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DOM .
AL S. J.
Zugya
BIBLIOTHÈQUE
" Les
entaines "
SJ
60 -
CHANTILLY
A
!
MERCURE
GALANT
DEDIE ' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
AOUST 1687.
A PARIS ,
AU PALAIS
B B B 2:
ALQ
*
JERSE
ケス
0
Ndonnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier iour de chaque Mois , & on
le vendra ,Trente ſols relié enVeau,
&Vingt-cinq ſols en Parchemin,
PARIS
PARIS ,
101197
Sale
des
Merciers
,àlaJustice
..
DE LUYNE , au Palais , dans la
T. GIRARD , au Palais , dans laGrande
Salle , à l'Envic .
It MICHEL GUEROUT , Court-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LXXXVII .
AVEC PRIVILEGE DU ROY
222222222522 25525
TABLE.
Remiere Pierre pofee au Seminaire DRemiere
Toulon.
des Aumôniers de la Marine à
Feſte Gueriere faite par les Gentilshommes
de la Marine à Brest.
Le Levraut, Epitre.
Statuts de l'Academie d'Angers.
fol. 2
6
13
25
Ceremoniefaite à Valogne en baffe Normandie.
Baptefmefingulier.
44
Galanterie faite à Madame de Fourcy
parMadame de Villeneuve. 52
Defcription d'une grande Feste faite à
Rheims.
Autre faite à Laon.
59
74
Gueriſon ſurprenante arrivée cette annèe
à Bourbon , avec les noms de
tous ceux qui y ont esté prendredes
Eaux. 83
Ceremonie faite à Port-Royal par les
à
TABLE.
Cordeliers du grand Convent de Paris
Epitaphe.
Portrait de Clarice.
96
100
103
Galanterie faite à Rambouillet , à M.
107 le Comte de Thoulouse.
Reception faite à Monseigneur le Danphin
par M. le Duc de Noailles , en
Samaisonde S. Germain en Laye. If
Receptionfaite en France auGeneral des
Carmes . 112
Derniere Partie de la Medecine Universelle
de M. de Comiers , où l'on
voit la compoſition de ce remede pour
la gueriſon des plus facheuſes maladies
,&pour prolonger la vie. 118
Madrigaux.
Deffenfes desJeux dehazard.
149
161
Mort de M. de la Tour , Marquis de
Montauban. 166
Relation contenant l'arrivée de l' Ambaffadeur
de Portugal à Manheim , Son
entréeà Heydelberg , la maniere dont
il a esté receu à ſes Audiences publiques
, comment il a esté traité ,& les
TABLE.
Ceremonies du Mariage de la Prin
ceffe Marie Sophie Elisabeth de Neu
bourg, avec le Roy de Portugal. 175
Lettre du Doge de Venise au Roy de
Suede. 245
Entrée de M. Morandà Tholouse. 249
Mort de Madame la Ducheſſe de Mo
dene. 254
Mort deM. le Bailly de Humieres. 260
Mort de M. de S. Laurent. 264
Mariage. 265
Nouvelles d'Alep. 270
M. le Marquis de Torcy nommé Envoye'
extraordinaire en Angleterre.
374
Hiftoire. 275
Benefices donnezpar le Roy. 285
Gratifications données par le Roy. 280
Les Malheurs de l'Amour.. 286
Remarques de Vaugelas avec des Notes-
291
L'Art de bien prononcer la Langue
Françoise. 294
Noms de ceux qui ont devinè les Enigmes.
295
TABLE.
Enigmes. 297
Détail de tout ce quis'est fait de confiderableenHongrie
depuis l'ouverture
de la Campagne. 300
CartedeHongrie. 328
Declaration du Roy. 330
Compliment de M.le President BarentinanRoy.
Nouvelles des Indes.
335
337
Fin de la Table.
Avis pour placer les Figures.
ap 'Airqui commence par , Rien n'
peine,doit regarder la proche
Page 102.
de la
LaMédaille doit regarder la page
19.
L'Air qui commence par , Iris n'est
plus, mon Iris m'est ravie ,doit regarderla
page 299 .
(
1
MERCVRE
GALANT
AOUST 1687.
Evous l'ay ditbien
des fois , Madame,
& je ne puis trop
vous le repeter. Les
actions du Roy ſont ſibelles,
qu'il ſuffit de les raconter
nuement , & fans art , pour
Aouft 1687. A
2 MERCURE
en faire remarquer toute la
grandeur ,& l'on n'a pas beſoin
pour cela d'y faire des
reflexions remplies d'éloges.
Ainſi je n'ay qu'à vous dire
que lapremiere pierre du Seminaire
des Aumôniers de
la Marine qu'il a étably à
Toulon, aeſté poſée ,&vous
concevrez fans peine que les
motifs de cet établiſſement
font dignes de la pieté de ce
grand Monarque. Il a voulu
qu'on formaſt des Ecclefiafliques
ſçavans & de bonnes
moeurs, & qu'on les rendiſt
capables de bien faire fervir
GALANT.
3
Dieu dans ſes Vaiſſeanx , Sa.
Majesté entendant que fur
terre auffi-bien que fur mer,
onprenne un ſoin particulier
de faire pratiquer la vertu
chreſtienne aux gens de la
Marine ; qu'on les viſite, &
qu'on les conſole quand ils
font malades dans l'Hoſpital
qui eft pour eux , qu'on faſſe
la Miſſion à l'Equipage ſur le
point des ' embarquemens
confiderables , autant que
l'embarras & le mouvement
de l'armement le peuvent
permettre ,&que les Aumôniers
feculiers foient ſous la
A ij
4 MERCURE
+
1
direction des Miſſionnaires
Jeſuites qu'onfera monter fur
Jes Vaiſſeaux . La fondation
eſt pour douze Jeſuites , &
pour vingt Preſtres ſeculiers,
parmy leſquels onchoiſira les
Aumôniers des Vaiſſeaux ,
qui feront nommez par le
Superieur du Seminaire . Outre
la Theologie que l'on
montrera anx Aumôniers &
aux Externes , il y a un Profeſſeur
deMathematique pour
les Gardes de la Marine. On a
déja commencé toutes ces
fonctions , & on les fera avec
plus de regularité , quand le
GALANT.
Baſtiment que l'on vient de
commencer ſera achevé , &
que les Seminariſtes y pourrontvivre
en Communauté.
La premiere pierre en fut poſée
le 26. de Juin par Mode
Vauvré, Intendant de la Marine
à Toulon , & cette Ceremonieſe
fit au bruit des Boё-
tes & des acclamations du
Peuple. Le lieu où l'on baſtit
eſt auprés du Parc dans l'agrandiſſement
de la Ville. La
magnificence de Sa Majesté
paroiſtra dans le Parc, qui ſera
un des plus beaux Ouvrages
de toute l'Europe lors
Aiij
6 MERCURE
qu'il ſera finy . On verra tour
auprés un monument de la
pieté de Loüis LE GRAND,
qui fera d'autant plus eftimer
fon zele pour la gloire de
Dieu , qu'on n'avoit point vû
juſqu'à preſent de Seminaire
comme celuy- cy , deſtiné à
la fanctification de la Marine.
:
Je paffe à une autre Nouvelle
qui la regarde. Les Gentilshommes
Gardes- Marines
qui font à Breſt au nombre
de deux cens , auffi - bien dif
ciplinez qu'on le puiſſe eſtre
en toutes fortes d'exercices ,
GALANT. 7
nepouvant faire éclater leun
courage endes occafions effe-
Etives, à cauſe du temps de
Paix où nous ſommes, ont
voulu au moins donner quel
que image de la Guerre dans
l'actiondont je vay vous faire
le détail . Ily a à Breſt ſur le
bord de la merun petit eſpace
de greve quidonne dans la
rade, où la deſcente ſeroitplus
facile qu'ailleurs . On y avoit
fait il y a pluſieurs années
quelques legeres Fortifications
que l'on appelle le fort
deChaunes du nom du Gouverneur
de la Province,foute
A iiij
8 MERCURE
nuë d'une affez bonne Redoute
, reveſtuë & entourée de
bons foſſez , afin d'empeſcher
au moins la premiere inſulte
des Ennemis, s'il en paroiſſoit
de ce coſté-là. Ces Gentilshommes
ſous la conduite de
M² de Coulombe , leurCapitaine
, de M de Courbon, fon
Lieutenant , & de leurs autres
Officiers , choifirent cet endroit
pour une attaque qui
leur fut faite il y a peu de
temps , par les Soldats de la
Marine des fix Compagnies
qui font en ce Port. Cette
brave Milice, qui en pluſieurs
GALANT.
r
occafions perilleuſes a donné
des preuves de ſa valeur , vint
pendant un temps calme &
ſerein dans quinze ou ſeize
Chaloupes ,toutes ſur une ligne
égale, Enſeignes & Pavillons
déployez , ayant M
de Fourbin , & tous leurs Officiers
à leur teſte , faire defcente
en bon ordre à cette
greve , au ſondes Inſtrumens
de Guerre Trompettes,Tambours
& Hautbois . Les Gentilshommes
avoient fait un
bon détachement de la Redoute
pour s'oppoſer à cette
defcente ;mais enfin n'eftant
To MERCURE
pas en affez grand nombre )
aprés une deffenſe des plus
vigoureuſes , ils furent contraints
de plier , & de ſe retirer
dans leur Redoute. Ce
pendant le Canon du Fort,
de la Redoute & des Forts
voiſins ſe fit entendre , & la
moufqueterie fit bien ſondevoir.
LesGrenades qui étoient
de parchemin remply depou
dre , ſe jetterent de tous côtez
,&chacunde part & d'autre
agit avec autat de vigueur
que ſi c'euſteſté dansune veritable
action. Enfin il falut
ceder à la force des Ennemis .
1
GALANT.
Onfit les approchesionfonna
laChamade; on fit la compoſition
; on donna des otages ,
& tous ſe ſeparerent bons a-)
mis , les Soldats Marins remontant
en bon ordre dans
leurs Chaloupes. L'attaque ſe
fit en prefence d'un nombre
infiny de Spectateurs . M
Deſclouſeaux, l'Intendant de
la Marine , le Commandant ,
tous les Officiers, le Château,
la Bourgeoific , &desTroupes
innombrables de Peuple,
dont beaucoup eſtoient des
Villes voiſines , voulurent
joüir de ceDivertiſſement, les
12 MERCURE
uns fur Mer dans des Chaloupes
, & les autres fur des
Hauteurs qui n'eſtoient pas
éloignées . Le beau Sexe mefme
y prit part dans des Tentes
qu'on avoit faites exprés ,
& l'on ne voyoit que des parties
de plaiſir en un lieu qui
peu d'années auparavant paroiſſoit
entierement defert &
fauvage , & qui par les bontez
, la magnificence & les
foins de noſtre Auguſte Monarque
, eſt à preſent un des
plus agreables endroits de la
France , orné de quantité de
bons & gros Vaiſſeaux , qui
GALANT
font la principale ſcureté de
la Province & du Royaume ,
&la terreur de ſes Ennemis .
Il y a long-temps qu'on a
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
Jevoy bien,Madame, que
vous ne voulez rien ignorer
de ce qui regarde l'Academie
Royale d'Angers , puis qu'aprés
en avoir veu les Lettres
Patentes ,
GALANT. 25
Patentes , dont je vous envoyay
une copie il y a un
mois , vous voulez encore en
voir les Statuts. Je vous ay
promis de fatisfaire voſtre curioſité
ſur cet article,& il eſt
juſte que je vous tiene parole.
SZSSSSSSZESS
iSTATUTS
DE
L'ACADEMIE ROYALE
D'ANGERS.
I.
L'Academie fera composée de
trente Academiciens nez
dans la Province d'Anjou , ou
Aouſt 1687. C
26 MERCURE
de Peres qui enfoient , & tant
qu'il ſe poura refidans dans la
Ville d'Angers ; on pourra
neanmoins élire des Angevins
domiciliez ailleurs où des
Estrangers établis à Angers par
la confideration de leur rare
merite.
II.
Elle aura quatre Officiers ,
un Directeur , un Chancelier,
un premier & un fecond Secretaire.
III.
Le Directeur preſidera aux
Assemblées pour y proposer les
matieres donton aura à traiters
7
GALANT. 27
pour y faire garder le bon
ordre. Il recueillera les Avis
des Academiciens fuivant le
rang où ils se trouveront fortuitement
affis , & opinera le
dernier immediatement aprés les
autres Officiers.
IV.
Le Chancelier gardera le
Sceau de l'Academie, &fçellera
en cire blenë toutes les Expeditions.
V.
Le Secretaire tiendra Regiſtre
de toutes les refolutions qui ſeront
priſes dans les Affemblées,
gardera les Titres & Papiers de
Cij
28 MERCURE
l'Academie , expediera tous les
Actes écrira toutes les
Depeſches &toutes lesLettres.
VI.
Quand la Campagnie en
Corps parlera dansſes Lettres,
le Secretaireſoufcrira, vos treshumbles
ſerviteurs , les Aca
demisiens de l'Academic
Royale d'Angers N. Secretaire
, & quand le Secretaire
écrira de la part de la Compagnie,
il commenceraſa Lettre en
ces termes ou quelques autres
ſemblables , l'Academie Royale
d'Angets m'a ordonné
de vous écrire &c. &fignera
GALANT. 29
la Lettre comme si c'estoit pour
fes affaires particulieres, excepté
qu'écrivant de la part d'un
Corps , il doit eftre plus refervé
aux termes de la ſouſcription.
VII.
En l'absence du Directeur, le
Chancelier prefidera aux Afſemblées,
&en l'absence de tous
les deux, le premier Secretaire,
ou le ſecond Secretaire à fon
deffaut ; que ſi tous les Officiers
font abfens , le dernier qui aura
efté Directeur ou Chancelier ,
prefidera.
VIII .
Lors que le premier Secretaire
C iij
30, MERCURE
sabfentera, il envoyera le Regiftre
aufecond qui tiendra la
plume &fera toutes les autres
fonctions du premier Secretaire
enſon abfence.
IX.
Les deux Secretaires feront
perpetuels à vie ; le Dire-
Eteur & le Chancelier feront
changez de fix mois en fix mois,
& celuy qui fortira d'une
Charge, ne pourra estre éleu pour
une autre à la premiere nomination.
Χ.
La nomination des Officiers
fe fera par les fuffrages des
GALANT. 31
1
Academiciens , affemblez du
moins au nombre de quinze à la
pluralité des opinions écrites
dans des Billets , qui feront mis
entre les mains de celuy quifera
la fonction de Secretaire ,
ouverts par celuy qui preſidera ;
on ne poura parvenir aux Emplois
de Secretaire qu'on n'ait
la voix des deux tiers des
Academiciens preſens à l'Affemblée.
XI.
Di-
Lors qu'il y aura une place
d'Academicien vacante , le
recteur en fera avertir tous ceux
de la Compagnie qui ferontfur
C iiij
32 MERCURE
les lieux , & l'on procedera à
l'élection d'un autre dans la
premiere Affemblée s'ily a trois
jours d'intervalle ; finon , dans
l'Affemblée ſuivante.
XII .
ラン
Pour l'élection d'un Academicien
il faudra que les deux
tiers des voix foient conformes ,
cơ qu'il y ait du moins quinze
Academiciens àl'Affemblée. Les
fuffragesse donneront par Billets
dans la mesme forme que
pour l'élection des Officiers ; on
pourra neanmoins differer l'élection
s'il nese trouvoit pas à
lors de ſujets propres à remplir
GALANT. 33
les places vacantes.
Si un
XIII.
Academicien fait
quelque faute indigne d'un
honme d'honneur , ilpeut estre,
ou deftitué ou interdit fuivant
l'importance de fa faute; il
faudra mesme nombre de quinze
Academiciens,mais ilſuffira qu'il
paße de deux voix à la destitution
ou à l'interdiction .
XIV.
Si quelqu'un des Academiciens
ne se peut trouver aux
Aſſemblées pour caufes raiſonnables
lors qu'il s'agira des
élections ou d'autres affaires
34
34 MERCURE
i
importantes de l'Academie , il
pourra envoyer fon Avis par
écrit.
XV.
Quand un Academicienfera
receu, on luy fera lecture des
Statuts de la Compagnie , qu'il
promettra d'obferver. Il fignera
l'Acte de fa reception fur le
Registre , & fera un discours
pour remercier la Compagnie.
Le Directeur ou l'autre Officier
enſon absence y repondra par
un autre discours.
XVI.
Tout homme qui aura follicité
publiquement les fuffrages , ou
GALANT. 35
la interpoſé la recommandation de
perſonnes constituées en dignité
pour entrer à l'Academie , en
fera exclus .
د
XVII .
Lors qu'un des Academiciens
mourra deux de la Compagnie
feront choisis , l'un pour faire
Jon Eloge en profe , & l'autre
en vers ou quelques autres
د
Ouvrages àſa loüange.
XVIII .
L'Academie s'affemblera tous
les Mercredis à deux heures
apres midy , ou plus ſouvent s'il
est jugé à propos ; elle pourra
mesme estre extraordinairement
36 MERCURE
convoquée par le Directeur.
ΧΙΧ.
S'il se trouve une Feste au
jour de l'Assemblée , elle fera
remise au lendemain .
XX.
Ceux qui ne feront point du
Corps de l'Academie ne pourront
affifter aux Assemblées ordinaires
,excepté le fieur Evefque , le
Lieutenant pour le Roy dans la
Ville &Chasteau d'Angers, le
premier President , le Lieutenant
general du Prefidial & le
Maire de la Ville , qui pourront
s'y trouver pendant qu'ilsferont
dans leurs emplois &dignitez,
GALANT. 37
Jans qu'ilspuiſſent neanmoinsafſAifſtteerr
aux éélleeccttiioonnss &ddeefsttiitutians
qui feront laiſſées libres
aux Academiciens seuls , &
• fans que cy-aprés on puiſſe accorder
ce meſme droit à quelque
Officier que ce soit , outre ceux
cy-deſſus nommez.
XXI . D
Si quelque perſonne confiderable
par sa naiſſance ou par
Sonmerite ,paſſant par la Ville,
Souhaite d'aſſiſter àl'Assemblée,
ily pourra eftre recceeun aprés qu'on
l'aura proposé le jour d'auparavant
au Directeur,
i
38 MERCURE
XXII .
Que s'il se preſente quelqu'un
qui defire avoir l'Avis de la
Compagnie, ou luy porter quelque
parole , ou luy faire compliment,
il pourra estre introduit
dans l'Aſſemblée pour estre ouy,
&aprés la réponſe qui luy ſera
faite par le Directeur , il fe
retirera.
XXIII .
On laiſſera neanmoins l'entrée
libre à toutes les perſonnes
de condition à la reception d'un
Academicien dans quelques
autres occafions folemnelles,
comme à l'adjudication d'un prix,
GALANT. 39
& à l'Eloge d'un Academicien
mort.
ΧΧΙΧ.
Aux Affemblées le Directeur
Se placera au haut bout de la
Table, le Chancelier & les
Secretairesferont àſa droite,&
les autres Academiciens ſe placeront
autour de la table , comme
la rencontre ou la civilité
les rangera.
XXX.
Le Secretaire écrira exacte
ment & briefvement tout ce
qui ſe paſſera en chaque Affemblée.
Les Deliberations feront
fignées du Directeur , du Chan40
MERCURE
celier , ou du Secretaire.
XXVI .
Chacun dira fon Avis tout
haut avec toute la civilité qu'il
ſe pourra ,fans s'interrompre ,
fans reprendre avec chaleur ou
mépris les Avis de personne,
ſans rien dire que de neceſſaire,
& fans repeter ce qui aura
efté dit.
XXVII.
On ne pourra faire aucune
Deliberation filaCompagnie n'est
composée de dix Academiciens
pour le moins , &de quinze pour
les élections deſtitutions ou interdictions
des Academiciens ; noGALANT.
4
mination des Officiers , dans
les autres affaires importantes .
XXVIII.
Les Partages d'opinionsſeront
renvoyez à l'Assemblée
fuivante.
XXIX.
On ne parlera. point dans
l'Academie des matieres de
Religion , ny de Theologie , &
celles de politique n'y feront
traitées que conformément à
l'autorité du Roy , &à l'estar
du Gouvernement, & aux Loix
du Royaume .
X X X.
....... Aucun ſujet de ceux qui
Aouſt 1687. DT
42 MERCURE
feront traitez dans les Affemblées
, ne fera divulgué fi ce
divulo
n'est par l'ordre de la Compagnie.
XXXVI .
L'Academie ne jugera que
des Ouvrages de ceux dont
ellefera composée , & fi quelqu'autre
en preſente, elle en dira
Jeulementſon Avisfans enfaire
de cenfure, &sans en donner
auſſiſon approbation
XXXVII.
Nul des Academiciens ne pour
wa rien écrire defon chefpourla
deffense de l'Academie , que par
fon ordre , ou par sa permisfpon
GALANT. 43
XXXVIII.
LesAcademiciensferont exhortez
de preparer de temps en temps
quelques discours Academiques
fur tels ſujets qu'il leur plaira,
&de les prononcer ou les live
dans la Compagnie.
ΧXΧXΧXΙΧ.
Ily aura des Vacations depuis
le 8. Septembre jusqu'au
12. Novembre , pendant lefquelles
on ne pourra decider aucunes
affaires importantes, quoy
qu'on puiſſe s'aſſembler.
XL.
Si quelqu'un des Academiciens
refidans dans la Ville neglige de
Dij
44 MERCURE
Ce trouveraux Affemblées , il ne
pourra eftre appellé aux Charges
de l' Academie, ny obtenir aucun
Certificat qu'il foit du Corps.
* Regiſtrez , ouy le Procureur
General du Roy , pour estre
executez felon leur forme &
teneur ſuivant l'Arrest de ce
jour. A Paris en Parlement
le ſeptiéme Septembre mil fix
cens quatre-vingt- cinq. Signé
DONGOIS.
Voilà ce que l'eſprit a fait
faire , il faut vous dire ce
que la charité & la picté ont
GALANT. 45
1.
fait entreprendre. Le 17. du
mois paffé Mª le Marechal
de Bellefonds eſtant à Valogne
en Baffe Normandie , fit
la cérémonie de poſer la
premiere pierre de l'Eglife
& de l'Hoſpital General ,
étably en cette ville-là depuis
peu de temps , par les
foins de M Lailler , Doteur
de Sorbonne , Curé ,
Doyen & Official du lieu ,
homme d'une fort grande
vertu , & tres-zelé pour le
bien des Pauvres .M l'Evefque
de Coutance s'eſtant
rendu en la grande Egliſe de
r
46 MERCURE
Saint Malo reveſtu de ſes
habits Pontificaux , la Proceſſion
ſe mit en marche en
cet ordre. Tous les Pauvres
de l'Hoſpital habillezde bleu
alloient les premiers avec
beaucoup de devotion. Ils
precedoient les Capucins, les
Cordeliers& tout le Clergé
qui eſt fort nombreux , compofé
de M du Chapitre
chantant le Veni Creator . M
le Marechal & Madame la
Marechale de Bellefonds ſuivoient
M¹ de Couſtance. Ils
eſtoient accompagnez de
Mademoiselle de Lille-Mas
r
GALANT. 47
r
rie leur fille , de M & de
Madame de S. Luc , de M
l'Abbé de la Lutumiere,Frere
de Madame de Matignon , &
d'un tres-grand nombre de
perſonnes de qualité. On
fit le tour de la Ville , &
l'on ſe rendit au lieu deſtiné
à la ceremonie que l'on
devoit faire. On y avoit
dreffé un Autel dans les
fondemens . M' l'Eveſque
ayant beny la pierre avec les
Prieres accoutumées , & Mr
le Marechal de Bellefond
l'ayant poſée ce Prelat firun
difcours fur ce ſujet avec
r
48 MERCURE.
beaucoup d'eloquence &
avecle zele qui luy eſt ſi ordinaire
, particulierement
quand il s'agit de la cauſe
des Pauvres , dont il eſt le
pere & le Protecteur. Il fit
voir que ce lieu eſtoit faint
parce qu'on y devoit facrifier
au vray Dieu ; qu'on le
1 pouvoit appeller la porte du
! Ciel, parce que c'eſtoit en
logeant & en ſecourant les
Pauvres que le Fils de Dicu
a dit que l'on y pouvoit entrer
, & enfin que ce licu eftoit
terrible , parce que ceux
cui negligeroient d'y prendre
GALANT: 49
dre ſoin des malheureux que
le Sauveur leur recomman
de comme ſes Membres, n'eviteroient
pas d'eſtre condamnez.
La Proceffion of
tant retournée en chantant
le Te Deum dans le meſme
ordre qu'elle estoit venue ,
on chanta les Prieres pour le
Roy , aprés quoy toute la
Nobleffe qui avoit affifté à
cette ceremonie , ſe rendit
chez M de S. Luc, Gouverneur
de la Ville & du Chaf
teau de Valogne , où elle fut
regalée d'un magnifique difné
, avec autant de delica-
Aouft 1687. E
50 MERCURE
teſſe que de propreté & d'a
bondance.
rs
Il ſe fit il y a quelque
temps un Baptefme qui à
quelque choſe d'affez fingulier
pour meriter que vous
le ſçachiez . La Femme d'un
nouveau Converty eſtant accouchée
, il alla prier M
les Gardes des Orfévres qui
ſont au nombre de fix , de
luy faire l'honneur de tenir
ſon Enfant ſur les Fonts , &
leur dit que lesEnfans qui n'avoient
qu'un Parrain n'estant
pasſeurs d'en avoir toûjours , il
croyoit , en les priant d'estre fes
GALANT.
Comperes , avoir pris une juste
precaution contre ce malheur. Ils
confentirent à eſtre Parrains ,
& luy demanderent quelles
Commeres il avoit choiſies .
Il répondit qu'il leur en laiffoit
le choix , ce qu'ils promirent
de faire. Ils délibereirent
enſemble la-deſſus , &
refolurent de prier les Dames
de l'Union Chrestienne pour
eſtre Maraines . Elles répondirent
que ſuivant les regles
de leur Inſtitution , elles ne
pouvoient accepter la propofition
qui leur eftoir faite,
mais qu'elles en parleroient à
E ij
52 MERCURE
leur Superieur. Il n'eut pas
plûtoſt eſté informé de la
choſe , qu'il leur permit de
tenir cet Enfant à cauſe qu'il
eftoit d'un nouveau Converty
,& le Baptefme ſe fit avec
une affluence de monde extraordinaire
.
Il n'y a rien de ſi bas qui
ne ſoit à eſtimer lors qu'il
vient de mains habiles . Vous
mépriſeriez une Souriciere ,
&Madame de Villeneuve ,
Femme de Mr Ribier de
Vi leneuve , cy-devant Conſeiller
au Parlement , a trouvé
moyen d'en faire un pre
GALANT.
53
fent qui a fait bruit. Madame
de Fourcy à qui elle eſtoit
allée rendre viſite , s'eſtant
plainte de quelques Souris
qui l'incommodoient , Madame
de Villeneuve luy dit
qu'elle avoit chez -elle une
forte de Souriciere merveil-
Icuſe pour prendre ces animaux.
C'eſtoit un pot plein
d'eau & couvert d'un ais , au
milieu duquel il y avoit une
petite baſcule qui s'abaiſſoit
auffi-toft que les Souris ve--
noient manger ce que l'on
mettoit deſſus , en forte qu'en
tombant dans l'eau , elles ſe
E iij
54 MERCURE
noyoient ſans qu'il en puſt
échaper aucune . Madame de
Fourcy l'ayant priée de luy
envoyer l'Ouvrier qui les faifoit,
Madame de Villeneuve
s'engagea à luy en fournir
une toute faite. Aprés qu'elle
l'eut quittée , elle fongra
comment elle pourroit relever
par quelque galanterie
une choſe auſſi - peu confiderable
qu'une Souriciere . Elle
chercha une belle Cuvette
de fayence, fit peindre le couvercle
de bois où eſt la bafcule
, & fit faire un petit Pavillon
de taffetas couvert de
GALANT.
55
Galons d'argent , & orné de
rubans qui couvroit la machine
comme une petite tenre.
Cette Lettre accompagna
le preſeut.
5255555SNESS
A MADAME DE FOURCY,
I
en luy envoyant une
Souriciere .
Mportuns Animaux, de qui les
troupesgrises ,
Courent dans les Palais, errent dans
les Eglifes ,
Reptiles , qui eherchez les ombres &
la nuit ,
Que la corruption dans un égouft
produit ,
E iiij
56 MERCURE
fi respecté ,
de Seureté ?
Souris , iln'est donc point de maison
fifacrée ,
Où vos griffes d'abord ne creuſent
une entrée ?
Il n'est donc point d'endroitfifaint,
Qui contre vous puiſſe eſtre un lien
Iusqu'à l'appartement de l'illustre
Artemice
Vous portez de vos dents l'inſolente
malice ,
Son auguste presence , &fon divin
aspect (nyrespect?
Ne vous impriment donc ny crainte
C'est trop souffrir de vous ; la mort
la plus cruelle
Ne peut affez punir vostre audace
rebelle.
Voicy de vostre fort l'inévitable
écueil ,
GALANT. 57
Nous allons voir finir vos jours
vostre orgueil.
Fe
Ce fera , Madame , par le
moyen de la petite Souriciere que
je vous envoye que vous viendrez
à bout de ces petites infolentes
qui vous font tant de defordre
. Je croy qu'elles s'y prendront
aisément , car on a pris
toutes les mesures poffibles pour
la rendre juſte ; il ne faut qu'un
grain pour faire baiſſer ta bafcule;
je croy mefme quelesMouches
s'y prendroient , fielles venoient
s'y reposer. Neantmoins
fi quelque accident la faisoit
58 MERCURE
manquer , faites-m'en avertir
j'iray auffi- toft chez vous pour
y remedier , & vous témoigner
combien je furs , Madame , vo-
Stre , &c.
On voit peu de Nations
qui égalent les François dans
l'amour qu'ils ont pour tout
ce qui regarde les Armes. La
Nobleffefournit autant d'Offeiers
aux Armées du Roy ,
que ſa Majefté en peut fouhaiter,&
le peuple les groffit
de Soldats qui n'ont pas fitoſt
appris à porter les armes,
qu'ils ſçavent l'art de vaincre.
GALANT. 59
い
Pendant que les uns fervent
ainſi l'Estat & le Roy dans ſes
Armées , ceux qui gouvernent
les Villes , & ceux qui
les font ſubſiſter par leur
commerce , font tous les ans
des Feſtes Guerrieres dans
leſquelles ils s'exercent,
L'une de ces Feftes, qui ſe font
preſque dans toutes les Provinces
du Royaume , fut faite
à Reims avec grand éclat ,
le Dimanche 15. de Juin
dernier. Les Compagnies
d'Arquebuziers , au nombre
de quarante- deux ou environ ,
s'y eſtant renduës le jour
60 MERCURE
precedent des principales
Villes de la Champagne ,de
la Picardie , de la Brie ; & de.
pluſieurs autres Provinces
éloignées ſuivant la Lettre
circulaire , & le Mandat qui
leur avoit eſté envoyé , furent
receus parM' Friſon , Capitaine
en Chef des Chevaliers
de Reims , & par Mrs de la
Salle& Dorigny , Capitaines
Lieutenant & Enfeigne , qui
les conduiſirentdans les principales
Hoſtelleries de la Ville,
que M² Friſon leur avoit
fait preparer. Elles n'y furent
pas plûtoſt arrivées qu'on
GALANT. 61
leur apporta les Preſens ordinaires
de vins , & autres rafraîchiſſemens
. Le lendemain
elles ſe rendirent au Jardinde
l'Arquebuſe , d'où elles allerent
en Proceffion en l'Egliſe
Metropolitaine , accompagnées
du Clergé de cette Eglife,
& affifterent àune Mcfſe
ſolemnelle qui y fut chantée
en preſence de Me le
Comte de Léry Capitaine
Commandant pour le Roy
dans la Ville de Reims, &
des premiers Magiftrats &
Officiers de la meſme Ville .
L'apreſdinée elles aſſiſterent
r
62 MERCURE
à une ſeconde Proceffion
qui ſe fit dans les principales
ruës, où l'on porta quatre magnifiques
Piramides de toute
forte de vaiſſelle d'argent ,
deſtinée pour le prix general
avec le Bouquet, repreſentant
le Dieu Mars , qui tenoit d'une
main les Oliviers & les Lys
qui font les Armes de Reims ,
&pourBouclier un Baffin de
vermeil doré. Chaque pyramide
portoit vingt prix de la
valeur de mille écus , ſçavoir,
UnBaffin rondde 300.liv.
Un Baffin rond
Six Affictes
280.
260.
م
GALANT. 63
Un Baffin rond
240.
Quatre Flambeaux 225.
Un Baffin rond
205.
Trois Flambeaux
185.
Une Eguiere 165.
Un Eguiere découverte
150 .
Deux Flambeaux
140.
Deux Chandeliers
130.
Quatre Salieres 120.
Un Pot à eau
10 .
Deux petits Flambeaux de
Cabinet 100.
: Une Ecuelle couverte 70.
Un Sucrier 60.
Deux Taſſes à deux ances
fo.
64 MERCURE
Une Ecuelle 40.
Les Compagnies furent regalées
pendant la Marche
d'une Collation tres- fuperbe.
aprés laquelle elles ſe rendirent
au bruit de la Mouſqueterie
, & de pluſieurs décharges
de Ganon au Jardin de
l'Arquebuſe, où M² le Comte
de Léry , M' Favard , Lieutenant
des Habitans , & M
Friſon firent la Ceremonie
de decouvrir la Satuë Pedeſtre
de Sa Majeſté , erigée
dans ce Jardin par les foins
du meſme M Frifon & des
Chevaliers de l'Arquebuſe de
r
:
GALANT. 65
-
Reims , ce qui ſe paſſa avec
des acclamations extraordinaires
de Vive le Rov, & des
demonſtrations d'une joye
univerſelle , ainſi qu'au bruit
de la mouſqueterie , & de la
décharge generale du canon
"des remparts de la Ville. On
avoit mis pour Deviſe à cette
Statuë le Soleil entrant dans
le Signe de Sagitaire avec ces
mots, hofpitium illustrat.
Par tout le longde ſa carriere ,
Sans perdre son éclat, répandant fa
lumiere ,
Sa prefence en toutes faiſons
Fait l'ornement des celestes mai-
Sons.
!
Aouft 1687 . F
66 MERCURE
C'est ainsi qu'avec pompe entrant an
Sagittaire ,
Ily porte avecſoyle jour ,
Et par un bienfait ordinaire ,
Il éclaire en entrant le lieu de fon
Sejour.
Grand Roy , c'est là nostre avantage
,
う
Qu'en voyant icy ton image ,
Cejardin devenu plus charmant &
plus beau ,
Reçoit de ta presence un éclat tout
nouveau.
La Statuë que la Compagnie
a érigée à LOUIS LE
GRAND , eſt poſée dans le
fond de la grande allée du
Jardin , ſur un Piedeſtal à
quatre faces. Sur la premiere
GALANT. 67
:
de
eſtun Hercule , pour ſignifier
que le Roy a exterminé
fonEmpire tous les Monſtres ,
& fur tout celuy de l'Hereſie.
Elle a pour titre Hareſeon domitori.
La ſeconde eſt une Minerve
, ſymbole de la ſageſſe
confommée de ce Monarque ,
& au deſſus , Confiliorum Prafidi.
La troifiéme eſt un Mars
pour repreſenter ſa force invincible
dans les Combats avec
ces mots , Hostium Debellatori,
&dans la quatriéme on
lit ces paroles ſur unMarbre.
In hac armorum Palestra , Ædilibus
liberaliter applaudenti
Fij
68 MERCURE
bus , ad ſplendidiorem pramii
generalis pompam erexere Catapultarii
Remenfes , anno Domini
LXXXVII. die 15. men
fis Funii.
Le ſoir il y eut de grandes
rejoüiſſances en differens endroits
de la Ville & des Fontaines
de vin coulerent devant
la porte de M'le Comte
de Léry & de M² Fri.
ſon , qui traiterent
beaucoup de magnificence
les principaux Officiers des
Chevaliers Arquebuſiers , invitez
à venir difputer le prix
à Reims. Le lendemain au
avec
GALANT. 69
matin 16. du mois , on élut
les Preſidens & les Deputez
des Villes pour juger les
coups des Pantons. Les
Deputez pour marque de leur
caractere , portoient une medaille
d'argent , repreſentant
d'un coſté la Statue Pedeſtre
de Sa Majesté , élévée dans
le Jardin de l'Arquebuſe , &
de l'autre les avenues de ce
Jardin. Les Compagnies s'y
rendirent l'apreſdinée ſous
les armes , & M'le Comte
de Lery fit la céremonie de
tirer le coup du Roy. Il s'en
acquira avec une adreſſe tou
70 MERCURE
!
te finguliere , & donna le
foir un ſoupé tres fomptueux
aux principaux Offi
ciers des Compagnies. Les
jours ſuivants ſe paſſerent à
tirer aux deux Butes . Chaque
Brigade des Compagnies
venuës pour la Feſte y donna
des marques de ſon adreſſe,
& enfin les Chevaliers de Vitry
emporterent le premier
prix , & ceux de Noyon le
fecond. Pendant tout ce
temps il ſe fit toujours quelque
choſe de remarquable.
On receut le fils de Me le
Comte de Lery âgé de neuf
.
GALANT. 71
à dix ans , Chevalier du Jardin
de l'Arquebuſe de Reims.
H fut accompagné dans
cette ceremonie des principaux
Officiers & Chevaliers,
&eut pour parrainM Favart,
Seigneur de Richebourg ,
Lieutenant des Habitans, Il
preſta le ferment entre les
mains de M Frifon Capitaine
en chef, qui avoit eſté
le prendre chez luy avec les
Officiers & Chevaliers de la
Compagnie, où ayant eſté
reconduit de la meſme forte ,
M le Comte de Lery lesregala
d'une tres ſuperbe co72
MERCURE
lation. Les Peres Iſeuites
voulant temoigner l'eftime
qu'ils ont pour la Compagnie
de l'Arquebuſe de
Reims , firent foutenir deux
Theſes dans leur College, &
il s'y trouva un tres-grand
concours de monde. L'une
eſtoit dediée à Mrs les Chevaliers
,& l'autre à M' Friſon,
qui tant que dura la Feſte
n'oublia rien pour foutenir
dignement la gloire d'une
Compagnie qui s'eſt toujours
diftinguée dans cet exercice,
& pour remplir ce que l'on
attend de ceux de fon nom,
qui
GALANT. 73
:
qui poſſede depuis plus d'un
Siecle avec une approbation
generale la Charge de Capitaine
en chefde la meſime
Compagnie Ceux qui la
compofent, Officiers & Che
valiers , ayant delivré le Bou
quet à la Compagnie de
Laon le 24. de ce meſme mois
de Juin , l'honorerent à la
fortie d'une belle Cavacalde
juſqu'à la Villette, & la regalerent
d'une Collation magnifique
. Aprés les adieux
faits de part & d'autre , les
Chevaliers de Laon ſe mirent
en marche , & ayant pouffé
Avust 1687. G
74 MERCURE
ce jour- là juſqu'au Bac , ils
en partirent le lendemain de
grand matin , & prirent la
route de Laon. A deux
lieuës de la Ville , on décou
vrit ſur une hauteur deux
eſcadrons de Cavalerie qui
s'avançoient en bon ordre ;
cesaEfcadrons étoient compoſez
d'environ deux cens
Chevaux. Leurs Commandans
sétant avancez pour
complimenter les Chevaliers,
& leur témoigner la part
qu'ils prenoient à leur gloire,
les reçurent par une ſalve generale.
Les Chevaliers à leur
GALANT. 75
teſte continuerent cette route
juſques au Fauxbourg de
Laon , où l'on fit alte pour
ſe rafraîchir. Cependant les
Bourgeois de la Ville avertis
de leur arrivée , ayant fermé
dés le matin les Boutiques ,
ſe rangerent ſous leurs Enſeignes,&
prirent les armes ,
conformement aux ordres de
Meſſicurs de Ville. Toute
cette Milice s'étant aſſemblée
dans la Cour du Roy , formant
un Bataillon , ſe mit
en maache , & defcendit au
Fauxbourg en tres-bel ordre.
Quatre Capitaines qui conw
Gii
76 MERCURE
duiſoient le front de cette
Infanterie , firent leurs Complimens
à la Compagnie , &
cette Milice ayant bordé la
haye , falüa le Bouquet par
une décharge. Les Officiers
aprés avoir répondu à cette
civilité diſpoſerent toutes
choſes pour continuer la
marche vers la Ville. Cette
Infanterie défilant en bon
ordre , Tambours battans»
méche allumée & Enſeignes
déployées , gagna infenfiblement
le haut de la montagne.
Le Bouquet porté en triomphe
par quatre hommes, étoit
GALANT. 2ד
precedé d'une bande de Violons
, dont l'harmonie jointe
au carillon des Cloches , formoit
un concert fort agreable.
L'Argenterie gagnée au
Prix General étoit portée
aprés le Bouquet , & enfuite
marchoient les Chevaliers &
deux cens Maîtres rangez en
deux files. Des Trompettes &
des Timbales étoient à leur
tefte & un petit Corps de
referve fermoit cette marche,
avec deux Tambours qui ba-
د
toient à la Dragonne. Ces
Troupes étant arrivées au milieu
de la montagne , furent
Giij
78 MERCURE
ſaluées d'une décharge de
Boëtes de la Ville. Cette décharge
fut réïterée par le feu
de l'artillerie de la Citadelle,
& le bruit du Canon , des
Boëtes & de la Mpuſqueterie
attira un tres- grand concours
de peuple des lieux voiſins à
leur entrée. Le frontiſpicede
la porte de la Ville étoit paré
de pluſieurs écuſſons aux Armes
du Roy , de M¹ le Duc
d'Eſtrées Gouverneur de la
Province , & aux Armes de
la Ville , tous ornez de quantité
de deviſes , & de feſtons
entrelaſſez de guirlandes de
GALANT. 79
/
fleurs & de feüillages . L'Hôtel
de Ville, le Jardin de l'Arquebuſe
, & lelogis du Capitaine
eſtoient parez des mêmes
ornemens. Cette belle&
nombreuſe Compagnie eſtant
entrée dans la Ville, ſe rendit
àl'Hoſtel de M² le Gouver
r
r
verneur , où M² l'Abbé de
Noirmontier la receut tresbien
en fon abſence , & témoigna
par le bon accueil
qu'il luy fit , & par les largefſes
qu'il répandit à ceux qui
qu'il repandi
ſervoient à cette pompe.combien
il prenoit de part à la
joye publique. On prit con-
Giij
80 MERCURE
gé deluy par une ſalve que
fit l'Infanterie , & on tranfporta
le Bouquet à l'Hoſtel
de Ville . M le Prevoft &
Ms les Echevins receurent la
Compagnie avec les ceremomonies
ordinaires ; & aprés
les complimens reciproques
de part & d'autre , on fervit
une ample colation. DelHoſtel
de Ville on alla le long
de la grande ruë , & traverfant
dans le meſme ordre
toute la Ville , on eſcorta le
Bouquet juſqu'à l'Abbaye
de S. Martin, où M'le Prieur,
aprés avoir témoigné beauGALANT.
8t
coup d'honneſteté à la Com
pagnie , fir diftribuer quantité
de rafraîchiſſemens. Enfin
le Bouquet ayant eſté
porté en parade preſque par
toute la Ville , fut reconduit
fur la fin du jour chez le Capitaine
des Chevaliers . Le reſte
de cette journée ſe paſſa
fort galamment ; on n'entendoit
par tout que cris d'allegreſſe
, que concerts d'Inftrumens
, que bruit deTambours
& d'armes à feu. Le
foir, le Capitaine regala la
Compagnie , où se trouverent
les Capitaines de Quar
82 MERCURE
1
tier . Ce regale fut ſuivy d'un
Bal donné aux Dames , qui
ſe retirerent bien avant dans
la nuit aprés la Colation. Le
lendemain , les Chevaliers de
l'Arquebuſe ſe rendirent en
Corps à l'Egliſe des Cordeliers
, pour affiſter à une
Meſſe ſolemnelle qui y fut
chantée en Muſique , & où
fe trouva preſque toute la
Ville ,pour prendre partaux
actions de graces , comme
elle avoit eu part à la gloire
du Bouquet. L'Oyſeau ayant
eſté preſenté le 6. de Juiilet,
ſelon la coûtume avec le ,
GALANT. 83
Prix , Mr Marteau , Prevoſt
Royal, &Maire perpetuelde
la Ville , accompagné deM
les Echevins , & des principaux
Habitans , tira le coup
du Roy , & eut le bonheur
&l'adreſſe , ſous le Nom du
plus Grand Monarque qu'il
yait au monde ,de tuer l'Oyſeau
de ce coup , & d'eftre
ainſi cette année le Roy de
la Compagnie.
Vos Amies , à qui l'on a
conſeillé d'aller prendre des
caux de Bourbon , fortirort
de l'rreſolution qui les empeſche
d'entreprendre ce
s
84 MERCURE
voyage,quand elles ſçauront
les Cures qui s'y font faites
cette année dans la premiere
ſaiſon. Je puis vous en apprendre
une des plus remarquables.
C'eſt la gueriſon de
Madame Chaponay , qui a un
Frere Secretaire du Roy à Paris
. Elle estoit Paralytique
d'un coſté, & fujerre à
tres, fâcheuſes convulfions ,
qui estoient la ſuite des cruelles
vapeurs dont la malignité
luy avoit tourné la bouche.
Elle ne pouvoit marcher , &
avoit fouffert ces incommoditez
durant quatre ans , toude
GALANT. 85
jours avec de vives douleurs ,
fur tout dans l'eſtomac , où
elle ſentoit une extrême pcſanteur.
De là luy venoit un
dégouft continuel avec des
défaillances mortelles . Enfin
l'effet des caux a eſté de refoudre
certe maſſe groffiere
&compoſée de matieres corrompues
. Elle'en a efté delivrée
par des vomiſſemens qui
ont achevé ſa guerifon, Ainfi
àl'heure qu'il eſt , elle marche
droit, ne ſent aucune
douleur , & ſe trouve dans
une ſanté plus parfaite , qu'-
elle ne l'a jamais cuë. M
86 MERCURE
-
Bourdier , tres-habile Mede
cin , qui l'a traitée , rendra
témoignage de ce queje dis.
C'eſt un homme extremement
eſtimé , qui a fait un
excellent Ouvrage ſur les
eaux deBourbon , qu'il donnera
bien-tofſt au Public. Il
tient qu'elles font mêlées de
Nitre ſemblable àceluy d'Egypte
, d'une eſſence balfamique,
&d'un ſoufre delicat ,
ce qui est cauſe qu'elles font
propres aux maladies des
nerfs , à celles de l'eſtomach ,
& ſur tout du bas ventre ,
ouvrant les obſtructions,fon-
يمضم
يف
GALANT 87
dant les humeurs , & forti
fiant les parties foibles . Le
Livre de ce ſçavant Medecin
contiendra toutes les curiofitez
anciennes & nouvelles
de la Ville de Bourbon. Il
obſerve qu'on y trouveà neuf
pieds de profondeur quantité
de belles Colomnes , & de
pierres taillées , d'une grandeur
exceſſive , avec des Aqueducs
de fix pieds de hauteur
, & avec de gros tuyaux
de plomb. Je vous en diray
davantage lors que j'auray
veu ce Livre. J'ajoûteray
ſeulement icy que la quan
88 MERCURE
cité de perſonnes confiderables
qui ont eſté à Bourbon
dans la premiere ſaiſon de
cette année , ſuffit pour faire
connoiſtre à vos Amies que
ces eaux continuent toûjours
àeſtre en vogue. En voicy la
Lifte.
Madame la Princeſſe .
Mademoiselle de Bourbon.
- Mademoiselle d'Anguien.
Mademoiselle de Blois.
Madame de Monteſpan.
M² le Duc & Madame la
r
Ducheffe de Beauvilliers .
Ml'Eveſque de Leitoure .
M' l'Evefque de Soiffons .
GALANT. 89
Monfieur le Marquis de
Peuſignan & Madame fa
Femme.
Monfieur le Comte de Talar
, Lieutenant de Roy en
Dauphiné.
Madame la Comteſſe de
Langeron , Dame d'Honneur
de Madame la Princeffe
.
Me le Comte de la Mary ,
& Madame ſa Femme.
:: Madame la Preſidente Pelot
& Madame fa Scoeur , Religieufe.
}
M Dupuy, Gentilhomme
ordinaire chez le Roy.
Aoust 1687 H
وم MERCURE
M' Davegean , Capitaine
aux Gardes .
r
M le Comte de Quermeré.
Mr le ComtedeGournay.
Mrs les Commandeurs des
Goutes & de Brillac .
M le Chevalier de Neuville.
Mr le Chevalier de Leſſé.
M' le Chevalier de Villars.
M' Bertelot de Paris , &
Ms ſes Fils , l'un Receveur
General de Montauban , &
l'autre Maiſtre d'Hoſtel chez
Madame la Dauphine.
'GALANT 91
M Cendrier , Receveur
r
General de Limoges .
Mª Marchand de Paris ,
Officier chez Monfieur, avec
Mle ſa Fille.
M' & Me Feydeau de Lépau.
M & M de Chamaigre .
M² de Pluye , Receveur de
Tours, &M° fa Femme.
M' des Foſſez de Bretagne ,
Seneſchal d'Arbignac , avec
M fa,Femme for
M
M & Medame de Coure
celle de Poitou ...
r
M & Madame de Roj
chette, de Poitou.
Hij
92 MERCURE
2
Madame Malet de Caën.
Madame du Luc, de Caën.
Madame Renaut,de Tours .
Madame du Parc, deTours .
Madame Borin,de Paris .
Madame Calpatri, de Paris.
Madame de Chamborau .
Madame Cauchois avec
Madame de Frometot ſa Fille,
de Roüen .
Madame du Pleſſis Bidé
avec Mlle de la Guerche.
Madame de Chaffeloire &!
M² fon Fils.
M Cafin & Madame ſa
Femme.
M & Madame Daudicu
GALANT. 93
& Me leur Fille , de Montbrifon
.
Madame de Machaut , de
Chatillon ſur Loire .
Madame Bertin , de Paris
avec Mlue fa Fille .
Mª le Machois , de Roüen ,
r
Me ſa Soeur Religieufe , &
M de la Barre ſon Beau-
Frere.
M Duret , Confeiller au
Chaſtelet de Paris .
r M' Rolland Conſeiller de
Reims .
Me l'Abbé de Priere en
Bretagne.
Me l'Abbé Dargence,
94 MERCURE
1
M l'Abbé Saré .
r
M l'Abbé Favar.
M² le Curé de S. Benoiſt de
Paris.
Madame de Langeron,Abbeffe
de Nevers .
Madame de la Mary , Abbeſſe
de Ligueur.
Madame de Beauxoneles,
Abbeſſe de Mouton .
Madame de Barillon, Soeur
de l'Ambaſladeur de ce nom ,
& Madame de Force , Religieuſes
de Poiffy.
M' Tridon,PrieurduVeurdre&
de Chantenez .
M de Fourchaud , Ef- 7
A
GALANT95
cuyer chez le Roy.
M' Courtay.
r
Mª de la Graviere .
Mª de Beauvais .
M'de Beaulieu.
Me de Pommereuſe.
M' du Freſnoy .
M² Aliberg.
M Davoifan .
r
M' Fremont.
M² Cotar.
r
M² Paquier.
M' Aniffon .
Mª Vauchelle.
Mª de Valambon.
M² Moulié .
M' Fayet,
!
96 MERCURE
Me de Queſenelle.
Me du Queſnoy.
Me Baubin .
M'l'Archeveſque de Paris
eſt preſentement dans une
ſanté parfaite. Les Peres Cordeliers
du grand Convent ,
qui pendant le cours de ſa
maladie avoient fait tous les
jours des Prieres publiques
dans leur Egliſe pour demander
àDieu ſa guerifon,voyant
qu'elle avoit eſté accordée
aux voeux de toute la Francc,
voulurent en rendre des actions
de graces particulieres ,
&
GALANT. 97
& pour en rendre la folemnité
plus éclatante , ils prierent
Madame l'Abbeſſe de
Port-Royal , digne Soeur de
cet illuftre Prelat , de vouloir
bien qu'on la fiſt dans ſon
Egliſe le 20. du mois paſſé ,
jour de ſainte Marguerite ,
dont elle porte le nom. Le
Pere Gardien , avec ſes Officiers
, & accompagné d'environ
trente Religieux , ſe
rendit dans l'Eglife de Port-
Royal le matin de cette Feſte.
On commença par chanter
Tierce ,& enſuite la grand
Meſſe fut chantée avec toutes
Aoust 1687 .
I
98 MERCURE
les ceremonies du grand
Convent , & pluſieurs Motets
de Muſique au faint Sacrement,
à ſainte Marguerite,
& pour le Roy , apres quoy
l'on chanta Sexte. Au ſortic
de l'Eglife , ils furent traitez
magnifiquement avec lesDirecteurs
& les Aumôniers .
On chanta Nones & Vefpres
à l'heure ordinaire , en Pleinchant&
en faux-Bourdon, &
cela fait, le Pere le Blanc, Vi
caire du Grand Convent ,
prononça le Panegyrique de
la Sainte avec beaucoup de
ſuccés. Il dit de Madame
V
GALANT.
و و
l'Abbeſſe de Port - Royal ,
qu'elle conduiſoit ſans commander
, qu'elle gouvernoit
fans regner , & qu'elle estoit
dans ſon ſexe ce que M de
Paris eſt dans le ſien. Un
Salut en Muſique termina fa
Feſte. Il fut chanté par les
meſmes Peres , qui firent tout
l'Office de ce jour-là d'une
maniere qui fit connoiſtre le
zele qu'ils ont pour M l'Archeveſque
, & pour Madame
l'Abbeſſe de Port- Royal.
Tout le monde a efté tou
ché de la perte que nous avons
faite de Mele Duc de
I ij
100 MERCURE
S. Aignan. Je vous l'ay déja
fait voir par les Vers que je
vous ay envoyez fur cette
mort. J'y joins aujourd'huy
une Epitaphe , faite par Mademoiſelle
de Razilly.
EPITAPHE
DE MONSIEUR LE DUC
DE
SAINT AIGNAN.
gift l'ornement & lafleur
CDelAntique Chevalerie ,
Qui des Bayards eut le bon coeur ,
L'adreſſe& la galanterie ;
Quiſoûmit à lapieté
La gentilleffe& lagayeté
GALANT. IOI
:
Du beau feu qu'il eut en partage ;
Qui fut Amy de bonne foy ,
Et qui mit toutson avantage
A thonneur de plaire à fon Roy.
Jevous envoye des Paroles
qui ont eſté notées par la
jeuneMademoiſelle Laurent ,
aſſez diftinguée par les talens
extraordinaires qu'elle a pour
la Danſe , pour la Mufique,
&pour ſa delicateſſe à joüer
du Claveſſin . Elle fit chanter
I'Hyver dernier quelquesOuvrages
devant Madame la
Dauphine , qui l'honora de
ſon approbation.
I iij
102 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Rien la
Ien n'approche de la peine
Que je souffre prés da vous.
Vous faites mille Amans, Climene ,
Etje we puis faire un Ialoux .
Il s'eſt fait en peu de jours
tant de copies du Portrait en
Vers que je vous envoye , que
j'apprehende qu'il n'ait pas
pour vous la grace entiere de
la nouveauté. Tous ceux qui
l'ont veu en ont trouvé le
tour fingulier , & peut- eftre
feroit-il bien difficile de rien
faire de plus beau , pour un
Ouvrage de cette nature,
GALANT. 103
PORTRAIT DE CLARICE.
'Espere que l'Amour ne s'en far
Affez peu de Beautez m'ont paru
redoutables ,
Je nesuis point des plus aimables ,
Maisjesuis des plus delicats.
I'estois dans l'âge où regne la tendreffe
, 1
Et mon coeur n'estoit point touché.
Quelle honte ! Ilfalloitjustifierfans
ceffe
Ce coeur visifqui m'estoit reproché.
S
}
Le diſois quelquefois qu'on me
trouve unviſage
Dont la beauté ſoit vive , & dont
l'air vif ſoit ſage ,
Où regne une douceur dont on foir
attiré. ,
I iiij
104 MERCURE
Qui ne promette rien, & qui pourtant
engage ;
Qu'on me le trouve, & j'aimeray.
2
Ce qui de plus ſeroit bien neceffaire
,
Ce ſeroit un eſprit qui penſaſt finement
Sans pretendre à ce caractere ,
Qui pour eſtre ſans art n'cuſt que
plus d'agrément ,
Un peu timide ſeulement ,
Qui ne puſt ſe montrer ny ſe cacher
ſans plaire ;
Qu'on me le trouve. &je deviens
Amant.
S
On n'est pas obligé de garder de
meſure
Dans les ſouhaits qu'on peut for
mer ;
L
P
GALANT. 105
1
Comme en aimant je pretens
eſtimer ,
Je voudrois bien encore un coeur
plein de droiture ,
Une vertu naïve & pure ,
Qu'on me la trouve , & je promets
d'aimer.
S
Par ces conditions j'effrayois tout
lemonde ,
Chacun me promettoit une paix fi
profonde
Quej'enserois moy- mesme embaraßé.
Ie ne voyois point de Bergere
Qui d'un air unpeu couroucé
Nem'en voyaſt àma Chimere.
2
Ie ne sçay cependant comment l'Amour
a fait.
Ilfaut qu'il ait long-temps medité
Son projet ,
106 MERCURE
:
Mais enfin il eſtſeur qu'ilm'a trouvé
Clarice,
Semblable à mon idée
mefmes traits ;
, ayant les
Ie croy pour moy qu'il me l'a faite
exprés.
O que l'Amour a de malice !
Me de Fontenelle qui a laiffé
échaper ce petit Ouvrage,
ſe prepare à nousdonner dans
fort peu de temps un Recüeil
de ſes Poëfies ſur divers ſujets.
Il y a des Epitres à la
maniere de celles d'Ovide,
avec des Eclogues qui font
d'une tres - grande beauté,&
ſi les Dialogues des Morts , la
Pluralité des Mondes , & l'HiGALANT.
107
ftoire des Oracles vous ont fait
admirer fon heureux talent à
traiter en Proſe toutes fortes
de matieres, je ne doute point
que ce Recüeil ne vous le
faſſe admirer également dans
la maniere agreable dont il
ſçait tourner les Vers .
Monfieur le Comte de
Toulouſe , en allant à Maintenon,
paſſa par Ramboüillet ,
où il fut receu magnifiquement
par M & Madame
d'Antin. Il y dîna , & voulut
enfuite avoir le plaifir de la
Promenade du Parc & des
Roches , qui ſont un endroit
108 MERCURE
fort agreable . On luy chanta
dans les Roches ces Vers que
Me de Meſſange avoit faits à
ſa loüange dés qu'il ſçeut fon
arrivée. Ils font ſur l'Air du
Menuet de l'Opera de M
Matau.-
Vn Amour
Doux , difcret &fage ,
Vn Amour
P
Plus beau que le jour ,
A quittéfon brillant féjour ,
Pour venir dans nostre Boccage.
Accourez , Bergers d'alentour ,
Accoureztouspour luy faire la cour.
Que ces Bois
Et ce beau Rivage ,
{
GALANT. 109
Queces Bois
Dont il a fait choix ,
Aujourd'huy reçoiventſes Loix ;
Qu'en ces lieux tout luy rende
hommage.
Doux Oyſeaux,répandez vosvaix,
Venez , plaisirs , venez tous à la
fois.
2
Ses douceurs,
Aimables Bergeres ,
Ses douceurs
Ont des traits vainqueurs.
Contre luy confervezvos coeurs ,
Si vous pouvezestrefeveres ;
Mais en vainsesyeux enchanteurs
Verront contre eux armer mille ri-
:
gucurs.
Qui pourroit par toute la terre
S'opposerà des coupsfi beaux ?
*
110 MERCURE
Ses yeuxfont deux ardens flambeauxi
Son Pere lance le tonnerre ;
Et bien-toft ce jeune Heros ,
Doit mettre en feu tout l'empire des
Eaux.
Ces Vers furent trouvez
fort galans , & M de Meffange
eut le plaiſir de les entendre
loüer par la plus belle
bouche du monde , puiſque
l'Amour n'en peut avoir de
plusbelle , ny eſtre plus beau
que Monfieur le Comte de
Thoulouſe. Ce jeune Prince
dit à l'Auteur , & cela de fon
propre mouvement , & avec
unagrément plein debonté .
GALANT. III
qu'il les montreroit auRoy.
Male Ducr deNoailles étant
uniquement attaché à la perſonne
de ce grand Monarque,
& ne voulant point quiter la
Cour , meſme pendant qu'il
n'a point à y exercer ſa Charge
, fit bâtir une fort belle
Maiſon à S. Germain en Laye
dans un temps où il y avoit
apparence que Sa Majesté y
paſſeroit une partie de chaque
année. Monſeigneur le
Dauphin &Madame la Dauphine
ayant reſolu d'aller
voir cette Maiſon , le jour
fut pris ſur la fin du mois
112 MERCURE
dernier , mais Madame la
Dauphine s'eſtant trouvée
indiſpoſée , ne put accompagner
Monseigneur , qui s'y
rendit ſuivy d'ungrandnombre
des Seigneurs de la Cour.
Il y ſoupa &y fut ttaité avec
magnificence ordinaire , à
M' le Duc deNoailles. Il y
eut Muſique , & rien de tour
ce qui peut fatisfaire l'ouye,
& le gouft , ne fut épargné
dans cette Feſte .
la
Nous avons depuis peu en
France le Pere Martial de S.
Paulin General des Carmes
Dechauffez. Le Roy qui ne
GALANT: 112
cherche que le bien, & la
gloire de l'Eglife, a beaucoup
contribué à l'Election de ce
General , dont le merite de
mandoit le choix qu'on a
fait de luy pour remplir une
Charge de cette importance.
Vous ſçavez , Madame , que
les Generaux d'Ordre tiennent
un des premiers rangs
de l'Egliſe , & qu'ils l'ont à
Rome aprés les Cardinaux.
Auffi peut- on dire qu'il eſt
peu d'emplois plus confide
rables dans l'Eglife, un Gene,
ral ayant la direction de
tout ce qu'il y a de Convents
Aoust 1687 K
114 MERCURE
de fon Ordre chez tous les
Souverains de l'Europe. Tous
ceux qui poffedent cette dignité,
à l'exception du General
des Jeſuites , comme je
vous l'ay marqué dans ma
derniere Lettre , ont droit de
viſiter tous les Convents de
leur Ordre , dans quelques
Royaumes qu'ils foient fituez
,& ils y font receus avec
de fort grands honneurs .
Celuy des Carnes Dechauſ
ſez fut conduit à l'Audience
duRoy ſur la findu mois dernier
, par M. de Bonneuil ,
Introducteur des Ambaſſar
GALANT. 115
deurs , qui le prit à Paris dans
les Caroffes de Sa Majefté . Ce
Monarque le reçeut avec l'a
grementqui luy eſt ordinaire,
fur tout lors qu'il donne Audience
à des perſonnes d'un
merite diftingué . Ce General
l'eut auffi ce jour- là de
Monſeigneur leDauphin , de
Madame la Dauphine , de
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , de Monſeigneur
le Duc d'Anjou , & de Monſeigneur
le Duc de Berry. Il
fut magnifiquement traité à
diner par les Officiers du
Roy,& quoy que ce fuft un
Kij
116 MERCURE
jour gras , on apreſta ce repas
en maigre , pour ſe conformer
aux Regles de l'Ordre
Il alla quelques jours aprés à
Saint Cloud où il fut conduit
dans les Caroffes de
leurs Alteſſes Royales par M³,
Aubert , Introducteur des
Ambaſſadeurs prés de Monfieur
, & il eut Audience de
Monfieur , de Madame , de
Monfieur le Duc de Chartres,
&de Mademoiselle.
r
Je vous envoye la derniere
partie de la Medecine univerſelle
de M² de Comiers.
Je ne vous en dis rien , ne mc
GALANT. 117
trouvant pas aſſezhabile pour
juger d'un Ouvrage de cette
importance , ce , mais je ſuis
perfuadé qu'il rejouira ceux
qui aiment la vie , qu'il en
chagrinera d'autres , qu'il
partagera les Sçavans , &
qu'enfin il fera beaucoup de
bruit dans le monde .
522
S
م
18 MERCURE
5255555522SS
MEDECINE UNIVERSELLE
pour la gueriſon des plus
fâcheuſes maladies,& pour
prolonger la vie.
Vis que l'Ecclefiaftique
nous affeure que toute que-
+
rifon vient de Dieu , & qu'il
nous apprend que c'est de la terre
que Dieu a créé la Medecine ;
Altiffimus creavit de terra
Medecinam ; il eſt inutile de
rechercher icy par le moyen de
qui cette Medecine a paffé jufqu'à
nous. Il importe peude sçavoirfi
nous la tenons de la Ca-
!
GALANT. 119
bale des Hebreux ,si c'est d'Apollon
, ou defon Fils Esculape ,
d'Hermes Trimegiſte , de Raimond-
Lulle , d' Arnoult de Villeneuve
, de Roger Bacon Cordelier
Anglois , de Theopharaste
Paracelse , de Bafile Valentin ,
de V-van-helmoni , ou de quelque
Cosmopolite ou Frere de la
Rofe Croix. Ilfuffit quefa Compofition
ſort facile & de peu de
coust , que ses effets foient tresaffurez
, &qu'on puiſſe mesme
Seperfuaderqu'ellefert pourrajeunir
, ce qui paroiſtroit un
vray paradoxe ,ſi nous n'avions
dans la fainte Ecriture &dans
120 MERCURE
l'Histoire Profane des témoigna
ges authentiques du rajeuniffement.
Le Prophete Roy dans le
Preaume 102. Verfet s.fait deux
propofitions de certitude de foy
La premiere , que l'Aigle rajeunit
,&la feconde , quenostre
jeuneſſe peut estre renouvellée de
mesme que celle de l'Aigle re
novabitur ut aquilæ,juventus
tua.
Tous les Peres de l'Eglife
croyent fermement que l'Aigle
rajeunit mais ils font d'avis
differentsfur la maniere dont cer
Oyſeau rajeunit. Il n'y a que
د
Saint Augustin qui commentant
се
!
i
GALANT. 121
*
ce Pfeaume , dit que l'Aigle dans
fa vielleſſe ,pour avoir le becfuperieur
trop crochu ne peut prendre
que tres-peu ou point de nourriture.
C'est pourquoy eftant extenué
par une lougue diette , il
- se trouvefans force fans vigueur
; mais après avoir ufé
contre une pierre l'extremité trop
crochuë defon becfuperieur , &
prenantsuffisamment de la nourriture,
il paroift rajeunir ,
nouvellerſes forces. Le Prophete
Ifaye parle de ce rajeuniffement
de l'Aigle dans le 40. Chapitre
Verfet 1. Fob dans le 39.
Chap. Verf. 26. en dit autant
Aouſt 1687. L
re122
MERCURE
de l'Efprevier. Aldroandus dans
te premier Livre de fon Ornithologie
& Gesnerus aus.
Livre des Oyfeaux parlent dece
rajeuniffement de l'Aigle Perfonne
n'ignore que les Sexpens
quittent leurs vieillespeaux que
Lon trouve ordinairement dans
Les buiffons.Je ne diray rienicy
de la dépoüille des Cygales ayant
vou arriver ce beau misterefur
mamain àla Ville de Nions en
Dauphiné , en vifitant le plus
beau & le plus hautde tousfes
Ponts , d'une seule Arcade qui
prend d'une Montagneàl'autre,
la fource inépuisable des
GALANT. 123
vents qui fortent à heures re-
--glées d'un Rocher , & Soufflent
le longde la Rivierejuſque vers
la Ville d'Orange. Nous lifons
- dans Philostrate au 3. Livre ch.
1. de la Vie d'Apollonius Thianéen,
que dans les endroits du
Montcaucafe les plus escarpez
* inacceſſibles aux hommes sil
ya une race de Singes appellée
Pytiques , qui font pour les Habitansta
vendange ou recolte du
poivre. La chair de ces Singes eft
un medicament souverain au
Lion, lequel estant chargé d'an-
-nées ou de quelques maladies ,
en guerit rajeunit en man-
Lij
124 MERCURE
geant un de ces animaux.
Si les Oyſeaux &les Animauxpeuvent
rajeunir , on peut
conclure qu'il n'est pas tmpoſſible
àl'homme de jouir du mesme avantage.
En naiffant noftre tem
perament est fort chand &hamide
, &en vieilliffant il devient
froid &fec . Il ne s'agit
dont que de reparer l'bumide radical,
remettre au premier
estat la trop grande fechereffe
des Vieillards pour reprendre le
mesme temperament de jeuneffe.
Il faut maintenant pran
ver qu'en effet plusieurs bom
mes ont rajcuny, Medée
GALANT. 125
tant tres sçavante en Medecine,
fur rajeunir le Vieillard Æfon.
C'est fur cela qu'Orvide a dit
dans lay. Livre des Metamorphofes,
que Modée avoitfait ha-)
cher & caire Afon , ce qu'on
dost attribuer à des bains chauds
qu'elle compoſa averdes mineraux
plusieurs fimples ou
herbes. Cela n'est pas bons de
croyance, puiſque Petrus MartyrAugerius
Milanois, affeure
dansfes Decades , que dans l'Isle
Bonique ily a une Fontaine dont
La boiffon rétablit les Vieillards
dans leur vigueur de jeuneſſe ;
neantmoins les cheveux demen
Lij
126 MERCURE
rentblancs &les rides du visage
n'en font point effacées. Et dans
Lucaya il y a une ſemblable
Fontaine , au rapport de Petrus
Chiezadans le 41. chap. de la
2. partie de l'Histoire du Perou.
Vous pouvez encore voir ce
qu'Herodote enfon 4. Livre dit
de la vertu de ſemblables Eaux
qui ont donné lieu au nom de lo
Fontaine deJovence.
Torquemada dans le premier
Dialogue de ſon Horti-floridi
affeure qu'àTarente en Italie en
l'année 1531.unVieillard de cens
ans , ayant ( comme on dit ) un
pied dans lafoffe,rajeunit romn
GALANT. 127
coup en toutes choses ,&vefcut
encore cinquante ans. Il en
dit autant d'un autre Vieillard
dont l'Histoirefut verifiéepar les
premiers Magistrats. Valescus
TTarentafius dit qu'en la Villede
Monvedro,autrefois Sagonee
au Royaume de Valence en Efpagne
, il avoit veu une Reli
gieufe Abbeffe , laquelle estant
déja decrepite ,have, &sentant
leſapir, ſes dents luy revinrenttoutàcoup
,ses cheveux noircirent
,font front fut applany ,Sa
gorge parut comme à une Fille
de quinze ans ; enfin on la vit
renowvellée en jeune & belle
L
128 MERCURE
1
Fille en toutes choses .
DeuxHistoriens modernes tresdignes
de foy dans leur Histoire
dePortugal ,sçavoir Ferdinand
Castanede au 8. Livre, &Pierre
Maffée au 11. Livre affure qu'un.
noble Indien rajeunit trois fois
pendant les 340. années qu'il vê
cut. Cette Histoire, est tres au
thentique,puiſqueMendozanour
affeure in Viridario au 4. Liv.
Problême 17. que plusieursFe
Suites ont veu, connu , etparlé
à cet Indien trois fois rajeuny,
ce qu'ils ont attesté par leurs
Lettres.
Nous parlerons de La Meda
GALANT. 129
cine Univerſelle & desa compoſition
aprés que nous aurons
fait connoistre qu'elle ne confifte
pas dans l'Alcali ny dans l'Acide
quifont deux eſtres nouvellement
mis envogue.
fa
er
Si on veut croire Tackenius,
aprés luy sa nouvelle Secte
d'Hypocrate Chýmiſte , on peut
devenir tout à coup fans estude
grand Medecin &se faire
admirer, car il n'y a qu'à connoiſtre
les Familles des Acides ,
desAlkalis&des Opiates Donner
des Alkalis lors que leMalade
est comme en feu , afin d'im
biberfes parties ignées , & ar30
MERCURE
&enfin
refter leur trop prompt mouve
ment , & au contraire ordonner
des Acides , afin d'éveillers
d'exciter la chaleur naturelle au
Malade quise trouve comme encu
gourdy dans le froid , enfin
faire prendre des Opintes pours
faire repoſer& dormir teMatade
lors que les douleurs font 'aigues
violentes. Il est vray que
beaucoup de gensse font admi
rer par les prompts Secours
foulagements qu'en reçoivent les
malades. Ainsi j'ay veu guérir
des Catarres & Rhumatismes
par une grandefueur univerſelle
procurée par des raves, que les
GALANT. 131
cris de Paris appelle tendrette
pilées dans un Mortier de mar
bre,&appliquéesſous laplante
des pieds. Mais la Medecine
univerſelle ne peut conſiſter dans
les Alkalis , Acides & Opiates,
dautant qu'ils nepeuvent qu'ap
paiſer les violens ſimptômes ,
non pas ofter la cauſe des mala
dies qui provient des humeurs
peccantes qui font enfermées
dans les vifceres ou ventricules.
des membres co jointures qu'il
faut neceffairement faire eva-
+ Я 29%
نم
Si ces humeurs peccantes &
malignes&&ſubſtancesvenimeu- هل
132 MERCURE
ſes ſont ſpiritueuses &fubtiles
elles doivent eftre chaffeas à tran
vers les pores par infenfible
transpiration fi eltes font plus
humides , on les doit faire fortic
par la fucur. Que si elles font
humides mais graffieresnellesfer
ront évacuées par les unines ,Gi
fi elles font, mains bumides
plusgroſſieres, ellesfartent par la
purgation ordinaire ou par vo
miffement. Il faut purger fans
violence &fans affoiblir leMa
lade en fortifiant la nature.Fe
viens aux qualitez requifes à la
Medecine univerſelbe14
Le Remede univerſel doita
GALANT. 133
voir de l'affinité du rapport
avec nostre chaleur naturelle &
noftre bumide radical , pour les
maintenir & rétablir , & pour
augmenter ainfi nos forces abbatuës,
enforte que la naturefans
patir shaffe d'elle-mefme hors des
casuitezdes vifceres ou ventricules
de tous les membres du
Corps, ce qu'ily a d'étranger
demalin , Acide ou Alkali , ou
fangfermenté extravafé, qui
caufe des pleurefies , catharres,
goûtes & rhumatismes , dont la
cauſe provient, lors qu'eftant échauffé
par quelque exercice, ou
mesme pour parler trop haute134
MERCURE
ment , ou estant dans le lit , on
hume à bouche ouverte un air
trop froid , ou ferain plein de
vapeurs de nitre carcet dir
n'ayant pas efté attiedy en paffant
par le nez qui est le canal
ordinaire de la refpiration ,&
empefchant parson trop defroi
dure dans les Poulmons le
lange parfait du chyle & du
Jang, il s'y trouve meſlé,&fer
mentant dans les extremitezdes
arteres s'extravaſe dans les cavitezdes
jointures , où il caufe
tes douleurs aiguës par leur acrimoniefur
les nerfs,jusqu'à ce que
ta chaleur naturelle du fang ait
mef
GALANT. 135
..
fait évaporer les parties aiguës ,
acres && ignées ,&lorsque l'on
ahumécet air trop froidpendant
le temps de la digestion ,la partie
du chyle meſlée avec lefang extravafé,
cauſe la goutte novée
&Sa vaſe ne pouvant s'evaporer
forme cette matiereplaftreuse.
La Medecine univerſelle doit
donc chaffer par transpiration
fucurou urine ,rarement par le
has &encoreplus rarementpar
le haut , tout ce qui est estranger
nuisible , meſme des ventricules
des jointures de chaque
membre , ce qui n'est pas l'effet
des medecines ordinaires qui é-
2
136 MERCURE
chauffent ,travaillent,&fatiquent,
dautant qu'elles n'agiffent
que par leurs parties malignes,
lesquelles estant unies à leurs
femblables de mesme genres efpece
, les entraînent avecelles ,
Lorsque la naturefentantfon en
nemy renforcé s'irrite dramaffe
toutesses forces pourjetter le tout
au dehors par des efforts violents"
Il faut de plus que la Medecine
univerſelle ſe puiſſe danner
en toute faiſon , à toute com
on , à tous âges , auffi-bien
aux Enfans qu'aux Vieillards ,
fans que la précision du plus ou
du moins de la doze puiſſe nuire.
GALANT 187
Elle doit querir en peu depriſes
les maladies, les plus fâcheufess
elle doit encore eftre le remede
Souverain pour tous les maux externes.
Voicy la facile compofition
de la Medecine univerſelle......
COMPOSITION
de laMedecine univerſelle.
PrenezSel-nitre rafine; mettez-
le fondre lentement dans un
vase de fer ; eftant bien fondus
jettezpar deſſus une petite quantité
de charbons de bois doux ,
comme ſaulx , bien pilé , lequel
brilera d'abord ſe conſumera,
ce qu'il faut retirer peu à peu,
juſques à ce que le Sel-nitre
Aouſt 1687. M
138 MERCURE
apres la detonnationſoit fixé&
qu'il ait une couleur un peu
verdaftre , ce qui arrive lors que
le charbon ne ſe ſouleve pas
comme il faisoit auparavant.
Pour lors verſez vostre Sel-nitre
fondu dans un Mortier de
marbre bien chaud ; eftant refroidy
il restera blanc comme
pierre d'albâtre &caffant comme
verre. Pilez-le incontinent,
& eftendez la poudre fur une
lame de verre on affiette de
fayence,& l'ayant couvert de
peur de la pouffiere , expoſez-le
un peu panchant àl'air,mais en
un lieu où le Soleil,playe ny
GALANT. 139
rofér ne puiſſent donner. Mettez
au dessous un vaſe de verre
paur, recevoir la liqueur buileufe
qui en coulera , car l'humidité
de l'air refolvant les Sel-nitres
dans l'espace de quelques jours,
yous trouverez deux fois plus
pesant d'huile qu'il n'y avoit de
Sel nitre filoperation eftfaite
dans un temps propre ny froid
my troapp chaud ,mais temperé
humide, dautant qu'il attirera
be Sef-mitre invisible que nous..
respirons avec l'air.
Gerte huile estant rectifiée est
un tres -puiſſant menstruë , ou
difſſolvant pour extraire l'effen-
Mij
140 MERCURE
แจ้ง
ce de toutes fortes de mixtes.
Prenez donc quatre ou cing
parties de cette huile rectifiée,
une partie du meilleur antimoine
qu'on reconnoist par certaines
rouffeurs qu'il tire de l'or, prés
de la mine duquel il se trouve.
L'antimoine eftant reduit fur le
marbre en pouffiere tres-fine .
mettez-le dans un grand matras
de verre , & mettez l'huile
de nitre par deffus . Il faut que
les deux tiers du matras restent
wuides ; bouchez le matras fo
bien
ne qu'il ne refpire respire point mettez-
le en digestion à feu doux
ou de Lampe , jusqu'à ce que
GALANT 141
met-
T'huile qui furnage l'antimoi
ne ,paroiffe de couleur d'or ou de
rubis ; alors tirez vostre huile ,
l'ayant filtrée parle papier .
mettez-la dans un autre matras
de verre à col long ,
tez pardeffus autant de tres bon
esprit de vin bien rectifié. Les
deux tiers pour le moins du matras
demeurant vuides , bouchez-
le bien , mettez ensuite
en digestion en chaleur lente
pendant quelques jours jusqu'à
ce que l'esprit de vin ait tiré
toute la couleur de l'huile ou
teinture de l'antimoine. Ainfi
T'huile de nitre restera au fond
142 MERCURE
tres claire & blanche ,fur la
quelle furnagera l'esprit de vin
impregné de la teinture d'or de
l'antimoine. Tirez l'esprit dax
vin &Separez-le par decan
tation. L'huile de nitrefervira
toûjours à d'autres operations
pour tirerl'effence de l'antimoine
autant de fois qu'on voudra.
Mettez vostre esprit de
vin dans un alambic devrverra
diftilez- le doucement jusqu'à
qu'il n'en reste aufond qu'environ
la cinquiéme partie , qui
retiendra avec foy la trintura
de l'antimoine , ou bien diftile
tout l'esprit de vin, ne baiffans
GALANT 143
a fond que l'effence de l'anti
moine. Vous aurez ainſi en li
queur ou en poudre la Medeci
ne universelle , par laquelle on
fe prefervera guerira de toutes
fortes d'infirmitez &maladiesth
Tag ٢٠٠
Si on s'en fert en liqueur, on
en prendra cinq ou fix goutes
dans du vin ou dans du boüillon
, ou dans quelque liqueur
propre à la maladie.
Que fionl'employe en poudre
on en mettra trois , quatre on
oing grains plus ou moins , car
fi la dose est un pen plus forte
an plus foible elle ne peut nuire
144MERCURE
comme font. les autres Medetines,
qui toutes ont des qualitez
venimeuſes. Les Maladies
se gueriſſent dans la
feconde ou troisième prife. Lors
que le mal est opiniastre , il faut
augmenter la dose , mesme à
chaque fois, &cela troisfoisla
femaine.
Cette Medecine querit les
maladies les plus inveterées
plus dificiles , comme la Fieure
quarte,laFievre ethique, l'Hydropiſie
, mefme le mal venerien,
le mal caduc.Cette Medecine
univerſelle guerit non-
Seulement toutes fortes de maladies
1
GALANT. 145
ladies internes , mais encore les
maladies externes y estant appliquée
enforme de baume , commeplayes
, ulceres , gangrene.
Elle guerit de mesme lasurdité
& plusieurs deffauts de venë ,
mais nón pas d'un oeil ſec
atrophic comme j'en ay un depuis
1666. ny la goutte secene
dont j'ay perdu la venë de
l'autrere oeil , le tout par la funeſte
ſuite du poifon du premier
Artiste du fameuxfcelerat Sainte
Croix , en haine de ce qu'ai
vec Mle Marquis de Saint
André Montbrun , Capitaine
General des Armées du Roy,
Aoult 1687. N
146 MERCURE
nous avions empefché lafabrique
de fon poison dans des vaifſſeaux
de verre hermetiquement ſcelliz
dans la Verrerie du Bois-Gifet
prés la Nocle ; mais toute la recompense
que j'ay tirée de ces
grandsſervices rendus à tous les
gens de bien , est de voirque les
Amis de la Cabale des Ennemis
du Genre humain, ont impunement
violé toutes les loix , pour
m'imposer filence , en me reduifant
au dernier estat de l'illustre
Beliffaire. Ainsi , Monfieur , s'il
y a des fautes d'ortographe dans
cet écrit , je n'en puis répondre
estant aveugle depuis dix- neuf
GALANT. 147
-
mois , & vous en devez rejet
terla faute fur celuy qui me fert
de Secretaire.
Enfin cette Medecine remedie
promptement à toutes les maladies
de la tefte teſte qu'elle conforte
de l'estomach qu ellefortifie ,luy
qu'elle
rétabliſſant la vertu de bien digerer.
Elle est un vray orpotable,
puis que c'est la teinture orifique
de l'antimoine qui est le premier
estre de l'or. Il opere ordinairement
par un infenfible tranfpi.
ration ,ſouventparlesfueurs
urines , rarement par le bas
tres-rarementpar le vomiſſement.
Ainfi agiſſant naturellement
Nij
148 MERCURE
fans aucune violence , leMala
de n'est point affoibly comme par
les autres Medecines. C'est pour
quoy on la peut donner à tout
âge ,à toute complexion &en
tout temps . Usez-en , &faitesen
part au Public , &fur tout
aux Pauvres , & beniffez Dien
qui a créé la Medecine.
Je vous tiendray parole en
vous envoyant dans peu de jours
le secret de faire croiftre toutes
fortes de Metaux en arbres
branchus &folides,ce qui pourra
fervir aux Eleves d'Hermes ,à
décider de la terre des Philoſophes
, de leur feu & de leur
১
GALANT. 149
cau, & à reconnoistre qu'ils at
tribuent beaucoup de choses à
differents estres , qu'on doit peutestre
au nitre & au ſeul antimoine.
COMMIERS D'AMBRUN ,
Prevoſt de Ternant.
Il s'eft fait de fort jolis Vers,
auſquels l'Auteur à donné le
nom de galanterie. Une Dame
, quatre Demoiſelles , &
deux Cavaliers , que l'occafion
du voiſinage fait fouvent
rencontrer enſemble ,
joüoient un jour à de petits
jeux. Une d'elles ordonna
Niij
150 MERCURE
undes Cavaliers , pour retirer
fongage,&pour fatisfaire aux
loix du Jeu , defaire des Vers
pour chaque Perſonne de la
Compagnie,& on luy donna
termejuſqu'au lendemain . Le
Cavalier , pour executer cet
ordre, envoya ces Vers à la
Compagnie.
A MADAME C
L'art de plaire est un don charmant,
Hereditaire en certaines Familles;
Mere ayant comme vous , gentilleffe,
agrément ,
Aura toûjours aimables Filles.
}
GALANT. 151
A MADEMOISELLE C.
Le douxſon de la voix , le parler
gracieux ,
Est un charme dans vous qui me
plaift&me touche ;
Mais n'ayezpas toûjours un airfi
ferieux.
Lors que vous ferezla farouche ,
Ie diray que pour mon matheurs
L'amertume de vostre coeur
Gâte le mielde vostre bouche.
A MADEMLLE C.D.L.B.
Avoir douceur charmante & grace
naturelle ,
Bouchede rose, air fin ,grande taille,
beauxyeux ,
Teint de lys , dents d'yvoire , avce
que blonds cheveux ,
Nilij
152 MERCURE
En un mot, estre jeune &belle,
Pour des Voisins rien n'eſtſi dangereux;
Tel ne croit avec vous joüer qu'aux
petitsjeux ,
Qui tout en badinant s'engage,
Et laiffe enfinsa liberté pour gage.
A MADEMUL L.G.
L'esprit vif,le coeur bon , l'air tendre
, les yeux doux ,
Ne marquentpas l'indifference.
Si vous voulezsçavoir ce qu'on penfedevous,
Ie felicite par avance
Le Mortel remply de bonheur ,
Qui pourle prix desa con-
Stance ,
Un jour gagnera voftre coeur
GALANT. 153
A MADEMLLE D. C.
Scavez- vous bieu conment en un
mot on appelle
Va tendron bien oppetſſant ,
Vn peloton de nege ébloüiffant
Par la blancheurdont il excelle ,
Vn morceau trait de lait caillé,
Va petit Ortolan , dodu
éveillé ,
gras ,
Que volontiers des yeux l'on
Une touffe de lys , un bouquet de
mange ,
jasmin ,
Vn Satin blanc & doux aux yeux
comme à lamaini
Ie nomme tout cela par un seul mót,
du Carge.
C'eſt auſſi le nom de la Perſonne.
154 MERCURE
A ME D. L. T.
On ne croit boire que chopine,
Et bien fouvent on en
deux ,
boit
On badine avecſa voisine,
Et l'on endevient amoureux.
Si de vous par moy je devine,
De vous chanter cet air n'aurois-je
pas raiſon ?
Car nous faiſons tous deux ce que
ditla Chanfon.
ENVOY.
Vous m'avez demandé des Vers, &
pointde Profe ,
Belles, je voudrois qu'autre chose
Vous m'euffiezdemandé;
Autre chose qui fuſt pour moy ,sans
vous déplaire
٢٠٠٢
'GALANT 155
Plus doux &plus facile à faire,
Ie vous aurois galamment accordé.
M. D. M.
Ces Vers donnerent lieu
à un Inconnu › d'envoyer
ceux qui ſuivent , à deux
des Demoiselles de cette
Compagnie.
Plus je relis les Vers que l'on a
faispourvous,
Moins je connois celuy qui les ſçait
Sibien faire.
Son ftile eft coulant , tendre &
doux ,
Maisquoy que deson nom vous me
faffiez mystere ,
Ie pretens vous donner un avisfa.
Lutaire;
156 MERCURE
Donneurs d'avis pourtant ne font
guere écoutez,
Dans la bouche d'autruyſouvent les
:
veritez .
N'ont rien qui plaiſe ,
Maisfans plus raiſonner,
Revenons à l'avis que je veux vous
donner ,
Etfiniſſons la parenthese.
Fille jeune & jolie est un friand
morceau ,
Plaisant à voir , ragoûtant à merveille
,
De s'en rendre le maistre il est facilt
&beau ,
A qui ſçait bien le prendre par
l'oreille ;
Gardez - vous des discours flateurs
De ces dangereux Orateurs ,
Qui ne difent prés des Filletes
Que propos amoureux , que tendres
chansonnettes. :
GALANT. 157
Malen prit au Corbeau d'avoir trop
écouté !
De fon perfide amy le decevant langage:
Le Renardfin aprés l'avoirflaté ,
Luy fit tomber du bec , & mangea
Sonfromage.
Les deux Demoiselles ens
voyerent ces Vers à l'Auteur
des premiers , qui auffi-toft
leur fit cette réponſe.
Du
2
Poëte inconnu de l'Auteur
anonyme ,
Belles, je goûte fort la rime,
Mais non pas la raison 3
Voulant me faire croire amy suspect
j'estime
Queson avis pour vous v'est pas
bien desaison.
158 MERCURE
1
Comme luy je découvre en vous
beauté , jeunesse ,
Esprit , douceur , enjoûment, gentilleffe.
Eh bien ! croit-il qu'épris de tant
d'appas
Ie reſſente pour vous empreſſement ,
tendreſſe?
Point du tout , il ſe trompe,&je ne
faisnulcas
De la brune ny de la blonde ;
De toutes deux mon coeur ne voudroit
pas ,
Ecoutez ma raison , &fur quoy je
la fonde.
Pour avoir ce morceau friand , delicieux
,
Cefromage mifterieux
Dontparle vostre Auteur , dites- moд
SansSourire ,
Qui pourroit estre un Renard affez
fin?
GALANT. 159
Pourmoy, de vous j'aime mieux
dire
Ce que diſoit le Renard du raisin.
M. D. M.
د
le
Je vous ay déja dit pluſieurs
fois qu'on fait frapper
des Medailles de tout ce qui
arend le regne du Roy
plus beau Regne dont on ✓ait jamais parle, de forte
qu'on pourra faire une Hiftoire
metallique de la vie
de ce Monarque. Je vous ay
déja envoyé quantité de ces
Médailles , non pas felon
'ordre des actions de Sa
Majesté,mais fuivant qu'el
160 MERCURE
les font tombées entre mes
mains . Quoy que je ne garde
point l'ordre des temps ,
c'eſt toûjours vous faire part
de quelque choſe de nouveau
que de vous envoyer
ce que vous n'avez pas encore
vû : & comme la Mé .
daillede la Flotte Hollandoiſe
brulée, devant Tabago eſt
de ce nombre , je vous l'envoye.
Je ne vous repete
point que le Portrait duRoy
eſt à la face droite de toutes
, & que l'ayant déja fait
graver cinq ou fix fois , je
ne vous envoye plus que les
revers .
:
GALANT. 161
On a nouvellé icy depuis
peu les défenſes qui
avoient eſté publiées touchant
les Jeux de hazard,&
cela s'eſt fait en cette forte.
Le premier du mois paffé le
Parlement donna un Arreſt,
par lequel aprés avoir mandé
les Officiers de Police &
les avoir entendus , il ordonna
qu'ils donneroient leur
avis par écrit fur les moyens
les plus convenables de faire
ceffer ces fortes de Jeux. Ils
donnerent leur avis , la matiere
fut miſe en déliberation
, & les conclufions de
Aoust 1667
이
162 MERCURE
Mr le Procureur General
ayant eſté priſes , il fut ordonné
le 18. du meſme mois
que les Ordonnances & Arrefts
concernans les Jeux de
hazard feroient executez ,
avec défenſes à toutes perſonnes
de quelque qualité &
condition qu'elles foient , de
donner à joüer dans leurs
maiſons à ceux qui y viendront
pour ce ſujet , & particulierement
aux Jeux du
Hoca,de laBaſſette & du Lanfquenet
,àpeine contre ceux
qui oferont y contrevenir ,
de trois mille livres d'amenGALANT.
163
en
de , applicable un tiers au
Roy , un tiers à l'Hofpital
General , & l'autre tiers aux
denonciateurs , ſans prejudice
de plus grande peine ſi elle y
échoit , principalement
cas de recidive. Il fut ordonné
par le meſme Arrest
que les condamnations d'a
mende pourront eſtre prononcées
par le Lieutenant de
Police au deffaut d'autre
preuve ſur les ſeuls procés
verbaux de deux Commiffaires
du Chaſtelet , contenant
que de l'ordre de ce
Juge de Police , ils auront
O ij
164 MERCURE
averti ceux qui donneront
ainſi à joüer , de ceffer leurs
Aſſemblées ; que les preuves
de les avoir continüées , ſeront
le concours des Laquais
, des Caroffes & des
Chaifes qui ſe trouveront ordinairement
arreſtées aux
portes de leurs maifons, joint
à la connoiſſance publique
& au temoignage des voifins
,ſi quelques uns d'eux
veulent depofer ; que les Proprietaires
des maiſons dont
Ies Locataires donneront
ainſi à joüer , aprés que les
Commiſſaires du Chaſtelet
GALANT. 165 .
les auront avertis ſuivant
l'ordre du Lieutenant de Police,
pourront eſtre par luy
condamnez ſur lesprocés verbaux
de deux Commiſſaires
ſolidairement avec les Locataires
au payement des amendes
juſques à la ſomme de
mille livres , & que les maifons
demeureront fermées
pendant fix mois , à moins
que les Proprietaires n'ayerit
donné congé aux Locataires
d'en fortir. Cet Arreſta eſté
leu , publié & affiché par
tout Paris , & il y a beaucoup
d'apparence qu'il fera
166 MERCURE
ceffer les Jeux ruineux dont
tant de familles ſe trouvent
incommodées.
Le 19. du mois paſſé mourut
à Besançon Meffire René
de la Tour, Marquis deMontauban
, Lieutenant General |
dans les Armées de Sa Majesté
,&au Gouvernement de
la Comté de Bourgogne. Il
avoit paffé par tous les degrez
Militaires qui peuvent conduire
à la Charge de Lieutenant
General , & fa valeur &
fon merite luy donnoient
droitd'en eſperer de plus élevez,
puiſque lors qu'on apu
۲۴
GALANT: 167
-
> &
monter juſque- là , il n'ya
plus de poſte d'honneur entre
ce haut rang & celuy de
Mareſchal de France
qu'ainſi il ne reſte qu'un ſeul
pas à faire pour y parvenir . Sa
vertu , ſa conduite , ſon efprit
& fon courageont toûjours
paru par tout , où il a
falu combatre , ou commander
pour le ſervice du Roy.
La Bataille de Senef , la retraite
de l'Armée aprés la
mort de M. de Turenne , &
celle de Meffine , ont eſté des
endroits remarquables , où
cette yaleur & cette conduite
168 MERCURE
ont éclaté. J'irois trop loin
fi je vous parlois de tous
les Combats & de tous les
Sieges où il s'eſt trouvé ,
avec une intrepidité qu'on a
toûjours admirée. La maniere
dont il ſe diftingua dans les
Guerres de Hollande luy fit
meriter le Gouvernement de
Zutphen & de la Province
qui porte ce nom : & l'on
peut dire qu'il s'eſt toûjours
montré digne petit-Fils d'un
autre René de la Tour , Marquis
de Gouvernet , fameux
par pluſieurs actions memorables
qui l'ont rendu celebre
GALANT. 169
bre dans le temps des guerres
civiles de la Religion &
de la Ligue , & l'un desHommes
Illuſtres de Dauphiné,
dont les Vies ont eſté écrites
par M' Allard , Ancien
Preſident en l'Election de
Grenoble. Il travaille de mef
me à l'Eloge de M' le Marquis
de Montauban , & c'eſt
de luy que j'ay appris que
la Famille de la Tour Gouvernet
eſt une branche de
-celle de la Tour du Pin, de
laquelle ont eſté les quatre
derniers Dauphins de Viennois.
Albert de la Tour du
Aouft 1687.
P
170 MERCURE
Pın, III . du nom, cut trois
Enfans, Humbert qui epoula
'Heritiere de Dauphiné ,Albert
IV. qui continua la
branche des Seigneurs de la
Tour du Pin , & Aymard
qui commençacelledeGouvernet&
qui vivoit en 1260.
Il aeſté le treifiéme Aycul
deM le Marquis de Moncauban,
& ſes Succeſſeurs ſc
font terminez en quatreBranches
, celle du Marquis de
Gouvernet , celle du Marquis
de la Chaux, celle du
Marquis de Montauban ou
de ſes freres , puiſqu'il eft
J
J
GALANT. 171
mort ſans avoir eſté marié ,
&celle des Seigneurs de S.
Sauveur . M de Montauban
a cu pour Freres Mole Marquis
de Foyans & M le Baron
de la Chaux , tous deux
connus par leurs longs fer.
vices & par leur prudence.
Mdu Meſnil font leurs Freres
uterins , & M¹ de Montauban
qui a cité Fille
d'Honneur de de la feüc
,
Reyne Mere , & qui s'eſt acquis
une fi grande reputa.
tion par ſa vertu , par fon
efprit & par ſa ſageffe,eft
Ieur Soeur. La Famille de la
Pij
172 MERCURE
ret,
Tour, porte de Gueules à ta
Tour d'or jointe à un Avantmur
de mesme. La Branche de
Gouvernet a pris des alliances
dans les Maiſons Dugatz,
de Granges , de Pourde
Beaufort , d'Arces , de
Combourcier, de Chabeſtan,
d'Alleman , de Silves , de
Montauban , de Bourrelon .
de Sauvin de Caſtelane , &
elle eſt entrée dans celles de
-Rame, d'Ode , de Martin , de
Revilaſc , de Vaſtel , de Veronne,
d'Artaud , de Foreſt,
de Blain , du Puy-Moutun
de Pierre , de Reynard , do
GALANT. 173
-
-
-
-
2
Vincens , de Cornillan, qui
ſont des plus anciennes & des
plus illuſtres de Dauphiné;
&dans les autres Provinces ſes.
Alliances ont eſté avec les
Familles de Boſquet, deGabian
, de Chambaud , de Vignoles
, d'Herval , de Gineftoux
, de Cuillaumont , de
Sadde , de Lanes , de Baudan,
de Marennes , de Sauſan
d'Erard , d'Adelbert , de Raphaëlis
, de Joannis ,& celles
des Marquis , Comtes ouBarons
de Maiſon-ſeule , de
Drujas , d'Enteroche, de Vernieres
& de Maillerargues.
,
Piij
174 MERCURE
Je vous parle preſque toûjours
aprés les autres des
grandes nouvelles , dont tous
les détails mis enſemble doivent
faire des morceaux
d'Histoire
av
confiderables
mais ſi j'attens un peu de
temps à vous en inſtruire,j'ay
l'avantage de vous en parler
juſte & àfond. Vous leconnoiſtrez
par la Relation que
vous allez lire. Je ſuis ſeur
qu'elle vous donnera beaucoup
de plaifir , & que vous
ý trouverez des choſes fort
curieuſes, & dignes d'eſtreremarquées.
>
GALANT. 175
1
RELATION
Contenant l'arrivée de M
l'Ambassadeur dePortugal à
Manheim , premiere Ville
du Palatinat ; fon Entrée
publique à Heydelberg; la
maniere dont il a esté recen
àfes Audiences publiques,
comment il a esté traité,
les Ceremonies du Mariage
de la Princeffe Marie Sophie
Elizabeth deNeubourg, avec
le Roy de Portugal.
Onſieur le Comtede
fadeur Extraordinairede Por-
Piiij
176 MERCURE
rugal vers fon Alteſſe Elec
torale Palatine , s'eſtant arreſté
à Manheim , pour fe
diſpoſer à faire les fonctions
de fon Ambaſſade , envoyale
26. de Juin le ſieur Antonio
Roiz da Coſta ſon Secretaire ,
dans un Caroſſe à fix che--
vaux à Heydelberg , demanderjour
pour y faire fon Entrée
publique, & avoir ſa premiere
Audience. Ce Gentilhomme
s'adreſſa au Grand
Chancelier , comme à celuy
qui avec d'autres Charges ,
exerce celle de Secretaire
d'Estat. Ce Miniſtre luy mar
GALANT. 177
qua le dernier jour de ce mefme
mois,felon qu'on en eſtoit
déja convenu Ainficet Ambaſſadeur
ayant à faire la moitié
du chemin par causenvoya
dés le 29. tous fes Equipages
par térre à Ladembourg , qui
eftjuſtement entre Manheim
&Heydelberg.
Ce meſme jour le Gouverneur
de Manheim alla luy
rendre viſite , & apprit de
luy que le lendemain à fix
heures du matin ſon deſſein
eſtoit de s'embarquer fur le
Necar pour ſe rendre à Ladembourg,
où il trouveroit
1
178 MERCURE
1
fon Train. Il prit ſes meſures
là-deſſus pour luy rendre tous
les honneurs quiluy eſtoient
deus , & le 30. à la pointedu
jour , on vit deux Regimens
d'Infanterie en bataille dans
la Place vis-à-vis le Palais
où logeoit l'Ambaſſadeur.
L'heure où il en devoit fortir
eſtant venue , le Gouverneur
ſuivi des Principaux de laNobleſſe,
l'y alla prendre pour
le conduire dans la Barque.
Le Comte de Villarmayor
s'y rendit , marchant toûjours
entre une double haye
deSoldats ſous les armes,dont
!
1
GALANT. 179
les Porte-enſeignes abbatirent
leurs Drapeaux lors qu'il
pafſoit , les Capitaines qu'ils
avoient en teſte luy ayantdéjarendu
leurs civilitez.Aprés
cela, il y cut une décharge
generale de la Moufqueterie,
qui fut ſuivie du brüit de
tout le Canon de la Place ,
qui tira trois fois. La Barque
où l'Ambaſſadeur entra, eftoit
magnifiquementtapiſſée .
Il s'y affit fur un Fauteüilde
velours vert , & ayant fait
placer les Cavaliers Portugais
qui l'accompagnoient
parhonneur, il fit entrer fes
180 MERCURE
Gentilshommes & ſes Aumôniers
. Une ſeconde Barque
fervit pour fon Maiſtre
d'Hoſtel, pour ſes pages &
fes Oficiers , & il y en eut
une troifiéme pour les Valets
de Pied & autres Gens
de Livrée.
L'Ambaſſadeur arriva fur
les dix heuresà Ladembourg,
où auſſi toſt les Bourgeois
parurent ſous les armes. Aprés
fon débarquemenr , il
fut falué par le Marechal des
Logis de laCour de S. A.E. P.
qui luy dit que s'il l'avoit a
greable , il pourroit monter
(
GALANT. 181
cheval à trois heures aprés
midy, parce que M'le Prince
Charles quidevoit venir aude
vant de luy,partiroit deHeydelberg
en ce meſme temps ,
pour le rencontrer à moitié
chemin. LeComte de Villarmayor
ayant difné , monta
dans l'un de ſes Carroffes . Il
en avoit deux entre autres
d'une tres - grande magnificence.
Celuyoù il entra, étoit
de Velours cramoiſy , mais
tout en broderie d'or , par dedans&
par dehors. Unegrofſe
campane d'or meſlée avec
de la foye grenadine de la
182 MERCURE
couleur du Velours , regnoir
tout au tour des bords de
l'imperiale. Les Rideaux é
toient de Brocard d'or. Une
cres-belle peinture donnoit
duprix au bois du corps du
Carroffe , & fur les extremitezainſi
que ſur tout le train,
eſtoitune Sculpture des plus
délicates. Enfin tout paroiffoit
tres-bien travaillé jufques
aux rouës meſmes. Ce
ſuperbe Carroſſe eſtoit tiré
parquatreChevaux ifabelle ,
dont les longs crins alezans ,
avoient eſté treſſez avec du
ruban ponceau qui faifoitun
:
GALANT 183
mélange fort agreable.Vingtquatre
Valets de Pied mar
choientde chaque coſté,& il
eſtoit fuivy de l'Eſcuyer de
l'Ambaſſadeur ,monté ſurun
cheval richement enharnaché.
Il avoit des fourreauxde
Piſtolet&une petite houffe
en broderie d'or de relief, a
vec une autre houffe plus
grande par deffous , de Velours
vert, garnie de trois laf
ges galons d'or tout au tour.
Douze Pages à cheval marchoient
derriere , portant de
parcilles houſſes deVelours ,
mais àun feul galon d'or. Le
184 MERCURE
ſecondCarroſſe ſuivoit à vui
de , encore plus magnifique
que le premier. Il eſtoit d'un
Velours bleu à fond d'or ,
garny de campanes tout or ,
avec des rideaux de meſme.
La Peinture , & la Sculpture
en eſtoient tres belles ,&faites
par deux des plus habiles
Ouvriers de l'Europe pour
les Ouvrages de cettenature.
Six Chevaux gris pommelez
à grande queuë blanche , tiroient
ce Carroffe. Je ne
dis rien de quatre autres qui
marchoient en ſuite , attelez
chacun de fix beaux
GALANT. 185
1
Chevaux noirs, dont les crins
eſtoient ornez d'une quantité
prodigieuſe de rubans. Ils étoient
remplis des Cavaliers
Portugais,& des Gentilshommes
de l'Ambaſſadeur , qui
avoient tous des habits d'une
richefſe & d'une propreté ſurprenante.
La broderie d'or
qui lescouvroit eſtoit à plein,
en forte que l'on n'en pouvoit
remarquer l'étoffe . La livrée ,
tant des Pages que desgens de
Pied & des Cochers , estoit
de drap d'écarlate fort fin ,
& garny de deux galons bleu
& argent. Ils avoient tous des
Aouft 1687.
186 MERCURE
Bas de foye , & des Chapeaux
avec de grands bords d'argent&
des tours de plumes
bleu & blanc ; & les Pages
,
avoient des Veſtes de foye
mordoré avec des galons
d'argent , que les autres n'avoientpas.
Onmarchoit en cet équi.
page , lors qu'on aperceut à
demy-licuë de Heydelberg
Male Prince Charles qui attendoit
M le Comte de Vil-
Jarmayor. Le Prince fit d'abord
tourner la teſte de ſes
Chevaux vers la Ville , afin
que leCarroffede l'Ambaffa
GALANT 187
deur ſe trouvaſt ſur la droite :
. & lors qu'ils furent affez prés
l'un de l'autre , le Prince
Charles mettant pied à terre ,
le Comte de Villarmayor en
fit autant , & s'eftant fait les
Complimens ordinaires en
ces fortes de rencontres ,
l'Ambaſſadeur entra le premier
dans le Caroſſe du Prince,&
fe plaça ſur lederriere .
Le Prince ſe mit ſur le devant
, & les deux trains s'étant
meſlez , l'on diſpoſa la
marche en cette maniere.
Un Eſcadron de Dragons,
de Monfieur l'Electeur alloit
உü
188 MERCURE
devant. Il eſtoit ſuivy d'un
grand nombre de Valets de
Pied meflez parmy des Chevaux
de main des Seigneurs
de la Cour Palatine. Aprés
venoit à cheval une Compagnie
de Gentilshommes étudians
de l'Univerſité ; puis
l'Ecurie de S. A.E. qui precedoit
pluſieurs Caroffes tant
des meſmes Seigneurs de la
Courde Monfieur l'Electeur,
que ceux deſa Maiſon , dans
lefquels eftoient les Cavaliers
&les Gentilshommes Portugais
, accompagnez d'un Offi-
Fier de S. A. E. dans chaque
T
-1
GALANT. :
5
S
189
Carroſſe. Enfuite parurent les
Trompettes & les Timbales ,
devant les Officiers & les
Gentilshommes de la Chambre
de S. A. E. tous à cheval .
Les Carroffes du Corps de
Monfieur l'Electeur ſuivirent.
Le Comte de Villarmayor
, & le Prince Charles
en occupoient le plus beau.
Au coſtédroit de ce Carroffe,
qui eſtoit le dernier de ceux
de la Cour , marchoit l'ΕΓ
cuyer de l'Ambaſſadeur à la
reſte des Pages , qui fuivoient
àune petite diſtance , & du
coſté gauche marchoit pa
190 MERCURE
reillement l'Ecuyer du Prince
, ſuivy auſſi de ſes Pages ,
lameſme choſe ayant eſtéobſervée
à l'égard des Valets de
Pied du Comte ,& de ceux
du Prince. Un Elcadron des
Gardes du Corps de S. A. E.
venoit aprés eux ; & enfin les
fix Carroſſes de l'Ambaſſa--
deur , precedant quelques
Compagnies de Dragons qui
fermoient la Marche. La Livrée
de Monfieur l'Electeur
eſtoit d'un drap bleu garny
de galons d'argent ; & les
Gentilshommes & Oficiers
de ſa Maiſon , avoient tous
GALANT. 191
des habits tres-magnifiques.
M l'Ambaſſadeur trouva
à Heydelberg dés l'entrée de
la Ville, une double hayede
Gens ſous les Armes, par toutes
les ruës juſqu'à l'entrée
du Palais , devant la Placeduquel
ily avoit un Bataillon
dont il fut ſalué par une décharge
de la Mouſqueterie.
Elle fut ſuivie d'une triple
ſalve de tout le Canon.
L'Ambaſſadeurfut receu à la
defcente du Carroſſe par les
Princes Frideric & Philippe ;
& comme Monfieur l'Elec
cur l'attendoit au haut du
192 MERCURE
premier Efcalier , il ne l'eut
pas plûtoſt apperceu qu'il
defcendit ; en forte qu'il l'aborda
lors que le Comte de
Villarmayor avoit à peine
monté cinq degrez . Il le fit
couvrir auffi -toſt , ſans qu'aucune
autre perſonne que S.
A. E. ſe couvriſt. Il luy donna
la main droite , & le fit
paſſer devant luy à l'entréede
toutes les portes qui ſe prefenterent
juſqu'au grand Cabinetoùil
le mena. Aprés qu'ils
y furent arrivez,ils s'affirent
chacun dans un Fauteüil. II
n'y avoit que ces deux Fauteüils
,
GALANT. 193
1
teüils , &Monfieur l'Electeur
donna la premiere place au
Comte. Son Excellence fit
ſes premiers Complimens ,
auſquels S. A. E. répondit en
des termes qui marquoient
beaucoup de reſpect & de
reconnoiſſance pour le Roy
de Portugal. Un peu aprés
l'Ambaſſadeur ſe leva , &
Monfieur l'Electeur le reconduiſit
juſqu'à l'entrée de
l'Apartement de Madame
l'Electrice. qui luy devoit
auſſi donner Audience. Cette
Princeffe , accompagnée de
deux Princeſſes ſes Filles ,
Aoust 1687 . R :
194 MERCURE
receut l'Ambaſſadeur à la
premiere Antichambre , &
luy offrit le pas pour entrer.
Le Comte refuſa de paſſer le
premier ,& quoy que S. A. E.
inſiſtaſt beaucoup pour l'y obliger
, il voulut avoir cette
déference pour ſonſexe.conſiderantprincipalement
qu'il
le pouvoit fans prejudicier à
ce qui estoit dû à ſon cara-
&ere , puis qu'il avoit receu
deMonfieurl'Electeur l'honneur
qu'il vouloit bien de..
ferer à Madame 1 Electrice.
Il n'y avoit point de Dais
dans la Chambre où elle le
GALANT. 195
mena, & on n'y pouvoit diſtinguer
ny la main droite, ny
la principale place. Il y avoit
- ſeulementdeux rangs de chaiſes
à l'oppoſite les unes des
autres , & ainſi Madamel'Electrice
prit place fur le haut
- bout des unes , ayant à fon
coſté les deux Princeſſes ſes
Filles , & l'Ambaſſadeur la
prit ſur le haut bout des autres
, ayant le Prince Charles
au deſſous de luy. L'Audience
finie , il ſe retira . Les Princeflès
l'accompagnerent jufqu'à
la premiere Antichambre
, & le Prince Charles a
Rij
196 MERCURE
vec les Princes ſes Freres , fuivy
de beaucoup d'autres Scigneurs
, ne le quitterent que
Iors qu'il fut dans l'Appartement
qu'on luy avoit preparé.
On avoit auſſi deſtiné
des Chambres dans le meſme
Palais pour les Cavaliers Portugais
qui accompagnoient
l'Ambaſſadeur,ainſi que pour
ſes Gentilshommes ; le reſte
deſes Gens fut diſperſé par la
Ville , maisils venoient tous
manger au Palais .
Monfieur l'Electeur nomma
le Baron de Craiter , & le
Baronde Spring , pour ſervir
GALANT. 197
l'Ambaffadeur. Ils ſe tenoient
toûjours dans ſon Antichambre
lors qu'il eſtoit
dans l'Appartement , & ils
le ſuivoientquand il en étoit
dehors . L'un avoit foin ordinairement
de luy ſervir la
Sous- coupe à table lors qu'il
vouloit boire , & l'autte de
- luy verſer de l'eau ſur les
mains , & de luy preſenter la
ſerviette.
Au fortir de l'Audience de
Madame l'Electrice, le Comte
de Caſtel , & le Grand
Marechal , vinrent trouver
M le Comte de Villarmayor,
Riij
198 MERCURE
pour luy dire que Monfieur
l'Electeur vouloit luy rendre
viſite . Ce Comte alla le recevoir
à la premiere porte de
P'Appartement qu'il occupoit,&
parce qu'il regardoit
cetAppartementcomme fon
propre Palais , il y donna la
main& l'entrée à M² l'Ele-
Aeur, le reconduiſant enſuite
juſqu'au meſme endroit , &
en la meſme maniere.
Un desjours ſuivans l'Ambaſſadeur
viſita le Prince
Charles qui l'avoit mené dans
ſon Appartement. Il l'en fit
avertir par l'un des Barons
GALANT. 199
qui eſtoient toûjours dans ſon
Antichambre , & il le trouva
qui l'attendoit à l'entrée de
fon Appartement. Le Prince
Charles ayant donné le pas au
Comte& la Place d'honneur
lors qu'ils s'affirent, le reconduiſit
juſqu'à l'endroit où il
l'avoit receu .
La nuit venuë , le Gouverneur
de Heydelberg alla demander
le mot à l'Ambaffadeur,&
les autres jours, ce fut
la Princeſſe Marie Sophie qui
ledonna , comme Reyne de
Portugal;mais le meſmeGouverneur
ne laiſſoit pas de le
R iiij
200 MERCURE
porter tous les foirs à fon
Excellence.
A l'heure du Soupé , le
Comte de Caſtel , & le Grand
Maréchal , avertirent M le
Comte de Villarmayor que
S. A. E. l'attendoit pour ſe
mettre à table , & des Pages
de Monfieur l'Electeur parurent
en meſme temps avec
des Flambeaux de cire blanche
; ils marcherent devant
luy , ce que fit auſſi l'un des
Barons , qui porta un Flambeau
d'argent avec une bougie.
L'Ambaſſadeur trouva
que Monfieur l Electeur l'artendoit,
à l'entrée de fon Ap
GALANT. 201
partement. S. A.E. luy donna
lamain droite& le pas , comme
Elle l'avoit déja fait,& luy
fit prendre la premiere place
à table . Un Seigneur duConſeil
Privé de Monfieur l'Electeur,
donna pour cette fois
à laver ,&verſa de l'eau premierement
à M l'Ambaffadeur
, & puis à S. A. E.
La Table eſtoit fous un
Dais , avec deux chaiſes ſur le
haut bout. M le Comte de
Villarmayor s'aſſit fur celle
qui estoit à main droite , &
Monfieur l'Electeur en fit
autant fur celle qui estoit à
202 MERCURE
main gauche. Les Princes ſes
Fils fuivoient des deux coſtez ,
les plus âgez precedant les
plus jeunes. L'Ecuyer Tranchant
ſervoit toûjours l'Ambaſſadeur
le premier , & enfuite
Monfieur l'Electeur.
Cette table eſtoit entourée
de tant de Nobleſſe , que l'on
ne ſe ſouvient point d'en
avoir veu un ſi grand concours
en Allemagne. Il y avoit
entre autres plus de foixante
Princes & Princeſſes ,
que la curiofité avoit attirez
de divers endroits , & quelques-
uns de ſoixante - dix
ر ب
GALANT. 203
lieuës. Ils ſe tenoient tous
debout & découverts , obſervant
ſeulement de faire mettre
devant eux de ſimples Cavaliers
pour marquer qu'ils
étoient incognito.
On but d'abord à la ſanté
du Roy de Portugal , & enfuite
à celle de l'Empereur ,
mais il falut que le Comte
de Villarmayor qui ne boit
jamais de vin , y repondift
avec de l'eau , aprés en avoir
demandé la permiffion. Il y
eutdurant le repas un concett
-de Voix & d'Inſtrumens des
plus agreables ,& lors que
204 MERCURE
l'Ambaſſadeur ſe retira, Mon
ſieur l'Electeur le conduifit
juſqu'à la p emiere porte de
l'Appartement qui luy avoit
eſtédonné , S. A. E. ſe tenant
à la main gauche du Comte ;
mais en cette occafion ainſi
qu'en toutes les autres , le
Comte de Caſtel, le Grand
Marechal & toute la Cour
ont toûjours ſuivi l'Ambaffadeur
juſqu'à la derniere antichambre
de ſon appartement.
On ſceut cettemeſme
nuit que le Comte de Martinis
venoit d'arriver en qualité
d'Envoyé Extraordinaire
GALANT. 205
de l'Empereur pour complimenter
de ſa part & de celle
de l'Imperetrice , leurs Alteſſes
Electorales , & la Princeffe
Marie Sophie ſur ſon
mariage. La haute qualité
de cet Envoyé eft connuë
de toute l'Allemagne , où
chacun ſçait qu'il eſt de
l'une des plus anciennes &
des premieres Maiſons de
Boheme . Il eut audience le
lendemain au matin,de Monfieur
l'Electeur , de Madame
l'Electrice & de la Princeffe
Marie Sophie , à laquelle
il preſenta une Bague de
206 MERCURE
grand prix que l'Imperatrice
ſa Soeur luy envoyoit. Le
Comte de Martinis parla découvert
à ces trois Audiences .
Il n'eut point de preſéance ,
& ſe retira dans la Ville
auſſi n'eſtoit-il qu'Envoyé ,
& non pas Ambaſſadeur .
Le premier jour de Juillet
M le Comte deVillarmayor
entendit la Meſſe de bon matin.
Les Aumôniers de S.
A. E. la celebrerent toûjours
dans l'appartement de ce
Comte ,qui ſe mettoit ordinairement
fur un Prié-Dieu
que l'on avoit preparé à 1
GALANT 207
i
1
cet effet , couvert d'un riche
tapis avec une Chaiſe derriere.
Il envoya enſuite l'un des
Barons qu'il avoit auprésde
luy à Monfieur l'Electeur ,
afin d'avoir audience pour
faire en ceremonie la Demande
de la Princeſſe Marie
Sophie . Cette audience luy
futaccordée en même temps,
& il trouva Monfieur l'Electeur
à la premiere porte
par où l'on entroit dans fon
appartement . S. A. E. le
conduifit à celuy de Madame
l'Electrice . Cette Princeſſe
y attendoit l'Ambſſadeur
accompagnée de la
3
208 MERCURE
Princeſſe ſa Fille , au meſme
→ endroit qu'à la premicre Audience
. Elle voulut comme la
premiere fois luy donner le
pas , mais le Comte en uſa
encore comme il avoit déja
fait , & fe contenta de marcher
devant Monfieur l'Electeur.
Il y avoit les deux
meſmes rangs de chaiſes . Madame
l'Electrice ayant la
Princeſſe Marie-Sophie à fon
coſté,ſe plaça ſur le hautbout
des unes , & l'Ambaſſadeur
prit place fur le haut bout
des autres , Monfieur l'Ele-
Acur eftant au deſſous de luy.
MoleComte de Villarmayor
ن ي ن ا
GALANT. 209
1
7
:
fit ſon Compliment ,& demanda
la Princeſſe Marie Sophie
en mariage pour le Roy
fon Maiſtre, & Monfieur l'Electeur
ayant répondu avec
des termes pleins de reſpect ,
qu'il accordoit volontiers ſa
Fille à Sa Majesté , l'Ambaffadeur
qui confidera dés lors
cette Princeffe comme Reyne
de Portugal , ſe leva , ne voulant
plus ſe trouver affis en
ſa prefence. Monfieur l'Electeur
ſe leva en meſme temps
ainſi que Madame l'Electrice
& la Princeffe ; & le Comte
pourſuivit , afſurant leursAl-
Aouft 1687 .
S
210 MERCUREteſſes
Electorales de la ſatisfation
extrême qu'auroit le
Roy ſon Maiſtre , d'avoir la
Princeſſe Marie-Sophie pour
Epouſe , à quoy S. A. E. répondit
en luy témoignant la
joye que luy cauſoit l'honneur
que cette Alliance apportoit
à ſa Maiſon.
L'Audience eſtant finie ,
Monfieur l'Electeur emmena
l'Ambaſſadeur diſner , en luy
donnant toûjours la main
droite , & luy faiſant les
meſmes honneurs qu'il luy
avoit faits le ſoir precedent.
CeDiſner ne differoitde l'auGALANT.
211
tre Repas , qu'ence que l'Envoyé
de l'Empereur ſe trouva
àTable , mais placé au defſous
de tous les Princes .
On avoit déja arreſté que
ce meſme jour , aprés diſné ,
la Princeſſe Marie-Sophie feroit
publiquement declarée
& reconnuë Reyne de Portugal.
Ainfi à l'heure priſe
pour cette Ceremonie , le
Comte de Caſtel alla avertir
l'Ambaſſadeur. Il ſortit de
fon Appartement ſuivy des
Cavaliers Portugais , de ſes
Gentilshommes & de tout
fon train, & alla chez Mon-
Sij
212 MERCURE
fieur l'Electeur. Il en fut receu
comme les autres fois à
la premiere porte , d'où S.
A. E. mena le Comte à une
grande Salle où s'eſtoit renduë
la Princeſſe Marie- Sophie.
Elle estoit ſous un Dais,
mais non pas Madame l'Electrice
qui estoit à ſa droite ,
avec les autres Princes & Princeſſes
ſes Enfans , & à la gauche
la Dame d'Honneur de
Madame l'Electrice, les Gouvernantes
des Princeſſes , la
Dame d'Atour , & les Filles
d'Honneur . Monfieur l'Ele-
Cteur mena Me le Comte de
1
GALANT.:212
:
Villarmayor juſques au bord
de l'Estrade , & Son Excellence
s'approchant davantage
, fut le premier à baiſer la
main à la Princeſſe qu'on declaroit
Reyne. S. A.E. luy fit
enfuite un Compliment , &
témoigna luy vouloir auffi
baifer la main › ce que cette
Princeſſe ne voulut point
fouffrir . Les Princes ſes Freres
•&les Princeſſes ſes Soeurs s'approcherent
d'elle pour luy
rendre ce devoir , & aprés eux
la Dame d'Honneur , & les
autres Dames , baiſant tous ſa
main avec cette difference des
214 MERCURE
Portugais,que ceux-cy le font
enmettant un genoüil à terre
, comme il ſe pratique entre-
cux , au lieu que les autres
exprimerent leurs reſpects
d'une autre maniere , lagenuflexion
n'eſtant pas d'uſage
enAllemagne , non pas mefme
à la Cour de l'Empereur.
Aprés les Dames, ſuivirent les
Cavaliers Portugais , le Secretaire&
les Gentilshommes de
l'Ambaſſade . Les Seigneurs ,
ainſi que la principale Nobleffe
de laCour Palatine, s'avancerent
à leur tour ,& enfinlesPagesde
l'Ambaſſadeur.
GALANT. 25
Cette ceremonic achevée ,
Monfieur l'Electeur donna
la main à la Princeſſe ſa
Fille ,dont la queuë étoit
portée par la Princeſſe Dorothée
ſa Soeur , & M le
Comte de Villarmayor offrit
la ſienne à Madame l'Ele-
Ctrice . On marcha de cette
forte juſques à l'Appartement
de la Princeffe , qui étoit
le plus beau , & le plus
fuperbement meublé de tout
le Palais . Lors qu'on y fut arrivé,
l'Ambaſſadeur luy remit
entre les mains les Pierreries
dont eſtoit compofé le riche
216 MERCURE
:
こ
Preſent quere Roy ſon Maître
luy faifoit . Son Excellence
ſe retira enſuite à ſon Appartement
, accompagnée de
Monfieur l'Electeur en lamaniere
ordinaire .
Peu de temps aprés , le
Comte de Caſtel , & le Grand
Mareſchal luy vinrent dire
que S. A. E. l'attendoit pour
le divertiſſement de la Comedie.
Il fortit , & trouva
Monfieur l'Electeur à la porte
de fon Appartement , d'où
ils allerent enſemble à celuy
de la Princeſſe Marie-Sophie ,
le Comte ayant toûjours la
main
GALANT. 217
main droite . Monfieur l'Electeur
prit la main à la Princeſſe
ſa Fille , l'Ambaſſadeur
prit celle de Madame l'Ele-
Etrice , & ils marcherent vers
une Tribune qui répondoît
au grand Salon où eſtoit le
Theatre, Pluſieurs Balcons
que l'on avoit pratiquez ſur
les coſtez pour y placer la
Cour& les Princes Etrangers,
y répondoient de la meſme
forte. L'Ambaſſadeur avoit
déja veu cette Tribune , lors
qu'avant que de faire fon
Entrée , il alla incognito àHeydelberg
; & comme il avoit
Aust 1687.
T
218 MFR CURE
-déclaré dés lors qu'il ne vou-
-loit jamais eftre affis en prefence
de la Reyne , ny dans
les lieux où elle ſe trouveroit,
on fut obligé de diviſer la
Tribune parune cloifon.Ainſi
elle fut ſeparée en deux,
& la Princeſſe qui avoit eſté
déja declarée Reyne , occupa
dans l'une la premiere place ,
ayant avec elle Madame l'Electrice
& les Princeſſes ſes
Soeurs ,& l'Ambaſſadeur entradans
l'autre avec Monfieur
l'Electeur. Ils furent tous
deux aflis dans des Fautcüils ,
Ie Comte à maindroite. C'é
GALANT. 219
toit une Comedie Italienne
qui repreſentoit l'édification
de Lisbonne , d'où l'on defcendoit
par tous les Siecles
qui l'ont ſuivie , pour venir
donner des applaudiſſemens
au mariage qui ſe devoit faire
lejour ſuivant. La Piece eſtoit
fort longue , ce qui fut cauſe
qu'on en laiſſa la moitié pour
un autre jour. Cette premiere
partie finit par un Balet ,
où les Princes danſerent mafquez.
Aprés ce Divertiſſement,
la Princeſſe , l'Ambaffadeur
,& leurs Alteſſes Elec
torales ſe retirerent dans le
Tij
220 MERCURE
meſme ordre qu'ils eſtoient
venus . L'Ambaſſadeur ne fut
pas plûtoſt rentré chez luy ,
que les Princes Frideric &
Philippe l'y viſiterent. Il leur
rendit la viſite peu de temps
aprés.
Le ſoir de ce meſme jour ,
la Princeſſe ſoupa en particulieravec
leursAlteſſes Electorales
, & l'Ambaſſadeur qui
avoit les Princes avec luy ,
ſoupa en public dans ſonAppartement.
On luy fit de
grandes inſtances pour l'obliger
à manger avec la Princeffe
,& on voulut luy perGALANT.
221
fuader qu'il le pouvoit faire
puis qu'il repreſentoit leRoy
ſon Maiſtre; mais ſon Excellence
a toûjours cru ne pouvoir
mieux marquer ſon profond
reſpect pour une Princeffe,
declarée ſaReyne,qu'en
refuſant toûjours de prendro
place à ſaTable. Le matin du
jour ſuivant, ilne fortit point
de fon Appartement,&aprés
qu'il y eut diſné , accompagnédesPrinces
comme à l'ordinaire
, il vit entrer deux
des principaux Miniſtres de
Monfieur l'Electeur , qui luy
apportoient le Preſent que
Tiij
222 MERCURE
S. A. E. luy faiſoit. Il eſtoit
compofé d'une Table , de
deuxGueridons , de fix Plaques
, d'un Luftre à ſeize
branches , & de deux Vaſes
pour mettre des fleurs , le tout
d'argent , & d'un travail admirable.
Ce mefme jour ayant eſté
pris pour faire à l'Egliſe la
celebration du Mariage , le
Prince Charles ſuivy de toute
la Cour , magnifiquement parée
, alla prendre l'Ambaſſadeur
ſur les cinq heures du
foir pour l'y conduire. Son
Excellence avant que d'y al
GALANT. 223
ler fit prendte une nouvelle
livrée à ſes Gens. Elle estoit
ſi éclatante qu'on en a veu
fort peu de pareilles . Les
- Jufte-au- corps de ſes vingtquatre
Valetsde Pied, étoient
de Velours vert , chamarrez
de deux galons or & argent
fort larges , & doublez de
Tabis incarnat. Ils avoient
des Bas de ſoye auſſi incarnat
, & des Chapeaux bordez
d'une large dentelle or & argent
, avec des tours de plumes
incarnat & blanc. Les
douze Pages estoient vêtus
en manteau & en pourpoint.
1
Tiiij
224 MERCURE
Les manteaux & les haut-dechauſſes
eftoieut de brocard
d'or à fond vert , & garnis de
trois rangs de Point d Eſpagne
or & argent , & la doubleure
des manteaux eſtoit de
tabis incarnat àfond d'argent .
On avoit fait les pourpoints
de brocard d'or à fond incarnat
,& on les avoit garnis du
mêmePointque les manteaux
& les haut-de-chauſſes . Ces
Pages avoient des Bas de foye
incarnat brochez d'or , des
Caſtorsavec de grands bouquets
de plumes , & des gans
garnis auffi de Point d'Eſpagne
or & argent.
GALANT. 225
.
Les Cavaliers & les Gen-
د
eurent
tilshommes Portugais , qui
avoient déja paru fous des
habits magnifiques
de la peine à enfaire faire de
plus riches;mais ils en vinrent
about , n'ayant épargné aucune
dépenſe ,& ils ſe montrerent
dans des ajuſtemens
encore plus fuperbes qu'ils
n'avoient faitle jour de l'Entrée.
r
Pour M² l'Ambaſſadeur
qu'on n'avoit encore veu
qu'en Juſte- au- corps , il jugea
devoir aſſiſter en manteau
ala grande fonction qu'ilal
226 MFRCURE
loit faire ,& l'on peut dire
que & ſon habillement eſtoit
riche , il n'en paroiſſoit pas
moins modeſte .
Environné de tant de magnificence
il ſe diſpoſa àpartir
,& l'on commençala marche
en cet ordre . Les Valets
de Pied de la Cour s'avancerent
les premiers , & furent
ſuivis de ceux de l'Ambaffadeur.
Les Pages de Monfieur
l'Electeur marcherent
de aprés , precedant ceux
Mr le Comte de Villarmayor .
Enfuite parurent les Gentilshommes
& les Cavaliers de
>
GALANT. 227
la Cour Palatine ; & ils é
toient ſuivis des Cavaliers &
des Gentilshommes de l'Ambaſſade.
Ceux-cy precedoient
immediatement l'Ambaſſadeur&
lePrinceCharles qu'on
voyoit derriere cette Troupe
, ayant tous deux le chapeau
à la tefte , toute la Nobleſſe
marchant découverte.
On avoit pratiqué une efpece
de Galerie qui regnoit
depuis la grande Porte du
Palais , dont on traverſoit
la Court juſqu'à l'entrée de
la Chapelle. Cette charpente
étoit couverte par le haut;
4
228 MERCUR F
mais découverte par les côtez
, en ſorte qu'on pouvoit
étre veu de tout le monde ,
& particulierement d'un
Regiment d'Infanterie qui
étoit ſous les Armes dans la
court. La Chapelle étoit
toute tapiſſée ; mais ornée
fur tout de pluſieurs Balcons
remplis"des Princes
& des Seigneurs Etrangers.
On avoit preparé vis-à- vis
le Grand Autel deux Prié-
Dieu , couverts de brocard
d'or , l'un pour la Princeſſe ,
l'autre pour l'Ambafladeur ,
& il y avoit du coſté de l'EGALANT.
229
vangile deux Chaiſes de Velours,&
un banc devant couvert
de la meſme étoffe .
L'Ambaſſadeur prit place fur
la premiere ; le Prince Charles
s'affit fur la ſeconde , l'un
&l'autre en attendant laPrinceffe
, que toute la Cour de
S. A. E. eſtoit allée queriraprés
avoir conduit l'Ambaf
fadeur à l'Eglife. La Princeffe
y arriva , accompagnée de
tous les Princes & de toutes
les Princeffes de la Maiſfon
Electorale . Monfieur l'Electeur
la menoit par la main ,
la Princeffe Dorothée ſaSous
230 MERCURE
portoit la queuë de ſa mante ;
& fi-toſt qu'elle parut , l'Ambaſſadeur
ſe leva , & alla la
joindre pour la ſuivre. Cette
Princeſſe ſe mit au Prie-Dieu
de la main droite , & l'Ambaſſadeur
à l'autre . Monfieur
l'Electeur & Madame l'Electrice
occuperent les deux
Chaiſes , où l'Ambaſſadeur &
le Prince Charles s'eſtoient
mis d'abord . Les autres Princes
& Princeſſes ſe placerent
de l'autre coſté , tous debout
ou à genoux ſelon les occurrences
, perſonne ne s'eftant
affis depuis l'arrivée de la
GALANT. 231
Princeſſe dans l'Eglife. Chacun
ayant pris fa place , l'Eveſque
Coadjuteur de celuy
de Spire fortit de la Sacriftie
en Habits Pontifi
caux ,& fit la Ceremonie du
mariage felon la Coûtume
de l'Egliſe Romaine. On entendit
auffi toſt aprés une
décharge de toute l'Infante.
rie , & un tonnerre de coups
de Canon , tout le Canon de
la Ville ayant tiré par trois
fois de ſuite. La Reyne ſe
retira au milieu d'un bruit
confus de Trompetes , & de
cris d'acclamation que cha
232 MERCURE
cunpouffoit.Monfieur l'Ele.
Eteur la remena , & M l'Ambaſſadeur
prit la main àMadame
l'Electrice. La Reyne
de Portugal étant de retour
à ſon Appartement , Male
Comte de Villarmayor &
tous les Portugais eurent
l'honneur de luy baifer la
main , & M² l'Electeur accompagna
l'Ambaſſadeur à
ſon retour , ainſi qu'il avoit
accoutumé.
L'heure de ſouper eftant
venuë , le Comte de Caftel &
le Grand Maréchal allerent
avertir l'Ambaſſadeur que les
GALANT. 233
:
Princes l'attendoient pour ſe
mettre à table , & qu'onl'avoit
dreffée dans une chambre
qui en joignoit une autre
où la Reyne devoit fouper
en public , afin qu'il pût
partaget le plaifir de la Muſique
, car comme je vous l'ay
dit,l'Ambaſſadeur n'a jamais
voulu manger , ny à la Table
de Sa Majesté , ny dans la
meſme chambre. La Reyne
eſtoit à table ſous un Dais ,
ayant à ſa droite Monfieur
l'Electeur & Madame lElectrice
, & les Princeſſes
Marianne & Dorothée à ſa
Aouft 1687 . V
وف
234 MERCURE
gauche. L'Ambaſſadeur occupoit
le haut bout de la
fienne , & les Princes ef
toient affis des deux coſtez ,
ſe precedant les uns les autres
ſelon le rang de leur
naiſſance . Le Comtede Martinis
Envoyé de l'Empereur
eſtoit à la meſme table, mais
aprés les Princes. Le lendemain
3. de Juillet le Comte de
Caſtel vint prier l'Ambaſſadeur
de la part de S. A. E.
de vouloir bien aſſiſter àune
Grande Meſſe , que l'on alloit
celebrer en action de graces
du Mariage. Monfieur l'EL
GALANT. 235
*
lecteur l'attendoit à l'ordinaire
à l'entrée de ſon appartement
, d'où il le mena
àceluy de la Reyne. Madame
l'Ele rice s'y trouva ,
& toute la Cour prit le chemin
de la Tribune qui repond
à l'Eglife. Il fallut encore
y faire une ſeparation ,
comme on avoit fait à la
Comedie La Reyne de
Portugal avec Madame l'Electrice
& les Princeſſes , fe
plaça d'un coſté ,& l'Ambaffadeur
de l'autre avec Mon
ſieur l'Electeur. L'Ambaſſadeur
qui avoit la main droi
Vij
236 MERCURE
te, fut auſſi encenſé le premier
, & l'on preſenta la Patene
à ſon Excellence, avant
que de la porter à S. A. E.
La Meſſe finie , Monfieur
l'Electeur remena la Reyne
à fon appartement, & conduifit
l'Ambaſſadeur juſqu'à
l'entrée du ſien , & peu aprés
les Princes, allerent diſner
avec fon Excellence , & la
Reyne mangea ce jour-là &
tous les ſuivans en particulier
avec leurs Alteſſes Electorales.
Sur les quatre heures, l'Ambaſſadeur
ayant eſté averti
1
GALANT 227
i
par le Grand Maiſtre de la
Maiſon de Monfieur l'Electeur
, que ce Prince l'attendoit
pour aller entendre l'autre
moitié de la Comedie , on
alla prendre ce divertiſſement
dans le meſme ordre que
l'on avoit déja obſervé. La
Comedie ſe termina par un
Balet , où les trois Princes&
les trois plus jeunes Princefſes
danſerent . Ils eſtoient vef
tus en Bergers & en Bergeres
fort richement & fans mafques.
La danſe finie , ils allerent
baifer la main à la Reyne
,pour luy témoigner que
238 MERCURE
cette rejoüiſſance n'avoit autre
but que le divertiſſement
de Sa Majefté. Elle s'en retourna
à ſon Appartement ,
& l'Ambaſſadeur aprés l'y
avoir ſuivie , fut reconduit au
fien. Il y ſoupa le ſoir comme
à l'ordinaire avec les
Princes .
Le matin du 4. l'Ambaſſadeur
ne fortit point de fon
Appartement; les trois Princes
s'y trouverent à diſné ,&
acinq heures le PrinceCharles
accompagné de toute la
Cour alla le prendre pour le
conduire à l'Audience de
GALANT. 229
congé qu'il avoit demandée.
Monfieur l'Electeur l'attendoit
ainſi que toutes les
autres fois à l'entrée de ſon
Appartement , d'où il le mena
dans ſon grand Cabinet
avec les honneurs accouſtumez.
L'Audience eſtant finie,
S. A. E. tira de fon doit une
Bague d'un gros diamant ,
qu'elle donna à M l'Ambafſadeur
, le priant de le garder
, & de ſouvenir d'Elle .
Monfieur l'Electeur le mena
enfuite à l'audience de Madame
l'Electrice , qui accompagnée
des Princeſſes ſes
240 MERCURE
Filles l'alla recevoir & le conduifit
dans la mesme Chambre
,où elle l'avoit déja receu.
Les choſes s'y paſſerent
comme les deux autres fois ,
&aprés cela Monfieur l'Ele-
Eteur accompagna le Comte
de Villarmayor juſqu'au dernier
eſcalier . Il en defcendit
quelques degrez, &y demeura
juſqu'à ce qu'il vit l'Ambaſſadeur
monté en caroſſe .
Les Princes Frederic & Philippes
le conduifirent jufqu'à
la portiere , & n'en partirent
que quand les chevaux
commencerent à marcher . Le
Prince
GALANT. 241
Prince Charles entra dans
le caroſſe avec l'Ambaffadeur
; & ſe plaça ſur le devant
comme il avoit fait le
jour de l'entrée. On obferva
les meſmes ceremonies , tant
pour le nombre de Caroffes,
& la Cavalerie , que pour les
Gardes du Corps , & les Dragons
qui precedoient ou fuivoient.
Ily eut mefme Correge
, & toute la Maiſon de
Monfieur l'Electeur alla conduire
l'Ambaſſadeur juſqu'au
meſme lieu où elle l'avoiteſté
prendre.c'eſtà dire, à demy -
licuë de la Ville.
Aoust 1687. X
L
242 MERCURE
Quand on s'y trouva , M
leComte de Villarmayor mit
pied à terre pour entrer dans
fonCaroffe , ce qu'il fit aprés
des complimens reciproques
du Prince Charles , qui ne
voulut pas rentrer dans celuy
où il eſtoit venu , que le
Comte ne fuſt dans le ſien ,
ny partir qu'il ne l'euſt veu
s'éloigner. Si toft que l'Ambaſſadeur
approcha de Manheim,
&qu'il en eutdécouvert
les murailles , il fut falüé
d'une triple décharge de
tout le Canon. Il trouva le
Gouverneur hors les Portesde
GALANT. 243
:
laVille , où il le receut à la
teſte de ſa Garniſon. Comme
ileſtoit déja nuit , fix Pages
de M. l'Electeur ayant chacun
un flambeau de cire blan
che à la main , marcherent
devant l'Ambaſſadeur juſ
qu'au Palais qui luy eſtoit
preparé. Le meſmeGouver
neur luy vint demander le
mot,& il fut traité comme à
Heidelberg, durant les qua
treou cinqjours qu'il ſejour
na à Manheim avant que de
pourſuivre ſa route vers la
Hollande , pour s'y embarquer
, & accompagner la
Xij
244 MERCURE
Reyne en Portugal.
Vous ſçavez ,Madame, que
depuis quelques années,M² le
Comte de Konigſmarck eft
au ſervice des Venitiens , où
il a fait voir beaucoup d'experience,
devaleur&de conduite.
Le Roy de Suede qui
le confidere ,luy ayant mandé
de revenir, leDoge a écrit
la Lettre ſuivante à SaMajefté
Suedoiſe. Je vous l'envoye
dans les meſmes termes qu'on
la receuë icy de Stocholm
traduite en noſtre Langue.
GALANT. 245
}
t
Autres-illustre & tres-puif-
Sant Seigneur , Charles ,
par la grace de Dieu Roy
de Suede , des Gots
VVandales , &c. Se recommande
Marc-Antoine
Justiniani ,par la mesme
grace Duc de Venise , qui
luyfouhaite toutefortede
profperité.
Le General Konigsmarek
a fait voir une fi belle &fi particuliere
conduite , & témoigné
tant d'experience dans les Campagnes
qui sefont faites en Levant,
avec des fuccés heureux
avantageux pour le ſervice
X iij
246 MERCURE
de toute laChreſtienté, que dans
le granddeffein que l'on a formé
pour la commune utilitédu Chriftianiſme
, il luy appartient une
tres - loüable & tres - confiderable
part de la gloire que l'on a
fujet d'en efperer. Son merite
fingulier éclate avec tantdeforce
, qu'il en rejallit des rayons
fur vostre Majesté, qui a confenty
avec tant de generositéà
nous ceder un Sujetfi remply de
grandes qualitez , &fi digne
d'une haute eſtime . Nous en recevons
un tres - grand fecours ,
dont Ellese prive cependant en
ſa perſonne, en nous le laiſſant
GALANT. 247
dans ces preſentes conjonctures ,
favorables pour abattre & ameantir
l'insupportable orgueil
des barbares Othomans . Comme
donc nous avons eu beſoin du
grand appuy dudit Seiqueur
Comte, que nous l'avons demandé
& obtenu , & que nous en
avons reffenty les bons effets
plus d'une fois , pour arriver à
une fin heureuse of defirée, nous
avons cette confiance en V.M.
que ſelon ſa haute bonté accoutumée
, Elle voudra bien permettre
audit Seigneur Comte , comme
nous l'en fupplions , de continuer
dans l'employ qu'il ſoû-
1
X iiij
248 MERCURE
tient avec tant de gloire &tant
d'applaudiffement . Le zele ar
dent &divin qui accompagne le
courage heroïque de V.M. bril
lera d'autant plus purement &
plus loin , que par ce moyen
V.M. marquera combien Elle est
touchée de la gloire de Dieu,
des interests de noftrefainte Foy,
qu'Elle prend beaucoup plus à
caur, que tout le reſte des autres
affaires du monde . L'obligation
que nous en aurons àV.M.fera
gravée à jamais dans nostre memoire
, pour en conferver un
éternel ſouvenir, &chercher en
toutes fortes d'occaſions tous les
GALANT. 249
moyens d'y répondre par les mouvemens
d'une exrrême & tresintime
affection , d'estime de
respect de tout noftre coeur. Sur
ce ,nous souhaitons àV.M. une
fantéparfaite qui ſoit de longue
durée , &que tout fuccede àfes
defirs. Donné en noſtre Palais
Ducal le 17. Mars 1687. Signé,
Giovanni-Baptifta Nicolofi,
Secretaire.
r
Lechoix que le Roy a fait
de la Perſonne de M² Morand
, pour remplir la place
de Premier Preſident au Parlement
de Toulouſe , a donné
250 MERCURE
une ſi juſte prévention pour
le merite de ce digne Magiftrat
, que tous les Ordres de
la Ville l'ayant attendu avec
impatience , ont fait connoitre
à ſon arrivée que la joye
de le recevoir eſtoit auffi
grande que ſincere. Les Bourgeois
prirent les armes au
nombre de quatre mille hommes
, par l'ordre des Capitouls
, ſous le commandement
de Mº de Paques-la-
Caſagnere,l'und'entre-eux,&
marcherent le 13. de Juillet
en fort bon ordre , avec leurs
équipages portez ſurdes cha-
3
r
GALANT 251
riots & par des Mulets , hors
de la Porte du Chaſteau- Narbonnois.
Ils y formerent un
Camp à la portée du Canon
de laVille ,& ſous les Tentes
que l'on y dreſſa ſe trouverent
toutes fortes de rafraîchiffemens
, avec autant de delicateſſe
que d'abondance . L'affluence
des peuples fut ſi
grande , que M Morand,pour
leur donner le loiſir de défi
ler , fut obligé de s'arreſter à
l'entrée du Gardiage , dans la
maifon de M Mariotte , Secretaire
des Etats de Languedoc
qui le regala magnifique252
MERCURE
4
ment àdîner , ainſi que toute
laNobleſſe dont il vint accompagné.
Sur les fix heures
du foir , il arriva à la Porte
du Chaſteau - Narbonnois ,
ayant toûjours marché avec
un Cortege de prés de deux
cens Caroffes des Perſonnes
qualifiées de la Ville , qui
eſtoient allées au devant de
luy,& au milieu d'une double
haye de Soldats. Les Capitouls
reveſtus de leurs robes
rouges , le complimenterent
de nouveau à l'entrée
de cette Porte , aprés quoy
ils monterent dans fon Ca
GALANT. 253
roſſe, qui fut précedé dans la
marche par la Compagnie du
Prevoſt des Marchands , par
celle du Guet , & par les
Trompettes & les Hautbois
de la Ville , au milieu d'une
foule incroyable de perſonnes
de toutes fortes de conditions
, juſqu'à la maiſon de
M Mariotte , au quartier de
S. Eſtienne , qui avoit eſté
deftinée pour ſon logement ,
commeune des plus propres
&des plus commodes de la
Ville. Cette journée ſe termina
par un Feu d'artifice &
par une Illumination de tou254
MERCURE
r
te cette maiſon& du jardin ;
& aprés que M' Morand eut
receu pendant les deux jours
ſuivans les complimens de
tous les Ordres & de toutes
les Communautez Ecclefiaſtiques
de la Ville, tant Seculieres
que Regulieres , le
Parlement le mit en poffeffion
de la Charge de Premier
Preſident, où il ſe fit
admirer par ſa bonne grace
, par ſes manieres engageantes&
honneftes , & par
Péloquence du diſcours qu'il
prononça.
Les nouvelles publiques
GALANT. 255
vous auront appris la mortde
Madame la Ducheſſe deModene.
Elle s'apelloit Laura
Martinozzi , & eſtoit Fille du
Comte Jerofme Martinozzi
& de Marguerite Mazarin
Soeur aifnée de feuM leCar
dinal Mazarin . Anne Marie
Martinozzi Princeſſe de Conty
, Mere de Monfieur le
Prince de Conty , cy- devant
Prince de la Roche-fur-Yon,
eſtoit ſa Soeur. Cesdeux Prin
ceffes ont mené une vie tres
exemplaire & remplie de
pieté. Madame la Ducheffe
deModene estoit à Rome où
(
256 MERCURE
elle faifoit baſtir un Monaftere
qu'elle a fondé pour les
Religieuſes bleuës de l'Annonciade.
Elle y eſt morte
le 19 du mois paſſé,aprés avoir
receuſes Sacremens avec toute
la reſignation qu'on peut
attendre d'une perſonne qui
s'eſtoit toujonrs attachée uniquementà
ce que Dieu vouloit
d'elle . On l'a enterrée
fans ceremonie en l'Egliſe de
Saint Charles aux Quatre-
Fontaines , ainſi qu'elle l'avoit
ordonné par fon Teftament
. Elle avoit épousé en
1655. Alphonse IV. Duc de
GALANT. 257
Modene & de Reggio , qui
mourut le 16. Juillet 1662. la
laiſſant Mere de la Princeffe
Joſephe-Marie d'Eſt , aujourd'huy
Reyne d'Angleterre ,
& de François II. Duc de
Modene & deReggio , Marquis
d'Eft , Prince de Carpi ,
né le 6. Mars 1662. Le 10. de
ce mois , Mt l'AbbéRizzini ,
Envoyé extraordinaire de
Modene , eut audience du
Roy ,&preſenta à Sa Majefté
des Lettres du Duc de Modene,
par leſquelles il luy donnoit
avis de la mort de cette
Ducheffe. La Cour enaprisle
Aoust 1687.
1
258 MERCURE
deüil. Modene fut érigée en
Duché l'an 1452. par l'Empereur
Frideric III. en faveur
de Borſo d'Eſt , que le Pape
Paul II. fit Duc de Ferrare
en 1471. Hercule I. fon Frere
luy fucceda , & fut Duc de
Ferrare , de Modene, de Reggio
, &c. en 1478. Il eut pour
Fils Alphonse I. qui eftant
mort en 1534. laiſſa Hercule
II. Duc de Ferrare & de
Modene. Ce dernier époufa
Renée de France , Fille de
Loüis XII. & d'Anne de Bretagne
, dont il eut Alphonſe
II. & eftant demeuréveuf,
GALANT. 259
:
il épouſa une de ſes Maiſtrefſes
appellée Laura Euſtochia .
De ce mariage fortit un autre
Alphonse , Pere de Cefar
d'Eſt , lequel aprés la mort
d'Alphonſe II . fon Oncle, qui
ne laiſſa point d'Enfans , pretendit
heriter de ſes Etats ,
mais le Pape Clement VIII.
s'eſtant rendu Maiſtre de Ferrare
, il ſe contenta de Modene
& de Reggio , par le
Traité qui fut fait en 1598. Il
mourut en 1628. laiſſant de
Virginie de Medicis Alphonſe
III . Duc de Modene & de
Reggio. Ce dernier mourut
Yij
260 MERCURE
en 1634. & fut Pere de François
1. né en 1610. auquel il remit
ſes Etats en 1629. pour
prendre l'habit de Capucin.
François épouſa en 1650. Marie
, Fille de Rainuce Farnefe,
Duc de Parme.De ce mariage
vint Alphonſe IV. qui fut
Duc de Modene en 1658. &
mourut, comme je l'ay déja
dit , en 1662. Il eſtoit Pere de
François II . aujourd'huy Duc
Duc deModene .
r
On a eu avis que M' le
Chevalier deHumieres , Bailly
, Grand- Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ou
GALANT. 261
?
de Malthe , y estoit mort le
18. de l'autre mois Il eſtoit
Frere de M le Maréchal de
Humieres , grand Maiſtre de
l'Artillerie . Tout le monde a
eſté ſurpris de cette mort. II
y avoitquelques années qu'il
eftoit incommodé de vapeurs.
Le 14. de Juillet il ſe
fentit une fort grande envie
de vomir qui continua le 15.
Le lendemain il alla faire ſes
devotions , & communia au
Convent des Auguftins , ce
qu'il avoit accoûtumé de
faire deux fois toutes les ſemaines
avec une pieté qui é
262 MERCURE
difioit tous ceux auſquels il
donnoit ce bon exemple . Les
deux jours ſuivans il ſe promena
par la Ville à fon ordinaire,
& le ſoir du 18. il ſe
coucha , aprés avoir mangé
fort legerement. Un peu aprés
il ſe ſentit la mefme envie
de vomir . On appella le
Chirurgien qui l'obligea de
ſe promener dans ſa Chambre.
S'eſtant ſenty foible , &
ayant dit qu'il ne ſe trouvoit
plus de poux , il tomba mort
fur les bras du Chirurgien ,
qui luy prenoit la main pour
Pobſerver. Il a eſté regreté
GALANT. 262
)
generalement dans toute l'Ifle,
& fur tout des Pauvres ,
auſquels il faifoit diftribuer
tous les mois deux cens écus.
Le Theriaque eſt un remede
ſi ſouverain pour les maux de
coeur , qu'il eſt à croire qu'il
auroit eſté beaucoup foulagé
s'il en euſt pris , & meſme
qu'on auroitpû luy ſauver la
vie. Veniſepouvoit ſe vanter
autrefois de nous fournir cet
admirable remede , mais depuis
que Me de Rouviere en
a fait publiquement à Paris ,
.on a connu qu'il n'y avoit
nulle difference entre celuy264
MERCURE
4
là , & le Theriaque qu'il diſtribuë
. On s'en est fi bien
trouvé , qu'il a debité en
deux années ce qu'il croyoit
luy en devoir durer dix ou
douze. Ainfi il ſe prepare à
en faire de nouveau.
Je vous ay ſouvent parlé
de M' Parifot de S. Laurent ,
fous-Gouverneur , & Precepteur
de Monfieur le Duc de
Chartres , & cy-devant Introducteur
des Ambaſſadeurs
auprés de Monfieur. Il mourutſubitementà
Versailles le
3. de ce mois , âgé de ſoixante .
& quatre ans . C'eſtoit un
homme
GALANT. 265
homme d'une profonde érudition
, ennemy du faſte , &
auſſi modeſte qu'il eſtoit ſea
vant. Il eſtoit extrémement
conſideré de fon Alteſſe
Royale , & fort aimé de tous
les honneſtes gens qui connoiſſoient
fon merite.
r
Il s'eſt fait depuis peu un
mariage qui merite bien d'entrer
dans les nouvelles dont
j'ay accoûtumé de vous faire
part. C'eſt celuy de M' le
Comte de S. Chamant. Il a
épousé Mademoiselle de
Chaſtelus , Fille aiſnée de M
le Comte de Chaſtelus . Vous
Aoust 1687.
Z
266 MERCURE
ſçavez , Madame , quelle eſt
la Nobleſſe & l'ancienneté de
cette Maiſon , dont je vous
ay entretenue en pluſieurs
rencontres , & vous n'aurez
pas fans doute oublié ce que
je vous en dis , lors que ce
Comte ,qui par un privilege
particulier accordé àfes Anceftres
, eſt Chanoine né de
l'Eglife Cathedrale d'Auxerre
, ſe trouva avec ce Corps
dans le temps qu'il eut l'honneur
de recevoir le Roy, qui
paſſa par cette Ville il y a
quelques années , en faiſant
fon Voyage de Bourgogne.
وہ
GALANT: 267
L'équipage dans lequel il y
parut , conſerve à cette Maiſon
le ſouvenir des ſervices
importants qu'elle a autre+
fois rendus auChapitre d'Auxerre
,&à toute la Province,
Ce fut le 25. du mois dernier
que se celebra ce mariage
dans la Paroiffe de
Chaſtelus . Mademoiſelle de
Chaſtelus eftant niepce de
Mª de Barillon , Ambaſſadeur
pour le Roy en Angleterre
, & de M' l'Eveſque de
Luçon , ce Prelat en fit la
ceremonie. Comme Mr de
Chaſtelus eſt Seigneur , non
Zij
268 MERCURE
ſeulement de ce lieu , mais de
pluſieurs autresde laProvince,
où ſon merite le fait generalement
aimer , tous les Habitansdes
environs voulurent
contribuer à la folemnité de
ce mariage , & particulierement
ceux de laVille d'Avalon.
Ils ſe mirent ſous les
Armes au nombre de quatre
cens hommes, &ſe rendirent
au Chafteau de Chaſtelus , le
matin du jour que l'on avoit
deſtiné pour cette ceremomonie.
Eftant arrivez , ils
commencerent par une décharge
generale , qu'ils reiGALANT.
269
tererent pluſieurs fois juſqu'à
ce qu'il falut aller à l'Eglife .
Ilsy conduifirent Mademoifelle
de Chaſtelus dans une
double haye , ayant tous pris
des rubans de la couleur des
Mariez,& continuerent leurs
décharges pendant que l'on
fit le mariage. Apres que la
Meſſe fut finie , toute l'Af
ſemblée ſe rendit au Chaf
teau au bruit des Tambours,
des Fifres & des frequentes
decharges de Mouſqueterie .
On y avoit preparé un magnifique
repas , qui fut ſervy
avec toute la propreté ima-
-
Ziij
270 MERCURE
ginable. La Feſte fut continuée
pendant pluſieurs jours
avec la meſme magnificence ,
la Nobleſſe y eftant venuë de
toutes parts complimenter
ces illuſtres Mariez.
J'ay à vous parler d'Alep ,
non ſeulement pour vous
dire qu'on y a rendu graces
à Dieu de la gueriſondu Roy,
mais pour vous apprendre
une choſe que vous trouverez
fort importante pour
noſtre Religion. La nouvelle
de la Santé rétablie de ce
grand Monarque , y ayant
eſté portée , M Julien de
GALANT.: 271
Marseille , Conſul de la Nation
Françoiſe , fit auffi-roſt
aſſembler chez luy les Fran .
çois , les Hollandois , & tous
ceux qui ſont ſous la protection
de Sa Majesté en ce
Pays-là. On expoſa le S. Sa
crement dans ſa Chapelle , &
aprés une grand' Meſſe ſolemnellement
chantée , à laquelle
il ſe trouva , aſſiſté des
quatre Ordres des Miffionnaires
, & qui fut ſuivie du
Te Deum. Il regala magnifiquement
les plus confiderables
de cette Aſſemblée. La
Table fut de quarante-fix
Z iiij
272 MERCURE
Couverts. Il envoya àchaque
Ordre des Miſſionnaires un
Baffin de gibier & de volailles
, & aux Peres Carmes du
poiſſon , afin que chacun partageaſt
ſajoye.Quelquesjours
aprés ,M' Julien ayant trouvé
de la diſpoſition à pouvoir
unir le Patriarche Grec , се-
luy des Suriens , & l'Eveſque
des Maronites , que la difference
de leur Religion avoit
diviſez depuis plus d'un fiecle,
il pria le Pere Deſchamps,
Superieur des Jeſuites, de ſe
joindre à luy pour le deſſein
qu'il avoit , & les foins & les
GALANT. 273
1
inſtructions de l'un &de l'au
tre eurent un ſuccés ſi favorable
, qu'ils les obligerent à
faire abjuration de leur herefie
. Ainfi s'eſtant tous trouvez
chez M le Conful , ils
y entendirent la Meſſe du
Pere Deſchamps , qui leur
fit enſuite un tres-beau dif
cours en Langue Arabe , fur
leurunion à la Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine
, à laquelle ils avoient
donné leur confentement.
Cela fut ſuivy d'un repas fort
fomptueux . La Feſte fut fi
extraordinaire, tantpar ladé
274 MERCURE
penſe qui fut faite , que par
I'Aſſemblée generale de tous
ces Prelats , qu'on ne ſe ſouvenoit
point d'avoir veus enſemble
, que tout le Peuple
en eſtoit dans une extrême
ſurpriſe, ſur tout en confidetant
que tant deConverſions
eſtoient un effet du zele du
Roy , qui cherche par tout la
gloire de Dieu ,& les avantages
de l'Eglife.
M' le Marquis de Torcy ,
Fils ainé de M² le Marquis
de Croiſſy Colbert , a eſté
nommé par le Roy pour aller
en Angleterre en qualité
GALANT. 275
d'Envoyé Extraordinaire ,
fairedes complimeni à leurs
Majeftez Britanniques ſur la
mort de Madame la Ducheffe
deModene. Ce choix
fait l'éloge de Mª de Torcy ,
&marque que lors qu'on s'aplique,
on eft capable de bonne-
heure de toutes fortes
d'emplois .
Les vapeurs eftant devenuës
fort à la mode , ont caufé
depuis peu de temps une avanture
affez extraordinaire.
Une jeune Demoiſelle qui
en eftoit fort iconmmodée ,
avoit tant d'averſion pour
276 MERCURE
4
les remedes, qu'elle l'etendit
juſque ſur un Medecin qui
ſe vantoit d'en avoir pour la
guerir. Elle balança longtemps
pour prendre une me
decine qu'ilavoit fait preparer
, & elle ne s'y reſolut que
pour obeïr à fes parens , qui
la voulant foulager n'eurent
point d'egard à ſes remontrances.
Ils l'obligerent encore
de confentir à une ſaignée
du bras , quoy qu'elley
euſt beaucoup plus de repugnance
qu'aux remedes. Ce
ne fut pas tout. La ſaignée
du pied parut neceflaire au
GALANT. 277
Medecin , & ce fut alorsque
la Demoiselle ne gardantplus
de meſures , prit le deſſein de
n'épargner rien pour ſe ga-
> rantirde ſon Ordonnance. La
peur qu'elle eut de cette ſaignée
luy cauſa une émotion
qui luydonna un peu de fievre.
On le dit le lendemain
au Medecin, fi - toſt qu'il entra
dans le logis , il monta à la
chabre de laMalade qui étoit
ſeule , mais qui n'auroitpas
pour celamanqué de ſecours
ſi elle en euſt eu beſoin, quelques-
uns de ſes parens eftant
dans un cabinet qui donnoit
278 MERCURE
<
:
dans cette chambre. Le Me
decin alla tout droit à ſon lit,
&voulut d'abord ſçavoir s'il
eſtoit vray qu'elle euſt de la
Fiévre. La Demoiſelle qui é
toit alors dans ſes plus fortes
vapeurs , & qui ne fongeoit
qu'à empêcher la Saignée du
pied,que leMedecin avoit ordonnée
s'abandonna touteau
defirde ſevanger,de forte qu'-
il neluy eut pas plûtoſt pris
le bras , qu'elle appella du ſecours,&
l'accuſa d'avoir voulu
ſe ſervir des privileges de
la Medecine d'une maniere
qui ne devoit pas luy eſtre
८
GALANT. 379
permife. Dans le même inftant,
unhomme d'une qualité
diftinguée entra dans la
chambre,&voyant de l'étonnement
ſur le viſage de l'un
&de l'autre , il crut plûtoſtla
Maladeque leMedecin, qu'il
ne traita pas fortcivilement.
Ces trois perſonnes animées
par trois diverſes raifons, fis
rent du bruit. On vint voir
ce que c'eftoit , & l'on peut
dire que l'innocence ſe vit
opprimée. Comme de pareil.
les avantures ſe répandent
aufli-roft ,& que le plaifir
qu'onprendàlesraconter fait
280 MERCURE
qu'ony ajoûte toûjours quel
que circonstance , il a fallu
quelque temps pour démêler
ce qu'il y avoit de vray dans
celle- cy.On a ſceu enfin comment
la choſe s'eſtoit paſſée ,
& ceux qui croyoient avoir
ſujet de ſe plaindre , ont fait
connoiſtre que l'on avoit lieu
de ſe plaindre d'eux , & ont
rendu juftice à la verité , en
publiant par tout qu'ils avoient
eſté trompez par de
faufſes apparences.
31. Je viens à un article que
vous attendez . Le Roy qui
fait ſes devotions toutes les
GALANT. 281
fois qu'il arrive une Feſte ſo- .
lemnelle , choiſit ordinairement
ces jours-là pour diftri
buer les Benefices , afin de ne
s'occuper que des choſes qui
regardent l'Eglife. Ainfi le
jour de l'Afſomption Sa Ma
jeſté nomma M l'Eveſque de
Montauban à l'Archeveſché
de Toulouſe. Il eſt. Frere de
Mª de Vilacerf, & de M² de
Saint Poüange.
- M² l'Eveſque de Niſmes , à
qui le Roy a donné l'Abbaye
de Lire , de l'Ordre de
S. Benoiſt, Dioceſe d'Evreux,
vacante par la mort de M le
Aoust 1687. Aa
282 MERCURE
Commandeur de Gremon
ville , s'eſtant démis de fon
Eveſché à cauſe deſon grand
âge,il a eſté donné à M l'Abbé
Flechier , nommé à l'Eveſché
de Lavaur. Il y a un
tres-grand nombre de nouveaux
Convertis dans ce Diocefe,&
M l'Abbé Flechier ,
dont tout le monde connoift
l'érudition , l'éloquence , &
la douceur , eſt tres capable
d'y bien ſervir l'Eglife & le
Roy.
r
Mª de Mailly, Grand Prieur
de l'Abbaye de S. Victor , a
eſté pourveu de l'Eveſche de
GALANT. 283
Lavaur. C'eſt un homme d'un
fi grand merite , qu'il a eſté
élevé aux premieres Charges
de fon Ordre , dans un âge ,
où il ſembloit qu'il euft deu
avoir encore beſoin de plufieurs
années pour acquerir la
ſcience de commander. Il eſt
Frere de M. le Marquis de
Nefle , &de M le Comte de
Mailly ,dont je vous ay appris
le mariage avec Made-
- moiſelle de Sainte Hermine.
Je vous ay parlé pluſieurs fois
de ſaMaiſon.
r
La Treforerie de la Sainte
Chapelle de Paris a eſté don-
Aa ij
284 MERCURE
née à M l'Abbé Fleuriot ,
Beau- frere de M² le Contrô
leur General . C'eſt un homme
d'une pieté reconnuë.
M l'Abbé de S. Vallier ,
nomme à l'Eveſché de Quebec
, a eu l'Abbaye de Gimont,
Ordre de Cifteaux ,
Dioceſe d'Auch. Il eſtoit Au
mônier du Roy , & il s'eſt
défait de cette Charge , pour
travailler au ſalut des Ames ,
préferant l'Eveſché de Quebec
àd'Autres qu'il auroit pu
obtenir , & qui l'auroient
mieux accommodé , s'il n'avoit
eſté enflamé du pieux
GALANT. 285
defir de faire connoiſtre le
vray Dieu à des Peuples qui
demeurent dans l'erreur, faute
de lumieres.
M'l'Abé de Leftra , Frere de
r
M' de Leſtra, Enſeigne dans
les Gardes du Corps , a efté
nommé à l'Abbaye du Mas
d'Azil .
rs
Quelques jours auparavant
Sa Majefté avoit donné àM
Poiſſon , de Hoquiquan , Boudin
, & Beaulieu , ſes quatre
premiers Apotiquaires , la
fomme de quarante-huit mille
livres , pour les ſervices
qu'ils luy ontrendus pendant
286 MERCURE
ſa Maladie, &pour le zele &
l'affiduité qu'ils ont fait paroiſtre
en cette occafion .
Depuis vingt années qu'on
a ceffé de faire des Romans,
moins parce que le Public ſe
lafſoit de ces fortes d'ouvrages
, que parce qu'il ſe trouvoit
peu de Gens d'un genie
affez étendu pour en faire,
Mademoiselle de Scudery &
feuM' de la Calprenede ayat
eſtépreſqueles ſeuls qui ayent
reuſſi encegenre d'écrire , on
en afaitde plus courts , qui
ne contenant qu'une Hiſtoire
particuliere , la commen
GALANT. 287
çoient & la finiſſoient dans
un fort petit Volume. Quand
'il y a euplus d'une Hiſtoire ,
ce quieſt arrivé fort rarement,
le Volume n'en a pas eſté plus
gros. Feu Mademoiſelle des
Jardins , connuë depuis ſous
le nom de Madame de Villedicu,
afait beaucoup deces
Ouvrages , qui ont affez reufſi
; mais ceux qui ont eu le
plus grand fuccés , & qu'on
peut dire l'avoir eu tout d'une
voix , font la Princeffe de
Montpenfier,faite paruneDame
de qualité du plus grand
efprit , & la Princeffe deClé-
,
288 MERCURE
ves , de M. de Segrais de
l'Academie Françoiſe. Il
s'en eſt fait un nouveau , intitulé
Les Malheurs de l'Amour.
Je vous l'envoye & ne doute
point qu'aprés l'avoir leû
vous ne diſſez , que c'eſt là
ſeulement la troifiéme Hiftoire
qui ait merité un applaudiffement
general. Ce
qui paroiſt ſurprenant, c'eſt
que de tous les Ouvrages de
ceste nature qui ont le plus
reuſſi , il n'y en a qu'un qui
foit d'un homme. Tous les
autres ont eſté faits par des
perſonnes de voſtre ſexe.
Comme
4
GALANT: 289
Comme la pluſpartdes Dames
ont l'eſprit tres- delicat ,
elles penſent & s'expriment
plus inement que les hommes
quant elles l'ont juſte.
C'eſt ce que Mademoiselle
Bernard a fait dans Les Malheurs
de l'Amour , qu'elle a travaillez
avec tout le ſoin poffible
. Elle doit les diviſeren
pluſieurs Hiſtoires , & celle
qu'elle vient de nous donner
a pour titre Eleonor d'Yvrée. Il
y a une Ville de Scavoye qui
porte le nom d'Yvrée , &
'Hiſtoire nous apprend que
du temps de l'EmpereurHen-
Aoust 1687.
Bb
290 MERCURE
ry II . le Marquis d'Yvrée cut
grand part dans les guerres
d'Allemagne. On voit dans
cette premiere Hiſtoire une
vivepeinture de deux Amans
mal-heureux qui font obligez
de ſe ſeparer pour toujours
, quoy qu'ils reffentent
la plus violente paffion dont
on puiſſe eſtre capable . Rien
n'eſtplus touchant, rien n'eſt
"écrit avec plus de netteté &
plus de juſteſſe : les vrais ſentimens
que le coeur doit avoir
y ſont dans leur jour , on ne
luy fait ſentir que ce qu'il
doit naturellement ſentir , &
GALANT: 291
on ne dit que ce qu'il faut
dire Enfin c'eſt un Ouvrage
qui paroiſt tellement finy à
. des Connoiffeurs tres- éclairez,
qu'il y a grande apparence
qu'on a employé beaucoup
plus de temps à l'ac-
-courcir qu'à le faire. C'eſt un
degré de perfection où peu
de perſonnes peuventatteindre
. Il n'y a point de matiere
qu'il ne ſoit aifé d'étendre :
mais il eſt tres - difficile de retrancher
& de ſe tenir dans
de juſtes bornes qui ne laif
ſentjamais rien dire de ſuperflu.
Ce Livre ſe vend chez
B bij
292 MERCURE
•
le ſieur Guerout, Cour neuve
du Palais, au Dauphin.
r
Je vous en envoye un autre
qu'on peut dire fort ancien
& fort nouveau tout enſemble
, Ce ſont les Remarques
de Me de Vaugelas fur
noſtre Langue . Elles out toûjours
paru fort utiles pour
apprendre à parler correctement
, & le grand nombre
d'Editions qu'on en a faites
depuis plus de quarante ans
en eſt une grande marque . Il
eft certain qu'on doit à M
de Vaugelas la netteté avec
laquelle on écrit preſente
GALANT. 293
ment : mais comme il a cu
des opinions particulieres &
que depuis le temps qu'il a
donné ces Remarques , plu-
⚫ſieurs façons de parler qui
eſtoient alors authoriſées
par l'uſage, ont commencé à
vieillir, quantité de Gens ont
demandé ce qu'on pouvoit
rejetter ou ſuivre. C'eſt ce
qui a engagé M² Corneilleà
faire des Nottes qu'on a imprimées
avec ces remarques .
Je ne vous en diray rien , finon
qu'il ne les a faites qu'ar
marques
prés avoir conſulté ceux qui
connoiffent le mieux toutes
Bb iij
294 MERCURE
les fineſſes de noftre Langue.
Le ſieur Girard , Libraire au
Palais,commence à les debiter
en deux Volumes .
Comme l'on s'attache de
plus en plus à tout ce qui peur
perfectionner laLangueFrançoiſe
, M' Hindret vient de
donner au Public un Livre
qui contient l'Art de la bien
prononcer. Il n'eſt pas utile
ſeulement aux Precepteurs &
auxGouverneurs qui ont de
jeunes enfans ſous leur conduite
, mais encore à beaucoup
deGens , qui ne pouvant
affez diftinguer l'uſage ,
GALANT. 295
trouveront moyen de ſe garantir
de pluſieurs mauvaiſes
prononciations par la lecture
de cette Methode . Elle eſt
exacte , & outre les Regles
qui apprennent à bien prononcer
les lettres & les fillabes
, elle fait connoiſtre la
difference des fillabes lon.
gues & breves. Ce qu'il faut
obſerver dans la prononcia.
tion des conſonnes finales .
Peu de perſonnes ont trouvé
le ſens des deux dernieres
Enigmes du mois de Juillet.
La premiere qui estoit
L'Original , a eſté expliquée
Eb iiij
296 MERCURE
par M de Lavaur,Medecin
de Perigueux , le Seigneur de
la Chaſtiniere , le Bon- Coeur
de Ville- Franche en Beaujo .
lois, Loullette ſa Soeur, & l'Infante
au vray merite de larüe
Baillet . La ſeconde avoit eſté
faite fur le Ricochet, & ce mot
a eſté trouvé par Ms Millet,
de la rüe Bourlabé , Codron ,
d'Abbeville , Bailly Peintre
ruë Beaurrepaire , l'Afpirant
aux bounes graces de l'aimable
Chenette & Tamirıfte
de la riie de la Cerifaye .
M' Merville Avocat au Parlement
à expliqué l'une
l'autre .
GALANT. 297
Je vous en envoye deux
nouvelles , dont j'ignore les
Autheurs.
ENIGME
M
ON nom connu partout occupe
l'Orateur
Avec les plus grands Roys j'ay place
dans l'Histoire ,
Je ne crains point du temps le funeste
malbeur.
L'on me verra toûjours auTemple de
memoire.
S
Toujours dans l'action, toujours dans
le bonheur ,
I'entre dans les Combats &j'aide à
la Victoire
2
Ieforme le Heros,je regne dansson
Goeur,
298 MERCURE
Etpartage avec luy la Couronne &
lagloire.
S
Mais parmy tant d'honneur mon
plus illustre rang ,
Eft celuy que je tiens d'un fameux
Conquerant,
Cen'est point de Cesar ny du Grand
Alexandre ,
C'estd'un Roy redouté dont les faits
inouïs
Convainquent l'Univers qu'il peut
tout entreprendre,
On ne paut s'y tromper , c'est l'Auguste
Louis .
AUTRE ENIGME.
Epuis long-temps on adouté
Si j'ettois ou maſle ou femelle.
Ie mets bien des gens en cervelle.
Dont j'accrois le defir par ma difficulté.
:
2
Iris
n'est
plus
plus
le puis
le pro
plusmon
Iris
dres amours
ceque
e
Iris
nest
GALANT. 299
2.
6
Le voile augmente ma beauté ,
Et pourvu que jefoisfidelle
Ie tire mou estat de mon obcurité.
Voicy une ſeconde Chanfon
dont apparemment vous
ferez contente.
1
AIR NOUVEAU.
RIS n'est plus , mon Iris m'est
ravie.
Iris n'estplus , le puis-je prononcer ,
Sans mourir ypuis-je penser,
Iris n'est plus , mon Iris m'eftravit,
Quoy donc ce qui faisoit mes plus
tendres amours ,
Ce queje voyois tous lesjours
Icne le verray de ma vie ,
Iris n'estplus , mon Iris m'eſt ravie.
300 MERCURE
Ma Lettre du mois paſſe
finit par les nouvelles de
Hongrie,&je vous marquois
que toutes les Lettres qui étoient
venuës de Vienne par
le dernier Ordinaire de ce
mois - là , diſoient qu'Effek
eſtoit formellement affiegé.
Je vous fis voir que cela ne
pouvoit eſtre , & que les mefmes
Lettres qui l'affuroient
eſtoient remplies de circonſtances
qui empefchoient de
le croire. Les nouvelles ſuivantes
firent connoiſtre que
je ne m'eſtois pas trompé.
Voicy ce qu'on a ſceu depuis
GALANT zor
ce temps- là. La Drave que
l'Armée Imperiale avoit pafſée
avoit donné lieu à cette
nouvelle ,& comme on écrit
plus vifte que l'on n'agit , on
avoit mandé ce Siege , mais
on ne ſçavoit pas encore
combien le paſſage de la
Drave avoit affoibly les Chrêtiens
, quoy que les Ennemis
n'euffent point contribué à
cette perte. Il avoit fallu faire
dix-huit Ponts ſur des Marais
qui estoient preſque inondez
, accommoder des chemins
entierement rompus par
les eaux ,&par les pluyes , &
302 MERCURE
marcher ſouvent dans l'eau
juſqu'à laceinture , fans avoir
ny linge ny habits ſecs à
changer , à cauſe que preſque
tout le bagage estoit moüillé,&
meſme fort endomagé.
Ce n'est pas là ſeulement ce A
qui avoit affoibly l'Armée.
La Cavalerie avoit manqué
de fourages , n'ayant eu pour
la nouriture des chevaux,que
les herbages de ces Marais
inondez . Il falloit qu'elle en
euft peu , car on ne voit pas
-comment les herbages peuvent
paroiſtre par deſſus l'inondation
, & s'ils y paroifGALANT.
303
ſent , il eſt mal-aifé de s'en
fervir , ſi ce n'eſt de ceux qui
font fur les bords , ce qui eſt
tres-peu de choſe , &que l'on
ne peut tirer de l'eau ſans recevoir
de grandes incommoditez
. La Cavalerie ne
fouffrit pas ſeule. Toutes les
Troupes furent incommodées
, parce qu'elles furent
reduites à boire des eaux
croupiffantes , & cela caufa
quantité de maladies dont
pluſieurs moururent. Aprés
qu'on eut fait paſſer toute
l'Armée , on reſolut d'attaquer
Vvalpo , mais cette en
304 MERCURE
trepriſe ne reüffit pas , Ies
Troupes eſtoient trop fatiguées
, & le General Heufler
qui commandoit celles qui
eſtoient destinécs à cette attaque
fut bleſſéà la jambe. La
reſiſtance de cette Place qui
n'eſt pas forte , rebuta les
Troupes & fit craindre pour
les ſuites. L'Armée Imperiale
& celle de Baviere continuerent
leur marche , & fe
poſterent à une lieuë & demie
des Ennemis entre Vvalpo
& Effck , ayant un grand
bois à la droite, &un Marais
avec la Drave à la gauche.
GALANT: 305 3
Les Lettres de Vienne portent
que ce Poſte eſtoit avantageux.
Cependant il eſtoit
entre deux Villes Ennemies ,
& les Troupes en avançant
les mettoient derriere elles,
ce qui ne paroiſt pas un avantage.
Les Turcs avoient la
riviere à leur droite , & un
bois à leur gauche , on ne
ſçavoit point l'état de leur
Armée ,& il ſemble qu'on
ne doit point s'aprocher
ſi prés d'un ennemy ,
fur toutdans ſon Pays ſans
avoir ſceu l'état de ſes
forces , on s'avança vers
Aoust 1687. Cc
&&
१
306 MERCURE
Effek,& Monfieur l'Electeur
de Baviere qui commandoit
l'Avant-garde , obligea deux
mille Chevaux qu'il trouva à
la teſte d'un d'éfilé , de reculer.
On continua la marche ,
&Monfieur le Prince Charles
de Lorraine commanda l'Avant-
garde à ſon tour. Il falloit
traverſer un bois que les
Troupes ne pouvoient paffer
que par des routes étroites , &
enrompant leurs rangs. Les
Croates eurent ordre de les
abattre. Le travail fut rude,&
dura toute la nuit , pendant
laquelle les Ennemis firent un
{
GALANT. 307
ſi grand feu qu'il y eut deux
cens de ces Croates tuez , &
quantité de bleſſez. LesTroupes
acheverent de traverſer le
bois en ordre de bataille , &
avancerent juſqu'à un terrein
où l'Armée campa ſur deux
Lignes. Elle fit quelques re.
tranchemens.,& s'avança vers
la premiere Ligne des retranchemens
des Turcs , qui avoient
douze cens pas de
front. Cette Ligne eſtoit fortifiée
d'un double foſſé fort
large,&profondd'une pique,
avec deux rangs de paliſſades
terraſſées, & cinquante pieces
Ccij
308 MERCURE
deCanon. Il y eut des eſcarmouches
continuelles , & les
Imperiaux perdirent deux
cens Heyduques quis'eſtoient
trop avancez . Trois Regimens
les plus expoſez eſſuyerent
unſi grand feu deCanon,
qu'ily eut trois cens Cavaliers
&quatre cens Fantaſſins tuez ,
fans compter les Officiers. Il
eſt meſme à croife qu'il y en
eut davantage ; mais je m'en
rapporte aux Lettres de Vienne.
Ce qui peut perfuader
que la perte peut avoir eſté
plus grande , c'eſt que les
Turcs avoient applany toutes
:
GALANT. 309
leshauteurs , ainſi que leBois
qui couvroit les Imperiaux;
cequi les laiſſoit expoſez de
toutes parts au feu de la
Mouſqueterie & du Canon.
On ſe mit en bataille lejour
ſuivant à demy- lieuë des Infidelles
, & l'on fit tous les
mouvemens qui pouvoient
les attirer au combat , mais ils
furent inutiles. On ne jugea
pas à propos de les attaquer
dans leur Camp , il n'y avoit
pas de vray-ſemblance à cela ;
&comme les muuitions & les
fourages commençoient à
manquer , on crut qu'on de
310 MERCURE
voit ſe retirer aprés avoir efſuyé
pendant vingt - quatre
heures le feu continuel dduu
Canon&de la Mouſqueterie
des Ennemis , & meſme de la
Fortereffe d'Eſſek , qui tua
plus de fix cens hommes . Si
I'on met enſemble le nombre
de tous ces morts , on verra
qu'il a eſté fort grand , &
qu'on a fatigué , & expoſé
l'Armée , ſans qu'on deuſt
avoir le moindre ſujet de
croire qu'on attireroit les
Turcs au combat. Ils eſtoient
affeurez qu'il eſtoit preſque
impoſſible de les forcer, &
GALANT. 311
1-
devoient ſe laiſſer attaquer ,
puis qu'il ſembloit qu'aprés
avoir fait tant de chemin, on
avoit entierement refolu de
les combattre. D'ailleurs ils
voyoienr que leurs Ennemis
laiſſoient couler le plus beau
temps de la Campagne , en
paffant & repaſſant tant de
rivieres & des chemins fort
peu praticables , & meſme
qu'ils s'affoibliſſoientpar toutes
les choſes que je viens de
vous marquer. Il y a plus. Ils
reprenoient par là une ſuperiorité
qu'ils avoient perduë ,
& donnoient lieu à leurs
212 MERCURE
Troupes de ſe remettre de la
frayeur qu'elles avoient eue
pendantpluſieursCampagnes,
puis qu'elles voyoient l'Armée
Imperiale qui ſe retiroir
ſans avoiroſe les attaquer. Le
bruit ſe répandit alors dans
l'Armée Chreſtrenne , que le
paſſagede laDrave avoit eſté
fait contre l'avis du Prince
Charles. Ce n'eſt point àmoy
d'approfondir cette circonſtance
, mais il eſt conſtant
que ce paſſage n'a pas eſté approuvéde
tous ceux qui font
conſommez dans le métier de
la Guerre , partoutes les rai
ba Zor Mons
GALANT. राह
ſons qui font répanduës dans
cette Relation , & que je ne
repete point. Cependant
comme rien n'eſt ſi incertain
que le ſort des Armes l'évenement
juftifie quelquefois
les entrepriſes les plus témeraires,&
qui font faites le plus
à contre-temps. Quelquefois
mefme on tire avantage d'un
malheur lors qu'on a l'adreſſe
de s'en ſervir. C'eſt ce que
vient de faire le Prince Charles
,&dont je vous parleray ,
aprés vous avoir dit que la
retraite en repaſſant laDrave,
fut faite en bon ordre , &
Joust 1687 Dd
314 MERCURE
queMonfieur l'ElecteurdeBaviere
marqua beaucoup d'intrepidité
en cette occafion ,
s'étant expofé pour empêcher
une Garde d'eſtre battuë .
, on com-
Les Imperiaux ayant repaffé
la Drave
mença à examiner ce qu'ils
pouroient faire le reſte de la
Campagne, & chacun eftoit
attentif ſur les ſuites. La
fituation des affaires dcs
Tures eſtoit avantageuſe ;
leurs Troupes groffiffoient
cous les jours ; elles n'étoient
point fatiguées ; elles
n'avoient fait aucune
ba
GALANT 315
リ
perte la campagne eſtoit
fort avancée , & ils estoient
pour ainſi dire affurez de
vaincre en regardant faire les
Chreftiens ou du moins de
les empeſcher d'avoir le
moindre avantage ſur eux.
Vray ſemblablement il ne
devoit plus s'agir que de
quelque, Siege , puiſque, les
Imperiaux s'en eſtoient retournez
ſans avoir pû engager
les Tures au Combat,
Si ces premiers euſſent fait
un Siege , les Turcs n'avoient
qu'à les laiſſer affoiblir pendant
tout le temps qu'ils au
Dd ij
316 MERCURE
roient cru à propos devant la
place affigée, les harceler de
leur coſté randis que les forties
de la place les auroient
incommodez , & donner enſuite
dans l'un de leurs quartiers
avec toute leurArmée, il
n'y a preſque point d'exemple
qu'une Place ait manqué
à eſtre ſecouruë , quand
une Armée entiere , a donné
dans l'un des quartiers des
Affiegeans. Le ſeul remede
qu'ils euſſent cupour empefcher
ce malheur , estoit de
quiter leurs lignes pour offrir
la bataille, mais il faut pour
GALANT. औषप
cela qu'une Place ſoir auffi
preffée, & auffi ouverte que
l'eſtoitBude,& qu'uneArmée
foit auffifoible&auſſifatiguée
que l'eſtoit l'année derniere,
celle des Turcs à cauſe de ſes
longues traites , L'état des
Troupes eftoit tout different
cette année , & ce que les
Imperiaux auroient foufert
devant une Place joint aux
pertes qu'ils avoient faites en
'paſſant, & repaſſant la Drave,
les auroit rendus beaucoup
inferieurs aux Turcs . Le
Prince Charles prevoyant
toutes ces dangereuſes ſuites
Ddij
218 MERCURE
de la Campagnes s'il entre
prenoitun Siege, refoluten
Capitaine plein de coeur &
habile dans l'Art de la guerre
, de faire paroiſtre aux
Tures une frayeur qu'il n'avoit
pas, en ſo teque leur faifant
voir qu'il leur feroitaiſe
de le batre, ilpûtles engager
malgré eux meſmes,&malgré
leur reſolution& leurs propres
intereſts,à le venir attaquerdanslapenſée
que lamoitié
de ſes Troupes feroit desja
tropavancée pour le pouvoir
fecourir. Ce Prince ayant
fait tous les mouvemens neceffaires
pour perfuader tou-
Spurles
GALANT 319
tes ces chofes aux Turcs , &
meſme qu'il eſtoit broüillé
avee M l'Electeur de Baviere,
ils tinrent conſeil de guerre ,
ainſi qu'on la ſceu depuis par
les Prifonniers , & les Bachas
l'ayant emporté à la pluralité
des voix contre le Grand
Viſir,il fut refolu que l'on
iroit attaquer les Imperiaux .
Cette reſolution ayant eſté
priſe, les Turcs pafferent la
Drave fous le commande
ment duGrand Vifir , & de
ſept Bachas , qui devoient attaquer
les Imperiaux par ſept
endroits differens , & quel
20170082129 Dod njia
320 MERCURE
ques Relations portent qu'ils
le firent. On dit que le nombre
de leurs Troupes deftinées
pour cesattaques , eftoit
de cinquante mille hommes.
Ils ſe ſaiſirent d'abord de
Darda qu'ils trouverent abandonné,
& démoly. Ils y firent
des retranchemens , & firent
remplir le Pont d'Effek de
fafcines, pour faire paſſer leur
Artillerie. Le Prince Charles,
aprés avoir jetté des Troupes
&des munitions dans Ziclos,
dansCinq Eglifes , & dans les
autres Places les plus expoſées,
fit les mouvemens & les
détachemens qu'il crut ne
GALANT. 321
ceffaires pour attirer les Turcs
à un Combat general . Moufieur
l'Electeur de Baviere en
avoit un confiderable . Il y en
eut encore d'autres , de forte
que ce Prince parut extémement
affoibly ; ce qui donna
licu au Grand Viſir de croire
qu'il ne pouvoit pas avoir
trente mille hommes . Ce Miniſtre
ſortit alors de ſes retranchemens
, & le combat
commença par des eſcarmouches
qui durerent cinq heures,
felon le rapport de quelques-
uns , avant que le combat
s'échauffaſt , le Prince
322 MERCURE
Charles faiſant toûjours faire
des mouvemens qui engageoient
à croire qu'il vouloit
demeurer fur la défenſive.
Le Corps que commandoit
Monfieur l'Electeur de Baviere
fut le premier attaqué.
CePrince fit paroiſtre beaus
coup de valeur , il fut bleffe
à lamain ,& receut quelques
coups dans ſes habits. Le
Prince Charles le fit ſoſtar
tenirpar le Prince deCommercy
avec quatre Regimens.
Il pouſſa les Ennemis,&
les mit en defordre . Les détachemens
qu'on avoit faits
} GALANT. 323
1 pour paroftre plus foibles,
revinrent , comme il avoit
eſté concerté , & prirent les
Turcs en flanc , de forte que
ſe voyant pouffez detous cô
tez , & reconnoiffant qu'ils
avoit mal pris leurs meſures,
&qu'ils estoient tombez dans
les pieges qu'on leur avoit
tendus ils prierent une
telle épouvante , que non
ſeulement ils cederent le
champ de Bataille , & laifferent
tout leur Canon
l'on dit monter à cent pieces
mais que fuyant beaucoup
au delà ,ils abandonne
ront tout leur Bagage , leur
2 que 1
324MFRCURE
Caiſſo militaire, rempliesàce
qu'on affure,de 600000.écus,
ayanteſté priſe par M' l'Ele-
Aeur de Baviere,qui adit-on,
diftribué cet argét à ſesTroupes.
Pluſieurs ſejetterent dans
l'eau ,dont il y eutune partie
de noyez. Je ne vous en diray
point le nombre , non plus
que de ceuxqui onteſté tuez .
Il eſt à préſumer qu'il y en a
eu beaucoup dans une déroubeaucoup
te fi generale. Peut-eftrey en
a-t-il plus que l'on ne dit,
peut-eftre moins ; mais il eft
impoffible que dans ce qu'on
écrit pendant qu'on pourſuit
encore les Ennemis. &dans
GALANT. 325
1
llaacchhaalleeuurrrdduucombat,, on ait
ſceu le nombre des Morts
pour le mander , puis qu'il
faut plus d'un mois pour le
İçavoir à peu prés , & qu'on
ne le ſçair jamais bien juſte.
Je vous diray pourtant que les
Relations portent qu'il y en
a huit ou dix mille , & autant
de noyez , & cinq cens ou
mille Imperiaux tuez. Si le
1 combat a duré douze heures,
comme on le mande , il faut
que les Turcs ſe ſoient défenduspendant
tout ce temps-là,
&je laiſſe à juget à ceux qui
voudront parler de bonne
foy,&avecvray- ſemblance,
926 MERCURE
A
fi la Victoire a pu couter fi
peu aux Imperiaux. M le
Prince de Comercy a efté
blefféà la poitrine d'une efpece
de lance , mais on dit
que le coup n'est pas dangereux.
M' le Comte de Ligneville
, Major de ſon Regiment
, a eſté tué , & leComte
de Zinzindorf , Fils du feu
Preſident des Finances a cu
lajambe emportée d'un coup
de Canon. Les Regimens de
Savoye& deCommercy ont
eſtédéfaits, par fix mille Janiſſaires
d'élité. On eſtoit encoreàla
pourſuitedesFuyards
quand cette nouvelle eſt parGALANT:
327
=
tie du Champs de Bataille, &
le Prince Charles de Lorraine
avoit détaché un grandCorps
de Croates pour rompre les
Ponts que les Tures avoient
faits ſur la Drave . Me le Prince
Eugene de Savoye a aporté.
cette nouvelle à l'Empereur
, qui n'est pour ainſi dire ,
que le premier avis de laVi-
Aoire. Ainfil'Empereurmefme
n'en ſçavoit pas encore le
détail quand le Courier ex-
-traordinaire eſt party pour
France. Lors que les Lettres
des Particuliers , qui estoient
en divers endroits de l'Armée,
feront venues , on en
228 MERCURE
-
ſçaura beaucoup davantage ,
&ce n'eſt meſme jamais que
par là,& qu'aprés beaucoup
de temps qu'on peut démefler
la verité.
Je vous parle ,& vous dois
parler encore tant de fois de
laHongrie tant que durera la
Guerre , queje croy que vous
ne ferez pas fâchée de connoiſtre
la ſituation des lieux
dont je vous entretiens fi
ſouvent. Ainfi je vous avertis
que le Pere Coronelli , Cofmographe
de la Republique
deVenise , qui a fait les beaux
Globes que Mt le Cardinal
d'Eſtrées a donnez auRoya
C
GALANT. 329
fait une Carte de ce Royaume
, diviſée en Haute & en
Baffe Hongrie, avec l'Efclavanie
, fubdiviſees en leurs
Comtez . Le meſme Pere en a
fait une en quatre feüilles ,
beaucoup plus ample, & remplie
de Remarques curieuſes .
Il a fait auſſi la Route mari
time de Brest à Siam avec la
Carte de ce Royaume-là. Le
tout ſe trouve chez le Sieur
Nolin, ruë Saint Jacques , a
l'Enſeigne de la Place des Vi-
Etoires.
Il neme reſte ny place ny
temps pour vous mander les
Aoust 1687.c
330 MERCURE
grandes Victoires qu'on affure
que les Venitiens ont
remportées , je les remets au
mois prochain ; mais aufli je
ne vous en parleray qu'avec
toutes les circonstances dont
je ne pourrois vous apprendreà
preſent qu'une partie.
Le Roy vient de donner
en faveur du Grand Confeil
la Declaration que vous allez
lire .
OVIS par là grace de Dieu
Atous ceux qui cespreſentes Lettres
verront, Salut. Les Roys nos Predeceſſeurs
ont restraint par lhurs
GALANT 33
:
Edits & Declarations la frequence
des évocations qui trouble l'ordre
Pordre
des Iurisdictions , & caufe des frais
infinis aux parties , & ont ordonné
que dans les cas anſquels il feroit
trouvé juſte de les accorder , le renvoy
des procés fût fait aux Parlements
les plus proches de ceux dont
ils seroient évoquez , sans qu'ily
ait esté fait mention denoſtre Grand
Confeil, ny qu'il ait efté compris à
cet égard au nombre des Parliments,
à cauf:seulem nt qu'eſtant ordonné
pariceux que les évcoations ne pour
roient estre accordées quefur les avis
de cette Compagnie , il eustesté à
craindre que les officiers d'icelle
estant flattezde l'esperance que les
procésévoquezdu Parlement deParis&
autres plus proches leur pourroient
estre renvoyez ne fullent in
Ee ij
332 MERCURE
duits à faciliterpar leurs Avis , les
évocations qui seroient demandées.
Mais cette raiſon neſubſiſtant plus
depuis que le Grand Confeil a ceffé
de connoiſtre des évocations , &
qu'elles ont esté renvoyées à nostre
Confeil Privé poury estre examinées
&iugées an Raport des Maistres des
Requeſtes de l'Hostel ; Et d'ailleurs
ayant par noftre Ordonnance du mois
d'Aoust 1669. ordonnéque les procés
évoquez de nostre grand Confeil
feroient renvoyez en nofire Parlement
de Paris , fi ce n'estoit qu'il
fust valablement excepté , il y a
pareille raiſon de renvoyer en nostre
grand Confeil, quand außi il nefera
pas valablement excepté , ceux qui
feront évoqués de nostre Parlemert
de Paris , d'autant plus que lajurifprudence,
& les Inges de des acux
!
GALANT 333
Compagnies font
Compagnies font affez conformes,
que les parties ne changeant point
de lieu ny leurs demeures , & pouvantfefervirdes
mesmesAvocats
Conſeils, neferont point diſtraits du
Join de leurs familles & de leurs
autres affaises ; qu'elles fouffriront
moins de fatigues & de frais que fi
elles estoient obligés d'aller playder
en des Parlements éloignez. A ces
Causes , defirant pourvoir au repos
de nos sujets , & retrancher par
tous moyens les longueurs & les
frais des procés. NOVS , en interpretant
en tant que besoin feroit
noftre Ordonnance du mois d'Aouft
1069. Avons par ces presentes
signéesde nostre main, dit, declaré,
statué & ordonné ; Difons , declarons
,statuons , ordonnons , voulons,
&nous plaiſt, que los procés qui
:
334 MERCURE
feront évoquézde nostre Parlement
de Paris , & ceux des autres plus
proches , quand celuyde Parisfera
valablement excepté , puiſſent estre
renvoyés en nostre grand Conseil en
la mesme maniere qu'il est ordonné
à l'égard des Parlements. Si donmens
en mandement à nostre trescher
& feal Chancelier de France
le Sieurde Boucherat , ces prefentes
ilfaſſe live , publier leſeau tenant,
& icelles registrer és Registres de
llaa ggrraannddee Chancellerie de France,
&à nos amex & feaux lesgens de
nostre grand Confeil , qu'icelles ils
Saſſent live , publier & registrer,
garder& obferverselon leurforme
&teneur ; En témoin dequoy, Nous
avonsfait mettre leſcel à cesdites
preſentes. Donné à Versailles te
quatorzième souft mit fix cens
A
GALANT 335
quatre-vingt.fept ,&de nostre regne
le quarente cinquiéme ; Signé ,
Louis , &fur le replis , Par le Roy
Colbert. Et scellé du grand Sceau
de cire jaune.
Cette Declaration ayant
eftédonnée, leGrand Conſeil
députa deux Prefidens & huit
Confeillers , pour remercier
Sa Majefté.M Barantin eſtant
l'ancien des deux Semeftres ,
porta la parole, & luy parla
en ces termes.
SIRE
Vostre Grand Confeil importuneroit
souvent Vostre Majesté,
s'il le remercioit toutes les fois
336 MERCURE
qu'il en reçoit des faveurs parun
effet de vos liberalitez.Pour comble
de graces , V. Majestéle met
aujourd'huy en estat de partager
avecſes Parlemens les affaires
èvoquées. Sire , tout penetrez de
respect&de reconnoiſſance, nous
confervons dans nos caurs lefouvenir
de tant de biensfaits , &
nous venons protester à V. M.
qu'ils nous feront autant de
nouveaux motifs de redoubler
noftre attachement àſon ſervice,
& l'ardeur de noſtre zele dans
les fonctions de nos Charges.
F
Le Roy répondit , Qu'il
avoit esté fsrt aiſe de trouver
sette
GALANT. 337
:
cette occafion pour leur donner
des marques de ſon estime & de
ſon affection ; qu'ils rendoient la
justice d'une maniere qui ne laiffoit
rien à defirer ; qu'ils n'avoient
qu'à continuër , que l'application
qu'ils y donnoient l'engageoit
à leur faire fentir l'eftime
& l'affection qu'il avoit
pour leur Compagnie , & qu'ils
n'en pouvoient douter , aprés ce
qu'il venoit de faire pour eux.
Ie viens d'aprendre que le
Navire nommé, le Coche,
apartenant à la Compagnie
des Indes Orientales , &
Aqust 1687.
Ff
338 MERCURE
commandé par M² du Hautmenil,
eſt arrivé prés du Fort
Louis , il vient de la Coſte de
Coromandel , il avoit avant
d'en partir eſté à Tenaſſerim
qui apartient au Roy de
Siam. Il raporte que ceMonarque
s'eſt défait de tousles
Macaffars Mahometans , &
meſme de leur Prince,dontil
envoye deuxEnfans enFrance
pour eftre inſtruits dans la
foy Catholique par les
Miffionaires Etrangers. 11
adjoûte que M' Conſtance
a efté fait grand Barcalondu
Royaume de Siam, celuy qui
r
GALANT. 339
poſſedoit cy-devant cette
premiere Charge de l'Etat
eſtant Macaſſar. La Cargai
ſon du Navire de M du
Hautmenil ſe monte à cinq
cens mille écus.
Je vous parleray le mois
prochain de ce qui s'eſt fait
a l'Academie , le jour de la
Academics
Feſte de Saint Louis , & fuis ,
Madame , voſtre , &c .
AParis , ce 31. Aoust 1687-
Del'Imprimerie de C. Guillery.
Extrait du Privilege du Roy .
P
AR Grace & Privilege du Roy, donné à
Chaville, le 18. Iuillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Conſeil , IUNQUIERES, Il eſt
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT , contenant pluſieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépenddudit
Livre par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
Faire imprimer , vendre & debiter ledit Livre,
by graver aucunes Planches ſervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny mesme de le donner à
lire, pendant le temps& eſpace dedix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainſi que
plus au long il- elt porté eſdites Lettres.
Regiſtre ſur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1663. Signé ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur Deviza' a cedé ſon droit du
preſent Pri, ilege à Michel Guerout,Libraire
, pour en jouir ſuivant l'accord fait
carr'eux.
AL S. J.
Zugya
BIBLIOTHÈQUE
" Les
entaines "
SJ
60 -
CHANTILLY
A
!
MERCURE
GALANT
DEDIE ' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
AOUST 1687.
A PARIS ,
AU PALAIS
B B B 2:
ALQ
*
JERSE
ケス
0
Ndonnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier iour de chaque Mois , & on
le vendra ,Trente ſols relié enVeau,
&Vingt-cinq ſols en Parchemin,
PARIS
PARIS ,
101197
Sale
des
Merciers
,àlaJustice
..
DE LUYNE , au Palais , dans la
T. GIRARD , au Palais , dans laGrande
Salle , à l'Envic .
It MICHEL GUEROUT , Court-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LXXXVII .
AVEC PRIVILEGE DU ROY
222222222522 25525
TABLE.
Remiere Pierre pofee au Seminaire DRemiere
Toulon.
des Aumôniers de la Marine à
Feſte Gueriere faite par les Gentilshommes
de la Marine à Brest.
Le Levraut, Epitre.
Statuts de l'Academie d'Angers.
fol. 2
6
13
25
Ceremoniefaite à Valogne en baffe Normandie.
Baptefmefingulier.
44
Galanterie faite à Madame de Fourcy
parMadame de Villeneuve. 52
Defcription d'une grande Feste faite à
Rheims.
Autre faite à Laon.
59
74
Gueriſon ſurprenante arrivée cette annèe
à Bourbon , avec les noms de
tous ceux qui y ont esté prendredes
Eaux. 83
Ceremonie faite à Port-Royal par les
à
TABLE.
Cordeliers du grand Convent de Paris
Epitaphe.
Portrait de Clarice.
96
100
103
Galanterie faite à Rambouillet , à M.
107 le Comte de Thoulouse.
Reception faite à Monseigneur le Danphin
par M. le Duc de Noailles , en
Samaisonde S. Germain en Laye. If
Receptionfaite en France auGeneral des
Carmes . 112
Derniere Partie de la Medecine Universelle
de M. de Comiers , où l'on
voit la compoſition de ce remede pour
la gueriſon des plus facheuſes maladies
,&pour prolonger la vie. 118
Madrigaux.
Deffenfes desJeux dehazard.
149
161
Mort de M. de la Tour , Marquis de
Montauban. 166
Relation contenant l'arrivée de l' Ambaffadeur
de Portugal à Manheim , Son
entréeà Heydelberg , la maniere dont
il a esté receu à ſes Audiences publiques
, comment il a esté traité ,& les
TABLE.
Ceremonies du Mariage de la Prin
ceffe Marie Sophie Elisabeth de Neu
bourg, avec le Roy de Portugal. 175
Lettre du Doge de Venise au Roy de
Suede. 245
Entrée de M. Morandà Tholouse. 249
Mort de Madame la Ducheſſe de Mo
dene. 254
Mort deM. le Bailly de Humieres. 260
Mort de M. de S. Laurent. 264
Mariage. 265
Nouvelles d'Alep. 270
M. le Marquis de Torcy nommé Envoye'
extraordinaire en Angleterre.
374
Hiftoire. 275
Benefices donnezpar le Roy. 285
Gratifications données par le Roy. 280
Les Malheurs de l'Amour.. 286
Remarques de Vaugelas avec des Notes-
291
L'Art de bien prononcer la Langue
Françoise. 294
Noms de ceux qui ont devinè les Enigmes.
295
TABLE.
Enigmes. 297
Détail de tout ce quis'est fait de confiderableenHongrie
depuis l'ouverture
de la Campagne. 300
CartedeHongrie. 328
Declaration du Roy. 330
Compliment de M.le President BarentinanRoy.
Nouvelles des Indes.
335
337
Fin de la Table.
Avis pour placer les Figures.
ap 'Airqui commence par , Rien n'
peine,doit regarder la proche
Page 102.
de la
LaMédaille doit regarder la page
19.
L'Air qui commence par , Iris n'est
plus, mon Iris m'est ravie ,doit regarderla
page 299 .
(
1
MERCVRE
GALANT
AOUST 1687.
Evous l'ay ditbien
des fois , Madame,
& je ne puis trop
vous le repeter. Les
actions du Roy ſont ſibelles,
qu'il ſuffit de les raconter
nuement , & fans art , pour
Aouft 1687. A
2 MERCURE
en faire remarquer toute la
grandeur ,& l'on n'a pas beſoin
pour cela d'y faire des
reflexions remplies d'éloges.
Ainſi je n'ay qu'à vous dire
que lapremiere pierre du Seminaire
des Aumôniers de
la Marine qu'il a étably à
Toulon, aeſté poſée ,&vous
concevrez fans peine que les
motifs de cet établiſſement
font dignes de la pieté de ce
grand Monarque. Il a voulu
qu'on formaſt des Ecclefiafliques
ſçavans & de bonnes
moeurs, & qu'on les rendiſt
capables de bien faire fervir
GALANT.
3
Dieu dans ſes Vaiſſeanx , Sa.
Majesté entendant que fur
terre auffi-bien que fur mer,
onprenne un ſoin particulier
de faire pratiquer la vertu
chreſtienne aux gens de la
Marine ; qu'on les viſite, &
qu'on les conſole quand ils
font malades dans l'Hoſpital
qui eft pour eux , qu'on faſſe
la Miſſion à l'Equipage ſur le
point des ' embarquemens
confiderables , autant que
l'embarras & le mouvement
de l'armement le peuvent
permettre ,&que les Aumôniers
feculiers foient ſous la
A ij
4 MERCURE
+
1
direction des Miſſionnaires
Jeſuites qu'onfera monter fur
Jes Vaiſſeaux . La fondation
eſt pour douze Jeſuites , &
pour vingt Preſtres ſeculiers,
parmy leſquels onchoiſira les
Aumôniers des Vaiſſeaux ,
qui feront nommez par le
Superieur du Seminaire . Outre
la Theologie que l'on
montrera anx Aumôniers &
aux Externes , il y a un Profeſſeur
deMathematique pour
les Gardes de la Marine. On a
déja commencé toutes ces
fonctions , & on les fera avec
plus de regularité , quand le
GALANT.
Baſtiment que l'on vient de
commencer ſera achevé , &
que les Seminariſtes y pourrontvivre
en Communauté.
La premiere pierre en fut poſée
le 26. de Juin par Mode
Vauvré, Intendant de la Marine
à Toulon , & cette Ceremonieſe
fit au bruit des Boё-
tes & des acclamations du
Peuple. Le lieu où l'on baſtit
eſt auprés du Parc dans l'agrandiſſement
de la Ville. La
magnificence de Sa Majesté
paroiſtra dans le Parc, qui ſera
un des plus beaux Ouvrages
de toute l'Europe lors
Aiij
6 MERCURE
qu'il ſera finy . On verra tour
auprés un monument de la
pieté de Loüis LE GRAND,
qui fera d'autant plus eftimer
fon zele pour la gloire de
Dieu , qu'on n'avoit point vû
juſqu'à preſent de Seminaire
comme celuy- cy , deſtiné à
la fanctification de la Marine.
:
Je paffe à une autre Nouvelle
qui la regarde. Les Gentilshommes
Gardes- Marines
qui font à Breſt au nombre
de deux cens , auffi - bien dif
ciplinez qu'on le puiſſe eſtre
en toutes fortes d'exercices ,
GALANT. 7
nepouvant faire éclater leun
courage endes occafions effe-
Etives, à cauſe du temps de
Paix où nous ſommes, ont
voulu au moins donner quel
que image de la Guerre dans
l'actiondont je vay vous faire
le détail . Ily a à Breſt ſur le
bord de la merun petit eſpace
de greve quidonne dans la
rade, où la deſcente ſeroitplus
facile qu'ailleurs . On y avoit
fait il y a pluſieurs années
quelques legeres Fortifications
que l'on appelle le fort
deChaunes du nom du Gouverneur
de la Province,foute
A iiij
8 MERCURE
nuë d'une affez bonne Redoute
, reveſtuë & entourée de
bons foſſez , afin d'empeſcher
au moins la premiere inſulte
des Ennemis, s'il en paroiſſoit
de ce coſté-là. Ces Gentilshommes
ſous la conduite de
M² de Coulombe , leurCapitaine
, de M de Courbon, fon
Lieutenant , & de leurs autres
Officiers , choifirent cet endroit
pour une attaque qui
leur fut faite il y a peu de
temps , par les Soldats de la
Marine des fix Compagnies
qui font en ce Port. Cette
brave Milice, qui en pluſieurs
GALANT.
r
occafions perilleuſes a donné
des preuves de ſa valeur , vint
pendant un temps calme &
ſerein dans quinze ou ſeize
Chaloupes ,toutes ſur une ligne
égale, Enſeignes & Pavillons
déployez , ayant M
de Fourbin , & tous leurs Officiers
à leur teſte , faire defcente
en bon ordre à cette
greve , au ſondes Inſtrumens
de Guerre Trompettes,Tambours
& Hautbois . Les Gentilshommes
avoient fait un
bon détachement de la Redoute
pour s'oppoſer à cette
defcente ;mais enfin n'eftant
To MERCURE
pas en affez grand nombre )
aprés une deffenſe des plus
vigoureuſes , ils furent contraints
de plier , & de ſe retirer
dans leur Redoute. Ce
pendant le Canon du Fort,
de la Redoute & des Forts
voiſins ſe fit entendre , & la
moufqueterie fit bien ſondevoir.
LesGrenades qui étoient
de parchemin remply depou
dre , ſe jetterent de tous côtez
,&chacunde part & d'autre
agit avec autat de vigueur
que ſi c'euſteſté dansune veritable
action. Enfin il falut
ceder à la force des Ennemis .
1
GALANT.
Onfit les approchesionfonna
laChamade; on fit la compoſition
; on donna des otages ,
& tous ſe ſeparerent bons a-)
mis , les Soldats Marins remontant
en bon ordre dans
leurs Chaloupes. L'attaque ſe
fit en prefence d'un nombre
infiny de Spectateurs . M
Deſclouſeaux, l'Intendant de
la Marine , le Commandant ,
tous les Officiers, le Château,
la Bourgeoific , &desTroupes
innombrables de Peuple,
dont beaucoup eſtoient des
Villes voiſines , voulurent
joüir de ceDivertiſſement, les
12 MERCURE
uns fur Mer dans des Chaloupes
, & les autres fur des
Hauteurs qui n'eſtoient pas
éloignées . Le beau Sexe mefme
y prit part dans des Tentes
qu'on avoit faites exprés ,
& l'on ne voyoit que des parties
de plaiſir en un lieu qui
peu d'années auparavant paroiſſoit
entierement defert &
fauvage , & qui par les bontez
, la magnificence & les
foins de noſtre Auguſte Monarque
, eſt à preſent un des
plus agreables endroits de la
France , orné de quantité de
bons & gros Vaiſſeaux , qui
GALANT
font la principale ſcureté de
la Province & du Royaume ,
&la terreur de ſes Ennemis .
Il y a long-temps qu'on a
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
Jevoy bien,Madame, que
vous ne voulez rien ignorer
de ce qui regarde l'Academie
Royale d'Angers , puis qu'aprés
en avoir veu les Lettres
Patentes ,
GALANT. 25
Patentes , dont je vous envoyay
une copie il y a un
mois , vous voulez encore en
voir les Statuts. Je vous ay
promis de fatisfaire voſtre curioſité
ſur cet article,& il eſt
juſte que je vous tiene parole.
SZSSSSSSZESS
iSTATUTS
DE
L'ACADEMIE ROYALE
D'ANGERS.
I.
L'Academie fera composée de
trente Academiciens nez
dans la Province d'Anjou , ou
Aouſt 1687. C
26 MERCURE
de Peres qui enfoient , & tant
qu'il ſe poura refidans dans la
Ville d'Angers ; on pourra
neanmoins élire des Angevins
domiciliez ailleurs où des
Estrangers établis à Angers par
la confideration de leur rare
merite.
II.
Elle aura quatre Officiers ,
un Directeur , un Chancelier,
un premier & un fecond Secretaire.
III.
Le Directeur preſidera aux
Assemblées pour y proposer les
matieres donton aura à traiters
7
GALANT. 27
pour y faire garder le bon
ordre. Il recueillera les Avis
des Academiciens fuivant le
rang où ils se trouveront fortuitement
affis , & opinera le
dernier immediatement aprés les
autres Officiers.
IV.
Le Chancelier gardera le
Sceau de l'Academie, &fçellera
en cire blenë toutes les Expeditions.
V.
Le Secretaire tiendra Regiſtre
de toutes les refolutions qui ſeront
priſes dans les Affemblées,
gardera les Titres & Papiers de
Cij
28 MERCURE
l'Academie , expediera tous les
Actes écrira toutes les
Depeſches &toutes lesLettres.
VI.
Quand la Campagnie en
Corps parlera dansſes Lettres,
le Secretaireſoufcrira, vos treshumbles
ſerviteurs , les Aca
demisiens de l'Academic
Royale d'Angers N. Secretaire
, & quand le Secretaire
écrira de la part de la Compagnie,
il commenceraſa Lettre en
ces termes ou quelques autres
ſemblables , l'Academie Royale
d'Angets m'a ordonné
de vous écrire &c. &fignera
GALANT. 29
la Lettre comme si c'estoit pour
fes affaires particulieres, excepté
qu'écrivant de la part d'un
Corps , il doit eftre plus refervé
aux termes de la ſouſcription.
VII.
En l'absence du Directeur, le
Chancelier prefidera aux Afſemblées,
&en l'absence de tous
les deux, le premier Secretaire,
ou le ſecond Secretaire à fon
deffaut ; que ſi tous les Officiers
font abfens , le dernier qui aura
efté Directeur ou Chancelier ,
prefidera.
VIII .
Lors que le premier Secretaire
C iij
30, MERCURE
sabfentera, il envoyera le Regiftre
aufecond qui tiendra la
plume &fera toutes les autres
fonctions du premier Secretaire
enſon abfence.
IX.
Les deux Secretaires feront
perpetuels à vie ; le Dire-
Eteur & le Chancelier feront
changez de fix mois en fix mois,
& celuy qui fortira d'une
Charge, ne pourra estre éleu pour
une autre à la premiere nomination.
Χ.
La nomination des Officiers
fe fera par les fuffrages des
GALANT. 31
1
Academiciens , affemblez du
moins au nombre de quinze à la
pluralité des opinions écrites
dans des Billets , qui feront mis
entre les mains de celuy quifera
la fonction de Secretaire ,
ouverts par celuy qui preſidera ;
on ne poura parvenir aux Emplois
de Secretaire qu'on n'ait
la voix des deux tiers des
Academiciens preſens à l'Affemblée.
XI.
Di-
Lors qu'il y aura une place
d'Academicien vacante , le
recteur en fera avertir tous ceux
de la Compagnie qui ferontfur
C iiij
32 MERCURE
les lieux , & l'on procedera à
l'élection d'un autre dans la
premiere Affemblée s'ily a trois
jours d'intervalle ; finon , dans
l'Affemblée ſuivante.
XII .
ラン
Pour l'élection d'un Academicien
il faudra que les deux
tiers des voix foient conformes ,
cơ qu'il y ait du moins quinze
Academiciens àl'Affemblée. Les
fuffragesse donneront par Billets
dans la mesme forme que
pour l'élection des Officiers ; on
pourra neanmoins differer l'élection
s'il nese trouvoit pas à
lors de ſujets propres à remplir
GALANT. 33
les places vacantes.
Si un
XIII.
Academicien fait
quelque faute indigne d'un
honme d'honneur , ilpeut estre,
ou deftitué ou interdit fuivant
l'importance de fa faute; il
faudra mesme nombre de quinze
Academiciens,mais ilſuffira qu'il
paße de deux voix à la destitution
ou à l'interdiction .
XIV.
Si quelqu'un des Academiciens
ne se peut trouver aux
Aſſemblées pour caufes raiſonnables
lors qu'il s'agira des
élections ou d'autres affaires
34
34 MERCURE
i
importantes de l'Academie , il
pourra envoyer fon Avis par
écrit.
XV.
Quand un Academicienfera
receu, on luy fera lecture des
Statuts de la Compagnie , qu'il
promettra d'obferver. Il fignera
l'Acte de fa reception fur le
Registre , & fera un discours
pour remercier la Compagnie.
Le Directeur ou l'autre Officier
enſon absence y repondra par
un autre discours.
XVI.
Tout homme qui aura follicité
publiquement les fuffrages , ou
GALANT. 35
la interpoſé la recommandation de
perſonnes constituées en dignité
pour entrer à l'Academie , en
fera exclus .
د
XVII .
Lors qu'un des Academiciens
mourra deux de la Compagnie
feront choisis , l'un pour faire
Jon Eloge en profe , & l'autre
en vers ou quelques autres
د
Ouvrages àſa loüange.
XVIII .
L'Academie s'affemblera tous
les Mercredis à deux heures
apres midy , ou plus ſouvent s'il
est jugé à propos ; elle pourra
mesme estre extraordinairement
36 MERCURE
convoquée par le Directeur.
ΧΙΧ.
S'il se trouve une Feste au
jour de l'Assemblée , elle fera
remise au lendemain .
XX.
Ceux qui ne feront point du
Corps de l'Academie ne pourront
affifter aux Assemblées ordinaires
,excepté le fieur Evefque , le
Lieutenant pour le Roy dans la
Ville &Chasteau d'Angers, le
premier President , le Lieutenant
general du Prefidial & le
Maire de la Ville , qui pourront
s'y trouver pendant qu'ilsferont
dans leurs emplois &dignitez,
GALANT. 37
Jans qu'ilspuiſſent neanmoinsafſAifſtteerr
aux éélleeccttiioonnss &ddeefsttiitutians
qui feront laiſſées libres
aux Academiciens seuls , &
• fans que cy-aprés on puiſſe accorder
ce meſme droit à quelque
Officier que ce soit , outre ceux
cy-deſſus nommez.
XXI . D
Si quelque perſonne confiderable
par sa naiſſance ou par
Sonmerite ,paſſant par la Ville,
Souhaite d'aſſiſter àl'Assemblée,
ily pourra eftre recceeun aprés qu'on
l'aura proposé le jour d'auparavant
au Directeur,
i
38 MERCURE
XXII .
Que s'il se preſente quelqu'un
qui defire avoir l'Avis de la
Compagnie, ou luy porter quelque
parole , ou luy faire compliment,
il pourra estre introduit
dans l'Aſſemblée pour estre ouy,
&aprés la réponſe qui luy ſera
faite par le Directeur , il fe
retirera.
XXIII .
On laiſſera neanmoins l'entrée
libre à toutes les perſonnes
de condition à la reception d'un
Academicien dans quelques
autres occafions folemnelles,
comme à l'adjudication d'un prix,
GALANT. 39
& à l'Eloge d'un Academicien
mort.
ΧΧΙΧ.
Aux Affemblées le Directeur
Se placera au haut bout de la
Table, le Chancelier & les
Secretairesferont àſa droite,&
les autres Academiciens ſe placeront
autour de la table , comme
la rencontre ou la civilité
les rangera.
XXX.
Le Secretaire écrira exacte
ment & briefvement tout ce
qui ſe paſſera en chaque Affemblée.
Les Deliberations feront
fignées du Directeur , du Chan40
MERCURE
celier , ou du Secretaire.
XXVI .
Chacun dira fon Avis tout
haut avec toute la civilité qu'il
ſe pourra ,fans s'interrompre ,
fans reprendre avec chaleur ou
mépris les Avis de personne,
ſans rien dire que de neceſſaire,
& fans repeter ce qui aura
efté dit.
XXVII.
On ne pourra faire aucune
Deliberation filaCompagnie n'est
composée de dix Academiciens
pour le moins , &de quinze pour
les élections deſtitutions ou interdictions
des Academiciens ; noGALANT.
4
mination des Officiers , dans
les autres affaires importantes .
XXVIII.
Les Partages d'opinionsſeront
renvoyez à l'Assemblée
fuivante.
XXIX.
On ne parlera. point dans
l'Academie des matieres de
Religion , ny de Theologie , &
celles de politique n'y feront
traitées que conformément à
l'autorité du Roy , &à l'estar
du Gouvernement, & aux Loix
du Royaume .
X X X.
....... Aucun ſujet de ceux qui
Aouſt 1687. DT
42 MERCURE
feront traitez dans les Affemblées
, ne fera divulgué fi ce
divulo
n'est par l'ordre de la Compagnie.
XXXVI .
L'Academie ne jugera que
des Ouvrages de ceux dont
ellefera composée , & fi quelqu'autre
en preſente, elle en dira
Jeulementſon Avisfans enfaire
de cenfure, &sans en donner
auſſiſon approbation
XXXVII.
Nul des Academiciens ne pour
wa rien écrire defon chefpourla
deffense de l'Academie , que par
fon ordre , ou par sa permisfpon
GALANT. 43
XXXVIII.
LesAcademiciensferont exhortez
de preparer de temps en temps
quelques discours Academiques
fur tels ſujets qu'il leur plaira,
&de les prononcer ou les live
dans la Compagnie.
ΧXΧXΧXΙΧ.
Ily aura des Vacations depuis
le 8. Septembre jusqu'au
12. Novembre , pendant lefquelles
on ne pourra decider aucunes
affaires importantes, quoy
qu'on puiſſe s'aſſembler.
XL.
Si quelqu'un des Academiciens
refidans dans la Ville neglige de
Dij
44 MERCURE
Ce trouveraux Affemblées , il ne
pourra eftre appellé aux Charges
de l' Academie, ny obtenir aucun
Certificat qu'il foit du Corps.
* Regiſtrez , ouy le Procureur
General du Roy , pour estre
executez felon leur forme &
teneur ſuivant l'Arrest de ce
jour. A Paris en Parlement
le ſeptiéme Septembre mil fix
cens quatre-vingt- cinq. Signé
DONGOIS.
Voilà ce que l'eſprit a fait
faire , il faut vous dire ce
que la charité & la picté ont
GALANT. 45
1.
fait entreprendre. Le 17. du
mois paffé Mª le Marechal
de Bellefonds eſtant à Valogne
en Baffe Normandie , fit
la cérémonie de poſer la
premiere pierre de l'Eglife
& de l'Hoſpital General ,
étably en cette ville-là depuis
peu de temps , par les
foins de M Lailler , Doteur
de Sorbonne , Curé ,
Doyen & Official du lieu ,
homme d'une fort grande
vertu , & tres-zelé pour le
bien des Pauvres .M l'Evefque
de Coutance s'eſtant
rendu en la grande Egliſe de
r
46 MERCURE
Saint Malo reveſtu de ſes
habits Pontificaux , la Proceſſion
ſe mit en marche en
cet ordre. Tous les Pauvres
de l'Hoſpital habillezde bleu
alloient les premiers avec
beaucoup de devotion. Ils
precedoient les Capucins, les
Cordeliers& tout le Clergé
qui eſt fort nombreux , compofé
de M du Chapitre
chantant le Veni Creator . M
le Marechal & Madame la
Marechale de Bellefonds ſuivoient
M¹ de Couſtance. Ils
eſtoient accompagnez de
Mademoiselle de Lille-Mas
r
GALANT. 47
r
rie leur fille , de M & de
Madame de S. Luc , de M
l'Abbé de la Lutumiere,Frere
de Madame de Matignon , &
d'un tres-grand nombre de
perſonnes de qualité. On
fit le tour de la Ville , &
l'on ſe rendit au lieu deſtiné
à la ceremonie que l'on
devoit faire. On y avoit
dreffé un Autel dans les
fondemens . M' l'Eveſque
ayant beny la pierre avec les
Prieres accoutumées , & Mr
le Marechal de Bellefond
l'ayant poſée ce Prelat firun
difcours fur ce ſujet avec
r
48 MERCURE.
beaucoup d'eloquence &
avecle zele qui luy eſt ſi ordinaire
, particulierement
quand il s'agit de la cauſe
des Pauvres , dont il eſt le
pere & le Protecteur. Il fit
voir que ce lieu eſtoit faint
parce qu'on y devoit facrifier
au vray Dieu ; qu'on le
1 pouvoit appeller la porte du
! Ciel, parce que c'eſtoit en
logeant & en ſecourant les
Pauvres que le Fils de Dicu
a dit que l'on y pouvoit entrer
, & enfin que ce licu eftoit
terrible , parce que ceux
cui negligeroient d'y prendre
GALANT: 49
dre ſoin des malheureux que
le Sauveur leur recomman
de comme ſes Membres, n'eviteroient
pas d'eſtre condamnez.
La Proceffion of
tant retournée en chantant
le Te Deum dans le meſme
ordre qu'elle estoit venue ,
on chanta les Prieres pour le
Roy , aprés quoy toute la
Nobleffe qui avoit affifté à
cette ceremonie , ſe rendit
chez M de S. Luc, Gouverneur
de la Ville & du Chaf
teau de Valogne , où elle fut
regalée d'un magnifique difné
, avec autant de delica-
Aouft 1687. E
50 MERCURE
teſſe que de propreté & d'a
bondance.
rs
Il ſe fit il y a quelque
temps un Baptefme qui à
quelque choſe d'affez fingulier
pour meriter que vous
le ſçachiez . La Femme d'un
nouveau Converty eſtant accouchée
, il alla prier M
les Gardes des Orfévres qui
ſont au nombre de fix , de
luy faire l'honneur de tenir
ſon Enfant ſur les Fonts , &
leur dit que lesEnfans qui n'avoient
qu'un Parrain n'estant
pasſeurs d'en avoir toûjours , il
croyoit , en les priant d'estre fes
GALANT.
Comperes , avoir pris une juste
precaution contre ce malheur. Ils
confentirent à eſtre Parrains ,
& luy demanderent quelles
Commeres il avoit choiſies .
Il répondit qu'il leur en laiffoit
le choix , ce qu'ils promirent
de faire. Ils délibereirent
enſemble la-deſſus , &
refolurent de prier les Dames
de l'Union Chrestienne pour
eſtre Maraines . Elles répondirent
que ſuivant les regles
de leur Inſtitution , elles ne
pouvoient accepter la propofition
qui leur eftoir faite,
mais qu'elles en parleroient à
E ij
52 MERCURE
leur Superieur. Il n'eut pas
plûtoſt eſté informé de la
choſe , qu'il leur permit de
tenir cet Enfant à cauſe qu'il
eftoit d'un nouveau Converty
,& le Baptefme ſe fit avec
une affluence de monde extraordinaire
.
Il n'y a rien de ſi bas qui
ne ſoit à eſtimer lors qu'il
vient de mains habiles . Vous
mépriſeriez une Souriciere ,
&Madame de Villeneuve ,
Femme de Mr Ribier de
Vi leneuve , cy-devant Conſeiller
au Parlement , a trouvé
moyen d'en faire un pre
GALANT.
53
fent qui a fait bruit. Madame
de Fourcy à qui elle eſtoit
allée rendre viſite , s'eſtant
plainte de quelques Souris
qui l'incommodoient , Madame
de Villeneuve luy dit
qu'elle avoit chez -elle une
forte de Souriciere merveil-
Icuſe pour prendre ces animaux.
C'eſtoit un pot plein
d'eau & couvert d'un ais , au
milieu duquel il y avoit une
petite baſcule qui s'abaiſſoit
auffi-toft que les Souris ve--
noient manger ce que l'on
mettoit deſſus , en forte qu'en
tombant dans l'eau , elles ſe
E iij
54 MERCURE
noyoient ſans qu'il en puſt
échaper aucune . Madame de
Fourcy l'ayant priée de luy
envoyer l'Ouvrier qui les faifoit,
Madame de Villeneuve
s'engagea à luy en fournir
une toute faite. Aprés qu'elle
l'eut quittée , elle fongra
comment elle pourroit relever
par quelque galanterie
une choſe auſſi - peu confiderable
qu'une Souriciere . Elle
chercha une belle Cuvette
de fayence, fit peindre le couvercle
de bois où eſt la bafcule
, & fit faire un petit Pavillon
de taffetas couvert de
GALANT.
55
Galons d'argent , & orné de
rubans qui couvroit la machine
comme une petite tenre.
Cette Lettre accompagna
le preſeut.
5255555SNESS
A MADAME DE FOURCY,
I
en luy envoyant une
Souriciere .
Mportuns Animaux, de qui les
troupesgrises ,
Courent dans les Palais, errent dans
les Eglifes ,
Reptiles , qui eherchez les ombres &
la nuit ,
Que la corruption dans un égouft
produit ,
E iiij
56 MERCURE
fi respecté ,
de Seureté ?
Souris , iln'est donc point de maison
fifacrée ,
Où vos griffes d'abord ne creuſent
une entrée ?
Il n'est donc point d'endroitfifaint,
Qui contre vous puiſſe eſtre un lien
Iusqu'à l'appartement de l'illustre
Artemice
Vous portez de vos dents l'inſolente
malice ,
Son auguste presence , &fon divin
aspect (nyrespect?
Ne vous impriment donc ny crainte
C'est trop souffrir de vous ; la mort
la plus cruelle
Ne peut affez punir vostre audace
rebelle.
Voicy de vostre fort l'inévitable
écueil ,
GALANT. 57
Nous allons voir finir vos jours
vostre orgueil.
Fe
Ce fera , Madame , par le
moyen de la petite Souriciere que
je vous envoye que vous viendrez
à bout de ces petites infolentes
qui vous font tant de defordre
. Je croy qu'elles s'y prendront
aisément , car on a pris
toutes les mesures poffibles pour
la rendre juſte ; il ne faut qu'un
grain pour faire baiſſer ta bafcule;
je croy mefme quelesMouches
s'y prendroient , fielles venoient
s'y reposer. Neantmoins
fi quelque accident la faisoit
58 MERCURE
manquer , faites-m'en avertir
j'iray auffi- toft chez vous pour
y remedier , & vous témoigner
combien je furs , Madame , vo-
Stre , &c.
On voit peu de Nations
qui égalent les François dans
l'amour qu'ils ont pour tout
ce qui regarde les Armes. La
Nobleffefournit autant d'Offeiers
aux Armées du Roy ,
que ſa Majefté en peut fouhaiter,&
le peuple les groffit
de Soldats qui n'ont pas fitoſt
appris à porter les armes,
qu'ils ſçavent l'art de vaincre.
GALANT. 59
い
Pendant que les uns fervent
ainſi l'Estat & le Roy dans ſes
Armées , ceux qui gouvernent
les Villes , & ceux qui
les font ſubſiſter par leur
commerce , font tous les ans
des Feſtes Guerrieres dans
leſquelles ils s'exercent,
L'une de ces Feftes, qui ſe font
preſque dans toutes les Provinces
du Royaume , fut faite
à Reims avec grand éclat ,
le Dimanche 15. de Juin
dernier. Les Compagnies
d'Arquebuziers , au nombre
de quarante- deux ou environ ,
s'y eſtant renduës le jour
60 MERCURE
precedent des principales
Villes de la Champagne ,de
la Picardie , de la Brie ; & de.
pluſieurs autres Provinces
éloignées ſuivant la Lettre
circulaire , & le Mandat qui
leur avoit eſté envoyé , furent
receus parM' Friſon , Capitaine
en Chef des Chevaliers
de Reims , & par Mrs de la
Salle& Dorigny , Capitaines
Lieutenant & Enfeigne , qui
les conduiſirentdans les principales
Hoſtelleries de la Ville,
que M² Friſon leur avoit
fait preparer. Elles n'y furent
pas plûtoſt arrivées qu'on
GALANT. 61
leur apporta les Preſens ordinaires
de vins , & autres rafraîchiſſemens
. Le lendemain
elles ſe rendirent au Jardinde
l'Arquebuſe , d'où elles allerent
en Proceffion en l'Egliſe
Metropolitaine , accompagnées
du Clergé de cette Eglife,
& affifterent àune Mcfſe
ſolemnelle qui y fut chantée
en preſence de Me le
Comte de Léry Capitaine
Commandant pour le Roy
dans la Ville de Reims, &
des premiers Magiftrats &
Officiers de la meſme Ville .
L'apreſdinée elles aſſiſterent
r
62 MERCURE
à une ſeconde Proceffion
qui ſe fit dans les principales
ruës, où l'on porta quatre magnifiques
Piramides de toute
forte de vaiſſelle d'argent ,
deſtinée pour le prix general
avec le Bouquet, repreſentant
le Dieu Mars , qui tenoit d'une
main les Oliviers & les Lys
qui font les Armes de Reims ,
&pourBouclier un Baffin de
vermeil doré. Chaque pyramide
portoit vingt prix de la
valeur de mille écus , ſçavoir,
UnBaffin rondde 300.liv.
Un Baffin rond
Six Affictes
280.
260.
م
GALANT. 63
Un Baffin rond
240.
Quatre Flambeaux 225.
Un Baffin rond
205.
Trois Flambeaux
185.
Une Eguiere 165.
Un Eguiere découverte
150 .
Deux Flambeaux
140.
Deux Chandeliers
130.
Quatre Salieres 120.
Un Pot à eau
10 .
Deux petits Flambeaux de
Cabinet 100.
: Une Ecuelle couverte 70.
Un Sucrier 60.
Deux Taſſes à deux ances
fo.
64 MERCURE
Une Ecuelle 40.
Les Compagnies furent regalées
pendant la Marche
d'une Collation tres- fuperbe.
aprés laquelle elles ſe rendirent
au bruit de la Mouſqueterie
, & de pluſieurs décharges
de Ganon au Jardin de
l'Arquebuſe, où M² le Comte
de Léry , M' Favard , Lieutenant
des Habitans , & M
Friſon firent la Ceremonie
de decouvrir la Satuë Pedeſtre
de Sa Majeſté , erigée
dans ce Jardin par les foins
du meſme M Frifon & des
Chevaliers de l'Arquebuſe de
r
:
GALANT. 65
-
Reims , ce qui ſe paſſa avec
des acclamations extraordinaires
de Vive le Rov, & des
demonſtrations d'une joye
univerſelle , ainſi qu'au bruit
de la mouſqueterie , & de la
décharge generale du canon
"des remparts de la Ville. On
avoit mis pour Deviſe à cette
Statuë le Soleil entrant dans
le Signe de Sagitaire avec ces
mots, hofpitium illustrat.
Par tout le longde ſa carriere ,
Sans perdre son éclat, répandant fa
lumiere ,
Sa prefence en toutes faiſons
Fait l'ornement des celestes mai-
Sons.
!
Aouft 1687 . F
66 MERCURE
C'est ainsi qu'avec pompe entrant an
Sagittaire ,
Ily porte avecſoyle jour ,
Et par un bienfait ordinaire ,
Il éclaire en entrant le lieu de fon
Sejour.
Grand Roy , c'est là nostre avantage
,
う
Qu'en voyant icy ton image ,
Cejardin devenu plus charmant &
plus beau ,
Reçoit de ta presence un éclat tout
nouveau.
La Statuë que la Compagnie
a érigée à LOUIS LE
GRAND , eſt poſée dans le
fond de la grande allée du
Jardin , ſur un Piedeſtal à
quatre faces. Sur la premiere
GALANT. 67
:
de
eſtun Hercule , pour ſignifier
que le Roy a exterminé
fonEmpire tous les Monſtres ,
& fur tout celuy de l'Hereſie.
Elle a pour titre Hareſeon domitori.
La ſeconde eſt une Minerve
, ſymbole de la ſageſſe
confommée de ce Monarque ,
& au deſſus , Confiliorum Prafidi.
La troifiéme eſt un Mars
pour repreſenter ſa force invincible
dans les Combats avec
ces mots , Hostium Debellatori,
&dans la quatriéme on
lit ces paroles ſur unMarbre.
In hac armorum Palestra , Ædilibus
liberaliter applaudenti
Fij
68 MERCURE
bus , ad ſplendidiorem pramii
generalis pompam erexere Catapultarii
Remenfes , anno Domini
LXXXVII. die 15. men
fis Funii.
Le ſoir il y eut de grandes
rejoüiſſances en differens endroits
de la Ville & des Fontaines
de vin coulerent devant
la porte de M'le Comte
de Léry & de M² Fri.
ſon , qui traiterent
beaucoup de magnificence
les principaux Officiers des
Chevaliers Arquebuſiers , invitez
à venir difputer le prix
à Reims. Le lendemain au
avec
GALANT. 69
matin 16. du mois , on élut
les Preſidens & les Deputez
des Villes pour juger les
coups des Pantons. Les
Deputez pour marque de leur
caractere , portoient une medaille
d'argent , repreſentant
d'un coſté la Statue Pedeſtre
de Sa Majesté , élévée dans
le Jardin de l'Arquebuſe , &
de l'autre les avenues de ce
Jardin. Les Compagnies s'y
rendirent l'apreſdinée ſous
les armes , & M'le Comte
de Lery fit la céremonie de
tirer le coup du Roy. Il s'en
acquira avec une adreſſe tou
70 MERCURE
!
te finguliere , & donna le
foir un ſoupé tres fomptueux
aux principaux Offi
ciers des Compagnies. Les
jours ſuivants ſe paſſerent à
tirer aux deux Butes . Chaque
Brigade des Compagnies
venuës pour la Feſte y donna
des marques de ſon adreſſe,
& enfin les Chevaliers de Vitry
emporterent le premier
prix , & ceux de Noyon le
fecond. Pendant tout ce
temps il ſe fit toujours quelque
choſe de remarquable.
On receut le fils de Me le
Comte de Lery âgé de neuf
.
GALANT. 71
à dix ans , Chevalier du Jardin
de l'Arquebuſe de Reims.
H fut accompagné dans
cette ceremonie des principaux
Officiers & Chevaliers,
&eut pour parrainM Favart,
Seigneur de Richebourg ,
Lieutenant des Habitans, Il
preſta le ferment entre les
mains de M Frifon Capitaine
en chef, qui avoit eſté
le prendre chez luy avec les
Officiers & Chevaliers de la
Compagnie, où ayant eſté
reconduit de la meſme forte ,
M le Comte de Lery lesregala
d'une tres ſuperbe co72
MERCURE
lation. Les Peres Iſeuites
voulant temoigner l'eftime
qu'ils ont pour la Compagnie
de l'Arquebuſe de
Reims , firent foutenir deux
Theſes dans leur College, &
il s'y trouva un tres-grand
concours de monde. L'une
eſtoit dediée à Mrs les Chevaliers
,& l'autre à M' Friſon,
qui tant que dura la Feſte
n'oublia rien pour foutenir
dignement la gloire d'une
Compagnie qui s'eſt toujours
diftinguée dans cet exercice,
& pour remplir ce que l'on
attend de ceux de fon nom,
qui
GALANT. 73
:
qui poſſede depuis plus d'un
Siecle avec une approbation
generale la Charge de Capitaine
en chefde la meſime
Compagnie Ceux qui la
compofent, Officiers & Che
valiers , ayant delivré le Bou
quet à la Compagnie de
Laon le 24. de ce meſme mois
de Juin , l'honorerent à la
fortie d'une belle Cavacalde
juſqu'à la Villette, & la regalerent
d'une Collation magnifique
. Aprés les adieux
faits de part & d'autre , les
Chevaliers de Laon ſe mirent
en marche , & ayant pouffé
Avust 1687. G
74 MERCURE
ce jour- là juſqu'au Bac , ils
en partirent le lendemain de
grand matin , & prirent la
route de Laon. A deux
lieuës de la Ville , on décou
vrit ſur une hauteur deux
eſcadrons de Cavalerie qui
s'avançoient en bon ordre ;
cesaEfcadrons étoient compoſez
d'environ deux cens
Chevaux. Leurs Commandans
sétant avancez pour
complimenter les Chevaliers,
& leur témoigner la part
qu'ils prenoient à leur gloire,
les reçurent par une ſalve generale.
Les Chevaliers à leur
GALANT. 75
teſte continuerent cette route
juſques au Fauxbourg de
Laon , où l'on fit alte pour
ſe rafraîchir. Cependant les
Bourgeois de la Ville avertis
de leur arrivée , ayant fermé
dés le matin les Boutiques ,
ſe rangerent ſous leurs Enſeignes,&
prirent les armes ,
conformement aux ordres de
Meſſicurs de Ville. Toute
cette Milice s'étant aſſemblée
dans la Cour du Roy , formant
un Bataillon , ſe mit
en maache , & defcendit au
Fauxbourg en tres-bel ordre.
Quatre Capitaines qui conw
Gii
76 MERCURE
duiſoient le front de cette
Infanterie , firent leurs Complimens
à la Compagnie , &
cette Milice ayant bordé la
haye , falüa le Bouquet par
une décharge. Les Officiers
aprés avoir répondu à cette
civilité diſpoſerent toutes
choſes pour continuer la
marche vers la Ville. Cette
Infanterie défilant en bon
ordre , Tambours battans»
méche allumée & Enſeignes
déployées , gagna infenfiblement
le haut de la montagne.
Le Bouquet porté en triomphe
par quatre hommes, étoit
GALANT. 2ד
precedé d'une bande de Violons
, dont l'harmonie jointe
au carillon des Cloches , formoit
un concert fort agreable.
L'Argenterie gagnée au
Prix General étoit portée
aprés le Bouquet , & enfuite
marchoient les Chevaliers &
deux cens Maîtres rangez en
deux files. Des Trompettes &
des Timbales étoient à leur
tefte & un petit Corps de
referve fermoit cette marche,
avec deux Tambours qui ba-
د
toient à la Dragonne. Ces
Troupes étant arrivées au milieu
de la montagne , furent
Giij
78 MERCURE
ſaluées d'une décharge de
Boëtes de la Ville. Cette décharge
fut réïterée par le feu
de l'artillerie de la Citadelle,
& le bruit du Canon , des
Boëtes & de la Mpuſqueterie
attira un tres- grand concours
de peuple des lieux voiſins à
leur entrée. Le frontiſpicede
la porte de la Ville étoit paré
de pluſieurs écuſſons aux Armes
du Roy , de M¹ le Duc
d'Eſtrées Gouverneur de la
Province , & aux Armes de
la Ville , tous ornez de quantité
de deviſes , & de feſtons
entrelaſſez de guirlandes de
GALANT. 79
/
fleurs & de feüillages . L'Hôtel
de Ville, le Jardin de l'Arquebuſe
, & lelogis du Capitaine
eſtoient parez des mêmes
ornemens. Cette belle&
nombreuſe Compagnie eſtant
entrée dans la Ville, ſe rendit
àl'Hoſtel de M² le Gouver
r
r
verneur , où M² l'Abbé de
Noirmontier la receut tresbien
en fon abſence , & témoigna
par le bon accueil
qu'il luy fit , & par les largefſes
qu'il répandit à ceux qui
qu'il repandi
ſervoient à cette pompe.combien
il prenoit de part à la
joye publique. On prit con-
Giij
80 MERCURE
gé deluy par une ſalve que
fit l'Infanterie , & on tranfporta
le Bouquet à l'Hoſtel
de Ville . M le Prevoft &
Ms les Echevins receurent la
Compagnie avec les ceremomonies
ordinaires ; & aprés
les complimens reciproques
de part & d'autre , on fervit
une ample colation. DelHoſtel
de Ville on alla le long
de la grande ruë , & traverfant
dans le meſme ordre
toute la Ville , on eſcorta le
Bouquet juſqu'à l'Abbaye
de S. Martin, où M'le Prieur,
aprés avoir témoigné beauGALANT.
8t
coup d'honneſteté à la Com
pagnie , fir diftribuer quantité
de rafraîchiſſemens. Enfin
le Bouquet ayant eſté
porté en parade preſque par
toute la Ville , fut reconduit
fur la fin du jour chez le Capitaine
des Chevaliers . Le reſte
de cette journée ſe paſſa
fort galamment ; on n'entendoit
par tout que cris d'allegreſſe
, que concerts d'Inftrumens
, que bruit deTambours
& d'armes à feu. Le
foir, le Capitaine regala la
Compagnie , où se trouverent
les Capitaines de Quar
82 MERCURE
1
tier . Ce regale fut ſuivy d'un
Bal donné aux Dames , qui
ſe retirerent bien avant dans
la nuit aprés la Colation. Le
lendemain , les Chevaliers de
l'Arquebuſe ſe rendirent en
Corps à l'Egliſe des Cordeliers
, pour affiſter à une
Meſſe ſolemnelle qui y fut
chantée en Muſique , & où
fe trouva preſque toute la
Ville ,pour prendre partaux
actions de graces , comme
elle avoit eu part à la gloire
du Bouquet. L'Oyſeau ayant
eſté preſenté le 6. de Juiilet,
ſelon la coûtume avec le ,
GALANT. 83
Prix , Mr Marteau , Prevoſt
Royal, &Maire perpetuelde
la Ville , accompagné deM
les Echevins , & des principaux
Habitans , tira le coup
du Roy , & eut le bonheur
&l'adreſſe , ſous le Nom du
plus Grand Monarque qu'il
yait au monde ,de tuer l'Oyſeau
de ce coup , & d'eftre
ainſi cette année le Roy de
la Compagnie.
Vos Amies , à qui l'on a
conſeillé d'aller prendre des
caux de Bourbon , fortirort
de l'rreſolution qui les empeſche
d'entreprendre ce
s
84 MERCURE
voyage,quand elles ſçauront
les Cures qui s'y font faites
cette année dans la premiere
ſaiſon. Je puis vous en apprendre
une des plus remarquables.
C'eſt la gueriſon de
Madame Chaponay , qui a un
Frere Secretaire du Roy à Paris
. Elle estoit Paralytique
d'un coſté, & fujerre à
tres, fâcheuſes convulfions ,
qui estoient la ſuite des cruelles
vapeurs dont la malignité
luy avoit tourné la bouche.
Elle ne pouvoit marcher , &
avoit fouffert ces incommoditez
durant quatre ans , toude
GALANT. 85
jours avec de vives douleurs ,
fur tout dans l'eſtomac , où
elle ſentoit une extrême pcſanteur.
De là luy venoit un
dégouft continuel avec des
défaillances mortelles . Enfin
l'effet des caux a eſté de refoudre
certe maſſe groffiere
&compoſée de matieres corrompues
. Elle'en a efté delivrée
par des vomiſſemens qui
ont achevé ſa guerifon, Ainfi
àl'heure qu'il eſt , elle marche
droit, ne ſent aucune
douleur , & ſe trouve dans
une ſanté plus parfaite , qu'-
elle ne l'a jamais cuë. M
86 MERCURE
-
Bourdier , tres-habile Mede
cin , qui l'a traitée , rendra
témoignage de ce queje dis.
C'eſt un homme extremement
eſtimé , qui a fait un
excellent Ouvrage ſur les
eaux deBourbon , qu'il donnera
bien-tofſt au Public. Il
tient qu'elles font mêlées de
Nitre ſemblable àceluy d'Egypte
, d'une eſſence balfamique,
&d'un ſoufre delicat ,
ce qui est cauſe qu'elles font
propres aux maladies des
nerfs , à celles de l'eſtomach ,
& ſur tout du bas ventre ,
ouvrant les obſtructions,fon-
يمضم
يف
GALANT 87
dant les humeurs , & forti
fiant les parties foibles . Le
Livre de ce ſçavant Medecin
contiendra toutes les curiofitez
anciennes & nouvelles
de la Ville de Bourbon. Il
obſerve qu'on y trouveà neuf
pieds de profondeur quantité
de belles Colomnes , & de
pierres taillées , d'une grandeur
exceſſive , avec des Aqueducs
de fix pieds de hauteur
, & avec de gros tuyaux
de plomb. Je vous en diray
davantage lors que j'auray
veu ce Livre. J'ajoûteray
ſeulement icy que la quan
88 MERCURE
cité de perſonnes confiderables
qui ont eſté à Bourbon
dans la premiere ſaiſon de
cette année , ſuffit pour faire
connoiſtre à vos Amies que
ces eaux continuent toûjours
àeſtre en vogue. En voicy la
Lifte.
Madame la Princeſſe .
Mademoiselle de Bourbon.
- Mademoiselle d'Anguien.
Mademoiselle de Blois.
Madame de Monteſpan.
M² le Duc & Madame la
r
Ducheffe de Beauvilliers .
Ml'Eveſque de Leitoure .
M' l'Evefque de Soiffons .
GALANT. 89
Monfieur le Marquis de
Peuſignan & Madame fa
Femme.
Monfieur le Comte de Talar
, Lieutenant de Roy en
Dauphiné.
Madame la Comteſſe de
Langeron , Dame d'Honneur
de Madame la Princeffe
.
Me le Comte de la Mary ,
& Madame ſa Femme.
:: Madame la Preſidente Pelot
& Madame fa Scoeur , Religieufe.
}
M Dupuy, Gentilhomme
ordinaire chez le Roy.
Aoust 1687 H
وم MERCURE
M' Davegean , Capitaine
aux Gardes .
r
M le Comte de Quermeré.
Mr le ComtedeGournay.
Mrs les Commandeurs des
Goutes & de Brillac .
M le Chevalier de Neuville.
Mr le Chevalier de Leſſé.
M' le Chevalier de Villars.
M' Bertelot de Paris , &
Ms ſes Fils , l'un Receveur
General de Montauban , &
l'autre Maiſtre d'Hoſtel chez
Madame la Dauphine.
'GALANT 91
M Cendrier , Receveur
r
General de Limoges .
Mª Marchand de Paris ,
Officier chez Monfieur, avec
Mle ſa Fille.
M' & Me Feydeau de Lépau.
M & M de Chamaigre .
M² de Pluye , Receveur de
Tours, &M° fa Femme.
M' des Foſſez de Bretagne ,
Seneſchal d'Arbignac , avec
M fa,Femme for
M
M & Medame de Coure
celle de Poitou ...
r
M & Madame de Roj
chette, de Poitou.
Hij
92 MERCURE
2
Madame Malet de Caën.
Madame du Luc, de Caën.
Madame Renaut,de Tours .
Madame du Parc, deTours .
Madame Borin,de Paris .
Madame Calpatri, de Paris.
Madame de Chamborau .
Madame Cauchois avec
Madame de Frometot ſa Fille,
de Roüen .
Madame du Pleſſis Bidé
avec Mlle de la Guerche.
Madame de Chaffeloire &!
M² fon Fils.
M Cafin & Madame ſa
Femme.
M & Madame Daudicu
GALANT. 93
& Me leur Fille , de Montbrifon
.
Madame de Machaut , de
Chatillon ſur Loire .
Madame Bertin , de Paris
avec Mlue fa Fille .
Mª le Machois , de Roüen ,
r
Me ſa Soeur Religieufe , &
M de la Barre ſon Beau-
Frere.
M Duret , Confeiller au
Chaſtelet de Paris .
r M' Rolland Conſeiller de
Reims .
Me l'Abbé de Priere en
Bretagne.
Me l'Abbé Dargence,
94 MERCURE
1
M l'Abbé Saré .
r
M l'Abbé Favar.
M² le Curé de S. Benoiſt de
Paris.
Madame de Langeron,Abbeffe
de Nevers .
Madame de la Mary , Abbeſſe
de Ligueur.
Madame de Beauxoneles,
Abbeſſe de Mouton .
Madame de Barillon, Soeur
de l'Ambaſladeur de ce nom ,
& Madame de Force , Religieuſes
de Poiffy.
M' Tridon,PrieurduVeurdre&
de Chantenez .
M de Fourchaud , Ef- 7
A
GALANT95
cuyer chez le Roy.
M' Courtay.
r
Mª de la Graviere .
Mª de Beauvais .
M'de Beaulieu.
Me de Pommereuſe.
M' du Freſnoy .
M² Aliberg.
M Davoifan .
r
M' Fremont.
M² Cotar.
r
M² Paquier.
M' Aniffon .
Mª Vauchelle.
Mª de Valambon.
M² Moulié .
M' Fayet,
!
96 MERCURE
Me de Queſenelle.
Me du Queſnoy.
Me Baubin .
M'l'Archeveſque de Paris
eſt preſentement dans une
ſanté parfaite. Les Peres Cordeliers
du grand Convent ,
qui pendant le cours de ſa
maladie avoient fait tous les
jours des Prieres publiques
dans leur Egliſe pour demander
àDieu ſa guerifon,voyant
qu'elle avoit eſté accordée
aux voeux de toute la Francc,
voulurent en rendre des actions
de graces particulieres ,
&
GALANT. 97
& pour en rendre la folemnité
plus éclatante , ils prierent
Madame l'Abbeſſe de
Port-Royal , digne Soeur de
cet illuftre Prelat , de vouloir
bien qu'on la fiſt dans ſon
Egliſe le 20. du mois paſſé ,
jour de ſainte Marguerite ,
dont elle porte le nom. Le
Pere Gardien , avec ſes Officiers
, & accompagné d'environ
trente Religieux , ſe
rendit dans l'Eglife de Port-
Royal le matin de cette Feſte.
On commença par chanter
Tierce ,& enſuite la grand
Meſſe fut chantée avec toutes
Aoust 1687 .
I
98 MERCURE
les ceremonies du grand
Convent , & pluſieurs Motets
de Muſique au faint Sacrement,
à ſainte Marguerite,
& pour le Roy , apres quoy
l'on chanta Sexte. Au ſortic
de l'Eglife , ils furent traitez
magnifiquement avec lesDirecteurs
& les Aumôniers .
On chanta Nones & Vefpres
à l'heure ordinaire , en Pleinchant&
en faux-Bourdon, &
cela fait, le Pere le Blanc, Vi
caire du Grand Convent ,
prononça le Panegyrique de
la Sainte avec beaucoup de
ſuccés. Il dit de Madame
V
GALANT.
و و
l'Abbeſſe de Port - Royal ,
qu'elle conduiſoit ſans commander
, qu'elle gouvernoit
fans regner , & qu'elle estoit
dans ſon ſexe ce que M de
Paris eſt dans le ſien. Un
Salut en Muſique termina fa
Feſte. Il fut chanté par les
meſmes Peres , qui firent tout
l'Office de ce jour-là d'une
maniere qui fit connoiſtre le
zele qu'ils ont pour M l'Archeveſque
, & pour Madame
l'Abbeſſe de Port- Royal.
Tout le monde a efté tou
ché de la perte que nous avons
faite de Mele Duc de
I ij
100 MERCURE
S. Aignan. Je vous l'ay déja
fait voir par les Vers que je
vous ay envoyez fur cette
mort. J'y joins aujourd'huy
une Epitaphe , faite par Mademoiſelle
de Razilly.
EPITAPHE
DE MONSIEUR LE DUC
DE
SAINT AIGNAN.
gift l'ornement & lafleur
CDelAntique Chevalerie ,
Qui des Bayards eut le bon coeur ,
L'adreſſe& la galanterie ;
Quiſoûmit à lapieté
La gentilleffe& lagayeté
GALANT. IOI
:
Du beau feu qu'il eut en partage ;
Qui fut Amy de bonne foy ,
Et qui mit toutson avantage
A thonneur de plaire à fon Roy.
Jevous envoye des Paroles
qui ont eſté notées par la
jeuneMademoiſelle Laurent ,
aſſez diftinguée par les talens
extraordinaires qu'elle a pour
la Danſe , pour la Mufique,
&pour ſa delicateſſe à joüer
du Claveſſin . Elle fit chanter
I'Hyver dernier quelquesOuvrages
devant Madame la
Dauphine , qui l'honora de
ſon approbation.
I iij
102 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Rien la
Ien n'approche de la peine
Que je souffre prés da vous.
Vous faites mille Amans, Climene ,
Etje we puis faire un Ialoux .
Il s'eſt fait en peu de jours
tant de copies du Portrait en
Vers que je vous envoye , que
j'apprehende qu'il n'ait pas
pour vous la grace entiere de
la nouveauté. Tous ceux qui
l'ont veu en ont trouvé le
tour fingulier , & peut- eftre
feroit-il bien difficile de rien
faire de plus beau , pour un
Ouvrage de cette nature,
GALANT. 103
PORTRAIT DE CLARICE.
'Espere que l'Amour ne s'en far
Affez peu de Beautez m'ont paru
redoutables ,
Je nesuis point des plus aimables ,
Maisjesuis des plus delicats.
I'estois dans l'âge où regne la tendreffe
, 1
Et mon coeur n'estoit point touché.
Quelle honte ! Ilfalloitjustifierfans
ceffe
Ce coeur visifqui m'estoit reproché.
S
}
Le diſois quelquefois qu'on me
trouve unviſage
Dont la beauté ſoit vive , & dont
l'air vif ſoit ſage ,
Où regne une douceur dont on foir
attiré. ,
I iiij
104 MERCURE
Qui ne promette rien, & qui pourtant
engage ;
Qu'on me le trouve, & j'aimeray.
2
Ce qui de plus ſeroit bien neceffaire
,
Ce ſeroit un eſprit qui penſaſt finement
Sans pretendre à ce caractere ,
Qui pour eſtre ſans art n'cuſt que
plus d'agrément ,
Un peu timide ſeulement ,
Qui ne puſt ſe montrer ny ſe cacher
ſans plaire ;
Qu'on me le trouve. &je deviens
Amant.
S
On n'est pas obligé de garder de
meſure
Dans les ſouhaits qu'on peut for
mer ;
L
P
GALANT. 105
1
Comme en aimant je pretens
eſtimer ,
Je voudrois bien encore un coeur
plein de droiture ,
Une vertu naïve & pure ,
Qu'on me la trouve , & je promets
d'aimer.
S
Par ces conditions j'effrayois tout
lemonde ,
Chacun me promettoit une paix fi
profonde
Quej'enserois moy- mesme embaraßé.
Ie ne voyois point de Bergere
Qui d'un air unpeu couroucé
Nem'en voyaſt àma Chimere.
2
Ie ne sçay cependant comment l'Amour
a fait.
Ilfaut qu'il ait long-temps medité
Son projet ,
106 MERCURE
:
Mais enfin il eſtſeur qu'ilm'a trouvé
Clarice,
Semblable à mon idée
mefmes traits ;
, ayant les
Ie croy pour moy qu'il me l'a faite
exprés.
O que l'Amour a de malice !
Me de Fontenelle qui a laiffé
échaper ce petit Ouvrage,
ſe prepare à nousdonner dans
fort peu de temps un Recüeil
de ſes Poëfies ſur divers ſujets.
Il y a des Epitres à la
maniere de celles d'Ovide,
avec des Eclogues qui font
d'une tres - grande beauté,&
ſi les Dialogues des Morts , la
Pluralité des Mondes , & l'HiGALANT.
107
ftoire des Oracles vous ont fait
admirer fon heureux talent à
traiter en Proſe toutes fortes
de matieres, je ne doute point
que ce Recüeil ne vous le
faſſe admirer également dans
la maniere agreable dont il
ſçait tourner les Vers .
Monfieur le Comte de
Toulouſe , en allant à Maintenon,
paſſa par Ramboüillet ,
où il fut receu magnifiquement
par M & Madame
d'Antin. Il y dîna , & voulut
enfuite avoir le plaifir de la
Promenade du Parc & des
Roches , qui ſont un endroit
108 MERCURE
fort agreable . On luy chanta
dans les Roches ces Vers que
Me de Meſſange avoit faits à
ſa loüange dés qu'il ſçeut fon
arrivée. Ils font ſur l'Air du
Menuet de l'Opera de M
Matau.-
Vn Amour
Doux , difcret &fage ,
Vn Amour
P
Plus beau que le jour ,
A quittéfon brillant féjour ,
Pour venir dans nostre Boccage.
Accourez , Bergers d'alentour ,
Accoureztouspour luy faire la cour.
Que ces Bois
Et ce beau Rivage ,
{
GALANT. 109
Queces Bois
Dont il a fait choix ,
Aujourd'huy reçoiventſes Loix ;
Qu'en ces lieux tout luy rende
hommage.
Doux Oyſeaux,répandez vosvaix,
Venez , plaisirs , venez tous à la
fois.
2
Ses douceurs,
Aimables Bergeres ,
Ses douceurs
Ont des traits vainqueurs.
Contre luy confervezvos coeurs ,
Si vous pouvezestrefeveres ;
Mais en vainsesyeux enchanteurs
Verront contre eux armer mille ri-
:
gucurs.
Qui pourroit par toute la terre
S'opposerà des coupsfi beaux ?
*
110 MERCURE
Ses yeuxfont deux ardens flambeauxi
Son Pere lance le tonnerre ;
Et bien-toft ce jeune Heros ,
Doit mettre en feu tout l'empire des
Eaux.
Ces Vers furent trouvez
fort galans , & M de Meffange
eut le plaiſir de les entendre
loüer par la plus belle
bouche du monde , puiſque
l'Amour n'en peut avoir de
plusbelle , ny eſtre plus beau
que Monfieur le Comte de
Thoulouſe. Ce jeune Prince
dit à l'Auteur , & cela de fon
propre mouvement , & avec
unagrément plein debonté .
GALANT. III
qu'il les montreroit auRoy.
Male Ducr deNoailles étant
uniquement attaché à la perſonne
de ce grand Monarque,
& ne voulant point quiter la
Cour , meſme pendant qu'il
n'a point à y exercer ſa Charge
, fit bâtir une fort belle
Maiſon à S. Germain en Laye
dans un temps où il y avoit
apparence que Sa Majesté y
paſſeroit une partie de chaque
année. Monſeigneur le
Dauphin &Madame la Dauphine
ayant reſolu d'aller
voir cette Maiſon , le jour
fut pris ſur la fin du mois
112 MERCURE
dernier , mais Madame la
Dauphine s'eſtant trouvée
indiſpoſée , ne put accompagner
Monseigneur , qui s'y
rendit ſuivy d'ungrandnombre
des Seigneurs de la Cour.
Il y ſoupa &y fut ttaité avec
magnificence ordinaire , à
M' le Duc deNoailles. Il y
eut Muſique , & rien de tour
ce qui peut fatisfaire l'ouye,
& le gouft , ne fut épargné
dans cette Feſte .
la
Nous avons depuis peu en
France le Pere Martial de S.
Paulin General des Carmes
Dechauffez. Le Roy qui ne
GALANT: 112
cherche que le bien, & la
gloire de l'Eglife, a beaucoup
contribué à l'Election de ce
General , dont le merite de
mandoit le choix qu'on a
fait de luy pour remplir une
Charge de cette importance.
Vous ſçavez , Madame , que
les Generaux d'Ordre tiennent
un des premiers rangs
de l'Egliſe , & qu'ils l'ont à
Rome aprés les Cardinaux.
Auffi peut- on dire qu'il eſt
peu d'emplois plus confide
rables dans l'Eglife, un Gene,
ral ayant la direction de
tout ce qu'il y a de Convents
Aoust 1687 K
114 MERCURE
de fon Ordre chez tous les
Souverains de l'Europe. Tous
ceux qui poffedent cette dignité,
à l'exception du General
des Jeſuites , comme je
vous l'ay marqué dans ma
derniere Lettre , ont droit de
viſiter tous les Convents de
leur Ordre , dans quelques
Royaumes qu'ils foient fituez
,& ils y font receus avec
de fort grands honneurs .
Celuy des Carnes Dechauſ
ſez fut conduit à l'Audience
duRoy ſur la findu mois dernier
, par M. de Bonneuil ,
Introducteur des Ambaſſar
GALANT. 115
deurs , qui le prit à Paris dans
les Caroffes de Sa Majefté . Ce
Monarque le reçeut avec l'a
grementqui luy eſt ordinaire,
fur tout lors qu'il donne Audience
à des perſonnes d'un
merite diftingué . Ce General
l'eut auffi ce jour- là de
Monſeigneur leDauphin , de
Madame la Dauphine , de
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , de Monſeigneur
le Duc d'Anjou , & de Monſeigneur
le Duc de Berry. Il
fut magnifiquement traité à
diner par les Officiers du
Roy,& quoy que ce fuft un
Kij
116 MERCURE
jour gras , on apreſta ce repas
en maigre , pour ſe conformer
aux Regles de l'Ordre
Il alla quelques jours aprés à
Saint Cloud où il fut conduit
dans les Caroffes de
leurs Alteſſes Royales par M³,
Aubert , Introducteur des
Ambaſſadeurs prés de Monfieur
, & il eut Audience de
Monfieur , de Madame , de
Monfieur le Duc de Chartres,
&de Mademoiselle.
r
Je vous envoye la derniere
partie de la Medecine univerſelle
de M² de Comiers.
Je ne vous en dis rien , ne mc
GALANT. 117
trouvant pas aſſezhabile pour
juger d'un Ouvrage de cette
importance , ce , mais je ſuis
perfuadé qu'il rejouira ceux
qui aiment la vie , qu'il en
chagrinera d'autres , qu'il
partagera les Sçavans , &
qu'enfin il fera beaucoup de
bruit dans le monde .
522
S
م
18 MERCURE
5255555522SS
MEDECINE UNIVERSELLE
pour la gueriſon des plus
fâcheuſes maladies,& pour
prolonger la vie.
Vis que l'Ecclefiaftique
nous affeure que toute que-
+
rifon vient de Dieu , & qu'il
nous apprend que c'est de la terre
que Dieu a créé la Medecine ;
Altiffimus creavit de terra
Medecinam ; il eſt inutile de
rechercher icy par le moyen de
qui cette Medecine a paffé jufqu'à
nous. Il importe peude sçavoirfi
nous la tenons de la Ca-
!
GALANT. 119
bale des Hebreux ,si c'est d'Apollon
, ou defon Fils Esculape ,
d'Hermes Trimegiſte , de Raimond-
Lulle , d' Arnoult de Villeneuve
, de Roger Bacon Cordelier
Anglois , de Theopharaste
Paracelse , de Bafile Valentin ,
de V-van-helmoni , ou de quelque
Cosmopolite ou Frere de la
Rofe Croix. Ilfuffit quefa Compofition
ſort facile & de peu de
coust , que ses effets foient tresaffurez
, &qu'on puiſſe mesme
Seperfuaderqu'ellefert pourrajeunir
, ce qui paroiſtroit un
vray paradoxe ,ſi nous n'avions
dans la fainte Ecriture &dans
120 MERCURE
l'Histoire Profane des témoigna
ges authentiques du rajeuniffement.
Le Prophete Roy dans le
Preaume 102. Verfet s.fait deux
propofitions de certitude de foy
La premiere , que l'Aigle rajeunit
,&la feconde , quenostre
jeuneſſe peut estre renouvellée de
mesme que celle de l'Aigle re
novabitur ut aquilæ,juventus
tua.
Tous les Peres de l'Eglife
croyent fermement que l'Aigle
rajeunit mais ils font d'avis
differentsfur la maniere dont cer
Oyſeau rajeunit. Il n'y a que
د
Saint Augustin qui commentant
се
!
i
GALANT. 121
*
ce Pfeaume , dit que l'Aigle dans
fa vielleſſe ,pour avoir le becfuperieur
trop crochu ne peut prendre
que tres-peu ou point de nourriture.
C'est pourquoy eftant extenué
par une lougue diette , il
- se trouvefans force fans vigueur
; mais après avoir ufé
contre une pierre l'extremité trop
crochuë defon becfuperieur , &
prenantsuffisamment de la nourriture,
il paroift rajeunir ,
nouvellerſes forces. Le Prophete
Ifaye parle de ce rajeuniffement
de l'Aigle dans le 40. Chapitre
Verfet 1. Fob dans le 39.
Chap. Verf. 26. en dit autant
Aouſt 1687. L
re122
MERCURE
de l'Efprevier. Aldroandus dans
te premier Livre de fon Ornithologie
& Gesnerus aus.
Livre des Oyfeaux parlent dece
rajeuniffement de l'Aigle Perfonne
n'ignore que les Sexpens
quittent leurs vieillespeaux que
Lon trouve ordinairement dans
Les buiffons.Je ne diray rienicy
de la dépoüille des Cygales ayant
vou arriver ce beau misterefur
mamain àla Ville de Nions en
Dauphiné , en vifitant le plus
beau & le plus hautde tousfes
Ponts , d'une seule Arcade qui
prend d'une Montagneàl'autre,
la fource inépuisable des
GALANT. 123
vents qui fortent à heures re-
--glées d'un Rocher , & Soufflent
le longde la Rivierejuſque vers
la Ville d'Orange. Nous lifons
- dans Philostrate au 3. Livre ch.
1. de la Vie d'Apollonius Thianéen,
que dans les endroits du
Montcaucafe les plus escarpez
* inacceſſibles aux hommes sil
ya une race de Singes appellée
Pytiques , qui font pour les Habitansta
vendange ou recolte du
poivre. La chair de ces Singes eft
un medicament souverain au
Lion, lequel estant chargé d'an-
-nées ou de quelques maladies ,
en guerit rajeunit en man-
Lij
124 MERCURE
geant un de ces animaux.
Si les Oyſeaux &les Animauxpeuvent
rajeunir , on peut
conclure qu'il n'est pas tmpoſſible
àl'homme de jouir du mesme avantage.
En naiffant noftre tem
perament est fort chand &hamide
, &en vieilliffant il devient
froid &fec . Il ne s'agit
dont que de reparer l'bumide radical,
remettre au premier
estat la trop grande fechereffe
des Vieillards pour reprendre le
mesme temperament de jeuneffe.
Il faut maintenant pran
ver qu'en effet plusieurs bom
mes ont rajcuny, Medée
GALANT. 125
tant tres sçavante en Medecine,
fur rajeunir le Vieillard Æfon.
C'est fur cela qu'Orvide a dit
dans lay. Livre des Metamorphofes,
que Modée avoitfait ha-)
cher & caire Afon , ce qu'on
dost attribuer à des bains chauds
qu'elle compoſa averdes mineraux
plusieurs fimples ou
herbes. Cela n'est pas bons de
croyance, puiſque Petrus MartyrAugerius
Milanois, affeure
dansfes Decades , que dans l'Isle
Bonique ily a une Fontaine dont
La boiffon rétablit les Vieillards
dans leur vigueur de jeuneſſe ;
neantmoins les cheveux demen
Lij
126 MERCURE
rentblancs &les rides du visage
n'en font point effacées. Et dans
Lucaya il y a une ſemblable
Fontaine , au rapport de Petrus
Chiezadans le 41. chap. de la
2. partie de l'Histoire du Perou.
Vous pouvez encore voir ce
qu'Herodote enfon 4. Livre dit
de la vertu de ſemblables Eaux
qui ont donné lieu au nom de lo
Fontaine deJovence.
Torquemada dans le premier
Dialogue de ſon Horti-floridi
affeure qu'àTarente en Italie en
l'année 1531.unVieillard de cens
ans , ayant ( comme on dit ) un
pied dans lafoffe,rajeunit romn
GALANT. 127
coup en toutes choses ,&vefcut
encore cinquante ans. Il en
dit autant d'un autre Vieillard
dont l'Histoirefut verifiéepar les
premiers Magistrats. Valescus
TTarentafius dit qu'en la Villede
Monvedro,autrefois Sagonee
au Royaume de Valence en Efpagne
, il avoit veu une Reli
gieufe Abbeffe , laquelle estant
déja decrepite ,have, &sentant
leſapir, ſes dents luy revinrenttoutàcoup
,ses cheveux noircirent
,font front fut applany ,Sa
gorge parut comme à une Fille
de quinze ans ; enfin on la vit
renowvellée en jeune & belle
L
128 MERCURE
1
Fille en toutes choses .
DeuxHistoriens modernes tresdignes
de foy dans leur Histoire
dePortugal ,sçavoir Ferdinand
Castanede au 8. Livre, &Pierre
Maffée au 11. Livre affure qu'un.
noble Indien rajeunit trois fois
pendant les 340. années qu'il vê
cut. Cette Histoire, est tres au
thentique,puiſqueMendozanour
affeure in Viridario au 4. Liv.
Problême 17. que plusieursFe
Suites ont veu, connu , etparlé
à cet Indien trois fois rajeuny,
ce qu'ils ont attesté par leurs
Lettres.
Nous parlerons de La Meda
GALANT. 129
cine Univerſelle & desa compoſition
aprés que nous aurons
fait connoistre qu'elle ne confifte
pas dans l'Alcali ny dans l'Acide
quifont deux eſtres nouvellement
mis envogue.
fa
er
Si on veut croire Tackenius,
aprés luy sa nouvelle Secte
d'Hypocrate Chýmiſte , on peut
devenir tout à coup fans estude
grand Medecin &se faire
admirer, car il n'y a qu'à connoiſtre
les Familles des Acides ,
desAlkalis&des Opiates Donner
des Alkalis lors que leMalade
est comme en feu , afin d'im
biberfes parties ignées , & ar30
MERCURE
&enfin
refter leur trop prompt mouve
ment , & au contraire ordonner
des Acides , afin d'éveillers
d'exciter la chaleur naturelle au
Malade quise trouve comme encu
gourdy dans le froid , enfin
faire prendre des Opintes pours
faire repoſer& dormir teMatade
lors que les douleurs font 'aigues
violentes. Il est vray que
beaucoup de gensse font admi
rer par les prompts Secours
foulagements qu'en reçoivent les
malades. Ainsi j'ay veu guérir
des Catarres & Rhumatismes
par une grandefueur univerſelle
procurée par des raves, que les
GALANT. 131
cris de Paris appelle tendrette
pilées dans un Mortier de mar
bre,&appliquéesſous laplante
des pieds. Mais la Medecine
univerſelle ne peut conſiſter dans
les Alkalis , Acides & Opiates,
dautant qu'ils nepeuvent qu'ap
paiſer les violens ſimptômes ,
non pas ofter la cauſe des mala
dies qui provient des humeurs
peccantes qui font enfermées
dans les vifceres ou ventricules.
des membres co jointures qu'il
faut neceffairement faire eva-
+ Я 29%
نم
Si ces humeurs peccantes &
malignes&&ſubſtancesvenimeu- هل
132 MERCURE
ſes ſont ſpiritueuses &fubtiles
elles doivent eftre chaffeas à tran
vers les pores par infenfible
transpiration fi eltes font plus
humides , on les doit faire fortic
par la fucur. Que si elles font
humides mais graffieresnellesfer
ront évacuées par les unines ,Gi
fi elles font, mains bumides
plusgroſſieres, ellesfartent par la
purgation ordinaire ou par vo
miffement. Il faut purger fans
violence &fans affoiblir leMa
lade en fortifiant la nature.Fe
viens aux qualitez requifes à la
Medecine univerſelbe14
Le Remede univerſel doita
GALANT. 133
voir de l'affinité du rapport
avec nostre chaleur naturelle &
noftre bumide radical , pour les
maintenir & rétablir , & pour
augmenter ainfi nos forces abbatuës,
enforte que la naturefans
patir shaffe d'elle-mefme hors des
casuitezdes vifceres ou ventricules
de tous les membres du
Corps, ce qu'ily a d'étranger
demalin , Acide ou Alkali , ou
fangfermenté extravafé, qui
caufe des pleurefies , catharres,
goûtes & rhumatismes , dont la
cauſe provient, lors qu'eftant échauffé
par quelque exercice, ou
mesme pour parler trop haute134
MERCURE
ment , ou estant dans le lit , on
hume à bouche ouverte un air
trop froid , ou ferain plein de
vapeurs de nitre carcet dir
n'ayant pas efté attiedy en paffant
par le nez qui est le canal
ordinaire de la refpiration ,&
empefchant parson trop defroi
dure dans les Poulmons le
lange parfait du chyle & du
Jang, il s'y trouve meſlé,&fer
mentant dans les extremitezdes
arteres s'extravaſe dans les cavitezdes
jointures , où il caufe
tes douleurs aiguës par leur acrimoniefur
les nerfs,jusqu'à ce que
ta chaleur naturelle du fang ait
mef
GALANT. 135
..
fait évaporer les parties aiguës ,
acres && ignées ,&lorsque l'on
ahumécet air trop froidpendant
le temps de la digestion ,la partie
du chyle meſlée avec lefang extravafé,
cauſe la goutte novée
&Sa vaſe ne pouvant s'evaporer
forme cette matiereplaftreuse.
La Medecine univerſelle doit
donc chaffer par transpiration
fucurou urine ,rarement par le
has &encoreplus rarementpar
le haut , tout ce qui est estranger
nuisible , meſme des ventricules
des jointures de chaque
membre , ce qui n'est pas l'effet
des medecines ordinaires qui é-
2
136 MERCURE
chauffent ,travaillent,&fatiquent,
dautant qu'elles n'agiffent
que par leurs parties malignes,
lesquelles estant unies à leurs
femblables de mesme genres efpece
, les entraînent avecelles ,
Lorsque la naturefentantfon en
nemy renforcé s'irrite dramaffe
toutesses forces pourjetter le tout
au dehors par des efforts violents"
Il faut de plus que la Medecine
univerſelle ſe puiſſe danner
en toute faiſon , à toute com
on , à tous âges , auffi-bien
aux Enfans qu'aux Vieillards ,
fans que la précision du plus ou
du moins de la doze puiſſe nuire.
GALANT 187
Elle doit querir en peu depriſes
les maladies, les plus fâcheufess
elle doit encore eftre le remede
Souverain pour tous les maux externes.
Voicy la facile compofition
de la Medecine univerſelle......
COMPOSITION
de laMedecine univerſelle.
PrenezSel-nitre rafine; mettez-
le fondre lentement dans un
vase de fer ; eftant bien fondus
jettezpar deſſus une petite quantité
de charbons de bois doux ,
comme ſaulx , bien pilé , lequel
brilera d'abord ſe conſumera,
ce qu'il faut retirer peu à peu,
juſques à ce que le Sel-nitre
Aouſt 1687. M
138 MERCURE
apres la detonnationſoit fixé&
qu'il ait une couleur un peu
verdaftre , ce qui arrive lors que
le charbon ne ſe ſouleve pas
comme il faisoit auparavant.
Pour lors verſez vostre Sel-nitre
fondu dans un Mortier de
marbre bien chaud ; eftant refroidy
il restera blanc comme
pierre d'albâtre &caffant comme
verre. Pilez-le incontinent,
& eftendez la poudre fur une
lame de verre on affiette de
fayence,& l'ayant couvert de
peur de la pouffiere , expoſez-le
un peu panchant àl'air,mais en
un lieu où le Soleil,playe ny
GALANT. 139
rofér ne puiſſent donner. Mettez
au dessous un vaſe de verre
paur, recevoir la liqueur buileufe
qui en coulera , car l'humidité
de l'air refolvant les Sel-nitres
dans l'espace de quelques jours,
yous trouverez deux fois plus
pesant d'huile qu'il n'y avoit de
Sel nitre filoperation eftfaite
dans un temps propre ny froid
my troapp chaud ,mais temperé
humide, dautant qu'il attirera
be Sef-mitre invisible que nous..
respirons avec l'air.
Gerte huile estant rectifiée est
un tres -puiſſant menstruë , ou
difſſolvant pour extraire l'effen-
Mij
140 MERCURE
แจ้ง
ce de toutes fortes de mixtes.
Prenez donc quatre ou cing
parties de cette huile rectifiée,
une partie du meilleur antimoine
qu'on reconnoist par certaines
rouffeurs qu'il tire de l'or, prés
de la mine duquel il se trouve.
L'antimoine eftant reduit fur le
marbre en pouffiere tres-fine .
mettez-le dans un grand matras
de verre , & mettez l'huile
de nitre par deffus . Il faut que
les deux tiers du matras restent
wuides ; bouchez le matras fo
bien
ne qu'il ne refpire respire point mettez-
le en digestion à feu doux
ou de Lampe , jusqu'à ce que
GALANT 141
met-
T'huile qui furnage l'antimoi
ne ,paroiffe de couleur d'or ou de
rubis ; alors tirez vostre huile ,
l'ayant filtrée parle papier .
mettez-la dans un autre matras
de verre à col long ,
tez pardeffus autant de tres bon
esprit de vin bien rectifié. Les
deux tiers pour le moins du matras
demeurant vuides , bouchez-
le bien , mettez ensuite
en digestion en chaleur lente
pendant quelques jours jusqu'à
ce que l'esprit de vin ait tiré
toute la couleur de l'huile ou
teinture de l'antimoine. Ainfi
T'huile de nitre restera au fond
142 MERCURE
tres claire & blanche ,fur la
quelle furnagera l'esprit de vin
impregné de la teinture d'or de
l'antimoine. Tirez l'esprit dax
vin &Separez-le par decan
tation. L'huile de nitrefervira
toûjours à d'autres operations
pour tirerl'effence de l'antimoine
autant de fois qu'on voudra.
Mettez vostre esprit de
vin dans un alambic devrverra
diftilez- le doucement jusqu'à
qu'il n'en reste aufond qu'environ
la cinquiéme partie , qui
retiendra avec foy la trintura
de l'antimoine , ou bien diftile
tout l'esprit de vin, ne baiffans
GALANT 143
a fond que l'effence de l'anti
moine. Vous aurez ainſi en li
queur ou en poudre la Medeci
ne universelle , par laquelle on
fe prefervera guerira de toutes
fortes d'infirmitez &maladiesth
Tag ٢٠٠
Si on s'en fert en liqueur, on
en prendra cinq ou fix goutes
dans du vin ou dans du boüillon
, ou dans quelque liqueur
propre à la maladie.
Que fionl'employe en poudre
on en mettra trois , quatre on
oing grains plus ou moins , car
fi la dose est un pen plus forte
an plus foible elle ne peut nuire
144MERCURE
comme font. les autres Medetines,
qui toutes ont des qualitez
venimeuſes. Les Maladies
se gueriſſent dans la
feconde ou troisième prife. Lors
que le mal est opiniastre , il faut
augmenter la dose , mesme à
chaque fois, &cela troisfoisla
femaine.
Cette Medecine querit les
maladies les plus inveterées
plus dificiles , comme la Fieure
quarte,laFievre ethique, l'Hydropiſie
, mefme le mal venerien,
le mal caduc.Cette Medecine
univerſelle guerit non-
Seulement toutes fortes de maladies
1
GALANT. 145
ladies internes , mais encore les
maladies externes y estant appliquée
enforme de baume , commeplayes
, ulceres , gangrene.
Elle guerit de mesme lasurdité
& plusieurs deffauts de venë ,
mais nón pas d'un oeil ſec
atrophic comme j'en ay un depuis
1666. ny la goutte secene
dont j'ay perdu la venë de
l'autrere oeil , le tout par la funeſte
ſuite du poifon du premier
Artiste du fameuxfcelerat Sainte
Croix , en haine de ce qu'ai
vec Mle Marquis de Saint
André Montbrun , Capitaine
General des Armées du Roy,
Aoult 1687. N
146 MERCURE
nous avions empefché lafabrique
de fon poison dans des vaifſſeaux
de verre hermetiquement ſcelliz
dans la Verrerie du Bois-Gifet
prés la Nocle ; mais toute la recompense
que j'ay tirée de ces
grandsſervices rendus à tous les
gens de bien , est de voirque les
Amis de la Cabale des Ennemis
du Genre humain, ont impunement
violé toutes les loix , pour
m'imposer filence , en me reduifant
au dernier estat de l'illustre
Beliffaire. Ainsi , Monfieur , s'il
y a des fautes d'ortographe dans
cet écrit , je n'en puis répondre
estant aveugle depuis dix- neuf
GALANT. 147
-
mois , & vous en devez rejet
terla faute fur celuy qui me fert
de Secretaire.
Enfin cette Medecine remedie
promptement à toutes les maladies
de la tefte teſte qu'elle conforte
de l'estomach qu ellefortifie ,luy
qu'elle
rétabliſſant la vertu de bien digerer.
Elle est un vray orpotable,
puis que c'est la teinture orifique
de l'antimoine qui est le premier
estre de l'or. Il opere ordinairement
par un infenfible tranfpi.
ration ,ſouventparlesfueurs
urines , rarement par le bas
tres-rarementpar le vomiſſement.
Ainfi agiſſant naturellement
Nij
148 MERCURE
fans aucune violence , leMala
de n'est point affoibly comme par
les autres Medecines. C'est pour
quoy on la peut donner à tout
âge ,à toute complexion &en
tout temps . Usez-en , &faitesen
part au Public , &fur tout
aux Pauvres , & beniffez Dien
qui a créé la Medecine.
Je vous tiendray parole en
vous envoyant dans peu de jours
le secret de faire croiftre toutes
fortes de Metaux en arbres
branchus &folides,ce qui pourra
fervir aux Eleves d'Hermes ,à
décider de la terre des Philoſophes
, de leur feu & de leur
১
GALANT. 149
cau, & à reconnoistre qu'ils at
tribuent beaucoup de choses à
differents estres , qu'on doit peutestre
au nitre & au ſeul antimoine.
COMMIERS D'AMBRUN ,
Prevoſt de Ternant.
Il s'eft fait de fort jolis Vers,
auſquels l'Auteur à donné le
nom de galanterie. Une Dame
, quatre Demoiſelles , &
deux Cavaliers , que l'occafion
du voiſinage fait fouvent
rencontrer enſemble ,
joüoient un jour à de petits
jeux. Une d'elles ordonna
Niij
150 MERCURE
undes Cavaliers , pour retirer
fongage,&pour fatisfaire aux
loix du Jeu , defaire des Vers
pour chaque Perſonne de la
Compagnie,& on luy donna
termejuſqu'au lendemain . Le
Cavalier , pour executer cet
ordre, envoya ces Vers à la
Compagnie.
A MADAME C
L'art de plaire est un don charmant,
Hereditaire en certaines Familles;
Mere ayant comme vous , gentilleffe,
agrément ,
Aura toûjours aimables Filles.
}
GALANT. 151
A MADEMOISELLE C.
Le douxſon de la voix , le parler
gracieux ,
Est un charme dans vous qui me
plaift&me touche ;
Mais n'ayezpas toûjours un airfi
ferieux.
Lors que vous ferezla farouche ,
Ie diray que pour mon matheurs
L'amertume de vostre coeur
Gâte le mielde vostre bouche.
A MADEMLLE C.D.L.B.
Avoir douceur charmante & grace
naturelle ,
Bouchede rose, air fin ,grande taille,
beauxyeux ,
Teint de lys , dents d'yvoire , avce
que blonds cheveux ,
Nilij
152 MERCURE
En un mot, estre jeune &belle,
Pour des Voisins rien n'eſtſi dangereux;
Tel ne croit avec vous joüer qu'aux
petitsjeux ,
Qui tout en badinant s'engage,
Et laiffe enfinsa liberté pour gage.
A MADEMUL L.G.
L'esprit vif,le coeur bon , l'air tendre
, les yeux doux ,
Ne marquentpas l'indifference.
Si vous voulezsçavoir ce qu'on penfedevous,
Ie felicite par avance
Le Mortel remply de bonheur ,
Qui pourle prix desa con-
Stance ,
Un jour gagnera voftre coeur
GALANT. 153
A MADEMLLE D. C.
Scavez- vous bieu conment en un
mot on appelle
Va tendron bien oppetſſant ,
Vn peloton de nege ébloüiffant
Par la blancheurdont il excelle ,
Vn morceau trait de lait caillé,
Va petit Ortolan , dodu
éveillé ,
gras ,
Que volontiers des yeux l'on
Une touffe de lys , un bouquet de
mange ,
jasmin ,
Vn Satin blanc & doux aux yeux
comme à lamaini
Ie nomme tout cela par un seul mót,
du Carge.
C'eſt auſſi le nom de la Perſonne.
154 MERCURE
A ME D. L. T.
On ne croit boire que chopine,
Et bien fouvent on en
deux ,
boit
On badine avecſa voisine,
Et l'on endevient amoureux.
Si de vous par moy je devine,
De vous chanter cet air n'aurois-je
pas raiſon ?
Car nous faiſons tous deux ce que
ditla Chanfon.
ENVOY.
Vous m'avez demandé des Vers, &
pointde Profe ,
Belles, je voudrois qu'autre chose
Vous m'euffiezdemandé;
Autre chose qui fuſt pour moy ,sans
vous déplaire
٢٠٠٢
'GALANT 155
Plus doux &plus facile à faire,
Ie vous aurois galamment accordé.
M. D. M.
Ces Vers donnerent lieu
à un Inconnu › d'envoyer
ceux qui ſuivent , à deux
des Demoiselles de cette
Compagnie.
Plus je relis les Vers que l'on a
faispourvous,
Moins je connois celuy qui les ſçait
Sibien faire.
Son ftile eft coulant , tendre &
doux ,
Maisquoy que deson nom vous me
faffiez mystere ,
Ie pretens vous donner un avisfa.
Lutaire;
156 MERCURE
Donneurs d'avis pourtant ne font
guere écoutez,
Dans la bouche d'autruyſouvent les
:
veritez .
N'ont rien qui plaiſe ,
Maisfans plus raiſonner,
Revenons à l'avis que je veux vous
donner ,
Etfiniſſons la parenthese.
Fille jeune & jolie est un friand
morceau ,
Plaisant à voir , ragoûtant à merveille
,
De s'en rendre le maistre il est facilt
&beau ,
A qui ſçait bien le prendre par
l'oreille ;
Gardez - vous des discours flateurs
De ces dangereux Orateurs ,
Qui ne difent prés des Filletes
Que propos amoureux , que tendres
chansonnettes. :
GALANT. 157
Malen prit au Corbeau d'avoir trop
écouté !
De fon perfide amy le decevant langage:
Le Renardfin aprés l'avoirflaté ,
Luy fit tomber du bec , & mangea
Sonfromage.
Les deux Demoiselles ens
voyerent ces Vers à l'Auteur
des premiers , qui auffi-toft
leur fit cette réponſe.
Du
2
Poëte inconnu de l'Auteur
anonyme ,
Belles, je goûte fort la rime,
Mais non pas la raison 3
Voulant me faire croire amy suspect
j'estime
Queson avis pour vous v'est pas
bien desaison.
158 MERCURE
1
Comme luy je découvre en vous
beauté , jeunesse ,
Esprit , douceur , enjoûment, gentilleffe.
Eh bien ! croit-il qu'épris de tant
d'appas
Ie reſſente pour vous empreſſement ,
tendreſſe?
Point du tout , il ſe trompe,&je ne
faisnulcas
De la brune ny de la blonde ;
De toutes deux mon coeur ne voudroit
pas ,
Ecoutez ma raison , &fur quoy je
la fonde.
Pour avoir ce morceau friand , delicieux
,
Cefromage mifterieux
Dontparle vostre Auteur , dites- moд
SansSourire ,
Qui pourroit estre un Renard affez
fin?
GALANT. 159
Pourmoy, de vous j'aime mieux
dire
Ce que diſoit le Renard du raisin.
M. D. M.
د
le
Je vous ay déja dit pluſieurs
fois qu'on fait frapper
des Medailles de tout ce qui
arend le regne du Roy
plus beau Regne dont on ✓ait jamais parle, de forte
qu'on pourra faire une Hiftoire
metallique de la vie
de ce Monarque. Je vous ay
déja envoyé quantité de ces
Médailles , non pas felon
'ordre des actions de Sa
Majesté,mais fuivant qu'el
160 MERCURE
les font tombées entre mes
mains . Quoy que je ne garde
point l'ordre des temps ,
c'eſt toûjours vous faire part
de quelque choſe de nouveau
que de vous envoyer
ce que vous n'avez pas encore
vû : & comme la Mé .
daillede la Flotte Hollandoiſe
brulée, devant Tabago eſt
de ce nombre , je vous l'envoye.
Je ne vous repete
point que le Portrait duRoy
eſt à la face droite de toutes
, & que l'ayant déja fait
graver cinq ou fix fois , je
ne vous envoye plus que les
revers .
:
GALANT. 161
On a nouvellé icy depuis
peu les défenſes qui
avoient eſté publiées touchant
les Jeux de hazard,&
cela s'eſt fait en cette forte.
Le premier du mois paffé le
Parlement donna un Arreſt,
par lequel aprés avoir mandé
les Officiers de Police &
les avoir entendus , il ordonna
qu'ils donneroient leur
avis par écrit fur les moyens
les plus convenables de faire
ceffer ces fortes de Jeux. Ils
donnerent leur avis , la matiere
fut miſe en déliberation
, & les conclufions de
Aoust 1667
이
162 MERCURE
Mr le Procureur General
ayant eſté priſes , il fut ordonné
le 18. du meſme mois
que les Ordonnances & Arrefts
concernans les Jeux de
hazard feroient executez ,
avec défenſes à toutes perſonnes
de quelque qualité &
condition qu'elles foient , de
donner à joüer dans leurs
maiſons à ceux qui y viendront
pour ce ſujet , & particulierement
aux Jeux du
Hoca,de laBaſſette & du Lanfquenet
,àpeine contre ceux
qui oferont y contrevenir ,
de trois mille livres d'amenGALANT.
163
en
de , applicable un tiers au
Roy , un tiers à l'Hofpital
General , & l'autre tiers aux
denonciateurs , ſans prejudice
de plus grande peine ſi elle y
échoit , principalement
cas de recidive. Il fut ordonné
par le meſme Arrest
que les condamnations d'a
mende pourront eſtre prononcées
par le Lieutenant de
Police au deffaut d'autre
preuve ſur les ſeuls procés
verbaux de deux Commiffaires
du Chaſtelet , contenant
que de l'ordre de ce
Juge de Police , ils auront
O ij
164 MERCURE
averti ceux qui donneront
ainſi à joüer , de ceffer leurs
Aſſemblées ; que les preuves
de les avoir continüées , ſeront
le concours des Laquais
, des Caroffes & des
Chaifes qui ſe trouveront ordinairement
arreſtées aux
portes de leurs maifons, joint
à la connoiſſance publique
& au temoignage des voifins
,ſi quelques uns d'eux
veulent depofer ; que les Proprietaires
des maiſons dont
Ies Locataires donneront
ainſi à joüer , aprés que les
Commiſſaires du Chaſtelet
GALANT. 165 .
les auront avertis ſuivant
l'ordre du Lieutenant de Police,
pourront eſtre par luy
condamnez ſur lesprocés verbaux
de deux Commiſſaires
ſolidairement avec les Locataires
au payement des amendes
juſques à la ſomme de
mille livres , & que les maifons
demeureront fermées
pendant fix mois , à moins
que les Proprietaires n'ayerit
donné congé aux Locataires
d'en fortir. Cet Arreſta eſté
leu , publié & affiché par
tout Paris , & il y a beaucoup
d'apparence qu'il fera
166 MERCURE
ceffer les Jeux ruineux dont
tant de familles ſe trouvent
incommodées.
Le 19. du mois paſſé mourut
à Besançon Meffire René
de la Tour, Marquis deMontauban
, Lieutenant General |
dans les Armées de Sa Majesté
,&au Gouvernement de
la Comté de Bourgogne. Il
avoit paffé par tous les degrez
Militaires qui peuvent conduire
à la Charge de Lieutenant
General , & fa valeur &
fon merite luy donnoient
droitd'en eſperer de plus élevez,
puiſque lors qu'on apu
۲۴
GALANT: 167
-
> &
monter juſque- là , il n'ya
plus de poſte d'honneur entre
ce haut rang & celuy de
Mareſchal de France
qu'ainſi il ne reſte qu'un ſeul
pas à faire pour y parvenir . Sa
vertu , ſa conduite , ſon efprit
& fon courageont toûjours
paru par tout , où il a
falu combatre , ou commander
pour le ſervice du Roy.
La Bataille de Senef , la retraite
de l'Armée aprés la
mort de M. de Turenne , &
celle de Meffine , ont eſté des
endroits remarquables , où
cette yaleur & cette conduite
168 MERCURE
ont éclaté. J'irois trop loin
fi je vous parlois de tous
les Combats & de tous les
Sieges où il s'eſt trouvé ,
avec une intrepidité qu'on a
toûjours admirée. La maniere
dont il ſe diftingua dans les
Guerres de Hollande luy fit
meriter le Gouvernement de
Zutphen & de la Province
qui porte ce nom : & l'on
peut dire qu'il s'eſt toûjours
montré digne petit-Fils d'un
autre René de la Tour , Marquis
de Gouvernet , fameux
par pluſieurs actions memorables
qui l'ont rendu celebre
GALANT. 169
bre dans le temps des guerres
civiles de la Religion &
de la Ligue , & l'un desHommes
Illuſtres de Dauphiné,
dont les Vies ont eſté écrites
par M' Allard , Ancien
Preſident en l'Election de
Grenoble. Il travaille de mef
me à l'Eloge de M' le Marquis
de Montauban , & c'eſt
de luy que j'ay appris que
la Famille de la Tour Gouvernet
eſt une branche de
-celle de la Tour du Pin, de
laquelle ont eſté les quatre
derniers Dauphins de Viennois.
Albert de la Tour du
Aouft 1687.
P
170 MERCURE
Pın, III . du nom, cut trois
Enfans, Humbert qui epoula
'Heritiere de Dauphiné ,Albert
IV. qui continua la
branche des Seigneurs de la
Tour du Pin , & Aymard
qui commençacelledeGouvernet&
qui vivoit en 1260.
Il aeſté le treifiéme Aycul
deM le Marquis de Moncauban,
& ſes Succeſſeurs ſc
font terminez en quatreBranches
, celle du Marquis de
Gouvernet , celle du Marquis
de la Chaux, celle du
Marquis de Montauban ou
de ſes freres , puiſqu'il eft
J
J
GALANT. 171
mort ſans avoir eſté marié ,
&celle des Seigneurs de S.
Sauveur . M de Montauban
a cu pour Freres Mole Marquis
de Foyans & M le Baron
de la Chaux , tous deux
connus par leurs longs fer.
vices & par leur prudence.
Mdu Meſnil font leurs Freres
uterins , & M¹ de Montauban
qui a cité Fille
d'Honneur de de la feüc
,
Reyne Mere , & qui s'eſt acquis
une fi grande reputa.
tion par ſa vertu , par fon
efprit & par ſa ſageffe,eft
Ieur Soeur. La Famille de la
Pij
172 MERCURE
ret,
Tour, porte de Gueules à ta
Tour d'or jointe à un Avantmur
de mesme. La Branche de
Gouvernet a pris des alliances
dans les Maiſons Dugatz,
de Granges , de Pourde
Beaufort , d'Arces , de
Combourcier, de Chabeſtan,
d'Alleman , de Silves , de
Montauban , de Bourrelon .
de Sauvin de Caſtelane , &
elle eſt entrée dans celles de
-Rame, d'Ode , de Martin , de
Revilaſc , de Vaſtel , de Veronne,
d'Artaud , de Foreſt,
de Blain , du Puy-Moutun
de Pierre , de Reynard , do
GALANT. 173
-
-
-
-
2
Vincens , de Cornillan, qui
ſont des plus anciennes & des
plus illuſtres de Dauphiné;
&dans les autres Provinces ſes.
Alliances ont eſté avec les
Familles de Boſquet, deGabian
, de Chambaud , de Vignoles
, d'Herval , de Gineftoux
, de Cuillaumont , de
Sadde , de Lanes , de Baudan,
de Marennes , de Sauſan
d'Erard , d'Adelbert , de Raphaëlis
, de Joannis ,& celles
des Marquis , Comtes ouBarons
de Maiſon-ſeule , de
Drujas , d'Enteroche, de Vernieres
& de Maillerargues.
,
Piij
174 MERCURE
Je vous parle preſque toûjours
aprés les autres des
grandes nouvelles , dont tous
les détails mis enſemble doivent
faire des morceaux
d'Histoire
av
confiderables
mais ſi j'attens un peu de
temps à vous en inſtruire,j'ay
l'avantage de vous en parler
juſte & àfond. Vous leconnoiſtrez
par la Relation que
vous allez lire. Je ſuis ſeur
qu'elle vous donnera beaucoup
de plaifir , & que vous
ý trouverez des choſes fort
curieuſes, & dignes d'eſtreremarquées.
>
GALANT. 175
1
RELATION
Contenant l'arrivée de M
l'Ambassadeur dePortugal à
Manheim , premiere Ville
du Palatinat ; fon Entrée
publique à Heydelberg; la
maniere dont il a esté recen
àfes Audiences publiques,
comment il a esté traité,
les Ceremonies du Mariage
de la Princeffe Marie Sophie
Elizabeth deNeubourg, avec
le Roy de Portugal.
Onſieur le Comtede
fadeur Extraordinairede Por-
Piiij
176 MERCURE
rugal vers fon Alteſſe Elec
torale Palatine , s'eſtant arreſté
à Manheim , pour fe
diſpoſer à faire les fonctions
de fon Ambaſſade , envoyale
26. de Juin le ſieur Antonio
Roiz da Coſta ſon Secretaire ,
dans un Caroſſe à fix che--
vaux à Heydelberg , demanderjour
pour y faire fon Entrée
publique, & avoir ſa premiere
Audience. Ce Gentilhomme
s'adreſſa au Grand
Chancelier , comme à celuy
qui avec d'autres Charges ,
exerce celle de Secretaire
d'Estat. Ce Miniſtre luy mar
GALANT. 177
qua le dernier jour de ce mefme
mois,felon qu'on en eſtoit
déja convenu Ainficet Ambaſſadeur
ayant à faire la moitié
du chemin par causenvoya
dés le 29. tous fes Equipages
par térre à Ladembourg , qui
eftjuſtement entre Manheim
&Heydelberg.
Ce meſme jour le Gouverneur
de Manheim alla luy
rendre viſite , & apprit de
luy que le lendemain à fix
heures du matin ſon deſſein
eſtoit de s'embarquer fur le
Necar pour ſe rendre à Ladembourg,
où il trouveroit
1
178 MERCURE
1
fon Train. Il prit ſes meſures
là-deſſus pour luy rendre tous
les honneurs quiluy eſtoient
deus , & le 30. à la pointedu
jour , on vit deux Regimens
d'Infanterie en bataille dans
la Place vis-à-vis le Palais
où logeoit l'Ambaſſadeur.
L'heure où il en devoit fortir
eſtant venue , le Gouverneur
ſuivi des Principaux de laNobleſſe,
l'y alla prendre pour
le conduire dans la Barque.
Le Comte de Villarmayor
s'y rendit , marchant toûjours
entre une double haye
deSoldats ſous les armes,dont
!
1
GALANT. 179
les Porte-enſeignes abbatirent
leurs Drapeaux lors qu'il
pafſoit , les Capitaines qu'ils
avoient en teſte luy ayantdéjarendu
leurs civilitez.Aprés
cela, il y cut une décharge
generale de la Moufqueterie,
qui fut ſuivie du brüit de
tout le Canon de la Place ,
qui tira trois fois. La Barque
où l'Ambaſſadeur entra, eftoit
magnifiquementtapiſſée .
Il s'y affit fur un Fauteüilde
velours vert , & ayant fait
placer les Cavaliers Portugais
qui l'accompagnoient
parhonneur, il fit entrer fes
180 MERCURE
Gentilshommes & ſes Aumôniers
. Une ſeconde Barque
fervit pour fon Maiſtre
d'Hoſtel, pour ſes pages &
fes Oficiers , & il y en eut
une troifiéme pour les Valets
de Pied & autres Gens
de Livrée.
L'Ambaſſadeur arriva fur
les dix heuresà Ladembourg,
où auſſi toſt les Bourgeois
parurent ſous les armes. Aprés
fon débarquemenr , il
fut falué par le Marechal des
Logis de laCour de S. A.E. P.
qui luy dit que s'il l'avoit a
greable , il pourroit monter
(
GALANT. 181
cheval à trois heures aprés
midy, parce que M'le Prince
Charles quidevoit venir aude
vant de luy,partiroit deHeydelberg
en ce meſme temps ,
pour le rencontrer à moitié
chemin. LeComte de Villarmayor
ayant difné , monta
dans l'un de ſes Carroffes . Il
en avoit deux entre autres
d'une tres - grande magnificence.
Celuyoù il entra, étoit
de Velours cramoiſy , mais
tout en broderie d'or , par dedans&
par dehors. Unegrofſe
campane d'or meſlée avec
de la foye grenadine de la
182 MERCURE
couleur du Velours , regnoir
tout au tour des bords de
l'imperiale. Les Rideaux é
toient de Brocard d'or. Une
cres-belle peinture donnoit
duprix au bois du corps du
Carroffe , & fur les extremitezainſi
que ſur tout le train,
eſtoitune Sculpture des plus
délicates. Enfin tout paroiffoit
tres-bien travaillé jufques
aux rouës meſmes. Ce
ſuperbe Carroſſe eſtoit tiré
parquatreChevaux ifabelle ,
dont les longs crins alezans ,
avoient eſté treſſez avec du
ruban ponceau qui faifoitun
:
GALANT 183
mélange fort agreable.Vingtquatre
Valets de Pied mar
choientde chaque coſté,& il
eſtoit fuivy de l'Eſcuyer de
l'Ambaſſadeur ,monté ſurun
cheval richement enharnaché.
Il avoit des fourreauxde
Piſtolet&une petite houffe
en broderie d'or de relief, a
vec une autre houffe plus
grande par deffous , de Velours
vert, garnie de trois laf
ges galons d'or tout au tour.
Douze Pages à cheval marchoient
derriere , portant de
parcilles houſſes deVelours ,
mais àun feul galon d'or. Le
184 MERCURE
ſecondCarroſſe ſuivoit à vui
de , encore plus magnifique
que le premier. Il eſtoit d'un
Velours bleu à fond d'or ,
garny de campanes tout or ,
avec des rideaux de meſme.
La Peinture , & la Sculpture
en eſtoient tres belles ,&faites
par deux des plus habiles
Ouvriers de l'Europe pour
les Ouvrages de cettenature.
Six Chevaux gris pommelez
à grande queuë blanche , tiroient
ce Carroffe. Je ne
dis rien de quatre autres qui
marchoient en ſuite , attelez
chacun de fix beaux
GALANT. 185
1
Chevaux noirs, dont les crins
eſtoient ornez d'une quantité
prodigieuſe de rubans. Ils étoient
remplis des Cavaliers
Portugais,& des Gentilshommes
de l'Ambaſſadeur , qui
avoient tous des habits d'une
richefſe & d'une propreté ſurprenante.
La broderie d'or
qui lescouvroit eſtoit à plein,
en forte que l'on n'en pouvoit
remarquer l'étoffe . La livrée ,
tant des Pages que desgens de
Pied & des Cochers , estoit
de drap d'écarlate fort fin ,
& garny de deux galons bleu
& argent. Ils avoient tous des
Aouft 1687.
186 MERCURE
Bas de foye , & des Chapeaux
avec de grands bords d'argent&
des tours de plumes
bleu & blanc ; & les Pages
,
avoient des Veſtes de foye
mordoré avec des galons
d'argent , que les autres n'avoientpas.
Onmarchoit en cet équi.
page , lors qu'on aperceut à
demy-licuë de Heydelberg
Male Prince Charles qui attendoit
M le Comte de Vil-
Jarmayor. Le Prince fit d'abord
tourner la teſte de ſes
Chevaux vers la Ville , afin
que leCarroffede l'Ambaffa
GALANT 187
deur ſe trouvaſt ſur la droite :
. & lors qu'ils furent affez prés
l'un de l'autre , le Prince
Charles mettant pied à terre ,
le Comte de Villarmayor en
fit autant , & s'eftant fait les
Complimens ordinaires en
ces fortes de rencontres ,
l'Ambaſſadeur entra le premier
dans le Caroſſe du Prince,&
fe plaça ſur lederriere .
Le Prince ſe mit ſur le devant
, & les deux trains s'étant
meſlez , l'on diſpoſa la
marche en cette maniere.
Un Eſcadron de Dragons,
de Monfieur l'Electeur alloit
உü
188 MERCURE
devant. Il eſtoit ſuivy d'un
grand nombre de Valets de
Pied meflez parmy des Chevaux
de main des Seigneurs
de la Cour Palatine. Aprés
venoit à cheval une Compagnie
de Gentilshommes étudians
de l'Univerſité ; puis
l'Ecurie de S. A.E. qui precedoit
pluſieurs Caroffes tant
des meſmes Seigneurs de la
Courde Monfieur l'Electeur,
que ceux deſa Maiſon , dans
lefquels eftoient les Cavaliers
&les Gentilshommes Portugais
, accompagnez d'un Offi-
Fier de S. A. E. dans chaque
T
-1
GALANT. :
5
S
189
Carroſſe. Enfuite parurent les
Trompettes & les Timbales ,
devant les Officiers & les
Gentilshommes de la Chambre
de S. A. E. tous à cheval .
Les Carroffes du Corps de
Monfieur l'Electeur ſuivirent.
Le Comte de Villarmayor
, & le Prince Charles
en occupoient le plus beau.
Au coſtédroit de ce Carroffe,
qui eſtoit le dernier de ceux
de la Cour , marchoit l'ΕΓ
cuyer de l'Ambaſſadeur à la
reſte des Pages , qui fuivoient
àune petite diſtance , & du
coſté gauche marchoit pa
190 MERCURE
reillement l'Ecuyer du Prince
, ſuivy auſſi de ſes Pages ,
lameſme choſe ayant eſtéobſervée
à l'égard des Valets de
Pied du Comte ,& de ceux
du Prince. Un Elcadron des
Gardes du Corps de S. A. E.
venoit aprés eux ; & enfin les
fix Carroſſes de l'Ambaſſa--
deur , precedant quelques
Compagnies de Dragons qui
fermoient la Marche. La Livrée
de Monfieur l'Electeur
eſtoit d'un drap bleu garny
de galons d'argent ; & les
Gentilshommes & Oficiers
de ſa Maiſon , avoient tous
GALANT. 191
des habits tres-magnifiques.
M l'Ambaſſadeur trouva
à Heydelberg dés l'entrée de
la Ville, une double hayede
Gens ſous les Armes, par toutes
les ruës juſqu'à l'entrée
du Palais , devant la Placeduquel
ily avoit un Bataillon
dont il fut ſalué par une décharge
de la Mouſqueterie.
Elle fut ſuivie d'une triple
ſalve de tout le Canon.
L'Ambaſſadeurfut receu à la
defcente du Carroſſe par les
Princes Frideric & Philippe ;
& comme Monfieur l'Elec
cur l'attendoit au haut du
192 MERCURE
premier Efcalier , il ne l'eut
pas plûtoſt apperceu qu'il
defcendit ; en forte qu'il l'aborda
lors que le Comte de
Villarmayor avoit à peine
monté cinq degrez . Il le fit
couvrir auffi -toſt , ſans qu'aucune
autre perſonne que S.
A. E. ſe couvriſt. Il luy donna
la main droite , & le fit
paſſer devant luy à l'entréede
toutes les portes qui ſe prefenterent
juſqu'au grand Cabinetoùil
le mena. Aprés qu'ils
y furent arrivez,ils s'affirent
chacun dans un Fauteüil. II
n'y avoit que ces deux Fauteüils
,
GALANT. 193
1
teüils , &Monfieur l'Electeur
donna la premiere place au
Comte. Son Excellence fit
ſes premiers Complimens ,
auſquels S. A. E. répondit en
des termes qui marquoient
beaucoup de reſpect & de
reconnoiſſance pour le Roy
de Portugal. Un peu aprés
l'Ambaſſadeur ſe leva , &
Monfieur l'Electeur le reconduiſit
juſqu'à l'entrée de
l'Apartement de Madame
l'Electrice. qui luy devoit
auſſi donner Audience. Cette
Princeffe , accompagnée de
deux Princeſſes ſes Filles ,
Aoust 1687 . R :
194 MERCURE
receut l'Ambaſſadeur à la
premiere Antichambre , &
luy offrit le pas pour entrer.
Le Comte refuſa de paſſer le
premier ,& quoy que S. A. E.
inſiſtaſt beaucoup pour l'y obliger
, il voulut avoir cette
déference pour ſonſexe.conſiderantprincipalement
qu'il
le pouvoit fans prejudicier à
ce qui estoit dû à ſon cara-
&ere , puis qu'il avoit receu
deMonfieurl'Electeur l'honneur
qu'il vouloit bien de..
ferer à Madame 1 Electrice.
Il n'y avoit point de Dais
dans la Chambre où elle le
GALANT. 195
mena, & on n'y pouvoit diſtinguer
ny la main droite, ny
la principale place. Il y avoit
- ſeulementdeux rangs de chaiſes
à l'oppoſite les unes des
autres , & ainſi Madamel'Electrice
prit place fur le haut
- bout des unes , ayant à fon
coſté les deux Princeſſes ſes
Filles , & l'Ambaſſadeur la
prit ſur le haut bout des autres
, ayant le Prince Charles
au deſſous de luy. L'Audience
finie , il ſe retira . Les Princeflès
l'accompagnerent jufqu'à
la premiere Antichambre
, & le Prince Charles a
Rij
196 MERCURE
vec les Princes ſes Freres , fuivy
de beaucoup d'autres Scigneurs
, ne le quitterent que
Iors qu'il fut dans l'Appartement
qu'on luy avoit preparé.
On avoit auſſi deſtiné
des Chambres dans le meſme
Palais pour les Cavaliers Portugais
qui accompagnoient
l'Ambaſſadeur,ainſi que pour
ſes Gentilshommes ; le reſte
deſes Gens fut diſperſé par la
Ville , maisils venoient tous
manger au Palais .
Monfieur l'Electeur nomma
le Baron de Craiter , & le
Baronde Spring , pour ſervir
GALANT. 197
l'Ambaffadeur. Ils ſe tenoient
toûjours dans ſon Antichambre
lors qu'il eſtoit
dans l'Appartement , & ils
le ſuivoientquand il en étoit
dehors . L'un avoit foin ordinairement
de luy ſervir la
Sous- coupe à table lors qu'il
vouloit boire , & l'autte de
- luy verſer de l'eau ſur les
mains , & de luy preſenter la
ſerviette.
Au fortir de l'Audience de
Madame l'Electrice, le Comte
de Caſtel , & le Grand
Marechal , vinrent trouver
M le Comte de Villarmayor,
Riij
198 MERCURE
pour luy dire que Monfieur
l'Electeur vouloit luy rendre
viſite . Ce Comte alla le recevoir
à la premiere porte de
P'Appartement qu'il occupoit,&
parce qu'il regardoit
cetAppartementcomme fon
propre Palais , il y donna la
main& l'entrée à M² l'Ele-
Aeur, le reconduiſant enſuite
juſqu'au meſme endroit , &
en la meſme maniere.
Un desjours ſuivans l'Ambaſſadeur
viſita le Prince
Charles qui l'avoit mené dans
ſon Appartement. Il l'en fit
avertir par l'un des Barons
GALANT. 199
qui eſtoient toûjours dans ſon
Antichambre , & il le trouva
qui l'attendoit à l'entrée de
fon Appartement. Le Prince
Charles ayant donné le pas au
Comte& la Place d'honneur
lors qu'ils s'affirent, le reconduiſit
juſqu'à l'endroit où il
l'avoit receu .
La nuit venuë , le Gouverneur
de Heydelberg alla demander
le mot à l'Ambaffadeur,&
les autres jours, ce fut
la Princeſſe Marie Sophie qui
ledonna , comme Reyne de
Portugal;mais le meſmeGouverneur
ne laiſſoit pas de le
R iiij
200 MERCURE
porter tous les foirs à fon
Excellence.
A l'heure du Soupé , le
Comte de Caſtel , & le Grand
Maréchal , avertirent M le
Comte de Villarmayor que
S. A. E. l'attendoit pour ſe
mettre à table , & des Pages
de Monfieur l'Electeur parurent
en meſme temps avec
des Flambeaux de cire blanche
; ils marcherent devant
luy , ce que fit auſſi l'un des
Barons , qui porta un Flambeau
d'argent avec une bougie.
L'Ambaſſadeur trouva
que Monfieur l Electeur l'artendoit,
à l'entrée de fon Ap
GALANT. 201
partement. S. A.E. luy donna
lamain droite& le pas , comme
Elle l'avoit déja fait,& luy
fit prendre la premiere place
à table . Un Seigneur duConſeil
Privé de Monfieur l'Electeur,
donna pour cette fois
à laver ,&verſa de l'eau premierement
à M l'Ambaffadeur
, & puis à S. A. E.
La Table eſtoit fous un
Dais , avec deux chaiſes ſur le
haut bout. M le Comte de
Villarmayor s'aſſit fur celle
qui estoit à main droite , &
Monfieur l'Electeur en fit
autant fur celle qui estoit à
202 MERCURE
main gauche. Les Princes ſes
Fils fuivoient des deux coſtez ,
les plus âgez precedant les
plus jeunes. L'Ecuyer Tranchant
ſervoit toûjours l'Ambaſſadeur
le premier , & enfuite
Monfieur l'Electeur.
Cette table eſtoit entourée
de tant de Nobleſſe , que l'on
ne ſe ſouvient point d'en
avoir veu un ſi grand concours
en Allemagne. Il y avoit
entre autres plus de foixante
Princes & Princeſſes ,
que la curiofité avoit attirez
de divers endroits , & quelques-
uns de ſoixante - dix
ر ب
GALANT. 203
lieuës. Ils ſe tenoient tous
debout & découverts , obſervant
ſeulement de faire mettre
devant eux de ſimples Cavaliers
pour marquer qu'ils
étoient incognito.
On but d'abord à la ſanté
du Roy de Portugal , & enfuite
à celle de l'Empereur ,
mais il falut que le Comte
de Villarmayor qui ne boit
jamais de vin , y repondift
avec de l'eau , aprés en avoir
demandé la permiffion. Il y
eutdurant le repas un concett
-de Voix & d'Inſtrumens des
plus agreables ,& lors que
204 MERCURE
l'Ambaſſadeur ſe retira, Mon
ſieur l'Electeur le conduifit
juſqu'à la p emiere porte de
l'Appartement qui luy avoit
eſtédonné , S. A. E. ſe tenant
à la main gauche du Comte ;
mais en cette occafion ainſi
qu'en toutes les autres , le
Comte de Caſtel, le Grand
Marechal & toute la Cour
ont toûjours ſuivi l'Ambaffadeur
juſqu'à la derniere antichambre
de ſon appartement.
On ſceut cettemeſme
nuit que le Comte de Martinis
venoit d'arriver en qualité
d'Envoyé Extraordinaire
GALANT. 205
de l'Empereur pour complimenter
de ſa part & de celle
de l'Imperetrice , leurs Alteſſes
Electorales , & la Princeffe
Marie Sophie ſur ſon
mariage. La haute qualité
de cet Envoyé eft connuë
de toute l'Allemagne , où
chacun ſçait qu'il eſt de
l'une des plus anciennes &
des premieres Maiſons de
Boheme . Il eut audience le
lendemain au matin,de Monfieur
l'Electeur , de Madame
l'Electrice & de la Princeffe
Marie Sophie , à laquelle
il preſenta une Bague de
206 MERCURE
grand prix que l'Imperatrice
ſa Soeur luy envoyoit. Le
Comte de Martinis parla découvert
à ces trois Audiences .
Il n'eut point de preſéance ,
& ſe retira dans la Ville
auſſi n'eſtoit-il qu'Envoyé ,
& non pas Ambaſſadeur .
Le premier jour de Juillet
M le Comte deVillarmayor
entendit la Meſſe de bon matin.
Les Aumôniers de S.
A. E. la celebrerent toûjours
dans l'appartement de ce
Comte ,qui ſe mettoit ordinairement
fur un Prié-Dieu
que l'on avoit preparé à 1
GALANT 207
i
1
cet effet , couvert d'un riche
tapis avec une Chaiſe derriere.
Il envoya enſuite l'un des
Barons qu'il avoit auprésde
luy à Monfieur l'Electeur ,
afin d'avoir audience pour
faire en ceremonie la Demande
de la Princeſſe Marie
Sophie . Cette audience luy
futaccordée en même temps,
& il trouva Monfieur l'Electeur
à la premiere porte
par où l'on entroit dans fon
appartement . S. A. E. le
conduifit à celuy de Madame
l'Electrice . Cette Princeſſe
y attendoit l'Ambſſadeur
accompagnée de la
3
208 MERCURE
Princeſſe ſa Fille , au meſme
→ endroit qu'à la premicre Audience
. Elle voulut comme la
premiere fois luy donner le
pas , mais le Comte en uſa
encore comme il avoit déja
fait , & fe contenta de marcher
devant Monfieur l'Electeur.
Il y avoit les deux
meſmes rangs de chaiſes . Madame
l'Electrice ayant la
Princeſſe Marie-Sophie à fon
coſté,ſe plaça ſur le hautbout
des unes , & l'Ambaſſadeur
prit place fur le haut bout
des autres , Monfieur l'Ele-
Acur eftant au deſſous de luy.
MoleComte de Villarmayor
ن ي ن ا
GALANT. 209
1
7
:
fit ſon Compliment ,& demanda
la Princeſſe Marie Sophie
en mariage pour le Roy
fon Maiſtre, & Monfieur l'Electeur
ayant répondu avec
des termes pleins de reſpect ,
qu'il accordoit volontiers ſa
Fille à Sa Majesté , l'Ambaffadeur
qui confidera dés lors
cette Princeffe comme Reyne
de Portugal , ſe leva , ne voulant
plus ſe trouver affis en
ſa prefence. Monfieur l'Electeur
ſe leva en meſme temps
ainſi que Madame l'Electrice
& la Princeffe ; & le Comte
pourſuivit , afſurant leursAl-
Aouft 1687 .
S
210 MERCUREteſſes
Electorales de la ſatisfation
extrême qu'auroit le
Roy ſon Maiſtre , d'avoir la
Princeſſe Marie-Sophie pour
Epouſe , à quoy S. A. E. répondit
en luy témoignant la
joye que luy cauſoit l'honneur
que cette Alliance apportoit
à ſa Maiſon.
L'Audience eſtant finie ,
Monfieur l'Electeur emmena
l'Ambaſſadeur diſner , en luy
donnant toûjours la main
droite , & luy faiſant les
meſmes honneurs qu'il luy
avoit faits le ſoir precedent.
CeDiſner ne differoitde l'auGALANT.
211
tre Repas , qu'ence que l'Envoyé
de l'Empereur ſe trouva
àTable , mais placé au defſous
de tous les Princes .
On avoit déja arreſté que
ce meſme jour , aprés diſné ,
la Princeſſe Marie-Sophie feroit
publiquement declarée
& reconnuë Reyne de Portugal.
Ainfi à l'heure priſe
pour cette Ceremonie , le
Comte de Caſtel alla avertir
l'Ambaſſadeur. Il ſortit de
fon Appartement ſuivy des
Cavaliers Portugais , de ſes
Gentilshommes & de tout
fon train, & alla chez Mon-
Sij
212 MERCURE
fieur l'Electeur. Il en fut receu
comme les autres fois à
la premiere porte , d'où S.
A. E. mena le Comte à une
grande Salle où s'eſtoit renduë
la Princeſſe Marie- Sophie.
Elle estoit ſous un Dais,
mais non pas Madame l'Electrice
qui estoit à ſa droite ,
avec les autres Princes & Princeſſes
ſes Enfans , & à la gauche
la Dame d'Honneur de
Madame l'Electrice, les Gouvernantes
des Princeſſes , la
Dame d'Atour , & les Filles
d'Honneur . Monfieur l'Ele-
Cteur mena Me le Comte de
1
GALANT.:212
:
Villarmayor juſques au bord
de l'Estrade , & Son Excellence
s'approchant davantage
, fut le premier à baiſer la
main à la Princeſſe qu'on declaroit
Reyne. S. A.E. luy fit
enfuite un Compliment , &
témoigna luy vouloir auffi
baifer la main › ce que cette
Princeſſe ne voulut point
fouffrir . Les Princes ſes Freres
•&les Princeſſes ſes Soeurs s'approcherent
d'elle pour luy
rendre ce devoir , & aprés eux
la Dame d'Honneur , & les
autres Dames , baiſant tous ſa
main avec cette difference des
214 MERCURE
Portugais,que ceux-cy le font
enmettant un genoüil à terre
, comme il ſe pratique entre-
cux , au lieu que les autres
exprimerent leurs reſpects
d'une autre maniere , lagenuflexion
n'eſtant pas d'uſage
enAllemagne , non pas mefme
à la Cour de l'Empereur.
Aprés les Dames, ſuivirent les
Cavaliers Portugais , le Secretaire&
les Gentilshommes de
l'Ambaſſade . Les Seigneurs ,
ainſi que la principale Nobleffe
de laCour Palatine, s'avancerent
à leur tour ,& enfinlesPagesde
l'Ambaſſadeur.
GALANT. 25
Cette ceremonic achevée ,
Monfieur l'Electeur donna
la main à la Princeſſe ſa
Fille ,dont la queuë étoit
portée par la Princeſſe Dorothée
ſa Soeur , & M le
Comte de Villarmayor offrit
la ſienne à Madame l'Ele-
Ctrice . On marcha de cette
forte juſques à l'Appartement
de la Princeffe , qui étoit
le plus beau , & le plus
fuperbement meublé de tout
le Palais . Lors qu'on y fut arrivé,
l'Ambaſſadeur luy remit
entre les mains les Pierreries
dont eſtoit compofé le riche
216 MERCURE
:
こ
Preſent quere Roy ſon Maître
luy faifoit . Son Excellence
ſe retira enſuite à ſon Appartement
, accompagnée de
Monfieur l'Electeur en lamaniere
ordinaire .
Peu de temps aprés , le
Comte de Caſtel , & le Grand
Mareſchal luy vinrent dire
que S. A. E. l'attendoit pour
le divertiſſement de la Comedie.
Il fortit , & trouva
Monfieur l'Electeur à la porte
de fon Appartement , d'où
ils allerent enſemble à celuy
de la Princeſſe Marie-Sophie ,
le Comte ayant toûjours la
main
GALANT. 217
main droite . Monfieur l'Electeur
prit la main à la Princeſſe
ſa Fille , l'Ambaſſadeur
prit celle de Madame l'Ele-
Etrice , & ils marcherent vers
une Tribune qui répondoît
au grand Salon où eſtoit le
Theatre, Pluſieurs Balcons
que l'on avoit pratiquez ſur
les coſtez pour y placer la
Cour& les Princes Etrangers,
y répondoient de la meſme
forte. L'Ambaſſadeur avoit
déja veu cette Tribune , lors
qu'avant que de faire fon
Entrée , il alla incognito àHeydelberg
; & comme il avoit
Aust 1687.
T
218 MFR CURE
-déclaré dés lors qu'il ne vou-
-loit jamais eftre affis en prefence
de la Reyne , ny dans
les lieux où elle ſe trouveroit,
on fut obligé de diviſer la
Tribune parune cloifon.Ainſi
elle fut ſeparée en deux,
& la Princeſſe qui avoit eſté
déja declarée Reyne , occupa
dans l'une la premiere place ,
ayant avec elle Madame l'Electrice
& les Princeſſes ſes
Soeurs ,& l'Ambaſſadeur entradans
l'autre avec Monfieur
l'Electeur. Ils furent tous
deux aflis dans des Fautcüils ,
Ie Comte à maindroite. C'é
GALANT. 219
toit une Comedie Italienne
qui repreſentoit l'édification
de Lisbonne , d'où l'on defcendoit
par tous les Siecles
qui l'ont ſuivie , pour venir
donner des applaudiſſemens
au mariage qui ſe devoit faire
lejour ſuivant. La Piece eſtoit
fort longue , ce qui fut cauſe
qu'on en laiſſa la moitié pour
un autre jour. Cette premiere
partie finit par un Balet ,
où les Princes danſerent mafquez.
Aprés ce Divertiſſement,
la Princeſſe , l'Ambaffadeur
,& leurs Alteſſes Elec
torales ſe retirerent dans le
Tij
220 MERCURE
meſme ordre qu'ils eſtoient
venus . L'Ambaſſadeur ne fut
pas plûtoſt rentré chez luy ,
que les Princes Frideric &
Philippe l'y viſiterent. Il leur
rendit la viſite peu de temps
aprés.
Le ſoir de ce meſme jour ,
la Princeſſe ſoupa en particulieravec
leursAlteſſes Electorales
, & l'Ambaſſadeur qui
avoit les Princes avec luy ,
ſoupa en public dans ſonAppartement.
On luy fit de
grandes inſtances pour l'obliger
à manger avec la Princeffe
,& on voulut luy perGALANT.
221
fuader qu'il le pouvoit faire
puis qu'il repreſentoit leRoy
ſon Maiſtre; mais ſon Excellence
a toûjours cru ne pouvoir
mieux marquer ſon profond
reſpect pour une Princeffe,
declarée ſaReyne,qu'en
refuſant toûjours de prendro
place à ſaTable. Le matin du
jour ſuivant, ilne fortit point
de fon Appartement,&aprés
qu'il y eut diſné , accompagnédesPrinces
comme à l'ordinaire
, il vit entrer deux
des principaux Miniſtres de
Monfieur l'Electeur , qui luy
apportoient le Preſent que
Tiij
222 MERCURE
S. A. E. luy faiſoit. Il eſtoit
compofé d'une Table , de
deuxGueridons , de fix Plaques
, d'un Luftre à ſeize
branches , & de deux Vaſes
pour mettre des fleurs , le tout
d'argent , & d'un travail admirable.
Ce mefme jour ayant eſté
pris pour faire à l'Egliſe la
celebration du Mariage , le
Prince Charles ſuivy de toute
la Cour , magnifiquement parée
, alla prendre l'Ambaſſadeur
ſur les cinq heures du
foir pour l'y conduire. Son
Excellence avant que d'y al
GALANT. 223
ler fit prendte une nouvelle
livrée à ſes Gens. Elle estoit
ſi éclatante qu'on en a veu
fort peu de pareilles . Les
- Jufte-au- corps de ſes vingtquatre
Valetsde Pied, étoient
de Velours vert , chamarrez
de deux galons or & argent
fort larges , & doublez de
Tabis incarnat. Ils avoient
des Bas de ſoye auſſi incarnat
, & des Chapeaux bordez
d'une large dentelle or & argent
, avec des tours de plumes
incarnat & blanc. Les
douze Pages estoient vêtus
en manteau & en pourpoint.
1
Tiiij
224 MERCURE
Les manteaux & les haut-dechauſſes
eftoieut de brocard
d'or à fond vert , & garnis de
trois rangs de Point d Eſpagne
or & argent , & la doubleure
des manteaux eſtoit de
tabis incarnat àfond d'argent .
On avoit fait les pourpoints
de brocard d'or à fond incarnat
,& on les avoit garnis du
mêmePointque les manteaux
& les haut-de-chauſſes . Ces
Pages avoient des Bas de foye
incarnat brochez d'or , des
Caſtorsavec de grands bouquets
de plumes , & des gans
garnis auffi de Point d'Eſpagne
or & argent.
GALANT. 225
.
Les Cavaliers & les Gen-
د
eurent
tilshommes Portugais , qui
avoient déja paru fous des
habits magnifiques
de la peine à enfaire faire de
plus riches;mais ils en vinrent
about , n'ayant épargné aucune
dépenſe ,& ils ſe montrerent
dans des ajuſtemens
encore plus fuperbes qu'ils
n'avoient faitle jour de l'Entrée.
r
Pour M² l'Ambaſſadeur
qu'on n'avoit encore veu
qu'en Juſte- au- corps , il jugea
devoir aſſiſter en manteau
ala grande fonction qu'ilal
226 MFRCURE
loit faire ,& l'on peut dire
que & ſon habillement eſtoit
riche , il n'en paroiſſoit pas
moins modeſte .
Environné de tant de magnificence
il ſe diſpoſa àpartir
,& l'on commençala marche
en cet ordre . Les Valets
de Pied de la Cour s'avancerent
les premiers , & furent
ſuivis de ceux de l'Ambaffadeur.
Les Pages de Monfieur
l'Electeur marcherent
de aprés , precedant ceux
Mr le Comte de Villarmayor .
Enfuite parurent les Gentilshommes
& les Cavaliers de
>
GALANT. 227
la Cour Palatine ; & ils é
toient ſuivis des Cavaliers &
des Gentilshommes de l'Ambaſſade.
Ceux-cy precedoient
immediatement l'Ambaſſadeur&
lePrinceCharles qu'on
voyoit derriere cette Troupe
, ayant tous deux le chapeau
à la tefte , toute la Nobleſſe
marchant découverte.
On avoit pratiqué une efpece
de Galerie qui regnoit
depuis la grande Porte du
Palais , dont on traverſoit
la Court juſqu'à l'entrée de
la Chapelle. Cette charpente
étoit couverte par le haut;
4
228 MERCUR F
mais découverte par les côtez
, en ſorte qu'on pouvoit
étre veu de tout le monde ,
& particulierement d'un
Regiment d'Infanterie qui
étoit ſous les Armes dans la
court. La Chapelle étoit
toute tapiſſée ; mais ornée
fur tout de pluſieurs Balcons
remplis"des Princes
& des Seigneurs Etrangers.
On avoit preparé vis-à- vis
le Grand Autel deux Prié-
Dieu , couverts de brocard
d'or , l'un pour la Princeſſe ,
l'autre pour l'Ambafladeur ,
& il y avoit du coſté de l'EGALANT.
229
vangile deux Chaiſes de Velours,&
un banc devant couvert
de la meſme étoffe .
L'Ambaſſadeur prit place fur
la premiere ; le Prince Charles
s'affit fur la ſeconde , l'un
&l'autre en attendant laPrinceffe
, que toute la Cour de
S. A. E. eſtoit allée queriraprés
avoir conduit l'Ambaf
fadeur à l'Eglife. La Princeffe
y arriva , accompagnée de
tous les Princes & de toutes
les Princeffes de la Maiſfon
Electorale . Monfieur l'Electeur
la menoit par la main ,
la Princeffe Dorothée ſaSous
230 MERCURE
portoit la queuë de ſa mante ;
& fi-toſt qu'elle parut , l'Ambaſſadeur
ſe leva , & alla la
joindre pour la ſuivre. Cette
Princeſſe ſe mit au Prie-Dieu
de la main droite , & l'Ambaſſadeur
à l'autre . Monfieur
l'Electeur & Madame l'Electrice
occuperent les deux
Chaiſes , où l'Ambaſſadeur &
le Prince Charles s'eſtoient
mis d'abord . Les autres Princes
& Princeſſes ſe placerent
de l'autre coſté , tous debout
ou à genoux ſelon les occurrences
, perſonne ne s'eftant
affis depuis l'arrivée de la
GALANT. 231
Princeſſe dans l'Eglife. Chacun
ayant pris fa place , l'Eveſque
Coadjuteur de celuy
de Spire fortit de la Sacriftie
en Habits Pontifi
caux ,& fit la Ceremonie du
mariage felon la Coûtume
de l'Egliſe Romaine. On entendit
auffi toſt aprés une
décharge de toute l'Infante.
rie , & un tonnerre de coups
de Canon , tout le Canon de
la Ville ayant tiré par trois
fois de ſuite. La Reyne ſe
retira au milieu d'un bruit
confus de Trompetes , & de
cris d'acclamation que cha
232 MERCURE
cunpouffoit.Monfieur l'Ele.
Eteur la remena , & M l'Ambaſſadeur
prit la main àMadame
l'Electrice. La Reyne
de Portugal étant de retour
à ſon Appartement , Male
Comte de Villarmayor &
tous les Portugais eurent
l'honneur de luy baifer la
main , & M² l'Electeur accompagna
l'Ambaſſadeur à
ſon retour , ainſi qu'il avoit
accoutumé.
L'heure de ſouper eftant
venuë , le Comte de Caftel &
le Grand Maréchal allerent
avertir l'Ambaſſadeur que les
GALANT. 233
:
Princes l'attendoient pour ſe
mettre à table , & qu'onl'avoit
dreffée dans une chambre
qui en joignoit une autre
où la Reyne devoit fouper
en public , afin qu'il pût
partaget le plaifir de la Muſique
, car comme je vous l'ay
dit,l'Ambaſſadeur n'a jamais
voulu manger , ny à la Table
de Sa Majesté , ny dans la
meſme chambre. La Reyne
eſtoit à table ſous un Dais ,
ayant à ſa droite Monfieur
l'Electeur & Madame lElectrice
, & les Princeſſes
Marianne & Dorothée à ſa
Aouft 1687 . V
وف
234 MERCURE
gauche. L'Ambaſſadeur occupoit
le haut bout de la
fienne , & les Princes ef
toient affis des deux coſtez ,
ſe precedant les uns les autres
ſelon le rang de leur
naiſſance . Le Comtede Martinis
Envoyé de l'Empereur
eſtoit à la meſme table, mais
aprés les Princes. Le lendemain
3. de Juillet le Comte de
Caſtel vint prier l'Ambaſſadeur
de la part de S. A. E.
de vouloir bien aſſiſter àune
Grande Meſſe , que l'on alloit
celebrer en action de graces
du Mariage. Monfieur l'EL
GALANT. 235
*
lecteur l'attendoit à l'ordinaire
à l'entrée de ſon appartement
, d'où il le mena
àceluy de la Reyne. Madame
l'Ele rice s'y trouva ,
& toute la Cour prit le chemin
de la Tribune qui repond
à l'Eglife. Il fallut encore
y faire une ſeparation ,
comme on avoit fait à la
Comedie La Reyne de
Portugal avec Madame l'Electrice
& les Princeſſes , fe
plaça d'un coſté ,& l'Ambaffadeur
de l'autre avec Mon
ſieur l'Electeur. L'Ambaſſadeur
qui avoit la main droi
Vij
236 MERCURE
te, fut auſſi encenſé le premier
, & l'on preſenta la Patene
à ſon Excellence, avant
que de la porter à S. A. E.
La Meſſe finie , Monfieur
l'Electeur remena la Reyne
à fon appartement, & conduifit
l'Ambaſſadeur juſqu'à
l'entrée du ſien , & peu aprés
les Princes, allerent diſner
avec fon Excellence , & la
Reyne mangea ce jour-là &
tous les ſuivans en particulier
avec leurs Alteſſes Electorales.
Sur les quatre heures, l'Ambaſſadeur
ayant eſté averti
1
GALANT 227
i
par le Grand Maiſtre de la
Maiſon de Monfieur l'Electeur
, que ce Prince l'attendoit
pour aller entendre l'autre
moitié de la Comedie , on
alla prendre ce divertiſſement
dans le meſme ordre que
l'on avoit déja obſervé. La
Comedie ſe termina par un
Balet , où les trois Princes&
les trois plus jeunes Princefſes
danſerent . Ils eſtoient vef
tus en Bergers & en Bergeres
fort richement & fans mafques.
La danſe finie , ils allerent
baifer la main à la Reyne
,pour luy témoigner que
238 MERCURE
cette rejoüiſſance n'avoit autre
but que le divertiſſement
de Sa Majefté. Elle s'en retourna
à ſon Appartement ,
& l'Ambaſſadeur aprés l'y
avoir ſuivie , fut reconduit au
fien. Il y ſoupa le ſoir comme
à l'ordinaire avec les
Princes .
Le matin du 4. l'Ambaſſadeur
ne fortit point de fon
Appartement; les trois Princes
s'y trouverent à diſné ,&
acinq heures le PrinceCharles
accompagné de toute la
Cour alla le prendre pour le
conduire à l'Audience de
GALANT. 229
congé qu'il avoit demandée.
Monfieur l'Electeur l'attendoit
ainſi que toutes les
autres fois à l'entrée de ſon
Appartement , d'où il le mena
dans ſon grand Cabinet
avec les honneurs accouſtumez.
L'Audience eſtant finie,
S. A. E. tira de fon doit une
Bague d'un gros diamant ,
qu'elle donna à M l'Ambafſadeur
, le priant de le garder
, & de ſouvenir d'Elle .
Monfieur l'Electeur le mena
enfuite à l'audience de Madame
l'Electrice , qui accompagnée
des Princeſſes ſes
240 MERCURE
Filles l'alla recevoir & le conduifit
dans la mesme Chambre
,où elle l'avoit déja receu.
Les choſes s'y paſſerent
comme les deux autres fois ,
&aprés cela Monfieur l'Ele-
Eteur accompagna le Comte
de Villarmayor juſqu'au dernier
eſcalier . Il en defcendit
quelques degrez, &y demeura
juſqu'à ce qu'il vit l'Ambaſſadeur
monté en caroſſe .
Les Princes Frederic & Philippes
le conduifirent jufqu'à
la portiere , & n'en partirent
que quand les chevaux
commencerent à marcher . Le
Prince
GALANT. 241
Prince Charles entra dans
le caroſſe avec l'Ambaffadeur
; & ſe plaça ſur le devant
comme il avoit fait le
jour de l'entrée. On obferva
les meſmes ceremonies , tant
pour le nombre de Caroffes,
& la Cavalerie , que pour les
Gardes du Corps , & les Dragons
qui precedoient ou fuivoient.
Ily eut mefme Correge
, & toute la Maiſon de
Monfieur l'Electeur alla conduire
l'Ambaſſadeur juſqu'au
meſme lieu où elle l'avoiteſté
prendre.c'eſtà dire, à demy -
licuë de la Ville.
Aoust 1687. X
L
242 MERCURE
Quand on s'y trouva , M
leComte de Villarmayor mit
pied à terre pour entrer dans
fonCaroffe , ce qu'il fit aprés
des complimens reciproques
du Prince Charles , qui ne
voulut pas rentrer dans celuy
où il eſtoit venu , que le
Comte ne fuſt dans le ſien ,
ny partir qu'il ne l'euſt veu
s'éloigner. Si toft que l'Ambaſſadeur
approcha de Manheim,
&qu'il en eutdécouvert
les murailles , il fut falüé
d'une triple décharge de
tout le Canon. Il trouva le
Gouverneur hors les Portesde
GALANT. 243
:
laVille , où il le receut à la
teſte de ſa Garniſon. Comme
ileſtoit déja nuit , fix Pages
de M. l'Electeur ayant chacun
un flambeau de cire blan
che à la main , marcherent
devant l'Ambaſſadeur juſ
qu'au Palais qui luy eſtoit
preparé. Le meſmeGouver
neur luy vint demander le
mot,& il fut traité comme à
Heidelberg, durant les qua
treou cinqjours qu'il ſejour
na à Manheim avant que de
pourſuivre ſa route vers la
Hollande , pour s'y embarquer
, & accompagner la
Xij
244 MERCURE
Reyne en Portugal.
Vous ſçavez ,Madame, que
depuis quelques années,M² le
Comte de Konigſmarck eft
au ſervice des Venitiens , où
il a fait voir beaucoup d'experience,
devaleur&de conduite.
Le Roy de Suede qui
le confidere ,luy ayant mandé
de revenir, leDoge a écrit
la Lettre ſuivante à SaMajefté
Suedoiſe. Je vous l'envoye
dans les meſmes termes qu'on
la receuë icy de Stocholm
traduite en noſtre Langue.
GALANT. 245
}
t
Autres-illustre & tres-puif-
Sant Seigneur , Charles ,
par la grace de Dieu Roy
de Suede , des Gots
VVandales , &c. Se recommande
Marc-Antoine
Justiniani ,par la mesme
grace Duc de Venise , qui
luyfouhaite toutefortede
profperité.
Le General Konigsmarek
a fait voir une fi belle &fi particuliere
conduite , & témoigné
tant d'experience dans les Campagnes
qui sefont faites en Levant,
avec des fuccés heureux
avantageux pour le ſervice
X iij
246 MERCURE
de toute laChreſtienté, que dans
le granddeffein que l'on a formé
pour la commune utilitédu Chriftianiſme
, il luy appartient une
tres - loüable & tres - confiderable
part de la gloire que l'on a
fujet d'en efperer. Son merite
fingulier éclate avec tantdeforce
, qu'il en rejallit des rayons
fur vostre Majesté, qui a confenty
avec tant de generositéà
nous ceder un Sujetfi remply de
grandes qualitez , &fi digne
d'une haute eſtime . Nous en recevons
un tres - grand fecours ,
dont Ellese prive cependant en
ſa perſonne, en nous le laiſſant
GALANT. 247
dans ces preſentes conjonctures ,
favorables pour abattre & ameantir
l'insupportable orgueil
des barbares Othomans . Comme
donc nous avons eu beſoin du
grand appuy dudit Seiqueur
Comte, que nous l'avons demandé
& obtenu , & que nous en
avons reffenty les bons effets
plus d'une fois , pour arriver à
une fin heureuse of defirée, nous
avons cette confiance en V.M.
que ſelon ſa haute bonté accoutumée
, Elle voudra bien permettre
audit Seigneur Comte , comme
nous l'en fupplions , de continuer
dans l'employ qu'il ſoû-
1
X iiij
248 MERCURE
tient avec tant de gloire &tant
d'applaudiffement . Le zele ar
dent &divin qui accompagne le
courage heroïque de V.M. bril
lera d'autant plus purement &
plus loin , que par ce moyen
V.M. marquera combien Elle est
touchée de la gloire de Dieu,
des interests de noftrefainte Foy,
qu'Elle prend beaucoup plus à
caur, que tout le reſte des autres
affaires du monde . L'obligation
que nous en aurons àV.M.fera
gravée à jamais dans nostre memoire
, pour en conferver un
éternel ſouvenir, &chercher en
toutes fortes d'occaſions tous les
GALANT. 249
moyens d'y répondre par les mouvemens
d'une exrrême & tresintime
affection , d'estime de
respect de tout noftre coeur. Sur
ce ,nous souhaitons àV.M. une
fantéparfaite qui ſoit de longue
durée , &que tout fuccede àfes
defirs. Donné en noſtre Palais
Ducal le 17. Mars 1687. Signé,
Giovanni-Baptifta Nicolofi,
Secretaire.
r
Lechoix que le Roy a fait
de la Perſonne de M² Morand
, pour remplir la place
de Premier Preſident au Parlement
de Toulouſe , a donné
250 MERCURE
une ſi juſte prévention pour
le merite de ce digne Magiftrat
, que tous les Ordres de
la Ville l'ayant attendu avec
impatience , ont fait connoitre
à ſon arrivée que la joye
de le recevoir eſtoit auffi
grande que ſincere. Les Bourgeois
prirent les armes au
nombre de quatre mille hommes
, par l'ordre des Capitouls
, ſous le commandement
de Mº de Paques-la-
Caſagnere,l'und'entre-eux,&
marcherent le 13. de Juillet
en fort bon ordre , avec leurs
équipages portez ſurdes cha-
3
r
GALANT 251
riots & par des Mulets , hors
de la Porte du Chaſteau- Narbonnois.
Ils y formerent un
Camp à la portée du Canon
de laVille ,& ſous les Tentes
que l'on y dreſſa ſe trouverent
toutes fortes de rafraîchiffemens
, avec autant de delicateſſe
que d'abondance . L'affluence
des peuples fut ſi
grande , que M Morand,pour
leur donner le loiſir de défi
ler , fut obligé de s'arreſter à
l'entrée du Gardiage , dans la
maifon de M Mariotte , Secretaire
des Etats de Languedoc
qui le regala magnifique252
MERCURE
4
ment àdîner , ainſi que toute
laNobleſſe dont il vint accompagné.
Sur les fix heures
du foir , il arriva à la Porte
du Chaſteau - Narbonnois ,
ayant toûjours marché avec
un Cortege de prés de deux
cens Caroffes des Perſonnes
qualifiées de la Ville , qui
eſtoient allées au devant de
luy,& au milieu d'une double
haye de Soldats. Les Capitouls
reveſtus de leurs robes
rouges , le complimenterent
de nouveau à l'entrée
de cette Porte , aprés quoy
ils monterent dans fon Ca
GALANT. 253
roſſe, qui fut précedé dans la
marche par la Compagnie du
Prevoſt des Marchands , par
celle du Guet , & par les
Trompettes & les Hautbois
de la Ville , au milieu d'une
foule incroyable de perſonnes
de toutes fortes de conditions
, juſqu'à la maiſon de
M Mariotte , au quartier de
S. Eſtienne , qui avoit eſté
deftinée pour ſon logement ,
commeune des plus propres
&des plus commodes de la
Ville. Cette journée ſe termina
par un Feu d'artifice &
par une Illumination de tou254
MERCURE
r
te cette maiſon& du jardin ;
& aprés que M' Morand eut
receu pendant les deux jours
ſuivans les complimens de
tous les Ordres & de toutes
les Communautez Ecclefiaſtiques
de la Ville, tant Seculieres
que Regulieres , le
Parlement le mit en poffeffion
de la Charge de Premier
Preſident, où il ſe fit
admirer par ſa bonne grace
, par ſes manieres engageantes&
honneftes , & par
Péloquence du diſcours qu'il
prononça.
Les nouvelles publiques
GALANT. 255
vous auront appris la mortde
Madame la Ducheſſe deModene.
Elle s'apelloit Laura
Martinozzi , & eſtoit Fille du
Comte Jerofme Martinozzi
& de Marguerite Mazarin
Soeur aifnée de feuM leCar
dinal Mazarin . Anne Marie
Martinozzi Princeſſe de Conty
, Mere de Monfieur le
Prince de Conty , cy- devant
Prince de la Roche-fur-Yon,
eſtoit ſa Soeur. Cesdeux Prin
ceffes ont mené une vie tres
exemplaire & remplie de
pieté. Madame la Ducheffe
deModene estoit à Rome où
(
256 MERCURE
elle faifoit baſtir un Monaftere
qu'elle a fondé pour les
Religieuſes bleuës de l'Annonciade.
Elle y eſt morte
le 19 du mois paſſé,aprés avoir
receuſes Sacremens avec toute
la reſignation qu'on peut
attendre d'une perſonne qui
s'eſtoit toujonrs attachée uniquementà
ce que Dieu vouloit
d'elle . On l'a enterrée
fans ceremonie en l'Egliſe de
Saint Charles aux Quatre-
Fontaines , ainſi qu'elle l'avoit
ordonné par fon Teftament
. Elle avoit épousé en
1655. Alphonse IV. Duc de
GALANT. 257
Modene & de Reggio , qui
mourut le 16. Juillet 1662. la
laiſſant Mere de la Princeffe
Joſephe-Marie d'Eſt , aujourd'huy
Reyne d'Angleterre ,
& de François II. Duc de
Modene & deReggio , Marquis
d'Eft , Prince de Carpi ,
né le 6. Mars 1662. Le 10. de
ce mois , Mt l'AbbéRizzini ,
Envoyé extraordinaire de
Modene , eut audience du
Roy ,&preſenta à Sa Majefté
des Lettres du Duc de Modene,
par leſquelles il luy donnoit
avis de la mort de cette
Ducheffe. La Cour enaprisle
Aoust 1687.
1
258 MERCURE
deüil. Modene fut érigée en
Duché l'an 1452. par l'Empereur
Frideric III. en faveur
de Borſo d'Eſt , que le Pape
Paul II. fit Duc de Ferrare
en 1471. Hercule I. fon Frere
luy fucceda , & fut Duc de
Ferrare , de Modene, de Reggio
, &c. en 1478. Il eut pour
Fils Alphonse I. qui eftant
mort en 1534. laiſſa Hercule
II. Duc de Ferrare & de
Modene. Ce dernier époufa
Renée de France , Fille de
Loüis XII. & d'Anne de Bretagne
, dont il eut Alphonſe
II. & eftant demeuréveuf,
GALANT. 259
:
il épouſa une de ſes Maiſtrefſes
appellée Laura Euſtochia .
De ce mariage fortit un autre
Alphonse , Pere de Cefar
d'Eſt , lequel aprés la mort
d'Alphonſe II . fon Oncle, qui
ne laiſſa point d'Enfans , pretendit
heriter de ſes Etats ,
mais le Pape Clement VIII.
s'eſtant rendu Maiſtre de Ferrare
, il ſe contenta de Modene
& de Reggio , par le
Traité qui fut fait en 1598. Il
mourut en 1628. laiſſant de
Virginie de Medicis Alphonſe
III . Duc de Modene & de
Reggio. Ce dernier mourut
Yij
260 MERCURE
en 1634. & fut Pere de François
1. né en 1610. auquel il remit
ſes Etats en 1629. pour
prendre l'habit de Capucin.
François épouſa en 1650. Marie
, Fille de Rainuce Farnefe,
Duc de Parme.De ce mariage
vint Alphonſe IV. qui fut
Duc de Modene en 1658. &
mourut, comme je l'ay déja
dit , en 1662. Il eſtoit Pere de
François II . aujourd'huy Duc
Duc deModene .
r
On a eu avis que M' le
Chevalier deHumieres , Bailly
, Grand- Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ou
GALANT. 261
?
de Malthe , y estoit mort le
18. de l'autre mois Il eſtoit
Frere de M le Maréchal de
Humieres , grand Maiſtre de
l'Artillerie . Tout le monde a
eſté ſurpris de cette mort. II
y avoitquelques années qu'il
eftoit incommodé de vapeurs.
Le 14. de Juillet il ſe
fentit une fort grande envie
de vomir qui continua le 15.
Le lendemain il alla faire ſes
devotions , & communia au
Convent des Auguftins , ce
qu'il avoit accoûtumé de
faire deux fois toutes les ſemaines
avec une pieté qui é
262 MERCURE
difioit tous ceux auſquels il
donnoit ce bon exemple . Les
deux jours ſuivans il ſe promena
par la Ville à fon ordinaire,
& le ſoir du 18. il ſe
coucha , aprés avoir mangé
fort legerement. Un peu aprés
il ſe ſentit la mefme envie
de vomir . On appella le
Chirurgien qui l'obligea de
ſe promener dans ſa Chambre.
S'eſtant ſenty foible , &
ayant dit qu'il ne ſe trouvoit
plus de poux , il tomba mort
fur les bras du Chirurgien ,
qui luy prenoit la main pour
Pobſerver. Il a eſté regreté
GALANT. 262
)
generalement dans toute l'Ifle,
& fur tout des Pauvres ,
auſquels il faifoit diftribuer
tous les mois deux cens écus.
Le Theriaque eſt un remede
ſi ſouverain pour les maux de
coeur , qu'il eſt à croire qu'il
auroit eſté beaucoup foulagé
s'il en euſt pris , & meſme
qu'on auroitpû luy ſauver la
vie. Veniſepouvoit ſe vanter
autrefois de nous fournir cet
admirable remede , mais depuis
que Me de Rouviere en
a fait publiquement à Paris ,
.on a connu qu'il n'y avoit
nulle difference entre celuy264
MERCURE
4
là , & le Theriaque qu'il diſtribuë
. On s'en est fi bien
trouvé , qu'il a debité en
deux années ce qu'il croyoit
luy en devoir durer dix ou
douze. Ainfi il ſe prepare à
en faire de nouveau.
Je vous ay ſouvent parlé
de M' Parifot de S. Laurent ,
fous-Gouverneur , & Precepteur
de Monfieur le Duc de
Chartres , & cy-devant Introducteur
des Ambaſſadeurs
auprés de Monfieur. Il mourutſubitementà
Versailles le
3. de ce mois , âgé de ſoixante .
& quatre ans . C'eſtoit un
homme
GALANT. 265
homme d'une profonde érudition
, ennemy du faſte , &
auſſi modeſte qu'il eſtoit ſea
vant. Il eſtoit extrémement
conſideré de fon Alteſſe
Royale , & fort aimé de tous
les honneſtes gens qui connoiſſoient
fon merite.
r
Il s'eſt fait depuis peu un
mariage qui merite bien d'entrer
dans les nouvelles dont
j'ay accoûtumé de vous faire
part. C'eſt celuy de M' le
Comte de S. Chamant. Il a
épousé Mademoiselle de
Chaſtelus , Fille aiſnée de M
le Comte de Chaſtelus . Vous
Aoust 1687.
Z
266 MERCURE
ſçavez , Madame , quelle eſt
la Nobleſſe & l'ancienneté de
cette Maiſon , dont je vous
ay entretenue en pluſieurs
rencontres , & vous n'aurez
pas fans doute oublié ce que
je vous en dis , lors que ce
Comte ,qui par un privilege
particulier accordé àfes Anceftres
, eſt Chanoine né de
l'Eglife Cathedrale d'Auxerre
, ſe trouva avec ce Corps
dans le temps qu'il eut l'honneur
de recevoir le Roy, qui
paſſa par cette Ville il y a
quelques années , en faiſant
fon Voyage de Bourgogne.
وہ
GALANT: 267
L'équipage dans lequel il y
parut , conſerve à cette Maiſon
le ſouvenir des ſervices
importants qu'elle a autre+
fois rendus auChapitre d'Auxerre
,&à toute la Province,
Ce fut le 25. du mois dernier
que se celebra ce mariage
dans la Paroiffe de
Chaſtelus . Mademoiſelle de
Chaſtelus eftant niepce de
Mª de Barillon , Ambaſſadeur
pour le Roy en Angleterre
, & de M' l'Eveſque de
Luçon , ce Prelat en fit la
ceremonie. Comme Mr de
Chaſtelus eſt Seigneur , non
Zij
268 MERCURE
ſeulement de ce lieu , mais de
pluſieurs autresde laProvince,
où ſon merite le fait generalement
aimer , tous les Habitansdes
environs voulurent
contribuer à la folemnité de
ce mariage , & particulierement
ceux de laVille d'Avalon.
Ils ſe mirent ſous les
Armes au nombre de quatre
cens hommes, &ſe rendirent
au Chafteau de Chaſtelus , le
matin du jour que l'on avoit
deſtiné pour cette ceremomonie.
Eftant arrivez , ils
commencerent par une décharge
generale , qu'ils reiGALANT.
269
tererent pluſieurs fois juſqu'à
ce qu'il falut aller à l'Eglife .
Ilsy conduifirent Mademoifelle
de Chaſtelus dans une
double haye , ayant tous pris
des rubans de la couleur des
Mariez,& continuerent leurs
décharges pendant que l'on
fit le mariage. Apres que la
Meſſe fut finie , toute l'Af
ſemblée ſe rendit au Chaf
teau au bruit des Tambours,
des Fifres & des frequentes
decharges de Mouſqueterie .
On y avoit preparé un magnifique
repas , qui fut ſervy
avec toute la propreté ima-
-
Ziij
270 MERCURE
ginable. La Feſte fut continuée
pendant pluſieurs jours
avec la meſme magnificence ,
la Nobleſſe y eftant venuë de
toutes parts complimenter
ces illuſtres Mariez.
J'ay à vous parler d'Alep ,
non ſeulement pour vous
dire qu'on y a rendu graces
à Dieu de la gueriſondu Roy,
mais pour vous apprendre
une choſe que vous trouverez
fort importante pour
noſtre Religion. La nouvelle
de la Santé rétablie de ce
grand Monarque , y ayant
eſté portée , M Julien de
GALANT.: 271
Marseille , Conſul de la Nation
Françoiſe , fit auffi-roſt
aſſembler chez luy les Fran .
çois , les Hollandois , & tous
ceux qui ſont ſous la protection
de Sa Majesté en ce
Pays-là. On expoſa le S. Sa
crement dans ſa Chapelle , &
aprés une grand' Meſſe ſolemnellement
chantée , à laquelle
il ſe trouva , aſſiſté des
quatre Ordres des Miffionnaires
, & qui fut ſuivie du
Te Deum. Il regala magnifiquement
les plus confiderables
de cette Aſſemblée. La
Table fut de quarante-fix
Z iiij
272 MERCURE
Couverts. Il envoya àchaque
Ordre des Miſſionnaires un
Baffin de gibier & de volailles
, & aux Peres Carmes du
poiſſon , afin que chacun partageaſt
ſajoye.Quelquesjours
aprés ,M' Julien ayant trouvé
de la diſpoſition à pouvoir
unir le Patriarche Grec , се-
luy des Suriens , & l'Eveſque
des Maronites , que la difference
de leur Religion avoit
diviſez depuis plus d'un fiecle,
il pria le Pere Deſchamps,
Superieur des Jeſuites, de ſe
joindre à luy pour le deſſein
qu'il avoit , & les foins & les
GALANT. 273
1
inſtructions de l'un &de l'au
tre eurent un ſuccés ſi favorable
, qu'ils les obligerent à
faire abjuration de leur herefie
. Ainfi s'eſtant tous trouvez
chez M le Conful , ils
y entendirent la Meſſe du
Pere Deſchamps , qui leur
fit enſuite un tres-beau dif
cours en Langue Arabe , fur
leurunion à la Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine
, à laquelle ils avoient
donné leur confentement.
Cela fut ſuivy d'un repas fort
fomptueux . La Feſte fut fi
extraordinaire, tantpar ladé
274 MERCURE
penſe qui fut faite , que par
I'Aſſemblée generale de tous
ces Prelats , qu'on ne ſe ſouvenoit
point d'avoir veus enſemble
, que tout le Peuple
en eſtoit dans une extrême
ſurpriſe, ſur tout en confidetant
que tant deConverſions
eſtoient un effet du zele du
Roy , qui cherche par tout la
gloire de Dieu ,& les avantages
de l'Eglife.
M' le Marquis de Torcy ,
Fils ainé de M² le Marquis
de Croiſſy Colbert , a eſté
nommé par le Roy pour aller
en Angleterre en qualité
GALANT. 275
d'Envoyé Extraordinaire ,
fairedes complimeni à leurs
Majeftez Britanniques ſur la
mort de Madame la Ducheffe
deModene. Ce choix
fait l'éloge de Mª de Torcy ,
&marque que lors qu'on s'aplique,
on eft capable de bonne-
heure de toutes fortes
d'emplois .
Les vapeurs eftant devenuës
fort à la mode , ont caufé
depuis peu de temps une avanture
affez extraordinaire.
Une jeune Demoiſelle qui
en eftoit fort iconmmodée ,
avoit tant d'averſion pour
276 MERCURE
4
les remedes, qu'elle l'etendit
juſque ſur un Medecin qui
ſe vantoit d'en avoir pour la
guerir. Elle balança longtemps
pour prendre une me
decine qu'ilavoit fait preparer
, & elle ne s'y reſolut que
pour obeïr à fes parens , qui
la voulant foulager n'eurent
point d'egard à ſes remontrances.
Ils l'obligerent encore
de confentir à une ſaignée
du bras , quoy qu'elley
euſt beaucoup plus de repugnance
qu'aux remedes. Ce
ne fut pas tout. La ſaignée
du pied parut neceflaire au
GALANT. 277
Medecin , & ce fut alorsque
la Demoiselle ne gardantplus
de meſures , prit le deſſein de
n'épargner rien pour ſe ga-
> rantirde ſon Ordonnance. La
peur qu'elle eut de cette ſaignée
luy cauſa une émotion
qui luydonna un peu de fievre.
On le dit le lendemain
au Medecin, fi - toſt qu'il entra
dans le logis , il monta à la
chabre de laMalade qui étoit
ſeule , mais qui n'auroitpas
pour celamanqué de ſecours
ſi elle en euſt eu beſoin, quelques-
uns de ſes parens eftant
dans un cabinet qui donnoit
278 MERCURE
<
:
dans cette chambre. Le Me
decin alla tout droit à ſon lit,
&voulut d'abord ſçavoir s'il
eſtoit vray qu'elle euſt de la
Fiévre. La Demoiſelle qui é
toit alors dans ſes plus fortes
vapeurs , & qui ne fongeoit
qu'à empêcher la Saignée du
pied,que leMedecin avoit ordonnée
s'abandonna touteau
defirde ſevanger,de forte qu'-
il neluy eut pas plûtoſt pris
le bras , qu'elle appella du ſecours,&
l'accuſa d'avoir voulu
ſe ſervir des privileges de
la Medecine d'une maniere
qui ne devoit pas luy eſtre
८
GALANT. 379
permife. Dans le même inftant,
unhomme d'une qualité
diftinguée entra dans la
chambre,&voyant de l'étonnement
ſur le viſage de l'un
&de l'autre , il crut plûtoſtla
Maladeque leMedecin, qu'il
ne traita pas fortcivilement.
Ces trois perſonnes animées
par trois diverſes raifons, fis
rent du bruit. On vint voir
ce que c'eftoit , & l'on peut
dire que l'innocence ſe vit
opprimée. Comme de pareil.
les avantures ſe répandent
aufli-roft ,& que le plaifir
qu'onprendàlesraconter fait
280 MERCURE
qu'ony ajoûte toûjours quel
que circonstance , il a fallu
quelque temps pour démêler
ce qu'il y avoit de vray dans
celle- cy.On a ſceu enfin comment
la choſe s'eſtoit paſſée ,
& ceux qui croyoient avoir
ſujet de ſe plaindre , ont fait
connoiſtre que l'on avoit lieu
de ſe plaindre d'eux , & ont
rendu juftice à la verité , en
publiant par tout qu'ils avoient
eſté trompez par de
faufſes apparences.
31. Je viens à un article que
vous attendez . Le Roy qui
fait ſes devotions toutes les
GALANT. 281
fois qu'il arrive une Feſte ſo- .
lemnelle , choiſit ordinairement
ces jours-là pour diftri
buer les Benefices , afin de ne
s'occuper que des choſes qui
regardent l'Eglife. Ainfi le
jour de l'Afſomption Sa Ma
jeſté nomma M l'Eveſque de
Montauban à l'Archeveſché
de Toulouſe. Il eſt. Frere de
Mª de Vilacerf, & de M² de
Saint Poüange.
- M² l'Eveſque de Niſmes , à
qui le Roy a donné l'Abbaye
de Lire , de l'Ordre de
S. Benoiſt, Dioceſe d'Evreux,
vacante par la mort de M le
Aoust 1687. Aa
282 MERCURE
Commandeur de Gremon
ville , s'eſtant démis de fon
Eveſché à cauſe deſon grand
âge,il a eſté donné à M l'Abbé
Flechier , nommé à l'Eveſché
de Lavaur. Il y a un
tres-grand nombre de nouveaux
Convertis dans ce Diocefe,&
M l'Abbé Flechier ,
dont tout le monde connoift
l'érudition , l'éloquence , &
la douceur , eſt tres capable
d'y bien ſervir l'Eglife & le
Roy.
r
Mª de Mailly, Grand Prieur
de l'Abbaye de S. Victor , a
eſté pourveu de l'Eveſche de
GALANT. 283
Lavaur. C'eſt un homme d'un
fi grand merite , qu'il a eſté
élevé aux premieres Charges
de fon Ordre , dans un âge ,
où il ſembloit qu'il euft deu
avoir encore beſoin de plufieurs
années pour acquerir la
ſcience de commander. Il eſt
Frere de M. le Marquis de
Nefle , &de M le Comte de
Mailly ,dont je vous ay appris
le mariage avec Made-
- moiſelle de Sainte Hermine.
Je vous ay parlé pluſieurs fois
de ſaMaiſon.
r
La Treforerie de la Sainte
Chapelle de Paris a eſté don-
Aa ij
284 MERCURE
née à M l'Abbé Fleuriot ,
Beau- frere de M² le Contrô
leur General . C'eſt un homme
d'une pieté reconnuë.
M l'Abbé de S. Vallier ,
nomme à l'Eveſché de Quebec
, a eu l'Abbaye de Gimont,
Ordre de Cifteaux ,
Dioceſe d'Auch. Il eſtoit Au
mônier du Roy , & il s'eſt
défait de cette Charge , pour
travailler au ſalut des Ames ,
préferant l'Eveſché de Quebec
àd'Autres qu'il auroit pu
obtenir , & qui l'auroient
mieux accommodé , s'il n'avoit
eſté enflamé du pieux
GALANT. 285
defir de faire connoiſtre le
vray Dieu à des Peuples qui
demeurent dans l'erreur, faute
de lumieres.
M'l'Abé de Leftra , Frere de
r
M' de Leſtra, Enſeigne dans
les Gardes du Corps , a efté
nommé à l'Abbaye du Mas
d'Azil .
rs
Quelques jours auparavant
Sa Majefté avoit donné àM
Poiſſon , de Hoquiquan , Boudin
, & Beaulieu , ſes quatre
premiers Apotiquaires , la
fomme de quarante-huit mille
livres , pour les ſervices
qu'ils luy ontrendus pendant
286 MERCURE
ſa Maladie, &pour le zele &
l'affiduité qu'ils ont fait paroiſtre
en cette occafion .
Depuis vingt années qu'on
a ceffé de faire des Romans,
moins parce que le Public ſe
lafſoit de ces fortes d'ouvrages
, que parce qu'il ſe trouvoit
peu de Gens d'un genie
affez étendu pour en faire,
Mademoiselle de Scudery &
feuM' de la Calprenede ayat
eſtépreſqueles ſeuls qui ayent
reuſſi encegenre d'écrire , on
en afaitde plus courts , qui
ne contenant qu'une Hiſtoire
particuliere , la commen
GALANT. 287
çoient & la finiſſoient dans
un fort petit Volume. Quand
'il y a euplus d'une Hiſtoire ,
ce quieſt arrivé fort rarement,
le Volume n'en a pas eſté plus
gros. Feu Mademoiſelle des
Jardins , connuë depuis ſous
le nom de Madame de Villedicu,
afait beaucoup deces
Ouvrages , qui ont affez reufſi
; mais ceux qui ont eu le
plus grand fuccés , & qu'on
peut dire l'avoir eu tout d'une
voix , font la Princeffe de
Montpenfier,faite paruneDame
de qualité du plus grand
efprit , & la Princeffe deClé-
,
288 MERCURE
ves , de M. de Segrais de
l'Academie Françoiſe. Il
s'en eſt fait un nouveau , intitulé
Les Malheurs de l'Amour.
Je vous l'envoye & ne doute
point qu'aprés l'avoir leû
vous ne diſſez , que c'eſt là
ſeulement la troifiéme Hiftoire
qui ait merité un applaudiffement
general. Ce
qui paroiſt ſurprenant, c'eſt
que de tous les Ouvrages de
ceste nature qui ont le plus
reuſſi , il n'y en a qu'un qui
foit d'un homme. Tous les
autres ont eſté faits par des
perſonnes de voſtre ſexe.
Comme
4
GALANT: 289
Comme la pluſpartdes Dames
ont l'eſprit tres- delicat ,
elles penſent & s'expriment
plus inement que les hommes
quant elles l'ont juſte.
C'eſt ce que Mademoiselle
Bernard a fait dans Les Malheurs
de l'Amour , qu'elle a travaillez
avec tout le ſoin poffible
. Elle doit les diviſeren
pluſieurs Hiſtoires , & celle
qu'elle vient de nous donner
a pour titre Eleonor d'Yvrée. Il
y a une Ville de Scavoye qui
porte le nom d'Yvrée , &
'Hiſtoire nous apprend que
du temps de l'EmpereurHen-
Aoust 1687.
Bb
290 MERCURE
ry II . le Marquis d'Yvrée cut
grand part dans les guerres
d'Allemagne. On voit dans
cette premiere Hiſtoire une
vivepeinture de deux Amans
mal-heureux qui font obligez
de ſe ſeparer pour toujours
, quoy qu'ils reffentent
la plus violente paffion dont
on puiſſe eſtre capable . Rien
n'eſtplus touchant, rien n'eſt
"écrit avec plus de netteté &
plus de juſteſſe : les vrais ſentimens
que le coeur doit avoir
y ſont dans leur jour , on ne
luy fait ſentir que ce qu'il
doit naturellement ſentir , &
GALANT: 291
on ne dit que ce qu'il faut
dire Enfin c'eſt un Ouvrage
qui paroiſt tellement finy à
. des Connoiffeurs tres- éclairez,
qu'il y a grande apparence
qu'on a employé beaucoup
plus de temps à l'ac-
-courcir qu'à le faire. C'eſt un
degré de perfection où peu
de perſonnes peuventatteindre
. Il n'y a point de matiere
qu'il ne ſoit aifé d'étendre :
mais il eſt tres - difficile de retrancher
& de ſe tenir dans
de juſtes bornes qui ne laif
ſentjamais rien dire de ſuperflu.
Ce Livre ſe vend chez
B bij
292 MERCURE
•
le ſieur Guerout, Cour neuve
du Palais, au Dauphin.
r
Je vous en envoye un autre
qu'on peut dire fort ancien
& fort nouveau tout enſemble
, Ce ſont les Remarques
de Me de Vaugelas fur
noſtre Langue . Elles out toûjours
paru fort utiles pour
apprendre à parler correctement
, & le grand nombre
d'Editions qu'on en a faites
depuis plus de quarante ans
en eſt une grande marque . Il
eft certain qu'on doit à M
de Vaugelas la netteté avec
laquelle on écrit preſente
GALANT. 293
ment : mais comme il a cu
des opinions particulieres &
que depuis le temps qu'il a
donné ces Remarques , plu-
⚫ſieurs façons de parler qui
eſtoient alors authoriſées
par l'uſage, ont commencé à
vieillir, quantité de Gens ont
demandé ce qu'on pouvoit
rejetter ou ſuivre. C'eſt ce
qui a engagé M² Corneilleà
faire des Nottes qu'on a imprimées
avec ces remarques .
Je ne vous en diray rien , finon
qu'il ne les a faites qu'ar
marques
prés avoir conſulté ceux qui
connoiffent le mieux toutes
Bb iij
294 MERCURE
les fineſſes de noftre Langue.
Le ſieur Girard , Libraire au
Palais,commence à les debiter
en deux Volumes .
Comme l'on s'attache de
plus en plus à tout ce qui peur
perfectionner laLangueFrançoiſe
, M' Hindret vient de
donner au Public un Livre
qui contient l'Art de la bien
prononcer. Il n'eſt pas utile
ſeulement aux Precepteurs &
auxGouverneurs qui ont de
jeunes enfans ſous leur conduite
, mais encore à beaucoup
deGens , qui ne pouvant
affez diftinguer l'uſage ,
GALANT. 295
trouveront moyen de ſe garantir
de pluſieurs mauvaiſes
prononciations par la lecture
de cette Methode . Elle eſt
exacte , & outre les Regles
qui apprennent à bien prononcer
les lettres & les fillabes
, elle fait connoiſtre la
difference des fillabes lon.
gues & breves. Ce qu'il faut
obſerver dans la prononcia.
tion des conſonnes finales .
Peu de perſonnes ont trouvé
le ſens des deux dernieres
Enigmes du mois de Juillet.
La premiere qui estoit
L'Original , a eſté expliquée
Eb iiij
296 MERCURE
par M de Lavaur,Medecin
de Perigueux , le Seigneur de
la Chaſtiniere , le Bon- Coeur
de Ville- Franche en Beaujo .
lois, Loullette ſa Soeur, & l'Infante
au vray merite de larüe
Baillet . La ſeconde avoit eſté
faite fur le Ricochet, & ce mot
a eſté trouvé par Ms Millet,
de la rüe Bourlabé , Codron ,
d'Abbeville , Bailly Peintre
ruë Beaurrepaire , l'Afpirant
aux bounes graces de l'aimable
Chenette & Tamirıfte
de la riie de la Cerifaye .
M' Merville Avocat au Parlement
à expliqué l'une
l'autre .
GALANT. 297
Je vous en envoye deux
nouvelles , dont j'ignore les
Autheurs.
ENIGME
M
ON nom connu partout occupe
l'Orateur
Avec les plus grands Roys j'ay place
dans l'Histoire ,
Je ne crains point du temps le funeste
malbeur.
L'on me verra toûjours auTemple de
memoire.
S
Toujours dans l'action, toujours dans
le bonheur ,
I'entre dans les Combats &j'aide à
la Victoire
2
Ieforme le Heros,je regne dansson
Goeur,
298 MERCURE
Etpartage avec luy la Couronne &
lagloire.
S
Mais parmy tant d'honneur mon
plus illustre rang ,
Eft celuy que je tiens d'un fameux
Conquerant,
Cen'est point de Cesar ny du Grand
Alexandre ,
C'estd'un Roy redouté dont les faits
inouïs
Convainquent l'Univers qu'il peut
tout entreprendre,
On ne paut s'y tromper , c'est l'Auguste
Louis .
AUTRE ENIGME.
Epuis long-temps on adouté
Si j'ettois ou maſle ou femelle.
Ie mets bien des gens en cervelle.
Dont j'accrois le defir par ma difficulté.
:
2
Iris
n'est
plus
plus
le puis
le pro
plusmon
Iris
dres amours
ceque
e
Iris
nest
GALANT. 299
2.
6
Le voile augmente ma beauté ,
Et pourvu que jefoisfidelle
Ie tire mou estat de mon obcurité.
Voicy une ſeconde Chanfon
dont apparemment vous
ferez contente.
1
AIR NOUVEAU.
RIS n'est plus , mon Iris m'est
ravie.
Iris n'estplus , le puis-je prononcer ,
Sans mourir ypuis-je penser,
Iris n'est plus , mon Iris m'eftravit,
Quoy donc ce qui faisoit mes plus
tendres amours ,
Ce queje voyois tous lesjours
Icne le verray de ma vie ,
Iris n'estplus , mon Iris m'eſt ravie.
300 MERCURE
Ma Lettre du mois paſſe
finit par les nouvelles de
Hongrie,&je vous marquois
que toutes les Lettres qui étoient
venuës de Vienne par
le dernier Ordinaire de ce
mois - là , diſoient qu'Effek
eſtoit formellement affiegé.
Je vous fis voir que cela ne
pouvoit eſtre , & que les mefmes
Lettres qui l'affuroient
eſtoient remplies de circonſtances
qui empefchoient de
le croire. Les nouvelles ſuivantes
firent connoiſtre que
je ne m'eſtois pas trompé.
Voicy ce qu'on a ſceu depuis
GALANT zor
ce temps- là. La Drave que
l'Armée Imperiale avoit pafſée
avoit donné lieu à cette
nouvelle ,& comme on écrit
plus vifte que l'on n'agit , on
avoit mandé ce Siege , mais
on ne ſçavoit pas encore
combien le paſſage de la
Drave avoit affoibly les Chrêtiens
, quoy que les Ennemis
n'euffent point contribué à
cette perte. Il avoit fallu faire
dix-huit Ponts ſur des Marais
qui estoient preſque inondez
, accommoder des chemins
entierement rompus par
les eaux ,&par les pluyes , &
302 MERCURE
marcher ſouvent dans l'eau
juſqu'à laceinture , fans avoir
ny linge ny habits ſecs à
changer , à cauſe que preſque
tout le bagage estoit moüillé,&
meſme fort endomagé.
Ce n'est pas là ſeulement ce A
qui avoit affoibly l'Armée.
La Cavalerie avoit manqué
de fourages , n'ayant eu pour
la nouriture des chevaux,que
les herbages de ces Marais
inondez . Il falloit qu'elle en
euft peu , car on ne voit pas
-comment les herbages peuvent
paroiſtre par deſſus l'inondation
, & s'ils y paroifGALANT.
303
ſent , il eſt mal-aifé de s'en
fervir , ſi ce n'eſt de ceux qui
font fur les bords , ce qui eſt
tres-peu de choſe , &que l'on
ne peut tirer de l'eau ſans recevoir
de grandes incommoditez
. La Cavalerie ne
fouffrit pas ſeule. Toutes les
Troupes furent incommodées
, parce qu'elles furent
reduites à boire des eaux
croupiffantes , & cela caufa
quantité de maladies dont
pluſieurs moururent. Aprés
qu'on eut fait paſſer toute
l'Armée , on reſolut d'attaquer
Vvalpo , mais cette en
304 MERCURE
trepriſe ne reüffit pas , Ies
Troupes eſtoient trop fatiguées
, & le General Heufler
qui commandoit celles qui
eſtoient destinécs à cette attaque
fut bleſſéà la jambe. La
reſiſtance de cette Place qui
n'eſt pas forte , rebuta les
Troupes & fit craindre pour
les ſuites. L'Armée Imperiale
& celle de Baviere continuerent
leur marche , & fe
poſterent à une lieuë & demie
des Ennemis entre Vvalpo
& Effck , ayant un grand
bois à la droite, &un Marais
avec la Drave à la gauche.
GALANT: 305 3
Les Lettres de Vienne portent
que ce Poſte eſtoit avantageux.
Cependant il eſtoit
entre deux Villes Ennemies ,
& les Troupes en avançant
les mettoient derriere elles,
ce qui ne paroiſt pas un avantage.
Les Turcs avoient la
riviere à leur droite , & un
bois à leur gauche , on ne
ſçavoit point l'état de leur
Armée ,& il ſemble qu'on
ne doit point s'aprocher
ſi prés d'un ennemy ,
fur toutdans ſon Pays ſans
avoir ſceu l'état de ſes
forces , on s'avança vers
Aoust 1687. Cc
&&
१
306 MERCURE
Effek,& Monfieur l'Electeur
de Baviere qui commandoit
l'Avant-garde , obligea deux
mille Chevaux qu'il trouva à
la teſte d'un d'éfilé , de reculer.
On continua la marche ,
&Monfieur le Prince Charles
de Lorraine commanda l'Avant-
garde à ſon tour. Il falloit
traverſer un bois que les
Troupes ne pouvoient paffer
que par des routes étroites , &
enrompant leurs rangs. Les
Croates eurent ordre de les
abattre. Le travail fut rude,&
dura toute la nuit , pendant
laquelle les Ennemis firent un
{
GALANT. 307
ſi grand feu qu'il y eut deux
cens de ces Croates tuez , &
quantité de bleſſez. LesTroupes
acheverent de traverſer le
bois en ordre de bataille , &
avancerent juſqu'à un terrein
où l'Armée campa ſur deux
Lignes. Elle fit quelques re.
tranchemens.,& s'avança vers
la premiere Ligne des retranchemens
des Turcs , qui avoient
douze cens pas de
front. Cette Ligne eſtoit fortifiée
d'un double foſſé fort
large,&profondd'une pique,
avec deux rangs de paliſſades
terraſſées, & cinquante pieces
Ccij
308 MERCURE
deCanon. Il y eut des eſcarmouches
continuelles , & les
Imperiaux perdirent deux
cens Heyduques quis'eſtoient
trop avancez . Trois Regimens
les plus expoſez eſſuyerent
unſi grand feu deCanon,
qu'ily eut trois cens Cavaliers
&quatre cens Fantaſſins tuez ,
fans compter les Officiers. Il
eſt meſme à croife qu'il y en
eut davantage ; mais je m'en
rapporte aux Lettres de Vienne.
Ce qui peut perfuader
que la perte peut avoir eſté
plus grande , c'eſt que les
Turcs avoient applany toutes
:
GALANT. 309
leshauteurs , ainſi que leBois
qui couvroit les Imperiaux;
cequi les laiſſoit expoſez de
toutes parts au feu de la
Mouſqueterie & du Canon.
On ſe mit en bataille lejour
ſuivant à demy- lieuë des Infidelles
, & l'on fit tous les
mouvemens qui pouvoient
les attirer au combat , mais ils
furent inutiles. On ne jugea
pas à propos de les attaquer
dans leur Camp , il n'y avoit
pas de vray-ſemblance à cela ;
&comme les muuitions & les
fourages commençoient à
manquer , on crut qu'on de
310 MERCURE
voit ſe retirer aprés avoir efſuyé
pendant vingt - quatre
heures le feu continuel dduu
Canon&de la Mouſqueterie
des Ennemis , & meſme de la
Fortereffe d'Eſſek , qui tua
plus de fix cens hommes . Si
I'on met enſemble le nombre
de tous ces morts , on verra
qu'il a eſté fort grand , &
qu'on a fatigué , & expoſé
l'Armée , ſans qu'on deuſt
avoir le moindre ſujet de
croire qu'on attireroit les
Turcs au combat. Ils eſtoient
affeurez qu'il eſtoit preſque
impoſſible de les forcer, &
GALANT. 311
1-
devoient ſe laiſſer attaquer ,
puis qu'il ſembloit qu'aprés
avoir fait tant de chemin, on
avoit entierement refolu de
les combattre. D'ailleurs ils
voyoienr que leurs Ennemis
laiſſoient couler le plus beau
temps de la Campagne , en
paffant & repaſſant tant de
rivieres & des chemins fort
peu praticables , & meſme
qu'ils s'affoibliſſoientpar toutes
les choſes que je viens de
vous marquer. Il y a plus. Ils
reprenoient par là une ſuperiorité
qu'ils avoient perduë ,
& donnoient lieu à leurs
212 MERCURE
Troupes de ſe remettre de la
frayeur qu'elles avoient eue
pendantpluſieursCampagnes,
puis qu'elles voyoient l'Armée
Imperiale qui ſe retiroir
ſans avoiroſe les attaquer. Le
bruit ſe répandit alors dans
l'Armée Chreſtrenne , que le
paſſagede laDrave avoit eſté
fait contre l'avis du Prince
Charles. Ce n'eſt point àmoy
d'approfondir cette circonſtance
, mais il eſt conſtant
que ce paſſage n'a pas eſté approuvéde
tous ceux qui font
conſommez dans le métier de
la Guerre , partoutes les rai
ba Zor Mons
GALANT. राह
ſons qui font répanduës dans
cette Relation , & que je ne
repete point. Cependant
comme rien n'eſt ſi incertain
que le ſort des Armes l'évenement
juftifie quelquefois
les entrepriſes les plus témeraires,&
qui font faites le plus
à contre-temps. Quelquefois
mefme on tire avantage d'un
malheur lors qu'on a l'adreſſe
de s'en ſervir. C'eſt ce que
vient de faire le Prince Charles
,&dont je vous parleray ,
aprés vous avoir dit que la
retraite en repaſſant laDrave,
fut faite en bon ordre , &
Joust 1687 Dd
314 MERCURE
queMonfieur l'ElecteurdeBaviere
marqua beaucoup d'intrepidité
en cette occafion ,
s'étant expofé pour empêcher
une Garde d'eſtre battuë .
, on com-
Les Imperiaux ayant repaffé
la Drave
mença à examiner ce qu'ils
pouroient faire le reſte de la
Campagne, & chacun eftoit
attentif ſur les ſuites. La
fituation des affaires dcs
Tures eſtoit avantageuſe ;
leurs Troupes groffiffoient
cous les jours ; elles n'étoient
point fatiguées ; elles
n'avoient fait aucune
ba
GALANT 315
リ
perte la campagne eſtoit
fort avancée , & ils estoient
pour ainſi dire affurez de
vaincre en regardant faire les
Chreftiens ou du moins de
les empeſcher d'avoir le
moindre avantage ſur eux.
Vray ſemblablement il ne
devoit plus s'agir que de
quelque, Siege , puiſque, les
Imperiaux s'en eſtoient retournez
ſans avoir pû engager
les Tures au Combat,
Si ces premiers euſſent fait
un Siege , les Turcs n'avoient
qu'à les laiſſer affoiblir pendant
tout le temps qu'ils au
Dd ij
316 MERCURE
roient cru à propos devant la
place affigée, les harceler de
leur coſté randis que les forties
de la place les auroient
incommodez , & donner enſuite
dans l'un de leurs quartiers
avec toute leurArmée, il
n'y a preſque point d'exemple
qu'une Place ait manqué
à eſtre ſecouruë , quand
une Armée entiere , a donné
dans l'un des quartiers des
Affiegeans. Le ſeul remede
qu'ils euſſent cupour empefcher
ce malheur , estoit de
quiter leurs lignes pour offrir
la bataille, mais il faut pour
GALANT. औषप
cela qu'une Place ſoir auffi
preffée, & auffi ouverte que
l'eſtoitBude,& qu'uneArmée
foit auffifoible&auſſifatiguée
que l'eſtoit l'année derniere,
celle des Turcs à cauſe de ſes
longues traites , L'état des
Troupes eftoit tout different
cette année , & ce que les
Imperiaux auroient foufert
devant une Place joint aux
pertes qu'ils avoient faites en
'paſſant, & repaſſant la Drave,
les auroit rendus beaucoup
inferieurs aux Turcs . Le
Prince Charles prevoyant
toutes ces dangereuſes ſuites
Ddij
218 MERCURE
de la Campagnes s'il entre
prenoitun Siege, refoluten
Capitaine plein de coeur &
habile dans l'Art de la guerre
, de faire paroiſtre aux
Tures une frayeur qu'il n'avoit
pas, en ſo teque leur faifant
voir qu'il leur feroitaiſe
de le batre, ilpûtles engager
malgré eux meſmes,&malgré
leur reſolution& leurs propres
intereſts,à le venir attaquerdanslapenſée
que lamoitié
de ſes Troupes feroit desja
tropavancée pour le pouvoir
fecourir. Ce Prince ayant
fait tous les mouvemens neceffaires
pour perfuader tou-
Spurles
GALANT 319
tes ces chofes aux Turcs , &
meſme qu'il eſtoit broüillé
avee M l'Electeur de Baviere,
ils tinrent conſeil de guerre ,
ainſi qu'on la ſceu depuis par
les Prifonniers , & les Bachas
l'ayant emporté à la pluralité
des voix contre le Grand
Viſir,il fut refolu que l'on
iroit attaquer les Imperiaux .
Cette reſolution ayant eſté
priſe, les Turcs pafferent la
Drave fous le commande
ment duGrand Vifir , & de
ſept Bachas , qui devoient attaquer
les Imperiaux par ſept
endroits differens , & quel
20170082129 Dod njia
320 MERCURE
ques Relations portent qu'ils
le firent. On dit que le nombre
de leurs Troupes deftinées
pour cesattaques , eftoit
de cinquante mille hommes.
Ils ſe ſaiſirent d'abord de
Darda qu'ils trouverent abandonné,
& démoly. Ils y firent
des retranchemens , & firent
remplir le Pont d'Effek de
fafcines, pour faire paſſer leur
Artillerie. Le Prince Charles,
aprés avoir jetté des Troupes
&des munitions dans Ziclos,
dansCinq Eglifes , & dans les
autres Places les plus expoſées,
fit les mouvemens & les
détachemens qu'il crut ne
GALANT. 321
ceffaires pour attirer les Turcs
à un Combat general . Moufieur
l'Electeur de Baviere en
avoit un confiderable . Il y en
eut encore d'autres , de forte
que ce Prince parut extémement
affoibly ; ce qui donna
licu au Grand Viſir de croire
qu'il ne pouvoit pas avoir
trente mille hommes . Ce Miniſtre
ſortit alors de ſes retranchemens
, & le combat
commença par des eſcarmouches
qui durerent cinq heures,
felon le rapport de quelques-
uns , avant que le combat
s'échauffaſt , le Prince
322 MERCURE
Charles faiſant toûjours faire
des mouvemens qui engageoient
à croire qu'il vouloit
demeurer fur la défenſive.
Le Corps que commandoit
Monfieur l'Electeur de Baviere
fut le premier attaqué.
CePrince fit paroiſtre beaus
coup de valeur , il fut bleffe
à lamain ,& receut quelques
coups dans ſes habits. Le
Prince Charles le fit ſoſtar
tenirpar le Prince deCommercy
avec quatre Regimens.
Il pouſſa les Ennemis,&
les mit en defordre . Les détachemens
qu'on avoit faits
} GALANT. 323
1 pour paroftre plus foibles,
revinrent , comme il avoit
eſté concerté , & prirent les
Turcs en flanc , de forte que
ſe voyant pouffez detous cô
tez , & reconnoiffant qu'ils
avoit mal pris leurs meſures,
&qu'ils estoient tombez dans
les pieges qu'on leur avoit
tendus ils prierent une
telle épouvante , que non
ſeulement ils cederent le
champ de Bataille , & laifferent
tout leur Canon
l'on dit monter à cent pieces
mais que fuyant beaucoup
au delà ,ils abandonne
ront tout leur Bagage , leur
2 que 1
324MFRCURE
Caiſſo militaire, rempliesàce
qu'on affure,de 600000.écus,
ayanteſté priſe par M' l'Ele-
Aeur de Baviere,qui adit-on,
diftribué cet argét à ſesTroupes.
Pluſieurs ſejetterent dans
l'eau ,dont il y eutune partie
de noyez. Je ne vous en diray
point le nombre , non plus
que de ceuxqui onteſté tuez .
Il eſt à préſumer qu'il y en a
eu beaucoup dans une déroubeaucoup
te fi generale. Peut-eftrey en
a-t-il plus que l'on ne dit,
peut-eftre moins ; mais il eft
impoffible que dans ce qu'on
écrit pendant qu'on pourſuit
encore les Ennemis. &dans
GALANT. 325
1
llaacchhaalleeuurrrdduucombat,, on ait
ſceu le nombre des Morts
pour le mander , puis qu'il
faut plus d'un mois pour le
İçavoir à peu prés , & qu'on
ne le ſçair jamais bien juſte.
Je vous diray pourtant que les
Relations portent qu'il y en
a huit ou dix mille , & autant
de noyez , & cinq cens ou
mille Imperiaux tuez. Si le
1 combat a duré douze heures,
comme on le mande , il faut
que les Turcs ſe ſoient défenduspendant
tout ce temps-là,
&je laiſſe à juget à ceux qui
voudront parler de bonne
foy,&avecvray- ſemblance,
926 MERCURE
A
fi la Victoire a pu couter fi
peu aux Imperiaux. M le
Prince de Comercy a efté
blefféà la poitrine d'une efpece
de lance , mais on dit
que le coup n'est pas dangereux.
M' le Comte de Ligneville
, Major de ſon Regiment
, a eſté tué , & leComte
de Zinzindorf , Fils du feu
Preſident des Finances a cu
lajambe emportée d'un coup
de Canon. Les Regimens de
Savoye& deCommercy ont
eſtédéfaits, par fix mille Janiſſaires
d'élité. On eſtoit encoreàla
pourſuitedesFuyards
quand cette nouvelle eſt parGALANT:
327
=
tie du Champs de Bataille, &
le Prince Charles de Lorraine
avoit détaché un grandCorps
de Croates pour rompre les
Ponts que les Tures avoient
faits ſur la Drave . Me le Prince
Eugene de Savoye a aporté.
cette nouvelle à l'Empereur
, qui n'est pour ainſi dire ,
que le premier avis de laVi-
Aoire. Ainfil'Empereurmefme
n'en ſçavoit pas encore le
détail quand le Courier ex-
-traordinaire eſt party pour
France. Lors que les Lettres
des Particuliers , qui estoient
en divers endroits de l'Armée,
feront venues , on en
228 MERCURE
-
ſçaura beaucoup davantage ,
&ce n'eſt meſme jamais que
par là,& qu'aprés beaucoup
de temps qu'on peut démefler
la verité.
Je vous parle ,& vous dois
parler encore tant de fois de
laHongrie tant que durera la
Guerre , queje croy que vous
ne ferez pas fâchée de connoiſtre
la ſituation des lieux
dont je vous entretiens fi
ſouvent. Ainfi je vous avertis
que le Pere Coronelli , Cofmographe
de la Republique
deVenise , qui a fait les beaux
Globes que Mt le Cardinal
d'Eſtrées a donnez auRoya
C
GALANT. 329
fait une Carte de ce Royaume
, diviſée en Haute & en
Baffe Hongrie, avec l'Efclavanie
, fubdiviſees en leurs
Comtez . Le meſme Pere en a
fait une en quatre feüilles ,
beaucoup plus ample, & remplie
de Remarques curieuſes .
Il a fait auſſi la Route mari
time de Brest à Siam avec la
Carte de ce Royaume-là. Le
tout ſe trouve chez le Sieur
Nolin, ruë Saint Jacques , a
l'Enſeigne de la Place des Vi-
Etoires.
Il neme reſte ny place ny
temps pour vous mander les
Aoust 1687.c
330 MERCURE
grandes Victoires qu'on affure
que les Venitiens ont
remportées , je les remets au
mois prochain ; mais aufli je
ne vous en parleray qu'avec
toutes les circonstances dont
je ne pourrois vous apprendreà
preſent qu'une partie.
Le Roy vient de donner
en faveur du Grand Confeil
la Declaration que vous allez
lire .
OVIS par là grace de Dieu
Atous ceux qui cespreſentes Lettres
verront, Salut. Les Roys nos Predeceſſeurs
ont restraint par lhurs
GALANT 33
:
Edits & Declarations la frequence
des évocations qui trouble l'ordre
Pordre
des Iurisdictions , & caufe des frais
infinis aux parties , & ont ordonné
que dans les cas anſquels il feroit
trouvé juſte de les accorder , le renvoy
des procés fût fait aux Parlements
les plus proches de ceux dont
ils seroient évoquez , sans qu'ily
ait esté fait mention denoſtre Grand
Confeil, ny qu'il ait efté compris à
cet égard au nombre des Parliments,
à cauf:seulem nt qu'eſtant ordonné
pariceux que les évcoations ne pour
roient estre accordées quefur les avis
de cette Compagnie , il eustesté à
craindre que les officiers d'icelle
estant flattezde l'esperance que les
procésévoquezdu Parlement deParis&
autres plus proches leur pourroient
estre renvoyez ne fullent in
Ee ij
332 MERCURE
duits à faciliterpar leurs Avis , les
évocations qui seroient demandées.
Mais cette raiſon neſubſiſtant plus
depuis que le Grand Confeil a ceffé
de connoiſtre des évocations , &
qu'elles ont esté renvoyées à nostre
Confeil Privé poury estre examinées
&iugées an Raport des Maistres des
Requeſtes de l'Hostel ; Et d'ailleurs
ayant par noftre Ordonnance du mois
d'Aoust 1669. ordonnéque les procés
évoquez de nostre grand Confeil
feroient renvoyez en nofire Parlement
de Paris , fi ce n'estoit qu'il
fust valablement excepté , il y a
pareille raiſon de renvoyer en nostre
grand Confeil, quand außi il nefera
pas valablement excepté , ceux qui
feront évoqués de nostre Parlemert
de Paris , d'autant plus que lajurifprudence,
& les Inges de des acux
!
GALANT 333
Compagnies font
Compagnies font affez conformes,
que les parties ne changeant point
de lieu ny leurs demeures , & pouvantfefervirdes
mesmesAvocats
Conſeils, neferont point diſtraits du
Join de leurs familles & de leurs
autres affaises ; qu'elles fouffriront
moins de fatigues & de frais que fi
elles estoient obligés d'aller playder
en des Parlements éloignez. A ces
Causes , defirant pourvoir au repos
de nos sujets , & retrancher par
tous moyens les longueurs & les
frais des procés. NOVS , en interpretant
en tant que besoin feroit
noftre Ordonnance du mois d'Aouft
1069. Avons par ces presentes
signéesde nostre main, dit, declaré,
statué & ordonné ; Difons , declarons
,statuons , ordonnons , voulons,
&nous plaiſt, que los procés qui
:
334 MERCURE
feront évoquézde nostre Parlement
de Paris , & ceux des autres plus
proches , quand celuyde Parisfera
valablement excepté , puiſſent estre
renvoyés en nostre grand Conseil en
la mesme maniere qu'il est ordonné
à l'égard des Parlements. Si donmens
en mandement à nostre trescher
& feal Chancelier de France
le Sieurde Boucherat , ces prefentes
ilfaſſe live , publier leſeau tenant,
& icelles registrer és Registres de
llaa ggrraannddee Chancellerie de France,
&à nos amex & feaux lesgens de
nostre grand Confeil , qu'icelles ils
Saſſent live , publier & registrer,
garder& obferverselon leurforme
&teneur ; En témoin dequoy, Nous
avonsfait mettre leſcel à cesdites
preſentes. Donné à Versailles te
quatorzième souft mit fix cens
A
GALANT 335
quatre-vingt.fept ,&de nostre regne
le quarente cinquiéme ; Signé ,
Louis , &fur le replis , Par le Roy
Colbert. Et scellé du grand Sceau
de cire jaune.
Cette Declaration ayant
eftédonnée, leGrand Conſeil
députa deux Prefidens & huit
Confeillers , pour remercier
Sa Majefté.M Barantin eſtant
l'ancien des deux Semeftres ,
porta la parole, & luy parla
en ces termes.
SIRE
Vostre Grand Confeil importuneroit
souvent Vostre Majesté,
s'il le remercioit toutes les fois
336 MERCURE
qu'il en reçoit des faveurs parun
effet de vos liberalitez.Pour comble
de graces , V. Majestéle met
aujourd'huy en estat de partager
avecſes Parlemens les affaires
èvoquées. Sire , tout penetrez de
respect&de reconnoiſſance, nous
confervons dans nos caurs lefouvenir
de tant de biensfaits , &
nous venons protester à V. M.
qu'ils nous feront autant de
nouveaux motifs de redoubler
noftre attachement àſon ſervice,
& l'ardeur de noſtre zele dans
les fonctions de nos Charges.
F
Le Roy répondit , Qu'il
avoit esté fsrt aiſe de trouver
sette
GALANT. 337
:
cette occafion pour leur donner
des marques de ſon estime & de
ſon affection ; qu'ils rendoient la
justice d'une maniere qui ne laiffoit
rien à defirer ; qu'ils n'avoient
qu'à continuër , que l'application
qu'ils y donnoient l'engageoit
à leur faire fentir l'eftime
& l'affection qu'il avoit
pour leur Compagnie , & qu'ils
n'en pouvoient douter , aprés ce
qu'il venoit de faire pour eux.
Ie viens d'aprendre que le
Navire nommé, le Coche,
apartenant à la Compagnie
des Indes Orientales , &
Aqust 1687.
Ff
338 MERCURE
commandé par M² du Hautmenil,
eſt arrivé prés du Fort
Louis , il vient de la Coſte de
Coromandel , il avoit avant
d'en partir eſté à Tenaſſerim
qui apartient au Roy de
Siam. Il raporte que ceMonarque
s'eſt défait de tousles
Macaffars Mahometans , &
meſme de leur Prince,dontil
envoye deuxEnfans enFrance
pour eftre inſtruits dans la
foy Catholique par les
Miffionaires Etrangers. 11
adjoûte que M' Conſtance
a efté fait grand Barcalondu
Royaume de Siam, celuy qui
r
GALANT. 339
poſſedoit cy-devant cette
premiere Charge de l'Etat
eſtant Macaſſar. La Cargai
ſon du Navire de M du
Hautmenil ſe monte à cinq
cens mille écus.
Je vous parleray le mois
prochain de ce qui s'eſt fait
a l'Academie , le jour de la
Academics
Feſte de Saint Louis , & fuis ,
Madame , voſtre , &c .
AParis , ce 31. Aoust 1687-
Del'Imprimerie de C. Guillery.
Extrait du Privilege du Roy .
P
AR Grace & Privilege du Roy, donné à
Chaville, le 18. Iuillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Conſeil , IUNQUIERES, Il eſt
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT , contenant pluſieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépenddudit
Livre par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
Faire imprimer , vendre & debiter ledit Livre,
by graver aucunes Planches ſervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny mesme de le donner à
lire, pendant le temps& eſpace dedix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainſi que
plus au long il- elt porté eſdites Lettres.
Regiſtre ſur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1663. Signé ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur Deviza' a cedé ſon droit du
preſent Pri, ilege à Michel Guerout,Libraire
, pour en jouir ſuivant l'accord fait
carr'eux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères