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Eur.
511
m
1694,1
Eur. 511.m
1694,1
Mercure
< 36624511650019
< 36624511650019
Bayer. Staatsbibliothek }}
MERCIJRE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1694.
A PARIS,
GRAND'SALLE DU FA1 A1S.
Ο
Ndonnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente ſols relié en Veau
&Vingt-cinq ſols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE , au Palais ,dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , Grand' Salle du
Palais, au Mercure Galant.
M. DC. XCIV.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Munchen
"
Q☑
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jusqu'à present de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoyepour
ce Mercure , on ne laiſſe pas d'y manquer
toûjours . Cela est cauſe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on nese peutfervir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms , enforte qu'on
ne s'y puiſſe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires ,
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
deſobligent personne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On. priefeulement
ceux qui les envoyent ,&fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'est fort
peu de chose pour chaque particulier,
&le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentementle
Mercure , a rétably les
shofes de maniere qu'il est toûjours
imprimé au commencementde chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui sefont à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que fon commence à vendre icy le
- Mercure. Comme ces paquets feront
pluſieurs jours en chemin , Paris ne
laiſferapas d'avoirle Mercure longsemps
avant qu'ilsoit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées , mais aussi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faisoient auparavant. Ceux
Squise lefont envoyerpar leurs Amis
ans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toûjoursfort tard
pardeux raiſons. La premiere ,parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toſt qu'il est imprimé
, outre qu'il leſera toujours quelques
jours avant qu'on en fafſſe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preſtent .
ilsrejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fors
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sicur
Brunet, puis qu'ilse chargedefaire
lespaquets luy-mesme &de les faire
A iij
AVIS.
porter à la Poste ou aux Meſſagers
fans nulinterest , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreſſe. Ilfera la mesme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera ,foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires ,fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il se rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mesme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
content.
1
MERCVRE
GALANT
JANVIER 169 4.
E ne puis, Madame ,
commencer à vous
écrire dans cette nouvelle
année , ſans vous parler
decelle qui vient de finir . Jamais
depuis que le Ciel a donné
des Souverains à la terre..
A iij
8 MERCURE
on n'en vit une fi heureuſe
pour aucun Monarque , que
celle-là l'a eſté pour l'Auguſte
Roydont nous admirons tous
les jours le Regne , qui n'eſt
qu'un enchainement continuel
de profperitez . La mer
&la terre , l'Allemagne & l'Italie
, la Flandre & la Catalogne
l'ontvû triompher ; & la
nature ayant manqué de produire
dans la meſme année
tout ce qui estoit neceſſaire
pour la ſubſiſtance de ſes
Peuples, ce Prince, aprés avoir
par ſes liberalitez foulagé
ceux qui avoient le plus de
GALANT
beſoin de ſecours, a pris des
foins accompagnez de tant
de prudence , & d'une vigilance
ſi exacte, qu'ileſt enfin
venu à bout de remettre l'abondance
dans ſes Erats. Sa
moderation nous promet encore
plus pour le repos de
l'Europe,dans l'année où nous
entrons. Ce n'eſt point àmoy
à penetrer plus avant ,& il ne
m'eſt pas mesme permis de
rien dire davantage, mais peuteſtre
qu'avant que d'eſtre obligé
de fermer ma Lettre , les
évenemens me donnerontlicu
de m'expliquer d'une autre
10 MERCURE
maniere. Le détail que je vous
envoyay le mois dernier , de
ce qui s'eſt paflé devant Saint
Malo , s'eſtant trouvé auſſi
long que curieux, je fus contraint
de remettre à vous parler
des Ouvrages qui ont eſté
faits fur le bombardement de
cette Place.Je vous les promis,
& je vous tiens aujourd'huy
parole. L'Epiſtre que vous allez
lire eſt de M² Robbe ,
connu par des Pieces de Thear
trc , & d'autres Ouvrages qui
ont paru avcc
fuccés. 2
beaucoup de
1
GALANT. 11
Sssszzssz 522 22525
A MESSIEURS
de S. Malo .
Rgonautes fameux , de qui la
Eftpar tont l'Univers avec gloire
Semée ;
Vous qui faites trembles deux fieres
Nations,
Dont l'infolent orgueil depuis longtemps
aspire ,
A tenir fous leurs Loix les humides
fillons ,
Pour exercerfur eux leur tiranuique
empires .
Rendezgrace au Tres-Haut duceleste
Secours... :
12 MERCURE
Qui détourna l'effort de l'infernal
Ouvrage ,
Dont un traiſtre conduit parson brutal
Esperoit renverser vos redoutables
courage
tours.
Un boulet meurtrier party de vos
murailles ,
Apuny le forfait de son barbare
Autheur,
Et la Machine mesme afait au Com
ducteur
Rencontrer dans la Merfes propres
funerailles.
Un Rocher favorable a brisé le
Vaiſſeau ,
Qui conduiſoit vers vous cet appareil
funeste,
Lesbombes , les boulets, la poudre,
& tout le reste A
Tirerentfans effet, ou cou erentfour
l'Eau.
GALANT. 13
Ne connoissez-vous pas à ces fenfibles
marques ,
Lamain du Tout-Puiſſant quiprotege
vos murs ,
Lesfidelles Sujets du plusGrand des
Monarques
Trouvent toûjours pour eux ces fecoursprompts&
furs.
Pour l'intereſt du Ciel ce GrandRoy
plein de zele,
Braveseul les efforts de trente Potentats
,
Et d'un Roy detrôné ſouſtenant la
querelle,
Rend pourſes interests les plus juſtes
combats.
Les Conquestes qu'ilfait nesontpoint
Sansmiracles:
Lavaleur des François paſſe l'esprit
humain ,
Ils triomphent par tout , malgré tous
les obstacles ,
14 MERCURE
Par le visible appuy d'une invisible
main. 1
Sans doute que l'ardeur de vos coeurs
intrepides
Vous porte à vous vanger de ces peuples
perfides,
Pour avoir découvert deux chetive.s
maisons ,
Enfoncé leurs planchers , & caffe
quelques vitress
Ces maux , quoy quelegers vontvous.
Servir de titres ,
Pourvous dédommager fur leurs riches
toiſons.
Mais , croyez-moy , quittez le foin
de vosvangeances.
De vos nobles projets vous devez
4
:
Naffau , bienmieux que voussçaura
le rayer.
fairepayer
Letort qu'on vous a fait parson intelligence.
L
G
A
GALANT
Aucun de vos Bourgeois n'estny bleßé
ny mort ,
Vingt millefrancs au plus repareront
le tort. (ce
Au centuple dija vous avezpar avan-
Fait couter auxAnglois cette foible
dépense
Parle riche hutin des Vaiſſeanx pris
fur eux.
Guillaumefans argent,& tout com
vert de blame ,
N'avoit pour tout espoir que cette
noire trame,
Pour vuider les tresors de tous ces
malheureux.
Quoy qu'il ait échoüédansfafolle
entreprise,
Ilsçaura profiterde leur credulité.
Lefeul bruit , quoy que faux , de cet
exploit vanté
Les fera dépoüillerjuſques à la che
mise.
16 MERCURE
De cent fois le centuple ilfera rewi
boursé ;
LesMilords, les Marchands . lesDames
,les Bourgeoises,
Payerontfur cepied chaque plancher
percé,
Chaque panneau devitre, &chaque
cent d'ardoifis.
Avec vostre valeur , je doute que jamais
Vous puissiez vous vanger ainsi de
laTamise;
deſormais ,
Qu'ils bombardent nos Ports à ce prix
Ilsnesçauroient plus cher payer la
marchandise.
١٠
Voicy deux Sonnets dont
IcsAuteurs me font inconnus.
GALANT. 17
SUR
LE BOMBARDEMENT
deSaint Malo.
I Es crimes réunis par les noeuds
d'une Ligue ,
Quifait tousses efforts poursoutenir
Nassan ,
Noussont representezpar l'infernal
Vaisseau,
Qui faitledesespoir d'une nouvelle
intrigue.
&
Rougiſſez, Alliez, de la haine pro-
1
digue,
Qui vous fait tout tenterfurla terre
&fur l'eau :
Janvier 1694. B
18 MERCURE
Est-ce ainsi qu'un Tiran veut estre
nostrefleau ,
Lors qu'en devains projetsfa fureur
fatigue?SISMOI
S
Son Brulot tout fumant ,ſur le point
dapprocher ,
Au Port de Saint Malo rencontre le
L'Ingenieur perit, Dieu confond l'enrocher's
treprise.
S
Telfera vostre fort , fameux Vfurpateur.
LOVIS est le rocher & l'écueil de
L'erreur ,
C'est à luy d'écraser l'Ennemi de
l'Eglife.
GALANT. 19
Sur les differens Bombardemens
de Genes, d'Alger,
& de S. Malo.
D
E Genes &
irrité
d'Alger un Heros
Détruifit les Palais , lesfit reduire en
cendre.
resté,
De leurs superbes murs queferoit-il
Si LOVIS en couroux n'cuft voulů
rien entendre ?
S
L
Lors que de ſes ſuccés il devoit tout
attendre ,
Que la mer& les vents estoient de
Son costé,
Queses trop justes coups luyfaisoient
tout prétendre ,
Bij
20 MERCURE
Parsa propre clemence ilſe vit ar
resté
S
Pour perdre Saint Malo tu tefersde
fes armes,
Guillanme , & croispar là nous donner
des alarmes ,
Mais en vain par tes feux tu fais
trembler la mer.
S
Personne ne te eraint , quoy qu'ar
mé de la foudre ;
La question n'est pas difficile à resoudre,
Ilfaut pour s'enservirle bras deFu
piter...
17
Le Madrigal qui fuit ces
Sonnets, eſt de M' Diereville.
1
GALTANM 21
AU PRINCE D'ORANGE
ſur la Machine de S.Malo
Naffauston horribleMachine
Afes feuls Conducteurs a donné le
trépas ,
Lors que tes foudroyans éclats
Devoient de Saint Malo nous caufer
la ruine.
Les Vaiſeaux deLOVIS n'empéchoient
:
point l'effet ...
Defon detestable projet 4
Tu l'entrepris à la fourdine ,
Et cependant tu n'as rieufait.
De ton eſprit offe le voile ,
Etreconnois enfin le pouvoirde mon
Roy
}
4
22 MERCURE
Tuvois que ceHeros pour triompher
de toy
N'a besoin que de fon Etoile.
Comme la Machine que
les Anglois avoient préparéc,
& qui leur a fi mal réuffi , a
donné licu de parlerde celle
d'Anvers , qui a tant fait de
bruit autrefois , & que vous
ſouhaitez ſçavoir ce que ceux
qui ont écrit l'Hiſtoire des
Guerres de Flandre en ont
dit , je vais fatisfaire voſtre
curioſité fut cetarticlesCo
Toute la Flandre eſtoit en
mouvement par la guerre
A
GALANT 23
qu'avoit excitée le Parry des
Confederez , qui vouloicut
détruire la Religion Catholique.
Anvers s'eſtoit declaré
pour eux , & Alexandre de
Parme , Gouverneur des Pays-
Bas pour le Roy d'Eſpagne
Philippe II. reſolut d'en for.
mer le Siege. Pour cela il falloit
fermer la Riviere de l'Ef
caut, afin d'empêcher les Ennemis
derecevoir du ſecours.
Le Pontqu'il entrepritde conftruire
furce Fleuve ,eſtoit un
ouvrage que l'on ne pouvoit
executer qu'en furmontant
des difficultez extraordinaires .
24 MERCURE
Auſſi fut- il regardé de tout le
monde avec admiration. Il eſt
àpropos de vous en donner
l'idée , pour vous faire micux
comprendre les effets de la
Machine qui fut employée
pour le renverſer. Voicy ce
qu'en dit Strada. Aprés que
l'on cut bâti deuxForts depart
&d'autre à l'entrée du Pont
que l'on meditoitde faire,l'un
du coſté de la Flandre appellé
de Sainte Maric , &l'autre
du cofté du Brabant, nommé
le Fort Philippe, on plantad'abord
dans le Fleuve trois
picces de bois du coſté du
Fort
GALANT. 25
Fort de Saiute Marie , éga
lement éloignées du bord.
Enſuite il y en avoit autant ,
éloignées des premieres de
onze pieds , & l'une de l'autre
de cinq pieds. Aprés , il y
avoit trois autres pieces de
bois , éloignées du ſecond
rang de treize pieds , & enfuite
trois autres diſtantes de
onze pieds ; & ainſi il y en
avoit d'autres,& encore d'autres
. les unes éloignées de onze
pieds , les autres de treize ,
qui s'avançoient dans la largeur
de la Riviete, auſſi avant
Janvier 1694 . C
26 MERCURE
que le permettoient la rapidité&
la profondeur de l'cau .
Cette eſpece decloſture estoit
terminée par douze grandes
poutres plantées dans l'eau,
chacune de foixante & dix
pieds dehaut , diſpoſées prefque
en quarré , pour ſervir à
faire un Fort. D'autres pieces
de bois eſtoient couchées enn
long fur celles-là , & on mir
des ais en travers bien liez lese
uns avec les autres , qui fai
foient le chemin pour paffer
par deſſus le Pont. Entre cha
querangde ces pieces debois,
diſtant l'un de l'autre , ou
GALANTAM27
d'onze, ou de treize pieds ,
ily avoit en dehors d'autres...
poutres plantées dans l'cau, &
&éloignées de cinq pieds des
autres, qui avec deux pieces de
bois, comme avec deux puiffans
bras qui ſe fuſſent éten
dus de part & d'autre , appuyoient
celles dont je viens
devous parler , & lioient tou
te cette Machine. Le meſme
•ordre fut obſervé de part &
d'autre . On mit encore de
chaque coſté , mais plus en
dehors , un autre rang de poutres
àvingt pieds dediſtance,
- vizà vis decelles qui eſtoient
Cij
28 MERCURE
par rang éloignées d'onze &
de treize pieds. Du bas de ces
poutres vers la ſuperficie de
I'cau , il s'élevoit de grandes
pieces de bois qui paffoient en
biaiſant par deſſous le Pont le
long des pieux, qui ca eſtoient
comme les piliers , & fe croifoient
en ſe rencontrant à la
poutre du milieu , de forte
qu'elles les lioient enſemble,&
fortifioient puiſſamment tout
l'édifice. Les choſes ayant elté
diſpoſées ainſi , on étendit de
fortes planches ſur les poutres
qui traverſoient d'un pilier à
l'aurre , & par ce moyen on
GALANT. 29
fit un chemin pour paſſer par
deffus le Pont. Des ais à l'épreuve
du Mouſquet , qui faiſoient
comme un parapet de
cinq pieds de haut, furent mis
de part & d'autre pour ſervir
de garde- foux. On fit de la
metine forte le Fort qui fut
deſtiné pour ſervir de place
d'armes à l'extremité de cet
Ouvrage.Le chemin qui eſtoit
fur le Pont eſtoit large de dou
ze pieds ; huit hommes pouvoient
aifément y paſſer de
front, & le Fort, ou Corps de
garde, qui avoit quarante pieds
de large,& cinquante-deux de
Cij
30 MERCURE
-
fice
long , contenoit prés de cinquante
hommes. Le meſme
travail fut fait de l'autre coſté
vers le Fort Philippe ,
n'eſt qu'à cauſe que l'eau
eſtoit moins profonde , on
mena bien plus avant l'édifice
des pilotis . Il avoit de ce
coſté-là neuf cens pieds de
long , & n'en avoit que deux
cens de l'autre. Cette eſpece
de barriere fut appellée l'Eſtacade
par les Soldats ; mais le
milicu , c'eſt à dire , la plus
grande partie du Fleuve demeuroit
encore ouverte , &
l'eſpace qu'il y avoit entre
GALANT.
l'une & l'autre extremité de
l'Estacade , eſtoit de plus de
douze cens cinquante pieds.
Ainfi comme le Fleuve eſtoit
fi rapide & fi profond encet
endroit là, qu'on n'y pouvoit
nybattre nyplanter des picux,
cet eſpace fut fermé par trente-
deux Vaiſſecaux mis à coſté
les uns des autres . Chacun
avoit foixante & fix pieds de
long , & douze de large , &
ils eſtoient éloignez l'un de
l'autre de vingt pieds , & attachez
enſemble avec quatre
gros cables , & avec des chaines
qui prenoient les flancs ,
C iiij
32 MERCURE
de la pouppe & de la proue.
Outre cela , chaque Vaiſſeau
avoit une ancre à chaque bout,
& cette ancre eſtoit diſpoſéc
de telle forte, que par l'adreſſe
des Matelots les cordes s'en
lâchoient à mesure que l'eau
croiffoit , & le Pont ſe ſoulevoit
ſans que les Vaiſſeaux en
reccuſſent aucun dommage.
Il y avoit dans l'eſpace qui
eſtoit entre les Vaificaux , de
fortes pieces de bois qui alloient
de l'un à l'autre , avec
des planches de travers au
deſſus , en forte que par ce
moyen on pafſoit de tillacen
CALANT 33
tillac de chaque Vaiſſeau.Ainfile
chemin qui estoit entre
Josadeuxi Forts avoit rrcize
cens pieds de longueur. Il y
avoit à ce Pont des Garde
foux comme aux deux autres,
dontil faisoit le milicu . On fit
un nouveau travail pour ſa
défenſe. Il conſiſtoit en trend
te trois Barques , que l'on mit
devant le Pont à coſté les unes
des autres , environ à la portée
d'un trait dans la largeur de
la Riviere. Elles eſtoient attachées
trois à trois avec des
pieces debois & des maſtsde
Vaiſſeaux , qui paffoient par
34 MERCURE
deſſus en travers , mais elles
eſtoient un peu éloignées les
unes des autres .Ainfi il y avoit
onze rangs de ces Barques , &
le meſme eſpace entre chaque
rang. Il fortoit de chaque rang
de ces Barques quatorze longues
pieces de bois , ferrées en
pointe par le bout , qui empêchoient
les Ennemis d'approcher.
Ces Barques eſtoient
pleines de furailles vuides , &
arreſtées avec des ancres de
part & d'autre , de peur que la
rapidité du Fleuve , ou que le
flux de la mer ne les emportaſt
; & comme les cordes en
* eſtoieGntALANT. 35
Le baif lâches , elles ſe baif-
* foient ou ſe hauſſoienr avec lo
Fleuve , ce qui les fit appeller
les Flottes.Ces Machines ,dont
il y en avoit une du coſté
d'Anvers , & une autre du
coſté de la mer , avoient chas
cune douze cens cinquantedeux
pieds de long , & couvroient
tout le Pontde Vaifſeaux
, & quelque partie des
Forts qui estoient au bout de
chaque Eſtacade. Enfin le
Prince de Parme acheva ce
merveilleux ouvrage le 24.
Fevrier 1585. dans le ſeptiéme
mois du Siege d'Anvers , &
7
34 MERCURE
deſſus en travers , mais elles
eſtoient un peu éloignées les
unes des autres . Ainfi il y avoit
onze rangs de ces Barques , &
le meſme eſpace entre chaque
rang. Il fortoit de chaque rang
de ces Barques quatorze longues
pieces de bois , ferrées en
pointe par le bout, qui empêchoient
les Ennemis d'approcher.
Ces Barques eſtoient
pleines de futailles vuides , &
arreſtées avec des ancres de
part & d'autre , de peur que la
rapidité du Fleuve , ou que le
flux de la mer ne les emportast
; & comme les cordes en
** eſtoieGntALANT. baifbaif
35
lâches , elles ſe
:
foient ou ſe hauſſoienr avec lo
Fleuve , ce qui les fit appeller
les Flottes .Ces Machines ,dont
il y en avoit une du coſté
d'Anvers , & une autre du
coſté de la mer , avoient chas
cune douze cens cinquantedeux
pieds de long , & couvroient
tout le Pont de Vaifſeaux
, & quelque partie des
Forts qui estoient au bout de
chaque Eſtacade. Enfin le
Prince de Parme acheva ce
merveilleux ouvrage le 24.
Fevrier 1585. dans le ſeptiéme
mois du Siege d'Anvers , &
36 MERCURE
par lemoyen de ce Pont , qui
avoit de longueur deux mille
quatre cens pieds, & qui eſtoir
fi fort & fi ferme , qu'on faifoit
paſſer par deſſus tout ce
qui venoit de la Flandre & du
Brabane dans les Camps de
part & d'autre,les Troupes de
gens depied & de cheval , les
chariots& leCanon , il ferma
la Riviere aux Ennemis , &
oſta à ceux d'Anvers toute
efperance de commerce du
coſté de la mer. Ce fut contre
ce Pont d'une conftruction
fi rare & fi furprenante ,
que les Affiegez prépare-
"
GALANT. 37
rent la Machine dont vous
voulez ſçavoir les effers. Elle
eſtoit de l'invention de Federic
Jembelli , excellent Ingenicur
pour les choſes de la
guere, qui eftant paſſe d'Italie
en Eſpagne pour offrir ſes ſervices
auRoyPhilippe II. piqué
de quelque mépris quel'on fir
de luy en cette Cour- là, alla à
Anvers,où il fut ravi de trouver
l'occaſion de faire paroiſtre ſa
vangeance enfaveur desConfederez.
Il fit conſtruire quatre
Bateaux , dont les fonds
eftoient plats &les coſtez afſez
hauts mais plus fermes
4
38 MERCURE
qu'ils ne le font ordinairement.
Enfuite il fit faire des
Mines dans l'eau meſme, ſi l'on
peut parler ainſi , & je vais
vous dire de quelle maniereil
y travailla. Premierement il
fit faire au fond du Vaiſſeau
un mur de chaux & de brique,
comme pour ſervir de plancher&
de fondement. Ce mur
avoit un pied d'épaiffeur , &
eſtoit large de cinq pieds , &
de la meſme longueur que le
Bateau. Aprés cela il fitbastır
tout alentour des murailles ,
felon la grandeur de la baſe ,
& ayant fait couvrir cette cf
GALANT. 93
pèce de Baſtiment, il laiſſa par
deſſous comme une Mine
haute & large de trois pieds ,
&il la remplitd'une quantité
de la plus fine poudre à Canon,
qu'il avoit faite luy-mesme,&
dont il n'avoit appris
la compoſition à perfonne.
Cette Mine eſtoit couverte de
grandes tombes ,de meules de
moulin , & de pierres d'une
grandeur exceflive. Il éleva
auffi un toit par deſſus avec
degroffes pierres & des meules,
dont il fitcommeun com.
ble qui faifoit un angle aigu
par le faiſte ,& ſe laifſſoitaller
"
40 MERCURE
en pente de part & d'autre ,
afin que cette, Machine produiſiſt
non ſeulement ſon effet
en ligne droite , mais qu'-
ellele fitt éclater en traversde13
part & d'autre par le moyen
des boulets de fer &de marbre,
des chaines , des crochets,
des clouds , des coureaux , &
toutes les autres choſes nuifi
bles qu'il avoit imaginées , &
miſes au deſſous du comble de
certe Machine. Il fit remplir
l'eſpace qui eſtoit entre les
bords de ces Bateaux , le mur
&le toit de cette mine ,de
pierres diſpoſées en quarré, &
GALANT 41
des poutres attachées avec du
fer furent miſes par deſſus.
Enfin aprés avoir couvert toutes
ces choſes avec de grosais,
&d'un plancher de brique , il
fit allumer un bucher au milicu
, pour faire croire qu'on
envoyoit ces Bateaux afin de
bruler le Pont ; mais il y avoit
par deſſous une matiere de
poix & de fouphre , qui ne devoit
finir que lors que le feu
auroit pris à la Mine , l'Inventeur
de cet ouvrage ayant pratiqué
deux divers moyensd'y
mettre le feu. Il y avoir quelques
Bateaux où il avoit mis
Janvier 1694. D
42 MERCURE
un fil amorcé ,qui paſſoit par
le fond juſque dans la Mine,
& comme il avoit éprouvé
combien il ſe bruleroit de ce
fil pendant que ces Bateaux
iroient juſqu'au Pont , cette
méche eſtoit auſſi longue
qu'il pouvoir en eſtre brulé
dans tout ce temps-là. Il ſe
ſervit en d'autres de certe efpece
d'horloges qui allument
de nuit la chandelle , & fervent
de Réveille - matin . Il
avoit d'ailleurs ajuſté ſa Machine
de telle ſorte , queles
ronës ne devoient tourner que
lentement tandis que le Bateau
GALANT. 43
iroit vers le Pont, & ſe lâchant
toutd'un coup fi- toſt qu'il en
ſeroit proche , elles devoient
produire des étincelles à la
rencontre d'un caillou , & ces
étincelles ſe communiquant
parmy du ſouphre & de la
poudre répanduë au meſme
licu, ne pouvoient manquer
de porter le feu juſque dans la
Mine. Ces quatre Bateaux
eſtant conſtruits , l'Ingenieur
y en ajoûta treize plus petits,
où il n'y avoit rien de caché
- que l'on cuſt à craindre , mais
qui étoient remplis ſeulement
de feux. Les Affiegeans ayant
Dij
44 MERCURE
f
appris qu'on preparoit des
Vaiffcaux dans la Ville , &
s'imaginant que cet appreſt ſe
faifoit feulement pour attaquer
le Pont d'un coſté , tandis
que les Hollandois & les
Zelandois l'attaqueroient d'un
autre, ne ſoupçonnerent rien
de la Mine qu'ils cachoient.
Ainſi le Prince de Parme redoubla
les gardes par les Forts
&les levées , & fit venir les
meilleures de ſesTroupes pour
la défenſe du Pont. En meſme
temps on vit paroiſtre de la
Ville trois Bateaux en feu, enfaite
d'autres ,& encore d'auGALANT
45
L
tres . On cria auſſi - toſt aux armes
dans le Camp, & le Pont
fut rempli de gens de guerre.
Ces Bateaux deſcendoient
le long de l'Escaut deux à
deux & trois à trois , avec
quelque ordre en apparence,
parce qu'il y avoit alors des
Mariniers qui les conduifoient.
Ils jettoient de fi grandes
flames , qu'ils ſembloient
bruler cux - meſmes plûtoſt
que de venir bruler le Pont,&
on cuft cru voir des embrafemens
florer. Déja cette eſpece
de Flote ardente eſtoit à deux
mille pas du Pont, quand ceux
46 MERCURE
qui les conduiſoient mirent
dans le fil de l'eau les grands
Bateaux où il y avoitdes Mines
, ſans ſe ſoucier des plus
petits ,&ayant mis le feu à la
méche qui devoit les faire
jouër , ils ſauterent promptement
dans d'autres, pour voir
de loin le ſuccés de cet artifice.
Ces Bateaux que perfonne
ne conduiſoit , ne prirent
pas tous la meſme route . Les
petits, pour la pluſpart , donnerent
contre les Flores qui
eſtoient au devant du Pont,
ou s'arreſterent fur les bords
du Fleuve. Des quatre grands
GALANT 47
dans leſquels ce quidevoit ruiner
le Pont, eſtoit enfermé , il
y en cut un qui ayantpris cau
par quelques fentes , ne produifit
aucun autre effet que de
la fumée , & fut enſeveli dans
les ondes Le ſecond & le troifiéme
furent pouſſez par un
vent qui s'éleva du coſté de
Brabant, ſur le rivage de Flandre
vers Callo,qui eſt l'endroit
le plus rapide& le plus
profonddu Fleuve.Il ſembloit
mefme que le quatrième ne
feroit pas un plus grand effet ,
parce qu'il eſtoit auffi tourné
vers le rivage de la Flandre ,
48 MERCURE
&qu'il avoit heurté avec vio
lence contre les Flotes , où il
s'eſtoit arreſté. Ainſi ceux
qui tenoienr Anvers afliegé,
voyant que le feu s'affoibliffoit
, ou s'éteignoit dans la
pluſpart desBateaux , ſe mo
querent d'un appareil qui ne
promettoit aucun ſuccés; mais
comme le quatriéme eſtoir
plus grand & plus fort que
tous les autres, il rompit les
Flotes qui empêchoient fon
paſſage , & defcendit vers le
Pont avec une impetuofité
qui commença à faire tout
craindre. Le Prince de Parme
qui
2 CALANT. 49
:
J
qui vouloit eſtre par tout, accourut
aucry qui ſe fit , où il
y avoit apparence que ce Bateau
s'attacheroit , & commanda
à quelques Matelots
d'entrer dedans , d'abattre le
bucher , d'éteindre le feu,&
aux autres , de l'arreſter avec
des crocs pour en détourner
l'effet.Cependant on l'obligea
malgré luy de ſe retirer de cet
endroit ; & à peine eſtoit- il
entré dans le Fort de Sainte
Marie, ſur le rivage de la Flan-
' dre , que ce grand Vaiſſeau
creva avec un bruit ſi épou-
⚫vantable, que la terreur en fut
Fan vier 1694 .
E
50
MERCRE
répanduë par tout. Cette tem
peſte de chaines , de boulets',
de pierres, fit un effet ſi prodigieux
, qu'on ne croit la
choſe poſſible que parce qu'-
elle eſt arrivée . Le Fort où ce
Bateau infernal s'eſtoit venu
attacher , les barrieresdu Pont
vers le Fort de Sainte Marie, &
l'endroit du Pont de Vaifſeaux
qui touchoit au Fort ,
tout fut emporté avec les Sol .
dats, les Capitaines , lesMatelots
, le Canon , les armes ,
avec autant de facilité que les
feüilles font emportées par le
vent. Le Fleuve s'en ouvrit
GALANT. fr
i
d'une maniere qui laiſſa voir
le fond de ſon lit. Il ſe répandit
en meſme temps ſur ſes
bords , & s'égalant aux levées
{ qui le refferroient , il remplit
d'un pied de haut le Fort de
Sainte Marie. La terre en trem
blajuſques à neuf milles de cet
endroit , & on trouva à mille
pas de la Riviere , des pierres ,
&meſme quelques - unes des
plus grandes tombes , qui
eſtoient entrées dans terre de
deux pieds en quelques endroits.
Maisil n'y cut rien de
plus déplorable que ce qui
arriva aux hommes. La vio-
E ij
52 MERCURE
lence du feu en confuma tout
d'un coup quelques uns , &
en enleva d'autres par ſon impetuoſité.
Elle en jetta pluſieurs
en l'air avec le bois &
les pierres, & en meſme temps
comme par un tourbillon, elle
les fit tombet à terre , ou les
fubmergea dans le Fleuve. Le
ventempeſté de cet orage en
tua d'autres , qui demeurerent
entiers,& le Fleuve meſme qui
s'eſtoit élevé par deſſus ſes
bords, en brula beaucoup par
ſes eaux boüillantes qu'il avoit
qu'il avo
étenduës de patt & d'aurre. Il
y en cut un grand nombre
GALANT. 53
d'aſſommez par les pierres qui
retomberent , & quelques- uns
ſe trouverent enſevelis ſous les
tombes qui les avoient accablez.
Ce qu'on regarda comme
un accident tres-furprenant ,
ce fut celuy du Vicomte de
Bruxelles , qui ayanteſté emporté
d'un Vaiſſcau , retomba
dans un autre qui en étoit fort
éloigné ſans recevoir aucune
bleſſure. Ce tourbillon enleva
un Capiraine chargé de ſes armes
, & l'ayant tenu quelque
› temps ſuſpenduen l'air , ille
fit deſcendre au milieu du
Fleuveplutoſt qu'il ne l'y laiſſa
E iij
54. MERCURE
tomber . Ce Capitaine qui ſçavoit
nager , gagna l'un des
bords , malgré la peſanteur de
ſes armes . Un autre Officier
fut tranſporté du rivage de
Flandre au rivage du Brabant,
& ne fut bleſſe que legerement
à l'épaule dont il toucha
la terre en tombant. Il dit
aprés ſa cheute , que quand il
fut emporté par deſſus le Fleuil
s'imaginoit eſtre un
boulet qui cuſt eſté tiré d'un
Canon , tant la violence qui
le pouſſa en avant eſtoit cxtraordinaire
. Le nombre des
morts alla juſques à huit ceas ,
VC
,
GALANT: 55
:
fans comprendre les bleſſez ,
& ceux qui demeurerent privez
de leurs membres. Le
Prince de Parme qu'on avoit
contraint de ſe retirer du
Pont , fut envelopé par la
violence de l'air ému, comme
ſi c'cuſt eſté un tourbillon
, dans le moment qu'il
entroit au Fort de Sainte Marie
,& en meſme temps une
folive le frapa par le caſque &
par l'épaule, & le renverſa par
terre. On le trouva l'épée nuë
à la main , & auprés de luy
deux Officiers , l'un qui le tenoit
embraffé par les genoux,
E iiij
56 MERCURE
&l'autre bleſſé à la teſte d'un
coup de pierre. On reconnut
le lendemain que ce grand
deſaſtre ne venoit pas fculement
du Bateau qui s'eſtoit
attaché au Pont , mais auſſi
de celuy qui eſtoit demeuré
au rivage , & qui en crevant
avoit fait perir beaucoup de
monde. Voilà quel fut l'effet
de l'épouvantable Machine
employée contre ce Pont.
Apparemment les Anglois en
efperoient un ſemblable de
celle qu'ils avoient préparée
pour détruire S. Malo , mais
heureuſement elle n'a agy que
GALANT. 57
contre eux-meſmes , & par
les Relations que je vous en
envoyay le mois paſſé , vous
avez connu qu'elle n'a caufé
nul dommage dans la Ville.
Il n'y a rien de plus curieux
quel'Ouvrage que vous allez
lire , & qui m'eſt tombé par
hazard entre les mains . Les
matieres qui y ſont traitées
feront beaucoup de plaiſir à
tous les Sçavans de voſtre Province.
Ils ne trouveront dans
ce que je vous envoye que la
premiere Partie de ce qui eſt
contenu dans tout l'Ouvrage.
58 MERCURE
525252525 5555522
22255525225255522
LETTRE EN FORME
de Differtation , de MMarigner
, St du Plessis , Ruel
Billoüard , Avocat au Parlement
de Paris, adreßée àM
Charles de Volaud de Matheron
, Seigneur d'Aubenas,
de Salignac , & d'Entrepierre
, Gentilhomme de Provence
,fur les Creatures des
Elemens, & autresſujets inwifibles
, corporels ou ſpirituels,
fur les Stryges de Ruffie,
GALANT. 59
P
3
&fur la Physique Occulte
de la Baguette.
MONSPEUR. 3
Vous voulez ſçavoir mes
ſentimens fur pluſieurs matieres
, touchant leſquelles je me
perfuadois qu'un homme ſçavant
comme vous , & infiniment
plus éclairé que je ne
fuis, ſe contenteroit de ce que
je luyen ay fait voir dans les
Lettres que j'ay écrites à noſtre
illuſtre Amy M Defnoyers
, Premier Secretaire
de la feuë Reine de Pologne.
r
60 MERCURE
Cependant il faut vous obcir,
nonobſtant la foibleſſe de
mon âge , de ma main & de
ma ſanté , puis que voſtre modeſtie
vous faiteſtimer les lumieres
d'autruy plus que les
voſtres.
Je commence par ce qui
regarde les Creatures des Elemens
, ou Eſprits corporels,&
autres ſujets inviſibles & fpirituels
conjoints au corps, ou
qui en ſont ſeparez , & vais
vous entretenir premierement
de la diviſion & fubordination
des ſubſtances purement
corporelles ; ſecondement de
GALANT. 61
cellesqui font purement ſpirituelles
, & troiſiémement de
celles qui participent des
deux , afin de vous réveiller
les differentes idées que l'on
doit avoir des Creatures des
Elemens , & autres ſubſtances
extraordinaires , ſous les figures
deſquelles pluſieurs Philoſophes
anciens & modernes
ont voilé les ſecrets de leur
ſcience.
:
Dans ce deſſein, & pour l'executer
avec plus de netteté ,
vous trouverez bon , Monfieur
, que je vous remette
devant les yeux l'idée genera
52 MERCURE
lence du feu en conſuma tout
d'un coup quelques uns , &
en enleva d'autres par ſon impetuoſité.
Elle en jetta pluſieurs
en l'air avec le bois &
les pierres, & en meſme temps
comme par un tourbillon,elle
les fit tombet à terre , ou les
fubmergea dans le Fleuve. Le
vent empeſté de cet orage en
tua d'autres , qui demeurerent
entiers,& le Fleuve meſme qui
s'eſtoit élevé par deſſus ſes
bords, en brula beaucoup par
ſes caux boüillantes qu'il avoit
étenduës de patt & d'aurre. Il
y en cut un grand nombre
GALANT.
53
d'aſſommez par les pierres qui
retomberent , & quelques- uns
ſetrouverent enſevelis ſous les
tombes qui les avoient accablez.
Ce qu'on regarda comme
un accident tres-furprenant ,
ce fut celuy du Vicomte de
Bruxelles , qui ayant eſté emporté
d'un Vaiſſeau , retomba
dans un autre qui en étoit fort
éloigné ſans recevoir aucune
bleſſure. Ce tourbillon enleva
un Capiraine chargé de ſes armes
, & l'ayant tenu quelque
- temps ſuſpenduen l'air , ille
fit deſcendre au milieu du
Fleuveplutoſt qu'il ne l'y laiſſa
E iij
1 54. MERCURE
tomber . Ce Capitaine qui ſçavoit
nager , gagna l'un des
bords , malgré la peſanteur de
ſes armes . Un autre Officier
fut tranſporté du rivage de
Flandre au rivage du Brabant,
& ne fut bleſſe que legerement
à l'épaule dont il toucha
la terre en tombant. Il dit
aprés ſa cheute , que quand il
fut emporté par deſſus le Fleu-
VC il s'imaginoit eſtre un
bouletqui cuſt eſté tiré d'un
Canon , tant la violence qui
le pouſſa en avant eſtoit cxtraordinaire
. Le nombre des
morts alla juſques à huit cons,
,
GALANT: 55
ſans comprendre les bleſſez ,
& ceux qui demeurerent privez
de leurs membres . Le
Prince de Parme qu'on avoit
contraint de ſe retirer du
Pont , fut envelopé par la
violence de l'air ému , comme
ſi c'cuſt eſté un tourbillon
, dans le moment qu'il
entroit au Fort de Sainte Marie
, & en meſme temps une
folive le frapa par le caſque &
par l'épaule, & le renverſa par
terre . On le trouva l'épée nuë
- à la main , & auprés de luy
deux Officiers , l'un qui le te-
: noit embraffé par les genoux,
E iiij
56 MERCURE
&l'autre bleſſé à la teſte d'un
coup de pierre. On reconnut
le lendemain que ce grand
deſaſtre ne venoit pas fculement
du Bateau qui s'eſtoit
attaché au Pont , mais auſſi
de celuy qui eſtoit demeuré
au rivage , & qui en crevant
avoit fait perir beaucoup de
monde. Voilà quel fut l'effet
de l'épouvantable Machine
employée contre ce Pont.
Apparemment les Anglois en
efperoient un ſemblable de
celle qu'ils avoient préparée
pour détruire S. Malo , mais
heureuſement elle n'a agy que
GALANT. 57
contre eux-meſmes , & par
les Relations que je vous en
envoyay le mois paſſé , vous
avez connu qu'elle n'a caufé
nul dommage dans la Ville.
Il n'y a rien de plus curieux
que l'Ouvrage que vous allez
lire , & qui m'eſt tombé par
hazard entre les mains . Les
matieres qui y ſont traitées
feront beaucoup de plaiſir à
tous les Sçavans de voſtre Province.
Ils ne trouveront dans
ce que je vous envoye que la
premiere Partie de ce qui eſt
contenu dans tout l'Ouvrage.
58 MERCURE
5252552-525 5555522
22255525225255522
LETTRE EN FORME
de Differtation , de MMarigner
, St du Plessis , Ruel
Billoüard , Avocat au Parlement
de Paris , adreßée àM
Charles de Volaud de Matheron
, Seigneur d'Aubenas,
de Salignac ,
pierre , Gentilhomme de Prod'Entrevence
,fur les Creatures des
Elemens, & autresſujets inwifibles
, corporels ou ſpirituels,
fur les Stryges de Ruffie,
GALANT. 59
P
J
& fur la Phyſique Occulte
de la Baguette.
MONSPEUR.
:
Vous voulez ſçavoir mes
ſentimens ſur pluſieurs matieres
, touchant leſquelles je me
perfuadois qu'un homme ſçavant
comme vous , & infinimentplus
éclairé que je ne
fuis, ſe contenteroit de ceque
je luyen ay fait voir dans les
Lettres que j'ay écrites à noſtre
illuſtre Amy M' Defnoyers
, Premier Secretaire
de la feuë Reine de Pologne.
60 MERCURE
Cependant il faut vous obcir,
nonobſtant la foibleſſe de
mon âge , de ma main & de
ma ſanté , puis que voſtre modeſtie
vous faiteſtimer les lumieres
d'autruy plus que les
voſtres .
Je commence par ce qui
regarde les Creatures des Elemens
, ou Eſprits corporels,&
autres ſujets inviſibles & fpirituels
conjoints au corps, ou
qui en ſont ſeparez , & vais
vous entretenir premierement
de la diviſion & fubordination
des ſubſtances purement
corporelles ; ſecondement de
GALANT. 61
cellesqui font purement ſpirituelles,
& troiſiémement de
celles qui participent des
| deux , afin de vous réveiller
les differentes idées que l'on
doit avoir des Creatures des
Elemens , & autres ſubſtances
extraordinaires , ſous les figures
deſquelles pluſieurs Philoſophes
anciens & modernes
ont voilé les ſecrets de leur
ſcience.
Dans ce deſſein, & pour l'executer
avec plus de netteté ,
vous trouverez bon , Monfieur
, que je vous remette
devant les yeux l'idéegenera
62 MERCURE
le que nous avons des choſes
créées,dont l'un des extrêmes
eſt le corporel , & l'autre eft
le ſpiriruel. Eneffet , nous reduiſons
toutes nos connoif
fances au corporel & au ſpirituel.
Secondement , que le corporel
confifte au corps purement
corps , comme les Elemens
élementez , les Meteo.
res , les quatre grands genres
de mixtes , & le Ciel qui eft
le ſujet mitoyen d'entre les
.corps .
Troifiémement , que dans
les differens genres des Mixe
GALANT. 63
tes ily a des eſprits , plus ou
moins corporels , à commencer
dans les pierres & dans les
Métaux , où les eſprits font
tres-groſſiers , mais ſe déga.
geant peu à peu de leur extrê
me groffiereté , ils montent
juſques à la perfection des
efprits vegetaux , & des animaux,
où ces eſprits corporels
font en plus grande quantité,
& y regnent avec bien plus de
nobleſſe que dans les genres
inferieurs ; car dans le gente
inanimé,les eſprits corporels
ſont ſeulement capables des
mouvemens d'attraction.de
64 MERCURE
digestion , d'expulfion , & de
retention; mais dans les veges
taux , outre ces fortes de
mouvemens, leurs eſprits corporels
tendent & arrivent à la
vegetation & à la production
de leur ſemblable.
*
Et à l'égard des animaux,
outre ces mouvemens & facultez
de l'attractive , de la digeſtive
, de l'expulſive , de la
retentive , de la vegetative, &
de la generative , ils ont les
mouvemens de la ſenſitive &
de l'imaginative , leſquels y
ſont plus ou moins nobles ,
ſelon la difference des eſpeces,
GALANT. 65
où ils ſe rencontrent , juſques
à celle de l'homme exclufivement
, dans laquelle tous
les eſprits corporels qui fervent
aux mouvemens naturels
ſuſdits , font beaucoup plus
nobles que dans les eſpeces
infericures .
Car dans l'eſpece humaine
il ſe rencontre encore des cf.
prits corporels , bien plus parfaits
que les precedens , qui
élevent non ſeulement noftre
puiſſance imaginative beaucoup
au deſſus de celle des
Brutes, mais qui ſervent à la
puiſſance diſcurſive & à l'in-
Janvier 1694. F
66 MERCURE
tellective de l'ame humaine ,
& differencient eſſentiellement
l'homme d'avec les autres
animaux , quoy qu'il y en
ait qui paroiſſent avoir une
eſpece de raiſon , ou instinct
au deſſus des ſens exterieurs ,
qui leur ſert de conduite dans
les neceffitez où ils ſe trouvent
,pour ſe conſerver la vie
animale ; & voilà en quoy
confiſte l'échelle de la nature
corporelle , compoſée de quatre
échelons de l'élementativeou
naturelle inanimée , de
la vegetative , de la ſenſitive,
&de l'imaginative,par rapport
GALANT. 67
aux quatre Elemens , de la
Terre , de l'Eau , de l'Air ,
& du Feu , qui par leur circulation
continuelle ſe convertiſſent
l'un à l'autre , car
des elprits purement naturels
& inanimez , il s'en fait
des eſprits vegetaux, puis des
fenfitifs , & enſuite des imaginatifs
; au deſſus deſquels
quatre échelons , l'eſpecehumaine
s'éleve par les puiſſances
diſcurſive & intellective ,
que l'homme poſſede à l'exclufion
des animaux des eſpeces
infericures .
Pour ce qui eſt du ſpirituel,
Fij
68 MERCURE
il conſiſte premierement en
ſubſtances purement ſpirituelles
, qui n'ont point de
commerce avec les corps, que
nous nommons Anges , ou
Eſprits bienheureux.
ſeu-
Secondement, en ſubſtances
ſpirituelles , ayant commerce
aveclecorps de l'homme
lement , comme l'ame humaine
, qui eſt immediatement
au deſſous de la ſubſtance
Angelique , & au deſſus du
plus fubtil du corporel des
puiſſances ſuperieures de
I'homme. Troiſiémoment' ,
en ſubſtances ou eſprits malGALANT.
69
.
heureux,foumis à tout ce qu'il
y a de plus groſſier dans le
corporel du plus bas degré ,
ce qui eſt une peine & fouffrance
la plus tetrible de toutes
, à raiſon de l'oppofition
qu'il yaentre le pur ſpirituel,
& le plus corporel qui ſe rencontrent
conjoints en cet endroit
; c'eſt à dire dans l'aauquel
les Demons biſme ,
ont eſté précipitez par leur
orgueil & rebellion contre
leur Createur. Nous pouvons
encore confiderer l'ame humaine.
non ſeulement comme
le lien du ſuperieur avec l'in
70 MERCURE
fericurde la nature créée, mais
encore comme pouvant pofſeder
trois differens eſtats .
e
Premierement , pendant la
vis temporelle , où elle a la
liberté d'exercer ſes trois puifſances
ſpirituelles , l'Entende.
ment , la Memoire , & la Volonté
, juſques au jour de la
mort temporelle de fon groffier
corps,
Secondement, aprés la mort
temporelle , comme joüiffant
de la viſion beatifique avec
lesAnges.
Troifiémement , comme étantprécipitée
avec le Demon
GALANT. 71
-
dans l'enfer , pour ſouffrir la
punition éternelle duë à ſes
crimes.
Quatrièmement د
comme
oſtant placée entre les deux
extrêmes de la punition & de
la récompenſe , pour fouffrir
les peines à elle ordonnées
pondant un temps , afin d'expior
fes faures,& de ſe purifier,
ainſi que l'Eglife nous l'enſeigne,
& que les anciens Philoſophes,
ſans eſtre éclairez de
la Foy , nous l'ont dit ,ſe fondant
fur ce que lors qu'on
connoift bien un extrême ,
l'on découvre en mefme
>
72 MERCURE
temps l'autre extrême qui luy
eft oppofé , & par confequent
un milicu entre ces deux extrêmes
; c'eſt à dire que reconnoiffant
qu'il y avoit un
licu de récompenfe & de delices
, qu'ils appelloient les
Champs Eliſées , deſtiné pour
le ſejour des ames de ceux ,
qui dans la vie temporelle
avoient eſté bons , juſtes &
vertueux , & qu'il y avoit auſſi
un lieu de fupplices & de toutmens
, qu'ils appelloient les
Enfers , deſtiné pour les injuſtes
, méchans & vicieux , ils
tiroient leur conſequence ,
qu'il
GALANT.
73
qu'il y avoit uneſtat mitoyen
entre la punition & la récompenſe,
qui eſt noſtre Purgatoire.
Ces propoſitions ainſi ſuppoſées
& établies avec certitude
, font autant de principes
, qui nous font diftinguer
toutes les Creatures les unes
des autres , & ſont ſuffifantes
pour nous défendre des tromperies
, dans lesquelles l'erreur
&la malice des Anciens &
des Modernes pourroient
nous faire tomber ſur ces matieres
, attendu que les Crea-
Janvier 1694. G
1
74 MERCURE
tures inviſibles , ou ſpirituelles
, qu'ils ont fair paffer pour
des Larves , & Lemures, des
Harpies , des Dieux Penates ,
des Pytons , des Oracles , des
Eſprits malins & nocturnes ,
des Loups-garoux , & autres
ſujets de cette nature , ne peuvent
eſtre que des Demons &
des ames condamnées &
malheureuſes , qui ſelon le
degré de leur cheute , & de
leur condamnation font ,
attachées par punition aux
parties les plus groffieres des
Elemens, comme les minieres,
pierres , rochers , montagnes ,
GALANT 5
:
foreſts , ou dans les caux , &
dans les airs , où ils excitent
des orages , des tremblemens
de terre ,des tempeftes. Spiritus
procellarum.
Nous avons dans l'Ecriture
des preuves & des exemples
de tous ces differens eftats
malheureux , puiſqu'elle nous
marque qu'il y a des Demons
qui vaguent ſur la terre &
qui cherchent à faire du mal
aux Hommes , foit en les tentant
, en les tranſportant , ou
en les affligeant en leur corps,
foit par la permiſſion divine ,
foit parce qu'ils ſe font vo
Gij
76 MERCURE
lontairement ſoumis au Demon.
Aproportion dequoy , ceux
qui font des pactes avec
luy, comme les Sorciers , Magiciens
,& autres leurs émiſſaires
, eſtant inſtruits de divers
malefices & poiſons, font pluſieurs
maux aux hommes &
aux beſtiaux, auſſi bien qu'aux
fruits.
Et à l'égard des ames condamnées
au Purgatoire , elles
peuvent auffi caufer quelque
defordre , comme les cruels .
Stryges de Ruffice , ou les efprits
familiers , les genies , les
!
GALANT. 77
--}
eſprits follets , & autres qui
ne ſont point malfaiſans , &
qni ont meſme de l'inclination
à ſervir l'homme , ou qui
ſe plaiſent avec les beſtiaux ,
& en ont du ſoin , & qui peuvent
eſtre les ames les moins
criminelles, condamnées pout
un temps à ces eſtats & peines
, ainſi que quelques experiences
le font connoiſtre
quelquefois dans des maiſons
particulieres , où ces fortes
d'Eſprits habitent & agiffent
pendant quelques années , &
enfin ceſſent .
Mais jamais toutes ces for-
G. iij
78 MERCURE
tes de creatures ne paſſeront
pour des hommes vivans ,
réels & effectifs , quelque choſe
que Paracelſe & autres ,
ayent vouluperfuader ſur leurs
creatures des Elemens .
Il est vray neanmoins que
ces fortes d'eſprits vagabons ,
follets , familiers , ou non ,
peuvent avoir eſté des home
mes qui ſe ſont ſi fort enfoncez
dans le dereglement , quo
lors de leur mort temporelle,
leur imagination s'eſtant trou .
vée degradée & abaiffée
point de l'imperfection de
au
celle de quelques animaux ,
GALANT. 79
ils en ont conſervé les inclinations
aprés la mort, & fe portent
à faire une choſe , ou une
autre , par rapport à cela , ou
par punition ; car alors la liberté
de l'homme ceſſe , & il
agit par force & neceffairement
, & non avec choix .
Il y a meſme des hommes
qui pendant leur vie tombent
en de pareils inconveniens ,
qui ayant perdu l'uſage du ſens
commun , par le renverſement
de leur temperament , deviennent
fous & extravagans , au
point qu'ils paſſent pour des
beſtes , & en font les actions .
G iiij
80 MERCURE
Nous en avons des exemples
dans la perſonne de Nabuchodonofor
, lequel à raiſon
de la degradation des qualitez
naturelles de ſes puiffances
intellective , & difcurſive
, & des qualitez même
de ſon imagination humaine
, où ſes vices l'avoient
reduit , creut pendant
ſept ans citre deveuu boeuf,
&en faifoit toutes les actions
animales , beuvoit , mangeoit
& broutoit l'herbe & le foin
comme un Boeuf , couchoit
au dehors à la campagne ,
jour & nuit , avec les brutes,
GALANT. 81
ainſi qu'il ſe voit dans l'Ecriture
au Livre de Daniel chapitre
4.
Il ſe rencontre auſſi des
hommes , qu'on nomme Sorciers
ou Magiciens , qui pafſent
bien ſouvent pour les Efprits
malins & Loups-garoux,
cy deſſus remarquez , & qui
ſe transforment en Boeufs répondant
à leurs mauvaiſes inclinations
, pour executer les
commandemens qu'ils reçoivent
du Démon de faire divers
malefices , fur les hommes
, fur les beſtiaux & ſur les
fruits.
82 MERCURE
3
Tous ces changemens ou
eſpeces de metamorphoſes ſe
font faites & pratiquées il y
a pluſieurs fiécles . Virgile en
parle ,& Ovide dans ſes Metamorphofes
en donne des exemples
, comme celuy de Lycaon
en Loup , à raiſon de la
cruauté qu'il exerçoit ſur ſes
Hoîtes , & pluſieurs autres fables
, qui ne ſont pas fans fondement
tout à fait , & ceseffets
extraordinaires ne ſont pas
au deſſus de la nature. Elle ne
fait pas à la verité tous les
jours des Geans , des Nains ,
des Hommes- marins , ou des
GALANT. 83
Tritons , ny des Syrenes , &
autres creatures ; ce ſont des
monſtres qui arrivent contre
ſes routes ordinaires & par des
obitacles ou des ſur-abondances
qu'elle évite autant
qu'elle peur . Il ne faut
donc pas avoir recoursaux miracles
, ou à la ſcience & malice
du Demon à tous momens
, & lors que nous ne
connoiffons pas les caufes occultes
des effets ordinaires ou
extraordinaires que nous
voyons. Le Demon , tout ſçavant
qu'il puiſſe eſtre des ſecrets
de la nature (quoi qu'il y
84 MERCURE
ait lieu d'en douter) ne sçauroit
agir fur nous qu'en appliquant
les actifs aux paſſifs , &
qu'aprés une permiffion expreſſedu
Souverain Createur,
ou une foumiſſion volontaire
que nous luy faiſons ; au contraire
c'eſt à l'homme vertucux
& juſte à luy commander en
vertu de la ſeigneurie où
Dieu l'a conſtitué ſur toutes
les choſes infericures. Nous en
ſommes convaincus par les
miracles des Apoſtres, Diſciples
& Miniſtres de la Sainte
Eglife , à l'imitation deſquels
les hommes de Dicu font ces
GALTAN. 85
۱
merveilles contre la reſiſtance
& rage du Demon , & le forcent
à obeïr . Les effers étranges
de l'imaginationhumaine,
ſoit pour le bien , ſoit pour le
mal ,nous ferontaſſez connus
ſi nous prenons garde qu'ils
peuvent arriver, non ſeulement
par les cauſescy- deſſus , mais
encore par des cas fortuits
comme lors qu'un homme eſt
frappé du venin de laTarento.
le , par lequel il perd le jugement
, & tombe dans un ſommeil
lethargique , dont pour
le guerir on le tient réveillé
en le tourmentant , ou le fai-
,
86 MERCURE
fantdanſer au ſon de la voix,
ou de quelque inſtrument melodieux
, qui convienne à fon
temperament , c'eſt à dire d'-
une harmonie grave s'il eſt
melancolique , d'une douce &
temperée s'il eſt ſanguin , &
d'une plus élevée s'il eſt colerique;
& quoiqu'il foit gueri du
mal que luy cauſoit ce venin ,
l'impreſſion quien eſt demeu.
rée dans ſon imagination , &
de laquelle il ne s'apperçoit
point, fait qu'il ne manque pas
au temps que l'accident luy
eſt arrivé , d'avoir une envie
extreme de danſer , & il danſe
GALANT. 87
s'il trouve des danſes , des
chants ou des ſons d'inſtru
mens qui luy agréent , & il a
meſme de la peine à s'en abſtenir
en tout autre temps, lorfqu'il
entrouve l'occaſi.on...
Le Sicur Borelle, Medecin
du Roy , dans l'obſervation
68. du troiſiéme livre de de ſes
Centuries, rapporte une experience
d'un homme mordu
par un chien enragé , duquel
Ja bave , par fon venin , avoit
bleſſé l'imagination de cep
homme , de forte que dans les
intervalles, où les paroxiſmes
de la ragene le tenoient pas,
88 MERCURE
il aboyoit , & chaſſoit le gibier
à la campagne. Il ſentoit
venir de loin ſes Amis ſans les
appercevoir , & quoy que fort
éloignez , tout ainſi qu'un
chien fait fon Maiſtre ; bref
il conſervoit toujours l'hydrophobie
du chien qui l'avoit
mordu.
De forte que les cauſes de
ces metamorphofes & changemens
, ſe doivent attribuer
à des choſes naturelles , ou
contrenaturelles , mais corporelles
, & nonpas àdes miracles
& effets ſurnaturels , ny
à la ſcience ou puiſſance du
GALANT. 89
Demon , en quoy je ne pretens
pas comprendre lesOra-
- cles & fauſſes Divinitez des
Payens , par leſquels le Des
mon,& ſesEmiffaires, les trompoient
, ou tourmentoient ,
comme ſoumis à luy ; & c'eſt
par où je finis ce que j'avois
à vous dire , Monfieur, ſur les
Creatures ſpirituelles & immortelles
en general , conformement
& par rapport aux
principes de noſtre Foy.
Il me reſte donc à vous exprimer
mes pensées ſur les
Creatures des Elemens , defquels
les Anciens, & particu-
Janvier 1694.
H
90 MERCURE
lierement Paracelſe , nous ont
parlé , comme de Creatures
humaines & effectives .
Il nous a d'abord comme
établi un genre d'hommes extraordinaires
, qu'il appelle des
Gnomes , & enfuite des differentes
eſpeces qu'il nomme
des Pygmées , des Undenes ,
ou Nymphes , des Sylphes , &
des Vulcaniens ou Salamandres
, à tous leſquels il attribuë
la figure & les qualitez
corporelles de l'homme .&
plus excellentes au delà de
celles que nous poffedons.
Mais ils ne peuvent eſtre que
GALANT. 91
les eſprits corporels des quatre
Elemens , comme il ſera
cy-aprés remarqué, & leſquels
les Romans Philofophiques
font paffer pour des Fées , ou
pour des enchantemens, que
Polyphile appelle veritez
menfongeres , ou menfonges
veritablest
Paracelſe neanmoins , pour
donner quelque credit à fa
doctrine , a rapporté les rémoignagesde
Saint Hicrôme
& de Saint Auguſtin , qui diſent
, ſçavoir Saint Hicrôme ,
que Saint Antoine eſtant dans
fon defert , y a vu un Pygméc
Hij
92 MERCURE
en forme de Satyre , qui l'a
borda au lieu de fuir ; auquel
Saint Antoine ayant demandé
quel il eſtoit , il luy répondit
qu'il eſtoit un mortel habitant
dans ce defert , avec pluſicurs
de ſon eſpece ; que les
Payens les prenoient pour des
Dieux, mais qu'il n'en eſtoit
rien, &qu'ils ne vouloient pas
paſſerpour cela;qu'il eſtoit envoyé
par ceux de fa troupe à
Saint Antoine , pour le prier
d'interceder pour eux auprés
duvray Dieu ,& de l'adorer,
parce qu'ils avoient eſté informez
que Dieu s'eſtoit incarGALANT.
93
né pour la redemption de tout
le monde.
Et S. Auguſtin au livre de
la Cité de Dieu , chapitre 15.
aſſeure avoir veu un Satyre ou
Faune vivant.
Auſquels deux témoignages
joignant tous ceux de l'antiquicé
, qui parlent affirmati,
vement de la realité des Pygmées
& des Nains , des Nymphes
, Nayades , Sirenes &
Tritons, des Sylphes, Faunes,
Satyres & Geans , des hommes
Vulcaniens , Cyclopes , & des
Salamandres , Paracelſe pretend
appuyer & perfuader
94 MERCURE
fortement , ce qu'il avance de
la nature & des qualitez de ces
creatures des Elemens maſles
& femelles , & fait pour cela
diverſes hiſtoires , plus romaneſques
& divertiſſantes , que
veritables .
Sur quoy mon deſlein principal
eſt de détromper les efprits
des curieux , qui pourroient
s'engager , comme pluſicurs
ont inutilement fait ,
dans la recherche des grands
avantages , qu'il infinuë devoir
naiſtre de la connoiſſance de
ces creatures , & pour cela je
prétens faire connoiſtre aux
CALANT. 95
gens éclairez &aux mediocres
auſſi , qu'il n'y peut avoir d'autres
eſpeces d'hommes que
ceux qui ont paru depuis la
Creation du Monde , & que
ces pretenduës creatures font
purement metaphoriques , &
vous en ſerez le Juge.
Je n'ay qu'à vous faire remarquer
, que ſelon les principes
de ma Phyſique , il y a
quatre genres des mixtes , par
rapport aux quatre Elemens;
ſçavoir , les pierres par rapport
à la terre & à ſa ſechereſſe ;
lesmétaux par rapport à l'eau
&à ſa froideur ; les vegetaux
96 MERCURE
par rapport à l'air & à ſon humidité
, & les Animaux ou
ſenſitifs , par rapport au feu
&à ſa chaleur .
Que dans chacun de ces
grands genres il y a quatre
genres ſubalternes , chacun
deſquels a plus ou moins de
rapport à l'un des quatre Elemens.
Par exemple dans le
grand genre de l'animal , l'un
de ſes genres ſubalternes regarde
la terre , & eſt compoſé
des Animaux reptiles ; le
ſecond regarde l'Element de
l'eau & eſt compoſé des Poiffons
; le troifiéme regarde l'air,
&
GALANT. 97
& eſt compofé des Animaux
volatifs ; & le quatriéme re
garde le feu , qui eſt le genre,
compoſé de tous les Animaux
progreſſifs , qui ne font ny
Oiseaux , nyPoiffons , ny Reptiles
.
Chacun de ces quatre
genres ſubalternes de l'animal ,
ſe diviſe en quatre grandes
eſpeces , au delà deſquelles il
n'y a plus de diviſion à faire
, parce que dans ces trois
fortes d'ordres & de diviſions,
ſe rencontre le ſuperieur, l'inferieur
, & le mitoyen, par
rapport auſſi aux trois princi-
Janvier 1694.
I
98 MERCURE
pes de nature ,matiere , ford
me ,& moyen ; car la forme
ſe rencontre plus noble dans
l'ordre des efpeces animales ,
que dans les quatre genres fubalternes,
ny que dans le grand
genre animal , ce grand genre
répondant à la matiere, parce
que le mélange de l'Element
du Feu y est tres groffier ,&
ſa qualité chaude , tres intenfe,
à comparaiſon du mélange
de cemeſme Element igné ,
qui ſe rencontre dans les quatre
genres ſubalternes répon.
dant au principe mitoyen ,
qui eſt audeſſus de la matic.
GALANT 99
.
re , & au deſſous de la for-
Pour ce qui eſt des genres
fubalternes,ils répondent par
conſequent au principe mitoyen
, parce que les qualitez
ignées de l'animal y ſouffrent
bien plus de refraction que
dans le grand genre , à raiſon
de la delicateſſe & exactitude
dela mixtion, qui regne dans
les genres ſubalternes , pour
aller ſe terminer dans les efpeces,
comme à leur fin &
terme ,auquel ils tendent.
Et enfin les eſpeces faiſant
le troifiéme ordte de diviſion,
I ij
100 MERCURE
répondent à la forme,d'autant
quedans cette forme l'intenfi
té de la qualité ignéede l'animal
ſe trouvant en ſa derniere
refraction , la mixtion y eſt
plus noble & plus parfaite ,
quedans les genres ſubalternes,
deſquels elles deſcendent;
&ainſi à proportion dans les
trois auttes grands genres,dans
chacun deſquels il y a quatre
genres ſubalternes , & feize
grandes eſpeces , ce qui fait le
nombre de ſoixante & quatre
eſpeces , qui comprennent
tout ce qu'il y a de differences
eſſentielles dans l'étendue des
GALANT. JOI
mixtes de la nature , par rappoft
au nombre quaternaire
des Elemens , ce qui eſt la
ſource quarrée du nombre
foixante & quarre, auquel dans
Ja nature ſe reduit le nombre
des ofpeces , fans augmentation
nydiminution , qui fert
d'original à la racinequarrée
des Mathematiques , &
l'Arithmetique , de meſme
que le ternaire des principes
a fervi de patron àda regle de
trois , & à la proportion harmonique.
avail
Cette enchaifnure des genres&
des eſpeces de lanature,
de
I iij
102 MERCURE
que je viens de vous reprefenter
en racourcy , vous doit
convaincre, à mon avis, qu'il
ne peut y avoir qu'une eſpece
humaine veritable , & non
pluſieurs , quoy que Paracelſe
ait voulu établir les Gnomes
comme un genre particulier ,
& les Pygmées , Nymphes
Sylphes , & Salamandres ,
comme des eſpeces répondant
aux quatre Elemens par les
differentes habitations qu'il
leur donne.
Mais vous m'objecterez ,
peut-eſtre, que Paracelſe n'eſt
pas ſeul de ce ſentiment ,&
GALANT. 103
que les Philoſophes y conſen-
Eent, outre que l'experience
nous a fait voir qu'il y a de
petits hommes dans les Mines
, que les Mincurs voyent
quelquefois ; que lors qu'ils
23 paroiffent d'abord à l'ouvertutre
dela Mine , ce leur eſt une
preuve certaine de l'abondance&
richeſſe de la Mine ; que
ces Mineurs les entendent
travailler à la Mine , ce qui
leur eſt un avertiſſement que
la Mine eſt proche de ſa fin ,
Lou que les terres menacent de
ruine , & que ces petits hommes
ſouſterrains vivent d'in-
I iiij
104 MERCURE
ſectes , comme de rats , de
fouris , & autres de cette nature.
Que l'on a vû quelquefois
de ces petits hommes ſur la
terre & dans les jardins , ſe
divertir avecdesenfans , difparoiſſant
quand il leur plaiſt
toutd'un coup , comme s'ils
s'enfonçoient dans les pores
de la terre , ſans qu'il y pas
roiſſe aucune ouverture ou
paffage.
Qu'il y a des Gnomes qui
converſent avec les hommes ,
qu'ils ont des femmes & des
enfans, qu'ils font heureux &
GALANT. Ιος
Fortunez dans les choſes mondaines
, & en font meſme
part à ceux qui les obligent ,
ou qu'ils prennent enaffection
, boivent, mangent comme
nous , & font toutes les
actions corporelles de l'humanité
.
Qu'il ya des hommes marins
ayant la figure de l'homme
au deſſus du nombril &
des Syrenes , ayant de meſme
figure de femme. :
Enfin qu'il y a des Faunes ,
des Satyres , des Centaures ,
des Geans , des Nains & autres
, faiſant les fonctions ani-
こ:
106 MERCURE
males de l'homme ,& que de
ces fortes d'hommes & de
femmes , il y a une infinité
d'hiſtoires & de relations qui
ne sçauroient pas eſtre toutes
foupçonnées de fauſſcré.
A toutes ces fortes d'hifſtoires
, ſuppoſé qu'elles fufſent
toutes veritables , cc
qu'on ne peut dire ( car il
arrive ſouvent en ces matiercs
, que l'on donne l'effor
à ſon imagination pour s'é
gayer & fe divertir des autres
) c'eſt une neceffité que
toutes ces creatures ſoient autant
de monftres , ou des effets
de l'imagination depra
GALANT. 107
véed'une femme qui conçoit,
ou qui eſt groffe , qui ne laifſont
point de lignée , ny de
pofterité,comme je vous l'ay
dit Autrement les eſpeces ſe
multipliroient à l'infini ,& il
n'y auroit plus d'ordre dans
la nature. Ainſi la beauté de
l'Univers , qui conſiſte dans
l'arrangement merveilleux de
ſes parties ,& dans leurs proportions
harmonique , geometrique&
arithmetique, ſeroit
ancantic contre la volonté
du Createur qui les a ainfi
ordonnées .
Le grand nombre d'indivi
108 MERCURE
dus d'hommes rangez ſous
l'eſpece humaine , ne doit pas
cauſer de confufion , puif
qu'ils s'excedent les uns les
autres , en vertus & qualitez
actives , depuis le plus bas degré
de l'eſpece , juſques au
plus noble & plus parfait ;
mais cette quantitéd'hommes
marquel'élevation de l'entité
au deſſusde fon eſſence,qu'elle
reçoit du feu & de l'air, &
qu'elle poſſede au deſſus des
autres eſpeces &du genre
fubalterne progreſſif animal,
à meſme proportion que le
feu furpaſſe en fubtilité &
د
GALANT. 109
activité les autres Elemens :
car les parties ou portions qui
compoſent le corps du fou ,
eſtant de figure triangulaire
aiguë, elles font plus petites
en étenduë que la figure trian
gulaire equilaterale attribuéc
àl'air, ny que le triangle obtus
attribué & naturel à l'cau,
&le cube ou quarré plein,à la
terrgote
Il ne faut qu'un Individu,
pour fauver l'eſpece , & ainfi
le grand nombre d'Individus
n'augmentenyne diminuë la
perfection de l'eſpece tant en
effence,qu'en entité. Ils ont
110 MERCURE
tous une effence commune&
égale entre eux , laqucile eft
toujours indiviſible & fans
mouvement juſques à ce que
par un furcroift de qualitez
actives au deſſus de l'eſſence)
elle puiſſe agir & fe communiquer,
qui eſt ce que l'on ap
pelle l'entité , laquelle eft accidentelle
, paſſagere & divi
fible,à la difference de l'eſſence
, ainſi que je l'ay montré
dans ma Phyſique ; de forte
que les Individus ne different
que par la differente participation
de l'entité de leur efpece
partagée inegalement
1
GALANTM ш
dans tous lesindividus de cetteeſpece
qui les fair differer ,
&ſuppoſe qu'il n'y cuſt qu'un
Individu, comme Adam, lors
de la creation , cet Individu
poſſederoit àmeſme proportion
qu'Adam toute l'effence
&l'entité de ſon eſpeces c'eſt
àdire toute la perfection
dontl'humanité eſt capable.
Et pour prouver demonftrativement
que la veritable
eſpece de lhomme n'eſt pas
de la nature des eſpeces hu.
maines que Paracelſe ſuppoſé,
c'eſt qu'il convient que les
creatures des Elemens avec
!
112 MERCURE
leur corps ſpirituel , n'ont
point une ame immortelle
comme nous , & meurent
comme font les beftes.
En effet, ce qui nous don
ne le ſpecifique de l'homme,
n'eſt pas ſeulement le corps
de l'homme bien qualifié &
organiſé;mais c'eſt noſtre ame
immortelle jointe à noftre
corps , ce qui fait que la definition
que l'on donne ordinairement
de l'homme , en
diſanr qu'il eſt un animal raiſonnable
, n'eſt pas legitime ,
&n'eſt pas compofée de genre
&de difference ; car le rais
GALANT 113
fonnableeſt participé en quel
que maniere par les brutes
fous le nom d'instinct, & c'eſt
pour cela que quelques - uns
ont dit que la raiſon ne nous
élevoit pas eſſentiellement au
deſſus des brutes, qui ſont des
eſpeces approchantes de l'efpece
'de l'homme , n'y ayant
que du plus ou du moins de
raifon dans, les uns & dans
les autres . Mais ils né confi.
derent pas que la veritable
difference eſſentielle qu'il y a
entre l'homme & la brute, eft
fondée ſolidement ſur l'intelligence
de l'homme , car fa
Janvier 1694.
K
114 MERCURE
puiflance intelle&ive , & dif
curſive meſme, ſont particulieres
à l'homme, à l'exclufion
de la brute, de quelque
eſpece parfaite qu'elle puiſſe
eſtre , comme le Singe, le
Chien , l'Elephant, le Renard,
leCheval , & autres animaux
difciplinablesky blon
La reflexion que l'entendement
fait ſur ſes connoiſſances
(foit qu'ellesviennent des
ſens exterieurs , ou deſa ſeule
imagination , à l'égard des
choſes corporelles ) foit de fa
raiſon, ou puiſſance difcurfive,
à l'égard des chofos corGALANT
IS
porelles & fpirituelles conjointes
, foit à l'égard de l'entendement
meſme , pour les
choſes purement ſpirituelles
ſeules , nous éleve ſans doute
au deſſusdes actions des Brutes,
de forte qu'elles n'y ſçauroienteatteindre
, & ne connoiffent
pas qu'elles connois.
feno, elles font ſans aucune
reflexion , & tout ce que leur
instinct ou raiſontres- imparfaite
qui refide dans leur imagination
, leur donne , eſt de
choiſir dans leur corporel ce
qui leur eft convenant , ou de
fuir ce qu'elles fententactuel
Kij
116 MERCURE
lement leur eſtre nuiſible!
Le Singe,par exemple, quoy
que tres-aviſé ſevoyant dans
un miroir ne connoiſt pas
que c'eſt ſon image , & va
chercher au derriere du miroir
le Singe étranger , qu'il
s'imagine avoir vû , & reitereroit
fans ceſſe cette action ,
fans jamais ſe détromper , &
ainſi du chien lequel ſe voyant
dans un miroir , aboyera &
grondera toujours contre ſon
image ſans la connoiftre, en la
prenant pour un chien étran.
ger , fans pouvoir connoiſtre
l'erreur de fon imagination ,
GALANT. 117
n'ayant pas de puiſſance fud .
perieure qui puiſſe la redreſſer
par aucune reflexion . Er dans
T'homme meſme , celuy qui
eſt trompé par ſon imagination
&par ſon raiſonnement,
ne reviendra pas de ſon erreur,
s'il n'eſt ſecouru par quelqu'un
qui ait l'imaginative ou
la diſcurſive plus élevée que
lafienne, & qui connoiſſe la
fource de ſon erreur , & luy
faſſe connoiſtre la verité .
Aquoy ajoûrant en faveur
del'homme la liberté qu'il a
de faire , oude nepas faire les
choſes qui font en ſa puiſſance,
118 MERCURE
& quoy qu'il connoiſle parfai
tement le bien & le mal , le
plaifir & le danger qui ſe preſentent
à l'execution de ſavo
lonté , c'eſt une prérogative
toute ſpirituelle , dépendant
abſolument de la volonté do
ſon ame ; elle établit une fi
grande difference entre l'homme
& la brute , qu'il n'y a
nulle comparaiſon à faire entre
l'une& l'autre, c'eſt à dire,
entre le corporel de la brute,
& la ſpiritualité de l'ame, parce
qu'il n'y a aucune proportion
entre elle & aucun corps
dela nature , ſinon avec celuy
GALANT i19
de l'homme , eſtant le plus
parfait de tous les corps , co
qui eſt une prérogative emi
nentiffime que l'hommepofſede,
entre les puiſſances de
fon ame,conſiſtant dans la pure&
libre volonté,& amour
qu'elle a reccuë de Dieu, qui
-eſt le ſeul &veritable principede
la charité pour noſtre
prochain , & de l'amour de
recour pour noftre Createur.
Aulicu que dans les Brutes
routes les actions ſont forcées,
&faites par neceflité , parce
que leur connoiffance ou inftinct
dépend abfolument de
}
120 MERCURE
leurs ſens & de leur imagis
nation , qui les entraiſnent
avec violence vers l'objet corporel
, quieft le plus convenant
à leur nature , fans pou
voir faireaucane reflexion ny
choix volontaires
Enfin, fi aprés toutes ces
démonstrations il y a un homme
affez malheureux pour ne
pas eſtre convaincu de la ſpis
ritualité , de l'intelligence, de
la reflexion , &de la liberté de
fon ame , ou qu'il veüille fo
priver luy meſme de ſes avantages,
je ſuis bien d'avis qu'on
Ie relegue à la qualité des Brutes
GALANT. 121
tes avec Nabuchodonofor ,
qu'ilbroute lesherbes & man.
ge le foin comme les boeufs ,
1. & qu'il vive avec eux à l'injure
du temps , nuit & jour ,
ainſi qu'eux , comme celuy
que Virgile appelle ,
Scmbi-ovemque virum ,semivirumque
bovem.
Etainſi il ſouffrira une punition
qui luy ſera bien deuë ,
juſques à ce qu'il foit revenu à
luy- meſme, & àla reconnoiffance
de l'immortalité de fon
ame, àl'imitation de ce Roy,
en ſe ſoumettant aux precepres
de la Loy ,& aux avertif
Janvier 1694. L
122 MERCURE
femens & remontrances des
Prophetes.
Mais quiconque voudra ſe
conferver les prérogatives de
fes puiſſances ſuperieures , il
commencora par ſe conoiſtre
luy- meſme dans ſon exterieur
&dans ſon interieur , Nofte
teipfum; car il eſt plus prompt
& plus facile de ſentir fon
corps ,& les mouvemens qui
s'y forment, que ceux qui luy
font étrangers,& hors deluymefme
, dans les ſujets voiſins,
ſoit pour le corporel ,
foit pour le ſpirituel; il entrera
fans peine dans la connoif
HGALANT. 123
fance de l'enchaiſnure des
genres &des eſpeces de la nature
dont il vient d'eſtre parlé
, & l'on ne pourra pas luy
multiplier les eſtres mal à propos
, c'eſt à dire , d'uneeſpece
ſeule,l'on ne luy en formera
pas pluſieurs , comme il arrivoroit
, fu l'on s'arreſtoit à la
lettre aux difcours que l'onat
tribue à Paracelſe ſur ceſujet.
Alorstila connoiſtra clairement
qu'il ne peut y avoir
qu'une eſpece humaine , bien
que ſon étenduë ſoit fi grande
,&que ſes individus , qui
font enſigrand nombre, nous
Lij
124 MERCURE
paroiſſent ſi differens les uns
des autres, car ils ont tous une
effence commune & ſpecifique,
laquelle eſt compoſée de
fix degrez un quart de qualitez
actives , chaleur & humidité
, ainſi que je vous l'ay fait
voir , lors que j'ay cu l'honneur
de vous communiquer
ma Phyſique , qui vous a ap
pris que les quatre qualitez
premieres élementaires , & par
conſequent les Elemens cont
eſté établies par les quatre differentes
impreſſions de l'Efprit
de Dieu , qui a actué la
matiere premiere du cahos
A
GALANT 125
lors de la Creation.
Que de ces quatre Elemens
font fortis les trois principes,
ou fubalternes naturels , par
l'aſſemblagedeſquels le point
phyſique a eſté compofé, dans
lequel il n'y avoit qu'un indiviſible
, c'eſt àdire , la ſimple
effencedechacune des quatre
qualitez ,au deſſous de laquel-
Je l'on ne pouvoir pas defcendre
fans tomber dans le neant.
Quece point contenoit virtuellement
le nombrede dix,
en vertu de laquelle puiſſance
il s'eſt multiplié juſques àdix,
pour compoſer la ligne; la
Liij
126 MERCURE
t
ligne s'eſt multipliée juſques
à dix autres lignes , pour compoſer
la furface , & ainſi dix
furfaces pour compofer le
corps abſtrait , ou l'effence du
corps , auquel la nature ayant
ajoûté le double de l'effence,
pour former ſon entité , il ſe
trouve que le corps naturel
eſtant de laforte compofé de
deux mille points , dans cha
cundeſquels il y avoit quatre
indiviſibles des ſuſdites qualitez
premieres , il poffede &
contient huit mille indivifibles
de qualitez premieres actives
&paffives.Enfinque tous
GALANT 127
2
ces indiviſibles de qualitez ſe
trouvent partagez en dix degrez
dans tous les ſujets corporels,
par la vertu decennai
re du point qui a regné dans
les lignes ,dans les ſurfaces , &
dans le corps abſtrait & con .
eret , ſçavoir quatre degrez
pour la qualité propre & dominante
, trois pour l'appro .
priée , deux pour la conves
nante , & une pour la contrairc;
& ce nombre de dix degrez
de qualitez ſe trouve en
chacun des differens ſujets
corporels qui compoſent le
monde , mais differemment,
Liiij
128 MERCURE
"
ou également diſtribuées.
Erparce que les qualitez actiyes,
dontil vient d'eſtre parlé,
montent dans l'eſpece humaine
juſques à ſept degrez & depour
avec deux degrez &
demy de qualitez paſſives faire
les dix degrez de toutes les
qualitez premieres élementaires
, actives & paſſives , diverſement
diſtribuées dans les
genres & eſpeces de la nature,
&qu'aucontraire il y a ſept
degrez & demy de qualitez
paſſives dans les genres de la
pierre & du métal , & deux
degrez & demy ſeulementde
GALANT. 129
qualitez actives, qui peu à peu
augmentent & furpaffent le
nombre des qualitez paſſives
•dans les genres du vivre & du
fentir , ainſi qu'il eſt prouvé
dans ma Phyſique , il s'enfuit
que pour l'entité de l'eſpece
humaine il y a un degré un
quart de qualitez actives chaleur
& humidité, qui ſe diſtribue
à chacun des individus
de l'eſpece, ſelon le degréauquel
ils s'y rencontrent en
particulier & individuellement.
Or comme ce degré un
quart, pour l'entité humaine ,
120 MERCURE
eſt compoſé demille indiviſibles
de qualitez actives, chaleur&
humidité , il ne faut
pas s'eſtonner enpremier lieu.
s'il y a un ſi grand nombre
d'individus dans l'eſpece hus
maine , car il ne faut qu'un
indiviſible de qualité , pour
faire differer un homme d'a
vec un autre , qui eſt la raiſon
pour laquelle chaque homme
eſt nommé un Individu , qui
ne poffede pas l'indiviſible de
qualité ,par lequel il ſurmonte
un autre, ou en eſt ſurmon
té , & fi vous confiderez que
les vingt-quatre lettres denos
CALANT. Igi
tre alphabet diverſement dif.
poſées fourniſſent un ſigrand
nombre de mots , dont on
s'eſt ſervi , dont on ſe ſert , &
. dont on ſe ſervira en noſtre
langue & en d'autres , l'on
peur bien conjecturer que
ces mille indiviſibles de quad
lité , diverſement difpofez &
diftribuez en autant de manieres
qu'ils le peuvent eſtre,
produiront un nombre prefque
infini d'individus.
En ſecond licu,ces mille indiviſibles
d'entité doivent
nous faire connoiſtre que l'en
tité de l'homme , eſt la plus
✔ 132 MERCURE
haute entité qu'il y ait dans
le genre animal , puiſque dans
les eſpeces inferieures à celles
de l'homme , l'entité ne peut
eſtre que d'un quart de degré
& un indiviſible , c'eſt àdire,
deux cens & un indiviſible de
qualitez actives , au lieu des
mille qui font dans l'eſpece de
l'homme,deſquels mille indiviſibles,
ily en a unepartie qui
ſert à compoſer ſes puiſſances
corporelles des fons &
de l'imagination , une autre
partie à compofer ſa puiſſan.
cediſcurſive , & le faire raifonner
corporellement & fpi
CALANT. 123
tituellement : & enfin l'auttrreeppaarrttiiee
( c'eſt à dire lequart
deces mille indiviſibles ) qui
eſt la plus épuréc, & la moins
corporelle , fert immediatement
à l'ame à ſpiritualiſer
toutes les eſpeces corporelles,
qui leyfont envoyées par les
puiſſances infericures, &à les
rendre propres aux actions
les plus ſpirituelles de l'entendement
, en forte qu'elle
puiſſe connoître d'abord ſans
raiſonner , & intuitivement
comme l'Ange à proportion
gardée.
En troifiéme licu , ſi les
134 MERCURE
Brutes raiſonnoient ſpirituel.
lement , ou connoiffoient ſans
raiſonner, à noſtre imitation,
elles ſe feroient entendre à
nous par leurs actions, & par
certains difcours , comme un
homme ſe fait entendre à un
autre , qui n'eſt pas de meſme
langue , plus ou moins, felon
leurs capacitez reſpectives ,
mais il y a trop de diſpropor
tion entre les brutes & nous
par les mille indiviſibles de
qualitez actives d'intervalle ,
&de difference , qu'il y a entre
leur entité & la noſtre , à
meſame proportion que l'Ele
GALANT 135
ment du fou eſt au deſſus des
autres Elemens en vertu &
vigueur. C'eſt pour cela que
noltre imagination a quatre
fois plus d'activité que nos
ſens exterieurs , ny que l'imagination
des brutes; noſtre
puiſſance difcurſive a de l'activité
&de la fubtilité quatre
fois plus que noſtre imagination.
Aufli noſtre imagianation
s'arreſte à la couleur
& à la figure exterieure des
corps ſeulement , & n'entre
nallement dans les eſſences
des choses que noſtre raiſonnement
ou puiſſance diſcur-
Y
136 MERCURE
1
five penetre; & crfin noftre
puiſſance intelle&ive eft qua
tre fois plus noble &plus
parfaite que la difcutive ,
quoy que la difcurfive conen
noiſſe les efſſences des choſes
corporelles , car l'entendeen
ment connoiſt les ſpirituelles
fans raiſonner , chacune de
nos puiſſances, demeurant
dans fon détroit , ſans que
l'inferieure forte ou aille au
deſſus de ſes limites & de ſa
ſphere d'activité.
Enfin nous n'avons point
découvert juſques à preſent ,
aucune marque de l'intelliGALANT.
137
gence des beſtes , ny de la
connoiſſance qu'ils ayent
cu de l'eſſence d'aucune cho
fe. Si elles en avoient cu, elles
nous auroient quelquefois
commandé à leur tour , &
nous en auroient communit
qué par leurs actions ,ou autrement
des preuves , ainſi
que les hommes fuperieurs
dans leur eſpece comman-
-dent , & fe font connoiſtre
àceux de leur melme eſpece
qui leur font inferieurs.
Ayant donc fait remarquer
les differences eſſentielles
d'entre les especes des
Janvier 1694. M
138 MERCURE
brutes , & l'efpece de l'home
medont les Individus ne different
point eſſentiellement
entre eux , ny par leurcorps
ny par leur eſprit , mais que
leur diverſité provient ſeulement
de leur entité corporelle
, qui eſt differente en
chacun d'eux , & qui dépend
des differentes conftellations
qui ont prefidé à leur naif
fance , des differentes parties
du ciel , ſous lesquelles ils vi
vent , & des differens climats
qu'ils habitent, l'on ne sçauroit
pas raiſonnablement fe
perfuader qu'il y a des hom
GALANT. 139
mes d'une autre nature que
ceux qui ont paru juſques
La diverſité d'individus ſe
. rencontre auſſi bien dans les
autres eſpeces que dans celle
de l'homme. Par exemple ,
dans l'eſpece du chien font
renfermez tous les differens
chiens de chaſſe , le barber ,
le chien domestique, le chien
fauvage , le chien & dogue
d'Angleterre tres feroce , le
petit chien de Bologne , fi
doux & ſi delicat , le loup ,
le renard & autres , qui font
fi fort differens les uns des
Mij
120 MERCURE
eſt composé demille indiviſibles
de qualitez actives, chaleur&
humidité , il ne faut
pas s'eſtonner en premier lieu,
s'il y a un ſi grand nombre
d'individus dans l'eſpece hus
maine , car il ne faut qu'un
indiviſible de qualité , pour
faire differer un homme d'a
vec un autre , qui eſt la raiſon
pour laquelle chaque homme
eſt nommé un Individu , qui
ne poffede pas l'indiviſible de
qualité , par lequel il furmonte
un autre, ou en eſt ſurmon
té , & fi vous confiderez que
les vingt-quatte lettres deno
CALANT. Izi
tre alphabet diverſement dif.
poſées fourniſſent un ſigrand
nombre de mots , dont on
s'eſt ſervi , dont on ſeſert, &
dont on ſe ſervira en noſtre
langue & en d'autres , l'on
peur bien conjecturer que
ces mille indiviſibles de quad
lité , diverſement diſpoſez &
diſtribuez en autant de manieres
qu'ils le peuvent eſtre,
produiront unnombre prefque
infini d'individus.
En ſecond lieu, ces mille indiviſibles
d'entité doivent
nous faire connoiſtre que l'ens
tité de l'homme , eſt la plus
132 MERCURE
haute entité qu'il y ait dans
le genre animal , puiſque dans
les eſpeces inferieures à celles
de l'homme , l'entité ne peut
eſtre que d'un quart de degré
&un indiviſible , c'eſt àdire,
deux cens & un indiviſible de
qualitez actives , au licu des
mille qui font dans l'eſpece de
I'homme,deſquels mille indiviſibles,
ily en a unepartie qui
fert à compoſer ſes puiſſances
corporelles des fons &
de l'imagination , une autre
partie à compoſer ſa puiffan
cediſcurſive , & le faire raifonner
corporellement& fpi .
CALANT. 133
tituellement : & enfin l'autrepartic
( c'eſt à dire le quart
deces mille indiviſibles ) qui
eſtla plus épuréc, & la moins
corporelle , ſert immediatement
à l'ame à ſpiritualiſer
toutes leseſpeces corporelles,
qui ley font envoyées par les
puiffances inferieures, &à les
rendre propres aux actions
les plus fpirituelles de l'entendement
, en forte qu'elle
puiſſe connoître d'abord ſans
raiſonner , & intuitivement
comme l'Ange à proportion
gardée.
En troifiéme licu , ſi les
134 MERCURE
Brutes raiſonnoient ſpirituellement
, ou connoiſſoient ſans
raiſonner, à noſtre imitation,
elles ſe feroient entendre à
nous par leurs actions , & par
certains difcours , comme un
homme ſe fait entendre à un
autre , qui n'eſt pas de meſme
langue,plus ou moins, felon
leurs capacitez reſpectives ,
mais il y a trop de diſproportion
entre les brutes & nOUS
par les mille indiviſibles de
qualitez actives d'intervalle ,
& de difference , qu'il y a entre
leur entité & la noſtre , à
meſame proportion que l'EleGALANT
135
:
ment du feu eſt au deſſus des
autres Elemens en vertu &
vigueur. C'eſt pour cela que
noltre imagination a quatre
fois plus d'activité que nos
fens exterieurs , ny que l'imagination
des brutes; noſtre
puiſfance difcurſive a de l'activité
&de la fubtilité quatre
fois plus que noſtre imagination.
Aufli noſtre imagi-
2nation s'arreſte à la couleur
& à la figure exterieure des
corps ſeulement , & n'entre
nallement dans les eſſences
des chofes que noſtre raiſonnement
ou puiſſance diſcur136
MERCURE
1
five penetre; & cenfin noftre
puiſſance intelle&ive eft quatre
fois plus noble & plus
parfaite que la difcutive ,
quoy que la difcurfive conen
noiſſe les eſſences des choſes
corporelles , car l'entendement
connoſt les ſpirituelles
fans raiſonner , chacune de
nos puiſſances demeurant
dans ſon détroit , fans, que
l'inferieure forte ou aille au
deſſus de ſes limites& de ſa
ſphere d'activité.
Enfin nous n'avons point
découvert juſques à preſent ,
aucune marque de l'intelliGALANT.
137
gence des beſtes , ny de la
connoiſſance qu'ils ayent
cu de l'effence d'aucune cho.
fe. Si elles en avoient cu, elles
nous auroient quelquefois
commandé à leur tour , &
nous en auroient communit
qué par leurs actions ,ou autrement
des preuves , ainſi
que les hommes fuperieurs
dans leur efpece commandent
, & fe font connoiſtre
àceux de leur melme efpece
qui leur font inferieurs.
Ayant donc fait remarquer
les differences eſſentielles
d'entre les especes des
Janvier 1694. M
:
138 MERCURE
brutes, & l'eſpece de l'hom
medont les Individus nedifferent
point eſſentiellement
entre eux , ny par leurcorps,
ny par leur eſprit , mais que
leur diverſité provient feulement
de leur entité corporelle
, qui eſt differente en
chacun d'eux , & qui dépend
des differentes conftellations
qui ont prefidé à leur naif
fance , des differentes parties
du ciel, ſous lesquelles ils vi
vent ,& des differens climats
qu'ils habitent, l'on ne sçauroit
pas raisonnablement ſe
perfuader qu'il y a des hom
GALANT. 139
mes d'une autre nature que
ceux qui ont paru juſques
icyn
La diverſité d'individus ſe
rencontre auſſi bien dans les
autres eſpeces que dans celle
de l'homme. Par exemple ,
dans l'eſpece du chien font
renfermez tous les differens
chiens de chaffe , le barber ,
le chien domeſtique, le chien
fauvage , le chien & dogue
d'Angleterre tres feroce , le
petit chien de Bologne , fi
doux & fi delicat , le loup ,
le renard & autres , qui font
fi fort differens les uns des
Mij
40 MERCURE
5
autres que la plupartdes hommes
qui ne font pas inſtruits
des principes de la Phyſique ,
les prennent pour de differentes
eſpeces , & ne sçavent
pas que chaque eſpece a trois
ordres par leſquels elle ſetermine
& ſe conſtitue , ſçavoir
le ſuperieur , l'inferieur, & le
mitoyen à meſme proportion
que le total de l'Univers
, & que ſelon le degré de
ces trois ordres où un Individu
ſe rencontre , il poffede
plus ou moins de perfection
de l'entité de ſon eſpece, &
cela fait paroiſtre d'abord de
SEGALANT. 141
ſecondes eſpeces qui feront au
a. nombre de trois , par rapport
aux qualitez & au nombre
des trois principes de la nature
fuperieur , inferieur , &
mitoyen : & de ces trois ſecondes
eſpeces , il en peut
fortir encore d'autres differentes
qui paſſferont pour de
troifiémes eſpeces , qui par
rapport au nombre quaternaire
des Elemens , feront diviſcés
chacune en quatre peeditos
eſpeces, ce qui produira
ede nombre de douze , & ainſi
3 cesdouze eſpeces jointes aux
trois de la ſuſdite premiere
142 MERCURE
2 diviſion ternaire , & à la prin
cipale & plus grande eſpece
de l'homme, feront paroiſtre
ſeize eſpeces humaines , tant
grandes que moyennes &
plus petites , qui ne feront
pas des differences effentielles,
mais fimplement acciden
pas
talles .
Il y a meſme des animaux
qui ſe trouvant dans le plus
bas degré de la grande efpece,
participent du degré ſupericur
de l'eſpece inferieure,
quant à l'exterieur ; de ma
niere que l'on a dela peine à
distinguer de laquelle des
L
GALANT. 143
deux elpeces ſupericure , ou
inferieure ils font , comme le
Borrachet parmy les plantes,
les Zoophytes , & aurres de
pareille nature , qui pour cela
ne formentpas une differente
eſpece ,ou qui ſoit nouvelle ,
autrement les eſpeces multipliroient
à l'infiny , comme
j'ay dit, ne pouvant trop le
repeter, pour éviter l'erreur.
Quoy que les hommes mediocres
ou vulgaires tombent
ordinairement dans cette mépriſes
il n'y a pas d'apparence
que Paracelſe , qui estoit le
plus profond Phyſicien de
144 MERCURE
1
fon ficcle , ait veritablement
crû que lesCreatures des Ele
mens , dont il fait la defcription,
ayent eſté de veritables
hommes , ou des eſpeces par
homm
ticulieres & extraordinaires.
Ainfiil ne faut pas s'arreſter
à la lettre ny à l'écorce des
termes dont il s'eſt ſervy, nyt
aux diverſes hiſtoires romaneſques
qu'il a faites fur ce fujet;
mais il eſt neceſſaire d'obſerver
dans quel eſprit ilma
parlé de ces fortes de Creatu
res ; de leur nature , actions,
inclinations , & politique , &
de leurs differens Sexes ,
La
3
GALANT. 145
Lapremiere chofe qu'il fait
engeneral , eſt de leur donner
le nom deGnomes , aufquels
il attribuëun corps fpirituel,
• penetrable , & penetrant fans
peine , ou paſſant au travers
des montagnes , rochers &
maifons qu'ils habitent , fans
rien rompre ny faire d'ouverture
, & avec autant de facilité
que l'Oiseau dans l'air, &
le Poiſſon dans l'eau , foit au
Sexe mafculin , ſoit au femi .
nin , mais qu'ils n'ont point
l'ame immortelle , finon en
cas qu'ils ſe marient avec nous,
&que leurs enfans auront auſſi
Janvier 1694.
N
7
146 MERCURE
une ame immortelle audit
cas.
Enfuite il donne aux Pyg
mées ouNains,quihabitentles
Mines & lieux ſouſtertains ,
une nature terreſtre aux Nymphes
une nature aquatique, les
faifant tres-belles , pures &
nettes, préſidant aux caux ,
mais tres fieres , impericuſes,
&jaloufes de leur parole , &
de la foy qu'on leur donne,
fans pouvoir fouffrir aucune
chofe d'étranger & d'impur ;
aux Sylphes & Sylphines und
nature aërienne , tenant par
leur Sexe feminin auxNym
GALANT. 147
phes,&par le mafculin aux
Salamandres ; & enfin aux Sa.
lamandres une nature ignée ,
contenant la nature& la perfection
des précedentes Creatures
, ſoit qu'elles foient pures
Salamandres , mafculines,
foitqu'elles foient feminines,
& participant un peu de la
nature aërienne . : こ
Avant Paracelſe , ces Creatures
mafculines & femininescont
eſté reduites à deux
extrêmes oppoſez , ſçavoir les
Pygmées de petite ſtature ,
mais fermes & terreſtres ; &
les Gruës,qui deſcendoient du
Nij
148 MERCURE
Ciel en grand nombre pour
combattre & furmonter les
Pygmées , ainſi qu' Homere l'a
expoſé dans fon Odyffée.
Ovide, dans la Fable de
Phaeton , a décrit ces Creatures
& Elemens , ſous le
nom des quatre chevaux du
chariot du Soleil , ſçavoir Pythocis,
Eous,Athon & Phlegmon,
tout celestes & pleins de
vigueur & d'action psi
Poliphile dans ſon Songe
, a décrit ces quatre Elemens
tres-purs & tres nobles ,
avec leur quinteſſence , ſous
les figures & perſonnes de
GALANT. 149
cinq Demoiselles de haute
qualité ,la premiere deſquelles
il nomme Geufie , pour
exprimer la Terre , à laquelle
ſe rapporte le ſens du gouft.
La ſeconde Ophrafic , pour
fignifier l'Eau , à laquelle ſe
rapporte l'odorat.
La troifiéme Acoé , pour
fignifier l'Air , par rapport à
'Qüic..
La quatriéme Horafie, pour
fignifier le Feu , par rappott à
Jar veuë....
1201 Et Aphaé , pour ſignifier la
quintefience des Elemens , par
rapport au Tact , ſans lequel
Niij
150 MERCURE
les autres ,fens n'ont point
d'action , non plus que les
Elemens fans l'aide de la
B
quinteſſence , qui les met en
mouvement.
Remond- Lulle veut auffi
que les quatre Elemens grof
fiers & impurscomme ils font,
dans le globe de la Terte & de
l'Eau , foient fubtilicz & dépoüillez
de la corporalité ,
fans neanmoins crever la boëre
de la quinteſſence , c'eſt à
dire, le ſubtil corporel où elle
elt enferméc .
Ce fonr ces fortes d'idées,
& autres encore plus occultes,
GALANT. 150
ſous lesquelles les Philoſophes
les plus veridiques , predeceffeurs
& fucceffeurs de Remond
Lulle & de Paracelſa,
qui ont entrepris de faire l'excellent
Ouvrage qu'ils appellent
leur petit Ciel , ou Medecine
Univerſelle , ont prétendu
dans leurs écrits, nous
perfuader que leut veritable
matiere eſtoitde nature celeftc
, quoy que provenant du
centre de la Terre & de l'Eau
. du grand monde , où la quinteſſence
eſt engagée&arrêtée,
que c'eſt delà qu'ils tirens tout
ce dont ils ont beſoin , fans
N iiij
152 MERCURE
avoir recours à aucun mineral,
ou mixte parfait & déterminé
, lequel leur feroit abfolument
nuiſible ; que de cette
matiere par leur art ,& l'aide
de la nature, ils ſeparent la
Terre , l'Eau , l'Air, & le Feu;
que l'Eau eſtant impreignée
du feu dela Terre, calcine &
fubtilie parfaitement enpoudre
impalpable cette terre ,
qu'elle diviſe en terre mafcu
line & feminine , & ainſi des
autres Elemens , affurant qu'il
s'y rencontre toujours deux
Sexes , qui forment les caux
ſimples & fubtiles, leursEaux
1
GALANT. 153
de vie , & Laits virginaux ,
leurs Mercures purs , leurs
Souphres purs ,& la quinteffence
de ces Mercures &
Souphres qu'ils appellent
le fel de Nature& des Sages ,
avec lesquels Elemens & diffolvans
, ou menſtruës , ils
diffolvent ce ſel,& en font les
ames des ſept Planetes , les
nourriſſent d'abord de viandes
delicates ,puis de plus folides,
&ainſi arrivent à la perfe.
ation de cet oeuvre merveil.
leux , & inconnu à la pluſpart
des hommes , meſme aux plus
intelligens , fi ce n'eſt par une
grace particuliere d'en haut ,
154 MERCURE
Pauci quos aquus amavitJupi
ter.
-Ainfi les creatures des Ele
mens de Paracelſe ne peuvent
eſtre que les matieres qui
viennent d'eſtre remarquées,
qui font les eſprits corporels
à la veriré des quatre Elemens
tres proches (& fans moyen )
à la quinteffence celefte ,&
non pas de veritables creatures
humaines , deſquelles il
n'a emprunté la figure & la
reſſemblance , que pour marquer
la nobleffe & excellence
de ces Elemens , comparable
à la dignité de l'homme , ou
GALANT5
du moins de fon corps.
Ces Philoſophes ajoûtent
que la nature immortelle, que
: les creatures des Elemens acquierent
par le mariage , &
qui paſſe à leurs enfans , n'eſt
fimplement que la veritable
conjonction &union infepa-
(rable des Elemens fixes avec
les volatiles; que labeauté des
Nymphes , leur fierté & leur
pouvoir abfolus avec leur ja
loufie & vangeance
qu'on ne leur tient pas la parole
& la foy qui leur a cíté
donnée , marquent l'avantage
qu'elles ont fur les autres
lors
156 MERCURE
creatures des Elemens , pen
danttout le cours de l'ouvra
gega
ge ; qu'elles font dégagées de
la groffiereté de la matiere ;
qu'elles font toutes celeſttes ,
& l'un des extrêmes de leur
oeuvre , c'eſt à dire qu'elles y
tiennent lieu de cet oeuvre,&
contiennent beaucoup del'efprit
univerſel , pour avec les
Pygmées qui reprefentent la
terre & le fixe , compofer les
Sylphes , Sylphines, Salamandres
& Salamandrines , uſant
par cette voye du pouvoir ,
que les corps celeftes ont fur
la terre& les autres Elemens ,
GALANT. 157
qu'elle contient , en les preparant
, & diſpoſant àune
forme plus noble de regime
enregime , juſques àcequ'elles
ayent donné au ſouffre
(qui eſt leur ferviteur rouge)
la moitié de leur autorité : &
que par la continuation & fidelité
de leur mary , elles ne
foient plus obligées à faire divorce
, & foient unies inſeparablement
avec luy , pour acquerità
cux & à leurs enfans,
un corps immortel , c'eſt à dire
tout à fait fixe , car autrement
& en cas qu'ellesſentent
quelque ſujet estranger avec
:
158 MERCURE
lequel leur mari & ferviteur
ſe veüille allier & conjoindre,
elles l'abandonnent ſans efperance
de retour ,& ainſi il demeure
privé de tous les avantages
qu'il pouvoit efperer de
leur mariage & fidelité reciproque...
Que le grand nombre d'hiſ
toires , que Paradelfe fait , des
amours & avantures des Nymphes,
& entre autres de Perfi
na & de Melufine, n'eſt à aptre
deſſein , que pour averrir
les artiſtes , des écucils qui les
menacent , comme la viſite
du Roy Helmas mari de PerGALANT.
159
.
fina pendant ſes couches , &
celle du Comte Remond de
ſa femmeMelusine , pendant
ſes bains , le Samedy . ce qui
irrita ces deux Nymphes, parceque
leurs maris leur avoient
promis le contraite , & qu'ils
ne les verroient ny ne les vifiteroientpoint
en ces temps
là;mais les laiſſeroient en re-
P p
os, & elles abandonnerent
leurs maris par cette raifon ,
& les rendirent miferables,
ce qui ſignifie, ſelon tous les
Sçavansſur cette matiere,qu'il
ne faut pas remuer le vaiſſeau
pendant le regne de Saturne,
160 MERCURE
c'eſt àdire pendant la putre
faction , auquel ces mouvemens
de nature ſont dediez &
que l'on ne doit pas les troubler,
mais bien les laiſſer agir
en liberté , ainſi que Perfina
pendant ſes couches , & Mclufine
pendant ſes bains du
Samedy,vouloient faire pour
pouvoir bien te purger &
nettoyer.
Que les Syrenes marquent
l'état dangereux auquel eſt
cet oeuvre, lors que l'eau brillante
& éclatante comme la
lumiere regne , car à moins
que l'on n'imite Uliſſe , le
GALANT 161
quel pour ſe deffendre de
leurs beautez & de leurs voix
charmantes , fit boucher de
cire les oreilles de ſes Nautonniers
,& au mesme inſtant ſe
fit lier & attacher au mats de
fon vaiſſeau , & évita par co
moyen le peril , auquel l'approche
de ces Syrenes avec
leurs charmes l'auroit reduit
c'eſt à dire, que lors
que l'eau du ſujet paroiſt
blanche comme une piece de
cristal brillante & lumineuſe,
il faut lalier étroitement com
me Uliſſe le fut au mats de
fon Vaiſſeau , luy adminif-
د
0
162 MERCURE
trer de la terre tres pare , &
arreſter par ce moyen lemou
vement trop grand de certe
cau , finon l'ouvrage ſe diffi
peen fumée , & au contraire
fi dans une autre occafion ,
l'on adminiſtre trop de terre,
le feu qui s'y rencontre, brûle
& confume en cendre le
fujet , c'eſt pourquoy lon
doit exactement balancer la
terre avec l'eau .
Que l'immortalité desGnomes
confifte dans la fixité
temperée , & la conjonction
intime de ces deux Elemens ;
ainſi qu'on peut conjecturer,
par ce qui vient d'eſtte dit.
2
GALANT. 163
Enfin que le ſecret que decs.
cft le
mandent les Nymphes , le
Symbole de celuy, qui eft abfolument
neceſſaire dans l'entrepriſe
, conduite, perfection
&ufage de cette medecine ,
autrement la pette de l'operateur
eft inevitable.
Etau contraire toute forte de
bonheur &d'intelligence luy
font affurez, il peut s'élever
à la ſcience de la cabale
toute divine , ſelon Remond
Lulle, quoy que l'Auteur du
• Livre du Comte Gabalis l'ait
tournée en ridicule avec tous
les Cabaliſtes & les Prophetes
:
O1j
164 MERCURE
divins , fans épargner Adam,
Noé, ſes trois enfans , & leurs
femmes , & pluſieurs autres
dont l'Ecriture parleрeв
e
Je vous ay rapporté, Monſieur
, toutes ces particularirez
, plûtoſt pour fatisfaire à
voſtre curiofité, que pour
vous perfuader , attendu les
labytinthes tres obfcurs& facheux
, dans lesquels tous ces
Philoſophes Hermetiques ont
embaraffé leur ſcience , ce
qu'ils reconnoiffent affez bien
en diſant qu'il faut eſtre infſtruit
par un fidelle Amy , ou
par quelque revelation particuliere
d'en haut , ou par une
GALANT. 165
pafaite connoiſſauce de la
a Nature , & cela nous conduit
à une impoffibilité morale
d'acquerir ce trefor facré.
Je finis en vous fuppliant
d'excuſer la foibleſſe de mes
penſées & de mes expreſſions,
Butépondant à celles de mon
el âge de ma ſanté , & de ma
main, dont je vous ay averty
dans le commencement de
ko cetic,Lettre , & fuis voſtre ,
Je reſerve pour l'une de mes
premieres Lettres , le ſecond
article de ce Traité , qui eſt
166 MERCURE
fur ce qui regarde les Stryges
deRuffie.
Vous avez appris par les
Nouvelles publiques que Madame
la Ducheffe de Chartres
eſtoit accouchée le mois paſſé
d'une Prineeffe , qu'on appelle
Mademoiselle de Valois .
C'eſt ce qui a donné ſujet à
M' Robinet de marquer fon
zele à Leurs Alteſſes Royales ,
par les Vers que je vous end
voye , comme il a coutume
de le faire dans toutes les occaſions
qui ſe preſentent. 1
GALANT. 167
2522221525242-2525
A SON ALTESSE ROYALE
MONSIEUR LE DUCA
DE CHARTRES ,
Sur la Naiſſance de Mademoiſelle
de Valois
J
EuneHeros,qui cherchez de
lonne
:
Bel
Les dangereux Lauriers qu'en ses
champs on moiſſonne ;
Vostregloire estpleine en cejour.
Aux fameux exploits de la Guerre,
Où vous estes un vray Tonnerre,
Vous avezjoint ceux de l'Amour.
168 MERCURE
Onen voit une Grace naistre,
Qui fait paroistre
Que vous estes , tour à tour,
En Guerre , en Amour déja Maistre.
ASon Alteſſe Royale Madame
la Ducheſſe de Chartres.
Eune & charmante Princeſſe
IllustreSangde l'Auguste Louis,
Qu'en nostre Cour vous causez
d'allegreffe!
Les coeurs de joyeysont épanoüis.
Vous luy faites voir une Grace
Pourpremierfruit devosamours,
AvecunPrinceen qui le Dieu de
Thrace
Allume toussesfeuxdésfesplusjeunes
jours.
Par la ſplendeur du Sang au plus
haut rang conduite,
On
GALANT. 4169
On attendde vous dans lasuite
Le vray chef-d'oeuvre de l'Amour.
C'est un Filsſemblable à fon Pere,
Comme la Fille eſt ſemblable à la
Mere.
Hastez vous, preſſez- vous dele produire
au jour.
Quelle gloire pour vous ! quelplaifer
pour la Cour!
A Leurs Alteſſes Royales
Monfieur & Madame .
Auguſtes Alteſſes Royales,
Queles prosperitez,
Quelles felicitez
Aux vostres sont égales ?
Vous avez tout ce que vous souhai-
Jez ,
Vous voila Grand- Pere &Grand-
Mere .
Janvier 169.4 P
170 MERCURE
En la ſaiſon de vos beaux jours,
Vous voyez de vostre Hymenée
Une brillante Lignée
Qui va croiſtre toujours.
Vous y verrez des Graces , des
Amours,
Des Heros &des Heroines .
Veüille le Ciel , à ses faveurs divines
, P
Pour remplir vos souhaits , donner
unfort long cours.
Le defaut des plaisirs , c'est souvent
d'estre courts.
Les malheureux ne ſçachant
à quiſe prendre de leurs difgraces
, accuſent ſouvent les
innocens ; c'eſt ce qui a attiré
à M' le Marquis de Gaftanaga,
GALANT. 171
cy- devant Gouverneur des
Pays - Bas pour Sa Majesté
Catholique , les affaires dont
il eſt heureuſement forty.
Voicy ce que l'on écrit ſur ce
fpjet.
ENfin les traverſes que
Monsieurle Marquis de
:
Gastanaga qui est preſentement à
Madrid,afouffertes avectant de
fermeté , font heureusement finies.
Le Roy l'a reçeu avec des
marques toutes particulieres de
ſabienveillance, il a eu l'honneur
pluſieurs fois de luy baifer
la main,&celles des deuxRei-
Pij
172 MERCURE
nes. Depuis son arrivée tous les
Seigneurs du Conseil d'Eflat
l'ont esté voir ainsi que tous les
autres Ministres , Grands d Efpagne
& Ministres des Princes
Estrangers , l'on peut dire que
juſques à present il ne s'est veu
aucun Vaßal du Roy qui ait efté
reçeu univerſellement avec un
accueil plusfatisfaisant , ny avec
des marques de civilité plus obligeantes
, nonseulement en cette
Cour ; mais dans toutes les Villes
& lieux d'Espagne où il a
paſſe & esté en arrest , & en
pluſieurs autres que l'on a ſcen ,
avoir celebré en ce rencontre la
GALANT. 173
bonne justice de sa Majesté par
des demonstrations publiques qui
ont marqué la farisfaction &
l'applaudiſſement univerſel avec
lequel on prouve en Espagne la
force & le pouvoirde la verité,
d'autant plus qu'il est manifefte
que le tout s'est passé ſans que ce
Marquis ait eu la meindre communication
des calomnies qu'on
luy avoit imposées , ny pu renpoyees
, n
dre aucun devoir pour s'en juftifier
ou deffendre , ny mesme scen
le ſujet de son arrest . Enfinl'on
pourr
pourra connoistre par les clauses
fi expreſſives & fatisfaisantes
des Decrets on Declarations que
Piij
174 MERCURE
leRoy afaites en ſafaveur , la
juste confiance que fa Majesté
a enſa perſonne & les honneurs
graces que ceMarquis en doit
en peut attendre.
Traduction de l'Eſpagnol du
Decret envoyé par le Roy
auConſeil d'Eltar,
AFont desMinistresd'E
Yant fait voir dans une
-
ftat, de guerre of de justice de
mon entiere approbation pour leur
experience integrité&doctrine,
l'informationfaitepar le Sur- Intendant
General de la Justice
GALANT. 1175
ayant
Militaire au Pays- Basfur les
charges dont l'on avoit accusé le
Marquis de Gastanaga au regard
deſon procedé dans les Gouvernemens
des Pays- Bas ,
confileré&examiné la matiere
avec toute l'attention & circonſpection
proportionnées àfon importance,
j'ay refolu de declarer
enJustice que le Marquis afatisfait
entierement aux obligations
de fon sang & agi comme
bon General&Gouverneur,s'aquittant
en cet employ & dans
tous les autres que j'avois confiez
à ses experiences Militaires
, avec tout le zele que j'a
P iiij
176 MERCURE
vois attendude luy , & dont je
me tiens pour bien fatisfait , en
confequence dequoy je l'absous ,
le declare libre de toutes les
calomnies &charges qu'on luy a
faites en ladite caufe, le tenant
pour ses longs & agreables fervices
pour tres digne de tous les
honneurs esfaveurs de ma gratitude
ainſiqu'il l'experimentera
dans les occafions qui s'offriront
de ſa convenance. Le Conseil
d'Estat ſe tiendra pour informé
pour plus grandefatisfaction
& reputation du Marquis , j'ay
ordonné que dans les Actes de
cette caufe&en tous autres enGALANT.
177
7
droits où il couviendra , ſoit tenuë
Note de cette reſolution , en
telleforte qu'il en confte en tout
temps: 4
Ce Decret eſtoir écrit de la
main de ſa Majesté datté de
Madrid du 20. Octobre 1693,
& adreſſé à Dom Criſpin
Gonzales Botello , Secretaire
du Conseil d'Estat .
Traduction de la Lettre de
Dom Crifpin Gonzales Botello,
Secretaire d'Estat , que
( par ordre de ſa Majefté ) le
Conſeil d'Eſtat de la Monarchic
, a fait écrire au Marquis
178 MERCURE
de Gaſtanaga enſuite dudit
Decret du Roy.
EXCELLENTISSIME SEIGNEUR,
LERoy
ERoy noftre Sire , ayant
Jordonné de former
de Ministres d'Estat, de Guerre,
de Justice , defon entiere fatisfaction
, à cause de leur integrité&
experience , afin qu'on
yvist comme l'on afait , l'information,
que le Sur- Intendant
General de lafufice Militaire
au Pays-Bas ,y avoit dreſſée ,
par ordre defa Majesté ,fur les
charges que l'on avoit imposées
former unefointe
CALANT. 179
àvoſtre Excellence , touchant ce
qui s'estoit passé pendant fon
Gouvernement des Pays Bas,&
l'affaire ayant esté venë&examinée
avec l'attention of circons
Spection que l'importance du cas
exigeoit Sa Majestéa bien voulu
declarer en Justice, que vostre
Excellence s'est parfaitement acquitée
deſon devoir , &a fatisfait
aux obligationsde fa qualité,
ayant agy en bon General
& Gouverneur, &merité
parfon zele, la confiance quefa
Majesté luy avoit faite de cet
employ,de mesme qu'en tout autres
qu'elle a confié àfes experien180
MERCURE
ces Militaires, dont sa Majesté
est pleinement fatisfaite ,&fe
tient pour bien ſervie ; de forte
qu'elle abſout &décharge vostre
Excellence de toutes les calomnies
charges qu'on luy avoit
imposées dans la cauſe ſuſdites
declarant voſtre Excellence digne
pour ses longs & agreables
Services, de tous les honneurs &
faveurs de sa Royale gratitude ,
ainſi que voſtre Excellence l'experimentera
aux occafions defa
convenance ; ce que sa Majeste
a bien voulu faire connoiſtre à
Son Confeil d'Estat parfon Royal
Decret du 20. du courant or-
A
CALANT. : 181
en tout
donner que pour la plus grande
Satisfaction & credit de vostre
Excellence , cette reſolution ſoit
annotée au Procés,
autre endroit qu'il conviendra ,
afin qu'il en conſte en tout temps.
J'en avertis voſtre Excellence,&
luy en ſouhaite à la bonne heure,
rejoüiffant que les contre.
temps que vostre Excellence a
foufferts ,se font enfin terminez,
ainſi que je l'avois toujours efperé,
par une fin fi glorieuse chonorable
; esperant auffi de luy
pouvoir reiterer les mesmes souhaits
pour d'autres faveurs que
vostre Excellence peut & doit
me
182 MERCURE
attendre avec tant de justice de
la fupreme équité deſa Majeftè,
Nostre Seigneur ait voſtre Excellence
en ſa ſainte garde c
De Madrid le 21. d'Octobre .
1693. Signé Dom Crispin Gonzales
Botello; la ſuſcription par
Le Roy au Marquis deGastana
ga mon Parent , à Segovie.
Le je ne ſçay quoy dans une
Perſonneque l'on trouve aimable
, fait quelquefois tout
d'un coup des impreffions fi
vives , que quelque effort que
l'on faffe pour les affoiblir , il
n'eſt pas poſſible d'en venir à
GALANT. 183
bout.UnOfficier revêtu d'une
Chargetres- confiderable dans
laRobe , en a fait l'épreuve
depuis quelque temps. Il eſtoit
dans le deſlein de ſe marier,
&l'ayant communiqué à un
Amy dont il prenoit les avis
en toutes chofes , cet Amy
luypropoſa une Fille de naiffance
, dont il devoit avoir
lieud'eſtre content , & pour
Ic bien , & pour la beauté. Le
Party luy ayant paru affez
convenable de toutes manieres,
il ne fut plus queſtion
que de ſçavoir ſi laDemoiselle
auroit àſes yeux tous les agré184
MERCURE
mens que ſonAmy lui donoit.
Comme ce ſont de ces choſes
qui dépendent purement du
goust ,, il voulut voir , avant
que deconſentir à ſe declarer,
quel effet feroient fur luy les
charmes qu'on luy peignoit
fi touchans. Ce qu'il ſouhaitoit
eſtant fort juſte , fon
Amy luy apprit l'heure où
cette aimable perſonne alloit
tous les jours à uneEgliſe qu'il
luy nomma, & en luy marquant
la place où elle avoitaccoutumé
de ſe mettre, il ajoûta
qu'il luy ſcroit fort aile de
la connoiſtre par un Laquais
GALANT. 185
d'une livrée affez finguliere,
pour la diftinguer ſans peine.
L'Officier prévenu par fon
L'Officier
Amy de ſentimens favoraibles
pour la Belle, ne manqua
pas dés le lendemain d'aller
àl'Egliſe où il eſperoit la voir,
&le Laquais de livrée l'ayant
frapé , dés qu'il jetta les yeux
vers l'endroit marqué , il vit
devantle meſme Laquais une
jeune Demoiselle d'une taille
fine & dégagée , qui répondoit
à ce qu'on luy en avoit
dit. Il s'avança pour eſtre en
pouvoir d'obſerver ſes traits
plus commodement ,& il les
Janvier 1694. -
186 MERCURE
trouva fi doux & fi piquans
tout enſemble , que ne pou
vant ſe laſſer de la regarder,
on peut dire qu'il ne vit qu'
elle dans toutel'Eglife . Aprés
qu'il cut joüy quelque temps
de cette charmante vevë , il
fut abordé par fon Amy , qui
luy demanda s'il eſtoit con-.
tent . L'Officier l'embraſſa avcc
tranſport , & luy avoüanequ'il
eſtoit charmé , il l'aſſura qu'il
Iny devroit tout s'il farfoit
conclurre au plûtoſt le mariage.
Son Amy voulut l'emmener
hors de l'Egliſe pour
conferer avec plus de hberté
fur les meſures qui estoient à
GALANT 187
prendre, & l'Officier répondit
qu'il n'eſtoit pas aſſez ennemy
de fon bonheur , pour ſe priver
du plaisir de voir la
Belle , tant qu'elle demeureroit
dansle lieu où elle eſtoit.
Ces paroles étonnerent
fon Amy , qui venoit de
rencontrer dans la ruë celle
qu'il vouloit luy faire époufer;&
fur ce qu'il luy en dit ,
l'Officier qui ne vit plus de
Laquais derriere la Belle qui
avoit attiré tous ſes regards ,
fut convaincu qu'il s'eſtoit
trompé , mais la tromperie ne
changea rien dans ſes ſenti
Qija
188 MERCURE
mens, il conſerva tout l'amour
qu'il avoit pris , & en priant
fon Amy de jetter les yeux
fur cettebelle perſonne, il luy
demanda s'il la connoifloit.
SonAmy luy répondit , que
ne l'ayant jamais veuë , il ne
croyoit pas qu'elle fuſt de ce
quartier,mais quoy qu'iltombaſt
d'accord qu'elle estoit
bien faite & avoit de la beauré
,il dit que la Demoiselle
dont il luy avoit parlé n'en
feroit pas effacée, & qu il vouloit
venir avec luy le lendemain
dans le meſme lieu pour
la luy montrer. L'Officier n'é-
7
GALANT. 189
couta rien. Il avoit l'eſprit entierement
occupé de celle
* qu'il trouvoit fi digne de ſon
admiration , & la regardant
toujours , il s'en remplit tellement
le coeur,qu'il fut inca-
> pable de penter à autre choſe.
Dans ce moment, deux Dames
d'une qualité fort diftinguée
vinrent dire quelque
choſe à l'Officier , & l'honneſteté
l'ayant obligé à écouter
tout ce qu'elles avoient à
Juy dire ſur une affaire qui les
regardoit,il interrompit malgré
luy l'application qu'il avoit
à tenir les yeux tournez
190 MERCURE
du coſté où alloient tous ſes
defirs , en forte que quand
elles curent achevéde luy parler
, il ne vit plus l'aimable
perſonne qui avoit gagné fon
coeur.Ce fut pour luy un chagrin
inconcevable. Il courut
hors de l'Eglife fort afleuré
de la reconnoiſtre s'il pouvoit
l'appercevoir , mais comme
il y avoit differentes portes
, il la chercha d'un coſté
tandis qu'elle alloit de l'autre.
Son empreſſementà s'informer
d'elle chez tous les
voiſins qui la pouvoient a
voir remarquée , parut ure
GALANT. 19
choſe rare àſon amy. Il luy
demanda comment il ſe pouvoit
faire qu'il cuſt pris feu
d'une maniere ſi vive par une
premiere veuë, fur tour quand
il pouvoit bien s'imaginer ,
que quelque belle que fuft
l'inconnue , elle n'auroit ny
le bienny la naiſſance qui ſe
rencontroientdans laDemoiſelle
qu'il avoit pretendu luy
faire voir . L'Officier luy repondit
qu'il eſtoit bon quelquefois
de s'abandonner à fon
étoile ,& que la fienne l'entraînoit
avec tant de violence,
qu'il n'eſtoit pas enpou
192 MERCURE
voir de luy reſiſter. Cepen
dant toutes ſes recherches
ayant etté inutiles, il s'en confola
par l'eſperance de revoir :
la Belle dans le meſme licu
d'où elle venoit de luy échap
per. Il y retourna le lende
main & les jours fuivans , &
quelques curieux regards qu'il
jetaſt par tout , il ne put la
découvrir . Le malheur de nel
l'y pas rencontrer luy futdiaurl
tant plus ſenſible qu'il faifoirl
ſon ſeul plaifir d'entretenier
les idées flareuſes qu'il en
voit conſervées . Rien , folon'
luy, n'approchoit de l'Inconnuë
GALANT. 193
nuë. Les plus brillantes beautez
luy paroiſſoient fades lors
qu'il en faiſoit la comparaifon,
& il remarqua plus d'une
fois la jeune perſonne pour
qui ſon Amy s'intereſſoit, fans
qu'il luy trouvaſt un trait
dont il puſt eſtre touché. Il
avoüoit qu'il n'eſtoit pas raifonnable
, & reconnoiſſant
luy meſme l'inutilité de ſes
ſentimens , il cherchoit à le
defaire d'une paſſion dont il
⚫ne pouvoit attendre qu'un
trouble d'eſprit continuel, de
l'inquietude & du chagrin ,
mais les combats qu'il ren-
Janvier 1694. R
194 MERCURE
doit augmentoient ſa peine ,
&ne ſervaient qu'à le tendre
encore plus malheureux. Enfin
des Dames de ſes parentes
, pleines d'eſprit , & qu'un
enjoüement tout agreable faifoit
rechercher de tout le
monde,voulant diſſiper ſa melancolie
, l'engagerent à une
partie de campagne , où el .
Ies devoient paſſer quelques
jours. Il ne confentit à les y
accompagner , que parce qu'il
cruty eſtre plus libre à entretenir
ſes reſveries. Quoy qu'-
elles cherchaſſent à luy procurer
differens plaiſirs, il n'ai
GALANT. 195
moit rien tant que les promenades
folitaires. C'eſtoit- là
qu'il ſe repreſentoit ſans nulle
contrainte , les charmes de
-ſon aimable Inconnue , &
vous pouvez croire que fon
imagination s'échauffant , il
ſe la peignoir mille fois plus
belle qu'il ne l'avoit veuë. Il
y avoit huit ou dix jours qu'il
eſtoit en ce lieu là , lors que
ſes Parentes furent invitées à
une fort grande Feſte qui ſe
preparoit dans un Village
voiſin. Il refuſa fort longtemps
d'aller prendre part à
ce divertiſſement , & fi elles
Rij
196 MERCURE
n'euffent ufé d'une autorité
qui eſt permiſe au beau ſexe,
il feroit demeuré ſoul abandonné
à luy-meſme , ce qui
luy auroit fait un fort grand
plaifir.On le reçutdans lamaiſon
où il fut menés comme
un homme qui tenoitunrang
tres confiderable, & dont le
credit eſtoit eſtimé. Chacun
s'empreſſant à luy fairehonneur
, on luy adreſſoit toujours
la parole ,& vous jugez
bien qu'ayant l'efprit oc
cupé , il fouffroit beaucoup
d'une converfatión quilone
pouvoit interrompre. L'heuGALANT
197
3
re du dîné eſtant venuë , on
eſtoit preſt àſervir ſur table,
lors qu'on vit encore entrer
quelques Dames qui avoient
eſté priées de la mesme Feſte.
Ellos avoient fait leur
compliment au Maiſtre de la
Maiſon ſans que l'Officier
cuſt jetté les yeux fur elles ,
&le hazard , fans aucune curiofité
les luy ayant fait enfin
tourner du coſté où elles étoient
, il reflentit tout d'un
coup une émotion ſecrete ,
&crutaremarquet labelle perſonne
qu'il avoit cherchée
inutilement. La crainte qu'il
Rij
198 MERCURE
cut de ſe méprendre , luy fit
avoir une attention extraordinaire
à l'examiner , & aprés
l'avoir bien regardée , fon
coeur l'aſſeura ſi fortementque
c'eſtoit elle,qu'il n'eut aucun
ſujet d'en douter. Il crut avoir
fait un fonge,tant la rencontre
luy paroiffoit ſurprenante.
Il ne put ſe rendre
maiſtre de luy- meſme, &s'aprochant
d'elle dans le mefme
inſtant, il luy dit qu'il n'y
avoit point lieu de s'eſtonner
ſi elle ne s'eſtoit pas montrée
pluſtoſt , puiſqu'il eſtoit
juſte que les belles perſonnes
GALANT. 199
ſe fiſſent attendre. Elle répondit
fort civilement à cette
galanterie , & il fit fi bien
enfuite qu'il ſe plaça auprés
d'elle pour l'entretenir pendant
le repas . Ses Parentes,
fort éloignées de rien ſoupçonner
de cette avanture , furent
bien aiſes de voir qu'il ſe
diſſipoit avec la Belle, qui de
fon côté trouvoit de la gloire,
à recevoir les ſoins & les com.
plaiſances d'un homme de fon
caractere.Il apprit d'elle qu'elle
demeuroit dans ce voiſinage
de campagne, & ne faifoir
Paris que de courts voyages,
Riiij
200 MERCURE
τ
logeant chez une Dame de
ſes Amics dans le quartier ou
eſtoit l'Egliſe dont l'Officier
luy parla. Il s'informa curicuſement
aprés le repas de
toutes les choſes qui la regardoient
, & fi ce qu'on luy
donnoit en mariage ne rempliſſoit
pas les pretentions
qu'il pouvoit avoir, il avoit au
moins toutſujetd'être content
du coſté de ſa naiſſance. Il demeura
toujours auprés d'elle
juſqu'à ce que la compagnie ſe
feparaft ,&comme tout plaiſt
dans la perſonne qu'on aime ,
ellenedit rien qu'il n'applaudiſt.
Ses Parentes ayant remarGALANT.
0281
۱
qué le plaisir qu'il avoit pris
à l'entretenir, plaiſanterent au
retour fur la facilité qu'elle
avoir cue à le détourner de
ſes idées amoureuſes , & furent
fort étonnées quand il
leur apprit que cette belle
perſonne eſtoit la meſime qu'il
n'avoit pu ofter de ſon ſouvenir
. Il avoit pris ſes meſures
pour aller la voir le lendemain
-&la maniere dont il fut receu
luy fit conoître avec combien
de distinctionoonnleregardoit.
Il dit mille choſes obligeantesà
laBelle dontla modeftic
accompagnée debeaucoup de
202 MERCURE
vivacité dans ſesréponſes , fut
pour luyunnouveau charme,
& aprés luy avoir donné de
grandes loïanges fur ſa beauté
, ſur la delicateſſe d'eſprit
qu'elle luy faifoit paroiſtre
dans cette ſeconde converfa-.
tion, & ſur ſes manieres engageantes
, il pria fon Pere
de vouloir bien luy permettre
de ſe charger du ſoin dela marier.
La réponſe fut qu'il ne
pouvoit arriver rien qui ne
fuſt avantageux à ſa Fille , s'il
daignoit entrer dans les intereſts,
&qu'il en ſeroit le maiſtre
quand il voudroit bien
GALANT. 203
1
penſer aſon établiſſement.
L'entretien ayant continué
fur cette matiere , il demanda
fi un homme ayant à peu
prés fon âge , & poffedant
une charge pareille à la fienne
, feroit en pouvoir de la
rendre heureuſe ,& enfin forcé
par ſa paffion, il ſe declara
luy- meſme pour l'Amant
qu'il vouloit offrir à cette aimable
perſonne. Il parla d'un
ton ſi ſerieux qu'on fut obligé
de l'écouter ſericuſement.
Il propoſa des conditions fort
avantageuſes pour la Belle , &
il ne la quitta point qu'il
194 MERCURE
doit augmentoient ſa peine ,
&ne ſervaient qu'à le tendre
encore plus malheureux. Enfin
des Dames de ſes parentes
, pleines d'eſprit , & qu'un
enjoüement tout agreable faifoit
rechercher de tout le
monde,voulant diffiper ſa melancolie
, l'engagerent à une
partie de campagne ,
les devoient paffer quelques
jours. Il ne conſentit à les y
accompagner , que parcequ'il
crutyeſtre pluslibre à entretenir
ſes reſveries . Quoy qu'-
elles cherchaſſent à luy prooù
el
curer differens plaiſirs, il n'ai
GALANT. 195
moit rien tant que les promenades
folitaires . C'eſtoit- là
qu'il ſe repreſentoit ſans nulle
contrainte , les charmes de
- ſon aimable Inconnue , &
vous pouvez croire que fon
imagination s'échauffant , il
ſe la peignoir mille fois plus
belle qu'il ne l'avoit veue . Il
y avoit huit ou dix jours qu'il
eſtoit en ce lieu là , lors que
ſes Parentes furent invitées à
une fort grande Feſte qui ſe
preparoit dans un Village
voiſin. Il refuſa fort longtemps
d'aller prendre part à
se divertiſſement , & fi elles
Rij
196 MERCURE
n'euffent ufé d'une autorité
qui eſt permiſe au beau ſexe,
il feroit demeuré ſoul abandonné
à luy-meſme , ce qui
luy auroit fait un fort grand
plaifir.Onle reçutdans la maifon
où il fut mené, comme
un homme qui tenoitunrang
tres confiderable, & dont le
credit eſtoit eſtimé. Chacun
s'empreſſant à luy faire honneur
, on luy adreſſoit toujours
la parole ,& vous jugez
bien qu'ayant l'efprit occupé
, il fouffroit beaucoup
d'une converfatión quilo ne
pouvoit interrompre. L'heu
Я
GALANT 197
2
re du dîné eſtant venue , on
eſtoit preſt à ſervir ſur table,
lors qu'on vit encore entrer
quelques Dames qui avoient
etté priées de la mesme Feſte.
Ellos avoient fait leur
compliment au Maiſtre de la
Maiſon ſans que l'Officier
cuſt jetté les yeux fur elles ,
&le hazard, fans aucune curiofité
les luy ayant fait enfin
tourner du coſté où elles é
toient , il reflentit tout d'un
coup une émotion ſecrete ,
&crutaremarquet labelle perſonne
qu'il avoit cherchée
inutilement. La crainte qu'il
:
Rij
I198 MERCURE
eut de ſe méprendre , luy fit
avoir une attention extraordinaire
à l'examiner , & aprés
l'avoir bien regardée , fon
coeur l'aſſeura fi fortementque
c'eſtoit elle,qu'il n'eut aucun
ſujet d'en douter. Il crut avoir
fait un fonge,tant la rencontre
luy paroiffoit ſurprenante.
Il ne put ſe rendre
maiſtre de luy- meſme, & s'aprochant
d'elle dans le mefme
inſtant, il luy dit qu'il n'y
avoit point licu de s'eſtonner
ſi elle ne s'eſtoit pas montrée
pluſtoſt , puiſqu'il eſtoit
juſte que les belles perſonnes
GALANT. 199
ſe fiſſent attendre. Elle répondit
fort civilement à cette
galanterie , & il fit fi bien
enfuite qu'il ſe plaça auprés
d'elle pour l'entretenir pendant
le repas. Ses Parentes,
fort éloignées de rien ſoupçonner
de cette avanture , furent
bien aiſes de voir qu'il ſe
diſſipoit avec la Belle, qui de
ſon côté trouvoit de la gloire,
à recevoir les ſoins & les com.
plaiſances d'un homme de fon
caractere. Il apprit d'elle qu'elle
demeuroit dans ce voiſinage
de campagne,& ne faifoir
àParis que de courts voyages,
Riiij
200 MERCURE
logeant chez une Dame de
ſes Amics dans le quartier ou
eſtoit l'Egliſe dont l'Officier
luy parla. Il s'informa curicuſement
aprés le repas de
toutes les choſes qui la regardoient
, & fi ce qu'on luy
donnoit en mariage ne rempliſſoit
pas les pretentions
qu'il pouvoit avoir, il avoit au
moins toutſujetd'être content
du coſté de ſa naiſſance. Il de- a
meura toujours auprés d'elle
juſqu'à ce que la compagnieſe
feparaft ,&comme tout plaiſt
dans la perſonne qu'on aime ,
ellenedit rien qu'il n'applaudiſt
. Ses Parentes ayant remarGALANT.
0281
qué le plaisir qu'il avoit pris
à l'entretenir, plaiſanterent au
retour fur la facilité qu'elle
avoir cue à le détourner de
fes idées amoureuſes , & furent
fort étonnées quand il
leur apprit que cette belle
perſonne eſtoit la meſme qu'it
n'avoit pu ofter de ſon ſouvenir.
Il avoit pris ſes meſures
pour aller la voir le lendemain
-&la maniere dont il fut receu
luy fit conoître avec combien
de distinction on le regardoit.
Il dit mille choſes obligeantesà
la Belle ,dontla modeftic
accompagnée de beaucoup de
202 MERCURE
vivacité dans ſes réponſes , fut
pour luyunnouveau charme,
& aprés luy avoir donné de
grandes loïanges fur ſa beauté
, ſur la delicateſſe d'eſprit
qu'elle luy faifoit paroiſtre
dans cette ſeconde converfa-.
tion , & fur ſes manieres engageantes
, il pria fon Pere
de vouloir bien luy permettre
de ſe chargerdu ſoin de la marier.
La réponſe fut qu'il ne
pouvoit arriver rien qui ne
fuſt avantageux à ſa Fille , s'il
daignoit entrer dans les intereſts
, & qu'il en ſeroit le maiſtre
quand il voudroit bien
GALANT. 203
penſer afon établiſſement.
L'entretien ayant continué
fur cette matiere , il demanda
ſi un homme ayant à peu
prés fon âge , & poffedant
une charge pareille à la fienne
, feroit en pouvoir de la
rendre heureuſe ,& enfin forcé
par ſa paſſion, il ſe declara
luy- meſme pour l'Amant
qu'il vouloit offrir à cette aimable
perſonne. Il parla d'un
ton ſi ſerieux qu'on fut obligé
de l'écouter ſericuſement.
Il propoſa des conditions fort
avantageuſes pour la Belle , &
il ne la quitta point qu'il
204 MERCURE
n'cult pris jour pour le mariage.
Cet heureux jour arrive,
& jamais affaire ne futterminée
avec tant de joye , ny
avec une plus entiere fatisfaction
des deux parties.
Je vous envoye une Mcdaille
à mon ordinaire. On y
voit la Victoire debout au
deſſus d'un trophée maritime
, tenant d'une main une
couronne de Laurier , & de
l'autre une palme , avec ces
mots , Mersa & fugata Anglorum
& Batavorum Claffe , &
dans l'Exergue , Ad auras Anglia
1680.Cette Medaille.quoy
GALANT. 205
que frapée depuis peu de
temps , eſt faite au ſujet de la
Victoire navale remportéepar
l'Armée du Roy , commandée
par Me de Tourville , à
preſent Maréchal de France ,
qui en 1680. attaqua & défir
au Cap de Benefiere , fur les
coſtes d'Angleterre , les Anglois
& les Hollandois joints
enſemble.
L'attachement de Me le
Comte de Teffé au ſervice du
Loy, avant juſques icy empêché
qu'il ne receuſt la Croix
de l'Ordre du Saint Eſprit,
des mains de Sa Majesté, il eut
206 MERCURE
cet honneur le jour de la Feſte
de laCirconcifion , & partit
auſſitoſt pour aller commander
l'Armée de M² de Catinat
Il eſt Lieutenant general des
Armées du Roy. Il joint la
conduite à la valeur , & s'cſtant
diſtingué en mille occaſions
, il a fait voir en dernier
licu par la défente dePignerol
, qu'il n'eſt pas moins
intelligent que brave dans le
Métier de la guerre.
Me le Cardinal de Furſtemberg,
Eveſque de Strasbourg,
Abbé de Saint Germain des
Prez , fut nommé le miſme
GALANT. 207
jour par le Roy , pour remplir
la place de Commandeur du
Saint Eſprit , vacante par le
deceds de feu M² l'Archevcfque
de Lyon. Il eſt Neveu de
feu Me l'Eveſque de Straf
bourg , recommandable par
fon attachement inviolable
aux intereſts de la France.
Sa Majeſté nomma dans le
meſme Chapitre , M² le Marquis
d'Arquien , Pere de la
Reine de Pologne , pour eſtre
Chevalier de ſes Ordres , &
choiſit Mª de la Neuville ,
Gentilhomme de la Chambre
de Sa Majesté Polonoiſe pour
r
208 MERCURE
luy porter la Croix & le Cora
don bleu , qu'il doit recevoir
du Roy de Pologne , Chevalier
du meſme Ordre. Il n'y a
rien de plus glorieux à cet
Ordre que de voir pluſieurs
Rois dans ſon Corps , & d'y
avoir toujours eu des Souve.
rains & des Etrangers de la
plus haute diftin & ion.
Je vous ay marqué dans ma
Lettre du mois de May dernier
, l'embarras où se trouvoir
une fort aimable & fpirituelle
perſonne, qui aimant
sun Cavalier abſolument pour
luy-meſme , & luy voyant
} GALANT. 209
prendre de l'attachement préjudiciable
à celuy qu'il avoit
fait paroiſtre long- temps pour
elle,ne ſçavoit ſi elle devoit
l'en détourner,ou l'abandonner
à fon panchant , puis
qu'il luy faifoit plaifir. Elle a
demandé conſeil , & voicy
ce qu'a penſé là-deſſus Me de
la Ferreric.
Janvier 1694.
S
2
210 MERCURE
RESPONSE
Touchant l'embarras où ſe
trouve une Dame, à l'égard
de ſon Amant.
Pouvez-vous avec tout l'esprit
Quevous avez, à ce qu'on dit ,
Paroiſtre tant embaraßée ?
Tircis eft inſenſible, helas !
Chaſſez-le de vostre pensée ,
Et vous n'aurez plus d'embarras.
&
Maispuis-je bannirde mon coeur
Cet aimable&charmant vainqueur,
Que j'aime d'une amour fi pure?
Plus l'amour a de pureté,
Plus il eſt ſenſible à l'injure
Qui vient de l'infidelité.
1
} 211 GALANT.
S
Ilest vray , mais innocemment ,
Je ſuis cause du changement
Dontje meplains ,&qui m'offense.
Faitesfurvous un noble effort,
Portez ce mal en patience ,
Ilfaut souffrir quand on a tort.
Peut estre est- ce pourse vanger,
Qu'il feint ailleurs de s'engager,
Etdans le fond, qu'il est fidelle,
Pourquoy donc vous tant chagriner ?
Delicate , Spirituelle ,
Vous avez dû le deviner.
S
Our , maissiveritablement ,
Tircis que j'aime tendrement ,
Eſtoit inconstant & volage.
Hé bien , changezà vostre tour-
On dit que vous estes ſi ſage ,
Quand on estfage, adien l'amour.
Sij
212 MERCURE
Helas!ce conseil est bien dur ,
Mon cugagement est si pur ,
Et j'ay l'ame ferme&constante.
Aimez,fouffre,z perfeverez
C'est-là d'une parfaite Amante
Le merite où vous aspireza :
S
Mais n'oferois-je faire voir,
Sans faire tort à mon devoir
Combien cechangement me bleffe
Sivous aimiez groffierement ,
Sans égard , fans delicateffe
Vous le pourriez fortlibrement.
S
Helas!je sensque monamour ,
Mille fois plus purque lejour,
Ne peut souffrir nullefoibleffe.
Suspendezdonc vostre douleur,
Et que toute vostre tendreffe
N'éclate que dans vostre coeur.
{
1
GALANT. 213
S
Malgré son infidelité,
Fay lans de generosité ,
Queje le cedi ama Rivale.
C'est la beaucoup vous avancer
Voffre tendresse est sans égale,
Et rien ne peut la furpaſſer.
&
1
2
Non ,je n'ay point d'autre defir,
Que de donner àfon plaisir
Tout ce qui peut le fatisfaiee .
Ce sentiment eft genereux ,
Vous ne pouvez jamais rienfaire
Qui vous foit plus avantageux .
S
Ja ne verray donc plus Tircis,
Et tranquille avec ſon Iris,
Il triomphera de maflame ?
C'est à quoy je veux vous porter,
Mais confultez encorvostre ame
Avant que de l'executer
4
214 MERCURE
Non,non .je nemeftate point
Jepuis en venirà ce point ,
Sansqu'aucun retour me démente.
S'il est ainsi, conſolez- vous ,
Luycontent , vous ferez coutente
Plus que s'il eſtoit voſtre Epoux.
&
C'est donc là voſtreſentiment ,
Que je dois fuivre aveuglement,
Sijeveux conſerver ma gloire ;
S'il en coute à voſtre vertu ,
Vons n'aurezjamais la victoire
Qu'aprés avoirbien combattu.
4
François Marie de Lorraine,
Prince de Liflebonne , mourut
icy le 9. de ce mois , dans ſa
ſoixante & ſeptiéme année. Il
eſtoit Fils deCharles de Lor-
画
GALANT. 215
raine II. du nom , Duc d'Elbeuf
& de Catherine Henficate
legitimée de France,Fille
naturelle de Henry IV, &
de Gabrielle d'Eſtrées , Ducheſſe
de Beaufort . Il avoit é
pouſé le 8. Sept. 1658. Chriftine
d'Eſtrées ſa coufine, fille
du feu Maréchal d'Eſtrées ,
morte le 18. Decembre fuivant
, & il prit une ſeconde
alliance en 1660. avec Anne
de Lorraine , Fille legitimée
de Charles III. Duc de Lorraine
, &de Beatrix de Cuſance,
Princeſſe de Cantecroix,
dont il a cu Charles , Prince
216 MERCURE
de Commercy , né en 1661. &
le Prince Paul, tué à la Bataille
de Neerwinde, & deux Filles,
qui font Mademoiselle : de
Liflebonne & Madame la
Princeſſe d'Epinoy. Ce Prince
eſt d'autant plus regreté
, qu'il ſouſtenoit admira
blement la politeſſe, l'honneſteté
, & toutes les grandes
qualitez qui ſont attachées
aux Princes de la Maiſon de
Lorraine. Il eſtoit entré dans
le ſervice dés l'âge de treize
ans, & avoit receu vingt deux
bleſſures . s'eſtant trouvé à
un parcil nombre de Batail
Ics,
GALANT. 217
les ,à cinquante Combats , &
àplus de cent Sieges.
Voicy les noms de pluſieurs
autres perſonnes conſiderables
de l'un & de l'autre Sexe,
mortes environ dans le même
temps .
Meſſire Henry de Villars ,
Archeveſque de Vienne,mort
dans ſon Dioceſe , où il a
donné pendant toute ſa vie
des marques d'une picté exemplaire.
Il eſtoit Frere de M'le
Marquis de Villars , Chevalier
des Ordres du Roy, qui a eſté
cy- devant Ambaſſadeur pour
Sa Majesté en Eſpagne , en
Janvier 1694 . T
218 MERCURE
Dannemark , & en Savoye ,&
qui eſt à preſent Conſeiller
dEtat d'Epée , Chevalier
d'honneur de Madame laDucheſſe
de Chartres , & Oncle
de M. le Marquis de Villars ,
Commiſſaire de la Cavalerie ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur
de Fribourg. Ce Prelat fut
nommé en 1652, à la Coadjutorerie
de l'Archeveſché de
Vienne , qu'avoit Meſfire
Pierre de Villars ſon Oncle',
auquel il ſuccda en 1655. Ce
Pierre de Villars avoit eſté pa.
reillement Coadjuteur en 1612 .
GALANT 219
&
Jer
Du
15)
لا
لا
di
E
deJerôme de Villars ſon Coufin,
Chanoine & Confeiller au
Parlement deParis ,& il lui fucceda
en ibis. Jerôme ſucceda
de la meſme forte dans cet
Archeveſché en 1601. à Pierre
de Villars , lequel avoit auſſi
ſucedé à un autre Pierre de
Villars , qui fut nommé Archeveſque
en 1582. & mourut
en 1592. de forte que l'Archeveſché
de Vienne a eſté rem.
pli pendant cent douze ans ,
fans interruption , par cinq
Archeveſques du nom de Villars.
On trouve dans le tre for
des Chartes du Roy à Paris ,
Tij
220 MERCURE
auRegiſtre de Charles V. dit
le Sage , que le Cardinal François
de Tuderte , qu'on nommoit
alors le Cardinal de Florence
, à cauſe qu'il eſtoit Archeveſque
de Florence lors
qu'il fut faitCardinal , ayant
eſté transferé par le Pape Innocent
VI. au Siege Archiepiſcopal
& Primatial de Vien .
ne , & l'ayant tenu quelque
temps en Commande
vec un autre Evefché qu'il
poſſedoit en titre , cut pour
fucceſſeur aprés ſa mort dans
cet Archeveſché de Vienne
ſous la meſme qualité , Loüis
aGALANT.
221
T
de Villars , Eveſque titulaire
de Valence & de Die .JeanColombi
parle avec éloge de ce
Prelat , dans fon troiſiéme Livre
de l'hiſtoire & des actions
memorables des Eveſques de
Valence.
Dame Anne Phelypeaux ,
Comteſſe de Chavigny & de
Buzançois , Veuve de Meffire
Leon Bouthillier , Comte de
Chavigny. Elle estoit Fille
unique de Me & de Madame
de Villeſavin, & quoy qu'elle
foit morte à l'âge de quatrevingt&
un an, elle a pourtant
moins vecu que Madame de
1
r
4
Tiij
222 MERCURE
Villeſavin ſa Mere , qui eſt
morte âgée de quatre vingttreize
ans . Feu M² de Chavigmy
, fon Mary , avoit cſté
Miniftre & Secretaire d'Estat,
Treſorier des Ordres du Roy ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
d'Antibes , & du Chaſteau
de Vincennes, Chancelier
de Son Alteſſe Royale
feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & mourut en 1652. âgé
ſeulement de quarante quatre
ans . Il eſtoit Fils de feu M² de
Bouthillier , Surintendant des
Finances. Du Mariage de M
& de Madame de Chavigny
GALANT 223
-{t
é
font fortis dix ou douze Enfans
. M' l'Eveſque de Troye
en eſtun. Il ya cu quatreFilles
, dont l'aînéc épouſa M' le
Maréchal de Clerambaut ; la
ſeconde , qui eſt morte , fut
mariée à M le Comte de
Brienne , Miniſtre & Secretaire
d'Eſtat ; la troiſiéme , à un
Preſident à Mortier du Parlement
de Roüen,& la quatrié-
✓ me, au dernier Premier Prefident
du Parlement de Dijon.
Jeanne d'Aumale,Demoifelle
de Haucour.C'eſtoit une
vicille fille , ſoeur aînée de
feuë Susanne d'Aumale , fc-
Tiiij
224 MERCURE
conde femme du dernier Ma
réchal de Schomberg , dont
elle n'a point eu d'enfans.Mademoitelle
de Haucourt avoit
un Frere marié en Hollande ,
qui a laiſſé un fils & deux filles,
dont la cadette a époufé
M'le Comte de Noyelle, Brigadier
d'Infanterie , dans le
ſervice des Estats Generaux.
Meffire Louis de Voyer de
Paulmyd'Argençon,Abbé de
Beaulicu ,&Doyen de l'Egliſe
Royale , Collegiale &Paroiſſiale
de SaintGermain de
l'Auxerrois. Il eſtoit fils &
Frere deMs d'Argençon,qui
GALANT. 225
ya
ont eſté Ambaſſadeurs pour
le Roy à Veniſe. Il a laiſſéun
tres beauCabinet rempli d'excellensTableaux
, & de quantité
d'ouvrages curieux. Le
Chapitre Royal de SaintGera
main , ſuivant ſon droit de
conferer le Doyenné,à nommé
M' l'Abbé d'Argençon ,
Neveudu deffuntDoyen,pour
r
☐☐ remplir ſa place.
M de la Bourlie, Gouverneur
de Sedan. Il eſtoit dans
un âge extremement avancé,
&avoit cu l'honneur d'eſtre
Sous-Gouverneur de Sa Majeſté.
Cet employ fait ſon élog
226 MERCURE
r
ge , puiſqu'on ne choiſit que
des perſonnes d'un merite diſtingué
pour inſpirer aux Souverains
les féntimens ſur lefquels
ils ſe forment. Il eſtoit
Beaupere de M. le Comte de
Guifcard , cy-devant Gouverneur
de Dinant, & preſentement
de Namur. On ne peut
ſervir avec plus de valeur &
de distinction qu'il a toujours
fait , ce qui luy a attiré l'eſtime
du Roy , & les recompenfes
dont ſa Majeſté l'a honoré.
Dame Thereſe Angelique
de BOLIC Elle estoit Veuve
GALANT. 227
re
deMr Louis Charles Marquis
de Maridort , & auparavant ,
de Mr Chatles de Riante ,
Comte de Regmalar .
M' de Bellenave , Brigadier
& Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine. Il eſt
mort à Pignerol des bleſſures
qu'il a receuës à la bataille de
la Marfaille. Il a cíté regreté
du Roy pour fon grand merite
, & de tous ceux qui le
connoffoient. C'eſtoit un des
meilleurs Officiers que faMajeſté
cuſt dans ſes Troupes.
Dame Maric Molé. Elle eſtoit
veuve de Me George de
228 MERCURE
Monchy,Marquis d'Hoquin
court, Chevalier & Comman
deur des Ordresdu Roy, Licutenant
General de ſes Armécs
, Gouverneur , Grand
Bailly& Lieutenant General
de la Province de Peronne,
Mondidier , & Roye. M
Jean Molé ſicur de Juſcauvigny
, Prefident aux Requeftes
, cut deux filles de Gabrielle
Mole ſa coufine,dont
la puiſnée épouſa M² le Marquis
IC
d'Hoquincourt. La Maiſon
de Molé eſt tres illuftre
dans la Robe où elle a poſſedé&
poffede encore les plus
GALANT. 229
gradesCharges,telles que font
celles de Procureur General ,
de Preſident au Mortier,& de
Garde des Sceaux . M'le Marquis
d'Hocquincourt eſtoit
fils de Charles d'Hocquincourt,
Maréchal de France.
Le Pere Anfelme , Auguftin
Dechauſſe , ſi connu & fi
eſtimé de tous les Sçavans par
fes Ouvrages Hiſtoriques &
Genealogiques. Il eſt mort à
Paris le 17, de ce mois âgé de
foixante & neuf ans , dont il
ena paffé cinquante avec
une enriere édification de ſes
Freres dans un detachement
230 MERCURE
de toutes les Charges Monaſtiques,
s'appliquant uniquement
aux devoirs de la vic
Religicuſe , & à la compoſi.
tion des Ouvrages dont le public
a eſté ſi ſatisfait. Il eſtoit
preſt de donner une ſeconde
edition de ſon Hiſtoire Gcnealogique
de la Maiſon
Royale de France , & des
Grands Officiers de la Couronne
, avec des corrections
& des augmentations , aufquelles
il travailloit depuis
long temps , ainſi qu'à un
nouvel Ouvrage qui traite de
toutes les Maiſons ſouverai
GALANT. 221
nes & des plus illuſtres de
l'Europe , & dont il a laiſſé
le Manufcrit dans ſa perfection.
Ila eſté fort regretté de
fon Ordre , & de toutes les
perſonnes qui connoiffoient
fon merite & fa pieté 4
La Republiquedes Lettres
a fait une autre perte en la
perſonne de Mre Jean Rochette
, Seigneur de Malauſat ,
Treſorier de France dans la
Generalité de Rion , fils de
noble Maurice Rochette, Seigneur
de Malaufàt, cy- devant
Procureur du Roy au Prefidial
de Rion, & Intendant
232 MERCURE
des Maiſons de M. le Duc de
Boüillon & de Mr le Cardi .
nal ſon frere , & de Marie
Faydie.C'eſtoit unjeune hom.
me plein d'eſprit & de ſçavoir.
Il eſt l'Auteur de l'éloge
hiſtorique de M ' Bocager qui
a receu une approbation generale
de tous les Sçavants.
Ce fut luy auſſi qui compo.
ſa l'Almanach galant qui plut
fi fort à toutes les Dames
d'eſprit qui le lurent. Il a cu
encore bonne part à quantité
de pieces forteſtimées dans
le monde, qui n'ont pas paru
ſous fon nom. Il eſt mort
GALANT. 233
-
dans la fleur de ſa jeuneſſele
douziéme de ce mois à Paris,
fort regreté de tous ceux qui
l'ont connu.
J'oubliay à vous apprendre
le mois paffé quele Roy
- avoit donné le Regiment de
Cavalerie de Belivieres àM
Te
Charles Bariot,Comte d'Honneuil
, cy-devant Lieutenant
Colonel du Regiment, Meftre
de Camp General de laCa.
valerie Legere. C'eſt un des
plus beaux Regimens de l'armée
& des plus complets , auquel
il ne manque pas dix
hommes en tout. Auſſi peut-
Janvier 1694.
V
234 MERCURE
re
on dire que fi le preſent eft
beau , celuy de qui le Roy a
fait choix pour luy en faire
don, eſt un des plus braves
hommes de France ,& qui le
meritoit le mieux, s'eftant diſtingué
en pluſieurs occafions.
Il eſtCadet de Me François
Bariot, Comte deMazy, Chevalier
d'honneur , & premier
Ecuyer de feuë Mademoiselle
d'Orleans , qu'il a ſervie pendant
plus de trente ansencet
te qualité avec une fideliré &
un attachementqui luy avoit
aturé la confiance de cette
Panceffe , & les loüanges de
GALANT. 235
1.
toute la Cour. La Maiſon des
Bariots , Comtes d'Honneuil,
eft tres ancienne , & tres diftinguée
parmy la Nobleffedu
Bugey & de Breſſe. Ils tirent
leur origine des Maiſons de
Vayras , Varranbon & la Palue.
Les Marquis de Mouſſy
font les aînez , & leurs terres
font en Touraine. Les Comtes
d'Honneuil ſont les Ga
dets, & font établis enPicardie.
Ce n'eſt pas ſeulement
dans la profeſſion des Armes
qu'ils ont paru c'eft aufli
dans les dignitez de l'Eglife.
,
&de la Robe. Mis les Abbez
Vij
236 MERCURE
de Mouffy , & d'Honneuil
font eſtimez dans le Clergé
pour le bon ufage qu'ils font
des Abbayes Commandataires
que le Roy leur a données
. Le dernier eſt encore
Chanoine de la Sainte Chapelle
de Paris . Leur Triſaycul
paternel quitta la profeffion
des Armes pour eftre Conſeiller
au Parlement de Pa-"
ris , & s'y diſtingua, parfa
probité & par ſon integrité.
Cette Maiſon eſt al.
liée à celles de la Fayette ,
de Montbel - d'Entremont ,
de Taligny - d'Arbalete ode
GALANT. 237
1
C
1
F
Melun, de Bochart Champigny
, de Meſme-d'Avaux ,
& du Tremblay. La Lettre
dont je vous envoyay la copie
aumois dernier , fur la mort
de Male Chevalier de Pompone
, marquoit que fon quatriéme
Aycul paternel Henry
Arnauld , avoit épousé Catherine
Barior. Comme le
nom eſtoit mal écrit , l'Imprimeur
qui neput le lire,mit
Baciot par erreur , au lieu de
Bariot. Cette faute eſt grande,
mais elle n'approche pas de
celle qui fe gliſſa je ne ſçay
comment dans le mefme ar238
MERCURE
ticle , où l'on mit le Poête
Prudence pour le Poëte Fortunat
,& la Ville d'Uzez pour
celle d'Uffel . 3 .
5
Le 3. de ce mois , jour de
Sainte Geneviève , Me l'Archevêque
d'Alby facra M
l'Abbé de Verthamont Evêvede
Pamiez , & M l'Abbé
d'Estaing- Saillant , Evefque
de Saint- Flour , dans l'Egliſe
du Novitiat des Jeſuites.
Comme ces deux Prelats ſont
des meilleures Maiſons de la
Robe & de l'Epée , ils attire.
rent à cette Ceremonie une
fi grande foule de gens de
GALANT. 239
.
20
marque , qu'il y cut des Ducheſſes
qui ne purent entrer .
ny trouver place. Il y avoit
vingt hait Eveſques , ayant
M' la Nonce à leur teſte.
r
M'l'Abbé de Verthamont ,
comme plus ancien Preſtre
que M' l'Abbé Comte d'Ef.
taing, fut facré le premier.
Il ſeroit inutilede vous parler
de la grandeur de la Maifon
de ce dernier. Tout lemonde
ſçait que pour avoir ſauvé
l'Ecu& l'Etendart de France
dans la Bataille de Bovines ,
l'an 1214 Philippe Augufte
accorda le privilege aux Def
240 MERCURE
cendans du Comte d'Estaing,
qui avoir fait cette action , de
porter l'Ecu & les Armes de
France pleines , au chefd'or ,
qui eſt d'Estaing; mais vous
ſerez bien aiſe de ſçavoir
l'obſervation que fit unhomme
d'eſprit , en voyant facrer
M d'Estaing Eveſque
de S. Flour, & Mr le Marquis
deMontboiffier Camillac, lon
Beau frere, faire les honneurs
de cette ceremonie. Il dit
que le Cardinal Pierre d'Eftaing
avoit commencé d'a.
bord par l'Eveſché de Saint
Flour , qu'il avoit enſuite eſté
ArcheGALANT.
341
1
1
Archeveſque de Bourge , &
puis Eveſqued'Ottie trois ans.
aprés qu'il cut eſté fait Cardinal
en 1370. par Urbain V.&
que c'eſtoit deux Papes de la
Maiſon de Beaufort Canillac,
ſçavoir Clement VI. & Gregoire
XI qui luy avoientdonné
ces trois Eveſchez. Ilajoûta
que la Maiſon d'Estaing
eſtoit ſi illuftre du temps de
Charles V. dit le Sage , que le
PapeGregoire XI. envoyant
le Cardinal d'Estaing en Italic
pour ſon Legat à Latere , &
écrivant aux Seigneurs & au
Peuple de Florence pour le
Janvier 1694. X
242 MERCURE
leur recommander , marqua
que ce Cardinal estoit d'une des
plus nobles &des plus illuftres
Maisons de France. Il y a cu
pluſieurs Eveſques de cette
Maiſon , & entre autres un
François d'Estaing , Evesque
de Rhodez , mort en odeur de
fainteté , dont la vie a eſté
écrite par Joannes Baptista Bellus
avec beaucoupde fincerité
& de netteté. Celuy qui
vient d'eſtre ſacré Eveſque de
S. Flour eft frere de Mle
Marquis du Terrail, de M'de
Comte de Saillant, de Meles
Abbez de Montperoux & de
1
CALANT. 243
aro
cell
r
S.Vincent de Senlis, & de M
la Marquiſe de Montboiffier
Canillac , & tous ſont fils de
M le Comte de Saillant, Cadet
de la Maiſon d'Estaing,&
d'une du Terrail de Bayard ,
petite niece du fameux Cheurd
valier Bayard. Cette branche
des Cadets d'Estaing eſt eſtablic
en Auvergne, au lieu que
les aînez ſont de Rouergue.
Le nouvel Eveſque de Saint
Flour eſt Comte de Lyon.
1 Ce Benefice eft,pour ainſi di-
| re,hereditaire dans la Maiſon
d'Estaing , ayant paflé depuis
plus de trois cens ans fans incel
1
X ij
244 MERCURE
:
terruption de l'Oncle au Nevcu.
C'eſt un Prelatquiatoujours
fort édifié par ſa picté
& par ſes Predications.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
Mademoiselle de Mauny,
ſeconde fille de Mr le Marquis
d'Etampes . Chevalier
des Ordres du Roy , & premierCapitaine
des Gardes de
fon Altcife Royale Monfieur,
a pris depuis peu l'habit de
Religieute dans l'Abbaye du
Licu Noftre- Dame , dont
l'Abbefle eſt ſoeur de Mada.
me la Marquise d'Etampes ,
252 MERCURE
&ainſi fille de M. le Mar
quis de Droué , aîné de la
Maiſon de Raynier. M'l'Abbé
Nadal qui fit l'exhortation,
prit pour ſon texteces
paroles de S. Mathieu . Maria
optimam partem elegit ,que con
caferetur ab ea , & diviſa ſon
diſcours en deux parties, l'une
fur ce que Mademoiselle
de Mauny quittoit le Monde,
parce qu'elle le regardoit
comme un des plus grands
obſtacles àfon falut , & l'autre,
fur ce qu'elle entroit dans
la Religion , à cauſe qu'elle
l'enviſageoit comme un des
GALANT 253
S
น
0
is
moyens les plus efficaces du
ſalut. Il dit que non ſeulement
le Chreſtien éclairé des
lumieres de la foy ne trouvoit
pas affez de ſolidité dans
les biens du Monde pour s'y
attacher ; mais que les Philoſophes
meſmes , ſur les feules
lumieres de la raiſon , n'a
voient pas cru qu'ils en dufſent
faire l'objet de leurs recherches;
qu'ils avoient placé
le ſouverain bonheur dans le
mépris de ces biens , & que ce
qu'il yavoit de remarquable ,
&qui feroit un ſujet éternel
de confufion pour nous, c'eſt 4
254 MERCURE
qu'ils avoient fait paroiſtre
-cette moderation & ce defintereſſement
fans avoir des
veuës & des fins auſſi relevées
que celles de la picté des
Chrétiens;qu'ainſi rien n'étoit
plus capable de nous détromper
du monde que lemonde
meſme, qui nous fourniffost
fans ceffe des armes pour le
combatre,dont cependant noſtre
foibleſſe nous empêchoit
de nous prevaloir , la Providence
éternelle ſemblant le
permettre ainfi , pour tirer
du fond meſme de la corruption
dumonde, des remedes
GALANT. 255
contre le monde meſme , &
faire ſervir las vices des hommes
à leur propre ſanctification.
En effet , ajoutait- il , ce
qu'ily a dans le Monde de plus
illustre &de plus facré, la vertu,
n'est pas toujours fi digne
que l'on diroit bien des éloges
dont a taſché dans tous les fiecles
d'en relever le merite , &
d'en consacrer l'excellence. Remontez
à la source des actions
les plus éclatantes , vous la trouverez
toujours corrompue. Attachez-
vous à deméler les principes
&les motifs qui nous font
agir , vous connoistrez que le
256 MERCURE
crime entre presque toujours dans
toutes les vertus du fiecle. Le
definsereſſement n'est qu'un interest
caché ; la modestie qu'une
vanité enveloppée ; la fageffe
qu'un effet de l'orgueil ; la libe
valité qu'une pure oftentation ;
la pudeur qu'une affectation veritable
; l'amitié qu'un intereft
delicat qui nous trompe ; la valeur
qu'un effet d'une ambition
demeſurée dans les uns, de brutalité
, d'émulation , d'avarice
dans les autres , & dans tous ,
nne foibleſſe quiſe conſacre ellemesme
, e un monstrueux oubly
defoy-mesme. La Religion
GALANT. 257
enfin n'est plus qu'un voile dont
l'ambitieux &l'ufurpateur couvrent
leurs démarches , qu'une
voye detournée pour aller à des
fins criminelles , qu'un moyen
plus efficace de faire valoir ſes
interests ,qu'un deſſein formé de
trahir le Ciel & de tromper les
hommes. Tel est le caractere ,&
la fauſſeté des vertus humaines.
Quelques - uns suspendus entre
le monde& Dieu ne trouvent
rien de plus doux que de les reunir
, penfant accorder ainſi leur
devoir & leur inclination
consacrer les richeſſes & les
plaisirs , reconcilier la conscience
Janvier 1694. Y
د
258 MERCURE
l'interest , allier la vanité du
monde avec la verite de Dieu ,
le culte des Demons le culte
du Sauveur ,fans confidererque
ces alliances font monstrueuses ;
qu'il faut glorifier Dieu aux dé
pens du mondesou poſſeder le monde
aux dépens de Dieu. Au refte
cette comparaiſon des biens &des
miferes de ce monde , cette fubordination
qui s'y rencontre parmy
les hommes , les empeſchera
toujours de se croire heureux , &
de l'estre en effet . La distance
que la fortune, on pluſtoſt que la
divine Providence a mise entre
le Peuple les Grands , se ren
GALANT. 259
contre lamesme entre les Grands
&le Prince. Les uns trouvent
toujours dequoy irriter leur envie,
les autres dequoy mortifier
leur orgueil &piquer leur ambition
Ou les richeffes qui luy manquent
, ou la veue de souveraine
grandeur , tiennent pour ainsi
dire , l'homme roujours en haleine,
luy donnent toujours lieu de
Se plaindre ou de fouhaiter.
D'ailleursle Peuple regarde comme
un veritable bonheur des
Grands , la jouiſſance des biens
qu'il n'a pas : & les Grands
complant pour rien les biens avec
lesquels ilsfont nez, &comptant
Yij
260 MERCURE
1
meſme pour rien ceux qu'ils ont
receus de la faveurou de la fortune,
estant ordinaire àl'homme
defe familiariſer avec les biens
qui leur viennent , & de perdre
bientoft le goust de sa nouvelle
grandeur, plus beureux par l'efperance
que par la poffeffion , ne
font plus touchez que de l'ambi
tion qui les tirannise , & deviennent
la proye des defirs toujours
nouveaux de leur coeur.
Nyl'avarice l'ambition dont
les uns font tourmentez ne foulagent
point la mifere des autres
ny la veuë de tant de malbeu.
reuxn'augmente point la felicité
CALANT 261
e
desGrands. Ily aquelque diver
fuédans les objets qui lesfrapent,
mais les paffions font ioujours les
mesomes, leurs defirs font differens,
mais leur mifere est égale. Telle est
La diftribution que la fageffe de
Dieu afaire desplaces des for
tunes des bommes , qu'ellefaitfer
vir à l'accompliſſement defes decrets
éternels , &dont elle fefert
pour élever le coeurhumain à une
fortune plus souveraine, &pour
nous perfuader tout du moins que
ce que le monde appelle grandeur
felicité,n'a de fondement de
réalité que dans lafantaisie
L'imagination des hommes
262 MERCURE
Aprés avoir fait àcetre ze
léc Poftulante cette peinture
generale des hommes , M
P'Abbé Nadal luy fit voir
qu'il y avoit une forte de
monde où ſa naiſſance ſembloit
l'avoir deſtinée à vivre,
&dont le ſejour estoit bien
plus gliffant ,& le commerce
plus dangereux. Il fit ou détail
detous les écueils qui ſe trouvent
à la Cour. Là , dit- il,
chacun se vend maistre de fes
yeux &defes mouvemens ,regle
fon coeur & son visage furfen
tereſts , perfide ou diffimulé,flate
ou careffefes ennemis, abandonne
18
GALANT 263
A
10
Sacrifi fes Amis mesme, ſourit
àtout lemonde n'affffeeccttiioonnnnee
personnes souple &different fe-
Lon les temp differens , fage
de vot par mode au par interest.
Quelle émulation parmy le Sexet
Les fontanges des unes piquent
L'envie & la delicateffe des aus
tres ; le vain merite d'une beauté
periffable se fait mille ennemies
fecretes. Quels soins étudiez de
plaire, où l'artifice embelit
reparola nature! Quels defirs de
voir &d'estre venen defirs également
criminels selon Tertulhen !
Quel plaisir d'altumer ou detef
fentur ces paffions funestes , cos
264 MERCURE
traits defeu dont parle l' Apoftre,
Tela nequiſſima ignca! Làen
fin nulle confiance , nulle liaiſon
que celle que forme l'intereſt ou la
volupté,toutes les amitiezfauffes,
&& les haines veritables les devoirs
les plus facrez violez, attaches
criminelles, la fortune aderée
, Dieu toujours oublié.
Tel est le ſejour où vous renoncez.
Quelle esperance de falut
dans un lieu oùse trouvent des
exemples fi pernicieux ? Quelle
focietépour une ame des
penetrée de
veritez de la Religion, qui ſcait
qu'il faut porter fa croixsfe confolerau
milieu des maux,fere
joüir
GALANT 265
lit
joüir dans les afflictions , meſurer
fafelicitéàsesfouffrances &la
ggrraannddeeuurràlamiſere ſehairfoymesme
, aimerſes ennemis , prier
pour ceux qui nous perfecutent&
nous calomnient, mouvemens du
coeur inconnus à toute laſageſſe
humaine ! Quel fejour enfin pour
une ame Chreftienne & perfuadée
qu'il faut avoir de la cle.
mence , de la fimplicité de coeur
d'esprit, l'innocence mesme
des Enfans , devenir les ferviteurs
des autres pour devenir les
Disciples de Fefus-Chrift, joindre
les lumieres de l'esprit
P'humilité de coeur; détruire la
JJaannvviieerr 1694. Z
266 MERCURE
volupté par les mortifications ,
& l'orgueil par les idées de la
grandeur de Dieu parla veuë
coeur
de nostre baſſeſſe purifier fon
sa conscience , aimer
Dieu par deffus toutes choses ,
s'élever au deſſus deſes paſſions
pour porter l'image & le cara-
Etere de ce mesme Dieu, &pour
viure conformement à ſa loy éternelle
par la justice e la moderation
; qu'il ne doit enfin y
avoir ny baine, ny jalousie any
concurence que la charité doit
nous rendre tout propre, confondre
nos biens &nos interests ,
nous faire égaler ce que les paf
GALANT. 267
mel
y.
17:0
fions des hommes diftinguent. Il
fit voirdans ſa ſeconde partic
les avantages de la retraite.
Nonseulement, dit-il, le Monde
nous detache de Dieu , maisil
nous enleve à nous mesmes , &
ſi l'intervalle , ou pluſtoſt le degoust
des plaiſirs nous y livre
quelquefois, c'est pour nous renddrree
llaa proye d'une infinitéde remords
qui nous déchirent fans
ceffe qui nous obligentànous
fuir encore davantage Ne pouvant
fouffrir la veuë de foymesme
,on cherche à fe repans
dre au dehors , mais la retraite
nous rend à nous mesmes à
Zij
268 MERCURE
Dieu , es nous ramene des reflexions
à la pratique , ou du
moins à l'examen de nos de
voirs. Nos paffions toujours irritées
par la prefence des objets
qui les allument , reveillées par
mille occafions delicates, confirmées
par de dangereux exemples,
nourries par des esperances flattées,
rejettent les inspirations du
Cielsrefiftent àlaGrace, condamnent
une Religion qui les condamne
, ou taſchent de les afſujetirà
leur interest, estouffant la voix
de la nature , les mouvemens de
la confcience,& tous ces principes
de droiture & de religion
GALANT. 269
+
que Dieu a mis dans le coeur de
tous les hommes qui pourparlor
le langage du Sauveur mefme
,reçoivent laſemence, c'està
dire la parole de Dieu parmi des
épines , mais en qui les inquietudes
du fiecle &l'illusion des
richeffes l'étouffent ensuite .
la rendent infructueufe; principes
, mouvemens , graces, infpirations
que la retraite fait reviorefiheureusement.
Quoy que
l'homme traiſne par toutses paffions,
qu'il ait dans le coeur des
objets qu'il écarte deses yeux, &
qu'il les reçoive dans la retraite
comme dans le monde , il est
Z iij
1
270 MERCURE
pourtant , vray qu-ils n'agiſſent
pas fur luy avec un empire fi
Souverain. La folitude qui aigrit
les paſſiont dans quelques-uns
les diminue presque dans tout le
monde,&fi la veriuſe relaſche
dans les delices, les paffions s'af
foibliffentpar l'austerite. Tous ces
fantômes dufiecle, s'évanouiſſent
&font place à des objets plus innocens
, & l'homme qui dépend
des lieux pour le coeur &pour l'efprit
, devient bientoft dans la retraise
tout different de luy- mesme.
C'est là que Dieu parle au
coeur des Vierges Chrestiennes ,
qu'elles trouvent dans un entre
GALANT. 271
tien ſi cher tout ce qui les peut
fatisfaire , que s'ouvre pour elles
le chemin d'une esperancefolide,
que la joye qu'ellesygouftent
aprés leur fortie du monde , eſt
égale à la joye d'Israël aufortir
de l'Egypte. L'Eglise a veuparoiſtre
de temps en temps des hommes
extraordinaires , inspirez de
Dieu pour l'execution deſes def
fein's éternels ,fuirle monde dont
ils reconnoiſſoient les écueils, raf-
Semblezdans laretraite des ames
Chrestiennes ,y devenir , comme
Abraham , la tige les Chefs
d'un Peuple faint , occupé dans la
meditation de la parole de Dien,
Z iij
272 MERCURE
qui plus particulierement à luy
que le reste des hommes qu'ils
éclairoiens par leurs lumieress
conduiſoient par leur prudence,
animoient par leur ferveur,foutenoient
par leur charité,
fioient par leur exemple , ontfait
de cesfaintes Communautez com
me un aſile facré de l'innocence
&de laReligion.
édi
1
Il ajoûta à toutes ces cho
ſes , que ce n'eſtoit pas affez
d'avoir triomphé du monde ,
&de l'avoir abandonné pours
ſe renfermet dans unGloiſtre,
qu'il falloit ne la revoir jai
mais , s'il eſtoit poffible ,tou
GALANTM 273
100
10
Tes
He
du moins bien rarement &
craindre les converſations les
plus innocentes. Vaines , ou
pluſtost dangereuses reſources
la plupart des personnes Reli
gieuses, continua-t-il , qui pour
foulager les austeritezde la Religion,
se livrent au monde quelquefois?
Que ne réveillent point
en nous les conversations ? Quellesdangereuses
images ne rapporte
-ton point dans la retraite,on
le coeur l'imagination portent
encore de nouveaux traits! Quelles
paroles n'y recueille-ton
point , dont on fait tant d'appli
cations differentes, & toujours fi
274 MERCURE
flateuses ? Paroles que l'on confer
veplus précieusement que la parole
de Dieu . L'esprit du fiecle ne
ſe gliffe que trop dans le fond
mesme des Cloiſtres , n'y voiton
pas regner la vanité , la jalousie
, la cabale & l'intrigued
Les plus faintes obligations de la
Religion ne ſont ſouvent que des
actions purement exterieures, &
les relâches de l'esprit que des
diſſipations du coeur . La devotion
n'est pour quelques - unes qu'un
prétexte ſpecieux , & oferois - je
le dire , le Tribunal mesme de la
Penitence ne fert pas toujours à
015-10
entendre les gemiffemens de la
47
GALANT. 275
di
--
1
componction.Cette peinture generale
fut ſuivie de l'éloge de
la picté& de la vertu des ſaintes
Filles qui l'écoutoient , &
vous ne devez pas eſtre ſurpriſe
des applaudiſſemens que
coDifcours attira à M l'Abbé
Nadal , puis que les morceaux
que j'ay pris ſoin d'en
extraire, vous en font connoitre
la beauté.
Le Roy a donné la Charge
de Medecin Major de fes
Camps Hôpitaux & Armées
à M Pronenza , premier Medecin
de feuë Mademoiselle
d'Orleans. Elle eſtoit vacante
t
276 MERCURE
r
par la promotion de Mª dư
Cheſne à celle de Premier
Medecin de Meſſeigneurs les
Princes . Mr Proneaza , dont
je vous ay fait connoiſtre la
capacité & le merite dans l'une
de mes Lettres , a eu l'honneur
d'eſtre preſenté au Roy par
Me de Barbefieux , pour le remercier
de cette grace .
Sa Majeſté a donné en même
temps laCharge de Medecin
ordinaire de l'Hoſtel des
Invalides , à M² Guiart , Do-
Eteur Regent de la Faculté de
Medecine de Paris , & Gendre
du meſme Me du Chefne , à
GALANT 277
mi
qui Elle a voulu donner des
marques de ſon eſtime , en re-..
mettant cette Charge dans la
Famille , qui l'a ſi dignement
Hoit exercée depuis l'établiſſement
de cet Hoſtel . M' Guiart luy
fuccede avec tous les avantages
qu'il pouvoit ſouhaiter ,
↑ eſtant fort conſideré de tous
Ich les Officiers & Soldats de cette
D
Maiſon , à qui ſon experience
doit eſtre connuë , puis qu'il
a rempli les fonctions de cette
Charge pendant pluſieurs
I années , en l'absence de fon
Beau pere , lors qu'il eſtoit
obligé d'aller à l'Arméc. M
1
278 MERCURE
du Chefne , dont je viens de
vous parler , a preſté ferment
de la Charge dont le Roy l'a
honoré , entre les mains de
Mr Fagon , Premier Medecin
de Sa Majefté.
M'leCuré de Saint Jacques
ayant eſté receu Curé de Saint
Germain l'Auxerrois , toute
laParoiffe en a témoigné une
joye qu'il feroit difficile d'ex
primer. C'eſt un Pasteur en
tierement détaché du monde,
&tout appliqué à ſonTroupeau.
Il n'a rienà luy,&doune
aux Pauvres tout ce qu'il
reçoit , ne ſe reſervant qu'a
GALANT. 279
ゴ
peine pour vivre , & donnant
meſme ſouvent ce qu'il a reſervé
pour ſa ſubſiſtance, lors
qu'on vient lui parler de quelques
pauvres honteux , qui
font dans une neceffiré prefſante.
J'en dirois davantage fi
je ne craignois de faire fouffrir
ſa modestie. On peut juger
avec combiendejoye ſes nouveaux
Paroiffiens l'ont receu.
L'empreſſement à lui en doner
des marques a eſté ſi grand ,
que les Enfans meſme de la
Paroiſſe de S. Germain ont
eſté luy témoigner en Corps,
le plaisir qu'ils ont reffenty
280 MERCURE
de l'avoir pour leur Curé.
Voicy de quelle maniereM
l'Abbé Cadot, âgéſeulement
de dix ans , luy parla à la teſte
de la Jeuneſſe , le jour de fa
reception .
Ous eftes fans doute furpris
,Monfieur , devoir
cette foule d'Innecens unir leurs
voix aux acclamations publi.
ques que vous recevez aujour
d'huy dans cette Royale Paroiße.
Ce font les agneaux du
troupeau qui cherchent leur Pafteur;
ce sont les Vierges de l'Evangile
qui viennent au devant
GALANT. 281
de l'Epoux , les Enfans de la
Maison de Dieu qui veulent
embraffer leur Pere ; c'est en un
mot la charmante innocence qui
vient rendre hommage à fon
nouveau Protecteur. Elle gemiffoit
ily a quelques jours, cette aimable
vertu , elle se voyoit exposée
au naufrage , & connoisfant
la capacité du Pilote qui la
conduiſoit dans sa route , &la
perte qu'elle faisoit du noble &
illustre Deffenseur qu'elle s'estoit
Deffenfour
faut- il s'étonnerfi
trouble la crainte occupoient
Ses principaux foins , & fi jalouſe
des beautez qu'il lui avoit
Janvier 1694.
acquis ,
Aa
282 MERCURE
procurées par tant de ſaintes inftructions
, elle detachoit à tous
momens son innocente curiofice ,
pour decouvrir quel feroit le conducteur
à qui fon Dieu voudroit
bien confierſa conduite , &pour
ſçavoirs'il auroit la mesme tendreſſe
, le mesme amour & les
mesmes empreſſemens poursa défenfe.
Mais enfin ce jour heureux
rend ses voeux fatisfaits,
il diffipe fes inquietudes , &
voyant le Ciel reparer avec
un plus grand avantage sa difgrace
imaginaire , elle changefes
Soupirs en de nouveauxsouhaits,
beniſſant millefois l'heureux
GALANT. 283
fe
échange que la Providence vient
de faire en la faveur , loin de
plaindre le fort qu'elle avoit d'abord
crû fatal & funeste à fa
роз
gloire, elle s'applaudit dans l'erreur
qui l'avoit decenë , & se
voit obligée à de nouvelles reconnoißances
pour le nouvel avantage
que luy procureſonſage
Conducteur Elle voit avec plaifir
qu'il ne quite l'innocence quepour
courir de nouveau à l'innocent ,
quefon zele infatigable le demande
en plus d'un endroit, que la
ſageſſe qui a toujours conduit fes
intentions luy a fait prendre des
mesures si justes Or fi certaines
Aa ij
284, MERCURE
:
pour la feureté de cette verta ;
qu'elle efpere dorénavant n'avoir
aucun lieu de craindre les
infultes de ſes plus redoutables
ennemis . En effet , que pouvoit
faire de mieux ce noble & vigi
lant Pasteur pour l'avantage do
cette Paroiffe , que de regler fon
troupeau felon l'ordre qu'il en
avoit receu de laſageſſe éternel
le, & de le semestre entre les
mains d'un fecond Pasteur choifi,
parfait , & consommé dans l'exercice
de toutes les vertus , d'un
Pasteur recommandable par fa
fageffe , illustre par sa pieré ,
dont on ne sçauroit exprimer le
GALANT 285
1
९
Zele&la charité, d'un Pasteur
qui ne connoist point le fordide
interest, qui mépriſe les felicitez
de la vie , toujours actif, tou
jours vigilant , & qui ne garde
paine de mesures, quand il s'agit
de faire triompher la veriu, d'un
Rafleur enfin dont la doctrine
craint l'admiration , la modestie
Les élogesser le merite l'honneur
le respect, prudent dans ſes
entrepriſes , admirable dansſa conduite
& charmant dans ses en
tretiens
C'eſt luy que le Ciek deftinoit
pour recevoir au nombre de fes
oüilles le Monarque le plus
286 MERCURE
Grand & le plus Pieux qui ait
jamais paru parmy les hommes ,
un Roy qui par ſa ſageſſefait la
joye & l'admiration du Ciel ,
tandis qu'ilfait l'éronnement de
toute la Terre parson courage &
Sa puifſſancespeut- eftre que charmé
de ſes heroiques vertus ,& éblony
de tant de perfections que le Ciel
a répandues fur ſaſacréepersonne,
vous abandonnereztout pour
vous attacher uniquement a ad.
miver ſes grandeurs . Non ,non ,
ſage & vigilant Pasteur , ce
Grand Roy ne veut pas que vous
abandonniez l'innocence. Permetsez-
moy de vous dire qu'il
مل.
GALANT. 287
n'a pas besoin dù mesme secours
que nous pourse conduire , Iny
qui par sa sage & admirable
conduite regle (+) modere les defti-
Inées de l'Univers. Ne quittez
( pas l'Innocent pour aller aprés ce
Conquerant •, vous auriez de la
peine à le ſuivre dans la rapidité
de ſes Victoires, & ne voyez
vous pas que l'innocent tremble,
tandis que ce Grand Monarque
fait tremblerfes fiers Ennemis ,
qu'il est intrepide , tandis que
nous chancelons preſqu'à tous les
pas de nostre carriere , que luy
feul refiste à tous , tandis que
nous tous ne sçaurions refifter à
288 MERCURE
un seul ,&qu'il écarte glorieu
fement les redoutables furies que
luy a fufcitéesl'Enfer jaloux de
fa gloire, tandis que nous avons
de la peine à éviter les pieges que
leMonde la vanité dreſſent
Sans ceße à noſtre innocence.
Laiffez luy donc mediter de
nouvelles conquestes ,& prepa
rez de nouveaux triomphes à la
Religion. Faites - la triompher
vous-mesme ddaannsssa Paroiſſe que
SaMajesté vient elle mesme de
vous recommander avec tant de
temoignages d'amour. N'oubliez
pas , en nous excitant à l'amour
de Dieu ,de nous exciter auffi à
1
l'amour
:
GALANT. 289
lamour de ce Grand Prince que
l'innocence reconnoist pour fon
illustre Protecteur ,& recevez
l'élite de vostre troupeau , rece
vez la charmante innocence qui
Se proſterne à vos pieds. Condui
fez- la où la gloire du Seigneur
L'appelle. Sa foibleſſe ne l'empêchera
pas de vous fuivre par
tout,fans crainte&fans appreebenſion
, elle attend que vous
ouvriez la bouche pour ſcarcir
par quelles routes vous defirez
qu'elle marche.
Approchez donc , innocente
Troupe. Supplions ce charitable
Conduct
Conducteur de nous procurer les
Janvier 1694. Bb
-
290 MERCURE
mesmes avantages qu'il a de
ja procurez à tant d'innocens.
Prions-le de nous instruire toujours
auec amour, de nous animer
parſes bons exemples & de
jetter continuellement dans nos
tendres eſprits les femences d'une
pieté folide, poury faire germer
la vertu & luyfaire produi.
ve dans son temps des fruits de
bonne odeur pour l'Eglise
pour la Religion. Prions le que
parses lumieres , il nous empêche
de nous égarer dans les routes
obscures de l'erreur, & que nous
mettant dans les voyes qui menent
à la vie , il n'obmette rien
:
GALANT: 291
de tout ce qui peut nous vendre
agreables aux yeux du Pasteur
des Pasteurs .
Et en reconnoiſſance d'un fi
grand bien fait que nous recevons
aujourd'huy , uniffons nos
coeurs & nos voix , & faiſons
retentir cet auguste temple d'ars
old clamations & de cris d'allegreffe.
Difons, mais avec plus plus de
fincerité que les Enfans desHe
breux, Benedictus qui venit in
nomine Domini
its
Et vous , aimables Vierges,
fervez d'écho aux Cantiques
joye que nostre voix pouffe vers
es de
lleeCiel ,&portons tous nos
Bbij
292 MERCURE
M
vaux& nos respects jusqu'aux
Autels pour demander au grand
Protecteur de l'Innocence la continuation
des merveilles qu'il opere
depuis fi long temps dans
la perſonne de cet aimable Pere,
qui nous voyant soumis er pro-
Sternezàses genoux , ne nous
refufera pas la benediction qu
je luy demande tres-humblement
pour vous &pour moy.
M² Le Curé ayant répondu
à ce compliment par un
diſcours éloquent & plein
de tendreſſe & de charité
finit en difant. Pour remercier
Dicu qui m'envoye.en
cette Royale Paroiſſe, de tous
د
GALANT. 293
les miracles qu'il y opere depuis
le chef & le premiet!
juſqu'aux plus petits de mes
Parouffiens , c'eſt à dire , depuis
la facrée Perſonne du
-Roy, dont la ſageſſe& la picté
ſont ſans exemple ,juſqu'à
cette aimable jeuneſſe dont
ale zele innocent m'eſt d'autant
plus agreable qu'il eſt
fans flatetie ,&de ce que du
nombre de ces enfans j'en
viens d'entendre un qui par
les talens merveilleux qu'il a
déja fait patoſtre en d'autres
foccaſions , eſt auſſi admirable
que fon innocence, dont fon
тер
294 MERCURE
âge répond . & que je prie
leTres-haut de luy conſerver,
elt digne de loüange , diſons
luy, TE DEUM LAUDAMJS.
Ce Cantique commencé par
Male Curé fat chanté par
toute l'Aſſemblée,& fuivi des
Prieres qu'il fit faire pour Sa
Majesté , & de la Benediction
qu'il donna à toute la jeunefſe
de la Paroiffe qui eſtoit devant
luy. Le jeune Enfant
qui prononça ce diſcours,eſt
le fils de M Cadot , Conſeiller
en laCour desMonnoyes,
perſonne diftinguée dans ſa
Compagnie par ſon merite.
Quoyqu'il foit encore dans
GALANT. 295
de
S
101
fio
را
ſa plus tendre jeuneſſe, il prononça
le jours dernier des
Saints Innocens leur Panegyrique
dans la Chapelle du
Chatteau de Fontainebleau
devantMe le General desMa
thurins , & le jour de leur
Octave dans l'Egliſe de cette
Ville qui porte leur nom,avec
des applaudiſſemens incroyables
de tous ceux qui
l'entendirent.
Detous les Livres qui s'im-
Priment , cceeuuxx qui font les
plus utiles au Public doivent
eſtre les plus eſtimez . Il en pas
roiſt un depuis peu , dont le
Bb inj
296 MERCURE
grands
Public doit tirer de grands
avantages. Il eſt intitulé,
Histoire generale des Drogues ,
traitant des Plantes, des Ani
maux , & des Mineraux , Ou
vrage enrichi de plus de quatre
cens figures en taille douce,tirées
d'aprés nature , avec un discours
qui explique leurs differens noms,
Jes Pays d'où elles viennent , la
manierede connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,
proprierez , où l'on découvre l'erreur
des Anciens & des Modernes
; le tout tres- utile au Public;
Par le Steur Pierre Pomet,
Marchand Epicier Droguifte.
leurs
GALANT. 297
Le deſſcin de l'Auteur , lors
qu'il aentrepris cetOuvrage,a
cité de developer la mauvaiſe
foy de ceux qui vendent des
Drogues falſifiées , ce qui eſt
d'un grand préjudice à la fanté
des hommes. Le Public luy
doit eſtre obligé , non ſeule,
ment de ſes ſoins & de fon
travail , mais encore de la dépenſe
où le zele qu'il a pour
Iebien general l'a (cul engagé.
On trouve ce Livre dans la
grande Salle du Palais , chez
le Sicur Bruner...
Jo croy que vous recevrez
preſque auſſitoſt que ma Let288
MERCURE
unseul ,&qu'il écarte glorieu
ſement les redoutables furies que
luy a ſuſcitées l'Enfer jaloux de
fagloire, tandis que nous avons
de la peine àéviter les pieges que
le Monde la vanité dreſſent
Sans ceße à nostre innocence.
Laissez luy donc mediter de
nouvelles conquestes ,& preparez
de nouveaux triomphes à la
Religion. Faites -la triompher
vous-mesme danssa Paroiſſe que
Sa Majesté vient elle mesme de
vous recommander avec tant de
temoignages d'amour. N'oubliez
pas , en nous excitant à l'amour
de Dieu ,de nous exciter auffi à
: l'amour
GALANT. 289
l'amour de ceGrand Prince que
l'innocence reconnoist pour fon
illustre Protecteur ,& recevez
l'élite de vostre troupeau , rece
vez la charmante innocence qui
Se proſterne à vos pieds. Condui
fez- la où la gloire du Seigneur
L'appelle. Sa foibleſſe ne l'empêchera
pas de vous fuivre par
tout,fans crainte&fans apprebenſion
, elle attend que vous
ouvriez la bouche pour sçavoir
par quelles routes vous defirez
qu'elle marche.
Approchez donc , innocente
Troupe. Supplions ce charitable
Conducteur de nous procurer les
Janvier 1694 . Bb
:
290 MERCURE
de
mesmes avantages qu'il a de
ja procurez à tant d'innocens.
Prions-le de nous instruire tou
jours auec amour, de nous animer
parses bons exemples
jetter continuellement dans nos
tendres eſprits les ſemences d'une
pieté folide, poury faire germer
la vertu (t) luyfaire produi.
re dans son temps des fruits de
bonne odeur pour l'Eglife &
pour la Religion. Prions le que
parses lumieres , il nous empêche
de nous égarer dans les routes
obscures de l'erreur, & que nous
mettant dans les voyes qui menent
à la vie , il n'obmette rien
:
GALANT: 291
de tout ce qui peut nous vendre
agreables aux yeux du Pasteur
desPasteurs .
Et en reconnoissance d'un fi
grand bien fait que nous recevons
aujourd'huy , uniffons nos
coeurs & nos voix , & faiſons
retentir cet auguste temple d'acclamations
&de cris d'allegreffe.
Diſons, mais avec plus plus de
fincerité que les Enfans desHebreux,
Benedictus qui venit in
nomine Domini.
Et vous , aimables Vierges,
feruez d'écho aux Cantiques de
joye que nostre voix pouffe vers
joye qu
le Ciel &portons tous nos
:
Bbij
292 MERCURE
2
vaux& nos respects jusqu'aux
Autels pour demander au grand
Protecteur de l'Innocence la continuarion
des merveilles qu'il opere
depuis fi long temps dans
la perſonne de cet aimable Pere,
qui nous voyant soumis es pro-
Sternezà ses genoux ,
refufera pas la benediction que
je luy demande tres-humblement
pour vous &pour moy.
ne nous
M² Le Curé ayant répondu
à ce compliment par un
diſcours éloquent & plein
de tendreffe & de charité ,
finit en difant. Pour remercier
Dieu qui m'envoye en
cette Royale Paroiſſe, de tous
GALANT. 293
les miracles qu'il y opere depuis
le chef & le premiet
juſqu'aux plus petits de mes
Parouffiens , c'eſt à dire , depuis
la facrée Perſonne du
Roy, dont la ſageſſe& la picté
ſont ſans exemple,juſqu'à
cette aimable jeuneſſe dont
le zele innocent m'eſt d'autant
plus agreable qu'il eſt
fans flatetie ,& de ce que du
nombre de ces enfans j'en
viens d'entendre un qui par
les calens merveilleux qu'il a
déja fait paroſtre en d'autres
occafions , eſt auſſi admirable
que ſon innocence, dont fon
294 MERCURE
âge répond . & que je prie
leTres-haut de luy conſerver,
elt digne de loüange , diſons
luy, TE DEUM LAUDAMJS.
Ce Cantique commencé par
Male Curé fut chanté par
toute l'Aſſemblée, & fuivi des
Prieres qu'il fit faire pour Sa
Majesté , & de la Benediction
qu'il donna à toute la jeunefſe
de la Paroiffe qui eſtoitdevant
luy. Le jeune Enfant
qui prononça ce difcours,eft
le fils de M Cadot , Conſeiller
en laCour desMonnoyes,
perſonne diftinguée dans ſa
Compagnie par ſon merite.
Quoyqu'il foit encore dans -
GALANT. 295
ſa plus tendre jeuneſſe, il prononça
le jour dernier des
Saints Innocens leur Panegyrique
dans la Chapelle du
Chasteau de Fontainebleau
devantMe le General desMathurins
, & le jour de leur
Octave dans l'Egliſe de cette
Ville qui porte leur nom,avec
des applaudiſſemens incroyables
de tous ceux qui
l'entendirent .
Detous les Livres qui s'impriment
, ceux qui font les
plus utiles au Public doivent
eſtre les plus eſtimez. Il en pas
roiſt un depuis peu , dont le
Bb inj
296 MERCURE
Public doit tirer de grands
avantages. Il eſt intitulé,
Histoire generale des Drogues ,
traitant des Plantes, des Ani
maux , & des Mineraux , Ou
vrage enrichi de plus de quatre
cens figures en tailledouce,tirées
d'aprés nature , avec un discours
qui explique leurs differensnoms,
Les Pays d'où elles viennent , la
maniere de connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,
proprietez , où l'on découvrel'erreur
des Anciens des Modernes
; le tout tres- utile au Publics
Par le Steur Pierre Pomet ,
MarchandEpicier Droguifte.
leurs
GALANT. 297
:
Le deſſein de l'Auteur , lors
qu'il a entrepris cet Ouvrage,a
cité dedeveloper la mauvaiſe
foy de ceux qui vendent des
Drogues falſifiées , ce qui eſt
d'un grand préjudice à la fanté
des hommes. Le Public luy
doit eſtre obligé , non ſeule,
ment de ſes foins & de ſon
travail , mais encore de la dépenſe
où le zele qu'il a pour
le bien general l'a (cul engagé.
On trouve ce Livre dans la
grande Salle du Palais , chez
le Sicur Bruner. 4
Ja croy que vous recevrez
preſque auſſitoſt que ma Let298
MERCURE
tre,un autreLivre intituléArle
quiniana,qu'onacheve d'impri
mer. Vous jugez bien par fon
titre qu'il doit renfermer tous
les bons mots de feuArlequin,
qui pendantun grand nombre
d'années ont diverty la Cour
& la Ville. On y doit trouver
beaucoup de bonnes chofes ,
& une grande varieté , parce
qu'ils ne viennent pas d'une
ſcule perſonne. Les Auteurs
qui ont donné des Pieces aux
Italiens , en ont trouvé une
bonne partic. Arlequin qui
eftoit eſtimé , & qui voyoit
beaucoup d'honneſtes gens ,
GALANT. 299
کر
en a ramaffé beaucoup dans
lemonde; & commeil avoit
de l'ſprit naturellement , &
qu'il s'eſtoit fait outre cela,un
eſprit d'acquiſition pour ces
fortes de choſes , parce qu'elles
luy eſtoient utiles à cauſe
de ſa profeffion , il en a
luy- mefme trouvé quantité,
qui ne cedent point à ceux
qui ont paru dans beaucoup
de Volumes, quoy qu'ils viennentde
perſonnes qu'on peut
appeller Grands hommes, fi
on les confidere du coſté de
leur érudition. On trouvera
auſſi dans le meſme Livre
300 MERCURE
quantité de bons mots rap
portez par celuy qui a pris le
ſoinde remarquer tous ceux
qui compoſent cet Ouvrage.
Ce Livre ledebitera chez Mi.
chel Brunet , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant , &
chez Florentin & Pierre de
Laune , Place de Sorbonne.
Dix huit Irlandois déterminez
ſe rendirent il y a quelque
temps à Londres , où ils ont
demeuré pendant quelques
jours, ſe transformant tantoſt
en Matelots , tantoſt en Marchands,
ou d'autres manieres.
pour s'introduire en differenGALANT.
301
コト
:
Fes Auberges , afin de voir ce
qui ſe paſſoit,&de trouver le
moyen d'entreprendre quelque
chofe. Quatre d'entre eux
acheterent enfuite un petit
Baſtiment , qu'ils chargerent
de Houblon , patce que cette
marchandiſe coute peu . Avec
ce petit Baſtiment ils defcendirent
aux Dunes , où ils en
rencontrerent un qu'ils cherchoient,&
qui alloit porter à
borddu Vaiſſeau qu'ils chargeoient
pour la Coſte d'Eſpagne
, des Draps & des Bas de
laine & de foye , & d'autres
marchandises de prix. Ils pric
302 MERCURE
rent leMaiſtredu petit Baftis
ment de les recevoir , & de
lespaſſeten Eſpagne.D'abord
il s'excuſa ſur ce qu'il n'avoit
pas de provifions pour eux ;
mais ils répondirent qu'ils
acheteroient au premier endroit
qu'ils trouveroient tout
ce qui leur manquoit. Il les
receut , & fit avec eux une fi
grande débauche , ainſi que
fon Equipage, qu'il falut dormir&
cuver le vin. Pendant
qu'ils eſtoient en cet eſtat, les
quatre Irlandois fermerent &
cloüerent les Epontilles fur
cux , couperent les cables ,
GALANT. 303
mirent à la voile , & vinrent
à Boulogne. On ne ſçait pas
ceque les quatorze autres feront
à Londres.
la
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois,fur
Cromailli
Cremailliere , qui en eſtoit'le
vray ſens, ſont M's de Frenay-
Fauvel, Avocat au Siege Prefidial
de Caën : Gangnot
d'Amboiſe : Congis & Levéc
de Paris : A. M. Dugain : du
Pleſſis C & Meſdemoiselles
d'Affé Godard du Mans :
Beauregard de la ruë neuve S.
Roch : le Chevalier Boberel
de Crecy: Jacques François
304 MERCURE
de la ruë neuve Noftre-Dames
Antoine Benard de la rue пси
ve Noltre Dame : l'Avocat
de Limoges : les grands amis
Charpentier, d'Anet & Roume
: Ricard, de la Colombicre
, l'Amant de la rue S. Martin&
la plus belle des eſpe.
rances : Barbé le fils Peintre ,
&fa femme : Prud'homme
l'Aftrologue : Bithorra le Pere
del'agreable famille: Berthier
Marchand de vin, Imber, l'aimable
Chreftien & lesDemoifelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain :
GALANT. 309
A
Jules Fagu de la Lizardiere à
Blois : les Inſpecteurs de la
Ville de Mante : Moriencourt
Apoticaire , & Amillard
: le Docteur Ganga de
la Place Royale : l'Alco-
Iran d'Abbeville de la ruc
de la Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour
& la Princeffe Olive :
l'inconnu de la rue des qua-
4 tre Fils : le Chevalier du Soleil
& la Guctriere Claridiane:
l'Exilé Roſiclair & la belle
Princeſſe Briane : le vaillant
}
Brufaldore & le ſage Hirgandéede
Soiffons: Veret Impri-
Janvier 1694. Cc
296 MERCURE
Public doit tirer de grands
avantages. Il eſt intitulé,
Hiftoire generale des Drogues ,
traitant des Plantes , des Ani
maux , & des Mineraux , Ou
vrage enrichi de plus de quatre
cens figures en taille douce,tirées
d'aprés nature , avec un discours
qui explique leurs differens noms,
Les Pays d'où elles viennent , la
maniere de connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,
proprietez , où l'on découvre l'erreur
des Anciens des Modernes
; le tout tres- utile au Public;
Par le Steur Pierre Pomet ,
MarchandEpicier Droguifte.
leurs
GALANT. 297
Le deſſein de l'Auteur , lors
qu'il a entrepris cetOuvrage,a
cité dedeveloper la mauvaiſe
foy de ceux qui vendent des
Drogues falfifiées , ce qui eſt
d'un grand préjudice à la fanté
deshommes. té des hommes. Le Public luy
doit eſtre obligé , non ſeulement
de ſes ſoins & de fon
travail , mais encore de ladé
penſe où le zele qu'il a pour
le bien general l'a (cul engagé.
On trouve ce Livre dans la
grande Salle du Palais , chez
le Sicur Bruner.
Ja croy que vous recevrez
preſque auffitoft que ma Let298
MERCURE
tre,un autre Livre intituléArle
quiniana, qu'onacheve d'impri
mer. Vous jugez bienpar fon
titre qu'il doit renfermer tous
les bons mots de feuArlequin,
qui pendantun grand nombre
d'années ont diverty la Cour
& la Ville. On y doit trouver
beaucoup de bonnes chofes ,
& une grande variété , parce
qu'ils ne viennent pas d'une
ſcule perſonne. Les Auteurs
qui ont donné des Pieces aux
Italiens , en ont trouvé une
bonne partic. Arlequin qui
eftoit eſtimé , & qui voyoit
beaucoup d'honneſtes gens ,
GALANT. 299
1
en a ramaffé beaucoup dans
lemonde; & commeil avoit
de l'ſprit naturellement , &
qu'il s'eſtoit fait outre cela,un
eſprit d'acquiſition pour ces
#fortes de choſes , parce qu'elles
luy eſtoient utiles à cauſe
de ſa profeffion , il en a
luy- meſme trouvé quantité,
qui ne cedent point à ceux
qui ont paru dans beaucoup
de Volumes, quoy qu'ils viennentde
perſonnes qu'on peut
appeller Grands hommes , fi
on les confidere du coſté de
leur érudition. On trouvera
auſſi dans le meſme Livre
300 MERCURE
quantité de bons mots rap
portez par celuy qui a pris le
foinde remarquer tous ceux
qui compoſent cet Ouvrage.
Ce Livre le debitera chez Mi.
chel Brunet , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant, &
chez Florentin & Pierre de
Laune , Place de Sorbonne .
Dix huit Irlandois déterminez
ſe rendirent il y a quelque
temps à Londres , où ils ont
demeuré pendant quelques
jours, ſe transformant tantoſt
en Matelors , tantoſt en Marchands,
ou d'autres manieres.
pour s'introduire en differen
GALANT. 301
kes Auberges , afin de voir ce
qui ſe paffoit, &de trouver le
moyen d'entreprendre quelquechofe.
Quatre d'entre eux
acheterent enfuite un petit
Baſtiment , qu'ils chargerent
deHoublon , parce quecette
marchandiſe coute peu. Avec
ce petit Baſtiment ils defcendirent
aux Dunes , où ils en
rencontrerent un qu'ils cherchoient,&
qui alloit porter à
borddu Vaiſſeau qu'ils chargeoient
pour la Coſte d'Eſpagne
, des Draps & des Bas de
laine & de foye , & d'autres
marchandiſes de prix. Ils pric302
MERCURE
+
rent le Maiſtre du petit Baftis
ment de les recevoir , & de
les paſſet en Eſpagne.D'abord
il s'excuſa ſur ce qu'il n'avoit
pas de proviſions pour eux ;
mais ils répondirent qu'ils
acheteroient au premierendroit
qu'ils trouveroient tout
ce qui leur manquoit. Il les
receut , & fit avec eux une fi
grande débauche , ainſi que
ſon Equipage, qu'il falut dormir&
cuver le vin. Pendant
qu'ils eſtoient en ceteſtat, les
quatre Irlandois fermerent &
cloüerent les Epontilles fur
cux , couperent les cables ,
GALANT. १०३
mirent à la voile , & vinrent
à Boulogne. On ne ſçait pas
ceque les quatorze autres feront
à Londres.
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois, ſur la
Cremailliere , qui en eſtoit'le
vray ſens, font M's de Frenay-
Fauvel, Avocat au Siege Prefidial
de Caën : Gangnor
d'Amboiſe : Congis & Levéc
de Paris : A. M. Dugain : du
Pleffis C & Meſdemoiselles
d'Affé Godard du Mans :
Beauregard de la ruë neuve S.
Roch: le Chevalier Boberel
de Crecy : Jacques François
304 MERCURE
de la ruë neuve Noſtre Dame:
Antoine Benard de la rue AF
ve Noltre Dame : l'Avocat
de Limoges : les grands amis
Charpentier, d'Anet & Roume
: Ricard, de la Colombicre
, l'Amant de la rue S. Martin&
la plus belle des eſpe.
rances : Barbé le fils Peintre ,
&fa femme : Prud'homme
l'Aftrologue :Bithorra lePere
de l'agreable famille: Berthier
Marchand de vin, Imber, l'aimable
Chreftien & les Demoifelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain :
T
GALANT. 305
راک
Jules Fagu de la Lizardiere à
Blois : les Inſpecteurs de la
Ville de Mante : Moriencourt
Apoticaire , & Amillard
: le Docteur Ganga de
la Place Royale : l'Alcoran
d'Abbeville de la ruc
de la Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour
& la Princeffe Olive
l'Inconnu de la rue des quatre
Fils : le Chevalier du Soleil
& la Guctriere Claridiane:
l'Exilé Roſiclair & la belle
Princeſſe Briane : le vaillant
Brufaldore & le ſage Hirgandéede
Soiffons: Veret Impri-
Janvier 1694. Cc
306 MERCURE
meur: l'Amant ſecretde l'ai
mable blonde de la rue de la
Tiſſeranderie, & la charmante
Brune de la rue S. Antois
ne : l'Amy de la plus belle
Veſtale de Brie : l'Archange
de la rue de Grenelle :les quatre
Habitans du Chaſteau de
Ripaille : le Chevalier de la
Rocheverte : le beau Printemps
de la belle Suiffeſſe de
la rue Monconſeil : l'Apollon
de la rue fainte Croix , & la
petite Nymphe aux yeux
bleux de la rue Bardubecq :
Incertain & la Solitaire des
Bois de Mante : l'Inclination
GALANT. 307
du Solitaire de Saumur. Mefdemoiselles
de Bellefonds
du Chaſteau de Chambord :
Thierry de la rue Beaubourg :
&fon Berger fidelle : Faragorce
Braſſac ſoeur de Mile Com
te de Gallard , Capitaine dans
le Regiment d'Infanterie du
Roy : l'aimable Mariane de
Nogent le Rotrou & fonAmant
: la belle Veronneau de
Blois : les deux échapées de
l'Hoſtel des Urfins : l'aimable
petite M. au coeur bleflé
par l'amour , & l'Amant traveſti
du rendez-vous : l'Amante
du bon Berger Gani-
1
Ccij
308 MERCURE
,
mede : la Veuve aux yeux
doux ,& l'aimable Fanchette
du Quay de l'Horloge : la
gran de Tuchette du grand
Moyfe : l'heureuſe indifferente
ſes trois charmantes
ſoeurs de la rue Michel le
Comte, de Lavois de la meſme
rue : la veritable aux perits
yeux brillans : la paffionnéc
Adelaide & fa charmante
fooeur F. B. la brunette Baudoüin
: Fanchon Benard du
Palais : Cato beaux yeux du
Palais &Monginot ; la Calote
de laine de la rue S. Jacques
,&la cornette ſans den.
telle.
GALANT. 309
TVos Amics vous diront
leur fentiment ſur l'Enigme
nouvellequeje vous envoye.
$252552 525 5555522
ENIGME.
ONAſtre des plus éclatans,
Nonpas toujours, mais en de certains
temps ,
Represente affez ma figure.
Jesuis de matiere tres dure ,
Et l'on mefait avecgrand bruit.
Je conferve ce que je couvre
Et mon utilité, dont chacun est inftruit
,
Partout me donne entrée, & mesme
dans le Louvre.
310 MERCURE
Les Vers ſuivans furent faits
dans le temps qu'on affiegeoit
Charleroy, & ils ont eſte mis
en Air par un de nos plus habilesMuficiens.
AIR A BOIRE.
I oin des fureurs de Mars&de
Bellonne
Cherchons , cherchons un doux
repos.
Armons-nous, chers Amis, de verres
de pots,
Campons à l'ombre d'une tonne.
Laiſſons auGrand Loüis &le ſoin&
lagloire
Deporter en tous lieux & le trouble
&l'effrey.
GALANT. 31
Laissonsre
-1 Loindes
IC
nous chers
لا
ןבו
1,
ne,Lai
S:
C
troubleeti
C
440
C
prendre C
S
ne
Jutti Ambaſſfadeur auprés de
Monfieur leDuc de Savoye,
ct4
302 MERCURE
rent le Maiſtre du petit Baftis
ment de les recevoir , & de
les paſſet en Eſpagne.D'abord
il s'excuſa ſur ce qu'il n'avoit
pas de proviſions pour eux ;
mais ils répondirent qu'ils
acheteroient au premier endroit
qu'ils trouveroient tout
ce qui leur manquoit. Il les
receut , & fit avec eux une fi
grande débauche , ainſi que
ſon Equipage, qu'il falut dormir
& cuver le vin. Pendant
qu'ils eſtoient en cet eſtat, les
quatre Irlandois fermerent &
cloüerent les Epontilles fur
cux , couperent les cables
GALANT. 303
mirent à la voile , & vinrent
à Boulogne. On ne ſçait pas
ceque les quatorze autres feront
à Londres .
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois, ſur la
Cremailliere , qui en eſtoit'le
vray ſens, fontM's de Frenay-
Fauvel, Avocat au Siege Prefidial
de Caën : Gangnor
d'Amboiſe : Congis & Levéc
de Paris :A. M.Dugain : du
Pleffis C & Meſdemoiselles
d'Affé Godard du Mans :
Beauregard de la ruë neuve S.
Roch : le Chevalier Boberel
de Crecy: Jacques François
304 MERCURE
de la ruë neuve Noſtre Dame
Antoine Benard de la rue Act
ve Noltre Dame : l'Avocat
de Limoges : les grands amis
Charpentier, d'Anet & Roume
: Ricard, de la Colombicre,
l'Amant de la rue S. Martin
& la plus belle des eſpe.
rances : Barbé le fils Peintre ,
&fa femme : Prud'homme
l'Aftrologue : Bithorra le Pere
de l'agreable famille: Berthier
Marchand de vin, Imber, l'aimable
Chreftien & lesDemoifelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain :
GALANT. 309
Jules Fagu de la Lizardiere à
Blois : les Inſpecteurs de la
Ville de Mante : Moriencourt
Apoticaire , & Amill'Alcolard
: le Docteur Ganga de
la Place Royale :
ran d'Abbeville de la ruc
de la Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour
& la Princeffe Olive :
l'Inconnu de la rue des quatre
Fils : le Chevalier du Soleil&
la Guctriere Claridiane:
l'Exilé Roſiclair & la belle
Princeſſe Briane : le vaillant
Brufaldore & le ſage Hirgandéede
Soiffons: Veret Impri-
Janvier 1694. Cc
306 MERCURE
meur : l'Amant ſecretde l'ai.
mable blonde de la rue de la
Tiſſeranderie, & la charmante
Brune de la rue S. Antois
ne : l'Amy de la plus belle
Veſtale de Brie : l'Archange
de la rue de Grenelle : les quatre
Habitans du Chaſteau de
Ripanle : le Chevalier de la
Rocheverte : le beau Printemps
de la belle Suiffefſe de
la rue Monconſeil : l'Apollon
de la rue fainte Croix , & la
petite Nymphe aux yeux
bleux de la rue Bardubecq :
Incertain & la Solitaire des
Bois de Mante : l'Inclination
GALANT. 307
du Solitaire de Saumur. Mefdemoiselles
de Bellefonds
du Chaſteau de Chambord :
Thierry de la rue Beaubourg :
&fonBerger fidelle : Faragorce
Braſſac ſoeur de Mile Com.
te de Gallard , Capitaine dans
le Regiment d'Infanterie du
Roy : l'aimable Mariane de
Nogent le Rotrou & fonAmant
: la belle Veronneau de
Blois : les deux échapécs de
l'Hoſtel des Urfins : l'aimable
petite M. au coeur bleflé
par l'amour , & l'Amant traveſti
du rendez- vous : l'Amante
du bon Berger Gani-
Ccij
308 MERCURE
,
mede : la Veuve aux yeux
doux ,& l'aimable Fanchette
du Quay de l'Horloge : la
gran de Tuchette du grand
Moyfe : T'heureuſe indifferente
ſes trois charmantes
ſoeurs de la rue Michel le
Comte, de Lavois de la mefme
rue : la veritable aux perits
yeux brillans : la paffionnée
Adelaide & fa charmante
foeur F. B. la brunette Baudoüin
: Fanchon Benard du
Palais : Cato beaux yeux du
Palais &Monginot ; la Calote
de laine de la rue S. Jacques
,&la cornette ſansden.
telle.
GALANT. 309
Vos Amics vous diront
leur fentiment ſur l'Enigme
nouvelle queje vous envoye.
5252552 525 5555522
ENIGME.
NAftre des plus éclatans,
Nonpas toujours, mais en de certains
temps .
Represente affez ma figure.
Fefuis de matiere tres dure ,
Et l'on mefait avecgrand bruit.
Fe conferveceque je couvre
Et mon utilité , dont chacun est inf
truit ,
Par tout me donne entrée, &mesme
dans le Louvre.
310 MERCURE
Les Vers fuivans furent faits
dans le temps qu'on affiegeoit
Charleroy, & ils ont eſte mis
en Air par un de nos plus habiles
Muficiens.
AIR A BOIRE.
I Oin des fureurs de Mars &de
Bellonne
Cherchons , cherchons un doux
repos.
Armons-nous, chers Amis, de verres
de pots,
Campons à l'ombre d'une tonne.
Laiſſons au Grand Loüis &le ſoin&
lagloire
Deporter en tous lieux & le trouble
&l'effroyς έτους1
GALANT. 318
Laifſſons- luy prendre Charleroy,
Tandis que nous prendrons à boire.
La mort de M'de la Vauguion
ayant fait vacquer une
place de Conſeiller d'Estart
d'épée, le Roy a nommé pour
la remplir Mre René Martel,
Comte d'Anfy, Chevalier- des
Ordres de Sa Majesté, & Gouverneur
de Monfieur le Duc,
de Chartres . Il a eſté Mestre
de Camp du Regiment de
Conty , & Envoyé auprés de
l'Electeur de Mayence & des
Princes de Brunſvick. Il a eſté
auſſi Ambaſſadeur auprés de
Monfieur leDuc de Savoye,
212 MERCURE
où il a demeuré pendantplu
ficurs années .
Les divertiſſemens du Carnaval
ont commencé au Palais
Royal par un Bal que
Monfieur a donné à Monſeigneur
leDauphin. Monfieur
Ic Duc de Chartres & Mademoiselle
ouvrirent le bal,
avec la bonne grace qui leur
eft fi naturelle. Leurs habits
eſtoient magnifiques , l'affemblée
nombreuſe,& fort parée,
&iills'y trouva beaucoup
Maſques. On dança dans la
Galerie & dans deux pieces
du grand appartement de
Monfieur.
de
Jay
GALANT. 313
J'ay encore àvous apprendre
une mort. C'eſt celle de Mef
fire Gilles , Marquis d'Hautefort,
Lieutenant Generaldes
Camps & Armées de Sa Majeſté.
Il eſt mort âgé de quatre
vingt& unan. La Maiſon
dont il eſtoit, eſt ſi ancienne
qu'il justifioit ſa Genealogie
par titres autentiques,& lans
aucune intermiffion depuis
l'an 1025. ainſi que je l'ay tait
voir dans ma Lettre de Noyembre
1680. en vous apprenant
la mort de Me le Marquis
d'Hautefort fon Frere.
La Terre de d'Hautefort, pof,
Janvier 1694. Dd
314 MERCURE
ſedée depuis plus de fix cens
ans par ceux de cette Famille,
fut crigée en Marquiſat ſous
le regne du feu Roy . M
d'Hautefort qui vient de
mourir a eſté premier Ecuyer
de la Reine, aprés la mort de
laquelle il a perdu cette charge.
Il a laiſſe ſept fils & fix Fil-
Ies. Des ſept garçons il y en a
fix dans le ſervice ; ſçavoir ,
M'le Comte d'Hautefort,Colonel
du Regiment d'Anjou ,
&Brigadier des Camps &Ar
mées du Roy , M'le Marquis
de Surville , Colonel du Re
giment de SaMajesté , & Bri
:
1
CALANT. 15
1
1
gadier de ſes Camps & Ar
mées . M le Comte de Mon
tignac,Colonel du Regiment
du Verin ; Mr le Chevalier
d'Hautefort , Capitaine de
Vaiffeau , M'de la Flotte,
Lieutenant de Vaiſſeau, & ME
le Chevalier de Montignac,
Colonel du Regiment de
Charolois.ЛЬ
M'leComte de Montignac
que je viens de vous nommer,
☐ mourut le 18 de ce mois d'u
ne ficvre maligne dans ſa trente-
uniéme année. Il y avoit
dix fept ans qu'il eſtoit dans
leIervice,à quinze ansMoul-
Dd ij
316 MERCURE
M
quetaire , & Colonel à vingtdeux.
On ne peut dire trop
de bien de ce jeune Comte
qui eſtoit dans une eſtime ge
nerale. Il s'eft trouvé à une
infinité d'occaſions , dont il
eſt toujours forty gloricuſement,
&hors ſadeiniere campagne
il a fait toutes celles
d'Italic ſous M² de Catinat ,
qui a rendu compte aauuRoy
de ſa conduite& de ſa valeur.
Sa Majeſte a donné fon Regi
ment à M'de la Flotte fon
Fiere , Lieutenant de Vaiffeauktio
Ily a cu pluficurs change
1
GALANT. 317
mens dans les Intendances.
10 Mr Bignon, Neveu de Mede
Pontchartrain, quitte celle de
Rouen pour eſtre Intendant
en Picardie. M² d'Ormeſſon
va à Rouen en ſa place.
r
M de Bouville quitte Li-
Jes moges pour aller à Orleans ,
M' de Bernage va à Limoges.
M' Ferrand va eſtre Intendant
en Bourgogne, M² Pelletier
de la Houſfaye à Soif-
A fons, & Mr le Vayer à Moulins.
Vous ne ferez pas fachée de
voir les Vers que je vous en-
Dd iij
318 MERCURE
voye. On leur a donné pour
titre, :
LES DEMARCHES
du Princed'Orange.
Toujours vaincu, jamais vainqueur,
Naſſau vafor chemin de Flandreen
Angleterre ,
Laiſſe paſſer l'hiver, puis revient à
la guerre,
Quand les prez& les boisout changéde
couleur.
4
LesAlliezlasde leur destinée,
Etpeu contensque chaque année,
Par de magnifiques apprests,
Illes mene battre à grands frais,
Murmurent en secret de l'esperance
vaine ,
GALANT. 319
L
i
Dont fursa foy chacun d'eux s'est
flate
a
Guillaume se vit de leurpeine,
Et neparoist pas plus hafté
Ase faire par la victoire
Un glorieux nom dans l'Histoire"
Ildécampe enHiver pour camper en
Etfouffre en paix que la Liguefe
plaigne
Ilse promene , ilse repoſe, ilregne,
C'est tout ce qu'il afouhaité.
tour ce a
Pourbafter ces Milords qui vousfont
trop attendre ,
Et vous empefibent de paffer
L'an prochain de bonne heure en
Flandre ,
Nesçauriez-vous , Nassau . leur
faire entendrem
Qu'il reste à SaintMalo des vitres à
caffer?
2
Dd iiij
220 MERCURE
On a cu nouvelles que M
l'Abbé de Maupeou a cíté
facré Evefque deCaftres, dans
l'Eglife Metropolitaine de
Saint Juſt de Narbonne , par
M'leCardinal de Bonzy,Preſident
né des Eſtars qui ſe
tiennent dans la meſme Ville.
CeCardinal eſtoit aſſiſté des
Eveſques de Mende & de Lodeve
, & la Ceremonie ſe fit
en prefence de tous les Corps
des Estats de la Province , &
d'un grand nombre de Perſonnes
qualifiées , qu'il traita
magnifiquement.
On ne parle chez tous les
1
1
GALANT. 321
Alliez que de preparatifs de
guerre. Ils paffent tous les
hivers à nous menacer , &
nous employons tous les Eſtez
à les battre , Les Presbiteriens
eſtant les plus forts dans le
Parlement d Angleterre , &
voulant ancantir la Religion
Catholique , & fur tout l'An.
glicane , accordent au Prince
d'Orange la plus grande partie
des ſommes qu'il demande
pour la continuation de
-la guerre; mais comme il eſt
plus aiſe de dire que de faire,
iill eſt plus facile d'accorder
de l'argent que de le lever.Les
222 MERCURE
Peuples ſont ſi mécontensde
ce qui ſe paſſe au Parlement,
que la pluſpart des Deputez
ddeess Villes s'en ſont retitez. Il
ne faut pas s'en étonner , les
Presbiteriens regnent à Londres
, les Anglicans à la campagne
, & ces Deputez craignant
que leur conduite ne
foit un jour blamée par d'autres
Parlemens , ne veulent
point ſe trouver aux déliberations
: de forte que de plus
de ſept cens Deputez qui devroient
eſtre au Parlement
il n'y en a guere plus detrois
cens. Ily a beaucoup de voix
:
4
:
CALANT. 328
acheptées par le Prince d'Orange
, il en paya au Parle
ment dernier cinquante qui
luy couſterent cent cinquante
mille livres Sterlin. C'eft
un fait conftant dont j'ay
une entiere certitude. Ainfi
les intereſts du Prince d'Orange
, & ceux des particuliers
abiment la Nation. Il
faut qu'elle paye le Duc de
Savoye , & 1 Empereur qui
diſent hautement qu'ils ne
peuvent foûtenir la Guerre fi
on ne leur donne de grandes
fommes , &ce n'eſt que pour
en demander que le Prince de
L
324 MERCURE
res
lafin
Bade a paffé en Angletere.
Ainſi lors que l'Angleters'épuiſe
, elle a encore le
chagrin de voir fon commerce
beaucoup diminué quand
on donne beaucoup & qu'on
ne reçoit rien , il faut à
fuccomber , & le parti Prefbyterien
qui ne veut pas avoir
ledementy,acheverabien-toſt
de ruiner l'Angleterre. On y
exagere la difette des bleds en
France , mais ce n'est qu'un
accident dont les mauvaiſes
fuites font preſque toutes pafſées,
les bleds qu'ont apportez
les Flotes de Suede & de Dan
GALANT. 325
nemark ont preſque remis
l'abondance, & fait diminuer
le prix du bled ; de forte que
Ic pain ne vaut plus à Roüen
que deux fols & fix blancs la
livre.On attend à tout moment
un grand nombre de
Vaificaux chargez de bled
fous l'eſcorte du Capitaine
Bart , & il y en a outre cela
trente ſept Vaiſſeaux chargez
pour France dans le Port de
Copenhague. L'efperance de
la recolte future eſt belle,
& quand il ne croiſtroit pas
un grain debled en France, en
prenant les meſures de bon
326 MERCURE
ne heure , on n'en manquera
jamais. Il abonde en Hollande
où il n'en croilt pas un
grain. Les François ne ſetont
pas moins habiles lors qu'il
ſera queſtion d'en faire venir
. Je ſuis , Madame , voftre
&c .
A Paris ce 31. Janvier 1694.
• 525235 52 575352222
TABLE.
Relude.
Epiſtre . II
Sonnets. 16
Madrigal. 21
Description de la Machine d'Anvers.
22
+
Lettre en forme de Differtation fur
lesCreaturesdes Elemens .
57
Madrigal fur la naissance de Mademoiselle
de Valois .
Nouvelles d'Espagne.
Histoire.
16
A
171
182
Croix de l'Ordre du S. Eſprit donnée
parle Roy à Mr le Comte de Teßé.
205
Nouveaux Chevaliers du mesme ordre
206.
TABLE .
Réponse touchant l'embarras où se
trouve une Dame à l'égard de fon
Amant. 208
Morts.
214
Regimentdonnépar le Roy. 233
Sacre des Evesques de Pamiez & de
S. Flour. 238.
Lettre en Vers de Madame des Houlieres.
244
Profeſſion de Mademoisellede Maury,
avec un Difcours fait sur cesujet.
1
25
Charge'sdeMedecin Majordes Camps.
Hospitaux , &Armées du Roy, &
de Medecin ordinaire de l'Hostel
des Invalides , données parle Roy.
275
Reception faite au noouveau Cure de
Saint Germain l'Auxerrois. 278
Histoire gonerale des Drogues. 295
Artequiniana. 297
1
TABLE
Priſe fite par dix-huit Irlandois.
300
Articledes Enigmes . 303
Chargedonnée àMrle Comte d'Arfy.
311
Bal donnéparMonfieur. 312
Mortde Mr le Marquis de Hautefort
313
Nouveaux Intendans Hommez par
LeRoy. OTE 316
Démarches du Prince d'Orange. 318
Sacre de Mrl'Evesque de Castres. 320
Nouvelles dedivers endroits.
321
Fin de la Table.
Janvier 1694- Ec
<
5.
Avis aux Relieurs pour placer
les Figures.
こ
La Medaille doit regarder la page
204
La Chanfon doit regarder la pas
ge 310
511
m
1694,1
Eur. 511.m
1694,1
Mercure
< 36624511650019
< 36624511650019
Bayer. Staatsbibliothek }}
MERCIJRE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1694.
A PARIS,
GRAND'SALLE DU FA1 A1S.
Ο
Ndonnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente ſols relié en Veau
&Vingt-cinq ſols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE , au Palais ,dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , Grand' Salle du
Palais, au Mercure Galant.
M. DC. XCIV.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Munchen
"
Q☑
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jusqu'à present de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoyepour
ce Mercure , on ne laiſſe pas d'y manquer
toûjours . Cela est cauſe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on nese peutfervir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms , enforte qu'on
ne s'y puiſſe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires ,
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
deſobligent personne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On. priefeulement
ceux qui les envoyent ,&fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'est fort
peu de chose pour chaque particulier,
&le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentementle
Mercure , a rétably les
shofes de maniere qu'il est toûjours
imprimé au commencementde chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui sefont à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que fon commence à vendre icy le
- Mercure. Comme ces paquets feront
pluſieurs jours en chemin , Paris ne
laiſferapas d'avoirle Mercure longsemps
avant qu'ilsoit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées , mais aussi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faisoient auparavant. Ceux
Squise lefont envoyerpar leurs Amis
ans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toûjoursfort tard
pardeux raiſons. La premiere ,parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toſt qu'il est imprimé
, outre qu'il leſera toujours quelques
jours avant qu'on en fafſſe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preſtent .
ilsrejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fors
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sicur
Brunet, puis qu'ilse chargedefaire
lespaquets luy-mesme &de les faire
A iij
AVIS.
porter à la Poste ou aux Meſſagers
fans nulinterest , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreſſe. Ilfera la mesme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera ,foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires ,fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il se rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mesme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
content.
1
MERCVRE
GALANT
JANVIER 169 4.
E ne puis, Madame ,
commencer à vous
écrire dans cette nouvelle
année , ſans vous parler
decelle qui vient de finir . Jamais
depuis que le Ciel a donné
des Souverains à la terre..
A iij
8 MERCURE
on n'en vit une fi heureuſe
pour aucun Monarque , que
celle-là l'a eſté pour l'Auguſte
Roydont nous admirons tous
les jours le Regne , qui n'eſt
qu'un enchainement continuel
de profperitez . La mer
&la terre , l'Allemagne & l'Italie
, la Flandre & la Catalogne
l'ontvû triompher ; & la
nature ayant manqué de produire
dans la meſme année
tout ce qui estoit neceſſaire
pour la ſubſiſtance de ſes
Peuples, ce Prince, aprés avoir
par ſes liberalitez foulagé
ceux qui avoient le plus de
GALANT
beſoin de ſecours, a pris des
foins accompagnez de tant
de prudence , & d'une vigilance
ſi exacte, qu'ileſt enfin
venu à bout de remettre l'abondance
dans ſes Erats. Sa
moderation nous promet encore
plus pour le repos de
l'Europe,dans l'année où nous
entrons. Ce n'eſt point àmoy
à penetrer plus avant ,& il ne
m'eſt pas mesme permis de
rien dire davantage, mais peuteſtre
qu'avant que d'eſtre obligé
de fermer ma Lettre , les
évenemens me donnerontlicu
de m'expliquer d'une autre
10 MERCURE
maniere. Le détail que je vous
envoyay le mois dernier , de
ce qui s'eſt paflé devant Saint
Malo , s'eſtant trouvé auſſi
long que curieux, je fus contraint
de remettre à vous parler
des Ouvrages qui ont eſté
faits fur le bombardement de
cette Place.Je vous les promis,
& je vous tiens aujourd'huy
parole. L'Epiſtre que vous allez
lire eſt de M² Robbe ,
connu par des Pieces de Thear
trc , & d'autres Ouvrages qui
ont paru avcc
fuccés. 2
beaucoup de
1
GALANT. 11
Sssszzssz 522 22525
A MESSIEURS
de S. Malo .
Rgonautes fameux , de qui la
Eftpar tont l'Univers avec gloire
Semée ;
Vous qui faites trembles deux fieres
Nations,
Dont l'infolent orgueil depuis longtemps
aspire ,
A tenir fous leurs Loix les humides
fillons ,
Pour exercerfur eux leur tiranuique
empires .
Rendezgrace au Tres-Haut duceleste
Secours... :
12 MERCURE
Qui détourna l'effort de l'infernal
Ouvrage ,
Dont un traiſtre conduit parson brutal
Esperoit renverser vos redoutables
courage
tours.
Un boulet meurtrier party de vos
murailles ,
Apuny le forfait de son barbare
Autheur,
Et la Machine mesme afait au Com
ducteur
Rencontrer dans la Merfes propres
funerailles.
Un Rocher favorable a brisé le
Vaiſſeau ,
Qui conduiſoit vers vous cet appareil
funeste,
Lesbombes , les boulets, la poudre,
& tout le reste A
Tirerentfans effet, ou cou erentfour
l'Eau.
GALANT. 13
Ne connoissez-vous pas à ces fenfibles
marques ,
Lamain du Tout-Puiſſant quiprotege
vos murs ,
Lesfidelles Sujets du plusGrand des
Monarques
Trouvent toûjours pour eux ces fecoursprompts&
furs.
Pour l'intereſt du Ciel ce GrandRoy
plein de zele,
Braveseul les efforts de trente Potentats
,
Et d'un Roy detrôné ſouſtenant la
querelle,
Rend pourſes interests les plus juſtes
combats.
Les Conquestes qu'ilfait nesontpoint
Sansmiracles:
Lavaleur des François paſſe l'esprit
humain ,
Ils triomphent par tout , malgré tous
les obstacles ,
14 MERCURE
Par le visible appuy d'une invisible
main. 1
Sans doute que l'ardeur de vos coeurs
intrepides
Vous porte à vous vanger de ces peuples
perfides,
Pour avoir découvert deux chetive.s
maisons ,
Enfoncé leurs planchers , & caffe
quelques vitress
Ces maux , quoy quelegers vontvous.
Servir de titres ,
Pourvous dédommager fur leurs riches
toiſons.
Mais , croyez-moy , quittez le foin
de vosvangeances.
De vos nobles projets vous devez
4
:
Naffau , bienmieux que voussçaura
le rayer.
fairepayer
Letort qu'on vous a fait parson intelligence.
L
G
A
GALANT
Aucun de vos Bourgeois n'estny bleßé
ny mort ,
Vingt millefrancs au plus repareront
le tort. (ce
Au centuple dija vous avezpar avan-
Fait couter auxAnglois cette foible
dépense
Parle riche hutin des Vaiſſeanx pris
fur eux.
Guillaumefans argent,& tout com
vert de blame ,
N'avoit pour tout espoir que cette
noire trame,
Pour vuider les tresors de tous ces
malheureux.
Quoy qu'il ait échoüédansfafolle
entreprise,
Ilsçaura profiterde leur credulité.
Lefeul bruit , quoy que faux , de cet
exploit vanté
Les fera dépoüillerjuſques à la che
mise.
16 MERCURE
De cent fois le centuple ilfera rewi
boursé ;
LesMilords, les Marchands . lesDames
,les Bourgeoises,
Payerontfur cepied chaque plancher
percé,
Chaque panneau devitre, &chaque
cent d'ardoifis.
Avec vostre valeur , je doute que jamais
Vous puissiez vous vanger ainsi de
laTamise;
deſormais ,
Qu'ils bombardent nos Ports à ce prix
Ilsnesçauroient plus cher payer la
marchandise.
١٠
Voicy deux Sonnets dont
IcsAuteurs me font inconnus.
GALANT. 17
SUR
LE BOMBARDEMENT
deSaint Malo.
I Es crimes réunis par les noeuds
d'une Ligue ,
Quifait tousses efforts poursoutenir
Nassan ,
Noussont representezpar l'infernal
Vaisseau,
Qui faitledesespoir d'une nouvelle
intrigue.
&
Rougiſſez, Alliez, de la haine pro-
1
digue,
Qui vous fait tout tenterfurla terre
&fur l'eau :
Janvier 1694. B
18 MERCURE
Est-ce ainsi qu'un Tiran veut estre
nostrefleau ,
Lors qu'en devains projetsfa fureur
fatigue?SISMOI
S
Son Brulot tout fumant ,ſur le point
dapprocher ,
Au Port de Saint Malo rencontre le
L'Ingenieur perit, Dieu confond l'enrocher's
treprise.
S
Telfera vostre fort , fameux Vfurpateur.
LOVIS est le rocher & l'écueil de
L'erreur ,
C'est à luy d'écraser l'Ennemi de
l'Eglife.
GALANT. 19
Sur les differens Bombardemens
de Genes, d'Alger,
& de S. Malo.
D
E Genes &
irrité
d'Alger un Heros
Détruifit les Palais , lesfit reduire en
cendre.
resté,
De leurs superbes murs queferoit-il
Si LOVIS en couroux n'cuft voulů
rien entendre ?
S
L
Lors que de ſes ſuccés il devoit tout
attendre ,
Que la mer& les vents estoient de
Son costé,
Queses trop justes coups luyfaisoient
tout prétendre ,
Bij
20 MERCURE
Parsa propre clemence ilſe vit ar
resté
S
Pour perdre Saint Malo tu tefersde
fes armes,
Guillanme , & croispar là nous donner
des alarmes ,
Mais en vain par tes feux tu fais
trembler la mer.
S
Personne ne te eraint , quoy qu'ar
mé de la foudre ;
La question n'est pas difficile à resoudre,
Ilfaut pour s'enservirle bras deFu
piter...
17
Le Madrigal qui fuit ces
Sonnets, eſt de M' Diereville.
1
GALTANM 21
AU PRINCE D'ORANGE
ſur la Machine de S.Malo
Naffauston horribleMachine
Afes feuls Conducteurs a donné le
trépas ,
Lors que tes foudroyans éclats
Devoient de Saint Malo nous caufer
la ruine.
Les Vaiſeaux deLOVIS n'empéchoient
:
point l'effet ...
Defon detestable projet 4
Tu l'entrepris à la fourdine ,
Et cependant tu n'as rieufait.
De ton eſprit offe le voile ,
Etreconnois enfin le pouvoirde mon
Roy
}
4
22 MERCURE
Tuvois que ceHeros pour triompher
de toy
N'a besoin que de fon Etoile.
Comme la Machine que
les Anglois avoient préparéc,
& qui leur a fi mal réuffi , a
donné licu de parlerde celle
d'Anvers , qui a tant fait de
bruit autrefois , & que vous
ſouhaitez ſçavoir ce que ceux
qui ont écrit l'Hiſtoire des
Guerres de Flandre en ont
dit , je vais fatisfaire voſtre
curioſité fut cetarticlesCo
Toute la Flandre eſtoit en
mouvement par la guerre
A
GALANT 23
qu'avoit excitée le Parry des
Confederez , qui vouloicut
détruire la Religion Catholique.
Anvers s'eſtoit declaré
pour eux , & Alexandre de
Parme , Gouverneur des Pays-
Bas pour le Roy d'Eſpagne
Philippe II. reſolut d'en for.
mer le Siege. Pour cela il falloit
fermer la Riviere de l'Ef
caut, afin d'empêcher les Ennemis
derecevoir du ſecours.
Le Pontqu'il entrepritde conftruire
furce Fleuve ,eſtoit un
ouvrage que l'on ne pouvoit
executer qu'en furmontant
des difficultez extraordinaires .
24 MERCURE
Auſſi fut- il regardé de tout le
monde avec admiration. Il eſt
àpropos de vous en donner
l'idée , pour vous faire micux
comprendre les effets de la
Machine qui fut employée
pour le renverſer. Voicy ce
qu'en dit Strada. Aprés que
l'on cut bâti deuxForts depart
&d'autre à l'entrée du Pont
que l'on meditoitde faire,l'un
du coſté de la Flandre appellé
de Sainte Maric , &l'autre
du cofté du Brabant, nommé
le Fort Philippe, on plantad'abord
dans le Fleuve trois
picces de bois du coſté du
Fort
GALANT. 25
Fort de Saiute Marie , éga
lement éloignées du bord.
Enſuite il y en avoit autant ,
éloignées des premieres de
onze pieds , & l'une de l'autre
de cinq pieds. Aprés , il y
avoit trois autres pieces de
bois , éloignées du ſecond
rang de treize pieds , & enfuite
trois autres diſtantes de
onze pieds ; & ainſi il y en
avoit d'autres,& encore d'autres
. les unes éloignées de onze
pieds , les autres de treize ,
qui s'avançoient dans la largeur
de la Riviete, auſſi avant
Janvier 1694 . C
26 MERCURE
que le permettoient la rapidité&
la profondeur de l'cau .
Cette eſpece decloſture estoit
terminée par douze grandes
poutres plantées dans l'eau,
chacune de foixante & dix
pieds dehaut , diſpoſées prefque
en quarré , pour ſervir à
faire un Fort. D'autres pieces
de bois eſtoient couchées enn
long fur celles-là , & on mir
des ais en travers bien liez lese
uns avec les autres , qui fai
foient le chemin pour paffer
par deſſus le Pont. Entre cha
querangde ces pieces debois,
diſtant l'un de l'autre , ou
GALANTAM27
d'onze, ou de treize pieds ,
ily avoit en dehors d'autres...
poutres plantées dans l'cau, &
&éloignées de cinq pieds des
autres, qui avec deux pieces de
bois, comme avec deux puiffans
bras qui ſe fuſſent éten
dus de part & d'autre , appuyoient
celles dont je viens
devous parler , & lioient tou
te cette Machine. Le meſme
•ordre fut obſervé de part &
d'autre . On mit encore de
chaque coſté , mais plus en
dehors , un autre rang de poutres
àvingt pieds dediſtance,
- vizà vis decelles qui eſtoient
Cij
28 MERCURE
par rang éloignées d'onze &
de treize pieds. Du bas de ces
poutres vers la ſuperficie de
I'cau , il s'élevoit de grandes
pieces de bois qui paffoient en
biaiſant par deſſous le Pont le
long des pieux, qui ca eſtoient
comme les piliers , & fe croifoient
en ſe rencontrant à la
poutre du milieu , de forte
qu'elles les lioient enſemble,&
fortifioient puiſſamment tout
l'édifice. Les choſes ayant elté
diſpoſées ainſi , on étendit de
fortes planches ſur les poutres
qui traverſoient d'un pilier à
l'aurre , & par ce moyen on
GALANT. 29
fit un chemin pour paſſer par
deffus le Pont. Des ais à l'épreuve
du Mouſquet , qui faiſoient
comme un parapet de
cinq pieds de haut, furent mis
de part & d'autre pour ſervir
de garde- foux. On fit de la
metine forte le Fort qui fut
deſtiné pour ſervir de place
d'armes à l'extremité de cet
Ouvrage.Le chemin qui eſtoit
fur le Pont eſtoit large de dou
ze pieds ; huit hommes pouvoient
aifément y paſſer de
front, & le Fort, ou Corps de
garde, qui avoit quarante pieds
de large,& cinquante-deux de
Cij
30 MERCURE
-
fice
long , contenoit prés de cinquante
hommes. Le meſme
travail fut fait de l'autre coſté
vers le Fort Philippe ,
n'eſt qu'à cauſe que l'eau
eſtoit moins profonde , on
mena bien plus avant l'édifice
des pilotis . Il avoit de ce
coſté-là neuf cens pieds de
long , & n'en avoit que deux
cens de l'autre. Cette eſpece
de barriere fut appellée l'Eſtacade
par les Soldats ; mais le
milicu , c'eſt à dire , la plus
grande partie du Fleuve demeuroit
encore ouverte , &
l'eſpace qu'il y avoit entre
GALANT.
l'une & l'autre extremité de
l'Estacade , eſtoit de plus de
douze cens cinquante pieds.
Ainfi comme le Fleuve eſtoit
fi rapide & fi profond encet
endroit là, qu'on n'y pouvoit
nybattre nyplanter des picux,
cet eſpace fut fermé par trente-
deux Vaiſſecaux mis à coſté
les uns des autres . Chacun
avoit foixante & fix pieds de
long , & douze de large , &
ils eſtoient éloignez l'un de
l'autre de vingt pieds , & attachez
enſemble avec quatre
gros cables , & avec des chaines
qui prenoient les flancs ,
C iiij
32 MERCURE
de la pouppe & de la proue.
Outre cela , chaque Vaiſſeau
avoit une ancre à chaque bout,
& cette ancre eſtoit diſpoſéc
de telle forte, que par l'adreſſe
des Matelots les cordes s'en
lâchoient à mesure que l'eau
croiffoit , & le Pont ſe ſoulevoit
ſans que les Vaiſſeaux en
reccuſſent aucun dommage.
Il y avoit dans l'eſpace qui
eſtoit entre les Vaificaux , de
fortes pieces de bois qui alloient
de l'un à l'autre , avec
des planches de travers au
deſſus , en forte que par ce
moyen on pafſoit de tillacen
CALANT 33
tillac de chaque Vaiſſeau.Ainfile
chemin qui estoit entre
Josadeuxi Forts avoit rrcize
cens pieds de longueur. Il y
avoit à ce Pont des Garde
foux comme aux deux autres,
dontil faisoit le milicu . On fit
un nouveau travail pour ſa
défenſe. Il conſiſtoit en trend
te trois Barques , que l'on mit
devant le Pont à coſté les unes
des autres , environ à la portée
d'un trait dans la largeur de
la Riviere. Elles eſtoient attachées
trois à trois avec des
pieces debois & des maſtsde
Vaiſſeaux , qui paffoient par
34 MERCURE
deſſus en travers , mais elles
eſtoient un peu éloignées les
unes des autres .Ainfi il y avoit
onze rangs de ces Barques , &
le meſme eſpace entre chaque
rang. Il fortoit de chaque rang
de ces Barques quatorze longues
pieces de bois , ferrées en
pointe par le bout , qui empêchoient
les Ennemis d'approcher.
Ces Barques eſtoient
pleines de furailles vuides , &
arreſtées avec des ancres de
part & d'autre , de peur que la
rapidité du Fleuve , ou que le
flux de la mer ne les emportaſt
; & comme les cordes en
* eſtoieGntALANT. 35
Le baif lâches , elles ſe baif-
* foient ou ſe hauſſoienr avec lo
Fleuve , ce qui les fit appeller
les Flottes.Ces Machines ,dont
il y en avoit une du coſté
d'Anvers , & une autre du
coſté de la mer , avoient chas
cune douze cens cinquantedeux
pieds de long , & couvroient
tout le Pontde Vaifſeaux
, & quelque partie des
Forts qui estoient au bout de
chaque Eſtacade. Enfin le
Prince de Parme acheva ce
merveilleux ouvrage le 24.
Fevrier 1585. dans le ſeptiéme
mois du Siege d'Anvers , &
7
34 MERCURE
deſſus en travers , mais elles
eſtoient un peu éloignées les
unes des autres . Ainfi il y avoit
onze rangs de ces Barques , &
le meſme eſpace entre chaque
rang. Il fortoit de chaque rang
de ces Barques quatorze longues
pieces de bois , ferrées en
pointe par le bout, qui empêchoient
les Ennemis d'approcher.
Ces Barques eſtoient
pleines de futailles vuides , &
arreſtées avec des ancres de
part & d'autre , de peur que la
rapidité du Fleuve , ou que le
flux de la mer ne les emportast
; & comme les cordes en
** eſtoieGntALANT. baifbaif
35
lâches , elles ſe
:
foient ou ſe hauſſoienr avec lo
Fleuve , ce qui les fit appeller
les Flottes .Ces Machines ,dont
il y en avoit une du coſté
d'Anvers , & une autre du
coſté de la mer , avoient chas
cune douze cens cinquantedeux
pieds de long , & couvroient
tout le Pont de Vaifſeaux
, & quelque partie des
Forts qui estoient au bout de
chaque Eſtacade. Enfin le
Prince de Parme acheva ce
merveilleux ouvrage le 24.
Fevrier 1585. dans le ſeptiéme
mois du Siege d'Anvers , &
36 MERCURE
par lemoyen de ce Pont , qui
avoit de longueur deux mille
quatre cens pieds, & qui eſtoir
fi fort & fi ferme , qu'on faifoit
paſſer par deſſus tout ce
qui venoit de la Flandre & du
Brabane dans les Camps de
part & d'autre,les Troupes de
gens depied & de cheval , les
chariots& leCanon , il ferma
la Riviere aux Ennemis , &
oſta à ceux d'Anvers toute
efperance de commerce du
coſté de la mer. Ce fut contre
ce Pont d'une conftruction
fi rare & fi furprenante ,
que les Affiegez prépare-
"
GALANT. 37
rent la Machine dont vous
voulez ſçavoir les effers. Elle
eſtoit de l'invention de Federic
Jembelli , excellent Ingenicur
pour les choſes de la
guere, qui eftant paſſe d'Italie
en Eſpagne pour offrir ſes ſervices
auRoyPhilippe II. piqué
de quelque mépris quel'on fir
de luy en cette Cour- là, alla à
Anvers,où il fut ravi de trouver
l'occaſion de faire paroiſtre ſa
vangeance enfaveur desConfederez.
Il fit conſtruire quatre
Bateaux , dont les fonds
eftoient plats &les coſtez afſez
hauts mais plus fermes
4
38 MERCURE
qu'ils ne le font ordinairement.
Enfuite il fit faire des
Mines dans l'eau meſme, ſi l'on
peut parler ainſi , & je vais
vous dire de quelle maniereil
y travailla. Premierement il
fit faire au fond du Vaiſſeau
un mur de chaux & de brique,
comme pour ſervir de plancher&
de fondement. Ce mur
avoit un pied d'épaiffeur , &
eſtoit large de cinq pieds , &
de la meſme longueur que le
Bateau. Aprés cela il fitbastır
tout alentour des murailles ,
felon la grandeur de la baſe ,
& ayant fait couvrir cette cf
GALANT. 93
pèce de Baſtiment, il laiſſa par
deſſous comme une Mine
haute & large de trois pieds ,
&il la remplitd'une quantité
de la plus fine poudre à Canon,
qu'il avoit faite luy-mesme,&
dont il n'avoit appris
la compoſition à perfonne.
Cette Mine eſtoit couverte de
grandes tombes ,de meules de
moulin , & de pierres d'une
grandeur exceflive. Il éleva
auffi un toit par deſſus avec
degroffes pierres & des meules,
dont il fitcommeun com.
ble qui faifoit un angle aigu
par le faiſte ,& ſe laifſſoitaller
"
40 MERCURE
en pente de part & d'autre ,
afin que cette, Machine produiſiſt
non ſeulement ſon effet
en ligne droite , mais qu'-
ellele fitt éclater en traversde13
part & d'autre par le moyen
des boulets de fer &de marbre,
des chaines , des crochets,
des clouds , des coureaux , &
toutes les autres choſes nuifi
bles qu'il avoit imaginées , &
miſes au deſſous du comble de
certe Machine. Il fit remplir
l'eſpace qui eſtoit entre les
bords de ces Bateaux , le mur
&le toit de cette mine ,de
pierres diſpoſées en quarré, &
GALANT 41
des poutres attachées avec du
fer furent miſes par deſſus.
Enfin aprés avoir couvert toutes
ces choſes avec de grosais,
&d'un plancher de brique , il
fit allumer un bucher au milicu
, pour faire croire qu'on
envoyoit ces Bateaux afin de
bruler le Pont ; mais il y avoit
par deſſous une matiere de
poix & de fouphre , qui ne devoit
finir que lors que le feu
auroit pris à la Mine , l'Inventeur
de cet ouvrage ayant pratiqué
deux divers moyensd'y
mettre le feu. Il y avoir quelques
Bateaux où il avoit mis
Janvier 1694. D
42 MERCURE
un fil amorcé ,qui paſſoit par
le fond juſque dans la Mine,
& comme il avoit éprouvé
combien il ſe bruleroit de ce
fil pendant que ces Bateaux
iroient juſqu'au Pont , cette
méche eſtoit auſſi longue
qu'il pouvoir en eſtre brulé
dans tout ce temps-là. Il ſe
ſervit en d'autres de certe efpece
d'horloges qui allument
de nuit la chandelle , & fervent
de Réveille - matin . Il
avoit d'ailleurs ajuſté ſa Machine
de telle ſorte , queles
ronës ne devoient tourner que
lentement tandis que le Bateau
GALANT. 43
iroit vers le Pont, & ſe lâchant
toutd'un coup fi- toſt qu'il en
ſeroit proche , elles devoient
produire des étincelles à la
rencontre d'un caillou , & ces
étincelles ſe communiquant
parmy du ſouphre & de la
poudre répanduë au meſme
licu, ne pouvoient manquer
de porter le feu juſque dans la
Mine. Ces quatre Bateaux
eſtant conſtruits , l'Ingenieur
y en ajoûta treize plus petits,
où il n'y avoit rien de caché
- que l'on cuſt à craindre , mais
qui étoient remplis ſeulement
de feux. Les Affiegeans ayant
Dij
44 MERCURE
f
appris qu'on preparoit des
Vaiffcaux dans la Ville , &
s'imaginant que cet appreſt ſe
faifoit feulement pour attaquer
le Pont d'un coſté , tandis
que les Hollandois & les
Zelandois l'attaqueroient d'un
autre, ne ſoupçonnerent rien
de la Mine qu'ils cachoient.
Ainſi le Prince de Parme redoubla
les gardes par les Forts
&les levées , & fit venir les
meilleures de ſesTroupes pour
la défenſe du Pont. En meſme
temps on vit paroiſtre de la
Ville trois Bateaux en feu, enfaite
d'autres ,& encore d'auGALANT
45
L
tres . On cria auſſi - toſt aux armes
dans le Camp, & le Pont
fut rempli de gens de guerre.
Ces Bateaux deſcendoient
le long de l'Escaut deux à
deux & trois à trois , avec
quelque ordre en apparence,
parce qu'il y avoit alors des
Mariniers qui les conduifoient.
Ils jettoient de fi grandes
flames , qu'ils ſembloient
bruler cux - meſmes plûtoſt
que de venir bruler le Pont,&
on cuft cru voir des embrafemens
florer. Déja cette eſpece
de Flote ardente eſtoit à deux
mille pas du Pont, quand ceux
46 MERCURE
qui les conduiſoient mirent
dans le fil de l'eau les grands
Bateaux où il y avoitdes Mines
, ſans ſe ſoucier des plus
petits ,&ayant mis le feu à la
méche qui devoit les faire
jouër , ils ſauterent promptement
dans d'autres, pour voir
de loin le ſuccés de cet artifice.
Ces Bateaux que perfonne
ne conduiſoit , ne prirent
pas tous la meſme route . Les
petits, pour la pluſpart , donnerent
contre les Flores qui
eſtoient au devant du Pont,
ou s'arreſterent fur les bords
du Fleuve. Des quatre grands
GALANT 47
dans leſquels ce quidevoit ruiner
le Pont, eſtoit enfermé , il
y en cut un qui ayantpris cau
par quelques fentes , ne produifit
aucun autre effet que de
la fumée , & fut enſeveli dans
les ondes Le ſecond & le troifiéme
furent pouſſez par un
vent qui s'éleva du coſté de
Brabant, ſur le rivage de Flandre
vers Callo,qui eſt l'endroit
le plus rapide& le plus
profonddu Fleuve.Il ſembloit
mefme que le quatrième ne
feroit pas un plus grand effet ,
parce qu'il eſtoit auffi tourné
vers le rivage de la Flandre ,
48 MERCURE
&qu'il avoit heurté avec vio
lence contre les Flotes , où il
s'eſtoit arreſté. Ainſi ceux
qui tenoienr Anvers afliegé,
voyant que le feu s'affoibliffoit
, ou s'éteignoit dans la
pluſpart desBateaux , ſe mo
querent d'un appareil qui ne
promettoit aucun ſuccés; mais
comme le quatriéme eſtoir
plus grand & plus fort que
tous les autres, il rompit les
Flotes qui empêchoient fon
paſſage , & defcendit vers le
Pont avec une impetuofité
qui commença à faire tout
craindre. Le Prince de Parme
qui
2 CALANT. 49
:
J
qui vouloit eſtre par tout, accourut
aucry qui ſe fit , où il
y avoit apparence que ce Bateau
s'attacheroit , & commanda
à quelques Matelots
d'entrer dedans , d'abattre le
bucher , d'éteindre le feu,&
aux autres , de l'arreſter avec
des crocs pour en détourner
l'effet.Cependant on l'obligea
malgré luy de ſe retirer de cet
endroit ; & à peine eſtoit- il
entré dans le Fort de Sainte
Marie, ſur le rivage de la Flan-
' dre , que ce grand Vaiſſeau
creva avec un bruit ſi épou-
⚫vantable, que la terreur en fut
Fan vier 1694 .
E
50
MERCRE
répanduë par tout. Cette tem
peſte de chaines , de boulets',
de pierres, fit un effet ſi prodigieux
, qu'on ne croit la
choſe poſſible que parce qu'-
elle eſt arrivée . Le Fort où ce
Bateau infernal s'eſtoit venu
attacher , les barrieresdu Pont
vers le Fort de Sainte Marie, &
l'endroit du Pont de Vaifſeaux
qui touchoit au Fort ,
tout fut emporté avec les Sol .
dats, les Capitaines , lesMatelots
, le Canon , les armes ,
avec autant de facilité que les
feüilles font emportées par le
vent. Le Fleuve s'en ouvrit
GALANT. fr
i
d'une maniere qui laiſſa voir
le fond de ſon lit. Il ſe répandit
en meſme temps ſur ſes
bords , & s'égalant aux levées
{ qui le refferroient , il remplit
d'un pied de haut le Fort de
Sainte Marie. La terre en trem
blajuſques à neuf milles de cet
endroit , & on trouva à mille
pas de la Riviere , des pierres ,
&meſme quelques - unes des
plus grandes tombes , qui
eſtoient entrées dans terre de
deux pieds en quelques endroits.
Maisil n'y cut rien de
plus déplorable que ce qui
arriva aux hommes. La vio-
E ij
52 MERCURE
lence du feu en confuma tout
d'un coup quelques uns , &
en enleva d'autres par ſon impetuoſité.
Elle en jetta pluſieurs
en l'air avec le bois &
les pierres, & en meſme temps
comme par un tourbillon, elle
les fit tombet à terre , ou les
fubmergea dans le Fleuve. Le
ventempeſté de cet orage en
tua d'autres , qui demeurerent
entiers,& le Fleuve meſme qui
s'eſtoit élevé par deſſus ſes
bords, en brula beaucoup par
ſes eaux boüillantes qu'il avoit
qu'il avo
étenduës de patt & d'aurre. Il
y en cut un grand nombre
GALANT. 53
d'aſſommez par les pierres qui
retomberent , & quelques- uns
ſe trouverent enſevelis ſous les
tombes qui les avoient accablez.
Ce qu'on regarda comme
un accident tres-furprenant ,
ce fut celuy du Vicomte de
Bruxelles , qui ayanteſté emporté
d'un Vaiſſcau , retomba
dans un autre qui en étoit fort
éloigné ſans recevoir aucune
bleſſure. Ce tourbillon enleva
un Capiraine chargé de ſes armes
, & l'ayant tenu quelque
› temps ſuſpenduen l'air , ille
fit deſcendre au milieu du
Fleuveplutoſt qu'il ne l'y laiſſa
E iij
54. MERCURE
tomber . Ce Capitaine qui ſçavoit
nager , gagna l'un des
bords , malgré la peſanteur de
ſes armes . Un autre Officier
fut tranſporté du rivage de
Flandre au rivage du Brabant,
& ne fut bleſſe que legerement
à l'épaule dont il toucha
la terre en tombant. Il dit
aprés ſa cheute , que quand il
fut emporté par deſſus le Fleuil
s'imaginoit eſtre un
boulet qui cuſt eſté tiré d'un
Canon , tant la violence qui
le pouſſa en avant eſtoit cxtraordinaire
. Le nombre des
morts alla juſques à huit ceas ,
VC
,
GALANT: 55
:
fans comprendre les bleſſez ,
& ceux qui demeurerent privez
de leurs membres. Le
Prince de Parme qu'on avoit
contraint de ſe retirer du
Pont , fut envelopé par la
violence de l'air ému, comme
ſi c'cuſt eſté un tourbillon
, dans le moment qu'il
entroit au Fort de Sainte Marie
,& en meſme temps une
folive le frapa par le caſque &
par l'épaule, & le renverſa par
terre. On le trouva l'épée nuë
à la main , & auprés de luy
deux Officiers , l'un qui le tenoit
embraffé par les genoux,
E iiij
56 MERCURE
&l'autre bleſſé à la teſte d'un
coup de pierre. On reconnut
le lendemain que ce grand
deſaſtre ne venoit pas fculement
du Bateau qui s'eſtoit
attaché au Pont , mais auſſi
de celuy qui eſtoit demeuré
au rivage , & qui en crevant
avoit fait perir beaucoup de
monde. Voilà quel fut l'effet
de l'épouvantable Machine
employée contre ce Pont.
Apparemment les Anglois en
efperoient un ſemblable de
celle qu'ils avoient préparée
pour détruire S. Malo , mais
heureuſement elle n'a agy que
GALANT. 57
contre eux-meſmes , & par
les Relations que je vous en
envoyay le mois paſſé , vous
avez connu qu'elle n'a caufé
nul dommage dans la Ville.
Il n'y a rien de plus curieux
quel'Ouvrage que vous allez
lire , & qui m'eſt tombé par
hazard entre les mains . Les
matieres qui y ſont traitées
feront beaucoup de plaiſir à
tous les Sçavans de voſtre Province.
Ils ne trouveront dans
ce que je vous envoye que la
premiere Partie de ce qui eſt
contenu dans tout l'Ouvrage.
58 MERCURE
525252525 5555522
22255525225255522
LETTRE EN FORME
de Differtation , de MMarigner
, St du Plessis , Ruel
Billoüard , Avocat au Parlement
de Paris, adreßée àM
Charles de Volaud de Matheron
, Seigneur d'Aubenas,
de Salignac , & d'Entrepierre
, Gentilhomme de Provence
,fur les Creatures des
Elemens, & autresſujets inwifibles
, corporels ou ſpirituels,
fur les Stryges de Ruffie,
GALANT. 59
P
3
&fur la Physique Occulte
de la Baguette.
MONSPEUR. 3
Vous voulez ſçavoir mes
ſentimens fur pluſieurs matieres
, touchant leſquelles je me
perfuadois qu'un homme ſçavant
comme vous , & infiniment
plus éclairé que je ne
fuis, ſe contenteroit de ce que
je luyen ay fait voir dans les
Lettres que j'ay écrites à noſtre
illuſtre Amy M Defnoyers
, Premier Secretaire
de la feuë Reine de Pologne.
r
60 MERCURE
Cependant il faut vous obcir,
nonobſtant la foibleſſe de
mon âge , de ma main & de
ma ſanté , puis que voſtre modeſtie
vous faiteſtimer les lumieres
d'autruy plus que les
voſtres.
Je commence par ce qui
regarde les Creatures des Elemens
, ou Eſprits corporels,&
autres ſujets inviſibles & fpirituels
conjoints au corps, ou
qui en ſont ſeparez , & vais
vous entretenir premierement
de la diviſion & fubordination
des ſubſtances purement
corporelles ; ſecondement de
GALANT. 61
cellesqui font purement ſpirituelles
, & troiſiémement de
celles qui participent des
deux , afin de vous réveiller
les differentes idées que l'on
doit avoir des Creatures des
Elemens , & autres ſubſtances
extraordinaires , ſous les figures
deſquelles pluſieurs Philoſophes
anciens & modernes
ont voilé les ſecrets de leur
ſcience.
:
Dans ce deſſein, & pour l'executer
avec plus de netteté ,
vous trouverez bon , Monfieur
, que je vous remette
devant les yeux l'idée genera
52 MERCURE
lence du feu en conſuma tout
d'un coup quelques uns , &
en enleva d'autres par ſon impetuoſité.
Elle en jetta pluſieurs
en l'air avec le bois &
les pierres, & en meſme temps
comme par un tourbillon,elle
les fit tombet à terre , ou les
fubmergea dans le Fleuve. Le
vent empeſté de cet orage en
tua d'autres , qui demeurerent
entiers,& le Fleuve meſme qui
s'eſtoit élevé par deſſus ſes
bords, en brula beaucoup par
ſes caux boüillantes qu'il avoit
étenduës de patt & d'aurre. Il
y en cut un grand nombre
GALANT.
53
d'aſſommez par les pierres qui
retomberent , & quelques- uns
ſetrouverent enſevelis ſous les
tombes qui les avoient accablez.
Ce qu'on regarda comme
un accident tres-furprenant ,
ce fut celuy du Vicomte de
Bruxelles , qui ayant eſté emporté
d'un Vaiſſeau , retomba
dans un autre qui en étoit fort
éloigné ſans recevoir aucune
bleſſure. Ce tourbillon enleva
un Capiraine chargé de ſes armes
, & l'ayant tenu quelque
- temps ſuſpenduen l'air , ille
fit deſcendre au milieu du
Fleuveplutoſt qu'il ne l'y laiſſa
E iij
1 54. MERCURE
tomber . Ce Capitaine qui ſçavoit
nager , gagna l'un des
bords , malgré la peſanteur de
ſes armes . Un autre Officier
fut tranſporté du rivage de
Flandre au rivage du Brabant,
& ne fut bleſſe que legerement
à l'épaule dont il toucha
la terre en tombant. Il dit
aprés ſa cheute , que quand il
fut emporté par deſſus le Fleu-
VC il s'imaginoit eſtre un
bouletqui cuſt eſté tiré d'un
Canon , tant la violence qui
le pouſſa en avant eſtoit cxtraordinaire
. Le nombre des
morts alla juſques à huit cons,
,
GALANT: 55
ſans comprendre les bleſſez ,
& ceux qui demeurerent privez
de leurs membres . Le
Prince de Parme qu'on avoit
contraint de ſe retirer du
Pont , fut envelopé par la
violence de l'air ému , comme
ſi c'cuſt eſté un tourbillon
, dans le moment qu'il
entroit au Fort de Sainte Marie
, & en meſme temps une
folive le frapa par le caſque &
par l'épaule, & le renverſa par
terre . On le trouva l'épée nuë
- à la main , & auprés de luy
deux Officiers , l'un qui le te-
: noit embraffé par les genoux,
E iiij
56 MERCURE
&l'autre bleſſé à la teſte d'un
coup de pierre. On reconnut
le lendemain que ce grand
deſaſtre ne venoit pas fculement
du Bateau qui s'eſtoit
attaché au Pont , mais auſſi
de celuy qui eſtoit demeuré
au rivage , & qui en crevant
avoit fait perir beaucoup de
monde. Voilà quel fut l'effet
de l'épouvantable Machine
employée contre ce Pont.
Apparemment les Anglois en
efperoient un ſemblable de
celle qu'ils avoient préparée
pour détruire S. Malo , mais
heureuſement elle n'a agy que
GALANT. 57
contre eux-meſmes , & par
les Relations que je vous en
envoyay le mois paſſé , vous
avez connu qu'elle n'a caufé
nul dommage dans la Ville.
Il n'y a rien de plus curieux
que l'Ouvrage que vous allez
lire , & qui m'eſt tombé par
hazard entre les mains . Les
matieres qui y ſont traitées
feront beaucoup de plaiſir à
tous les Sçavans de voſtre Province.
Ils ne trouveront dans
ce que je vous envoye que la
premiere Partie de ce qui eſt
contenu dans tout l'Ouvrage.
58 MERCURE
5252552-525 5555522
22255525225255522
LETTRE EN FORME
de Differtation , de MMarigner
, St du Plessis , Ruel
Billoüard , Avocat au Parlement
de Paris , adreßée àM
Charles de Volaud de Matheron
, Seigneur d'Aubenas,
de Salignac ,
pierre , Gentilhomme de Prod'Entrevence
,fur les Creatures des
Elemens, & autresſujets inwifibles
, corporels ou ſpirituels,
fur les Stryges de Ruffie,
GALANT. 59
P
J
& fur la Phyſique Occulte
de la Baguette.
MONSPEUR.
:
Vous voulez ſçavoir mes
ſentimens ſur pluſieurs matieres
, touchant leſquelles je me
perfuadois qu'un homme ſçavant
comme vous , & infinimentplus
éclairé que je ne
fuis, ſe contenteroit de ceque
je luyen ay fait voir dans les
Lettres que j'ay écrites à noſtre
illuſtre Amy M' Defnoyers
, Premier Secretaire
de la feuë Reine de Pologne.
60 MERCURE
Cependant il faut vous obcir,
nonobſtant la foibleſſe de
mon âge , de ma main & de
ma ſanté , puis que voſtre modeſtie
vous faiteſtimer les lumieres
d'autruy plus que les
voſtres .
Je commence par ce qui
regarde les Creatures des Elemens
, ou Eſprits corporels,&
autres ſujets inviſibles & fpirituels
conjoints au corps, ou
qui en ſont ſeparez , & vais
vous entretenir premierement
de la diviſion & fubordination
des ſubſtances purement
corporelles ; ſecondement de
GALANT. 61
cellesqui font purement ſpirituelles,
& troiſiémement de
celles qui participent des
| deux , afin de vous réveiller
les differentes idées que l'on
doit avoir des Creatures des
Elemens , & autres ſubſtances
extraordinaires , ſous les figures
deſquelles pluſieurs Philoſophes
anciens & modernes
ont voilé les ſecrets de leur
ſcience.
Dans ce deſſein, & pour l'executer
avec plus de netteté ,
vous trouverez bon , Monfieur
, que je vous remette
devant les yeux l'idéegenera
62 MERCURE
le que nous avons des choſes
créées,dont l'un des extrêmes
eſt le corporel , & l'autre eft
le ſpiriruel. Eneffet , nous reduiſons
toutes nos connoif
fances au corporel & au ſpirituel.
Secondement , que le corporel
confifte au corps purement
corps , comme les Elemens
élementez , les Meteo.
res , les quatre grands genres
de mixtes , & le Ciel qui eft
le ſujet mitoyen d'entre les
.corps .
Troifiémement , que dans
les differens genres des Mixe
GALANT. 63
tes ily a des eſprits , plus ou
moins corporels , à commencer
dans les pierres & dans les
Métaux , où les eſprits font
tres-groſſiers , mais ſe déga.
geant peu à peu de leur extrê
me groffiereté , ils montent
juſques à la perfection des
efprits vegetaux , & des animaux,
où ces eſprits corporels
font en plus grande quantité,
& y regnent avec bien plus de
nobleſſe que dans les genres
inferieurs ; car dans le gente
inanimé,les eſprits corporels
ſont ſeulement capables des
mouvemens d'attraction.de
64 MERCURE
digestion , d'expulfion , & de
retention; mais dans les veges
taux , outre ces fortes de
mouvemens, leurs eſprits corporels
tendent & arrivent à la
vegetation & à la production
de leur ſemblable.
*
Et à l'égard des animaux,
outre ces mouvemens & facultez
de l'attractive , de la digeſtive
, de l'expulſive , de la
retentive , de la vegetative, &
de la generative , ils ont les
mouvemens de la ſenſitive &
de l'imaginative , leſquels y
ſont plus ou moins nobles ,
ſelon la difference des eſpeces,
GALANT. 65
où ils ſe rencontrent , juſques
à celle de l'homme exclufivement
, dans laquelle tous
les eſprits corporels qui fervent
aux mouvemens naturels
ſuſdits , font beaucoup plus
nobles que dans les eſpeces
infericures .
Car dans l'eſpece humaine
il ſe rencontre encore des cf.
prits corporels , bien plus parfaits
que les precedens , qui
élevent non ſeulement noftre
puiſſance imaginative beaucoup
au deſſus de celle des
Brutes, mais qui ſervent à la
puiſſance diſcurſive & à l'in-
Janvier 1694. F
66 MERCURE
tellective de l'ame humaine ,
& differencient eſſentiellement
l'homme d'avec les autres
animaux , quoy qu'il y en
ait qui paroiſſent avoir une
eſpece de raiſon , ou instinct
au deſſus des ſens exterieurs ,
qui leur ſert de conduite dans
les neceffitez où ils ſe trouvent
,pour ſe conſerver la vie
animale ; & voilà en quoy
confiſte l'échelle de la nature
corporelle , compoſée de quatre
échelons de l'élementativeou
naturelle inanimée , de
la vegetative , de la ſenſitive,
&de l'imaginative,par rapport
GALANT. 67
aux quatre Elemens , de la
Terre , de l'Eau , de l'Air ,
& du Feu , qui par leur circulation
continuelle ſe convertiſſent
l'un à l'autre , car
des elprits purement naturels
& inanimez , il s'en fait
des eſprits vegetaux, puis des
fenfitifs , & enſuite des imaginatifs
; au deſſus deſquels
quatre échelons , l'eſpecehumaine
s'éleve par les puiſſances
diſcurſive & intellective ,
que l'homme poſſede à l'exclufion
des animaux des eſpeces
infericures .
Pour ce qui eſt du ſpirituel,
Fij
68 MERCURE
il conſiſte premierement en
ſubſtances purement ſpirituelles
, qui n'ont point de
commerce avec les corps, que
nous nommons Anges , ou
Eſprits bienheureux.
ſeu-
Secondement, en ſubſtances
ſpirituelles , ayant commerce
aveclecorps de l'homme
lement , comme l'ame humaine
, qui eſt immediatement
au deſſous de la ſubſtance
Angelique , & au deſſus du
plus fubtil du corporel des
puiſſances ſuperieures de
I'homme. Troiſiémoment' ,
en ſubſtances ou eſprits malGALANT.
69
.
heureux,foumis à tout ce qu'il
y a de plus groſſier dans le
corporel du plus bas degré ,
ce qui eſt une peine & fouffrance
la plus tetrible de toutes
, à raiſon de l'oppofition
qu'il yaentre le pur ſpirituel,
& le plus corporel qui ſe rencontrent
conjoints en cet endroit
; c'eſt à dire dans l'aauquel
les Demons biſme ,
ont eſté précipitez par leur
orgueil & rebellion contre
leur Createur. Nous pouvons
encore confiderer l'ame humaine.
non ſeulement comme
le lien du ſuperieur avec l'in
70 MERCURE
fericurde la nature créée, mais
encore comme pouvant pofſeder
trois differens eſtats .
e
Premierement , pendant la
vis temporelle , où elle a la
liberté d'exercer ſes trois puifſances
ſpirituelles , l'Entende.
ment , la Memoire , & la Volonté
, juſques au jour de la
mort temporelle de fon groffier
corps,
Secondement, aprés la mort
temporelle , comme joüiffant
de la viſion beatifique avec
lesAnges.
Troifiémement , comme étantprécipitée
avec le Demon
GALANT. 71
-
dans l'enfer , pour ſouffrir la
punition éternelle duë à ſes
crimes.
Quatrièmement د
comme
oſtant placée entre les deux
extrêmes de la punition & de
la récompenſe , pour fouffrir
les peines à elle ordonnées
pondant un temps , afin d'expior
fes faures,& de ſe purifier,
ainſi que l'Eglife nous l'enſeigne,
& que les anciens Philoſophes,
ſans eſtre éclairez de
la Foy , nous l'ont dit ,ſe fondant
fur ce que lors qu'on
connoift bien un extrême ,
l'on découvre en mefme
>
72 MERCURE
temps l'autre extrême qui luy
eft oppofé , & par confequent
un milicu entre ces deux extrêmes
; c'eſt à dire que reconnoiffant
qu'il y avoit un
licu de récompenfe & de delices
, qu'ils appelloient les
Champs Eliſées , deſtiné pour
le ſejour des ames de ceux ,
qui dans la vie temporelle
avoient eſté bons , juſtes &
vertueux , & qu'il y avoit auſſi
un lieu de fupplices & de toutmens
, qu'ils appelloient les
Enfers , deſtiné pour les injuſtes
, méchans & vicieux , ils
tiroient leur conſequence ,
qu'il
GALANT.
73
qu'il y avoit uneſtat mitoyen
entre la punition & la récompenſe,
qui eſt noſtre Purgatoire.
Ces propoſitions ainſi ſuppoſées
& établies avec certitude
, font autant de principes
, qui nous font diftinguer
toutes les Creatures les unes
des autres , & ſont ſuffifantes
pour nous défendre des tromperies
, dans lesquelles l'erreur
&la malice des Anciens &
des Modernes pourroient
nous faire tomber ſur ces matieres
, attendu que les Crea-
Janvier 1694. G
1
74 MERCURE
tures inviſibles , ou ſpirituelles
, qu'ils ont fair paffer pour
des Larves , & Lemures, des
Harpies , des Dieux Penates ,
des Pytons , des Oracles , des
Eſprits malins & nocturnes ,
des Loups-garoux , & autres
ſujets de cette nature , ne peuvent
eſtre que des Demons &
des ames condamnées &
malheureuſes , qui ſelon le
degré de leur cheute , & de
leur condamnation font ,
attachées par punition aux
parties les plus groffieres des
Elemens, comme les minieres,
pierres , rochers , montagnes ,
GALANT 5
:
foreſts , ou dans les caux , &
dans les airs , où ils excitent
des orages , des tremblemens
de terre ,des tempeftes. Spiritus
procellarum.
Nous avons dans l'Ecriture
des preuves & des exemples
de tous ces differens eftats
malheureux , puiſqu'elle nous
marque qu'il y a des Demons
qui vaguent ſur la terre &
qui cherchent à faire du mal
aux Hommes , foit en les tentant
, en les tranſportant , ou
en les affligeant en leur corps,
foit par la permiſſion divine ,
foit parce qu'ils ſe font vo
Gij
76 MERCURE
lontairement ſoumis au Demon.
Aproportion dequoy , ceux
qui font des pactes avec
luy, comme les Sorciers , Magiciens
,& autres leurs émiſſaires
, eſtant inſtruits de divers
malefices & poiſons, font pluſieurs
maux aux hommes &
aux beſtiaux, auſſi bien qu'aux
fruits.
Et à l'égard des ames condamnées
au Purgatoire , elles
peuvent auffi caufer quelque
defordre , comme les cruels .
Stryges de Ruffice , ou les efprits
familiers , les genies , les
!
GALANT. 77
--}
eſprits follets , & autres qui
ne ſont point malfaiſans , &
qni ont meſme de l'inclination
à ſervir l'homme , ou qui
ſe plaiſent avec les beſtiaux ,
& en ont du ſoin , & qui peuvent
eſtre les ames les moins
criminelles, condamnées pout
un temps à ces eſtats & peines
, ainſi que quelques experiences
le font connoiſtre
quelquefois dans des maiſons
particulieres , où ces fortes
d'Eſprits habitent & agiffent
pendant quelques années , &
enfin ceſſent .
Mais jamais toutes ces for-
G. iij
78 MERCURE
tes de creatures ne paſſeront
pour des hommes vivans ,
réels & effectifs , quelque choſe
que Paracelſe & autres ,
ayent vouluperfuader ſur leurs
creatures des Elemens .
Il est vray neanmoins que
ces fortes d'eſprits vagabons ,
follets , familiers , ou non ,
peuvent avoir eſté des home
mes qui ſe ſont ſi fort enfoncez
dans le dereglement , quo
lors de leur mort temporelle,
leur imagination s'eſtant trou .
vée degradée & abaiffée
point de l'imperfection de
au
celle de quelques animaux ,
GALANT. 79
ils en ont conſervé les inclinations
aprés la mort, & fe portent
à faire une choſe , ou une
autre , par rapport à cela , ou
par punition ; car alors la liberté
de l'homme ceſſe , & il
agit par force & neceffairement
, & non avec choix .
Il y a meſme des hommes
qui pendant leur vie tombent
en de pareils inconveniens ,
qui ayant perdu l'uſage du ſens
commun , par le renverſement
de leur temperament , deviennent
fous & extravagans , au
point qu'ils paſſent pour des
beſtes , & en font les actions .
G iiij
80 MERCURE
Nous en avons des exemples
dans la perſonne de Nabuchodonofor
, lequel à raiſon
de la degradation des qualitez
naturelles de ſes puiffances
intellective , & difcurſive
, & des qualitez même
de ſon imagination humaine
, où ſes vices l'avoient
reduit , creut pendant
ſept ans citre deveuu boeuf,
&en faifoit toutes les actions
animales , beuvoit , mangeoit
& broutoit l'herbe & le foin
comme un Boeuf , couchoit
au dehors à la campagne ,
jour & nuit , avec les brutes,
GALANT. 81
ainſi qu'il ſe voit dans l'Ecriture
au Livre de Daniel chapitre
4.
Il ſe rencontre auſſi des
hommes , qu'on nomme Sorciers
ou Magiciens , qui pafſent
bien ſouvent pour les Efprits
malins & Loups-garoux,
cy deſſus remarquez , & qui
ſe transforment en Boeufs répondant
à leurs mauvaiſes inclinations
, pour executer les
commandemens qu'ils reçoivent
du Démon de faire divers
malefices , fur les hommes
, fur les beſtiaux & ſur les
fruits.
82 MERCURE
3
Tous ces changemens ou
eſpeces de metamorphoſes ſe
font faites & pratiquées il y
a pluſieurs fiécles . Virgile en
parle ,& Ovide dans ſes Metamorphofes
en donne des exemples
, comme celuy de Lycaon
en Loup , à raiſon de la
cruauté qu'il exerçoit ſur ſes
Hoîtes , & pluſieurs autres fables
, qui ne ſont pas fans fondement
tout à fait , & ceseffets
extraordinaires ne ſont pas
au deſſus de la nature. Elle ne
fait pas à la verité tous les
jours des Geans , des Nains ,
des Hommes- marins , ou des
GALANT. 83
Tritons , ny des Syrenes , &
autres creatures ; ce ſont des
monſtres qui arrivent contre
ſes routes ordinaires & par des
obitacles ou des ſur-abondances
qu'elle évite autant
qu'elle peur . Il ne faut
donc pas avoir recoursaux miracles
, ou à la ſcience & malice
du Demon à tous momens
, & lors que nous ne
connoiffons pas les caufes occultes
des effets ordinaires ou
extraordinaires que nous
voyons. Le Demon , tout ſçavant
qu'il puiſſe eſtre des ſecrets
de la nature (quoi qu'il y
84 MERCURE
ait lieu d'en douter) ne sçauroit
agir fur nous qu'en appliquant
les actifs aux paſſifs , &
qu'aprés une permiffion expreſſedu
Souverain Createur,
ou une foumiſſion volontaire
que nous luy faiſons ; au contraire
c'eſt à l'homme vertucux
& juſte à luy commander en
vertu de la ſeigneurie où
Dieu l'a conſtitué ſur toutes
les choſes infericures. Nous en
ſommes convaincus par les
miracles des Apoſtres, Diſciples
& Miniſtres de la Sainte
Eglife , à l'imitation deſquels
les hommes de Dicu font ces
GALTAN. 85
۱
merveilles contre la reſiſtance
& rage du Demon , & le forcent
à obeïr . Les effers étranges
de l'imaginationhumaine,
ſoit pour le bien , ſoit pour le
mal ,nous ferontaſſez connus
ſi nous prenons garde qu'ils
peuvent arriver, non ſeulement
par les cauſescy- deſſus , mais
encore par des cas fortuits
comme lors qu'un homme eſt
frappé du venin de laTarento.
le , par lequel il perd le jugement
, & tombe dans un ſommeil
lethargique , dont pour
le guerir on le tient réveillé
en le tourmentant , ou le fai-
,
86 MERCURE
fantdanſer au ſon de la voix,
ou de quelque inſtrument melodieux
, qui convienne à fon
temperament , c'eſt à dire d'-
une harmonie grave s'il eſt
melancolique , d'une douce &
temperée s'il eſt ſanguin , &
d'une plus élevée s'il eſt colerique;
& quoiqu'il foit gueri du
mal que luy cauſoit ce venin ,
l'impreſſion quien eſt demeu.
rée dans ſon imagination , &
de laquelle il ne s'apperçoit
point, fait qu'il ne manque pas
au temps que l'accident luy
eſt arrivé , d'avoir une envie
extreme de danſer , & il danſe
GALANT. 87
s'il trouve des danſes , des
chants ou des ſons d'inſtru
mens qui luy agréent , & il a
meſme de la peine à s'en abſtenir
en tout autre temps, lorfqu'il
entrouve l'occaſi.on...
Le Sicur Borelle, Medecin
du Roy , dans l'obſervation
68. du troiſiéme livre de de ſes
Centuries, rapporte une experience
d'un homme mordu
par un chien enragé , duquel
Ja bave , par fon venin , avoit
bleſſé l'imagination de cep
homme , de forte que dans les
intervalles, où les paroxiſmes
de la ragene le tenoient pas,
88 MERCURE
il aboyoit , & chaſſoit le gibier
à la campagne. Il ſentoit
venir de loin ſes Amis ſans les
appercevoir , & quoy que fort
éloignez , tout ainſi qu'un
chien fait fon Maiſtre ; bref
il conſervoit toujours l'hydrophobie
du chien qui l'avoit
mordu.
De forte que les cauſes de
ces metamorphofes & changemens
, ſe doivent attribuer
à des choſes naturelles , ou
contrenaturelles , mais corporelles
, & nonpas àdes miracles
& effets ſurnaturels , ny
à la ſcience ou puiſſance du
GALANT. 89
Demon , en quoy je ne pretens
pas comprendre lesOra-
- cles & fauſſes Divinitez des
Payens , par leſquels le Des
mon,& ſesEmiffaires, les trompoient
, ou tourmentoient ,
comme ſoumis à luy ; & c'eſt
par où je finis ce que j'avois
à vous dire , Monfieur, ſur les
Creatures ſpirituelles & immortelles
en general , conformement
& par rapport aux
principes de noſtre Foy.
Il me reſte donc à vous exprimer
mes pensées ſur les
Creatures des Elemens , defquels
les Anciens, & particu-
Janvier 1694.
H
90 MERCURE
lierement Paracelſe , nous ont
parlé , comme de Creatures
humaines & effectives .
Il nous a d'abord comme
établi un genre d'hommes extraordinaires
, qu'il appelle des
Gnomes , & enfuite des differentes
eſpeces qu'il nomme
des Pygmées , des Undenes ,
ou Nymphes , des Sylphes , &
des Vulcaniens ou Salamandres
, à tous leſquels il attribuë
la figure & les qualitez
corporelles de l'homme .&
plus excellentes au delà de
celles que nous poffedons.
Mais ils ne peuvent eſtre que
GALANT. 91
les eſprits corporels des quatre
Elemens , comme il ſera
cy-aprés remarqué, & leſquels
les Romans Philofophiques
font paffer pour des Fées , ou
pour des enchantemens, que
Polyphile appelle veritez
menfongeres , ou menfonges
veritablest
Paracelſe neanmoins , pour
donner quelque credit à fa
doctrine , a rapporté les rémoignagesde
Saint Hicrôme
& de Saint Auguſtin , qui diſent
, ſçavoir Saint Hicrôme ,
que Saint Antoine eſtant dans
fon defert , y a vu un Pygméc
Hij
92 MERCURE
en forme de Satyre , qui l'a
borda au lieu de fuir ; auquel
Saint Antoine ayant demandé
quel il eſtoit , il luy répondit
qu'il eſtoit un mortel habitant
dans ce defert , avec pluſicurs
de ſon eſpece ; que les
Payens les prenoient pour des
Dieux, mais qu'il n'en eſtoit
rien, &qu'ils ne vouloient pas
paſſerpour cela;qu'il eſtoit envoyé
par ceux de fa troupe à
Saint Antoine , pour le prier
d'interceder pour eux auprés
duvray Dieu ,& de l'adorer,
parce qu'ils avoient eſté informez
que Dieu s'eſtoit incarGALANT.
93
né pour la redemption de tout
le monde.
Et S. Auguſtin au livre de
la Cité de Dieu , chapitre 15.
aſſeure avoir veu un Satyre ou
Faune vivant.
Auſquels deux témoignages
joignant tous ceux de l'antiquicé
, qui parlent affirmati,
vement de la realité des Pygmées
& des Nains , des Nymphes
, Nayades , Sirenes &
Tritons, des Sylphes, Faunes,
Satyres & Geans , des hommes
Vulcaniens , Cyclopes , & des
Salamandres , Paracelſe pretend
appuyer & perfuader
94 MERCURE
fortement , ce qu'il avance de
la nature & des qualitez de ces
creatures des Elemens maſles
& femelles , & fait pour cela
diverſes hiſtoires , plus romaneſques
& divertiſſantes , que
veritables .
Sur quoy mon deſlein principal
eſt de détromper les efprits
des curieux , qui pourroient
s'engager , comme pluſicurs
ont inutilement fait ,
dans la recherche des grands
avantages , qu'il infinuë devoir
naiſtre de la connoiſſance de
ces creatures , & pour cela je
prétens faire connoiſtre aux
CALANT. 95
gens éclairez &aux mediocres
auſſi , qu'il n'y peut avoir d'autres
eſpeces d'hommes que
ceux qui ont paru depuis la
Creation du Monde , & que
ces pretenduës creatures font
purement metaphoriques , &
vous en ſerez le Juge.
Je n'ay qu'à vous faire remarquer
, que ſelon les principes
de ma Phyſique , il y a
quatre genres des mixtes , par
rapport aux quatre Elemens;
ſçavoir , les pierres par rapport
à la terre & à ſa ſechereſſe ;
lesmétaux par rapport à l'eau
&à ſa froideur ; les vegetaux
96 MERCURE
par rapport à l'air & à ſon humidité
, & les Animaux ou
ſenſitifs , par rapport au feu
&à ſa chaleur .
Que dans chacun de ces
grands genres il y a quatre
genres ſubalternes , chacun
deſquels a plus ou moins de
rapport à l'un des quatre Elemens.
Par exemple dans le
grand genre de l'animal , l'un
de ſes genres ſubalternes regarde
la terre , & eſt compoſé
des Animaux reptiles ; le
ſecond regarde l'Element de
l'eau & eſt compoſé des Poiffons
; le troifiéme regarde l'air,
&
GALANT. 97
& eſt compofé des Animaux
volatifs ; & le quatriéme re
garde le feu , qui eſt le genre,
compoſé de tous les Animaux
progreſſifs , qui ne font ny
Oiseaux , nyPoiffons , ny Reptiles
.
Chacun de ces quatre
genres ſubalternes de l'animal ,
ſe diviſe en quatre grandes
eſpeces , au delà deſquelles il
n'y a plus de diviſion à faire
, parce que dans ces trois
fortes d'ordres & de diviſions,
ſe rencontre le ſuperieur, l'inferieur
, & le mitoyen, par
rapport auſſi aux trois princi-
Janvier 1694.
I
98 MERCURE
pes de nature ,matiere , ford
me ,& moyen ; car la forme
ſe rencontre plus noble dans
l'ordre des efpeces animales ,
que dans les quatre genres fubalternes,
ny que dans le grand
genre animal , ce grand genre
répondant à la matiere, parce
que le mélange de l'Element
du Feu y est tres groffier ,&
ſa qualité chaude , tres intenfe,
à comparaiſon du mélange
de cemeſme Element igné ,
qui ſe rencontre dans les quatre
genres ſubalternes répon.
dant au principe mitoyen ,
qui eſt audeſſus de la matic.
GALANT 99
.
re , & au deſſous de la for-
Pour ce qui eſt des genres
fubalternes,ils répondent par
conſequent au principe mitoyen
, parce que les qualitez
ignées de l'animal y ſouffrent
bien plus de refraction que
dans le grand genre , à raiſon
de la delicateſſe & exactitude
dela mixtion, qui regne dans
les genres ſubalternes , pour
aller ſe terminer dans les efpeces,
comme à leur fin &
terme ,auquel ils tendent.
Et enfin les eſpeces faiſant
le troifiéme ordte de diviſion,
I ij
100 MERCURE
répondent à la forme,d'autant
quedans cette forme l'intenfi
té de la qualité ignéede l'animal
ſe trouvant en ſa derniere
refraction , la mixtion y eſt
plus noble & plus parfaite ,
quedans les genres ſubalternes,
deſquels elles deſcendent;
&ainſi à proportion dans les
trois auttes grands genres,dans
chacun deſquels il y a quatre
genres ſubalternes , & feize
grandes eſpeces , ce qui fait le
nombre de ſoixante & quatre
eſpeces , qui comprennent
tout ce qu'il y a de differences
eſſentielles dans l'étendue des
GALANT. JOI
mixtes de la nature , par rappoft
au nombre quaternaire
des Elemens , ce qui eſt la
ſource quarrée du nombre
foixante & quarre, auquel dans
Ja nature ſe reduit le nombre
des ofpeces , fans augmentation
nydiminution , qui fert
d'original à la racinequarrée
des Mathematiques , &
l'Arithmetique , de meſme
que le ternaire des principes
a fervi de patron àda regle de
trois , & à la proportion harmonique.
avail
Cette enchaifnure des genres&
des eſpeces de lanature,
de
I iij
102 MERCURE
que je viens de vous reprefenter
en racourcy , vous doit
convaincre, à mon avis, qu'il
ne peut y avoir qu'une eſpece
humaine veritable , & non
pluſieurs , quoy que Paracelſe
ait voulu établir les Gnomes
comme un genre particulier ,
& les Pygmées , Nymphes
Sylphes , & Salamandres ,
comme des eſpeces répondant
aux quatre Elemens par les
differentes habitations qu'il
leur donne.
Mais vous m'objecterez ,
peut-eſtre, que Paracelſe n'eſt
pas ſeul de ce ſentiment ,&
GALANT. 103
que les Philoſophes y conſen-
Eent, outre que l'experience
nous a fait voir qu'il y a de
petits hommes dans les Mines
, que les Mincurs voyent
quelquefois ; que lors qu'ils
23 paroiffent d'abord à l'ouvertutre
dela Mine , ce leur eſt une
preuve certaine de l'abondance&
richeſſe de la Mine ; que
ces Mineurs les entendent
travailler à la Mine , ce qui
leur eſt un avertiſſement que
la Mine eſt proche de ſa fin ,
Lou que les terres menacent de
ruine , & que ces petits hommes
ſouſterrains vivent d'in-
I iiij
104 MERCURE
ſectes , comme de rats , de
fouris , & autres de cette nature.
Que l'on a vû quelquefois
de ces petits hommes ſur la
terre & dans les jardins , ſe
divertir avecdesenfans , difparoiſſant
quand il leur plaiſt
toutd'un coup , comme s'ils
s'enfonçoient dans les pores
de la terre , ſans qu'il y pas
roiſſe aucune ouverture ou
paffage.
Qu'il y a des Gnomes qui
converſent avec les hommes ,
qu'ils ont des femmes & des
enfans, qu'ils font heureux &
GALANT. Ιος
Fortunez dans les choſes mondaines
, & en font meſme
part à ceux qui les obligent ,
ou qu'ils prennent enaffection
, boivent, mangent comme
nous , & font toutes les
actions corporelles de l'humanité
.
Qu'il ya des hommes marins
ayant la figure de l'homme
au deſſus du nombril &
des Syrenes , ayant de meſme
figure de femme. :
Enfin qu'il y a des Faunes ,
des Satyres , des Centaures ,
des Geans , des Nains & autres
, faiſant les fonctions ani-
こ:
106 MERCURE
males de l'homme ,& que de
ces fortes d'hommes & de
femmes , il y a une infinité
d'hiſtoires & de relations qui
ne sçauroient pas eſtre toutes
foupçonnées de fauſſcré.
A toutes ces fortes d'hifſtoires
, ſuppoſé qu'elles fufſent
toutes veritables , cc
qu'on ne peut dire ( car il
arrive ſouvent en ces matiercs
, que l'on donne l'effor
à ſon imagination pour s'é
gayer & fe divertir des autres
) c'eſt une neceffité que
toutes ces creatures ſoient autant
de monftres , ou des effets
de l'imagination depra
GALANT. 107
véed'une femme qui conçoit,
ou qui eſt groffe , qui ne laifſont
point de lignée , ny de
pofterité,comme je vous l'ay
dit Autrement les eſpeces ſe
multipliroient à l'infini ,& il
n'y auroit plus d'ordre dans
la nature. Ainſi la beauté de
l'Univers , qui conſiſte dans
l'arrangement merveilleux de
ſes parties ,& dans leurs proportions
harmonique , geometrique&
arithmetique, ſeroit
ancantic contre la volonté
du Createur qui les a ainfi
ordonnées .
Le grand nombre d'indivi
108 MERCURE
dus d'hommes rangez ſous
l'eſpece humaine , ne doit pas
cauſer de confufion , puif
qu'ils s'excedent les uns les
autres , en vertus & qualitez
actives , depuis le plus bas degré
de l'eſpece , juſques au
plus noble & plus parfait ;
mais cette quantitéd'hommes
marquel'élevation de l'entité
au deſſusde fon eſſence,qu'elle
reçoit du feu & de l'air, &
qu'elle poſſede au deſſus des
autres eſpeces &du genre
fubalterne progreſſif animal,
à meſme proportion que le
feu furpaſſe en fubtilité &
د
GALANT. 109
activité les autres Elemens :
car les parties ou portions qui
compoſent le corps du fou ,
eſtant de figure triangulaire
aiguë, elles font plus petites
en étenduë que la figure trian
gulaire equilaterale attribuéc
àl'air, ny que le triangle obtus
attribué & naturel à l'cau,
&le cube ou quarré plein,à la
terrgote
Il ne faut qu'un Individu,
pour fauver l'eſpece , & ainfi
le grand nombre d'Individus
n'augmentenyne diminuë la
perfection de l'eſpece tant en
effence,qu'en entité. Ils ont
110 MERCURE
tous une effence commune&
égale entre eux , laqucile eft
toujours indiviſible & fans
mouvement juſques à ce que
par un furcroift de qualitez
actives au deſſus de l'eſſence)
elle puiſſe agir & fe communiquer,
qui eſt ce que l'on ap
pelle l'entité , laquelle eft accidentelle
, paſſagere & divi
fible,à la difference de l'eſſence
, ainſi que je l'ay montré
dans ma Phyſique ; de forte
que les Individus ne different
que par la differente participation
de l'entité de leur efpece
partagée inegalement
1
GALANTM ш
dans tous lesindividus de cetteeſpece
qui les fair differer ,
&ſuppoſe qu'il n'y cuſt qu'un
Individu, comme Adam, lors
de la creation , cet Individu
poſſederoit àmeſme proportion
qu'Adam toute l'effence
&l'entité de ſon eſpeces c'eſt
àdire toute la perfection
dontl'humanité eſt capable.
Et pour prouver demonftrativement
que la veritable
eſpece de lhomme n'eſt pas
de la nature des eſpeces hu.
maines que Paracelſe ſuppoſé,
c'eſt qu'il convient que les
creatures des Elemens avec
!
112 MERCURE
leur corps ſpirituel , n'ont
point une ame immortelle
comme nous , & meurent
comme font les beftes.
En effet, ce qui nous don
ne le ſpecifique de l'homme,
n'eſt pas ſeulement le corps
de l'homme bien qualifié &
organiſé;mais c'eſt noſtre ame
immortelle jointe à noftre
corps , ce qui fait que la definition
que l'on donne ordinairement
de l'homme , en
diſanr qu'il eſt un animal raiſonnable
, n'eſt pas legitime ,
&n'eſt pas compofée de genre
&de difference ; car le rais
GALANT 113
fonnableeſt participé en quel
que maniere par les brutes
fous le nom d'instinct, & c'eſt
pour cela que quelques - uns
ont dit que la raiſon ne nous
élevoit pas eſſentiellement au
deſſus des brutes, qui ſont des
eſpeces approchantes de l'efpece
'de l'homme , n'y ayant
que du plus ou du moins de
raifon dans, les uns & dans
les autres . Mais ils né confi.
derent pas que la veritable
difference eſſentielle qu'il y a
entre l'homme & la brute, eft
fondée ſolidement ſur l'intelligence
de l'homme , car fa
Janvier 1694.
K
114 MERCURE
puiflance intelle&ive , & dif
curſive meſme, ſont particulieres
à l'homme, à l'exclufion
de la brute, de quelque
eſpece parfaite qu'elle puiſſe
eſtre , comme le Singe, le
Chien , l'Elephant, le Renard,
leCheval , & autres animaux
difciplinablesky blon
La reflexion que l'entendement
fait ſur ſes connoiſſances
(foit qu'ellesviennent des
ſens exterieurs , ou deſa ſeule
imagination , à l'égard des
choſes corporelles ) foit de fa
raiſon, ou puiſſance difcurfive,
à l'égard des chofos corGALANT
IS
porelles & fpirituelles conjointes
, foit à l'égard de l'entendement
meſme , pour les
choſes purement ſpirituelles
ſeules , nous éleve ſans doute
au deſſusdes actions des Brutes,
de forte qu'elles n'y ſçauroienteatteindre
, & ne connoiffent
pas qu'elles connois.
feno, elles font ſans aucune
reflexion , & tout ce que leur
instinct ou raiſontres- imparfaite
qui refide dans leur imagination
, leur donne , eſt de
choiſir dans leur corporel ce
qui leur eft convenant , ou de
fuir ce qu'elles fententactuel
Kij
116 MERCURE
lement leur eſtre nuiſible!
Le Singe,par exemple, quoy
que tres-aviſé ſevoyant dans
un miroir ne connoiſt pas
que c'eſt ſon image , & va
chercher au derriere du miroir
le Singe étranger , qu'il
s'imagine avoir vû , & reitereroit
fans ceſſe cette action ,
fans jamais ſe détromper , &
ainſi du chien lequel ſe voyant
dans un miroir , aboyera &
grondera toujours contre ſon
image ſans la connoiftre, en la
prenant pour un chien étran.
ger , fans pouvoir connoiſtre
l'erreur de fon imagination ,
GALANT. 117
n'ayant pas de puiſſance fud .
perieure qui puiſſe la redreſſer
par aucune reflexion . Er dans
T'homme meſme , celuy qui
eſt trompé par ſon imagination
&par ſon raiſonnement,
ne reviendra pas de ſon erreur,
s'il n'eſt ſecouru par quelqu'un
qui ait l'imaginative ou
la diſcurſive plus élevée que
lafienne, & qui connoiſſe la
fource de ſon erreur , & luy
faſſe connoiſtre la verité .
Aquoy ajoûrant en faveur
del'homme la liberté qu'il a
de faire , oude nepas faire les
choſes qui font en ſa puiſſance,
118 MERCURE
& quoy qu'il connoiſle parfai
tement le bien & le mal , le
plaifir & le danger qui ſe preſentent
à l'execution de ſavo
lonté , c'eſt une prérogative
toute ſpirituelle , dépendant
abſolument de la volonté do
ſon ame ; elle établit une fi
grande difference entre l'homme
& la brute , qu'il n'y a
nulle comparaiſon à faire entre
l'une& l'autre, c'eſt à dire,
entre le corporel de la brute,
& la ſpiritualité de l'ame, parce
qu'il n'y a aucune proportion
entre elle & aucun corps
dela nature , ſinon avec celuy
GALANT i19
de l'homme , eſtant le plus
parfait de tous les corps , co
qui eſt une prérogative emi
nentiffime que l'hommepofſede,
entre les puiſſances de
fon ame,conſiſtant dans la pure&
libre volonté,& amour
qu'elle a reccuë de Dieu, qui
-eſt le ſeul &veritable principede
la charité pour noſtre
prochain , & de l'amour de
recour pour noftre Createur.
Aulicu que dans les Brutes
routes les actions ſont forcées,
&faites par neceflité , parce
que leur connoiffance ou inftinct
dépend abfolument de
}
120 MERCURE
leurs ſens & de leur imagis
nation , qui les entraiſnent
avec violence vers l'objet corporel
, quieft le plus convenant
à leur nature , fans pou
voir faireaucane reflexion ny
choix volontaires
Enfin, fi aprés toutes ces
démonstrations il y a un homme
affez malheureux pour ne
pas eſtre convaincu de la ſpis
ritualité , de l'intelligence, de
la reflexion , &de la liberté de
fon ame , ou qu'il veüille fo
priver luy meſme de ſes avantages,
je ſuis bien d'avis qu'on
Ie relegue à la qualité des Brutes
GALANT. 121
tes avec Nabuchodonofor ,
qu'ilbroute lesherbes & man.
ge le foin comme les boeufs ,
1. & qu'il vive avec eux à l'injure
du temps , nuit & jour ,
ainſi qu'eux , comme celuy
que Virgile appelle ,
Scmbi-ovemque virum ,semivirumque
bovem.
Etainſi il ſouffrira une punition
qui luy ſera bien deuë ,
juſques à ce qu'il foit revenu à
luy- meſme, & àla reconnoiffance
de l'immortalité de fon
ame, àl'imitation de ce Roy,
en ſe ſoumettant aux precepres
de la Loy ,& aux avertif
Janvier 1694. L
122 MERCURE
femens & remontrances des
Prophetes.
Mais quiconque voudra ſe
conferver les prérogatives de
fes puiſſances ſuperieures , il
commencora par ſe conoiſtre
luy- meſme dans ſon exterieur
&dans ſon interieur , Nofte
teipfum; car il eſt plus prompt
& plus facile de ſentir fon
corps ,& les mouvemens qui
s'y forment, que ceux qui luy
font étrangers,& hors deluymefme
, dans les ſujets voiſins,
ſoit pour le corporel ,
foit pour le ſpirituel; il entrera
fans peine dans la connoif
HGALANT. 123
fance de l'enchaiſnure des
genres &des eſpeces de la nature
dont il vient d'eſtre parlé
, & l'on ne pourra pas luy
multiplier les eſtres mal à propos
, c'eſt à dire , d'uneeſpece
ſeule,l'on ne luy en formera
pas pluſieurs , comme il arrivoroit
, fu l'on s'arreſtoit à la
lettre aux difcours que l'onat
tribue à Paracelſe ſur ceſujet.
Alorstila connoiſtra clairement
qu'il ne peut y avoir
qu'une eſpece humaine , bien
que ſon étenduë ſoit fi grande
,&que ſes individus , qui
font enſigrand nombre, nous
Lij
124 MERCURE
paroiſſent ſi differens les uns
des autres, car ils ont tous une
effence commune & ſpecifique,
laquelle eſt compoſée de
fix degrez un quart de qualitez
actives , chaleur & humidité
, ainſi que je vous l'ay fait
voir , lors que j'ay cu l'honneur
de vous communiquer
ma Phyſique , qui vous a ap
pris que les quatre qualitez
premieres élementaires , & par
conſequent les Elemens cont
eſté établies par les quatre differentes
impreſſions de l'Efprit
de Dieu , qui a actué la
matiere premiere du cahos
A
GALANT 125
lors de la Creation.
Que de ces quatre Elemens
font fortis les trois principes,
ou fubalternes naturels , par
l'aſſemblagedeſquels le point
phyſique a eſté compofé, dans
lequel il n'y avoit qu'un indiviſible
, c'eſt àdire , la ſimple
effencedechacune des quatre
qualitez ,au deſſous de laquel-
Je l'on ne pouvoir pas defcendre
fans tomber dans le neant.
Quece point contenoit virtuellement
le nombrede dix,
en vertu de laquelle puiſſance
il s'eſt multiplié juſques àdix,
pour compoſer la ligne; la
Liij
126 MERCURE
t
ligne s'eſt multipliée juſques
à dix autres lignes , pour compoſer
la furface , & ainſi dix
furfaces pour compofer le
corps abſtrait , ou l'effence du
corps , auquel la nature ayant
ajoûté le double de l'effence,
pour former ſon entité , il ſe
trouve que le corps naturel
eſtant de laforte compofé de
deux mille points , dans cha
cundeſquels il y avoit quatre
indiviſibles des ſuſdites qualitez
premieres , il poffede &
contient huit mille indivifibles
de qualitez premieres actives
&paffives.Enfinque tous
GALANT 127
2
ces indiviſibles de qualitez ſe
trouvent partagez en dix degrez
dans tous les ſujets corporels,
par la vertu decennai
re du point qui a regné dans
les lignes ,dans les ſurfaces , &
dans le corps abſtrait & con .
eret , ſçavoir quatre degrez
pour la qualité propre & dominante
, trois pour l'appro .
priée , deux pour la conves
nante , & une pour la contrairc;
& ce nombre de dix degrez
de qualitez ſe trouve en
chacun des differens ſujets
corporels qui compoſent le
monde , mais differemment,
Liiij
128 MERCURE
"
ou également diſtribuées.
Erparce que les qualitez actiyes,
dontil vient d'eſtre parlé,
montent dans l'eſpece humaine
juſques à ſept degrez & depour
avec deux degrez &
demy de qualitez paſſives faire
les dix degrez de toutes les
qualitez premieres élementaires
, actives & paſſives , diverſement
diſtribuées dans les
genres & eſpeces de la nature,
&qu'aucontraire il y a ſept
degrez & demy de qualitez
paſſives dans les genres de la
pierre & du métal , & deux
degrez & demy ſeulementde
GALANT. 129
qualitez actives, qui peu à peu
augmentent & furpaffent le
nombre des qualitez paſſives
•dans les genres du vivre & du
fentir , ainſi qu'il eſt prouvé
dans ma Phyſique , il s'enfuit
que pour l'entité de l'eſpece
humaine il y a un degré un
quart de qualitez actives chaleur
& humidité, qui ſe diſtribue
à chacun des individus
de l'eſpece, ſelon le degréauquel
ils s'y rencontrent en
particulier & individuellement.
Or comme ce degré un
quart, pour l'entité humaine ,
120 MERCURE
eſt compoſé demille indiviſibles
de qualitez actives, chaleur&
humidité , il ne faut
pas s'eſtonner enpremier lieu.
s'il y a un ſi grand nombre
d'individus dans l'eſpece hus
maine , car il ne faut qu'un
indiviſible de qualité , pour
faire differer un homme d'a
vec un autre , qui eſt la raiſon
pour laquelle chaque homme
eſt nommé un Individu , qui
ne poffede pas l'indiviſible de
qualité ,par lequel il ſurmonte
un autre, ou en eſt ſurmon
té , & fi vous confiderez que
les vingt-quatre lettres denos
CALANT. Igi
tre alphabet diverſement dif.
poſées fourniſſent un ſigrand
nombre de mots , dont on
s'eſt ſervi , dont on ſe ſert , &
. dont on ſe ſervira en noſtre
langue & en d'autres , l'on
peur bien conjecturer que
ces mille indiviſibles de quad
lité , diverſement difpofez &
diftribuez en autant de manieres
qu'ils le peuvent eſtre,
produiront un nombre prefque
infini d'individus.
En ſecond licu,ces mille indiviſibles
d'entité doivent
nous faire connoiſtre que l'en
tité de l'homme , eſt la plus
✔ 132 MERCURE
haute entité qu'il y ait dans
le genre animal , puiſque dans
les eſpeces inferieures à celles
de l'homme , l'entité ne peut
eſtre que d'un quart de degré
& un indiviſible , c'eſt àdire,
deux cens & un indiviſible de
qualitez actives , au lieu des
mille qui font dans l'eſpece de
l'homme,deſquels mille indiviſibles,
ily en a unepartie qui
ſert à compoſer ſes puiſſances
corporelles des fons &
de l'imagination , une autre
partie à compofer ſa puiſſan.
cediſcurſive , & le faire raifonner
corporellement & fpi
CALANT. 123
tituellement : & enfin l'auttrreeppaarrttiiee
( c'eſt à dire lequart
deces mille indiviſibles ) qui
eſt la plus épuréc, & la moins
corporelle , fert immediatement
à l'ame à ſpiritualiſer
toutes les eſpeces corporelles,
qui leyfont envoyées par les
puiſſances infericures, &à les
rendre propres aux actions
les plus ſpirituelles de l'entendement
, en forte qu'elle
puiſſe connoître d'abord ſans
raiſonner , & intuitivement
comme l'Ange à proportion
gardée.
En troifiéme licu , ſi les
134 MERCURE
Brutes raiſonnoient ſpirituel.
lement , ou connoiffoient ſans
raiſonner, à noſtre imitation,
elles ſe feroient entendre à
nous par leurs actions, & par
certains difcours , comme un
homme ſe fait entendre à un
autre , qui n'eſt pas de meſme
langue , plus ou moins, felon
leurs capacitez reſpectives ,
mais il y a trop de diſpropor
tion entre les brutes & nous
par les mille indiviſibles de
qualitez actives d'intervalle ,
&de difference , qu'il y a entre
leur entité & la noſtre , à
meſame proportion que l'Ele
GALANT 135
ment du fou eſt au deſſus des
autres Elemens en vertu &
vigueur. C'eſt pour cela que
noltre imagination a quatre
fois plus d'activité que nos
ſens exterieurs , ny que l'imagination
des brutes; noſtre
puiſſance difcurſive a de l'activité
&de la fubtilité quatre
fois plus que noſtre imagination.
Aufli noſtre imagianation
s'arreſte à la couleur
& à la figure exterieure des
corps ſeulement , & n'entre
nallement dans les eſſences
des choses que noſtre raiſonnement
ou puiſſance diſcur-
Y
136 MERCURE
1
five penetre; & crfin noftre
puiſſance intelle&ive eft qua
tre fois plus noble &plus
parfaite que la difcutive ,
quoy que la difcurfive conen
noiſſe les efſſences des choſes
corporelles , car l'entendeen
ment connoiſt les ſpirituelles
fans raiſonner , chacune de
nos puiſſances, demeurant
dans fon détroit , ſans que
l'inferieure forte ou aille au
deſſus de ſes limites & de ſa
ſphere d'activité.
Enfin nous n'avons point
découvert juſques à preſent ,
aucune marque de l'intelliGALANT.
137
gence des beſtes , ny de la
connoiſſance qu'ils ayent
cu de l'eſſence d'aucune cho
fe. Si elles en avoient cu, elles
nous auroient quelquefois
commandé à leur tour , &
nous en auroient communit
qué par leurs actions ,ou autrement
des preuves , ainſi
que les hommes fuperieurs
dans leur eſpece comman-
-dent , & fe font connoiſtre
àceux de leur melme eſpece
qui leur font inferieurs.
Ayant donc fait remarquer
les differences eſſentielles
d'entre les especes des
Janvier 1694. M
138 MERCURE
brutes , & l'efpece de l'home
medont les Individus ne different
point eſſentiellement
entre eux , ny par leurcorps
ny par leur eſprit , mais que
leur diverſité provient ſeulement
de leur entité corporelle
, qui eſt differente en
chacun d'eux , & qui dépend
des differentes conftellations
qui ont prefidé à leur naif
fance , des differentes parties
du ciel , ſous lesquelles ils vi
vent , & des differens climats
qu'ils habitent, l'on ne sçauroit
pas raiſonnablement fe
perfuader qu'il y a des hom
GALANT. 139
mes d'une autre nature que
ceux qui ont paru juſques
La diverſité d'individus ſe
. rencontre auſſi bien dans les
autres eſpeces que dans celle
de l'homme. Par exemple ,
dans l'eſpece du chien font
renfermez tous les differens
chiens de chaſſe , le barber ,
le chien domestique, le chien
fauvage , le chien & dogue
d'Angleterre tres feroce , le
petit chien de Bologne , fi
doux & ſi delicat , le loup ,
le renard & autres , qui font
fi fort differens les uns des
Mij
120 MERCURE
eſt composé demille indiviſibles
de qualitez actives, chaleur&
humidité , il ne faut
pas s'eſtonner en premier lieu,
s'il y a un ſi grand nombre
d'individus dans l'eſpece hus
maine , car il ne faut qu'un
indiviſible de qualité , pour
faire differer un homme d'a
vec un autre , qui eſt la raiſon
pour laquelle chaque homme
eſt nommé un Individu , qui
ne poffede pas l'indiviſible de
qualité , par lequel il furmonte
un autre, ou en eſt ſurmon
té , & fi vous confiderez que
les vingt-quatte lettres deno
CALANT. Izi
tre alphabet diverſement dif.
poſées fourniſſent un ſigrand
nombre de mots , dont on
s'eſt ſervi , dont on ſeſert, &
dont on ſe ſervira en noſtre
langue & en d'autres , l'on
peur bien conjecturer que
ces mille indiviſibles de quad
lité , diverſement diſpoſez &
diſtribuez en autant de manieres
qu'ils le peuvent eſtre,
produiront unnombre prefque
infini d'individus.
En ſecond lieu, ces mille indiviſibles
d'entité doivent
nous faire connoiſtre que l'ens
tité de l'homme , eſt la plus
132 MERCURE
haute entité qu'il y ait dans
le genre animal , puiſque dans
les eſpeces inferieures à celles
de l'homme , l'entité ne peut
eſtre que d'un quart de degré
&un indiviſible , c'eſt àdire,
deux cens & un indiviſible de
qualitez actives , au licu des
mille qui font dans l'eſpece de
I'homme,deſquels mille indiviſibles,
ily en a unepartie qui
fert à compoſer ſes puiſſances
corporelles des fons &
de l'imagination , une autre
partie à compoſer ſa puiffan
cediſcurſive , & le faire raifonner
corporellement& fpi .
CALANT. 133
tituellement : & enfin l'autrepartic
( c'eſt à dire le quart
deces mille indiviſibles ) qui
eſtla plus épuréc, & la moins
corporelle , ſert immediatement
à l'ame à ſpiritualiſer
toutes leseſpeces corporelles,
qui ley font envoyées par les
puiffances inferieures, &à les
rendre propres aux actions
les plus fpirituelles de l'entendement
, en forte qu'elle
puiſſe connoître d'abord ſans
raiſonner , & intuitivement
comme l'Ange à proportion
gardée.
En troifiéme licu , ſi les
134 MERCURE
Brutes raiſonnoient ſpirituellement
, ou connoiſſoient ſans
raiſonner, à noſtre imitation,
elles ſe feroient entendre à
nous par leurs actions , & par
certains difcours , comme un
homme ſe fait entendre à un
autre , qui n'eſt pas de meſme
langue,plus ou moins, felon
leurs capacitez reſpectives ,
mais il y a trop de diſproportion
entre les brutes & nOUS
par les mille indiviſibles de
qualitez actives d'intervalle ,
& de difference , qu'il y a entre
leur entité & la noſtre , à
meſame proportion que l'EleGALANT
135
:
ment du feu eſt au deſſus des
autres Elemens en vertu &
vigueur. C'eſt pour cela que
noltre imagination a quatre
fois plus d'activité que nos
fens exterieurs , ny que l'imagination
des brutes; noſtre
puiſfance difcurſive a de l'activité
&de la fubtilité quatre
fois plus que noſtre imagination.
Aufli noſtre imagi-
2nation s'arreſte à la couleur
& à la figure exterieure des
corps ſeulement , & n'entre
nallement dans les eſſences
des chofes que noſtre raiſonnement
ou puiſſance diſcur136
MERCURE
1
five penetre; & cenfin noftre
puiſſance intelle&ive eft quatre
fois plus noble & plus
parfaite que la difcutive ,
quoy que la difcurfive conen
noiſſe les eſſences des choſes
corporelles , car l'entendement
connoſt les ſpirituelles
fans raiſonner , chacune de
nos puiſſances demeurant
dans ſon détroit , fans, que
l'inferieure forte ou aille au
deſſus de ſes limites& de ſa
ſphere d'activité.
Enfin nous n'avons point
découvert juſques à preſent ,
aucune marque de l'intelliGALANT.
137
gence des beſtes , ny de la
connoiſſance qu'ils ayent
cu de l'effence d'aucune cho.
fe. Si elles en avoient cu, elles
nous auroient quelquefois
commandé à leur tour , &
nous en auroient communit
qué par leurs actions ,ou autrement
des preuves , ainſi
que les hommes fuperieurs
dans leur efpece commandent
, & fe font connoiſtre
àceux de leur melme efpece
qui leur font inferieurs.
Ayant donc fait remarquer
les differences eſſentielles
d'entre les especes des
Janvier 1694. M
:
138 MERCURE
brutes, & l'eſpece de l'hom
medont les Individus nedifferent
point eſſentiellement
entre eux , ny par leurcorps,
ny par leur eſprit , mais que
leur diverſité provient feulement
de leur entité corporelle
, qui eſt differente en
chacun d'eux , & qui dépend
des differentes conftellations
qui ont prefidé à leur naif
fance , des differentes parties
du ciel, ſous lesquelles ils vi
vent ,& des differens climats
qu'ils habitent, l'on ne sçauroit
pas raisonnablement ſe
perfuader qu'il y a des hom
GALANT. 139
mes d'une autre nature que
ceux qui ont paru juſques
icyn
La diverſité d'individus ſe
rencontre auſſi bien dans les
autres eſpeces que dans celle
de l'homme. Par exemple ,
dans l'eſpece du chien font
renfermez tous les differens
chiens de chaffe , le barber ,
le chien domeſtique, le chien
fauvage , le chien & dogue
d'Angleterre tres feroce , le
petit chien de Bologne , fi
doux & fi delicat , le loup ,
le renard & autres , qui font
fi fort differens les uns des
Mij
40 MERCURE
5
autres que la plupartdes hommes
qui ne font pas inſtruits
des principes de la Phyſique ,
les prennent pour de differentes
eſpeces , & ne sçavent
pas que chaque eſpece a trois
ordres par leſquels elle ſetermine
& ſe conſtitue , ſçavoir
le ſuperieur , l'inferieur, & le
mitoyen à meſme proportion
que le total de l'Univers
, & que ſelon le degré de
ces trois ordres où un Individu
ſe rencontre , il poffede
plus ou moins de perfection
de l'entité de ſon eſpece, &
cela fait paroiſtre d'abord de
SEGALANT. 141
ſecondes eſpeces qui feront au
a. nombre de trois , par rapport
aux qualitez & au nombre
des trois principes de la nature
fuperieur , inferieur , &
mitoyen : & de ces trois ſecondes
eſpeces , il en peut
fortir encore d'autres differentes
qui paſſferont pour de
troifiémes eſpeces , qui par
rapport au nombre quaternaire
des Elemens , feront diviſcés
chacune en quatre peeditos
eſpeces, ce qui produira
ede nombre de douze , & ainſi
3 cesdouze eſpeces jointes aux
trois de la ſuſdite premiere
142 MERCURE
2 diviſion ternaire , & à la prin
cipale & plus grande eſpece
de l'homme, feront paroiſtre
ſeize eſpeces humaines , tant
grandes que moyennes &
plus petites , qui ne feront
pas des differences effentielles,
mais fimplement acciden
pas
talles .
Il y a meſme des animaux
qui ſe trouvant dans le plus
bas degré de la grande efpece,
participent du degré ſupericur
de l'eſpece inferieure,
quant à l'exterieur ; de ma
niere que l'on a dela peine à
distinguer de laquelle des
L
GALANT. 143
deux elpeces ſupericure , ou
inferieure ils font , comme le
Borrachet parmy les plantes,
les Zoophytes , & aurres de
pareille nature , qui pour cela
ne formentpas une differente
eſpece ,ou qui ſoit nouvelle ,
autrement les eſpeces multipliroient
à l'infiny , comme
j'ay dit, ne pouvant trop le
repeter, pour éviter l'erreur.
Quoy que les hommes mediocres
ou vulgaires tombent
ordinairement dans cette mépriſes
il n'y a pas d'apparence
que Paracelſe , qui estoit le
plus profond Phyſicien de
144 MERCURE
1
fon ficcle , ait veritablement
crû que lesCreatures des Ele
mens , dont il fait la defcription,
ayent eſté de veritables
hommes , ou des eſpeces par
homm
ticulieres & extraordinaires.
Ainfiil ne faut pas s'arreſter
à la lettre ny à l'écorce des
termes dont il s'eſt ſervy, nyt
aux diverſes hiſtoires romaneſques
qu'il a faites fur ce fujet;
mais il eſt neceſſaire d'obſerver
dans quel eſprit ilma
parlé de ces fortes de Creatu
res ; de leur nature , actions,
inclinations , & politique , &
de leurs differens Sexes ,
La
3
GALANT. 145
Lapremiere chofe qu'il fait
engeneral , eſt de leur donner
le nom deGnomes , aufquels
il attribuëun corps fpirituel,
• penetrable , & penetrant fans
peine , ou paſſant au travers
des montagnes , rochers &
maifons qu'ils habitent , fans
rien rompre ny faire d'ouverture
, & avec autant de facilité
que l'Oiseau dans l'air, &
le Poiſſon dans l'eau , foit au
Sexe mafculin , ſoit au femi .
nin , mais qu'ils n'ont point
l'ame immortelle , finon en
cas qu'ils ſe marient avec nous,
&que leurs enfans auront auſſi
Janvier 1694.
N
7
146 MERCURE
une ame immortelle audit
cas.
Enfuite il donne aux Pyg
mées ouNains,quihabitentles
Mines & lieux ſouſtertains ,
une nature terreſtre aux Nymphes
une nature aquatique, les
faifant tres-belles , pures &
nettes, préſidant aux caux ,
mais tres fieres , impericuſes,
&jaloufes de leur parole , &
de la foy qu'on leur donne,
fans pouvoir fouffrir aucune
chofe d'étranger & d'impur ;
aux Sylphes & Sylphines und
nature aërienne , tenant par
leur Sexe feminin auxNym
GALANT. 147
phes,&par le mafculin aux
Salamandres ; & enfin aux Sa.
lamandres une nature ignée ,
contenant la nature& la perfection
des précedentes Creatures
, ſoit qu'elles foient pures
Salamandres , mafculines,
foitqu'elles foient feminines,
& participant un peu de la
nature aërienne . : こ
Avant Paracelſe , ces Creatures
mafculines & femininescont
eſté reduites à deux
extrêmes oppoſez , ſçavoir les
Pygmées de petite ſtature ,
mais fermes & terreſtres ; &
les Gruës,qui deſcendoient du
Nij
148 MERCURE
Ciel en grand nombre pour
combattre & furmonter les
Pygmées , ainſi qu' Homere l'a
expoſé dans fon Odyffée.
Ovide, dans la Fable de
Phaeton , a décrit ces Creatures
& Elemens , ſous le
nom des quatre chevaux du
chariot du Soleil , ſçavoir Pythocis,
Eous,Athon & Phlegmon,
tout celestes & pleins de
vigueur & d'action psi
Poliphile dans ſon Songe
, a décrit ces quatre Elemens
tres-purs & tres nobles ,
avec leur quinteſſence , ſous
les figures & perſonnes de
GALANT. 149
cinq Demoiselles de haute
qualité ,la premiere deſquelles
il nomme Geufie , pour
exprimer la Terre , à laquelle
ſe rapporte le ſens du gouft.
La ſeconde Ophrafic , pour
fignifier l'Eau , à laquelle ſe
rapporte l'odorat.
La troifiéme Acoé , pour
fignifier l'Air , par rapport à
'Qüic..
La quatriéme Horafie, pour
fignifier le Feu , par rappott à
Jar veuë....
1201 Et Aphaé , pour ſignifier la
quintefience des Elemens , par
rapport au Tact , ſans lequel
Niij
150 MERCURE
les autres ,fens n'ont point
d'action , non plus que les
Elemens fans l'aide de la
B
quinteſſence , qui les met en
mouvement.
Remond- Lulle veut auffi
que les quatre Elemens grof
fiers & impurscomme ils font,
dans le globe de la Terte & de
l'Eau , foient fubtilicz & dépoüillez
de la corporalité ,
fans neanmoins crever la boëre
de la quinteſſence , c'eſt à
dire, le ſubtil corporel où elle
elt enferméc .
Ce fonr ces fortes d'idées,
& autres encore plus occultes,
GALANT. 150
ſous lesquelles les Philoſophes
les plus veridiques , predeceffeurs
& fucceffeurs de Remond
Lulle & de Paracelſa,
qui ont entrepris de faire l'excellent
Ouvrage qu'ils appellent
leur petit Ciel , ou Medecine
Univerſelle , ont prétendu
dans leurs écrits, nous
perfuader que leut veritable
matiere eſtoitde nature celeftc
, quoy que provenant du
centre de la Terre & de l'Eau
. du grand monde , où la quinteſſence
eſt engagée&arrêtée,
que c'eſt delà qu'ils tirens tout
ce dont ils ont beſoin , fans
N iiij
152 MERCURE
avoir recours à aucun mineral,
ou mixte parfait & déterminé
, lequel leur feroit abfolument
nuiſible ; que de cette
matiere par leur art ,& l'aide
de la nature, ils ſeparent la
Terre , l'Eau , l'Air, & le Feu;
que l'Eau eſtant impreignée
du feu dela Terre, calcine &
fubtilie parfaitement enpoudre
impalpable cette terre ,
qu'elle diviſe en terre mafcu
line & feminine , & ainſi des
autres Elemens , affurant qu'il
s'y rencontre toujours deux
Sexes , qui forment les caux
ſimples & fubtiles, leursEaux
1
GALANT. 153
de vie , & Laits virginaux ,
leurs Mercures purs , leurs
Souphres purs ,& la quinteffence
de ces Mercures &
Souphres qu'ils appellent
le fel de Nature& des Sages ,
avec lesquels Elemens & diffolvans
, ou menſtruës , ils
diffolvent ce ſel,& en font les
ames des ſept Planetes , les
nourriſſent d'abord de viandes
delicates ,puis de plus folides,
&ainſi arrivent à la perfe.
ation de cet oeuvre merveil.
leux , & inconnu à la pluſpart
des hommes , meſme aux plus
intelligens , fi ce n'eſt par une
grace particuliere d'en haut ,
154 MERCURE
Pauci quos aquus amavitJupi
ter.
-Ainfi les creatures des Ele
mens de Paracelſe ne peuvent
eſtre que les matieres qui
viennent d'eſtre remarquées,
qui font les eſprits corporels
à la veriré des quatre Elemens
tres proches (& fans moyen )
à la quinteffence celefte ,&
non pas de veritables creatures
humaines , deſquelles il
n'a emprunté la figure & la
reſſemblance , que pour marquer
la nobleffe & excellence
de ces Elemens , comparable
à la dignité de l'homme , ou
GALANT5
du moins de fon corps.
Ces Philoſophes ajoûtent
que la nature immortelle, que
: les creatures des Elemens acquierent
par le mariage , &
qui paſſe à leurs enfans , n'eſt
fimplement que la veritable
conjonction &union infepa-
(rable des Elemens fixes avec
les volatiles; que labeauté des
Nymphes , leur fierté & leur
pouvoir abfolus avec leur ja
loufie & vangeance
qu'on ne leur tient pas la parole
& la foy qui leur a cíté
donnée , marquent l'avantage
qu'elles ont fur les autres
lors
156 MERCURE
creatures des Elemens , pen
danttout le cours de l'ouvra
gega
ge ; qu'elles font dégagées de
la groffiereté de la matiere ;
qu'elles font toutes celeſttes ,
& l'un des extrêmes de leur
oeuvre , c'eſt à dire qu'elles y
tiennent lieu de cet oeuvre,&
contiennent beaucoup del'efprit
univerſel , pour avec les
Pygmées qui reprefentent la
terre & le fixe , compofer les
Sylphes , Sylphines, Salamandres
& Salamandrines , uſant
par cette voye du pouvoir ,
que les corps celeftes ont fur
la terre& les autres Elemens ,
GALANT. 157
qu'elle contient , en les preparant
, & diſpoſant àune
forme plus noble de regime
enregime , juſques àcequ'elles
ayent donné au ſouffre
(qui eſt leur ferviteur rouge)
la moitié de leur autorité : &
que par la continuation & fidelité
de leur mary , elles ne
foient plus obligées à faire divorce
, & foient unies inſeparablement
avec luy , pour acquerità
cux & à leurs enfans,
un corps immortel , c'eſt à dire
tout à fait fixe , car autrement
& en cas qu'ellesſentent
quelque ſujet estranger avec
:
158 MERCURE
lequel leur mari & ferviteur
ſe veüille allier & conjoindre,
elles l'abandonnent ſans efperance
de retour ,& ainſi il demeure
privé de tous les avantages
qu'il pouvoit efperer de
leur mariage & fidelité reciproque...
Que le grand nombre d'hiſ
toires , que Paradelfe fait , des
amours & avantures des Nymphes,
& entre autres de Perfi
na & de Melufine, n'eſt à aptre
deſſein , que pour averrir
les artiſtes , des écucils qui les
menacent , comme la viſite
du Roy Helmas mari de PerGALANT.
159
.
fina pendant ſes couches , &
celle du Comte Remond de
ſa femmeMelusine , pendant
ſes bains , le Samedy . ce qui
irrita ces deux Nymphes, parceque
leurs maris leur avoient
promis le contraite , & qu'ils
ne les verroient ny ne les vifiteroientpoint
en ces temps
là;mais les laiſſeroient en re-
P p
os, & elles abandonnerent
leurs maris par cette raifon ,
& les rendirent miferables,
ce qui ſignifie, ſelon tous les
Sçavansſur cette matiere,qu'il
ne faut pas remuer le vaiſſeau
pendant le regne de Saturne,
160 MERCURE
c'eſt àdire pendant la putre
faction , auquel ces mouvemens
de nature ſont dediez &
que l'on ne doit pas les troubler,
mais bien les laiſſer agir
en liberté , ainſi que Perfina
pendant ſes couches , & Mclufine
pendant ſes bains du
Samedy,vouloient faire pour
pouvoir bien te purger &
nettoyer.
Que les Syrenes marquent
l'état dangereux auquel eſt
cet oeuvre, lors que l'eau brillante
& éclatante comme la
lumiere regne , car à moins
que l'on n'imite Uliſſe , le
GALANT 161
quel pour ſe deffendre de
leurs beautez & de leurs voix
charmantes , fit boucher de
cire les oreilles de ſes Nautonniers
,& au mesme inſtant ſe
fit lier & attacher au mats de
fon vaiſſeau , & évita par co
moyen le peril , auquel l'approche
de ces Syrenes avec
leurs charmes l'auroit reduit
c'eſt à dire, que lors
que l'eau du ſujet paroiſt
blanche comme une piece de
cristal brillante & lumineuſe,
il faut lalier étroitement com
me Uliſſe le fut au mats de
fon Vaiſſeau , luy adminif-
د
0
162 MERCURE
trer de la terre tres pare , &
arreſter par ce moyen lemou
vement trop grand de certe
cau , finon l'ouvrage ſe diffi
peen fumée , & au contraire
fi dans une autre occafion ,
l'on adminiſtre trop de terre,
le feu qui s'y rencontre, brûle
& confume en cendre le
fujet , c'eſt pourquoy lon
doit exactement balancer la
terre avec l'eau .
Que l'immortalité desGnomes
confifte dans la fixité
temperée , & la conjonction
intime de ces deux Elemens ;
ainſi qu'on peut conjecturer,
par ce qui vient d'eſtte dit.
2
GALANT. 163
Enfin que le ſecret que decs.
cft le
mandent les Nymphes , le
Symbole de celuy, qui eft abfolument
neceſſaire dans l'entrepriſe
, conduite, perfection
&ufage de cette medecine ,
autrement la pette de l'operateur
eft inevitable.
Etau contraire toute forte de
bonheur &d'intelligence luy
font affurez, il peut s'élever
à la ſcience de la cabale
toute divine , ſelon Remond
Lulle, quoy que l'Auteur du
• Livre du Comte Gabalis l'ait
tournée en ridicule avec tous
les Cabaliſtes & les Prophetes
:
O1j
164 MERCURE
divins , fans épargner Adam,
Noé, ſes trois enfans , & leurs
femmes , & pluſieurs autres
dont l'Ecriture parleрeв
e
Je vous ay rapporté, Monſieur
, toutes ces particularirez
, plûtoſt pour fatisfaire à
voſtre curiofité, que pour
vous perfuader , attendu les
labytinthes tres obfcurs& facheux
, dans lesquels tous ces
Philoſophes Hermetiques ont
embaraffé leur ſcience , ce
qu'ils reconnoiffent affez bien
en diſant qu'il faut eſtre infſtruit
par un fidelle Amy , ou
par quelque revelation particuliere
d'en haut , ou par une
GALANT. 165
pafaite connoiſſauce de la
a Nature , & cela nous conduit
à une impoffibilité morale
d'acquerir ce trefor facré.
Je finis en vous fuppliant
d'excuſer la foibleſſe de mes
penſées & de mes expreſſions,
Butépondant à celles de mon
el âge de ma ſanté , & de ma
main, dont je vous ay averty
dans le commencement de
ko cetic,Lettre , & fuis voſtre ,
Je reſerve pour l'une de mes
premieres Lettres , le ſecond
article de ce Traité , qui eſt
166 MERCURE
fur ce qui regarde les Stryges
deRuffie.
Vous avez appris par les
Nouvelles publiques que Madame
la Ducheffe de Chartres
eſtoit accouchée le mois paſſé
d'une Prineeffe , qu'on appelle
Mademoiselle de Valois .
C'eſt ce qui a donné ſujet à
M' Robinet de marquer fon
zele à Leurs Alteſſes Royales ,
par les Vers que je vous end
voye , comme il a coutume
de le faire dans toutes les occaſions
qui ſe preſentent. 1
GALANT. 167
2522221525242-2525
A SON ALTESSE ROYALE
MONSIEUR LE DUCA
DE CHARTRES ,
Sur la Naiſſance de Mademoiſelle
de Valois
J
EuneHeros,qui cherchez de
lonne
:
Bel
Les dangereux Lauriers qu'en ses
champs on moiſſonne ;
Vostregloire estpleine en cejour.
Aux fameux exploits de la Guerre,
Où vous estes un vray Tonnerre,
Vous avezjoint ceux de l'Amour.
168 MERCURE
Onen voit une Grace naistre,
Qui fait paroistre
Que vous estes , tour à tour,
En Guerre , en Amour déja Maistre.
ASon Alteſſe Royale Madame
la Ducheſſe de Chartres.
Eune & charmante Princeſſe
IllustreSangde l'Auguste Louis,
Qu'en nostre Cour vous causez
d'allegreffe!
Les coeurs de joyeysont épanoüis.
Vous luy faites voir une Grace
Pourpremierfruit devosamours,
AvecunPrinceen qui le Dieu de
Thrace
Allume toussesfeuxdésfesplusjeunes
jours.
Par la ſplendeur du Sang au plus
haut rang conduite,
On
GALANT. 4169
On attendde vous dans lasuite
Le vray chef-d'oeuvre de l'Amour.
C'est un Filsſemblable à fon Pere,
Comme la Fille eſt ſemblable à la
Mere.
Hastez vous, preſſez- vous dele produire
au jour.
Quelle gloire pour vous ! quelplaifer
pour la Cour!
A Leurs Alteſſes Royales
Monfieur & Madame .
Auguſtes Alteſſes Royales,
Queles prosperitez,
Quelles felicitez
Aux vostres sont égales ?
Vous avez tout ce que vous souhai-
Jez ,
Vous voila Grand- Pere &Grand-
Mere .
Janvier 169.4 P
170 MERCURE
En la ſaiſon de vos beaux jours,
Vous voyez de vostre Hymenée
Une brillante Lignée
Qui va croiſtre toujours.
Vous y verrez des Graces , des
Amours,
Des Heros &des Heroines .
Veüille le Ciel , à ses faveurs divines
, P
Pour remplir vos souhaits , donner
unfort long cours.
Le defaut des plaisirs , c'est souvent
d'estre courts.
Les malheureux ne ſçachant
à quiſe prendre de leurs difgraces
, accuſent ſouvent les
innocens ; c'eſt ce qui a attiré
à M' le Marquis de Gaftanaga,
GALANT. 171
cy- devant Gouverneur des
Pays - Bas pour Sa Majesté
Catholique , les affaires dont
il eſt heureuſement forty.
Voicy ce que l'on écrit ſur ce
fpjet.
ENfin les traverſes que
Monsieurle Marquis de
:
Gastanaga qui est preſentement à
Madrid,afouffertes avectant de
fermeté , font heureusement finies.
Le Roy l'a reçeu avec des
marques toutes particulieres de
ſabienveillance, il a eu l'honneur
pluſieurs fois de luy baifer
la main,&celles des deuxRei-
Pij
172 MERCURE
nes. Depuis son arrivée tous les
Seigneurs du Conseil d'Eflat
l'ont esté voir ainsi que tous les
autres Ministres , Grands d Efpagne
& Ministres des Princes
Estrangers , l'on peut dire que
juſques à present il ne s'est veu
aucun Vaßal du Roy qui ait efté
reçeu univerſellement avec un
accueil plusfatisfaisant , ny avec
des marques de civilité plus obligeantes
, nonseulement en cette
Cour ; mais dans toutes les Villes
& lieux d'Espagne où il a
paſſe & esté en arrest , & en
pluſieurs autres que l'on a ſcen ,
avoir celebré en ce rencontre la
GALANT. 173
bonne justice de sa Majesté par
des demonstrations publiques qui
ont marqué la farisfaction &
l'applaudiſſement univerſel avec
lequel on prouve en Espagne la
force & le pouvoirde la verité,
d'autant plus qu'il est manifefte
que le tout s'est passé ſans que ce
Marquis ait eu la meindre communication
des calomnies qu'on
luy avoit imposées , ny pu renpoyees
, n
dre aucun devoir pour s'en juftifier
ou deffendre , ny mesme scen
le ſujet de son arrest . Enfinl'on
pourr
pourra connoistre par les clauses
fi expreſſives & fatisfaisantes
des Decrets on Declarations que
Piij
174 MERCURE
leRoy afaites en ſafaveur , la
juste confiance que fa Majesté
a enſa perſonne & les honneurs
graces que ceMarquis en doit
en peut attendre.
Traduction de l'Eſpagnol du
Decret envoyé par le Roy
auConſeil d'Eltar,
AFont desMinistresd'E
Yant fait voir dans une
-
ftat, de guerre of de justice de
mon entiere approbation pour leur
experience integrité&doctrine,
l'informationfaitepar le Sur- Intendant
General de la Justice
GALANT. 1175
ayant
Militaire au Pays- Basfur les
charges dont l'on avoit accusé le
Marquis de Gastanaga au regard
deſon procedé dans les Gouvernemens
des Pays- Bas ,
confileré&examiné la matiere
avec toute l'attention & circonſpection
proportionnées àfon importance,
j'ay refolu de declarer
enJustice que le Marquis afatisfait
entierement aux obligations
de fon sang & agi comme
bon General&Gouverneur,s'aquittant
en cet employ & dans
tous les autres que j'avois confiez
à ses experiences Militaires
, avec tout le zele que j'a
P iiij
176 MERCURE
vois attendude luy , & dont je
me tiens pour bien fatisfait , en
confequence dequoy je l'absous ,
le declare libre de toutes les
calomnies &charges qu'on luy a
faites en ladite caufe, le tenant
pour ses longs & agreables fervices
pour tres digne de tous les
honneurs esfaveurs de ma gratitude
ainſiqu'il l'experimentera
dans les occafions qui s'offriront
de ſa convenance. Le Conseil
d'Estat ſe tiendra pour informé
pour plus grandefatisfaction
& reputation du Marquis , j'ay
ordonné que dans les Actes de
cette caufe&en tous autres enGALANT.
177
7
droits où il couviendra , ſoit tenuë
Note de cette reſolution , en
telleforte qu'il en confte en tout
temps: 4
Ce Decret eſtoir écrit de la
main de ſa Majesté datté de
Madrid du 20. Octobre 1693,
& adreſſé à Dom Criſpin
Gonzales Botello , Secretaire
du Conseil d'Estat .
Traduction de la Lettre de
Dom Crifpin Gonzales Botello,
Secretaire d'Estat , que
( par ordre de ſa Majefté ) le
Conſeil d'Eſtat de la Monarchic
, a fait écrire au Marquis
178 MERCURE
de Gaſtanaga enſuite dudit
Decret du Roy.
EXCELLENTISSIME SEIGNEUR,
LERoy
ERoy noftre Sire , ayant
Jordonné de former
de Ministres d'Estat, de Guerre,
de Justice , defon entiere fatisfaction
, à cause de leur integrité&
experience , afin qu'on
yvist comme l'on afait , l'information,
que le Sur- Intendant
General de lafufice Militaire
au Pays-Bas ,y avoit dreſſée ,
par ordre defa Majesté ,fur les
charges que l'on avoit imposées
former unefointe
CALANT. 179
àvoſtre Excellence , touchant ce
qui s'estoit passé pendant fon
Gouvernement des Pays Bas,&
l'affaire ayant esté venë&examinée
avec l'attention of circons
Spection que l'importance du cas
exigeoit Sa Majestéa bien voulu
declarer en Justice, que vostre
Excellence s'est parfaitement acquitée
deſon devoir , &a fatisfait
aux obligationsde fa qualité,
ayant agy en bon General
& Gouverneur, &merité
parfon zele, la confiance quefa
Majesté luy avoit faite de cet
employ,de mesme qu'en tout autres
qu'elle a confié àfes experien180
MERCURE
ces Militaires, dont sa Majesté
est pleinement fatisfaite ,&fe
tient pour bien ſervie ; de forte
qu'elle abſout &décharge vostre
Excellence de toutes les calomnies
charges qu'on luy avoit
imposées dans la cauſe ſuſdites
declarant voſtre Excellence digne
pour ses longs & agreables
Services, de tous les honneurs &
faveurs de sa Royale gratitude ,
ainſi que voſtre Excellence l'experimentera
aux occafions defa
convenance ; ce que sa Majeste
a bien voulu faire connoiſtre à
Son Confeil d'Estat parfon Royal
Decret du 20. du courant or-
A
CALANT. : 181
en tout
donner que pour la plus grande
Satisfaction & credit de vostre
Excellence , cette reſolution ſoit
annotée au Procés,
autre endroit qu'il conviendra ,
afin qu'il en conſte en tout temps.
J'en avertis voſtre Excellence,&
luy en ſouhaite à la bonne heure,
rejoüiffant que les contre.
temps que vostre Excellence a
foufferts ,se font enfin terminez,
ainſi que je l'avois toujours efperé,
par une fin fi glorieuse chonorable
; esperant auffi de luy
pouvoir reiterer les mesmes souhaits
pour d'autres faveurs que
vostre Excellence peut & doit
me
182 MERCURE
attendre avec tant de justice de
la fupreme équité deſa Majeftè,
Nostre Seigneur ait voſtre Excellence
en ſa ſainte garde c
De Madrid le 21. d'Octobre .
1693. Signé Dom Crispin Gonzales
Botello; la ſuſcription par
Le Roy au Marquis deGastana
ga mon Parent , à Segovie.
Le je ne ſçay quoy dans une
Perſonneque l'on trouve aimable
, fait quelquefois tout
d'un coup des impreffions fi
vives , que quelque effort que
l'on faffe pour les affoiblir , il
n'eſt pas poſſible d'en venir à
GALANT. 183
bout.UnOfficier revêtu d'une
Chargetres- confiderable dans
laRobe , en a fait l'épreuve
depuis quelque temps. Il eſtoit
dans le deſlein de ſe marier,
&l'ayant communiqué à un
Amy dont il prenoit les avis
en toutes chofes , cet Amy
luypropoſa une Fille de naiffance
, dont il devoit avoir
lieud'eſtre content , & pour
Ic bien , & pour la beauté. Le
Party luy ayant paru affez
convenable de toutes manieres,
il ne fut plus queſtion
que de ſçavoir ſi laDemoiselle
auroit àſes yeux tous les agré184
MERCURE
mens que ſonAmy lui donoit.
Comme ce ſont de ces choſes
qui dépendent purement du
goust ,, il voulut voir , avant
que deconſentir à ſe declarer,
quel effet feroient fur luy les
charmes qu'on luy peignoit
fi touchans. Ce qu'il ſouhaitoit
eſtant fort juſte , fon
Amy luy apprit l'heure où
cette aimable perſonne alloit
tous les jours à uneEgliſe qu'il
luy nomma, & en luy marquant
la place où elle avoitaccoutumé
de ſe mettre, il ajoûta
qu'il luy ſcroit fort aile de
la connoiſtre par un Laquais
GALANT. 185
d'une livrée affez finguliere,
pour la diftinguer ſans peine.
L'Officier prévenu par fon
L'Officier
Amy de ſentimens favoraibles
pour la Belle, ne manqua
pas dés le lendemain d'aller
àl'Egliſe où il eſperoit la voir,
&le Laquais de livrée l'ayant
frapé , dés qu'il jetta les yeux
vers l'endroit marqué , il vit
devantle meſme Laquais une
jeune Demoiselle d'une taille
fine & dégagée , qui répondoit
à ce qu'on luy en avoit
dit. Il s'avança pour eſtre en
pouvoir d'obſerver ſes traits
plus commodement ,& il les
Janvier 1694. -
186 MERCURE
trouva fi doux & fi piquans
tout enſemble , que ne pou
vant ſe laſſer de la regarder,
on peut dire qu'il ne vit qu'
elle dans toutel'Eglife . Aprés
qu'il cut joüy quelque temps
de cette charmante vevë , il
fut abordé par fon Amy , qui
luy demanda s'il eſtoit con-.
tent . L'Officier l'embraſſa avcc
tranſport , & luy avoüanequ'il
eſtoit charmé , il l'aſſura qu'il
Iny devroit tout s'il farfoit
conclurre au plûtoſt le mariage.
Son Amy voulut l'emmener
hors de l'Egliſe pour
conferer avec plus de hberté
fur les meſures qui estoient à
GALANT 187
prendre, & l'Officier répondit
qu'il n'eſtoit pas aſſez ennemy
de fon bonheur , pour ſe priver
du plaisir de voir la
Belle , tant qu'elle demeureroit
dansle lieu où elle eſtoit.
Ces paroles étonnerent
fon Amy , qui venoit de
rencontrer dans la ruë celle
qu'il vouloit luy faire époufer;&
fur ce qu'il luy en dit ,
l'Officier qui ne vit plus de
Laquais derriere la Belle qui
avoit attiré tous ſes regards ,
fut convaincu qu'il s'eſtoit
trompé , mais la tromperie ne
changea rien dans ſes ſenti
Qija
188 MERCURE
mens, il conſerva tout l'amour
qu'il avoit pris , & en priant
fon Amy de jetter les yeux
fur cettebelle perſonne, il luy
demanda s'il la connoifloit.
SonAmy luy répondit , que
ne l'ayant jamais veuë , il ne
croyoit pas qu'elle fuſt de ce
quartier,mais quoy qu'iltombaſt
d'accord qu'elle estoit
bien faite & avoit de la beauré
,il dit que la Demoiselle
dont il luy avoit parlé n'en
feroit pas effacée, & qu il vouloit
venir avec luy le lendemain
dans le meſme lieu pour
la luy montrer. L'Officier n'é-
7
GALANT. 189
couta rien. Il avoit l'eſprit entierement
occupé de celle
* qu'il trouvoit fi digne de ſon
admiration , & la regardant
toujours , il s'en remplit tellement
le coeur,qu'il fut inca-
> pable de penter à autre choſe.
Dans ce moment, deux Dames
d'une qualité fort diftinguée
vinrent dire quelque
choſe à l'Officier , & l'honneſteté
l'ayant obligé à écouter
tout ce qu'elles avoient à
Juy dire ſur une affaire qui les
regardoit,il interrompit malgré
luy l'application qu'il avoit
à tenir les yeux tournez
190 MERCURE
du coſté où alloient tous ſes
defirs , en forte que quand
elles curent achevéde luy parler
, il ne vit plus l'aimable
perſonne qui avoit gagné fon
coeur.Ce fut pour luy un chagrin
inconcevable. Il courut
hors de l'Eglife fort afleuré
de la reconnoiſtre s'il pouvoit
l'appercevoir , mais comme
il y avoit differentes portes
, il la chercha d'un coſté
tandis qu'elle alloit de l'autre.
Son empreſſementà s'informer
d'elle chez tous les
voiſins qui la pouvoient a
voir remarquée , parut ure
GALANT. 19
choſe rare àſon amy. Il luy
demanda comment il ſe pouvoit
faire qu'il cuſt pris feu
d'une maniere ſi vive par une
premiere veuë, fur tour quand
il pouvoit bien s'imaginer ,
que quelque belle que fuft
l'inconnue , elle n'auroit ny
le bienny la naiſſance qui ſe
rencontroientdans laDemoiſelle
qu'il avoit pretendu luy
faire voir . L'Officier luy repondit
qu'il eſtoit bon quelquefois
de s'abandonner à fon
étoile ,& que la fienne l'entraînoit
avec tant de violence,
qu'il n'eſtoit pas enpou
192 MERCURE
voir de luy reſiſter. Cepen
dant toutes ſes recherches
ayant etté inutiles, il s'en confola
par l'eſperance de revoir :
la Belle dans le meſme licu
d'où elle venoit de luy échap
per. Il y retourna le lende
main & les jours fuivans , &
quelques curieux regards qu'il
jetaſt par tout , il ne put la
découvrir . Le malheur de nel
l'y pas rencontrer luy futdiaurl
tant plus ſenſible qu'il faifoirl
ſon ſeul plaifir d'entretenier
les idées flareuſes qu'il en
voit conſervées . Rien , folon'
luy, n'approchoit de l'Inconnuë
GALANT. 193
nuë. Les plus brillantes beautez
luy paroiſſoient fades lors
qu'il en faiſoit la comparaifon,
& il remarqua plus d'une
fois la jeune perſonne pour
qui ſon Amy s'intereſſoit, fans
qu'il luy trouvaſt un trait
dont il puſt eſtre touché. Il
avoüoit qu'il n'eſtoit pas raifonnable
, & reconnoiſſant
luy meſme l'inutilité de ſes
ſentimens , il cherchoit à le
defaire d'une paſſion dont il
⚫ne pouvoit attendre qu'un
trouble d'eſprit continuel, de
l'inquietude & du chagrin ,
mais les combats qu'il ren-
Janvier 1694. R
194 MERCURE
doit augmentoient ſa peine ,
&ne ſervaient qu'à le tendre
encore plus malheureux. Enfin
des Dames de ſes parentes
, pleines d'eſprit , & qu'un
enjoüement tout agreable faifoit
rechercher de tout le
monde,voulant diſſiper ſa melancolie
, l'engagerent à une
partie de campagne , où el .
Ies devoient paſſer quelques
jours. Il ne confentit à les y
accompagner , que parce qu'il
cruty eſtre plus libre à entretenir
ſes reſveries. Quoy qu'-
elles cherchaſſent à luy procurer
differens plaiſirs, il n'ai
GALANT. 195
moit rien tant que les promenades
folitaires. C'eſtoit- là
qu'il ſe repreſentoit ſans nulle
contrainte , les charmes de
-ſon aimable Inconnue , &
vous pouvez croire que fon
imagination s'échauffant , il
ſe la peignoir mille fois plus
belle qu'il ne l'avoit veuë. Il
y avoit huit ou dix jours qu'il
eſtoit en ce lieu là , lors que
ſes Parentes furent invitées à
une fort grande Feſte qui ſe
preparoit dans un Village
voiſin. Il refuſa fort longtemps
d'aller prendre part à
ce divertiſſement , & fi elles
Rij
196 MERCURE
n'euffent ufé d'une autorité
qui eſt permiſe au beau ſexe,
il feroit demeuré ſoul abandonné
à luy-meſme , ce qui
luy auroit fait un fort grand
plaifir.On le reçutdans lamaiſon
où il fut menés comme
un homme qui tenoitunrang
tres confiderable, & dont le
credit eſtoit eſtimé. Chacun
s'empreſſant à luy fairehonneur
, on luy adreſſoit toujours
la parole ,& vous jugez
bien qu'ayant l'efprit oc
cupé , il fouffroit beaucoup
d'une converfatión quilone
pouvoit interrompre. L'heuGALANT
197
3
re du dîné eſtant venuë , on
eſtoit preſt àſervir ſur table,
lors qu'on vit encore entrer
quelques Dames qui avoient
eſté priées de la mesme Feſte.
Ellos avoient fait leur
compliment au Maiſtre de la
Maiſon ſans que l'Officier
cuſt jetté les yeux fur elles ,
&le hazard , fans aucune curiofité
les luy ayant fait enfin
tourner du coſté où elles étoient
, il reflentit tout d'un
coup une émotion ſecrete ,
&crutaremarquet labelle perſonne
qu'il avoit cherchée
inutilement. La crainte qu'il
Rij
198 MERCURE
cut de ſe méprendre , luy fit
avoir une attention extraordinaire
à l'examiner , & aprés
l'avoir bien regardée , fon
coeur l'aſſeura ſi fortementque
c'eſtoit elle,qu'il n'eut aucun
ſujet d'en douter. Il crut avoir
fait un fonge,tant la rencontre
luy paroiffoit ſurprenante.
Il ne put ſe rendre
maiſtre de luy- meſme, &s'aprochant
d'elle dans le mefme
inſtant, il luy dit qu'il n'y
avoit point lieu de s'eſtonner
ſi elle ne s'eſtoit pas montrée
pluſtoſt , puiſqu'il eſtoit
juſte que les belles perſonnes
GALANT. 199
ſe fiſſent attendre. Elle répondit
fort civilement à cette
galanterie , & il fit fi bien
enfuite qu'il ſe plaça auprés
d'elle pour l'entretenir pendant
le repas . Ses Parentes,
fort éloignées de rien ſoupçonner
de cette avanture , furent
bien aiſes de voir qu'il ſe
diſſipoit avec la Belle, qui de
fon côté trouvoit de la gloire,
à recevoir les ſoins & les com.
plaiſances d'un homme de fon
caractere.Il apprit d'elle qu'elle
demeuroit dans ce voiſinage
de campagne, & ne faifoir
Paris que de courts voyages,
Riiij
200 MERCURE
τ
logeant chez une Dame de
ſes Amics dans le quartier ou
eſtoit l'Egliſe dont l'Officier
luy parla. Il s'informa curicuſement
aprés le repas de
toutes les choſes qui la regardoient
, & fi ce qu'on luy
donnoit en mariage ne rempliſſoit
pas les pretentions
qu'il pouvoit avoir, il avoit au
moins toutſujetd'être content
du coſté de ſa naiſſance. Il demeura
toujours auprés d'elle
juſqu'à ce que la compagnie ſe
feparaft ,&comme tout plaiſt
dans la perſonne qu'on aime ,
ellenedit rien qu'il n'applaudiſt.
Ses Parentes ayant remarGALANT.
0281
۱
qué le plaisir qu'il avoit pris
à l'entretenir, plaiſanterent au
retour fur la facilité qu'elle
avoir cue à le détourner de
ſes idées amoureuſes , & furent
fort étonnées quand il
leur apprit que cette belle
perſonne eſtoit la meſime qu'il
n'avoit pu ofter de ſon ſouvenir
. Il avoit pris ſes meſures
pour aller la voir le lendemain
-&la maniere dont il fut receu
luy fit conoître avec combien
de distinctionoonnleregardoit.
Il dit mille choſes obligeantesà
laBelle dontla modeftic
accompagnée debeaucoup de
202 MERCURE
vivacité dans ſesréponſes , fut
pour luyunnouveau charme,
& aprés luy avoir donné de
grandes loïanges fur ſa beauté
, ſur la delicateſſe d'eſprit
qu'elle luy faifoit paroiſtre
dans cette ſeconde converfa-.
tion, & ſur ſes manieres engageantes
, il pria fon Pere
de vouloir bien luy permettre
de ſe charger du ſoin dela marier.
La réponſe fut qu'il ne
pouvoit arriver rien qui ne
fuſt avantageux à ſa Fille , s'il
daignoit entrer dans les intereſts,
&qu'il en ſeroit le maiſtre
quand il voudroit bien
GALANT. 203
1
penſer aſon établiſſement.
L'entretien ayant continué
fur cette matiere , il demanda
fi un homme ayant à peu
prés fon âge , & poffedant
une charge pareille à la fienne
, feroit en pouvoir de la
rendre heureuſe ,& enfin forcé
par ſa paffion, il ſe declara
luy- meſme pour l'Amant
qu'il vouloit offrir à cette aimable
perſonne. Il parla d'un
ton ſi ſerieux qu'on fut obligé
de l'écouter ſericuſement.
Il propoſa des conditions fort
avantageuſes pour la Belle , &
il ne la quitta point qu'il
194 MERCURE
doit augmentoient ſa peine ,
&ne ſervaient qu'à le tendre
encore plus malheureux. Enfin
des Dames de ſes parentes
, pleines d'eſprit , & qu'un
enjoüement tout agreable faifoit
rechercher de tout le
monde,voulant diffiper ſa melancolie
, l'engagerent à une
partie de campagne ,
les devoient paffer quelques
jours. Il ne conſentit à les y
accompagner , que parcequ'il
crutyeſtre pluslibre à entretenir
ſes reſveries . Quoy qu'-
elles cherchaſſent à luy prooù
el
curer differens plaiſirs, il n'ai
GALANT. 195
moit rien tant que les promenades
folitaires . C'eſtoit- là
qu'il ſe repreſentoit ſans nulle
contrainte , les charmes de
- ſon aimable Inconnue , &
vous pouvez croire que fon
imagination s'échauffant , il
ſe la peignoir mille fois plus
belle qu'il ne l'avoit veue . Il
y avoit huit ou dix jours qu'il
eſtoit en ce lieu là , lors que
ſes Parentes furent invitées à
une fort grande Feſte qui ſe
preparoit dans un Village
voiſin. Il refuſa fort longtemps
d'aller prendre part à
se divertiſſement , & fi elles
Rij
196 MERCURE
n'euffent ufé d'une autorité
qui eſt permiſe au beau ſexe,
il feroit demeuré ſoul abandonné
à luy-meſme , ce qui
luy auroit fait un fort grand
plaifir.Onle reçutdans la maifon
où il fut mené, comme
un homme qui tenoitunrang
tres confiderable, & dont le
credit eſtoit eſtimé. Chacun
s'empreſſant à luy faire honneur
, on luy adreſſoit toujours
la parole ,& vous jugez
bien qu'ayant l'efprit occupé
, il fouffroit beaucoup
d'une converfatión quilo ne
pouvoit interrompre. L'heu
Я
GALANT 197
2
re du dîné eſtant venue , on
eſtoit preſt à ſervir ſur table,
lors qu'on vit encore entrer
quelques Dames qui avoient
etté priées de la mesme Feſte.
Ellos avoient fait leur
compliment au Maiſtre de la
Maiſon ſans que l'Officier
cuſt jetté les yeux fur elles ,
&le hazard, fans aucune curiofité
les luy ayant fait enfin
tourner du coſté où elles é
toient , il reflentit tout d'un
coup une émotion ſecrete ,
&crutaremarquet labelle perſonne
qu'il avoit cherchée
inutilement. La crainte qu'il
:
Rij
I198 MERCURE
eut de ſe méprendre , luy fit
avoir une attention extraordinaire
à l'examiner , & aprés
l'avoir bien regardée , fon
coeur l'aſſeura fi fortementque
c'eſtoit elle,qu'il n'eut aucun
ſujet d'en douter. Il crut avoir
fait un fonge,tant la rencontre
luy paroiffoit ſurprenante.
Il ne put ſe rendre
maiſtre de luy- meſme, & s'aprochant
d'elle dans le mefme
inſtant, il luy dit qu'il n'y
avoit point licu de s'eſtonner
ſi elle ne s'eſtoit pas montrée
pluſtoſt , puiſqu'il eſtoit
juſte que les belles perſonnes
GALANT. 199
ſe fiſſent attendre. Elle répondit
fort civilement à cette
galanterie , & il fit fi bien
enfuite qu'il ſe plaça auprés
d'elle pour l'entretenir pendant
le repas. Ses Parentes,
fort éloignées de rien ſoupçonner
de cette avanture , furent
bien aiſes de voir qu'il ſe
diſſipoit avec la Belle, qui de
ſon côté trouvoit de la gloire,
à recevoir les ſoins & les com.
plaiſances d'un homme de fon
caractere. Il apprit d'elle qu'elle
demeuroit dans ce voiſinage
de campagne,& ne faifoir
àParis que de courts voyages,
Riiij
200 MERCURE
logeant chez une Dame de
ſes Amics dans le quartier ou
eſtoit l'Egliſe dont l'Officier
luy parla. Il s'informa curicuſement
aprés le repas de
toutes les choſes qui la regardoient
, & fi ce qu'on luy
donnoit en mariage ne rempliſſoit
pas les pretentions
qu'il pouvoit avoir, il avoit au
moins toutſujetd'être content
du coſté de ſa naiſſance. Il de- a
meura toujours auprés d'elle
juſqu'à ce que la compagnieſe
feparaft ,&comme tout plaiſt
dans la perſonne qu'on aime ,
ellenedit rien qu'il n'applaudiſt
. Ses Parentes ayant remarGALANT.
0281
qué le plaisir qu'il avoit pris
à l'entretenir, plaiſanterent au
retour fur la facilité qu'elle
avoir cue à le détourner de
fes idées amoureuſes , & furent
fort étonnées quand il
leur apprit que cette belle
perſonne eſtoit la meſme qu'it
n'avoit pu ofter de ſon ſouvenir.
Il avoit pris ſes meſures
pour aller la voir le lendemain
-&la maniere dont il fut receu
luy fit conoître avec combien
de distinction on le regardoit.
Il dit mille choſes obligeantesà
la Belle ,dontla modeftic
accompagnée de beaucoup de
202 MERCURE
vivacité dans ſes réponſes , fut
pour luyunnouveau charme,
& aprés luy avoir donné de
grandes loïanges fur ſa beauté
, ſur la delicateſſe d'eſprit
qu'elle luy faifoit paroiſtre
dans cette ſeconde converfa-.
tion , & fur ſes manieres engageantes
, il pria fon Pere
de vouloir bien luy permettre
de ſe chargerdu ſoin de la marier.
La réponſe fut qu'il ne
pouvoit arriver rien qui ne
fuſt avantageux à ſa Fille , s'il
daignoit entrer dans les intereſts
, & qu'il en ſeroit le maiſtre
quand il voudroit bien
GALANT. 203
penſer afon établiſſement.
L'entretien ayant continué
fur cette matiere , il demanda
ſi un homme ayant à peu
prés fon âge , & poffedant
une charge pareille à la fienne
, feroit en pouvoir de la
rendre heureuſe ,& enfin forcé
par ſa paſſion, il ſe declara
luy- meſme pour l'Amant
qu'il vouloit offrir à cette aimable
perſonne. Il parla d'un
ton ſi ſerieux qu'on fut obligé
de l'écouter ſericuſement.
Il propoſa des conditions fort
avantageuſes pour la Belle , &
il ne la quitta point qu'il
204 MERCURE
n'cult pris jour pour le mariage.
Cet heureux jour arrive,
& jamais affaire ne futterminée
avec tant de joye , ny
avec une plus entiere fatisfaction
des deux parties.
Je vous envoye une Mcdaille
à mon ordinaire. On y
voit la Victoire debout au
deſſus d'un trophée maritime
, tenant d'une main une
couronne de Laurier , & de
l'autre une palme , avec ces
mots , Mersa & fugata Anglorum
& Batavorum Claffe , &
dans l'Exergue , Ad auras Anglia
1680.Cette Medaille.quoy
GALANT. 205
que frapée depuis peu de
temps , eſt faite au ſujet de la
Victoire navale remportéepar
l'Armée du Roy , commandée
par Me de Tourville , à
preſent Maréchal de France ,
qui en 1680. attaqua & défir
au Cap de Benefiere , fur les
coſtes d'Angleterre , les Anglois
& les Hollandois joints
enſemble.
L'attachement de Me le
Comte de Teffé au ſervice du
Loy, avant juſques icy empêché
qu'il ne receuſt la Croix
de l'Ordre du Saint Eſprit,
des mains de Sa Majesté, il eut
206 MERCURE
cet honneur le jour de la Feſte
de laCirconcifion , & partit
auſſitoſt pour aller commander
l'Armée de M² de Catinat
Il eſt Lieutenant general des
Armées du Roy. Il joint la
conduite à la valeur , & s'cſtant
diſtingué en mille occaſions
, il a fait voir en dernier
licu par la défente dePignerol
, qu'il n'eſt pas moins
intelligent que brave dans le
Métier de la guerre.
Me le Cardinal de Furſtemberg,
Eveſque de Strasbourg,
Abbé de Saint Germain des
Prez , fut nommé le miſme
GALANT. 207
jour par le Roy , pour remplir
la place de Commandeur du
Saint Eſprit , vacante par le
deceds de feu M² l'Archevcfque
de Lyon. Il eſt Neveu de
feu Me l'Eveſque de Straf
bourg , recommandable par
fon attachement inviolable
aux intereſts de la France.
Sa Majeſté nomma dans le
meſme Chapitre , M² le Marquis
d'Arquien , Pere de la
Reine de Pologne , pour eſtre
Chevalier de ſes Ordres , &
choiſit Mª de la Neuville ,
Gentilhomme de la Chambre
de Sa Majesté Polonoiſe pour
r
208 MERCURE
luy porter la Croix & le Cora
don bleu , qu'il doit recevoir
du Roy de Pologne , Chevalier
du meſme Ordre. Il n'y a
rien de plus glorieux à cet
Ordre que de voir pluſieurs
Rois dans ſon Corps , & d'y
avoir toujours eu des Souve.
rains & des Etrangers de la
plus haute diftin & ion.
Je vous ay marqué dans ma
Lettre du mois de May dernier
, l'embarras où se trouvoir
une fort aimable & fpirituelle
perſonne, qui aimant
sun Cavalier abſolument pour
luy-meſme , & luy voyant
} GALANT. 209
prendre de l'attachement préjudiciable
à celuy qu'il avoit
fait paroiſtre long- temps pour
elle,ne ſçavoit ſi elle devoit
l'en détourner,ou l'abandonner
à fon panchant , puis
qu'il luy faifoit plaifir. Elle a
demandé conſeil , & voicy
ce qu'a penſé là-deſſus Me de
la Ferreric.
Janvier 1694.
S
2
210 MERCURE
RESPONSE
Touchant l'embarras où ſe
trouve une Dame, à l'égard
de ſon Amant.
Pouvez-vous avec tout l'esprit
Quevous avez, à ce qu'on dit ,
Paroiſtre tant embaraßée ?
Tircis eft inſenſible, helas !
Chaſſez-le de vostre pensée ,
Et vous n'aurez plus d'embarras.
&
Maispuis-je bannirde mon coeur
Cet aimable&charmant vainqueur,
Que j'aime d'une amour fi pure?
Plus l'amour a de pureté,
Plus il eſt ſenſible à l'injure
Qui vient de l'infidelité.
1
} 211 GALANT.
S
Ilest vray , mais innocemment ,
Je ſuis cause du changement
Dontje meplains ,&qui m'offense.
Faitesfurvous un noble effort,
Portez ce mal en patience ,
Ilfaut souffrir quand on a tort.
Peut estre est- ce pourse vanger,
Qu'il feint ailleurs de s'engager,
Etdans le fond, qu'il est fidelle,
Pourquoy donc vous tant chagriner ?
Delicate , Spirituelle ,
Vous avez dû le deviner.
S
Our , maissiveritablement ,
Tircis que j'aime tendrement ,
Eſtoit inconstant & volage.
Hé bien , changezà vostre tour-
On dit que vous estes ſi ſage ,
Quand on estfage, adien l'amour.
Sij
212 MERCURE
Helas!ce conseil est bien dur ,
Mon cugagement est si pur ,
Et j'ay l'ame ferme&constante.
Aimez,fouffre,z perfeverez
C'est-là d'une parfaite Amante
Le merite où vous aspireza :
S
Mais n'oferois-je faire voir,
Sans faire tort à mon devoir
Combien cechangement me bleffe
Sivous aimiez groffierement ,
Sans égard , fans delicateffe
Vous le pourriez fortlibrement.
S
Helas!je sensque monamour ,
Mille fois plus purque lejour,
Ne peut souffrir nullefoibleffe.
Suspendezdonc vostre douleur,
Et que toute vostre tendreffe
N'éclate que dans vostre coeur.
{
1
GALANT. 213
S
Malgré son infidelité,
Fay lans de generosité ,
Queje le cedi ama Rivale.
C'est la beaucoup vous avancer
Voffre tendresse est sans égale,
Et rien ne peut la furpaſſer.
&
1
2
Non ,je n'ay point d'autre defir,
Que de donner àfon plaisir
Tout ce qui peut le fatisfaiee .
Ce sentiment eft genereux ,
Vous ne pouvez jamais rienfaire
Qui vous foit plus avantageux .
S
Ja ne verray donc plus Tircis,
Et tranquille avec ſon Iris,
Il triomphera de maflame ?
C'est à quoy je veux vous porter,
Mais confultez encorvostre ame
Avant que de l'executer
4
214 MERCURE
Non,non .je nemeftate point
Jepuis en venirà ce point ,
Sansqu'aucun retour me démente.
S'il est ainsi, conſolez- vous ,
Luycontent , vous ferez coutente
Plus que s'il eſtoit voſtre Epoux.
&
C'est donc là voſtreſentiment ,
Que je dois fuivre aveuglement,
Sijeveux conſerver ma gloire ;
S'il en coute à voſtre vertu ,
Vons n'aurezjamais la victoire
Qu'aprés avoirbien combattu.
4
François Marie de Lorraine,
Prince de Liflebonne , mourut
icy le 9. de ce mois , dans ſa
ſoixante & ſeptiéme année. Il
eſtoit Fils deCharles de Lor-
画
GALANT. 215
raine II. du nom , Duc d'Elbeuf
& de Catherine Henficate
legitimée de France,Fille
naturelle de Henry IV, &
de Gabrielle d'Eſtrées , Ducheſſe
de Beaufort . Il avoit é
pouſé le 8. Sept. 1658. Chriftine
d'Eſtrées ſa coufine, fille
du feu Maréchal d'Eſtrées ,
morte le 18. Decembre fuivant
, & il prit une ſeconde
alliance en 1660. avec Anne
de Lorraine , Fille legitimée
de Charles III. Duc de Lorraine
, &de Beatrix de Cuſance,
Princeſſe de Cantecroix,
dont il a cu Charles , Prince
216 MERCURE
de Commercy , né en 1661. &
le Prince Paul, tué à la Bataille
de Neerwinde, & deux Filles,
qui font Mademoiselle : de
Liflebonne & Madame la
Princeſſe d'Epinoy. Ce Prince
eſt d'autant plus regreté
, qu'il ſouſtenoit admira
blement la politeſſe, l'honneſteté
, & toutes les grandes
qualitez qui ſont attachées
aux Princes de la Maiſon de
Lorraine. Il eſtoit entré dans
le ſervice dés l'âge de treize
ans, & avoit receu vingt deux
bleſſures . s'eſtant trouvé à
un parcil nombre de Batail
Ics,
GALANT. 217
les ,à cinquante Combats , &
àplus de cent Sieges.
Voicy les noms de pluſieurs
autres perſonnes conſiderables
de l'un & de l'autre Sexe,
mortes environ dans le même
temps .
Meſſire Henry de Villars ,
Archeveſque de Vienne,mort
dans ſon Dioceſe , où il a
donné pendant toute ſa vie
des marques d'une picté exemplaire.
Il eſtoit Frere de M'le
Marquis de Villars , Chevalier
des Ordres du Roy, qui a eſté
cy- devant Ambaſſadeur pour
Sa Majesté en Eſpagne , en
Janvier 1694 . T
218 MERCURE
Dannemark , & en Savoye ,&
qui eſt à preſent Conſeiller
dEtat d'Epée , Chevalier
d'honneur de Madame laDucheſſe
de Chartres , & Oncle
de M. le Marquis de Villars ,
Commiſſaire de la Cavalerie ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur
de Fribourg. Ce Prelat fut
nommé en 1652, à la Coadjutorerie
de l'Archeveſché de
Vienne , qu'avoit Meſfire
Pierre de Villars ſon Oncle',
auquel il ſuccda en 1655. Ce
Pierre de Villars avoit eſté pa.
reillement Coadjuteur en 1612 .
GALANT 219
&
Jer
Du
15)
لا
لا
di
E
deJerôme de Villars ſon Coufin,
Chanoine & Confeiller au
Parlement deParis ,& il lui fucceda
en ibis. Jerôme ſucceda
de la meſme forte dans cet
Archeveſché en 1601. à Pierre
de Villars , lequel avoit auſſi
ſucedé à un autre Pierre de
Villars , qui fut nommé Archeveſque
en 1582. & mourut
en 1592. de forte que l'Archeveſché
de Vienne a eſté rem.
pli pendant cent douze ans ,
fans interruption , par cinq
Archeveſques du nom de Villars.
On trouve dans le tre for
des Chartes du Roy à Paris ,
Tij
220 MERCURE
auRegiſtre de Charles V. dit
le Sage , que le Cardinal François
de Tuderte , qu'on nommoit
alors le Cardinal de Florence
, à cauſe qu'il eſtoit Archeveſque
de Florence lors
qu'il fut faitCardinal , ayant
eſté transferé par le Pape Innocent
VI. au Siege Archiepiſcopal
& Primatial de Vien .
ne , & l'ayant tenu quelque
temps en Commande
vec un autre Evefché qu'il
poſſedoit en titre , cut pour
fucceſſeur aprés ſa mort dans
cet Archeveſché de Vienne
ſous la meſme qualité , Loüis
aGALANT.
221
T
de Villars , Eveſque titulaire
de Valence & de Die .JeanColombi
parle avec éloge de ce
Prelat , dans fon troiſiéme Livre
de l'hiſtoire & des actions
memorables des Eveſques de
Valence.
Dame Anne Phelypeaux ,
Comteſſe de Chavigny & de
Buzançois , Veuve de Meffire
Leon Bouthillier , Comte de
Chavigny. Elle estoit Fille
unique de Me & de Madame
de Villeſavin, & quoy qu'elle
foit morte à l'âge de quatrevingt&
un an, elle a pourtant
moins vecu que Madame de
1
r
4
Tiij
222 MERCURE
Villeſavin ſa Mere , qui eſt
morte âgée de quatre vingttreize
ans . Feu M² de Chavigmy
, fon Mary , avoit cſté
Miniftre & Secretaire d'Estat,
Treſorier des Ordres du Roy ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
d'Antibes , & du Chaſteau
de Vincennes, Chancelier
de Son Alteſſe Royale
feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & mourut en 1652. âgé
ſeulement de quarante quatre
ans . Il eſtoit Fils de feu M² de
Bouthillier , Surintendant des
Finances. Du Mariage de M
& de Madame de Chavigny
GALANT 223
-{t
é
font fortis dix ou douze Enfans
. M' l'Eveſque de Troye
en eſtun. Il ya cu quatreFilles
, dont l'aînéc épouſa M' le
Maréchal de Clerambaut ; la
ſeconde , qui eſt morte , fut
mariée à M le Comte de
Brienne , Miniſtre & Secretaire
d'Eſtat ; la troiſiéme , à un
Preſident à Mortier du Parlement
de Roüen,& la quatrié-
✓ me, au dernier Premier Prefident
du Parlement de Dijon.
Jeanne d'Aumale,Demoifelle
de Haucour.C'eſtoit une
vicille fille , ſoeur aînée de
feuë Susanne d'Aumale , fc-
Tiiij
224 MERCURE
conde femme du dernier Ma
réchal de Schomberg , dont
elle n'a point eu d'enfans.Mademoitelle
de Haucourt avoit
un Frere marié en Hollande ,
qui a laiſſé un fils & deux filles,
dont la cadette a époufé
M'le Comte de Noyelle, Brigadier
d'Infanterie , dans le
ſervice des Estats Generaux.
Meffire Louis de Voyer de
Paulmyd'Argençon,Abbé de
Beaulicu ,&Doyen de l'Egliſe
Royale , Collegiale &Paroiſſiale
de SaintGermain de
l'Auxerrois. Il eſtoit fils &
Frere deMs d'Argençon,qui
GALANT. 225
ya
ont eſté Ambaſſadeurs pour
le Roy à Veniſe. Il a laiſſéun
tres beauCabinet rempli d'excellensTableaux
, & de quantité
d'ouvrages curieux. Le
Chapitre Royal de SaintGera
main , ſuivant ſon droit de
conferer le Doyenné,à nommé
M' l'Abbé d'Argençon ,
Neveudu deffuntDoyen,pour
r
☐☐ remplir ſa place.
M de la Bourlie, Gouverneur
de Sedan. Il eſtoit dans
un âge extremement avancé,
&avoit cu l'honneur d'eſtre
Sous-Gouverneur de Sa Majeſté.
Cet employ fait ſon élog
226 MERCURE
r
ge , puiſqu'on ne choiſit que
des perſonnes d'un merite diſtingué
pour inſpirer aux Souverains
les féntimens ſur lefquels
ils ſe forment. Il eſtoit
Beaupere de M. le Comte de
Guifcard , cy-devant Gouverneur
de Dinant, & preſentement
de Namur. On ne peut
ſervir avec plus de valeur &
de distinction qu'il a toujours
fait , ce qui luy a attiré l'eſtime
du Roy , & les recompenfes
dont ſa Majeſté l'a honoré.
Dame Thereſe Angelique
de BOLIC Elle estoit Veuve
GALANT. 227
re
deMr Louis Charles Marquis
de Maridort , & auparavant ,
de Mr Chatles de Riante ,
Comte de Regmalar .
M' de Bellenave , Brigadier
& Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine. Il eſt
mort à Pignerol des bleſſures
qu'il a receuës à la bataille de
la Marfaille. Il a cíté regreté
du Roy pour fon grand merite
, & de tous ceux qui le
connoffoient. C'eſtoit un des
meilleurs Officiers que faMajeſté
cuſt dans ſes Troupes.
Dame Maric Molé. Elle eſtoit
veuve de Me George de
228 MERCURE
Monchy,Marquis d'Hoquin
court, Chevalier & Comman
deur des Ordresdu Roy, Licutenant
General de ſes Armécs
, Gouverneur , Grand
Bailly& Lieutenant General
de la Province de Peronne,
Mondidier , & Roye. M
Jean Molé ſicur de Juſcauvigny
, Prefident aux Requeftes
, cut deux filles de Gabrielle
Mole ſa coufine,dont
la puiſnée épouſa M² le Marquis
IC
d'Hoquincourt. La Maiſon
de Molé eſt tres illuftre
dans la Robe où elle a poſſedé&
poffede encore les plus
GALANT. 229
gradesCharges,telles que font
celles de Procureur General ,
de Preſident au Mortier,& de
Garde des Sceaux . M'le Marquis
d'Hocquincourt eſtoit
fils de Charles d'Hocquincourt,
Maréchal de France.
Le Pere Anfelme , Auguftin
Dechauſſe , ſi connu & fi
eſtimé de tous les Sçavans par
fes Ouvrages Hiſtoriques &
Genealogiques. Il eſt mort à
Paris le 17, de ce mois âgé de
foixante & neuf ans , dont il
ena paffé cinquante avec
une enriere édification de ſes
Freres dans un detachement
230 MERCURE
de toutes les Charges Monaſtiques,
s'appliquant uniquement
aux devoirs de la vic
Religicuſe , & à la compoſi.
tion des Ouvrages dont le public
a eſté ſi ſatisfait. Il eſtoit
preſt de donner une ſeconde
edition de ſon Hiſtoire Gcnealogique
de la Maiſon
Royale de France , & des
Grands Officiers de la Couronne
, avec des corrections
& des augmentations , aufquelles
il travailloit depuis
long temps , ainſi qu'à un
nouvel Ouvrage qui traite de
toutes les Maiſons ſouverai
GALANT. 221
nes & des plus illuſtres de
l'Europe , & dont il a laiſſé
le Manufcrit dans ſa perfection.
Ila eſté fort regretté de
fon Ordre , & de toutes les
perſonnes qui connoiffoient
fon merite & fa pieté 4
La Republiquedes Lettres
a fait une autre perte en la
perſonne de Mre Jean Rochette
, Seigneur de Malauſat ,
Treſorier de France dans la
Generalité de Rion , fils de
noble Maurice Rochette, Seigneur
de Malaufàt, cy- devant
Procureur du Roy au Prefidial
de Rion, & Intendant
232 MERCURE
des Maiſons de M. le Duc de
Boüillon & de Mr le Cardi .
nal ſon frere , & de Marie
Faydie.C'eſtoit unjeune hom.
me plein d'eſprit & de ſçavoir.
Il eſt l'Auteur de l'éloge
hiſtorique de M ' Bocager qui
a receu une approbation generale
de tous les Sçavants.
Ce fut luy auſſi qui compo.
ſa l'Almanach galant qui plut
fi fort à toutes les Dames
d'eſprit qui le lurent. Il a cu
encore bonne part à quantité
de pieces forteſtimées dans
le monde, qui n'ont pas paru
ſous fon nom. Il eſt mort
GALANT. 233
-
dans la fleur de ſa jeuneſſele
douziéme de ce mois à Paris,
fort regreté de tous ceux qui
l'ont connu.
J'oubliay à vous apprendre
le mois paffé quele Roy
- avoit donné le Regiment de
Cavalerie de Belivieres àM
Te
Charles Bariot,Comte d'Honneuil
, cy-devant Lieutenant
Colonel du Regiment, Meftre
de Camp General de laCa.
valerie Legere. C'eſt un des
plus beaux Regimens de l'armée
& des plus complets , auquel
il ne manque pas dix
hommes en tout. Auſſi peut-
Janvier 1694.
V
234 MERCURE
re
on dire que fi le preſent eft
beau , celuy de qui le Roy a
fait choix pour luy en faire
don, eſt un des plus braves
hommes de France ,& qui le
meritoit le mieux, s'eftant diſtingué
en pluſieurs occafions.
Il eſtCadet de Me François
Bariot, Comte deMazy, Chevalier
d'honneur , & premier
Ecuyer de feuë Mademoiselle
d'Orleans , qu'il a ſervie pendant
plus de trente ansencet
te qualité avec une fideliré &
un attachementqui luy avoit
aturé la confiance de cette
Panceffe , & les loüanges de
GALANT. 235
1.
toute la Cour. La Maiſon des
Bariots , Comtes d'Honneuil,
eft tres ancienne , & tres diftinguée
parmy la Nobleffedu
Bugey & de Breſſe. Ils tirent
leur origine des Maiſons de
Vayras , Varranbon & la Palue.
Les Marquis de Mouſſy
font les aînez , & leurs terres
font en Touraine. Les Comtes
d'Honneuil ſont les Ga
dets, & font établis enPicardie.
Ce n'eſt pas ſeulement
dans la profeſſion des Armes
qu'ils ont paru c'eft aufli
dans les dignitez de l'Eglife.
,
&de la Robe. Mis les Abbez
Vij
236 MERCURE
de Mouffy , & d'Honneuil
font eſtimez dans le Clergé
pour le bon ufage qu'ils font
des Abbayes Commandataires
que le Roy leur a données
. Le dernier eſt encore
Chanoine de la Sainte Chapelle
de Paris . Leur Triſaycul
paternel quitta la profeffion
des Armes pour eftre Conſeiller
au Parlement de Pa-"
ris , & s'y diſtingua, parfa
probité & par ſon integrité.
Cette Maiſon eſt al.
liée à celles de la Fayette ,
de Montbel - d'Entremont ,
de Taligny - d'Arbalete ode
GALANT. 237
1
C
1
F
Melun, de Bochart Champigny
, de Meſme-d'Avaux ,
& du Tremblay. La Lettre
dont je vous envoyay la copie
aumois dernier , fur la mort
de Male Chevalier de Pompone
, marquoit que fon quatriéme
Aycul paternel Henry
Arnauld , avoit épousé Catherine
Barior. Comme le
nom eſtoit mal écrit , l'Imprimeur
qui neput le lire,mit
Baciot par erreur , au lieu de
Bariot. Cette faute eſt grande,
mais elle n'approche pas de
celle qui fe gliſſa je ne ſçay
comment dans le mefme ar238
MERCURE
ticle , où l'on mit le Poête
Prudence pour le Poëte Fortunat
,& la Ville d'Uzez pour
celle d'Uffel . 3 .
5
Le 3. de ce mois , jour de
Sainte Geneviève , Me l'Archevêque
d'Alby facra M
l'Abbé de Verthamont Evêvede
Pamiez , & M l'Abbé
d'Estaing- Saillant , Evefque
de Saint- Flour , dans l'Egliſe
du Novitiat des Jeſuites.
Comme ces deux Prelats ſont
des meilleures Maiſons de la
Robe & de l'Epée , ils attire.
rent à cette Ceremonie une
fi grande foule de gens de
GALANT. 239
.
20
marque , qu'il y cut des Ducheſſes
qui ne purent entrer .
ny trouver place. Il y avoit
vingt hait Eveſques , ayant
M' la Nonce à leur teſte.
r
M'l'Abbé de Verthamont ,
comme plus ancien Preſtre
que M' l'Abbé Comte d'Ef.
taing, fut facré le premier.
Il ſeroit inutilede vous parler
de la grandeur de la Maifon
de ce dernier. Tout lemonde
ſçait que pour avoir ſauvé
l'Ecu& l'Etendart de France
dans la Bataille de Bovines ,
l'an 1214 Philippe Augufte
accorda le privilege aux Def
240 MERCURE
cendans du Comte d'Estaing,
qui avoir fait cette action , de
porter l'Ecu & les Armes de
France pleines , au chefd'or ,
qui eſt d'Estaing; mais vous
ſerez bien aiſe de ſçavoir
l'obſervation que fit unhomme
d'eſprit , en voyant facrer
M d'Estaing Eveſque
de S. Flour, & Mr le Marquis
deMontboiffier Camillac, lon
Beau frere, faire les honneurs
de cette ceremonie. Il dit
que le Cardinal Pierre d'Eftaing
avoit commencé d'a.
bord par l'Eveſché de Saint
Flour , qu'il avoit enſuite eſté
ArcheGALANT.
341
1
1
Archeveſque de Bourge , &
puis Eveſqued'Ottie trois ans.
aprés qu'il cut eſté fait Cardinal
en 1370. par Urbain V.&
que c'eſtoit deux Papes de la
Maiſon de Beaufort Canillac,
ſçavoir Clement VI. & Gregoire
XI qui luy avoientdonné
ces trois Eveſchez. Ilajoûta
que la Maiſon d'Estaing
eſtoit ſi illuftre du temps de
Charles V. dit le Sage , que le
PapeGregoire XI. envoyant
le Cardinal d'Estaing en Italic
pour ſon Legat à Latere , &
écrivant aux Seigneurs & au
Peuple de Florence pour le
Janvier 1694. X
242 MERCURE
leur recommander , marqua
que ce Cardinal estoit d'une des
plus nobles &des plus illuftres
Maisons de France. Il y a cu
pluſieurs Eveſques de cette
Maiſon , & entre autres un
François d'Estaing , Evesque
de Rhodez , mort en odeur de
fainteté , dont la vie a eſté
écrite par Joannes Baptista Bellus
avec beaucoupde fincerité
& de netteté. Celuy qui
vient d'eſtre ſacré Eveſque de
S. Flour eft frere de Mle
Marquis du Terrail, de M'de
Comte de Saillant, de Meles
Abbez de Montperoux & de
1
CALANT. 243
aro
cell
r
S.Vincent de Senlis, & de M
la Marquiſe de Montboiffier
Canillac , & tous ſont fils de
M le Comte de Saillant, Cadet
de la Maiſon d'Estaing,&
d'une du Terrail de Bayard ,
petite niece du fameux Cheurd
valier Bayard. Cette branche
des Cadets d'Estaing eſt eſtablic
en Auvergne, au lieu que
les aînez ſont de Rouergue.
Le nouvel Eveſque de Saint
Flour eſt Comte de Lyon.
1 Ce Benefice eft,pour ainſi di-
| re,hereditaire dans la Maiſon
d'Estaing , ayant paflé depuis
plus de trois cens ans fans incel
1
X ij
244 MERCURE
:
terruption de l'Oncle au Nevcu.
C'eſt un Prelatquiatoujours
fort édifié par ſa picté
& par ſes Predications.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
Mademoiselle de Mauny,
ſeconde fille de Mr le Marquis
d'Etampes . Chevalier
des Ordres du Roy , & premierCapitaine
des Gardes de
fon Altcife Royale Monfieur,
a pris depuis peu l'habit de
Religieute dans l'Abbaye du
Licu Noftre- Dame , dont
l'Abbefle eſt ſoeur de Mada.
me la Marquise d'Etampes ,
252 MERCURE
&ainſi fille de M. le Mar
quis de Droué , aîné de la
Maiſon de Raynier. M'l'Abbé
Nadal qui fit l'exhortation,
prit pour ſon texteces
paroles de S. Mathieu . Maria
optimam partem elegit ,que con
caferetur ab ea , & diviſa ſon
diſcours en deux parties, l'une
fur ce que Mademoiselle
de Mauny quittoit le Monde,
parce qu'elle le regardoit
comme un des plus grands
obſtacles àfon falut , & l'autre,
fur ce qu'elle entroit dans
la Religion , à cauſe qu'elle
l'enviſageoit comme un des
GALANT 253
S
น
0
is
moyens les plus efficaces du
ſalut. Il dit que non ſeulement
le Chreſtien éclairé des
lumieres de la foy ne trouvoit
pas affez de ſolidité dans
les biens du Monde pour s'y
attacher ; mais que les Philoſophes
meſmes , ſur les feules
lumieres de la raiſon , n'a
voient pas cru qu'ils en dufſent
faire l'objet de leurs recherches;
qu'ils avoient placé
le ſouverain bonheur dans le
mépris de ces biens , & que ce
qu'il yavoit de remarquable ,
&qui feroit un ſujet éternel
de confufion pour nous, c'eſt 4
254 MERCURE
qu'ils avoient fait paroiſtre
-cette moderation & ce defintereſſement
fans avoir des
veuës & des fins auſſi relevées
que celles de la picté des
Chrétiens;qu'ainſi rien n'étoit
plus capable de nous détromper
du monde que lemonde
meſme, qui nous fourniffost
fans ceffe des armes pour le
combatre,dont cependant noſtre
foibleſſe nous empêchoit
de nous prevaloir , la Providence
éternelle ſemblant le
permettre ainfi , pour tirer
du fond meſme de la corruption
dumonde, des remedes
GALANT. 255
contre le monde meſme , &
faire ſervir las vices des hommes
à leur propre ſanctification.
En effet , ajoutait- il , ce
qu'ily a dans le Monde de plus
illustre &de plus facré, la vertu,
n'est pas toujours fi digne
que l'on diroit bien des éloges
dont a taſché dans tous les fiecles
d'en relever le merite , &
d'en consacrer l'excellence. Remontez
à la source des actions
les plus éclatantes , vous la trouverez
toujours corrompue. Attachez-
vous à deméler les principes
&les motifs qui nous font
agir , vous connoistrez que le
256 MERCURE
crime entre presque toujours dans
toutes les vertus du fiecle. Le
definsereſſement n'est qu'un interest
caché ; la modestie qu'une
vanité enveloppée ; la fageffe
qu'un effet de l'orgueil ; la libe
valité qu'une pure oftentation ;
la pudeur qu'une affectation veritable
; l'amitié qu'un intereft
delicat qui nous trompe ; la valeur
qu'un effet d'une ambition
demeſurée dans les uns, de brutalité
, d'émulation , d'avarice
dans les autres , & dans tous ,
nne foibleſſe quiſe conſacre ellemesme
, e un monstrueux oubly
defoy-mesme. La Religion
GALANT. 257
enfin n'est plus qu'un voile dont
l'ambitieux &l'ufurpateur couvrent
leurs démarches , qu'une
voye detournée pour aller à des
fins criminelles , qu'un moyen
plus efficace de faire valoir ſes
interests ,qu'un deſſein formé de
trahir le Ciel & de tromper les
hommes. Tel est le caractere ,&
la fauſſeté des vertus humaines.
Quelques - uns suspendus entre
le monde& Dieu ne trouvent
rien de plus doux que de les reunir
, penfant accorder ainſi leur
devoir & leur inclination
consacrer les richeſſes & les
plaisirs , reconcilier la conscience
Janvier 1694. Y
د
258 MERCURE
l'interest , allier la vanité du
monde avec la verite de Dieu ,
le culte des Demons le culte
du Sauveur ,fans confidererque
ces alliances font monstrueuses ;
qu'il faut glorifier Dieu aux dé
pens du mondesou poſſeder le monde
aux dépens de Dieu. Au refte
cette comparaiſon des biens &des
miferes de ce monde , cette fubordination
qui s'y rencontre parmy
les hommes , les empeſchera
toujours de se croire heureux , &
de l'estre en effet . La distance
que la fortune, on pluſtoſt que la
divine Providence a mise entre
le Peuple les Grands , se ren
GALANT. 259
contre lamesme entre les Grands
&le Prince. Les uns trouvent
toujours dequoy irriter leur envie,
les autres dequoy mortifier
leur orgueil &piquer leur ambition
Ou les richeffes qui luy manquent
, ou la veue de souveraine
grandeur , tiennent pour ainsi
dire , l'homme roujours en haleine,
luy donnent toujours lieu de
Se plaindre ou de fouhaiter.
D'ailleursle Peuple regarde comme
un veritable bonheur des
Grands , la jouiſſance des biens
qu'il n'a pas : & les Grands
complant pour rien les biens avec
lesquels ilsfont nez, &comptant
Yij
260 MERCURE
1
meſme pour rien ceux qu'ils ont
receus de la faveurou de la fortune,
estant ordinaire àl'homme
defe familiariſer avec les biens
qui leur viennent , & de perdre
bientoft le goust de sa nouvelle
grandeur, plus beureux par l'efperance
que par la poffeffion , ne
font plus touchez que de l'ambi
tion qui les tirannise , & deviennent
la proye des defirs toujours
nouveaux de leur coeur.
Nyl'avarice l'ambition dont
les uns font tourmentez ne foulagent
point la mifere des autres
ny la veuë de tant de malbeu.
reuxn'augmente point la felicité
CALANT 261
e
desGrands. Ily aquelque diver
fuédans les objets qui lesfrapent,
mais les paffions font ioujours les
mesomes, leurs defirs font differens,
mais leur mifere est égale. Telle est
La diftribution que la fageffe de
Dieu afaire desplaces des for
tunes des bommes , qu'ellefaitfer
vir à l'accompliſſement defes decrets
éternels , &dont elle fefert
pour élever le coeurhumain à une
fortune plus souveraine, &pour
nous perfuader tout du moins que
ce que le monde appelle grandeur
felicité,n'a de fondement de
réalité que dans lafantaisie
L'imagination des hommes
262 MERCURE
Aprés avoir fait àcetre ze
léc Poftulante cette peinture
generale des hommes , M
P'Abbé Nadal luy fit voir
qu'il y avoit une forte de
monde où ſa naiſſance ſembloit
l'avoir deſtinée à vivre,
&dont le ſejour estoit bien
plus gliffant ,& le commerce
plus dangereux. Il fit ou détail
detous les écueils qui ſe trouvent
à la Cour. Là , dit- il,
chacun se vend maistre de fes
yeux &defes mouvemens ,regle
fon coeur & son visage furfen
tereſts , perfide ou diffimulé,flate
ou careffefes ennemis, abandonne
18
GALANT 263
A
10
Sacrifi fes Amis mesme, ſourit
àtout lemonde n'affffeeccttiioonnnnee
personnes souple &different fe-
Lon les temp differens , fage
de vot par mode au par interest.
Quelle émulation parmy le Sexet
Les fontanges des unes piquent
L'envie & la delicateffe des aus
tres ; le vain merite d'une beauté
periffable se fait mille ennemies
fecretes. Quels soins étudiez de
plaire, où l'artifice embelit
reparola nature! Quels defirs de
voir &d'estre venen defirs également
criminels selon Tertulhen !
Quel plaisir d'altumer ou detef
fentur ces paffions funestes , cos
264 MERCURE
traits defeu dont parle l' Apoftre,
Tela nequiſſima ignca! Làen
fin nulle confiance , nulle liaiſon
que celle que forme l'intereſt ou la
volupté,toutes les amitiezfauffes,
&& les haines veritables les devoirs
les plus facrez violez, attaches
criminelles, la fortune aderée
, Dieu toujours oublié.
Tel est le ſejour où vous renoncez.
Quelle esperance de falut
dans un lieu oùse trouvent des
exemples fi pernicieux ? Quelle
focietépour une ame des
penetrée de
veritez de la Religion, qui ſcait
qu'il faut porter fa croixsfe confolerau
milieu des maux,fere
joüir
GALANT 265
lit
joüir dans les afflictions , meſurer
fafelicitéàsesfouffrances &la
ggrraannddeeuurràlamiſere ſehairfoymesme
, aimerſes ennemis , prier
pour ceux qui nous perfecutent&
nous calomnient, mouvemens du
coeur inconnus à toute laſageſſe
humaine ! Quel fejour enfin pour
une ame Chreftienne & perfuadée
qu'il faut avoir de la cle.
mence , de la fimplicité de coeur
d'esprit, l'innocence mesme
des Enfans , devenir les ferviteurs
des autres pour devenir les
Disciples de Fefus-Chrift, joindre
les lumieres de l'esprit
P'humilité de coeur; détruire la
JJaannvviieerr 1694. Z
266 MERCURE
volupté par les mortifications ,
& l'orgueil par les idées de la
grandeur de Dieu parla veuë
coeur
de nostre baſſeſſe purifier fon
sa conscience , aimer
Dieu par deffus toutes choses ,
s'élever au deſſus deſes paſſions
pour porter l'image & le cara-
Etere de ce mesme Dieu, &pour
viure conformement à ſa loy éternelle
par la justice e la moderation
; qu'il ne doit enfin y
avoir ny baine, ny jalousie any
concurence que la charité doit
nous rendre tout propre, confondre
nos biens &nos interests ,
nous faire égaler ce que les paf
GALANT. 267
mel
y.
17:0
fions des hommes diftinguent. Il
fit voirdans ſa ſeconde partic
les avantages de la retraite.
Nonseulement, dit-il, le Monde
nous detache de Dieu , maisil
nous enleve à nous mesmes , &
ſi l'intervalle , ou pluſtoſt le degoust
des plaiſirs nous y livre
quelquefois, c'est pour nous renddrree
llaa proye d'une infinitéde remords
qui nous déchirent fans
ceffe qui nous obligentànous
fuir encore davantage Ne pouvant
fouffrir la veuë de foymesme
,on cherche à fe repans
dre au dehors , mais la retraite
nous rend à nous mesmes à
Zij
268 MERCURE
Dieu , es nous ramene des reflexions
à la pratique , ou du
moins à l'examen de nos de
voirs. Nos paffions toujours irritées
par la prefence des objets
qui les allument , reveillées par
mille occafions delicates, confirmées
par de dangereux exemples,
nourries par des esperances flattées,
rejettent les inspirations du
Cielsrefiftent àlaGrace, condamnent
une Religion qui les condamne
, ou taſchent de les afſujetirà
leur interest, estouffant la voix
de la nature , les mouvemens de
la confcience,& tous ces principes
de droiture & de religion
GALANT. 269
+
que Dieu a mis dans le coeur de
tous les hommes qui pourparlor
le langage du Sauveur mefme
,reçoivent laſemence, c'està
dire la parole de Dieu parmi des
épines , mais en qui les inquietudes
du fiecle &l'illusion des
richeffes l'étouffent ensuite .
la rendent infructueufe; principes
, mouvemens , graces, infpirations
que la retraite fait reviorefiheureusement.
Quoy que
l'homme traiſne par toutses paffions,
qu'il ait dans le coeur des
objets qu'il écarte deses yeux, &
qu'il les reçoive dans la retraite
comme dans le monde , il est
Z iij
1
270 MERCURE
pourtant , vray qu-ils n'agiſſent
pas fur luy avec un empire fi
Souverain. La folitude qui aigrit
les paſſiont dans quelques-uns
les diminue presque dans tout le
monde,&fi la veriuſe relaſche
dans les delices, les paffions s'af
foibliffentpar l'austerite. Tous ces
fantômes dufiecle, s'évanouiſſent
&font place à des objets plus innocens
, & l'homme qui dépend
des lieux pour le coeur &pour l'efprit
, devient bientoft dans la retraise
tout different de luy- mesme.
C'est là que Dieu parle au
coeur des Vierges Chrestiennes ,
qu'elles trouvent dans un entre
GALANT. 271
tien ſi cher tout ce qui les peut
fatisfaire , que s'ouvre pour elles
le chemin d'une esperancefolide,
que la joye qu'ellesygouftent
aprés leur fortie du monde , eſt
égale à la joye d'Israël aufortir
de l'Egypte. L'Eglise a veuparoiſtre
de temps en temps des hommes
extraordinaires , inspirez de
Dieu pour l'execution deſes def
fein's éternels ,fuirle monde dont
ils reconnoiſſoient les écueils, raf-
Semblezdans laretraite des ames
Chrestiennes ,y devenir , comme
Abraham , la tige les Chefs
d'un Peuple faint , occupé dans la
meditation de la parole de Dien,
Z iij
272 MERCURE
qui plus particulierement à luy
que le reste des hommes qu'ils
éclairoiens par leurs lumieress
conduiſoient par leur prudence,
animoient par leur ferveur,foutenoient
par leur charité,
fioient par leur exemple , ontfait
de cesfaintes Communautez com
me un aſile facré de l'innocence
&de laReligion.
édi
1
Il ajoûta à toutes ces cho
ſes , que ce n'eſtoit pas affez
d'avoir triomphé du monde ,
&de l'avoir abandonné pours
ſe renfermet dans unGloiſtre,
qu'il falloit ne la revoir jai
mais , s'il eſtoit poffible ,tou
GALANTM 273
100
10
Tes
He
du moins bien rarement &
craindre les converſations les
plus innocentes. Vaines , ou
pluſtost dangereuses reſources
la plupart des personnes Reli
gieuses, continua-t-il , qui pour
foulager les austeritezde la Religion,
se livrent au monde quelquefois?
Que ne réveillent point
en nous les conversations ? Quellesdangereuses
images ne rapporte
-ton point dans la retraite,on
le coeur l'imagination portent
encore de nouveaux traits! Quelles
paroles n'y recueille-ton
point , dont on fait tant d'appli
cations differentes, & toujours fi
274 MERCURE
flateuses ? Paroles que l'on confer
veplus précieusement que la parole
de Dieu . L'esprit du fiecle ne
ſe gliffe que trop dans le fond
mesme des Cloiſtres , n'y voiton
pas regner la vanité , la jalousie
, la cabale & l'intrigued
Les plus faintes obligations de la
Religion ne ſont ſouvent que des
actions purement exterieures, &
les relâches de l'esprit que des
diſſipations du coeur . La devotion
n'est pour quelques - unes qu'un
prétexte ſpecieux , & oferois - je
le dire , le Tribunal mesme de la
Penitence ne fert pas toujours à
015-10
entendre les gemiffemens de la
47
GALANT. 275
di
--
1
componction.Cette peinture generale
fut ſuivie de l'éloge de
la picté& de la vertu des ſaintes
Filles qui l'écoutoient , &
vous ne devez pas eſtre ſurpriſe
des applaudiſſemens que
coDifcours attira à M l'Abbé
Nadal , puis que les morceaux
que j'ay pris ſoin d'en
extraire, vous en font connoitre
la beauté.
Le Roy a donné la Charge
de Medecin Major de fes
Camps Hôpitaux & Armées
à M Pronenza , premier Medecin
de feuë Mademoiselle
d'Orleans. Elle eſtoit vacante
t
276 MERCURE
r
par la promotion de Mª dư
Cheſne à celle de Premier
Medecin de Meſſeigneurs les
Princes . Mr Proneaza , dont
je vous ay fait connoiſtre la
capacité & le merite dans l'une
de mes Lettres , a eu l'honneur
d'eſtre preſenté au Roy par
Me de Barbefieux , pour le remercier
de cette grace .
Sa Majeſté a donné en même
temps laCharge de Medecin
ordinaire de l'Hoſtel des
Invalides , à M² Guiart , Do-
Eteur Regent de la Faculté de
Medecine de Paris , & Gendre
du meſme Me du Chefne , à
GALANT 277
mi
qui Elle a voulu donner des
marques de ſon eſtime , en re-..
mettant cette Charge dans la
Famille , qui l'a ſi dignement
Hoit exercée depuis l'établiſſement
de cet Hoſtel . M' Guiart luy
fuccede avec tous les avantages
qu'il pouvoit ſouhaiter ,
↑ eſtant fort conſideré de tous
Ich les Officiers & Soldats de cette
D
Maiſon , à qui ſon experience
doit eſtre connuë , puis qu'il
a rempli les fonctions de cette
Charge pendant pluſieurs
I années , en l'absence de fon
Beau pere , lors qu'il eſtoit
obligé d'aller à l'Arméc. M
1
278 MERCURE
du Chefne , dont je viens de
vous parler , a preſté ferment
de la Charge dont le Roy l'a
honoré , entre les mains de
Mr Fagon , Premier Medecin
de Sa Majefté.
M'leCuré de Saint Jacques
ayant eſté receu Curé de Saint
Germain l'Auxerrois , toute
laParoiffe en a témoigné une
joye qu'il feroit difficile d'ex
primer. C'eſt un Pasteur en
tierement détaché du monde,
&tout appliqué à ſonTroupeau.
Il n'a rienà luy,&doune
aux Pauvres tout ce qu'il
reçoit , ne ſe reſervant qu'a
GALANT. 279
ゴ
peine pour vivre , & donnant
meſme ſouvent ce qu'il a reſervé
pour ſa ſubſiſtance, lors
qu'on vient lui parler de quelques
pauvres honteux , qui
font dans une neceffiré prefſante.
J'en dirois davantage fi
je ne craignois de faire fouffrir
ſa modestie. On peut juger
avec combiendejoye ſes nouveaux
Paroiffiens l'ont receu.
L'empreſſement à lui en doner
des marques a eſté ſi grand ,
que les Enfans meſme de la
Paroiſſe de S. Germain ont
eſté luy témoigner en Corps,
le plaisir qu'ils ont reffenty
280 MERCURE
de l'avoir pour leur Curé.
Voicy de quelle maniereM
l'Abbé Cadot, âgéſeulement
de dix ans , luy parla à la teſte
de la Jeuneſſe , le jour de fa
reception .
Ous eftes fans doute furpris
,Monfieur , devoir
cette foule d'Innecens unir leurs
voix aux acclamations publi.
ques que vous recevez aujour
d'huy dans cette Royale Paroiße.
Ce font les agneaux du
troupeau qui cherchent leur Pafteur;
ce sont les Vierges de l'Evangile
qui viennent au devant
GALANT. 281
de l'Epoux , les Enfans de la
Maison de Dieu qui veulent
embraffer leur Pere ; c'est en un
mot la charmante innocence qui
vient rendre hommage à fon
nouveau Protecteur. Elle gemiffoit
ily a quelques jours, cette aimable
vertu , elle se voyoit exposée
au naufrage , & connoisfant
la capacité du Pilote qui la
conduiſoit dans sa route , &la
perte qu'elle faisoit du noble &
illustre Deffenseur qu'elle s'estoit
Deffenfour
faut- il s'étonnerfi
trouble la crainte occupoient
Ses principaux foins , & fi jalouſe
des beautez qu'il lui avoit
Janvier 1694.
acquis ,
Aa
282 MERCURE
procurées par tant de ſaintes inftructions
, elle detachoit à tous
momens son innocente curiofice ,
pour decouvrir quel feroit le conducteur
à qui fon Dieu voudroit
bien confierſa conduite , &pour
ſçavoirs'il auroit la mesme tendreſſe
, le mesme amour & les
mesmes empreſſemens poursa défenfe.
Mais enfin ce jour heureux
rend ses voeux fatisfaits,
il diffipe fes inquietudes , &
voyant le Ciel reparer avec
un plus grand avantage sa difgrace
imaginaire , elle changefes
Soupirs en de nouveauxsouhaits,
beniſſant millefois l'heureux
GALANT. 283
fe
échange que la Providence vient
de faire en la faveur , loin de
plaindre le fort qu'elle avoit d'abord
crû fatal & funeste à fa
роз
gloire, elle s'applaudit dans l'erreur
qui l'avoit decenë , & se
voit obligée à de nouvelles reconnoißances
pour le nouvel avantage
que luy procureſonſage
Conducteur Elle voit avec plaifir
qu'il ne quite l'innocence quepour
courir de nouveau à l'innocent ,
quefon zele infatigable le demande
en plus d'un endroit, que la
ſageſſe qui a toujours conduit fes
intentions luy a fait prendre des
mesures si justes Or fi certaines
Aa ij
284, MERCURE
:
pour la feureté de cette verta ;
qu'elle efpere dorénavant n'avoir
aucun lieu de craindre les
infultes de ſes plus redoutables
ennemis . En effet , que pouvoit
faire de mieux ce noble & vigi
lant Pasteur pour l'avantage do
cette Paroiffe , que de regler fon
troupeau felon l'ordre qu'il en
avoit receu de laſageſſe éternel
le, & de le semestre entre les
mains d'un fecond Pasteur choifi,
parfait , & consommé dans l'exercice
de toutes les vertus , d'un
Pasteur recommandable par fa
fageffe , illustre par sa pieré ,
dont on ne sçauroit exprimer le
GALANT 285
1
९
Zele&la charité, d'un Pasteur
qui ne connoist point le fordide
interest, qui mépriſe les felicitez
de la vie , toujours actif, tou
jours vigilant , & qui ne garde
paine de mesures, quand il s'agit
de faire triompher la veriu, d'un
Rafleur enfin dont la doctrine
craint l'admiration , la modestie
Les élogesser le merite l'honneur
le respect, prudent dans ſes
entrepriſes , admirable dansſa conduite
& charmant dans ses en
tretiens
C'eſt luy que le Ciek deftinoit
pour recevoir au nombre de fes
oüilles le Monarque le plus
286 MERCURE
Grand & le plus Pieux qui ait
jamais paru parmy les hommes ,
un Roy qui par ſa ſageſſefait la
joye & l'admiration du Ciel ,
tandis qu'ilfait l'éronnement de
toute la Terre parson courage &
Sa puifſſancespeut- eftre que charmé
de ſes heroiques vertus ,& éblony
de tant de perfections que le Ciel
a répandues fur ſaſacréepersonne,
vous abandonnereztout pour
vous attacher uniquement a ad.
miver ſes grandeurs . Non ,non ,
ſage & vigilant Pasteur , ce
Grand Roy ne veut pas que vous
abandonniez l'innocence. Permetsez-
moy de vous dire qu'il
مل.
GALANT. 287
n'a pas besoin dù mesme secours
que nous pourse conduire , Iny
qui par sa sage & admirable
conduite regle (+) modere les defti-
Inées de l'Univers. Ne quittez
( pas l'Innocent pour aller aprés ce
Conquerant •, vous auriez de la
peine à le ſuivre dans la rapidité
de ſes Victoires, & ne voyez
vous pas que l'innocent tremble,
tandis que ce Grand Monarque
fait tremblerfes fiers Ennemis ,
qu'il est intrepide , tandis que
nous chancelons preſqu'à tous les
pas de nostre carriere , que luy
feul refiste à tous , tandis que
nous tous ne sçaurions refifter à
288 MERCURE
un seul ,&qu'il écarte glorieu
fement les redoutables furies que
luy a fufcitéesl'Enfer jaloux de
fa gloire, tandis que nous avons
de la peine à éviter les pieges que
leMonde la vanité dreſſent
Sans ceße à noſtre innocence.
Laiffez luy donc mediter de
nouvelles conquestes ,& prepa
rez de nouveaux triomphes à la
Religion. Faites - la triompher
vous-mesme ddaannsssa Paroiſſe que
SaMajesté vient elle mesme de
vous recommander avec tant de
temoignages d'amour. N'oubliez
pas , en nous excitant à l'amour
de Dieu ,de nous exciter auffi à
1
l'amour
:
GALANT. 289
lamour de ce Grand Prince que
l'innocence reconnoist pour fon
illustre Protecteur ,& recevez
l'élite de vostre troupeau , rece
vez la charmante innocence qui
Se proſterne à vos pieds. Condui
fez- la où la gloire du Seigneur
L'appelle. Sa foibleſſe ne l'empêchera
pas de vous fuivre par
tout,fans crainte&fans appreebenſion
, elle attend que vous
ouvriez la bouche pour ſcarcir
par quelles routes vous defirez
qu'elle marche.
Approchez donc , innocente
Troupe. Supplions ce charitable
Conduct
Conducteur de nous procurer les
Janvier 1694. Bb
-
290 MERCURE
mesmes avantages qu'il a de
ja procurez à tant d'innocens.
Prions-le de nous instruire toujours
auec amour, de nous animer
parſes bons exemples & de
jetter continuellement dans nos
tendres eſprits les femences d'une
pieté folide, poury faire germer
la vertu & luyfaire produi.
ve dans son temps des fruits de
bonne odeur pour l'Eglise
pour la Religion. Prions le que
parses lumieres , il nous empêche
de nous égarer dans les routes
obscures de l'erreur, & que nous
mettant dans les voyes qui menent
à la vie , il n'obmette rien
:
GALANT: 291
de tout ce qui peut nous vendre
agreables aux yeux du Pasteur
des Pasteurs .
Et en reconnoiſſance d'un fi
grand bien fait que nous recevons
aujourd'huy , uniffons nos
coeurs & nos voix , & faiſons
retentir cet auguste temple d'ars
old clamations & de cris d'allegreffe.
Difons, mais avec plus plus de
fincerité que les Enfans desHe
breux, Benedictus qui venit in
nomine Domini
its
Et vous , aimables Vierges,
fervez d'écho aux Cantiques
joye que nostre voix pouffe vers
es de
lleeCiel ,&portons tous nos
Bbij
292 MERCURE
M
vaux& nos respects jusqu'aux
Autels pour demander au grand
Protecteur de l'Innocence la continuation
des merveilles qu'il opere
depuis fi long temps dans
la perſonne de cet aimable Pere,
qui nous voyant soumis er pro-
Sternezàses genoux , ne nous
refufera pas la benediction qu
je luy demande tres-humblement
pour vous &pour moy.
M² Le Curé ayant répondu
à ce compliment par un
diſcours éloquent & plein
de tendreſſe & de charité
finit en difant. Pour remercier
Dicu qui m'envoye.en
cette Royale Paroiſſe, de tous
د
GALANT. 293
les miracles qu'il y opere depuis
le chef & le premiet!
juſqu'aux plus petits de mes
Parouffiens , c'eſt à dire , depuis
la facrée Perſonne du
-Roy, dont la ſageſſe& la picté
ſont ſans exemple ,juſqu'à
cette aimable jeuneſſe dont
ale zele innocent m'eſt d'autant
plus agreable qu'il eſt
fans flatetie ,&de ce que du
nombre de ces enfans j'en
viens d'entendre un qui par
les talens merveilleux qu'il a
déja fait patoſtre en d'autres
foccaſions , eſt auſſi admirable
que fon innocence, dont fon
тер
294 MERCURE
âge répond . & que je prie
leTres-haut de luy conſerver,
elt digne de loüange , diſons
luy, TE DEUM LAUDAMJS.
Ce Cantique commencé par
Male Curé fat chanté par
toute l'Aſſemblée,& fuivi des
Prieres qu'il fit faire pour Sa
Majesté , & de la Benediction
qu'il donna à toute la jeunefſe
de la Paroiffe qui eſtoit devant
luy. Le jeune Enfant
qui prononça ce diſcours,eſt
le fils de M Cadot , Conſeiller
en laCour desMonnoyes,
perſonne diftinguée dans ſa
Compagnie par ſon merite.
Quoyqu'il foit encore dans
GALANT. 295
de
S
101
fio
را
ſa plus tendre jeuneſſe, il prononça
le jours dernier des
Saints Innocens leur Panegyrique
dans la Chapelle du
Chatteau de Fontainebleau
devantMe le General desMa
thurins , & le jour de leur
Octave dans l'Egliſe de cette
Ville qui porte leur nom,avec
des applaudiſſemens incroyables
de tous ceux qui
l'entendirent.
Detous les Livres qui s'im-
Priment , cceeuuxx qui font les
plus utiles au Public doivent
eſtre les plus eſtimez . Il en pas
roiſt un depuis peu , dont le
Bb inj
296 MERCURE
grands
Public doit tirer de grands
avantages. Il eſt intitulé,
Histoire generale des Drogues ,
traitant des Plantes, des Ani
maux , & des Mineraux , Ou
vrage enrichi de plus de quatre
cens figures en taille douce,tirées
d'aprés nature , avec un discours
qui explique leurs differens noms,
Jes Pays d'où elles viennent , la
manierede connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,
proprierez , où l'on découvre l'erreur
des Anciens & des Modernes
; le tout tres- utile au Public;
Par le Steur Pierre Pomet,
Marchand Epicier Droguifte.
leurs
GALANT. 297
Le deſſcin de l'Auteur , lors
qu'il aentrepris cetOuvrage,a
cité de developer la mauvaiſe
foy de ceux qui vendent des
Drogues falſifiées , ce qui eſt
d'un grand préjudice à la fanté
des hommes. Le Public luy
doit eſtre obligé , non ſeule,
ment de ſes ſoins & de fon
travail , mais encore de la dépenſe
où le zele qu'il a pour
Iebien general l'a (cul engagé.
On trouve ce Livre dans la
grande Salle du Palais , chez
le Sicur Bruner...
Jo croy que vous recevrez
preſque auſſitoſt que ma Let288
MERCURE
unseul ,&qu'il écarte glorieu
ſement les redoutables furies que
luy a ſuſcitées l'Enfer jaloux de
fagloire, tandis que nous avons
de la peine àéviter les pieges que
le Monde la vanité dreſſent
Sans ceße à nostre innocence.
Laissez luy donc mediter de
nouvelles conquestes ,& preparez
de nouveaux triomphes à la
Religion. Faites -la triompher
vous-mesme danssa Paroiſſe que
Sa Majesté vient elle mesme de
vous recommander avec tant de
temoignages d'amour. N'oubliez
pas , en nous excitant à l'amour
de Dieu ,de nous exciter auffi à
: l'amour
GALANT. 289
l'amour de ceGrand Prince que
l'innocence reconnoist pour fon
illustre Protecteur ,& recevez
l'élite de vostre troupeau , rece
vez la charmante innocence qui
Se proſterne à vos pieds. Condui
fez- la où la gloire du Seigneur
L'appelle. Sa foibleſſe ne l'empêchera
pas de vous fuivre par
tout,fans crainte&fans apprebenſion
, elle attend que vous
ouvriez la bouche pour sçavoir
par quelles routes vous defirez
qu'elle marche.
Approchez donc , innocente
Troupe. Supplions ce charitable
Conducteur de nous procurer les
Janvier 1694 . Bb
:
290 MERCURE
de
mesmes avantages qu'il a de
ja procurez à tant d'innocens.
Prions-le de nous instruire tou
jours auec amour, de nous animer
parses bons exemples
jetter continuellement dans nos
tendres eſprits les ſemences d'une
pieté folide, poury faire germer
la vertu (t) luyfaire produi.
re dans son temps des fruits de
bonne odeur pour l'Eglife &
pour la Religion. Prions le que
parses lumieres , il nous empêche
de nous égarer dans les routes
obscures de l'erreur, & que nous
mettant dans les voyes qui menent
à la vie , il n'obmette rien
:
GALANT: 291
de tout ce qui peut nous vendre
agreables aux yeux du Pasteur
desPasteurs .
Et en reconnoissance d'un fi
grand bien fait que nous recevons
aujourd'huy , uniffons nos
coeurs & nos voix , & faiſons
retentir cet auguste temple d'acclamations
&de cris d'allegreffe.
Diſons, mais avec plus plus de
fincerité que les Enfans desHebreux,
Benedictus qui venit in
nomine Domini.
Et vous , aimables Vierges,
feruez d'écho aux Cantiques de
joye que nostre voix pouffe vers
joye qu
le Ciel &portons tous nos
:
Bbij
292 MERCURE
2
vaux& nos respects jusqu'aux
Autels pour demander au grand
Protecteur de l'Innocence la continuarion
des merveilles qu'il opere
depuis fi long temps dans
la perſonne de cet aimable Pere,
qui nous voyant soumis es pro-
Sternezà ses genoux ,
refufera pas la benediction que
je luy demande tres-humblement
pour vous &pour moy.
ne nous
M² Le Curé ayant répondu
à ce compliment par un
diſcours éloquent & plein
de tendreffe & de charité ,
finit en difant. Pour remercier
Dieu qui m'envoye en
cette Royale Paroiſſe, de tous
GALANT. 293
les miracles qu'il y opere depuis
le chef & le premiet
juſqu'aux plus petits de mes
Parouffiens , c'eſt à dire , depuis
la facrée Perſonne du
Roy, dont la ſageſſe& la picté
ſont ſans exemple,juſqu'à
cette aimable jeuneſſe dont
le zele innocent m'eſt d'autant
plus agreable qu'il eſt
fans flatetie ,& de ce que du
nombre de ces enfans j'en
viens d'entendre un qui par
les calens merveilleux qu'il a
déja fait paroſtre en d'autres
occafions , eſt auſſi admirable
que ſon innocence, dont fon
294 MERCURE
âge répond . & que je prie
leTres-haut de luy conſerver,
elt digne de loüange , diſons
luy, TE DEUM LAUDAMJS.
Ce Cantique commencé par
Male Curé fut chanté par
toute l'Aſſemblée, & fuivi des
Prieres qu'il fit faire pour Sa
Majesté , & de la Benediction
qu'il donna à toute la jeunefſe
de la Paroiffe qui eſtoitdevant
luy. Le jeune Enfant
qui prononça ce difcours,eft
le fils de M Cadot , Conſeiller
en laCour desMonnoyes,
perſonne diftinguée dans ſa
Compagnie par ſon merite.
Quoyqu'il foit encore dans -
GALANT. 295
ſa plus tendre jeuneſſe, il prononça
le jour dernier des
Saints Innocens leur Panegyrique
dans la Chapelle du
Chasteau de Fontainebleau
devantMe le General desMathurins
, & le jour de leur
Octave dans l'Egliſe de cette
Ville qui porte leur nom,avec
des applaudiſſemens incroyables
de tous ceux qui
l'entendirent .
Detous les Livres qui s'impriment
, ceux qui font les
plus utiles au Public doivent
eſtre les plus eſtimez. Il en pas
roiſt un depuis peu , dont le
Bb inj
296 MERCURE
Public doit tirer de grands
avantages. Il eſt intitulé,
Histoire generale des Drogues ,
traitant des Plantes, des Ani
maux , & des Mineraux , Ou
vrage enrichi de plus de quatre
cens figures en tailledouce,tirées
d'aprés nature , avec un discours
qui explique leurs differensnoms,
Les Pays d'où elles viennent , la
maniere de connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,
proprietez , où l'on découvrel'erreur
des Anciens des Modernes
; le tout tres- utile au Publics
Par le Steur Pierre Pomet ,
MarchandEpicier Droguifte.
leurs
GALANT. 297
:
Le deſſein de l'Auteur , lors
qu'il a entrepris cet Ouvrage,a
cité dedeveloper la mauvaiſe
foy de ceux qui vendent des
Drogues falſifiées , ce qui eſt
d'un grand préjudice à la fanté
des hommes. Le Public luy
doit eſtre obligé , non ſeule,
ment de ſes foins & de ſon
travail , mais encore de la dépenſe
où le zele qu'il a pour
le bien general l'a (cul engagé.
On trouve ce Livre dans la
grande Salle du Palais , chez
le Sicur Bruner. 4
Ja croy que vous recevrez
preſque auſſitoſt que ma Let298
MERCURE
tre,un autreLivre intituléArle
quiniana,qu'onacheve d'impri
mer. Vous jugez bien par fon
titre qu'il doit renfermer tous
les bons mots de feuArlequin,
qui pendantun grand nombre
d'années ont diverty la Cour
& la Ville. On y doit trouver
beaucoup de bonnes chofes ,
& une grande varieté , parce
qu'ils ne viennent pas d'une
ſcule perſonne. Les Auteurs
qui ont donné des Pieces aux
Italiens , en ont trouvé une
bonne partic. Arlequin qui
eftoit eſtimé , & qui voyoit
beaucoup d'honneſtes gens ,
GALANT. 299
کر
en a ramaffé beaucoup dans
lemonde; & commeil avoit
de l'ſprit naturellement , &
qu'il s'eſtoit fait outre cela,un
eſprit d'acquiſition pour ces
fortes de choſes , parce qu'elles
luy eſtoient utiles à cauſe
de ſa profeffion , il en a
luy- mefme trouvé quantité,
qui ne cedent point à ceux
qui ont paru dans beaucoup
de Volumes, quoy qu'ils viennentde
perſonnes qu'on peut
appeller Grands hommes, fi
on les confidere du coſté de
leur érudition. On trouvera
auſſi dans le meſme Livre
300 MERCURE
quantité de bons mots rap
portez par celuy qui a pris le
ſoinde remarquer tous ceux
qui compoſent cet Ouvrage.
Ce Livre ledebitera chez Mi.
chel Brunet , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant , &
chez Florentin & Pierre de
Laune , Place de Sorbonne.
Dix huit Irlandois déterminez
ſe rendirent il y a quelque
temps à Londres , où ils ont
demeuré pendant quelques
jours, ſe transformant tantoſt
en Matelots , tantoſt en Marchands,
ou d'autres manieres.
pour s'introduire en differenGALANT.
301
コト
:
Fes Auberges , afin de voir ce
qui ſe paſſoit,&de trouver le
moyen d'entreprendre quelque
chofe. Quatre d'entre eux
acheterent enfuite un petit
Baſtiment , qu'ils chargerent
de Houblon , patce que cette
marchandiſe coute peu . Avec
ce petit Baſtiment ils defcendirent
aux Dunes , où ils en
rencontrerent un qu'ils cherchoient,&
qui alloit porter à
borddu Vaiſſeau qu'ils chargeoient
pour la Coſte d'Eſpagne
, des Draps & des Bas de
laine & de foye , & d'autres
marchandises de prix. Ils pric
302 MERCURE
rent leMaiſtredu petit Baftis
ment de les recevoir , & de
lespaſſeten Eſpagne.D'abord
il s'excuſa ſur ce qu'il n'avoit
pas de provifions pour eux ;
mais ils répondirent qu'ils
acheteroient au premier endroit
qu'ils trouveroient tout
ce qui leur manquoit. Il les
receut , & fit avec eux une fi
grande débauche , ainſi que
fon Equipage, qu'il falut dormir&
cuver le vin. Pendant
qu'ils eſtoient en cet eſtat, les
quatre Irlandois fermerent &
cloüerent les Epontilles fur
cux , couperent les cables ,
GALANT. 303
mirent à la voile , & vinrent
à Boulogne. On ne ſçait pas
ceque les quatorze autres feront
à Londres.
la
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois,fur
Cromailli
Cremailliere , qui en eſtoit'le
vray ſens, ſont M's de Frenay-
Fauvel, Avocat au Siege Prefidial
de Caën : Gangnot
d'Amboiſe : Congis & Levéc
de Paris : A. M. Dugain : du
Pleſſis C & Meſdemoiselles
d'Affé Godard du Mans :
Beauregard de la ruë neuve S.
Roch : le Chevalier Boberel
de Crecy: Jacques François
304 MERCURE
de la ruë neuve Noftre-Dames
Antoine Benard de la rue пси
ve Noltre Dame : l'Avocat
de Limoges : les grands amis
Charpentier, d'Anet & Roume
: Ricard, de la Colombicre
, l'Amant de la rue S. Martin&
la plus belle des eſpe.
rances : Barbé le fils Peintre ,
&fa femme : Prud'homme
l'Aftrologue : Bithorra le Pere
del'agreable famille: Berthier
Marchand de vin, Imber, l'aimable
Chreftien & lesDemoifelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain :
GALANT. 309
A
Jules Fagu de la Lizardiere à
Blois : les Inſpecteurs de la
Ville de Mante : Moriencourt
Apoticaire , & Amillard
: le Docteur Ganga de
la Place Royale : l'Alco-
Iran d'Abbeville de la ruc
de la Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour
& la Princeffe Olive :
l'inconnu de la rue des qua-
4 tre Fils : le Chevalier du Soleil
& la Guctriere Claridiane:
l'Exilé Roſiclair & la belle
Princeſſe Briane : le vaillant
}
Brufaldore & le ſage Hirgandéede
Soiffons: Veret Impri-
Janvier 1694. Cc
296 MERCURE
Public doit tirer de grands
avantages. Il eſt intitulé,
Hiftoire generale des Drogues ,
traitant des Plantes , des Ani
maux , & des Mineraux , Ou
vrage enrichi de plus de quatre
cens figures en taille douce,tirées
d'aprés nature , avec un discours
qui explique leurs differens noms,
Les Pays d'où elles viennent , la
maniere de connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,
proprietez , où l'on découvre l'erreur
des Anciens des Modernes
; le tout tres- utile au Public;
Par le Steur Pierre Pomet ,
MarchandEpicier Droguifte.
leurs
GALANT. 297
Le deſſein de l'Auteur , lors
qu'il a entrepris cetOuvrage,a
cité dedeveloper la mauvaiſe
foy de ceux qui vendent des
Drogues falfifiées , ce qui eſt
d'un grand préjudice à la fanté
deshommes. té des hommes. Le Public luy
doit eſtre obligé , non ſeulement
de ſes ſoins & de fon
travail , mais encore de ladé
penſe où le zele qu'il a pour
le bien general l'a (cul engagé.
On trouve ce Livre dans la
grande Salle du Palais , chez
le Sicur Bruner.
Ja croy que vous recevrez
preſque auffitoft que ma Let298
MERCURE
tre,un autre Livre intituléArle
quiniana, qu'onacheve d'impri
mer. Vous jugez bienpar fon
titre qu'il doit renfermer tous
les bons mots de feuArlequin,
qui pendantun grand nombre
d'années ont diverty la Cour
& la Ville. On y doit trouver
beaucoup de bonnes chofes ,
& une grande variété , parce
qu'ils ne viennent pas d'une
ſcule perſonne. Les Auteurs
qui ont donné des Pieces aux
Italiens , en ont trouvé une
bonne partic. Arlequin qui
eftoit eſtimé , & qui voyoit
beaucoup d'honneſtes gens ,
GALANT. 299
1
en a ramaffé beaucoup dans
lemonde; & commeil avoit
de l'ſprit naturellement , &
qu'il s'eſtoit fait outre cela,un
eſprit d'acquiſition pour ces
#fortes de choſes , parce qu'elles
luy eſtoient utiles à cauſe
de ſa profeffion , il en a
luy- meſme trouvé quantité,
qui ne cedent point à ceux
qui ont paru dans beaucoup
de Volumes, quoy qu'ils viennentde
perſonnes qu'on peut
appeller Grands hommes , fi
on les confidere du coſté de
leur érudition. On trouvera
auſſi dans le meſme Livre
300 MERCURE
quantité de bons mots rap
portez par celuy qui a pris le
foinde remarquer tous ceux
qui compoſent cet Ouvrage.
Ce Livre le debitera chez Mi.
chel Brunet , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant, &
chez Florentin & Pierre de
Laune , Place de Sorbonne .
Dix huit Irlandois déterminez
ſe rendirent il y a quelque
temps à Londres , où ils ont
demeuré pendant quelques
jours, ſe transformant tantoſt
en Matelors , tantoſt en Marchands,
ou d'autres manieres.
pour s'introduire en differen
GALANT. 301
kes Auberges , afin de voir ce
qui ſe paffoit, &de trouver le
moyen d'entreprendre quelquechofe.
Quatre d'entre eux
acheterent enfuite un petit
Baſtiment , qu'ils chargerent
deHoublon , parce quecette
marchandiſe coute peu. Avec
ce petit Baſtiment ils defcendirent
aux Dunes , où ils en
rencontrerent un qu'ils cherchoient,&
qui alloit porter à
borddu Vaiſſeau qu'ils chargeoient
pour la Coſte d'Eſpagne
, des Draps & des Bas de
laine & de foye , & d'autres
marchandiſes de prix. Ils pric302
MERCURE
+
rent le Maiſtre du petit Baftis
ment de les recevoir , & de
les paſſet en Eſpagne.D'abord
il s'excuſa ſur ce qu'il n'avoit
pas de proviſions pour eux ;
mais ils répondirent qu'ils
acheteroient au premierendroit
qu'ils trouveroient tout
ce qui leur manquoit. Il les
receut , & fit avec eux une fi
grande débauche , ainſi que
ſon Equipage, qu'il falut dormir&
cuver le vin. Pendant
qu'ils eſtoient en ceteſtat, les
quatre Irlandois fermerent &
cloüerent les Epontilles fur
cux , couperent les cables ,
GALANT. १०३
mirent à la voile , & vinrent
à Boulogne. On ne ſçait pas
ceque les quatorze autres feront
à Londres.
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois, ſur la
Cremailliere , qui en eſtoit'le
vray ſens, font M's de Frenay-
Fauvel, Avocat au Siege Prefidial
de Caën : Gangnor
d'Amboiſe : Congis & Levéc
de Paris : A. M. Dugain : du
Pleffis C & Meſdemoiselles
d'Affé Godard du Mans :
Beauregard de la ruë neuve S.
Roch: le Chevalier Boberel
de Crecy : Jacques François
304 MERCURE
de la ruë neuve Noſtre Dame:
Antoine Benard de la rue AF
ve Noltre Dame : l'Avocat
de Limoges : les grands amis
Charpentier, d'Anet & Roume
: Ricard, de la Colombicre
, l'Amant de la rue S. Martin&
la plus belle des eſpe.
rances : Barbé le fils Peintre ,
&fa femme : Prud'homme
l'Aftrologue :Bithorra lePere
de l'agreable famille: Berthier
Marchand de vin, Imber, l'aimable
Chreftien & les Demoifelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain :
T
GALANT. 305
راک
Jules Fagu de la Lizardiere à
Blois : les Inſpecteurs de la
Ville de Mante : Moriencourt
Apoticaire , & Amillard
: le Docteur Ganga de
la Place Royale : l'Alcoran
d'Abbeville de la ruc
de la Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour
& la Princeffe Olive
l'Inconnu de la rue des quatre
Fils : le Chevalier du Soleil
& la Guctriere Claridiane:
l'Exilé Roſiclair & la belle
Princeſſe Briane : le vaillant
Brufaldore & le ſage Hirgandéede
Soiffons: Veret Impri-
Janvier 1694. Cc
306 MERCURE
meur: l'Amant ſecretde l'ai
mable blonde de la rue de la
Tiſſeranderie, & la charmante
Brune de la rue S. Antois
ne : l'Amy de la plus belle
Veſtale de Brie : l'Archange
de la rue de Grenelle :les quatre
Habitans du Chaſteau de
Ripaille : le Chevalier de la
Rocheverte : le beau Printemps
de la belle Suiffeſſe de
la rue Monconſeil : l'Apollon
de la rue fainte Croix , & la
petite Nymphe aux yeux
bleux de la rue Bardubecq :
Incertain & la Solitaire des
Bois de Mante : l'Inclination
GALANT. 307
du Solitaire de Saumur. Mefdemoiselles
de Bellefonds
du Chaſteau de Chambord :
Thierry de la rue Beaubourg :
&fon Berger fidelle : Faragorce
Braſſac ſoeur de Mile Com
te de Gallard , Capitaine dans
le Regiment d'Infanterie du
Roy : l'aimable Mariane de
Nogent le Rotrou & fonAmant
: la belle Veronneau de
Blois : les deux échapées de
l'Hoſtel des Urfins : l'aimable
petite M. au coeur bleflé
par l'amour , & l'Amant traveſti
du rendez-vous : l'Amante
du bon Berger Gani-
1
Ccij
308 MERCURE
,
mede : la Veuve aux yeux
doux ,& l'aimable Fanchette
du Quay de l'Horloge : la
gran de Tuchette du grand
Moyfe : l'heureuſe indifferente
ſes trois charmantes
ſoeurs de la rue Michel le
Comte, de Lavois de la meſme
rue : la veritable aux perits
yeux brillans : la paffionnéc
Adelaide & fa charmante
fooeur F. B. la brunette Baudoüin
: Fanchon Benard du
Palais : Cato beaux yeux du
Palais &Monginot ; la Calote
de laine de la rue S. Jacques
,&la cornette ſans den.
telle.
GALANT. 309
TVos Amics vous diront
leur fentiment ſur l'Enigme
nouvellequeje vous envoye.
$252552 525 5555522
ENIGME.
ONAſtre des plus éclatans,
Nonpas toujours, mais en de certains
temps ,
Represente affez ma figure.
Jesuis de matiere tres dure ,
Et l'on mefait avecgrand bruit.
Je conferve ce que je couvre
Et mon utilité, dont chacun est inftruit
,
Partout me donne entrée, & mesme
dans le Louvre.
310 MERCURE
Les Vers ſuivans furent faits
dans le temps qu'on affiegeoit
Charleroy, & ils ont eſte mis
en Air par un de nos plus habilesMuficiens.
AIR A BOIRE.
I oin des fureurs de Mars&de
Bellonne
Cherchons , cherchons un doux
repos.
Armons-nous, chers Amis, de verres
de pots,
Campons à l'ombre d'une tonne.
Laiſſons auGrand Loüis &le ſoin&
lagloire
Deporter en tous lieux & le trouble
&l'effrey.
GALANT. 31
Laissonsre
-1 Loindes
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nous chers
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ןבו
1,
ne,Lai
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Jutti Ambaſſfadeur auprés de
Monfieur leDuc de Savoye,
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302 MERCURE
rent le Maiſtre du petit Baftis
ment de les recevoir , & de
les paſſet en Eſpagne.D'abord
il s'excuſa ſur ce qu'il n'avoit
pas de proviſions pour eux ;
mais ils répondirent qu'ils
acheteroient au premier endroit
qu'ils trouveroient tout
ce qui leur manquoit. Il les
receut , & fit avec eux une fi
grande débauche , ainſi que
ſon Equipage, qu'il falut dormir
& cuver le vin. Pendant
qu'ils eſtoient en cet eſtat, les
quatre Irlandois fermerent &
cloüerent les Epontilles fur
cux , couperent les cables
GALANT. 303
mirent à la voile , & vinrent
à Boulogne. On ne ſçait pas
ceque les quatorze autres feront
à Londres .
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois, ſur la
Cremailliere , qui en eſtoit'le
vray ſens, fontM's de Frenay-
Fauvel, Avocat au Siege Prefidial
de Caën : Gangnor
d'Amboiſe : Congis & Levéc
de Paris :A. M.Dugain : du
Pleffis C & Meſdemoiselles
d'Affé Godard du Mans :
Beauregard de la ruë neuve S.
Roch : le Chevalier Boberel
de Crecy: Jacques François
304 MERCURE
de la ruë neuve Noſtre Dame
Antoine Benard de la rue Act
ve Noltre Dame : l'Avocat
de Limoges : les grands amis
Charpentier, d'Anet & Roume
: Ricard, de la Colombicre,
l'Amant de la rue S. Martin
& la plus belle des eſpe.
rances : Barbé le fils Peintre ,
&fa femme : Prud'homme
l'Aftrologue : Bithorra le Pere
de l'agreable famille: Berthier
Marchand de vin, Imber, l'aimable
Chreftien & lesDemoifelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain :
GALANT. 309
Jules Fagu de la Lizardiere à
Blois : les Inſpecteurs de la
Ville de Mante : Moriencourt
Apoticaire , & Amill'Alcolard
: le Docteur Ganga de
la Place Royale :
ran d'Abbeville de la ruc
de la Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour
& la Princeffe Olive :
l'Inconnu de la rue des quatre
Fils : le Chevalier du Soleil&
la Guctriere Claridiane:
l'Exilé Roſiclair & la belle
Princeſſe Briane : le vaillant
Brufaldore & le ſage Hirgandéede
Soiffons: Veret Impri-
Janvier 1694. Cc
306 MERCURE
meur : l'Amant ſecretde l'ai.
mable blonde de la rue de la
Tiſſeranderie, & la charmante
Brune de la rue S. Antois
ne : l'Amy de la plus belle
Veſtale de Brie : l'Archange
de la rue de Grenelle : les quatre
Habitans du Chaſteau de
Ripanle : le Chevalier de la
Rocheverte : le beau Printemps
de la belle Suiffefſe de
la rue Monconſeil : l'Apollon
de la rue fainte Croix , & la
petite Nymphe aux yeux
bleux de la rue Bardubecq :
Incertain & la Solitaire des
Bois de Mante : l'Inclination
GALANT. 307
du Solitaire de Saumur. Mefdemoiselles
de Bellefonds
du Chaſteau de Chambord :
Thierry de la rue Beaubourg :
&fonBerger fidelle : Faragorce
Braſſac ſoeur de Mile Com.
te de Gallard , Capitaine dans
le Regiment d'Infanterie du
Roy : l'aimable Mariane de
Nogent le Rotrou & fonAmant
: la belle Veronneau de
Blois : les deux échapécs de
l'Hoſtel des Urfins : l'aimable
petite M. au coeur bleflé
par l'amour , & l'Amant traveſti
du rendez- vous : l'Amante
du bon Berger Gani-
Ccij
308 MERCURE
,
mede : la Veuve aux yeux
doux ,& l'aimable Fanchette
du Quay de l'Horloge : la
gran de Tuchette du grand
Moyfe : T'heureuſe indifferente
ſes trois charmantes
ſoeurs de la rue Michel le
Comte, de Lavois de la mefme
rue : la veritable aux perits
yeux brillans : la paffionnée
Adelaide & fa charmante
foeur F. B. la brunette Baudoüin
: Fanchon Benard du
Palais : Cato beaux yeux du
Palais &Monginot ; la Calote
de laine de la rue S. Jacques
,&la cornette ſansden.
telle.
GALANT. 309
Vos Amics vous diront
leur fentiment ſur l'Enigme
nouvelle queje vous envoye.
5252552 525 5555522
ENIGME.
NAftre des plus éclatans,
Nonpas toujours, mais en de certains
temps .
Represente affez ma figure.
Fefuis de matiere tres dure ,
Et l'on mefait avecgrand bruit.
Fe conferveceque je couvre
Et mon utilité , dont chacun est inf
truit ,
Par tout me donne entrée, &mesme
dans le Louvre.
310 MERCURE
Les Vers fuivans furent faits
dans le temps qu'on affiegeoit
Charleroy, & ils ont eſte mis
en Air par un de nos plus habiles
Muficiens.
AIR A BOIRE.
I Oin des fureurs de Mars &de
Bellonne
Cherchons , cherchons un doux
repos.
Armons-nous, chers Amis, de verres
de pots,
Campons à l'ombre d'une tonne.
Laiſſons au Grand Loüis &le ſoin&
lagloire
Deporter en tous lieux & le trouble
&l'effroyς έτους1
GALANT. 318
Laifſſons- luy prendre Charleroy,
Tandis que nous prendrons à boire.
La mort de M'de la Vauguion
ayant fait vacquer une
place de Conſeiller d'Estart
d'épée, le Roy a nommé pour
la remplir Mre René Martel,
Comte d'Anfy, Chevalier- des
Ordres de Sa Majesté, & Gouverneur
de Monfieur le Duc,
de Chartres . Il a eſté Mestre
de Camp du Regiment de
Conty , & Envoyé auprés de
l'Electeur de Mayence & des
Princes de Brunſvick. Il a eſté
auſſi Ambaſſadeur auprés de
Monfieur leDuc de Savoye,
212 MERCURE
où il a demeuré pendantplu
ficurs années .
Les divertiſſemens du Carnaval
ont commencé au Palais
Royal par un Bal que
Monfieur a donné à Monſeigneur
leDauphin. Monfieur
Ic Duc de Chartres & Mademoiselle
ouvrirent le bal,
avec la bonne grace qui leur
eft fi naturelle. Leurs habits
eſtoient magnifiques , l'affemblée
nombreuſe,& fort parée,
&iills'y trouva beaucoup
Maſques. On dança dans la
Galerie & dans deux pieces
du grand appartement de
Monfieur.
de
Jay
GALANT. 313
J'ay encore àvous apprendre
une mort. C'eſt celle de Mef
fire Gilles , Marquis d'Hautefort,
Lieutenant Generaldes
Camps & Armées de Sa Majeſté.
Il eſt mort âgé de quatre
vingt& unan. La Maiſon
dont il eſtoit, eſt ſi ancienne
qu'il justifioit ſa Genealogie
par titres autentiques,& lans
aucune intermiffion depuis
l'an 1025. ainſi que je l'ay tait
voir dans ma Lettre de Noyembre
1680. en vous apprenant
la mort de Me le Marquis
d'Hautefort fon Frere.
La Terre de d'Hautefort, pof,
Janvier 1694. Dd
314 MERCURE
ſedée depuis plus de fix cens
ans par ceux de cette Famille,
fut crigée en Marquiſat ſous
le regne du feu Roy . M
d'Hautefort qui vient de
mourir a eſté premier Ecuyer
de la Reine, aprés la mort de
laquelle il a perdu cette charge.
Il a laiſſe ſept fils & fix Fil-
Ies. Des ſept garçons il y en a
fix dans le ſervice ; ſçavoir ,
M'le Comte d'Hautefort,Colonel
du Regiment d'Anjou ,
&Brigadier des Camps &Ar
mées du Roy , M'le Marquis
de Surville , Colonel du Re
giment de SaMajesté , & Bri
:
1
CALANT. 15
1
1
gadier de ſes Camps & Ar
mées . M le Comte de Mon
tignac,Colonel du Regiment
du Verin ; Mr le Chevalier
d'Hautefort , Capitaine de
Vaiffeau , M'de la Flotte,
Lieutenant de Vaiſſeau, & ME
le Chevalier de Montignac,
Colonel du Regiment de
Charolois.ЛЬ
M'leComte de Montignac
que je viens de vous nommer,
☐ mourut le 18 de ce mois d'u
ne ficvre maligne dans ſa trente-
uniéme année. Il y avoit
dix fept ans qu'il eſtoit dans
leIervice,à quinze ansMoul-
Dd ij
316 MERCURE
M
quetaire , & Colonel à vingtdeux.
On ne peut dire trop
de bien de ce jeune Comte
qui eſtoit dans une eſtime ge
nerale. Il s'eft trouvé à une
infinité d'occaſions , dont il
eſt toujours forty gloricuſement,
&hors ſadeiniere campagne
il a fait toutes celles
d'Italic ſous M² de Catinat ,
qui a rendu compte aauuRoy
de ſa conduite& de ſa valeur.
Sa Majeſte a donné fon Regi
ment à M'de la Flotte fon
Fiere , Lieutenant de Vaiffeauktio
Ily a cu pluficurs change
1
GALANT. 317
mens dans les Intendances.
10 Mr Bignon, Neveu de Mede
Pontchartrain, quitte celle de
Rouen pour eſtre Intendant
en Picardie. M² d'Ormeſſon
va à Rouen en ſa place.
r
M de Bouville quitte Li-
Jes moges pour aller à Orleans ,
M' de Bernage va à Limoges.
M' Ferrand va eſtre Intendant
en Bourgogne, M² Pelletier
de la Houſfaye à Soif-
A fons, & Mr le Vayer à Moulins.
Vous ne ferez pas fachée de
voir les Vers que je vous en-
Dd iij
318 MERCURE
voye. On leur a donné pour
titre, :
LES DEMARCHES
du Princed'Orange.
Toujours vaincu, jamais vainqueur,
Naſſau vafor chemin de Flandreen
Angleterre ,
Laiſſe paſſer l'hiver, puis revient à
la guerre,
Quand les prez& les boisout changéde
couleur.
4
LesAlliezlasde leur destinée,
Etpeu contensque chaque année,
Par de magnifiques apprests,
Illes mene battre à grands frais,
Murmurent en secret de l'esperance
vaine ,
GALANT. 319
L
i
Dont fursa foy chacun d'eux s'est
flate
a
Guillaume se vit de leurpeine,
Et neparoist pas plus hafté
Ase faire par la victoire
Un glorieux nom dans l'Histoire"
Ildécampe enHiver pour camper en
Etfouffre en paix que la Liguefe
plaigne
Ilse promene , ilse repoſe, ilregne,
C'est tout ce qu'il afouhaité.
tour ce a
Pourbafter ces Milords qui vousfont
trop attendre ,
Et vous empefibent de paffer
L'an prochain de bonne heure en
Flandre ,
Nesçauriez-vous , Nassau . leur
faire entendrem
Qu'il reste à SaintMalo des vitres à
caffer?
2
Dd iiij
220 MERCURE
On a cu nouvelles que M
l'Abbé de Maupeou a cíté
facré Evefque deCaftres, dans
l'Eglife Metropolitaine de
Saint Juſt de Narbonne , par
M'leCardinal de Bonzy,Preſident
né des Eſtars qui ſe
tiennent dans la meſme Ville.
CeCardinal eſtoit aſſiſté des
Eveſques de Mende & de Lodeve
, & la Ceremonie ſe fit
en prefence de tous les Corps
des Estats de la Province , &
d'un grand nombre de Perſonnes
qualifiées , qu'il traita
magnifiquement.
On ne parle chez tous les
1
1
GALANT. 321
Alliez que de preparatifs de
guerre. Ils paffent tous les
hivers à nous menacer , &
nous employons tous les Eſtez
à les battre , Les Presbiteriens
eſtant les plus forts dans le
Parlement d Angleterre , &
voulant ancantir la Religion
Catholique , & fur tout l'An.
glicane , accordent au Prince
d'Orange la plus grande partie
des ſommes qu'il demande
pour la continuation de
-la guerre; mais comme il eſt
plus aiſe de dire que de faire,
iill eſt plus facile d'accorder
de l'argent que de le lever.Les
222 MERCURE
Peuples ſont ſi mécontensde
ce qui ſe paſſe au Parlement,
que la pluſpart des Deputez
ddeess Villes s'en ſont retitez. Il
ne faut pas s'en étonner , les
Presbiteriens regnent à Londres
, les Anglicans à la campagne
, & ces Deputez craignant
que leur conduite ne
foit un jour blamée par d'autres
Parlemens , ne veulent
point ſe trouver aux déliberations
: de forte que de plus
de ſept cens Deputez qui devroient
eſtre au Parlement
il n'y en a guere plus detrois
cens. Ily a beaucoup de voix
:
4
:
CALANT. 328
acheptées par le Prince d'Orange
, il en paya au Parle
ment dernier cinquante qui
luy couſterent cent cinquante
mille livres Sterlin. C'eft
un fait conftant dont j'ay
une entiere certitude. Ainfi
les intereſts du Prince d'Orange
, & ceux des particuliers
abiment la Nation. Il
faut qu'elle paye le Duc de
Savoye , & 1 Empereur qui
diſent hautement qu'ils ne
peuvent foûtenir la Guerre fi
on ne leur donne de grandes
fommes , &ce n'eſt que pour
en demander que le Prince de
L
324 MERCURE
res
lafin
Bade a paffé en Angletere.
Ainſi lors que l'Angleters'épuiſe
, elle a encore le
chagrin de voir fon commerce
beaucoup diminué quand
on donne beaucoup & qu'on
ne reçoit rien , il faut à
fuccomber , & le parti Prefbyterien
qui ne veut pas avoir
ledementy,acheverabien-toſt
de ruiner l'Angleterre. On y
exagere la difette des bleds en
France , mais ce n'est qu'un
accident dont les mauvaiſes
fuites font preſque toutes pafſées,
les bleds qu'ont apportez
les Flotes de Suede & de Dan
GALANT. 325
nemark ont preſque remis
l'abondance, & fait diminuer
le prix du bled ; de forte que
Ic pain ne vaut plus à Roüen
que deux fols & fix blancs la
livre.On attend à tout moment
un grand nombre de
Vaificaux chargez de bled
fous l'eſcorte du Capitaine
Bart , & il y en a outre cela
trente ſept Vaiſſeaux chargez
pour France dans le Port de
Copenhague. L'efperance de
la recolte future eſt belle,
& quand il ne croiſtroit pas
un grain debled en France, en
prenant les meſures de bon
326 MERCURE
ne heure , on n'en manquera
jamais. Il abonde en Hollande
où il n'en croilt pas un
grain. Les François ne ſetont
pas moins habiles lors qu'il
ſera queſtion d'en faire venir
. Je ſuis , Madame , voftre
&c .
A Paris ce 31. Janvier 1694.
• 525235 52 575352222
TABLE.
Relude.
Epiſtre . II
Sonnets. 16
Madrigal. 21
Description de la Machine d'Anvers.
22
+
Lettre en forme de Differtation fur
lesCreaturesdes Elemens .
57
Madrigal fur la naissance de Mademoiselle
de Valois .
Nouvelles d'Espagne.
Histoire.
16
A
171
182
Croix de l'Ordre du S. Eſprit donnée
parle Roy à Mr le Comte de Teßé.
205
Nouveaux Chevaliers du mesme ordre
206.
TABLE .
Réponse touchant l'embarras où se
trouve une Dame à l'égard de fon
Amant. 208
Morts.
214
Regimentdonnépar le Roy. 233
Sacre des Evesques de Pamiez & de
S. Flour. 238.
Lettre en Vers de Madame des Houlieres.
244
Profeſſion de Mademoisellede Maury,
avec un Difcours fait sur cesujet.
1
25
Charge'sdeMedecin Majordes Camps.
Hospitaux , &Armées du Roy, &
de Medecin ordinaire de l'Hostel
des Invalides , données parle Roy.
275
Reception faite au noouveau Cure de
Saint Germain l'Auxerrois. 278
Histoire gonerale des Drogues. 295
Artequiniana. 297
1
TABLE
Priſe fite par dix-huit Irlandois.
300
Articledes Enigmes . 303
Chargedonnée àMrle Comte d'Arfy.
311
Bal donnéparMonfieur. 312
Mortde Mr le Marquis de Hautefort
313
Nouveaux Intendans Hommez par
LeRoy. OTE 316
Démarches du Prince d'Orange. 318
Sacre de Mrl'Evesque de Castres. 320
Nouvelles dedivers endroits.
321
Fin de la Table.
Janvier 1694- Ec
<
5.
Avis aux Relieurs pour placer
les Figures.
こ
La Medaille doit regarder la page
204
La Chanfon doit regarder la pas
ge 310
Qualité de la reconnaissance optique de caractères