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MERCVRE
GALANT
JUIN 1684.
E ne ſera point, Madame,
par une action
particuliere du Roy
que je commenceray cette
Lettre. Celles dont j'aurois à
vous parler, demandent plus
d'étenduë ; & comme des
Volumes entiers pourroient
Juin 1684. A
2
MERCURE
à peine ſuffire pour marquer
une partie des plus glorieuſes
circonstances de ce qui s'eſt
fait de grand pendant ce
Mois- cy , c'eſt aux Lettres
ſéparées que je vous ay adrefſées
là-deſſus , que je vous
renvoye. Ce qu'elles contiennent
eſt arrivé par des
ordres donnez apres des me
fures ſi juſtes, que le fuccés
en eſtoit infaillible. Ceperdant
je ne m'éloigneray pas
beaucoup de ma matiere or-
1
dinaire , puis que le Mariage
de Madame la Ducheſſe
Royale dont vous attendez
Bayerische
Staatsbibliothek
München
GALANT. 5
voit diverſes Collines. Il y a
un beau Chaſteau qui commande
à la Ville , & dont
M le Marquis de S. Maurice
eft Gouverncur. Les Jardins
en font fort propres. Dans
la Court de ce Chaſteau eft la
Sainte Chapelle, deſſervie par
des Chanoines . Monfieur le
Duc de Savoye s'eſtant rendu
en poſte à Chambéry le
-- Lundy premier jour de May
fur les ſept heures du ſoir,
trouva lesRuës remplies d'un
Peuple nombreux qui faifoit
retentir de toutes parts, Vive
Savoye. Me le Marquis de
A iij
6 MERCURE
S. Maurice , qui l'attendoit à
la Porte du Chaſteau, luy en
préſenta les Clefs. Ce Prince
l'embraſſa fort tendrement,
&dés qu'il fut déboté, il entra
dans la Sainte Chapelle,
& voulut voir en ſuite toute
la Maiſon.. Le lendemain ,
le Sénat , la Chambre des
Comptes , & les Echevins,
le haranguérent. Ce meſme
jour il envoya inviter toutes
les Dames de la Ville pour
les divertiſſemens du foir , &
leur fit l'honneur de les baifer
toutes . Pendant tout le
temps de ſon ſejour , qui fut
GALANT.
juſqu'au Samedy, il y eut
chaque foir Tables de Baffete
, Collation , & Violons,
afin que chacune euſt dequoy
ſe ſatisfaire. Le Mercredy
, il alla à S. François,
avant que de ſe faire voir au
Vernay. Le Vernay eſt dans
un Fauxbourg de cette Ville.
C'eſt un Lieu fort ombragé
de pluſieurs rangs de vieux
Arbres , comme une partie
du Cours de Paris , où tout
le monde s'aſſemble & fe
promene. Le Jeudy il prit le
divertiſſement de la Chaſſe
du coſté d'Aſpremont , & y
Aiiij
8 MERCURE
demeura tres peu, à cauſe de
l'exceffive chaleur. Le ſoir
il retourna au Vernay incognito
, & entretint pluſieurs
Dames , chacune en particulier.
Le Vendredy il paſſa l'aprefdinée
avec les Prélats qui
s'eſtoient rendus à Chambéry,
& dança le ſoir au Vernay
, que l'on avoit illuminé
par ſes ordres, & où il avoit
fait venir des Violons , des
Hautbois, &des Trompetes.
Apres qu'on eut dancé quel
que temps, il pria les Dames
de paffer dans un Jeu de Paume,
qui eft dans la mesme
1 GALANT9
Place du Vernay. Ellesy trouvérentune
Collation des plus
magnifiques. Ce Prince ayat
exhorté tout le monde à ſe
bien divertir, ſe retira fans
rien dire , pour aller fe préparer
à ſes devotions , qu'il
vouloit faire le lendemain, &
dont il s'acquita avec une
pieté tres édifiante. Le Samedy
6. de May , il alla coucher
aux Echelles en unChâ
teau , d'où il envoya M le
Comte Scaravella , Gentilhomme
de ſa Chambre , &
Maiſtre des Cerémonies , à
Pontbeauvoiſin , avec ordre
10 MERCURE
d'y régaler les Princeſſes, les
Dames , & les Officiers du
Roy , qui avoient accompagné
Madame la Ducheffe
Royale juſqu'en ce Lieu-là .
M le Comte de Soiffons, &
M' le Prince Philippes fon
Frere, le ſuivirent aux Echel
les. Ces Princes eſtoient venus
le falüer à Chambéry. Il
les avoir trouvez dans fa
Chambre lors qu'il eſtoit revenu
du Jeu de Paume, & il
les avoit reçeus avec de gráds
témoignages de fatisfaction
& d'amitié. Le Dimanche 7.
ce jeune Duc partit des EGALANT.
II
chelles en poſte ſur le midy,
accompagné de ſa plus confidérable
Nobleſſe. Ses Gardes
s'eſtoient rendus dés le
Samedy au foir à Pontyoiſin,
où eftant arrivé dans la Maifon
qui luy estoit préparée fur
ſes Etats, il ne fit que chan
ger de Jufte- au- corps , fans
defcendre de cheval, & pouf
ſa juſque chez Madame la
Ducheſſe Royale. Cette Princeffe
entendant les Trompetes&
lesTimbales qui l'aſſuroient
de fon arrivée , s'échapa
à quelque impatience
de le voir , & fe mit d'abord
12 MERCURE
à la Feneftre ; mais fa mo
deſtie l'obligea ſur l'heure à
s'en retirer, & elle ne fongea
plus qu'à aller ſur l'Escalier
au devant de luy. Ce Prince
entra dans la France avec ſes
Gardes l'Epée à la main , &
eftant defcendu de cheval,
il monta l'Escalier d'une fi
grande vîteſſe, que Madame
la Duchefſe Royale eut à
peine defcendu trois degrez,
qu'il l'arreſta. Ce fut fur cet
Eſcalier que ſe firent les premiers
embraſſemens de part
&d'autre, avec une extréme
fatisfaction , & meſme avec
GALANT. 13
ſurpriſe de S. Alteffe,Royale,
qui trouva la jeune Princeſſe
de beaucoup plus belle que
fon Portrait, ſe plaignant du
Peintre qui luy avoit fait injure
, & voulant que l'on réformaſt
celuy qu'il avoit à
Turin ſous ſon Dais . Il la remena
dans ſon Apartement,
& n'y demeura qu'autant
qu'il falut pour les honneſtetez
& les carreſſes qu'il fità
toutes les Dames. En ſuite il
luy prit la main , & la conduiſit
dans une Chaiſe qui
l'attendoit au bas de l'Eſcalier.
Il l'accompagna à pied,
14 MERCURE
১
la main toûjours ſur ſa Chaiſe
, juſque dans le Territoire
de ſes Etats ; & eſtant alors
monté à cheval, il commanda
aux Porteurs d'eſtre diligens.
La grande pouffiere
qui s'éleva , jointe à l'envie
qu'eurent ces Porteurs de ſe
furpaſſer les uns les autres,
futcauſe qu'ily en eut que!-
ques-uns qui expirerent en
poſant la Chaiſe. On avoit
préparé une ſuperbe Collation
aux Echelles , qui eſt à
moitié chemin de Chambéry
, mais on ne s'y arreſta
pas. Monfieur le Duc de
GALANT
Savoye, qui alloit toûjours à
coſté de la Chaiſe de la Princefſe,
luy apporta luy-meſme
un Verre de Limonnade,
qu'elle reçeut de ſa main fort
modeſtement. Elle monta
en carroſſe à demy- lieuë de
Chambéry, où elle entra fur
les fix heures du ſoir , ou
pour mieux dire, où elle eut
peine à entrer , à cauſe de la
grande foule de Perſonnes
de toutes conditions, qui êtoient
accourues pour luy
rendre leurs reſpects , & fatisfaire
leur affection & leur
curioſité. Toute la Bourgeoi
A
16 MERCURE
geoiſie eſtoit ſous les armes,
& il vous doit eſtre aifé de
vous figurer le bruit de l'Artillerie
. Elle alla au Chaſteau
defcendre à la Sainte Chapelle,
où M' le Camus, Evefque
de Grenoble, l'attendoit,
avec M³ l'Archeveſque
Tarentaiſe , & M² l'Evefque
de Geneve. Le premier de
ces Prélats , que l'on reconnoit
dans Chambéry pour le
Spirituel, ſon Dioceſe s'étendantjuſque-
là, donna à Leurs
Alteſſes Royales la Benedi-
Etion accoûtumée. Cette cede
rémonie eftant faite, lajeune
GALANT. 17
Princeſſe ſe retira dans ſon
Apartement. Plus de deux
cens Femmes de qualité de
Dauphiné & de Savoye , ſe
trouverent à ſon paſſage fur
le grand degré du Chaſteau.
Elle leur fit un accueil ſi obligeant
, que dés ce moment
elle gagna tous les coeurs.
On luy dit qu'il y avoit quel
quc diférence à faire entre
elles, & que fi elle en devoit
baiſer quelques unes, il y en
avoit d'autres à qui elle devoit
ſeulement donner fa
main. Elle répondit qu'elle
baiſeroit les unes par obliga-
Juin 1684,
Ly
B
18 MERCURE
tion, &les autres par amitié..
Ainſi elle n'en excepta aucune
, & les charma toutes..
La Nobleſſe de Savoye luy
vint auſſi rendre ſes reſpects .
Elle les reçeut placée ſous
un Daiz , dans ſa Chambre
de parade. Monfieur le Duc
de Savoye luy nommoit les
Hommes ; & Madame la
Princeſſe de la Cifterne , ſa
Premiere Dame d'honneur,
luy fit connoiſtre les Dames.
Leurs Alteſſes Royales ſe retirérent
enſuite en leur particulier
, & lors qu'on eut
ſervy le Soupé, Elles firent
GALANT. 19
a
mettre à leur Table Madame
la Princeſſe de Lillebonne,
les deux Princeſſes ſes Filles,
& Madame la Maréchale de
Grancé. Le Soupé, quoy que
magnifique , dura peu. Le
Mariage fut confommé cette
mefme nuit; & le lendemain
ces deux illuftres Epoux
eſtojent fi libres & fi fami.
liers enſemble, qu'on auroit
jugé qu'ils ſe connoiffoient
depuis long- temps. Cejourlà
, qui estoit le 8. du mois,
Madame la Ducheffe Royale
alla à la Sainte Chapelle , où
Mile Doyen de la Péroufe,
Bij
20 MERCURE
que ſon éloquence& fa piere
ont rendu auſſi fameux àParis
, qu'il l'eſt en Savoye , la
vint recevoir à l'entrée , &
luy fit une tres-belle Harangue.
On chanta leTe Deum
dans cette Chapelle, &Leurs
Alteſſes Royales qui dînérent
en public , n'eurent perfonne
à leur Table. L'aprefdinée
, les Magiſtrats & les
Echevins vinrent complimenter
la Princeſſe. Le Mardy 9,
elle fut auſſi complimentée
par les Officiers d'Anneſſy,
& le lendemain par les Deputez
de Geneve , qui luy
GALANT 21
;
apportérent divers Préfens.
Le Jeudy 11. ellle fortit en
parade , avec tous ſes Gardes
, & toute la Cour , &
alla entendre la Meſſe aux
Cordeliers , où le Gardien.
la harangua. L'apreſdinée
elle viſita les Peres Jéſuîtes ,
les Eilles de la Viſitation de
Sainte Marie , & les Religieuſes
réformées de SainteClaire.
Le Vendredy 12. elle partit
deChambéry, accompagnée
de toute la Nobleſſe juſqu'à
Montmeillan , où elle coucha.
C'est une petite Ville
fur la Rive droite de l'Ifere,,
22 MERCURE
à deux lieües de Chambéry.
Elle a une Fortereſſe baſtic
fur la pointe d'un Rocher efcarpé.
Cette Fortereffe com
mandele Paſſage, qui eft fort
étroit entre les Montagnes.
Madame la Princeſſe de Lil
lebonne , & les Princeſſes ſes
Filles, dont tout le monde a
admiréla beauté, s'en retournérent
dés le Mercredy en
France , avec une partie des
Officiers du Roy, quiavoient
accompagnéMadame laDucheffe
Royale; & le reſte des
Officiers eſtoir party ce même
jour Vendredy , avec
GALANT. 23
Madame la Maréchale de
Grancé. Monfieur le Duc de
Savoye leur avoit fait diftribuer
à tous des Préfens fort
magnifiques. Madame la
Princeſſe de Lillebonne reçût
un Bracelet de Diamans,
&les Princeſſes ſes Filles, des
Pendans d'oreilles d'un grand
prix. Leurs Alteſſes Royales
vinrent coucher le Samedy 13 .
à Aiguebelle, à quatre lieties
deMontmeillan. Le Dimanche
, Elles partirent pour
S. Jean de Morienne , Ville
Epifcopale , à fix lieuës
d'Aiguebelle.. Madame la
24 MERCURE
P
Duchefſe Royale y alla coucher
, & Monfieur le Duc
de Savoye ayant pris la Poſte
à la moitié de cette Route,
ſe rendit à Lanebourg , dix
licües pardelà S. Jean deMorienne
, où la Princeſſe paſſa
le Lundy. L'Eveſque de cette
Ville , qui eft riche , de naiffance
, tres -magnifique , &
qui a beaucoup d'eſprit , s'étoit
préparé pour la recevoir.
Son Alteſſe Royale y avoit
d'ailleurs envoyé ſes Officiers
, & rien n'y manquoit.
pour les Appreſts. Ce Prince
eftant party de Lanebourg
le
:
GALANT. 25
:
le 15.à neuf heures du matin
, arriva à Turin à une
heure apres midy , ayant fait
ſept Poſtes , qui font plus de
quatorze grandes lieües , &
des plus rudes. Il en repartit
le Mercredy 17. environ à la
mefme heure , & ſe rendit à
cinq heures àLanebourg, où
Madame la Ducheſſe Royale
vint coucher. Le lendemain
elle paſſa le Mont Seny , &
arriva à Suſe le foir , Son Alreſſe
Royale ayant toûjours
-fait marcher ſa Cllaiſe à côté
de celle de cette Princeſſe,
en traverſant la.Montagne.
Juin1684. C
26 MERCURE
M'le Prince de Carignan li
reçûtà Suſe , où il avoit envoyé
toute laMaiſon avat luy,
pour luy préparer un Régale.
Vous jugez bien qu'il fut
magnifique. Dom Gabriel,
Prince naturel de Savoye,
vint luy faire Compliment
aumeſme licu , & luy apporta
un riche Préſent de la part
deMadame Royale. C'eſtoit
le Portrait de Monfieur le
Duc de Savoye, enrichy de
Diamans d'un fort grand
prix. Elle paſſa tout leVendredy
à Suſe , & ſe rendit le
Samedyzo, à Rivoli, qui eſt
ວ Barning
GALANT. 27
unedes plus belles Maiſons
de S. A. R. à ſept milles de
Turin. Madame Royale s'y
eſtoit renduë auſſi le meſme
jourpour l'y recevoir,accompagnée
de Madame la Princeffe
Loüife de Savoye , &
des Perſonnes les plus qualifiées
de la Cour , de l'un &
de l'autre Sexe. On y avoit
préparé une Collation exquiſe
, où tout ce qu'on peut
s'imaginer de propre & de
magnifique , fut fervy en
abondance. Elles partirent
toutes enſemble , & arrivérent
àTurin fur les dix heu-
Cij
28 MERCURE
res du foir , au bruit de plus
de trois cens coups de Canon.
La jeune Princeſſe eſtoit
dans le Carroſſe de Madame
Royale. On avoit illuminé
toutes les Feneſtres de tous
les Etages des Maiſons , qui
depuis la Porte neuve par laquelle
elle paſſa, juſques au
Chaſteau de S. A. R. femblent
eftre des Palais , tant
la ſtructure eſt égale en toutes.
Lors qu'on fait voir le
S. Suaire au Peuple , on l'apporte
au milieu d'une Gale,
rie découverte , qui diviſe
en deux la grande Place du
६
GALANT. 29
Chaſteau , qui eſt fort longue.
Ce lieu , qui eſt un ef
pace en rond , qu'on couvre
de bois & de groſſes toiles,
eſt formé d'une Tribune ,
dont les Piliers eſtoient chargez
de petites Lampes en
Branchages , qui paroiſſoient
compoſer un petit Bois , ou
quelque Berceau brillant.
Cette eſpéce de Berceau finiſſoit
le point de veie , &
fermoir la perſpective depuis
la Porte de la Ville , qui conduit
droit au Chaſteau par
deux longues Ruës droites,
que coupe une tres -belle &
Ciij
30 MERCURE
tres - grande Place, nommée
la Place S.Charles . Les magnifiques
Palais qui la compoſent
, tous d'une fabrique
égale avec leurs Arcades, la
font reſſembler à la Place
Royale de Paris. Tout cela
eſtoit remply de Lumieres.
La Façade des Peres Thea.
tins eftoit garnie d'une infi.
nité de petites Lampes bril
lantes depuis le haut du Dôme
de leur Eglife , juſques au
bas de la Place. Cette Eglife
eſt ſituée en face du Châ
teau. On lifoit en tres groffes
Lettres formées de ces Lam
GALANT. 31
pes , Fert, Fert , Fert , au milieu
de trois grands Laqs d'amour
; & au- deſſous en ſem.
blables caracteres , Anna gra
tiam , victor Amedeus gloriam,
uterque Regno felicitatem. On
voyoit plus bas quatre grandes
Deviſes Latines illumi.
nées , au milieu deſquelles
eſtoient les Armes my-partics
de Leurs Alteſſes Royales.
Plisdedeux mille gros Flambeaux
de cire blanche faifoient
briller la Maiſon de
Ville. Dans la Montagne
voiſine, laVigne de Madame
laPrinceſſe de Savoye (c'eſt
Cij
32 MERCURE
une fuperbe Maiſon de plaifance
en veüe du Chaſteau
de S. A. R. qui ſemble atta
chée à la Ville ) eſtoit char
gée d'une telle quantité de
ces Lampes brillantes , & en
tel ordre , qu'on l'auroit priſe
pourunPalais enchanté. On
en diftinguoit toute la ſtrucaire
, & les Jets d'eau qui y
font en tres - grand nombre,
en groſſiſſoient leur éclat.
Ce Palais eft au milieu d'un
tres-ſpatieux Jardin tout en
Terraffes , dont les Eſcaliers
brilloient des mefines Lumieres.
Une grande Grote
GALANT 33
ſituée au plus haut de ce Jardin
, paroiſſoit eſtre le Dôme
de ce Palais éclatant , tant
elle eſtoit garnie de ces feux.
Celuy de l'Egliſe des Capucins
, qui eſt ſur cette Montagne
, jettoit une clarté ſurprenante.
Sil'on donnoittant
de marques extérieures de
joye , il y en avoit encore
plus dans les coeurs. Chacun
admiroit la jeune Princeſſe,
& luy trouvoit une ſi noble
phyfionomie , qu'il n'y eut
perſonne qui n'en demeuraſt
charmé. Elle fut conduite
en fon Appartement , où
34 MERCURE
l'attendoient les plus confi
dérables Dames de la Ville,
à qui elle donna ſes mains à
bailer , & qu'elle voulut en
fuite embraffer toutes. Elle
le fit d'un air fi aifé & fi en
gageant, qu'on auroit dit
qu'elle euſt toûjours efté avec
elles. Le Dimanche 21. le
Nonce du Pape la compli
menta fur fon arrivée , auſſibien
que le Sénat , la Chambre
des Comptes , & les autres
Corps de la Ville. M'le
Marquis de la Chieſa , Premier
Préſident de la Chambre
des Comptes , luy fir un
GALANT 35
tres-beau Diſcours . Elle va
tous les jours àla Promenade
dans le Carroſſe de Madame
Royale , & ſe rend le ſoir au
Valentin , où ſe fait le Cours
dans ſes longues Avenuës
couvertes d'arbres tres-hauts.
Les Carroffes de parade fuivoient
vuides les pprreemmiieerrss,
jours. Le premier , auquel il
ne manque rien pour une
entiere magnificence ,eſttiré
par huit Chevaux noirs des
plus fiers , chargez de Houf
fes de Velours rouge en Broderie
, avec de hautes Aigretes.
Le Poftillon&le Cor
36 MERCURE
1
cher font auſſi veſtus de Velours
rouge , couvert de Galons
d'or & d'argent , & les
Pages ont une riche Livrée
de Velours touge toute en
Broderie d'or , avec de tresbeaux
Bouquets de Plumes.
La Feſte du S. Suaire , qui
avoit eſté remiſe , fut celébrée
leDimanche 28. deMay.
Neuf Archeveſques & Evêques
de l'Etat de S. A. R. y
affifterent , Madame Royale
en ſuite,& le firét voir au Peuple,
ayant à leurdroiteMada.
me la DuchefſeRoyale,Ma
dame la Princeffe Loüife,&
7
GALANT. 37
!
Monfieur le Duc de Savoye,
veſtu enhabit de Chevalierde
S.Maurice .CesquatreAlteſſes
tenoient chacun un Flambeau
de cire blanche, & leurs
Aumôniers eſtoient de l'autre
coſté , à la gauche des
Prélats. Je vous ay déja marqué
que cette Feſte ſe fait
dans une eſpéce de Tribune
au milieu de la grande Place
duChaſteau. Les deux Courts
eſtoient remplies d'une infinité
de monde , outre toutes
les Feneſtres , les Balcons , &
meſmeles toits. Le Mercredy
31. laCour alla à la belle Mai,
২৪ MERCURE
fon de Plaiſance de la Venerie
, à trois milles de Turin.
Je ne ſçaurois finir cetArticle,
ſans vous faire part d'uneBallade
que M'de Benferade
a faite ſur cet heureux
Mariage. Vous ſçavez quelle
-eſt la beauté de ſon Génie,
& qu'il n'appartient qu'à luy
de traiter les grands ſujets
noblement , en ymeſlant le
ſtile enjoüe.
201
GALANT. 39
$525 525: SSSSSS255
Sur le Mariage de Mademoi
felle avec Monfieur le
Duc de Savoye,
D
BALLADE.
UC qui tenez un rangparmy
lesRoys,
Etfur la Chypre avez defi beaux
droits,
Tendre Pucelle estpour vous DonCelefte,
Reyne de Chypre,ainſicomme autrefolt
L'estoit Vénus, horſmis quepas modestes
En ale charme, &n'en aplus lereſte.
Bien la devez recevoiràgenoux.
Elle vous duit; telCoq, telle Poulete;
Fleurdequinze ans, unpeu maigre
entre nous
40 MERCURE
Mais elle aura bien-tost gorge replete.
Que de trésors ! Vous les acquerez
tous.
Pourriez-vous faire une meilleurs
emplete?
Se
Nopce,à vous dire icy ce que j'en
crois,
Aux uns estjoye, aux autres peine &
Croix.
Quant à vous deux, c'eſtprofit manifeste.
L'objet estpur, dont vous avezfuit
choix;
Quoyqu'en douceur nulle ne luy con-
-Citestes
Oncques n'ayez crainte qui vous mo-
Nefte. :
Amans Agneaux deviennent Maris
Loups,
Ence marchéquisefait avenglete
GALANT. 4
Point neferez ny chagrin nyjaloux
Voouussjjoouuiirreezz ddeefortune caompletes
L' Eloffepaffe& Satin&Velours.
Pourriez-vous faire une meilleure
emplete?
22
Déjas'entend à réglerfes emplois
Chante, s'occupe au travaildefes
doigts
Diesçait que c'estde Galant quipro
refter
IgnoreAmours, n'apourleurs douces
Leix
Veine qui tende enſamine, enfon
gefte;
Coqueterie estpourelleunepeste.
Sans affecter d'ennuis &de dégoufts
Oresſejoue avecqueſa Cadete,
Ores s'amuse à defimples Bijoux ,
Et tant qu'on vent ellesetientsen
letes.on
Juin 1684.
42 MERCURE
Lan'est besoin de grille &deverroux.
Pourriez - vous faire une meileure
emplete?
ENVOY.
Quandvous verrezfleurir la Violete
Lejolyteps,qu'ilvous semblera doux !
Aymez- vous bien tous deux,jeunes
Epoux,
N'ayez tous deux qu'une mesmeToi
lete
Et ceserabelle épargne pourvous.
Pourriez-vous faire une meilleure
emplete?
Vous voulez bien que de
la Cour de Savoye je paffe
à celle de Pologne. Ce que
j'ay à vous en dire , eſt fort
curieux. Vous ſçavez , Ma .
dame , que Me le Duc de
GALANT. 43
S. Aignan a Thonneur d'eftre:
Parent de la Reyne de Pologne
, & que par ſon mérite
il eft fort confideré en cette:
Cour-là. C'eſt cette raiſona
plus que la premiere , qui a
donnélieu à cequi fuit . M'de:
S. Loüis , Capitaine de Dragons
dans l'Armée du Roy
de Pologne , dépêché par ce
Monarque,& amené par Ma...
dame la Marquiſe de Bérhu
ne , apporta le 26. du dernier
mois à M'le Duc de S. AL
gnan , l'un des plus beaux
Sabres qu'on ait jamais vûs,,
de la part de Sa Majesté Po
Dij
44 MERCURE
lonoiſe , que cette Marquiſe,
Soeur de la Reyne de Pologne
, voulut elle-meſme luy
mettre au coſté. C'eſtoit le
Sabre du Grand Vizir Cara
Mustapha , qui a fait le Siege
`de Vienne. Il a la Poignée
d'Ambre blanc, damaſquinée
d'un or entaillé dans la pierre.
LaGarde&le bout,auffi-bien
que les Boucles du Fourreau
& celles de la Ceinture, ſont
d'or , & la Lame d'acier de
Damas , eſt remplie de caracteres
d'or Arabes , dont on
n'a pas encore l'explication.
CetteCeinture eſt d'un dou
GALANT. 45
ble Tiflu d'or , d'argent &
ſoye cramoiſie ; il ne ſe peut
rien voir de mieux travaillé,
ny de ſi riche. Les Lettresde
la main du Roy de Pologne,
& de celle de la Reyne , font
teltes. Elles ont toutes deux
pour fubfcription ,Amon Cou
finM'le Duc de S. Aignan
LETTRE DU ROY DE
Pologne à M le Duc
de S. Aignan.
Yant conçu, mon Cousin,
de longue - main beaucoup
d'estime pour vostrePersonne,
yant appris parM leMarquis
1
46 MERCURE
diArquien , mon Beaupere, les
Sentimens que vous avez pour
moy , &que vous défiriez avoir
un. Sabre de ma main , j'ay crú
ne vous en pouvoir envoyer un
qui fuſt plus à vostre gré , que
celuy que j'ay pris au GrandVizir,
à ſa défaite à Vienne,
duquel je me fuis fervy dans les
accaſions fuivantes..Je voudrois
pouvoir moy- meſme vous le met
tre au cofté, pour vous marquer
par là, comme je feray en toute
accafion , combien , mon Cousin,
je veux eftre à vous. Faitàfa
yorou ce 8. May 1684
JEAN
GALANT. 47
Lettre de la Reyne de Pologne
à ce meſme Duc.
TL.n'est pas juste que le Roy
mon Seigneur vous témoigne,
mon Cousin , l'estime qu'il a pour
voftre Personne ,sans quede ma
part je vous affure de celle que
je conferve auſſi pour la voſtres
& vousprie de croire , mon Coufin
, que lors qu'ilse présentera
accafion de vous en donner des
preuves, vous connoistrez que
jesuis à vous,
MARIE CASIM IRE. R.
DeJavorou ce 9.May1684
48 MERCURE
Dans une Lettre que M'le
Marquis d'Arquien , Pere de
la Reyne , écrivoit en meſme
temps à M' le Duc de S. Aignan
, il y avoit ces particufaritez.
Que le Roy de Pologne
avoit eu deffein de tuyfairefaire
encore un plus beau Sabre ; mais
que depuis il avoit crû que celuy
qu'il avoit pris auGrand Vizir
devant Vienne , & ofté de fon
coſté pour luy en faire préſent,
apres s'en eftre fervy en plusieurs
occafions qui avoient ſuivy , fe
roit plus à fon gouft , & que
Sa Majesté s'estoit Elle-mesme
donné la peine d'en accommoder
la
GALANT 49
la Ceinture , comme elle devoit
estre pour luy. Que luy defa part
(j'entens M'le Marquis d'Ar
quien ) envoyoit à ce Duc un
Sancharka , ou Mousqueton à la
Turque , que le Grand Vizirfe
faisoit porterpour s'enfervirdans
les occafions , & dont le Canon
estoit de Damas . Il ajoûtoit à
cela mille marques de tendreſſe
& de bonté , & des
ſouhaits ardens pour l'union
parfaite du Roy ſon Maiſtre
avec celuy de Pologne , l'afſurant
qu'il donneroit volontiers
ſon ſang pour la parfaite
intelligence de ces
Juin 1684. E
P
50 MERCURE
deux grands Roys.
Je vous ayparlé dans pluſieurs
Lettres de ce qui a
donné lieu au Pere Vignier
de l'Oratoire , de croire que
la Pucelle d'Orleans avoit efte
mariée. Apparemment vous
n'avez pas oublié les preuves
fur leſquelles il a étably fon
opinion.C'eſt ce quim'oblige
qui m'obl
à vous faire part desVers que
vous allez lire. Ils regardent
cette fameuſe Héroïne, à qui
la France eſt ſi redevable.
227
GALANT. 5
22-2222255525 2252
LETTRE
i
DE MLE CH. DEN.
A la Belle Champenoiſe Mademoiſelle
de Mauclerc.
LA
1
Tradition du Pais
M'a depuis quelquesjours appris
QueleSageMauclerc, Seigneur de
১
la Chauffée,
Voſtre Trifayeulpaternel,
Dansfon Ecu, ducoſtématernel,
Portoit deux Fleurs de Lys, acostant
uneEpée,
Dontlapointe estoit couronnée,
Letoutd'or, dans un chapd'azurs
Etce bruitpublic eftfifar,
Eij
52 MERCURE
:
Qu'on m'a fait voir, dans deux Cachets
d'agate,
D'une gravûre ancienne & délicate,
Sous un mesme Timbre & Cimier ,
CesArmes,auſecond Quartier;
Et dans le troisieme, f. 1
Avecque vostre Fafce, & le reste, ats.
premier,
Et dans le quatrièmes . 1
Etde chaque costé, pour Support, un
Lévrier.
52
Sur cela je maintiens, aimable Demoifelle,
Que vous fortez de Jeanne la
Pucelle,
Ou de quelqu'un de ſa Maiſon;
Voilaſes Armes, fon Blazon,
Etles porter, c'est de vostre defcente
Une marque évidente.
GALANT. 53
52
LesHistoriens racontans
Le détail de cette Famille,
Donnentàcette illuftre Fille
Trois Freres, braves&galans,
Jacquemin,Jean,&Pierre, ennoblis
avec elle,
En récompense&mémoire eternelle
Defes Faits triomphans.
Ils eurentJacques DarcpourPeres
Iſabeau Gautier fut leurMere;
Et ces trois Fils laifferent des Enfans
En légitime mariages.
Etla Pucelle eut le mesme avantage.
Se
Vous me direz, mon Cavalier,
Cela s'accorde mal avec le Pucelage,
Lepouvez vous nier?
Entendons- nous . Pucelle estoit un
nom de guerre
E iij
54 MERCURE
Qu'elle prit&garda, comme l'Habit
guerrier,
Tantqu'elle combatit les Forces d' An.
gleterres
Mais quadelle cuft produitparfon
heureux employ
LeSalut d'Orleans,&le Sacre du Roy,
Sa Miffion estantpour lorsremplie,
Elle quitta cenom, cet habit, cette vie,
Revint versfon Pais, épousa dans
Arlon
Un Seigneur amoureux defon fameux
renom,
Etparluy,de Pucelle, & de simple
Bergere,
EllefutfaiteDame&Mere.
Vous direz là-deſſus, donc comme les
Hébreux
De la Fournaise ardente,......
Elle échapafans mal de ce brazier
affreux,
1
GALANT.
Où le cruelAnglois la mit toutevi
Vante,
ARoüen, en plein jour, auxyeux de
milleGens?
Il lefaut avoüer,la chose eſtſurpremantez
Mais il arrive encor des coupsplus
étonnans.
LeCielprotege l'innocence.
Ses Spéctateurs trabis, dansleur injuste
espoir,
Nevirent rien de cequ'ils crûrent
voirs
EtMercure Galant amis en évidence,
Et les raisons,&lafaçon,
Qui cauferentsa délivrance
De lamort,&de la prison.
Vous pouvez vous donner leplaisir
dele live.
22
A
Vomm'allezfans- doute encardire,
Einj
96 MERCURE
Dés quatorze ans, certejeune Beauté,
Par inspiration divine,
Avoitfait væn de chuſteté
Entre les mains de Sainte Cathe-
της κάδες διαθε t
Il estvray; mais les voeux portent
leurnullité soirala andi
Dans l'âge où l'on n'a pas la pleine
connoiffance.
Ilfautfeize anspour avoir la puif-
Sance
D'enfaire avec validité,
L'usage des Convents donne cette
Sciences i
Et puis ce voeu pouvoit n'estre que
pourun temps
Fusqu'à vingt, ou jusqu'à trentu
anss
Carſurl'âge, où cette Bellone
Endoſſa la Cuiraffe, &foûtint noftre
Pria Trang
GALANT 57
LesAutheurs fontfort diférens.
Se
Leprincipal, apres tant de myſteres,
Et de vainesfubtilitez,
Eft de juger, si vousfortez
On d'elle, onfeulement de quelqu'un
deſes Freres.
Pour moy,je crois en verité
Quevous descendez d'elle-mesmes
Vous avez une amour extréme
Pour noftre Nation ,&pourfa Ma-
GrandeSoûmiſſion pour la Grandeur
fupremes
۱
De la candeur, de la bonté,
De l'honneur, de laprobité,
Cint vertus, &fur tout, du zele &
du courage,
Atout pouffer, à tout mettre en
Pourfervirvos Amis dans leur adverfité.
ر
58 MERCURE
Cesont là les talens de lanoble Pucolbe
Ils marquent voſtre extraction;
Lareffemblance en cette occafion
Est unepreuve naturelle,
On n'en peut fournir deplus belle.
Trévedonc, aimable Mauclerc
De manquement deforfur unſujer
1 Siclair
Feferoisprest d'entrerenlice
Contre lepremierChampion,
Qui par envic, oupar malice
Combatroitcette opinion.
Sans l'effroyablefeu, qui brûlant une
Ville,
Ne laiſſa presque rien
Avostre Trifayeul,quefa Femme,
Son Chien
Ilvousseroit facile
Deprouverpar debons Contracts
GALANT9
L'honneur que j'attribuë àvos nobles
appass
Mais parchemins, papiers , or,argent,
pierreries,
۱
Dans ce malheurpublic, furent enfer
veliess
Et le desaftre deVitry
Devint,helas, le vostre ausly.
52
La Tradition refle , & l'on y doit
Souscrire,
Lors qu'elle est confirmée avecfincérité
Pardes raisons d'auſſi grande
équité
Que celles queje viens dedire;
Etje nedoute point que Fournier,
de Chemin,
Du Lis, Blanchart, le Fevre, &
cent autres enfin
Honorez du doux avantage
60 MERCURE
i
D'avoir pour leurs Ayeuls, Jean,
Pierre, onJacquemin ,
Neportaſſent bien témoignage,
S'il estoit de neceffité,
2
Que vous estes Parens, de ce noblecosté.
Se
Mais commeAmour, nostre grand
Maistre,
Se remarque d'abord,àſa Fleche, à
Son Arc,
Pour vous faire connoistre
Fille deJeanneDarc,
Vous n'avez qu'àparoiſtre.
Voſtre taille, voſtre air, vostreport,
tous vostraits,
Font dire, la voila cette illuſtre
Jannette,
Humble, avcemille attraits;
Avec mille coeurspoint Coquettes
Sage dans le conseil, brave dansl'a
Etion
GALANT. 61
Lebonheur de nostre Province,
L'honneurde nofire Nation,
Digne d'avoir pour ſon Epoux un
Printe VAD VS
L'ondiſoit cela d'elle, & l'on le dit
devous.
Elle reçent pourtant Armoiſes pour
Ероих.
Voulez vous achever un si beau paralelle?
rooris
Degrace, aimable Demoiselle,
Recevez-moyde lamesmefaçons
Icfuis conftant,jefuisfidelle,
Et vous verrez que jesuis bon
Garcon adenol sou á
J'eſtois bien perfuadé que
vous eſtimeriez autant que
vous faites , les Confeils de
62 MERCURE
la Reyne de Portugal à la
Princeſſe ſa Fille,que jevous
ay envoyez dans ma Lettre
du mois de May. Comme
ils paroiſſent partir d'une ame
toute penétrée de l'Eſprit de
Dicu , vous ne ſerez pas fachée
que je vous apprenne
quelques circonstances de la
mort de cette Reyne , arrivée
le 27. Decembre dernier,
apres huit mois de maladie,
àune demy-lieüe de Lisbonne
, dans une Maiſon de
Campagne , où elle eſtoit
allée le mois de Juillet pour
yprendre l'air. Cette longue
GALANT. 163
maladie commença par des
maux d'eſtomac , ſuivis de
vapeurs , d'infomnies , &de
dégouſts , qui la firent tomber
dans une maigreur ex
tréme. Les Médecins ontrai.
ſonne inutilement ſur ſa ve.
ritable caufe. Quoy qu'ils
foient tous convenus que le
mal venoit de loin , ç'a eſté
poureux un mal inconnu , &
contre lequel les remédes or
dinaires ont preſque toûjours
eſté ſans effet. L'hydropiſic
devents ſurvint apres la mai
greur , & fut accompagnée
de tant d'autres maux parti
4
க்
64 MERCURE
ccuulliieerrss, qu'il falut une patience
égale à la fienne ,&
autant de courage qu'elle en
cut, pour les ſupporter com
me elle fit ſansjamais ſe plain.
dre , & fans s'étonner des
ſuites qu'elle prévoyoit aſſez .
Dés les premiers jours qu'elle
commença d'eſtre attaquée,
& bien plus encore depuis,
quoy que fon mal qui di
minuoit de temps en temps,
donnaſt beaucoup d'eſpérance
de guériſon , elle a
toûjours dit qu'il ne finiroit
qu'avec ſa vie ; non pas par
l'appréhenſion de la mort,
GALANT. 65
qu'elle a regardée juſqu'à
fon dernier foûpir , avec une
confiance en la bonté &
en la miféricorde Divine ,
qui la mettoit au-deſſus de
toutes les craintes , mais parce
qu'elle fentoit que Dieu
depuis quelque temps l'avpit
attirée à luy d'une maniere
fi particuliere , & l'a
voit tellement détachée de
toutes les choſes auſquelles
elle eſtoit le plus ſenſible,
qu'elle ne reconnoiffoit pas
fon coeur , tant il luy avoit
plû de le changer , pour s'en
rendre uniquement le Maî
Juin1684.
1
66 MERCURE
tre. Elle eut pluſieurs autres
preſſentimens de ſa mort,
qui firent que long- temps
auparavant elle s'y, diſpoſa
avec toutes les préparations,
qu'elle pût y apporter, même
dans un temps où elle avoit
bien plus à efperer qu'à craindre
pour le rétabliſſement de
ſa ſanté ; afin , diſoit- elle , que
ce ne foit point la crainte. qui
m'oblige à faire la volontéde
Dieu , en cas qu'il m'appelle à
luy , mais purement fon amours
& afin auſſi qu'en ce temps- là
je n'aye point de peine nyd'em.
baras dans un état où l'abate
GALANT. 67
ment , la foibleſſe la douleur
font qu'on fait peu ccee qquuee l'on
fait , on qu'on ne le fait qu'imparfaitement.
Alors , ajoûta-telle
, tout ce que nous aurons à
faire,fi cela arrive ,fera de res
nouveler ce que nous faiſonspréfentement
, & d'attendre sans
- inquiétude ce que Dieu voudra
ordonner de nous. Dans cette
penſée , quoy qu'elle paruſt
ſe mieux porter , & qu'on
fongeaſt meſme à la faire re
venir à Lisbonne , parce qu'
elle avoit la force d'aller tous
les jours à la promenade, &
qu'elle faifoit chaque choſe
i
Bij
68 MERCURE
à l'ordinaire , ne prenant plus
que quelques petits remédes
qu'on luy donnoit pour la
rétablir , elle fit une Confef
fion genérale de toute ſa vie
au mois de Septembre , avec
une entiere exactitude , pour
fuppléer à deux autres qu'elle
avoit faites depuis un an &
demy. Enſuite elle communia
, comme ſi elle euſt dû
mourir ce meſme jour , &
voulut faire tous les actes de
Foy , d'Efpérance & deCharité
, & toutes les proteſtations
qu'on a coûtume de
faire dans les derniers mo
GALANT. 69
mens de la vie, remettant ſon
ame entre les mains de Dieu
avec une parfaite réſignation.
Elle fur ſi ſatisfaite de
s'efre ainſi préparée, que proteſtant
qu'elle estoit preſte à
mourir , elle diſoit que Dieu
luy feroit une grande grace,
s'il vouloit la prendre en l'état
où elle eſtoit. Son mal,
dans lequel elle retomba peu
de temps apres , luy ayant
cauſé d'autres accidens qui
oftérent l'eſpérance qu'on
avoit , elle continua dans ſa
fermeté , & dans la meſme
diſpoſition , ſans rien crain
70 MERCURE
dre de ce qui pouvoit arriver.
Tous les jours , en ſe pro
menant dans les Jardins, fon
plus grand plaifir eftoit de
s'entretenir de la mort , &de
la félicité des Saints ; & afin
de n'avoir à penſer qu'à Dieu
quand ſon dernier jour arri
veroit, elle s'informa de l'état
de ſa Maiſon , & fit payer
tout ce qui ſe trouva dû , qui
eftoit tres-peu de choſe, tant
elle avoit ſoin que toury fuft
bien réglé , prenant garde
tous les ans qu'on ne deuft
rien à perſonne. Elle parla
dés ce temps là de faire fon
4
GALANT. 71
Teſtament , & en ayant de..
mandé permiſſion au Roy,
elle le fit avec toutes les formalitez
néceſſaires . Elle ordonna
que ſon Corps ſeroit
enterré aux Capucins qu'elle
a fait venir de France , &
dont elle a baſty le Convent;,
qu'on diroit vingt mille Mefſes
pour le repos de ſon ame;
qu'on donnercit à toutes les
Maiſons Religieuſes , qu'on
appelle Mandiantes , auxHôpitaux
, aux Priſonniers , aux
Enfans trouvez,à vingt Pau
vres Filles pour les marier,
aux Miffions de la Chine,
72 MERCURE
du Japon , & à celles qui fe
font dans le Royaume , aux
Pauvres honteux ; ajoûtant
à tout cela une fomme conſidérable
pour racheter des
Captifs. Six ſemaines avant
fa mort , on luy apporta le
Viatique , qu'elle reçût avec
un reſpect & une devotion
toute édifiante. Elle ſe trouva
mieux depuis ; mais quelque
eſpérance qu'il y euſt de
temps en temps du retour
de ſa ſanté , elle ſe prépara
toûjours à mourir , & pour
cela , elle ne paſſoit aucun
jour ſans ſe faire lire quelque
choſe
GALANT 73
choſe de ce qu'a fait le Pere
Noüet , & elle diſoit en l'en.
tendant , que l'on avoit envie
de mourir, quand on regardoit la
mort comme les Saints l'ont envisagée,
c'eſtà dire , comme
un paflage à une vie bien.
heureufe. Elle cutbeaucoupà
fouffrir pendant tout le cours
de ſa maladie , mais fur tout
pendant les dernieres fix femaines
qu'elle demeura toûjours
au Lit , ſans ſe pouvoir
remuer d'aucun coſté. Ce fut
avec des douleurs inconcevables,
caufées par des vents
qui l'enfloient par tout le
Juin 1684. G
74 MERCURE
A
こ
corps. Jamais cependant elle
ne laiſſa échaper aucune
plainte. On admiroit fon courage
, & les Médecins euxmeſmes
qui connoiffoient ce
qu'elle ſouffroit , en estoient
furpris. S'il luy ſurvenoit quelque
accident ou quelque
douleur extraordinaire , elle
diſoit toûjours que ce n'eſtoit
rien , & prenoit enſuite tous
lés remédes qu'on luy préſentoit
, quelques rudes ou
amers qu'ils pûſſent eſtre.Elle
communia pluſieurs fois depuis
qu'on luy eut donné le
Viatique , &elle montroit
GALANT. 75
une joye extréme , qquuaanndd
ſelon les Régles de l'Egliſe
on pouvoit luy renouveller
la Communion , ce que fon
Confeſſeur fit auſſi ſouvent
qu'il le pût. Ces jours de
Devotionparticuliere, étoient
pour elle des jours de foulagement
, qui ne venoit que
de la confolation intérieure
que ſa ferveur luy faifoit ſentir.
Elle communia encore
en Viatique le jour de Noël,
& dit qu'elle croyoit l'avoir
fait pour la derniere fois. Le
Lundy 27. Decembre , elle
demanda l'Extreme- Onction
Gij
76 MERCURE
qui à la premiere ouverture
luy en fut faire , & fouhaita
d'entendre la Meſſe auparavant.
Le Roy & l'Infante y
aſſiſtérent. Enſuite elle pria
qu'on luy dift tout ce qu'elle
avoit à faire pour recevoir ce
dernier Sacrement. On luy
en expliqua les Onctions , &
on luy marqua ce qu'il fal.
loit qu'elle fift intérieurement
& extérieurement , à
quoy elle ne manqua point,
s'acquitant de tout avec une
préſence d'efprit&une devotion
admirable. Elle fit encore
une reveuë, ou maniere
GALANT. 77
deConfeſſion genérale, avec
des ſentimens de regret de
fes pechez, d'amour de Dieu,
&de réſignation, les plus fervens
que l'on puiffe avoir
en cet état.. Elle renouvela
alors à fon Confeffeur ce qu'-
elle luy avoit dit pluſicurs
fois dans ſa maladie , qu'il
l'avertiſt de ce qu'elle devoit
faire , ou ne pas faire , parce
qu'elle ne vouloit rien omertre
, & qu'elle ſe déchargeoit
fur luy , fi elle manquoit en
quelque chofe. Apres l'Extreme
- Onction , elle entra
dans une eſpece de ſommeil
Giij
78 MERCURE
1
doux , où ſa poitrine commençaà
ſe remplir. Un Médecin
eſtant venu luy tâter
le poulx , elle entendit qu'il
répondoit pire, àceux quiluy
demandoient ce qu'il en trouvoit
, Pire , repartit- elle, il est
meilleur, voulant marquer par
ces mots , qu'elle approchoit
du bonheur où elle aſpiroit
depuis ſi long- temps. Enſuite
elle s'attacha aux dernieres
préparations , tenant d'une
main le Crucifix qu'elle embrafſoit
tendrement , & un
Cierge bény de l'autre. Elle
faiſoit en François ou en Por
GALANT. 79
tugais, tous les actes qui luy
eftoient ſuggérez , felon la
Langue dans laquelle on luy
parloit. Elle demanda encore
l'Ablolution , un demy quart
d'heure avant qu'elle pouſſaft
le dernier foûpir ; & quel
qu'un luy ayant dit quelque
choſe pour la préparer à paroiſtre
devant Dieu , elle répondit
deux fois en Portugais
, qu'elle ne craignoit
point de mourir. Elle dit auffi
à ſon Confeſſeur , qu'elle
avoit toûjours entendu dire,
que dans l'heure de la mort , on
avoit des peines & de rudes ten
Giiij
85 MERCURE
tations , & que le Demon employoit
tous ses efforts pour troubler
les ames ; qu'elle neſentoit
rien de tout cela , et n'avoit au
cun ſcrupule , mais qu'elle feroit
bien aiſe de ſçavoir ce quilfaudroit
qu'elle fiſt , ſi quelque tentation
la ſurprenoit. Elle s'arreſta
à ce qu'on luy dit , &
mourut tranquillement , &
fans s'agiter , parce que la
confiance qu'elle avoit en
Dieu , & fa refignation à fon
amour , la mettoient en affurance
contre toutes choſes.
Son Corps fur enfſevely apres
ſa mort dans un Habit de
GALANT. 8
S. François , du Tiers Ordre
dont elle estoit ; & fon viſage,
malgré la longueur de fa ma
ladie , conſerva un air de dou
ceur & d'agrément , qui attendrit
tous ceux qui la'virent.
Les Ceremonies de l'Enterrement
ſe firent la nuit du
Mardy 28. du meſme mois
de Decembre. Si toft qu'on
eut enlevé le Corps , le Roy
&l'Infante monterent enſemble
en Carroffe , & s'en re
tournérent à Lisbonne , où
le Roy s'enferma d'abord
dans ſon Quartier. Il y paffa
huit jours dans la Chambre
82 MERCURE
avec un Flambeau allumé,
ſans y avoir d'autre jour , &
fans parler à perfonne. Il y
demeura encore trente jours
apres cela, & n'y parla qu'aux
Miniſtres , pour les Affaires
preſſées de l'Etat. L'Infante
occupa l'Apartement de la
Reyne , & y fut ſervie par le
meſme nombre d'Officiers
que cette Princeffe avoit , &
de la meſme maniere. Il y
eut quelque conteſtation entre
ces Officiers , & ceux qui
avoient eſté nommez depuis
un an & demy pour ſervir
Infante. On vouloit ſçavoir
GALANT. 83
qui ſeroient ceux qui demeureroient
, & les choſes furent
acómodées de telle maniere,
qu'on les fit ſervir les uns 84
les autres. Je croy, Madame,
que vous n'aurez pas de peine
à avoüer , qu'on ne ſcauroit
mieux remplir l'idée d'une
ſainte mort, qu'a fait cette
Reyne. Elle ſe l'eſtoit formée
long- temps auparavant, lors
qu'elle eſtoit encore en pleine
ſanté , marquant par écrit
tout ce qu'elle voudroit avoir
fait en ce temps - là . Sa devotion
eſtoit folide , & ne con-
Gſtoit qu'à la porter à s'ac
84 MERCURE
quiter des devoirs d'une grande
Reyne , & d'une Rey.
ne veritablementChrétienne.
Pour en venir à bout ſans
obſtacle , elle s'appliqua à
deux choſes les deux dernie-
, & y res années de ſa vie
reüffit parfaitement. La premiere
fut de ſe rendre maî
treffe de toutes fes paffions,
&de tous les mouvemens de
ſon coeur , fur lequel elle s'acquit
tout l'empire qu'on y
peut avoir par la raiſon &par
le bon ſens , qu'elle s'eftoit
fait une habitude d'écouter
en tout. La ſeconde fut de
GALANT. 85
régler ſon intérieur & fa conſcience,
pour ſe rendre agreable
à Dieu , en s'attachant
uniquement à luy plaire , &
ſe détachant de tout ce qui
la pouvoit détourner de luy.
Ces deux choſes établirent
ſon eſprit dans une égalité,
dans une liberté , & dans une
paix intérieure ſi douce & fi
gra
grande , qu'elle craignoit
quelquefois qu'elle ne ſerviſt
Dieu par intéreſt , & par la
fatisfaction qu'elle en recevoit,
ſe trouvant par là, diſoitelle
, au-deſſus d'une infinité de
choſes qui arrivent dans la vie,
86 MERCURE
& qui ne ſervent qu'à troubler
noftre repos. Cependant la douceur
qu'elle gouftoit avec
Dieu , ne l'empêchoit point
d'agir au dehors quand il
eſtoit néceſſaire , avec application&
fermeté. Elle a laiſſé
trois fortes d'Ecrits. Le premier
contient les Conſeils
que vous avez vûs, & qu'elle
a dreſſez pour l'Infante. Le
ſecond eſt plein de Poëfies
Chrétiennes , auſquelles elle
s'apliquoit de temps entemps
pour ſe divertir , prenant plaifir
à faire des Vers, &y ayant
beaucoup de génie. On y
GALANT. 87
woit les ſentimens d'un coeur
tout remply de l'amour de
: - Dieu. Le troifiéme eſt compoſé
de quantité de petits
Ouvrages qu'elle a faits de
puis deux ans , dans lesquels
elle marquoit chaque jour
tous les ſentimens que Dieu )
luy donnoit , & la maniere
dont elle les mettoit en pratique
, ajoûtant ce qui ſe
paſſoit en elle de plus inté
rieur , ſuivant les occaſions
qui ſe préſentoient. Les heures
qu'elle employoit à ces
Papiers, eſtoient les plus douces
heures de ſa vie . Elle
88 MERCURE
craignoit meſme d'y avoir
ttrroopp ddee ppllaaiifſiirr , quoy que
perſonne ne viſt ce qu'elle
faiſoit , que ſon Confeffeur;
&quand ſa ſanté ou ſes affaires
ne luy avoient pas permis
d'écrire, elle difoit qu'elle
n'eſtoit pas contente d'ellemeſme.
Il me ſouvient que je vous
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Royce
GALANT 91
55555 552 552 55252
20
- AU ROY DE FRANCE.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
HIlyy a pour ſubſcription à
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
LETTRE ECRITE PAR
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Ettre de Chao Peja Ferry
LTeTrerrarammaa Bacha Chady
Amatraja, Mehittra , Pipittra,
I ij
100 MERCURE
Rathana, Rat, Couffa , Tidody,
Apaja , Pery, Bora , Cromma,
Pahoué , qu'il envoye en figne
d'amitié fincere à Ms les Directeurs
Genéraux de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maiſtre envoye
Jes Ambassadeurs , afin de porter
fes Royales Lettres , & Préfens,
à la Haute &Royale Majesté
du Grand Roy de France , afin
que leurs Alliances fi excellentes
avantageuses puiffent estre
éternelles. Or comme les Ambaf-
Sadeurs Serviteurs du Roy
mon Maiſtre font un cheminfort
long, fi lesdits Ambaſſadeurs ont
GALANT. IOI
beſoin de quelque chose , ou- bien
fi le Pere Gayme & Emmanuel
Ficards vont le demander à la
Compagnie , je prie ladite Compagnie
d'enfaire un Compte clair
net ,&de l'envoyer icy, afin
que jefatisfaſſe à tout ce qu'ils
ont reçûde la CompagnieRoyale,
de plus , si la Compagnie Royale
defire quelque chose de ceRoyau
me, je la prie de nous lefaire
fçavoir avec toute la clartépof
fible..... ١٠ )
১.
102 MERCURE
LETTRE DU MESME
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
M'Deſlandes, en parlant
des Eléphans que le Roy de
Siam envoyoit en France
avec fes Ambaſſadeurs , a
expliqué la maniere dont les
Eleph
Elephans ſauvages peuvent
eftre pris , & voicy ce qu'il
en dit. Ce Roy en ayant
pluſieurs apprivoiſez , mafles
&femelles , en envoyequel
ques Bandes à quinze ou
GALANT. 107
vingt journées de la Ville,
dans les Bois & dans les
Plaines . Chaque Bande, qui
eft compoſée de quarante ou
de cinquante, a neuf ou dix
Hommes pour Conducteurs ;
& quand ils ont apperçeu
quelque Eléphant, ils ordonnent
aux Femelles de les al
ler entourer. Vous remarquerez
que les Eléphans apprivoiſez
entendent la Langue
de leurs Conducteurs.
Lors que l'Eléphant eft entouré
des Femelles, les Hommes
qui font montez ſur les
Maſles, accoſtent les Femel.
108 MERCURE
(
les , & font marcher l'Ele
phant pris dans le milieu de
la Bande. Ainſi il ne voit
point où ilva. A une journée
de la Ville , on les fait paſſer
par une Attrapoire , qui eft
toute bordée d'Arbres , &
que l'Eléphant ſauvage prend
pour un Bois. Ils n'y paſſent
qu'un à un ; & quand l'Eléphant
ſauvage eft dans l'Attrapoire
, où il croit paffer
comme les autres , on laiſſe
tomber de gros Pieux par
des coulices devant & derriere
, & il ſe trouve arreſté
comme s'il eſtoit dans une
GALANT. 109
Cage , fans qu'il puiſſe ſe
tourner de coſté ny d'autre.
Les Pieux qui compoſent
l'Attrapoire , font auſſi gros
que des Mats de Navire, &
deux Homes auroient peine
à les embraſſer. En ſuite on
lie les quatre pieds de l'Eléphant
avec des Cables , afin
qu'il ne puifle fuir,& on l'amene
proche des murailles
de la Ville, où il y a une Maifon
couverte. Dans le milieu
de cette Maiſon eſt un gros
Mats de cinq à fix braſſes de
hauteur , avec une Poutre
paſſée au travers par le haut
}
110 MERCURE
du Mats, qui eſt enfoüydans
terre d'une braſſe en maniere
de Pivot , ou bien tourné
comme le Cabestan d'un
Navire. Quand l'Eléphant
pris eft arrivé à cette Maiſon,
on le fufpend àce Cabeſtan
par deſſous le corps avec des
Cables, en forte que ſes pieds
poſent à terre. Eſtant ainſi
attaché, il ne peut tourner
qu'avec le Cabeſtan , & on
le laiſſe de cette maniere
pendant deux ou trois jours,
gardé par deux Maſles & par
deux Femelles, ſans luydonner
à manger. Apres cela,
GALANT. III
onl'oſte du Cabeftan , & on
le lie par le corps avec un au..
tre Eléphant privé. Ils demeurent
ainſi attachez enſemble
, juſqu'à ce que le
Sauvage ſoit apprivoilé , &
alors on luy donne un Cornacque,
ou Conducteur. Ces
Animaux ſont fort eſtimez
dans le Païs ; auſſi leRoy de
Siam en a quantité de domeftiques
. On appelle ceux qu'il
monte , Eléphans de l'Etat.
On les loge dans de beaux
Lieux , qui ſont comme des
Maiſons de Princes , toutes
peintes de feüillages; & com,
112 MERCURE
me ces Animaux aiment fort
la propreté, on ne ſe ſert que
de Vaiſſelle d'argent pour
leur donner à manger. Ja
mais ils ne ſortent pour al
ler à la Riviere ou à la Campagne
, qu'on ne porte des
Parafolsdevát chacun d'eux.
Ils ſont précedez de Tambours
& de Muſetes , & ont
unHarnois d'argent , & garny
de cuivre . Deux Hommes
montent deſſus, l'un ſur
le col , l'autre ſur la croupe;
&dans le milieu , il y a une
Selle d'écarlate, où perſonne
n'ofe s'affeoir, à cauſe que
GALANT. 113
C'eſt la place du Roy. Celuy
qui eft monté fur le cot , a
un Croc de fer , ou d'acier
luifant, dont il ſe fert pourle
gouverner , en le piquant fur
le coſté gauche du front,
pour le faire aller à gauche;
&dans le milieu, pour le faire
aller à droit. Chaque Mafle
a toûjours far Femelle qui
marche devant luy , gouver.
née & enharnachée de la
meſme forte. Ces Eléphans
ont la tefte de leur Trompe,,
la teſte, les oreilles, les jam
bes ,& une partie du Corps,,
marquetez , comme l'eſt lat
Juin 163.4 K.
114 MERCURE
peau d'un Tigre ; & quand
ils ont une queue traînante
avec un gros bouquet de
long poil au bout , c'eſt un
embelliſſement qui faitqu'on
les eſtime beaucoup davantage.
Je vous ay déja parlé de la
Statuë antique qu'on trouva
il y a trente ans à Arles en
foüillant la terre. Cette Ville
la gardoit dans ſon Hoſtel,
où d'illuſtres Voyageurs venoient
l'admirer de toutes
parts , comme un des Chefd'oeuvres
de l'Antiquité.
M' d'Arles qui poffédoient
GALANT. 15
ce Tréſor , ne prévoyoient
pas que cette belle Statue,
qui leur attiroit tous les jours
les viſites des plus ſçavans
Curieux , duſt jamais ſortir
de leur Ville. Cependant,
voyant les foins que M'de
Louvois prenoit de s'informer
de tout ce qu'il y a de
belles Antiquitez en France,
pour en choifir les plus rares,
& faire plaifir à ceux à qui
elles appartiennent, en leur
donnant lieu de les offrir à
Sa Majeſté , ils ont regardé
comme une gloire tres
grande, l'avantage de pou
Ky
1
116 MERCURE
voir faire à ce grand Monarque
un préſent ſelon ſon
gouft, & luy donner de nou .
velles marques du zele empreſſé
qu'ils ont toûjours eu
pour ſon ſervice, en le priant
d'accepter leur belle Statuë.
Le Roy leur a ſçeu bon gré
de leur offre ; elle a eſté fuivie
des effets, &la Statuë eft
arrivée à Paris , d'où à l'heure
que je vous écris , elle n'eſt
pas encore partie pour Ver.
failles. Il s'eſt élevé un grand
diférend touchant fon nom,
comme je vous l'aydéja écrit.
M' Terrin, Conſeiller auPré1
GALANT. 117
fidial d'Arles , a fait un Volume
entier pour prouverque
c'eſt une Vénus, & fon fenti
ment a preſque eſté genéral.
Il y a pourtant trois Académiciens
de l'Académie d'Arles
qui n'en ſont pas , non
plus que le P. Daugiers Jéſuite,
qui a fait un Livre in.
titulé, Reflexions ſur les Sentimens
de Callifthene touchant la
Diane d'Arles.Me de Vertron,
Hiſtoriographe du Roy , &
qui fait l'Histoire de Sa Majeſté
en Profe Latine , pour
l'utilité des Etrangers, eft l'un
des trois Académiciens d'Ar118
MERCURE
lesqui ſoûtiennent que cette
Statuë eſt une Diane. Il eſt
Autheur du Diſtique fuivant.
LUDOVICO XIV.
FRANCORUM IMPERATORI MAΧΙΜΟΣ
REGI CHRISTIAN FSSIMO;
PATRI PATRIA,
LITTERARUM PARENTE,
SOLI GALLICO,
DISTICHON.
Nunc tibi digne Arelas offert
LodoïceDianam;
Sole etenimfemper dignaDiana
fuit.
Un autre Académicien de
lameſme Compagnie , dont
je ne ſçay pas le nom, a pris
party pour Diane , qu'il a
faitparlerainfy.
GALANT. 119
25525-522555-25252
STANCES.
N Art ingénieux imitant la
UNNature,
Fitparler ce Marbre autrefois;
La Superftition consacra mafigure,
Et mefit Déeffedes Bois.
L'Esprit qui m'animoit,prononça des
Oracless
EtmafeinteDivinité,
Par des prestiges vains,&parde
faux miracles,
Soûtint longtemps madignité.
Les Peuples abufez par le nom de
Diane,
Couroient erfoule àmon Autels
120 MERCURE
Ils m'offroient des Enfans, que leur
zele profane
Arrachoit daſein maternel.
}
C'estainsi que mon culte atroce,
Sanguinaire,
4
Devint unelonguc füreurs
De ma Religion leplusfacré mistere
N'estoitfondé quefur l'erreur..
DemonTemple,fouillé defang&de
1
carnage,
Tout l' Edifice est renversés
L'Idole eft abatuë,&tout ce grand
dommage
Vange enfin le Ciel offenfé..
Sa
Depuisplus de mille ans, une indigne
retraite
Mecachoitauxyeux des Vivans;
Pestois de cet état beaucoup plusfatisfaite
GALANT. IZI
Que d'avoir àtromperles Gens .
Se
L'en avois pourtant
beauté celeste
bonte , &ma
Entde l'horreur pour ce Tombeaus
Maisje rencontre, apres unsejour
Sifuneste,
Un deſtin plus doux , & plus beau.
:
Un Roy plus glorieux que le Dieu de
laGuerre,
Le Grand, l' Invincible LOVIS, A
Pour qui jefors enfin du centre de la
Terre,
Me veut voir, & connoit mon prix .
Arles me conferva durant plus deſept
८ lustres,
Commeſonplus riche ornements
Etjefaisois l'honneur des Mémoires
illustres
Juin1684. L
122 MERCURE
De l' Anglois,&de l'Allemand.
52
Echapée àlafin de ces vaſtes Ruines
Oùl'on nesçavoit rien de moy ,
Diane brillera parmylesHeroines
Qui parent la Cour d'un grand
Roy.
Arles dont le Soleilfuffit à tout le
monde,
/
Veut joindre le Frere & la Soeur;
Arles enme donnant, est heureuse &
:
féconde,
Cepréſentferaſon bonhenr.
Se
Si mes bras font tombez ſous cette
Faux cruelle
Dont letempssefert en tous lieux,
Ce malheur vient de l' Art, qui me
fit affez belle
Pourdonner de l'envie aux Dicux.
GALANT. 123
Se
Maisj'ay trompé ce temps, &Sa dent
afamée
N'a rienfait contre mon honncurs
Ie trouve en vieilliſſant, &plus de
renommée,
Plus d'Autels,&plus de bonheur.
Se
Mes membres séparezſemblent un
grand outrage;
Mais le Ciel l'asceu reparer,
Etle coeurdeLOVIS m'honore davantage,
Quesil'on venoit m'adorer.
52
Lafaveurqui m'attend eſtſeûre&
perdurable,
Quayqu'on diſe des Courtiſans
Quepour eux la Fortune est laseule
adorable,
Seule digne de leur encens.
L
Lij
124 MERCURE
Dela grandeur du Roy ma grandeur
foûtenuë,
Efpere un haut rang à la Cour;
Mais c'est affezpour moy, si j'y suis
reconnue
Pour la Soeur de l'Aftre du jour.
Sz
Ecoute, Grand LOV IS, car le Dieu
qui m'agite
Ne mepermetplus de mentir;
Ecoutellee deſtin qquuee t'afait ton merite,
Etquej'ose te garantir.
52
Ta fupréme valeur n'aura jamais
d'obstacle
Qu'elle ne renversesoudains
Tupeux,fans teflater, recevoir cet
Oracle
1
Que le Ciel a mis dans monſcin.
GALANT. 125
52
Ton Regne durcrajusqu'à lafin du
Monde,
Tuferasregnerton Dauphins
Son Empire, enſuivant tavertufans
feconde,
Iusque- làn'aurapoint defin.
Se
Les Aftres complaifans n'auront rien
qui l'aflige,
Rienquimenaceai'un reverss
Un jour les Rejetons de ta Royale
Tige
Seront Maistres de l'Univers...
SE
Tes Neveux, en marchantfur lespas
detagloive,
:
Maintiendrontles Peuplesfoûmiss
Ou bien ils apprendront, en lifant
ton Histoire, dont
L'Art de dompter leurs Ennemis.
CLO
4
Liij
126 MERCURE
Ces Vers font beaux, mais
ils ne fourniſſent aucune preuve
, d'où l'on puiſſe tirer la
moindre lumiere , qui faſſe
voir que cetteStatuë représéte
une Diane. Aufli connoift
on que l'Autheur n'a pas cu
deſſein de le prouver , mais
feulement de donner des
marques de fon eſprit ,
faiſant parler cette Déeſſe.
Apres vous avoir fait part
cequ'ont dit trois Illuftres,
qui veulent paroiſtre perfua
dez que la Statuë d'Arles eſt
une Diane , je ſuis obligé de
de
en
vous dire quelque choſe de
GALANT 127
D S
trois autres,, dont le ſentiment
eſt entierement conforme
à ce que M' Terrin a
écrit pour prouver que cette
Statuë, eſt une Vénus. Les
Sçavans n'appellent guére de
leur jugement, qui l'emportera
toûjours ſur celuy d'un
plus grand nombre. Voicy
ce qu'ils ont écrit ſur ce ſujet.
こM' Spon dit dans ſa Préface
des RECHERCHES
CURIEUSES SUR L'ANTIQUITE',
imprimées à Lyon
en 1683. L'Obéliſque d'Arles
est une des Antiquitez qui frapent
d'abord la veuë , &c...
Lij
128 MERCURE
T
2
M Terrinl'a expliquéſouvam
ment , a dit presque tout ce
qui ſe pouvoit dire des Obélif
ques dans le Livne qu'il nous
en a donné ; auſſibien que de la
belle Venus d'Arles , qu'on prenoit
autrefois pour uneDiane.
Le P. Jobert Jéluîte, Prés
dicateur de Paris , grandMé
daliſte , & Amy du R. P. de
laChaife, dit dans une Lettre
qu'il a écrite à M Terrin,
datée duas. May1684. Je croy
que la prétenduë Diane est arris
vée ; je ne doute point que vous
ne l'emportiez hautement ,
qu'à la premiere venë nos Sça
GALANT. 129
wans ne reconnoiffent Vénus. On
n'a jamais vû Diane en un pareil
équipage ; &quand le Pere
Daugiers auroit fait un Poëme
entierpour appuyer l'opinion contraire
, il n'y auroit que perdu
des Vers &son temps. Vous
vous souvenez bien que dés que
je la vis , je ne pouvois concevoir
comment on l'avoit priſe pour
ure Diane. Quand le P. de la
Chaisefera de retour, je luy fe
ray vos Complimens , er je ne
doute point qu'il ne ſoit de vostre
αυις , σε.
Mide Camps , nommé
par le Roy à l'Eveſché de 4
130 MERCURE
Glandeve , dans une Lettre
du 8. Fevrier , qu'il écrit à
r
M' Terrin. Je vous ay déja
dit monfentimentfur vostre Li
vre de l'Obelisque , (t) de vostre
Vénus, j'ay loué voſtre avis
en plusieurs endroits, c.
Vous voyez , Madame ,
que tous ces Illuftres ne ba .
lancent pas à prendre le party
de Vénus , & que Mode
Glandeve , qui dit qu'il eſt
de l'avis de M Terrin en
plufieurs endroits ( ce qui
marque qu'il n'en eſt pas en
tout ce qui regarde l'Obéliſque
) s'explique affez clai
GALANT. 131
rement touchant la Statuë,
en luy donnant le nom de
Vénus. Voila un grand di
férent , qui ne fera point répandre
de ſang , quoy qu'il
ait excité une grande guerre
dans une Académie qui eſt
tout eſprit , & qu'il ait partagé
deux Perſonnes dansun
Cops aufli grand , qu'il eſt
diftingué , & dont tous les
Membres ont une profonde
érudition. Comme tant
de Sçavans ont dit librement
leur ſentiment ſur la
Statue dont il s'agit , j'ay
crû que je pouvois faire voir
132 MERCURE
icy la diverſité qui s'y ren
contre , ſans qu'aucun d'eux
euſt lieu de s'en plaindre.
Lesguerres qui ſe font entre
les Souverains , élevent les
Conquerans , & font éclater
leur courage & leur valeur;
&celles qui font feüilleter
les Livres , découvrent l'ef.
prit des Sçavans , & fervent
ſouvent à leur élevation. J'ajoûteray
icy à l'avantage de
M'Terrin , que tous les fameux
Sculpteurs de Paris,
où il y en a beaucoup , depuis
que le Roy a pris foinde
faire fleurir les beaux Arts,
GALANT. 133
A
demeurent d'accord que la
Statue d'Arles ne peut eſtre
qu'une Vénus , ou du moins
qu'elle n'a jamais eſté faite .
pour une Diane , puis qu'on
n'a jamais vû de Diane nue,
à moins qu'elle ne fuft dans
le Bain. Ceux qui en voudrontſçavoir
davantage, peuvent
lire le Livre de M'Terrin
, imprimé à Arles, & que
l'on trouve auffi à Lyon. On
y voit un deffeins de fa Figure
, comme je vous l'ay
déja marqué dans une de
mes Lettres. Quant à l'Original
, il eft encore au Palais
134 MERCURE
Brion , où l'illuſtre M' Feli
bien , qui en a le foin , ne
refuſera pas de le montrer
aux Curieux , qui dans quel
que temps pourront voir ce
belOuvrage à Verſailles . J'aurois
commencépar vous marquer
que ce qui cauſe tant
de diſputes parmy les Sçavans
fur les diférens noms
qu'on peut donner à cette
Statuë , eſt qu'il luy manque
un bras, & qu'il ne luy reſte
qu'une partie de l'autre , fi
en vous parlant il y a quelques
mois du Livre de M
Terrin , je ne vous avois fair
GALANT. 135
voir dés ce temps - là l'origine
de toutes ces diſputes.
Elles ne ſont pas ſans fondement,
puis que ce qui man.
que à cette Statuë euſt fait
connoiſtre aifément quelle
Déeſſe on avoit voulu repréſenter.
Je viens aux Nouvelles de
la Gour que je croy vous
devoir faire ſçavoir , avec le
mefme ordre que j'ay fait
dans ma Lettre précedente.
Je n'en ſçaurois reprendre la
fuite , ſans vous dire en mefme
temps beaucoup de choſes
qui ſe ſont paſſées avant
136 MERCURE
le retour du Roy à Versailles.
Sa Majesté voulant honorer
la mémoire de feu M
d'Artagnan, & perpétuer ſon
Nom dans les Mouſquetai
res , qu'il a eu l'honneur de
commander en qualité de
Capitaine- Lieutenant, adonné
de fon propre mouvement
la Cornete de la Prel
miereCompagnie àM d'Ar.
tagnan ſon Neveu & ce
Prince a récompenfécenou
veau Cornete , des Charges
deCapitaine aux Gardes , &
-de Lieutenant de la Colanelle
, qu'il poſſédoitin
GALANT 137
Je vous ay parlé du Régi
ment de Humieres , que le
Roydonna, apres lamort de
M'le Marquis de Humieres,
quien estoitMestre de Camp,
àM' le Marquis de la Chatre
, Neveu de Madame da
Maréchale de Humieres ; &
je vous ay dit que de Mar
quis avoit une Compagnie
dans le Régiment du Roys
qui avoit effé trouvée laplus
belle de tout le Corps ; mais
je ne vous ay pas mande
que cette Compagnie avoit
eſté donnée àMale Marquis
d'Ancenis , Fils de MileDuo
Juin1684. M
138 MERCURE
deCharoft , & qu'en meſme
temps le Roy avoit donné à
un Mouſquetaire une autre
Compagnie qui avoit vaque.
Comme cette derniere Compagnie
eſtoit enun fortméchant
état , & qu'il ne manquoit
rien à celle de M' le
Marquis d'Anſenis , ce jeune
Marquis ſuplia Sa Majesté de
vouloir faire un échange des
deuxCompagnies,parce qu'il
n'y avoit point de dépenſe à
faire à celle qu'il luy avoit
plû de luy donner , & que
l'autre Compagnie deman.
dant beaucoup de frais pour
4
GALANT. 139
fon rétabliſſement , il pour
roit mieux y fournir , que le
Mouſquetaire qu'elle en venoit
de gratifier. Un procede
fi honnefte & fi genéreux
fut fort applaudy du Roy
&de toute la Cour , & l'on
dit que fi ce jeune Marquis
qui ne commence qu'à entrer
dans le monde , foûte.
noit toûjours ce caractere , i
deviendroit un des plus ac
complis Seigneurs de laCour,
Ce feroit icy le lieu de faire
un détail des Eveſchez don
nez par le Roy , mais com
me il me manque encore
Mij
140 MERCURE
quelques éclairciſſemens fur
cet Article , je ne vous en
parleray que ſur la fin de ma
Lettre.Y
Puis que vous avez efté fatisfaite
du Camp de Condé, que
jevous envoyay gravé il ya un
mois , je ne doute point que
vous ne le ſoyez encore davantage
de celuy de Thulin,
que j'ay fait aufli graver. On
n'y peut jetter les yeux ,
voir d'un coup d'oeil une partie
des grandes Forces de Sa
Majesté. Ce Camp eſt bien
plus conſidérable que le premier
que vous avez vû , puis
fans
GALANT. 141
!
qu'il a efté augmentéde beau.
coup de Troupes , & entre
autres de vingt Eſcadrons,
que commandoit M'le Duc
de Villeroy , & avec leſquels
il gardoit un Poſte ſur la Haifne.
Jugez par ce Camp de
( la puiſſance du Roy, puis que
parmy ce que vous voyez, il
n'y a aucun Corps des Troupes
qui ont ſervy au Siege de
de Luxembourg ; que M' le
Comte de Choifeüil en com
mande encore un autreCorps
fort conſidérable , & que
toutes les Places que leRoy
poſſéde dans les Païs,Bas, en
142 MERCURE
font remplies ; &cela , ſans
compter les autres Armées de
Sa Majefté. M' le Maréchal
de Schomberg commande
ce Camp. Il a fous luy cinq
Lieutenans Genéraux , qui
font M le Duc du Lude,
M le Comte d'Auvergne,
M'le Duc deVilleroy , M'le
Prince de Soubiſe , & M'le
Marquis de Boufflers. Les
Maréchaux de Camp font
M'le Duc de Vendoſme,
M' le Ducde Brikenfeld , M
le Comte de Schomberg ,
&M ... D
Pendant que les Troupes
GALANT. 143
de ce Camp brûloient d'impatience
deeffeerrvviirrleurPrince,,
&d'acquerir de la gloire , le
Roy attendoit à Valencien
nes des nouvelles de la Prife
de Luxembourg. Les ordres
eſtoient donnez pour luy en
apprendre beaucoup plutoſt
que les Courriers les plus di
ligens n'auroient pû faire.
C'eſtoit la maniere des Ro
mains , qui par le moyen des
Feux & des Signaux , donnoient
à Rome en tres-peu
de temps des nouvelles des
Païs , qui en eſtoient éloi
gnez de deux ou trois cens
۱ 144MERCURE
licies. Il eſtoit jufte que
Louis LE GRAND fuſt ſervy
à la Romaine. Ce n'a pas
eſté toutefois de mefme en
cette occafion, puis que le
Canon n'eſtoit pas en ulage
du temps des Romains. Voi
cy ce qui ſe fit quand le
Prince de Chimay eut demandé
la premiere fois à capituler.
M le Maréchal de
Créquy dépeſcha un Courrier
à Avelnes , où l'on tira
le nombre de coups de Canon
que le Roy avoit ordonné,
& qui n'eſtoit ſceu de
perfonne, Cela fut continué
de
GALANT. 145
de Place en Place. Landrecies
répondit à Aveſnes , &
le Quénoy à Landrecies. Le
Canon du Quénoy fut entendu
à Valenciennes envison
ſur le minuit. LeRoy en
ayant eſté averty , demanda
combien on avoit tiré de
coups. On luy répódir qu'on
en avoit compté cinq. Ce
Prince commanda que l'on
écoutaſt encore ; & un peu
de temps apres , on compta
deux autres coups. Sa Majeſté
dit alors que Luxembourg
capituloit. Cette nouvelle
fut confirmée le matin
Juin 1684. N
146 MERCURE
par M' Deſbordes), Lieutel
nant Colonels du Regiment
de Navarre , que Mile Mal
réchal de Créquy avoit dé
peſché au Roy. Comme c'eſt
un Homme d'un fort grand
mérite , & qu'il a l'honneur
d'eftre connu toeftimendo
Sa Majeſte , Elle luy fit don
ner deux mille écus pour fon
voyage. Quoy qu'on duft
s'attendre à cette nouvelle,
on ne laiſſa pas d'en marquer
autant de joye que fi on avoit
eu lieu d'en eſtre ſurpris , &
toute la Cour la fit delater au
lever du Roy! Les Carmes
de Valenciennes , chez qui
GALANT. 147
ceMonarque alloit tous les
jours entendre la Meſſe, vinrent
fuplier Sa Majefté de
ſoufrir qu'ils chantaſſent le
Te Deum à la fin de celle
qu'Elle devoit entendre col
jour- là. Ce qu'ils deman
doient leur fut accordé , &
ils chantérent ce Te Deum!
ſans ceremonie, &feulement,
pour ſatisfaire leur zele. Le
lendemain , le Royken fit
chanter un dans l'Egliſe de
S. Jean , avec beaucoup de
folemnité, quoy qu'il n'eust
eu aucunes nouvelles de Luxembourg
depuis l'arrivéede
Nij
148 MERCURE
M Deſbordes . Ainſi il ne
pouvoit eſtre certain que ſes
Troupes fuſſentdans la Ville;
mais ce Prince ſçachant l'état
des Attaques, & celuy de
fes Troupes , & connoiſſant
L'expérience de ſes Commandans
, & la grande habileté
de ſes Ingénieurs , crût
qu'il pouvoit rendre graces
à Dieu d'un fuccés qui effoit
infaillible à ſes armes, & qui
ne pouvoit eſtre retarde long
temps par aucun obftacle.
M' le Nonce, & M'l'Ambal
fadeur de Venise , affiftérent
à ce Te Deum, auſſi bien que
les Miniſtres de pluſieurs au-
τ
A
AmbaſGALANT.
149
tres Souverains. Tout y fut
folemnel ; & M de Rhodes,
Grand-Maistre des Ceremonies
, y fit les fonctions de ſa
Charge. La Cerémonie fut
faite par Me l'Archeveſque
de Cambray , affifté de fon
Clergé, & la Muſique de
Valenciennes s'y fit entendre.
Il arriva un Courrier de
M' le Maréchal de Créquy,
qui apprit au Roy la chicane
du Prince de Chimay. Cela
n'étonna point ce Monarque
, qui fans diférer d'un
Teul mmoommeent, partit pour
Cambray , comme il l'avoit
Niij
(150 MERCURE
réſolu. Il laiſſa au Camp toutes
lesTroupes de la Maiſon,
& n'en mena avec luy que
deux cens Mouſquetaires ,
cinquante Gendarmes , cinquante
Chevaux Legers ,
'cent Gardes du Corps , &
quelques Compagnies des
Gardes. Sa Majefté apprit à
Cambray que le Prince de
Chimay avoit demandé une
ſeconde fois à capituler , &
⚫que depuis la premiere iln'a--
-voit paru que pendant un
jour en reſolution de ſe défendre
De Cambray , la
Cour vint àPéronne, àRoye,
NGADANTI
adduchyna Chantilly ,
zofi Monfieur & Madame ſe
trouverent. Monfieur le
Prince receut le Roy à la
Porte du Chateau ; & quoy
qu'il fuft fort incommodé,
fon viſage ne laiſſoit voir que
des marques de la joye qu'il
Steffentoit! Sa Majesté l'embraſſa
quatre fois avec cet air
toutengageant qui fait qu'on
soublie le Roy pour n'aimer
que fa Perfonne. Toute la
Cour eftant entrée dans le
Chafteau chacun prit ſon
party pour en admirer les
beautez. Les uns monterent
Niij
152 MERCURE
dans les Apartemens ; lesau
tres ſe répandirent dans les
Jardins ; les autres cherche
rent du repos ; & le Roy ſeul
alla travailler. Ce Monarque
demeura enfermé pendant
quelques heures ; apres quoy
il prit le divertiſſement des
Eaux. Monfieur le Duc le
mena d'abord au grand Réſervoir
, qui eſt d'une beauté
furprenante. Sa Majesté alla
Sen ſuite en divers endroits,
où les Eaux font des effets
merveilleux . Monfieur le
Prince l'attendit au premier,
& l'accompagna quelque
こ
GALANT 13
A
temps, mais Monfieur le
Due le conduific par tour.
-Toutes les Eaux de ce Lieu
délicieux ſont belles , & en
abondance. Il ya une Ma
chine , qui quoy que fort
frmple , fournit de l'Eau vive
à tous les Jets d'Eau , & aux
Caſcades . Le Roy en loŭa
beaucoup le travail , & fut
fort content de tout ce qu'il
vit. On rentra en ſuite dans
tous les Apartemens, où l'on
admira la beauté des Meubles,
qui ſont auſſi riches que
bien entendus . Il ſeroit fort
difficile de voir auçun Licu
154MERCURE
-
mieux éclairé que le furent
tous ces Apartemens , non
ſeulement par le nombre des
lumieres , mais encore par
tout ce qui les contenoit. Le
Roy ſoupa avecMonſeigneur
le Dauphin, Madame la Dauphine
, Monfieur , Madame ,
Madame la Ducheffe , Ma-
: dame la Princeſſe de Conty,
Mademoiselle de Bourbon,
& Mademoiselle de Nantes .
La Symphonie fut charmante,
& fit le plaifir de la foirée.
Sa Majesté qui ſe fouvenoit
que Monfieur le Prince , &
Monfieur le Duc , n'avoient
GALANT 155
jamais épargné ny foins ny
dépenſe pour la recevoir, que
toutes leurs Feftes ont toû.
jours efté d'une magnificence
extraordinaire , & qu'on
auroit peine à trouver des
Princes auſſi genéreux , ne
voulut pas leur permettre de
faire aucune dépenſe. Ainfi
Elle fut ſervie à ſon ordinaire
par les Officiers de la Maiſon.
Monfieur le Prince , &
Monfieur le Duc , obéirent
aux volontez du Roy , mais
ce fut avec chagrin. Cependant
, quoy qu'ils ne traitaf
ſent pas Sa Majefté , il y eut
156 MERCURE
17
des Tables ſervies en divers
endroits , & à toutes fortes
d'heures , où chacun eſtoit
convié d'aller manger. On
porta par tout divers rafraî
chiſſemens , & ces grands
Princes firent fi bien les honneurs
de Chantilly, que ſans
défrayer le Roy , ny toute la
Cour, ils ne laifferent pas de
faire plus que n'euſſent pu
faire beaucoup d'autres,à qui
cette permiflion auroit efte
accordée: La Cour en partit
le lendemain, &arrivava a
failles , apres un voyage de
quarante-neufjours, dont il
aVerGALANT.
157
い
2
19
y en avoit eu quatorze de
marche , & trente-cinq de
repos , ou de ſejour. Elle
trouva de nouvelles beautez
àVerſailles , la France eſtant
reglée avec un tel ordre, que
la dépenſe de laGuerre n'empeſche
point celle des Bâtimens
de Sa Majcité , qu'on
voit s'élever à chaque inf
tant , aufli-bien que ſes Jardins
ſe remplir d'embelliffe.
mens nouveaux , tant ceux
àqui ce ſoin eſt commis, ſçavent
ſervir ce Monarque de
diférentes manieres, &toujours
avec ſuccés.
158 MERCURE
Comme Madame laDauphine
eft revenue groffe du
Voyage , je croy que le Madrigal
que je vous envoye
ſur ce ſujet, peut icy trouver
ſa place. Il eſt de M² Diéreville
du Pontleveſque.
OFIS paroift toûjours le plus
Dansle temps qu'ilfoûmet Luxembourg
àfes Loix,
Et que tout travaille àsa gloire,
Al'ombrede tousſcs Lauriers,
Son Fils d'intelligence avecque la
VICTOIRE
Luyfait de nouveaux Héritiers.
LaCour arriva a Verſailles
GALANT. 159
"
le 9. de ce mois ,& preſque
auſſitoſt on y eut avis que lef
Samedy to. un Party duCamp
de Thulin avoit batu un Con
voy, qui alloit par la Riviere
deDendre,de Dendremonde
à Ath. L'on y prit fix Belan
dres chargées de Poudre &
de Bled, avec ſept ou huit
petits Bateaux , qu'on brûla,
auffubien que les Bélandres.
On jetta les Poudres dans la
Riviere ; & pour le Bled, on
en diftribua une partie à de
pauvres Peuples , & le refte
fut emporté par douze cens!
Chevaux & Dragons dont
160 MERCURE
noftre Party eſtoit compofé.
M² du Roſel , Colonel, le
commandoit. Nous y perdîmes
un Capitaine de Dragons,
& il y eut encore cinq
ou fixCavaliers tuezy ou blef
ſez . Quatre mille Eſpagnols
& Hollandois , avertis de la
marche du Party , arriverent
deux heures apres l'Action,
avec le Duc de Monmouth,
&tous les Braves Volontai
res de Bruxellesub
Les, Muſes ne ſont pas
demeurées muettes apres la
Priſe deLuxembourg. Voicy
ce qu'elles ont fait dire à
GALANT. 161
P'illustre Mademoiselle de
Scudéry.
MADRIGAL.
AlerLuxcmsbourg,
Ier Luxembourg, maintenant
pitoyable,
Contre LOVIS vom n'avez på
tenir.
Consolez- vous d'unfort inévitable.
Vous vous trompiez de vous croire
imprenable ,
Mais enfes mains vous l'allez de.
(
venir.
LaPriſe delameſme Place
a donné lieu à M² Magnin
de faire une Devile , qui a
pour corps un Chefne fur le
quel la Foudre tombe , en
brife le tronc, & en écarte les
Juin 1684.
162 MERCURE
branches . Ces paroles en
font l'ame,
T A Quid profuit altum
Erexiffe caput ?
Elles ſont expliquées par ce
Sonnet du meſme M' Ma
gnin
Q
Vand ce Chesnesuperbe élevoitdans
les arys
Son tronc impérieux,&fes branches
hautaines,
Il estoit l'ornement &la gloire des
Plaines,
Tout vantoit la beauté deses feüillages
verds.
SE
Mais enfin le Soleil parses aspects
divers,
GALANT.163
Quiforment fifouvent des foudres
Acesfleres Hantours, des Cieux
Faitsouventéprouverde terribles
revers.
Lorne
Fortereffe orgucilleuse, à ta perte
obſtinée,
Luxembourg, aujourd'huy c'estlà ta
destinée,
Ilssont donc renverſez tes Boulevars
fiforts.
L
Et c'est là la grandeur do treros qui
Qu'au lieu de teparer de quelques
te dompte,
vains efforts,
६८५ 20 %
Tupouvois n'en pointfaire avecque
moins de bonte.
Oij
164MERCURE
J'ajoûte des Vers qui ont
eſté faits ſur les merveilles
du Roy, auſſi-bien que ſur le
Siege de Luxembourg.
Del éclat de bonheur,
°loire!
deva
Que de nobles ſujets pour embellir.
l'Histoire!
Que de rares vertus! que d'exploits
2
inoüis
*Etale à tous momens l'invincible
LOVIS!
Alexandres, Césars, cédez à ceMor
-marque,
D'un vray Héros en luy reconnoiſſez
2 lamarque,
Vos Conquestes n'ont rien d'éclatant
こaujourd'huy;
Vousvouliez, mais à tort, vous compareràluy.
GALANT 165
ف
Ilfaut desanspourvous,&desjours
pour oc Prince out fe
Toutfléchit ſom LOVIS, Chasteau,
Ville, Province.
T
Admirez,comme nous,ſes glorieux
travaux,
Dont les vostres nesont que d'indi.
gnes Rivaux.
Pourfes Soldats bleſſez la retraite
aſſurée,
1
Ses Edits&fes Loix d'eternelle
durée,
Les Sciences, les Arts, réunis aux
Vertus;
DesPeuples convertis, desTemples
abatus,
Un auguste Palaisd'une richeſtru-
Eture,
On l'Art induſtrieux furpaſſe la
Nature,
Ses ordres diférens pour les Etats
divers,
166 MERCURE
Le Commerce étably , la fonction
desMers
L'Abondance par tout, l' Ignorance
détruite,
La Iuftice en vigueur,&la Noblesse
instruite,
Le Mérite connu toûjours récom
pensé,
Lavangeancedu Crime&duPauvre
offensé,
Sont le but defessoins, & l'employ
defavie.
Pourquoy diféres -tu de te rendre
afſervie,
Luxembourg, auxdefirs dece charmantHéros?
Cede afes grands efforts, donne- toy
du repos ,
Etviens,fan's prolonger tavaine
résistance,
PartagerſousſesLys le bonheurde
laFrance.
GALANT. 167
Ces Vers,& le Madrigal qui
fuit, font de M² de Vertron.
Pourquoy Ourqnoy réſiſtois- tu
Adepuiſſans efforts d'un Héros invincible?
Fier Luxembourg, voila ton orgueil
abatu;
Tusçavois qu'à LOVIS rien n'estoit
impoffible;
Maissi ta résistance aſauvétonbonneur,
Confeſſe en mesme temps qu'elle augmentesagloire,
Réjoüis-toy desavictoire,
Ta Priſe désormaisva faire ton bonbeur.
Vous trouverez les noms
A
des Autheurs au bas des au
168 MERCURE
tres Ouvrages que je vous
envoye.
B
MADRIGAL.
Ien quejeporte un nom tout
brillant de lumiere,
Du Soleilje reçois la Loys
Icvoulois m'opposer àſa vaste carriere,
Mais je le reconnois aujourd'huypour
monRoy.
SONNET.
DUHAMEL:.
Remble, Luxěbourg, tremble,
&Soûmets tapuiſſance
Au Roy leplus vaillant qui viſt jamais
lejour;
Reconnoy que LOVIS, l'objetde
noftre amour
GALANT. 169
Range toutſous les Loix defon indépendance.
se
Pouvois-tu teflater de la moindre
apparence
D'éviter toſt ou tard de layfaire ta
Cour?
Rentre, rentre en toy - mesme , &
vaincue à ton tour,
Luy rendant ton hommage, implore
Ja clémence.
S'ilfçait vaincre l'orgueil,&le réduire
auxfors
Il a pour le pardon toûjours les bras
ouvertss
Mais les lieux les plus hauts doivent
craindre lafoudre.
Se
Plus ilsfont élvez, plus ilsyfont
Sujetss
Juin 1684. P
1
10 MERCURE
Etfuſſent-ils de marbre, il les réduis
en poudre,
Quandnous croyons leurforceàl'abry
defes traits .
a DuMas, deJoigny.
MADRIGAL.
EN
tout doitfléchir, ainsi le
Ciel l'ordonne,
Ainsile veulent les Deftins;
Cédez, cédez,foibles Humains,
Recevezun Hérosfi chéry de Bellone.
Venez, volez,accouriz tous,
Venez partageravecnous
Unjoug cent fois plus beau que n'eft
une Cauronpc.
Maisjem'égare enmesprojets,
CeDemy-Dicu nefaitla guerre
Qu'afin de cimenter le ropos de la
Terre,
1
GALANT. 1714
Etnonpaspour régnerfurde nou.
veaux Sujets.
Vous donc qui de fierté donnez de
vaines marques,
Envieux impuiſſans du bonheur de
mon Roy,
Indignes Ennemis duplus grand des
Monarques,
Ourecevezla Paix, on recevez la
Loy.
DE VOGINS.
)
ORACLE
CRONOGRAPHIQUE.
LVXeMboVrg ſera aſslegé , & en
SVIte pris par LoVIs Le grand,
MDLLLXVVVUIL
Et Oracle Cronographique,
Beaucoup plus vray que le
Delphique,
1
Pij
172 MERCURE
Ades Chaffeurs fat autrefois rende
Dans la Forest des fameusesArdennes;
Etles Vents qui fonfloient de toutes
leurs baleines
Contre les foüilles deſes Chesnes,
Neparent empefcher qu'il ne fot
entendu,
Etfans que rien enfuft-perdu,
A
Ilvintjuſques à nousfous des Lettres
Romaines,
Que l'An du Cas échû faitparoistre
certaines.
L' Oracle prédiſoit , que le fier
LVXCMbovrgoa
Moinsfage &prud at que Strafbourg,
Sobſtincroit à combatre lafoudre
Du fupiter Gaulois, qui réduit tout
en poudre;
Mais qu'enfin l'Infolentse verroit
aßlegé,
GALANTA
Sans espoir d'estresoulagé
Parles Troupes Conféderées,
Quesilongtemps il auroit cfpé .
rées, (
Et quepour lors ayant fort bien
compris 1
Qu'il ne pourroit manquer en stIte
d'estre pris,
Etdeſuivre les destinées
Demille autres Citez qu'il verroit
enchaînées
د
ト
Autriomphant Charde nos Lys,
Par Les mains du tres - granD
LOVIS 12
र
Dans cette conjoncture extréme,
Afinde conferverles reftes de luymesme,
Il ivoirse jetter aux pieds defon
Viqueur
Aus il cadela nuit, pour épargner
Lahonte,
1
T
A
Piij
174 MERCURE
Et tâchcroit de luygagnerle coeur,
(Ce coeur, qui tout le reste dompte,
Etqu'àsabontépres, rien autre
nefurmonte,)
En confeffant àses genoux,
Que s'il estinvincible, il estencor
plus doux,
Puis que pourdefarmerſaterrible
Puissance,
LesVaincus n'ontqu'à dire un mot
àfa clémence.
M' Rimper, S' de l'Eſcarpe,
Autheur de cet Oracle Cronographique
, a fait auſſi le
Quatrain qui fuit.
L
Uxembourg
Villede
par son nom, eft
lumiere;
Mais ce nom ne luy danne un éclat
Sanspareil,
し
GALANT
Que lors que pour brillerdefa clarté
premiere, לו
Vaincuë, ellese rend à LOVISfon
Soleil.
す
UnGentilhomme qui ſçait
auſſi bien manier l'Epée que
la Plume , a fait l'ode que
vous allez lire. Elle eſt, à la
gloire de M' le Maréchal de
Créquy.
J
ODE
Entenspar
M
A
toutque l'on chante
Un intrépide Guerrier,
Dont lavaleur étonnante
Remporte un nouveauLaurier.
L
Le bruitquefont lesTrompetes,
Estsi grand, si répandu,
Pij
376 MERCURE
1
Que celuy de nos Muſetes
Neferapas entendu.
५.. 152
Qui nesçaitque ce grandHomme
Sur laMeuse parut tel,
Qu'onvit autrefois pour Rome
Et Fabius & Marcel,
Quandl'Aigle &Sa République
Par les diferens Exploits
Du grand Lion de l'Affrique
Se trouverent anχμεριαλι
८८
Il marche, il tourne, il avance,
Heureux, habile, vaillant,
El devient parsaprudence,
DeDéfenseur, Affaillant;
Ilfuit les Troupes nombreuses
Des Germains préſemptueux
Paſſe des Rives fameuses,
triompher chez Etva
z eux 1
GALANT 177
Il n'est pas moins redoutable
En des Climats plus lointains,
Et Mars toûjours favorable,
Couronne fes grands deſſeins;
Il renverse les Barrieres
Où nos Soldats arrestez
Voyoient borner nos Frontieres
Par des Lions indomptez .
Les Bergers du voisinage,
Sans rien craindre deformais
Foüiront de l'avantage
Quepourroit donner la Paix.
Les Bergeres vaſſurées,
2. Dans les Bois vont s'écarter,
Et n'auront dans ces Contrées
Que les Loups à redouter.
52
Enfin lasuperbe Espagne,
En nous rendant Luxembourg,
178 MERCURE
_Daitconfoler iAllmagne
De la perte de Fribourg.
Ces grandsfüccés font entendre,
Que sous l'auguste LOVIS
Créquy peut tout entreprendre,
Et planter par tout nos Lys.
M le Duc de S. Aignan,
qui ne laiſſe échaper aucune
occaſion de marquer fon
zele , a écrit au Roy ſur la
Priſe de Luxembourg ; &
Sa Majefté l'a honoré d'une
Réponfe de famain. Je vous
envoye l'une & l'autre Lettre...
1
GALANT. 179
LETTRE
DE M
LE DUC DE S. AIGNAN,
AU RO Υ.
AuHavre le 9. Juin 1684.
SIRE,
Comme je ne sçaurois avoir
plus de foûmiſſion que j'en ay eu
toute ma vie pour V. M. bien
quefa Gloire augmente chaque
jour, il paroiftroit de la diminu
tion dans mon zéle pour ſon ſervice,
fije ne me ſervois aujourd'huy
dans la Prise de Luxem
180 MERCURE
bourg, de la permiffion qu'il luy
a plû de me donner , pour luy témoigner
ma joye pour les autres
Places importantes qu'Elle a conquifes.
Fenſuis toujours, SIRE,
au mesme état pourfes Victoires;
& les coups de Canon que les
Te Deum mefont tirer icy , en
me donnant beaucoup desatisfac.
tion , ne laiſſent pas de me caufer
quelque regret de n'en enten
dre point tirer d'autres. Mais,
SIRE , je veux esperer pour
mon repos , que ce sera pour la
Paix Genérale , que nousy mettrons
le feu , ou qu' Elle me permettra
d'aller luy confirmerfous
GALANT 181
celuy de fes Ennemis , avec cobien
de dévoüement je ſuis toûjours,
SIRE,
DE V. MAJESTE ,
Le tres-humble, tres- obeïſſant,
& tres-fidelle Serviteur
&Sujet,
LE DUC DE S. AIGNAN.
* REPONSE DU ROY.
On Cousin, Le vray mo-
Mif qui vous a dû porter à
mi'écrire ſur la Priſe de Luxem
bourg, c'est la confiance que vos
Lettres me font toûjours fort
Agreables . Fay reçû vostre Compliment
fur cette derniere Con
182 MERCURE
queſte, comme tous les autres que
vous m'avezfaits en de fem
blables occafions , &je ne doute
nullement que vous n'allaffiezencore
avec joyeſous le Canon de
mes Ennemis ,fimenſervicevous
y appelloit. Cependant n'épargnez
pas celuy du Havre , en
rendant graces à Dieu de cette
nouvelle Benédictionſur la justice
de mes Armes. Je le prie qu'il
vous ait , mon Cousin , en fa
Sainte & digne garde. A Ver-
Jailles le 12. deJuin 1684.
LOUIS
Amon Coufin le Duc deS. Aignan,
Pair de France.. '
GALANT 183
1
Je vous ay toûjours man
de fort exactement tout ce
qui s'eſt paflé en Hollande
touchant l'état des Affaires
préſentes , & vous envoyay
le mois paſſé quatre Mémoi
res préſentez aux Etats par
M'le Comte d'Avaux, depuis
eetomps-làil leur en a délivré
un cinquième, dans le temps
que Luxembourg demanda
la premiere fois àcapituler.
Jen'aypû l'avoir, mais voicy
ce que l'on m'en a mandé,
Get Ambaſſadeur, apres avoir
fait ſçavoir aux Etats la Prife
deLuxembourg, expoſe dans
1
184 MERCURE
ee Mémoire ; que les delais
donnez par le Royſon Maître
pour répondre aux Propoſitions
qu'il avoit faites
pour le rétabliſſement de la
Paix , ou la conſervation de
la Barriere , & le maintien
d'une bonne correſpondance
entre SaMajesté& eux, étant
inutilement écoulez , fans
que l'ony ait fait aucune Réponſe
; Sa Majesté ſe trouvoit
en état de faire de nou.
velles Conqueſtes , & plus
conſidérables , & d'augmen
ter ſes Prétentions contre les
Eſpagnols , fans ſe tenir da
د
GALANT. 185
vantage aux Offres qu'Elle
avoit faites le 29. Avril ; mais
que neanmoins , pour faire
voir qu'Elle demeure toûjours
dans la fincere inten
tion de procurer le bien ge
néral de la Chrétienté , en
propoſant tous les moyens
poſſibles pour luy donner le
repos , Elle luy avoit commandé
de leur faire ſçavoir,
que nonobſtant les grands
avantages qu'Elle doit ſe pro
mettre de la proſpérité de ſes
Armes , Elle veut bien en
core demeurer obligée juf
qu'au 12. du courant , aux
Juin 1684..
186 MERCURE
meſmes Offres qu'Elle a fair
faire le 29. Avril & 9. May
derniers , & à tous les Exc
pédiens propoſez dans les
Conférences qu'on a eües au
fujet de ces Offres , pour la
conſervation de la Barriere,
& pour le rétabliſſement du.
pos dans les Païs-Bas ; &
que Sa Majesté s'eſtoit portée
d'autant plus volontiers à
donner cette nouvelle preuve
de fa modération , qu'Elle
avoit eſté bien aiſe de ſeconder
les bonnes intentions de
ceux qui ſouhaitant le plus
le bien de leur Patrie enpar...
GALANT. 187
ticulier , & le repos de la
Chrétiété en genéral, avoient
fait paroiſtre un veritable defir
de procurer un prompt
rétabliſſement de la Paix ,
&d'entretenir toûjours une
bonne correfpondance avec
Sa Majefté. Que l'envoy de
leurs Troupes au Païs - Bas
Eſpagnol , avoit obligé Sa
Majesté de ſemettre à la tefte
des fiennes , pour pourſuivre
la fatisfaction qui luy eftoit
deüe; mais que l'ordre qu'ils
leur avoient donné de ne
commettre aucun acte d'hof
tilité contre les François , l'a-
Qij
188 MERCURE
ef
voit portée à donner encore à
leur conſidération ce delay de
ſept à huit jours, & qu'elle
péroit qu'ils en profiteroient
pour conclure& figner, con,
jointement avec les Miniſtres
d'Eſpagne , le Traité que Sa
Majesté avoit propoſé , ou
pour le conclure& figner eux
ſeuls , aux conditions que Sa
Majefté leur avoit cy- devant
offertes pour la conſervation
de la Barriere, & pour le rétabliſſement
du repos dans les
Païs -Bas, & qu'ils ſe déclare--
roient nettement dans ce terme,
parce qu'Elle vouloit fçaGALANT.
189
voir préciſement à quoy s'en
tenir avec eux,proteftant que
s'ils laiſſoiét écouler ce temps
fans donner une Réponſe poſitive,
Sa Majesté ne s'arreſte
roit plus à aucune confidération
, & ne régleroit dorénavant
ſes Demandes & fes
Prétentions , que felon le
fuccés qu'il plairoit à Dieu
de donner à la justice de ſes
Armes.
Les Etats ayant ſouhaité
quelques éclairciſſemens fur
ce Mémoire , voicy la Réponſe
qui leur a efté faite par
Mr d'Avaux..
190 MERCURE
MEſieurs les Deputez de
VosSeigneuries ayantprié
le Comte d'Avaux , Ambassa
deurExtraordinaire duRoyTres-
Chrétien, de mettre par écrit les
Réponſes qu'illeur a rendües cette
apreſdinéeſurles Demandes qu'ils
luyfont venus faire , & fur les
éclairciſſemens qu'ils ont defirez
a.dreſſe le préſentMémoire, pour
Satisfaire à ce qu'on a souhaité
de luy.
Ledit Ambassadeur a témoi
gné à Messieurs vos Deputez,
que leursDemandesſe réduisoient
:
àdeux points ; que le premier
GALANT. 191
confiſtoit en ce que le delay donné
par le Mémoire du s. de Juin,
est trop court pour pouvoirfaire
des délibérations dans vos Pra
vinces , & moins encore avec
les Ministres de Sa MajestéCatholique
, & de vos HautsAllioz.
Ledit Ambaſfadeur a répondu
Sur ce premier point , Que pour
ce qui regardoit vos HautsAlliez
( excepté le Royd'Espagne)
il en parleroit lors qu'il fatisfe
roit au ſecond point de vosDemandes
, Qu'à l'égard de l'Efpa...
gne , ily avoit apparence que
l'Envoyé de cette Couronne prés
192 MERCURE
deVV. SS. estoit inftruit desfen
timens duRoy ſon Maistre, apres
tous les delais que Sa Majesté
Tres-Chrétienne a donnezdepuis
qu'Elle a fait des Propoſitions de
Paix , &principalement depuis
que Sa Majesté s'est déclarée le
29. d'Avril dernier, qu'Elle ne
vouloit point entendre à aucun
accommodement,qu'avecla ceffion
de Luxembourg ; d'ailleurs, qu'il
y'avoit lieu de croire que la confiance
que le Roy Catholique
prend ordinairement en la Per-
Sonne d'unGouverneur du Païs-
Bas Espagnol, est affez grande
pour luy permettre de ceder une
Place
GALANT. 193
Place, afin d'enfauver beaucoup
d'autres, &pourfinir uneguerre
que l'Espagne ne peut foutenir
long-temps ; mais qu'en tout cas
Sa Majesté n'estoit pas réfoluë,
apres que les Espagnols avoient
fimal ufé des delais qu' Elle leur
a donnez, d'en prolonger le
me , fur tout en cette faifon , où
Sa Majesté peut remporter de fi
grands avantages.
ages
ter
de ses in
Mais que Sa Majesté, pour
faire voir laffiinncceerriittéé de ses
tentions , avoit offert des Expédiens
qui donnoient tout le temps
néceſſaire à l'Espagne , pour se
déterminerfur ſes Offres ; Que
Juin 1684. R
194 MERCURE
1
}
4
1
i
I'Ambassadeur s'en estoit expli
qquuaénddoans Lleess Conférences qu'
eves avec VVSS. enfuire
ag
ila
du
Mémotre du 29. d' Avril, à quoy
il s'est rapporté dans fon Mé
moire du s. de ce mais . C'est à
sçavoir , que pourvû que vous
obligiez par un Traité fignéinceſſamment
, &qui ſera garanty
par le Roy d'Angleterre ,&par
tous les Princes qui y voudrost
entrer , de ne donner aucune affiftance
aux Espagnols , directe ny
indirecte , & de ne pas fouffrir
que vos Troupes faffent le moindre
acte d'Hostilité contre les
Troupes, Pais, Sujets, ou Allicz
GALANT 195
deSaMajesté, Elle promiet de
Secontenterde laVillede Luxembourg,
&des autres Lieux qu'-
Elle a demandez le 29. d'Avril
dernier ; Elle confent d'attendre
un mois , ou tout au plus fixfe
maines , à compter du jour que
ce Traitéfera figné à la Haye,
que l'Espagne envoye les Rati
fications en bonne dûë forme
desdites ceffion & renonciation,
à condition toutefois que par le
mesme Traité, quiferasignépré
fentement àlaHaye , il ſoir sti
pulé qu'au cas que le Roy d'Ef
pagne ne ratific pas dans un mois
ou fixsemaines en bonne &duë
Rij
196 MERCURE
1
forme lesdites ceffion o renonciation,
les Etats Genéraux retireront
apres ledit temps de fix
donner
,
i
femainos deurs Troupes dosPaïs-
Bas Espagnols , &ne pourront
tant que la préſente
Guerre durera , aucun fecours
aux Espagnols par tout ailleurs,
ny contre le Roy , ny contrefes
Alliez Sa Majesté s'obli
gera de n'attaquer ny de s'emparerd'aucune
autre Place des Païs
Bas , mesme de ne pouvoirfaire
La guerre dans le plat Païs Efpagnol
des Païs- Bas , fi les Espa
gnols s'en abftiennent ; SaMajesté
se réſervant le pouvoir de
GALANTI 197
2
porter fes Armes dans les Païs
duRoy Catholique, par tout ail
leurs qu'audits Païs Bas , juf
qu'à ce que l'Espagne ait rétably
la Paix qu'elle a rompue.
Quant à ce que UK. SS.
alléquent , que le terme marqué
parle Mémoire dus. de ce mois,
est trop court mesme à leur égard,
I'Ambassadeur leur a répondu
- premiérement , que la Ville de
Luxembourg, apres avoir batu
Llaa Chamade & commencé à
parlementer le 1. de ce mois , ne
s'estant pas rendue le mesme jour,
fur les difficultez quisefont formées
dans la Capitulation , le
Riij
198 MERCURE
terme que Sa Majesté vous
donné,se trouvera allongé autantde
jours que cette Place aura
tenu depuis le ro de ce mois ;ainſi
VV. SS. auront eu onze jours
aumoins àdéliberer depuis lapré
fentation du Mémoire.
mê-
En fecond lieu , qu'il est de
notorietépublique , que VV. SS.
peuvent en douze jours,
-me en dix jours, confulter lesProinces
,&former une Résolu.
tion dans les Etars Generaux ;
que dans les Affaires de cette
conséquence, ona vû prendredes
résolutions en moins de temps que
celuyde dix jours,far tout quand
GALANT. 199
c'est
le
neAffaire dont les Provin
-ves font informées de longiwa
main. , comme elles le font de
celles dont il s'agit , puis que la
Propofition faite le s. de cemois
-n'estant pas nouvelle , ibestà
préfumer que Messieurs les Deputez
aux Etats Genéraux, font
inftruits des fentimens de leurs
Provinces.
Ledit Ambassadeur est perfuadé
que ces raisons ſont plus
quesuffifantes ; mais afin d'over
tout prétexte à ceux qui en prennent
fur les moindres chofes, pour
tasher d'éloigner touteforse d'ac
commodement , il a ajouté cette
:
Riij
200 MERCURE
Réponse àfes précedentes , que
fes ordres à la verité eſtoientprécis,
&que Sa Majesté luy avoit
commandéde ne donner que douze
jours apres la Prife de Luxembourg
; mais que comme SaMajestén'avoir
marqué ce terme, que
parce qu'Elle estoit perfuadée qu'il
Leftoit suffisant pour prendre une
réſolution dans les Etats Genévaux,
& qu' Elle ne l'avoit pas
déterminé fi court pour jetter les
Etats dans l'impoffibilité de pouvoirrendre
une Réponſe dans letemps
, l'Ambassadeur se ré- dit temps, l
gleroit felon la fincérité des in
tentions du Roy son Maistre, qui
!
GALANT 201
est d'apporter toutes fortes de facilitez
,lors que VV. SS. agi
ront de leur costé avec toure la
fincérité, & avec toute la dili
gence qu'il leur est poffible.
C'est pourquoy comme il est
conſtant que la Province deHol
Vande les autres Provinces
les plus proches,peuvent prendre
Leur refolution dans le tempsfpécifié
par le Mémoire du f. de
oc mois, si la Hollande
autres Provinces voismes ont réfolu
dans le terme marqué d'ac
capter les Offres de Sa Majesté,
fi on en donne part à'lAmbas-
Sader, &qu'on lay demandast
les
1202 MERCURE
un jour ou deux,foit pourattendre
la Réfolution des deux Pro
vinces les plus éloignées , foit
pour avoir le temps de former la
Résolution dans les EtatsGené
raux , il voudroit bien prendre
fur luy de fignerleTraité unjour
ou deux plus tard qu'il ne luyeft
ordonné ,& il eſpere que Sa
Majesté l'auroit agreable ; mais
fi la Province de Hollande ,
les autres Provinces , qui
vent avoir pris dans ledit temps
leurs réſolutioonnss,, nnee l'avoient pas
qui perm
fait, alors il ne se diſpenſerois
pas de fes ordres , & fuiuroit
encore in cela les intentions de
1
1
GALANT. 203
Sa Majesté , qui eft auffi éloi
gnée d'accorder un delay, quand
il ne feroit que d'un jour , lors
qu'Elle verroit qu'on en abuseroit
, qu' Elle auroit d'indulgence
pour en accorder , lors que VV.
SS. faisant ce qui est en leur
pouvoir , il n'y auroit que la
formede leur Gouvernement, qui
empêcheroit qu'on ne pustformer
une Résolution genérale , qu'un
jour ou deux apres l'écheance du
terme.
Voila ce qui regarde le premier
point. Pour ce qui est du
Second, les Deputez de VV. SS.
ont témoigné qu'ils foutraitoient
204 MERCURE
1
fort que la Paix ou laTrévefust
genérale.
L'Ambaſſadeur leur a demandé
s'ils entendoient par là qu'on fiſt
un Traté genéral , ou s'ils vou
loient qu'on traitaft icy des condi
tions qui doivent entrer dans le
TraitédeTréveque laFrancedoit
faire avecl Empire; ils ont répondu
qu'ils ne le prérendoient pas.
L'Ambassadeur arépliqué,que
VV. SS. ne ſouhaitoient donc
autre chose , sinon que SaMa
jesté voulant bien finir par une
Pai
Paix, oupar uneTrévede vingt
années , les diférens qu'Elle
avec l'Espagne, Elle voulust
GALANT. 205
bien terminer pareillement par
une Paix , oupar une Trèvede
vingt années , les démeſlez qu'
Elle peut avoir avec quelques
Princes de l'Empire ; que ledit
Ambassadeur ne pouvoit mieux
faire connoiſtre combien SaMajesté
ſouhaitoit fincérement de
faire la Paix genérale , & de
donner une feconde fois le repos
àtoute l'Europe , qu'en déclarant
que Sa Majesté luy a permis de
promettre en fon nom , que du
jour que le Traité proposé ſera
figné à la Haye , Elle donnera
encore un mois à la Diette de
Ratisbonne, pour l'acceptation de
:
206 MERCURE
Tréve, aux conditions qu'Elle
a cy-devant offertes , &qu'Elle
areïtérées depuis trois mois.
Ledit Ambassadeur ne doute
pas que VV. SS. ne voyent par
toutes les facilitez que SaMajesté
apporte à un bon Accommodement
, combien Elle defire de
bonnefoy le rétabliſſement de la
Paix , &qu'Elles nejugentbien
auffi , que fi apres que SaMajefté
a épuisé tous les moyens
poſſibles, VV. SS. n'en veulent
pas profiter , Elle ne s'arrestera
plus dorénavantà aucune confidération
, & en réglerafes Demandes&
fes Prétentions , que
GALANT. 207
Selon lefuccés qu'il plaira àDieu
de donneràlajustice deſesArmes.
Fair àlaHayele 6.Juin 1684.
Signe, LE COMTE D'AVAUX.
:
L'Air nouveau que je vous
nvoye, a eſté fait par un de
nos plus grands Maiſtres ;
ainſi vous le chanterez avec
plaifir
!
AIR NOUVEAU.
VOicyleretour du Printemps,
Toutrt dansnos Bois,dasnos
Champss
LesBergers wontdançantfurlaverte
Fougere,
Tandis, belas , queje me defefpere,
t
:
%
208 MERCURE
Et nepuis résister aux peines que je
fens.
OtropheureuseTourterelle,
Que ton bonheur estgrandfous l'amoureuseLoy!
Prenspartàmadouleur mortelle;
Helas ! tun'as pasperdu comme moy
Ta Compagne fidelle.
Vous avez appris la mort
de Madame la Ducheſſe de
Richelieu , mais vous n'avez
peut eſtre pas ſoeu qu'un
abcés qu'elle avoit dans la
gorge, s'eſtant crevé, elle en
eft morte preſque ſubitemér.
Elle estoit de la Maiſon de
Fors- duVigean,& fut mariée
en premieres Nôces à M' de
T
GALANT. 209.
Pont, Frere aînée de feuM le
Maréchal d'Albret, & en fecondes,
àMale Duc de Richelieu,
Neveu du Cardinal
de ce nom. Elle a toûjours
eu beaucoup de vertu , mais
fans oftentation; & beaucoup
d'efprit , ſans le mettre en
peine de le faire paroiſtre.
Elle ne rejettoir aucune occaſion
de faire plaifir , &n'a
jamais fait de mal à perſonne .
Son mérite la fit nommer
pour remplir le Poſte de
Dame d'Honneur de laRey.
ne , qu'occupoit feuë Madame
la Ducheffe de Montau-
Juin 1684 S
1210 MERCURE
-fier. Elle eut l'avantage d'étre
choiſie par un Roy , qui
joint aux plus grandes qua
litez un difcernemét ſi jufte,
qu'on eſt toûjours aſſuré que
ceux qu'il choiſit ſont dignes
des Emplois qu'il leur confie.
Quand ce Monarque voulut
mettreune Dame d'Honneur
aupres de Midáme la Dauphine,
en qui cette Princeſſe
puſt avoir confiance, il luy
donna Madame de Richelieu
, qu'il tira d'aupres de la
Reyne
Le meſme jour , Marie-
Loüife Pot de Rhodes,
GALANT. 2.11
Veuve de Meffire François-
Marie de Lhôpital , Duc de
Vitry , mourut d'une apopléxie,
qui la mir deux jours
Pagonie. Elle estoit Fille
de Claude de Rhodes, & de
Henriette de la Chaſtre ; &
Petite-Fille du Maréchal 'de
la Chaſtre. Ces deux Mai
fons font des phis illuftres,
&& des plus anciennes du
Royaume. Tout le monde
fçait que la Cornete blanche,
&la Charge deGrad- Maître
des Ceremonies', ont efte
creées par un de nos Roys
dans la Maiſon de Rhodes ;
Sij
212 MERCURE
& ce que eft à remarquer,
c'est que laChargédeGrand-
Maître des Carémonies eft
encore aujourd'huy dans
derte Maiſonla Madame la
Ducheffe de Vitry: entroit
dans la cinquante- cinquiéme
année. Elle avoit l'efprit brill
lant & vif, beaucoup de connoiffinze
dans les belles Lettres
, & entendait & parloît
parfaitement la Langue Italienne.
SonCorps eſt en dé
poſt dins S.Eustache, en at
ten lantqu'on le porte dans
le Tombeau de Mile Maréchal
de la Chutre. Pluficars
८
GALANT 213
jours avant la mort, elledemanda
les Sacremens , & les
reçeut avec une devotion, &
aun abandonnement à la volonté
de Dieu , qui faifoit
fondre en larmes tous ceux:
qui estoient dans ſa Cham-
4 Il eſt mort icy quelques
autres Perſonnes de l'un &
de l'autre Sexe , dont voicy
les noms.ms
-14 Dame Catherine de Lattaignant
, Veuve de Meffire
Pierre Poncer, Comte d'Ablys,
Doyen de Meſſieurs les.
Conſeillers d'Erac
214 MERCURE
1
1
Metfire Noel le Boults,
Coſeiller de laGrand' Chambre.
Il avoit eſté reçen Cónſeiller
en Juin 1632. Ses Armes
font , de gueulles au Chevron
d'or, au Chef pallé d'or &de
gueulles de cinqpieces. M' Frezon
, Doyen de la Seconde
des Enquestes , eft monté
par cette mort à la Grand
Chambre
:
Mefire Pierre de Carcavy,
cy-devant Conſeiller au Parlement
deToulouſe, auGrand
Conſeil, && Garde de laBiblioteque
du Roy! Il porte d'azur
à un Leurierpaffent d'or, as
GALANT. 215
compagnéde troisEtoilles de mef-
-me,deux enchef, une enpointe.
Meſſire EſtienneCifternet,
Seigneur de Vinzelles, Préfrdent
en la Cour des Aydes
d'Auvergne. Il avoit épousé
une Soeur de M de Ribeyre,
Conſeiller d'Etat, Gendre de
M'le Premier Préſident.
Dame Magdelaine Talon.
• Elle estoit Soeur de MIAvocat
General Talon , l'un
des plus grands Hommes de
noſtre Siecle , de Madame
Voiſin, Femme du Conſeiller
d'Etat, &deMadame la Pré
fidente Bignon , & avoit
216 MERCURE
épouleMeffire Jean François
Joly, Seigneur de Fleury Me
Logic, Confeiller au Parle
ment , Fils de Meifire Jean
Joly, Seigneur de Fleury,
Confeiller au Parlement de
Bretagne, & en ſuite Con
feiller au Grand Confeil, &&
de Dame Charlote deBour
lon,Soeur deMeflire Charles
de Bourlon, Evefque de soil
fons. La Famille de Joly en
originaire de Bourgogne, bu
il y a pluſieurs Branches quf
y ſubſiſtent au Parlement
en laChambre des Comptes!"
Feu Meflire Georges Joly,
Baron
GALANT 217
Baron de Blaily , fecond Pré
fident au Mortier de cePar
lement, Frere de Madame
la Premiere Préſidente de la
Berchere , a fait l'une deces
Branches. On compte de
cette FamilleM Joly,fueftis
mé du Duc de Bourgogne
ſon Souverain , dont il eſtoit
Conſeiller d'Etat. Madame
deFleuryeſtmorted'une fie
ure continue , dans la qua
rantieme année , avec des
marques d'une pietétres édi
fiante,&une réſignation enriere
aux ordres de Dieu.
Sa Famille eſt pleine de Gens
Juin 1684. T
2.8 MERCURE
d'un tres grand mérite, Fou
Mfon Pere, Omer Talon,
eitoitAvocat Genéral du Par
lement de Paris,&& avoit cu
Cette Charge ſur la démiſſion
doM Talon Conſeiller d'E
Fat, fon Frere aîné. Son Ayeul
cloit M.Talon celebre Avodar
, d'ornement du Barreau ,
qui avoit pris Femme dans
la Famille de Chpart das
mieux alliées,de la Robe:
Madame la Mere , qui s'appelloit
Françoiſe Doujat, croit
Soeur de Me Doujat, Confeiller
au Parlement, &Maitre
des Compres , & Fillede
GALANT 219
Denys Doujat , AvocarGe
néral de la Reyne Marie de
Medicis, &de Madeleine de
de laHaye deVantelay. Joly!
de Fleury porte deartelé au pre
mier dersier d'azur du Lys
argent au Chef d'or ? charge
Auninee Clots patlle ddee fable;an
dor
Fecond &troisième d'azur an
Lyon leopardé d'or armé
Mumpapjes de gueules !linalon
porre d'azurau Chevron
ccompagné de trois Croiſſans
chargez'd Epys de mesme , deux
EwChef autre en Ponte.
Doujar porre #azum an Orif
220 MERCURE
Toutes ces morts ont eſté
ſuivies de celle de Meflire
Louys Charreton , Seigneur
de la Douze , Préfident aux
Requêtes du Palais,&Doyen
du Parlement , où il avoir
eſté reçû Conſeiller en Janvier
1626. Je vous ay parléde
luy & de ſa Famille en huit
ou dix de mes Lettres, M
Godard du petit Marais, qui
eſtDoyen de laGrand Cham
bre , l'eſt devenu du Parle
mental s
Vous avez vû naiſtre un
diférent entre les Aftronos
mes , & les Aftrologues. En
voicy la fuite.
GALANT. 221
25252555225-52552LETTRE APOLOGETIQUE
d: M' Crochat, Pro effeur ars
Mathematiques à Paris.contre
Male Serrurier , Aftrologue. Aftrologue .
ONSIEVR,
Trou infigner Faufferez, que
ja remarque dans vostre préten
duc Réponse du mois d'Avril,
font affez connoistre que vom no
vous taffez point d'eftre d'eftre le Partifan
de la mauvaise foy der
Aftrologuer, qui vourferont peu
obligezi de mettre en compromis
Thonneur imaginaire qu'ils atta-
Tiij
222 MERCURE
chentàlarecherche de Aftrolas
gilJudiciare ab ergab insig
La premiere de cas Fauffeter
-confifte en ce que vous ne voulez
pas reconnoistre pour un instant
fixé &determiné,celuy auquel
de Soleil entra l'année derniers
as premier degré du Bolier, la
feconde , en ce que suous mime
putex de ne reconnoiſkre la Pók
ny pour un Point Phayfung
pour un Point Lathamariqus
cor da troisieme , en ce que suave
dices que de mon quen pr
ne pour naisins personne δρώς με
Pole
Бонас
Fayà vous diresur lapre
GALANTI cas
wheres quoskantren du Salaihau
premier degré du Belient)
memfixiendy Heterovirea per les
Aftronomes , quielle peut fomavir
WEpoque à tous les instens qui
Yuy four ancérieurs or pofterions.
Outre qu'il m'estégabqikonpuiffe
determiner ou non l'intonade La
naiffance done il s'agit ; cansoon
le dévertine, vvostnefentiment
cft pasdegitima, fron me
le determine pas vous nefaun
nez dreffer la Figure que je vous
demande. Appolisi tibiugnom
quam ad quod volueris
potrige.jsp . uoεπέτειολό
gham dla feconde vous
Tij
224MERCURE
pour un
wvezmauvaise grace de direque
jene reconnois le Póle ny pour
wn Point Phifique , ny
Point Mathematique. Si veftre
mauvaise foy vous avoirpermis
dentrerdans mes veritablesfon
timens , vous n'auriez pasrenu
ce langage, qui tourne encoreplius
ama gloirequ'àvostre confusion,
J'ayfeulement avancé, quebien
que le Pôlefoit un Point Ma
thematigne ou Physique, it ne
s'enfuit pas qu'il ne puiffe naistre
quelqu'iunn dans te
Tuy repond. Ten ay
Climeve qui
répond. Fen ay deja apporté
plusieurs raisons,que je nerepère
pas icy je me contenteroy d'en
T
:
GALANT5
donner une nouvelle,qui vom
fermone cuiérément la bouche
N'est it pas,unmy, Menient
quelque que part qu'en naille
maistfous lLee Zénith qui est un
repe ber-
Roing MaMtathheemmaattiiqquuee qu pour
Je moins Philigu ? Pourquoy done
Souvenir qu'il ne peut naiftre
Lornefous le Pole puis que cet
de Zénith mesme de ce Glimars
Der coup que voges ne fcanner
Jauchhiirr étourdira fans doute
sçauriez
C Haute Doftre Cabale.
ing La troisième Faufferé est un
fuire de la Seconde. Fe combe
d'accord , dites - vous qu'il ne
peut paistre perfonnefont le Poles
226 MERCURE
j'ay neanmoins foûtenu le cornmapresarias
beaucoup, do justice
de chaleur,rayant toujours
envisagé cette question comme
velle qui nous pastage le pluses
mine০১reparfurprfaceux que voud
me frairiez vaincre por unfolide
raisonnement. Τους άγαλμας
pendant coriboon veftraattine
Ces trois Fauffeteznftant ainſh
connies &refurées, was node
voxplus diffirende quicendes ars
moes dome la faibleffine pourroin
que vous efore fatales
GALANT 227
An reste comme vous eni
gezde plus amples Réponſes que
celles que je vous ay fuites , quoy
juffifint qu'elles pour détruire
touk
ce qquuee vous avez pa avanceren
faveur de Astralogic , jean
averris one jem'ocupe à donner
bien toft au Public un Traité qui
necontiendra autrechofe que mon
Objection , expliquée dans toute
fon étendue , avec larefundzion
des Réponſes qu'ony afaires, on
qu'onyfera, Wous aurez bean
coup de part àla confufion qu'en
recevront les Aftrologues
owpourra dira avec juftica , qua
yous estes la Kictume facrifiés
228 MERCURE
pour le falut de l'Aftrologic. Fe
fuis; &c.
10
CROCHAT.
3
Rien n'eſt plus à charge
qu'une Conversation pefanre
, & on eft toûjours quite
àbon marché quand on
s'en tire pour de l'argent.
C'eſt ce qu'a fait depuis peu
une Dame de born gouft , &
qui ayant le difcernement
fort delicat ſur toutes chofes
n'a pu ſe contraindre à ef
fuyer de fatigantes viſites
Elle ſe les attira par une oc
cafion affez imprévue. Elle
1
GALANT. 229
alloit ſeule prendre l'air au
Cours , & en y entrant, fon
Cocher embaraffa fon Caroſſe
dans un autre , & cut
le malheur de le renverſer.
Ce trebuchement fir accou
rir tous ceux qui le vîrent
Avant que de travailler à re
lever le Carroſſe , on en tira
un Abbé, à peu prés fexage .
naire. La colere où il eſtoit
Eclata dans les regards , &&
fon chagrin naturel fortifić,
par celuy de l'age, le ren
dint mal propre à foûrenir
avec patience une pareille
avanture , il s'emporta con230
MERCURE
tre for Cocker , & bien plus
encore contre Pceluy de la
Dame. Peus'en falut mefine
qu'il ne querellaft les Speci
tateurs inutiles, Il les regard
doit comme s'eftant afleme
blez pour ſe divertir de fon
embaras , &cela contribuoit
aaugmenter la mauvaile hu
meur. La Dame, auffi civile
& honnefte qu'il eltoit mala
gracieux , defcendit de fon
Carroffe,pour luy deman
der fi le malheur de la clûte
enoit le leul accidem don't
il le plaighift. Il lay répon
ditd'unemanière affez rude,
GALANT 23
\
qu'il ne ſentoit pas qu'il1 full
bielle, mais qu'il fçavoit bien
que les Glaces estoient caf
fees.LaDame ne voulant rien
épargner de ce qu'elle cruc
capable de l'adoucir ,gronda
fon Cocher fur fon peu d'adreſſe
, & apprenant qu'il
falloit racommoder quelque
choſe au Carroſſe de l'Abbé,
elle le pria de prendre une
place dans le lien le char
geant du ſoin de le remenor
clicz luy, ll accepta le party,
&fit quelques tours avec la
Dame , quispour luy faire on
blier fes Glaces caffées, l'onr
233 MERCURE
tretint de mille choſes , d'un
air enjoué qui fufpendit fon
chagrin. Lagrément de ſa
Perionne en donnoit beau
coup à tout ce qu'elle diſoir.
AuflilAbbé en fut-il touché,
Il commença à fe montren
moins fauvage ; & le plaifir
qu'il avoit trouvé à l'entre
tenir à la promenade , luy
ayant paru trop court , ilalla
la voir le lendemain. La
Dame le reçût obligeamment,&
pour l'indemnifer
de fes Glaces, elle tâcha de
ne ſe point ennuyer pendant
deux heures que dura cette
GALANT. 233
viſite. Il ne manquoit pas
d'eſprit ; mais quoy qu'il fe
fuſt acquis par là quelquo
répuration , ce qu'il en avoit
eftoitun eſprit deLivres , il
feavoitbeaucoup , &debitoit
mal. Deux jours apres, il réi
téra fa longue viſite , &il alla
meline juſques à la prolonger
d'une troifiéme heure.
La Dame trouvant ſes Gla
ces tres ſuffisamment payées
par la complaiſance qu'elle
avoit eue d'écouter deux fois
fos,fades douceurs, ne le vit
pas plutoſt forty de chez elle,
qu'elle donna ordre à tous
Juin 1684. V
434 MEROURE
fesGensdelerenvoyerquand
il reviendroit. Les chofes fo
firent la premiere fois d'uns
maniere qui ne luy donna
aucun ſoupçon. Il crêt que
la Dame oftoit forticconson
retourna fans autre chaguig
que celuy de ne pouvoiroda
voir ce jour- là. Il ne fut pas
ſi tranquille quelques jours
apres. Un Laquais, d'une Li
vrée inconnue , qu'il rencont
ra d'abord à la Portero dup
dit qu'il avoic laiſſe laDame
en fa Chambre ; Balors queit
futayux premiers degrez de
l'Escalier , un, de coux, de la
GALANT 235
Maiſon vint l'arrefter brufl
quement, &foûtint toûjours
quielle eſton en Ville! Pend
dant qu'il s'obſtanoit pour
monter , fur la prentiere af
finance qu'il avoir reçue,und
Suivante parut , se hay dức bài
mefme chofe , mais ce fut
d'un certain air qui le cons
vainquit qu'il y avoit un ordre
fecret donné contre luy .
In fe retira tout fulminant ;
& pour ſcavoir avec certitude
s'il eſtoit vray qu'on neust
pas voulu de recevoir,il mic
ab gaer un de ſes Laquais
qui apres avoir attendu une
Vij
236 MERCURE
Heure vir fortir la Dame,
pourquelques vifites qu'elle
avoit à fairer Ce Fundalors
que l'Abbé ne pût moderer
fon reffentiment. Il ſe repré.
fenta mille fois combien ce
mépris eſtoit outrageant, vel
nant d'une Femme à qui il
facrifioit ſes Glaces. L'effort
qu'il ſe faifoit pour cela lay
paroiffant digne de toute au
tre récompenfe , il réſolatde
ne les pas perdre, & fir don
nerdes lelendemain affigna
tion à fon Cocher pour le
payement qu'il en prétena
doit, Le Cocher alarmé do
FGALANT 237
CotteAffignation alla prier
Las Mailtreffe drempelcher
Abbade le poursuivre.Comme
le Cochernavoit fairl
faute, c'eſtoit à luy de payep
dos Glaces , mais en melme
temps il ne tenoit qu'à la
Dame de terminer le Procés,
&une viſite rendue à l'Abbé
l'en faiſoitvenir à bout. Elle
siy ſeroit réfolue fans peine,
6.ce n'eust pas eſté s'expoferohen
recevoir d'autres,
dont il luy effoit impoſſible
de s'accommoder. Dans cet
embaras , voyant que le Pro
cés n'eſtoit intenté que parce
$38 MERCURE
qu'elle ne vouloit plus aftre
viſible pour celuy qui le faist
foit le feul parey quialhd vid
àprendre , fur de dire à fon
Cocher qu'illele défen dift
comme il pourroit de la pouss
fuite qui luy estoit faito3186
qu'elle aimoit mieux payer
les Glaces pour luy , que de
conſentir a revoir L'Abbé.
Elle fit agir quelques uns de
fesAmis pour les intéreſts da
fon Cocher quit paitoisfait
feul en Caufe mais labbra
choit d'une Famillede Robog
toer avantagelluy domnabu
un fort grand poids auprés
FGADANT 229
|ப
de ſes Juges, on demanda
inutilemene qu'on rabatist
fur le prix des Glaces quel
ques morceaux affez grands
qui en estoient demeurez,
Sudont on pouvoit fairedes
Miroins de Toilette ; les pré
tentions furent remplies , &
il obtint tout ce qu'il voulut.
AinfileCocher fut condam
né , la Dame paya, & l'Abbe
De dávit plus. Je ne puis
vous dire file payement de
fesGlaces l'en confola, mais
pouo la Damer, elle a dit fou
vontdepuis le Procés jugés
qu'elle ſe ſeroit foûmiſe
1
240 MERCURE
luy paycroin Carutofle entier,
sil ny avoit ou que es fout
moyen de ſe garantir de los
Il fautvous parler des Eve
chez . M'l'Eveſque deTare
bes , qui avoit eſté nommé
à celuy de S. Omer , dont
il a fait les fonctions, comme
Grand Vicaire du Chapitre
de cere Eglife,& su
chevelche d'Auch. Ilcada
la,Maiſon de Sufe on Dau
phiné, qui eſt une des plus
confidérables, de coure ,Prand
vince. Il est tres ſpoyants
bienfait de fa Perſonne Qroy
qu'il
GALANT 248
L
qu'il femble qu'on doive
moins remarquer cette quad
litédans un Prelat, que dans
un Homme du Monde, elle
ne luyVeſt pas neanmoins
tout fait inutile. Siun
Evefque doit imprimer du
refpect. &de la veneration
par fon Caractere, il en im
prime encorel davantage ,
quand la bonne mineoeft
jointe à la Dignité. Geluy
dont je vous parle a fervy
Roy dans les Etats , ou i
entrentlesEvelques de Saine
Omer; & toutes les Affail
res qui luy onrefté commi
Jin1684. X
848 MERCURE
bosmoondasüfly au gré de Sa
anM'l'Evefque diAlat, nomi
mé à l'Eveſché de $ Omer,
siteitML'Abbé de Valbelle,
Aumônietidu Roy, qui pour
faire voir la paflion qu'il a
d'eſtre auprés de ceMonarque
, a acheté de M'd'Agde
laCharge de Maistre de LO,
ratoire de Sa Majestéade
M Mellian , Evefque de
Gapacité fait Evefque d'As
let . Ileſt Fils defeuMMel
lian Procureur Geberadaay
Parlement & a eſtéAunjo
nier de la Reyne Mere. L'E.
GALANT 243
veſche de Gap a eftd donne
àM'Abbé Hervé , Fils d'un
Confeiller delaCour Ilinene
une vie tres exemplaire , &
elt fort utile àl'Eglife, àcauſe
des progrés qu'il faie tous les
fours par les Controveffesiy
MAbbe de Lulignan,
nommé à l'Eveſchế để Rượ
des, eſt Fils dedMi dela Cotte
auChas, autrefoisLieutenant
desGardes du Corps,& Bfere
de Male Marquis de Lun
ghan , cy-devant Sous-Licul
venanedesGendurmes Ecol
MP'Abbé de Chalucer,
X ij
144MERCURE
۱
Fils de feu Mode Chalucer,
Lieutenant deRioyide Nan
tes,& Beaufrere delMode
Bavile , Intendanten Poitous
aletté pourvû dell'Evefchó
de Toulon. Abeft grandNas
turalifte ; & fans une furdiné
qui l'incommode tres fort,
il euſt eltoloin dans lesCon
troverfesgh dontlik ſe melle
en Poitou avecbeaucoup de
fubcasy, bunay ATM
MBAbbé du Lúc,Neveu
de feu Mode Foutbino, &de
feuM'l'Evefque deToulon,
aefté nommé l'Evefchede
Marseille , quoy qu'il n'alt
GALANTM 145
e
guére plus de ving- cinq ang
Son mérite a fait paffer pare
deſſus ſon âge , pourdelever
àalllaa Dignité de l'Epifcopar.
U eſt de la Maiſon de Vinti
mille l'une des meilleures
da Provence & d'Iralierican
L'Evofché de Bazas a eftá
donnéà MLAbbé de Gour,
gues, Filsid'un Préſidentau
Maries deBordeauxaiol no
M l'Abbé Verjus , cy-de
want Preftre de l'Oratoire , a
sitésnommé à l'Evefahé da
Gotaslieft Freve dyPere
Meritus avJefuite anseoremirg
du Pera de la Chaiſe , & de
X iij
246 MERCURE
b
MiVerjus , Comte deCrecy,
Plenipotentiaire de France à
Raubonne annot
3/Comme tout cet Article
regarde l'Eglife , je ne puis
mieux loufinir qu'en yous
apprenant que Mi Jary, Gure
de St Georges de Meſnil en
Anjou, a reçû depuis un mois
la Profeffion de Foy deMa
demoiselle Elifabeth deBonmillon.
Ilaccompagna la Ce
reaſonie d'une Exhortation
Sanievousayıparlodelamont
deMadame la Duchsile de
Richelieu , mais je ne vous
EGADANM &47
aypoint diupar qui la Chariye
quelle poliedeinde Parist
d'Honneur de Madadienin
Dauphine , asoftédremplie.
Comme c'eſt un Potte qui
ave doit eftre accupé que par
desPerſonnesund'un mépice
quoitrebomogenetale
mentyle Roy jeta diabord
lesyeuxfur uhe Dame d'une
floeminente vertu & d'un
efprit fiofolide &dl finbien
toumé , que toute da Cour
applaudit aux defleins de ce
neonatque / regisseurDime
To deferidant avecalme/mai
deſtie qui a peu d'exemples,
X iiij
248MERCURE
de l'honneur que Sa Majefté
Bayvouloir faire en 18 nomthant
, fie connoiltre paro là
que ce Prince auroit fait un
tres bon choix. Monseigneur
le Dauphin & Madamela
Dauphine en parlérentà ces
te Dame , qui le montra encore
plus digne de cethonneur
, en s'efforçant demar
quer qu'il choit trop gland
pourelle. Quid al peut te
voir dans un haut rang ,
qu'onaallez d'empitefor foy
mefme pour s'empefolderday
monter, ons were on s'asin
Lane , & Haccepter pas par
GALANT1249
Son princips, so poble caft
plus que, do polisdaroAinfi
L'on peut dire quisette
me s'est mise au deflus
Dignité oùcelle a pr
uốnoisinde
dejta
pû parya
puis qu'on ne refuse las
grands honneurs ONEwipar
grandeux d'ame & quiben
tre fortſouvent de la foibleſſe
dans ce qui nous porte àdes
recherches. Ce n'est pas que
Hambitionne puiſſe établit
on beau caractere ; mais pour
n'avoir rien de condamna
que qu'elle lloocitacoom
pagnée de beaucoup dechor
fes qui se trouvent raremeur
1
250 MERCURE
dan's unoccur ambitieux. Copendant
le Roy qui avoit
réſolu de remplir de Pottende
Dame d'Honneur deMada
me la Dauphine par und
Berfonne d'un mérite dilin
gué , & qui connoist toutes
celles que leur vertu send
confiderables, quand même
elles ne paroiſtroient paszal
la Cour , nommapMadame
la Ducheffe d'Arpajon , qui
eftoit font éloignée desat
tendre à cot honneungGela
faitvoir qu'il fuffit de le rene
dre digne des pluk hsuice
Dignitez pour y pouvon
GALANTM 251
- aſpirer fans qu'il foir beſoin
de faire de brigues pour les
obtenir , tand Sa Majesté a
des lumieres perçátos, quand
ibs'offre occaſion de rendre
juſtice au vray mérited Cetre
pucheſſe eft Scrur de Mole
Marquis de Bevron. Quay
qu'elle fuftune des plus bel
les Perſonnes du Royaume,
pees qui quelquefois donne
unp fierce que l'onreglemal)
fa conduire seda vertu Font
toujours fait admirerSavano
espond tofon Mariage Desi
pais qu'elleca ofte veaves edhe
a presquetoujours veloure
252 MERCURE
tirée à la Campagne, &
continuede mériter une eſti
me generale. Mademoiselle
d'Arpajon , ſa Fille , a eſté
nommee
nommée dans le mesme
temps premiere Fille d'Hon
neur de Madame la Dan
Je vous envoye un Livre
nouveau , que le S Blageart
debite depuis peydess
& qu'il y a long temps que
vous fouhaitez, Celt lakin
conde Partie de IAcidegis St
Lante. Le Publica phάΓερμα
rent de la première, que L'Am
theur n'a pu luy ca refuser
GALANT 253
la fuit.e Vous y trouverez
letmeine caractere de brut?
que enjoiement , qui vous
a tant divertie dans le Che
valier de Pontignan , lors
u'il aimoit Babet & les deux
MalArenes Tout -la-fois.
S
та Mademoiselle de Mirac y
conteaullites Avanturesd'u
en fa
ne maniere qui répond affez
à ce feu d'efprit Gaſcon, qui
vous a déja prévenue en
faveur. CefonttousPortrai
d'apres nature , & il n'y a
pofit originaux que fon
Heischerche , quand on fait
qu'ilsviennent d'une bonne
main.
ma
454 MERCURE
Le mefme Libraine ? mid
fale voir un autre Livre, qu'il
doit debiter dans ſept ou huit
jours, & que je m'engage de
vous envoyer en ce temps la
Voicy de que porte la pre
mierePage: Cara Mustapha,
dernier Grand Vizin Histoire
contenant fon Elevation 19fes
Amours dans le Serraids , festil
wer's Emplois , &levray faget
qui lui a fait entreprendres te
Voyage deHongrie,odeSiege
deVienne. SSii lH'Hiifsttooiirreevnoouuss
attache , vous verrezoidans
cet Ouvrage beaucoup de
'choſe's qui la concernent/ Si
AISON
GALANT/ 255
vous eſtescuriouſe de ſçavoir
ce qui ſe paſſe dans le dedans
du Serrail, vous y lirez diyer
fes intrigues qui vous l'aprendront
& fi vous cherchez
des, Galanteries , vous y en
trouverez , qui pour eltre à
laTurque,n'ont rien qui ne
ſe pratique parmy les Amans
les plus délicats. Enfin je luis
fort perfuadé quence fera
prendre ſoin de vos plaifirs,
que vous envoyer ce Livre.
Il inftruit , il divertit , & la
matiere enveſt ſi nouvelle &
Speu connue qu'on n'y
voit aucune des répétitions
256MERCURE
qui font dans lespericksHif
toires que l'on a fare fucres
der àà nos longs Romans .
On m'envoye encore un
Madrigal fur la Prife de Lub
xembourg. Jedvansien füs
partij fans vous chopouvoir
nommer liAutheunusaikaxall
-C
2
?
Amais l
ponudiy depigien tan argilasy
Inpretendois eftrel'écueil
Desppllusfiers Conquerans qui pou
Aveiem tomreprendre
Mais umpangrand mérashayasalle sl
video
Tes Superbes Ramparts fe trout ab
Tendersiz, 12
GAUANT
Le Grandparts teslaforsod, p
Mais n'en murmurepatht, teglaiveeft)
De t
San'sJeconde
te voirfous les Loix du plus grand
Je vous envoye deuxEnig
mes nouvelles , en attendant
l'explication de celles du dernier
mois , que vous trouverez
dans ma XXVL Lettre.
Extraordinaire , que je vous
prépare pour le 15. de Juillet.
La premiere de ces Enigmes
eft de la Dame Solitaire;&
la ſeconde de Rofelinde,
Nymphe enjoüée , autrefois
de l'Empire des Fleurs.1
Juin1684- Y
498 MERCURE
ENIGME
Efuis cequ'on aimetomteambu
Presqueen tous les lieux de la
Etſouventionse faitla guerre,
Pour nowwolr-commeunbien&vare
Mais quandon afaitmaconquestes
Celuy qui me poffede a le coeurfileger,
Qu'àma poſſeſſionjamaisilesar-
Etnome gardepas long-scopsfans
me changer.
firo
AUTRE ENIGME.
N
AAJARGAT 1803 304 305
Ayez point peur de moy,jene
mords ny neruë .
Parma Merejefua congue
T
GALANT 279
Au milieu desjeux & des ris
Préfens deux de fos pavatis.
52
Admirez mesoppar, Fay larestotor-
Urminoir de Guenonfurpe grand
conde Grihe
Desaitende Chaura-Soaring
Qui ſovient d'un des deTortue,
Un efomachd Auftruche , up ventre
Unepean d'Hexing
Honneftement pointuc
Des cuiffes d'our's , des jambes de
ip Grifon
Une queiüe enfimdaDragom n
Cen'estpas tout. Monchant, ou ma
voix lapluspein
Estun cry de Chouette,
f'ay t'oreille d'anfin Renard,
Yij
1260 MERCURE
La coulantd'un Serpent, le vold'uns
Allonette
1
Etlamarched'une Belette;
Et mon plus dous regard
Estceluyd'unfierCrocodille
Prestàdevover Femme on Fille.
Se
Ainfifontjoliment compofez mes des
hors,
Etmon ame est comme mon corps.
১০১৯০১১৯
Voicy un Air d'une nou
veauté ſinguliere. Il eſt de
l'illustre M de Bacilly , qui
enafait les PPaarroles ainfi
que de tous les autres Airs
de ſa compoſition.
Y
T
GALANT. 261
-10
AIR NOUVEAU.up
Plius fovoureux pla délicar,
Quele Chocolat?
Le Roffolis &le Mufcat ,
Et toute autre Liqucur luy doiventren
dre Bommage .
Le Vin nousfaitmal alurefte,
LeChocolat nous enquérits .
Ibnow fait vivre, il nous nourrit,
Ilnous aiguiſe l' a L'appétit T
QuelMédecinferoitfi bestt,
Quel Médecinferoirfifat,
Decorstammerle chocatus in
--crown Nangasda Theerath
Edy Cafe ach
Vivat, vivat
oh seanch sas limp
262 MERCURE
2Je ne vous dis pointre
que vous ſçavez il ya longe
temps , que dans toutes for
tes d'Airs Mide Bacillyréti flit
également Cleſtucesquina
obligé deux grands Hommes
à faire un mot tout expres
pour exprimer ce qu'ils pen.
ſent d'un Génie fi univerſel.
Ils diſent que de toute laMuſique
luy ſeul n'est pointma
niere, au lieu que l'on recon
noiſt la maniere de compofor
des autresAutheurs,dans chas
cun des Airs qu'ils morrent
au jour. Le grand nombre
qu'il en a donnez de fa f
GALANT 263
conyremplit dix Volumes,
qu'on vend au Palais chez
les StadeLuyne, &Blageart.
Ha de don d'ajutter les Airs,
maſme ceux d'autruy , & d'y
donner un tour agreablecon
formementauſons des paro
les , qu'ilpoſſede ſouveraine
mentycomme on peut le
voit par forLivre de Art de
chantery do vanté de tout le
monde, Cette vérité ſe con
noitmieux que jamais , de
puis la mort de Made Niert,
firenommépour l'execution
Bridesoornemens du Chant.
Onsçavoitlecommerce qu
264 MERCURE
ils avoient enſemble depuis
trente années , & l'on attri
buoit à M de Niest tout ca
qui estoit de Made Bacilly
Cependant on voit bien pari
ce qu'il fait à préſent , qu'il
n'emprunte de perfonne,
quelques petits Airs d'Amadis
, &autres du temps, qu'il
a oinez , en font une preuve.
Quoy qu'un talent fis peus
ordinaire pour tour ce qui
regarde l'Ant de chanter, foit
connu de la plupart des Gens
éclairez , ſes Envieux qui luy
veulentnuire, n'ont pas laiffé
de faire souris le bruit qu'il
n'enſeigne
GALANT1 269
a'enſeigne plus , & ils l'one
fi bien perfuaaddeé ,, qu'on
s'en détrompe qu'avecpeine.
Il eſt pourtant vray qu'il eſt
plus capable d'enſeigner, qu'il
ne l'a encore eſté , & qu'un
long uſage luy a donné de fr
grandes & de ſi vives lumie
res , qu'en fort peu de temps
Il rend une voix capable de
tout ce qui ſe pratique dans
le Chant. Iln'eſt pointborné
àſes Ouvrages,comme beau
coup d'autres , & enfeigne
indiferemment tout ce qu'il
yal de nouveau. Celu
Ce n'eſt pas toujours par
Juin 1684.
Z
266 MERCURE
&
le ſuccés que l'on doit juger
du courage des Soldats
de la parfaite intelligence des
Genéraux d'Armée dans le
Métier de la Guerre. Lagran
de refittance de ceux qui fe
defendent avec vigueur, aug,
mente quelquefois la gloire
des Braves qui ataquent avec
intrépidité ; & quand à la fin
du Combat chacun demeure
dans ſes meſmes avantages,
aucun des Partis n'a droit de
ſe donner la Victoire. L'un
s'eft defendu , l'autre n'a pas
pris ; & comme ce n'est pas
perdre , que de ne point ga
A
nerda
GALANT. 267
stase
gner , on ne sçauroit dire
que celuy qui n'a rien pris
ait perdu. Vous jugez bien
que je veux parler de l'Affaire
de Gironne. Quoy qu'
alle h'ait pas eſte ſuivie
sualn
de
de
tout l'avantage que les François
font aujourd'huy en
poſſeſſion de remporter
quelque coſté qu'ils tournent
leurs Armes,
examine beaucoup de circonſtances
de cette Action,
on trouvera qu'elle égale en
dueur tout cena
vigueur qu'on jamais
ouydire desActions les
plus éclatantes , & les plus
Zij
268 MERCURE
échaufées . On ouvrit la
Tranchée devant Gironne
le 20. de May. Le Canon
commença à batre la Place
dés le meſme jour. Le 23 .
il y avoit fait deux Bréches.
Le 2244.Fon prit une Demylune
& un Baſtion , & l'on
fit Priſonniers , ou l'on tua,
tout ce qui estoit dedans,
parce qu'il n'y avoit point
de communication de ces
Ouvrages à laPlace Lemê
mejour 24. on donnal'aſſaut.
Ceux qui estoient commandez
devoient partir aucinquiéme
coup de Canon. Il
!
GALANT 269
cut à peine tiré , que les Soldats
volérent à la Bréche,
fans qu'il fuſt poſſible de les
faire marcher en ordre de
Bataille. Ces Lions ne furent
point arreſtez par un Foffé,
qu'ils franchirent , ayant de
L'eau juſqu'à la ceinture. Ils
gagnérent la Bréche , & furent
enſuite obligez de ſauter
pardeſſus un autre Foffé
plein d'eau, mais plus étroit.
-Cela eftant fait , ils rencont
trérent une eſpéce de Marais,
avecrrun Ruiffeau , l'un &
liantre, tout remply,de planches
dans les endroits où la
Z iij
270 MERCURE
néceflité du Paſſage y faifoir
courir, comme àdes choſes
que le hazard avoit heureu
ſement fait trouver. Le grand
nombre& l'empreſſement de
ceux qui vouloient paſſer en
mefme temps ſur ces planches
, furent cauſe que l'on .
ſe jeta deſſus , ſans examiner
qu'elles estoient garnies de
pointes de fer avec des ma
nieres d'aiguilles, dont quan
tité percérent de part en part
les pieds de ceux à qui la
premiere ardeurne laiſſatien
foupçonner Les Ennemis
avoient outre cela des ReGALANTI
24
t tranchemens à droit& agauche
,& en face de ceux qui
avoient gagné le haut de la
Bréche , doù ils faifoient
grand feu. Cependant, nos
Troupes forcérent tous ces
obitacles,&allérentjuſqu'au
milieu de la Ville. Lors qu'
elles eurent gagné la Place
publique , elles ytrouvérent
un Peuple arme, foûtenu de
plufieurs Escadrons deCaval
ferie! Ce fut là oùil falut que
Valeur 4 cedasta la force.
Hiere dont nos Prançois vel
toient batus, le nombre n'au-
Z nj
272 MERCURE
roit ſervy qu'à leur donner.
plus de gloire, s'ils n'avoient
point eſté affoiblis & fati
guez par pluſieurs Actions de
vigueur, qu'ils venoient de
faire tout d'une haleine. Cela
fut cauſe que n'ayant pû exé
cuter l'ordre qu'ils avoient
reçû, ils tombérent dans une
confufion qui empefcha de
faire les Logemens & les
Retranchemens néceſſaires
pour s'y maintenir. Aindi ils
furent contraints de ſe retirer,
apres avoir combatuavec
une vigueur que l'on ne peut
exprimer , depuis huit heus
GALANT. 273
A
res du ſoir juſques à prés de
minuit. Il eſt impoffibleque
les Ennemis n'ayent pas pordu
autant de monde que
nous en cette occafion. C'eſt
un fait conſtant , qu'on leur
atué ou fait Prifonnier tout
ce qui estoit dans la Demy.
lune&dans le Baſtion dont
on fe rendit maiſtre avant
que de monter à la Bréche,
&qu'on en tua beaucoup fur
la Breche meſme, puis que
Lion n'en peut chaffer des
Gens qui la défendent vigou.
reuſement, fans qu'il yenait
quantité qui demeurent ſur la
274MERCURE
Place. On ſe retira en bon
ordreng & donamonta àla
Tranchée cette mefme nuit.
On a enfuite confuméles Fou
rages , ona fait retirer le Ca
non & l'on s'eſt promené
dans le Païs Ennemy. Heft
facheux de lever un Siege,
quand on a perdu plufieurs
mois devantune Place;mais
quand on n'y a demeuré que
quatre ou cinq jours , ce qui
s'y eft fait ne doit eſtre regardé
que comme unAffaut
donné à quelque Chasteau
qu'on auroit voulu prendre
d'emblée , & non pas com
GALANT 275
me une Affaire importante.
Les Eſpagnols , qui n'ont pas
accoûtumé de remporter le
moindre avantage contre les
Armes du Roy , peuvent fe
vantero de ce Siege aban
donhé. Ils ont raiſon . Ils
font ſi ſouvent de grandes
pertes , que c'eſt triompher
pour eux, que de fauver des
Places qui font en leur pof
feffion Cependant, il leurs
faudra des années pourre
mettre fur pied des Compan
gies , pour te rétabliſſement
defquelles il ne faudroit que
quelques jours aux François
276 MERCURE
A On a remarqué queGironne
a foûtenu vingt- trois Sieges,
fans que les Attaquans ayent
jamais entré ſi avant dans la
Ville , & que toute la Cata
logne a eſte priſe , ſans qu'on
ait pû prendre cette Place,
Pour continuer de répon
dre aux Lardons , le premier
du 25. de May , où j'en ſuis
demeuré , dit en propres ter
mes , On tuë bien des Gens devant
Luxembourg til faut
tout effuyer , parce que for ne
peut faire de breche dans le coeur
du Gouverneur. Depuis que
cetAutheur travaille, onn'a
12
GALANT. 277
point aſſiegé de Flaces , qu'il
n'ait dit vingt fois la meſme
choſe. Il ſemble par ce dif
cours, que beaucoup deGouverneurs
en ayent déja livré
à la France ; cependant il n'a
encore pû en nommer aucun,
qui ſe ſoit laiflé corrom
pre , ny meſme à qui l'on ait
fait des offres . Les Gouver
neurs qu'on auroit tentez,
n'auroient pas manqué de
faire valoir par là leur fidélité
auprés de leurs Maiſtres,
Si l'on n'a pû faire de Bréche
dans le coeur du Gouverneur
de Luxembourg , c'eſt une
278 MERCURE
marque qu'on a voulu le ga
gner.PPeeuutt- oonn avancerriende
plus ridicule,& qui ſoitmoins
vrayséblable ? Un aufli grand
Seigneur qu'eſt le Prince de
Chimay , & par ſa naiſſance
&par ſesgrands biens, eftoitil
un Homme à qui l'on puſt
offrir de l'argent , pour Ten
gager à trahir ſon Roy &
fon honneur , & pouvoit on
avoir ſeulement cette pen
fée ? Il eſt à croire qu'il en
auroit plûtoſt luy- meſme
donné beaucoup , pour avoir
la gloire de conferver Lu
xembourg , s'il n'euſt pas vu
GALANT 279
qu'ils'en fuſt flate inutilemét,
Ge Critique pouſſe les choſes
plus loin , & perdant le
reſpect pour des Souverains
que je ne nomme pas , il les
taxe fur des on dit , ce qu'on
ne doit jamais faire ſur les té
moignages les plus aſſurez.
Mais toutes les fois qu'il cherche
à répandre fon venin , il
employe on dit, &croit enſuite
avoir droit de raiſonner
à perte de vue , mais qui ſe
sache,&écritfans nom, fait
connoiſtre aſſez qu'il craint
qu'on ne le puniſſe, & c'eſt
ce qu'on ne craint point
280 MERCURE
1
quand on n'a rien à ſe repro
cher. Le meſme Autheur a
la hardieſſe de nier ce que
Monfieur l'Electeur de Baviere
écrivit au commence.i
ment de la Campagne touchant
les deſſeins du Roy,
que ce Prince s'engagea de
ne point troubler. Ces Ecrivains
croyent les Peuples
bien ſimples , puis qu'ils prétendent
leur cacher la verité,
en niant des faits publics. Il
ne faut point d'autre réponſe
àcetArticle, finon que les
Troupes de Monfieurl'Electeur
deBaviere ne font pat
GALANT. 28
venuës fur le Rhin , ſuivant
l'aſſurance qu'ilavoit donnée
qu'elles n'y viendroient pas,
puis qu'il trouvoit lesPropofitions
du Roy juſtes. Un
autre Lardon de meſme date,
en faiſant connoiſtre que l'EL
pagne&la Hollande ne peuvent
faire confentir le Roy
d'Angleterre à ce qu'elles
fouhaitent de luy , fait voir
laprudence deceMonarque,
qui a toûjours cu autant de
fermeté pour la Paix , que le
Prince d'Orange a eu d'obſtination
pour laGuerre.Cette
obſtination couſte Luxem
Juin 1684 Aa
4
ela MERCURE
bourg aux Eſpagnols , puis
qu'ils auroient pû donnerau
Roy un Equivalent moins
conſidérable. Le 3 Lardon
nie encore ce que lagoon
duite de M. de Bavierea ju
ſtifié ,& il eſt plein des les
çons qu'il s'ingere de don
noraux Souverains Amis
de la Paixo ou qui nede
mettent en état de faire da
guerre, que dans le deffein
de procurer cette Paix , mais
par malheur aucun de ces
Souverains ne veut profiter
des leçons de ce Critique
On ne voit encore que des
2
GALANT 283
८
repétitions dans les Lardons
des derniers jours de Mayl
Onyfait grand bruit pour la
disfoouu douzićme fois,des
Troupes de Baviere & de
Franconie, qui doivent ve
nil fardekhin Il faut tou
jours ſe liguer,&mettre l'Eu
ropeten feu , parce que le
Rby ne tiendra pas ce qu'il
aspromis & fera descon
queſtes audelà de la Barriere.
Cleft faire mal à propos in
jave alumPrince qui pour
garder Caparole, a donné
les meilleures de fes Places,
afin de faire rendre des
Aa ij
284MERCURE
Royaumes entiersmon ne
doit point allumer une dan ..
gereuſe Guerre pourun ſoupgon
mal fondé , ny vouloir
perfuader au deſavantage du
Roy, qu'il manquera de parole
, avant qu'ilſe foit feulement
mis en étatd'enmanquen
, ny qu'ily ait meſme
apparence qu'il siy metre,
dans la ſituation où font les
Affaires. Ces Lardons font
pleins de contradictions,pref
que dans les meſmes lignes.
Dans le mefme temps qu'ils
continüent de publier que
le Roy en veutà la Monara
GALANT- 285
chie univerſelle, ils diſent que
od Monarque a des raifons
-pour ne porter ſes Armesny
du coſté de Fontarabic , ny
en Iralie , ny en d'autres lieux.
-Comment cela s'accorde-t- il
avec le deſſein de la Monarchie
univerſelle :La Monarchie
univerſelle eft tour , &
cependant lon veut qu'il y
afpire, &qu'il n'ait que la
Flandre pourbut. C'eſtdonc
à dire que le peu de Païs que
les Eſpagnols ont encoreen
Flandre doit tenir lieu de
ba Mornarchie univerſelle à
celuy qui s'en rendra maî
286MERCURE
tree Il y auroit la deſſus de
grands raiſonnemens à faire,
fi on vouloit yperdre du téps
On lit encore dans un de ces
Lardos du 30.Mayles paroles
qui fuivent Detoutesles Cours
de Europa, iln'yaqu'une Cour
qui ne jalouze point la grandeur
de Sa Majesté Tres-Chrétienne.
C'eſt demeurer d'accordient
deux mots que ce n'eltnyp
avecpraifon ny avea jufticel
qu'on veut faire la gueme aul
Roy, mais ſeulement par jazı
loufie. Il pourſuicainfioilywas
de l'intérest de la Hollandearqures
fer. Frontieres demeurent entren
?????? ??????????વ?ું છે આ
GALANT 287
les mains d'un foible Souverain!
Apres cela,on ne doit point
vanterles ſecours que le Prin
ce d'Orange veut que l'on
donne à l'Espagne , comme
une action route genércule,
& digne d'admiration. On
veut ſecourir l'Efpagne par
raifon d'Etat , à caule de fa
foibleffe, &du peu decrainte
que llon peut avoir d'un foi
ble Voiſin. Onveutattaquer
la France,parce qu'ayant de
tres grandes Forces, elle peur
tout conquérir Voila fon
crimeshad del qui engage à
fermer les yeux fur la justice
de ſes prétentions. Jamais
288 MERCURE
les Lardons ne furent fi rem
plis de contrariete 2,que ceux
duande Juin. La difpofition
à la Tréve avec la Hollande,
démonte peux qui les font.
Ilsfont Hollandois, François,
Eſpagnols,&ne sçavent quel
Party prendre. On y lit d'a
bord, que lesHollandois ont
raiſon de retirer leurs Trou
pes des Pais.Bas , pour les
conſerver, ce qui ne le peut
que par cemoyen. Cela eft fa
vray , que je n'ay aucune ré
plique à y faire. Ils ne laifen
ſent pas d'aſſurer toûjours,
que l'Eſpagne ne cédera rien
GALANT 289
à la France. Il est bien aifé
à l'Eſpagne , de montrer ſa
fermeté pour la continuation
d'une Guerre où elle ne contribuëny
d'argentny d'Hommes.
Ils dilent, fans chercher
de détour pour enveloper
un ſentiment ſi odieux
&& fi criminel , que l'Empereur
ne devroit pas pourluivre
les Turcs , afin d'atta
quer la France ; c'eſt à dire,
que l'Empire devroit expoſer
toute la Chrétienté , pour fatisfaire
le Prince d'Orange,
qui ne peut jouir d'une ombre
de Souveraineté , que
Juin1684. вь
290MERCURE
pendant la Guerre. Ces Lardons
continuent en blamant
les Hollandois mefmes , puis
qu'ils difent que l'Eſpagne
eft mal fecouruë de fes Al.
liez . Il n'en faut pas davan.
tage pour faire voir que ces
Autheurs font dépendansdu
Prince d'Orange , puis qu'ils
blâment ceux de leur République,
dont l'inclination eft
portée à la Paix ; mais l'Efvoulu
en cette ocpagne
a
cafion prendre la Hollande
pour dupe, puis que cetre Ef.
pagne fr puiſſante & fi fiere,
& qui a tant de Terres dans
GALANT. 291
Le vieux & dans le nouveau
Monde , n'a pas voulu faire
plus d'effort enFlandre,qu'en
auroit pû faire un petit Sou
verain , dont le Païs n'auroit
que quinze ou vingt lieües
d'étendue. Elle a ſeulement
déclaré la Guerre , afin d'y
embarquer les Hollandois,
& a voulu enſuite qu'ils défendiſſent
ſeuls la Flandre,
comme fiol'Affaire n'avoit
regardé qu'eux. Son but étoit
d'affoiblir la Hollande , par
une Guerre qui auroit dû
confumer ſes Forces , afin
de ne ſe point voir enfermée
Bb ij
292 MERCURE
que
entre deux puiſſans Voiſins,
&desirer peut- eftreun jour
avantage contre elle de afa
foibleſſe , lors qu'en la dé.
fendant , elle ſe ſeroit épuisée
d'Hommes & d'argent. Le
refte de ces Lardonsaneft
remply de raiſonnemens
le temps , a fait reconnoiſtre
faux , parce que ces Criti
ques raiſonnent fur les mou
vemens qu'ils voyent faire,
&que les Souverains nedoi
vent en faire aucun quine
les mene à des chofes tott
tes/oppoſées à celles qui pa
roiffent aux yeux du Public.
GALANT 293
Le Lardon dus eft plein
d'Articles qui une méritent
pas de réponſe, comme lors
que l'Autheur dit qu'il a avis
que Luxembourg tiendra encore
quinze jours,& que le
Prince d'Orange part pour
le fecourir. La Capitulation
eſt ſignée le 4. on avoit batu
la Chamade dés te premier,
det Alucheur dirle 5. que
la Place tiendra encorequm
ze jours. Jugez par la fauileté
d'unepareilleNouvele, dela
qu'on doit ajoûter à tout
ce qu'il debire. Je fçay bien
que l'Article qu'il a fouvent
Bb iij
294MERCURE
repété , de la Paix d'Alger
que nous avons achetée , a
fi peu de vrayſemblance, que
perfonne ne balancera à le
trouver ridicule. Ainſi j'ay
négligé toûjours d'y répon
dre , & je n'en parle aujour
d'huy que pour dire , que fi
nous cuffions efté en ſi parfaite
intelligence avec lesAlgeriens
, M Foran qui
mande l'Indien ,
ne HaraMm
aix
roit pas pris dans le temps
que l'on conclut cette Pa
un Vailleau de 24 Pieces a
Canon , qu'il defagréa
brûla enſuite. Onvoitdans
ennob onnel -29-
GALANT 295
un Lardon du 6. que l'Envoyé
d'Eſpagne préſente à la
Haye un Mémoire , par lequel
il marque qu'il eſt bien
averty que Luxembourg tiendra
encore long- temps , que le Roy
fon Maistre ne confentura point
àla ceſſion de cette Place
qu'il vient un Secours d'Allema
gne. Cel
ace,
Cela ne merite aucune
M
réponſe. Il parle enfuite d'un
Mémoire préſenté par
d'Avaux , depuis la Priſe de
Luxembourg , dans lequel
il eſt marqué que Sa Majeſté
Tres-Chrétienne donne en.
US
core douze jours aux Etats
Bb j
296 MERCURE
pour déliberer fur la Paix ou
furla Fréve. Je ne vous ex
plique point le contenusde
ce Mémoire , puis que vous
avez dûble lire dans cette
mefme Lettre. De premier
Lardon du 8. dece mois, eſt
remply de pluſieurs Articles
qui ne regardent point la
France , &auſquels parcon
féquent je ne répons pointy
Lemeſime Lardon ding (re
imarquez la date ) parle d'un
nouveau Mémoire par lesi
quel l'Ambaſſadeur d'Efpa
gne continue à dire , que Lus
xembourg est encore en état diat
k
GALANT 297
rendrelong-temps du fecours. La
Capitulation deLuxembourg
eftant fignée dés de949eft
vouloit que les Hollandois
ne ſcachent rien de ce qui
fe paffe On voit dans un
autre de la meſme dare, des
raiſonnemens fur le dernier
Mémoire préſenté par M
d'Avaux. Ces raifonnemens
venoientidur Party qui ne
vout pointolab Paix, Je vous
ayu donné dans cette Leure
la Réponſe queM' d'Avaux
ysaj faite. Onsy parle endore
d'un Echange des Païs-Bas
pour lesquels le Roy donnera
298 MERCURE
genéralement toutes lesClefs
quiluy ouvrent les Portes de
tous coſtez dans les Etats de
ſes Voiſins. Je ne croy pas
qu'il foit à propos de répon
dre aux viſions d'un Homme
qui s'embaraſſe des choses
futures, &dont les raiſonnemens
fur l'avenir ſont ſi peu
vrayſemblables , qu'ilsfe dé
truiſent d'eux - melmes, ade
troifiéme Lardon du mesme
jour dit , que le Roy est mille
fois plus heureux dans fesNégotiations,
que parſes Armes Pouros
on rien dire qui ſoit plus
contretemps , apres la Prile
GALANT. 299
de Luxembourg , qui felon
ce que le meſme Autheura
dit huit ou dix fois , devoit
tenir atitant que Vienne ? Si
le Roy a pris une Place qui
eftoit capable de refifter fi
long-temps , on nepeut pas
dire que ce Monarque ne
foit pas heureux par ſesAr
mes ; &c'eſt , dans le meſme
temps qu'on pole en fait une
chote , donner un exemple
qui la détruit
Le meſine continuë en
condamnant tous les Souverains
de l'Europe , quinine fo
font pas unis pour s'oppofer
300 MERCURE
a la grandeur de la France,
& tâche d'inſinuer qu'on ne
devroit pas moins ſe liguer
contre le Roy , que contre
l'Ennemy du Nom Chrétien,
cepédant, la diférence du pro
cedé de l'un & de l'autre eft
bien grande.L'Empereur a of
fert laPaix au Grand Seigneur
avec des avantages tres conſidérales
, que ce Monarque
Turc ne voulut pas accepter
avant la Campagne deVien.
ne , & le Roy des ce tempslà
offrit la Paix ou la Tréve,
que les intéreſts de quelques
Princes particuliers empê
GALANT. 201 1
chérent d'accepter. Ainfi,
dans le temps que le Turc
vouloit la Guerre , & qu'il
prétendoit accabler la Chré
tienté par ſes nombreuſes Armées
, le Roy offroit la Paix,
afin qu'onfe miſt plus en état
de luy refifter. Cet Autheur
pourfuit par de grandes remontrances
aux Peuples. Il
y fait paroiftre là rage & le
deſeſpoir , & dit que la Priſe
de Luxembourg rompt la
Barriere. Cependant il eſt
conſtant que Luxembourg
n'entre point dans laBarriere,
qquuee lesHollandois ont fuplié
e
202 MERCURE
le Roy de ne ponit paffer.
Aufſi les Hollandois ne fongent
point à s'en plaindre;
& fi cet Autheur Satirique
n'écrivoit pas pour des Particuliers
, il ne ſe plaindroit
point luy-meſme d'une chofe
dont ſes Maiſtres ne diſfent
rien. Dien , dit- il en conti.
nuant,se fert des François pour
punir les Espagnols. S'il ditvray,
les François n'ont pas tort.
Lebras dontDieu ſe ſertpour
punir , frape toûjours juftement.
4
יופיל
Le Lardon du 12. trouve
étrange que le Roydemande
GALANT 303۲
aux Hollandois de ne ſecourir
l'Eſpagne ny directement
ny indirectement. Je ne croy
pas qu'on ait jamais rien imagine
de fi éloigné du ſens
commun , puis qu'il n'eſt pas
poffible que les Hollandois
foient en meſme temps en
Guerre & en Paix avec le
Roy,qu'ils ſignentunTraité,
& qu'ils entretiennent des
Armées à ſes Ennemis. Le
Roy , diſent-ils pour donner
quelque couleur à une groffiéreté
ſi manifeſte , accufera
les Hollandois d'avoir aſſiſté les
Espagnols , pour avoir un pré-
84
304MERCURE
texte do leur déclarer la Guerre
Si c'eſtoit de deffein de ce
Monarque , il n'auroit que
faire de chercher tous ces
détours pour parvenir à fon
but. Il eſt tout armé , il a
foixante mille Hommesten
Flandre, qui n'ont point d'oci
cupation , les Inipériaux font
dans le fonds de la Hongrie,
& il pourroit faire la guerre
aux Hollandois, ſans differer
àun autre tempsiphaleco
Il a paru un ſeul Lardon
du13. quine contient que les
éclairciſſemens qu'on avoir
demandez àM' d'Avaux, fur
GALANT 305
le mémoire qu'il avoit pré
fenté aux Etats apres la Priſe
de Luxembourg ; &comme
cefecondMémoire en éclairciffement
est déja dans ma
Lettre , il ne me rette rien à
yous dire fur cer Arricles Le
meſme fait connoiftre fur la
ing que les Hollandois coma
mencent à s'apercevoir que
les Eſpagnols les joient,len
siobftinant à dire qu'ils ne
confentiront point à la cefi
fion de Luxembourg puis
qulon ne doir pas prétendre
que Sa Majeſterferpuiſſeré
ffoouuddre à rendre une Place
Juin 1684. Cc
306 MERCURE
qu'aucune puiſſance ne luy
fçauroit arracheral blab
Un autre Lardon du 15.
dit que ſi le Roy veut mon
trer qu'il n'aſpire passà la
Monarchieuniverſelle, il faut
qu'il faſſe rafer Luxembourg,
&qu'on ne doute point qu'il
ne le faffenen faveur de la
Paix. Cela eſtofi fort con
traire à tout ce que ces Au
theurs Satyriqueshont ema
ployé dans tous leurs ouvrages
, qu'onvoit bien qu'ils ne
diſent pas ce qu'ils penſent)
ou qu'ils n'ont jamais penfé
ce qu'ils ont dit. On voit
۴۰
GALANT 307
dans le meſme la grande &&
loüable fermeté d'Amſter
dam, qui fait une grande Dé-
-putation pour avoir la Paix.
Une autre Feüille de la même
date dit que Luxembourg a
efté pris fans raifon & Ton
n'y voit rien qui juftifie ce
qui oft ainſi avancé. Il n'eft
plus queſtion , ny de Droits
du Roy , ny d'Equiualens,
pour rendre la Priſe de Lu
xembourg légitime. Sa Majeſtés'eſt
ſervie d'un nouveau
Droit qui ne luy a jamais
eſtécontefté. C'est le Droit
de la Guerre , on la luy a
Cc ij
308 MERCURE
déclarée. Ainſi ce que ce
Monarque a pris , luy appar
tient. C'est une choſe à la
quelle aucun Jurifconfulte
ne peut répliquer, Le mefme
s'étend ſur l'Affaire deGénes,
'Affaire
& dit que la France a cor
rompu les Canonniers, & les
Principaux de laRépublique.
Quelle preuve a ton de cela
Qiel autre en parle Quieft
celuy qui s'en plaint Sild
eſtoit vray que la France euſt
gagné tous ceux que les Lar- b
dons veulent qu'elle aitcorel
rompus, elle devroitidéjast
avoir étendu ſa) domination
GALANT 309
fur toute la terre. On bat
beaucoup de Païs Pdans le
mefme Article , touchant le
veritable état deGénes apres
L'effet de nos Bombes ; &
L'on ne sçait fi Ton a ruime
un grand nombre de Mai
fons , ou abatu ſeulement
des Cheminded.abzorgani
Le dernier du 15. ne patle
quedes Mémoires de l'Am
bafladeur d'Eſpagne, dontje
νους ay déja entretenue , &
del'Affaire de Gironne , où
l'onveut que Mode Belle
fons ait perdu ſon Bagage&
fonArtillerie, Comment cela
310 MERCURE
feroit il , puis que les Eſpa
gnols n'avoient point d'Ar
mée en Campagne A-ton
jamais oüy dire qu'il fuft pof
fible que des Afliégez quire
pouffent des Affiégeans dans
un Affaut , vinſſent dans un
Campprendre les Equipages
& le Canon d'une Armée
Une Garnison siyo verroit
bien-toſt enveloper
roit priſe , lors qu'elle pene)
feroit prendre. L'Autheur du
Lardon du 19 ( cab les au
tres de mesme date n'ont
pas paru ) dit que quatre des
Sept Provinces - Unies ont confe
GALANT 311
fenty à la Neutralité ; qu'il ne
doit point controller ce que font
Ses Souverains, &qu'ils en doi
vent avoir de tres-fortes raisons.
Si ces Autheurs Satyriques
demeurent d'acord que leurs
Maiſtres ont eu raiſon,pourquoy
ne veulent-ils pas que
les autres Souverains qui ont
propoſé cette mefme Neu
tralité, ayent eu auffi raifon?
On voit dans le premier Lar
don du 20. une longue defcription
des mouvemens de
Hollande pour & contre la
Neutralité propofée par la
France. J'ay tant parlé de
λια MERCURE
ceux qui vouloient facrifier
la tranquilité de leur Païs à
leurs intéreſts particuliers ,
que je ne ferois que vous ennuyer
par des repétitions, ſi je
répondois à cet Article. La
fuite s'étend fur les Mémoi
res menaçans de l'Empereur
& du Roy d'Eſpagne , & fur
celuy de l'Electeur de Cologne
, qui ſe déclare pour la
Neutralité. Le ſecond du
mefme jour ne contient que
le Mémoire que voicy.
1
Le
GALANT 313
L
4
EComtedAvaux,Ambassadeur
Extraordinaire du Roy Tres-
Chrétien,pourfatisfaire à ce queMes
fieurs les Deputez de VV. SS. ontfou.
baité de luy, amis par écrit la Ré
ponſe qu'il leur a faite , &a dreſſe,
le préſent Mémoire, qui contient en
Substance ce qu'il a dit dans une affez
longue Conference.
Ledit Ambassadeur leur a témoi
gné, que le Roy Son Maistre veut,
effectivement la Paix , & qu'il n'a
pasbesoin d'en alleguer d'autres preuves
, que celles que Sa Majestéveur
bien donner Elle mesme , lors qu'
Ellese tient encore apres la Priſe de
Luxembourg, aux mesmes conditions
qu'Elle a offertes auparavant , &
qu Elle confent outre cela , de demen
rer obligée pendant un mois , à com
Juin 1684. Dd
314 MERCURE
pterdujour de lafignaturedu Traité
quisefera à laHaye, aux mesmes conditions
qu' Ellea cy devant proposées
al' Empire ; que c'est là tout ce qui dé
penddu Roy's quec'est tout ce que sa
Majestéa offert àVV. SS.&tout a
queVK. SS. pouvent raisonnablement
dimander'd Elle. Que s'ilyaquelque
chafe qui leur cause de l'inquilinde sa
Majesté leur a donnétrop de preuves
dufoin qu' Elle ade hur sepes,pour
croire qu' Elle vouluft te loiffer troublerpar
d'autres endroits , & quefi
l'on veutfinir icy les Affaires entre
la France& l'Espagne, vom ne de
vez pas douter que Sa Majesté ne
s'employe tres - volontiers dans tout ce
qui fora de vostre fatisfaction ; mais
qu'iln'est ny juste ny raisonnable, de
vouloir obliger ledit Ambassadeur à
entrer là -deſſus à une convention
GALANT 215
1
avec vv. ss. foirpar des Articles
qui feroient inferez dans de Traité
d'entre la France & l'Espagne,foit
par des ArticlesSéparez , puis queso
L'onen usoit ainsi, ontomberoit infen-
Sobtement , sous prétexte des Affaires
du Nord, dans le labyrinthe d'un
Traité général. C'est ce que ceux qui
ontfoubaité d'enveloper toute l'Europedans
une Guerre genérale,fous
prétexte d'un Accommodementgenéral,
ont tenté depuis trois ans. C'est
ee qu'ils sentent encore àcette heure's
four d'autres termes, & d'une autre
manieres que ectre Propofition vague
du démeslé du Nord, fait affez voir
que quelque couleur apparente qu'on
Buy puiffe donner, elle n'estcependant
we par fafinée que ceux qui n'ofareplus
s'oppofer ddiirrectement àlaPPaix,tá
chent d'y faire naiſtre tant d'obfta-
Dd ij
316 MERCURE
cles , que VV. SS. foient obligées de
de laiſſer paffer , sans rien conclure,
Le temps dans lequel Sa MajestéTres-
Chrétienne consentde demeurer obli
gée à ces Propositions ;&pour leur
dire encore une fois , qu'on ne peut
rien demander de plus audit Ambasfadeur,
sinon qu'il traite icy l' Affaire
d'Espagne aux conditions proposées
par Sa Majesté , qu'on renvoye à Raz
tisbonne celles qui regardent l'Empire
, & que Sa Majesté confente de
ſe tenir encore pendant un mois aux
mesmes conditions qu' Elle a offertes
àla Diette de Ratubanne ; que les
Personnes qui composent cette Diette
font ſages éréclairées, qui ont les intéreſts
de l' Empire àcoeur,&quiſcaurontbien
travaillerà établirfon reposi
& cofin, que si la Résolution de VV.
SS. est de ne confentur nyà Paix nyà
GALANT 317
ne
an
Tréve entre la France& l'E,Espag
&de refufer les offres que SaMajesté
Tres Chrétiene vous fait pour la tre
quilitédes Pars- Bas,&pourlasûreté
de la Barriere , à moins quele Comte
d'Avaux ne s'engage de concerter
avec vous des Articlesfur des choses
qui neſont ny deſon miniftere , nyde
fa connoiffance, cefera ungrandmalbeur
pour la Chrétienté,&furlequel
Le Royfon Maistre w'ayant rien àfe
reprocher , ledit Ambassadeur efpere
que Dieu continuëra toûjours de be
wir les Armes de Sa Majesté ; mais
fiau contraire VV. SS. fontfatufaites
qu'on offre definirpar un prompt
Accommodementlesdémeflez, quifont
entre la France& l'Espagne , qu'on
*remette le calme dans vostre Voisifinage
, qu'on pourvoye à la sûreté
de vostre Barriere , & qu'on réta-
Ddiij
318 MERCURE
bliffe Llee repos de l'Empire parune
Trêve dae vingt années, leditA
baffadeur réitere à Vr.ss. qu'ilest
preſten ce cas defigner inceffamment
leTraité,&de paffer en mefme temps
auprés du Roy fen Maistre les offi
esdont il
charger.
Pour ce
plairs
qui e
pr. ss de ta
ce! eſt du délay,Me Menne
vos Deputez luy en ont demandé la
prolongation , & lay ont demandé
auffi dequel jour on pouvoit compter
que le terme de douze jours avvis
commencé ; furquoy ledit Ambassa
deur leur a répondn , que le Gouver
neur de Luxembourg avoitfigné le
4. dece mois la Capitulation, en vertu
de laquelle la Place eftpasséedans
poffeffion deSaMajesté,&qquui'siunffion
devoit compter cette ville de cejour
Là au Roy ; mais quelques- uns de
GALANT 319
J
d'une
dire
Mefficurs vos Deputez agant objecté
que les Troupes de Sa Majesté n'a
voient esté mises en poſſiſſion
des Portes de la Ville , que le 6. ан
matin , ledit Ambaſſadeur leur a repoté
ce qu'il leur a déclarédans la Réponſe
du 4. de ce mois , c'est à
qu'il ne s'arrestera point à ces deux
jours là, lors qu'il nefera plus befoin
que d'avoir du temps que VV.
SS. voudront bien employer à termi
nerpromptement cette Affaire , & il
confentira volontiers de commencer
à compter les douze jours de ce mois,
c'est à dire que les douze jours finiront
le 18. au foir i mais comme il a
eu l'honneur de leur dire le 6. de ce
mais qu'ilse régleroitfur celafelon
qu'ilverroitqueVV. SS. travaillans
Sérieusement à la Paix , neferoieno
arrestées que parlaformede leurGon-
Dd iiij
1
4
320 MERCURE
T
vernement , il est obligé de leur dire,
qu'il voit avec déplaisir que ce n'est
pointcceellaa qui les arreste àcetteheures
que ce sont des difficultez qui font
bors de l'Affaire , & des conditions
quevous voulez impofer auxoffresde
Sa Majesté,qui détraiſint l'acceptation
queVV. SS. témoignent en vouloirfaire.
C'estpourquoy leditAm.
baffadcur leur a dit , quefi elles vonloient
la Paix genérale aussi féricafoment
qu'elles le diſent , il n'y avoit
ny deplus prompt ny de plusfürexpédient,
que de convenir nettement
&fans restriction des offres de Sa
Majesté ce que ledit Ambaffadesur les
prioit de faire avant l'expiration du
terme ( en cas que ce soit l'intention
de VV.SS.) n'estant pas enson pouvoir
d'accorder aucun délay , &VV,
SS.jugeantaffez d'elles- mesmes,qu'il
GALANT. 321 1
3
n'est pas de la prudence du Roy fon
Maistre , de perdre en nouveaux dé-
Lais les avantages que luy donnela
faiſon,&qu'il doit attendre dubon
état de ses Armées. P. S. Utrech
aconfenty. Faitàla Haye le 20. Juin.
Les Lardons du 22. parlent
ſeulement de la Tréve,
& des Souverains qui ont
confenty à l'accepter. Il ſemble
qu'apres ce rétabliſſement
d' union avec la Hollande
, un Autheur Hollandois
devroit nous traiter en
Amis. Cependant on voit
dans l'un de ces Lardons
une repétition de toutes les
invectives auſquelles j'ay ré322MERCURE
4
pondu pluſieurs fois, & elles
font fi hors de ſujet , qu'on
voit que le ſeul dépit que
cauſe la conclufion de la
Neutralité yodonne lieu
L'Autheur du Lardonqui
accompagne celuy-là , dé
guiſe mieux fon chagrin , &
s'accommodant autemps , il
adu moins la politique de
loüer fes Maiftres. Ilyalongtemps
, dit- il, que l'Espagne
duroitda accorder quelque chofe
aux Prétentions de la Franes,
mais fa fierténaturellespea qui
esu dans ce fiele fi pou en état
desefoûtenir, l'ayant aveuglée
A
GALANT 323
au point de ſe diffimuler ſa foibleſſe
, elle a laiſſe aller les cho blefle
fes à une extrémité, dont laſeule
prudence dos defintéreſſez Arbi
tres de l'Europe peut les tirer.
C'est dans cette pensée que la
Hollande fincerement Amie de
fes Alliez,foufcrit à la Tréve
que la France propose. Il louë
enſuite leRoy; maisfans exa
miner dit-il , s'il a raifon de
Vortoirbien la Paix dans la plus
belle ſuiſon de ſes Conquestes. Il
ne fait pas paroiſtre tant de
vanin que les Confieres, en
fadyre , mais il empoisonne
ce qu'il dit d'avantageux , &
324MERCURE
il garde des ménagemens au
prés desEtats &de celuy qui
le fait parler. Il meſle des
Nouvelles dans ſes Feüilles,
&c'eſt à quoy je ne fais jamais
aucune Répenſe , mais
ſeulement aux impoſtures
formelles.La premiereFeüille
du 26. Juin parle d'un Mémoire
ſi outrageant, préfenté
par l'Envoyé d'Eſpagne, que
les Etats l'ont envoyéà leur
Ambaffadeur àMadrid, pour
en demander fatisfaction au
Roy Catholique. Le Prince
d'Orange, ditlamême Feüille,
metfes Troupes en Corps , afin
GALANT 325
quu''eelllleess nefoient point inſultées
par lleess Espagnols , quand
apprendront l'acceptation de la
Neutralité. Ony voit la Rél
ſolution des Etats fur cette
Neutralité ,portée à M' d'A
vaux, & qu'Amſterdam rou
vre aufli toft fa Caffece
qui en marque l'utilité pour
les Etats. Je ſuis preffé de
finir ,& ne dis rien des deux
autres Feilles , qui roulent
à peu prés ſur la mesme ma
tiere , & dont l'une eſt pref
que toute remplie des noms
de ceux qui font morts, ou
qui ont eſté bleſſez devant
Luxembourg.
326 MERCURE
Tou
Je vous ay déja parlé de
l'Ambaſſadeur duDivan d'Alger,
lors qu'il arriva
lon. Il eſt icy depuis queti
ques jours , avec une fuite
de douze PerfonnesOnl
ſçû d'eux , que jamais l'allé
greſſe n'avoit eſte ſi grande
dansleurVille, que lors qu'ils
conclurent la Paix , qu'ils
avoient demandée au Roy,
&qu'ils commencérent alors
à oublier le dommage que
nos Bombes y avoient faic.
Il s'y eſt trouvé mille ſeize
Maiſons entierement brûlées,
ſuivant un calcul exact qu'ils
GALANT 327
en ont fait faire. Ils le diſent
icy publiquement à ceux qui
les vont voir , & qui veulent
les entretenir. Ils ajoûtent,
que dés que le Traité cut
eſté conclu , ils commencé
rent des Réjoüiffances qui
durérent pendant pluſieurs
jours ; que toutes leursMaiſons
furent illuminées , &
qu'ils tirérét trois cens coups
de Canon à balle dans la
Mer , ce qui ne se fait que
rarement , & pour des choſes
qui leur font de la plus
grande importance. Les marques
de leur joyc allérenten328
MERCURE
core plus loin , puis qu'ils
traitérent toutes les principales
Dames de la Ville. Ils
diſent qu'ils n'ont jamais-envoyé
d'Ambaſſadeur à aucun
Souverain , que de leur Religion
, & que la grandeur
du Roy , & la veneration
qu'ils ont pour Sa Majesté,
les afait paffer pardeſſus leurs
Loix, & qu'ils le traitent de
Padiſcha, qui veut dire Empereur,
quoy qu'ils n'ayenr
jamais donné ce nom qu'au
Grand Seigneur. Ils onttrouvě
la France fi peuplée de
puis Toulon juſques àParis
GALANT. 329
qu'ils ont dit que toute la
Campagne n'eſtoit qu'une
Ville.
Enfin les Hollandois ont
d'un conſentement unanime
accepté les Propoſitions qu'il
a plû au Roy de leur offrir
pour le repos de l'Europe. II
y a tant de choſes à dire làdeſſus
pour la gloire de Sa
Majesté , que comme elles
me meneroient trop loin , je
fuis obligé de les réſerver
pour le Mois prochain. Je
fuis,Madame, Voftre, &c.)
A Ta is le30. Juin 1684.
Juin 1684- Ec
3330 MERCURE
Ils'eftglifféquelques fautes
dans le Mercure du dernier
mois, par l'application qu'on
fut obligé d'avoir dés ce tépslà
, pour examiner un tresgrand
nobre de Relations de
la Priſe de Luxembourg , &
de l'Affaire de Génes , dont
on n'apû s'empêcherde faire
des Volumes particuliers .On
a mis l'Hôpital des Invalides,
pour l'Hôtel Royal des Invalides.
M'l'Eveſque & Comte
de Beauvais , que l'on a dit
eftreFrere de feuM' de Four:
bin , eſt ſeulement de cette
Maiſon ; & M'le Comte de
GALANT. 331
Tourville , qu'on a marqué
Chef d'Eſcadre , eſt Lieute-
" nant General. Ily a auſſi quelques
noms défigurez dans la
Liſte des Officiers de Marine
, mais il eft fort difficile
que cela n'arrive par parmy
cinq cens nomspropres,dont
il y en a beaucoup qui ſont
mal écrits.
FIN.
Ecij
552252-552255-5255
-TABLE DES MATIERES
contenuës dans ceVolume.
Vant-propos.
Particularitez dee l'entrevene deM
Σ
le Duc de Savoye , & de Madame
Royale ; ce qui s'est passé sur leur
Route jusques àThurin , & les Réjouiſſances
qui s'yſontfaites.
BalladedeM de Benferade.
3
39
LettreduRoyde PologneàM le Ducde
S. Aignan, en luy envoyant le Sabre
dufeuGrandVizir. 45
Lettrede laReynedePologne au même.47
Extrait d'une Lettre de M'le Marquis
d'Arquien au mesme. 48
Lettre en Versfur le prétendu Mariage
dela Pucelle d'Orleans..
SI
Relation tres - curieuse de la mort de la
6 Reynede Portugal.
Lettre du Roy de Siam au Pape , & an
Royde France , avec plusieurs particularitez
touchant les Ambaſſadeurs
Bayeneche
Stensbilmothek
München
GALANT
JUIN 1684.
E ne ſera point, Madame,
par une action
particuliere du Roy
que je commenceray cette
Lettre. Celles dont j'aurois à
vous parler, demandent plus
d'étenduë ; & comme des
Volumes entiers pourroient
Juin 1684. A
2
MERCURE
à peine ſuffire pour marquer
une partie des plus glorieuſes
circonstances de ce qui s'eſt
fait de grand pendant ce
Mois- cy , c'eſt aux Lettres
ſéparées que je vous ay adrefſées
là-deſſus , que je vous
renvoye. Ce qu'elles contiennent
eſt arrivé par des
ordres donnez apres des me
fures ſi juſtes, que le fuccés
en eſtoit infaillible. Ceperdant
je ne m'éloigneray pas
beaucoup de ma matiere or-
1
dinaire , puis que le Mariage
de Madame la Ducheſſe
Royale dont vous attendez
Bayerische
Staatsbibliothek
München
GALANT. 5
voit diverſes Collines. Il y a
un beau Chaſteau qui commande
à la Ville , & dont
M le Marquis de S. Maurice
eft Gouverncur. Les Jardins
en font fort propres. Dans
la Court de ce Chaſteau eft la
Sainte Chapelle, deſſervie par
des Chanoines . Monfieur le
Duc de Savoye s'eſtant rendu
en poſte à Chambéry le
-- Lundy premier jour de May
fur les ſept heures du ſoir,
trouva lesRuës remplies d'un
Peuple nombreux qui faifoit
retentir de toutes parts, Vive
Savoye. Me le Marquis de
A iij
6 MERCURE
S. Maurice , qui l'attendoit à
la Porte du Chaſteau, luy en
préſenta les Clefs. Ce Prince
l'embraſſa fort tendrement,
&dés qu'il fut déboté, il entra
dans la Sainte Chapelle,
& voulut voir en ſuite toute
la Maiſon.. Le lendemain ,
le Sénat , la Chambre des
Comptes , & les Echevins,
le haranguérent. Ce meſme
jour il envoya inviter toutes
les Dames de la Ville pour
les divertiſſemens du foir , &
leur fit l'honneur de les baifer
toutes . Pendant tout le
temps de ſon ſejour , qui fut
GALANT.
juſqu'au Samedy, il y eut
chaque foir Tables de Baffete
, Collation , & Violons,
afin que chacune euſt dequoy
ſe ſatisfaire. Le Mercredy
, il alla à S. François,
avant que de ſe faire voir au
Vernay. Le Vernay eſt dans
un Fauxbourg de cette Ville.
C'eſt un Lieu fort ombragé
de pluſieurs rangs de vieux
Arbres , comme une partie
du Cours de Paris , où tout
le monde s'aſſemble & fe
promene. Le Jeudy il prit le
divertiſſement de la Chaſſe
du coſté d'Aſpremont , & y
Aiiij
8 MERCURE
demeura tres peu, à cauſe de
l'exceffive chaleur. Le ſoir
il retourna au Vernay incognito
, & entretint pluſieurs
Dames , chacune en particulier.
Le Vendredy il paſſa l'aprefdinée
avec les Prélats qui
s'eſtoient rendus à Chambéry,
& dança le ſoir au Vernay
, que l'on avoit illuminé
par ſes ordres, & où il avoit
fait venir des Violons , des
Hautbois, &des Trompetes.
Apres qu'on eut dancé quel
que temps, il pria les Dames
de paffer dans un Jeu de Paume,
qui eft dans la mesme
1 GALANT9
Place du Vernay. Ellesy trouvérentune
Collation des plus
magnifiques. Ce Prince ayat
exhorté tout le monde à ſe
bien divertir, ſe retira fans
rien dire , pour aller fe préparer
à ſes devotions , qu'il
vouloit faire le lendemain, &
dont il s'acquita avec une
pieté tres édifiante. Le Samedy
6. de May , il alla coucher
aux Echelles en unChâ
teau , d'où il envoya M le
Comte Scaravella , Gentilhomme
de ſa Chambre , &
Maiſtre des Cerémonies , à
Pontbeauvoiſin , avec ordre
10 MERCURE
d'y régaler les Princeſſes, les
Dames , & les Officiers du
Roy , qui avoient accompagné
Madame la Ducheffe
Royale juſqu'en ce Lieu-là .
M le Comte de Soiffons, &
M' le Prince Philippes fon
Frere, le ſuivirent aux Echel
les. Ces Princes eſtoient venus
le falüer à Chambéry. Il
les avoir trouvez dans fa
Chambre lors qu'il eſtoit revenu
du Jeu de Paume, & il
les avoit reçeus avec de gráds
témoignages de fatisfaction
& d'amitié. Le Dimanche 7.
ce jeune Duc partit des EGALANT.
II
chelles en poſte ſur le midy,
accompagné de ſa plus confidérable
Nobleſſe. Ses Gardes
s'eſtoient rendus dés le
Samedy au foir à Pontyoiſin,
où eftant arrivé dans la Maifon
qui luy estoit préparée fur
ſes Etats, il ne fit que chan
ger de Jufte- au- corps , fans
defcendre de cheval, & pouf
ſa juſque chez Madame la
Ducheſſe Royale. Cette Princeffe
entendant les Trompetes&
lesTimbales qui l'aſſuroient
de fon arrivée , s'échapa
à quelque impatience
de le voir , & fe mit d'abord
12 MERCURE
à la Feneftre ; mais fa mo
deſtie l'obligea ſur l'heure à
s'en retirer, & elle ne fongea
plus qu'à aller ſur l'Escalier
au devant de luy. Ce Prince
entra dans la France avec ſes
Gardes l'Epée à la main , &
eftant defcendu de cheval,
il monta l'Escalier d'une fi
grande vîteſſe, que Madame
la Duchefſe Royale eut à
peine defcendu trois degrez,
qu'il l'arreſta. Ce fut fur cet
Eſcalier que ſe firent les premiers
embraſſemens de part
&d'autre, avec une extréme
fatisfaction , & meſme avec
GALANT. 13
ſurpriſe de S. Alteffe,Royale,
qui trouva la jeune Princeſſe
de beaucoup plus belle que
fon Portrait, ſe plaignant du
Peintre qui luy avoit fait injure
, & voulant que l'on réformaſt
celuy qu'il avoit à
Turin ſous ſon Dais . Il la remena
dans ſon Apartement,
& n'y demeura qu'autant
qu'il falut pour les honneſtetez
& les carreſſes qu'il fità
toutes les Dames. En ſuite il
luy prit la main , & la conduiſit
dans une Chaiſe qui
l'attendoit au bas de l'Eſcalier.
Il l'accompagna à pied,
14 MERCURE
১
la main toûjours ſur ſa Chaiſe
, juſque dans le Territoire
de ſes Etats ; & eſtant alors
monté à cheval, il commanda
aux Porteurs d'eſtre diligens.
La grande pouffiere
qui s'éleva , jointe à l'envie
qu'eurent ces Porteurs de ſe
furpaſſer les uns les autres,
futcauſe qu'ily en eut que!-
ques-uns qui expirerent en
poſant la Chaiſe. On avoit
préparé une ſuperbe Collation
aux Echelles , qui eſt à
moitié chemin de Chambéry
, mais on ne s'y arreſta
pas. Monfieur le Duc de
GALANT
Savoye, qui alloit toûjours à
coſté de la Chaiſe de la Princefſe,
luy apporta luy-meſme
un Verre de Limonnade,
qu'elle reçeut de ſa main fort
modeſtement. Elle monta
en carroſſe à demy- lieuë de
Chambéry, où elle entra fur
les fix heures du ſoir , ou
pour mieux dire, où elle eut
peine à entrer , à cauſe de la
grande foule de Perſonnes
de toutes conditions, qui êtoient
accourues pour luy
rendre leurs reſpects , & fatisfaire
leur affection & leur
curioſité. Toute la Bourgeoi
A
16 MERCURE
geoiſie eſtoit ſous les armes,
& il vous doit eſtre aifé de
vous figurer le bruit de l'Artillerie
. Elle alla au Chaſteau
defcendre à la Sainte Chapelle,
où M' le Camus, Evefque
de Grenoble, l'attendoit,
avec M³ l'Archeveſque
Tarentaiſe , & M² l'Evefque
de Geneve. Le premier de
ces Prélats , que l'on reconnoit
dans Chambéry pour le
Spirituel, ſon Dioceſe s'étendantjuſque-
là, donna à Leurs
Alteſſes Royales la Benedi-
Etion accoûtumée. Cette cede
rémonie eftant faite, lajeune
GALANT. 17
Princeſſe ſe retira dans ſon
Apartement. Plus de deux
cens Femmes de qualité de
Dauphiné & de Savoye , ſe
trouverent à ſon paſſage fur
le grand degré du Chaſteau.
Elle leur fit un accueil ſi obligeant
, que dés ce moment
elle gagna tous les coeurs.
On luy dit qu'il y avoit quel
quc diférence à faire entre
elles, & que fi elle en devoit
baiſer quelques unes, il y en
avoit d'autres à qui elle devoit
ſeulement donner fa
main. Elle répondit qu'elle
baiſeroit les unes par obliga-
Juin 1684,
Ly
B
18 MERCURE
tion, &les autres par amitié..
Ainſi elle n'en excepta aucune
, & les charma toutes..
La Nobleſſe de Savoye luy
vint auſſi rendre ſes reſpects .
Elle les reçeut placée ſous
un Daiz , dans ſa Chambre
de parade. Monfieur le Duc
de Savoye luy nommoit les
Hommes ; & Madame la
Princeſſe de la Cifterne , ſa
Premiere Dame d'honneur,
luy fit connoiſtre les Dames.
Leurs Alteſſes Royales ſe retirérent
enſuite en leur particulier
, & lors qu'on eut
ſervy le Soupé, Elles firent
GALANT. 19
a
mettre à leur Table Madame
la Princeſſe de Lillebonne,
les deux Princeſſes ſes Filles,
& Madame la Maréchale de
Grancé. Le Soupé, quoy que
magnifique , dura peu. Le
Mariage fut confommé cette
mefme nuit; & le lendemain
ces deux illuftres Epoux
eſtojent fi libres & fi fami.
liers enſemble, qu'on auroit
jugé qu'ils ſe connoiffoient
depuis long- temps. Cejourlà
, qui estoit le 8. du mois,
Madame la Ducheffe Royale
alla à la Sainte Chapelle , où
Mile Doyen de la Péroufe,
Bij
20 MERCURE
que ſon éloquence& fa piere
ont rendu auſſi fameux àParis
, qu'il l'eſt en Savoye , la
vint recevoir à l'entrée , &
luy fit une tres-belle Harangue.
On chanta leTe Deum
dans cette Chapelle, &Leurs
Alteſſes Royales qui dînérent
en public , n'eurent perfonne
à leur Table. L'aprefdinée
, les Magiſtrats & les
Echevins vinrent complimenter
la Princeſſe. Le Mardy 9,
elle fut auſſi complimentée
par les Officiers d'Anneſſy,
& le lendemain par les Deputez
de Geneve , qui luy
GALANT 21
;
apportérent divers Préfens.
Le Jeudy 11. ellle fortit en
parade , avec tous ſes Gardes
, & toute la Cour , &
alla entendre la Meſſe aux
Cordeliers , où le Gardien.
la harangua. L'apreſdinée
elle viſita les Peres Jéſuîtes ,
les Eilles de la Viſitation de
Sainte Marie , & les Religieuſes
réformées de SainteClaire.
Le Vendredy 12. elle partit
deChambéry, accompagnée
de toute la Nobleſſe juſqu'à
Montmeillan , où elle coucha.
C'est une petite Ville
fur la Rive droite de l'Ifere,,
22 MERCURE
à deux lieües de Chambéry.
Elle a une Fortereſſe baſtic
fur la pointe d'un Rocher efcarpé.
Cette Fortereffe com
mandele Paſſage, qui eft fort
étroit entre les Montagnes.
Madame la Princeſſe de Lil
lebonne , & les Princeſſes ſes
Filles, dont tout le monde a
admiréla beauté, s'en retournérent
dés le Mercredy en
France , avec une partie des
Officiers du Roy, quiavoient
accompagnéMadame laDucheffe
Royale; & le reſte des
Officiers eſtoir party ce même
jour Vendredy , avec
GALANT. 23
Madame la Maréchale de
Grancé. Monfieur le Duc de
Savoye leur avoit fait diftribuer
à tous des Préfens fort
magnifiques. Madame la
Princeſſe de Lillebonne reçût
un Bracelet de Diamans,
&les Princeſſes ſes Filles, des
Pendans d'oreilles d'un grand
prix. Leurs Alteſſes Royales
vinrent coucher le Samedy 13 .
à Aiguebelle, à quatre lieties
deMontmeillan. Le Dimanche
, Elles partirent pour
S. Jean de Morienne , Ville
Epifcopale , à fix lieuës
d'Aiguebelle.. Madame la
24 MERCURE
P
Duchefſe Royale y alla coucher
, & Monfieur le Duc
de Savoye ayant pris la Poſte
à la moitié de cette Route,
ſe rendit à Lanebourg , dix
licües pardelà S. Jean deMorienne
, où la Princeſſe paſſa
le Lundy. L'Eveſque de cette
Ville , qui eft riche , de naiffance
, tres -magnifique , &
qui a beaucoup d'eſprit , s'étoit
préparé pour la recevoir.
Son Alteſſe Royale y avoit
d'ailleurs envoyé ſes Officiers
, & rien n'y manquoit.
pour les Appreſts. Ce Prince
eftant party de Lanebourg
le
:
GALANT. 25
:
le 15.à neuf heures du matin
, arriva à Turin à une
heure apres midy , ayant fait
ſept Poſtes , qui font plus de
quatorze grandes lieües , &
des plus rudes. Il en repartit
le Mercredy 17. environ à la
mefme heure , & ſe rendit à
cinq heures àLanebourg, où
Madame la Ducheſſe Royale
vint coucher. Le lendemain
elle paſſa le Mont Seny , &
arriva à Suſe le foir , Son Alreſſe
Royale ayant toûjours
-fait marcher ſa Cllaiſe à côté
de celle de cette Princeſſe,
en traverſant la.Montagne.
Juin1684. C
26 MERCURE
M'le Prince de Carignan li
reçûtà Suſe , où il avoit envoyé
toute laMaiſon avat luy,
pour luy préparer un Régale.
Vous jugez bien qu'il fut
magnifique. Dom Gabriel,
Prince naturel de Savoye,
vint luy faire Compliment
aumeſme licu , & luy apporta
un riche Préſent de la part
deMadame Royale. C'eſtoit
le Portrait de Monfieur le
Duc de Savoye, enrichy de
Diamans d'un fort grand
prix. Elle paſſa tout leVendredy
à Suſe , & ſe rendit le
Samedyzo, à Rivoli, qui eſt
ວ Barning
GALANT. 27
unedes plus belles Maiſons
de S. A. R. à ſept milles de
Turin. Madame Royale s'y
eſtoit renduë auſſi le meſme
jourpour l'y recevoir,accompagnée
de Madame la Princeffe
Loüife de Savoye , &
des Perſonnes les plus qualifiées
de la Cour , de l'un &
de l'autre Sexe. On y avoit
préparé une Collation exquiſe
, où tout ce qu'on peut
s'imaginer de propre & de
magnifique , fut fervy en
abondance. Elles partirent
toutes enſemble , & arrivérent
àTurin fur les dix heu-
Cij
28 MERCURE
res du foir , au bruit de plus
de trois cens coups de Canon.
La jeune Princeſſe eſtoit
dans le Carroſſe de Madame
Royale. On avoit illuminé
toutes les Feneſtres de tous
les Etages des Maiſons , qui
depuis la Porte neuve par laquelle
elle paſſa, juſques au
Chaſteau de S. A. R. femblent
eftre des Palais , tant
la ſtructure eſt égale en toutes.
Lors qu'on fait voir le
S. Suaire au Peuple , on l'apporte
au milieu d'une Gale,
rie découverte , qui diviſe
en deux la grande Place du
६
GALANT. 29
Chaſteau , qui eſt fort longue.
Ce lieu , qui eſt un ef
pace en rond , qu'on couvre
de bois & de groſſes toiles,
eſt formé d'une Tribune ,
dont les Piliers eſtoient chargez
de petites Lampes en
Branchages , qui paroiſſoient
compoſer un petit Bois , ou
quelque Berceau brillant.
Cette eſpéce de Berceau finiſſoit
le point de veie , &
fermoir la perſpective depuis
la Porte de la Ville , qui conduit
droit au Chaſteau par
deux longues Ruës droites,
que coupe une tres -belle &
Ciij
30 MERCURE
tres - grande Place, nommée
la Place S.Charles . Les magnifiques
Palais qui la compoſent
, tous d'une fabrique
égale avec leurs Arcades, la
font reſſembler à la Place
Royale de Paris. Tout cela
eſtoit remply de Lumieres.
La Façade des Peres Thea.
tins eftoit garnie d'une infi.
nité de petites Lampes bril
lantes depuis le haut du Dôme
de leur Eglife , juſques au
bas de la Place. Cette Eglife
eſt ſituée en face du Châ
teau. On lifoit en tres groffes
Lettres formées de ces Lam
GALANT. 31
pes , Fert, Fert , Fert , au milieu
de trois grands Laqs d'amour
; & au- deſſous en ſem.
blables caracteres , Anna gra
tiam , victor Amedeus gloriam,
uterque Regno felicitatem. On
voyoit plus bas quatre grandes
Deviſes Latines illumi.
nées , au milieu deſquelles
eſtoient les Armes my-partics
de Leurs Alteſſes Royales.
Plisdedeux mille gros Flambeaux
de cire blanche faifoient
briller la Maiſon de
Ville. Dans la Montagne
voiſine, laVigne de Madame
laPrinceſſe de Savoye (c'eſt
Cij
32 MERCURE
une fuperbe Maiſon de plaifance
en veüe du Chaſteau
de S. A. R. qui ſemble atta
chée à la Ville ) eſtoit char
gée d'une telle quantité de
ces Lampes brillantes , & en
tel ordre , qu'on l'auroit priſe
pourunPalais enchanté. On
en diftinguoit toute la ſtrucaire
, & les Jets d'eau qui y
font en tres - grand nombre,
en groſſiſſoient leur éclat.
Ce Palais eft au milieu d'un
tres-ſpatieux Jardin tout en
Terraffes , dont les Eſcaliers
brilloient des mefines Lumieres.
Une grande Grote
GALANT 33
ſituée au plus haut de ce Jardin
, paroiſſoit eſtre le Dôme
de ce Palais éclatant , tant
elle eſtoit garnie de ces feux.
Celuy de l'Egliſe des Capucins
, qui eſt ſur cette Montagne
, jettoit une clarté ſurprenante.
Sil'on donnoittant
de marques extérieures de
joye , il y en avoit encore
plus dans les coeurs. Chacun
admiroit la jeune Princeſſe,
& luy trouvoit une ſi noble
phyfionomie , qu'il n'y eut
perſonne qui n'en demeuraſt
charmé. Elle fut conduite
en fon Appartement , où
34 MERCURE
l'attendoient les plus confi
dérables Dames de la Ville,
à qui elle donna ſes mains à
bailer , & qu'elle voulut en
fuite embraffer toutes. Elle
le fit d'un air fi aifé & fi en
gageant, qu'on auroit dit
qu'elle euſt toûjours efté avec
elles. Le Dimanche 21. le
Nonce du Pape la compli
menta fur fon arrivée , auſſibien
que le Sénat , la Chambre
des Comptes , & les autres
Corps de la Ville. M'le
Marquis de la Chieſa , Premier
Préſident de la Chambre
des Comptes , luy fir un
GALANT 35
tres-beau Diſcours . Elle va
tous les jours àla Promenade
dans le Carroſſe de Madame
Royale , & ſe rend le ſoir au
Valentin , où ſe fait le Cours
dans ſes longues Avenuës
couvertes d'arbres tres-hauts.
Les Carroffes de parade fuivoient
vuides les pprreemmiieerrss,
jours. Le premier , auquel il
ne manque rien pour une
entiere magnificence ,eſttiré
par huit Chevaux noirs des
plus fiers , chargez de Houf
fes de Velours rouge en Broderie
, avec de hautes Aigretes.
Le Poftillon&le Cor
36 MERCURE
1
cher font auſſi veſtus de Velours
rouge , couvert de Galons
d'or & d'argent , & les
Pages ont une riche Livrée
de Velours touge toute en
Broderie d'or , avec de tresbeaux
Bouquets de Plumes.
La Feſte du S. Suaire , qui
avoit eſté remiſe , fut celébrée
leDimanche 28. deMay.
Neuf Archeveſques & Evêques
de l'Etat de S. A. R. y
affifterent , Madame Royale
en ſuite,& le firét voir au Peuple,
ayant à leurdroiteMada.
me la DuchefſeRoyale,Ma
dame la Princeffe Loüife,&
7
GALANT. 37
!
Monfieur le Duc de Savoye,
veſtu enhabit de Chevalierde
S.Maurice .CesquatreAlteſſes
tenoient chacun un Flambeau
de cire blanche, & leurs
Aumôniers eſtoient de l'autre
coſté , à la gauche des
Prélats. Je vous ay déja marqué
que cette Feſte ſe fait
dans une eſpéce de Tribune
au milieu de la grande Place
duChaſteau. Les deux Courts
eſtoient remplies d'une infinité
de monde , outre toutes
les Feneſtres , les Balcons , &
meſmeles toits. Le Mercredy
31. laCour alla à la belle Mai,
২৪ MERCURE
fon de Plaiſance de la Venerie
, à trois milles de Turin.
Je ne ſçaurois finir cetArticle,
ſans vous faire part d'uneBallade
que M'de Benferade
a faite ſur cet heureux
Mariage. Vous ſçavez quelle
-eſt la beauté de ſon Génie,
& qu'il n'appartient qu'à luy
de traiter les grands ſujets
noblement , en ymeſlant le
ſtile enjoüe.
201
GALANT. 39
$525 525: SSSSSS255
Sur le Mariage de Mademoi
felle avec Monfieur le
Duc de Savoye,
D
BALLADE.
UC qui tenez un rangparmy
lesRoys,
Etfur la Chypre avez defi beaux
droits,
Tendre Pucelle estpour vous DonCelefte,
Reyne de Chypre,ainſicomme autrefolt
L'estoit Vénus, horſmis quepas modestes
En ale charme, &n'en aplus lereſte.
Bien la devez recevoiràgenoux.
Elle vous duit; telCoq, telle Poulete;
Fleurdequinze ans, unpeu maigre
entre nous
40 MERCURE
Mais elle aura bien-tost gorge replete.
Que de trésors ! Vous les acquerez
tous.
Pourriez-vous faire une meilleurs
emplete?
Se
Nopce,à vous dire icy ce que j'en
crois,
Aux uns estjoye, aux autres peine &
Croix.
Quant à vous deux, c'eſtprofit manifeste.
L'objet estpur, dont vous avezfuit
choix;
Quoyqu'en douceur nulle ne luy con-
-Citestes
Oncques n'ayez crainte qui vous mo-
Nefte. :
Amans Agneaux deviennent Maris
Loups,
Ence marchéquisefait avenglete
GALANT. 4
Point neferez ny chagrin nyjaloux
Voouussjjoouuiirreezz ddeefortune caompletes
L' Eloffepaffe& Satin&Velours.
Pourriez-vous faire une meilleure
emplete?
22
Déjas'entend à réglerfes emplois
Chante, s'occupe au travaildefes
doigts
Diesçait que c'estde Galant quipro
refter
IgnoreAmours, n'apourleurs douces
Leix
Veine qui tende enſamine, enfon
gefte;
Coqueterie estpourelleunepeste.
Sans affecter d'ennuis &de dégoufts
Oresſejoue avecqueſa Cadete,
Ores s'amuse à defimples Bijoux ,
Et tant qu'on vent ellesetientsen
letes.on
Juin 1684.
42 MERCURE
Lan'est besoin de grille &deverroux.
Pourriez - vous faire une meileure
emplete?
ENVOY.
Quandvous verrezfleurir la Violete
Lejolyteps,qu'ilvous semblera doux !
Aymez- vous bien tous deux,jeunes
Epoux,
N'ayez tous deux qu'une mesmeToi
lete
Et ceserabelle épargne pourvous.
Pourriez-vous faire une meilleure
emplete?
Vous voulez bien que de
la Cour de Savoye je paffe
à celle de Pologne. Ce que
j'ay à vous en dire , eſt fort
curieux. Vous ſçavez , Ma .
dame , que Me le Duc de
GALANT. 43
S. Aignan a Thonneur d'eftre:
Parent de la Reyne de Pologne
, & que par ſon mérite
il eft fort confideré en cette:
Cour-là. C'eſt cette raiſona
plus que la premiere , qui a
donnélieu à cequi fuit . M'de:
S. Loüis , Capitaine de Dragons
dans l'Armée du Roy
de Pologne , dépêché par ce
Monarque,& amené par Ma...
dame la Marquiſe de Bérhu
ne , apporta le 26. du dernier
mois à M'le Duc de S. AL
gnan , l'un des plus beaux
Sabres qu'on ait jamais vûs,,
de la part de Sa Majesté Po
Dij
44 MERCURE
lonoiſe , que cette Marquiſe,
Soeur de la Reyne de Pologne
, voulut elle-meſme luy
mettre au coſté. C'eſtoit le
Sabre du Grand Vizir Cara
Mustapha , qui a fait le Siege
`de Vienne. Il a la Poignée
d'Ambre blanc, damaſquinée
d'un or entaillé dans la pierre.
LaGarde&le bout,auffi-bien
que les Boucles du Fourreau
& celles de la Ceinture, ſont
d'or , & la Lame d'acier de
Damas , eſt remplie de caracteres
d'or Arabes , dont on
n'a pas encore l'explication.
CetteCeinture eſt d'un dou
GALANT. 45
ble Tiflu d'or , d'argent &
ſoye cramoiſie ; il ne ſe peut
rien voir de mieux travaillé,
ny de ſi riche. Les Lettresde
la main du Roy de Pologne,
& de celle de la Reyne , font
teltes. Elles ont toutes deux
pour fubfcription ,Amon Cou
finM'le Duc de S. Aignan
LETTRE DU ROY DE
Pologne à M le Duc
de S. Aignan.
Yant conçu, mon Cousin,
de longue - main beaucoup
d'estime pour vostrePersonne,
yant appris parM leMarquis
1
46 MERCURE
diArquien , mon Beaupere, les
Sentimens que vous avez pour
moy , &que vous défiriez avoir
un. Sabre de ma main , j'ay crú
ne vous en pouvoir envoyer un
qui fuſt plus à vostre gré , que
celuy que j'ay pris au GrandVizir,
à ſa défaite à Vienne,
duquel je me fuis fervy dans les
accaſions fuivantes..Je voudrois
pouvoir moy- meſme vous le met
tre au cofté, pour vous marquer
par là, comme je feray en toute
accafion , combien , mon Cousin,
je veux eftre à vous. Faitàfa
yorou ce 8. May 1684
JEAN
GALANT. 47
Lettre de la Reyne de Pologne
à ce meſme Duc.
TL.n'est pas juste que le Roy
mon Seigneur vous témoigne,
mon Cousin , l'estime qu'il a pour
voftre Personne ,sans quede ma
part je vous affure de celle que
je conferve auſſi pour la voſtres
& vousprie de croire , mon Coufin
, que lors qu'ilse présentera
accafion de vous en donner des
preuves, vous connoistrez que
jesuis à vous,
MARIE CASIM IRE. R.
DeJavorou ce 9.May1684
48 MERCURE
Dans une Lettre que M'le
Marquis d'Arquien , Pere de
la Reyne , écrivoit en meſme
temps à M' le Duc de S. Aignan
, il y avoit ces particufaritez.
Que le Roy de Pologne
avoit eu deffein de tuyfairefaire
encore un plus beau Sabre ; mais
que depuis il avoit crû que celuy
qu'il avoit pris auGrand Vizir
devant Vienne , & ofté de fon
coſté pour luy en faire préſent,
apres s'en eftre fervy en plusieurs
occafions qui avoient ſuivy , fe
roit plus à fon gouft , & que
Sa Majesté s'estoit Elle-mesme
donné la peine d'en accommoder
la
GALANT 49
la Ceinture , comme elle devoit
estre pour luy. Que luy defa part
(j'entens M'le Marquis d'Ar
quien ) envoyoit à ce Duc un
Sancharka , ou Mousqueton à la
Turque , que le Grand Vizirfe
faisoit porterpour s'enfervirdans
les occafions , & dont le Canon
estoit de Damas . Il ajoûtoit à
cela mille marques de tendreſſe
& de bonté , & des
ſouhaits ardens pour l'union
parfaite du Roy ſon Maiſtre
avec celuy de Pologne , l'afſurant
qu'il donneroit volontiers
ſon ſang pour la parfaite
intelligence de ces
Juin 1684. E
P
50 MERCURE
deux grands Roys.
Je vous ayparlé dans pluſieurs
Lettres de ce qui a
donné lieu au Pere Vignier
de l'Oratoire , de croire que
la Pucelle d'Orleans avoit efte
mariée. Apparemment vous
n'avez pas oublié les preuves
fur leſquelles il a étably fon
opinion.C'eſt ce quim'oblige
qui m'obl
à vous faire part desVers que
vous allez lire. Ils regardent
cette fameuſe Héroïne, à qui
la France eſt ſi redevable.
227
GALANT. 5
22-2222255525 2252
LETTRE
i
DE MLE CH. DEN.
A la Belle Champenoiſe Mademoiſelle
de Mauclerc.
LA
1
Tradition du Pais
M'a depuis quelquesjours appris
QueleSageMauclerc, Seigneur de
১
la Chauffée,
Voſtre Trifayeulpaternel,
Dansfon Ecu, ducoſtématernel,
Portoit deux Fleurs de Lys, acostant
uneEpée,
Dontlapointe estoit couronnée,
Letoutd'or, dans un chapd'azurs
Etce bruitpublic eftfifar,
Eij
52 MERCURE
:
Qu'on m'a fait voir, dans deux Cachets
d'agate,
D'une gravûre ancienne & délicate,
Sous un mesme Timbre & Cimier ,
CesArmes,auſecond Quartier;
Et dans le troisieme, f. 1
Avecque vostre Fafce, & le reste, ats.
premier,
Et dans le quatrièmes . 1
Etde chaque costé, pour Support, un
Lévrier.
52
Sur cela je maintiens, aimable Demoifelle,
Que vous fortez de Jeanne la
Pucelle,
Ou de quelqu'un de ſa Maiſon;
Voilaſes Armes, fon Blazon,
Etles porter, c'est de vostre defcente
Une marque évidente.
GALANT. 53
52
LesHistoriens racontans
Le détail de cette Famille,
Donnentàcette illuftre Fille
Trois Freres, braves&galans,
Jacquemin,Jean,&Pierre, ennoblis
avec elle,
En récompense&mémoire eternelle
Defes Faits triomphans.
Ils eurentJacques DarcpourPeres
Iſabeau Gautier fut leurMere;
Et ces trois Fils laifferent des Enfans
En légitime mariages.
Etla Pucelle eut le mesme avantage.
Se
Vous me direz, mon Cavalier,
Cela s'accorde mal avec le Pucelage,
Lepouvez vous nier?
Entendons- nous . Pucelle estoit un
nom de guerre
E iij
54 MERCURE
Qu'elle prit&garda, comme l'Habit
guerrier,
Tantqu'elle combatit les Forces d' An.
gleterres
Mais quadelle cuft produitparfon
heureux employ
LeSalut d'Orleans,&le Sacre du Roy,
Sa Miffion estantpour lorsremplie,
Elle quitta cenom, cet habit, cette vie,
Revint versfon Pais, épousa dans
Arlon
Un Seigneur amoureux defon fameux
renom,
Etparluy,de Pucelle, & de simple
Bergere,
EllefutfaiteDame&Mere.
Vous direz là-deſſus, donc comme les
Hébreux
De la Fournaise ardente,......
Elle échapafans mal de ce brazier
affreux,
1
GALANT.
Où le cruelAnglois la mit toutevi
Vante,
ARoüen, en plein jour, auxyeux de
milleGens?
Il lefaut avoüer,la chose eſtſurpremantez
Mais il arrive encor des coupsplus
étonnans.
LeCielprotege l'innocence.
Ses Spéctateurs trabis, dansleur injuste
espoir,
Nevirent rien de cequ'ils crûrent
voirs
EtMercure Galant amis en évidence,
Et les raisons,&lafaçon,
Qui cauferentsa délivrance
De lamort,&de la prison.
Vous pouvez vous donner leplaisir
dele live.
22
A
Vomm'allezfans- doute encardire,
Einj
96 MERCURE
Dés quatorze ans, certejeune Beauté,
Par inspiration divine,
Avoitfait væn de chuſteté
Entre les mains de Sainte Cathe-
της κάδες διαθε t
Il estvray; mais les voeux portent
leurnullité soirala andi
Dans l'âge où l'on n'a pas la pleine
connoiffance.
Ilfautfeize anspour avoir la puif-
Sance
D'enfaire avec validité,
L'usage des Convents donne cette
Sciences i
Et puis ce voeu pouvoit n'estre que
pourun temps
Fusqu'à vingt, ou jusqu'à trentu
anss
Carſurl'âge, où cette Bellone
Endoſſa la Cuiraffe, &foûtint noftre
Pria Trang
GALANT 57
LesAutheurs fontfort diférens.
Se
Leprincipal, apres tant de myſteres,
Et de vainesfubtilitez,
Eft de juger, si vousfortez
On d'elle, onfeulement de quelqu'un
deſes Freres.
Pour moy,je crois en verité
Quevous descendez d'elle-mesmes
Vous avez une amour extréme
Pour noftre Nation ,&pourfa Ma-
GrandeSoûmiſſion pour la Grandeur
fupremes
۱
De la candeur, de la bonté,
De l'honneur, de laprobité,
Cint vertus, &fur tout, du zele &
du courage,
Atout pouffer, à tout mettre en
Pourfervirvos Amis dans leur adverfité.
ر
58 MERCURE
Cesont là les talens de lanoble Pucolbe
Ils marquent voſtre extraction;
Lareffemblance en cette occafion
Est unepreuve naturelle,
On n'en peut fournir deplus belle.
Trévedonc, aimable Mauclerc
De manquement deforfur unſujer
1 Siclair
Feferoisprest d'entrerenlice
Contre lepremierChampion,
Qui par envic, oupar malice
Combatroitcette opinion.
Sans l'effroyablefeu, qui brûlant une
Ville,
Ne laiſſa presque rien
Avostre Trifayeul,quefa Femme,
Son Chien
Ilvousseroit facile
Deprouverpar debons Contracts
GALANT9
L'honneur que j'attribuë àvos nobles
appass
Mais parchemins, papiers , or,argent,
pierreries,
۱
Dans ce malheurpublic, furent enfer
veliess
Et le desaftre deVitry
Devint,helas, le vostre ausly.
52
La Tradition refle , & l'on y doit
Souscrire,
Lors qu'elle est confirmée avecfincérité
Pardes raisons d'auſſi grande
équité
Que celles queje viens dedire;
Etje nedoute point que Fournier,
de Chemin,
Du Lis, Blanchart, le Fevre, &
cent autres enfin
Honorez du doux avantage
60 MERCURE
i
D'avoir pour leurs Ayeuls, Jean,
Pierre, onJacquemin ,
Neportaſſent bien témoignage,
S'il estoit de neceffité,
2
Que vous estes Parens, de ce noblecosté.
Se
Mais commeAmour, nostre grand
Maistre,
Se remarque d'abord,àſa Fleche, à
Son Arc,
Pour vous faire connoistre
Fille deJeanneDarc,
Vous n'avez qu'àparoiſtre.
Voſtre taille, voſtre air, vostreport,
tous vostraits,
Font dire, la voila cette illuſtre
Jannette,
Humble, avcemille attraits;
Avec mille coeurspoint Coquettes
Sage dans le conseil, brave dansl'a
Etion
GALANT. 61
Lebonheur de nostre Province,
L'honneurde nofire Nation,
Digne d'avoir pour ſon Epoux un
Printe VAD VS
L'ondiſoit cela d'elle, & l'on le dit
devous.
Elle reçent pourtant Armoiſes pour
Ероих.
Voulez vous achever un si beau paralelle?
rooris
Degrace, aimable Demoiselle,
Recevez-moyde lamesmefaçons
Icfuis conftant,jefuisfidelle,
Et vous verrez que jesuis bon
Garcon adenol sou á
J'eſtois bien perfuadé que
vous eſtimeriez autant que
vous faites , les Confeils de
62 MERCURE
la Reyne de Portugal à la
Princeſſe ſa Fille,que jevous
ay envoyez dans ma Lettre
du mois de May. Comme
ils paroiſſent partir d'une ame
toute penétrée de l'Eſprit de
Dicu , vous ne ſerez pas fachée
que je vous apprenne
quelques circonstances de la
mort de cette Reyne , arrivée
le 27. Decembre dernier,
apres huit mois de maladie,
àune demy-lieüe de Lisbonne
, dans une Maiſon de
Campagne , où elle eſtoit
allée le mois de Juillet pour
yprendre l'air. Cette longue
GALANT. 163
maladie commença par des
maux d'eſtomac , ſuivis de
vapeurs , d'infomnies , &de
dégouſts , qui la firent tomber
dans une maigreur ex
tréme. Les Médecins ontrai.
ſonne inutilement ſur ſa ve.
ritable caufe. Quoy qu'ils
foient tous convenus que le
mal venoit de loin , ç'a eſté
poureux un mal inconnu , &
contre lequel les remédes or
dinaires ont preſque toûjours
eſté ſans effet. L'hydropiſic
devents ſurvint apres la mai
greur , & fut accompagnée
de tant d'autres maux parti
4
க்
64 MERCURE
ccuulliieerrss, qu'il falut une patience
égale à la fienne ,&
autant de courage qu'elle en
cut, pour les ſupporter com
me elle fit ſansjamais ſe plain.
dre , & fans s'étonner des
ſuites qu'elle prévoyoit aſſez .
Dés les premiers jours qu'elle
commença d'eſtre attaquée,
& bien plus encore depuis,
quoy que fon mal qui di
minuoit de temps en temps,
donnaſt beaucoup d'eſpérance
de guériſon , elle a
toûjours dit qu'il ne finiroit
qu'avec ſa vie ; non pas par
l'appréhenſion de la mort,
GALANT. 65
qu'elle a regardée juſqu'à
fon dernier foûpir , avec une
confiance en la bonté &
en la miféricorde Divine ,
qui la mettoit au-deſſus de
toutes les craintes , mais parce
qu'elle fentoit que Dieu
depuis quelque temps l'avpit
attirée à luy d'une maniere
fi particuliere , & l'a
voit tellement détachée de
toutes les choſes auſquelles
elle eſtoit le plus ſenſible,
qu'elle ne reconnoiffoit pas
fon coeur , tant il luy avoit
plû de le changer , pour s'en
rendre uniquement le Maî
Juin1684.
1
66 MERCURE
tre. Elle eut pluſieurs autres
preſſentimens de ſa mort,
qui firent que long- temps
auparavant elle s'y, diſpoſa
avec toutes les préparations,
qu'elle pût y apporter, même
dans un temps où elle avoit
bien plus à efperer qu'à craindre
pour le rétabliſſement de
ſa ſanté ; afin , diſoit- elle , que
ce ne foit point la crainte. qui
m'oblige à faire la volontéde
Dieu , en cas qu'il m'appelle à
luy , mais purement fon amours
& afin auſſi qu'en ce temps- là
je n'aye point de peine nyd'em.
baras dans un état où l'abate
GALANT. 67
ment , la foibleſſe la douleur
font qu'on fait peu ccee qquuee l'on
fait , on qu'on ne le fait qu'imparfaitement.
Alors , ajoûta-telle
, tout ce que nous aurons à
faire,fi cela arrive ,fera de res
nouveler ce que nous faiſonspréfentement
, & d'attendre sans
- inquiétude ce que Dieu voudra
ordonner de nous. Dans cette
penſée , quoy qu'elle paruſt
ſe mieux porter , & qu'on
fongeaſt meſme à la faire re
venir à Lisbonne , parce qu'
elle avoit la force d'aller tous
les jours à la promenade, &
qu'elle faifoit chaque choſe
i
Bij
68 MERCURE
à l'ordinaire , ne prenant plus
que quelques petits remédes
qu'on luy donnoit pour la
rétablir , elle fit une Confef
fion genérale de toute ſa vie
au mois de Septembre , avec
une entiere exactitude , pour
fuppléer à deux autres qu'elle
avoit faites depuis un an &
demy. Enſuite elle communia
, comme ſi elle euſt dû
mourir ce meſme jour , &
voulut faire tous les actes de
Foy , d'Efpérance & deCharité
, & toutes les proteſtations
qu'on a coûtume de
faire dans les derniers mo
GALANT. 69
mens de la vie, remettant ſon
ame entre les mains de Dieu
avec une parfaite réſignation.
Elle fur ſi ſatisfaite de
s'efre ainſi préparée, que proteſtant
qu'elle estoit preſte à
mourir , elle diſoit que Dieu
luy feroit une grande grace,
s'il vouloit la prendre en l'état
où elle eſtoit. Son mal,
dans lequel elle retomba peu
de temps apres , luy ayant
cauſé d'autres accidens qui
oftérent l'eſpérance qu'on
avoit , elle continua dans ſa
fermeté , & dans la meſme
diſpoſition , ſans rien crain
70 MERCURE
dre de ce qui pouvoit arriver.
Tous les jours , en ſe pro
menant dans les Jardins, fon
plus grand plaifir eftoit de
s'entretenir de la mort , &de
la félicité des Saints ; & afin
de n'avoir à penſer qu'à Dieu
quand ſon dernier jour arri
veroit, elle s'informa de l'état
de ſa Maiſon , & fit payer
tout ce qui ſe trouva dû , qui
eftoit tres-peu de choſe, tant
elle avoit ſoin que toury fuft
bien réglé , prenant garde
tous les ans qu'on ne deuft
rien à perſonne. Elle parla
dés ce temps là de faire fon
4
GALANT. 71
Teſtament , & en ayant de..
mandé permiſſion au Roy,
elle le fit avec toutes les formalitez
néceſſaires . Elle ordonna
que ſon Corps ſeroit
enterré aux Capucins qu'elle
a fait venir de France , &
dont elle a baſty le Convent;,
qu'on diroit vingt mille Mefſes
pour le repos de ſon ame;
qu'on donnercit à toutes les
Maiſons Religieuſes , qu'on
appelle Mandiantes , auxHôpitaux
, aux Priſonniers , aux
Enfans trouvez,à vingt Pau
vres Filles pour les marier,
aux Miffions de la Chine,
72 MERCURE
du Japon , & à celles qui fe
font dans le Royaume , aux
Pauvres honteux ; ajoûtant
à tout cela une fomme conſidérable
pour racheter des
Captifs. Six ſemaines avant
fa mort , on luy apporta le
Viatique , qu'elle reçût avec
un reſpect & une devotion
toute édifiante. Elle ſe trouva
mieux depuis ; mais quelque
eſpérance qu'il y euſt de
temps en temps du retour
de ſa ſanté , elle ſe prépara
toûjours à mourir , & pour
cela , elle ne paſſoit aucun
jour ſans ſe faire lire quelque
choſe
GALANT 73
choſe de ce qu'a fait le Pere
Noüet , & elle diſoit en l'en.
tendant , que l'on avoit envie
de mourir, quand on regardoit la
mort comme les Saints l'ont envisagée,
c'eſtà dire , comme
un paflage à une vie bien.
heureufe. Elle cutbeaucoupà
fouffrir pendant tout le cours
de ſa maladie , mais fur tout
pendant les dernieres fix femaines
qu'elle demeura toûjours
au Lit , ſans ſe pouvoir
remuer d'aucun coſté. Ce fut
avec des douleurs inconcevables,
caufées par des vents
qui l'enfloient par tout le
Juin 1684. G
74 MERCURE
A
こ
corps. Jamais cependant elle
ne laiſſa échaper aucune
plainte. On admiroit fon courage
, & les Médecins euxmeſmes
qui connoiffoient ce
qu'elle ſouffroit , en estoient
furpris. S'il luy ſurvenoit quelque
accident ou quelque
douleur extraordinaire , elle
diſoit toûjours que ce n'eſtoit
rien , & prenoit enſuite tous
lés remédes qu'on luy préſentoit
, quelques rudes ou
amers qu'ils pûſſent eſtre.Elle
communia pluſieurs fois depuis
qu'on luy eut donné le
Viatique , &elle montroit
GALANT. 75
une joye extréme , qquuaanndd
ſelon les Régles de l'Egliſe
on pouvoit luy renouveller
la Communion , ce que fon
Confeſſeur fit auſſi ſouvent
qu'il le pût. Ces jours de
Devotionparticuliere, étoient
pour elle des jours de foulagement
, qui ne venoit que
de la confolation intérieure
que ſa ferveur luy faifoit ſentir.
Elle communia encore
en Viatique le jour de Noël,
& dit qu'elle croyoit l'avoir
fait pour la derniere fois. Le
Lundy 27. Decembre , elle
demanda l'Extreme- Onction
Gij
76 MERCURE
qui à la premiere ouverture
luy en fut faire , & fouhaita
d'entendre la Meſſe auparavant.
Le Roy & l'Infante y
aſſiſtérent. Enſuite elle pria
qu'on luy dift tout ce qu'elle
avoit à faire pour recevoir ce
dernier Sacrement. On luy
en expliqua les Onctions , &
on luy marqua ce qu'il fal.
loit qu'elle fift intérieurement
& extérieurement , à
quoy elle ne manqua point,
s'acquitant de tout avec une
préſence d'efprit&une devotion
admirable. Elle fit encore
une reveuë, ou maniere
GALANT. 77
deConfeſſion genérale, avec
des ſentimens de regret de
fes pechez, d'amour de Dieu,
&de réſignation, les plus fervens
que l'on puiffe avoir
en cet état.. Elle renouvela
alors à fon Confeffeur ce qu'-
elle luy avoit dit pluſicurs
fois dans ſa maladie , qu'il
l'avertiſt de ce qu'elle devoit
faire , ou ne pas faire , parce
qu'elle ne vouloit rien omertre
, & qu'elle ſe déchargeoit
fur luy , fi elle manquoit en
quelque chofe. Apres l'Extreme
- Onction , elle entra
dans une eſpece de ſommeil
Giij
78 MERCURE
1
doux , où ſa poitrine commençaà
ſe remplir. Un Médecin
eſtant venu luy tâter
le poulx , elle entendit qu'il
répondoit pire, àceux quiluy
demandoient ce qu'il en trouvoit
, Pire , repartit- elle, il est
meilleur, voulant marquer par
ces mots , qu'elle approchoit
du bonheur où elle aſpiroit
depuis ſi long- temps. Enſuite
elle s'attacha aux dernieres
préparations , tenant d'une
main le Crucifix qu'elle embrafſoit
tendrement , & un
Cierge bény de l'autre. Elle
faiſoit en François ou en Por
GALANT. 79
tugais, tous les actes qui luy
eftoient ſuggérez , felon la
Langue dans laquelle on luy
parloit. Elle demanda encore
l'Ablolution , un demy quart
d'heure avant qu'elle pouſſaft
le dernier foûpir ; & quel
qu'un luy ayant dit quelque
choſe pour la préparer à paroiſtre
devant Dieu , elle répondit
deux fois en Portugais
, qu'elle ne craignoit
point de mourir. Elle dit auffi
à ſon Confeſſeur , qu'elle
avoit toûjours entendu dire,
que dans l'heure de la mort , on
avoit des peines & de rudes ten
Giiij
85 MERCURE
tations , & que le Demon employoit
tous ses efforts pour troubler
les ames ; qu'elle neſentoit
rien de tout cela , et n'avoit au
cun ſcrupule , mais qu'elle feroit
bien aiſe de ſçavoir ce quilfaudroit
qu'elle fiſt , ſi quelque tentation
la ſurprenoit. Elle s'arreſta
à ce qu'on luy dit , &
mourut tranquillement , &
fans s'agiter , parce que la
confiance qu'elle avoit en
Dieu , & fa refignation à fon
amour , la mettoient en affurance
contre toutes choſes.
Son Corps fur enfſevely apres
ſa mort dans un Habit de
GALANT. 8
S. François , du Tiers Ordre
dont elle estoit ; & fon viſage,
malgré la longueur de fa ma
ladie , conſerva un air de dou
ceur & d'agrément , qui attendrit
tous ceux qui la'virent.
Les Ceremonies de l'Enterrement
ſe firent la nuit du
Mardy 28. du meſme mois
de Decembre. Si toft qu'on
eut enlevé le Corps , le Roy
&l'Infante monterent enſemble
en Carroffe , & s'en re
tournérent à Lisbonne , où
le Roy s'enferma d'abord
dans ſon Quartier. Il y paffa
huit jours dans la Chambre
82 MERCURE
avec un Flambeau allumé,
ſans y avoir d'autre jour , &
fans parler à perfonne. Il y
demeura encore trente jours
apres cela, & n'y parla qu'aux
Miniſtres , pour les Affaires
preſſées de l'Etat. L'Infante
occupa l'Apartement de la
Reyne , & y fut ſervie par le
meſme nombre d'Officiers
que cette Princeffe avoit , &
de la meſme maniere. Il y
eut quelque conteſtation entre
ces Officiers , & ceux qui
avoient eſté nommez depuis
un an & demy pour ſervir
Infante. On vouloit ſçavoir
GALANT. 83
qui ſeroient ceux qui demeureroient
, & les choſes furent
acómodées de telle maniere,
qu'on les fit ſervir les uns 84
les autres. Je croy, Madame,
que vous n'aurez pas de peine
à avoüer , qu'on ne ſcauroit
mieux remplir l'idée d'une
ſainte mort, qu'a fait cette
Reyne. Elle ſe l'eſtoit formée
long- temps auparavant, lors
qu'elle eſtoit encore en pleine
ſanté , marquant par écrit
tout ce qu'elle voudroit avoir
fait en ce temps - là . Sa devotion
eſtoit folide , & ne con-
Gſtoit qu'à la porter à s'ac
84 MERCURE
quiter des devoirs d'une grande
Reyne , & d'une Rey.
ne veritablementChrétienne.
Pour en venir à bout ſans
obſtacle , elle s'appliqua à
deux choſes les deux dernie-
, & y res années de ſa vie
reüffit parfaitement. La premiere
fut de ſe rendre maî
treffe de toutes fes paffions,
&de tous les mouvemens de
ſon coeur , fur lequel elle s'acquit
tout l'empire qu'on y
peut avoir par la raiſon &par
le bon ſens , qu'elle s'eftoit
fait une habitude d'écouter
en tout. La ſeconde fut de
GALANT. 85
régler ſon intérieur & fa conſcience,
pour ſe rendre agreable
à Dieu , en s'attachant
uniquement à luy plaire , &
ſe détachant de tout ce qui
la pouvoit détourner de luy.
Ces deux choſes établirent
ſon eſprit dans une égalité,
dans une liberté , & dans une
paix intérieure ſi douce & fi
gra
grande , qu'elle craignoit
quelquefois qu'elle ne ſerviſt
Dieu par intéreſt , & par la
fatisfaction qu'elle en recevoit,
ſe trouvant par là, diſoitelle
, au-deſſus d'une infinité de
choſes qui arrivent dans la vie,
86 MERCURE
& qui ne ſervent qu'à troubler
noftre repos. Cependant la douceur
qu'elle gouftoit avec
Dieu , ne l'empêchoit point
d'agir au dehors quand il
eſtoit néceſſaire , avec application&
fermeté. Elle a laiſſé
trois fortes d'Ecrits. Le premier
contient les Conſeils
que vous avez vûs, & qu'elle
a dreſſez pour l'Infante. Le
ſecond eſt plein de Poëfies
Chrétiennes , auſquelles elle
s'apliquoit de temps entemps
pour ſe divertir , prenant plaifir
à faire des Vers, &y ayant
beaucoup de génie. On y
GALANT. 87
woit les ſentimens d'un coeur
tout remply de l'amour de
: - Dieu. Le troifiéme eſt compoſé
de quantité de petits
Ouvrages qu'elle a faits de
puis deux ans , dans lesquels
elle marquoit chaque jour
tous les ſentimens que Dieu )
luy donnoit , & la maniere
dont elle les mettoit en pratique
, ajoûtant ce qui ſe
paſſoit en elle de plus inté
rieur , ſuivant les occaſions
qui ſe préſentoient. Les heures
qu'elle employoit à ces
Papiers, eſtoient les plus douces
heures de ſa vie . Elle
88 MERCURE
craignoit meſme d'y avoir
ttrroopp ddee ppllaaiifſiirr , quoy que
perſonne ne viſt ce qu'elle
faiſoit , que ſon Confeffeur;
&quand ſa ſanté ou ſes affaires
ne luy avoient pas permis
d'écrire, elle difoit qu'elle
n'eſtoit pas contente d'ellemeſme.
Il me ſouvient que je vous
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Royce
GALANT 91
55555 552 552 55252
20
- AU ROY DE FRANCE.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
HIlyy a pour ſubſcription à
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
LETTRE ECRITE PAR
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Ettre de Chao Peja Ferry
LTeTrerrarammaa Bacha Chady
Amatraja, Mehittra , Pipittra,
I ij
100 MERCURE
Rathana, Rat, Couffa , Tidody,
Apaja , Pery, Bora , Cromma,
Pahoué , qu'il envoye en figne
d'amitié fincere à Ms les Directeurs
Genéraux de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maiſtre envoye
Jes Ambassadeurs , afin de porter
fes Royales Lettres , & Préfens,
à la Haute &Royale Majesté
du Grand Roy de France , afin
que leurs Alliances fi excellentes
avantageuses puiffent estre
éternelles. Or comme les Ambaf-
Sadeurs Serviteurs du Roy
mon Maiſtre font un cheminfort
long, fi lesdits Ambaſſadeurs ont
GALANT. IOI
beſoin de quelque chose , ou- bien
fi le Pere Gayme & Emmanuel
Ficards vont le demander à la
Compagnie , je prie ladite Compagnie
d'enfaire un Compte clair
net ,&de l'envoyer icy, afin
que jefatisfaſſe à tout ce qu'ils
ont reçûde la CompagnieRoyale,
de plus , si la Compagnie Royale
defire quelque chose de ceRoyau
me, je la prie de nous lefaire
fçavoir avec toute la clartépof
fible..... ١٠ )
১.
102 MERCURE
LETTRE DU MESME
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
M'Deſlandes, en parlant
des Eléphans que le Roy de
Siam envoyoit en France
avec fes Ambaſſadeurs , a
expliqué la maniere dont les
Eleph
Elephans ſauvages peuvent
eftre pris , & voicy ce qu'il
en dit. Ce Roy en ayant
pluſieurs apprivoiſez , mafles
&femelles , en envoyequel
ques Bandes à quinze ou
GALANT. 107
vingt journées de la Ville,
dans les Bois & dans les
Plaines . Chaque Bande, qui
eft compoſée de quarante ou
de cinquante, a neuf ou dix
Hommes pour Conducteurs ;
& quand ils ont apperçeu
quelque Eléphant, ils ordonnent
aux Femelles de les al
ler entourer. Vous remarquerez
que les Eléphans apprivoiſez
entendent la Langue
de leurs Conducteurs.
Lors que l'Eléphant eft entouré
des Femelles, les Hommes
qui font montez ſur les
Maſles, accoſtent les Femel.
108 MERCURE
(
les , & font marcher l'Ele
phant pris dans le milieu de
la Bande. Ainſi il ne voit
point où ilva. A une journée
de la Ville , on les fait paſſer
par une Attrapoire , qui eft
toute bordée d'Arbres , &
que l'Eléphant ſauvage prend
pour un Bois. Ils n'y paſſent
qu'un à un ; & quand l'Eléphant
ſauvage eft dans l'Attrapoire
, où il croit paffer
comme les autres , on laiſſe
tomber de gros Pieux par
des coulices devant & derriere
, & il ſe trouve arreſté
comme s'il eſtoit dans une
GALANT. 109
Cage , fans qu'il puiſſe ſe
tourner de coſté ny d'autre.
Les Pieux qui compoſent
l'Attrapoire , font auſſi gros
que des Mats de Navire, &
deux Homes auroient peine
à les embraſſer. En ſuite on
lie les quatre pieds de l'Eléphant
avec des Cables , afin
qu'il ne puifle fuir,& on l'amene
proche des murailles
de la Ville, où il y a une Maifon
couverte. Dans le milieu
de cette Maiſon eſt un gros
Mats de cinq à fix braſſes de
hauteur , avec une Poutre
paſſée au travers par le haut
}
110 MERCURE
du Mats, qui eſt enfoüydans
terre d'une braſſe en maniere
de Pivot , ou bien tourné
comme le Cabestan d'un
Navire. Quand l'Eléphant
pris eft arrivé à cette Maiſon,
on le fufpend àce Cabeſtan
par deſſous le corps avec des
Cables, en forte que ſes pieds
poſent à terre. Eſtant ainſi
attaché, il ne peut tourner
qu'avec le Cabeſtan , & on
le laiſſe de cette maniere
pendant deux ou trois jours,
gardé par deux Maſles & par
deux Femelles, ſans luydonner
à manger. Apres cela,
GALANT. III
onl'oſte du Cabeftan , & on
le lie par le corps avec un au..
tre Eléphant privé. Ils demeurent
ainſi attachez enſemble
, juſqu'à ce que le
Sauvage ſoit apprivoilé , &
alors on luy donne un Cornacque,
ou Conducteur. Ces
Animaux ſont fort eſtimez
dans le Païs ; auſſi leRoy de
Siam en a quantité de domeftiques
. On appelle ceux qu'il
monte , Eléphans de l'Etat.
On les loge dans de beaux
Lieux , qui ſont comme des
Maiſons de Princes , toutes
peintes de feüillages; & com,
112 MERCURE
me ces Animaux aiment fort
la propreté, on ne ſe ſert que
de Vaiſſelle d'argent pour
leur donner à manger. Ja
mais ils ne ſortent pour al
ler à la Riviere ou à la Campagne
, qu'on ne porte des
Parafolsdevát chacun d'eux.
Ils ſont précedez de Tambours
& de Muſetes , & ont
unHarnois d'argent , & garny
de cuivre . Deux Hommes
montent deſſus, l'un ſur
le col , l'autre ſur la croupe;
&dans le milieu , il y a une
Selle d'écarlate, où perſonne
n'ofe s'affeoir, à cauſe que
GALANT. 113
C'eſt la place du Roy. Celuy
qui eft monté fur le cot , a
un Croc de fer , ou d'acier
luifant, dont il ſe fert pourle
gouverner , en le piquant fur
le coſté gauche du front,
pour le faire aller à gauche;
&dans le milieu, pour le faire
aller à droit. Chaque Mafle
a toûjours far Femelle qui
marche devant luy , gouver.
née & enharnachée de la
meſme forte. Ces Eléphans
ont la tefte de leur Trompe,,
la teſte, les oreilles, les jam
bes ,& une partie du Corps,,
marquetez , comme l'eſt lat
Juin 163.4 K.
114 MERCURE
peau d'un Tigre ; & quand
ils ont une queue traînante
avec un gros bouquet de
long poil au bout , c'eſt un
embelliſſement qui faitqu'on
les eſtime beaucoup davantage.
Je vous ay déja parlé de la
Statuë antique qu'on trouva
il y a trente ans à Arles en
foüillant la terre. Cette Ville
la gardoit dans ſon Hoſtel,
où d'illuſtres Voyageurs venoient
l'admirer de toutes
parts , comme un des Chefd'oeuvres
de l'Antiquité.
M' d'Arles qui poffédoient
GALANT. 15
ce Tréſor , ne prévoyoient
pas que cette belle Statue,
qui leur attiroit tous les jours
les viſites des plus ſçavans
Curieux , duſt jamais ſortir
de leur Ville. Cependant,
voyant les foins que M'de
Louvois prenoit de s'informer
de tout ce qu'il y a de
belles Antiquitez en France,
pour en choifir les plus rares,
& faire plaifir à ceux à qui
elles appartiennent, en leur
donnant lieu de les offrir à
Sa Majeſté , ils ont regardé
comme une gloire tres
grande, l'avantage de pou
Ky
1
116 MERCURE
voir faire à ce grand Monarque
un préſent ſelon ſon
gouft, & luy donner de nou .
velles marques du zele empreſſé
qu'ils ont toûjours eu
pour ſon ſervice, en le priant
d'accepter leur belle Statuë.
Le Roy leur a ſçeu bon gré
de leur offre ; elle a eſté fuivie
des effets, &la Statuë eft
arrivée à Paris , d'où à l'heure
que je vous écris , elle n'eſt
pas encore partie pour Ver.
failles. Il s'eſt élevé un grand
diférend touchant fon nom,
comme je vous l'aydéja écrit.
M' Terrin, Conſeiller auPré1
GALANT. 117
fidial d'Arles , a fait un Volume
entier pour prouverque
c'eſt une Vénus, & fon fenti
ment a preſque eſté genéral.
Il y a pourtant trois Académiciens
de l'Académie d'Arles
qui n'en ſont pas , non
plus que le P. Daugiers Jéſuite,
qui a fait un Livre in.
titulé, Reflexions ſur les Sentimens
de Callifthene touchant la
Diane d'Arles.Me de Vertron,
Hiſtoriographe du Roy , &
qui fait l'Histoire de Sa Majeſté
en Profe Latine , pour
l'utilité des Etrangers, eft l'un
des trois Académiciens d'Ar118
MERCURE
lesqui ſoûtiennent que cette
Statuë eſt une Diane. Il eſt
Autheur du Diſtique fuivant.
LUDOVICO XIV.
FRANCORUM IMPERATORI MAΧΙΜΟΣ
REGI CHRISTIAN FSSIMO;
PATRI PATRIA,
LITTERARUM PARENTE,
SOLI GALLICO,
DISTICHON.
Nunc tibi digne Arelas offert
LodoïceDianam;
Sole etenimfemper dignaDiana
fuit.
Un autre Académicien de
lameſme Compagnie , dont
je ne ſçay pas le nom, a pris
party pour Diane , qu'il a
faitparlerainfy.
GALANT. 119
25525-522555-25252
STANCES.
N Art ingénieux imitant la
UNNature,
Fitparler ce Marbre autrefois;
La Superftition consacra mafigure,
Et mefit Déeffedes Bois.
L'Esprit qui m'animoit,prononça des
Oracless
EtmafeinteDivinité,
Par des prestiges vains,&parde
faux miracles,
Soûtint longtemps madignité.
Les Peuples abufez par le nom de
Diane,
Couroient erfoule àmon Autels
120 MERCURE
Ils m'offroient des Enfans, que leur
zele profane
Arrachoit daſein maternel.
}
C'estainsi que mon culte atroce,
Sanguinaire,
4
Devint unelonguc füreurs
De ma Religion leplusfacré mistere
N'estoitfondé quefur l'erreur..
DemonTemple,fouillé defang&de
1
carnage,
Tout l' Edifice est renversés
L'Idole eft abatuë,&tout ce grand
dommage
Vange enfin le Ciel offenfé..
Sa
Depuisplus de mille ans, une indigne
retraite
Mecachoitauxyeux des Vivans;
Pestois de cet état beaucoup plusfatisfaite
GALANT. IZI
Que d'avoir àtromperles Gens .
Se
L'en avois pourtant
beauté celeste
bonte , &ma
Entde l'horreur pour ce Tombeaus
Maisje rencontre, apres unsejour
Sifuneste,
Un deſtin plus doux , & plus beau.
:
Un Roy plus glorieux que le Dieu de
laGuerre,
Le Grand, l' Invincible LOVIS, A
Pour qui jefors enfin du centre de la
Terre,
Me veut voir, & connoit mon prix .
Arles me conferva durant plus deſept
८ lustres,
Commeſonplus riche ornements
Etjefaisois l'honneur des Mémoires
illustres
Juin1684. L
122 MERCURE
De l' Anglois,&de l'Allemand.
52
Echapée àlafin de ces vaſtes Ruines
Oùl'on nesçavoit rien de moy ,
Diane brillera parmylesHeroines
Qui parent la Cour d'un grand
Roy.
Arles dont le Soleilfuffit à tout le
monde,
/
Veut joindre le Frere & la Soeur;
Arles enme donnant, est heureuse &
:
féconde,
Cepréſentferaſon bonhenr.
Se
Si mes bras font tombez ſous cette
Faux cruelle
Dont letempssefert en tous lieux,
Ce malheur vient de l' Art, qui me
fit affez belle
Pourdonner de l'envie aux Dicux.
GALANT. 123
Se
Maisj'ay trompé ce temps, &Sa dent
afamée
N'a rienfait contre mon honncurs
Ie trouve en vieilliſſant, &plus de
renommée,
Plus d'Autels,&plus de bonheur.
Se
Mes membres séparezſemblent un
grand outrage;
Mais le Ciel l'asceu reparer,
Etle coeurdeLOVIS m'honore davantage,
Quesil'on venoit m'adorer.
52
Lafaveurqui m'attend eſtſeûre&
perdurable,
Quayqu'on diſe des Courtiſans
Quepour eux la Fortune est laseule
adorable,
Seule digne de leur encens.
L
Lij
124 MERCURE
Dela grandeur du Roy ma grandeur
foûtenuë,
Efpere un haut rang à la Cour;
Mais c'est affezpour moy, si j'y suis
reconnue
Pour la Soeur de l'Aftre du jour.
Sz
Ecoute, Grand LOV IS, car le Dieu
qui m'agite
Ne mepermetplus de mentir;
Ecoutellee deſtin qquuee t'afait ton merite,
Etquej'ose te garantir.
52
Ta fupréme valeur n'aura jamais
d'obstacle
Qu'elle ne renversesoudains
Tupeux,fans teflater, recevoir cet
Oracle
1
Que le Ciel a mis dans monſcin.
GALANT. 125
52
Ton Regne durcrajusqu'à lafin du
Monde,
Tuferasregnerton Dauphins
Son Empire, enſuivant tavertufans
feconde,
Iusque- làn'aurapoint defin.
Se
Les Aftres complaifans n'auront rien
qui l'aflige,
Rienquimenaceai'un reverss
Un jour les Rejetons de ta Royale
Tige
Seront Maistres de l'Univers...
SE
Tes Neveux, en marchantfur lespas
detagloive,
:
Maintiendrontles Peuplesfoûmiss
Ou bien ils apprendront, en lifant
ton Histoire, dont
L'Art de dompter leurs Ennemis.
CLO
4
Liij
126 MERCURE
Ces Vers font beaux, mais
ils ne fourniſſent aucune preuve
, d'où l'on puiſſe tirer la
moindre lumiere , qui faſſe
voir que cetteStatuë représéte
une Diane. Aufli connoift
on que l'Autheur n'a pas cu
deſſein de le prouver , mais
feulement de donner des
marques de fon eſprit ,
faiſant parler cette Déeſſe.
Apres vous avoir fait part
cequ'ont dit trois Illuftres,
qui veulent paroiſtre perfua
dez que la Statuë d'Arles eſt
une Diane , je ſuis obligé de
de
en
vous dire quelque choſe de
GALANT 127
D S
trois autres,, dont le ſentiment
eſt entierement conforme
à ce que M' Terrin a
écrit pour prouver que cette
Statuë, eſt une Vénus. Les
Sçavans n'appellent guére de
leur jugement, qui l'emportera
toûjours ſur celuy d'un
plus grand nombre. Voicy
ce qu'ils ont écrit ſur ce ſujet.
こM' Spon dit dans ſa Préface
des RECHERCHES
CURIEUSES SUR L'ANTIQUITE',
imprimées à Lyon
en 1683. L'Obéliſque d'Arles
est une des Antiquitez qui frapent
d'abord la veuë , &c...
Lij
128 MERCURE
T
2
M Terrinl'a expliquéſouvam
ment , a dit presque tout ce
qui ſe pouvoit dire des Obélif
ques dans le Livne qu'il nous
en a donné ; auſſibien que de la
belle Venus d'Arles , qu'on prenoit
autrefois pour uneDiane.
Le P. Jobert Jéluîte, Prés
dicateur de Paris , grandMé
daliſte , & Amy du R. P. de
laChaife, dit dans une Lettre
qu'il a écrite à M Terrin,
datée duas. May1684. Je croy
que la prétenduë Diane est arris
vée ; je ne doute point que vous
ne l'emportiez hautement ,
qu'à la premiere venë nos Sça
GALANT. 129
wans ne reconnoiffent Vénus. On
n'a jamais vû Diane en un pareil
équipage ; &quand le Pere
Daugiers auroit fait un Poëme
entierpour appuyer l'opinion contraire
, il n'y auroit que perdu
des Vers &son temps. Vous
vous souvenez bien que dés que
je la vis , je ne pouvois concevoir
comment on l'avoit priſe pour
ure Diane. Quand le P. de la
Chaisefera de retour, je luy fe
ray vos Complimens , er je ne
doute point qu'il ne ſoit de vostre
αυις , σε.
Mide Camps , nommé
par le Roy à l'Eveſché de 4
130 MERCURE
Glandeve , dans une Lettre
du 8. Fevrier , qu'il écrit à
r
M' Terrin. Je vous ay déja
dit monfentimentfur vostre Li
vre de l'Obelisque , (t) de vostre
Vénus, j'ay loué voſtre avis
en plusieurs endroits, c.
Vous voyez , Madame ,
que tous ces Illuftres ne ba .
lancent pas à prendre le party
de Vénus , & que Mode
Glandeve , qui dit qu'il eſt
de l'avis de M Terrin en
plufieurs endroits ( ce qui
marque qu'il n'en eſt pas en
tout ce qui regarde l'Obéliſque
) s'explique affez clai
GALANT. 131
rement touchant la Statuë,
en luy donnant le nom de
Vénus. Voila un grand di
férent , qui ne fera point répandre
de ſang , quoy qu'il
ait excité une grande guerre
dans une Académie qui eſt
tout eſprit , & qu'il ait partagé
deux Perſonnes dansun
Cops aufli grand , qu'il eſt
diftingué , & dont tous les
Membres ont une profonde
érudition. Comme tant
de Sçavans ont dit librement
leur ſentiment ſur la
Statue dont il s'agit , j'ay
crû que je pouvois faire voir
132 MERCURE
icy la diverſité qui s'y ren
contre , ſans qu'aucun d'eux
euſt lieu de s'en plaindre.
Lesguerres qui ſe font entre
les Souverains , élevent les
Conquerans , & font éclater
leur courage & leur valeur;
&celles qui font feüilleter
les Livres , découvrent l'ef.
prit des Sçavans , & fervent
ſouvent à leur élevation. J'ajoûteray
icy à l'avantage de
M'Terrin , que tous les fameux
Sculpteurs de Paris,
où il y en a beaucoup , depuis
que le Roy a pris foinde
faire fleurir les beaux Arts,
GALANT. 133
A
demeurent d'accord que la
Statue d'Arles ne peut eſtre
qu'une Vénus , ou du moins
qu'elle n'a jamais eſté faite .
pour une Diane , puis qu'on
n'a jamais vû de Diane nue,
à moins qu'elle ne fuft dans
le Bain. Ceux qui en voudrontſçavoir
davantage, peuvent
lire le Livre de M'Terrin
, imprimé à Arles, & que
l'on trouve auffi à Lyon. On
y voit un deffeins de fa Figure
, comme je vous l'ay
déja marqué dans une de
mes Lettres. Quant à l'Original
, il eft encore au Palais
134 MERCURE
Brion , où l'illuſtre M' Feli
bien , qui en a le foin , ne
refuſera pas de le montrer
aux Curieux , qui dans quel
que temps pourront voir ce
belOuvrage à Verſailles . J'aurois
commencépar vous marquer
que ce qui cauſe tant
de diſputes parmy les Sçavans
fur les diférens noms
qu'on peut donner à cette
Statuë , eſt qu'il luy manque
un bras, & qu'il ne luy reſte
qu'une partie de l'autre , fi
en vous parlant il y a quelques
mois du Livre de M
Terrin , je ne vous avois fair
GALANT. 135
voir dés ce temps - là l'origine
de toutes ces diſputes.
Elles ne ſont pas ſans fondement,
puis que ce qui man.
que à cette Statuë euſt fait
connoiſtre aifément quelle
Déeſſe on avoit voulu repréſenter.
Je viens aux Nouvelles de
la Gour que je croy vous
devoir faire ſçavoir , avec le
mefme ordre que j'ay fait
dans ma Lettre précedente.
Je n'en ſçaurois reprendre la
fuite , ſans vous dire en mefme
temps beaucoup de choſes
qui ſe ſont paſſées avant
136 MERCURE
le retour du Roy à Versailles.
Sa Majesté voulant honorer
la mémoire de feu M
d'Artagnan, & perpétuer ſon
Nom dans les Mouſquetai
res , qu'il a eu l'honneur de
commander en qualité de
Capitaine- Lieutenant, adonné
de fon propre mouvement
la Cornete de la Prel
miereCompagnie àM d'Ar.
tagnan ſon Neveu & ce
Prince a récompenfécenou
veau Cornete , des Charges
deCapitaine aux Gardes , &
-de Lieutenant de la Colanelle
, qu'il poſſédoitin
GALANT 137
Je vous ay parlé du Régi
ment de Humieres , que le
Roydonna, apres lamort de
M'le Marquis de Humieres,
quien estoitMestre de Camp,
àM' le Marquis de la Chatre
, Neveu de Madame da
Maréchale de Humieres ; &
je vous ay dit que de Mar
quis avoit une Compagnie
dans le Régiment du Roys
qui avoit effé trouvée laplus
belle de tout le Corps ; mais
je ne vous ay pas mande
que cette Compagnie avoit
eſté donnée àMale Marquis
d'Ancenis , Fils de MileDuo
Juin1684. M
138 MERCURE
deCharoft , & qu'en meſme
temps le Roy avoit donné à
un Mouſquetaire une autre
Compagnie qui avoit vaque.
Comme cette derniere Compagnie
eſtoit enun fortméchant
état , & qu'il ne manquoit
rien à celle de M' le
Marquis d'Anſenis , ce jeune
Marquis ſuplia Sa Majesté de
vouloir faire un échange des
deuxCompagnies,parce qu'il
n'y avoit point de dépenſe à
faire à celle qu'il luy avoit
plû de luy donner , & que
l'autre Compagnie deman.
dant beaucoup de frais pour
4
GALANT. 139
fon rétabliſſement , il pour
roit mieux y fournir , que le
Mouſquetaire qu'elle en venoit
de gratifier. Un procede
fi honnefte & fi genéreux
fut fort applaudy du Roy
&de toute la Cour , & l'on
dit que fi ce jeune Marquis
qui ne commence qu'à entrer
dans le monde , foûte.
noit toûjours ce caractere , i
deviendroit un des plus ac
complis Seigneurs de laCour,
Ce feroit icy le lieu de faire
un détail des Eveſchez don
nez par le Roy , mais com
me il me manque encore
Mij
140 MERCURE
quelques éclairciſſemens fur
cet Article , je ne vous en
parleray que ſur la fin de ma
Lettre.Y
Puis que vous avez efté fatisfaite
du Camp de Condé, que
jevous envoyay gravé il ya un
mois , je ne doute point que
vous ne le ſoyez encore davantage
de celuy de Thulin,
que j'ay fait aufli graver. On
n'y peut jetter les yeux ,
voir d'un coup d'oeil une partie
des grandes Forces de Sa
Majesté. Ce Camp eſt bien
plus conſidérable que le premier
que vous avez vû , puis
fans
GALANT. 141
!
qu'il a efté augmentéde beau.
coup de Troupes , & entre
autres de vingt Eſcadrons,
que commandoit M'le Duc
de Villeroy , & avec leſquels
il gardoit un Poſte ſur la Haifne.
Jugez par ce Camp de
( la puiſſance du Roy, puis que
parmy ce que vous voyez, il
n'y a aucun Corps des Troupes
qui ont ſervy au Siege de
de Luxembourg ; que M' le
Comte de Choifeüil en com
mande encore un autreCorps
fort conſidérable , & que
toutes les Places que leRoy
poſſéde dans les Païs,Bas, en
142 MERCURE
font remplies ; &cela , ſans
compter les autres Armées de
Sa Majefté. M' le Maréchal
de Schomberg commande
ce Camp. Il a fous luy cinq
Lieutenans Genéraux , qui
font M le Duc du Lude,
M le Comte d'Auvergne,
M'le Duc deVilleroy , M'le
Prince de Soubiſe , & M'le
Marquis de Boufflers. Les
Maréchaux de Camp font
M'le Duc de Vendoſme,
M' le Ducde Brikenfeld , M
le Comte de Schomberg ,
&M ... D
Pendant que les Troupes
GALANT. 143
de ce Camp brûloient d'impatience
deeffeerrvviirrleurPrince,,
&d'acquerir de la gloire , le
Roy attendoit à Valencien
nes des nouvelles de la Prife
de Luxembourg. Les ordres
eſtoient donnez pour luy en
apprendre beaucoup plutoſt
que les Courriers les plus di
ligens n'auroient pû faire.
C'eſtoit la maniere des Ro
mains , qui par le moyen des
Feux & des Signaux , donnoient
à Rome en tres-peu
de temps des nouvelles des
Païs , qui en eſtoient éloi
gnez de deux ou trois cens
۱ 144MERCURE
licies. Il eſtoit jufte que
Louis LE GRAND fuſt ſervy
à la Romaine. Ce n'a pas
eſté toutefois de mefme en
cette occafion, puis que le
Canon n'eſtoit pas en ulage
du temps des Romains. Voi
cy ce qui ſe fit quand le
Prince de Chimay eut demandé
la premiere fois à capituler.
M le Maréchal de
Créquy dépeſcha un Courrier
à Avelnes , où l'on tira
le nombre de coups de Canon
que le Roy avoit ordonné,
& qui n'eſtoit ſceu de
perfonne, Cela fut continué
de
GALANT. 145
de Place en Place. Landrecies
répondit à Aveſnes , &
le Quénoy à Landrecies. Le
Canon du Quénoy fut entendu
à Valenciennes envison
ſur le minuit. LeRoy en
ayant eſté averty , demanda
combien on avoit tiré de
coups. On luy répódir qu'on
en avoit compté cinq. Ce
Prince commanda que l'on
écoutaſt encore ; & un peu
de temps apres , on compta
deux autres coups. Sa Majeſté
dit alors que Luxembourg
capituloit. Cette nouvelle
fut confirmée le matin
Juin 1684. N
146 MERCURE
par M' Deſbordes), Lieutel
nant Colonels du Regiment
de Navarre , que Mile Mal
réchal de Créquy avoit dé
peſché au Roy. Comme c'eſt
un Homme d'un fort grand
mérite , & qu'il a l'honneur
d'eftre connu toeftimendo
Sa Majeſte , Elle luy fit don
ner deux mille écus pour fon
voyage. Quoy qu'on duft
s'attendre à cette nouvelle,
on ne laiſſa pas d'en marquer
autant de joye que fi on avoit
eu lieu d'en eſtre ſurpris , &
toute la Cour la fit delater au
lever du Roy! Les Carmes
de Valenciennes , chez qui
GALANT. 147
ceMonarque alloit tous les
jours entendre la Meſſe, vinrent
fuplier Sa Majefté de
ſoufrir qu'ils chantaſſent le
Te Deum à la fin de celle
qu'Elle devoit entendre col
jour- là. Ce qu'ils deman
doient leur fut accordé , &
ils chantérent ce Te Deum!
ſans ceremonie, &feulement,
pour ſatisfaire leur zele. Le
lendemain , le Royken fit
chanter un dans l'Egliſe de
S. Jean , avec beaucoup de
folemnité, quoy qu'il n'eust
eu aucunes nouvelles de Luxembourg
depuis l'arrivéede
Nij
148 MERCURE
M Deſbordes . Ainſi il ne
pouvoit eſtre certain que ſes
Troupes fuſſentdans la Ville;
mais ce Prince ſçachant l'état
des Attaques, & celuy de
fes Troupes , & connoiſſant
L'expérience de ſes Commandans
, & la grande habileté
de ſes Ingénieurs , crût
qu'il pouvoit rendre graces
à Dieu d'un fuccés qui effoit
infaillible à ſes armes, & qui
ne pouvoit eſtre retarde long
temps par aucun obftacle.
M' le Nonce, & M'l'Ambal
fadeur de Venise , affiftérent
à ce Te Deum, auſſi bien que
les Miniſtres de pluſieurs au-
τ
A
AmbaſGALANT.
149
tres Souverains. Tout y fut
folemnel ; & M de Rhodes,
Grand-Maistre des Ceremonies
, y fit les fonctions de ſa
Charge. La Cerémonie fut
faite par Me l'Archeveſque
de Cambray , affifté de fon
Clergé, & la Muſique de
Valenciennes s'y fit entendre.
Il arriva un Courrier de
M' le Maréchal de Créquy,
qui apprit au Roy la chicane
du Prince de Chimay. Cela
n'étonna point ce Monarque
, qui fans diférer d'un
Teul mmoommeent, partit pour
Cambray , comme il l'avoit
Niij
(150 MERCURE
réſolu. Il laiſſa au Camp toutes
lesTroupes de la Maiſon,
& n'en mena avec luy que
deux cens Mouſquetaires ,
cinquante Gendarmes , cinquante
Chevaux Legers ,
'cent Gardes du Corps , &
quelques Compagnies des
Gardes. Sa Majefté apprit à
Cambray que le Prince de
Chimay avoit demandé une
ſeconde fois à capituler , &
⚫que depuis la premiere iln'a--
-voit paru que pendant un
jour en reſolution de ſe défendre
De Cambray , la
Cour vint àPéronne, àRoye,
NGADANTI
adduchyna Chantilly ,
zofi Monfieur & Madame ſe
trouverent. Monfieur le
Prince receut le Roy à la
Porte du Chateau ; & quoy
qu'il fuft fort incommodé,
fon viſage ne laiſſoit voir que
des marques de la joye qu'il
Steffentoit! Sa Majesté l'embraſſa
quatre fois avec cet air
toutengageant qui fait qu'on
soublie le Roy pour n'aimer
que fa Perfonne. Toute la
Cour eftant entrée dans le
Chafteau chacun prit ſon
party pour en admirer les
beautez. Les uns monterent
Niij
152 MERCURE
dans les Apartemens ; lesau
tres ſe répandirent dans les
Jardins ; les autres cherche
rent du repos ; & le Roy ſeul
alla travailler. Ce Monarque
demeura enfermé pendant
quelques heures ; apres quoy
il prit le divertiſſement des
Eaux. Monfieur le Duc le
mena d'abord au grand Réſervoir
, qui eſt d'une beauté
furprenante. Sa Majesté alla
Sen ſuite en divers endroits,
où les Eaux font des effets
merveilleux . Monfieur le
Prince l'attendit au premier,
& l'accompagna quelque
こ
GALANT 13
A
temps, mais Monfieur le
Due le conduific par tour.
-Toutes les Eaux de ce Lieu
délicieux ſont belles , & en
abondance. Il ya une Ma
chine , qui quoy que fort
frmple , fournit de l'Eau vive
à tous les Jets d'Eau , & aux
Caſcades . Le Roy en loŭa
beaucoup le travail , & fut
fort content de tout ce qu'il
vit. On rentra en ſuite dans
tous les Apartemens, où l'on
admira la beauté des Meubles,
qui ſont auſſi riches que
bien entendus . Il ſeroit fort
difficile de voir auçun Licu
154MERCURE
-
mieux éclairé que le furent
tous ces Apartemens , non
ſeulement par le nombre des
lumieres , mais encore par
tout ce qui les contenoit. Le
Roy ſoupa avecMonſeigneur
le Dauphin, Madame la Dauphine
, Monfieur , Madame ,
Madame la Ducheffe , Ma-
: dame la Princeſſe de Conty,
Mademoiselle de Bourbon,
& Mademoiselle de Nantes .
La Symphonie fut charmante,
& fit le plaifir de la foirée.
Sa Majesté qui ſe fouvenoit
que Monfieur le Prince , &
Monfieur le Duc , n'avoient
GALANT 155
jamais épargné ny foins ny
dépenſe pour la recevoir, que
toutes leurs Feftes ont toû.
jours efté d'une magnificence
extraordinaire , & qu'on
auroit peine à trouver des
Princes auſſi genéreux , ne
voulut pas leur permettre de
faire aucune dépenſe. Ainfi
Elle fut ſervie à ſon ordinaire
par les Officiers de la Maiſon.
Monfieur le Prince , &
Monfieur le Duc , obéirent
aux volontez du Roy , mais
ce fut avec chagrin. Cependant
, quoy qu'ils ne traitaf
ſent pas Sa Majefté , il y eut
156 MERCURE
17
des Tables ſervies en divers
endroits , & à toutes fortes
d'heures , où chacun eſtoit
convié d'aller manger. On
porta par tout divers rafraî
chiſſemens , & ces grands
Princes firent fi bien les honneurs
de Chantilly, que ſans
défrayer le Roy , ny toute la
Cour, ils ne laifferent pas de
faire plus que n'euſſent pu
faire beaucoup d'autres,à qui
cette permiflion auroit efte
accordée: La Cour en partit
le lendemain, &arrivava a
failles , apres un voyage de
quarante-neufjours, dont il
aVerGALANT.
157
い
2
19
y en avoit eu quatorze de
marche , & trente-cinq de
repos , ou de ſejour. Elle
trouva de nouvelles beautez
àVerſailles , la France eſtant
reglée avec un tel ordre, que
la dépenſe de laGuerre n'empeſche
point celle des Bâtimens
de Sa Majcité , qu'on
voit s'élever à chaque inf
tant , aufli-bien que ſes Jardins
ſe remplir d'embelliffe.
mens nouveaux , tant ceux
àqui ce ſoin eſt commis, ſçavent
ſervir ce Monarque de
diférentes manieres, &toujours
avec ſuccés.
158 MERCURE
Comme Madame laDauphine
eft revenue groffe du
Voyage , je croy que le Madrigal
que je vous envoye
ſur ce ſujet, peut icy trouver
ſa place. Il eſt de M² Diéreville
du Pontleveſque.
OFIS paroift toûjours le plus
Dansle temps qu'ilfoûmet Luxembourg
àfes Loix,
Et que tout travaille àsa gloire,
Al'ombrede tousſcs Lauriers,
Son Fils d'intelligence avecque la
VICTOIRE
Luyfait de nouveaux Héritiers.
LaCour arriva a Verſailles
GALANT. 159
"
le 9. de ce mois ,& preſque
auſſitoſt on y eut avis que lef
Samedy to. un Party duCamp
de Thulin avoit batu un Con
voy, qui alloit par la Riviere
deDendre,de Dendremonde
à Ath. L'on y prit fix Belan
dres chargées de Poudre &
de Bled, avec ſept ou huit
petits Bateaux , qu'on brûla,
auffubien que les Bélandres.
On jetta les Poudres dans la
Riviere ; & pour le Bled, on
en diftribua une partie à de
pauvres Peuples , & le refte
fut emporté par douze cens!
Chevaux & Dragons dont
160 MERCURE
noftre Party eſtoit compofé.
M² du Roſel , Colonel, le
commandoit. Nous y perdîmes
un Capitaine de Dragons,
& il y eut encore cinq
ou fixCavaliers tuezy ou blef
ſez . Quatre mille Eſpagnols
& Hollandois , avertis de la
marche du Party , arriverent
deux heures apres l'Action,
avec le Duc de Monmouth,
&tous les Braves Volontai
res de Bruxellesub
Les, Muſes ne ſont pas
demeurées muettes apres la
Priſe deLuxembourg. Voicy
ce qu'elles ont fait dire à
GALANT. 161
P'illustre Mademoiselle de
Scudéry.
MADRIGAL.
AlerLuxcmsbourg,
Ier Luxembourg, maintenant
pitoyable,
Contre LOVIS vom n'avez på
tenir.
Consolez- vous d'unfort inévitable.
Vous vous trompiez de vous croire
imprenable ,
Mais enfes mains vous l'allez de.
(
venir.
LaPriſe delameſme Place
a donné lieu à M² Magnin
de faire une Devile , qui a
pour corps un Chefne fur le
quel la Foudre tombe , en
brife le tronc, & en écarte les
Juin 1684.
162 MERCURE
branches . Ces paroles en
font l'ame,
T A Quid profuit altum
Erexiffe caput ?
Elles ſont expliquées par ce
Sonnet du meſme M' Ma
gnin
Q
Vand ce Chesnesuperbe élevoitdans
les arys
Son tronc impérieux,&fes branches
hautaines,
Il estoit l'ornement &la gloire des
Plaines,
Tout vantoit la beauté deses feüillages
verds.
SE
Mais enfin le Soleil parses aspects
divers,
GALANT.163
Quiforment fifouvent des foudres
Acesfleres Hantours, des Cieux
Faitsouventéprouverde terribles
revers.
Lorne
Fortereffe orgucilleuse, à ta perte
obſtinée,
Luxembourg, aujourd'huy c'estlà ta
destinée,
Ilssont donc renverſez tes Boulevars
fiforts.
L
Et c'est là la grandeur do treros qui
Qu'au lieu de teparer de quelques
te dompte,
vains efforts,
६८५ 20 %
Tupouvois n'en pointfaire avecque
moins de bonte.
Oij
164MERCURE
J'ajoûte des Vers qui ont
eſté faits ſur les merveilles
du Roy, auſſi-bien que ſur le
Siege de Luxembourg.
Del éclat de bonheur,
°loire!
deva
Que de nobles ſujets pour embellir.
l'Histoire!
Que de rares vertus! que d'exploits
2
inoüis
*Etale à tous momens l'invincible
LOVIS!
Alexandres, Césars, cédez à ceMor
-marque,
D'un vray Héros en luy reconnoiſſez
2 lamarque,
Vos Conquestes n'ont rien d'éclatant
こaujourd'huy;
Vousvouliez, mais à tort, vous compareràluy.
GALANT 165
ف
Ilfaut desanspourvous,&desjours
pour oc Prince out fe
Toutfléchit ſom LOVIS, Chasteau,
Ville, Province.
T
Admirez,comme nous,ſes glorieux
travaux,
Dont les vostres nesont que d'indi.
gnes Rivaux.
Pourfes Soldats bleſſez la retraite
aſſurée,
1
Ses Edits&fes Loix d'eternelle
durée,
Les Sciences, les Arts, réunis aux
Vertus;
DesPeuples convertis, desTemples
abatus,
Un auguste Palaisd'une richeſtru-
Eture,
On l'Art induſtrieux furpaſſe la
Nature,
Ses ordres diférens pour les Etats
divers,
166 MERCURE
Le Commerce étably , la fonction
desMers
L'Abondance par tout, l' Ignorance
détruite,
La Iuftice en vigueur,&la Noblesse
instruite,
Le Mérite connu toûjours récom
pensé,
Lavangeancedu Crime&duPauvre
offensé,
Sont le but defessoins, & l'employ
defavie.
Pourquoy diféres -tu de te rendre
afſervie,
Luxembourg, auxdefirs dece charmantHéros?
Cede afes grands efforts, donne- toy
du repos ,
Etviens,fan's prolonger tavaine
résistance,
PartagerſousſesLys le bonheurde
laFrance.
GALANT. 167
Ces Vers,& le Madrigal qui
fuit, font de M² de Vertron.
Pourquoy Ourqnoy réſiſtois- tu
Adepuiſſans efforts d'un Héros invincible?
Fier Luxembourg, voila ton orgueil
abatu;
Tusçavois qu'à LOVIS rien n'estoit
impoffible;
Maissi ta résistance aſauvétonbonneur,
Confeſſe en mesme temps qu'elle augmentesagloire,
Réjoüis-toy desavictoire,
Ta Priſe désormaisva faire ton bonbeur.
Vous trouverez les noms
A
des Autheurs au bas des au
168 MERCURE
tres Ouvrages que je vous
envoye.
B
MADRIGAL.
Ien quejeporte un nom tout
brillant de lumiere,
Du Soleilje reçois la Loys
Icvoulois m'opposer àſa vaste carriere,
Mais je le reconnois aujourd'huypour
monRoy.
SONNET.
DUHAMEL:.
Remble, Luxěbourg, tremble,
&Soûmets tapuiſſance
Au Roy leplus vaillant qui viſt jamais
lejour;
Reconnoy que LOVIS, l'objetde
noftre amour
GALANT. 169
Range toutſous les Loix defon indépendance.
se
Pouvois-tu teflater de la moindre
apparence
D'éviter toſt ou tard de layfaire ta
Cour?
Rentre, rentre en toy - mesme , &
vaincue à ton tour,
Luy rendant ton hommage, implore
Ja clémence.
S'ilfçait vaincre l'orgueil,&le réduire
auxfors
Il a pour le pardon toûjours les bras
ouvertss
Mais les lieux les plus hauts doivent
craindre lafoudre.
Se
Plus ilsfont élvez, plus ilsyfont
Sujetss
Juin 1684. P
1
10 MERCURE
Etfuſſent-ils de marbre, il les réduis
en poudre,
Quandnous croyons leurforceàl'abry
defes traits .
a DuMas, deJoigny.
MADRIGAL.
EN
tout doitfléchir, ainsi le
Ciel l'ordonne,
Ainsile veulent les Deftins;
Cédez, cédez,foibles Humains,
Recevezun Hérosfi chéry de Bellone.
Venez, volez,accouriz tous,
Venez partageravecnous
Unjoug cent fois plus beau que n'eft
une Cauronpc.
Maisjem'égare enmesprojets,
CeDemy-Dicu nefaitla guerre
Qu'afin de cimenter le ropos de la
Terre,
1
GALANT. 1714
Etnonpaspour régnerfurde nou.
veaux Sujets.
Vous donc qui de fierté donnez de
vaines marques,
Envieux impuiſſans du bonheur de
mon Roy,
Indignes Ennemis duplus grand des
Monarques,
Ourecevezla Paix, on recevez la
Loy.
DE VOGINS.
)
ORACLE
CRONOGRAPHIQUE.
LVXeMboVrg ſera aſslegé , & en
SVIte pris par LoVIs Le grand,
MDLLLXVVVUIL
Et Oracle Cronographique,
Beaucoup plus vray que le
Delphique,
1
Pij
172 MERCURE
Ades Chaffeurs fat autrefois rende
Dans la Forest des fameusesArdennes;
Etles Vents qui fonfloient de toutes
leurs baleines
Contre les foüilles deſes Chesnes,
Neparent empefcher qu'il ne fot
entendu,
Etfans que rien enfuft-perdu,
A
Ilvintjuſques à nousfous des Lettres
Romaines,
Que l'An du Cas échû faitparoistre
certaines.
L' Oracle prédiſoit , que le fier
LVXCMbovrgoa
Moinsfage &prud at que Strafbourg,
Sobſtincroit à combatre lafoudre
Du fupiter Gaulois, qui réduit tout
en poudre;
Mais qu'enfin l'Infolentse verroit
aßlegé,
GALANTA
Sans espoir d'estresoulagé
Parles Troupes Conféderées,
Quesilongtemps il auroit cfpé .
rées, (
Et quepour lors ayant fort bien
compris 1
Qu'il ne pourroit manquer en stIte
d'estre pris,
Etdeſuivre les destinées
Demille autres Citez qu'il verroit
enchaînées
د
ト
Autriomphant Charde nos Lys,
Par Les mains du tres - granD
LOVIS 12
र
Dans cette conjoncture extréme,
Afinde conferverles reftes de luymesme,
Il ivoirse jetter aux pieds defon
Viqueur
Aus il cadela nuit, pour épargner
Lahonte,
1
T
A
Piij
174 MERCURE
Et tâchcroit de luygagnerle coeur,
(Ce coeur, qui tout le reste dompte,
Etqu'àsabontépres, rien autre
nefurmonte,)
En confeffant àses genoux,
Que s'il estinvincible, il estencor
plus doux,
Puis que pourdefarmerſaterrible
Puissance,
LesVaincus n'ontqu'à dire un mot
àfa clémence.
M' Rimper, S' de l'Eſcarpe,
Autheur de cet Oracle Cronographique
, a fait auſſi le
Quatrain qui fuit.
L
Uxembourg
Villede
par son nom, eft
lumiere;
Mais ce nom ne luy danne un éclat
Sanspareil,
し
GALANT
Que lors que pour brillerdefa clarté
premiere, לו
Vaincuë, ellese rend à LOVISfon
Soleil.
す
UnGentilhomme qui ſçait
auſſi bien manier l'Epée que
la Plume , a fait l'ode que
vous allez lire. Elle eſt, à la
gloire de M' le Maréchal de
Créquy.
J
ODE
Entenspar
M
A
toutque l'on chante
Un intrépide Guerrier,
Dont lavaleur étonnante
Remporte un nouveauLaurier.
L
Le bruitquefont lesTrompetes,
Estsi grand, si répandu,
Pij
376 MERCURE
1
Que celuy de nos Muſetes
Neferapas entendu.
५.. 152
Qui nesçaitque ce grandHomme
Sur laMeuse parut tel,
Qu'onvit autrefois pour Rome
Et Fabius & Marcel,
Quandl'Aigle &Sa République
Par les diferens Exploits
Du grand Lion de l'Affrique
Se trouverent anχμεριαλι
८८
Il marche, il tourne, il avance,
Heureux, habile, vaillant,
El devient parsaprudence,
DeDéfenseur, Affaillant;
Ilfuit les Troupes nombreuses
Des Germains préſemptueux
Paſſe des Rives fameuses,
triompher chez Etva
z eux 1
GALANT 177
Il n'est pas moins redoutable
En des Climats plus lointains,
Et Mars toûjours favorable,
Couronne fes grands deſſeins;
Il renverse les Barrieres
Où nos Soldats arrestez
Voyoient borner nos Frontieres
Par des Lions indomptez .
Les Bergers du voisinage,
Sans rien craindre deformais
Foüiront de l'avantage
Quepourroit donner la Paix.
Les Bergeres vaſſurées,
2. Dans les Bois vont s'écarter,
Et n'auront dans ces Contrées
Que les Loups à redouter.
52
Enfin lasuperbe Espagne,
En nous rendant Luxembourg,
178 MERCURE
_Daitconfoler iAllmagne
De la perte de Fribourg.
Ces grandsfüccés font entendre,
Que sous l'auguste LOVIS
Créquy peut tout entreprendre,
Et planter par tout nos Lys.
M le Duc de S. Aignan,
qui ne laiſſe échaper aucune
occaſion de marquer fon
zele , a écrit au Roy ſur la
Priſe de Luxembourg ; &
Sa Majefté l'a honoré d'une
Réponfe de famain. Je vous
envoye l'une & l'autre Lettre...
1
GALANT. 179
LETTRE
DE M
LE DUC DE S. AIGNAN,
AU RO Υ.
AuHavre le 9. Juin 1684.
SIRE,
Comme je ne sçaurois avoir
plus de foûmiſſion que j'en ay eu
toute ma vie pour V. M. bien
quefa Gloire augmente chaque
jour, il paroiftroit de la diminu
tion dans mon zéle pour ſon ſervice,
fije ne me ſervois aujourd'huy
dans la Prise de Luxem
180 MERCURE
bourg, de la permiffion qu'il luy
a plû de me donner , pour luy témoigner
ma joye pour les autres
Places importantes qu'Elle a conquifes.
Fenſuis toujours, SIRE,
au mesme état pourfes Victoires;
& les coups de Canon que les
Te Deum mefont tirer icy , en
me donnant beaucoup desatisfac.
tion , ne laiſſent pas de me caufer
quelque regret de n'en enten
dre point tirer d'autres. Mais,
SIRE , je veux esperer pour
mon repos , que ce sera pour la
Paix Genérale , que nousy mettrons
le feu , ou qu' Elle me permettra
d'aller luy confirmerfous
GALANT 181
celuy de fes Ennemis , avec cobien
de dévoüement je ſuis toûjours,
SIRE,
DE V. MAJESTE ,
Le tres-humble, tres- obeïſſant,
& tres-fidelle Serviteur
&Sujet,
LE DUC DE S. AIGNAN.
* REPONSE DU ROY.
On Cousin, Le vray mo-
Mif qui vous a dû porter à
mi'écrire ſur la Priſe de Luxem
bourg, c'est la confiance que vos
Lettres me font toûjours fort
Agreables . Fay reçû vostre Compliment
fur cette derniere Con
182 MERCURE
queſte, comme tous les autres que
vous m'avezfaits en de fem
blables occafions , &je ne doute
nullement que vous n'allaffiezencore
avec joyeſous le Canon de
mes Ennemis ,fimenſervicevous
y appelloit. Cependant n'épargnez
pas celuy du Havre , en
rendant graces à Dieu de cette
nouvelle Benédictionſur la justice
de mes Armes. Je le prie qu'il
vous ait , mon Cousin , en fa
Sainte & digne garde. A Ver-
Jailles le 12. deJuin 1684.
LOUIS
Amon Coufin le Duc deS. Aignan,
Pair de France.. '
GALANT 183
1
Je vous ay toûjours man
de fort exactement tout ce
qui s'eſt paflé en Hollande
touchant l'état des Affaires
préſentes , & vous envoyay
le mois paſſé quatre Mémoi
res préſentez aux Etats par
M'le Comte d'Avaux, depuis
eetomps-làil leur en a délivré
un cinquième, dans le temps
que Luxembourg demanda
la premiere fois àcapituler.
Jen'aypû l'avoir, mais voicy
ce que l'on m'en a mandé,
Get Ambaſſadeur, apres avoir
fait ſçavoir aux Etats la Prife
deLuxembourg, expoſe dans
1
184 MERCURE
ee Mémoire ; que les delais
donnez par le Royſon Maître
pour répondre aux Propoſitions
qu'il avoit faites
pour le rétabliſſement de la
Paix , ou la conſervation de
la Barriere , & le maintien
d'une bonne correſpondance
entre SaMajesté& eux, étant
inutilement écoulez , fans
que l'ony ait fait aucune Réponſe
; Sa Majesté ſe trouvoit
en état de faire de nou.
velles Conqueſtes , & plus
conſidérables , & d'augmen
ter ſes Prétentions contre les
Eſpagnols , fans ſe tenir da
د
GALANT. 185
vantage aux Offres qu'Elle
avoit faites le 29. Avril ; mais
que neanmoins , pour faire
voir qu'Elle demeure toûjours
dans la fincere inten
tion de procurer le bien ge
néral de la Chrétienté , en
propoſant tous les moyens
poſſibles pour luy donner le
repos , Elle luy avoit commandé
de leur faire ſçavoir,
que nonobſtant les grands
avantages qu'Elle doit ſe pro
mettre de la proſpérité de ſes
Armes , Elle veut bien en
core demeurer obligée juf
qu'au 12. du courant , aux
Juin 1684..
186 MERCURE
meſmes Offres qu'Elle a fair
faire le 29. Avril & 9. May
derniers , & à tous les Exc
pédiens propoſez dans les
Conférences qu'on a eües au
fujet de ces Offres , pour la
conſervation de la Barriere,
& pour le rétabliſſement du.
pos dans les Païs-Bas ; &
que Sa Majesté s'eſtoit portée
d'autant plus volontiers à
donner cette nouvelle preuve
de fa modération , qu'Elle
avoit eſté bien aiſe de ſeconder
les bonnes intentions de
ceux qui ſouhaitant le plus
le bien de leur Patrie enpar...
GALANT. 187
ticulier , & le repos de la
Chrétiété en genéral, avoient
fait paroiſtre un veritable defir
de procurer un prompt
rétabliſſement de la Paix ,
&d'entretenir toûjours une
bonne correfpondance avec
Sa Majefté. Que l'envoy de
leurs Troupes au Païs - Bas
Eſpagnol , avoit obligé Sa
Majesté de ſemettre à la tefte
des fiennes , pour pourſuivre
la fatisfaction qui luy eftoit
deüe; mais que l'ordre qu'ils
leur avoient donné de ne
commettre aucun acte d'hof
tilité contre les François , l'a-
Qij
188 MERCURE
ef
voit portée à donner encore à
leur conſidération ce delay de
ſept à huit jours, & qu'elle
péroit qu'ils en profiteroient
pour conclure& figner, con,
jointement avec les Miniſtres
d'Eſpagne , le Traité que Sa
Majesté avoit propoſé , ou
pour le conclure& figner eux
ſeuls , aux conditions que Sa
Majefté leur avoit cy- devant
offertes pour la conſervation
de la Barriere, & pour le rétabliſſement
du repos dans les
Païs -Bas, & qu'ils ſe déclare--
roient nettement dans ce terme,
parce qu'Elle vouloit fçaGALANT.
189
voir préciſement à quoy s'en
tenir avec eux,proteftant que
s'ils laiſſoiét écouler ce temps
fans donner une Réponſe poſitive,
Sa Majesté ne s'arreſte
roit plus à aucune confidération
, & ne régleroit dorénavant
ſes Demandes & fes
Prétentions , que felon le
fuccés qu'il plairoit à Dieu
de donner à la justice de ſes
Armes.
Les Etats ayant ſouhaité
quelques éclairciſſemens fur
ce Mémoire , voicy la Réponſe
qui leur a efté faite par
Mr d'Avaux..
190 MERCURE
MEſieurs les Deputez de
VosSeigneuries ayantprié
le Comte d'Avaux , Ambassa
deurExtraordinaire duRoyTres-
Chrétien, de mettre par écrit les
Réponſes qu'illeur a rendües cette
apreſdinéeſurles Demandes qu'ils
luyfont venus faire , & fur les
éclairciſſemens qu'ils ont defirez
a.dreſſe le préſentMémoire, pour
Satisfaire à ce qu'on a souhaité
de luy.
Ledit Ambassadeur a témoi
gné à Messieurs vos Deputez,
que leursDemandesſe réduisoient
:
àdeux points ; que le premier
GALANT. 191
confiſtoit en ce que le delay donné
par le Mémoire du s. de Juin,
est trop court pour pouvoirfaire
des délibérations dans vos Pra
vinces , & moins encore avec
les Ministres de Sa MajestéCatholique
, & de vos HautsAllioz.
Ledit Ambaſfadeur a répondu
Sur ce premier point , Que pour
ce qui regardoit vos HautsAlliez
( excepté le Royd'Espagne)
il en parleroit lors qu'il fatisfe
roit au ſecond point de vosDemandes
, Qu'à l'égard de l'Efpa...
gne , ily avoit apparence que
l'Envoyé de cette Couronne prés
192 MERCURE
deVV. SS. estoit inftruit desfen
timens duRoy ſon Maistre, apres
tous les delais que Sa Majesté
Tres-Chrétienne a donnezdepuis
qu'Elle a fait des Propoſitions de
Paix , &principalement depuis
que Sa Majesté s'est déclarée le
29. d'Avril dernier, qu'Elle ne
vouloit point entendre à aucun
accommodement,qu'avecla ceffion
de Luxembourg ; d'ailleurs, qu'il
y'avoit lieu de croire que la confiance
que le Roy Catholique
prend ordinairement en la Per-
Sonne d'unGouverneur du Païs-
Bas Espagnol, est affez grande
pour luy permettre de ceder une
Place
GALANT. 193
Place, afin d'enfauver beaucoup
d'autres, &pourfinir uneguerre
que l'Espagne ne peut foutenir
long-temps ; mais qu'en tout cas
Sa Majesté n'estoit pas réfoluë,
apres que les Espagnols avoient
fimal ufé des delais qu' Elle leur
a donnez, d'en prolonger le
me , fur tout en cette faifon , où
Sa Majesté peut remporter de fi
grands avantages.
ages
ter
de ses in
Mais que Sa Majesté, pour
faire voir laffiinncceerriittéé de ses
tentions , avoit offert des Expédiens
qui donnoient tout le temps
néceſſaire à l'Espagne , pour se
déterminerfur ſes Offres ; Que
Juin 1684. R
194 MERCURE
1
}
4
1
i
I'Ambassadeur s'en estoit expli
qquuaénddoans Lleess Conférences qu'
eves avec VVSS. enfuire
ag
ila
du
Mémotre du 29. d' Avril, à quoy
il s'est rapporté dans fon Mé
moire du s. de ce mais . C'est à
sçavoir , que pourvû que vous
obligiez par un Traité fignéinceſſamment
, &qui ſera garanty
par le Roy d'Angleterre ,&par
tous les Princes qui y voudrost
entrer , de ne donner aucune affiftance
aux Espagnols , directe ny
indirecte , & de ne pas fouffrir
que vos Troupes faffent le moindre
acte d'Hostilité contre les
Troupes, Pais, Sujets, ou Allicz
GALANT 195
deSaMajesté, Elle promiet de
Secontenterde laVillede Luxembourg,
&des autres Lieux qu'-
Elle a demandez le 29. d'Avril
dernier ; Elle confent d'attendre
un mois , ou tout au plus fixfe
maines , à compter du jour que
ce Traitéfera figné à la Haye,
que l'Espagne envoye les Rati
fications en bonne dûë forme
desdites ceffion & renonciation,
à condition toutefois que par le
mesme Traité, quiferasignépré
fentement àlaHaye , il ſoir sti
pulé qu'au cas que le Roy d'Ef
pagne ne ratific pas dans un mois
ou fixsemaines en bonne &duë
Rij
196 MERCURE
1
forme lesdites ceffion o renonciation,
les Etats Genéraux retireront
apres ledit temps de fix
donner
,
i
femainos deurs Troupes dosPaïs-
Bas Espagnols , &ne pourront
tant que la préſente
Guerre durera , aucun fecours
aux Espagnols par tout ailleurs,
ny contre le Roy , ny contrefes
Alliez Sa Majesté s'obli
gera de n'attaquer ny de s'emparerd'aucune
autre Place des Païs
Bas , mesme de ne pouvoirfaire
La guerre dans le plat Païs Efpagnol
des Païs- Bas , fi les Espa
gnols s'en abftiennent ; SaMajesté
se réſervant le pouvoir de
GALANTI 197
2
porter fes Armes dans les Païs
duRoy Catholique, par tout ail
leurs qu'audits Païs Bas , juf
qu'à ce que l'Espagne ait rétably
la Paix qu'elle a rompue.
Quant à ce que UK. SS.
alléquent , que le terme marqué
parle Mémoire dus. de ce mois,
est trop court mesme à leur égard,
I'Ambassadeur leur a répondu
- premiérement , que la Ville de
Luxembourg, apres avoir batu
Llaa Chamade & commencé à
parlementer le 1. de ce mois , ne
s'estant pas rendue le mesme jour,
fur les difficultez quisefont formées
dans la Capitulation , le
Riij
198 MERCURE
terme que Sa Majesté vous
donné,se trouvera allongé autantde
jours que cette Place aura
tenu depuis le ro de ce mois ;ainſi
VV. SS. auront eu onze jours
aumoins àdéliberer depuis lapré
fentation du Mémoire.
mê-
En fecond lieu , qu'il est de
notorietépublique , que VV. SS.
peuvent en douze jours,
-me en dix jours, confulter lesProinces
,&former une Résolu.
tion dans les Etars Generaux ;
que dans les Affaires de cette
conséquence, ona vû prendredes
résolutions en moins de temps que
celuyde dix jours,far tout quand
GALANT. 199
c'est
le
neAffaire dont les Provin
-ves font informées de longiwa
main. , comme elles le font de
celles dont il s'agit , puis que la
Propofition faite le s. de cemois
-n'estant pas nouvelle , ibestà
préfumer que Messieurs les Deputez
aux Etats Genéraux, font
inftruits des fentimens de leurs
Provinces.
Ledit Ambassadeur est perfuadé
que ces raisons ſont plus
quesuffifantes ; mais afin d'over
tout prétexte à ceux qui en prennent
fur les moindres chofes, pour
tasher d'éloigner touteforse d'ac
commodement , il a ajouté cette
:
Riij
200 MERCURE
Réponse àfes précedentes , que
fes ordres à la verité eſtoientprécis,
&que Sa Majesté luy avoit
commandéde ne donner que douze
jours apres la Prife de Luxembourg
; mais que comme SaMajestén'avoir
marqué ce terme, que
parce qu'Elle estoit perfuadée qu'il
Leftoit suffisant pour prendre une
réſolution dans les Etats Genévaux,
& qu' Elle ne l'avoit pas
déterminé fi court pour jetter les
Etats dans l'impoffibilité de pouvoirrendre
une Réponſe dans letemps
, l'Ambassadeur se ré- dit temps, l
gleroit felon la fincérité des in
tentions du Roy son Maistre, qui
!
GALANT 201
est d'apporter toutes fortes de facilitez
,lors que VV. SS. agi
ront de leur costé avec toure la
fincérité, & avec toute la dili
gence qu'il leur est poffible.
C'est pourquoy comme il est
conſtant que la Province deHol
Vande les autres Provinces
les plus proches,peuvent prendre
Leur refolution dans le tempsfpécifié
par le Mémoire du f. de
oc mois, si la Hollande
autres Provinces voismes ont réfolu
dans le terme marqué d'ac
capter les Offres de Sa Majesté,
fi on en donne part à'lAmbas-
Sader, &qu'on lay demandast
les
1202 MERCURE
un jour ou deux,foit pourattendre
la Réfolution des deux Pro
vinces les plus éloignées , foit
pour avoir le temps de former la
Résolution dans les EtatsGené
raux , il voudroit bien prendre
fur luy de fignerleTraité unjour
ou deux plus tard qu'il ne luyeft
ordonné ,& il eſpere que Sa
Majesté l'auroit agreable ; mais
fi la Province de Hollande ,
les autres Provinces , qui
vent avoir pris dans ledit temps
leurs réſolutioonnss,, nnee l'avoient pas
qui perm
fait, alors il ne se diſpenſerois
pas de fes ordres , & fuiuroit
encore in cela les intentions de
1
1
GALANT. 203
Sa Majesté , qui eft auffi éloi
gnée d'accorder un delay, quand
il ne feroit que d'un jour , lors
qu'Elle verroit qu'on en abuseroit
, qu' Elle auroit d'indulgence
pour en accorder , lors que VV.
SS. faisant ce qui est en leur
pouvoir , il n'y auroit que la
formede leur Gouvernement, qui
empêcheroit qu'on ne pustformer
une Résolution genérale , qu'un
jour ou deux apres l'écheance du
terme.
Voila ce qui regarde le premier
point. Pour ce qui est du
Second, les Deputez de VV. SS.
ont témoigné qu'ils foutraitoient
204 MERCURE
1
fort que la Paix ou laTrévefust
genérale.
L'Ambaſſadeur leur a demandé
s'ils entendoient par là qu'on fiſt
un Traté genéral , ou s'ils vou
loient qu'on traitaft icy des condi
tions qui doivent entrer dans le
TraitédeTréveque laFrancedoit
faire avecl Empire; ils ont répondu
qu'ils ne le prérendoient pas.
L'Ambassadeur arépliqué,que
VV. SS. ne ſouhaitoient donc
autre chose , sinon que SaMa
jesté voulant bien finir par une
Pai
Paix, oupar uneTrévede vingt
années , les diférens qu'Elle
avec l'Espagne, Elle voulust
GALANT. 205
bien terminer pareillement par
une Paix , oupar une Trèvede
vingt années , les démeſlez qu'
Elle peut avoir avec quelques
Princes de l'Empire ; que ledit
Ambassadeur ne pouvoit mieux
faire connoiſtre combien SaMajesté
ſouhaitoit fincérement de
faire la Paix genérale , & de
donner une feconde fois le repos
àtoute l'Europe , qu'en déclarant
que Sa Majesté luy a permis de
promettre en fon nom , que du
jour que le Traité proposé ſera
figné à la Haye , Elle donnera
encore un mois à la Diette de
Ratisbonne, pour l'acceptation de
:
206 MERCURE
Tréve, aux conditions qu'Elle
a cy-devant offertes , &qu'Elle
areïtérées depuis trois mois.
Ledit Ambassadeur ne doute
pas que VV. SS. ne voyent par
toutes les facilitez que SaMajesté
apporte à un bon Accommodement
, combien Elle defire de
bonnefoy le rétabliſſement de la
Paix , &qu'Elles nejugentbien
auffi , que fi apres que SaMajefté
a épuisé tous les moyens
poſſibles, VV. SS. n'en veulent
pas profiter , Elle ne s'arrestera
plus dorénavantà aucune confidération
, & en réglerafes Demandes&
fes Prétentions , que
GALANT. 207
Selon lefuccés qu'il plaira àDieu
de donneràlajustice deſesArmes.
Fair àlaHayele 6.Juin 1684.
Signe, LE COMTE D'AVAUX.
:
L'Air nouveau que je vous
nvoye, a eſté fait par un de
nos plus grands Maiſtres ;
ainſi vous le chanterez avec
plaifir
!
AIR NOUVEAU.
VOicyleretour du Printemps,
Toutrt dansnos Bois,dasnos
Champss
LesBergers wontdançantfurlaverte
Fougere,
Tandis, belas , queje me defefpere,
t
:
%
208 MERCURE
Et nepuis résister aux peines que je
fens.
OtropheureuseTourterelle,
Que ton bonheur estgrandfous l'amoureuseLoy!
Prenspartàmadouleur mortelle;
Helas ! tun'as pasperdu comme moy
Ta Compagne fidelle.
Vous avez appris la mort
de Madame la Ducheſſe de
Richelieu , mais vous n'avez
peut eſtre pas ſoeu qu'un
abcés qu'elle avoit dans la
gorge, s'eſtant crevé, elle en
eft morte preſque ſubitemér.
Elle estoit de la Maiſon de
Fors- duVigean,& fut mariée
en premieres Nôces à M' de
T
GALANT. 209.
Pont, Frere aînée de feuM le
Maréchal d'Albret, & en fecondes,
àMale Duc de Richelieu,
Neveu du Cardinal
de ce nom. Elle a toûjours
eu beaucoup de vertu , mais
fans oftentation; & beaucoup
d'efprit , ſans le mettre en
peine de le faire paroiſtre.
Elle ne rejettoir aucune occaſion
de faire plaifir , &n'a
jamais fait de mal à perſonne .
Son mérite la fit nommer
pour remplir le Poſte de
Dame d'Honneur de laRey.
ne , qu'occupoit feuë Madame
la Ducheffe de Montau-
Juin 1684 S
1210 MERCURE
-fier. Elle eut l'avantage d'étre
choiſie par un Roy , qui
joint aux plus grandes qua
litez un difcernemét ſi jufte,
qu'on eſt toûjours aſſuré que
ceux qu'il choiſit ſont dignes
des Emplois qu'il leur confie.
Quand ce Monarque voulut
mettreune Dame d'Honneur
aupres de Midáme la Dauphine,
en qui cette Princeſſe
puſt avoir confiance, il luy
donna Madame de Richelieu
, qu'il tira d'aupres de la
Reyne
Le meſme jour , Marie-
Loüife Pot de Rhodes,
GALANT. 2.11
Veuve de Meffire François-
Marie de Lhôpital , Duc de
Vitry , mourut d'une apopléxie,
qui la mir deux jours
Pagonie. Elle estoit Fille
de Claude de Rhodes, & de
Henriette de la Chaſtre ; &
Petite-Fille du Maréchal 'de
la Chaſtre. Ces deux Mai
fons font des phis illuftres,
&& des plus anciennes du
Royaume. Tout le monde
fçait que la Cornete blanche,
&la Charge deGrad- Maître
des Ceremonies', ont efte
creées par un de nos Roys
dans la Maiſon de Rhodes ;
Sij
212 MERCURE
& ce que eft à remarquer,
c'est que laChargédeGrand-
Maître des Carémonies eft
encore aujourd'huy dans
derte Maiſonla Madame la
Ducheffe de Vitry: entroit
dans la cinquante- cinquiéme
année. Elle avoit l'efprit brill
lant & vif, beaucoup de connoiffinze
dans les belles Lettres
, & entendait & parloît
parfaitement la Langue Italienne.
SonCorps eſt en dé
poſt dins S.Eustache, en at
ten lantqu'on le porte dans
le Tombeau de Mile Maréchal
de la Chutre. Pluficars
८
GALANT 213
jours avant la mort, elledemanda
les Sacremens , & les
reçeut avec une devotion, &
aun abandonnement à la volonté
de Dieu , qui faifoit
fondre en larmes tous ceux:
qui estoient dans ſa Cham-
4 Il eſt mort icy quelques
autres Perſonnes de l'un &
de l'autre Sexe , dont voicy
les noms.ms
-14 Dame Catherine de Lattaignant
, Veuve de Meffire
Pierre Poncer, Comte d'Ablys,
Doyen de Meſſieurs les.
Conſeillers d'Erac
214 MERCURE
1
1
Metfire Noel le Boults,
Coſeiller de laGrand' Chambre.
Il avoit eſté reçen Cónſeiller
en Juin 1632. Ses Armes
font , de gueulles au Chevron
d'or, au Chef pallé d'or &de
gueulles de cinqpieces. M' Frezon
, Doyen de la Seconde
des Enquestes , eft monté
par cette mort à la Grand
Chambre
:
Mefire Pierre de Carcavy,
cy-devant Conſeiller au Parlement
deToulouſe, auGrand
Conſeil, && Garde de laBiblioteque
du Roy! Il porte d'azur
à un Leurierpaffent d'or, as
GALANT. 215
compagnéde troisEtoilles de mef-
-me,deux enchef, une enpointe.
Meſſire EſtienneCifternet,
Seigneur de Vinzelles, Préfrdent
en la Cour des Aydes
d'Auvergne. Il avoit épousé
une Soeur de M de Ribeyre,
Conſeiller d'Etat, Gendre de
M'le Premier Préſident.
Dame Magdelaine Talon.
• Elle estoit Soeur de MIAvocat
General Talon , l'un
des plus grands Hommes de
noſtre Siecle , de Madame
Voiſin, Femme du Conſeiller
d'Etat, &deMadame la Pré
fidente Bignon , & avoit
216 MERCURE
épouleMeffire Jean François
Joly, Seigneur de Fleury Me
Logic, Confeiller au Parle
ment , Fils de Meifire Jean
Joly, Seigneur de Fleury,
Confeiller au Parlement de
Bretagne, & en ſuite Con
feiller au Grand Confeil, &&
de Dame Charlote deBour
lon,Soeur deMeflire Charles
de Bourlon, Evefque de soil
fons. La Famille de Joly en
originaire de Bourgogne, bu
il y a pluſieurs Branches quf
y ſubſiſtent au Parlement
en laChambre des Comptes!"
Feu Meflire Georges Joly,
Baron
GALANT 217
Baron de Blaily , fecond Pré
fident au Mortier de cePar
lement, Frere de Madame
la Premiere Préſidente de la
Berchere , a fait l'une deces
Branches. On compte de
cette FamilleM Joly,fueftis
mé du Duc de Bourgogne
ſon Souverain , dont il eſtoit
Conſeiller d'Etat. Madame
deFleuryeſtmorted'une fie
ure continue , dans la qua
rantieme année , avec des
marques d'une pietétres édi
fiante,&une réſignation enriere
aux ordres de Dieu.
Sa Famille eſt pleine de Gens
Juin 1684. T
2.8 MERCURE
d'un tres grand mérite, Fou
Mfon Pere, Omer Talon,
eitoitAvocat Genéral du Par
lement de Paris,&& avoit cu
Cette Charge ſur la démiſſion
doM Talon Conſeiller d'E
Fat, fon Frere aîné. Son Ayeul
cloit M.Talon celebre Avodar
, d'ornement du Barreau ,
qui avoit pris Femme dans
la Famille de Chpart das
mieux alliées,de la Robe:
Madame la Mere , qui s'appelloit
Françoiſe Doujat, croit
Soeur de Me Doujat, Confeiller
au Parlement, &Maitre
des Compres , & Fillede
GALANT 219
Denys Doujat , AvocarGe
néral de la Reyne Marie de
Medicis, &de Madeleine de
de laHaye deVantelay. Joly!
de Fleury porte deartelé au pre
mier dersier d'azur du Lys
argent au Chef d'or ? charge
Auninee Clots patlle ddee fable;an
dor
Fecond &troisième d'azur an
Lyon leopardé d'or armé
Mumpapjes de gueules !linalon
porre d'azurau Chevron
ccompagné de trois Croiſſans
chargez'd Epys de mesme , deux
EwChef autre en Ponte.
Doujar porre #azum an Orif
220 MERCURE
Toutes ces morts ont eſté
ſuivies de celle de Meflire
Louys Charreton , Seigneur
de la Douze , Préfident aux
Requêtes du Palais,&Doyen
du Parlement , où il avoir
eſté reçû Conſeiller en Janvier
1626. Je vous ay parléde
luy & de ſa Famille en huit
ou dix de mes Lettres, M
Godard du petit Marais, qui
eſtDoyen de laGrand Cham
bre , l'eſt devenu du Parle
mental s
Vous avez vû naiſtre un
diférent entre les Aftronos
mes , & les Aftrologues. En
voicy la fuite.
GALANT. 221
25252555225-52552LETTRE APOLOGETIQUE
d: M' Crochat, Pro effeur ars
Mathematiques à Paris.contre
Male Serrurier , Aftrologue. Aftrologue .
ONSIEVR,
Trou infigner Faufferez, que
ja remarque dans vostre préten
duc Réponse du mois d'Avril,
font affez connoistre que vom no
vous taffez point d'eftre d'eftre le Partifan
de la mauvaise foy der
Aftrologuer, qui vourferont peu
obligezi de mettre en compromis
Thonneur imaginaire qu'ils atta-
Tiij
222 MERCURE
chentàlarecherche de Aftrolas
gilJudiciare ab ergab insig
La premiere de cas Fauffeter
-confifte en ce que vous ne voulez
pas reconnoistre pour un instant
fixé &determiné,celuy auquel
de Soleil entra l'année derniers
as premier degré du Bolier, la
feconde , en ce que suous mime
putex de ne reconnoiſkre la Pók
ny pour un Point Phayfung
pour un Point Lathamariqus
cor da troisieme , en ce que suave
dices que de mon quen pr
ne pour naisins personne δρώς με
Pole
Бонас
Fayà vous diresur lapre
GALANTI cas
wheres quoskantren du Salaihau
premier degré du Belient)
memfixiendy Heterovirea per les
Aftronomes , quielle peut fomavir
WEpoque à tous les instens qui
Yuy four ancérieurs or pofterions.
Outre qu'il m'estégabqikonpuiffe
determiner ou non l'intonade La
naiffance done il s'agit ; cansoon
le dévertine, vvostnefentiment
cft pasdegitima, fron me
le determine pas vous nefaun
nez dreffer la Figure que je vous
demande. Appolisi tibiugnom
quam ad quod volueris
potrige.jsp . uoεπέτειολό
gham dla feconde vous
Tij
224MERCURE
pour un
wvezmauvaise grace de direque
jene reconnois le Póle ny pour
wn Point Phifique , ny
Point Mathematique. Si veftre
mauvaise foy vous avoirpermis
dentrerdans mes veritablesfon
timens , vous n'auriez pasrenu
ce langage, qui tourne encoreplius
ama gloirequ'àvostre confusion,
J'ayfeulement avancé, quebien
que le Pôlefoit un Point Ma
thematigne ou Physique, it ne
s'enfuit pas qu'il ne puiffe naistre
quelqu'iunn dans te
Tuy repond. Ten ay
Climeve qui
répond. Fen ay deja apporté
plusieurs raisons,que je nerepère
pas icy je me contenteroy d'en
T
:
GALANT5
donner une nouvelle,qui vom
fermone cuiérément la bouche
N'est it pas,unmy, Menient
quelque que part qu'en naille
maistfous lLee Zénith qui est un
repe ber-
Roing MaMtathheemmaattiiqquuee qu pour
Je moins Philigu ? Pourquoy done
Souvenir qu'il ne peut naiftre
Lornefous le Pole puis que cet
de Zénith mesme de ce Glimars
Der coup que voges ne fcanner
Jauchhiirr étourdira fans doute
sçauriez
C Haute Doftre Cabale.
ing La troisième Faufferé est un
fuire de la Seconde. Fe combe
d'accord , dites - vous qu'il ne
peut paistre perfonnefont le Poles
226 MERCURE
j'ay neanmoins foûtenu le cornmapresarias
beaucoup, do justice
de chaleur,rayant toujours
envisagé cette question comme
velle qui nous pastage le pluses
mine০১reparfurprfaceux que voud
me frairiez vaincre por unfolide
raisonnement. Τους άγαλμας
pendant coriboon veftraattine
Ces trois Fauffeteznftant ainſh
connies &refurées, was node
voxplus diffirende quicendes ars
moes dome la faibleffine pourroin
que vous efore fatales
GALANT 227
An reste comme vous eni
gezde plus amples Réponſes que
celles que je vous ay fuites , quoy
juffifint qu'elles pour détruire
touk
ce qquuee vous avez pa avanceren
faveur de Astralogic , jean
averris one jem'ocupe à donner
bien toft au Public un Traité qui
necontiendra autrechofe que mon
Objection , expliquée dans toute
fon étendue , avec larefundzion
des Réponſes qu'ony afaires, on
qu'onyfera, Wous aurez bean
coup de part àla confufion qu'en
recevront les Aftrologues
owpourra dira avec juftica , qua
yous estes la Kictume facrifiés
228 MERCURE
pour le falut de l'Aftrologic. Fe
fuis; &c.
10
CROCHAT.
3
Rien n'eſt plus à charge
qu'une Conversation pefanre
, & on eft toûjours quite
àbon marché quand on
s'en tire pour de l'argent.
C'eſt ce qu'a fait depuis peu
une Dame de born gouft , &
qui ayant le difcernement
fort delicat ſur toutes chofes
n'a pu ſe contraindre à ef
fuyer de fatigantes viſites
Elle ſe les attira par une oc
cafion affez imprévue. Elle
1
GALANT. 229
alloit ſeule prendre l'air au
Cours , & en y entrant, fon
Cocher embaraffa fon Caroſſe
dans un autre , & cut
le malheur de le renverſer.
Ce trebuchement fir accou
rir tous ceux qui le vîrent
Avant que de travailler à re
lever le Carroſſe , on en tira
un Abbé, à peu prés fexage .
naire. La colere où il eſtoit
Eclata dans les regards , &&
fon chagrin naturel fortifić,
par celuy de l'age, le ren
dint mal propre à foûrenir
avec patience une pareille
avanture , il s'emporta con230
MERCURE
tre for Cocker , & bien plus
encore contre Pceluy de la
Dame. Peus'en falut mefine
qu'il ne querellaft les Speci
tateurs inutiles, Il les regard
doit comme s'eftant afleme
blez pour ſe divertir de fon
embaras , &cela contribuoit
aaugmenter la mauvaile hu
meur. La Dame, auffi civile
& honnefte qu'il eltoit mala
gracieux , defcendit de fon
Carroffe,pour luy deman
der fi le malheur de la clûte
enoit le leul accidem don't
il le plaighift. Il lay répon
ditd'unemanière affez rude,
GALANT 23
\
qu'il ne ſentoit pas qu'il1 full
bielle, mais qu'il fçavoit bien
que les Glaces estoient caf
fees.LaDame ne voulant rien
épargner de ce qu'elle cruc
capable de l'adoucir ,gronda
fon Cocher fur fon peu d'adreſſe
, & apprenant qu'il
falloit racommoder quelque
choſe au Carroſſe de l'Abbé,
elle le pria de prendre une
place dans le lien le char
geant du ſoin de le remenor
clicz luy, ll accepta le party,
&fit quelques tours avec la
Dame , quispour luy faire on
blier fes Glaces caffées, l'onr
233 MERCURE
tretint de mille choſes , d'un
air enjoué qui fufpendit fon
chagrin. Lagrément de ſa
Perionne en donnoit beau
coup à tout ce qu'elle diſoir.
AuflilAbbé en fut-il touché,
Il commença à fe montren
moins fauvage ; & le plaifir
qu'il avoit trouvé à l'entre
tenir à la promenade , luy
ayant paru trop court , ilalla
la voir le lendemain. La
Dame le reçût obligeamment,&
pour l'indemnifer
de fes Glaces, elle tâcha de
ne ſe point ennuyer pendant
deux heures que dura cette
GALANT. 233
viſite. Il ne manquoit pas
d'eſprit ; mais quoy qu'il fe
fuſt acquis par là quelquo
répuration , ce qu'il en avoit
eftoitun eſprit deLivres , il
feavoitbeaucoup , &debitoit
mal. Deux jours apres, il réi
téra fa longue viſite , &il alla
meline juſques à la prolonger
d'une troifiéme heure.
La Dame trouvant ſes Gla
ces tres ſuffisamment payées
par la complaiſance qu'elle
avoit eue d'écouter deux fois
fos,fades douceurs, ne le vit
pas plutoſt forty de chez elle,
qu'elle donna ordre à tous
Juin 1684. V
434 MEROURE
fesGensdelerenvoyerquand
il reviendroit. Les chofes fo
firent la premiere fois d'uns
maniere qui ne luy donna
aucun ſoupçon. Il crêt que
la Dame oftoit forticconson
retourna fans autre chaguig
que celuy de ne pouvoiroda
voir ce jour- là. Il ne fut pas
ſi tranquille quelques jours
apres. Un Laquais, d'une Li
vrée inconnue , qu'il rencont
ra d'abord à la Portero dup
dit qu'il avoic laiſſe laDame
en fa Chambre ; Balors queit
futayux premiers degrez de
l'Escalier , un, de coux, de la
GALANT 235
Maiſon vint l'arrefter brufl
quement, &foûtint toûjours
quielle eſton en Ville! Pend
dant qu'il s'obſtanoit pour
monter , fur la prentiere af
finance qu'il avoir reçue,und
Suivante parut , se hay dức bài
mefme chofe , mais ce fut
d'un certain air qui le cons
vainquit qu'il y avoit un ordre
fecret donné contre luy .
In fe retira tout fulminant ;
& pour ſcavoir avec certitude
s'il eſtoit vray qu'on neust
pas voulu de recevoir,il mic
ab gaer un de ſes Laquais
qui apres avoir attendu une
Vij
236 MERCURE
Heure vir fortir la Dame,
pourquelques vifites qu'elle
avoit à fairer Ce Fundalors
que l'Abbé ne pût moderer
fon reffentiment. Il ſe repré.
fenta mille fois combien ce
mépris eſtoit outrageant, vel
nant d'une Femme à qui il
facrifioit ſes Glaces. L'effort
qu'il ſe faifoit pour cela lay
paroiffant digne de toute au
tre récompenfe , il réſolatde
ne les pas perdre, & fir don
nerdes lelendemain affigna
tion à fon Cocher pour le
payement qu'il en prétena
doit, Le Cocher alarmé do
FGALANT 237
CotteAffignation alla prier
Las Mailtreffe drempelcher
Abbade le poursuivre.Comme
le Cochernavoit fairl
faute, c'eſtoit à luy de payep
dos Glaces , mais en melme
temps il ne tenoit qu'à la
Dame de terminer le Procés,
&une viſite rendue à l'Abbé
l'en faiſoitvenir à bout. Elle
siy ſeroit réfolue fans peine,
6.ce n'eust pas eſté s'expoferohen
recevoir d'autres,
dont il luy effoit impoſſible
de s'accommoder. Dans cet
embaras , voyant que le Pro
cés n'eſtoit intenté que parce
$38 MERCURE
qu'elle ne vouloit plus aftre
viſible pour celuy qui le faist
foit le feul parey quialhd vid
àprendre , fur de dire à fon
Cocher qu'illele défen dift
comme il pourroit de la pouss
fuite qui luy estoit faito3186
qu'elle aimoit mieux payer
les Glaces pour luy , que de
conſentir a revoir L'Abbé.
Elle fit agir quelques uns de
fesAmis pour les intéreſts da
fon Cocher quit paitoisfait
feul en Caufe mais labbra
choit d'une Famillede Robog
toer avantagelluy domnabu
un fort grand poids auprés
FGADANT 229
|ப
de ſes Juges, on demanda
inutilemene qu'on rabatist
fur le prix des Glaces quel
ques morceaux affez grands
qui en estoient demeurez,
Sudont on pouvoit fairedes
Miroins de Toilette ; les pré
tentions furent remplies , &
il obtint tout ce qu'il voulut.
AinfileCocher fut condam
né , la Dame paya, & l'Abbe
De dávit plus. Je ne puis
vous dire file payement de
fesGlaces l'en confola, mais
pouo la Damer, elle a dit fou
vontdepuis le Procés jugés
qu'elle ſe ſeroit foûmiſe
1
240 MERCURE
luy paycroin Carutofle entier,
sil ny avoit ou que es fout
moyen de ſe garantir de los
Il fautvous parler des Eve
chez . M'l'Eveſque deTare
bes , qui avoit eſté nommé
à celuy de S. Omer , dont
il a fait les fonctions, comme
Grand Vicaire du Chapitre
de cere Eglife,& su
chevelche d'Auch. Ilcada
la,Maiſon de Sufe on Dau
phiné, qui eſt une des plus
confidérables, de coure ,Prand
vince. Il est tres ſpoyants
bienfait de fa Perſonne Qroy
qu'il
GALANT 248
L
qu'il femble qu'on doive
moins remarquer cette quad
litédans un Prelat, que dans
un Homme du Monde, elle
ne luyVeſt pas neanmoins
tout fait inutile. Siun
Evefque doit imprimer du
refpect. &de la veneration
par fon Caractere, il en im
prime encorel davantage ,
quand la bonne mineoeft
jointe à la Dignité. Geluy
dont je vous parle a fervy
Roy dans les Etats , ou i
entrentlesEvelques de Saine
Omer; & toutes les Affail
res qui luy onrefté commi
Jin1684. X
848 MERCURE
bosmoondasüfly au gré de Sa
anM'l'Evefque diAlat, nomi
mé à l'Eveſché de $ Omer,
siteitML'Abbé de Valbelle,
Aumônietidu Roy, qui pour
faire voir la paflion qu'il a
d'eſtre auprés de ceMonarque
, a acheté de M'd'Agde
laCharge de Maistre de LO,
ratoire de Sa Majestéade
M Mellian , Evefque de
Gapacité fait Evefque d'As
let . Ileſt Fils defeuMMel
lian Procureur Geberadaay
Parlement & a eſtéAunjo
nier de la Reyne Mere. L'E.
GALANT 243
veſche de Gap a eftd donne
àM'Abbé Hervé , Fils d'un
Confeiller delaCour Ilinene
une vie tres exemplaire , &
elt fort utile àl'Eglife, àcauſe
des progrés qu'il faie tous les
fours par les Controveffesiy
MAbbe de Lulignan,
nommé à l'Eveſchế để Rượ
des, eſt Fils dedMi dela Cotte
auChas, autrefoisLieutenant
desGardes du Corps,& Bfere
de Male Marquis de Lun
ghan , cy-devant Sous-Licul
venanedesGendurmes Ecol
MP'Abbé de Chalucer,
X ij
144MERCURE
۱
Fils de feu Mode Chalucer,
Lieutenant deRioyide Nan
tes,& Beaufrere delMode
Bavile , Intendanten Poitous
aletté pourvû dell'Evefchó
de Toulon. Abeft grandNas
turalifte ; & fans une furdiné
qui l'incommode tres fort,
il euſt eltoloin dans lesCon
troverfesgh dontlik ſe melle
en Poitou avecbeaucoup de
fubcasy, bunay ATM
MBAbbé du Lúc,Neveu
de feu Mode Foutbino, &de
feuM'l'Evefque deToulon,
aefté nommé l'Evefchede
Marseille , quoy qu'il n'alt
GALANTM 145
e
guére plus de ving- cinq ang
Son mérite a fait paffer pare
deſſus ſon âge , pourdelever
àalllaa Dignité de l'Epifcopar.
U eſt de la Maiſon de Vinti
mille l'une des meilleures
da Provence & d'Iralierican
L'Evofché de Bazas a eftá
donnéà MLAbbé de Gour,
gues, Filsid'un Préſidentau
Maries deBordeauxaiol no
M l'Abbé Verjus , cy-de
want Preftre de l'Oratoire , a
sitésnommé à l'Evefahé da
Gotaslieft Freve dyPere
Meritus avJefuite anseoremirg
du Pera de la Chaiſe , & de
X iij
246 MERCURE
b
MiVerjus , Comte deCrecy,
Plenipotentiaire de France à
Raubonne annot
3/Comme tout cet Article
regarde l'Eglife , je ne puis
mieux loufinir qu'en yous
apprenant que Mi Jary, Gure
de St Georges de Meſnil en
Anjou, a reçû depuis un mois
la Profeffion de Foy deMa
demoiselle Elifabeth deBonmillon.
Ilaccompagna la Ce
reaſonie d'une Exhortation
Sanievousayıparlodelamont
deMadame la Duchsile de
Richelieu , mais je ne vous
EGADANM &47
aypoint diupar qui la Chariye
quelle poliedeinde Parist
d'Honneur de Madadienin
Dauphine , asoftédremplie.
Comme c'eſt un Potte qui
ave doit eftre accupé que par
desPerſonnesund'un mépice
quoitrebomogenetale
mentyle Roy jeta diabord
lesyeuxfur uhe Dame d'une
floeminente vertu & d'un
efprit fiofolide &dl finbien
toumé , que toute da Cour
applaudit aux defleins de ce
neonatque / regisseurDime
To deferidant avecalme/mai
deſtie qui a peu d'exemples,
X iiij
248MERCURE
de l'honneur que Sa Majefté
Bayvouloir faire en 18 nomthant
, fie connoiltre paro là
que ce Prince auroit fait un
tres bon choix. Monseigneur
le Dauphin & Madamela
Dauphine en parlérentà ces
te Dame , qui le montra encore
plus digne de cethonneur
, en s'efforçant demar
quer qu'il choit trop gland
pourelle. Quid al peut te
voir dans un haut rang ,
qu'onaallez d'empitefor foy
mefme pour s'empefolderday
monter, ons were on s'asin
Lane , & Haccepter pas par
GALANT1249
Son princips, so poble caft
plus que, do polisdaroAinfi
L'on peut dire quisette
me s'est mise au deflus
Dignité oùcelle a pr
uốnoisinde
dejta
pû parya
puis qu'on ne refuse las
grands honneurs ONEwipar
grandeux d'ame & quiben
tre fortſouvent de la foibleſſe
dans ce qui nous porte àdes
recherches. Ce n'est pas que
Hambitionne puiſſe établit
on beau caractere ; mais pour
n'avoir rien de condamna
que qu'elle lloocitacoom
pagnée de beaucoup dechor
fes qui se trouvent raremeur
1
250 MERCURE
dan's unoccur ambitieux. Copendant
le Roy qui avoit
réſolu de remplir de Pottende
Dame d'Honneur deMada
me la Dauphine par und
Berfonne d'un mérite dilin
gué , & qui connoist toutes
celles que leur vertu send
confiderables, quand même
elles ne paroiſtroient paszal
la Cour , nommapMadame
la Ducheffe d'Arpajon , qui
eftoit font éloignée desat
tendre à cot honneungGela
faitvoir qu'il fuffit de le rene
dre digne des pluk hsuice
Dignitez pour y pouvon
GALANTM 251
- aſpirer fans qu'il foir beſoin
de faire de brigues pour les
obtenir , tand Sa Majesté a
des lumieres perçátos, quand
ibs'offre occaſion de rendre
juſtice au vray mérited Cetre
pucheſſe eft Scrur de Mole
Marquis de Bevron. Quay
qu'elle fuftune des plus bel
les Perſonnes du Royaume,
pees qui quelquefois donne
unp fierce que l'onreglemal)
fa conduire seda vertu Font
toujours fait admirerSavano
espond tofon Mariage Desi
pais qu'elleca ofte veaves edhe
a presquetoujours veloure
252 MERCURE
tirée à la Campagne, &
continuede mériter une eſti
me generale. Mademoiselle
d'Arpajon , ſa Fille , a eſté
nommee
nommée dans le mesme
temps premiere Fille d'Hon
neur de Madame la Dan
Je vous envoye un Livre
nouveau , que le S Blageart
debite depuis peydess
& qu'il y a long temps que
vous fouhaitez, Celt lakin
conde Partie de IAcidegis St
Lante. Le Publica phάΓερμα
rent de la première, que L'Am
theur n'a pu luy ca refuser
GALANT 253
la fuit.e Vous y trouverez
letmeine caractere de brut?
que enjoiement , qui vous
a tant divertie dans le Che
valier de Pontignan , lors
u'il aimoit Babet & les deux
MalArenes Tout -la-fois.
S
та Mademoiselle de Mirac y
conteaullites Avanturesd'u
en fa
ne maniere qui répond affez
à ce feu d'efprit Gaſcon, qui
vous a déja prévenue en
faveur. CefonttousPortrai
d'apres nature , & il n'y a
pofit originaux que fon
Heischerche , quand on fait
qu'ilsviennent d'une bonne
main.
ma
454 MERCURE
Le mefme Libraine ? mid
fale voir un autre Livre, qu'il
doit debiter dans ſept ou huit
jours, & que je m'engage de
vous envoyer en ce temps la
Voicy de que porte la pre
mierePage: Cara Mustapha,
dernier Grand Vizin Histoire
contenant fon Elevation 19fes
Amours dans le Serraids , festil
wer's Emplois , &levray faget
qui lui a fait entreprendres te
Voyage deHongrie,odeSiege
deVienne. SSii lH'Hiifsttooiirreevnoouuss
attache , vous verrezoidans
cet Ouvrage beaucoup de
'choſe's qui la concernent/ Si
AISON
GALANT/ 255
vous eſtescuriouſe de ſçavoir
ce qui ſe paſſe dans le dedans
du Serrail, vous y lirez diyer
fes intrigues qui vous l'aprendront
& fi vous cherchez
des, Galanteries , vous y en
trouverez , qui pour eltre à
laTurque,n'ont rien qui ne
ſe pratique parmy les Amans
les plus délicats. Enfin je luis
fort perfuadé quence fera
prendre ſoin de vos plaifirs,
que vous envoyer ce Livre.
Il inftruit , il divertit , & la
matiere enveſt ſi nouvelle &
Speu connue qu'on n'y
voit aucune des répétitions
256MERCURE
qui font dans lespericksHif
toires que l'on a fare fucres
der àà nos longs Romans .
On m'envoye encore un
Madrigal fur la Prife de Lub
xembourg. Jedvansien füs
partij fans vous chopouvoir
nommer liAutheunusaikaxall
-C
2
?
Amais l
ponudiy depigien tan argilasy
Inpretendois eftrel'écueil
Desppllusfiers Conquerans qui pou
Aveiem tomreprendre
Mais umpangrand mérashayasalle sl
video
Tes Superbes Ramparts fe trout ab
Tendersiz, 12
GAUANT
Le Grandparts teslaforsod, p
Mais n'en murmurepatht, teglaiveeft)
De t
San'sJeconde
te voirfous les Loix du plus grand
Je vous envoye deuxEnig
mes nouvelles , en attendant
l'explication de celles du dernier
mois , que vous trouverez
dans ma XXVL Lettre.
Extraordinaire , que je vous
prépare pour le 15. de Juillet.
La premiere de ces Enigmes
eft de la Dame Solitaire;&
la ſeconde de Rofelinde,
Nymphe enjoüée , autrefois
de l'Empire des Fleurs.1
Juin1684- Y
498 MERCURE
ENIGME
Efuis cequ'on aimetomteambu
Presqueen tous les lieux de la
Etſouventionse faitla guerre,
Pour nowwolr-commeunbien&vare
Mais quandon afaitmaconquestes
Celuy qui me poffede a le coeurfileger,
Qu'àma poſſeſſionjamaisilesar-
Etnome gardepas long-scopsfans
me changer.
firo
AUTRE ENIGME.
N
AAJARGAT 1803 304 305
Ayez point peur de moy,jene
mords ny neruë .
Parma Merejefua congue
T
GALANT 279
Au milieu desjeux & des ris
Préfens deux de fos pavatis.
52
Admirez mesoppar, Fay larestotor-
Urminoir de Guenonfurpe grand
conde Grihe
Desaitende Chaura-Soaring
Qui ſovient d'un des deTortue,
Un efomachd Auftruche , up ventre
Unepean d'Hexing
Honneftement pointuc
Des cuiffes d'our's , des jambes de
ip Grifon
Une queiüe enfimdaDragom n
Cen'estpas tout. Monchant, ou ma
voix lapluspein
Estun cry de Chouette,
f'ay t'oreille d'anfin Renard,
Yij
1260 MERCURE
La coulantd'un Serpent, le vold'uns
Allonette
1
Etlamarched'une Belette;
Et mon plus dous regard
Estceluyd'unfierCrocodille
Prestàdevover Femme on Fille.
Se
Ainfifontjoliment compofez mes des
hors,
Etmon ame est comme mon corps.
১০১৯০১১৯
Voicy un Air d'une nou
veauté ſinguliere. Il eſt de
l'illustre M de Bacilly , qui
enafait les PPaarroles ainfi
que de tous les autres Airs
de ſa compoſition.
Y
T
GALANT. 261
-10
AIR NOUVEAU.up
Plius fovoureux pla délicar,
Quele Chocolat?
Le Roffolis &le Mufcat ,
Et toute autre Liqucur luy doiventren
dre Bommage .
Le Vin nousfaitmal alurefte,
LeChocolat nous enquérits .
Ibnow fait vivre, il nous nourrit,
Ilnous aiguiſe l' a L'appétit T
QuelMédecinferoitfi bestt,
Quel Médecinferoirfifat,
Decorstammerle chocatus in
--crown Nangasda Theerath
Edy Cafe ach
Vivat, vivat
oh seanch sas limp
262 MERCURE
2Je ne vous dis pointre
que vous ſçavez il ya longe
temps , que dans toutes for
tes d'Airs Mide Bacillyréti flit
également Cleſtucesquina
obligé deux grands Hommes
à faire un mot tout expres
pour exprimer ce qu'ils pen.
ſent d'un Génie fi univerſel.
Ils diſent que de toute laMuſique
luy ſeul n'est pointma
niere, au lieu que l'on recon
noiſt la maniere de compofor
des autresAutheurs,dans chas
cun des Airs qu'ils morrent
au jour. Le grand nombre
qu'il en a donnez de fa f
GALANT 263
conyremplit dix Volumes,
qu'on vend au Palais chez
les StadeLuyne, &Blageart.
Ha de don d'ajutter les Airs,
maſme ceux d'autruy , & d'y
donner un tour agreablecon
formementauſons des paro
les , qu'ilpoſſede ſouveraine
mentycomme on peut le
voit par forLivre de Art de
chantery do vanté de tout le
monde, Cette vérité ſe con
noitmieux que jamais , de
puis la mort de Made Niert,
firenommépour l'execution
Bridesoornemens du Chant.
Onsçavoitlecommerce qu
264 MERCURE
ils avoient enſemble depuis
trente années , & l'on attri
buoit à M de Niest tout ca
qui estoit de Made Bacilly
Cependant on voit bien pari
ce qu'il fait à préſent , qu'il
n'emprunte de perfonne,
quelques petits Airs d'Amadis
, &autres du temps, qu'il
a oinez , en font une preuve.
Quoy qu'un talent fis peus
ordinaire pour tour ce qui
regarde l'Ant de chanter, foit
connu de la plupart des Gens
éclairez , ſes Envieux qui luy
veulentnuire, n'ont pas laiffé
de faire souris le bruit qu'il
n'enſeigne
GALANT1 269
a'enſeigne plus , & ils l'one
fi bien perfuaaddeé ,, qu'on
s'en détrompe qu'avecpeine.
Il eſt pourtant vray qu'il eſt
plus capable d'enſeigner, qu'il
ne l'a encore eſté , & qu'un
long uſage luy a donné de fr
grandes & de ſi vives lumie
res , qu'en fort peu de temps
Il rend une voix capable de
tout ce qui ſe pratique dans
le Chant. Iln'eſt pointborné
àſes Ouvrages,comme beau
coup d'autres , & enfeigne
indiferemment tout ce qu'il
yal de nouveau. Celu
Ce n'eſt pas toujours par
Juin 1684.
Z
266 MERCURE
&
le ſuccés que l'on doit juger
du courage des Soldats
de la parfaite intelligence des
Genéraux d'Armée dans le
Métier de la Guerre. Lagran
de refittance de ceux qui fe
defendent avec vigueur, aug,
mente quelquefois la gloire
des Braves qui ataquent avec
intrépidité ; & quand à la fin
du Combat chacun demeure
dans ſes meſmes avantages,
aucun des Partis n'a droit de
ſe donner la Victoire. L'un
s'eft defendu , l'autre n'a pas
pris ; & comme ce n'est pas
perdre , que de ne point ga
A
nerda
GALANT. 267
stase
gner , on ne sçauroit dire
que celuy qui n'a rien pris
ait perdu. Vous jugez bien
que je veux parler de l'Affaire
de Gironne. Quoy qu'
alle h'ait pas eſte ſuivie
sualn
de
de
tout l'avantage que les François
font aujourd'huy en
poſſeſſion de remporter
quelque coſté qu'ils tournent
leurs Armes,
examine beaucoup de circonſtances
de cette Action,
on trouvera qu'elle égale en
dueur tout cena
vigueur qu'on jamais
ouydire desActions les
plus éclatantes , & les plus
Zij
268 MERCURE
échaufées . On ouvrit la
Tranchée devant Gironne
le 20. de May. Le Canon
commença à batre la Place
dés le meſme jour. Le 23 .
il y avoit fait deux Bréches.
Le 2244.Fon prit une Demylune
& un Baſtion , & l'on
fit Priſonniers , ou l'on tua,
tout ce qui estoit dedans,
parce qu'il n'y avoit point
de communication de ces
Ouvrages à laPlace Lemê
mejour 24. on donnal'aſſaut.
Ceux qui estoient commandez
devoient partir aucinquiéme
coup de Canon. Il
!
GALANT 269
cut à peine tiré , que les Soldats
volérent à la Bréche,
fans qu'il fuſt poſſible de les
faire marcher en ordre de
Bataille. Ces Lions ne furent
point arreſtez par un Foffé,
qu'ils franchirent , ayant de
L'eau juſqu'à la ceinture. Ils
gagnérent la Bréche , & furent
enſuite obligez de ſauter
pardeſſus un autre Foffé
plein d'eau, mais plus étroit.
-Cela eftant fait , ils rencont
trérent une eſpéce de Marais,
avecrrun Ruiffeau , l'un &
liantre, tout remply,de planches
dans les endroits où la
Z iij
270 MERCURE
néceflité du Paſſage y faifoir
courir, comme àdes choſes
que le hazard avoit heureu
ſement fait trouver. Le grand
nombre& l'empreſſement de
ceux qui vouloient paſſer en
mefme temps ſur ces planches
, furent cauſe que l'on .
ſe jeta deſſus , ſans examiner
qu'elles estoient garnies de
pointes de fer avec des ma
nieres d'aiguilles, dont quan
tité percérent de part en part
les pieds de ceux à qui la
premiere ardeurne laiſſatien
foupçonner Les Ennemis
avoient outre cela des ReGALANTI
24
t tranchemens à droit& agauche
,& en face de ceux qui
avoient gagné le haut de la
Bréche , doù ils faifoient
grand feu. Cependant, nos
Troupes forcérent tous ces
obitacles,&allérentjuſqu'au
milieu de la Ville. Lors qu'
elles eurent gagné la Place
publique , elles ytrouvérent
un Peuple arme, foûtenu de
plufieurs Escadrons deCaval
ferie! Ce fut là oùil falut que
Valeur 4 cedasta la force.
Hiere dont nos Prançois vel
toient batus, le nombre n'au-
Z nj
272 MERCURE
roit ſervy qu'à leur donner.
plus de gloire, s'ils n'avoient
point eſté affoiblis & fati
guez par pluſieurs Actions de
vigueur, qu'ils venoient de
faire tout d'une haleine. Cela
fut cauſe que n'ayant pû exé
cuter l'ordre qu'ils avoient
reçû, ils tombérent dans une
confufion qui empefcha de
faire les Logemens & les
Retranchemens néceſſaires
pour s'y maintenir. Aindi ils
furent contraints de ſe retirer,
apres avoir combatuavec
une vigueur que l'on ne peut
exprimer , depuis huit heus
GALANT. 273
A
res du ſoir juſques à prés de
minuit. Il eſt impoffibleque
les Ennemis n'ayent pas pordu
autant de monde que
nous en cette occafion. C'eſt
un fait conſtant , qu'on leur
atué ou fait Prifonnier tout
ce qui estoit dans la Demy.
lune&dans le Baſtion dont
on fe rendit maiſtre avant
que de monter à la Bréche,
&qu'on en tua beaucoup fur
la Breche meſme, puis que
Lion n'en peut chaffer des
Gens qui la défendent vigou.
reuſement, fans qu'il yenait
quantité qui demeurent ſur la
274MERCURE
Place. On ſe retira en bon
ordreng & donamonta àla
Tranchée cette mefme nuit.
On a enfuite confuméles Fou
rages , ona fait retirer le Ca
non & l'on s'eſt promené
dans le Païs Ennemy. Heft
facheux de lever un Siege,
quand on a perdu plufieurs
mois devantune Place;mais
quand on n'y a demeuré que
quatre ou cinq jours , ce qui
s'y eft fait ne doit eſtre regardé
que comme unAffaut
donné à quelque Chasteau
qu'on auroit voulu prendre
d'emblée , & non pas com
GALANT 275
me une Affaire importante.
Les Eſpagnols , qui n'ont pas
accoûtumé de remporter le
moindre avantage contre les
Armes du Roy , peuvent fe
vantero de ce Siege aban
donhé. Ils ont raiſon . Ils
font ſi ſouvent de grandes
pertes , que c'eſt triompher
pour eux, que de fauver des
Places qui font en leur pof
feffion Cependant, il leurs
faudra des années pourre
mettre fur pied des Compan
gies , pour te rétabliſſement
defquelles il ne faudroit que
quelques jours aux François
276 MERCURE
A On a remarqué queGironne
a foûtenu vingt- trois Sieges,
fans que les Attaquans ayent
jamais entré ſi avant dans la
Ville , & que toute la Cata
logne a eſte priſe , ſans qu'on
ait pû prendre cette Place,
Pour continuer de répon
dre aux Lardons , le premier
du 25. de May , où j'en ſuis
demeuré , dit en propres ter
mes , On tuë bien des Gens devant
Luxembourg til faut
tout effuyer , parce que for ne
peut faire de breche dans le coeur
du Gouverneur. Depuis que
cetAutheur travaille, onn'a
12
GALANT. 277
point aſſiegé de Flaces , qu'il
n'ait dit vingt fois la meſme
choſe. Il ſemble par ce dif
cours, que beaucoup deGouverneurs
en ayent déja livré
à la France ; cependant il n'a
encore pû en nommer aucun,
qui ſe ſoit laiflé corrom
pre , ny meſme à qui l'on ait
fait des offres . Les Gouver
neurs qu'on auroit tentez,
n'auroient pas manqué de
faire valoir par là leur fidélité
auprés de leurs Maiſtres,
Si l'on n'a pû faire de Bréche
dans le coeur du Gouverneur
de Luxembourg , c'eſt une
278 MERCURE
marque qu'on a voulu le ga
gner.PPeeuutt- oonn avancerriende
plus ridicule,& qui ſoitmoins
vrayséblable ? Un aufli grand
Seigneur qu'eſt le Prince de
Chimay , & par ſa naiſſance
&par ſesgrands biens, eftoitil
un Homme à qui l'on puſt
offrir de l'argent , pour Ten
gager à trahir ſon Roy &
fon honneur , & pouvoit on
avoir ſeulement cette pen
fée ? Il eſt à croire qu'il en
auroit plûtoſt luy- meſme
donné beaucoup , pour avoir
la gloire de conferver Lu
xembourg , s'il n'euſt pas vu
GALANT 279
qu'ils'en fuſt flate inutilemét,
Ge Critique pouſſe les choſes
plus loin , & perdant le
reſpect pour des Souverains
que je ne nomme pas , il les
taxe fur des on dit , ce qu'on
ne doit jamais faire ſur les té
moignages les plus aſſurez.
Mais toutes les fois qu'il cherche
à répandre fon venin , il
employe on dit, &croit enſuite
avoir droit de raiſonner
à perte de vue , mais qui ſe
sache,&écritfans nom, fait
connoiſtre aſſez qu'il craint
qu'on ne le puniſſe, & c'eſt
ce qu'on ne craint point
280 MERCURE
1
quand on n'a rien à ſe repro
cher. Le meſme Autheur a
la hardieſſe de nier ce que
Monfieur l'Electeur de Baviere
écrivit au commence.i
ment de la Campagne touchant
les deſſeins du Roy,
que ce Prince s'engagea de
ne point troubler. Ces Ecrivains
croyent les Peuples
bien ſimples , puis qu'ils prétendent
leur cacher la verité,
en niant des faits publics. Il
ne faut point d'autre réponſe
àcetArticle, finon que les
Troupes de Monfieurl'Electeur
deBaviere ne font pat
GALANT. 28
venuës fur le Rhin , ſuivant
l'aſſurance qu'ilavoit donnée
qu'elles n'y viendroient pas,
puis qu'il trouvoit lesPropofitions
du Roy juſtes. Un
autre Lardon de meſme date,
en faiſant connoiſtre que l'EL
pagne&la Hollande ne peuvent
faire confentir le Roy
d'Angleterre à ce qu'elles
fouhaitent de luy , fait voir
laprudence deceMonarque,
qui a toûjours cu autant de
fermeté pour la Paix , que le
Prince d'Orange a eu d'obſtination
pour laGuerre.Cette
obſtination couſte Luxem
Juin 1684 Aa
4
ela MERCURE
bourg aux Eſpagnols , puis
qu'ils auroient pû donnerau
Roy un Equivalent moins
conſidérable. Le 3 Lardon
nie encore ce que lagoon
duite de M. de Bavierea ju
ſtifié ,& il eſt plein des les
çons qu'il s'ingere de don
noraux Souverains Amis
de la Paixo ou qui nede
mettent en état de faire da
guerre, que dans le deffein
de procurer cette Paix , mais
par malheur aucun de ces
Souverains ne veut profiter
des leçons de ce Critique
On ne voit encore que des
2
GALANT 283
८
repétitions dans les Lardons
des derniers jours de Mayl
Onyfait grand bruit pour la
disfoouu douzićme fois,des
Troupes de Baviere & de
Franconie, qui doivent ve
nil fardekhin Il faut tou
jours ſe liguer,&mettre l'Eu
ropeten feu , parce que le
Rby ne tiendra pas ce qu'il
aspromis & fera descon
queſtes audelà de la Barriere.
Cleft faire mal à propos in
jave alumPrince qui pour
garder Caparole, a donné
les meilleures de fes Places,
afin de faire rendre des
Aa ij
284MERCURE
Royaumes entiersmon ne
doit point allumer une dan ..
gereuſe Guerre pourun ſoupgon
mal fondé , ny vouloir
perfuader au deſavantage du
Roy, qu'il manquera de parole
, avant qu'ilſe foit feulement
mis en étatd'enmanquen
, ny qu'ily ait meſme
apparence qu'il siy metre,
dans la ſituation où font les
Affaires. Ces Lardons font
pleins de contradictions,pref
que dans les meſmes lignes.
Dans le mefme temps qu'ils
continüent de publier que
le Roy en veutà la Monara
GALANT- 285
chie univerſelle, ils diſent que
od Monarque a des raifons
-pour ne porter ſes Armesny
du coſté de Fontarabic , ny
en Iralie , ny en d'autres lieux.
-Comment cela s'accorde-t- il
avec le deſſein de la Monarchie
univerſelle :La Monarchie
univerſelle eft tour , &
cependant lon veut qu'il y
afpire, &qu'il n'ait que la
Flandre pourbut. C'eſtdonc
à dire que le peu de Païs que
les Eſpagnols ont encoreen
Flandre doit tenir lieu de
ba Mornarchie univerſelle à
celuy qui s'en rendra maî
286MERCURE
tree Il y auroit la deſſus de
grands raiſonnemens à faire,
fi on vouloit yperdre du téps
On lit encore dans un de ces
Lardos du 30.Mayles paroles
qui fuivent Detoutesles Cours
de Europa, iln'yaqu'une Cour
qui ne jalouze point la grandeur
de Sa Majesté Tres-Chrétienne.
C'eſt demeurer d'accordient
deux mots que ce n'eltnyp
avecpraifon ny avea jufticel
qu'on veut faire la gueme aul
Roy, mais ſeulement par jazı
loufie. Il pourſuicainfioilywas
de l'intérest de la Hollandearqures
fer. Frontieres demeurent entren
?????? ??????????વ?ું છે આ
GALANT 287
les mains d'un foible Souverain!
Apres cela,on ne doit point
vanterles ſecours que le Prin
ce d'Orange veut que l'on
donne à l'Espagne , comme
une action route genércule,
& digne d'admiration. On
veut ſecourir l'Efpagne par
raifon d'Etat , à caule de fa
foibleffe, &du peu decrainte
que llon peut avoir d'un foi
ble Voiſin. Onveutattaquer
la France,parce qu'ayant de
tres grandes Forces, elle peur
tout conquérir Voila fon
crimeshad del qui engage à
fermer les yeux fur la justice
de ſes prétentions. Jamais
288 MERCURE
les Lardons ne furent fi rem
plis de contrariete 2,que ceux
duande Juin. La difpofition
à la Tréve avec la Hollande,
démonte peux qui les font.
Ilsfont Hollandois, François,
Eſpagnols,&ne sçavent quel
Party prendre. On y lit d'a
bord, que lesHollandois ont
raiſon de retirer leurs Trou
pes des Pais.Bas , pour les
conſerver, ce qui ne le peut
que par cemoyen. Cela eft fa
vray , que je n'ay aucune ré
plique à y faire. Ils ne laifen
ſent pas d'aſſurer toûjours,
que l'Eſpagne ne cédera rien
GALANT 289
à la France. Il est bien aifé
à l'Eſpagne , de montrer ſa
fermeté pour la continuation
d'une Guerre où elle ne contribuëny
d'argentny d'Hommes.
Ils dilent, fans chercher
de détour pour enveloper
un ſentiment ſi odieux
&& fi criminel , que l'Empereur
ne devroit pas pourluivre
les Turcs , afin d'atta
quer la France ; c'eſt à dire,
que l'Empire devroit expoſer
toute la Chrétienté , pour fatisfaire
le Prince d'Orange,
qui ne peut jouir d'une ombre
de Souveraineté , que
Juin1684. вь
290MERCURE
pendant la Guerre. Ces Lardons
continuent en blamant
les Hollandois mefmes , puis
qu'ils difent que l'Eſpagne
eft mal fecouruë de fes Al.
liez . Il n'en faut pas davan.
tage pour faire voir que ces
Autheurs font dépendansdu
Prince d'Orange , puis qu'ils
blâment ceux de leur République,
dont l'inclination eft
portée à la Paix ; mais l'Efvoulu
en cette ocpagne
a
cafion prendre la Hollande
pour dupe, puis que cetre Ef.
pagne fr puiſſante & fi fiere,
& qui a tant de Terres dans
GALANT. 291
Le vieux & dans le nouveau
Monde , n'a pas voulu faire
plus d'effort enFlandre,qu'en
auroit pû faire un petit Sou
verain , dont le Païs n'auroit
que quinze ou vingt lieües
d'étendue. Elle a ſeulement
déclaré la Guerre , afin d'y
embarquer les Hollandois,
& a voulu enſuite qu'ils défendiſſent
ſeuls la Flandre,
comme fiol'Affaire n'avoit
regardé qu'eux. Son but étoit
d'affoiblir la Hollande , par
une Guerre qui auroit dû
confumer ſes Forces , afin
de ne ſe point voir enfermée
Bb ij
292 MERCURE
que
entre deux puiſſans Voiſins,
&desirer peut- eftreun jour
avantage contre elle de afa
foibleſſe , lors qu'en la dé.
fendant , elle ſe ſeroit épuisée
d'Hommes & d'argent. Le
refte de ces Lardonsaneft
remply de raiſonnemens
le temps , a fait reconnoiſtre
faux , parce que ces Criti
ques raiſonnent fur les mou
vemens qu'ils voyent faire,
&que les Souverains nedoi
vent en faire aucun quine
les mene à des chofes tott
tes/oppoſées à celles qui pa
roiffent aux yeux du Public.
GALANT 293
Le Lardon dus eft plein
d'Articles qui une méritent
pas de réponſe, comme lors
que l'Autheur dit qu'il a avis
que Luxembourg tiendra encore
quinze jours,& que le
Prince d'Orange part pour
le fecourir. La Capitulation
eſt ſignée le 4. on avoit batu
la Chamade dés te premier,
det Alucheur dirle 5. que
la Place tiendra encorequm
ze jours. Jugez par la fauileté
d'unepareilleNouvele, dela
qu'on doit ajoûter à tout
ce qu'il debire. Je fçay bien
que l'Article qu'il a fouvent
Bb iij
294MERCURE
repété , de la Paix d'Alger
que nous avons achetée , a
fi peu de vrayſemblance, que
perfonne ne balancera à le
trouver ridicule. Ainſi j'ay
négligé toûjours d'y répon
dre , & je n'en parle aujour
d'huy que pour dire , que fi
nous cuffions efté en ſi parfaite
intelligence avec lesAlgeriens
, M Foran qui
mande l'Indien ,
ne HaraMm
aix
roit pas pris dans le temps
que l'on conclut cette Pa
un Vailleau de 24 Pieces a
Canon , qu'il defagréa
brûla enſuite. Onvoitdans
ennob onnel -29-
GALANT 295
un Lardon du 6. que l'Envoyé
d'Eſpagne préſente à la
Haye un Mémoire , par lequel
il marque qu'il eſt bien
averty que Luxembourg tiendra
encore long- temps , que le Roy
fon Maistre ne confentura point
àla ceſſion de cette Place
qu'il vient un Secours d'Allema
gne. Cel
ace,
Cela ne merite aucune
M
réponſe. Il parle enfuite d'un
Mémoire préſenté par
d'Avaux , depuis la Priſe de
Luxembourg , dans lequel
il eſt marqué que Sa Majeſté
Tres-Chrétienne donne en.
US
core douze jours aux Etats
Bb j
296 MERCURE
pour déliberer fur la Paix ou
furla Fréve. Je ne vous ex
plique point le contenusde
ce Mémoire , puis que vous
avez dûble lire dans cette
mefme Lettre. De premier
Lardon du 8. dece mois, eſt
remply de pluſieurs Articles
qui ne regardent point la
France , &auſquels parcon
féquent je ne répons pointy
Lemeſime Lardon ding (re
imarquez la date ) parle d'un
nouveau Mémoire par lesi
quel l'Ambaſſadeur d'Efpa
gne continue à dire , que Lus
xembourg est encore en état diat
k
GALANT 297
rendrelong-temps du fecours. La
Capitulation deLuxembourg
eftant fignée dés de949eft
vouloit que les Hollandois
ne ſcachent rien de ce qui
fe paffe On voit dans un
autre de la meſme dare, des
raiſonnemens fur le dernier
Mémoire préſenté par M
d'Avaux. Ces raifonnemens
venoientidur Party qui ne
vout pointolab Paix, Je vous
ayu donné dans cette Leure
la Réponſe queM' d'Avaux
ysaj faite. Onsy parle endore
d'un Echange des Païs-Bas
pour lesquels le Roy donnera
298 MERCURE
genéralement toutes lesClefs
quiluy ouvrent les Portes de
tous coſtez dans les Etats de
ſes Voiſins. Je ne croy pas
qu'il foit à propos de répon
dre aux viſions d'un Homme
qui s'embaraſſe des choses
futures, &dont les raiſonnemens
fur l'avenir ſont ſi peu
vrayſemblables , qu'ilsfe dé
truiſent d'eux - melmes, ade
troifiéme Lardon du mesme
jour dit , que le Roy est mille
fois plus heureux dans fesNégotiations,
que parſes Armes Pouros
on rien dire qui ſoit plus
contretemps , apres la Prile
GALANT. 299
de Luxembourg , qui felon
ce que le meſme Autheura
dit huit ou dix fois , devoit
tenir atitant que Vienne ? Si
le Roy a pris une Place qui
eftoit capable de refifter fi
long-temps , on nepeut pas
dire que ce Monarque ne
foit pas heureux par ſesAr
mes ; &c'eſt , dans le meſme
temps qu'on pole en fait une
chote , donner un exemple
qui la détruit
Le meſine continuë en
condamnant tous les Souverains
de l'Europe , quinine fo
font pas unis pour s'oppofer
300 MERCURE
a la grandeur de la France,
& tâche d'inſinuer qu'on ne
devroit pas moins ſe liguer
contre le Roy , que contre
l'Ennemy du Nom Chrétien,
cepédant, la diférence du pro
cedé de l'un & de l'autre eft
bien grande.L'Empereur a of
fert laPaix au Grand Seigneur
avec des avantages tres conſidérales
, que ce Monarque
Turc ne voulut pas accepter
avant la Campagne deVien.
ne , & le Roy des ce tempslà
offrit la Paix ou la Tréve,
que les intéreſts de quelques
Princes particuliers empê
GALANT. 201 1
chérent d'accepter. Ainfi,
dans le temps que le Turc
vouloit la Guerre , & qu'il
prétendoit accabler la Chré
tienté par ſes nombreuſes Armées
, le Roy offroit la Paix,
afin qu'onfe miſt plus en état
de luy refifter. Cet Autheur
pourfuit par de grandes remontrances
aux Peuples. Il
y fait paroiftre là rage & le
deſeſpoir , & dit que la Priſe
de Luxembourg rompt la
Barriere. Cependant il eſt
conſtant que Luxembourg
n'entre point dans laBarriere,
qquuee lesHollandois ont fuplié
e
202 MERCURE
le Roy de ne ponit paffer.
Aufſi les Hollandois ne fongent
point à s'en plaindre;
& fi cet Autheur Satirique
n'écrivoit pas pour des Particuliers
, il ne ſe plaindroit
point luy-meſme d'une chofe
dont ſes Maiſtres ne diſfent
rien. Dien , dit- il en conti.
nuant,se fert des François pour
punir les Espagnols. S'il ditvray,
les François n'ont pas tort.
Lebras dontDieu ſe ſertpour
punir , frape toûjours juftement.
4
יופיל
Le Lardon du 12. trouve
étrange que le Roydemande
GALANT 303۲
aux Hollandois de ne ſecourir
l'Eſpagne ny directement
ny indirectement. Je ne croy
pas qu'on ait jamais rien imagine
de fi éloigné du ſens
commun , puis qu'il n'eſt pas
poffible que les Hollandois
foient en meſme temps en
Guerre & en Paix avec le
Roy,qu'ils ſignentunTraité,
& qu'ils entretiennent des
Armées à ſes Ennemis. Le
Roy , diſent-ils pour donner
quelque couleur à une groffiéreté
ſi manifeſte , accufera
les Hollandois d'avoir aſſiſté les
Espagnols , pour avoir un pré-
84
304MERCURE
texte do leur déclarer la Guerre
Si c'eſtoit de deffein de ce
Monarque , il n'auroit que
faire de chercher tous ces
détours pour parvenir à fon
but. Il eſt tout armé , il a
foixante mille Hommesten
Flandre, qui n'ont point d'oci
cupation , les Inipériaux font
dans le fonds de la Hongrie,
& il pourroit faire la guerre
aux Hollandois, ſans differer
àun autre tempsiphaleco
Il a paru un ſeul Lardon
du13. quine contient que les
éclairciſſemens qu'on avoir
demandez àM' d'Avaux, fur
GALANT 305
le mémoire qu'il avoit pré
fenté aux Etats apres la Priſe
de Luxembourg ; &comme
cefecondMémoire en éclairciffement
est déja dans ma
Lettre , il ne me rette rien à
yous dire fur cer Arricles Le
meſme fait connoiftre fur la
ing que les Hollandois coma
mencent à s'apercevoir que
les Eſpagnols les joient,len
siobftinant à dire qu'ils ne
confentiront point à la cefi
fion de Luxembourg puis
qulon ne doir pas prétendre
que Sa Majeſterferpuiſſeré
ffoouuddre à rendre une Place
Juin 1684. Cc
306 MERCURE
qu'aucune puiſſance ne luy
fçauroit arracheral blab
Un autre Lardon du 15.
dit que ſi le Roy veut mon
trer qu'il n'aſpire passà la
Monarchieuniverſelle, il faut
qu'il faſſe rafer Luxembourg,
&qu'on ne doute point qu'il
ne le faffenen faveur de la
Paix. Cela eſtofi fort con
traire à tout ce que ces Au
theurs Satyriqueshont ema
ployé dans tous leurs ouvrages
, qu'onvoit bien qu'ils ne
diſent pas ce qu'ils penſent)
ou qu'ils n'ont jamais penfé
ce qu'ils ont dit. On voit
۴۰
GALANT 307
dans le meſme la grande &&
loüable fermeté d'Amſter
dam, qui fait une grande Dé-
-putation pour avoir la Paix.
Une autre Feüille de la même
date dit que Luxembourg a
efté pris fans raifon & Ton
n'y voit rien qui juftifie ce
qui oft ainſi avancé. Il n'eft
plus queſtion , ny de Droits
du Roy , ny d'Equiualens,
pour rendre la Priſe de Lu
xembourg légitime. Sa Majeſtés'eſt
ſervie d'un nouveau
Droit qui ne luy a jamais
eſtécontefté. C'est le Droit
de la Guerre , on la luy a
Cc ij
308 MERCURE
déclarée. Ainſi ce que ce
Monarque a pris , luy appar
tient. C'est une choſe à la
quelle aucun Jurifconfulte
ne peut répliquer, Le mefme
s'étend ſur l'Affaire deGénes,
'Affaire
& dit que la France a cor
rompu les Canonniers, & les
Principaux de laRépublique.
Quelle preuve a ton de cela
Qiel autre en parle Quieft
celuy qui s'en plaint Sild
eſtoit vray que la France euſt
gagné tous ceux que les Lar- b
dons veulent qu'elle aitcorel
rompus, elle devroitidéjast
avoir étendu ſa) domination
GALANT 309
fur toute la terre. On bat
beaucoup de Païs Pdans le
mefme Article , touchant le
veritable état deGénes apres
L'effet de nos Bombes ; &
L'on ne sçait fi Ton a ruime
un grand nombre de Mai
fons , ou abatu ſeulement
des Cheminded.abzorgani
Le dernier du 15. ne patle
quedes Mémoires de l'Am
bafladeur d'Eſpagne, dontje
νους ay déja entretenue , &
del'Affaire de Gironne , où
l'onveut que Mode Belle
fons ait perdu ſon Bagage&
fonArtillerie, Comment cela
310 MERCURE
feroit il , puis que les Eſpa
gnols n'avoient point d'Ar
mée en Campagne A-ton
jamais oüy dire qu'il fuft pof
fible que des Afliégez quire
pouffent des Affiégeans dans
un Affaut , vinſſent dans un
Campprendre les Equipages
& le Canon d'une Armée
Une Garnison siyo verroit
bien-toſt enveloper
roit priſe , lors qu'elle pene)
feroit prendre. L'Autheur du
Lardon du 19 ( cab les au
tres de mesme date n'ont
pas paru ) dit que quatre des
Sept Provinces - Unies ont confe
GALANT 311
fenty à la Neutralité ; qu'il ne
doit point controller ce que font
Ses Souverains, &qu'ils en doi
vent avoir de tres-fortes raisons.
Si ces Autheurs Satyriques
demeurent d'acord que leurs
Maiſtres ont eu raiſon,pourquoy
ne veulent-ils pas que
les autres Souverains qui ont
propoſé cette mefme Neu
tralité, ayent eu auffi raifon?
On voit dans le premier Lar
don du 20. une longue defcription
des mouvemens de
Hollande pour & contre la
Neutralité propofée par la
France. J'ay tant parlé de
λια MERCURE
ceux qui vouloient facrifier
la tranquilité de leur Païs à
leurs intéreſts particuliers ,
que je ne ferois que vous ennuyer
par des repétitions, ſi je
répondois à cet Article. La
fuite s'étend fur les Mémoi
res menaçans de l'Empereur
& du Roy d'Eſpagne , & fur
celuy de l'Electeur de Cologne
, qui ſe déclare pour la
Neutralité. Le ſecond du
mefme jour ne contient que
le Mémoire que voicy.
1
Le
GALANT 313
L
4
EComtedAvaux,Ambassadeur
Extraordinaire du Roy Tres-
Chrétien,pourfatisfaire à ce queMes
fieurs les Deputez de VV. SS. ontfou.
baité de luy, amis par écrit la Ré
ponſe qu'il leur a faite , &a dreſſe,
le préſent Mémoire, qui contient en
Substance ce qu'il a dit dans une affez
longue Conference.
Ledit Ambassadeur leur a témoi
gné, que le Roy Son Maistre veut,
effectivement la Paix , & qu'il n'a
pasbesoin d'en alleguer d'autres preuves
, que celles que Sa Majestéveur
bien donner Elle mesme , lors qu'
Ellese tient encore apres la Priſe de
Luxembourg, aux mesmes conditions
qu'Elle a offertes auparavant , &
qu Elle confent outre cela , de demen
rer obligée pendant un mois , à com
Juin 1684. Dd
314 MERCURE
pterdujour de lafignaturedu Traité
quisefera à laHaye, aux mesmes conditions
qu' Ellea cy devant proposées
al' Empire ; que c'est là tout ce qui dé
penddu Roy's quec'est tout ce que sa
Majestéa offert àVV. SS.&tout a
queVK. SS. pouvent raisonnablement
dimander'd Elle. Que s'ilyaquelque
chafe qui leur cause de l'inquilinde sa
Majesté leur a donnétrop de preuves
dufoin qu' Elle ade hur sepes,pour
croire qu' Elle vouluft te loiffer troublerpar
d'autres endroits , & quefi
l'on veutfinir icy les Affaires entre
la France& l'Espagne, vom ne de
vez pas douter que Sa Majesté ne
s'employe tres - volontiers dans tout ce
qui fora de vostre fatisfaction ; mais
qu'iln'est ny juste ny raisonnable, de
vouloir obliger ledit Ambassadeur à
entrer là -deſſus à une convention
GALANT 215
1
avec vv. ss. foirpar des Articles
qui feroient inferez dans de Traité
d'entre la France & l'Espagne,foit
par des ArticlesSéparez , puis queso
L'onen usoit ainsi, ontomberoit infen-
Sobtement , sous prétexte des Affaires
du Nord, dans le labyrinthe d'un
Traité général. C'est ce que ceux qui
ontfoubaité d'enveloper toute l'Europedans
une Guerre genérale,fous
prétexte d'un Accommodementgenéral,
ont tenté depuis trois ans. C'est
ee qu'ils sentent encore àcette heure's
four d'autres termes, & d'une autre
manieres que ectre Propofition vague
du démeslé du Nord, fait affez voir
que quelque couleur apparente qu'on
Buy puiffe donner, elle n'estcependant
we par fafinée que ceux qui n'ofareplus
s'oppofer ddiirrectement àlaPPaix,tá
chent d'y faire naiſtre tant d'obfta-
Dd ij
316 MERCURE
cles , que VV. SS. foient obligées de
de laiſſer paffer , sans rien conclure,
Le temps dans lequel Sa MajestéTres-
Chrétienne consentde demeurer obli
gée à ces Propositions ;&pour leur
dire encore une fois , qu'on ne peut
rien demander de plus audit Ambasfadeur,
sinon qu'il traite icy l' Affaire
d'Espagne aux conditions proposées
par Sa Majesté , qu'on renvoye à Raz
tisbonne celles qui regardent l'Empire
, & que Sa Majesté confente de
ſe tenir encore pendant un mois aux
mesmes conditions qu' Elle a offertes
àla Diette de Ratubanne ; que les
Personnes qui composent cette Diette
font ſages éréclairées, qui ont les intéreſts
de l' Empire àcoeur,&quiſcaurontbien
travaillerà établirfon reposi
& cofin, que si la Résolution de VV.
SS. est de ne confentur nyà Paix nyà
GALANT 317
ne
an
Tréve entre la France& l'E,Espag
&de refufer les offres que SaMajesté
Tres Chrétiene vous fait pour la tre
quilitédes Pars- Bas,&pourlasûreté
de la Barriere , à moins quele Comte
d'Avaux ne s'engage de concerter
avec vous des Articlesfur des choses
qui neſont ny deſon miniftere , nyde
fa connoiffance, cefera ungrandmalbeur
pour la Chrétienté,&furlequel
Le Royfon Maistre w'ayant rien àfe
reprocher , ledit Ambassadeur efpere
que Dieu continuëra toûjours de be
wir les Armes de Sa Majesté ; mais
fiau contraire VV. SS. fontfatufaites
qu'on offre definirpar un prompt
Accommodementlesdémeflez, quifont
entre la France& l'Espagne , qu'on
*remette le calme dans vostre Voisifinage
, qu'on pourvoye à la sûreté
de vostre Barriere , & qu'on réta-
Ddiij
318 MERCURE
bliffe Llee repos de l'Empire parune
Trêve dae vingt années, leditA
baffadeur réitere à Vr.ss. qu'ilest
preſten ce cas defigner inceffamment
leTraité,&de paffer en mefme temps
auprés du Roy fen Maistre les offi
esdont il
charger.
Pour ce
plairs
qui e
pr. ss de ta
ce! eſt du délay,Me Menne
vos Deputez luy en ont demandé la
prolongation , & lay ont demandé
auffi dequel jour on pouvoit compter
que le terme de douze jours avvis
commencé ; furquoy ledit Ambassa
deur leur a répondn , que le Gouver
neur de Luxembourg avoitfigné le
4. dece mois la Capitulation, en vertu
de laquelle la Place eftpasséedans
poffeffion deSaMajesté,&qquui'siunffion
devoit compter cette ville de cejour
Là au Roy ; mais quelques- uns de
GALANT 319
J
d'une
dire
Mefficurs vos Deputez agant objecté
que les Troupes de Sa Majesté n'a
voient esté mises en poſſiſſion
des Portes de la Ville , que le 6. ан
matin , ledit Ambaſſadeur leur a repoté
ce qu'il leur a déclarédans la Réponſe
du 4. de ce mois , c'est à
qu'il ne s'arrestera point à ces deux
jours là, lors qu'il nefera plus befoin
que d'avoir du temps que VV.
SS. voudront bien employer à termi
nerpromptement cette Affaire , & il
confentira volontiers de commencer
à compter les douze jours de ce mois,
c'est à dire que les douze jours finiront
le 18. au foir i mais comme il a
eu l'honneur de leur dire le 6. de ce
mais qu'ilse régleroitfur celafelon
qu'ilverroitqueVV. SS. travaillans
Sérieusement à la Paix , neferoieno
arrestées que parlaformede leurGon-
Dd iiij
1
4
320 MERCURE
T
vernement , il est obligé de leur dire,
qu'il voit avec déplaisir que ce n'est
pointcceellaa qui les arreste àcetteheures
que ce sont des difficultez qui font
bors de l'Affaire , & des conditions
quevous voulez impofer auxoffresde
Sa Majesté,qui détraiſint l'acceptation
queVV. SS. témoignent en vouloirfaire.
C'estpourquoy leditAm.
baffadcur leur a dit , quefi elles vonloient
la Paix genérale aussi féricafoment
qu'elles le diſent , il n'y avoit
ny deplus prompt ny de plusfürexpédient,
que de convenir nettement
&fans restriction des offres de Sa
Majesté ce que ledit Ambaffadesur les
prioit de faire avant l'expiration du
terme ( en cas que ce soit l'intention
de VV.SS.) n'estant pas enson pouvoir
d'accorder aucun délay , &VV,
SS.jugeantaffez d'elles- mesmes,qu'il
GALANT. 321 1
3
n'est pas de la prudence du Roy fon
Maistre , de perdre en nouveaux dé-
Lais les avantages que luy donnela
faiſon,&qu'il doit attendre dubon
état de ses Armées. P. S. Utrech
aconfenty. Faitàla Haye le 20. Juin.
Les Lardons du 22. parlent
ſeulement de la Tréve,
& des Souverains qui ont
confenty à l'accepter. Il ſemble
qu'apres ce rétabliſſement
d' union avec la Hollande
, un Autheur Hollandois
devroit nous traiter en
Amis. Cependant on voit
dans l'un de ces Lardons
une repétition de toutes les
invectives auſquelles j'ay ré322MERCURE
4
pondu pluſieurs fois, & elles
font fi hors de ſujet , qu'on
voit que le ſeul dépit que
cauſe la conclufion de la
Neutralité yodonne lieu
L'Autheur du Lardonqui
accompagne celuy-là , dé
guiſe mieux fon chagrin , &
s'accommodant autemps , il
adu moins la politique de
loüer fes Maiftres. Ilyalongtemps
, dit- il, que l'Espagne
duroitda accorder quelque chofe
aux Prétentions de la Franes,
mais fa fierténaturellespea qui
esu dans ce fiele fi pou en état
desefoûtenir, l'ayant aveuglée
A
GALANT 323
au point de ſe diffimuler ſa foibleſſe
, elle a laiſſe aller les cho blefle
fes à une extrémité, dont laſeule
prudence dos defintéreſſez Arbi
tres de l'Europe peut les tirer.
C'est dans cette pensée que la
Hollande fincerement Amie de
fes Alliez,foufcrit à la Tréve
que la France propose. Il louë
enſuite leRoy; maisfans exa
miner dit-il , s'il a raifon de
Vortoirbien la Paix dans la plus
belle ſuiſon de ſes Conquestes. Il
ne fait pas paroiſtre tant de
vanin que les Confieres, en
fadyre , mais il empoisonne
ce qu'il dit d'avantageux , &
324MERCURE
il garde des ménagemens au
prés desEtats &de celuy qui
le fait parler. Il meſle des
Nouvelles dans ſes Feüilles,
&c'eſt à quoy je ne fais jamais
aucune Répenſe , mais
ſeulement aux impoſtures
formelles.La premiereFeüille
du 26. Juin parle d'un Mémoire
ſi outrageant, préfenté
par l'Envoyé d'Eſpagne, que
les Etats l'ont envoyéà leur
Ambaffadeur àMadrid, pour
en demander fatisfaction au
Roy Catholique. Le Prince
d'Orange, ditlamême Feüille,
metfes Troupes en Corps , afin
GALANT 325
quu''eelllleess nefoient point inſultées
par lleess Espagnols , quand
apprendront l'acceptation de la
Neutralité. Ony voit la Rél
ſolution des Etats fur cette
Neutralité ,portée à M' d'A
vaux, & qu'Amſterdam rou
vre aufli toft fa Caffece
qui en marque l'utilité pour
les Etats. Je ſuis preffé de
finir ,& ne dis rien des deux
autres Feilles , qui roulent
à peu prés ſur la mesme ma
tiere , & dont l'une eſt pref
que toute remplie des noms
de ceux qui font morts, ou
qui ont eſté bleſſez devant
Luxembourg.
326 MERCURE
Tou
Je vous ay déja parlé de
l'Ambaſſadeur duDivan d'Alger,
lors qu'il arriva
lon. Il eſt icy depuis queti
ques jours , avec une fuite
de douze PerfonnesOnl
ſçû d'eux , que jamais l'allé
greſſe n'avoit eſte ſi grande
dansleurVille, que lors qu'ils
conclurent la Paix , qu'ils
avoient demandée au Roy,
&qu'ils commencérent alors
à oublier le dommage que
nos Bombes y avoient faic.
Il s'y eſt trouvé mille ſeize
Maiſons entierement brûlées,
ſuivant un calcul exact qu'ils
GALANT 327
en ont fait faire. Ils le diſent
icy publiquement à ceux qui
les vont voir , & qui veulent
les entretenir. Ils ajoûtent,
que dés que le Traité cut
eſté conclu , ils commencé
rent des Réjoüiffances qui
durérent pendant pluſieurs
jours ; que toutes leursMaiſons
furent illuminées , &
qu'ils tirérét trois cens coups
de Canon à balle dans la
Mer , ce qui ne se fait que
rarement , & pour des choſes
qui leur font de la plus
grande importance. Les marques
de leur joyc allérenten328
MERCURE
core plus loin , puis qu'ils
traitérent toutes les principales
Dames de la Ville. Ils
diſent qu'ils n'ont jamais-envoyé
d'Ambaſſadeur à aucun
Souverain , que de leur Religion
, & que la grandeur
du Roy , & la veneration
qu'ils ont pour Sa Majesté,
les afait paffer pardeſſus leurs
Loix, & qu'ils le traitent de
Padiſcha, qui veut dire Empereur,
quoy qu'ils n'ayenr
jamais donné ce nom qu'au
Grand Seigneur. Ils onttrouvě
la France fi peuplée de
puis Toulon juſques àParis
GALANT. 329
qu'ils ont dit que toute la
Campagne n'eſtoit qu'une
Ville.
Enfin les Hollandois ont
d'un conſentement unanime
accepté les Propoſitions qu'il
a plû au Roy de leur offrir
pour le repos de l'Europe. II
y a tant de choſes à dire làdeſſus
pour la gloire de Sa
Majesté , que comme elles
me meneroient trop loin , je
fuis obligé de les réſerver
pour le Mois prochain. Je
fuis,Madame, Voftre, &c.)
A Ta is le30. Juin 1684.
Juin 1684- Ec
3330 MERCURE
Ils'eftglifféquelques fautes
dans le Mercure du dernier
mois, par l'application qu'on
fut obligé d'avoir dés ce tépslà
, pour examiner un tresgrand
nobre de Relations de
la Priſe de Luxembourg , &
de l'Affaire de Génes , dont
on n'apû s'empêcherde faire
des Volumes particuliers .On
a mis l'Hôpital des Invalides,
pour l'Hôtel Royal des Invalides.
M'l'Eveſque & Comte
de Beauvais , que l'on a dit
eftreFrere de feuM' de Four:
bin , eſt ſeulement de cette
Maiſon ; & M'le Comte de
GALANT. 331
Tourville , qu'on a marqué
Chef d'Eſcadre , eſt Lieute-
" nant General. Ily a auſſi quelques
noms défigurez dans la
Liſte des Officiers de Marine
, mais il eft fort difficile
que cela n'arrive par parmy
cinq cens nomspropres,dont
il y en a beaucoup qui ſont
mal écrits.
FIN.
Ecij
552252-552255-5255
-TABLE DES MATIERES
contenuës dans ceVolume.
Vant-propos.
Particularitez dee l'entrevene deM
Σ
le Duc de Savoye , & de Madame
Royale ; ce qui s'est passé sur leur
Route jusques àThurin , & les Réjouiſſances
qui s'yſontfaites.
BalladedeM de Benferade.
3
39
LettreduRoyde PologneàM le Ducde
S. Aignan, en luy envoyant le Sabre
dufeuGrandVizir. 45
Lettrede laReynedePologne au même.47
Extrait d'une Lettre de M'le Marquis
d'Arquien au mesme. 48
Lettre en Versfur le prétendu Mariage
dela Pucelle d'Orleans..
SI
Relation tres - curieuse de la mort de la
6 Reynede Portugal.
Lettre du Roy de Siam au Pape , & an
Royde France , avec plusieurs particularitez
touchant les Ambaſſadeurs
Bayeneche
Stensbilmothek
München
Qualité de la reconnaissance optique de caractères