ſeuls avec trop de
licence
Par des diſcours ſuſpects troubler
fon innocence.
Quoy, peut-on expoſer ſans cho
quer le bon ſens ,
Un beau vaſe fragile à la fureur des
des vents ?
Agarder in treſor qui doit jamais
prétendre ,
S'illelaiffe aux voleurs qui cherchent
à le prendre ?
Cependant c'eſt la mode , & lebenin
Epoux
GALANT. 107
Noferoit l'empêcher fans paſſer
pour jaloux .
Sottement poffedé d'une aveugle
manie ,
Il ſe fait un honneur de ſon ignomi-
-nie. V
Doit- il encor fouffrir qu'elle aillerà
l'Opera ,
Où dans ſon coeur touché l'amour ſe
gliffeta ,
Nym? me à Pharaon, Jeu charmant
•& funeste ,
- Qu'elle perde ſon temps, & l'argent
qui luy reſte?
Si l'on fuivoit l'eſprit de la loy des
Chreftiens ,
On fuiroit ces plaiſirs que prenoient
lesPayens.
Mais on veut s'aveugler , on ſe fait
d'autresguides ,
Etcen'eſt plus le temps des maximes
rigides,
108 MERCURE
Si vous les inſpiriez , ah , que vous
feriez bien!
Mais prelchez , murmurez , vous ne
gagnerez rien .
Je vous ay parlé du Mandement
de pluſieurs Archevefques
& Evelques du Royaume
faits dans leurs Dioceles
pour la publication de la conf.
titution de N. S. Pere le Pape
Innocent XII. portant con.
damnation du Livre intitulé ,
Expoſition des Maximes des
Saints fur la vie interieure , mais
je ne vous ay encore rien dit
du Mandement de M'l'EvêquedeNoyon,
Pair de France,
GALANT: 109
•
Vous ſçavez que tout ce qui
part de la Plume de ce Prelat,
est rempli d'une profonde érudition
, & qu'il n'eſtoit encore
qu'Abbé de Tonnerre, & dans
un âge peu avancé , qu'il prêchoitdesCarêmes&
des Avents
entiers devant le Roy. Ille
faifoit avec tant de force &
d'eloquence, que les Sermons
égaloient ceux des Predicateurs
de la plus haute réputation.
Ainfi il ne faut pas
s'étonner fitout ce qu'ilecrit
eft recherché & applaudy. Ce
dernier Mandement Paftoral
l'eſt beaucoup. L'on y voir
fro MERCURE
d'abord une infinité de cita
tions ſur le ſujet qu'il traite,
Elles font voir combien il
poſſede à fond les Peres de
l'Egliſe & l'Ecriture. Il rappor
te enfutte la condamnation
du Livre dont il s'agit , & dit
aprés. Cette ConstitutionApoftolique
a esté unanimement recenë
par l'Eglise Gallicane , &acce
ptéeavec les mêmes acclamations
que les Lettres des Saints Papes
Celestin I. &Leon II. adreßées
aux Peres des Conciles Generaux
d Epbefe & de Chalcedoine , "y
furent estimées approuvées La
Foy de l'Eglife a concouru avec
GALANT.
celle de fon Chef, qui en a esté
l'Oracle , & l'unité de l'Episcopatfolidairement
commun. ajugé
Souverainement avec le Saint
Esprit.
2
)
mais en
14. Tela esté le ſuccès de nosAf
ſemblées Provinciales , revestuës
de toute la force d'un Concile
National, quoy que dépoüillées
& privées de ce nom ,
même temps efperances fondées ,
préſages certains , femences heureuſes
, des fruits plus abondans
d'une doctrine ſaine , d'une diſcipline
exacte & d'une morale pure,
que l'Eglise de France pourra ve
cueillir dans la forme plus regu.
Tiz MERCURE
liere que des Conciles Provin
ciaux , par les ordres &ſous les
aufpices du plus religieux de tous
lesRois qui renferme éminemment
enſa perfonnefacrée toutes les admirables
qualisezque les Oracles
de l'Ecriture , les Monumens des
Conciles, & les AnnalesdesHiſtoires
ont relevées àl honneur&
en faveur des plus infignesHeros
qui ayent jamais paru parmy les
Juifs,les Chriftiens&les Fran-
φοις .
- En effet Louis leGrand eſt un
autre David, & le plus fage des
Princes.
Un Salomon qui donne lapaix,
GALANT. 113
dont le Trôneſans égal s'élive
s'affermit tous les jours .
UnJebu fidelle choisi deDieu
pour commander à son Peuple
detruire la Maison d' Achab.
Un Fofias plein d'équité, e
qui ne s'écarte jamais des regles
defon devoir.
Le nouveau Constantin , &
Evêque exterieur ordonné de
Dien pour rendre&confer ver la
paix à l'Eglife.
Le Theodoſe animé de l'esprit
facerdosal , par là fi digne de
refpest.
Le Marcian rempli de zele ,
Fevrier 1700K
144 MERCURE
qui merica autrefois le facré nom
de Prestre.
Victorieux commt Clovis , foigneuxdufalutdefes
Peuples,Protecteur
de la Patrie , Arbitre des
Nations.
:
Le puiffant Theodebert , dont
les armes ont une puiſſance divine
, recommandable par l'excellence
de la Royauté, la multitude
des differens Peuples qui luy
fontfoumis, dont la puiſſancepour
estre écenduë , n'est pas moins unie
Plus illustre que Childebert
dont la dignité Royale en ſon au .
guste personne furpaſſe d'autant
plus celle des autres Princes, qu'ils
•
GALANT. 115
1
font eux mêmes au deffus des autres
hommes.
Le nouveau Clotaire , qui a
donné un Edit folemnel pour
reprimer l'audace de ceux qui
oferoient violer l'ordre étably
par l'avis des Evêques & des
principaux de l'Etat.
3
Plus ferme que les Charles à
- défendre la libertédel EglifeGallicane,&
qui ne cede en rienà la
piété exemplaire de S. Louis.
Prince enfin éclairédes lumie.
res d'un genie superieur , & qui
ayant une parfaiie connoissance
de la malignité de I Herefie , ordonne
avec ancorice, pour parler
Kij
116 MERCURE
le langage de SaintAugustin, tout
ce que l'Eglise en peut & doir
difirer En effet, les Rois rempliffent
leurs obligations à l'égard de
Dieu en qualité de Rois , lors qu'ils
font pourſonſervice, ce qu'il n'y
a que les Rois qui puiſſentfaire.
Et c'est ce qui ôte à nos Herea
tiqoes , auffibien qu'aux Donatiftes
, tout sujet deſe plaindre de
tant d'Arrests & d'Edits , pais
quefi les Princes malheureusement
engagez dans l'erreur , ont fait
pour l'établir des loix contre la
verité, ceux qui font heureuse.
ment éclairezde ſes vives lumie
res , doivent faire pour elle contr
GALANT. 117
des
Ferreur, des loix qui rendent cou.
pables tous ceuxqui les mépriſent,
estant certain qu'une perſonne qui
refuſedefaire ce que la divineVeri.
teluycommande parle ministere
Rois pour le progrès de la Religion,
la destruction de l'iniquite , eft
justment punie par les hommes ,
fans pouvoir trouver ny excuse ,
ny pardon devant Dieu.
Ce religiux Monarque
Zelé pour maintenir les loix de
l'Eglife , quefoumis àfes deciſions,
ne pouvoit donner des preuves
plus éclatantes deſon insignepieté,
que celle de nous laisser dans l'an .
cienne&canonique poffeffion des
3
1
auffi
118 MERCURE
Aſſemblécs Provinciales , &de
nous avoir permis d'en tenir une
fur lesujet de la presente Consti
tution.
C'est ainsi que S. M.Suivant ,
&mêmefurpaſſant l'exemple des
plusfaints Empereurs areconnu,
foutenu le droit divin , &le
pouvoir effentiellement attachéau
caractere Epifcopal , de juger les
questions defoy.
Les termes &les clauſes d'un
Bref qui n'est point adreffé aux
Archevesques & Eveſques pa.
roiftroient en quelque façon contraires
aux Libertez de l'Eglife
Gallicane , & aux usages du
GALANT. 119
Royaume,mais excitezpar l'extréme
defirde répondre aux instances
du Zele du Roy , preſſezd'ail
leurspar noftre profondrespect pour
le digne Pontife du Siege Aposto
lique, nous avons cru qu'ilfuffi .
foitdeſuppléer au défaut de lafora
me par le merite du fond.
Ce n'est pas seulement en cette
nouvelle &importante occafion
que l'EglifeGallicanr,toutejalou-
Sequ'elle est des Privileges que les
Conciles , &particulierement celuy
de Nicée,ont confervez aux
grandes principales Eglifes ,
femble avoir oublié ſes Libertez
pourfaire triompher la verité ,&
120 MERCURE
1 1
plus promptement & plus fure
ment. i
En effet , n'en a telle pas ufé
de, la même manière dans la reception
des Refcrits du Pape Leon
111. du temps de Charlemagne ,
pour paffer tout d'un coup des
anciens faus aux nouvaux , na
• elle pas auffi acceprè de nos jours
leBrefd InnocentXportant con
damnation du livredeFanſenius ,
la Constitution d Alexandre
VII. expediée en forme de Bref
pour la fignature du Formulaire
Sa veneration n'est pas encore
moindre à preſent pour les Decresales
authentiques , quoy que plu
fiours
} . GALANT. 121
fieurs ne soient que de fimples lertres
, & des réponses particulie
res.
Cependant nous aurions defire
de tout noſtre coeur , & il auroit
efté plus conforme à la Difcipline
primitive, & obfervée désle temps
de S. Cyprien,que cette affaire
qui a fait tant de bruit && d'éclat
eust este aſſoupie , & terminée
dans le Royaume où elle estoit née ;
mais puisque Me l'Archevesque
de Cambray l'a d'abord portée au
Saint Siege , nous avons du moins.
cette confolation , mêmeune extrême
joye de fa parfaitefoumisfion
au jugement Apostolique ;
Février 1700. L
Y
122 MERCURE
foumiffion qui nous apprend que fi
Son esprit s'estoit laiſſe malbeuren.
fement féduire par lerreur , fon
coeur l'avoit heureusement redressé
pourſuivre la Verité;foumiffion
qui engage ce Pasteur dans son
Mandement,de donneràfon Trou
peau jusqu'au dernier ſoupir defa
ore , l'exemple d' unepleine&enziere
obeiflance au Saint Siege ;
Soumiſſion enfin qui a confommèle
grand ouvrage de la Paix de
T'Eglise troubléepar la nouveauté
d une doctrine dangereuse&il.
luſoire , & qui luy estoit incons
nuë
Oexemple rare ! O matiere di
GALANT. 123.
gne d'une finguliere admiration !
Chefd'oeuvre degrace triomphan.
te , beureuſe faute , erreur avantageuse
, aveuglement éclairé
tromperie plus paßive qu'active ,
tenebres éclatantes , & diſſipées
par la lumiere du Soleil deFustice,
tablefalutaire, reſſource du naufra .
ge ,fatal écueil, qui est devenu le
Port du falut , remedeplus grand
quele mal , humiliation glorieuſe,
honte honorable , Scandale edifiant
, chute du juſte relevé or
-foutenu parla main deDieu !
Que defuccés imprevûs ! Le
mistere du Semiquietisme est enfin
decouvert & revelé, les illuſions
:
Lij
124 MERCURE
font evanouies , les temperamens
font reconnus pour des excès , les
expediens pour des inconviniens ,
les vingt - trois propofitions
avancées,&foutenues commemaximes
des Saints , ont esté notèes
flécries avec d'autant plus de
justice , qu'elles donnoient atteinte
à la verité de nos mifteres , à la
pureté des moeurs , à l'autorité
de l'Eglise , à l'excellence de
Oraison.
Pluſicurs grands Prelats , beritiers
Ganimezde l'esprit de nos
faints Predicateurs , ont esté dans
leurs doctes Ecrits les genereux defenfeurs
des veritez orthodoxes,
GALANT. 115
que le Semiquietiſme avoit temerairement
attaquées.Et nous,quoy
que le moindre de tous ceux qui
formentle College Apoftolique er
Epifcopalde l'Eglise Gallicane ,
avons eu toutefois I honneur d'eſtre
des premiers àfignaler noftre zele
dans nostre Lettre Pastorale.
Tel avoit effêle glorieux (mploy
desAthanafes, des Gregoires de
Nazianze, des Cyrilles d'Alexandrie
,&des Leons, pour confondre
les detestables erreurs des
Ariens, des Macedoniens , des
Nestoriens , & des Eutichiens ,
dansles Conciles Ecumeniques de
Nicée, de Constantinople , d'E-
لع
Lij
126 MERCURE
phefe & de Chalcedoine.
Ilnenous refte donc plus , mes
chers Fireres , aprés avoir rempli
tousles devoirs de l'autorité, de
•la follicitude& de la charité de
noſtre divin miniftere , qu'à profi
ter de la conjoncture presente , afin
de renouveller les afſurances refpectueuses
de noſtre fidelle& inviolable
Communion avec la
Chaire de Saint Pierre, àlaquelle
, suivant le témoignage de Saint
Irenée,ilfaut neceffairementque
toutes les Eglifes se réuniſſent ,
commeà la premiere&principale
Puiffance
Il adhere enfuite par toutes
GALANT. 127
1
ces railons au Jugement de
noſtre Saint Pere le Fape ,&
en conſequence du Decretde
l'Aſſemblee Provinciale de
Reims , il condamne le Livre
intitulé , Explication des maximes
des Saints fur la Vie inerieure
, & les vingt troisPropoſitions
qui en ont eſté ex.
traites , avec les mêmes quali.
fications de la Conftitution
Apoftolique.
Mrs les Lanterniſtes de
Toulouſe donneront un Prix
cetteannée , à leur ordinaire.
Voicy ce qu'ils ont fait imprimer
fur ce lujer.
Liiij
128 MERCURE
BOUTS RIMEZ
Proposez par les Lanternistes,
Pour l'année 1700.
Na lieu d'eſperer que
nos Bouts rimez plairont
beaucoup cette année.
On a pris foin qu'ils euſſent
quelque rapport à la ſituation
des choſes prefentes ; & com.
me il n'y a rien de plus agréable
que la Paix ,il eſtoit malaiſé
de ne pas l'avoir en veuë
dans le choix qu'on a fait de
ces Rimes, Elles ſont toutes
propres à inſpirer de beaux
GALANT. 129
fentimens pour la gloire du
Roy , de ce grand Monarque
qui nous a procuré cette Paix
d'une maniere tout à fait heroïque.
Le retour de l'innocence&
des ſolides plaifirs, le
rétabliſſement des beaux Arts
& du Commerce , fourniſſent
une matiere remplie de nou
veaux agrémens. Que de mer.
veilles à décrire ! Que de vertus
à repreſenter ! Eft il de
plus doux attrait de plus
charmante invitation pour les
Muſes ? C'eſt en travaillant
fur un ſi noble ſujet , qu'elles
peuvent s'acquerir une répu- .
,
130' MERCURE
tation immortelle Olive.
Eclatans.
Temps.
Active.
Attentive.
Contens.
Tuans.
Captive.
Saifon
Orizon.
Barriere.
Soutenir.
Carriere.
Avenir,
GALANT. 13
-
Les Sonnets doivent eſtre
accompagnez d'une Priere en
quatre Vers pour le Roy , &
d'une Sentence. Les Auteurs
mettront leur ſeing couvert
& cacheté au bas de leurs
Sonnets , ou dans une Lettre
ſeparée , le tout ſous la même
envelope , & rendu franc de
port chez M Seré , prés la
Place de Roaïx à Toulouſe ,
huitjours avant la Saint Jean.
Onavertitque les Sonnetsqui
ſeront en petits Vers , ou à rimes
compolées , ne pourront
prétendre au Prix.
132 MERCURE
Le Sieur Nicolas le Clerc ;
Libraire ruë Saint Jacques , à
l'Image Saint Lambert , debi
te un Livre nouveau , intitulé,
Histoire des Mouvemens arrivez
dans l'Eglise ausujet d'Origene
defa doctrine.Origene elt peuteſtre
celuy des Auteurs Eccleſiaſtiques
, dont on ait dit dans
tous les fiecles plus de bien&
plus de mal.Pluſieurs ont éctit
pour faire voir ce qu'on doit
penſer de ſa doctrine ; d'autres
pour examiner ce qu'on doit
penſer de ſon ſalut ; mais perfonne
n'avoit encore entre.
pris de donner une Hiſtoire
GALANT. 138
i
complete de l'Origeniſme ,
c'eft à dire des Mouvemens
arrivez dans l'Egliſe durant
prés de quatre cens ans , au
fujet d'Origene & de ſa doctrine.
On peut dire que ces mou.
-vemens renferment quantité
des plus beaux endroits de
'Histoire Ecclefiaftique. La
Vie d'Origene , meflée d'un
agrand nombre d'évenemens
fort finguliers , les rapports
qu'il a eus avec trois ou quatre
Empereurs , les divers caracteres
de ces Princes , les uns
affectionnez à l'Evangile , les
autres réſolus à faire perir tous .
134 MERCURE
lesChreſtiens,la triſte chutede
pluſieurs, lesactions heroïques
des autres lapluſpart Diſciples
d'Origene , combattant lous
ſesyeux dans trois differentes
perfecutions , le malheur de
celuy qui estoit le maiſtre de
tant de Martyrs , ſa penitence,
& la maniere dont il pleura ſa
faute; combienpeu il s'en fallut
qu'il ne mouruſt pourJ. C.
&le ſujet que l'on a de crain
dre qu'il ne ſoit mort Heretique
, ce qu'il fit en voyant ſa
doctrine condamnée par pref
que tous les Eveſques ; l'Apo.
logie qu'il publia , fans neanGALANT.
135
3
moins vouloir rien retracter ,
lesjugemens qu'on en fit , les
conteſtations qui s'éleverent
deflors ſur ſon ſujet entre plu .
ſieurs Eglifes , fourniſſent à
l'Auteur de cette Hiſtoire une
belle & ample matiere , qui
fait le ſujet de ſes deux premiers
Livres.
Dans le troiſiéme on voit
- de quelle maniere la Secte des
Origeniſtes commença à ſe
former , comment ſes Livres
devinrent à la mode : ce que
firent les premiers hommes
de l'Egliſe pour leur donner
vogue ; l'ardeur des Solitaires
136 MERCURE
à les lire & à les répandre;
combien peu de perſonnes
découvrirent ce qui en arriveroit
; lezele & la fermeté de
SaintPachome , qui ſe trouva
preſqueſeul oppoté à ces fata .
les lectures , ce que Dieu luy
avoit révelé à cet égard ; les
mouvemens que ſe donna S.
Athanaſe , pour arracher Origene
aux Ariens ; l'artifice
avec lequel ceux cy ſe déclarerent
ſes Diſciples , ce qui
fervit infiniment àleur acquerirdel'autorité
& de la créan .
ce dans les eſprits .
Dans le quatrième -Livre
GALANT. 137
ontrouve ce qui arriva , lors
que les Origeniſtes ſe furent
accoutumez à ne plus regarder
la chair que comme la prifon
de l'eſprit , & nullement
comme une peine de nousmêmes
, ſantifiée par l'union
qu'elle a avec J. C. & deſtinée
àregner avec luy dans la Gloj.
re. De là ils crurent pouvoir
conclurre que les ſoillures
de la chair n'eſtoient pas cad
pables d'ofter à l'eſprit la pu
reté, ny de le priver de la gra
ce du Createur. On voit affez
à quelles abominations con
duit ce déteſtable principe ,,
Février 1700. M
138 MERCURE
qui forma dans l'Orient une
feconde Secte d'Origeniſtes ,
ſi décriez par leurs deſordres,
qu'on leurdonna le nom d'In.
fames & de Débordez. Ce double
Origeniſme , l'un charnel
& l'autre ſpirituel , a pour témoin
Saint Epiphane , qui
ſemble avoir peint dans l'un
&dans l'autre ce qui eft arri .
vé de nos jours à l'égard du
Quietisme. On y remarque
encore que l'Origenilme
charnel dura tres peu , & fur
abhorré de tout le monde;
ceux même qui en eſtoient
nfectez n'ofant produire aux
GALANT. 139
yeux deshommesune doctrine
fi affreuſe ; au lieu que
l'Origeniſme fpirituel , dont
les Sectateurs ,lelon SaintEpiphane
mesme , eſtoient irreprochables
du coſté dela pureté
, ne put eltre éteint que
deux censansaprés, tantil eft
vrayqu'une Here ſie charnelle
-eſt moins à craindre pour l'Egliſe
, que celle où l'on ne voit
tien que de tres - reglé dans
les moeurs .
Didyme qui pafſoit four
un homme à révelation,& qui'
eſtoit d'ailleursun prodige de
fcience , devint le Chef des
Mij
140 MERCURE
ہمج
Origeniſtesde ſon Siecle. Rus
fin , Preſtre d'Aquilée d'un
merite extraordinaire , entra
dans ſes ſentimens , & y engagea
Melanie , dont il eſtoit
le Directeur. Cette Dame, des
plus anciennes Maiſons de
Rome, que quantité d'actions
d'une vertu peu commune
avoient miſe dans un treshaut
degré de réputation,
confacra fon bien & fon credit
à l'avancement de ce Par
ty. Jean , Eveſque de Jeruſa.
lem , voulut que la Paleſtine
en fuſt le centre , toujours
neanmoins par dépendance
GALANT. 14
des Monafteres d'Egypte,qu'
une autorité ſans exemple rendoit
plus propres que tous les
autres à perfuader la nouveauté.
Saint Jerôme& Saint Epiphane
ſemirent en devoir d'y
réſiſter , & s'éleverent contre
les erreurs d'Origene. On leur
oppoſa les témoignages des
Saints Athenodore ,Gregoire
Thaumaturge , & de Denis
d'Alexandrie , Pierius , Theognofte
, Pamphile d'Atanaze,
Hilaire , Gregoire de Nazian
ze , Gregoire de Niſſe , Bafile,
Ambroiſe, Eufebe de Verceil,
qui tous avoient fait gloire
142 MERCURE
d'eſtre , les uns Diſciples , les
autres Traducteurs & admira .
teurs d'Origene , Rome , &
tout l'Occident prit part à cet.
te conteſtation , beaucoup
moins éclatante pour la qualité
des perſonnes , que par
lesartifices dont les Origeni.
ſtes ſe ſervirent pour oppri
mer les deux premiers hommes
qui fuſſent alors , l'un
dans l'Eglife Grecque, & l'autre
dans la Latine .
Theophile , Evêque d'Alexandrie,
commence à paroiftre
en cet endroit. Il ſemble
ne vouloir prendre aucun
GALANT. 143
parti , & puis il panche du
coſté de Jean de Jerufalem ,
trompéqu'il eſt par le perfide
Hidore , dont il ignore les liai .
fons ſecretes avec les Origeniſtes:
Enfin il les découvre ,
&il éclate contre eux . L'Egy
pte entiere ſe remuë , tandis
que Rome ſe déclare preſque
toute en faveurd'Origene, &
de Ruffin , ſon Traducteur.
Tout confpire a corrompre la
Foy de cette premiere Eglife,
lors que Dieu fufcite une Femme
pour la foutenir. Marcelle
découvre les impoſtures de
Ruffin. Anaſtaſe , ſi toſt qu'il
144 MERCURE
eſt élevé ſur le Trône de Saint
Pierre , les frape d'anatheme.
Les Egliſes d'Alexandrie , de
Chypre, d'Aquilée, de Milan,
conſpirent à foudroyer Origene
, & à le déclarer Heretique.
Melanie ſe convertit.
Ruffin eſt obligé de ſecacher;
& tandis qu'il cherche à redreſſer
ſes affaires , il meurt
plus opiniatre que jamais ;
mais avant que de mourir , il
réüffit à commettre l'un avec
l'autre ces deux incomparables
Docteurs , Saint Jerôme
& Saint Auguſtin: L'Histoire
de leurs differens termine le
Livre
GALANT. 145
Livre quatrième , & elle est
écrite d'une maniere auſſi pro .
pre à edifier qu'a inſtruire.
Dans le cinquieme , onvoit
celuy de Theophile & de S.
JeanChrifoftome, au ſujet des
Origeniſtes. Cet événement
ſi celebre & fi tragique que
les Anciens & les Modernes
Ontraconté chacun ſi diverſement
, &la pluſpart d'une maniere
peu fuivie , eſt icy dégagé
de tout ce que la paſſion a
fait, dire de part, & d'autre , &
rede
puis rapporté naïvement ſur
la foy de divers témoignages
Février 1700.
९
N
146 MERCURE
qu'on voit bien ne pouvoir
eſtre ſuſpects.
Enſuite on voit les liaiſons
de Vigilantius & de Pelage
avec les Origeniſtes . Les derniers
combats de Saint Jerôme
contre ces deux Hereſiarques
, la mort & leloge de cet
infatigable Ecrivain.
Apres cela viennent les
avantures de Synefius , qu'on
fit Eveſque malgré luy , quel
que chote qu'il puft dire de
fon attachement aux erreurs
d'Origene jusqu'à publier
hautement qu'il n'y renonce.
roit jamais non plus qu'à ſa
GALANT 147
femme, à ſonjeu,&àſon équi
page de chaſſe ; les ſoins qu'il
ſe donna depuis pour détruire
ces mêmes erreurs qui ſubſiſ
terent néanmoins fort paiſi.
blement durant prés de cent
ans par la diverſion que firent
Neftorius & Eutichés , dont
les differentes factions divi.
fées encinq ou fix branches
déchirérent ſi longtemps l'E
glife. Apeine ſont elles diffi
pées que l'Origenilme reparoilt.
L'admirable Saint Sab
bas arme tous ſes enfans con.
tre cette hydre renaiſſante
mais il a le déplaifir de la voir
Nij
148 MERCURE
ſe gliſſer juſque dans ſes Mo
nafteres ,d'où eftant preſque
parvenue à la Cour , plus l'Empereur
Justinien fait d'efforts
pour la détruire , plus un Evê
que fon Miniſtre la ſoutient
habilement à lon infçu. Cela
dure douze ans enti rs pen.
dant lesquels le courage des
Défenſeurs de la Foy eft mis
à d'étranges épreuves. Enfin
ce que les hommes ne peuvent
faire , le Tout puiſſant le
fait , & tour d'un coup une
Secte qui estoit l'oeuvre de
plus de trois cens ans eſt diſ,
GALANT. 149
On trouve à la fin de
eet Ouvrage deux chofes di.
gnes de la curiofité des Sca
vans. La premiere eſt on plan
de la doctrine d'Origene dont
les erreurs avoient paru juf
qu'icy n'avoir nulle liatfon
lune avec l'autre . Or on dé
montre par ce plan qu'elles
viennent toutes d'un même
principe , qui n'eſt autre choſe
que la manière outrée dont
Origene concevoit l'immuta
bilité de Dieu.
L'autre piece eſt un éclair
ciffement fur ce que les And
Giens , ont dit de la condam
Niij
150T MERCURE
nation d'Origene & de fes
Diſciples dans le Concile ge
neral , ce qu'on fait voir ne
pouvoir convenir au Concile
tenu en553. & en même temps
on prouve que le V. Concile
general , ſuivant l'idée des Anciens
, estoit compoſée des
Aſſemblées tenues en trois
temps differens , ſçavoir en
$36. contre Anthime , en 541.
contre Origene,& enss; con.
tre les trois Articles ,de même
que le Concile de Trente eſt
composé de celles qui ont efté
tenuës àdiverſes repriſes ſous
trois Papes differens dans
GALANT. 151
l'eſpace de dix- huit ans
:
Jamais on ne s'eſt mieux
diverty à la Cour qu'on a faic
pendant le dernier Carnaval.
Les divertiſſemens y ont eſté
frequens , agréables , inge.
nieux , & ont tellement fuccedé
les uns aux autres , qu'à
peineat on eu le temps de fe
délafſfer des agréables fatigues
que cauſent des plaiſirs
continuels. Les grands (pectacles
tenoient autrefois la place
de cene foule de petits divertiſſemens
, c'eſt à dire , les
Balets hiſtoriez , diviſez en
N fiij
152 MERCURE
pluſieurs parties , &meflez de
recits , dont le Roy donnoit
chaque Carnaval un ou deux
à ſa Cour , avant que la mode
des Opera , euſt commencé.
Cette mode n'eut pas fi toft
commencé à eſtre goûtée ,
que le Roy en fit faire tous
les ans pour le divertiſſement
de la Cour d'une magnificence
digne de luy. C'eſt tout
dire, jamais Souverain n'ayant
eſte ſi magnifique. Quoy que
ces divertiſſemens ne détournaffent
pas ce Monarque de
l'application qu'il donnoit aux
affaires de fon Etat , il a cru
GALANT1. 5353
depuis quelques années ſe
devoir priver de la pluf
part de ceux que prend ſa
Cour. S'ils font moins grands
parcequ'il ne les ordonnepas
ils diverfifient davantage les
plaiſirs d'un long Carnaval ,
&font neceſſaires pour occuper
une Cour auffi galante &
aufli nombreuſe que celle de
France. C'est pour cela que
le Royales honore quelque
fois de ſa preſence ,afin de
faire connoiſtre qu'il ne les
delaprouve pas. Vorcy ceux
qui ont diverty la Cour pene
dant le Carnaval Ira
154 MERCURE
Le7. Janvier il y eut un bal
àMarly qui commença par
un divertiſſement mellé de
Mufi que &de Danſes ,dontle
titre estoit LeRoy dela Chine.
CeRoyy estoitporte dansun
Palanquin , & precedé d'une
trentaine de Chinois , tant
Muficiens chantans, que de
Joücurs d'inſtrumens . Le S
des Moulins de l'Opera , ý
divertit beaucoup dans une
Danfe grotesque , reprefentant
une Pagode.onmous
Le lendemain il y eut en
core àMarly le même divertiffement
, & Bal enfuite . Les
GALANT.
!
. Seigneurs & les Damesdu Bal
n'eſtoient point en habits de
Maſque.
LeJeudy 21. damêmemois
ily eut bal à Marly ,& tous les
Danfeurs & Danſenſes paru.
- renten riches habits deMaf
ques. Madame la Ducheffe
de Bourgogne reprefentoit la
5 Deeffe Flore ,& Meldames
les Ducheffes de Villeroy &
de Sully , & les Comteffes
-d'Ayen & d'Estrées , & Mes
demoiselles de Melun & de
Bournonville , estoient les
Nymphes de ſa ſuite. L'habit
de Madame la Ducheffe de
-
156 MERCURE
Bourgogne eſtoit riche & galant,
& ceux desNymphes de
fa ſuite estoient du même
gouft. Madame la Princeffe
de Conty Doüairiere , Meſdames
les Marquiſes de Villequier&
de Chaſtillon eſtoient
en Amazones. Madame la
Ducheffe deChartres , Madame
la Duchefſe , Mademoifelle
d'Armagnac & Mademoiſelle
de Tourbes , eſtoient
en Sultanes tres magnifique.
ment vétuës . Mesdames les
Ducheffes d'Humieres , de S.
Simon , & de Lauzun , & Madame
la Marquiſe de Souvray,
GALANT. 157
eftoient habillées àl'Eſpagno.
le develours noir , avecbeau.
coup de Diamans. Tous ces
habits avoient eſte faitsexpres
pour ce jour là. Lors que tou
te l'Aſſemblée fut place on vie
paroiſtre la Mafcarade qui
avoit pour titre les Amazones.
Un Timbalier More marchoit
à la teſte monté ſur un Cha
meau , puis des Amazones
chantantes , auſquelles des
Sarmates & des Scithes de
leurs Sujets , donnoient plus
ſieurs divertiſſemens ,uncom
bat de Gladiateurs &des Vol
tigeurs ſur un cheval de bois,
158 MERCURE
Ily eut auſſi quelques Danſes.
Le bal commença enſuite &
&dura juſqu'à une heure.
Le Vendredy le Bal commença
à la même heure. Madame
la Duchefle deBourgogne
ne mit point d'autre habit
que celuy qu'elle avoit
porte tout le jour. Si toſtque
toute la Cour fut placée , la
pluſpart des Danſeurs & Dan-
Icules entrérent en danſant ,
tous vêtus à la Villageoife ,
mais fort galamment. Aprés
qu'ils curent danſé quelque
temps , ilss'affirent ,&la Mafcaradepréparéepource
ſoir là
GALANT. 159
parut. Elle avoit pour titre ,
les Savoyards, Quatre d'eux
portoientdes Malles, deſquel .
les , lorſqu'elles furent poſées
àterre , fortirent des Enfans
qui firent une Entrée de bal,
let. UnArlequin & un Poli
chinelle ,&Marinette & Zer.
binette leurs Femmes , danſe.
rentà merveilles , c'eſtoit le
freutBalon&des Moulins . Le
premiereftoic Arlequin &
l'autre Polichinelle. Les Fem
mes estoient Meſdemoiselles
Varango&Chappe. Une pe
tite Arlequine qui fortit d'une
des Malles , divertit fort l'Af
160 MERCURE
ſemblée par ſes petites poftures.
Monseigneur vinten
fuite en Maſque avec Mas
dame la Princefle de Conty
&pluſieurs autres Dames , &
quelques Seigneurs de laCour.
Le Bat finit à une heurell
Le Mercredy 27. Janvier le
Roy donnaun grandBaldans
fes grands Appartemens de
Vertailles. Ilcommençaàon
ze heures aprés le ſouper du
Roy. LaSalle oùlfont lesTribunes
pour la Muſique fut
choiſie pour de lienodusbal
L'ony ajoûta pluſieurs luftres,
&1 on difpola tout autour de
GALANT.160
grands gueridons ſur leſquels
on mit des girandoles , l'on
éleva des gradinseaux deuxi
bouts & dans les croifées ,&l
& l'on rangea des formes &
des ſieges autant qu'il fut pof
fible ,ven laiſſand un espace!
pour la Danſe. Tous les Princes
& Seigneurs & les Dames
qui devoient danſer , y vin
rent en habit de Mafque
L'entrée y fut libre pour tous
les Maſques , pourvû qu'auxi
premieres portes il s'en dé
maſquaſt un qui répondiſt de
fa Compagnie. L'on établit
aufli des Violons &des Hauts-1
Février 1700.
162 MERCURE
bois dans les deux chambres
voiſines de la principale Salle
du Bal. Les Maſques remplif
ſoient déja tout l'Apparte.
ment , lors que le Roy arriva
la fouleyeſtoit tres grande,&
l'on cut peine àlconſerver du
terrainpour ladanſe.Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
changea trois foisd'habits.Elle
y parut d'abord ſous celuy
de Flore , puis ſous celuyd'une
Laitiere , & enfin fous celuy
d'une Vieille. Monseigneur ,
Monseigneur le Duc de
Bourgogne , & Meſſeigneurs
les Princes ſes Freres , chanGALANT.
163
i
gerent auffi pluſieurs fois d'ha.
bits , ainſi que Madame la
Princeffe de Conty , & pluſieurs
Dames tant de la fuite
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , que de la Compagnie
deMadame la Frincef
ſe de Conty. Il y vint beau
coup de Maſques , tant de lat
Cour que de Paris. L'en danſa
toujours dans trois lieux differens
L'on apporta une magni..
fique Colattiioonn àune heure,
dans la grande Salle. Le Roy
ſe retira à deux heures , &
Madame la Duchefle de Bourgogneà
quatre , &de Balfinir.
O ij
164 MERCURE
Le 4 il y eut Bal à Marly
Le Roy & la Reine d'Angle.
terre y vinrent , & fouperent
aprés le Bal avec Roy. CeBal
commença à huit heures ,&
s'ouvrit par une entrée de
trois Eſpagnols & de trois Efpagnoles.
Madamela Duche(-
ſe de Bourgogne , Madame la
Comteſſe d'Ayen&Mademo
felle de Bournonville eſtoient
les Eſpagnoles ,&M'leCom.
tede Brionne , Male Duc de
Guiche , & M² le Chevalier
Sully , les Eſpagnols. L'entrée
fut tres-galante &bien execu-:
téc.Acette entrée ſucceda cel
GALANT. 1657
le de Monſeigneur , de Mon
fieur le Duc de Chartres ,&de
Madame la Princeſſe de Cons
ty. Elle repreſentoit un vieux
Maistre d'Ecole & fa Femme,
quatre Enfans& quatre Nour
rices qui les conduifoient part
les Lizieres. Le Maistre d'ES
coleeſtoit M'le Marquis de lal
Valliere; fa Pemme,Monfieurs
•le Duc de Chartres ;les quatre
Enfans, Monſeigneur , M'le
Marquis de Villequier , Mele
- Comte de Brionne , & Mle
Marquis d'Antin. Les Nourrices
ettoient Madame la Prioceffe
de Conty,Mesd'Epinoy,
166 MERCURE
de Villequier& de Chaſtillon.
Aprés cette entrée l'on vid
paroiſtre la mascaradedes Mu
ficiens & des Danfeurs. Le ſu
jeteſtoit une Noce deVillage,
& les Acteurs , le Seigneur&
laDamedu Village, les Parens
de la mariée , les Garçons &
les Filles de la Noce. Il y eut
quatre Scenes en muſique ,&
quelques entrées de Baller,
où les Sieurs Ballon & des
Moulins , & Mademoiselle du
Fort firent merveilles. Le Bal
continua aprés la mafcarade
juſqu'à dix heures & un quarr. >
Le lendemain , il yeuten.
GALANT. 167
core Bal à la même, heure.
Les Danſeurs & les Danfeuſes
n'eſtoient point en habits de
Maſque. Toutes les Dames
Danſantes furent toujours en
habits de maſque. Un quart
d'heure aprés que le Bal fut
commencé , Madame la Du
chefle deBourgogne entra en
habit de magicienne , tres magnifique.
Elle estoit ſuivie de
Mesdames les Ducheſſes der
Sully& de Villeroy, des Com
teffes d'Ayen & d'Eſtrées , &
de Meſdemoiselles de Melun:
&de Bournonville, veſtuës du
même gouft. Peu de temps
168 MERCURE
aprés , parut la Maſcarade des
Muficiens & Danſeurs, Lel
lendemainde la Noce eſtoitle;
fujet de ce divertiſſement. Les
mêmes Danſeurs firent merveilles,&
ce qui divertit beau.!
coup, ce futunfaux Bapaume,
ce Bapaume paſſe à la Cour
pour un plaiſant , il eſtoit fi
reſſemblant à l'original, que
toutel'Aſſemblée y fut long.
temps trompée. Il y eut encore
une Mascarade fort ga
lante qui reprefentoit plus
ſieurs faits de Dom Quichote
de la Manche , leCombit du
Chevalier des Miroirs, la Prine
ceffe
GALANT. 169
cefle Doloride , les Dames
barbuës , & les frayeurs de
Sancho au fujet de l'Ecuyer au
grand nez Le bal continua
enfuite juſqu'à dix heures & un
quart..
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne ayant ſouhaité
que Madame la Chanceliere
luy donnaſt un Bal , elle receut
cette propofition avec
beaucoup de joye ; & quoy
qu'elle n'euſt que huit jours
pour s'y préparer, elleréfolut
de donner à cette Princeſſe ,
dans une même ſoirée tous
les divertiſſemens que l'on
Février 1700.
,
P
170 MERCURE
prend ordinairement pendant
tout le cours du Carnaval ;
ſçavoir ceux de la Comedie ,
de la Foire , & du Bal , ce dernier
renfermant les plaiſirs
'que donne dans cette Saifon
la varieté bizarre des Maſques
galans , groteſques , & magni
fiques qui y abondent. Tout
ſe trouva preſt pour le jour
marqué. Cependant la Feſte
fut differée de neuf jours , à
cauſe d'un mal de dents ſurvenu
àcette Princeſſe. Lejour
deſtiné à la donner eſtant venu,
on poſta des détachemens
de Suiffes dans la ruë & dans
GALANT. 171
la Cour , avec pluſieurs Domeſtiques
de Madame la
Chanceliere , en forte qu'il n'y
eut aucun embarras , ny à la
porte , ny même aux avenuës
de la Chancellerie. Il y eut
outre cela de ſi bons ordres
donnez , que malgré la con.
fuſion qui ſe trouve ordinairement
aux portes des lieux où
ſe font de ſemblables Feſtes ,
toutes les perſonnes de diſtintion
, pour qui il y avoit des
places marquées , entrérent
avec facilité & furent placées
de même . La cour eſtoit éclairée
, ainſi que le Veſtibule , &
Pij
172 MERCURE
l'Escalier , où il y avoit des
luftres & des girandoles fur
des torcheres ; on remarquoit
d'abord dans la Salle preparee
pour le Bal , un grand Portrait
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , qui eſtoit fur la
cheminée. Il y avoit tout autour
de cette Salle des gradins
de trois à quatre pieds de long,
& entre chaque gradin étoient
des torcheres magnifiques ,
fur leſquelles il y avoit des girandoles
, outre dix luſtres fufpendus.
On avoit dreflé un
grand Amphitheatre dans la
face du bas de la Salle , pour
1
GALANT 173
t
cinquante tant Hautbois que
Violons du Roy , tous en habits
de Maſque uniformes ,
avec des bonnets garnis de
plumes , ce qui formoit un
ſpectacle auſſi magnifi que que
nouveau dans ces fortes de
Feftes. Il y avoit des formes
tout autour de la Salle , au
deſſous des gradins , & au devant
de ces formes , un rang
de tabourets , audevant del
quels eſtoient trois fauteuils ,
l'un pour Madame la Duchef.
le de Bourgogne , & les deux
autres pour Monfieur & pour
Madame. Monfieur n'y vint
Puf
174 MERCURE
3
point à cauſe d'une legere
indiſpoſition & Madame y
vint ſans eftremaſquée . On
avoit laiſſe un grand quarré
reſervé pour la danſe. A coſté
de la Salle du Bal , ſur le même
palier de l'efcalier eſtoit
une autre Salle fort éclairée .
dans laquelle il y avoit des
Violons & des Hautbois , &
cette Salle eſtoir pour recevoirles
Mafques , qui , à cauſe
de leurgrand nombre ne pouvoient
entrer dans la Salle du
Bal.
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne fut reçuë à la deſ
* GALANT. 175
cente de ſon Caroſſe par M
le Chancelier , Madame la
Chanceliere , & M' le Comte
de Pontchartrain. Pluſieurs
de leurs Parens & Amis s'é
toient joints à eux , comme
M' le Duc de Leſdiguieres ,
M'le Duc de Saint Simon ,M
le Duc de la Meilleraye , M
le Duc de Humieres , M' le
Marquis de Beringhen , M'le
Comte de Quintin , M' de
Duſſon , M' le Comte de
Roucy , M'le Comte de Blan .
zac , M'le Chevalier de Rou.
cy;&M'le Chevalier de Roye,
avec pluſieurs Dames ; ſça.
Pij
176 MERCURE
:
voir , Madame la Ducheſſe de
Leſdiguieres , Madamela Du
chefle de Saint Simon , Madame
la Ducheſſe de Foix , Ma
dame la Ducheſſe de Humieres,
Madame la Maréchale de
Lorge , Madame de Beringhen,
Madame de SaintGeran
, Madame la Comteſſe de
Rouey & Madame la Comrefſe
de Blanzac. Madame la
Comteffede Pontchartrain ne
put avoir cet honneur , àcauſe
de ſa groſſeffe,
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne ainſi reçuë , fut
conduite dans la grande Salle
GALANT. 177
du Bal. Monſeigneur &Mefſeigneurs
les Ducs de Bourgo.
gne , d'Anjou ,& de Berry , &
toutes les Princefles & Dames
bien maſquées vinrent prefque
en mêmetemps ,& aprés
leur arrivée , M'le Chancelier
laiſſa faire le reſte des hon-'
neurs à Madame la Chanceliere.
Il n'y avoit qu'une heu
re que le grand Bal eſtoit com.
mencé , quand Madame la
Chanceliere & M' le Comte
de Pontchartrain conduiſirent
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne dans un lieu difpoſé
pour luy donner le di
3
178 MERCURE
vertiſſement d'une petiteComedie
, & avant que d'y entrer
, on paſſa dans une Salle
ornée de Miroirs & de quantité
de lumieres. Iln'entradans
la Salle de la Comedie qu'environ
cent cinquante perfon.
nes, les Princes & Princeffes
du Sang n'y prirent aucun
rang , eftans tous malquez.
Cependant Madame la Du .
cheſſe de Bourgogne & Mada .
me ſe trouverent placées au
milieu de la Salle , chacune
dans un fauteüil. Madame la
Ducheſſe de Bourgogne fut
ſurpriſe d'y voir un Theatre
:
2
GALANT. 179
avec ſes armes & ſes chiffres.
Il repreſentoit le Laboratoire
d'un fameuxOperateur,& enſemble
le lieu où il enferme
ſes drogues. Il eſtoit orné de
Pilaſtres , & l'efpace qu'il y
avoit d'un Pilastre à l'autre
eſtoit remply de tablettes fur
Jeſquelles eftoientdes vaſesde
Porcelaines à l'uſage des Chi
miſtes , avec des uftanciles
propres à leur travail. Toutes
ces Tablettes n'eſtoient pas
entierement découvertes . Il
y en avoit quelques - unes à
demy cachées par des Ri .
vaux qui n'eſtoient pas tout
4
180 MERCURE
à fait tirez, Des Squeletes&
des Poiffons , avec d'autres
Animaux paroiffoient atta.
chez au Plafonds . On entroir
fur ce Theatre par trois portes
, dont l'une eſtoit dans le
fonds., & les deux autres aux
deux coſtez; elles eſtoient or-,
nées d'une Architecture convenable
au lieu. Il y avoit fur
tous les Pilaſtres des démygirandoles
à cinq branches
d'argent . Ces girandoles s'attachent
, & ont eſté nouvellement
inventées par M'Berrin
qui avoit imaginé ce Theatre
&donné tous ces ſoins àl'emGALANT.
18
belliſſement de cette Feſte , à
laquelle m'le Févre Intendant
& Controlleur general des
menus plaiſirs & affaires de la
Chambre du Roy , entendu
en ces fortes de divertiſſe.
mens , n'a pas peu contribué
par ſesavis. Comme le lieu où
leTheatre eſtoit dreſſe ne permettoit
pas que l'on y plaçaſt
des luftres , on avoit trouvé
l'art de l'éclairer par deux ou
trois cens lumieres cachées ,
&dont la reflexion y répandoit
un éclat qui ſurprenoit
tous les Spectateurs.Aufſi-toft
que Madame la Ducheſſe de
182 MERCURE
Bourgogne futaffife , unOpe
rateur, fous le nom du fameux
Bari , vint luy demander ſa
protection contre les Medecins
, & aprés avoir vantél'excellence
de ſes remedes & la
bontéde ſes Secrets, il luyoffrit
le divertiſſement d'une
petite Piece telle qu'autrefois
on en faiſoit repreſenter à Paris
, & enſuite d'une tres.belle
Simphonie, qui ſe fit entendre
d'une Chambre voiſine. On
repreſenra une petite Comedie
que madame la Chanceliere
avoit fait faire par M' Dan .
court exprés pour cette Felte.
GALANT. 183
Ily avoit meflé quelques ScenesItaliennes,
que l'on trouva
ingenieuſes fort ,&qui furent
agreablement repreſentées
par ſes deux Filles . Tous les
Acteurs qu'on avoit choiſis
pour ce divertiſſement dans
la Troupe des Comediens du
Roy, excellerent dans les cas
racteres qu'on leur avoitdonnez
, & reçurent beaucoup de
loüanges.
La Comedie finie, Madame
la Chanceliere mena Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
dans une aurre Salle , où il y
avoit une fuperbe Colation
184 MERCURE
:
diſpoſée d'une maniere ingenieuſe.
On avoit conſtruit
dans l'un des bouts de cette
Salle , cinq boutiques qui formoient
un demy cercle. Dans
ces cinq boutiques eſtoient
cinq marchands chantans, repreſentez;
ſçavoir un Patiffier
François par le S' de Puvigné.
Un Provençal , Marchand
d'Oranges & de Citrons , par
le S' Jonquet; une Limonadiere
Italienne , par le S' Favally;
un Confiturier , par le St
Courcier ; & un Armenien ,
Vendeur de Caffé , de Thé &
de Chocolat , chantant en
GALANT. 185
Langue Franque , parle S Baſtaron,
tousdela Muſique du
Roy. Ils avoient des habits
qui convenoient aux Nations
qu'ils repreſentoient , & des
Garçons pour ſervir , veſtus
auſſi ſelon la Nation dont ils
tenoient le langage. Les boutiques
ſe communiquoient au
dedans les unes aux autres , &
n'eſtoient ſeparées qu'exterieurement.
La menuiserie on
eſtoit peinte & dotée , & l'on
voyoit alternativement dans
les panneaux du bas des boutiques
, les Armes & les Chi.
fres Madame la Ducheſſe de
Février 1700.
€
Q
186 MERCURE
Bourgogne. Ces boutiques
eſtoient ceintrées ,& des Luſtres
pendoient du milieu de
chaque ceintre. Au deſſus de
ces boutiques eſtoient écrits
en groſſes lettres d'or , les
noms de Procope , de le Coq ,
de Benachi , & quelques autres;
& fur tout le haut , on
avoit peint toutes les choſes
convenables à ce que chaque
boutique devoit reprefenter.
La Simphonie eſtoit placée
dans les angles des boutiques,
& veſtue avec des habits af.
fortiffans à ceux des Marchands
que je viens de vous
GALANT. 187
nommer. Le fond des bouti
ques eſtoit couvert de tabletes
dorées , & le tout eſtoir
remply de toutes les chofes
qu'on y devoit vendre. On y
voyoit quantité de corbeilles
magnifiques , des vafes de
criftal , d'argent, & de vermeil
doré , des jattes , des bandedeges
, avec des Porcelaines,
letout remply de liqueurs, de
confitures ſeches , de dragées ,
de patiſſerie , d'oranges , de
citrons de limes douces ,&de
tout ce qu'on peut imaginer
pour une galante Colation.
Toutes ces choſes eftoient
Q
188 MERCURE
entremeflées de fleurs & de
girandoles , & le rang le plus
élevé eſtoit tout orne devaſes
magnifiques remplis de fleurs,
dont il y avoit plufieurs guir.
landes ſur les tabletes Quoy
que ces choſes fuſſent briliantes
d'elles mêmes , elles ne
laiſſoient pas de tirerun nouvel
éclat des Luſtres qui éclai
roientlesboutiques;&comme
ces boutiques étoient feparées
par des pilaſtres,que le derriere
de ces pilaftres eſtoit tout
couvert de lumieres ,&que ces
lumieres reflechiſſoient enco .
re ſur tout ce qui estoit ſur les
GALANT. 189
f
tabletes desbboouuttiiqquueess, on ne
ſçauroit rien s'imaginer de
plus brillant que paroiffit
toute cette petite foire ; mais
ce qui eſt fort à remarquer , il
y avoit un grand miroir dans
le fond de chaque boutique ,
qui rappellant tous les objets
qui compofoient l'aſſemblée,
les faiſoit encore paroiftre .
dans toutes les boutiques ,
outre toutes les chofes que
j'ay déja marqué ; de maniere
que cet aſſemblage eſtoittout
àfait brillant , & que les yeux
en pouvoient à peine ſupporter
l'éclatante varieté. Si ce
190 MERCURE
ſpectacle eſtoit nouveau , la
Muſique qui estoit de M' Col.
lace , l'un des maistres de Mu--
ſique du Roy , n'avoit pas
moins les charmes de la nouveauté,
puiſqu'on entenditun
Choeurcompoſedeperſonnes
qui parloient diverſes langues
&qui ne laiſſoient pas desac.
corder admirablement bien.
Ce Choeur fut ſuivy de Trio&
de Duo ; & chacun chanta
auſſi ſeul en ſa langue. Tout
ce qu'on chanta fut à l'honneur
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & pourinviter
cette Princeſſe à venir goûter
GALANT. 191.
3
de tout ce qui eſtoit dans les
boutiques. A coſté il y avoit
un grand Cabinet entouré de
gradins remplis de fruits , de
confitures ſéches , & d'une infinité
de paquets de confitures
nouez avec des rubans
pour diſtribuer à l'Aſſemblée ,
dontle ſieur Philberts acquir .
ta avec des manieres divertif
ſantes. Les liqueurs y estoient
en abondance Madame la
Duchefſe de Bourgogne fortit
tres fatisfaite de la Salle de la
colation,&donna forceloüanges
à tout ce qu'elle y avoit
vû& entendu. Alors tous les
192 MERCURE
Maſques entrerent dans cette
même Salle , où l'on diftribua
toutes fortes de rafraichiſſemens
à ceux qui ſe preſenté.
rent , avec une profuſion ſans
pareille, tandis que des Domeſtiques
de Madame la
Chanceliere,en portérent à
toutes les Dames quieſtoient
fur les gradins , & en offrirent
même à ceux qui n'en deman.
doient point. Madame laDu.
cheſſe de Bourgogne en for.
tant de la Sal'e de la Collation
ne retourna point dans celle
du Bal , parce qu'il y avoit un
nombre infini de maſques , &
: 4
que
GALANT. 193
que le Bal ſe trouva un peu
dérangé. Aprés que cettePrin
ceſſeen fut fortie, elle retournadans
celle de la Comedie,
où il ſe fit un Bal particulier
à toute la Cour. Il dura juſqu'àdeuxheures
aprés minuit,
enfuite de quoy , elle revint
dans le grand Bal pour voir le
hombre preſque infini de divers
Maſques qui s'y rencontrérent.
Elle les vit danſer &
danſajuſqu'à quatre heures du
matin , aprés quoy Madame la
Chanceliere & M² le Comte
de Pontchartrain l'ayant reconduite
juſqu'au bas de l'ef-
Février 1700. R
194 MERCURE
calier , cette Princeſſe leur
marqua en termes fort obli
geans qu'elle avoit prisbeaucoup
de plaifir au divertiſſe.
ment qu'on venoitde luydon
ner, & qu'elle en estoit extré
mement fatisfaite. Ainfi finit
cette Feſte qui attira beau.
coup de loüanges à Madame
la Chanceliere.
Le Samedy 13. Son Altefſe
Sereniffime Monfieur le
Princedonna dans ſonAppartement
deVerſailles,ungrand
Bal à Madame la Ducheſſe de
Bourgogne. Cette Princefle
s'y rendit fur les onze heures
GALANT.
195
du ſoir en habit de Sultane.
Une partie des Dames qui
l'accompagnoient eſtoit mafquée,&
l'autre ne l'eſtoit pas.
S. A. S. reçut cette Princeſſe
à la porte de ſon Appartement
dans la Gallerie baſſe , où il y
avoit deux Corps de garde
pour empeſcher la foule ; auſſi
n'y laiſſa-t-on entrer que les
perſonnes les plus qualifiées
de laCour , ce qui garantit du
deſordre & de la confufion.
La principale Salle du Bal
eſtoit éclairée par un grand
nombre de luſtres & de girandoles.
On avoit conſtruit une
Rij
196 MERCURE
tribune au deſſus de la porte,
& l'on y avoit placé les Vio.
lons&les Hautbois Pluſieurs
Termes ſoûtenoient cette tri .
bune, ſous laquelle commen.
çoient à regner des Amphitheatres
qui tournoient tout
autour de la Salle , à la referve
de l'endroit où estoit Madame
la Ducheſſe de Bourgogne.
Ces Amphitheatres eſtoient
interrompus ,&dans les eſpaces
qu'on avoit laiſſez de l'un
à l'autre , il y avoit des Torcheres
de huit à neufpieds de
haut , qui portoient desgirandoles
de criſtal. Dans la ſeGALANT.
197
,
conde piece où danferent
ceux qui ne purent avoir cer
honneur dans celle où eſtoit
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
, il y avoit auſſi quantiré
de Lustres & de Torche
res. La troifiéme piece , qui
eſtoit celle de la Collation
eſtoit ornée à la Chinoife.
Dans le fond de cette Salle
il y avoit un magnifiqueBufet
qui frappoit dabord la vûë.
Ce Bufet avoit cinq gradins ,
qui estoient tous formez de
glaces ſéparées en diſtances
égales , par des conſoles de
cinq pouces de haut , dorées
1
Riij
198 MERCURE .
:
d'or bruny , & enrichies de
teſtes , & de plufieurs orne.
mens. Chaque conſole portoit
une girandole de criſtal ,
&toute laColation eſtoitpofee
entre ces conſoles. Sur le
premier gradin qui estoit de
trois pieds & demy de large ,
& qui ſervoit de table , il y
avoit des corbeilles dont les
unes eſtoient couvertes , &
d'autres qui ne l'eſtoient pas,
Sur celles qui eſtoient cou
vertes , on voyoitdes brocards
d'or&d'argent avec des fonds
de differentes couleurs. Ces
corbeilles eſtoient ornées de
GALANT.
tiffus or & argent de la mem
couleur des brocards , & remplies
de paquets de toutes fortes
de confitures ſeches des
plus exquiſes. Sur le même
gradin eſtoit un ſurtout garny
de plufieurs lumieres.
Le ſecond gradin eſteit
remply de corbeilles dorées
chargées en piramides de
fruits tant confits que crus ,
des plus rares pour la failon ,
&de plufieurs foucoupes, dont
l'éclat meſlé à celuy des lumieres
faisoit un tres - bel
cfter.
Il y avoit ſur le troiſieme ,
Rij
200 MERCURE
de belles & grandes jattes de
porcelaines , meſlées de corbeilles
, remplies de caramels
& de confitures candies , &
autres.
Le quatrième gradin eſtoir
garny d'argenterie, de ſurtour ,
& de corbeilles pareillement .
remplies de tout ce qui pouvoit
convenir à une auſſi ſuperbe
collation. Tous les vui
des de ces gradins eftoient
remplis de petites porcelaines
où l'on voyoit avec étonne.
ment des piramides d'une prodigieuſe
quantité de fleurs na .
turelles.
GALANT. 201
Il paroiſſoit dans le milieu
du cinquiéme gradin une ef
pece de Trône à la maniere de
ceux des Rois de la Chine.
Sur ce Trône eſtoit afſiſe une
figureChinoiſe d'environ quatre
pieds de haut , & deux pe
tites à ſes coſtez. Il y avoit fur
le même gradin quatre orangers
dont les tiges eftoient
fort hautes , tous chargez de
fleurs & de grand nombre de
fruits. Les caiſſes eſtoient de
ſculpture dorée , & à jour ſur
un fond vert , & la tige eftoit
entourée de caramelsjuſques
aux feüilles. Ily avoit entre
202 MERCURE
ces orangers des ſeaux de por
celaines armez de vermeil &
remplis de fleurs naturelles en
piramides. La forme de tout
le Bufet eſtoit en circulant ſur
les deux bouts ,& retournant
en face , de maniere que tou
tes les girandoles ſe trouvant
placées ſur les angles rentrans ,
&faillans,formoient pluſieurs
piramides de lumieres. La nape
de ce Bufet eſtoit d'étofe
des Indes , avec des bordures
regulieres d'ornemens d'or &
de couleur , & l'on voyoit ſur
leplein dutout,des groteſques
dont la richeſſe égaloit celle
GALANT. 203
dela bordure , ainſi que letravail
Alahauteurde cette table,
huit autresmoyennes tablesde
trois pieds de large chacune
en quarré , ornoient le tour
de la Salle. Il fortoit de cha.
cune de ces tables un oranger
dont on nevoyoit pas la quaifſe.
Une petite corbeille dorée
&à jour entouroit la tige de
chaque oranger , qui ſembloit
en fortir , & ily avoit dans ces
corbeilles des fruits confits
& des caramels qui mon.
toient juſques au haut de la
tige , & touchoient aux feüil .
les. Sur les quatre coins de
204 MERCURE
chacune de ces tables eſtoit
une porcelaine garnie d'une
infinité de choles propres à
cette Collation , & toutes plus
exquiſes les unes que les autres.
Tous lesorangers étoient
chargez de fruits & de fleurs ,
& l'on y voyoit une infinite
de limons , de citrons , & d'oranges.
Toutes ces tables a
voient auſſi de riches Indien.
nes pour napes. Douze Offi .
ciers de Monfieur le Prince
diſperſez pour ſervir , & vêtus
en Pagodes , estoient affis entre
chacune de ces tables Il
y avoit au pied de la grande
GALANT. 205
table du Bufet , trois Pagodes
jouant des inſtrumens,&dans
les deux bouts deux autres
Pagodes chantantes. Dans le
fonds de la Salle vis à vis du
Bufet eſtoient trois grands
miroirs , qui rappelant ce Bufur
le faisoient paroiſtre dans
les deux bouts.Outre la quan.
tité de girandoles du Bufet , il
y en avoit autour de la Salle
qui étoient poſées ſur des conſoles
d'Architecture. Quand
Madame la Ducheſſe de Bour.
gogne entra dans cette Salle,
les Pagodes vivantes & les
Poſtiches remuerent toutes
206 MERCURE
la teſte également , comme
pour ſaluer cette Princeſſe ,
&dans le même inſtant les
douze Officiers veſtus enChi
nois fe leverent ,& tirerent de
deſſous le Buffet pluſieurs ta
bles avec des couverts & des
ſieges , où la Princeſſe & les
principales Dames de ſa ſuite,
firent colation. Tout ce
qui fut fervi fur ces tables , y
parut tout à coup comme par
enchantement , perſonne ne
s'eſtantapperçud'où ilvenoit,
rien n'ayant eſté pris ſur les
gradins du Buffet que quel
ques corbeilles du premier
GALANT: 207
gradin, lesdouzeOfficiers dont
je viens de parler , ſervirent à
boire ſur quantité de Soucoupes
. Madame la Ducheſſe de
Bourgogne n'entra dans cette
Salle de la Colation qu'entre
une & deux heures. Monſei
gneur le Duc de Bourgogne,
Monſeigneur le Duc d'Anjou,
& Monseigneur le Duc de
Berry eſtoient auſſi maſquez ;
mais Monfieur & Madame
n'eſtoient point déguiſez .
L'ordre eſtoit ſi bon , qu'ils
n'y furent point preſſez , ce
qui leur donna lieu d'admirer
& de loüer à loiſir la magnificence
& le bon gouft de
}
208 MERCURE
Monfieur le Prince. Lors que
les Princes & Princeſles furent
fortis de ce lieu , l'entrée enfut
permiſe au reſte de l'Afſemblée
, qui n'eſtoit compoſée
que de perſonnes choiſies ,
& il s'y fic une prodigieuſe
diſtribution de liqueurs , de
fruits , de confitures , d'oranges
& de citrons . Il eſtoit
deux heures quand le Bal recommença
, & il dura juſqu'à
quatre. Quelque temps aprés
qu'il fut recommencé , on y
apporta du Café & du Chocolat
ſur de grands Cabarets ,
appellez Bandéges en Chi
GALANT. 209
nois. Il falloit deux hommes
pour en porter un , & ils les
portoient fur leurs épaules.
Les uns estoient vétus en
Turcs , & d'autres reprefentoient
d'autres Nations. Il y
avoit outre cela une grande
Salle de referve , remplie de
toutes fortes de boiſſons , &
l'on n'en refuſoit à perfonne.
Comme un bal trop continu
peut ennuyer , & que, l'éten
duë de l'Appartement nepermetroit
pas à Monfieur le
Prince de donner un autre
ſpectacle que celuy de laCol.
lation , il avoit imaginé ſept
Février 1700. S
210 MERCURE
differentes petites Maſcarades
qui interrompirent le Bal de
demi heure en demi- heure.
Tous ces divertiſſemens
eſtoient fi bien concertez , &
ſe meſloient fi naturellement
au Bal , que les Violons.
changeoient d'air dés qu'ils
voyoient entrer les Maſcarades
concertées , & joüoient
les airs ſur leſquels devoient
danſer ceux qui compofoient
ces Maſcarades . Aprés la def
criptionque je viens de faire ,
il n'eſt pas neceſſaire de louër
la nouveauté , la magnificence,
& le bon gouft de cette
GALANT 201
Feſte , puiſqu'il ſuffit de ladécrire
pour faire voir qu'on ne
huy sçauroit donner trop d'é.
loges Ellen'ena pointbeſoin,
&il fuffit de nommer legrand
Prince qui l'a donnée pour
perfuader ceux qui l'appren.
dront,aprés les grandes chofes
qu'il a déja faites de cette
nature , que ce qu'il vient de
faire eft nouveau ,ingenieuſe.
ment imaginé , & de bon
gouft . M' Berrin a donné ſes
foins à tout ce qui concernoit
le ſpectacle. On connoiſt ſon
genie pour toutes ces fortes
de choſes .
Sij
212 MERCURE
I
J'ay oubliéde parler dequa
tre Maſques qui divertirent
beaucoup dans ce Bal ,& cer
Article ne doit pas eftre
oublié. Ces quatre Maſques
eſtoient Monfieur le Comte
de Toulouſe , Mole Comte
d'Evreux , M² le Duc de Guiche
, & M' le Marquis de la
Chaſtre. Ils eſtoient en habits
ſemblables , fous de grands&
amples vertugadins de taffetas
qui les couvroient depuis
la teſte juſqu'aux pieds. Leur
coëffure en eſpece de turban
leur envelopoit toute la teſte ,
&tomboit fur le vertugadin.
:
GALANT. 213
Ils avoient chacun quatre
maſques de cire qui les repre.
fentoient tous quatre , & qui
leur reſſembloient parfaitement,&
comme ils tournoient
leur coëffure à leur gré , &
que par confequent ils chan.
geoient leurveritable maſque,
ils ne pouvoient ſe reconnoître
les uns les autres ,
qu'ils estoient tous quatre de
la même taille , qu'on ne leur
voyoit point debras ,&qu'ils
avoient la même chauſſure.
outre
Le 14. ily eut Bal chez Madame
la Princeſſe de Conty
Doüairiere. L'affluence des
214 MERCURE
Maſquesy fut grande. Il n'y
avoit point de licu deſtiné
pour la Collation , mais elle
fut portéepar un grandnom
bre d'Officiers , qui en preſen
térent à toute l'Aſſemblée , &
qui paſſérent dans tous les
rangs ; en forte que chacun
put à fon gré contenter fon
gouft ,& fe rafraîchir. Ainfi
malgré la confufion de maf.
ques , perſonne ne manqua
des rafraîchiſſemens neceffai
res dans ces fortes d'occa
fions. Ce Bal n'eſtoit point
préparé , & pouvoit paffer
pour un Impromptu ; mais
1
GALANT. 215
quoyquece ne fuſt point une
feſte, &qu'il n'y cuſt pointde
ces décorations qui en marquent
l'appareil , il ne laiſſa
pas d'eftre magnifique , les
- Princes & les Princeſſes d'un
certainrangtrouvant toujours
chez eux preſqu'en un mos
ment , ce que les autres ne
ſçauroient préparer qu'avec
du temps .
Le lendemain 15. M² le
Marquis d'Antin eut l'honneur
de donner le Bal à ма-
dame la Ducheſſe de Bourgo.
gne, où monſeigneur leDauphin
, & Meſſeigneurs les
216 MERCURE
Princes ſe trouverent mal,
quez. Cette feſte répondit à
cequ'on attendoit de ſon bon
gouft & du zele qui le portoit
à la donner. Il y avoit ſept
• chambres toutes brillantes de
lumieres , tant le nombre en
eſtoit grand. Elles eſtoient ri.
chement meublées. On avoit
placé des Violons&desHauts.
bois dans trois pieces. Les au,
tres fervoientà ſe repoſer,Celles
où l'on danſoit n'eſtoient
pas de ſuite , & il y avoit entre
chaque Salle du Bal , une autre
Salle pour ſe délaſſer. La principale
eſtoit fort grande. Des
gradins
GALANT. 217
gradins étoient tout autour , &
un grand Portrait du Roy en
piedàl'undes deux bouts. On
avoit ofté toutes les portes , ce
qui empêchoit la confufion.
Toutes les Chambres eſtoient
de plein pied avec des déga .
gemens dans lesquels on pouvoit
auffi fe repofer. Il y eut
de ſi bons ordres donnez pour
Pentrée qu'il n'y eut point
d'embarras à la porte de la ruë
ny ſur l'escalier , quoy que le
nombre des Malques fuft
grand. Deux heures aprés
l'ouverture de ce Bal Mle
Marquis d'Antin conduifit
Février 1700. T
L
218 MERCURE
Madame la Duchefle de Bourgogne,
Monfieur & Madame,
& les Princes & Princeſſes ,
dans le lieu deſtiné pour la
Collation. Il y avoit deux manieres
de grandes loges ceintrées
par le haut , au fonddef.
quelles on avoit élevé des tablettes
juſqu'en haut. Les tablettes
de l'une de ces loges
eſtoient garnies de cuvettes
d'argent , & autres ouvrages
qui contenoient tout ce qui
peut ſervir à une collation
dont on les avoit chargées en
piramides. Sur l'appuy du devant
de la Loge , qui estoit en
GALANT. 219
maniere de table , on avoit
aufli placé en piramides des
oranges , des citrons, des li
mes douces ,des pommes d'apy,
de toutes fortes de confi
tures feches,&de tout ce que
la Patiſſerie peut fournir.
Le ceintre de cette loge étoit
tout couvert de feüilles d'o
ranger , auſquelles on avoit
attaché des poncires , des citrons
, & des oranges ; le tout
éclairé par pluſieurs girandoles
, & par quantité d'autres
lumieres. La ſeconde loge
eſtoit remplie de tablettes
comme la premiere , & ces
1
Tij
220 MERCURE
tablettes eftoient garnies de
tout ce que l'on peut s'imagi .
ner d'eaux & de liqueurs. Les
Officiers qui diftribuoiene
tout ce qui estoit dans ces
loges , eftoient vêtus à la Turque
, & lorſque les principales
perſonnes de la Cour en furent
forties , il fut permis d'y
entrer à tous ceux qui voulu
rent manger & ſe rafraîchir.
On ne sçauroit trop vanter la
propreté des lieux. La richeſſe
des tapiſſeries , & fur tout la
quantité de lumieres , qui alloit
au delà de tout ce quel'on
a encore vû en cesfortes d'ocGALANT.
1 221
caſions. M' le Marquis d'Antin
voulant faire connoiſtre
que ce Bal n'eſtoit que pour
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, le fit ceſſer dés que
cette Princeſſe fut fortie. Ce
Bal ſe paſſa dans l'Hôtel de
M'd'Antin qui estoit autrefois
l'Hôtel de Soiffons .
plus de
Il y eut Bal le lendemain
chez Monfieur le Duc du
Maine , & une grande Collation
ſervie en ambigu. Latable
eſtoit de plus de trente
couverts. Il y vint une fort
grande quantité de Maſques.
Je ne vous fais point la def
Tiij
222 MERCURE
cription des lieux, tout eſt ma
gnifique chez les Princes de
cerang.
Le Mercredy 17 Février ,
le Roy & la Reine d'Angle
terre arriverent à Marly , à
fix heures & demie. Le Bal
commençaà huit heures , &
debuta par la mascarade de
Monseigneur , qui avoit eſté
imaginée par MonfieurleDuc
de Chartres. Elle repreſentoit
le Grand Seigneur dans ſa
Ménagerie. Il eſtoit porté par
des Efclaves ſur un Palanquin,
&précedé par ungrandnombre
d'animaux au naturel ,
GALANT. 223
comme des Autruches , des
Demoiselles de Numidie , des
Singes , des Ours , des Perro-
• quets , & des Papillons. A leur
fuite marchoient desOfficiers,
des Eſclaves du Serrail ,&des
Sultanes, qui tous enſemble
avec les animaux danferenc
une entrée fort plaiſante &
nouvelle. Mile Marquis d'An.
tin eſtoit le Grand Seigneur,
& les Officiers du Serrail ,
Monſeigneur le Due de Bourgogne
, Monfieur le Due de
Chartres , M le Comte de
Brionne , M'le Grand Prieur,
M'le Prince Camille , Mle
T iiij
224 MERCURE
Marquis de la Valliere , &
quelques autres. Les Sultanes
eſtoient Madame la Princeſſe
de Conty , & Meſdames d'E--
pinoy , de Villequier & de
Chaſtillon . Les habits eſtoient
propres , & on les avoit faits
exprés. Ceux des animaux a
voient eſté faits d'aprés natu
re. Les Singes , qui estoient
de vrais fauteurs , firent mer.
veilles. A cette Mascarade
ſucceda celle de M' Bontemps
le Fils , qui en a imagine pour
chaque jour de Bal à Marly
une nouvelle. Une Feſte marine
en faiſoit le ſujet. Al'ouGALANT.
225
verture de la porte oppoſée
aux places de Leurs Majeſtez,
l'on vit paroiſtre un Vaiſſeau
rempli de Matelots , de Matelotes
, & de Peſcheurs , qui
en fortirent avec le Pilote , &
& s'avancerent dans le Sallon
pour executer leur divertiſſe
ment meflé de Muſique & de
Danfes. Les Sieurs Ballon &
des Moulins, & la Demoiſelle
du Fort , de l'Opera , danſe
rent de leur mieux ; & les Dea
moiſelles Varango & Chippe,
dela Muſique du Roy ychan
terent& danſerent aufſi. Les
Peſcheurs apporterent du
226 MERCURE
poifſſon dans un filet , & le
preſenterentàLeurs Majeſtez .
Aprés ces deux Feſtes le Bal
continua. Les Dames danſan
fantes estoient en riches habies
de Maſque ; Madame la Ducheſſe
de Bourgogne eſtoit
en Sultane , & danía , & l'on
prit beaucoup de plaiſir à la
voir danſer. Le Bal finit à dix
heures ; le ſoupé à onze , &
Leurs Majeſtez Britanniques
retournerent àSaintGermain.
Le Vendredy , le Bal com
mença àhuit heures, ainſi que
le Jeudy , & debuta par une .
entrée de Madame la Duchef
GALANT. 227
ſe de Bourgogne , qui fut extrémement
applaudie. Elle
eſtoit compoſée des quatre
Rois , des quatre Reines ,&
des quatre Valets du Jeu de
Cartes , tels qu'ils y font re
preſentez Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Monfeigneur
le Duc d'Anjou , Monſieur
le Duc , &M'le Duc de
Villeroy eſtoient les quatre
Rois. Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Madame la
Ducheffe de Sully , Madame
la Comteſſe d'Ayen &Madame
de Bournonville , les qua
tre Reines. M² le Prince Ca
228 MERCURE
mille , le Duc de Guiche , le
Chevalier de Sully , & le Comte
d'Ayen , les quatre Valers .
Monſeigneur le Duc de Berry
& Madame la Comteſſe d'Eſtrées
estoient le Marchand
& la Marchande de Cartes .
L'Entrée avoit eſté reglée par
le ſieur Pécourt , & fut trouvée
ſi galante que le Roy la
fit recommencer. Aprés cette
Maſcarade parut le divertiſſe
ment preparé par M Bontemps
, le ſujer eſtoit le Jeu
des Echets , & les Perſonnages
, Momus , Cybelle , & un
Herault d'Armes , I Echiquier
GALANT. 229
le Roy , la Reine , les Tours ,
les Chevaliers , les Fous & les
Pions. La Muſique eſtoit du
ſieur Philidor , Ordinaire de
la Muſique du Roy , qui avoit
fait celle de tous les divertiffemens
précedens. Les Entrées
furent executées par les ſieurs
Ballon & des Moulins & la
Damoiſelle du Fort. Les ha.
bits eſtoient conformes aux.
caracteres. Le ſujet de la troifiéme
Mascarade fut une Venitienne
, compoſée de tous
les Perſonnages du Theatre
Italien , d'un Scaramouche ,
d'un Polichinelle , d'un Arle230
MERCURE
quin , d'un Briguelle , d'un
Docteur ,d'un Pantalon , d'un
Capitan , d'un Amoureux , &
d'un Pierrot , & de leurs Femmes
habillées du même gouft,
avec des habits fort propres
dans leurgenre,& faits exprés.
Les Acteurs eſtoient les Perſonnes
les plus qualifiées de la
Cour, del'un&de l'autre Sexe .
MademoiselleChappe chanta
une Chanſon Italienne dans
l'Entrée de Ballet , en habit
d'Arlequine. Monseigneur &
& Madame la Princeſſe de
Conty ne maſquerent point ,
ſur la fin du Bal il y eut encore
GALANT: 231
une Mascarade de quatre mou.
lins à vent . L'on ſe mit àtable
àdix heures & un quart.
Il n'y eut point de divertiſſement
le 20. Le 21. ily eut un
Bal chezMadame la Ducheffe
duMaine. Il dura depuis onze
heures & demie juſqu'à trois .
Il y avoit grand nombre de
Maſques, Lors que Madame
la Ducheſſe de Bourgogne fut
arrivée. M' de Malaizieux ſous
l'habit de Saturne , à la teſte
de pluſieurs des plus confiderables
des Divinitez , vint réciter
quelques Vers à Madame
la Ducheſſe de Bourgogne ,
235 MERCURE
faits à la loüange de cette
Princeffe . La Colation fut fervie
ſur un grand nombre de
corbeilles. Cette Princeſſe a
donné vingt fois de pareils
Bals depuis l'ouverture du
Carnaval. On eut le même
jour 21. pour la ſeconde fois,
le divertiſſement donné par
M'le Comte d'Ayen. C'eſtoit
ane Noce de Village , meſlée
de Mufique& deDanſes . Les
Vers ſont de la compoſition
de M' Rouffeau , & la Mufi.
que de M' de la Lande. MadamelaDucheſſe
de Bourgogne
y danſa dans une grande en.
GALANT. 233
trée qui termina la piece.Me fdames
les Ducheſſes de Villeroy
, Madame la Comtefle
d'Ayen, Madame de Ravetor,
& Meſdemoiselles de Bour
nonville & de Melun. Monſeigneur
le Duc de Bourgo.
gne repreſentoit le Marie &
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
; la mariée. M' le Duc
de Guiche. M de Coëſquin ,
1M' le Comte d'Ayen , & M' le
Chevalier de Sully y danſé,
rentauſſi.
1
Voicy les noms des Perſonneş
diftinguées , mortes fur la
Février 1700. V
234 MERCURE
1 .
4
findumois pafle ,&dans ce
luy-cy.
a
Dame Françoiſe Heliot ,
Veuve de Meffire Gabriel-
Jofeph Jolly , Seigneur de
Chafy , Confeiller en la Cour
desAides. Elle laiſſe une Fille
qui a épouséMale Maiftre de
Ferriere , Avocat au Parlement,
Fils de feu M'le maiſtre
deFerrieres,Conſeiller au Parlement
, & elle estoit Soeur de
défunt Claude Héliot , Con.
ſeiller en la Cour des Aides ,
qui avoit épousé N. Herinx ,
Damed'une vie ſi exemplaire,
que ſa vie a eſté écrite com .
GALANT. 235.
meun modele de la pratique
des principales Vertus , ſous le
titre ſimplede La Viede MadameHélior
M'l'Abbé Lafferé , âgé de
vingtansouenviron. Il eſtoit
Frere Cadet de Meſſire Jean-
Gilles Lafferé , Conſeiller au
Parlement de la Seconde des
Requeſtes , & Fils de Meffire
Louis Lafferé , Conſeiller honoraire
au Parlement , & de
Dame N. le Maiſtre de Ferrieres.
Dame Suſanne de Baudean,
Fille deCharles de Beaudean ,
Gouverneur de Niort , & de
Vij
236 MERCURE
Françoiſe Tiraqueau , Veuve
de Philippes de. Montaut de
Benace de Foix , Duc de Navailles
, Maréchal de France ,
& Chevalier des Ordres du
Roy. Elle avoit eſté Fille
d'honneur de la feuë Reine
Mere du Roy , & ſe nommoit
alors Mademoiselle de Neüillan,
Elle ſe fit tellementdiſtin.
guer par ſa vertu , qu'eſtant
devenuë Ducheſſe de Navail.
les , elle fut nommée Dame
d'honneur de la feuë Reine.
Elle a eu quatre filles,dont l'aînée
s'eſt faitReligieuſe à Sainte
Croix de Poitiers. La ſeconde
GALANT. 237
eſt la troifiéme Femme de M
le Duc d'Elbeufdont elle a eu
deux Filles . La troifiéme eſt
la défunte Marquiſe de Rotelin,
qui a pareillement eu deux
Filles de ce Marquis , dont
l'une a eſté mariée à M le
Comte de Clere , & l'autre à
M' le Marquis de Bricque.
maut ; & la quatriéme eſt Madame
la marquiſe de Pompadour
, qui n'a point d'enfans.
Feuë Madame la Ducheſſe de
Navailles n'a eu qu'un Fils
nommé m' le marquis de Montaut.
Il eſt mort il y à déja
pluſieurs années.
1
238 MERCURE
MadameTambonneau, mere
de M le Preſident Tambonneau
, qui a eſté Ambaſſadeur
en Suiffe, vient auſſi de mourir
âgée de quatre-vingt -quatre
ans. Elle estoit Fille de M'
Boyer , Treſorier de l'Epargne
& Soeur de feuë Madame
la Ducheffe de Noailles ;Mere
de M le Maréchal Duc de
Noailles , & de M'l'Archevêque
de Paris. Elle estoit auſſi ..
Soeur de Madame de Ligny ,
Mere deMadame la Princeffe
de Furſtemberg . Feu M' de
Lagny . Evêque de Meaux ,
eftoit leur Oncle...
GALANT: 239
2
* Dame Marie - Anne Laborie
, Veuve de Meffire Oudart
le Feron , Seigneur d'Orvillé
&de Louvres en Parifis. Elle
eftoit Soeur de Jacques-Paul
Labotie , Prieur de nôtre Dame
d'Alençon , tous deux enfans
de Claude Laborie , Se
cretaire du Roy , & Avocat
aux Conſeils de Sa Majeſté , &
de Marie des Noyers. M ' le
Feron eſtoit Frere aîné de Jerôme
le Feron , Conſeiller au
Parlement de la premiere des
Enqueſtes , tous deux Enfans
d'Oudart le Feron , Prefident
en la ſeconde des Enqueſtes,
240 MERCURE
& Prevoſt des marchands , &
de Marguerite Gallard , Soeur
de Catherine Gallard , Epouſe
de Nicolas Potier de Novion,
Premier Prefident au Parlement.
Il paroiſt depuis peu de nouveaux
Globes & de nouvelles
Cartes Geographiques. m² de
l'iſhe qui en eſt l'Auteur , ayant
reconnu parune longue étude
de la Geographie , qu'une
Science aufli utile que celle là
manquoit de beaucoup de
choſes pour arriver à la perfection
où il ſeroit à ſouhaiter
qu'elle puſt aller , & que la
pluſpart
GALANT. 241
pluſpart des Cartes qui ont
paru juſqu'icy font fort defectueuſes
, foit à cauſe de la dif
ficulté de la matiere , ou parce
quele monde juſqu'à preſent ,
ne s'eſt pas affez développé ;
ces reflexions l'ont engagé à
s'appliquer avec un ſoin tresparticulier
pendant pluſieurs
années à procurer autant qu'il
luy a eſté poſſible , l'avancement
de cette belle & agreable
connoiſſance , en quoy il
a eſté aſſiſté par un de ſes Fils ,
qui des ſon enfance a eu de
l'inclination pour la Geographie
,& s'eſt acquis par fon
Février 1700, X
242 MERCURE
étude & par ſon travail un ta
lent merveilleux pour la conf.
truction des Cartes. Ila entre
pris de donner un Corps en.
tier de Geographie , & il a
commencé par les fix Cartes
generales, je ne dis rien des
grandes & importantes corrections
qui ſe trouvent dans
ces Ouvrages , parce qu'il en
eſt amplement parlé dans le
Journal des Sçavans du 15. &
du 22. de ce mois , qu'elles ont
déja reçu l'approbation de
p'uſieurs habiles gens dans ce
genre d'étude ,& que l'Auteur
promet une Geographie rai
GALANT. 243
fonnée ,où il rendra raiſon de
toutes ces nouveautez.Mais on
peut dire icy qu'outre l'exactitude
dont il a fait ſon capital ,
il a eu grand foin que l'elegance&
la prepreté ſe trouvaſſent
auſſi dans ſes Globes , eſtant
difficile de rien voir qui ſoit
mieux executé. Il les a fait
graver par Ms Simonneau &
Berey , tous deux diftinguez
par leur habileté dans la graveure
,l'un pour les Figures &
l'autre pour les Cartes. La
rondeur des boules, & la beau.
téde l'Enluminure ne démentent
pas le reſte de l'Ouvrage.
X ij
244 MERCURE
Ces Globes ſont d'ailleurs
d'une jufte & commode grandeur
, ayant un pied de diametre
, & la netteté qui y regne
par tout , fait que l'on y
trouve avec facilité tout ce
qu'on y cherche. Il les a de.
diez à m' le Duc de Chartres ,
aux études duquel il a eu
l'honneur d'eſtre employé
pendant quelques années . Il
les a pareillement preſentez à
l'Academie Royale des Sciences,
faiſantentendre à la Compagnie
qu'il ſe croyoit obligé
d'en uſer de la forte , à caute
de la part qu'elle avoit à fon
GALANT. 245
Ouvrage , dans lequel il a ramaflé
avec ſoin les Obſerva
tions qu'elle a faites , &ils ont
eſté reçus par tout avec l'agré.
ment qu'il pouvoit ſouhaiter.
Il demeure ruë des Canettes ,
prés Saint Sulpice.
Je vous ay déja parlé du
Cabinetd'Architecture, Pein
ture , Sculpture & Graveure ,
cetOuvrage qui eſt divisé en
trois Volumes , contient une
fi grande quantité de choſes
differentes , touchant tous ces
Arts , qu'il eſt impoſſible que
l'Auteur ne ſe ſoit trompé en
quelques-unes. C'eſt ce qu'il
X iij
246 MERCURE
1
avouëluy même dans le chan
gement qu'il a faitdans la ta.
blede fon troifiémeVolume ,
où il déclare qu'il s'eſt mépris
lorſqu'il a dit que les Ouvra
ges du Tombeau de m'leCar
dinal de Richelieu ont eſté in
ventez par feu m' le Brun ,
puiſqu'ils ont eſté inventez ,
faits & pofez dans l'Egliſe de
Sorbonne , par M' Girardon ,
Sculpteur ordinaire du Roy.
Meffire Pierre Nigot , Seigneur
de Saint Sauveur , a
épousé Mademoiselle Boſc
Fille de Meffire ClaudeBoſc ,
Seigneur d'Ivry - fur- Seine ,
1
GALANT. 247
Procureur General de la Cour
des Aides , Prevoſt des mar .
chands , & cy . devant Cons
feiller au Parlement , & de
N. Jacques, Fille de feu Phi
lippes Jacques , Greffier en
ChefduParlement. La Mariée
eſt Niece de M. Rontemps ,
Premier Valet de Chambre du
Roy,Intendant des Chaſteau,
Parc , Domaine& Seigneurie
de Versailles , & Niece de M
Morant , Premier Preſident
au Parlement de Toulouſe.
Elle a un Frere tout jeune ,
Jean BapriſteBoſc, qui a com
mencé à entrer dans laRobe,
Xij
248 MERCURE
en ſe faiſant Subſtitut de M
le Procureur General de la
Cour des Aides ,& une Soeur
N. Boſc , épouſe de Charles
François Regnouard de la
Toüanne , Confeiller au Parlement
de la ſeconde des Requeſtes.
M' de Saint Sauveur
a un Frere &deux Soeurs , qui
font , Zacharie Nigot , Conſeiller
au Parlement de la pre.
miere des Requeſtes.N.Nigot
Epouſe de Nicolas de Laiſtre ,
Conſeiller au Parlement de la
quatrième des Enqueſtes , &
Germaine Nigot , Epoule de
PierrePaul Coignet, Seigneur
GALANT. 249
de la Thuillerie , Comte de
Courron , Bailly & Gouver
neur d'Auxerre.
Mr le marquis du Boulay ,
Fils de feu M'l'Avocat Gene
ralTalon,&de N. duBoulay.
Favier, Fille de M' du Boulay-
Favier, Maiſtre des Requeſtes,
vient d'épouſer la Fille unique
deM' molé , Prefident au Mortier
, Fils de feu M'le Prefident
de Champlatreux . Cette
Famille est confiderable, nonſeulement
par les Charges , &
par le merite fingulier de ceux
qui ontportélenom de Cham-l
platreux & de molé , mais en250
MERCURE
core par un attachement in.
violable aux intereſts de la
Couronne. Je ne dis rien de
celle Mi Talon , dont je vous
ay depuis peu entretenue à
fond en vous parlant de la
mort de će Grand homme.
M. Boffuet , Fils de feuM
Boffuer, Maiſtré des Requeſtes
, Frere ainé de M' l'Evêque
de Meaux , vient d'épou
fer la ſeconde Fille de M de
laBriffe , Procureur General ,
dont l'ainée a eſté mariée à M
de mellé , Fils de feu Mr Rou
lié , Confeiller d'Etat.
Quand je vous ay parlé du
GALANT. 25
P. du Buc Theatin, dans ma
Lettre du mois paſſé, fur co
qu'il a prêché cet Avent à
Rome , dans l'Egliſe de Saint
Louis,jenevous ayrien avan
cé que de veritable , en vous
diſant que c'eſtoitune des ſept
Eglifes de Rome affectées à la
Nation Françoile , & vous
pouviez gager contre voſtre
Ami , qui a foutenu enbonne
compagnie , qu'il n'y enavoir
pas un ſi grand nombre dans
cette Ville-là, puis qu'au contraire
il y en a huit , qui ne
font gouvernées que par des
François de Nation. Il est vray
252 MERCURE
1
qu'il n'y a aucun Royaume
qui en ait autant dans cette
Capitale de la Chreſtienté;
auſſi Rome n'atelle jamais
receu tant de ſecours d'aucun
Etat que de la France. Ces
huit Egliſes font deux Paroif
ſes , quatre Convents, un Hofpice
de Religieux , & une E
gliſe de devotion. Je vous les
vais nommer toutes , afin que
voſtre Ami n'en puiſſe poine
douter.
A
Saint Louis , vulgairement
dit Saint Louis des François ,
groffe Paroiſſe , ſituée dans le
Quartier de SaintEustache. I
GALANT. 253
Saint Yves des Avocats ,
autre Paroiffe , gouvernée par
des Preſtres Bretons , ſituée
dans le Quartier du Champ
de Mars .
2
Saint Antoine de Vienne ,
dans le Quartier de Monti ,
avec Maiſon hoſpitaliere, gouvernée
par des Chanoines Reguliers
de Saint Antoine.
La Sainte Trinité du Mont,
dans leQuartier du Champ de
Mars,titre de Cardinal Preſtre ,
& Convent de Religieux Minimes
de Saint François de
Paule.
Sainte Marie des miracles ,
1
254 MERCURE
dans le même Quartier du
Champ de Mars , avec Con!
vent de Religieux réformez
du Tiers Ordre de S. Fran.
çois , connus à Paris , ſous le
nom de Picpus .
Sainte Françoiſe Romaine,
dans le Quartier de Treves ,
avec Convent de Religieux
Mathurins réformez .
Sainte Marie des Feüillans,
dans le même Quartier de
Treves , avec un Hoſpice de
Religieux Feüillans.
Saint Sauveurdes François,
auQuartier de Saint Eustache,
proche S. Louis ,Eglife de deGALANT.
255
votion , gouvernée par des
Preftres Seculiers , & dépen.
dante de la Paroſſe de Saint
Louis.
Ce qui ſuit eſt de Mr de
Meſſange , affez connu par
pluſieurs Ouvrages que le Pu
blic a fost approuvez . Vous
vous fouviendrez , s'il vous
plaiſt , madame , que dans les
disputes qui s'élevent quel.
quefois entre des perſonnes
Lettres je ne prensjamais aumais
aucun parti , & que je
rapporte fidellement ce que
l'on écrit de part&d'autre,
256 MERCURE
A M'DE LA FEVRERIE.
Q
Ui que vous ſoyez,Mon.
ſieur , qui ſans que j'aye
l'honneur de vous connoiſtre
en aucune forte , m'avez fait
celuy de parler de moy , dans
la Differtation que vous avez
publiée dans le Mercure Galant
du mois de Decembre
dernier, ſur la queſtion de la
fin du Siecle , fur laquelle on.
avoit déja tant ecrit , & dont
le Public eftoit fi las & fi rebattu
, permettez que par re.
connoiffance , & pour vous
GALANT. 257.
remercier des ſentimens de,
bonne volonté que vous rémoignez
avoir pour moy , je
vous diſe que j'ay eu du déplaifir
de voir que des le com.
mencement de voſtre écrit ,
vous tombez en contradiction
avec vous - même , lors
qu'aprés avoir dit que cette
Queſtion n'eſt point decidée ,
en même temps vous ajoûtez
que vous laiſſez au livre que
j'ay fait fur ce ſujet , toute la
gloire de ſa déciſion. Vous
voyez , Monfieur , que ces,
termes enferment évidemmentune
Antologie , puiſque
Février 1700. Y
1
258 MERCURE
vous ne pouvez pas , fans vous
contrarier , dire que vous me
laiſſez la gloire d'avoir decidé
un point , qui , à ce que vous
prétendez , n'est pas decidé.
Comment eft cequ'un habile
homme comme vous , peut fe
donner fi nettement un dé
menty à ſoy-méme, en faveur
d'un homme qu'il neconnoiſt
point ? C'eſt pouffer trop loin
la civilité. Il valloit mieux, ce
me ſemble , vous difpenfer de
mettre en jeu une gloire que
vous ne pouviez ny me donner
ny m'oſter. Je ſuistouché
de vous voir fi bon que de
GALANT 29
:
vous nuire à vous-même pour
me faire un honneur queje
ne vous ay point demandé
&qui eſt ſi petit dans mon
eftime , que quand vous au
riez pû me le procurer , je
crois qu'il n'auroit pas valu la
cenſure à laquelle vous avez
cu la bonté de vous expoſer
pour cela dans l'efprit des
Connoiffeurs. On dira peut
eftre queje ſuis tropbon moy
mefme de le prendre ſi hon
neſtement , & que dans le
fond voſtre procedé eſt moins
un defir de m'honorer, qu'une
envie ſecrette de railler mon
Y ij
260 MERCURE
petit Livre ſur letitre qu'il por
te de Queſtion decidée. Quand
cela feroit , Monfieur , je ne
laiſſerois pas encore de vous
plaindredoublement. Premie.
rement d'eſtre ſuſceptible des
petits déplaiſirs ſecrets , d'où
naiſſent ordinairement ces
fortes de railleries , & enſuite
d'avoir fi malheureuſement
pris vos meſures ,que de quelque
maniere que l'on prenne
voſtre contradiction , elle ne
peut que vous faire tort; car ,
ou vous y eſtes tombé par
mégarde , ou de propos déli
beré. Si c'eſt par mégarde ,
GALANT. 268
c'eſt une imprudence , qui ,
comme vous ſçavez , n'honore
pas beaucoup fon homme:
&fi vous l'avez fait de pro
pos deliberé , au lieu d'une
faute vous en avez commis:
deux ; la premiere de vous
eftreimaginé que j'avois manqué
donnant à mon Livre le
titre de Déciſion ;& la ſeconde
d'avoir crû bien faire vousmème
écrivant fur cette matiere
, comme vous le dites ,
fans deſſein de la decider. Ce
font deux erreurs qui partent
d'un même principe , qui eſt
de n'avoir pas compris que
262 MERCURE
la queſtion que vous traitez
&que j'ay traittée avant vous
étantMathematique, puiſque
c'eſt un calcul , ne peut être
maniée raisonnablement qu'-
avec decifion , parce qu'il eſt
fuperflus & inutile d'agiter un
problême fans le réfoudre ,&
qu'écrire ſur des ſujets de
cette nature ſans deſſein de
les decider , c'eſt abofer des
Mathematiques , qui ontpour
but ladecifion,parce que bien
differentes des autres ſciences
dont ſouvent la plus grande
clarté n'eſt que tenebres, elles
fonttoûjours évidentes& parGALANT.
263
confequent effentiellement
deciſives ; de maniére que
traiter leurs queſtions fans
avoir en vuë dedes refoudres
c'eſt courir ſans vouloir avancer
, faire la guerre fans deſſein
de refifter , ou pour demeurer
davantage dans leur refforts:
c'eſt comme ſi l'on vouloit
meſurer un Champ fans vou->
loir en conncître l'étenduë ,
ou calculer une ſomme fans
vouloir en aprendre la valeur.
En ce cas , fi vous travaillezt
pour vous, c'eſt vous moquer
de vous même , ou vous mo.i
quer du Public , fi c'eſt pour
:
264 MERCURE
,
luy que vous écrivez. Enfin,
Monfieur , qu'elle qu'ait été
vôtre intention à mon égard,
vous voyez non ſeulement le
mauvais effet qu'ellera pour
Vous mais encore le peu
d'effet qu'elle a par raport à
moy. Ainſi quand il feroit
vray que vous auriezeu envie
de faire une mauvaiſe plaifan-t
terie ſur le titrede mon Livre,
je ſuis sûr qu'aprés ce que je
viens de vous dire , vous en
ſeriez faché à votre propre
confideration, &qu'à la miennervous
vous condamnericz
encore d'avantage , particulie
rement
GALANT. 265
rement ſi je vous avois apris
de quelle maniere il eſt arrivé
que ce petit traité ait porté le
nom de queſtion decidée , dont
lestermes fontvray ſemblable.
ment la cauſe de cette legere
teinture de fiel déguisé , que
l'on croit apercevoir à la teſte
de vôtre écrit. Ce titre, quoy
qu'il ſoit effectivement celuy
de mon Livre , n'eſt point cependant
celuy que je luy ay
donné. Quelque deffein que
j'euſſe , comme je devois l'a
voir , de decider la queſtion ;
&quoique j'oſaſſe peut être
me flater de ce ſuccez peu.con-
Février 1700. Z
266 MERCURE
fiderable ; j'avois allez menagé
les eſprits ſenſibles aux piqures
de l'émulation , pour me bien
garder de faire prendre àmon
ecritun air fi cavalier. Sachant
avec qu'elle fureur pareilles
moaches font capables de faire
cabrer ces fortes d'eſprits, j'a
vois donné à mon Ouvrage,
un nom vague ; & je m'étois
contenté de le nommer exa
men de la queftion ,
de mes amis , dont l'un eft
Avocat du Roy au Bureau des
Treforiers de France dans la
Province de Champagne , &
Pautre Commiſſaire dans la
Deux
GALANT. 267
Ville où eſt le siege de cette
Compagnie , tous deux gens
d'efprit & d'erudition , entrerent
chez mon Libraire com
me on faiſoit épreuve de la
premiere feuille. Ils Jûrent
mon manuforit;&par malheur
ayantjugé le titreun peutrop
modeſte , l'un des deux donna
celuy de queſtion deoidée qui płuc
au Libraire , parce qu'il luy
ſembloit propre à favorifer le
débit. Je n'eus pas un perit
combat pour lors à foûtenir
contre luy. Je vins à bout de
luy faire promettre qu'il ne
meteroit point ce nouveau ti-
Z ij
268 MERCURE
LOU
tres mais je ne pus gagner ſur
luy de me tenir parole , & je
ne fus pas forti , qu'il tira la
füille avec le titre qui l'avoit
charmé. Je vous donne, Monfieur,
pour témoin de ce que
j'avance , non ſeulement le
Libraire qui peut en être crû,
mais encore les deux perſonnes
de confideration qui firent
malgré moy ce changement ,
& qui ne ſeroient peut être pas
difficiles à trouver ſi vous vou.
liez vous en mettre en peine,
Recevez ceey , je vous prie
avecbonté, comme un Collyre
qui me femble avoir une vertu
GALANT. 269
fi à
naturelle contre la bleſſure que
cette infoription , plus fanfaronne
que je n'aurois voulu&
que mon humeur ne ſouffre ,
peut vous avoir faite. Je fonhaite
qu'il puiffe être bon auf
tous ceux qui feront at
taquez du même mal. St
ce remede ne vous fuffit pas ,
achever de vous guerir ,
confiderant que mon Livre
n'eſt pas le feul qui fur cette
matiere porte un titre de décifion.
D'autres avant luy for
lemême fu et en ont porté un
pareil ,& l'ont porté du choix
de leur Auteur , ſans peut-eftre
en
Z iij
270 MERCURE
qu'ils y cuffent plus de droit
que le mien,témointel Trai
té ſurcette queſtion , au fron
tiſpice duquel on voit la Solu
tiondu Problême. Toute la dif
ference de ce titre au mien
difference qui peut eſtre eſt
cauſe que vous ne vous eſtes
adreffé qu'à moy , c'eſt que le
mien fe trouve conceu endes
termes plus intelligibles que
l'autre au commundu peuple,
car Solution du Problême , &
Queſtion decidée ne font qu'une
même choſe en differensmors.
Ainfi titrede Solution ,& titre
deDécision ne font qu'une mê.
GALANT 275
meforte de titre , dont les termes
ſont ſynonimes , l'un plus
Lapin , l'autre plus François.
Or qui eft cequi connoiſt les
Latnes , & peut ignorer que
kuſageuniverſeleft de donner
lestredeSalusion,&par conequent
de Decision , à tous les
Ouvrages qui traitent les Proablêmes
, ou ce qui eſt la même
chofe, les Questions Mathematiques.
Et de quel Pays
vient on, quand on s'aviſe de
trouver à redire à un pareil
frontispice ? Quellivre a t on
Iû fur des ſafetsde cette nature?
Enun mor , en quelleéco.
Z iiij
272 MERCURE
1
le at on appris à écrire fur
les matieres dont on veufe
mefler de parler & de juger ?
Soyez en , Monfieur , vousmême
le Juge , par rapport à
ce que j'ay l'honneur d'en expoſer
à vos yeux;&voyez fi
c'eſt ce titre qui a beſoin d'A
pologie , ou la perſonne qui le
reprend Aprés cela ſi devant
eſtre plus que fatisfait de pluſieurs
manieres ; cependant
vous ne l'eſtiez pas encore ,
pour achever , faites vous la
justice de regarder , que vousmême
en cette occaſion vous
avez porté des airs d'autorité
GALANT: 273
plus haut que perſonne ,&
que dans voſtre fruit d'arrierefaifon,
je veux dire dans voſtre
Differtation ſur la fin du Ste
cle , quoy que vous nousdifiez
que vous n'avez pas deſſein de
decider , & que vous ne donniez
de vous- même aucune
raiſon décifive , je dis de vousmême
; car celles que vous
donnez ne font pas de vous ,
&même , ſelon vous , n'ont
rien decide quand les au
tres les ont données. Cepen
dant vous decidez en Sou
verain , & vous tranchez la
queſtion deſpotiquement par
274 MERCURE
ces paroles , qui font vos termes
: Nous voicy , dices, vous,
dans cette Année Sainte ou da
grand Jubilé , qui ne commence
pas le Siecle , comme s'imaginent
la plupart des Chreftiens , mais
qui le finit. Après cet Arreſt ,
que peut on faire autre chofe
que baiſſer les yeux& ſe retiter.
Vous voyez , au refte ,
qu'en cela vous vous trouvez
encore contraire à vous- même.
Jirois trop loin , fi je vou
lois ſuivre du même pas tout
ce qui s'offre à ma vuë lur vô
tre écrit ,& je m'engagerois
peut-eſtre ſans y penfer à vous
GALANT.1 278
1
faire plus que le remerciment,
dans les bornes duquel j'avois
d'abordeu deſſein de me tened
fermer. C'eft pourquoy reva.
nant à ma premiere penſée sa
l'eſtime que j'ay pour vous ,
quoy que l'on en puiffe dire ,
me failant pencher à croirel
que vous avez pechéparinad
vertance, plutoſo que par maul
vaiſe intencion , jeſuisbienai
ſe de finir du même ton que
j'ay commencé ; vous luppliant
de recevoir favorable.
ment mes actions de graces ,
pour la gloire que vous avez
avez voulu me laiſſer,&dere276
MERCURE
garder comme une preuve de
ma reconnoiffance tres hum
ble la franchiſe avec laquelle
j'ay Phonneur de vous dire
mes ſentimens fur cepoint
Le Lundy 12. de cemois le
Roy donna dans ſon grand
Appartement un Bal ſembla.
ble à celuy qu'il avoit donné
pluſieurs jours auparavant.
Toutes les Chambres & laGa
lerie eſtoient éclairées autant
qu'il eſtoit poſſible. L'on avoit
ainſi que la premiere fois,choi
ſi la plus grande Salle pour le
lieu duBal,&l'on yavoit misles
GALANT 277
gradins ordinaires. L'on avoit
auſſi établi dans les croiſees
des deux Chambres voiſines
das Violons & des Hautsbois
pour faire danſer les Maſques
qui ne pourroient pas parvenir
juſqu'à la Salle du Bal. Il y eut
beaucoup d'ordre & d'exacti-
Jude aux portes,& lesMaſques
furent obligez de fe faire connoiſtre
à celles de la Salle des
Gardes , de l'Antichambre &
de la Chambre du Roy. LeBal
commençaà onzeheures apres
le ſouper du Roy. Madame la
Ducheffe de Bourgogne s'y
rendit un peu avant S. M. Elle .
278 MERCURE
=
eſtoit vétuë enMagicienne ,avecun
habit fort riche , tres -galant & otné .
de pierreries. Monſeigneur , Mon.
ſeigneur le Duc de Bourgogne , &
Monfieur le Prince de Contyyvinrent
auſſi de bonne heure , & fort
bien masquez & ſe mirent en des
places qui empêcherentqu'ils ne fuffent
reconnus. Maſſeigneurs les
Dacsd'Anjou &de Berryyarrivérent
en habits ferieux & lans mafquesMadame
la Ducheffe de Char.
tres ,Madamela Ducheſſe, Madame
la Princeſſe de Conty ,& pluſieurs
Dames du premier rang avoient
des habits de maſque , des plus ma
gnifiques. Les jeunes Dames de la
fuite de Madame la Ducheffe de
Bourgogne estoient auſſi vétues en
Magiciennes, Madame de Zintzin
doff, Femmedel Envoyédel EmGALANT.
279
pereur,&Mademoiſelle Sphaneim,
Fille de celuy de Me Electeur de
de Brandebourg , y estoientgalamment
& noblement habillées . Le
Balcommençafi-toft que le Royfut
entré On ne peut exprimer le nom
bredes malques qui vinrent à cette
Feſte. La Galerie && les premieres
Pieces de l'Appartement en estoient
remplies ,& l'on canvint qu'il y en
avoit incomparablement davantage
&de plus beaux que la premiere fois.
La preffe fut grande dans les deux
Chambres où eſtoient les Violons.
Madamela Dachelle de Bourgogne
nylesPrincefles nechangérent point
d'habit ,mais Meffeigneurs les Princes
maſquérent. Ily eut une mafcarade
extraordinaire d'une Fontaine
&de ox It's taillez comme ceux du
Parterre deVersailles. On fervitun
280 MERCURE
peu aptés minuit une tres grande
Colation ,& leRoy ſe retira demieheure
aprés. Le Bal continua encore
jusqu'au départ de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , qui cotra
chez elle àdeux heures& un quart,
Le Mardy 23. Monſeigneur donnale
Bal dans ſon Appartement. Il
avoit fait ôter le lit de la grande
chambre,& des gradins avoient eſté
élevez tour alentour. Les Violons
& les Hautsbois furent placez dans
les croisées . Cette chambre fut éclairée
par pluſieurs beaux luftres , & par
quantité de gitandoles pofées ſut de
grands gueridonsdorez . Elle paroiffoitun
peu petite en comparaiſon de
celle où le Bal du Roy s'eſtoit fait la
veille,mais par lebon ordre quiy fut
apporté , &la peine que le donnaMt
le Duc de la Trimoüille , Premier
GALANT. 28
1
Gentilhommede la Chambre en année,
qui reſta toûjours à la porte
ainſi qu'il avoit fait le jour precedent ;
chez le Roy, il n'y cut point de con
fufion ,& l'on conter va toujoursune
place fuffiſante pour danſer Qoy
qu'il y vinst unegrande affluencede,
maſques , la preſſe ne fut que dans
l'antichambre qu'on avoit décorée &,
éclairée de même que laChambre
& où l'on avoit placé des Violons&
des Hautsbois. Le Bal commença à
onze heures, Monseigneur ne mal
quapoint,mais Monſeigneur le Duc
de Bourgogne & Meſſeigneurs fes
Freresy vinrent déguifez . Madame
la Ducheffe de Bourgogne , & les
Dames de la Troupe estoient enu
Egyptiennes, Madame la Duchefle
de Chartres , Madame la Ducheſſe
Madame la Princeſſo de Conty &
Février 1700.
Aa
1
282 MERCURE
Meldamesd'Epinoy,deVillequier ,
& de Chatillon avoient des habits
tres - galans , & qui n'avoient poifit
encore paru. Il y eut unegrandepro
fuſion ſeulement de liqueurs & de
glaces, à caufe du Carefme cù lớn
eftoit entré, Le Bal finit à une heu
re & demie, & Monfeigneur recon
duifieMadame laDucheffedeBour
gogne jaſqu'à la porte de la Salle des
Gardes. Elle traverſa la cour àpied ,
fuivie de toutes les Dames , & alla
chez Madame la Ducheffe du Mai .
ne , où il y avoit des Violons. Com
me ja Chambre de cette Princef
fe n'est pas grande , & que fon lit
dont elle ne ført point , en occupe
une bonne partie. La confufionyfut
extréme , parce qu'à la fortie de Bal
deMonseigneur , beaucoupde Mal.
ques y paterent. Madame la Da-
1
GALANT 28
choffedeBourgogneen fortie un pea
aprésdeux heures, && alla àla grande
Eoutie chez Male Grand, Elle y fot
roceuë au bas de l'Escalier par Male
Comtede Brionne & Mr lePrince
Camille.Elle traverla ane premiere
Salle remplie de Maſques, où l'on
danſoit , & entra dans le principal
lieu du Bat , qui bien que ſpacieux ,
eſtoit fi plein deMaſques , qu'ons'y
portoit Outre les deux chambres
oùl'on danſoit, qui eroicht éclairées
avec excés, il y en avoit endore
trois autres qui l'eſtoient de même.
Dans Pune estoit étalée une prodi
giculequamité de liqueurs , d'oranges,
de citrons de limes &de pommes
d'Apy! Madarme d'Armagnac
ft pafter Madame la Ducheffede
de Bourgogne dans deux do ces
chambrespour s'y repofer , & pour
Aaij
284 MERCURE
y prendre du frais , dont elle avoit
beſoin , à cauſe de la chaleur excef
five qu'elle avoit ſoufferte dans le
Bal . Meſſeigneurs les Princesy vin
rentdéguiſez ,& generalement tous
les Seigneurs , Princeſſes & Dames .
de la Cour. Le Bal finit à quatre
heures.
Je viens de m'appercevoir que je
vous ay dit que Monfieur le Prince
avoit donné le Bal le Samedy 13.
Ce fut le Vendredy 12 .
Le mot de l'Enigme du mois paflé
eſtoit les Pincettes. Ceux qui l'ont
trouvé font , Mr. Chatles de la ruë
de l'Arbre-fec : Misles Abbez Gaillard&
Soupez : le Complaiſant pour
la Lotterie : le Philoſophe de la ruel.
le Saint Laurent : l'Amant ſans efpoir
du même quartier : l'heureux
Maſque: les Freres rivaux de la rue
GALANT. 285
Saint Louis . Mile Javote Ogier , du
coinde la rue de Richelieu : Suſanne
Moran : Meldemoiselles du Bois de
la rue StAntoine : la charmante Mimy
du quartier S. Martin : la Mere
aux ſept Amans : la Belle ind fferente
de la ruelle de S. Laurent, avec fa
charmanteAmiede Beauvais ,
219
Jevous envoyeune Enigme nouvelle,
à mon ordinaire. Elle ne doit
pasembaraffer beaucoup vos Amies.
ENIGME
Mon fort eft fingulter, je fuis
masle&femelle,
Sansqu'Hermaphrodite onm'appelle.
Dans ce terrible jour qui caufe tant
d'effroy ,
Malheuràqui ſe ſert de moy.
Je ſuis , Madame , &c. N
AParis ce 28. Février 1700.
THE
18
BU
DEM
LYON
F
*
"
:
********
TABLE.
Prelude .
Portrait du Roy.
Ceremonies obſervèes à la prise de poffeffiondeM.
l'Archevesque de Besançon.
Relation de tout ce qui s'est passéà lamort
& aux funerailles duPereMurodAvinno
. Caparin.
Lettre tres - curiense à Mademoiselle de
Scudery.
8
Idille. 65
Mariage. 73
Mort 84
Discoursprononcé àPerigueux. 87
Auis aux hommes mariez , par M. de
Cantenac. 97
Mandementde M. l'Evesque Comtede
Noyon, PairdeFrance Fo
Nouveau Prix proposé par la compagnie
desLanternistesde Toulouse. 17
TABLE..
Mouvemens arrivez dans l'Eglife an
fujet d'Origene , &defa Doctrine. 132-
Mafcaradedes Chinois. 3
154
Mascaradede Flore & defafuite. 155
Mafcarade desAmazones. 157
LesSavoyards , Mascarade. 159
Bal donné dans les grandsAppartemens
de Versailles ,&tout ce qui s'y paffa.
Mascaradedes Espagnols &Espagnoles.
164
Mafcarade du vieux Maistre d'Ecole &
desafemme. 165
Mafcaradedela Noce deVillage. 166
Mascarade du lendemain de la mesme
Noce. 168
168 MascaradedeDom Quichoto
BaldonnéàMadame la Dusheffe deBourgogneparMadame
la Chanceliere. 169
BaldonnéàMadame laDucheffe deBонт-
gogneparS.A.S. Monfieur le Prince194
Balchez Madame la Princeffe de Conty ,
Douairiere.
213
BaldonnéàMadame laDuchefſe deBour.
gogneparM.leMarquisd'Antin. 215
TABLE
Bal chezMonsieur le Duc du Maine. 221
Mascarade du Grand Seigneur dans Sa
Ménagerie.
La FesteMarine , Mascarade.
Le Jeu des Echets , Mascarade .
LaVenitienne , Mascarade.
224
228
229
Bal chex Madame la Duchesse duMaine.
231
Seconde Noce de Village, Mascarade. 2,2
Aute Articledes Morts. 233
Nouveaux Globes & nouvelles Cartes
Geographiques. 240
Fauteréparée.
245
Mariages. 1246
Eglises Françoises àRome. 250
LettredeM. deMessange. 255
GrandBal donné parleRoy. 276
Mascarade de fix Ifs & d'une Fontaine.
279
Bal donnéparMonseigneur. 280
Bal chez M.le Grand. 283
285 Enigmes.
LaMo regarder lapage apage76.
LYON
*1803
MERCIURE
GALANTY
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1700:
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Saile du
Palais au Mercure Galant.
M
ON donnera un
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente ſols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
f
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
laSalle des Merciers , à la Juſtice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
duPalais , au Mercure Galant.
M. DCC.
Avec Privilége du Roy.
e
Ic
AU LECTEUR.
Lya lieu de croire quon
ne lit plus l'Avis qui a
eſté mis depuis tantd'années
aucommencementde chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgréles prieres réitevées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres liſibles les noms
propres qui se trouventdans
les Memoires qu'on envoye
pour estre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'ily en a quantisé
ij
AU LECTEUR:
dedefigurez,estant imposible
dedevinerte nomd'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memsires,
5que l'on employera
tousles bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perſone , & que
ceux affranqcuhiiislsleeesnstelnevpooyretr.ont en
MERCVRE
V
IBLIO
FEVRIER 1700. *1883
Ous avez bien vû des
Portraits du Roy dont
vous m'avez paru fort con
tente. Je ne ſçay cependant ,
Madame, ſion a pû en faire
un qui diſe autant de choſes
en auffi peu de paroles , que
*
Anja
6 MERCURE
vous en allez trouver dans ce
luy qui fait le commence
ment de cette Lettre. Il fort
des mains de M² l'Abbe de
Poiſſy,dont on peut direque
le Pinceau delicat ne produit
que des chef-d'oeuvres.
PORTRAIT DU ROY
Louis n'a point d'égal ,fesEnnemis
le diſent ,
Deſesfaits éclatans ilsfont tous
ébloüis ;
Mais fans nombrer icy fes Exploits
inouis ,
Pourfairefon Portrait ces quatre
motsfuffifent ,
Z
GALANT. 7
On estime, on revere , on aime, on
craint LOUIS.
Jevous ayparlé plus d'une
fois de M' l'Archevêque de
Besançon , au ſujet de ſa nomination
à l'Archevêche , &
de la joye que toute la Ville
marqua lors que le Roy le
choiſit pour ſucceder à Mº de
Grammont , ſon Oncle. Cet
Archevêché eſtoit électif , &
le Chapitre , l'un des plus anciens&
des plus illuſtres de
l'Eglife, honoré d'une infinité
de beaux privileges par les
Papes&les Empereurs , avoie
Aiiij
8 MERCURE
droit d'élire ſon Archevêque,
dont le rangeſt confiderable
dans le College des Princes
dd''AAlllleemmaaggnnee.. JJee vous ay entretenuë
des habits de Choeur
& de Ville des Chanoines , &
je ne vous repeteray rien autre
choſe , ſinon qu'ils font
vêtus comme les Cardinaux le
fontdans le temps de Carême,
&qu'ils officient avec tous les
ornemens Pontificaux. Aprés
lamort de M de Grammont,
le Chapitre ceda au Roy ſon
droit d'élection , & le fit d'une
maniere qui fit bien connoiſtre
combien il ſe ſentoit ho-
L
GALANT 9
noré d'eſtre ſous la domiration
d'un Prince qui met toute
fon application a remplir les
premieres places de l'Egliſe ,
de Sujets dignes de les occuper
, & capables d'édifier ſes
peuples , Sa Majefté y nomma
Meffire François. Joſeplr
de Grammont , Evêque de
Philadelphie , Haut - Doyen
de Besançon , Maiſtre des Requeſtes
du Parlement de cette
Ville, Neveu du défuntArchevêque
, & qui depuis un tres.
long temps faifoit les fonctions
Epifcopales , à cauſe
de l'infirmité de M' ſon Ong.
MERCURE
cle qui avoit perdu la veuë ,&
ſe trouvoit dans un âge extrêmement
avancé. Il eſtoir
d'ailleurs d'une Maiſon qui
avoit rendu pluſieurs ſervices
confiderables au Roy & à l'Etat
, alliée à celles de Poitiers
de Rys , de Beauffremont , de
la Baume , & à quantité d'autres
des plus illuftres de France
& d'Allemagne , Frere de
Mrs les Comte & Marquis de
Grammont , tous deux Maréchaux
de Camp. Le Chapitre
& la Ville de Besançon mar -
querent par des illuminations
& par des feux combien ils
GALANT.
reſpectoient le choix de Sa
- Majesté , & combien il leur
eſtoit agréable. Au mois de
Decembre dernier , le nouvel
Archevêque , qui avoit receu
le Pallium des mains de M
l'Archevêque de Paris , préta
le ferment de fidelité , & partit
auſſitoſt pour ſe rendre à
fon Eglife. Le 7. du mois de
Decembre , quatre Deputez
du Chapitre allerent le recevoir
à la ſortiede ſa Salle ,&
leconduifirentà celle du Chapitre
, où il ſe plaça dans un
fauteuil. Il pria enſuite la
Compagnie de le mettre en
F2 MERCURE
poſſeſſion , & de commencer
par la lecture des Bulles & du
certificat de M¹ de Paris ,
comme il luy avoit donné le
Pallium Toute l'Aſſemblée
opina du bonnet , & l'on fe
mit en marche en chantant
leVeni Creator, ſuivant l'ordre
ordinaire de la Proceſſion. M'
l'Archevêque estoit précedé
de M l'Abbé de Santau ,
Grand Archidiacre , qui estoit
en Chape , & portoit le Chef
de Saint Agapit , & il eſtoit
ſuivi par les Grands Officiers
de l'Archevêché , qui font le
GrandMarechal, entre autres,
GALANT: 13
fuivant l'uſage des Princes de
l'Empire , Ces Grands Offi .
ciers font tous de Maiſons
tres diftinguées. M'le Comte
de Saint - Amour, de cellede
la Baume , eſt Grand Maréchal;
M'le Comte de laTour,
M'le Baron de Saone , & M
de Villars- Vaudey poſſedent
les autres Charges. Les Juges
del'Officialité paroiſſoient enfuite
, & lamarche eſtoit fere
mée par Mrs les Comte &
Marquis de Grammont , accompagnez
d'un grand nombre
de Nobleffe& de Perſon.
nes.confiderables. A la porte
14 MERCURE
de l'Eglife , Me l'Archevêque
s'agenoüilla ſur le premier
degré , & fit le premier ferment
entre les mains de M' le
Grand Archidiacre , & fur le
Chefde Saint Agapit , ſuivant
l'ancien uſage. On entra enſuite
dans la Chapelle du Saine
Suaire ,Relique précieuſe qui
s'eſt conſervée juſqu'icy par
un miracle que l'on ne peut
révoquer en doute , & qui
attire deux fois l'année une
foule incroyable de peuple
des pays les plus éloignez.
Pendant que l'on y adoroic
le Saint Sacrement; les TimGALANT:
bales , les Trompettes &
les Tambours ſe meſlerent
au bruit des Cloches , & la
- Proceſſion ſe rendit dans le
Choeur. M² l'Archevêque y
prit ſa place de Haut- Doyen ,
dont le Pape , par une grace
finguliere , luy a permis de
conſerver la dignité pendant
trois ans . Male Grand Archi
diacre celebra la meſſe , aſſiſté
deM'Jobetot , Frere de M'le
premier Preſident du Parlement
,& de M de Grammont,
Parent de M² l'Archevêque ,
en qualité de Perſonats de Fayernay
& de Sallins. La meſſe
16 MERCURE
finie, M' l'Archevêque revêtu
de ſes habits Pontificaux ſe
rendit à l'Autel . & y preſta
le ſecond ſerment ; enfuite
de quoy ayant eſte inſtalé
dans ſon Trône , il y entonna
le Te Deum , qui fut chanté
par la muſique , pendant que
Tous les Chanoines vinrent
en capes détrouſſees embraffer
M' l'Archevêque. Cette
ceremonie faite , on le conduifit
au Palais Archiepifcopal
, dont on luy preſenta les
clefs , & peu de temps aprés
M' de Bliſterwick de Monteloy
, Abbé de Charlieu , vint
GALANT: 17
Ett le complimenter à la reſte de
ffix Chanoines députez. Il reta
ceut enſuite les complimens
tt de tous les Corps de la Ville ,
alt & le lendemain , Peſte de la
Conception de la Vierge, fonit
dée par feu M'l'Archevêque ,
at Me ſon Neveu officia pontifi
calement , & ne crut pas pouvoir
mieux commencer ſes
* fonctions , qu'en répondant
- à la pieté & à la devotion de
- feu Miſon Oncle , & qu'en ſo-
= lemniſant une Feſte , ſous la
fo
protection de laquelle eſt particulierement
la Province du
Comtéde Bourgogne. Le mê .
Février 1700. B
18 MERCURE
1
me jour au foir , il y eut des
illuminations , & des feux par
toutes les ruës , & la Ville en
fit tirer un d'artifice avec tout
le ſuccés que l'on pouvoit ef
perer d'un ſpectacle , où elle
faiſoit éclater ſa magnificen
ce.
Vous ferez ſans doute fort
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous en fais part dans
les mêmes termes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
mort & aux Funerailles du
R. P. Marc d'Aviano , Ca
pucinPrédicateur.
!
Traduite du Latin , &envoyés
de Vienne.
}
L
ER. P. Marc d'Aviano
revint en cette Ville de
Vienne au mois de May dernier
1699. avec le P. Laurent
d'Urino , qu'il avoit eſté obligéde
prendre àla place du P.
CoſmedeCastro Franco , for
Compagnon ordinaire , de
Bij
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouvent obligé d'avouër
luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. La diminutionde
ſes forces &de ſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plus de loüan
ges & de benedictions de la
part de Leurs majeſtez Imperiales
, de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
-
GALANT. 21
S
ſujet de croire , que ſi dans
l'eſtat où il eſtoit il ne ſe dif
penſoit jamais ny de l'un ny
de l'autre, ce n'eſtoit que pour
ne les pas priver de la confo
lation qu'ils en avoient dans
- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir de temps en temps des
audiences de l'Empereur, mais
en y gardant toujours la bienfeance&
la modeſtie que demandoit
la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'avantage
d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter , il a
eu celuy de ne s'en eſtre ja
20 MERCURE
>
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoit ſouvent obligé d'avouër
luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. La diminutionde
ſes forces & de ſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plus de loüan.
ges & de benedictions de la
part de Leurs majeſtez Imperiales
, de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
.' GALANT. 21
ſujet de croire , que fi dans
l'eſtat où il eſtoit il ne ſe dif
penſoit jamais ny de l'un ny
de l'autre, ce n'eſtoit que pour
- ne les pas priver de la confo
lation qu'ils en avoient dans
- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir de temps en temps des
audiences de l'Empereur, mais
en ygardant toujours la bienfeance
& la modeſtie que demandoit
la ſainteté de l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'avantage
d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter , il a
eu celuy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
des
mais fervi que pour procurer
la gloire de Dieu , le bien public,
& le foulagement
affligez.Sa maladie cependant
augmentoit fi fort dejour en
jour par les continuelles coli .
ques , qu'il ſe vit obligé de ne
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereur fit voir combien
la ſanté de ce Pere luy eſtoit
chere, par le ſoin qu'il eut de
luy envoyer les medecins les
plus experimentez , & mefme
les fiens propres , avec ordre
de prendre dans le Laboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils jugedes
roient neceſſaires, quelque rant
res & quelque précieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
e Conſeiller de la Chambre Im
er periale , & Treſorier de Sa
Maje Majesté , de ſe trouver tous les
1 jours , ſoir & matin , dans la
chambre du Malade , pour
- s'informer exactementde ſon
eſtat , afin de luy en faire le
-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de ce qui pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependant ny la
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rent de rien , non pas mesme
le bain d'huile, qu'on employa
commeune choſe aſſezextraordinaire,
pour en efperer du
foulagement, parce que l'heureux
moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre ame de la priſon de ſon
corps , pour la mettre en liberté
d'aller joüir pleinement des
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté , auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice, la récompenſe de ces
actions ſi ſaintes & fi grandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Si ſon corps ne receut point
de ſoulagement durant les
quinze jours que continua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſme de ſon eſprit , & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capable de
luydonner quelque confolation
, ce fut principalement
& l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri .
mani, &le bonheur qu'il eut
Février 1700. C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce du Pape, qui
luy cauſa tant de joye par l'Indulgence
pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sainteté
à l'article de la mort, qu'-
elle ne fervit pas peu à prolonger
pour quelques momens
le peu de forces qui luy
reſtoit , & à retenir un peu
plus longtemps ſur la terre celuy
qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres. Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite , & tout ce
GALANT. 27
qu'il y a de grand en auroit
fait de même , s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoir quelque choſe à ſe re
procher ſur l'augmentation de
la maladie. On ne dit rien des
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique , & les autres Sacremens
, qui ne ſont connues
que de celuy qui pouvoit penetrer
dans ce Sanctuaire ;
mais ſi l'on en veut juger par
la ferveur & la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy , & renouvella ſes voeux
1
Cij
28 MERCURE
ceux qui y furent preſens en
furent fi touchez , qu'ils n'eurent
pas de peine à ſe perluader
qu'elles furpaſſoient autant
celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commun des hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
en danger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja fait avec tous leurs
Enfans peu de temps auparaà
la Feſte de Noftre-
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
vant ,
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils
-avoient pour luy ; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'extrémité
, ils ne differerent pas
davantage , & partirent le lenmatin
ſur les dix heures , du
Palais appellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre au Convent des Capu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc , &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le coeur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre , & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent- elles montées
dans leurs Caroſſes , qu
on vint leur dire que le Pere
Marc eſtoit à l'agonie. Elles
retournerent à fa chambre ,&
bien loin de s'effrayer de la
veuë d'un objet que les Grands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Comme elles le trouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
le Cierge benit à la main , elles
ne purent faire autre choſe
que de ſe mettre à genoux
comme les autres ,& de faire
voir leur douleur par les gemiſſemens
dont elles accom
pagnoient les derniers ſoupirs
de ce moribond. L'Empereur
même eut la bonté de dire
avec le P. Gardien , les Orai
ſons& les Prieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie ,, &tous continuerent
ainſi dans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
ment qu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
*
Ciiij
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffions deſa bienheureuſe
éternité. Les paroles
qu'il prononça avant que de
mourir , estoient ſi pleines &
ſi animées de l'eſprit &de la
ferveur de ſa foy , les manie.
res de baiſer le Crucifix , de le
regarder & de l'embraſſer furent
ſi éloquentes , ſi vives&
ſi tendres , que bien loin de
paroiſtre comme des mouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceux qui font en
- cer eſtat , on eſtoit obligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces interieurs
& facrez que la ſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſe les mains du défunt , &
fatifait à tout , ce que leur pieté&
leur devotion leur inſpis
roit dans cette rencontre , furent
partis , on porta lecorps,
qui paroiſſoit encore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſte du jour , & la
nuit ſuivante ; car pour obeïr
à l'ordre que l'Empereur envoya
dés le grand matin , on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceinte du
grand Autel , où M'le Nonce
ditune Meſſe baffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
dirent l'apréſdînée , s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
les mains , &de ramaſſer comme
quelque choſe de bien
pretieux, les fleurs qu'on avoit
GALANT. 35
jettées ſur luy de coſté &d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combien de Dames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luy baifer les
mains & les pieds,qui estoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
y vinrent en ſi grande foule,
&avec des mouvemens fiempreſſez
de luy donner quelque
marque de la profonde veneration
qu'ils avoient pour luy,
que les Soldats eurent bien
de la peine a garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
comme ils auroient voulu ;&
rien ne fut plus propre à faire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ont pour la pieté , que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoir quelqu'une de ces fleurs
qui avoient eſté miſes ſur ſon
corps. 1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concours que l'Empereur
envoya défendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu , & voulut qu'on differaft
juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
ce temps - là , l'Empereur envoya
de grofles tommes d'argent
dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples , qu'il n'y eut pas
juſqu'à un grand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par des Meſſes au ſoulagement
de l'ame de ce bienaimé
défunt , quoyqu'on euſt
aurant de ſujet qu'on en peut
avoir pieuſement , de le regarder
comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombre des Bienheureux.
Toutes choſes eſtant donc
diſpoſées pour faire les Funerailles
au jour que l'Empereur
avoit marqué , il partit de fon
Palais la Favorite , avec l'Imperatrice
, le Roy des Romains
, l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins. Le corps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , nonſeulement
renfermé dans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Empereur
& de la Ville , poſtez
GALANT. 39
e
de telle maniere , qu'on pount
voit en défendre l'entrée à
tout le peuple ,& la permettre
e ſeulement aux Dames & aux
Perſonnes de qualité, & à tous
les Officiers de la Cour.
Of
0
ps
e
E
5
Il n'y eut pour lors que le
Roy des Romains qui alla luy
baiſer les mains, auflitoſt qu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterent enſuite dans la Tri.
bune pour entendre la Meſſe
folemnelle des Morts , quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne, Prince du Saint Empire
, & par un Choeur des
principauxMuſiciens de l'Em-
২
40 MERCURE
pereur. Aprés que l'on eut fini
ennoir toutes les lugubres ce.
remonies du Sacrifice , par les
prieres , les aſperſions & les
encenſemens que l'Egliſe veut
qu'on faſſe aux funerailles des
défunts, M' l'Eveſque de Nitrie
en celebra une ſeconde
avec la meſme folemnité,mais
avec cette difference nean.
moins , qu'il la dit reveſtu de
blanc , à l'honneur de la ſainte
& immaculée Vierge Mere de
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
dans la penſée que Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe ; mais elles def-
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille , de la Tribune
dans l'Eglife , pour baifer encore
une fois les mains du dé
funt , qu'elles trouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant , tout le monde eftant
dans l'étonnement de voir les
veines pleines de fang , & en
core plus , de ce que depuis
cinq jours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700. D
3
4
42 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans les chaleurs
de la Canicule.
Toutes les fleurs qui avoient,
pour ainſi dire , ſervi à l'ornement
du défunt , & qu'on renouvelloit
tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu- '
rent ramaſſées avec la derniere
exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunes Demoiſelles , deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empereurs
, portoient dans leurs
mains , autant par devotion
que par ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux furent
rentrez dans l'Eglife , ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayant enfermédans uneboë-
-te de noyer , ils le mirent avec
les autres dans la place , que
ſelon le rang il devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
des Empereurs .
AApprrééss ddeess mmaarques fi éclatantes
d'affection , d'eſtime
& de veneration , que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans tous les
Grands , & tous les Officiers
de l'Empire , tous les Etats &
tous les peuples avoient faic
}
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'onne
pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe à l'honneur qu'on luy
avoit fait , & donner quelque
nouvel éclat à ſa memoire.
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſt plus capable de.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettre au rang des
ſoins qu'il prend pour la felicité
de ſes Peuples , celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
e
GALANT. 45
( moire de ce Religieux par un
Monument ſi autentique, qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble grandeur
qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées .
A LA MEMOIRE
DuP. Marc d'Aviano,Capucin
Predicateur,
Doué des Vertus Evangeliques,
Mort à Vienne
Danslapaix&les doux embraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur ,
L'Imperatrice , & leur Royale
46 MERCURE
Famille ont dreßé ce Monument
Comme un triſte ſoulagement
De leur douleur ,
Le 17. d'Aoust 1699 .
Dieu donne le repos
Et la lumiere Eternelle
AuRP. Marc d Aviano,
☐ Vray Serviteur de Jesus Christ.
Dieu toujours grand , toujours
bon , à qui rien n'eſt caché
de ce qui ſe paſſe dans le
coeur de l'homme , connoif.
fant la parfaite & la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & ce fer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANNIT:
1
t
: 47
permis pour leur confolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans la Ville
de Vienne , comblée dans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere , mais encore dans une
Egliſe frequentée tres ſouvent
de Leurs Majeftez ,& de tous
lesGrands de la Cour, comme
eſtantun moyen plus efficace
& plus aſſuré pour rendre de
jour en jour la memoire de ce
Religieux plus celebre que ne
pourroient faire les Plumes
& les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
48 MERCURE
Voicy une Lettre que vous
trouverez fort curieule, Elle
eſt de M'l'Abbé de Poiffy.
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
I quelque chofe , Made
moiselle , eſt digne de no
ſtre admiration , c'eſt la Pendule
que M Perrault vient
d'inventer. Cet illuftre Aca.
démicien a trouvé un ſecres
inconnu à la ſçavante Antiquité.
Nous luy devons de la
reconnoiſſance , puis qu'il a
travaillé
GALANT. 49
1
travaillé pour l'utilité publi.
que: mais ſans nous amufer
à loüer l'Auteur , paſſons à
l'Ouvrage.
La deſcription que vous
allez voir , Mademoiselle ,
vous fera connoiſtre que ſi la
Pendule en queſtion , eſt rare
& curieuſe , elle eſt encore
plus utile.
Cette Pendule a cela de
particulier , qu'une même aiguillemarque
en même temps
ſur deux differens Cadrans qui
l'environnent , les heures ordinaires
, & les heures inégales.
On appelle heures inéga-
Février 1700, E
50 MERCURE
les , les douze heures du jour
artificiel , que l'on compte depuis
le lever du Soleil juſqu'à
Ion coucher ; & les douze
heures de la nuit , que l'on
compte depuis le coucher du
Soleil juſqu'à ſon lever. Comme
les jours & les nuits vont
toujours en croiſſant & en
diminuant , les heures qui les
compofent , & qui ſont toujours
au nombre de douze ,
croiffent ou diminuent ; ainſi
toujours à proportion. 11 cft
encore à remarquer que cet
accroffement & ces diminucions
font inégales entr'elles,
&font beaucoup plus grandes
GALANT.
vers les Equinoxes , que vers
les Solſtices ; de forte que ce
n'a pas eſté une petite diffi.
culté de faire que la même
aiguille qui marque toujours
également les heures égales ,
marquaſt inégalement les
-heutes inégales.
Ce qui a empêchéjuſqu'icy,
Mademoiselle , qu'on n'ait
trouvé ce ſecret , c'eſt que
ceux qui l'ont cherché , tâ
choient de faire en forte que
l'aiguille augmentaſt ou diminuaſt
de vîteſſe chaque jour,
pour ſe rendre plûtoſt ou plus
tard ſur les heures qu'elles
Eij
52 MERCURE
avoient à marquer, ſelon que
les jours eſtoient ou plus
longs , ou plus courts ; mais
tous les efforts qu'on a faits
de ce coſté là , ont eſté inuti .
les ; il auroit falu autant de
differens mouvemens , qu'il y
a de jours dans une année.
On s'eſt enfin avisé de faire
faire aux heures ce que l'on
vouloit que fiſt l'aiguille. On
a rendu les heures mobiles,&
on les a renduës mobilesd'une
telle façon , qu'elles s'approchent
ou s'éloignent lesunes
des autres, felon que les jours
ou les nuits croiffent ou dimi
GALANT:
F3
- nuent. Ainſi l'aiguille allant
toujours ſon chemin,elle mar
que ſur un Cadran nos heures
ordinaires, &ſur un autre Cadran
les heures inégales , qui
viennent chaque jour endouze
parties égales , & la nuit en
douze autres parties égales .
Vers le bout de l'aignille il
yaun petit Soleil d'or, fortant
de derriere une plaque brune,
qui repreſente la nuir , au moment
que le Soleil ſe leve , &
quiſe cache ſous cette même
plaque au moment que le Soleil
ſe couche. Le fond du
Cadran tepreſente lejour dans
E iij
F4 MERCURE
ſa partie d'enhaut , qui eft
d'argent ; & la nuit dans la
partie den bas, qui eſt d'acier,
couleur d'eau , damafquinée
d'étoiles d'or. Ces deuxparties
croiſſent ou diminuent cha
que jour , felon que le demande
la faiſon où l'on eſt.
On dira peut- eſtreque cette
Pendule eſt curieuſe , mais
qu'elle n'eſt d'aucune utilité,
puis qu'il n'importe guere de
ſçavoir à quelle heure précifément
le Soleil ſe leve & fe
couche , & que d'ailleurs on
n'a pas beſoin d'une Pendule
pour en eſtre averti.
GALANT.
On répond que lors qu'il
pleut , ou que le temps eft
couvert,on ne peutſçavoirpré
cisément le moment du lever
ny du coucherduSoleil,&qu'li
eſt quelquefois important de
le ſçavoir. On est bien -aiſe
lors qu'on voyage,de n'igno
rer pas quand le Soleil ſe leve,
&combien de jour il reſte
juſqu'au coucher du Soleik
Elle peut eftre auſſi d'un tres.
grand uſage à l'Armée pour
les marches , les campemens ,
&pluſieurs autres expeditions,
où il eſt important de n'eftre
pas ſurpris par la nuit. ::
E iiij
56 MERCURE
د
La Regle de Saint Benoiſt
porte que les Religieux
de fon Ordre doivent com;
mencer tous les jours les Matines
au moment que le Soleil
fe leve ,& les Complies au
moment qu'il ſe couche , &
de diſpoſer les autres parties
du Service divin, en ſorte qu'
elles ſoient également diſtantes
les unes des autres dans
l'eſpace du jour artificiel . Saint
Benoist & fes Religieux , qui ſe
conduiſoient fur le cours du
Soleil , n'avoient pas de peine
à diſtribuer ainſileur Service;
mais dans la ſuite des temps ,
GALANT. 57
ces Religieux eftant venus ha
biter les Villes , où ils ont
trouvé des horloges qui ne
fonnent que les heures égales,
ſans marquer ny le lever , ny
le coucher du Soleil , ils ont
abandonné leur Regle fur ce
point , ſi ce n'est qu'ils diſent
encore les Matines plutoſt ,
& les Complies plus tard en
Eſté qu'en Hiver. S'il leur
prenoit envie de ſe reformer
fur cet Article , ils le pour
roient facilement avec le ſecours
d'une horloge conſtruite
ſur le modele de cette Pendule.
58 MERCURE
En Turquie & par tout où
s'obſerve la Religion de Mahomet,
le Service ſe fait par
rapport aux heures inégales.
Il commence au lever du Soleil,&
laderniere de leurs prieres
ſe fait quand le Soleil ſe
couche. Cette Pendule leur ſeroit
tres utile , non- feulement
à l'égard de leurs Preſtres qui
montent aux Minarets , pour
les avertir : mais auffi pour le
Peuple qui feroit bien aiſe d'avoir
des horloges qui les avertiffent
de toutes les heures où
ſe font les Prieres. Les heures
Italiques & Babiloniques font
GALANT. 59
Suffi marquées ſur cette Pendule.
Au deſſous du Cadran eſt
une Lune qui fait lon cours,
&qui marque tous les âges
de cer Aftre.
Au defſous de tous cesCas
drans eſt un bas reliefdes qua
tre Saiſons de l'Année. M
Coypel , Fils , en a donné le
deffein , & M' Caffiere , Fils ,
l'a modelé & cifelé. La boëte
eft ornée de ſculpture de bronze
dorée , dont M'Girardon a
fait tous les modeles. A un
des coſtez eſt une teſte d'Apollon
avec une pente de feltons
de tous ſes attributs ; à
60 MERCURE
l'autre coſtéily a une teſte de
Diane avec un feſton pareil de
fes attriburs . Apollon repre.
ſente le jour , & Diane la
nuit. Sur le milieu du fronton,
il y a une teſte de Saturne ,
avec deux aîle saux deux côtez ,
L'aîle qui eft à droit eſt une
aîle d'Aigle , qui repreſente le
jour , & l'autre qui eft à gauche
eſt une aîle de chauvefou.
ris , qui figure la nuit , pour
marquet que le Jour & la
Nuit ſont comme les aîles du
Temps , fur leſquelles il vole
fans jamais s'arrefter.
La Pendule eft couverte
GALANT. 6r
d'un Dôme , auſſi orné de
bronze doré , où ſont deux
Timbres d'un ton different ,
dont l'un ſonne les heures
égales , & l'autre les heures
inégales.
Je me crois obligé de vous
dire , Mademoiselle , que le
deſſein qu'on avoit de faire
executer cette Pendule , ayant
eſté communiqué au Directeur
general des machines
des Mines de Suede , homme
d'une capacité prodigieuſe
dans les Mathematiques , &
particulierement dans les ma.
chines , non ſeulement il de-
1
62 MERCURE
vina les moyens que l'on s'étoit
imaginez pour en venir à
bout , mais il en fit unmodele
encartonde ſa main , le mieux
travaillé du monde , & faiſant
toutl'effetque l'on en pouvoit
attendre. Ce modele a fourni
un tres - grand nombre d'ex.
pediens pour faciliter l'execu
tion de la Pendule. L'Horlo
geur qui l'a commencée , &
qui l'a preſque achevée , eſt le
ſieur Fardoual , dont le genie
& l'adreſſe ont peu de ſemblables
pour l'invention , &pour
l'execution des machines. Ses
affaires l'ayant obligé de paf.
GALANT. 63
fer en Angleterre , il n'a pûy
mettre la derniere main. Le
de ſieur le Noir , Horlogeur tresjehabile
& tres ingenieux , l'a
entierement achevée , & y a
vo mis fon nom, ſuivant l'uſage
obſervé parmy les Horloergeurs
.
102 Le ſieur Cucci , des Gobelins
, qui s'eſt rendu ſi celebre
par les beaux ouvrages qu'il a
faits pour le Roy , a conſtruit
la boëte qui eſt d'écaille de
Tortue noire & de Lapis, avec
tous les ornemens de bronze
doré , dont elle eſt embellie.
Tout ce qui eſt dans cette
64 MERCURE
Pendule qui regarde les mou.
vemens , & tout ce qu'elle
marque le peut renfermer
dans une Montre de poche.
Fardoual en a fait une de cette
qualité , avant que de paffer
en Angleterre. Il l'a emportée
, & l'a fait voir icy à pluſieurs
perſonnes .
Je finirois ma Lettre , Mademoiselle
, mais je m'intereſ
ſe trop à la gloire de noſtre
Ami , pour ne pas vous faire
part d'un Impromptu , qui
m'eſt échapé au ſujet de cette
Pendule.
GALANT. 65
A ME PERRAULT .
ILlustre Ami , tu sçais bien
autre chofe
Que defaire des ers,&que d'écri
reen Profe,
Tupoſſedeslesplus beaux Arts.
Si là- deſſus quelqu'un eft incre-
-1
dule
,
Perrault , qu'iljetteſes regards
Sur ton admirable Pendule !
Je ſuis avec une eſtime reſpectueufe
. , Voftre , &c .
L'Ouvrage qui fuit vous
plairoit fans doute , en apprenant
qu'il eſt de Mademoiselle
Lheritier , mais il vous plaira
beaucoup davantage , quand
Février 1700. F
66 MERCURE
vous fçaurez qu'il eſt fait fur
le retour de la ſanté de Son
Alteſſe Royale , Madame la
Ducheſſe de Lorraine.
IDILLE.
Venus au deſeſpoir que la Prin
cefle Elife
Gracieuſe , touchante , & dans ſes
plusbeaux jours ,
Regnaſt ſur tous les cooeurs , tinſt la
raiſon ſoûmiſe ,
Sansemprunter jamais fon féduiſant
fecours;
Se refolut dans ſa colére
De ravir à cette Beauté
Les attraits qui ſans art la rendoient
propre àplaire .
Venus avoit le coeur dés longtemps
irrité
3
GALANT. 67
Decequ'avec éclat la Princeſſe charmante
Avoit rendu l'Amour ſi docile à fa
voix,
Qu'oubliant fon humeur inquiette ,
inconſtante ,
:
Il'eſtoit fixé ſous ſes loix.
D'accord avec l'Himen par un glos
rieux choix , [pourelle
Ce Dieu vainqueur avoit formé
Unechaîne,dont les beaux noeuds
Luy donnérent l'ardeur fidelle
D'un jeune Prince genereux
Qui rend par ſes bontez tous ſes Su
jetsheureux,
Et conſacre aux vertus un pur & no
ble zele.
Venus qui regardoit avec un coil ja
loux
Laflame ardente &mutuelle:
Deres deux Auguſtes Epoux
١٠
1
Fij
68 MERCURE
Voulut faire éclater ſa haine
Contre l'aimable Souveraine ,
Et rendit le Deſtin complice de fes
coups.
De tous les maux qu'on vit éclore
De ce funeſte amas qu'enfermérent
les Dieux
Dans la Boëte de Pandore,
Il n'en eſt point de plus pernicieux
Qu'un feu qui mêle au ſang un venin
odieux ,
Et qui,l'écueïl du teint parſes cruel
les traces ,
Semble fait pour eſtre toûjours
L'ennemy déclaré des Graces,
Et l'épouvante des Amours.
Pour fervir l'injuſte colére
De la Déeſſe de Cithere,
Un Aftre dominant,plein d'un poiſon
fatal ,
Lance ſur la Princeſſe un ſi funeste
mal
GALANT. 69
LesPlaiſirs innocens dés le même inſtant
meurent,
LesGraces ſont en deüil , lestendres
Amours pleurent ,
Et par leur zele ardent vivement
foûtenus
Songent à s'oppoſer au courouxde
Venus .
Minerve les prévient. Cette ſage
Déeſſe
Avoit marquédans tous lestemps
Sa tendre affe&tion pour la belle
Princeſſe ,
Et luy fut prodigue ſans ceſſe
De toutes ſes vertus & de tous ſes
L talens..
Dés qu'elle voit ſouffrir ſa digne Fa
vorite,
Par un effor divin ſa ſcience medite
Des moyens aſſurez de chaſſerprom
piement.
70 MERCURE
Le mai de cet objet charmant.
Elle verſe aufh- toft ſa tublime lumiere
Dans l'eſprit penetrant de l'admirable
Mere
Dont Elife reçut le jour.
Princefle , qui toûjours genereuſe
agiſſante
Sçait par une vertu folide & bienfai
ſante ,
Engager la raiſon & le coeur tour à
tour ,
Erdu plus granddes Rois enchante
La polie & nombreute Cour
Cheriffant noblement fon auguſte
Famille
Loin qu'un vulgaire effroy la porte
en d'autres lieux ,
Sans craindre les horreurs d'un air
contagieux
GALANT.
3
Elle's'attache auprés de fa charman
re Fille,
Et luy donne des ſoins tendres &c
gracieux,
Autantqu'ils font judicieux.
Minerve qui toujours & la guide &
l'inſpire ,
Et ſur l'aimable Elife a ſans ceſſe les
yeux,
Veut que fans Esculape un lang fi
し
beau tranſpire.
D'un venin menaçant elle éteint la
fureur.
Puis leCiel touché de la peine
Etdes voeux que formoient avecque
tant d'ardeur
Philippe , tendre Pere , autant qu'
heureux Vainqueur,
Et Leopold , eſpoir des Peuples de
Lorraine ,
Délivre Elife enfin de ſa triſte lan .
guear ;
72 MERCURE
Et par le pouvoir de Minerve
De ſes brillans attraits tout l'éclat fe
conferve.
Alors les Ris , les Jeux, les Graces,
les Vertus,
Sententun doux tranſport dansleurs
coeurs abatus .
L'aîné des Amours & ſes Freres,
Ravis d'un tel luccés , fans plus long
examen ,
Abandonnent Venus à ſes douleurs
ameres ,
Et plus fort que jamais s'uniffent à
l'Himen ,
Pour donner de beaux jours à l'auguſteHeroïne,
Qui par la grandeur d'ame &la grace
divine
Qu'elle fait éclater en ſoy ,
Fait tant 'd'honneur au Sang du fa.
meuxGodefroy,
Dont
GALANT.
7
73
Dont fon charmant Epoux tire fon
origine.
Les Graces , les Vertus , les Amours
enchantez
De voir qu'une Princeſſe,& fi jeune
&fi bell:,
Amille grande qualitez ,
Et mille folides clartez ,
Qu'on n'a guere quandon eſt telle,
D'un beau mouvement tranſportez
,
Occupent leur Troupe immortelle
A former à jamais pour elle
De brillantes felicitez .
Le 16. du mois paſſe , Meffire
Jean Louis Habert , Scigneur
de Montmor , Comté
du Meſnil- Habert , les Lays
Février 1700. G
74 MERCURE
& autres lieux , Intendant ge
neral de Juſtice , Police & Finances
des Galeres de France,
& fortifications du département
de Marseille , Conſeiller
d'honneur au Parlement de
Provence, & Maiſtre des Requeſtes
ordinaire de l Hôtel
du Roy, Fils de Meffire Henry-
Louis Habert , Seigneur de
Montmor, le Fargis , le Peray,
Saint Loüet , Avenel , Lifle-
Moreau , & autres lieux , Baron
deMaincourt , Comte du
Meſnil , Habert , de Hauteville
, Marquis de Marigny ,
Conſeiller ordinaire du Roy
GALANT: 75
ille
Re
Ba
di
en ſon Conſeil d'Etat , &
Doyen des Maiſtres des Requeſtes,&
de Dame Henriette
Buade de Frontenac , épousa
Mademoiselle de la Reynie ,
Fille de MeffireGabriel- Nico .
las de la Reynie , Conſeiller .
ordinaire du Royen ſonCon.
feil d'Etat , & de Dame Gabrielle
deGaribal, ſon Epoufe.
La ceremonie du mariage fut
faite par M² l'Evêque de
Blois.
Il y a peu d'Etats aujourd'huy
, ſi l'on en excepte la
France , où les Arts fleuriffent
davantage que dans ceux de 2
Gij
76 MERCURE
Sa Serenité Electorale de
Brandebourg. Ce Prince ai.
me les Muſes ; & comme il
eſt ſçavant luy même , & parfaitement
bon Connoiffeur ,
il a voulu donner des marques
publiques de l'eſtime qu'il fait
des Arts & des Sciences , par
les établiſſemens confiderables
qu'il a faits en leur faveur.
Pluſieurs Medailles en font
foy. Je commence par celle
qui fut frapée après la fon lation
de l'Academie des Arts
& des Sciences , pour ſervir
de Prix aux Academiciens
anſſibien qu'à toutes fortes
,
III
・DG
•MARCH
FRIDER
RFALTZ
BRAND· S·R· I· ACET ELECT
VIRTVTI
PRAEMIA
PONIT
MVNIFICENTIA
PRINC:
F.Ertina
15
DE
LA
FILLE
BIBLIO
LYON
8
*18930
D
GALANT. 77
de Sçavans ; & comme elle
devoit repreſenter la liberalité
de Sa Serenité Electorale,
on a cru que la Figure d'Her.
cule feroit affez propre à l'exprimer,
par la conformite des
circonstances qu'il y a dans
cette actionentre ce Heros &
fcet Electeur. Comme Hercu .
, felon la Fable , aprés plueurs
de ſes travaux , & enrre
autres , après la défaite du
Dragon qui gardoit les pom.
mes d'or , fe repofa , & que
a'ayant plus d'occaſion àexercer
ſa vertu heroïque , à ſçavoir
la liberalité , en faiſant
Giij
78 MERCURE
:
preſent de ſes pommes d'or à
Euriſtée, demême Sa Serenité
Electorale , aprés avoir fait
trois Campagnes glorieuſes
au commencement de la derniere
Guerre , fe repoſa de fes
expeditions guerrieres , en cedant
au Roy Guillaume , le
commandement de l'Armée
des Alliez , qu'elle avoit l'année
1690. & pour ne demeu.
rer pas oiſive dans ce repos ,
elle ſongea à s'occuper en
pratiquant quelques autres
vertus , & fur tout celle de la
liberalité.
1
Le Repos aprés les expedi
GALANT. 799
e
É
tions guerrieres , eſt reprefenté
par la maſſue qu'Hercule
Ca encore dans la main;mais
qu'il a dans la maingauche.
La Liberalité eſt exprimée par
la main qui donne , & par les
pommes d'or , qui ſpecifient
enmême temps la qualité des
prefens de Sa Serenité Electorale
, à ſçavoir les Medailles
d'or , & l'uſage enfin qu'on en
veut faire déterminé par le
mot, Virtuti premia ponit.
Sa Serenité Electorale a fait
fraper quelques unes de ces
Medailles en or de la valeur
de centDucats , & elles doi
Giiij
80 MERCURE
1
vent eſtre diſtribuées aux Aca
demiciens , pour les porter à
ſe diftinguer à l'envi par une
loüable émulation. Cette Aca
demie , qui coute paran quatre-
vingt dix mille livres à Sa
Serenité Electorale , a pour
Protecteur M' le Comte de
Wartemberg. Ses Terres ſont
ſituées dans le Palatinat , &
ont eſté depuis peu érigées
par l'Empereur en Comté de
l'Empire. Il eſt Chambellan.
de SaSerenité Electorale .C'eſt
un Seigneur moins confiderable
par ſa nobleffe , qui eſt
pourtant tres- illuftre , & des
GALANT. 81
plus anciennes , que par fa
-vertu. C'eſt auſſi ſur elle, je
veux dire fur cette vertu , qu'il
compteuniquement . Il a pris
ces paroles pour ſymbole ,
Virtus nobilitat , ce qu'il n'a
jamais démenty par aucune
de ſes actions . Sa naiſſance
pouvoit le faire legitimement
pretendre aux plus grands
Emplois , mais il a mieux aimé
n'en eſtre redevable qu'à fon
merite. L'envie qui s'attache
ordinairement à ce qu'il y a
de plus diftingué , l'a toujours
refpecté,&tout le monde l'a
vû monter , non- ſeulement
8. MERCURE
fans chagrin, mais encore avec
joye , aux Dignitez les plus
elevées des Etars de Brandebourg.
Outre ſa Charge de
Grand Chambellan , qui eſt la
premiere de tout l'Etat. , ileft
Surintendant des Finances ,
des Baſtimens & des Menus
Plaiſirs ; & Protecteur de l'Academie
des Arts , Ainfi la diſtribution
des Medailles , ne
fe fait que par ſes ordres , par
rappott à cette derniere Charge.
L'Auteur de la Medaille
que je vous envoye gravée , &
de pluſieurs autres dont je
vous parleraydans la ſuite, eſt
A
GALANT. 83
M de Breffer , Maiſtre des
Ceremonies de la Cour de
Brandebourg. J'aurois beaucoup
de choſes à dire de l'in
vention &de la beauté de ces
Medailles ; mais comme je ne
décide jamais de celles que
j'expoſe , & qu'elles parlent
aſſez d'elles mêmes , je me
contenteray de dire que M
Faltz eſt le Graveur qui en a
fait les coins ,&que fon nom
eſt aſſez fameux parmy les
Connoiffeurs , pour leurdonner
lieu de croire qu'il a bien
réponduà l'intention de l'Au
teur de ces Medailles.
84 MERCURE
On a eu avis de la mort de
Meffire Jean Bachelier , Sei .
gneur deMontigny , deſcendu
en ligne directe de maſle
en mafle , deThomas Bachelier
, Maiſtre d'Artillerie ſous
Charles VII . dont le Fils Guillaume
Bachelier , fut encore
Maiſtre de la troiſiéme bande
d'Artillerie ſous Louis XI.en
1479. ſuivant Moreri , ou fon
Supplément. Feu M'de Montigny
avoit eſte nourri Page
de Sa Majeſté. Il fit la Campagne
deHongrie en 1664 &
ſe diftingua à la Bataille de
Raab , ou de Saint Gotard.
GALANT. 8
Enſuite il fut premer Capitaine
& commandant le Regiment
de Saint Simon Cavalerie
, où il a ſervitoujours à
la teſte de ce Regiment,dans
toutes les Campagnes de la
premiere guerre. Il commanda
l'Arrieban de l'iſle de France
ſous M' de Marle en 1695.
La Maiſon de Bachelier Montigny
eſt alliée à celles de Chaſtillon
, d'Hartillemont , de
Budée , de Vertus , de le Pi-
- card , de Montigny , de Ha-
-ſtrel de Preaux. Cette Maiſon
de Bachelier porte pour Armes
, Ecartelé an premier
86 MERCURE
quatrième d'argent au chevron
d'azur , accompagnéde trois mo.
letes degueules, qui est Bachelier ;
au deux troifiéme d'azurſemé
de France, au Lionnaiſſant d'argent.
Ce dernier Ecuſſon fut
donné par Philippe Auguſte
au S ' de Montigny, quiportoit
laCornetteblancheàlaBatailledeBovine,
pour avoir receu
ſur ſa perſonne les coupsqu'on
portoit auRoy,qui estoit tom.
bédecheval en cette Bataille,
ainſi qu'il eſt rapporté dans
l'Histoire de France.
Dans la Paroiſſe d'Auvers
proche de Carentan enBaffe
GALANT. 87
Normandie , la Femme d'un
nommé Elie le François , La
boureur , accoucha de quatre
Enfans le jour des Innocens
de l'année derniere , ſçavoir
d'un Garçon & de trois Filles.
Ils eurent tous quatre Baptê-
#me , & moururent quelques.
jours aprés
Jevous envoyeunDiſcours
qui fut fait le 3 Novembre
dernier à M. de Bezons , Con.
ſeiller d'Etat ordinaire & Intendant
pour le Roy en
Guyenne , par M' Chaltillon ,
le plus ancien Preſident
Profidial dePerigueux, recomau
88 MERCURE
mandable par ſa naiſſance,par
ſa piete , & for une profonde
erudition.
MONSEIGNEUR.
La Paix ſi deſirée, qui s'eſt ſi
heureuſement répanduë&éta.
blie dans l'Europe, eſt comme
une nouvelle vie à tous les
Sujets du Roy dans ſes Etats,
une nouvelle vie animée des
devoirs de la Religion Catholique
, & des devoirs de la
Juſtice.
La Paix , felon les Politiques
, & les Sçavans , eft dé.
finie , la tranquillité de l'ordre.
Ouy , tout eſt tranquil.
1
GALANT. 89
le , lorſque tout eſt dans l'ordre
dans un Eftat.
C'eſt la fin que noſtre Au .
guſte Monarque LOUIS
LE GRAND , s'eſt propo
ſée dans la Paix pour maintenir
la tranquillite , par le bon
ordre dans les Etats , de réünir
tous ſes Sujets dans le ſein de
l'Eglife Catholique , pour en
faire de bons & de veritables
Chreſtiens, dans un Royaume
tres Chreftien , pour en faire
de bons & de fidelles Sujets
réünis à Dieu , & unis à leur
Roy par les mêmes devoirs
de la Religion Catholique &
Fevrier 1700 . H
90 MERCURE
les devoirs de la Juſtice.
Quels remercimens pourra
jamais aſſez faire la Guyenne
à Sa Majesté , de luy avoir
choiſi pour cette fin un Archeveſque
ſi plein de zele
pour la Religion Catholique ,
de laquelle dépend le bonheur
& le falut de la Province ?
Pourra-t- elle jamais aſſez res
connoiſtre la grace qu'elle a
reçuë de Sa Majetté d'avoir
continué à vous y confier fon
autorité pour y maintenir le
bon ordre & la tranquillité
publique que vous y avez con .
ſervé par voſtre ſage conduite, -
• GALANT.
gr
1
}
mème ſur ſes Frontieres expolées
aux Ennemis dans le
fort de la guerre , au temps
que Sa Majesté avoit lesarmes
àla main Elle ſeule contre tou .
tes les Puiflances de l'Europe.
C'est encore dans la maiſon
illuſtre de Bezons que Sa Majeſté
, qui ſe connoiſt ſi bien
en merite , a trouvé parmy ſes
Officiers Generaux dans ſes
Armees , M'de Bezons voſtre
Frere , digne de la distinction
& de l'eftime particuliere de
fon Roy
Ce fera dans la Paix & par
le zele de ce grand Archevel
Hij
92 MERCURE
(
queM'de Bezons , auſſi voſtre
Frere , que la ReligionCatholique
, route triomphante qu'-
elle eſt dans la France , triomphera
particulierement dans
la Guyenne , où elle avoit eſté
en tant d'endroits deshonorée
par l'Herefie.'
Ce fera,Monſeigneur, ſous
la conduite d'un genie ſuperieur
, comme eſt le voſtre ,
que tout y ſera tranquille parce
que tout y ſera dans l'or
dre. Cet ordre qui met tout
dans ſa ſituation naturelle &
tranquille , fera , nous l'avons
déja dit , comme une nouvelle
GALANT. 93
t
vie qui animera toutes les parties
de la Guyenne , des devoirs
de la Religion Catholi
que , &des devoirs de la Juſtice
; des devoirs de la Religion
Catholique pour y attirer les
benedictions de Dieu ; des
devoirs de la Juſtice , pour y
joüir des fruits de la Paix, par
l'application au commerce &
au travail, chacun dans ſacondition
& dans ſon eftat , par
l'abondance qui ſera répanduë
juſtement ſur toutes les
parties & fur tous les beſoins
de laGuyenne.
Mais , Monseigneur , quel,
94 MERCURE
ques témoignages que cette
grande Province de laGuyenne
puiſſe vous rendre de ſa
reconnoiſſance 'publique , il
faut avoüer qu'ils ſeront toû.
jours au deſſous du merite &
dela grandeur de vos bontez ,
particulierement pour cePays,
& pour cette Compagnie ;
pour ce Pays de Perigord
privé même du neceſſaire
par une diſette publique , qui
s'eſt fait ſentirdesle commen.
cement de cette année , & qui
a mis toutes fortes de conditions
dans un estat de ſouf.
france.
GALANT. 95
Ileſtvray , nous ne devons
pas obmettre que la Providence
de Dieu nous a donné
dans ce beſoin un Evêque , un
Pafteur fi charitable, qu'il s'eft
épuisé luy- même pour repaiſtre
ſes Brebis & fon Troupeau
. On a même vû les Pauvres
des Dioceſes voiſins ac
courir en foule , au ſecours
d'une charité auffi grande &
auſſi pleine que l'eſt celle de
ce bon Pasteur & de ce bienfaicteur
public.
Mais , Monſeigneur , vous
avez ajoûté voſtre mediation
auprés de Sa Majesté , voſtre
96 MERCURE
mediation toujours ſeure, par.
ce qu'elle eſt toujours juſte.
Les aumônes publiques employées
à des travaux publics
par les ordres du Roy , feront
toujours en ce pays de doubles
monumens de ſa bonté royale,
&de la Charité bien ordonnée
du meilleur des Rois .
Cette Compagnie eftant
toûjours dévouée au ſervice
de Sa Majesté, ne sçauroitrien
faire de mieux pour reconnoître
vos bontez que de ſuivre
vos ordres , deloüerune conduite
auſſi juſte & aufli loua.
ble qu'eſt la voſtre , que de
s'employer
GALANT. 97
Π
t
1-
s'employer dans l'étenduë de
fon pouvoir , a remplir dans
chaque condition , & dans
chaque eſtat , les devoirs de
la Religion & les devoirs de
la Juſtice , & vous rendre avec
tout l'attachement poſſible ,
festres humbles &tres fidelles
ſervices ,& fon obéïſſance.
Vous avez eſté fort contentede
la Satire de M' Cantenac
, Chanoine de l'Eglife
Metrepolitaine de Bordeaux ,
contre l'Opera où tous
ceux de cette Ville courent
tous les jours avec fureur.
Février 1700.
,
98 MERCURE
Vous n'aprouverez pas moins
fans doute le nouvel Ouvrage
de ſa façon , que vous allez
lire.
AUX HOMMES MARIEZ.
FAvotis malheureux des amours
legitimes .
Qui par divers chagrins en eſtes les
victimes ,
Et qui par un eſprit inconſtant &
jaloux ,
Mépriſez de l'Himenles charmes les
plus doux.
InſenſiblesMaris,qui paſlez vôtre vie
Sanstraindre le mépris , ny les traits
de l'envie ,
Cherchez dans vos devoirs un ſolide
bonheur ,
GALANT
THEOBEC
LYON
Pour établir chez vous le repos
l'honneur ,
Ménagez doucement l'Epouſe qui
vous aime ;
Elle vous eſt fidelle , agiſſez - en de
même.
Jamais par des froideuts n'irritez ſes
appas ;
On n'a guere d'amour quand on
n'en marque pas .
Faites qu'à voſtre exemple elle ſoit
toujours ſage.
Si vous eſtes coquet, elle ſeravolage.
Si vous aimez le Jeu , les Feſtins,
l'Opera ,
Dans les mesmes plaiſirs elle s'égarera.
Mais s'il faut qu'en amour vous ſerviez
de modele ,
Où pourra- t- on trouver uneEpouſe
fidelle ? :
I ij
100 MERCURE
Ne voit on pas fouvent qu'une injuſte
froideur
Eteint dans le dégouſt voſtre premiere
ardeur.
L'Epoule trop ſenſible àcette indifference,
Paroiſt fiere à ſon tour , le rebute &
s'offense ;. i
De reproches ſanglans accompagne
ſes cris ,
Et couve dans ſon coeur la haine &
le mépris.
Rien n'eſt li dangereux qu'un amour
( qu'on outrage ,
Et la vengeance eſt douce à l'eſprit
te plus lage.
Soupçonnant cet ingrat d'un autre
attachement,
Elle le rend jaloux , & ſe fait un
Amant
Leur dépit réciproque augmente
leurs querelles.
GALANT. 101
On ne peut les finir , elles font immortelles.
[rens,
En vain pour les calmer s'affemblent
des Parens ,
Eux mêmes diviſez en partis diffe ,
Font naiſtre imprudemment une
guerre civile
Qui ne fert qu'à groffit les cortes
d'une Ville ,
Il faut qu'une injustice établiſſe la
paix ,
En détachant les noeuds que leCiel
avoit faits.
La chicane autoriſe une mode barbare
,
Ne pouvant les unit , il faut qu'on
les fepare.
Chez un Juge abuſé des témoins
achetez
Attaquent fa droiture avec cent faulletez,
1 iij
1o2 MERCURE
Et font le mal ſi grand , qu'enfin à
toute force ,
On extorque de luy le decret du
divorce.
Cet abus eft cruel ,&leCiel le défend,
Pour éviter un mal on en fait un
plus grand. :
Chaque Epoux diſpenſé des loix du
mariage ,
Redouble fon erreur & ſon libertinage
,
Et les pauvres Enfans confiez à l'un
d'eux ,
Deviennent orqhelins , & vivent
malheureux.
Quoy , faut-il aujourd'huy ſur de
legeres plaintes
Violer des Contrats , & les loix les
plus faintes,
Etdégageant les coeurs des plus facrez
liens,
GALANT. 103
Joindre la loy des Turcs à l'erreur
des Chreftiens ?
On ne laiffe à l'Homen que des
noeuds en peinture ,
Que le dépit immole au caprice , au
patjure.
C'eſt le corps & l'eſprit qui le font
ſubſiſter, [ reſter?
Eis'ils font ſeparez , que peut-il luy
On croit faire durer le noeud qui les
engage,
:
Maisà quoy ſert unbien dont onn'a
pasl'ulage ? :
nos jours ?
- Quel moyend'éviter ce malheur de
C'eſt de regler d'abord ſa Femme &
ſes amours .
Evitez les tranſports des flames indifcretes
,
Etne la traitez pas comme on fait
lesCoquetes.
I iiij
104 MERCURE
Songez qu'à quelque jeu qu'onpro
digue ton bien ,
On fe met au hazard de ne ſe laiſſex
rien.
D'un fiecle corrompu ne ſuivez pas
lamode
Sansdevenir jaloux , ny vous rendre
incommode.
Portez la fans contrainte à garder
ſa maifon ,
An'en fortir pas ſeule ,&fans bonne
raifon. 1.
Evitez du Jaloux la cruelle maxime,
Qui ferre fous des clefs ſa Femme
qu'il opprime . :
Une vertu forcée eſt un vice caché
,
Sile corps en eſt pur , l'eſprit en eft
taché.
L'exemple en eſt frequent aux riva
ges duTybre,
GALANT.
105.
Où l'Epouſe s'égare au moment qu'
elle eft libre .
Les plus ſeveres loix des plus fiets
Conquerans
Ne forcent pas les coeurs à cherir des
Tyrans,
t Tout excés eſtInuifible , il eſt tou
jours blamable ,
Mais au joug de l'Himen il devient
redoutable.
Il fautque fans foupçon, &fans eſtre
emporté ,
La devoir & l'honneur teglent ſa
liberté.
Mais pour luy faire ſuivre une regle
fi belle ,
Banniſſez les Amans qu'elle reçoit
chez elle.
Eloignez promptement cet homme
officieux ,
Qui ménage en ſecret des momens
précieux,
106 MERCURE
Qui flate voſtre Femme , & qui la
préoccupe.
Il ſe dit votreAmi, mais vous eſtes ſa
dupe.
C'eſt une étrange erreur des Maris
indolens ,
De fouffrit qu'une Femme écoute
des galans ,
Et de les laiſſer ſeuls avec trop de
licence
Par des diſcours ſuſpects troubler
fon innocence.
Quoy, peut-on expoſer ſans cho
quer le bon ſens ,
Un beau vaſe fragile à la fureur des
des vents ?
Agarder in treſor qui doit jamais
prétendre ,
S'illelaiffe aux voleurs qui cherchent
à le prendre ?
Cependant c'eſt la mode , & lebenin
Epoux
GALANT. 107
Noferoit l'empêcher fans paſſer
pour jaloux .
Sottement poffedé d'une aveugle
manie ,
Il ſe fait un honneur de ſon ignomi-
-nie. V
Doit- il encor fouffrir qu'elle aillerà
l'Opera ,
Où dans ſon coeur touché l'amour ſe
gliffeta ,
Nym? me à Pharaon, Jeu charmant
•& funeste ,
- Qu'elle perde ſon temps, & l'argent
qui luy reſte?
Si l'on fuivoit l'eſprit de la loy des
Chreftiens ,
On fuiroit ces plaiſirs que prenoient
lesPayens.
Mais on veut s'aveugler , on ſe fait
d'autresguides ,
Etcen'eſt plus le temps des maximes
rigides,
108 MERCURE
Si vous les inſpiriez , ah , que vous
feriez bien!
Mais prelchez , murmurez , vous ne
gagnerez rien .
Je vous ay parlé du Mandement
de pluſieurs Archevefques
& Evelques du Royaume
faits dans leurs Dioceles
pour la publication de la conf.
titution de N. S. Pere le Pape
Innocent XII. portant con.
damnation du Livre intitulé ,
Expoſition des Maximes des
Saints fur la vie interieure , mais
je ne vous ay encore rien dit
du Mandement de M'l'EvêquedeNoyon,
Pair de France,
GALANT: 109
•
Vous ſçavez que tout ce qui
part de la Plume de ce Prelat,
est rempli d'une profonde érudition
, & qu'il n'eſtoit encore
qu'Abbé de Tonnerre, & dans
un âge peu avancé , qu'il prêchoitdesCarêmes&
des Avents
entiers devant le Roy. Ille
faifoit avec tant de force &
d'eloquence, que les Sermons
égaloient ceux des Predicateurs
de la plus haute réputation.
Ainfi il ne faut pas
s'étonner fitout ce qu'ilecrit
eft recherché & applaudy. Ce
dernier Mandement Paftoral
l'eſt beaucoup. L'on y voir
fro MERCURE
d'abord une infinité de cita
tions ſur le ſujet qu'il traite,
Elles font voir combien il
poſſede à fond les Peres de
l'Egliſe & l'Ecriture. Il rappor
te enfutte la condamnation
du Livre dont il s'agit , & dit
aprés. Cette ConstitutionApoftolique
a esté unanimement recenë
par l'Eglise Gallicane , &acce
ptéeavec les mêmes acclamations
que les Lettres des Saints Papes
Celestin I. &Leon II. adreßées
aux Peres des Conciles Generaux
d Epbefe & de Chalcedoine , "y
furent estimées approuvées La
Foy de l'Eglife a concouru avec
GALANT.
celle de fon Chef, qui en a esté
l'Oracle , & l'unité de l'Episcopatfolidairement
commun. ajugé
Souverainement avec le Saint
Esprit.
2
)
mais en
14. Tela esté le ſuccès de nosAf
ſemblées Provinciales , revestuës
de toute la force d'un Concile
National, quoy que dépoüillées
& privées de ce nom ,
même temps efperances fondées ,
préſages certains , femences heureuſes
, des fruits plus abondans
d'une doctrine ſaine , d'une diſcipline
exacte & d'une morale pure,
que l'Eglise de France pourra ve
cueillir dans la forme plus regu.
Tiz MERCURE
liere que des Conciles Provin
ciaux , par les ordres &ſous les
aufpices du plus religieux de tous
lesRois qui renferme éminemment
enſa perfonnefacrée toutes les admirables
qualisezque les Oracles
de l'Ecriture , les Monumens des
Conciles, & les AnnalesdesHiſtoires
ont relevées àl honneur&
en faveur des plus infignesHeros
qui ayent jamais paru parmy les
Juifs,les Chriftiens&les Fran-
φοις .
- En effet Louis leGrand eſt un
autre David, & le plus fage des
Princes.
Un Salomon qui donne lapaix,
GALANT. 113
dont le Trôneſans égal s'élive
s'affermit tous les jours .
UnJebu fidelle choisi deDieu
pour commander à son Peuple
detruire la Maison d' Achab.
Un Fofias plein d'équité, e
qui ne s'écarte jamais des regles
defon devoir.
Le nouveau Constantin , &
Evêque exterieur ordonné de
Dien pour rendre&confer ver la
paix à l'Eglife.
Le Theodoſe animé de l'esprit
facerdosal , par là fi digne de
refpest.
Le Marcian rempli de zele ,
Fevrier 1700K
144 MERCURE
qui merica autrefois le facré nom
de Prestre.
Victorieux commt Clovis , foigneuxdufalutdefes
Peuples,Protecteur
de la Patrie , Arbitre des
Nations.
:
Le puiffant Theodebert , dont
les armes ont une puiſſance divine
, recommandable par l'excellence
de la Royauté, la multitude
des differens Peuples qui luy
fontfoumis, dont la puiſſancepour
estre écenduë , n'est pas moins unie
Plus illustre que Childebert
dont la dignité Royale en ſon au .
guste personne furpaſſe d'autant
plus celle des autres Princes, qu'ils
•
GALANT. 115
1
font eux mêmes au deffus des autres
hommes.
Le nouveau Clotaire , qui a
donné un Edit folemnel pour
reprimer l'audace de ceux qui
oferoient violer l'ordre étably
par l'avis des Evêques & des
principaux de l'Etat.
3
Plus ferme que les Charles à
- défendre la libertédel EglifeGallicane,&
qui ne cede en rienà la
piété exemplaire de S. Louis.
Prince enfin éclairédes lumie.
res d'un genie superieur , & qui
ayant une parfaiie connoissance
de la malignité de I Herefie , ordonne
avec ancorice, pour parler
Kij
116 MERCURE
le langage de SaintAugustin, tout
ce que l'Eglise en peut & doir
difirer En effet, les Rois rempliffent
leurs obligations à l'égard de
Dieu en qualité de Rois , lors qu'ils
font pourſonſervice, ce qu'il n'y
a que les Rois qui puiſſentfaire.
Et c'est ce qui ôte à nos Herea
tiqoes , auffibien qu'aux Donatiftes
, tout sujet deſe plaindre de
tant d'Arrests & d'Edits , pais
quefi les Princes malheureusement
engagez dans l'erreur , ont fait
pour l'établir des loix contre la
verité, ceux qui font heureuse.
ment éclairezde ſes vives lumie
res , doivent faire pour elle contr
GALANT. 117
des
Ferreur, des loix qui rendent cou.
pables tous ceuxqui les mépriſent,
estant certain qu'une perſonne qui
refuſedefaire ce que la divineVeri.
teluycommande parle ministere
Rois pour le progrès de la Religion,
la destruction de l'iniquite , eft
justment punie par les hommes ,
fans pouvoir trouver ny excuse ,
ny pardon devant Dieu.
Ce religiux Monarque
Zelé pour maintenir les loix de
l'Eglife , quefoumis àfes deciſions,
ne pouvoit donner des preuves
plus éclatantes deſon insignepieté,
que celle de nous laisser dans l'an .
cienne&canonique poffeffion des
3
1
auffi
118 MERCURE
Aſſemblécs Provinciales , &de
nous avoir permis d'en tenir une
fur lesujet de la presente Consti
tution.
C'est ainsi que S. M.Suivant ,
&mêmefurpaſſant l'exemple des
plusfaints Empereurs areconnu,
foutenu le droit divin , &le
pouvoir effentiellement attachéau
caractere Epifcopal , de juger les
questions defoy.
Les termes &les clauſes d'un
Bref qui n'est point adreffé aux
Archevesques & Eveſques pa.
roiftroient en quelque façon contraires
aux Libertez de l'Eglife
Gallicane , & aux usages du
GALANT. 119
Royaume,mais excitezpar l'extréme
defirde répondre aux instances
du Zele du Roy , preſſezd'ail
leurspar noftre profondrespect pour
le digne Pontife du Siege Aposto
lique, nous avons cru qu'ilfuffi .
foitdeſuppléer au défaut de lafora
me par le merite du fond.
Ce n'est pas seulement en cette
nouvelle &importante occafion
que l'EglifeGallicanr,toutejalou-
Sequ'elle est des Privileges que les
Conciles , &particulierement celuy
de Nicée,ont confervez aux
grandes principales Eglifes ,
femble avoir oublié ſes Libertez
pourfaire triompher la verité ,&
120 MERCURE
1 1
plus promptement & plus fure
ment. i
En effet , n'en a telle pas ufé
de, la même manière dans la reception
des Refcrits du Pape Leon
111. du temps de Charlemagne ,
pour paffer tout d'un coup des
anciens faus aux nouvaux , na
• elle pas auffi acceprè de nos jours
leBrefd InnocentXportant con
damnation du livredeFanſenius ,
la Constitution d Alexandre
VII. expediée en forme de Bref
pour la fignature du Formulaire
Sa veneration n'est pas encore
moindre à preſent pour les Decresales
authentiques , quoy que plu
fiours
} . GALANT. 121
fieurs ne soient que de fimples lertres
, & des réponses particulie
res.
Cependant nous aurions defire
de tout noſtre coeur , & il auroit
efté plus conforme à la Difcipline
primitive, & obfervée désle temps
de S. Cyprien,que cette affaire
qui a fait tant de bruit && d'éclat
eust este aſſoupie , & terminée
dans le Royaume où elle estoit née ;
mais puisque Me l'Archevesque
de Cambray l'a d'abord portée au
Saint Siege , nous avons du moins.
cette confolation , mêmeune extrême
joye de fa parfaitefoumisfion
au jugement Apostolique ;
Février 1700. L
Y
122 MERCURE
foumiffion qui nous apprend que fi
Son esprit s'estoit laiſſe malbeuren.
fement féduire par lerreur , fon
coeur l'avoit heureusement redressé
pourſuivre la Verité;foumiffion
qui engage ce Pasteur dans son
Mandement,de donneràfon Trou
peau jusqu'au dernier ſoupir defa
ore , l'exemple d' unepleine&enziere
obeiflance au Saint Siege ;
Soumiſſion enfin qui a confommèle
grand ouvrage de la Paix de
T'Eglise troubléepar la nouveauté
d une doctrine dangereuse&il.
luſoire , & qui luy estoit incons
nuë
Oexemple rare ! O matiere di
GALANT. 123.
gne d'une finguliere admiration !
Chefd'oeuvre degrace triomphan.
te , beureuſe faute , erreur avantageuse
, aveuglement éclairé
tromperie plus paßive qu'active ,
tenebres éclatantes , & diſſipées
par la lumiere du Soleil deFustice,
tablefalutaire, reſſource du naufra .
ge ,fatal écueil, qui est devenu le
Port du falut , remedeplus grand
quele mal , humiliation glorieuſe,
honte honorable , Scandale edifiant
, chute du juſte relevé or
-foutenu parla main deDieu !
Que defuccés imprevûs ! Le
mistere du Semiquietisme est enfin
decouvert & revelé, les illuſions
:
Lij
124 MERCURE
font evanouies , les temperamens
font reconnus pour des excès , les
expediens pour des inconviniens ,
les vingt - trois propofitions
avancées,&foutenues commemaximes
des Saints , ont esté notèes
flécries avec d'autant plus de
justice , qu'elles donnoient atteinte
à la verité de nos mifteres , à la
pureté des moeurs , à l'autorité
de l'Eglise , à l'excellence de
Oraison.
Pluſicurs grands Prelats , beritiers
Ganimezde l'esprit de nos
faints Predicateurs , ont esté dans
leurs doctes Ecrits les genereux defenfeurs
des veritez orthodoxes,
GALANT. 115
que le Semiquietiſme avoit temerairement
attaquées.Et nous,quoy
que le moindre de tous ceux qui
formentle College Apoftolique er
Epifcopalde l'Eglise Gallicane ,
avons eu toutefois I honneur d'eſtre
des premiers àfignaler noftre zele
dans nostre Lettre Pastorale.
Tel avoit effêle glorieux (mploy
desAthanafes, des Gregoires de
Nazianze, des Cyrilles d'Alexandrie
,&des Leons, pour confondre
les detestables erreurs des
Ariens, des Macedoniens , des
Nestoriens , & des Eutichiens ,
dansles Conciles Ecumeniques de
Nicée, de Constantinople , d'E-
لع
Lij
126 MERCURE
phefe & de Chalcedoine.
Ilnenous refte donc plus , mes
chers Fireres , aprés avoir rempli
tousles devoirs de l'autorité, de
•la follicitude& de la charité de
noſtre divin miniftere , qu'à profi
ter de la conjoncture presente , afin
de renouveller les afſurances refpectueuses
de noſtre fidelle& inviolable
Communion avec la
Chaire de Saint Pierre, àlaquelle
, suivant le témoignage de Saint
Irenée,ilfaut neceffairementque
toutes les Eglifes se réuniſſent ,
commeà la premiere&principale
Puiffance
Il adhere enfuite par toutes
GALANT. 127
1
ces railons au Jugement de
noſtre Saint Pere le Fape ,&
en conſequence du Decretde
l'Aſſemblee Provinciale de
Reims , il condamne le Livre
intitulé , Explication des maximes
des Saints fur la Vie inerieure
, & les vingt troisPropoſitions
qui en ont eſté ex.
traites , avec les mêmes quali.
fications de la Conftitution
Apoftolique.
Mrs les Lanterniſtes de
Toulouſe donneront un Prix
cetteannée , à leur ordinaire.
Voicy ce qu'ils ont fait imprimer
fur ce lujer.
Liiij
128 MERCURE
BOUTS RIMEZ
Proposez par les Lanternistes,
Pour l'année 1700.
Na lieu d'eſperer que
nos Bouts rimez plairont
beaucoup cette année.
On a pris foin qu'ils euſſent
quelque rapport à la ſituation
des choſes prefentes ; & com.
me il n'y a rien de plus agréable
que la Paix ,il eſtoit malaiſé
de ne pas l'avoir en veuë
dans le choix qu'on a fait de
ces Rimes, Elles ſont toutes
propres à inſpirer de beaux
GALANT. 129
fentimens pour la gloire du
Roy , de ce grand Monarque
qui nous a procuré cette Paix
d'une maniere tout à fait heroïque.
Le retour de l'innocence&
des ſolides plaifirs, le
rétabliſſement des beaux Arts
& du Commerce , fourniſſent
une matiere remplie de nou
veaux agrémens. Que de mer.
veilles à décrire ! Que de vertus
à repreſenter ! Eft il de
plus doux attrait de plus
charmante invitation pour les
Muſes ? C'eſt en travaillant
fur un ſi noble ſujet , qu'elles
peuvent s'acquerir une répu- .
,
130' MERCURE
tation immortelle Olive.
Eclatans.
Temps.
Active.
Attentive.
Contens.
Tuans.
Captive.
Saifon
Orizon.
Barriere.
Soutenir.
Carriere.
Avenir,
GALANT. 13
-
Les Sonnets doivent eſtre
accompagnez d'une Priere en
quatre Vers pour le Roy , &
d'une Sentence. Les Auteurs
mettront leur ſeing couvert
& cacheté au bas de leurs
Sonnets , ou dans une Lettre
ſeparée , le tout ſous la même
envelope , & rendu franc de
port chez M Seré , prés la
Place de Roaïx à Toulouſe ,
huitjours avant la Saint Jean.
Onavertitque les Sonnetsqui
ſeront en petits Vers , ou à rimes
compolées , ne pourront
prétendre au Prix.
132 MERCURE
Le Sieur Nicolas le Clerc ;
Libraire ruë Saint Jacques , à
l'Image Saint Lambert , debi
te un Livre nouveau , intitulé,
Histoire des Mouvemens arrivez
dans l'Eglise ausujet d'Origene
defa doctrine.Origene elt peuteſtre
celuy des Auteurs Eccleſiaſtiques
, dont on ait dit dans
tous les fiecles plus de bien&
plus de mal.Pluſieurs ont éctit
pour faire voir ce qu'on doit
penſer de ſa doctrine ; d'autres
pour examiner ce qu'on doit
penſer de ſon ſalut ; mais perfonne
n'avoit encore entre.
pris de donner une Hiſtoire
GALANT. 138
i
complete de l'Origeniſme ,
c'eft à dire des Mouvemens
arrivez dans l'Egliſe durant
prés de quatre cens ans , au
fujet d'Origene & de ſa doctrine.
On peut dire que ces mou.
-vemens renferment quantité
des plus beaux endroits de
'Histoire Ecclefiaftique. La
Vie d'Origene , meflée d'un
agrand nombre d'évenemens
fort finguliers , les rapports
qu'il a eus avec trois ou quatre
Empereurs , les divers caracteres
de ces Princes , les uns
affectionnez à l'Evangile , les
autres réſolus à faire perir tous .
134 MERCURE
lesChreſtiens,la triſte chutede
pluſieurs, lesactions heroïques
des autres lapluſpart Diſciples
d'Origene , combattant lous
ſesyeux dans trois differentes
perfecutions , le malheur de
celuy qui estoit le maiſtre de
tant de Martyrs , ſa penitence,
& la maniere dont il pleura ſa
faute; combienpeu il s'en fallut
qu'il ne mouruſt pourJ. C.
&le ſujet que l'on a de crain
dre qu'il ne ſoit mort Heretique
, ce qu'il fit en voyant ſa
doctrine condamnée par pref
que tous les Eveſques ; l'Apo.
logie qu'il publia , fans neanGALANT.
135
3
moins vouloir rien retracter ,
lesjugemens qu'on en fit , les
conteſtations qui s'éleverent
deflors ſur ſon ſujet entre plu .
ſieurs Eglifes , fourniſſent à
l'Auteur de cette Hiſtoire une
belle & ample matiere , qui
fait le ſujet de ſes deux premiers
Livres.
Dans le troiſiéme on voit
- de quelle maniere la Secte des
Origeniſtes commença à ſe
former , comment ſes Livres
devinrent à la mode : ce que
firent les premiers hommes
de l'Egliſe pour leur donner
vogue ; l'ardeur des Solitaires
136 MERCURE
à les lire & à les répandre;
combien peu de perſonnes
découvrirent ce qui en arriveroit
; lezele & la fermeté de
SaintPachome , qui ſe trouva
preſqueſeul oppoté à ces fata .
les lectures , ce que Dieu luy
avoit révelé à cet égard ; les
mouvemens que ſe donna S.
Athanaſe , pour arracher Origene
aux Ariens ; l'artifice
avec lequel ceux cy ſe déclarerent
ſes Diſciples , ce qui
fervit infiniment àleur acquerirdel'autorité
& de la créan .
ce dans les eſprits .
Dans le quatrième -Livre
GALANT. 137
ontrouve ce qui arriva , lors
que les Origeniſtes ſe furent
accoutumez à ne plus regarder
la chair que comme la prifon
de l'eſprit , & nullement
comme une peine de nousmêmes
, ſantifiée par l'union
qu'elle a avec J. C. & deſtinée
àregner avec luy dans la Gloj.
re. De là ils crurent pouvoir
conclurre que les ſoillures
de la chair n'eſtoient pas cad
pables d'ofter à l'eſprit la pu
reté, ny de le priver de la gra
ce du Createur. On voit affez
à quelles abominations con
duit ce déteſtable principe ,,
Février 1700. M
138 MERCURE
qui forma dans l'Orient une
feconde Secte d'Origeniſtes ,
ſi décriez par leurs deſordres,
qu'on leurdonna le nom d'In.
fames & de Débordez. Ce double
Origeniſme , l'un charnel
& l'autre ſpirituel , a pour témoin
Saint Epiphane , qui
ſemble avoir peint dans l'un
&dans l'autre ce qui eft arri .
vé de nos jours à l'égard du
Quietisme. On y remarque
encore que l'Origenilme
charnel dura tres peu , & fur
abhorré de tout le monde;
ceux même qui en eſtoient
nfectez n'ofant produire aux
GALANT. 139
yeux deshommesune doctrine
fi affreuſe ; au lieu que
l'Origeniſme fpirituel , dont
les Sectateurs ,lelon SaintEpiphane
mesme , eſtoient irreprochables
du coſté dela pureté
, ne put eltre éteint que
deux censansaprés, tantil eft
vrayqu'une Here ſie charnelle
-eſt moins à craindre pour l'Egliſe
, que celle où l'on ne voit
tien que de tres - reglé dans
les moeurs .
Didyme qui pafſoit four
un homme à révelation,& qui'
eſtoit d'ailleursun prodige de
fcience , devint le Chef des
Mij
140 MERCURE
ہمج
Origeniſtesde ſon Siecle. Rus
fin , Preſtre d'Aquilée d'un
merite extraordinaire , entra
dans ſes ſentimens , & y engagea
Melanie , dont il eſtoit
le Directeur. Cette Dame, des
plus anciennes Maiſons de
Rome, que quantité d'actions
d'une vertu peu commune
avoient miſe dans un treshaut
degré de réputation,
confacra fon bien & fon credit
à l'avancement de ce Par
ty. Jean , Eveſque de Jeruſa.
lem , voulut que la Paleſtine
en fuſt le centre , toujours
neanmoins par dépendance
GALANT. 14
des Monafteres d'Egypte,qu'
une autorité ſans exemple rendoit
plus propres que tous les
autres à perfuader la nouveauté.
Saint Jerôme& Saint Epiphane
ſemirent en devoir d'y
réſiſter , & s'éleverent contre
les erreurs d'Origene. On leur
oppoſa les témoignages des
Saints Athenodore ,Gregoire
Thaumaturge , & de Denis
d'Alexandrie , Pierius , Theognofte
, Pamphile d'Atanaze,
Hilaire , Gregoire de Nazian
ze , Gregoire de Niſſe , Bafile,
Ambroiſe, Eufebe de Verceil,
qui tous avoient fait gloire
142 MERCURE
d'eſtre , les uns Diſciples , les
autres Traducteurs & admira .
teurs d'Origene , Rome , &
tout l'Occident prit part à cet.
te conteſtation , beaucoup
moins éclatante pour la qualité
des perſonnes , que par
lesartifices dont les Origeni.
ſtes ſe ſervirent pour oppri
mer les deux premiers hommes
qui fuſſent alors , l'un
dans l'Eglife Grecque, & l'autre
dans la Latine .
Theophile , Evêque d'Alexandrie,
commence à paroiftre
en cet endroit. Il ſemble
ne vouloir prendre aucun
GALANT. 143
parti , & puis il panche du
coſté de Jean de Jerufalem ,
trompéqu'il eſt par le perfide
Hidore , dont il ignore les liai .
fons ſecretes avec les Origeniſtes:
Enfin il les découvre ,
&il éclate contre eux . L'Egy
pte entiere ſe remuë , tandis
que Rome ſe déclare preſque
toute en faveurd'Origene, &
de Ruffin , ſon Traducteur.
Tout confpire a corrompre la
Foy de cette premiere Eglife,
lors que Dieu fufcite une Femme
pour la foutenir. Marcelle
découvre les impoſtures de
Ruffin. Anaſtaſe , ſi toſt qu'il
144 MERCURE
eſt élevé ſur le Trône de Saint
Pierre , les frape d'anatheme.
Les Egliſes d'Alexandrie , de
Chypre, d'Aquilée, de Milan,
conſpirent à foudroyer Origene
, & à le déclarer Heretique.
Melanie ſe convertit.
Ruffin eſt obligé de ſecacher;
& tandis qu'il cherche à redreſſer
ſes affaires , il meurt
plus opiniatre que jamais ;
mais avant que de mourir , il
réüffit à commettre l'un avec
l'autre ces deux incomparables
Docteurs , Saint Jerôme
& Saint Auguſtin: L'Histoire
de leurs differens termine le
Livre
GALANT. 145
Livre quatrième , & elle est
écrite d'une maniere auſſi pro .
pre à edifier qu'a inſtruire.
Dans le cinquieme , onvoit
celuy de Theophile & de S.
JeanChrifoftome, au ſujet des
Origeniſtes. Cet événement
ſi celebre & fi tragique que
les Anciens & les Modernes
Ontraconté chacun ſi diverſement
, &la pluſpart d'une maniere
peu fuivie , eſt icy dégagé
de tout ce que la paſſion a
fait, dire de part, & d'autre , &
rede
puis rapporté naïvement ſur
la foy de divers témoignages
Février 1700.
९
N
146 MERCURE
qu'on voit bien ne pouvoir
eſtre ſuſpects.
Enſuite on voit les liaiſons
de Vigilantius & de Pelage
avec les Origeniſtes . Les derniers
combats de Saint Jerôme
contre ces deux Hereſiarques
, la mort & leloge de cet
infatigable Ecrivain.
Apres cela viennent les
avantures de Synefius , qu'on
fit Eveſque malgré luy , quel
que chote qu'il puft dire de
fon attachement aux erreurs
d'Origene jusqu'à publier
hautement qu'il n'y renonce.
roit jamais non plus qu'à ſa
GALANT 147
femme, à ſonjeu,&àſon équi
page de chaſſe ; les ſoins qu'il
ſe donna depuis pour détruire
ces mêmes erreurs qui ſubſiſ
terent néanmoins fort paiſi.
blement durant prés de cent
ans par la diverſion que firent
Neftorius & Eutichés , dont
les differentes factions divi.
fées encinq ou fix branches
déchirérent ſi longtemps l'E
glife. Apeine ſont elles diffi
pées que l'Origenilme reparoilt.
L'admirable Saint Sab
bas arme tous ſes enfans con.
tre cette hydre renaiſſante
mais il a le déplaifir de la voir
Nij
148 MERCURE
ſe gliſſer juſque dans ſes Mo
nafteres ,d'où eftant preſque
parvenue à la Cour , plus l'Empereur
Justinien fait d'efforts
pour la détruire , plus un Evê
que fon Miniſtre la ſoutient
habilement à lon infçu. Cela
dure douze ans enti rs pen.
dant lesquels le courage des
Défenſeurs de la Foy eft mis
à d'étranges épreuves. Enfin
ce que les hommes ne peuvent
faire , le Tout puiſſant le
fait , & tour d'un coup une
Secte qui estoit l'oeuvre de
plus de trois cens ans eſt diſ,
GALANT. 149
On trouve à la fin de
eet Ouvrage deux chofes di.
gnes de la curiofité des Sca
vans. La premiere eſt on plan
de la doctrine d'Origene dont
les erreurs avoient paru juf
qu'icy n'avoir nulle liatfon
lune avec l'autre . Or on dé
montre par ce plan qu'elles
viennent toutes d'un même
principe , qui n'eſt autre choſe
que la manière outrée dont
Origene concevoit l'immuta
bilité de Dieu.
L'autre piece eſt un éclair
ciffement fur ce que les And
Giens , ont dit de la condam
Niij
150T MERCURE
nation d'Origene & de fes
Diſciples dans le Concile ge
neral , ce qu'on fait voir ne
pouvoir convenir au Concile
tenu en553. & en même temps
on prouve que le V. Concile
general , ſuivant l'idée des Anciens
, estoit compoſée des
Aſſemblées tenues en trois
temps differens , ſçavoir en
$36. contre Anthime , en 541.
contre Origene,& enss; con.
tre les trois Articles ,de même
que le Concile de Trente eſt
composé de celles qui ont efté
tenuës àdiverſes repriſes ſous
trois Papes differens dans
GALANT. 151
l'eſpace de dix- huit ans
:
Jamais on ne s'eſt mieux
diverty à la Cour qu'on a faic
pendant le dernier Carnaval.
Les divertiſſemens y ont eſté
frequens , agréables , inge.
nieux , & ont tellement fuccedé
les uns aux autres , qu'à
peineat on eu le temps de fe
délafſfer des agréables fatigues
que cauſent des plaiſirs
continuels. Les grands (pectacles
tenoient autrefois la place
de cene foule de petits divertiſſemens
, c'eſt à dire , les
Balets hiſtoriez , diviſez en
N fiij
152 MERCURE
pluſieurs parties , &meflez de
recits , dont le Roy donnoit
chaque Carnaval un ou deux
à ſa Cour , avant que la mode
des Opera , euſt commencé.
Cette mode n'eut pas fi toft
commencé à eſtre goûtée ,
que le Roy en fit faire tous
les ans pour le divertiſſement
de la Cour d'une magnificence
digne de luy. C'eſt tout
dire, jamais Souverain n'ayant
eſte ſi magnifique. Quoy que
ces divertiſſemens ne détournaffent
pas ce Monarque de
l'application qu'il donnoit aux
affaires de fon Etat , il a cru
GALANT1. 5353
depuis quelques années ſe
devoir priver de la pluf
part de ceux que prend ſa
Cour. S'ils font moins grands
parcequ'il ne les ordonnepas
ils diverfifient davantage les
plaiſirs d'un long Carnaval ,
&font neceſſaires pour occuper
une Cour auffi galante &
aufli nombreuſe que celle de
France. C'est pour cela que
le Royales honore quelque
fois de ſa preſence ,afin de
faire connoiſtre qu'il ne les
delaprouve pas. Vorcy ceux
qui ont diverty la Cour pene
dant le Carnaval Ira
154 MERCURE
Le7. Janvier il y eut un bal
àMarly qui commença par
un divertiſſement mellé de
Mufi que &de Danſes ,dontle
titre estoit LeRoy dela Chine.
CeRoyy estoitporte dansun
Palanquin , & precedé d'une
trentaine de Chinois , tant
Muficiens chantans, que de
Joücurs d'inſtrumens . Le S
des Moulins de l'Opera , ý
divertit beaucoup dans une
Danfe grotesque , reprefentant
une Pagode.onmous
Le lendemain il y eut en
core àMarly le même divertiffement
, & Bal enfuite . Les
GALANT.
!
. Seigneurs & les Damesdu Bal
n'eſtoient point en habits de
Maſque.
LeJeudy 21. damêmemois
ily eut bal à Marly ,& tous les
Danfeurs & Danſenſes paru.
- renten riches habits deMaf
ques. Madame la Ducheffe
de Bourgogne reprefentoit la
5 Deeffe Flore ,& Meldames
les Ducheffes de Villeroy &
de Sully , & les Comteffes
-d'Ayen & d'Estrées , & Mes
demoiselles de Melun & de
Bournonville , estoient les
Nymphes de ſa ſuite. L'habit
de Madame la Ducheffe de
-
156 MERCURE
Bourgogne eſtoit riche & galant,
& ceux desNymphes de
fa ſuite estoient du même
gouft. Madame la Princeffe
de Conty Doüairiere , Meſdames
les Marquiſes de Villequier&
de Chaſtillon eſtoient
en Amazones. Madame la
Ducheffe deChartres , Madame
la Duchefſe , Mademoifelle
d'Armagnac & Mademoiſelle
de Tourbes , eſtoient
en Sultanes tres magnifique.
ment vétuës . Mesdames les
Ducheffes d'Humieres , de S.
Simon , & de Lauzun , & Madame
la Marquiſe de Souvray,
GALANT. 157
eftoient habillées àl'Eſpagno.
le develours noir , avecbeau.
coup de Diamans. Tous ces
habits avoient eſte faitsexpres
pour ce jour là. Lors que tou
te l'Aſſemblée fut place on vie
paroiſtre la Mafcarade qui
avoit pour titre les Amazones.
Un Timbalier More marchoit
à la teſte monté ſur un Cha
meau , puis des Amazones
chantantes , auſquelles des
Sarmates & des Scithes de
leurs Sujets , donnoient plus
ſieurs divertiſſemens ,uncom
bat de Gladiateurs &des Vol
tigeurs ſur un cheval de bois,
158 MERCURE
Ily eut auſſi quelques Danſes.
Le bal commença enſuite &
&dura juſqu'à une heure.
Le Vendredy le Bal commença
à la même heure. Madame
la Duchefle deBourgogne
ne mit point d'autre habit
que celuy qu'elle avoit
porte tout le jour. Si toſtque
toute la Cour fut placée , la
pluſpart des Danſeurs & Dan-
Icules entrérent en danſant ,
tous vêtus à la Villageoife ,
mais fort galamment. Aprés
qu'ils curent danſé quelque
temps , ilss'affirent ,&la Mafcaradepréparéepource
ſoir là
GALANT. 159
parut. Elle avoit pour titre ,
les Savoyards, Quatre d'eux
portoientdes Malles, deſquel .
les , lorſqu'elles furent poſées
àterre , fortirent des Enfans
qui firent une Entrée de bal,
let. UnArlequin & un Poli
chinelle ,&Marinette & Zer.
binette leurs Femmes , danſe.
rentà merveilles , c'eſtoit le
freutBalon&des Moulins . Le
premiereftoic Arlequin &
l'autre Polichinelle. Les Fem
mes estoient Meſdemoiselles
Varango&Chappe. Une pe
tite Arlequine qui fortit d'une
des Malles , divertit fort l'Af
160 MERCURE
ſemblée par ſes petites poftures.
Monseigneur vinten
fuite en Maſque avec Mas
dame la Princefle de Conty
&pluſieurs autres Dames , &
quelques Seigneurs de laCour.
Le Bat finit à une heurell
Le Mercredy 27. Janvier le
Roy donnaun grandBaldans
fes grands Appartemens de
Vertailles. Ilcommençaàon
ze heures aprés le ſouper du
Roy. LaSalle oùlfont lesTribunes
pour la Muſique fut
choiſie pour de lienodusbal
L'ony ajoûta pluſieurs luftres,
&1 on difpola tout autour de
GALANT.160
grands gueridons ſur leſquels
on mit des girandoles , l'on
éleva des gradinseaux deuxi
bouts & dans les croifées ,&l
& l'on rangea des formes &
des ſieges autant qu'il fut pof
fible ,ven laiſſand un espace!
pour la Danſe. Tous les Princes
& Seigneurs & les Dames
qui devoient danſer , y vin
rent en habit de Mafque
L'entrée y fut libre pour tous
les Maſques , pourvû qu'auxi
premieres portes il s'en dé
maſquaſt un qui répondiſt de
fa Compagnie. L'on établit
aufli des Violons &des Hauts-1
Février 1700.
162 MERCURE
bois dans les deux chambres
voiſines de la principale Salle
du Bal. Les Maſques remplif
ſoient déja tout l'Apparte.
ment , lors que le Roy arriva
la fouleyeſtoit tres grande,&
l'on cut peine àlconſerver du
terrainpour ladanſe.Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
changea trois foisd'habits.Elle
y parut d'abord ſous celuy
de Flore , puis ſous celuyd'une
Laitiere , & enfin fous celuy
d'une Vieille. Monseigneur ,
Monseigneur le Duc de
Bourgogne , & Meſſeigneurs
les Princes ſes Freres , chanGALANT.
163
i
gerent auffi pluſieurs fois d'ha.
bits , ainſi que Madame la
Princeffe de Conty , & pluſieurs
Dames tant de la fuite
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , que de la Compagnie
deMadame la Frincef
ſe de Conty. Il y vint beau
coup de Maſques , tant de lat
Cour que de Paris. L'en danſa
toujours dans trois lieux differens
L'on apporta une magni..
fique Colattiioonn àune heure,
dans la grande Salle. Le Roy
ſe retira à deux heures , &
Madame la Duchefle de Bourgogneà
quatre , &de Balfinir.
O ij
164 MERCURE
Le 4 il y eut Bal à Marly
Le Roy & la Reine d'Angle.
terre y vinrent , & fouperent
aprés le Bal avec Roy. CeBal
commença à huit heures ,&
s'ouvrit par une entrée de
trois Eſpagnols & de trois Efpagnoles.
Madamela Duche(-
ſe de Bourgogne , Madame la
Comteſſe d'Ayen&Mademo
felle de Bournonville eſtoient
les Eſpagnoles ,&M'leCom.
tede Brionne , Male Duc de
Guiche , & M² le Chevalier
Sully , les Eſpagnols. L'entrée
fut tres-galante &bien execu-:
téc.Acette entrée ſucceda cel
GALANT. 1657
le de Monſeigneur , de Mon
fieur le Duc de Chartres ,&de
Madame la Princeſſe de Cons
ty. Elle repreſentoit un vieux
Maistre d'Ecole & fa Femme,
quatre Enfans& quatre Nour
rices qui les conduifoient part
les Lizieres. Le Maistre d'ES
coleeſtoit M'le Marquis de lal
Valliere; fa Pemme,Monfieurs
•le Duc de Chartres ;les quatre
Enfans, Monſeigneur , M'le
Marquis de Villequier , Mele
- Comte de Brionne , & Mle
Marquis d'Antin. Les Nourrices
ettoient Madame la Prioceffe
de Conty,Mesd'Epinoy,
166 MERCURE
de Villequier& de Chaſtillon.
Aprés cette entrée l'on vid
paroiſtre la mascaradedes Mu
ficiens & des Danfeurs. Le ſu
jeteſtoit une Noce deVillage,
& les Acteurs , le Seigneur&
laDamedu Village, les Parens
de la mariée , les Garçons &
les Filles de la Noce. Il y eut
quatre Scenes en muſique ,&
quelques entrées de Baller,
où les Sieurs Ballon & des
Moulins , & Mademoiselle du
Fort firent merveilles. Le Bal
continua aprés la mafcarade
juſqu'à dix heures & un quarr. >
Le lendemain , il yeuten.
GALANT. 167
core Bal à la même, heure.
Les Danſeurs & les Danfeuſes
n'eſtoient point en habits de
Maſque. Toutes les Dames
Danſantes furent toujours en
habits de maſque. Un quart
d'heure aprés que le Bal fut
commencé , Madame la Du
chefle deBourgogne entra en
habit de magicienne , tres magnifique.
Elle estoit ſuivie de
Mesdames les Ducheſſes der
Sully& de Villeroy, des Com
teffes d'Ayen & d'Eſtrées , &
de Meſdemoiselles de Melun:
&de Bournonville, veſtuës du
même gouft. Peu de temps
168 MERCURE
aprés , parut la Maſcarade des
Muficiens & Danſeurs, Lel
lendemainde la Noce eſtoitle;
fujet de ce divertiſſement. Les
mêmes Danſeurs firent merveilles,&
ce qui divertit beau.!
coup, ce futunfaux Bapaume,
ce Bapaume paſſe à la Cour
pour un plaiſant , il eſtoit fi
reſſemblant à l'original, que
toutel'Aſſemblée y fut long.
temps trompée. Il y eut encore
une Mascarade fort ga
lante qui reprefentoit plus
ſieurs faits de Dom Quichote
de la Manche , leCombit du
Chevalier des Miroirs, la Prine
ceffe
GALANT. 169
cefle Doloride , les Dames
barbuës , & les frayeurs de
Sancho au fujet de l'Ecuyer au
grand nez Le bal continua
enfuite juſqu'à dix heures & un
quart..
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne ayant ſouhaité
que Madame la Chanceliere
luy donnaſt un Bal , elle receut
cette propofition avec
beaucoup de joye ; & quoy
qu'elle n'euſt que huit jours
pour s'y préparer, elleréfolut
de donner à cette Princeſſe ,
dans une même ſoirée tous
les divertiſſemens que l'on
Février 1700.
,
P
170 MERCURE
prend ordinairement pendant
tout le cours du Carnaval ;
ſçavoir ceux de la Comedie ,
de la Foire , & du Bal , ce dernier
renfermant les plaiſirs
'que donne dans cette Saifon
la varieté bizarre des Maſques
galans , groteſques , & magni
fiques qui y abondent. Tout
ſe trouva preſt pour le jour
marqué. Cependant la Feſte
fut differée de neuf jours , à
cauſe d'un mal de dents ſurvenu
àcette Princeſſe. Lejour
deſtiné à la donner eſtant venu,
on poſta des détachemens
de Suiffes dans la ruë & dans
GALANT. 171
la Cour , avec pluſieurs Domeſtiques
de Madame la
Chanceliere , en forte qu'il n'y
eut aucun embarras , ny à la
porte , ny même aux avenuës
de la Chancellerie. Il y eut
outre cela de ſi bons ordres
donnez , que malgré la con.
fuſion qui ſe trouve ordinairement
aux portes des lieux où
ſe font de ſemblables Feſtes ,
toutes les perſonnes de diſtintion
, pour qui il y avoit des
places marquées , entrérent
avec facilité & furent placées
de même . La cour eſtoit éclairée
, ainſi que le Veſtibule , &
Pij
172 MERCURE
l'Escalier , où il y avoit des
luftres & des girandoles fur
des torcheres ; on remarquoit
d'abord dans la Salle preparee
pour le Bal , un grand Portrait
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , qui eſtoit fur la
cheminée. Il y avoit tout autour
de cette Salle des gradins
de trois à quatre pieds de long,
& entre chaque gradin étoient
des torcheres magnifiques ,
fur leſquelles il y avoit des girandoles
, outre dix luſtres fufpendus.
On avoit dreflé un
grand Amphitheatre dans la
face du bas de la Salle , pour
1
GALANT 173
t
cinquante tant Hautbois que
Violons du Roy , tous en habits
de Maſque uniformes ,
avec des bonnets garnis de
plumes , ce qui formoit un
ſpectacle auſſi magnifi que que
nouveau dans ces fortes de
Feftes. Il y avoit des formes
tout autour de la Salle , au
deſſous des gradins , & au devant
de ces formes , un rang
de tabourets , audevant del
quels eſtoient trois fauteuils ,
l'un pour Madame la Duchef.
le de Bourgogne , & les deux
autres pour Monfieur & pour
Madame. Monfieur n'y vint
Puf
174 MERCURE
3
point à cauſe d'une legere
indiſpoſition & Madame y
vint ſans eftremaſquée . On
avoit laiſſe un grand quarré
reſervé pour la danſe. A coſté
de la Salle du Bal , ſur le même
palier de l'efcalier eſtoit
une autre Salle fort éclairée .
dans laquelle il y avoit des
Violons & des Hautbois , &
cette Salle eſtoir pour recevoirles
Mafques , qui , à cauſe
de leurgrand nombre ne pouvoient
entrer dans la Salle du
Bal.
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne fut reçuë à la deſ
* GALANT. 175
cente de ſon Caroſſe par M
le Chancelier , Madame la
Chanceliere , & M' le Comte
de Pontchartrain. Pluſieurs
de leurs Parens & Amis s'é
toient joints à eux , comme
M' le Duc de Leſdiguieres ,
M'le Duc de Saint Simon ,M
le Duc de la Meilleraye , M
le Duc de Humieres , M' le
Marquis de Beringhen , M'le
Comte de Quintin , M' de
Duſſon , M' le Comte de
Roucy , M'le Comte de Blan .
zac , M'le Chevalier de Rou.
cy;&M'le Chevalier de Roye,
avec pluſieurs Dames ; ſça.
Pij
176 MERCURE
:
voir , Madame la Ducheſſe de
Leſdiguieres , Madamela Du
chefle de Saint Simon , Madame
la Ducheſſe de Foix , Ma
dame la Ducheſſe de Humieres,
Madame la Maréchale de
Lorge , Madame de Beringhen,
Madame de SaintGeran
, Madame la Comteſſe de
Rouey & Madame la Comrefſe
de Blanzac. Madame la
Comteffede Pontchartrain ne
put avoir cet honneur , àcauſe
de ſa groſſeffe,
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne ainſi reçuë , fut
conduite dans la grande Salle
GALANT. 177
du Bal. Monſeigneur &Mefſeigneurs
les Ducs de Bourgo.
gne , d'Anjou ,& de Berry , &
toutes les Princefles & Dames
bien maſquées vinrent prefque
en mêmetemps ,& aprés
leur arrivée , M'le Chancelier
laiſſa faire le reſte des hon-'
neurs à Madame la Chanceliere.
Il n'y avoit qu'une heu
re que le grand Bal eſtoit com.
mencé , quand Madame la
Chanceliere & M' le Comte
de Pontchartrain conduiſirent
Madame la Ducheſſe de
Bourgogne dans un lieu difpoſé
pour luy donner le di
3
178 MERCURE
vertiſſement d'une petiteComedie
, & avant que d'y entrer
, on paſſa dans une Salle
ornée de Miroirs & de quantité
de lumieres. Iln'entradans
la Salle de la Comedie qu'environ
cent cinquante perfon.
nes, les Princes & Princeffes
du Sang n'y prirent aucun
rang , eftans tous malquez.
Cependant Madame la Du .
cheſſe de Bourgogne & Mada .
me ſe trouverent placées au
milieu de la Salle , chacune
dans un fauteüil. Madame la
Ducheſſe de Bourgogne fut
ſurpriſe d'y voir un Theatre
:
2
GALANT. 179
avec ſes armes & ſes chiffres.
Il repreſentoit le Laboratoire
d'un fameuxOperateur,& enſemble
le lieu où il enferme
ſes drogues. Il eſtoit orné de
Pilaſtres , & l'efpace qu'il y
avoit d'un Pilastre à l'autre
eſtoit remply de tablettes fur
Jeſquelles eftoientdes vaſesde
Porcelaines à l'uſage des Chi
miſtes , avec des uftanciles
propres à leur travail. Toutes
ces Tablettes n'eſtoient pas
entierement découvertes . Il
y en avoit quelques - unes à
demy cachées par des Ri .
vaux qui n'eſtoient pas tout
4
180 MERCURE
à fait tirez, Des Squeletes&
des Poiffons , avec d'autres
Animaux paroiffoient atta.
chez au Plafonds . On entroir
fur ce Theatre par trois portes
, dont l'une eſtoit dans le
fonds., & les deux autres aux
deux coſtez; elles eſtoient or-,
nées d'une Architecture convenable
au lieu. Il y avoit fur
tous les Pilaſtres des démygirandoles
à cinq branches
d'argent . Ces girandoles s'attachent
, & ont eſté nouvellement
inventées par M'Berrin
qui avoit imaginé ce Theatre
&donné tous ces ſoins àl'emGALANT.
18
belliſſement de cette Feſte , à
laquelle m'le Févre Intendant
& Controlleur general des
menus plaiſirs & affaires de la
Chambre du Roy , entendu
en ces fortes de divertiſſe.
mens , n'a pas peu contribué
par ſesavis. Comme le lieu où
leTheatre eſtoit dreſſe ne permettoit
pas que l'on y plaçaſt
des luftres , on avoit trouvé
l'art de l'éclairer par deux ou
trois cens lumieres cachées ,
&dont la reflexion y répandoit
un éclat qui ſurprenoit
tous les Spectateurs.Aufſi-toft
que Madame la Ducheſſe de
182 MERCURE
Bourgogne futaffife , unOpe
rateur, fous le nom du fameux
Bari , vint luy demander ſa
protection contre les Medecins
, & aprés avoir vantél'excellence
de ſes remedes & la
bontéde ſes Secrets, il luyoffrit
le divertiſſement d'une
petite Piece telle qu'autrefois
on en faiſoit repreſenter à Paris
, & enſuite d'une tres.belle
Simphonie, qui ſe fit entendre
d'une Chambre voiſine. On
repreſenra une petite Comedie
que madame la Chanceliere
avoit fait faire par M' Dan .
court exprés pour cette Felte.
GALANT. 183
Ily avoit meflé quelques ScenesItaliennes,
que l'on trouva
ingenieuſes fort ,&qui furent
agreablement repreſentées
par ſes deux Filles . Tous les
Acteurs qu'on avoit choiſis
pour ce divertiſſement dans
la Troupe des Comediens du
Roy, excellerent dans les cas
racteres qu'on leur avoitdonnez
, & reçurent beaucoup de
loüanges.
La Comedie finie, Madame
la Chanceliere mena Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
dans une aurre Salle , où il y
avoit une fuperbe Colation
184 MERCURE
:
diſpoſée d'une maniere ingenieuſe.
On avoit conſtruit
dans l'un des bouts de cette
Salle , cinq boutiques qui formoient
un demy cercle. Dans
ces cinq boutiques eſtoient
cinq marchands chantans, repreſentez;
ſçavoir un Patiffier
François par le S' de Puvigné.
Un Provençal , Marchand
d'Oranges & de Citrons , par
le S' Jonquet; une Limonadiere
Italienne , par le S' Favally;
un Confiturier , par le St
Courcier ; & un Armenien ,
Vendeur de Caffé , de Thé &
de Chocolat , chantant en
GALANT. 185
Langue Franque , parle S Baſtaron,
tousdela Muſique du
Roy. Ils avoient des habits
qui convenoient aux Nations
qu'ils repreſentoient , & des
Garçons pour ſervir , veſtus
auſſi ſelon la Nation dont ils
tenoient le langage. Les boutiques
ſe communiquoient au
dedans les unes aux autres , &
n'eſtoient ſeparées qu'exterieurement.
La menuiserie on
eſtoit peinte & dotée , & l'on
voyoit alternativement dans
les panneaux du bas des boutiques
, les Armes & les Chi.
fres Madame la Ducheſſe de
Février 1700.
€
Q
186 MERCURE
Bourgogne. Ces boutiques
eſtoient ceintrées ,& des Luſtres
pendoient du milieu de
chaque ceintre. Au deſſus de
ces boutiques eſtoient écrits
en groſſes lettres d'or , les
noms de Procope , de le Coq ,
de Benachi , & quelques autres;
& fur tout le haut , on
avoit peint toutes les choſes
convenables à ce que chaque
boutique devoit reprefenter.
La Simphonie eſtoit placée
dans les angles des boutiques,
& veſtue avec des habits af.
fortiffans à ceux des Marchands
que je viens de vous
GALANT. 187
nommer. Le fond des bouti
ques eſtoit couvert de tabletes
dorées , & le tout eſtoir
remply de toutes les chofes
qu'on y devoit vendre. On y
voyoit quantité de corbeilles
magnifiques , des vafes de
criftal , d'argent, & de vermeil
doré , des jattes , des bandedeges
, avec des Porcelaines,
letout remply de liqueurs, de
confitures ſeches , de dragées ,
de patiſſerie , d'oranges , de
citrons de limes douces ,&de
tout ce qu'on peut imaginer
pour une galante Colation.
Toutes ces choſes eftoient
Q
188 MERCURE
entremeflées de fleurs & de
girandoles , & le rang le plus
élevé eſtoit tout orne devaſes
magnifiques remplis de fleurs,
dont il y avoit plufieurs guir.
landes ſur les tabletes Quoy
que ces choſes fuſſent briliantes
d'elles mêmes , elles ne
laiſſoient pas de tirerun nouvel
éclat des Luſtres qui éclai
roientlesboutiques;&comme
ces boutiques étoient feparées
par des pilaſtres,que le derriere
de ces pilaftres eſtoit tout
couvert de lumieres ,&que ces
lumieres reflechiſſoient enco .
re ſur tout ce qui estoit ſur les
GALANT. 189
f
tabletes desbboouuttiiqquueess, on ne
ſçauroit rien s'imaginer de
plus brillant que paroiffit
toute cette petite foire ; mais
ce qui eſt fort à remarquer , il
y avoit un grand miroir dans
le fond de chaque boutique ,
qui rappellant tous les objets
qui compofoient l'aſſemblée,
les faiſoit encore paroiftre .
dans toutes les boutiques ,
outre toutes les chofes que
j'ay déja marqué ; de maniere
que cet aſſemblage eſtoittout
àfait brillant , & que les yeux
en pouvoient à peine ſupporter
l'éclatante varieté. Si ce
190 MERCURE
ſpectacle eſtoit nouveau , la
Muſique qui estoit de M' Col.
lace , l'un des maistres de Mu--
ſique du Roy , n'avoit pas
moins les charmes de la nouveauté,
puiſqu'on entenditun
Choeurcompoſedeperſonnes
qui parloient diverſes langues
&qui ne laiſſoient pas desac.
corder admirablement bien.
Ce Choeur fut ſuivy de Trio&
de Duo ; & chacun chanta
auſſi ſeul en ſa langue. Tout
ce qu'on chanta fut à l'honneur
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & pourinviter
cette Princeſſe à venir goûter
GALANT. 191.
3
de tout ce qui eſtoit dans les
boutiques. A coſté il y avoit
un grand Cabinet entouré de
gradins remplis de fruits , de
confitures ſéches , & d'une infinité
de paquets de confitures
nouez avec des rubans
pour diſtribuer à l'Aſſemblée ,
dontle ſieur Philberts acquir .
ta avec des manieres divertif
ſantes. Les liqueurs y estoient
en abondance Madame la
Duchefſe de Bourgogne fortit
tres fatisfaite de la Salle de la
colation,&donna forceloüanges
à tout ce qu'elle y avoit
vû& entendu. Alors tous les
192 MERCURE
Maſques entrerent dans cette
même Salle , où l'on diftribua
toutes fortes de rafraichiſſemens
à ceux qui ſe preſenté.
rent , avec une profuſion ſans
pareille, tandis que des Domeſtiques
de Madame la
Chanceliere,en portérent à
toutes les Dames quieſtoient
fur les gradins , & en offrirent
même à ceux qui n'en deman.
doient point. Madame laDu.
cheſſe de Bourgogne en for.
tant de la Sal'e de la Collation
ne retourna point dans celle
du Bal , parce qu'il y avoit un
nombre infini de maſques , &
: 4
que
GALANT. 193
que le Bal ſe trouva un peu
dérangé. Aprés que cettePrin
ceſſeen fut fortie, elle retournadans
celle de la Comedie,
où il ſe fit un Bal particulier
à toute la Cour. Il dura juſqu'àdeuxheures
aprés minuit,
enfuite de quoy , elle revint
dans le grand Bal pour voir le
hombre preſque infini de divers
Maſques qui s'y rencontrérent.
Elle les vit danſer &
danſajuſqu'à quatre heures du
matin , aprés quoy Madame la
Chanceliere & M² le Comte
de Pontchartrain l'ayant reconduite
juſqu'au bas de l'ef-
Février 1700. R
194 MERCURE
calier , cette Princeſſe leur
marqua en termes fort obli
geans qu'elle avoit prisbeaucoup
de plaifir au divertiſſe.
ment qu'on venoitde luydon
ner, & qu'elle en estoit extré
mement fatisfaite. Ainfi finit
cette Feſte qui attira beau.
coup de loüanges à Madame
la Chanceliere.
Le Samedy 13. Son Altefſe
Sereniffime Monfieur le
Princedonna dans ſonAppartement
deVerſailles,ungrand
Bal à Madame la Ducheſſe de
Bourgogne. Cette Princefle
s'y rendit fur les onze heures
GALANT.
195
du ſoir en habit de Sultane.
Une partie des Dames qui
l'accompagnoient eſtoit mafquée,&
l'autre ne l'eſtoit pas.
S. A. S. reçut cette Princeſſe
à la porte de ſon Appartement
dans la Gallerie baſſe , où il y
avoit deux Corps de garde
pour empeſcher la foule ; auſſi
n'y laiſſa-t-on entrer que les
perſonnes les plus qualifiées
de laCour , ce qui garantit du
deſordre & de la confufion.
La principale Salle du Bal
eſtoit éclairée par un grand
nombre de luſtres & de girandoles.
On avoit conſtruit une
Rij
196 MERCURE
tribune au deſſus de la porte,
& l'on y avoit placé les Vio.
lons&les Hautbois Pluſieurs
Termes ſoûtenoient cette tri .
bune, ſous laquelle commen.
çoient à regner des Amphitheatres
qui tournoient tout
autour de la Salle , à la referve
de l'endroit où estoit Madame
la Ducheſſe de Bourgogne.
Ces Amphitheatres eſtoient
interrompus ,&dans les eſpaces
qu'on avoit laiſſez de l'un
à l'autre , il y avoit des Torcheres
de huit à neufpieds de
haut , qui portoient desgirandoles
de criſtal. Dans la ſeGALANT.
197
,
conde piece où danferent
ceux qui ne purent avoir cer
honneur dans celle où eſtoit
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
, il y avoit auſſi quantiré
de Lustres & de Torche
res. La troifiéme piece , qui
eſtoit celle de la Collation
eſtoit ornée à la Chinoife.
Dans le fond de cette Salle
il y avoit un magnifiqueBufet
qui frappoit dabord la vûë.
Ce Bufet avoit cinq gradins ,
qui estoient tous formez de
glaces ſéparées en diſtances
égales , par des conſoles de
cinq pouces de haut , dorées
1
Riij
198 MERCURE .
:
d'or bruny , & enrichies de
teſtes , & de plufieurs orne.
mens. Chaque conſole portoit
une girandole de criſtal ,
&toute laColation eſtoitpofee
entre ces conſoles. Sur le
premier gradin qui estoit de
trois pieds & demy de large ,
& qui ſervoit de table , il y
avoit des corbeilles dont les
unes eſtoient couvertes , &
d'autres qui ne l'eſtoient pas,
Sur celles qui eſtoient cou
vertes , on voyoitdes brocards
d'or&d'argent avec des fonds
de differentes couleurs. Ces
corbeilles eſtoient ornées de
GALANT.
tiffus or & argent de la mem
couleur des brocards , & remplies
de paquets de toutes fortes
de confitures ſeches des
plus exquiſes. Sur le même
gradin eſtoit un ſurtout garny
de plufieurs lumieres.
Le ſecond gradin eſteit
remply de corbeilles dorées
chargées en piramides de
fruits tant confits que crus ,
des plus rares pour la failon ,
&de plufieurs foucoupes, dont
l'éclat meſlé à celuy des lumieres
faisoit un tres - bel
cfter.
Il y avoit ſur le troiſieme ,
Rij
200 MERCURE
de belles & grandes jattes de
porcelaines , meſlées de corbeilles
, remplies de caramels
& de confitures candies , &
autres.
Le quatrième gradin eſtoir
garny d'argenterie, de ſurtour ,
& de corbeilles pareillement .
remplies de tout ce qui pouvoit
convenir à une auſſi ſuperbe
collation. Tous les vui
des de ces gradins eftoient
remplis de petites porcelaines
où l'on voyoit avec étonne.
ment des piramides d'une prodigieuſe
quantité de fleurs na .
turelles.
GALANT. 201
Il paroiſſoit dans le milieu
du cinquiéme gradin une ef
pece de Trône à la maniere de
ceux des Rois de la Chine.
Sur ce Trône eſtoit afſiſe une
figureChinoiſe d'environ quatre
pieds de haut , & deux pe
tites à ſes coſtez. Il y avoit fur
le même gradin quatre orangers
dont les tiges eftoient
fort hautes , tous chargez de
fleurs & de grand nombre de
fruits. Les caiſſes eſtoient de
ſculpture dorée , & à jour ſur
un fond vert , & la tige eftoit
entourée de caramelsjuſques
aux feüilles. Ily avoit entre
202 MERCURE
ces orangers des ſeaux de por
celaines armez de vermeil &
remplis de fleurs naturelles en
piramides. La forme de tout
le Bufet eſtoit en circulant ſur
les deux bouts ,& retournant
en face , de maniere que tou
tes les girandoles ſe trouvant
placées ſur les angles rentrans ,
&faillans,formoient pluſieurs
piramides de lumieres. La nape
de ce Bufet eſtoit d'étofe
des Indes , avec des bordures
regulieres d'ornemens d'or &
de couleur , & l'on voyoit ſur
leplein dutout,des groteſques
dont la richeſſe égaloit celle
GALANT. 203
dela bordure , ainſi que letravail
Alahauteurde cette table,
huit autresmoyennes tablesde
trois pieds de large chacune
en quarré , ornoient le tour
de la Salle. Il fortoit de cha.
cune de ces tables un oranger
dont on nevoyoit pas la quaifſe.
Une petite corbeille dorée
&à jour entouroit la tige de
chaque oranger , qui ſembloit
en fortir , & ily avoit dans ces
corbeilles des fruits confits
& des caramels qui mon.
toient juſques au haut de la
tige , & touchoient aux feüil .
les. Sur les quatre coins de
204 MERCURE
chacune de ces tables eſtoit
une porcelaine garnie d'une
infinité de choles propres à
cette Collation , & toutes plus
exquiſes les unes que les autres.
Tous lesorangers étoient
chargez de fruits & de fleurs ,
& l'on y voyoit une infinite
de limons , de citrons , & d'oranges.
Toutes ces tables a
voient auſſi de riches Indien.
nes pour napes. Douze Offi .
ciers de Monfieur le Prince
diſperſez pour ſervir , & vêtus
en Pagodes , estoient affis entre
chacune de ces tables Il
y avoit au pied de la grande
GALANT. 205
table du Bufet , trois Pagodes
jouant des inſtrumens,&dans
les deux bouts deux autres
Pagodes chantantes. Dans le
fonds de la Salle vis à vis du
Bufet eſtoient trois grands
miroirs , qui rappelant ce Bufur
le faisoient paroiſtre dans
les deux bouts.Outre la quan.
tité de girandoles du Bufet , il
y en avoit autour de la Salle
qui étoient poſées ſur des conſoles
d'Architecture. Quand
Madame la Ducheſſe de Bour.
gogne entra dans cette Salle,
les Pagodes vivantes & les
Poſtiches remuerent toutes
206 MERCURE
la teſte également , comme
pour ſaluer cette Princeſſe ,
&dans le même inſtant les
douze Officiers veſtus enChi
nois fe leverent ,& tirerent de
deſſous le Buffet pluſieurs ta
bles avec des couverts & des
ſieges , où la Princeſſe & les
principales Dames de ſa ſuite,
firent colation. Tout ce
qui fut fervi fur ces tables , y
parut tout à coup comme par
enchantement , perſonne ne
s'eſtantapperçud'où ilvenoit,
rien n'ayant eſté pris ſur les
gradins du Buffet que quel
ques corbeilles du premier
GALANT: 207
gradin, lesdouzeOfficiers dont
je viens de parler , ſervirent à
boire ſur quantité de Soucoupes
. Madame la Ducheſſe de
Bourgogne n'entra dans cette
Salle de la Colation qu'entre
une & deux heures. Monſei
gneur le Duc de Bourgogne,
Monſeigneur le Duc d'Anjou,
& Monseigneur le Duc de
Berry eſtoient auſſi maſquez ;
mais Monfieur & Madame
n'eſtoient point déguiſez .
L'ordre eſtoit ſi bon , qu'ils
n'y furent point preſſez , ce
qui leur donna lieu d'admirer
& de loüer à loiſir la magnificence
& le bon gouft de
}
208 MERCURE
Monfieur le Prince. Lors que
les Princes & Princeſles furent
fortis de ce lieu , l'entrée enfut
permiſe au reſte de l'Afſemblée
, qui n'eſtoit compoſée
que de perſonnes choiſies ,
& il s'y fic une prodigieuſe
diſtribution de liqueurs , de
fruits , de confitures , d'oranges
& de citrons . Il eſtoit
deux heures quand le Bal recommença
, & il dura juſqu'à
quatre. Quelque temps aprés
qu'il fut recommencé , on y
apporta du Café & du Chocolat
ſur de grands Cabarets ,
appellez Bandéges en Chi
GALANT. 209
nois. Il falloit deux hommes
pour en porter un , & ils les
portoient fur leurs épaules.
Les uns estoient vétus en
Turcs , & d'autres reprefentoient
d'autres Nations. Il y
avoit outre cela une grande
Salle de referve , remplie de
toutes fortes de boiſſons , &
l'on n'en refuſoit à perfonne.
Comme un bal trop continu
peut ennuyer , & que, l'éten
duë de l'Appartement nepermetroit
pas à Monfieur le
Prince de donner un autre
ſpectacle que celuy de laCol.
lation , il avoit imaginé ſept
Février 1700. S
210 MERCURE
differentes petites Maſcarades
qui interrompirent le Bal de
demi heure en demi- heure.
Tous ces divertiſſemens
eſtoient fi bien concertez , &
ſe meſloient fi naturellement
au Bal , que les Violons.
changeoient d'air dés qu'ils
voyoient entrer les Maſcarades
concertées , & joüoient
les airs ſur leſquels devoient
danſer ceux qui compofoient
ces Maſcarades . Aprés la def
criptionque je viens de faire ,
il n'eſt pas neceſſaire de louër
la nouveauté , la magnificence,
& le bon gouft de cette
GALANT 201
Feſte , puiſqu'il ſuffit de ladécrire
pour faire voir qu'on ne
huy sçauroit donner trop d'é.
loges Ellen'ena pointbeſoin,
&il fuffit de nommer legrand
Prince qui l'a donnée pour
perfuader ceux qui l'appren.
dront,aprés les grandes chofes
qu'il a déja faites de cette
nature , que ce qu'il vient de
faire eft nouveau ,ingenieuſe.
ment imaginé , & de bon
gouft . M' Berrin a donné ſes
foins à tout ce qui concernoit
le ſpectacle. On connoiſt ſon
genie pour toutes ces fortes
de choſes .
Sij
212 MERCURE
I
J'ay oubliéde parler dequa
tre Maſques qui divertirent
beaucoup dans ce Bal ,& cer
Article ne doit pas eftre
oublié. Ces quatre Maſques
eſtoient Monfieur le Comte
de Toulouſe , Mole Comte
d'Evreux , M² le Duc de Guiche
, & M' le Marquis de la
Chaſtre. Ils eſtoient en habits
ſemblables , fous de grands&
amples vertugadins de taffetas
qui les couvroient depuis
la teſte juſqu'aux pieds. Leur
coëffure en eſpece de turban
leur envelopoit toute la teſte ,
&tomboit fur le vertugadin.
:
GALANT. 213
Ils avoient chacun quatre
maſques de cire qui les repre.
fentoient tous quatre , & qui
leur reſſembloient parfaitement,&
comme ils tournoient
leur coëffure à leur gré , &
que par confequent ils chan.
geoient leurveritable maſque,
ils ne pouvoient ſe reconnoître
les uns les autres ,
qu'ils estoient tous quatre de
la même taille , qu'on ne leur
voyoit point debras ,&qu'ils
avoient la même chauſſure.
outre
Le 14. ily eut Bal chez Madame
la Princeſſe de Conty
Doüairiere. L'affluence des
214 MERCURE
Maſquesy fut grande. Il n'y
avoit point de licu deſtiné
pour la Collation , mais elle
fut portéepar un grandnom
bre d'Officiers , qui en preſen
térent à toute l'Aſſemblée , &
qui paſſérent dans tous les
rangs ; en forte que chacun
put à fon gré contenter fon
gouft ,& fe rafraîchir. Ainfi
malgré la confufion de maf.
ques , perſonne ne manqua
des rafraîchiſſemens neceffai
res dans ces fortes d'occa
fions. Ce Bal n'eſtoit point
préparé , & pouvoit paffer
pour un Impromptu ; mais
1
GALANT. 215
quoyquece ne fuſt point une
feſte, &qu'il n'y cuſt pointde
ces décorations qui en marquent
l'appareil , il ne laiſſa
pas d'eftre magnifique , les
- Princes & les Princeſſes d'un
certainrangtrouvant toujours
chez eux preſqu'en un mos
ment , ce que les autres ne
ſçauroient préparer qu'avec
du temps .
Le lendemain 15. M² le
Marquis d'Antin eut l'honneur
de donner le Bal à ма-
dame la Ducheſſe de Bourgo.
gne, où monſeigneur leDauphin
, & Meſſeigneurs les
216 MERCURE
Princes ſe trouverent mal,
quez. Cette feſte répondit à
cequ'on attendoit de ſon bon
gouft & du zele qui le portoit
à la donner. Il y avoit ſept
• chambres toutes brillantes de
lumieres , tant le nombre en
eſtoit grand. Elles eſtoient ri.
chement meublées. On avoit
placé des Violons&desHauts.
bois dans trois pieces. Les au,
tres fervoientà ſe repoſer,Celles
où l'on danſoit n'eſtoient
pas de ſuite , & il y avoit entre
chaque Salle du Bal , une autre
Salle pour ſe délaſſer. La principale
eſtoit fort grande. Des
gradins
GALANT. 217
gradins étoient tout autour , &
un grand Portrait du Roy en
piedàl'undes deux bouts. On
avoit ofté toutes les portes , ce
qui empêchoit la confufion.
Toutes les Chambres eſtoient
de plein pied avec des déga .
gemens dans lesquels on pouvoit
auffi fe repofer. Il y eut
de ſi bons ordres donnez pour
Pentrée qu'il n'y eut point
d'embarras à la porte de la ruë
ny ſur l'escalier , quoy que le
nombre des Malques fuft
grand. Deux heures aprés
l'ouverture de ce Bal Mle
Marquis d'Antin conduifit
Février 1700. T
L
218 MERCURE
Madame la Duchefle de Bourgogne,
Monfieur & Madame,
& les Princes & Princeſſes ,
dans le lieu deſtiné pour la
Collation. Il y avoit deux manieres
de grandes loges ceintrées
par le haut , au fonddef.
quelles on avoit élevé des tablettes
juſqu'en haut. Les tablettes
de l'une de ces loges
eſtoient garnies de cuvettes
d'argent , & autres ouvrages
qui contenoient tout ce qui
peut ſervir à une collation
dont on les avoit chargées en
piramides. Sur l'appuy du devant
de la Loge , qui estoit en
GALANT. 219
maniere de table , on avoit
aufli placé en piramides des
oranges , des citrons, des li
mes douces ,des pommes d'apy,
de toutes fortes de confi
tures feches,&de tout ce que
la Patiſſerie peut fournir.
Le ceintre de cette loge étoit
tout couvert de feüilles d'o
ranger , auſquelles on avoit
attaché des poncires , des citrons
, & des oranges ; le tout
éclairé par pluſieurs girandoles
, & par quantité d'autres
lumieres. La ſeconde loge
eſtoit remplie de tablettes
comme la premiere , & ces
1
Tij
220 MERCURE
tablettes eftoient garnies de
tout ce que l'on peut s'imagi .
ner d'eaux & de liqueurs. Les
Officiers qui diftribuoiene
tout ce qui estoit dans ces
loges , eftoient vêtus à la Turque
, & lorſque les principales
perſonnes de la Cour en furent
forties , il fut permis d'y
entrer à tous ceux qui voulu
rent manger & ſe rafraîchir.
On ne sçauroit trop vanter la
propreté des lieux. La richeſſe
des tapiſſeries , & fur tout la
quantité de lumieres , qui alloit
au delà de tout ce quel'on
a encore vû en cesfortes d'ocGALANT.
1 221
caſions. M' le Marquis d'Antin
voulant faire connoiſtre
que ce Bal n'eſtoit que pour
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, le fit ceſſer dés que
cette Princeſſe fut fortie. Ce
Bal ſe paſſa dans l'Hôtel de
M'd'Antin qui estoit autrefois
l'Hôtel de Soiffons .
plus de
Il y eut Bal le lendemain
chez Monfieur le Duc du
Maine , & une grande Collation
ſervie en ambigu. Latable
eſtoit de plus de trente
couverts. Il y vint une fort
grande quantité de Maſques.
Je ne vous fais point la def
Tiij
222 MERCURE
cription des lieux, tout eſt ma
gnifique chez les Princes de
cerang.
Le Mercredy 17 Février ,
le Roy & la Reine d'Angle
terre arriverent à Marly , à
fix heures & demie. Le Bal
commençaà huit heures , &
debuta par la mascarade de
Monseigneur , qui avoit eſté
imaginée par MonfieurleDuc
de Chartres. Elle repreſentoit
le Grand Seigneur dans ſa
Ménagerie. Il eſtoit porté par
des Efclaves ſur un Palanquin,
&précedé par ungrandnombre
d'animaux au naturel ,
GALANT. 223
comme des Autruches , des
Demoiselles de Numidie , des
Singes , des Ours , des Perro-
• quets , & des Papillons. A leur
fuite marchoient desOfficiers,
des Eſclaves du Serrail ,&des
Sultanes, qui tous enſemble
avec les animaux danferenc
une entrée fort plaiſante &
nouvelle. Mile Marquis d'An.
tin eſtoit le Grand Seigneur,
& les Officiers du Serrail ,
Monſeigneur le Due de Bourgogne
, Monfieur le Due de
Chartres , M le Comte de
Brionne , M'le Grand Prieur,
M'le Prince Camille , Mle
T iiij
224 MERCURE
Marquis de la Valliere , &
quelques autres. Les Sultanes
eſtoient Madame la Princeſſe
de Conty , & Meſdames d'E--
pinoy , de Villequier & de
Chaſtillon . Les habits eſtoient
propres , & on les avoit faits
exprés. Ceux des animaux a
voient eſté faits d'aprés natu
re. Les Singes , qui estoient
de vrais fauteurs , firent mer.
veilles. A cette Mascarade
ſucceda celle de M' Bontemps
le Fils , qui en a imagine pour
chaque jour de Bal à Marly
une nouvelle. Une Feſte marine
en faiſoit le ſujet. Al'ouGALANT.
225
verture de la porte oppoſée
aux places de Leurs Majeſtez,
l'on vit paroiſtre un Vaiſſeau
rempli de Matelots , de Matelotes
, & de Peſcheurs , qui
en fortirent avec le Pilote , &
& s'avancerent dans le Sallon
pour executer leur divertiſſe
ment meflé de Muſique & de
Danfes. Les Sieurs Ballon &
des Moulins, & la Demoiſelle
du Fort , de l'Opera , danſe
rent de leur mieux ; & les Dea
moiſelles Varango & Chippe,
dela Muſique du Roy ychan
terent& danſerent aufſi. Les
Peſcheurs apporterent du
226 MERCURE
poifſſon dans un filet , & le
preſenterentàLeurs Majeſtez .
Aprés ces deux Feſtes le Bal
continua. Les Dames danſan
fantes estoient en riches habies
de Maſque ; Madame la Ducheſſe
de Bourgogne eſtoit
en Sultane , & danía , & l'on
prit beaucoup de plaiſir à la
voir danſer. Le Bal finit à dix
heures ; le ſoupé à onze , &
Leurs Majeſtez Britanniques
retournerent àSaintGermain.
Le Vendredy , le Bal com
mença àhuit heures, ainſi que
le Jeudy , & debuta par une .
entrée de Madame la Duchef
GALANT. 227
ſe de Bourgogne , qui fut extrémement
applaudie. Elle
eſtoit compoſée des quatre
Rois , des quatre Reines ,&
des quatre Valets du Jeu de
Cartes , tels qu'ils y font re
preſentez Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Monfeigneur
le Duc d'Anjou , Monſieur
le Duc , &M'le Duc de
Villeroy eſtoient les quatre
Rois. Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Madame la
Ducheffe de Sully , Madame
la Comteſſe d'Ayen &Madame
de Bournonville , les qua
tre Reines. M² le Prince Ca
228 MERCURE
mille , le Duc de Guiche , le
Chevalier de Sully , & le Comte
d'Ayen , les quatre Valers .
Monſeigneur le Duc de Berry
& Madame la Comteſſe d'Eſtrées
estoient le Marchand
& la Marchande de Cartes .
L'Entrée avoit eſté reglée par
le ſieur Pécourt , & fut trouvée
ſi galante que le Roy la
fit recommencer. Aprés cette
Maſcarade parut le divertiſſe
ment preparé par M Bontemps
, le ſujer eſtoit le Jeu
des Echets , & les Perſonnages
, Momus , Cybelle , & un
Herault d'Armes , I Echiquier
GALANT. 229
le Roy , la Reine , les Tours ,
les Chevaliers , les Fous & les
Pions. La Muſique eſtoit du
ſieur Philidor , Ordinaire de
la Muſique du Roy , qui avoit
fait celle de tous les divertiffemens
précedens. Les Entrées
furent executées par les ſieurs
Ballon & des Moulins & la
Damoiſelle du Fort. Les ha.
bits eſtoient conformes aux.
caracteres. Le ſujet de la troifiéme
Mascarade fut une Venitienne
, compoſée de tous
les Perſonnages du Theatre
Italien , d'un Scaramouche ,
d'un Polichinelle , d'un Arle230
MERCURE
quin , d'un Briguelle , d'un
Docteur ,d'un Pantalon , d'un
Capitan , d'un Amoureux , &
d'un Pierrot , & de leurs Femmes
habillées du même gouft,
avec des habits fort propres
dans leurgenre,& faits exprés.
Les Acteurs eſtoient les Perſonnes
les plus qualifiées de la
Cour, del'un&de l'autre Sexe .
MademoiselleChappe chanta
une Chanſon Italienne dans
l'Entrée de Ballet , en habit
d'Arlequine. Monseigneur &
& Madame la Princeſſe de
Conty ne maſquerent point ,
ſur la fin du Bal il y eut encore
GALANT: 231
une Mascarade de quatre mou.
lins à vent . L'on ſe mit àtable
àdix heures & un quart.
Il n'y eut point de divertiſſement
le 20. Le 21. ily eut un
Bal chezMadame la Ducheffe
duMaine. Il dura depuis onze
heures & demie juſqu'à trois .
Il y avoit grand nombre de
Maſques, Lors que Madame
la Ducheſſe de Bourgogne fut
arrivée. M' de Malaizieux ſous
l'habit de Saturne , à la teſte
de pluſieurs des plus confiderables
des Divinitez , vint réciter
quelques Vers à Madame
la Ducheſſe de Bourgogne ,
235 MERCURE
faits à la loüange de cette
Princeffe . La Colation fut fervie
ſur un grand nombre de
corbeilles. Cette Princeſſe a
donné vingt fois de pareils
Bals depuis l'ouverture du
Carnaval. On eut le même
jour 21. pour la ſeconde fois,
le divertiſſement donné par
M'le Comte d'Ayen. C'eſtoit
ane Noce de Village , meſlée
de Mufique& deDanſes . Les
Vers ſont de la compoſition
de M' Rouffeau , & la Mufi.
que de M' de la Lande. MadamelaDucheſſe
de Bourgogne
y danſa dans une grande en.
GALANT. 233
trée qui termina la piece.Me fdames
les Ducheſſes de Villeroy
, Madame la Comtefle
d'Ayen, Madame de Ravetor,
& Meſdemoiselles de Bour
nonville & de Melun. Monſeigneur
le Duc de Bourgo.
gne repreſentoit le Marie &
Madame la Ducheſſe de Bourgogne
; la mariée. M' le Duc
de Guiche. M de Coëſquin ,
1M' le Comte d'Ayen , & M' le
Chevalier de Sully y danſé,
rentauſſi.
1
Voicy les noms des Perſonneş
diftinguées , mortes fur la
Février 1700. V
234 MERCURE
1 .
4
findumois pafle ,&dans ce
luy-cy.
a
Dame Françoiſe Heliot ,
Veuve de Meffire Gabriel-
Jofeph Jolly , Seigneur de
Chafy , Confeiller en la Cour
desAides. Elle laiſſe une Fille
qui a épouséMale Maiftre de
Ferriere , Avocat au Parlement,
Fils de feu M'le maiſtre
deFerrieres,Conſeiller au Parlement
, & elle estoit Soeur de
défunt Claude Héliot , Con.
ſeiller en la Cour des Aides ,
qui avoit épousé N. Herinx ,
Damed'une vie ſi exemplaire,
que ſa vie a eſté écrite com .
GALANT. 235.
meun modele de la pratique
des principales Vertus , ſous le
titre ſimplede La Viede MadameHélior
M'l'Abbé Lafferé , âgé de
vingtansouenviron. Il eſtoit
Frere Cadet de Meſſire Jean-
Gilles Lafferé , Conſeiller au
Parlement de la Seconde des
Requeſtes , & Fils de Meffire
Louis Lafferé , Conſeiller honoraire
au Parlement , & de
Dame N. le Maiſtre de Ferrieres.
Dame Suſanne de Baudean,
Fille deCharles de Beaudean ,
Gouverneur de Niort , & de
Vij
236 MERCURE
Françoiſe Tiraqueau , Veuve
de Philippes de. Montaut de
Benace de Foix , Duc de Navailles
, Maréchal de France ,
& Chevalier des Ordres du
Roy. Elle avoit eſté Fille
d'honneur de la feuë Reine
Mere du Roy , & ſe nommoit
alors Mademoiselle de Neüillan,
Elle ſe fit tellementdiſtin.
guer par ſa vertu , qu'eſtant
devenuë Ducheſſe de Navail.
les , elle fut nommée Dame
d'honneur de la feuë Reine.
Elle a eu quatre filles,dont l'aînée
s'eſt faitReligieuſe à Sainte
Croix de Poitiers. La ſeconde
GALANT. 237
eſt la troifiéme Femme de M
le Duc d'Elbeufdont elle a eu
deux Filles . La troifiéme eſt
la défunte Marquiſe de Rotelin,
qui a pareillement eu deux
Filles de ce Marquis , dont
l'une a eſté mariée à M le
Comte de Clere , & l'autre à
M' le Marquis de Bricque.
maut ; & la quatriéme eſt Madame
la marquiſe de Pompadour
, qui n'a point d'enfans.
Feuë Madame la Ducheſſe de
Navailles n'a eu qu'un Fils
nommé m' le marquis de Montaut.
Il eſt mort il y à déja
pluſieurs années.
1
238 MERCURE
MadameTambonneau, mere
de M le Preſident Tambonneau
, qui a eſté Ambaſſadeur
en Suiffe, vient auſſi de mourir
âgée de quatre-vingt -quatre
ans. Elle estoit Fille de M'
Boyer , Treſorier de l'Epargne
& Soeur de feuë Madame
la Ducheffe de Noailles ;Mere
de M le Maréchal Duc de
Noailles , & de M'l'Archevêque
de Paris. Elle estoit auſſi ..
Soeur de Madame de Ligny ,
Mere deMadame la Princeffe
de Furſtemberg . Feu M' de
Lagny . Evêque de Meaux ,
eftoit leur Oncle...
GALANT: 239
2
* Dame Marie - Anne Laborie
, Veuve de Meffire Oudart
le Feron , Seigneur d'Orvillé
&de Louvres en Parifis. Elle
eftoit Soeur de Jacques-Paul
Labotie , Prieur de nôtre Dame
d'Alençon , tous deux enfans
de Claude Laborie , Se
cretaire du Roy , & Avocat
aux Conſeils de Sa Majeſté , &
de Marie des Noyers. M ' le
Feron eſtoit Frere aîné de Jerôme
le Feron , Conſeiller au
Parlement de la premiere des
Enqueſtes , tous deux Enfans
d'Oudart le Feron , Prefident
en la ſeconde des Enqueſtes,
240 MERCURE
& Prevoſt des marchands , &
de Marguerite Gallard , Soeur
de Catherine Gallard , Epouſe
de Nicolas Potier de Novion,
Premier Prefident au Parlement.
Il paroiſt depuis peu de nouveaux
Globes & de nouvelles
Cartes Geographiques. m² de
l'iſhe qui en eſt l'Auteur , ayant
reconnu parune longue étude
de la Geographie , qu'une
Science aufli utile que celle là
manquoit de beaucoup de
choſes pour arriver à la perfection
où il ſeroit à ſouhaiter
qu'elle puſt aller , & que la
pluſpart
GALANT. 241
pluſpart des Cartes qui ont
paru juſqu'icy font fort defectueuſes
, foit à cauſe de la dif
ficulté de la matiere , ou parce
quele monde juſqu'à preſent ,
ne s'eſt pas affez développé ;
ces reflexions l'ont engagé à
s'appliquer avec un ſoin tresparticulier
pendant pluſieurs
années à procurer autant qu'il
luy a eſté poſſible , l'avancement
de cette belle & agreable
connoiſſance , en quoy il
a eſté aſſiſté par un de ſes Fils ,
qui des ſon enfance a eu de
l'inclination pour la Geographie
,& s'eſt acquis par fon
Février 1700, X
242 MERCURE
étude & par ſon travail un ta
lent merveilleux pour la conf.
truction des Cartes. Ila entre
pris de donner un Corps en.
tier de Geographie , & il a
commencé par les fix Cartes
generales, je ne dis rien des
grandes & importantes corrections
qui ſe trouvent dans
ces Ouvrages , parce qu'il en
eſt amplement parlé dans le
Journal des Sçavans du 15. &
du 22. de ce mois , qu'elles ont
déja reçu l'approbation de
p'uſieurs habiles gens dans ce
genre d'étude ,& que l'Auteur
promet une Geographie rai
GALANT. 243
fonnée ,où il rendra raiſon de
toutes ces nouveautez.Mais on
peut dire icy qu'outre l'exactitude
dont il a fait ſon capital ,
il a eu grand foin que l'elegance&
la prepreté ſe trouvaſſent
auſſi dans ſes Globes , eſtant
difficile de rien voir qui ſoit
mieux executé. Il les a fait
graver par Ms Simonneau &
Berey , tous deux diftinguez
par leur habileté dans la graveure
,l'un pour les Figures &
l'autre pour les Cartes. La
rondeur des boules, & la beau.
téde l'Enluminure ne démentent
pas le reſte de l'Ouvrage.
X ij
244 MERCURE
Ces Globes ſont d'ailleurs
d'une jufte & commode grandeur
, ayant un pied de diametre
, & la netteté qui y regne
par tout , fait que l'on y
trouve avec facilité tout ce
qu'on y cherche. Il les a de.
diez à m' le Duc de Chartres ,
aux études duquel il a eu
l'honneur d'eſtre employé
pendant quelques années . Il
les a pareillement preſentez à
l'Academie Royale des Sciences,
faiſantentendre à la Compagnie
qu'il ſe croyoit obligé
d'en uſer de la forte , à caute
de la part qu'elle avoit à fon
GALANT. 245
Ouvrage , dans lequel il a ramaflé
avec ſoin les Obſerva
tions qu'elle a faites , &ils ont
eſté reçus par tout avec l'agré.
ment qu'il pouvoit ſouhaiter.
Il demeure ruë des Canettes ,
prés Saint Sulpice.
Je vous ay déja parlé du
Cabinetd'Architecture, Pein
ture , Sculpture & Graveure ,
cetOuvrage qui eſt divisé en
trois Volumes , contient une
fi grande quantité de choſes
differentes , touchant tous ces
Arts , qu'il eſt impoſſible que
l'Auteur ne ſe ſoit trompé en
quelques-unes. C'eſt ce qu'il
X iij
246 MERCURE
1
avouëluy même dans le chan
gement qu'il a faitdans la ta.
blede fon troifiémeVolume ,
où il déclare qu'il s'eſt mépris
lorſqu'il a dit que les Ouvra
ges du Tombeau de m'leCar
dinal de Richelieu ont eſté in
ventez par feu m' le Brun ,
puiſqu'ils ont eſté inventez ,
faits & pofez dans l'Egliſe de
Sorbonne , par M' Girardon ,
Sculpteur ordinaire du Roy.
Meffire Pierre Nigot , Seigneur
de Saint Sauveur , a
épousé Mademoiselle Boſc
Fille de Meffire ClaudeBoſc ,
Seigneur d'Ivry - fur- Seine ,
1
GALANT. 247
Procureur General de la Cour
des Aides , Prevoſt des mar .
chands , & cy . devant Cons
feiller au Parlement , & de
N. Jacques, Fille de feu Phi
lippes Jacques , Greffier en
ChefduParlement. La Mariée
eſt Niece de M. Rontemps ,
Premier Valet de Chambre du
Roy,Intendant des Chaſteau,
Parc , Domaine& Seigneurie
de Versailles , & Niece de M
Morant , Premier Preſident
au Parlement de Toulouſe.
Elle a un Frere tout jeune ,
Jean BapriſteBoſc, qui a com
mencé à entrer dans laRobe,
Xij
248 MERCURE
en ſe faiſant Subſtitut de M
le Procureur General de la
Cour des Aides ,& une Soeur
N. Boſc , épouſe de Charles
François Regnouard de la
Toüanne , Confeiller au Parlement
de la ſeconde des Requeſtes.
M' de Saint Sauveur
a un Frere &deux Soeurs , qui
font , Zacharie Nigot , Conſeiller
au Parlement de la pre.
miere des Requeſtes.N.Nigot
Epouſe de Nicolas de Laiſtre ,
Conſeiller au Parlement de la
quatrième des Enqueſtes , &
Germaine Nigot , Epoule de
PierrePaul Coignet, Seigneur
GALANT. 249
de la Thuillerie , Comte de
Courron , Bailly & Gouver
neur d'Auxerre.
Mr le marquis du Boulay ,
Fils de feu M'l'Avocat Gene
ralTalon,&de N. duBoulay.
Favier, Fille de M' du Boulay-
Favier, Maiſtre des Requeſtes,
vient d'épouſer la Fille unique
deM' molé , Prefident au Mortier
, Fils de feu M'le Prefident
de Champlatreux . Cette
Famille est confiderable, nonſeulement
par les Charges , &
par le merite fingulier de ceux
qui ontportélenom de Cham-l
platreux & de molé , mais en250
MERCURE
core par un attachement in.
violable aux intereſts de la
Couronne. Je ne dis rien de
celle Mi Talon , dont je vous
ay depuis peu entretenue à
fond en vous parlant de la
mort de će Grand homme.
M. Boffuet , Fils de feuM
Boffuer, Maiſtré des Requeſtes
, Frere ainé de M' l'Evêque
de Meaux , vient d'épou
fer la ſeconde Fille de M de
laBriffe , Procureur General ,
dont l'ainée a eſté mariée à M
de mellé , Fils de feu Mr Rou
lié , Confeiller d'Etat.
Quand je vous ay parlé du
GALANT. 25
P. du Buc Theatin, dans ma
Lettre du mois paſſé, fur co
qu'il a prêché cet Avent à
Rome , dans l'Egliſe de Saint
Louis,jenevous ayrien avan
cé que de veritable , en vous
diſant que c'eſtoitune des ſept
Eglifes de Rome affectées à la
Nation Françoile , & vous
pouviez gager contre voſtre
Ami , qui a foutenu enbonne
compagnie , qu'il n'y enavoir
pas un ſi grand nombre dans
cette Ville-là, puis qu'au contraire
il y en a huit , qui ne
font gouvernées que par des
François de Nation. Il est vray
252 MERCURE
1
qu'il n'y a aucun Royaume
qui en ait autant dans cette
Capitale de la Chreſtienté;
auſſi Rome n'atelle jamais
receu tant de ſecours d'aucun
Etat que de la France. Ces
huit Egliſes font deux Paroif
ſes , quatre Convents, un Hofpice
de Religieux , & une E
gliſe de devotion. Je vous les
vais nommer toutes , afin que
voſtre Ami n'en puiſſe poine
douter.
A
Saint Louis , vulgairement
dit Saint Louis des François ,
groffe Paroiſſe , ſituée dans le
Quartier de SaintEustache. I
GALANT. 253
Saint Yves des Avocats ,
autre Paroiffe , gouvernée par
des Preſtres Bretons , ſituée
dans le Quartier du Champ
de Mars .
2
Saint Antoine de Vienne ,
dans le Quartier de Monti ,
avec Maiſon hoſpitaliere, gouvernée
par des Chanoines Reguliers
de Saint Antoine.
La Sainte Trinité du Mont,
dans leQuartier du Champ de
Mars,titre de Cardinal Preſtre ,
& Convent de Religieux Minimes
de Saint François de
Paule.
Sainte Marie des miracles ,
1
254 MERCURE
dans le même Quartier du
Champ de Mars , avec Con!
vent de Religieux réformez
du Tiers Ordre de S. Fran.
çois , connus à Paris , ſous le
nom de Picpus .
Sainte Françoiſe Romaine,
dans le Quartier de Treves ,
avec Convent de Religieux
Mathurins réformez .
Sainte Marie des Feüillans,
dans le même Quartier de
Treves , avec un Hoſpice de
Religieux Feüillans.
Saint Sauveurdes François,
auQuartier de Saint Eustache,
proche S. Louis ,Eglife de deGALANT.
255
votion , gouvernée par des
Preftres Seculiers , & dépen.
dante de la Paroſſe de Saint
Louis.
Ce qui ſuit eſt de Mr de
Meſſange , affez connu par
pluſieurs Ouvrages que le Pu
blic a fost approuvez . Vous
vous fouviendrez , s'il vous
plaiſt , madame , que dans les
disputes qui s'élevent quel.
quefois entre des perſonnes
Lettres je ne prensjamais aumais
aucun parti , & que je
rapporte fidellement ce que
l'on écrit de part&d'autre,
256 MERCURE
A M'DE LA FEVRERIE.
Q
Ui que vous ſoyez,Mon.
ſieur , qui ſans que j'aye
l'honneur de vous connoiſtre
en aucune forte , m'avez fait
celuy de parler de moy , dans
la Differtation que vous avez
publiée dans le Mercure Galant
du mois de Decembre
dernier, ſur la queſtion de la
fin du Siecle , fur laquelle on.
avoit déja tant ecrit , & dont
le Public eftoit fi las & fi rebattu
, permettez que par re.
connoiffance , & pour vous
GALANT. 257.
remercier des ſentimens de,
bonne volonté que vous rémoignez
avoir pour moy , je
vous diſe que j'ay eu du déplaifir
de voir que des le com.
mencement de voſtre écrit ,
vous tombez en contradiction
avec vous - même , lors
qu'aprés avoir dit que cette
Queſtion n'eſt point decidée ,
en même temps vous ajoûtez
que vous laiſſez au livre que
j'ay fait fur ce ſujet , toute la
gloire de ſa déciſion. Vous
voyez , Monfieur , que ces,
termes enferment évidemmentune
Antologie , puiſque
Février 1700. Y
1
258 MERCURE
vous ne pouvez pas , fans vous
contrarier , dire que vous me
laiſſez la gloire d'avoir decidé
un point , qui , à ce que vous
prétendez , n'est pas decidé.
Comment eft cequ'un habile
homme comme vous , peut fe
donner fi nettement un dé
menty à ſoy-méme, en faveur
d'un homme qu'il neconnoiſt
point ? C'eſt pouffer trop loin
la civilité. Il valloit mieux, ce
me ſemble , vous difpenfer de
mettre en jeu une gloire que
vous ne pouviez ny me donner
ny m'oſter. Je ſuistouché
de vous voir fi bon que de
GALANT 29
:
vous nuire à vous-même pour
me faire un honneur queje
ne vous ay point demandé
&qui eſt ſi petit dans mon
eftime , que quand vous au
riez pû me le procurer , je
crois qu'il n'auroit pas valu la
cenſure à laquelle vous avez
cu la bonté de vous expoſer
pour cela dans l'efprit des
Connoiffeurs. On dira peut
eftre queje ſuis tropbon moy
mefme de le prendre ſi hon
neſtement , & que dans le
fond voſtre procedé eſt moins
un defir de m'honorer, qu'une
envie ſecrette de railler mon
Y ij
260 MERCURE
petit Livre ſur letitre qu'il por
te de Queſtion decidée. Quand
cela feroit , Monfieur , je ne
laiſſerois pas encore de vous
plaindredoublement. Premie.
rement d'eſtre ſuſceptible des
petits déplaiſirs ſecrets , d'où
naiſſent ordinairement ces
fortes de railleries , & enſuite
d'avoir fi malheureuſement
pris vos meſures ,que de quelque
maniere que l'on prenne
voſtre contradiction , elle ne
peut que vous faire tort; car ,
ou vous y eſtes tombé par
mégarde , ou de propos déli
beré. Si c'eſt par mégarde ,
GALANT. 268
c'eſt une imprudence , qui ,
comme vous ſçavez , n'honore
pas beaucoup fon homme:
&fi vous l'avez fait de pro
pos deliberé , au lieu d'une
faute vous en avez commis:
deux ; la premiere de vous
eftreimaginé que j'avois manqué
donnant à mon Livre le
titre de Déciſion ;& la ſeconde
d'avoir crû bien faire vousmème
écrivant fur cette matiere
, comme vous le dites ,
fans deſſein de la decider. Ce
font deux erreurs qui partent
d'un même principe , qui eſt
de n'avoir pas compris que
262 MERCURE
la queſtion que vous traitez
&que j'ay traittée avant vous
étantMathematique, puiſque
c'eſt un calcul , ne peut être
maniée raisonnablement qu'-
avec decifion , parce qu'il eſt
fuperflus & inutile d'agiter un
problême fans le réfoudre ,&
qu'écrire ſur des ſujets de
cette nature ſans deſſein de
les decider , c'eſt abofer des
Mathematiques , qui ontpour
but ladecifion,parce que bien
differentes des autres ſciences
dont ſouvent la plus grande
clarté n'eſt que tenebres, elles
fonttoûjours évidentes& parGALANT.
263
confequent effentiellement
deciſives ; de maniére que
traiter leurs queſtions fans
avoir en vuë dedes refoudres
c'eſt courir ſans vouloir avancer
, faire la guerre fans deſſein
de refifter , ou pour demeurer
davantage dans leur refforts:
c'eſt comme ſi l'on vouloit
meſurer un Champ fans vou->
loir en conncître l'étenduë ,
ou calculer une ſomme fans
vouloir en aprendre la valeur.
En ce cas , fi vous travaillezt
pour vous, c'eſt vous moquer
de vous même , ou vous mo.i
quer du Public , fi c'eſt pour
:
264 MERCURE
,
luy que vous écrivez. Enfin,
Monfieur , qu'elle qu'ait été
vôtre intention à mon égard,
vous voyez non ſeulement le
mauvais effet qu'ellera pour
Vous mais encore le peu
d'effet qu'elle a par raport à
moy. Ainſi quand il feroit
vray que vous auriezeu envie
de faire une mauvaiſe plaifan-t
terie ſur le titrede mon Livre,
je ſuis sûr qu'aprés ce que je
viens de vous dire , vous en
ſeriez faché à votre propre
confideration, &qu'à la miennervous
vous condamnericz
encore d'avantage , particulie
rement
GALANT. 265
rement ſi je vous avois apris
de quelle maniere il eſt arrivé
que ce petit traité ait porté le
nom de queſtion decidée , dont
lestermes fontvray ſemblable.
ment la cauſe de cette legere
teinture de fiel déguisé , que
l'on croit apercevoir à la teſte
de vôtre écrit. Ce titre, quoy
qu'il ſoit effectivement celuy
de mon Livre , n'eſt point cependant
celuy que je luy ay
donné. Quelque deffein que
j'euſſe , comme je devois l'a
voir , de decider la queſtion ;
&quoique j'oſaſſe peut être
me flater de ce ſuccez peu.con-
Février 1700. Z
266 MERCURE
fiderable ; j'avois allez menagé
les eſprits ſenſibles aux piqures
de l'émulation , pour me bien
garder de faire prendre àmon
ecritun air fi cavalier. Sachant
avec qu'elle fureur pareilles
moaches font capables de faire
cabrer ces fortes d'eſprits, j'a
vois donné à mon Ouvrage,
un nom vague ; & je m'étois
contenté de le nommer exa
men de la queftion ,
de mes amis , dont l'un eft
Avocat du Roy au Bureau des
Treforiers de France dans la
Province de Champagne , &
Pautre Commiſſaire dans la
Deux
GALANT. 267
Ville où eſt le siege de cette
Compagnie , tous deux gens
d'efprit & d'erudition , entrerent
chez mon Libraire com
me on faiſoit épreuve de la
premiere feuille. Ils Jûrent
mon manuforit;&par malheur
ayantjugé le titreun peutrop
modeſte , l'un des deux donna
celuy de queſtion deoidée qui płuc
au Libraire , parce qu'il luy
ſembloit propre à favorifer le
débit. Je n'eus pas un perit
combat pour lors à foûtenir
contre luy. Je vins à bout de
luy faire promettre qu'il ne
meteroit point ce nouveau ti-
Z ij
268 MERCURE
LOU
tres mais je ne pus gagner ſur
luy de me tenir parole , & je
ne fus pas forti , qu'il tira la
füille avec le titre qui l'avoit
charmé. Je vous donne, Monfieur,
pour témoin de ce que
j'avance , non ſeulement le
Libraire qui peut en être crû,
mais encore les deux perſonnes
de confideration qui firent
malgré moy ce changement ,
& qui ne ſeroient peut être pas
difficiles à trouver ſi vous vou.
liez vous en mettre en peine,
Recevez ceey , je vous prie
avecbonté, comme un Collyre
qui me femble avoir une vertu
GALANT. 269
fi à
naturelle contre la bleſſure que
cette infoription , plus fanfaronne
que je n'aurois voulu&
que mon humeur ne ſouffre ,
peut vous avoir faite. Je fonhaite
qu'il puiffe être bon auf
tous ceux qui feront at
taquez du même mal. St
ce remede ne vous fuffit pas ,
achever de vous guerir ,
confiderant que mon Livre
n'eſt pas le feul qui fur cette
matiere porte un titre de décifion.
D'autres avant luy for
lemême fu et en ont porté un
pareil ,& l'ont porté du choix
de leur Auteur , ſans peut-eftre
en
Z iij
270 MERCURE
qu'ils y cuffent plus de droit
que le mien,témointel Trai
té ſurcette queſtion , au fron
tiſpice duquel on voit la Solu
tiondu Problême. Toute la dif
ference de ce titre au mien
difference qui peut eſtre eſt
cauſe que vous ne vous eſtes
adreffé qu'à moy , c'eſt que le
mien fe trouve conceu endes
termes plus intelligibles que
l'autre au commundu peuple,
car Solution du Problême , &
Queſtion decidée ne font qu'une
même choſe en differensmors.
Ainfi titrede Solution ,& titre
deDécision ne font qu'une mê.
GALANT 275
meforte de titre , dont les termes
ſont ſynonimes , l'un plus
Lapin , l'autre plus François.
Or qui eft cequi connoiſt les
Latnes , & peut ignorer que
kuſageuniverſeleft de donner
lestredeSalusion,&par conequent
de Decision , à tous les
Ouvrages qui traitent les Proablêmes
, ou ce qui eſt la même
chofe, les Questions Mathematiques.
Et de quel Pays
vient on, quand on s'aviſe de
trouver à redire à un pareil
frontispice ? Quellivre a t on
Iû fur des ſafetsde cette nature?
Enun mor , en quelleéco.
Z iiij
272 MERCURE
1
le at on appris à écrire fur
les matieres dont on veufe
mefler de parler & de juger ?
Soyez en , Monfieur , vousmême
le Juge , par rapport à
ce que j'ay l'honneur d'en expoſer
à vos yeux;&voyez fi
c'eſt ce titre qui a beſoin d'A
pologie , ou la perſonne qui le
reprend Aprés cela ſi devant
eſtre plus que fatisfait de pluſieurs
manieres ; cependant
vous ne l'eſtiez pas encore ,
pour achever , faites vous la
justice de regarder , que vousmême
en cette occaſion vous
avez porté des airs d'autorité
GALANT: 273
plus haut que perſonne ,&
que dans voſtre fruit d'arrierefaifon,
je veux dire dans voſtre
Differtation ſur la fin du Ste
cle , quoy que vous nousdifiez
que vous n'avez pas deſſein de
decider , & que vous ne donniez
de vous- même aucune
raiſon décifive , je dis de vousmême
; car celles que vous
donnez ne font pas de vous ,
&même , ſelon vous , n'ont
rien decide quand les au
tres les ont données. Cepen
dant vous decidez en Sou
verain , & vous tranchez la
queſtion deſpotiquement par
274 MERCURE
ces paroles , qui font vos termes
: Nous voicy , dices, vous,
dans cette Année Sainte ou da
grand Jubilé , qui ne commence
pas le Siecle , comme s'imaginent
la plupart des Chreftiens , mais
qui le finit. Après cet Arreſt ,
que peut on faire autre chofe
que baiſſer les yeux& ſe retiter.
Vous voyez , au refte ,
qu'en cela vous vous trouvez
encore contraire à vous- même.
Jirois trop loin , fi je vou
lois ſuivre du même pas tout
ce qui s'offre à ma vuë lur vô
tre écrit ,& je m'engagerois
peut-eſtre ſans y penfer à vous
GALANT.1 278
1
faire plus que le remerciment,
dans les bornes duquel j'avois
d'abordeu deſſein de me tened
fermer. C'eft pourquoy reva.
nant à ma premiere penſée sa
l'eſtime que j'ay pour vous ,
quoy que l'on en puiffe dire ,
me failant pencher à croirel
que vous avez pechéparinad
vertance, plutoſo que par maul
vaiſe intencion , jeſuisbienai
ſe de finir du même ton que
j'ay commencé ; vous luppliant
de recevoir favorable.
ment mes actions de graces ,
pour la gloire que vous avez
avez voulu me laiſſer,&dere276
MERCURE
garder comme une preuve de
ma reconnoiffance tres hum
ble la franchiſe avec laquelle
j'ay Phonneur de vous dire
mes ſentimens fur cepoint
Le Lundy 12. de cemois le
Roy donna dans ſon grand
Appartement un Bal ſembla.
ble à celuy qu'il avoit donné
pluſieurs jours auparavant.
Toutes les Chambres & laGa
lerie eſtoient éclairées autant
qu'il eſtoit poſſible. L'on avoit
ainſi que la premiere fois,choi
ſi la plus grande Salle pour le
lieu duBal,&l'on yavoit misles
GALANT 277
gradins ordinaires. L'on avoit
auſſi établi dans les croiſees
des deux Chambres voiſines
das Violons & des Hautsbois
pour faire danſer les Maſques
qui ne pourroient pas parvenir
juſqu'à la Salle du Bal. Il y eut
beaucoup d'ordre & d'exacti-
Jude aux portes,& lesMaſques
furent obligez de fe faire connoiſtre
à celles de la Salle des
Gardes , de l'Antichambre &
de la Chambre du Roy. LeBal
commençaà onzeheures apres
le ſouper du Roy. Madame la
Ducheffe de Bourgogne s'y
rendit un peu avant S. M. Elle .
278 MERCURE
=
eſtoit vétuë enMagicienne ,avecun
habit fort riche , tres -galant & otné .
de pierreries. Monſeigneur , Mon.
ſeigneur le Duc de Bourgogne , &
Monfieur le Prince de Contyyvinrent
auſſi de bonne heure , & fort
bien masquez & ſe mirent en des
places qui empêcherentqu'ils ne fuffent
reconnus. Maſſeigneurs les
Dacsd'Anjou &de Berryyarrivérent
en habits ferieux & lans mafquesMadame
la Ducheffe de Char.
tres ,Madamela Ducheſſe, Madame
la Princeſſe de Conty ,& pluſieurs
Dames du premier rang avoient
des habits de maſque , des plus ma
gnifiques. Les jeunes Dames de la
fuite de Madame la Ducheffe de
Bourgogne estoient auſſi vétues en
Magiciennes, Madame de Zintzin
doff, Femmedel Envoyédel EmGALANT.
279
pereur,&Mademoiſelle Sphaneim,
Fille de celuy de Me Electeur de
de Brandebourg , y estoientgalamment
& noblement habillées . Le
Balcommençafi-toft que le Royfut
entré On ne peut exprimer le nom
bredes malques qui vinrent à cette
Feſte. La Galerie && les premieres
Pieces de l'Appartement en estoient
remplies ,& l'on canvint qu'il y en
avoit incomparablement davantage
&de plus beaux que la premiere fois.
La preffe fut grande dans les deux
Chambres où eſtoient les Violons.
Madamela Dachelle de Bourgogne
nylesPrincefles nechangérent point
d'habit ,mais Meffeigneurs les Princes
maſquérent. Ily eut une mafcarade
extraordinaire d'une Fontaine
&de ox It's taillez comme ceux du
Parterre deVersailles. On fervitun
280 MERCURE
peu aptés minuit une tres grande
Colation ,& leRoy ſe retira demieheure
aprés. Le Bal continua encore
jusqu'au départ de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , qui cotra
chez elle àdeux heures& un quart,
Le Mardy 23. Monſeigneur donnale
Bal dans ſon Appartement. Il
avoit fait ôter le lit de la grande
chambre,& des gradins avoient eſté
élevez tour alentour. Les Violons
& les Hautsbois furent placez dans
les croisées . Cette chambre fut éclairée
par pluſieurs beaux luftres , & par
quantité de gitandoles pofées ſut de
grands gueridonsdorez . Elle paroiffoitun
peu petite en comparaiſon de
celle où le Bal du Roy s'eſtoit fait la
veille,mais par lebon ordre quiy fut
apporté , &la peine que le donnaMt
le Duc de la Trimoüille , Premier
GALANT. 28
1
Gentilhommede la Chambre en année,
qui reſta toûjours à la porte
ainſi qu'il avoit fait le jour precedent ;
chez le Roy, il n'y cut point de con
fufion ,& l'on conter va toujoursune
place fuffiſante pour danſer Qoy
qu'il y vinst unegrande affluencede,
maſques , la preſſe ne fut que dans
l'antichambre qu'on avoit décorée &,
éclairée de même que laChambre
& où l'on avoit placé des Violons&
des Hautsbois. Le Bal commença à
onze heures, Monseigneur ne mal
quapoint,mais Monſeigneur le Duc
de Bourgogne & Meſſeigneurs fes
Freresy vinrent déguifez . Madame
la Ducheffe de Bourgogne , & les
Dames de la Troupe estoient enu
Egyptiennes, Madame la Duchefle
de Chartres , Madame la Ducheſſe
Madame la Princeſſo de Conty &
Février 1700.
Aa
1
282 MERCURE
Meldamesd'Epinoy,deVillequier ,
& de Chatillon avoient des habits
tres - galans , & qui n'avoient poifit
encore paru. Il y eut unegrandepro
fuſion ſeulement de liqueurs & de
glaces, à caufe du Carefme cù lớn
eftoit entré, Le Bal finit à une heu
re & demie, & Monfeigneur recon
duifieMadame laDucheffedeBour
gogne jaſqu'à la porte de la Salle des
Gardes. Elle traverſa la cour àpied ,
fuivie de toutes les Dames , & alla
chez Madame la Ducheffe du Mai .
ne , où il y avoit des Violons. Com
me ja Chambre de cette Princef
fe n'est pas grande , & que fon lit
dont elle ne ført point , en occupe
une bonne partie. La confufionyfut
extréme , parce qu'à la fortie de Bal
deMonseigneur , beaucoupde Mal.
ques y paterent. Madame la Da-
1
GALANT 28
choffedeBourgogneen fortie un pea
aprésdeux heures, && alla àla grande
Eoutie chez Male Grand, Elle y fot
roceuë au bas de l'Escalier par Male
Comtede Brionne & Mr lePrince
Camille.Elle traverla ane premiere
Salle remplie de Maſques, où l'on
danſoit , & entra dans le principal
lieu du Bat , qui bien que ſpacieux ,
eſtoit fi plein deMaſques , qu'ons'y
portoit Outre les deux chambres
oùl'on danſoit, qui eroicht éclairées
avec excés, il y en avoit endore
trois autres qui l'eſtoient de même.
Dans Pune estoit étalée une prodi
giculequamité de liqueurs , d'oranges,
de citrons de limes &de pommes
d'Apy! Madarme d'Armagnac
ft pafter Madame la Ducheffede
de Bourgogne dans deux do ces
chambrespour s'y repofer , & pour
Aaij
284 MERCURE
y prendre du frais , dont elle avoit
beſoin , à cauſe de la chaleur excef
five qu'elle avoit ſoufferte dans le
Bal . Meſſeigneurs les Princesy vin
rentdéguiſez ,& generalement tous
les Seigneurs , Princeſſes & Dames .
de la Cour. Le Bal finit à quatre
heures.
Je viens de m'appercevoir que je
vous ay dit que Monfieur le Prince
avoit donné le Bal le Samedy 13.
Ce fut le Vendredy 12 .
Le mot de l'Enigme du mois paflé
eſtoit les Pincettes. Ceux qui l'ont
trouvé font , Mr. Chatles de la ruë
de l'Arbre-fec : Misles Abbez Gaillard&
Soupez : le Complaiſant pour
la Lotterie : le Philoſophe de la ruel.
le Saint Laurent : l'Amant ſans efpoir
du même quartier : l'heureux
Maſque: les Freres rivaux de la rue
GALANT. 285
Saint Louis . Mile Javote Ogier , du
coinde la rue de Richelieu : Suſanne
Moran : Meldemoiselles du Bois de
la rue StAntoine : la charmante Mimy
du quartier S. Martin : la Mere
aux ſept Amans : la Belle ind fferente
de la ruelle de S. Laurent, avec fa
charmanteAmiede Beauvais ,
219
Jevous envoyeune Enigme nouvelle,
à mon ordinaire. Elle ne doit
pasembaraffer beaucoup vos Amies.
ENIGME
Mon fort eft fingulter, je fuis
masle&femelle,
Sansqu'Hermaphrodite onm'appelle.
Dans ce terrible jour qui caufe tant
d'effroy ,
Malheuràqui ſe ſert de moy.
Je ſuis , Madame , &c. N
AParis ce 28. Février 1700.
THE
18
BU
DEM
LYON
F
*
"
:
********
TABLE.
Prelude .
Portrait du Roy.
Ceremonies obſervèes à la prise de poffeffiondeM.
l'Archevesque de Besançon.
Relation de tout ce qui s'est passéà lamort
& aux funerailles duPereMurodAvinno
. Caparin.
Lettre tres - curiense à Mademoiselle de
Scudery.
8
Idille. 65
Mariage. 73
Mort 84
Discoursprononcé àPerigueux. 87
Auis aux hommes mariez , par M. de
Cantenac. 97
Mandementde M. l'Evesque Comtede
Noyon, PairdeFrance Fo
Nouveau Prix proposé par la compagnie
desLanternistesde Toulouse. 17
TABLE..
Mouvemens arrivez dans l'Eglife an
fujet d'Origene , &defa Doctrine. 132-
Mafcaradedes Chinois. 3
154
Mascaradede Flore & defafuite. 155
Mafcarade desAmazones. 157
LesSavoyards , Mascarade. 159
Bal donné dans les grandsAppartemens
de Versailles ,&tout ce qui s'y paffa.
Mascaradedes Espagnols &Espagnoles.
164
Mafcarade du vieux Maistre d'Ecole &
desafemme. 165
Mafcaradedela Noce deVillage. 166
Mascarade du lendemain de la mesme
Noce. 168
168 MascaradedeDom Quichoto
BaldonnéàMadame la Dusheffe deBourgogneparMadame
la Chanceliere. 169
BaldonnéàMadame laDucheffe deBонт-
gogneparS.A.S. Monfieur le Prince194
Balchez Madame la Princeffe de Conty ,
Douairiere.
213
BaldonnéàMadame laDuchefſe deBour.
gogneparM.leMarquisd'Antin. 215
TABLE
Bal chezMonsieur le Duc du Maine. 221
Mascarade du Grand Seigneur dans Sa
Ménagerie.
La FesteMarine , Mascarade.
Le Jeu des Echets , Mascarade .
LaVenitienne , Mascarade.
224
228
229
Bal chex Madame la Duchesse duMaine.
231
Seconde Noce de Village, Mascarade. 2,2
Aute Articledes Morts. 233
Nouveaux Globes & nouvelles Cartes
Geographiques. 240
Fauteréparée.
245
Mariages. 1246
Eglises Françoises àRome. 250
LettredeM. deMessange. 255
GrandBal donné parleRoy. 276
Mascarade de fix Ifs & d'une Fontaine.
279
Bal donnéparMonseigneur. 280
Bal chez M.le Grand. 283
285 Enigmes.
LaMo regarder lapage apage76.
LYON
*1803
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