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Eur.
511
m
1695.1
Eur. 511m 1695,1
Mercure
MSB
< 36624560750013
< 36624560750013
Bayer. Staatsbibliothek
13

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1695.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grand Salic
du Palais , au Mercure Galant
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente ſols relié en Veau &
Vingt- cinq fols en Parchemin.
LA CIT
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , àla Juſtice .
T. GIRARD, au Palais, dansla Grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET, Grand Salle
du Palais , au Mercure Galant.
:
M. DC. XCV .
Avec Pririvviilleeggee du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
K
******
****
:
AVI S
*
*****
Quelques prieres qu'on ait
faites jusqu'à preſent de bien
écrire lesnoms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ceMercure, onnelaiſſepas a'y
manquer toûjours. Cela est cause
qu'ily a de temps en temps quelquesuns
de ces Memoires dont on ne se
peut fervir. On reitere la mesme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiſſe tromper. On
ne prend aucun argent pour lesMemoires
, & l'on employera tous les
bens Ouvrages à leur tour , pourvis
qu'ils ne deſobligent personne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
prieſeulement ceux qui lesenvoyent,
fur tout ceux qui n'écriventque
pour faire employer leursnomsdans
L'articledes Enigmes , d'affranchir
leurs Lettresde port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
C'est fort peu de chose pour chaque
particulier, &le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire . 1.1
Le fieur Brunet qui debite prefentement
leMercure, a rétabli les
chofesde maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaquemois.
Il avertit qu'à l'égarddes
Envois qui se fontàla Campagne,
ilfera partir lespaquets de ceux qui
le chargeront de les envoyeravant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme cespaquetsferont
plufienis jours en chemin Paris ne
laiſſera pas d'avoir le Mercure
A
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées, mais auſſi
les Villes ne le recevront pas si tard
qu'elles faisoient auparavant.Ceux
qui ſe le font envoyer par leurs Amis
Jans en charger ledit Branet, s'expoſent
à le recevoir toujours for?
tard par deux raiſons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pasfoinde
le venirprendrefrost qu'il est imprimé
, outre qu'illefera toujours quelques
jours avant que l'on en faſſe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lù cux & quelques
autres à qui ils le preſtent, ils
rejettent la faute du retardement
furle Libraire, en disant que la
vence n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par lavoye dudit Sieur
Bruner,puis qu'il se charge defaire
A iij
AVVIS.
lespaquets luy-mesme&de lesfaire
porter à la pofte ou aux Meßagers
fans nul interest, tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera lamesme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on lay demandera , foit
qu'il les debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il se rencontrera
qu'on demandera ces Livres àlafin
dumois,on lesjoindra au Mercare,
afin de n'en faire qu'un mesme paquet.
Tout cela fera executé avec
ane exactitude dont on aura lieu
d'eftis content.
T
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1695.
OICY la fixieme
année finic de la
Guerre que le Roy
foutient contre la plus grande
partie de l'Europe liguée,
& il ne s'en eſt paſſélaucune,
fans que ce Monarque ait
A iiij
8 MERCURE
pris des Villes conſiderables,
ou gagné des Batailles. Il a
meſine ſouvent remporté ces
doubles avantages dans la
meſme année. Ses affaires ſe
trouvent encore aujourd'huy
dans une meilleure ſituation
que celles de ſes Ennemis .
La pluſpart de ſes Magaſins
ſont déja remplis , & il eſt
ſeur de ſes fonds pour la Campagne
prochaine . Il n'en faut
pas davantage pour prouver
qu'un Prince quia trouvéles
moyens de foutenir feul les
efforts de tant de Puiſtances
unies contre luy, doit avoir
A
GALANT.
9
tous les talens neceſſaires
pour regner ,& pour triompher
de les Ennemis.
J'eſtois bien perfuadé que
ce que ma derniere Lettre
contenoit des Revolutions
de Siam , vous donneroit
grande impatience den içavoir
la fuite , & qu'apres y
avoir vû les manieres dont
ſe ſervent les Ufurpateurs
pour arriver à leurs fins, vous
ſouhaiteriez d'apprendre à
quoy ſe ſont terminées ces
importantes intrigues . Il faut
fatisfaire voſtre curiofité.
Souvenez vous , s'il vous
10 MERCURE
plaiſt , Madame , que c'eſt
toujours l'Officier qui commandoit
les Troupes de Sa
Majesté dans Bancoep , qui
parle-
SUITE
De la Relation des Revolutions
arrivées à Siamen l'année
1688.
1
Opra Pitracha ayant appris
mareſolution, m'envoya
un beau Palanquin , pour
eſtre porté plus commodement
, & d'autres voitures
convenables pour ceux qui
GALANT. 11
m'accompagnoient . Je rencontray
aux portes de Louvo
un Mandarin qui me vint
complimenter de la part du
Roy, & m'inviter d'aller droit
deſcendre au Palais ; ce qui
me ſembla de mauvais préſage,
& me fit croire qu'on
me vouloit arreſter. Je paſſay
pluſieurs cours remplies de
gens armez , & fus d'abord
fort bien receu du Grand
Mandarin. C'eſt ainſi que
Pitracha fe faisoit pour lors
appeller dans la Salle où il
donnoit ſes audiences ; mais
aprés pluſieurs complimens
12 MERCURE
qu'il me fit ſur l'honneurque
le Roy mon Maiſtre m'avoit
fait , ſur mon merite , & fur
l'affection des Siamois , qu'il
diſoitque j'avois entierement
gagnez , il me demanda comme
par maniere de converfation
, fi j'eſtois bienle mai.
ſtre des Officiers & Soldats
qui estoient à Bancocq , & fi
aucun d'eux n'oſoit me defobeir.
Je luy répondis fans
penſer où il en vouloit venir,
que la difcipline en ce point
eitoit fort exactement obfervée
dansles Armées du Roy
mon Maiſtre , & qu'il falloit
GALANT. 13
que tous obeiffent à la premiere
parole d'un Commandant
Et bien, dit il, j'en fuis
bien aiſe. Le Roy vous avoit
envoyé ordre de monter avec
vosTroupes, pourquoy.eftesvous
monté feul avec voſtre
Fils ? Je me trouvay bien
étonné d'une telle propofition
, & encore plus , quand
le premier Ambaſſadeur, que
je croyois devoir rendre té.
moignage qu'il avoit laiſſé à
ma liberté de monter foul ,
ou avec tel nombre de gens
queje voudrois,aſſura au con.
traire qu'il m'avoit follicité
14 MERCURE
de monter avec toute ma
Garniſon. Je vis bien que
c'eſtoit un jeu joüé , & je
n'avois preſque plus d'eſperance
de me tirer d'un ſimau.
vais pas. Et bien , reprit le
Mandarin , n'importe , c'eſt
un mal entendu, il faut feulementque
vous écriviez prefentement
à tous vos Offi.
ciers & Soldats , de ſe rendre
auprés de vous ; vous m'avez
aſſuré qu'aucun d'eux n'au.
roit gardendet ne vous pas
obeir. Je luy répondis ſans
m'émouvoir pour le peril où
je me trouvois, que ſij'eſtois
GALANT. 15
dans la Place , cela feroit
vray comme je l'avois dit ,
mais qu'un Gouverneurhors
de fa Place ſuivant nos coutumes
, n'avoit plus de droit .
de commander , & qu'avant
que d'en fortir j'avois averty
le premier Ambaſſadeur de
me declarer ſi le Roy avoit
quelque ordre à y donner ,
afinde le faire executer avant
mon départ ; & j'ajoûtay ,
qu'aſſurément Mª de Verdefalle
n'obeïroit à aucun de
mes ordres à moins qu'il ne
me viſt preſent- Me l'Abbé
r
de Lionne qui m'avoit accom
15 MERCURE
r
pagné , & qui vit bien auſſi
le peril où nouseſtions, s'approcha
auſſi- toſt du premier
Ambaſladeur , & luy repreſenta
que tout eſtoit perdu
ſi l'on m'arreſtoit , & que M²
de Verdeſalle eſtoit un homme
à ne rien entendre , & à
pouffer enfuite tout aux dernieres
extrémitez. Je croy
que cela ne ſervit pas peu à
les faire changer de refolution.
Ils crurent qu'il feroit
plus àproposde me renvoyer,
gardant mes deux Enfans
pour gage de la parole qu'ils
exigeroient de moy , que je
GALANT 17
رد
ramenerois toutes les Troupes
, excepte les malades , s'imaginant
quejen ymanquerois
pas tant qu'ils feroient
les maiſtres de la vie de mes
deux Enfans. Ils me propoferent
enſuiteune guerre imaginaire
qu'ils diſoient avoir
avec les Avas, & que puis que
j'eſtois venu pour ſervir le
Roy de Siam , ils vouloient
donner à tous les François
cette occafion d'acquerir de
la gloire ; qu'ils y joindroient
de leur part des Troupes Siamoiſes
, & qu'ils me donneroienr
, comme à un homme
Janvier 1695.
C
B
18 MERCURE
Tres - experimenté , le commandement
de toute l'Armée
; mais que pour eftre
plus en estat de battre les
Ennemis , il me falloit écrire
àM de Bruan de me venir
joindre avec ſes Troupes , à
unlieu qu'ilsmemarquoient.
Il eſtoit aifé de voir à quoy
voir à quoy
tout cela aboutiſſoit ; mais il
eftoit difficile d'y trouver du
remede. Je leur fis propoſer
que s'ils avoient quelque
ſoupçon contre nous, je priois
le Roy de nous donner des
Vaiſſeaux, afinde nous retirer
du Royaume,& de leur ofter
GALANT. 19
toat ombrage ; mais on ne
faisoit point d'autre réponſe
àma propofuion , finon qu'il
falloit commencer par faire
ter toutes les Troupes , monter
nous enfuite denquoy on
pourroit accorder les Vaiffeaux
que nous demandions ,
fi nousnevoulions pasauparavant
rendre contre les Ennemis
de l'Estat les ſervices
que le Roy demandoit de
nousi dle m'envoya enfuite
da copie de la Lettre que je
devois écrire à M² de Bruan ,
que Pitracha meſme avoit
compoſée enSiamois , & qui
Bij
20 MERCURE
traduite mot àmot en François
, faisoit un galimatias qui
ne pouvoit que faire comrendre
à Me Bruan quej'eſtois
arreſté , &quemes affaires
eftoient en mauvais état.
Ce fut ce qui me fit accepter
de l'écrire avec toutes leurs
manieres Siamoiſes , dont le
Grand Mandarin ſe trouva
fatisfait , tout habile homme
qu'ileſtoit , mais il ignoroit
nos Coutumes ,& il s'imaginoit
que ce qu'il avoit écrit
en bonne forme en Siamois ,
ne pouvoit eſtre que fortbon
en noſtre Langue.
GALANT. 21
J'appris encore à Louvo ,
pour furcroft d'affliction, une
méchante affaire qui estoit
arrivée à nos François , qui
avoient eſté retenus , & qui
aprés le départ de Me l'Abbé
de Lionne , &des Mandarins
Siamois, craignant queje ne
vouluſſe pas monter
toient réſolus de tout hazarderpour
ſe rendre à Bancocq-
Ils prirent pour cela des che
vaux à Louvo , ſe rendirent
en toute diligence à cinq ou
fix lieuës de là , ſe ſaifirent
d'un Batteau & de quelques
Siamois pour le ramer , &
22 MERCURE
forcerent trois ou quatre
Corps de garde , juſqu'à ce
qu'enfin eftant venus proche
de Siam , ils ſe trouverent
environnez de prés de huit
cens hommes , qui s'eſtoient
aſſemblez de toutes parts
pour les arreſter. Quelques
Mandarins s'approcherent
d'eux , & leur donnerent parole
qu'on ne leur feroitrien
s'ils vouloient rendre leurs
armes ,& que le Grand Mandarin
n'avoit envoyé apres
eux que pour les ramener à
Louvo , ignorant la cauſede
leur fuite , ce quples porta à
GALANT. 23
ne ſe pas défendre , voyant
bien d'ailleurs qu'ils ne pourroient
que ſuccomber ; mais
les Siamois ne s'en furent pas
plûtoſt ſaiſis , qu'ils les traiterent
d'une maniere tresindigne
, ſans vouloir ſe fouvenir
d'aucune des paroles
qu'ils venoient de leur donner
. Ils n'curent meſme aucun
égard pour mon Fils le
Chevalier , qui eftoit du
nombre, & les ramenerent
à Louvo. Il y en eut d'affez
brutaux pour n'épargner pas
les coups de pertuiſane , afin
de faire relever ceux qui tomboient
accablez d'un ſi rude
24 MERCURE
ce
traitement , en forte qu'un
de nos François fuccomba ,
& mourut par les chemins.
Lors qu'ils furent à Louvo ,
ils les expoſerent pendant
trois heures à la venë d'une
multitude de Coquins qui
leur crachérent au viſage , &
eurent pour eux d'autres ma,
nieres outrageantes , auſquelles
ils n'avoient pas ſujet de
s'attendre . Cette hiſtoire ,
dont j'avois déja appris confuſement
quelque choſe en
paſſant par Siam , & qui me
fut racontée à Louvo par
le détail , me faiſoit affez juger
1
GALANT.
25
get de l'extremité de nos
affaires , pour cette haine extrême
dont le peuple ſe montroit
animé contre nous. Je
fis donc toutes mes diligences
pour hater mon retour à
Bancocq, &fus contraintde
facrifier mes deux Enfans ,
qu'on m'obligeoit de laiſſer
pour oftages , afin de me
rendre au plus viſte où je
croyois ma preſence plus neceſſaire
pour l'honneur du
Roy , & le bien public.
Je rencontray en chemin
Mel'Eveſque de Metellopolis,
que le Grand Mandarin avoit
Janvier 1695.C
26 MERCURE
obligéde ſe rendreà Louvo,
ſous pretexte que le Roy
vouloit conferer avec luy fur
des affaires de conſequence.
Le deſſein dc ce Mandarin
eſtoirdes'aſſurerdeſa perſonne
, pour l'envoyer encore à
Bancocq quelque tems aprés
moy , afin que ſi nonobſtant
touteslesraiſonsqu'il m'avoit
données,& les gages quej'avois
laiſſez,je balançois àme
déterminer , il puſt m'intimider
par l'idée des ſuites facheuſes
qu'alloit avoir mon
refus; car il luy témoigna dés
la premiere audience , qu'il
royoità la verité quejemon,
GALANT. 27
teroisavec lesTroupes,mais
qu'il vouloit encore le renvoyer
aprés moy pour me declarer
que ſi je ne montois
pas , il le feroit mettre luy ,
les miſſionnaires, les Peres, &
tous les Chreſtiens à la bouche
du Canon; mais qu'au
contraire, tout iroit bien ſi je
montois... e một nhi
Mais cette précaution luy
fut inutile. Nous priſmes noſtre
party dés le jour de la
Pentecofte,incontinent aprés
que je fus arrivé dans laFortereſſe
de Bancocq , où j'ex.
poſay à tous les Officiers le
Cij
28 MERCURE
veritable eſtat des affaires, les
mauvais traitemens qu'on avoit
faits aux François , & les
autres bruits qui couroient.
Tous d'un commun accord
furent d'avis de perir plûtoſt
mille fois que de ſe mettre
entre les mains de ces Barbares..
Nous fiſmes donc auffitoft
toutes nos diligences pour
nous mettre un peu en eſtat
denous défendre , faiſant travailler
à des affuts , planter
des paliſſades , & monter du
Canon aux endroits les plus
preſſez. Je voulus envoyer
GALANT: 29
voir dans un Baſtiment Chinois
, appartenant au Roy de
Siam , qui venoit de paſſer
devant la Fortereſſe , & eſtoit
encore ſous noſtre Canon ,
s'il n'y avoit point quelques
proviſions à acheter ; mais
n'en ayant receu qu'une réponſe
impertinente & extravagante
, je commençay par
faire tirer quelques volées
de Canon , qui l'incommoderent
à ne pouvoir plus faire
ſon voyage pour cette année.
Le ſoir du meſme jour , je fis
abandonner un Fort qui étoit
de l'autre coſté de la Riviere,
Ciij
30 MERCURE
aà cause de l'impoſſibilité où
nous eſtions dele garder ,&
j'ordonnay à l'Officier qui
commandoit dedans, de faire
paſſerducoſté que nousvoulions
garder toutes les munitions
qui yeſtoient , & de
faire démolir tous les merlons
des embrazures, de faire crever
tout le Canon , & d'encloüer
celuy qui n'auroit pas
crevé. Ily eut dix huit preces
deCanon de fonte aſſez belles
qui creverent , & l'on encloïa
le reſte , dont il y en
avoit une groſſe de cent dix
livres deballe, qui ne creva
GALANT
31
pas auſſi , quoy qu'on y euſt
donné tous ſes ſoins . Les Siamois
ne tarderent pourtant
guere à les deſencloüer , & à
les mettre enbatterie , ayant
pour cela une adreſſe particuliere.
Nous fiſmes enſuite
brûler un Village qui eſtoit
proche de nos retranchemens;
& deux ou trois jours
aprés, voyant que les Siamois
travailloient à rétablir ce Fort
abandonné , &n'en appercevant
qu'un petit nombre ,
j'envoyay un Capitaine , un
Lieutenant & un Enſeigne ,
avec trente hommes dans
Cij
32 MERCURE
٤
deux Chaloupes , pour tenter
s'il y avoit moyen de les chaffer
de ce Fort,&de le démolir
de telle forte,que lesEnnemis
nes'en puſſent pasſervir,mais
àpeine ce détachement fut
au milieu de la Riviere , que
tout ce Fort , & une longue
muraille qui le joignoit , parurent
pleins de gens armez
pour les attendre. Nos gens
neanmoins ne voulurent pas
s'en retourner ſur leurs pas
ſans rien faire , quoy qu'ils
viſſent bienque la partien'eſtoit
pas égale. Ils mirent pied
àterre , & eſſuyerenr le feu
GALANT. 33
des Ennemis , & fix d'entrecuxeſcaladerentle
Fort , dans
lequel aprés avoir tué quelques
Siamois , accablez par la
multitude ils ſe retirerent,&il
ne reſta aucun François , ny
dans le Fort , ny ſur le rivage.
Deux furent tuez dans les
Chaloupes , & il y en eut deux
autres de bleſſez .
Nous fiſmes enſuite un
grand feu contre ce meſme
Fort , pour empêcher qu'ils
n'y élevaſſent un Cavalier,
auquel ils travailloient , &
qui auroit découvert toute
noſtre Place ,& nous eûmes
34 MERCURE
le plaifir deleur détruire pluſieurss
fois tous leurs travaux,
auſquels ils s'opiniaſtroient
toujours , quoy qu'ilı perdif
ſent un grand nombre de
gens; & le grand feu que
nous faiſions denoſtre coſté
ne les empêchoit pas de
charger, & de tirer ſans ceſſe
contre nous lesCanons qu'ils
avoient deſencloüez , & d'au--
tres qu'ils avoient fait venir
de Siam , avec des Mortiers
&des Bombes ; à quoy nous
ne nous attendions pas, dont
ils ne ceſſerent pas de tirer
pendanttroisouquatre jours,
GALANT.
35
cequi nousdonna ſeulement
de la peur pour nos magafins
, & autres maiſons qui
n'eſtoient couvertes que de
feüilles .
Il ne ſe paſſoit guere de
nuits qu'ils ne nous vinſſent
donner quelque faufle attaque
pour nous laffer , & faire
toujours tenir toute noftre
Garniſon ſur pied , & qu'ils
ne fiffent paroiftre des méches
allumées , tantoſt d'un
coſté, tantoſt d'un autre , &
quelquefois dans des Ballons
qu'ils laiſſoient aller au gré de
l'eau , pour nous ofter par là
1
36 MERCURE
le moyen de prendre aucun
repos , & nous ſurprendre en
effet. Aprés tant de faufſes
attaques ,il feroit difficile de
s'imaginer l'extremité de fatigues
où nous nous trouvions
tous , tant par les frequentes
alarmes & par le
travail , qui estoit preſque
continuel , que par le manque
de nourriture , & par la
guerre que nous faiſoient les
Maringoins , que nos Soldats
trouvoient plus cruelle que
celle des Siamois ; comme
auſſi par les groſſes pluyes
qu'il faiſoit inceſſamment ,
GALANT.
37
pendant lesquelles nous avions
beaucoup à craindre
les ſurpriſes , car les armes à
feu auroient elté inutiles , &
on n'euſt pû diftinguer un
Siamois à un pas deioy. Ce
fut dans un de ces temps qu'il
entra dans noſtre Place trois
Soldats Siamois , qui par diverscharmes
dont ils avoient
le corps garny , s'eſtoient
coulez,&avoient entrepris de
venir brûler nos mailons &
nos magaſins. Une de nos
Sentinelles ſe ſentit plûtoſt
bleſſée d'un de leurs coups ,
qu'elle n'euſt pû lesapperce
38 MERCURE
voir : ayant neanmoins fait
du bruit , on leur fit ſentir
que nos armes avoient plus
de pouvoir que leurs charmes
. Il en mourut un ſur la
place ; un ſecond alla mourir
dans les foſſez , & le troifiéme
fortbleſſé alla détrom -
per ceux qui ſe confioient en
ces fortes de ſecrets . .
Nouſ reſtâmes ainſi les dix
ou douze premiers jours ſans
pouvoir apprendre la moindre
nouvelle de qui que ce
fuſt ,dans la croyance qu'on
avoit fait main-baſſe ſur tous
les François , & peut- eſtre
GALANT. 39
auſſi ſur tous les autresChreſtiens,&
ne ſçachant où mettre
nôtre eſperance qu'à nous
bien défendre ,& ne pas romber
vifs entre les mains de
cette cruelle Nation ; car
nous ne pouvions efperer ny
ſecours de dehors, ny retraite
ny compoſition de nos Ennemis
T Dans cette circonſtance
nous réſolûmes de hazarder
une petite Barque appartenante
à la Compagnie,
& quiavoit depuis peu relâché
à Bancocq. Je l'envoyay
ſous la conduite du Sicur de
:
40 MERCURE
4
S. Cricq , Lieutenant , avec
neufou dix Soldats , pour tâcher
de paſſer , & trouver ,
s'il y avoit moyen , deux
Vaiſſeaux Siamois montez
par des François , qu'on
avoit envoyez depuis deux
mois en courſe contre des
Corſaires. On voyoit bien
la difficulté qu'ily avoità defcendre
la Riviere ; mais dans
lesaffaires deſeſperées , com .
me les noſtres ,il falloit beau .
coup hazarder.Cette Barque,
aprés avoir eſſuyé quelques
coups de Canon du Fort des
Ennemis , deſcendit hors de
GALANT. 41
noſtre veuë; enſuite de quoy
elle fut ſi vigoureuſement
attaquée , que nos gens ne
purent empêcher l'abordage.
Le Sieur de S. Cricq , homme
d'une pieté extraordinai.
re , & dont la vertu ne dimi-
-nuoit en rien le courage , fit
pour ſe défendre tout ce qu'-
un tres-vaillanthomme peut
faire &mit enfin le feu à
quantité de poudres , & à
toutes les grenades qu'il avoit
amaſſées ſur le pont pourdifſiper
la multitude dont il
eſtoit accable. La Barque
enſuite s'eſtant allée échouër,
Ianvier 1695.
د
D
42 MERCURE
ſe trouva encore environnée
d'une infinité de Galiotes,
en ſorte qu'il ne luy reſtoît
aucune eſperance de ſe tirer
d'affaire. Le Sieur de S. Cricq,
aprés avoir fait quelques prieres
, & exhorté ſes Soldats à
bienmourir, les enferma tous
dans la chambre , & quand
le Baſtiment fut entierement
rempli de Siamois quiymontoientde
tous côtez engrand
nombre , qu'il ſceut qu'il
n'y en pouvoit plus entrer ,
&qu'il les entendit ſe réjouïr
de leur prétenduë victoire, il
mit le feu aux poudres , &
GALANT: 43
fit fauter &la Barque ,& tous
les Siamois qui estoient defſus
, qui pour la pluſpartmoururent
avec luy . Cer acte d'intrepidité
étonna cette Nation
plus qu'on ne peut dire,
& ſe répandit bien-toſt par
tout le Royaume.
• Opra Pitracha de ſon côté,
fur la premiere nouvelle que
luy avoit écrite le ſecondAmbaſſadeur
des qu'il fut arrivé
avec moy àBancocq, que je
faifois difficulté de monter ,
n'avoit pas manqué d'envoyer
M² de Metellopolis ,
comme il s'eſtoit propoſe;
Dij
44 MERCURE
mais le Prelat ne ſervit à
Bancocq que de victime à la
fureur des Siamois , qui irritez
extraordinairement du
nombre de leurs gens que
noſtre Canon tuoit inceſlamment
, ſe jetterent fur luy ,
pillerent tout ce qu'il avoit
dans ſonBalon,luy arrache- .
rent ſa Croix paſtorale & fon
Anneau , & prirent tous ſes
genspriſonniers, le menaçant
de l'expoſer à noſtre Canon.
Deux ou trois jours aprés
mon arrivée à Bancocq , j'avois
écrit une Lettre auGrand
Mandarin , par laquelle jeluy
GALANT. 45
avois fait ſçavoir que tous les
François ayant appris les outrages
qu'on avoit faits à ceux
de leur Nation ,& les bruits
qui couroient publiquement
qu'on ne les vouloit tirer de
la Fortereſſe que pour les faire
tous perir , n'avoient point
voulu accepter le party de
monter & qu'ils eſtoient
tous teſolus à vendre bien
cher leur vie , ſi on les poufſoit
à bout ; que ce qu'ils
avoient fait neanmoins ,
& faifoient encore , n'efſtoit
que pour la défendre,
& qu'ils eftoient tou-

46 MERCURE
jours preſts d'accepter des
Vaiſſeaux,&de ſe retirerpaifiblement
, ſi on leuren vouloit
accorder.
Aprés qu'il eut receu ma
Lettre , & les autres nouvelles
que les Mandarins luy
firent ſçavoir de noſtre en.
tiere détermination , il vou.
lut tenter encore un dernier
moyen , qui fut de me faire
écrire par mes Enfans qu'il
avoitfait mettre aux fers avec
les autres Officiers François
qui estoient à Louvo. Il leur
dicta luy-même la Lettre,qui
portoit qu'il n'y avoit plus
GALANT. 47
de vie à efperer pour eux , fi
je nemontois conformement
à la parole que je luy avois
donnée , & que c'eſtoit encore
une grace qu'il leur faifoit
, d'avoir differé leur chatiment,
& de leur avoir permis
de me faire ſçavoir l'état
& le peril où ils ſe trouvoient.
Je leur écrivis pour réponſe,
que je donnerois volontiers
mavie pour conſerver la leur,
mais que lors qu'il s'agiſſoit
del'honneur du Roy,& de la
confervation de ſes Troupes,
il n'y avoit nul intereſt qu'il
ne falluſt ſacrifier; qu'il leur
48 MERCURE
devoit ſuffire pour leur con.
ſolation de n'avoir point de
crimes , &que le Roy ſcauroit
bien venger , quand il
luyplairoit,les outrages qu'on
leur pourroit faire. Pitracha
n'attendoit pas nne réponſe
de cette nature. Les nouvelles
qui luy venoient inceſſamment
de la maniere
dont nous nous y prenions,
le firent entierement deſefperer
de nous avoir par aucun
de ſes artifices , & l'obligerent
apparemment à ſe repentir
de ne m'avoir pas arreſté
quand il m'avoit entre
fes
GALANT. :
49
ſes mains. Il jugea bien d'ailleurs
qu'il ne Tuy feroit pas
facile de nous avoir à force
ouverte , par tous les travaux
qu'on luy rapportoit que
nous faifions inceſſamment.
Il avoit à craindre que s'il
faiſoit donner quelque aſſaut,
& qu'il y perdiſt un grand
nombre de Siamois , cela ne
les dégoûtaſt , & ne leur fift
peut- eſtre tourner contre luy
la fureur qu'il avoit allumée
contre nous. Il crut donc qu'il
y avoit moins de hazard pour
luy ,& qu'il luy ſeroit plus
facile pour le preſent de tra .
Ianvier 1695. E
50 MERCURE
vailler à ſe défaire des Princes
, car il en avoit un entre
ſes mains , & avoit envoyé il
y avoit déja quelque temps
un Grand Mandarin , nommé
Opropolotop , qui estoit
à ſa devotion , avec mille
Soldats , & ordre d'en lever
encore mille dans la ville de
Siam , prétendant qu'il y
avoit là des Seditieux. Il avoit
auſſi détaché pluſieurs
Mandarins affectionnez au
Prince qui eſtoit encore en
cette Ville , pour les envoyer
àBancocq contre nous , &
avoit de plus fait arreſter ſous -
GALANT. SI
divers prétextes les principaux
Mandarins de qui il
pouvoit ſe défier ; de forte
qu'il s'eſtoit rendu par ſes
adreſſes lemaiſtre de la Ville
& du Palais de Siam, & avoit
mis le Prince qui y eſtoit,
hors d'eſtat de luy reſiſter.
Il fit donc aſſembler les principauxMandarins
qui étoient
à Louvo , ſe plaignant devant
eux fortement des Princes
&leurdiſantqu'il avoit appris
pour certain , que pour remerciment
desbons ſervices
qu'il leur avoit rendus , ils
avoient reſolu de ſe deffaire
د
E ij
52 MERCURE
de luy , leur demandant ce
qu'ils penſoient là - deſſus.
Je ſuis perfuadéque pour lors
beaucoup d'eux virent bien
où il en vouloit venir ; mais
ſa puiſſance eſtoit trop grande,
pour qu'aucun oſaſt rien
faire paroiſtre qui puſt en
attirer un mauvais party.
Il avoit eu ſoin d'engager les
principaux , en leur faiſant
eſperer de nouvelles Charges
& dignitez , & n'avoit mis à
la teſte de ſes Troupes, & à la
garde des endroits les plus
de conféquence , que ceux
qu'il ſçavoit bien eſtre en
GALANT. 53
tiérement à luy. Ils conclurent
donc que les Princes
eſtoient des ingrats qu'il
falloit punir. Ilenvoya aufhtoſt
ſes ordres pour ſe ſaiſir
de celuy qui estoit à Siam ,
& l'amener à Louvo , &
enſuire il les envoya tous
deux à une certaine Pagode
proche de Thelipouſſonne ,
pour les faire mourir à coups
de bois de Sandalle , enveloppez
dans des ſacs d'écarlate
, ſuivant la coûtume du
Royaume de ſe défaire des
Princes du Sang.namcheo
Voilà comme cet adroit
E iij
54 MERCURE
Politique s'ouvroit inceſſamment
le chemin pour monter
ſur le Trône , où il aſpiroit.
Quoy que l'on ne puiſſe nier
qu'il n'ait eu bien du bon.
heur d'avoir pû mettre tant
de Teſtes à bas , ſans exciter
le moindre remuëment dans
le Royaume , on ne sçauroit
auſſi douter qu'il ne s'y foit
pris fort adroitenment , & en
hommede grand eſprit ; ce
qui s'eſt trouvécontraire à ce
que m'avoit dit le St Conftance,
en parlant de luy , que
c'eſtoit une beſte iucapable
de rien faire réüſſir. Il avoit
GALANT 55
/
joüé au plus fûr, & de lamaniere
qu'il s'y eſtoit pris , s'il
'n'avoit pû s'emparer de la
Couronne ſans trop ſe hazarder,
il auroit pû ſe contenter
dela ſecondeplaceduRoyau.
me, qui ne pouvoit luy manquer
ſous le Regne des Princes.
L'ancien Roy eſtoit encore
en viequand il s'en défit.
Il mourut lejour ſuivant,
aprés quoy Pitracha donna
de grandes Charges à tous
ceux qui l'avoient fervy
éleva tous lesMandarins qu'il
avoit quelquefois intereſtde
ménager , & délivra meſme
E iiij
56 MERCURE
pour
tous ceux qu'il avoit fait
arrefter prifonniers
ſe gagner le coeur de tous
par ces actions de clemence .
Il ſoulagea le Peuple de ſes
ſervitudes , & ordonna que
l'on fiſt des aumoſnes publiques
, qui , quoy que de peu
de dépenſe , ne laiſſoient pas
de le faire beaucoup louer
&eſtimer , de forte qu'il n'eſt
pas arrivé dans le Royaume
la moindre ſédition & revolte
à ſon occaſion.
Pour la Princeſſe , il aima
mieux la garder pour en faire
fon Epouſe , que de luy faire
GALANT. 57
le meſme party qu'il avoit
fait aux Princes. Il s'attacha
- à taſcher de gagner ſes bonnes
graces ; on croyoit qu'il
la referveroit pour ſon Fils ,
mais il aima encore mieux
la prendre pour luy. On dit
que cette Princeſſe reſſentit
une douleur extrême de la
mort de celuy quieſtoit , ou
qui devoit eſtre ſon Epoux ,
& que dans ſes emportemens
elle ne gardoit nulle meſure
contre celuy qui en eſtoit
l'auteur , & fe repentoit fort
d'avoir eſté ſi contraire aux
François ; mais aprés tout,
58 MERCURE
elle a mieux aimé vivre Reine
que de mourir malheureuſe.
La Ceremonie publique du
mariage n'eſtoit pas encore
faite avant noſtre depart ,
mais on ne doute pas que la
choſe n'ait eſté faite .
Pitracha n'eut pas plutoſt
pris le party de travailler à
ſe défaire des Princes , qu'il
penſa à trouver un moyen de
s'accommoder avec nous , &
de nous faire ſortir de fon
Royaume en paix. Il ſe reſolut
pour cela de m'envoyer
mesenfans , comme une mar
que de la conſideration qu'il
GALANT. 59
avoit pour moy. Il les fit
donc venir devant luy , & les
ayant d'abord voulu intimider
par la vûëde la mort,pour
éprouver leur conſtance , il
leur dit qu'il ſe ſentoit émû de
compaflion pour eux , & qu'il
connoiſſoit d'ailleurs la droiture
de mon coeur , & ſçavoit
bien que je n'eſtois pas capable
de manquer à ma patole
; mais que c'eſtoit les
Troupes qui ſous des terreurs
paniques n'avoient pas voulu
obeïr ; qu'il leur donnoit
la vie , & qu'il vouloit bien
me les renvoyer, & par eſtime
60 MERCURE
pour moy , & par amitié pour
eux. Il ne leur fit pourtant
point encore aucune propofition
pour nous faire.
د
La réponſe que j'avois faite
àl eur Lettre les rencontra en
chemin & fut neanmoins
renduë au Grand Mandarin .
Ils revinrent à Bancocq le
jour de S. Jean Baptifte , apportant
avec eux une grande
joye à toute laGarniſon , qui
les avoit crus morts , auflibien
que tous les autres François
qui estoient entre les
mains de cette Nation . J'eus
de la peine à concevoir pourGALANT
61
quoyle GrandMandarin en avoit
uſe de cette forte,dans un
temps où nous ne nous attendions
à rien moins qu'à cela ;
mais dans la ſuite ayant appris
la priſe & la mort des
Princes , je conjecturay qu'il
avoit voulu par cette action
de generofité , s'ouvrir un
chemin à la paix avec nous ,
& les deux Mandarins que
nous avons interrogez ſur ce
point m'ont confirmé dans
inon ſentiment . ってい
Depuis certemps là , le feu
ceſſa un peu de part & d'autre.
Il ſe fit diverſes propoſi .
62 MERCURE
tions d'accommodement. Le
temps , le feu mis à la Barque,
&la mort des Princes ralentif
foient beaucoup la fureur des
Siamois contre nous,qui dans
les commencemens eſtoit fi
grande & fi generale , que
juſques aux Femmes mefme
venoient de leur bon gré &
par devotion , apporter &
préparer à manger aux Soldats
, & autres qui travailloient
à leurs Forts , voulant
par ce moyen avoir part à
noſtre défaite. Toutefois depuis
le commencement de la
guerre juſqu'à noſtre entiere
GALANT. 63
fortie , qui ne fut que cinq
mois aprés , nous n'avons ja-
- mais eſteun temps où il n'y
eût à craindre,& où il ne falut
toujours tenir preſque toute
la Garniſon ſur pied, nonob .
ſtant les paroles & les aſſu.
rances qu'ils nousdonnoient,
& qu'ils retractoient auſſi
quand il leur plaifoit. Il couroit
des bruits ſi forts qu'ils ne
nous parloient d'acommodementque
pour nous tromper
& nous ſurprendre par leurs
artifices , que nous ne nous
pouvions tenir aſſurez de
rien.Je croyque la plus cruel.
64 MERCURE
le choſe qui ſoit au monde,
eft de ſe voir , comme nous
eſtions , en neceſſité de traiter
avec des gens , en la parole
deſquels on ſçait qu'on ne ſe
peut pas fier.
Sur la finde ces longues &
ennuyeuſes negociations ,
pendant leſquellesje trouvay
le ſecret de garnir la Place
de vivres , arriverent en rade
les deux Vaiſſeaux montez
par des François , qui ſe rendirent
avec nous dans laPlace.
On nous rendit auſſi les
OfficiersFrançois qui avoient
eſté juſque- là, détenus pri
GALANT. 65
fonniers ; quelques autres encore
qui estoient à Louvo
ou à Siam , trouverent auſſi
le moyeni de revenir avec
nous . Nous apprîmes pour
lors en detail tous les mauvais
traitemens qu'ils avoient receus
des Siamois , la perfecution
que les Chreftiens
Siamois , Pegons , Portugais,
& autres avoient foufferte &
ſouffroient encore dans l'efclavage
où on les avoit reduits
; que le Seminaire de
Monfieur l'Eveſque de Metellopolis
avoit eſté entierement
pillé , & qu'ils avoient
Janvier1695. F
66 MERCURE
éxigé ou pris par force du
Camp Portugais de jeunes
filles chreſtiennes pour en
faire des Concubines- On
fçeut auſſipar un Miſſionnaire
qui avoït eſté pris & mis
à la Cangue avec tous les
Chreftiens d'une Province,
nommée Porceloue , qui eſt
à l'extrémité du Royaume ,
que dés le mois de Janvier
ils avoient eſté ſur le point
d'eſtre arreſtez , & que depuis
on n'avoit point ceſſé
de les intimider par ce qui
eſt arrivé dans la ſuite , ce
qui marque qu'il y avoit
GALANT. 67.
-
4
long- temps que Pitracha avoit
pris ſes meſures pour
faire ce qu'il a executé depuis.
Nous appriſmes auſſi par
un François qui avoit eſté
fait prifonnier à Merguy ,
que M² Bruan , & les François
qui estoient fous fon
commandement
,
avoient
fouffert un aflaut,&que manquant
d'eau , & eſtant commandez
dans leur place par
une batterie, que les Fran.
çois avoient faite , ils s'étoient
retirez à travers le
que
feu des Ennemis, &s'eſtoient
Fij
1 68 MERCURE
emparez d'un vaiſſeau du
Roy de Siam.
Peu de temps aprés, nous
eûmes nouvelle de l'arrivée
du Vaiſſeau du Roy l'Oriflame
, qui demoura affez
long-temps à la rade fort en
peine de ne recevoir aucunes
nouvelles de nous ni des
Officiers qui estoient defcendus
des Provinces , & que
les Siamois, qui ſçavent men.
tir & fourber autant que
Nation du monde , avoient
fait adroitement conduire
à Siam ſans paſſer pardevant
noftre Fortereſſe , ni
GALANT. 69
leur rien dire de tout ce qui
eſtoit arrivé . Si nos affaires
n'euffent pas efté en eſtat
d'accommodement , les Of
ficiers & la Chalouppe auroient
couru grand hazard;
& ce Vaiſſeau ne nous auroit
pû donner le moindre
ſecours , par l'impoffibilité
où il eſtoit d'entrer dans la
Riviere ; & d'avoir meſme la
moindre communication avec
nous ce qui marque
combien le poſte où nous
eſtions eſtoit mal ſitué & peu
avantageux , & que toft ou
tard nous aurions eſté obli
70 MERCURE
gez de l'abandonner.
Sur ces entrefaites , il nous
arriva une nouvelle affaire ,
qui penſa de nouveau tout
rompre. La femme du ſieur
Conſtance , aprés avoir efté
cruellement tourmentéc
pour luy faire declarer tous
les effets de ſon mary , &
avoir fouffert pluſieurs autres
outrages , tant de la part
de ces miferables Braſpeints,
auſquels on avoit confié ſa
garde , que de celle du fils
de Pitracha , qu'on nomme
à preſent le Prince , qui s'en
trouva brutalement paffion
GALANT. 71
né , avoit trouvé le moyen
de s'enfuir & de deſcendre
à Bancocq, ce qui fut ſceu
des Mandarins & enſuite du
Roy , qui nous fit declarer
qu'il n'y avoit aucun accom
modement , à moins qu'on
ne la rendiſt. Ils craignoient
qu'eſtant hors du Royaume,
elle ne s'emparaſt & ne leur
fiſt perdre les deniers que ſon
mary en avoit fait fortir.
Quoy que je fuſſe extrémement
inquieté de cettemauvaiſe
affaire qui s'eſtoit faite
ſans ma participation , &
qui venoit dans un contre.
72 MERCURE
temps tres- fâcheux , les Sia .
mois nous retenant à ſa confideration
les Matelots , cables
& ancres , & autres choſes
qui nous eſtoient abſolument
neceſſaires pour nô .
tre fortie , & que j'avois eu
toute la peine du monde à
meſnager ; je crus pourtant
que je ne la pouvois rendre
ſans pourvoir à ſa fûreté. Je
voulus meſme tenter d'obtenir
du Roy ſa ſortie ; mais
on ne voulut point écouter
ma propofition , & la guerre
alloit ſe r'allumer tout de
potion,
nouveau plus cruellement
que
GALANT.
73
que jamais. On avoit déja
fait arreſter à Siam le Sieur
Veret , que j'y avois envoyé
pour achever nos affaires ,
tous les Miflionnaires & un
Pere Jeſuite qui y reſtoit encore,&
on menaçoit de cruels
chaſtimens tous les Parens
de cette Veuve dont les Siamois
s'eſtoient ſaiſis , de forte
que ſa Mere meſme m'écrivit
& me pria inftamment
d'accommoder cette affaire,
ce que je fis dans un traité ,
par lequel le Roy de Siam
meſme engagea ſa parole
qu'il la laiſſeroit , & toute
Janvier 1695.
ς
74 MERCURE
fa famille en liberté de conſcience,
&de ſe marier avec
qui elle voudroit , & empefcheroit
qu'il ne lui fuft fait
aucune violence par qui que
ce fuſt , moyennant quoy je
la renvoyay 2000
Enfin nos affaires s'eſtant
diverſes fois rompues& raccommodées,
les Siamois s'ac.
corderentà nous donner trois
Vaiſſeaux, des vivres ,& tout
ce qui nous eſtoit neceflai,
re , avec deux grands Mandarins
en otage , pour nous
conduire juſques hors du
Royaume , & nous promifGALANT
S
mes de ne faire aucun mal à
leurs Places , & d'en forrir
tambour battant , meſche
allumée , avec armes & bagages
, ce que nous fiſmes le
jourdesMorts. On diſoit en.
core,que les Siamois nous attaqueroient
infailliblement
dans noſtre ſortie ou dans la
defcente de la Riviere , mais
nous nous tenions toûjours
fur nos gardes ,&ils n'entreprirent
rien. Ils nous firent
ſeulement une nouvelle chicanne
, aprés que nous fûmes
en rade , nous retenant
quelques Miroies où il y a-

G. ij
76 MERCURE
voit meſme de noftre Canon,
qui avoient échoüé dans une
baſſe eau proche de leur
Fort , ce qui nous a fait rete.
nir les Mandarins qui nous
reconduifoient & devoient
nous répondre detout noftre
bagage...
Il eſt preſque incroyable
combien de travaux ilscont
eſté obligez de faire contre
nous , outre ce Cavalier de
terre , que nonobſtant noſtre
Canon ils avoient élevé les
nuits fur le Fort de l'Ouëft
dont ils eſtoient maiſtres . Ils
nous avoient de plus envi.
GALANT. 77
ronnez de palliffades à une
petite portéel de Canon , &
enfuite invettis de neuf Forts
qu'ils avoient garnis de Canon,&
qui nous battoient de
veuë dans toute la place. Hs
avoient fait auſſi depuis Bancocq
juſqu'à l'emboucheure
de la Riviere , des Forts ,
pour empefcher le ſecours
qui nous pouvoit venir de dehors.
Il y avoit dans ces Forts
plus de 14 pieces de Canon
en batterie qu'ils avoient fait
deſcendre de Siam , & ils avoient
pour cela ouvert un
bras de Riviere pour n'eſtre
Giij
78 MERCURE
pas obligez de les paſſer à
noſtre veue. Ils avoient en
core par un travail terrible
garni toute la barre par où
tous lesNavires peuvent entrer
, de cinq ou fix rangsde
gros arbres qu'ils y avoient
plantez de baſſe mer , & qui
tenoient fi fort, qu'il n'eſtoit
pas poffible de paffer par
deſſus , n'y ayant laiflé qu'une
paſſe qu'ils pouvoient ai
fément fermer avec une chaî
ne de fer , &y retenant toûjours
grand nombre de Ga
leres armées pour la garde.
Aſſurément on n'auroit pas
GALANT. 79

2010
crû ces Peuples capables de
toutes ces choſes. Il eſt vray
que preſque tous les Etrangers
qui estoient dans le
Royaume les avoient beaucoup
aidez contre nous ; ils
avoient des Anglois ſur leurs
battimens pour les commander
& pour garder l'entrée
de la Riviere , avec des Hollandois
pour tirer leurs bom .
bes, &nous eſtions bloquez,
outre l'armée des Siamois ,
par les Pegons , Mal
Chinois,Mores,& autres , qui
avoient chacun leurs Forts
où ils estoient retranchez .
Malais
=
Giij
80 MERCURE
A la verité , il euſt eſté facile
d'empeſcher la conſtruction
de ces Forts, fi nous eufſſions
eu de la poudre en abondance
, mais nous n'en aurions
pas eu pour huit jours,
fi nous cuffions voulu faire
jour & nuit le feu qu'il nous
auroit falu faire pour les em.
peſcher d'avancer leurs travaux
, & ainſi quoi qu'ils les
continuaſſent toûjours , mef.
me depuis le renvoi de mes
enfans ,& dans le temps qu'.
ils faifoient des propoſitions
d'accommodement , ce qui
les rendoit fort ſuſpectes ,
T
T
GALANT. 81
j'aimay mieux ménager la
poudre & gagner du temps,
que de m'expofer ànous voir
au bout de peu de jours hors
d'eſtat de les repouffer s'ils
en venoient à un aflaur,
& la fuite a bien fait voir
qu'on ne pouvoit prendre
un autre party dans les circonſtances
où nous eſtions .
Il eſtoit à la verité fort dou
teux & incertain , fi leurs
propoſitions eftoient fincer
res , mais il eſtoit encore plus
certain que c'eſtoit tout per
dre que de ne les pas écouter
, & c'eſtoit ce qui me
82 MERCURE
faiſoit ſouvent dire à la pluf
part de nos Officiers qui ne
reſpiroient que le feu , que
nous ferions toujours à temps
de faire le coup de deſeſpoir,
mais que le temps pourroit
enfin apporter ce que nous
ne pouvions eſperer de tous
les efforts que nous aurions
pû faire. Je faifois aſſez ſçavoir
à nos Ennemis par les
Lettres que je leur écrivois ,
que s'ils n'agiſſoient debonne
foy , & ne m'accordoient
mesdemandes ,je commen
cerois par faire fauter leurs
forts , crever tous leurs ca
1
GALANT. 83
nons de fonte quej'avois en
ma difpofition ; & qu'avec
toute maGarnifon j'irois fon.
dre ſur eux, leur demandant
en ce cas l'unique grace de
ne faire quartier à aucun
François, de meſme que je
leur prometrois de n'en
faire à aucun de Recux
qui romberoient entre nos
mains ; mais je ne croyois
pas qu'il en faluſt venir là
qu'à la derniere extrémité ,
& quand il n'y auroit plus
d'eſpoir d'aucune meilleure
compoſition. La ſuite m'a
bien confirmé
que quoy
84 MERCURE
qu'on ne voye aucun moyen
dev ſe retirer d'une meſchante
affaire , il n'en faut jamais
deſeſperer , mais au contraire
ſe flatter toujours que le
temps y pourra apporter
quelque changement. Ce
luy qui arriva à la mort des
Princes , commença àmettre
nos affaires en meilleur eſtat.
La reſolution que nous leur
faiſions ſçavoir où nous
eſtions tous , & dont le Sieur
Saint Cricq leur avoit donné
des preuves ,one fervit; pas
peu à les intimider ; mais je
dois avoüer en finiſſant cette
GALANT 85
Relation ,que la crainte de
la vengeance de noftre Aus
guſte Monarque , dont les
Ambaſſadeurs Siamois a
voient vu la puiſſance , a
(
contribué plus que toute
autre choſe , aux conditions
avantageuſes qu'ils ont eſté
contraints de nous accort
der.
Ceux qui feront reflexion
ſur ce morceau d'Histoire , le
trouveront fort confiderable
, puis qu'on y doit re
marquer que l'Ufurpateur
du Royaume de Siam a travaillé
pendant un fort grand
86 MERCURE
nombre d'années à tout ce
qui pouvoit contribuer à le
faireRoy ſans que perſonne
s'en ſoit apperceu , à quoy
il a réuffi en feignant de fe
vouloir enfermer avec les
Talapoins dans un Cloitre.
Il a trouvé moyen de ſe défaire
du Prince que le Ray
élevoit pour luy fucceder ,
de Me Conſtance Favory
qu'il a fair mourir , ainſi que
les deux Freres du Roy, agif.
fant en tout cela avec tant
d'adreſſe , qu'il a obligé les
Grands de l'Estat à opiner à
leur mort , & forcé la PrinGALANT1
87
ceſſe à l'épouſer pour ſe faire |
un droit à la Couronne. Ce
qu'il y a de fort furprenant,
c'eſt que toutes ces chofes
ſe ſont faites lans Guerre civile
, & fans avoir répanda
d'autre dang que celuy de
ceux qui pouvoient regner.
Enfin on doit demeurer d'ac.
cord que cet Ufurpateur le
peut diſputer en eſprit , en
fineffe& en conduite à tous
ceux de ſon caractere , de
quelque Nation qu'ils ſoient.
Quoy que l'ouvrage que je
vous envoye , paroiſſe eſtre
un peu de vieille datte , il n'a
88 MERCURE
point encore paru dans le
monde. M² de la Neuville qui
en eſt auteur,&dont vous en
avez déja vû autrefois quelques
autres dansmes Lettres,
s'étoit engagéà faireun Idille
fur les Montagnes , ſembla .
ble à celuy que vous verrez
aujourd'huy fur les Bois , &
tous deux à l'imitation de
ceux de l'illustre Madame des
Houlieres , dont il avoit l'avantage
d'eſtre connu , mais
on dit qu'il a tourné ſes ſoins
fur une occupation plus ſe.
rieuſe que celle de la Poësie.
Je vous en entretiendray
quand
GALANT. 89
quand ſon ouvrage aura paſſé
de ſon cabinet dans celuy de
fes, amis
LETTRE
1
A Mademoiselle D. B.
Dourquoy me
demander fi
obligeamment ,Mademo fel
vous le, l'Idille des Bois , qui
appartient mieux qu'à moy , puiſ
que je ne l'ay fait que pour vous,
qu inspiré de vous ; & comme
ficer honneur ne fuffifois paspour
remplir toute mon ambition , vous
ajoutez encore que vous voulez
L'apprendre , que pour ne l'oublier
Janvier 1695.
٧٤
H
१० MERCURE
jamais . & mefme le faire voir
à noftre illuftre Amic Madame
des Houlieres , à qui nous avons
l'obligation d'avoir ramené fur
le Parnaffe François, ce genre de
Poësie galante & morale qui
n'estoit plus connuque de l'Apollon
Italien. Je n'ose vous dire
icy , Mademoiselle , tout ce que
j'ayfenty en lifant vostre charmant
billet ; & quoy que vous
meflattiez de vouloir apprendre
mon Idille,je vous avouéde bonne
foy que le plaisir d'occuper une
place dans vostre memoire ,fembloit
ne meplus ſuffire , & que
pouffant plus loin ma bonnefor:
4
GALANT.3 91
tune , j'ay bien osé defirer paffer
de vostre ſouvenir juſques dans
voſtre coeur. Voila ce que c'eft,
Mademoiselle , que de m'annoncer
un bonheur qui devroit borner
mon ambition & mes souhaits ;
mais non content de ce qui pourroit
fatisfaire mes defirs , je cherche
encore à l'augmenter par l'honneur
de vous plaire auffi bien que
par le plaisir de vous obeir.
:
MERCURE
LES BOIS.
IDILLE.
DEja lebel fire
dujour
Avoit renduparfonretour,
Anos Prezleur émail , à nos Bois
leur verdure ,
'Et déja les Bergers , dans cet heu.
reux fejour ,
De concert avec la Nature,
Sembloient ne reſpirer que la joye
l'amour ,
Quand Iris &Daphne , Nimphes
jeunes&belles ,
Que le tendre Damon conduisit en
ces lieux ,
Se déroberent à ses yeux,
Pour s'aller perdre ensemble en
des routes nouvelles.
GALANT 93
Damonquiles ſuivoitdans les Bois
de*Balfy,
Sous un feüillage obscur s'alla cacher
près d'elles,
Et là ces deux Nimphes fidelles,
Se croyant fans témoins discouruน
rent ainsi.
Daphné fut la premiere à rompre
lafilence
Et dit, en embraſfant Iris,
Puis quedes noftre tendre enfan
ce,
L'amitié joint nos coeurs ainsi que
nos esprits,
Reçois la tendre confidence
Detout cequeje fens , de tout ce
que je pense. ระโน
Et vous , tranquilles Bois , dont
nous troublons la paix ,
2. C'eſtle nom de leur Terre .
94 MERCURE
Ecouteznos soupirs , &n'en parlezjamais.
Nousfuyons toutes deux & la Ville
&les hommes,
C.
Aimables Bois , canfolez- nouss
Jadis vous n'aviez que des
Loups,
Mais belas I au temps où nous
Lommes
Paris enabien plusque vous.
Votre profond repos a pour vous
tant de charmes ,
1
Qu'il calme ce juſte couroux,
Que caufent les Amans,les Maris ,
les jalouxst
Mais pour mieux revenir denos
tristes alarmes
Le coeur gros de foupirs , les yeux
baignez de larmes ,
Nous vous le dirons mille fois,
Consolez-nous,aimablesBois.
GALANT 95
: Ce fecret nous est d'importance,
Quoy qu'il n'égale pas la grande
confidence,
Que tant de Bergers tous les
yourse
Vous font de leurs tendres -
mours ,
Dont voussçavez la violence.
Souvent les oiſeaux , plus heu-
Que les Bergers&les Bergeres,
N'eprouvant point d'amour les

tourmens rigoureux ,
Vous font , aimables Bois , les
seuls dépositaires
De leurs petits foins amoureux.
Tout demeure chezvous dans la
pure nature:
Rien ne s'y fait à l'avanture,
Vous aver semme nous ,& ves
jours ,&vos nuits,
96 MERCURE
Mais belas , comme nous , vous
cas n'avez pas d'ennuiss
C'eſt ce qui fait noſtre murmure.
L'unique deſtin des humains
Nous paroist & cruel & rude.
Si nous cherchons, au fort de nostre
inquietude
Undifcret confident, tous nos efforis
font vains,
Bois , on n'en trouve plus qu'en
votre folitudes al
Onne voit plus par tout ailleurs,
Que perfidie & qu'inconstance.
Les hommes ,pour avoir des coeurs ,
N'ontpasplus dereconnoiſſance.
Le plus foible dépits la plus legere
abfence
Bornedans un jour leurs douleurs
...
Ils font ingenieux à craindre des
rigueurs,
Qu'ils
GALANT.1 97
1
S
Qu'ils ne craignent qu'en apparence,
Et fans faire la difference
Des doux empreſfemens &aessombres
froideurs
Ils tombent dans l'indifference ,
Qui lesnourrit dans leurs erreurs;
303 Ainfi finit leur efperance.
Quandle Lierre une fois se joint
à quelque Ormeau ,
Il s'y joint pour toute sa vies
Et les charmes naiſſans d'un nouvel
Arbriffeau,
Nefont pas naiſtreen luy laplus
legere envie
Dequelque engagement nouveли.
Ilfuit les mouvemens de la foule
nature.
Lors que l'Arbre feche ſur pic ,
LeLierre commepar pitié ,
Le veut couvrir de fa verdure.
Janvier 1695 I
98 MERCURE
Et si par fa vieilleffe il tombe en
pourriture , cop
Le Dierre, quand il oflic,
En tombant avec lay prend la mefme
pofure
Le Palmiern'a-t- il pas depareils
mouvemens
Quand d'un anive Palmierilvent
joindre les Palmas,
Alors ces deux Palmiers amans,
Etroitement anis paroiſſent bien
plus calmes ,
Qu'ils ne l'estoient tous deux dans
leurs éloignemens.
Peut-on trouver quelqu'un dans le
fiecle où nous sommes
Qui s'attache pour plus d'un
jour ?
Non, les hommes font toujours
hommes ,feel20
Vnmoment produit leur amour ,
GALANT 99
Et l'infant qui le fuis, le détruit à
fon Lou
L'objes le plus aimé, l'objet le plus
Panemimable
6.
Ne devient il pas haiſlable ,
Lors qu'il ne leur paroist plus
La rencontre ſouvent de quelque
-: Ijabjetnouriρακες
なぁPeut- effre un peu plus agreable,
aasid Met leur amour dans le som-
৩১ NOn s'ils font encore fidelles,
Malgré ces changemens divers,
En voitpon un dans Knivers,
Quand la Parque a romputan. de
chaines frbellesa
Qui ne cherche auſſi- toft à porter
armotros d'autres ferskt
On voit tout changer fur la
The terres
:
I ij
Too MERCURE
Les Oiseaux , de bocage , & les
Ruiſſeaux , de lit ,
Les Prez changent de fleurs , &
les fleurs de parterre ,
Tout tombe, tout s'enſevelit.
Une loy fatale &ſevere,
Contraint chaque chose à chan-
Les moutons changent de Bergere,
Etla Bergere deBerger.
Iris , qu'un mesme esprit anime,
Dit à son tour à sa Daphné ,
Les hommes , comme à
a la fin donné
toy , mont
I
Tant de mépris pourleur eſtime,
Queje croirois commettre un crime
De ne pas applaudir à ce jour
fortune,
Où mon coeur a connu qu'il estoit
Subornè.
GALANT. 101
L'erreur qui me flatoit eft enfin
dillipee
Le renonce aux douceurs de lear
perfide amour ,
Je ne veux plus eſtre occupée
Que des charmes naiſſans de ce
charmant fejours
Et puis que les ſombres bocages
Font àpresent , Daphne ,l'objet de
tes defirs
Loüifſſons toutes deux des mofmes
avantages M
Et goûtons les mesmes plaisirs.
Bois, forests dequi
la verdure
Semble , quand elle naist , réjoüiv
la nature ,
C'est à vous ſeuls à qui j'en veux,
Recevez, lear dit elle , aujourd'huy
tous mes voeux.
Arbres , c'est en vain qu'on le
cache,
I iij
102 MERCURE
On ne voit quevous de conftanss
Iein de changer jamais l'arbre qui
dusattacheongilor
Ilfaut pourlequitterque l'on vous
en arrache ,
Et que l'on rompe ainsi de tels engagemens.
Sivous avez quelque inconstance,
C'est pour abeiraux ſaiſons.
L'hiver ſeul avec ses glaçons,
Vous fait changer en apparence,
Mais le Printemps qui fait , vous
renddes sa naissance
Voftre verdure &vos boutons,
Et fait connoistre alors quelle est
voftre innocence
Onnevousvoit jamais , Bois charad
mans , heureux Bois,
Quitter les lieux qui vous font
naires
Et fi par de funestes loix ,
1
GALANT 103
Kaum efter obligez d'en fortir une
- Le Rollignol a beau paroiftre,
Vous n'y retournez plus auir fa
doucevoix
Kos dépouilles nous fontutiles
Dantnos maisons,furnos Autels,
Vous fervez à parer les Palais de
nos Kileston
On offre vos odeurs aux Cieux, aux
Immortel
Nyvos Nimphes, ny vos Dryades
N'ambitionnent pas le destin des
Nayades:
On ne les entend point fur d'infidsdeller
tensi
Chanter pour d'autres Dieux, que
A pour leurs Dieux champeftres,
Ny s'enteftant pour des Trito
I iiij
104 MERCURE
Toindre leurs chiffres à leurs
noms ,
Et les graver aux troncs des he-
Si vos Faunes & vos Sylvains,
Plus heureux dans leurs fers que ne
mt font les Humain
Ne soupirent plusque pouvelles,
S'ils font auſſi conftans qu'elles leur
• 214 font fidell30.00
Ils n'apprehendent plus leurs rigueurs,
Neurs dédains,
Elles ne craignent plus devoirleurs
feux éteints,
Et dans leurs flames mutuelles,
S'ils ont quelques rivaux, ce font
Les ſeuls Zephire
Qui ſont témoins de leursplaiſirs.
Si vos Nimphes toujours since- e
Partagentvotre fermeté
GALANT: tos

Les Dieux nous font bien plus
to severes???*?****_*
Et traitent bien plus mal la foible
humanité.
Les hommes rebelles , perfides,
Fontgloire de leur trahison,
Et par un mouvement autant hors
Qu'ils font &foibles , & timides :
Les ſens qui deviennent leurs
guides
Leur font oublier la raisons
L'homme qui n'est point népar-
T
Pour fuivre fa foibleſſe&son tem-
Biperament
Par fon panchant au change
meut
Faitviolence à la nature.
Ce qu'il veut aimer aujourd' huy,
Il l'aime fans nulle mesures
106 MERCURE
figure
Demain cene fera plus lay,
Et fon coeur changeant de
Sçait faire à fes plaifirs fucceder
fon ennuyurred sta
Après ungrand nombre d'années,
Lamort qui vient,&le ſurprend,
Paroiftà luy comme un torrent,-
Qui l'entraisne bien soft àd'autres
deftinces
১৯. ১৯
Ce coup plus craint dans l'Uni-
Qu'on ne craint celuy du Ton-
Par un finiftre &prompt reverss
Le précipite fous la terre.
Ravement la poterite
Vanse-t- elle longtemps son nom
Sa memoire.
, ny
Lors que t'homme eft vivant , il eft
couvertdegloive,
Mais l'homme après sa mort est
dans l'obscurité.
GALANT 807
Bou , vous estes heureux, malgré
evoſtre vieillalla
Vous cauſez une fainte&venerable
horreur ; [de la triſteſſer
Mais l'homme enfon declinn'aque
Chacun le fuit , chacun le laiſſe ,
Sa prudencefe change en peur ,
Etfon efprit tombe cu foibleſſfo.
Voila de tant de ſoins , belas ! le
trifte fort,
Qui font aimer la vie , &redouter
la mar
Arbres votre destin eft plus digne
d'envie ,
Vouspouſſezpendant voſtre vie,
Des feüilles, des fleurs ,&des
Fruits
Etquandſous le faix des années
Vous finiſſezvos destinées ,
Vous mourez fans regret, fans remors
,fans ennuis
108 MERCURE
Votre encens far l'autel , pondant
nos facrifices ,
Rendflexibles les Dieuxànos hum
bles foubaits Μελίλισ
Et vous parfumeznos Palais ,
Mais du ſeul homme , helas ! que
refte villes vices,
De qui le ſouvenir ne peut perirjamais.
Ces deux Nymphes inconfola-
Sur tant de differens malheurs ,
Qui rendent les hommes coupa
bles
Sortirent de ce Bois les yeux baignezde
plours .
L'une& l'autre fidelle , & toutes
deux aimables
Par un ferment nouveau, jarérent
que leurs coeurs
Seroient toûjours infeparables.
GALANT 109
Il me fouvient , Madame,
que je vous ay ouy deman
der autrefois , s'il faloit dire
Bordeaux ou Bourdeaux , en
parlant de la Ville Capitale
de Guyenne. La Lettre qui
fuit éclaircira voſtre doute.
A MONSIEUR ***.
TAAquestion qquuee vous mefaites
, Monfieur , s'il faut
dire , Bordeaux ouBourdeaux,
me fait souvenir de celle que fit
autrefois Pompée aux Beaux-
Efprits de Rome, pour sçavoir
s'il faloit mettre dans l'infcri
110 MERCURE
ption defes titres au Temple de
laVictoire , tertiò on tertium
Conful. Ciceronſe fit une occupation
grave dd''yypenfer, pour
en donnerferieusementſon avis,
qui nous est rapporté parAulugelle
dans fon bel ouvrage , intitulé
Noctes Atticæ. ſe ne me
fenspas moins oblige que l'Orateur
Romain d'avoir de l'application
pour la Critique du nom d'une
des principales villes du Royaume
, &qui par le Testament de
Charlemagne est qualifiée une
des Metropoles de fon Empire.
Ie vais donc vous en écrire avec
Join dans cette Lettre, enymet-

GALANT
tant de la dorure en quelques endroits
pour orner un peu le
Une perſonne qui feroit de la
Famille du deffunt Preſident de
Bordeaux , qquuii fut Ambaſſadeur
en Angleterre, pourrait prendre
party pour Bordeaux, afin d'avoir
un nom commun avec une
grande & belle Ville ; mais ni
vous ni moy .
reft particulier , au préjudice du
bon choix qu'il faut faire
n'avons cor inte-
Une pretendue étymologie a
donné licu au doute. Ily a bien
des gens qui liſent &écrivent
Bordeaux , fur l'imagination
112 MERCURE
qu'ils our , que le nom de cette
4
Ville , lay vient du Bord des
eaux , &qu'ainſi ilfaut en con.
formité, la nommer Bordeaux .
Cette origine n'est pas de diftin-
Etion, de plus elle n'est pas rai.
Sonnable. Ce n'est qu'une petite
allusion qui vient d'abord à la
bouche ,&qui n'estant pas veri.
table , ne fait nulle confequence
pour la dénomination de la Ville.
Afuivre le cours des grandes
Rivieres de France , & de la
Garonne en particulier , depuis
la fourte jusqu'à l'embouchure ,
ily a plusieursVilles bâties ſur le
bas des caux : Ce qui estfi com
3135 113
GALANI
mun , n'est pas plus propre ànommer
cette Ville que les autres. Il
ya mesme quelqne turpitude dans
cette origine qu'il faut laiſſer à
ces lieux de débauche , qu'on dit
en avoir este appellez dans le
vieux ftile , Bordeaux , à cause
que ces loges de proſtitution ont
efté autrefois fur le bord de l'eau.
Ciceron en fait mention. Ad
partem littoris pofitis tabernaculis
caftra Luxuriæ collocaverat.
Après avoir fait
dreſſer des Tentes ſur un endroit
du Rivage , il y avoit
placé le camp de la luxure.
Enfin , Burdigala e mot Latin,
Janvier 1695. K
114 MERCURE
eſtant plus ancien que le mor
François , car on le trouve dans
Aufone , Burdigala eſt natale
folum , &c . il n'y a aucune sol
labe qui donne la moindre idée
du bord de l'eau. Iln'en est pas
de mesme dans Aigues-mortes ,
où le Latin contient & exprime
les eaux du nom FrançoisAquæ
mortuæ .
Il faut donc chercher l'origi
ne du mot François dans Burdigala
Latin. Ellesepreſente en
deux gros ruiffeaux Bourdes
Jalles , qui nefont pas éloi
gnez de la Ville , & qui à l'endroit
où ils entrent dans laGa-
10
GALANT 115
romne , qu'on dit estre à present
Sous l'Eglise de Saint Pierre
ont marqué celuy où la Ville
efle baſtic. Or on voit dans ce
premier Ruiſſeau Bourdes , qu'il
faut dire Bourdeaux , & non
pus Bordeaux. Le fleuve de la
Judée, qui de deux Fontaines ,for
Dan, a esté nommé en Latin
Jordanes , est nommé en Fran.
çois Jourdain.
Le mot Burdigala mesme
Sans l'étimologie , eft favorable à
Bourdeaux, parce que lorsque le
Latinfouffre une converfion de
lettres au François ,u, fe change
en la diphtongue ou. Exemples,
Kij
116 MERCURE
cubitus coude: curvus courbe,
dulcis doux turma troupe ,
& non pas trope qu'on trouve
barbare dans Ronsard : nutrix
nourrice , & non pas norrice,
qu'on ne peut fouffrir dans plu-
Sieurs femmes de Paris ; de mesme
Burdigala fait Bordeaux,
Ily a un double exemple où la
Garonne entredansl'Ocean turris!
Corduana , Tour de Cordouan .
Les autres Villes changent de
mesme u en ou. Turones ,
Tours: Bituriges, Bourges , &c.
Le Palais du Roy , Lupara , le
Louvre&lenom mesme duRoy,
Ludovicus , Lovis. Il ne faut
4
GALANT 11 :
pas oter à Bourdeaux la dignité
d'estre en communautéd une diph
tongue douce avec des Villes confiderables,
avec des noms Augustes
,encer beary
Une nouvelle preuve paroist
dans le nomGrea de laVille rapes
porté par Strabon ,quivivoir du
temps d'Augufte. On lit au qua
triéme Livre de fa Geographie,
Bourdegala . Or le François
ayant beaucoup d'affinité avec le
Grecs doit retenir la diphtongue
ou pour Bourdeaux Les Latins
mesme ont esté jaloux de la dou
ceur de cette dibptongue dans les
Grecs,&l'ont quelquefois imi-
1
0
116 MERCURE
tée trois fois dans un mesme mor,
prononçant Lucullus , comme s'il
y avoir Loucoullous Noftre
Langue la conforve dans ces
grands noms , Bourbon , Bour
gogne; il faut pareillement la
conferver dans lagrandeVille de
Bourdeauxs
4
ent
Ilya des Auteurs qui tiennent
queſes Habitans ont esté autre.
fois appellez Bitutiges , parce
que des familles deBourges ,
ont esté les premiers Citoyens ;&
premion Citoyens
que de Bituriges on asubstitué
dans la baſſe latinité par con
traction Bourgaon Bourgi.
Tour cela érablit lenom deBourdeaux.
GALANT. 117
Ondoit fuppofer que les Habitans
spavent le nom de leur
Ville , comme un fils fçait le nom
de fon pere. Or il est constant
qu'us diſoient Bourdeu dans le
vieux langage, & depuis ils di
fentBourdeaux, comme il per
roiſt dans la Chronique Bourde
loife, &dans ses Archives de
familles.
Elie Vinet , ce sçavant hom.
me qui fitbonneur à l'Univerſité
delaville,preſenta àCharlesIX.
en 1564 les Antiquitexde la
Ville de Bourdeaux;&audevantdefor
difcours , on voitune
Estampe de la Ville, où ily a en
hautBourdeaux.
4
126 MERCURE
C'est l'affaire des Geographes
de sçavoir les noms des Villes ,
auffi bien que des Montagnes&
des Rivieres. On lit dans les
Cartes de Samſon , de Duval ,
& de Fer Bourdeaux :
M Audifret qui donna l'année
pasée avec de petites Cartes la
Geographie Ancienne , Moderne
Historique , a mis dans fon
discours , &gravé dans la Carte
Bourdeaux.
Enfin pour achever de vui
der entierement le partage qui
depuis quelques années est dans
le Monde entre Bordeaux
Bourdeaux , on peut alleguer
L
GALANT. 121
25
en faveur du bel usage trois Auuurs
illuftres . M.le Maistre,
fameux Avocat du Parlement de
Paris ,dans ſon Plaidoyer xxix.
parle d'une Dame qui fait , dit.
il, compaflion à tout Bourdeaux.
M. Peliſſon dansfon
Histoire de l'Academie Françoise
, à l'article de M. le Comte
de Servien dont il rapporte les
titres ,y met celuy de Premier
Prefident au Parlement de
BOURDEAUx. Et le Pere
Bouhours , dont les nouvelles Remarques
fur. la Langue Françoise
peuvent estre jointes à celles
deVaugelas , comme de la Bro
Janvier 1695. L
122 MERCURE
de
derie fur du velours , dit auffi
BOURDEAUX . C'est dans
fon premier entretien qui est de la
Mer. Au contraire à la côte
BOURDEAUX le flux eft
de ſept heures. Il me semble
que voila le nomde Bour-
DEAUX , aussi bien foûtenu à
L'exclufion de Bordeaux , que fi
M.de Maistre en avoit fait un
Plaidoyer , M. Peliffon une
Histoire , &le P. Bouhours un
Entretien, fe fuis , c
- Jevous parlay le mois dernier
duDiſcours que M'l'E
veſque & Comte de Noyon,
Pairde France , fit àl'AcadeGALANT.
123
mie Françoiſe, le jour que cet
illuftre & sçavant Prelat fut
receu dans ce Corps celebre.
Vous avez remarqué dans ce
Diſcours , dont la Proſe vive
& ferrée dit beaucoup en peu
de paroles , avec quelle force
& quelle éloquence ce
genie merveilleux parle du
Cardinal de Richelieu & de
laMaiſon de Sorbonne, dont
il eſt Docteur. Elle en a
eſté ſi penetrée de reconnoiſſance
, qu'elle a nommé
desDeputez pour l'en remercier
&le felicirer en meſme
temps ſur ſon éloquence &
Lij
124 MERCURE
1
ſon diſcours,& fur les applau
diſſemens qu'il en a receus.
C'eſt avec beaucoup dejuſti
ce , puis qu'outre la beauté
de l'expreffion, il a ſceu conferver
dans ce meſme Dif
cours le caractere de Prelat
& d'Academicien. En effet,
il ne luy convenoit pas de
fortir entierement de celuy
qu'un homme élevé dans les
plus hautes dignitez de l'Egliſe
doir toûjours garder.
C'eſt une remarque qui a
eſté faite fort judicicuſement
par les gens d'eſprit & de bon
gouft , qui parmy toutes les
GALANT. 125
beautez du Diſcours de MΣ
de Noyon , en ont remarqué
la juſteſſe , l'art & la prudence.
Aufſi n'est-ce pas d'aujourd'huy
qu'il fait briller
fon eſprit autant que ſa naif.
fance , puiſque n'eſtant encore
qu'Abbé de Tonnerre,
il rempliſſoit avec diſtinction
les premiere Chaires de Paris
, & prefchoit au Louvre
devant leurs Majeftez des
Avents & des Careſmes entiers
.
Cet article de l'Academie
Françoiſe me fait ſouvenir de
vous dire que rien ne vous
Liij
126 MERCURE
doit empeſcher de faire acheter
fon fameux Dictionnaire,
ſi vous n'avez point d'autre
raiſon de differer à l'avoir ,
que l'avis qu'on a donné
dans les Nouvelles publiques
, qu'il s'imprimoit en
Hollande avec beaucoup
d'augmentations. Il eſt aifé
de juger que cette nouvelle
eft faire à plaifir . Le Diction
naire de llAcademie Françoiſe
eſtunOuvrage qui doit
/ faire autorité , parce qu'il
eſt compofé par un tresgrand
nombre de perſonnes
entierement consommées
GALANT 1 127
dans la connoiſſance de la
Langue ,& fi jamais nous le
voyons augmenté, il le fera
par la mefme Compagnie
qui l'a donné au Public. S'il
l'eſtoit par d'autres , que fer
viroit d'y trouver de nou.
veaux termes&de nouvelles
façons de parler , puiſque ces
additions ne feroient point
déciſives , & qu'on ne pourroit,
eſtre autorisé à s'en fervir,
par le peu de poids qu'auroient
les Auteurs qui les
auroient inferées. Il faut regarder
ce Dictionnaire , tel
que le debite le S Coignard,
L iiij
128 MERCURE
/ comme un Livre conſacré,
auquel il ne peut eftre per
mis de toucher. La Lettres
ſuivante vous fera connoiftre
le ſentiment qu'on en doit
3
A MONSIEUR . ศ
Vous me demandez fi j'ayvú
le Dictionnaire de l' Acade
mie Françoise ? Oüy , Monsieur,
je l'ay vu &je vais vous rendre
compte de l'attention avec laquelle
je l'ay confiderésus
6
Ily ades livres à qui l'on doit
de l'honneur & de lafoûmiſſion
GALANT. 129
1
comme aux Puiſſances. Ils ont
un caractere d'autorité , qui leur
vient du grand nom de leurs Auteurs.
Le Dictionnaire que l'Academie
Françoiſe vient de donner
au Public , est de ce rang là ;
&de plus , il merite de luy-mef.
me &de fon propre fonds d'eftre
beaucoup estimé. Dans quelque
jourer fous quelqise idée qu'on le
regarde, toury paroist tres beau
tres-bon . こ
C'est un édifice , ou pour ainſi
dire, le Cardinal deRichelieu , ce
Genie fi fublime , a mis la premiere
pierre. Les fondemens en ont
esté posez par des Academiciens
1
1
120 MERCURE
illustres , Meßieurs , Chapelain,
Balfac, Corneille, Patru , Ablan.
court, Vaugelas ,Meferay , Con.
rart, Peliffon , &c. tous, des étoi
les de la premiere grandeur. On
a tenu beaucoup deſeances,&on
s'est donné diverſes occupations
pour faire le recüeil des termes
de la Langue Françoise , & le
choix de ſes phrases; &poury
inferer les remarques qui y con
viennent . Enfin , aprés avoir
taillé toutes les pierres&poly les
marbres , il s'en est formé un
Corps auguſte de la Langue
Françoise, qui fait voirsa beau
té, fon élegance ,ſa pureté ſa
GALANT. 131.
maniere noble &correcte de s'ex.
primer. Tout'y est dans une telle
perfection , qu on diroit que les
Academiciens qui ont finy ce
grand Ouvrage dans le Louvre,
fuperbe Maison Royale, ont copié
leur modele , &ont construit
un Palais à noftre Langue.
Le frontispice en est auguste ,
dans l'Epiftre au Roy , & dans
laPreface, deux pieces achevées,
dignes des meilleurs Maistres de
l'antiquité. La Langue Françoisey
est mise en oeuvre avec
rant de dignité, de force & de
politeffe , qu'il paroist bien, qu'on
a vouluy donner un vray exem122
MERCURE
ple de la Languefelon l'usage du
Dictonnaire
Ce Dictionnaire a retenu le
meſme ordre que gardent ceux des
disciplines &des sciences. Comme
les Dictionnaires Grecs نم
Latins , il commence par lesRa.
cines des mots , il s'avance au
tronc de l'arbre , & il en estend
enfuite toutes les branches , char.
gées de quantité de termes qui en
naiſſent. Ainsi la LangueFrançoisey
paroist dans une espece de
Genealogie.
LeDictionnaire de l'Acade
mie furpaffe mesme les Grecs &
les Latins, en ce que les Auteurs
GALANT. 133
qui ont composé ces derniers ,
n'estoient , ni Demetrius de Phalere
, ni le docte Harron . C'a efté
Robert &Henry Estienne , àqui
ces deux Langues estoient étran
geres , & qui ne les poffedoient
qquu''iimmppaarrffaaiitteemmeenntt.De plus , c'est
quele travail eftoit trop fort pour
un homme seul , & que mesme
on n'a pas entierement penetré les
LanguesGrecque&Latine. Le
Sçavant Traducteur des Epiſtres
de Ciceron à Atticus , dit dans
Sa Preface avec preuve d'exemples
, qu'ily a des termes dans ces
Epiſtres qui ont unſens different
de celuy qu'on leur donne ordi-
11

134 MERCURE
nairement : & ceſens nese trouve
point dans les Dictionnaires
Latins. Il n'en est pas de mesme
du Dictionnaire de l'Acadernic
Françoise. Les perſonnes habiles
qui l'ont compofe , ſpavoient à
| fond toute l'étenduë de cette Lan.
gue , & ils ont exprimé tous les
fens des termes. Auffi ont-ils eu
l'avantagedese trouver dans les
beaux jours de la Langue Françoise,
qui est dans le periode defa
fplendeur. Ily a auffi dans les
Dictionnaires Latins des termes
des manieres de parler de la
baſſe latinité , ce qui est demaus
vais exemple. Il n'y a dans le
GALANT 135
Dictionnaire de l'Acadomie
Françoise, que des termes & des
manieres de parler , felon la pureté&
l'elegance de la Langue.
Françoise , ce qui est tres bon à
imiter. Elley afes magasins
ſes tresors , & tout ce qu'on en
tire , est bien conditionné & d'u.
Jage .1
Le Dictionnaire de l'Acade
mie est une belle Anatomie du
Corps de la Langue Françoise;
toutes les parties enfontfeparées
avec beaucoup de fimplicité de
justeffe , &au lieu que l'Anatomie
du corps humain augmente
ſa destruction, celle du Corps de
١٠٠
136 MERCURE
la Langue Françoise , en faiſant
mieux connoiſtreſes termes détachez
, est propre & utile à les
faire rentrer dans un Discours
d'Histoires , de Morale ou d'Eloquence.
Le nombre est grand de ceux
qui ont travaille à ce Dictionnaire.
Ce sont les Quarante de
l'Academie Françoise,fans compter
un plus grand nombre de
leurs Predeceffeurs,quiy ont tous
contribué de leur application &
de leursfoins, pour le mettre dans
l'estat &la forme où il eſt. Le
nombre luy acquiert une grande
distinction , & le titre glorieux
du
nt
137 GAL
GALANT
.
du Dictionnaire des Quarante
, comme on dit , la Verſion des
Septante
Ilfaut encore conſidérer dans
ces Quarante , & dans tous les
autres qui les ont précedez , les
differens caracteres de leurs perfonnes.
IIllyyeenn aqu pour ainſi
dire , des trois Ordres , du Clergé,
de la Nobleffe, &duTiers.Eftar.
Ainsi le Dictionnaire de l'Aeademie
est comme un Ouvragedes
Estats aſſemblez de la Republi
que des Lettres.
Un demy Siecle a esté neceffaire
pour l'ébauche , la conti
nuation ,&la perfection duDi-
Janvier 1695. M
138 MERCURE
Etionnaire ,qui doit durer autano
que laMonarchie Françoife. Co
qui coute beaucoup de temps en eft
plus ſolide , & d'une plus longue
durée. Lesfruits auſquels lana
ture met le plus de temps à les
produire à les meurir,ont une
meilleure &plus forte conſiſtance
que les autres. Ils ne font pas
jujets àfe garerdans leurfarson,
mesme ils se confervent juf.
ques au delà de l'hiver. Ily a eu
encore de laſageſſe &de la prudence
à retarder la fin
blication du Dictionnaire de l'A.
cademic. Depuis cinquante ans
qu'on a commence à travailler,
lapuGALANT
139
ily a cu une grande variation
dans la Langue Françoife. Le
grand nombrede gens babiles
polis qui ont regnédans le monde
durant tout ce temps là,ag quia
voient un bon goust er l'oreillefine
&delicate, balançoir plusieurs
termes &plufieurs expreffions ;
en quoyla Langue estoitfemblable
à une aiguille armaniéequi a
de l'agitation , comme l'agitation
dure quelque temps ,
attendre que le mouvement au.
quel estoit la Langue Françoise,
fust fixe , avant que d'en declarer
le bel usage, l'usage public ,autorisé
, &scellé par l'Academie:
ila afallis
Mij
140 MERCURE
4
Enfin , le Dictionnoire de l'Academie
Françoise a eu sa nais
fancesous unegrande &heureuse
constellation lors que le Soleil de
la France est dans son apogéer.
Autrefois Virgile , pour donner
un air de grandeur à ſes Georgi
ques , ouvrage merveilleux , qu'il
a finyy ayant mis la derniere
main , en marque le temps par les
Victoires d'Auguste.
Hæc fuper arvorum cultu ,
pecorumque canebam ,
Et fuper arboribus , Cæfar
dum magnus ad altum
Fulminat Euphratem .
Je travaillois , dit.il, à mes
4
7
GALANT. 141
Georgiques ſur la culture des
champs & des arbres , & fur
le foin qu'on doit avoir du
beftail , lors que le Grand
Cefar faiſoit retentir du bruit
de ſes armes les rives de l'Euphrate
L'Academie Françoise peut se
donner la gloire d'avoir composé
&achervé son Dictionnaire , dans
le temps que Louis le Grand rend
Son nom redoutable fur les bords
de la Sambre , de la Meuse ,
du Rhin , fur l'Ocean , &fur
la Mediterranée; lors qu'il prend
de grandes Villes avet leurs Fortereffes,&
qu'ilgagne de fameu
142 MERCURE
Ses Batailles en Flandre, en Italie&
en Espagne , lors que toute
l'Europe retentit du bruit écla.
tant de ſes Conquestes deses
victoires siotincta ad
Tout ce que je viens , Monfieur,
de remarquer fur le Dictionnaire
do I Academic Francoiſe
, ſe fait voir dans unegrande
élevation. Il fera deformais le
Tribunal où les doutes&les dif
ferens de la Langue Françoisedoivent
estre portez , pour y estre
jugez souverainement. Ilnefaut
plus confulter autrepart, ny chercher
ailleurs la reglo , l'usage,
l'autoritédesPoëtes des OraGALANTA
143
-reurs Les Historiens & des Phin
loſophes ,&tous ceux qui venlent
bien parler bien écrire
doivent ſe ſoumettre absolument
au Dictionnaire de l'Academie
Françoise reconnoiſtre ſes
Déciſions fur les termes &fur
les expreſſions , comme fur une
loy univerſelle & inviolable. It
fuis , &c.
Il a paru depuis quelque
temps tant de differens Ou
vrages pour & contre ceux
qui ont la tentation de fe
marier , que ce ſujet eſt devenu
la matiere de l'amufeyou
144 MERCURE
ment public . C'eſt ce qui a
engagé M'de Vin àfaire l'Epiſtre
en Vers que je vous
envoye.
L'AMANT
RAISONNABLE. 2
Je vous aime, Philis. & vous.
:
Que demandez - vous davantage?
Et pourquoy me preſſer ainsi,
Deſceller noſtre foy du ſeau dema-
: riage?
Vous lafferiez- vous d'elle , & d'un
fi lourd fardeau ,
Qui peut vous avoir dit qu'elle n'a
rien à craindre
Quoy ?
GALANT. 145
Quoy, jous luy voulez vous l'eftouffer
l'esteindre ,
Et du lift nuptial en faire le tombeau?
Ah! je vous croyois plus fidelle,
Et j'aurois autrefois juré
Qu'une flamme qui fut &fi tendre
fi belle .
Contenie d'elle- mesme , auroit toύ-
joursdure.
Helas ! fi vous m'aimiezencore,
Vousn'exigeriez rien de plus ,
Et de mon coeur qui vous adore
Vous loüeriez les ſages refus ;
Car enfin ma main dans la votre
Eft de tous les moyens le plus pernicieux
Pournous affeurorl'un de l'autre,
Et loin de nous en srouver mieux,
Bien- toft à la tiedeur nos feux cedent
la place
Janvier 1695. N
146 MERCURE
Nous verrions l'hymen odieux
Dans nos coeurs engourdis verfer
toute fa glace.
Jusqu'aux facrez Autels quand
L'amour a condoit
Et leGalant& la Maiſtreſſe,
'Il reste au milieu d'eux pendant
toute la nuit :
Et leur fait goûter le doux
fruit
De lear vicille & longue tendreffes
Mais dès que le Soleil a ramené le
jour ,
Il va noüer ailleurs une intrigue
nouvelle ,
Et s'envolant àtire d'aifle ,
Leur fait toûjours en vain atten
drefonretour.
Ainfi ces espoux parla fuite
GALANT. 147
ل ا

Abandonnez, laiſſezà leur propre
condnite ,
Etpreſſez cependantpar la neceffitė
Où les met de s'aimer certaine
bienfeance,
Ces efpoux, dis-je, alors fentent la
dureze
Du lien que ferra leur commune
imprudence ,
Etsefaisant de leur maison
Une affreuſe &triste prison ,
Nepeuvent l'un de l'autre effſuyer
laprefence.
S
'L'Homme né pour la liberté.
Sent revolter fon coeur contre cequi
leforce
Et du joug bien-toft dégoûté,
Ilne fait plus de voeuxque pour un
prompt divorce.
Nij
148 MERCURE
:
Il est vray que l'hymen avoit quelquedouceur
Quand de moins dures loix en per.
mettoient l'usage.
Pour lors à la moindre froideur
On en rompoit les noeuds , on fortoit
d'esclavage,
Et, toûjours libres par ces loix,
Sans se geſner l'un l'autre , on paf-
1 foitàfon choix
De mariage en mariage.
Mais des noſtres , belas, la cruelle
rigueur
A cet heureux commerce obſtinėmeni
s'oppose,
Et du divorce enfin nous òte la fa-
A
veur.
Quel affreux deſeſpoir quand elle
nous impose
La funeste neceſité
GALANT. 149
De broutes malgré soy pendant
toutesevie
Où, plus for qu'une chèvre, on s'atsache,
on se lies
D'adorer ce lien , qui par tout refperté
,
Condamne jusqu'aux veux faits
pour la libertè i
De n'ofer de ſes fers murmurer ny
• ſe plaindre ,
De les voir d'autant plus nousferrer,
nous estreindre
Que plus, pour s'en fauverson veut
faired'effort ,
Etdans ſa dure & longue peine
Pour seul &deraier reconfort
D'attendre que la ſeule mort
Vienne à pas trop tardifs rompre
&brifer la chaîne
Dont, Artifan trop malheureux,
Soy-mème on a formè les noeuds.
Niij
150 MERCURE
2
Trop ſous le poids qui les accable
De leurs cris importans font retentirnos
bois ;
Aleurs triftes concerts ne meſlons
point nosvoix ,
EtJoità ſes dépens qui voudra miferable.
Laiſſons l'hymen aux Artisans ,
Iln'est propre, Philis, qu'à de femblables
gens,
Qui sçavent en tirer un folide avantage.
Une femme &pluſieurs enfans
Son! pour eux un fecours dans leurs
besoins preffans,
Et le feul intereſt ſous fon joug les
engage.
De leurs divers travaux font-ils
preſſez, ou las ,
GALANT. 151
Auſi-toft chacun d'eux tour à tour
les foulages
Tout agit , tout se ment dans leur
petit ménage
Ainsi, loin d'effuyer ce cruel embarras
Que nous feroit fentir un fecond
mariage
Plus ils ont de mains & de bras,
Dlus l'ouvrage entre euxsepartage
Plus la befogne avance
4
bonne raison
&par
Plus l'argent vientà la maison.
2
Enfin s'il faut estre fincere,
•Levous diray de bonne foy
4
Que l'hymen ne vaut rien ny pou
vous ny pour may...
Avostre égard , Philis , vous ac
fçavezque plaire . A
N iiij
152 MERCURE
Tout vostre patrimoine est dans
voſtre beauté ;, ευδοκια
Vous n'avez rien ; de mon côté
Mon bien eft mediocre ; asnſi , que
vous en ſemble?
Seroit-il de bon fens de nous anir
ensemble ?
٢٢٠
43
Vous espouser seroit le plus doux -
demes veux, ::
Et malgré ce Rien qui m'ar.
refte
Bien-toft pour notre bymen vous
verriezma main preſte,
Si le peu que j'en ay fuffisoit pour
nousdeux.
Maisparnoftre union s'ilfaloit de
ma bourſe
Puifer encor pourvous à la petite
Source
Quoique mesme à m'entretenir
GALANT. 153
Elle ne puiffe, helas, qu'avec peine
fournir ,
Quelle feroit nostre reſſource?
Ah! bien- toft dans in Hospital ...
Nous irions vous &moy pleurer
de compagnie ,
El, peu fages espoux dans unfort fi
fatal,
Nous reprocher peut - estre une fo
◆ arifte vie.
Peut- eſtre que de mon malheue
Ie vous regarderois comme le feul
Auteur.
Vous me diriezauſſi peut - effre
Que du don de ma main j'estois
l'unique maistre;
Que, loin de vous en accusers
Il dépendoit de moy de vous la refufer,
Et que si sur mon bien jeuſſe eſté
plus fincere
154 MERCURE
Sur noſtre hymen preßé vous euſſiez
pù vous taire.
En un mot nous plaignans, vous de
moy,moy de vous,
Qui nous confoleroit ? qui prendroit
ſoinde nous ,
Et dans ce dur eftat de commune
foiblefle
Que deviendroit noſtre tendreſſe?
Il est vray qu'autrefois il fut un
temps heureux
Où le combien a-t- il , & le combien
a-telle,
Eſtoit par les Amans traité de bagatelle.
Qu'on fust pour lors ou riche, ou
queux ,
S'aimer c'estoit affezpour femeitre
enménage ,
Et d'un contrat de mariage
GALANT. 155
L'amour feul , alors genereux
,
Dreffaut &les loix &les claules,
Confultoit peu la Dot ,& regloit
toutes choses.
Auſfi c'estoit un temps où ſans peine
&fansfoin
La terre fourniſſoit d'une main liberale
Tout ce dont on avoir besoins
Mais depuis qu'il est une balle
Où tout an poids de l' or & s'achete
fe vend,
Vue Belle en vain nous étale
Ce qu'elle pent avoir d'appas &
d'agrément
Si fon bien ne ſoutient ce charmant
étalage
C'est autant de perda ; toujours
prudent &ſage
156 MERCURE
On s'en tient avec elle au feul titre
d'Amant ,
Et maintenant on la marchande
Comme chez un boucher quelque
morceau de viande.
2
Ofiecle ! à temps ! ò moeurs ! & fleuve
de Lignon ,
Sur tes bords toûjoursvers estoit- on
mercenaire ?
Parle , dis- nous , ton Celadon
Aimoit- il ainsisa Bergere ,
Et fa sendreſſe ménagere
Songeoit- elle à son bien ? Non, ce
noble Pasteur
Brûloit d'une ardeur moins commune
,
Et,fans penser à ſa fortune ,
Ne vouloit d'elle que fon coeur.
Mais , belas , mesme sans basfeffe
GALANT.
157
On regarde aujourd'huy laDot de
fa Maitreffe
Etquiconque voudroit en ufer au
trement
Versoit en peu do mois refroidir fa
cuisine,
Et dans le mesme monument
Trois ou quatre jours de famine
Reduirosent l'Amante & l'Amant.
S
Tant qu'on n'est que garçon &
fille
Chacun fait de fon mieux & l'on
vit comme on peut ;
Mais dès qu'on forme une famille
:
Etque plus vite qu'on ne veut ,
Vne femme un peu trop feconde
Des enfans qu'elle fait embarrasse
LeMonde ,
158 MERCURE
Ah ! Philis, est- il temps deſeplaindredufort
,
Et, trop preßè par samifere,
Faudra- t-il qu'un malheureux
pere,
Pour mieux vivre à son aiſe, en
fouhaité la mort?
Non , croyez-moy , l'Hymen n'est
point ceque l'on pense ;
Plusieurs fur cette Mer s'embarquent
fans biſenit ,
Et peu ſongentà la dépence
Qui le precede , ou qui le fuit.
Cependant il est bon de prevoir
toutes chofes,
Car qui n'envoit que le plaisir
S'expoſe ſouvent à cueillis
Bien plus d'épines que de rofes.
S
Mais vous branſlez la refte , &
vous avez tout l'air ....
GALANT. 199
A
Qusy, faut il un détail pour vous
perfuader?
Entrons-y, (oit , avant qu'on puiſſe
le conclure
Il faut à l'Epouse future
1.
Envoyer de riches preſens .
Etquand on pourroit d'elle en avoir
10.-
La dispense ,
Onfçait que Meſſieurs ses po
rens
N'auroient pas la mesme indulgence.
On pourroit les fléchir , me direz-
YOUsi erreur.
Nul quartier là deſſus , autrement
onpresume
Que nos feux ont peu de chaleur,
Et vouloir negliger cette vieille
coustume
Ceseroit s'exposerà toute leur fureur.
160 MERCURE
Ainside peurde lenr déplaire
Comme ils en font la loy, cepreſent
nuptial ,
Malgré qu'on en ait , doit fe
faire.
Maisfans les mettre en jeu, parlons
en general.
La Belle qu'on pourſuit ſous le nom
de maistreffe
Iuge par luyde nous ; elle s'enfait
honneur,
Lemontreàſes voisins, meſure à fa
richeffle
Et fon merite & noftre ardeur ,
Et fur le pied de ſa valeur
Donne, ou refufe sa tendreſſe.
Si ce qu'on offre est de grand
prix,
On nous careffe , on nous fait
fefte ;
Si mediocre , quoy qu'honneste ,
GALANT. 161
On nous reçoit avec mépris ,
Et l'on nous le jetteà la tefte.
C'eſt , dit elle , infulter les
gens,
C'est en user fort mal , & ceft luy
: faire injure.
sa propre vanité , celle de ses pa
rens
Plus ſotte que la fienne , auſi- tost
en murmure ,
Et l' Amant , contraint d'emprunter
,
Quand , encor plis ſot qu'eux , il
veut les fatisfaire ,
Bien- soft commence à regreter
Ces raineux preſens qu'on l'oblige de
faire ,
Et ſouvent mème à détester-
La femme qu'on lay vend st
cher.
Janvier 1695.
162 MERCURE
S
L'argent & les Bijoux délivrezavec
peine ,
Pour furcroiftde chagrins on parle
deshabits.
Chers ou non , n'importe , à tel
prix
Qu'ils se puiſſent monter , il faut
vélir en Reine :
Lafemme qu'on prend moins qu'on
ne l'achete. Enfin ,
Aux habits , auxpreſens,fuccede
lefeftin.
Autre dépense àfaire , à payer autre
ſomme.
Ce régale qu'on doit àſes nombreux
parens
Sefait encor à nos dépens ,
Etfuftl'Amant d'ailleurs, bienfait,
ſage,honnestehomme ,
Euft - il un Contrat bien figne ,
GALANT 163
Sans cela point d'hymen , &fans
ceremonie

Vn brusque&fier congédonné
Suit de prés fon Oeconomie.
Que fi l'Amant est affezfot
Pour vouloir jusqu'au bout prodiguerfafolie,
Helas! on y consent , mais qu'il
Sçache en un mot
Qu'il ne doit plus compter , le jour
qu'ilfe marie ,
Quesur la moitié de la dott
Et quele restedefa vie ,
En falte , en vanitez l'autre moitie
périe
Luy fera pleurer ſon amour ,
Cesprefens, cesha bits , &cefunefte
jour
S
ef formée
Ce n'est pas tout encor i l'habitude
O ij
164 MERCURE
Et dès ce meſme jour à de riches habits
Lajeune Epouse accoutumée
Ne veut plus en porter quiforentde
moindre prix.
Bien loin ,dès qu'ilparoist une mode
nouvelle ,
Elle est chez le Marchand la premiere
à courir ,
Et mèpriſant biencost lajupe ! plas
belle,
Dès qu'elle enveut une autre ilfaut
la tuy fournir.
De là qu'arrive- t-il? d'habits ainſi
munie
Peut-elle se refoudre à garder la
maisons ;
Aveiller ſur ſes gens , à coudre , à
filer? Non,
De compagnie encompagnie
Elle cherche àse faire voir,
GALANT. 165
$8
at
Et dès le matin juſqu'au foir
Promenantsamagnificence ,
Se voit preſqu'en tous lieux contrainte
de joüer .
Et de payer enfin parcette complai.
fance
L
1
Le plaisir qu'elleprend à s'entendre
loüer.
S
Comment apres cela foutenir unmě.
nage!
Mitira-t-on ,pourle défrayer ,
Sans fonds & fans credit, l'un après
l'auire en gage
Ces meubles précieux , ces boucles ,
cecollier
Que l'on doit , & qu'il faut
payer!
Que faire ? par quels artifices
Elever des enfans , contenter des
nourrices ود
166 MERCURE
Des fervantes, &des laquais ?
Quoy,la Coquette enfin parsesgalanteries
neries ,
Et l'Epoux indigent parses fripon-
De leur triste maiſon fourniront - ils
aux frais?
Ah! ne m'enparlezplus , tout cela
m'épouvante.
Lemieux que nous pourrons paſſons
nos plus beaux jours,
Etfuyant de l'hymen la chargetrop
pesante ,
Contentons- nous , Philis , de nous
aimer toujours.
L'amour est ingenieux
pour réuſſir dans ſes entrepriſes
, mais il n'eſt pas toujours
heureux dans les
GALANT. 167
moyens qu'il choiſit pour
parvenir à ce qu'il ſouhaire ,
&vous en demeurerez d'accord
, quand vous ſçaurez
- l'avanture que je vais vous
raconter. Un Cavalier tout
plein de merite fut appellé
pour quelque affaire affez
importante dans une des
meilleures Villes du Royaume.
Il y paſſa quelque temps,
& comme il avoit des manieres
tres- polies , & tout
l'agrément d'eſprit qu'on
peut ſouhaiter , il ne luy fut
pas fort difficile de trouver
accés chez toutes les Dames.
168 MERCURE
,
Les plus fieres le recevoient
avec toutes les marques d'ef
time qu'il en pouvoit eſperer
; mais il s'attacha ſur tout
à voir une aimable Veuve ,
qui quoy qu'agée de plus de
trente ans avoit certains
traits qui la faifoient paroiſtre
fort jeune. Elle estoit
vive , enjoüée , & avoit je
ne ſçay quoy de piquant qui
la faifoit rechercher de tout
le monde. Le Cavalier la
trouva fort à ſon gré. Il avoit
fort peu de bien , & s'il euſt
pû l'engager à l'épouſer , c'eſtoit
un party avantageux qui
l'auroit
GALANT 169
!
!
+
لا
4
l'auroit accommodé. Ainſi il
employatous ſes ſoinsàſe mertre
bien dans ſon eſprit, mais
ce n'eſtoit pas aſſez. Il falloit
ſe mettre biendans ſon coeur,
ce qui n'eſtoit pas aifé, De.
puis huit ou dix années de
veuvage , elle n'avoit point
voulu ſe remarier , & il luy
ſembloit que rien n'eſtoit
préferable au plaifir de ſe
voir libre , & de pouvoir foutenir
ſans embarras les dépenſes
convenables aux perſonnes
qui ont quelque rang-
Cependant le Cavalier fut
perfuadé qu'en ſe rendant
Fanvier 1695. P
170 MERCURE
extrémement affidu , il l'accoutumeroit
ſi bien au plaifir
qu'elle prenoit àle voir , que
ne pouvant plusy renoncer,
elle feroit obligée de l'arrefter
par le mariage. Ainfilors
que ſes affaires furent ter
minées , il ne voulut point
quitter la partie , & demeura
dans la mesme Ville juſqu'à
ce qu'il euſt vû déterminément
ce qu'il pourroit obte.
nir de l'aimable Veuve. Inſenſiblement
il en eſtoit devenu
fort amoureux, & il ne
luy fut pas difficile de s'appercevoir
avec letempsqu'il
GALANT 171
n'en eſtoit pas hay. Comme
il avoit de l'eſprit , & qu'il
ſçavoit tourner finement les
chofes , quoy qu'il luy cuſt
avoué plus d'une fois qu'il
n'eſtoit pas riche , il ne laiſſa
pas de luy témoigner adroitementqu'il
n'avoit point de
bonheur à eſperer , s'il ne
paſſoit ſa vie avec elle; à quoy
il ajoûtoit quelquefois , qu'.
elle pourroit plus mal faire
que de le choiſir préferablement
à d'autres Amans , qui
ne cachoient point leurs prétentions.
Elle rrééppoonnddooiit en
plaiſantant , que s'il eſtoit
Pij
172 MERCURE
bien de ſes Amis , il ne voudroit
pas luy conſeiller de
renoncer au Veuvage , n'y
ayant point d'eſtat plus heureux
, ny plus agreable pour
une Femme qui avoit de
quoy ſe paſſer de tout le
monde. Le Cavalier eſtoit
obligé d'en convenir , mais
en meſme temps il luy oppoſoit
qu'il y avoit fort peu
de Maris qui demeuraſſent
| Amans , comme il l'affuroit
de l'eſtre toute ſavie , & qu'-
un avantage ſi particulierme.
ritoit bien qu'elle y fift atten.
tion. Il la metroit fur cette
12
GALANT. 173
e
a
e
11
matiere le plus ſouvent qu'il
pouvoit , & enfin la priere
qu'il luy fir de luy expliquer
ſes vrais ſentimens , eftant
devenuë fort ferieuſe , elle
luy dit qu'elle l'eſtimoit , &
meſme l'aimoit aſſez pour
vouloir bien ſe reſoudre en
ſa faveur , à changer le defſein
qu'elle avoit fait de vi
vre toujours indépendante &
maiſtreſſe d'elle meſme, mais
que le mariage qu'il luy propofoit
devant l'engager aune
double dépenſe , qu'elle ne
pouvoit foutenir ſeule , elle
n'y conſentiroit que quand
Piij
174 MERCURE
il pourroit luy faire voir que
ſon bien montoità cinquante
millle écus. La Dame qui
avoit cru ſe tirer par là d'affaires,
parce qu'elle eſtoit inſtruite
du peu de fottune du
Cavalier , ſe trouva embaraſ.
ſée de ce qu'il marqua eftre
content , pourveu qu'elle l'af
furaſt que quand il feroit en
poſſeſſion de cette ſomme ,
elle luy tiendroit parole. Il
ne la quitta pour revenir à
Paris , qu'aprés qu'il en eut
receu cette afſurance. Il s'eſtoit
mis ſous main d'une
affaïre où il y avoit beau.
GALANT. 175
coup à gagner , & à fon
retour il la trouva en fort
bon estat, mais il falloit trois
ou quatte années pour la
conſommer , ce qui paroif.
ſoit un long terme à ſon amour.
Il conta à un Amy , à
qui il ne cachoit rien , l'engagement
qu'il avoit avec la
Veuve , & cet Amy voyant
ſon impatience pour venir à
bout de ſes deſſeins , luy dit
qu'il ſçavoit une voye plus
courte &plus certaine pour
luy faire avoir cent mille
francs.C'eſtoit le prix qu'une
Vieille vouloit mettre à un
Piiij
176 MERCURE
Mary , pourvû qu'il fuſt de
fon gouft , &le party pouvoit
convenir d'autant plus au
Cavalier , qu'outre qu'elle
eſtoit d'une ſanté fort infirme
, &d'un age à ne vivre pas
encore longtemps , elle vouloit
tenir la choſe ſecrere ,&
ytrouverun nouveau ragouft
par le miſtere. Elle avoit certaines
extravagances d'humeur
dont il falloit qu'il s'accommodaſt
, & qui estoient
fort connuës , mais il n'en
fut point épouvanté , & la
certitude d'avoir du bien
pour eftre en eſtat d'épouſer
GALANT. 177
e
t
S

-.
l'aimable Veuve prévalant à
toutes chofes , il ſe montra
tout preſt de conclurre , s'il
y avoit apparence qu'il fuſt
bien-toft retiré de l'eſclavage
où il vouloit bien ſe mettre .
Son Ami s'eſtant chargé du
fuccés du mariage , prit un
1 jour avec la Vieille pour leur
entreveue. Le Cavalier plut,
les cent mille francs luy furent
comptez , &en peu de
jours l'affaire fut terminée.
Jamais on n'eut plus de ſoin
de bien garderun fecret. Les
viſites du nouveau Mary furent
reglées , & on ſouhaita
178 MERCURE
qu'elles fuſſent rares. Le Cavalier
qui en eſtoit fort content,
en feignit quelque chagrin
pour mieux gagner l'efprit
de la Vieille. Elle luy pa.
rut en fort peu de temps une
des plus ridicules perſonnes
dont il euſt jamais entendu
parler. Cependant ſa complaiſance
à louër tous ſes de.
fauts le rendit digne de fes
liberalitez , & en fix mois el.
les allerent fi loin , qu'il écrivit
à la Veuve qu'il pourroit
bien- toſt remplir la condition
qu'elle avoit voulu
exiger de luy pour leur maGALANT.
179
riage. La Dame luy répondit
que ſa fortune luy ſembloit
ſi prompte qu'elle avoit peineà
n'en pas douter ; qu'il la
trouveroit toujours dans la
réſolution d'executer ſa promeſſe
, mais qu'elle ne pouvoit
luy déguiſer qu'un prefſentiment
fecret luy faifoit
croire qu'il n'auroit jamais
d'autre nom pour elle que
celuy de fon Amy. Le Cavalier
fe chagrina de cette réponſe
, & la prit pour un prefage
de ce que la Vieille devoit
vivre ſi longtemps , que
la parole qu'ilss'eſtoient don
180 MERCURE
née demeureroit ſans effet ,
mais ce chagrin ne luy dura
guere,& elle mourut un mois
aprés . Elle estoit dans une
telle réputation de folie ; &
( la meritoit à ſi bon titre , que
par le conſeil de fon Amy il
ſe diſpenſa d'en prendre le
deuïl , pour ne pas avoir la
honte de declarer qu'elle eftoit
ſa Femme. Son ainour
impatient le fit voler vers la
Veuve , qui le receut de la
maniere du monde la plus.
obligeante. Elle le felicita fur
le bien qu'il avoit trouvé
moyen d'acquerir ſi pprroomGALANT.
181
prement,&l'affura que quand
la fortune l'auroit moins favorife,
la ſucceſſion d'une Parente
qu'elle avoit à recueillir
venoir de la mettre en eſtat
del'épouser par ſon ſeul merite
, & qu'elle n'avoit plus rien
à examiner de ce coſté là. Le
Cavalier reflentit toute la
joye qu'il devoit avoir d'une
affurance ſi tendre, & comme
la Veuve devoit aller à Paris
au premier jour pour cette
fucceffion , il la conjura de
ne point partir que leurs affaires
ne fuffent finies , Les
inſtances qu'il luy fit obtun
182 MERCURE
rent ce qu'il ſouhaitoit avec
tantd'ardeur. Elle fit dreſſer
les articles dont il la laiſſa
maiſtreſſe , & fur ce qu'elle
attribuoit à la force de rétoile
le pouvoir qu'il avoit
eu de la faire confentir à un
ſecond mariage,aprésle refus
qu'elle avoit fait de pluſieurs
partis avantageux , il luy dit
que de ſon coſté il s'eſtoit
refolu pour l'acquerir à faire
une choſe qui avoit eſté pour
luy la peine la plus cruelle.
Là-deſſus il luy fit l'hiſtoire
de fon mariage , & la Veuve
ayant voulu İçavoir le nom
GALANT. 183
de la Vieille, elle rougit tour
d'un coup , garda un peu de
temps le filence , & luy dit
enfuite que fon preſſentiment
avoit eſté veritable , &
qu'il ne feroit jamais que fon
amy. Cette vieille eſtoit ſa
mere. Comme on l'avoit
veuë toûjours fujette à des
viſions fort extravagantes , la
Veuve qui eſtant fille avoit
eſté élevée dans unConvent,
d'où ſon mary l'avoit menée
en Province auſſi toſt aprés
leur mariage , s'eſtoit fait
la meſme honte de faire
connoiſtre qu'elle fuſt ſa fil
184 MERCURE
le , que le Cavalier témoi
gnoit s'en faire de prendre
le nom de ſon mary. Ainfi
depuis plus de quinze années
elles n'avoient eu aucune
correſpondance , &
c'eſtoit ſous le nom d'une
Parente qu'elle avoit trouvé
à propos de dire qu'une importante
fucceffion luy venoit
d'écheoir. Il eſt impoſſible
d'exprimer la douleur
du Cavalier , qui avoit
mis un obſtacle invincible à
ſon bon- heur , par la meſme
voye qui devoit le rendre in.
dubitable. Les plus fortes
!
AFORTUNE
.
SEQVANIITERVM
SVBACTI1672
GALANT. 185
proteſtations que luy fit la
VVeeuuvveedd''uunnee amitié éternelle,
tendre , fincere , & pleine de
confiance , ne le conſolerent
point d'un bien qu'il perdoit
par le ſeul empreſſement
qu'il avoit eu de le poſſeder,
& fes regrets convainquirent
aisément la Dame , qu'on ne
la pouvoit aimer avec plus
d'attachement.
Je vous l'ay dit ſouvent ,
&je vous en feray ſouvenir
toutes les fois que je vous
envoyeray des Medailles qui
n'auront pas efté frapées
pendant la guerre preſente ,
Janvier 1695. Q
186 MERCURE
que toutes celles que vous
trouverez dans mes Lettres
qui regardent l'Histoire du
Roy, y ſont ſans ordre , mais
avec le temps vous les y trou .
verez toutes , quoy qu'il me
reſte encore à vous parler
d'un grandnombre.Dans cel.
le que je vous envoye aujourd'huy,
la Fortune eſt debout
entre deux trophées qu'elle
couronne de laurier. On y lit
ces paroles:Fortuna manenti. &
dans l'exergue, Sequani iterùm
Subacti 1672. Cette Medaille
a eſté frappée aprés la fecondeConqueſte
de la Franche
GALANT. 187
Comté , pour faire voir que
la Fortune eſt conſtamment
attachée aux Armes victorieuſes
du Roy. Quoy que
cette Medaille ſoit vieille ,
je ne vous la donne pas
horsde ſaiſon, puis que dans
ce temps , où la Paix eſt
fi neceſſaire à l'Europe ,
les Alliez doivent confideter
que la Victoire eſt inſeparable
des armes du Roy,
qu'elle l'a toûjours efté , que
ce Prince a déja donné deux
fois la Paix à l'Europe en facrifiant
une partie de ſes
conquestes,& que l'Eſpagne
"
Qij
188 MERCURE
s'eſtant jointe à ſes ennemis
pour l'attaquer de nouveau ,
a perdu la Franche-Comté ,
que ce Prince toûjours victo
rieux avoit bien voulu luy
rendre , ce qui doit faire voir
aux Alliez que s'ils peuvent
obtenir une fois du Roy des
conditions avantageuſes , ils
ne doivent point te liguer
contre luy, puiſque cette mef
me fortune que le Roy par
ſa valeur attache toûjours à
ſes armes , leur feroit perdre
de nouveau ce que Sa
Majesté auroit bien voulu
leur accorder pour faire joüir
GALANT. 189
l'Europe d'une paix profonde...
M² de Fer dontje vous ay
ſouvent parlé , vient d'achever
ſon grand ouvrage des
Forces de l'Europe , qui ren .
ferme environ deux cens
• Planches. Il eſt divisé en
huit parties dont il donna la
premiere en 1690. & il vient
de mettre au jour la ſeptiéme
& la huitieme , qui font
les deux dernieres parties. Il
a terminé par là le grand defſein
qu'il avoit de donner au
Public les principales Villes
fortes de l'Europe , mais com190
MERCURE
me il a encore à parler d'un
grand nombre de Villes &
d'autres lieux confiderables ,
il efpere rendre publics au
commencement de chaque
année , ſous le nom de ſupplément
, les Plans fidelles
quiluy feront communiquez,
& il les fera graver , ſans en
fixer le nombre. Tous ces
livres ſe trouveront chez le
meſme Mª de Fer , dans l'Iſle
du Palais , à la Sphere Royale.
Les Curieux luy doivent
ſçavoir gré des grandes recherches
qu'il a faites , & des
dépenses où il s'eſt engagé
GALANT. 191
pour leur donner dans un
ſeul ouvrage , qui ne con--
tient que huit parties , une
connoiſſance parfaite de toutes
les Places fortes de l'Europe
Je ſçay que vous vous plai.
ſez à lire mes Lettres , plus
vous en trouvez les matieres
diversifiées . C'eſt ce qui
m'engage à vous envoyer
l'article qui fuit. Il eſt de M
Verduc le jeune.
r
192 MERCURE
1
EXPLICATION
de pluſieurs Phenomenes
particuliers.
D'où vient que de petites
aiguilles d'acier que l'on metfur
l'eau ,y demeurent fans s'y en.
foncer , & pourquoy au contraire
d'autres petites aiguilles de
verre , de pareille groffeur &
beaucoup plus legeres , vont jufqu'aufonds.
L
A Matiere fubtile qui
fort des pores de l'eau
pour paſſer dans l'air , trouvant
GALANT. 193
vant en ſon , chemin une petite
aiguille d'acier , dont les
* pores ſont autrement diſpoſez
que ceux de l'air , doit
neceſſairementpaſſer par defſus
cette petite aiguille , &
ainſi la foutenir ſur l'eau.
Pour mieux entendre cecy ,
remarquez que la matiere
ſubtile paſſe au travers des
corps , en meſme façon que
l'eau d'une riviere paſſe au
travers des joncs qui croifſent
en ſon lit ,& même qu'-
elle paſſe plus facilement
d'un corps tranſparent dans
un autre qui l'eſt auſſi , que
Janvier 1695- R
194 MERCURE
dans un corps opaque. La
raiſon eſt que les pores de
deux corps tranſparens conviennent
mieux entr'eux que
les pores d'un corps tranfpa.
rent&ceux d'un corps opaque
, & qu'ainſi elle doit paffer
avec plus de facilité dans
les pores de lair , que dans
ceux de l'aiguille d'acier ,car
premierement les pores de
l'aiguille eſtant fort petits &
differens de ceux de l'eau , la
matiere fübtile qui fortira de
ces derniers pour entrer dans
les autres , fera détournée de
fon chemin par les parties foGALANT.
191
on
10
pa
an
al
C
lides de l'aiguille , qui la fe
ront reflechir vers les côtez,
& paſſer pardeſſus , ce qui
1
l'empêchera de deſcendre.
છછછ?છ?????????છછછછ?છ??????
Pourquoy une aiguille de verre,
de pareille groffeur qu'une petite
aiguille d'acier , va au
-fond de l'eau , quoy que plus
Une petite aiguille de verre
ne peut demeurer ſur l'eau , à
cauſe que la matiere ſubtile
qui forr des pores de l'eau ,
pour entrer dans ceux du
verreistoù les mouvemens
Rij
196 MERCURE
R
1
font moins détournez que
dans l'eau , comme le montre
la refraction de la lumiere
paſſe tout au travers , à peu
prés de même que ſi elle paf.
foit par un ſeul corps , ce
eſt cauſe qu'elle ne peut empêcher
que la petite aiguille
de verre ne touche l'eau immediatement
, & que ſa peſanteur
ne la faſſe aller au
fond .
Objection.
qui
91
Si c'eſt la facilité que la
matiere fubtile trouve à palfer
des pores de l'eau dans
ceux du verre , qui fait que
GALANT. 197
ces petites aiguilles y deſcendent
, comment pourra t- elle
foutenir ſur l'eau d'autres petits
morceaux de verre , qui
ne ſont point ronds comme
ces petites aiguilles, mais qui
ont pluſieurs fuperficies ? A
Réponsep 13
Il eſt certain que la matie
re ſubtile qui paſſe au travers
d'une petite partie de matie.
re , ronde comme un cylindre
, a moins de chemin à
faire que lors qu'elle pafſſe
dans une autre petite partie
qui a pluſieurs côtez. Ainfi
l'on ne peut douter que ces
R iij
198 MERCURE
&
petits morceaux de verre ne
détournent la matiere fubtile
vers pluſieurs endroits ,
qu'il n'en reſte toujours affez
qui paſſe entre eux & l'eau ,
pour pouvoir les y foutenir.
D'où vient qu'en touchant les
fcüilles de la Sensitive , elles
Se plient fe forment &fe
semestent un momentaprés en
leur oftat naturel.
La Senſitive eſt compo
fée comme les autres plantes,
de pluſieurs petits tuyaux
creux&pleins d'une matie
GALANT 199
re dont les parties fout fines
& délicates . Ces filets ſe
communiquent enſemble
par leurs ouvertures en
forte que le fuc qu'ils contiennent
, paſſe des uns dans
:
les autres , à peu prés de la
meſme maniere que le ſang
circule dans noſtre corps , en
paſſant des veines dans les arteres
, & des arteres dans les
veines.
La diſpoſition ou l'arrengementde
ces tuyaux eſt apparemmentla
cauſe de cet ef
fet qui fait noſtre admiration,
&pour vous l'expliquer , je
Riiij
200 MERCURE
1
ſuppoſe que les petits tuyaux
des feüilles partent d'un
point qui tient lieu de centre
, qu'ils s'uniſſent enfemble,
qu'ils font avec cela un
peu fouples , & que le mouvement
qu'on imprime aux
uns ſe communique aux autres.
Quand on touche une
feüille , elle ſe plie en ſe fere
mant, & aprés le déplie pour
ſe remettre en ſon eſtat naturel.
La raiſon eft, qu'en
touchant la feüille , l'an
étreffit ces tuyaux, dans l'en.
droit où on les touche , ce
GALANT. 201
1
qui fait que le fuc trouvant
fon paſſage fermé, retourne
vers l'endroit d'où il venoit,
& l'on conçoit bien qu'il
I faut qu'en retournant il en
rencontre un autre , lequel le
refléchiffant vers le lieu où
il continueroit de ſe mouvoir
librement , ſi ſon paffageun'eſtoit
pas fermé , eſt
cauſe que les endroits des
tuyaux qui demeurent ouverts
ſe gonflent & s'approchent
d'un centre qui leur
fert de point fixe, Mais le
fuc qui vient toûjours de
nouveau , gonflant de plus en
202 MERCURE
plus ces tuyaux , s'ouvre en,
fin le paſſage , & pouffant
les parties des tuyaux qui avoient
eſté preſſées , ne peur
manquer de les mettre dans
leur ſituation naturelle , à
cauſe que pour lors ils font
également ouverts par tout.
Il faut remarquer que par
Centre j'entens la fibre ligneuſe
qui eſt au milieu des
feuilles , & qui les partage en
deux également , à laquelle
s'attachent tous les autres
tuyaux de dede la fcuille. Cette
petite corde, eſt un compolé
de tuyaux pluspreſſez les uns
GALANT.1 203
contre les autres que ceuxde
la feuille . इतकी तरह
On remarque encore qu'-
en touchant ſeulement à la
tige , les feuilles ſe plient &
fe déplient comme aupara
vant. La raiſon eft , que te
mouvement qu'on luy im .
prime en la touchant pafle
juſqu'aux feuilles , & fait
couler le ſuo dans leurs petits
tuyaux en plus grande
quantité qu'à l'ordinaire , ce
qui eft cauſe qu'ils ſe gonflent
& fe raccourciffent , &
que les feuilles ſe ferment;
mais quand l'action qui fai
204 MERCURE
foit couler le ſuc dans ces
tuyaux fans aucun ordre eft
paſſée , les feuilles ſe dé
plient pour reprendre leur
eſtat naturel , à cauſe que le
fuc qui coule au dedans s'y
diſtribue pour lors également
& reprend ſa route
ordinaire.
ر
Après avoir expliqué cette
proprieté des feuilles de la
Senfitive , il faut dire un mot,
pourquoy il n'y en a pas une
ſemblable dans les feuilles
des autres plantes. Je croy
que cela vient de ce qu'elles
ont leurs fibres trop duGALANT.
205
Ce
ek
10
يف

res , pour eftre pliées par l'action
du ſuc qui coule au
dedans . On peut encore
dire qu'il y a dans la ſuperfi.
cie de leurs tuyaux , des pores
affez larges pour laiſſer
paffer les plus fubtiles parties
du fuc , qui s'y élance
avec viteſſe , quand on les
preſſe plus fort en un endroit
qu'en un autre. Enfin
on ne peut douter que la
Senſitive n'ait des reſſorts qui
la rendent capable de cet
effet, & qui different de ceux
des autres plantes , & quoy
qu'il foit impoffible à l'ef
e
1 a
206 MERCURE
prit humainde démeſler tous
ceuxquiy contribuent , tou
refois on peut dire en general
quelle en eſt la cauſe ,
& meſme l'explication que
j'en ay donnée , peur , ce me
femble, contenter les perfonnes
raisonnables.

4
Voicy un Ouvrage qui a
fait bruit , & dont le titre
vous apprendra le fujer.
C'eſt une imitation des vers
Latins de M. de Santeul ,
Chanoine Regulier de Saint
Victor , faite par M Diereville.
:
:
GALANT. 207
5522555 5252555222
LA VENGEANCE
DE MADAME
LA DUCHESSE
DE BOURBON ,
ον
LE POETE PUNI.
AMoy,Muses , vener, o Ciel,
quelle disgrace !
Au milieu d'un festin on ose m'outragen
Pour prendre ma deffense armez
tout le Parnasse
Vous ne sçaurieztrop me venger.
Ab! quelle fureur ! quelle rage!
208 MERCURE
Vne cruelle main
Par le coup le plus inhumain
De honte &de douleur fait rouzir
mon visage ,
Et par undoubleaffront
D'un verre d'eau couvre mon
front.
Après un tel mépris , o Filles de
Memoire,
Qui pourra respecter du Mont Sacrè
la gloire ?
Témoins du coap que je reçois ,
Les Satyres , les Dryades ,
Les Faunes&les Nayades
De leurs ris éclatans font retentir
les Bois.
Tandis qu'un grand Prince àfa
Table 4
Me fait un doux accueil & me
comble d'honneur ,
Quelle est la main barbare , impitoyable
GALANT. 209
Qui me cauſe tant de doultur ?
Muſes , d'où peut venir une telle
fureur?
Par se coup imprévu , dont mon
ame est surprises
Le me trouble , &le jour disparoist
à mes yeux
Confus , sans mouvement , à moy.
'mesme ennuyeux
A la Table la plus exquise ,
Le perds le gouft des mets les plus
délicieux,
Ce ue fut pas ainsi que d'une Au-
Piguko Reine
Vn Poëte * autrefois ſe vit favo
Elleſçeut luymarquerfans peine
Son estime par un baiser.
C'estoit ainsiqu'en ma douleur trop
* Alain Chartier .
Janvier 1695. S
210 MERCURE
د
-
Du plus cruel affront tous mes sens
agitez,
Parles triftes accens d'une voix fi
plaintive
L'invoquois mes Divinitez.
Chagrin & las d'estre la fable
DesPrinceffes du Sang Royal ,
Ie voulois deferter la Table ,
Et quitter un lieu fifatal.
Mais lors que je veux fuir an fi
fenfible outrage,
Melpomene m'arreste , &me tient
ce langage.
Ton crime a meritè l'affront dont
ta te plains.
Connois-tu la Beauté qui cauſe tes
chagrins?
Du plus beau sang du monde elle
tient sa naissance,
C'est la Fille d'un Roy , le plus
grand des Humains ,
GALANT. 211
Celle qui d'un CONDE' dans
L'ordre des Deftins
Par les noeuds de l'Hymen attendoit
l'alliance..
La Pitie la ſceut retenir ,
Elle euft pû te reduire en poudre
Entre ſes mains pour sepunir
Iupiter avoit mis fonfoudre.
Quoy! contentdeparler des beautez
de ces Champss
Commesi tu ceſſois de fentir tes talen's
Tu ne dis rien de la Princeffe
Que des Divinitez , applaudiſſens
fans ceffe!
1
Inſenſé , ne devois-tu pas
* D'és lemoment que iu l'as
vûë ,
Chanter les raviſſans appas
Dont le Ciel l'a pourvûë ?
Sij
212 MERCURE
1
Les Bois par leurs tendres rameaux
,
Es le doux bruit de lours feüillages
40
19000
Les Fontaines & les Ruif-
Parle murmure de leurs eaux,
Et la beauté de leurs rivages,
Témoignent à l'envyfousces charmans
ombrages
Ala Princeſſe leur plaifir ;
Toy ſeul dans un honteux
Loiſir
Tu peux luy refuser tes chants &
2 teshommages.
Sa prefence devoit t'inſpirer de
l'ardeur..
Quelport! quel air! Iunonn'a pas
tant de grandeur.
Du plus puiſſant des Dieuxcette
fuperbeEj ouse,
GALANT 213
لا
Toûjours vaine, toûjours jalouſe
,
Enviroitsa douce fierté
Venus ſceus en naiſſant luy donner
Jabeautér
Ces Iardins enebantez sionnent
lours charmesd'Elle,
Elle y répand une grace nouvelletame
Ala lover tout t'invitoit ,
Vn Prince auguste i'excitoit ,
Toûjours froid tu ie tiens dans un
profond filence ,
- Et tune ſçais pourquoy la Princeffe
s'offense?
Un tel crime avoit merité
Plus de ſeverité.
Qu'as-tu donc fait , divin
Poëte,
Du Chalumeau , de la Mafend
so fanimnoll
214 MERCURE
Dont les fons l'autre jour fous ces
feüillages frais Y
Retentiſſorent par tous dans ces
"
fombres forests ?
Quelle douceur ! quelle harmonic
13 2
Pour entendre des chants fi
beaux
La Nymphe SYLVIE*
Sortoit de ſes eaux.
Elle t'applaudiſſoit, & de ton beau
genie 14
Admirans les talens divers ,
Avec plaifir elle montroit tes
Vers
Dont fon Vrne estoit embellie.
Du fameux THEOPHILE
oubliant les amours
- La Nymphe tous les jours
* Fontaine de Chantilly.
GALANT: 215
Dugrand SANTEVL fe
glorifie.
Pour la Princeffe ta re tais
Après avoirchanté ces Prez& ces
Boltagesanded
C'est faire àses charmans attrairs
Leplus ſenſible des outrages,
Decemépris Iupiter irrité ,
Pour t'en punir lay mit en main
fon Foudre,
Mais elle ne pat se refoudre
Atanı de durere';
Defiterribles armes
Ne convenoient pointàſescharmasa
Dans son juste courroux elle cut
trop de douceur
Sa main feale fervit à panir ton
offense ,
216 MERCURE
Defon coup un fouris foulageoit la
douleur ; 1
D'une belle Princeſſe une tellevengeance
Eft bien souvent une faveur.
De crainte que le feu n'en vinstfur
ton visage ,
Le remede y fut appliqué
D'un verre d'eau tu fus maſque ,
Cen'estoit que par badinage.
Cette Princeffe en lejeitant;
Nedit- elle pas en riant ,
Aprés le foudre vient l'orage. !
&
7 Chaque Deeßeà ce recit...
Par des ris éclatans marque une
"
joye extreme ,
Comme elles Iupiter en rit ,
Dans ma douleur j'en ris moymème.
Le
GALANT. 217
Le 7 de ce mois , l'ouverture
du Senat de Nice ſe fit.
ſuivant la coutume. Mr le
Maréchal deCatinat,accompagné
deM le Chevalier de
la Fare , &de quantité d'Officiers
, afſiſta à cette Ceremonie
, à laquelle M' l'Evêque
, & toute la Nobleſſe ſe
trouverent auſſi . Me de la
Porte, premier Preſident ,
prononça , à ſon ordinaire ,
un fort beau Diſcours , & expliqua
quel doit eſtte l'uſage
de la parole dans la bouche
des Magiftrats , avec quelle
dignité , quelle noble liberté
Janvier 1695. T
218 MERCURE

ils doivents'en ſervir pourle
foutien & l'admiuiſtration
de la justice. Il parla de la
prudence dans les diſcours
même les plus familiers , &
s'attacha principalement à
montrer de quelle importance
il eſt que les Juges gar.
dent le ſecret de ce qui ſe
paſſe dans leurs deliberations
, ſuivant le ferment
qu'ils en ont fait lors qu'ils
ont eſté receus. Il fit voir
en paſſant quelle eſt la foy
des fermens , & avec quelle
religion les Anciens l'ont obſervée
, ce qu'en ont dit En-
A
4
GALANT. 219
-
nius & Caton , l'exemple de
Regulus , celuy des Prifon.
niers d'Annibal aprés la Bataille
de Cannes. Tout cela
y fut tres-bien placé; mais
le plus parfait modele qu'il
propoſa de l'uſage de la parole
, fut celuy du Roy , à
quirien, dit-il, n'est jamais échapé
de cequi se paſſe dansſes Confeils,&
qui a par excellence au
deffus de toutes les personnes du
monde le don deparler avec une
majesté,une dignité une juſteſſe
qui font toujours l'admiration
de ceuxqui l'entendent. Il
-cita à cette occafion METij
220 MERCURE
"
fut
veſque de Nice , Prelat d'un
tres- grand merite , qui dans
le voyage qu'il fit en France,
il y a quelques années
honoré par Sa Majefté de
rant de marques de ſa bonté
& de fon eftime.or
Enfin , retraçant en peu
de mots tout ce qui s'eſt pafſé
la Campagne derniere à la
gloire du Roy , dans tous les
Pays où Sa Majeſté par la
ſageſſe de ſes ordres , aurant
que par fa puiſſance , ſoutient
la guerre contre tant d'Enne.
mis , il s'étendit for la valeur,
la conduite & l'activité avec
GALANT. 121
leſquellesMonseigneur arendu
inútiles les projets du Prince
d'Orange , & garanti la
Flandre Françoiſe des Incendies
, & du pillage dont elle
eſtoit menacée. Il parla des
Victoires & des Conqueſtes
deCatalogne,ſous la condui.
te de M'le Mareſchal Duc de
Noailles , & repaſſa en peu
de mots tout ce qu'a fait
de confiderable dans cette
guerre M² le Marefchal de
Catinar , dont la modeſtie
ne fouffrit pas peu de ſetrou.
ver preſent à cet Eloge , &
de s'entendre comparer au
r
Tiij
222 MERCURE
Grand Fabius. Il fit remarquer
quelle obligation le
Comté de Nice avoit au Roy
d'en avoir commis la deffen
ſe a Monfieur le Duc de Ven
doſme , qui par des ſoins ind
fatigables & une prévoyan.
ce pleine de capacité & de
ſageſſe , y avoit confervé le
repos auxPeuples , &donné
d'ailleurs tant de marques de
ſa liberalité& de ſa magnifi
cence. Il finit en exhortant
l'Aſſemblée de demander à
Dieu qu'il luy pluſt benir te
Grand Roy qui ſeul ſoutient
le poids de tant d'importan
GALANT. 223
tesaffaires ,qui deffend contre
tantde Nations , l'Empire
que la Divine Providence a
commis à ſa conduite , & qui
aprés y avoir reformé tant
d'abus par ſes loix , y fait fleurir
la pieté & les bonnes
moeurs par ſon exemple.
5. Depuis l'année1666. que la
mortde la Reine Mere eſtarrivée,
Monfieur a fait voir ſon
zele & fa picté, enſe trouvanttous
les ansà l'Anniverfaire
qui ſe fait le 20. de ce
mois , pour cette Princeſſe.
Leurs Alteſſes Royales y ont
affifté cette année ſelon leur
T iiij
224 MERCURE
r
2
coutume , & la Ceremonie en
a eſté faite par M de Mau
peou , Evefque de Caftresno
Je me ſuis trompé dans
ma Lettre du mois paſſe , lors
qu'en vous parlant de ce qui
s'eſt paffé au Parlement &au
Siege de l'Amirauté , en la
reception de Monfieur le
Comte de Toulouſe ; endav
Charge d'Amiral del France, s
je vous ay dit que M Bouchart
de Saron avoit rappor
té les Lettres de ce Prince.
Ce fut Mr Doujat, Doyen du
Parlement , qui en fut leRae
porteur. Il fit de tres élo
1
GALANT. 225
quens Difcours , lors qu'on
proceda à ces deux receptions
:
La réputation que feu M
de Riencourt , Correcteur en
la Chambre des Comptes
s'eſt acquie par ſon LivreDe
la Monarchie Françoise , qui a
déja eſté imprimé trois fois ,
vous doit faire apprendre
avec plaifir qu'il a travailléà
un Abregé de toute l'Histoire de
France,depuisPharamondjuſ
ques au regne de Sa Majefté.
Cet Ouvrage , où ſe trouvent
tous les Portraits de nos Rois,
commence à ſe debiter en
236 MERCURE
ſept volumes chez le St Brunet,
Libraire , dans la grande
Salle du Palais. Quoy qu'il y
ait déja divers Abregez de
cette Hiftoire , comme l'on
trouve toûjours des circons
ſtances dans l'un qui fontou
bliées dans l'autre , on peut
dire que M² de Riencourt n'a
pû rien faire de plus utile au
Public , qui ne ſçauroit eſtre
trop bien informé de ce qui
s'eſt paffé de plus remarqua
bledans ceRoyaume , depuis
treize Siecles que l'établiſſe
ment de la Monarchie a efté
fait....
GALANT. 227
Br Mil'Abbé de Villiers a fait
un Ouvrage nouveau , qui a
pour titre , Traité de la Satire,
où l'on examine comment
on doit reprendre fon prochain
, & comment la Satire
peur ſervir à cet uſage. Cet
Ouvrage vous paroiſtra de
faifon , puis que jamais on
n'a mis aujour un plus grand
nombre d'Ecrits ſatiriques ,
& c'eſt ſans doute ce qui a
déterminé M' l'Abbé de Villiers
à écrire ſur cette matiere,
qu'il a traitée nonſeulement
avec beaucoup de vivacité &
d'agrément , mais auſſi avec
C
228 MERCURE
.91
beaucoup de ſolidité , ayant
parcouru toutes les chofes
où la Satyre peut eſtre employée
, & ayant fait voir
par des principes ſolides ce
qu'elle a de bon & de mauvais.
Il a meſme pris la précaution
de ne rien dire qu'on
puiſſe appliquer avec juſtice ,
& comme il n'y a perſonne
qui ne doive convenir des
principes qu'il avance , il n'y
a auffi perſonne qui puiſſe
s'offenſer de ce Livre qui
porte, comme tous les autres
Ouvrages de cet Auteur , un
caractere qui marque affez
GALANT. 229
0
er
Si
qu'il écrit fans paffion , &
qu'il ne cherche qu'à inſtruire.
Aufſi eſt ce la le caractere
que doivent avoir les Ouvrages
d'un homme qui s'occupe
particulierement à la
Predication. Le Traité de la
Satyre dont je vous parle , ſe
vend chez le St Aniſſon
Directeur de l'Imprimerie
د
Royale , ruë S. Jacques.
d
Lidegerte , Nouvelle Hiftorique
dont je vous parlay
le mois paflé , a eſté ſi bien
receuë dans voſtre Province,
que jecroyvous faire plaifir
en vous diſant que le St de مه
230 MERCURE
Luynes , Libraire au Palais,
en debire une ſeconde, inti
tulée Zulima. Les Avantures
en ſont ſurprenantes & fort
agreablement diverſifiées, en
forte que ce petit Ouvrage
contient autant de matiere
qu'il s'en trouvoir aurrefois
dans un gros Volume de nos
anciens Romans. Je ne vous
dis rien du ſtile ; vous le con
noiſſez , puis que Zulima &
Ildegerte ſont du meſme
Auteur.
• Comme perſonne au mon
dene s'intereſſe plus quevous
GALANT. 231
àla gloire de noſtreAuguſte
Monarque , je ne doute pas
que vous n'ayez ouy parler
de deux livres qui luy furent
preſentez le dernier jour de
l'année ſous le titre Des glo
rieuſes Conquestes de Lois le
Grand. Cet Ouvrage contient
unJournal par Planches
&Eſtampes gravées de tous
les Sieges de Ville qui ont
efté faits,& des Batailles qui
ſe ſont données , & gagnées
avec les Relations depuis le
commencement du regne
du Roy juſqu'à preſent. Ce
Journal fut commencé par
232 MERCURE
Me de Beaulieu , le premier
Ingenieur de ſon temps, que
leRoy voulut bien honoter
de ſon Ordre de S. Michel
& de la qualité de Mareſ,
chal de Camp de ſes Armées ,
pour fon merite , & en con
fideration de ſes ſervices ,
qu'il ne laiſſa pas de conti.
nuer , quoiqu'il euſt perdu
ſon bras droit d'un coup de
canon au Siege de Philif
bourg en 1644. Il a deſſiné
& tracé de la main gauche
l'Histoire de Sa Majesté qu'il
commença de faire graver
avec une dépenſe extraordi
GALANT. 233
naire M'le Chevalier de
Beaulieu eſtant mort avant
l'accompliſſement: d'un fi
beau deſſein , Madame des
Roches,fa Nieceja eu lavantage
de l'achever autant que
fon bien & la rapidité des
Victoires du Roy ont pû luy
permettre de le faire. Elle a.
dedié cet Ouvrage à Sa Majeſté,
qui eut la bonté en le
recevant, de luy témoigner
en des termes tres favorables
qu'elle en estoit fort
contente. Quoique cetre
Dame ſoit veuve depuis
quatre ans, elle n'a pas laiſſe
Janvier 1695. V
234 MERCURE
de faire graver les Sieges &
les Batailles de cette guer.
re avec une entiere exactituderandeba
Il n'y a rien de fi beau ni
de ſi bien établi , que la
Charité generale de Lyon.
Cela eſt ſi vray , que le Souverain
Pontife Innocent XII.
qui remplit aujourd'huy fi
dignement la Chaire de Saint
Pierre , a voulu avoir depuis
peu une copie des regles . &
de l'inſtitution de cette Cha .
rité , pour en establir une à
Rome fur ce modele. Un
Comte de Lyon eſt toûjours
GALANT 1235
le Chef de Meſſieurs du Bureau,
qui font au nombre de
feize. Unde ces Recteurs , à
qui ſon merite qui Iny acquiert
une eſt me generale , a
fait donner dans laCharité la
direction des Filles de Sainte
Catherine , s'eſtant trouvé
au mois de Novembre dans
une Affemblée compoſée de
perſonnes de l'un &de l'autre
fexe, la converſation tomba
infenfiblement fur le jour de
laFeſte de cette Sainte qui approchoit
, puis que l'Egliſe la
celebre le 25du meſme mois.
Outre que fon employ l'en
Vij
236 MERCURE
gageoit à faire les frais de
cette Feſte , à faire orner l'Eglife
, à choiſir un Predicateur
,& enfin à tout ce qu'il
faut pour une grande cere
• monie , il eſtoit encore dans
l'obligation de faire compofer
une Harangue en forme
de remerciment , pour estre
recitée devant Meſſieurs du
Bureau. Il avoit fait travailler
à la compoſition de ce
remerciment dont il n'eſtoit
pas content, & comme une
aimable Fille du quartier de
Saint Nifier , nommée Mademoiselle
Bernard , eſtimée
GALANT. 297
af de tout le monde pour fon
3 efprit & pour fon merite,
ofe trouvoit preſente , ce
Recteur luy dit qu'à
moins qu'elle ne vouluſtbien
ans'employer à retoucher ce
Cremerciment, dont il senoit
la copie, il ne pourroit avoir
ni la juſteſſe ni l'agrément
at que ces pieces d'éloquences
doivent avoir. Tout le
monde joignit ſes prieres
à celles qu'il luy faifoit , &
trois ou quatre jours apres,
cette Demoiselle luy en -
voya le remerciment qui
fuit , fait ſur le plan du pre
238 MERCURE
mier qu'on l'avoit obligée de
prendre.000
✔REMERCIMENT
Des Filles de Sainte Catherine
, à Meſſieurs les Recoteurs
de la Charité generale
de Lyon , prononcé
parune Fille de leur Com.
munauté , le jour de leur
Feſte, en l'année 1694.
MESSIEURS
Que pouvez- vous aujourd'huy
attendre de nous qui merite vôtre
attention ? Nous ne venons
GALANT. 239
point pour vous faire un remereîment
qui ſoit digne de vous ,
& digne des bontez que vous
avez pour nous. Notre coeur a
icy bien plus de part que notre
efprit , & d'auffi foibles expreffions
que les nôtres, nesçauroient
jamais qu'imparfaitement vous
marquer , & notre devoir , &
nôtre reconnoiffance.
En effet , Messieurs , vôtre
charité , qui depuis prés de deux
fiéclesfurpaſſe tout ce qui se pratique
ailleurs,s'eftfurpaffée ellemesme
cette année. Dans ces temps
difficiles où le Ciel afemblén'a
voir point d'égardà nos besoins ,
240 MERCURE
nous avons trouvé en vous de
veritables entrailles de pere. Voftre
ſage prévoyance a heureusement
supplée au defaut & à la
Sterilité de la nature Au milieu
d'une deſette generale, vous avez
eu le ſecret de faire regner icy
l'abondance. Cette miſere publique
n'estpoint venüejusqu'à nous;
nous ne l'avons connüe que par
ce grand nombre de pauvres &
de miferables de toutes les Provinces
que vous avez reçus dans
cette Maison , où la faim &le
froid , la pauvreté & l'indigence
ne les accompagnoient
qu'à la porte , & n'y entroient
2
jamais
GALANT. 241
jamais avec eux ; malheureux
jusques- là , heureux du fecours
qu'ils rencontroient.
C'est ce Zele , Meſſieurs , fi
pur & fi definteressé dans ce
temps où l'on donne tout à l'intereft
, qui fait l'admiration de
cette grande Ville , & l'étonnement
des Etrangers. C'est ce zele,
dis -je , qui est une preuve invincible
de la verité, & de la grandeur
de noftre Religion. Car, on
trouvest on que la vertu des
Payens inſpire de ſemblabless ntimens
? L'humilité, lapatience,
le defintereſſement, l'activité , la
vigilance,la Charité en un mot ,
Janvier 1695. X
242 MERCURE
cette Reine des Vertus , ne fut
jamais de fon partage. Le Dieu
que nous adorons eſt ſeul capable
de donner un si grand & un si
beau Zele , comme il eſt ſeul ca
pable de le recompenfer
En effet , Meſſicurs , faire du
bienfans ceffe , & croire n'en
fairejamais affez,fefairemesme
en le pratiquant un plaifir defes
peines , ne rejetter aucunes pric
res, prévenir ſouvent les defirs ,
ne manquer jamais aux besoins ,
n'avoir d'autres vûës que noftre
bien , noſtre utilité, nostre instruction
, noftre établiſſement ; entrer
pour cet effet dans toutes nos
GALANT. 243
1
infirmitez , écoutertoutes nos demandes
,faire justice àtoutes nos
plaintes , pourvoir à toutes nos
neceffitez, & venir enfin icy s'abaile
baiffer jusqu'à nous avec tant
d'attachement & d'affiduité , ſi
cefont là, Meſſieurs , comme ce
font en effet vos occupations ordinaires
, quel autre peut vous
infpirer defi charitables exercices
qu'un Dieu qui n'est que Charité
&la Charité mesme?
Mais n'y a t'ilpoint icy dela
remerité à vouloir peindre avec
defi communes couleurs des vertus
fi peu communes ,
& pour
nous acquiterenvers Monfieur le
X ij
244 MERCURE
१.
Comte d'un devoirſilegitime,
qui réponde en quelque maniere
àfon attente , de quelles expreffions
, quelque choifies qu'elles
puiffentestre , pouvons nousnous
fervir, qui nesoient bien au def.
fous & defon merite & de ſa
vertus Comme il est d'une naisfance
illustre , & d'un rangfort
diftingué dans le monde , nous
avons toujours trouvéen luy un
Bienfaicteur d'une distinction fin
gulier.e Qui de nous peut ignorer
qu'il est infiniment bonneste, extremément
genereux , & trescharitable?
Ouy , Monsieur , ily a des
GALANT. 245
occaſions heureuſes , &c'enesticy
une pour nous , où nous aurions
lieu de faire voir publiquement ,
enparlant de noſtre bonheur dans
la deſolation publique , que vous
n'estes pas de ces Grands du mon
de, &de ces Heureux du fiécle,
qui contens de leur proprefelicité,
Sefoucient peu delamiſere des autres;
& qu'à l'exemple de Louis
leGrand, nostre pieux& invincible
Monarque, vous ne trou
vez la grandeur confiderableque
par les frequentes & confidera
bles occaſions , qu'elle downofans
ceße d'obliger& de bien faires
mais ny le temps ny le lieu , ny
X iij
246 MERCURE
vostre propre modestie , ne nous
permettent pas d'entrer dans un
Sujet d'une si vaſte étenduë ;
te meilleur party que nous
puiſſions prendre , est celuy de nous
Se taire ! eb le pouvons nous
aprés tant d'obligations que nous
avons aussi à M. le President ?
Qui de nous n'a pas éprouvéfes
bontez, sa generofité , ſongrand
coeur ? Que ne fait- il point pour
nous conferver dans nos Privileges
? Nefçait on pas qu'ily
donne tous fesfoins ; qu'il entre
dans tout ledétail des affaires de
cette Maiſon , avec toute la cha
GALANT. 247
leur & toute l'application poffi.
ble , jusqu'à quitter les fiennes
propres pourſedonner entierement
ànous?
Se taire ! eh le pouvons nous
encore dans cette occaſionſur le
Sujet de celuy qui en tant d'autres
, parle toûjours si favora
blement pour nous ? La richeffe
deſes expreſſions, lafineſſedeſes
pensées , l'abondance de ſes raifons;
les traits defa morale qu'il
employe toûjours à coupfeur, lorf
qu'il s'agit de nous défendre , &
de repouffer l'injustice , meritent
bien que nous luy donnions à nof.
tre tour quelque peu d'encens ,&
X iiij
248 MERCURE
que l'onſcachepubliquement qu'il
n'est pas homme à ſe laiſſer entêzer
de fi peude chofect
Ce que nous aurions àdire de
Ml'Exconful ne nous touchepas
moins . Tout parle icy defes bienfaits,
de ſes ſoins , de ſon asconamie
, de fon exactitude , er quand
nous n'en dirions rien , ces Bâti
mens magnifiques toûjours ſu bien
eniretenus , Iou rien ne manque ,
parleroient hautement pour nous.
Mais le moyen de nous acquitter
aujourd buy par unseul remerci
ment envers celuy qui fçait fi
bien faire executer toutes choses?
Quoy qu'ily ait peu de camps
1
GALANT. 249
que nous avons l'honneur de poffeder
M le Treforier des deniers
de la Maiſon , nous ne laiffons
pas de luy estre déja beaucoup re.
devables. Ses inclinations honnestes
, & bienfaisantes ne nous
donnent pas lieu de douter qu'il
ne marchefur les pas defon Predeceffeur,
er nous font bien connoistre
qu'il n'a pas moins berite
de ſes vertus , que defes biens ,
puisqu'ilſemble les avoir en commun
avec nous qu'il les diftribuë
d'une main toujours également
liberale.
Quelles graces , quel remerct
250 MERCURE
ment peut nous acquiter de ce
que nous devons à celuy qu'on
nous a fait l'honneur de nous don.
ner pour Directeur de notre Com
munauté ,&que n'aurions- nous
pas à dire de tant de peines ,&
de tant de charitables foins qu'il
prend pour nous foulager , pour
nous instruire , &pour nous établir
? Si nous ne craignions de
bleſſer ſa modestie , nous dirions
icy qu'il a plus de promptitude à
prévenir nos besoins , que nous
n'en avons à les luy faire connoître
; mais comme elle nous
impoſe filence , &qu'elle ne nous
permet pas d'en dire davantage ,
GALANT. 25
コル
1
c'est le feul endroit de noſtre vie
où il nous est durd'obéir.
Enfin , Meſſieurs , ce nousfera
toujours une veritable peine que
d'avoir à vous remercier comme
il faut de toutes celles que nous
vous donnons toutes en general,
chacune en particulier dans la
diverſité de vos emplois . Nousle
dirons encoreà voſtre gloire , dans
ce temps où la Charité est auſſi
froide que les nuits de la Saiſon
où nous fommes , elle a trouvé le
fecret dese rallumer dans vos
coeurs avec autant d'ardeur que
dans les premiers fiecles de l'Eglife.
Vosyeux , vos oreilles , &
252 MERCURE
>
vos mains ne font jamais longtemps
à s'ouvrirfur les miferes
des Pauvres ; vos yeux à les
voir avec pirić , vos oreilles à les
écouter avecplaisir &vos mains
àles secourir avee promptitude.
Dans toutes vos charitez vous
n'eſtes pas mesmes charitables à
demy Nous devons ce témoignage
àla verité, ces loüanges à vos
vertus. Nous voudrions bien que
ce Remerciment puſt répondre en
quelque maniere à l'éclat , &au
merite de tant d'actions glorieu.
ſes que vous faites tous lesjours ;
mais comme nous ne sçaurions
au'en
nous acquitter envers vousqu'en
GALANT. 253
benedictions , &en ſouhaits ,&
que c'est là toute la richeffe des
Pauures , faffe le Ciel que les
pauvres Filles de Sainte Cathe.
rine , charmées de vos ſoins,penetrées
de vos charitez, comblées
de vos bienfaits , fount un jour
toutes occupées à vous faire à
tous des couronnes dans la gloi.
, Vous ſçavez , Madame
la penteque la Francea faite,
en la perſonne de François-
Henry de Montmorency ,
Duc de Luxembourg & de
Piney , Pair , Mareſchal &
254 MERCURE
Premier Baron Chreftien de
France , Chevalier , Com
mandeur des Ordres duRoy ,
Souverain de Luffe & dAi
gremont , Comte de Ligny
en Barrois , Baron de Dangu,
Seigneur de Precy , Blaine
court , Blanqueval , Crevecoeur
, Bourg , Lanſac , S. Savin
,Capitaine de la premiere
& plus ancienne Compagnie
Françoiſe des Gardes du
Corps,Gouverneur & Lieute
nantGeneral pour Sa Majefté
dela Province deNormandie,
&General de ſes Armées . Il fut
attaqué d'une fauſſe Pleurefie
GALANT. 255
le Vendredy 31. de l'année
derniere, & tous les remedes
s'eſtant trouvez inutiles ils
mourut àVerſailles leMardy,
4. de ce mois , avec tous les
ſentimens de fermeté & de
pieté que l'on peut ſouhaiter
dans un grand homme &
dans un veritable Chreftien.
Ce fut le Pere Bourdalouë ,
Jefuite, qui l'aſſiſta à la mort,
&il n'eut pas de peine à le
mettre dans la reſignation
qu'il luy inſpira pour les volontez
du Souverain Maiſtre.
La Maiſon de Montmorency
dont il eſtoit , l'une des plus
256 MERCURE
anciennes & des plus illuftres
duRoyaume , a eu quantité
de grands Officiers dela
Couronne , comme des Conneſtables
, des Mareſchaux ,
& des Amiraux , & pluſieurs
Grands - Maistres , Grands-
Chambellans ,Grands - Bouteillers,&
grands Panetiers de
France. Bouchard de Montmorency,
Premier de ce nom,
vivoſten 955. Il eſtoit un des
plus confiderables Seigneurs
de ſon temps, Il fut Pere de
Bouchard II . Sire de Montmorency
, & d'Alberic de
Montmorency, qu'on croit
eſtre le premier Conneſtable
GALANT 257
,
deFrance..Bouchard III . Sire
de Montmorency & d'Efcouen
, Fils de Bouchard
1. laiſſa Thibaut & Hervé
de Montmorency. Thi .
baut fur Conneſtable de
- France , & en grand credit
auprés du Roy Philippe I.&
eftant mort ſans enfans
Hervé de Montmorency qui
loy fucceda , fut GrandBouteiller
de France. Il laiſſa
pour Fils Bouchard de Montmorency
IV. du nom , Pere
de Mathieu de Montmorency
, Conneſtable de France
fous le regne deLouis lejeu-
Janvier1695.
-
Y
4
258 MERCURE
ne. Mathieu de Montmo
rency I. du nom , épouſa en
premieres nopces Anne ,Fille
naturelle de Henry I. Roy
d'Angleterre & Duc de Normandie
,& en ſecondes,Adelaïde
de Savoye , Veuve du
Roy Louis le Gros , & Fille
de Humbert II. Comte de
Savoye & de Gille de Bourgogne.
Il cut de Laure de
Hainault , Fille de Baudoüin
IV. Comte de Hainaut , Bouchard
V. S de Montmorency
, qui fut Pere de Matthieu
II . dit le Grand , Connettable
de France , ſous le Roy
:
GALANT 259
Philippe Augufte. Son Fils
Bouchard VI. eut pour Fils
Mathieu III . Pere de Ma
thieu IV. de Montmorency,
d'Ecouen & de Damville , A
miral &grandChambellan de
France ſous le Roy Philippe
le Bel. Celuy- cy fut Pere de
Jean de Montmorency I. du
nom, qui deJeanne Calletot,
Fille de Robert , St de Berne .
val en Caux , laiſſa Charles
Sire de Montmorency , Maréchal
de France , qui cut
pour Fils Jacques I. Sieur de
Montmorency , Confeiller&
Chambellan du Roy Char-
+
Yij
260 MERCURE
les VI. qui le fit Chevalier
en 1380. aprés les ceremonies
de fon Sacre. Jean Idu
nom , Fils de Jacques fut
pourvû vers l'an 1425 de la
Charge de Grand Chambellan
de France , & rendit de
grands fervices aux Rois
Charles VII . & Louis XI. II.
eut de Jeanne , Dame de
Foſſeux , Fille aînée , & prin .
cipale heritiere de Jean de
Foffeux, Conſeiller& Cham-
-bellan de Jean , Duc deBourgogne,
Jean de Montmorency
III. du nom , & Louis de i
Montmorency , S de Fof
GALANT. 26
:
feux , qui a donné origine
aux Seigneurs de Foſſeux ,
ayant eſté Pere de Roland de
Montmorency , Baron de
Foſſeux , qui de Louiſe d'Orgemont
eutClaude deMontmorency
,Baron de Foffeux.
Celuy- cy laiſſa Pierre de
| Montmorency , Marquis de
Thury, Baron de Foffeux , St
de Laureſſe , & François de
Montmorency , St de Hallor,
de Bouteville & de Crevei
cooeur. Ce dernier eut pour
Fils François II. du nom , &
Louis de Montmorency, St
de Bouteville & de Preſſy,
262 MERCURE
,
Comte de Luffe , & Vice-Amiral
de France , qui ayant
épousé Charlote - Catherine
de Luſſe , Fille& heritiere de
Charles,Comte de Luſſe dans
la Baſſe - Navarre , en eut
François de Montmorency ,
Comte de Luffe S de
Bouteville , qui s'eſtant acquis
une grande reputation
dans les combats finguliers ,
dont il eſtoit toujours forty
victorieux , eut enfin la teſte)
tranchée le 21. Juin 1627.pour
s'eſtre battu dans la Place]
Royale avec le Comte del
Chapelles, contre le Marquis
de Beuvron, & Henry d'AmGALANT.
263
boiſe, Marquis deBuffi, qui fut
tué. Il avoit épousé Iſabel de
Vienne , &il en eut François.
Henry de Montmorency
posthume , Comte de Bouteville
& de Luſſe , né le 7. Janvier
1628. C'eſt m'le Marechal
Duc de Luxembourg qui
vient de mourir. Il fut receu
Duc & Pair au Parlement le
22. deMay 1662. & le Roy le
fit Maréchal de France le 30 .
Juillet 1675. Il avoit épousé
en 1661. Madeleine-Charlote-
Bonne Thereſe de Clermont,
Ducheſſe de Luxembourg ,
Fille de Charles-Henry Clermontde
Tonnerre د
& de
E
THAJAD
264 MERCURE
Marie- Charlote de Luxembourg
, Ducheffe de Piney ,
Comteffe de Ligni , qui estoit
Fille de Henry de Luxembour,
Duc de Piney , & de
Madeleine de Montmoren.
cy, Dame de Thloré. Marie-
Charlote de Luxembourg ,
Duchefſe de Piney, Princefle
I de Tingry & Comteffe de
Ligny en Barrois, fe démit du
titrede fonDuché en mariant
Madeleine - Charlote- Bonne-
Thereſe ſa Fille à François .
Henry demontmorency dont
je vous apprens la mort, & elle
en tranfmit le droit femelle
dans
GALANT. 265
dans cette maiſon illuſtre en
la perſonne de ſon Gendre ,
à condition de porter le nom
&les Armes de Luxembourg,
qu'il a rendu celebre , auffibien
que le Sang de Montmorency
, fameux par tant de
Grands Maiſtres , Conneſtables
, &Amiraux de France ,
ayant furpaſſé par ſa valeur
&par ſes Emplois juſques à
la mort , les actions memorables
des Luxembourgs &
des Montmorencis
nuës dans les Hiſtoires des
fiecles paſſez. Les marques de
د
convaleur
& de courage quil
Janvier 1695. Z
266 MERCURE
1.
avoit données en toutes fortes
d'occaſions dans ſes premieres
années , aavolent fait
fi bien connoiſtre ſon atta
chement pour le ſervice du
Roy , qu'aprés qu'il eut rempli
pluſieurs emplois de guerre
convenables àfa qualité &
à fon âge, Sa Majefté le choifit
, lors qu'Elle déclara la
guerre à l'Eſpagne en 1667.
pour Tervir enen qualité de
Lieutenant General de fon
Armée en Franche Comté;
& en la mesme année il ſe
rendit maistre de la Ville de
Salins , & des Forts confide.
N
GALANT. 267
rables qui ſont aux environs
de cette Place , cequ'il fit en
peu de temps . Un fuccés ſi
prompt & fi heureux ayant
fait voir avec beaucoup de
gloire pour luy , ce que l'on
pouvoit attendre de fon experience
en la guerre , & de
ſa fidelité,le Roy voulut bien
luy confier le commandement
en chefde l'Armée qu'il
avoit alors fur pied dans les
Pays de Limbourg & de Luxembourg
, qu'il loumit à la
contribution ; & depuis , Sa
Majesté luy donn le meſme
commandement en chef de
Zij
268 MERCURE
1
l'Armée confederée , dans la
guerrequ'Elle fut forcée d'entreprendre
contre laHollande
en 1672. Ily réuffit avec beau
coup d'avantage dans toutes
les entrepriſes dont il fut
chargé ,principalement dans
les Sieges de Grool Deventer
, Coworden, Sewol , Campen,
Hardewick &Harbourg,
cequi fit qu'on luy remit le
commandement des Conqueſtes
qu'on venoit de faire
fur les Eftats Generaux des
Provinces Unies. Le ſoin par.
ticulier qu'il prit de conferver
les Places conquiſes , &
7 GALANT. 269
den
,
la vigueur qu'il fit paroiſtrea
la levée du Siege de Woerainſi
qu'à la défaite
d'un Corps confiderable de
Troupes commandé
le Comte de Koniſmark ,
luy acquir un no
,
par
nouveau merite
auprés du Roy , & ce
merite augmenta encore par
les Services qu'il luy rendit
en qualité de fon Lieutenant
General en l'Armée que Sa
Majesté commandoit en perſonne
dans la Franche- Comté
, en l'année 1674. J'oubliois
de vous dire que dans l'hiver
qui fuivit la priſe de Voër-
Z iij
270 MERCURE
den , il fit une grande courſe
fur les glaces , & prit Sumer.
den. Vous vous ſouvenez du
bruit que fit une action fi
hardie & fi extraordinaire .
En fe retirant de Hollande ,
il fit cette belle retraite dont
on a parlé avec de ſi grands
éloges , & paſſa entre les Armées
de l'Empereur & de
Hollande , qui estoient de
foixante- dix mille hommes ,
& la ſienne de vingt mille
ſeulement . Il ſervit ſous
Monfieur à la Bataille de Caffel
, & à celle de Sénef, ſous
Monfieur le Prince. Ce fut
GALANT 271
luy qui obligea le Prince d'Orange
à lever le Siege de
Charleroy en 1674. Il commandoit
à la Bataille de Saint
Denis , & on peut dire qu'il
en remporta d'autant plus de
gloire qu'il ne devoit pas
eſtre ſur ſes gardes , puiſqu'il
avoit tout ſujer de croire que
le Prince d'Orange, qui avoit
la Paix fignée dans ſa poche ,
ne fongeroit pas à l'attaquer.
Je paſſe ſes autres actions qui
font connues dans toute l'Europe
, comme la Bataille de
Fleurus qu'il gagna en 1690 .
& qui fut precedés par un
272 MERCURE
combat de Cavalerie L'af
faire de Leuze en 1691. La
Baraille de Steinkerkemen
1692. celle de Neerwinde en
1693. & la retraite de Vignamont
ſur l'Eſcaut , faite en
1694.0 en prefence des Ennemis
qui ne luy diſputérent
point le paffage de la Sam .
bre , & il eut l'avantage de
les empeſcher de paffer l'Efcaur.
On peut dire qu'il avoit
untres grand aſcendant
fur le Prince d'Orange , qu'il
abattu en toutes rencontres
Aufli a- t-on remarqué que
ce Prince qui l'apprehendoit,
témoigna beaucoup de cha
GALANT.273
grin quand il apprit que le
Roy l'avoit nommé pour
commander ſes Armées. Ge
qui luy eſtoit tres avantageux
, c'eſt que les Troupes
avoient en luy une grande
confiance , en forte qu'ils le
faifoient un plaifir de de fui
vre par tout où il vouloit les
mener. Ce General eſtoic a
gréable aux Princes & à toute
l'Armée , & ſon ſang froid
dans un combat , auroit eſté
capable de tout reparer
quand la Victoire auroit
chancelé , rien ne raffurant
ſi bien les Troupes , que la
confiance qu'ils liſent ſur le
274 MERCURE
viſage de celuy qui les com
mande....
Male Mareſchal Duc de
Luxembourg laiſſe cinq enfans
, ſçavoir quatre Fils &
une Fille. L'Aîné eſt Charles-
François Federic de Mont
/ morency- Luxembourg Duc
de Montmorency , Pair de
France , Prince de Tingri ,
Mareſchal des Camps & Ar
mées du Roy , Gouverneur
&Lieutenant General pour
Sa majesté en ſa Province de
Normandie. مه
Le ſecond eft Pierre Henry
Thibault de Montmo
rency- Luxembourg . Abbé
✓ GALANT 275
d'Hourfcamp en Normandie
& de Saon en Lorraine .
Il eſt Docteur de Sorbonne,
& pourveu pari Sa Majefté
d'un Brevet de Grand Maître
de l'Ordre du Saint Elprit
-de Montpelliershtats
Le troificine eft Paul Sigiſmond
de Montmorency-
Luxembourg,Comte de Luffe
, Brigadier des Armées du
Roy , & Colonel du Regiment
de Piemont. Madame
la Princeffe de мeкelbourg ,
fa Tante l'a fait fon heritier
principal, & lay a donné le
Duché de Chaſtillon fur
276 MERCURE
Loing , dont Sa Majesté luy
a accordé des Lettres .
nado
Bol
Le quatrieme eſt Louis.
Chriftien de Montmorency,
Chevalier de malte. Il eſt âgé
de dix huit ans , & a déja fait
trois Campagnes fous feu
M² le mareſchal fon Pere. Il
a efté fait Colonel du Regiment
de Provence que com.
mandoit M² le Comte de
Luſſe ſon Frere .
r M le Prince de Neufchaſtel
, ci- devant Chevalier
de Souflons , a épousé Angeli
que Cunegonde de Montmorency-
Luxembourg , fille
GALANT. 277.
de feu Mede Luxembourg,
131
& Madame la Princeſſe Du-.
cheſſe de Nemours , l'a fait
ſon heritier principal en faveur
de ce mariage.
Je ne vous dis rien de la
Maiſon de Luxembourg , l'u-
-ne des plus illuſtres de l'Europe
, qui a eu cinq Empereurs
dont trois ont eſté
Rois de Boheme. Le corps
de Me de Luxembourg a eſté
tranſporté dans ſon Duché
ue Piney prés de Troye en
Champagne , où il doit eſtre
inhume , & le ſoin de conduire
la pompe funebre de
r
278 MERCURE
ce tranſport a eſté donné
a Meffire François Dolu
Picart , Sieur de Villevrart ,
CouſinGermain de Madame
la Comteſſe de Bouteville ,
Mere de Mide Luxembourg,
quieſt encorevivante,&âgée
de quatre-vingt-huit ans. M
de Villevrart a toûjours ſervi
depuis la bataïlle de Lens,
avec affiduité & diftinction ,
fous les ordres de ce General,
qui luy avoit confié la
garde de ſa perſonne fi-toft
que le Roy luy eut donné le
commandement de ſes Ar
mées.
GALANT. 279
Madame la Princeffe de
Mekelbourg , foeur de feu
M'le Marefchal Duc de Lu
xembourg , ne lay a durvef
cu que peu de jours , eftant
morte le 24 de ce mois.
Elle avoit épousé en premieresNocesGaſpard
deColigny
IV dunom,Marquis d'Andelot,
Lieutenant des Camps &
Armées du Roy , & déſigné
Duc de Chaſtillon. Il eſtoit
fils du Marefchal de Chaftillon
, & d'Anne de Polignac,
& ayant abjuré l'Herefie de
Calvin en 16432 il mourut au
Chafteau de Vincennes le 9 .
280 MERCURE
Janvier 1649. d'un coup de
mouſquet qu'il receut à l'ar
taque de Charenton dans les
temps difficiles. Il fut en
terré dans l'Egliſe de l'Abbaye
de Saint Denis en Fran.
ce, & eut un fils poſthume,
Henry Gaspard de Coligny,
Duc de Chaſtillon mort le
25. Octobre 1657. Elifabeth
Angelique de Montmoren.
cy , la veuve , prit une feconde
alliance en 1663. avec
Chriſtien- Loüis de мекеl.
bourg Prince des Vandales ,
mort depuis quelques années,
&dont je vous ay en
:
GALANT. 281
tretenuë amplement en ce
temps- là. Madame la Princeffe
de Mekelbourg a voulu
eftre enterrée à Saint Sulpice
ſa Paroiffe , fans aucune
ceremonie.
Sur la fin du mois paffé,
Milord Jacques Seaton, Comte
de Dumfermling , Chevalier
de l'Ordre de Saint
André , mourut à Saint Germain
en Laye. Sa fidelité inviolable
pour ſon legitime
Souverain , ainſi que les mar.
ques de valeur qu'il avoit
données en beaucoup d'occaſions
, luy avoient acquis
Janvier 1695. Aa
282 MERCURE
beaucoup d'eſtime. Се мі-
lord avoit fuccede a deux
hommes d'une valeur ſurprenante
, & d'une fidelité à
l'épreuve pour leur Roy.
Ce font les Capitaines Dundée
& Canon , qui ont foutenu
ſi long temps les interefts
du Roy d'Angleterre
en Efcoffe , & fe font fait
" admirer de toute l'Europe.
L'Ordre de Saint André eſt
le plus ancien Ordre d'Efcoffe:

Voicy les noms de quelques
autres perſonnes con-
* fiderables de l'un & de l'au
GALANT 283
tre Sexe , mertes depuis ma
derniere Lettre.
Meffite Louis - François
Gourreau , Seigneur de la
Prousticre & du Boiſgillon ,.
Conſeiller de la Grand
Chambre, & ci devant Profident
aux Enqueſtes,
bé Cadeau eſt monté
l'Abda
Grand Chambre en ſfaapppllace.
-olqMadame, Marguerite de
Madame Marguerite
Harlay , Abbeffe de l'Ab.
baye de PortRoyal au Fauxbourg
Saint Jacques . Elle
eftoit foeur de l'Arche-
1
r
veſque de Paris Sa Majefté
a donné l'Abbaye de Port
Aa ij
284 MERCURE
Royal à Madame de Breval
ſa Niece , qui estoit Prieure
de Saint Aubin prés deGournay
en Normandie
Meffire Thierry Sevin, Sei .
gheur de Luiney , & autres
Heux? H'estoit Preſident en
la SecondeChambre desEn.
queſtes a
Mle Marquis Laurent
Cavallerini , mort d'Apoplexie.
C'eſtoit le Frere Aifné du
Nonce du Pape en France.
Meſſire François Moreau,
Licentié en Theologie, Chanoine
de l'Eglife de Paris , &
Abbé de Foreſtmonſtier. Il
::
GALANT. 285
Leſtoit Fils de feu M Moreau ,
premier Medecin de Madame
la Dauphine.
re
Dame Elizabeth Largen.
tier. Elle estoit Veuve de M
Gabriel de la Mothe -la-Mire ,
Chevalier , Seigneur de Angeft
, Avenecourt , &c. Lieutenant
de Roy de la Citadel-
3. le de Pignerol
algoMeffire Simon de Mont-
Heart , Marquis de Rumont ,
Fromont , Mailoncelle , & au.
tres lieux .
Meffire Philbert de Berthet
, Seigneur de la Selle &
de Gorze , Vicomte de Nagu ,
286 MERCURE
Germolle , & autres lieux.
C'eſtoit un Gentilhomme
d'une ancienne Maiſon originaire
du Beaujollois. Il y
avoit pluſieurs années qu'il
s'eſtoit retiré à maicon , dans
le voiſinage de laquelle Ville
ail poffedoit des terres confiderables
. La grande devotion
dans laquelle il vivoid ,
ne l'empeſchoit point de paroiſtre
agreablement dans le
monde. Il y avoit déja longtemps
qu'il eſtoit veuf de la
Soeur de les marquis d'Efprés&
delaRochetullon,dont
je vous ay quelquefois parlé
rs
GALANT. 287
r
dans mes Lettres. Iblavoit é
poulée avec difpenfe, à caufe
qu'elle étoit ſa cousine,eftant
petite Fille de Jacqueline
Charreton dela Terrier,eDame
de la Rochetullon & M
de la Salle - Gorze , dont je
- vous apprens la mort , avoit
eu pour mere heritiere de
la Salle , du nom de Charreton
, fortie de la branche Aifnée
de cette Maiſon. Il laiſſe
pluſieurs enfans de fon ma-
-riage. Outre ces alliances , la
Maison de Gorze Berthet oft
encore alliée à celles de Nagu-
Varenne, Foudras ,deLu
288 MERCURE
gny , de Rebbé , de Maule ,
-Saint Romain , & pluſieurs
autres. Elle porte d'azur àtrois
Gerbes d'or , 21.
-Dame Jeanne de Pas Feuquieres
, Soeur de feu Mle
Marquis de Feuquieres , mort
Ambaſſadeur du Roy en Ef.
pagne. Elle avoit eſté mariée
en premieres nopces à Meffire
Louis d'Aumale , Cadet de
cette Mailon-là , & en fecondes
nopces , elle avoit épousé
MeſſireJeandeMontmorency
, Seigneur de Villeroye
en Picardie , dont elle n'a
point eu d'enfans. Du premier
GALANT 289
mier mariage elle laiſſaDame
Judith d'Aumale Veuve du
fou Seigneur de Boilgibaut ,
dont elle n'a qu'un Fils , qui
eſt M' l'Abbe de Boilgibaut
d'Aumale, Brea 4
MeflireGuyde Bar , Lieutenant
General des Armées
du Roy , Gouverneur des
Ville&Citadelle d'Amiens ,
&Grand Bailly de Picardie.
Il eſtoit âgé de quatre- vingtonze
ans , & il en avoir paffé
plus de foixante & dix dans
llee SSeerrvviiccee.. SSaa Majesté a donné
le Gouvernement d'Amiens,&
laCharge deGrand
Janvier 1695. Bb
290 MEPICURE
Bailly de Picardic , à le
Marquis de Bar , fon Filsm
KLe 27 du mois paffé, Je
Roy nomma M³ l'Abbé de
Clermont de Rouffillon à
l'Eveſché de Laon , qui luy
donne le titre de Duc & Pair .
Clermont est le nom de plufleurs
Maiſons Illuftres , qui
font diviſées en diverſes bran
ches. Le meſme jour Sa ма-
jeſté donna un grand nomnombre
d'Abbayes : Sça
voir.
L'Abbaye de Preaux , Ordrede
SaintBenoitt ,Diocefe
de Lizieux , à m ' l'Abbé d'Ef-
এত
GALANT 291
trées. Tout jeune qu'il eſt ,
il marche fur les traces de M
leCardinald'Estrées ſon Oncle
& le choix que Sa Majeſté
a fait deluy, pour l'envoyer
Ambaſſadeur en Portugal
, marque fon elprit.or
L'Abbaye de Saint Valery
, Ordre de Saint Benoist ,
Dioceſe d'Amiens , à m' l'Abbéde
Fenelon. C'eſt un homme
d'une grande probité , &
fort eſtimé par ſa conduite.
L'honneur qu'il a d'eſtre
Precepteur des Enfans de
France, fait fon éloge. Je vous
parlay de luy en ce temps -là,
Bb ij
292 MERCURE
&lors qu'il fut reçû à l'Academie
Françoife.li
L'Abbaye de la Couſture ,
Ordrede SaintBenoift ,Dio
cele du Mans , à m'l'Abbé de
Chamilly. Il eſt Neveu de M
de Chamilly , Gouverneur de
Strasbourg , dont la valeur &
les grands fervices ſont cont
L'Abbaye de Conches !
Ordre de Saint Benoitt, Dioceſe
d'Evreux , à M l'Abbe
d'Auvergne Heft Pils deM
le Comte d'Auvergne , &
Chanome de Straſbourg , où
ſa ſageſſe& fa pierté ont édi.
da
GALANT 293
1
fié meſme les Lutheriens.
L'Abbaye de Saint Lo ,
Ordre de Saint Augustin ,
Dioceſe de Conſtance , àM
l'Abbéde Langle. Il eſt hom.
me de merite & d'érudition ,
&Precepteur de M'le Comte
de Toulouſe.
L'Abbaye d'Abſie, Ordre
de Saint Benoist , à Mel'Abbé
le Boultz. Il est Aumônier de
Sa Majeftd .
L'Abbaye de Corbigny,
Ordre de Saint Benoift , Diocele
d'Autun , à Me l'Abbé
Pucelle. Il eſt Fils de feu M
Pucelle , Premier Preſident
Bb iij
294 MERCURE
au Parlement de Grenoble ,
& Neveu de Male Mareſchal
de Catinat.Round- inic2
L'Abbaye de Gimont
Ordre de Cifteaux, Diocese
Auchia Mol'Abbé du
Bourg. I eft Frere de M'le
Comte du Bourg , Marefchal
de Camp en Catalogne, &
Commandant lesTroupes en
Languedoc, ſous Male Comte
de Broglio , Lieutenant
General arala
L'Abbaye deCherlicu , Ordre
de Cifteaux , Diocese de
Besançon , à M. l'Abbé de
Moncley, standal
GALANT 295
4
L'Abbaye de Saint Vincent
de Besançon , Ordre de
Saint Benoiſt , à Mil'Abbé
Peric.Ileft Confeiller au Parlementide
paris.0-sbomb :0
br'Abbaye de Saint Pierre
de Nantz, a M'l'Evefque de
Lodevesung
L'Abbaye de Quincy ,
Ordre de Ciſteaux , Dioceſe
de Langres , à MPAbbé
Coignet de Marmieſſe. Il a
efté Chapelain du Roy.
L'Abbaye de Brignon ,
Ordre de Saint Benoiſt ,
Diocese de Poitiers , à M
l'Abbé de Vaurouy. Il eſt
Bb iiij
i
296 MEROURE
Frere des deux Officiers aux
Gardes de ce nom ; qui ont
efté tuez dans le ſervicen
L'Abbaye de Bonnevaux
Ordre de Ciſteaux , Dioceſe
de Poitiers à M l'Abbéale
Pileur , choiſi par M'l'Arche.
veſque de Paris , pour/Superieur
des Dames Religieufes
de la Conception &des Fil-
Jes de la Mifericorde. Il eſt
Fils de Meflire Jean le Pileur,
Seigneur de Granbonne
Maistre des Requeſtes de la
feuë Reine Mere , & Correl
Cteur en la Chambre des
Comptes , & de Dame CaGALANT.
297
therine d'Haudeber du Buiffon
, Soeur de Medu Buiffon,
Intendantdes Finances. Il a eu
deux Freres Capitaines dans
( le Regiment de Picardie ,
dont l'un Meſſire Thomas le
Pileur, a épouse Dame Confrance
de Caron,Fille de François
de Caron , Chevalier de
L'Ordre de S. Michel&Dire-
EteurGeneral du Commerce
de la Compagnie des Indes.
Dame Catherine le Pileur fa
foeur, a épousé Meffire Charles
Paviot , Procureur Gene.
ral en la Chambre des Compres
de Normandie. Mef298
MPRCURE
fieurs le Pileur font d'une ancienne
Famille de paris
defcendent par divers degrez
de generation de Jean le
Pileur, Maiſtre des Requeſtes
de Louis , Duc d'Orleans ,
qui fut depuis le Roy Louis
XII. Ce Jean le pileur fonda
à paris, ruë deGrenelle quar
tier Saint Honoré , en 1497.
l'Hospital des Femmes Veuves
pour loger huit pauvres
Femmes , que ceux de cette
Famille ont droit de nom
mer lors qu'il y a des places
vacantes. Le Bulte de ce Fon
dateur fait en pierre& enro
GALANT 299
be , eſt élevé dans une Galerie
qui conduit aux Chambres
de cet Hoſpital , & au bas
du Buſte ſont ſes Armes au
chef deſquelles il y a trois
pelicans , qui ont donné lieu
à la Deviſe qu'on y voit écri
te , Mortuus vivo, fimilis Pelicano
, parce que comme le
Pelican tire de ſa propre
ſubſtance dequoy nourrir fes
petits , il donnoit une partie
de ſaMaiſon pour loger les
Pauvres. toib
L'Abbaye de Geneſton ,
Ordre de Saint Augustin ,
Dioceſe de Nantes, à M l'Ab
200 MERCURA
bé de Montmorency Foffeux.
I vous ay marqué l'origing
de cette Maiſon , en vous
parlant de la mort de Mile
Mareſchal Duc de Luxem,
bourg 130 130 burdd An
L'Abbaye de Belle Etoile,
Ordre de premonſtré ,Dio
ceſe de Bayeux , à m ' l'Abbé
de Verneuil. Ileft Chantre
de la Sainte Chapelle du
Vivier, ond
L'Abbaye de Saint Thiers
de Soou , Ordre de Saint Au
gustin ,Diocese deValence
ам l'Abbé de Saint André.
L'Abbaye de la Frenade ,
GALANT.
M
Ordre de Cifteaux ,Diocele
de Saintes , a м Гавье мо-
rear. Il eſt Fils de la Nourrice
de Monteigneur le Dauphinidda
>
L'Abbaye de Saramon ,
Ordre de Saint Benoilt ,
Diocese d'Auch , à Mrl'Abbé
d'Urfé. Il eſt Frere de Mule
Marquis d'Ulfeddag
L'Abbaye du Bouchet à
M l'Abbé de Boiſgibaut
d'Aumale. Je vous ay déja
parlé de cet Abbé , qui eft
Coufin iflu de germain de
Mellicurs de Rebenac Feuquieres.
Sa grand' mere eſtoit
+
:
302 MERCURE
Rebenac , & avoit épousé
Md'Aumalesuntem ab
L'Abbaye de la Clarté,
Ordre de Cifteaux , Diocese
de Tours , à M l'Abbé Hemard
de Paron. Il eſt parent
deM'de Chamlay , & eftoit
auparavant Chanoine de
L'Abbaye de Bellozane ,
Ordre de Premonttré , Diocefe
de Rouen , à M l'Abbé
d'Argenlieu.
L'Abbaye de Saint Vincent
de Noël , Ordre de
Saint Augustin , Diocese de
la Rochelle , à M l'Abbé de
GALANT: 303
r
JaVrilliere, Chanoine Regulier
du meime Ordre , de la
Congregation de Sainte Ge
nevieve. Il eſt Fils de M le
Marquis de Chaſteuuneuf ,
Secretaire d'Eftat. Dise
L'Abbaye des Religieuſes
duTrofor,Ordre de Cifteaux,
Dioceſe deRouen,à Madame
de Roncerollesovado A
C
La naiſſance , lavaleur , le
rang de Maréchal de France ,
les manieres nobles & engageantes
,& tout ce qui peut
diftinguer un homme du
rang de m' le maréchal Duc
de Villeroy , luy ont fait ob
304 MERCURE
tenir de Sa Majeſté, la Char
ge de Capitaine des Gardes
du Corps , que commandoit
feu m' de Luxembourg.
Le Roya auffi donnéàM
le Comte deNoailles, ſecond
Flis de M le maréchal Duc
de Noailles , la Lieutenance
generale de Guienne , avec
la ſurviuance pour M³ lема
rechal fon Pere. On ne peut
donner de plus belles efperances
qu'en donne ce jeune
Comte. On ne doit pas en
eltre furpris ; il eſt d'une Famille
où la prudence & la
valeur nattendent pas le
GALANT. 305
nombre des ans.
Vous voulez ſçavoir pour
quoy M' le Prince Senechal
de Ligne eſt icy , & je fatisfais
à ce que vous souhaitez
apprendre , en vous diſant
qu'il va Ambaſſadeur Extraordinaire
de Portugal àVien
ne. Il palle incognita,&ne vi
fitera aucun Souverain dans
latrone; il ne verra pas mê.
me lesElecteurs de l'Empire,
quidoantes prochesilarens.
betierere dem be Marquis
de Moüy , & fon Cadet. Je
vous parlay amplement de la
grandeur &de l'éclatdecerte
Janvier 1695. Cc
306 MERCURE
ма
Maiſon , quand je vousappris
la nomination de Mile man
quis d'Aronchez pour cette
Ambaſſade. C'eſtile nom
qu'il porte en Portugal Ce
jeune Prince eftine avec un
naturel tress heureux, Non
feulement il parle parfaite.
ment bien fix ou fept Langues
, mais il eſt homme de
belles Lettres , aimant les
Sciences , & les cultivant. Il
eſt habile pour les Negocia
tions , & il feroit difficile de
trouver enſemble dans un
homme de fon rang& de fon
âge, toutes les qualitez diftin
1000
GALANTY 307
guéesqu'on admire en luy. Il
apaffé quinze ans de la pret
miere jeuneſſeà Naples &in
Sicile , dont M² le Prince de
Ligne fon Peres estoit Viceroy.
Il a paffé enfuite en Portugal
pour un établiſſement
fort diftingué, & on le regar
de comme un homme fait
pour les grandes chofes
zai Madame la Princeſſe de
Rohana accouché d'une Fille
depuis peu de jours. Vous
ſçavez qu'elle eſt Fille de madame
la Ducheſſe de Vanta-
1
dour,& que m'le Prince deTurenne
qu'elle avoin épouséen
Ccij
308 MERCURE
premieres noces , Ceftant
mort ſans luy avoir laiffé
d'Enfans , elle s'eſt remariée
avec Mile Prince de Rohan,
Fils aîné de M'de Soubife. Ce
Prince eſtoit cy-devant Abbé,
mais fon Frere aîné eftant
mort dans le ſervice , il apris
de party de l'Epée pour foutenir
ſa Maiſon , de forte que
'Heritier de la maison de
Rohan , & l'Heritiere de la
Maiſon de Vantadour ſe ſont
Leżside ce mois , Mademoiſelle
Marie de Durasfort,
Fille de Mile Maréchal Duc
GALANT. 309
د
de Duras prit l'habit au
Convent des Dames Benedi-
Ctines de Conflans, dont Madame
d'Aumonteſt Abbeffe.
La ceremonie fut faite parM
d'Evêque de Troyes,&la Predication
parle Pere Gaillard ,
Jeſuite. Il s'y trouva un grand
nombre de Seigneurs & de
Dames de la Cour , & tour
s'y paſſa avec la magnificence
deue à une perſonne de ſa
malilance
Enfin la Declaration du
Roy pour l'établiſſement de
Ja Capitation a eſtepubliée,
Uyavoit longtemps que cet,
I
310 MERCURE
te publication eſtot ſouhai
tée,tant le zeledes Sujets du
Roy eft grands pour contri
buer àſa gloire& au bien de
l'Etat , en forte que les taxes
ont paru fortmodiques à plu
fieurs. Tout le Public a efte
charmé de la maniere dontle
Roy parle dans certeDeclaration
qui contient vingro
deuxClaſſes. Je ne vous en
dis rien de plus, parce qu'elle
doit eftre preſentements im.
priméedans voſtreProvince,
& qu'il n'y a point de Famille
qui n'ait la curiofité de l'as
voins pour estre inſtruite de
GALANT
ce qui esgardeskodd
bla mort de la Princeſſe
d'Orange a fait trop de bruit
pour eftre ignorée de pertonne,
mais peu de gens en
Içavent le détail La poitrine
decette Princefle sellane
rouvée un peu chargee &
embaraflée, fon Medecin luy
ordonna l'Emetique, avant
que de la faigner Ceremede
n'ayant pas fait l'effer qu'il
en attendoitelle fut fort
mah pendant toute la nuit
fuivante , & la fiévre eſtant
farvenue , ce medecin luy
Erouvale pouls fort engagé,
1
313 MERCURE
&comme la fievre ſtoiovios
lente, il commença a craindre
les ſuires de cette mala
dië , & ne put s'empêcher de
pâlir. Le Prince, d'Orange
s'en eſtant apperceu , le tira
à part , & luy demanda la
cauſe de l'emotion qu'il ve.
noit de faire paroiſtre. Le
Medecin luy répondit quil
trouvoit cette Princeſſe fort
mal , & fouhaita d'autres Me.
decins pour confultents Le
Prince d'Oranger.iconnut à
l'air & à la maniere dont le
Medecin luy parla que la
ſanté de la Princeffe fa Fem.
८८
me
GALANT. 313
me eſtoit deſeſperée, &tom
ba dans un évanouiflement
ſi grand, qu'il perdit la connoiffance
pendant une demi .
heure. A peine tur-il revenu
de cette létargie , qu'il envoya
chercher des Medecins,
& en fit venir juſques au
nombre de dix. On dreſſa
enſuite par ſon ordre unlit
de camp pour luy dans la
meſme chambre , d'où il refolut
de ne point fortir que
la Princeſſe ne fuſt morte,
ou hors de danger. Il n'y
avoit encore alors aucune
apparence de petite verole .
Janvier1695. Dd
314 MERCURE
Peut eſtre que fi ce prince
avoit ſceu que la princeſſe
fuſt menacée de ce mal , il
n'auroit pas pris la retolution
de ne la point abandon,
ner ; mais, aprés s'ettre dé
claré ſi baútement , il eſtoit
trop politique pour en chan
ger . D'ailleurs , il avoit de
fortes raiſons pour eſtre témoin
de tout ce qui fe pat
feroit , tant, à l'égard de la
maladie que des affaires de
la confcience de cette prinz
ceffe. Il nevouloit pasqu'on
filt parler perſonne autrement
qu'il ne ſouhaitoit.
GALANT 315
Il croyoit que fa prefence la
retiendroit , ou fi la force
de la verné Pemportoit dans
ces terribles momens . il pre
tendoit prendre de fi juſtes
meſures ,que les vrais lentimens&
les dernieres paroles
feroient ignordes. Pour cet
effer, il deftendit l'entrée de
fa chambre à tous les M1-
lords , & ne retint que des
perſonnes affidées , ſçavoir
deux Dames d'honneur, deux
Femmes de chambre,& deux
autres Femmes auſquelles
l'on donne le nom de Gara
des Les Milords murmu
D dij
316 MERCURE
rerent beaucoup de ce qu'on
leur deffendoit d'entrer dans
la chambre de cette prins,
ceſſe , ce qui felon l'uſage du
Pays leur eft permis , melme
quand les Reines d'Angle
terre Monta l'article deula
mort. Le Prince d'Orange
les ayant priez de ne point
pouffer leurs murmures plus
loin , ils luy demanderent
qu'un medecin fult chargé
de leur venir rendre compte
dedeux heures en deux heu
res de la maladie de la prin .
ceſſe , ce qui leur fut accordé.
La princeffe deDane
GALANT 317
mark , ſa Scoeur, ayant ſceu le
danger où elle estoit , vint
auflt toſt pour la voir ; mais
de Prince d'Orange luy fit
dire qu'elle n'estoit pas en
ſtat de recevoir la viſite , &
que ſi elle le ſouhaitroit , il
fortiroit luy maime pour la
recevoir. La Princefle de
Danemark ne le voulut point
voir , & sen retourna fort
mécontente. On remarqua
que la Cour de cette Princefferoffiffoit
à mesure que
da maladie de la princeffe
d'Orange augmentoit Les
Idix Medecins ayant fait leur
Dd iij
318 MERCURE
Confultation , conclurent à
une (aignée copieuſe, & elle
D'ent par efte plûcoſt fairco
que cette princefle commença
à deſeſporer elle,meſme
de la fanté La petite verole,
& le pourpre panurentzen
fure avec uneeſpecod'aratir
pele , quion appelle en Angleterre
lefeu Saint Antoine.
L'Archevelquen de Cantor
bery , qui est tout dévoué
au Prince d'Orange, doncil
tient cet Archeveſché, ayant
cu permillion d'entrer dans
Ja chambreron estoit la Din
ceffeindOrangenjip afin Aquil
GALANT 39
1 paruſt qu'on y avoit fait en
trer quelqu'un de ceux dont
son a le plus de betoin dans
les derniers momens de la
vie , luy demanda ſi elle ne
vouloit point le réconcilier
avec la princeffe fa focur . La
Princefle d'Orange luy répondit,
quedi ellelle réconci
lioit avec ceux avec qui elle
eſtoit mal , elle devoit commencer
par fet réconcilier
Javec fon pere C'estoit là
une belle occafion pour un
Paſteur zelé qui auroit voulu
faire fon devoir ; mais cet
Archeveſque nevoulant faire
Dd iiij
(320 MERCURE
que la courone répondid
rion àla Princefle mourante!!
& s'en retourna de crainser
de chagriner le prince d'o
range La princefle mourat
pou de temps aprés , la petiter
virole, ayant cu della peine
à fortir, Le princé d'Orange
retomba dans la melme forb
bleſſe où il eſtoit déja tombé
quelques jours aupara
avant, & ne fut pas moins de
temps à revenir de ce ſecond
révanoüiſſement. Il pleunah
enfuite beaucoup , ce qui le
foulagea; fes Medecins trou
verent neantmoins à propos
GALANTM
delle faigner par précaution .
Il envoya faire des Compli
menssà la princeffe deDa.
nemark, de qui fit connoî
tre qu'il commençoit à la
ménager. Le parlement ré
folur de luy faire des adref
fcs le jour mefme de la mort
-de la princeſſe a fa Femme ,
pour luy marquer ſa foûmif
fion,& le regret qu'il avoit
de fa mort. Rien ne doit
-mieux faire croire l'union
d'un Roy d'Angleterre & des
Sujets,& ne ladoit plus perfuader
aux autres Nations;
mais on ne compte pas là822
MERCURE
deſſus en Angleterre; lesAl
dreſſes les plus humbles n'y
coûtent rieng & plussettes
marquent de zele , plus on
doit louvent en cratodreales
fuites . Jamais Monarque
n'en a tanta receutique le
Royd'Angleterre que hous
voyons aujourd'huy en France.
Pendant que le prince
d'Orange armoit viſiblement
contre luy lenrecevoit
tous les jours elleste
toient remplies de proteſta.
tions, de fidelité. On les
peut voir en original dans
mes premiers, Volumes fur
GALANT 323
les2affaires du Temps
La princeſſe d'Orange eſtant
morte , fon corps fut auffitoſt
embaumé & porté à
Witheal où il fut mis fur un
dit de parade , en attendant
que tout fuft en estat pour
fes funerailles Les entrailles
de cette princefle furent en
terrées dans la Chapelle de
Henry VII. Elle nâquit le 30.
Avril 1662.Souvenez vousque
cette datte & les fuivantes
font felon le vieux ſtile . Elle
séponſa le Prince d'Orauge le
4 Nov. 1677. & elle est morte
ale 28 Dec.16845 âgée de 32 .
324 MERCURE
ans, le huitieme jour de fa
Amaladie . Le melme jour , de
grand & petie Sceau d'An.
gleterre où estoient gravez
les noms du Roy & de la
Reine, furent rompus , &le
Confeildonna ordre en mef
me temps d'en faire de nou
veaux , où il n'y auroit plus
que le nom du Prince do.
range. Il y eut aufli une pro.
clamation du Comte de Nar
folhe Marechal d'Angleter
re, qui portoitun ordre &un
Reglement pour prendre le
deuil, & deffen foit de met
tre fur les caroffes , caleches
SALANTM 1325
& chaites aucun cloud verbly
excepté leurs. Alteſſes
Royales , & le Duc de Clo .
establ ?? ??????G-7 ???????
Comme le prince d'Oran
ge a beaucoup de Creatures
dans le Parlement,& qu'il luy.
eſtoit important pour maintenir
les Alliez dans ſon party,
que leParlement paruſt dans
Les intereſts comme auparavant,
les Creatures firent lire
Lacte des quatre Schelings
par Teſte , à l'occaſion du
quely a deja quelque eſpece
de foulevement en quelques
endroits de la Campagne.
326 MERCURE
Rien n'est plus fort que cette
Taxes puis qu'elle obligeales
Anglois de payer le Cinquié
me de tous leurs Biens de
quelque nature qu'ils foient,
ce qui est exorbitant , joint
à une infinité d'autres Impoſts
qui font preſque éga
lement violens
A peine la nouvelle de la
mort de la princefle d'Orange
fut elle ticeve en Hollan
de , qu'il arriva un Courier
avec des lettres à l'Amiral
Allemonde , par leſquelles
le Prince d'Orange luy mandoit
de de trouveranceffam
S
GALANT 327
ment à Londres. On appric
en melime temps que le def
fem de ce prince , elt d'avoir
the Flote Hollandaise fur les
Gotesd'Angleterre, àlaquel
leil ne joindra que les Anglois
qu il croit abfolument
àluy , ce qui chagrinera ceux
en qui ce prince n'ole ſe
fier. On prétend que cette
Floreeft neceffaire , pour em.
pelcher pendant queleprincedOrange
paſſera en Flandres
Auppolé qu'il y puiffe
paffe, que quelque revolte
n'arrive , comme ceux qui ne
peuvent plus fupporter le
328 MERCURE
poids des ſubſides , qui joints
les, quijoints
à la ruine du Commerce ,
عم
Commerc
accablent l'Angleterre , patoiffent
s'y difpofer. D'ailleurs
, le Prince & la princefle
de Danemark peuvent
ſe reſſentir des mauvais traitemens
qu'ils ont cy-devant
receus. Ils le preparoient à
aller faire leur refidence à
Witheall,où ils doivent avoir
des Gardes , comme auparavant
, ce qui ſe pratique à
l'égard des heririers preſompufs
de la Couronne. Toutes
ces chofes , & beaucoup
d'autres qui donnent occa
GALANT. 329
fion aux reflexions politiques
, fontdouter ſi le Prince
d'Orange pourra paffer en
Flandre. Cependant les affaiares
de la guerre y paroiflent
deſeſperées s'il n'y paſſe
pas. Ces Troupes eſtiment
peu le Duc d'Holſtein Ploën,
&ne voudroient pas le tutvre
en un jour de Bataille.
L'Electeurde Baviere ne voudroit
pas combatre ſous luy ,
&le Prince d Orange nevoudroit
pas que cet Electeur
cuft une autorité abfoluë.
Ainſi le Prince d'Orange ne
peut prendre de party qui le
Janvier 1695.
۲
Ec
330 MERCURE
pufe accommoder, ſoit qu'il
paffel en Flandres, foit quul
n'y paffe paso, & ta plus
grande partie des Troupes
& de la Flonne qu'il auron
pû faive agirela Campagne
prochaine contre la France,
doiventeſtre employées à
veillera furales Mécontens
d'Angleterre , que les Creatures
du prince d'Orange
appelle ſes Ennemis Domeſtiques.
L'embarras de ce
Prince caute beaucoup d'inquietude
à la Hollande. On
y craint que s'il vient à fe
remarier , il ne veuille faire

GALANT. OZZI
un de fes enfans Stathouder,
jou qu'il n'en donne un des
à preſent, fi ceux de lon paraty
ne luy permettent pas de
paffor en Flandre , de forte
que les bons Republicains
alpirentad asurans plus à une
prompte paix , quals vovent
Jab France en meilleurd fitua-
-won que familleLiabondance
sya pris boplace dellachfetter,
otors les Françoisplę próparenracontribuer
avec tout
de zile imaginablersranio frais
de la gustid , coqui ne doit
pas moins faire primbler
Leuts Ennemis,queda valeur

Ecij
1332 MERCURE
:
de cette Nation.gn A'b zaos
On apprend par les lettres
de Hollande que les actions
baifferent aufli- toſt qu'on
put appris la mort della
Princeffe d'Oranges que
les Ministres des Alliez lafſemblez
à la Haye ,y parurent
fort conſternez , & dépefcherent
auflitoſt desCouriers
aux Princes leurs Maiftres
, que tout eft en mouuement
dans l' Amirautépour
l'équipement des Vaiffeaux
quie le Prince d'Orange de.
mande , croyant empeſcher
par cemoyenque lesMécon
GALANT . 1313
tensd'Angleterre n'éclatent ;
aquelles Estats font affensblez
& cherchent les moyens de
lever de nouveaux lubfides ,
fur ce que le Prince d'Orange
leur a écrit que la mort
desta Princefle la femme
pouvant luy cauter plus d'affaires
qu'auparavant , Fobligeroit
à plus de dépente. C'es
Peuples accablez de fubfides
s'en plaignent hautement ,
& fur tout ceux de la Cam.
*pagne , qui ne gagnant point
par le Commerce , fe trouvent
ruinez , ce qui fait que
Jeurs biens ne pouvant plus
384 MERCURE
fupporter les limpofitions
continuelles , & ne vogant
aucune apparence de Pain ,
le PrincedOrangeDayant
fait remarquer comme un
grand exploit dans la harangue
qu'il fit a l'ouverture du
Parlementd'Angleterreyqu'il
avoit empolche le progrez
de la France , & comme on
ne'peut avoir la Paix fans fai
re des Conqueſtes fur elle ,
ce qui eſtabfolumentimpol
fible alas Hollandois, qui ne
font point creatures du Princed'Orange
voyent bien que
Acurmalheurdureratoûjours,
GALANT1 335
& que le Prince d'Orange
ne peut dans la concmuation
de la guerre de maintenir fur
de Trône qu'il a ufurpen
10 Les dernieros nouvelles
d'Allemagne marquentherm
baras où le trouve Empe,
reur , ne pouvant trouver de
fonds pour la Campagne pro
chaine. Tous ceux qui avoient
eſté propotez dans le Cont
feild Efpagne pour le lecours
denda Camalogne n'ont pas
neutli, scoles Vaiſeaux de LAL
miral Ruffel fetrouvent en
tres mauvais eftat ples glaces
ayantempelcheque ceuxqui
M
336 MERCURE
devoient leur porter les chofesdont
ils ont le plus de be
foin, ne foient partis de Hollande.
f
Je vous ay parléde la mort
de M' le Preſident de Qaincy
. M² Gilbert , Conteiller de
la meſme Chambre & Gendre
de M Dongois , a elté
pourvû de fa Charge de Pre
fident.
Mile Marquis de Feuquieres
, Lieutenant General
des Armées du Roy , Gou-
Verneur de Verdun , diftingué
par la valeur la plus in.
trepide , Frere aîné de feu
M'le
GALANT. 1 337
M'le Marquis de Feuquieres ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & d'une Soeur
de feu M'le Maréchal Duc
de Grammont , & Ambaffa
deurde Sa Majefté en Suede,
& en Eſpagne , a épousé Mademoiselle
d'Hocquincourt
riche Heritiere, n'ayant qu'un
Frere Abbé. Je vous ay fi
ſouvent & fi amplement parlé
de ces deux Maiſons que
je ne vous en diray pas davantage
aujourd'huy,
Je viens d'apprendre la
mort du Pere CoupletJeſuite,
zelé Miſſionnaire , & fameux
Janvier 1695. Ff
58 MERCURE
Par ſes voyages.
La Cour a pris le deüil
pour la mort de Rainuce
Farnele Il. du nom , arrivée
aprés une longue maladie.
Il eſtoit né le 17. Septembre
1630. & fon Fils aîné ,
mort depuis quelques années
fans enfans , avoit épousé
une Fille du feu Duc de Neubourg.
Il laiſſe deux autres
Fils, François &Antoine Farneſe,
dont l'Aîné luy a fuccedé.
La Maiſon de Farnefe ,
que quelques-uns pretendenttelite
originaire d'allemagne,
& que d'autres font
GALANT. 339
:
venir de la Toſcane , où le
Chaſteau de Farneto prés
d'Orviette luy donna lenom
qui a eſté changé depuis en
celuy de Farneſe, doit ſa principale
grandeur à Alexandre
Farnefe , Fils de Pierre- Loüis
Farneſe & de JeanneGaetan,
qu'ayant eſté fait pape ſous
le nom de Paul 111. le 13.
Octobre 1534. fit Pierre Loüis
Farnefe fon Fils , qu'il avoit
cu avant fon pontificar , Duc
de Castro , & enſuite de Parme&
de Plaiſance. Celui-cy
épouſa Jeronime des Urſins ,
&il en eut Octavio Farnese,
Ff ij
340 MERCURE
qui demeura paiſible poffef
feur de parme & de plaiſance
par fon mariage avec Marguerite
d'Auſtriche,Fille naturelle
de l'Empereur Charles-
Quint. Ce fut de ce ma
riage que fortit Alexandre
Farnese , Duc de parme,l'un
des plus grands Capitaines
de ſon temps , qui fut Gou.
verneur des Pays bas fous Philippe
II.Roy d'Eſpagne,& qui
fit lever les Sieges de paris &
de Rouen. Rainuce Farnefe
1. du nom fon Fils , époufa
MargueriteAldobrandin,niearguerite
ce du pape Clement VIL
6
GALANT 2341
&Tibien eut Odoart Farnefe
Duc de rarme , qui de Marguerite
de Medicis , laiſſa
Rainuce II. dent je vous
apprens la morts Ce prince
eftoit d'un merite reconnu,
& fort eſtimé dans toμές TτηIς-
201x29mive gar
-Le longdel'Enigraedo mais raté
chon Almanach se ceux quront
trouvé ce motiom Mis leComte de
Quermeno, l'Abbé;la Tronche de
Rover Defalles, ancienAvoetan
Prefidial de Limoges; le ſubrit Lourot,
l'Epictete François;le Chevalier
Pacifique ; le Solitaire de la ruë Vivien
; le beau Chirurgien de Blois
le malheureux retenu chez luy , t
Ff iij
342 MERCURE
petit Cocq reveille matin ; le Tabellion
de Brie; le gros Contrôleur ;
l'Objet des trois Rivales. Mademoiſelle
Taillefort ; la belle Tontine&
fa charmante Soeur ; la Belle
àl'Anagramme , Merite & Loyauté
la Nymphe Cornillau. S
On avertit qu'on a retranché
quantitéde noms,parce qu'il y en avoitde
trop ridicules, &d'autres qui
ſemblent avoir eſté faits exprés pour
choquerles Particuliers qui les entendent.
Il ſera inutile à l'avenir
d'en envoyer de cette nature.
L'Enigme nouvelle que je vous
Gpvoye , merite l'application de vos
Ami todum al
GALANT 343
Ta
Bleus
Made
Ton
Belle
yau- h
mché
ena
squ
pout
len
Y GHE BA
plus nomefaire
kelletrop
283
enit
LOUS
e que je
fon , telntente.
5.317AU.
defole la
nos char.
feaux,
342 MODUR
petit Co
bellion d
l'Objet
moiſelle
tine&
ad'Anag
On
quantité
voitdet
ſemblen
choquer
tendent
den ens
L'En
GAMOYO
Aoci so
oiloved
-IV ant
giola
GALANT 343
-
ENIGME
OOnneéccllaat
??RRRRRR?????????????????
ébloüit le plus no- M° le plus
Fits ble derfems
Ilfaut me preffer pour mefaire ,
Si celuy qui me fait me prefletrop
longtemps ,
Je redeviens ma propreMaren
243
4
La Chanſon nouvelle que je
vousenvoye eſtant de faifon ,telporeque
vous en ferez contente.
AIR NOUVEAU.
Que IHiver à ſon gré déſole la
nature >
Qu'il arrefte le cours de nos char.
mans ruiffeaux,
Qu'ilfaffetaire les oyfeaux ,
344 MERCURE
Et mourir dans nos bois les fleurs
la verdure!
Quepar denoirs frimats nos champs
- Joient obfcurces .
Cen'estpas ce qui fait ma peine
,
Zasvigarers de mon inhumaine
او
Me donnent bien d'autres foucis.
Je fuis,Madame,voſtre , & c .
AParis ce31. Ianvier 1695.
70437UOK ZA
af siujib deg
e
PAG
.. M *
xunto al arins sllatdie
A
5522555 5252555222
TABLE.
Relude.
Suite de la Relation des Revolutions
arrivées à Siam.
و
Idille. 87 1
Question. 109 :
Députation de la maison de Sorbonne
à Mrl' Evesque & Comte
de Noyon. 122
Lestre touchant le Diffionnaire de
75IAcademie Françoise. 125
L'Amant raisonnable. 143
Hiftoire. 166
Septième & Huitième Partie des
Explication de plusieurs Phenome-
Forces de l'Europe .
nes particuliers.
189
192
TABLE
Le Počie puny , de Mr de San .
20 toul:
Ce qui s'est passé à l'ouverture du
Denat de Nice. Midos 327
Abregé de l'Histoire de France.
Traine de la Saiyasitabi
Zulima , Nouvelle Historique.
Journal par Etampes de toutes les
Conquestes du Roy . 131
Diſcours prononcé dans la Communauté
de la Charité generalede
1
Lyon. 3734
Moris
L
182.53
Benefices donnezpar le Roy. 290
Charge de Capitaine des Gerdes
du corps donnée à Mrle Mareſchal
Duc de Villeroy . 303
Lieutenance Generale de Gu; enne,
donnée à Mi le Comte de
TABLE.
Noailles.
304
Arrivée à Paris de Mr le Prince
Seneschal de Ligne. 3305
Couches de Madame la Princefle
de Rohan. 308
Priſed HabitdeMademoisellede
Durastore 308
Déclaration du Roy pour la Capi-
Artation 1309
Détailde tout ce qui s'eſt paſſeàla
mors de la Princesse d'Orange,
311
Mr Gilbert est pourvû de la Charge
de Presidentà lasecondedes Enqueftes
. 336
Mariage de Mrle Marquis de
GR. Feuquieres.
Mort du Pere Couplet.
33.7
ibid.
MorideMr le Duc de Parme. 338
Enigmes. 433
85
Avispour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la page
185.
L'Air doit regarder la page 343
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le